{"numero_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_sha256": "6c7a8027b09d5a529c41083dd636e34f2bbc5884963dd636fba7bc2b3ebcfe4b", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1914/01/01_01/bmtnabh_1914-01-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1914/01/01_01/bmtnabh_1914-01-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.2", "titre_corps": "A PROPOS DE PARSIFAL, par Ernest Van Dyck. 0 HISTOIRES DE SYNDICAT, par Louis", "titre_sommaire": "A PROPOS DE PARSIFAL, par Ernest Van Dyck. 0 HISTOIRES DE SYNDICAT, par Louis", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.1", "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "A PROPOS DE PARSIFAL, par Ernest Van Dyck. 0 HISTOIRES DE SYNDICAT, par Louis\nFleury. 0 LES POST-ELGARIENS, par X.-M. Boulestin. 0 LA QUERELLE DES ANCIENS\nET DES MODERNES, par Alfred Mortier. 0 LES LIVRES.\nL'ACTUALITÉ par\nOCLAUDE DEBUSSY 0 P. de BRÉVILLE\nOLOUIS LALOY\nPAUL LOCARD OJEAN POUEIGH ORENÉ LYR MONTANDON SWIFT"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c003", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.3", "titre_corps": "A PROPOS DE PARSIFAL", "titre_sommaire": "A PROPOS DE PARSIFAL", "signature_source": "Ernest Van Dyck", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "I\n\nA PROPOS DE PARSIFAL\nNOTES ET SOUVENIRS\n\n\" Lorsque je serai mort, Parsifal disait Richard\nWagner dans les derniers temps de sa vie. Cette sinistre prophétie ne\ns'est heureusement pas réalisée. Au contraire, les longues années de\nretraite de l'immortel chef-d'œuvre au sanctuaire de Bayreuth, n'ont fait\nqu'exciter progressivement la curiosité et l'enthousiasme du monde musical,\net aujourd'hui que l heure est venue pour Parsifal d'être tout à tous, un\nuniversel effort s'empresse à lui donner le plus de vie possible.\nChef-d'œuvre ! le mot semblait trop mesquin à Liszt. Répondant\nun jour à la Princesse Usedom qui l'interrogeait, il s'écria : \" Parsifal est\nplus qu'un chef-d'œuvre, c'est un miracle ! \" Oui, c'est bien le miracle\nde l'artiste complet, dans la pleine maturité de son talent, de l'artiste,\nmaître de son métier et soutenu par un génie plus jeune, plus enthousiaste,\nplus brûlant que jamais. La gestation de Parsifal a duré près de 40 ans,\nde la jeunesse à l'âge viril et à l'âge mur. chantait au cœur de\nRichard Wagner, tandis que naissaient et s'épanouissaient sous sa main,\nTristan, Les Maîtres Chanteurs,et tout le cycle de\nLa conception de ces œuvres admirables, ne l'empêchait pas de songer au\n\" miracle \" dont il voulait couronner sa vie.\nEtrange destinée ! Une frivole ambassadrice près la cour impé-\nriale, friande de couplets de revue et de bals masqués, dut se faire la\nprotectrice de l'auteur de Tannhauser pour que pût être \" consacre \" par le\npublic parisien, ce drame si émouvant, le plus puissant de tous, peut-être\nle plus divin. Et, à part quelques esprits d'élite, personne ne comprit quel\ngénie était né au monde. Les grands chanteurs de l'époque avaient refusé\nleur concours ; on avait dû faire appel à quelques artistes secondaires, qui"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.12", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "ne donnèrent même pas tout leur effort. Aussi bien, comment eussent-ils\nsaisi la beauté de leur tâche ? Leur directeur n'avait même pas lu le poème\net ne songeait qu'à le faire modifier, à le faire tripatouiller, comme on dit\naujourd'hui ! Quant à la haute société, elle n'eut par avance que railleries\nà l'égard d'un sujet d'opéra qui s'avisait de convoquer le corps de ballet\npour le lever du rideau, et l'empêchait de paraître vers les 11 heures,\ncomme il convenait dans tout opéra digne de ce nom. La musique,\npersonne n'en eut cure ; on la déclara bruyante, incompréhensible et\n\" pleine d'insanités ridicules \".... mais je raconte là des choses que tout\nle monde sait. Si je me suis laissé entraîner à les redire, c'est pour\nsouligner le contraste entre hier et aujourd'hui, entre i 861 et 1914.\n\" Quand je serai mort, Parsifal mourra avec m0i\".... Wagner, par ces\nparoles fatidiques, ne songeait sans doute pas absolument à lui même, mais à\nce théâtre de Bayreuth qui était comme le gage de sa survivance artistique.\nAussi ne prétendait-il pas arrêter les représentations de son œuvre suprême.\nMais il avait dicte a sa famille ce vœu formel : que jamais Parsifal ne\nparût sur une autre scène que celle qu'il avait choisie pour lui et spéciale-\nment préparée à sa tâche grandiose... Vain effort, confiance illusoire : trente\nans après la disparition d'un auteur, toute sauvegarde lui est retirée. La\nloi allemande permet à n'importe qui de mettre la main sur l'héritage du\nmort, et depuis six mois c'est une ruée de tous les directeurs en mal de\nrépertoire ; \" Parsifal ! à moi ! à moi ! avant et mieux que tout autre ! \"\nCette année, à quelques mois près, ce miracle du génie humain,\nsuprême expression de toute une vie de pensée et de poésie fécondes, va\nêtre joué partout, n'importe comment, par n'importe qui, au petit bon-\nheur, comme on monterait un opéra quelconque. Sur des scènes trop\ngrandes ou trop petites, dans un cadre aux somptuosités banales, indiffé-\nrent à tout ce qui n'est pas l'effet, et qui accentue le côté factice du\nthéâtre au lieu de l'éteindre, on verra se dérouler le saint mystère du\nGraal ! Et l'orchestre, qui plus qu'aucun autre doit sortir fondu et éthéré\nde \" l'abîme mystique \", s'étalera à découvert comme pour les toni-\ntruances du \" Prophète \" ou les crapuleux accompagnements de quelque\nvériste italien. Et le public, qu'une réclame effrénée aura instruit par\navance, comme elle fait d'un opéra \" nouveau \", de bon rapport, écoutera"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.13", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "et jugera le \" miracle \" à travers une traduction, le plus souvent trom-\npeuse ou incompréhensible.\nAstruc avait construit, avec les frais que l'on sait, un théâtre qui\naurait permis la représentation de ce drame sacré, dans les conditions\nmêmes exigées par Wagner. Pas d'avant-scène pour distraire les yeux des\nspectateurs: une scène isolée du monde extérieur et qui n'a point l'air\nfaite pour lui, un orchestre couvert, des proportions identiques à celles de\nBayreuth... et la troupe de Bayreuth elle-même, venant dans la langue\noriginale, \"officier\" ce \"BiïhnenweihfestspieV avec l'illustre Chevillard au\npupitre. On aurait eu vraiment, pour quelques soirs, Bayreuth à Paris, et le\nsacrilège était atténué, sinon pardonné, grâce à la bonne intention. Hélas !\nle Mécène qui eût pu soutenir une pareille œuvre, ne s'est pas trouvé ; il\nparaît que les temps sont durs, ou qu'il n'y a plus de mécènes, *' le Temple\nest enseveli \" comme l'a écrit Astruc ici-même. Nous verrons donc les\nchevaliers communier au milieu des loges sur la scène, grillées ou non,\ndans lesquelles s'éventeront avec grâce nos plus jolies parisiennes.\nMais pourquoi, après tout, se couvrir la tête de cendres? Quel qu'il\nsoit, cet hommage universel n'est pas fait pour me déplaire, et les croyants\nseuls peuvent être sacrilèges, pareeque seuls ils savent ce qu'ils font.\nIl faut sans doute nous attendre à voir certains critiques, bien qu'il\nn'y ait plus rien à gagner en découvrant Wagner, rééditer quelques vieilles\nsottises, quelques niaiseries surannées, avec la candeur sublime qui fait\ncroire aux néophytes que les chefs-d'œuvre ne sont faits que pour exercer\nleur plume et n'attendent la gloire que de leurs avis sans appel. Comme\ndit le proverbe arabe : \" Les chiens aboient, la caravane passe \".\nN'importe ! Parsifal rayonnera, sublime, et généreux, sur la pauvreté\nd'imagination de notre époque. Et Patel tels\nles Maîtres Chanteurs, telle toute l'œuvre du plus grand poète musical du\nXIXe siècle, n'a plus cure des courants de la mode : les créations les plus\ngrimaçantes du salon d'Automne n'empêcheront pas la \" Joconde de\nsourire !\nLoin de moi toute pensée de polémique, mais je crois que ces\nchoses-là devaient-être dites avant cette \" première universelle \" de\nParsifal.Et si je me suis cru autorisé à les dire, c'est que pendant plus de\ndix saisons j'ai pris part aux représentations de Bayreuth, je me suis\npenché sur l'abîme qu'est cette œuvre unique, je me suis efforce, comme\nj'ai pu, de mon mieux, pas à pas, a en sonder le mystère."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.14", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "Il y a 24 ans, lorsque j'eus l'honneur de jouer pour la première fois\nle rôle redoutable du héros \" simple et pur la veuve admirable de\nRichard Wagner s'était remise à vivre. Depuis 1883 elle n'était occupée\nque de sa douleur ; morne, désolée, elle ne voyait pour ainsi dire personne.\nEn 1886 elle voulut se rendre compte par elle-même de la façon dont le\ntravail était poursuivi aux répétitions des Festspiele, et, bien mieux, elle\ndécida de prendre en mains la régie du théâtre de Bayreuth. Une\nardeur nouvelle la saisit désormais, et ses jours se passèrent chaque\nannée à chercher de tous côtés les interprètes capables de réaliser, au\nmoment de la saison, la perfection d'ensemble, la fidélité d'expression,\nqu'elle rêvait aux œuvres du maître. A Paris, cependant, l'année suivante,\nCharles Lamoureux, décidé coûte que coûte à introniser Wagner,\npréparait Lohengrin, et m'avait confié la tâche périlleuse de l'incarner pour\nla première fois en français. Qui ne se souvient de cette mémorable\n\" première \" sans lendemain ? A cette époque on ne se ruait guère encore\nque contre le répertoire Wagnérien, qui, quatre ans plus tard, devait\ncommencer de constituer le meilleur des recettes de l'Opéra. En attendant,\nl'un portant l'autre, l'interdiction de poursuivre les représentations, en\nruinant Lamoureux, m'apportait la plus cruelle déception de ma carrière\nnaissante. C'est alors que Mme Wagner, ayant entendu parler de mon\ninterprétation de Lohengrin, m'invita à collaborer aux Festspiele de 1888.\nOn conçoit facilement mon émotion, ma joie. Il s'agissait seulement\ndes \" Maîtres Chanteurs \" : elle avait vu en moi, parait-il, \" son Walther\nrêvé. \" je ne savais pas l'allemand ; mais je l'appris en 6 mois en allant\nm'établir à Karlsruhe, où Mottl dirigeait alors le théâtre Grand-Ducal\ndont il avait fait, avec des moyens restreints, l'un des premiers et des plus\nintéressants du monde. C'est ce maître admirable, c'est Mottl qui\nm'initia. Préparé par Lamoureux, le terrain était propice et je travaillais\navec ardeur. Tout à coup, surprise démontante, Madame Wagner me\nretire ce rôle de Walther que je possédais déjà si bien, me semblait-il !...\nIl est vrai que c'était pour m'imposer Parsifal, quel rêve ! Mais\nquelle responsabilité aussi ! Dès lors, nouveau travail, nouveau coup de\nfeu (quelques semaines à peine me restaient.) Enfin j'arrivai à Bayreuth,\nme croyant tout à fait au courant, prêt, à la hauteur de ma tâche. Mais\nlorsque Madame Wagner m'eût mis elle-même en scène... combien je\nm'aperçus vite que mon savoir était tout superficiel !\nVraiment, il n'est pas exagéré de dire que, grâce à cette femme"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.15", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "admirable, qui n'avait pas seulement été la compagne d'élite du maître,\nmais dont la remarquable culture et l'intelligence de premier ordre avaient\npénétré le cerveau génial, le théâtre de Bayreuth se trouva alors une\nseconde fois fondé. Tout de suite elle avait compris, comme l'a dit juste-\nment son fils : \" das dâmonische der Biihne \" la force terrible et magique\nde la scène. Et elle eut l'œil à tout, elle inspira tout, et rien n'exista plus\nque par elle.\nMottl avait dirigé pour la première fois aux Festspiele de\n1886, et cette direction chaude, colorée, vivante, d'une éloquence extra-\nordinaire, avait frappé à tel point Madame Wagner, que c'est à lui qu'elle\nconfia cette fois\nGuidépar ces deux artistes admirables, avec Madame Materna et\nThérèse Malten qui chantaient tour à tour Kundry, avec le \"royal\"\nReichmann dans le rôle du \"roi pécheur \" Amfortas, sous cette direction\nunique, et soutenu par cet entourage qui avait les vraies traditions du\nMaître lui-même, je ne fus pas, je puis le dire, trop inférieur à ma tâche\nglorieuse. Le succès de mon début est l'honneur de ma carrière. Car, malgré\nquelques interruptions, je gardai le rôle pendant 24 ans, jusqu'en 1912.\nAinsi, par la volonté de Cosima Wagner, \" Parsifal\" n'était pas\nmort en même temps que son poète immortel ; il allait connaître un\ntriomphe que le maître lui-même n'avait, hélas, jamais pu espérer. Si, en\n1882, les disciples, les dilettantes, les initiés furent subjugués et conquis,\nà partir de 1888, ce furent les foules qui vinrent en pèlerinage apporter\nleur hommage à l'œuvre incomparable et se prosterner devant le \"Miracle.\"\nCe qu'était au théâtre de Bayreuth le travail de Madame Wagner,\nnul ne saurait le concevoir s'il n'y a pas assisté. Sous la tranquille et ferme\nautorité de cette grande dame, égarée pour ainsi dire dans ce milieu de\nchanteurs venus de tous les coins de l'Allemagne, habitués au cabotinage\nspécial de leurs théâtres respectifs, accoutumés à y tenir la première place\net à triompher chacun pour soi, tous devenaient des artistes respectueux\net attentifs, oubliant leur amour-propre professionnel, pour ne concourir,\ndu meilleur de leurs efforts, qu'à la perfection d'un ensemble qu'elle seule\ndirigeait.\nDès neuf heures du matin elle était au théâtre : à l'avant scène, lors-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.16", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "qu'on répétait au piano, assise au deuxième rang des fauteuils lorsqu'on\nrépétait à l'orchestre, et elle suivait l'œuvre sur la grande partition annotée\nqu'elle avait devant elle sur un pupitre portatif.\nA une heure, tout le monde allait dîner, et à 4 heures nouvelle\nrépétition jusqu'à 7 heures du soir. Longue et mince sous ses éternels\nvoiles de veuve, elle avait une santé magnifique ; la lame était encore plus\nforte que le fourreau, car je n'ai jamais vu abattre plus de besogne avec\nune plus tranquille sérénité, que par cette illustre femme.\nRichter l'appelait \" die Frau Meister \" : Madame Maître ; et pas un\nde nous, ni même aucune des célèbre scantatrices qui étaient appelées à\nconcourir aux exécutions, n'aurait commencé la répétition sans aller lui\nbaiser la main. \" Der Meister, \" c'était Richard Wagner. Ce nom de\n\" Maître \" si galvaudé à Paris, où, au hasard, les garçons de restaurant\nappellent \"cher Maître\" tous les messieurs qui ne sont pas au moins barons\nne s'appliquait, en Allemagne, qu'à Wagner et à Franz Liszt. Mais\nMadame Wagner ne parlait jamais de son époux. Le \" Maître \" disparu\net lointain n'était présent que dans sa pensée et dans son cœur.\nEn 1888, pour les nouveaux venus comme moi, trop jeunes pour\n1 avoir connu personnellement, seuls les souvenirs des qui furent\nses premiers collaborateurs, pouvaient nous révéler quelques détails sur sa\nfaçon a Lui de conduire les répétitions. Puis, nous avions les inscriptions\na la craie qu il avait tracées de sa main sur les portes des loges d'artistes.\nCes inscriptions étaient d'ultimes conseils, et quelques-unes, qui ont\nété garanties par des cadres vitrés, subsistent encore. \"\nle public en chantant \"Le regard dans le vide, devant soi —ni trop haut, ni\ntrop bas et autres avis ; puis, cette phrase qui date de la première de\nParsifal : \" Faites de votre mieux, mes chers amis (Ihr, Lieben) et restez moi\ntideles \" (und bleibet mir treu). Tracées de cette écriture spéciale, j'ai\nencore relu avec émotion l'an dernier ces lignes suprêmes.\nAprès la journée de labeur, quelques privilégiés étaient parfois priés\na souper a \" Wahnfried ' ou Madame Wagner faisait, avec ses enfants, les\nhonneurs d'une table choisie.\nComme je pailais assez mal 1 allemand a cette epoque, nous causions\nen français. Madame Wagner, née d une mère française, parlait avec\nla pureté d accent des grandes dames d'avant la Révolution. Elle avait eu\npour institutrice une \" ci-devant \" échappée toute jeune à la guillotine\net qui, denuee de îessouices, donnait des leçons pour vivre. Ce débris de"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.17", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "l'Ancien Régime était féru de protocole, et Madame Wagner se souvenait\nd'une scène charmante qui avait eu pour théâtre l'atelier d'Ary Scheffer,\nà Paris.\nLiszt avait envoyé l'institutrice et les deux entants, Blandine 1 et\nCosima chez Ary Scheffer pour le prier à diner. En les voyant entrer, le grand\npeintre se précipita pour embrasser les deux petites qui avaient alors 6 et\n8 ans, mais la correcte \" ci-devant \" s'interposa majestueusement en lui\njetant: \"Vous n'y pensez pas, Monsieur; vous n'avez pas encore eu\nl'honneur d'être nommé à ces demoiselles !\nC'est avec une vénération toute filiale que Madame Wagner parlait\nde son père Liszt. Elle m'a raconté sur lui mainte anecdote piquante, dont\nune, entr'autres, peut intéresser les lecteurs français.\nMadame Wagner était très légitimiste, non pas au point de vue\npurement politique et spécialement français, mais elle était légitimiste de\ndroit divin, ne comprenant pas la famille sans l'autorité du père, et le\npays sans l'autorité du roi.\nLa discussion, à laquelle Mottl prit part, (chers souvenirs, chers dis-\nparus !), dégénéra en escarmouche à propos de la de Napoléon I,\nqui, tel Parsifal, avait pris le pouvoir après avoir rendu à son pays un\nservice glorieux.\nMadame Wagner nous interrompit pour nous dire que son père\navait pour Napoléon 111 plus d'admiration que pour le fondateur de la\ndynastie ! Liszt, démocrate et autoritaire malgré ses attaches avec l'aris-\ntocratie, goûtait en Napoléon 111 ses idées sur le paupérisme et il était\nsouvent l'hôte du second empereur.\nUn jour qu'il avait déjeuné aux Tuileries, dans l'intimité de la\nfamille impériale, le souverain l'emmena faire les cent pas sur la terrasse,\nau bord de l'eau.\nNapoléon 111 marchait lentement, il avait laissé s'éteindre son\néternelle cigarette et, s'appuyant d'un geste las sur le bras de Liszt :\n\" Maître \", lui dit-il, \" je suis fatigué, bien fatigué, il me semble parfois\nque j'ai cent ans Et Liszt se découvrant et saluant très bas : \" Ceci\nn'est pas étonnant, Sire, n'êtes-vous pas le siècle \".Un courtisan du grand\nRoi n'aurait évidemment pas mieux dit.\n(A suivre)\n\nErnest Van Dyck.\n\n1 Blandine Liszt épousa Emile Ollivier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c005", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.4", "titre_corps": "HISTOIRES DE SYNDICAT", "titre_sommaire": "HISTOIRES DE SYNDICAT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "HISTOIRES DE SYNDICAT\n\nLes musiciens d'orchestre ont, de tous temps, souffert de maux\nprofessionnels dont certains me paraissent incurables. L'organisation de la\nmusique et des spectacles, à Paris, est, personne ne l'ignore, éminemment\ninstable et fantaisiste. Je ne ferai point de personnalités; j'espère ainsi ne\nblesser personne en affirmant que si l'on appliquait à l'industrie minière\nou métallurgique, voire même à la couture ou à la mode, les procédés\nd'exploitations en usage au Théâtre, il s'ensuivrait une perturbation écono-\nmique qui mettrait, à bref délai, la France par terre.\nLe moindre exemple que j'en puis offrir est cette prodigieuse héca-\ntombe de Directions qui a sévi sur Paris depuis vingt ans. Quelboulevardier\ntrès informé serait capable de citer de mémoire, même après 20 minutes\nde réflexion, les noms des directeurs des 30 plus importants établissements\nde Paris? Les professionnels s'y perdent (les fonds des commanditaires\naussi.) Les théâtres parisiens qui, dans le bon vieux temps, restaient ouverts\ntoute l'année, possédaient une troupe et un personnel, ne sont plus que des\nsalles en location, au même titre que les salons pour repas de noces. On\ny organise des \" saisons \" qui voudraient être de dix mois et qui durent\nsouvent dix jours. Le cabinet directorial n'est plus qu'une sorte de salle\nd'attente, ou, plutôt, un bureau de ministre, avec cette différence qu'ici,\nl'huissier même ne dure pas plus que le Patron.\nCette organisation charivarique suffit au public parisien. Elle le\nsatisfait même dans son goût pour les potins, les \" on-dit \", les devinettes,\nauxquels il s'intéresse bien plus qu'à la littérature dramatique ou à la\nmusique. Elle offre moins d'agrément aux malheureux artistes. Ballotés\ntoute leur vie de théâtre en théâtre et de concert en concert, ils sont"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.19", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "indéfiniment à la recherche d'une position. Pour les musiciens d'orchestre\nla situation est celle-ci : sur les trois mille cinq cents ou quatre mille\nprofessionnels de Paris, un peu moins de deux cents sont assurés d'un\nengagement à vie :1 ce sont ceux de l'Opéra et de l'Opéra-Comique, que\nleur qualité de quasi-fonctionnaires met à l'abri des risques d'un change-\nment de direction. Tous les autres, quoique souvent liés à leur direction\npar un engagement écrit, n'ont pour les garantir de la mise à pied que les\nchances les plus problématiques.2\nPour remédier à cette situation lamentable les musiciens avaient\navaient depuis longtemps songé à l'union, car tout effort isolé est voué à\nl'impuissance. Le premier essai d'organisation collective dont j'ai connais-\nsance eut lieu en 1876 et eut pour promoteur M. Souchon que nous\navons connu depuis comme agent de la Société des Auteurs. Notre collègue\nGabriel Lefeuve a publié sur cette tentative une étude fort complète et\nfort intéressante qu'on pourrait lire avec fruit dans la collection du\n\"Courrier de l'Orchestre \" (année 1901-02). Cette Association syndicale,\nqui fit beaucoup parler d'elle, n'obtint jamais aucun résultat pratique. Il\nest bon de dire qu'elle resta toujours sur le terrain le plus pacifique...\nElle mourut d'inanition en 1894.\nLe second essai fut tenté vers 1895. Il était, avant tout, nationaliste.\nLes militants d'alors n'avaient envisagé qu'un coté de la question et\ns'étaient mis dans la tête que le seul mal dont souffrait la corporation\nétait la concurrence des musiciens étrangers. D'impressionnantes statis-\ntiques démontraient, clair comme le jour, que le nombre des Italiens et\ndes Belges employés dans les orchestres parisiens, atteignait, s'il ne le\ndépassait pas, celui des chômeurs français, et que leur exclusion entraî-\nnerait fatalement la suppression du chômage. Il y avait une part de vérité\nlà dedans, quoique les proportions admises fussent exagérées. Mais quand\nmême le départ de ces intrus aurait permis la réintégration de nos natio-\nnaux dans les orchestres, les emplois reconquis n'en eussent pas automa-\ntiquement été rendus plus avantageux.\nUne réunion à laquelle tous les musiciens de Paris étaient conivés\nfut organisée dans la salle du Trianon-Concert. J y assistais. Je vois encore\nun malheureux violoniste italien se prévaloir de son long séjour en France\n\n1 Sauf cas d'incapacité notoire, ce qui est juste.\n2 En 1893, un théâtre qui n'avait jamais cessé de posséder un orchestre permanent depuis 1807, congédia\npour un période de 15 jours, tout son orchestre, parce que L'auteur de la comédie nouvelle ne désirait point\nd'orchestre pour les entractes."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "comme d'un droit à y terminer sa carrière. Il fut vertement hué, de\nmême qu'un corniste, très Français, celui-là, qui réclamait l'absolution\npour les étrangers ayant combattu sous le drapeau français en 1870.\nL'Assemblée n'admettait de grâce pour personnes, il lui fallait l'expulsion\nà bref délai. On la vota sur le champ et on élit un Comité. Le dit Comité\nloua un petit bureau rue Cadet, y installa un office de placement qui ne\nplaça jamais grand monde, et, s'il ne fut pas expulsé lui-même par le\npropriétaire, dut tout au moins vider les lieux sans avoir jamais expulsé\npersonne. L'association avait vécu.\nEn 1898-99, nouvelle tentative : essai de constitution d'une société\ncivile, avec des statuts copiés exactement sur ceux de la Société des\nAuteurs, et le principe de la perception des droits appliqué à celle des\nsalaires. Il y aurait gros à écrire sur cette hérésie. Tentative mort-née.\nEt la situation empirait.\nC'est alors que quelques musiciens prirent l'initiative de former une\nnouvelle association. Les expériences précédentes avaient échoué. Ils\ncherchèrent une formule nouvelle et la trouvèrent dans le syndicalisme.\nLe syndicalisme faisait déjà beaucoup parler de lui, mais il n'en était\npas encore à la période triomphante qu'il a connue depuis.\nNéanmoins ses succès dans le monde ouvrier avaient eu assez de\nretentissement pour forcer l'attention. Il est donc naturel qu'ayant\nepuise toutes les formes d'associations, les promoteurs du mouvement se\nsoient tournés vers la seule expérience qui leur restait à faire. Ils y étaient\nencourages, d'autre part, par l'exemple de l'étranger et même de la\nprovince. Les résultats obtenus en Amérique par les \" Unions \" de musi-\nciens avaient eu un retentissement énorme. L'Allemagne possédait une\nFédération fort prospère et l'Angleterre également. En France, un syn-\ndicat existait dès 1894 à Nancy, dès 1898 à Lyon et à Nantes. Les\norganisateurs du nouveau groupement parisien se mirent dont résolument\nsous la protection de la loi de 1884 1 et, pour frapper un grand coup,\ndécidèrent l'affiliation à l'Union des syndicats de la Seine et l'inscription\naux registres de la Bourse du Travail. Ils installèrent un bureau dans un\ndes locaux de la Bourse, rue du Chateau-d'Eau, et, après quelques réunions\npréparatoires tenues un peu partout, tinrent leurs assemblées générales\ndans la grande salie qui avait vu déjà tant de réunions tumultueuses de\n\" prolétaires conscients et organisés \".\n\n! Loi Waldeck Rousseau sur les syndicats professionnels."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.21", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "Il ne faut pas croire que cette idée suscita dès le début un grand\nenthousiasme. Les musiciens répugnaient extrêmement à ce contact avec\nla classe ouvrière, mais la nouveauté de l'idée la rendait impressionnante.\nChose curieuse, les plus acharnés partisans de l'affiliation à la Bourse du\nTravail ne furent pas les musiciens de troisième catégorie. On peut relever\ndans la liste des premiers adhérents les noms d'artistes occupant un rang\neleve dans la profession : solistes des grands concerts symphoniques, de\n1 Opera-Comique et de l'Opéra. Ce sont ceux-là qui acceptèrent avec la\nmoindre gene la cohabitation avec les terrassiers et les zingueurs. Une\nconférence préliminaire faite par un jeune maître du barreau, Me Paul\nBoncour, (qui, depuis a fait un certain chemin dans la politique), la\nprésidence d honneur acceptée par Gustave Charpentier auquel vint se\njoindre bientôt Alfred Bruneau, tout ceci inspira confiance aux hésitants.\nFoute une année fut passée au recrutement des adhérents. En avril\n1901 ils étaient une poignée, en octobre environ 600, en mai 1902 plus\nde 1 200. Jamais on n'avait-on pareil élan.\nPour parvenir à ce résultat, le comité avait pris une résolution indis-\npensable et malheureuse en même temps : l'admission a priori, sans\nrestrictions, de quiconque se déclarait musicien. On a beaucoup reproché\ncela au syndicat : c'était l'entrée dans une association, artistique en prin-\ncipe, d'une foule de non-valeurs. Mais c'était un sacrifice nécessaire.\nLaisser à la porte les musiciens d'une certaine catégorie, c'était les engager\nà s'unir à leur tour, à lutter contre le syndicat à coups de réductions de\ntarifs; c'était leur livrer tous les orchestres de second rang. Or, je l'ai dit\ndéjà à Paris, le meilleur des musiciens est exposé à accepter par nécessité,\nl'emploi le moins artistique. On se résigna donc à l'admission en masse,\nquitte à en subir quelque gêne et une grande diminution de prestige.\nC'est à ce moment, que, manquant de statistiques exactes et croyant\navoir déjà réuni la majorité des artistes professionnels le Conseil syndical\ndécida de porter devant les directeurs de théâtres, les revendications de\nses adhérents. Ceci fut voté en mai 1902, par une assemblée générale.\nOn décida l'envoi, sous pli recommandé, à tous les intéresses, d'une\nsorte de \" cahier \" de doléances. La chambre svndicale faisait connaître\nJ\naux directeurs que par suite de circonstances diverses, notamment renché-\nrissement du prix de la vie, elle se voyait dans l'obligation de leur\nsoumettre un projet de tarifs qu'elle souhaitait voir appliquer dès le début\nde la saison suivante. Les emplois étaient divisés en trois catégories le"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.22", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "tarif demandé pour la I'* catégorie était de 8 frs par représentation, pour\nla seconde 7 frs et pour la 3™ 6 frs. Néanmoins, pour pallier à la gêne\nqu'aurait causé aux directeurs une si brusque augmentation de budget\nla chambre syndicale leur proposait une transaction et réduisait a 6, 5 et\n4 frs 50 ses prétentions pour la première année, 7, 6 et 5 pour la seconde\net réservait à la troisième seulement l'application intégrale du tarif.\nPour la première fois elle posait en principe que tout dérangement\nmérite salaire. Elle demandait donc le paiement des matinées au 1/30 des\nappointements mensuels et celui de toutes les répétitions au tarif de 1 fr.\nde l'heure. Elle demandait enfin la limitation de la durée des services et\nun supplément de salaire en cas de prolongation.\nCe cahier était rédigé dans les termes les plus déférents, où certains\nmême trouvèrent une exagération de respect. Il ne s'y trouvait aucune\nmenace, même déguisée, et le mot \" grève \" y était soigneusement évité ;\non laissait aux directeurs un délai de 4 mois environ.\n\nLA GRÈVE\nLà dessus, on attendit paisiblement les réponses. Il n'en vint\nqu'une ! Le directeur d'un café-concert, Ba-ta-clan, vint à la cham-\nbre syndicale, offrit de traiter et obtint ainsi par contrat, des\nconditions plus avantageuses. Si tous ses confrères avaient agi comme\nlui, l'action syndicale eut été entravée pour des années, les musiciens\nétant à cette époque tout disposés à se contenter du plus médiocre succès.\nMais le dédaigneux silence de leurs employeurs les rendit furieux. Il se\nfit au mois d'octobre une propagande inouïe, et quand le conseil syndical\nproposa le 30 octobre de décréter la grève générale de tous les orchestres\nparisiens 1 cette idée fut accueillie avec un enthousiasme délirant. La grève\nfut votée à l'unanimité moins une voix, celle d'un violoniste positiviste\nauquel ses convictions interdisaient d'employer ce moyen d'action brutal\net anti-scientifique. Le malheureux faillit se faire écharper. On se souvient\ndu bruit que provoqua cette grève originale. La presse s'en empara ; il y\neut force dessins, caricatures, scènes de Revues, et un grand nombre de\n\" leading articles\". On se montra en général, dans la presse, favorable aux\ngrévistes, dont la situation, enfin connue, excitait beaucoup d'intérêt, et\n\n3 Sauf de l'Opéra et de l'Opéra-Comique dont la situation était particulière."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "qui ne se livraient a aucune violence. Le public fut parfaitement indif-\nfèrent. Il supporta très bien qu'en remplaçât, dans certains établissements,\nI orchestre par un piano. Peut-être ne percevait-il pas la différence. D'ailleurs\nla plupart des directeurs cédèrent presque aussitôt. Pour ceux qui résistèrent\nil se produisit ce fait bizarre qu'ils durent engager des musiciens non-syn-\ndiques a des tarifs égaux sinon supérieurs à ceux qui leur étaient réclamés.\nQuestion de principe. Une seule direction, celle de la Porte St-Martin,\nporta 1 affaire sur le terrain judiciaire. Je note ceci parce que le cas est\nassez rare dans les conflits de ce genre. Elle refusa de payer à son personnel\nla quinzaine echue qu'elle lui devait, se laissa attaquer pour refus de\npaiement et riposta par une demande reconventionnelle en dommages et\nintérêts pour rupture de contrat. Elle fut condamnée à payer, mais obtint\nune légère indemnité en échange. Jugement qui pourrait être gros de\nconséquences dans les grands conflits du travail, si les patrons y avaient\nrecours !...\nEn somme, la grève avait été un succès immense pour le Syndicat ;\nelle avait amélioré de façon sensible le sort des musiciens de Paris. Si la\nquestion des tarifs n'était pas définitivement résolue, les conditions de\ntravail recevaient enfin une réglementation dans la plupart des cas et le\nprincipe de l'intervention du syndicat était admis; ceci doit être consi-\ndéré comme important. Trop de musiciens avaient payé jadis de la perte\nde leur place, le fait d'avoir porté les doléances communes devant le\nPatron, pour que l'intervention en pareil cas d'une organisation anonyme\nne fut pas considérée comme un bienfait.\nUn fait qui avait beaucoup aidé au succès du mouvement, c'est que\ntout ce que Paris comptait de bons musiciens avait adhéré au syndicat.\nII était impossible, (il est encore impossible) de former un orchestre sérieux\nen se passant de musiciens syndiqués. La résistance patronale ne put\ns'organiser que dans quelques cafés-concerts et, encore, au prix de grandes\ndéceptions. Les essais de résistance furent brisés dès qu'il s'agit de musique\nun peu relevée. En peu de temps, le nombre des adhérents augmenta\nde considérable façon. La Garde Républicaine adhéra en masse et l'Opéra,\nqui avait montré quelque résistance au début, céda également au\nmouvement.\nD'ailleurs, ces mêmes orchestres, tenus en dehors du mouvement de\n1902, s'agitaient à leur tour et, avec l'appui moral de la Chambre syndi-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.24", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "cale, et l'intervention officieuse du Ministère de l'lnstruction Publique\net des Beaux Arts, traitaient directement avec leurs directeurs. L'Opéra\nobtenait de certains avantages pécuniaires. A l'Opéra-Comique, les artistes\nmusiciens trouvaient chez M. Albert Carré un accueil extrêmement\nfavorable. Réglementation du nombre et de la durée des répétitions,\npaiement des heures supplémentaires, augmentation sensible du taux des\nappointements, paiement intégral des appointements aux artistes pendant\nl'accomplissement de leurs périodes d'exercices militaires ', augmentation\ndu tarif des matinées et des suppléments de scène, organisation de spec-\ntacles supplémentaires (telles les matinées du jeudi) tout un ensemble de\nmesures de cet ordre apportait à la situation un véritable bouleversement\ntout en faveur du personnel.\nLa grève générale de 1902 resta un fait unique. Elle s'accomplit\nsans violences réelles, mais selon certains rites, inévitables, toujours\nchoquants pour les profanes. Un mot malheureux d'un compositeur\nillustre : \" cette grève est ridicule \", suivant une lettre du même Maître,\nblâmant les musiciens de s'unir pour la défense de leurs intérêts matériels\ndéchaîna chez les grévistes une fureur telle qu'elle aboutit à la mise à\nl'index des œuvres de ce compositeur. Cette mesure révolta bien des gens.\nElle n'eut qu'un caractère provisoire, mais elle révélait un état d'esprit\ninquiétant. Il faut dire à la décharge des grévistes qu'ils n'avaient pas\ntiré les premiers. D'autres mises à l'index contre chefs d'orchestres,\ndirecteurs et musiciens dissidents, furent également blâmées. Elles étaient,\net restent nécessaires : on lutte avec les armes qu'on possède. La force\nd'un syndicat réside dans le nombre de ses adhérents et dans leur disci-\npline. Permettre à l'un d'eux de travailler au dessous des tarifs, c'est le\npermettre à tous ; faire une concession à un Directeur, c'est abdiquer\ndevant les autres ; laisser au dissidents le bénéfice, sans risques, d'avantages\nconquis de haute lutte par les syndiqués, c'est perdre la moitié de nos\nadhérents. Si elle n'alla pas jusqu'à let\na clous,la chambre syndicale usa de tous les moyens que l'exemple des\nsyndicats ouvriers lui suggéraient, et il faut bien dire que c'est seulement\nà ces méthodes qu'elle dut la victoire.\nIl me parait superflu de donner maintenant mon opinion sur le\nprincipe du syndicat. Dieu me garde de prétendre que le syndicalisme est\nun progrès ; je n'ose même pas le dire du téléphone, de l'automobile et\n\n1 Cette dernière clause ayant été suggérée par M. Carré lui-même."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "des chemins de fer... mais puisque aucun de mes contemporains ne se sert\ndes moyens de communications du bon vieux temps, je n'envoie pas mes\nlettres par courrier à l'autre bout de la France, et, pour voyager, je\nn'emploie ni la diligence ni le coche d'eau. Tant qu'il existera des syndicats\nde mineurs ponr faire monter le prix du charbon, des syndicats d'agioteurs\npour faire monter le prix du pain, des syndicats d'ouvriers du bâtiment\nd'une part, et de propriétaires, de l'autre, pour faire monter le prix des\nloyers, je trouverai tout simple qu'il y ait un syndicat de musiciens pour\nfaire monter le prix de la musique. Je suis syndicaliste comme je suis\ncontribuable, parce que cela fait partie des nécessités de l'heure présente.\nEn ce qui concerne les musiciens d'orchestre, le syndicalisme a eu\ncet heureux effet qu'il a rétabli à leur profit un équilibre rompu. Il n'était\npas admissible qu'au commencement du XXe siècle, une seule catégorie\nde travailleurs ait conservé un taux de salaires qui datait du Premier\nEmpire. Les tarifs en vigueur, que je ne puis donner tout au long ici, mais\nque l'on peut trouver, dans l'Annuaire de la Fédération des Artistes\nmusiciens, s'ils n'assurent pas aux musiciens de nos orchestres une situation\nbrillante, répondent à peu près aux exigences de la vie actuelle. Un\nmusicien de talent moyen, sérieux et un peu \" débrouillard \" gagne con-\nvenablement sa vie à Paris.\nIl était inadmissible que les musiciens fussent placés hors les lois qui\nà tort ou a raison réglementent le travail, partout, à l'usine et au\nmagasin. Un chef d'industrie n'a pas le droit même contre argent,\nmême en donnant salaire double;— de faire travailler son personnel au-delà\nd'un certain nombre d'heures. Un directeur de théâtre, fort d'un contrat\nsigné, pouvait, autrefois, employer son personnel à toute heure du jour et\nde la nuit, en n'importe quel lieu et pour n'importe quelle raison... Le\nSyndicat, qui ne peut pas faire des Lois, ni obliger l'Etat à faire respecter\nles siennes a tourné la difficulté on décrétant que \" tout travail mérite\nsalaire \". Il a obtenu ce résultat qu'on ne dérange les musiciens que\nlorsqu'on en a besoin ; on ne prenait pas tant de précautions quand leur\nprésence ne coûtait rien.\nIl était pour le moins étrange que ces petits salariés fussent tenus\nde régler leurs conflits devant les juridictions les plus coûteuses. Dès qu'ils\nétaient en difficulté avec un directeur, celui-ci faisait porter la cause\ndevant le tribunal de commerce ou le tribunal civil. Ces juridictions sont\nlentes et coûtent fort cher. La lutte était inégale."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "Le syndicat a obtenu pour ses adhérents le bénéfice de la juridiction\nPrud'hommale. Les Conseils de Prud'hommes ne réalisent pas la perfec-\ntion, mais la justice y va vite, est à peu près gratuite, et, dans les cas\nprofessionnels un peu épineux, la compétence des juges y est plus sûre\nqu'ailleurs.\nSi la cause offre plus de gravité, le syndicat prend la responsabilité\ndes frais et décharge absolument ses adhérents de tous soucis.\nPour les petits conflits si fréquents entre musiciens, il a été\ninstitué une commission d'arbitrage, qui connaît aussi des fautes contre\nle syndicat. Les résultats en ce qui concerne l'arbitrage sont surprenants.\nEnfin le syndicat a entravé victorieusement l'action néfaste des\nDirecteurs véreux. J'ai connu le temps où certains équilibristes de l'in-\ndustrie théâtrale trouvaient le moyen, après trois ou quatre faillites\nretentissantes, d'ouvrir à nouveau un établissement en plein boulevard et\nd'y faire de nouvelles dupes. Leur ardeur se ralentit singulièrement lorsque\nle syndicat leur impose des garanties préalables : dépôt d'un cautionne-\nment, ou paiement au cachet après chaque représentation.\nEt qu'on ne vienne pas nous dire que cette précaution est une entrave\nà des efforts artistiques dignes d'intérêt. Il est sans exemple qu'une entre-\nprise ait succombé sous les frais d'un orchestre ou d'un cadre de chœurs.\nUne affaire est bonne ou mauvaise ; elle dépend avant tout de l'intérêt\nqu'y apporte le public. Si le public ne s'y intéresse pas, il n'y a pas de\nsystème de petites économies qui puisse la sauver. Loyers trop chers, mises\nen scène ridiculement coûteuses sans profit pour l'Art, cachets d'étoiles\nformidables, prix de la publicité, (ouverte ou occulte) scandaleux, voici\nles charges écrasantes sous lesquelles succombent tant de bonnes volontés\ndirectoriales. Lorsque le syndicat exige des garanties d'un directeur réputé\ndouteux, il ne sert que les intérêts de ses adhérents. Lorsque les mêmes\ngaranties sont exigées d'un honnête homme, le syndicat sert à la fois les\nintérêts des deux parties. Il met ainsi l'imprésario en garde contre les\ndangers de sa propre illusion, et lui permet, en cas de chute, de tomber\nles mains nettes. Qui songerait à trouver cela mauvais ?....\n\nMAIS......\n\nToute médaille a son revers. Le syndicat, ce n'est pas le Paradis et\nles musiciens ne sont pas des anges."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.27", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "Les premiers temps du syndicalisme triomphant ont pu paraître\nodieux à bien des gens impartiaux. Les musiciens n'avaient pas la victoire\nmodeste; le souvenir des luttes récentes les accaparait à un tel point, qu'ils\nne songeaient plus qu'à cela. Il est possible que la musique en ait quelque-\nfois souffert et leur susceptibilité était devenue telle qu'on ne pouvait\nplus l'effleurer, même lorsqu'il ne s'agissait pas d'intérêts matériels. Chaque\norchestre possédait son \" délégué \" il arrivait que ce délégué était com-\nbatif, et, ce qui est pis, orateur. C'étaient des discussions sans fin, des\nréclamations incessantes, des menaces intempestives, qui lassaient beaucoup\nde bonnes volontés. Dieu merci, cette ardeur s'est beaucoup calmée, et\nmaintenant que le Syndicat est reconnu partout, cette propagande effrénée\net encombrante n'a plus guère de raisons d'être.\nDans certains cas, ces luttes auxquelles les chefs d'orchestre prenaient\npart (le plus souvent dans l'intérêt de la direction), ont diminué l'autorité\nindispensable du chef. Certes, sur le terrain économique, chefs d'orchestres\net musiciens sont égaux et ne se doivent aucuns égards particuliers. Mais\ncomment supporter en patience les observations, parfois peu aimables,\nd'un chef d'orchestre qu'on a eng (dirai-je ce mot académique ?) une\ndemi-heure plus tôt a propos d'une question de salaire ? Or, sur le terrain\nartistique, un chef d'orchestre peut, doit même, agir en maître souverain.\nC'est l'école Lamoureux, l'école Colonne et l'école Toscanini. On n'en\nniera pas les bienfaits au point de vue musical. Il y a toute une éducation\nà faire pour obtenir de nos compatriotes, ce \" self-control \", ce sentiment\nde la discipline des Anglais et des Allemands, grâce à quoi la démarcation\nentre les devoirs du syndiqué et ceux du musicien se fait aisément.\nEnfin je constate mais ceci n'est pas particulier au monde des\norchestres que la jeune génération est singulièrement pratique, et ferrée\nsur le \" business, \" qu'elle connaît sur le bout du doigt ses droits, et\nseulement son devoir strict. Il est difficile de lui demander un effort\nexceptionnel. La génération précédente était plus sentimentale, et on la\nremuait plus facilement pour l'amour de l'Art. Pourquoi faut-il qu'on en\nait si souvent abusé ? C'est l'abus des répétitions prolongées jusqu'à\ni heure 1/2 qui nous vaut la levée en masse à midi précis, alors qu'il\nserait parfais si utile de travailler jusqu'à midi cinq. 1\nTout ceci aboutit à cette constatation qu'il nous faut, de plus en\nplus, des chefs d'orchestre adroits, expéditifs et psychologues. Nous n'en\nmanquons pas, mais nous en voyons aussi qui ne réunissent pas ces\n\n2"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.28", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "qualités indispensables. Le chef d'orchestre bavard, le chef d'orchestre\ntatillon, le chef d'orchestre irritable, produits d'un autre âge, cela coûte\ntrès cher aux directeurs. Une répétition de concert symphonique à\n80 musiciens, revient environ à 220 frs l'heure. C'est un Art de savoir\ndonner à cette heure là son maximum de rendement\nL'avenir du syndicalisme chez les musiciens est, à mon avis, lié à\ncelui du syndicalisme tout entier. On se plait à dire que nous traversons\nune période révolutionnaire ; si cela est, et si les \" possédants \" ont raison\nde s'en proclamer les victimes, que n'empruntent-ils ses méthodes à la\nclasse ouvrière ? Une forte organisation de syndicats patronaux, loin\nd'affaiblir les syndicats ouvriers, leur donnerait au contraire une force\nnouvelle ; nous aurions peut être de plus grands conflits, mais moins de\nmeurtrières escarmouches, désolantes par leur fréquence et, souvent, par\nleur inutilité. Mais ce sont là des problèmes bien vastes. Il en est deux, très\nurgents, qui peuvent retenir pour le moment l'attention des musiciens ;\ns'ils gagnent convenablement leur vie à Paris, ils sont odieusement\nexploités dans les villes d'eaux et stations estivales. Ce ne sont pas les\nprojets du gouvernement touchant les jeux, qui amélioreront la situation.\nEn second lieu, il faudrait bien s'occuper un jour de l'hygiène dans les\norchestres. Cette façon de parquer les musiciens dans des fosses poussié-\nreuses, étroites et puantes, est proprement une honte, et les locaux désignés\nsous le nom de \" foyers \" ou autre lieux, sont d'ignobles nids à\nmicrobes. Je ne parle pas du danger en cas d'incendie N'y a-t-il pas\nà Paris une commission d'hygiène !\n\nLouis Fleury."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c007", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.4.2", "titre_corps": "Les musiciens d'orchestre ont, de tous temps, souffert de maux", "titre_sommaire": "Les musiciens d'orchestre ont, de tous temps, souffert de maux", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "Les musiciens d'orchestre ont, de tous temps, souffert de maux\nprofessionnels dont certains me paraissent incurables. L'organisation de la\nmusique et des spectacles, à Paris, est, personne ne l'ignore, éminemment\ninstable et fantaisiste. Je ne ferai point de personnalités; j'espère ainsi ne\nblesser personne en affirmant que si l'on appliquait à l'industrie minière\nou métallurgique, voire même à la couture ou à la mode, les procédés\nd'exploitations en usage au Théâtre, il s'ensuivrait une perturbation écono-\nmique qui mettrait, à bref délai, la France par terre.\nLe moindre exemple que j'en puis offrir est cette prodigieuse héca-\ntombe de Directions qui a sévi sur Paris depuis vingt ans. Quelboulevardier\ntrès informé serait capable de citer de mémoire, même après 20 minutes\nde réflexion, les noms des directeurs des 30 plus importants établissements\nde Paris? Les professionnels s'y perdent (les fonds des commanditaires\naussi.) Les théâtres parisiens qui, dans le bon vieux temps, restaient ouverts\ntoute l'année, possédaient une troupe et un personnel, ne sont plus que des\nsalles en location, au même titre que les salons pour repas de noces. On\ny organise des \" saisons \" qui voudraient être de dix mois et qui durent\nsouvent dix jours. Le cabinet directorial n'est plus qu'une sorte de salle\nd'attente, ou, plutôt, un bureau de ministre, avec cette différence qu'ici,\nl'huissier même ne dure pas plus que le Patron.\nCette organisation charivarique suffit au public parisien. Elle le\nsatisfait même dans son goût pour les potins, les \" on-dit \", les devinettes,\nauxquels il s'intéresse bien plus qu'à la littérature dramatique ou à la\nmusique. Elle offre moins d'agrément aux malheureux artistes. Ballotés\ntoute leur vie de théâtre en théâtre et de concert en concert, ils sont"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.19", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "indéfiniment à la recherche d'une position. Pour les musiciens d'orchestre\nla situation est celle-ci : sur les trois mille cinq cents ou quatre mille\nprofessionnels de Paris, un peu moins de deux cents sont assurés d'un\nengagement à vie :1 ce sont ceux de l'Opéra et de l'Opéra-Comique, que\nleur qualité de quasi-fonctionnaires met à l'abri des risques d'un change-\nment de direction. Tous les autres, quoique souvent liés à leur direction\npar un engagement écrit, n'ont pour les garantir de la mise à pied que les\nchances les plus problématiques.2\nPour remédier à cette situation lamentable les musiciens avaient\navaient depuis longtemps songé à l'union, car tout effort isolé est voué à\nl'impuissance. Le premier essai d'organisation collective dont j'ai connais-\nsance eut lieu en 1876 et eut pour promoteur M. Souchon que nous\navons connu depuis comme agent de la Société des Auteurs. Notre collègue\nGabriel Lefeuve a publié sur cette tentative une étude fort complète et\nfort intéressante qu'on pourrait lire avec fruit dans la collection du\n\"Courrier de l'Orchestre \" (année 1901-02). Cette Association syndicale,\nqui fit beaucoup parler d'elle, n'obtint jamais aucun résultat pratique. Il\nest bon de dire qu'elle resta toujours sur le terrain le plus pacifique...\nElle mourut d'inanition en 1894.\nLe second essai fut tenté vers 1895. Il était, avant tout, nationaliste.\nLes militants d'alors n'avaient envisagé qu'un coté de la question et\ns'étaient mis dans la tête que le seul mal dont souffrait la corporation\nétait la concurrence des musiciens étrangers. D'impressionnantes statis-\ntiques démontraient, clair comme le jour, que le nombre des Italiens et\ndes Belges employés dans les orchestres parisiens, atteignait, s'il ne le\ndépassait pas, celui des chômeurs français, et que leur exclusion entraî-\nnerait fatalement la suppression du chômage. Il y avait une part de vérité\nlà dedans, quoique les proportions admises fussent exagérées. Mais quand\nmême le départ de ces intrus aurait permis la réintégration de nos natio-\nnaux dans les orchestres, les emplois reconquis n'en eussent pas automa-\ntiquement été rendus plus avantageux.\nUne réunion à laquelle tous les musiciens de Paris étaient conivés\nfut organisée dans la salle du Trianon-Concert. J y assistais. Je vois encore\nun malheureux violoniste italien se prévaloir de son long séjour en France\n\n1 Sauf cas d'incapacité notoire, ce qui est juste.\n2 En 1893, un théâtre qui n'avait jamais cessé de posséder un orchestre permanent depuis 1807, congédia\npour un période de 15 jours, tout son orchestre, parce que L'auteur de la comédie nouvelle ne désirait point\nd'orchestre pour les entractes."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "comme d'un droit à y terminer sa carrière. Il fut vertement hué, de\nmême qu'un corniste, très Français, celui-là, qui réclamait l'absolution\npour les étrangers ayant combattu sous le drapeau français en 1870.\nL'Assemblée n'admettait de grâce pour personnes, il lui fallait l'expulsion\nà bref délai. On la vota sur le champ et on élit un Comité. Le dit Comité\nloua un petit bureau rue Cadet, y installa un office de placement qui ne\nplaça jamais grand monde, et, s'il ne fut pas expulsé lui-même par le\npropriétaire, dut tout au moins vider les lieux sans avoir jamais expulsé\npersonne. L'association avait vécu.\nEn 1898-99, nouvelle tentative : essai de constitution d'une société\ncivile, avec des statuts copiés exactement sur ceux de la Société des\nAuteurs, et le principe de la perception des droits appliqué à celle des\nsalaires. Il y aurait gros à écrire sur cette hérésie. Tentative mort-née.\nEt la situation empirait.\nC'est alors que quelques musiciens prirent l'initiative de former une\nnouvelle association. Les expériences précédentes avaient échoué. Ils\ncherchèrent une formule nouvelle et la trouvèrent dans le syndicalisme.\nLe syndicalisme faisait déjà beaucoup parler de lui, mais il n'en était\npas encore à la période triomphante qu'il a connue depuis.\nNéanmoins ses succès dans le monde ouvrier avaient eu assez de\nretentissement pour forcer l'attention. Il est donc naturel qu'ayant\nepuise toutes les formes d'associations, les promoteurs du mouvement se\nsoient tournés vers la seule expérience qui leur restait à faire. Ils y étaient\nencourages, d'autre part, par l'exemple de l'étranger et même de la\nprovince. Les résultats obtenus en Amérique par les \" Unions \" de musi-\nciens avaient eu un retentissement énorme. L'Allemagne possédait une\nFédération fort prospère et l'Angleterre également. En France, un syn-\ndicat existait dès 1894 à Nancy, dès 1898 à Lyon et à Nantes. Les\norganisateurs du nouveau groupement parisien se mirent dont résolument\nsous la protection de la loi de 1884 1 et, pour frapper un grand coup,\ndécidèrent l'affiliation à l'Union des syndicats de la Seine et l'inscription\naux registres de la Bourse du Travail. Ils installèrent un bureau dans un\ndes locaux de la Bourse, rue du Chateau-d'Eau, et, après quelques réunions\npréparatoires tenues un peu partout, tinrent leurs assemblées générales\ndans la grande salie qui avait vu déjà tant de réunions tumultueuses de\n\" prolétaires conscients et organisés \".\n\n! Loi Waldeck Rousseau sur les syndicats professionnels."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.21", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "Il ne faut pas croire que cette idée suscita dès le début un grand\nenthousiasme. Les musiciens répugnaient extrêmement à ce contact avec\nla classe ouvrière, mais la nouveauté de l'idée la rendait impressionnante.\nChose curieuse, les plus acharnés partisans de l'affiliation à la Bourse du\nTravail ne furent pas les musiciens de troisième catégorie. On peut relever\ndans la liste des premiers adhérents les noms d'artistes occupant un rang\neleve dans la profession : solistes des grands concerts symphoniques, de\n1 Opera-Comique et de l'Opéra. Ce sont ceux-là qui acceptèrent avec la\nmoindre gene la cohabitation avec les terrassiers et les zingueurs. Une\nconférence préliminaire faite par un jeune maître du barreau, Me Paul\nBoncour, (qui, depuis a fait un certain chemin dans la politique), la\nprésidence d honneur acceptée par Gustave Charpentier auquel vint se\njoindre bientôt Alfred Bruneau, tout ceci inspira confiance aux hésitants.\nFoute une année fut passée au recrutement des adhérents. En avril\n1901 ils étaient une poignée, en octobre environ 600, en mai 1902 plus\nde 1 200. Jamais on n'avait-on pareil élan.\nPour parvenir à ce résultat, le comité avait pris une résolution indis-\npensable et malheureuse en même temps : l'admission a priori, sans\nrestrictions, de quiconque se déclarait musicien. On a beaucoup reproché\ncela au syndicat : c'était l'entrée dans une association, artistique en prin-\ncipe, d'une foule de non-valeurs. Mais c'était un sacrifice nécessaire.\nLaisser à la porte les musiciens d'une certaine catégorie, c'était les engager\nà s'unir à leur tour, à lutter contre le syndicat à coups de réductions de\ntarifs; c'était leur livrer tous les orchestres de second rang. Or, je l'ai dit\ndéjà à Paris, le meilleur des musiciens est exposé à accepter par nécessité,\nl'emploi le moins artistique. On se résigna donc à l'admission en masse,\nquitte à en subir quelque gêne et une grande diminution de prestige.\nC'est à ce moment, que, manquant de statistiques exactes et croyant\navoir déjà réuni la majorité des artistes professionnels le Conseil syndical\ndécida de porter devant les directeurs de théâtres, les revendications de\nses adhérents. Ceci fut voté en mai 1902, par une assemblée générale.\nOn décida l'envoi, sous pli recommandé, à tous les intéresses, d'une\nsorte de \" cahier \" de doléances. La chambre svndicale faisait connaître\nJ\naux directeurs que par suite de circonstances diverses, notamment renché-\nrissement du prix de la vie, elle se voyait dans l'obligation de leur\nsoumettre un projet de tarifs qu'elle souhaitait voir appliquer dès le début\nde la saison suivante. Les emplois étaient divisés en trois catégories le"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.22", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1060, "texte": "tarif demandé pour la I'* catégorie était de 8 frs par représentation, pour\nla seconde 7 frs et pour la 3™ 6 frs. Néanmoins, pour pallier à la gêne\nqu'aurait causé aux directeurs une si brusque augmentation de budget\nla chambre syndicale leur proposait une transaction et réduisait a 6, 5 et\n4 frs 50 ses prétentions pour la première année, 7, 6 et 5 pour la seconde\net réservait à la troisième seulement l'application intégrale du tarif.\nPour la première fois elle posait en principe que tout dérangement\nmérite salaire. Elle demandait donc le paiement des matinées au 1/30 des\nappointements mensuels et celui de toutes les répétitions au tarif de 1 fr.\nde l'heure. Elle demandait enfin la limitation de la durée des services et\nun supplément de salaire en cas de prolongation.\nCe cahier était rédigé dans les termes les plus déférents, où certains\nmême trouvèrent une exagération de respect. Il ne s'y trouvait aucune\nmenace, même déguisée, et le mot \" grève \" y était soigneusement évité ;\non laissait aux directeurs un délai de 4 mois environ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c008", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.4.3", "titre_corps": "LA GRÈVE", "titre_sommaire": "LA GRÈVE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.22", "debut_caractere": 1062, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "LA GRÈVE\nLà dessus, on attendit paisiblement les réponses. Il n'en vint\nqu'une ! Le directeur d'un café-concert, Ba-ta-clan, vint à la cham-\nbre syndicale, offrit de traiter et obtint ainsi par contrat, des\nconditions plus avantageuses. Si tous ses confrères avaient agi comme\nlui, l'action syndicale eut été entravée pour des années, les musiciens\nétant à cette époque tout disposés à se contenter du plus médiocre succès.\nMais le dédaigneux silence de leurs employeurs les rendit furieux. Il se\nfit au mois d'octobre une propagande inouïe, et quand le conseil syndical\nproposa le 30 octobre de décréter la grève générale de tous les orchestres\nparisiens 1 cette idée fut accueillie avec un enthousiasme délirant. La grève\nfut votée à l'unanimité moins une voix, celle d'un violoniste positiviste\nauquel ses convictions interdisaient d'employer ce moyen d'action brutal\net anti-scientifique. Le malheureux faillit se faire écharper. On se souvient\ndu bruit que provoqua cette grève originale. La presse s'en empara ; il y\neut force dessins, caricatures, scènes de Revues, et un grand nombre de\n\" leading articles\". On se montra en général, dans la presse, favorable aux\ngrévistes, dont la situation, enfin connue, excitait beaucoup d'intérêt, et\n\n3 Sauf de l'Opéra et de l'Opéra-Comique dont la situation était particulière."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "qui ne se livraient a aucune violence. Le public fut parfaitement indif-\nfèrent. Il supporta très bien qu'en remplaçât, dans certains établissements,\nI orchestre par un piano. Peut-être ne percevait-il pas la différence. D'ailleurs\nla plupart des directeurs cédèrent presque aussitôt. Pour ceux qui résistèrent\nil se produisit ce fait bizarre qu'ils durent engager des musiciens non-syn-\ndiques a des tarifs égaux sinon supérieurs à ceux qui leur étaient réclamés.\nQuestion de principe. Une seule direction, celle de la Porte St-Martin,\nporta 1 affaire sur le terrain judiciaire. Je note ceci parce que le cas est\nassez rare dans les conflits de ce genre. Elle refusa de payer à son personnel\nla quinzaine echue qu'elle lui devait, se laissa attaquer pour refus de\npaiement et riposta par une demande reconventionnelle en dommages et\nintérêts pour rupture de contrat. Elle fut condamnée à payer, mais obtint\nune légère indemnité en échange. Jugement qui pourrait être gros de\nconséquences dans les grands conflits du travail, si les patrons y avaient\nrecours !...\nEn somme, la grève avait été un succès immense pour le Syndicat ;\nelle avait amélioré de façon sensible le sort des musiciens de Paris. Si la\nquestion des tarifs n'était pas définitivement résolue, les conditions de\ntravail recevaient enfin une réglementation dans la plupart des cas et le\nprincipe de l'intervention du syndicat était admis; ceci doit être consi-\ndéré comme important. Trop de musiciens avaient payé jadis de la perte\nde leur place, le fait d'avoir porté les doléances communes devant le\nPatron, pour que l'intervention en pareil cas d'une organisation anonyme\nne fut pas considérée comme un bienfait.\nUn fait qui avait beaucoup aidé au succès du mouvement, c'est que\ntout ce que Paris comptait de bons musiciens avait adhéré au syndicat.\nII était impossible, (il est encore impossible) de former un orchestre sérieux\nen se passant de musiciens syndiqués. La résistance patronale ne put\ns'organiser que dans quelques cafés-concerts et, encore, au prix de grandes\ndéceptions. Les essais de résistance furent brisés dès qu'il s'agit de musique\nun peu relevée. En peu de temps, le nombre des adhérents augmenta\nde considérable façon. La Garde Républicaine adhéra en masse et l'Opéra,\nqui avait montré quelque résistance au début, céda également au\nmouvement.\nD'ailleurs, ces mêmes orchestres, tenus en dehors du mouvement de\n1902, s'agitaient à leur tour et, avec l'appui moral de la Chambre syndi-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.24", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "cale, et l'intervention officieuse du Ministère de l'lnstruction Publique\net des Beaux Arts, traitaient directement avec leurs directeurs. L'Opéra\nobtenait de certains avantages pécuniaires. A l'Opéra-Comique, les artistes\nmusiciens trouvaient chez M. Albert Carré un accueil extrêmement\nfavorable. Réglementation du nombre et de la durée des répétitions,\npaiement des heures supplémentaires, augmentation sensible du taux des\nappointements, paiement intégral des appointements aux artistes pendant\nl'accomplissement de leurs périodes d'exercices militaires ', augmentation\ndu tarif des matinées et des suppléments de scène, organisation de spec-\ntacles supplémentaires (telles les matinées du jeudi) tout un ensemble de\nmesures de cet ordre apportait à la situation un véritable bouleversement\ntout en faveur du personnel.\nLa grève générale de 1902 resta un fait unique. Elle s'accomplit\nsans violences réelles, mais selon certains rites, inévitables, toujours\nchoquants pour les profanes. Un mot malheureux d'un compositeur\nillustre : \" cette grève est ridicule \", suivant une lettre du même Maître,\nblâmant les musiciens de s'unir pour la défense de leurs intérêts matériels\ndéchaîna chez les grévistes une fureur telle qu'elle aboutit à la mise à\nl'index des œuvres de ce compositeur. Cette mesure révolta bien des gens.\nElle n'eut qu'un caractère provisoire, mais elle révélait un état d'esprit\ninquiétant. Il faut dire à la décharge des grévistes qu'ils n'avaient pas\ntiré les premiers. D'autres mises à l'index contre chefs d'orchestres,\ndirecteurs et musiciens dissidents, furent également blâmées. Elles étaient,\net restent nécessaires : on lutte avec les armes qu'on possède. La force\nd'un syndicat réside dans le nombre de ses adhérents et dans leur disci-\npline. Permettre à l'un d'eux de travailler au dessous des tarifs, c'est le\npermettre à tous ; faire une concession à un Directeur, c'est abdiquer\ndevant les autres ; laisser au dissidents le bénéfice, sans risques, d'avantages\nconquis de haute lutte par les syndiqués, c'est perdre la moitié de nos\nadhérents. Si elle n'alla pas jusqu'à let\na clous,la chambre syndicale usa de tous les moyens que l'exemple des\nsyndicats ouvriers lui suggéraient, et il faut bien dire que c'est seulement\nà ces méthodes qu'elle dut la victoire.\nIl me parait superflu de donner maintenant mon opinion sur le\nprincipe du syndicat. Dieu me garde de prétendre que le syndicalisme est\nun progrès ; je n'ose même pas le dire du téléphone, de l'automobile et\n\n1 Cette dernière clause ayant été suggérée par M. Carré lui-même."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.25", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "des chemins de fer... mais puisque aucun de mes contemporains ne se sert\ndes moyens de communications du bon vieux temps, je n'envoie pas mes\nlettres par courrier à l'autre bout de la France, et, pour voyager, je\nn'emploie ni la diligence ni le coche d'eau. Tant qu'il existera des syndicats\nde mineurs ponr faire monter le prix du charbon, des syndicats d'agioteurs\npour faire monter le prix du pain, des syndicats d'ouvriers du bâtiment\nd'une part, et de propriétaires, de l'autre, pour faire monter le prix des\nloyers, je trouverai tout simple qu'il y ait un syndicat de musiciens pour\nfaire monter le prix de la musique. Je suis syndicaliste comme je suis\ncontribuable, parce que cela fait partie des nécessités de l'heure présente.\nEn ce qui concerne les musiciens d'orchestre, le syndicalisme a eu\ncet heureux effet qu'il a rétabli à leur profit un équilibre rompu. Il n'était\npas admissible qu'au commencement du XXe siècle, une seule catégorie\nde travailleurs ait conservé un taux de salaires qui datait du Premier\nEmpire. Les tarifs en vigueur, que je ne puis donner tout au long ici, mais\nque l'on peut trouver, dans l'Annuaire de la Fédération des Artistes\nmusiciens, s'ils n'assurent pas aux musiciens de nos orchestres une situation\nbrillante, répondent à peu près aux exigences de la vie actuelle. Un\nmusicien de talent moyen, sérieux et un peu \" débrouillard \" gagne con-\nvenablement sa vie à Paris.\nIl était inadmissible que les musiciens fussent placés hors les lois qui\nà tort ou a raison réglementent le travail, partout, à l'usine et au\nmagasin. Un chef d'industrie n'a pas le droit même contre argent,\nmême en donnant salaire double;— de faire travailler son personnel au-delà\nd'un certain nombre d'heures. Un directeur de théâtre, fort d'un contrat\nsigné, pouvait, autrefois, employer son personnel à toute heure du jour et\nde la nuit, en n'importe quel lieu et pour n'importe quelle raison... Le\nSyndicat, qui ne peut pas faire des Lois, ni obliger l'Etat à faire respecter\nles siennes a tourné la difficulté on décrétant que \" tout travail mérite\nsalaire \". Il a obtenu ce résultat qu'on ne dérange les musiciens que\nlorsqu'on en a besoin ; on ne prenait pas tant de précautions quand leur\nprésence ne coûtait rien.\nIl était pour le moins étrange que ces petits salariés fussent tenus\nde régler leurs conflits devant les juridictions les plus coûteuses. Dès qu'ils\nétaient en difficulté avec un directeur, celui-ci faisait porter la cause\ndevant le tribunal de commerce ou le tribunal civil. Ces juridictions sont\nlentes et coûtent fort cher. La lutte était inégale."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "Le syndicat a obtenu pour ses adhérents le bénéfice de la juridiction\nPrud'hommale. Les Conseils de Prud'hommes ne réalisent pas la perfec-\ntion, mais la justice y va vite, est à peu près gratuite, et, dans les cas\nprofessionnels un peu épineux, la compétence des juges y est plus sûre\nqu'ailleurs.\nSi la cause offre plus de gravité, le syndicat prend la responsabilité\ndes frais et décharge absolument ses adhérents de tous soucis.\nPour les petits conflits si fréquents entre musiciens, il a été\ninstitué une commission d'arbitrage, qui connaît aussi des fautes contre\nle syndicat. Les résultats en ce qui concerne l'arbitrage sont surprenants.\nEnfin le syndicat a entravé victorieusement l'action néfaste des\nDirecteurs véreux. J'ai connu le temps où certains équilibristes de l'in-\ndustrie théâtrale trouvaient le moyen, après trois ou quatre faillites\nretentissantes, d'ouvrir à nouveau un établissement en plein boulevard et\nd'y faire de nouvelles dupes. Leur ardeur se ralentit singulièrement lorsque\nle syndicat leur impose des garanties préalables : dépôt d'un cautionne-\nment, ou paiement au cachet après chaque représentation.\nEt qu'on ne vienne pas nous dire que cette précaution est une entrave\nà des efforts artistiques dignes d'intérêt. Il est sans exemple qu'une entre-\nprise ait succombé sous les frais d'un orchestre ou d'un cadre de chœurs.\nUne affaire est bonne ou mauvaise ; elle dépend avant tout de l'intérêt\nqu'y apporte le public. Si le public ne s'y intéresse pas, il n'y a pas de\nsystème de petites économies qui puisse la sauver. Loyers trop chers, mises\nen scène ridiculement coûteuses sans profit pour l'Art, cachets d'étoiles\nformidables, prix de la publicité, (ouverte ou occulte) scandaleux, voici\nles charges écrasantes sous lesquelles succombent tant de bonnes volontés\ndirectoriales. Lorsque le syndicat exige des garanties d'un directeur réputé\ndouteux, il ne sert que les intérêts de ses adhérents. Lorsque les mêmes\ngaranties sont exigées d'un honnête homme, le syndicat sert à la fois les\nintérêts des deux parties. Il met ainsi l'imprésario en garde contre les\ndangers de sa propre illusion, et lui permet, en cas de chute, de tomber\nles mains nettes. Qui songerait à trouver cela mauvais ?...."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c009", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.4.4", "titre_corps": "MAIS......", "titre_sommaire": "MAIS......", "signature_source": "Louis Fleury", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.26", "debut_caractere": 2249, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "MAIS......\n\nToute médaille a son revers. Le syndicat, ce n'est pas le Paradis et\nles musiciens ne sont pas des anges."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.27", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "Les premiers temps du syndicalisme triomphant ont pu paraître\nodieux à bien des gens impartiaux. Les musiciens n'avaient pas la victoire\nmodeste; le souvenir des luttes récentes les accaparait à un tel point, qu'ils\nne songeaient plus qu'à cela. Il est possible que la musique en ait quelque-\nfois souffert et leur susceptibilité était devenue telle qu'on ne pouvait\nplus l'effleurer, même lorsqu'il ne s'agissait pas d'intérêts matériels. Chaque\norchestre possédait son \" délégué \" il arrivait que ce délégué était com-\nbatif, et, ce qui est pis, orateur. C'étaient des discussions sans fin, des\nréclamations incessantes, des menaces intempestives, qui lassaient beaucoup\nde bonnes volontés. Dieu merci, cette ardeur s'est beaucoup calmée, et\nmaintenant que le Syndicat est reconnu partout, cette propagande effrénée\net encombrante n'a plus guère de raisons d'être.\nDans certains cas, ces luttes auxquelles les chefs d'orchestre prenaient\npart (le plus souvent dans l'intérêt de la direction), ont diminué l'autorité\nindispensable du chef. Certes, sur le terrain économique, chefs d'orchestres\net musiciens sont égaux et ne se doivent aucuns égards particuliers. Mais\ncomment supporter en patience les observations, parfois peu aimables,\nd'un chef d'orchestre qu'on a eng (dirai-je ce mot académique ?) une\ndemi-heure plus tôt a propos d'une question de salaire ? Or, sur le terrain\nartistique, un chef d'orchestre peut, doit même, agir en maître souverain.\nC'est l'école Lamoureux, l'école Colonne et l'école Toscanini. On n'en\nniera pas les bienfaits au point de vue musical. Il y a toute une éducation\nà faire pour obtenir de nos compatriotes, ce \" self-control \", ce sentiment\nde la discipline des Anglais et des Allemands, grâce à quoi la démarcation\nentre les devoirs du syndiqué et ceux du musicien se fait aisément.\nEnfin je constate mais ceci n'est pas particulier au monde des\norchestres que la jeune génération est singulièrement pratique, et ferrée\nsur le \" business, \" qu'elle connaît sur le bout du doigt ses droits, et\nseulement son devoir strict. Il est difficile de lui demander un effort\nexceptionnel. La génération précédente était plus sentimentale, et on la\nremuait plus facilement pour l'amour de l'Art. Pourquoi faut-il qu'on en\nait si souvent abusé ? C'est l'abus des répétitions prolongées jusqu'à\ni heure 1/2 qui nous vaut la levée en masse à midi précis, alors qu'il\nserait parfais si utile de travailler jusqu'à midi cinq. 1\nTout ceci aboutit à cette constatation qu'il nous faut, de plus en\nplus, des chefs d'orchestre adroits, expéditifs et psychologues. Nous n'en\nmanquons pas, mais nous en voyons aussi qui ne réunissent pas ces\n\n2"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.28", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "qualités indispensables. Le chef d'orchestre bavard, le chef d'orchestre\ntatillon, le chef d'orchestre irritable, produits d'un autre âge, cela coûte\ntrès cher aux directeurs. Une répétition de concert symphonique à\n80 musiciens, revient environ à 220 frs l'heure. C'est un Art de savoir\ndonner à cette heure là son maximum de rendement\nL'avenir du syndicalisme chez les musiciens est, à mon avis, lié à\ncelui du syndicalisme tout entier. On se plait à dire que nous traversons\nune période révolutionnaire ; si cela est, et si les \" possédants \" ont raison\nde s'en proclamer les victimes, que n'empruntent-ils ses méthodes à la\nclasse ouvrière ? Une forte organisation de syndicats patronaux, loin\nd'affaiblir les syndicats ouvriers, leur donnerait au contraire une force\nnouvelle ; nous aurions peut être de plus grands conflits, mais moins de\nmeurtrières escarmouches, désolantes par leur fréquence et, souvent, par\nleur inutilité. Mais ce sont là des problèmes bien vastes. Il en est deux, très\nurgents, qui peuvent retenir pour le moment l'attention des musiciens ;\ns'ils gagnent convenablement leur vie à Paris, ils sont odieusement\nexploités dans les villes d'eaux et stations estivales. Ce ne sont pas les\nprojets du gouvernement touchant les jeux, qui amélioreront la situation.\nEn second lieu, il faudrait bien s'occuper un jour de l'hygiène dans les\norchestres. Cette façon de parquer les musiciens dans des fosses poussié-\nreuses, étroites et puantes, est proprement une honte, et les locaux désignés\nsous le nom de \" foyers \" ou autre lieux, sont d'ignobles nids à\nmicrobes. Je ne parle pas du danger en cas d'incendie N'y a-t-il pas\nà Paris une commission d'hygiène !\n\nLouis Fleury."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c011", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.5", "titre_corps": "LES POST-ELGARIENS ou LA JEUNE ÉCOLE ANGLAISE", "titre_sommaire": "LES POST-ELGARIENS ou LA JEUNE ÉCOLE ANGLAISE", "signature_source": "X. Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 45, "texte": "LES POST-ELGARIENS\nou\nLA JEUNE ÉCOLE\nANGLAISE"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.29", "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": "Disons le tout de suite, malgré le gros public anglais qui l'ignore,\net quoique elle ne porte point ce nom, cette Ecole existe, bien vivante\net fertile en œuvres de talent. Si nous avons cru devoir grouper sous\nce titre, un peu arbitraire et d'ailleurs entièrement justifiable, les cinq ou\nsix musiciens qui composent la jeune école anglaise, c'est qu'il semble\nque le mouvement très significatif auquel ils appartiennent, ait acquis\nune importance pour ainsi dire historique. Le présent lustre restera une\ndate des plus importantes dans l'histoire de la Musique anglaise.\nDurant ces vingt dernières années l'Angleterre ne produisit point\nd'œuvres musicales particulièrement neuves ou intéressantes : quelques\nmusiciens au talent honnête, n'ajoutèrent, par leurs compositions respec-\ntables, académiques et sans grande originalité, que peu de gloire à la\nrenommée musicale de la Grande Bretagne. En tous cas ils ne furent\njamais que des exemples isolés et il est impossible de trouver trace d'un\nvrai mouvement musical commencé par des compositeurs tels que Sir\nCharles V. Stanford, Sir Hubert Parry ou leurs contemporains, encore\nque l'Angleterre leur doive d'avoir amélioré sinon sa production, du\nmoins son éducation musicale.\nEvidemment toute classification est difficile, surtout quand il s'agit\nd'oeuvres écrites et exécutées récemment et il est souvent malaisé de\ntrouver une ligne nette de démarcation entre deux périodes musicales.\nCependant il semble maintenant certain qu'une ère nouvelle ait commencé\npour ainsi dire le lendemain du jour, où furent révélées au public les\ndeux symphonies de Sir Edward Èlgar, qui restent en somme les deux\nmanifestations les plus importantes et les plus notoires de la musique\n\n1 Je tiens à exprimer ici tous mes remerciements au musicographe distingué qu'est Mr. Francis Toye,\nsans l'assistance duquel cette étude aurait été bien incomplète."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "anglaise au XIXe siècle. Car ce fut à partir de ce moment que les jeunes,\nayant à peu près dégagé leur personnalité des influences étrangères,\ncommencèrent à se faire connaître mieux et a donner a la musique\nanglaise un caractère nouveau.\nElgar, en somme se trouva mi-inconsciemment, mi-volontairement,\nle précurseur de cette Renaissance après que son Dream of Gerontius eut\nété loué publiquement par Richard Strauss et applaudi en Allemagne.\nAlors seulement le public anglais se prit d'un engouement subit pour Sir\nEdward Elgar. Ses deux symphonies, dont six ou huit auditions déchai-\nnèrent un crescendo d'enthousiasme, œuvres correctement bâties, hono-\nrables, studieuses, d'une austérité qu'on pourrait appeler \" souci de la\nrespectabilité \", mais sans envolée, furent presque immédiatement hono-\nrées du nom de chef d'œuvres, et le public applaudit avec excès ce qui,\nsans tout ce lançage l'aurait laissé parfaitement indifférent. Car le public\nanglais résolument \" conservateur \", peu curieux et craintif n'admire les\nnouveautés que du moment où les journaux l'ont convaincu qu'il faut,\npour une raison ou pour une autre, les admirer, et n'apprécie la musique\nanglaise que quand elle a réussi à l'étranger.\nDonc, reconnaissons-le, Elgar, s'il n'exprime lui-même rien de\nnouveau, montra le chemin aux jeunes compositeurs anglais ; et c'est\npourquoi, prenant en considération d'un côté l'âge des compositeurs des\ngénérations précédentes, la position de Sir Edward Elgar et la qualité de\nleurs compositions généralement dénuées de toute atmosphère anglaise,\nd'un autre côté les tendances et les caractéristiques de la jeune école, nous\navons cru pouvoir saluer cette dernière du qualificatif de \" Post-Elga-\nrienne \".\nTandis que les jeunes rassemblaient leurs énergies et travaillaient en\nsilence, que faisaient leurs ainés ? Mr. Granville Bantock produi-\nsait un Dante et Béatrice assez quelconque et finissait son intermi-\nnable Omar Khayam œuvre plus importante de quantité que de qualité,\nsans grand caractère et sans subtilités. Sir Charles V. Stanford écrivait\nune symphonie agréable, une Ode to Discord et se reposait, après son Ave\natque Valeet des conseils empreints d'une sagesse paternelle, sur ses lauriers\nacadémiques. Sir Alexander Mackenzie n'écrivait rien de bien significatif.\nSir Hubert Parry finissait et faisait exécuter une symphonie de petites"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "proportions et à tendances conservatrices, Sir Edward Elgar enfin, ayant\nmis au monde ses deux symphonies, composait son laborieux Concerto\npour violon, ses Musick-Makerset une élucubration pratriotique d'une\norchestration faiblarde autant que bruyante, intitulée\net qui plongea dans le ravissement les petites places du Coliseum.\nCependant la jeune école se montrait très active, comme on le verra\nplus loin. Et l'activité en fait de musique, dans un pays comme\nl'Angleterre du XXe siècle, se manifeste non seulement par la création\nd'oeuvres, mais aussi par leur présentation au pubic : car on n'imagine\npas ce que l'organisation de quelques concerts de musique anglaise\nmoderne nécessité de démarches, d'argent, de travail et d'enthousiasme.\nLe public anglais, on le sait, n'aime point les œuvres nouvelles,\nsurtout si ces œuvres sont d'origine insulaire.\nQue veut donc le public ? problème difficile à\nrésoudre, car les compositeurs ignorent absolu-\nment quel genre de musique le public veut\nentendre ou plutôt, ils ne connaissent que trop\nson goût : le public, préfère aux œuvres les\nartistes, aux Symphonies les solistes, aux opéras\nles étoiles. Car il n'ignore pas, ce bon public,\nqu'il ne peut se tromper sur la voix de\nMme Melba ou les vocalises de MmeTetrazzini.\nDu moment que le prix des places est augmenté pour Chaliapine ou Caruso\nc'est que ça vaut la peine de se déranger ; mais il ne s'est pas encore fait\nune opinion (ou plutôt personne ne lui a encore fait une opinion) sur la\nvaleur d'un nouvel opéra français d'un ballet russe inédit ou d un poeme\nsymphonique anglais encore manuscrit. C'est-a-dire qu en somme le public\ns'abstient purement et simplement de venir entendre les œuvres qui ne\nsont précédées ni d'une réputation internationale, ni d'une réclame effrénée.\nDe sorte qu'après avoir eu à lutter contre les influences étrangères,\nles mesquineries professionnelles et autres oppositions décourageantes, les\njeunes musiciens anglais ont eu, et ont encore maintenant, a lutter contre\nl'apathie et la musicalité du public britannique. Deux hommes les aidèrent\ndans leur tâche ardue, M. Beecham et M. Balfour Gardiner.\nM. Thomas Beecham eut certainement le grand tort de manquer\nd'esprit de suite : il commença, il y a quelques années par une serie de\nconcerts au Queen's Hall, continua par une saison d opéra comique puis"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "par une saison de grand opéra. Son insuccès fut dû partiellement à la\nqualité parfois médiocre de représentations sans étoiles gros défaut aux\nyeux d'un public habitué à la perfection de Covent Garden et qui ne\nsonge pas que des chanteurs anglais manquent, et pour cause, d'expérience.\nQuant à M. Balfour Gardiner compositeur et chef d'orchestre, peut\nêtre n'attira-t-il pas à lui le gros public, mais il révéla du moins, avec\nl'aide d'un orchestre admirable, des œuvres de jeunes qui sans lui seraient\nrestées inconnus, il aida de toutes ses forces à la propagation de la\nmusique Post-Elgarienne, il formula pour ainsi dire, le mouvement de\nrenaissance en groupant autour de lui les Jeunes et leurs œuvres et\nc'est ce par quoi son nom resterait à jamais lié à la musique anglaise\nmoderne, s'il n'avait pas écrit lui-même des œuvres dignes de le tirer de\nl'oubli.\nAvant de nous occuper particulièrement de chaque compositeur\net de ses œuvres, peut être serait-il bon d'indiquer les tendances générales\net les traits caractéristiques de l'Ecole Post-Elgarienne.\nTout d'abord, une remarque s'impose, qui étonne et donne une fois\nde plus à réfléchir sur la singulière position des musiciens anglais : à peine\ntrouve-t-on à citer une demi-douzaine d'opéras parmi les œuvres contem-\nporaines, (car ni la Colomba de Sir Alexander Mackenzie ni le\n0\\ Briende Sir Charles V. Stanford, ni de Miss Ethel Smyth,\nni Y Angélus du Dr. Naylor n'appartiennent au mouvement actuel) ; sans\ndoute parceque les compositeurs anglais se sont rendu compte qu'ils\nperdaient leur temps à écrire des opéras qui ne seraient jamais joués, du\nmoins en Angleterre 1 et sans doute aussi parceque la musique d'opéra\nest le genre qui convient le moins à leur tempérament.\nQuant au caractère de la musique anglaise, on peut dire qu'il a en\nsomme complètement changé, et qu'il s'est développé d'une façon\ndifférente et entièrement nouvelle. Grave ou lourde, solennelle ou\nprétentieuse, morose ou sentimentale, froide toujours, la musique anglaise,\naérée, s'est rajeunie, réchauffée et semble aujourd'hui plus vivante, plus\nhumaine. L'influence néfaste de Haendel, de Wagner et de Tchaïkowsky\n\n1 On le sait, il n'y a ni à Londres ni dans les provinces de théâtre d'opéra fonctionnant régulièrement e*\nCovent Garden, tradition mondaine, ne leur offre pas de débouchés ; mai» deux opéras de Miss Ethel Smyth\net un de M. Clutsam au moins ont été joués avec succès en Allemagne."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "r\na disparu, ayant cédé la place à celle, meilleure, de l'Ecole moderne\nfrançaise. Et si les compositions de Mr Josef Holbrooke nécessitent un\nénorme orchestre à la Richard Strauss, si les opéras de M 1 Clutsam, bien\nfaits, sont sans grand caractère et dépourvus d'originalités, les œuvres de\nM. Vaughan Williams sont empreintes d'un curieux mysticisme, et en\ncelles de M. Arnold Bax se reflètent les nuances et les ombrée, de la nature\ngaélique tandis que mille rythmes amusants empruntés au Folk Lore\nparent celles de M. Percy Grainger de qualités charmantes. Et c'est par-\ncequ'elle trouve maintenant son inspiration au sources vives de la vie\nmême que l'Ecole Post-Elgarienne, si elle manque peut-être de génie et\nde perfection s'affirme tout au moins aimable, sincère et décidément\nintéressante.\nCertes l'un des plus doués parmi les jeunes compositeurs de la\nnouvelle école, c'est M. Arnold Bax. Il a des idées et il sait les\nexprimer ; sa langue musicale est claire et expressive, sa sincérité indiscu-\ntable, son inspiration assez personnelle et son orchestration adroite. La\nnature Celte, verte et grise, tantôt ensoleillée tantôt crépusculaire,\ntoujours frémissante, si différente des paysages anglais l'émeut et l'inspire,\nmais au lieu de reproduire à la manière impressionniste et de façon\nsuperficielle des \" paysages choisis \" et des \" heures exquises \" il cherche\nà exprimer musicalement l'âme mystique de la Nature et son évidente\némotion n'est pas le moindre de ses dons. Cependant il semble que son\ntalent réussisse mieux les fresques orchestrales, que les dessins plus sévères\net plus intellectuels des œuvres de musique de chambre ; ses sonates pour\nviolon et pour piano et son quintette pour cordes sont quelque peu froids,\ndépourvus d'intérêt, tandis que Enchanted Summer ou Into the Twtlight\ndénotent de belles qualités de sensibilité, de vision et d'orchestration.\nM. Arnold Bax, né en 1883, fit ses études musicales à la Royal\nAcadémy of Music de 1900 à 1905. Sa première œuvre importante fut\nle Ce/tic Song Cyclepuplié en 1904, suivi de près par (1908)\nIn the Faery Hills, Spring Fire,des Variations pour orchestre, ingénieuses,\net un ballet en deux actes et un prologue inutilé King Kojata (1911)\nCertains critiques reprochèrent à M. Arnold Bax de se servir d harmonies\nrappelant de près celles de Debussy, cependant M. Bax nous assure que\nson Celtic Song Cycle qui contient, développées ou en germe, les particu-\nlarités harmoniques les plus typiques de son talent fut écrit \" avant qu il\nait entendu une seule note de Debussy. \""}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.34", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "\" Il y a une chose qui manque au compositeur anglais \" écrivit quelque part\nM. Arnold Bax ; tout art qui s'apparente à une idée nationale (comme l'opéra\nanglais par exemple) doit trouver son inspiration et sa vie dans la vie spirituelle\ndu pays. Il faut ou une atmosphère nationale, ou de la couleur locale, ou surtout\nun état d'âme typique. Qui oserait parler d'un état d'âme typique de la nation\nanglaise, et où trouverons' nous l'esprit moderne anglais, sinon à la Bourse ou\ndans les autres temples du commercialisme ? Et comme la musique exprime mal\nles extases financières et la ferveur capitaliste, l'artiste anglais doit chercher dans\nl'immensité de l'Empire Britannique le petit pays appelé Angleterre (s'il existe);\nc'est seulement quand il l'aura trouvé que les musiciens anglais pourront écrire\ndes œuvres anglaises qu'appréciera un public anglais. Je veux dire que si la vie\nartistique subsiste encore dans les provinces d'Angleterre, qui ont conservé quelque\ncouleur locale, des traditions et un caractère national, on peut espérer encore. On peut\nconcevoir un opéra Cambrien, et un grand drame lyrique irlandais serait possible\nsi la dépopulation continuelle de l'lrlande ne détruisait pas tout espoir de renais-\nsance intellectuelle. Quant à l'Angleterre, elle ne pourra donner naissance à un art\nnational vigoureux et digne du nom d'art que quand elle aura reconquis ce vrai\npatriotisme qui l'animait il y a 350 ans et une conscience nationale au moins égale\nà celle de certains pays d'Europe comme la Bohème, la Hongrie ou l'lrlande. \"\nEn dépit de son nom M. Gustav von Holst est d'origine anglaise :\nil naquit en 1874 à Cheltenham. Compositeur fertile il a écrit deux\nopéras tous les deux, inutile de dire, encore inédits, plusieurs can-\ntates de considérable importance dont les plus connues sont The Cloud\nMessenger et The Mystic Trompeter, trois suites d'orchestres, une Somerset\nRhapsody, quelques autres œuvres plus brèves pour voix et orchestre, et\nquantité de mélodies. En plus de cela M. Von Holst est professeur et\nDirecteur de concerts à une institution philanthropique du East End\nqui est une manière de Collège pour ouvriers. C'est là qu'il fit représenter\navec le plus grand succès plusieurs des opéras de Purcell pour qui il a la\nplus grande admiration. Et c'est peut être à cette admiration et à l'étude\napprofondie qu'il a faite des œuvres de ce maître qu'il doit sa dextérité\nà écrire pour les voix, qualité assez rare parmi les compositeurs anglais\ntrop enclins à ignorer les exigences de la tessiture et surtout les lois de la\nprosodie.\nLes dernières compositions de M. Von Holst sont en général basées\nsur des sujets orientaux, et la littérature Védique en particulier semble\nl'inspirer, les Feaa Hymnsont du caractère et de l'originalité et le"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "Messenger joue pour la première fois à Londres cette année à l'un des\nconcerts de musique moderne donnés par M. Balfour Gardner fait preuve\nde sa sincérité, de son ingéniosité et de sa force. Peut être M. Von Holst\nest-il parfois logique et sincère à l'excès, lorsque par exemple il ne craint\npas de développer un sujet pendant des pages s'il croit que ce développe-\nment est nécessaire. Il n'est pas l'homme du compromis et cette honnêteté\nn est pas faite pour lui attirer la faveur du public.\nPeut etre serait-il utile d'expliquer ici que \" l'orientalisme \" de\nM. Von Holst n'est point celui, facile et évident, de certains compo-\nsiteurs. Il ne cherche point à faire de la couleur locale et à suggérer des\npaysages indiens. La musique et les paroles (qu'il écrit la plupart du\ndu temps lui-même) de ses œuvres sont des produits typiques de l'Angle-\nterre du XXe siècle quoique directement inspirées par cette philosophie\norientale qui s'est peu à peu infiltrée en Europe depuis Schopenhauer.\nUne fois seulement M. Von Holst s'est-il essayé à écrire une œuvre\nvraiment orientale, c'est sa Suite d'orchestre basée sur des\nairs arabes recueillis au cours d'un voyage en Algérie et dont la finale\n\" In the Street of the Ouled Natls\" évoque avec une remarquable élo-\nquence la rue des danseuses à Biskra, avec ses flûtes plaintives, ses rythmes\nmultiples, la monotonie énervante de ses tams-tams et toute l'atmosphère\nlangoureuse d'un soir tiède au désert.\nM. Ralph Vaughan \"Williams est considéré par certains comme\nle plus intéressant des compositeurs anglais modernes. Il sert pour\nainsi dire de trait d'union entre l'Ecole académique de la génération\nprécédente et les actuels révolutionnaires. Né en 1877, il fit ses études\nmusicales sous des directions fort différentes et presque contradictoires :\nau Royal Collège of Music avec Sir Hubert Parry et Sir Charles Stanford,\nà Cambridge avec M. Charles Wood, à Berlin avec Max Bruch et\nmême un peu à Paris avec Maurice Ravel. Cet éclectisme, assez caracté-\nristique fait à la fois la force et la faiblesse de M. Vaughan Williams,\nqui montre son désir de s'assimiler les meilleures qualités des différents\nsystèmes et en même temps un manque de décision assez déroutant.\nCependant on ne peut le nier, sa musique a de grandes qualités\nd'écriture, de sincérité et même d'originalité. M. Vaughan Williams a\ntoujours montré le plus grand enthousiasme pour les délicieuses \" Folk\nSongs \" anglaises dont il a fait d'intéressants arrangements et qui lui ont\nparfois fourni d'admirables thèmes et dessins orchestraux comme par"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.40", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "exemple dans sa Norfolk Rhapsody.Notons d'ailleurs que dans ses autres\ncompositions, comme par exemple ou\nCountryqui respirent un indubitable parfum de \" Folk Song \"il n'a pas\nutilisé les vieilles mélodies, ayant préféré en écrire d'originales ayant\nle même caractère et la même couleur locale. est\nd'ailleurs un beau poème orchestral, parfois un peu gauche mais qui\nexprime admirablement les grisailles à la fois monotones et aux nuances\ninfinies de la campagne de l'Est de l'Angleterre. Il faut être reconnaissant\nà M. Vaughan Williams d'avoir essayé d'écrire des morceaux ayant un\ncaractère anglais, surtout si l'on songe aux banalités cosmopolites élu-\ncubrées par la plupart de ses prédécesseurs.\nIl est un autre côté du talent de M. Vaughan Williams, c'est un curieux\nmysticisme dont beaucoup de ses compositions sont imprégnées qui n'est\npoint celui de Scriabine et est assez difficile à décrire. On le retrouve, in-\ntense, dans ses Mystical Songs, dans la Fantaisia on a theme by Tallis et dans\nsa belle et émouvante Sea Symphony,cette dernière œuvre, divisée en\nparties est une symphonie pour orchestre et chœurs basée sur des vers de\nWalt Whitman. On n'y trouve point de descriptions compliquées de\ntempêtes ou de clairs de lune sur la mer et c'est d'une toute autre façon,\nintime, pour ainsi dire intérieure, que M. Vaughan Williams traduit\nl'inpiration fougueuse de Walt Whitman et les paysages maritimes.\nM. Vaughan Williams a aussi écrit des variations sur des \"\nCaro/s\" fort adroites, et aussi quelque peu mystiques, une autre symphonie\nqui n'a pas encore été jouée, et une petite partition de musique de scène\npour Les Guêpes d'Aristophane, évidemment influencée par la musique de\nRavel. Tout bien considéré, il semble que M. Vaughan Williams mérite\nplus de respect et d'admiration que d'autres compositeurs anglais, plus\nparfaits et plus notoires.\nM. Norman O'Neil élève de Arthur Somerville, puis de Knorr\noccupe une place à part parmi les compositeurs anglais. S'il n'écrit\npoint d'opéras, c'est parce qu'il est convaincu, lui aussi, qu'un opéra\nanglais n'a aucune chance de jamais voir les feux de la rampe, mais il\nécrit d'agréables partitions de musique de scène, joliment orchestrées avec\ndes thèmes souvent fort significatifs, des accords qui soulignent ou\nencadrent à merveille des situations théâtrales, des préludes qui les\npréparent adroitement, des danses gracieuses. Il serait absurde de juger\navec déd in la musique de scène : Bizet nous a montré dans XArtésienne,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "Vincent d'lndy dans Médée,et Debussy dans le\nqu'une partition de ce genre peut atteindre une grande importance\nartistique.\nLa partition la plus connue de M. Norman O'Neill, celle écrite\npour les représentations de Y Oiseau de Maeterlinck au Haymarket\nThéâtre est d'ailleurs sensiblement inférieure à la musique qu'il écrivit\nautour de King Learet aux pages composées pour accompagner le\nDoom de Lord Dunsany.\nM. Norman O'Neill est sans doute parmi les compositeurs anglais\nactuels le mieux doué pour écrire de la musique d'opéra ; il compte aussi\nà son actif plusieurs pièces orchestrales dont une, admirablement cons-\ntruite et fort poétique inspirée par le fameux poème de Keats\nDame sans merci.\nM. Josef Holbrooke naquit à Croydon en 1878 et fit ses études\nmusicales avec Fréderick Corder. N'ayant pas de fortune il dut accepter\nle poste de chef d'orchestre dans de petits théâtres, où il conduisit les\nbanalités prétentieuses dont se composent d'habitude la partition d'une\n\" Xmas pantomime \", il dirigea aussi un petit orchestre dans une ville\nd'eau, à Woodhall Spa, tout en consacrant le reste de son temps à son travail.\nIl a écrit un nombre considérable d'œuvres : quantités de mélodies,\npièces pour piano, pour violon et pour orchestre réduit, des sonatines,\ntrios, quatuors, quintettes, sérénades, symphonies, poèmes symphoniques\net même deux opéras. M. Holbrooke s'est tait pour ainsi dire une\nspécialité de mettre en musique les poèmes d'Edgard Poe, The Raven,\nUlalume, Annabel Lee, dont le génie, croit-il, l'inspire tout particulière-\nment, et l'une de ses symphonies \" \" toute\nremplie de citations Poétiques et surchargée d'intentions philosophiques\nporte en sous titre Hommage à E. A.\nIl semble aussi que M. Holbrooke tienne à illustrer musicalement\nles sujets les moins musicaux : tels que par exemple YApollo\nde M. Herbert Trench. Avide d'originalité M. Helbrooke fit représenter\nau Queen's Hall cette \" illuminated symphony \" d'une façon assez\nspéciale. Scriabine dans son Prometheus avait ajouté à l'orchestre des accords\nde projections lumineuses et songe dans ses œuvres futures à y joindre des\ncombinaisons de parfums. M. Holbrooke, lui, se contente de projections\ngenre lanterne magique. Le Queen's Hall fut plongé dans l'obscurité ;\nalors sur l'écran fut projeté le texte du poème de M. Trench et retentirent"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "les accords de M. Holbrooke ; puis annoncée par un coup de gong,\napparut sur l'écran une énorme tete d Apollon et, après une longue\npédale rappelant le commencement de Reingold la séance continua, prou-\nvant surabondamment que rien n'était moins musicable (sauf peut-etie\nNietzche) que ce dialogue, entre un marin et Apollon déguisé en marchand\nsur l'immortalité de l'âme et autres considérations poétiques.\nQuant aux œuvres théâtrales de M. Holbrook elles consistent en un\npetit drame lyrique Pierrot and Pierrette niais et parfois gentil, et en deux\nénormes opéras P)ylanet The Ghildren pleins de qualités et de\ndéfauts, d'obscuriré et de gaucheries et d'excentricités orchestrales, d'écri-\nture tantôt moderne, tantôt wagnérienne, avec parfois d'excellentes idees\nmusicales inégalement traitées œuvres d'un talent qui ne sait ni se\nborner, ni se critiquer et qui sans doute ne s'est pas encore tout à fait trouvé.\nEncore que M. Cyril Scott n'ait point produit autant que certains\ndes autres compositeurs anglais, peut être sa réputation s'est-elle\nquand même étendue en Europe, surtout en Allemagne et en Hollande\noù ses œuvres ont été fréquemment executees et fort favorablement\naccueillies. Il a écrit une symphonie, des poèmes symphoniques et\nplusieurs sonates quelque peu arides qui contrastent de façon frappante\navec des mélodies aimables et des pièces pour piano très populaires dans\nles Récitals et même dans les salons. Il serait injuste de lui reprocher\nd'avoir voulu parfois, volontairement ou involontairement, imiter Debussy\ncar la plupart de ses œuvres furent écrites à une époque où la renommée\nde l'auteur de Pe/léas et Mélisanden'avait pas encore traversé la Manche.\nQuant à M. Percy Grainger, il vient, ces der-\nnières années, d'acquérir une renommée de compo-\nsiteur qui dépassera sans doute sa réputation de\npianiste. Ses compositions, arrangements de Folk-\nsongs et de vieilles danses anglaises ou morceaux\noriginaux rappelant souvent à s'y méprendre ces\nvieux airs si caractéristiques ont un charme tout par-\nticulier ; ses chœurs et mélodies composées sur des\nvers de Kipling d'un caractère plus simple sont par\nendroits vraiment inspirés ; tandis que sa\nMorris et autres œuvres bâties sur des thèmes de son\ninvention tout parfumés de Folk Lore montrent à merveille sa verve,\nson imagination et une adresse inouie."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.43", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "Parmi ses arrangements les plus réussis, on peut citer J'in\ncome Sunday, My robin is to thegreenwood et autres\nairs charmants du Kent, du Lincolshire, d'lrlande et d'Ecosse,\nthe shoce arrangement, pour quatuor à cordes, de vieilles gigues irlandaises\nau rythme admirable ; Father and daughter vieille ballade provenant des\nIles Fœroe adaptée pour cinq voix d'hommes solo, chœurs, cordes,\ncuivres, mandolines et guitares, au cours de laquelles un rythme ininter-\nrompu est traité de la façon la plus merveilleusement variée ; et une\n\" Srathspey\"écossaise étonnament combinée avec plusieurs airs de gigues\net avec le beau Se a chanty\" What we \"\nd'un rythme, cette fois encore, admirablement marqué, jouée par huit\ninstruments à cordes, deux guitares, un xylophone, une flûte, un hautbois\nune clarinette, un basson, un concertina et chantée par quatre voix\nd'hommes, œuvre étincelante, aux rythmes combinés, aux harmonies\naudacieuses, se terminant par un magnifique crescendo tourbillonnant\nde gaîté.\nPeut-être certains esprits chagrins préfèrent-ils à ces divertissements\nd'un excellent musicien des œuvres plus pompeuses et pies lourdes, pour\nne pas dire plus vides. Mais l'Angleterre en a tant produit de ces\nélucubrations laborieuses à prétentions modernes que l'on se sent plein de\nreconnaissance pour un compositeur tel que M. Percy Grainger qui\npuisse son inspiration aux sources populaires anglaises.\nIl nous faut encore citer, pour compléter autant que possible une\nétude forcément incomplète quelques autres compositeurs de moindre\nimportance1 M. G. H. Clutsam est l'auteur d'un opéra\nqui a été représenté à Berlin avec quelque succès, mais l'on ne connait\nde lui en Angleterre qu'un autre opéra de moindres dimensions,\nnight non sans intérêt. M. Hamilton Harty écrit de la musique agréable\net sans prétentions dont les meilleurs spécimens son\net un concerto pour violon sur un thème irlandais.\nM. Balfour Gardiner à qui les musiciens anglais modernes doivent\nd'entendre leurs œuvres exécutées plusieurs fois par an à Londres est non\n\n1 Nous n'avons pas cru devoir classer parmi les Post-Elgariens M. Frederick Delius, encore que\nson œuvre soit considérable à tous les point de vue ; car il est d'origine mi-anglaise, mi-allemande, et,\nvivant en France n'est que peu mêlé au mouvement qui fait le sujet de cet article."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "seulement un admirable Directeur de concerts et un chef d'orcheste\nmais aussi un compositeur de talent ; l'une de ses compositions\nFenneTs Dance,une manière de Scherzo au rythme amusant et plein de\njoyeuse vitalité, est sans doute une des œuvres anglaises les plus souvent\ninscrites aux programmes des concerts même populaires. Il a aussi écrit\nplusieurs mélodies pour voix d'orchestre dont une très vigoureuse, \"\nfrorn Whydah\" et une symphonie.\nM. Frank Bridge lui, semble spécialement doué pour écrire de la\nmusique de chambre, par quoi ne brillent point d'habitude les composi-\nteurs anglais ; une de ses meilleures composition, pour orchestre et voix,\nest son adaptation musicale du beau poème de Keats,\nM. York Bowen est un musicien sans grande originalité mais qui\nconnait admirablement son métier; tandis que M. \"W\". H. Bell se souvient\nencore trop des influences allemandes. Quant à MM. Roger Quitter,\nRutland Bougton, Julius Harrison, Ahn Carse et Hubert Bath ils ont,\nen des œuvres variées, montré des qualités suffisamment intéressantes pour\nlaisser espérer que leurs œuvres futures affirmeront davantage leur talent\net leur personnalité.\nTels sont actuellement les compositeurs qui représentent les tendances\nde l'école anglaise moderne. Leur musique, semble-t-il, reflète assez bien la\nvie anglaise et correspond assez exactement aux œuvres littéraires qui la\ndécrivent, saines, intelligentes, un peu ennuyeuses parfois et sans compli-\ncations psychologiques, mais qui représentent cette mentalité anglo saxonne\nqui tient à ignorer tout du côté passionnel de l'existence humaine. La\nmusique anglaise changera-t-elle une fois encore de caractère ? Rien ne\nserait moins surprenant mais ce qu'il y a de certain c'est que des œuvres\ntelles que les Chansons de Bilitis ou la Chanson perpétuelle ne pourraient\navoir été écrites par un compositeur anglais et que des œuvres équiva-\nlentes n'existeront jamais en Angleterre, parceque la façon de sentir et\nd'exprimer des artistes anglais est fondamentalement et irrémédiablement\ndifférente de la nôtre.\n\nX. Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c012", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.5.1", "titre_corps": "M. Arnold Bax", "titre_sommaire": "M. Arnold Bax", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.29", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 60, "texte": "M. 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I. M. a toujours marqué ses sympathies a F égard des Modernes de la Musique, et en publiant cet article\nque lui a fait parvenir M. Alfred Mortier, il entend rester dans toute la neutralité de ses sentiments ; sa respon-\nsabilité n'est donc aucunement engagée par les lignes suivantes. LA RÉDACTION.\nUn critique musical, M. Jean Huré, procède en ce moment à une\nenquête 1 qui comporte les questions suivantes :\n\" La musique ancienne tient dans concerts,\nfois plus importante que celle que Von y a\nest a peine étudiée, à peine connue : chaque œuvre est rarement jouée plus d'une\nfois, souvent très mal, sans soin et sa\nreconnaissants de donner votre avis sur\ni° La musique moderne est-elle inférieure a la musique ancienne ?\n2° N'y aurait-il pas quelque moyen d'initier aux œuvres des compositeurs\nvivants le public de notre XXe siècle, com\ncontemporains, les publics des XVIIe et\nJe ne sais ce que l'on va lui répondre, mais j'imagine que, selon l'âge\nde ceux qui répondront, les réponses différeront. Il y a dans tout jeune\nartiste ou dilettante l'étoffe d'un futuriste, et une espèce de frénésie, assez\nnaturelle d'ailleurs, qui le pousse à faire bon marché du passé au profit\ndu présent et même de l'avenir. Ce faisant, il lutte pour soi ou pour son\nidéal, ce qui les trois quarts du temps revient au même, car l'idéal d'art\nqui nous hante et nous obsède n'est sans doute qu'une objectivation de\nnos goûts, de nos moyens d'expression personnels, et de notre désir de\nconquérir notre place au soleil. Et ces sentiments subversifs sont peut-être\nnécessaires à la vie de l'art, qui ne saurait stagner sous peine de mourir.\nToutefois dans une mesure raisonnable. Pour ma part, n'étant pas com-\npositeur, je me crois assez désintéressé dans la question. Et au fait, cette\nquestion si intéressante des anciens et des modernes, il me paraît que\n\n1 Dans la Renaissance contemporaine, une jeune revue très vivante et fort artistement dirigée par le\npoète Robert Veyssié."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.46", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "M.Jean Huré ne la pose pas d'une façon fort claire. Qu'appelle-t-il les\nmusiciens anciens ? Je consens encore à affubler de cette épithète Rameau,\nGluck, J. S. Bach, Mozart, Beethoven, Weber, Mendelssohn. Mais peut-\non traiter d'anciens, Schumann, si subtil, si moderne, et qu'en France on\nconnaissait à peine, il y a une trentaine d'années ? Et Richard Wagner ?\nEt Liszt, dont l'œuvre est loin de nous être familière, et qu'on découvre\ndepuis quatre ou cinq ans ? Et César Franck P\nEt cependant il y a lieu de croire que dans la pensée de M. Huré\nce sont bien là des anciens, sans quoi son questionnaire ne rimerait à\nrien. On ne saurait alléguer en effet que Schumann, Wagner et Liszt ne\nsont pas joués dans les concerts, car ils figurent constamment dans les\nprogrammes. Et d'autre part, la question n° 2 de l'enquête s'applique aux\nmusiciens vivants. Il semble donc bien que M. Huré a voulu opposer les\nvivants aux morts et qu'il trouve qu'on ne fait pas à ceux là, je veux dire\naux vivants, la part assez belle dans les concerts.\nCela est-il bien vrai ? Question préjudicielle qui demanderait à être\nélucidée tout d'abord. C'est une statistique que je ne ferai pas, mais qu'il\nserait assez curieux d'établir. Elle aboutirait peut-être à des résultats\ninattendus. Par curiosité, et à titre de simple indication, je me suis amusé\nà pointer les programmes des concerts instrumentaux et vocaux qui ont\neu lieu à Paris du 29 novembre au 20 décembre courant, soit pendant\ntrois semaines. Il est évident qu'il faudrait faire ce pointage sur six mois\nou un an. Mais enfin, j'ai obtenu les résultats suivants. Les chiffres\nindiquent les morceaux joués de chaque compositeur.\nBeethoven 19 Rameau 4 Brahms 2\nSchumann 19 Grovlez 4 Mozart 1\nSaint-Saëns 12 Ravel 4 Samazeuilh 1\nChopin 12 Huré 3 Gounod 1\nJ. S. Bach 9 Moussorgski 3 Erik Satie 1\nFauré 9 d'lndy 2 Turina 1\nSchubert 8 Richard Strauss 2 Borodine 1\nHaendel 7 Roussel 2 D. de Séverac 1\nCésar Franck 6 Rimsky-Korsakow 2 Liszt 1\nFlorent Schmitt 6 Dukas 2 Weber 1\nDebussy 5 Albeniz 2 Divers anciens 14\nRichard Wagner 5 Bruneau 2 Divers contemporains 43\nLalo 4 Gluck 2"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 19, "texte": "ANCIENS ET MODERNES"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.47", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "Assurément ceci n'est qu'une indication ; certains compositeurs mal\npartagés sur cette liste regagneront du terrain dans le courant de l'année.\nJe constate néanmoins que MM. Debussy et Schmitt arrivent à égalité\navec César Franck et Wagner ; que M. Grovlez arrive dead-heat avec\nRameau et Lalo s'il vous plaît ; que M. Huré lui-même est joué autant\nde fois que Moussorgski, et plus de fois que Mozart. Il est vrai que ce\ndernier se rattrapera sur la distance, car il a devant lui l'éternité.\nSi nous faisons le total des anciens d'une part et des modernes de\nl'autre, ou mieux des morts et des vivants, nous arrivons au résultat\nsuivant :\nMusiciens morts 121 Musiciens vivants 90\nAh ça ! que diable nous chante donc M. Huré ? Voit-on là que les\nmorts tiennent une place dix fois plus importante que les vivants ? Ils\narrivent presque ensemble. En tout cas la proportion est plus que\nnormale, étant donné que les morts ont une œuvre infiniment plus\nglorieuse, et aussi plus abondante, qui permet de choisir et de varier les\nprogrammes qu'on leur emprunte. J'ignore ce que donnerait cette\nstatistique si on la prolongeait. Mais je suis absolument convaincu qu'en\nfin de compte les contemporains arriveraient à équilibrer leurs prédéces-\nseurs, à peu de chose près. De quoi se plaignent-ils ? Jamais, à ce que je\ncrois, ils n'ont été aussi favorisés qu'à l'heure présente. Jamais l'on ne vit\npareille fureur de modernité. Le public de nos concerts particuliers est\ncomposé pour moitié de snobs d'une admirable bonne volonté et qui\nécoutent avec un merveilleux ardeur les produits les plus abstrus de\nl'harmonisation contemporaine. Ils applaudissent de confiance et fréné-\ntiquement des compositions pour lesquelles leur entendement n'est pas\nfait, mais qu'ils rougiraient de paraître ne point comprendre. Mais quoi !\nLes jeunes maîtres sont féroces. Cela ne leur suffit pas. Ils voudraient\nqu'on cessât de jouer les œuvres des grands morts pour ne s'occuper\nque des leurs. Dernièrement, à un concert de musique moderne, je me\nsuis rencontré avec un des jeunes compositeurs les plus en vue de l'école\nmoderne, et qui jouit déjà d'une enviable et juste célébrité. Comme je\nlui parlais de l'enquête de M. Huré, il me dit textuellement : \"Ah\noui ! quand donc cessera-t-on de nous molester avec ce vieux raseur de\nBeethoven ? Dire qu'il nous faut encore subir cette musique-là ! \" Ce\nmot n'est pas inventé. Il m'a été dit, je le répète, par un musicien qui\n\n3"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.48", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "n'est pas à plaindre, car on l'interprète fréquemment dans les grands\nconcerts d'orchestre et dans les auditions pianistiques.\nEt ce propos m'amène à vous donner mon sentiment sur la première\nquestion de l'enquête : La musique moderne est-elle inférieure à la\nmusique ancienne ?\nDébat périlleux, assurément. Le critique consciencieux doit se défier\nd'être involontairement laudator tempor Nous avons toujours une\ntendance à préférer l'art de la génération à laquelle nous appartenons,\net à n'accueillir qu'avec défiance les innovateurs. Examinons donc la\nquestion de sang-froid : en somme M. Huré nous demande si la musique\nde Debussy, Florent Schmitt, Ravel, V. d'lndy, Gabriel Fauré, Paul\nDukas, Albeniz, Samazeuilh, Roussel, Turina, Erik Satie, Richard\nStrauss, Rimski-Korsakow, Stravinski, Witkowski, Ropartz, Magnard,\nque sais-je encore, est inférieure à celle de Bach, Mozart, Beethoven,\nSchumann, Schubert, Mendelssohn, Berlioz, Richard Wagner, César\nFranck, Chopin, Liszt, etc.\nHé bien franchement je crois qu'oui ! Assurément, l'on possède\naujourd'hui des musiciens de la plus grande valeur ; le talent foisonne ;\nje crois même qu'il n'y en a jamais eu autant à aucune époque.\nL'art musical proprement dit est loin d'être en décadence, et nous\nassistons à une efflorescence d'une richesse significative. Je pense qu'en\naucun temps, dans son ensemble,l'Europe n'a vu scintiller une pléiade\nmusicale aussi brillante, aussi abondante que de nos jours.\nMais il me semble que les musiciens d'aujourd'hui n'ont pas\nl'envergure des maîtres défunts. Je vois autour de moi des musiciens\ncharmants, gracieux, subtils, délicats, pittoresques, pleins de goût dans\nl'art de poser leurs touches ; je vois des musiciens délicieux, spirituels,\nnuancés, sensibles, et parfois même profonds (plus rarement) ; mais je n'en\nvois pas un qui ait les épaules des Titans, d'un Beethoven, d'un Bach ou\nd'un Wagner, pas un qui puisse entasser Pélion sur Ossa, dresser comme\nBeethoven neuf grandes cathédrales, sans compter les sonates et les\nquatuors.\nEt si, passant au détail, je rapproche, nom contre nom, des musiciens\nde tendances ou de nature à peu près corrélatives, passé contre présent,\nje crois que Debussy n'est pas l'égal de Schumann, que Fauré ne vaut\npas Mozart, que Rimsky-Korsakow n'a pas le génie de Chopin, que\nd'lndy ou Florent Schmitt n'égalent pas Bach, Liszt et César Franck,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.49", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "que Dukas et Richard Strauss ne vont pas à la cheville de Beethoven\net de Wagner, que Charpentier, Moussorgski et Lazzari ne peuvent se\nmesurer à l'aune de Gluck et de Weber, et que Saint-Saëns n'est même\npas l'égal de Mendelssohn.\nSi je passe aux œuvres, je constate que c'est surtout, mais uniquement\npar le sens du pittoresque, par un impressionisme plus nuancé que l'école\nmoderne semble supérieure à l'ancienne. Mais qu'est-ce que la nuance,\nle pittoresque, à côté du coup d'aile, à côté de ces compositions vastes,\nprofondes et colossales que nous ont léguées les autres. Dans l'apport\nmoderne, je ne vois rien qui égale la Passion selon Saint-Mathieu de Bach,\nle dernier acte du Don 'Juan de Mozart, XOrphée de Gluck, la 30, la 5e ou\nla 9e symphonie de Beethoven, la scène de la fonte des balles du\nla scène finale du Crépuscule des Dieux,les de César Franck.\nEt je ne suis même pas sûr que dans les cinq cents mélodies célèbres\nqu'on a produites depuis quatre-vingt ans, il y en ait une seule qui soit\naussi touchante que la yeune Fille et la Mort de Schubert, ou aussi\ndramatique que le Roi des Aulnes,en dépit de l'ingénuité des moyens\ndont disposait leur auteur.\nVoilà mon avis bien sincère. Est-ce le vôtre, ami lecteur ? Ou vais-\nje me faire traiter une fois de plus de \" vieille barbe \" ? Je ne nie pas le\ntalent et le mérite de mes contemporains. Il y a parmi eux plusieurs\nartistes merveilleux. Mais je ne les trouve pas aussi grands, aussi doulou-\nreux, aussi poignants, aussi purement ingénus que les anciens.\nQuant à les faire jouer et connaître le plus possible, je n'y vois pas\nd'inconvénient, bien au contraire. Il ne faut pas que les morts étouffent\nles vivants. Mais il ne faut pas non plus que les vivants, par ce seul fait\nqu'ils sont en vie, aient la prétention de vouloir couler au fond de la mer\ndes cercueils vénérés.\n\nAlfred Mortier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c032", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.11", "titre_corps": "LES LIRVES", "titre_sommaire": "LES LIRVES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "ROUCHES (G.). Inventaire des Lettres et Papiers\nManuscrits de Gaspare, Carlo et Lodovico Vigarani conservés aux\nArchives de Modene. (Paris, Champion, 1913, I vol. pet.\nin-8° de 236 pp.)\nOn sait que Mazarin, désireux de solenniser la conclusion\nde la Paix des Pyrénées, se résolut à \" jeter l'argent par les\nfenêtres \" à cette occasion, ainsi qu'il l'écrivait lui-même à la\nReine. Comme à ses yeux, seul, un opéra pouvait servir à fêter\ndignement de si glorieux événements, il fit venir de Venise le\nfameux compositeur Cavalli, commanda le livret de la pièce à\nson secrétaire l'abbé Buti et multiplia les démarches pour appeler\ndes quatre coins de l'Europe une petite armée de chanteurs,\nd'instrumentistes, de décorateurs et de machinistes. Aucun théâtre\nne lui paraissant offrir un cadre assez riche pour une œuvre si\ngrandiose, il résolut d'en faire élever un nouveau, par un vieil\narchitecte dont l'expérience était grande en ces sortes d'ouvrages :\nGaspare Vigarani de Modène. Celui-ci vint à Paris avec ses deux\nfils, Carlo et Lodovico, et, durant trois années, se consacra à\nla construction du théâtre des Tuileries. Ce sont les lettres écrites de Paris par ces trois\npersonnages que M. Gabriel Rouchès analyse et résume.\nEn ouvrant le volume de M. Rouchès, le musicographe peut espérer trouver quelques\ndétails nouveaux et précieux sur la vie musicale et théâtrale de cette époque. Les Vigarani ont\ntravaillé pour Cavalli d'abord, puis Carlo a mis à la scène les comédies-ballets de Molière, les\nopéras de Lully. Malheureusement, ni Gaspare, ni ses fils, ne prêtent la moindre attention à\nce qui n'intéresse pas directement et exclusivement leur art. C'est à peine si le nom de Cavalli\nest incidemment mentionné dans cette correspondance. Des chanteurs, des musiciens italiens\nqui vivaient à Paris à cette époque, pas un mot. L'indifférence des Vigarani pour la musique\net les livrets des pièces dont ils exécutent les décors est incroyable. Carlo parle en un endroit\ndu \" Serse de Cicognini \" qu'on vient de chanter à la Cour, alors que le Serse est l'œuvre de\nNicolo Minato !\nSi, au point de vue musical, l'importance des lettres des Vigarani est à peu près nulle, en\nrevanche, la publication de M. Rouchès apporte une contribution capitale à l'histoire de h\nmise en scène au XVIIe siècle. Les détails techniques abondent et permettent de reconstitue!\navec précision la manière dont étaient fabriqués ces décors et ces machines qui émerveillaien:\nles parisiens au point de les distraire d'écouter la musique de Cavalli. Avec le traité de Sabbat-\ntini : Pratica di fabricar scene e machine ne teatri, la correspondance des Vigarani est la sourc\nla plus abondante en renseignements techniques sur la machinerie italienne du XVIIe siècle."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIRVES"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.51", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "Ne pouvant songer à éditer le texte intégral de ces lettres qui formeraient la matière de\nplusieurs in-folios, M. Rouchès a pris le parti d'en donner un catalogue analytique, citant\nça et là les passages les plus significatifs, résumant en quelques mots toute une lettre peu\nimportante. On ne saurait trop le louer de cette initiative, ni trop souhaiter qu'il ait de\nnombreux imitateurs. On ne peut tout publier. Le système des \" morceaux choisis \" est\ndéplorable. Je n'en veux pour preuve que la monumentale édition des Lettres de Mazarin qui\nexclut systématiquement tout ce qui concerne les beaux arts et la musique ! Une analyse\ndétaillée des lettres, permettant de retrouver rapidement dans les archives les textes originaux,\nferait bien mieux notre affaire ! Le système adopté par M. Rouchès est donc excellent et tous\nceux qui s'intéressent à l'histoire de l'architecture théâtrale et même de la Société au\nXVIIe siècle, doivent lui être reconnaissants de sa précieuse publication.\nJe me permettrai, en terminant, d'adresser à l'auteur un léger reproche. Lui qui se\nmontre si soucieux d'exactitude en ce qui concerne les documents relatifs aux Beaux-arts,\npourquoi traduit-il parfois si librement les rares passages ayant trait à l'histoire musicale ? Un\nexemple : page 21, M. Rouchès résume en ces termes une lettre de Lodovico Vigarani en\ndate du 2 janvier 1660 : \" Le Cardinal Mazarin a fait venir... Buti, librettiste de l'opéra\nde Serse qu'on va jouer. \" Si je me reporte à la copie que j'ai prise de cette lettre dans les\nArchives de Modène, je constate que toute la fin de la phrase :de Serse qu on va jouer... a été\najoutée par M. Rouchès. Il y a seulement \"Il S. Abbate Buti, compositore delV opéra Or il\ns'agit ici non du Serse, mais de YErcole Amante et par surcroit M. Rouchès fait commettre à\nLodovico une bévue puisque le livret du Serse est l'œuvre de Nicolo Minato et non de l'abbé\nButi ! Ce n'est d'ailleurs là qu'un détail et M. Rouchès, historien des beaux arts, est bien\nexcusable de s'être un peu égaré dans les divers opéras de Cavalli.\nH. PRUNIERES.\nPETIT (A.). —La Fonction vocale et VArt du Chant (Paris, 2 rue Blanche, 1 vol.\nin-4°).\nCe travail, d'une intéressante lecture, résume l'expérience personnelle et professionnelle\nde l'auteur, et il serait bon que chaque professeur apportât la sienne sous une forme aussi\nprécise ; l'enseignement y gagnerait en clarté et en discussion ce que gagne toute pratique a\nêtre raisonnée et formulée.\nLa partie physiologique de l'ouvrage, forcément empruntée, s'inspire malheureusement\nde théories un peu surannées, ce qui stérilise sans doute la recherche d'une compétence\nscientifique, si louable d'ailleurs chez un professionnel ; et le livre ne répond pas suffisamment\nà toutes les questions qu'il pose, entre autres à celle de la portée, qui est fondamentale ;\nmais on y trouve une foule d'aperçus pratiques, présentés sous une forme agreable et souvent\npittoresque.\nVATIELLI (Francesco). La civilita musicale di moda. Ragionamenti di Petronio\nIsaurico. (Torino, Bocca, 1913, in-8° de 117 pp. L. 2.)\nDiable ! Voici la musicologie italienne qui plaisante et manie le fouet de la satire ! Avec\nesprit d'ailleurs, et en touchant au bon endroit. Dans une série de petites histoires, générale-\nment notre éminent collègue florentin attire 1 attention et le ridicule sur certains\naspects de la vie musicale, je dirais même musicologique, italienne. Je recommande surtout la\nlecture du chapitre intitulé uAd un congresso musicale . C est très bien vu, et les personnages\ncampés de façon amusante, depuis le Prof. Gibzutrinken, qui distribue sa communication"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.52", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "\" Des opinions talmudistes sur la harpe d'Eole \", jusqu'au Français, qui prouve que\nles gloires de la musique italienne n'ont jamais pu être que... françaises; en passant par\nl'italien venu pour placer ses conserves, et le Belge, qui trouve moyen de répéter la même\nconférence dans trois sections successivement. Il faut souhaiter à ce livre mordant, sans\nméchanceté, de produire son petit effet. I. E.\nGRATTAN FLOOD. The Dublin Society for the support oj decayed musican.\n(Reprinted from the Journal of the Royal Society of antiquaries of Ireland.)\nCes quelques pages nous apportent des documents d'archivé sur une société de prévoyance,\nformée à Dublin pour les musiciens au XVIIIe siècle.\nGASTOUÉ (Améd ée). Variations sur ta musique (Bureau d'édition de la\nSchola, 1913, in-8° de 108 pp.)\nLa haute compétence de M. Gastoué en tout ce qui concerne la musique religieuse\nn'est plus à louer. Signalons un aspect plus familier de son talent, avec cette réunion d'articles\ndivers, destinés à tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à l'art liturgique. Le chapitre\nintitulé \" Gli groteschi \" est tout-à-fait réjouissant ; nous n'avons pas coutume d'exercer la\nsagacité de nos lecteurs sur des devinettes ou des rébus. M. Gastoué nous permettra pour cette\nfois d'en emprunter un à son ouvrage. Le problème est le suivant : rétablir le texte original\ndu programme qu'un typographe malavisé imprima un jour ainsi :\nFigue de S 1 Roch pour orgue.\nMesse du Pape, par Marcel de Palestrina.\nO mignonne mystérieuse ! motet.\nVieilles chansons françaises, harmonium à 3 voix de J. Tiersot.\n... Les variations sur la musique d'église ne sont pas nécessairement austères...\nV. P.\nCLOSSON (E.). Notes sur la Chanson populaire en Belgique (Bruxelles, Schott frères,\n1913, in-12 de 84 pp. Fr. 1,50.\nBrochure peu encombrante et moins coûteuse encore, mais qui contient dans ses\nquelques pages de plus nombreuses et précieuses indications que certains gros bouquins dans\nleurs innombrables feuillets.\nM. Closson nous promène à travers la chanson belge avec la sûreté d'un guide et la\nprécision d'un logicien et c'est même un sage, car il nous indique ce que peuvent avoir\nd'artificiel ou de trop absolu les catégories entre lesquelles il répartit les productions popu-\nlaires et enfin, il agit encore en artiste, puisqu'il ne néglige pas de citer les textes musicaux\net littéraires qui lui paraissent caractéristiques.\nMACHABEY.\nPONNELLE (Lazare). A Munich. (Fischbacher, 1913, in-8° de 105 pp.)\nNous n'avons pas besoin de présenter ici M. Ponnelle. Les lecteurs du Mercure Musical,\ndu Courrier et d'S. I. M. ont gardé souvenir des articles qu'il écrivit pour eux et dont on\nretrouvera ici même de nombreux fragments ; et les Amis de la Musique reliront avec plaisir\nle compte rendu de leur glorieuse semaine de Munich. Il nous faut signaler tout particulièrement\nl'analyse, très approfondie et très attachante de l'œuvre de Richard Strauss. Ici, M. Ponnelle"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.53", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3615, "texte": "a délibérément lâché la bride à ses enthousiasmes ; c'est la première fois, je crois, qu'un\nFrançais atteint à une aussi entière compréhension de cet art de Strauss, si distant de nous par\ncertains côtés. Puissent ses sympathies être communicatives.\nSTIEVENARD (Emile).— Manuel de (J. Hamelle 1913? in-12 de iiopp.^\nCe manuel où sont exposés, par demandes et réponses, les principes fondamentaux de la\nmusique a été composé, nous dit l'auteur, à l'usage des écoles et des candidats aux examens.\nNous aimerions assez savoir de quelle écoles et de quels examens il s'agit, car ce petit livre,\nbien qu'il débute sagement par les notions les plus élémentaires ne paraît point destiné aux\ncommençants: le chapitre des harmoniques en particulier y est déjà traité de façon scientifique;\nle chapitre des accents, tout à fait ingénieux aussi suppose évidemment lecteur une certaine\nculture musicale. Certains passages, la théorie des mesures, celle de la transposition, ne\nbrillent évidemment pas par la clarté et, avouons le, ils ont trouvé ailleurs une exposition plus\nlogique. Mais sachons gré à M. Stiévenard de la franchise de sa doctrine : dès sa première ligne\nil s'avère un sentimental. Ne nous dit-il pas en commençant : \"le but de la musique est\nl'expression des sentiments au moyen des sons.\" Et plus loin : \" L'expression étant le but de la\nmusique... \" Lui ferons-nous remarquer qu'il va rayer d'un trait de plume toute la musique\ndescriptive ? Ce simple manuel de solfège nous fait aborder de bien grosses questions esthé-\ntiques. N'est-ce pas le plus sérieux éloge que l'on puisse en faire ?\nELLEN TERRY. The Russian Baldrawings by P. COLMAN SMITH\n(London Sidgwick and Jacksone, in-40 de 54 pp.)\nLes Ballets Russes promenés en Europe par le merveilleux montreur qu'est Serge de\nde Diaghilev, n'ont pas manqué de faire impression en Angleterre. C'est l'écho de cet\nenthousiasme qui nous vaut le livre d'Ellen Terry, brochure bien écrite, dont les dimensions\nne dépassent pas celles d'un article de revue, mais qui a le bonheur de servir de présentation\nà une série de croquis de Miss Paméla Colman Smith.\nNos lecteurs connaissent déjà le crayon de Miss Smith et ses notations fugitives des gestes\nde la musique, ils retrouveront ici le charme de ces exquises spontanées.\nBERTEAUX (Eugène). Alt air (Paris, G. Oudin 1913, in-16 de 84 pp.)\nPoème dramatique en cinq parties conçu pour la musique; c'est ce que l'on\nnommait autrefois, d'un mot qui a pris depuis un sens péjoratif, un livret d'Opéra, - nous\ndisons maintenant un drame lyrique. Même dégagé de tout souci pittoresque, meme situe dans\n« une contrée imaginaire \" le drame lyrique a déjà ses conventions, tout comme son frère\nainé. Le héros qui durant l'acte final s'entête à gravir un inaccessible rocher ressemble\nétrangement à Fervaal-,les trois sœurs fatidiques, Izel, Ellen et Goéla, sont de proches\nparentes des trois nornes, et l'innocente petite Sauge a déjà paru sous un nom moins harmonieux\ndans 1 'Ouragande M. Bruneau. M. Berteaux fait usage d'une prose rythmée librement\nassonnante, qui ne manque ni d'élégance ni de souplesse et est deja par elle-meme fort\nmusicale. La préface écrite par lui en tête de son œuvre, est du reste un fervent hommage\nrendu à la musique, \" seul moyen d'expression digne de traduire l'aspiration incessante et\npassionnée de l'homme vers l'inconnu. \" On ne peut mieux dire ; et avant de nous écrier,\ncomme l'héroine d'Altaïr au deuxième acte \"Je ne te comprends plus, Je crains\nl'obscurité \" nous attendrons la musique de M. Brisset, qui de cette obscurité fera jaillir\nl'étincelle illuminatrice."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.54", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "SACHS (Curt). Reallexicon der Musikinstrumente. (Berlin Julius Bard, I9I3>\nin- 4* de 443 PP- Mk- 3°)-\nMAUCLAIR (C.). Histoire de la musique Européenne. 1850-1914, (Fischbacher,\n1914, in- 8° de 310 pp. fr. 3.50).\nHLINEMANN (Ernst.). R. Wagner und das Ende der Musik. (Lpz. Th. Thomas\n1913 in-8° de 175 pp. Mk. 39.\nPROD'HOMME. J-~J« Hector Berlioz, préface de A. BRUNEAU. (Delagrave\nin-120 de pp. fr. 3.50.).\nSTIEVENARD (Emile). Manuel de musique par demandes et réponses. (Hamelle\n1913, in-12° de 110 pp.)\nHUGHES (R. V.). Early english harmony. (The plaisong and mediaval music\nsociety, 1913, in-fol de 134 pp.)\nPONELLE (Lazare). A Munich. (Fischbacher, 1913, in-120 de 108 pp.)\nBERTEAUX (Eugène). Altaïry poeme dramatique. (Oudin 1913, in-12°\nde 84 pp. fr. 2).\nGASPERINI (Guido). Il R. Conservatorio di musica in Parma. (Parma 1913,\nin-120 de 114 pp.)\nSOUBIES (Albert). Almanach des spectacles, année 1912. (Flammarion 1913,\npetit in-120 de 162 pp. fr. 5).\nGRAAFF (Joseph). Einzeichen-Tonschrift(Coeln, Z. Gonski 1913, in-8° de\n28 pp.).\nBATKA (Richard). Ida Isori et son (Costallat et CIU 1913, in-8\"\nde 26 pp. fr. 2).\nMISCELLANEA MUSICAE 810-BIBLIOGRAPHICA. Publiées par\nH. Springer, M. Schneider et W. Wolffheim. Année 11, fascicules i et 2 (Lpz. Breitkopf,\n19ï3, in-8°).\nHILL (Arthur Georges). L'art chrétien en Espagne. (Londres J. B. Nichols et fils,\n1913 in-fol def 89 pp.).\nPALEOGRAPHIE MUSICALE. 100. (Alphonse Picard, octobre 1913\nin-fol.)\nTHIBAUT (J. B.) Monuments de la notation ekphonètique et Hagiopolite de l'église\ngrecque (St Pétersbourg 1913 in-fol, fr. 150).\nCHOISY (Frank). La musique à Gen (Genève, 19 Grande rue,\n1914 in-8° de 63 pp. fr. 2).\nLUDWIG (Friedrich). Die Aelteren Musikwerke... des Akademischen Gesanç-\nVereins Strassburg. (Strass. 1913 in-8° de 14 pp.).\nSEL VA (Blanche). La Sonate.(Rouart, Lerolle et Cie in-8° de 288 dd\nfr. 5). * *\nBE.X (Maurice). (contribution a l histoire du salaire au théâtre en France de à\nla fin de Vancien régime.(M. Rivière et Cie, 1913, in-40 de 146 pp.).\nMUSICAL ASSOCIATION. Proceedings of 1912-1913. (Novello, 1913 in-8°\nde 182 pp. one guinea.)\nGAI AN US. Strauss, Debussy e compagn (Bologna. Bongiovanni), in-8° de\n112 pp. lire 1.50)\nBORREN. (Ch. van den) Les musiciens Belges en Angleterre, à l'époque de la Renais-\nsance. (Bruxelles, 1913 in-120 de 123 pp. fr. 2.50)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c034", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.12", "titre_corps": "Les Grands Concerts", "titre_sommaire": "Les Grands Concerts", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "4\n\nLes Grands Concerts\n\nCONCERTS COLONNE\n\n(Notre éminent collaborateur Claude Debussy ayant été appelé à diriger en Russie deux\nfestivals de ses œuvres qui obtinrent un véritable triomphe, adresse à nos lecteurs le spirituel\nbillet que voici. Ajoutons que l'Association des Concerts Colonne a eu le bon goût de ne\ndonner aucune œuvre nouvelle pendant l'absence de notre collaborateur et s'est consacrée, en\nattendant son retour, à d'intéressantes reprises parmi lesquelles il convient de signaler les\n3me et sme5me symphonies de Beethoven, un important fragment de Parsifal, les trois Nocturnes de\nDebussy, la Symphonie sur un thème montagnard de Vincent d'lndy et, accompagnées au piano,\nles Amours du Poète de Schumann qui enthousiasmèrent le public mais dont l'opportunité dans\nun concert symphonique fut mise en doute par les amoureux de l'orchestre et très passionnément\ndiscutée par la critique.)\n\" M. S. Kussewitzky nous invita à venir diriger deux concerts d'orchestre, l'un à Saint-\nPétersbourg, l'autre à Moscou. C'est la raison pour laquelle on voudra bien nous excuser de\nne pouvoir parler des Concerts Colonne en particulier, ni de la vie musicale de Paris en général.\nCes concerts étaient consacrés exclusivement aux œuvres de Claude Debussy. Jamais\nnous n'en entendîmes autant à la fois. On sent bien pourquoi nous ne pouvons en parler\ndavantage. Qu'il nous soit permis toutefois de dire hautement la valeur artistique de l'orchestre\nrassemblé par le seul Kussewitzky, qui se distingue nettement par une exacte discipline et un\ndévouement à la musique assez rare dans les quelques villes lumières de notre vieille Europe.\nOn se rappelle que M. S. Kussewitzky fut un virtuose incomparable de la contrebasse\ninstrument qui n'inspire généralement pas confiance. Pour cette raison, ce groupe d'instruments\nprend dans son orchestre une valeur sonore inattendue I! est vraiment ce \" tond \" tour"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3599, "texte": "à tour solide, tumultueux voire même impalpable, sur lequel se jouent librement, sans crainte,\ntoutes les valeurs orchestrales possibles.\nPendant l'été, l'orchestre Kussewitzky remonte le Volga dans un de ces bateaux à trois\nétages qu'on peut voir sur les lacs Suisses, s'arrêtant là où il est possible de trouver une salle,\nnon de concert, mais où l'on peut faire honnêtement de la musique. Kussewitzky nous\nracontait qu'il n'a pas souvent rencontré de public plus docile ni plus ému. Cette émotion est\ntellement sincère qu'il en oublie d'applaudir. Qu'on ne voie aucune stupidité dans ce fait,\nmais que l'on sache seulement que ceux qui ne peuvent payer leur place ne recourent pas au\nstratagème du billet de faveur mais s'acquittent par le don de quelques fruits de la terre.\nOn peut trouver que voilà peut-être le plus bel hommage rendu à la musique. Certaine-\nment, il vaut bien ce bruit sauvage qui consiste à frapper les mains l'une contre l'autre adopté\ngénéralement par nos dilettantes les plus avertis.\nTout cela qui est très beau, affirmons-le, réclame des qualités assez multiples. Elles se\ntrouvent réunies dans la personne de S. Kussewitzky dont l'ardente bonne volonté à servir la\nmusique ne nous paraît pas devoir connaître désormais d'obstacles. \"\n\nClaude Debussy.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nUn deuil cruel ayant éloigné des concerts le maître Vincent d'lndy, M. Pierre de Bréville a\nbien voulu accepter encore une fois de se substituer à lui pour tenir nos lecteurs au courant des Concerts\nLamoureux du mois dernier.\nL'Oaristys de M. Raoul Brunei est la seule œuvre que nous aient fait entendre vraiment\npour la première fois les concerts Lamoureux depuis six semaines.\nPrélude à la célèbre églogue d'André Chénier, ce morceau très sage semble plutôt un frag-\nment de pantomime dont assurément à la scène le plan poétique apparaitrait plus précis. On ne\nrisquerait pas, comme à une première audition au concert, de confondre la campagne sicilienne\net les oiseaux qui l'animent avec Daphnis ou Chloé, ne sachant trop à qui attribuer le solo de\ncor ou le solo de violon séparés par de persistants dialogues entre des pipeaux rustiques. L'élé-\ngance de ces quelques pages les rend toutefois agréables à entendre, et si leur brièveté décon-\ncerte un peu, il en faut louer la sonorité claire, discrète, sans embarras et sans embrouillamini.\nCes dernières qualités ne sont pas celles qu'on a coutume de reconnaître à Schumann,\ndont le moindre amateur déclare avec certitude l'instrumentation lourde et confuse.\nSans prétendre ici à discuter au fond cette sorte d'axiome, quelques remarques contredi-\nsant sa rigueur peuvent cependant être hasardées. Je me souviens d'un \" consommateur d'art \"\nplus prétentieux que bien informé qui déclarait le Miracle bien orchestré parce que, pendant\nquelques mesures du ballet, il avait éprouvé la surprise d'un neuf et charmant accouplement de\ntimbres. Assurément sa conclusion était exacte, mais si l'opéra de M. Georges Hue est en effet\nbien orchestré c'est pour des raisons qui dépassent de beaucoup le simple accident, si précieux\nsoit-il, d'un effet d'orchestre.\nOr, de ces trouvailles sonores Schumann est peu prodigue, et c'est là un des reproches\nque lui adressent ils l'adressent aussi à Beethoven et à Franck ceux qui mettent plus haut\nque tout la sensation rare.\nSon sentiment intime et profond ne s'amuse que rarement aux distractions pittoresques,\nmais sa pensée s'exprime toujours avec toute son intensité expressive en dépit de quelques\nempâtements dont je ne puis m'empêcher de croire que ceux là seuls s'exagèrent l'importance"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.57", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3679, "texte": "fâcheuse qui ne sont pas touchés par cette pensée elle-même. Car Schumann, ainsi que presque\ntous les musiciens (je parle des maîtres) écrit l'orchestre de sa musique.\nPeut-on imaginer en effet telle ou telle de ses œuvres avec des sonorités autres que celles\nqu'il leur a assignées, et qui donc oserait instrumenter à nouveau l'ouverture de Manfred ?\nN'en est-il pas de l'orchestre à peu près comme de l'harmonie qu'on ne saurait isoler de\nla mélodie qu'elle accompagne ?... N'en déplaise à ce critique admirant, il y a quelque vingt\nans, une mélodie de M. Fauré, tout en déplorant \" l'harmonie tourmentée \" dont elle émane\nen réalité.\nSouvenons-nous du mot de Schumann lui-même au sujet de Berlioz : \" Vous lui\nreprochez ses basses... essayez de leur en substituer d'autres... \"\nQuoi qu'il en soit des obscurités de l'orchestre de Schumann, M. Chevillard vient de\nprouver victorieusement qu'on peut le \" faire sortir \", pour employer l'argot du métier.\nSans le secours d'aucune partition, se fiant à sa seule mémoire, ce qui n'est pas à la\nportée d'un musicien ordinaire, il a exécuté les quatre symphonies avec une exceptionnelle\nperfection.\nOn sentait qu'il se les chantait à lui même en les dirigeant, se livrant à elles avec toute\nson intelligence et tout son cœur. Aussi l'émotion qui l'animait fut elle communicative,\net pénétra jusqu'à l'âme du public. L'immense acclamation qui accueillit la quatrième symphonie\ncomme elle avait accueilli l'admirable symphonie rhénane, lui en apporta la preuve et la\nrécompense.\nComplétant le cycle Schumann auquel fut consacrée une partie des premières séances de\nla saison, il nous fît entendre ensuite le Concerto de Violoncelle, assez terne et ingrat, que le\njeu indifférent de M. Alexanian ne parvint pas à vivifier, et Y allegro de concert pour piano si\nrarement exécuté qu'il fut, pour beaucoup, une nouveauté.\nLes idées en sont charmantes, et il n'est pas besoin de regarder le programme pour les\nattribuer à Schumann. Mais la forme de ce morceau, et surtout les arpèges très chargés de\nnotes qui l'encombrent, font songer à une improvisation.\nL'exécution de M. Pugno lui a conservé ce caractère.\nPar contre le grand pianiste a joué les Variations symphoniques de Franck avec un soin\nminutieux, trop minutieux même en certaines parties qui se détachèrent ainsi de l'ensemble de\nl'œuvre au point que l'unité en parut altérée.\nJ'ose le dire, au risque de sembler paradoxal, et dussé-je être seul de mon sentiment.\nPresque au début, dans le passage en ut dièze mineur nuancé d'un simple p. dans la partition,\nde brusques oppositions que rien ne motive m'ont étonné, et l'apparition du thème a manqué\nde la simplicita que réclame l'auteur. Enfin, quelque moelleuse et délicate que fut la sonorité\nqu'il lui a donnée, la sorte de cadence en mi bémol qui amène le péroraison se fît attendre en\nun rubato pour moi exagéré. Bien qu'il ne s'agit pas d'une ballade elle prit l'apparence d'un\nu envoi \" au public.\nCelui-ci n'avait pas besoin de cette invite pour acclamer un de ses virtuoses préférés, en\ntoute justice, je le reconnais, la part faite à ces critiques de détail, ne fut-ce que pour\nla grâce et le charme dont il enveloppa tant d'autres pages de cette œuvre exquise, et spéciale-\nment ce mystérieux épisode où, sous les arpèges du piano, les violoncelles chantent le thème\nde l'introduction.\nMais cette joie reconnaissante que le public entendait témoigner à M. Pugno il en\nréservait assurément une part à l'œuvre elle même, une de celles qui l'attirent le plus sûrement,\nune de celles qui est par là assurée de \" faire recette\nAussi je me demande pourquoi M. Chevillard, certain de n'en ressentir aucun dommage,"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3951, "texte": "ne la ferait pas reparaître plusieurs dimanches de suite, avec un interprète différent. Depuis\nleur première audition par M. Diémer à qui elles sont dédiées, les Variations symphoniques sont\nau répertoire de tous les pianistes. Ne serait-il pas intéressant de les entendre exécuter succes-\nsivement par quelques grands artistes ?\nAvant tous il conviendrait de les confier à Mlle Selva qui vient, dans son livre si élevé\nsur la sonate, de démontrer combien elle est pénétrée du caractère particulier qui convient\nà l'interprétation de chaque maître.\nDe ce tournoi, sorte de concours Diémer supérieur, il ne pourrait assurément sortir que\ndes vainqueurs ; toutefois, à juger leur conception différente du style, l'éducation du public\ngagnerait quelques degrés seule peut être y perdrait en absolu la célèbre définition de Buffon\nu le style, c'est l'homme. \"\nMais en demandant qu'une œuvre apparaisse deux dimanches de suite sur l'affiche des\nconcerts Lamoureux j'aborde une question pleine d'inconnu.\nIl est impossible en effet de comprendre pourquoi, à succès égal, l'honneur du bis à une\nsemaine de distance est obtenu par les unes et refusé aux autres.\nIl fut réservé à la presque seule Rapsodie mauresque de M. Humperdink, œuvre d'une\nincroyable lourdeur, malgré son éblouissante virtuosité de contrepoint et d'orchestre. M. Hum-\nperdink, qui a cependant écrit telle ou telle page si fine d'Hœnsei et Gretel, semble ici\nconfondre les cafés maures de Tanger avec les brasseries d'léna et la nuit claire d'orient\navec le ciel chargé de nuages d'où le marteau de Donner va faire jaillir les éclairs. Tout y est\nsérieux, un motif de chanson de \" beuglant \" y devient grandiloquent, et le mesquin y revêt\nde la grandeur. L'impression que l'on emporte de ce voyage en pays maure se peut résumer\npar ce stupéfiant assemblage de mots inventé outre Rhin Kolossal Klein.\nCe qui, au contraire est empreint du tact le plus français, et ce pourquoi se prodiguèrent\nles rappels et les bis (sans résultat du reste, car, à la différence de la Rapsodie mauresque, le\nFestin de /'Araignée fut exécuté une fois seulement) c'est la suite que, sous ce titre,\nM. Roussel a tirée de son ballet du Théâtre des Arts.\nAla scène, accompagnant la pantomime expressive de Mme Sahari-Djelly, on avait pu se\nrendre compte combien tout dans sa partition témoignait de mesure et de justesse de propor-\ntions. Chaque chose y étant à sa place, rien ne dépassait le cadre : idées simples, harmonie\nsans inutile torture, orchestration soigneusement détaillée où chaque instrument obéit à son\ngénie propre et ne prend la parole que pour dire un mot utile, mot qui n'est jamais perdu.\nToutes ces qualités on a pu les reconnaître au concert, et mieux qu'au théâtre peut-être\non a goûté le début de cette suite où s'évoque avec une fraîcheur délicieuse le calme d'un\ngrand jardin. Mais toutes les petites bêtes qui le peuplent nous sont apparues ensuite, le papillon\naprès les fourmis et l'éphémère après le papillon. Bien que grossies à l'échelle humaine à la\nscène, M. Roussel a conservé aux unes et aux autres la traduction musicale menue et minu-\ntieuse qui convient à des insectes, en sorte que, malgré les plus rares surprises de timbres, l'attention\nfinit par se fatiguer, comme à la contemplation prolongée de miniatures, et on se dit que pour\nla salle cette musique est trop minutieuse et menue, et que cet orchestre est trop important\npour jouer la valse de l'éphémère ; bref, que l'œuvre n'est plus à sa place.\nM. Roussel qui a écrit les Evocations me comprendra. Il n'aurait pas imaginé de les faire\njouer au théâtre des Arts !\nSouhaitons qu'une direction bien avisée remette à la scène le Festin de VAraignée, et aussi\nqulstar demeure au répertoire des grands concerts où, en dépit du talent avec lequel\nMlle Trouhanowa à Paris et Mlle Cerny à Bruxelles ont mimé ses variations décroissantes,\nl'œuvre superbe de M. d'lndy est infiniment mieux située qu'au théâtre."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.59", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3898, "texte": "Souhaitons aussi que Parsifal suive désormais son sort puisque tous les efforts tentés pour\nle protéger sont demeurés vains. A vouloir le réserver à Walhal-Bayreuth, la lance de Wotan\ns'est brisée ; comme Siegfried il va courir les aventures sur les scènes lyriques et dans les\ncinémas. Qu'il déserte donc les concerts ! Presque à la veille de revêtir son costume d'opéra\nil y a monologué en habit noir, puis dialogué avec Kundry et avec Gurnemanz. Que ce soit\nlà son chant du cygne... avant d'aller chasser dans les tirés de M. Messager, et d'y tuer les\noiseaux sacrés du Graal ; et qu'il laisse cette place qu'il a trop encombrée depuis deux mois, et\noù il n'était certes pas à la sienne, à des œuvres ne réclamant rien d'une réalisation théâtrale !\nA côté de lui une presque nouveauté 1 est cependant parvenue à se glisser : Printemps,\nsuite en deux parties qui fut, il y a vingt cinq ans, l'envoi de Rome de M. Debussy.\nLa section de l'lnstitut du temps l'accueillit fort mal. Si dès cette époque on l'avait\nconsulté, le public se fut peut être montré plus clairvoyant. Sans se laisser dérouter par la\nseconde partie à laquelle il eut attribué des intentions de ballet telles qu'il les voyait à peu\nprès réalisées par Delibes ou Chabrier, on peut supposer qu'il eut découvert les dons précieux\nde musique personnelle dont la première conserve le témoignage, et deviné déjà les promesses\nsi magnifiquement réalisées depuis.\n\nP. de Bréville.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE\n\nJe ne sais quelle fatalité déchaîna, il y a dix ans environ, un brusque accès de fanatisme\nbeethovenien. La théorie du bloc appliquée aux neuf symphonies, aux dix-sept quatuors, aux\ntrente-deux sonates, l'éclosion de Sociétés Beethoven, les publications multiples d'ouvrages\nbiographiques ou critiques, tout contribua à entretenir une effervescence dont nous sommes à\npeine remis. Quelles que soient les causes et les conséquences de ce phénomène, au moins\npeut-on qualifier de rétrospectif l'intérêt qui s'attache à la reprise, dans l'ordre chronologique,\ndes symphonies par la Société des Concerts. Les dix programmes où se résume son effort\nannuel en seront peut-être affectés. Une symphonie \" éminente \", chaque saison, une ou deux\nd'entre les cadettes, suffiraient, je crois, aux besoins légitimes du culte. Et cependant Haydn\net Mozart, Haydn surtout, attendent une aumône et nous manquent plus encore que nous ne\nleur manquons.\nJe ne doute pas qu'ils n'inspirent d'ailleurs, le cas échéant, leurs interprètes tout autant\nque le grand-prêtre de la Messe en ré. Ce n'est pas que les Symphonies en ut et en ré majeur\nréfléchissent aussi fidèlement qu'on a coutume de le répéter l'esprit ou la forme de Mozart et\nd'Haydn. C'est déjà tout autre chose. Les \" chercheurs de réminiscences \" ou d'affinités, que\nvilipenda jadis M. Huré, s'ébahiront de la parenté mélodique par quoi se ressemblent le thème\ndu Larghetto de la Symphonie en r/, et l'épisode en ré bémol du prodigieux Scherzo en ut dièze\nmineur de Chopin. Mais ils se garderont d'en inférer quoi que ce soit.\nLes chœurs écrits par Gounod pour l'éphémère Ulysse de Ponsard appartiennent au\nrépertoire de la rue Bergère. Nous les y avons naguère entendus. Dans la notice révérencieuse\nqu'il a consacrée à l'auteur de Roméo, M. Saint-Saëns insiste sur cette partition qui a été\nl'origine de sa grande intimité avec Gounod. Il l'admire infiniment. La musique française,\nsinon Ulysse, a depuis le règne de Ponsard beaucoup voyagé. Et nous ne nous représentons pas\nsans effort ce qu'il pouvait y avoir de hardiesse à écrire, à l'époque du bellinisme le prélude de\nFaust. La Société des Concerts a exhumé de courts fragments, un chœur de Naïades où se\n\n1 La véritable première audition du \"Printemps\" fut donnée il y a huit mois par la Société Nationale qui\njadis a déjà eu l'honneur de faire connaître avant tous V Après midi d'un faune et la Damoiselle élue."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.60", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3955, "texte": "devine un pressentiment de Mireille, un chœur de Porchers, un chœur des Serviteurs, des\nPrétendants, des Suivantes infidèles, qui trahit des velléités de réalisme pittoresque, une\nrecherche même de la sonorité que la critique du temps elle était déjà infaillible avait\ndiscernée. Ce n'est pas d'ailleurs d'après ces morceaux choisis que l'on peut juger l'œuvre. Et,\nsi l'on en croit M. Saint-Saëns, la lecture en est révélatrice.\nM. Enesco joue volontiers le Concerto pour violon de Lalo. Il est naturel que la sponta-\nnéité, le charme souvent ingénu de cette musique, la vivacité, la souplesse de la rythmique la\nplus diverse qui soit, que cette sincérité, cette harmonieuse fantaisie, atteignent les profondeurs\nde sa sensibilité. Son interprétation est constamment exquise. Il n'y a plus là de concerto ni de\nvirtuose, mais de la musique, simplement.\nLe désir d'apercevoir Gounod, qui enchanta ma jeunesse provinciale, m'avait entraîné en\n1888 à un concert spirituel où il dirigeait l'exécution de son psaume\nLe Requiem de Verdi venait ensuite. Je ne saurais dire si on l'a réédité depuis. La Société des\nConcerts, dont c'est précisément le rôle de ressusciter les grandes œuvres choro-symphoniques\nsacrifiées ailleurs comme trop onéreuses, s'en est opportunément souvenue. Je regrette de ne\npouvoir l'analyser avec quelque détail. Il ne ressemble en rien aux Messes des morts accou-\ntumées. Il est aussi loin des hallucinations infernales de Berlioz que du dernier et délicieux\n\" sommeil de la Vierge \" qu'est le Requiem de M. Fauré. C'est une sorte d'exaltation des\nêtres en face de la mort, l'expansion d'une vitalité qui veut vaincre ; c'est la théâtrale exhibi-\ntion du Campo-Santo de Gênes ou d'ailleurs, le pathétique mobile et violent qui amène le\nrythme des attitudes et des gestes éperdus. C'est plus un drame qu'un oratorio. Mais quel\ntexte aussi est plus dramatique. L'ampleur du dessin, l'intensité des effets, le relief des con-\ntrastes y créent les larges perspectives nécessaires à l'évolution d'une grande action scénique.\nJe ne sais quelle ferveur, quelle surhumaine énergie fait vivre ces \" airs \" parfois vulgaires,\ncomme l'Esprit-Saint transfigura l'humilité des apôtres.\nLe chœur initial est une enveloppante effusion. Le contour en est libre, souple, insinuant.\nL'inquiétude rythmique du Kyrie annonce l'explosion de la première strophe du Dies irae\ndont la menace retentira par intermittence sur les créatures épouvantées. Il y a dans\nYlngemisco où s'abandonne le ténor l'amorce d'une coquette chanson populaire : \" Auprès de\nma blonde... \", qui détonne et étonne un peu. Le Dies irae est traité d'ailleurs avec une\nhabileté, une variété de ressource, une ressource devant lesquelles il faut s'incliner, encore que\nla matière l'emporte assez souvent sur l'esprit.\nLe Sanctusqui déverse son allégresse en une cataracte chromatique, nous livre frémissants\nà l'obsédante mélopée de l'Agnus Dei, à cette clausule sur \" eis requiem \" où la misère de\ndeux voix féminines à l'octave vient se réfugier en une anxieuse imploration. Et les fureurs du\nDies irae redoublent qui vont se dissoudre dans la polyphonie souveraine d'une grande fugue.\nLa nationalité du Requiem se reconnaît moins à ses défauts qu'à ses qualités. Nulle vanité\nornementale les vocalises en sont quasiment absentes mais l'imagination la plus vive, la\nplus naturelle, la plus heureuse adresse, dans la disposition des voix une couleur orchestrale\néclatante, uue fougue qui emporte tout.\nL'exécution, qui rassemblait aux côtés des chœurs et de l'orchestre, MlleS Gall et\nLapeyrette, M. Campagnola, envers qui la grippe se montra clémente, et M. Gresse, fut de\ntous points remarquable. La séance avait fort bien commencé avec la Symphonie héroïque\ntriomphalement évoquée par M. Messager. Et dire que le personnage de la \"\nqui professait \" qu'il n'y a pas de musique qu'au Conservatoire \" n'était peut-être pas, en ce\ntemps-là, beethovénien.\n\nPaul Locard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c036", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.12.2", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE", "signature_source": "Claude Debussy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "4"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.55", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "CONCERTS COLONNE\n\n(Notre éminent collaborateur Claude Debussy ayant été appelé à diriger en Russie deux\nfestivals de ses œuvres qui obtinrent un véritable triomphe, adresse à nos lecteurs le spirituel\nbillet que voici. Ajoutons que l'Association des Concerts Colonne a eu le bon goût de ne\ndonner aucune œuvre nouvelle pendant l'absence de notre collaborateur et s'est consacrée, en\nattendant son retour, à d'intéressantes reprises parmi lesquelles il convient de signaler les\n3me et sme5me symphonies de Beethoven, un important fragment de Parsifal, les trois Nocturnes de\nDebussy, la Symphonie sur un thème montagnard de Vincent d'lndy et, accompagnées au piano,\nles Amours du Poète de Schumann qui enthousiasmèrent le public mais dont l'opportunité dans\nun concert symphonique fut mise en doute par les amoureux de l'orchestre et très passionnément\ndiscutée par la critique.)\n\" M. S. Kussewitzky nous invita à venir diriger deux concerts d'orchestre, l'un à Saint-\nPétersbourg, l'autre à Moscou. C'est la raison pour laquelle on voudra bien nous excuser de\nne pouvoir parler des Concerts Colonne en particulier, ni de la vie musicale de Paris en général.\nCes concerts étaient consacrés exclusivement aux œuvres de Claude Debussy. Jamais\nnous n'en entendîmes autant à la fois. On sent bien pourquoi nous ne pouvons en parler\ndavantage. Qu'il nous soit permis toutefois de dire hautement la valeur artistique de l'orchestre\nrassemblé par le seul Kussewitzky, qui se distingue nettement par une exacte discipline et un\ndévouement à la musique assez rare dans les quelques villes lumières de notre vieille Europe.\nOn se rappelle que M. S. Kussewitzky fut un virtuose incomparable de la contrebasse\ninstrument qui n'inspire généralement pas confiance. Pour cette raison, ce groupe d'instruments\nprend dans son orchestre une valeur sonore inattendue I! est vraiment ce \" tond \" tour"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "à tour solide, tumultueux voire même impalpable, sur lequel se jouent librement, sans crainte,\ntoutes les valeurs orchestrales possibles.\nPendant l'été, l'orchestre Kussewitzky remonte le Volga dans un de ces bateaux à trois\nétages qu'on peut voir sur les lacs Suisses, s'arrêtant là où il est possible de trouver une salle,\nnon de concert, mais où l'on peut faire honnêtement de la musique. Kussewitzky nous\nracontait qu'il n'a pas souvent rencontré de public plus docile ni plus ému. Cette émotion est\ntellement sincère qu'il en oublie d'applaudir. Qu'on ne voie aucune stupidité dans ce fait,\nmais que l'on sache seulement que ceux qui ne peuvent payer leur place ne recourent pas au\nstratagème du billet de faveur mais s'acquittent par le don de quelques fruits de la terre.\nOn peut trouver que voilà peut-être le plus bel hommage rendu à la musique. Certaine-\nment, il vaut bien ce bruit sauvage qui consiste à frapper les mains l'une contre l'autre adopté\ngénéralement par nos dilettantes les plus avertis.\nTout cela qui est très beau, affirmons-le, réclame des qualités assez multiples. Elles se\ntrouvent réunies dans la personne de S. Kussewitzky dont l'ardente bonne volonté à servir la\nmusique ne nous paraît pas devoir connaître désormais d'obstacles. \"\n\nClaude Debussy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c037", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 56, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.12.3", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX", "signature_source": "P. de Bréville", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.56", "debut_caractere": 1296, "fin_caractere_exclue": 3599, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX\n\nUn deuil cruel ayant éloigné des concerts le maître Vincent d'lndy, M. Pierre de Bréville a\nbien voulu accepter encore une fois de se substituer à lui pour tenir nos lecteurs au courant des Concerts\nLamoureux du mois dernier.\nL'Oaristys de M. Raoul Brunei est la seule œuvre que nous aient fait entendre vraiment\npour la première fois les concerts Lamoureux depuis six semaines.\nPrélude à la célèbre églogue d'André Chénier, ce morceau très sage semble plutôt un frag-\nment de pantomime dont assurément à la scène le plan poétique apparaitrait plus précis. On ne\nrisquerait pas, comme à une première audition au concert, de confondre la campagne sicilienne\net les oiseaux qui l'animent avec Daphnis ou Chloé, ne sachant trop à qui attribuer le solo de\ncor ou le solo de violon séparés par de persistants dialogues entre des pipeaux rustiques. L'élé-\ngance de ces quelques pages les rend toutefois agréables à entendre, et si leur brièveté décon-\ncerte un peu, il en faut louer la sonorité claire, discrète, sans embarras et sans embrouillamini.\nCes dernières qualités ne sont pas celles qu'on a coutume de reconnaître à Schumann,\ndont le moindre amateur déclare avec certitude l'instrumentation lourde et confuse.\nSans prétendre ici à discuter au fond cette sorte d'axiome, quelques remarques contredi-\nsant sa rigueur peuvent cependant être hasardées. Je me souviens d'un \" consommateur d'art \"\nplus prétentieux que bien informé qui déclarait le Miracle bien orchestré parce que, pendant\nquelques mesures du ballet, il avait éprouvé la surprise d'un neuf et charmant accouplement de\ntimbres. Assurément sa conclusion était exacte, mais si l'opéra de M. Georges Hue est en effet\nbien orchestré c'est pour des raisons qui dépassent de beaucoup le simple accident, si précieux\nsoit-il, d'un effet d'orchestre.\nOr, de ces trouvailles sonores Schumann est peu prodigue, et c'est là un des reproches\nque lui adressent ils l'adressent aussi à Beethoven et à Franck ceux qui mettent plus haut\nque tout la sensation rare.\nSon sentiment intime et profond ne s'amuse que rarement aux distractions pittoresques,\nmais sa pensée s'exprime toujours avec toute son intensité expressive en dépit de quelques\nempâtements dont je ne puis m'empêcher de croire que ceux là seuls s'exagèrent l'importance"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.57", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3679, "texte": "fâcheuse qui ne sont pas touchés par cette pensée elle-même. Car Schumann, ainsi que presque\ntous les musiciens (je parle des maîtres) écrit l'orchestre de sa musique.\nPeut-on imaginer en effet telle ou telle de ses œuvres avec des sonorités autres que celles\nqu'il leur a assignées, et qui donc oserait instrumenter à nouveau l'ouverture de Manfred ?\nN'en est-il pas de l'orchestre à peu près comme de l'harmonie qu'on ne saurait isoler de\nla mélodie qu'elle accompagne ?... N'en déplaise à ce critique admirant, il y a quelque vingt\nans, une mélodie de M. Fauré, tout en déplorant \" l'harmonie tourmentée \" dont elle émane\nen réalité.\nSouvenons-nous du mot de Schumann lui-même au sujet de Berlioz : \" Vous lui\nreprochez ses basses... essayez de leur en substituer d'autres... \"\nQuoi qu'il en soit des obscurités de l'orchestre de Schumann, M. Chevillard vient de\nprouver victorieusement qu'on peut le \" faire sortir \", pour employer l'argot du métier.\nSans le secours d'aucune partition, se fiant à sa seule mémoire, ce qui n'est pas à la\nportée d'un musicien ordinaire, il a exécuté les quatre symphonies avec une exceptionnelle\nperfection.\nOn sentait qu'il se les chantait à lui même en les dirigeant, se livrant à elles avec toute\nson intelligence et tout son cœur. Aussi l'émotion qui l'animait fut elle communicative,\net pénétra jusqu'à l'âme du public. L'immense acclamation qui accueillit la quatrième symphonie\ncomme elle avait accueilli l'admirable symphonie rhénane, lui en apporta la preuve et la\nrécompense.\nComplétant le cycle Schumann auquel fut consacrée une partie des premières séances de\nla saison, il nous fît entendre ensuite le Concerto de Violoncelle, assez terne et ingrat, que le\njeu indifférent de M. Alexanian ne parvint pas à vivifier, et Y allegro de concert pour piano si\nrarement exécuté qu'il fut, pour beaucoup, une nouveauté.\nLes idées en sont charmantes, et il n'est pas besoin de regarder le programme pour les\nattribuer à Schumann. Mais la forme de ce morceau, et surtout les arpèges très chargés de\nnotes qui l'encombrent, font songer à une improvisation.\nL'exécution de M. Pugno lui a conservé ce caractère.\nPar contre le grand pianiste a joué les Variations symphoniques de Franck avec un soin\nminutieux, trop minutieux même en certaines parties qui se détachèrent ainsi de l'ensemble de\nl'œuvre au point que l'unité en parut altérée.\nJ'ose le dire, au risque de sembler paradoxal, et dussé-je être seul de mon sentiment.\nPresque au début, dans le passage en ut dièze mineur nuancé d'un simple p. dans la partition,\nde brusques oppositions que rien ne motive m'ont étonné, et l'apparition du thème a manqué\nde la simplicita que réclame l'auteur. Enfin, quelque moelleuse et délicate que fut la sonorité\nqu'il lui a donnée, la sorte de cadence en mi bémol qui amène le péroraison se fît attendre en\nun rubato pour moi exagéré. Bien qu'il ne s'agit pas d'une ballade elle prit l'apparence d'un\nu envoi \" au public.\nCelui-ci n'avait pas besoin de cette invite pour acclamer un de ses virtuoses préférés, en\ntoute justice, je le reconnais, la part faite à ces critiques de détail, ne fut-ce que pour\nla grâce et le charme dont il enveloppa tant d'autres pages de cette œuvre exquise, et spéciale-\nment ce mystérieux épisode où, sous les arpèges du piano, les violoncelles chantent le thème\nde l'introduction.\nMais cette joie reconnaissante que le public entendait témoigner à M. Pugno il en\nréservait assurément une part à l'œuvre elle même, une de celles qui l'attirent le plus sûrement,\nune de celles qui est par là assurée de \" faire recette\nAussi je me demande pourquoi M. Chevillard, certain de n'en ressentir aucun dommage,"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3951, "texte": "ne la ferait pas reparaître plusieurs dimanches de suite, avec un interprète différent. Depuis\nleur première audition par M. Diémer à qui elles sont dédiées, les Variations symphoniques sont\nau répertoire de tous les pianistes. Ne serait-il pas intéressant de les entendre exécuter succes-\nsivement par quelques grands artistes ?\nAvant tous il conviendrait de les confier à Mlle Selva qui vient, dans son livre si élevé\nsur la sonate, de démontrer combien elle est pénétrée du caractère particulier qui convient\nà l'interprétation de chaque maître.\nDe ce tournoi, sorte de concours Diémer supérieur, il ne pourrait assurément sortir que\ndes vainqueurs ; toutefois, à juger leur conception différente du style, l'éducation du public\ngagnerait quelques degrés seule peut être y perdrait en absolu la célèbre définition de Buffon\nu le style, c'est l'homme. \"\nMais en demandant qu'une œuvre apparaisse deux dimanches de suite sur l'affiche des\nconcerts Lamoureux j'aborde une question pleine d'inconnu.\nIl est impossible en effet de comprendre pourquoi, à succès égal, l'honneur du bis à une\nsemaine de distance est obtenu par les unes et refusé aux autres.\nIl fut réservé à la presque seule Rapsodie mauresque de M. Humperdink, œuvre d'une\nincroyable lourdeur, malgré son éblouissante virtuosité de contrepoint et d'orchestre. M. Hum-\nperdink, qui a cependant écrit telle ou telle page si fine d'Hœnsei et Gretel, semble ici\nconfondre les cafés maures de Tanger avec les brasseries d'léna et la nuit claire d'orient\navec le ciel chargé de nuages d'où le marteau de Donner va faire jaillir les éclairs. Tout y est\nsérieux, un motif de chanson de \" beuglant \" y devient grandiloquent, et le mesquin y revêt\nde la grandeur. L'impression que l'on emporte de ce voyage en pays maure se peut résumer\npar ce stupéfiant assemblage de mots inventé outre Rhin Kolossal Klein.\nCe qui, au contraire est empreint du tact le plus français, et ce pourquoi se prodiguèrent\nles rappels et les bis (sans résultat du reste, car, à la différence de la Rapsodie mauresque, le\nFestin de /'Araignée fut exécuté une fois seulement) c'est la suite que, sous ce titre,\nM. Roussel a tirée de son ballet du Théâtre des Arts.\nAla scène, accompagnant la pantomime expressive de Mme Sahari-Djelly, on avait pu se\nrendre compte combien tout dans sa partition témoignait de mesure et de justesse de propor-\ntions. Chaque chose y étant à sa place, rien ne dépassait le cadre : idées simples, harmonie\nsans inutile torture, orchestration soigneusement détaillée où chaque instrument obéit à son\ngénie propre et ne prend la parole que pour dire un mot utile, mot qui n'est jamais perdu.\nToutes ces qualités on a pu les reconnaître au concert, et mieux qu'au théâtre peut-être\non a goûté le début de cette suite où s'évoque avec une fraîcheur délicieuse le calme d'un\ngrand jardin. Mais toutes les petites bêtes qui le peuplent nous sont apparues ensuite, le papillon\naprès les fourmis et l'éphémère après le papillon. Bien que grossies à l'échelle humaine à la\nscène, M. Roussel a conservé aux unes et aux autres la traduction musicale menue et minu-\ntieuse qui convient à des insectes, en sorte que, malgré les plus rares surprises de timbres, l'attention\nfinit par se fatiguer, comme à la contemplation prolongée de miniatures, et on se dit que pour\nla salle cette musique est trop minutieuse et menue, et que cet orchestre est trop important\npour jouer la valse de l'éphémère ; bref, que l'œuvre n'est plus à sa place.\nM. Roussel qui a écrit les Evocations me comprendra. Il n'aurait pas imaginé de les faire\njouer au théâtre des Arts !\nSouhaitons qu'une direction bien avisée remette à la scène le Festin de VAraignée, et aussi\nqulstar demeure au répertoire des grands concerts où, en dépit du talent avec lequel\nMlle Trouhanowa à Paris et Mlle Cerny à Bruxelles ont mimé ses variations décroissantes,\nl'œuvre superbe de M. d'lndy est infiniment mieux située qu'au théâtre."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.59", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "Souhaitons aussi que Parsifal suive désormais son sort puisque tous les efforts tentés pour\nle protéger sont demeurés vains. A vouloir le réserver à Walhal-Bayreuth, la lance de Wotan\ns'est brisée ; comme Siegfried il va courir les aventures sur les scènes lyriques et dans les\ncinémas. Qu'il déserte donc les concerts ! Presque à la veille de revêtir son costume d'opéra\nil y a monologué en habit noir, puis dialogué avec Kundry et avec Gurnemanz. Que ce soit\nlà son chant du cygne... avant d'aller chasser dans les tirés de M. Messager, et d'y tuer les\noiseaux sacrés du Graal ; et qu'il laisse cette place qu'il a trop encombrée depuis deux mois, et\noù il n'était certes pas à la sienne, à des œuvres ne réclamant rien d'une réalisation théâtrale !\nA côté de lui une presque nouveauté 1 est cependant parvenue à se glisser : Printemps,\nsuite en deux parties qui fut, il y a vingt cinq ans, l'envoi de Rome de M. Debussy.\nLa section de l'lnstitut du temps l'accueillit fort mal. Si dès cette époque on l'avait\nconsulté, le public se fut peut être montré plus clairvoyant. Sans se laisser dérouter par la\nseconde partie à laquelle il eut attribué des intentions de ballet telles qu'il les voyait à peu\nprès réalisées par Delibes ou Chabrier, on peut supposer qu'il eut découvert les dons précieux\nde musique personnelle dont la première conserve le témoignage, et deviné déjà les promesses\nsi magnifiquement réalisées depuis.\n\nP. de Bréville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c038", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.12.4", "titre_corps": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "Paul Locard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.59", "debut_caractere": 1457, "fin_caractere_exclue": 3898, "texte": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE\n\nJe ne sais quelle fatalité déchaîna, il y a dix ans environ, un brusque accès de fanatisme\nbeethovenien. La théorie du bloc appliquée aux neuf symphonies, aux dix-sept quatuors, aux\ntrente-deux sonates, l'éclosion de Sociétés Beethoven, les publications multiples d'ouvrages\nbiographiques ou critiques, tout contribua à entretenir une effervescence dont nous sommes à\npeine remis. Quelles que soient les causes et les conséquences de ce phénomène, au moins\npeut-on qualifier de rétrospectif l'intérêt qui s'attache à la reprise, dans l'ordre chronologique,\ndes symphonies par la Société des Concerts. Les dix programmes où se résume son effort\nannuel en seront peut-être affectés. Une symphonie \" éminente \", chaque saison, une ou deux\nd'entre les cadettes, suffiraient, je crois, aux besoins légitimes du culte. Et cependant Haydn\net Mozart, Haydn surtout, attendent une aumône et nous manquent plus encore que nous ne\nleur manquons.\nJe ne doute pas qu'ils n'inspirent d'ailleurs, le cas échéant, leurs interprètes tout autant\nque le grand-prêtre de la Messe en ré. Ce n'est pas que les Symphonies en ut et en ré majeur\nréfléchissent aussi fidèlement qu'on a coutume de le répéter l'esprit ou la forme de Mozart et\nd'Haydn. C'est déjà tout autre chose. Les \" chercheurs de réminiscences \" ou d'affinités, que\nvilipenda jadis M. Huré, s'ébahiront de la parenté mélodique par quoi se ressemblent le thème\ndu Larghetto de la Symphonie en r/, et l'épisode en ré bémol du prodigieux Scherzo en ut dièze\nmineur de Chopin. Mais ils se garderont d'en inférer quoi que ce soit.\nLes chœurs écrits par Gounod pour l'éphémère Ulysse de Ponsard appartiennent au\nrépertoire de la rue Bergère. Nous les y avons naguère entendus. Dans la notice révérencieuse\nqu'il a consacrée à l'auteur de Roméo, M. Saint-Saëns insiste sur cette partition qui a été\nl'origine de sa grande intimité avec Gounod. Il l'admire infiniment. La musique française,\nsinon Ulysse, a depuis le règne de Ponsard beaucoup voyagé. Et nous ne nous représentons pas\nsans effort ce qu'il pouvait y avoir de hardiesse à écrire, à l'époque du bellinisme le prélude de\nFaust. La Société des Concerts a exhumé de courts fragments, un chœur de Naïades où se\n\n1 La véritable première audition du \"Printemps\" fut donnée il y a huit mois par la Société Nationale qui\njadis a déjà eu l'honneur de faire connaître avant tous V Après midi d'un faune et la Damoiselle élue."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.60", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3955, "texte": "devine un pressentiment de Mireille, un chœur de Porchers, un chœur des Serviteurs, des\nPrétendants, des Suivantes infidèles, qui trahit des velléités de réalisme pittoresque, une\nrecherche même de la sonorité que la critique du temps elle était déjà infaillible avait\ndiscernée. Ce n'est pas d'ailleurs d'après ces morceaux choisis que l'on peut juger l'œuvre. Et,\nsi l'on en croit M. Saint-Saëns, la lecture en est révélatrice.\nM. Enesco joue volontiers le Concerto pour violon de Lalo. Il est naturel que la sponta-\nnéité, le charme souvent ingénu de cette musique, la vivacité, la souplesse de la rythmique la\nplus diverse qui soit, que cette sincérité, cette harmonieuse fantaisie, atteignent les profondeurs\nde sa sensibilité. Son interprétation est constamment exquise. Il n'y a plus là de concerto ni de\nvirtuose, mais de la musique, simplement.\nLe désir d'apercevoir Gounod, qui enchanta ma jeunesse provinciale, m'avait entraîné en\n1888 à un concert spirituel où il dirigeait l'exécution de son psaume\nLe Requiem de Verdi venait ensuite. Je ne saurais dire si on l'a réédité depuis. La Société des\nConcerts, dont c'est précisément le rôle de ressusciter les grandes œuvres choro-symphoniques\nsacrifiées ailleurs comme trop onéreuses, s'en est opportunément souvenue. Je regrette de ne\npouvoir l'analyser avec quelque détail. Il ne ressemble en rien aux Messes des morts accou-\ntumées. Il est aussi loin des hallucinations infernales de Berlioz que du dernier et délicieux\n\" sommeil de la Vierge \" qu'est le Requiem de M. Fauré. C'est une sorte d'exaltation des\nêtres en face de la mort, l'expansion d'une vitalité qui veut vaincre ; c'est la théâtrale exhibi-\ntion du Campo-Santo de Gênes ou d'ailleurs, le pathétique mobile et violent qui amène le\nrythme des attitudes et des gestes éperdus. C'est plus un drame qu'un oratorio. Mais quel\ntexte aussi est plus dramatique. L'ampleur du dessin, l'intensité des effets, le relief des con-\ntrastes y créent les larges perspectives nécessaires à l'évolution d'une grande action scénique.\nJe ne sais quelle ferveur, quelle surhumaine énergie fait vivre ces \" airs \" parfois vulgaires,\ncomme l'Esprit-Saint transfigura l'humilité des apôtres.\nLe chœur initial est une enveloppante effusion. Le contour en est libre, souple, insinuant.\nL'inquiétude rythmique du Kyrie annonce l'explosion de la première strophe du Dies irae\ndont la menace retentira par intermittence sur les créatures épouvantées. Il y a dans\nYlngemisco où s'abandonne le ténor l'amorce d'une coquette chanson populaire : \" Auprès de\nma blonde... \", qui détonne et étonne un peu. Le Dies irae est traité d'ailleurs avec une\nhabileté, une variété de ressource, une ressource devant lesquelles il faut s'incliner, encore que\nla matière l'emporte assez souvent sur l'esprit.\nLe Sanctusqui déverse son allégresse en une cataracte chromatique, nous livre frémissants\nà l'obsédante mélopée de l'Agnus Dei, à cette clausule sur \" eis requiem \" où la misère de\ndeux voix féminines à l'octave vient se réfugier en une anxieuse imploration. Et les fureurs du\nDies irae redoublent qui vont se dissoudre dans la polyphonie souveraine d'une grande fugue.\nLa nationalité du Requiem se reconnaît moins à ses défauts qu'à ses qualités. Nulle vanité\nornementale les vocalises en sont quasiment absentes mais l'imagination la plus vive, la\nplus naturelle, la plus heureuse adresse, dans la disposition des voix une couleur orchestrale\néclatante, uue fougue qui emporte tout.\nL'exécution, qui rassemblait aux côtés des chœurs et de l'orchestre, MlleS Gall et\nLapeyrette, M. Campagnola, envers qui la grippe se montra clémente, et M. Gresse, fut de\ntous points remarquable. La séance avait fort bien commencé avec la Symphonie héroïque\ntriomphalement évoquée par M. Messager. Et dire que le personnage de la \"\nqui professait \" qu'il n'y a pas de musique qu'au Conservatoire \" n'était peut-être pas, en ce\ntemps-là, beethovénien.\n\nPaul Locard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c039", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.13", "titre_corps": "Music=halls et chansonneries", "titre_sommaire": "Music=halls et chansonneries", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4041, "texte": "Music=halls et chansonneries\n\nCeci tuera cela, vaticinait Victor Hugo en opposant le livre à l'église. Des romantiques\nattardés cherchent encore à nous faire peur en prédisant tour à tour que le café-concert\ndétruira le théâtre, qu'il sera lui-même exterminé par le music-hall, enfin que le cinéma aura\nraison de toute exhibition directe, que l'écran remplacera la scène, et que l'art dramatique sous\nses espèces les plus nobles comme les plus familières aura vécu.\nIl est vrai que la foule s'entasse dans la pénombre des salles où se projettent les derniers\nvols d'un acrobate aérien, ou ceux non moins applaudis d'un sympathique escroc. Elle n'est\npas devenue pour cela moins curieuse des combats de boxeurs réels, des exercices d'équilibre\noù le risque n'est pas limité à la pellicule, des chants que ne contrefait pas le gosier conique\ndu phonographe, surtout des apothéoses galantes où l'émotion teinte de rose des charmes pal-\npitants. Ce sont là des plaisirs de grandes assemblées. Mais un public à peine moins nombreux\nse répartit entre les édifices plus étroits où l'intimité permet les allusions fines et les gestes\nhardis ; il est même remarquable que les établissements de cette sorte se multiplient, d'année\nen année, de mois en mois, avec un zèle qui ne peut guère passer pour un symptôme de\ndécadence. L'économiste reste embarrassé devant un phénomène qui met en défaut les lois de\nla concurrence. C'est qu'en effet elles ne s'appliquent dans leur rigueur qu'aux produits néces-\nsaires à l'existence, non aux plaisirs. La consommation des premiers reste constante ; celle des\nseconds est sujette à de considérables variations en raison des ressources, de l'humeur, du goût.\nQue le moraliste s'en afflige ou nous en félicite, le fait est indéniable : Paris est aujourd'hui\nplus que jamais la ville du plaisir. Or s'il faut mettre au nombre des plaisirs ceux de la table,\nceux aussi du salon, du boudoir et de la chambre, l'art du peintre, du musicien, du poète, a\nlui-même pour condition première le plaisir. C'est un ornement de la vie qui ajoute à son prix,\ncomme une robe élégante fait valoir la grâce naturelle. Il peut traduire les idées les plus\nélevées : si nous les adoptons, c'est par l'effet d'une représentation qui a su nous charmer.\nL'austérité des mœurs et le sérieux d'une pensée vouée aux intérêts matériels sont funestes aux\njeux de l'esprit ; Oscar Wilde le savait bien, qui parvint à une si pure conception de la\nbeauté par le mépris souverain des préjugés qui l'entouraient. Il n'est de civilisation florissante\nque celle où l'amusement domine. Athènes a vécu dans la joie, comme la France féodale\ndu moyen-âge, comme l'ltalie de la Renaissance, et les plus raffinés poètes de la Chine n'ont\njamais boudé ni à une tasse de vin, ni au sourire d'une jeune fille. Ce n'est pas assez de dire,\ncomme Renan, que les gens du monde débarrassent les lobes sains du cerveau de l'humanité du\nquadrille qui les obsède. Mais ce quadrille, ou pour parler un langage moderne, ce tango qu'ils\ndansent avec leurs jambes, est le même que d'autres essayent de figurer avec des lignes, des\ncouleurs, des mots et des accords ; le jour où la fatigue ou l'âpre besoin d'argent aura vidé les\nsalles de bal verra aussi la désertion des musées, l'arrêt des concerts et la faillite des librairies.\nTout se tient, et les divertissements les plus frivoles en apparence sont de plus sûrs\nencouragements au grand art que les subventions officielles, les achats extravagants de l'Etat\nou ses commandes burlesques, et même que les plus éloquentes objurgations de ces apôtres\nobstinés à paver de bonnes intentions une route qui ne mène à nul paradis, même\nimaginaire.\nAussi est-ce avec une satisfaction sans mélange que j'annoncerai aujourd'hui l'ouverture\nsous les plus heureux auspices de deux nouveaux lieux de plaisir. L'un est un théâtre bijou,\nqui fait à la voix captivante de M. Léoni, son directeur, la plus suave résonance, et où, de plus,\non voit de près les yeux de Mlle Bordoni, des yeux presque plus grands que le visage, et non"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4267, "texte": "seulement les yeux, mais aussi des robes d'une fantaisie toujours arrêtée au point où commen-\ncerait l'outrance, où l'on entend enfin les couplets lestement tournés, et qui semblent se\nretenir pour n'être pas plus mordants encore, d'une revue de M. Jean Bastia. Avant cette\nrevue, une comédie de MM. Mirande et Géroule, La première idée, a de bien jolis mots et\nnous montre un critique dramatique, peut-être musical aussi, dont les yeux chaussent de rondes\nbesicles en écaille. Toutes mes sympathies vont à ce critique, bien qu'il soit un peu âgé, et que\nses élans de jeunesse soient parfois plus fugitifs qu'il n'eût fallu. M. Tréville joue ce rôle avec\nla plus spirituelle bonhomie.\nLe Moulin de la chanson, fondé en octobre dernier par MM. Roger Ferréol et Emile\nWolff, a connu dès ses débuts un succès qu'il doit à une interprétation de premier ordre et à\ndes spectacles où l'intérêt ne fléchit pas un instant. Car il faut bien avouer qu'en certains\nendroits de Montmartre les artistes, sûrs de trouver chaque soir même affluence et mêmes\napplaudissements, se relâchent un peu. Mais autre chose est un public qui ne vient et même ne\nrit plus que par habitude, et un auditoire vibrant, frémissant, qui ne laisse passer ni un mot, ni\nune intention et même est tout prêt à répondre, si on l'interroge, pour montrer qu'il a\ncompris. Il n'est pas, pour un interprète, de joie plus vive que de se sentir ainsi de plain pied\navec la salle, comme si la barrière de la rampe était tombée, et qu'il fût simplement en con-\nversation avec de nombreux amis. Il faut dire qu'on rencontre au Moulin de la chanson, aux\ncôtés de Roger ferréol, de Paul Marinier, de Mévisto aîné, de Mlles Marguerite Magdy et\nSuzanne Feindel, l'un des maîtres de l'ironie contemporaine, Enthoven, Enthoven dont le\ncrâne sait tout, dont la bouche enfantine débite les observations du plus terrible des enfants\navec un air de n'y pas toucher qu'il faut avoir vu pour y croire. La revue qui termine le spec-\ntacle porte le titre d'une de ses chansons les plus entraînantes et il en est l'auteur, en collabo-\nration avec MM. Marinier et Ferréol. Cette revue se distingue de toutes les revues en ce\nqu'on n'y est rebuté 111* par ces transitions forcées, ni par ces scènes que l'auteur a traitées par\nacquit de conscience, parce que l'actualité l'y contraignait, et sans en tirer un seul effet. Ici\ntout porte, tout est nourri d'idées et de mots, depuis la scène où comparaît devant le tribunal\nde l'inquisition une mondaine trop éprise de toilette, jusqu'à celles de l'écrevisse en chaleur\noù Mlle Feindel met Mistinguett en vinaigrette, de Manon où Mlle Magdy nous rappelle non\nsans charme les airs connus et toujours chers, et à l'assaut de boxe, où sur l'impératif un peu\néquivoque du verbe issu de ce substantif, MM. Ferréol et Enthoven partent pour un tournoi\nd'attouchements et font, si on peut dire, patte de velours avec le gant de quatre onces. Et sans\ndoute nous avons aussi les couplets sur la cocaïne, mais loin de célébrer avec de vagues épithètes\ndes félicités plus arbitraires encore qu'artificielles, ils nous montrent chacun en proie à ses\nillusions favorites : une illustre chanteuse se voit réduite aux portatives dimensions d'une\npoupee, un lieutenant de l'armée allemande reçoit une gifle au lieu du coup de pied qu'il a seul\nmérité jusqu ici ; un anticlérical dénué d'aménité se croit, sur la foi d'un refrain célèbre, la figure\nsympathique, et une artiste de la fantaisie dont la chronique s'est occupée à plus d'une reprise\nces derniers temps découvre tout à coup qu'elle est unie à un chanteur non par les liens d'un\nmariage impossible, mais par la parenté collatérale qui rejoint la nièce ou le neveu à l'oncle\nainsi qu'à la tante. Je m'abstiens de citer beaucoup de mots qui prendraient par l'impression\nune importance compromettante, mais passent, murmurés à peine, grâce à la connivence\nunanime qui les happe et les savoure avec à peine un clin d'œil pour remercier. Je dirai\nseulement ce début du grand inquisiteur, qui donne le ton de l'ouvrage avec une autorité\nmagistrale : u C'est toi le bourreau ? Eh bien ! bourre ma pipe et l'allume à ce cierge. \"\nQuel est l'esprit assez chagrin pour ne pas accepter une aussi franche invitation au rire ?\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c040", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.14", "titre_corps": "A travers la Quinzaine", "titre_sommaire": "A travers la Quinzaine", "signature_source": "Jean Poueigh", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "A travers la Quinzaine\n\nLa flambée de concerts qui joyeusement crépita durant ces dernières semaines, a vu soudain\nson ardeur décroître et s'éteindre son éclat. Sur les cendres chaudes la bûche de Noël a pris\nplace. Et sa chanson qui pétille et ronronne retiendra pendant quelques soirées encore chacun\nde nous autour du foyer familial. C'est l'heure exquise des égoïstes intimités, celle aussi des\ngénéreux élans altruistes.\nParmi les manifestations humanitaires suscitées par de périodiques appels à la bienfaisance,\nil convient d'enregistrer le Concert avec Orchestre donné au profit de la \" Caisse de Retraite\ndelà Société Mutuelle des Professeurs du Conservatoire\". A la vérité, la tâche incombant à\nl'orchestre apparaissait ici singulièrement réduite. Le piano, par contre, y prenait une place\nprépondérante. Car il ne suffit plus à cet instrument de s'affirmer en qualité de soliste. Il\nprétend de plus en plus à remplacer l'orchestre comme accompagnateur du chant. Réservée\naux seules séances de musique de chambre, cette pratique devient absolument détestable\nlorsqu'on a devant soi, inoccupés, les excellents instrumentistes de l'Association des Concerts\nLamoureux, réunis sous la baguette de notre meilleur kappelmeister, M. Camille Chevillard.\nPour une phalange telle que celle-ci, ce fut un simple jeu d'exécuter avec l'aisance et la préci-\nsion désirables, le Prélude et la Fileuse de la délicate suite écrite par M. Gabriel Fauré sur\nPelléas et Mélisande, et le brillant et court Scherzo-entr acte tiré du Conte d'Avril de\nM. Widor. Dans l'intervalle, la voix ample et émouvante de Mlle Rose Féart s'était ployée\ncomme un rameau flexible dans quelques précieux lieder de M. Fauré choisis entre les plus\nfauréens. Mais l'amateur de concertos avait de quoi sourire dans sa barbe. Le programme ne\ncontenait-il pas trois spécimens de ce genre particulièrement redoutable, portant tous la signa-\nture de M. Saint-Saëns et joués sur le clavier chacun par des mains différentes r Ainsi les\nauditeurs ont pu croire qu'il s'agissait d'un nouveau concours et qu'il allait leur falloir décerner\ndes récompenses aux concertantes aussi bien qu'aux concertos, tandis que les musicographes\navaient là une occasion unique de se documenter sur la manière de sentir de l'auteur a divers\nmoments de sa carrière. Le Concerto en sol mineur date en effet de 1868. Epoque où M. Saint-\nSaëns, connu surtout comme pianiste foudroyant selon le mot de Berlioz, venait de voir\ncouronner sa cantate Le s Noces de Prométhée et commençait à tracer les grandes lignes de\nSamson et Dalila. Composé en 1875, le Concerto en ut mineur prend place entre La Danse\nMacabre et Le Déluge. Enfin, le Concerto en fa majeur, écrit au Caire en 1896, est représen-\ntatif de cette couleur orientale dont M. Saint-Saëns conserve toujours quelques tons sur sa\npalette. MMelles Henriette Lewinsohn, Georgette Guller et Raymonde Blanc en ont succes-\nsivement brodé les capricieuses arabesques et les souples volutes, avec la jeune autorite que\nleur confère le titre de premier prix du Conservatoire."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.64", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4315, "texte": "Les parfums de l'Asie nous poursuivent. Ils baignent de leur senteur pénétrante la première\nséance des Concerts Schmitz et de l'A. M. M. A. (Association Musicale, Mondaine et\nArtistique), en majeure partie consacrée à la musique Russe. Rimsky-Korsakoff entr'ouvrit\nseulement son odoriférante cassolette avec une œuvre de jeunesse, sa Fantaisie Serbe— y avait-\nil I urcs ou Bulgares dans la salle ? La pittoresque Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski\nfleure également le Rimsky, lequel l'aurait retouchée et réorchestrée. Quant au chœur extrait\nde Je sué Naviné dont c'était la première audition, Moussorgsky y a utilisé, parait-il, des\nmatériaux tirés de Salammbô, opéra laissé par lui inachevé. Son allure populaire l'apparente à\ncertains chœurs de Boris Godounow. L'ancêtre Glinka devait avoir les honneurs de la soirée.\nD'un coloris et d'une verve rythmique étonnantes, sa Kamarinskaïa supporte la comparaison\navec les pages les plus réussies de Borodine. Elle projette une éblouissante clarté sur son œuvre\nque tant de côtés vétustés ou peu saillants maintiennent dans l'ombre, malgré que l'on s'accorde\nà saluer en lui le libérateur de la musique russe et le précurseur de l'actuelle école slave. Mais\nles eaux montantes et envahissantes du Déluge allaient atteindre tous ces brûle-parfums. Il n'y\navait plus qu'à fuir devant elles. Ce 11e fut pas toutefois sans avoir applaudi l'orchestre et les\nchœurs que M. Robert Schmitz dirige avec une nerveuse compréhension, et MMmeS Kacérowska\net I érèse Jeanes, MM. Payan et Lrique qui prêtaient leur concours àce très intéressant concert.\nLa fâcheuse grippe dame ! avec ce Déluge la fâcheuse grippe, dis-je, ayant porté\nses ravages au sein du quator Chailley, la S. M. I. dut modifier en dernière heure son deuxième\nprogramme. La 2e Sonate pour piano et violon de M. Georges Enesco remplaça donc le quatuor\na cordes de M. Louis Dumas. Melle Yvonne Astruc y déploya une sonorité expressive qui avait\nété déjà apréciée dans le Trio de Mme C. P. Simon, avec MM. A. Casella et Charron pour\npartenaires. Glissons-nous maintenant dans les pianistiques Sillages, fluides et fluorescents, de\nM. Aubert et arrivons aux révélations de ce jour. Certes, elles sont loin d'égaler les auditions\ndu precedent concert. Mais le relief et l'envergure à leur donner, mirent en lumière les\nhautes qualités de Mme Jane Mortier et de Melle Madeleine Bonnard. Ces noms sont ceux que\nl'on retrouve chaque fois que l'art demande un sacrifice à ses fidèles, en exigeant d'eux la\nvaillance et le dévouement, le talent et la conscience artistique. Mme Jane Mortier nous a\nfourni des preuves trop éclatantes de sa valeur ; elle a trop souvent connu les ovations qui se\nprolongent, pour craindre qu'on ne la juge aujourd'hui sur les deux pièces de M. A. Veuve.\nD ailleurs, 1 exécution de cette Etude et de cet Impromptu est toute à son honneur. Certaines\nœuvres servent, portent l'interprète. Ici, c'est l'interprète qui porta, qui sauva l'œuvre. Grâce\nàsa virtuosité tour à tour robuste et sensible, MI!le Jane Mortier réussit à faire accepter par\nl'auditoire une écriture d'une difficulté inouïe encore que totalement dépourvue de signification.\nLes applaudissements qui la saluèrent doivent lui être plus chers qu'une facile et assurée victoire.\nRéunis sous le titre général de Pierrot Lunaire, les six mélodies de M. VilmosGéza Zagon\nsont d un mérite supérieur. Sans déceler une originalité qui s'impose, elles reflètent néanmoins\nune nature musicale délicate et séduisante. Melle Madeleine Bonnard, remplaçant Melle Roosevelt,\ns'y affirma musicienne accomplie. Cette jeune artiste est assurément l'une des très rares\ncantatrices capables de déchiffrer a première vue n'importe quelle musique ancienne ou\nmoderne. Son chant possède un timbre sans alliage, au charme expressif, dont le volume aa^ne\nen force et en rondeur et ne perd rien de sa pureté. Dans la nuit lunaire, les roses du succès\nfleurirent àla voix de Mel1* Bonnard.\nDélaissant masques et bergamasques il nous faut passer d'une toile de Watteau à un\ntableau de Greuze. Comme épilogue aux Soirées Yv6t/t© Guilbert/ nous avons eu dirai-je\n!a primeur d'une sorte d'opéra-comique représenté pour la première fois à Paris, le mardi\n27 mars 1781 et, a Marly, devant leurs Majestés, le 27 avril suivant par les Comédiens"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "Italiens Ordinaires du Roy. Mme Yvette Guilbert cherchait depuis plusieurs années à\nrassembler les nombreux airs qui le composent ; elle a fini par les reconstituer tous et a pu\nmettre à la scène ce petit ouvrage juste à l'époque qui convenait. Divertissement en deux\nactes et en vaudevilles par de Piis et Barré, La Matinée et la Veillée Villageoises ou Le Sabot\nPerdu semble vraiment d'actualité au moment de la Nativité. N'allez pas inférer de là que le\ndit sabot s'égara dans l'âtre de quelque chaumine. C'est sur la neige qu'un matin le perdit\nBabette en venant rejoindre son ami Colin. Trouvé par le Magister et montré aux dignes\nmatrones il va faire l'objet d'une enquête sévère. Le soir venu, tous les paysans du village\nconduits par un vielleur se rendent à la veillée à travers loges et fauteuils d'orchestre. L'on se\npasse le mystérieux sabot, et l'on découvre avec stupeur qu'il chausse exactement le pied de la\nMère Thomas. Ai je besoin d'ajouter que la jolie Babette ne laissera pas plus longtemps\nsoupçonner sa mère et que ses accordailles avec Colin récompenseront une franchise aussi\nprévue que nécessaire. Cette naïve et puérile paysannerie se déroule au long des danses et\nchansons sans la moindre minute de langage parlé. Et l'impression qui se dégagé de ce\npot-pourri d'airs connus et de mélodies populaires est une monotonie grandissante. I ous les\nprotagonistes firent de leur mieux pour nous la rendre agréable. Ils ne purent suppléer au\nmanque de décors, à l'insuffisance du texte, à l'absence de musique.\nAu cours de ses soirées, Mme Yvette Guilbert parlant au public a proteste contre les\ncritiques qui lui avaient été adressées, disait-elle, dans les gazettes et les périodiques. Il s agirait de\ns'entendre. Mr\"e Yvette Guilbert mérite la plus franche admiration quand elle se cantonne dans\nle genre qui est le sien. Et dans ce cas, personne croyons-nous ne la lui refuse. La chanson de\ncafé-concert, la vieille chanson grivoise et leste conviennent merveilleusement à sa diction\nmordante, àsa science du sous-entendu. Mais dès que Mme Y. Guilbert veut s attaquer à une\nmélodie sentimentale, dramatique, ou à quelque musique touchant de puis près au gianu\nlyrisme, nous n'hésitons pas à dire que ce n'est point là son affaire.\n\nJean Poueigh."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c042", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.15", "titre_corps": "Les Sociétés", "titre_sommaire": "Les Sociétés", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.65", "debut_caractere": 2284, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "Les Sociétés\nSociété J. S. Bach\nL'Oratorio de Noël n'est pas, comme le titre semblerait l'indiquer, une œuvre homogène,\nconçue et réalisée d'après un plan déterminé ; sous cette dénomination Bach a rassemble\nsix cantates destinées aux fêtes qui s'échelonnent entre la Nativité et l'Epiphanie. Comme le\nfait très justement remarquer M. A. Schweitzer dans l'érudit ouvrage qu il a consacre au\ncélèbre Cantor, jamais celui-ci n'aurait songé à faire entendre à la suite ces six cantates ; s'il les\na groupées sous ce titre c'est uniquement parce qu'elles turent composées la même année ;\nd'ailleurs on rencontre dans 1 Oratorio de Noël beaucoup de chœurs et d airs qui figurent\négalement dans des cantates profanes ; il n'est pas toujours facile de discerner quelle fut la\ndestination primitive de ces morceaux ; on a pu cependant l'établir pour un certain nombre\nd'entre eux ; l'exécution intégrale des six cantates étant impossible, vu leur durée, il serait\ndonc naturel de laisser de côté tous les emprunts pour ne conserver que les parties originales.\nContrairement à ce qu'affirma la notice du programme, il ne semble pas que ce souci ait été"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3915, "texte": "uniquement celui de M. Bret, sans cela nous n'aurions entendu ni la célèbre Berceuse, ni l'air\nen écho, empruntés au Choix d\"Hercule, non plus que le premier chœur de la première cantate\ntiré du Dramma per Musica.\nLa partie de soprano était confiée à une cantatrice française (fait rare à la Société Bach) ;\nMlle Bonnard d'ailleurs ne fut pas inférieure aux artistes étrangers qui l'entouraient et chanta\ndans un excellent style, avec une prononciation allemande presque parfaite. Mme Durigo\ninterpréta avec charme et autorité les airs confié à l'alto ; M. Kohman fut un évangéliste\nexpressif et se montra virtuose accompli dans l'air si difficile : \" Frohe Hirten, eilt\nM. Jan Reder ne mérite également que des éloges. Les chœurs, les sopranos surtout, eurent\ndes attaques molles et imprécises. J'aurais également préféré pour la célèbre Sinfonia une\nexécution moins monochrome et il eut été désirable que certains solistes aient accordé leurs\ninstruments avec un peu plus de soin. ALB. BERTELIN.\nSalon des Musiciens français.\nLe Salon des Musiciens Français donnait sa troisième séance le 16 décembre dernier. Ce\nlut une soirée extraordinaire puisque M. Poincaré l'honora de sa présence. Félicitons-nous\nde posséder un Président de la République mélomane et espérons qu'il encouragera de même\nd'autres sociétés plus vieilles, aussi musicales et aussi nationales.\nLe quatuor de M. Cellier qui formait le début du concert m'eût, sans aucun doute, produit\nune impression considérable si j'avais eu la bonne fortune de l'entendre en entier. Il fallut me\ncontenter puisque seuls ils figuraient au programme de l'andante et du scherzo, que le quatuor\nCarembat interpréta de manière très remarquable. Des mélodies de M. Ph. Bellenot vinrent\nensuite que chanta à ravir Mell(1 Vallandri et de M. Bellenot également une scène religieuse\nd'une féerie japonaise, Naristè, qui n'ajoutera certes rien à ce qui nous fut révélé par\nMadame Butterfly. Aussitôt arriva sur l'estrade M. Hennebains pourvu par extraordinaire\nd'une abondante chevelure noire. Aucune annonce n'ayant été faite, je persiste à croire que\nc est M. Hennebains qui joua la sautillante fantaisie pour flûte de M. Georges Hue. Et\npourtant\nLes six Chansons de M. Fernand Masson sur des poésies de Charles d'Orléans sont de\npetites œuvres très jolies, très menues, un peu précieuses et fort agréables à entendre. Le\nsouvenir de celles que M. Debussy mit en musique me poursuivit malgré moi. Le Nocturne\nen ut dièze de M. Bertelin est une œuvre fort intéressante et d'un sentiment très pénétrant.\nM C Roger-Miel os qui l'interprétait n'a pas trahi l'œuvre et l'a rendue avec toute l'émotion\net la maîtrise nécessaires. Ce fut, à mon sens, le clou de la soirée et puisqu'un clou chasse\n1 autie, nous entendîmes un Noël de M. Th. Dubois pour chœur à deux voix de femmes.\nM. Th. Dubois s'est souvenu que le Christ avait voulu donner en naissant dans une étable\n1 exemple de la simplicité et de la pauvreté et ces deux qualités ne manquent pas à son œuvre.\nCela lui valut les félicitations du Chef de l'Etat qui était assis à ses côtés. Pourquoi\nM. Oabi iel Faure 11 était-t-il pas la ? Il est probable que les mêmes compliments lui auraient\nété prodigues pour son chœur a deux voix de femmes touchante rivalité que nous\nentendîmes ensuite. Le succès, le gros succès de la séance fut pour M. Reynaldo Hahn,\naccompagnateui divin ue Mn Durand-1 exte, chanteuse divine qui nous révéla et bissa\ndeux mélodies presqu'inconnues, je crois: D'une prison et Paysage ! Enfin le quatuor Battaille,\nqui connaît le secret de faire de quatre voix une seule, interpréta deux ravissantes pièces de\nM. Letorey. Mon Dieu! que M. Poincaré avait l'air fatigué!... Mais notre Président a tous\nles courages. Après avoir entendu les œuvres de MM. Cellier et Bellenot, ne voudra-t-il pas\ngoûter d celles de MM. d Indy ou de Bréville r Qui sait si les applaudissements octroyés à"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.67", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "MM. Hue et Masson, n'attireront pas sa curiosité vers MM. Debussy et Dukas, et si Letorey,\nJean Deré, J. de Presle, qui représentaient ce soir là notre musique française, ne donneront\npas à l'oreille présidentielle, le désir de connaître Ravel, Schmitt, Roussel ou Ducasse ?\nCar, bien que infiniment obscurs, ces jeunes compositeurs ont fait parler d'eux depuis quelque\ntemps. Notre Président pourrait bien questionner son ami Louis Barthou, grand Protecteur des\nAmis de la Musique, qui lui apprendrait jusqu'aux noms de leurs œuvres maîtresses.\nMais il vaut mieux ne pas songer à d'aussi graves perspectives, et féliciter M. Thomas,\nà qui revient l'honneur d'une initiation présidentielle, et d'un rapprochement entre l'Elysée et\nle Conservatoire. MAX VIDAL.\nConcerts Barrau.\n13 décembre. Ce concert nous permit d'apprécier la souplesse et la variété du talent\nde Mme Litvinne, non moins remarquable dans les mélodies de M. Léo Sachs que dans celles\nde Richard Wagner. Parmi les premières il convient de signaler \"Heimkehr \" qui est la\nplus caractéristique. Mlle Raymonde Blanc exécuta brillamment les très pittoresques \" Feux\nfollets \" d'l. Philipp, la \" Kermesse carillonnante \" de Widor ; et obtint un grand succès dans le\nCarnaval de Schumann. Quant à 1' \" Adagio pathétique \" de M. de St-Quentin, il faut sans\ndoute attribuer à la forme ingrate du Concerto dont il se réclame le peu d'effet de son pathé-\ntique que M. Dorson s'employa à dégager pourtant avec talent.\n18 décembre. Festival italien. On pouvait espérer que l'invasion italienne s'arrêterait\nau théâtre sans gagner les concerts de musique de chambre. La vulgaire emphase du Paillasse\nde Léoncavallo rendu à merveille par M. Franceschi et l'insignifiance de la \" Mort de\nMarguerite \" de Boïto paraissent encore plus pénibles au piano qu'à l'orchestre. Il faut pourtant\nmentionner à part dans ce concert les agréables variations de Tarenghi où triomphèrent\nMLLES Fourgeaud et Dufour ;le svelte menuet de Zanella, sauf dans sa seconde partie beaucoup\nmoins bien venue ; ces musiques ont quelque agrément malgré leur couleur pâle et désuète ;\nenfin et surtout le grand air Aïda chanté expressivement et musicalement par la belle voix\nde Mllc Olga Karassa.\n20 décembre. Festival Brahms. C'est toujours une joie d'entendre le merveilleux et\nvibrant artiste qu'est M. Albert Geloso, même pour un auditeur médiocrement enflammé par\nle \" génie \" de Brahms. L'exécution du Quintette en fa mineur et du Quatuor en ut mineur par\nun tel interprète et ses collaborateurs, parviendrait peut-être à opérer les conversions les plus\nrebelles. Sept mélodies complétaient le programme. Certaines : \" Comme un parfum suave \",\n\"la Violette sont d'une grâce toute schumanienne. La troisième : \"Mon amour est beau \"\natteint même presque à la jeunesse et à l'élan caractéristiques du musicien des u Amours du\nPoète —La \" Sérénade Inutile \" est d'un charme plus tudesque. Leurs mérites inégaux\nfurent mis en lumière de façon parfaite par MME Durand-Texte.\nPAUL LADMIRAULT.\nConcerts Chaigneau.\nLa série d'automne des Concerts Chaigneau vient de prendre fin. Et l'intérêt qui s'attache\nà ces manifestations musicales n'a fait que s'accentuer au cours des trois dernières séances. Dans\ncelle du 4 décembre, le Trio Chaigneau joua fort délicatement la Sonate à Trois de J.-M.\nLeclair. La voix émouvante de Mme Paule de Lestang exprima tout le charme épars dans des\nlieder de différentes époques, dont la Promenade Matinale de Charles Bordes, fut surtout goûtée.\nEnfin des Préludes de Claude Debussy, bien exécutés par M. Morse-Rummel remplaçaient le\nTrio en si bémol de Vincent d'lndy primitivement annoncé."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.68", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "Parmi les artistes justement fêtés aux matinées suivantes, nommons M. Maurice Vieux\nqui triompha le 11 décembre dans l'admirable lERIER Quatuor de Gabriel Fauré, et M. Ant.\nSistermans, interprète magnifique de Fier ernste Gesànge de Brahms. Le Trio en fa majenr de\nSaint-Saëns et la Suite en ré mineur pour violon de Corelli complétaient le programme du\n18 décembre. Ces deux œuvres valurent au Trio Chaigneau et en particulier à Mme Joachim-\nChaigneau un succès aussi vif que légitime. J. RENARD.\nSociété moderne d'instruments à vent.\nVoici une compagnie restreinte où la courtoisie la plus plaisante règne. C'est une joie de\nvoir avec quelle bonne grâce, loin de vouloir accaparer un pupitre, Fleury laisse sa place à\nBlanquart, certain d'ailleurs qu'elle lui sera rendue incessamment. Ainsi fait Gaudard pour\nLeclerc, Guyot pour Cahuzac, Capdevielle pour Entraigue et Flament pour Hermans.\nM. Pierre de Bréville qui prêtait son concours au concert donné par cette société le 5 décem-\nbre, ne sut résister à un tel exemple et après avoir occupé quelque peu le piano invita\nM:: Selva à l'y remplacer ;il est vrai que l'accompagnement des \" variations sur l'air :au clair\nde... \" n'est pas précisément commode, mais pourquoi voir les choses sous ce jour ?\nAu demeurant, concert très intéressant. Si l'œuvre de M. Vadon manque un peu d'élan,\nde sorte qu'on est tenté de répéter le nom de son compositeur, elle n'en est pas moins d'une\ninspiration facile et plaisante. Et si la notation musicale consacrée par M. de Bréville aux\nprières quotidiennes catholiques n'a rien d'enfantin elle témoigne cependant d'une sensibilité\nélégante et d'une recherche très adroite. D'ailleurs le magistral de Magnard aux\nproportions parfaites, le trop court divertissement de Roussel et les chanson et danses de d'lndy\noù les trouvailles de timbre abondent, eussent suffi à nous combler de pure joie.\nMAURICE BEX.\nSociété Philharmonique.\nLes soirs où M. Lucien Capet communique aux foules déjà conquises sa compréhension\ndes pages beethovéniennes, il règne sur nos têtes comme le mystère du Sacrifice, à l'heure de\nl'Elévation. Des fronts se tendent, des yeux se ferment, des regards se perdent dans l'invisible\net i'insondable, tandis que, l'archet autoritaire, la barbe sombre, l'œil impénétrable, M. Capet\nofficie. Son attitude devient ésotérique. Infiniment distant de ceux qui l'écoutent, il se confond\ndans son Dieu. Au moment même qu'il vient incliner sa barbe et ses lunettes sur les applau-\ndissements innombrables, il ne va point jusqu'à ramasser les fleurs que de ferventes mains ont\nfait choir à ses pieds. M. Capet est un grand prêtre incorruptible et contempteur des gentillesses\ndu monde. Et le monde lui en témoigne une ardente reconnaissance, qui l'acclame et l'ova-\ntionne avec toute la spontanéité de l'enthousiasme.\nJe m'empresse, d'ailleurs, de l'avouer, le monde a raison. La conscience artistique de\nM. Capet est trop certaine pour que je l'encense à mon tour de vains éloges. Et l'ensemble\nhomogène, équilibré, unifié, qu'il atteint de concert avec MM. Maurice liewitt, Henri et\nMarcel Casadesus, atteste une qualité tout à fait supérieure. On n'attend pas que je parle du\nVIL et du XIVe quatuors exécutés au dernier concert de la Philarmonique. Ce sont là, surtout\nen ce qui concerne le XIVe, d'imposants chefs-d'œuvre au sujet de quoi les interprétations\nindividuelles sont capables de variations infinies. Mais ce sont là également de vieilles connais-\nsances sur lesquelles les gloses individuelles, ne pouvant plus prétendre à trop de nouveauté, ne\nsauraient prétendre non plus à aucun intérêt. Alors, bornons-nous à admirer l'art sévère de\nM. Capet si justement accommodé à ces austères chefs-d'œuvre. EDOUARD SCHNEIDER."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "Il ressemble à un saurien de grande taille. Son appendice caudal plus ou moins développé\nfait que l'on distingue plusieurs genres de pianos à queue. Une autre espèce est dite oblique,\nsans doute parce que ses représentants marchent de côté comme les crabes.\nExtrêmement répandu sur toute la surface du globe, le piano craint également\nla chaleur et l'humidité. Mais sa voracité est légendaire. Il est surtout friand\nde copieuses sonates et de lourds concertos, et il\nengloutit par douzaines les pièces menues en guise\nde sucreries. L'heure de ses repas attire autour de\nlui une affluence avide d'entendre claquer ses dents d'ivoire.\nPendant cette quinzaine, son mets préféré fut le Chopin.\nM. Péru lui servit d'abord plusieurs Etudes et Nocturnes, leur corn-\nmuniquant toute l'émotion, l'affection et le respect qu'il a voués à la mémoire de celui qui lut\nson maître. Le concert donné par Mme Roger Miclos sous le patronage de la Société\nFrédéric Chopin comportait aussi quelques morceaux de choix. Jeu délicat, très nuance, fait\nde beaucoup de finesse et de légèreté extrême. Peut-être aurait-on aimé un peu plus de\nfermeté et d'envers;ure dans la Polonaise en mi bémol et dans le final des Etudes Symphoniques de\nSchumann. Cette restriction toute personnelle n'enlève rien au talent de Mme Roger\nMiclos que les auditeurs fêtèrent très chaleureusement. Tarentelle, de Chopin encore,\ndétaillée dans un très bon style par Mlle François, au milieu d'un pro-\ngramme composé de pages plus classiques. Avec MllC Blanche Selva nous\narrivons à une chère plus substantielle. Deux récitals entièrement consacres\naux Suites Anglaises et aux Partite de Bach terminaient son cours en trois\nparties sur la Suite Ancienne. Le public de la Schola apprécia fort le jeu analytique\nde cettei excellente pianiste qui met sa virtuosité au service de Bach sans chercher un seul\ninstant à éviter le texte.\nLe roi des instruments à cordes, le violon, vient d'être l'objet d'un attentat perpétré avec\nune audace et une témérité inouïes. Calme et pacifique il achevait un prestigieux final, lorsque\nsoudain un violoncelle surgit dans la salle. Un second le suivait, puis un troisième. Sans plus\nattendre, tous trois se ruèrent avec une éloquence d'archets significative vers le violon qui,\nvictime de son splendide isolement, dut pour fuir se frayer un passage à la corde."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.70", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "Voici de plus amples détails. Un violoniste russe, M. Bronislas Levenstein nous con-\nviait récemment à deux premières auditions de concertos qui lui permirent de déployer une\nappréciable virtuosité. Bien soutenu par un orchestre que dirigeait M. Lucien Wurmser, il\nexécuta le charmant Concerto de Glazounow d'un archet caressant, et l'insignifiant Concerto de\nConus et la Suite en la mineur de Sinding avec une franchise de rythme bien sonnante. C'est\nalors que, craignant sans doute une invasion de violons, les violoncelles firent une irruption\ncouronnée de succès. M. Flor Breviman ouvrait timidement la marche. Il a un coup d'archet\nassez expressif que dépare toutefois une mollesse excessive dans les passages qui nécessitent de\nla fougue, par exemple dans l'allégro con fuoco de la Sonate de Boellmann. Mlle Jeanne Pelliot\nremplaçant Mn,e Mellot-Joubert, Schubert en pâtit et surtout sa Belle Meuniere. Mais\nM. Jean Bedetti s'élançait à son tour dans la mêlée. La Sonate en la mineur de Grieg ; la\ngénéreuse Sonate en fa dieze mineur de Jean Huré ; la Sonate n° 10 de Valentini et les Varia-\ntions Symphoniques de Boellmann furent autant de prétextes à de belles joutes d'armes.\nM.ijßedetti y témoigna d'une grâce non apprêtée unie à une robuste et ardente impétuosité.\nEnfin M. Diran Alexanian avait composé un programme d'un intérêt palpitant, avec accom-\npagnement d'orchestre sous la baguette de M. P. Monteux. Musicalité exquise, pleine\net énergique sonorité sont ses qualités dominantes. Elles brillèrent d'un vif éclat dans le Con-\ncerto, op. 129 de Schumann, dans la Symphonie op. 8 de Georges Enesco qui dirigeait lui-\nmême son œuvre, et dans le Concerto op. 102 de Brahms où M. Ènesco redevenu virtuose aux\ncôtés de M. Alexanian, eut sa large part d'acclamations. Dans l'intervalle, une scène de\nl'émouvante Cathédrale de Jean Huré avait fait applaudir Mlle Monjovet et M. Paulet aux\nvoix agréables et apprécier sous la conduite de l'auteur une orchestration frémissante à souhait.\nArmé de l'archet ou assis devant le clavier le soliste provoque d'habitude l'attention et le\nrecueillement. Si ses doigts courent le long du tuyau sonore de la flûte ou de la clarinette, si\nses lèvres se crispent, si ses joues se gonflent autour de l'embouchure d'un cor, sa mimique\npeut parfois prêter à rire. Mais quand d'une bouche de jeune femme s'envole un chant lar°-e\ntendre ou douloureux, la vue de cette apparition nacrée et le son de cette\nvoix émouvante caressent délicieusement l'oreille et le regard.\nL'élément masculin ayant complètement fait défaut cette quinzaine,\nquatre cantatrices seulement défilèrent sous nos yeux. MUe Minnie Tracey\nmanifeste sa préférence pour la musique classique. Scarlatti, Hasndel, Gluck\net Beethoven se coudoient sur son programme. Elle y dépense des qualités\nde goût et de style mises au service d'un organe souple et chalenrenv\nFortement handicapés au contraire, Haendel, Beethoven et Martini ne purent résister aux"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.71", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "attaques des modernes conduits par Mlle Germaine Chevalet. Des mélodies de Grieg,\nles Etudes Latines de Raynaldo Hahn et Chants et Danses de la Mort de Moussorgski, d'une\nsensibilité si prenante, furent mises en relief grâce à la sûreté d'une technique parfaite, cepen-\ndant que Mlle Marcelle Croué se faisait applaudir dans une Sonate de Beethoven et dans\ndiverses pièces de Chabrier et Debussy. Le concert de M,lle Magda de Waele était par contre\nbien panaché. Il faut regretter que cette excellente artiste ait aussi largement hospitalisé des\nfragments d'œuvres théâtrales et diverses pages de médiocre valeur.\nMais voici un magnifique récital presqu'entièrement consacré aux lieder allemands par\nun talent de tout premier ordre. Mme Elena Gerhardt possède un mezzo d'un timbre chaud,\npassionné, pouvant exprimer à merveille toute la gamme des sentiments depuis la douce ou\nmoqueuse gaieté jussqu'à l'intensité d'émotion la plus dramatique. L'ampleur n'en est pas\nmoins remarquable que la tenue du style et la sobriété des moyens employés. Mme Elena\nGerhardt nuança divinement La Truite de Schubert qui fut bissée, et elle atteignit dans\nLe Roi des Aulnes au pathétique le plus puissant. Devant les ovations qui ne voulaient point\ncesser, elle revint dire A la Musique de Schubert. La belle cantatrice ne fut pas moins fêtée\ndans de nombreux lieder de Beethoven, Schubert, Jensen, Grieg, Richard Strauss et Hugo\nWolf. De pareilles séances sont un réconfort et une joie. S'il est vrai que le plus grand nombre\ndes auditeurs accueille avec les mêmes acclamations les interprètes médiocres et les talents\nles plus purs et les plus hauts, tout de même, tant que chanta Mme Elena Gerhardt un frisson\npassa dans la salle. Et chacun sentit planer au dessus des têtes les ailes étendues de la Beauté.\nLa variété dans l'unité semble être la devise du Double Quintette de Paris. Grâce à\nson pouvoir protéiforme cette remarquable phalange modifie chaque fois son aspect. Au complet,\nelle apparaît comme un microcosme de nos grands orchestres. Nettement tranchée en deux,\nelle est tantôt bois Quintettes de Beethoven et de Lefebvre souvent cordes trio en\nmi mineur de Saint-Saëns et le mélange partiel des deux familles Quintette de Mozart\npour clarinette et quatuor donne également de fort savoureux résultats. Tant de bois réunis\nsuggérèrent à Mme Lamber-Willaume des impressions champêtres qui se traduisirent par les\nSix Chansons a Danser de Bruneau. Elle y triompha en cantatrice experte, en particulier dans\nla Bourrée si caractéristique.\nLe Quatuor Le Feuve, fidèle à son titre, répudie jusqu'au piano. Il forme un ensemble\nbien équilibré et son exécution des Quatuors de Beethoven et de Schumann fut sobre et\nexpressive. Mais il demanda à Mlle Fanny Malnory de mettre la pure clarté de sa voix dans\ncette ombre dense. Tout comme le Quatuor Parent, qui terminait ses séances du Salon\nd'Automne en donnant la première audition de Deux Alèlodies de son chef. Tandis que le\nQuatuor Lejeune, d'une intransigeance absolue, témoignait d'une courage digne des plus vifs\néloges en assumant héroïquement toute la tâche. Le pro-\ngramme de ces purs était du reste admirablement composé\navec le Quatuor en ré mineur de Mozart, au Minuetto\ncharmant et finement détaillé, le Trio en ré majeur de\nBeethoven et le Quatuor en la majeur de Schumann dont ils\ntraduisirent en artistes toute la pensée délicate et émouvante."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c056", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.16", "titre_corps": "Société internationale de Musique", "titre_sommaire": "Société internationale de Musique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "Société internationale de Musique\nLa section de Paris de la Société internationale s'est réunie le jeudi 4 décembre\nà la Bibliothèque de l'Opéra, sous la présidence de M. Ecorcheville.\nLa candidature de M. Henri Morin, chef d'orchestre de l'Association des Concerts\nSymphoniques de Nantes, est admise à l'unanimité.\nM. J. G. Prod'homme donne lecture d'une communication sur\nqui doit paraître prochainement dans le Bulletin international de la Société.\nLe Président tait remarquer que Diderot, comme tous ses contemporains, après avoir\nhésité à porter un jugement sur la musique française, devient partisan enthousiaste de la\nmusique italienne en 175°) Pu's musique allemande quelques années plus tard. Cette\névolution se remarque chez tous les hommes éminents de cette génération. En outre, Diderot\napprécie surtout dans Rameau le symphoniste et le compositeur de ballets, et fait peu de cas\ndu compositeur de récits. C'est pour ne pas avoir reconnu cette vérité que la critique française,\nil y a quelques années, a fait échouer à l'Opéra en présentant Rameau\ncomme l'homme des situations dramatiques et de la déclamation musicale. Le résultat fut un\nennui terrible dont la pièce ne s'est pas relevée, et qui, pendant longtemps encore, pèsera sur\nla musique ancienne et la musicologie. 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Notre Opéra, dont la salle a été restaurée avec munificence par une Munici-\npalité amie des arts, vient de se rouvrir sous la nouvelle direction de M. E. Thomas Salignac\nqui a voulu consacrer toute son intelligence théâtrale à une entreprise plutôt ardue et qui abjuré\nde nous donner des spectacles lyriques dignes de Paris. Nice, n'est-elle pas le boulevard fleuri et\nensoleille de la capitale? Aphrodite,\ndirection de MM. Vincent d'lndy, Chevillard, etc.; Beethoven de M. Fauchois, la Faute de\nrAbbé Mouret; voilà pour les œuvres. Mmes Litvinne, Marguerite Carré, Chenal, Raveau,\nMérentié, MM. Altchewsky, Van Dyck, Jean Périer et bien d'autres; voilà pour les artistes\nen représentations.\nEn attendant, - ci (J ni ila HVI c\nd'Hoffmann, Lohengrinont servi de débuts à la troupe sédentaire parmi laquelle il est un\ndevoir de citer les ténors Gautier, Séveilhac, Saldou, Rocca, les barytons Carbelly, Beroard ;\nles basses Meurisse, Aquistapace, Espirac ; les soprani Mmes Claessens, Heilbronner, Maryse\nHecam, Wiltz, Caux ; les mezzo Mmes Duvernay et Richardson et le contralto Mlle Valombré,\nqui ont été chaleureusement accueillis comme ils le méritaient.\nAu Casino Municipal,suivant la coutume on réserve l'effort musical pour la pleine saison ;\naussi n'aurions-nous à enregistrer que quelques festivals corrects et peu variés, si trois concerts\nclassiques n étaient venus satisfaire les dilettantes sevres depuis trop longtemps de belle\nmusique ; les grands classiques, Beethoven et Mozart ; des pages consacrées de Wagner ;\nl'école russe : Caprice Espagnol de Rimsky-Korsakoff, Danses du Prince Igor de Borodine ;\n\\oila qui donne le ton. Debussy, Dukas, Ravel, Chausson d'lndy, Strauss, demeurent\ninconnus.\nPour se consoler nous avons eu, il est vrai, l'inauguration d'un grand orgue Cavaillé-Coll-\nMutin dont un echo du derniei supplément S. i. IVI. relata le succès. E'emploi de cet instrument\nsacré a quelque peu surpris dans le hall d'un Casino ; mais il nous a valu la première audition\nà Nice de la Symphonie en ut tnineur de Saint-Saëns. Et c'est quelque chose."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.73", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "Au Palais de la \"Jetée par une mesure inattendue les grands Concerts Gervasio n'ont\nrepris que le 15 décembre. Quant aux opérettes: Grand Aîogol, Gilette de Narbonne, Cloches\nde Corneville, Fille du Tambour Major, etc., etc., etc., elles font les délices des familles....\nEn somme, ce n'est encore qu'un prélude à la saison, mais un prélude prometteur !\nLouis Darrès.\nTOULOUSE. M. Crocé Spinelli ayant donné sa démission de directeur du Conser-\nvatoire, le comité de la Société des Concerts a demandé à MM. Salvayre, Paul Vidal, Leroux,\nBusser, Aymé Kunc et Mazellier, tous enfants de Toulouse (à l'exception de M. Leroux qui\nfit cependant une partie de ses études dans notre ville) de diriger les six grandes auditions\nannuelles.\nLes deux premiers concerts ont eu lieu, l'un sous la direction de M. Salvayre qui, à part\ndeux de ses œuvres: Air Fariè et Pavane &Egmont, composa un programme entièrement\nconsacré aux classiques, l'autre sous la direction de M. Mazellier qui fit entendre ses Impres-\nsions d'Eté et Circences, deux poèmes symphoniques importants de sa composition, le prélude et\nla mort de Tristan et Yseult de Wagner et différentes œuvres de Saint-Saëns, Haendel et\nBerlioz. A ce dernier concert le pianiste Edouard Garés remporta un succès personnel des plus\nvifs en interprétant avec un brio plein de fougue et de jeunesse le concerto en sol mineur de\nSaint-Saëns.\nAu Capitole, en dehors du répertoire courant, on a joué le Secret de Suzanne de Wolf-\nFerrari, un acte de musique bouffe très scénique encore inconnu en France, où l'auteur semble\nchercher sa voie et hésiter entre différents styles. Le même soir, une autre nouveauté : La\nFlûte de Pan, charmant ballet en un acte de M. Pennequin, sut plaire par sa jolie couleur\norchestrale. En ce moment on travaille très activement Graziella de Tules Mazellier.\nG. G.\nBESANÇON. Depuis l'époque, pas très ancienne à vrai dire, où la vie musicale\nn'existait pas à Besançon en dehors du théâtre et l'on sait ce que cela veut dire notre\npublic a fait de réels progrès vers la compréhension des belles œuvres musicales. La Société des\nConcerts Symphoniques peut revendiquer une bonne part dans le mérite de cette transforma-\ntion, qui est en partie son œuvre. Aussi ses auditions retrouvent-elles chaque année le même\npublic assidu et attentif, plus vibrant qu'au début. Au premier concert de cette saison, il fit\nune fête aux excellents artistes du Quatuor Vocal Bataille: l'ensemble parfait de ces quatre\nbelles voix fit merveille, dans un programme très varié allant de Beethoven à Fauré sans\noublier les ravissantes Chansons anciennes. L'orchestre fit une excellente rentrée avec la Sym-\nphonie fantastique de Berlioz, qui a toujours, le croirait-on, partisans convaincus et détracteurs\nféroces, puis avec la délicieuse musique que Mozart écrivit pour un ballet, et qu'il intitula les\nPetits riens, enfin avec la puissante Chevauchée des JValkyries de Wagner.\nLes conférences préparatoires ont toujours la faveur de notre public ; celle-ci fut l'occa-\nsion d'un très remarquable début pour M. Henry Najean dont la parole élégante met en valeur\nune science musicale incontestable. Diverses pièces de Mozart et Wagner figuraient au pro-\ngramme de l'audition.\nSur ce début radieux de la saison, le fâcheux mot \" concurrence \" est venu retentir\ndésagréablement, bien à tort, en réalité. La Société des Concerts Symphoniques n'a nullement\nla prétension d'accaparer le monopole des manifestations musicales à Besançon. Loin de lui\nporter ombrage, la création d'une nouvelle société intitulée \" l'Oratorio \" ne pouvait qu'être\nbien accueillie, surtout si, derrière ce beau titre, il y avait quelque chose qui y correspondît."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.74", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3295, "texte": "A cette question, le premier concert de Y \" Oratorio \" n'a pas donné de réponse, car il fut\nune de ces séances mitigées dont le programme est tout entier abandonné à la fantaisie de\nsolistes nombreux. Lorsqu'il s'agit de M. J. Bonnet, le talentueux organiste de Saint Eustache,\nce programme ne peut être que de premier ordre, et l'exécution de même. Ce fut le cas du\nreste, et M. Bonnet fut le vrai triomphateur de la soirée, dans des œuvres signées Haendel,\nBach, Franck, Debussy. M. Mary, Mlle Philippot et la gracieuse harpiste, Mlle Laskine se\npartagèrent le reste du programme. Espérons que la nouvelle société saura s'orienter vers le\nbeau domaine de l'Oratorio où elle peut triompher aux côtés de son aînée, la Société des\nConcerts Symphoniques, toutes deux travaillant au même but avec des moyens différents, dans\nune bonne et loyale entente. Cela devrait être le vœu de tous les musiciens de notre ville.\nE. G.\nANGERS. Les deux derniers concerts nous ont apporté parmi des œuvres classiques\ntelles que le Concerto grosso d'Haendel pour cordes, ou les fragments de Manfred de Schumann,\nplusieurs œuvres modernes. F. Le Borne est venu conduire sa 3e symphonie, œuvre curieuse et\ntouffue dont la marche funèbre a surtout été appréciée par notre public ; ce dernier a eu plus\nde mal à comprendre le comte du Chevalier Moine de Pierre Coindreau et les Diables dans\nVabbaye ont paru lui causer quelque frayeur...\nEn revanche, il a applaudi à la fantaisie prestigieuse du Capriccio Espagnol de Rimsky\ndont les sonorités amusantes ont fait briller nos solistes de l'orchestre.\nL'un d'eux, notre violoncelle H. Becker remporta son succès personnel par une belle\nexécution du Concerto de Saint-Saëns. Les deux étoiles de passage furent : au concert du\n20 Novembre, Mme Marcella Doria qui interpréta l'adorable suite de lieder de Beethoven\nA la bien-aimée absente puis un air de Bach, du Défi de Phébus et de Pan et l'air de Chérubin\ndes Noces. Sa voix, dont le médium parut un peu faible dans l'immensité de notre grand\nCirque, fît merveille dans les jolies notes cristallines du registre élevé.\nAu concert du 1 Décembre, Mlle Blanche Selva nous donna une parfaite exécution de\nla Symphonie de d'lndy sur un chant montagnard, et plana encore dans les hautes régions de\nl'art avec Prélude, Aria et Final de Franck (qui avec Prélude, Choral et Fugue forme le fond\nde ses programmes) et une page de Bach qu'elle joua en surplus.\nLe lendemain, àla ire séance de musique de Chambre, ou notre quatuor (Mrs Juan\ni rigola, Englebert, Alphonse et Becker) débuta de façon très-heureuse avec un quatuor de\nSchumann et un d'Haydn, elle nous fit entendre la dernière Sonate de Beethoven op. 111, les\nVariations, Interlude et Final de Dukas sur un thème de Rameau, et une pièce de Bach\nsupplémentaire.\nLe caractère de son beau talent est le sentiment religieux. Peut être d'aucuns préféré-\nraient-ils, dans linterprétation de Beethoven notamment, plus de passion et moins de sérénité.\nMais l'humanité n'existe pas pour cet art qui semble officier plutôt que vibrer et devant lequel\nle piano paraît se transformer en l'autel d'un lointain Idéal.\nNous devions aussi, ce soir avoir un Concert Litvinne, Francis Coye. Hélas ! la fâcheuse\ngrippe en a décidé autrement.\nEt maintenant, à Parsifal !\nM. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c058", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.18", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "R. 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Avec Pénélope, l'éminent com-\n\" positeur débute à la scène, et cette œuvre de début n'est pas loin d'être un chef-d'œuvre.\nu Voici une partition d'une envolée prestigieuse, dont chaque mesure est frappée au coin\n\" du goût le plus pur, dont chaque pensée se présente sous une forme des plus neuves sans être\n\" excentrique, des plus achevée sans tomber dans le maniérisme. Les ingénieuses combinaisons\nu du chant et de l'orchestre, constamment claires et expressives, charment à la fois les oreilles et\n\" le cœur. Elles obtiennent leur impeccable logique musicale par le développement thématique,\n\" lequel est tantôt mélodique, tantôt harmonique, toujours d'une écriture parfaite, exquise, qui\n\" ravira tous les musiciens. \"\nD'autres, nombreux, affirment que Pénélope est un chef-d'œuvre. Quant à nous,\nsensible à la beauté pure, aux qualités latines, à la noblesse, à la clarté, à l'équilibre, au goût,\nà la distinction, au charme infiniment subtil de la partition ; ému par sa grandeur simple et\nhautaine ; épris de son intellectualité raffinée, nous ne pouvons nous défendre d'une réserve\ninstinctive à cette séduction. Nous l'avons dit souvent, l'art du passé ne satisfait plus notre\nappétit de vie ardente. Les classiques, les symbolistes eux-mêmes, qui ont nourri notre jeunesse\nnostalgique et rêveuse, le grand accord suspendu, tel un astre, dans la sérénité paisible des\nharmonies silencieuses, la magie sublimaire des Mallarmé, des Villiers de l'lsle-Adam, toute\ncette Beauté dont s'exalta notre prière, désormais, font place à des rythmes, à des élans,\nà des communions, à des conquêtes autres. Nous réclamons, d'un génie moderne, des formes\net des œuvres nôtres. L'isolement d'une vie en la fréquentation exclusive des livres ne nous\nparaît, à nous, plus possible. L'hellénisme est une perfection révolue, et cette immobilité,\ncette fixité de lignes, cette Harmonie égale, qui fait songer à la musique des sphères dont parla\nPoë, cette raison intérieure dont s'élargit le verbe du maître français ne nous font pas vibrer\ndu frisson que voudraient aussi nos fibres. Pénélope est si loin de ce jour. C'est le cri de notre\nheure, dans sa multiplicité désordonnée, dans son éclatement d'étincelles, dans sa course ver-\ntigineuse et son écho d'éternité, que nous captons.\nAussi bien, l'art d'un Debussy, par exemple, nous est plus fraternel dans le sens de\nl'évolution qu'il indique. L'émotion qu'il exprime n'est pas moins \" immatérielle \" ; sa beauté\nn'a pas moins d'ailes pour nous porter dans l'infini. Et la volupté en est plus totale, du frémis-\nsement éveillé des âmes et des sens.\nCet art n'est encore qu'en indication dans Y Enfant Prodigue que la Monnaie, au lende-\nmain de Pénélope, nous offrait. Adaptée à la scène, selon une mode que nous réprouvons,\nd'ailleurs, la cantate qui valut au subtil compositeur de Pellèas, le Prix de Rome en 1884,\nne manque ni de fraîcheur ni d'élégance. Des notations, quelques audaces y font pressentir\nle maître de la nuance. Prémices, aujourd'hui, qui plutôt déçoivent.\nMais résumons les concerts de la quinzaine :\nLa première séance de la S. I. M.(groupe de Bruxelles) consacrée à Wagner, à l'occasion\nde son centenaire. Notre confrère M. Closson dans une causerie remarquable, analyse l'œuvre\ncolossale du vaste génie, tant au point du fond que de la forme et de l'influence toujours vivace\n\n5"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.76", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "et durable, (assure l'éminent musicologue), qu'elle exerce. Ce docte et synthétique aperçu\ncommenté par l'audition de fragments des Maître (3e acte de\nParsifal), Schmerzen, extrait des 5 poèmes ; Les deux Grenadiers, chantés d'une voix puissante\net non sans émotion par M. Simon, professeur au Conservatoire de Luxembourg.\nAu Concert Bach,bonnes exécutions du de la Cantate\ndein Hungrigen dein Brot,de la Suite anglaise etc... avec la collaboration des\npianistes M. Dumesnil, Mme E. Ewings ;de Mlle Eva Lessmann, soprano, M\"'e Fischer,\nMaretsky, alto, M. Nicratsky, basse, sous l'experte direction de M. Zimmer.\nLe 3e concert classique,par M. Victor Buesst, le jeune pianiste qui s'était, l'an dernier\ndéjà, signalé à l'attention. Regrettons un programme trop \" virtuose M. Buesst possède un\nexcellent mécanisme ; il sait tirer de l'instrument tous les effets désirables. Son succès fut vif.\nLa Salle Nouvelle séduit nombre d'artistes ; plusieurs \" petits concerts \" et récitals s'y\nabritent. Parmi les derniers, la séance de début des Concerts Anciens.\n\" Les Concerts Anciens, explique une notice joliment illustrée, sous la présidence de\nMM. Paul Gilson et Ch. Van den Borren, sous la direction de M. Louis Baroen, et avec la\ncollaboration de M. Gabriel Minet, pianiste-claveciniste, MIIIC Florival, pianiste, d'un quatuor\nvocal composé de: Mnies C. Cornelis et A. Maas ;L. Fonsny et L. Moyaerts ; MM. R. Thibaut\net H. Vanderseypen ;A. Florival et A. Maas —se sont constitués afin de donner des auditions\nde musique ancienne, vocale et instrumentale, sans toutefois, exclure absolument de leurs\nprogrammes, les œuvres modernes que les circonstances les amèneraient à devoir interprêter;\nfaisant revivre les Palestrina, les Vittoria, les Antonio Lotti, les Lulli, les Couperin, les\nRameau, les Roland de Lassus, les Clement Jannequin, les Claude-Le-Jeune et tant d'autres\nreprésentants des différentes écoles italienne, française, flamande, etc.\nIls espèrent pouvoir, grâce à l'attrait spécial de leur programme, intéresser le public à ce\nbut éminement artistique et contribuer, ainsi, à assurer à la musique ancienne la place à\nlaquelle elle a droit. \"\nCette fois, ce sont des chansons françaises du XVIe siècle, de Jannequin, Costeley, De\nLassus, la Sonata da Caméra de Locatelli, deux pastourelles du 18e siècle, des chants religieux,\nde Palestrina, Lotti, Mozart, diverses pages de Lully, J. S. Bach, Pergolèse, Couperin, etc....\nenfin, des chansons flamandes, empruntées au recueil de F. Van Duize, des 15e, 16e, et\n17e siècles. Le tout, d'une interprétation délicate et choisie, d'une mise au point parfaite.\nOn nous annonce, d'ici fin de décembre :\nAu 15, lel1e1 concert des Compositeurs belges, salle de la Grande Harmonie. Au programme :\nDubois, Frémolle, Léopold Samuel, Dupuis, Jadin, Duysburgh. Au 15 idem, troisième concert\nPopulaire, sous la direction de M. Schnéevoight et avec le concours de J. Thibaud. Au 17,\nRécital Friedbergh, Salle Patria. Le 18, Récital de chant par Mlle Fonsny, salle Nouvelle. Le\nmême jour, 12 rue Verwée, concours pour le prix Huberty, à l'Ecole de Musique de\nSt. Josse-ten-Noode, Schaarbeek, sous la direction de M. F. Rasse. Le 21, ler Concert du\nConservatoire et à Liège, première de la Hiercheuse, drame lyrique de M. de Béhault. Le 30,\nrécital, à la Grande Harmonie, du violoniste V. Rauter.\n\nR. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c059", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.19", "titre_corps": "Étranger", "titre_sommaire": "Étranger", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "Étranger\n\nLE VÉRITABLE GRAAL ET SA LÉGENDE\nR.\nIl y a en Espagne une question du Saint-Graal. Cette question passionne les dénicheurs de\ndocuments installés de l'autre côté des Pyrénées. Elle se résume ainsi : le Graal est-il le vase\nqui servit, lors de la Cène, à Jésus pour consacrer au salut des hommes le vin du sacrifice? ou\nbien le Graal est-il le bassin dans lequel Joseph d'Arimathie recueillit le sang qui coula du\nflanc du Sauveur, lors du coup de lance du centurion ?\nLes partisans du vase jettent des regards de désir aux partisans du bassin : les premiers se\nsentent plus forts de ce que leur relique existe à Valence et les seconds plus convaincus de ce\nqu'elle a disparu dans le cours des siècles.\nWagner a adopté la légende du Graal-vase en écrivant son Parsifal : il est donc intéressant\nau moment où le héros chaste pénètre sur le plateau du Palais-Garnier de publier la photographie\nrare et inédite de ce précieux bijou tel qu'il est offert à l'adoration des fidèles catholiques\nespagnols.\nC'est un gobelet de forme hémisphérique et de la grosseur d'une demi-orange ; il est\ncreusé dans une cornaline, sorte d'agate qui a la propriété de changer de couleur selon la façon\ndont la lumière la traverse : il est donc tantôt d'un rouge obscur, tantôt du pourpre le plus\nviolent, tantôt vert foncé. Ce détail n'est pas sans influer sur le rôle que le poète dramatique\npeut faire jouer à ce divin accessoire. Les anses et le pied en or ciselé agrémentés de vingt-huit\ngrosses perles, de rubis et d'émeraudes datent vraisemblablement du 13'\"® siècle.\nLe Saint-Graal est très populaire à Valence: sa fête se célèbre le 14 septembre. Ce\njour-là il est promené processionnellement à travers les rues de la ville : de jeunes paysans,\ncomme les angelots de nos Fêtes-Dieu provinciales, jettent sur le pavé devant le vase sacré\ndes myrtes, des fleurs d'oranges, des roses, des herbes aromatiques et les piétinent en cadence,\ntout en chantant des airs d'une couleur triste et habilement cadencés.\nComment le Graal se rendit-il de Palestine en Espagne? De la façon la plus simplement\nnaïve et la plus vraisemblable. Après l'Assomption de la Vierge, l'apôtre Pierre le porta à\nRome et le confia à ses successeurs. L'un de ceux-ci, Sixte 11, craignant la persécution confia\nà son trésorier Laurent le soin de mettre en sûreté le plus précieux des souvenirs de Christ.\nComme Laurent était d'Espagne, il s'en fut chez ses compatriotes au monastère de la Pena.\nAinsi donc la coupe mystérieuse qui semble bouillonner d'un feu invisible et d'où coula il y a\nprès de 2.000 ans le vin qui devait transformer l'âme du vieux monde, reparaît et consacre\nl'achèvement de la religion musicale dont Parsifal est l'ultime commandement.\n\nUN INSTITUT MUSICOLOGIQUE A L'UNIVERSITÉ\nDE VIENNE\nIl y a 20 ans déjà, que se fondait en Autriche, grâce à l'initiative du vaillant Professeur\nGuido Adler, une Société de savants et d'amateurs, destinée à faire revivre les gloires\nmusicales de l'école viennoise. Dès 1888, le Ministère de l'lnstruction Publique d'Autriche,\navait été saisi d'un projet de ce genre, mais l'idée n'était pas mûre. En 1889, on se mit\ntoutefois à l'ouvrage en allant à la découverte de toutes les richesses musicales enfouies dans\nles châteaux et les couvents de l'Empire Austro-Hongrois, et le résultat de cette activité fut\nla publication habile et engageante des œuvres musicales de trois grands Empereurs\nd'Autriche. Sur ces entrefaites, le Ministère fit l'acquisition de 6 volumes manuscrits de"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.78", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "Triente qui produisirent sensation, en nous révélant tout à coup un répertoire musical de la\npremière moitié du XVe siècle.\nLe 3 Octobre 1893, constituée la Société des Denkmaeler Autrichiens, avec un\nComité composé de Adler, Artaria, Brahms, Hanslick, von Hartel, von Herman, Muhlbacher,\nHans Richter, von Weckbecker.\nPeu à peu le cadre s'agrandit à mesure que le nombre des ouvrages publiés s'augmentait.\nLes élèves et disciples affluèrent, et l'lnstitut fut créé, donnant un véritable enseignement\nmusicologique, et donnant l'exemple d'un mouvement que l'Allemagne imita depuis.\nAujourd'hui, cet Institut se transporte officiellement dans les bâtiments de l'Université, et\ncélèbre son vingtième anniversaire. La place qui lui est réservée comprend une salle de\nconférence, deux grandes salles de travail et bibliothèque, un cabinet pour le Professeur et un\nautre pour le bibliothécaire ; deux clavecins de Paul de Witt permettent de donner des\nconcerts historiques. Le Professeur Adler qui a su diriger avec autorité les Denkmaeler et\nmaintenir l'équilibre entre la publication d'œuvres anciennes de différents caractères, ne\ns'intéresse pas qu'à l'art rétrospectif, on le vit souvent assistant avec tous les élèves de\nl'lnstitut, aux répétitions des symphonies de Mahler, et aujourd'hui encore, ces jeunes gens,\nmusicologues de l'avenir, sont élèves en même temps de Schônberg et de Schreker. L'lnstitut\nest d'ailleurs en relations étroites avec la Section Viennoise de la Société Internationale de\nMusique.\nLes 20 ans de l'lnstitut Musicologique ont été célébrés par un très beau Concert de\nmusique ancienne.\n\nLETTRE DE MUNICH\n\nLa Bavière a récupéré un roi ; \" mais nous le payons \", disent les demoiselles de magasin\navec un petit air suffisant, pour avoir lu dans les journaux que le traitement annuel de Sa\nMajesté revenait à un mark par tête d'habitant du pays. Eh bien, ces demoiselles se trompent;\nc'est encore le roi qui les paie, elles et beaucoup de leurs pareilles.\nQuel rapport cela a-t-il avec la musique ? Nous y voici. L'augmentation de la liste\ncivile qui, par une rencontre maladroite, a quelque peu terni l'éclat des fêtes du couronnement,\nne va pas au roi : elle sert avant tout à élever les gages et à assurer les retraites des employés\nde la Cour. Un seul chiffre dira les frais qui incombent de ce fait au budget royal : en 1835,\nla musique lui coûtait environ 35.000 marks ; aujourd'hui, elle lui en prend plus de 400.000.\nCette musique, c'est l'orchestre de la cour, c'est l'opéra, c'est-à-dire les Festspiel Mozart et\nWagner, sans lesquels Munich n'aurait jamais attiré le flot d'étrangers richissimes, anglo-\naméricains et russes, qui font pour une bonne part sa prospérité et ont contribué en tous cas à\nson prodigieux développement économique. Et la meilleure preuve en est la façon dont le\nParlement a reçu le président du Conseil qui, sous prétexte d'économies, voulait s'engager à\nobtenir du roi une réduction des frais de musique et de théâtre. On lui a montré qu'il venait\nde perdre une belle occasion de se taire. Sans leur famille royale, il n'y a pas à le cacher, les\nMunichois n'auraient pas tant à se vanter de leur Kunststadt. Ils n'y vont pas beaucoup du\nleur, et s'il s'agit de mettre vraiment la main à la poche pour en soutenir le prestige, oh ! alors,\nil 11 y a plus personne du tout ; Munich pourrait quant à eux, rester indéfiniment une petite\nville de province ou la capitale... de la bière.\nCet été, il a fallu songer sérieusement à assurer l'existence du Konzertverein, la seule\nsociété de concerts symphoniques qui existe en dehors de l'orchestre royal ; et elle n'est pas de\ntrop, puisque cet orchestre, occupé tous les deux jours à l'Opéra, ne peut donner que dix"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.79", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4305, "texte": "concerts par an. Eh bien, la ville a failli refuser un subside de 70.000 marks qui suffisait à\néquilibrer les comptes de la Société. Il faut dire qu'avec la salle dont celle-ci dispose, quand\nelle serait comble à chaque concert, il n'est pas seulement possible de couvrir les frais de la\nsoirée : tant qu'elle n'aura pas un local qui contienne le double de personnes, elle devra\nrecourir à la générosité de quelques protecteurs. Ce qui fait par exemple la gloire de Munich,\nc'est que ces gros financiers désintéressés, brasseurs ou boulangers retirés, alignent leurs\ndizaines de billets de mille comme ils faisaient jadis de bocks ou de kaisersemmel ; mais le\npublic prétendu musical, ce public qui s'empile aux Variétés et aux Cinémas (où l'on en\nfait de la musique !...) il faut voir et pour lequel dans les moindres brasseries fonctionne un\npetit orchestre de iouleurs montagnards, ce public n'est pas capable de fournir 50.000 per-\nsonnes (Munich a passé 600.000 âmes) qui donnent marks ou seulement 10.000\nqui en donnent dix, pour l'entretien normal et régulier de l'unique institut musical de la ville.\nSi le Bourgmestre en personne se mettait à quêter, on calcule qu'il recueillerait à peu près\n800 adhésions. Et pourtant, ce serait méjuger de la population munichoise, que de la croire\ninsensible à la belle musique ; il faudrait seulement faire pour elle un peu de ce que l'on fait\nen grand pour les nobles étrangers. En accordant à tout souscripteur, fût-ce de deux marks par\nan, le droit d'entrer au concert sur simple présentation de sa quittance, je serais bien étonné\nque les fonds ne pleuvent pas. On verrait sans doute, même aux lundis d'abonnement, plus\nd'ouvriers, de petits négociants que de belles mondaines ; mais le pire mal serait qu'il faudrait\npeut-être se hâter d'agrandir la salle ; la société aura la vie sauve sans grever le budget muni-\ncipal déjà lourd et l'orchestre ses rentes garanties.\nSans doute faudrait-il exiger des kapellmeister et même des musiciens de l'orchestre qu'ils\nméritassent (parlons bien 1) cet intérêt et ces sacrifices. Il n'y a pas d'instrument plus sensible\nqu'un orchestre ; si fatigué qu'il soit par les besognes les moins relevées, il suffit d'un chef qui\nle réveille pour le faire changer d'allure et de son. Mais combien y a-t-il de chefs d'orchestre\nqui parlent \"art\" à leurs musiciens?... Combien y a-t-il de virtuoses pour qui le sens d'une\nœuvre prime la petite parade personnelle ?\nMunich a cependant la chance d'en compter quelques-uns. Le premier c'est notre\n\" Generalmusikdirektor \", le \" Herr General \" comme on l'appelle à l'orchestre, M. Bruno\nWalter, arraché non sans peine à Vienne pour prendre la succession de Mottl. Quels qu'aient\nété la popularité et les mérites de Félix Mottl, il a bien fallu convenir qu'il avait fini par tout\nlaisser aller à la débandade. Il ne travaillait plus et ne faisait plus travailler ; on ne parlait que\nde ses \" géniales improvisations Bruno Walter a ramené une ère de travail assidu et précis ;\naucune mesure d'une œuvre qu'il dirige n'est par lui laissée à l'aventure ; l'œuvre elle-même\nest d'abord commentée, en quelques mots simples et évocateurs, de poète ; puis les répétitions\ndurent jusqu'à ce que ses intentions soient réalisées ; et il faut de la patience pour obtenir\nd'une bande bavaroise plus que de la netteté. Le calme et la patience de M. Walter ne se\ndémentent jamais. Il se donne tout à l'œuvre. On l'a vu tout récemment avec le tableau\nlyrique en un acte, la Sulamith de M. Paul de Klenan, une nouveauté qui vient d'être montée\navec grands soins et de remporter un beau succès à l'Opéra. Les hymnes enflammées de Schir\nHaschirim ne semblaient pas éminemment scéniques ; cependant le jeune compositeur Danois,\nd'abord symphoniste à la Bruckner et aujourd'hui Debussyste convaincu, les a enveloppées de\ncantiques, de chœurs, de duos suffisamment dramatisés, d'un coloris, parfois oriental, plus\npuissant que Debussy ne le cherche, qui ont produit le meilleur effet. On a vu surtout Bruno\nWalter donner, avec piété, la IIIe Symphonie de Gustave Mahler, une autre Pastorale où il y\na aussi plus d' \" Empfindung \" que de \" Malerei \", car malgré son programme et ses propor-\ntions très particulières, on peut dire qu'il n'y a pas une note qui n'en soit musicalement pensée"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.80", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "et humainement sentie : à un immense premier mouvement où s'élaborent les poussées d'une\nnature en gésine, répondent cinq parties plus gracieuses, plus spirituelles, plus poignantes les\nunes que les autres jusqu'à l'adagio final, passionné et intime, d'une ampleur à la Bach,\nFriedeman de préférence.\nA la Tonhalle, M. Ferd. Lœwe a fait entendre le Prélude dernier-né de Richard Strauss,\nd'une clangorante solennité ; une charmante Sérénade de Walter Braunfels, musique précieuse\nd'un amoureux de son art ; et dans un concerto de piano, nous eûmes le plaisir d'applaudir les\ngrâces exquises de Mme Landowska s'efforçant de nous évoquer un Mozart de l'épinette. Il est\nregrettable que le départ d'un dernier train du soir, sans doute, entraîne M. Lœwe qui doit\nregagner Vienne, à dévider les numéros de la fin de ses programmes, quels qu'ils soient, à une\nallure d'express, alors que le reste pêche d'ordinaire par une placidité un peu trop langoureuse.\nM. Paul Prill, aux Concerts de symphonie populaires, se donne la peine de varier le\nrépertoire et d'apporter, d'œuvres parfois injustement délaissées, une interprétation étudiée.\nLes amateurs de musique de chambre ont tout spécialement fêté le quatuor Capet qui com-\nmençait un cycle Beethoven.\nParmi les solistes, que je me garderais d'énumérer, je veux cependant mettre hors-pair\nM. Gottf. Galston, un pianiste, quoique anglais ou américain, d'une intelligence et d'un goût\nparfaits ; et M. Ossip Gabrilowitsch, une nature sensible, toute en nuances, chez qui la déli-\ncatesse n'exclut pas la force, ce qu'il avait bien prouvé l'année dernière avec sa magistrale\nperformance de Y Histoire du Concerto, en reconnaissance de laquelle certainement son premier\nrécital de la saison a fait salle comble.\nSous prétexte de production musicale et portées par une brillante réclame, les sœurs\nWiesenthal, de Vienne, promènent des soirées de danses. Passe pour leur cake-walk d'après\nDebussy ; mais, si jamais elles se présentent à Paris avec quelque chose comme leur valse de\nFaust, elles feront bien de n'affronter qu'un public de Variétés.\n\nMarcel Montandon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c060", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.19.1", "titre_corps": "LE VÉRITABLE GRAAL ET SA LÉGENDE", "titre_sommaire": "LE VÉRITABLE GRAAL ET SA LÉGENDE", "signature_source": "R", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.77", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "LE VÉRITABLE GRAAL ET SA LÉGENDE\nR.\nIl y a en Espagne une question du Saint-Graal. Cette question passionne les dénicheurs de\ndocuments installés de l'autre côté des Pyrénées. Elle se résume ainsi : le Graal est-il le vase\nqui servit, lors de la Cène, à Jésus pour consacrer au salut des hommes le vin du sacrifice? ou\nbien le Graal est-il le bassin dans lequel Joseph d'Arimathie recueillit le sang qui coula du\nflanc du Sauveur, lors du coup de lance du centurion ?\nLes partisans du vase jettent des regards de désir aux partisans du bassin : les premiers se\nsentent plus forts de ce que leur relique existe à Valence et les seconds plus convaincus de ce\nqu'elle a disparu dans le cours des siècles.\nWagner a adopté la légende du Graal-vase en écrivant son Parsifal : il est donc intéressant\nau moment où le héros chaste pénètre sur le plateau du Palais-Garnier de publier la photographie\nrare et inédite de ce précieux bijou tel qu'il est offert à l'adoration des fidèles catholiques\nespagnols.\nC'est un gobelet de forme hémisphérique et de la grosseur d'une demi-orange ; il est\ncreusé dans une cornaline, sorte d'agate qui a la propriété de changer de couleur selon la façon\ndont la lumière la traverse : il est donc tantôt d'un rouge obscur, tantôt du pourpre le plus\nviolent, tantôt vert foncé. Ce détail n'est pas sans influer sur le rôle que le poète dramatique\npeut faire jouer à ce divin accessoire. Les anses et le pied en or ciselé agrémentés de vingt-huit\ngrosses perles, de rubis et d'émeraudes datent vraisemblablement du 13'\"® siècle.\nLe Saint-Graal est très populaire à Valence: sa fête se célèbre le 14 septembre. Ce\njour-là il est promené processionnellement à travers les rues de la ville : de jeunes paysans,\ncomme les angelots de nos Fêtes-Dieu provinciales, jettent sur le pavé devant le vase sacré\ndes myrtes, des fleurs d'oranges, des roses, des herbes aromatiques et les piétinent en cadence,\ntout en chantant des airs d'une couleur triste et habilement cadencés.\nComment le Graal se rendit-il de Palestine en Espagne? De la façon la plus simplement\nnaïve et la plus vraisemblable. Après l'Assomption de la Vierge, l'apôtre Pierre le porta à\nRome et le confia à ses successeurs. L'un de ceux-ci, Sixte 11, craignant la persécution confia\nà son trésorier Laurent le soin de mettre en sûreté le plus précieux des souvenirs de Christ.\nComme Laurent était d'Espagne, il s'en fut chez ses compatriotes au monastère de la Pena.\nAinsi donc la coupe mystérieuse qui semble bouillonner d'un feu invisible et d'où coula il y a\nprès de 2.000 ans le vin qui devait transformer l'âme du vieux monde, reparaît et consacre\nl'achèvement de la religion musicale dont Parsifal est l'ultime commandement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c061", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.19.2", "titre_corps": "UN INSTITUT MUSICOLOGIQUE A L'UNIVERSITÉ DE VIENNE", "titre_sommaire": "UN INSTITUT MUSICOLOGIQUE A L'UNIVERSITÉ DE VIENNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.77", "debut_caractere": 2724, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "UN INSTITUT MUSICOLOGIQUE A L'UNIVERSITÉ\nDE VIENNE\nIl y a 20 ans déjà, que se fondait en Autriche, grâce à l'initiative du vaillant Professeur\nGuido Adler, une Société de savants et d'amateurs, destinée à faire revivre les gloires\nmusicales de l'école viennoise. Dès 1888, le Ministère de l'lnstruction Publique d'Autriche,\navait été saisi d'un projet de ce genre, mais l'idée n'était pas mûre. En 1889, on se mit\ntoutefois à l'ouvrage en allant à la découverte de toutes les richesses musicales enfouies dans\nles châteaux et les couvents de l'Empire Austro-Hongrois, et le résultat de cette activité fut\nla publication habile et engageante des œuvres musicales de trois grands Empereurs\nd'Autriche. Sur ces entrefaites, le Ministère fit l'acquisition de 6 volumes manuscrits de"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.78", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "Triente qui produisirent sensation, en nous révélant tout à coup un répertoire musical de la\npremière moitié du XVe siècle.\nLe 3 Octobre 1893, constituée la Société des Denkmaeler Autrichiens, avec un\nComité composé de Adler, Artaria, Brahms, Hanslick, von Hartel, von Herman, Muhlbacher,\nHans Richter, von Weckbecker.\nPeu à peu le cadre s'agrandit à mesure que le nombre des ouvrages publiés s'augmentait.\nLes élèves et disciples affluèrent, et l'lnstitut fut créé, donnant un véritable enseignement\nmusicologique, et donnant l'exemple d'un mouvement que l'Allemagne imita depuis.\nAujourd'hui, cet Institut se transporte officiellement dans les bâtiments de l'Université, et\ncélèbre son vingtième anniversaire. La place qui lui est réservée comprend une salle de\nconférence, deux grandes salles de travail et bibliothèque, un cabinet pour le Professeur et un\nautre pour le bibliothécaire ; deux clavecins de Paul de Witt permettent de donner des\nconcerts historiques. Le Professeur Adler qui a su diriger avec autorité les Denkmaeler et\nmaintenir l'équilibre entre la publication d'œuvres anciennes de différents caractères, ne\ns'intéresse pas qu'à l'art rétrospectif, on le vit souvent assistant avec tous les élèves de\nl'lnstitut, aux répétitions des symphonies de Mahler, et aujourd'hui encore, ces jeunes gens,\nmusicologues de l'avenir, sont élèves en même temps de Schônberg et de Schreker. L'lnstitut\nest d'ailleurs en relations étroites avec la Section Viennoise de la Société Internationale de\nMusique.\nLes 20 ans de l'lnstitut Musicologique ont été célébrés par un très beau Concert de\nmusique ancienne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c062", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.19.3", "titre_corps": "LETTRE DE MUNICH", "titre_sommaire": "LETTRE DE MUNICH", "signature_source": "Marcel Montandon", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.78", "debut_caractere": 1628, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "LETTRE DE MUNICH\n\nLa Bavière a récupéré un roi ; \" mais nous le payons \", disent les demoiselles de magasin\navec un petit air suffisant, pour avoir lu dans les journaux que le traitement annuel de Sa\nMajesté revenait à un mark par tête d'habitant du pays. Eh bien, ces demoiselles se trompent;\nc'est encore le roi qui les paie, elles et beaucoup de leurs pareilles.\nQuel rapport cela a-t-il avec la musique ? Nous y voici. L'augmentation de la liste\ncivile qui, par une rencontre maladroite, a quelque peu terni l'éclat des fêtes du couronnement,\nne va pas au roi : elle sert avant tout à élever les gages et à assurer les retraites des employés\nde la Cour. Un seul chiffre dira les frais qui incombent de ce fait au budget royal : en 1835,\nla musique lui coûtait environ 35.000 marks ; aujourd'hui, elle lui en prend plus de 400.000.\nCette musique, c'est l'orchestre de la cour, c'est l'opéra, c'est-à-dire les Festspiel Mozart et\nWagner, sans lesquels Munich n'aurait jamais attiré le flot d'étrangers richissimes, anglo-\naméricains et russes, qui font pour une bonne part sa prospérité et ont contribué en tous cas à\nson prodigieux développement économique. Et la meilleure preuve en est la façon dont le\nParlement a reçu le président du Conseil qui, sous prétexte d'économies, voulait s'engager à\nobtenir du roi une réduction des frais de musique et de théâtre. On lui a montré qu'il venait\nde perdre une belle occasion de se taire. Sans leur famille royale, il n'y a pas à le cacher, les\nMunichois n'auraient pas tant à se vanter de leur Kunststadt. Ils n'y vont pas beaucoup du\nleur, et s'il s'agit de mettre vraiment la main à la poche pour en soutenir le prestige, oh ! alors,\nil 11 y a plus personne du tout ; Munich pourrait quant à eux, rester indéfiniment une petite\nville de province ou la capitale... de la bière.\nCet été, il a fallu songer sérieusement à assurer l'existence du Konzertverein, la seule\nsociété de concerts symphoniques qui existe en dehors de l'orchestre royal ; et elle n'est pas de\ntrop, puisque cet orchestre, occupé tous les deux jours à l'Opéra, ne peut donner que dix"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.79", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4305, "texte": "concerts par an. Eh bien, la ville a failli refuser un subside de 70.000 marks qui suffisait à\néquilibrer les comptes de la Société. Il faut dire qu'avec la salle dont celle-ci dispose, quand\nelle serait comble à chaque concert, il n'est pas seulement possible de couvrir les frais de la\nsoirée : tant qu'elle n'aura pas un local qui contienne le double de personnes, elle devra\nrecourir à la générosité de quelques protecteurs. Ce qui fait par exemple la gloire de Munich,\nc'est que ces gros financiers désintéressés, brasseurs ou boulangers retirés, alignent leurs\ndizaines de billets de mille comme ils faisaient jadis de bocks ou de kaisersemmel ; mais le\npublic prétendu musical, ce public qui s'empile aux Variétés et aux Cinémas (où l'on en\nfait de la musique !...) il faut voir et pour lequel dans les moindres brasseries fonctionne un\npetit orchestre de iouleurs montagnards, ce public n'est pas capable de fournir 50.000 per-\nsonnes (Munich a passé 600.000 âmes) qui donnent marks ou seulement 10.000\nqui en donnent dix, pour l'entretien normal et régulier de l'unique institut musical de la ville.\nSi le Bourgmestre en personne se mettait à quêter, on calcule qu'il recueillerait à peu près\n800 adhésions. Et pourtant, ce serait méjuger de la population munichoise, que de la croire\ninsensible à la belle musique ; il faudrait seulement faire pour elle un peu de ce que l'on fait\nen grand pour les nobles étrangers. En accordant à tout souscripteur, fût-ce de deux marks par\nan, le droit d'entrer au concert sur simple présentation de sa quittance, je serais bien étonné\nque les fonds ne pleuvent pas. On verrait sans doute, même aux lundis d'abonnement, plus\nd'ouvriers, de petits négociants que de belles mondaines ; mais le pire mal serait qu'il faudrait\npeut-être se hâter d'agrandir la salle ; la société aura la vie sauve sans grever le budget muni-\ncipal déjà lourd et l'orchestre ses rentes garanties.\nSans doute faudrait-il exiger des kapellmeister et même des musiciens de l'orchestre qu'ils\nméritassent (parlons bien 1) cet intérêt et ces sacrifices. Il n'y a pas d'instrument plus sensible\nqu'un orchestre ; si fatigué qu'il soit par les besognes les moins relevées, il suffit d'un chef qui\nle réveille pour le faire changer d'allure et de son. Mais combien y a-t-il de chefs d'orchestre\nqui parlent \"art\" à leurs musiciens?... Combien y a-t-il de virtuoses pour qui le sens d'une\nœuvre prime la petite parade personnelle ?\nMunich a cependant la chance d'en compter quelques-uns. Le premier c'est notre\n\" Generalmusikdirektor \", le \" Herr General \" comme on l'appelle à l'orchestre, M. Bruno\nWalter, arraché non sans peine à Vienne pour prendre la succession de Mottl. Quels qu'aient\nété la popularité et les mérites de Félix Mottl, il a bien fallu convenir qu'il avait fini par tout\nlaisser aller à la débandade. Il ne travaillait plus et ne faisait plus travailler ; on ne parlait que\nde ses \" géniales improvisations Bruno Walter a ramené une ère de travail assidu et précis ;\naucune mesure d'une œuvre qu'il dirige n'est par lui laissée à l'aventure ; l'œuvre elle-même\nest d'abord commentée, en quelques mots simples et évocateurs, de poète ; puis les répétitions\ndurent jusqu'à ce que ses intentions soient réalisées ; et il faut de la patience pour obtenir\nd'une bande bavaroise plus que de la netteté. Le calme et la patience de M. Walter ne se\ndémentent jamais. Il se donne tout à l'œuvre. On l'a vu tout récemment avec le tableau\nlyrique en un acte, la Sulamith de M. Paul de Klenan, une nouveauté qui vient d'être montée\navec grands soins et de remporter un beau succès à l'Opéra. Les hymnes enflammées de Schir\nHaschirim ne semblaient pas éminemment scéniques ; cependant le jeune compositeur Danois,\nd'abord symphoniste à la Bruckner et aujourd'hui Debussyste convaincu, les a enveloppées de\ncantiques, de chœurs, de duos suffisamment dramatisés, d'un coloris, parfois oriental, plus\npuissant que Debussy ne le cherche, qui ont produit le meilleur effet. On a vu surtout Bruno\nWalter donner, avec piété, la IIIe Symphonie de Gustave Mahler, une autre Pastorale où il y\na aussi plus d' \" Empfindung \" que de \" Malerei \", car malgré son programme et ses propor-\ntions très particulières, on peut dire qu'il n'y a pas une note qui n'en soit musicalement pensée"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.80", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2119, "texte": "et humainement sentie : à un immense premier mouvement où s'élaborent les poussées d'une\nnature en gésine, répondent cinq parties plus gracieuses, plus spirituelles, plus poignantes les\nunes que les autres jusqu'à l'adagio final, passionné et intime, d'une ampleur à la Bach,\nFriedeman de préférence.\nA la Tonhalle, M. Ferd. Lœwe a fait entendre le Prélude dernier-né de Richard Strauss,\nd'une clangorante solennité ; une charmante Sérénade de Walter Braunfels, musique précieuse\nd'un amoureux de son art ; et dans un concerto de piano, nous eûmes le plaisir d'applaudir les\ngrâces exquises de Mme Landowska s'efforçant de nous évoquer un Mozart de l'épinette. Il est\nregrettable que le départ d'un dernier train du soir, sans doute, entraîne M. Lœwe qui doit\nregagner Vienne, à dévider les numéros de la fin de ses programmes, quels qu'ils soient, à une\nallure d'express, alors que le reste pêche d'ordinaire par une placidité un peu trop langoureuse.\nM. Paul Prill, aux Concerts de symphonie populaires, se donne la peine de varier le\nrépertoire et d'apporter, d'œuvres parfois injustement délaissées, une interprétation étudiée.\nLes amateurs de musique de chambre ont tout spécialement fêté le quatuor Capet qui com-\nmençait un cycle Beethoven.\nParmi les solistes, que je me garderais d'énumérer, je veux cependant mettre hors-pair\nM. Gottf. Galston, un pianiste, quoique anglais ou américain, d'une intelligence et d'un goût\nparfaits ; et M. Ossip Gabrilowitsch, une nature sensible, toute en nuances, chez qui la déli-\ncatesse n'exclut pas la force, ce qu'il avait bien prouvé l'année dernière avec sa magistrale\nperformance de Y Histoire du Concerto, en reconnaissance de laquelle certainement son premier\nrécital de la saison a fait salle comble.\nSous prétexte de production musicale et portées par une brillante réclame, les sœurs\nWiesenthal, de Vienne, promènent des soirées de danses. 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Ricardo Fines ont découvert dans Schumann une recette de\n\" novelette aux pointes d'arpèges\" savoureuse, disent-ils, à s\ncompositeur se flatte d'avoir inventé un système de clefs\nd\\œuvre, de moduler au thon le plus éloigné. 0 Le généralZ*** Jacques\nqu'il a mangé du rat pendant le siège et qu'il ne serait pas fâché d'aller faire un tour au foyer de la danse de\nl'Opéra pour voir si ceux qui y trottinent ne sont pas\nbonne fortune qui leur permet d'assister a un intéressant sp\nSWIFT\n[Croquis d'Emmanuel Bar cet)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c067", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.21", "titre_corps": "Société Française des Amis de la Musique", "titre_sommaire": "Société Française des Amis de la Musique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.82", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nCOMMUNICATIONS\nSur le désir unanime du Conseil d'Administration, M. Berly, Président, a fait l'offre de\nPrésident d'honneur de la Société Française des Amis de la Musique à M. Henry Deutsch\n(de la Meurthe) qui a bien voulu accepter.\nLes membres de la Société se réjouiront certainement d'apprendre cette bonne nouvelle.\n*\n*\nS. A. I. le Grand Duc Boris de Russie a bien voulu accepter de faire partie de la Société\nFrançaise des Amis de la Musique.\nLa Société l'en a remercié en le nommant membre d'honneur.\n* *\nDe nouvelles adhésions sont, en outre, parvenues au Secrétaire Général. Ce sont, par\nordre d'inscription :\nMme William Arfoidson Mme Grappin Mme Gustave Péreire\nDocteur Blondel M,!e Grappin M. Henri Siégler-Pascal\nM. Jules Carlet Mn'e Hébert M 1 Sinat\nD. Dée Carlott Mlnp Helbronner Mme de la Touche\nMlle Lily Dreyfus M. Marcilhacy Mlle Varin\n*\nr.. * *\nUne reunion musicale exclusivement reservce aux membres de la Société, a eu lieu le\nsamedi 29 novembre, a 4 heures de 1 après-midi, dans la salle des fêtes de l'hôtel Majestic,\navenue Kléber.\nM. I ierre Vrignault, homme de lettres, a fait au début de la séance une conférence très\ndocumentée et très intei essante sur les origines de l'Opéra-Comique. Le conférencier s'est\nattaché à montrer l'évolution de la comédie musicale à partir du Théâtre de la Foire jusqu'à\nnos jours, en passant par le Vaudeville et la Comédie italienne. Le fond et la forme de cette\ncauserie, grâce au îare talent d improvisation de M. Pierre Vrignault, ont été hautement\nappréciés par une assistance nombreuse.\nAu cours de cette reunion 011 a eu la grande joie d'applaudir, dans les airs du Théâtre de\nde la Foiie, les morceaux de la Comédie italienne et le répertoire de l'Opéra-Comique\nproprement dit, M™* Vallin-Pardo et M. France», de l'Opéra-Comique, ainsi que M. Alphée\nMathieu, qui ont été longuement acclamés.\nC est M. Louis Masson qui a tenu, avec un art consommé, la partie de piano.\n*\nLa Société, a la suite du vote unanime du Conseil d'Administration, a accordé son\npationage ala Société musicale qui vient de se fonder à Tours, sur l'initiative de MUe Pernv\nl°Z Ie \"om dc S°cift(; Tourangelle des Amis de la Musique, et dont la Présidente esJ\nM la Comtesse Paul de Pourtalès.\nLa Commission appelée à décerner le prix de Musique à une Compagnie de quatuor à\ncordes, pour 1 annee 1913, se réunira dans le courant de janvier pour examiner les titres des\ncandidats."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.83", "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": "Une réunion privée, réservée aux membres de la Société, aura lieu le mercredi 7 janvier,\nà 3 heures de l'après-midi, au Théâtre des Arts, pour entendre une causerie de M. René Lyr\nsur l'œuvre du compositeur belge, Eugène-Samuel Holeman. Cette causerie sera suivie d'une\nreprésentation exceptionnelle de la \"Jeune Fille à la Fenêtre \", prose lyrique de Camille\nLemonnier, mise en musique par Eugène Samuel.\nC'est Mme Jane Bathori-Engel qui interprétera, avec le talent et l'autorité que l'on sait,\nle principal personnage.\nLes membres de la Société ont d'ailleurs été prévenus par lettre de cette manifestation.\nBUT DE LA SOCIÉTÉ\nLA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE a pour but Je grouper\nen une Grande Association tous ceux qui aiment la Musique, d'aider de la manière la plus\ngénérale, au développement de l'Art Musical en France et à sa diffusion à l'Etranger ;\nd'accorder son patronage et son appui à toute manifestation musicale digne d'intérêt, enfin de\ncréer les moyens d'action nécessaires pour réaliser, à côté de son programme artistique, une\nŒuvre Sociale, Philanthrophique et Utilitaire qui ennoblisse ses efforts et justifie la mission\nqu'elle s'est proposée.\nEXTRAIT DES STATUTS\nARTICLE 3.\nLa Société se compose de Membres Sociétaires, de Membres Donateurs,\nde Membres Bienfaiteurs et de Membres d'Honneur.\nLes Membres Sociétaires, Donateurs et Bienfaiteurs devront être agréés\npar le Bureau.\nPour être Membre Sociétaire, il faut payer une cotisation annuelle de 20 francs.\nLa cotisation de 20 francs peut être rachetée par un versement unique de 500 francs.\nPour être Membre Donateur, il faut verser une cotisation annuelle d'au moins\n100 francs.\nPour être Membre Bienfaiteur, il faut avoir versé en une fois une somme d'au\nmoins 1000 francs.\nLes dames peuvent faire partie de l'Association. Elles sont éligibles à toutes les\nfonctions.\nARTICLE 4.\nLa qualité de membre de la Société se perd :\ni° Par la démission,\n2° Par la radiation prononcée par le Conseil d'administration pour non paiement des\ncotisations, après deux avis, ou pour motif grave.\nTout membre démissionnaire doit les cotisations échues et celles de\nl'année courante. (Loi du ler1er Juillet 1901, art. 4)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c068", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.22", "titre_corps": "ÇA ET LA", "titre_sommaire": "ÇA ET LA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.84", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "ÇA ET LA\n\nEchos\nDernier écho de l'Affaire Rust.\nNous avons reçu de notre Collaborateur, M. Vincent d Indy, cette lettie que nous\nnous empressons d'insérer :\nCher Monsieur,\nJe compte sur votre courtoisie pour accueillir dans la Revue une rectification nécessaire à propos de\nl'encombrante affaire Rust. Dans une note d'une touchante naïveté M. le Dr Neufeldt, incapable de répondre\nà mes arguments sur sa complète méconnaissance de la musique de F. W. Rust, s'en tire par une pirouette en\ninvoquant une question de date, alors qu'il sait parfaitement qu'au mois de septembre, comme au mois de\nJuillet et même au mois d'avril dernier, je connaissais tous les documents qu'il cite dans son copieux article\naussi bien, sinon mieux que lui-même. Je tiens à affirmer que ni la note ni l'article susdits ne peuvent mettre nn\nau débat, lequel ne portait que sur deux points : i° : oui ou non, la musique de F. W. Rust, dans sa forme origi-\nnale, ou \" tripatouillée more germanico est et reste-t-elle de la belle musique ? Présente-t-elle, débarrassée de\nl'habit moderne style, façon Bulow-Tausig, dont l'avait affublée le docteur Wilhelm, un intérêt incomparable-\nment supérieur à celui qu'offrent la plupart des productions de son époque ? 2° : oui ou non, le doctenr Neufeldt\nne s'est il pas lourdement trompé, lorsque, signalant les \" tripatouillages \", il a crié à la catastrophe, alors qu il\nfallait proclamer une libération ? N'a-t-il pas fait preuve d'une inconcevable légèreté de jugement en s'attachant\nseulement, dans ses articles, à la surface de la question sans chercher jamais à l'examiner au fond ? Voila tout\nle débat. Et il ne sera permis d'en prononcer la clôture que lorsque les musiciens français seront mis à meme\nde juger les belles œuvres de Rust sur les documents originaux et de se rendre compte que le maître de Dessau\nfut un véritable précurseur, non pas seulement de Beethoven, mais encore de Weber et de Schubert.\nVeuillez agréer, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.\nVINCENT D'INDY.\nLa recherche de la paternité.\nNous recevons la lettre suivante :\nMon Cher Directeur et Ami,\nJe viens de lire dans le Figaro du 14 Décembre 1913 une lettre très intéressante sur la danse signée\nValentine de Saint Point.\nCette lettre contient une véritable profession de foi et qui m'intéresse d'autant plus que les théories\ny contenues sont absolument pareilles à\" celles que j'ai exprimées l'an dernier dans mon livre sur \" la danse\ncomme moyen d* expression musicale \" et dont j'ai envoyé un exemplaire, sous pli recommandé, à Madame\nde Saint Point, le 23 Juillet 1912.\nCette dame ne pouvait donc me rendre un plus éclatant hommage qu'en adoptant pour \" siennes \" mes\nthéories et idées sur la danse, théories qu'elle a pu analyser et lire dans mon petit livre et plus particulièrement\nexposées dans les pages 36 et 37 de mon opuscule.\nJ'ignorais (jusqu'aujourd'hui) d'avoir eu en Madame de Saint Point une si dévouée prosélyte et une aussi\nhabile collaboratrice mais pour éviter que d'autres personnes puissent elles aussi ignorer cet avantage auquel\nj'étais loin de m'attendre, je tiens à remercier ici même et par la voix de votre estimé journal Madame de Saint\nPoint de l'actualité qu'elle a bien voulu donner à mon modeste ouvrage paru l'an dernier.\nRecevez, mon cher Directeur et ami, l'assurance de ma très haute considération.\nPAOLO LITTA\ncompositeur de musique\nDirecteur de la \" Libéra Estetica \" de Florence"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4676, "texte": "Nous avons communiqué cette lettre à Madame Valentine de Saint-Point qui\nnous a fait tenir la réponse que voici :\nCher Monsieur,\nMonsieur Paola Litta ne s'est certainement pas donné la peine de lire attentivement ma lettre parue au\nFigaro le dimanche 14 décembre et annonçant ma Métachorie. Aussi succinte qu'elle soit, au sujet de ma\nthéorie, elle marque pourtant l'abîme qui nous sépare M. Paolo Litta et moi. Mais se proclamer précurseur et\nMaître est si facile : je comprends que M. Paolo Litta se soit laissé tenter.\nIl dit m'avoir expédié sa \" Déesse Nue \"à la date du 23 juillet 1912. Voilà un esprit administratif qui\nlui vaut toute mon admiration, car il me fait totalement défaut. Aussi ne me souviens-je pas de son envoi. C'est\nl'exemplaire que vous voulûtes bien me prêter vous-même, avant-hier, qui m'a révélé cette déesse peu vêtue.\nCela est d'ailleurs sans importance puisqu'il n'y a aucun rapport entre nos deux conceptions de la danse.\nM. P. Litta comprend : \" la danse comme moyen ésotérique d'expression musicale. \" Dans ma Métachorie\nmusique et danse sont égales et dépendent toutes deux uniquement et pareillement de l'ldée, c'est-à-dire de\nl'idée évoquée dans le poème ou la drame. Et ma lettre au Figaro dit :\nMa métachorie apporte les danses idéistes, la danse qui n'est pas seulement le rythme plastique sensuellement\nhumain de la musique, mais la danse créée, dirigée cérébralement, la danse qui exprime une idée, arrêtée dans\ndes lignes strictes comme la musique l'est dans le nombre du contrepoint.\nAu lieu de dépendre exlusivement de la musique, la métachorie n'en est plus l'esclave mais l'égale, toutes\ndeux dépendant de l'idée et soumises à une architecture stricte : celle de la ligne géométrique, celle du nombre.\nM. P. Litta considère \" la danse comme expression de la musique. \" Comme on l'a vu, j'interprète un\npoème et non de la musique, et la musique est inspirée par le même poème et non \" pensée chorégraphiquement\ncomme le voudrait M. P. Litta. Il m'envoie sa musique dans l'espoir, m'écrit-il, que je pourrai l'exécuter un jour.\nSa musique n'a pour moi, métachorente, aucune signification chorégraphique parce qu'elle n'est pas inspirée\npar l'idée abstraite, par mon idée.\nM. P. Litta veut que \" le musicien crée l'œuvre toute entière et l'offre vivante à l'interprète déesse, qui la\ndanserait ensuite \" Le rôle de déesse ne me convient nullement. Je rends donc à M. P. Litta sa partition.\nJ'ajoute que sa volonté de remonter aux sources de la danse m'est antipathique : la métachorie est d'esprit\nmoderne. Il veut \" le musicien créateur de mouvements de l'âme \" : la métachorie est de direction intellectuelle\net non sentimentale.\nDe plus j'enferme Vidée synthétique du poeme à interpréter dans une figure géométrique qui est à ma danse\nce que le contre-point est à la musique. M. P. Litta ne nous montre nulle part avoir même rêvé cela.\nLes souhais imprécis de M. P. Litta et ma théorie matériellement réalisée sont donc totalement différents.\nLes détails d'exécution ne le sont pas moins. Alors qu'il prêche la nudité, qu'il s'extasie sur \" les seins nus\nrestitués à la \" Déesse \", devant le \" temple mouvant \" et l'exhibition 44 entre les colonnes... de la porte qui\nconduit au tabernacle... \" je dis que toutes les parties du corps où la chair a la prépondérance sur le muscle\ndoivent être voilées. Il escompte la mimique pathétique du visage ; on sait que je dédaigne ces moyens faciles\nd'émotion sentimentale. Quant aux décors bibliques de M. P. Litta, n'en parlons pas. Réfuter des arguments\naussi vagues n'a de l'intérêt pour personne. Je l'ai fait cette fois pour ne pas laisser s'accréditer, dès 1 apparition\nde la métachorie, la légende de M. Paolo Litta, précurseur. Je ne recommencerai pas.\nJe ne suis guère étonnée de ses revendications. Toutes les fois qu'une réalisation nouvelle s'affirme, il se\ntrouve plusieurs personnes pour en réclamer la priorité du rêve. Cela sert toujours.\nVALENTINE DE SAINT-POINT.\nAcré !... v'ià les mœurs !\nUne intéressante entreprise d'épuration musicale s'organise en vue de débarrasser\nles églises de Paris des immondices que la paresse ou le mauvais goût des organistes\nlaissaient s'accumuler dans les tribunes. La critique musicale va, pour la première fois,\npénétrer dans ces poussiéreux réduits et y procéder à un nettoyage par le vide.\nDissimulés derrière un pilier et munis d'un phonographe enregistreur ou d'un agile\nstylo, des musiciens résolus à rendre aux offices catholiques toute leur pureté\nattention ! les purs ont des oreilles ! happeront au vol les beaux offertoires\nchaloupés ou les brillantes sorties-tango qui font fureur dans certaines paroisses et que"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.86", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "le roi David lui-même, patron des clodoches, n'aurait osé danser que devant l'Arche\nde Noé. Ces constats dressés permettront de traduire devant le tribunal de l'opinion\ntoute une bande redoutable de malfaiteurs qui se croyaient assurés de l'impunité.\nOrganistes, en garde !... Un œil noir vous regarde !...\nLa crise auriculaire.\nC'était fatal ! Il y a maintenant à Paris beaucoup plus d'exécutants que d'audi-\nteurs. Non seulement on ne trouve plus personne pour payer sa place au concert\nmais l'invitation gratuite, elle même, a fait son temps et ne trouve plus d'amateurs.\nOn a souvent prédit qu'un jour viendrait où il faudrait payer les mélomanes pour les\ndécider à s'exposer à l'ennui d'un récital : ce jour de gloire est arrivé. Un chanteur\npratique promet, par voie d'affiches, une prime aux citoyens de bonne volonté qui\naccepteront de venir l'entendre. C'est parfait et voilà dans quelle voie doivent s'engager\nles organisateurs. 11 faut que le coupon d'invitation nous donne droit désormais à un\nconfortable souper après la cérémonie et que le numéro de notre fauteuil participe\naux chances d'une tombola où nous pourrons gagner le piano à queue ou le stradi-\nvarius des virtuoses que nous aurons subis... ou la jolie cantatrice que nous aurons\nadmirée. Alors, peut-être consentirons nous à prêter l'oreille.... sans nous la faire tirer.\nL'Homme à la Contrebasse.\n\nNouvelles\nPar suite d'une entente spéciale avec la direction de /'Art Décoratif, la belle revue que\nconnaissent tous ceux qui s'intéressent à Vart ancien et àla vie artistique moderne, nous avons le\nplaisir d'offrir à nos lecteurs les avantages d'un abonnement combiné1 les faisant bénéficier d'une\nimportante réduction sur les prix de nos deux publications. Les rapports qui unissent si étroitement la\nmusique et les arts plastiques dans l'évolution intellectuelle contemporaine rendaient ce rapprochement\nparticulièrement souhaitable et nous sommes certains que les musiciens prendront le plus vif intérêt a\nsuivre le développement d'une activité créatrice dont les progrès sont si intimement liés à ceux de leur\nart. S. I. M. saisit avec plaisir l'occasion d'affirmer ainsi la sympathie que lui nispire Vœuvre si\ncourageusement entreprise et si brillamment défendue par l'Art Décoratif dont l'autorité dans les\nmilieux artistiques est aujourd'hui solidement établie et qui est actuellement une des plus belles\npublications d^art de notre temps.\nLe dîner if S. I. M.\nNos confrères de la presse quotidienne ont relaté le succès de notre diner du\n16 Décembre. Comme d'ordinaire, on vit réunies autour des tables fleuries de l'Elysée-Palace\nles plus brillantes personnalités parisiennes ; les représentants les plus autorisés du monde des\nlettres, des arts et du théâtre donnèrent ainsi, une fois de plus, à notre Revue un témoignage\nde sympathie auquel nous sommes particulièrement sensibles. La soirée qui suivit le diner\npermit à nos invités d'applaudir l'extraordinaire fantaisiste Lise Berty, l'admirable défenseur du\n\" bel canto \" qu'est Léoni, la belle Paule Andral, le spirituel Jean Bastia et une scène de\nl'amusante revue du Théâtre Doré où triomphèrent la troublante Irène Bordoni, l'exquise\n\n1 Voir à nos annonces les tarifs d'abonnement simple et d'abonnement combiné à l'Art Décoratifs à la\nRevue Musicale S. I. M."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.87", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "Gaby Boissy, la gracieuse Yvon et l'intelligent comédien Tréville. On se sépara tort tard en\nse donnant rendez-vous pour notre prochain diner dont nous ferons connaître bientôt la date.\n* *\nLa réputée cantatrice Mlle de Febrer donnera le 12 janvier, un concert àla Salle Pleyel.\nElle y interprétera un Air d'lphigénie de Gluck, une Canxone de Scarlatti, les Ariettes Oubliées\nde Debussy, Chanson Triste de Duparc, des mélodies de Pickaert et des pages de Berlioz.\nM. Mauguière prêtera son concours à cette intéressante soirée, ainsi que Mme Chailley-Richez\net M. Marcel Chailley qui exécuteront la Sonate pour piano et violon de Saint-Saëns. Nul\ndoute que Mlle de Febrer ne remporte cette fois encore le grand succès que mérite son talent.\n* *\nNous sommes heureux d'annoncer que notre Collègue, M. Henry Prunières, passera sa\nthèse de doctorat ès-lettres le samedi 10 janvier en Sorbonne, à 2 heures de l'après-midi, sur\nle sujet suivant: \" L'Opéra Italien et le Ballet de Cour en France avant Lully. \"\n*\n* *\nUne famille (Vartistes. Le brillant violoniste Robert Krettly dont nous avons souvent\nsignalé les succès, s'est fait entendre récemment en compagnie de ses deux jeunes sœurs\nMlles Odette et Jeannine Krettly et de son frère, M. Pierre Krettly qui sont, tous trois, des\nvirtuoses remarquables et des musiciens accomplis. De Rouen, du Mans, de Grenoble, de\nChambéry nous arrivent les compte-rendus les plus élogieux des auditions données par ces\nexcellents artistes dont les interprétations révèlent un goût très sûr et une parfaite purete de\nstyle mis au service des plus belles pages de la musique de chambre.\n*\n*\nMlle Blanche Selva publie chez Rouart, Lerolle et Cie éditeurs, un volume sur la Sonate\net son évolution technique, historique et expressive, en vue de l'interprétation et de 1 audition.\nCe livre, où la Sonate est étudiée et analysée depuis ses origines les plus lointaines jusqu a son\nexpression la plus moderne marquera une date dans l'histoire de l'enseignement musical.\n*\n* *\nLa décentralisation artistique gagne les petites villes de province. A Mantes-la-Jolie,\nMme Machabey vient de donner un récital de piano qui a été chaleureusement accueilli.\nDiverses œuvres de Chopin, Schumann, Liszt et Chevillard mirent en valeur sa virtuosité et\nsa parfaite technique. A cette même séance, M. A. Machabey exécuta brillamment des pièces\nde Couperin et Martini et la Sonate pour piano et violon de Gabriel ïaure, tandis que\nMlle de Weindel interprétait avec un art expressif des lieder de Schubert, Schumann et\net G. Fauré. Les applaudissements d'un public enthousiaste récompensèrent Mmc Machabey et\nses partenaires.\n*\n* *\nAu British Muséum.\nLes Conférences de Miss Schlesinger que nous avions annoncées dans notre dernier\nnuméro, ont produit sensation dans la presse de Londres. Miss Schlesinger a soutenu une thèse\nnouvelle qui est celle-ci : Les anciens, lorsqu'ils entendaient leur musique éminemment mono-\ndique, percevaient beaucoup mieux que nous la sene des sons haimoniques engendres par leurs\ninstruments. Si bien que le simple chant (ou 1 unisson) leui donnait reellement 1 impression\nd'une série d'accords. Ce qui est pour nous actuellement du dessin sonore, représentait pour"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.88", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "eux une véritable peinture colorée et vivante. Nous laissons aux musicologues le soin de\ndiscuter cette idée neuve.\n*\n* *\nDe Toulouse.\nLa Société des Concerts de Conservatoire de Toulouse s'est assuré le concours de la\nbrillante violoniste, Melle Noela Cousin pour l'une de ses séances. Nous apprenons en outre que\nla remarquable virtuose se produira également cette saison à la Société Philharmonique de\nBordeaux.\n*\n* *\nDe Bruxelles.\nLe Théâtre de la Monnaie vient de représenter, avec grand succès, \" L*Enfant Prodigue \"\ndu Maître Debussy.\n*\n* *\nDe Lyon.\nM. Beyle, l'actif directeur du Grand Théâtre, vient de faire un grand effort de décentra-\nlisation artistique en donnant à son public l'admirable \" Fervaal\" de Vincent d'lndy.\nExcellente interprétation, en particulier de Mme Catalan (Guilhen) et M. Verdier (Fervaal).\n.M. Bovy, chef d'orchestre, a droit à tous les éloges.\n%\n* *\nDe Monte-Carlo.\nLe \" Festival de Réouverture \" des Concerts Louis Ganne, dans la Salle de Musique du\nCasino de Monte-Carlo, a remporté un succès éclatant.\nLes solistes, MM. Richet, Myrtel Morel, G. Laurent, Raymond Durot, Alexandre Ribo,\net Mlle Hélène Onda, y furent acclamés.\nL'ensemble de ce petit orchestre, uniquement composé de virtuoses, est absolument\n/remarquable.\nPar l'absolue perfection que ces excellents artistes apportent à l'interprétation des œuvres\nclassiques et modernes, autant que par la haute autorité du brillant compositeur Louis Ganne,\nqui est aussi un chef-d'orchestre éminent, ces Concerts quotidiens sont devenus et demeurent\nune des plus captivantes attractions de la saison artistique et de la vie mondaine à Monte-Carlo.\nDeux pages de Louis Ganne, l'intermède de \" \" et la\nLorraine, ont obtenu, sous la direction de l'auteur, un succès enthousiaste.\n*\n* *\nDe Berlin.\nBerlin s'est enrichi d'une nouvelle Société de Concerts : \" Les Esplanade-Musikabende \"\ndont les réunions auront lieu à peu près mensuellement dans la \" Salle de Marbre \" de l'Hôtel\nEsplanade. Au programme du premier concert figuraient des noms célèbres : Hermine Bosetti,\nBackhaus, Burmester et Slezak.\nA la Philharmonie, M. Spiering organise une série de grandes auditions d'orchestre avec\ndes œuvres intéressantes et nouvelles, entre autres le poème symphonique Le Vainqueur de\nReznicek.\nDe nombreux récitals sollicitent l'attention. Le petit prodige Jascha Heifetz enthousiasme\n.toujours les auditeurs par la maturité surprenante de sa technique. Egon Pétri s'est montré,"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.89", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "dans son premier récital, digne de son illustre maître\nBusoni. Et la cantatrice Eva Brulan triomphe surtout\ndans le \" Bel Canto. \"\nLe quatuor Capet a remporté un immense succès.\nMme Landowska dont il est superflu de renouveler\nl'éloge est toujours aussi chaleureusement accueillie. Il en\nest de même pour les violonistes Kreisler, Elman, Flesch,\nVersey et Ysaye. Mentionnons encore le maître flûtiste\nAry van Leeuwen, les quatuors Rosé, Boémien, Flon-\nzaley, Bruxellois, Loewensohn et la Société des Instru-\nments Anciens, qui a bien vite su gagner la sympathie\ndes Berlinois."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c070", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.22.2", "titre_corps": "Echos", "titre_sommaire": "Echos", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.84", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "Echos\nDernier écho de l'Affaire Rust.\nNous avons reçu de notre Collaborateur, M. Vincent d Indy, cette lettie que nous\nnous empressons d'insérer :\nCher Monsieur,\nJe compte sur votre courtoisie pour accueillir dans la Revue une rectification nécessaire à propos de\nl'encombrante affaire Rust. Dans une note d'une touchante naïveté M. le Dr Neufeldt, incapable de répondre\nà mes arguments sur sa complète méconnaissance de la musique de F. W. Rust, s'en tire par une pirouette en\ninvoquant une question de date, alors qu'il sait parfaitement qu'au mois de septembre, comme au mois de\nJuillet et même au mois d'avril dernier, je connaissais tous les documents qu'il cite dans son copieux article\naussi bien, sinon mieux que lui-même. Je tiens à affirmer que ni la note ni l'article susdits ne peuvent mettre nn\nau débat, lequel ne portait que sur deux points : i° : oui ou non, la musique de F. W. Rust, dans sa forme origi-\nnale, ou \" tripatouillée more germanico est et reste-t-elle de la belle musique ? Présente-t-elle, débarrassée de\nl'habit moderne style, façon Bulow-Tausig, dont l'avait affublée le docteur Wilhelm, un intérêt incomparable-\nment supérieur à celui qu'offrent la plupart des productions de son époque ? 2° : oui ou non, le doctenr Neufeldt\nne s'est il pas lourdement trompé, lorsque, signalant les \" tripatouillages \", il a crié à la catastrophe, alors qu il\nfallait proclamer une libération ? N'a-t-il pas fait preuve d'une inconcevable légèreté de jugement en s'attachant\nseulement, dans ses articles, à la surface de la question sans chercher jamais à l'examiner au fond ? Voila tout\nle débat. Et il ne sera permis d'en prononcer la clôture que lorsque les musiciens français seront mis à meme\nde juger les belles œuvres de Rust sur les documents originaux et de se rendre compte que le maître de Dessau\nfut un véritable précurseur, non pas seulement de Beethoven, mais encore de Weber et de Schubert.\nVeuillez agréer, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.\nVINCENT D'INDY.\nLa recherche de la paternité.\nNous recevons la lettre suivante :\nMon Cher Directeur et Ami,\nJe viens de lire dans le Figaro du 14 Décembre 1913 une lettre très intéressante sur la danse signée\nValentine de Saint Point.\nCette lettre contient une véritable profession de foi et qui m'intéresse d'autant plus que les théories\ny contenues sont absolument pareilles à\" celles que j'ai exprimées l'an dernier dans mon livre sur \" la danse\ncomme moyen d* expression musicale \" et dont j'ai envoyé un exemplaire, sous pli recommandé, à Madame\nde Saint Point, le 23 Juillet 1912.\nCette dame ne pouvait donc me rendre un plus éclatant hommage qu'en adoptant pour \" siennes \" mes\nthéories et idées sur la danse, théories qu'elle a pu analyser et lire dans mon petit livre et plus particulièrement\nexposées dans les pages 36 et 37 de mon opuscule.\nJ'ignorais (jusqu'aujourd'hui) d'avoir eu en Madame de Saint Point une si dévouée prosélyte et une aussi\nhabile collaboratrice mais pour éviter que d'autres personnes puissent elles aussi ignorer cet avantage auquel\nj'étais loin de m'attendre, je tiens à remercier ici même et par la voix de votre estimé journal Madame de Saint\nPoint de l'actualité qu'elle a bien voulu donner à mon modeste ouvrage paru l'an dernier.\nRecevez, mon cher Directeur et ami, l'assurance de ma très haute considération.\nPAOLO LITTA\ncompositeur de musique\nDirecteur de la \" Libéra Estetica \" de Florence"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4676, "texte": "Nous avons communiqué cette lettre à Madame Valentine de Saint-Point qui\nnous a fait tenir la réponse que voici :\nCher Monsieur,\nMonsieur Paola Litta ne s'est certainement pas donné la peine de lire attentivement ma lettre parue au\nFigaro le dimanche 14 décembre et annonçant ma Métachorie. Aussi succinte qu'elle soit, au sujet de ma\nthéorie, elle marque pourtant l'abîme qui nous sépare M. Paolo Litta et moi. Mais se proclamer précurseur et\nMaître est si facile : je comprends que M. Paolo Litta se soit laissé tenter.\nIl dit m'avoir expédié sa \" Déesse Nue \"à la date du 23 juillet 1912. Voilà un esprit administratif qui\nlui vaut toute mon admiration, car il me fait totalement défaut. Aussi ne me souviens-je pas de son envoi. C'est\nl'exemplaire que vous voulûtes bien me prêter vous-même, avant-hier, qui m'a révélé cette déesse peu vêtue.\nCela est d'ailleurs sans importance puisqu'il n'y a aucun rapport entre nos deux conceptions de la danse.\nM. P. Litta comprend : \" la danse comme moyen ésotérique d'expression musicale. \" Dans ma Métachorie\nmusique et danse sont égales et dépendent toutes deux uniquement et pareillement de l'ldée, c'est-à-dire de\nl'idée évoquée dans le poème ou la drame. Et ma lettre au Figaro dit :\nMa métachorie apporte les danses idéistes, la danse qui n'est pas seulement le rythme plastique sensuellement\nhumain de la musique, mais la danse créée, dirigée cérébralement, la danse qui exprime une idée, arrêtée dans\ndes lignes strictes comme la musique l'est dans le nombre du contrepoint.\nAu lieu de dépendre exlusivement de la musique, la métachorie n'en est plus l'esclave mais l'égale, toutes\ndeux dépendant de l'idée et soumises à une architecture stricte : celle de la ligne géométrique, celle du nombre.\nM. P. Litta considère \" la danse comme expression de la musique. \" Comme on l'a vu, j'interprète un\npoème et non de la musique, et la musique est inspirée par le même poème et non \" pensée chorégraphiquement\ncomme le voudrait M. P. Litta. Il m'envoie sa musique dans l'espoir, m'écrit-il, que je pourrai l'exécuter un jour.\nSa musique n'a pour moi, métachorente, aucune signification chorégraphique parce qu'elle n'est pas inspirée\npar l'idée abstraite, par mon idée.\nM. P. Litta veut que \" le musicien crée l'œuvre toute entière et l'offre vivante à l'interprète déesse, qui la\ndanserait ensuite \" Le rôle de déesse ne me convient nullement. Je rends donc à M. P. Litta sa partition.\nJ'ajoute que sa volonté de remonter aux sources de la danse m'est antipathique : la métachorie est d'esprit\nmoderne. Il veut \" le musicien créateur de mouvements de l'âme \" : la métachorie est de direction intellectuelle\net non sentimentale.\nDe plus j'enferme Vidée synthétique du poeme à interpréter dans une figure géométrique qui est à ma danse\nce que le contre-point est à la musique. M. P. Litta ne nous montre nulle part avoir même rêvé cela.\nLes souhais imprécis de M. P. Litta et ma théorie matériellement réalisée sont donc totalement différents.\nLes détails d'exécution ne le sont pas moins. Alors qu'il prêche la nudité, qu'il s'extasie sur \" les seins nus\nrestitués à la \" Déesse \", devant le \" temple mouvant \" et l'exhibition 44 entre les colonnes... de la porte qui\nconduit au tabernacle... \" je dis que toutes les parties du corps où la chair a la prépondérance sur le muscle\ndoivent être voilées. Il escompte la mimique pathétique du visage ; on sait que je dédaigne ces moyens faciles\nd'émotion sentimentale. Quant aux décors bibliques de M. P. Litta, n'en parlons pas. Réfuter des arguments\naussi vagues n'a de l'intérêt pour personne. Je l'ai fait cette fois pour ne pas laisser s'accréditer, dès 1 apparition\nde la métachorie, la légende de M. Paolo Litta, précurseur. Je ne recommencerai pas.\nJe ne suis guère étonnée de ses revendications. Toutes les fois qu'une réalisation nouvelle s'affirme, il se\ntrouve plusieurs personnes pour en réclamer la priorité du rêve. Cela sert toujours.\nVALENTINE DE SAINT-POINT.\nAcré !... v'ià les mœurs !\nUne intéressante entreprise d'épuration musicale s'organise en vue de débarrasser\nles églises de Paris des immondices que la paresse ou le mauvais goût des organistes\nlaissaient s'accumuler dans les tribunes. La critique musicale va, pour la première fois,\npénétrer dans ces poussiéreux réduits et y procéder à un nettoyage par le vide.\nDissimulés derrière un pilier et munis d'un phonographe enregistreur ou d'un agile\nstylo, des musiciens résolus à rendre aux offices catholiques toute leur pureté\nattention ! les purs ont des oreilles ! happeront au vol les beaux offertoires\nchaloupés ou les brillantes sorties-tango qui font fureur dans certaines paroisses et que"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.86", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "le roi David lui-même, patron des clodoches, n'aurait osé danser que devant l'Arche\nde Noé. Ces constats dressés permettront de traduire devant le tribunal de l'opinion\ntoute une bande redoutable de malfaiteurs qui se croyaient assurés de l'impunité.\nOrganistes, en garde !... Un œil noir vous regarde !...\nLa crise auriculaire.\nC'était fatal ! Il y a maintenant à Paris beaucoup plus d'exécutants que d'audi-\nteurs. Non seulement on ne trouve plus personne pour payer sa place au concert\nmais l'invitation gratuite, elle même, a fait son temps et ne trouve plus d'amateurs.\nOn a souvent prédit qu'un jour viendrait où il faudrait payer les mélomanes pour les\ndécider à s'exposer à l'ennui d'un récital : ce jour de gloire est arrivé. Un chanteur\npratique promet, par voie d'affiches, une prime aux citoyens de bonne volonté qui\naccepteront de venir l'entendre. C'est parfait et voilà dans quelle voie doivent s'engager\nles organisateurs. 11 faut que le coupon d'invitation nous donne droit désormais à un\nconfortable souper après la cérémonie et que le numéro de notre fauteuil participe\naux chances d'une tombola où nous pourrons gagner le piano à queue ou le stradi-\nvarius des virtuoses que nous aurons subis... ou la jolie cantatrice que nous aurons\nadmirée. Alors, peut-être consentirons nous à prêter l'oreille.... sans nous la faire tirer.\nL'Homme à la Contrebasse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c074", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c074", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.22.3", "titre_corps": "Nouvelles", "titre_sommaire": "Nouvelles", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.86", "debut_caractere": 1388, "fin_caractere_exclue": 3315, "texte": "Nouvelles\nPar suite d'une entente spéciale avec la direction de /'Art Décoratif, la belle revue que\nconnaissent tous ceux qui s'intéressent à Vart ancien et àla vie artistique moderne, nous avons le\nplaisir d'offrir à nos lecteurs les avantages d'un abonnement combiné1 les faisant bénéficier d'une\nimportante réduction sur les prix de nos deux publications. Les rapports qui unissent si étroitement la\nmusique et les arts plastiques dans l'évolution intellectuelle contemporaine rendaient ce rapprochement\nparticulièrement souhaitable et nous sommes certains que les musiciens prendront le plus vif intérêt a\nsuivre le développement d'une activité créatrice dont les progrès sont si intimement liés à ceux de leur\nart. S. I. M. saisit avec plaisir l'occasion d'affirmer ainsi la sympathie que lui nispire Vœuvre si\ncourageusement entreprise et si brillamment défendue par l'Art Décoratif dont l'autorité dans les\nmilieux artistiques est aujourd'hui solidement établie et qui est actuellement une des plus belles\npublications d^art de notre temps.\nLe dîner if S. I. M.\nNos confrères de la presse quotidienne ont relaté le succès de notre diner du\n16 Décembre. Comme d'ordinaire, on vit réunies autour des tables fleuries de l'Elysée-Palace\nles plus brillantes personnalités parisiennes ; les représentants les plus autorisés du monde des\nlettres, des arts et du théâtre donnèrent ainsi, une fois de plus, à notre Revue un témoignage\nde sympathie auquel nous sommes particulièrement sensibles. La soirée qui suivit le diner\npermit à nos invités d'applaudir l'extraordinaire fantaisiste Lise Berty, l'admirable défenseur du\n\" bel canto \" qu'est Léoni, la belle Paule Andral, le spirituel Jean Bastia et une scène de\nl'amusante revue du Théâtre Doré où triomphèrent la troublante Irène Bordoni, l'exquise\n\n1 Voir à nos annonces les tarifs d'abonnement simple et d'abonnement combiné à l'Art Décoratifs à la\nRevue Musicale S. I. 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Nul\ndoute que Mlle de Febrer ne remporte cette fois encore le grand succès que mérite son talent.\n* *\nNous sommes heureux d'annoncer que notre Collègue, M. Henry Prunières, passera sa\nthèse de doctorat ès-lettres le samedi 10 janvier en Sorbonne, à 2 heures de l'après-midi, sur\nle sujet suivant: \" L'Opéra Italien et le Ballet de Cour en France avant Lully. \"\n*\n* *\nUne famille (Vartistes. Le brillant violoniste Robert Krettly dont nous avons souvent\nsignalé les succès, s'est fait entendre récemment en compagnie de ses deux jeunes sœurs\nMlles Odette et Jeannine Krettly et de son frère, M. Pierre Krettly qui sont, tous trois, des\nvirtuoses remarquables et des musiciens accomplis. De Rouen, du Mans, de Grenoble, de\nChambéry nous arrivent les compte-rendus les plus élogieux des auditions données par ces\nexcellents artistes dont les interprétations révèlent un goût très sûr et une parfaite purete de\nstyle mis au service des plus belles pages de la musique de chambre.\n*\n*\nMlle Blanche Selva publie chez Rouart, Lerolle et Cie éditeurs, un volume sur la Sonate\net son évolution technique, historique et expressive, en vue de l'interprétation et de 1 audition.\nCe livre, où la Sonate est étudiée et analysée depuis ses origines les plus lointaines jusqu a son\nexpression la plus moderne marquera une date dans l'histoire de l'enseignement musical.\n*\n* *\nLa décentralisation artistique gagne les petites villes de province. A Mantes-la-Jolie,\nMme Machabey vient de donner un récital de piano qui a été chaleureusement accueilli.\nDiverses œuvres de Chopin, Schumann, Liszt et Chevillard mirent en valeur sa virtuosité et\nsa parfaite technique. A cette même séance, M. A. Machabey exécuta brillamment des pièces\nde Couperin et Martini et la Sonate pour piano et violon de Gabriel ïaure, tandis que\nMlle de Weindel interprétait avec un art expressif des lieder de Schubert, Schumann et\net G. Fauré. Les applaudissements d'un public enthousiaste récompensèrent Mmc Machabey et\nses partenaires.\n*\n* *\nAu British Muséum.\nLes Conférences de Miss Schlesinger que nous avions annoncées dans notre dernier\nnuméro, ont produit sensation dans la presse de Londres. Miss Schlesinger a soutenu une thèse\nnouvelle qui est celle-ci : Les anciens, lorsqu'ils entendaient leur musique éminemment mono-\ndique, percevaient beaucoup mieux que nous la sene des sons haimoniques engendres par leurs\ninstruments. Si bien que le simple chant (ou 1 unisson) leui donnait reellement 1 impression\nd'une série d'accords. Ce qui est pour nous actuellement du dessin sonore, représentait pour"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.88", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "eux une véritable peinture colorée et vivante. Nous laissons aux musicologues le soin de\ndiscuter cette idée neuve.\n*\n* *\nDe Toulouse.\nLa Société des Concerts de Conservatoire de Toulouse s'est assuré le concours de la\nbrillante violoniste, Melle Noela Cousin pour l'une de ses séances. Nous apprenons en outre que\nla remarquable virtuose se produira également cette saison à la Société Philharmonique de\nBordeaux.\n*\n* *\nDe Bruxelles.\nLe Théâtre de la Monnaie vient de représenter, avec grand succès, \" L*Enfant Prodigue \"\ndu Maître Debussy.\n*\n* *\nDe Lyon.\nM. Beyle, l'actif directeur du Grand Théâtre, vient de faire un grand effort de décentra-\nlisation artistique en donnant à son public l'admirable \" Fervaal\" de Vincent d'lndy.\nExcellente interprétation, en particulier de Mme Catalan (Guilhen) et M. Verdier (Fervaal).\n.M. Bovy, chef d'orchestre, a droit à tous les éloges.\n%\n* *\nDe Monte-Carlo.\nLe \" Festival de Réouverture \" des Concerts Louis Ganne, dans la Salle de Musique du\nCasino de Monte-Carlo, a remporté un succès éclatant.\nLes solistes, MM. Richet, Myrtel Morel, G. Laurent, Raymond Durot, Alexandre Ribo,\net Mlle Hélène Onda, y furent acclamés.\nL'ensemble de ce petit orchestre, uniquement composé de virtuoses, est absolument\n/remarquable.\nPar l'absolue perfection que ces excellents artistes apportent à l'interprétation des œuvres\nclassiques et modernes, autant que par la haute autorité du brillant compositeur Louis Ganne,\nqui est aussi un chef-d'orchestre éminent, ces Concerts quotidiens sont devenus et demeurent\nune des plus captivantes attractions de la saison artistique et de la vie mondaine à Monte-Carlo.\nDeux pages de Louis Ganne, l'intermède de \" \" et la\nLorraine, ont obtenu, sous la direction de l'auteur, un succès enthousiaste.\n*\n* *\nDe Berlin.\nBerlin s'est enrichi d'une nouvelle Société de Concerts : \" Les Esplanade-Musikabende \"\ndont les réunions auront lieu à peu près mensuellement dans la \" Salle de Marbre \" de l'Hôtel\nEsplanade. Au programme du premier concert figuraient des noms célèbres : Hermine Bosetti,\nBackhaus, Burmester et Slezak.\nA la Philharmonie, M. Spiering organise une série de grandes auditions d'orchestre avec\ndes œuvres intéressantes et nouvelles, entre autres le poème symphonique Le Vainqueur de\nReznicek.\nDe nombreux récitals sollicitent l'attention. Le petit prodige Jascha Heifetz enthousiasme\n.toujours les auditeurs par la maturité surprenante de sa technique. Egon Pétri s'est montré,"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.89", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "dans son premier récital, digne de son illustre maître\nBusoni. Et la cantatrice Eva Brulan triomphe surtout\ndans le \" Bel Canto. \"\nLe quatuor Capet a remporté un immense succès.\nMme Landowska dont il est superflu de renouveler\nl'éloge est toujours aussi chaleureusement accueillie. Il en\nest de même pour les violonistes Kreisler, Elman, Flesch,\nVersey et Ysaye. Mentionnons encore le maître flûtiste\nAry van Leeuwen, les quatuors Rosé, Boémien, Flon-\nzaley, Bruxellois, Loewensohn et la Société des Instru-\nments Anciens, qui a bien vite su gagner la sympathie\ndes Berlinois."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c075", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 90, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.23", "titre_corps": "Les Impôts et la Bourse", "titre_sommaire": "Les Impôts et la Bourse", "signature_source": "P. F. Penaud", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.90", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "Les Impôts et la Bourse\nP. F. Penaud.\nLa fin de l'année 1913 peut-être considérée comme l'apogée de la crise\nfinancière.\nDepuis plusieurs année, les gouvernements avaient peu à peu augmenté\nleurs dépenses et grossi leurs budgets.\nPour éviter de frapper les contribuables par de nouveaux impôts, chaque\nEtat a employé d'abord ses disponibilités, puis les expédients de trésorerie\nhabituels, en attendant de pouvoir conclure des emprunts à un taux avantageux.\nEn septembre 1912, les grandes banques d'Europe et d'Amérique s'apprêtaient à émettre les divers\nemprunts devenus nécessaires à l'équilibre des budgets d'Etats.\nMalheureusement la guerre des Balkans éclata et fit ajourner tous projets financiers.\nL'armistice, la reprise des hostilités, la paix, la nouvelle guerre entre les alliés balkaniques et les\nlongs pourparlers pour obtenir la paix définitive retardèrent de mois en mois le moment tant attendu\npar les marchés internationaux pour reprendre leurs opérations normales et procéder aux émissions\nindispensables.\nLa France, qui est le banquier du monde, a voulu faire son emprunt avant de souscrire ceux des\nautres pays, mais la lutte des partis politiques a amené la chute du ministère Barthou sur la question de\nl'immunité définitive du coupon de la rente.\nCette immunité aurait assuré le succès de toutes les forces financières et économiques de la France.\nElle était combattue par les partisans de l'impôt sur les revenus qui y voyaient une dérogation préalable\naux principes de leur projet approuvé par la Chambre et combattu par le Sénat.\nLe nouveau ministre des Finances, M. Caillaux, a dû émettre des bons du Trésor pour parer aux\npremiers besoins et va proposer un emprunt en 3 1/2 amortissable en un court délai au moyen de\nprélèvements sur la richesse acquise.\nLes capitalistes vont donc être soumis à de durs sacrifices, raison de plus pour qu'ils cherchent des\nsuppléments de revenus, soit par des placements plus judicieux, soit par des opérations productives.\nJe rappelle aux lecteurs et abonnés de la S. I. M. que ma vieille expérience, leur est offerte\ngracieusement pour leur indiquer les bonnes valeurs à acheter et les opérations avantageuses à traiter.\nJe puis leur donner tous les renseignements dont ils peuvent avoir besoin; ils auraient bien tort de\ns'en priver et je serai heureux de leur être utile.\nCeux qui ont bien voulu mettre ma compétence à contribution en ont été satisfaits et nos intérêts\nréciproques en ont été améliorés.\nP. S. Je suis a la disposition des lecteurs de la S. /. M. tous les jours de 10 h. a 11 h. et de 4 h. a 7 h.\na mon bureau, 8, rue Drouot à Paris, ou par Correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c077", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇA\nAMIS DE LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de l Instruction\nM. 1e Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel Fàuréy Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur\ndes Musées Nationaux.\nM E M B R E iD 'HONNEUR\n' 4SI\nS. A. I. LE GRAND DUC BORIS DE RUSSIE\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\n■\nPRÉSIDENTE D HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nPRÉSIDENT D'HONNEUR : M. HENRY DEUTSCH (DE LA MEURTHE)\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRESIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU,\nM. J. ECORCHEVILLE,\nM. ALEXIS ROSTAND,\ndyAdministration du Comptoir National\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMM* ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère d\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMM® LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMMB LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMM* LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nM'!FT DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER*\nMME GEORGES KINEN.\nM. J. PASQUIER.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMME LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. JACQUES ROUCHÉ\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS.\n."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c078", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 63, "texte": "/a\n>2\nK\nin\nK\nw-\nI\n\\\n33^\nu\nm\nk\ni\nk\nHll\n»\nT 2\nA\nI\n8. 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ALEXIS ROSTAND,\nVice-Président, Directeur : M. E. ULLMANN\nAdministrateur Directeur : M. P. BOYER\nOPÉRATIONS DU COMPTOIR\nBons à échéance fixe, Escompte et Recouvrement, Escompte de chèques. Achat et\nvente de Monnaies étrangères, Lettres de Crédit, Ordres de Bourse, Avances sur Titres,\nChèques, Traites, Envois de Eonds en Province et à l'Etranger, Souscriptions, Garde de\nTitres, Prêts hypothécaires maritimes, Garantie contre les risques de remboursement au\npair, Paiements de Coupons, etc.\nAGENCES\n38 Bureaux de quartiers dans\nParis. 15 Bureau de Banlieue.\n150 Agences en Province.\n11 Agences dans les colonies et\npays de protectorat.\n12 AGENCES A I'ÉTRANGER\no\nn\n-\nCL\n9\no\nÙ\nLocation de Coffres-Forts\nLe Comptoir tient un service de coffres-\nforts à la disposition du public, 14, rue\nBergère, 2,place de F Opéra; 147? boulevard\nSaint-Germain ; 49, avenue des Champs-\nElysées, et dans les principales Agences.\nUNE CLEF SPÉCIALE UNIQUE EST REMISE\nA CHAQUE LOCATAIRE.\nLa combinaison est faite et changée par le locataire, à son gré. 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JLéXjL wj =\n150 Appartements meublés. Dernier Confort moderne\nSituation unique Plein midi\nHôtel Restaurant Garage Postes Télégraphe Téléphone"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c082", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.29", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "ni\n'un\nm\n,/\nm\n»\nF.\n////////''\nif\nmil1\n\\\\\nE\n\\\\W\\\n,\nE\nU\nE\nU\no\nT\nS\nA\nRO\nS\nPO\nNO\nD\nU\nR\nP\nA\n5c\nA\nX\nUT\nU\nA\nT\nJZ\nS\nU\no\nRO\nPO\nL.\nO\nTA\nF\nEL,\n/\nFO\nR\nE\nE\nR\nE\nE\nR\nO\nS\nU\nM\nU\n=!\nI=i\nIP\nOi\ni'i\nde\nCL\n/jsy\nO\n>cn,iu\n-M\nT\nR\nS\nAVOY\nO\n2\nô\nD\nrec\ns\nM"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c083", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.30", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.7", "debut_caractere": 229, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "I\nas*.-\ntJ*.\n«\nV\nmn\n°\\n\n?\".\nPOUR LES SPORTS D'HIVER\nEquipez=vous\ncher\n_____\n1 ô 3, Place St. Augustin\nPARIS\nTOUT POUR TOUS SPORTS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c084", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c084", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.31", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 530, "texte": "PIERRE HEL\nLUTHIER D'ART\n76, Boulevard de la Liberté, LILLE\nr-r\nSr,\nY,\n%\n/*,\nA\n-»\nT-r\nX?\nX\nr\nGrand Prix: Paris 1900, St. Louis 1904, Milan 1906\nInstruments neufs incontestablement les meilleurs. Sonorité souple\net puissante, Vernis Cremonais.\n0 0 0\nInstruments anciens authentiques de toutes écoles.\nStradivarius, Guadagnini, lestore, etc.\nDEMANDEZ LE CATALOGUE ÉDITÉ CHAQUE ANNÉE\n0 0 0\nRéparations Artistiques Prix modérés\nSpécialité de barrage et réglage.\n0 0 0\nCorde HEL\nla meilleuret la moins chère des cordes justes\nm*. v~m '"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c085", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.32", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.8", "debut_caractere": 532, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "Administrateur : C. KIESGENi 8, rue de Milan, (Téléphone Central 44-45)\nSALLE DES AGRICULTEURS, 8, rue d'Athènes\nCONCER S CHAIGNEAU\nSubventionnés par l'Etat SAISON 1914 Quatrième année\nLes Jeudis 15 et 29 Janvier, 12 et 26 Février, î2et 26 Mars 19x4\nà 9 heures très précises\nPREMIERE SÉANCE Jeudi 15 Janv. à 9 h.\nPROGRAMME\n1. CONCERTO à cordes op. 2, n° 8 . . DAI L ABACO\n(Première audition)\n2. AIR D'ADÉLAÏDE BEETHOVEN\nMadame Auguez de Montalant\n3. TRIPLE CONCERTO op. 56. ... BEETHOVEN\nLe Trio Chaigneau\nPRIX DES PLACES\nFauteuils i,e série\n„ 2me série et Galerie ler1er rang\n„ de Galerie (autres rangs)\nEntrée .\n4. AIR DE LA PASSION HAENDEL\nLes Filles de Sion\nAIR DE LA NAÏDE (Armide) . . . GLUCK\nMadame Auguez de Montalant\n5. SYMPHONIE EN LA MAJEUR op. 29 . MOZART\nCHEF D'ORCHESTRE : M. CAMILLE CHEVILLARD\nPIANO PLEYEL\nAbonn. 6 séances La place p. séance\n30 fr.\n20 fr.\n1 2 fr.\n10 fr.\n5 fr-\n-3 fr-\n-2 fr.\nBillets en vente chez les Editeurs : Durand, 4, place de la Madeleine; Max Eschig, rue Laffitte 13 et 48 rue de Rome; à la Salle\ndes Agriculteurs et chez M. C. Kiesgen, «S, rue de Milan (Téléphoné Central 44-45)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c086", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c086", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.33", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 643, "texte": "m\n♦//\n/«\ns\n«\nas\n\"Mil1\nA.-Z. MATHOT Éditeur\n11, Rue Bergère, PARIS 1 éléph. 234-31\nC. BRAILOI\nD. CHAMIER\nG. FERRARI\nE. MOOR\n11\nî 1\nJ. TURINA\nJ. HURE\nDERNIÈRES PUBLICATIONS\nTrois poèmes arabes,chant, piano, violon, violoncelle fr. 5.—\nSes grands yeux gris, poésie de Félia Litvinne\nLe Sommeil, chant et piano (H. de Regnier)\nVasantasena,poème lyrique en 2 tableaux ....\nMesse pour soli, chœur et orch. (réduct. pour piano et voix)\nSuite p. double quintette à cordes et à vent, part, de poche\nScène Andalousepour alto solo, piano et qxiatuor à cordes\nTRÈS PROCHAINEMENT\nQuintette, piano et quatuor à cordes\n11\n2.\n„ 2.\n„ 12.\nB.\n2.50\nB.\n11\n1}\n~ 14."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c087", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.34", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.9", "debut_caractere": 645, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "SOCIÉTÉ GÉNÉRALE\nPour favoriser le développement du Commerce et de l'lndustrie en France.\nSOCIÉTÉ ANONYME. CAPITAL : 400 MILLIONS.\nSIÈGE SOCIAL ; 54,et 56, Rue de Provence\nSUCCURSALE-OPERA ; 1, Rue Halévy\nSUCCURSALE ; 134, Rue Réaumur (Place de la Bourse)\nà PARIS.\nDépôts de fonds à intérêts en compte ou à échéance fixe (taux des dépôts : de 1 an a 2 ans 2'% ;\nde 4 ans à 5 ans 4°/0; net d'impôt et de timbre); Ordres de Bourse (France et Etranger) ; -\nSouscriptions sans frais ; Vente aux guichets de valeurs livrées immédiatement (Obi de Ch. de\nfer Obi et bons à lots, etc.) ; Escompte et Encaissement d'Effets de Commerce et de Coupons\nfrançais et étrangers ; - Mise en règle et Garde de titres ; Avances sur titres ; Garantie contre\nle remboursement au pair et les risques de non-vérification des tirages ; Virements et chèques sui\nla France et l'Etranger ; Lettres et Billets de crédit circulaires ; Change de monnaies\nétrangères; Assurances (Vie, Incendie, Accidents), etc.\nSERVICE DE COFFRES-FORTS\n(Compartiments depuis 5 fr. par mois ; tarif décroissant en proportion\nde la durée et de la dimension.)\n98 succursales, agences et bureaux à Paris et dans la Banlieue ; 924 agences en Province ; 3 agences\nà l'Etranger (Londres, 53, Old Broad Street ; Bureau a West-End, 65, 67 Regent-Stieet), et\nSt-Sébastien (Espagne) ; correspondants sur toutes les places de France et de 1 Etranger. Cori es-\npondant en Belgique et Hollande: Société française de Banque et de dépôts, Biuxelles, 70, 111 c\nRoyale ; Anvers,' 74, place de Meir ; Ostende, 21, avenue Léopold ; Rotterdam, 103, Leuvehaven."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c088", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c088", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.35", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 385, "texte": "«■s*\ns\n\". ' ' ' : ' '■ '■■' .■;.■.■■.■■■■:■■::■■ • : ■ ■ . :■ '\n, v *> „\n. . :- , . .. .. ... .\n■■■\"'V-'\":\nmmmmg'\nwmÊÊÊr'\nWm.\n' .\n/:0-\n\"\" ' Ï■ \\\n:llï\nf\n-y. :•.••\n.'•y..! ;V . \" :V;:^\n■. :;ï :•\n.....\n. \" V\n•' :. :\n■;\nxO\n,: ■ :• ■■ ■\n• . •; ; \" ■ .... '\n■' . y- . ■ , : ■ ■ ■ :\n■ : .:■■:■■■ ■ ■ ■ ■ :\niJSSia ? ''' is-'.'; -, ; '\n: ' . i,r :•,! :?S: :\nWÊÈÊÊKKsÊÊÊKm\n:>¥î;\nWà\nm\n• -m\nm\nm\nm."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c089", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c089", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.36", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.89", "debut_caractere": 675, "fin_caractere_exclue": 1001, "texte": "Salle PLEYEL\nler au 15 Janvier\n12 Mlle de Febrer 9h.\n1 3 Mme Riss-Arbeau 9\n14 Le Double Trio * 9\n1 5 Mlle Lénars et\nM. Bizet 9\n©\nSalle ERARD\nler au 15 Janvier\n9 M. Loyonnet 9 h\n10 Société Nationale 9\n11 Mme Rcmx-Morgan 9\n12 Mme Protopopova* 9\n13 M. Philipp 9\n14 S. M. I. 9\n15 E. Risler 9\n* Voir le programme dans nos\nannonces."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c090", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c090", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.37", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.89", "debut_caractere": 1003, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "Salle GAVEAU\nler au 15 Janvier\n5 U. F. P. C. 2 h. 1\n14 Stirlen Vallon 9 h.\nSalle\nMALAKOFF\nles lundis et jeudis à 9 heures\nConcerts-Rouge.\nSALLE DES'\nAGRICULTEURS\n4. Matinées Barrau 3 h.\n15 Concerts-Chaigneau * 9 h.\nSCHOLA CANTORUM\n13 Quatuor Parent 9 h.\nSALLE VILLIERS\nles Vendredis à 4 h. 1\nDouble Quintette de Paris\nSALLE\nD'HORTICULTURE\n2 La Trompette 9 h.\n9 La Trompette 9 h.\nSALLE DE GÉOGRAPHIE\n7 Société Beethoven 9 h.\nTous les soirs à 9 h.\net\nles dimanches et jeudis à 3 h.\nCONCERTS-ROUGE\net\nCONGERTS TOUCHE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-01-01-01-c091", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-01-01_01#c091", "volume": "bmtnabh_1914-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 90, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.2.38", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.90", "debut_caractere": 2703, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "BON POUR UN RENSEIGNEMENT FINANCIER GRATUIT\nJ'ai en portefeuille les Valeurs suivantes : Dois-je les garder ou les vendre ?\nJ'ai un capital de francs à placer. Quel emploi dois-je en faire ?\nEcrire lisiblement : Nom, prénoms et adresse :\nDécouper ce bon et l'envoyer sous enveloppe à M. Penaud, 8, rue Drouot, Paris."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.1", "texte": "Mt* Xe Année.\nler1er Janvier 1914\njÉL W IRIH 9b vBEH\nmS «HF HraH\n-nig\\ mBBÊSt wßé wÊÊÊÊK^\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nUN AN\nFrance et Belgique 1S fr.\nUnion postale 26 fr.\nL ' 4 ' ' ' ' . .\nPARIS, 29, rue La Boëtie\nTéléphone Wagrara : 58*12\nLe numéro :\nFrance & Belgique 1 fr. 50\nUnion Postale 2 fr.\nÀ\nCopyright by 1914\n\nA PROPOS DE PARSIFAL, par Ernest Van Dyck. 0 HISTOIRES DE SYNDICAT, par Louis\nFleury. 0 LES POST-ELGARIENS, par X.-M. Boulestin. 0 LA QUERELLE DES ANCIENS\nET DES MODERNES, par Alfred Mortier. 0 LES LIVRES.\nL'ACTUALITÉ par\nOCLAUDE DEBUSSY 0 P. de BRÉVILLE\nOLOUIS LALOY\nPAUL LOCARD OJEAN POUEIGH ORENÉ LYR MONTANDON SWIFT"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇA\nAMIS DE LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de l Instruction\nM. 1e Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel Fàuréy Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur\ndes Musées Nationaux.\nM E M B R E iD 'HONNEUR\n' 4SI\nS. A. I. LE GRAND DUC BORIS DE RUSSIE\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\n■\nPRÉSIDENTE D HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nPRÉSIDENT D'HONNEUR : M. HENRY DEUTSCH (DE LA MEURTHE)\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRESIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU,\nM. J. ECORCHEVILLE,\nM. ALEXIS ROSTAND,\ndyAdministration du Comptoir National\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMM* ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère d\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMM® LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMMB LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMM* LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nM'!FT DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER*\nMME GEORGES KINEN.\nM. J. PASQUIER.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMME LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. JACQUES ROUCHÉ\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS.\n."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.3", "texte": "/a\n>2\nK\nin\nK\nw-\nI\n\\\n33^\nu\nm\nk\ni\nk\nHll\n»\nT 2\nA\nI\n8. PLACE VE\nPAR"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.4", "texte": "MAX ESCHIG, PARIS\nMaison principale: 13, RUE LAFFITTE\nTélégrammes ; ESCHIG-PARIS aaûTéléphone ; Gutenber 08.14\nSuccursale : Maison de détail et d'abonnement\n48, RUE DE ROME et 1, RUE DE MADRID\nMétro • EUROPE Téléphone : Wagram 99.04\nVient de Paraître :\nJ ULIEN\n«MMMMM II 1111 l Ml—l 11 !■!— il il Mil I\nDE\nGUSTAVE CHARPENTIER\nPartition piano et chant, Net 20 fr.\nLivret, Net 1 fr.\nLa Vie d\n■rwiiTYwrTTOiii 1 rag WMBracsaajßßß m \\mnmn\n» -s (\nSYMPHONIE DRAME EN 3 ACTES\n\\\nPartition. 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Achat et\nvente de Monnaies étrangères, Lettres de Crédit, Ordres de Bourse, Avances sur Titres,\nChèques, Traites, Envois de Eonds en Province et à l'Etranger, Souscriptions, Garde de\nTitres, Prêts hypothécaires maritimes, Garantie contre les risques de remboursement au\npair, Paiements de Coupons, etc.\nAGENCES\n38 Bureaux de quartiers dans\nParis. 15 Bureau de Banlieue.\n150 Agences en Province.\n11 Agences dans les colonies et\npays de protectorat.\n12 AGENCES A I'ÉTRANGER\no\nn\n-\nCL\n9\no\nÙ\nLocation de Coffres-Forts\nLe Comptoir tient un service de coffres-\nforts à la disposition du public, 14, rue\nBergère, 2,place de F Opéra; 147? boulevard\nSaint-Germain ; 49, avenue des Champs-\nElysées, et dans les principales Agences.\nUNE CLEF SPÉCIALE UNIQUE EST REMISE\nA CHAQUE LOCATAIRE.\nLa combinaison est faite et changée par le locataire, à son gré. Le locataire\npeut seul ouvrir son coffre."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.6", "texte": "La voiture de grande marque au meilleur prix\nI\nMagasins : 27, Boulevard des Italiens, 27, PARIS\nLE GARDE-MEUBLE PUBLIC\nBUREAU CENTRAL\nrue St. Augustin 18\nTéléphone 359.24\nBEDEL £} Cie\nAGRÉÉ PAR LE TRIBUNAL\na m\nBUREAU DE PASSY\nAvenue Victor Hugo 18\nTéléphone 664-85\n: Rue Championnet, 194 (Montmartre) Rue Lecourbe, 308 (Grenelle)\nRue de la Voûte, 14 (Reuilly) Rue Véronèse, 2et 4 (Gobelins) Rue\nBarbés, 16 (Levallois).\nDÉMÉNAGEMENTS\nLa Visite qui s'imposera dès son arrivée à toute personne\nallant passer î'hiVer\nO A T Y\n▼ JL/ j£ 4M. JLéXjL wj =\n150 Appartements meublés. Dernier Confort moderne\nSituation unique Plein midi\nHôtel Restaurant Garage Postes Télégraphe Téléphone"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.7", "texte": "ni\n'un\nm\n,/\nm\n»\nF.\n////////''\nif\nmil1\n\\\\\nE\n\\\\W\\\n,\nE\nU\nE\nU\no\nT\nS\nA\nRO\nS\nPO\nNO\nD\nU\nR\nP\nA\n5c\nA\nX\nUT\nU\nA\nT\nJZ\nS\nU\no\nRO\nPO\nL.\nO\nTA\nF\nEL,\n/\nFO\nR\nE\nE\nR\nE\nE\nR\nO\nS\nU\nM\nU\n=!\nI=i\nIP\nOi\ni'i\nde\nCL\n/jsy\nO\n>cn,iu\n-M\nT\nR\nS\nAVOY\nO\n2\nô\nD\nrec\ns\nM\n\nI\nas*.-\ntJ*.\n«\nV\nmn\n°\\n\n?\".\nPOUR LES SPORTS D'HIVER\nEquipez=vous\ncher\n_____\n1 ô 3, Place St. Augustin\nPARIS\nTOUT POUR TOUS SPORTS"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.8", "texte": "PIERRE HEL\nLUTHIER D'ART\n76, Boulevard de la Liberté, LILLE\nr-r\nSr,\nY,\n%\n/*,\nA\n-»\nT-r\nX?\nX\nr\nGrand Prix: Paris 1900, St. Louis 1904, Milan 1906\nInstruments neufs incontestablement les meilleurs. Sonorité souple\net puissante, Vernis Cremonais.\n0 0 0\nInstruments anciens authentiques de toutes écoles.\nStradivarius, Guadagnini, lestore, etc.\nDEMANDEZ LE CATALOGUE ÉDITÉ CHAQUE ANNÉE\n0 0 0\nRéparations Artistiques Prix modérés\nSpécialité de barrage et réglage.\n0 0 0\nCorde HEL\nla meilleuret la moins chère des cordes justes\nm*. v~m '\n\nAdministrateur : C. KIESGENi 8, rue de Milan, (Téléphone Central 44-45)\nSALLE DES AGRICULTEURS, 8, rue d'Athènes\nCONCER S CHAIGNEAU\nSubventionnés par l'Etat SAISON 1914 Quatrième année\nLes Jeudis 15 et 29 Janvier, 12 et 26 Février, î2et 26 Mars 19x4\nà 9 heures très précises\nPREMIERE SÉANCE Jeudi 15 Janv. à 9 h.\nPROGRAMME\n1. CONCERTO à cordes op. 2, n° 8 . . DAI L ABACO\n(Première audition)\n2. AIR D'ADÉLAÏDE BEETHOVEN\nMadame Auguez de Montalant\n3. TRIPLE CONCERTO op. 56. ... BEETHOVEN\nLe Trio Chaigneau\nPRIX DES PLACES\nFauteuils i,e série\n„ 2me série et Galerie ler1er rang\n„ de Galerie (autres rangs)\nEntrée .\n4. AIR DE LA PASSION HAENDEL\nLes Filles de Sion\nAIR DE LA NAÏDE (Armide) . . . GLUCK\nMadame Auguez de Montalant\n5. SYMPHONIE EN LA MAJEUR op. 29 . MOZART\nCHEF D'ORCHESTRE : M. CAMILLE CHEVILLARD\nPIANO PLEYEL\nAbonn. 6 séances La place p. séance\n30 fr.\n20 fr.\n1 2 fr.\n10 fr.\n5 fr-\n-3 fr-\n-2 fr.\nBillets en vente chez les Editeurs : Durand, 4, place de la Madeleine; Max Eschig, rue Laffitte 13 et 48 rue de Rome; à la Salle\ndes Agriculteurs et chez M. C. Kiesgen, «S, rue de Milan (Téléphoné Central 44-45)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.9", "texte": "m\n♦//\n/«\ns\n«\nas\n\"Mil1\nA.-Z. MATHOT Éditeur\n11, Rue Bergère, PARIS 1 éléph. 234-31\nC. BRAILOI\nD. CHAMIER\nG. FERRARI\nE. MOOR\n11\nî 1\nJ. TURINA\nJ. HURE\nDERNIÈRES PUBLICATIONS\nTrois poèmes arabes,chant, piano, violon, violoncelle fr. 5.—\nSes grands yeux gris, poésie de Félia Litvinne\nLe Sommeil, chant et piano (H. de Regnier)\nVasantasena,poème lyrique en 2 tableaux ....\nMesse pour soli, chœur et orch. (réduct. pour piano et voix)\nSuite p. double quintette à cordes et à vent, part, de poche\nScène Andalousepour alto solo, piano et qxiatuor à cordes\nTRÈS PROCHAINEMENT\nQuintette, piano et quatuor à cordes\n11\n2.\n„ 2.\n„ 12.\nB.\n2.50\nB.\n11\n1}\n~ 14.\n\nSOCIÉTÉ GÉNÉRALE\nPour favoriser le développement du Commerce et de l'lndustrie en France.\nSOCIÉTÉ ANONYME. CAPITAL : 400 MILLIONS.\nSIÈGE SOCIAL ; 54,et 56, Rue de Provence\nSUCCURSALE-OPERA ; 1, Rue Halévy\nSUCCURSALE ; 134, Rue Réaumur (Place de la Bourse)\nà PARIS.\nDépôts de fonds à intérêts en compte ou à échéance fixe (taux des dépôts : de 1 an a 2 ans 2'% ;\nde 4 ans à 5 ans 4°/0; net d'impôt et de timbre); Ordres de Bourse (France et Etranger) ; -\nSouscriptions sans frais ; Vente aux guichets de valeurs livrées immédiatement (Obi de Ch. de\nfer Obi et bons à lots, etc.) ; Escompte et Encaissement d'Effets de Commerce et de Coupons\nfrançais et étrangers ; - Mise en règle et Garde de titres ; Avances sur titres ; Garantie contre\nle remboursement au pair et les risques de non-vérification des tirages ; Virements et chèques sui\nla France et l'Etranger ; Lettres et Billets de crédit circulaires ; Change de monnaies\nétrangères; Assurances (Vie, Incendie, Accidents), etc.\nSERVICE DE COFFRES-FORTS\n(Compartiments depuis 5 fr. par mois ; tarif décroissant en proportion\nde la durée et de la dimension.)\n98 succursales, agences et bureaux à Paris et dans la Banlieue ; 924 agences en Province ; 3 agences\nà l'Etranger (Londres, 53, Old Broad Street ; Bureau a West-End, 65, 67 Regent-Stieet), et\nSt-Sébastien (Espagne) ; correspondants sur toutes les places de France et de 1 Etranger. Cori es-\npondant en Belgique et Hollande: Société française de Banque et de dépôts, Biuxelles, 70, 111 c\nRoyale ; Anvers,' 74, place de Meir ; Ostende, 21, avenue Léopold ; Rotterdam, 103, Leuvehaven."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.10", "texte": "«■s*\ns\n\". ' ' ' : ' '■ '■■' .■;.■.■■.■■■■:■■::■■ • : ■ ■ . :■ '\n, v *> „\n. . :- , . .. .. ... .\n■■■\"'V-'\":\nmmmmg'\nwmÊÊÊr'\nWm.\n' .\n/:0-\n\"\" ' Ï■ \\\n:llï\nf\n-y. :•.••\n.'•y..! ;V . \" :V;:^\n■. :;ï :•\n.....\n. \" V\n•' :. :\n■;\nxO\n,: ■ :• ■■ ■\n• . •; ; \" ■ .... '\n■' . y- . ■ , : ■ ■ ■ :\n■ : .:■■:■■■ ■ ■ ■ ■ :\niJSSia ? ''' is-'.'; -, ; '\n: ' . i,r :•,! :?S: :\nWÊÈÊÊKKsÊÊÊKm\n:>¥î;\nWà\nm\n• -m\nm\nm\nm."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.11", "texte": "I\n\nA PROPOS DE PARSIFAL\nNOTES ET SOUVENIRS\n\n\" Lorsque je serai mort, Parsifal disait Richard\nWagner dans les derniers temps de sa vie. Cette sinistre prophétie ne\ns'est heureusement pas réalisée. Au contraire, les longues années de\nretraite de l'immortel chef-d'œuvre au sanctuaire de Bayreuth, n'ont fait\nqu'exciter progressivement la curiosité et l'enthousiasme du monde musical,\net aujourd'hui que l heure est venue pour Parsifal d'être tout à tous, un\nuniversel effort s'empresse à lui donner le plus de vie possible.\nChef-d'œuvre ! le mot semblait trop mesquin à Liszt. Répondant\nun jour à la Princesse Usedom qui l'interrogeait, il s'écria : \" Parsifal est\nplus qu'un chef-d'œuvre, c'est un miracle ! \" Oui, c'est bien le miracle\nde l'artiste complet, dans la pleine maturité de son talent, de l'artiste,\nmaître de son métier et soutenu par un génie plus jeune, plus enthousiaste,\nplus brûlant que jamais. La gestation de Parsifal a duré près de 40 ans,\nde la jeunesse à l'âge viril et à l'âge mur. chantait au cœur de\nRichard Wagner, tandis que naissaient et s'épanouissaient sous sa main,\nTristan, Les Maîtres Chanteurs,et tout le cycle de\nLa conception de ces œuvres admirables, ne l'empêchait pas de songer au\n\" miracle \" dont il voulait couronner sa vie.\nEtrange destinée ! Une frivole ambassadrice près la cour impé-\nriale, friande de couplets de revue et de bals masqués, dut se faire la\nprotectrice de l'auteur de Tannhauser pour que pût être \" consacre \" par le\npublic parisien, ce drame si émouvant, le plus puissant de tous, peut-être\nle plus divin. Et, à part quelques esprits d'élite, personne ne comprit quel\ngénie était né au monde. Les grands chanteurs de l'époque avaient refusé\nleur concours ; on avait dû faire appel à quelques artistes secondaires, qui"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.12", "texte": "2\nS. I. M.\n\nne donnèrent même pas tout leur effort. Aussi bien, comment eussent-ils\nsaisi la beauté de leur tâche ? Leur directeur n'avait même pas lu le poème\net ne songeait qu'à le faire modifier, à le faire tripatouiller, comme on dit\naujourd'hui ! Quant à la haute société, elle n'eut par avance que railleries\nà l'égard d'un sujet d'opéra qui s'avisait de convoquer le corps de ballet\npour le lever du rideau, et l'empêchait de paraître vers les 11 heures,\ncomme il convenait dans tout opéra digne de ce nom. La musique,\npersonne n'en eut cure ; on la déclara bruyante, incompréhensible et\n\" pleine d'insanités ridicules \".... mais je raconte là des choses que tout\nle monde sait. Si je me suis laissé entraîner à les redire, c'est pour\nsouligner le contraste entre hier et aujourd'hui, entre i 861 et 1914.\n\" Quand je serai mort, Parsifal mourra avec m0i\".... Wagner, par ces\nparoles fatidiques, ne songeait sans doute pas absolument à lui même, mais à\nce théâtre de Bayreuth qui était comme le gage de sa survivance artistique.\nAussi ne prétendait-il pas arrêter les représentations de son œuvre suprême.\nMais il avait dicte a sa famille ce vœu formel : que jamais Parsifal ne\nparût sur une autre scène que celle qu'il avait choisie pour lui et spéciale-\nment préparée à sa tâche grandiose... Vain effort, confiance illusoire : trente\nans après la disparition d'un auteur, toute sauvegarde lui est retirée. La\nloi allemande permet à n'importe qui de mettre la main sur l'héritage du\nmort, et depuis six mois c'est une ruée de tous les directeurs en mal de\nrépertoire ; \" Parsifal ! à moi ! à moi ! avant et mieux que tout autre ! \"\nCette année, à quelques mois près, ce miracle du génie humain,\nsuprême expression de toute une vie de pensée et de poésie fécondes, va\nêtre joué partout, n'importe comment, par n'importe qui, au petit bon-\nheur, comme on monterait un opéra quelconque. Sur des scènes trop\ngrandes ou trop petites, dans un cadre aux somptuosités banales, indiffé-\nrent à tout ce qui n'est pas l'effet, et qui accentue le côté factice du\nthéâtre au lieu de l'éteindre, on verra se dérouler le saint mystère du\nGraal ! Et l'orchestre, qui plus qu'aucun autre doit sortir fondu et éthéré\nde \" l'abîme mystique \", s'étalera à découvert comme pour les toni-\ntruances du \" Prophète \" ou les crapuleux accompagnements de quelque\nvériste italien. Et le public, qu'une réclame effrénée aura instruit par\navance, comme elle fait d'un opéra \" nouveau \", de bon rapport, écoutera"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.13", "texte": "A PROPOS DE PARSIFAL\n3\n\net jugera le \" miracle \" à travers une traduction, le plus souvent trom-\npeuse ou incompréhensible.\nAstruc avait construit, avec les frais que l'on sait, un théâtre qui\naurait permis la représentation de ce drame sacré, dans les conditions\nmêmes exigées par Wagner. Pas d'avant-scène pour distraire les yeux des\nspectateurs: une scène isolée du monde extérieur et qui n'a point l'air\nfaite pour lui, un orchestre couvert, des proportions identiques à celles de\nBayreuth... et la troupe de Bayreuth elle-même, venant dans la langue\noriginale, \"officier\" ce \"BiïhnenweihfestspieV avec l'illustre Chevillard au\npupitre. On aurait eu vraiment, pour quelques soirs, Bayreuth à Paris, et le\nsacrilège était atténué, sinon pardonné, grâce à la bonne intention. Hélas !\nle Mécène qui eût pu soutenir une pareille œuvre, ne s'est pas trouvé ; il\nparaît que les temps sont durs, ou qu'il n'y a plus de mécènes, *' le Temple\nest enseveli \" comme l'a écrit Astruc ici-même. Nous verrons donc les\nchevaliers communier au milieu des loges sur la scène, grillées ou non,\ndans lesquelles s'éventeront avec grâce nos plus jolies parisiennes.\nMais pourquoi, après tout, se couvrir la tête de cendres? Quel qu'il\nsoit, cet hommage universel n'est pas fait pour me déplaire, et les croyants\nseuls peuvent être sacrilèges, pareeque seuls ils savent ce qu'ils font.\nIl faut sans doute nous attendre à voir certains critiques, bien qu'il\nn'y ait plus rien à gagner en découvrant Wagner, rééditer quelques vieilles\nsottises, quelques niaiseries surannées, avec la candeur sublime qui fait\ncroire aux néophytes que les chefs-d'œuvre ne sont faits que pour exercer\nleur plume et n'attendent la gloire que de leurs avis sans appel. Comme\ndit le proverbe arabe : \" Les chiens aboient, la caravane passe \".\nN'importe ! Parsifal rayonnera, sublime, et généreux, sur la pauvreté\nd'imagination de notre époque. Et Patel tels\nles Maîtres Chanteurs, telle toute l'œuvre du plus grand poète musical du\nXIXe siècle, n'a plus cure des courants de la mode : les créations les plus\ngrimaçantes du salon d'Automne n'empêcheront pas la \" Joconde de\nsourire !\nLoin de moi toute pensée de polémique, mais je crois que ces\nchoses-là devaient-être dites avant cette \" première universelle \" de\nParsifal.Et si je me suis cru autorisé à les dire, c'est que pendant plus de\ndix saisons j'ai pris part aux représentations de Bayreuth, je me suis\npenché sur l'abîme qu'est cette œuvre unique, je me suis efforce, comme\nj'ai pu, de mon mieux, pas à pas, a en sonder le mystère."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.14", "texte": "4\nS. I. M.\n\nIl y a 24 ans, lorsque j'eus l'honneur de jouer pour la première fois\nle rôle redoutable du héros \" simple et pur la veuve admirable de\nRichard Wagner s'était remise à vivre. Depuis 1883 elle n'était occupée\nque de sa douleur ; morne, désolée, elle ne voyait pour ainsi dire personne.\nEn 1886 elle voulut se rendre compte par elle-même de la façon dont le\ntravail était poursuivi aux répétitions des Festspiele, et, bien mieux, elle\ndécida de prendre en mains la régie du théâtre de Bayreuth. Une\nardeur nouvelle la saisit désormais, et ses jours se passèrent chaque\nannée à chercher de tous côtés les interprètes capables de réaliser, au\nmoment de la saison, la perfection d'ensemble, la fidélité d'expression,\nqu'elle rêvait aux œuvres du maître. A Paris, cependant, l'année suivante,\nCharles Lamoureux, décidé coûte que coûte à introniser Wagner,\npréparait Lohengrin, et m'avait confié la tâche périlleuse de l'incarner pour\nla première fois en français. Qui ne se souvient de cette mémorable\n\" première \" sans lendemain ? A cette époque on ne se ruait guère encore\nque contre le répertoire Wagnérien, qui, quatre ans plus tard, devait\ncommencer de constituer le meilleur des recettes de l'Opéra. En attendant,\nl'un portant l'autre, l'interdiction de poursuivre les représentations, en\nruinant Lamoureux, m'apportait la plus cruelle déception de ma carrière\nnaissante. C'est alors que Mme Wagner, ayant entendu parler de mon\ninterprétation de Lohengrin, m'invita à collaborer aux Festspiele de 1888.\nOn conçoit facilement mon émotion, ma joie. Il s'agissait seulement\ndes \" Maîtres Chanteurs \" : elle avait vu en moi, parait-il, \" son Walther\nrêvé. \" je ne savais pas l'allemand ; mais je l'appris en 6 mois en allant\nm'établir à Karlsruhe, où Mottl dirigeait alors le théâtre Grand-Ducal\ndont il avait fait, avec des moyens restreints, l'un des premiers et des plus\nintéressants du monde. C'est ce maître admirable, c'est Mottl qui\nm'initia. Préparé par Lamoureux, le terrain était propice et je travaillais\navec ardeur. Tout à coup, surprise démontante, Madame Wagner me\nretire ce rôle de Walther que je possédais déjà si bien, me semblait-il !...\nIl est vrai que c'était pour m'imposer Parsifal, quel rêve ! Mais\nquelle responsabilité aussi ! Dès lors, nouveau travail, nouveau coup de\nfeu (quelques semaines à peine me restaient.) Enfin j'arrivai à Bayreuth,\nme croyant tout à fait au courant, prêt, à la hauteur de ma tâche. Mais\nlorsque Madame Wagner m'eût mis elle-même en scène... combien je\nm'aperçus vite que mon savoir était tout superficiel !\nVraiment, il n'est pas exagéré de dire que, grâce à cette femme"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.15", "texte": "A PROPOS DE PARSIFAL\n5\n\nadmirable, qui n'avait pas seulement été la compagne d'élite du maître,\nmais dont la remarquable culture et l'intelligence de premier ordre avaient\npénétré le cerveau génial, le théâtre de Bayreuth se trouva alors une\nseconde fois fondé. Tout de suite elle avait compris, comme l'a dit juste-\nment son fils : \" das dâmonische der Biihne \" la force terrible et magique\nde la scène. Et elle eut l'œil à tout, elle inspira tout, et rien n'exista plus\nque par elle.\nMottl avait dirigé pour la première fois aux Festspiele de\n1886, et cette direction chaude, colorée, vivante, d'une éloquence extra-\nordinaire, avait frappé à tel point Madame Wagner, que c'est à lui qu'elle\nconfia cette fois\nGuidépar ces deux artistes admirables, avec Madame Materna et\nThérèse Malten qui chantaient tour à tour Kundry, avec le \"royal\"\nReichmann dans le rôle du \"roi pécheur \" Amfortas, sous cette direction\nunique, et soutenu par cet entourage qui avait les vraies traditions du\nMaître lui-même, je ne fus pas, je puis le dire, trop inférieur à ma tâche\nglorieuse. Le succès de mon début est l'honneur de ma carrière. Car, malgré\nquelques interruptions, je gardai le rôle pendant 24 ans, jusqu'en 1912.\nAinsi, par la volonté de Cosima Wagner, \" Parsifal\" n'était pas\nmort en même temps que son poète immortel ; il allait connaître un\ntriomphe que le maître lui-même n'avait, hélas, jamais pu espérer. Si, en\n1882, les disciples, les dilettantes, les initiés furent subjugués et conquis,\nà partir de 1888, ce furent les foules qui vinrent en pèlerinage apporter\nleur hommage à l'œuvre incomparable et se prosterner devant le \"Miracle.\"\nCe qu'était au théâtre de Bayreuth le travail de Madame Wagner,\nnul ne saurait le concevoir s'il n'y a pas assisté. Sous la tranquille et ferme\nautorité de cette grande dame, égarée pour ainsi dire dans ce milieu de\nchanteurs venus de tous les coins de l'Allemagne, habitués au cabotinage\nspécial de leurs théâtres respectifs, accoutumés à y tenir la première place\net à triompher chacun pour soi, tous devenaient des artistes respectueux\net attentifs, oubliant leur amour-propre professionnel, pour ne concourir,\ndu meilleur de leurs efforts, qu'à la perfection d'un ensemble qu'elle seule\ndirigeait.\nDès neuf heures du matin elle était au théâtre : à l'avant scène, lors-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.16", "texte": "6\ns. 1. M.\n\nqu'on répétait au piano, assise au deuxième rang des fauteuils lorsqu'on\nrépétait à l'orchestre, et elle suivait l'œuvre sur la grande partition annotée\nqu'elle avait devant elle sur un pupitre portatif.\nA une heure, tout le monde allait dîner, et à 4 heures nouvelle\nrépétition jusqu'à 7 heures du soir. Longue et mince sous ses éternels\nvoiles de veuve, elle avait une santé magnifique ; la lame était encore plus\nforte que le fourreau, car je n'ai jamais vu abattre plus de besogne avec\nune plus tranquille sérénité, que par cette illustre femme.\nRichter l'appelait \" die Frau Meister \" : Madame Maître ; et pas un\nde nous, ni même aucune des célèbre scantatrices qui étaient appelées à\nconcourir aux exécutions, n'aurait commencé la répétition sans aller lui\nbaiser la main. \" Der Meister, \" c'était Richard Wagner. Ce nom de\n\" Maître \" si galvaudé à Paris, où, au hasard, les garçons de restaurant\nappellent \"cher Maître\" tous les messieurs qui ne sont pas au moins barons\nne s'appliquait, en Allemagne, qu'à Wagner et à Franz Liszt. Mais\nMadame Wagner ne parlait jamais de son époux. Le \" Maître \" disparu\net lointain n'était présent que dans sa pensée et dans son cœur.\nEn 1888, pour les nouveaux venus comme moi, trop jeunes pour\n1 avoir connu personnellement, seuls les souvenirs des qui furent\nses premiers collaborateurs, pouvaient nous révéler quelques détails sur sa\nfaçon a Lui de conduire les répétitions. Puis, nous avions les inscriptions\na la craie qu il avait tracées de sa main sur les portes des loges d'artistes.\nCes inscriptions étaient d'ultimes conseils, et quelques-unes, qui ont\nété garanties par des cadres vitrés, subsistent encore. \"\nle public en chantant \"Le regard dans le vide, devant soi —ni trop haut, ni\ntrop bas et autres avis ; puis, cette phrase qui date de la première de\nParsifal : \" Faites de votre mieux, mes chers amis (Ihr, Lieben) et restez moi\ntideles \" (und bleibet mir treu). Tracées de cette écriture spéciale, j'ai\nencore relu avec émotion l'an dernier ces lignes suprêmes.\nAprès la journée de labeur, quelques privilégiés étaient parfois priés\na souper a \" Wahnfried ' ou Madame Wagner faisait, avec ses enfants, les\nhonneurs d'une table choisie.\nComme je pailais assez mal 1 allemand a cette epoque, nous causions\nen français. Madame Wagner, née d une mère française, parlait avec\nla pureté d accent des grandes dames d'avant la Révolution. Elle avait eu\npour institutrice une \" ci-devant \" échappée toute jeune à la guillotine\net qui, denuee de îessouices, donnait des leçons pour vivre. Ce débris de"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.17", "texte": "A PROPOS DE PARSIFAL\n7\n\nl'Ancien Régime était féru de protocole, et Madame Wagner se souvenait\nd'une scène charmante qui avait eu pour théâtre l'atelier d'Ary Scheffer,\nà Paris.\nLiszt avait envoyé l'institutrice et les deux entants, Blandine 1 et\nCosima chez Ary Scheffer pour le prier à diner. En les voyant entrer, le grand\npeintre se précipita pour embrasser les deux petites qui avaient alors 6 et\n8 ans, mais la correcte \" ci-devant \" s'interposa majestueusement en lui\njetant: \"Vous n'y pensez pas, Monsieur; vous n'avez pas encore eu\nl'honneur d'être nommé à ces demoiselles !\nC'est avec une vénération toute filiale que Madame Wagner parlait\nde son père Liszt. Elle m'a raconté sur lui mainte anecdote piquante, dont\nune, entr'autres, peut intéresser les lecteurs français.\nMadame Wagner était très légitimiste, non pas au point de vue\npurement politique et spécialement français, mais elle était légitimiste de\ndroit divin, ne comprenant pas la famille sans l'autorité du père, et le\npays sans l'autorité du roi.\nLa discussion, à laquelle Mottl prit part, (chers souvenirs, chers dis-\nparus !), dégénéra en escarmouche à propos de la de Napoléon I,\nqui, tel Parsifal, avait pris le pouvoir après avoir rendu à son pays un\nservice glorieux.\nMadame Wagner nous interrompit pour nous dire que son père\navait pour Napoléon 111 plus d'admiration que pour le fondateur de la\ndynastie ! Liszt, démocrate et autoritaire malgré ses attaches avec l'aris-\ntocratie, goûtait en Napoléon 111 ses idées sur le paupérisme et il était\nsouvent l'hôte du second empereur.\nUn jour qu'il avait déjeuné aux Tuileries, dans l'intimité de la\nfamille impériale, le souverain l'emmena faire les cent pas sur la terrasse,\nau bord de l'eau.\nNapoléon 111 marchait lentement, il avait laissé s'éteindre son\néternelle cigarette et, s'appuyant d'un geste las sur le bras de Liszt :\n\" Maître \", lui dit-il, \" je suis fatigué, bien fatigué, il me semble parfois\nque j'ai cent ans Et Liszt se découvrant et saluant très bas : \" Ceci\nn'est pas étonnant, Sire, n'êtes-vous pas le siècle \".Un courtisan du grand\nRoi n'aurait évidemment pas mieux dit.\n(A suivre)\n\nErnest Van Dyck.\n\n1 Blandine Liszt épousa Emile Ollivier."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.18", "texte": "HISTOIRES DE SYNDICAT\n\nLes musiciens d'orchestre ont, de tous temps, souffert de maux\nprofessionnels dont certains me paraissent incurables. L'organisation de la\nmusique et des spectacles, à Paris, est, personne ne l'ignore, éminemment\ninstable et fantaisiste. Je ne ferai point de personnalités; j'espère ainsi ne\nblesser personne en affirmant que si l'on appliquait à l'industrie minière\nou métallurgique, voire même à la couture ou à la mode, les procédés\nd'exploitations en usage au Théâtre, il s'ensuivrait une perturbation écono-\nmique qui mettrait, à bref délai, la France par terre.\nLe moindre exemple que j'en puis offrir est cette prodigieuse héca-\ntombe de Directions qui a sévi sur Paris depuis vingt ans. Quelboulevardier\ntrès informé serait capable de citer de mémoire, même après 20 minutes\nde réflexion, les noms des directeurs des 30 plus importants établissements\nde Paris? Les professionnels s'y perdent (les fonds des commanditaires\naussi.) Les théâtres parisiens qui, dans le bon vieux temps, restaient ouverts\ntoute l'année, possédaient une troupe et un personnel, ne sont plus que des\nsalles en location, au même titre que les salons pour repas de noces. On\ny organise des \" saisons \" qui voudraient être de dix mois et qui durent\nsouvent dix jours. Le cabinet directorial n'est plus qu'une sorte de salle\nd'attente, ou, plutôt, un bureau de ministre, avec cette différence qu'ici,\nl'huissier même ne dure pas plus que le Patron.\nCette organisation charivarique suffit au public parisien. Elle le\nsatisfait même dans son goût pour les potins, les \" on-dit \", les devinettes,\nauxquels il s'intéresse bien plus qu'à la littérature dramatique ou à la\nmusique. Elle offre moins d'agrément aux malheureux artistes. Ballotés\ntoute leur vie de théâtre en théâtre et de concert en concert, ils sont"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.19", "texte": "HISTOIRES DE SYNDICAT\n9\n\nindéfiniment à la recherche d'une position. Pour les musiciens d'orchestre\nla situation est celle-ci : sur les trois mille cinq cents ou quatre mille\nprofessionnels de Paris, un peu moins de deux cents sont assurés d'un\nengagement à vie :1 ce sont ceux de l'Opéra et de l'Opéra-Comique, que\nleur qualité de quasi-fonctionnaires met à l'abri des risques d'un change-\nment de direction. Tous les autres, quoique souvent liés à leur direction\npar un engagement écrit, n'ont pour les garantir de la mise à pied que les\nchances les plus problématiques.2\nPour remédier à cette situation lamentable les musiciens avaient\navaient depuis longtemps songé à l'union, car tout effort isolé est voué à\nl'impuissance. Le premier essai d'organisation collective dont j'ai connais-\nsance eut lieu en 1876 et eut pour promoteur M. Souchon que nous\navons connu depuis comme agent de la Société des Auteurs. Notre collègue\nGabriel Lefeuve a publié sur cette tentative une étude fort complète et\nfort intéressante qu'on pourrait lire avec fruit dans la collection du\n\"Courrier de l'Orchestre \" (année 1901-02). Cette Association syndicale,\nqui fit beaucoup parler d'elle, n'obtint jamais aucun résultat pratique. Il\nest bon de dire qu'elle resta toujours sur le terrain le plus pacifique...\nElle mourut d'inanition en 1894.\nLe second essai fut tenté vers 1895. Il était, avant tout, nationaliste.\nLes militants d'alors n'avaient envisagé qu'un coté de la question et\ns'étaient mis dans la tête que le seul mal dont souffrait la corporation\nétait la concurrence des musiciens étrangers. D'impressionnantes statis-\ntiques démontraient, clair comme le jour, que le nombre des Italiens et\ndes Belges employés dans les orchestres parisiens, atteignait, s'il ne le\ndépassait pas, celui des chômeurs français, et que leur exclusion entraî-\nnerait fatalement la suppression du chômage. Il y avait une part de vérité\nlà dedans, quoique les proportions admises fussent exagérées. Mais quand\nmême le départ de ces intrus aurait permis la réintégration de nos natio-\nnaux dans les orchestres, les emplois reconquis n'en eussent pas automa-\ntiquement été rendus plus avantageux.\nUne réunion à laquelle tous les musiciens de Paris étaient conivés\nfut organisée dans la salle du Trianon-Concert. J y assistais. Je vois encore\nun malheureux violoniste italien se prévaloir de son long séjour en France\n\n1 Sauf cas d'incapacité notoire, ce qui est juste.\n2 En 1893, un théâtre qui n'avait jamais cessé de posséder un orchestre permanent depuis 1807, congédia\npour un période de 15 jours, tout son orchestre, parce que L'auteur de la comédie nouvelle ne désirait point\nd'orchestre pour les entractes."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.20", "texte": "10\nS. I. M.\n\ncomme d'un droit à y terminer sa carrière. Il fut vertement hué, de\nmême qu'un corniste, très Français, celui-là, qui réclamait l'absolution\npour les étrangers ayant combattu sous le drapeau français en 1870.\nL'Assemblée n'admettait de grâce pour personnes, il lui fallait l'expulsion\nà bref délai. On la vota sur le champ et on élit un Comité. Le dit Comité\nloua un petit bureau rue Cadet, y installa un office de placement qui ne\nplaça jamais grand monde, et, s'il ne fut pas expulsé lui-même par le\npropriétaire, dut tout au moins vider les lieux sans avoir jamais expulsé\npersonne. L'association avait vécu.\nEn 1898-99, nouvelle tentative : essai de constitution d'une société\ncivile, avec des statuts copiés exactement sur ceux de la Société des\nAuteurs, et le principe de la perception des droits appliqué à celle des\nsalaires. Il y aurait gros à écrire sur cette hérésie. Tentative mort-née.\nEt la situation empirait.\nC'est alors que quelques musiciens prirent l'initiative de former une\nnouvelle association. Les expériences précédentes avaient échoué. Ils\ncherchèrent une formule nouvelle et la trouvèrent dans le syndicalisme.\nLe syndicalisme faisait déjà beaucoup parler de lui, mais il n'en était\npas encore à la période triomphante qu'il a connue depuis.\nNéanmoins ses succès dans le monde ouvrier avaient eu assez de\nretentissement pour forcer l'attention. Il est donc naturel qu'ayant\nepuise toutes les formes d'associations, les promoteurs du mouvement se\nsoient tournés vers la seule expérience qui leur restait à faire. Ils y étaient\nencourages, d'autre part, par l'exemple de l'étranger et même de la\nprovince. Les résultats obtenus en Amérique par les \" Unions \" de musi-\nciens avaient eu un retentissement énorme. L'Allemagne possédait une\nFédération fort prospère et l'Angleterre également. En France, un syn-\ndicat existait dès 1894 à Nancy, dès 1898 à Lyon et à Nantes. Les\norganisateurs du nouveau groupement parisien se mirent dont résolument\nsous la protection de la loi de 1884 1 et, pour frapper un grand coup,\ndécidèrent l'affiliation à l'Union des syndicats de la Seine et l'inscription\naux registres de la Bourse du Travail. Ils installèrent un bureau dans un\ndes locaux de la Bourse, rue du Chateau-d'Eau, et, après quelques réunions\npréparatoires tenues un peu partout, tinrent leurs assemblées générales\ndans la grande salie qui avait vu déjà tant de réunions tumultueuses de\n\" prolétaires conscients et organisés \".\n\n! Loi Waldeck Rousseau sur les syndicats professionnels."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.21", "texte": "HISTOIRES DE SYNDICAT\n11\n\nIl ne faut pas croire que cette idée suscita dès le début un grand\nenthousiasme. Les musiciens répugnaient extrêmement à ce contact avec\nla classe ouvrière, mais la nouveauté de l'idée la rendait impressionnante.\nChose curieuse, les plus acharnés partisans de l'affiliation à la Bourse du\nTravail ne furent pas les musiciens de troisième catégorie. On peut relever\ndans la liste des premiers adhérents les noms d'artistes occupant un rang\neleve dans la profession : solistes des grands concerts symphoniques, de\n1 Opera-Comique et de l'Opéra. Ce sont ceux-là qui acceptèrent avec la\nmoindre gene la cohabitation avec les terrassiers et les zingueurs. Une\nconférence préliminaire faite par un jeune maître du barreau, Me Paul\nBoncour, (qui, depuis a fait un certain chemin dans la politique), la\nprésidence d honneur acceptée par Gustave Charpentier auquel vint se\njoindre bientôt Alfred Bruneau, tout ceci inspira confiance aux hésitants.\nFoute une année fut passée au recrutement des adhérents. En avril\n1901 ils étaient une poignée, en octobre environ 600, en mai 1902 plus\nde 1 200. Jamais on n'avait-on pareil élan.\nPour parvenir à ce résultat, le comité avait pris une résolution indis-\npensable et malheureuse en même temps : l'admission a priori, sans\nrestrictions, de quiconque se déclarait musicien. On a beaucoup reproché\ncela au syndicat : c'était l'entrée dans une association, artistique en prin-\ncipe, d'une foule de non-valeurs. Mais c'était un sacrifice nécessaire.\nLaisser à la porte les musiciens d'une certaine catégorie, c'était les engager\nà s'unir à leur tour, à lutter contre le syndicat à coups de réductions de\ntarifs; c'était leur livrer tous les orchestres de second rang. Or, je l'ai dit\ndéjà à Paris, le meilleur des musiciens est exposé à accepter par nécessité,\nl'emploi le moins artistique. On se résigna donc à l'admission en masse,\nquitte à en subir quelque gêne et une grande diminution de prestige.\nC'est à ce moment, que, manquant de statistiques exactes et croyant\navoir déjà réuni la majorité des artistes professionnels le Conseil syndical\ndécida de porter devant les directeurs de théâtres, les revendications de\nses adhérents. Ceci fut voté en mai 1902, par une assemblée générale.\nOn décida l'envoi, sous pli recommandé, à tous les intéresses, d'une\nsorte de \" cahier \" de doléances. La chambre svndicale faisait connaître\nJ\naux directeurs que par suite de circonstances diverses, notamment renché-\nrissement du prix de la vie, elle se voyait dans l'obligation de leur\nsoumettre un projet de tarifs qu'elle souhaitait voir appliquer dès le début\nde la saison suivante. Les emplois étaient divisés en trois catégories le"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.22", "texte": "12\nS. I. M.\n\ntarif demandé pour la I'* catégorie était de 8 frs par représentation, pour\nla seconde 7 frs et pour la 3™ 6 frs. Néanmoins, pour pallier à la gêne\nqu'aurait causé aux directeurs une si brusque augmentation de budget\nla chambre syndicale leur proposait une transaction et réduisait a 6, 5 et\n4 frs 50 ses prétentions pour la première année, 7, 6 et 5 pour la seconde\net réservait à la troisième seulement l'application intégrale du tarif.\nPour la première fois elle posait en principe que tout dérangement\nmérite salaire. Elle demandait donc le paiement des matinées au 1/30 des\nappointements mensuels et celui de toutes les répétitions au tarif de 1 fr.\nde l'heure. Elle demandait enfin la limitation de la durée des services et\nun supplément de salaire en cas de prolongation.\nCe cahier était rédigé dans les termes les plus déférents, où certains\nmême trouvèrent une exagération de respect. Il ne s'y trouvait aucune\nmenace, même déguisée, et le mot \" grève \" y était soigneusement évité ;\non laissait aux directeurs un délai de 4 mois environ.\n\nLA GRÈVE\nLà dessus, on attendit paisiblement les réponses. Il n'en vint\nqu'une ! Le directeur d'un café-concert, Ba-ta-clan, vint à la cham-\nbre syndicale, offrit de traiter et obtint ainsi par contrat, des\nconditions plus avantageuses. Si tous ses confrères avaient agi comme\nlui, l'action syndicale eut été entravée pour des années, les musiciens\nétant à cette époque tout disposés à se contenter du plus médiocre succès.\nMais le dédaigneux silence de leurs employeurs les rendit furieux. Il se\nfit au mois d'octobre une propagande inouïe, et quand le conseil syndical\nproposa le 30 octobre de décréter la grève générale de tous les orchestres\nparisiens 1 cette idée fut accueillie avec un enthousiasme délirant. La grève\nfut votée à l'unanimité moins une voix, celle d'un violoniste positiviste\nauquel ses convictions interdisaient d'employer ce moyen d'action brutal\net anti-scientifique. Le malheureux faillit se faire écharper. On se souvient\ndu bruit que provoqua cette grève originale. La presse s'en empara ; il y\neut force dessins, caricatures, scènes de Revues, et un grand nombre de\n\" leading articles\". On se montra en général, dans la presse, favorable aux\ngrévistes, dont la situation, enfin connue, excitait beaucoup d'intérêt, et\n\n3 Sauf de l'Opéra et de l'Opéra-Comique dont la situation était particulière."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.23", "texte": "HISTOIRES DE SYNDICAT\ni 3\n\nqui ne se livraient a aucune violence. Le public fut parfaitement indif-\nfèrent. Il supporta très bien qu'en remplaçât, dans certains établissements,\nI orchestre par un piano. Peut-être ne percevait-il pas la différence. D'ailleurs\nla plupart des directeurs cédèrent presque aussitôt. Pour ceux qui résistèrent\nil se produisit ce fait bizarre qu'ils durent engager des musiciens non-syn-\ndiques a des tarifs égaux sinon supérieurs à ceux qui leur étaient réclamés.\nQuestion de principe. Une seule direction, celle de la Porte St-Martin,\nporta 1 affaire sur le terrain judiciaire. Je note ceci parce que le cas est\nassez rare dans les conflits de ce genre. Elle refusa de payer à son personnel\nla quinzaine echue qu'elle lui devait, se laissa attaquer pour refus de\npaiement et riposta par une demande reconventionnelle en dommages et\nintérêts pour rupture de contrat. Elle fut condamnée à payer, mais obtint\nune légère indemnité en échange. Jugement qui pourrait être gros de\nconséquences dans les grands conflits du travail, si les patrons y avaient\nrecours !...\nEn somme, la grève avait été un succès immense pour le Syndicat ;\nelle avait amélioré de façon sensible le sort des musiciens de Paris. Si la\nquestion des tarifs n'était pas définitivement résolue, les conditions de\ntravail recevaient enfin une réglementation dans la plupart des cas et le\nprincipe de l'intervention du syndicat était admis; ceci doit être consi-\ndéré comme important. Trop de musiciens avaient payé jadis de la perte\nde leur place, le fait d'avoir porté les doléances communes devant le\nPatron, pour que l'intervention en pareil cas d'une organisation anonyme\nne fut pas considérée comme un bienfait.\nUn fait qui avait beaucoup aidé au succès du mouvement, c'est que\ntout ce que Paris comptait de bons musiciens avait adhéré au syndicat.\nII était impossible, (il est encore impossible) de former un orchestre sérieux\nen se passant de musiciens syndiqués. La résistance patronale ne put\ns'organiser que dans quelques cafés-concerts et, encore, au prix de grandes\ndéceptions. Les essais de résistance furent brisés dès qu'il s'agit de musique\nun peu relevée. En peu de temps, le nombre des adhérents augmenta\nde considérable façon. La Garde Républicaine adhéra en masse et l'Opéra,\nqui avait montré quelque résistance au début, céda également au\nmouvement.\nD'ailleurs, ces mêmes orchestres, tenus en dehors du mouvement de\n1902, s'agitaient à leur tour et, avec l'appui moral de la Chambre syndi-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.24", "texte": "14\nS. I. M.\n\ncale, et l'intervention officieuse du Ministère de l'lnstruction Publique\net des Beaux Arts, traitaient directement avec leurs directeurs. L'Opéra\nobtenait de certains avantages pécuniaires. A l'Opéra-Comique, les artistes\nmusiciens trouvaient chez M. Albert Carré un accueil extrêmement\nfavorable. Réglementation du nombre et de la durée des répétitions,\npaiement des heures supplémentaires, augmentation sensible du taux des\nappointements, paiement intégral des appointements aux artistes pendant\nl'accomplissement de leurs périodes d'exercices militaires ', augmentation\ndu tarif des matinées et des suppléments de scène, organisation de spec-\ntacles supplémentaires (telles les matinées du jeudi) tout un ensemble de\nmesures de cet ordre apportait à la situation un véritable bouleversement\ntout en faveur du personnel.\nLa grève générale de 1902 resta un fait unique. Elle s'accomplit\nsans violences réelles, mais selon certains rites, inévitables, toujours\nchoquants pour les profanes. Un mot malheureux d'un compositeur\nillustre : \" cette grève est ridicule \", suivant une lettre du même Maître,\nblâmant les musiciens de s'unir pour la défense de leurs intérêts matériels\ndéchaîna chez les grévistes une fureur telle qu'elle aboutit à la mise à\nl'index des œuvres de ce compositeur. Cette mesure révolta bien des gens.\nElle n'eut qu'un caractère provisoire, mais elle révélait un état d'esprit\ninquiétant. Il faut dire à la décharge des grévistes qu'ils n'avaient pas\ntiré les premiers. D'autres mises à l'index contre chefs d'orchestres,\ndirecteurs et musiciens dissidents, furent également blâmées. Elles étaient,\net restent nécessaires : on lutte avec les armes qu'on possède. La force\nd'un syndicat réside dans le nombre de ses adhérents et dans leur disci-\npline. Permettre à l'un d'eux de travailler au dessous des tarifs, c'est le\npermettre à tous ; faire une concession à un Directeur, c'est abdiquer\ndevant les autres ; laisser au dissidents le bénéfice, sans risques, d'avantages\nconquis de haute lutte par les syndiqués, c'est perdre la moitié de nos\nadhérents. Si elle n'alla pas jusqu'à let\na clous,la chambre syndicale usa de tous les moyens que l'exemple des\nsyndicats ouvriers lui suggéraient, et il faut bien dire que c'est seulement\nà ces méthodes qu'elle dut la victoire.\nIl me parait superflu de donner maintenant mon opinion sur le\nprincipe du syndicat. Dieu me garde de prétendre que le syndicalisme est\nun progrès ; je n'ose même pas le dire du téléphone, de l'automobile et\n\n1 Cette dernière clause ayant été suggérée par M. Carré lui-même."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.25", "texte": "HISTOIRES DE SYNDICAT\n15'\n\ndes chemins de fer... mais puisque aucun de mes contemporains ne se sert\ndes moyens de communications du bon vieux temps, je n'envoie pas mes\nlettres par courrier à l'autre bout de la France, et, pour voyager, je\nn'emploie ni la diligence ni le coche d'eau. Tant qu'il existera des syndicats\nde mineurs ponr faire monter le prix du charbon, des syndicats d'agioteurs\npour faire monter le prix du pain, des syndicats d'ouvriers du bâtiment\nd'une part, et de propriétaires, de l'autre, pour faire monter le prix des\nloyers, je trouverai tout simple qu'il y ait un syndicat de musiciens pour\nfaire monter le prix de la musique. Je suis syndicaliste comme je suis\ncontribuable, parce que cela fait partie des nécessités de l'heure présente.\nEn ce qui concerne les musiciens d'orchestre, le syndicalisme a eu\ncet heureux effet qu'il a rétabli à leur profit un équilibre rompu. Il n'était\npas admissible qu'au commencement du XXe siècle, une seule catégorie\nde travailleurs ait conservé un taux de salaires qui datait du Premier\nEmpire. Les tarifs en vigueur, que je ne puis donner tout au long ici, mais\nque l'on peut trouver, dans l'Annuaire de la Fédération des Artistes\nmusiciens, s'ils n'assurent pas aux musiciens de nos orchestres une situation\nbrillante, répondent à peu près aux exigences de la vie actuelle. Un\nmusicien de talent moyen, sérieux et un peu \" débrouillard \" gagne con-\nvenablement sa vie à Paris.\nIl était inadmissible que les musiciens fussent placés hors les lois qui\nà tort ou a raison réglementent le travail, partout, à l'usine et au\nmagasin. Un chef d'industrie n'a pas le droit même contre argent,\nmême en donnant salaire double;— de faire travailler son personnel au-delà\nd'un certain nombre d'heures. Un directeur de théâtre, fort d'un contrat\nsigné, pouvait, autrefois, employer son personnel à toute heure du jour et\nde la nuit, en n'importe quel lieu et pour n'importe quelle raison... Le\nSyndicat, qui ne peut pas faire des Lois, ni obliger l'Etat à faire respecter\nles siennes a tourné la difficulté on décrétant que \" tout travail mérite\nsalaire \". Il a obtenu ce résultat qu'on ne dérange les musiciens que\nlorsqu'on en a besoin ; on ne prenait pas tant de précautions quand leur\nprésence ne coûtait rien.\nIl était pour le moins étrange que ces petits salariés fussent tenus\nde régler leurs conflits devant les juridictions les plus coûteuses. Dès qu'ils\nétaient en difficulté avec un directeur, celui-ci faisait porter la cause\ndevant le tribunal de commerce ou le tribunal civil. Ces juridictions sont\nlentes et coûtent fort cher. La lutte était inégale."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.26", "texte": "16\nS. I. M.\n\nLe syndicat a obtenu pour ses adhérents le bénéfice de la juridiction\nPrud'hommale. Les Conseils de Prud'hommes ne réalisent pas la perfec-\ntion, mais la justice y va vite, est à peu près gratuite, et, dans les cas\nprofessionnels un peu épineux, la compétence des juges y est plus sûre\nqu'ailleurs.\nSi la cause offre plus de gravité, le syndicat prend la responsabilité\ndes frais et décharge absolument ses adhérents de tous soucis.\nPour les petits conflits si fréquents entre musiciens, il a été\ninstitué une commission d'arbitrage, qui connaît aussi des fautes contre\nle syndicat. Les résultats en ce qui concerne l'arbitrage sont surprenants.\nEnfin le syndicat a entravé victorieusement l'action néfaste des\nDirecteurs véreux. J'ai connu le temps où certains équilibristes de l'in-\ndustrie théâtrale trouvaient le moyen, après trois ou quatre faillites\nretentissantes, d'ouvrir à nouveau un établissement en plein boulevard et\nd'y faire de nouvelles dupes. Leur ardeur se ralentit singulièrement lorsque\nle syndicat leur impose des garanties préalables : dépôt d'un cautionne-\nment, ou paiement au cachet après chaque représentation.\nEt qu'on ne vienne pas nous dire que cette précaution est une entrave\nà des efforts artistiques dignes d'intérêt. Il est sans exemple qu'une entre-\nprise ait succombé sous les frais d'un orchestre ou d'un cadre de chœurs.\nUne affaire est bonne ou mauvaise ; elle dépend avant tout de l'intérêt\nqu'y apporte le public. Si le public ne s'y intéresse pas, il n'y a pas de\nsystème de petites économies qui puisse la sauver. Loyers trop chers, mises\nen scène ridiculement coûteuses sans profit pour l'Art, cachets d'étoiles\nformidables, prix de la publicité, (ouverte ou occulte) scandaleux, voici\nles charges écrasantes sous lesquelles succombent tant de bonnes volontés\ndirectoriales. Lorsque le syndicat exige des garanties d'un directeur réputé\ndouteux, il ne sert que les intérêts de ses adhérents. Lorsque les mêmes\ngaranties sont exigées d'un honnête homme, le syndicat sert à la fois les\nintérêts des deux parties. Il met ainsi l'imprésario en garde contre les\ndangers de sa propre illusion, et lui permet, en cas de chute, de tomber\nles mains nettes. Qui songerait à trouver cela mauvais ?....\n\nMAIS......\n\nToute médaille a son revers. Le syndicat, ce n'est pas le Paradis et\nles musiciens ne sont pas des anges."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.27", "texte": "HISTOIRES DE SYNDICAT\n*7\n\nLes premiers temps du syndicalisme triomphant ont pu paraître\nodieux à bien des gens impartiaux. Les musiciens n'avaient pas la victoire\nmodeste; le souvenir des luttes récentes les accaparait à un tel point, qu'ils\nne songeaient plus qu'à cela. Il est possible que la musique en ait quelque-\nfois souffert et leur susceptibilité était devenue telle qu'on ne pouvait\nplus l'effleurer, même lorsqu'il ne s'agissait pas d'intérêts matériels. Chaque\norchestre possédait son \" délégué \" il arrivait que ce délégué était com-\nbatif, et, ce qui est pis, orateur. C'étaient des discussions sans fin, des\nréclamations incessantes, des menaces intempestives, qui lassaient beaucoup\nde bonnes volontés. Dieu merci, cette ardeur s'est beaucoup calmée, et\nmaintenant que le Syndicat est reconnu partout, cette propagande effrénée\net encombrante n'a plus guère de raisons d'être.\nDans certains cas, ces luttes auxquelles les chefs d'orchestre prenaient\npart (le plus souvent dans l'intérêt de la direction), ont diminué l'autorité\nindispensable du chef. Certes, sur le terrain économique, chefs d'orchestres\net musiciens sont égaux et ne se doivent aucuns égards particuliers. Mais\ncomment supporter en patience les observations, parfois peu aimables,\nd'un chef d'orchestre qu'on a eng (dirai-je ce mot académique ?) une\ndemi-heure plus tôt a propos d'une question de salaire ? Or, sur le terrain\nartistique, un chef d'orchestre peut, doit même, agir en maître souverain.\nC'est l'école Lamoureux, l'école Colonne et l'école Toscanini. On n'en\nniera pas les bienfaits au point de vue musical. Il y a toute une éducation\nà faire pour obtenir de nos compatriotes, ce \" self-control \", ce sentiment\nde la discipline des Anglais et des Allemands, grâce à quoi la démarcation\nentre les devoirs du syndiqué et ceux du musicien se fait aisément.\nEnfin je constate mais ceci n'est pas particulier au monde des\norchestres que la jeune génération est singulièrement pratique, et ferrée\nsur le \" business, \" qu'elle connaît sur le bout du doigt ses droits, et\nseulement son devoir strict. Il est difficile de lui demander un effort\nexceptionnel. La génération précédente était plus sentimentale, et on la\nremuait plus facilement pour l'amour de l'Art. Pourquoi faut-il qu'on en\nait si souvent abusé ? C'est l'abus des répétitions prolongées jusqu'à\ni heure 1/2 qui nous vaut la levée en masse à midi précis, alors qu'il\nserait parfais si utile de travailler jusqu'à midi cinq. 1\nTout ceci aboutit à cette constatation qu'il nous faut, de plus en\nplus, des chefs d'orchestre adroits, expéditifs et psychologues. Nous n'en\nmanquons pas, mais nous en voyons aussi qui ne réunissent pas ces\n\n2"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.28", "texte": "18\nS. I. M.\n\nqualités indispensables. Le chef d'orchestre bavard, le chef d'orchestre\ntatillon, le chef d'orchestre irritable, produits d'un autre âge, cela coûte\ntrès cher aux directeurs. Une répétition de concert symphonique à\n80 musiciens, revient environ à 220 frs l'heure. C'est un Art de savoir\ndonner à cette heure là son maximum de rendement\nL'avenir du syndicalisme chez les musiciens est, à mon avis, lié à\ncelui du syndicalisme tout entier. On se plait à dire que nous traversons\nune période révolutionnaire ; si cela est, et si les \" possédants \" ont raison\nde s'en proclamer les victimes, que n'empruntent-ils ses méthodes à la\nclasse ouvrière ? Une forte organisation de syndicats patronaux, loin\nd'affaiblir les syndicats ouvriers, leur donnerait au contraire une force\nnouvelle ; nous aurions peut être de plus grands conflits, mais moins de\nmeurtrières escarmouches, désolantes par leur fréquence et, souvent, par\nleur inutilité. Mais ce sont là des problèmes bien vastes. Il en est deux, très\nurgents, qui peuvent retenir pour le moment l'attention des musiciens ;\ns'ils gagnent convenablement leur vie à Paris, ils sont odieusement\nexploités dans les villes d'eaux et stations estivales. Ce ne sont pas les\nprojets du gouvernement touchant les jeux, qui amélioreront la situation.\nEn second lieu, il faudrait bien s'occuper un jour de l'hygiène dans les\norchestres. Cette façon de parquer les musiciens dans des fosses poussié-\nreuses, étroites et puantes, est proprement une honte, et les locaux désignés\nsous le nom de \" foyers \" ou autre lieux, sont d'ignobles nids à\nmicrobes. Je ne parle pas du danger en cas d'incendie N'y a-t-il pas\nà Paris une commission d'hygiène !\n\nLouis Fleury."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.29", "texte": "LES POST-ELGARIENS\nou\nLA JEUNE ÉCOLE\nANGLAISE\n\nM. Arnold Bax\n\nM. Balfour Gardiner\n\nDisons le tout de suite, malgré le gros public anglais qui l'ignore,\net quoique elle ne porte point ce nom, cette Ecole existe, bien vivante\net fertile en œuvres de talent. Si nous avons cru devoir grouper sous\nce titre, un peu arbitraire et d'ailleurs entièrement justifiable, les cinq ou\nsix musiciens qui composent la jeune école anglaise, c'est qu'il semble\nque le mouvement très significatif auquel ils appartiennent, ait acquis\nune importance pour ainsi dire historique. Le présent lustre restera une\ndate des plus importantes dans l'histoire de la Musique anglaise.\nDurant ces vingt dernières années l'Angleterre ne produisit point\nd'œuvres musicales particulièrement neuves ou intéressantes : quelques\nmusiciens au talent honnête, n'ajoutèrent, par leurs compositions respec-\ntables, académiques et sans grande originalité, que peu de gloire à la\nrenommée musicale de la Grande Bretagne. En tous cas ils ne furent\njamais que des exemples isolés et il est impossible de trouver trace d'un\nvrai mouvement musical commencé par des compositeurs tels que Sir\nCharles V. Stanford, Sir Hubert Parry ou leurs contemporains, encore\nque l'Angleterre leur doive d'avoir amélioré sinon sa production, du\nmoins son éducation musicale.\nEvidemment toute classification est difficile, surtout quand il s'agit\nd'oeuvres écrites et exécutées récemment et il est souvent malaisé de\ntrouver une ligne nette de démarcation entre deux périodes musicales.\nCependant il semble maintenant certain qu'une ère nouvelle ait commencé\npour ainsi dire le lendemain du jour, où furent révélées au public les\ndeux symphonies de Sir Edward Èlgar, qui restent en somme les deux\nmanifestations les plus importantes et les plus notoires de la musique\n\n1 Je tiens à exprimer ici tous mes remerciements au musicographe distingué qu'est Mr. Francis Toye,\nsans l'assistance duquel cette étude aurait été bien incomplète."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.30", "texte": "20\nS. I. M.\n\nanglaise au XIXe siècle. Car ce fut à partir de ce moment que les jeunes,\nayant à peu près dégagé leur personnalité des influences étrangères,\ncommencèrent à se faire connaître mieux et a donner a la musique\nanglaise un caractère nouveau.\nElgar, en somme se trouva mi-inconsciemment, mi-volontairement,\nle précurseur de cette Renaissance après que son Dream of Gerontius eut\nété loué publiquement par Richard Strauss et applaudi en Allemagne.\nAlors seulement le public anglais se prit d'un engouement subit pour Sir\nEdward Elgar. Ses deux symphonies, dont six ou huit auditions déchai-\nnèrent un crescendo d'enthousiasme, œuvres correctement bâties, hono-\nrables, studieuses, d'une austérité qu'on pourrait appeler \" souci de la\nrespectabilité \", mais sans envolée, furent presque immédiatement hono-\nrées du nom de chef d'œuvres, et le public applaudit avec excès ce qui,\nsans tout ce lançage l'aurait laissé parfaitement indifférent. Car le public\nanglais résolument \" conservateur \", peu curieux et craintif n'admire les\nnouveautés que du moment où les journaux l'ont convaincu qu'il faut,\npour une raison ou pour une autre, les admirer, et n'apprécie la musique\nanglaise que quand elle a réussi à l'étranger.\nDonc, reconnaissons-le, Elgar, s'il n'exprime lui-même rien de\nnouveau, montra le chemin aux jeunes compositeurs anglais ; et c'est\npourquoi, prenant en considération d'un côté l'âge des compositeurs des\ngénérations précédentes, la position de Sir Edward Elgar et la qualité de\nleurs compositions généralement dénuées de toute atmosphère anglaise,\nd'un autre côté les tendances et les caractéristiques de la jeune école, nous\navons cru pouvoir saluer cette dernière du qualificatif de \" Post-Elga-\nrienne \".\nTandis que les jeunes rassemblaient leurs énergies et travaillaient en\nsilence, que faisaient leurs ainés ? Mr. Granville Bantock produi-\nsait un Dante et Béatrice assez quelconque et finissait son intermi-\nnable Omar Khayam œuvre plus importante de quantité que de qualité,\nsans grand caractère et sans subtilités. Sir Charles V. Stanford écrivait\nune symphonie agréable, une Ode to Discord et se reposait, après son Ave\natque Valeet des conseils empreints d'une sagesse paternelle, sur ses lauriers\nacadémiques. Sir Alexander Mackenzie n'écrivait rien de bien significatif.\nSir Hubert Parry finissait et faisait exécuter une symphonie de petites"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.31", "texte": "LES POST-ELGARIENS\n21\n\nproportions et à tendances conservatrices, Sir Edward Elgar enfin, ayant\nmis au monde ses deux symphonies, composait son laborieux Concerto\npour violon, ses Musick-Makerset une élucubration pratriotique d'une\norchestration faiblarde autant que bruyante, intitulée\net qui plongea dans le ravissement les petites places du Coliseum.\nCependant la jeune école se montrait très active, comme on le verra\nplus loin. Et l'activité en fait de musique, dans un pays comme\nl'Angleterre du XXe siècle, se manifeste non seulement par la création\nd'oeuvres, mais aussi par leur présentation au pubic : car on n'imagine\npas ce que l'organisation de quelques concerts de musique anglaise\nmoderne nécessité de démarches, d'argent, de travail et d'enthousiasme.\nLe public anglais, on le sait, n'aime point les œuvres nouvelles,\nsurtout si ces œuvres sont d'origine insulaire.\nQue veut donc le public ? problème difficile à\nrésoudre, car les compositeurs ignorent absolu-\nment quel genre de musique le public veut\nentendre ou plutôt, ils ne connaissent que trop\nson goût : le public, préfère aux œuvres les\nartistes, aux Symphonies les solistes, aux opéras\nles étoiles. Car il n'ignore pas, ce bon public,\nqu'il ne peut se tromper sur la voix de\nMme Melba ou les vocalises de MmeTetrazzini.\nDu moment que le prix des places est augmenté pour Chaliapine ou Caruso\nc'est que ça vaut la peine de se déranger ; mais il ne s'est pas encore fait\nune opinion (ou plutôt personne ne lui a encore fait une opinion) sur la\nvaleur d'un nouvel opéra français d'un ballet russe inédit ou d un poeme\nsymphonique anglais encore manuscrit. C'est-a-dire qu en somme le public\ns'abstient purement et simplement de venir entendre les œuvres qui ne\nsont précédées ni d'une réputation internationale, ni d'une réclame effrénée.\nDe sorte qu'après avoir eu à lutter contre les influences étrangères,\nles mesquineries professionnelles et autres oppositions décourageantes, les\njeunes musiciens anglais ont eu, et ont encore maintenant, a lutter contre\nl'apathie et la musicalité du public britannique. Deux hommes les aidèrent\ndans leur tâche ardue, M. Beecham et M. Balfour Gardiner.\nM. Thomas Beecham eut certainement le grand tort de manquer\nd'esprit de suite : il commença, il y a quelques années par une serie de\nconcerts au Queen's Hall, continua par une saison d opéra comique puis\n\nSir Alexander Mackenzie"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.32", "texte": "22\nS. I. M.\n\npar une saison de grand opéra. Son insuccès fut dû partiellement à la\nqualité parfois médiocre de représentations sans étoiles gros défaut aux\nyeux d'un public habitué à la perfection de Covent Garden et qui ne\nsonge pas que des chanteurs anglais manquent, et pour cause, d'expérience.\nQuant à M. Balfour Gardiner compositeur et chef d'orchestre, peut\nêtre n'attira-t-il pas à lui le gros public, mais il révéla du moins, avec\nl'aide d'un orchestre admirable, des œuvres de jeunes qui sans lui seraient\nrestées inconnus, il aida de toutes ses forces à la propagation de la\nmusique Post-Elgarienne, il formula pour ainsi dire, le mouvement de\nrenaissance en groupant autour de lui les Jeunes et leurs œuvres et\nc'est ce par quoi son nom resterait à jamais lié à la musique anglaise\nmoderne, s'il n'avait pas écrit lui-même des œuvres dignes de le tirer de\nl'oubli.\nAvant de nous occuper particulièrement de chaque compositeur\net de ses œuvres, peut être serait-il bon d'indiquer les tendances générales\net les traits caractéristiques de l'Ecole Post-Elgarienne.\nTout d'abord, une remarque s'impose, qui étonne et donne une fois\nde plus à réfléchir sur la singulière position des musiciens anglais : à peine\ntrouve-t-on à citer une demi-douzaine d'opéras parmi les œuvres contem-\nporaines, (car ni la Colomba de Sir Alexander Mackenzie ni le\n0\\ Briende Sir Charles V. Stanford, ni de Miss Ethel Smyth,\nni Y Angélus du Dr. Naylor n'appartiennent au mouvement actuel) ; sans\ndoute parceque les compositeurs anglais se sont rendu compte qu'ils\nperdaient leur temps à écrire des opéras qui ne seraient jamais joués, du\nmoins en Angleterre 1 et sans doute aussi parceque la musique d'opéra\nest le genre qui convient le moins à leur tempérament.\nQuant au caractère de la musique anglaise, on peut dire qu'il a en\nsomme complètement changé, et qu'il s'est développé d'une façon\ndifférente et entièrement nouvelle. Grave ou lourde, solennelle ou\nprétentieuse, morose ou sentimentale, froide toujours, la musique anglaise,\naérée, s'est rajeunie, réchauffée et semble aujourd'hui plus vivante, plus\nhumaine. L'influence néfaste de Haendel, de Wagner et de Tchaïkowsky\n\n1 On le sait, il n'y a ni à Londres ni dans les provinces de théâtre d'opéra fonctionnant régulièrement e*\nCovent Garden, tradition mondaine, ne leur offre pas de débouchés ; mai» deux opéras de Miss Ethel Smyth\net un de M. Clutsam au moins ont été joués avec succès en Allemagne."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.33", "texte": "LES POST-ELGA RIENS\n23\n\nr\na disparu, ayant cédé la place à celle, meilleure, de l'Ecole moderne\nfrançaise. Et si les compositions de Mr Josef Holbrooke nécessitent un\nénorme orchestre à la Richard Strauss, si les opéras de M 1 Clutsam, bien\nfaits, sont sans grand caractère et dépourvus d'originalités, les œuvres de\nM. Vaughan Williams sont empreintes d'un curieux mysticisme, et en\ncelles de M. Arnold Bax se reflètent les nuances et les ombrée, de la nature\ngaélique tandis que mille rythmes amusants empruntés au Folk Lore\nparent celles de M. Percy Grainger de qualités charmantes. Et c'est par-\ncequ'elle trouve maintenant son inspiration au sources vives de la vie\nmême que l'Ecole Post-Elgarienne, si elle manque peut-être de génie et\nde perfection s'affirme tout au moins aimable, sincère et décidément\nintéressante.\nCertes l'un des plus doués parmi les jeunes compositeurs de la\nnouvelle école, c'est M. Arnold Bax. Il a des idées et il sait les\nexprimer ; sa langue musicale est claire et expressive, sa sincérité indiscu-\ntable, son inspiration assez personnelle et son orchestration adroite. La\nnature Celte, verte et grise, tantôt ensoleillée tantôt crépusculaire,\ntoujours frémissante, si différente des paysages anglais l'émeut et l'inspire,\nmais au lieu de reproduire à la manière impressionniste et de façon\nsuperficielle des \" paysages choisis \" et des \" heures exquises \" il cherche\nà exprimer musicalement l'âme mystique de la Nature et son évidente\némotion n'est pas le moindre de ses dons. Cependant il semble que son\ntalent réussisse mieux les fresques orchestrales, que les dessins plus sévères\net plus intellectuels des œuvres de musique de chambre ; ses sonates pour\nviolon et pour piano et son quintette pour cordes sont quelque peu froids,\ndépourvus d'intérêt, tandis que Enchanted Summer ou Into the Twtlight\ndénotent de belles qualités de sensibilité, de vision et d'orchestration.\nM. Arnold Bax, né en 1883, fit ses études musicales à la Royal\nAcadémy of Music de 1900 à 1905. Sa première œuvre importante fut\nle Ce/tic Song Cyclepuplié en 1904, suivi de près par (1908)\nIn the Faery Hills, Spring Fire,des Variations pour orchestre, ingénieuses,\net un ballet en deux actes et un prologue inutilé King Kojata (1911)\nCertains critiques reprochèrent à M. Arnold Bax de se servir d harmonies\nrappelant de près celles de Debussy, cependant M. Bax nous assure que\nson Celtic Song Cycle qui contient, développées ou en germe, les particu-\nlarités harmoniques les plus typiques de son talent fut écrit \" avant qu il\nait entendu une seule note de Debussy. \""}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.34", "texte": "2 +\nS. I. M.\n\n\" Il y a une chose qui manque au compositeur anglais \" écrivit quelque part\nM. Arnold Bax ; tout art qui s'apparente à une idée nationale (comme l'opéra\nanglais par exemple) doit trouver son inspiration et sa vie dans la vie spirituelle\ndu pays. Il faut ou une atmosphère nationale, ou de la couleur locale, ou surtout\nun état d'âme typique. Qui oserait parler d'un état d'âme typique de la nation\nanglaise, et où trouverons' nous l'esprit moderne anglais, sinon à la Bourse ou\ndans les autres temples du commercialisme ? Et comme la musique exprime mal\nles extases financières et la ferveur capitaliste, l'artiste anglais doit chercher dans\nl'immensité de l'Empire Britannique le petit pays appelé Angleterre (s'il existe);\nc'est seulement quand il l'aura trouvé que les musiciens anglais pourront écrire\ndes œuvres anglaises qu'appréciera un public anglais. Je veux dire que si la vie\nartistique subsiste encore dans les provinces d'Angleterre, qui ont conservé quelque\ncouleur locale, des traditions et un caractère national, on peut espérer encore. On peut\nconcevoir un opéra Cambrien, et un grand drame lyrique irlandais serait possible\nsi la dépopulation continuelle de l'lrlande ne détruisait pas tout espoir de renais-\nsance intellectuelle. Quant à l'Angleterre, elle ne pourra donner naissance à un art\nnational vigoureux et digne du nom d'art que quand elle aura reconquis ce vrai\npatriotisme qui l'animait il y a 350 ans et une conscience nationale au moins égale\nà celle de certains pays d'Europe comme la Bohème, la Hongrie ou l'lrlande. \"\nEn dépit de son nom M. Gustav von Holst est d'origine anglaise :\nil naquit en 1874 à Cheltenham. Compositeur fertile il a écrit deux\nopéras tous les deux, inutile de dire, encore inédits, plusieurs can-\ntates de considérable importance dont les plus connues sont The Cloud\nMessenger et The Mystic Trompeter, trois suites d'orchestres, une Somerset\nRhapsody, quelques autres œuvres plus brèves pour voix et orchestre, et\nquantité de mélodies. En plus de cela M. Von Holst est professeur et\nDirecteur de concerts à une institution philanthropique du East End\nqui est une manière de Collège pour ouvriers. C'est là qu'il fit représenter\navec le plus grand succès plusieurs des opéras de Purcell pour qui il a la\nplus grande admiration. Et c'est peut être à cette admiration et à l'étude\napprofondie qu'il a faite des œuvres de ce maître qu'il doit sa dextérité\nà écrire pour les voix, qualité assez rare parmi les compositeurs anglais\ntrop enclins à ignorer les exigences de la tessiture et surtout les lois de la\nprosodie.\nLes dernières compositions de M. Von Holst sont en général basées\nsur des sujets orientaux, et la littérature Védique en particulier semble\nl'inspirer, les Feaa Hymnsont du caractère et de l'originalité et le"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.35", "texte": "M. ARNOLD BAX"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.36", "texte": "M. VAUGHAN WILLIAMS"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.37", "texte": "M. JOSEF HOLBROOKE"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.38", "texte": "M. PERCY GRAINGER"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.39", "texte": "LES POST-ELGARIENS\n25\n\nMessenger joue pour la première fois à Londres cette année à l'un des\nconcerts de musique moderne donnés par M. Balfour Gardner fait preuve\nde sa sincérité, de son ingéniosité et de sa force. Peut être M. Von Holst\nest-il parfois logique et sincère à l'excès, lorsque par exemple il ne craint\npas de développer un sujet pendant des pages s'il croit que ce développe-\nment est nécessaire. Il n'est pas l'homme du compromis et cette honnêteté\nn est pas faite pour lui attirer la faveur du public.\nPeut etre serait-il utile d'expliquer ici que \" l'orientalisme \" de\nM. Von Holst n'est point celui, facile et évident, de certains compo-\nsiteurs. Il ne cherche point à faire de la couleur locale et à suggérer des\npaysages indiens. La musique et les paroles (qu'il écrit la plupart du\ndu temps lui-même) de ses œuvres sont des produits typiques de l'Angle-\nterre du XXe siècle quoique directement inspirées par cette philosophie\norientale qui s'est peu à peu infiltrée en Europe depuis Schopenhauer.\nUne fois seulement M. Von Holst s'est-il essayé à écrire une œuvre\nvraiment orientale, c'est sa Suite d'orchestre basée sur des\nairs arabes recueillis au cours d'un voyage en Algérie et dont la finale\n\" In the Street of the Ouled Natls\" évoque avec une remarquable élo-\nquence la rue des danseuses à Biskra, avec ses flûtes plaintives, ses rythmes\nmultiples, la monotonie énervante de ses tams-tams et toute l'atmosphère\nlangoureuse d'un soir tiède au désert.\nM. Ralph Vaughan \"Williams est considéré par certains comme\nle plus intéressant des compositeurs anglais modernes. Il sert pour\nainsi dire de trait d'union entre l'Ecole académique de la génération\nprécédente et les actuels révolutionnaires. Né en 1877, il fit ses études\nmusicales sous des directions fort différentes et presque contradictoires :\nau Royal Collège of Music avec Sir Hubert Parry et Sir Charles Stanford,\nà Cambridge avec M. Charles Wood, à Berlin avec Max Bruch et\nmême un peu à Paris avec Maurice Ravel. Cet éclectisme, assez caracté-\nristique fait à la fois la force et la faiblesse de M. Vaughan Williams,\nqui montre son désir de s'assimiler les meilleures qualités des différents\nsystèmes et en même temps un manque de décision assez déroutant.\nCependant on ne peut le nier, sa musique a de grandes qualités\nd'écriture, de sincérité et même d'originalité. M. Vaughan Williams a\ntoujours montré le plus grand enthousiasme pour les délicieuses \" Folk\nSongs \" anglaises dont il a fait d'intéressants arrangements et qui lui ont\nparfois fourni d'admirables thèmes et dessins orchestraux comme par"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.40", "texte": "6\nS. I. M.\n\nexemple dans sa Norfolk Rhapsody.Notons d'ailleurs que dans ses autres\ncompositions, comme par exemple ou\nCountryqui respirent un indubitable parfum de \" Folk Song \"il n'a pas\nutilisé les vieilles mélodies, ayant préféré en écrire d'originales ayant\nle même caractère et la même couleur locale. est\nd'ailleurs un beau poème orchestral, parfois un peu gauche mais qui\nexprime admirablement les grisailles à la fois monotones et aux nuances\ninfinies de la campagne de l'Est de l'Angleterre. Il faut être reconnaissant\nà M. Vaughan Williams d'avoir essayé d'écrire des morceaux ayant un\ncaractère anglais, surtout si l'on songe aux banalités cosmopolites élu-\ncubrées par la plupart de ses prédécesseurs.\nIl est un autre côté du talent de M. Vaughan Williams, c'est un curieux\nmysticisme dont beaucoup de ses compositions sont imprégnées qui n'est\npoint celui de Scriabine et est assez difficile à décrire. On le retrouve, in-\ntense, dans ses Mystical Songs, dans la Fantaisia on a theme by Tallis et dans\nsa belle et émouvante Sea Symphony,cette dernière œuvre, divisée en\nparties est une symphonie pour orchestre et chœurs basée sur des vers de\nWalt Whitman. On n'y trouve point de descriptions compliquées de\ntempêtes ou de clairs de lune sur la mer et c'est d'une toute autre façon,\nintime, pour ainsi dire intérieure, que M. Vaughan Williams traduit\nl'inpiration fougueuse de Walt Whitman et les paysages maritimes.\nM. Vaughan Williams a aussi écrit des variations sur des \"\nCaro/s\" fort adroites, et aussi quelque peu mystiques, une autre symphonie\nqui n'a pas encore été jouée, et une petite partition de musique de scène\npour Les Guêpes d'Aristophane, évidemment influencée par la musique de\nRavel. Tout bien considéré, il semble que M. Vaughan Williams mérite\nplus de respect et d'admiration que d'autres compositeurs anglais, plus\nparfaits et plus notoires.\nM. Norman O'Neil élève de Arthur Somerville, puis de Knorr\noccupe une place à part parmi les compositeurs anglais. S'il n'écrit\npoint d'opéras, c'est parce qu'il est convaincu, lui aussi, qu'un opéra\nanglais n'a aucune chance de jamais voir les feux de la rampe, mais il\nécrit d'agréables partitions de musique de scène, joliment orchestrées avec\ndes thèmes souvent fort significatifs, des accords qui soulignent ou\nencadrent à merveille des situations théâtrales, des préludes qui les\npréparent adroitement, des danses gracieuses. Il serait absurde de juger\navec déd in la musique de scène : Bizet nous a montré dans XArtésienne,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.41", "texte": "LES POST-ELGARIENS\n27\n\nVincent d'lndy dans Médée,et Debussy dans le\nqu'une partition de ce genre peut atteindre une grande importance\nartistique.\nLa partition la plus connue de M. Norman O'Neill, celle écrite\npour les représentations de Y Oiseau de Maeterlinck au Haymarket\nThéâtre est d'ailleurs sensiblement inférieure à la musique qu'il écrivit\nautour de King Learet aux pages composées pour accompagner le\nDoom de Lord Dunsany.\nM. Norman O'Neill est sans doute parmi les compositeurs anglais\nactuels le mieux doué pour écrire de la musique d'opéra ; il compte aussi\nà son actif plusieurs pièces orchestrales dont une, admirablement cons-\ntruite et fort poétique inspirée par le fameux poème de Keats\nDame sans merci.\nM. Josef Holbrooke naquit à Croydon en 1878 et fit ses études\nmusicales avec Fréderick Corder. N'ayant pas de fortune il dut accepter\nle poste de chef d'orchestre dans de petits théâtres, où il conduisit les\nbanalités prétentieuses dont se composent d'habitude la partition d'une\n\" Xmas pantomime \", il dirigea aussi un petit orchestre dans une ville\nd'eau, à Woodhall Spa, tout en consacrant le reste de son temps à son travail.\nIl a écrit un nombre considérable d'œuvres : quantités de mélodies,\npièces pour piano, pour violon et pour orchestre réduit, des sonatines,\ntrios, quatuors, quintettes, sérénades, symphonies, poèmes symphoniques\net même deux opéras. M. Holbrooke s'est tait pour ainsi dire une\nspécialité de mettre en musique les poèmes d'Edgard Poe, The Raven,\nUlalume, Annabel Lee, dont le génie, croit-il, l'inspire tout particulière-\nment, et l'une de ses symphonies \" \" toute\nremplie de citations Poétiques et surchargée d'intentions philosophiques\nporte en sous titre Hommage à E. A.\nIl semble aussi que M. Holbrooke tienne à illustrer musicalement\nles sujets les moins musicaux : tels que par exemple YApollo\nde M. Herbert Trench. Avide d'originalité M. Helbrooke fit représenter\nau Queen's Hall cette \" illuminated symphony \" d'une façon assez\nspéciale. Scriabine dans son Prometheus avait ajouté à l'orchestre des accords\nde projections lumineuses et songe dans ses œuvres futures à y joindre des\ncombinaisons de parfums. M. Holbrooke, lui, se contente de projections\ngenre lanterne magique. Le Queen's Hall fut plongé dans l'obscurité ;\nalors sur l'écran fut projeté le texte du poème de M. Trench et retentirent"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.42", "texte": "28\ns. I. M.\n\nles accords de M. Holbrooke ; puis annoncée par un coup de gong,\napparut sur l'écran une énorme tete d Apollon et, après une longue\npédale rappelant le commencement de Reingold la séance continua, prou-\nvant surabondamment que rien n'était moins musicable (sauf peut-etie\nNietzche) que ce dialogue, entre un marin et Apollon déguisé en marchand\nsur l'immortalité de l'âme et autres considérations poétiques.\nQuant aux œuvres théâtrales de M. Holbrook elles consistent en un\npetit drame lyrique Pierrot and Pierrette niais et parfois gentil, et en deux\nénormes opéras P)ylanet The Ghildren pleins de qualités et de\ndéfauts, d'obscuriré et de gaucheries et d'excentricités orchestrales, d'écri-\nture tantôt moderne, tantôt wagnérienne, avec parfois d'excellentes idees\nmusicales inégalement traitées œuvres d'un talent qui ne sait ni se\nborner, ni se critiquer et qui sans doute ne s'est pas encore tout à fait trouvé.\nEncore que M. Cyril Scott n'ait point produit autant que certains\ndes autres compositeurs anglais, peut être sa réputation s'est-elle\nquand même étendue en Europe, surtout en Allemagne et en Hollande\noù ses œuvres ont été fréquemment executees et fort favorablement\naccueillies. Il a écrit une symphonie, des poèmes symphoniques et\nplusieurs sonates quelque peu arides qui contrastent de façon frappante\navec des mélodies aimables et des pièces pour piano très populaires dans\nles Récitals et même dans les salons. Il serait injuste de lui reprocher\nd'avoir voulu parfois, volontairement ou involontairement, imiter Debussy\ncar la plupart de ses œuvres furent écrites à une époque où la renommée\nde l'auteur de Pe/léas et Mélisanden'avait pas encore traversé la Manche.\nQuant à M. Percy Grainger, il vient, ces der-\nnières années, d'acquérir une renommée de compo-\nsiteur qui dépassera sans doute sa réputation de\npianiste. Ses compositions, arrangements de Folk-\nsongs et de vieilles danses anglaises ou morceaux\noriginaux rappelant souvent à s'y méprendre ces\nvieux airs si caractéristiques ont un charme tout par-\nticulier ; ses chœurs et mélodies composées sur des\nvers de Kipling d'un caractère plus simple sont par\nendroits vraiment inspirés ; tandis que sa\nMorris et autres œuvres bâties sur des thèmes de son\ninvention tout parfumés de Folk Lore montrent à merveille sa verve,\nson imagination et une adresse inouie.\n\nM. Percy Grainger"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.43", "texte": "LES POST-ELGARIENS\n29\n\nParmi ses arrangements les plus réussis, on peut citer J'in\ncome Sunday, My robin is to thegreenwood et autres\nairs charmants du Kent, du Lincolshire, d'lrlande et d'Ecosse,\nthe shoce arrangement, pour quatuor à cordes, de vieilles gigues irlandaises\nau rythme admirable ; Father and daughter vieille ballade provenant des\nIles Fœroe adaptée pour cinq voix d'hommes solo, chœurs, cordes,\ncuivres, mandolines et guitares, au cours de laquelles un rythme ininter-\nrompu est traité de la façon la plus merveilleusement variée ; et une\n\" Srathspey\"écossaise étonnament combinée avec plusieurs airs de gigues\net avec le beau Se a chanty\" What we \"\nd'un rythme, cette fois encore, admirablement marqué, jouée par huit\ninstruments à cordes, deux guitares, un xylophone, une flûte, un hautbois\nune clarinette, un basson, un concertina et chantée par quatre voix\nd'hommes, œuvre étincelante, aux rythmes combinés, aux harmonies\naudacieuses, se terminant par un magnifique crescendo tourbillonnant\nde gaîté.\nPeut-être certains esprits chagrins préfèrent-ils à ces divertissements\nd'un excellent musicien des œuvres plus pompeuses et pies lourdes, pour\nne pas dire plus vides. Mais l'Angleterre en a tant produit de ces\nélucubrations laborieuses à prétentions modernes que l'on se sent plein de\nreconnaissance pour un compositeur tel que M. Percy Grainger qui\npuisse son inspiration aux sources populaires anglaises.\nIl nous faut encore citer, pour compléter autant que possible une\nétude forcément incomplète quelques autres compositeurs de moindre\nimportance1 M. G. H. Clutsam est l'auteur d'un opéra\nqui a été représenté à Berlin avec quelque succès, mais l'on ne connait\nde lui en Angleterre qu'un autre opéra de moindres dimensions,\nnight non sans intérêt. M. Hamilton Harty écrit de la musique agréable\net sans prétentions dont les meilleurs spécimens son\net un concerto pour violon sur un thème irlandais.\nM. Balfour Gardiner à qui les musiciens anglais modernes doivent\nd'entendre leurs œuvres exécutées plusieurs fois par an à Londres est non\n\n1 Nous n'avons pas cru devoir classer parmi les Post-Elgariens M. Frederick Delius, encore que\nson œuvre soit considérable à tous les point de vue ; car il est d'origine mi-anglaise, mi-allemande, et,\nvivant en France n'est que peu mêlé au mouvement qui fait le sujet de cet article."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.44", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nseulement un admirable Directeur de concerts et un chef d'orcheste\nmais aussi un compositeur de talent ; l'une de ses compositions\nFenneTs Dance,une manière de Scherzo au rythme amusant et plein de\njoyeuse vitalité, est sans doute une des œuvres anglaises les plus souvent\ninscrites aux programmes des concerts même populaires. Il a aussi écrit\nplusieurs mélodies pour voix d'orchestre dont une très vigoureuse, \"\nfrorn Whydah\" et une symphonie.\nM. Frank Bridge lui, semble spécialement doué pour écrire de la\nmusique de chambre, par quoi ne brillent point d'habitude les composi-\nteurs anglais ; une de ses meilleures composition, pour orchestre et voix,\nest son adaptation musicale du beau poème de Keats,\nM. York Bowen est un musicien sans grande originalité mais qui\nconnait admirablement son métier; tandis que M. \"W\". H. Bell se souvient\nencore trop des influences allemandes. Quant à MM. Roger Quitter,\nRutland Bougton, Julius Harrison, Ahn Carse et Hubert Bath ils ont,\nen des œuvres variées, montré des qualités suffisamment intéressantes pour\nlaisser espérer que leurs œuvres futures affirmeront davantage leur talent\net leur personnalité.\nTels sont actuellement les compositeurs qui représentent les tendances\nde l'école anglaise moderne. Leur musique, semble-t-il, reflète assez bien la\nvie anglaise et correspond assez exactement aux œuvres littéraires qui la\ndécrivent, saines, intelligentes, un peu ennuyeuses parfois et sans compli-\ncations psychologiques, mais qui représentent cette mentalité anglo saxonne\nqui tient à ignorer tout du côté passionnel de l'existence humaine. La\nmusique anglaise changera-t-elle une fois encore de caractère ? Rien ne\nserait moins surprenant mais ce qu'il y a de certain c'est que des œuvres\ntelles que les Chansons de Bilitis ou la Chanson perpétuelle ne pourraient\navoir été écrites par un compositeur anglais et que des œuvres équiva-\nlentes n'existeront jamais en Angleterre, parceque la façon de sentir et\nd'exprimer des artistes anglais est fondamentalement et irrémédiablement\ndifférente de la nôtre.\n\nX. Marcel Boulestin."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.45", "texte": "S. I. M. a toujours marqué ses sympathies a F égard des Modernes de la Musique, et en publiant cet article\nque lui a fait parvenir M. Alfred Mortier, il entend rester dans toute la neutralité de ses sentiments ; sa respon-\nsabilité n'est donc aucunement engagée par les lignes suivantes. LA RÉDACTION.\nUn critique musical, M. Jean Huré, procède en ce moment à une\nenquête 1 qui comporte les questions suivantes :\n\" La musique ancienne tient dans concerts,\nfois plus importante que celle que Von y a\nest a peine étudiée, à peine connue : chaque œuvre est rarement jouée plus d'une\nfois, souvent très mal, sans soin et sa\nreconnaissants de donner votre avis sur\ni° La musique moderne est-elle inférieure a la musique ancienne ?\n2° N'y aurait-il pas quelque moyen d'initier aux œuvres des compositeurs\nvivants le public de notre XXe siècle, com\ncontemporains, les publics des XVIIe et\nJe ne sais ce que l'on va lui répondre, mais j'imagine que, selon l'âge\nde ceux qui répondront, les réponses différeront. Il y a dans tout jeune\nartiste ou dilettante l'étoffe d'un futuriste, et une espèce de frénésie, assez\nnaturelle d'ailleurs, qui le pousse à faire bon marché du passé au profit\ndu présent et même de l'avenir. Ce faisant, il lutte pour soi ou pour son\nidéal, ce qui les trois quarts du temps revient au même, car l'idéal d'art\nqui nous hante et nous obsède n'est sans doute qu'une objectivation de\nnos goûts, de nos moyens d'expression personnels, et de notre désir de\nconquérir notre place au soleil. Et ces sentiments subversifs sont peut-être\nnécessaires à la vie de l'art, qui ne saurait stagner sous peine de mourir.\nToutefois dans une mesure raisonnable. Pour ma part, n'étant pas com-\npositeur, je me crois assez désintéressé dans la question. Et au fait, cette\nquestion si intéressante des anciens et des modernes, il me paraît que\n\n1 Dans la Renaissance contemporaine, une jeune revue très vivante et fort artistement dirigée par le\npoète Robert Veyssié."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.46", "texte": "32\nS. I. M.\n\nM.Jean Huré ne la pose pas d'une façon fort claire. Qu'appelle-t-il les\nmusiciens anciens ? Je consens encore à affubler de cette épithète Rameau,\nGluck, J. S. Bach, Mozart, Beethoven, Weber, Mendelssohn. Mais peut-\non traiter d'anciens, Schumann, si subtil, si moderne, et qu'en France on\nconnaissait à peine, il y a une trentaine d'années ? Et Richard Wagner ?\nEt Liszt, dont l'œuvre est loin de nous être familière, et qu'on découvre\ndepuis quatre ou cinq ans ? Et César Franck P\nEt cependant il y a lieu de croire que dans la pensée de M. Huré\nce sont bien là des anciens, sans quoi son questionnaire ne rimerait à\nrien. On ne saurait alléguer en effet que Schumann, Wagner et Liszt ne\nsont pas joués dans les concerts, car ils figurent constamment dans les\nprogrammes. Et d'autre part, la question n° 2 de l'enquête s'applique aux\nmusiciens vivants. Il semble donc bien que M. Huré a voulu opposer les\nvivants aux morts et qu'il trouve qu'on ne fait pas à ceux là, je veux dire\naux vivants, la part assez belle dans les concerts.\nCela est-il bien vrai ? Question préjudicielle qui demanderait à être\nélucidée tout d'abord. C'est une statistique que je ne ferai pas, mais qu'il\nserait assez curieux d'établir. Elle aboutirait peut-être à des résultats\ninattendus. Par curiosité, et à titre de simple indication, je me suis amusé\nà pointer les programmes des concerts instrumentaux et vocaux qui ont\neu lieu à Paris du 29 novembre au 20 décembre courant, soit pendant\ntrois semaines. Il est évident qu'il faudrait faire ce pointage sur six mois\nou un an. Mais enfin, j'ai obtenu les résultats suivants. Les chiffres\nindiquent les morceaux joués de chaque compositeur.\nBeethoven 19 Rameau 4 Brahms 2\nSchumann 19 Grovlez 4 Mozart 1\nSaint-Saëns 12 Ravel 4 Samazeuilh 1\nChopin 12 Huré 3 Gounod 1\nJ. S. Bach 9 Moussorgski 3 Erik Satie 1\nFauré 9 d'lndy 2 Turina 1\nSchubert 8 Richard Strauss 2 Borodine 1\nHaendel 7 Roussel 2 D. de Séverac 1\nCésar Franck 6 Rimsky-Korsakow 2 Liszt 1\nFlorent Schmitt 6 Dukas 2 Weber 1\nDebussy 5 Albeniz 2 Divers anciens 14\nRichard Wagner 5 Bruneau 2 Divers contemporains 43\nLalo 4 Gluck 2"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.47", "texte": "ANCIENS ET MODERNES\n\n33\n\nAssurément ceci n'est qu'une indication ; certains compositeurs mal\npartagés sur cette liste regagneront du terrain dans le courant de l'année.\nJe constate néanmoins que MM. Debussy et Schmitt arrivent à égalité\navec César Franck et Wagner ; que M. Grovlez arrive dead-heat avec\nRameau et Lalo s'il vous plaît ; que M. Huré lui-même est joué autant\nde fois que Moussorgski, et plus de fois que Mozart. Il est vrai que ce\ndernier se rattrapera sur la distance, car il a devant lui l'éternité.\nSi nous faisons le total des anciens d'une part et des modernes de\nl'autre, ou mieux des morts et des vivants, nous arrivons au résultat\nsuivant :\nMusiciens morts 121 Musiciens vivants 90\nAh ça ! que diable nous chante donc M. Huré ? Voit-on là que les\nmorts tiennent une place dix fois plus importante que les vivants ? Ils\narrivent presque ensemble. En tout cas la proportion est plus que\nnormale, étant donné que les morts ont une œuvre infiniment plus\nglorieuse, et aussi plus abondante, qui permet de choisir et de varier les\nprogrammes qu'on leur emprunte. J'ignore ce que donnerait cette\nstatistique si on la prolongeait. Mais je suis absolument convaincu qu'en\nfin de compte les contemporains arriveraient à équilibrer leurs prédéces-\nseurs, à peu de chose près. De quoi se plaignent-ils ? Jamais, à ce que je\ncrois, ils n'ont été aussi favorisés qu'à l'heure présente. Jamais l'on ne vit\npareille fureur de modernité. Le public de nos concerts particuliers est\ncomposé pour moitié de snobs d'une admirable bonne volonté et qui\nécoutent avec un merveilleux ardeur les produits les plus abstrus de\nl'harmonisation contemporaine. Ils applaudissent de confiance et fréné-\ntiquement des compositions pour lesquelles leur entendement n'est pas\nfait, mais qu'ils rougiraient de paraître ne point comprendre. Mais quoi !\nLes jeunes maîtres sont féroces. Cela ne leur suffit pas. Ils voudraient\nqu'on cessât de jouer les œuvres des grands morts pour ne s'occuper\nque des leurs. Dernièrement, à un concert de musique moderne, je me\nsuis rencontré avec un des jeunes compositeurs les plus en vue de l'école\nmoderne, et qui jouit déjà d'une enviable et juste célébrité. Comme je\nlui parlais de l'enquête de M. Huré, il me dit textuellement : \"Ah\noui ! quand donc cessera-t-on de nous molester avec ce vieux raseur de\nBeethoven ? Dire qu'il nous faut encore subir cette musique-là ! \" Ce\nmot n'est pas inventé. Il m'a été dit, je le répète, par un musicien qui\n\n3"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.48", "texte": "34\nS. I. M.\n\nn'est pas à plaindre, car on l'interprète fréquemment dans les grands\nconcerts d'orchestre et dans les auditions pianistiques.\nEt ce propos m'amène à vous donner mon sentiment sur la première\nquestion de l'enquête : La musique moderne est-elle inférieure à la\nmusique ancienne ?\nDébat périlleux, assurément. Le critique consciencieux doit se défier\nd'être involontairement laudator tempor Nous avons toujours une\ntendance à préférer l'art de la génération à laquelle nous appartenons,\net à n'accueillir qu'avec défiance les innovateurs. Examinons donc la\nquestion de sang-froid : en somme M. Huré nous demande si la musique\nde Debussy, Florent Schmitt, Ravel, V. d'lndy, Gabriel Fauré, Paul\nDukas, Albeniz, Samazeuilh, Roussel, Turina, Erik Satie, Richard\nStrauss, Rimski-Korsakow, Stravinski, Witkowski, Ropartz, Magnard,\nque sais-je encore, est inférieure à celle de Bach, Mozart, Beethoven,\nSchumann, Schubert, Mendelssohn, Berlioz, Richard Wagner, César\nFranck, Chopin, Liszt, etc.\nHé bien franchement je crois qu'oui ! Assurément, l'on possède\naujourd'hui des musiciens de la plus grande valeur ; le talent foisonne ;\nje crois même qu'il n'y en a jamais eu autant à aucune époque.\nL'art musical proprement dit est loin d'être en décadence, et nous\nassistons à une efflorescence d'une richesse significative. Je pense qu'en\naucun temps, dans son ensemble,l'Europe n'a vu scintiller une pléiade\nmusicale aussi brillante, aussi abondante que de nos jours.\nMais il me semble que les musiciens d'aujourd'hui n'ont pas\nl'envergure des maîtres défunts. Je vois autour de moi des musiciens\ncharmants, gracieux, subtils, délicats, pittoresques, pleins de goût dans\nl'art de poser leurs touches ; je vois des musiciens délicieux, spirituels,\nnuancés, sensibles, et parfois même profonds (plus rarement) ; mais je n'en\nvois pas un qui ait les épaules des Titans, d'un Beethoven, d'un Bach ou\nd'un Wagner, pas un qui puisse entasser Pélion sur Ossa, dresser comme\nBeethoven neuf grandes cathédrales, sans compter les sonates et les\nquatuors.\nEt si, passant au détail, je rapproche, nom contre nom, des musiciens\nde tendances ou de nature à peu près corrélatives, passé contre présent,\nje crois que Debussy n'est pas l'égal de Schumann, que Fauré ne vaut\npas Mozart, que Rimsky-Korsakow n'a pas le génie de Chopin, que\nd'lndy ou Florent Schmitt n'égalent pas Bach, Liszt et César Franck,"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.49", "texte": "ANCIENS ET MODERNES\n35\n\nque Dukas et Richard Strauss ne vont pas à la cheville de Beethoven\net de Wagner, que Charpentier, Moussorgski et Lazzari ne peuvent se\nmesurer à l'aune de Gluck et de Weber, et que Saint-Saëns n'est même\npas l'égal de Mendelssohn.\nSi je passe aux œuvres, je constate que c'est surtout, mais uniquement\npar le sens du pittoresque, par un impressionisme plus nuancé que l'école\nmoderne semble supérieure à l'ancienne. Mais qu'est-ce que la nuance,\nle pittoresque, à côté du coup d'aile, à côté de ces compositions vastes,\nprofondes et colossales que nous ont léguées les autres. Dans l'apport\nmoderne, je ne vois rien qui égale la Passion selon Saint-Mathieu de Bach,\nle dernier acte du Don 'Juan de Mozart, XOrphée de Gluck, la 30, la 5e ou\nla 9e symphonie de Beethoven, la scène de la fonte des balles du\nla scène finale du Crépuscule des Dieux,les de César Franck.\nEt je ne suis même pas sûr que dans les cinq cents mélodies célèbres\nqu'on a produites depuis quatre-vingt ans, il y en ait une seule qui soit\naussi touchante que la yeune Fille et la Mort de Schubert, ou aussi\ndramatique que le Roi des Aulnes,en dépit de l'ingénuité des moyens\ndont disposait leur auteur.\nVoilà mon avis bien sincère. Est-ce le vôtre, ami lecteur ? Ou vais-\nje me faire traiter une fois de plus de \" vieille barbe \" ? Je ne nie pas le\ntalent et le mérite de mes contemporains. Il y a parmi eux plusieurs\nartistes merveilleux. Mais je ne les trouve pas aussi grands, aussi doulou-\nreux, aussi poignants, aussi purement ingénus que les anciens.\nQuant à les faire jouer et connaître le plus possible, je n'y vois pas\nd'inconvénient, bien au contraire. Il ne faut pas que les morts étouffent\nles vivants. Mais il ne faut pas non plus que les vivants, par ce seul fait\nqu'ils sont en vie, aient la prétention de vouloir couler au fond de la mer\ndes cercueils vénérés.\n\nAlfred Mortier."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.50", "texte": "ROUCHES (G.). Inventaire des Lettres et Papiers\nManuscrits de Gaspare, Carlo et Lodovico Vigarani conservés aux\nArchives de Modene. (Paris, Champion, 1913, I vol. pet.\nin-8° de 236 pp.)\nOn sait que Mazarin, désireux de solenniser la conclusion\nde la Paix des Pyrénées, se résolut à \" jeter l'argent par les\nfenêtres \" à cette occasion, ainsi qu'il l'écrivait lui-même à la\nReine. Comme à ses yeux, seul, un opéra pouvait servir à fêter\ndignement de si glorieux événements, il fit venir de Venise le\nfameux compositeur Cavalli, commanda le livret de la pièce à\nson secrétaire l'abbé Buti et multiplia les démarches pour appeler\ndes quatre coins de l'Europe une petite armée de chanteurs,\nd'instrumentistes, de décorateurs et de machinistes. Aucun théâtre\nne lui paraissant offrir un cadre assez riche pour une œuvre si\ngrandiose, il résolut d'en faire élever un nouveau, par un vieil\narchitecte dont l'expérience était grande en ces sortes d'ouvrages :\nGaspare Vigarani de Modène. Celui-ci vint à Paris avec ses deux\nfils, Carlo et Lodovico, et, durant trois années, se consacra à\nla construction du théâtre des Tuileries. Ce sont les lettres écrites de Paris par ces trois\npersonnages que M. Gabriel Rouchès analyse et résume.\nEn ouvrant le volume de M. Rouchès, le musicographe peut espérer trouver quelques\ndétails nouveaux et précieux sur la vie musicale et théâtrale de cette époque. Les Vigarani ont\ntravaillé pour Cavalli d'abord, puis Carlo a mis à la scène les comédies-ballets de Molière, les\nopéras de Lully. Malheureusement, ni Gaspare, ni ses fils, ne prêtent la moindre attention à\nce qui n'intéresse pas directement et exclusivement leur art. C'est à peine si le nom de Cavalli\nest incidemment mentionné dans cette correspondance. Des chanteurs, des musiciens italiens\nqui vivaient à Paris à cette époque, pas un mot. L'indifférence des Vigarani pour la musique\net les livrets des pièces dont ils exécutent les décors est incroyable. Carlo parle en un endroit\ndu \" Serse de Cicognini \" qu'on vient de chanter à la Cour, alors que le Serse est l'œuvre de\nNicolo Minato !\nSi, au point de vue musical, l'importance des lettres des Vigarani est à peu près nulle, en\nrevanche, la publication de M. Rouchès apporte une contribution capitale à l'histoire de h\nmise en scène au XVIIe siècle. Les détails techniques abondent et permettent de reconstitue!\navec précision la manière dont étaient fabriqués ces décors et ces machines qui émerveillaien:\nles parisiens au point de les distraire d'écouter la musique de Cavalli. Avec le traité de Sabbat-\ntini : Pratica di fabricar scene e machine ne teatri, la correspondance des Vigarani est la sourc\nla plus abondante en renseignements techniques sur la machinerie italienne du XVIIe siècle."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.51", "texte": "LES LIRVES\n\n37\n\nNe pouvant songer à éditer le texte intégral de ces lettres qui formeraient la matière de\nplusieurs in-folios, M. Rouchès a pris le parti d'en donner un catalogue analytique, citant\nça et là les passages les plus significatifs, résumant en quelques mots toute une lettre peu\nimportante. On ne saurait trop le louer de cette initiative, ni trop souhaiter qu'il ait de\nnombreux imitateurs. On ne peut tout publier. Le système des \" morceaux choisis \" est\ndéplorable. Je n'en veux pour preuve que la monumentale édition des Lettres de Mazarin qui\nexclut systématiquement tout ce qui concerne les beaux arts et la musique ! Une analyse\ndétaillée des lettres, permettant de retrouver rapidement dans les archives les textes originaux,\nferait bien mieux notre affaire ! Le système adopté par M. Rouchès est donc excellent et tous\nceux qui s'intéressent à l'histoire de l'architecture théâtrale et même de la Société au\nXVIIe siècle, doivent lui être reconnaissants de sa précieuse publication.\nJe me permettrai, en terminant, d'adresser à l'auteur un léger reproche. Lui qui se\nmontre si soucieux d'exactitude en ce qui concerne les documents relatifs aux Beaux-arts,\npourquoi traduit-il parfois si librement les rares passages ayant trait à l'histoire musicale ? Un\nexemple : page 21, M. Rouchès résume en ces termes une lettre de Lodovico Vigarani en\ndate du 2 janvier 1660 : \" Le Cardinal Mazarin a fait venir... Buti, librettiste de l'opéra\nde Serse qu'on va jouer. \" Si je me reporte à la copie que j'ai prise de cette lettre dans les\nArchives de Modène, je constate que toute la fin de la phrase :de Serse qu on va jouer... a été\najoutée par M. Rouchès. Il y a seulement \"Il S. Abbate Buti, compositore delV opéra Or il\ns'agit ici non du Serse, mais de YErcole Amante et par surcroit M. Rouchès fait commettre à\nLodovico une bévue puisque le livret du Serse est l'œuvre de Nicolo Minato et non de l'abbé\nButi ! Ce n'est d'ailleurs là qu'un détail et M. Rouchès, historien des beaux arts, est bien\nexcusable de s'être un peu égaré dans les divers opéras de Cavalli.\nH. PRUNIERES.\nPETIT (A.). —La Fonction vocale et VArt du Chant (Paris, 2 rue Blanche, 1 vol.\nin-4°).\nCe travail, d'une intéressante lecture, résume l'expérience personnelle et professionnelle\nde l'auteur, et il serait bon que chaque professeur apportât la sienne sous une forme aussi\nprécise ; l'enseignement y gagnerait en clarté et en discussion ce que gagne toute pratique a\nêtre raisonnée et formulée.\nLa partie physiologique de l'ouvrage, forcément empruntée, s'inspire malheureusement\nde théories un peu surannées, ce qui stérilise sans doute la recherche d'une compétence\nscientifique, si louable d'ailleurs chez un professionnel ; et le livre ne répond pas suffisamment\nà toutes les questions qu'il pose, entre autres à celle de la portée, qui est fondamentale ;\nmais on y trouve une foule d'aperçus pratiques, présentés sous une forme agreable et souvent\npittoresque.\nVATIELLI (Francesco). La civilita musicale di moda. Ragionamenti di Petronio\nIsaurico. (Torino, Bocca, 1913, in-8° de 117 pp. L. 2.)\nDiable ! Voici la musicologie italienne qui plaisante et manie le fouet de la satire ! Avec\nesprit d'ailleurs, et en touchant au bon endroit. Dans une série de petites histoires, générale-\nment notre éminent collègue florentin attire 1 attention et le ridicule sur certains\naspects de la vie musicale, je dirais même musicologique, italienne. Je recommande surtout la\nlecture du chapitre intitulé uAd un congresso musicale . C est très bien vu, et les personnages\ncampés de façon amusante, depuis le Prof. Gibzutrinken, qui distribue sa communication"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.52", "texte": "38\nS. I. M.\n\n\" Des opinions talmudistes sur la harpe d'Eole \", jusqu'au Français, qui prouve que\nles gloires de la musique italienne n'ont jamais pu être que... françaises; en passant par\nl'italien venu pour placer ses conserves, et le Belge, qui trouve moyen de répéter la même\nconférence dans trois sections successivement. Il faut souhaiter à ce livre mordant, sans\nméchanceté, de produire son petit effet. I. E.\nGRATTAN FLOOD. The Dublin Society for the support oj decayed musican.\n(Reprinted from the Journal of the Royal Society of antiquaries of Ireland.)\nCes quelques pages nous apportent des documents d'archivé sur une société de prévoyance,\nformée à Dublin pour les musiciens au XVIIIe siècle.\nGASTOUÉ (Améd ée). Variations sur ta musique (Bureau d'édition de la\nSchola, 1913, in-8° de 108 pp.)\nLa haute compétence de M. Gastoué en tout ce qui concerne la musique religieuse\nn'est plus à louer. Signalons un aspect plus familier de son talent, avec cette réunion d'articles\ndivers, destinés à tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à l'art liturgique. Le chapitre\nintitulé \" Gli groteschi \" est tout-à-fait réjouissant ; nous n'avons pas coutume d'exercer la\nsagacité de nos lecteurs sur des devinettes ou des rébus. M. Gastoué nous permettra pour cette\nfois d'en emprunter un à son ouvrage. Le problème est le suivant : rétablir le texte original\ndu programme qu'un typographe malavisé imprima un jour ainsi :\nFigue de S 1 Roch pour orgue.\nMesse du Pape, par Marcel de Palestrina.\nO mignonne mystérieuse ! motet.\nVieilles chansons françaises, harmonium à 3 voix de J. Tiersot.\n... Les variations sur la musique d'église ne sont pas nécessairement austères...\nV. P.\nCLOSSON (E.). Notes sur la Chanson populaire en Belgique (Bruxelles, Schott frères,\n1913, in-12 de 84 pp. Fr. 1,50.\nBrochure peu encombrante et moins coûteuse encore, mais qui contient dans ses\nquelques pages de plus nombreuses et précieuses indications que certains gros bouquins dans\nleurs innombrables feuillets.\nM. Closson nous promène à travers la chanson belge avec la sûreté d'un guide et la\nprécision d'un logicien et c'est même un sage, car il nous indique ce que peuvent avoir\nd'artificiel ou de trop absolu les catégories entre lesquelles il répartit les productions popu-\nlaires et enfin, il agit encore en artiste, puisqu'il ne néglige pas de citer les textes musicaux\net littéraires qui lui paraissent caractéristiques.\nMACHABEY.\nPONNELLE (Lazare). A Munich. (Fischbacher, 1913, in-8° de 105 pp.)\nNous n'avons pas besoin de présenter ici M. Ponnelle. Les lecteurs du Mercure Musical,\ndu Courrier et d'S. I. M. ont gardé souvenir des articles qu'il écrivit pour eux et dont on\nretrouvera ici même de nombreux fragments ; et les Amis de la Musique reliront avec plaisir\nle compte rendu de leur glorieuse semaine de Munich. Il nous faut signaler tout particulièrement\nl'analyse, très approfondie et très attachante de l'œuvre de Richard Strauss. Ici, M. Ponnelle"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.53", "texte": "LES LIVRES\n39\n\na délibérément lâché la bride à ses enthousiasmes ; c'est la première fois, je crois, qu'un\nFrançais atteint à une aussi entière compréhension de cet art de Strauss, si distant de nous par\ncertains côtés. Puissent ses sympathies être communicatives.\nSTIEVENARD (Emile).— Manuel de (J. Hamelle 1913? in-12 de iiopp.^\nCe manuel où sont exposés, par demandes et réponses, les principes fondamentaux de la\nmusique a été composé, nous dit l'auteur, à l'usage des écoles et des candidats aux examens.\nNous aimerions assez savoir de quelle écoles et de quels examens il s'agit, car ce petit livre,\nbien qu'il débute sagement par les notions les plus élémentaires ne paraît point destiné aux\ncommençants: le chapitre des harmoniques en particulier y est déjà traité de façon scientifique;\nle chapitre des accents, tout à fait ingénieux aussi suppose évidemment lecteur une certaine\nculture musicale. Certains passages, la théorie des mesures, celle de la transposition, ne\nbrillent évidemment pas par la clarté et, avouons le, ils ont trouvé ailleurs une exposition plus\nlogique. Mais sachons gré à M. Stiévenard de la franchise de sa doctrine : dès sa première ligne\nil s'avère un sentimental. Ne nous dit-il pas en commençant : \"le but de la musique est\nl'expression des sentiments au moyen des sons.\" Et plus loin : \" L'expression étant le but de la\nmusique... \" Lui ferons-nous remarquer qu'il va rayer d'un trait de plume toute la musique\ndescriptive ? Ce simple manuel de solfège nous fait aborder de bien grosses questions esthé-\ntiques. N'est-ce pas le plus sérieux éloge que l'on puisse en faire ?\nELLEN TERRY. The Russian Baldrawings by P. COLMAN SMITH\n(London Sidgwick and Jacksone, in-40 de 54 pp.)\nLes Ballets Russes promenés en Europe par le merveilleux montreur qu'est Serge de\nde Diaghilev, n'ont pas manqué de faire impression en Angleterre. C'est l'écho de cet\nenthousiasme qui nous vaut le livre d'Ellen Terry, brochure bien écrite, dont les dimensions\nne dépassent pas celles d'un article de revue, mais qui a le bonheur de servir de présentation\nà une série de croquis de Miss Paméla Colman Smith.\nNos lecteurs connaissent déjà le crayon de Miss Smith et ses notations fugitives des gestes\nde la musique, ils retrouveront ici le charme de ces exquises spontanées.\nBERTEAUX (Eugène). Alt air (Paris, G. Oudin 1913, in-16 de 84 pp.)\nPoème dramatique en cinq parties conçu pour la musique; c'est ce que l'on\nnommait autrefois, d'un mot qui a pris depuis un sens péjoratif, un livret d'Opéra, - nous\ndisons maintenant un drame lyrique. Même dégagé de tout souci pittoresque, meme situe dans\n« une contrée imaginaire \" le drame lyrique a déjà ses conventions, tout comme son frère\nainé. Le héros qui durant l'acte final s'entête à gravir un inaccessible rocher ressemble\nétrangement à Fervaal-,les trois sœurs fatidiques, Izel, Ellen et Goéla, sont de proches\nparentes des trois nornes, et l'innocente petite Sauge a déjà paru sous un nom moins harmonieux\ndans 1 'Ouragande M. Bruneau. M. Berteaux fait usage d'une prose rythmée librement\nassonnante, qui ne manque ni d'élégance ni de souplesse et est deja par elle-meme fort\nmusicale. La préface écrite par lui en tête de son œuvre, est du reste un fervent hommage\nrendu à la musique, \" seul moyen d'expression digne de traduire l'aspiration incessante et\npassionnée de l'homme vers l'inconnu. \" On ne peut mieux dire ; et avant de nous écrier,\ncomme l'héroine d'Altaïr au deuxième acte \"Je ne te comprends plus, Je crains\nl'obscurité \" nous attendrons la musique de M. Brisset, qui de cette obscurité fera jaillir\nl'étincelle illuminatrice."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.54", "texte": "LIVRES REÇUS\n\nSACHS (Curt). Reallexicon der Musikinstrumente. (Berlin Julius Bard, I9I3>\nin- 4* de 443 PP- Mk- 3°)-\nMAUCLAIR (C.). Histoire de la musique Européenne. 1850-1914, (Fischbacher,\n1914, in- 8° de 310 pp. fr. 3.50).\nHLINEMANN (Ernst.). R. Wagner und das Ende der Musik. (Lpz. Th. Thomas\n1913 in-8° de 175 pp. Mk. 39.\nPROD'HOMME. J-~J« Hector Berlioz, préface de A. BRUNEAU. (Delagrave\nin-120 de pp. fr. 3.50.).\nSTIEVENARD (Emile). Manuel de musique par demandes et réponses. (Hamelle\n1913, in-12° de 110 pp.)\nHUGHES (R. V.). Early english harmony. (The plaisong and mediaval music\nsociety, 1913, in-fol de 134 pp.)\nPONELLE (Lazare). A Munich. (Fischbacher, 1913, in-120 de 108 pp.)\nBERTEAUX (Eugène). Altaïry poeme dramatique. (Oudin 1913, in-12°\nde 84 pp. fr. 2).\nGASPERINI (Guido). Il R. Conservatorio di musica in Parma. (Parma 1913,\nin-120 de 114 pp.)\nSOUBIES (Albert). Almanach des spectacles, année 1912. (Flammarion 1913,\npetit in-120 de 162 pp. fr. 5).\nGRAAFF (Joseph). Einzeichen-Tonschrift(Coeln, Z. Gonski 1913, in-8° de\n28 pp.).\nBATKA (Richard). Ida Isori et son (Costallat et CIU 1913, in-8\"\nde 26 pp. fr. 2).\nMISCELLANEA MUSICAE 810-BIBLIOGRAPHICA. Publiées par\nH. Springer, M. Schneider et W. Wolffheim. Année 11, fascicules i et 2 (Lpz. Breitkopf,\n19ï3, in-8°).\nHILL (Arthur Georges). L'art chrétien en Espagne. (Londres J. B. Nichols et fils,\n1913 in-fol def 89 pp.).\nPALEOGRAPHIE MUSICALE. 100. (Alphonse Picard, octobre 1913\nin-fol.)\nTHIBAUT (J. B.) Monuments de la notation ekphonètique et Hagiopolite de l'église\ngrecque (St Pétersbourg 1913 in-fol, fr. 150).\nCHOISY (Frank). La musique à Gen (Genève, 19 Grande rue,\n1914 in-8° de 63 pp. fr. 2).\nLUDWIG (Friedrich). Die Aelteren Musikwerke... des Akademischen Gesanç-\nVereins Strassburg. (Strass. 1913 in-8° de 14 pp.).\nSEL VA (Blanche). La Sonate.(Rouart, Lerolle et Cie in-8° de 288 dd\nfr. 5). * *\nBE.X (Maurice). (contribution a l histoire du salaire au théâtre en France de à\nla fin de Vancien régime.(M. Rivière et Cie, 1913, in-40 de 146 pp.).\nMUSICAL ASSOCIATION. Proceedings of 1912-1913. (Novello, 1913 in-8°\nde 182 pp. one guinea.)\nGAI AN US. Strauss, Debussy e compagn (Bologna. Bongiovanni), in-8° de\n112 pp. lire 1.50)\nBORREN. (Ch. van den) Les musiciens Belges en Angleterre, à l'époque de la Renais-\nsance. (Bruxelles, 1913 in-120 de 123 pp. fr. 2.50)."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.55", "texte": "4\n\nLes Grands Concerts\n\nCONCERTS COLONNE\n\n(Notre éminent collaborateur Claude Debussy ayant été appelé à diriger en Russie deux\nfestivals de ses œuvres qui obtinrent un véritable triomphe, adresse à nos lecteurs le spirituel\nbillet que voici. Ajoutons que l'Association des Concerts Colonne a eu le bon goût de ne\ndonner aucune œuvre nouvelle pendant l'absence de notre collaborateur et s'est consacrée, en\nattendant son retour, à d'intéressantes reprises parmi lesquelles il convient de signaler les\n3me et sme5me symphonies de Beethoven, un important fragment de Parsifal, les trois Nocturnes de\nDebussy, la Symphonie sur un thème montagnard de Vincent d'lndy et, accompagnées au piano,\nles Amours du Poète de Schumann qui enthousiasmèrent le public mais dont l'opportunité dans\nun concert symphonique fut mise en doute par les amoureux de l'orchestre et très passionnément\ndiscutée par la critique.)\n\" M. S. Kussewitzky nous invita à venir diriger deux concerts d'orchestre, l'un à Saint-\nPétersbourg, l'autre à Moscou. C'est la raison pour laquelle on voudra bien nous excuser de\nne pouvoir parler des Concerts Colonne en particulier, ni de la vie musicale de Paris en général.\nCes concerts étaient consacrés exclusivement aux œuvres de Claude Debussy. Jamais\nnous n'en entendîmes autant à la fois. On sent bien pourquoi nous ne pouvons en parler\ndavantage. Qu'il nous soit permis toutefois de dire hautement la valeur artistique de l'orchestre\nrassemblé par le seul Kussewitzky, qui se distingue nettement par une exacte discipline et un\ndévouement à la musique assez rare dans les quelques villes lumières de notre vieille Europe.\nOn se rappelle que M. S. Kussewitzky fut un virtuose incomparable de la contrebasse\ninstrument qui n'inspire généralement pas confiance. Pour cette raison, ce groupe d'instruments\nprend dans son orchestre une valeur sonore inattendue I! est vraiment ce \" tond \" tour"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.56", "texte": "42\nS. I. M.\n\nà tour solide, tumultueux voire même impalpable, sur lequel se jouent librement, sans crainte,\ntoutes les valeurs orchestrales possibles.\nPendant l'été, l'orchestre Kussewitzky remonte le Volga dans un de ces bateaux à trois\nétages qu'on peut voir sur les lacs Suisses, s'arrêtant là où il est possible de trouver une salle,\nnon de concert, mais où l'on peut faire honnêtement de la musique. Kussewitzky nous\nracontait qu'il n'a pas souvent rencontré de public plus docile ni plus ému. Cette émotion est\ntellement sincère qu'il en oublie d'applaudir. Qu'on ne voie aucune stupidité dans ce fait,\nmais que l'on sache seulement que ceux qui ne peuvent payer leur place ne recourent pas au\nstratagème du billet de faveur mais s'acquittent par le don de quelques fruits de la terre.\nOn peut trouver que voilà peut-être le plus bel hommage rendu à la musique. Certaine-\nment, il vaut bien ce bruit sauvage qui consiste à frapper les mains l'une contre l'autre adopté\ngénéralement par nos dilettantes les plus avertis.\nTout cela qui est très beau, affirmons-le, réclame des qualités assez multiples. Elles se\ntrouvent réunies dans la personne de S. Kussewitzky dont l'ardente bonne volonté à servir la\nmusique ne nous paraît pas devoir connaître désormais d'obstacles. \"\n\nClaude Debussy.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nUn deuil cruel ayant éloigné des concerts le maître Vincent d'lndy, M. Pierre de Bréville a\nbien voulu accepter encore une fois de se substituer à lui pour tenir nos lecteurs au courant des Concerts\nLamoureux du mois dernier.\nL'Oaristys de M. Raoul Brunei est la seule œuvre que nous aient fait entendre vraiment\npour la première fois les concerts Lamoureux depuis six semaines.\nPrélude à la célèbre églogue d'André Chénier, ce morceau très sage semble plutôt un frag-\nment de pantomime dont assurément à la scène le plan poétique apparaitrait plus précis. On ne\nrisquerait pas, comme à une première audition au concert, de confondre la campagne sicilienne\net les oiseaux qui l'animent avec Daphnis ou Chloé, ne sachant trop à qui attribuer le solo de\ncor ou le solo de violon séparés par de persistants dialogues entre des pipeaux rustiques. L'élé-\ngance de ces quelques pages les rend toutefois agréables à entendre, et si leur brièveté décon-\ncerte un peu, il en faut louer la sonorité claire, discrète, sans embarras et sans embrouillamini.\nCes dernières qualités ne sont pas celles qu'on a coutume de reconnaître à Schumann,\ndont le moindre amateur déclare avec certitude l'instrumentation lourde et confuse.\nSans prétendre ici à discuter au fond cette sorte d'axiome, quelques remarques contredi-\nsant sa rigueur peuvent cependant être hasardées. Je me souviens d'un \" consommateur d'art \"\nplus prétentieux que bien informé qui déclarait le Miracle bien orchestré parce que, pendant\nquelques mesures du ballet, il avait éprouvé la surprise d'un neuf et charmant accouplement de\ntimbres. Assurément sa conclusion était exacte, mais si l'opéra de M. Georges Hue est en effet\nbien orchestré c'est pour des raisons qui dépassent de beaucoup le simple accident, si précieux\nsoit-il, d'un effet d'orchestre.\nOr, de ces trouvailles sonores Schumann est peu prodigue, et c'est là un des reproches\nque lui adressent ils l'adressent aussi à Beethoven et à Franck ceux qui mettent plus haut\nque tout la sensation rare.\nSon sentiment intime et profond ne s'amuse que rarement aux distractions pittoresques,\nmais sa pensée s'exprime toujours avec toute son intensité expressive en dépit de quelques\nempâtements dont je ne puis m'empêcher de croire que ceux là seuls s'exagèrent l'importance"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.57", "texte": "LE MOIS\n43\n\nfâcheuse qui ne sont pas touchés par cette pensée elle-même. Car Schumann, ainsi que presque\ntous les musiciens (je parle des maîtres) écrit l'orchestre de sa musique.\nPeut-on imaginer en effet telle ou telle de ses œuvres avec des sonorités autres que celles\nqu'il leur a assignées, et qui donc oserait instrumenter à nouveau l'ouverture de Manfred ?\nN'en est-il pas de l'orchestre à peu près comme de l'harmonie qu'on ne saurait isoler de\nla mélodie qu'elle accompagne ?... N'en déplaise à ce critique admirant, il y a quelque vingt\nans, une mélodie de M. Fauré, tout en déplorant \" l'harmonie tourmentée \" dont elle émane\nen réalité.\nSouvenons-nous du mot de Schumann lui-même au sujet de Berlioz : \" Vous lui\nreprochez ses basses... essayez de leur en substituer d'autres... \"\nQuoi qu'il en soit des obscurités de l'orchestre de Schumann, M. Chevillard vient de\nprouver victorieusement qu'on peut le \" faire sortir \", pour employer l'argot du métier.\nSans le secours d'aucune partition, se fiant à sa seule mémoire, ce qui n'est pas à la\nportée d'un musicien ordinaire, il a exécuté les quatre symphonies avec une exceptionnelle\nperfection.\nOn sentait qu'il se les chantait à lui même en les dirigeant, se livrant à elles avec toute\nson intelligence et tout son cœur. Aussi l'émotion qui l'animait fut elle communicative,\net pénétra jusqu'à l'âme du public. L'immense acclamation qui accueillit la quatrième symphonie\ncomme elle avait accueilli l'admirable symphonie rhénane, lui en apporta la preuve et la\nrécompense.\nComplétant le cycle Schumann auquel fut consacrée une partie des premières séances de\nla saison, il nous fît entendre ensuite le Concerto de Violoncelle, assez terne et ingrat, que le\njeu indifférent de M. Alexanian ne parvint pas à vivifier, et Y allegro de concert pour piano si\nrarement exécuté qu'il fut, pour beaucoup, une nouveauté.\nLes idées en sont charmantes, et il n'est pas besoin de regarder le programme pour les\nattribuer à Schumann. Mais la forme de ce morceau, et surtout les arpèges très chargés de\nnotes qui l'encombrent, font songer à une improvisation.\nL'exécution de M. Pugno lui a conservé ce caractère.\nPar contre le grand pianiste a joué les Variations symphoniques de Franck avec un soin\nminutieux, trop minutieux même en certaines parties qui se détachèrent ainsi de l'ensemble de\nl'œuvre au point que l'unité en parut altérée.\nJ'ose le dire, au risque de sembler paradoxal, et dussé-je être seul de mon sentiment.\nPresque au début, dans le passage en ut dièze mineur nuancé d'un simple p. dans la partition,\nde brusques oppositions que rien ne motive m'ont étonné, et l'apparition du thème a manqué\nde la simplicita que réclame l'auteur. Enfin, quelque moelleuse et délicate que fut la sonorité\nqu'il lui a donnée, la sorte de cadence en mi bémol qui amène le péroraison se fît attendre en\nun rubato pour moi exagéré. Bien qu'il ne s'agit pas d'une ballade elle prit l'apparence d'un\nu envoi \" au public.\nCelui-ci n'avait pas besoin de cette invite pour acclamer un de ses virtuoses préférés, en\ntoute justice, je le reconnais, la part faite à ces critiques de détail, ne fut-ce que pour\nla grâce et le charme dont il enveloppa tant d'autres pages de cette œuvre exquise, et spéciale-\nment ce mystérieux épisode où, sous les arpèges du piano, les violoncelles chantent le thème\nde l'introduction.\nMais cette joie reconnaissante que le public entendait témoigner à M. Pugno il en\nréservait assurément une part à l'œuvre elle même, une de celles qui l'attirent le plus sûrement,\nune de celles qui est par là assurée de \" faire recette\nAussi je me demande pourquoi M. Chevillard, certain de n'en ressentir aucun dommage,"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.58", "texte": "44\nS. I. M.\n\nne la ferait pas reparaître plusieurs dimanches de suite, avec un interprète différent. Depuis\nleur première audition par M. Diémer à qui elles sont dédiées, les Variations symphoniques sont\nau répertoire de tous les pianistes. Ne serait-il pas intéressant de les entendre exécuter succes-\nsivement par quelques grands artistes ?\nAvant tous il conviendrait de les confier à Mlle Selva qui vient, dans son livre si élevé\nsur la sonate, de démontrer combien elle est pénétrée du caractère particulier qui convient\nà l'interprétation de chaque maître.\nDe ce tournoi, sorte de concours Diémer supérieur, il ne pourrait assurément sortir que\ndes vainqueurs ; toutefois, à juger leur conception différente du style, l'éducation du public\ngagnerait quelques degrés seule peut être y perdrait en absolu la célèbre définition de Buffon\nu le style, c'est l'homme. \"\nMais en demandant qu'une œuvre apparaisse deux dimanches de suite sur l'affiche des\nconcerts Lamoureux j'aborde une question pleine d'inconnu.\nIl est impossible en effet de comprendre pourquoi, à succès égal, l'honneur du bis à une\nsemaine de distance est obtenu par les unes et refusé aux autres.\nIl fut réservé à la presque seule Rapsodie mauresque de M. Humperdink, œuvre d'une\nincroyable lourdeur, malgré son éblouissante virtuosité de contrepoint et d'orchestre. M. Hum-\nperdink, qui a cependant écrit telle ou telle page si fine d'Hœnsei et Gretel, semble ici\nconfondre les cafés maures de Tanger avec les brasseries d'léna et la nuit claire d'orient\navec le ciel chargé de nuages d'où le marteau de Donner va faire jaillir les éclairs. Tout y est\nsérieux, un motif de chanson de \" beuglant \" y devient grandiloquent, et le mesquin y revêt\nde la grandeur. L'impression que l'on emporte de ce voyage en pays maure se peut résumer\npar ce stupéfiant assemblage de mots inventé outre Rhin Kolossal Klein.\nCe qui, au contraire est empreint du tact le plus français, et ce pourquoi se prodiguèrent\nles rappels et les bis (sans résultat du reste, car, à la différence de la Rapsodie mauresque, le\nFestin de /'Araignée fut exécuté une fois seulement) c'est la suite que, sous ce titre,\nM. Roussel a tirée de son ballet du Théâtre des Arts.\nAla scène, accompagnant la pantomime expressive de Mme Sahari-Djelly, on avait pu se\nrendre compte combien tout dans sa partition témoignait de mesure et de justesse de propor-\ntions. Chaque chose y étant à sa place, rien ne dépassait le cadre : idées simples, harmonie\nsans inutile torture, orchestration soigneusement détaillée où chaque instrument obéit à son\ngénie propre et ne prend la parole que pour dire un mot utile, mot qui n'est jamais perdu.\nToutes ces qualités on a pu les reconnaître au concert, et mieux qu'au théâtre peut-être\non a goûté le début de cette suite où s'évoque avec une fraîcheur délicieuse le calme d'un\ngrand jardin. Mais toutes les petites bêtes qui le peuplent nous sont apparues ensuite, le papillon\naprès les fourmis et l'éphémère après le papillon. Bien que grossies à l'échelle humaine à la\nscène, M. Roussel a conservé aux unes et aux autres la traduction musicale menue et minu-\ntieuse qui convient à des insectes, en sorte que, malgré les plus rares surprises de timbres, l'attention\nfinit par se fatiguer, comme à la contemplation prolongée de miniatures, et on se dit que pour\nla salle cette musique est trop minutieuse et menue, et que cet orchestre est trop important\npour jouer la valse de l'éphémère ; bref, que l'œuvre n'est plus à sa place.\nM. Roussel qui a écrit les Evocations me comprendra. Il n'aurait pas imaginé de les faire\njouer au théâtre des Arts !\nSouhaitons qu'une direction bien avisée remette à la scène le Festin de VAraignée, et aussi\nqulstar demeure au répertoire des grands concerts où, en dépit du talent avec lequel\nMlle Trouhanowa à Paris et Mlle Cerny à Bruxelles ont mimé ses variations décroissantes,\nl'œuvre superbe de M. d'lndy est infiniment mieux située qu'au théâtre."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.59", "texte": "LE MOIS\n45\n\nSouhaitons aussi que Parsifal suive désormais son sort puisque tous les efforts tentés pour\nle protéger sont demeurés vains. A vouloir le réserver à Walhal-Bayreuth, la lance de Wotan\ns'est brisée ; comme Siegfried il va courir les aventures sur les scènes lyriques et dans les\ncinémas. Qu'il déserte donc les concerts ! Presque à la veille de revêtir son costume d'opéra\nil y a monologué en habit noir, puis dialogué avec Kundry et avec Gurnemanz. Que ce soit\nlà son chant du cygne... avant d'aller chasser dans les tirés de M. Messager, et d'y tuer les\noiseaux sacrés du Graal ; et qu'il laisse cette place qu'il a trop encombrée depuis deux mois, et\noù il n'était certes pas à la sienne, à des œuvres ne réclamant rien d'une réalisation théâtrale !\nA côté de lui une presque nouveauté 1 est cependant parvenue à se glisser : Printemps,\nsuite en deux parties qui fut, il y a vingt cinq ans, l'envoi de Rome de M. Debussy.\nLa section de l'lnstitut du temps l'accueillit fort mal. Si dès cette époque on l'avait\nconsulté, le public se fut peut être montré plus clairvoyant. Sans se laisser dérouter par la\nseconde partie à laquelle il eut attribué des intentions de ballet telles qu'il les voyait à peu\nprès réalisées par Delibes ou Chabrier, on peut supposer qu'il eut découvert les dons précieux\nde musique personnelle dont la première conserve le témoignage, et deviné déjà les promesses\nsi magnifiquement réalisées depuis.\n\nP. de Bréville.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE\n\nJe ne sais quelle fatalité déchaîna, il y a dix ans environ, un brusque accès de fanatisme\nbeethovenien. La théorie du bloc appliquée aux neuf symphonies, aux dix-sept quatuors, aux\ntrente-deux sonates, l'éclosion de Sociétés Beethoven, les publications multiples d'ouvrages\nbiographiques ou critiques, tout contribua à entretenir une effervescence dont nous sommes à\npeine remis. Quelles que soient les causes et les conséquences de ce phénomène, au moins\npeut-on qualifier de rétrospectif l'intérêt qui s'attache à la reprise, dans l'ordre chronologique,\ndes symphonies par la Société des Concerts. Les dix programmes où se résume son effort\nannuel en seront peut-être affectés. Une symphonie \" éminente \", chaque saison, une ou deux\nd'entre les cadettes, suffiraient, je crois, aux besoins légitimes du culte. Et cependant Haydn\net Mozart, Haydn surtout, attendent une aumône et nous manquent plus encore que nous ne\nleur manquons.\nJe ne doute pas qu'ils n'inspirent d'ailleurs, le cas échéant, leurs interprètes tout autant\nque le grand-prêtre de la Messe en ré. Ce n'est pas que les Symphonies en ut et en ré majeur\nréfléchissent aussi fidèlement qu'on a coutume de le répéter l'esprit ou la forme de Mozart et\nd'Haydn. C'est déjà tout autre chose. Les \" chercheurs de réminiscences \" ou d'affinités, que\nvilipenda jadis M. Huré, s'ébahiront de la parenté mélodique par quoi se ressemblent le thème\ndu Larghetto de la Symphonie en r/, et l'épisode en ré bémol du prodigieux Scherzo en ut dièze\nmineur de Chopin. Mais ils se garderont d'en inférer quoi que ce soit.\nLes chœurs écrits par Gounod pour l'éphémère Ulysse de Ponsard appartiennent au\nrépertoire de la rue Bergère. Nous les y avons naguère entendus. Dans la notice révérencieuse\nqu'il a consacrée à l'auteur de Roméo, M. Saint-Saëns insiste sur cette partition qui a été\nl'origine de sa grande intimité avec Gounod. Il l'admire infiniment. La musique française,\nsinon Ulysse, a depuis le règne de Ponsard beaucoup voyagé. Et nous ne nous représentons pas\nsans effort ce qu'il pouvait y avoir de hardiesse à écrire, à l'époque du bellinisme le prélude de\nFaust. La Société des Concerts a exhumé de courts fragments, un chœur de Naïades où se\n\n1 La véritable première audition du \"Printemps\" fut donnée il y a huit mois par la Société Nationale qui\njadis a déjà eu l'honneur de faire connaître avant tous V Après midi d'un faune et la Damoiselle élue."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.60", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\ndevine un pressentiment de Mireille, un chœur de Porchers, un chœur des Serviteurs, des\nPrétendants, des Suivantes infidèles, qui trahit des velléités de réalisme pittoresque, une\nrecherche même de la sonorité que la critique du temps elle était déjà infaillible avait\ndiscernée. Ce n'est pas d'ailleurs d'après ces morceaux choisis que l'on peut juger l'œuvre. Et,\nsi l'on en croit M. Saint-Saëns, la lecture en est révélatrice.\nM. Enesco joue volontiers le Concerto pour violon de Lalo. Il est naturel que la sponta-\nnéité, le charme souvent ingénu de cette musique, la vivacité, la souplesse de la rythmique la\nplus diverse qui soit, que cette sincérité, cette harmonieuse fantaisie, atteignent les profondeurs\nde sa sensibilité. Son interprétation est constamment exquise. Il n'y a plus là de concerto ni de\nvirtuose, mais de la musique, simplement.\nLe désir d'apercevoir Gounod, qui enchanta ma jeunesse provinciale, m'avait entraîné en\n1888 à un concert spirituel où il dirigeait l'exécution de son psaume\nLe Requiem de Verdi venait ensuite. Je ne saurais dire si on l'a réédité depuis. La Société des\nConcerts, dont c'est précisément le rôle de ressusciter les grandes œuvres choro-symphoniques\nsacrifiées ailleurs comme trop onéreuses, s'en est opportunément souvenue. Je regrette de ne\npouvoir l'analyser avec quelque détail. Il ne ressemble en rien aux Messes des morts accou-\ntumées. Il est aussi loin des hallucinations infernales de Berlioz que du dernier et délicieux\n\" sommeil de la Vierge \" qu'est le Requiem de M. Fauré. C'est une sorte d'exaltation des\nêtres en face de la mort, l'expansion d'une vitalité qui veut vaincre ; c'est la théâtrale exhibi-\ntion du Campo-Santo de Gênes ou d'ailleurs, le pathétique mobile et violent qui amène le\nrythme des attitudes et des gestes éperdus. C'est plus un drame qu'un oratorio. Mais quel\ntexte aussi est plus dramatique. L'ampleur du dessin, l'intensité des effets, le relief des con-\ntrastes y créent les larges perspectives nécessaires à l'évolution d'une grande action scénique.\nJe ne sais quelle ferveur, quelle surhumaine énergie fait vivre ces \" airs \" parfois vulgaires,\ncomme l'Esprit-Saint transfigura l'humilité des apôtres.\nLe chœur initial est une enveloppante effusion. Le contour en est libre, souple, insinuant.\nL'inquiétude rythmique du Kyrie annonce l'explosion de la première strophe du Dies irae\ndont la menace retentira par intermittence sur les créatures épouvantées. Il y a dans\nYlngemisco où s'abandonne le ténor l'amorce d'une coquette chanson populaire : \" Auprès de\nma blonde... \", qui détonne et étonne un peu. Le Dies irae est traité d'ailleurs avec une\nhabileté, une variété de ressource, une ressource devant lesquelles il faut s'incliner, encore que\nla matière l'emporte assez souvent sur l'esprit.\nLe Sanctusqui déverse son allégresse en une cataracte chromatique, nous livre frémissants\nà l'obsédante mélopée de l'Agnus Dei, à cette clausule sur \" eis requiem \" où la misère de\ndeux voix féminines à l'octave vient se réfugier en une anxieuse imploration. Et les fureurs du\nDies irae redoublent qui vont se dissoudre dans la polyphonie souveraine d'une grande fugue.\nLa nationalité du Requiem se reconnaît moins à ses défauts qu'à ses qualités. Nulle vanité\nornementale les vocalises en sont quasiment absentes mais l'imagination la plus vive, la\nplus naturelle, la plus heureuse adresse, dans la disposition des voix une couleur orchestrale\néclatante, uue fougue qui emporte tout.\nL'exécution, qui rassemblait aux côtés des chœurs et de l'orchestre, MlleS Gall et\nLapeyrette, M. Campagnola, envers qui la grippe se montra clémente, et M. Gresse, fut de\ntous points remarquable. La séance avait fort bien commencé avec la Symphonie héroïque\ntriomphalement évoquée par M. Messager. Et dire que le personnage de la \"\nqui professait \" qu'il n'y a pas de musique qu'au Conservatoire \" n'était peut-être pas, en ce\ntemps-là, beethovénien.\n\nPaul Locard."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.61", "texte": "Music=halls et chansonneries\n\nCeci tuera cela, vaticinait Victor Hugo en opposant le livre à l'église. Des romantiques\nattardés cherchent encore à nous faire peur en prédisant tour à tour que le café-concert\ndétruira le théâtre, qu'il sera lui-même exterminé par le music-hall, enfin que le cinéma aura\nraison de toute exhibition directe, que l'écran remplacera la scène, et que l'art dramatique sous\nses espèces les plus nobles comme les plus familières aura vécu.\nIl est vrai que la foule s'entasse dans la pénombre des salles où se projettent les derniers\nvols d'un acrobate aérien, ou ceux non moins applaudis d'un sympathique escroc. Elle n'est\npas devenue pour cela moins curieuse des combats de boxeurs réels, des exercices d'équilibre\noù le risque n'est pas limité à la pellicule, des chants que ne contrefait pas le gosier conique\ndu phonographe, surtout des apothéoses galantes où l'émotion teinte de rose des charmes pal-\npitants. Ce sont là des plaisirs de grandes assemblées. Mais un public à peine moins nombreux\nse répartit entre les édifices plus étroits où l'intimité permet les allusions fines et les gestes\nhardis ; il est même remarquable que les établissements de cette sorte se multiplient, d'année\nen année, de mois en mois, avec un zèle qui ne peut guère passer pour un symptôme de\ndécadence. L'économiste reste embarrassé devant un phénomène qui met en défaut les lois de\nla concurrence. C'est qu'en effet elles ne s'appliquent dans leur rigueur qu'aux produits néces-\nsaires à l'existence, non aux plaisirs. La consommation des premiers reste constante ; celle des\nseconds est sujette à de considérables variations en raison des ressources, de l'humeur, du goût.\nQue le moraliste s'en afflige ou nous en félicite, le fait est indéniable : Paris est aujourd'hui\nplus que jamais la ville du plaisir. Or s'il faut mettre au nombre des plaisirs ceux de la table,\nceux aussi du salon, du boudoir et de la chambre, l'art du peintre, du musicien, du poète, a\nlui-même pour condition première le plaisir. C'est un ornement de la vie qui ajoute à son prix,\ncomme une robe élégante fait valoir la grâce naturelle. Il peut traduire les idées les plus\nélevées : si nous les adoptons, c'est par l'effet d'une représentation qui a su nous charmer.\nL'austérité des mœurs et le sérieux d'une pensée vouée aux intérêts matériels sont funestes aux\njeux de l'esprit ; Oscar Wilde le savait bien, qui parvint à une si pure conception de la\nbeauté par le mépris souverain des préjugés qui l'entouraient. Il n'est de civilisation florissante\nque celle où l'amusement domine. Athènes a vécu dans la joie, comme la France féodale\ndu moyen-âge, comme l'ltalie de la Renaissance, et les plus raffinés poètes de la Chine n'ont\njamais boudé ni à une tasse de vin, ni au sourire d'une jeune fille. Ce n'est pas assez de dire,\ncomme Renan, que les gens du monde débarrassent les lobes sains du cerveau de l'humanité du\nquadrille qui les obsède. Mais ce quadrille, ou pour parler un langage moderne, ce tango qu'ils\ndansent avec leurs jambes, est le même que d'autres essayent de figurer avec des lignes, des\ncouleurs, des mots et des accords ; le jour où la fatigue ou l'âpre besoin d'argent aura vidé les\nsalles de bal verra aussi la désertion des musées, l'arrêt des concerts et la faillite des librairies.\nTout se tient, et les divertissements les plus frivoles en apparence sont de plus sûrs\nencouragements au grand art que les subventions officielles, les achats extravagants de l'Etat\nou ses commandes burlesques, et même que les plus éloquentes objurgations de ces apôtres\nobstinés à paver de bonnes intentions une route qui ne mène à nul paradis, même\nimaginaire.\nAussi est-ce avec une satisfaction sans mélange que j'annoncerai aujourd'hui l'ouverture\nsous les plus heureux auspices de deux nouveaux lieux de plaisir. L'un est un théâtre bijou,\nqui fait à la voix captivante de M. Léoni, son directeur, la plus suave résonance, et où, de plus,\non voit de près les yeux de Mlle Bordoni, des yeux presque plus grands que le visage, et non"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.62", "texte": "48\nS. I. M.\n\nseulement les yeux, mais aussi des robes d'une fantaisie toujours arrêtée au point où commen-\ncerait l'outrance, où l'on entend enfin les couplets lestement tournés, et qui semblent se\nretenir pour n'être pas plus mordants encore, d'une revue de M. Jean Bastia. Avant cette\nrevue, une comédie de MM. Mirande et Géroule, La première idée, a de bien jolis mots et\nnous montre un critique dramatique, peut-être musical aussi, dont les yeux chaussent de rondes\nbesicles en écaille. Toutes mes sympathies vont à ce critique, bien qu'il soit un peu âgé, et que\nses élans de jeunesse soient parfois plus fugitifs qu'il n'eût fallu. M. Tréville joue ce rôle avec\nla plus spirituelle bonhomie.\nLe Moulin de la chanson, fondé en octobre dernier par MM. Roger Ferréol et Emile\nWolff, a connu dès ses débuts un succès qu'il doit à une interprétation de premier ordre et à\ndes spectacles où l'intérêt ne fléchit pas un instant. Car il faut bien avouer qu'en certains\nendroits de Montmartre les artistes, sûrs de trouver chaque soir même affluence et mêmes\napplaudissements, se relâchent un peu. Mais autre chose est un public qui ne vient et même ne\nrit plus que par habitude, et un auditoire vibrant, frémissant, qui ne laisse passer ni un mot, ni\nune intention et même est tout prêt à répondre, si on l'interroge, pour montrer qu'il a\ncompris. Il n'est pas, pour un interprète, de joie plus vive que de se sentir ainsi de plain pied\navec la salle, comme si la barrière de la rampe était tombée, et qu'il fût simplement en con-\nversation avec de nombreux amis. Il faut dire qu'on rencontre au Moulin de la chanson, aux\ncôtés de Roger ferréol, de Paul Marinier, de Mévisto aîné, de Mlles Marguerite Magdy et\nSuzanne Feindel, l'un des maîtres de l'ironie contemporaine, Enthoven, Enthoven dont le\ncrâne sait tout, dont la bouche enfantine débite les observations du plus terrible des enfants\navec un air de n'y pas toucher qu'il faut avoir vu pour y croire. La revue qui termine le spec-\ntacle porte le titre d'une de ses chansons les plus entraînantes et il en est l'auteur, en collabo-\nration avec MM. Marinier et Ferréol. Cette revue se distingue de toutes les revues en ce\nqu'on n'y est rebuté 111* par ces transitions forcées, ni par ces scènes que l'auteur a traitées par\nacquit de conscience, parce que l'actualité l'y contraignait, et sans en tirer un seul effet. Ici\ntout porte, tout est nourri d'idées et de mots, depuis la scène où comparaît devant le tribunal\nde l'inquisition une mondaine trop éprise de toilette, jusqu'à celles de l'écrevisse en chaleur\noù Mlle Feindel met Mistinguett en vinaigrette, de Manon où Mlle Magdy nous rappelle non\nsans charme les airs connus et toujours chers, et à l'assaut de boxe, où sur l'impératif un peu\néquivoque du verbe issu de ce substantif, MM. Ferréol et Enthoven partent pour un tournoi\nd'attouchements et font, si on peut dire, patte de velours avec le gant de quatre onces. Et sans\ndoute nous avons aussi les couplets sur la cocaïne, mais loin de célébrer avec de vagues épithètes\ndes félicités plus arbitraires encore qu'artificielles, ils nous montrent chacun en proie à ses\nillusions favorites : une illustre chanteuse se voit réduite aux portatives dimensions d'une\npoupee, un lieutenant de l'armée allemande reçoit une gifle au lieu du coup de pied qu'il a seul\nmérité jusqu ici ; un anticlérical dénué d'aménité se croit, sur la foi d'un refrain célèbre, la figure\nsympathique, et une artiste de la fantaisie dont la chronique s'est occupée à plus d'une reprise\nces derniers temps découvre tout à coup qu'elle est unie à un chanteur non par les liens d'un\nmariage impossible, mais par la parenté collatérale qui rejoint la nièce ou le neveu à l'oncle\nainsi qu'à la tante. Je m'abstiens de citer beaucoup de mots qui prendraient par l'impression\nune importance compromettante, mais passent, murmurés à peine, grâce à la connivence\nunanime qui les happe et les savoure avec à peine un clin d'œil pour remercier. Je dirai\nseulement ce début du grand inquisiteur, qui donne le ton de l'ouvrage avec une autorité\nmagistrale : u C'est toi le bourreau ? Eh bien ! bourre ma pipe et l'allume à ce cierge. \"\nQuel est l'esprit assez chagrin pour ne pas accepter une aussi franche invitation au rire ?\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.63", "texte": "A travers la Quinzaine\n\nLa flambée de concerts qui joyeusement crépita durant ces dernières semaines, a vu soudain\nson ardeur décroître et s'éteindre son éclat. Sur les cendres chaudes la bûche de Noël a pris\nplace. Et sa chanson qui pétille et ronronne retiendra pendant quelques soirées encore chacun\nde nous autour du foyer familial. C'est l'heure exquise des égoïstes intimités, celle aussi des\ngénéreux élans altruistes.\nParmi les manifestations humanitaires suscitées par de périodiques appels à la bienfaisance,\nil convient d'enregistrer le Concert avec Orchestre donné au profit de la \" Caisse de Retraite\ndelà Société Mutuelle des Professeurs du Conservatoire\". A la vérité, la tâche incombant à\nl'orchestre apparaissait ici singulièrement réduite. Le piano, par contre, y prenait une place\nprépondérante. Car il ne suffit plus à cet instrument de s'affirmer en qualité de soliste. Il\nprétend de plus en plus à remplacer l'orchestre comme accompagnateur du chant. Réservée\naux seules séances de musique de chambre, cette pratique devient absolument détestable\nlorsqu'on a devant soi, inoccupés, les excellents instrumentistes de l'Association des Concerts\nLamoureux, réunis sous la baguette de notre meilleur kappelmeister, M. Camille Chevillard.\nPour une phalange telle que celle-ci, ce fut un simple jeu d'exécuter avec l'aisance et la préci-\nsion désirables, le Prélude et la Fileuse de la délicate suite écrite par M. Gabriel Fauré sur\nPelléas et Mélisande, et le brillant et court Scherzo-entr acte tiré du Conte d'Avril de\nM. Widor. Dans l'intervalle, la voix ample et émouvante de Mlle Rose Féart s'était ployée\ncomme un rameau flexible dans quelques précieux lieder de M. Fauré choisis entre les plus\nfauréens. Mais l'amateur de concertos avait de quoi sourire dans sa barbe. Le programme ne\ncontenait-il pas trois spécimens de ce genre particulièrement redoutable, portant tous la signa-\nture de M. Saint-Saëns et joués sur le clavier chacun par des mains différentes r Ainsi les\nauditeurs ont pu croire qu'il s'agissait d'un nouveau concours et qu'il allait leur falloir décerner\ndes récompenses aux concertantes aussi bien qu'aux concertos, tandis que les musicographes\navaient là une occasion unique de se documenter sur la manière de sentir de l'auteur a divers\nmoments de sa carrière. Le Concerto en sol mineur date en effet de 1868. Epoque où M. Saint-\nSaëns, connu surtout comme pianiste foudroyant selon le mot de Berlioz, venait de voir\ncouronner sa cantate Le s Noces de Prométhée et commençait à tracer les grandes lignes de\nSamson et Dalila. Composé en 1875, le Concerto en ut mineur prend place entre La Danse\nMacabre et Le Déluge. Enfin, le Concerto en fa majeur, écrit au Caire en 1896, est représen-\ntatif de cette couleur orientale dont M. Saint-Saëns conserve toujours quelques tons sur sa\npalette. MMelles Henriette Lewinsohn, Georgette Guller et Raymonde Blanc en ont succes-\nsivement brodé les capricieuses arabesques et les souples volutes, avec la jeune autorite que\nleur confère le titre de premier prix du Conservatoire."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.64", "texte": "50\nS. I. M.\n\nLes parfums de l'Asie nous poursuivent. Ils baignent de leur senteur pénétrante la première\nséance des Concerts Schmitz et de l'A. M. M. A. (Association Musicale, Mondaine et\nArtistique), en majeure partie consacrée à la musique Russe. Rimsky-Korsakoff entr'ouvrit\nseulement son odoriférante cassolette avec une œuvre de jeunesse, sa Fantaisie Serbe— y avait-\nil I urcs ou Bulgares dans la salle ? La pittoresque Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski\nfleure également le Rimsky, lequel l'aurait retouchée et réorchestrée. Quant au chœur extrait\nde Je sué Naviné dont c'était la première audition, Moussorgsky y a utilisé, parait-il, des\nmatériaux tirés de Salammbô, opéra laissé par lui inachevé. Son allure populaire l'apparente à\ncertains chœurs de Boris Godounow. L'ancêtre Glinka devait avoir les honneurs de la soirée.\nD'un coloris et d'une verve rythmique étonnantes, sa Kamarinskaïa supporte la comparaison\navec les pages les plus réussies de Borodine. Elle projette une éblouissante clarté sur son œuvre\nque tant de côtés vétustés ou peu saillants maintiennent dans l'ombre, malgré que l'on s'accorde\nà saluer en lui le libérateur de la musique russe et le précurseur de l'actuelle école slave. Mais\nles eaux montantes et envahissantes du Déluge allaient atteindre tous ces brûle-parfums. Il n'y\navait plus qu'à fuir devant elles. Ce 11e fut pas toutefois sans avoir applaudi l'orchestre et les\nchœurs que M. Robert Schmitz dirige avec une nerveuse compréhension, et MMmeS Kacérowska\net I érèse Jeanes, MM. Payan et Lrique qui prêtaient leur concours àce très intéressant concert.\nLa fâcheuse grippe dame ! avec ce Déluge la fâcheuse grippe, dis-je, ayant porté\nses ravages au sein du quator Chailley, la S. M. I. dut modifier en dernière heure son deuxième\nprogramme. La 2e Sonate pour piano et violon de M. Georges Enesco remplaça donc le quatuor\na cordes de M. Louis Dumas. Melle Yvonne Astruc y déploya une sonorité expressive qui avait\nété déjà apréciée dans le Trio de Mme C. P. Simon, avec MM. A. Casella et Charron pour\npartenaires. Glissons-nous maintenant dans les pianistiques Sillages, fluides et fluorescents, de\nM. Aubert et arrivons aux révélations de ce jour. Certes, elles sont loin d'égaler les auditions\ndu precedent concert. Mais le relief et l'envergure à leur donner, mirent en lumière les\nhautes qualités de Mme Jane Mortier et de Melle Madeleine Bonnard. Ces noms sont ceux que\nl'on retrouve chaque fois que l'art demande un sacrifice à ses fidèles, en exigeant d'eux la\nvaillance et le dévouement, le talent et la conscience artistique. Mme Jane Mortier nous a\nfourni des preuves trop éclatantes de sa valeur ; elle a trop souvent connu les ovations qui se\nprolongent, pour craindre qu'on ne la juge aujourd'hui sur les deux pièces de M. A. Veuve.\nD ailleurs, 1 exécution de cette Etude et de cet Impromptu est toute à son honneur. Certaines\nœuvres servent, portent l'interprète. Ici, c'est l'interprète qui porta, qui sauva l'œuvre. Grâce\nàsa virtuosité tour à tour robuste et sensible, MI!le Jane Mortier réussit à faire accepter par\nl'auditoire une écriture d'une difficulté inouïe encore que totalement dépourvue de signification.\nLes applaudissements qui la saluèrent doivent lui être plus chers qu'une facile et assurée victoire.\nRéunis sous le titre général de Pierrot Lunaire, les six mélodies de M. VilmosGéza Zagon\nsont d un mérite supérieur. Sans déceler une originalité qui s'impose, elles reflètent néanmoins\nune nature musicale délicate et séduisante. Melle Madeleine Bonnard, remplaçant Melle Roosevelt,\ns'y affirma musicienne accomplie. Cette jeune artiste est assurément l'une des très rares\ncantatrices capables de déchiffrer a première vue n'importe quelle musique ancienne ou\nmoderne. Son chant possède un timbre sans alliage, au charme expressif, dont le volume aa^ne\nen force et en rondeur et ne perd rien de sa pureté. Dans la nuit lunaire, les roses du succès\nfleurirent àla voix de Mel1* Bonnard.\nDélaissant masques et bergamasques il nous faut passer d'une toile de Watteau à un\ntableau de Greuze. Comme épilogue aux Soirées Yv6t/t© Guilbert/ nous avons eu dirai-je\n!a primeur d'une sorte d'opéra-comique représenté pour la première fois à Paris, le mardi\n27 mars 1781 et, a Marly, devant leurs Majestés, le 27 avril suivant par les Comédiens"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n5 1\n\nItaliens Ordinaires du Roy. Mme Yvette Guilbert cherchait depuis plusieurs années à\nrassembler les nombreux airs qui le composent ; elle a fini par les reconstituer tous et a pu\nmettre à la scène ce petit ouvrage juste à l'époque qui convenait. Divertissement en deux\nactes et en vaudevilles par de Piis et Barré, La Matinée et la Veillée Villageoises ou Le Sabot\nPerdu semble vraiment d'actualité au moment de la Nativité. N'allez pas inférer de là que le\ndit sabot s'égara dans l'âtre de quelque chaumine. C'est sur la neige qu'un matin le perdit\nBabette en venant rejoindre son ami Colin. Trouvé par le Magister et montré aux dignes\nmatrones il va faire l'objet d'une enquête sévère. Le soir venu, tous les paysans du village\nconduits par un vielleur se rendent à la veillée à travers loges et fauteuils d'orchestre. L'on se\npasse le mystérieux sabot, et l'on découvre avec stupeur qu'il chausse exactement le pied de la\nMère Thomas. Ai je besoin d'ajouter que la jolie Babette ne laissera pas plus longtemps\nsoupçonner sa mère et que ses accordailles avec Colin récompenseront une franchise aussi\nprévue que nécessaire. Cette naïve et puérile paysannerie se déroule au long des danses et\nchansons sans la moindre minute de langage parlé. Et l'impression qui se dégagé de ce\npot-pourri d'airs connus et de mélodies populaires est une monotonie grandissante. I ous les\nprotagonistes firent de leur mieux pour nous la rendre agréable. Ils ne purent suppléer au\nmanque de décors, à l'insuffisance du texte, à l'absence de musique.\nAu cours de ses soirées, Mme Yvette Guilbert parlant au public a proteste contre les\ncritiques qui lui avaient été adressées, disait-elle, dans les gazettes et les périodiques. Il s agirait de\ns'entendre. Mr\"e Yvette Guilbert mérite la plus franche admiration quand elle se cantonne dans\nle genre qui est le sien. Et dans ce cas, personne croyons-nous ne la lui refuse. La chanson de\ncafé-concert, la vieille chanson grivoise et leste conviennent merveilleusement à sa diction\nmordante, àsa science du sous-entendu. Mais dès que Mme Y. Guilbert veut s attaquer à une\nmélodie sentimentale, dramatique, ou à quelque musique touchant de puis près au gianu\nlyrisme, nous n'hésitons pas à dire que ce n'est point là son affaire.\n\nJean Poueigh.\n\nLes Sociétés\nSociété J. S. Bach\nL'Oratorio de Noël n'est pas, comme le titre semblerait l'indiquer, une œuvre homogène,\nconçue et réalisée d'après un plan déterminé ; sous cette dénomination Bach a rassemble\nsix cantates destinées aux fêtes qui s'échelonnent entre la Nativité et l'Epiphanie. Comme le\nfait très justement remarquer M. A. Schweitzer dans l'érudit ouvrage qu il a consacre au\ncélèbre Cantor, jamais celui-ci n'aurait songé à faire entendre à la suite ces six cantates ; s'il les\na groupées sous ce titre c'est uniquement parce qu'elles turent composées la même année ;\nd'ailleurs on rencontre dans 1 Oratorio de Noël beaucoup de chœurs et d airs qui figurent\négalement dans des cantates profanes ; il n'est pas toujours facile de discerner quelle fut la\ndestination primitive de ces morceaux ; on a pu cependant l'établir pour un certain nombre\nd'entre eux ; l'exécution intégrale des six cantates étant impossible, vu leur durée, il serait\ndonc naturel de laisser de côté tous les emprunts pour ne conserver que les parties originales.\nContrairement à ce qu'affirma la notice du programme, il ne semble pas que ce souci ait été"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.66", "texte": "52\nS. I. M.\n\nuniquement celui de M. Bret, sans cela nous n'aurions entendu ni la célèbre Berceuse, ni l'air\nen écho, empruntés au Choix d\"Hercule, non plus que le premier chœur de la première cantate\ntiré du Dramma per Musica.\nLa partie de soprano était confiée à une cantatrice française (fait rare à la Société Bach) ;\nMlle Bonnard d'ailleurs ne fut pas inférieure aux artistes étrangers qui l'entouraient et chanta\ndans un excellent style, avec une prononciation allemande presque parfaite. Mme Durigo\ninterpréta avec charme et autorité les airs confié à l'alto ; M. Kohman fut un évangéliste\nexpressif et se montra virtuose accompli dans l'air si difficile : \" Frohe Hirten, eilt\nM. Jan Reder ne mérite également que des éloges. Les chœurs, les sopranos surtout, eurent\ndes attaques molles et imprécises. J'aurais également préféré pour la célèbre Sinfonia une\nexécution moins monochrome et il eut été désirable que certains solistes aient accordé leurs\ninstruments avec un peu plus de soin. ALB. BERTELIN.\nSalon des Musiciens français.\nLe Salon des Musiciens Français donnait sa troisième séance le 16 décembre dernier. Ce\nlut une soirée extraordinaire puisque M. Poincaré l'honora de sa présence. Félicitons-nous\nde posséder un Président de la République mélomane et espérons qu'il encouragera de même\nd'autres sociétés plus vieilles, aussi musicales et aussi nationales.\nLe quatuor de M. Cellier qui formait le début du concert m'eût, sans aucun doute, produit\nune impression considérable si j'avais eu la bonne fortune de l'entendre en entier. Il fallut me\ncontenter puisque seuls ils figuraient au programme de l'andante et du scherzo, que le quatuor\nCarembat interpréta de manière très remarquable. Des mélodies de M. Ph. Bellenot vinrent\nensuite que chanta à ravir Mell(1 Vallandri et de M. Bellenot également une scène religieuse\nd'une féerie japonaise, Naristè, qui n'ajoutera certes rien à ce qui nous fut révélé par\nMadame Butterfly. Aussitôt arriva sur l'estrade M. Hennebains pourvu par extraordinaire\nd'une abondante chevelure noire. Aucune annonce n'ayant été faite, je persiste à croire que\nc est M. Hennebains qui joua la sautillante fantaisie pour flûte de M. Georges Hue. Et\npourtant\nLes six Chansons de M. Fernand Masson sur des poésies de Charles d'Orléans sont de\npetites œuvres très jolies, très menues, un peu précieuses et fort agréables à entendre. Le\nsouvenir de celles que M. Debussy mit en musique me poursuivit malgré moi. Le Nocturne\nen ut dièze de M. Bertelin est une œuvre fort intéressante et d'un sentiment très pénétrant.\nM C Roger-Miel os qui l'interprétait n'a pas trahi l'œuvre et l'a rendue avec toute l'émotion\net la maîtrise nécessaires. Ce fut, à mon sens, le clou de la soirée et puisqu'un clou chasse\n1 autie, nous entendîmes un Noël de M. Th. Dubois pour chœur à deux voix de femmes.\nM. Th. Dubois s'est souvenu que le Christ avait voulu donner en naissant dans une étable\n1 exemple de la simplicité et de la pauvreté et ces deux qualités ne manquent pas à son œuvre.\nCela lui valut les félicitations du Chef de l'Etat qui était assis à ses côtés. Pourquoi\nM. Oabi iel Faure 11 était-t-il pas la ? Il est probable que les mêmes compliments lui auraient\nété prodigues pour son chœur a deux voix de femmes touchante rivalité que nous\nentendîmes ensuite. Le succès, le gros succès de la séance fut pour M. Reynaldo Hahn,\naccompagnateui divin ue Mn Durand-1 exte, chanteuse divine qui nous révéla et bissa\ndeux mélodies presqu'inconnues, je crois: D'une prison et Paysage ! Enfin le quatuor Battaille,\nqui connaît le secret de faire de quatre voix une seule, interpréta deux ravissantes pièces de\nM. Letorey. Mon Dieu! que M. Poincaré avait l'air fatigué!... Mais notre Président a tous\nles courages. Après avoir entendu les œuvres de MM. Cellier et Bellenot, ne voudra-t-il pas\ngoûter d celles de MM. d Indy ou de Bréville r Qui sait si les applaudissements octroyés à"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.67", "texte": "LE MOIS\n53\n\nMM. Hue et Masson, n'attireront pas sa curiosité vers MM. Debussy et Dukas, et si Letorey,\nJean Deré, J. de Presle, qui représentaient ce soir là notre musique française, ne donneront\npas à l'oreille présidentielle, le désir de connaître Ravel, Schmitt, Roussel ou Ducasse ?\nCar, bien que infiniment obscurs, ces jeunes compositeurs ont fait parler d'eux depuis quelque\ntemps. Notre Président pourrait bien questionner son ami Louis Barthou, grand Protecteur des\nAmis de la Musique, qui lui apprendrait jusqu'aux noms de leurs œuvres maîtresses.\nMais il vaut mieux ne pas songer à d'aussi graves perspectives, et féliciter M. Thomas,\nà qui revient l'honneur d'une initiation présidentielle, et d'un rapprochement entre l'Elysée et\nle Conservatoire. MAX VIDAL.\nConcerts Barrau.\n13 décembre. Ce concert nous permit d'apprécier la souplesse et la variété du talent\nde Mme Litvinne, non moins remarquable dans les mélodies de M. Léo Sachs que dans celles\nde Richard Wagner. Parmi les premières il convient de signaler \"Heimkehr \" qui est la\nplus caractéristique. Mlle Raymonde Blanc exécuta brillamment les très pittoresques \" Feux\nfollets \" d'l. Philipp, la \" Kermesse carillonnante \" de Widor ; et obtint un grand succès dans le\nCarnaval de Schumann. Quant à 1' \" Adagio pathétique \" de M. de St-Quentin, il faut sans\ndoute attribuer à la forme ingrate du Concerto dont il se réclame le peu d'effet de son pathé-\ntique que M. Dorson s'employa à dégager pourtant avec talent.\n18 décembre. Festival italien. On pouvait espérer que l'invasion italienne s'arrêterait\nau théâtre sans gagner les concerts de musique de chambre. La vulgaire emphase du Paillasse\nde Léoncavallo rendu à merveille par M. Franceschi et l'insignifiance de la \" Mort de\nMarguerite \" de Boïto paraissent encore plus pénibles au piano qu'à l'orchestre. Il faut pourtant\nmentionner à part dans ce concert les agréables variations de Tarenghi où triomphèrent\nMLLES Fourgeaud et Dufour ;le svelte menuet de Zanella, sauf dans sa seconde partie beaucoup\nmoins bien venue ; ces musiques ont quelque agrément malgré leur couleur pâle et désuète ;\nenfin et surtout le grand air Aïda chanté expressivement et musicalement par la belle voix\nde Mllc Olga Karassa.\n20 décembre. Festival Brahms. C'est toujours une joie d'entendre le merveilleux et\nvibrant artiste qu'est M. Albert Geloso, même pour un auditeur médiocrement enflammé par\nle \" génie \" de Brahms. L'exécution du Quintette en fa mineur et du Quatuor en ut mineur par\nun tel interprète et ses collaborateurs, parviendrait peut-être à opérer les conversions les plus\nrebelles. Sept mélodies complétaient le programme. Certaines : \" Comme un parfum suave \",\n\"la Violette sont d'une grâce toute schumanienne. La troisième : \"Mon amour est beau \"\natteint même presque à la jeunesse et à l'élan caractéristiques du musicien des u Amours du\nPoète —La \" Sérénade Inutile \" est d'un charme plus tudesque. Leurs mérites inégaux\nfurent mis en lumière de façon parfaite par MME Durand-Texte.\nPAUL LADMIRAULT.\nConcerts Chaigneau.\nLa série d'automne des Concerts Chaigneau vient de prendre fin. Et l'intérêt qui s'attache\nà ces manifestations musicales n'a fait que s'accentuer au cours des trois dernières séances. Dans\ncelle du 4 décembre, le Trio Chaigneau joua fort délicatement la Sonate à Trois de J.-M.\nLeclair. La voix émouvante de Mme Paule de Lestang exprima tout le charme épars dans des\nlieder de différentes époques, dont la Promenade Matinale de Charles Bordes, fut surtout goûtée.\nEnfin des Préludes de Claude Debussy, bien exécutés par M. Morse-Rummel remplaçaient le\nTrio en si bémol de Vincent d'lndy primitivement annoncé."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.68", "texte": "54\nS. I. M.\n\nParmi les artistes justement fêtés aux matinées suivantes, nommons M. Maurice Vieux\nqui triompha le 11 décembre dans l'admirable lERIER Quatuor de Gabriel Fauré, et M. Ant.\nSistermans, interprète magnifique de Fier ernste Gesànge de Brahms. Le Trio en fa majenr de\nSaint-Saëns et la Suite en ré mineur pour violon de Corelli complétaient le programme du\n18 décembre. Ces deux œuvres valurent au Trio Chaigneau et en particulier à Mme Joachim-\nChaigneau un succès aussi vif que légitime. J. RENARD.\nSociété moderne d'instruments à vent.\nVoici une compagnie restreinte où la courtoisie la plus plaisante règne. C'est une joie de\nvoir avec quelle bonne grâce, loin de vouloir accaparer un pupitre, Fleury laisse sa place à\nBlanquart, certain d'ailleurs qu'elle lui sera rendue incessamment. Ainsi fait Gaudard pour\nLeclerc, Guyot pour Cahuzac, Capdevielle pour Entraigue et Flament pour Hermans.\nM. Pierre de Bréville qui prêtait son concours au concert donné par cette société le 5 décem-\nbre, ne sut résister à un tel exemple et après avoir occupé quelque peu le piano invita\nM:: Selva à l'y remplacer ;il est vrai que l'accompagnement des \" variations sur l'air :au clair\nde... \" n'est pas précisément commode, mais pourquoi voir les choses sous ce jour ?\nAu demeurant, concert très intéressant. Si l'œuvre de M. Vadon manque un peu d'élan,\nde sorte qu'on est tenté de répéter le nom de son compositeur, elle n'en est pas moins d'une\ninspiration facile et plaisante. Et si la notation musicale consacrée par M. de Bréville aux\nprières quotidiennes catholiques n'a rien d'enfantin elle témoigne cependant d'une sensibilité\nélégante et d'une recherche très adroite. D'ailleurs le magistral de Magnard aux\nproportions parfaites, le trop court divertissement de Roussel et les chanson et danses de d'lndy\noù les trouvailles de timbre abondent, eussent suffi à nous combler de pure joie.\nMAURICE BEX.\nSociété Philharmonique.\nLes soirs où M. Lucien Capet communique aux foules déjà conquises sa compréhension\ndes pages beethovéniennes, il règne sur nos têtes comme le mystère du Sacrifice, à l'heure de\nl'Elévation. Des fronts se tendent, des yeux se ferment, des regards se perdent dans l'invisible\net i'insondable, tandis que, l'archet autoritaire, la barbe sombre, l'œil impénétrable, M. Capet\nofficie. Son attitude devient ésotérique. Infiniment distant de ceux qui l'écoutent, il se confond\ndans son Dieu. Au moment même qu'il vient incliner sa barbe et ses lunettes sur les applau-\ndissements innombrables, il ne va point jusqu'à ramasser les fleurs que de ferventes mains ont\nfait choir à ses pieds. M. Capet est un grand prêtre incorruptible et contempteur des gentillesses\ndu monde. Et le monde lui en témoigne une ardente reconnaissance, qui l'acclame et l'ova-\ntionne avec toute la spontanéité de l'enthousiasme.\nJe m'empresse, d'ailleurs, de l'avouer, le monde a raison. La conscience artistique de\nM. Capet est trop certaine pour que je l'encense à mon tour de vains éloges. Et l'ensemble\nhomogène, équilibré, unifié, qu'il atteint de concert avec MM. Maurice liewitt, Henri et\nMarcel Casadesus, atteste une qualité tout à fait supérieure. On n'attend pas que je parle du\nVIL et du XIVe quatuors exécutés au dernier concert de la Philarmonique. Ce sont là, surtout\nen ce qui concerne le XIVe, d'imposants chefs-d'œuvre au sujet de quoi les interprétations\nindividuelles sont capables de variations infinies. Mais ce sont là également de vieilles connais-\nsances sur lesquelles les gloses individuelles, ne pouvant plus prétendre à trop de nouveauté, ne\nsauraient prétendre non plus à aucun intérêt. Alors, bornons-nous à admirer l'art sévère de\nM. Capet si justement accommodé à ces austères chefs-d'œuvre. EDOUARD SCHNEIDER."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.69", "texte": "Il ressemble à un saurien de grande taille. Son appendice caudal plus ou moins développé\nfait que l'on distingue plusieurs genres de pianos à queue. Une autre espèce est dite oblique,\nsans doute parce que ses représentants marchent de côté comme les crabes.\nExtrêmement répandu sur toute la surface du globe, le piano craint également\nla chaleur et l'humidité. Mais sa voracité est légendaire. Il est surtout friand\nde copieuses sonates et de lourds concertos, et il\nengloutit par douzaines les pièces menues en guise\nde sucreries. L'heure de ses repas attire autour de\nlui une affluence avide d'entendre claquer ses dents d'ivoire.\nPendant cette quinzaine, son mets préféré fut le Chopin.\nM. Péru lui servit d'abord plusieurs Etudes et Nocturnes, leur corn-\nmuniquant toute l'émotion, l'affection et le respect qu'il a voués à la mémoire de celui qui lut\nson maître. Le concert donné par Mme Roger Miclos sous le patronage de la Société\nFrédéric Chopin comportait aussi quelques morceaux de choix. Jeu délicat, très nuance, fait\nde beaucoup de finesse et de légèreté extrême. Peut-être aurait-on aimé un peu plus de\nfermeté et d'envers;ure dans la Polonaise en mi bémol et dans le final des Etudes Symphoniques de\nSchumann. Cette restriction toute personnelle n'enlève rien au talent de Mme Roger\nMiclos que les auditeurs fêtèrent très chaleureusement. Tarentelle, de Chopin encore,\ndétaillée dans un très bon style par Mlle François, au milieu d'un pro-\ngramme composé de pages plus classiques. Avec MllC Blanche Selva nous\narrivons à une chère plus substantielle. Deux récitals entièrement consacres\naux Suites Anglaises et aux Partite de Bach terminaient son cours en trois\nparties sur la Suite Ancienne. Le public de la Schola apprécia fort le jeu analytique\nde cettei excellente pianiste qui met sa virtuosité au service de Bach sans chercher un seul\ninstant à éviter le texte.\nLe roi des instruments à cordes, le violon, vient d'être l'objet d'un attentat perpétré avec\nune audace et une témérité inouïes. Calme et pacifique il achevait un prestigieux final, lorsque\nsoudain un violoncelle surgit dans la salle. Un second le suivait, puis un troisième. Sans plus\nattendre, tous trois se ruèrent avec une éloquence d'archets significative vers le violon qui,\nvictime de son splendide isolement, dut pour fuir se frayer un passage à la corde."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.70", "texte": "56\nS. I. M.\n\nVoici de plus amples détails. Un violoniste russe, M. Bronislas Levenstein nous con-\nviait récemment à deux premières auditions de concertos qui lui permirent de déployer une\nappréciable virtuosité. Bien soutenu par un orchestre que dirigeait M. Lucien Wurmser, il\nexécuta le charmant Concerto de Glazounow d'un archet caressant, et l'insignifiant Concerto de\nConus et la Suite en la mineur de Sinding avec une franchise de rythme bien sonnante. C'est\nalors que, craignant sans doute une invasion de violons, les violoncelles firent une irruption\ncouronnée de succès. M. Flor Breviman ouvrait timidement la marche. Il a un coup d'archet\nassez expressif que dépare toutefois une mollesse excessive dans les passages qui nécessitent de\nla fougue, par exemple dans l'allégro con fuoco de la Sonate de Boellmann. Mlle Jeanne Pelliot\nremplaçant Mn,e Mellot-Joubert, Schubert en pâtit et surtout sa Belle Meuniere. Mais\nM. Jean Bedetti s'élançait à son tour dans la mêlée. La Sonate en la mineur de Grieg ; la\ngénéreuse Sonate en fa dieze mineur de Jean Huré ; la Sonate n° 10 de Valentini et les Varia-\ntions Symphoniques de Boellmann furent autant de prétextes à de belles joutes d'armes.\nM.ijßedetti y témoigna d'une grâce non apprêtée unie à une robuste et ardente impétuosité.\nEnfin M. Diran Alexanian avait composé un programme d'un intérêt palpitant, avec accom-\npagnement d'orchestre sous la baguette de M. P. Monteux. Musicalité exquise, pleine\net énergique sonorité sont ses qualités dominantes. Elles brillèrent d'un vif éclat dans le Con-\ncerto, op. 129 de Schumann, dans la Symphonie op. 8 de Georges Enesco qui dirigeait lui-\nmême son œuvre, et dans le Concerto op. 102 de Brahms où M. Ènesco redevenu virtuose aux\ncôtés de M. Alexanian, eut sa large part d'acclamations. Dans l'intervalle, une scène de\nl'émouvante Cathédrale de Jean Huré avait fait applaudir Mlle Monjovet et M. Paulet aux\nvoix agréables et apprécier sous la conduite de l'auteur une orchestration frémissante à souhait.\nArmé de l'archet ou assis devant le clavier le soliste provoque d'habitude l'attention et le\nrecueillement. Si ses doigts courent le long du tuyau sonore de la flûte ou de la clarinette, si\nses lèvres se crispent, si ses joues se gonflent autour de l'embouchure d'un cor, sa mimique\npeut parfois prêter à rire. Mais quand d'une bouche de jeune femme s'envole un chant lar°-e\ntendre ou douloureux, la vue de cette apparition nacrée et le son de cette\nvoix émouvante caressent délicieusement l'oreille et le regard.\nL'élément masculin ayant complètement fait défaut cette quinzaine,\nquatre cantatrices seulement défilèrent sous nos yeux. MUe Minnie Tracey\nmanifeste sa préférence pour la musique classique. Scarlatti, Hasndel, Gluck\net Beethoven se coudoient sur son programme. Elle y dépense des qualités\nde goût et de style mises au service d'un organe souple et chalenrenv\nFortement handicapés au contraire, Haendel, Beethoven et Martini ne purent résister aux"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.71", "texte": "LE MOIS\n57\n\nattaques des modernes conduits par Mlle Germaine Chevalet. Des mélodies de Grieg,\nles Etudes Latines de Raynaldo Hahn et Chants et Danses de la Mort de Moussorgski, d'une\nsensibilité si prenante, furent mises en relief grâce à la sûreté d'une technique parfaite, cepen-\ndant que Mlle Marcelle Croué se faisait applaudir dans une Sonate de Beethoven et dans\ndiverses pièces de Chabrier et Debussy. Le concert de M,lle Magda de Waele était par contre\nbien panaché. Il faut regretter que cette excellente artiste ait aussi largement hospitalisé des\nfragments d'œuvres théâtrales et diverses pages de médiocre valeur.\nMais voici un magnifique récital presqu'entièrement consacré aux lieder allemands par\nun talent de tout premier ordre. Mme Elena Gerhardt possède un mezzo d'un timbre chaud,\npassionné, pouvant exprimer à merveille toute la gamme des sentiments depuis la douce ou\nmoqueuse gaieté jussqu'à l'intensité d'émotion la plus dramatique. L'ampleur n'en est pas\nmoins remarquable que la tenue du style et la sobriété des moyens employés. Mme Elena\nGerhardt nuança divinement La Truite de Schubert qui fut bissée, et elle atteignit dans\nLe Roi des Aulnes au pathétique le plus puissant. Devant les ovations qui ne voulaient point\ncesser, elle revint dire A la Musique de Schubert. La belle cantatrice ne fut pas moins fêtée\ndans de nombreux lieder de Beethoven, Schubert, Jensen, Grieg, Richard Strauss et Hugo\nWolf. De pareilles séances sont un réconfort et une joie. S'il est vrai que le plus grand nombre\ndes auditeurs accueille avec les mêmes acclamations les interprètes médiocres et les talents\nles plus purs et les plus hauts, tout de même, tant que chanta Mme Elena Gerhardt un frisson\npassa dans la salle. Et chacun sentit planer au dessus des têtes les ailes étendues de la Beauté.\nLa variété dans l'unité semble être la devise du Double Quintette de Paris. Grâce à\nson pouvoir protéiforme cette remarquable phalange modifie chaque fois son aspect. Au complet,\nelle apparaît comme un microcosme de nos grands orchestres. Nettement tranchée en deux,\nelle est tantôt bois Quintettes de Beethoven et de Lefebvre souvent cordes trio en\nmi mineur de Saint-Saëns et le mélange partiel des deux familles Quintette de Mozart\npour clarinette et quatuor donne également de fort savoureux résultats. Tant de bois réunis\nsuggérèrent à Mme Lamber-Willaume des impressions champêtres qui se traduisirent par les\nSix Chansons a Danser de Bruneau. Elle y triompha en cantatrice experte, en particulier dans\nla Bourrée si caractéristique.\nLe Quatuor Le Feuve, fidèle à son titre, répudie jusqu'au piano. Il forme un ensemble\nbien équilibré et son exécution des Quatuors de Beethoven et de Schumann fut sobre et\nexpressive. Mais il demanda à Mlle Fanny Malnory de mettre la pure clarté de sa voix dans\ncette ombre dense. Tout comme le Quatuor Parent, qui terminait ses séances du Salon\nd'Automne en donnant la première audition de Deux Alèlodies de son chef. Tandis que le\nQuatuor Lejeune, d'une intransigeance absolue, témoignait d'une courage digne des plus vifs\néloges en assumant héroïquement toute la tâche. Le pro-\ngramme de ces purs était du reste admirablement composé\navec le Quatuor en ré mineur de Mozart, au Minuetto\ncharmant et finement détaillé, le Trio en ré majeur de\nBeethoven et le Quatuor en la majeur de Schumann dont ils\ntraduisirent en artistes toute la pensée délicate et émouvante."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.72", "texte": "Société internationale de Musique\nLa section de Paris de la Société internationale s'est réunie le jeudi 4 décembre\nà la Bibliothèque de l'Opéra, sous la présidence de M. Ecorcheville.\nLa candidature de M. Henri Morin, chef d'orchestre de l'Association des Concerts\nSymphoniques de Nantes, est admise à l'unanimité.\nM. J. G. Prod'homme donne lecture d'une communication sur\nqui doit paraître prochainement dans le Bulletin international de la Société.\nLe Président tait remarquer que Diderot, comme tous ses contemporains, après avoir\nhésité à porter un jugement sur la musique française, devient partisan enthousiaste de la\nmusique italienne en 175°) Pu's musique allemande quelques années plus tard. Cette\névolution se remarque chez tous les hommes éminents de cette génération. En outre, Diderot\napprécie surtout dans Rameau le symphoniste et le compositeur de ballets, et fait peu de cas\ndu compositeur de récits. C'est pour ne pas avoir reconnu cette vérité que la critique française,\nil y a quelques années, a fait échouer à l'Opéra en présentant Rameau\ncomme l'homme des situations dramatiques et de la déclamation musicale. Le résultat fut un\nennui terrible dont la pièce ne s'est pas relevée, et qui, pendant longtemps encore, pèsera sur\nla musique ancienne et la musicologie. Une discussion s'engage sur ces différentes idées et la\nséance est levée à 6 heures.\n\nProvince\nNICE. Notre Opéra, dont la salle a été restaurée avec munificence par une Munici-\npalité amie des arts, vient de se rouvrir sous la nouvelle direction de M. E. Thomas Salignac\nqui a voulu consacrer toute son intelligence théâtrale à une entreprise plutôt ardue et qui abjuré\nde nous donner des spectacles lyriques dignes de Paris. Nice, n'est-elle pas le boulevard fleuri et\nensoleille de la capitale? Aphrodite,\ndirection de MM. Vincent d'lndy, Chevillard, etc.; Beethoven de M. Fauchois, la Faute de\nrAbbé Mouret; voilà pour les œuvres. Mmes Litvinne, Marguerite Carré, Chenal, Raveau,\nMérentié, MM. Altchewsky, Van Dyck, Jean Périer et bien d'autres; voilà pour les artistes\nen représentations.\nEn attendant, - ci (J ni ila HVI c\nd'Hoffmann, Lohengrinont servi de débuts à la troupe sédentaire parmi laquelle il est un\ndevoir de citer les ténors Gautier, Séveilhac, Saldou, Rocca, les barytons Carbelly, Beroard ;\nles basses Meurisse, Aquistapace, Espirac ; les soprani Mmes Claessens, Heilbronner, Maryse\nHecam, Wiltz, Caux ; les mezzo Mmes Duvernay et Richardson et le contralto Mlle Valombré,\nqui ont été chaleureusement accueillis comme ils le méritaient.\nAu Casino Municipal,suivant la coutume on réserve l'effort musical pour la pleine saison ;\naussi n'aurions-nous à enregistrer que quelques festivals corrects et peu variés, si trois concerts\nclassiques n étaient venus satisfaire les dilettantes sevres depuis trop longtemps de belle\nmusique ; les grands classiques, Beethoven et Mozart ; des pages consacrées de Wagner ;\nl'école russe : Caprice Espagnol de Rimsky-Korsakoff, Danses du Prince Igor de Borodine ;\n\\oila qui donne le ton. Debussy, Dukas, Ravel, Chausson d'lndy, Strauss, demeurent\ninconnus.\nPour se consoler nous avons eu, il est vrai, l'inauguration d'un grand orgue Cavaillé-Coll-\nMutin dont un echo du derniei supplément S. i. IVI. relata le succès. E'emploi de cet instrument\nsacré a quelque peu surpris dans le hall d'un Casino ; mais il nous a valu la première audition\nà Nice de la Symphonie en ut tnineur de Saint-Saëns. Et c'est quelque chose."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.73", "texte": "LE MOIS\n59\n\nAu Palais de la \"Jetée par une mesure inattendue les grands Concerts Gervasio n'ont\nrepris que le 15 décembre. Quant aux opérettes: Grand Aîogol, Gilette de Narbonne, Cloches\nde Corneville, Fille du Tambour Major, etc., etc., etc., elles font les délices des familles....\nEn somme, ce n'est encore qu'un prélude à la saison, mais un prélude prometteur !\nLouis Darrès.\nTOULOUSE. M. Crocé Spinelli ayant donné sa démission de directeur du Conser-\nvatoire, le comité de la Société des Concerts a demandé à MM. Salvayre, Paul Vidal, Leroux,\nBusser, Aymé Kunc et Mazellier, tous enfants de Toulouse (à l'exception de M. Leroux qui\nfit cependant une partie de ses études dans notre ville) de diriger les six grandes auditions\nannuelles.\nLes deux premiers concerts ont eu lieu, l'un sous la direction de M. Salvayre qui, à part\ndeux de ses œuvres: Air Fariè et Pavane &Egmont, composa un programme entièrement\nconsacré aux classiques, l'autre sous la direction de M. Mazellier qui fit entendre ses Impres-\nsions d'Eté et Circences, deux poèmes symphoniques importants de sa composition, le prélude et\nla mort de Tristan et Yseult de Wagner et différentes œuvres de Saint-Saëns, Haendel et\nBerlioz. A ce dernier concert le pianiste Edouard Garés remporta un succès personnel des plus\nvifs en interprétant avec un brio plein de fougue et de jeunesse le concerto en sol mineur de\nSaint-Saëns.\nAu Capitole, en dehors du répertoire courant, on a joué le Secret de Suzanne de Wolf-\nFerrari, un acte de musique bouffe très scénique encore inconnu en France, où l'auteur semble\nchercher sa voie et hésiter entre différents styles. Le même soir, une autre nouveauté : La\nFlûte de Pan, charmant ballet en un acte de M. Pennequin, sut plaire par sa jolie couleur\norchestrale. En ce moment on travaille très activement Graziella de Tules Mazellier.\nG. G.\nBESANÇON. Depuis l'époque, pas très ancienne à vrai dire, où la vie musicale\nn'existait pas à Besançon en dehors du théâtre et l'on sait ce que cela veut dire notre\npublic a fait de réels progrès vers la compréhension des belles œuvres musicales. La Société des\nConcerts Symphoniques peut revendiquer une bonne part dans le mérite de cette transforma-\ntion, qui est en partie son œuvre. Aussi ses auditions retrouvent-elles chaque année le même\npublic assidu et attentif, plus vibrant qu'au début. Au premier concert de cette saison, il fit\nune fête aux excellents artistes du Quatuor Vocal Bataille: l'ensemble parfait de ces quatre\nbelles voix fit merveille, dans un programme très varié allant de Beethoven à Fauré sans\noublier les ravissantes Chansons anciennes. L'orchestre fit une excellente rentrée avec la Sym-\nphonie fantastique de Berlioz, qui a toujours, le croirait-on, partisans convaincus et détracteurs\nféroces, puis avec la délicieuse musique que Mozart écrivit pour un ballet, et qu'il intitula les\nPetits riens, enfin avec la puissante Chevauchée des JValkyries de Wagner.\nLes conférences préparatoires ont toujours la faveur de notre public ; celle-ci fut l'occa-\nsion d'un très remarquable début pour M. Henry Najean dont la parole élégante met en valeur\nune science musicale incontestable. Diverses pièces de Mozart et Wagner figuraient au pro-\ngramme de l'audition.\nSur ce début radieux de la saison, le fâcheux mot \" concurrence \" est venu retentir\ndésagréablement, bien à tort, en réalité. La Société des Concerts Symphoniques n'a nullement\nla prétension d'accaparer le monopole des manifestations musicales à Besançon. Loin de lui\nporter ombrage, la création d'une nouvelle société intitulée \" l'Oratorio \" ne pouvait qu'être\nbien accueillie, surtout si, derrière ce beau titre, il y avait quelque chose qui y correspondît."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.74", "texte": "60\nS. I. M.\n\nA cette question, le premier concert de Y \" Oratorio \" n'a pas donné de réponse, car il fut\nune de ces séances mitigées dont le programme est tout entier abandonné à la fantaisie de\nsolistes nombreux. Lorsqu'il s'agit de M. J. Bonnet, le talentueux organiste de Saint Eustache,\nce programme ne peut être que de premier ordre, et l'exécution de même. Ce fut le cas du\nreste, et M. Bonnet fut le vrai triomphateur de la soirée, dans des œuvres signées Haendel,\nBach, Franck, Debussy. M. Mary, Mlle Philippot et la gracieuse harpiste, Mlle Laskine se\npartagèrent le reste du programme. Espérons que la nouvelle société saura s'orienter vers le\nbeau domaine de l'Oratorio où elle peut triompher aux côtés de son aînée, la Société des\nConcerts Symphoniques, toutes deux travaillant au même but avec des moyens différents, dans\nune bonne et loyale entente. Cela devrait être le vœu de tous les musiciens de notre ville.\nE. G.\nANGERS. Les deux derniers concerts nous ont apporté parmi des œuvres classiques\ntelles que le Concerto grosso d'Haendel pour cordes, ou les fragments de Manfred de Schumann,\nplusieurs œuvres modernes. F. Le Borne est venu conduire sa 3e symphonie, œuvre curieuse et\ntouffue dont la marche funèbre a surtout été appréciée par notre public ; ce dernier a eu plus\nde mal à comprendre le comte du Chevalier Moine de Pierre Coindreau et les Diables dans\nVabbaye ont paru lui causer quelque frayeur...\nEn revanche, il a applaudi à la fantaisie prestigieuse du Capriccio Espagnol de Rimsky\ndont les sonorités amusantes ont fait briller nos solistes de l'orchestre.\nL'un d'eux, notre violoncelle H. Becker remporta son succès personnel par une belle\nexécution du Concerto de Saint-Saëns. Les deux étoiles de passage furent : au concert du\n20 Novembre, Mme Marcella Doria qui interpréta l'adorable suite de lieder de Beethoven\nA la bien-aimée absente puis un air de Bach, du Défi de Phébus et de Pan et l'air de Chérubin\ndes Noces. Sa voix, dont le médium parut un peu faible dans l'immensité de notre grand\nCirque, fît merveille dans les jolies notes cristallines du registre élevé.\nAu concert du 1 Décembre, Mlle Blanche Selva nous donna une parfaite exécution de\nla Symphonie de d'lndy sur un chant montagnard, et plana encore dans les hautes régions de\nl'art avec Prélude, Aria et Final de Franck (qui avec Prélude, Choral et Fugue forme le fond\nde ses programmes) et une page de Bach qu'elle joua en surplus.\nLe lendemain, àla ire séance de musique de Chambre, ou notre quatuor (Mrs Juan\ni rigola, Englebert, Alphonse et Becker) débuta de façon très-heureuse avec un quatuor de\nSchumann et un d'Haydn, elle nous fit entendre la dernière Sonate de Beethoven op. 111, les\nVariations, Interlude et Final de Dukas sur un thème de Rameau, et une pièce de Bach\nsupplémentaire.\nLe caractère de son beau talent est le sentiment religieux. Peut être d'aucuns préféré-\nraient-ils, dans linterprétation de Beethoven notamment, plus de passion et moins de sérénité.\nMais l'humanité n'existe pas pour cet art qui semble officier plutôt que vibrer et devant lequel\nle piano paraît se transformer en l'autel d'un lointain Idéal.\nNous devions aussi, ce soir avoir un Concert Litvinne, Francis Coye. Hélas ! la fâcheuse\ngrippe en a décidé autrement.\nEt maintenant, à Parsifal !\nM. B."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.75", "texte": "Belgique\n\nLa première de Pénélope au Théâtre de la Monnaie est le gros événement de notre saison\nmusicale, jusqu'à présent. On sait que l'œuvre fut créée à Monte-Carlo, puis jouée avec grand\nsuccès à Paris, sur la scène, hélas, défunte, du Théâtre des Champs-Elysées. Le public\nbruxellois, après les artistes, l'accueille avec une égale faveur. Rarement ouvrage réunit telle\nunanimité de suffrages admiratifs. Il nous plaît de reproduire ici l'appréciation de Paul Gilson,\ndans son feuilleton du Soir :\nu Jusqu'ici M. Fauré ne s'était pas attaqué au théâtre. Avec Pénélope, l'éminent com-\n\" positeur débute à la scène, et cette œuvre de début n'est pas loin d'être un chef-d'œuvre.\nu Voici une partition d'une envolée prestigieuse, dont chaque mesure est frappée au coin\n\" du goût le plus pur, dont chaque pensée se présente sous une forme des plus neuves sans être\n\" excentrique, des plus achevée sans tomber dans le maniérisme. Les ingénieuses combinaisons\nu du chant et de l'orchestre, constamment claires et expressives, charment à la fois les oreilles et\n\" le cœur. Elles obtiennent leur impeccable logique musicale par le développement thématique,\n\" lequel est tantôt mélodique, tantôt harmonique, toujours d'une écriture parfaite, exquise, qui\n\" ravira tous les musiciens. \"\nD'autres, nombreux, affirment que Pénélope est un chef-d'œuvre. Quant à nous,\nsensible à la beauté pure, aux qualités latines, à la noblesse, à la clarté, à l'équilibre, au goût,\nà la distinction, au charme infiniment subtil de la partition ; ému par sa grandeur simple et\nhautaine ; épris de son intellectualité raffinée, nous ne pouvons nous défendre d'une réserve\ninstinctive à cette séduction. Nous l'avons dit souvent, l'art du passé ne satisfait plus notre\nappétit de vie ardente. Les classiques, les symbolistes eux-mêmes, qui ont nourri notre jeunesse\nnostalgique et rêveuse, le grand accord suspendu, tel un astre, dans la sérénité paisible des\nharmonies silencieuses, la magie sublimaire des Mallarmé, des Villiers de l'lsle-Adam, toute\ncette Beauté dont s'exalta notre prière, désormais, font place à des rythmes, à des élans,\nà des communions, à des conquêtes autres. Nous réclamons, d'un génie moderne, des formes\net des œuvres nôtres. L'isolement d'une vie en la fréquentation exclusive des livres ne nous\nparaît, à nous, plus possible. L'hellénisme est une perfection révolue, et cette immobilité,\ncette fixité de lignes, cette Harmonie égale, qui fait songer à la musique des sphères dont parla\nPoë, cette raison intérieure dont s'élargit le verbe du maître français ne nous font pas vibrer\ndu frisson que voudraient aussi nos fibres. Pénélope est si loin de ce jour. C'est le cri de notre\nheure, dans sa multiplicité désordonnée, dans son éclatement d'étincelles, dans sa course ver-\ntigineuse et son écho d'éternité, que nous captons.\nAussi bien, l'art d'un Debussy, par exemple, nous est plus fraternel dans le sens de\nl'évolution qu'il indique. L'émotion qu'il exprime n'est pas moins \" immatérielle \" ; sa beauté\nn'a pas moins d'ailes pour nous porter dans l'infini. Et la volupté en est plus totale, du frémis-\nsement éveillé des âmes et des sens.\nCet art n'est encore qu'en indication dans Y Enfant Prodigue que la Monnaie, au lende-\nmain de Pénélope, nous offrait. Adaptée à la scène, selon une mode que nous réprouvons,\nd'ailleurs, la cantate qui valut au subtil compositeur de Pellèas, le Prix de Rome en 1884,\nne manque ni de fraîcheur ni d'élégance. Des notations, quelques audaces y font pressentir\nle maître de la nuance. Prémices, aujourd'hui, qui plutôt déçoivent.\nMais résumons les concerts de la quinzaine :\nLa première séance de la S. I. M.(groupe de Bruxelles) consacrée à Wagner, à l'occasion\nde son centenaire. Notre confrère M. Closson dans une causerie remarquable, analyse l'œuvre\ncolossale du vaste génie, tant au point du fond que de la forme et de l'influence toujours vivace\n\n5"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.76", "texte": "62\nS. I. M.\n\net durable, (assure l'éminent musicologue), qu'elle exerce. Ce docte et synthétique aperçu\ncommenté par l'audition de fragments des Maître (3e acte de\nParsifal), Schmerzen, extrait des 5 poèmes ; Les deux Grenadiers, chantés d'une voix puissante\net non sans émotion par M. Simon, professeur au Conservatoire de Luxembourg.\nAu Concert Bach,bonnes exécutions du de la Cantate\ndein Hungrigen dein Brot,de la Suite anglaise etc... avec la collaboration des\npianistes M. Dumesnil, Mme E. Ewings ;de Mlle Eva Lessmann, soprano, M\"'e Fischer,\nMaretsky, alto, M. Nicratsky, basse, sous l'experte direction de M. Zimmer.\nLe 3e concert classique,par M. Victor Buesst, le jeune pianiste qui s'était, l'an dernier\ndéjà, signalé à l'attention. Regrettons un programme trop \" virtuose M. Buesst possède un\nexcellent mécanisme ; il sait tirer de l'instrument tous les effets désirables. Son succès fut vif.\nLa Salle Nouvelle séduit nombre d'artistes ; plusieurs \" petits concerts \" et récitals s'y\nabritent. Parmi les derniers, la séance de début des Concerts Anciens.\n\" Les Concerts Anciens, explique une notice joliment illustrée, sous la présidence de\nMM. Paul Gilson et Ch. Van den Borren, sous la direction de M. Louis Baroen, et avec la\ncollaboration de M. Gabriel Minet, pianiste-claveciniste, MIIIC Florival, pianiste, d'un quatuor\nvocal composé de: Mnies C. Cornelis et A. Maas ;L. Fonsny et L. Moyaerts ; MM. R. Thibaut\net H. Vanderseypen ;A. Florival et A. Maas —se sont constitués afin de donner des auditions\nde musique ancienne, vocale et instrumentale, sans toutefois, exclure absolument de leurs\nprogrammes, les œuvres modernes que les circonstances les amèneraient à devoir interprêter;\nfaisant revivre les Palestrina, les Vittoria, les Antonio Lotti, les Lulli, les Couperin, les\nRameau, les Roland de Lassus, les Clement Jannequin, les Claude-Le-Jeune et tant d'autres\nreprésentants des différentes écoles italienne, française, flamande, etc.\nIls espèrent pouvoir, grâce à l'attrait spécial de leur programme, intéresser le public à ce\nbut éminement artistique et contribuer, ainsi, à assurer à la musique ancienne la place à\nlaquelle elle a droit. \"\nCette fois, ce sont des chansons françaises du XVIe siècle, de Jannequin, Costeley, De\nLassus, la Sonata da Caméra de Locatelli, deux pastourelles du 18e siècle, des chants religieux,\nde Palestrina, Lotti, Mozart, diverses pages de Lully, J. S. Bach, Pergolèse, Couperin, etc....\nenfin, des chansons flamandes, empruntées au recueil de F. Van Duize, des 15e, 16e, et\n17e siècles. Le tout, d'une interprétation délicate et choisie, d'une mise au point parfaite.\nOn nous annonce, d'ici fin de décembre :\nAu 15, lel1e1 concert des Compositeurs belges, salle de la Grande Harmonie. Au programme :\nDubois, Frémolle, Léopold Samuel, Dupuis, Jadin, Duysburgh. Au 15 idem, troisième concert\nPopulaire, sous la direction de M. Schnéevoight et avec le concours de J. Thibaud. Au 17,\nRécital Friedbergh, Salle Patria. Le 18, Récital de chant par Mlle Fonsny, salle Nouvelle. Le\nmême jour, 12 rue Verwée, concours pour le prix Huberty, à l'Ecole de Musique de\nSt. Josse-ten-Noode, Schaarbeek, sous la direction de M. F. Rasse. Le 21, ler Concert du\nConservatoire et à Liège, première de la Hiercheuse, drame lyrique de M. de Béhault. Le 30,\nrécital, à la Grande Harmonie, du violoniste V. Rauter.\n\nR. L."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.77", "texte": "Étranger\n\nLE VÉRITABLE GRAAL ET SA LÉGENDE\nR.\nIl y a en Espagne une question du Saint-Graal. Cette question passionne les dénicheurs de\ndocuments installés de l'autre côté des Pyrénées. Elle se résume ainsi : le Graal est-il le vase\nqui servit, lors de la Cène, à Jésus pour consacrer au salut des hommes le vin du sacrifice? ou\nbien le Graal est-il le bassin dans lequel Joseph d'Arimathie recueillit le sang qui coula du\nflanc du Sauveur, lors du coup de lance du centurion ?\nLes partisans du vase jettent des regards de désir aux partisans du bassin : les premiers se\nsentent plus forts de ce que leur relique existe à Valence et les seconds plus convaincus de ce\nqu'elle a disparu dans le cours des siècles.\nWagner a adopté la légende du Graal-vase en écrivant son Parsifal : il est donc intéressant\nau moment où le héros chaste pénètre sur le plateau du Palais-Garnier de publier la photographie\nrare et inédite de ce précieux bijou tel qu'il est offert à l'adoration des fidèles catholiques\nespagnols.\nC'est un gobelet de forme hémisphérique et de la grosseur d'une demi-orange ; il est\ncreusé dans une cornaline, sorte d'agate qui a la propriété de changer de couleur selon la façon\ndont la lumière la traverse : il est donc tantôt d'un rouge obscur, tantôt du pourpre le plus\nviolent, tantôt vert foncé. Ce détail n'est pas sans influer sur le rôle que le poète dramatique\npeut faire jouer à ce divin accessoire. Les anses et le pied en or ciselé agrémentés de vingt-huit\ngrosses perles, de rubis et d'émeraudes datent vraisemblablement du 13'\"® siècle.\nLe Saint-Graal est très populaire à Valence: sa fête se célèbre le 14 septembre. Ce\njour-là il est promené processionnellement à travers les rues de la ville : de jeunes paysans,\ncomme les angelots de nos Fêtes-Dieu provinciales, jettent sur le pavé devant le vase sacré\ndes myrtes, des fleurs d'oranges, des roses, des herbes aromatiques et les piétinent en cadence,\ntout en chantant des airs d'une couleur triste et habilement cadencés.\nComment le Graal se rendit-il de Palestine en Espagne? De la façon la plus simplement\nnaïve et la plus vraisemblable. Après l'Assomption de la Vierge, l'apôtre Pierre le porta à\nRome et le confia à ses successeurs. L'un de ceux-ci, Sixte 11, craignant la persécution confia\nà son trésorier Laurent le soin de mettre en sûreté le plus précieux des souvenirs de Christ.\nComme Laurent était d'Espagne, il s'en fut chez ses compatriotes au monastère de la Pena.\nAinsi donc la coupe mystérieuse qui semble bouillonner d'un feu invisible et d'où coula il y a\nprès de 2.000 ans le vin qui devait transformer l'âme du vieux monde, reparaît et consacre\nl'achèvement de la religion musicale dont Parsifal est l'ultime commandement.\n\nUN INSTITUT MUSICOLOGIQUE A L'UNIVERSITÉ\nDE VIENNE\nIl y a 20 ans déjà, que se fondait en Autriche, grâce à l'initiative du vaillant Professeur\nGuido Adler, une Société de savants et d'amateurs, destinée à faire revivre les gloires\nmusicales de l'école viennoise. Dès 1888, le Ministère de l'lnstruction Publique d'Autriche,\navait été saisi d'un projet de ce genre, mais l'idée n'était pas mûre. En 1889, on se mit\ntoutefois à l'ouvrage en allant à la découverte de toutes les richesses musicales enfouies dans\nles châteaux et les couvents de l'Empire Austro-Hongrois, et le résultat de cette activité fut\nla publication habile et engageante des œuvres musicales de trois grands Empereurs\nd'Autriche. Sur ces entrefaites, le Ministère fit l'acquisition de 6 volumes manuscrits de"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.78", "texte": "64\nS. I. M.\n\nTriente qui produisirent sensation, en nous révélant tout à coup un répertoire musical de la\npremière moitié du XVe siècle.\nLe 3 Octobre 1893, constituée la Société des Denkmaeler Autrichiens, avec un\nComité composé de Adler, Artaria, Brahms, Hanslick, von Hartel, von Herman, Muhlbacher,\nHans Richter, von Weckbecker.\nPeu à peu le cadre s'agrandit à mesure que le nombre des ouvrages publiés s'augmentait.\nLes élèves et disciples affluèrent, et l'lnstitut fut créé, donnant un véritable enseignement\nmusicologique, et donnant l'exemple d'un mouvement que l'Allemagne imita depuis.\nAujourd'hui, cet Institut se transporte officiellement dans les bâtiments de l'Université, et\ncélèbre son vingtième anniversaire. La place qui lui est réservée comprend une salle de\nconférence, deux grandes salles de travail et bibliothèque, un cabinet pour le Professeur et un\nautre pour le bibliothécaire ; deux clavecins de Paul de Witt permettent de donner des\nconcerts historiques. Le Professeur Adler qui a su diriger avec autorité les Denkmaeler et\nmaintenir l'équilibre entre la publication d'œuvres anciennes de différents caractères, ne\ns'intéresse pas qu'à l'art rétrospectif, on le vit souvent assistant avec tous les élèves de\nl'lnstitut, aux répétitions des symphonies de Mahler, et aujourd'hui encore, ces jeunes gens,\nmusicologues de l'avenir, sont élèves en même temps de Schônberg et de Schreker. L'lnstitut\nest d'ailleurs en relations étroites avec la Section Viennoise de la Société Internationale de\nMusique.\nLes 20 ans de l'lnstitut Musicologique ont été célébrés par un très beau Concert de\nmusique ancienne.\n\nLETTRE DE MUNICH\n\nLa Bavière a récupéré un roi ; \" mais nous le payons \", disent les demoiselles de magasin\navec un petit air suffisant, pour avoir lu dans les journaux que le traitement annuel de Sa\nMajesté revenait à un mark par tête d'habitant du pays. Eh bien, ces demoiselles se trompent;\nc'est encore le roi qui les paie, elles et beaucoup de leurs pareilles.\nQuel rapport cela a-t-il avec la musique ? Nous y voici. L'augmentation de la liste\ncivile qui, par une rencontre maladroite, a quelque peu terni l'éclat des fêtes du couronnement,\nne va pas au roi : elle sert avant tout à élever les gages et à assurer les retraites des employés\nde la Cour. Un seul chiffre dira les frais qui incombent de ce fait au budget royal : en 1835,\nla musique lui coûtait environ 35.000 marks ; aujourd'hui, elle lui en prend plus de 400.000.\nCette musique, c'est l'orchestre de la cour, c'est l'opéra, c'est-à-dire les Festspiel Mozart et\nWagner, sans lesquels Munich n'aurait jamais attiré le flot d'étrangers richissimes, anglo-\naméricains et russes, qui font pour une bonne part sa prospérité et ont contribué en tous cas à\nson prodigieux développement économique. Et la meilleure preuve en est la façon dont le\nParlement a reçu le président du Conseil qui, sous prétexte d'économies, voulait s'engager à\nobtenir du roi une réduction des frais de musique et de théâtre. On lui a montré qu'il venait\nde perdre une belle occasion de se taire. Sans leur famille royale, il n'y a pas à le cacher, les\nMunichois n'auraient pas tant à se vanter de leur Kunststadt. Ils n'y vont pas beaucoup du\nleur, et s'il s'agit de mettre vraiment la main à la poche pour en soutenir le prestige, oh ! alors,\nil 11 y a plus personne du tout ; Munich pourrait quant à eux, rester indéfiniment une petite\nville de province ou la capitale... de la bière.\nCet été, il a fallu songer sérieusement à assurer l'existence du Konzertverein, la seule\nsociété de concerts symphoniques qui existe en dehors de l'orchestre royal ; et elle n'est pas de\ntrop, puisque cet orchestre, occupé tous les deux jours à l'Opéra, ne peut donner que dix"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.79", "texte": "LE MOIS\n65\n\nconcerts par an. Eh bien, la ville a failli refuser un subside de 70.000 marks qui suffisait à\néquilibrer les comptes de la Société. Il faut dire qu'avec la salle dont celle-ci dispose, quand\nelle serait comble à chaque concert, il n'est pas seulement possible de couvrir les frais de la\nsoirée : tant qu'elle n'aura pas un local qui contienne le double de personnes, elle devra\nrecourir à la générosité de quelques protecteurs. Ce qui fait par exemple la gloire de Munich,\nc'est que ces gros financiers désintéressés, brasseurs ou boulangers retirés, alignent leurs\ndizaines de billets de mille comme ils faisaient jadis de bocks ou de kaisersemmel ; mais le\npublic prétendu musical, ce public qui s'empile aux Variétés et aux Cinémas (où l'on en\nfait de la musique !...) il faut voir et pour lequel dans les moindres brasseries fonctionne un\npetit orchestre de iouleurs montagnards, ce public n'est pas capable de fournir 50.000 per-\nsonnes (Munich a passé 600.000 âmes) qui donnent marks ou seulement 10.000\nqui en donnent dix, pour l'entretien normal et régulier de l'unique institut musical de la ville.\nSi le Bourgmestre en personne se mettait à quêter, on calcule qu'il recueillerait à peu près\n800 adhésions. Et pourtant, ce serait méjuger de la population munichoise, que de la croire\ninsensible à la belle musique ; il faudrait seulement faire pour elle un peu de ce que l'on fait\nen grand pour les nobles étrangers. En accordant à tout souscripteur, fût-ce de deux marks par\nan, le droit d'entrer au concert sur simple présentation de sa quittance, je serais bien étonné\nque les fonds ne pleuvent pas. On verrait sans doute, même aux lundis d'abonnement, plus\nd'ouvriers, de petits négociants que de belles mondaines ; mais le pire mal serait qu'il faudrait\npeut-être se hâter d'agrandir la salle ; la société aura la vie sauve sans grever le budget muni-\ncipal déjà lourd et l'orchestre ses rentes garanties.\nSans doute faudrait-il exiger des kapellmeister et même des musiciens de l'orchestre qu'ils\nméritassent (parlons bien 1) cet intérêt et ces sacrifices. Il n'y a pas d'instrument plus sensible\nqu'un orchestre ; si fatigué qu'il soit par les besognes les moins relevées, il suffit d'un chef qui\nle réveille pour le faire changer d'allure et de son. Mais combien y a-t-il de chefs d'orchestre\nqui parlent \"art\" à leurs musiciens?... Combien y a-t-il de virtuoses pour qui le sens d'une\nœuvre prime la petite parade personnelle ?\nMunich a cependant la chance d'en compter quelques-uns. Le premier c'est notre\n\" Generalmusikdirektor \", le \" Herr General \" comme on l'appelle à l'orchestre, M. Bruno\nWalter, arraché non sans peine à Vienne pour prendre la succession de Mottl. Quels qu'aient\nété la popularité et les mérites de Félix Mottl, il a bien fallu convenir qu'il avait fini par tout\nlaisser aller à la débandade. Il ne travaillait plus et ne faisait plus travailler ; on ne parlait que\nde ses \" géniales improvisations Bruno Walter a ramené une ère de travail assidu et précis ;\naucune mesure d'une œuvre qu'il dirige n'est par lui laissée à l'aventure ; l'œuvre elle-même\nest d'abord commentée, en quelques mots simples et évocateurs, de poète ; puis les répétitions\ndurent jusqu'à ce que ses intentions soient réalisées ; et il faut de la patience pour obtenir\nd'une bande bavaroise plus que de la netteté. Le calme et la patience de M. Walter ne se\ndémentent jamais. Il se donne tout à l'œuvre. On l'a vu tout récemment avec le tableau\nlyrique en un acte, la Sulamith de M. Paul de Klenan, une nouveauté qui vient d'être montée\navec grands soins et de remporter un beau succès à l'Opéra. Les hymnes enflammées de Schir\nHaschirim ne semblaient pas éminemment scéniques ; cependant le jeune compositeur Danois,\nd'abord symphoniste à la Bruckner et aujourd'hui Debussyste convaincu, les a enveloppées de\ncantiques, de chœurs, de duos suffisamment dramatisés, d'un coloris, parfois oriental, plus\npuissant que Debussy ne le cherche, qui ont produit le meilleur effet. On a vu surtout Bruno\nWalter donner, avec piété, la IIIe Symphonie de Gustave Mahler, une autre Pastorale où il y\na aussi plus d' \" Empfindung \" que de \" Malerei \", car malgré son programme et ses propor-\ntions très particulières, on peut dire qu'il n'y a pas une note qui n'en soit musicalement pensée"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.80", "texte": "66\nS. I. M.\n\net humainement sentie : à un immense premier mouvement où s'élaborent les poussées d'une\nnature en gésine, répondent cinq parties plus gracieuses, plus spirituelles, plus poignantes les\nunes que les autres jusqu'à l'adagio final, passionné et intime, d'une ampleur à la Bach,\nFriedeman de préférence.\nA la Tonhalle, M. Ferd. Lœwe a fait entendre le Prélude dernier-né de Richard Strauss,\nd'une clangorante solennité ; une charmante Sérénade de Walter Braunfels, musique précieuse\nd'un amoureux de son art ; et dans un concerto de piano, nous eûmes le plaisir d'applaudir les\ngrâces exquises de Mme Landowska s'efforçant de nous évoquer un Mozart de l'épinette. Il est\nregrettable que le départ d'un dernier train du soir, sans doute, entraîne M. Lœwe qui doit\nregagner Vienne, à dévider les numéros de la fin de ses programmes, quels qu'ils soient, à une\nallure d'express, alors que le reste pêche d'ordinaire par une placidité un peu trop langoureuse.\nM. Paul Prill, aux Concerts de symphonie populaires, se donne la peine de varier le\nrépertoire et d'apporter, d'œuvres parfois injustement délaissées, une interprétation étudiée.\nLes amateurs de musique de chambre ont tout spécialement fêté le quatuor Capet qui com-\nmençait un cycle Beethoven.\nParmi les solistes, que je me garderais d'énumérer, je veux cependant mettre hors-pair\nM. Gottf. Galston, un pianiste, quoique anglais ou américain, d'une intelligence et d'un goût\nparfaits ; et M. Ossip Gabrilowitsch, une nature sensible, toute en nuances, chez qui la déli-\ncatesse n'exclut pas la force, ce qu'il avait bien prouvé l'année dernière avec sa magistrale\nperformance de Y Histoire du Concerto, en reconnaissance de laquelle certainement son premier\nrécital de la saison a fait salle comble.\nSous prétexte de production musicale et portées par une brillante réclame, les sœurs\nWiesenthal, de Vienne, promènent des soirées de danses. Passe pour leur cake-walk d'après\nDebussy ; mais, si jamais elles se présentent à Paris avec quelque chose comme leur valse de\nFaust, elles feront bien de n'affronter qu'un public de Variétés.\n\nMarcel Montandon."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.81", "texte": "Les Faits au Mois\nVeffet du mois le plus réussi fut évidemment le Diner d'S. /. M. Voici, pour Védification de ceux de nos\nlecteurs qui ne purent y assister, quelques propos recueillis au hasard des tables :\nM. Camille Chevillard explique a sa voisine comment on peut, en battant une mesure\n\"a découper la Truite de Schubert. & A titre d'indication, pour défendre contre le tango\nenvahissant les droits du cotillon menacé, M. André de Fouquières réclame de Peau de Vaise.\n0 Mme de cantatrice aussi adulée qu'acidulée, affirme qu'elle a la spécialité des sons\nfilés : mais les connaisseurs prétendent que dans F exécution d'un bon filé de sol, elle attribue trop\nd'importance au filet de vinaigre. 0 Jean Bastia refuse les épi gramme s d'agneau, assurant\nque les siennes sont infiniment meilleures...\nJane Mortier et M. Ricardo Fines ont découvert dans Schumann une recette de\n\" novelette aux pointes d'arpèges\" savoureuse, disent-ils, à s\ncompositeur se flatte d'avoir inventé un système de clefs\nd\\œuvre, de moduler au thon le plus éloigné. 0 Le généralZ*** Jacques\nqu'il a mangé du rat pendant le siège et qu'il ne serait pas fâché d'aller faire un tour au foyer de la danse de\nl'Opéra pour voir si ceux qui y trottinent ne sont pas\nbonne fortune qui leur permet d'assister a un intéressant sp\nSWIFT\n[Croquis d'Emmanuel Bar cet)"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.82", "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nCOMMUNICATIONS\nSur le désir unanime du Conseil d'Administration, M. Berly, Président, a fait l'offre de\nPrésident d'honneur de la Société Française des Amis de la Musique à M. Henry Deutsch\n(de la Meurthe) qui a bien voulu accepter.\nLes membres de la Société se réjouiront certainement d'apprendre cette bonne nouvelle.\n*\n*\nS. A. I. le Grand Duc Boris de Russie a bien voulu accepter de faire partie de la Société\nFrançaise des Amis de la Musique.\nLa Société l'en a remercié en le nommant membre d'honneur.\n* *\nDe nouvelles adhésions sont, en outre, parvenues au Secrétaire Général. Ce sont, par\nordre d'inscription :\nMme William Arfoidson Mme Grappin Mme Gustave Péreire\nDocteur Blondel M,!e Grappin M. Henri Siégler-Pascal\nM. Jules Carlet Mn'e Hébert M 1 Sinat\nD. Dée Carlott Mlnp Helbronner Mme de la Touche\nMlle Lily Dreyfus M. Marcilhacy Mlle Varin\n*\nr.. * *\nUne reunion musicale exclusivement reservce aux membres de la Société, a eu lieu le\nsamedi 29 novembre, a 4 heures de 1 après-midi, dans la salle des fêtes de l'hôtel Majestic,\navenue Kléber.\nM. I ierre Vrignault, homme de lettres, a fait au début de la séance une conférence très\ndocumentée et très intei essante sur les origines de l'Opéra-Comique. Le conférencier s'est\nattaché à montrer l'évolution de la comédie musicale à partir du Théâtre de la Foire jusqu'à\nnos jours, en passant par le Vaudeville et la Comédie italienne. Le fond et la forme de cette\ncauserie, grâce au îare talent d improvisation de M. Pierre Vrignault, ont été hautement\nappréciés par une assistance nombreuse.\nAu cours de cette reunion 011 a eu la grande joie d'applaudir, dans les airs du Théâtre de\nde la Foiie, les morceaux de la Comédie italienne et le répertoire de l'Opéra-Comique\nproprement dit, M™* Vallin-Pardo et M. France», de l'Opéra-Comique, ainsi que M. Alphée\nMathieu, qui ont été longuement acclamés.\nC est M. Louis Masson qui a tenu, avec un art consommé, la partie de piano.\n*\nLa Société, a la suite du vote unanime du Conseil d'Administration, a accordé son\npationage ala Société musicale qui vient de se fonder à Tours, sur l'initiative de MUe Pernv\nl°Z Ie \"om dc S°cift(; Tourangelle des Amis de la Musique, et dont la Présidente esJ\nM la Comtesse Paul de Pourtalès.\nLa Commission appelée à décerner le prix de Musique à une Compagnie de quatuor à\ncordes, pour 1 annee 1913, se réunira dans le courant de janvier pour examiner les titres des\ncandidats."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n69\nToutes les communications doivent être adressées au SECRETAIRE GENERAL de la Société,\nRue La Boëtie, 29.\n\nUne réunion privée, réservée aux membres de la Société, aura lieu le mercredi 7 janvier,\nà 3 heures de l'après-midi, au Théâtre des Arts, pour entendre une causerie de M. René Lyr\nsur l'œuvre du compositeur belge, Eugène-Samuel Holeman. Cette causerie sera suivie d'une\nreprésentation exceptionnelle de la \"Jeune Fille à la Fenêtre \", prose lyrique de Camille\nLemonnier, mise en musique par Eugène Samuel.\nC'est Mme Jane Bathori-Engel qui interprétera, avec le talent et l'autorité que l'on sait,\nle principal personnage.\nLes membres de la Société ont d'ailleurs été prévenus par lettre de cette manifestation.\nBUT DE LA SOCIÉTÉ\nLA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE a pour but Je grouper\nen une Grande Association tous ceux qui aiment la Musique, d'aider de la manière la plus\ngénérale, au développement de l'Art Musical en France et à sa diffusion à l'Etranger ;\nd'accorder son patronage et son appui à toute manifestation musicale digne d'intérêt, enfin de\ncréer les moyens d'action nécessaires pour réaliser, à côté de son programme artistique, une\nŒuvre Sociale, Philanthrophique et Utilitaire qui ennoblisse ses efforts et justifie la mission\nqu'elle s'est proposée.\nEXTRAIT DES STATUTS\nARTICLE 3.\nLa Société se compose de Membres Sociétaires, de Membres Donateurs,\nde Membres Bienfaiteurs et de Membres d'Honneur.\nLes Membres Sociétaires, Donateurs et Bienfaiteurs devront être agréés\npar le Bureau.\nPour être Membre Sociétaire, il faut payer une cotisation annuelle de 20 francs.\nLa cotisation de 20 francs peut être rachetée par un versement unique de 500 francs.\nPour être Membre Donateur, il faut verser une cotisation annuelle d'au moins\n100 francs.\nPour être Membre Bienfaiteur, il faut avoir versé en une fois une somme d'au\nmoins 1000 francs.\nLes dames peuvent faire partie de l'Association. Elles sont éligibles à toutes les\nfonctions.\nARTICLE 4.\nLa qualité de membre de la Société se perd :\ni° Par la démission,\n2° Par la radiation prononcée par le Conseil d'administration pour non paiement des\ncotisations, après deux avis, ou pour motif grave.\nTout membre démissionnaire doit les cotisations échues et celles de\nl'année courante. (Loi du ler1er Juillet 1901, art. 4)."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.84", "texte": "ÇA ET LA\n\nEchos\nDernier écho de l'Affaire Rust.\nNous avons reçu de notre Collaborateur, M. Vincent d Indy, cette lettie que nous\nnous empressons d'insérer :\nCher Monsieur,\nJe compte sur votre courtoisie pour accueillir dans la Revue une rectification nécessaire à propos de\nl'encombrante affaire Rust. Dans une note d'une touchante naïveté M. le Dr Neufeldt, incapable de répondre\nà mes arguments sur sa complète méconnaissance de la musique de F. W. Rust, s'en tire par une pirouette en\ninvoquant une question de date, alors qu'il sait parfaitement qu'au mois de septembre, comme au mois de\nJuillet et même au mois d'avril dernier, je connaissais tous les documents qu'il cite dans son copieux article\naussi bien, sinon mieux que lui-même. Je tiens à affirmer que ni la note ni l'article susdits ne peuvent mettre nn\nau débat, lequel ne portait que sur deux points : i° : oui ou non, la musique de F. W. Rust, dans sa forme origi-\nnale, ou \" tripatouillée more germanico est et reste-t-elle de la belle musique ? Présente-t-elle, débarrassée de\nl'habit moderne style, façon Bulow-Tausig, dont l'avait affublée le docteur Wilhelm, un intérêt incomparable-\nment supérieur à celui qu'offrent la plupart des productions de son époque ? 2° : oui ou non, le doctenr Neufeldt\nne s'est il pas lourdement trompé, lorsque, signalant les \" tripatouillages \", il a crié à la catastrophe, alors qu il\nfallait proclamer une libération ? N'a-t-il pas fait preuve d'une inconcevable légèreté de jugement en s'attachant\nseulement, dans ses articles, à la surface de la question sans chercher jamais à l'examiner au fond ? Voila tout\nle débat. Et il ne sera permis d'en prononcer la clôture que lorsque les musiciens français seront mis à meme\nde juger les belles œuvres de Rust sur les documents originaux et de se rendre compte que le maître de Dessau\nfut un véritable précurseur, non pas seulement de Beethoven, mais encore de Weber et de Schubert.\nVeuillez agréer, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.\nVINCENT D'INDY.\nLa recherche de la paternité.\nNous recevons la lettre suivante :\nMon Cher Directeur et Ami,\nJe viens de lire dans le Figaro du 14 Décembre 1913 une lettre très intéressante sur la danse signée\nValentine de Saint Point.\nCette lettre contient une véritable profession de foi et qui m'intéresse d'autant plus que les théories\ny contenues sont absolument pareilles à\" celles que j'ai exprimées l'an dernier dans mon livre sur \" la danse\ncomme moyen d* expression musicale \" et dont j'ai envoyé un exemplaire, sous pli recommandé, à Madame\nde Saint Point, le 23 Juillet 1912.\nCette dame ne pouvait donc me rendre un plus éclatant hommage qu'en adoptant pour \" siennes \" mes\nthéories et idées sur la danse, théories qu'elle a pu analyser et lire dans mon petit livre et plus particulièrement\nexposées dans les pages 36 et 37 de mon opuscule.\nJ'ignorais (jusqu'aujourd'hui) d'avoir eu en Madame de Saint Point une si dévouée prosélyte et une aussi\nhabile collaboratrice mais pour éviter que d'autres personnes puissent elles aussi ignorer cet avantage auquel\nj'étais loin de m'attendre, je tiens à remercier ici même et par la voix de votre estimé journal Madame de Saint\nPoint de l'actualité qu'elle a bien voulu donner à mon modeste ouvrage paru l'an dernier.\nRecevez, mon cher Directeur et ami, l'assurance de ma très haute considération.\nPAOLO LITTA\ncompositeur de musique\nDirecteur de la \" Libéra Estetica \" de Florence"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.85", "texte": "LE MOIS\n7 1\n\nNous avons communiqué cette lettre à Madame Valentine de Saint-Point qui\nnous a fait tenir la réponse que voici :\nCher Monsieur,\nMonsieur Paola Litta ne s'est certainement pas donné la peine de lire attentivement ma lettre parue au\nFigaro le dimanche 14 décembre et annonçant ma Métachorie. Aussi succinte qu'elle soit, au sujet de ma\nthéorie, elle marque pourtant l'abîme qui nous sépare M. Paolo Litta et moi. Mais se proclamer précurseur et\nMaître est si facile : je comprends que M. Paolo Litta se soit laissé tenter.\nIl dit m'avoir expédié sa \" Déesse Nue \"à la date du 23 juillet 1912. Voilà un esprit administratif qui\nlui vaut toute mon admiration, car il me fait totalement défaut. Aussi ne me souviens-je pas de son envoi. C'est\nl'exemplaire que vous voulûtes bien me prêter vous-même, avant-hier, qui m'a révélé cette déesse peu vêtue.\nCela est d'ailleurs sans importance puisqu'il n'y a aucun rapport entre nos deux conceptions de la danse.\nM. P. Litta comprend : \" la danse comme moyen ésotérique d'expression musicale. \" Dans ma Métachorie\nmusique et danse sont égales et dépendent toutes deux uniquement et pareillement de l'ldée, c'est-à-dire de\nl'idée évoquée dans le poème ou la drame. Et ma lettre au Figaro dit :\nMa métachorie apporte les danses idéistes, la danse qui n'est pas seulement le rythme plastique sensuellement\nhumain de la musique, mais la danse créée, dirigée cérébralement, la danse qui exprime une idée, arrêtée dans\ndes lignes strictes comme la musique l'est dans le nombre du contrepoint.\nAu lieu de dépendre exlusivement de la musique, la métachorie n'en est plus l'esclave mais l'égale, toutes\ndeux dépendant de l'idée et soumises à une architecture stricte : celle de la ligne géométrique, celle du nombre.\nM. P. Litta considère \" la danse comme expression de la musique. \" Comme on l'a vu, j'interprète un\npoème et non de la musique, et la musique est inspirée par le même poème et non \" pensée chorégraphiquement\ncomme le voudrait M. P. Litta. Il m'envoie sa musique dans l'espoir, m'écrit-il, que je pourrai l'exécuter un jour.\nSa musique n'a pour moi, métachorente, aucune signification chorégraphique parce qu'elle n'est pas inspirée\npar l'idée abstraite, par mon idée.\nM. P. Litta veut que \" le musicien crée l'œuvre toute entière et l'offre vivante à l'interprète déesse, qui la\ndanserait ensuite \" Le rôle de déesse ne me convient nullement. Je rends donc à M. P. Litta sa partition.\nJ'ajoute que sa volonté de remonter aux sources de la danse m'est antipathique : la métachorie est d'esprit\nmoderne. Il veut \" le musicien créateur de mouvements de l'âme \" : la métachorie est de direction intellectuelle\net non sentimentale.\nDe plus j'enferme Vidée synthétique du poeme à interpréter dans une figure géométrique qui est à ma danse\nce que le contre-point est à la musique. M. P. Litta ne nous montre nulle part avoir même rêvé cela.\nLes souhais imprécis de M. P. Litta et ma théorie matériellement réalisée sont donc totalement différents.\nLes détails d'exécution ne le sont pas moins. Alors qu'il prêche la nudité, qu'il s'extasie sur \" les seins nus\nrestitués à la \" Déesse \", devant le \" temple mouvant \" et l'exhibition 44 entre les colonnes... de la porte qui\nconduit au tabernacle... \" je dis que toutes les parties du corps où la chair a la prépondérance sur le muscle\ndoivent être voilées. Il escompte la mimique pathétique du visage ; on sait que je dédaigne ces moyens faciles\nd'émotion sentimentale. Quant aux décors bibliques de M. P. Litta, n'en parlons pas. Réfuter des arguments\naussi vagues n'a de l'intérêt pour personne. Je l'ai fait cette fois pour ne pas laisser s'accréditer, dès 1 apparition\nde la métachorie, la légende de M. Paolo Litta, précurseur. Je ne recommencerai pas.\nJe ne suis guère étonnée de ses revendications. Toutes les fois qu'une réalisation nouvelle s'affirme, il se\ntrouve plusieurs personnes pour en réclamer la priorité du rêve. Cela sert toujours.\nVALENTINE DE SAINT-POINT.\nAcré !... v'ià les mœurs !\nUne intéressante entreprise d'épuration musicale s'organise en vue de débarrasser\nles églises de Paris des immondices que la paresse ou le mauvais goût des organistes\nlaissaient s'accumuler dans les tribunes. La critique musicale va, pour la première fois,\npénétrer dans ces poussiéreux réduits et y procéder à un nettoyage par le vide.\nDissimulés derrière un pilier et munis d'un phonographe enregistreur ou d'un agile\nstylo, des musiciens résolus à rendre aux offices catholiques toute leur pureté\nattention ! les purs ont des oreilles ! happeront au vol les beaux offertoires\nchaloupés ou les brillantes sorties-tango qui font fureur dans certaines paroisses et que"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.86", "texte": "72\nS. I. M.\n\nle roi David lui-même, patron des clodoches, n'aurait osé danser que devant l'Arche\nde Noé. Ces constats dressés permettront de traduire devant le tribunal de l'opinion\ntoute une bande redoutable de malfaiteurs qui se croyaient assurés de l'impunité.\nOrganistes, en garde !... Un œil noir vous regarde !...\nLa crise auriculaire.\nC'était fatal ! Il y a maintenant à Paris beaucoup plus d'exécutants que d'audi-\nteurs. Non seulement on ne trouve plus personne pour payer sa place au concert\nmais l'invitation gratuite, elle même, a fait son temps et ne trouve plus d'amateurs.\nOn a souvent prédit qu'un jour viendrait où il faudrait payer les mélomanes pour les\ndécider à s'exposer à l'ennui d'un récital : ce jour de gloire est arrivé. Un chanteur\npratique promet, par voie d'affiches, une prime aux citoyens de bonne volonté qui\naccepteront de venir l'entendre. C'est parfait et voilà dans quelle voie doivent s'engager\nles organisateurs. 11 faut que le coupon d'invitation nous donne droit désormais à un\nconfortable souper après la cérémonie et que le numéro de notre fauteuil participe\naux chances d'une tombola où nous pourrons gagner le piano à queue ou le stradi-\nvarius des virtuoses que nous aurons subis... ou la jolie cantatrice que nous aurons\nadmirée. Alors, peut-être consentirons nous à prêter l'oreille.... sans nous la faire tirer.\nL'Homme à la Contrebasse.\n\nNouvelles\nPar suite d'une entente spéciale avec la direction de /'Art Décoratif, la belle revue que\nconnaissent tous ceux qui s'intéressent à Vart ancien et àla vie artistique moderne, nous avons le\nplaisir d'offrir à nos lecteurs les avantages d'un abonnement combiné1 les faisant bénéficier d'une\nimportante réduction sur les prix de nos deux publications. Les rapports qui unissent si étroitement la\nmusique et les arts plastiques dans l'évolution intellectuelle contemporaine rendaient ce rapprochement\nparticulièrement souhaitable et nous sommes certains que les musiciens prendront le plus vif intérêt a\nsuivre le développement d'une activité créatrice dont les progrès sont si intimement liés à ceux de leur\nart. S. I. M. saisit avec plaisir l'occasion d'affirmer ainsi la sympathie que lui nispire Vœuvre si\ncourageusement entreprise et si brillamment défendue par l'Art Décoratif dont l'autorité dans les\nmilieux artistiques est aujourd'hui solidement établie et qui est actuellement une des plus belles\npublications d^art de notre temps.\nLe dîner if S. I. M.\nNos confrères de la presse quotidienne ont relaté le succès de notre diner du\n16 Décembre. Comme d'ordinaire, on vit réunies autour des tables fleuries de l'Elysée-Palace\nles plus brillantes personnalités parisiennes ; les représentants les plus autorisés du monde des\nlettres, des arts et du théâtre donnèrent ainsi, une fois de plus, à notre Revue un témoignage\nde sympathie auquel nous sommes particulièrement sensibles. La soirée qui suivit le diner\npermit à nos invités d'applaudir l'extraordinaire fantaisiste Lise Berty, l'admirable défenseur du\n\" bel canto \" qu'est Léoni, la belle Paule Andral, le spirituel Jean Bastia et une scène de\nl'amusante revue du Théâtre Doré où triomphèrent la troublante Irène Bordoni, l'exquise\n\n1 Voir à nos annonces les tarifs d'abonnement simple et d'abonnement combiné à l'Art Décoratifs à la\nRevue Musicale S. I. M."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.87", "texte": "LE MOIS\n73\n\nGaby Boissy, la gracieuse Yvon et l'intelligent comédien Tréville. On se sépara tort tard en\nse donnant rendez-vous pour notre prochain diner dont nous ferons connaître bientôt la date.\n* *\nLa réputée cantatrice Mlle de Febrer donnera le 12 janvier, un concert àla Salle Pleyel.\nElle y interprétera un Air d'lphigénie de Gluck, une Canxone de Scarlatti, les Ariettes Oubliées\nde Debussy, Chanson Triste de Duparc, des mélodies de Pickaert et des pages de Berlioz.\nM. Mauguière prêtera son concours à cette intéressante soirée, ainsi que Mme Chailley-Richez\net M. Marcel Chailley qui exécuteront la Sonate pour piano et violon de Saint-Saëns. Nul\ndoute que Mlle de Febrer ne remporte cette fois encore le grand succès que mérite son talent.\n* *\nNous sommes heureux d'annoncer que notre Collègue, M. Henry Prunières, passera sa\nthèse de doctorat ès-lettres le samedi 10 janvier en Sorbonne, à 2 heures de l'après-midi, sur\nle sujet suivant: \" L'Opéra Italien et le Ballet de Cour en France avant Lully. \"\n*\n* *\nUne famille (Vartistes. Le brillant violoniste Robert Krettly dont nous avons souvent\nsignalé les succès, s'est fait entendre récemment en compagnie de ses deux jeunes sœurs\nMlles Odette et Jeannine Krettly et de son frère, M. Pierre Krettly qui sont, tous trois, des\nvirtuoses remarquables et des musiciens accomplis. De Rouen, du Mans, de Grenoble, de\nChambéry nous arrivent les compte-rendus les plus élogieux des auditions données par ces\nexcellents artistes dont les interprétations révèlent un goût très sûr et une parfaite purete de\nstyle mis au service des plus belles pages de la musique de chambre.\n*\n*\nMlle Blanche Selva publie chez Rouart, Lerolle et Cie éditeurs, un volume sur la Sonate\net son évolution technique, historique et expressive, en vue de l'interprétation et de 1 audition.\nCe livre, où la Sonate est étudiée et analysée depuis ses origines les plus lointaines jusqu a son\nexpression la plus moderne marquera une date dans l'histoire de l'enseignement musical.\n*\n* *\nLa décentralisation artistique gagne les petites villes de province. A Mantes-la-Jolie,\nMme Machabey vient de donner un récital de piano qui a été chaleureusement accueilli.\nDiverses œuvres de Chopin, Schumann, Liszt et Chevillard mirent en valeur sa virtuosité et\nsa parfaite technique. A cette même séance, M. A. Machabey exécuta brillamment des pièces\nde Couperin et Martini et la Sonate pour piano et violon de Gabriel ïaure, tandis que\nMlle de Weindel interprétait avec un art expressif des lieder de Schubert, Schumann et\net G. Fauré. Les applaudissements d'un public enthousiaste récompensèrent Mmc Machabey et\nses partenaires.\n*\n* *\nAu British Muséum.\nLes Conférences de Miss Schlesinger que nous avions annoncées dans notre dernier\nnuméro, ont produit sensation dans la presse de Londres. Miss Schlesinger a soutenu une thèse\nnouvelle qui est celle-ci : Les anciens, lorsqu'ils entendaient leur musique éminemment mono-\ndique, percevaient beaucoup mieux que nous la sene des sons haimoniques engendres par leurs\ninstruments. Si bien que le simple chant (ou 1 unisson) leui donnait reellement 1 impression\nd'une série d'accords. Ce qui est pour nous actuellement du dessin sonore, représentait pour"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.88", "texte": "74\nS. I. M.\n\neux une véritable peinture colorée et vivante. Nous laissons aux musicologues le soin de\ndiscuter cette idée neuve.\n*\n* *\nDe Toulouse.\nLa Société des Concerts de Conservatoire de Toulouse s'est assuré le concours de la\nbrillante violoniste, Melle Noela Cousin pour l'une de ses séances. Nous apprenons en outre que\nla remarquable virtuose se produira également cette saison à la Société Philharmonique de\nBordeaux.\n*\n* *\nDe Bruxelles.\nLe Théâtre de la Monnaie vient de représenter, avec grand succès, \" L*Enfant Prodigue \"\ndu Maître Debussy.\n*\n* *\nDe Lyon.\nM. Beyle, l'actif directeur du Grand Théâtre, vient de faire un grand effort de décentra-\nlisation artistique en donnant à son public l'admirable \" Fervaal\" de Vincent d'lndy.\nExcellente interprétation, en particulier de Mme Catalan (Guilhen) et M. Verdier (Fervaal).\n.M. Bovy, chef d'orchestre, a droit à tous les éloges.\n%\n* *\nDe Monte-Carlo.\nLe \" Festival de Réouverture \" des Concerts Louis Ganne, dans la Salle de Musique du\nCasino de Monte-Carlo, a remporté un succès éclatant.\nLes solistes, MM. Richet, Myrtel Morel, G. Laurent, Raymond Durot, Alexandre Ribo,\net Mlle Hélène Onda, y furent acclamés.\nL'ensemble de ce petit orchestre, uniquement composé de virtuoses, est absolument\n/remarquable.\nPar l'absolue perfection que ces excellents artistes apportent à l'interprétation des œuvres\nclassiques et modernes, autant que par la haute autorité du brillant compositeur Louis Ganne,\nqui est aussi un chef-d'orchestre éminent, ces Concerts quotidiens sont devenus et demeurent\nune des plus captivantes attractions de la saison artistique et de la vie mondaine à Monte-Carlo.\nDeux pages de Louis Ganne, l'intermède de \" \" et la\nLorraine, ont obtenu, sous la direction de l'auteur, un succès enthousiaste.\n*\n* *\nDe Berlin.\nBerlin s'est enrichi d'une nouvelle Société de Concerts : \" Les Esplanade-Musikabende \"\ndont les réunions auront lieu à peu près mensuellement dans la \" Salle de Marbre \" de l'Hôtel\nEsplanade. Au programme du premier concert figuraient des noms célèbres : Hermine Bosetti,\nBackhaus, Burmester et Slezak.\nA la Philharmonie, M. Spiering organise une série de grandes auditions d'orchestre avec\ndes œuvres intéressantes et nouvelles, entre autres le poème symphonique Le Vainqueur de\nReznicek.\nDe nombreux récitals sollicitent l'attention. Le petit prodige Jascha Heifetz enthousiasme\n.toujours les auditeurs par la maturité surprenante de sa technique. Egon Pétri s'est montré,"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.89", "texte": "LE MOIS\nLe Gérant:MARCEL FREDET.\nImprimerie Sainte Catherine, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique\n\ndans son premier récital, digne de son illustre maître\nBusoni. Et la cantatrice Eva Brulan triomphe surtout\ndans le \" Bel Canto. \"\nLe quatuor Capet a remporté un immense succès.\nMme Landowska dont il est superflu de renouveler\nl'éloge est toujours aussi chaleureusement accueillie. Il en\nest de même pour les violonistes Kreisler, Elman, Flesch,\nVersey et Ysaye. Mentionnons encore le maître flûtiste\nAry van Leeuwen, les quatuors Rosé, Boémien, Flon-\nzaley, Bruxellois, Loewensohn et la Société des Instru-\nments Anciens, qui a bien vite su gagner la sympathie\ndes Berlinois.\n\nSalle PLEYEL\nler au 15 Janvier\n12 Mlle de Febrer 9h.\n1 3 Mme Riss-Arbeau 9\n14 Le Double Trio * 9\n1 5 Mlle Lénars et\nM. Bizet 9\n©\nSalle ERARD\nler au 15 Janvier\n9 M. Loyonnet 9 h\n10 Société Nationale 9\n11 Mme Rcmx-Morgan 9\n12 Mme Protopopova* 9\n13 M. Philipp 9\n14 S. M. I. 9\n15 E. Risler 9\n* Voir le programme dans nos\nannonces.\n\nSalle GAVEAU\nler au 15 Janvier\n5 U. F. P. C. 2 h. 1\n14 Stirlen Vallon 9 h.\nSalle\nMALAKOFF\nles lundis et jeudis à 9 heures\nConcerts-Rouge.\nSALLE DES'\nAGRICULTEURS\n4. Matinées Barrau 3 h.\n15 Concerts-Chaigneau * 9 h.\nSCHOLA CANTORUM\n13 Quatuor Parent 9 h.\nSALLE VILLIERS\nles Vendredis à 4 h. 1\nDouble Quintette de Paris\nSALLE\nD'HORTICULTURE\n2 La Trompette 9 h.\n9 La Trompette 9 h.\nSALLE DE GÉOGRAPHIE\n7 Société Beethoven 9 h.\nTous les soirs à 9 h.\net\nles dimanches et jeudis à 3 h.\nCONCERTS-ROUGE\net\nCONGERTS TOUCHE"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140101-01.1.90", "texte": "Les Impôts et la Bourse\nP. F. Penaud.\nLa fin de l'année 1913 peut-être considérée comme l'apogée de la crise\nfinancière.\nDepuis plusieurs année, les gouvernements avaient peu à peu augmenté\nleurs dépenses et grossi leurs budgets.\nPour éviter de frapper les contribuables par de nouveaux impôts, chaque\nEtat a employé d'abord ses disponibilités, puis les expédients de trésorerie\nhabituels, en attendant de pouvoir conclure des emprunts à un taux avantageux.\nEn septembre 1912, les grandes banques d'Europe et d'Amérique s'apprêtaient à émettre les divers\nemprunts devenus nécessaires à l'équilibre des budgets d'Etats.\nMalheureusement la guerre des Balkans éclata et fit ajourner tous projets financiers.\nL'armistice, la reprise des hostilités, la paix, la nouvelle guerre entre les alliés balkaniques et les\nlongs pourparlers pour obtenir la paix définitive retardèrent de mois en mois le moment tant attendu\npar les marchés internationaux pour reprendre leurs opérations normales et procéder aux émissions\nindispensables.\nLa France, qui est le banquier du monde, a voulu faire son emprunt avant de souscrire ceux des\nautres pays, mais la lutte des partis politiques a amené la chute du ministère Barthou sur la question de\nl'immunité définitive du coupon de la rente.\nCette immunité aurait assuré le succès de toutes les forces financières et économiques de la France.\nElle était combattue par les partisans de l'impôt sur les revenus qui y voyaient une dérogation préalable\naux principes de leur projet approuvé par la Chambre et combattu par le Sénat.\nLe nouveau ministre des Finances, M. Caillaux, a dû émettre des bons du Trésor pour parer aux\npremiers besoins et va proposer un emprunt en 3 1/2 amortissable en un court délai au moyen de\nprélèvements sur la richesse acquise.\nLes capitalistes vont donc être soumis à de durs sacrifices, raison de plus pour qu'ils cherchent des\nsuppléments de revenus, soit par des placements plus judicieux, soit par des opérations productives.\nJe rappelle aux lecteurs et abonnés de la S. I. M. que ma vieille expérience, leur est offerte\ngracieusement pour leur indiquer les bonnes valeurs à acheter et les opérations avantageuses à traiter.\nJe puis leur donner tous les renseignements dont ils peuvent avoir besoin; ils auraient bien tort de\ns'en priver et je serai heureux de leur être utile.\nCeux qui ont bien voulu mettre ma compétence à contribution en ont été satisfaits et nos intérêts\nréciproques en ont été améliorés.\nP. S. Je suis a la disposition des lecteurs de la S. /. M. tous les jours de 10 h. a 11 h. et de 4 h. a 7 h.\na mon bureau, 8, rue Drouot à Paris, ou par Correspondance.\n\n(Cette rubrique ri engage pas la responsabilité de la Revue).\n\nBON POUR UN RENSEIGNEMENT FINANCIER GRATUIT\nJ'ai en portefeuille les Valeurs suivantes : Dois-je les garder ou les vendre ?\nJ'ai un capital de francs à placer. Quel emploi dois-je en faire ?\nEcrire lisiblement : Nom, prénoms et adresse :\nDécouper ce bon et l'envoyer sous enveloppe à M. Penaud, 8, rue Drouot, Paris."}]}