{"numero_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_sha256": "ed287b4b6e94a129da3299100a9a43a2c88c9dcc1f6540688da5e8cdb44ef429", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1913/12/01_01/bmtnabh_1913-12-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1913/12/01_01/bmtnabh_1913-12-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.2", "titre_corps": "LES BRUITEURS ET LA MUSIQUE, par J. Ecorcheville. 0 LE CAS RUST, par E. Neufeldt.", "titre_sommaire": "LES BRUITEURS ET LA MUSIQUE, par J. Ecorcheville. 0 LE CAS RUST, par E. Neufeldt.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.1", "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 717, "texte": "LES BRUITEURS ET LA MUSIQUE, par J. Ecorcheville. 0 LE CAS RUST, par E. Neufeldt.\nRÉPONSE de M. Vincent d'lndy. 0 MES SOUVENIRS DE FRÉDÉRIC CHOPIN, par Péru. 0\nNOTES d'ACOUSTIQUE, par G. 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Ecorcheville", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1103, "texte": "Audacieux et tapageur, le Futuris a tout fait pour ameuter les\npassants. Depuis le jour où il partit en guerre contre le Qlair de Lune, jus-\nqu'à sa dernière campagne en faveur de la\nsexes, il a semé la terreur, et le rire aussi, parmi tous les arts. Peinture,\nsculpture, drame et syntaxe ont tour à tour frissonné a l'appel de Youtre-\nhomme révolté, vociférant, clamant : \" guerre aux traditions, mort aux\nmusées, destruction de tout ce que l'humanité appelle le passé, voire\nle présent. \"\nLa musique ne devait pas être épargnée. Le\nfuturistes, signé Pratella en 1911, et la déclaration de Russolo sur YaArt\ndes fruits,parue dernièrement, sont des assauts fougueux, qu'il y aurait\ncruauté à vouloir ignorer. Bruyants, puisqu'il s'agit de bruit, et récla-\nmiers, puisque futuristes, ces manifestes s'inspirent à la fois, d'une haine\nvivace contre les doctrines admises, et d'une passion violente pour les\nnouveautés outrancières.\nEcoutons Pratella :\nIl est incontestable que l'ltalie ne peut guère opposer un seul nom de musi-\ncien novateur à ceux de Debussy, Dukas, Charpentier, Richard Strauss, Edward"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "Elgar, Moussorgsky, Rimski Korsakov, Glazounov et Sibelius, qui tous, avec plus\nou moins de génie, s'efforcent de surpasser le génie révolutionnaire de\nRichard Wagner.\nNous croyons d'autre part en l'intarissable inspiration musicale de notre race ;\nnous déclarons aussi que l'infériorité actuelle de la musique italienne est le produit\nlogique :\ni° des conservatoires de musique empestés par le traditionnalisme ignorant\ndes professeurs ; 2° des grands éditeurs, marchands de notes et de voix, ladres\net peureux.\nEn effet les jeunes musiciens italiens qui sortent de l'atmosphère méphitique\ndes conservatoires sont immédiatement apprivoisés par les éditeurs, qui après leur\navoir imposé une horreur profonde pour l'originalité créatrice, un mépris chronique\npour l'art et une adoration absolue pour les différents crétinismes du public, les\nenchaînent à jamais par des contrats étrangleurs aux pieds de ces deux grands\nmodèles en carton pâte : Puccini et Giordano.\nJeunes compositeurs d'ltalie, désertez donc les conservatoires et les académies\npour étudier et composer dans la plus absolue des libertés. Révoltez-vous contre\nla tyrannie des éditeurs, l'outrecuidance du public et le bavardage des critiques\nplus ou moins vendus.\nAttaquons ensemble le préjugé de la musique bien faite bon devoir de\nréthorique et conspuons cette phrase courante, lâche autant que stupide : il faut\nrevenir a Vancienne musique. Détruisons le règne du chanteur. 11 faut que son\nimportance corresponde exactement à celle d'un instrument de l'orchestre. Trans-\nformons la conception, la valeur et le titre du de poème dramatique pour la\nmusique.\nIl faut que chaque compositeur soit l'auteur de son propre poème.\nCombattons ensemble catégoriquement toutes les reconstructions historiques,\nla mise en scène traditionnelle et le mépris du costume moderne dans l'opéra.\nLuttons ensemble contre le succès énervant et délétère des romances du genre\nTosti et Costa et des chansonnettes napolitaines. Proscrivons ensemble la musique\nsacrée qui, étant donné la banqueroute des religions, est devenue le monopole\nexclusif de tous les directeurs de conservatoires, affamés de gloriole et dénués de\ntalent.\nArrachons de l'esprit du public le goût des vieux opéras, dont l'exhumation\nencombre la marche des musiciens novateurs, obligeons ensemble le public, par une\npropagande assidue, à défendre tout ce qui éclate d'original et de révolutionnaire\nen musique.\nGlorifions-nous enfin d'être injuriés et sifflés par la horde des moribonds et\ndes opportunistes.\nOn crie de part et d'autre que nous sommes des fous. Cela ne nous étonne\npas, car Palestrina aurait probablement considéré Bach comme un fou, Bach aurait\nconsidéré Beethoven comme un fou, Beethoven aurait considéré Wagner comme\nun fou. Rossini déclarait en plaisantant qu'il avait enfin compris une page de"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 24, "texte": "LE BRUIT DANS LA MUSIQUE"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.5", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "musique wagnérienne en la lisant de bas en haut. Après une audition de l'ouver-\nture de Tannhâuser,Verdi écrivait à un ami que Wagner n'était qu'un pauvre aliéné.\nC'est donc à la fenêtre d'une glorieuse maison de fous, que nous proclamons\ncomme un principe essentiel de notre révolution futuriste que le contrepoint et la\nfugue, sottement considérés comme une des branches les plus importantes de\nl'enseignement musical, ne sont plus guère à nos yeux que les ruines de cette\nvieille science de la polyphonie qui s'étend des Flamands à Bach. Nous les rem-\nplaçons par la polyphonie harmonique, fusion logique du contrepoint et de\nl'harmonie, qui évitera aux musiciens la peine inutile de dédoubler leurs efforts en\ndeux cultures opposées : l'uue trépassée, l'autre contemporaine et partant inconci-\nliables parce qu'elles sont les fruits différents de deux sensibilités différentes.\nLe ciel changeant, les eaux mouvantes, les forêts, les montagnes, la mer,\nl'enchevêtrement fumeux des ports marchands, les grandes capitales houleuses et\nleurs innombrables cheminées d'usines, se transforment en voix puissantes et\nprodigieuses à travers l'âme du musicien. Ces voix chantent les passions, les volon-\ntés, les joies et les douleurs de l'homme que la magie de l'art rattache ainsi et mêle\nà la nature. Les formes musicales ne sont ainsi que les apparences et les fragments\nd'un seul Tout.\nEncore un peu vague, cette déclaration se trouve complétée par\ncelle du peintre Russolo, que voici :\nMon cher Balilla Pratella, grand musicien futuriste,\nLe 9 Mars 1913, durant notre sanglante victoire remportée sur 4000 passéistes\nau Théâtre Costanzi de Rome, nous défendions à coup de poing et de canne ta\nMusique futuriste, exécutée par un orchestre puissant, quand tout-à-coup mon esprit\nintuitif conçut un nouvel art que, seul, ton génie peut créer : l'Art des Bruits,\nconséquence logique de tes merveilleuses innovations.\nLa vie antique ne fut que silence. C'ést au dix-neuvième siècle seulement, avec\nl'invention des machines, que naquit le Bruit. Aujourd'hui le bruit domine en\nsouverain sur la sensibilité des hommes. Durant plusieurs siècles la vie se déroula\nen silence, ou en sourdine. Les bruits les plus retentissants n'étaient ni intenses,\nni prolongés, ni variés. En effet, la nature est normalement silencieuse, sauf les\ntempêtes, les ouragans, les avalanches, les cascades et quelques mouvements\ntelluriques exceptionnels. C'est pourquoi les premiers sons que l'homme tira d'un\nroseau percé ou d'une corde tendue, l'émerveillèrent profondément.\nLes peuples primitifs attribuèrent au son une origine divine. 11 fut entouré d'un\nrespect religieux et réservé aux prêtres qui l'utilisèrent pour enrichir leurs rites\nd'un nouveau mystère. C'est ainsi que se forma la conception du son comme\nchose à part, différente et indépendante de la vie. La musique en fut le résultat,\nmonde fantastique superposé au réel, monde inviolable et sacré. Cette atmosphère\nhiératique devait nécessairement ralentir le progrès de la musique, qui fut ainsi\ndevancée par les autres arts. Les Grecs eux-mêmes, avec leur théorie musicale"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3395, "texte": "fixée mathématiquement par Pythagore et suivant laquelle on admettait seulement\nl'usage de quelques intervalles consonnants, ont limité le domaine de la musique\net ont rendu presqu'impossible l'harmonie qu'ils ignoraient absolument. La musique\névolua au Moyen-Age avec le développement et les modifications du système\ngrec du tétracorde. Mais on continua à considérer le son dans son déroulement à\ntravers le temps, conception étroite qui persista longtemps et que nous retrouvons\nencore dans les polyphonies les plus compliquées des musiciens flamands. L'accord\nn'existait pas encore ; le développement des plus différentes parties n'était pas\nsubordonné à l'accord que ces parties pouvaient produire ensemble ; la conception\nde ces parties n'était pas verticale, mais simplement horizontale. Le désir et la\nrecherche de l'union simultanée des sons différents (c'est-à-dire de l'accord, son\ncomplexe) se manifestèrent graduellement : on passa de l'accord parfait assonant\naux accords enrichis de quelques dissonances de passage, pour arriver aux\ndissonances persistantes et compliquées de la musique contemporaine.\nL'art musical rechercha tout d'abord la pureté limpide et douce du son. Puis il\namalgama des sons différents, en se préoccupant de caresser les oreilles par des\nharmonies suaves. Aujourd'hui l'art musical recherche des amalgames de sons les\nplus dissonants, les plus étranges et les plus stridents. Nous nous approchons ainsi\ndu son-bruit.Cette évolution de la musique est parallèle àla multiplication\ngrandissante des machines qui participent au travail humain. Dans l'atmosphère\nretentissante des grandes villes aussi bien que dans les campagnes autrefois\nsilencieuses, la machine crée aujourd'hui un si grand nombre de bruits variés que\nle son pur, par sa petitesse et sa monotonie ne suscite plus aucune émotion.\nPour exciter notre sensibilité, la musique s'est développée en recherchant une\npolyphonie plus complexe et une variété plus grande de timbres et de coloris\ninstrumentaux. Elle s'efforça d'obtenir les successions les plus compliquées d'accords\ndissonants et prépara ainsi le bruit musical.\nCette évolution vers le son-bruit n'est possible qu'aujourd'hui. L'oreille d'un\nhomme du dix-huitième siècle n'aurait jamais supporté l'intensité discordante de\ncertains accords produits par nos orchestres (triplés quant au nombre des\nexécutants); notre oreille au contraire s'en réjouit, habituée qu'elle est par la vie\nmoderne, riche en bruits débouté sorte. Notre oreille pourtant, bien loin de s'en\ncontenter, réclame sans cesse de plus vastes sensations acoustiques. D'autre part,\nle son musical est trop restreint, quant à la variété et à la qualité de ses timbres.\nOn peut réduire les orchestres les plus compliqués à quatre ou cinq catégories\nd'instruments différents quant au timbre du son : instruments à cordes frottées, à\ncordes pincées, à vent en métal, à vent en bois, instruments de percussion. La\nmusique piétine dans ce petit cercle en s'efforçant vainement de créer une nouvelle\nvariété de timbres. Il faut rompre à tout prix ce cercle restreint de sons purs et\nconquérir la variété infinie des sons-bruits.\nChaque son porte en soi un noyau de sensations déjà connues et usées qui\nprédisposent l'auditeur à l'ennui, malgré les efforts des musiciens novateurs. Nous\navons tous aimé et goûté les harmonies des grands maîtres. Beethoven et Wagner"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "ont délicieusement secoué notre cœur durant bien des années. Nous en sommes\nrassasiés. C'est pourquoi nous prenons infiniment plus de plaisir à combiner\nidéalement des bruits de tramways, d'autos, de voitures, et de foules criardes qu'à\nécouter encore, par exemple, \" l'Héroïque \" ou la \" Pastorale. \"\nNous ne pouvons guère considérer l'énorme mobilisation de forces que\nreprésente un orchestre moderne sans constater ses piteux résultats acoustiques.\nY a-t-il quelque chose de plus ridicule au monde que vingt hommes qui s'acharnent\nà redoubler le miaulement plaintif d'un violon ? Ces franches déclarations feront\nbondir tous les maniaques de musique, ce qui réveillera un peu l'atmosphère\nsomnolente des salles de concerts. Entrons-y ensemble, voulez-vous? Entrons\ndans l'un de ces hôpitaux de sons anémiés. Tenez : la première mesure vous coule\ndans l'oreille l'ennui du déjà entendu et vous donne un avant-goût de l'ennui qui\ncoulera de la mesure suivante. Nous sirotons ainsi, de mesure en mesure, deux ou\ntrois qualités d'ennui en attendant toujours la sensation extraordinaire qui ne\nviendra jamais. Nous voyons en attendant s'opérer autour de nous un mélange\nécœurant formé par la monotonie des sensations et par la pâmoison stupide et\nreligieuse des auditeurs, ivres de savourer pour la millième fois, avec la patience\nd'un boudhiste, une extase élégante et à la mode. Pouah! Sortons vite, car je ne\npuis guère réprimer trop longtemps mon désir fou de créer enfin une véritable\nréalité musicale en distribuant à droite et à gauche de belles gifles sonores,\nenjambant et culbutant violons et pianos, contrebasses et orgues gémissantes !\nSortons !\nD'aucuns objecteront que le bruit est nécessairement déplaisant à l'oreille.\nObjections futiles que je crois oiseux de réfuter en dénombrant tous les bruits\ndélicats qui donnent d'agréables sensations. Pour vous convaincre de la variété\nsurprenante des bruits, je vous citerai le tonnerre, le vent, les cascades, les fleuves,\nles ruisseaux, les feuilles, le trot d'un cheval qui s'éloigne, les sursauts d'un chariot\nsur le pavé, la respiration solennelle et blanche d'une ville nocturne, tous les bruits\nque font les félins et les animaux domestiques et tous ceux que la bouche de\nl'homme peut faire sans parler ni chanter.\nTraversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives\nque les yeux, et nous varierons les plaisirs de notre sensibilité en distinguant les\nglouglous d'eau, d'air et de gaz dans les tuyaux métalliques, les borborygmes et\nles râles des moteurs qui respirent avec une animalité indiscutable, la palpitation\ndes soupapes, le va-et-vient des pistons, les cris stridents des scies mécaniques, les\nbonds sonores des tramways sur les rails, le claquement des fouets, le clapotement\ndes drapeaux. Nous nous amuserons à orchestrer idéalement les portes à coulisses\ndes magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des\nforges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fer\nsouterrains.\nNous voulons entonner et régler harmoniquement et rythmiquement ces\nbruits très variés. Il ne s'agit pas de détruire les mouvements et les vibrations\nirrégulières (de temps et d'intensité) de ces bruits, mais simplement fixer le degré"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "ou ton de la vibration prédominante. En effet le bruit se distingue du son par ses\nvibrations confuses et irrégulières (quant au temps et à l'intensité). Chaque bruit\na un ton, parfois aussi un accord qui domine sur l'ensemble de ces vibrations irré-\ngulières. L'existence de ce ton prédominant nous donne la possibilité pratique\nd'entonner les bruits, c'est-à-dire de donner à un bruit une certaine variété de\ntons sans perdre sa caractéristique, je veux dire le timbre qui le distingue. Certains\nbruits obtenus par un mouvement rotatoire peuvent nous offrir une gamme\nentière, ascendante ou descendante, soit qu'on augmente ou soit qu'on diminue la\nvitesse du mouvement.\nChaque manifestation de notre vie est accompagnée par le bruit. Le bruit\nnous est familier. Le bruit a le pouvoir de nous rappeler à la vie. Le son, au\ncontraire, étranger à la vie, toujours musical, chose à part, élément occasionnel, est\ndevenu pour notre oreille ce qu'un visage trop connu est pour notre œil. Le\nbruit, jaillissant confus et irrégulier hors de la confusion irrégulière de la vie, ne\nse révèle jamais entièrement à nous et nous réserve d'innombrables surprises.\nNous sommes sûrs qu'en choisissant et coordonnant tous les bruits nous enri-\nchirons les hommes d'une volupté insoupçonnée.\nBien que la caractéristique du bruit soit de nous rappeler brutalement à la\nvie, l'art des bruits ne doit pas être limité à une simple reproduction imitative.\nL'art des bruits tirera sa principale faculté d'émotion du plaisir acoustique spécial\nque l'inspiration de l'artiste obtiendra par des combinaisons de bruits. Voici les\n6 catégories de bruits de l'orchestre futuriste que nous nous proposons de réaliser\nbientôt mécaniquement :\n123456\nGrondements Sifflements Murmures Stridences Bruits de per- Voix d'hommes\nEclats Ronflements Marmonnements Craquements cussion sur métal, et d'animaux ;\nBruits d'eau tom- Renâclements Bruissements Bourdonnements bois, peau,pierre, cris, gémisse-\nbante Grommellements Cliquetis terre-cuite, etc. ments, hurle-\nBruits de plongeon Grognements Piétinements ments, rires, râ-\nMugissements Glouglous les, sanglots.\nRésultat : un concert de Bruiteurs, donné à Milan le 11 août der-\nnier, avec le concours des quatre réseaux de bruits suivants :\n3 bourdonneurs 3 siffleurs 1 fracasseur\n2 éclateurs 2 bruisseurs 1 stridenteur\n1 tonneur 2 glouglouteurs 1 renâcleur\n\" Malgré une certaine inexpérience de la part des exécutants, nous dit le\ncompte-rendu officiel de cette mémorable journée, l'ensemble fut presque toujours\nparfait, et les effets saisissants obtenus par Russolo, révélèrent aux auditeurs une\nnouvelle volupté acoustique. Le programme comprenait quatre morceaux :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "Réveil de laQapi taie\nRendez-vous d'autos\nOn dîne à la terrasse Qasino\nEscarmouche dans\nIl y a certainement une force hilarante cachée dans cette symphonie\nd'idées, de vocables et de bruits, aux sons de laquelle le futurisme prétend\nfaire son entrée dans le monde de notre musique. Pourtant, on pouvait\ns'attendre à pis. Ceux qui ont vu le belliqueux Marinetti glorifier les\nschrapnells de la guerre bulgare et l'anarchie des Lettres, ceux qui ont\nentendu Valentine de St. Point proposer aux femmes la brute comme\nmodèle, ou Guillaume Apollinaire s'adresser avec véhémence au\ntantisme merdoyant^devaient redouter de plus grands écarts. Mais la musique\nne se laisse point traiter comme une femme de lettres, et c'est une joie\nde voir qu'auprès d'elle le futurisme dépouille en partie sa férocité,\net redevient humain. L'histoire d'Orphée est toujours vraie !\nAussi bien, faut-il se hâter de dire que le futurisme est une doctrine\nmusicale en son principe même. Ceci sans paradoxe. En somme, d'où\nviennent les terribles adeptes de Marinetti ? Révoltés de vivre dans un\npays de ruines et de déprimante archéologie, que le monde entier traite\nen terre de mort et d'exhumation, ils ont jailli de l'ltalie, comme une\nforce trop longtemps comprimée dont l'explosion veut être catastrophale.\nCe qu'ils atteignent, ce qu'ils brisent, ce sont les formes stagnantes des\nbeaux-arts : la pierre de l'architecte, le marbre du statuaire, la toile du\npeintre, le livret du drame, tous arts de durée, qui permanent, et dont\nl'exemple encombrant peut être un obstacle à la libre évolution d'un pays\nqui doit vivre.\nM ais la musique, notre musique moderne, incessante variation,\nreflets de sonorité, que peut elle craindre de ces inconoclastes ? N'est-elle\npas elle-même futuriste depuis toujours, dès avant que le mot et la chose\nne fussent inventés ? Et le futurisme italien lui doit sans doute l'exemple\net le goût de je ne sais quelle inquiétude, qui lui fait voir toutes choses\ndans un perpétuel état de mobilité. Qu'il s'agisse de mouvementer la\nsyntaxe au profit de l'intensité du discours, ou d'exaspérer l'injustice des"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "sexes, ou d'introduire la strophe chaotique dans le vers libre, ou de super-\nposer les plans dans l'infini plastique, le point de vue est le même, et\nc'est celui qui convient à l'art des mouvements vibratoires. Quand les\npeintres de cette école déclarent :\n\" Tout bouge, tout court, tout se transforme rapidement. Etant donné la\npersistance de l'image dans la rétine, les objets en mouvement se multiplient, se\ndéforment en se poursuivant, comme les vibrations précipitées dans l'espace... Les\nseize personnes que vous avez autour de vous dans l'autobus en marche sont,\ntour à tour et à la fois, dix, quatre, trois ; elles sont immobiles et se déplacent ;\nelles vont, viennent, bondissent dans la rue, brusquement dévorées par le soleil,\npuis reviennent s'assoir devant vous, comme des symboles persistants de la vibra-\ntion universelle... \"\nNe parlent-ils pas en musiciens, ayant devant eux les sonorités d'un\norchestre qui se superposent, passent l'une devant l'autre, se résorbent et\nse multiplient en un jeu d'incessante déformation ?\nComme les autres défenseurs d'un art moderne, qui cherche ses\nvoies en pays latin depuis quinze ans, ils sont, à leur insu même, dominés\npar l'esprit de la musique. Chez nous aussi, nous avons connu cet état,\nd'âme. L'art décoratif français de 1900, qui n'avait pas encore passé par\nMunich, présentait tous les signes d'une évidente et inquiétante musi-\ncalité. L'aspect fuyant des lignes, l'équilibre instable et presque modulant\ndes objets, le choix des demi-teintes incertaines, tout donnait l'impression\nd'inachevé et d'attente, que présenterait une œuvre musicale, si l'on\nvoulait la transporter dans l'ordre plastique et dans la catégorie de l'espace.\nLes formes visibles étaient traitées comme les mouvements sonores. L'œil\nappliquait aux gares du Métro le souci des forces mouvantes que l'oreille\ncherchait à satisfaire avec Franck ou Debussy. Et cela, au moment même\noù l'Allemagne, épuisée par un long siècle de génie musical, se tournait\nvers un art résolument statique, et créait ce style décoratif parfaitement\nassis, dont le goût français (encore aujourd'hui en pleine crise sonore) ne\npeut accepter l'immobile et solide aplomb.\nDonc, les futuristes, loin d'attaquer la musique, comme ils ont\nattaqué les arts et les lettres, ne sauraient que tomber d'accord avec elle.\nC'est ce qu'ils font, et leur thèse du bruit, toute folle qu'elle paraisse, ou\nqu'elle veuille paraitre, n'est en réalité qu'un ingénieuse défense du son."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "Pour le prouver, qu'on me permette d'abord de citer quelques\nlignes d'un journal récent. La scène se passe au Palais de justice de Paris.\nM. Cochon, d'une voix lente, lit ces conclusions :\nAttendu que la contravention de tapage injurieux ne pourrait être relevée\ncontre l'inculpé qu'autant qu'il serait établi que le bruit du Raffût de Saint-\nPolycarpe, discordant et inharmonieux, blesserait ainsi les oreilles des propriétaires:\nAttendu qu'il n'en est pas ainsi : Que la musique du Raffût de Saint-Polycarpe\nest de nature à charmer les oreilles des propriétaires les plus prévenus...\nM. LE PRÉSIDENT VIAL, interrompant M. Cochon. Je n'admets pas qu'on\nse moque de moi...\nM. COCHON. La musique du Raffût de Saint-Polycarpe n'est pas inju-\nrieuse.\nM. LE PRÉSIDENT VIAL. Vous prétendez que votre musique ne constitue\npas un charivari ?\nM. COCHON. Oui... Aussi je demande dans mes conclusions que, pour me\njuger en connaissance de cause, vous ordonniez que le Raffût de Saint-Polycarpe\nse fasse entendre à l'audience... Parfaitement éclairé, vous pourrez juger ensuite...\nUn agent vient déclarer que les instruments de musique du \" Raffût de Saint\nPolycarpe \" sont des casseroles, des boîtes en bois, des caisses à savon et un clairon\n\" qui sonne très mal \". C'est, ajoute l'agent, un vacarme épouvantable et discordant.\nM. COCHON. Il y a de l'harmonie dans cette musique... Vous n'êtes pas\nexpert en musique.\nEt le tribunal de conclure à une condamnation :\nAttendu que la religion du tribunal est suffisamment éclairée sur la nature\ndes bruits que peut produire l'ensemble des objets employés pour ce charivari: que\ndes éléments suffisants d'appréciation sont apportés parles dépositions des témoins.\nLa moralité de cette histoire vraie, c'est qu'entre le bruit et la\nmusique, la séparation n'est pas si manifeste, qu'elle puisse apparaître à la\ncompétence d'un tribunal éclairé. N'en est-il pas de même dans nos salles\nde concert ? Sur quelques millions d'êtres humains, pourvus d'oreilles, et\nformant le public civilisé, combien existe-t-il d'auditeurs pour une sym-\nphonie, fut-elle de Beethoven ? Très peu, guère plus d'i °/0. Pour les\nautres, grosse majorité, la Neuvième est un charivari, confus et ennuyeux.\nCharivari aussi, et d'autre part, aux oreilles d'un de nos plus grands\nmaîtres, que la fanfare de la Péri de Dukas. Charivari encore pour une\nautre gloire de l'école française que la de Strauss. Je connais plus\nd'un amateur, en province, qui à l'audition de la se plait"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "à imagimer que le pianiste a suivi les préceptes de l'Evangile, et que sa\ndroite ignore totalement ce que fait sa gauche. Et ainsi de suite.... Qu'on\nfasse une enquête. Je défie de trouver dans l'opinion publique une limite\napproximative entre le bruit et la musique, aujourd'hui comme hier.\nMozart fut l'homme du bruit en 1775, comme Lully en 1660, comme\nStrawinski en 1913. Encore sommes-nous ici entre Européens. Faut-il\ninvoquer le témoignage des Jaunes et des Noirs ?\nToute différence entre ces deux contraires est affaire de goût,\nd'habitude et de psychologie. Hors de l'oreille tout est bruit. En passant\nen nous, le son devient musique, parce qu'il est saisi et compris par une\nconscience organisée. La musique, c'est l'art d'interpréter les bruits.\nC'est d'ailleurs ce que reconnaissent les physiciens eux-mêmes,\nlorsqu'à la suite d'Helmholtz, ils nous enseignent qu'un son régulier et\nrationnel dans la constitution de ses éléments, est musical, tandis qu'il reste\nà l'état de bruit dans le cas contraire. Une certaine proportion vibratoire,\net nous sommes dans la musique. Une plus grande complexité de rapports,\net nous voici dans le bruit. Pourquoi ? Personne ne saurait le dire ; ce\nTvieux problème, tel le veau d'or de l'opéra est toujours debout. Les\nFuturistes lui ont donné une forme et neuve sensationnelle, mais nous le\nconnaissions déjà depuis longtemps sous les noms irritants de\net Dissonances.\nQue n'a-t-on pas tenté pour isoler et définir ces deux concepts,\ntoujours enchevêtrés, toujours solidaires, au grand désespoir de l'école\net du dogmatisme. Vains efforts ! Ces groupes ennemis sont appelés\nà se rejoindre définitivement pour ne plus former qu'une seule et\nmême série. De même, son et bruit apparaissent aujourd'hui comme des\nprolongements l'un de l'autre, dans la logique auditive. Cela se comprend:\ncar, c'est bien un élément de bruit qui se cache dans la dissonance et lui\npermet d'agir sur le sens musical, autrement que n'agit la consonance\nparfaitement régulière. Mais, dès que la sensibilité est revenue de ce premier\némoi, qu'elle s'est accoutumée à cette succession ou à cette agrégation\nsonore, que reste-t-il de la dissonance ?\nIl fut un temps où la neuvième était dissonance, où la septième l'était,\noù la tierce l'était. Aujourd'hui, toutes ces formations ont droit de cité\ndans la musique, et se meuvent librement, comprises et admises partout.\nLa dissonance a été un acheminement du bruit vers le son.\nDans la musique actuelle c'est en vain qu'on voudrait attribuer un"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.13", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "sens à ces mots désuets. Il n'y a pas plus de consonances et de dissonances\nque d'accords parfaits ou imparfaits, car la perfection suppose un crité-\nrium esthétique, que personne ne songe plus à établir. Il y a simplement\ndes accords qui correspondent à des sensations artistiques, et dont le\ncompositeur use à sa fantaisie, Le bruit et la musique sont donc singu-\nlièrement voisins, et le pas que franchissent les futuristes pour les réunir\nn'est pas réellement si grand. ~ ~ . ~ •\nEnfin, avez-vous remarqué, lecteur sans doute anti-futuriste, que le\ndéveloppement de l'art s'est toujours accompli exclusivement du côté\ndissonance, c'est à dire du côté bruit ? Le compositeur illustre a beau\nchanger de siècle ou de nom, s'appeler Monteverde, Wagner ou Debussy,\non peut être sûr qu'il se signalera toujours à l'attention des foules en\nintroduisant dans l'économie sonore des valeurs jusque là considérées\ncomme irrationnelles, et des agents d'altération, dont le son musical est\ncensé exempt par définition. N'est-ce pas singulier ? Depuis trois mille\nans la musique marche allègrement àla conquête du bruit ! y.! •\nTout cela ne prouve-t-il pas que ces vocables, autour desquels on\npolémise, sont tout au plus des mots commodes pour dissimuler des\nidées fragiles. A l'examen, et en considérant les choses du point de vue\nde Sirius, comme le voulait Renan, il n'existé peut-être ni son ni bruit,\nmais un éternel état vibratoire, auquel l'artiste prête une oreille plus ou\nmoins complaisante, plus ou moins bien douée. Le compositeur, et\nl'auditeur après lui, entendent ce qu'ils peuvent, et comme ils le peuvent.\nCe qui leur échappe est par eux qualifié de bruit. Ce bruit, musique\nencore diffuse, située hors du champ de leur audition, leur apparait\ncomme le contraire même de la musique proprement dite, de celle qu'ils\npeuvent apprécier... Voilà tout. C'est humain, mais ce n'est pas plus\njudicieux que de crier : Vive le bruit ! Entre ceux qui font du bruit, en\ncroyant faire de la musique, et ceux qui franchement veulent faire de la\nmusique en ouvrant la porte au bruit, qui est donc le plus logique ?\nOn le voit, les bruiteurs se justifient aisément, du moins en théorie.\nCela vient de ce qu'ils s'inspirent d'une esthétique familière au musicien\ndepuis Beethoven et Schopenhauer, Qu'on ne s'effraie pas de ces grands\nnoms ! Le futurisme peut s'en réclamer, ainsi que de ceux de Bergson ou"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.14", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "de Poincaré. Il suffit en effet de considérer le monde comme le jeu d'une\nforce perpétuellement active, et de se représenter la musique comme la\nmanifestation la plus directe de cette force cosmique; aussitôt l'intérêt du\nbruit dans la mécanique sonore apparait, puisque le bruit est de la musique\nen puissance, de la musique latente, qui attend son tour. Et quand ce\ntour arrive, quand un génie de l'art fait entrer un peu de bruit dans le\ndomaine des sons humanisés, nous avons l'impression d'une haute et\nsublime révélation, ei ne hoehere Offenbarungcomme disait le vieux sourd.\nIl nous semble que les frontières de la musique se sont reculées et le\nmusicien n'a pas de plus belle mission que de s'exercer, solitaire et\nfarouche? au mécanisme de cet acte révélateur, à cet enfantement du bruit\nmusicalisé. Toute notre musique du XIXe siècle, en son travail d'origina-\nlité jalouse, agressive, est fille de ce labeur beethovenien, qui est beau en\nlui-même, comme une mayeutique sonore, et indépendamment de la\nplastique des formes mises au monde par lui.\nVoilà pour la doctrine. Mais, en pratique le difficile est précisément\nd''intégrer le bruit dans la musique. Les futuristes auraient pu négliger ce\nsoin, et, comme Tartarin, s'écrier : fen de brut, sans se soucier du reste.\nIls ont, au contraire, aperçu l'écueil que l'esthétique tendait à leurs âmes\ncandides, et ils se sont efforcés de l'éviter. Russolo nous dit très nettement\nsa prétention d'employer les bruits, non pas comme simples bruits livrés\nau hasard, mais comme agents précis de musicalité. \" L'art des bruits,\nécrit-il ne doit pas être limité à une simple reproduction imitative... Nous\nvoulons entonner et régler harmoniquement ces bruits... fixer le degré, ou\nton, de la vibration prédominante... Par une savante variation de tons,\nles bruits perdent en effet leur caractère épisodique accidentel et imitatif,\npour devenir des éléments abstraits de l'art \"En un mot, le bruit\nsera traité comme un ton, comme un élément musicable. Nous ne connais-\nsons pas encore le mécanisme des instruments bruiteurs, et nous ne\npouvons juger dans quelle mesure un glouglouteur ou un renâcleur peut\nréaliser ce programme de la transfusion du bruit dans l'organisme vivant\nde la musique. Ce qui est certain c'est que la tâche ne sera pas facile.\nPourquoi ? Parceque les futuristes agissent en doctrinaires. Ils ne se\nprésentent pas à nous comme des inspirés, que la musique fait bruire\nmalgré eux, mais comme des réformateurs conscients, qui se sont demandés\ncomment ils pourraient bien servir la cause futuriste du coté musical. Or,\njusqu'ici, depuis que le monde est monde, le bruit s'est toujours glissé"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.15", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1338, "texte": "dans la musique par la porte de l'inconscience et du génie. L'artiste a\ndeviné ce que l'humanité ignorait encore, et, malgré les protestations du\npublic et de l'école, il a laissé la complexité, le trouble, la confusion\ns'introduire dans son art, pour l'enrichir, et l'intensifier. Puis, il a été lui-\nmême dépassé dans la voie des dissonances et des mélanges orchestraux\npar un artiste suivant. Mais, cette évolution a toujours été guidée par\nun souci de beauté et d'expression ; Beethoven lui-même, si pleinement\nconscient du rôle révélateur de la musique, ne songea guère au coté\nmatériel de cette révélation.\nLes bruiteurs disciples de Marinetti y songent avant tout. Ce sont des\nscientifiques. Il font d'abord du bruit, et ils espèrent ensuite un résultat\nqui doit être musical. Cette synthèse des bruits dont ils rêvent, et qui\ns'accomplit d'ordinaire dans le subconscient de l'artiste, ils la préparent\nau grand jour du laboratoire. Cela peut être dangereux.\nEn tout cas leurs manifestes ont attiré l'attention sur un des\nproblèmes les plus captivants de notre art. Il appartient à l'ltalie, patrie\nde Monteverde, de Palestrina et de Rossini de donner à ce problème qui\ni\nest celui de la genèse du phénomène musical, une solution nouvelle et peut-\nêtre imprévue. Italia jarà da se...\n\nJ. Ecorcheville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c012", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.4", "titre_corps": "LE CAS RUST", "titre_sommaire": "LE CAS RUST", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "Ce que nous avons vu jusqu'à présent est un Frédéric W. Rust plus\nou moins défiguré, parfois méconnaissable, mais, au demeurant, toujours\nFrédéric W. Rust l'Ancien. Jusqu'ici, le docteur opère en collaboration ;\nil va maintenant opérer lui-même et seul, dans les œuvres de son ancêtre.\nEt cela par trois moyens : par suppressions, par substitutions, par adjonc-\ntions. Oui, Guillaume Rust va, devant nous, faire des coupures, remplacer\ndes passages entiers, et se permettre des intercalations d'une fantaisie à\nlaquelle (encore une fois) il faut rendre hommage, mais il convient aussi\nde lui laisser la paternité. Nous arriverons ainsi jusqu'à la fameuse et\ndernière sonate de 1891, celle en ut, qui, de 286 mesures dans l'original,\npassera à 500 dans l'édition !\nNous venons de voir, au début de la sonate en la, une deuxième\nidée, complètement évanouie. Même disparition dans la sonate en si\nbémol ; la tête du second thème a été mutilée ainsi que l'indique\nl'absence de ces deux mesures :\nDans la même œuvre manquent les mesures 154 et 155, et de 158\nà 165. Dans la Sonata italiana^manquent les mesures 163 à 165. A la fin\n\n1 Voir le dernier numéro de la Revue"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 11, "texte": "LE CAS RUST"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.17", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 319, "texte": "du second morceau de la belle sonate en si mineur, une série de vingt\ntrois mesures brille par son absence. Ailleurs, c'est une cadence, une\npériode, etc....\nPar contre, en arrivant au milieu du premier morceau de la sonate\nen ré nous trouvons :\nau lieu de :\nSurprise égale dans la sonate en si bémol :"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1014, "texte": "ou plus loin :\nParfois encore, c'est un souple dégagement qui se voit remplacé par\nune imitation mélodique. C'est un dispositif qui disparaît pour faire\nplace à un autre. En un mot, un perpétuel aménagement dans l'archi-\ntecture de l'œuvre.\nQuant aux passages ajoutés par le Dr. Guillaume, ils durent être\npour lui l'occasion de bien vives joies, si l'on en juge par le développe-\nment qu'il leur a donné. Nous ne les citerons pas tous, car autant\nvaudrait rééditer une bonne partie de ces sonates. Ici, ce sont des inter-\ncalations de quelques mesures, comme ce fameux thème de Corelli dont\nest tirée, de toutes pièces, la grande fantaisie de trois pages qui s'étale\nen forme de troisième morceau dans cette Ou encore\ncomme cette idée insidieusement glissée à la fin du premier allegro de la\nSonate en fa dièze et qui est un avant goût du larghetto suivant.\nAilleurs, et le plus souvent, c'est un moyen de grossir le développe-\nment et de renforcer l'effet romantique. Telles ces trente mesures de la"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.19", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "sonate en si mineur qui s'ornent du titre significatif :\ndramatico. Il tempo inquieto !.... Tel cet épisode ajouté dans la sonate en ré\ndans l'intention manifeste de corser l'intérêt thématique.\nEt, si l'on veut un exemple complet de cette manière, on pourra se\nreporter à l'adagio de la sonate en la, que ses dimensions m'empêchent\nde citer ici, adagio, qui se prénomme comme la sonate elle-\nmême s'appelle Erotica, et qui mérite bien, en effet, ce vocable fantaisiste.\nQu'on le lise dans l'édition de Leipzig en supprimant les mesures 4-8,\n9-22, et 33-35, et en tenant compte de l'habituel habillage dont le\ndocteur ne saurait se priver. Puis, qu'on aprécie ce passage de la\npréface :\n\" La fantaisie d'un style, tantôt libre, tantôt rigoureux, prend ici son vol et\natteint des hauteurs presque sans exemple à cette époque ; de même l'éclat de la\nlangue, la plénitude et la profondeur des idées poétiques, tout cela jaillit sous\nl'impulsion d'événements extraordinaires arrivés au compositeur. Il venait d'être\nnommé par son Prince, directeur de la musique de la cour Gœthe fréquenta"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 575, "texte": "Dessau vers la même époque. Serait-il possible que Rust n'ait pas fait entendre au\ngrand poète cette œuvre incomparable, encore dans toute sa nouveauté ? Non\ncertes, et nous voulons voir dans la chanson de Claire, composée à ce moment par\nl'auteur d'Egmont, un écho sympathique où s'épanchèrent ses sentiments \"\nQuel battage !\nComme on devait le prévoir, la sollicitude de l'arrangeur se porte\nvolontiers aux fins des morceaux, que le vieux Rust laisse toujours un\npeu abruptes. Et ce seront de languissantes codas, dont pas une note ne\nfigure à Berlin. Citons :"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.21", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "Enfin l'étonnante péroraison de la Sonate en si, bien faite pour\nébranler les convictions d'un musicien.\nRust avait écrit :\nCe qui devient :\nN'est-il pas bien excusable, le lecteur bénévole qui, lisant ces pages"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "sentimentales en 1895, et les prenant pour l'œuvre d'un prédécesseur de\nBeethoven, s'extasiait et criait au génie ? Point n'était besoin de se dire\nhistorien patenté, pour reconnaître dans cette écriture les signes d'une\nmerveilleuse divination. Comment ! un musicien de Dessau maniait les\nformes et les harmonies avec cette désinvolture, dès la fin du XVIIIe, et\nil était resté inconnu, et ses œuvres étaient demeurées dans un tiroir ! Une\nréparation s'imposait. Il y avait là un mystère... Ce n'était qu'une mysti-\nfication. Nous y avons tous été pris.\nMais rien ne vaut encore la Sonate en ut majeur, dont nous avons\ndû, plusieurs fois déjà, nous occuper. Ici se rencontrent toutes les preuves\ndont nous avons rassemblé le faisceau au cours de notre enquête ; altéra-\ntions, substitutions, intercalations, adjonctions d'effets grossissants, et\nsurtout invention de morceaux entiers. Dans l'original, la sonate en ut\nmajeur de F. W. Rust se compose d'un allegro (celui qui apparaît p. 6\nde l'édition et se termine p. 13). Puis vient un jinal (celui de la p. 18),\nsuivi d'un fugato qui se termine comme en haut de la p. 28 en ajoutant\nles trois mesures finales de la p. 31. C'est tout. Donc, pas de\nenergico, pas à? Arioso adagio con express,pas de ni de pas de\nnouveau Récit energiconi d Andante sur le soi-disant air de\nMalbrouck \\pas enfin à?Allegro maestoso\nC'est à dire que nous avons devant nous, à Berlin, une œuvre légère\nen deux parties et trois morceaux, œuvre de virtuosité et de doigts, qui\nsoutient la comparaison avec beaucoup d'autres, ses contemporaines, et qui\nne manque ni de charme, ni de vivacité, ni même de formalisme. J'entends\npar là que la belle assurance de cette sonate en ut est celle d'un art en\npleine possession de ses moyens. Rust s'y révèle homme de métier, bon\ntechnicien, confrère de Cramer, de Pleyel, de Mozart, connaissant le\npublic auquel il a affaire etc... tout ce qu'on voudra ! Mais, Rust le\ncurseur, tout comme Rust le Triomphant, Rust qui part en guerre avec\nMalbrouck, c'est dans l'édition de 1891 qu'il faut aller le chercher.\nEt c'est bien là que nous avions cru le découvrir, sur la foi de titres,\nde préfaces et de partitions fantaisistes. Oui, il n'est pas douteux : ce\nqui nous a tous séduits, en cette malheureuse affaire, c'était de voir les\n\n1 Remarquons d'ailleurs combien ce thème ressemble peu à la chanson française de ce nom. Il\nfallait être Guillaume Rust pour assimiler cette sixte, noyée dans un contrepoint sévère, au vaudeville\nguilleret du XVIIIe siècle. Je ne vois ici qu'un truquage littéraire, destiné à justifier un truquage\nmusical."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.23", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "idées familières au XVIIIe siècle traitées par les procédés du XIXe. Or,\nce traitement est postérieur à l'apparition de ces œuvres, il est le fait\nd'un musicien moderne. Voilà la simple vérité.\nJe n'ai plus le courage d'insister. Que si M. d'lndy prétend encore\nque rien n'est changé à la teneur musicale des œuvres de Frédéric W.\nRust, maître de musique à Dessau, par leur publication posthume, je\nlui offre de prendre une quelconque de ses musiques de chambre, et de\nla publier en réduction de piano après y avoir ajouté un peu de Strauss,\nun peu de Schoenberg, un peu de Stravinsky, et un peu de Ravel, et,\nainsi allongée de moitié, de la donner au public sans avertissement aucun,\ncomme une œuvre nouvelle. Si l'auteur et l'éditeur acceptent cette pro-\nposition, j'absous le Docteur Guillaume.\niy accord avec le Dr V article\nd'lndy, notre èminent collaborateur nous fait parvenir la réponse suivante, que nous nous\nfaisons un plaisir d'insérer.\n\nE. Neufeldt.\n\nRÉPONSE DE M. VINCENT D'INDY\n\nQu'on se rassure, je ne veux pas être indiscret et je n'ajouterai qu'une page\nou deux au long plaidoyer de M. le Docteur Neufeldt qui déplace quelque peu la\nquestion (comme bien des plaidoyers) en s'efforçant de nous prouver ce que nous\nsavons tous : que le docteur Wilhelm Rust a défiguré certaines sonates de son\naïeul, comme Bulow, Tausig et tant d'autres allemands ont rendu méconnaissables\ndes chefs d'oeuvre de la musique. La seule différence est que ceux-ci ont avoué\nleurs méfaits, tandis que le docteur Wilhelm a pris soin de céler le sien...\nMais qu'est ce que ça peut nous faire, à nous musiciens ?\nQue le destructeur de la Joconde vienne informer demain M. Hennion que\nc'est lui le coupable, la Joconde n'en sera pas moins irrémédiablement détruite...\nQue M. de Bulow nous prévienne (ah ! si peu î) qu'il a kritisch bearbeitet telle\nœuvre de Scarlatti, l'œuvre en question n'en sera pas moins monstrueusement\ndéfigurée, et les pianistes, qui ne lisent guère les préfaces, n'en présenteront pas\nmoins au public qui n'en peut mais, une production de Bulow pour une Sonate\nde Scarlatti. C'est ce qu'on appelle dans le commerce une tromperie sur la\nmarchandise.\nIl me serait facile de répondre point par point aux arguments de M. Neufeldt ;\nje le ferai quelque jour en démontrant par des exemples musicaux, combien les"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.24", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "tripatouilleurs allemands, voire les plus illustres, ont dépassé le pauvre docteur\nWilhelm dans l'art du sabotage des chefs d'œuvre, mais je ne veux pas grossir\noutre mesure le présent N° de la S. I. M.\nAu surplus, la question n'est pas là, elle tient tout entière dans cette très\nsimple proposition : Oui ou non, la musique\nMoi, je réponds oui, sans hésiter\nLe docteur Neufeldt, lui, dit : Eh ! eh !...\nMoi, j' ai toujours reconnu en Rust un novateur important, un indéniable\nprécurseur des formes modernes avant comme après la découverte des\ntripatouillages.\nLe docteur Neufeldt, lui, proclame ce vieux Rust un Titan, un génie colossal,\nlorsqu'il le voit à travers les repeints et les trucages de son petit fils, mais ne lui\nconcède plus que l'épithète d'\" élégant artiste \" lorsqu'il l'aperçoit lui-même dans\nsa géniale simplicité.\nPour moi, je ne me suis jamais élevé contre autre chose que contre l'opinion\ndes gens qui, comme M. Neufeldt, et certains de nos musicographes après lui,\nfont consister toute la beauté de la musique dans quelques contrepoints plus ou\nmoins ingénieux...\nAvec contrepoints, on est un Titan..., sans contrepoints, on n'est plus qu'un\nélégant artiste...\nQui donc débarrassera notre art musical de la littérature !...\nD'une correspondance que j'entretins cet été avec le Dr Neufeldt (corres-\npondance où il me proposait sa collaboration pour une édition des œuvres de Rust)\nj'ai conclu que cet excellent docteur devait être un homme charmant, un peu naïf :\n(il faut bien l'être pour avoir attribué àun musicien du XVIIIe siècle, fut il un\nTitan, les harmonies gounodiennes du docteur Wilhelm) et auquel je ne voudrais\nfaire \" nulle peine, même légère Aussi, je m'empresse de lui faire mes excuses\nde l'avoir chagriné par l'épithète de \" fumiste \" que je lui avais appliquée sans y\nvoir autre chose qu'une plaisanterie, je retire très volontiers cette épithète ; j'irai\nmême jusqu'à retirer le terme \"joyeux \" qui a paru le contrister tout particulière-\nment et je ne puis mieux terminer ces observations qu'en citant ici le début de ma\ndernière lettre à l'estimable docteur, lettre amicale dans laquelle je tâchais de\nremettre la question au point... et de lui expliquer\n19 Juillet 1913\n\"Très honoré Monsieur\n\"J'ai pris connaissance de votre article sur le paru dans\n\" que vous avez bien voulu me communiquer. Je l'ai trouvée fort amusant et"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.25", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3006, "texte": "\" plein d'humour, mais j'ai constaté, avec regret, que l'analyse donnée par nos\n\" musicographes parisiens en était parfaitement juste, et cette lecture n a fait que\n\" me confirmer dans mon opinion à son sujet.\n(lci, quelques réflexions sur la profondeur des docteurs allemands —je les passe\npour n'être point, de nouveau, accusé de chauvinisme ;)\n\" mais, permettez moi de vous le dire sans acrimonie, vous avez fait preuve\n\" d'une inconcevable légèreté,\n\" Vous avez eu d'abord la naïveté de croire à l'authenticité d'une édition\n\" allemande\n(Je passe encore pour n'être pas, une troisième fois, taxe de chauvinisme ;)\n\" et alors, ne trouvant pas, dans les manuscrits autographes, le vêtement\n\" polyphonique surchargé et de mauvais goût (il faut bien en convenir) dont le\n\" docteur Wilhelm avait revêtu les œuvres de son grand père, vous avez déclaré\n\" bien haut que c'était une catastrophe (et nos musicographes français vous ont\n\" suivi dans cette voie), alors que c était au contraire un grand bonheur de voir\ntc ces admirables compositions débarrassées des oripeaux de clinquant et de\n\" style dont on les avait maladroitement affublées.\n\" Voila, Monsieur, votre grande erreur, celle qu'on ne saurait assez vous\n<£ reprocher : vous n'avez envisagé la chose qu a la surface, vous n avez point ete\n\" au fond ; du moment que le vêtement polyphonique (détail de peu d împor-\n« tance) n'existait plus, vous vous êtes détourné et vous n'avez pas daigné faire\n\" attention à la A /Lusi<^ueià la belle A'lusiquedu hardi novateur que fut F. W. Rust !\n\" Vous n'avez pas su voir la nouveauté et l'originalité de ces compositions,\n\" leur construction, tellement en avant de leur epoque qu il faut aller jusqu a la\n\"troisième période de la vie de Beethoven (1815) pour trouver des constructions\n\" similaires.\n\" Vous n'avez pas su voir que Rust —le premier a ose batii des Sonates\niC entières sur un seul thème servant de base a toutes les parties de 1 œuvre, (Sonates\n£C en fa dièze mineur, en rè mineur) et qu'il devançait aussi de beaucoup le mouvement\n\" cyclique esquissé au XIXe siècle par Liszt et Schumann, et applique par César\n\" Franck.\nc< Vous n'avez pas su voir, dans ces œuvres, 1 emploi cependant si frappant\n\"du leitmotiv, tel que Wagner en fait plus tard usage. (Sonates en mi mineur, en\n\" ut majeur.)\n\" Vous n'avez pas su voir la ressemblance profonde, ressemblance d idees et\n\" ressemblance de conception, qui apparente de si près Rust a Beethoven, non plus\n\" que la fantaisie quasi romantique, qui fait qu'on pourrait attribuer certains\n\" passages de ces Sonates à un Weber ou à un Schubert.\n\" Vous n'avez pas discerné la très curieuse originalité de 1 écriture de Rust,\n\" pour le piano comme pour le violon, et vous n'avez pas su voir a quel point les\n\" Sonates du musicien de Dessau, dans leur véritable forme, dépassent en intérêt\n\" musical, en nouveauté de construction, en recherche de réalisations sonores et\n\" poétiques, toutes les productions similaires de ses contemporains..."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1185, "texte": "\" Tout cela vous n'avez pas su le voir ou, si vous l'avez vu, il fallait\n\" le dire !... \"\nLe reste de la lettre roulait sur d'autres questions.\nEt maintenant, pour conclure, je maintiens que, sur une douzaine de Sonates\npour piano du grand père, deux seulement (en la majeur et re mineur) sont\ncomplètement déformées dans la publication faite par le petit-fils ; dans la plupart\ndes autres, la musique reste indemne, malgré les surcharges. Je maintiens de plus\net la meilleure preuve en sera la très prochaine édition des Sonates pour piano x,\ncopiées sur les manuscrits originaux —je maintiens que la musique du vieux\ncompositeur de Dessau est de la très belle musique.\nQuod erat demonstrandum... et nil aliud.\nVINCENT D'INDY.\nSeptembre 1913 -\nM. E. Neufeldt nous communique cette\n\" M. d'lndy m'oppose une lettre qu'il m'avait adressée en Juillet\ndernier, c'est-à-dire, à une époque où l'article ci-dessus n'était même pas\nrédigé. Entre les preuves que je me suis efforcé de produire loyalement\net la littérature antidatée de M. Vincent d'lndy, le lecteur choisira. \"\n1 Les douze Sonates de F. W. Rust sont publiées chez MM. Rouart et Lerolle, éditeurs de\nmusique.\n\nE. N."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c014", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.4.2", "titre_corps": "Ce que nous avons vu jusqu'à présent est un Frédéric W. Rust plus", "titre_sommaire": "Ce que nous avons vu jusqu'à présent est un Frédéric W. Rust plus", "signature_source": "E. Neufeldt", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "Ce que nous avons vu jusqu'à présent est un Frédéric W. Rust plus\nou moins défiguré, parfois méconnaissable, mais, au demeurant, toujours\nFrédéric W. Rust l'Ancien. Jusqu'ici, le docteur opère en collaboration ;\nil va maintenant opérer lui-même et seul, dans les œuvres de son ancêtre.\nEt cela par trois moyens : par suppressions, par substitutions, par adjonc-\ntions. Oui, Guillaume Rust va, devant nous, faire des coupures, remplacer\ndes passages entiers, et se permettre des intercalations d'une fantaisie à\nlaquelle (encore une fois) il faut rendre hommage, mais il convient aussi\nde lui laisser la paternité. Nous arriverons ainsi jusqu'à la fameuse et\ndernière sonate de 1891, celle en ut, qui, de 286 mesures dans l'original,\npassera à 500 dans l'édition !\nNous venons de voir, au début de la sonate en la, une deuxième\nidée, complètement évanouie. Même disparition dans la sonate en si\nbémol ; la tête du second thème a été mutilée ainsi que l'indique\nl'absence de ces deux mesures :\nDans la même œuvre manquent les mesures 154 et 155, et de 158\nà 165. Dans la Sonata italiana^manquent les mesures 163 à 165. A la fin\n\n1 Voir le dernier numéro de la Revue"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.17", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 319, "texte": "du second morceau de la belle sonate en si mineur, une série de vingt\ntrois mesures brille par son absence. Ailleurs, c'est une cadence, une\npériode, etc....\nPar contre, en arrivant au milieu du premier morceau de la sonate\nen ré nous trouvons :\nau lieu de :\nSurprise égale dans la sonate en si bémol :"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1014, "texte": "ou plus loin :\nParfois encore, c'est un souple dégagement qui se voit remplacé par\nune imitation mélodique. C'est un dispositif qui disparaît pour faire\nplace à un autre. En un mot, un perpétuel aménagement dans l'archi-\ntecture de l'œuvre.\nQuant aux passages ajoutés par le Dr. Guillaume, ils durent être\npour lui l'occasion de bien vives joies, si l'on en juge par le développe-\nment qu'il leur a donné. Nous ne les citerons pas tous, car autant\nvaudrait rééditer une bonne partie de ces sonates. Ici, ce sont des inter-\ncalations de quelques mesures, comme ce fameux thème de Corelli dont\nest tirée, de toutes pièces, la grande fantaisie de trois pages qui s'étale\nen forme de troisième morceau dans cette Ou encore\ncomme cette idée insidieusement glissée à la fin du premier allegro de la\nSonate en fa dièze et qui est un avant goût du larghetto suivant.\nAilleurs, et le plus souvent, c'est un moyen de grossir le développe-\nment et de renforcer l'effet romantique. Telles ces trente mesures de la"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.19", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "sonate en si mineur qui s'ornent du titre significatif :\ndramatico. Il tempo inquieto !.... Tel cet épisode ajouté dans la sonate en ré\ndans l'intention manifeste de corser l'intérêt thématique.\nEt, si l'on veut un exemple complet de cette manière, on pourra se\nreporter à l'adagio de la sonate en la, que ses dimensions m'empêchent\nde citer ici, adagio, qui se prénomme comme la sonate elle-\nmême s'appelle Erotica, et qui mérite bien, en effet, ce vocable fantaisiste.\nQu'on le lise dans l'édition de Leipzig en supprimant les mesures 4-8,\n9-22, et 33-35, et en tenant compte de l'habituel habillage dont le\ndocteur ne saurait se priver. Puis, qu'on aprécie ce passage de la\npréface :\n\" La fantaisie d'un style, tantôt libre, tantôt rigoureux, prend ici son vol et\natteint des hauteurs presque sans exemple à cette époque ; de même l'éclat de la\nlangue, la plénitude et la profondeur des idées poétiques, tout cela jaillit sous\nl'impulsion d'événements extraordinaires arrivés au compositeur. Il venait d'être\nnommé par son Prince, directeur de la musique de la cour Gœthe fréquenta"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 575, "texte": "Dessau vers la même époque. Serait-il possible que Rust n'ait pas fait entendre au\ngrand poète cette œuvre incomparable, encore dans toute sa nouveauté ? Non\ncertes, et nous voulons voir dans la chanson de Claire, composée à ce moment par\nl'auteur d'Egmont, un écho sympathique où s'épanchèrent ses sentiments \"\nQuel battage !\nComme on devait le prévoir, la sollicitude de l'arrangeur se porte\nvolontiers aux fins des morceaux, que le vieux Rust laisse toujours un\npeu abruptes. Et ce seront de languissantes codas, dont pas une note ne\nfigure à Berlin. Citons :"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.21", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "Enfin l'étonnante péroraison de la Sonate en si, bien faite pour\nébranler les convictions d'un musicien.\nRust avait écrit :\nCe qui devient :\nN'est-il pas bien excusable, le lecteur bénévole qui, lisant ces pages"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "sentimentales en 1895, et les prenant pour l'œuvre d'un prédécesseur de\nBeethoven, s'extasiait et criait au génie ? Point n'était besoin de se dire\nhistorien patenté, pour reconnaître dans cette écriture les signes d'une\nmerveilleuse divination. Comment ! un musicien de Dessau maniait les\nformes et les harmonies avec cette désinvolture, dès la fin du XVIIIe, et\nil était resté inconnu, et ses œuvres étaient demeurées dans un tiroir ! Une\nréparation s'imposait. Il y avait là un mystère... Ce n'était qu'une mysti-\nfication. Nous y avons tous été pris.\nMais rien ne vaut encore la Sonate en ut majeur, dont nous avons\ndû, plusieurs fois déjà, nous occuper. Ici se rencontrent toutes les preuves\ndont nous avons rassemblé le faisceau au cours de notre enquête ; altéra-\ntions, substitutions, intercalations, adjonctions d'effets grossissants, et\nsurtout invention de morceaux entiers. Dans l'original, la sonate en ut\nmajeur de F. W. Rust se compose d'un allegro (celui qui apparaît p. 6\nde l'édition et se termine p. 13). Puis vient un jinal (celui de la p. 18),\nsuivi d'un fugato qui se termine comme en haut de la p. 28 en ajoutant\nles trois mesures finales de la p. 31. C'est tout. Donc, pas de\nenergico, pas à? Arioso adagio con express,pas de ni de pas de\nnouveau Récit energiconi d Andante sur le soi-disant air de\nMalbrouck \\pas enfin à?Allegro maestoso\nC'est à dire que nous avons devant nous, à Berlin, une œuvre légère\nen deux parties et trois morceaux, œuvre de virtuosité et de doigts, qui\nsoutient la comparaison avec beaucoup d'autres, ses contemporaines, et qui\nne manque ni de charme, ni de vivacité, ni même de formalisme. J'entends\npar là que la belle assurance de cette sonate en ut est celle d'un art en\npleine possession de ses moyens. Rust s'y révèle homme de métier, bon\ntechnicien, confrère de Cramer, de Pleyel, de Mozart, connaissant le\npublic auquel il a affaire etc... tout ce qu'on voudra ! Mais, Rust le\ncurseur, tout comme Rust le Triomphant, Rust qui part en guerre avec\nMalbrouck, c'est dans l'édition de 1891 qu'il faut aller le chercher.\nEt c'est bien là que nous avions cru le découvrir, sur la foi de titres,\nde préfaces et de partitions fantaisistes. Oui, il n'est pas douteux : ce\nqui nous a tous séduits, en cette malheureuse affaire, c'était de voir les\n\n1 Remarquons d'ailleurs combien ce thème ressemble peu à la chanson française de ce nom. Il\nfallait être Guillaume Rust pour assimiler cette sixte, noyée dans un contrepoint sévère, au vaudeville\nguilleret du XVIIIe siècle. Je ne vois ici qu'un truquage littéraire, destiné à justifier un truquage\nmusical."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.23", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "idées familières au XVIIIe siècle traitées par les procédés du XIXe. Or,\nce traitement est postérieur à l'apparition de ces œuvres, il est le fait\nd'un musicien moderne. Voilà la simple vérité.\nJe n'ai plus le courage d'insister. Que si M. d'lndy prétend encore\nque rien n'est changé à la teneur musicale des œuvres de Frédéric W.\nRust, maître de musique à Dessau, par leur publication posthume, je\nlui offre de prendre une quelconque de ses musiques de chambre, et de\nla publier en réduction de piano après y avoir ajouté un peu de Strauss,\nun peu de Schoenberg, un peu de Stravinsky, et un peu de Ravel, et,\nainsi allongée de moitié, de la donner au public sans avertissement aucun,\ncomme une œuvre nouvelle. Si l'auteur et l'éditeur acceptent cette pro-\nposition, j'absous le Docteur Guillaume.\niy accord avec le Dr V article\nd'lndy, notre èminent collaborateur nous fait parvenir la réponse suivante, que nous nous\nfaisons un plaisir d'insérer.\n\nE. Neufeldt."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c024", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.4.3", "titre_corps": "RÉPONSE DE M. VINCENT D'INDY", "titre_sommaire": "RÉPONSE DE M. VINCENT D'INDY", "signature_source": "E. N", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.23", "debut_caractere": 981, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "RÉPONSE DE M. VINCENT D'INDY\n\nQu'on se rassure, je ne veux pas être indiscret et je n'ajouterai qu'une page\nou deux au long plaidoyer de M. le Docteur Neufeldt qui déplace quelque peu la\nquestion (comme bien des plaidoyers) en s'efforçant de nous prouver ce que nous\nsavons tous : que le docteur Wilhelm Rust a défiguré certaines sonates de son\naïeul, comme Bulow, Tausig et tant d'autres allemands ont rendu méconnaissables\ndes chefs d'oeuvre de la musique. La seule différence est que ceux-ci ont avoué\nleurs méfaits, tandis que le docteur Wilhelm a pris soin de céler le sien...\nMais qu'est ce que ça peut nous faire, à nous musiciens ?\nQue le destructeur de la Joconde vienne informer demain M. Hennion que\nc'est lui le coupable, la Joconde n'en sera pas moins irrémédiablement détruite...\nQue M. de Bulow nous prévienne (ah ! si peu î) qu'il a kritisch bearbeitet telle\nœuvre de Scarlatti, l'œuvre en question n'en sera pas moins monstrueusement\ndéfigurée, et les pianistes, qui ne lisent guère les préfaces, n'en présenteront pas\nmoins au public qui n'en peut mais, une production de Bulow pour une Sonate\nde Scarlatti. C'est ce qu'on appelle dans le commerce une tromperie sur la\nmarchandise.\nIl me serait facile de répondre point par point aux arguments de M. Neufeldt ;\nje le ferai quelque jour en démontrant par des exemples musicaux, combien les"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.24", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "tripatouilleurs allemands, voire les plus illustres, ont dépassé le pauvre docteur\nWilhelm dans l'art du sabotage des chefs d'œuvre, mais je ne veux pas grossir\noutre mesure le présent N° de la S. I. 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Je l'ai trouvée fort amusant et"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.25", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3006, "texte": "\" plein d'humour, mais j'ai constaté, avec regret, que l'analyse donnée par nos\n\" musicographes parisiens en était parfaitement juste, et cette lecture n a fait que\n\" me confirmer dans mon opinion à son sujet.\n(lci, quelques réflexions sur la profondeur des docteurs allemands —je les passe\npour n'être point, de nouveau, accusé de chauvinisme ;)\n\" mais, permettez moi de vous le dire sans acrimonie, vous avez fait preuve\n\" d'une inconcevable légèreté,\n\" Vous avez eu d'abord la naïveté de croire à l'authenticité d'une édition\n\" allemande\n(Je passe encore pour n'être pas, une troisième fois, taxe de chauvinisme ;)\n\" et alors, ne trouvant pas, dans les manuscrits autographes, le vêtement\n\" polyphonique surchargé et de mauvais goût (il faut bien en convenir) dont le\n\" docteur Wilhelm avait revêtu les œuvres de son grand père, vous avez déclaré\n\" bien haut que c'était une catastrophe (et nos musicographes français vous ont\n\" suivi dans cette voie), alors que c était au contraire un grand bonheur de voir\ntc ces admirables compositions débarrassées des oripeaux de clinquant et de\n\" style dont on les avait maladroitement affublées.\n\" Voila, Monsieur, votre grande erreur, celle qu'on ne saurait assez vous\n<£ reprocher : vous n'avez envisagé la chose qu a la surface, vous n avez point ete\n\" au fond ; du moment que le vêtement polyphonique (détail de peu d împor-\n« tance) n'existait plus, vous vous êtes détourné et vous n'avez pas daigné faire\n\" attention à la A /Lusi<^ueià la belle A'lusiquedu hardi novateur que fut F. W. Rust !\n\" Vous n'avez pas su voir la nouveauté et l'originalité de ces compositions,\n\" leur construction, tellement en avant de leur epoque qu il faut aller jusqu a la\n\"troisième période de la vie de Beethoven (1815) pour trouver des constructions\n\" similaires.\n\" Vous n'avez pas su voir que Rust —le premier a ose batii des Sonates\niC entières sur un seul thème servant de base a toutes les parties de 1 œuvre, (Sonates\n£C en fa dièze mineur, en rè mineur) et qu'il devançait aussi de beaucoup le mouvement\n\" cyclique esquissé au XIXe siècle par Liszt et Schumann, et applique par César\n\" Franck.\nc< Vous n'avez pas su voir, dans ces œuvres, 1 emploi cependant si frappant\n\"du leitmotiv, tel que Wagner en fait plus tard usage. (Sonates en mi mineur, en\n\" ut majeur.)\n\" Vous n'avez pas su voir la ressemblance profonde, ressemblance d idees et\n\" ressemblance de conception, qui apparente de si près Rust a Beethoven, non plus\n\" que la fantaisie quasi romantique, qui fait qu'on pourrait attribuer certains\n\" passages de ces Sonates à un Weber ou à un Schubert.\n\" Vous n'avez pas discerné la très curieuse originalité de 1 écriture de Rust,\n\" pour le piano comme pour le violon, et vous n'avez pas su voir a quel point les\n\" Sonates du musicien de Dessau, dans leur véritable forme, dépassent en intérêt\n\" musical, en nouveauté de construction, en recherche de réalisations sonores et\n\" poétiques, toutes les productions similaires de ses contemporains..."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1185, "texte": "\" Tout cela vous n'avez pas su le voir ou, si vous l'avez vu, il fallait\n\" le dire !... \"\nLe reste de la lettre roulait sur d'autres questions.\nEt maintenant, pour conclure, je maintiens que, sur une douzaine de Sonates\npour piano du grand père, deux seulement (en la majeur et re mineur) sont\ncomplètement déformées dans la publication faite par le petit-fils ; dans la plupart\ndes autres, la musique reste indemne, malgré les surcharges. Je maintiens de plus\net la meilleure preuve en sera la très prochaine édition des Sonates pour piano x,\ncopiées sur les manuscrits originaux —je maintiens que la musique du vieux\ncompositeur de Dessau est de la très belle musique.\nQuod erat demonstrandum... et nil aliud.\nVINCENT D'INDY.\nSeptembre 1913 -\nM. E. Neufeldt nous communique cette\n\" M. d'lndy m'oppose une lettre qu'il m'avait adressée en Juillet\ndernier, c'est-à-dire, à une époque où l'article ci-dessus n'était même pas\nrédigé. Entre les preuves que je me suis efforcé de produire loyalement\net la littérature antidatée de M. Vincent d'lndy, le lecteur choisira. \"\n1 Les douze Sonates de F. W. Rust sont publiées chez MM. Rouart et Lerolle, éditeurs de\nmusique.\n\nE. N."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c026", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 27, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.5", "titre_corps": "MES SOUVENIRS DE FRÉDÉRIC CHOPIN", "titre_sommaire": "MES SOUVENIRS DE FRÉDÉRIC CHOPIN", "signature_source": "Peru", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "MES SOUVENIRS\nDE\nFRÉDÉRIC CHOPIN\n\nJ'avais dix-huit ans à peine et j'étais élève de Kalkbrenner. Un soir,\naprès diner, mon maître se mit à parler de moi à Chopin, en me donnant\ncomme un être incorrigible. Cela tenait à ce que d'un tempérament tout\ndifférent du mien il ne trouvait en moi que mauvaise volonté à obéir à\nses indications. Certes, c'était un grand pianiste, mais uniforme dans ses\ninterprétations, jouant un morceau avec le même sentiment la centième\nfois que la première.\nLa différence était si remarquable entre lui et Chopin, que ce\ndernier ne donnait jamais à ces œuvres la même expression, et que\npourtant elles restaient idéalement belles, grâce à l'inspiration nouvelle,\npuissante, tendre ou douloureuse. Il eût vingt fois de suite joué la même\npièce qu'on l'aurait écoutée avec un égal attrait.\nGeorge Sand a écrit : \"Le génie de Chopin est le plus plein de\nsentiment et d'émotion qui ait existé. Il a écrit avec un seul instrument\nla langue de l'infini, il a su résumer en des lignes qu'un enfant pourrait\njouer, des poèmes d'une élévation supérieure, des drames d'une énergie\nsans égale. Il faut de grands progrès dans le goût et l'intelligence de l'art,\npour que ses œuvres deviennent populaires \".\nIl y a plus de cinquante ans que George Sand a écrit ces lignes. Je\npasserai silencieusement sur la liaison qu'elle eût avec Chopin pendant les\nneuf années qu'ils vécurent l'un près de l'autre ; mais quoi qu'on ait pu"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.28", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "écrire ou dire sur cette intimité, elle prouve simplement que George Sand\navait un cœur généreux, un sentiment vrai du beau. C'était une femme\nexceptionnellement douée, inconsciente peut-être quelquefois, mais sans\nconteste possible, une idéaliste superbe, bien qu'elle restât, dit-on, un être\nvulgaire dans les tristes appétits de l'humanité.\nC'est en 1837 4ue Chopin vint à Nohant et en 1846 qu'il y séjourna\nla dernière fois. A vingt et un ans il arrivait à Paris, inspiré par le désir\nde prendre quelques leçons de Kalkbrenner, le plus grand maître de l'école\ndu piano d'alors. Dès le lendemain de son arrivée il se rendit dans la\ncité St Lazare qui n'existe plus depuis longtemps. Un domestique\ngalonné vint ouvrir et lui demanda son nom. Mais seul le prénom de\nFrédéric resta dans la mémoire du serviteur. Kalkbrenner, trouvant drôle\nque son visiteur se présentât sous le prénom qu'il portait lui même, donna\nl'ordre de l'introduire. Kalkbrenner était alors dans l'apogée de sa gloire\net manifestait dans tous les cas les allures de haute personnalité. Chopin\navait à cette époque une tenue très modeste et portait une cravate longue\net large qui cachait son linge blanc. Après s'être respectueusement présenté\nau maître, il lui demanda de prendre quelques leçons avant de partir pour\nl'Angleterre. Kalkbrenner lui répondit qu'il avait fort peu de temps\ndisponible et que ses conseils étaient au moins de vingt-cinq francs.\n\" Eh bien, Monsieur, j'accepterai, si vous le voulez bien, quatre leçons\nd'un homme comme vous, car je ne puis disposer que de cent francs. \"\nKalkbrenner qui, en réalité, ne manquait pas de cœur, fut très touché et\ndit alors \" Monsieur, voulez-vous me jouer quelque chose ? \" Chopin,\ntrès ému, se plaça au Piano en avouant qu'il ne jouait ordinairement que\nses œuvres. Quoiqu'un peu surpris, le maître lui dit alors \" Si vous voulez\nMonsieur. \" Chopin après avoir préludé un instant, joua une étude de lui,\npuis se leva en disant \"Je ne puis pas jouer en ce moment\" Mais\nKalkbrenner ému par le style de ce jeune homme, répondit \" Calmez-\nvous, reprenez votre talent et dans quelques minutes remettez-vous au\npiano \" C'est après une courte causerie, plus intime déjà, que Chopin s y\nremit. Il joua alors plusieurs de ses œuvres, admirablement. Kalkbrenner,\naprès le dernier morceau se leva, lui prit les mains, et lui dit ces paroles\nqui sont à la gloire du maître \" Non, Monsieur, je ne vous donnerai pas\nde leçons, restez ce que vous êtes et vous n'aurez jamais de rival. \" Ce fait\nsi rare dans la vie des artistes, m'a été répété par les deux hommes\ndevenus des amis intimes."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.29", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "Kalkbrenner intéressé dans la maison Pleyel, y conduisit Chopin.\nCelui-ci se servit toujours des Pleyel et leur resta fidèle jusqu'à sa mort.\nIl créa une forme et un style uniques, très reconnaissables pour un\nmusicien un peu érudit. Il y a des mélodies de Chopin comme il y a des\nfigures de Rembrant et de Raphaël. C'était un musicien instinctif, mer-\nveilleusement doué, qui a eu bien peu à apprendre des règles de l'art et a\ncomposé par un instinct tout impulsif. Ses manuscrits le prouvent. Son\nconcept musical fut le reflet d'une extrême sensibilité. Sa nature délicate,\nimpressionnable, exquise, le mettait à l'abri des pensées vulgaires. Il\na enrichi l'art autrement que bien des compositeurs dont les œuvres sont\nplus nombreuses. Encore faut-il ajouter qu'à trente-neuf ans il avait déjà\nproduit plus de deux cents pièces dont beaucoup sont idéalement belles.\nSa caractéristique dans l'art musical c'est la spontanéité servie par les plus\noriginales facultés primesautières. En naissant il avait été baisé au front\npar la muse, et elle avait parfumé ses lèvres lyriques du plus pur miel de\nl'Hymette en prononçant le Tu éMarcellus eris des prédestinés àla douleur\net à l'immortalité.\nL'œuvre complète de Chopin n'est homogène que par rapport à un\nordre de sentiment, celui d'une plaintive mélancolie. Les mouvements\nde violence et d'irritation ne sont presque jamais prévus, on cherche le\nmobile, sans le deviner. Bien fou serait du reste celui qui voudrait\nanalyser l'enchaînement rationnel de toutes les pensées, les visions, les\njoies et les douleurs qui se heurtent simultanément dans le cerveau d'un\ngrand artiste, dont l'imagination vagabonde sous l'action d'un système\nnerveux indocile. La postérité se charge, tôt ou tard, de rendre justice à\nqui de droit. Les juges impartiaux, désintéressés, ne regardent que de\nloin, en arrière, les temps écoulés. Ils analysent d'une façon plus abstraite,\nmais plus précise, que ne peuvent le faire les contemporains, soumis malgré\neux, à l'influence du goût général, lequel domine, à tort ou à raison, les\njugements portés à l'époque où ils vivent, écrivent, parlent ou écoutent.\nChopin se tient à cette insaississable limite qui sépare le réel du\nfantastique. C'est un talent d'ombre et de lumière, de rêve et de passion,\nincomparable poète du Piano.\nOn a publié une certaine quantité de lettres de lui, qui toutes ont\ntrait à sa famille, habitant la Pologne. Sont-elles authentiques ou non ?\nCela n'a du reste qu'un intérêt secondaire.\nDe ses amis on ne peut guère citer que le grand peintre Delacroix"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "et le violoncelliste Franchomme qui, tous deux, gardèrent pour lui une\naffection profonde et constante. Delacroix fit le portrait, que je donne ici,\npeu de jours avant que Chopin n'expirât. Ce portrait est celui qui repré-\nsente le mieux les traits de cet homme de génie au moment de sa mort.\nPendant sa presque agonie, le journal de Delacroix nous prouve qu'il ne se\npassait pas un jour sans que cet ami fidèle ne vint chez le malheureux\nmalade, pour tâcher de le réconforter par de bien affectueuses paroles.\nCe n'est que deux ans avant sa mort que je l'ai connu personnelle-\nment. Je l'avais entendu et admiré deux fois dans des concerts avant de\nlui être présenté. Mais un soir, chez Kalkbrenner, après dîner, où Chopin\nétait seul invité, et où deux fois par semaine j'avais ma petite place à\ntable, le maître, qui remplaçait mon tuteur à Paris, lui dit ; \" Voyez ce\ngarçon qui aurait du talent s'il n'était un être incorrigible et de mauvaise\nvolonté. \" Bien que j'eusse déjà donné plusieurs concerts en province,\nseul, j'étais un enfant, non pas par l'exécution mécanique, mais par la\nfaçon d'exprimer les transitions de mes pensées ou de mes sentiments.\nChopin, avec une grande bienveillance, me demanda de lui jouer quelque\nchose. J'eus alors le courage, le mot n'est pas trop fort, d'interpréter un\nnocturne de lui. Peut-être par bienveillance voulut-il m'encourager en\ndisant à Kalkbrenner avec un regard amical : \" Mais ce n'est pas mal du\ntout. \" Cela ne voulait pas dire que c'était bien, mais c'était racheter un\npeu les reproches que m'avait exprimés mon maître quelques instants\navant. \" Mais si vous vouliez le prendre pour élève, à ma place, j'en serais\ntrès content. \"\nAu bout d'un instant, Chopin accepta de me donner ses conseils\namicalement.\nJe lui dois tout pour l'expression toujours différente qu'il m'ensei-\ngnait à placer dans les œuvres que je jouais de lui. C'est pourquoi j'ai si\nsouvent pleuré quand j'avais travaillé un de ses morceaux et qu'il me le\njouait ; pour m'en montrer le style, il me faisait entendre la pièce tout\nautrement que la dernière fois. Et, pourtant, c'était toujours admirable !\nLa mort le tenait sous ses griffes depuis longtemps, comme s'il avait\nassez produit déjà pour n'être jamais oublié.\nLorsque Pixis ou Kalkbrenner lui dédiaient une de leurs œuvres,\nChopin disait : \" Si j'étais moins sot que je le suis, je croirais me trouver\nà l'apogée de ma carrière. Cependant, nul ne se rend compte mieux que\nmoi de ce qu'il me reste à acquérir. \""}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.31", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "En 1834, il se fit entendre dans la salle Pleyel avec Osborne, Hiller\net Stamaty. Dans le mois de Décembre suivant, il joua son Qoncerto en fa\nmineur qui n'eut, dit-on, qu'un succès Au concert du Théâtre\nitalien, donné le 4 avril 1835, au bénéfice des réfugiés polonais, où figu-\nraient Ernst, le célèbre violoniste, Nourrit et Mme Falcon, le succès ne\nfut guère plus grand. Les grandes salles n'étaient pas faites pour un\npianiste aussi merveilleusement délicat. Mais une dernière fois, à la\nSociété du Conservatoire, il fit entendre sa\nspianato et fut couronné d'un splendide succès. Dès lors, pendant quelques\nannées, il ne joua plus en public.\nDes leçons, payées chèrement, par les familles polonaises surtout,\nsuffisaient généralement à sa vie irrégulière et dispendieuse.\nLorsque j'eus enfin le bonheur de recevoir ses leçons, il m'exerça\ntout d'abord à varier constamment l'attaque d'une seule touche et me\nmontra comment il obtenait des sonorités diverses d'une même touche en\nla frappant de vingt façons différentes. Je ne puis raconter toutes les\nobservations qu'il me faisait, mais le peu que je sais, c'est à lui seul que\nj'en suis redevable.\nIl voulut se faire entendre une dernière fois à la salle Pleyel, la\nperfection de son jeu était la même, mais ses forces furent dépensées si\ngrandement que lorsqu'il eut fini, et pendant qu'on l'acclamait encore, il\ntomba pris d'évanouissement dans la salle du foyer.\nPourtant un mois après il s'embarquait pour Londres où il donna\ndeux matinées chez lord Farmouth, devant un auditoire peu nombreux,\nquoique payant. Puis il partit pour l'Ecosse où il ne réussit guère mieux.\nDe plus en plus souffrant il revint à Paris et loua dans un quartier aéré,\nrue de Chaillot, un modeste logement. Mais son triste état de santé ne\ns'améliorant pas il retourna Place Vendôme et y expira le 17 octobre 1 849.\nCombien sont exceptionnels les pianistes qui exécutent les œuvres de\nChopin comme il les sentait ! Que de fois je l'ai vu se lever du canapé où il\nétait étendu et prendre ma place au piano, pour exécuter comme il la\nsentait l'œuvre que je venais de lui jouer mal c'est-à-dire dans une\ntoute autre expression,bien que l'ayant longuement travaillée! La leçon était\nfinie car je ne voulais pas oublier le sens que j'avais religieusement écouté.\nLa leçon suivante, presque satisfait de la manière imitative dont j'avais\ntravaillé ce morceau, je le jouais. Malheureusement quand je l'avais\nterminé, Chopin, toujours étendu, se relevait et après m'avoir brusquement"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "raillé, se mettait au piano en me disant : \" Ecoute, voilà comment ça se\njoue \" et il l'exécutait tout autrement, comme style, que la précédente\nfois. Mes larmes seules répondaient à cette démonstration qui ne ressem-\nblait pas du tout à la première. Le découragement affectait tout mon\nêtre. Pourtant il avait pitié de moi et disait \" C'était presque bien, mais\npas comme je le sens Il me serrait la main, et je partais triste et\ndécouragé.\nChopin est resté unique, incomparable comme virtuose et com-\npositeur.\nLe modeste monument qu'un Comité, dont le Président fut Massenet,\net moi Secrétaire, a fait élever à Chopin, au jardin du Luxembourg,\ncinquante ans après sa mort, n'eut pour spectateurs que quelques rares\npersonnes. J'étais seul membre du Comité à Paris, en été. Mais quelques\npolonais, dont pas un seul n avait souscrit un centime pour le monument,\ncrurent de bon goût de prendre la parole après que j'eus prononcé\nquelques mots, émus sur la vie de mon maître.\nChacun d'eux, trop jeune pour avoir connu ou entendu Chopin,\nmanifesta avec emphase son admiration pour les vertus et le puissant\ngénie polonais du grand défunt.\nJe quittais bientôt ce spectacle écœurant. Mon ami Dubois, l'auteur\ndu monument, écouta, par excès de convenance, ces fallacieux discours\net se retira.\nIl y a des hommes jeunes encore qui écrivent sur Chopin, moins\nque sur ses œuvres, par l'insatiable besoin de paraître avoir mieux compris\nson génie que ceux qui ont hélas ! plus de quatre-vingt ans et devront\nquitter la terre bientôt, se souvenant jusqu'à la dernière heure de celui\nqu'ils ont connu, aimé, et auquel ils doivent le peu qu'ils savent.\n\nPeru."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.6", "titre_corps": "NOTES D'ACOUSTIQUE", "titre_sommaire": "NOTES D'ACOUSTIQUE", "signature_source": "Gabriel Sizes", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1482, "texte": "On sait que les lois qui régissent les rapports des sons-musicaux\nproviennent de l'étude des vibrations des cordes. Cependant aucune\nétude expérimentale complète n'en ait été jamais faite. A vrai dire,\nles lois partielles qui en ont été extraites n'en conservent pas moins\ntoute leur valeur ; mais il n'en est pas de même de la loi générale\nqui les régit.\nUn certain nombre de théoriciens et plus récemment A. von\nOettingen et Hugo Riemann, ont cru devoir reprendre une des concep-\ntions de Zarlino contenue dans (ï 558) ex-\nception bien vieillotte et désuète lorsqu'il s'agit de science musicale\nmoderne —. Zarlino veut que \" les sons inférieurs d'une corde forment\nune série qui, par rapports inverses de ceux de la série supérieure, s'étend\nde l'aigu ou grave. \" De là une théorie des plus abracadabrantes qui veut\nque : si les rapports des sons de la gamme majeure ont la tonique pour\nbase et vont en montant, ceux de la gamme mineure\nbase et vont en descendant a partir de cette dominante et non plus de la\ntonique. (') Mais n'anticipons pas et laissons parler la Nature puisque\ncette théorie est soi-disant érigée sur les vibrations inférieures des cordes.\nD'autre part, en réponse à cette conception, Descartes écrit en 1618\ndans son Compendium éMusicae : \" Le son est au son comme la corde est\nà la corde ; or, chaque corde contient en soi toutes les cordes moindres\n\n1 On sait que dans le cas du ton relatif mineur sa dominante est le 3e degré de la gamme relative majeure."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "qu'elle, mais non celles qui sont plus grandes ; par conséquent aussi\nchaque son contient en soi tous les sons plus aigus que lui, mais\nnon ceux qui sont plus graves. \" Il était intéressant de savoir si, oui\nou non, les cordes vibraient une échelle inférieure de sons et d'après\nquelle loi.\nComme suite à l'étude détaillée des vibrations des diapasons, cloches,\ngongs, tam-tams et instruments à tube en cuivre donnée ici même, (')\nle mémoire que j'ai eu l'honneur de présenter à la section de physique du\nCongres de XiAssociation française pour qui s'est\ntenu cette année à Tunis, va répondre aux deux hypothèses ci-dessus. Les\nconclusions de cette étude ont fait l'objet d'une note présentée à\ndémie des Sciences par Mr J. Violle, séance du 21 avril 1913.\nSons inférieurs.Au cours des expériences que Mr Massol et moi nous\navons effectuées sur les vibrations multiples des corps vibrants (C. R. de\nl'Académie des Sciences, 1907 à 1910, passim ;et Congrès de Toulouse\nde l'A. F. A. S. 1910), nous avons étudié un certain nombre de cordes\net particulièrement la plus longue corde d'un piano à queue, corde filée\nde im9Ô, donnant le La-X de 2 Jyd.Frappée au moyen du marteau qui\nfait fonctionner la touche du piano, cette corde n'a donné aucun résultat;\nles oscillations manquaient d'amplitude. C'est en la pinçant de toutes\nfaçons que nous avons pu enregistrer des cordes semblables à celles que\nnous avions obtenues des diapasons.\nSur ces courbes, à part le son prédominant La-, j'ai relevé 16 har-\nmoniques inférieurs et 7 supérieurs. Le plus grave est La-5 de ivd, 6875 ;\nmais ce n'est pas le fondamental de l'échelle. Le rapport 7 : 4 qu'il\nprésente avec Sol-4 de 2Td, 95 en fonction de 7e harmonique, assigne\ncomme son fondamental La-7 de Ovd, 422, en rapport de 7: 1 avec\nSol-4 ; La-5 se classe ainsi comme 4e harmonique et le son prédominant\ncomme 64e. Le tableau suivant renferme :i° les sons observés ; leurs\nnombres de vibrations ; 30 l'ordre des harmoniques rapportés à la fonda-\nmentale (2).\n\n1 Voir S. I. M. des 15 janvier. 15 Mars, juillet-Août 1912 et 15 janvier, 15 mars 1913,\n2 Le trait placé sous le nom d'un son signifie qu'il est en fonction de 7e harmonique, ou l'une de ses octaves.\nL'absence du 9e harmonique ( Si-4 ) de l'échelle inférieure n'est certainement due qu'à un hasard d'expérience,\npuisque deux de ses octaves supérieures ( Si-3 et Si-2 ) se sont inscrites. Il en est de même de Sol-i en fonction\nde 7e harmonique de l'échelle supérieure,dont deux des octaves inférieures ( SOI-3 et SOI-4 ) figurent au Tableau.\nCes harmoniques s'entendent à l'oreille dans l'échelle supérieure, lorsqu'on fait vibrer la corde au moyen du\nclavier sur un piano de bonne facture."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 21, "texte": "3\n\nNOTES D'ACOUSTIQUE"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.35", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "Harmoniques inférieurs\n( La- \\ La- Utâ- Mi- Sol- La- Utà- Mi- Sol- La-\n-7 5 \"'4 4 —— 4 4 •! 3 3 —» 3 3\n• 0,422 ► 1v,6875 2v,11 4V>22 5v,06 6V,75\n1 / 4 5 6 7 8 10 12 14 16\nHarmoniques supérieurs\nSi-, Ut#-, Sol#-, La-, Ut#-, Mi-, Sol#-, rLa-,1 Mi, La,\n7v,6 8',44 1 a',2/3 13,5 16»,88 207,25 asv, 1/3 271\" +0\",; 54'\nl 8 20 30 32 40 48 ÔO 64 J ÇÔ 128\nUt jjfi Mil Lai La2 Si2 >\n67t,5 8iy io8v 2i6v 24217\n160 192 256 512 576 >\nBien que nos expériences aient eu principalement pour but de\nrechercher les sons inférieurs provenant des grandes oscillations, elles ont\nmanifesté sept sons supérieurs au son prédominant La-,, par rapport\nauquel ils présentent les rapports indiqués çi-dessous :\nj'La-! Mi 0 La 0 Mij Lai La 2 SÎ2\n{ 1 3/225/2 3 4 8 9 J\nLes expériences antérieures ont démontré que les corps sonores\ncomplexes donnent lieu à plusieurs modes de vibrations ; les diapasons\nvibrent trois échelles différentes qui correspondent à trois modes de\nvibrations ; les cloches deux. Le gong, à cause de sa surface plane se\nclasse dans la catégorie des corps simples ; il ne vibre que l'échelle de la\nvéritable fondamentale, ou son i ; le son prédominant est une de ses\noctaves supérieures.\nLa corde est le type le plus parfait des corps sonores simples ;\ncependant, comme en témoigne l'échelle çi-dessus,\nsupérieurs au son prédominant ne sont pas des multiples parjaits de ce son et\nne peuvent s'exprimer en nombres entiers qu'à l'aide de son octave\nbasse La-2 notée dans les harmoniques inférieurs.\nHarmoniques supérieurs.Les conditions de nos expériences s'écartant"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "beaucoup de celles de la pratique musicale, il importait de reprendre\nl'étude des harmoniques supérieurs sur des sons musicaux. La frappe\nnormale des marteaux d'un piano étant établie de façon à favoriser le\nplus possible l'émission la plus pure du son prédominant accompagné de\nses harmoniques supérieurs, j'ai opéré sur la corde filée Ut, de 64/1 d'un\nexcellent piano à queue Gaveau dont la nature et l'intensité des sons\napparaissaient les plus favorables.\nAssisté de mon accordeur expérimenté, nous avons constaté à\nl'audition simple la série des harmoniques impairs Utx = 1, — 3,\nMi3 = 5, Sl3 = 7, Ré4 = 9, et plus tardivement SOI 4 =ll. Les\nétouffoirs adhéraient bien aux cordes et ne permettaient aucune vibration\nimportune. Dans ces conditions j'ai fait, avec un nouveau chronographe\nenregistreur Boulitte, des inscriptions sur lesquelles j'ai relevé 1 har-\nmonique inférieur et 12 supérieurs. En voici le classement et les rapports\nà Utj = 1. Les nombres placés au-dessus des noms des sons indiquent\nla fonction par rapport au son le plus grave inscrit Ut0, qui est l'oc-\ntave grave du son prédominant Utr\n12 2,5 3 4 6 7 8 9\n/Ut0 fUti 1 Mii Soit Ut2 Sol2 Sib Ut3 Ré3\ni 32v 64.v 8ov 9ÔV 128T 192y 2247 288v\nV 1/2 1 J 5/4 3/2 2 3 3/5 4 4/5\nIO 12 14 20 24\nMi3 SOI 3 Sij Mi4 SOI 4 \\\n3 20v 448 v Ô4ov 768v L\n5 6 7 10 12 /\nComme dans les premières expériences, nous constatons la présence\nde l'octave grave du son prédominant. (') Son influence directe se mani-\nfeste par l'inscription de trois de ses harmoniques de lerIer ordre ;on a =\nUtG = 1, ==3, Sib2 = 7 et Ré3 = 8, lesquels ne sont pas des\nmultiples entiers de Ut;. Mais un fait nouveau se produit par la présence\n\n(i) On entend cette octave grave dans les vibrations des cloches ; dans celles des petits diapasons à\nbranches ; dans l'émission du son de certains tuyaux, particulièrement ceux d'un jeu de gambe. De même tous\nles bons violons artistiques font entendre cette octave grave accompagnée de l'octave supérieure."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "de Mit, lequel ne peut s'exprimer par un nombre entier qu'à l'aide de\nUt-, 2e octave inférieure du son prédominant dont il est le 5e har-\nmonique. C'est que la base de rapports est Ut-j et non Utt.\nComme cela se manifeste dans le jeu de l'orgue lorsqu'on introduit des\ntuyaux de 16 et de 32 pieds, ou bien encore lorsqu'on adjoint la contre-\nbasse au quatuor à cordes ou à un ensemble orchestral : les sons musicaux\ntirent leur rondeur de la coexistence des harmoniques inférieurs. La com-\nposition harmonique de l'ensemble, qui constitue l'accord de neuvième\nmajeure de dominante,leur donne la puissance et la noblesse de timbre. Les\nvibrations secondaires plus aiguës que la prédominance des harmo-\nniques de lerIer ordre empêche de se manifester d'une manière apparente\ndonnent l'éclat qui est nécessaire à un ensemble de sons d'une hauteur\nmoyenne et grave. Ce sont les conditions acoustiques indispensables que\ndoivent avoir les sons de nos instruments modernes.\nVibrations tournantes. Pour les cordes comme pour les diapasons, on\nne peut invoquer l'influence de la masse métallique mise en œuvre\ncomme par exemple dans les cloches ; ou de la pression de l'air comme\navec les tuyaux ou les instruments à vent pour justifier la puissance\nde vibration que ces corps sonores contiennent en soi ; il faut en trouver\nla cause dans la manifestation des grandes oscillations et de la coexistence\ndes vibrations tournantes ; manifestations qui causent les harmoniques\nultra-graves de l'échelle inférieure.\nAvec M. Massol nous avons montré l'existence de ces vibrations\nau moyen de la photographie des oscillations des branches d'un diapason\n(voir nos Notes à l'Académie des Sciences, 27 juin et 8 août 1910. Et\nS. I. M. du 15 mars 1913). Les courbes complexes des cordes montrent\nles mêmes caractères et, comme celles des diapasons, elles correspondent\ntoujours à un des harmoniques de lerIer ordre du son fondamental et sont\ngénéralement accompagnées des vibrations du son prédominant ou tout\nau moins de son octave grave.\nL'étude de ces vibrations au point de vue de l'acoustique musicale,\nvient compléter l'étude faite par A. Cornu, au point de vue de la\nMécanique relatée dans son mémoire publié au Journal de (3e\nsérie. T, 5. année 1896). Il écrit à ce sujet : \" Les vibrations transver-\nsales d'une corde, excitées d'une manière quelconque, sont toujours\naccompagnées de vibrations tournantes, l'élasticité de torsion de la corde\nentrant en jeu au même titre que la composante transversale de la"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.38", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "torsion. \" Il trouve étrange qu'on n'ait pas prévu cette oscillation tour-\nnante d'après les théorèmes généraux de la Mécanique. Il ajoute : \" la\nmise en vibration d'une corde par pincement, est sous certains rapports,\ncelle qui conduit aux mouvements les plus complexes : en effet, chacun\ndes points de la surface de la corde se meut suivant la résultante des\ntrois déplacements ainsi définis : i° Rotation autour de l'axe de la corde ;\n23 Translation parallèle à un plan de symétrie de la corde ; 30 Translation\nparallèle au plan de symétrie perpendiculaire. \" Les courbes qui en\nrésultent : \" sont au début dentelées et bouclées par les harmoniques des\noscillations tournantes et transversales ; elles se régularisent peu à peu\n3ar suite de l'extinction plus rapide des vibrations tournantes, puis des\nharmoniques élevés et, finalement, elles se réduisent aux types les plus\nsimples (ellipses, courbes en 8, etc.).\nCe sont bien les phénomènes que j'ai observés. Nous avons\nexpérimenté des cordes de contrebasse en boyau, mais les grandes\noscillations s'éteignent rapidement après le pincement ou le frottement\nde l'archet. Tandis qu'une grosse corde en acier, pincée convenablement,\npermet d'inscrire des courbes pendant une durée de 1 o à 2 5 secondes\navant de se réduire au son simple.\nLes résultats de cette étude confirment pleinement ceux des études\nantérieures. En résumé, à l'exemple des différentes espèces de corps\nsonores étudiés précédemment, les cordes vibrent une échelle har-\nmonique inférieure au son prédominant. Cette échelle a pour base\nde rapports la véritable fondamentale, ou son 1, de l'échelle générale que\nvibre la corde. Le son prédominant est toujours accompagné de son\noctave grave. L'échelle supérieure apparente n'est qu'une partie de\nl'échelle générale ; à l'audition simple, dans la majorité des cas, on ne\ndistingue que la série des harmoniques impairs de lerIer ordre. Le son\nprédominant est l'harmonique le plus favorisé dans les vibrations de tous\nles corps sonores.\nCe sont les conclusions auxquelles nous avait conduit l'étude\nauditive des corps sonores faite avec la haute collaboration de M. Camille\nSaint-Saëns.\nIl s'ensuit : que la théorie basée sur l'existence d'une échelle har-\nmonique inférieure au son prédominant dont la série des sons serait\nrapports inverses de ceux de la série supérieure, est contraire à la loi générale\nde vibration des corps sonores.\n\nGabriel Sizes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.7", "titre_corps": "BEKKER (Paul). Beethoven (Berlin, Schuster et Loeffier,", "titre_sommaire": "BEKKER (Paul). Beethoven (Berlin, Schuster et Loeffier,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "BEKKER (Paul). Beethoven (Berlin, Schuster et Loeffier,\n1911, in-fol. de 500 pp. + 160 pp. de planches illustrées. Edition\nsans les planches Mit. 10 ; avec planches Mk. 25 et Mk. 40,\nsuivant le papier).\nCe Monumentalwerk, dont on aura l'idée extérieure en\nsongeant au Berlioz de A. Jullien, ou au Massenet de Louis\nSchneider, nous est parvenu il y a un an déjà, précédé des plus\nenthousiastes coupures de la presse allemande et d'une renommée,\nqui, je l'avoue, m'avait empêché de l'ouvrir tant que je ne me\nsentais pas assuré du recueillement nécessaire à la digestion d'un\npareil colosse. Voici l'été, la période du dopping pour les biblio-\ngraphes, j'ai maintenant la conscience en repos. J'ai lu et je ne\nregrette rien.\nEst-ce à dire que je pense, avec la Koenigsberger Zeitung que\nc'est \" l'ouvrage le plus indiqué pour ceux qui veulent pénétrer à\nfond l'âme du grand musicien \", ou que je souscrive au jugement\ndu IViesbadener Tageblatt, nous assurant que \" c'est la Beethoven-\nBibel, sur laquelle on pourra jurer désormais en toute sécurité\",\nou avouerai-je, avec la Neue-Musik Zeitung, que \" personne\nd'entre nous ne serait capable de trouver sous sa plume quelque chose qui approche, même\nde loin, de la splendide et lumineuse dialectique de certaines de ces pages 57 ; ou avec le\nGrazer Tagespost, que ace livre nous ouvre les perspectives les plus vastes sur les problèmes\nessentiels de l'art musical, et constitue une action d'éclat dans le domaine de l'histoire \" ; ou\nenfin avec les H amburger Nachrichien, que \" voici la Somme complète de cette personnalité\ncréatrice, et que l'auteur, d'un geste imposant, a su épuiser le contenu de ce concept collectif\nqui s'appelle Beethoven ! \"\nNon. Ou, plutôt, entendons-nous. Si ces phrases, auxquelles il faut sans doute ajouter le\ngrain de sel attique, veulent dire que le Beethoven de Bekker, est un livre de grand sens, bien\nprésenté, clairement écrit, admirablement ordonné, donnant au peuple allemand une image\nraisonnable, littéraire et même monumentale d'un de ses plus grands génies quelque chose\ncomme un luxueux volume de distribution de prix, je tombe d'accord avec mes confrères. Et,\ns'il convient encore, dans ces conditions, de crier au miracle, j'élèverai la voix de l'admiration.\nTout en marquant, cependant, en ma qualité de Français, un peu d'étonnement. Comment,\nun ouvrage, dont l'esprit correspond à ceux qui paraissent dans nos collections habituelles,\npeut-il troubler ainsi le repos de la presse ?\nEst-ce par sa présentation, qui est en effet hors pair, je le répète ?\nOu bien faut-il admettre que le seul fait d'être littéraire, c'est à dire rédigé avec"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.40", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "un souci d'écriture élégante, et surtout avec la préoccupation d'interpréter les faits devant\nun public habitué à la sécheresse du document, constitue une exception dans le domaine\nde l'histoire musicale en Allemagne ? Sans doute, l'écrivain qui cherche à concilier les\nexigences de la vérité objective, avec celles de son propre tempérament de penseur et\nd'artiste, doit faire sensation dans un pays, où le moi est soumis à de strictes disciplines. C'est\nune explication.\nMais je ne sais trop si M. Bekker en sera satisfait, lui qui a tenté ici une œuvre analogue\nà celle d'un sculpteur ou d'un virtuose, œuvre de haute et aldère critique et de vision suraiguë.\niLn tout cas, le pays de Brunetiére, de Jules Lemaître et de Emile Faguet ne partagera pas\nl'émotion de la presse allemande. Nous ne pouvons confondre un ouvrage de vulgarisation\n(tout monumental soit-il) avec une œuvre de maîtrise personnelle dont l'intérêt résiderait dans\nla valeur de celui qui 1 Ce n'est point, on le pense bien, un vain chauvinisme qui\nm'inspire, et l'on sait trop la vive sympathie que je n'ai jamais cessé de témoigner à ce qui\nvient d'Allemagne. Mais précisément, parce que je rends hommage, en toute occasion, aux\nqualités germaniques, je me vois moralement contraint de dénoncer ce que je considère comme\nun malentendu.\n\nJ. E.\n\nLIVRES REÇUS\nBOTSTIBER (Hugo). Geschichte der Ouverture. (Breitkopf 1913, in-8° de 274\npp. Mk. 6).\nSCHUNEMANN (Georg.). Geschichte (Id. ibid. in-8° de 359\npp. Mk. 8).\nDEBAY (Victor). L Etoile,roman. (Société française d'imprimerie et de librairie,\n1913 in-i2° frs 3,50).\nGATARD (Dom. A.). La Musique grégorienne. (Laurens, 1913, in-12 de 126 pp.\nfrs 2,50).\nSPAETH (Sigmund Godfried). (Princeton, The\nUniversity Library, 1913, in-8° de 186 pp.)\nLEHMANN (Lilli). —Me in Weg. (Lpz. S. Hirzel 1913, in-40 de 280 pp. Mk. 12).\nVERDI. Mostra storica del teatro italiano, nel Conservatorio G. Verdi di Milano.\n(Milano, E. Bonetti 1913 in-8° de 68 pp. L. 1, 25).\nWAGNER. Œuvres en prose,traduites par J.-G. PROD'HOMME et F. HOLL.\nToni. 111, IV et VIII. (Delagrave, 1913, 2 vol. in-120 frs. 350).\nBON A VENT URA (A.). Di un cod (Florence, Olschki iqi?\nnJ\\ \\ y y\nin-40 de 11 pp.).\nBIE (Oscar). Die Oper(Berlin, S. Fischer 1913, in-40 de 572 pp. ; Mk. 25.)\nSTREATFEILD (R. A.) Musiciens Traduction française de\nL. PENNEQUIN. (Paris. Editions du Temps présent,76, rue de Rennes, 1913, in-8° de 126 pp.;\nfrs. 3.50).\n—G AS rOUE (A.). Le graduel et V Anti (Lyon, Tanin frères IQI'»\nin-12° de 300 pp. ; frs. 4). ' *\nLINDNER (Dr. E.). R. Wagner u (Lpz. Breitkopf, 1913, in-12 de\n223 pp. ; Mk. 4)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c032", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.7.2", "titre_corps": "BEKKER (Paul). Beethoven (Berlin, Schuster et Loeffier,", "titre_sommaire": "BEKKER (Paul). Beethoven (Berlin, Schuster et Loeffier,", "signature_source": "J. 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Geschichte der Ouverture. (Breitkopf 1913, in-8° de 274\npp. Mk. 6).\nSCHUNEMANN (Georg.). Geschichte (Id. ibid. in-8° de 359\npp. Mk. 8).\nDEBAY (Victor). L Etoile,roman. (Société française d'imprimerie et de librairie,\n1913 in-i2° frs 3,50).\nGATARD (Dom. A.). La Musique grégorienne. (Laurens, 1913, in-12 de 126 pp.\nfrs 2,50).\nSPAETH (Sigmund Godfried). (Princeton, The\nUniversity Library, 1913, in-8° de 186 pp.)\nLEHMANN (Lilli). —Me in Weg. (Lpz. S. Hirzel 1913, in-40 de 280 pp. Mk. 12).\nVERDI. Mostra storica del teatro italiano, nel Conservatorio G. Verdi di Milano.\n(Milano, E. Bonetti 1913 in-8° de 68 pp. L. 1, 25).\nWAGNER. Œuvres en prose,traduites par J.-G. PROD'HOMME et F. HOLL.\nToni. 111, IV et VIII. (Delagrave, 1913, 2 vol. in-120 frs. 350).\nBON A VENT URA (A.). Di un cod (Florence, Olschki iqi?\nnJ\\ \\ y y\nin-40 de 11 pp.).\nBIE (Oscar). Die Oper(Berlin, S. Fischer 1913, in-40 de 572 pp. ; Mk. 25.)\nSTREATFEILD (R. A.) Musiciens Traduction française de\nL. PENNEQUIN. (Paris. Editions du Temps présent,76, rue de Rennes, 1913, in-8° de 126 pp.;\nfrs. 3.50).\n—G AS rOUE (A.). Le graduel et V Anti (Lyon, Tanin frères IQI'»\nin-12° de 300 pp. ; frs. 4). ' *\nLINDNER (Dr. E.). R. Wagner u (Lpz. Breitkopf, 1913, in-12 de\n223 pp. ; Mk. 4)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c034", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.8", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1596, "texte": "Les Théâtres\n\nTHEATRE DES CHAMPS-ELYSÉES OPÉRA-COMIQUE\nr\nEn présence du naufrage de l'Opéra des Champs-Elysées,\nla critique musicale perd ses droits. Il est vraiment trop facile\naujourd'hui, de tirer vanité d'une clairvoyance méconnue,\nd'étaler une sagesse rétrospective et de donner de prudents con-\nseils aux victimes du désastre. Je suis de ceux qui ne partagèrent\npas certaines illusions artistiques d'une direction trop facilement\noptimiste et victime de sa déférence pour une esthétique de\nbonne compagnie qui n'en est pas à son premier crîme, mais je\nm'empresse de reconnaître que ces erreurs n'ont eu qu'une\nbien faible action sur le résultat final. Ce n'est pas à l'intérieur\ndu Théâtre qu'il faut rechercher les plus lourdes responsa-\nbilités, c'est à l'extérieur ; n'oublions pas que, sur cette scène,\nl'excellent, le bon, le mauvais et le pire ont donné exactement\nles mêmes résultats : le grand coupable, celui que cette faillite\ndéshonore, celui qui va maintenant expier longuement et douloureusement sa sottise, c'est Paris.\nParis n'a jamais soupçonné la valeur du cadeau que lui offraient les créateurs de ce\nthéâtre unique. De son nouveau jouet il n'a su apprécier ni le style, ni l'intérêt artistique, ni\nle confort, ni l'élégance particulière. Mais son ignorance et son incompétence paradoxales\ns'affirmèrent surtout en présence des réalisations qui lui furent soumises. L'attitude du public\npendant les représentations si dissemblables et si inégales qui se succédèrent sous nos yeux\ndemeurera inoubliable pour tous ceux qui prirent la peine de l'observer attentivement. Après"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3867, "texte": "cette série d'interprétations correctes, fantaisistes, médiocres, parfaites, lan-\nguissantes ou frénétiques, on peut emporter la conviction absolue que le\npublic parisien est incapable de deviner en quoi consiste une bonne exécu-\ntion musicale.\nDans l'état actuel de sa culture artistique, le mélomane contemporain\nne peut juger ni un orchestre, ni une société chorale, ni un soliste, ni un chef\nd'orchestre. Il respecte les noms connus et les situations acquises mais rien\nne lui permet de distinguer spontanément le vrai du faux. Avec un peu\nd'autorité on peut le berner sans danger, lui faire prendre pour du diamant\nla plus grossière verroterie, et déchainer son enthousiasme à l'aide de\nquelques tours de passe-passe élémentaires mais infaillibles.\nDans un concert où les noms des auteurs et les titres des morceaux\nseraient supprimés, où l'orchestre serait inconnu et les chefs d'orchestre anonymes et\ninvisibles, le public n'oserait pas applaudir une seule fois, de peur de commettre quelque\nhonteuse méprise et d'avouer sa surdité.\nLe Théâtre des Champs-Elysée n'a pas tenu compte de cette infirmité. Il s'est\ndépensé en inutiles tours de force qui n'ont pas attroupé les badauds. A quoi bon répéter\nquinze fois à l'orchestre Vlbéria de Debussy pour obtenir une couleur finement broyée,\nune mise au point impeccable ? A quoi bon ces exécutions raffinées, quintessenciées, halluci-\nnantes des Nocturnes dont nulle oreille humaine n'avait recueilli jusqu'ici les plus secrètes\nconfidences ? Trois bonnes lectures suffisaient largement à donner pleine satisfaction aux\namateurs éclairés ! Il ne serait pas difficile d'en faire la preuve. A quoi bon cette création d'un\ncadre de choeurs inégalable ? A quoi bon ces études minutieuses et ces scrupules artistiques\ninusités ? A quoi bon cette merveilleuse et émouvante représentation de Boris Godounow, avec\nses foules chantantes et agissantes, ses chœurs sublimes et sa tenue musicale supérieure ?\nCe miracle n'a intéressé personne ; on l'a regardé distraitement et, le lende-\nmain, on retournait entendre les chœurs de l'Opéra avec la même bonne\nvolonté indifférente.\nDepuis, on a laissé se disperser les admirables artistes qui avaient si\nbien mérité de la musique, on n'a pas éprouvé le besoin de réentendre une\nseconde fois Boris ou de recueillir le fruit des travaux entrepris en l'honneur\nde Parsifal. Le public a très bien pris son parti d'avoir un théâtre de moins.\nCar pour lui, ce n'est que cela.\nIl s'apercevra plus tard beaucoup plus tard, hélas ! que c'était autre\nchose. La catastrophe actuelle atteint toute la musique moderne. Paris s'est\ndésintéressé de la première véritable \" Maison de la Musique \" inaugurée dans\nses murs; il n'a rien fait pour sauver la maison de Moussorgsky, de Debussy, de\nFauré, de Richard Strauss, de Strawinsky, de Dukas, de Ravel, de Schmitt,\nParis vient de perdre, d'un seul coup, le bénéfice de vingt ans de culture\nmusicale.\nCe n'est pas, malheureusement, dans la nouvelle pièce de l'Opéra Comique que nous\ntrouverons des consolations et de valables raisons de sourire à l'avenir ! La Céleste de\nM. Trépard constitue au contraire une sorte de défi à notre esthétique contemporaine, un\ndémenti énergique opposé à ses plus claires affirmations. Cette conception du théâtre lyrique\nnous ramène aux plus mauvais jours de notre histoire, ceux où l'indécision de nos musiciens\nles égarait dans les arides sentiers du réalisme. Nous avions le droit de nous croire débarrassés\nà tout jamais de ces puérilités auprès desquelles le vérisme lui-même devient un assez noble\nidéal musical ; nous avons trop tôt chanté victoire. Le réalisme n'avait pas renoncé à la lutte,\nil s'instruisait, se modernisait et s'armait en silence. Sans perdre de vue ses cruels desseins, il\nfaisait son profit de toutes les découvertes contemporaines afin de vaincre plus sûrement. Nous"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.43", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4140, "texte": "retrouvé hier, plus arrogant que jamais et l'imprévu de cette agiession a deconcerte tout îe\nmonde.\nOn connait le thème de cette manœuvre offensive. Un roman mis en pièce en fut le\nprétexte. Des scènes de mœurs provinciales de la de Gustave Guiches le\nmusicien a tiré cinq tableaux très librement interprétés. Pour obtenir le scénario de ses rêves il\na traité le texte original avec une familiarité qui frise le sans-gêne. Situations, caractères,\naction, tout été transformé et nous ne saurons jamais si l'auteur du roman en refusant de\ncontresigner le livret a fait preuve de modestie ou de malice.\nMais le compositeur avait ainsi atteint son but qui est, nous affiime-t-il, de substituer a\nl'unité d'atmosphère, à son avis fatale aux plus belles œuvres, un parti-pris de variété et une\nrecherche constante des oppositions. Cinq \"motifs\" lui fournirent les thèmes scéniques\nsouhaités : une soirée chez les Mazurier lui permit de photographier les moindres trivialités de\nl'intimité bourgeoise dans ce qu'elle a de plus touchant et de plus ndiculej une classe dans une\nécole primaire de village lui offrit un épisode amusant et animé ; un rendez-vous d'amour fit\ntriompher les droits de la grande effusion mélodique et du clair de lune ; une fête populaire à\nCahors et l'apothéose de Gambetta amorcèrent les mouvements de foule, les chœurs et les\ndanses de rigueur; enfin la longue agonie finale amena la réexposition, en mineur, du motif de\nla passion. C'est en somme une adroite concession à l'instinct qui détermina la spécialisation\ndes compartiments d'une symphonie : nous retrouvons l'allégro, le scherzo, 1 andante\nappassionato, la marche funèbre et le presto classiques.\nMais en quelle compagnie ! M. Trépard ayant proclamé que la mission d'un compositeur\nest de découvrir la musique cachée dans chaque mot, a voulu nous eblouii en choisissant\ndes cachettes hermétiques : tous les mots les plus plats de l'existence quotidienne nous livrent\nleur prétendu secret mélodique et nous voyons extraire triomphalement sous nos yeux des\nsyllabes les moins préparées à cette opération cesarienne, un lyrisme inattendu !\nLe résultat est troublant. M. Trépard est un excellent musicien qui connait toutes les\nressources de son art et tient héroïquement sa gageure. Son harmonie soignée, son orchestre\nsouple et varié, son élocution expressive sont évidemment dignes d'une meilleure cause.\nL'inutilité d'un effort aussi soutenu est plus douloureuse et plus irritante que le spectacle de la\nmédiocrité. La sensation perpétuelle d indiscrétion que donne cette paîtition intervenant\nraison dans les scènes de drame, de cinéma ou de vaudeville qui se succèdent sur le\nplateau est assez particulière. L'effronterie de cette musique séduira peut-être certains specta-\nteurs mais elle scandalisera tous ceux qui n'apprécient pas les muses aussi dépourvues de\nsavoir-vivre. .\nL'interprétation de ce spectacle est brillante. Mlle Brunlet se couvrit de glone dans un\nrôle d'ailleurs \" avantageux \" ; Mlle Nelly Martyl fut toute grâce et toute candeur ;\nM. Rousselière fut un amant résolument provincial ; Mlle Brohly dut employer son beau\ntalent à nous restituer une vieille mendiante \"du répertoire\" d'une banalité désespeiante,\nM. de Creus remplit avec conscience un rôle exaspérant et M. Delvoye n'eut qu'à traverser la\nscène en solfiant les faits-divers de Ylndépendant du Lot pour affirmer la parfaite maîtrise\nde son art.\nMais le triomphateur fut le Directeur de la maison. Il a donné à ces cinq tableaux une\nvie, un mouvement et une vérité incomparables. Et voilà qui est criminel. Sans cette mise en\nscène le premier acte n'aurait connu qu'un succès de fou rire ; grâce a la recompense que nous\napporte chaque nouveau décor nous arrivons à absorber, heure par heure, n impoite que e\nmusique. . , . . n ,\nIl y a là une mystification impardonnable... ou une ironie musicale supérieure . Le n est\npas la première fois que M. Albert Carré se livre à ce petit jeu, qui n'est pas, d'ailleurs à la\nportée de tout le monde. Et il semble prendre le plus vif plaisir a nous entendte gémir parce\nque la mariée est trop belle...\n\nEmile Vuillermoz"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c035", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.8.1", "titre_corps": "(Dessin de M. Kufferath)", "titre_sommaire": "(Dessin de M. 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Pour beaucoup de personnes ce fut presque une révélation, car on ne la connaissait\nguère en France que par de vagues souvenirs d'exposition. On allait curieusement à \" La\nFeria \", les noms de \"La Macarona La Soledad, etc. suffisaient àen entretenir le goût, et\nun enthousiasme qui n'allait pas toujours directement à la musique. Pourtant on y entendit\ncette admirable musique populaire, ou tant de rêve se mêle à tant de rythme, qui en fait l'une\ndes plus riches en ce monde. Cette richesse même paraît avoir été la cause de la lenteur avec\nlaquelle s'est développée \" l'autre \" musique. Une sorte de pudeur à enfermer tant de belles\nimprovisations, dans l'armature des formules, retenait les \" professionnels \". Pendant long-\ntemps, ils se contentèrent d'écrire ces \" Zarzuelas \" de forme populaire où le bruit des\nguitares monte de la rue à la scène, sans presque subir de transformations. Mais l'âpre beauté\ndes vieilles cantilènes mauresques restait inoubliable ; on continuait à oublier les belles traditions\ndes Escobado, Moralès, maîtres du grand Victoria qui illustrèrent, tous trois, la Renaissance\nEspagnole.\nIl n'y avait aucune raison à ce que ça change... que désirer de plus dans un pays, où les\npierres des chemins brûlent les yeux d'une lumière voluptueuse ; où les muletiers tirent du\nfond de leur gorge les plus sincères accents de la passion. Comment s'étonner de la décadence\ndu siècle dernier, et même, pourquoi le traiter ainsi, puisque la musique populaire gardait sa\nbeauté ? Sages et bienheureux seraient les pays qui conserveraient jalousement cette fleur\nsauvage à l'abri du classique administratif.\nC'est à peu près à cette époque que se forma cette pléiade de compositeurs, résolue à faire\nvaloir le trésor inestimable qui dormait dans les chants de la Vieille Espagne."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.45", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "Parmi eux retenons le nom de Isaac Albeniz. D'abord, incomparable virtuose, il acquit\nensuite une merveilleuse connaissance du métier de compositeur. Sans en rien ressembler à\nLiszt, il le rappelle par l'abondance généreuse des idées. Il sût, le premier, tirer parti, de la\nmélancolie nombreuse, de l'humour spécial de son pays d'origine. (Il était Catalan.) Peu\nd'œuvres en musique valent : \"El Albaicin \", du 30 cahier d'lberia, où l'on retrouve l'atmos-\nphère de ces soirées d'Espagne qui sentent l'œillet et l'aguardiente.... C'est comme les sons\nassourdis d'une guitare qui se plaint dans la nuit, avec de brusques réveils, de nerveux\nsoubresauts. Sans reprendre exactement les thèmes populaires, c'est de quelqu'un qui en a bu,\nentendu, jusqu'à les faire passer dans sa musique sans qu'on puisse s'apercevoir de la de\ndémarcation.\n\" Eritana du 4e cahier d'lberia, c'est la joie des matins, la rencontre propice d'une\nauberge où le vin est frais. Une foule incessamment changeante passe jetant des éclats de rire,\nscandés par les sonnailles des tambours de basque. Jamais la musique n'a atteint à des\nimpressions aussi diverses, aussi colorées, les yeux se ferment comme éblouis d'avoir contemplé\ntrop d'images.\nIl y a bien d'autres choses encore, dans ces cahiers d'lberia, où Albeniz a mis le meilleur\nde lui-même, et porté son souci d'\" écriture \" jusqu'à l'exagération, par ce besoin généreux\nqui allait jusqu'à \"jeter la musique par les fenêtres\". Les autres compositeurs, sans dépasser\nAlbeniz, marchent dans la même chemin, seulement, les influences d'Albeniz étaient très\nnettement françaises, elles semblent devenir allemandes, au moins dans la forme, chez ces derniers.\nLa Procession del Rocio,poème symphonique de J. Turina, est ordonné ainsi qu'une belle\nfresque. De franches oppositions de lumière et d'ombre en rendent l'audition facile malgré ses\ndimensions. Comme Albeniz, J. Turina est fortement imprégné de musique populaire ; il\nhésite encore dans sa façon de développer et croit utile de s'adresser à d'illustres fournisseurs\ncontemporains. Qu'on veuille bien croire que J. Turina peut se passer d'eux et écouter des\nvoix plus familières.\nAmi tierra(A mon pays) suite murcienne de Peres Casas, d'une poésie toute parfumée de\nlangueur orientale contient de très nouvelles combinaisons orchestrales où la recherche obstinée\ndes couleurs est presque toujours justifiée par la sincérité de l'impression.\nLa Divina Comediade Conrado del Campo, s'apparente aux poèmes symphoniques de\nR. Strauss par la puissance de construction. Il est regrettable que nous n'ayons pu en entendre\nque la conclusion.\nCes diverses œuvres furent exécutées avec une chaleureuse conviction par l'orchestre\nsymphonique de Madrid, qui montra des qualités non moins intéressantes dans l'exécution\nd'œuvres classiques. Entre-autres la 13e Symphonie de J. Haydn, finement nuancée. Monsieur\nE. F. Arbos, éminent chef-d'orchestre, remporta comme compositeur un succès mérité dans\ndeux pièces pour violon et orchestre. Ml' A. Rivarde les joua dans un sentiment d'élégante\nnonchalance, plein de charme. Toutes ces œuvres prennent leur source dans la musique\npopulaire sans jamais se ressembler. N'y a-t-il pas en cela une preuve indiscutable de sa\nrichesse ?"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.46", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "Mademoiselle Lili Boulanger qui vient de remporter le grand prix de Rome avec\net Hélène,épisode lyrique le second Faust de Goethe, poème de E. Adenis, n'a que\ndix-neuf ans... Son expérience des diverses manières d'écrire la musique en a bien davantage?!\nIl y a bien, ça et là, les petites ficelles avec lesquelles on noue les fins de phrases dans ce\ngenre d'ouvrage, seulement Mademoiselle L. Boulanger y met plus de fine rouerie. L'arrivée\nd'Hélène sur des battements aériens de violons divisés, ondule avec grâce. Mais à peine arrivée,\nHélène, par la voix de Madame Croiza, prend l'accent qui convient a une fille de Zeus,\naccablée par tant de destins contraires. Cependant que Faust susurre par la jolie voix de David\nDevriés.\nSi le personnage de Méphistophélès, l'inévitable trio, sont un peu conventionels, il ne\nfaut pas oublier les conditions dans lesquelles on écrit une cantate. Elles sont nettement\ndéfavorables.\nEn effet, on demande d'avoir des idées, du talent, à un moment précis de l'année,\nsi vous n'êtes pas en train ce mois-là, tant pis pour vous ! C'est arbitraire et n'a aucune signi-\nfication pour l'avenir. Inutile de le déplorer, tous les concours se passent de la même manière.\nLes juges de ces concours ayant souffert des mêmes errements, ne sont pas fâchés de vous y\nvoir à votre tour. Une fois par an, à peu près, on dit qu'il faut changer les conditions du\nconcours de Rome, et cela suffit.\nQue l'on garde précieusement la villa Médicis comme la plus charmante des récompenses,\nmais qu'on supprime le prix de Rome qui ne répond a aucun besoin de notre époque.\nAlfred Bruneau s'est plu à orchestrer deux mélodies qui n'ont d'autre but que de\n\" charmer les oreilles et émouvoir le cœur \" (comme il est dit dans les Premiers principes\nde la Musique) c'est miracle comme la force dramatique de Bruneau y prend un accent de\ntendresse douce et grave.\nDans le Roméo et \"Juliette de Berlioz, s'est on demandé pourquoi le thème qui traduit la\nromantique Tristesse de Roméo se voit dans l'obligation de participer au quadrille de la Fête chez\nCapulet ?... Roméo ne peut hurler sa tristesse comme à travers un porte voix sans se faire\nremarquer du père Capulet, qui le fera mettre incontinent à la porte ?... Ironie cachée dans le\njeu des combinaisons !\nNous avions salué avec joie l'avènement du Théâtre des Champs-Elysées. Voilà qu'après\nune admirable représentation (en français) de Boris Godounow, il nous faut déplorer sa fin.\nC'est infiniment triste et désobligeant pour l'art, car il faudra beaucoup de temps pour retrouver\nun pareil élan.\nQu'il nous soit permis d'adresser nos affectueux regrets à tous ceux qui luttèrent\njusqu'au bout.\n\nClaude Debussy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c041", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.10", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX", "signature_source": "Vincent d'Indy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.47", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX\n\nPeu de nouveautés aux derniers programmes.\nUne symphonie de M. Brun.\nIl faut avoir une certaine reconnaissance aux compositeurs qui, par ces temps de ballet\nobligatoire, se dévouent à écrire des symphonies, ils sont rares et on est quelque peu en droit\nde se demander pourquoi.\nSerait-ce que la symphonie pure a fait son temps ?... On a déjà dit ça après Haydn... et\nStamitz, et cependant, il y a eu les symphonies de Beethoven..., on l'a également proclamé\naprès Beethoven, et cependant il y a eu la symphonie de Franck, et celle de Saint-Saëns, et\ncelle de Chausson, et celles de Magnard... d'autres encore, qui se sont donné pour mission\nd'introduire dans le genre symphonie pour orchestre tous les éléments nouveaux suscités\ndepuis Beethoven par la marche de l'art.\nEt il y aura encore des symphonistes, on peut en être certain.\nMais pourquoi donc sont ils rares par le temps qui court ? Il semble que ce soit tout\nsimplement parce que la plupart des compositeurs ne la symphonie.\nPour écrire une pièce où la musique soit sa propre fin et son unique soutien, il faut avoir\nappris..., il faut avoir beaucoup étudié d'après les autres et beaucoup travaillé sur soi-même.\nLe compositeur actuel est trop pressé de bâcler son \" salon annuel \" pour entreprendre\nces études longues et difficiles. Et voilà pourquoi la symphonie a fait momentanément\nplace au ballet, genre facile et qui se prête élastiquement a toutes le 6 tailles.\nQuoiqu'il en soit, M. Brun a écrit une symphonie, pas toujours adroitement construite\net dont les matériaux, pour parler franc, manquent trop de solidité ; et, malgré tout, on doit\nsavoir gré à M. Brun d'avoir osé écrire une symphonie et à Chevillard de l'avoir exécutée.\nAu temps déjà lointain où Chevillard jouait beaucoups du piano, (et il en jouait en\ngrand musicien), il fut un merveilleux interprète de Schumann. Passé capelbneister, il continue.\nCette musique convient tout à fait à son tempérament et il en sait communiquer le\nsentiment à son orchestre. Je ne crois pas qu'il soit possible d'entendre une exécution plus\nparfaite, comme lettre et comme esprit que celle qu'il donna de la superbe ouverture de\nManfred et de l'alerte symphonie en si-bémol,revue et très heureusement corrigée par\nMendelssohn.\nOn entendit, ce même dimanche, une dame à la voix pure chanter avec beaucoup d'art\n(peut être trop d'art), deux airs de Haendel, tripatouillés à la sauce germanique, une romance\nde Berlioz et une autre de Liszt.\nDe ce dernier, les Tréludespeuvent presque être considérés comme une nouveauté.\nCe poëme symphonique fut, entre 1870 et 1875, le grand cheval de de bataille de\nPasdeloup qui le mettait fréquemment à ses programmes, je crois que ce morceau n'a guère été\ndonné depuis lors."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.48", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1490, "texte": "Eh ! bien, malgré toute la révérence que je professe pour le caractère de l'admirable\nartiste que fut Franz Liszt, je ne pourrai jamais me résoudre à trouver de la là dedans !\nCela prélude tout le temps, en effet, sans arriver à établir un état musical ; quand, enfin,\nune phrase mélodique perce ce fatras, elle se présente avec une telle vulgarité qu'on préférerait\nqu'elle n'eut point existé.\nException soit faite en faveur de l'épisode pastoral, un riant oasis au milieu du désert.\nCet art là est bien le point de départ du morceau d'orchestre allemand moderne, avec\ncette aggravation que les matériaux mélodiques de Strauss (Richard), Pfistner et autres\nBriickner, tout en étant aussi vulgaires, ont cependant moins de littérature.\nTout cela, en somme, manque de réflexion, de pondération, d'harmonie, c'est mal\ncomposé.\nQuelque chose de bien composé, par exemple, c'est la P/r/, de Paul Dukas, et il faut\nqu'il en soit ainsi pour que cette pièce, écrite avec la vue bien nette de la scène nécessaire,\npuisse cependant tenir debout au concert.\nC'est que Paul Dukas, même quand il écrit du ballet comme les camarades ne\ns'avance pas à la légère. Il sait ce qu'il fait, il sait où il va et ne méprise point la construction\ntonale, vrai secret de la vraie composition.\nLa Péri n'était une nouveauté qu'au concert, mais, de par son charme mélodique et sa\nsolide architecture, elle sera toujours et partout à sa place.\nL'exécution en fut tout à fait émouvante.\n\nVincent d'Indy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c042", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.11", "titre_corps": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "Paul Locard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.48", "debut_caractere": 1492, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE\n\nLa Société des Concerts, qui a quatre-vingt-sept ans, n'ouvre ses portes qu'avec une\ncérémonieuse lenteur. Son aristocratie, sans doute, s'attarde tout l'automne en des loisirs\nagrestes cependant que depuis six semaines, à la salle Gaveau ou au Châtelet, une avant-garde\nimpatiente vilipende les concertos et encourage des premières auditions où la musique se\nconjugue assez souvent au futur antérieur. La tendance est manifeste chez nos grandes sociétés\nsymphoniques d'élargir le cercle restreint de leur public. La féerie chasse, les jours \" fériés \",\ndu Châtelet les Concerts Colonne qui vont au Trocadéro prêcher l'évangile beethovenien à\nplusieurs milliers de néophytes. Il serait désirable que l'accès du Conservatoire fût facilité au\nprolétariat des dilettanti, à ceux qui ne se font pas représenter dans leur stalle, qui palpitent à\ntout ce qui est jeune, vivant et visionnaire, à ceux qui ne viennent pas en tyrans mais en\ndisciples, à ceux qu'appelait Georges Marty quand il faisait jaillir d'une baguette sourcière\nSadko, Gwendoline, A la Musique ou F Apres-Midi\nL'audition du Faust de Schumann, le 16 novembre en dehors de l'abonnement, consti-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.49", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "tuait une rareté, sinon une innovation. Il serait excellent que l'on récidivât. La Société des\nConcerts tient de la collaboration constante des chœurs et de l'orchestre une particulière et\ntrès persuasive éloquence. Que n'a-t-elle abandonné quelquefois son foyer pour réveiller les\néchos assoupis d'une salle où la musique connaissait hier encore des soirs glorieux ? On l'y eût\nsuivie. Elle y eût retrouvé à peine effacés les vestiges du Faune errant, à peine évaporé\nl'encens voluptueux de l'hymne de Chabrier. Elle eût conjuré à la voix des oratorios et des\ncantates, les mensonges et les trahisons d'un snobisme inconstant ; elle eût fait des recrues\nparmi ce public bénévole et rendu la vie à la mainmorte des abonnements. Le succès qui a\naccueilli Faust en est une preuve éclatante.\nJe ne crois pas avoir à développer aujourd'hui le commentaire musical d'une œuvre qui\nreparaît à d'assez courts intervalles sur les affiches de nos concerts, que précisément le\nChâtelet vient d'élire, non pour la confronter, je suppose, avec le Faust et Hélène de Mlle Lili\nBoulanger, et que la Société des Concerts offrait à ses hôtes habituels il y a sept ou huit mois.\nL'interprétation elle-même avait peu ou point varié. Les protagonistes se nommaient encore\nMlle Gall, MM. Delmas et Journet, Mlle Notick et M. Dutreix. Il est équitable d'insister sur\nle chaleureux accueil fait à M. Maguenat, de la Gaieté Lyrique, qui incarnait, pour la seconde\nfois, les personnages de Faust et du docteur Marianus. Une ovation prolongée et très signifi-\ncative a salué M. Messager. Les Français sont toujours de l'opposition...\nLe plus métaphysique des Faust, le plus consubstantiel, je crois, à la pensée gœthéenne,\nle plus mystique aussi, ce Faust où le Schumann hallucinant de Manfred voisine avec le\nSchumann édulcoré que ravissait Mendelssohn, est un émouvant prélude à la saison nouvelle.\nLes chœurs et l'orchestre se montrèrent de tout point admirables, par leur ardeur expressive,\nexpansive, juvénile, digne d'un congrès sonore de u Doctores-Mariani \"...\n\nPaul Locard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c044", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.12", "titre_corps": "Music=halls et Chansonneries", "titre_sommaire": "Music=halls et Chansonneries", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3228, "texte": "Music=halls et Chansonneries\n\nMalgré le globe électrique qui la signale, l'entrée est sombre en retrait du café\néblouissant. C'est une entrée à l'ancienne mode : porte cochère, vestibule aux murs nus, aux\ndalles humides ; le bureau du contrôle se dissimule de côté car la place est mesurée ; dans un\ncoin, une table annonce le vestiaire et lui suffit, car l'usage est de garder dans la salle\nl'accoutrement de la rue ; beaucoup de spectateurs ne tireront même pas leur chapeau ou leur\ncasquette aux artistes. La foule s'engouffre. Un service d'ordre est nécessaire, et une queue\nbien alignée qui barre le trottoir du boulevard de Strasbourg, témoigne une fois de plus de la\ndocilité aimable de notre peuple.\nPar contraste à cette modeste façade, la salle est vaste et chargée de dorures, ainsi que\nl'exigeait d'ailleurs son titre d'Eldorado. Une multitude grise et noire s'y recueille, écoutant les\nchansons, ou plutôt les chanteurs, car pour ces oreilles incapables d'analyser, la voix se confond\navec la musique. Le temps d'ailleurs n'est pas si éloigné où nos pères se rendaient à l'Opéra\npour écouter moins Rossini ou Meyerbeer que Tamberlick, Duprez, la Malibran, la Grisi. Le\npublic de ce quartier parisien a recueilli leur tradition et mérite le nom qu'ils se donnaient de\ndilettanti. Vingt-trois interprètes seront si loin de lasser sa patience, qu'il proteste discrètement\nsi l'un d'eux supprime un des deux morceaux annoncées au programme, et de ses favoris il\nexiçe un tribut supplémentaire qu'on ne peut guère refuser à ses acclamations délirantes.\nToute ironie est désarmée par une attention aussi soutenue, une admiration aussi\nspontanée. Mais des moralistes de l'art déploreront un répertoire qui satisfait au goût des\nauditeurs et ne tente rien pour leur éducation ; il vaudrait mieux, d'après eux, jouer à ces\nbraves gens du Beethoven, comme on fait, paraît-il, dans les universités populaires. Comment\ncroire qu'un homme ait pu trouver un agrément ni un intérêt quelconque à la musique de\nBeethoven, à moins de s'être prêté, durant des années, à un entraînement spécial ? Les concerts\nclassiques où on croit attirer l'ouvrier sont remplis de faux ouvriers, ou d'ouvriers honteux,\nqui nous mentent, et se mentent à eux-mêmes. Malheureux qui dédaignent les joies de leur\ncondition, pour d'autres dont l'idée même leur est inconcevable.\nJe ne prétends pas que le peuple soit voué à l'ignorance ainsi qu'à la grossièreté. Il a sa\ncivilisation, distincte de la nôtre, bien qu'elle en suive à quelques dizaines d'années près, le\ndéveloppement. Et il se subdivise lui-même en classes plus ou moins cultivées. Celui qui vient ici\nest analogue à une sorte de bourgeoisie. Ni le servage industriel, ni la domesticité de grande maison\nn'ont envahi ces rues commerçantes. Les employés dominent : comptables, commis, livreurs,\ncaissiers, on les reconnaît à leur correction neutre et à leur familière aisance. Les ouvriers sont\ndes ouvriers d'art : tourneurs, ciseleurs, ajusteurs, doreurs, ébénistes, emballeurs, ils ont le mot\npour rire, mais sans cris et sans disputes, car ils sont sobres, ou savent boire. Des uns et des\nautres les compagnes sont bien tenues, tranquilles, saines ; sagement elles se passent de chapeaux"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.51", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3597, "texte": "plutôt que de les acheter au rabais ; leurs corsages indiquent, sans pour cela cesser d'être de\nmise à la ville, une louable intention de décolletage. Quelques enfants, qui les accompagnent,\nsavent qu'il faut se taire. De place en place se hausse pour mieux voir le couple vénérable des\nvieux boutiquiers, honneur du pâté de maisons, le mari maigri en sa redingote, la dame\nentrecroisant des chaînettes d'or sur un opulent corsage, tous deux aux petits soins l'un pour\nl'autre. Mais toute société ayant ses parasites, quelques figures louches se glissent dans la masse\nhonnête : pardessus d'un beige trop clair, cravates trop minces, cheveux gras, yeux luisants.\nOn ne sait trop ce qu'ils ont à cacher, mais ils ont l'air frelaté comme une marchandise\ntrompeuse. Camelots, escarpes, protecteurs à gages, ou simples malchanceux ? On s'écarte\nd'eux avec non moins de mépris que d'inquiétude.\nLes chanteuses pour la plupart sont agréables à voir, sinon à entendre. Leurs romances\ns'intitulent : C est Vamour qui passe, J'aime u Les mélodies\nprocèdent, en dernière analyse, de Massenet, mais en simplifiant les rythmes, les contours et\nsurtout les modulations. Massenet, qui de nature était un musicien exquis, avait lui-même\ndonné l'exemple : de ses meilleures pages, il a tiré des répliques à l'usage du vulgaire. Nous\navons ici les copies de ces répliques, et pourtant la langueur initiale se reconnaît encore. Une\nseule, parmi les interprètes, mérite le nom de chanteuse ; c'est MIIe Linette Dolmet, qui par\nmalheur abuse de sa voix de soprano dramatique, jolie et bien timbrée, la force, et s'enroue\nrapidement. Une seule aussi y met du sentiment : c'est MIIe Turcy, qui chante la romance\ncomme les autres, mais la romance de trottoir. n'est pas ici le nom d'une fleur\nchampêtre, mais le surnom d'un citadin redoutable et séduisant ; elle le roucoule, elle le bêle,\navec une soumission bestiale dont nous reconnaissons, même sans nulle expérience, la vérité.\nL'autre romance, Conscience de fi IL?, est le récit d'un crime ;la salle entière est frémissante\nquand la malheureuse supplie son compagnon de renoncer au mauvais coup qu'il a résolu ;\nelle se traîne à ses genoux : \"Ne fais pas ça, non, pas ça, non, mon gosse ! \" Ce mot de\ntendresse faubourienne prend ici l'accent le plus pathétique. Et l'émotion s'accroît encore à la\npensée qu'en cette foule muette quelques-uns peut-être retrouvent à cet instant des souvenirs.\nLe sexe mâle est représenté par de suaves ténors et de passionnés barytons. L'un d'eux\nchante une romance, Gigolo,qui s'inspire d'un récent feuilleton de journal ; or ce feuilleton\nétait une parodie, mais le poète, ni le musicien, ni l'interprète, ne songent à plaisanter, et les\napplaudissements éclatent quand l'aventurier mondain, après un instant d'obscurité, reparaît\ndrapé dans un sinistre manteau noir. En revanche, un rire énorme accueille des facéties sur\nles enfants de chœur qui nous paraissent pitoyables, à nous qui ne lisons plus Paul de Kock.\nNe croyons pas toutefois que le peuple ignore ce qui se passe de nos jours. Il y a une chanson\nsur l'aviation, une autre sur monsieur Poincaré, et une sur le cubisme, qui ne consiste\nd'ailleurs que dans les calembours qu'on devine.\nMlle Fréhel mérite une mention particulière, car elle chante avec de savoureux détails les\ngrâces d'une petite brunette provocante, puis d'une petite Marguerite lentement effeuillée, et\ncertainement ce n'est là qu'une convention, mais la brusquerie de ses allures et surtout sa voix\npresque de contralto évoquent à une mémoire lettrée la célèbre méditation de Théophile"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.52", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "Gautier sur le mystère de ce timbre intermédiaire. Le peuple sans doute ignore de telles\nfantaisies de littérature, mais non le thème qui les a inspirées : sa langue est riche, pour ces\ncuriosités de mœurs, en expressions qui vont de la caresse à l'injure. Et à l'entracte ne voit-on\npas, isolé à une table et sans regard pour les passants, tel couple de jeunes femmes dont l'une\ninclinant sur un col masculin une tête de pâtre antique aux cheveux bouffants, contemple non\nmoins qu'elle écoute le fin bavardage d'une amie ?\nL'orchestre, comme presque toujours au café-concert, accompagne avec souplesse,\ndiscrétion, et sans jamais se laisser déconcerter. Quelques compositions de son chef servaient\nd'ouverture, mais furent exécutées en mon absence ; j'eusse pourtant été curieux d'apprécier\nl'orientalisme incandescent de cette marche pour Osram pacha. Ce qui est certain, c'est que ce\nchef est un musicien averti, car il a mis, dans l'accompagnement d'une de ces chansons, un\neffet qui se rencontre pour la première fois, à ma connaissance, dans les Impressions d'ltalie de\nM. Gustave Charpentier : c'est une note de cor, qui très joliment imite la résonnance d'une\ncloche. Ainsi, peu à peu, les trouvailles de nos artistes pénètrent jusqu'au peuple, mais par une\ninfiltration lente qui les réduit à ce qu'il peut assimiler.\nLa seconde partie du spectacle était constituée par un joyeux Vaudeville à la manière de\nLabiche, avec un maire et un adjoint de petite ville, un capitaine de pompiers, les dames de\nces messieurs, et une petite bonne. Toutefois la mode contemporaine y est respectée en ceci\nque le héros, qui naturellement disparaît, afin que le remplace le grotesque de la troupe, est un\nboxeur. M. Serjius, prêté par la Scala, exhibe une plaisante bonhomie et d'honorables\npectoraux. M. Bach est merveilleux de jovialité brutale et avinée dans le rôle fantaisiste d'un\ncocher de fiacre amateur de boxe.\nUn proverbe chinois dit : \" Mieux vaut jouer de la guitare, que jouer malproprement du\nluth. \" Mieux vaut un vaudeville amusant qu'une comédie manquée. Mieux vaut une\nromance qui fait battre les cœurs populaires, qu'un drame lyrique sans émotion.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c046", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.13", "titre_corps": "Concerts et Récitals", "titre_sommaire": "Concerts et Récitals", "signature_source": "Jean Poueigh", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3020, "texte": "Concerts et Récitals\n\nUn seul article résumera aujourd'hui V année,\nmais cette rubrique groupera désormais autour\nPoueigh, et sous des signatures diverses, toute une série de compte-rendus.\nComme nous Vavons annoncé a nos lecteurs dans notre dernier numéro, nous allons, en\neffet, développer nos services d'information et nos critiques d'actualité pour rester plus directe-\nment en contact avec Vactivité musicale contemporaine. Nos abonnés recevront désormais\nle 15 de chaque mois un important fascicule complétant notre numéro du ler1er et donnant à.\nnos compte-rendus une périodicité bi-mensuelle. Ce supplément nous permettra de suivre, de\nquinzaine en quinzaine, toutes les manifestations artistiques de la saison d'hiver, de créer une\nrubrique d'échos, de recueillir pour nos lecteurs\nattention, de multiplier les illustrations, de donner une revue de la presse, de classer\nméthodiquement, et de présenter d'une maniéré claire et attrayante les innombrables\nconcerts et récitals, de faire, en un mot, de n\nVorgane réellement indispensable à la vie musicale de notre temps. Le premier de ces\nfascicules paraîtra le 15 Décembre. Nos abonnés de France et de Belgique recevront\ngratuitement ces suppléments de quinzaine que nos lecteurs au numéro pourront se procurer\nau prix de o fr. 50 chez tous les dépositaires de la Revue.\nLes cuivres de l'automne, saluant le réveil de la Musique, ont effeuillé sous ses pas leurs\npétales d'or, de rouille, de sang. Epuisé par tant de midis triomphants, l'été, le bel été s'est\nenfui abandonnant la baguette. Résignons-nous à ne plus entendre désormais, jusqu'au prochain\nrenouveau, ces concerts divins que, durant toute une saison, dirigea sa main souveraine.\nL'espace était leur cadre et les voix de l'air, de la terre et des eaux y participaient pour\nnotre complet ravissement. Depuis des millénaires, des rites immuables régissent ces solennités\nquotidiennes. On les connaît. De sa trompette enrouée, le héraut chantecler annonce dès\nl'aube l'ouverture. Le vent, ce grand virtuose des ramures, propage d'arbre en arbre, et de\nfeuille en feuille, le mystérieux frémissement ou le frisson tragique de ses variations chroma-\ntiques. D'invisibles arpèges pleurés par la source accompagnent de leur chuchotement mouillé\nla flûte de l'oiseau. L'élytre de l'insecte ronfle sourdement ainsi qu'une timbale, grésille et\nstridule comme la chanterelle sous l'archet. Vivant xylophone, le bec acéré du pivert cogne la\nbranche de son claquement sec. Et la palpitation de la plante et le cri de l'animal s'unissent\nen une symphonie qui monte vers l'azur, emplissant bientôt tout le ciel de sa clameur immense.\nSurchauffé, l'éther s'exalte, vibre, rayonne et bourdonne à la façon de la basse continue. Sans\nque l'on puisse distinguer si la chaude rumeur engendre la clarté ou si ce n'est pas plutôt la\nlumière elle-même qui chante. Cependant, les pies bavardes se révèlent détestables auditrices,\ntandis que, spectateurs grinchus, les geais jacassent aigrement. Tintinnabulant carillon, les"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4157, "texte": "clarines paissantes s'apaisent dans le soir. Enfin, les deux gouttes de cristal, limpides et lentes,\nque le crapaud laisse tomber de son célesta, prolongent le mélancolique angélus qui sonne à la\ncloche lointaine.\nMais l'été nous a quittés. La nature s'endeuille. Voici venue la nuit d'hiver.\nAu ciel nocturne de Paris des lampes s'allument une à une. Elles vont être pour nous\nles phares à feux intermittents ou continus dont le réflecteur tantôt faible, parfois puissant,\nindiquera au mélomane les tranquilles retraites où s'abritera journellement la Musique. Là,\npendant de longues soirées, les petites gammes rouleront sous les doigts, comme les vagues sur\nles galets de la plage. La caresse des violons alternera avec le sanglot du violoncelle ou le\npathétique de la voix humaine. Et la houle de l'enthousiasme déchaînera les applaudissements\nen tempête.\nSur les affiches multicolores, les tentatives déjà se précisent, les projets patiemment élaborés\npeu à peu se dévoilent. Au milieu de ces œuvres, consacrées pour la plupart, trop rarement\ninédites, parmi tant de noms, interprètes modestes, artistes consommés, météores au fulgurant\néclat, quels sont ceux qui nous réservent la douceur de la surprise, l'émotion de l'inattendu ?\nSubirons-nous encore ces programmes hétéroclites contre lesquels ne cessent de protester nos\nporte-paroles les plus autorisés, ces programmes où se combinent étrangement les pages les\nplus rebattues de toutes les époques et de toutes les écoles, sans que rien ne justifie leur insolite\nrapprochement, ni le lien de l'unité, ni l'intérêt de l'art ? Le public, dont on cherche en\nl'occurrence à satisfaire les goûts, consentira-t-il à accueillir, sinon avec faveur, du moins avec\nune curiosité sympathique, les œuvres de valeur que l'âge ne nimbe pas encore d'une auréole ?\nCombien de patagons, d'iroquois, ou même de français, s'acharneront après cette inoffensive\nsonate, la désarticuleront croche après croche et la laisseront pantelante pour se livrer sur sa\nvoisine, la grande fantaisie, à des exercices tout aussi dangereux ? Périlleux pour elle et pour\neux-mêmes, ce jeu de massacre comparé tournant très souvent au désavantage de l'exécutant.\nFaire entendre une œuvre en deuxième audition, alors que la première fut donnée par le\nquatuor rival, sera-t-il toujours pour nos compagnies de musique de chambre un déshonneur\nqu'il importe avant tout d'éviter ? Gardons l'espoir que la nouvelle année musicale nous\nréservera autre chose que ses ainées. Promettons-nous seulement de revenir là-dessus et sur bien\nd'autres sujets de ce genre, aussi souventes fois qu'il sera nécessaire.\nPour l'instant, voilons notre face d'une expression de tristesse attendrie saupoudrée d'un\nbrin de scepticisme et crions très haut la grande et sensationnelle nouvelle de ce mois :\nM. Camille Saint-Saëns a donné son dernier concert. Se peut-il ? Et n'admirerons-nous\nplus jamais le prodigieux mécanisme qui a fait du chef incontesté de la musique contemporaine\nl'un des plus éminents pianistes de son temps ? Que l'on se rassure. M. Saint-Saëns est trop\nami du paradoxe pour ne pas éprouver une amère jouissance à se contredire lui-même.\nNous reverrons, j'en suis sûr, l'illustre compositeur assis au piano. Mais aujoud'hui il nous\nfaut bien tenir la nouvelle pour exacte et accepter comme définitive sa résolution. C'est\npourquoi, répétons sur le mode mineur sans note sensible : le 6 novembre dernier,\nM. Saint-Saëns s'est produit en public pour la dernière fois. L'âge n'a nullement altéré les\nqualités qui donnent tant de prix à son jeu, sa musicalité classique, son élégante précision,\nsa netteté qui ne va point sans quelque sécheresse. A son premier concert, qui eut\nlieu à la salle Pleyel, le 6 mai 1846, M. Saint-Saëns avait inscrit un de Mozart.\nPar un heureux rappel de thème, le Concerto en si b de Mozart figurait à celui-ci. Il fut joué\ndans un style admirable qui souleva les acclamations tout autant que le populaire Introduction\net Rondo Capricciosoque son auteur, remplaçant l'orchestre, accompagna au piano. Toutefois,\nle tour de force le plus remarquable fut sans contredit l'exécution à l'orgue de la"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.55", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4207, "texte": "Fantaisie sur le Choral du Prophète, morceau terrible où Liszt a accumulé des difficultés\ninsurmontables pour le commun des organistes. Les artistes admis à l'honneur de collaborer à\ncette apothéose furent l'excellente harpiste Nicole Anckier, le violoniste Boucherit et le dévoué\ncapellmeister Pierre Monteux ; le public les associa sympathiquement au succès du maître.\nAprès une soirée aussi glorieusement mémorable, il ne restait plus qu'à mettre sous globe\nl'instrument auquel M. Saint-Saëns avait confié ses dernières pensées de virtuose. On le\nconservera donc pour des occasions rarissimes et exceptionnelles. Ainsi en usent nos grands\npropriétaires d'écuries lorsqu'ils envoient au haras leur vainqueur du Derby ou du Grand\nPrix. Mais quelle fine pédale des deux mondes se sentira assez en forme pour assumer la\nredoutable responsabilité de dompter à son tour le heunissant coursier qui se montra si docile\nà subir la domination magistrale de M. Saint-Saëns.\nPendant que ce maître, migrateur impénitent, s'apprête sans nul doute à regagner les\npays d'Orient, la voix du muezzin de L'Orchestre, M. Victor Charpentier, nous annonce\ndu haut des tours du Trocadéro l'heure de sa réouverture. En l'église de la Sorbonne c'est la\nToussaint qui sonne. Les Concerts Spirituels de M. Paul de Saunières y célèbrent avec une\naustère ferveur le Requiem de Mozart et la Mes en de Beethoven. Ils sacrifient ensuite à\nla mode en nous saturant de Parsifal. Cherchons maintenant le mot de la jungle qui\ndoit saluer dignement la venue des Concerts Femina. Composer tous les après-midis un\nprogramme différent, varié, où, se coudoient Borodine et Rimsky, où M. Gabriel Fauré\nvoisine avec M. Debussy, où l'on découvre des pages inédites de M. Florent Schmitt,\nFeuillets de Voyage (à la vérité transportés du piano à l'orchestre), voilà qui constitue une\ninitiative courageuse et digne de tous les éloges. Recrutera-t'on dans le monde des musiciens\nun nombre suffisant d'oisifs pour alimenter et rendre prospère une entreprise aussi ambitieuse ?\nSouhaitons-le sans oser trop y croire. Et ne soyons pas trop sévères pour M. Szyfer et les\néléments dont il dispose, si les exécutions qu'il dirige valent bien davantage par le bon vouloir de\nchacun que par la cohésion, le fondu, la souplesse et l'autorité de l'ensemble.\nTout au contraire c'est par la qualité, par le talent hors de pair des protagonistes que la\nSociété Philharmonique attire à elle une affluence choisie. M. Pablo Casais, dont le visage\nau feu concentré, à la gravité intérieure ascète ou moine de l'lnquisition rappelle les\npeintures du Greco ; M. Alfred Cortot, à la romantique chevelure noire digne d'un héros\nfatal de Lord Byron ; M. Jacques Thibaud, représentant seul la suprématie du moment par\nson masque rasé à l'américaine, sont trois tempéraments d'où jaillit, que l'œuvre soit le Brahms\nde Beethoven ou de M. Saint-Saëns, une hymne d'une ampleur vibrante et superbe. Admirables\ninterprètes que le public ne se lasse jamais d'entendre et d'ovationner non plus que ces par-\nfaits joueurs de sonates, MM. Isaye et Pugno. Ce dernier déploya l'exquise délicatesse de son\ntoucher dans les miroitantes harmonies de la Sonate de Grieg ; et la fougue à la fois juvénile et\ntempérée de M. Ysaye se donna librement carrière dans les élans généreux qui traversent la\nSonate de M. Sylvio Lazzari et dans la fameuse\nDes sonates et des trios, c'est tout de même bien fatigant à la longue. Si, d'aventure, il\nvous plaisait de délaisser le grand art pour rire un peu, ne laissez point échapper les fréquentes\noccasions que nous offre Mme Yvette Guilbert à ses soirées. Vous y verrez le conférencier\nM. Nozière, inviter l'auditoire et en particulier Mellu Bréval, à reprendre en chœur le refrain\nde la chanson. Vous y assisterez au dialogue imprévu de ce même conférencier avec\nMme Rachilde : \" Vous n'aimez pas le second empire, Rachilde ?\" Vous y goûterez\navec un plaisir renouvelé sans cesse le brio étudié, le fin du fin avec lequel Mmtf Yvette Guilbert\ndétaille ses couplets. Pourquoi une mimique si habilement dosée et la perfection de cette diction\nne parviennent-elles pas à me séduire complètement ? Trop de factice, trop d'artifice, trop d'à"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4183, "texte": "côtés s'y opposent. Je n'aurai garde cependant de gâter votre plaisir par des réflexion malen-\ncontreuses ou hors de propos. Je répète donc volontiers avec la persistance bien agaçante d'une\nauditrice, par ailleurs charmante elle aussi, placée non loin de moi : \" C'est charmant, c'est\ncharmant, c'est charmant. \" Mme Yvette Guilbert sait s'entourer d'excellents artistes. Délicieuse\nà regarder, Melle Chasles est une estampe animée qui danse en crinoline, et Melle Madeleine\nBonnard nous verse le charme délectable de sa voix expressive tout en s'accompagnant déli-\ncatement à la harpe irlandaise.\nNotre amusement aura été de courte durée. Aux Concerts Barrau nous étreint l'heure\ndouloureuse. Professionnels de la gamme et de la vocalise, M. Risleren tête, tressent des guirlandes\net des couronnes. Ils jettent pieusement les lourds chrysanthèmes sur quelques tombes illustres ou\nnégligées : Beethoven, Schumann, Massenet, Louis Lacombe. Cruel exemple que celui-ci !\nTriomphera t'il un jour de l'inexorable fatalité qui s'acharne après sa mémoire comme elle pesa\nsur sa vie entière ? Cet oublié ne méritait-il pas mieux que le silence et son pessimisme n'avait\nil pas raison de s'exprimer ainsi : \" La bonté n'est pas une arme. \" Ou encore : \" - On\nporte un monde dans son cerveau ; on rêve de grandes œuvres ; on travaille, on lutte, on\nmeurt, et on laisse quelques fragments. \"\nLe Salon des Musiciens Français a le bon goût de fêter les vivants et l'habitude bien\nfrançaise de décerner à ses exposants titres et médailles. J'ai beaucoup aimé le theme populaire,\njoliment évocateur de la campagne douaisienne. Pourquoi lui avoir infligé la lourde geôle des\ninflexibles contre points, l'avoir étouffé sans pitié sous la pesanteur des variations massives ? La\nmise en œuvre de M. Flament dispersa et opprima toute la rêveuse mélancolie enclose dans\nses volutes. M. Paul Vidal a dessiné au contraire une série de paysages clairs, légers et savou-\nreux. Dans des toiles de petites dimensions, il a campé d'aimables filles à l'allure aisée, faisant\nvoler leurs cotillons avec une joie saine dépourvue de prétentions. Entraînées par Mlle Lapey-\nrette, ces Chansons de Shakespeare cheminèrent allègrement par les sentes fleuries de célesta, de\nquatuor conduit par M. Maxime Thomas, et de piano vivant à souhait sous les doigts de\nl'auteur, que l'on récompensa, puisqu'il est hors concours, par un très vif succès.\nImaginez maintenant la stupeur indignée d'un jeune musicien débarqué la veille de\nBrive-la-Gaillarde et assistant à la dernière séance des Concerts Louis Aerts. Ah ! certes,\nla province n'eut point toléré méfaits semblables et le public parisien est vraiment pas trop\nindulgent. Que M. Paul Perrachio remplace M. Maurice Amour, passe. Que M. Franceschi,\nindisposé, n'ait pas chanté, passe encore. Mais quel baryton oserait faire remarquer qu'il va\ntransposer la partie de ténor d'une mélodie de M. Gabriel Fauré ? Cela nous prouve, et\nM. Mathis Plocco s'essayant à soulever un orchestre l'affirme derechef, que, si les grands\nartistes sont capables d'improviser, il est impossible à quiconque de s'improviser grand artiste.\nEn musique surtout l'intention n'est rien, seul l'effet sonore compte.\nOn s'en aperçoit en écoutant le Double quintette de Paris. Ces instrumentistes, tous\nde premier ordre, obtiennent régulièrement un accueil particulièrement chaleureux par leur\ninterprétation très fouillée d'œuvres malheureusement bien panachées. Véritables grillons du\n\" Foyer \", les Concerts Chaigneau ont préludé à leurs matinées musicales par une conférence\nde M. Jean Chantavoine suivie du Quintette de Schumann, de Lieder de Schubert et de\nConcerts Royaux de Couperin. La Société Artistique et Littéraire de l'Ouest et les\nMatinées Challet-Vicq manifestent leur vitalité, de même que Le Triolet, cercle symphonique\nde la rive gauche dirigé avec un dévouement couronné de réussite par M. Raoul Lesens,\net dont nous aurons, plus d'une fois cet hiver, l'occasion de signaler l'intéressant effort.\nParmi les manifestations isolées, très peu nombreuses, citons le Quatuor dAmsterdam\ndont un répertoire fâcheux compromet le succès, et le Quatuor Renacimiento lequel,"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.57", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "subventionné par la ville de Barcelone, entreprend un voyage d'études. Comme il a raison !\nD'Amérique nous vinrent Mlle Hilda Wierum, jeune cantatrice et M. Carlos de\nCarvalho, professeur de chant au Conservatoire de Rio-de-Janeiro.\nEt pour que M. Saint-Saëns ne figurât point un cavalier seul devant le clavier,\nM. Arthur Shattuck consentit à lui faire vis-à-vis, le même soir, dans une autre salle.\nMais ce ne sont là qu'escarmouches légères, premiers combats d'avant-garde, simples\nprises de contact. Les noirs bataillons se trouvent encore hors de portée. Couverts d'armures\nsombres et éclatantes, ils s'avancent isolément ou par bandes disciplinées en battant la mesure.\nLes uns brandissent l'archet, tel un glaive. Ils disposent les violons comme des chausse-trappes\naux cordes barbelées. D'autres traînent ces lourds engins de siège : les puissants pianos à\nqueue. De nombreuses places fortes, nous venons de le voir, ont capitulé, et l'on annonce que\nles salles Erard et Pleyel, investies de partout, vont ouvrir toutes grandes leurs portes. Les\nchefs de pupitre frappent déjà le sol de leur talon cadencé : une attaque générale est imminente»\n\nJean Poueigh."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c047", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 57, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.14", "titre_corps": "Petits Papiers", "titre_sommaire": "Petits Papiers", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.57", "debut_caractere": 1180, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "Petits Papiers\nDeux Anniversaires.\nL'Ecole de Musique Religieuse fondée en 1853 Par Niedermeyer célébrait le 23 novembre\ndernier en l'église St-Augustin son soixantième anniversaire. M. Saint-Saëns, on le sait, y\nprofessa, et elle compta parmi ses élèves MM. Gabriel Fauré, André Messager, Gigout,\nPérilhou, d'autres encore. Dans les souvenirs que Mme Heurtel, petite fille de Niedermeyer\net directrice actuelle de l'Ecole, conserve pieusement, elle a bien voulu cueillir à notre inten-\ntion un document inédit. C'est une lettre adressée à son grand-père par Louis Veuillot dont\nle centenaire tombait également en novembre. Nous sommes heureux de la mettre sous les\nyeux de nos lecteurs.\nMonsieur,\nVoici votre manteau avec mes remerciments. Il m'a certainement épargné un bon rhume. Enveloppé dans\nson ampleur, je suis revenu tranquillement au clair de la lune comme par une belle nuit d'été. Les aigreurs\nde la bise n'ont rien pu contre les impressions charmantes que j'emportais de votre maison et j'ai pu me faire\nde la musique encore tout le long du chemin.\nJe vous envoie les volumes de Bossuet que vous me permettez de vous offrir : J'espère que Mademoiselle\nvotre fille ne sera pas effrayée àla vue de ces in 40. Ils paraissent lourds pour ses petites mains, mais son esprit peut\nles porter. Je regrette qu'ils soient si vieux et si fatigués. Quand on me les a donnés ils n'étaient pas neufs et\ndepuis vingt ans ils traînent avec moi dans ce Paris où l'on déménage si souvent. Mais avec leur pauvre mine,\nc'est un arbre à fruits et à fleurs d'une éternelle beauté et dans lequel chantent des concerts d'anges.\nVéuillez agréer Monsieur mes sentiments respectueux et dévoués.\nLouis Veuillot.\n8 Mai 1857.\nLa famille Niedermeyer étant protestante, le volume sur les Variations des Eglises Protes-\ntantes ne fut pas compris dans l'envoi. Excès de délicatesse louable certes, mais d'autant plus\nregrettable que les œuvres de l'Aigle de Meaux portent dans leurs marges des annotations\nnombreuses écrites de la main de Louis Veuillot. La lettre qu'on vient de lire prouve qu'à\nl'encontre de tant de littérateurs le célébré publiciste catholique était sensible au charme de la\nmusique."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4033, "texte": "& £ Prime a nos lecteurs.\nMr Edouard Flament, qui s'intitule modestement \" virtuose bassoniste \" a demandé à un\nde nos confrères l'insertion des déclarations suivantes :\n\\\n\"Le basson, monsieur, c'est le violoncelle des âmes fières, nostalgiques, et qui ont la pudeur de leurs\ntristesses. Par ses notes graves, il plonge jusques aux fonds inexplorés de la mélancolie ; il nousramè ne comme\nun écho lointain des soupirs de Proserpine. Le violoncelle, à côté de lui, n'est qu'un bellâtre auprès d'un poète.\nUne seule larme brûlante a plus de prix que tout Farc-en-ciel... Le basson est comme Shakespeare, monsieur,\nil parcourt la gamme entière des émotions humaines. A votre disposition pour vous le prouver\nAvis à nos lecteurs : au prçmier de ces Messieurs !...\n& £ \" L'JIBSE3\\CCE \" est le plus grand des maux...\nMme Debogis-Bohy ayant chanté récemment au Concert Chevillard, L Absence de Berlioz\na pu constater, dès le lendemain matin, que les jeunes musiciens ne nourrissent pas pour cette\nmélodie une tendresse exagérée. Mr Alfred Casella écrivit dans U Homme libre :\nMais pourquoi nous a-t-on gratifié de cette abominable chose qu'est Y Absence, de Berlioz, mélodie qu'il\nconviendrait, suivant le mot cruel que son auteur appliquait à d'autres, de garder 66 secrète. \"\nMr Florent Schmitt dans La France :\nIl ne manquerait aucune raison pour qu'on nous débarrassât a tout jamais de l'encombrante et sinistre\nAbsence de Berlioz si seulement les chanteuses avaient meilleur goût s'agit-il de Mme Debogis-Bohy, à la\nvoix d'ailleurs remarquable et si l'on voulait se donner la peine de faire comprendre au public, au lieu de la\nlui servir complaisamment et d'entretenir ainsi son vice le plus cher et le plus abject, ce que cette affreuse\nromance à midinettes contient d'absurdité, de platitude, de basse sentimentalité, sans parler de sa prosodie\ninvraisemblable et de Thorrificence de ses enchaînements harmoniques.\net Mr Emile Vuillermoz dans Comœdia :\nCette page possède certaines vertus spéciales, entre autres celle de pousser au meurtre un bon nombre de\nmusiciens contemporains qui ne peuvent subir avec philosophie son agressive nullité. La laideur soutenue de sa\nmélodie, la platitude paradoxale de son style et surtout l'incorrection grossière de son écriture où se trouvent\nréunies, comme par une gageure, toutes les fautes d'orthographe signalées par les grammaires élémentaires de\nla musique, où s'étalent les plus ridicules des \" enchaînements d'amateurs \" où les accords sont creux et\nincomplets, où le triton est acculé à la plus criminelle des \" résolutions \" et où l'orchestration est lamentable,\nreprésentent, en effet, dans l'œuvre de Berlioz, une sorte de monstruosité technique qui semble être la\nconséquence d'un vœu où le résultat d'une parodie satirique. La souffrance que procure son audition est\nintolérable pour une oreille organisée : Ton a vu des musiciens quitter brusquement la salle pour ne pas crier\nleur énervement.\nSigne des temps !...\n»\n£ & La Musique au restaurant.\nDans le délicieux \" Journal de Colette \" que publie le Matiny cette notation pénétrante :\n\" Cela débuta par le tzigane, le tzigane caché, séparé par One tenture au moins, de l'endroit où l'on mange :\npremière atteinte, agacement léger, fourmillement agréable d'un mal qui couve. Visible à demi derrière des\nverdures, le tzigane pénétra un jour dans la salle du festin écarter son rideau de fleurs, revêtir un dolman\nrouge et or, s'avancer entre les tables et se carrer, vainqueur au son véhément, au milieu de nous, autant\nd'étapes qu'il franchit avec une impudence de nomade, et nous le tolérâmes. Aujourd'hui tout est perdu,\nenvahi, dévasté à jamais dans le noble domaine de la gourmandise pure.\nL'on débite à présent dans chaque réfectoire, en denrée moulue, en pâte sans fin, de la musique, de la\nmusique, de la musique. Des mains lourdes, des mains ignorantes jouent avec cette puissance aussi mystérieuse\nque l'électricité, en déchaînent sur nous les agents nocifs. Il n'y a plus même entre deux tangos, entre une"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.59", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1140, "texte": "valse lente et un rag-time, la trêve normale et qu'on devrait imposer la minute de silence, d'obscurité\nmorale pendant laquelle le cerveau et l'estomac pouvaient se ressaisir. Il faut fuir sinon empoigner, par les\nrevers de 1 habit le moins ignare des aubergistes fastueux, et lui dire : \" Comprenez, comprenez donc qu'/7 n y\na pas de musique gaie, si elle n'est rompue, variée, secourue par de considérables silences ! Comprenez que c'est,\npour le plus futile esprit, une funèbre épreuve, qu'une joyeuse musique qui est joyeuse pendant deux, trois\nheures et davantage ! Voyez, après le premier coup de fouet tonifiant des archets, après les mille piqûres des\nmandolines, voyez les visages se figer, les bouches se taire, voyez l'anxiété, le fatalisme musical sur les fronts !\nVous ne favorisez point l'appétit, mais tout au plus la saoulerie mélancolique, la nocturne et sombre habitude\ndu Champagne à jeun, pris comme l'absinthe sans nourriture. Vous tarissez la conversation des amis, et quels\namants n'ont pas vu flotter entre eux, bercés sur l'onde lente et trouble d'une valse, les pires fantômes de leurs\nsouvenirs ?... \""}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c048", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.15", "titre_corps": "Province", "titre_sommaire": "Province", "signature_source": "G. K", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.59", "debut_caractere": 1142, "fin_caractere_exclue": 3797, "texte": "Province\n\nLa ronde des provinces françaises commence doucement ; la Provence, le Poitou,\nl'Auvergne se préparent à exécuter des farandoles, des branles et des bourrées.\nA Bordeaux, le maître espagnol Arbos ayant révélé Perez Casas, Turina et Albeniz\naux dilettanti des allées de Tourny, ceux-ci, ne sachant plus à quel chef se vouer, décident de\nfaire venir successivement Widor, Ph. Gaubert, H. Busser, Ernaldy et Lucien André pour\nconduire au théâtre de l'Alhambrah la u Sainte Cécile De ces nombreux prétendants quel\nsera le préféré ? L'avenir nous le dira. Un outsider, M. de la Tombelle dirigera pendant ce\ntemps la \" Messe \" de Franck. M. Lucien Wurmser se rend à Troyes ainsi que\nM. Rabani et l'orchestre des Concerts-Rouge : tous deux font acclamer les \" danses polov-\ntsiennes \" de Boxodme. Le plateau central est en révolution. M. Marius Veisepuy verse\nl'ivresse de la musique moderne d'Aurillac au Puy et de Brive-la-Gaillarde à Tulle : les\narvernes reçoivent avec étonnement la révélation de Debussy, d'lndy, Ravel, etc.\nA Rennes, les habitués des Galeries Méret apprennent avec joie que la baguette abandonnée\npar Ch. Bodin ravi à la musique par de pénibles préoccupations est ramassée par Savello\nmusicien sensible.\nBeethoven est à coup sûr le convive préféré des agapes musicales. On le trouve partout\nattablé. A Angers, sa 2e Symphonie ouvre la saison avec l'ouverture de Tannhauser, un Concerto\nde Bach et le Polme de Chausson. Sous la direction ferme, précise et moelleuse à la fois de\nJean Gay, l'orchestre des Concerts Populaires fait apprécier la parfaite homogénéité d'un\nensemble de premier ordre. Les amateurs angevins reçoivent ensuite la visite de P. de Bréville\ndont la Suite Orientale de Stamboul est rythméede façon étrange et suggestive. Ils s'émerveillent\nde la virtuosité de Mlle Léon et de sa science du clavier. Jean Gay sacrifie à Schumann et\nBerlioz et annonce le premier acte de Parsifal pour l'heure où le dernier enfant de Wagner\nrégnera sans conteste sur les grands lyriques dé la ville lumière. Quand aux concerts de\nmusique de chambre, ls reprendrnt le 8 décembre avec le concours de Melle Blanche Selva.\nA Lyon, M. Witkowsky continue courageusement sa propagande d'lndyste. L'interprète\nhabituelle du maître, Melle Blanche Selva déjà nommée, prêtait son concours au concert du\n11 novembre. Cette artiste joua le Poème des Montagnes avec le style particulier qu'on lui\nconnaît et qui tend de plus en plus à accentuer certains défauts qui lui sont propres. Mais la\nSymphonie Héroïque de Beethoven et la Symphonie Cévenole, à l'encontre de Souvenirs, bénéfi-\ncièrent d'une exécution excellente à tous points de vue."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "La Société Charles Bordes de Montpellier autre foyer scholiste que M. Coulet dirige\navec tant de compétence et de dévouement, a également produit Melle Blanche Selva, propa-\ngandiste par le fait. On prévoit la venue du quatuor Zimmer et l'on attend l'acceptation\nd'un choix brillant d'artistes dont la participation semble assurée.\nM. Crocé-Spinelli, fondateur des concerts du Conservatoire de Toulouse trop absorbé par\nd'autres occupations, ne conduira pas l'orchestre cette année. Le comité de cette société a fait\nappel pour diriger les six concerts de la saison à six musiciens originaires de la région toulousaine\net tous prix de Rome. Ce sont: MM. G. Salvayre, Paul Vidal, Xavier Leroux, Henri Busser,\nAymé Kunc, Jules Mazellier. Les solistes annoncées se nomment Edouard Risler, Arthur de\nGreef et Edouard Garés. La société des Concerts Populaires de Lille a fait preuve, sous la\nbaguette de Sechiari, de sa souplesse habituelle dans la b de Chausson, l'ouver-\nture de La Fiancée Vendue de Smetana et la de Saint-Saëns. A ce même\nconcert, l'on applaudit le violoncelliste André Hekking dans le Concerto de Lalo, VElégie de\nFauré et un fragment de Sonate de Boccherini. Cependant que Haydn, Schumann, Chevillard\net Chapuis figurent au premier programme du Quatuor Surmont. Les quatre protagonistes et\nMelle Marie Ratez qui tenait le piano sont longuement fêtés par les habitués de ces intéres-\nsantes séances de musique de chambre.\nM. Hasselmans prépare de fortes joies aux mélomanes de Marseille qui doivent\nà M. Four nier une compétence toute particulière. Chaleureux succès pour la ire de\nBeethoven, qu'accompagnent sur le programme la de Berlioz,\nSiegfried-Idyll de Wagner et l'Ouverture du de Lalo. Contrairement à tous les\nprincipes de réjouissances, ce capellmeister, allume au début de la saison les fulgurantes pièces\ndu Feu d'artifice de Stravinsky. Des fusées illuminent encore la Cannebière.\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c050", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.16", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "René Lyr", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.61", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3393, "texte": "Belgique\n\nA la Section belge [groupe de Bruxelles) de la —La réunion\nannuelle statutaire a eu lieu le jeudi 23 octobre. Le secrétaire a fait rapport sur l'activité du\ngroupe au cours de l'année 1912-1913 et le trésorier a rendu compte de la situation financière.\nParmi les projets de séances pour l'hiver 1913-1914, citons, entre autres : une conférence de\nM. E. Closson sur Wagner, à l'occasion du centenaire de la naissance du maître ; une confé-\nrence de M. René Lyr sur la Musique turque ; une communication de M. Paul Bergmans ;\nune séance de musique de clavier ancienne et moderne (clavecin et piano) par Mlle Bernard,\navec causerie préliminaire par M. Delgouffre ; une séance de musique ancienne par M. Massia,\nvioloniste et Mlle Melsonn, cantatrice. Il y aura, en outre, fin novembre, un concert avec\norchestre, organisé sous les auspices de la Société internationale de musique et donné par\nM. Ch. Delgouffre, sous la direction de M. Arthur De Greef et avec le concours de\nMme Berthe Albert. C. V.\nAvec une reprise du Chant de la Cloche, le clair et vivant poème de Vincent d'lndy, dont\nles choeurs triomphaux nous rendirent l'émoi poignant de la première, le théâtre de la\nMonnaie nous a donné une \" délicieuse \" création d ballet réglé par M. Ambrosiny\nd'après les célèbres variations symphoniques du maître. L'œuvre est connue ; elle fut produite\nen Belgique par Eugène Ysaye, à ses concerts. La beauté pure de la composition, dans sa\nmatière essentielle même, est toutefois diminuée par la réalisation scènique. Malgré la féerie des\nlumières, sur les couleurs fluidiques et comme vaporeuses des décors, la richesse des rideaux,\n['artifice apparaît bien pauvre à évoquer la merveilleuse légende assyrienne dont le musicien\ns'inspira. Pourquoi notre ère prétend elle, pour l'ivresse tout extérieure des sens, violer ainsi\nles visions ineffables de l'esprit, l'Art sublime qui n'a besoin de formes définies ? Ces gradins,\nces portiques en carton sont impuissants à nous illusionner, et la mimique, gracieuse sans doute,\nde la jolie Mme Cerny nous amuse, sans plus. Le plaisir des yeux nous dérobe la joie parfaite\nqu'éveillent intérieurement les harmonies. Et pourquoi la danseuse, trahissant le symbolisme de\nl'épopée d'lzdubar, n'apparaît-elle pas, à la septième porte, dépouillée du dernier voile qui la\nvêtait ? Trop de préjugés nous entravent encore.\nDes de la Madone de M. Wolff Ferrari et de Venise, de M. R. Gunsbourg, nous\npréférons ne rien dire. Ces ouvrages sont loin de la conception que nous avons de l'art. La\ncritique belge fut unanime dans l'appréciation de l'un et de l'autre. Ces lignes, détachées des\narticles hautains et francs de notre éminent confrère M. Henry Lesbroussarts, dans\nModerne, la résume : \"Un fait divers assez répugnant sur fond de foule hurlante... Histoire\nordinaire, petite, sans psychologie, sans fermeté, sans logique, j'ose dire sans intérêt, tant ces\nfantoches sont loin de nous. Et quel métier ! Les trucs les plus niais ne sont pas dédaignés.\nToutes les bonnes recettes, éprouvées et cataloguées, ont été utilisées sans fausse vergogne\nVoilà pour les \" Œuvre médiocre, artificielle, de la plus grande indigence musicale.\nOui, médiocre et veule, sans ressorts sans buts sans personnalité... Cela n'est ni réaliste, ni\nvériste, ni épique, ni symbolique, ni philosophique : c'est de l'esthétique de Kuursaals \". Voilà\npour Vmise."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.62", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4216, "texte": "La première audition, au Conservatoire, réunissait la participation des classes d'orchestre\n(professeur M. Van Dam) et d'ensemble vocal (professeur M. Marivoet), des professeurs Mahy\net* De Bondt. Programme éclectique: Symphonie en si bémol majeur de Schubert; Avondliederen de\nTinel, Chants bibliques de Lassen, Psaume 137, de Liszt, Concerto en la mineur pour orgue\navec accompagnement d'instruments à cordes, quatre cors et timbales, d'Enrico Bossi Mélodies\nEcossaises suite pour orchestre à cordes de Paul Gilson. Retenons ces deux compositions. Le\nconcerto d'Enrico Bossi est de réelle beauté, puissant par la facture, d'une lumineuse inspiration.\nQuelle distance entre cet Italien sévère, nourri des nobles traditions, et les modernes \"Puccini\" !\nJe rapprocherais volontiers l'art de Bossi de la pensée et de la construction toute latines de\nM. d'lndy. L'exécution de cette page importante à mis en valeur le talent probe, profond et\npersonnel de M. De Bondt, organiste de l'Eglise de Laeken, et professeur au Conservatoire.\nC'est en maître qu'il interpréta cette partition difficultueuse ; révélant la sûreté de son sens\nmusical au coloris subtil et nuancé de la régistration. Le jeune orchestre le seconda vaillamment\net nous fît admirer, surtout dans les Mélodies Ecossaises, pleines de caractère, de poésie, de\nverve, souples de lignes et capricieuses d'accents, d'un rythme endiablé dans la Gigue, l'effort\naccompli par M. Van Dam.\nOn connait la thèse soutenue par Diderot dans ses paradoxes sur le comédien : que\ncelui-ci ne peut pas éprouver pour les bien exprimer les sentiments qui personnifient son rôle.\nJe me demandais si cette condition n'est pas plutôt applicable au chef d'orchestre, en écoutant\nle concerto en ré majeur de Brahms au second concert populaire. Est-il indispensable qu'il\nressente une émotion quelconque pour émouvoir l'auditeur ? M. Max Reger présentait son\ncélèbre orchestre. Assis au pupitre, à peine remue-t-il la baguette, à moins qu'il ne lui vienne\nla fantaisie de la déposer simplement laissant aller ses instrumentistes au gré. La phalange,\ntoutefois, déroulant une variété de sonorités et d'effets agréables, parvient à donner\noù Baudelaire découvrait la révélation de l'ar*-. Sous le titre : Faussi simple\nque peu nouveau, le compositeur, que l'on a coutume, en Allemagne, d'opposer à Richard\nStrauss, a déployé toutes les ressources d'une invention intarissable, d'une technique étourdis-\nsante qui fait songer à la \"patte \" de Paul Gilson. Toutefois son thème est d'une banalité\npar trop indigente, et qu'importent les virtuosités de l'arrangement? D'autre part, nous sommes\nlas déjà de cette polyphonie contradictoire, et purement scientifique ou cérébrale. La façon\ndont M. Reger comprend Beethoven est discutable. Sa préciosité même, à notre avis, la\ncondamne, et un manque d'homogénéité qui apparut surtout dans le début du Seherzo et dans\nle Final de cette merveilleuse Fti Symphonie. Le soliste M. Joseph Szigeti, bien qu'il ne possède\npas encore la puissance par quoi le vrai maître du violon emporte et subjugue un public, fit\napplaudir un talent distingué.\nA la Salle Patria,les concerts Tsaye sont à l'étroit, mal à l'aise. L'espace et la liberté\nleur manquent, ma foi, et les regrets exprimés par le maître se justifient. Il est scandaleux\nqu'une capitale comme Bruxelles, n'ait pas de salle de concerts convenant aux exécutions\nmodernes. Le premier concert, dirigé par Ysaye lui-même, avec le concours du pianiste\nEisenberger, à côté de Schumann, Mozart et R i msky-KorsakofJ] offrait deux premières auditions.\nCelle de A Pagan Poëmypoème symphonique d'après Virgile, avoue non sans candeur le\nmusicien, Ch. M. Loeffler, le jeune américain dont nous avait parlé le virtuose. Je n'aime\npas qu'un artiste moderne aille puiser son inspiration dans la littérature ou dans l'histoire\ndéfuntes. Nous n'avons plus la sensibilité de nos pères ; notre ère de dispersion verti-\ngineuse, de heurts, de chaos, de forces multipliées, hallucinées, conquises à grand'peine et\ntoujours fugitives, a de longtemps brisé les formes et les silences ancestraux. Nous tressaillons\nde nouveaux rythmes, et notre beauté vibrante, tumultueuse, fulgurante a bien plutôt"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.63", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3824, "texte": "l'impatience de l'avenir que le regret infécond du passé. Il y aurait matière à considérations\npsychologiques peut-être intéressantes dans ce fait étrange d'un compositeur du monde neuf\npar excellence cherchant prétexte à commentaires aux lointaines pages de notre vieille poésie\nlatine. Contraste plaisant en vérité ! M. Loeffler est sincère, dans son expression il n'ignore\npas les derniers progrès de la technique orchestrale, il a le sens du développement de la\npuissance, de l'habileté, mais nous préférerions qu'il nous traduisit les émotions directes qu'il\ndoit avoir de son milieu, les sensations de sa race, avec son esprit, son idéalisme, son caractère\npropres. Plus savoureuse, dans ce sens, la Danse de sur un thème\npopulaire au rythme bien particulier.\nPugno et Ysaye attirent la foule aux deux premiers concerts de la Société Philharmonique,\ndans les Sonates de Beethoven, en ut mineur,en et puis de Brahms,\n(n° 3), Franck et Lekeu. L'affluence des amateurs \" payants \" oblige les artistes à subir,\nmalgré le charme inexprimable d'une interprétation qui n'a plus rien de \" matériel \" mais\nfait chanter l'âme elle-même des instruments et de la musique le martyre de la statique\nprolongée, au fond d'une salle surchauffée, et de la compression décidément excessive.\nMM. les organisateurs devraient bien consentir à leur tour un sacrifice, et ne pas permettre\ncette indignité, par exemple, d'un maître forcé de payer pour écouter, debout, son égal et\ncollègue.\nAprès Kreisler,c'est Jacques Thibaudqui se fit entendre aux\nCharles Hénusseaccompagnait le second également. Une comparaison s'établit, tout naturelle-\nment entre ces violonistes, réputés, aimés tous deux. Kreisler est, quant à la technique, et dans\nson jeu, d'une fantaisie très personnelle, assez extérieure peut-être. Thibaud a plus de style, au\nsens pur ; la délicatesse de sa sonorité, la force de son émotion sont plus réfléchies, plus\nintérieures. Il est regrettable que son programme n'est pas plus de curiosité, au point de vue\nmoderne.\nLa place nous manque pour signaler en détail les séances et récitals de bonne musique,\nqui s'organisent au jour le jour. Mentionnons la première soirée du quatuor Zim\n(MM. A. Zimmer, F.Ghigo, Louis Baroen, Jacques avec le concours de M.\nVerhey, pianiste à Rotterdam, à la salle Nouvelle. Exécution parfaite de quatuors de Haydn et\nSchumann et du quintette en la bémol majeur pour piano et cordes de Le concert\ndonné à la Grande Harmonie par MM. Marcel violoniste et pianiste,\noù une place importante était réservée à la jeune école française:\nde Sèverac, Gabriel Dupont, d. Vaubourgoin, Gabriel L'impression-\nnisme des premiers procède d'une vision curieusement picturale, leur technique même, taches\net pointillés papillottants, leur inspiration sont pourrait-on dire ! Les peintres du\nmoment ne surprennent-ils pas les harmonies, n'éparpillent-ils pas des gammes, aux recherches\nd'audacieuses dissonances, de gestes et de rythmes fleuris en accords ? Chopin et Beethoven\n(qui ont vieilli) restent les décors des jeunes pianistes, ou du moins, leur critérium. M. Richard\nBuhling, l'un des plus réputés virtuoses d'Outre-Rhin, les honora d'une respectueuse résurrec-\ntion à son récital du 12 Novembre. Technique brillante, compréhension très artistique. De\nMM. dlja Schknolnick, violoniste, Richard Buhling, pianiste ; Norman Wilko, récitals\nremarqués ; au Foyer Intellectuel de St-Gilles, une audition de la société \" \",\ndonné par MM. L. Baroen, altiste, G. Minet, pianiste, tous deux artistes talentueux, et le\nQuatuor Vocal ; un Samedi du Thyrse,consacré aux œuvres de M. etc... Sont\nannoncés le Premier concert de la Société Bach ; un concert avec orchestre, sous la direction de\nCari Friedberg,par Melle Lia Epstein ; deux soirées une audition du\nBarcelone ; un récital Mischa Elman,etc..."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.64", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "Nous rendrons compte de tout ceci en même temps que du deuxième dans\nle numéro du 15 Décembre.\nLa Société de Musique Sacrée d'Anvers donnera cette saison :le 21 décembre, à 3 heures\nla Schopfung,oratorio de Haydn et le 29 mars, de A le Cercle\nPiano et Archets poursuit le cycle de ses concerts historiques. Le 24e était réservé aux\ncompositeurs liégeois :A. Parent, G. Dupuis, J. Jongen, et à M. Cari Smulders. Maurice\nJaspar,le sympathique pianiste, a organisé d'autre part quatre séances à VU. de Liège.\nChacune sera précédée d'une causerie.\nNouvelles. L'annonce que nous faisions, au numéro dernier, des résultats du\nRome a sauté à la mise en pages. C'est M. Léon frère du compositeur wallon\nJongen, qui a remporté le grand prix. Liégeois, ce jeune musicien s'était déjà signalé à l'at-\ntention par les mélodies, èt la cantate de l'avant-dernier concours de Rome, où l'on reconnut\nune personnalité marquée au coin de la puissance. Fixé à Paris, il fait honneur à l'enseignement\ndu maître d'lndy.\nLe compositeur Emile Mathieu,directeur du Conservatoire de Gand, nous a fait tenir le\nspirituel billet que voici :\n\" A l'occasion du 25e anniversaire de son apparition au Théâtre Royal de la Monnaie,\n18 Novembre 1888, Richil de, Comtesse de Hainaut et de Flandre, sollicite pour elle un\nsouvenir, et en faveur de sa sœur cadette Fasthiy Reine des Mèdes et des Perses, le vœu qu'un\nsoir enfin \" dans l'or et la brume confuse surgissent les remparts et les palais de Suse. \"\nNous appuyons ce souhait de tout cœur.\nC'est Me\"e Huguette dlHaricourt, compositeur de la Suite Symphonique pour Psyché de\nH. Liebrecht, qui écrivit la partition de la légende musicale en deux actes de M. de Sainte-\nCroix : Jean de la Lune ; l'œuvre sera donné au Théâtre Communal de Bruxelles.\nAu moment de terminer cette chronique, nous recevons une lettre de faire part, nous\nannonçant la mort de notre ami le violoniste espagnol M. Une émotion profonde\nnous poigne, à cette nouvelle d'autant plus inattendue qu'il y a peu de jours, nous avions\nrencontré le jeune artiste en excellente santé, semblait-il. Elève de puis de\nCrickboom. Blanco-Récio avait conquis, tant par l'aménité, la distinction tout aristocratique de\nses manières que par son délicat talent, prometteur d'une maîtrise, la sympathie d'une élite.\nNous eûmes l'occasion de l'apprécier aux séances de la dont il fut, avec J. J. Nin, son\ncompatriote et familier, le dévoué collaborateur. Nous préfacions, il y a quelques mois, l'audi-\ntion qu'il consacra à la Jeune Ecole musicale avec le concours de la gracieuse\ncantatrice genèvoise Melle Demont.ll se faisait une joie depoursuivre, cette année, la propagande\nfraternelle en faveur des musiciens de sa patrie, avec lesquels il restait en relations suivies.\nHélas ! Il n'en sera rien. Une âme subtile et fervente, une voix charmeresse s'est soudain\nà jamais, tue, et ces lignes, déjà ! ont la navrance du souvenir...\n\nRené Lyr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c052", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.17", "titre_corps": "Étranger", "titre_sommaire": "Étranger", "signature_source": "Margherita Berio", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.65", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "Étranger\nLettre de Rome\n\nLa Ville Eternelle n'en est pas moins l'endroit où bien des choses passent, se renouvellent\net se transforment, pensais-je, tandis que je cherchais dans le dédale des petites rues de\nl'ancienne Rome la demeure... d'un survécu !\nC'est une glorieuse page d'histoire musicale qui se clôt, avec les vieux chantres de la\nChapelle Sixtine ; l'institution séculaire des \" Cappellani cantori Pontifïci \" appartient désor-\nmais au passé, puisque la \" Schola cantorum \" l'a remplacée au Vatican ; une entrevue avec\nM. A. Moreschi offrait donc un double intérêt, puisqu'il s'agissait de s'entretenir avec un\nmusicien distingué qui est en même temps le dernier représentant de cette glorieuse pléiade.\nM. Moreschi est d'une simplicité qui charme ; la candeur enfantine de son regard et sa\ntimidité de façons pourraient étonner dans ce grand et gros personnage, aux traits réguliers,\naux cheveux à peine grisonnants. Il n'est pas vieux, car il n'a que cinquante-cinq ans et il\nparaît même plus jeune, mais il chante depuis trente-quatre ans et c'est un vétéran de l'art.\nJ'apprends à mes dépens qu'il n'est pas facile de le faire jaser, car il ne répond qu'avec\nprécaution et lentement à chaque question qui lui est posée ; mais quand il entre dans la voie\ndes souvenirs, il s'abandonne un peu et raconte, de sa voix flûtée, quelques détails. Il parle des\nquatre examens qu'il fallait subir, de son temps, pour être admis comme chantre à la Chapelle\nSixtine ; il touche de sa tournée en France à Lyon et à Cannes où il remporta un si\nvif succès, mais il glisse sur tout ce qui se rapporte à sa personnalité, comme un enfant qui\ncraindrait de paraître vantard.\nUne anecdote intéressante : depuis 1870 le Pape ne préside plus aux cérémonies de la\nSemaine Sainte et ordre fut donné de ne plus chanter le fameux \" Miserere \" d'Allegri, qui\nétait, c'est connu, une des plus célèbres interprétations des chantres de la Chapelle Sixtine.\nEn 1890, Mustafà, le magnifique chantre, obtint de feu Sa Sainteté Léon XIII la permission\nde faire exécuter une fois ce Miserere, mais il se trouva lui-même dans des graves difficultés, i,ar\nc'est seulement le squelette musical du morceau qui est noté, les chantres de la Sixtine ayant\ndes altérations, fioritures et autres interprétations spéciales, transmises seulement par tradition.\nAprès un travail opiniâtre et plus de quarante répétitions, Mustafà et ses collègues, en\nprésence de tout le monde musical romain rassemblé à la Chapelle Sixtine, firent entendre ce\n\" Miserere \" qui est écrit pour deux chœurs, l'un de quatre et l'autre de cinq voix ; quand\nl'audition prit fin, Mustafà renferma la partition dans une grande enveloppe qu'il cacheta et\nl'adressa ainsi \" A Sa Sainteté, avec l'humble prière que cette enveloppe soit mise aux archives\net ouverte seulement après ma mort\nEst-ce que d'autres gosiers pourront jamais s'assouplir aux subtilités toutes spéciales aux\nvoix des chantres, éduquées pour ces finesses, et le \" Miserere \" fameux pourra-t-il être\nencore exécuté ?\nPas de réponse à obtenir à ce sujet par M. Moreschi, mais il ne faut pas oublier ce qui\narriva au roi Léopold I de Bavière, quand il fit demander au Pontife une copie du \" Miserere \"\nqui ne devait pas sortir du Vatican, sous peine d'excommunication ; le Pape voulut bien céder\nau désir du souverain allemand, mais quand les musiciens de la Chapelle royale, après avoir\nlonguement étudié, l'exécutèrent, la déception fut générale : c'est qu'il manquait l'interpré-\ntation que pouvaient seuls donner les chantres de la Sixtine."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2292, "texte": "L'on stationne encore chaque Jeudi et Vendredi saints, à S 1 Pierre, pour entendre les\n\" Lamentations \" et les \" Improperï \" chantés par les voix blanches ; la voix de soprano est la\nplus rare et la plus appréciée parmi les chantres et celle de Mr Moreschi a une pureté\ncristalline qui lui permet d'atteindre des sons suraigus sans aucun effort ; à la question s'il ne\nlui parait pas étrange que jamais un applaudissement ne vienne récompenser ses efforts \" Je n'y\nai pas songé ! \" répond-t-il candidement. Voilà un artiste extraordinaire ! Les autres, bien\nsouvent, ne songent qu'à cela !\nIl égrène encore ses souvenirs ;il a chanté àla Messe de Requiem pour le 2 sme5me anniversaire\nde la mort du roi Victor-Emmanuel II et à l'autre en souvenir de feu le roi Humbert ; il prit\npart aux funérailles de Léon XIII on exécuta à cette occasion la \" Messe \" de Perosi et\nsa voix s'éleva encore dans la \" Missa Papae Marcelli \" par Palestrina, au couronnement de\nPie X... il eût un geste vague et se tût, la tête baissée.\nIl me semblait que les grands chantres de la sixtine descendaient de leurs cadres, qui ornent\nles murs du petit salon de l'artiste et défilaient devant le dernier représentant de leur art qui a\npassé, en le saluant d'un triste sourire amical.\nLa saison musicale sera tout particulièrement intéressante, cette année ; du reste la\ncompétence artistique de Mr Molinari directeur des concerts symphoniques à l'Augusteum\nne laisse aucun doute à cet égard : parmi les compositeurs qui viendront diriger leurs\noeuvres, le concours de Mr C. Debussy est assuré.\nUne indiscrétion, dont je partage volontiers la primeur avec les lecteurs de S. I. M. me\nmet à même de savoir que le maître français fera entendre une \" Gigue \" pour orchestre et\n\" Printemps \" pour orchestre et piano à quatre mains ; du reste la musique française ne\nmanquera pas, puisque la \" Damnation de Faust \" (si rien d'imprévu ne survient) sera l'opéra\nd'ouverture de la grande saison lyrique et que le quatuor vocal Battaille est attendu aux\nconcerts du Quatuor romain.\nL'exécution de la \" Messe de Requiem \" que Verdi composa lors de la mort de Mauzoni,\nsera le premier événement de la saison musicale romaine, qui est menacée horresco referens\nd'un concert symphonique Futuriste !\n\nMargherita Berio."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c054", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.18", "titre_corps": "Une Exposition à la gloire de Schumann", "titre_sommaire": "Une Exposition à la gloire de Schumann", "signature_source": "HUBERT MORAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "Une Exposition à la gloire de Schumann\n\nLes lecteurs de S. I. M. nous permettront de leur annoncer ici, non pas, comme ils\npourraient s'y attendre, un concert, mais une exposition de peinture : il s'agit d'une impor-\ntante série d'aquarelles consacrées à illustrer l'œuvre de Schumann, et que Ton pourra voir à\nla Galerie Georges Petit, du lerIer au 15 décembre.\nLes grandes revues artistiques de France ont déjà présenté au public le jeune peintre\nniçois G.-A. Mossa. On sait que cet artiste n'est pas seulement doué d'une puissante, étrange\net ingénieuse imagination, d'une étonnante sûreté de trait et d'une merveilleuse richesse de\ncoloris, mais qu'il excelle encore à nous faire sentir, derrière le voile des formes et des\ncouleurs, l'idée profonde dont elles sont le symbole. Cette année, Mossa a d'abord médité sur\nle sens et le sentiment des Lieder de Schumann, puis il a pris ses pinceaux...\nRegardez ici même la reproduction de l'aquarelle destinée à illustrer un lied fameux des\nAmours du Poète, celui dans lequel Henri Heine dit qu'il veut ensevelir ses \" vieux et tristes\nrêves Il lui faut un grand cercueil pour tant de choses flétries, un cercueil aussi grand que\nla tonne d'Heidelberg. \" Allez chercher douze hommes plus forts. Alors, dans la mer\nprofonde, qu'ils jettent ce grand fardeau. Mais, dans la bière immense, que dois-je ensevelir ?"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "Mon amour et ma souffrance Emouvante, poignante idée d'un homme qui a beaucoup\nsouffert ! Vous voyez comment Mossa l'a transposée. Sur le bord de la mer s'avancent, avec\nde grands efforts, des pénitents en cagoule noire, semblables à ceux qui portent, au Louvre, le\ntombeau de Philippe Pot, ayant à la ceinture un écusson aux armes des villes où habita\nSchumann ; ils sont courbés sous le poids d'un énorme cercueil de pierre ouvragée, sur lequel\npendent tristement une couronne de roses pâles et une lyre aux cordes brisées. Ils sont près\nd'atteindre la mer, devant laquelle un prêtre, accompagné de son enfant de cœur, récite les\nprières des morts. A l'horizon le soleil va disparaître sous les flots, car c'est la fin du jour,\ncomme celle des vieux et tristes rêves... La mélancolie de ce tableau est inexprimable.\nMossa ne s'est pas borné à illustrer les Lieder ; il a voulu aborder aussi les grandes\ncompositions orchestrales et les visiteurs de son exposition goûteront le plaisir le plus raffiné\nen contemplant les tableaux que lui ont inspirés le Paradis et la Péri, Manfred, la Faust-\nSymphonie et le Carnaval. Puis ils admireront le portrait de Robert et de Clara Schumann. Les\nvoici, dans le cabinet de travail de l'artiste. Contre les murs, sont rangés les gros livres de\ndroit qu'il a délaissés ; sa femme, assise devant un clavecin délicieusement marqueté, promène\nses jolis bras sur les touches d'ivoire, en déchiffrant une des \" Fugues sur le nom de Bach \" ;\nsa robe, àla mode de 1840, son écharpe dans des tons exquis de bleu et de rose atténués\nforment la plus charmante harmonie avec son profil ingénu et la candeur de son visage.\nA côté d'elle, debout, Robert Schumann écoute et rêve, engoncé dans une ample redingote\ngrise à grand col de velours ; c'est bien la figure un peu enfantine que nous connaissons par\nles portraits du temps, avec le front haut et bombé qu'encadrent une masse de cheveux noirs\net bouclés... Les deux époux ne se regardent point, mais, par un commun amour de la\nmusique, ils sont heureux à cette heure, et c'est à peine, si, dans le front grave et inquiet du\ncompositeur, on peut deviner la menace de la Loreley qui l'attirera, un jour de folie, dans les\nflots du Rhin tumultueux.\nEn regardant cette effigie et les soixante-dix aquarelles qui l'entourent, vous serez bien\ntentés d'appliquer à G.-A. Mossa et à sa dernière œuvre une pensée que Schumann a\nexprimée dans ses Conseils aux jeunes musiciens : \" Peut-être le génie est-il seul à comprendre\nentièrement le génie\no\n\nHUBERT MORAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c058", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.19", "titre_corps": "L'ame du grand précurseur Liszt, inspire Jane Mortier dans l'interprétation des compositeurs modernes", "titre_sommaire": "L'ame du grand précurseur Liszt, inspire Jane Mortier dans l'interprétation des compositeurs modernes", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 101, "texte": "L'ame du grand précurseur Liszt, inspire Jane Mortier\ndans l'interprétation des compositeurs modernes"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c059", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.20", "titre_corps": "LES DERNIERS CHANTRES DE LA CHAPELLE SIXTINE Au milieu, Mgr Della Volpe, majordome de Sa Sainteté Léon XIII; à sa droite, M. 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Pour ma part je goûte particulièrement la saveur de Y Holothurie ou Concombre des\nmers, sorte de rondo à l'instar de Kalbrenner, et encore plus le délicat impressionisme qui fait\ntrembloter Sur une lanterne de sonorités charmantes. Les Pastorale, Chorale et Fugue qui con-\nstituent les Aperçus désagréables à quatre mains nous montrent un Satie disciple des maîtres,\net que le grand art n'effraie pas... Les Humoristes peuvent être fiers d'avoir un illustre repré-\nsentant en musique.\nAvec M. Cyrill Scott presque aussi prolifique que M. Hennessy nous entrons\ndans le genre éminemment sérieux. Il me semble que la musique de M. Scott tente un grand\neffort depuis quelques temps, un des plus grands efforts que l'âme anglaise ait fait pour s'assou-\nplir, se mouvementer, et sortir de ce flegme mendelssohnien, où le goût du confort l'avait\nenlisée. Son Nocturne pour voix est large et son printanier, sa (2)\ncherche du nouveau et le trouve parfois. Nul doute que nous ayons à faire à un sincère, mais\npourquoi cette inquiétude incessante dans l'harmonie et dans les rythmes ? M. Scott croit-il\nvraiment que l'auditeur puisse tirer profit d'une suite de mesures écrites ainsi : 4/16 - 3/16 -\n5/16 - 6/16 - 3/8... (2) La tentative que fait Old England en la personne de Cyrill Scott n'en\nest pas moins des plus courageuses.\nAttention à Egon Wellesz, qui à l'autre bout de l'Europe représente l'école viennoise\nissue de Schoenberg. Le quartett a cordes(3) qui parait sous ce nom, et que Berlin vient\nd'acclamer, nous donne une excellente idée de ces jeunes, dont l'art nouveau est en train de fer-\nmenter. Lignes mélodiques violemment étirées, harmonie âpre et froissée, contrepoint déchiqueté,\net, pour les voix, de grands sauts agréables à la déclamation allemande... on voit d'ici de quelle\natmosphère il s'agit. Mais, Wellesz est un des plus murs, et des plus clarifiés de ce groupe\naudacieux, auquel peut se rattacher le Hongrois Geza Zagon, fixé à Paris, et dont le\nvagues (4) pour piano ajoute un numéro de plus au répertoire de la musique aquatique, j'oserais\ndire à la musique ravélienne.\n1 Demets.\n2 Londres. Elkin et C°.\n3 Simrock-Eschig.\n4 Mathot.\n5 Eschig."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c065", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.25", "titre_corps": "Société Française des Amis de la Musique", "titre_sommaire": "Société Française des Amis de la Musique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nBUT DE LA SOCIÉTÉ\nLA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE a pour but de grouper\nen une Grande Association tous ceux qui aiment la Musique, d'aider de la manière la plus\ngénérale, au développement de l'Art Musical en France et à sa diffusion à l'Etranger ;\nd'accorder son patronage et son appui à toute manifestation musicale digne d'intérêt, enfin de\ncréer les moyens d'action nécessaires pour réaliser, à côté de son programme artistique, une\nŒuvre Sociale, Philantrophique et Utilitaire qui ennoblisse ses efforts et justifie la mission\nqu'elle s'est proposée.\nEXTRAIT DES STATUTS\nARTICLE 3.\nLa Société se compose de Membres Sociétaires, de Membres Donateurs,\nde Membres Bienfaiteurs et de Membres d'Honneur.\nLes Membres Sociétaires, Donateurs et Bienfaiteurs devront être agréés par\nle Bureau.\nPour être Membre Sociétaire, il faut payer une cositation annuelle de 20 francs.\nLa cotisation de 20 francs peut être racheté par un versement unique de 50° francs.\nPonr être Membre Donateur, il faut verser une cotisation annuelle d'au moins\n100 francs.\nPour être Membre Bienfaiteur, il faut avoir versé en une fois une somme d'au\nmoins 1000 francs.\nLes Dames peuvent faire partie de l'Association. Elles sont éligibles à toutes les\nfonctions.\nARTICLE 4.\nLa qualité de membre de la Société se perd :\ni° Par la démission.\n2° Par la radiation prononcée par le Conseil d'administration pour non paiement des\ncotisations, après deux avis, ou pour motif grave.\nTout membre démissionnaire doit les cotisations échues et celles de\nl'année courante. (Loi du ier juillet 1901, art. 4.)\n\nToutes les communications doivent être adressées au\nrue Laßoctie, 29"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.77", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "De nouvelles adhésions sont parvenues au Secrétaire Général de la Société. Ce sont par\nordre d'inscription :\nMEMBRE DONATEUR :\nM. Van der Heyden, Hauzeur.\nMEMBRES SOCIÉTAIRES :\nMelle Bach Mme Jules Février Mme John London\nM. G. de Beaux. M. Paul Fournier. Mme Jacques Lovenbach\nM. Albert Bertelin. Mme Henri Fouquier M. Henri Mering\nMme Brard Mme Gaiffe. M. J ean Norberg\nMelle Magdeleine Brard. M. Gabriel Grovlez. Melle Félix Powys\nMme Dabrilllé Des Essard Melle Suzanne Hecht Mme C. Thévenet\nM. Arthur Delpy. Melle H. Klein. Mme Weisweiller.\nMme Arthur Delpy. Melle Liseron Léon. Melle Sabine Zébaume\nM. René Doire. Melle Lucie Léon Melle Eva Zébaume\nMme L. de Fébrer. M. John London Baron Zuylen de Nyevelt\nde Haar\nTous ceux qui, de près ou de loin, comme amateurs ou à titre professionnel, s'intéressent\nà l'art musical, doivent faire partie de la Société Française des AMIS DE LA MUSIQUE :\nParce que les avantages qui leur sont offert.\nService gratuit de la Revue Musicale S. I. M. dont l'abonnement est de 15 francs.\nRéduction sur le prix des places de certains concerts symphoniques et de musique\nde chambre.\nRemise spéciale sur achat de livres et de musique,\nEn certaines circonstances, réduction de prix sur les chemins de fer,\nPrérogatives particulières, etc...\nleur assureront plusieurs fois le remboursement de leur cotisation,\nParce qu'ils profiteront de privilèges spéciaux pendant la saison musicale à Paris.\nParce qu'ils seront conviés à des réunions privées réservées aux seuls membres de la\nSociété (représentations, concerts, auditions, conférences, promenades, etc.),\nParce qu'ils trouveront au siège de la Société les renseignements, les avis et l'appui qui\nleur manquent bien souvent, en province surtout.\nParce que l'union s'impose entre ceux qui estiment que la musique n'a pas, dans la vie\nde notre pays, le rôle et la place qu'elle doit et qu'elle peut avoir,\nParce qu'ils coopéreront à une œuvre à la fois artistique, sociale et philantpropique dont\nle succès immédiat a prouvé la nécessité et le haut intérêt moral, et dont toute l'ambition,\nson Conseil d'Administration en est garant, est de ce montrer éclairée, indépendante, active\net pratique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c066", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.26", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "L'Homme à la Contrebasse", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3084, "texte": "Çà et Là\n\nÉCHOS\nLa violette et le coquelicot.\nLors du récent voyage de M. Poincaré en Espagne, l'illustre pianiste et compositeur\nHenri Granados fut prié de venir à Madrid montrer à notre Exécutif comment on exécute\nun Concerto de Saint-Saëns. A l'issue du concert où Granados avait rendu cet hommage à la\nmusique française, un ministre espagnol apprit au brillant virtuose que M. Poincaré avait\napporté dans sa valise deux charmants articles de Paris, colifichets très appréciés dans tout\nl'univers, deux de ces coquets petits nœuds de ruban rouge qui s'épinglent au revers de l'habit\net en rehaussent singulièrement l'élégance. L'un était destiné au chef d'orchestre Enrique\nArbos, l'autre au compositeur Henri Granados, qui, tous deux, en cette circonstance, avaient\nbien mérité de la République. Les deux nouveaux chevaliers de la Légion d'Honneur furent\ncomblés de félicitations et Granados regagna Barcelone pour y attendre le brevet de la\nGrande Chancellerie.\nIl attendit longtemps... A la fin, perdant patience, il écrivit à son ministre. Celui-ci lui\nrépondit avec affabilité qu'il tenait à sa disposition... les palmes académiques. Le musicien,\ndéclinant cet écrasant honneur, refusa l'améthyste inattendue et réclama le rubis promis.\nMais le rubis demeura introuvable !\nOù est-il ? M. Poincaré ne l'a certainement pas rapporté à Paris ! Qui l'a intercepté ? A\nquelle boutonnière de fonctionnaire, de politicien ou de chambellan brille-t-il aujourd'hui ?\nQui donc a pris l'initiative d'en frustrer un admirable artiste ? Voilà ce que les musiciens de\nFrance seraient heureux de savoir ? Faut-il rendre l'administration des postes responsable\nde cette nouvelle affaire du Collier et n'y a-t-il plus moyen d'envoyer une perle à l'étranger\nsans qu'elle se transforme aussitôt en morceau de sucre ?...\nLa vie chère.\nLa charmante cantatrice avait trouvé dans son courrier une humble lettre écrite sur un\npauvre feuillet quadrillé. Un correspondant inconnu s'informait, avec une inquiétude visible,\ndu cachet qu'elle exigerait pour chanter deux ou trois morceaux de son répertoire dans une\nsoirée intime, devant quelques amis. La missive, alourdie de précautions oratoires, était\nsignée d'un nom banal, Dupont, Dubois ou Durand, et l'adresse désignait une rue singuliè-\nrement modeste. La charmante artiste a bon cœur : elle a deviné dans cette humble requête\nl'hommage touchant de quelque admirateur peu fortuné et elle n'hésite pas à indiquer, dans\nsa réponse, un prix courageusement réduit à sa plus simple expression. Par retour du\ncourrier, un bristol armorié lui apprend que Mme de X... (Ici le nom d'une très grande dame,\nprotectrice des arts) accepte ses conditions et compte sur elle pour la soirée convenue.\nAprès un instant de stupeur, l'artiste ouvre un plan de Paris et comprend tout. L'hôtel\nde la grande dame est situé à l'angle d'un boulevard aristocratique et d'une rue modeste où\ns'ouvre la porte de service. C'est cette entrée des fournisseurs qui fournit l'attendrissante\nadresse démocratique qu'emploie un secrétaire bien stylé. Et lorsque celui-ci a reçu une"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.79", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "bonne réponse, la grande dame, ennemie de libéralités inutiles, n'hésite pas à sortir de son\ndélicat incognito pour remercier l'artiste de sa charmante bonne grâce.\nEt c'est ainsi qu'on fait les grandes maisons.\nHistoire sainte.\nElle était la Muse et l'Egérie du vieux Maître. Elle avait incarné la plupart de ses\nhéroïnes et avait été désignée par lui, à son lit de mort, comme créatrice d'une œuvre inédite\nqu'il léguait à la postérité. Les semaines ont passé, puis les mois. L'œuvre, paraît-il, a soulevé\ndes difficultés d'interprétation dans certains théâtres où elle fut présentée et l'on dit que\ndirecteurs et auteurs songeraient à discuter la validité du legs fait par le musicien et\nchercheraient à en conjurer les effets. Mais l'Egérie menacée annonce qu'elle ne se laissera\npas déposséder de sa mission et que les dernières volontés de l'illustre disparu seront\nrespectées. Déjà les avocats retroussent leurs larges manches, déjà Thémis, heureuse de\nfaire un peu de musique de chambre —de IIm® chambre ! entrechoque comme des\ncymbales les plateaux de sa balance... et la grande famille du théâtre, si tendrement unie,\ns'afflige de ces menaces fratricides renouvelées de l'Ancien Testament. Espérons que le\nnouveau aura de moins tragiques conséquences et que, malgré leur hérédité funeste, nous\nne verrons pas s'entr'égorger Caïn... et Arbell.\nTravaillez, prenez de la peine...\nLe jeune auteur est ravi : sa pièce est enfin reçue, le bulletin de répétition envoyé, un\nsérieux dédit stipulé, il n'a plus qu'à attendre patiemment le suffrage du public.... Pourtant,\ndeux jours après, il trouve son directeur abîmé dans une douloureuse rêverie : \" Mon pauvre\nami, je suis navré, mais votre pièce est impossible. Cinq actes, c'est vraiment une formule\ndémodée. Un peu de courage, resserrez-là, faites-en trois actes et je réponds du succès.\" Le\njeune auteur discute, proteste, puis, refoulant son chagrin, manie toute la nuit le pot de colle\net les ciseaux.\nLes trois actes entrent en répétition et, de nouveau, le directeur sombre dans le\ndésespoir : \" C'est encore trop lent ! Les artistes ne peuvent soutenir le mouvement.\nAu fond, ces deux entractes tuent l'action. Je devrais vous rendre votre pièce mais je veux\ntout essayer pour la sauver : faites-en un acte et ce sera un chef d'œuvre ! \" Désespoir de\nl'auteur, injures, supplications, résignation et consommation du sacrifice.\nL'acte est enfin livré. Le directeur a retrouvé le sourire et a mis aussitôt en répétitions...\nla pièce d'un riche amateur qui, depuis quelques semaines était devenu un familier du\nthéâtre. Le jeune auteur s'étonne ; mais, aux premiers mots le directeur l'arrête sèchement :\n\" J'estime avoir perdu assez de temps avec vous. Remportez votre acte, Monsieur, et passez\nà la caisse pour y toucher le dédit convenu. Cinquante louis vous y attendent. \"\nLa lumière se fit alors dans le cerveau du malheureux. Le dédit étant de mille francs\npar acte, l'ingénieux directeur, en exigeant ces remaniements successifs, avait tout simple-\nment trouvé un moyen expéditif d'économiser deux cents louis !...\n\nL'Homme à la Contrebasse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c067", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.27", "titre_corps": "Les Fais au Mois (Projets de frises pour appartement de musicien)", "titre_sommaire": "Les Fais au Mois (Projets de frises pour appartement de musicien)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.80", "debut_caractere": 176, "fin_caractere_exclue": 768, "texte": "Les Fais au Mois\n(Projets de frises pour appartement de musicien)\n\nLE FEMINISME ET LA MU-\nSIQUE. La victoire de Mne Lili\nBoulanger a permis aux suffragettes musicales\nles plus folles ambitions. Elles veulent arracher\naux hommes leurs derniers privilèges. uMa\nmaisony nous écrit un abonné, est devenue un\nvéritable enfer :\nr\nHISTOIRE NAT A l'instar de certaines plantes des tropiques, /'Aima marmoij\nment. Mais elle exige des arrosages continuels, sinon elle ne peut passer l'été, elle dépérit et ne tarde pas a d\nLE GRAND PRIX DE UOPERA. Cette grande épreuve sportive qui ne se dispute que /■"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.81", "debut_caractere": 260, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "gantea se distingue par une croissance extrêmement rapide.\nutre. Voici quelques clichés caractéristiques pris à différentes époques de Vannée 1913.\ns sept ans, réunissait cette année un nombre exceptionnel de partants. 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Les œuvres des grands classiques, en particulier\nde Haydn, Mozart, Beethoven, jouées avec accompagnement de violon, donné\nà cette jeune cantatrice une culture générale que bien peu de chanteurs possèdent\nà ce degré. Cela lui permet cl'aborder avec la sûreté de style nécessaire et dans\nun sentiment musical toujours juste les pages les plus diverses des maîtres de toutes\nles époques. Haydn, Mozart, Schumann, Gluck, voisinent sur ses programmes\navec Grieg, Massenet, Cabriel Fauré\\ Duparc. Mllu de Febrer a fait applaudir\nen province aussi bien qu'à Vétranger sa diction très nette, sa voix expressive et\néclatante. Mais c est à Paris quelle a remporté ses plus beaux succès. L'Ecole Normale de Musique,\nLes Enfants d'Apollon, Les Jeunesy Les Concerts Rougey Le Lyceumy L'U. F. P. C.y lui donnèrent\nmaintes fois Voccasion de déployer ses rares qualités, et le public des salles Berlioz, Erardy Malakojf.\\\nPleyel\\ Monceau et du théâtre des Capucines, lui témoigna par ses applaudissements répétés tout le\nplaisir qu'il prit a l'écouter. Nous saluons en MUc de Febrer une artiste des plus intéressantes chez\nlaquelle la conscience artistique s'unit a un réel talent.\nM. LÉON SAINT-REQUIER\nLes u Chanteurs de Saint-Gervais \" se sont fait entendre pour la première fois de la saison le\\\nler novembre dernier. Cette audition attire de nouveau Vattention du monde musical sur la remar-\nquable phalange et sur M. Léon Saint-Requier qui la dirige avec un goût si sûr, une compétence si\navertie. Apres de solides études musicales a la Schola Cantorum, sous la direction de M. Vincent\nAlexandre Guilmant et Charles Bordes, M. Léon Saint-Requier devint en igol le collabo-\nrateur de ce dernier. Collaborateur d'autant plus précieux que, terrassé par la maladie, Charles\nBordes dut se retirer dans le Midi ou il succomba en 1909. M. Léon Saint-Requier lui succéda a la\ntête des \" Chanteurs de Saint-Gervais Il ne tarda pas a infuser une vie nouvelle a cette société\nqui commençait de décliner ; il lui rendit bientôt toute la perfection d'exécution qu elle n avait connue\nqu en ses toutes premières années. Le concert avec orchestre donné le Samedi-Saint\nsous le patronage des Amis de la Musique, et la derniere audition de la Messe\ndu Pape Marcel en témoignent hautement. Mais un tel champ d?activité ne\npouvait suffire à absorber Vardeur de cette nature consacrée tout entière a la\nmusique. Nous apprenons en effet que, sous le titre u Société Palestrina\nM. Léon Saint-Requier vient de fonder une Association d'Art Spiritualiste et\nReligieux. U adjonction des u Chanteurs de Saint-Gervais \" et de la u Société\nPalestrina \" groupant une importante masse chorale, rendra possible Vexécution\ndes œuvres les plus grandioses qui rayonnent sur le Moyen-Age et s*étendent\njusquà nos jours. Et nous sommes assurés que le souci du détail et la haute tenue artistique de ces\nsociétés feront apprécier chaque fois le dévouement et le talent du chef qui les dirige.\nCours par Correspondance Sinat.\nOn sait combien il est difficile dans certaines villes de province d'acquérir une instruction\nmusicale complète. Quelle jeune pianiste, quel apprenti musicien, n'a rêvé de posséder la\nparfaite technique qui seule permet de goûter dans toute leur beauté les chefs d'œuvre de la\nmusique ? Répondant à ces désirs, le Cours de Musique par correspondance Sinat a été créé"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.83", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "pour diffuser un enseignement musical complet, tout à fait moderne et parfaitement adapté\naux besoins de chacun.\nCours de piano de tous les degrés, cours d'harmonie élémentaire ou supérieure,\nenseignent à bien lire, comprendre, bien étudier, non seulement telle ou telle page mais toutes\nles pages de musique. Rédigés d'une façon séduisante, ils intéressent l'élève en lui apprenant\nà vaincre toutes les difficultés du mécanisme, et en lui permettant d'obtenir les merveilleuses\nqualités de style, la sonorité puissante et colorée, la musicalité parfaite, la lecture à vue, la\nsûreté de jeu d'un véritable artiste.\nDes attestations nombreuses reçues de la province et de l'étranger, vantent l'excellence\nde cette méthode d'enseignement à tous points de vue merveilleuse ; elles prouvent l'incon-\ntestable utilité pratique de ces leçons et montrent l'enthousiasme avec lequel l'amateur est\nsusceptible d'étudier la musique si cette étude lui est présentée d'une façon judicieuse et\nintéressante. Elles forment un véritable livre d'ol* où se détachent les précieux témoignages\nd'approbation de maîtres tels que Louis Diémer, Raoul Pugno et Camille Erlanger qui ont\nainsi marqué l'intérêt exceptionnel des Cours Sinat dont le siège est à Paris, I, rue Jean\nBologne.\nLes répétitions de la Société Palestrina dont nous annonçons d'autre part l'intéressante\nfondation et le but élevé, seront organisées de 5 heures à 7 heures, 18 rue Boissonnade. Elles\nauront lieu chaque semaine, le mercredi pour l'orchestre et le samedi pour les chœurs.\nDans le comité de patronage de la Société Palestrina dont la présidente d'honneur est\nMme la Duchesse d'Uzès, nous relevons les noms de V. d'lndy et Camille Bellaigue, président\net vice-président ; de MMmes la générale Pau, Jean Lerolle, (née Chausson) C. Jumel, Blanche\nSelva, Pierre Aubry de MMrs Maurice Barrés, Jacques Durand, Adolphe Boschot, Pierre de\nBréville, A. Gastoué, Jean Gounod, Jean Lerolle, Gabriel Pierné, J. Guy-Ropartz, L. Vierne.\nA côté des \" Chanteurs de St-Gervais \" uniquement composés de professionnels, la nouvelle\nSociété ne comprendra que des amateurs.\nUn très intéressant récital sera donné le 9 décembre à la Salle des Agriculteurs par le\nbrillant pianiste Pierre Lucas. Tous les maîtres de la littérature moderne du piano seront\nreprésentés dans son remarquable programme qui réunit les noms de Gabriel Fauré, Debussy,\nAlbeniz, Paul Dukas, Florent Schmitt, Maurice Ravel, Gabriel Dupont, Louis Aubert,\nGabriel Grovlez, Manuel de Falla et Déodat de Séverac. Plusieurs premières auditions\nviendront augmenter l'attrait de cette belle soirée qui constitue un hommage significatif aux\nplus généreuses tendances de notre art contemporain.\nLa Salle Malakoff passe aux mains de M. Fourtier qui compte créer dans ce joli coin de\nPassy, situé au centre même de la vie mondaine, un mouvement musical particulièrement\nactif : Cette initiative attirera l'attention des artistes sur cette charmante salle que l'on connaît\nmal : son architecture et sa décoration, le confort très moderne de son installation, le parfait\nagencement de sa scène, l'ampleur de ses dépendances et de ses dégagements, tout concourt à\nen faire un luxueux salon et un théâtre élégant. Le succès ne saurait manquer de récompenser\nles efforts de la nouvelle direction.\nLe compositeur G. Mousikant vient de terminer la partition d'un conte lyrique en un\nacte et quatre tableaux intitulé \" La Tragédie de la Mort\". L'action, très dramatique et très"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.84", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "émouvante est tirée d'un conte d'Andersen. L'ouvrage a été écrit pour la belle tragédienne\nlyrique qu'est Cécile Thévenet.\nLe compositeur Paolo Litta vient d'achever une scène lyrique pour soprano et orchestre\n\" La mort de Cléopâtre \" dont il a écrit lui-même, en trois langues français, allemand et\nitalien le libretto tiré de Shakespeare. Madame Ida Isori, à qui l'œuvre est dédiée, viendra la\nchanter à Paris à l'un de nos grands concerts symphoniques.\nM. Maçon qui a remis en honneur la viole d'amour, vient de découvrir un certain nombre\nd'œuvres du XVIIIe siècle, écrites pour cet instrument, entre autres un de\nHaydn pour viole d'amour, violon et basse. Nous parlerons prochainement et plus longuement,\nde tout ce répertoire retrouvé par l'éminent virtuose.\nLe charmant ballet Ma MèreVOye de Maurice Ravel sera représenté cet automne à\nMonte-Carlo, et Daphnis et Chloè, la belle action chorégraphique du môme auteur, sera montée\ncette saison à Londres, Monte-Carlo, Berlin et Munich.\nLa Périy le beau poème dansé de Paul Dukas, sera représenté, cet hiver, à Lyon, Nice\net Monte-Carlo, avec Mademoiselle Trouhanowa comme interprète.\nSouhaitons la bienvenue à un nouveau confrère. Une revue musicale vient de se fonder\nen Italie sous le titre d Harmonia.Nous la saluons d'autant plus cordialement que son format,\nsa typographie, ses illustrations, son papier, son aspect général et ses dispositions particulières\nreproduisent docilement ceux de notre S.I.M. qui n'a jamais reçu un hommage plus complet\net plus significatif. Nous tenons à affirmer à ses fondateurs que nous avons goûté la saveur\net que nous apprécions tout le prix de cette réplique transalpine de notre Revue."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c090", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c090", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.29", "titre_corps": "Concerts annoncés", "titre_sommaire": "Concerts annoncés", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.84", "debut_caractere": 1696, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": "Concerts annoncés\n(icrAU 15 DÉCEMBRE)\nSALLE PLEYEL\n5 déc. Mme Jane Mortier *9 h.\n6 MllcFernande Reboul 9 h.\n7 Mme Abran Cassan 2h.\n10 La S. M. I. 9 h.\n11 M. Péru 9 h.\n15 Mme Roger-Miclos\nBataille 9 h.\nSALLE GAVEAU\n1 Société Philharmoni-\nque 9 h.\n3 Mme Yvette Guilbert 9h.\n4 M. Humberto Lami Bh.^\n5 Mme Yvette Guilbert 9h.\n7 déc. A. F. A. M. 9 h.\n8 M. Henri Erique 9 h.\n9 Société Philharmoni-\nque 9 h.\n10 Mme Yvette Guilbert 9 h.\n13 Mme Yvette Guilbert 9 h.\n15 A. M. M. A. 9 h.\nSALLES DIVERSES\n1 Trio Pedro-Marès 1 9 h.\n2 Ml]e Blanche Selva 1 9 h.\n4 Matinées Barrau 2 3 h.\n4 Concerts Chaigneau 3 3 h.\n4 N. S. M. 4 5 h.\n4 Schkolnik 2 * 9 h.\n5 Quatuor Parent 0 3 h.\n5 Double Quintette de\nParis 6 4 h.\n5 déc. Société Moderne d'ln-\nstruments à vent 1 9h.\n5 M. Etlin 2 9 h.\n6 Concerts Barrau 2 9h.\n8 Princesse Baratoff 2 9h.\n8 A. de Lang 9 h.\n9 M. Binenthal 1 9 h.\n9 M. Pierre Lucas 2 9h.\n10 Mlle Cazeville 2 9h.\n10 Société Beethoven 7 9h.\n11 Concerts Chaigneau 3 3 h.\n11 Matinées Barrau 2 3h.\n11 Mlle Blanche Selva 1 9h.\n11 M. Lewenstein 2 9 h.\n12 Quatuor Parent 6 3 h.\n12 Double Quintette5 4h. |\n12 Mme Gerhardt 2 9h.\n12 Quatuor Lefeuve 1 9h.\n13 Concerts Barrau 2 9h.\n15 M. Breviman 2 9 h.\n* Voir le programme dans nos annonces*\ni. Schola Cantorum. —2. Salle des Agriculteurs. —3. Hôtel du Foyer. —4. Salle Lemoine. —5. Grand\nPalais. 6. Salle Villiers. 7. Salle de Géographie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c091", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c091", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.30", "titre_corps": "Un nouvel instrument dans l'orchestre", "titre_sommaire": "Un nouvel instrument dans l'orchestre", "signature_source": "Pierre Lérys", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.85", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3710, "texte": "Un nouvel instrument dans l'orchestre\nPierre Lérys.\nNous ne nous avancions pas en disant, il y a un mois, que la simple annonce de l'entrée\ndu Pianola, ce très séduisant dompteur ! dans la cage centrale de l'orchestre passion-\nnerait les milieux musicaux. Le mercredi 5 novembre, jour de cette manifestation, une foule\nnombreuse et élégante parmi laquelle quelques professeurs du Conservatoire, un choix de\ncritiques musicaux, plusieurs musicologues des plus érudits se ruait aux guichets du Théâtre\nAstruc. Et lorsque Camille Chevillard mit en branle son orchestre la présence d'un tel\nmusicien et d'un tel orchestre prouvait la qualité sans alliage de oe Concert pas une place\nn'était vide dans l'immense hémicycle. Les deux œuvres pour piano et orchestre, dont la partie\nde piano devait être interprétée à l'aide du pianola constituaient les pièces de résistance du\nprogramme.\nDirigé par M. R. de Aceves, avec autant de maîtrise que d'originalité, le pianola accentua\nmême pour les oreilles les moins averties du sens musical, les nuances du concerto de Grieg ; les\n\" rinforzando \" et les \" diminuendo \" se groupaient nombreux dans l'homogénéité de la pâte\norchestrale, et rarement par certains côtés, exécution fut plus instructive. La\nde Liszt, cette œuvre injouable par sa folle virtuosité, se déroula avec une netteté cristalline,\naffranchie de toute contingence, et une rapidité comme seules peuvent en commander les\nmanettes du pianola ! Les traits filaient avec une robuste ingénuité devant la baguette éner-\ngique de Camille Chevillard.\nMUc Chenal, émue sans doute de corroborer par son talent une telle démonstration,\nmélangea savoureusement la langue italienne à la française dans la de la Tosca : et ce\nmélange de langues était un symbole tendant à prouver que la virtuosité vocale de la créatrice\nde la Sorcière était libérée à l'instar du pianola— des difficultés techniques des articulations\nétrangères.\nQuant au pianola seul, dans Y Allegro appasionnatode Saint-Saëns, le de Chopin, et\nla Valse de Glazounow, il vainquit les parti-pris, les haines et les critiques en établissant que loin\nde porter atteinte à la libre expansion des générations futures de pianistes, il augmenterait leur\nprestige en étalant sa hautaine et quasi-divine perfection au-dessus des essais meurtris, dou-\nloureux, héroïques, nourris d'intentions, soutenus de sortilèges qui sont l'apanage des fils\ndes hommes.\nC'est que la question du pianola dépasse singulièrement et le moment et le succès\nde tel ou tel nstrument plus ou moins perfectionné : cette querelle d'\" espèce \" doit aller en\nappel et, commie on dit au Palais, faire jurisprudence. Le moment est venu où l'éternelle lutte\ndes anciens et des modernes reprend vis-à-vis du machinisme. Celui-ci nous a livré dans divers\ndomaines des secrets fastueux et dont nul être de bonne foi n'oserait discuter la pérennité.\nPourquoi regarder derrière soi et fermer la barrière du chemin de fer devant le rapide :\nprogrès ? Le temps viendra et plût au Destin qu'il vienne le plus tôt possible —où l'orchestre\nsera entièrement dans la main non plus au figuré alors, mais au propre d'un chef\nd'orchestre ou plutôt de tout musicien qui pourra en jouer comme un organiste joue de\nson orgue. N'a-t-on pas déjà vu, ainsi que le déclarait ces jours derniers le très érudit musico-\nlogue M. Laloy, des violons actionnés automatiquement et donnant d'encourageants résultats ?\nLe Pianola est le premier stade de cette chevauchée vers la nouvelle terre promise. Parfaite-\nment au point, il constitue une victoire décisive sur la matière. N'a-t-il pas, d'ailleurs, trouvé\nen M. R. de Aceves son Pégoud pour lui faire accomplir le \" looping the loop \" de la perfec-\ntion musicale ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c092", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c092", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.31", "titre_corps": "La Vie chère et la Bourse", "titre_sommaire": "La Vie chère et la Bourse", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.86", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "La Vie chère et la Bourse\nSous ce titre, le mois dernier, je vous ai démontré la nécessité pour tous les\ncapitalistes, de chercher un revenu plus fort afin de supporter les charges nouvelles\nqui vont leur être imposées par les besoins grandissants des budgets d'Etat.\nDéjà, la vie plus chère a entraîné beaucoup de personnes à échanger leurs\nvaleurs de tout repos ne rapportant que 3 à 4 °/Q contre des valeurs de second ordre\nproduisant 5 à 6 °/0.\nJe vous ai expliqué les dangers d'un tel échange, la moins-value des cours risquant de faire perdre plus que\nla différence du revenu.\nJe concluais en vous disant de dresser l'inventaire de votre porte-feuille et de vous débarasser sans hésiter\nde toutes les valeurs ne présentant pas une sécurité absolue, vous offrant ma vieille expérience de 40 ans de\npratique financière pour vous indiquer les titres à vendre ou à garder, et cela gracieusement, désirant être\nutilé aux abonnés et lecteurs de la S. I. M.\nBeaucoup m'ont envoyé la liste de leurs titres que je leur ai retournée avec mon avis motivé.\nD'autres m'ont demandé de leur signaler un bon placement, je me suis efforcé de les satisfaire.\nEnfin quelques-uns m'ont prié de les renseigner sur les opérations de spéculation, autrement dit sur les\nopérations à terme. Cela est plus délicat, car un simple particulier, éloigné de la Bourse, est bien mal outillé\npour spéculer.\nEn dehors d'opérations à longue échéance sur une valeur désignée comme devant monter ou baisser dans\nun délai assez éloigné, je ne conseillerai jamais à un capitaliste raisonnable de spéculer lui-même, en un mot de\nîouer à la Bourse, car pour lui cela devient du jeu, purement du hasard.\nComment voulez-vous avoir quelque chance de gagner si vous ne pouvez donner vos ordres sur le marché\nau moment précis où les nouvelles sont annoncées ? Un retard de quelques heures, d'une heure même, vous\nempêche de profiter du mouvement favorable et risque souvent de vous faire subir un courant contraire.\nSeuls, les spéculateurs qui suivent la Bourse sans répit, peuvent espérer réussir comme les professionnels,\nbanquiers, courtiers, coulissiers ou remisiers.\nEt encore, il faut avoir une longue expérience acquise par la pratique, il faut avoir un sang-froid éprouvé,\nil faut posséder un esprit de réflexion pondérée et en même temps une faculté de décision rapide, qualités\nréunies que beaucoup ne possèdent pas.\nDans ces conditions, je ne vous conseille pas de spéculer, à moins de charger un professionnel de la\ndirection de vos opérations.\nEvitez surtout de vous lancer dans des achats ou des ventes sur renseignements soi-disant certains, les meilleurs\nsont souvent néfastes, l'effet produit étant tout autre que celui espéré, même si l'événement prévu s'accomplit.\nDepuis 40 ans que je spécule, je dois avouer qu'une seule opération m'a donne plus de bénifice que\nde perte, c'est l'échelle de primes sur le 3 °/0 français ; aussi est-ce la seule que je fasse maintenant soit pour\nmoi, soit pour ceux qui me chargent de les guider moyennant une partie de leurs bénéfices nets.\nAinsi, j'ai pu réaliser une moyenne de 315 fr. en septembre et de 435 fr. en octobre par 1000 fr. de\ncapital engagé, ce qui représente 7500 fr. pour 10.000 fr. en deux mois, et cela avec un risque limité.\nAucune autre opération ne peut produire des résultats semblables, et voilà vraiment un moyen d'augmenter\nses revenus pour lutter contre la vie chère et les nouveaux impôts. P.-E. PENAUD.\nP. S. Je suis à la disposition des lecteurs de la S. I. M. tous les jours de 10 h. àll h. et de 4h. à 7\nà mon bure an, 8, rue Drouot à Paris, ou par correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c094", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c094", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.32", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1258, "texte": "V A\nSOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nDE LA M'-USIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat\nM. Gabriel Fauré, Directe\nM. Henry Marcel, ancien Directeur\ndes Musées Nationaux.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A, R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU,\nMinistre de\net des Beaux-Arts.\nM. J. ECORCHEVILLE,\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd ' Administration du\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\n'' : '\"I\" $ . !» •\" . V ' .;•\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu - Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN. ;\nM. J. PASQUIER.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMme LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. JACQUES KOVCHÉ Directeu\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. 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Ecorcheville. . Le futurisme ou le bruit dans la musique .\nE. Neufeldt . . . . ■ . Le Cas Rust, réponse àM. Vincent d'lndy\nPeru Mes souvenirs de Frédéric Chopin . . .\nGabriel Sizes. . . . . Notes d'acoustique\nLes Livres\n1\n14\n25\n31\n37\nLE MOIS\nEmile Vuillermoz\nClaude Debussy\nVincent d'lndy.\nPaul Locard . . .\nLouis Laloy . . .\nJean Poueigh . >\nj ?\nQ.K\nRené Lyr . . . i.\nMargherita Berio .\nV. P\nSwift . . *\nPierre Lérys\nv » « •\nLes Théâtres. 39\nConcerts Colonne 42\nConcerts Lamoureux 45\nConservatoire ............ 46\nMusic-Halls ............. 48\nConcerts et Récitals. 51\nPetits Papiers 55\nProvince 57\nLa Belgique. .-, 59\nLettre de Rome 63\nU édition musicale 65\nLes Amis de la musique 66\nÇà et là 68\nLes faits du mois 70\n\"•V\nUn nouvel instrument dans l'orchestre .... 75\nChronique financière .76"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-12-01-01-c098", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-12-01_01#c098", "volume": "bmtnabh_1913-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 88, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.2.36", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.88", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "* fA\\ji&j+x\n«\nï\nrïl\n■f<f\nA LEONAM» fi* VT«£)\n>\n>\nr r.- fi\ni\n! r I)\nie i\n*%\n*>s\n►\nw\nAS\n5*\nT\nV\n. <\n<\nKi ./\nl\n►\n<<\n►\n*\nftm «j\na-M a\n•\n>\n►\n<\n9Ri «\nvJ\n«> 9H9\n!\nY\ni\nr-\nM'vif\nN\n■: ; ?• -,\ny\n«\nPGEMÉ ESOTLRIQUE\nPOUR UNf DAÎIStUS£\nPiwiovioiorjerißiftriDLE\ntw £SQÏfcRISCH£S\nIAN2GEDICHT FUR El NE\nTÂNZÊRiN MAVIER\nVIOUKe U.TRIAH6EI\nI\n.•' ', 'V'v .\"'< \"' rç .'7' s\n.' ■ v >\n? !M£\n%\nv CCHH\ni ' « i.K\niwi\nm\n\" M\n>cm\nm\nPAF*\nVON\n-\nm\n,\nm\nm\nY.\n' y«|MLi ■*■\n«V»#»\n«\nL I\n-f\nsra\n►.\n>9\n•<\n*\nIf\n:*"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.1", "texte": "KIX* Année.\nN° 12.\nl Décembre 1913.\niÉ ■ ■ m m\nK fâjbiÊ HK M\nI\nI tHMMBM jOHMi ' mSÉiI ?ÊÊÈÊm *.''\nI \\J *\nI Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nLenumér.:\nince ô Belgique 1 fr. 50\nUnion Postale 2 fr.\nPARIS, 29, rue La Boëtie\nTéléphone Wagram : 98-12\nUN AN\nFrance et Belgique 15 fr.\nUnion postale 20 fr.\nCopyright by S.I. M. 1913\n\nLES BRUITEURS ET LA MUSIQUE, par J. Ecorcheville. 0 LE CAS RUST, par E. Neufeldt.\nRÉPONSE de M. Vincent d'lndy. 0 MES SOUVENIRS DE FRÉDÉRIC CHOPIN, par Péru. 0\nNOTES d'ACOUSTIQUE, par G. Sizes. 0 LES LIVRES.\nLE MOIS, par\na CLAUDE DEBUSSY 0 VINCENT d'INDY\n0 EMILE VUILLERMOZ LOUIS LALOY\n3AUL LOCARD OJEAN POUEIGH ORENÉ LYR BARRÈRE BÉRIO SWIFT"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.2", "texte": "V A\nSOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nDE LA M'-USIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat\nM. Gabriel Fauré, Directe\nM. Henry Marcel, ancien Directeur\ndes Musées Nationaux.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A, R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU,\nMinistre de\net des Beaux-Arts.\nM. J. ECORCHEVILLE,\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd ' Administration du\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\n'' : '\"I\" $ . !» •\" . V ' .;•\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu - Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN. ;\nM. J. PASQUIER.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMme LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. JACQUES KOVCHÉ Directeu\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.3", "texte": "Audacieux et tapageur, le Futuris a tout fait pour ameuter les\npassants. Depuis le jour où il partit en guerre contre le Qlair de Lune, jus-\nqu'à sa dernière campagne en faveur de la\nsexes, il a semé la terreur, et le rire aussi, parmi tous les arts. Peinture,\nsculpture, drame et syntaxe ont tour à tour frissonné a l'appel de Youtre-\nhomme révolté, vociférant, clamant : \" guerre aux traditions, mort aux\nmusées, destruction de tout ce que l'humanité appelle le passé, voire\nle présent. \"\nLa musique ne devait pas être épargnée. Le\nfuturistes, signé Pratella en 1911, et la déclaration de Russolo sur YaArt\ndes fruits,parue dernièrement, sont des assauts fougueux, qu'il y aurait\ncruauté à vouloir ignorer. Bruyants, puisqu'il s'agit de bruit, et récla-\nmiers, puisque futuristes, ces manifestes s'inspirent à la fois, d'une haine\nvivace contre les doctrines admises, et d'une passion violente pour les\nnouveautés outrancières.\nEcoutons Pratella :\nIl est incontestable que l'ltalie ne peut guère opposer un seul nom de musi-\ncien novateur à ceux de Debussy, Dukas, Charpentier, Richard Strauss, Edward"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\nElgar, Moussorgsky, Rimski Korsakov, Glazounov et Sibelius, qui tous, avec plus\nou moins de génie, s'efforcent de surpasser le génie révolutionnaire de\nRichard Wagner.\nNous croyons d'autre part en l'intarissable inspiration musicale de notre race ;\nnous déclarons aussi que l'infériorité actuelle de la musique italienne est le produit\nlogique :\ni° des conservatoires de musique empestés par le traditionnalisme ignorant\ndes professeurs ; 2° des grands éditeurs, marchands de notes et de voix, ladres\net peureux.\nEn effet les jeunes musiciens italiens qui sortent de l'atmosphère méphitique\ndes conservatoires sont immédiatement apprivoisés par les éditeurs, qui après leur\navoir imposé une horreur profonde pour l'originalité créatrice, un mépris chronique\npour l'art et une adoration absolue pour les différents crétinismes du public, les\nenchaînent à jamais par des contrats étrangleurs aux pieds de ces deux grands\nmodèles en carton pâte : Puccini et Giordano.\nJeunes compositeurs d'ltalie, désertez donc les conservatoires et les académies\npour étudier et composer dans la plus absolue des libertés. Révoltez-vous contre\nla tyrannie des éditeurs, l'outrecuidance du public et le bavardage des critiques\nplus ou moins vendus.\nAttaquons ensemble le préjugé de la musique bien faite bon devoir de\nréthorique et conspuons cette phrase courante, lâche autant que stupide : il faut\nrevenir a Vancienne musique. Détruisons le règne du chanteur. 11 faut que son\nimportance corresponde exactement à celle d'un instrument de l'orchestre. Trans-\nformons la conception, la valeur et le titre du de poème dramatique pour la\nmusique.\nIl faut que chaque compositeur soit l'auteur de son propre poème.\nCombattons ensemble catégoriquement toutes les reconstructions historiques,\nla mise en scène traditionnelle et le mépris du costume moderne dans l'opéra.\nLuttons ensemble contre le succès énervant et délétère des romances du genre\nTosti et Costa et des chansonnettes napolitaines. Proscrivons ensemble la musique\nsacrée qui, étant donné la banqueroute des religions, est devenue le monopole\nexclusif de tous les directeurs de conservatoires, affamés de gloriole et dénués de\ntalent.\nArrachons de l'esprit du public le goût des vieux opéras, dont l'exhumation\nencombre la marche des musiciens novateurs, obligeons ensemble le public, par une\npropagande assidue, à défendre tout ce qui éclate d'original et de révolutionnaire\nen musique.\nGlorifions-nous enfin d'être injuriés et sifflés par la horde des moribonds et\ndes opportunistes.\nOn crie de part et d'autre que nous sommes des fous. Cela ne nous étonne\npas, car Palestrina aurait probablement considéré Bach comme un fou, Bach aurait\nconsidéré Beethoven comme un fou, Beethoven aurait considéré Wagner comme\nun fou. Rossini déclarait en plaisantant qu'il avait enfin compris une page de"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.5", "texte": "LE BRUIT DANS LA MUSIQUE\n\n3\n\nmusique wagnérienne en la lisant de bas en haut. Après une audition de l'ouver-\nture de Tannhâuser,Verdi écrivait à un ami que Wagner n'était qu'un pauvre aliéné.\nC'est donc à la fenêtre d'une glorieuse maison de fous, que nous proclamons\ncomme un principe essentiel de notre révolution futuriste que le contrepoint et la\nfugue, sottement considérés comme une des branches les plus importantes de\nl'enseignement musical, ne sont plus guère à nos yeux que les ruines de cette\nvieille science de la polyphonie qui s'étend des Flamands à Bach. Nous les rem-\nplaçons par la polyphonie harmonique, fusion logique du contrepoint et de\nl'harmonie, qui évitera aux musiciens la peine inutile de dédoubler leurs efforts en\ndeux cultures opposées : l'uue trépassée, l'autre contemporaine et partant inconci-\nliables parce qu'elles sont les fruits différents de deux sensibilités différentes.\nLe ciel changeant, les eaux mouvantes, les forêts, les montagnes, la mer,\nl'enchevêtrement fumeux des ports marchands, les grandes capitales houleuses et\nleurs innombrables cheminées d'usines, se transforment en voix puissantes et\nprodigieuses à travers l'âme du musicien. Ces voix chantent les passions, les volon-\ntés, les joies et les douleurs de l'homme que la magie de l'art rattache ainsi et mêle\nà la nature. Les formes musicales ne sont ainsi que les apparences et les fragments\nd'un seul Tout.\nEncore un peu vague, cette déclaration se trouve complétée par\ncelle du peintre Russolo, que voici :\nMon cher Balilla Pratella, grand musicien futuriste,\nLe 9 Mars 1913, durant notre sanglante victoire remportée sur 4000 passéistes\nau Théâtre Costanzi de Rome, nous défendions à coup de poing et de canne ta\nMusique futuriste, exécutée par un orchestre puissant, quand tout-à-coup mon esprit\nintuitif conçut un nouvel art que, seul, ton génie peut créer : l'Art des Bruits,\nconséquence logique de tes merveilleuses innovations.\nLa vie antique ne fut que silence. C'ést au dix-neuvième siècle seulement, avec\nl'invention des machines, que naquit le Bruit. Aujourd'hui le bruit domine en\nsouverain sur la sensibilité des hommes. Durant plusieurs siècles la vie se déroula\nen silence, ou en sourdine. Les bruits les plus retentissants n'étaient ni intenses,\nni prolongés, ni variés. En effet, la nature est normalement silencieuse, sauf les\ntempêtes, les ouragans, les avalanches, les cascades et quelques mouvements\ntelluriques exceptionnels. C'est pourquoi les premiers sons que l'homme tira d'un\nroseau percé ou d'une corde tendue, l'émerveillèrent profondément.\nLes peuples primitifs attribuèrent au son une origine divine. 11 fut entouré d'un\nrespect religieux et réservé aux prêtres qui l'utilisèrent pour enrichir leurs rites\nd'un nouveau mystère. C'est ainsi que se forma la conception du son comme\nchose à part, différente et indépendante de la vie. La musique en fut le résultat,\nmonde fantastique superposé au réel, monde inviolable et sacré. Cette atmosphère\nhiératique devait nécessairement ralentir le progrès de la musique, qui fut ainsi\ndevancée par les autres arts. Les Grecs eux-mêmes, avec leur théorie musicale"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\nfixée mathématiquement par Pythagore et suivant laquelle on admettait seulement\nl'usage de quelques intervalles consonnants, ont limité le domaine de la musique\net ont rendu presqu'impossible l'harmonie qu'ils ignoraient absolument. La musique\névolua au Moyen-Age avec le développement et les modifications du système\ngrec du tétracorde. Mais on continua à considérer le son dans son déroulement à\ntravers le temps, conception étroite qui persista longtemps et que nous retrouvons\nencore dans les polyphonies les plus compliquées des musiciens flamands. L'accord\nn'existait pas encore ; le développement des plus différentes parties n'était pas\nsubordonné à l'accord que ces parties pouvaient produire ensemble ; la conception\nde ces parties n'était pas verticale, mais simplement horizontale. Le désir et la\nrecherche de l'union simultanée des sons différents (c'est-à-dire de l'accord, son\ncomplexe) se manifestèrent graduellement : on passa de l'accord parfait assonant\naux accords enrichis de quelques dissonances de passage, pour arriver aux\ndissonances persistantes et compliquées de la musique contemporaine.\nL'art musical rechercha tout d'abord la pureté limpide et douce du son. Puis il\namalgama des sons différents, en se préoccupant de caresser les oreilles par des\nharmonies suaves. Aujourd'hui l'art musical recherche des amalgames de sons les\nplus dissonants, les plus étranges et les plus stridents. Nous nous approchons ainsi\ndu son-bruit.Cette évolution de la musique est parallèle àla multiplication\ngrandissante des machines qui participent au travail humain. Dans l'atmosphère\nretentissante des grandes villes aussi bien que dans les campagnes autrefois\nsilencieuses, la machine crée aujourd'hui un si grand nombre de bruits variés que\nle son pur, par sa petitesse et sa monotonie ne suscite plus aucune émotion.\nPour exciter notre sensibilité, la musique s'est développée en recherchant une\npolyphonie plus complexe et une variété plus grande de timbres et de coloris\ninstrumentaux. Elle s'efforça d'obtenir les successions les plus compliquées d'accords\ndissonants et prépara ainsi le bruit musical.\nCette évolution vers le son-bruit n'est possible qu'aujourd'hui. L'oreille d'un\nhomme du dix-huitième siècle n'aurait jamais supporté l'intensité discordante de\ncertains accords produits par nos orchestres (triplés quant au nombre des\nexécutants); notre oreille au contraire s'en réjouit, habituée qu'elle est par la vie\nmoderne, riche en bruits débouté sorte. Notre oreille pourtant, bien loin de s'en\ncontenter, réclame sans cesse de plus vastes sensations acoustiques. D'autre part,\nle son musical est trop restreint, quant à la variété et à la qualité de ses timbres.\nOn peut réduire les orchestres les plus compliqués à quatre ou cinq catégories\nd'instruments différents quant au timbre du son : instruments à cordes frottées, à\ncordes pincées, à vent en métal, à vent en bois, instruments de percussion. La\nmusique piétine dans ce petit cercle en s'efforçant vainement de créer une nouvelle\nvariété de timbres. Il faut rompre à tout prix ce cercle restreint de sons purs et\nconquérir la variété infinie des sons-bruits.\nChaque son porte en soi un noyau de sensations déjà connues et usées qui\nprédisposent l'auditeur à l'ennui, malgré les efforts des musiciens novateurs. Nous\navons tous aimé et goûté les harmonies des grands maîtres. Beethoven et Wagner"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.7", "texte": "LE BRUIT DANS LA MUSIQUE\n5\n\nont délicieusement secoué notre cœur durant bien des années. Nous en sommes\nrassasiés. C'est pourquoi nous prenons infiniment plus de plaisir à combiner\nidéalement des bruits de tramways, d'autos, de voitures, et de foules criardes qu'à\nécouter encore, par exemple, \" l'Héroïque \" ou la \" Pastorale. \"\nNous ne pouvons guère considérer l'énorme mobilisation de forces que\nreprésente un orchestre moderne sans constater ses piteux résultats acoustiques.\nY a-t-il quelque chose de plus ridicule au monde que vingt hommes qui s'acharnent\nà redoubler le miaulement plaintif d'un violon ? Ces franches déclarations feront\nbondir tous les maniaques de musique, ce qui réveillera un peu l'atmosphère\nsomnolente des salles de concerts. Entrons-y ensemble, voulez-vous? Entrons\ndans l'un de ces hôpitaux de sons anémiés. Tenez : la première mesure vous coule\ndans l'oreille l'ennui du déjà entendu et vous donne un avant-goût de l'ennui qui\ncoulera de la mesure suivante. Nous sirotons ainsi, de mesure en mesure, deux ou\ntrois qualités d'ennui en attendant toujours la sensation extraordinaire qui ne\nviendra jamais. Nous voyons en attendant s'opérer autour de nous un mélange\nécœurant formé par la monotonie des sensations et par la pâmoison stupide et\nreligieuse des auditeurs, ivres de savourer pour la millième fois, avec la patience\nd'un boudhiste, une extase élégante et à la mode. Pouah! Sortons vite, car je ne\npuis guère réprimer trop longtemps mon désir fou de créer enfin une véritable\nréalité musicale en distribuant à droite et à gauche de belles gifles sonores,\nenjambant et culbutant violons et pianos, contrebasses et orgues gémissantes !\nSortons !\nD'aucuns objecteront que le bruit est nécessairement déplaisant à l'oreille.\nObjections futiles que je crois oiseux de réfuter en dénombrant tous les bruits\ndélicats qui donnent d'agréables sensations. Pour vous convaincre de la variété\nsurprenante des bruits, je vous citerai le tonnerre, le vent, les cascades, les fleuves,\nles ruisseaux, les feuilles, le trot d'un cheval qui s'éloigne, les sursauts d'un chariot\nsur le pavé, la respiration solennelle et blanche d'une ville nocturne, tous les bruits\nque font les félins et les animaux domestiques et tous ceux que la bouche de\nl'homme peut faire sans parler ni chanter.\nTraversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives\nque les yeux, et nous varierons les plaisirs de notre sensibilité en distinguant les\nglouglous d'eau, d'air et de gaz dans les tuyaux métalliques, les borborygmes et\nles râles des moteurs qui respirent avec une animalité indiscutable, la palpitation\ndes soupapes, le va-et-vient des pistons, les cris stridents des scies mécaniques, les\nbonds sonores des tramways sur les rails, le claquement des fouets, le clapotement\ndes drapeaux. Nous nous amuserons à orchestrer idéalement les portes à coulisses\ndes magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des\nforges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fer\nsouterrains.\nNous voulons entonner et régler harmoniquement et rythmiquement ces\nbruits très variés. Il ne s'agit pas de détruire les mouvements et les vibrations\nirrégulières (de temps et d'intensité) de ces bruits, mais simplement fixer le degré"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\nou ton de la vibration prédominante. En effet le bruit se distingue du son par ses\nvibrations confuses et irrégulières (quant au temps et à l'intensité). Chaque bruit\na un ton, parfois aussi un accord qui domine sur l'ensemble de ces vibrations irré-\ngulières. L'existence de ce ton prédominant nous donne la possibilité pratique\nd'entonner les bruits, c'est-à-dire de donner à un bruit une certaine variété de\ntons sans perdre sa caractéristique, je veux dire le timbre qui le distingue. Certains\nbruits obtenus par un mouvement rotatoire peuvent nous offrir une gamme\nentière, ascendante ou descendante, soit qu'on augmente ou soit qu'on diminue la\nvitesse du mouvement.\nChaque manifestation de notre vie est accompagnée par le bruit. Le bruit\nnous est familier. Le bruit a le pouvoir de nous rappeler à la vie. Le son, au\ncontraire, étranger à la vie, toujours musical, chose à part, élément occasionnel, est\ndevenu pour notre oreille ce qu'un visage trop connu est pour notre œil. Le\nbruit, jaillissant confus et irrégulier hors de la confusion irrégulière de la vie, ne\nse révèle jamais entièrement à nous et nous réserve d'innombrables surprises.\nNous sommes sûrs qu'en choisissant et coordonnant tous les bruits nous enri-\nchirons les hommes d'une volupté insoupçonnée.\nBien que la caractéristique du bruit soit de nous rappeler brutalement à la\nvie, l'art des bruits ne doit pas être limité à une simple reproduction imitative.\nL'art des bruits tirera sa principale faculté d'émotion du plaisir acoustique spécial\nque l'inspiration de l'artiste obtiendra par des combinaisons de bruits. Voici les\n6 catégories de bruits de l'orchestre futuriste que nous nous proposons de réaliser\nbientôt mécaniquement :\n123456\nGrondements Sifflements Murmures Stridences Bruits de per- Voix d'hommes\nEclats Ronflements Marmonnements Craquements cussion sur métal, et d'animaux ;\nBruits d'eau tom- Renâclements Bruissements Bourdonnements bois, peau,pierre, cris, gémisse-\nbante Grommellements Cliquetis terre-cuite, etc. ments, hurle-\nBruits de plongeon Grognements Piétinements ments, rires, râ-\nMugissements Glouglous les, sanglots.\nRésultat : un concert de Bruiteurs, donné à Milan le 11 août der-\nnier, avec le concours des quatre réseaux de bruits suivants :\n3 bourdonneurs 3 siffleurs 1 fracasseur\n2 éclateurs 2 bruisseurs 1 stridenteur\n1 tonneur 2 glouglouteurs 1 renâcleur\n\" Malgré une certaine inexpérience de la part des exécutants, nous dit le\ncompte-rendu officiel de cette mémorable journée, l'ensemble fut presque toujours\nparfait, et les effets saisissants obtenus par Russolo, révélèrent aux auditeurs une\nnouvelle volupté acoustique. Le programme comprenait quatre morceaux :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.9", "texte": "LE BRUIT DANS LA MUSIQUE\n7\n\nRéveil de laQapi taie\nRendez-vous d'autos\nOn dîne à la terrasse Qasino\nEscarmouche dans\nIl y a certainement une force hilarante cachée dans cette symphonie\nd'idées, de vocables et de bruits, aux sons de laquelle le futurisme prétend\nfaire son entrée dans le monde de notre musique. Pourtant, on pouvait\ns'attendre à pis. Ceux qui ont vu le belliqueux Marinetti glorifier les\nschrapnells de la guerre bulgare et l'anarchie des Lettres, ceux qui ont\nentendu Valentine de St. Point proposer aux femmes la brute comme\nmodèle, ou Guillaume Apollinaire s'adresser avec véhémence au\ntantisme merdoyant^devaient redouter de plus grands écarts. Mais la musique\nne se laisse point traiter comme une femme de lettres, et c'est une joie\nde voir qu'auprès d'elle le futurisme dépouille en partie sa férocité,\net redevient humain. L'histoire d'Orphée est toujours vraie !\nAussi bien, faut-il se hâter de dire que le futurisme est une doctrine\nmusicale en son principe même. Ceci sans paradoxe. En somme, d'où\nviennent les terribles adeptes de Marinetti ? Révoltés de vivre dans un\npays de ruines et de déprimante archéologie, que le monde entier traite\nen terre de mort et d'exhumation, ils ont jailli de l'ltalie, comme une\nforce trop longtemps comprimée dont l'explosion veut être catastrophale.\nCe qu'ils atteignent, ce qu'ils brisent, ce sont les formes stagnantes des\nbeaux-arts : la pierre de l'architecte, le marbre du statuaire, la toile du\npeintre, le livret du drame, tous arts de durée, qui permanent, et dont\nl'exemple encombrant peut être un obstacle à la libre évolution d'un pays\nqui doit vivre.\nM ais la musique, notre musique moderne, incessante variation,\nreflets de sonorité, que peut elle craindre de ces inconoclastes ? N'est-elle\npas elle-même futuriste depuis toujours, dès avant que le mot et la chose\nne fussent inventés ? Et le futurisme italien lui doit sans doute l'exemple\net le goût de je ne sais quelle inquiétude, qui lui fait voir toutes choses\ndans un perpétuel état de mobilité. Qu'il s'agisse de mouvementer la\nsyntaxe au profit de l'intensité du discours, ou d'exaspérer l'injustice des"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\nsexes, ou d'introduire la strophe chaotique dans le vers libre, ou de super-\nposer les plans dans l'infini plastique, le point de vue est le même, et\nc'est celui qui convient à l'art des mouvements vibratoires. Quand les\npeintres de cette école déclarent :\n\" Tout bouge, tout court, tout se transforme rapidement. Etant donné la\npersistance de l'image dans la rétine, les objets en mouvement se multiplient, se\ndéforment en se poursuivant, comme les vibrations précipitées dans l'espace... Les\nseize personnes que vous avez autour de vous dans l'autobus en marche sont,\ntour à tour et à la fois, dix, quatre, trois ; elles sont immobiles et se déplacent ;\nelles vont, viennent, bondissent dans la rue, brusquement dévorées par le soleil,\npuis reviennent s'assoir devant vous, comme des symboles persistants de la vibra-\ntion universelle... \"\nNe parlent-ils pas en musiciens, ayant devant eux les sonorités d'un\norchestre qui se superposent, passent l'une devant l'autre, se résorbent et\nse multiplient en un jeu d'incessante déformation ?\nComme les autres défenseurs d'un art moderne, qui cherche ses\nvoies en pays latin depuis quinze ans, ils sont, à leur insu même, dominés\npar l'esprit de la musique. Chez nous aussi, nous avons connu cet état,\nd'âme. L'art décoratif français de 1900, qui n'avait pas encore passé par\nMunich, présentait tous les signes d'une évidente et inquiétante musi-\ncalité. L'aspect fuyant des lignes, l'équilibre instable et presque modulant\ndes objets, le choix des demi-teintes incertaines, tout donnait l'impression\nd'inachevé et d'attente, que présenterait une œuvre musicale, si l'on\nvoulait la transporter dans l'ordre plastique et dans la catégorie de l'espace.\nLes formes visibles étaient traitées comme les mouvements sonores. L'œil\nappliquait aux gares du Métro le souci des forces mouvantes que l'oreille\ncherchait à satisfaire avec Franck ou Debussy. Et cela, au moment même\noù l'Allemagne, épuisée par un long siècle de génie musical, se tournait\nvers un art résolument statique, et créait ce style décoratif parfaitement\nassis, dont le goût français (encore aujourd'hui en pleine crise sonore) ne\npeut accepter l'immobile et solide aplomb.\nDonc, les futuristes, loin d'attaquer la musique, comme ils ont\nattaqué les arts et les lettres, ne sauraient que tomber d'accord avec elle.\nC'est ce qu'ils font, et leur thèse du bruit, toute folle qu'elle paraisse, ou\nqu'elle veuille paraitre, n'est en réalité qu'un ingénieuse défense du son."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.11", "texte": "LE BRUIT DANS LA MUSIQUE\n9\n\nPour le prouver, qu'on me permette d'abord de citer quelques\nlignes d'un journal récent. La scène se passe au Palais de justice de Paris.\nM. Cochon, d'une voix lente, lit ces conclusions :\nAttendu que la contravention de tapage injurieux ne pourrait être relevée\ncontre l'inculpé qu'autant qu'il serait établi que le bruit du Raffût de Saint-\nPolycarpe, discordant et inharmonieux, blesserait ainsi les oreilles des propriétaires:\nAttendu qu'il n'en est pas ainsi : Que la musique du Raffût de Saint-Polycarpe\nest de nature à charmer les oreilles des propriétaires les plus prévenus...\nM. LE PRÉSIDENT VIAL, interrompant M. Cochon. Je n'admets pas qu'on\nse moque de moi...\nM. COCHON. La musique du Raffût de Saint-Polycarpe n'est pas inju-\nrieuse.\nM. LE PRÉSIDENT VIAL. Vous prétendez que votre musique ne constitue\npas un charivari ?\nM. COCHON. Oui... Aussi je demande dans mes conclusions que, pour me\njuger en connaissance de cause, vous ordonniez que le Raffût de Saint-Polycarpe\nse fasse entendre à l'audience... Parfaitement éclairé, vous pourrez juger ensuite...\nUn agent vient déclarer que les instruments de musique du \" Raffût de Saint\nPolycarpe \" sont des casseroles, des boîtes en bois, des caisses à savon et un clairon\n\" qui sonne très mal \". C'est, ajoute l'agent, un vacarme épouvantable et discordant.\nM. COCHON. Il y a de l'harmonie dans cette musique... Vous n'êtes pas\nexpert en musique.\nEt le tribunal de conclure à une condamnation :\nAttendu que la religion du tribunal est suffisamment éclairée sur la nature\ndes bruits que peut produire l'ensemble des objets employés pour ce charivari: que\ndes éléments suffisants d'appréciation sont apportés parles dépositions des témoins.\nLa moralité de cette histoire vraie, c'est qu'entre le bruit et la\nmusique, la séparation n'est pas si manifeste, qu'elle puisse apparaître à la\ncompétence d'un tribunal éclairé. N'en est-il pas de même dans nos salles\nde concert ? Sur quelques millions d'êtres humains, pourvus d'oreilles, et\nformant le public civilisé, combien existe-t-il d'auditeurs pour une sym-\nphonie, fut-elle de Beethoven ? Très peu, guère plus d'i °/0. Pour les\nautres, grosse majorité, la Neuvième est un charivari, confus et ennuyeux.\nCharivari aussi, et d'autre part, aux oreilles d'un de nos plus grands\nmaîtres, que la fanfare de la Péri de Dukas. Charivari encore pour une\nautre gloire de l'école française que la de Strauss. Je connais plus\nd'un amateur, en province, qui à l'audition de la se plait"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.12", "texte": "IO\nS. I. M.\n\nà imagimer que le pianiste a suivi les préceptes de l'Evangile, et que sa\ndroite ignore totalement ce que fait sa gauche. Et ainsi de suite.... Qu'on\nfasse une enquête. Je défie de trouver dans l'opinion publique une limite\napproximative entre le bruit et la musique, aujourd'hui comme hier.\nMozart fut l'homme du bruit en 1775, comme Lully en 1660, comme\nStrawinski en 1913. Encore sommes-nous ici entre Européens. Faut-il\ninvoquer le témoignage des Jaunes et des Noirs ?\nToute différence entre ces deux contraires est affaire de goût,\nd'habitude et de psychologie. Hors de l'oreille tout est bruit. En passant\nen nous, le son devient musique, parce qu'il est saisi et compris par une\nconscience organisée. La musique, c'est l'art d'interpréter les bruits.\nC'est d'ailleurs ce que reconnaissent les physiciens eux-mêmes,\nlorsqu'à la suite d'Helmholtz, ils nous enseignent qu'un son régulier et\nrationnel dans la constitution de ses éléments, est musical, tandis qu'il reste\nà l'état de bruit dans le cas contraire. Une certaine proportion vibratoire,\net nous sommes dans la musique. Une plus grande complexité de rapports,\net nous voici dans le bruit. Pourquoi ? Personne ne saurait le dire ; ce\nTvieux problème, tel le veau d'or de l'opéra est toujours debout. Les\nFuturistes lui ont donné une forme et neuve sensationnelle, mais nous le\nconnaissions déjà depuis longtemps sous les noms irritants de\net Dissonances.\nQue n'a-t-on pas tenté pour isoler et définir ces deux concepts,\ntoujours enchevêtrés, toujours solidaires, au grand désespoir de l'école\net du dogmatisme. Vains efforts ! Ces groupes ennemis sont appelés\nà se rejoindre définitivement pour ne plus former qu'une seule et\nmême série. De même, son et bruit apparaissent aujourd'hui comme des\nprolongements l'un de l'autre, dans la logique auditive. Cela se comprend:\ncar, c'est bien un élément de bruit qui se cache dans la dissonance et lui\npermet d'agir sur le sens musical, autrement que n'agit la consonance\nparfaitement régulière. Mais, dès que la sensibilité est revenue de ce premier\némoi, qu'elle s'est accoutumée à cette succession ou à cette agrégation\nsonore, que reste-t-il de la dissonance ?\nIl fut un temps où la neuvième était dissonance, où la septième l'était,\noù la tierce l'était. Aujourd'hui, toutes ces formations ont droit de cité\ndans la musique, et se meuvent librement, comprises et admises partout.\nLa dissonance a été un acheminement du bruit vers le son.\nDans la musique actuelle c'est en vain qu'on voudrait attribuer un"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.13", "texte": "LÉ BRUIT DANS LA MUSIQUE\nI I\n\nsens à ces mots désuets. Il n'y a pas plus de consonances et de dissonances\nque d'accords parfaits ou imparfaits, car la perfection suppose un crité-\nrium esthétique, que personne ne songe plus à établir. Il y a simplement\ndes accords qui correspondent à des sensations artistiques, et dont le\ncompositeur use à sa fantaisie, Le bruit et la musique sont donc singu-\nlièrement voisins, et le pas que franchissent les futuristes pour les réunir\nn'est pas réellement si grand. ~ ~ . ~ •\nEnfin, avez-vous remarqué, lecteur sans doute anti-futuriste, que le\ndéveloppement de l'art s'est toujours accompli exclusivement du côté\ndissonance, c'est à dire du côté bruit ? Le compositeur illustre a beau\nchanger de siècle ou de nom, s'appeler Monteverde, Wagner ou Debussy,\non peut être sûr qu'il se signalera toujours à l'attention des foules en\nintroduisant dans l'économie sonore des valeurs jusque là considérées\ncomme irrationnelles, et des agents d'altération, dont le son musical est\ncensé exempt par définition. N'est-ce pas singulier ? Depuis trois mille\nans la musique marche allègrement àla conquête du bruit ! y.! •\nTout cela ne prouve-t-il pas que ces vocables, autour desquels on\npolémise, sont tout au plus des mots commodes pour dissimuler des\nidées fragiles. A l'examen, et en considérant les choses du point de vue\nde Sirius, comme le voulait Renan, il n'existé peut-être ni son ni bruit,\nmais un éternel état vibratoire, auquel l'artiste prête une oreille plus ou\nmoins complaisante, plus ou moins bien douée. Le compositeur, et\nl'auditeur après lui, entendent ce qu'ils peuvent, et comme ils le peuvent.\nCe qui leur échappe est par eux qualifié de bruit. Ce bruit, musique\nencore diffuse, située hors du champ de leur audition, leur apparait\ncomme le contraire même de la musique proprement dite, de celle qu'ils\npeuvent apprécier... Voilà tout. C'est humain, mais ce n'est pas plus\njudicieux que de crier : Vive le bruit ! Entre ceux qui font du bruit, en\ncroyant faire de la musique, et ceux qui franchement veulent faire de la\nmusique en ouvrant la porte au bruit, qui est donc le plus logique ?\nOn le voit, les bruiteurs se justifient aisément, du moins en théorie.\nCela vient de ce qu'ils s'inspirent d'une esthétique familière au musicien\ndepuis Beethoven et Schopenhauer, Qu'on ne s'effraie pas de ces grands\nnoms ! Le futurisme peut s'en réclamer, ainsi que de ceux de Bergson ou"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.14", "texte": "12\nS. I. M.\n\nde Poincaré. Il suffit en effet de considérer le monde comme le jeu d'une\nforce perpétuellement active, et de se représenter la musique comme la\nmanifestation la plus directe de cette force cosmique; aussitôt l'intérêt du\nbruit dans la mécanique sonore apparait, puisque le bruit est de la musique\nen puissance, de la musique latente, qui attend son tour. Et quand ce\ntour arrive, quand un génie de l'art fait entrer un peu de bruit dans le\ndomaine des sons humanisés, nous avons l'impression d'une haute et\nsublime révélation, ei ne hoehere Offenbarungcomme disait le vieux sourd.\nIl nous semble que les frontières de la musique se sont reculées et le\nmusicien n'a pas de plus belle mission que de s'exercer, solitaire et\nfarouche? au mécanisme de cet acte révélateur, à cet enfantement du bruit\nmusicalisé. Toute notre musique du XIXe siècle, en son travail d'origina-\nlité jalouse, agressive, est fille de ce labeur beethovenien, qui est beau en\nlui-même, comme une mayeutique sonore, et indépendamment de la\nplastique des formes mises au monde par lui.\nVoilà pour la doctrine. Mais, en pratique le difficile est précisément\nd''intégrer le bruit dans la musique. Les futuristes auraient pu négliger ce\nsoin, et, comme Tartarin, s'écrier : fen de brut, sans se soucier du reste.\nIls ont, au contraire, aperçu l'écueil que l'esthétique tendait à leurs âmes\ncandides, et ils se sont efforcés de l'éviter. Russolo nous dit très nettement\nsa prétention d'employer les bruits, non pas comme simples bruits livrés\nau hasard, mais comme agents précis de musicalité. \" L'art des bruits,\nécrit-il ne doit pas être limité à une simple reproduction imitative... Nous\nvoulons entonner et régler harmoniquement ces bruits... fixer le degré, ou\nton, de la vibration prédominante... Par une savante variation de tons,\nles bruits perdent en effet leur caractère épisodique accidentel et imitatif,\npour devenir des éléments abstraits de l'art \"En un mot, le bruit\nsera traité comme un ton, comme un élément musicable. Nous ne connais-\nsons pas encore le mécanisme des instruments bruiteurs, et nous ne\npouvons juger dans quelle mesure un glouglouteur ou un renâcleur peut\nréaliser ce programme de la transfusion du bruit dans l'organisme vivant\nde la musique. Ce qui est certain c'est que la tâche ne sera pas facile.\nPourquoi ? Parceque les futuristes agissent en doctrinaires. Ils ne se\nprésentent pas à nous comme des inspirés, que la musique fait bruire\nmalgré eux, mais comme des réformateurs conscients, qui se sont demandés\ncomment ils pourraient bien servir la cause futuriste du coté musical. Or,\njusqu'ici, depuis que le monde est monde, le bruit s'est toujours glissé"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.15", "texte": "LE BRUIT DANS LA MUSIQUE\nI 3\n\ndans la musique par la porte de l'inconscience et du génie. L'artiste a\ndeviné ce que l'humanité ignorait encore, et, malgré les protestations du\npublic et de l'école, il a laissé la complexité, le trouble, la confusion\ns'introduire dans son art, pour l'enrichir, et l'intensifier. Puis, il a été lui-\nmême dépassé dans la voie des dissonances et des mélanges orchestraux\npar un artiste suivant. Mais, cette évolution a toujours été guidée par\nun souci de beauté et d'expression ; Beethoven lui-même, si pleinement\nconscient du rôle révélateur de la musique, ne songea guère au coté\nmatériel de cette révélation.\nLes bruiteurs disciples de Marinetti y songent avant tout. Ce sont des\nscientifiques. Il font d'abord du bruit, et ils espèrent ensuite un résultat\nqui doit être musical. Cette synthèse des bruits dont ils rêvent, et qui\ns'accomplit d'ordinaire dans le subconscient de l'artiste, ils la préparent\nau grand jour du laboratoire. Cela peut être dangereux.\nEn tout cas leurs manifestes ont attiré l'attention sur un des\nproblèmes les plus captivants de notre art. Il appartient à l'ltalie, patrie\nde Monteverde, de Palestrina et de Rossini de donner à ce problème qui\ni\nest celui de la genèse du phénomène musical, une solution nouvelle et peut-\nêtre imprévue. Italia jarà da se...\n\nJ. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.16", "texte": "Ce que nous avons vu jusqu'à présent est un Frédéric W. Rust plus\nou moins défiguré, parfois méconnaissable, mais, au demeurant, toujours\nFrédéric W. Rust l'Ancien. Jusqu'ici, le docteur opère en collaboration ;\nil va maintenant opérer lui-même et seul, dans les œuvres de son ancêtre.\nEt cela par trois moyens : par suppressions, par substitutions, par adjonc-\ntions. Oui, Guillaume Rust va, devant nous, faire des coupures, remplacer\ndes passages entiers, et se permettre des intercalations d'une fantaisie à\nlaquelle (encore une fois) il faut rendre hommage, mais il convient aussi\nde lui laisser la paternité. Nous arriverons ainsi jusqu'à la fameuse et\ndernière sonate de 1891, celle en ut, qui, de 286 mesures dans l'original,\npassera à 500 dans l'édition !\nNous venons de voir, au début de la sonate en la, une deuxième\nidée, complètement évanouie. Même disparition dans la sonate en si\nbémol ; la tête du second thème a été mutilée ainsi que l'indique\nl'absence de ces deux mesures :\nDans la même œuvre manquent les mesures 154 et 155, et de 158\nà 165. Dans la Sonata italiana^manquent les mesures 163 à 165. A la fin\n\n1 Voir le dernier numéro de la Revue"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.17", "texte": "LE CAS RUST\n\nr5\n\ndu second morceau de la belle sonate en si mineur, une série de vingt\ntrois mesures brille par son absence. Ailleurs, c'est une cadence, une\npériode, etc....\nPar contre, en arrivant au milieu du premier morceau de la sonate\nen ré nous trouvons :\nau lieu de :\nSurprise égale dans la sonate en si bémol :"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.18", "texte": "16\nS. I. M.\n\nou plus loin :\nParfois encore, c'est un souple dégagement qui se voit remplacé par\nune imitation mélodique. C'est un dispositif qui disparaît pour faire\nplace à un autre. En un mot, un perpétuel aménagement dans l'archi-\ntecture de l'œuvre.\nQuant aux passages ajoutés par le Dr. Guillaume, ils durent être\npour lui l'occasion de bien vives joies, si l'on en juge par le développe-\nment qu'il leur a donné. Nous ne les citerons pas tous, car autant\nvaudrait rééditer une bonne partie de ces sonates. Ici, ce sont des inter-\ncalations de quelques mesures, comme ce fameux thème de Corelli dont\nest tirée, de toutes pièces, la grande fantaisie de trois pages qui s'étale\nen forme de troisième morceau dans cette Ou encore\ncomme cette idée insidieusement glissée à la fin du premier allegro de la\nSonate en fa dièze et qui est un avant goût du larghetto suivant.\nAilleurs, et le plus souvent, c'est un moyen de grossir le développe-\nment et de renforcer l'effet romantique. Telles ces trente mesures de la"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.19", "texte": "2\n\nLE CAS RUST\nI 7\n\nsonate en si mineur qui s'ornent du titre significatif :\ndramatico. Il tempo inquieto !.... Tel cet épisode ajouté dans la sonate en ré\ndans l'intention manifeste de corser l'intérêt thématique.\nEt, si l'on veut un exemple complet de cette manière, on pourra se\nreporter à l'adagio de la sonate en la, que ses dimensions m'empêchent\nde citer ici, adagio, qui se prénomme comme la sonate elle-\nmême s'appelle Erotica, et qui mérite bien, en effet, ce vocable fantaisiste.\nQu'on le lise dans l'édition de Leipzig en supprimant les mesures 4-8,\n9-22, et 33-35, et en tenant compte de l'habituel habillage dont le\ndocteur ne saurait se priver. Puis, qu'on aprécie ce passage de la\npréface :\n\" La fantaisie d'un style, tantôt libre, tantôt rigoureux, prend ici son vol et\natteint des hauteurs presque sans exemple à cette époque ; de même l'éclat de la\nlangue, la plénitude et la profondeur des idées poétiques, tout cela jaillit sous\nl'impulsion d'événements extraordinaires arrivés au compositeur. Il venait d'être\nnommé par son Prince, directeur de la musique de la cour Gœthe fréquenta"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.20", "texte": "18\nS. I. M.\n\nDessau vers la même époque. Serait-il possible que Rust n'ait pas fait entendre au\ngrand poète cette œuvre incomparable, encore dans toute sa nouveauté ? Non\ncertes, et nous voulons voir dans la chanson de Claire, composée à ce moment par\nl'auteur d'Egmont, un écho sympathique où s'épanchèrent ses sentiments \"\nQuel battage !\nComme on devait le prévoir, la sollicitude de l'arrangeur se porte\nvolontiers aux fins des morceaux, que le vieux Rust laisse toujours un\npeu abruptes. Et ce seront de languissantes codas, dont pas une note ne\nfigure à Berlin. Citons :"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.21", "texte": "LE CAS RUST\n*9\n\nEnfin l'étonnante péroraison de la Sonate en si, bien faite pour\nébranler les convictions d'un musicien.\nRust avait écrit :\nCe qui devient :\nN'est-il pas bien excusable, le lecteur bénévole qui, lisant ces pages"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.22", "texte": "2 O\nS. I. M.\n\nsentimentales en 1895, et les prenant pour l'œuvre d'un prédécesseur de\nBeethoven, s'extasiait et criait au génie ? Point n'était besoin de se dire\nhistorien patenté, pour reconnaître dans cette écriture les signes d'une\nmerveilleuse divination. Comment ! un musicien de Dessau maniait les\nformes et les harmonies avec cette désinvolture, dès la fin du XVIIIe, et\nil était resté inconnu, et ses œuvres étaient demeurées dans un tiroir ! Une\nréparation s'imposait. Il y avait là un mystère... Ce n'était qu'une mysti-\nfication. Nous y avons tous été pris.\nMais rien ne vaut encore la Sonate en ut majeur, dont nous avons\ndû, plusieurs fois déjà, nous occuper. Ici se rencontrent toutes les preuves\ndont nous avons rassemblé le faisceau au cours de notre enquête ; altéra-\ntions, substitutions, intercalations, adjonctions d'effets grossissants, et\nsurtout invention de morceaux entiers. Dans l'original, la sonate en ut\nmajeur de F. W. Rust se compose d'un allegro (celui qui apparaît p. 6\nde l'édition et se termine p. 13). Puis vient un jinal (celui de la p. 18),\nsuivi d'un fugato qui se termine comme en haut de la p. 28 en ajoutant\nles trois mesures finales de la p. 31. C'est tout. Donc, pas de\nenergico, pas à? Arioso adagio con express,pas de ni de pas de\nnouveau Récit energiconi d Andante sur le soi-disant air de\nMalbrouck \\pas enfin à?Allegro maestoso\nC'est à dire que nous avons devant nous, à Berlin, une œuvre légère\nen deux parties et trois morceaux, œuvre de virtuosité et de doigts, qui\nsoutient la comparaison avec beaucoup d'autres, ses contemporaines, et qui\nne manque ni de charme, ni de vivacité, ni même de formalisme. J'entends\npar là que la belle assurance de cette sonate en ut est celle d'un art en\npleine possession de ses moyens. Rust s'y révèle homme de métier, bon\ntechnicien, confrère de Cramer, de Pleyel, de Mozart, connaissant le\npublic auquel il a affaire etc... tout ce qu'on voudra ! Mais, Rust le\ncurseur, tout comme Rust le Triomphant, Rust qui part en guerre avec\nMalbrouck, c'est dans l'édition de 1891 qu'il faut aller le chercher.\nEt c'est bien là que nous avions cru le découvrir, sur la foi de titres,\nde préfaces et de partitions fantaisistes. Oui, il n'est pas douteux : ce\nqui nous a tous séduits, en cette malheureuse affaire, c'était de voir les\n\n1 Remarquons d'ailleurs combien ce thème ressemble peu à la chanson française de ce nom. Il\nfallait être Guillaume Rust pour assimiler cette sixte, noyée dans un contrepoint sévère, au vaudeville\nguilleret du XVIIIe siècle. Je ne vois ici qu'un truquage littéraire, destiné à justifier un truquage\nmusical."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.23", "texte": "LE CAS RUST\n2 I\n\nidées familières au XVIIIe siècle traitées par les procédés du XIXe. Or,\nce traitement est postérieur à l'apparition de ces œuvres, il est le fait\nd'un musicien moderne. Voilà la simple vérité.\nJe n'ai plus le courage d'insister. Que si M. d'lndy prétend encore\nque rien n'est changé à la teneur musicale des œuvres de Frédéric W.\nRust, maître de musique à Dessau, par leur publication posthume, je\nlui offre de prendre une quelconque de ses musiques de chambre, et de\nla publier en réduction de piano après y avoir ajouté un peu de Strauss,\nun peu de Schoenberg, un peu de Stravinsky, et un peu de Ravel, et,\nainsi allongée de moitié, de la donner au public sans avertissement aucun,\ncomme une œuvre nouvelle. Si l'auteur et l'éditeur acceptent cette pro-\nposition, j'absous le Docteur Guillaume.\niy accord avec le Dr V article\nd'lndy, notre èminent collaborateur nous fait parvenir la réponse suivante, que nous nous\nfaisons un plaisir d'insérer.\n\nE. Neufeldt.\n\nRÉPONSE DE M. VINCENT D'INDY\n\nQu'on se rassure, je ne veux pas être indiscret et je n'ajouterai qu'une page\nou deux au long plaidoyer de M. le Docteur Neufeldt qui déplace quelque peu la\nquestion (comme bien des plaidoyers) en s'efforçant de nous prouver ce que nous\nsavons tous : que le docteur Wilhelm Rust a défiguré certaines sonates de son\naïeul, comme Bulow, Tausig et tant d'autres allemands ont rendu méconnaissables\ndes chefs d'oeuvre de la musique. La seule différence est que ceux-ci ont avoué\nleurs méfaits, tandis que le docteur Wilhelm a pris soin de céler le sien...\nMais qu'est ce que ça peut nous faire, à nous musiciens ?\nQue le destructeur de la Joconde vienne informer demain M. Hennion que\nc'est lui le coupable, la Joconde n'en sera pas moins irrémédiablement détruite...\nQue M. de Bulow nous prévienne (ah ! si peu î) qu'il a kritisch bearbeitet telle\nœuvre de Scarlatti, l'œuvre en question n'en sera pas moins monstrueusement\ndéfigurée, et les pianistes, qui ne lisent guère les préfaces, n'en présenteront pas\nmoins au public qui n'en peut mais, une production de Bulow pour une Sonate\nde Scarlatti. C'est ce qu'on appelle dans le commerce une tromperie sur la\nmarchandise.\nIl me serait facile de répondre point par point aux arguments de M. Neufeldt ;\nje le ferai quelque jour en démontrant par des exemples musicaux, combien les"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.24", "texte": "22\nS. I. M.\n\ntripatouilleurs allemands, voire les plus illustres, ont dépassé le pauvre docteur\nWilhelm dans l'art du sabotage des chefs d'œuvre, mais je ne veux pas grossir\noutre mesure le présent N° de la S. I. M.\nAu surplus, la question n'est pas là, elle tient tout entière dans cette très\nsimple proposition : Oui ou non, la musique\nMoi, je réponds oui, sans hésiter\nLe docteur Neufeldt, lui, dit : Eh ! eh !...\nMoi, j' ai toujours reconnu en Rust un novateur important, un indéniable\nprécurseur des formes modernes avant comme après la découverte des\ntripatouillages.\nLe docteur Neufeldt, lui, proclame ce vieux Rust un Titan, un génie colossal,\nlorsqu'il le voit à travers les repeints et les trucages de son petit fils, mais ne lui\nconcède plus que l'épithète d'\" élégant artiste \" lorsqu'il l'aperçoit lui-même dans\nsa géniale simplicité.\nPour moi, je ne me suis jamais élevé contre autre chose que contre l'opinion\ndes gens qui, comme M. Neufeldt, et certains de nos musicographes après lui,\nfont consister toute la beauté de la musique dans quelques contrepoints plus ou\nmoins ingénieux...\nAvec contrepoints, on est un Titan..., sans contrepoints, on n'est plus qu'un\nélégant artiste...\nQui donc débarrassera notre art musical de la littérature !...\nD'une correspondance que j'entretins cet été avec le Dr Neufeldt (corres-\npondance où il me proposait sa collaboration pour une édition des œuvres de Rust)\nj'ai conclu que cet excellent docteur devait être un homme charmant, un peu naïf :\n(il faut bien l'être pour avoir attribué àun musicien du XVIIIe siècle, fut il un\nTitan, les harmonies gounodiennes du docteur Wilhelm) et auquel je ne voudrais\nfaire \" nulle peine, même légère Aussi, je m'empresse de lui faire mes excuses\nde l'avoir chagriné par l'épithète de \" fumiste \" que je lui avais appliquée sans y\nvoir autre chose qu'une plaisanterie, je retire très volontiers cette épithète ; j'irai\nmême jusqu'à retirer le terme \"joyeux \" qui a paru le contrister tout particulière-\nment et je ne puis mieux terminer ces observations qu'en citant ici le début de ma\ndernière lettre à l'estimable docteur, lettre amicale dans laquelle je tâchais de\nremettre la question au point... et de lui expliquer\n19 Juillet 1913\n\"Très honoré Monsieur\n\"J'ai pris connaissance de votre article sur le paru dans\n\" que vous avez bien voulu me communiquer. Je l'ai trouvée fort amusant et"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.25", "texte": "LE CAS RUST\n23\n\n\" plein d'humour, mais j'ai constaté, avec regret, que l'analyse donnée par nos\n\" musicographes parisiens en était parfaitement juste, et cette lecture n a fait que\n\" me confirmer dans mon opinion à son sujet.\n(lci, quelques réflexions sur la profondeur des docteurs allemands —je les passe\npour n'être point, de nouveau, accusé de chauvinisme ;)\n\" mais, permettez moi de vous le dire sans acrimonie, vous avez fait preuve\n\" d'une inconcevable légèreté,\n\" Vous avez eu d'abord la naïveté de croire à l'authenticité d'une édition\n\" allemande\n(Je passe encore pour n'être pas, une troisième fois, taxe de chauvinisme ;)\n\" et alors, ne trouvant pas, dans les manuscrits autographes, le vêtement\n\" polyphonique surchargé et de mauvais goût (il faut bien en convenir) dont le\n\" docteur Wilhelm avait revêtu les œuvres de son grand père, vous avez déclaré\n\" bien haut que c'était une catastrophe (et nos musicographes français vous ont\n\" suivi dans cette voie), alors que c était au contraire un grand bonheur de voir\ntc ces admirables compositions débarrassées des oripeaux de clinquant et de\n\" style dont on les avait maladroitement affublées.\n\" Voila, Monsieur, votre grande erreur, celle qu'on ne saurait assez vous\n<£ reprocher : vous n'avez envisagé la chose qu a la surface, vous n avez point ete\n\" au fond ; du moment que le vêtement polyphonique (détail de peu d împor-\n« tance) n'existait plus, vous vous êtes détourné et vous n'avez pas daigné faire\n\" attention à la A /Lusi<^ueià la belle A'lusiquedu hardi novateur que fut F. W. Rust !\n\" Vous n'avez pas su voir la nouveauté et l'originalité de ces compositions,\n\" leur construction, tellement en avant de leur epoque qu il faut aller jusqu a la\n\"troisième période de la vie de Beethoven (1815) pour trouver des constructions\n\" similaires.\n\" Vous n'avez pas su voir que Rust —le premier a ose batii des Sonates\niC entières sur un seul thème servant de base a toutes les parties de 1 œuvre, (Sonates\n£C en fa dièze mineur, en rè mineur) et qu'il devançait aussi de beaucoup le mouvement\n\" cyclique esquissé au XIXe siècle par Liszt et Schumann, et applique par César\n\" Franck.\nc< Vous n'avez pas su voir, dans ces œuvres, 1 emploi cependant si frappant\n\"du leitmotiv, tel que Wagner en fait plus tard usage. (Sonates en mi mineur, en\n\" ut majeur.)\n\" Vous n'avez pas su voir la ressemblance profonde, ressemblance d idees et\n\" ressemblance de conception, qui apparente de si près Rust a Beethoven, non plus\n\" que la fantaisie quasi romantique, qui fait qu'on pourrait attribuer certains\n\" passages de ces Sonates à un Weber ou à un Schubert.\n\" Vous n'avez pas discerné la très curieuse originalité de 1 écriture de Rust,\n\" pour le piano comme pour le violon, et vous n'avez pas su voir a quel point les\n\" Sonates du musicien de Dessau, dans leur véritable forme, dépassent en intérêt\n\" musical, en nouveauté de construction, en recherche de réalisations sonores et\n\" poétiques, toutes les productions similaires de ses contemporains..."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.26", "texte": "24\nS. I. M.\n\n\" Tout cela vous n'avez pas su le voir ou, si vous l'avez vu, il fallait\n\" le dire !... \"\nLe reste de la lettre roulait sur d'autres questions.\nEt maintenant, pour conclure, je maintiens que, sur une douzaine de Sonates\npour piano du grand père, deux seulement (en la majeur et re mineur) sont\ncomplètement déformées dans la publication faite par le petit-fils ; dans la plupart\ndes autres, la musique reste indemne, malgré les surcharges. Je maintiens de plus\net la meilleure preuve en sera la très prochaine édition des Sonates pour piano x,\ncopiées sur les manuscrits originaux —je maintiens que la musique du vieux\ncompositeur de Dessau est de la très belle musique.\nQuod erat demonstrandum... et nil aliud.\nVINCENT D'INDY.\nSeptembre 1913 -\nM. E. Neufeldt nous communique cette\n\" M. d'lndy m'oppose une lettre qu'il m'avait adressée en Juillet\ndernier, c'est-à-dire, à une époque où l'article ci-dessus n'était même pas\nrédigé. Entre les preuves que je me suis efforcé de produire loyalement\net la littérature antidatée de M. Vincent d'lndy, le lecteur choisira. \"\n1 Les douze Sonates de F. W. Rust sont publiées chez MM. Rouart et Lerolle, éditeurs de\nmusique.\n\nE. N."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.27", "texte": "MES SOUVENIRS\nDE\nFRÉDÉRIC CHOPIN\n\nJ'avais dix-huit ans à peine et j'étais élève de Kalkbrenner. Un soir,\naprès diner, mon maître se mit à parler de moi à Chopin, en me donnant\ncomme un être incorrigible. Cela tenait à ce que d'un tempérament tout\ndifférent du mien il ne trouvait en moi que mauvaise volonté à obéir à\nses indications. Certes, c'était un grand pianiste, mais uniforme dans ses\ninterprétations, jouant un morceau avec le même sentiment la centième\nfois que la première.\nLa différence était si remarquable entre lui et Chopin, que ce\ndernier ne donnait jamais à ces œuvres la même expression, et que\npourtant elles restaient idéalement belles, grâce à l'inspiration nouvelle,\npuissante, tendre ou douloureuse. Il eût vingt fois de suite joué la même\npièce qu'on l'aurait écoutée avec un égal attrait.\nGeorge Sand a écrit : \"Le génie de Chopin est le plus plein de\nsentiment et d'émotion qui ait existé. Il a écrit avec un seul instrument\nla langue de l'infini, il a su résumer en des lignes qu'un enfant pourrait\njouer, des poèmes d'une élévation supérieure, des drames d'une énergie\nsans égale. Il faut de grands progrès dans le goût et l'intelligence de l'art,\npour que ses œuvres deviennent populaires \".\nIl y a plus de cinquante ans que George Sand a écrit ces lignes. Je\npasserai silencieusement sur la liaison qu'elle eût avec Chopin pendant les\nneuf années qu'ils vécurent l'un près de l'autre ; mais quoi qu'on ait pu"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.28", "texte": "26\nS. I. M.\n\nécrire ou dire sur cette intimité, elle prouve simplement que George Sand\navait un cœur généreux, un sentiment vrai du beau. C'était une femme\nexceptionnellement douée, inconsciente peut-être quelquefois, mais sans\nconteste possible, une idéaliste superbe, bien qu'elle restât, dit-on, un être\nvulgaire dans les tristes appétits de l'humanité.\nC'est en 1837 4ue Chopin vint à Nohant et en 1846 qu'il y séjourna\nla dernière fois. A vingt et un ans il arrivait à Paris, inspiré par le désir\nde prendre quelques leçons de Kalkbrenner, le plus grand maître de l'école\ndu piano d'alors. Dès le lendemain de son arrivée il se rendit dans la\ncité St Lazare qui n'existe plus depuis longtemps. Un domestique\ngalonné vint ouvrir et lui demanda son nom. Mais seul le prénom de\nFrédéric resta dans la mémoire du serviteur. Kalkbrenner, trouvant drôle\nque son visiteur se présentât sous le prénom qu'il portait lui même, donna\nl'ordre de l'introduire. Kalkbrenner était alors dans l'apogée de sa gloire\net manifestait dans tous les cas les allures de haute personnalité. Chopin\navait à cette époque une tenue très modeste et portait une cravate longue\net large qui cachait son linge blanc. Après s'être respectueusement présenté\nau maître, il lui demanda de prendre quelques leçons avant de partir pour\nl'Angleterre. Kalkbrenner lui répondit qu'il avait fort peu de temps\ndisponible et que ses conseils étaient au moins de vingt-cinq francs.\n\" Eh bien, Monsieur, j'accepterai, si vous le voulez bien, quatre leçons\nd'un homme comme vous, car je ne puis disposer que de cent francs. \"\nKalkbrenner qui, en réalité, ne manquait pas de cœur, fut très touché et\ndit alors \" Monsieur, voulez-vous me jouer quelque chose ? \" Chopin,\ntrès ému, se plaça au Piano en avouant qu'il ne jouait ordinairement que\nses œuvres. Quoiqu'un peu surpris, le maître lui dit alors \" Si vous voulez\nMonsieur. \" Chopin après avoir préludé un instant, joua une étude de lui,\npuis se leva en disant \"Je ne puis pas jouer en ce moment\" Mais\nKalkbrenner ému par le style de ce jeune homme, répondit \" Calmez-\nvous, reprenez votre talent et dans quelques minutes remettez-vous au\npiano \" C'est après une courte causerie, plus intime déjà, que Chopin s y\nremit. Il joua alors plusieurs de ses œuvres, admirablement. Kalkbrenner,\naprès le dernier morceau se leva, lui prit les mains, et lui dit ces paroles\nqui sont à la gloire du maître \" Non, Monsieur, je ne vous donnerai pas\nde leçons, restez ce que vous êtes et vous n'aurez jamais de rival. \" Ce fait\nsi rare dans la vie des artistes, m'a été répété par les deux hommes\ndevenus des amis intimes."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.29", "texte": "FRÉDÉRIC CHOPIN\n2 7\n\nKalkbrenner intéressé dans la maison Pleyel, y conduisit Chopin.\nCelui-ci se servit toujours des Pleyel et leur resta fidèle jusqu'à sa mort.\nIl créa une forme et un style uniques, très reconnaissables pour un\nmusicien un peu érudit. Il y a des mélodies de Chopin comme il y a des\nfigures de Rembrant et de Raphaël. C'était un musicien instinctif, mer-\nveilleusement doué, qui a eu bien peu à apprendre des règles de l'art et a\ncomposé par un instinct tout impulsif. Ses manuscrits le prouvent. Son\nconcept musical fut le reflet d'une extrême sensibilité. Sa nature délicate,\nimpressionnable, exquise, le mettait à l'abri des pensées vulgaires. Il\na enrichi l'art autrement que bien des compositeurs dont les œuvres sont\nplus nombreuses. Encore faut-il ajouter qu'à trente-neuf ans il avait déjà\nproduit plus de deux cents pièces dont beaucoup sont idéalement belles.\nSa caractéristique dans l'art musical c'est la spontanéité servie par les plus\noriginales facultés primesautières. En naissant il avait été baisé au front\npar la muse, et elle avait parfumé ses lèvres lyriques du plus pur miel de\nl'Hymette en prononçant le Tu éMarcellus eris des prédestinés àla douleur\net à l'immortalité.\nL'œuvre complète de Chopin n'est homogène que par rapport à un\nordre de sentiment, celui d'une plaintive mélancolie. Les mouvements\nde violence et d'irritation ne sont presque jamais prévus, on cherche le\nmobile, sans le deviner. Bien fou serait du reste celui qui voudrait\nanalyser l'enchaînement rationnel de toutes les pensées, les visions, les\njoies et les douleurs qui se heurtent simultanément dans le cerveau d'un\ngrand artiste, dont l'imagination vagabonde sous l'action d'un système\nnerveux indocile. La postérité se charge, tôt ou tard, de rendre justice à\nqui de droit. Les juges impartiaux, désintéressés, ne regardent que de\nloin, en arrière, les temps écoulés. Ils analysent d'une façon plus abstraite,\nmais plus précise, que ne peuvent le faire les contemporains, soumis malgré\neux, à l'influence du goût général, lequel domine, à tort ou à raison, les\njugements portés à l'époque où ils vivent, écrivent, parlent ou écoutent.\nChopin se tient à cette insaississable limite qui sépare le réel du\nfantastique. C'est un talent d'ombre et de lumière, de rêve et de passion,\nincomparable poète du Piano.\nOn a publié une certaine quantité de lettres de lui, qui toutes ont\ntrait à sa famille, habitant la Pologne. Sont-elles authentiques ou non ?\nCela n'a du reste qu'un intérêt secondaire.\nDe ses amis on ne peut guère citer que le grand peintre Delacroix"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.30", "texte": "28\nS. I. M.\n\net le violoncelliste Franchomme qui, tous deux, gardèrent pour lui une\naffection profonde et constante. Delacroix fit le portrait, que je donne ici,\npeu de jours avant que Chopin n'expirât. Ce portrait est celui qui repré-\nsente le mieux les traits de cet homme de génie au moment de sa mort.\nPendant sa presque agonie, le journal de Delacroix nous prouve qu'il ne se\npassait pas un jour sans que cet ami fidèle ne vint chez le malheureux\nmalade, pour tâcher de le réconforter par de bien affectueuses paroles.\nCe n'est que deux ans avant sa mort que je l'ai connu personnelle-\nment. Je l'avais entendu et admiré deux fois dans des concerts avant de\nlui être présenté. Mais un soir, chez Kalkbrenner, après dîner, où Chopin\nétait seul invité, et où deux fois par semaine j'avais ma petite place à\ntable, le maître, qui remplaçait mon tuteur à Paris, lui dit ; \" Voyez ce\ngarçon qui aurait du talent s'il n'était un être incorrigible et de mauvaise\nvolonté. \" Bien que j'eusse déjà donné plusieurs concerts en province,\nseul, j'étais un enfant, non pas par l'exécution mécanique, mais par la\nfaçon d'exprimer les transitions de mes pensées ou de mes sentiments.\nChopin, avec une grande bienveillance, me demanda de lui jouer quelque\nchose. J'eus alors le courage, le mot n'est pas trop fort, d'interpréter un\nnocturne de lui. Peut-être par bienveillance voulut-il m'encourager en\ndisant à Kalkbrenner avec un regard amical : \" Mais ce n'est pas mal du\ntout. \" Cela ne voulait pas dire que c'était bien, mais c'était racheter un\npeu les reproches que m'avait exprimés mon maître quelques instants\navant. \" Mais si vous vouliez le prendre pour élève, à ma place, j'en serais\ntrès content. \"\nAu bout d'un instant, Chopin accepta de me donner ses conseils\namicalement.\nJe lui dois tout pour l'expression toujours différente qu'il m'ensei-\ngnait à placer dans les œuvres que je jouais de lui. C'est pourquoi j'ai si\nsouvent pleuré quand j'avais travaillé un de ses morceaux et qu'il me le\njouait ; pour m'en montrer le style, il me faisait entendre la pièce tout\nautrement que la dernière fois. Et, pourtant, c'était toujours admirable !\nLa mort le tenait sous ses griffes depuis longtemps, comme s'il avait\nassez produit déjà pour n'être jamais oublié.\nLorsque Pixis ou Kalkbrenner lui dédiaient une de leurs œuvres,\nChopin disait : \" Si j'étais moins sot que je le suis, je croirais me trouver\nà l'apogée de ma carrière. Cependant, nul ne se rend compte mieux que\nmoi de ce qu'il me reste à acquérir. \""}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.31", "texte": "FRÉDÉRIC CHOPIN\n2 9\n\nEn 1834, il se fit entendre dans la salle Pleyel avec Osborne, Hiller\net Stamaty. Dans le mois de Décembre suivant, il joua son Qoncerto en fa\nmineur qui n'eut, dit-on, qu'un succès Au concert du Théâtre\nitalien, donné le 4 avril 1835, au bénéfice des réfugiés polonais, où figu-\nraient Ernst, le célèbre violoniste, Nourrit et Mme Falcon, le succès ne\nfut guère plus grand. Les grandes salles n'étaient pas faites pour un\npianiste aussi merveilleusement délicat. Mais une dernière fois, à la\nSociété du Conservatoire, il fit entendre sa\nspianato et fut couronné d'un splendide succès. Dès lors, pendant quelques\nannées, il ne joua plus en public.\nDes leçons, payées chèrement, par les familles polonaises surtout,\nsuffisaient généralement à sa vie irrégulière et dispendieuse.\nLorsque j'eus enfin le bonheur de recevoir ses leçons, il m'exerça\ntout d'abord à varier constamment l'attaque d'une seule touche et me\nmontra comment il obtenait des sonorités diverses d'une même touche en\nla frappant de vingt façons différentes. Je ne puis raconter toutes les\nobservations qu'il me faisait, mais le peu que je sais, c'est à lui seul que\nj'en suis redevable.\nIl voulut se faire entendre une dernière fois à la salle Pleyel, la\nperfection de son jeu était la même, mais ses forces furent dépensées si\ngrandement que lorsqu'il eut fini, et pendant qu'on l'acclamait encore, il\ntomba pris d'évanouissement dans la salle du foyer.\nPourtant un mois après il s'embarquait pour Londres où il donna\ndeux matinées chez lord Farmouth, devant un auditoire peu nombreux,\nquoique payant. Puis il partit pour l'Ecosse où il ne réussit guère mieux.\nDe plus en plus souffrant il revint à Paris et loua dans un quartier aéré,\nrue de Chaillot, un modeste logement. Mais son triste état de santé ne\ns'améliorant pas il retourna Place Vendôme et y expira le 17 octobre 1 849.\nCombien sont exceptionnels les pianistes qui exécutent les œuvres de\nChopin comme il les sentait ! Que de fois je l'ai vu se lever du canapé où il\nétait étendu et prendre ma place au piano, pour exécuter comme il la\nsentait l'œuvre que je venais de lui jouer mal c'est-à-dire dans une\ntoute autre expression,bien que l'ayant longuement travaillée! La leçon était\nfinie car je ne voulais pas oublier le sens que j'avais religieusement écouté.\nLa leçon suivante, presque satisfait de la manière imitative dont j'avais\ntravaillé ce morceau, je le jouais. Malheureusement quand je l'avais\nterminé, Chopin, toujours étendu, se relevait et après m'avoir brusquement"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.32", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nraillé, se mettait au piano en me disant : \" Ecoute, voilà comment ça se\njoue \" et il l'exécutait tout autrement, comme style, que la précédente\nfois. Mes larmes seules répondaient à cette démonstration qui ne ressem-\nblait pas du tout à la première. Le découragement affectait tout mon\nêtre. Pourtant il avait pitié de moi et disait \" C'était presque bien, mais\npas comme je le sens Il me serrait la main, et je partais triste et\ndécouragé.\nChopin est resté unique, incomparable comme virtuose et com-\npositeur.\nLe modeste monument qu'un Comité, dont le Président fut Massenet,\net moi Secrétaire, a fait élever à Chopin, au jardin du Luxembourg,\ncinquante ans après sa mort, n'eut pour spectateurs que quelques rares\npersonnes. J'étais seul membre du Comité à Paris, en été. Mais quelques\npolonais, dont pas un seul n avait souscrit un centime pour le monument,\ncrurent de bon goût de prendre la parole après que j'eus prononcé\nquelques mots, émus sur la vie de mon maître.\nChacun d'eux, trop jeune pour avoir connu ou entendu Chopin,\nmanifesta avec emphase son admiration pour les vertus et le puissant\ngénie polonais du grand défunt.\nJe quittais bientôt ce spectacle écœurant. Mon ami Dubois, l'auteur\ndu monument, écouta, par excès de convenance, ces fallacieux discours\net se retira.\nIl y a des hommes jeunes encore qui écrivent sur Chopin, moins\nque sur ses œuvres, par l'insatiable besoin de paraître avoir mieux compris\nson génie que ceux qui ont hélas ! plus de quatre-vingt ans et devront\nquitter la terre bientôt, se souvenant jusqu'à la dernière heure de celui\nqu'ils ont connu, aimé, et auquel ils doivent le peu qu'ils savent.\n\nPeru."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.33", "texte": "On sait que les lois qui régissent les rapports des sons-musicaux\nproviennent de l'étude des vibrations des cordes. Cependant aucune\nétude expérimentale complète n'en ait été jamais faite. A vrai dire,\nles lois partielles qui en ont été extraites n'en conservent pas moins\ntoute leur valeur ; mais il n'en est pas de même de la loi générale\nqui les régit.\nUn certain nombre de théoriciens et plus récemment A. von\nOettingen et Hugo Riemann, ont cru devoir reprendre une des concep-\ntions de Zarlino contenue dans (ï 558) ex-\nception bien vieillotte et désuète lorsqu'il s'agit de science musicale\nmoderne —. Zarlino veut que \" les sons inférieurs d'une corde forment\nune série qui, par rapports inverses de ceux de la série supérieure, s'étend\nde l'aigu ou grave. \" De là une théorie des plus abracadabrantes qui veut\nque : si les rapports des sons de la gamme majeure ont la tonique pour\nbase et vont en montant, ceux de la gamme mineure\nbase et vont en descendant a partir de cette dominante et non plus de la\ntonique. (') Mais n'anticipons pas et laissons parler la Nature puisque\ncette théorie est soi-disant érigée sur les vibrations inférieures des cordes.\nD'autre part, en réponse à cette conception, Descartes écrit en 1618\ndans son Compendium éMusicae : \" Le son est au son comme la corde est\nà la corde ; or, chaque corde contient en soi toutes les cordes moindres\n\n1 On sait que dans le cas du ton relatif mineur sa dominante est le 3e degré de la gamme relative majeure."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.34", "texte": "32\nS. I. M.\n\nqu'elle, mais non celles qui sont plus grandes ; par conséquent aussi\nchaque son contient en soi tous les sons plus aigus que lui, mais\nnon ceux qui sont plus graves. \" Il était intéressant de savoir si, oui\nou non, les cordes vibraient une échelle inférieure de sons et d'après\nquelle loi.\nComme suite à l'étude détaillée des vibrations des diapasons, cloches,\ngongs, tam-tams et instruments à tube en cuivre donnée ici même, (')\nle mémoire que j'ai eu l'honneur de présenter à la section de physique du\nCongres de XiAssociation française pour qui s'est\ntenu cette année à Tunis, va répondre aux deux hypothèses ci-dessus. Les\nconclusions de cette étude ont fait l'objet d'une note présentée à\ndémie des Sciences par Mr J. Violle, séance du 21 avril 1913.\nSons inférieurs.Au cours des expériences que Mr Massol et moi nous\navons effectuées sur les vibrations multiples des corps vibrants (C. R. de\nl'Académie des Sciences, 1907 à 1910, passim ;et Congrès de Toulouse\nde l'A. F. A. S. 1910), nous avons étudié un certain nombre de cordes\net particulièrement la plus longue corde d'un piano à queue, corde filée\nde im9Ô, donnant le La-X de 2 Jyd.Frappée au moyen du marteau qui\nfait fonctionner la touche du piano, cette corde n'a donné aucun résultat;\nles oscillations manquaient d'amplitude. C'est en la pinçant de toutes\nfaçons que nous avons pu enregistrer des cordes semblables à celles que\nnous avions obtenues des diapasons.\nSur ces courbes, à part le son prédominant La-, j'ai relevé 16 har-\nmoniques inférieurs et 7 supérieurs. Le plus grave est La-5 de ivd, 6875 ;\nmais ce n'est pas le fondamental de l'échelle. Le rapport 7 : 4 qu'il\nprésente avec Sol-4 de 2Td, 95 en fonction de 7e harmonique, assigne\ncomme son fondamental La-7 de Ovd, 422, en rapport de 7: 1 avec\nSol-4 ; La-5 se classe ainsi comme 4e harmonique et le son prédominant\ncomme 64e. Le tableau suivant renferme :i° les sons observés ; leurs\nnombres de vibrations ; 30 l'ordre des harmoniques rapportés à la fonda-\nmentale (2).\n\n1 Voir S. I. M. des 15 janvier. 15 Mars, juillet-Août 1912 et 15 janvier, 15 mars 1913,\n2 Le trait placé sous le nom d'un son signifie qu'il est en fonction de 7e harmonique, ou l'une de ses octaves.\nL'absence du 9e harmonique ( Si-4 ) de l'échelle inférieure n'est certainement due qu'à un hasard d'expérience,\npuisque deux de ses octaves supérieures ( Si-3 et Si-2 ) se sont inscrites. Il en est de même de Sol-i en fonction\nde 7e harmonique de l'échelle supérieure,dont deux des octaves inférieures ( SOI-3 et SOI-4 ) figurent au Tableau.\nCes harmoniques s'entendent à l'oreille dans l'échelle supérieure, lorsqu'on fait vibrer la corde au moyen du\nclavier sur un piano de bonne facture."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.35", "texte": "3\n\nNOTES D'ACOUSTIQUE\n\n33\n\nHarmoniques inférieurs\n( La- \\ La- Utâ- Mi- Sol- La- Utà- Mi- Sol- La-\n-7 5 \"'4 4 —— 4 4 •! 3 3 —» 3 3\n• 0,422 ► 1v,6875 2v,11 4V>22 5v,06 6V,75\n1 / 4 5 6 7 8 10 12 14 16\nHarmoniques supérieurs\nSi-, Ut#-, Sol#-, La-, Ut#-, Mi-, Sol#-, rLa-,1 Mi, La,\n7v,6 8',44 1 a',2/3 13,5 16»,88 207,25 asv, 1/3 271\" +0\",; 54'\nl 8 20 30 32 40 48 ÔO 64 J ÇÔ 128\nUt jjfi Mil Lai La2 Si2 >\n67t,5 8iy io8v 2i6v 24217\n160 192 256 512 576 >\nBien que nos expériences aient eu principalement pour but de\nrechercher les sons inférieurs provenant des grandes oscillations, elles ont\nmanifesté sept sons supérieurs au son prédominant La-,, par rapport\nauquel ils présentent les rapports indiqués çi-dessous :\nj'La-! Mi 0 La 0 Mij Lai La 2 SÎ2\n{ 1 3/225/2 3 4 8 9 J\nLes expériences antérieures ont démontré que les corps sonores\ncomplexes donnent lieu à plusieurs modes de vibrations ; les diapasons\nvibrent trois échelles différentes qui correspondent à trois modes de\nvibrations ; les cloches deux. Le gong, à cause de sa surface plane se\nclasse dans la catégorie des corps simples ; il ne vibre que l'échelle de la\nvéritable fondamentale, ou son i ; le son prédominant est une de ses\noctaves supérieures.\nLa corde est le type le plus parfait des corps sonores simples ;\ncependant, comme en témoigne l'échelle çi-dessus,\nsupérieurs au son prédominant ne sont pas des multiples parjaits de ce son et\nne peuvent s'exprimer en nombres entiers qu'à l'aide de son octave\nbasse La-2 notée dans les harmoniques inférieurs.\nHarmoniques supérieurs.Les conditions de nos expériences s'écartant"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.36", "texte": "34\nS. I. M.\n\nbeaucoup de celles de la pratique musicale, il importait de reprendre\nl'étude des harmoniques supérieurs sur des sons musicaux. La frappe\nnormale des marteaux d'un piano étant établie de façon à favoriser le\nplus possible l'émission la plus pure du son prédominant accompagné de\nses harmoniques supérieurs, j'ai opéré sur la corde filée Ut, de 64/1 d'un\nexcellent piano à queue Gaveau dont la nature et l'intensité des sons\napparaissaient les plus favorables.\nAssisté de mon accordeur expérimenté, nous avons constaté à\nl'audition simple la série des harmoniques impairs Utx = 1, — 3,\nMi3 = 5, Sl3 = 7, Ré4 = 9, et plus tardivement SOI 4 =ll. Les\nétouffoirs adhéraient bien aux cordes et ne permettaient aucune vibration\nimportune. Dans ces conditions j'ai fait, avec un nouveau chronographe\nenregistreur Boulitte, des inscriptions sur lesquelles j'ai relevé 1 har-\nmonique inférieur et 12 supérieurs. En voici le classement et les rapports\nà Utj = 1. Les nombres placés au-dessus des noms des sons indiquent\nla fonction par rapport au son le plus grave inscrit Ut0, qui est l'oc-\ntave grave du son prédominant Utr\n12 2,5 3 4 6 7 8 9\n/Ut0 fUti 1 Mii Soit Ut2 Sol2 Sib Ut3 Ré3\ni 32v 64.v 8ov 9ÔV 128T 192y 2247 288v\nV 1/2 1 J 5/4 3/2 2 3 3/5 4 4/5\nIO 12 14 20 24\nMi3 SOI 3 Sij Mi4 SOI 4 \\\n3 20v 448 v Ô4ov 768v L\n5 6 7 10 12 /\nComme dans les premières expériences, nous constatons la présence\nde l'octave grave du son prédominant. (') Son influence directe se mani-\nfeste par l'inscription de trois de ses harmoniques de lerIer ordre ;on a =\nUtG = 1, ==3, Sib2 = 7 et Ré3 = 8, lesquels ne sont pas des\nmultiples entiers de Ut;. Mais un fait nouveau se produit par la présence\n\n(i) On entend cette octave grave dans les vibrations des cloches ; dans celles des petits diapasons à\nbranches ; dans l'émission du son de certains tuyaux, particulièrement ceux d'un jeu de gambe. De même tous\nles bons violons artistiques font entendre cette octave grave accompagnée de l'octave supérieure."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.37", "texte": "NOTES D'ACOUSTIQUE\n35\n\nde Mit, lequel ne peut s'exprimer par un nombre entier qu'à l'aide de\nUt-, 2e octave inférieure du son prédominant dont il est le 5e har-\nmonique. C'est que la base de rapports est Ut-j et non Utt.\nComme cela se manifeste dans le jeu de l'orgue lorsqu'on introduit des\ntuyaux de 16 et de 32 pieds, ou bien encore lorsqu'on adjoint la contre-\nbasse au quatuor à cordes ou à un ensemble orchestral : les sons musicaux\ntirent leur rondeur de la coexistence des harmoniques inférieurs. La com-\nposition harmonique de l'ensemble, qui constitue l'accord de neuvième\nmajeure de dominante,leur donne la puissance et la noblesse de timbre. Les\nvibrations secondaires plus aiguës que la prédominance des harmo-\nniques de lerIer ordre empêche de se manifester d'une manière apparente\ndonnent l'éclat qui est nécessaire à un ensemble de sons d'une hauteur\nmoyenne et grave. Ce sont les conditions acoustiques indispensables que\ndoivent avoir les sons de nos instruments modernes.\nVibrations tournantes. Pour les cordes comme pour les diapasons, on\nne peut invoquer l'influence de la masse métallique mise en œuvre\ncomme par exemple dans les cloches ; ou de la pression de l'air comme\navec les tuyaux ou les instruments à vent pour justifier la puissance\nde vibration que ces corps sonores contiennent en soi ; il faut en trouver\nla cause dans la manifestation des grandes oscillations et de la coexistence\ndes vibrations tournantes ; manifestations qui causent les harmoniques\nultra-graves de l'échelle inférieure.\nAvec M. Massol nous avons montré l'existence de ces vibrations\nau moyen de la photographie des oscillations des branches d'un diapason\n(voir nos Notes à l'Académie des Sciences, 27 juin et 8 août 1910. Et\nS. I. M. du 15 mars 1913). Les courbes complexes des cordes montrent\nles mêmes caractères et, comme celles des diapasons, elles correspondent\ntoujours à un des harmoniques de lerIer ordre du son fondamental et sont\ngénéralement accompagnées des vibrations du son prédominant ou tout\nau moins de son octave grave.\nL'étude de ces vibrations au point de vue de l'acoustique musicale,\nvient compléter l'étude faite par A. Cornu, au point de vue de la\nMécanique relatée dans son mémoire publié au Journal de (3e\nsérie. T, 5. année 1896). Il écrit à ce sujet : \" Les vibrations transver-\nsales d'une corde, excitées d'une manière quelconque, sont toujours\naccompagnées de vibrations tournantes, l'élasticité de torsion de la corde\nentrant en jeu au même titre que la composante transversale de la"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.38", "texte": "36\nS. I. M.\n\ntorsion. \" Il trouve étrange qu'on n'ait pas prévu cette oscillation tour-\nnante d'après les théorèmes généraux de la Mécanique. Il ajoute : \" la\nmise en vibration d'une corde par pincement, est sous certains rapports,\ncelle qui conduit aux mouvements les plus complexes : en effet, chacun\ndes points de la surface de la corde se meut suivant la résultante des\ntrois déplacements ainsi définis : i° Rotation autour de l'axe de la corde ;\n23 Translation parallèle à un plan de symétrie de la corde ; 30 Translation\nparallèle au plan de symétrie perpendiculaire. \" Les courbes qui en\nrésultent : \" sont au début dentelées et bouclées par les harmoniques des\noscillations tournantes et transversales ; elles se régularisent peu à peu\n3ar suite de l'extinction plus rapide des vibrations tournantes, puis des\nharmoniques élevés et, finalement, elles se réduisent aux types les plus\nsimples (ellipses, courbes en 8, etc.).\nCe sont bien les phénomènes que j'ai observés. Nous avons\nexpérimenté des cordes de contrebasse en boyau, mais les grandes\noscillations s'éteignent rapidement après le pincement ou le frottement\nde l'archet. Tandis qu'une grosse corde en acier, pincée convenablement,\npermet d'inscrire des courbes pendant une durée de 1 o à 2 5 secondes\navant de se réduire au son simple.\nLes résultats de cette étude confirment pleinement ceux des études\nantérieures. En résumé, à l'exemple des différentes espèces de corps\nsonores étudiés précédemment, les cordes vibrent une échelle har-\nmonique inférieure au son prédominant. Cette échelle a pour base\nde rapports la véritable fondamentale, ou son 1, de l'échelle générale que\nvibre la corde. Le son prédominant est toujours accompagné de son\noctave grave. L'échelle supérieure apparente n'est qu'une partie de\nl'échelle générale ; à l'audition simple, dans la majorité des cas, on ne\ndistingue que la série des harmoniques impairs de lerIer ordre. Le son\nprédominant est l'harmonique le plus favorisé dans les vibrations de tous\nles corps sonores.\nCe sont les conclusions auxquelles nous avait conduit l'étude\nauditive des corps sonores faite avec la haute collaboration de M. Camille\nSaint-Saëns.\nIl s'ensuit : que la théorie basée sur l'existence d'une échelle har-\nmonique inférieure au son prédominant dont la série des sons serait\nrapports inverses de ceux de la série supérieure, est contraire à la loi générale\nde vibration des corps sonores.\n\nGabriel Sizes."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.39", "texte": "BEKKER (Paul). Beethoven (Berlin, Schuster et Loeffier,\n1911, in-fol. de 500 pp. + 160 pp. de planches illustrées. Edition\nsans les planches Mit. 10 ; avec planches Mk. 25 et Mk. 40,\nsuivant le papier).\nCe Monumentalwerk, dont on aura l'idée extérieure en\nsongeant au Berlioz de A. Jullien, ou au Massenet de Louis\nSchneider, nous est parvenu il y a un an déjà, précédé des plus\nenthousiastes coupures de la presse allemande et d'une renommée,\nqui, je l'avoue, m'avait empêché de l'ouvrir tant que je ne me\nsentais pas assuré du recueillement nécessaire à la digestion d'un\npareil colosse. Voici l'été, la période du dopping pour les biblio-\ngraphes, j'ai maintenant la conscience en repos. J'ai lu et je ne\nregrette rien.\nEst-ce à dire que je pense, avec la Koenigsberger Zeitung que\nc'est \" l'ouvrage le plus indiqué pour ceux qui veulent pénétrer à\nfond l'âme du grand musicien \", ou que je souscrive au jugement\ndu IViesbadener Tageblatt, nous assurant que \" c'est la Beethoven-\nBibel, sur laquelle on pourra jurer désormais en toute sécurité\",\nou avouerai-je, avec la Neue-Musik Zeitung, que \" personne\nd'entre nous ne serait capable de trouver sous sa plume quelque chose qui approche, même\nde loin, de la splendide et lumineuse dialectique de certaines de ces pages 57 ; ou avec le\nGrazer Tagespost, que ace livre nous ouvre les perspectives les plus vastes sur les problèmes\nessentiels de l'art musical, et constitue une action d'éclat dans le domaine de l'histoire \" ; ou\nenfin avec les H amburger Nachrichien, que \" voici la Somme complète de cette personnalité\ncréatrice, et que l'auteur, d'un geste imposant, a su épuiser le contenu de ce concept collectif\nqui s'appelle Beethoven ! \"\nNon. Ou, plutôt, entendons-nous. Si ces phrases, auxquelles il faut sans doute ajouter le\ngrain de sel attique, veulent dire que le Beethoven de Bekker, est un livre de grand sens, bien\nprésenté, clairement écrit, admirablement ordonné, donnant au peuple allemand une image\nraisonnable, littéraire et même monumentale d'un de ses plus grands génies quelque chose\ncomme un luxueux volume de distribution de prix, je tombe d'accord avec mes confrères. Et,\ns'il convient encore, dans ces conditions, de crier au miracle, j'élèverai la voix de l'admiration.\nTout en marquant, cependant, en ma qualité de Français, un peu d'étonnement. Comment,\nun ouvrage, dont l'esprit correspond à ceux qui paraissent dans nos collections habituelles,\npeut-il troubler ainsi le repos de la presse ?\nEst-ce par sa présentation, qui est en effet hors pair, je le répète ?\nOu bien faut-il admettre que le seul fait d'être littéraire, c'est à dire rédigé avec"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.40", "texte": "3^\nS. I. M.\n\nun souci d'écriture élégante, et surtout avec la préoccupation d'interpréter les faits devant\nun public habitué à la sécheresse du document, constitue une exception dans le domaine\nde l'histoire musicale en Allemagne ? Sans doute, l'écrivain qui cherche à concilier les\nexigences de la vérité objective, avec celles de son propre tempérament de penseur et\nd'artiste, doit faire sensation dans un pays, où le moi est soumis à de strictes disciplines. C'est\nune explication.\nMais je ne sais trop si M. Bekker en sera satisfait, lui qui a tenté ici une œuvre analogue\nà celle d'un sculpteur ou d'un virtuose, œuvre de haute et aldère critique et de vision suraiguë.\niLn tout cas, le pays de Brunetiére, de Jules Lemaître et de Emile Faguet ne partagera pas\nl'émotion de la presse allemande. Nous ne pouvons confondre un ouvrage de vulgarisation\n(tout monumental soit-il) avec une œuvre de maîtrise personnelle dont l'intérêt résiderait dans\nla valeur de celui qui 1 Ce n'est point, on le pense bien, un vain chauvinisme qui\nm'inspire, et l'on sait trop la vive sympathie que je n'ai jamais cessé de témoigner à ce qui\nvient d'Allemagne. Mais précisément, parce que je rends hommage, en toute occasion, aux\nqualités germaniques, je me vois moralement contraint de dénoncer ce que je considère comme\nun malentendu.\n\nJ. E.\n\nLIVRES REÇUS\nBOTSTIBER (Hugo). Geschichte der Ouverture. (Breitkopf 1913, in-8° de 274\npp. Mk. 6).\nSCHUNEMANN (Georg.). Geschichte (Id. ibid. in-8° de 359\npp. Mk. 8).\nDEBAY (Victor). L Etoile,roman. (Société française d'imprimerie et de librairie,\n1913 in-i2° frs 3,50).\nGATARD (Dom. A.). La Musique grégorienne. (Laurens, 1913, in-12 de 126 pp.\nfrs 2,50).\nSPAETH (Sigmund Godfried). (Princeton, The\nUniversity Library, 1913, in-8° de 186 pp.)\nLEHMANN (Lilli). —Me in Weg. (Lpz. S. Hirzel 1913, in-40 de 280 pp. Mk. 12).\nVERDI. Mostra storica del teatro italiano, nel Conservatorio G. Verdi di Milano.\n(Milano, E. Bonetti 1913 in-8° de 68 pp. L. 1, 25).\nWAGNER. Œuvres en prose,traduites par J.-G. PROD'HOMME et F. HOLL.\nToni. 111, IV et VIII. (Delagrave, 1913, 2 vol. in-120 frs. 350).\nBON A VENT URA (A.). Di un cod (Florence, Olschki iqi?\nnJ\\ \\ y y\nin-40 de 11 pp.).\nBIE (Oscar). Die Oper(Berlin, S. Fischer 1913, in-40 de 572 pp. ; Mk. 25.)\nSTREATFEILD (R. A.) Musiciens Traduction française de\nL. PENNEQUIN. (Paris. Editions du Temps présent,76, rue de Rennes, 1913, in-8° de 126 pp.;\nfrs. 3.50).\n—G AS rOUE (A.). Le graduel et V Anti (Lyon, Tanin frères IQI'»\nin-12° de 300 pp. ; frs. 4). ' *\nLINDNER (Dr. E.). R. Wagner u (Lpz. Breitkopf, 1913, in-12 de\n223 pp. ; Mk. 4)."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.41", "texte": "Les Théâtres\n\nTHEATRE DES CHAMPS-ELYSÉES OPÉRA-COMIQUE\nr\nEn présence du naufrage de l'Opéra des Champs-Elysées,\nla critique musicale perd ses droits. Il est vraiment trop facile\naujourd'hui, de tirer vanité d'une clairvoyance méconnue,\nd'étaler une sagesse rétrospective et de donner de prudents con-\nseils aux victimes du désastre. Je suis de ceux qui ne partagèrent\npas certaines illusions artistiques d'une direction trop facilement\noptimiste et victime de sa déférence pour une esthétique de\nbonne compagnie qui n'en est pas à son premier crîme, mais je\nm'empresse de reconnaître que ces erreurs n'ont eu qu'une\nbien faible action sur le résultat final. Ce n'est pas à l'intérieur\ndu Théâtre qu'il faut rechercher les plus lourdes responsa-\nbilités, c'est à l'extérieur ; n'oublions pas que, sur cette scène,\nl'excellent, le bon, le mauvais et le pire ont donné exactement\nles mêmes résultats : le grand coupable, celui que cette faillite\ndéshonore, celui qui va maintenant expier longuement et douloureusement sa sottise, c'est Paris.\nParis n'a jamais soupçonné la valeur du cadeau que lui offraient les créateurs de ce\nthéâtre unique. De son nouveau jouet il n'a su apprécier ni le style, ni l'intérêt artistique, ni\nle confort, ni l'élégance particulière. Mais son ignorance et son incompétence paradoxales\ns'affirmèrent surtout en présence des réalisations qui lui furent soumises. L'attitude du public\npendant les représentations si dissemblables et si inégales qui se succédèrent sous nos yeux\ndemeurera inoubliable pour tous ceux qui prirent la peine de l'observer attentivement. Après\n\n(Dessin de M. Kufferath)"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.42", "texte": "40\nS. I. M.\n\ncette série d'interprétations correctes, fantaisistes, médiocres, parfaites, lan-\nguissantes ou frénétiques, on peut emporter la conviction absolue que le\npublic parisien est incapable de deviner en quoi consiste une bonne exécu-\ntion musicale.\nDans l'état actuel de sa culture artistique, le mélomane contemporain\nne peut juger ni un orchestre, ni une société chorale, ni un soliste, ni un chef\nd'orchestre. Il respecte les noms connus et les situations acquises mais rien\nne lui permet de distinguer spontanément le vrai du faux. Avec un peu\nd'autorité on peut le berner sans danger, lui faire prendre pour du diamant\nla plus grossière verroterie, et déchainer son enthousiasme à l'aide de\nquelques tours de passe-passe élémentaires mais infaillibles.\nDans un concert où les noms des auteurs et les titres des morceaux\nseraient supprimés, où l'orchestre serait inconnu et les chefs d'orchestre anonymes et\ninvisibles, le public n'oserait pas applaudir une seule fois, de peur de commettre quelque\nhonteuse méprise et d'avouer sa surdité.\nLe Théâtre des Champs-Elysée n'a pas tenu compte de cette infirmité. Il s'est\ndépensé en inutiles tours de force qui n'ont pas attroupé les badauds. A quoi bon répéter\nquinze fois à l'orchestre Vlbéria de Debussy pour obtenir une couleur finement broyée,\nune mise au point impeccable ? A quoi bon ces exécutions raffinées, quintessenciées, halluci-\nnantes des Nocturnes dont nulle oreille humaine n'avait recueilli jusqu'ici les plus secrètes\nconfidences ? Trois bonnes lectures suffisaient largement à donner pleine satisfaction aux\namateurs éclairés ! Il ne serait pas difficile d'en faire la preuve. A quoi bon cette création d'un\ncadre de choeurs inégalable ? A quoi bon ces études minutieuses et ces scrupules artistiques\ninusités ? A quoi bon cette merveilleuse et émouvante représentation de Boris Godounow, avec\nses foules chantantes et agissantes, ses chœurs sublimes et sa tenue musicale supérieure ?\nCe miracle n'a intéressé personne ; on l'a regardé distraitement et, le lende-\nmain, on retournait entendre les chœurs de l'Opéra avec la même bonne\nvolonté indifférente.\nDepuis, on a laissé se disperser les admirables artistes qui avaient si\nbien mérité de la musique, on n'a pas éprouvé le besoin de réentendre une\nseconde fois Boris ou de recueillir le fruit des travaux entrepris en l'honneur\nde Parsifal. Le public a très bien pris son parti d'avoir un théâtre de moins.\nCar pour lui, ce n'est que cela.\nIl s'apercevra plus tard beaucoup plus tard, hélas ! que c'était autre\nchose. La catastrophe actuelle atteint toute la musique moderne. Paris s'est\ndésintéressé de la première véritable \" Maison de la Musique \" inaugurée dans\nses murs; il n'a rien fait pour sauver la maison de Moussorgsky, de Debussy, de\nFauré, de Richard Strauss, de Strawinsky, de Dukas, de Ravel, de Schmitt,\nParis vient de perdre, d'un seul coup, le bénéfice de vingt ans de culture\nmusicale.\nCe n'est pas, malheureusement, dans la nouvelle pièce de l'Opéra Comique que nous\ntrouverons des consolations et de valables raisons de sourire à l'avenir ! La Céleste de\nM. Trépard constitue au contraire une sorte de défi à notre esthétique contemporaine, un\ndémenti énergique opposé à ses plus claires affirmations. Cette conception du théâtre lyrique\nnous ramène aux plus mauvais jours de notre histoire, ceux où l'indécision de nos musiciens\nles égarait dans les arides sentiers du réalisme. Nous avions le droit de nous croire débarrassés\nà tout jamais de ces puérilités auprès desquelles le vérisme lui-même devient un assez noble\nidéal musical ; nous avons trop tôt chanté victoire. Le réalisme n'avait pas renoncé à la lutte,\nil s'instruisait, se modernisait et s'armait en silence. Sans perdre de vue ses cruels desseins, il\nfaisait son profit de toutes les découvertes contemporaines afin de vaincre plus sûrement. Nous\n\n(Dessin d'André Hellé)\n\n(Dessin d'André Hellé)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.43", "texte": "LE MOIS\n41\n\nretrouvé hier, plus arrogant que jamais et l'imprévu de cette agiession a deconcerte tout îe\nmonde.\nOn connait le thème de cette manœuvre offensive. Un roman mis en pièce en fut le\nprétexte. Des scènes de mœurs provinciales de la de Gustave Guiches le\nmusicien a tiré cinq tableaux très librement interprétés. Pour obtenir le scénario de ses rêves il\na traité le texte original avec une familiarité qui frise le sans-gêne. Situations, caractères,\naction, tout été transformé et nous ne saurons jamais si l'auteur du roman en refusant de\ncontresigner le livret a fait preuve de modestie ou de malice.\nMais le compositeur avait ainsi atteint son but qui est, nous affiime-t-il, de substituer a\nl'unité d'atmosphère, à son avis fatale aux plus belles œuvres, un parti-pris de variété et une\nrecherche constante des oppositions. Cinq \"motifs\" lui fournirent les thèmes scéniques\nsouhaités : une soirée chez les Mazurier lui permit de photographier les moindres trivialités de\nl'intimité bourgeoise dans ce qu'elle a de plus touchant et de plus ndiculej une classe dans une\nécole primaire de village lui offrit un épisode amusant et animé ; un rendez-vous d'amour fit\ntriompher les droits de la grande effusion mélodique et du clair de lune ; une fête populaire à\nCahors et l'apothéose de Gambetta amorcèrent les mouvements de foule, les chœurs et les\ndanses de rigueur; enfin la longue agonie finale amena la réexposition, en mineur, du motif de\nla passion. C'est en somme une adroite concession à l'instinct qui détermina la spécialisation\ndes compartiments d'une symphonie : nous retrouvons l'allégro, le scherzo, 1 andante\nappassionato, la marche funèbre et le presto classiques.\nMais en quelle compagnie ! M. Trépard ayant proclamé que la mission d'un compositeur\nest de découvrir la musique cachée dans chaque mot, a voulu nous eblouii en choisissant\ndes cachettes hermétiques : tous les mots les plus plats de l'existence quotidienne nous livrent\nleur prétendu secret mélodique et nous voyons extraire triomphalement sous nos yeux des\nsyllabes les moins préparées à cette opération cesarienne, un lyrisme inattendu !\nLe résultat est troublant. M. Trépard est un excellent musicien qui connait toutes les\nressources de son art et tient héroïquement sa gageure. Son harmonie soignée, son orchestre\nsouple et varié, son élocution expressive sont évidemment dignes d'une meilleure cause.\nL'inutilité d'un effort aussi soutenu est plus douloureuse et plus irritante que le spectacle de la\nmédiocrité. La sensation perpétuelle d indiscrétion que donne cette paîtition intervenant\nraison dans les scènes de drame, de cinéma ou de vaudeville qui se succèdent sur le\nplateau est assez particulière. L'effronterie de cette musique séduira peut-être certains specta-\nteurs mais elle scandalisera tous ceux qui n'apprécient pas les muses aussi dépourvues de\nsavoir-vivre. .\nL'interprétation de ce spectacle est brillante. Mlle Brunlet se couvrit de glone dans un\nrôle d'ailleurs \" avantageux \" ; Mlle Nelly Martyl fut toute grâce et toute candeur ;\nM. Rousselière fut un amant résolument provincial ; Mlle Brohly dut employer son beau\ntalent à nous restituer une vieille mendiante \"du répertoire\" d'une banalité désespeiante,\nM. de Creus remplit avec conscience un rôle exaspérant et M. Delvoye n'eut qu'à traverser la\nscène en solfiant les faits-divers de Ylndépendant du Lot pour affirmer la parfaite maîtrise\nde son art.\nMais le triomphateur fut le Directeur de la maison. Il a donné à ces cinq tableaux une\nvie, un mouvement et une vérité incomparables. Et voilà qui est criminel. Sans cette mise en\nscène le premier acte n'aurait connu qu'un succès de fou rire ; grâce a la recompense que nous\napporte chaque nouveau décor nous arrivons à absorber, heure par heure, n impoite que e\nmusique. . , . . n ,\nIl y a là une mystification impardonnable... ou une ironie musicale supérieure . Le n est\npas la première fois que M. Albert Carré se livre à ce petit jeu, qui n'est pas, d'ailleurs à la\nportée de tout le monde. Et il semble prendre le plus vif plaisir a nous entendte gémir parce\nque la mariée est trop belle...\n\nEmile Vuillermoz"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.44", "texte": "CONCERTS COLONNE. - SOCIÉTÉ DES NOUVEAUX CONCERTS.\n\nLe 29 Octobre dernier nous avons entendu de la musique espagnole jouée par de vrais\nespagnols. Pour beaucoup de personnes ce fut presque une révélation, car on ne la connaissait\nguère en France que par de vagues souvenirs d'exposition. On allait curieusement à \" La\nFeria \", les noms de \"La Macarona La Soledad, etc. suffisaient àen entretenir le goût, et\nun enthousiasme qui n'allait pas toujours directement à la musique. Pourtant on y entendit\ncette admirable musique populaire, ou tant de rêve se mêle à tant de rythme, qui en fait l'une\ndes plus riches en ce monde. Cette richesse même paraît avoir été la cause de la lenteur avec\nlaquelle s'est développée \" l'autre \" musique. Une sorte de pudeur à enfermer tant de belles\nimprovisations, dans l'armature des formules, retenait les \" professionnels \". Pendant long-\ntemps, ils se contentèrent d'écrire ces \" Zarzuelas \" de forme populaire où le bruit des\nguitares monte de la rue à la scène, sans presque subir de transformations. Mais l'âpre beauté\ndes vieilles cantilènes mauresques restait inoubliable ; on continuait à oublier les belles traditions\ndes Escobado, Moralès, maîtres du grand Victoria qui illustrèrent, tous trois, la Renaissance\nEspagnole.\nIl n'y avait aucune raison à ce que ça change... que désirer de plus dans un pays, où les\npierres des chemins brûlent les yeux d'une lumière voluptueuse ; où les muletiers tirent du\nfond de leur gorge les plus sincères accents de la passion. Comment s'étonner de la décadence\ndu siècle dernier, et même, pourquoi le traiter ainsi, puisque la musique populaire gardait sa\nbeauté ? Sages et bienheureux seraient les pays qui conserveraient jalousement cette fleur\nsauvage à l'abri du classique administratif.\nC'est à peu près à cette époque que se forma cette pléiade de compositeurs, résolue à faire\nvaloir le trésor inestimable qui dormait dans les chants de la Vieille Espagne."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.45", "texte": "LE MOIS\n43\n\nParmi eux retenons le nom de Isaac Albeniz. D'abord, incomparable virtuose, il acquit\nensuite une merveilleuse connaissance du métier de compositeur. Sans en rien ressembler à\nLiszt, il le rappelle par l'abondance généreuse des idées. Il sût, le premier, tirer parti, de la\nmélancolie nombreuse, de l'humour spécial de son pays d'origine. (Il était Catalan.) Peu\nd'œuvres en musique valent : \"El Albaicin \", du 30 cahier d'lberia, où l'on retrouve l'atmos-\nphère de ces soirées d'Espagne qui sentent l'œillet et l'aguardiente.... C'est comme les sons\nassourdis d'une guitare qui se plaint dans la nuit, avec de brusques réveils, de nerveux\nsoubresauts. Sans reprendre exactement les thèmes populaires, c'est de quelqu'un qui en a bu,\nentendu, jusqu'à les faire passer dans sa musique sans qu'on puisse s'apercevoir de la de\ndémarcation.\n\" Eritana du 4e cahier d'lberia, c'est la joie des matins, la rencontre propice d'une\nauberge où le vin est frais. Une foule incessamment changeante passe jetant des éclats de rire,\nscandés par les sonnailles des tambours de basque. Jamais la musique n'a atteint à des\nimpressions aussi diverses, aussi colorées, les yeux se ferment comme éblouis d'avoir contemplé\ntrop d'images.\nIl y a bien d'autres choses encore, dans ces cahiers d'lberia, où Albeniz a mis le meilleur\nde lui-même, et porté son souci d'\" écriture \" jusqu'à l'exagération, par ce besoin généreux\nqui allait jusqu'à \"jeter la musique par les fenêtres\". Les autres compositeurs, sans dépasser\nAlbeniz, marchent dans la même chemin, seulement, les influences d'Albeniz étaient très\nnettement françaises, elles semblent devenir allemandes, au moins dans la forme, chez ces derniers.\nLa Procession del Rocio,poème symphonique de J. Turina, est ordonné ainsi qu'une belle\nfresque. De franches oppositions de lumière et d'ombre en rendent l'audition facile malgré ses\ndimensions. Comme Albeniz, J. Turina est fortement imprégné de musique populaire ; il\nhésite encore dans sa façon de développer et croit utile de s'adresser à d'illustres fournisseurs\ncontemporains. Qu'on veuille bien croire que J. Turina peut se passer d'eux et écouter des\nvoix plus familières.\nAmi tierra(A mon pays) suite murcienne de Peres Casas, d'une poésie toute parfumée de\nlangueur orientale contient de très nouvelles combinaisons orchestrales où la recherche obstinée\ndes couleurs est presque toujours justifiée par la sincérité de l'impression.\nLa Divina Comediade Conrado del Campo, s'apparente aux poèmes symphoniques de\nR. Strauss par la puissance de construction. Il est regrettable que nous n'ayons pu en entendre\nque la conclusion.\nCes diverses œuvres furent exécutées avec une chaleureuse conviction par l'orchestre\nsymphonique de Madrid, qui montra des qualités non moins intéressantes dans l'exécution\nd'œuvres classiques. Entre-autres la 13e Symphonie de J. Haydn, finement nuancée. Monsieur\nE. F. Arbos, éminent chef-d'orchestre, remporta comme compositeur un succès mérité dans\ndeux pièces pour violon et orchestre. Ml' A. Rivarde les joua dans un sentiment d'élégante\nnonchalance, plein de charme. Toutes ces œuvres prennent leur source dans la musique\npopulaire sans jamais se ressembler. N'y a-t-il pas en cela une preuve indiscutable de sa\nrichesse ?"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.46", "texte": "44\nS. I. M.\n\nMademoiselle Lili Boulanger qui vient de remporter le grand prix de Rome avec\net Hélène,épisode lyrique le second Faust de Goethe, poème de E. Adenis, n'a que\ndix-neuf ans... Son expérience des diverses manières d'écrire la musique en a bien davantage?!\nIl y a bien, ça et là, les petites ficelles avec lesquelles on noue les fins de phrases dans ce\ngenre d'ouvrage, seulement Mademoiselle L. Boulanger y met plus de fine rouerie. L'arrivée\nd'Hélène sur des battements aériens de violons divisés, ondule avec grâce. Mais à peine arrivée,\nHélène, par la voix de Madame Croiza, prend l'accent qui convient a une fille de Zeus,\naccablée par tant de destins contraires. Cependant que Faust susurre par la jolie voix de David\nDevriés.\nSi le personnage de Méphistophélès, l'inévitable trio, sont un peu conventionels, il ne\nfaut pas oublier les conditions dans lesquelles on écrit une cantate. Elles sont nettement\ndéfavorables.\nEn effet, on demande d'avoir des idées, du talent, à un moment précis de l'année,\nsi vous n'êtes pas en train ce mois-là, tant pis pour vous ! C'est arbitraire et n'a aucune signi-\nfication pour l'avenir. Inutile de le déplorer, tous les concours se passent de la même manière.\nLes juges de ces concours ayant souffert des mêmes errements, ne sont pas fâchés de vous y\nvoir à votre tour. Une fois par an, à peu près, on dit qu'il faut changer les conditions du\nconcours de Rome, et cela suffit.\nQue l'on garde précieusement la villa Médicis comme la plus charmante des récompenses,\nmais qu'on supprime le prix de Rome qui ne répond a aucun besoin de notre époque.\nAlfred Bruneau s'est plu à orchestrer deux mélodies qui n'ont d'autre but que de\n\" charmer les oreilles et émouvoir le cœur \" (comme il est dit dans les Premiers principes\nde la Musique) c'est miracle comme la force dramatique de Bruneau y prend un accent de\ntendresse douce et grave.\nDans le Roméo et \"Juliette de Berlioz, s'est on demandé pourquoi le thème qui traduit la\nromantique Tristesse de Roméo se voit dans l'obligation de participer au quadrille de la Fête chez\nCapulet ?... Roméo ne peut hurler sa tristesse comme à travers un porte voix sans se faire\nremarquer du père Capulet, qui le fera mettre incontinent à la porte ?... Ironie cachée dans le\njeu des combinaisons !\nNous avions salué avec joie l'avènement du Théâtre des Champs-Elysées. Voilà qu'après\nune admirable représentation (en français) de Boris Godounow, il nous faut déplorer sa fin.\nC'est infiniment triste et désobligeant pour l'art, car il faudra beaucoup de temps pour retrouver\nun pareil élan.\nQu'il nous soit permis d'adresser nos affectueux regrets à tous ceux qui luttèrent\njusqu'au bout.\n\nClaude Debussy."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.47", "texte": "LE MOIS\n45\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nPeu de nouveautés aux derniers programmes.\nUne symphonie de M. Brun.\nIl faut avoir une certaine reconnaissance aux compositeurs qui, par ces temps de ballet\nobligatoire, se dévouent à écrire des symphonies, ils sont rares et on est quelque peu en droit\nde se demander pourquoi.\nSerait-ce que la symphonie pure a fait son temps ?... On a déjà dit ça après Haydn... et\nStamitz, et cependant, il y a eu les symphonies de Beethoven..., on l'a également proclamé\naprès Beethoven, et cependant il y a eu la symphonie de Franck, et celle de Saint-Saëns, et\ncelle de Chausson, et celles de Magnard... d'autres encore, qui se sont donné pour mission\nd'introduire dans le genre symphonie pour orchestre tous les éléments nouveaux suscités\ndepuis Beethoven par la marche de l'art.\nEt il y aura encore des symphonistes, on peut en être certain.\nMais pourquoi donc sont ils rares par le temps qui court ? Il semble que ce soit tout\nsimplement parce que la plupart des compositeurs ne la symphonie.\nPour écrire une pièce où la musique soit sa propre fin et son unique soutien, il faut avoir\nappris..., il faut avoir beaucoup étudié d'après les autres et beaucoup travaillé sur soi-même.\nLe compositeur actuel est trop pressé de bâcler son \" salon annuel \" pour entreprendre\nces études longues et difficiles. Et voilà pourquoi la symphonie a fait momentanément\nplace au ballet, genre facile et qui se prête élastiquement a toutes le 6 tailles.\nQuoiqu'il en soit, M. Brun a écrit une symphonie, pas toujours adroitement construite\net dont les matériaux, pour parler franc, manquent trop de solidité ; et, malgré tout, on doit\nsavoir gré à M. Brun d'avoir osé écrire une symphonie et à Chevillard de l'avoir exécutée.\nAu temps déjà lointain où Chevillard jouait beaucoups du piano, (et il en jouait en\ngrand musicien), il fut un merveilleux interprète de Schumann. Passé capelbneister, il continue.\nCette musique convient tout à fait à son tempérament et il en sait communiquer le\nsentiment à son orchestre. Je ne crois pas qu'il soit possible d'entendre une exécution plus\nparfaite, comme lettre et comme esprit que celle qu'il donna de la superbe ouverture de\nManfred et de l'alerte symphonie en si-bémol,revue et très heureusement corrigée par\nMendelssohn.\nOn entendit, ce même dimanche, une dame à la voix pure chanter avec beaucoup d'art\n(peut être trop d'art), deux airs de Haendel, tripatouillés à la sauce germanique, une romance\nde Berlioz et une autre de Liszt.\nDe ce dernier, les Tréludespeuvent presque être considérés comme une nouveauté.\nCe poëme symphonique fut, entre 1870 et 1875, le grand cheval de de bataille de\nPasdeloup qui le mettait fréquemment à ses programmes, je crois que ce morceau n'a guère été\ndonné depuis lors."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.48", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\nEh ! bien, malgré toute la révérence que je professe pour le caractère de l'admirable\nartiste que fut Franz Liszt, je ne pourrai jamais me résoudre à trouver de la là dedans !\nCela prélude tout le temps, en effet, sans arriver à établir un état musical ; quand, enfin,\nune phrase mélodique perce ce fatras, elle se présente avec une telle vulgarité qu'on préférerait\nqu'elle n'eut point existé.\nException soit faite en faveur de l'épisode pastoral, un riant oasis au milieu du désert.\nCet art là est bien le point de départ du morceau d'orchestre allemand moderne, avec\ncette aggravation que les matériaux mélodiques de Strauss (Richard), Pfistner et autres\nBriickner, tout en étant aussi vulgaires, ont cependant moins de littérature.\nTout cela, en somme, manque de réflexion, de pondération, d'harmonie, c'est mal\ncomposé.\nQuelque chose de bien composé, par exemple, c'est la P/r/, de Paul Dukas, et il faut\nqu'il en soit ainsi pour que cette pièce, écrite avec la vue bien nette de la scène nécessaire,\npuisse cependant tenir debout au concert.\nC'est que Paul Dukas, même quand il écrit du ballet comme les camarades ne\ns'avance pas à la légère. Il sait ce qu'il fait, il sait où il va et ne méprise point la construction\ntonale, vrai secret de la vraie composition.\nLa Péri n'était une nouveauté qu'au concert, mais, de par son charme mélodique et sa\nsolide architecture, elle sera toujours et partout à sa place.\nL'exécution en fut tout à fait émouvante.\n\nVincent d'Indy.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE\n\nLa Société des Concerts, qui a quatre-vingt-sept ans, n'ouvre ses portes qu'avec une\ncérémonieuse lenteur. Son aristocratie, sans doute, s'attarde tout l'automne en des loisirs\nagrestes cependant que depuis six semaines, à la salle Gaveau ou au Châtelet, une avant-garde\nimpatiente vilipende les concertos et encourage des premières auditions où la musique se\nconjugue assez souvent au futur antérieur. La tendance est manifeste chez nos grandes sociétés\nsymphoniques d'élargir le cercle restreint de leur public. La féerie chasse, les jours \" fériés \",\ndu Châtelet les Concerts Colonne qui vont au Trocadéro prêcher l'évangile beethovenien à\nplusieurs milliers de néophytes. Il serait désirable que l'accès du Conservatoire fût facilité au\nprolétariat des dilettanti, à ceux qui ne se font pas représenter dans leur stalle, qui palpitent à\ntout ce qui est jeune, vivant et visionnaire, à ceux qui ne viennent pas en tyrans mais en\ndisciples, à ceux qu'appelait Georges Marty quand il faisait jaillir d'une baguette sourcière\nSadko, Gwendoline, A la Musique ou F Apres-Midi\nL'audition du Faust de Schumann, le 16 novembre en dehors de l'abonnement, consti-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.49", "texte": "LE MOIS\n47\n\ntuait une rareté, sinon une innovation. Il serait excellent que l'on récidivât. La Société des\nConcerts tient de la collaboration constante des chœurs et de l'orchestre une particulière et\ntrès persuasive éloquence. Que n'a-t-elle abandonné quelquefois son foyer pour réveiller les\néchos assoupis d'une salle où la musique connaissait hier encore des soirs glorieux ? On l'y eût\nsuivie. Elle y eût retrouvé à peine effacés les vestiges du Faune errant, à peine évaporé\nl'encens voluptueux de l'hymne de Chabrier. Elle eût conjuré à la voix des oratorios et des\ncantates, les mensonges et les trahisons d'un snobisme inconstant ; elle eût fait des recrues\nparmi ce public bénévole et rendu la vie à la mainmorte des abonnements. Le succès qui a\naccueilli Faust en est une preuve éclatante.\nJe ne crois pas avoir à développer aujourd'hui le commentaire musical d'une œuvre qui\nreparaît à d'assez courts intervalles sur les affiches de nos concerts, que précisément le\nChâtelet vient d'élire, non pour la confronter, je suppose, avec le Faust et Hélène de Mlle Lili\nBoulanger, et que la Société des Concerts offrait à ses hôtes habituels il y a sept ou huit mois.\nL'interprétation elle-même avait peu ou point varié. Les protagonistes se nommaient encore\nMlle Gall, MM. Delmas et Journet, Mlle Notick et M. Dutreix. Il est équitable d'insister sur\nle chaleureux accueil fait à M. Maguenat, de la Gaieté Lyrique, qui incarnait, pour la seconde\nfois, les personnages de Faust et du docteur Marianus. Une ovation prolongée et très signifi-\ncative a salué M. Messager. Les Français sont toujours de l'opposition...\nLe plus métaphysique des Faust, le plus consubstantiel, je crois, à la pensée gœthéenne,\nle plus mystique aussi, ce Faust où le Schumann hallucinant de Manfred voisine avec le\nSchumann édulcoré que ravissait Mendelssohn, est un émouvant prélude à la saison nouvelle.\nLes chœurs et l'orchestre se montrèrent de tout point admirables, par leur ardeur expressive,\nexpansive, juvénile, digne d'un congrès sonore de u Doctores-Mariani \"...\n\nPaul Locard."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.50", "texte": "Music=halls et Chansonneries\n\nMalgré le globe électrique qui la signale, l'entrée est sombre en retrait du café\néblouissant. C'est une entrée à l'ancienne mode : porte cochère, vestibule aux murs nus, aux\ndalles humides ; le bureau du contrôle se dissimule de côté car la place est mesurée ; dans un\ncoin, une table annonce le vestiaire et lui suffit, car l'usage est de garder dans la salle\nl'accoutrement de la rue ; beaucoup de spectateurs ne tireront même pas leur chapeau ou leur\ncasquette aux artistes. La foule s'engouffre. Un service d'ordre est nécessaire, et une queue\nbien alignée qui barre le trottoir du boulevard de Strasbourg, témoigne une fois de plus de la\ndocilité aimable de notre peuple.\nPar contraste à cette modeste façade, la salle est vaste et chargée de dorures, ainsi que\nl'exigeait d'ailleurs son titre d'Eldorado. Une multitude grise et noire s'y recueille, écoutant les\nchansons, ou plutôt les chanteurs, car pour ces oreilles incapables d'analyser, la voix se confond\navec la musique. Le temps d'ailleurs n'est pas si éloigné où nos pères se rendaient à l'Opéra\npour écouter moins Rossini ou Meyerbeer que Tamberlick, Duprez, la Malibran, la Grisi. Le\npublic de ce quartier parisien a recueilli leur tradition et mérite le nom qu'ils se donnaient de\ndilettanti. Vingt-trois interprètes seront si loin de lasser sa patience, qu'il proteste discrètement\nsi l'un d'eux supprime un des deux morceaux annoncées au programme, et de ses favoris il\nexiçe un tribut supplémentaire qu'on ne peut guère refuser à ses acclamations délirantes.\nToute ironie est désarmée par une attention aussi soutenue, une admiration aussi\nspontanée. Mais des moralistes de l'art déploreront un répertoire qui satisfait au goût des\nauditeurs et ne tente rien pour leur éducation ; il vaudrait mieux, d'après eux, jouer à ces\nbraves gens du Beethoven, comme on fait, paraît-il, dans les universités populaires. Comment\ncroire qu'un homme ait pu trouver un agrément ni un intérêt quelconque à la musique de\nBeethoven, à moins de s'être prêté, durant des années, à un entraînement spécial ? Les concerts\nclassiques où on croit attirer l'ouvrier sont remplis de faux ouvriers, ou d'ouvriers honteux,\nqui nous mentent, et se mentent à eux-mêmes. Malheureux qui dédaignent les joies de leur\ncondition, pour d'autres dont l'idée même leur est inconcevable.\nJe ne prétends pas que le peuple soit voué à l'ignorance ainsi qu'à la grossièreté. Il a sa\ncivilisation, distincte de la nôtre, bien qu'elle en suive à quelques dizaines d'années près, le\ndéveloppement. Et il se subdivise lui-même en classes plus ou moins cultivées. Celui qui vient ici\nest analogue à une sorte de bourgeoisie. Ni le servage industriel, ni la domesticité de grande maison\nn'ont envahi ces rues commerçantes. Les employés dominent : comptables, commis, livreurs,\ncaissiers, on les reconnaît à leur correction neutre et à leur familière aisance. Les ouvriers sont\ndes ouvriers d'art : tourneurs, ciseleurs, ajusteurs, doreurs, ébénistes, emballeurs, ils ont le mot\npour rire, mais sans cris et sans disputes, car ils sont sobres, ou savent boire. Des uns et des\nautres les compagnes sont bien tenues, tranquilles, saines ; sagement elles se passent de chapeaux"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.51", "texte": "LE MOIS\n49\n\nplutôt que de les acheter au rabais ; leurs corsages indiquent, sans pour cela cesser d'être de\nmise à la ville, une louable intention de décolletage. Quelques enfants, qui les accompagnent,\nsavent qu'il faut se taire. De place en place se hausse pour mieux voir le couple vénérable des\nvieux boutiquiers, honneur du pâté de maisons, le mari maigri en sa redingote, la dame\nentrecroisant des chaînettes d'or sur un opulent corsage, tous deux aux petits soins l'un pour\nl'autre. Mais toute société ayant ses parasites, quelques figures louches se glissent dans la masse\nhonnête : pardessus d'un beige trop clair, cravates trop minces, cheveux gras, yeux luisants.\nOn ne sait trop ce qu'ils ont à cacher, mais ils ont l'air frelaté comme une marchandise\ntrompeuse. Camelots, escarpes, protecteurs à gages, ou simples malchanceux ? On s'écarte\nd'eux avec non moins de mépris que d'inquiétude.\nLes chanteuses pour la plupart sont agréables à voir, sinon à entendre. Leurs romances\ns'intitulent : C est Vamour qui passe, J'aime u Les mélodies\nprocèdent, en dernière analyse, de Massenet, mais en simplifiant les rythmes, les contours et\nsurtout les modulations. Massenet, qui de nature était un musicien exquis, avait lui-même\ndonné l'exemple : de ses meilleures pages, il a tiré des répliques à l'usage du vulgaire. Nous\navons ici les copies de ces répliques, et pourtant la langueur initiale se reconnaît encore. Une\nseule, parmi les interprètes, mérite le nom de chanteuse ; c'est MIIe Linette Dolmet, qui par\nmalheur abuse de sa voix de soprano dramatique, jolie et bien timbrée, la force, et s'enroue\nrapidement. Une seule aussi y met du sentiment : c'est MIIe Turcy, qui chante la romance\ncomme les autres, mais la romance de trottoir. n'est pas ici le nom d'une fleur\nchampêtre, mais le surnom d'un citadin redoutable et séduisant ; elle le roucoule, elle le bêle,\navec une soumission bestiale dont nous reconnaissons, même sans nulle expérience, la vérité.\nL'autre romance, Conscience de fi IL?, est le récit d'un crime ;la salle entière est frémissante\nquand la malheureuse supplie son compagnon de renoncer au mauvais coup qu'il a résolu ;\nelle se traîne à ses genoux : \"Ne fais pas ça, non, pas ça, non, mon gosse ! \" Ce mot de\ntendresse faubourienne prend ici l'accent le plus pathétique. Et l'émotion s'accroît encore à la\npensée qu'en cette foule muette quelques-uns peut-être retrouvent à cet instant des souvenirs.\nLe sexe mâle est représenté par de suaves ténors et de passionnés barytons. L'un d'eux\nchante une romance, Gigolo,qui s'inspire d'un récent feuilleton de journal ; or ce feuilleton\nétait une parodie, mais le poète, ni le musicien, ni l'interprète, ne songent à plaisanter, et les\napplaudissements éclatent quand l'aventurier mondain, après un instant d'obscurité, reparaît\ndrapé dans un sinistre manteau noir. En revanche, un rire énorme accueille des facéties sur\nles enfants de chœur qui nous paraissent pitoyables, à nous qui ne lisons plus Paul de Kock.\nNe croyons pas toutefois que le peuple ignore ce qui se passe de nos jours. Il y a une chanson\nsur l'aviation, une autre sur monsieur Poincaré, et une sur le cubisme, qui ne consiste\nd'ailleurs que dans les calembours qu'on devine.\nMlle Fréhel mérite une mention particulière, car elle chante avec de savoureux détails les\ngrâces d'une petite brunette provocante, puis d'une petite Marguerite lentement effeuillée, et\ncertainement ce n'est là qu'une convention, mais la brusquerie de ses allures et surtout sa voix\npresque de contralto évoquent à une mémoire lettrée la célèbre méditation de Théophile"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.52", "texte": "5°\ns. I. M.\n\nGautier sur le mystère de ce timbre intermédiaire. Le peuple sans doute ignore de telles\nfantaisies de littérature, mais non le thème qui les a inspirées : sa langue est riche, pour ces\ncuriosités de mœurs, en expressions qui vont de la caresse à l'injure. Et à l'entracte ne voit-on\npas, isolé à une table et sans regard pour les passants, tel couple de jeunes femmes dont l'une\ninclinant sur un col masculin une tête de pâtre antique aux cheveux bouffants, contemple non\nmoins qu'elle écoute le fin bavardage d'une amie ?\nL'orchestre, comme presque toujours au café-concert, accompagne avec souplesse,\ndiscrétion, et sans jamais se laisser déconcerter. Quelques compositions de son chef servaient\nd'ouverture, mais furent exécutées en mon absence ; j'eusse pourtant été curieux d'apprécier\nl'orientalisme incandescent de cette marche pour Osram pacha. Ce qui est certain, c'est que ce\nchef est un musicien averti, car il a mis, dans l'accompagnement d'une de ces chansons, un\neffet qui se rencontre pour la première fois, à ma connaissance, dans les Impressions d'ltalie de\nM. Gustave Charpentier : c'est une note de cor, qui très joliment imite la résonnance d'une\ncloche. Ainsi, peu à peu, les trouvailles de nos artistes pénètrent jusqu'au peuple, mais par une\ninfiltration lente qui les réduit à ce qu'il peut assimiler.\nLa seconde partie du spectacle était constituée par un joyeux Vaudeville à la manière de\nLabiche, avec un maire et un adjoint de petite ville, un capitaine de pompiers, les dames de\nces messieurs, et une petite bonne. Toutefois la mode contemporaine y est respectée en ceci\nque le héros, qui naturellement disparaît, afin que le remplace le grotesque de la troupe, est un\nboxeur. M. Serjius, prêté par la Scala, exhibe une plaisante bonhomie et d'honorables\npectoraux. M. Bach est merveilleux de jovialité brutale et avinée dans le rôle fantaisiste d'un\ncocher de fiacre amateur de boxe.\nUn proverbe chinois dit : \" Mieux vaut jouer de la guitare, que jouer malproprement du\nluth. \" Mieux vaut un vaudeville amusant qu'une comédie manquée. Mieux vaut une\nromance qui fait battre les cœurs populaires, qu'un drame lyrique sans émotion.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.53", "texte": "Concerts et Récitals\n\nUn seul article résumera aujourd'hui V année,\nmais cette rubrique groupera désormais autour\nPoueigh, et sous des signatures diverses, toute une série de compte-rendus.\nComme nous Vavons annoncé a nos lecteurs dans notre dernier numéro, nous allons, en\neffet, développer nos services d'information et nos critiques d'actualité pour rester plus directe-\nment en contact avec Vactivité musicale contemporaine. Nos abonnés recevront désormais\nle 15 de chaque mois un important fascicule complétant notre numéro du ler1er et donnant à.\nnos compte-rendus une périodicité bi-mensuelle. Ce supplément nous permettra de suivre, de\nquinzaine en quinzaine, toutes les manifestations artistiques de la saison d'hiver, de créer une\nrubrique d'échos, de recueillir pour nos lecteurs\nattention, de multiplier les illustrations, de donner une revue de la presse, de classer\nméthodiquement, et de présenter d'une maniéré claire et attrayante les innombrables\nconcerts et récitals, de faire, en un mot, de n\nVorgane réellement indispensable à la vie musicale de notre temps. Le premier de ces\nfascicules paraîtra le 15 Décembre. Nos abonnés de France et de Belgique recevront\ngratuitement ces suppléments de quinzaine que nos lecteurs au numéro pourront se procurer\nau prix de o fr. 50 chez tous les dépositaires de la Revue.\nLes cuivres de l'automne, saluant le réveil de la Musique, ont effeuillé sous ses pas leurs\npétales d'or, de rouille, de sang. Epuisé par tant de midis triomphants, l'été, le bel été s'est\nenfui abandonnant la baguette. Résignons-nous à ne plus entendre désormais, jusqu'au prochain\nrenouveau, ces concerts divins que, durant toute une saison, dirigea sa main souveraine.\nL'espace était leur cadre et les voix de l'air, de la terre et des eaux y participaient pour\nnotre complet ravissement. Depuis des millénaires, des rites immuables régissent ces solennités\nquotidiennes. On les connaît. De sa trompette enrouée, le héraut chantecler annonce dès\nl'aube l'ouverture. Le vent, ce grand virtuose des ramures, propage d'arbre en arbre, et de\nfeuille en feuille, le mystérieux frémissement ou le frisson tragique de ses variations chroma-\ntiques. D'invisibles arpèges pleurés par la source accompagnent de leur chuchotement mouillé\nla flûte de l'oiseau. L'élytre de l'insecte ronfle sourdement ainsi qu'une timbale, grésille et\nstridule comme la chanterelle sous l'archet. Vivant xylophone, le bec acéré du pivert cogne la\nbranche de son claquement sec. Et la palpitation de la plante et le cri de l'animal s'unissent\nen une symphonie qui monte vers l'azur, emplissant bientôt tout le ciel de sa clameur immense.\nSurchauffé, l'éther s'exalte, vibre, rayonne et bourdonne à la façon de la basse continue. Sans\nque l'on puisse distinguer si la chaude rumeur engendre la clarté ou si ce n'est pas plutôt la\nlumière elle-même qui chante. Cependant, les pies bavardes se révèlent détestables auditrices,\ntandis que, spectateurs grinchus, les geais jacassent aigrement. Tintinnabulant carillon, les"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.54", "texte": "52\nS. I. M.\n\nclarines paissantes s'apaisent dans le soir. Enfin, les deux gouttes de cristal, limpides et lentes,\nque le crapaud laisse tomber de son célesta, prolongent le mélancolique angélus qui sonne à la\ncloche lointaine.\nMais l'été nous a quittés. La nature s'endeuille. Voici venue la nuit d'hiver.\nAu ciel nocturne de Paris des lampes s'allument une à une. Elles vont être pour nous\nles phares à feux intermittents ou continus dont le réflecteur tantôt faible, parfois puissant,\nindiquera au mélomane les tranquilles retraites où s'abritera journellement la Musique. Là,\npendant de longues soirées, les petites gammes rouleront sous les doigts, comme les vagues sur\nles galets de la plage. La caresse des violons alternera avec le sanglot du violoncelle ou le\npathétique de la voix humaine. Et la houle de l'enthousiasme déchaînera les applaudissements\nen tempête.\nSur les affiches multicolores, les tentatives déjà se précisent, les projets patiemment élaborés\npeu à peu se dévoilent. Au milieu de ces œuvres, consacrées pour la plupart, trop rarement\ninédites, parmi tant de noms, interprètes modestes, artistes consommés, météores au fulgurant\néclat, quels sont ceux qui nous réservent la douceur de la surprise, l'émotion de l'inattendu ?\nSubirons-nous encore ces programmes hétéroclites contre lesquels ne cessent de protester nos\nporte-paroles les plus autorisés, ces programmes où se combinent étrangement les pages les\nplus rebattues de toutes les époques et de toutes les écoles, sans que rien ne justifie leur insolite\nrapprochement, ni le lien de l'unité, ni l'intérêt de l'art ? Le public, dont on cherche en\nl'occurrence à satisfaire les goûts, consentira-t-il à accueillir, sinon avec faveur, du moins avec\nune curiosité sympathique, les œuvres de valeur que l'âge ne nimbe pas encore d'une auréole ?\nCombien de patagons, d'iroquois, ou même de français, s'acharneront après cette inoffensive\nsonate, la désarticuleront croche après croche et la laisseront pantelante pour se livrer sur sa\nvoisine, la grande fantaisie, à des exercices tout aussi dangereux ? Périlleux pour elle et pour\neux-mêmes, ce jeu de massacre comparé tournant très souvent au désavantage de l'exécutant.\nFaire entendre une œuvre en deuxième audition, alors que la première fut donnée par le\nquatuor rival, sera-t-il toujours pour nos compagnies de musique de chambre un déshonneur\nqu'il importe avant tout d'éviter ? Gardons l'espoir que la nouvelle année musicale nous\nréservera autre chose que ses ainées. Promettons-nous seulement de revenir là-dessus et sur bien\nd'autres sujets de ce genre, aussi souventes fois qu'il sera nécessaire.\nPour l'instant, voilons notre face d'une expression de tristesse attendrie saupoudrée d'un\nbrin de scepticisme et crions très haut la grande et sensationnelle nouvelle de ce mois :\nM. Camille Saint-Saëns a donné son dernier concert. Se peut-il ? Et n'admirerons-nous\nplus jamais le prodigieux mécanisme qui a fait du chef incontesté de la musique contemporaine\nl'un des plus éminents pianistes de son temps ? Que l'on se rassure. M. Saint-Saëns est trop\nami du paradoxe pour ne pas éprouver une amère jouissance à se contredire lui-même.\nNous reverrons, j'en suis sûr, l'illustre compositeur assis au piano. Mais aujoud'hui il nous\nfaut bien tenir la nouvelle pour exacte et accepter comme définitive sa résolution. C'est\npourquoi, répétons sur le mode mineur sans note sensible : le 6 novembre dernier,\nM. Saint-Saëns s'est produit en public pour la dernière fois. L'âge n'a nullement altéré les\nqualités qui donnent tant de prix à son jeu, sa musicalité classique, son élégante précision,\nsa netteté qui ne va point sans quelque sécheresse. A son premier concert, qui eut\nlieu à la salle Pleyel, le 6 mai 1846, M. Saint-Saëns avait inscrit un de Mozart.\nPar un heureux rappel de thème, le Concerto en si b de Mozart figurait à celui-ci. Il fut joué\ndans un style admirable qui souleva les acclamations tout autant que le populaire Introduction\net Rondo Capricciosoque son auteur, remplaçant l'orchestre, accompagna au piano. Toutefois,\nle tour de force le plus remarquable fut sans contredit l'exécution à l'orgue de la"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.55", "texte": "LE MOIS\n53\n\nFantaisie sur le Choral du Prophète, morceau terrible où Liszt a accumulé des difficultés\ninsurmontables pour le commun des organistes. Les artistes admis à l'honneur de collaborer à\ncette apothéose furent l'excellente harpiste Nicole Anckier, le violoniste Boucherit et le dévoué\ncapellmeister Pierre Monteux ; le public les associa sympathiquement au succès du maître.\nAprès une soirée aussi glorieusement mémorable, il ne restait plus qu'à mettre sous globe\nl'instrument auquel M. Saint-Saëns avait confié ses dernières pensées de virtuose. On le\nconservera donc pour des occasions rarissimes et exceptionnelles. Ainsi en usent nos grands\npropriétaires d'écuries lorsqu'ils envoient au haras leur vainqueur du Derby ou du Grand\nPrix. Mais quelle fine pédale des deux mondes se sentira assez en forme pour assumer la\nredoutable responsabilité de dompter à son tour le heunissant coursier qui se montra si docile\nà subir la domination magistrale de M. Saint-Saëns.\nPendant que ce maître, migrateur impénitent, s'apprête sans nul doute à regagner les\npays d'Orient, la voix du muezzin de L'Orchestre, M. Victor Charpentier, nous annonce\ndu haut des tours du Trocadéro l'heure de sa réouverture. En l'église de la Sorbonne c'est la\nToussaint qui sonne. Les Concerts Spirituels de M. Paul de Saunières y célèbrent avec une\naustère ferveur le Requiem de Mozart et la Mes en de Beethoven. Ils sacrifient ensuite à\nla mode en nous saturant de Parsifal. Cherchons maintenant le mot de la jungle qui\ndoit saluer dignement la venue des Concerts Femina. Composer tous les après-midis un\nprogramme différent, varié, où, se coudoient Borodine et Rimsky, où M. Gabriel Fauré\nvoisine avec M. Debussy, où l'on découvre des pages inédites de M. Florent Schmitt,\nFeuillets de Voyage (à la vérité transportés du piano à l'orchestre), voilà qui constitue une\ninitiative courageuse et digne de tous les éloges. Recrutera-t'on dans le monde des musiciens\nun nombre suffisant d'oisifs pour alimenter et rendre prospère une entreprise aussi ambitieuse ?\nSouhaitons-le sans oser trop y croire. Et ne soyons pas trop sévères pour M. Szyfer et les\néléments dont il dispose, si les exécutions qu'il dirige valent bien davantage par le bon vouloir de\nchacun que par la cohésion, le fondu, la souplesse et l'autorité de l'ensemble.\nTout au contraire c'est par la qualité, par le talent hors de pair des protagonistes que la\nSociété Philharmonique attire à elle une affluence choisie. M. Pablo Casais, dont le visage\nau feu concentré, à la gravité intérieure ascète ou moine de l'lnquisition rappelle les\npeintures du Greco ; M. Alfred Cortot, à la romantique chevelure noire digne d'un héros\nfatal de Lord Byron ; M. Jacques Thibaud, représentant seul la suprématie du moment par\nson masque rasé à l'américaine, sont trois tempéraments d'où jaillit, que l'œuvre soit le Brahms\nde Beethoven ou de M. Saint-Saëns, une hymne d'une ampleur vibrante et superbe. Admirables\ninterprètes que le public ne se lasse jamais d'entendre et d'ovationner non plus que ces par-\nfaits joueurs de sonates, MM. Isaye et Pugno. Ce dernier déploya l'exquise délicatesse de son\ntoucher dans les miroitantes harmonies de la Sonate de Grieg ; et la fougue à la fois juvénile et\ntempérée de M. Ysaye se donna librement carrière dans les élans généreux qui traversent la\nSonate de M. Sylvio Lazzari et dans la fameuse\nDes sonates et des trios, c'est tout de même bien fatigant à la longue. Si, d'aventure, il\nvous plaisait de délaisser le grand art pour rire un peu, ne laissez point échapper les fréquentes\noccasions que nous offre Mme Yvette Guilbert à ses soirées. Vous y verrez le conférencier\nM. Nozière, inviter l'auditoire et en particulier Mellu Bréval, à reprendre en chœur le refrain\nde la chanson. Vous y assisterez au dialogue imprévu de ce même conférencier avec\nMme Rachilde : \" Vous n'aimez pas le second empire, Rachilde ?\" Vous y goûterez\navec un plaisir renouvelé sans cesse le brio étudié, le fin du fin avec lequel Mmtf Yvette Guilbert\ndétaille ses couplets. Pourquoi une mimique si habilement dosée et la perfection de cette diction\nne parviennent-elles pas à me séduire complètement ? Trop de factice, trop d'artifice, trop d'à"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.56", "texte": "54\nS» I* M*\n\ncôtés s'y opposent. Je n'aurai garde cependant de gâter votre plaisir par des réflexion malen-\ncontreuses ou hors de propos. Je répète donc volontiers avec la persistance bien agaçante d'une\nauditrice, par ailleurs charmante elle aussi, placée non loin de moi : \" C'est charmant, c'est\ncharmant, c'est charmant. \" Mme Yvette Guilbert sait s'entourer d'excellents artistes. Délicieuse\nà regarder, Melle Chasles est une estampe animée qui danse en crinoline, et Melle Madeleine\nBonnard nous verse le charme délectable de sa voix expressive tout en s'accompagnant déli-\ncatement à la harpe irlandaise.\nNotre amusement aura été de courte durée. Aux Concerts Barrau nous étreint l'heure\ndouloureuse. Professionnels de la gamme et de la vocalise, M. Risleren tête, tressent des guirlandes\net des couronnes. Ils jettent pieusement les lourds chrysanthèmes sur quelques tombes illustres ou\nnégligées : Beethoven, Schumann, Massenet, Louis Lacombe. Cruel exemple que celui-ci !\nTriomphera t'il un jour de l'inexorable fatalité qui s'acharne après sa mémoire comme elle pesa\nsur sa vie entière ? Cet oublié ne méritait-il pas mieux que le silence et son pessimisme n'avait\nil pas raison de s'exprimer ainsi : \" La bonté n'est pas une arme. \" Ou encore : \" - On\nporte un monde dans son cerveau ; on rêve de grandes œuvres ; on travaille, on lutte, on\nmeurt, et on laisse quelques fragments. \"\nLe Salon des Musiciens Français a le bon goût de fêter les vivants et l'habitude bien\nfrançaise de décerner à ses exposants titres et médailles. J'ai beaucoup aimé le theme populaire,\njoliment évocateur de la campagne douaisienne. Pourquoi lui avoir infligé la lourde geôle des\ninflexibles contre points, l'avoir étouffé sans pitié sous la pesanteur des variations massives ? La\nmise en œuvre de M. Flament dispersa et opprima toute la rêveuse mélancolie enclose dans\nses volutes. M. Paul Vidal a dessiné au contraire une série de paysages clairs, légers et savou-\nreux. Dans des toiles de petites dimensions, il a campé d'aimables filles à l'allure aisée, faisant\nvoler leurs cotillons avec une joie saine dépourvue de prétentions. Entraînées par Mlle Lapey-\nrette, ces Chansons de Shakespeare cheminèrent allègrement par les sentes fleuries de célesta, de\nquatuor conduit par M. Maxime Thomas, et de piano vivant à souhait sous les doigts de\nl'auteur, que l'on récompensa, puisqu'il est hors concours, par un très vif succès.\nImaginez maintenant la stupeur indignée d'un jeune musicien débarqué la veille de\nBrive-la-Gaillarde et assistant à la dernière séance des Concerts Louis Aerts. Ah ! certes,\nla province n'eut point toléré méfaits semblables et le public parisien est vraiment pas trop\nindulgent. Que M. Paul Perrachio remplace M. Maurice Amour, passe. Que M. Franceschi,\nindisposé, n'ait pas chanté, passe encore. Mais quel baryton oserait faire remarquer qu'il va\ntransposer la partie de ténor d'une mélodie de M. Gabriel Fauré ? Cela nous prouve, et\nM. Mathis Plocco s'essayant à soulever un orchestre l'affirme derechef, que, si les grands\nartistes sont capables d'improviser, il est impossible à quiconque de s'improviser grand artiste.\nEn musique surtout l'intention n'est rien, seul l'effet sonore compte.\nOn s'en aperçoit en écoutant le Double quintette de Paris. Ces instrumentistes, tous\nde premier ordre, obtiennent régulièrement un accueil particulièrement chaleureux par leur\ninterprétation très fouillée d'œuvres malheureusement bien panachées. Véritables grillons du\n\" Foyer \", les Concerts Chaigneau ont préludé à leurs matinées musicales par une conférence\nde M. Jean Chantavoine suivie du Quintette de Schumann, de Lieder de Schubert et de\nConcerts Royaux de Couperin. La Société Artistique et Littéraire de l'Ouest et les\nMatinées Challet-Vicq manifestent leur vitalité, de même que Le Triolet, cercle symphonique\nde la rive gauche dirigé avec un dévouement couronné de réussite par M. Raoul Lesens,\net dont nous aurons, plus d'une fois cet hiver, l'occasion de signaler l'intéressant effort.\nParmi les manifestations isolées, très peu nombreuses, citons le Quatuor dAmsterdam\ndont un répertoire fâcheux compromet le succès, et le Quatuor Renacimiento lequel,"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.57", "texte": "LE MOIS\n55\n\nsubventionné par la ville de Barcelone, entreprend un voyage d'études. Comme il a raison !\nD'Amérique nous vinrent Mlle Hilda Wierum, jeune cantatrice et M. Carlos de\nCarvalho, professeur de chant au Conservatoire de Rio-de-Janeiro.\nEt pour que M. Saint-Saëns ne figurât point un cavalier seul devant le clavier,\nM. Arthur Shattuck consentit à lui faire vis-à-vis, le même soir, dans une autre salle.\nMais ce ne sont là qu'escarmouches légères, premiers combats d'avant-garde, simples\nprises de contact. Les noirs bataillons se trouvent encore hors de portée. Couverts d'armures\nsombres et éclatantes, ils s'avancent isolément ou par bandes disciplinées en battant la mesure.\nLes uns brandissent l'archet, tel un glaive. Ils disposent les violons comme des chausse-trappes\naux cordes barbelées. D'autres traînent ces lourds engins de siège : les puissants pianos à\nqueue. De nombreuses places fortes, nous venons de le voir, ont capitulé, et l'on annonce que\nles salles Erard et Pleyel, investies de partout, vont ouvrir toutes grandes leurs portes. Les\nchefs de pupitre frappent déjà le sol de leur talon cadencé : une attaque générale est imminente»\n\nJean Poueigh.\n\nPetits Papiers\nDeux Anniversaires.\nL'Ecole de Musique Religieuse fondée en 1853 Par Niedermeyer célébrait le 23 novembre\ndernier en l'église St-Augustin son soixantième anniversaire. M. Saint-Saëns, on le sait, y\nprofessa, et elle compta parmi ses élèves MM. Gabriel Fauré, André Messager, Gigout,\nPérilhou, d'autres encore. Dans les souvenirs que Mme Heurtel, petite fille de Niedermeyer\net directrice actuelle de l'Ecole, conserve pieusement, elle a bien voulu cueillir à notre inten-\ntion un document inédit. C'est une lettre adressée à son grand-père par Louis Veuillot dont\nle centenaire tombait également en novembre. Nous sommes heureux de la mettre sous les\nyeux de nos lecteurs.\nMonsieur,\nVoici votre manteau avec mes remerciments. Il m'a certainement épargné un bon rhume. Enveloppé dans\nson ampleur, je suis revenu tranquillement au clair de la lune comme par une belle nuit d'été. Les aigreurs\nde la bise n'ont rien pu contre les impressions charmantes que j'emportais de votre maison et j'ai pu me faire\nde la musique encore tout le long du chemin.\nJe vous envoie les volumes de Bossuet que vous me permettez de vous offrir : J'espère que Mademoiselle\nvotre fille ne sera pas effrayée àla vue de ces in 40. Ils paraissent lourds pour ses petites mains, mais son esprit peut\nles porter. Je regrette qu'ils soient si vieux et si fatigués. Quand on me les a donnés ils n'étaient pas neufs et\ndepuis vingt ans ils traînent avec moi dans ce Paris où l'on déménage si souvent. Mais avec leur pauvre mine,\nc'est un arbre à fruits et à fleurs d'une éternelle beauté et dans lequel chantent des concerts d'anges.\nVéuillez agréer Monsieur mes sentiments respectueux et dévoués.\nLouis Veuillot.\n8 Mai 1857.\nLa famille Niedermeyer étant protestante, le volume sur les Variations des Eglises Protes-\ntantes ne fut pas compris dans l'envoi. Excès de délicatesse louable certes, mais d'autant plus\nregrettable que les œuvres de l'Aigle de Meaux portent dans leurs marges des annotations\nnombreuses écrites de la main de Louis Veuillot. La lettre qu'on vient de lire prouve qu'à\nl'encontre de tant de littérateurs le célébré publiciste catholique était sensible au charme de la\nmusique."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.58", "texte": "56\nS. I. M.\n\n& £ Prime a nos lecteurs.\nMr Edouard Flament, qui s'intitule modestement \" virtuose bassoniste \" a demandé à un\nde nos confrères l'insertion des déclarations suivantes :\n\\\n\"Le basson, monsieur, c'est le violoncelle des âmes fières, nostalgiques, et qui ont la pudeur de leurs\ntristesses. Par ses notes graves, il plonge jusques aux fonds inexplorés de la mélancolie ; il nousramè ne comme\nun écho lointain des soupirs de Proserpine. Le violoncelle, à côté de lui, n'est qu'un bellâtre auprès d'un poète.\nUne seule larme brûlante a plus de prix que tout Farc-en-ciel... Le basson est comme Shakespeare, monsieur,\nil parcourt la gamme entière des émotions humaines. A votre disposition pour vous le prouver\nAvis à nos lecteurs : au prçmier de ces Messieurs !...\n& £ \" L'JIBSE3\\CCE \" est le plus grand des maux...\nMme Debogis-Bohy ayant chanté récemment au Concert Chevillard, L Absence de Berlioz\na pu constater, dès le lendemain matin, que les jeunes musiciens ne nourrissent pas pour cette\nmélodie une tendresse exagérée. Mr Alfred Casella écrivit dans U Homme libre :\nMais pourquoi nous a-t-on gratifié de cette abominable chose qu'est Y Absence, de Berlioz, mélodie qu'il\nconviendrait, suivant le mot cruel que son auteur appliquait à d'autres, de garder 66 secrète. \"\nMr Florent Schmitt dans La France :\nIl ne manquerait aucune raison pour qu'on nous débarrassât a tout jamais de l'encombrante et sinistre\nAbsence de Berlioz si seulement les chanteuses avaient meilleur goût s'agit-il de Mme Debogis-Bohy, à la\nvoix d'ailleurs remarquable et si l'on voulait se donner la peine de faire comprendre au public, au lieu de la\nlui servir complaisamment et d'entretenir ainsi son vice le plus cher et le plus abject, ce que cette affreuse\nromance à midinettes contient d'absurdité, de platitude, de basse sentimentalité, sans parler de sa prosodie\ninvraisemblable et de Thorrificence de ses enchaînements harmoniques.\net Mr Emile Vuillermoz dans Comœdia :\nCette page possède certaines vertus spéciales, entre autres celle de pousser au meurtre un bon nombre de\nmusiciens contemporains qui ne peuvent subir avec philosophie son agressive nullité. La laideur soutenue de sa\nmélodie, la platitude paradoxale de son style et surtout l'incorrection grossière de son écriture où se trouvent\nréunies, comme par une gageure, toutes les fautes d'orthographe signalées par les grammaires élémentaires de\nla musique, où s'étalent les plus ridicules des \" enchaînements d'amateurs \" où les accords sont creux et\nincomplets, où le triton est acculé à la plus criminelle des \" résolutions \" et où l'orchestration est lamentable,\nreprésentent, en effet, dans l'œuvre de Berlioz, une sorte de monstruosité technique qui semble être la\nconséquence d'un vœu où le résultat d'une parodie satirique. La souffrance que procure son audition est\nintolérable pour une oreille organisée : Ton a vu des musiciens quitter brusquement la salle pour ne pas crier\nleur énervement.\nSigne des temps !...\n»\n£ & La Musique au restaurant.\nDans le délicieux \" Journal de Colette \" que publie le Matiny cette notation pénétrante :\n\" Cela débuta par le tzigane, le tzigane caché, séparé par One tenture au moins, de l'endroit où l'on mange :\npremière atteinte, agacement léger, fourmillement agréable d'un mal qui couve. Visible à demi derrière des\nverdures, le tzigane pénétra un jour dans la salle du festin écarter son rideau de fleurs, revêtir un dolman\nrouge et or, s'avancer entre les tables et se carrer, vainqueur au son véhément, au milieu de nous, autant\nd'étapes qu'il franchit avec une impudence de nomade, et nous le tolérâmes. Aujourd'hui tout est perdu,\nenvahi, dévasté à jamais dans le noble domaine de la gourmandise pure.\nL'on débite à présent dans chaque réfectoire, en denrée moulue, en pâte sans fin, de la musique, de la\nmusique, de la musique. Des mains lourdes, des mains ignorantes jouent avec cette puissance aussi mystérieuse\nque l'électricité, en déchaînent sur nous les agents nocifs. Il n'y a plus même entre deux tangos, entre une"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.59", "texte": "LE MOIS\n57\n\nvalse lente et un rag-time, la trêve normale et qu'on devrait imposer la minute de silence, d'obscurité\nmorale pendant laquelle le cerveau et l'estomac pouvaient se ressaisir. Il faut fuir sinon empoigner, par les\nrevers de 1 habit le moins ignare des aubergistes fastueux, et lui dire : \" Comprenez, comprenez donc qu'/7 n y\na pas de musique gaie, si elle n'est rompue, variée, secourue par de considérables silences ! Comprenez que c'est,\npour le plus futile esprit, une funèbre épreuve, qu'une joyeuse musique qui est joyeuse pendant deux, trois\nheures et davantage ! Voyez, après le premier coup de fouet tonifiant des archets, après les mille piqûres des\nmandolines, voyez les visages se figer, les bouches se taire, voyez l'anxiété, le fatalisme musical sur les fronts !\nVous ne favorisez point l'appétit, mais tout au plus la saoulerie mélancolique, la nocturne et sombre habitude\ndu Champagne à jeun, pris comme l'absinthe sans nourriture. Vous tarissez la conversation des amis, et quels\namants n'ont pas vu flotter entre eux, bercés sur l'onde lente et trouble d'une valse, les pires fantômes de leurs\nsouvenirs ?... \"\n\nProvince\n\nLa ronde des provinces françaises commence doucement ; la Provence, le Poitou,\nl'Auvergne se préparent à exécuter des farandoles, des branles et des bourrées.\nA Bordeaux, le maître espagnol Arbos ayant révélé Perez Casas, Turina et Albeniz\naux dilettanti des allées de Tourny, ceux-ci, ne sachant plus à quel chef se vouer, décident de\nfaire venir successivement Widor, Ph. Gaubert, H. Busser, Ernaldy et Lucien André pour\nconduire au théâtre de l'Alhambrah la u Sainte Cécile De ces nombreux prétendants quel\nsera le préféré ? L'avenir nous le dira. Un outsider, M. de la Tombelle dirigera pendant ce\ntemps la \" Messe \" de Franck. M. Lucien Wurmser se rend à Troyes ainsi que\nM. Rabani et l'orchestre des Concerts-Rouge : tous deux font acclamer les \" danses polov-\ntsiennes \" de Boxodme. Le plateau central est en révolution. M. Marius Veisepuy verse\nl'ivresse de la musique moderne d'Aurillac au Puy et de Brive-la-Gaillarde à Tulle : les\narvernes reçoivent avec étonnement la révélation de Debussy, d'lndy, Ravel, etc.\nA Rennes, les habitués des Galeries Méret apprennent avec joie que la baguette abandonnée\npar Ch. Bodin ravi à la musique par de pénibles préoccupations est ramassée par Savello\nmusicien sensible.\nBeethoven est à coup sûr le convive préféré des agapes musicales. On le trouve partout\nattablé. A Angers, sa 2e Symphonie ouvre la saison avec l'ouverture de Tannhauser, un Concerto\nde Bach et le Polme de Chausson. Sous la direction ferme, précise et moelleuse à la fois de\nJean Gay, l'orchestre des Concerts Populaires fait apprécier la parfaite homogénéité d'un\nensemble de premier ordre. Les amateurs angevins reçoivent ensuite la visite de P. de Bréville\ndont la Suite Orientale de Stamboul est rythméede façon étrange et suggestive. Ils s'émerveillent\nde la virtuosité de Mlle Léon et de sa science du clavier. Jean Gay sacrifie à Schumann et\nBerlioz et annonce le premier acte de Parsifal pour l'heure où le dernier enfant de Wagner\nrégnera sans conteste sur les grands lyriques dé la ville lumière. Quand aux concerts de\nmusique de chambre, ls reprendrnt le 8 décembre avec le concours de Melle Blanche Selva.\nA Lyon, M. Witkowsky continue courageusement sa propagande d'lndyste. L'interprète\nhabituelle du maître, Melle Blanche Selva déjà nommée, prêtait son concours au concert du\n11 novembre. Cette artiste joua le Poème des Montagnes avec le style particulier qu'on lui\nconnaît et qui tend de plus en plus à accentuer certains défauts qui lui sont propres. Mais la\nSymphonie Héroïque de Beethoven et la Symphonie Cévenole, à l'encontre de Souvenirs, bénéfi-\ncièrent d'une exécution excellente à tous points de vue."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.60", "texte": "58\nS. I. M.\n\nLa Société Charles Bordes de Montpellier autre foyer scholiste que M. Coulet dirige\navec tant de compétence et de dévouement, a également produit Melle Blanche Selva, propa-\ngandiste par le fait. On prévoit la venue du quatuor Zimmer et l'on attend l'acceptation\nd'un choix brillant d'artistes dont la participation semble assurée.\nM. Crocé-Spinelli, fondateur des concerts du Conservatoire de Toulouse trop absorbé par\nd'autres occupations, ne conduira pas l'orchestre cette année. Le comité de cette société a fait\nappel pour diriger les six concerts de la saison à six musiciens originaires de la région toulousaine\net tous prix de Rome. Ce sont: MM. G. Salvayre, Paul Vidal, Xavier Leroux, Henri Busser,\nAymé Kunc, Jules Mazellier. Les solistes annoncées se nomment Edouard Risler, Arthur de\nGreef et Edouard Garés. La société des Concerts Populaires de Lille a fait preuve, sous la\nbaguette de Sechiari, de sa souplesse habituelle dans la b de Chausson, l'ouver-\nture de La Fiancée Vendue de Smetana et la de Saint-Saëns. A ce même\nconcert, l'on applaudit le violoncelliste André Hekking dans le Concerto de Lalo, VElégie de\nFauré et un fragment de Sonate de Boccherini. Cependant que Haydn, Schumann, Chevillard\net Chapuis figurent au premier programme du Quatuor Surmont. Les quatre protagonistes et\nMelle Marie Ratez qui tenait le piano sont longuement fêtés par les habitués de ces intéres-\nsantes séances de musique de chambre.\nM. Hasselmans prépare de fortes joies aux mélomanes de Marseille qui doivent\nà M. Four nier une compétence toute particulière. Chaleureux succès pour la ire de\nBeethoven, qu'accompagnent sur le programme la de Berlioz,\nSiegfried-Idyll de Wagner et l'Ouverture du de Lalo. Contrairement à tous les\nprincipes de réjouissances, ce capellmeister, allume au début de la saison les fulgurantes pièces\ndu Feu d'artifice de Stravinsky. Des fusées illuminent encore la Cannebière.\n\nG. K."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.61", "texte": "LE MOIS\n59\n\nBelgique\n\nA la Section belge [groupe de Bruxelles) de la —La réunion\nannuelle statutaire a eu lieu le jeudi 23 octobre. Le secrétaire a fait rapport sur l'activité du\ngroupe au cours de l'année 1912-1913 et le trésorier a rendu compte de la situation financière.\nParmi les projets de séances pour l'hiver 1913-1914, citons, entre autres : une conférence de\nM. E. Closson sur Wagner, à l'occasion du centenaire de la naissance du maître ; une confé-\nrence de M. René Lyr sur la Musique turque ; une communication de M. Paul Bergmans ;\nune séance de musique de clavier ancienne et moderne (clavecin et piano) par Mlle Bernard,\navec causerie préliminaire par M. Delgouffre ; une séance de musique ancienne par M. Massia,\nvioloniste et Mlle Melsonn, cantatrice. Il y aura, en outre, fin novembre, un concert avec\norchestre, organisé sous les auspices de la Société internationale de musique et donné par\nM. Ch. Delgouffre, sous la direction de M. Arthur De Greef et avec le concours de\nMme Berthe Albert. C. V.\nAvec une reprise du Chant de la Cloche, le clair et vivant poème de Vincent d'lndy, dont\nles choeurs triomphaux nous rendirent l'émoi poignant de la première, le théâtre de la\nMonnaie nous a donné une \" délicieuse \" création d ballet réglé par M. Ambrosiny\nd'après les célèbres variations symphoniques du maître. L'œuvre est connue ; elle fut produite\nen Belgique par Eugène Ysaye, à ses concerts. La beauté pure de la composition, dans sa\nmatière essentielle même, est toutefois diminuée par la réalisation scènique. Malgré la féerie des\nlumières, sur les couleurs fluidiques et comme vaporeuses des décors, la richesse des rideaux,\n['artifice apparaît bien pauvre à évoquer la merveilleuse légende assyrienne dont le musicien\ns'inspira. Pourquoi notre ère prétend elle, pour l'ivresse tout extérieure des sens, violer ainsi\nles visions ineffables de l'esprit, l'Art sublime qui n'a besoin de formes définies ? Ces gradins,\nces portiques en carton sont impuissants à nous illusionner, et la mimique, gracieuse sans doute,\nde la jolie Mme Cerny nous amuse, sans plus. Le plaisir des yeux nous dérobe la joie parfaite\nqu'éveillent intérieurement les harmonies. Et pourquoi la danseuse, trahissant le symbolisme de\nl'épopée d'lzdubar, n'apparaît-elle pas, à la septième porte, dépouillée du dernier voile qui la\nvêtait ? Trop de préjugés nous entravent encore.\nDes de la Madone de M. Wolff Ferrari et de Venise, de M. R. Gunsbourg, nous\npréférons ne rien dire. Ces ouvrages sont loin de la conception que nous avons de l'art. La\ncritique belge fut unanime dans l'appréciation de l'un et de l'autre. Ces lignes, détachées des\narticles hautains et francs de notre éminent confrère M. Henry Lesbroussarts, dans\nModerne, la résume : \"Un fait divers assez répugnant sur fond de foule hurlante... Histoire\nordinaire, petite, sans psychologie, sans fermeté, sans logique, j'ose dire sans intérêt, tant ces\nfantoches sont loin de nous. Et quel métier ! Les trucs les plus niais ne sont pas dédaignés.\nToutes les bonnes recettes, éprouvées et cataloguées, ont été utilisées sans fausse vergogne\nVoilà pour les \" Œuvre médiocre, artificielle, de la plus grande indigence musicale.\nOui, médiocre et veule, sans ressorts sans buts sans personnalité... Cela n'est ni réaliste, ni\nvériste, ni épique, ni symbolique, ni philosophique : c'est de l'esthétique de Kuursaals \". Voilà\npour Vmise."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.62", "texte": "6o\nS. L M.\n\nLa première audition, au Conservatoire, réunissait la participation des classes d'orchestre\n(professeur M. Van Dam) et d'ensemble vocal (professeur M. Marivoet), des professeurs Mahy\net* De Bondt. Programme éclectique: Symphonie en si bémol majeur de Schubert; Avondliederen de\nTinel, Chants bibliques de Lassen, Psaume 137, de Liszt, Concerto en la mineur pour orgue\navec accompagnement d'instruments à cordes, quatre cors et timbales, d'Enrico Bossi Mélodies\nEcossaises suite pour orchestre à cordes de Paul Gilson. Retenons ces deux compositions. Le\nconcerto d'Enrico Bossi est de réelle beauté, puissant par la facture, d'une lumineuse inspiration.\nQuelle distance entre cet Italien sévère, nourri des nobles traditions, et les modernes \"Puccini\" !\nJe rapprocherais volontiers l'art de Bossi de la pensée et de la construction toute latines de\nM. d'lndy. L'exécution de cette page importante à mis en valeur le talent probe, profond et\npersonnel de M. De Bondt, organiste de l'Eglise de Laeken, et professeur au Conservatoire.\nC'est en maître qu'il interpréta cette partition difficultueuse ; révélant la sûreté de son sens\nmusical au coloris subtil et nuancé de la régistration. Le jeune orchestre le seconda vaillamment\net nous fît admirer, surtout dans les Mélodies Ecossaises, pleines de caractère, de poésie, de\nverve, souples de lignes et capricieuses d'accents, d'un rythme endiablé dans la Gigue, l'effort\naccompli par M. Van Dam.\nOn connait la thèse soutenue par Diderot dans ses paradoxes sur le comédien : que\ncelui-ci ne peut pas éprouver pour les bien exprimer les sentiments qui personnifient son rôle.\nJe me demandais si cette condition n'est pas plutôt applicable au chef d'orchestre, en écoutant\nle concerto en ré majeur de Brahms au second concert populaire. Est-il indispensable qu'il\nressente une émotion quelconque pour émouvoir l'auditeur ? M. Max Reger présentait son\ncélèbre orchestre. Assis au pupitre, à peine remue-t-il la baguette, à moins qu'il ne lui vienne\nla fantaisie de la déposer simplement laissant aller ses instrumentistes au gré. La phalange,\ntoutefois, déroulant une variété de sonorités et d'effets agréables, parvient à donner\noù Baudelaire découvrait la révélation de l'ar*-. Sous le titre : Faussi simple\nque peu nouveau, le compositeur, que l'on a coutume, en Allemagne, d'opposer à Richard\nStrauss, a déployé toutes les ressources d'une invention intarissable, d'une technique étourdis-\nsante qui fait songer à la \"patte \" de Paul Gilson. Toutefois son thème est d'une banalité\npar trop indigente, et qu'importent les virtuosités de l'arrangement? D'autre part, nous sommes\nlas déjà de cette polyphonie contradictoire, et purement scientifique ou cérébrale. La façon\ndont M. Reger comprend Beethoven est discutable. Sa préciosité même, à notre avis, la\ncondamne, et un manque d'homogénéité qui apparut surtout dans le début du Seherzo et dans\nle Final de cette merveilleuse Fti Symphonie. Le soliste M. Joseph Szigeti, bien qu'il ne possède\npas encore la puissance par quoi le vrai maître du violon emporte et subjugue un public, fit\napplaudir un talent distingué.\nA la Salle Patria,les concerts Tsaye sont à l'étroit, mal à l'aise. L'espace et la liberté\nleur manquent, ma foi, et les regrets exprimés par le maître se justifient. Il est scandaleux\nqu'une capitale comme Bruxelles, n'ait pas de salle de concerts convenant aux exécutions\nmodernes. Le premier concert, dirigé par Ysaye lui-même, avec le concours du pianiste\nEisenberger, à côté de Schumann, Mozart et R i msky-KorsakofJ] offrait deux premières auditions.\nCelle de A Pagan Poëmypoème symphonique d'après Virgile, avoue non sans candeur le\nmusicien, Ch. M. Loeffler, le jeune américain dont nous avait parlé le virtuose. Je n'aime\npas qu'un artiste moderne aille puiser son inspiration dans la littérature ou dans l'histoire\ndéfuntes. Nous n'avons plus la sensibilité de nos pères ; notre ère de dispersion verti-\ngineuse, de heurts, de chaos, de forces multipliées, hallucinées, conquises à grand'peine et\ntoujours fugitives, a de longtemps brisé les formes et les silences ancestraux. Nous tressaillons\nde nouveaux rythmes, et notre beauté vibrante, tumultueuse, fulgurante a bien plutôt"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n6i\n\nl'impatience de l'avenir que le regret infécond du passé. Il y aurait matière à considérations\npsychologiques peut-être intéressantes dans ce fait étrange d'un compositeur du monde neuf\npar excellence cherchant prétexte à commentaires aux lointaines pages de notre vieille poésie\nlatine. Contraste plaisant en vérité ! M. Loeffler est sincère, dans son expression il n'ignore\npas les derniers progrès de la technique orchestrale, il a le sens du développement de la\npuissance, de l'habileté, mais nous préférerions qu'il nous traduisit les émotions directes qu'il\ndoit avoir de son milieu, les sensations de sa race, avec son esprit, son idéalisme, son caractère\npropres. Plus savoureuse, dans ce sens, la Danse de sur un thème\npopulaire au rythme bien particulier.\nPugno et Ysaye attirent la foule aux deux premiers concerts de la Société Philharmonique,\ndans les Sonates de Beethoven, en ut mineur,en et puis de Brahms,\n(n° 3), Franck et Lekeu. L'affluence des amateurs \" payants \" oblige les artistes à subir,\nmalgré le charme inexprimable d'une interprétation qui n'a plus rien de \" matériel \" mais\nfait chanter l'âme elle-même des instruments et de la musique le martyre de la statique\nprolongée, au fond d'une salle surchauffée, et de la compression décidément excessive.\nMM. les organisateurs devraient bien consentir à leur tour un sacrifice, et ne pas permettre\ncette indignité, par exemple, d'un maître forcé de payer pour écouter, debout, son égal et\ncollègue.\nAprès Kreisler,c'est Jacques Thibaudqui se fit entendre aux\nCharles Hénusseaccompagnait le second également. Une comparaison s'établit, tout naturelle-\nment entre ces violonistes, réputés, aimés tous deux. Kreisler est, quant à la technique, et dans\nson jeu, d'une fantaisie très personnelle, assez extérieure peut-être. Thibaud a plus de style, au\nsens pur ; la délicatesse de sa sonorité, la force de son émotion sont plus réfléchies, plus\nintérieures. Il est regrettable que son programme n'est pas plus de curiosité, au point de vue\nmoderne.\nLa place nous manque pour signaler en détail les séances et récitals de bonne musique,\nqui s'organisent au jour le jour. Mentionnons la première soirée du quatuor Zim\n(MM. A. Zimmer, F.Ghigo, Louis Baroen, Jacques avec le concours de M.\nVerhey, pianiste à Rotterdam, à la salle Nouvelle. Exécution parfaite de quatuors de Haydn et\nSchumann et du quintette en la bémol majeur pour piano et cordes de Le concert\ndonné à la Grande Harmonie par MM. Marcel violoniste et pianiste,\noù une place importante était réservée à la jeune école française:\nde Sèverac, Gabriel Dupont, d. Vaubourgoin, Gabriel L'impression-\nnisme des premiers procède d'une vision curieusement picturale, leur technique même, taches\net pointillés papillottants, leur inspiration sont pourrait-on dire ! Les peintres du\nmoment ne surprennent-ils pas les harmonies, n'éparpillent-ils pas des gammes, aux recherches\nd'audacieuses dissonances, de gestes et de rythmes fleuris en accords ? Chopin et Beethoven\n(qui ont vieilli) restent les décors des jeunes pianistes, ou du moins, leur critérium. M. Richard\nBuhling, l'un des plus réputés virtuoses d'Outre-Rhin, les honora d'une respectueuse résurrec-\ntion à son récital du 12 Novembre. Technique brillante, compréhension très artistique. De\nMM. dlja Schknolnick, violoniste, Richard Buhling, pianiste ; Norman Wilko, récitals\nremarqués ; au Foyer Intellectuel de St-Gilles, une audition de la société \" \",\ndonné par MM. L. Baroen, altiste, G. Minet, pianiste, tous deux artistes talentueux, et le\nQuatuor Vocal ; un Samedi du Thyrse,consacré aux œuvres de M. etc... Sont\nannoncés le Premier concert de la Société Bach ; un concert avec orchestre, sous la direction de\nCari Friedberg,par Melle Lia Epstein ; deux soirées une audition du\nBarcelone ; un récital Mischa Elman,etc..."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.64", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\nNous rendrons compte de tout ceci en même temps que du deuxième dans\nle numéro du 15 Décembre.\nLa Société de Musique Sacrée d'Anvers donnera cette saison :le 21 décembre, à 3 heures\nla Schopfung,oratorio de Haydn et le 29 mars, de A le Cercle\nPiano et Archets poursuit le cycle de ses concerts historiques. Le 24e était réservé aux\ncompositeurs liégeois :A. Parent, G. Dupuis, J. Jongen, et à M. Cari Smulders. Maurice\nJaspar,le sympathique pianiste, a organisé d'autre part quatre séances à VU. de Liège.\nChacune sera précédée d'une causerie.\nNouvelles. L'annonce que nous faisions, au numéro dernier, des résultats du\nRome a sauté à la mise en pages. C'est M. Léon frère du compositeur wallon\nJongen, qui a remporté le grand prix. Liégeois, ce jeune musicien s'était déjà signalé à l'at-\ntention par les mélodies, èt la cantate de l'avant-dernier concours de Rome, où l'on reconnut\nune personnalité marquée au coin de la puissance. Fixé à Paris, il fait honneur à l'enseignement\ndu maître d'lndy.\nLe compositeur Emile Mathieu,directeur du Conservatoire de Gand, nous a fait tenir le\nspirituel billet que voici :\n\" A l'occasion du 25e anniversaire de son apparition au Théâtre Royal de la Monnaie,\n18 Novembre 1888, Richil de, Comtesse de Hainaut et de Flandre, sollicite pour elle un\nsouvenir, et en faveur de sa sœur cadette Fasthiy Reine des Mèdes et des Perses, le vœu qu'un\nsoir enfin \" dans l'or et la brume confuse surgissent les remparts et les palais de Suse. \"\nNous appuyons ce souhait de tout cœur.\nC'est Me\"e Huguette dlHaricourt, compositeur de la Suite Symphonique pour Psyché de\nH. Liebrecht, qui écrivit la partition de la légende musicale en deux actes de M. de Sainte-\nCroix : Jean de la Lune ; l'œuvre sera donné au Théâtre Communal de Bruxelles.\nAu moment de terminer cette chronique, nous recevons une lettre de faire part, nous\nannonçant la mort de notre ami le violoniste espagnol M. Une émotion profonde\nnous poigne, à cette nouvelle d'autant plus inattendue qu'il y a peu de jours, nous avions\nrencontré le jeune artiste en excellente santé, semblait-il. Elève de puis de\nCrickboom. Blanco-Récio avait conquis, tant par l'aménité, la distinction tout aristocratique de\nses manières que par son délicat talent, prometteur d'une maîtrise, la sympathie d'une élite.\nNous eûmes l'occasion de l'apprécier aux séances de la dont il fut, avec J. J. Nin, son\ncompatriote et familier, le dévoué collaborateur. Nous préfacions, il y a quelques mois, l'audi-\ntion qu'il consacra à la Jeune Ecole musicale avec le concours de la gracieuse\ncantatrice genèvoise Melle Demont.ll se faisait une joie depoursuivre, cette année, la propagande\nfraternelle en faveur des musiciens de sa patrie, avec lesquels il restait en relations suivies.\nHélas ! Il n'en sera rien. Une âme subtile et fervente, une voix charmeresse s'est soudain\nà jamais, tue, et ces lignes, déjà ! ont la navrance du souvenir...\n\nRené Lyr."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.65", "texte": "Étranger\nLettre de Rome\n\nLa Ville Eternelle n'en est pas moins l'endroit où bien des choses passent, se renouvellent\net se transforment, pensais-je, tandis que je cherchais dans le dédale des petites rues de\nl'ancienne Rome la demeure... d'un survécu !\nC'est une glorieuse page d'histoire musicale qui se clôt, avec les vieux chantres de la\nChapelle Sixtine ; l'institution séculaire des \" Cappellani cantori Pontifïci \" appartient désor-\nmais au passé, puisque la \" Schola cantorum \" l'a remplacée au Vatican ; une entrevue avec\nM. A. Moreschi offrait donc un double intérêt, puisqu'il s'agissait de s'entretenir avec un\nmusicien distingué qui est en même temps le dernier représentant de cette glorieuse pléiade.\nM. Moreschi est d'une simplicité qui charme ; la candeur enfantine de son regard et sa\ntimidité de façons pourraient étonner dans ce grand et gros personnage, aux traits réguliers,\naux cheveux à peine grisonnants. Il n'est pas vieux, car il n'a que cinquante-cinq ans et il\nparaît même plus jeune, mais il chante depuis trente-quatre ans et c'est un vétéran de l'art.\nJ'apprends à mes dépens qu'il n'est pas facile de le faire jaser, car il ne répond qu'avec\nprécaution et lentement à chaque question qui lui est posée ; mais quand il entre dans la voie\ndes souvenirs, il s'abandonne un peu et raconte, de sa voix flûtée, quelques détails. Il parle des\nquatre examens qu'il fallait subir, de son temps, pour être admis comme chantre à la Chapelle\nSixtine ; il touche de sa tournée en France à Lyon et à Cannes où il remporta un si\nvif succès, mais il glisse sur tout ce qui se rapporte à sa personnalité, comme un enfant qui\ncraindrait de paraître vantard.\nUne anecdote intéressante : depuis 1870 le Pape ne préside plus aux cérémonies de la\nSemaine Sainte et ordre fut donné de ne plus chanter le fameux \" Miserere \" d'Allegri, qui\nétait, c'est connu, une des plus célèbres interprétations des chantres de la Chapelle Sixtine.\nEn 1890, Mustafà, le magnifique chantre, obtint de feu Sa Sainteté Léon XIII la permission\nde faire exécuter une fois ce Miserere, mais il se trouva lui-même dans des graves difficultés, i,ar\nc'est seulement le squelette musical du morceau qui est noté, les chantres de la Sixtine ayant\ndes altérations, fioritures et autres interprétations spéciales, transmises seulement par tradition.\nAprès un travail opiniâtre et plus de quarante répétitions, Mustafà et ses collègues, en\nprésence de tout le monde musical romain rassemblé à la Chapelle Sixtine, firent entendre ce\n\" Miserere \" qui est écrit pour deux chœurs, l'un de quatre et l'autre de cinq voix ; quand\nl'audition prit fin, Mustafà renferma la partition dans une grande enveloppe qu'il cacheta et\nl'adressa ainsi \" A Sa Sainteté, avec l'humble prière que cette enveloppe soit mise aux archives\net ouverte seulement après ma mort\nEst-ce que d'autres gosiers pourront jamais s'assouplir aux subtilités toutes spéciales aux\nvoix des chantres, éduquées pour ces finesses, et le \" Miserere \" fameux pourra-t-il être\nencore exécuté ?\nPas de réponse à obtenir à ce sujet par M. Moreschi, mais il ne faut pas oublier ce qui\narriva au roi Léopold I de Bavière, quand il fit demander au Pontife une copie du \" Miserere \"\nqui ne devait pas sortir du Vatican, sous peine d'excommunication ; le Pape voulut bien céder\nau désir du souverain allemand, mais quand les musiciens de la Chapelle royale, après avoir\nlonguement étudié, l'exécutèrent, la déception fut générale : c'est qu'il manquait l'interpré-\ntation que pouvaient seuls donner les chantres de la Sixtine."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.66", "texte": "64\nS. I. M.\n\nL'on stationne encore chaque Jeudi et Vendredi saints, à S 1 Pierre, pour entendre les\n\" Lamentations \" et les \" Improperï \" chantés par les voix blanches ; la voix de soprano est la\nplus rare et la plus appréciée parmi les chantres et celle de Mr Moreschi a une pureté\ncristalline qui lui permet d'atteindre des sons suraigus sans aucun effort ; à la question s'il ne\nlui parait pas étrange que jamais un applaudissement ne vienne récompenser ses efforts \" Je n'y\nai pas songé ! \" répond-t-il candidement. Voilà un artiste extraordinaire ! Les autres, bien\nsouvent, ne songent qu'à cela !\nIl égrène encore ses souvenirs ;il a chanté àla Messe de Requiem pour le 2 sme5me anniversaire\nde la mort du roi Victor-Emmanuel II et à l'autre en souvenir de feu le roi Humbert ; il prit\npart aux funérailles de Léon XIII on exécuta à cette occasion la \" Messe \" de Perosi et\nsa voix s'éleva encore dans la \" Missa Papae Marcelli \" par Palestrina, au couronnement de\nPie X... il eût un geste vague et se tût, la tête baissée.\nIl me semblait que les grands chantres de la sixtine descendaient de leurs cadres, qui ornent\nles murs du petit salon de l'artiste et défilaient devant le dernier représentant de leur art qui a\npassé, en le saluant d'un triste sourire amical.\nLa saison musicale sera tout particulièrement intéressante, cette année ; du reste la\ncompétence artistique de Mr Molinari directeur des concerts symphoniques à l'Augusteum\nne laisse aucun doute à cet égard : parmi les compositeurs qui viendront diriger leurs\noeuvres, le concours de Mr C. Debussy est assuré.\nUne indiscrétion, dont je partage volontiers la primeur avec les lecteurs de S. I. M. me\nmet à même de savoir que le maître français fera entendre une \" Gigue \" pour orchestre et\n\" Printemps \" pour orchestre et piano à quatre mains ; du reste la musique française ne\nmanquera pas, puisque la \" Damnation de Faust \" (si rien d'imprévu ne survient) sera l'opéra\nd'ouverture de la grande saison lyrique et que le quatuor vocal Battaille est attendu aux\nconcerts du Quatuor romain.\nL'exécution de la \" Messe de Requiem \" que Verdi composa lors de la mort de Mauzoni,\nsera le premier événement de la saison musicale romaine, qui est menacée horresco referens\nd'un concert symphonique Futuriste !\n\nMargherita Berio."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.67", "texte": "Une Exposition à la gloire de Schumann\n\nLes lecteurs de S. I. M. nous permettront de leur annoncer ici, non pas, comme ils\npourraient s'y attendre, un concert, mais une exposition de peinture : il s'agit d'une impor-\ntante série d'aquarelles consacrées à illustrer l'œuvre de Schumann, et que Ton pourra voir à\nla Galerie Georges Petit, du lerIer au 15 décembre.\nLes grandes revues artistiques de France ont déjà présenté au public le jeune peintre\nniçois G.-A. Mossa. On sait que cet artiste n'est pas seulement doué d'une puissante, étrange\net ingénieuse imagination, d'une étonnante sûreté de trait et d'une merveilleuse richesse de\ncoloris, mais qu'il excelle encore à nous faire sentir, derrière le voile des formes et des\ncouleurs, l'idée profonde dont elles sont le symbole. Cette année, Mossa a d'abord médité sur\nle sens et le sentiment des Lieder de Schumann, puis il a pris ses pinceaux...\nRegardez ici même la reproduction de l'aquarelle destinée à illustrer un lied fameux des\nAmours du Poète, celui dans lequel Henri Heine dit qu'il veut ensevelir ses \" vieux et tristes\nrêves Il lui faut un grand cercueil pour tant de choses flétries, un cercueil aussi grand que\nla tonne d'Heidelberg. \" Allez chercher douze hommes plus forts. Alors, dans la mer\nprofonde, qu'ils jettent ce grand fardeau. Mais, dans la bière immense, que dois-je ensevelir ?"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.68", "texte": "Mon amour et ma souffrance Emouvante, poignante idée d'un homme qui a beaucoup\nsouffert ! Vous voyez comment Mossa l'a transposée. Sur le bord de la mer s'avancent, avec\nde grands efforts, des pénitents en cagoule noire, semblables à ceux qui portent, au Louvre, le\ntombeau de Philippe Pot, ayant à la ceinture un écusson aux armes des villes où habita\nSchumann ; ils sont courbés sous le poids d'un énorme cercueil de pierre ouvragée, sur lequel\npendent tristement une couronne de roses pâles et une lyre aux cordes brisées. Ils sont près\nd'atteindre la mer, devant laquelle un prêtre, accompagné de son enfant de cœur, récite les\nprières des morts. A l'horizon le soleil va disparaître sous les flots, car c'est la fin du jour,\ncomme celle des vieux et tristes rêves... La mélancolie de ce tableau est inexprimable.\nMossa ne s'est pas borné à illustrer les Lieder ; il a voulu aborder aussi les grandes\ncompositions orchestrales et les visiteurs de son exposition goûteront le plaisir le plus raffiné\nen contemplant les tableaux que lui ont inspirés le Paradis et la Péri, Manfred, la Faust-\nSymphonie et le Carnaval. Puis ils admireront le portrait de Robert et de Clara Schumann. Les\nvoici, dans le cabinet de travail de l'artiste. Contre les murs, sont rangés les gros livres de\ndroit qu'il a délaissés ; sa femme, assise devant un clavecin délicieusement marqueté, promène\nses jolis bras sur les touches d'ivoire, en déchiffrant une des \" Fugues sur le nom de Bach \" ;\nsa robe, àla mode de 1840, son écharpe dans des tons exquis de bleu et de rose atténués\nforment la plus charmante harmonie avec son profil ingénu et la candeur de son visage.\nA côté d'elle, debout, Robert Schumann écoute et rêve, engoncé dans une ample redingote\ngrise à grand col de velours ; c'est bien la figure un peu enfantine que nous connaissons par\nles portraits du temps, avec le front haut et bombé qu'encadrent une masse de cheveux noirs\net bouclés... Les deux époux ne se regardent point, mais, par un commun amour de la\nmusique, ils sont heureux à cette heure, et c'est à peine, si, dans le front grave et inquiet du\ncompositeur, on peut deviner la menace de la Loreley qui l'attirera, un jour de folie, dans les\nflots du Rhin tumultueux.\nEn regardant cette effigie et les soixante-dix aquarelles qui l'entourent, vous serez bien\ntentés d'appliquer à G.-A. Mossa et à sa dernière œuvre une pensée que Schumann a\nexprimée dans ses Conseils aux jeunes musiciens : \" Peut-être le génie est-il seul à comprendre\nentièrement le génie\no\n\nHUBERT MORAND."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.69", "texte": "L'ame du grand précurseur Liszt, inspire Jane Mortier\ndans l'interprétation des compositeurs modernes"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.70", "texte": "LES DERNIERS CHANTRES DE LA CHAPELLE SIXTINE\nAu milieu, Mgr Della Volpe, majordome de Sa Sainteté Léon XIII; à sa droite, M. D. Mustafa,\ndirecteur de la Chapelle Sixtine; au troisième rang, au milieu, M. A. Moreschi."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.71", "texte": "LÉON SAINT-REQUIER\nFONDATEUR DE LA SOCIÉTÉ PALESTRINA"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.72", "texte": "Cl. Walery.\nMlle DE FEBRER\nCANTATRICE"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.73", "texte": "Déchirez la musique qui ne vous plait pas...\nMAIS VOUS NE DÉCHIREZ PAS LES ROULEAUX DE\nMUSIQUE PERFORÉE\nm\nm\ns®\nS*»\nm\nV:i:\nm\nf\nm\nm\n% ,\nx~~ **\nOPÉRA=PARI S\ntoujours écrits intégralement et au\ngoût français\nAbonnement Valable u\nremboursé intégralement *\nNos rouleaux contiennent le double ou le triple\ncie musique des rouleaux ordinaires.\nTout client qui nous fera connaître 10 adresses\nde personnes possédant un piano automatique\nrecevra gratuitement un rouleau à son choix\ndans notre catalogue.\nA L'OCCASION DE NOËL ET DU\nJOUR DE LAN, pendant tout le mois de\nDécembre, OPÉRA-PARIS donnera 10 rou-\nleaux aux choix, avec une réduction de 50 °/0\nCatalogue complet S envoyé franco sur demande\nadressée à\nOPERA=PARIS\n10, Rue Coquillière, Paris"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.74", "texte": "Habillée par Worth CL. Félix\nMme MARIE DE WIENIAWSKA\nvient de quitter Paris pour se rendre à Saint-Pétersbourg, Moscou\net Varsovie où l'appellent de superbes engagements."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.75", "texte": "L'Édition\nMusicale\nV. P.\nErik Satie... Voilà un nom que nos lecteurs connaissent bien et qui évoque devant leurs\nyeux l'image de la cocasserie et du paradoxe en musique. Le doux rêveur, qui a su réunir en\nun même état d'âme le mysticisme et la mystification, nous apporte aujourd'hui dans le bon\nsourire de sa barbe blonde ses Véritables préludes (pour un chien) ses\nses Descriptions automatiques et ses Aperçus désagréables... (i) Comment résister à ces pièces\nmenues, ironiques, ornées de commentaires déconcertants, et qui restent cependant toujours de\nla musique ? Pour ma part je goûte particulièrement la saveur de Y Holothurie ou Concombre des\nmers, sorte de rondo à l'instar de Kalbrenner, et encore plus le délicat impressionisme qui fait\ntrembloter Sur une lanterne de sonorités charmantes. Les Pastorale, Chorale et Fugue qui con-\nstituent les Aperçus désagréables à quatre mains nous montrent un Satie disciple des maîtres,\net que le grand art n'effraie pas... Les Humoristes peuvent être fiers d'avoir un illustre repré-\nsentant en musique.\nAvec M. Cyrill Scott presque aussi prolifique que M. Hennessy nous entrons\ndans le genre éminemment sérieux. Il me semble que la musique de M. Scott tente un grand\neffort depuis quelques temps, un des plus grands efforts que l'âme anglaise ait fait pour s'assou-\nplir, se mouvementer, et sortir de ce flegme mendelssohnien, où le goût du confort l'avait\nenlisée. Son Nocturne pour voix est large et son printanier, sa (2)\ncherche du nouveau et le trouve parfois. Nul doute que nous ayons à faire à un sincère, mais\npourquoi cette inquiétude incessante dans l'harmonie et dans les rythmes ? M. Scott croit-il\nvraiment que l'auditeur puisse tirer profit d'une suite de mesures écrites ainsi : 4/16 - 3/16 -\n5/16 - 6/16 - 3/8... (2) La tentative que fait Old England en la personne de Cyrill Scott n'en\nest pas moins des plus courageuses.\nAttention à Egon Wellesz, qui à l'autre bout de l'Europe représente l'école viennoise\nissue de Schoenberg. Le quartett a cordes(3) qui parait sous ce nom, et que Berlin vient\nd'acclamer, nous donne une excellente idée de ces jeunes, dont l'art nouveau est en train de fer-\nmenter. Lignes mélodiques violemment étirées, harmonie âpre et froissée, contrepoint déchiqueté,\net, pour les voix, de grands sauts agréables à la déclamation allemande... on voit d'ici de quelle\natmosphère il s'agit. Mais, Wellesz est un des plus murs, et des plus clarifiés de ce groupe\naudacieux, auquel peut se rattacher le Hongrois Geza Zagon, fixé à Paris, et dont le\nvagues (4) pour piano ajoute un numéro de plus au répertoire de la musique aquatique, j'oserais\ndire à la musique ravélienne.\n1 Demets.\n2 Londres. Elkin et C°.\n3 Simrock-Eschig.\n4 Mathot.\n5 Eschig."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.76", "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nBUT DE LA SOCIÉTÉ\nLA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE a pour but de grouper\nen une Grande Association tous ceux qui aiment la Musique, d'aider de la manière la plus\ngénérale, au développement de l'Art Musical en France et à sa diffusion à l'Etranger ;\nd'accorder son patronage et son appui à toute manifestation musicale digne d'intérêt, enfin de\ncréer les moyens d'action nécessaires pour réaliser, à côté de son programme artistique, une\nŒuvre Sociale, Philantrophique et Utilitaire qui ennoblisse ses efforts et justifie la mission\nqu'elle s'est proposée.\nEXTRAIT DES STATUTS\nARTICLE 3.\nLa Société se compose de Membres Sociétaires, de Membres Donateurs,\nde Membres Bienfaiteurs et de Membres d'Honneur.\nLes Membres Sociétaires, Donateurs et Bienfaiteurs devront être agréés par\nle Bureau.\nPour être Membre Sociétaire, il faut payer une cositation annuelle de 20 francs.\nLa cotisation de 20 francs peut être racheté par un versement unique de 50° francs.\nPonr être Membre Donateur, il faut verser une cotisation annuelle d'au moins\n100 francs.\nPour être Membre Bienfaiteur, il faut avoir versé en une fois une somme d'au\nmoins 1000 francs.\nLes Dames peuvent faire partie de l'Association. Elles sont éligibles à toutes les\nfonctions.\nARTICLE 4.\nLa qualité de membre de la Société se perd :\ni° Par la démission.\n2° Par la radiation prononcée par le Conseil d'administration pour non paiement des\ncotisations, après deux avis, ou pour motif grave.\nTout membre démissionnaire doit les cotisations échues et celles de\nl'année courante. (Loi du ier juillet 1901, art. 4.)\n\nToutes les communications doivent être adressées au\nrue Laßoctie, 29"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.77", "texte": "LE MOIS\n6?\n\nDe nouvelles adhésions sont parvenues au Secrétaire Général de la Société. Ce sont par\nordre d'inscription :\nMEMBRE DONATEUR :\nM. Van der Heyden, Hauzeur.\nMEMBRES SOCIÉTAIRES :\nMelle Bach Mme Jules Février Mme John London\nM. G. de Beaux. M. Paul Fournier. Mme Jacques Lovenbach\nM. Albert Bertelin. Mme Henri Fouquier M. Henri Mering\nMme Brard Mme Gaiffe. M. J ean Norberg\nMelle Magdeleine Brard. M. Gabriel Grovlez. Melle Félix Powys\nMme Dabrilllé Des Essard Melle Suzanne Hecht Mme C. Thévenet\nM. Arthur Delpy. Melle H. Klein. Mme Weisweiller.\nMme Arthur Delpy. Melle Liseron Léon. Melle Sabine Zébaume\nM. René Doire. Melle Lucie Léon Melle Eva Zébaume\nMme L. de Fébrer. M. John London Baron Zuylen de Nyevelt\nde Haar\nTous ceux qui, de près ou de loin, comme amateurs ou à titre professionnel, s'intéressent\nà l'art musical, doivent faire partie de la Société Française des AMIS DE LA MUSIQUE :\nParce que les avantages qui leur sont offert.\nService gratuit de la Revue Musicale S. I. M. dont l'abonnement est de 15 francs.\nRéduction sur le prix des places de certains concerts symphoniques et de musique\nde chambre.\nRemise spéciale sur achat de livres et de musique,\nEn certaines circonstances, réduction de prix sur les chemins de fer,\nPrérogatives particulières, etc...\nleur assureront plusieurs fois le remboursement de leur cotisation,\nParce qu'ils profiteront de privilèges spéciaux pendant la saison musicale à Paris.\nParce qu'ils seront conviés à des réunions privées réservées aux seuls membres de la\nSociété (représentations, concerts, auditions, conférences, promenades, etc.),\nParce qu'ils trouveront au siège de la Société les renseignements, les avis et l'appui qui\nleur manquent bien souvent, en province surtout.\nParce que l'union s'impose entre ceux qui estiment que la musique n'a pas, dans la vie\nde notre pays, le rôle et la place qu'elle doit et qu'elle peut avoir,\nParce qu'ils coopéreront à une œuvre à la fois artistique, sociale et philantpropique dont\nle succès immédiat a prouvé la nécessité et le haut intérêt moral, et dont toute l'ambition,\nson Conseil d'Administration en est garant, est de ce montrer éclairée, indépendante, active\net pratique."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.78", "texte": "Çà et Là\n\nÉCHOS\nLa violette et le coquelicot.\nLors du récent voyage de M. Poincaré en Espagne, l'illustre pianiste et compositeur\nHenri Granados fut prié de venir à Madrid montrer à notre Exécutif comment on exécute\nun Concerto de Saint-Saëns. A l'issue du concert où Granados avait rendu cet hommage à la\nmusique française, un ministre espagnol apprit au brillant virtuose que M. Poincaré avait\napporté dans sa valise deux charmants articles de Paris, colifichets très appréciés dans tout\nl'univers, deux de ces coquets petits nœuds de ruban rouge qui s'épinglent au revers de l'habit\net en rehaussent singulièrement l'élégance. L'un était destiné au chef d'orchestre Enrique\nArbos, l'autre au compositeur Henri Granados, qui, tous deux, en cette circonstance, avaient\nbien mérité de la République. Les deux nouveaux chevaliers de la Légion d'Honneur furent\ncomblés de félicitations et Granados regagna Barcelone pour y attendre le brevet de la\nGrande Chancellerie.\nIl attendit longtemps... A la fin, perdant patience, il écrivit à son ministre. Celui-ci lui\nrépondit avec affabilité qu'il tenait à sa disposition... les palmes académiques. Le musicien,\ndéclinant cet écrasant honneur, refusa l'améthyste inattendue et réclama le rubis promis.\nMais le rubis demeura introuvable !\nOù est-il ? M. Poincaré ne l'a certainement pas rapporté à Paris ! Qui l'a intercepté ? A\nquelle boutonnière de fonctionnaire, de politicien ou de chambellan brille-t-il aujourd'hui ?\nQui donc a pris l'initiative d'en frustrer un admirable artiste ? Voilà ce que les musiciens de\nFrance seraient heureux de savoir ? Faut-il rendre l'administration des postes responsable\nde cette nouvelle affaire du Collier et n'y a-t-il plus moyen d'envoyer une perle à l'étranger\nsans qu'elle se transforme aussitôt en morceau de sucre ?...\nLa vie chère.\nLa charmante cantatrice avait trouvé dans son courrier une humble lettre écrite sur un\npauvre feuillet quadrillé. Un correspondant inconnu s'informait, avec une inquiétude visible,\ndu cachet qu'elle exigerait pour chanter deux ou trois morceaux de son répertoire dans une\nsoirée intime, devant quelques amis. La missive, alourdie de précautions oratoires, était\nsignée d'un nom banal, Dupont, Dubois ou Durand, et l'adresse désignait une rue singuliè-\nrement modeste. La charmante artiste a bon cœur : elle a deviné dans cette humble requête\nl'hommage touchant de quelque admirateur peu fortuné et elle n'hésite pas à indiquer, dans\nsa réponse, un prix courageusement réduit à sa plus simple expression. Par retour du\ncourrier, un bristol armorié lui apprend que Mme de X... (Ici le nom d'une très grande dame,\nprotectrice des arts) accepte ses conditions et compte sur elle pour la soirée convenue.\nAprès un instant de stupeur, l'artiste ouvre un plan de Paris et comprend tout. L'hôtel\nde la grande dame est situé à l'angle d'un boulevard aristocratique et d'une rue modeste où\ns'ouvre la porte de service. C'est cette entrée des fournisseurs qui fournit l'attendrissante\nadresse démocratique qu'emploie un secrétaire bien stylé. Et lorsque celui-ci a reçu une"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.79", "texte": "LE MOIS\n69\n\nbonne réponse, la grande dame, ennemie de libéralités inutiles, n'hésite pas à sortir de son\ndélicat incognito pour remercier l'artiste de sa charmante bonne grâce.\nEt c'est ainsi qu'on fait les grandes maisons.\nHistoire sainte.\nElle était la Muse et l'Egérie du vieux Maître. Elle avait incarné la plupart de ses\nhéroïnes et avait été désignée par lui, à son lit de mort, comme créatrice d'une œuvre inédite\nqu'il léguait à la postérité. Les semaines ont passé, puis les mois. L'œuvre, paraît-il, a soulevé\ndes difficultés d'interprétation dans certains théâtres où elle fut présentée et l'on dit que\ndirecteurs et auteurs songeraient à discuter la validité du legs fait par le musicien et\nchercheraient à en conjurer les effets. Mais l'Egérie menacée annonce qu'elle ne se laissera\npas déposséder de sa mission et que les dernières volontés de l'illustre disparu seront\nrespectées. Déjà les avocats retroussent leurs larges manches, déjà Thémis, heureuse de\nfaire un peu de musique de chambre —de IIm® chambre ! entrechoque comme des\ncymbales les plateaux de sa balance... et la grande famille du théâtre, si tendrement unie,\ns'afflige de ces menaces fratricides renouvelées de l'Ancien Testament. Espérons que le\nnouveau aura de moins tragiques conséquences et que, malgré leur hérédité funeste, nous\nne verrons pas s'entr'égorger Caïn... et Arbell.\nTravaillez, prenez de la peine...\nLe jeune auteur est ravi : sa pièce est enfin reçue, le bulletin de répétition envoyé, un\nsérieux dédit stipulé, il n'a plus qu'à attendre patiemment le suffrage du public.... Pourtant,\ndeux jours après, il trouve son directeur abîmé dans une douloureuse rêverie : \" Mon pauvre\nami, je suis navré, mais votre pièce est impossible. Cinq actes, c'est vraiment une formule\ndémodée. Un peu de courage, resserrez-là, faites-en trois actes et je réponds du succès.\" Le\njeune auteur discute, proteste, puis, refoulant son chagrin, manie toute la nuit le pot de colle\net les ciseaux.\nLes trois actes entrent en répétition et, de nouveau, le directeur sombre dans le\ndésespoir : \" C'est encore trop lent ! Les artistes ne peuvent soutenir le mouvement.\nAu fond, ces deux entractes tuent l'action. Je devrais vous rendre votre pièce mais je veux\ntout essayer pour la sauver : faites-en un acte et ce sera un chef d'œuvre ! \" Désespoir de\nl'auteur, injures, supplications, résignation et consommation du sacrifice.\nL'acte est enfin livré. Le directeur a retrouvé le sourire et a mis aussitôt en répétitions...\nla pièce d'un riche amateur qui, depuis quelques semaines était devenu un familier du\nthéâtre. Le jeune auteur s'étonne ; mais, aux premiers mots le directeur l'arrête sèchement :\n\" J'estime avoir perdu assez de temps avec vous. Remportez votre acte, Monsieur, et passez\nà la caisse pour y toucher le dédit convenu. Cinquante louis vous y attendent. \"\nLa lumière se fit alors dans le cerveau du malheureux. Le dédit étant de mille francs\npar acte, l'ingénieux directeur, en exigeant ces remaniements successifs, avait tout simple-\nment trouvé un moyen expéditif d'économiser deux cents louis !...\n\nL'Homme à la Contrebasse."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.80", "texte": "Les coureurs, au geste du starter,\ns'élancent dans l'arène.\n\nQuatre favoris sèmen\nmènent le train.\n\nLe terrain, particulièrement défavorable,\nprovoque de regrettables chutes.\n\nLes Fais au Mois\n(Projets de frises pour appartement de musicien)\n\nLE FEMINISME ET LA MU-\nSIQUE. La victoire de Mne Lili\nBoulanger a permis aux suffragettes musicales\nles plus folles ambitions. Elles veulent arracher\naux hommes leurs derniers privilèges. uMa\nmaisony nous écrit un abonné, est devenue un\nvéritable enfer :\nr\nHISTOIRE NAT A l'instar de certaines plantes des tropiques, /'Aima marmoij\nment. Mais elle exige des arrosages continuels, sinon elle ne peut passer l'été, elle dépérit et ne tarde pas a d\nLE GRAND PRIX DE UOPERA. Cette grande épreuve sportive qui ne se dispute que /■\n\nMa femme m'a déclaré: “L'œil\nen coulisse et le trombone aussi, telle\nest ma devise”.\n\nVoyez, comment ma j\naînée exécute la Pri\nd'une Vierge.\n\nIer Avril\n\nIer Mai\n\nIer Juin"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.81", "texte": "Et comment la cadette ap-\nprend à découper un gigot.\n\nMa sœur - Ô honte! -\nest devenue une “fille folle\nde son cor!”\n\nMa cuisinière ne veut plus\ns'occuper que des timbales mila-\nnaises.\n\nEt ma belle-mère a écrit\nà M. Rouehé pour audi-\ntionner dans Méphisto”.\n\ngantea se distingue par une croissance extrêmement rapide.\nutre. Voici quelques clichés caractéristiques pris à différentes époques de Vannée 1913.\ns sept ans, réunissait cette année un nombre exceptionnel de partants. La course fut brillante et mouvementée.\nSwift (Dessins d'Emmanuel Barcet)\n\nIer Août\n\nIer Octobre\n\nIer Novembre\n(trop tard, l'arrosoir!)\n\nUn naufrage: émouvant instantané\npris sur le Gailhard d'arrière.\n\n“Et s'il n'en reste qu'un, je\nserai celui-là!”\n\nM. Barthou félicite le vainqueur\net lui remet un objet d'art ciselé par\nCharles Garnier.\n\npeloton et"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.82", "texte": "72\nS. I. M.\n\nNOUVELLES\nMne DE FEÏÏRER\nMUe de Febrer ne s est mise à Vétude du chant qu'après avoir travaillé\ntrès sérieusement le piano. Les œuvres des grands classiques, en particulier\nde Haydn, Mozart, Beethoven, jouées avec accompagnement de violon, donné\nà cette jeune cantatrice une culture générale que bien peu de chanteurs possèdent\nà ce degré. Cela lui permet cl'aborder avec la sûreté de style nécessaire et dans\nun sentiment musical toujours juste les pages les plus diverses des maîtres de toutes\nles époques. Haydn, Mozart, Schumann, Gluck, voisinent sur ses programmes\navec Grieg, Massenet, Cabriel Fauré\\ Duparc. Mllu de Febrer a fait applaudir\nen province aussi bien qu'à Vétranger sa diction très nette, sa voix expressive et\néclatante. Mais c est à Paris quelle a remporté ses plus beaux succès. L'Ecole Normale de Musique,\nLes Enfants d'Apollon, Les Jeunesy Les Concerts Rougey Le Lyceumy L'U. F. P. C.y lui donnèrent\nmaintes fois Voccasion de déployer ses rares qualités, et le public des salles Berlioz, Erardy Malakojf.\\\nPleyel\\ Monceau et du théâtre des Capucines, lui témoigna par ses applaudissements répétés tout le\nplaisir qu'il prit a l'écouter. Nous saluons en MUc de Febrer une artiste des plus intéressantes chez\nlaquelle la conscience artistique s'unit a un réel talent.\nM. LÉON SAINT-REQUIER\nLes u Chanteurs de Saint-Gervais \" se sont fait entendre pour la première fois de la saison le\\\nler novembre dernier. Cette audition attire de nouveau Vattention du monde musical sur la remar-\nquable phalange et sur M. Léon Saint-Requier qui la dirige avec un goût si sûr, une compétence si\navertie. Apres de solides études musicales a la Schola Cantorum, sous la direction de M. Vincent\nAlexandre Guilmant et Charles Bordes, M. Léon Saint-Requier devint en igol le collabo-\nrateur de ce dernier. Collaborateur d'autant plus précieux que, terrassé par la maladie, Charles\nBordes dut se retirer dans le Midi ou il succomba en 1909. M. Léon Saint-Requier lui succéda a la\ntête des \" Chanteurs de Saint-Gervais Il ne tarda pas a infuser une vie nouvelle a cette société\nqui commençait de décliner ; il lui rendit bientôt toute la perfection d'exécution qu elle n avait connue\nqu en ses toutes premières années. Le concert avec orchestre donné le Samedi-Saint\nsous le patronage des Amis de la Musique, et la derniere audition de la Messe\ndu Pape Marcel en témoignent hautement. Mais un tel champ d?activité ne\npouvait suffire à absorber Vardeur de cette nature consacrée tout entière a la\nmusique. Nous apprenons en effet que, sous le titre u Société Palestrina\nM. Léon Saint-Requier vient de fonder une Association d'Art Spiritualiste et\nReligieux. U adjonction des u Chanteurs de Saint-Gervais \" et de la u Société\nPalestrina \" groupant une importante masse chorale, rendra possible Vexécution\ndes œuvres les plus grandioses qui rayonnent sur le Moyen-Age et s*étendent\njusquà nos jours. Et nous sommes assurés que le souci du détail et la haute tenue artistique de ces\nsociétés feront apprécier chaque fois le dévouement et le talent du chef qui les dirige.\nCours par Correspondance Sinat.\nOn sait combien il est difficile dans certaines villes de province d'acquérir une instruction\nmusicale complète. Quelle jeune pianiste, quel apprenti musicien, n'a rêvé de posséder la\nparfaite technique qui seule permet de goûter dans toute leur beauté les chefs d'œuvre de la\nmusique ? Répondant à ces désirs, le Cours de Musique par correspondance Sinat a été créé"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n73\n\npour diffuser un enseignement musical complet, tout à fait moderne et parfaitement adapté\naux besoins de chacun.\nCours de piano de tous les degrés, cours d'harmonie élémentaire ou supérieure,\nenseignent à bien lire, comprendre, bien étudier, non seulement telle ou telle page mais toutes\nles pages de musique. Rédigés d'une façon séduisante, ils intéressent l'élève en lui apprenant\nà vaincre toutes les difficultés du mécanisme, et en lui permettant d'obtenir les merveilleuses\nqualités de style, la sonorité puissante et colorée, la musicalité parfaite, la lecture à vue, la\nsûreté de jeu d'un véritable artiste.\nDes attestations nombreuses reçues de la province et de l'étranger, vantent l'excellence\nde cette méthode d'enseignement à tous points de vue merveilleuse ; elles prouvent l'incon-\ntestable utilité pratique de ces leçons et montrent l'enthousiasme avec lequel l'amateur est\nsusceptible d'étudier la musique si cette étude lui est présentée d'une façon judicieuse et\nintéressante. Elles forment un véritable livre d'ol* où se détachent les précieux témoignages\nd'approbation de maîtres tels que Louis Diémer, Raoul Pugno et Camille Erlanger qui ont\nainsi marqué l'intérêt exceptionnel des Cours Sinat dont le siège est à Paris, I, rue Jean\nBologne.\nLes répétitions de la Société Palestrina dont nous annonçons d'autre part l'intéressante\nfondation et le but élevé, seront organisées de 5 heures à 7 heures, 18 rue Boissonnade. Elles\nauront lieu chaque semaine, le mercredi pour l'orchestre et le samedi pour les chœurs.\nDans le comité de patronage de la Société Palestrina dont la présidente d'honneur est\nMme la Duchesse d'Uzès, nous relevons les noms de V. d'lndy et Camille Bellaigue, président\net vice-président ; de MMmes la générale Pau, Jean Lerolle, (née Chausson) C. Jumel, Blanche\nSelva, Pierre Aubry de MMrs Maurice Barrés, Jacques Durand, Adolphe Boschot, Pierre de\nBréville, A. Gastoué, Jean Gounod, Jean Lerolle, Gabriel Pierné, J. Guy-Ropartz, L. Vierne.\nA côté des \" Chanteurs de St-Gervais \" uniquement composés de professionnels, la nouvelle\nSociété ne comprendra que des amateurs.\nUn très intéressant récital sera donné le 9 décembre à la Salle des Agriculteurs par le\nbrillant pianiste Pierre Lucas. Tous les maîtres de la littérature moderne du piano seront\nreprésentés dans son remarquable programme qui réunit les noms de Gabriel Fauré, Debussy,\nAlbeniz, Paul Dukas, Florent Schmitt, Maurice Ravel, Gabriel Dupont, Louis Aubert,\nGabriel Grovlez, Manuel de Falla et Déodat de Séverac. Plusieurs premières auditions\nviendront augmenter l'attrait de cette belle soirée qui constitue un hommage significatif aux\nplus généreuses tendances de notre art contemporain.\nLa Salle Malakoff passe aux mains de M. Fourtier qui compte créer dans ce joli coin de\nPassy, situé au centre même de la vie mondaine, un mouvement musical particulièrement\nactif : Cette initiative attirera l'attention des artistes sur cette charmante salle que l'on connaît\nmal : son architecture et sa décoration, le confort très moderne de son installation, le parfait\nagencement de sa scène, l'ampleur de ses dépendances et de ses dégagements, tout concourt à\nen faire un luxueux salon et un théâtre élégant. Le succès ne saurait manquer de récompenser\nles efforts de la nouvelle direction.\nLe compositeur G. Mousikant vient de terminer la partition d'un conte lyrique en un\nacte et quatre tableaux intitulé \" La Tragédie de la Mort\". L'action, très dramatique et très"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.84", "texte": "74\nS. I. M,\n\némouvante est tirée d'un conte d'Andersen. L'ouvrage a été écrit pour la belle tragédienne\nlyrique qu'est Cécile Thévenet.\nLe compositeur Paolo Litta vient d'achever une scène lyrique pour soprano et orchestre\n\" La mort de Cléopâtre \" dont il a écrit lui-même, en trois langues français, allemand et\nitalien le libretto tiré de Shakespeare. Madame Ida Isori, à qui l'œuvre est dédiée, viendra la\nchanter à Paris à l'un de nos grands concerts symphoniques.\nM. Maçon qui a remis en honneur la viole d'amour, vient de découvrir un certain nombre\nd'œuvres du XVIIIe siècle, écrites pour cet instrument, entre autres un de\nHaydn pour viole d'amour, violon et basse. Nous parlerons prochainement et plus longuement,\nde tout ce répertoire retrouvé par l'éminent virtuose.\nLe charmant ballet Ma MèreVOye de Maurice Ravel sera représenté cet automne à\nMonte-Carlo, et Daphnis et Chloè, la belle action chorégraphique du môme auteur, sera montée\ncette saison à Londres, Monte-Carlo, Berlin et Munich.\nLa Périy le beau poème dansé de Paul Dukas, sera représenté, cet hiver, à Lyon, Nice\net Monte-Carlo, avec Mademoiselle Trouhanowa comme interprète.\nSouhaitons la bienvenue à un nouveau confrère. Une revue musicale vient de se fonder\nen Italie sous le titre d Harmonia.Nous la saluons d'autant plus cordialement que son format,\nsa typographie, ses illustrations, son papier, son aspect général et ses dispositions particulières\nreproduisent docilement ceux de notre S.I.M. qui n'a jamais reçu un hommage plus complet\net plus significatif. Nous tenons à affirmer à ses fondateurs que nous avons goûté la saveur\net que nous apprécions tout le prix de cette réplique transalpine de notre Revue.\n\nConcerts annoncés\n(icrAU 15 DÉCEMBRE)\nSALLE PLEYEL\n5 déc. Mme Jane Mortier *9 h.\n6 MllcFernande Reboul 9 h.\n7 Mme Abran Cassan 2h.\n10 La S. M. I. 9 h.\n11 M. Péru 9 h.\n15 Mme Roger-Miclos\nBataille 9 h.\nSALLE GAVEAU\n1 Société Philharmoni-\nque 9 h.\n3 Mme Yvette Guilbert 9h.\n4 M. Humberto Lami Bh.^\n5 Mme Yvette Guilbert 9h.\n7 déc. A. F. A. M. 9 h.\n8 M. Henri Erique 9 h.\n9 Société Philharmoni-\nque 9 h.\n10 Mme Yvette Guilbert 9 h.\n13 Mme Yvette Guilbert 9 h.\n15 A. M. M. A. 9 h.\nSALLES DIVERSES\n1 Trio Pedro-Marès 1 9 h.\n2 Ml]e Blanche Selva 1 9 h.\n4 Matinées Barrau 2 3 h.\n4 Concerts Chaigneau 3 3 h.\n4 N. S. M. 4 5 h.\n4 Schkolnik 2 * 9 h.\n5 Quatuor Parent 0 3 h.\n5 Double Quintette de\nParis 6 4 h.\n5 déc. Société Moderne d'ln-\nstruments à vent 1 9h.\n5 M. Etlin 2 9 h.\n6 Concerts Barrau 2 9h.\n8 Princesse Baratoff 2 9h.\n8 A. de Lang 9 h.\n9 M. Binenthal 1 9 h.\n9 M. Pierre Lucas 2 9h.\n10 Mlle Cazeville 2 9h.\n10 Société Beethoven 7 9h.\n11 Concerts Chaigneau 3 3 h.\n11 Matinées Barrau 2 3h.\n11 Mlle Blanche Selva 1 9h.\n11 M. Lewenstein 2 9 h.\n12 Quatuor Parent 6 3 h.\n12 Double Quintette5 4h. |\n12 Mme Gerhardt 2 9h.\n12 Quatuor Lefeuve 1 9h.\n13 Concerts Barrau 2 9h.\n15 M. Breviman 2 9 h.\n* Voir le programme dans nos annonces*\ni. Schola Cantorum. —2. Salle des Agriculteurs. —3. Hôtel du Foyer. —4. Salle Lemoine. —5. Grand\nPalais. 6. Salle Villiers. 7. Salle de Géographie."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.85", "texte": "Un nouvel instrument dans l'orchestre\nPierre Lérys.\nNous ne nous avancions pas en disant, il y a un mois, que la simple annonce de l'entrée\ndu Pianola, ce très séduisant dompteur ! dans la cage centrale de l'orchestre passion-\nnerait les milieux musicaux. Le mercredi 5 novembre, jour de cette manifestation, une foule\nnombreuse et élégante parmi laquelle quelques professeurs du Conservatoire, un choix de\ncritiques musicaux, plusieurs musicologues des plus érudits se ruait aux guichets du Théâtre\nAstruc. Et lorsque Camille Chevillard mit en branle son orchestre la présence d'un tel\nmusicien et d'un tel orchestre prouvait la qualité sans alliage de oe Concert pas une place\nn'était vide dans l'immense hémicycle. Les deux œuvres pour piano et orchestre, dont la partie\nde piano devait être interprétée à l'aide du pianola constituaient les pièces de résistance du\nprogramme.\nDirigé par M. R. de Aceves, avec autant de maîtrise que d'originalité, le pianola accentua\nmême pour les oreilles les moins averties du sens musical, les nuances du concerto de Grieg ; les\n\" rinforzando \" et les \" diminuendo \" se groupaient nombreux dans l'homogénéité de la pâte\norchestrale, et rarement par certains côtés, exécution fut plus instructive. La\nde Liszt, cette œuvre injouable par sa folle virtuosité, se déroula avec une netteté cristalline,\naffranchie de toute contingence, et une rapidité comme seules peuvent en commander les\nmanettes du pianola ! Les traits filaient avec une robuste ingénuité devant la baguette éner-\ngique de Camille Chevillard.\nMUc Chenal, émue sans doute de corroborer par son talent une telle démonstration,\nmélangea savoureusement la langue italienne à la française dans la de la Tosca : et ce\nmélange de langues était un symbole tendant à prouver que la virtuosité vocale de la créatrice\nde la Sorcière était libérée à l'instar du pianola— des difficultés techniques des articulations\nétrangères.\nQuant au pianola seul, dans Y Allegro appasionnatode Saint-Saëns, le de Chopin, et\nla Valse de Glazounow, il vainquit les parti-pris, les haines et les critiques en établissant que loin\nde porter atteinte à la libre expansion des générations futures de pianistes, il augmenterait leur\nprestige en étalant sa hautaine et quasi-divine perfection au-dessus des essais meurtris, dou-\nloureux, héroïques, nourris d'intentions, soutenus de sortilèges qui sont l'apanage des fils\ndes hommes.\nC'est que la question du pianola dépasse singulièrement et le moment et le succès\nde tel ou tel nstrument plus ou moins perfectionné : cette querelle d'\" espèce \" doit aller en\nappel et, commie on dit au Palais, faire jurisprudence. Le moment est venu où l'éternelle lutte\ndes anciens et des modernes reprend vis-à-vis du machinisme. Celui-ci nous a livré dans divers\ndomaines des secrets fastueux et dont nul être de bonne foi n'oserait discuter la pérennité.\nPourquoi regarder derrière soi et fermer la barrière du chemin de fer devant le rapide :\nprogrès ? Le temps viendra et plût au Destin qu'il vienne le plus tôt possible —où l'orchestre\nsera entièrement dans la main non plus au figuré alors, mais au propre d'un chef\nd'orchestre ou plutôt de tout musicien qui pourra en jouer comme un organiste joue de\nson orgue. N'a-t-on pas déjà vu, ainsi que le déclarait ces jours derniers le très érudit musico-\nlogue M. Laloy, des violons actionnés automatiquement et donnant d'encourageants résultats ?\nLe Pianola est le premier stade de cette chevauchée vers la nouvelle terre promise. Parfaite-\nment au point, il constitue une victoire décisive sur la matière. N'a-t-il pas, d'ailleurs, trouvé\nen M. R. de Aceves son Pégoud pour lui faire accomplir le \" looping the loop \" de la perfec-\ntion musicale ?\n\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImprimerie Sainte Cathérine, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.86", "texte": "La Vie chère et la Bourse\nSous ce titre, le mois dernier, je vous ai démontré la nécessité pour tous les\ncapitalistes, de chercher un revenu plus fort afin de supporter les charges nouvelles\nqui vont leur être imposées par les besoins grandissants des budgets d'Etat.\nDéjà, la vie plus chère a entraîné beaucoup de personnes à échanger leurs\nvaleurs de tout repos ne rapportant que 3 à 4 °/Q contre des valeurs de second ordre\nproduisant 5 à 6 °/0.\nJe vous ai expliqué les dangers d'un tel échange, la moins-value des cours risquant de faire perdre plus que\nla différence du revenu.\nJe concluais en vous disant de dresser l'inventaire de votre porte-feuille et de vous débarasser sans hésiter\nde toutes les valeurs ne présentant pas une sécurité absolue, vous offrant ma vieille expérience de 40 ans de\npratique financière pour vous indiquer les titres à vendre ou à garder, et cela gracieusement, désirant être\nutilé aux abonnés et lecteurs de la S. I. M.\nBeaucoup m'ont envoyé la liste de leurs titres que je leur ai retournée avec mon avis motivé.\nD'autres m'ont demandé de leur signaler un bon placement, je me suis efforcé de les satisfaire.\nEnfin quelques-uns m'ont prié de les renseigner sur les opérations de spéculation, autrement dit sur les\nopérations à terme. Cela est plus délicat, car un simple particulier, éloigné de la Bourse, est bien mal outillé\npour spéculer.\nEn dehors d'opérations à longue échéance sur une valeur désignée comme devant monter ou baisser dans\nun délai assez éloigné, je ne conseillerai jamais à un capitaliste raisonnable de spéculer lui-même, en un mot de\nîouer à la Bourse, car pour lui cela devient du jeu, purement du hasard.\nComment voulez-vous avoir quelque chance de gagner si vous ne pouvez donner vos ordres sur le marché\nau moment précis où les nouvelles sont annoncées ? Un retard de quelques heures, d'une heure même, vous\nempêche de profiter du mouvement favorable et risque souvent de vous faire subir un courant contraire.\nSeuls, les spéculateurs qui suivent la Bourse sans répit, peuvent espérer réussir comme les professionnels,\nbanquiers, courtiers, coulissiers ou remisiers.\nEt encore, il faut avoir une longue expérience acquise par la pratique, il faut avoir un sang-froid éprouvé,\nil faut posséder un esprit de réflexion pondérée et en même temps une faculté de décision rapide, qualités\nréunies que beaucoup ne possèdent pas.\nDans ces conditions, je ne vous conseille pas de spéculer, à moins de charger un professionnel de la\ndirection de vos opérations.\nEvitez surtout de vous lancer dans des achats ou des ventes sur renseignements soi-disant certains, les meilleurs\nsont souvent néfastes, l'effet produit étant tout autre que celui espéré, même si l'événement prévu s'accomplit.\nDepuis 40 ans que je spécule, je dois avouer qu'une seule opération m'a donne plus de bénifice que\nde perte, c'est l'échelle de primes sur le 3 °/0 français ; aussi est-ce la seule que je fasse maintenant soit pour\nmoi, soit pour ceux qui me chargent de les guider moyennant une partie de leurs bénéfices nets.\nAinsi, j'ai pu réaliser une moyenne de 315 fr. en septembre et de 435 fr. en octobre par 1000 fr. de\ncapital engagé, ce qui représente 7500 fr. pour 10.000 fr. en deux mois, et cela avec un risque limité.\nAucune autre opération ne peut produire des résultats semblables, et voilà vraiment un moyen d'augmenter\nses revenus pour lutter contre la vie chère et les nouveaux impôts. P.-E. PENAUD.\nP. S. Je suis à la disposition des lecteurs de la S. I. M. tous les jours de 10 h. àll h. et de 4h. à 7\nà mon bure an, 8, rue Drouot à Paris, ou par correspondance.\n\n(Cette rubrique réengage pas la responsabilité de la Revue).\n\nBON POUR UN RENSEIGNEMENT FINANCIER GRATUIT\nJ'ai en portefeuille les Valeurs suivantes : Dois-je les garder ou les vendre ?\nJ'ai un capital de francs à placer. Quel emploi dois-je en faire ?\nEcrire lisiblement : Nom, prénoms et adresse :\nDécouper ce bon et l'envoyer sous enveloppe à M. Penaud, 8, rue Drouot, Paris."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.87", "texte": "LA REVU\nUSÏCALE\nife\n(Société Internationale\nET COURRIER MUSICAL RÉUNIS\nDirecteur :\nJULES ECORCHEVILLE\nAdministrateur général :\nRENE DOIBE.\nRédacteur en chef :\nEMILE VUILLERMOZ,\nRédacteur pour la Belgique :\nRENE LYR\nDANS CE NUMÉRO:\nJ. Ecorcheville. . Le futurisme ou le bruit dans la musique .\nE. Neufeldt . . . . ■ . Le Cas Rust, réponse àM. Vincent d'lndy\nPeru Mes souvenirs de Frédéric Chopin . . .\nGabriel Sizes. . . . . Notes d'acoustique\nLes Livres\n1\n14\n25\n31\n37\nLE MOIS\nEmile Vuillermoz\nClaude Debussy\nVincent d'lndy.\nPaul Locard . . .\nLouis Laloy . . .\nJean Poueigh . >\nj ?\nQ.K\nRené Lyr . . . i.\nMargherita Berio .\nV. P\nSwift . . *\nPierre Lérys\nv » « •\nLes Théâtres. 39\nConcerts Colonne 42\nConcerts Lamoureux 45\nConservatoire ............ 46\nMusic-Halls ............. 48\nConcerts et Récitals. 51\nPetits Papiers 55\nProvince 57\nLa Belgique. .-, 59\nLettre de Rome 63\nU édition musicale 65\nLes Amis de la musique 66\nÇà et là 68\nLes faits du mois 70\n\"•V\nUn nouvel instrument dans l'orchestre .... 75\nChronique financière .76"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19131201-01.1.88", "texte": "* fA\\ji&j+x\n«\nï\nrïl\n■f<f\nA LEONAM» fi* VT«£)\n>\n>\nr r.- fi\ni\n! r I)\nie i\n*%\n*>s\n►\nw\nAS\n5*\nT\nV\n. <\n<\nKi ./\nl\n►\n<<\n►\n*\nftm «j\na-M a\n•\n>\n►\n<\n9Ri «\nvJ\n«> 9H9\n!\nY\ni\nr-\nM'vif\nN\n■: ; ?• -,\ny\n«\nPGEMÉ ESOTLRIQUE\nPOUR UNf DAÎIStUS£\nPiwiovioiorjerißiftriDLE\ntw £SQÏfcRISCH£S\nIAN2GEDICHT FUR El NE\nTÂNZÊRiN MAVIER\nVIOUKe U.TRIAH6EI\nI\n.•' ', 'V'v .\"'< \"' rç .'7' s\n.' ■ v >\n? !M£\n%\nv CCHH\ni ' « i.K\niwi\nm\n\" M\n>cm\nm\nPAF*\nVON\n-\nm\n,\nm\nm\nY.\n' y«|MLi ■*■\n«V»#»\n«\nL I\n-f\nsra\n►.\n>9\n•<\n*\nIf\n:*"}]}