{"numero_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_sha256": "2d864db54aa006a31e852d4e7eb5b496588dbbc2a0446e3d94f37138c7a84c89", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1914/02/01_01/bmtnabh_1914-02-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1914/02/01_01/bmtnabh_1914-02-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.2", "titre_corps": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII, par H. Prunières. MOUVEMENTS DE DANSE EN EGYPTE,", "titre_sommaire": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII, par H. Prunières. MOUVEMENTS DE DANSE EN EGYPTE,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.1", "debut_caractere": 340, "fin_caractere_exclue": 676, "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII, par H. Prunières. MOUVEMENTS DE DANSE EN EGYPTE,\npar Valentine Oross. 0 SUR LA DANSE, par Jean dUdme. 0 LA MUSIQUE DE DANSE A\nL'EGLISE : ENQUÊTE. 0 DEUX LIVRES SUR LA DANSE MODERNE.\nL'ACTUALITÉ par\n0 CLAUDE DEBUSSY 0 0 VINCENT D'INDY 0\nEMILE VUILLERMOZ\nLOUIS LALOY. OP. LOCARD. OPOUEIGH. ERIK SATIE. RENÉ LYR."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c003", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.3", "titre_corps": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII", "titre_sommaire": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII", "signature_source": "Henry Prunières", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n\nI\nLes ballets de Cour eurent, dès l'origine, comme les grandes masca-\nrades auxquelles ils succédaient, le caractère de représentations publiques.\nAu dire d'un chroniqueur quelque peu gascon, dix mille personnes\nauraient contemplé, en 1581, les merveilles du\nen la salle de Bourbon. Ce nombre doit être très exagéré, mais il est\ncertain que l'annonce des ballets dansés par le Roi ou par la Reine à\nchaque carnaval faisait grand bruit dans Paris et qu'il n'était petit bour-\ngeois qui ne rêvât de pénétrer dans la salle du spectacle. Et pourtant, que\nde peines, que d'embarras, que de tracas il fallait supporter, pour voir le\nballet du Roi, quand on n'était pas grand seigneur ou prince du sang !\nLe Petit-Bourbon était une des plus vastes parmi les salles où se\ndonnaient ordinairement les ballets. Elle mesurait dix-huit toises de\nlongueur sur huit de largeur 2, plus, à son extrémité, une sorte d'hémi-\ncycle \" un demy rond de sept toises de profond sur huit toises et demie\n\n1 Nous sommes heureux de publier ce chapitre de la thèse de doctorat-ès-lettres que vient de\nsoutenir si brillamment M. Prunières sur Le Ballet de Cour et dont le volume parait aujourd'hui chez\nl'éditeur Laurens. La Rédaction.\n2 Environ 35 mètres sur 15,50."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "de large La disposition de la salle en vue des représentations variait\nselon les circonstances. Pour le Ballet comique de la Reine, Beaujoyeulx\navait fait élever des gradins en amphithéâtre qui montaient par quarante\ndegrés du plancher à une galerie, au-dessus de laquelle courait une\nseconde galerie. Le trône du Roi, couvert d'un dais, faisait face aux\ndiverses décorations dispersées par la salle 2.\nEn 1615, pour le magnifique ballet du dansé\npar Madame avant son départ pour l'Espagne, le petit Bourbon avait été\narrangé de la façon suivante : un grand théâtre, élevé à six pieds 3 du sol,\n\" de huit toises de largeur et d'autant de profondeur 4 \", occupait tout le\nfond. Un grand espace libre s'étendait devant ce théâtre pour les évolu-\ntions des danseurs. Les spectateurs s'entassaient dans les galeries et dans\nle reste de la salle, quelques-uns assis, la plupart debout.\nOn accédait au Petit-Bourbon par diverses entrées. Celle par laquelle\npénétrait la foule se trouvait à une grande distance de la salle et il fallait,\npour y parvenir, traverser une enfilade de pièces, de corridors et de galeries\ndont les portes étaient jalousement défendues par des gardes et des archers.\nSorel décrit dans son roman de Franciontoutes les difficultés que rencontre\nson héros pour assister àun ballet5, probablement le\n( 1615). Francion réussit à franchir le seuil de l'hôtel de Bourbon en mon-\ntrant au capitaine des gardes des vers qu'il a composés et fait imprimer à la\nlouange des personnages du ballet et qu'il veut distribuer dans la salle. En\nmême temps que lui pénètrent différentes gens \" de la connoissance des\nbaladins, les uns portans en leurs mains un masque, les autres un bonnet\nà l'antique et les autres quelque robbe de gaze, et il ne leur estoit point\nfâcheux de faire l'office de valets, pourvu que l'on leur ouvrît librement.\nQuand je fus entré avec toute cette bande, ce ne fut pas encore la fin de\nmes peines ; il me fallut passer tant de portes et tant traverser de\nchambres que je croyois que ce ne seroit jamais fait. Je trouvois de la\ndifficulté partout et mon passeport6 m'étoit bien nécessaire. Outre cela,\n\n1 I3?S° sur *6,5° environ. Voir la description contenue dans le IVe tome du Mercure français,\n1615, p. 9 et suiv.\n2 Ballet Comique, édit. Lacroix, I, 22.\n3 in\\9s-\n- 15n\\5° de côté.\n5 La vraye histoire comique de Francion, composée par N. de Moulinet... A Rouen chez Clément Malassis,\nMDCLXXIII (la première édition est de 1623) (livre IV, p. 251).\nc Les vers imprimés qu'il porte sous son bras."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.5", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "la presse étoit si grande qu'elle me défendoit autant l'entrée comme les\narchers. Enfin je me trouvay dans cette longue galerie de Bourbon qui\njette sur la rivière, où il se fallut arrêter. \" Après une longue attente,\nFrancion voit enfin s'ouvrir les portes de la salle... il se précipite et trouve\ntoutes les places occupées par les courtisans. Il ne sait où se caser et\nfinit par se hisser sur l'estrade des violons qui s'empressent de le prendre\npour un pupitre vivant et d'accrocher à ses vêtements les feuilles de leur\ntablature.\nAu Louvre, dans la grande salle où se dansent la plupart des ballets\ndurant le règne de Louis XIII, l'encombrement est effroyable '. La salle\navait pourtant de vastes proportions. Elle formait un rectangle de cent\ncinquante pieds sur quarante cinq 2. Entre les nombreuses fenêtres qui\néclairaient cette longue salle étaient placées des estrades et des \" galleries\nà trois estages, remplies de sièges partout. \" A un bout de la salle se\nvoyaient les décorations nécessaires au spectacle, à l'autre le trône royal,\nélevé de trois marches, couvert d'un immense dais de velours rouge\ncramoisi. Au plafond pendaient un grand nombre de lustres garnis de\nflambeaux de cire blanche et jaune qui répandaient une vive clarté 3.\nDe grandes barrières défendaient l'accès de l'enceinte réservée aux\névolutions des baladins ; parfois la poussée était si forte qu'elles se\nrompaient. La foule se précipitait alors dans le milieu de la salle d'où les\narchers avaient grand'peine à l'expulser à coups de bâtons et de manches\nde hallebardes 4. Il arrivait même qu'ils n'y parvenaient point et que le\nRoi devaient donner ordre à l'assistance de se retirer sans avoir vu\ndanser le ballet 5. Deux ans de suite, en 1614 et en 1615, les choses se\n\n1 Au ballet du château de Bicêtre, en 1632, \" il n'y avoit guères moins de quatre mille spectateurs,\nla plupart personnes de remarque\". Gazette du 12 mars, année 1632, p. 104 et suiv.\n2 Environ 49 mètres sur 15. Voir la Description de la Grande Salle du Louvre dans le Ballet de\nMonseigneur le duc de Vendosme. Paris, Jean de Henqueville, 1610 (Bibl. Mazarine 3461424, piece 19).\n3 Voir Ballet du Duc de Vendôme. Le Ballet de la vieille Cour mentionne \" huit cens flambeaux\nde cire blanche en huit cens chandeliers d'argent enrichis de cristal.\" Pour la Circé de 1581 au\nPetit-Bourbon, si on en croit Beaujoyeulx \" le nombre infini de flambeaux, qui estoient au-dessus de la\nsalle et tout à l'entour, donnoit telle et si grande clairté, qu'elle pouvoit faire honte au plus beau et\nserein jour de l'année. \"\n4 En 1632, au Ballet du château de Bicêtre : \" Pour faire place il fallut employer quelques descendans\nde hallebardes, et des feintes qui n'estoient pas du Balet. \" Gazette du 12 mars 1632, p. 106.\n5 Voir la lettre de Malherbe du 27 janvier à Pereisc. \" M. de Plainville, capitaine des gardes\nne voulant désobliger personne, laissa entrer tout ce qui se présenta et se trouva 1 enceinte des barrières\nsi pleine qu'un homme seul eût eu de la peine a y passer. La Reine a son arrivée, voyant une telle\nmultitude, se mit en la plus grande colère où je la vis jamais et s'en alla, résolue qu il ne seroit point\ndansé. \" Voir aussi Bassompierre. Mémoires, S. H. /., t. 11, p. 1."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "passèrent ainsi au Petit-Bourbon, aussi décida-t-on de ne laisser pénétrer,\nen dehors des princes et des seigneurs, que les personnes munies d'invita-\ntions, de \" mereaux Malgré cette précaution les plus grands désordres\nne laissaient pas de se produire. Le 29 janvier 1617, le Roi, arrivant\nvers deux heures du matin à la grande salle du Louvre, en trouve l'entrée\nobstruée par une foule si compacte qu'il a toutes les peines du monde\nà se frayer un passage. Une demoiselle passablement effrontée \" se prend\nà ses chausses, disant : \" Si vous entrez, j'entrerai1 \".\nA la porte, le capitaine des gardes avait fort à faire pour repousser\nl'assaut de la foule qui se ruait pour voir danser le Roi. De sanglantes\nbagarres se produisaient parfois. Dans une Tallemant des\nRéaux nous montre la douce Julie de Rochefort exhortant par ses\ncris les gardes à frapper et à tuer les pauvres gens qu'une belle ardeur\nengageait à se bousculer pour entrer dans la salle du ballet. Il était bien\nrare qu'on vit le ballet sans être foulé, pressé, incommodé de mille\nmanières 2. Et quelle patience il fallait à ces spectateurs qui faisaient\nqueue dès le matin pour assister à un spectacle qui ne commençait que fort\navant dans la nuit3 ! On peut s'en faire une idée par la relation officielle\nde la représentation à l'Hôtel de Ville, en 1626, du ballet de la douairière\nde Billebahaut*. Louis XIII, fort satisfait de son ballet donné au Louvre\navec succès, avait décidé de l'aller danser à l'Hôtel de Ville. Il faisait\nainsi grand honneur au peuple de Paris, aussi le Prévôt des marchands et\nles échevins ne ménagèrent-ils rien pour accueillir leur hôte royal avec\nmagnificence. Sur leur ordre, des maçons, menuisiers et charpentiers\nélevèrent des \" eschafauds, théâtres, galeries dans la grande salle \" afin\nd'offrir des sièges confortables aux \" plus belles dames et bourgeoises de\nde la Ville \" conviées en foule à ce spectacle. On commanda à \" l'espi-\ncier \" de tenir prêts grande quantité de flambeaux blancs, tant grands\nque petits, pour mettre dans les chandeliers et croisés... et de préparer\n\" grandes quantités de confitures pour la collation des Princes, masques\n\n1 Héroard. Journal sur Venfance et la jeunesse de Louis XIII, t. 11, p. 208.\n2 Voir, presque à chaque relation de ballet, les doléances du gazetier Loret dans la Muze historique.\nAu ballet du château de Bicêtre il se \" rencontra plus d'accidens qu'on n'en vouloit représenter, car il y\neut une enseingne et autres choses perdues jusques à la valeur de quinze mille escus. Une comtesse y\naccoucha Gazette, 1632, p. 106.\n3 Aussi plus d'un grand seigneur refusait pour cette raison d'assister aux ballets. Voir Tallemant.\nHistoriettes, I, 99.\n4 Elle a été publiée en appendice à l'édition des Mémoires de Loménïe de Brienne par Barrière (in-8°)\n1.1, p. 337 et sur-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.7", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "et autres compagnies Une cuisinière fut mandée pour préparer des\nfestins de poissons, car le ballet se devait danser dans la nuit du carême\nprenant.\nAu jour dit, les gardes du Roi s'emparèrent, dès le matin, de\nl'Hôtel-de-Ville et y organisèrent un important service d'ordre. La nom-\nbreuse assistance vint prendre place sur les estrades durant toute la journée\net y attendit stoïquement plus de douze heures que le ballet commençât.\nPour distraire les esprits, les vingt violons de la Ville jouèrent, de quatre\nheures de l'après-midi à cinq heures du matin, des airs et des danses...\nEnfin, à quatre heures du matin, les masques commencèrent à arriver.\nLe Roi fut harangué par le Prévôt sur les degrés de l'Hôtel-de-Ville.\nIl s'excusa d'être en retard et entra dans une salle pour s'habiller. A cinq\nheures, les violons du Roi firent leur entrée et montèrent sur l'estrade\nque quittèrent les violons de la Ville et le ballet commença. Il dura trois\ngrandes heures, puis le Roi et les seigneurs de sa suite dansèrent les\nbranles avec les principales bourgeoises de l'assistance. Les échevins firent\nensuite aux masques les honneurs d'une superbe collation sur laquelle\nceux-ci se jetèrent avec avidité ; après quoi Louis XIII, toujours costumé,\nmonta en carrosse pour rentrer au Louvre salué par les cris de \" Vive le\nRoi ! \" poussés par la foule massée sur la place de Grève.\nQue le sujet d'un ballet de Cour soit noble ou burlesque, mytholo-\ngique ou romanesque, allégorique ou réaliste, qu'il soit exposé par des\nrécits et des chœurs ou par des tableaux successifs, il n'a jamais qu'un\nobjet : préparer le plus ingénieusement possible la venue des danseurs\naux masques noirs, aux diadèmes d'aigrettes et de plumes, aux tuniques\nenrichies d'or et de clinquant qui traceront dans la salle les diverses\nfigures du Grand ballet.C'est là une curieuse survivance. Le\nreproduit très exactement le type de ces danses figurées italiennes que\ndes dames ou des seigneurs masqués et déguisés, exécutaient à la cour de\nCatherine de Médicis. La Mascarade, puis la Pastorale se sont emparées\ndu ballet, mais le caractère originel de ce spectacle apparaît toujours dans\nle divertissement final. Seuls, de nobles personnages y prennent part et le\ncostume qu'ils portent est, à peu de chose près, toujours le meme : en\ndehors du masque noir (parfois doré) et des aigrettes qui sont de rigueur,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "les danseurs sont vêtus de tuniques découpées dans le bas qui laissent\nà découvert la jambe nue, chaussée d'un brodequin montant jusqu'au\nmollet\nEn quoi consistaient exactement les danses du ? Nous\nne pouvons mieux faire que renvoyer à la description de Beaujoyeulx\npour la Circéde 1581, elle en donne une idée fort exacte : \" Ce fut lors\nque les violons changèrent de son et se prindrent à sonner l'entrée du\ngrand Ballet, composé de quinze passages, disposez de telle façon qu'à la\nfin du passage, toutes tournoyent tousjours la face vers le Roy : devant la\nmajesté duquel estans arrivées, dansèrent le grand ballet à quarante\npassages ou figures géométriques et icelles toutes justes et considérées\nen leur diamètre, tantost en quarré et ores en rond, et de plusieurs et\ndiverses façons, et aussitost en triangle, accompagné de quelque autre\n\n1 Voir la planche hors-texte ci-après."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.9", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "petit quarré, et austres petites figures... A la moitié de ce Balet se feit\nune chaisne composée de quatre entrelacemens différents... \"\nUn livret imprimé nous a conservé le graphique du Grand ballet\nd Alcine en 1610. Les douze figures qui le composent sont ingénieuse-\nment diversifiées et devaient produire un effet gracieux. On s'arrangeait\nparfois pour que chaque figure représentât une lettre de l'alphabet, on\nécrivait ainsi le nom du Roi ou de la Reine, mais le plus souvent cette\nattention délicate passait inaperçue des assistants l.\nA l'origine, le ballet dramatique ne comportait en dehors du\nballet final, que des entrées sérieuses.Dans la des chars font le tour\nde la salle escortés de figurants qui chantent et jouent des instruments.\nSous Henri IV, la mode des mascarades eut pour effet d'introduire dans\nle ballet, à côté des danses nobles, des entrées bouffonnes dont on confia\nd'abord l'exécution à des baladins plus ou moins professionnels. En 1610,\ndans Alcme,des pages porte-flambeaux \" vestus en magots verts\nviennent \" saultans à petits bonds \" jusqu'au More qui les a fait entrer.\nCelui-ci leur donne des confitures et des dragées qu'ils mangent, puis ils\ndansent leur ballet \" en dix façons, tousjours en cadence avec saults,\ngambades, gestes et grimaces différentes \".\nLes théoriciens du ballet distinguent les entrées en sérieuses et en\ncomiques, et recommandent de les entremêler de manière à ce qu'elles se\nfassent valoir les unes les autres. Les entrées ce sont, par\nexemple, les entrées de guerriers, de bergers, de nymphes, de chevaliers,\nde magiciens, de dieux ; les entrées bouffonnes font intervenir des estro-\npiés, des avocats, des démons sous les formes les plus baroques, des\nsatyres, des monstres, des personnages de la comédie italienne et française,\ndes matrones, des indiens et, d'une manière générale, tous les êtres réels\nou imaginaires susceptibles d'être représentés de manière burlesque. Tous\nces figurants arrivent en scène avec leurs attributs : les chevaliers agitent\nleur épée et leur rondache, les boiteux s'appuient sur des béquilles, les\nvillageois ont un panier à la main, les avocats brandissent leurs rôles 2.\n\ni jy[me de gar \" danser une fois un ballet dont toutes les figures faisoient les lettres du nom\ndu Roi. \" Eh bien ! Sire, lui dit-elle après, n'avez-vous pas remarqué comme ces figures composoient\nbien toutes les lettres du nom de Votre Majesté ? Ah ! ma sœur, lui dit-il, ou vous n'écrivez guère\nbien, ou nous ne savons guère bien lire; personne ne s'est aperçu de ce que vous dites. \" Tallemant des\nRéaux. Historiettes, I, p. 92.\n8 Lorsque le ballet est bien réglé, tous ces personnages, après s'être avancés dans la salle, dansent\navec leurs divers accessoires, mais bien souvent ils n'ont pas esquissé quatre pas qu'ils envoient promener"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "Ce qui distingue les entrées des b proprement dits, c'est qu'elles\nont toujours un caractère expressif. Beaucoup d'entre elles sont de\nvéritables pantomimes cadencées et celles-là même qui comportent des\névolutions géométriques n'en gardent pas moins un caractère descriptif\nqui contraste avec l'admirable fête des yeux, sans signification dramatique\ndu Grand ballet. Ce sont les entrées qui constituent la comédie muette,\nl'action du ballet de Cour ; les danses figurées du Grand ballet et de\ncertains intermèdes n'ont qu'un intérêt purement plastique.\nBeaucoup d'entrées ne sont pas, à proprement parler, des danses.\nL'amoureux sexagénaire de la douairière de Billebahaut s'avance pesam-\nment, suivi de quatre barbons que des bottes immenses, aux éperons trop\nlongs, embarrassent et font trébucher. Un juge accompagné de son\ngreffier se dandine avec une gravité ridicule, Mahomet, une plume à la\nmain, un turban gigantesque sur la tête, marche derrière deux enfants qui\nportent le Coran ouvert sur leur dos. Le Cacique fait son entrée monté\nsur un éléphant, précédé de trois nègres qui frappent sur de petits\ntambours, et suivi de cinq Africains gesticulant et gambadant.\nEn dehors de ces danses ou de ces défilés, beaucoup d'entrées sont\nde véritables pantomimes : dans Tancrle magicien Ismène fait âes\nconjurations en cadence au son des violons qui sonnent un air mélan-\ncolique. \" Il fait un cercle et des charactères avec sa verge, se plante au\nmilieu du cercle, ayant un pied nud. Trois fois se tourna vers l'Orient, et\ntrois fois vers le couchant ; trois fois secoua sa baguette et trois fois du\npied nud frappa la terre \".\nLes scènes réalistes ou burlesques sont aussi en grand nombre : Dans\nles Fées des forets de Saint-Germain, des médecins sur leurs mules courent\nla quintaine. Dans le Château de Btcêtre trois faux monnayeurs se livrent\nà leur dangereux métier, un d'eux forge le métal, un autre travaille avec\nune pince.\nCes tableaux et ces pantomimes n'ont qu'un rapport très éloigné\navec la danse theatrale traditionnelle ; on rencontre pourtant dans les\nballets des scènes qui s'en éloignent encore davantage. Ce sont de véri-\ntables tours d acrobatie. Ainsi, en 1641, dans le Ballet de la Prospérité des\nArmes de France, un italien nommé \" Cardelin \" exécutait cent tours\n\ntout ce qui les gene. Saint-Hubert s en scandalise fort : 6i Je trouve que cela n'est nullement à propos\nde voir entrer des gens d une façon et sortir d'une autre ! \" La manière de composer et faire réussir les\nballetsy MDCXLI, p. 10."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.11", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "d'adresse. Dans le ballet du château de un Espagnol faisait la roue\n\" encore qu'il fust vestu en pèlerin, le roquet sur les espaules et la petite\nboëte de fer blanc àsa ceinture Il était suivi de son valet qui \" passoit\npar humilité en dansant sous les caprioles de son maistre Dans les\ndes forets de Saint-Germain l'entrée des couppes testes était un prétexte à\nscènes de clowneries. Les figurants se livraient combat en cadence, d'un\ncoup de sabre ils faisaient voler en l'air la tête ou le bras (en carton) de\nleur adversaire qui continuait à ferrailler comme si de rien n'était.\nNi les livrets, ni les mémoires n'autorisent à croire, comme on le\nfait souvent, que des danses ordinaires : pavanes, gaillardes, voltes ou\nbranles, aient trouvé place dans les entrées de manière habituelle. On ne\nles employait que fort rarement et seulement lorsque la situation drama-\ntique l'exigeait. Des paysans, conviés à une noce, exécutaient plaisamment\nun branle de village, ou bien des Espagnols esquissaient un pas de sara-\nbande en jouant de la guitare. La danse propre aux ballets n'avait rien de\ncommun avec la danse du bal ; les pas n'étaient point assujettis a des\nrègles traditionnelles ; ils variaient à l'infini. Le soin de regler les évolu-\ntions des figurants était confié à des chorégraphes professionnels. Quelques\nseigneurs ne laissaient pourtant pas de s'en mêler et 1 on sait combien\nLouis XIII était fier du ballet de la Mer lais on dont il avait lui-même\ninventé \" les pas, les airs et la façon des habits 1 . Ce n était pas une\npetite affaire que d'enseigner aux courtisans ce qu'ils avaient à faire ;\naussi Saint-Hubert conseille-t-il d'avoir un maître a danser \" pour trois\nou quatre entrées seulement et de s'y prendre un peu a 1 avance ; 4 Ce\nn'est pas trop de quinze jours pour un grand ballet et huict pour un\n* . ))\npetit .\nL'organisation et l'exécution des ballets royaux demeuraient entre\nles mains d'un petit groupe de seigneurs, toujours les memes. De 1610 a\n1640, on retrouve sans cesse les mêmes noms dans les livrets et les\nrelations 1 c'est le duc de Nemours, 1 intendant suprême des fetes de\nCour, qui, sur ses vieux jours, goutteux et perclus, ne laissera pas de\nparaître encore sur la scène dans des rôles convenables à son état. Ce sont\nles ducs de Vendôme et de Metz, le maréchal de Bassompierre, le comte\nde Cramail, grand amateur de théâtre, Vitry, le baron de Termes, le\nbaron de Clinchamp, M. de Liancourt dont l'agilité est célèbre, Mon-\n\n1 Galette du 22 mars 1635. {Extraordinaire).La musique de ce ballet se trouve dans la collec\ntion Philidor, t* 111, p. 25."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "poullan, Challais, Palluan, Blainville, Courtanvauît, le comte de Soissons,\nles ducs de Longueville, de Créquy, de Montmorency, d'Elbeuf.., Gaston\nd'Orléans raffole des petits ballets met excelle dans les rôles\nbouffons. Le Roi, après la mort de Luynes, s'y complait aussi ; il se\ndéguise en femme, en musicien de charivari, en capitaine hollandais, en\ncombattant grotesque, en fermier ! Il \" dansoit assez bien en ballet,\nassure Tallemant, mais il ne faisoit jamais que des personnages ridicules\nIl n'y avait qu'un petit nombre de baladins de métier employés aux\nballets du Roi. Les maîtres à danser se contentaient de surveiller les\nrépétitions et ne prenaient que fort rarement part à l'exécution. Bocan,\ncélèbre dans l'Europe entière, n'est pas nommé une seule fois dans les\nlivrets de ballets. Les plus renommés parmi les danseurs étaient pour la\nplupart des amateurs qu'un long entraînement et des dispositions parti-\nculières avaient mis en mesure de rivaliser avec les professionnels. Ils\nappartenaient un peu à tous les milieux. Beaucoup étaient musiciens,\nmais on en recrutait aussi dans la bourgeoisie et jusque dans le Parlement.\nLe titre de \" danseur ordinaire des ballets du Roi \" était fort convoité.\nCeux-là même qui ne prenaient part que d'une manière irrégulière aux\nreprésentations étaient fiers d'y paraître et excitaient l'envie. Aussi relève-\nt-on sur les listes des danseurs les noms d'un musicien comme Cham-\nbonnières, d'un avocat au conseil comme Cabou, d'un poète comme\nBoisrobert.\nM. de Belleville, \" le premier homme de sa profession \" fut l'ordon-\nnateur des ballets de Louis XIII, durant de longues années. Il était bon\nmusicien et nous savons qu'il avait composé \" généralement tous les airs\net tous les pas \"de la Délivrance de Ret de\nLe duc de Nemours avait à son service le baladin La Barre dont le\nnom revient sans cesse dans les livrets où il voisine avec ceux des autres\ndanseurs habituels des ballets de Cour : Picot, Delfin, Verpré, Sainctot,\nMorel, Le Camus, Mairesse, Barbonnat, Robichon, Poyanne, Prévost,\nHainaut, etc... Le noble M. de Liancourt est si féru de ballet qu'il\ndispute aux professionnels leurs emplois ordinaires et se mêle à leur\ntroupe. Mais le héros de tous les ballets du règne de Louis XIII, c'est\n1 incomparable Marais. Il paraît pour la première fois sur la scène dans le\nballet de Madame,en 1615, et y fait merveille. Ce Marais semble avoir\nété un mime prodigieux et aussi un bon musicien. En 1617, il repré-\nsente \" Armide en ses furies et ses chants \" ; en 1625, il se ait applaudir"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.13", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "sous les traits de Guillemine la quinteuse,puis \" courre la quintaine habillé\nen docteur et chevauchant une \" mule contrefaite Bref Marais tient\nles premiers rôles bouffes dans tous les ballets de ce temps.\nA partir de 1630 environ, toute idée de préséance disparaît. En\ndehors du Grand ballet,réservé aux seuls gentilshommes, les baladins\nroturiers prennent part à toutes les entrées. Il est même d'usage d'enca-\ndrer les grands seigneurs, dont l'adresse à danser n'est pas toujours\nextrême, de quelques baladins excercés qui les tirent au besoin d'un\nmauvais pas, les guident et les entraînent.\nOn peut se faire une idée de la magnificence et de la fantaisie des\ncostumes de ballets d'après les nombreux recueils de dessins qui nous ont\nété conservés et les descriptions minutieuses des livrets. Les grands sei-\ngneurs dépensaient des fortunes pour porter des habillements dignes\nd'eux \\ Aussi bien rarement les figurants étaient-ils vêtus de manière\nrationnelle. Un baladin jouait le personnage d'un ambassadeur avec un\ncostume de toile et un gentilhomme celui d'un mendiant avec un vête-\nment de soie et de velours. Saint-Hubert proteste contre cette habitude :\n\" Il faut exactement que chacun soit vestu suivant ce qu'il représente.\nQuelqu'un me dira que si l'on habilloit un cuisinier suivant son mestier,\nqu'il luy faudrait donner un habit et une serviette grasse qui feroit mal\nau cœur à la compagnie. J'ay à répondre que l'on le peut habiller avec\npeu d'ornement et au lieu de serviette grasse, luy en donner une de\ntaffetas blanc ou de gaze...2 \" On voit que de toute façon le réalisme\nn'était pas de mise dans les costumes de ballet. Il faut pourtant noter\nquelques tentatives de couleur locale assez réussies. Dans la Douairière de\nBillebahaut, paraissent des lapons et des orientaux dont les costumes sont\nassurément moins fantaisistes que ceux que porteront, dans des rôles\nsemblables, les chanteurs d'opéras au XVIIIe siècle.\nUn goût singulier pour les couleurs voyantes préside au choix des\nétoffes. Les rouges, les bleus et les verts sont souvent associés de maniéré\nbarbare, surtout dans les habillements destinés aux musiciens, aux porte-\nflambeaux et autres figurants qui ne peuvent faire les frais de vêtements\nsomptueux. Le burlesque de certaines entrées consiste uniquement dans\nle costume des danseurs. Les démons d'Armide portent de grands chappe-\n\nTallemant nous montre M. de Montmorency obligé d'emprunter au financier Puget pour\npouvoir figurer dans le ballet du Roi. Historiettes, VIII, p. 116.\n2 La manière de p. 19."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.14", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "rons, \" un corcet de satin noir \" des culottes à l'antique et des bottes\n\" esperonnees \" Dans la Douairière des sont\nvêtus d'une seule veste rouge qui leur tombe aux pieds et les Hofnaques\nde hauts-de-chausses verts qui leur montent au menton. Dans presque\ntous les ballets, on voit des personnages doubles, par exemple des andro-\ngynes dont un côté du corps est viril, l'autre féminin, dont le bras droit\nbrandit une masse d'armes et le gauche une quenouille. Mais ce sont les\nmasques qui donnent aux figurants leur véritable caractère. Il y en a de\ntoutes les sortes, depuis le simple loup qui cache le milieu de la figure,\njusqu'au masque de Venise qui reproduit finement tous les traits d'un\nvisage ; depuis les faux nez jusqu'aux têtes postiches en carton ou toile\npeinte. Cette variété était nécessaire puisqu'aucun danseur ne paraissait\ndans un ballet sans être masqué. On s'explique mieux dès lors l'usage des\ntravestis féminins. Dans les ballets du Roi on trouve en effet mention\nd'entrées de nymphes ou de déesses. Or, les dames ne sont admises à\nparaître que dans les ballets des Princesses en compagnie desquelles elles\nexécutent des danses figurées. Ce sont donc toujours des hommes qui\ntiennent les rôles de femmes dans les ballets du Roi. Souvent les masques\nsont si bien faits et les vêtements si adroitement ajustés que ces travestis\nne paraissent nullement ridicules. Il en sera encore longtemps ainsi et, à\nl'Opéra, ce seront des baladins qui, jusqu'en 1681, danseront les entrées\nde nymphes, de prêtresses, etc.\nLes musiciens étaient associés de la façon la plus étroite aux danseurs\ndans les ballets de Cour. Ils réglaient leurs évolutions, les accompagnaient\nen leurs entrées et exposaient par des récits et des chœurs le sujet du\nspectacle. Il n'était point rare qu'un ballet royal nécessitât l'intervention\ndes musiques réunies de la Chambre, de la Chapelle et de l'Ecurie. Tous\nces artistes, pour prendre part à l'exécution du ballet, se séparaient en\nplusieurs groupes ayant chacun ses attributions, sa mission particulière :\nles violons^terme générique sous lequel on englobait tous les instruments\nà archets, jouaient les ballets proprement dits, les instruments à vent ou à\ncordes pincées accompagnaient sur la scène les figurants ou soutenaient de\nleurs accords la voix des récitants ; enfin les chanteurs se divisaient en\nsolistes, jouant et actionnant, et en choristes qui tantôt paraissaient sur le\nthéâtre et tantôt demeuraient invisibles.\nLorsque, vers 1610, des livrets imprimés et des relations nous\ndonnent une idée de l'organisation matérielle du ballet du Cour, l'or-"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.15", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "chestre de danse qui, en 1521, accompagnait dans la salle l'entrée des\ndanseurs, est isolé sur une estrade placée à quelque distance de la scène.\nIl arrive pourtant que, par une survivance de l'ancienne coutume, les\nviolons fassent d'abord leur entrée avant de gagner leur échafaud. Ainsi\ndans Alctne les violons, déguisés en esclaves turcs, font leur apparition\nsur la scène par groupes de trois. La première troupe joue la partie de\nla seconde celle de haute-contre^la troisième celle de la\nquatrième celle de quinta pars et la dernière celle Une fois\nau complet, ils reprennent leur morceau tous ensemble avant de monter\nsur l'estrade où ils vont se tenir jusqu'à la fin du spectacle. En 1617, pour\nla Délivrance de Renaud,ils sont logés en une \" niche séparée1 \" sur le\nthéâtre même, semble-t-il, mais, en général, leur estrade est dressée au\nmilieu de la salle. Marolles recommande qu'elle soit orientée de manière\nà ce qu'ils puissent \" voir commodément les Danseurs et les Machines...\nafin d'y ajuster leurs concerts 1 \". Si l'on en croit Sorel, les musiciens\nn'avaient pas toujours leurs aises, on oubliait parfois de leur donner des\npupitres et ils ne savaient après quoi suspendre leurs tablatures manuscrites3.\nA la Cour, l'orchestre de danse était constitué par la bande des\n\" Vingt-quatre violons du Roy \", célèbre en Europe par l'agrément des\ndiminutions, ornements et enjolivements dont elle brodait avec art la\ntrame un peu nue des airs de ballets4. Ils jouaient toutes les danses figurées\net les entrées que n'accompagnait pas un orchestre de scène ; encore\narrivait-il que ce dernier se contentât d'escorter les baladins dans la salle\noù les violons les faisaient danser 5. Il en était de même pour les chœurs\nqui saluaient de leurs chants l'arrivée des figurants puis se taisaient\npour les laisser commencer leur ballet au son des violons. Souvent l'or-\nchestre de danse rythmait les gestes des pantomimes dans les scènes\ndramatiques. Dans XAventure de Tpar exemple, le magicien\nIsmène faisait \" ses conjurations en cadence au son des violons qui\nsonnoient un air mélancolique.\"\nLa composition des orchestres de scène était assez hétéroclite. Des\n\n1 Discours au vray, p. 6.\n2 Mémoiresy 111, 115.\n3 Francion, livre V, édit. de 1673, p. 253.\n4 Ecorcheville. Vingt suites cf orchestre du XVII* siècle français.\n5 On lit fréquemment dans les livrets des indications de ce genre : \" Puis entrèrent des bergers\nconduits par des musettes jusques dans la salle, ou les violions les firent danser. \" Ballet du Roy ou la\nvieille Cour... Lacroix, V, p. 64."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.16", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "artistes de la Chambre et de l'Ecurie y voisinaient et toutes les variétés\nd'instruments à vent ou à cordes pincées, flûtes, hautbois, musettes,\ncornets, cors de chasse, luths, lyres, guitares, théorbes, etc., y étaient\nreprésentées.\nOn a vu que les musiciens, déguisés et masqués, accompagnaient en\njouant les personnages de l'entrée jusque dans la salle, puis laissaient aux\nviolons le soin de les faire danser. Pourtant dans certaines entrées de\ncaractère, les baladins dansaient aux accents de l'orchestre de scène. Dans\nTancre de, quatre cornets, joués par des satyres, rythment les pas de quatre\nsilvains, quatre hautbois ceux de quatre silènes et six flûtes ceux de\nquatre dryades. Dans la Douairière de des guitaristes grattent\nune sarabande qu'exécutent des \" grenadins 1 \" Dans les Nymphes bocageres\nde la forêt sacrée,des bergers dansent au son des flûtes. Mais c'était\nl'exception. Il arrivait aussi qu'un instrumentiste sur la scène jouât en\ns'accordant avec les violons. Dans le b\npour l'entrée de la République de Berne deux tambours battaient \" à la\nmode du païs avec un fiphre qui jouoit l'air avec les violons du Roy \".\nSouvent les musiciens formaient à eux seuls une entrée de ballet.\nDans les Fées des forests de Saint-Germaides chasseurs campagnards\n\" viennent dansans un ballet sous le chant qui sort de leurs cors \" puis\ns'approchant du mannequin figurant la Musique, ils \" prennent leurs\nluths accrochez autour de son vertugadin... et dansent un autre ballet\naux doux chants de leurs voix et de leurs luths \". D'autres fois les musi-\nciens se contentent de faire en marchant le tour de la salle en sonnant de\nleurs instruments. Dans la Douairière de Billebahaut, la musique de\nl'Amérique est composée d'un Indien qui frappe sur des gongs et de\nquatre joueurs de cornemuse, les musiciens de la douairière défilent vêtus\nde costumes extravagants ; quatre soufflent dans des hautbois, deux dans\ndes bassons. On trouve aussi dans les ballets de nombreuses scènes de\ncharivaris : telle, en 1627, cette \" sérénade de grotesques dont les instru-\nments sont des vieles, trompes marines, lanternes, grils, jambons et pieds\nde pourceaux. Les entrées de hautbois, de flûtes, de musettes et de luths\nsont innombrables dans les ballets dansés sous Louis XIII.\n\n1 Entrée des grenadins : \" les uns jouaient de la guyterre scavoir le Roy, M. le grand Prieur et\nM. de Barradas ; deux dansoient la sarabande, le comte d'Harcourt et le commandeur de Souvray ; et\nle marquis de Mortemar représentoit un musicien de Grenade. (Mercure de France, 1626, p. 191 et\nsuiv. Cette scène est représentée sur les dessins du Louvre n° 32.643-7."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.17", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "Les entrées de luth avaient le caractère d'un véritable concert destiné\nà délasser l'assistance du spectacle des danses. On trouve la musique de\nbeaucoup de ces entrées dans la tablature de Robert Ballard1 et les\nrecueils de costumes nous en montrent quelquefois l'ordonnance scénique.\nLes exécutants sont au nombre d'une douzaine, ils portent des vêtements\nassez peu recherchés, une veste bleue unie et une longue jupe rouge.\nIls avancent lentement en grattant leurs instruments2. 11 est rare que des\nluths seuls composent l'orchestre ; le plus souvent des théorbes, des\nmandores, parfois des guitares prennent part à l'exécution.\nLes récits étaient chantés soit par des professionnels, soit par des\namateurs de talent. Il n'y avait aucune règle précise à ce sujet. Dans la\nDélivrance de Renaud, Marais jouait le rôle d'Armide, de Luynes chantait\nun air et le fameux Le Bailly \" qui se peut glorifier d'avoir et d'avoir eu\nla plus belle et plus charmeuse voix de son temps 3 \" chantait le court\ndialogue de l'hermite avec les soldats.\nVers 1630, les noms de Chancy, de Moulinié et de Justice repa-\nraissent souvent sur les livrets ; on y trouve aussi ceux du duc de Morte-\nmart et de Pierre de Nyert, qui ne dédaignaient pas de se faire entendre\ndans les ballets. Sous Louis XIII, il n'est pas question de femme ayant\nchanté sur la scène. Au temps de Henri IV, la jeune Angélique Paulet\ns'était pourtant fait entendre dans le en 1609, avec un\ntrès grand succès.\nDans les ballets mélodramatiques,les récits surgissaient de manière\nirrégulière toutes les fois que les nécessités de l'action le commandait.\nAu contraire, dans les ballets a entrla place des récits est presque\ninvariable, il y en a un au commencement de chaque partie et un autre\ngénéralement polyphonique, avant le Les récits ne sont pas\ntoujours chantés par les personnages qui sont censés les prononcer. Il\narrive que le figurant de la première entrée envoie devant lui son récit,\nsuivant l'expression consacrée. Ainsi, dans les Fées des forest de Saint-\n\n1 Bibl. Mazarine 4761, B. Voir Michel Brenet. Notes sur Vhistoire du luth. Bocca frat. Turin.\n2 Dessin du Louvre 32.663.\n3 Discours au vray, p. 20. Henri Bailly était un compositeur remarquable. \"On se persuade,\nassure La Mothe (dans son Discours sceptique sur la Musique) que les airs modernes du Bailly... valent\nbien ceux de Phemius et de Demodocus dans Homère\", Œuvres, t. IV, p. 250. Mersenne célèbre sa\nméthode de chanter et le loue de faire sonner toutes les syllabes. Harmonie Universelle. Des chants,\n356 et passim. En 1617, il était \" Musicien ordinaire du Roy \" (Ms. fr. 12.526 f° 433)- H mourut, le\n24 septembre 1637, surintendant de la \" Musique de la Chambre du Roy \" et fut inhumé à Saint-\nEustache (Ms. fr. 12.526 f° 127 b."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.18", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "Germaini Guillemine la quinteuse et ses sœurs sont précédées par des\nmusiciens qui chantent à leur place. Il en va de même dans la plupart\ndes ballets a entrées.\nL'artiste chargé du récit est masqué et costumé, il est souvent\naccompagné d'une petite troupe de musiciens qui soutiennent sa voix du\nson de leurs instruments et reprennent en chœur le refrain. D'autres fois,\nil paraît seul et s'accompagne lui-même sur un luth, une guitare ou un\nthéorbe. Les costumes des chanteurs sont d'un symbolisme puéril. Le\nrécit d'Alizon la Hargneuse est débité par un personnage à l'aspect\nguerrier. Un canon le coiffe, des mousquets et des épées s'entrecroisent\nautour de ses épaules et de sa taille, de lourdes bottes lui montent à la\nceinture ; tout cet attirail devait être fort gênant pour jouer du luth !\n\nHenry Prunières."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c007", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.4", "titre_corps": "Cl. Laurens", "titre_sommaire": "Cl. Laurens", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 97, "texte": "Cl. Laurens\nENTRÉE DES DANSEURS DU GRAND BALLET\n(Extrait du Ballet de Cour en France avant Lully)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c008", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.5", "titre_corps": "DANSES EGYPTIENNES, par Valentine Gross", "titre_sommaire": "DANSES EGYPTIENNES, par Valentine Gross", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 39, "texte": "DANSES EGYPTIENNES, par Valentine Gross"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c009", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6", "titre_corps": "QUELQUES MOUVEMENTS DE DANSE EN EGYPTE", "titre_sommaire": "QUELQUES MOUVEMENTS DE DANSE EN EGYPTE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.21", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "QUELQUES MOUVEMENTS DE\nDANSE EN EGYPTE\n\nMUe Valentine Gross, qui prépare un\nde danse, a bien voulu nous communiquer ici quelques uns des textes qu'elles a\nréunis, et qui ont trait a la danse en Egypte, en les faisant précéder de ces mots\nd'explication.\n\" Avant tout chantons les Muses Hélikoniades qui du Hélikôn habitent\nla grande et sainte montagne, et, de leurs pieds légers, autour de la Fontaine\nviolette et de l'autel du très puissant Kroniôn, bondissent ; et qui, dans le\nPermessos ayant lavé leur corps délicat, ou dans l'Hippoukrènè, ou dans\nl'Olmios sacré, au faîte du Hélikôn mènent les danses belles et désirables, et\nagitent les pieds avec force.\nAinsi chantait Hésiode, et, depuis, littérateurs, poètes et savants ont célébré\nla danse. 11 existe des ouvrages admirablement construits et documentés dont le\ntexte fournit d'amples renseignements sur la théorie et l'histoire de l'art chorégra-\nphique. Il en existe d'autres qui donnent en même temps la reproduction photo-\ngraphique de quelques documents peints et sculptés. Il n'en existe aucun dont la\ndocumentation figurée soit aussi complète que la documentation littéraire. Aucun\nartiste n'a tenté de construire un recueil des mouvements de danse en traduisant\nlui-même et de façon exacte et claire toute l'histoire de l'arabesque saltatoire."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.22", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "C'est ce que j'ai voulu réaliser dans une œuvre, à la fois personnelle et\nimpersonnelle. Impersonnelle en ce sens que le texte sera composé de tout ce qui\nfut écrit sur la danse, et que les dessins qui accompagneront ce texte seront la\ntraduction précise de tout ce qui fut figuré ; personnelle puisque j'y joindrai des\ninterprétations décoratives, synthèses expressives de l'enrythmie plastique, d'une\népoque, d'un pays, dans son atmosphère musicale, ses costumes, ses décors.\nCe sera comme une sorte de \" symphonie des attitudes et mouvements de\ndanse \" les plus harmonieux depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, une sorte\nd'anthologie des plus beaux rythmes de la \" poésie du geste \" une sorte de\n\" florilège \" eut dit Mallarmé.\nAinsi de l'Egypte seule j'ai pu réunir environ 25 documents iconographiques\ndont l'un seulement donne parfois jusqu'à 10 mouvements ou attitudes de danse.\nPourquoi ont-ils été négligés jusqu'à ce jour ? Pourtant, ces mouvements et ces\nattitudes ont une beauté, un intérêt indiscutables, et ils sont proches des\nmouvements de danse les plus modernes. On peut y retrouver quelques uns des\npas et positions des danseurs actuels : la pirouette, l'entrechat, le grand battement\nmême. On y voit des solos de danse, des pas de deux, et des chœurs certains ont\nl'apparence de véritables ballets. \"\nLorsque les Egyptiens se rendent à Bubaste pour la panégyrie de\nDiane, ils arrivent par eau sur des barques remplies de l'un et de l'autre\nsexe confondus ensemble ; quelques-unes des femmes font résonner des\ncrotales, et des hommes jouent de la flûte pendant toute la navigation.\nLe reste remplit l'air de chants -et de battements de mains. Quand ils\npassent devant une ville, ils poussent la barque vers la terre, et tandis\nqu'une partie des femmes continue à faire ce que je viens d'indiquer,\nquelques-unes attaquent, par des railleries et des cris, les femmes de la\nville ; d'autres se mettent à danser, ou, se tenant debout, retroussent leurs\nvêtements. Les mêmes choses se répètent à toutes les villes qui se\ntrouvent le long du fleuve. (Hérodot\nOsiris honora Hermès qui était doué d'un talent remarquable pour\ntout ce qui peut servir la société humaine. En effet... Hermès donna\naux hommes les premiers principes de l'astronomie et de la musique ; il\nleur enseigna la palestre, la danse et les exercices du corps. Il imagina\nla lyre à trois cordes...\n(Diodore de Sicile. Bibliothèque historique. Livre I. )"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.23", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 937, "texte": "... On raconte\nque lorsqu'Osiris\npassait par l'Ethi-\nopie, on lui amena\nles satyres qu'on\ndit être couverts\nde poils jusqu'aux\nreins. Osirisaimait\nlaj oie, la musique\net la danse ; aussi\nmenait-il à sa suite\ndes chanteurs par-\nmi lesquels étaient\nneuf filles instrui-\ntes dans tous les\narts Osiris attacha à son expédition les satyres qui se distinguaient\npar le chant, la danse et le jeu.\n(Diodore de S\nOsiris, tu ne connais ni les tristes soucis, ni le deuil : ce que tu\naimes, ce sont les danses, les chansons\nOn ne saurait trouver\nd'anciennes imitations qui\nn'aient été accompagnées de\ndanse. Orphée et Musée, les\nplus excellents danseurs qui\nfussent alors, en instituant les\n<\nmystères, ont regardé la danse\ncomme ce qu'il y avait de plus\nbeau, et ils ont ordonné qu'on\nne put exprimer les choses\nsaintes sans la danse et le\nrythme.\n(Lucien de Sam\nDe la danse.)\nL'ancienne fable du Pro-\ntée Egyptien ne me parait être"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.24", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "autre chose que l'emblème d'un danseur fort habile dans la pantomime,\nlequel avait l'art de s'assimiler à tout et de prendre, pour ainsi dire, toutes\nsortes de formes : en sorte que, par la rapidité de ses mouvements, il\nimitait la fluidité de l'eau, la vivacité de la flamme, la férocité d'un lion,\nla colère d'un léopard, l'agitation d'un arbre, en un mot, tout ce qu'il\nvoulait. Mais la fable qui ne reçoit que des choses merveilleuses, publia\nbientôt qu'il devenait effectivement ce qu'il ne faisait qu'imiter.\n(.Lucien de Samosate. —De la danse.)\nN\nEntre tous les peuples et nations du monde, il n'y eut jamais un\nplus superstitieux, un plus idolâtre,\nni qui ait tant falsifié la vraye Reli-\ngion que les Egyptiens. Ils avoient\n(entre toutes les autres infinies idoles\nqu'ils adoroient) un veau nommé Apis\net Serapis auquel ils référoient tout\nleur bien et félicité... et célébroient\ndes jeux et des banquets... à la feste\nde leur veau Dieu Serapis ; ou après\nles festins ils faisoient des Danses,\nmomeries, jeux et autres solennelles\nreioyssances.\n(Paradin. Le Blason\ndes Danses 1556.)\nLes Egyptiens qui passent pour l'un des plus anciens peuples du\nmonde, et pour avoir eu les premiers la connoissance des Sciences et des\nArts, firent de leurs danses des hiéroglyphes d'actions, dont les caractères\nsemblent avoir été imités dans le Traité de la chorégraphie de Feuillet...\nIls en avoient aussi de figurées, pour exprimer leurs mystères. Platon qui\nfut leur disciple et leur admirateur ne put assez louer le génie de celui\nqui, le premier, avoit mis en concert et danse l'Harmonie de l'Univers\net tous les mouvements des astres, exprimés par la danse astronomique : il\nconclut de là qu'il devait être un Dieu ou un homme divin.\n{Bonnet. Histoire générale de la 1723.)"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.25", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "... La Danse\nfut un des points\nfondamentaux\nde leur culte.\nCelle qu'ils ima-\nginèrent pour\nexprimer les di-\nvers mouve-\nments des As-\ntres, fut la plus\ningénieuse ; et\ncelles qu'ils in-\nstituèrent dans\nles suites, pour\nla fête d'Apis furent les plus solennelles. Les Prêtres revêtus d'habits écla-\ntans, et sur des airs harmonieux d'un caractère noble, exécutoient la\npremière en tournant autour de l'autel. Ils le considéroient comme le\nsoleil placé dans le milieu du ciel, et ils figuroient par leur Danse, le\ncercle des signes célestes sous lequel l'astre de la lumière fait son cours\njournalier et annuel. Ils exécutoient les autres dans la consécration du bœuf\nApis. Le Taureau... trouvé par les Prêtres, nourri pendant quarante jours\ndans la ville du Nil et servi par des femmes nues, étoit enfin conduit à\nMemphis dans une barque dorée. A son arrivée, les Prêtres, les Grands\nde l'Etat et le Peuple, alloient le recevoir avec la plus grande pompe et le\nconduisoient dans le temple au son de mille instruments. C'est alors que\nles Prêtres figuroient dans leur marche et dans le temple, les exploits, les\nconquêtes et les bienfaits d'Osiris. Leur danse en étoit la représentation\nannuelle : d'abord c'étoit sa naissance mystérieuse, les amusements de son\nenfance, ses amours avec la déesse Isis. Ils le peignoient ensuite entouré\nd'une troupe de guerriers, de satyres et de muses, allant conquérir les\nIndes pour leur faire connoître la vertu et pour répandre l'abondance et\nle bonheur. Ils passoient de cette action à son triomphe sur ses barbares\nfrères. L'Egypte le couronnoit, le reconnaissoit pour son frère, pour son\nbienfaiteur, pour son Roi, On réservoit son apothéose et celle d'lsis pour\nle temple ; et ce spectacle aussi important que magnifique était terminé\npar des Danses vives et gaies qui faisoient passer la joie et l'amour dans\nle cœur d'un peuple innombrable qui en avoit été le spectateur. Selon les"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "livres sacrés des Egyptiens, le bœuf Apis ne\ndevoit vivre qu'un temps limité on lui\nfaisoit des obsèques magnifiques. Les Prêtres\nexécutoient alors sur le rivage, dans les rues\net dans le temple des Danses funèbres qui\nexprimoient le malheur que les Peuples pleu-\nroient et tout restoit plongé en Egypte dans\nle deuil jusqu'à l'apparition du nouvel Apis.\nDans ce moment, les fêtes, les festins, les\ndanses recommençoient comme si Osiris eut\nparu lui-même. Les réjouissances publiques\nduroient ainsi pendant sept jours.\n(De Cahueac.\nancienn 1754.)\nLes Egyptiens connurent très anciennement la saltation. Je n'en\nveux pour preuve que le fable du Protée qui fut un roi d'Egypte. Le\npouvoir qu'on lui attribue de prendre lorsqu'il le vouloit, toutes sortes de\nformes n'est qu'une allégorie ingénieuse de l'habileté de ce Prince dans\nl'art pantomimique. Les Egyptiens avoient institué en l'honneur du Dieu\nApis, des Danses sacrées, où ils exprimoient successivement et la douleur\nde 1' avoir perdu et la joie de l'avoir retrouvé. J'observerai à ce sujet que\nchez ce peuple la Danse\nfut toujours liée aux\nr ! • 1 • \"\ncérémonies religieuses,\net que les lois fonda-\nmentales en avoient dé-\nterminé l'usage et le\ncaractère.\n[De V Au\nDe la saltation thé-\nâtrale, 1790.)\nDans le premier\nâge du monde, les\nhommes chantèrent les\nbienfaits du Créateur,"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.27", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1796, "texte": "ils dansèrent pour exprimer leur joie et\nleur reconnaissance. La danse était un\nsigne d'adoration et ceux qui considé-\nraient la divinité comme l'harmonie de\nl'univers, pensaient que des chœurs de\nchant et de danse, images du concert\net de l'accord de ses perfections, pou-\nvaient seuls l'honorer dignement. Ces\nprêtres se persuadaient que le Dieu\nqu'ils adoraient en dansant, leur inspi-\nrait cette fureur sacrée, prélude ordi-\nnaire des oracles ; le plus grand nombre\nétait de bonne foi. Tous les peuples de\nl'antiquité ont fait de la danse l'objet\nprincipal de leur culte, et leurs prêtres\njouaient des jambes et des bras, s'exer-\nçaient vigoureusement à la pirouette avant de commencer leur cours de\nthéologie....\nLes peintures des hypogées nous montrent assez souvent des exercices\ngymniques, des tours de force et d'adresse exécutés non seulement par\ndes hommes mais par des femmes. On y voit également des concerts\nquelquefois accompagnés de danses, et on trouve dans les tombeaux une\ngrande quantité d'instruments de musique..., dans les peintures du British\nMuséum, les servantes et les danseuses sont nues.\nLouis Ménard. Histoire des anc 1883.)\nSi on en juge par les monuments, la musique et la danse étaient\nfort en honneur dans la société égyptienne... La danse était aussi bien\nque le chant un amusement favori des Egyptiens. Les hommes se livraient\nautant que les femmes à cet exercice ; toutefois les textes faisant défaut,\nil est difficile de distinguer sur les monuments si les personnages que l'on\nvoit danser exercent une profession pour amuser les autres, comme cela\nse fait en Orient, ou s'ils dansent pour se divertir eux-mêmes, comme cela\nse pratique en France.\n(René Ménard et Claude Sauvageot. Vie\n... Au tombeau de Arkhmahorou... au mur sud du Kiosque, une"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.28", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "scène de divertissements avait été sculptée ; il ne reste que la partie\ninférieure et les traces d'un second registre. Le mort assis sur un siège à\npieds en forme de pattes de lion, regardait les danses qu'exécutaient\ndevant lui deux hommes, un troisième battait la mesure en frappant dans\nses mains. Au registre inférieur, les danses se poursuivent, exécutées cette\nfois par cinq femmes représentées dans une attitude que l'on trouve\nrarement dans les scènes analogues. Leurs pas sont accompagnés par le\nbattement de mains de deux femmes. La coiffure des danseuses est ter-\nminée par une longue tresse, à laquelle est suspendue une balle, qui au\ncours des évolutions de la danse entraînait la tresse rapidement autour de\nla danseuse. A côté des offrandes nécessaires à la vie matérielle, on\nveillait donc à fournir au mort des plaisirs esthétiques et, si on nous\npermet l'expression, on enfermait au tombeau des danses en les exécutant\nréellement à l'intérieur de la demeure d'éternité au moment des funé-\nrailles.\n(J. Capart. Une rue de tombeaux a Sakkarah, 1907.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c010", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.1", "titre_corps": "DANSEUSES. TOMBEAU D'ANKHINAHOROU", "titre_sommaire": "DANSEUSES. TOMBEAU D'ANKHINAHOROU", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 33, "texte": "DANSEUSES. TOMBEAU D'ANKHINAHOROU"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c011", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.2", "titre_corps": "DANSEURS NÉCROPOLE DE THÈBES", "titre_sommaire": "DANSEURS NÉCROPOLE DE THÈBES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.23", "debut_caractere": 939, "fin_caractere_exclue": 967, "texte": "DANSEURS NÉCROPOLE DE THÈBES"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c012", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.3", "titre_corps": "DANSE FUNÈBRE TOMBEAU DE HARMÎNOU-THÈBES", "titre_sommaire": "DANSE FUNÈBRE TOMBEAU DE HARMÎNOU-THÈBES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.23", "debut_caractere": 969, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "DANSE FUNÈBRE TOMBEAU DE HARMÎNOU-THÈBES"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c013", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.4", "titre_corps": "JOUEUSES DE MANDORE. TOMBEAUX DE GOURNAH THÈBES", "titre_sommaire": "JOUEUSES DE MANDORE. TOMBEAUX DE GOURNAH THÈBES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.24", "debut_caractere": 1790, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "JOUEUSES DE MANDORE. TOMBEAUX DE\nGOURNAH THÈBES"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c014", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.5", "titre_corps": "MUSICIENNES ET DANSEUSES. TOMBEAUX DE GOURNAH-THÈBES", "titre_sommaire": "MUSICIENNES ET DANSEUSES. TOMBEAUX DE GOURNAH-THÈBES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.25", "debut_caractere": 1941, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "MUSICIENNES ET DANSEUSES. TOMBEAUX DE GOURNAH-THÈBES"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c015", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.6", "titre_corps": "DANSEUSES. TOMBEAUX THÉBAINS", "titre_sommaire": "DANSEUSES. TOMBEAUX THÉBAINS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.26", "debut_caractere": 1353, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "DANSEUSES. TOMBEAUX THÉBAINS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c016", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.7", "titre_corps": "MUSICIENNES ET DANSEUSE TOMBEAUX D'ELÉTHYA", "titre_sommaire": "MUSICIENNES ET DANSEUSE TOMBEAUX D'ELÉTHYA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.26", "debut_caractere": 1383, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "MUSICIENNES ET DANSEUSE TOMBEAUX D'ELÉTHYA"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c017", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.8", "titre_corps": "DANSEUSE. TOMBEAU DE TI", "titre_sommaire": "DANSEUSE. TOMBEAU DE TI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.27", "debut_caractere": 1798, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "DANSEUSE. TOMBEAU DE TI"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.6.9", "titre_corps": "BALLADINE OSTRACON DU MUSÉE DE TURIN", "titre_sommaire": "BALLADINE OSTRACON DU MUSÉE DE TURIN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.28", "debut_caractere": 1081, "fin_caractere_exclue": 1117, "texte": "BALLADINE\nOSTRACON DU MUSÉE DE TURIN"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c019", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.7", "titre_corps": "SUR LA DANSE", "titre_sommaire": "SUR LA DANSE", "signature_source": "Jean d'Udine", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "SUR LA DANSE\n\n1\nMesdames, Messieurs,\nLorsque j'ouvris, il y a quelques années, mon Ecole Française de\nGymnastique Rythmique, je me promis d'y consacrer tout mon temps et\ntous mes efforts à la culture de la géniale méthode inventée par Jaques-\nDalcroze et de cantonner mes élèves dans l'étude technique des rythmes\ncorporels et musicaux, à l'exclusion de toute recherche chorégraphique.\nEt voici que, revenant sur cette austère résolution, quatre ans plus tard\nmais quatre ans c'est si long dans la vie d'un artiste ! —je vous convie,\nMesdames, à venir vous asseoir sur mes rudes gradins pour assister à un\nspectacle exclusivement composé de danses.\nJe ne crois pas cependant me tromper en accordant désormais, dans\nmon école, une part importante à la danse et je dois vous faire observer\nd'ailleurs que quatorze élèves seulement participent à cette manifestation,\nsur cent soixante-dix que j'ai le plaisir de diriger aujourd'hui dans les voies\ninnombrables du rythme.\nA vrai dire je n'ai pas changé d'objectif et le Rythme pour lui-même,\nle Rythme avec un grand R, reste toujours le fond de mon enseignement.\nJ'ai seulement pris plus nettement conscience de ce qu'est, de ce que peut\nêtre et de ce que doit être la danse. A priori le mot \" danse \" parait un\nde ces termes qui, suivant Pascal, \" désignent si naturellement les choses\nqu'ils signifient à ceux qui entendent la langue, que l'éclaircissement qu'on\nen voudrait faire apporterait plus d'obscurité que d'instruction. \" Il est\nvrai. Je dirais même volontiers qu'il le désigne trop clairement et de là\nvient qu'on ne réfléchit pas assez sur le caractère de l'objet désigné et\nqu'on ne peut pas s'entendre sur ce caractère, tant il est vaste, étendu,\ncompliqué. Jadis je me suis demandé, dans les mêmes conditions, pourquoi\nl'on est si peu d'accord sur le sens du mot \" mélodie \" et sur la chose qu'il\ndésigne. Et j'en suis venu à trouver qu'on ne peut pas définir la mélodie\n\n1 Causerie faite à la représentation de la Parfaite \"Jardinière le 10 janvier 1914."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "autrement que comme une série de toute autre difinition\nétant trop étroite, trop exclusive ou trop dogmatique.\nEh bien ! je crois sincèrement qu'on ne trouvera jamais non plus\nd'autre définition complète de la danse que celle-ci : la danse est essentiel-\nlement une série de mouvements successifs.Une école où l'on remue bras et\njambes, tête et torse pour représenter les valeurs, les accents et le degre\nde cohésion des sonorités musicales est, par définition, une école de danse\net les petits gosses de quatre ou cinq ans, à qui je fais faire des noires, des\nblanches, des rondes et des syncopes, séries de mouvements successifs,\ndansent ni plus, ni moins que M. Nijinsky ou que Mme Isadora Duncan.\nMais, disais-je autrefois, en parlant de la mélodie, dans un livre sur\nGluck, \" une série de sons successifs peut aller depuis depuis le roulement\nde tambour jusqu'au divin solo de flûte qui accompagne dans Orphée la\ndanse des âmes heureuses, depuis le cri du concou jusqu'aux variations\ndu rossignol, depuis la récitation la plus insipide de Lulli, jusqu'à l'air\nsavamment agencé par Piccini ou par Pergolèse... Or entre la mélodie,\ntelle que nous la concevons musicalement, c'est-à-dire le chant, soit vocal,\nsoit instrumental où l'émotion se traduit par une série de notes variées,\npar une certaine \" courbe \" toute pleine d'accents, d'intonations diverses\net de lyrisme, entre cette mélodie et la mélopée, récitation terne et\nmonotone sur un petit nombre de notes, parfois sur une seule, il y a des\ndegrés à l'infini. Où cesse la mélopée ? où commence la mélodie ? Per-\nsonne ne pourra jamais le déterminer. Aussi le caractère mélodique d'une\nphrase musicale ne dépend-il pas de cette phrase, mais de celui qui\nl'écoute. Deux personnes très intelligentes et très musiciennes peuvent\ndifférer totalement d'avis à ce point de vue. \"\nIl en va de même pour la danse. Elle peut aller depuis le mouve-\nment machinal et monotone du rémouleur repassant un couteau, jusqu'aux\nélégantes et subtiles évolutions de Mlle Zambelli, depuis la grâce incons-\nciente d'une jeune fille servant le thé jusqu'aux gestes étudiés, choisis,\npathétiques de M. Mounet-Sully incarnant le malheureux Œdipe ! Et,\nlà encore, nous ne pouvons être tous d'accord sur le point où le mouve-\nment acquiert un caractère suffisamment organisé pour être qualifié\nd'artistique et de chorégraphique. Mme Ida Rubinstein n'est-elle pas\nparvenue à nous taire croire que même une série d'immobilités peut être\nde la danse ?\nJ'aimerais assez pourtant classer les danses, comme je fis les mélodies,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.31", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "pour notre commodité, suivant leur forme, suivant la manière dont y\nentrent en jeu les divers éléments du mouvement corporel, principalement\nl'amplitude et le rythme. On pourrait utilement considérer de la sorte\ntrois types principaux de danses.\nLe premier comporterait la danse en prose, une sorte de récitatif\ncorporel et renfermerait les mouvements les plus simples, comme la\nmarche, les gestes des sports et des métiers courants, ceux de la vie de\nrelation, salut, poignée de mains, etc.., ceux enfin de la comédie, où l'on\nimite cette vie de relation, toutes activités dont les rythmes sont élémen-\ntaires et où l'amplitude, loin d'être gaspillée, est réduite systématiquement\na un minimum de mouvements segmentaires par prudence, crainte de\nfatigue ou bonne éducation.\nLe troisième type de danse (je saute momentanément le second)\ncomprendrait, au contraire, les mouvements les plus amples, les plus\nexaltés, les plus organisés comme symétrie de forme et comme accen-\ntuation rythmique. Les danses populaires, les danses du ballet classique,\ntoutes les danses proprement dites,qui s'appuient sur des airs musicaux\ndéfinis, une pavane, une passacaille, une valse, un tango, sur des\nmotifs présentant eux-mêmes un maximum de carrure et d'équilibre,\nrentrent dans cette catégorie, la seule à laquelle on attribuât un caractère\nchorégraphique, jusqu'à l'apparition d'lsadora Duncan.\nAvec cette géniale saltatrice réapparait dans notre civilisation le\ndeuxième type de danse, la danse libre,comme avec Wagner s'est imposé\nle deuxième type de mélodie, la mélodie continue. La danse libre est un\nintermédiaire entre le récitatif corporel et la danse proprement dite,\ncomme la mélodie continue entre le récitatif et l'air d'opéra. Le geste\nlyrique du tragédien ou du chanteur, le geste agile et puissamment\nrythmique de l'acrobate, le simple geste expressif, quand la passion lui\nfait perdre toute contrainte, enfin la danse elle-même, telle que les progrès\nmusicaux de nos chorégraphes et telle surtout que la Gymnastique\nRythmique tendent à nous la suggérer, rentrent dans cette catégorie.\nDès que j'en suis venu, Mesdames et Messieurs, à considérer dans\nla nature cette série, allant, en chaîne ininterrompue, de nos gestes les plus\ninstinctifs, les plus élémentaires, aux gestes les plus savamment combinés\npar lesquels l'âme humaine se puisse manifester, je n'ai plus «hésité à\naccueillir largement la danse à côté des rythmes purs, dont elle n'est que\nl'épanouissement normal et nécessaire."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "Et, pour vous la montrer d'un seul coup sous toutes ses formes, j'ai\nimaginé une sorte de mystère musical et chorégraphique, où les trois\ntypes de mouvements fussent représentés tour à tour. Vous verrez, dans\ntels ensembles de ma Parfaite yardiniere^des danses aussi organisées que\npossible (bien ou mal, je n'en sais rien ; nous avons fait de notre mieux)\nmais constituant, à coup sûr, des airs de danse, avec des rythmes très\ncomplexes et très symétriques. La plupart des mois, Février, Avril,\nMai, Juin, Septembre, Novembre, vous offriront des danses du deuxième\ntype, des danses libres, tandis que d'autres, Janvier, Juillet, et Octobre\nnotamment, s'affirment au contraire comme des danses en prose, basées\nsur quelque action définie extrêmement simple : bêcher, arroser, ratisser.\nVous avouerai-je qu'étant probablement le premier à oser présenter\ncomme danse une forme de mouvements aussi banale, aussi prosaïque,\nc'est vers elle que vont mes préférences, parce que, toutes proportions\ngardées, je pense faire faire par là à la chorégraphie un pas non moins\ndécisif que celui accompli en musique par l'apparition du récitatif\ndebussyste, succédant à la mélodie continue wagnérienne... Entendons-\nnous bien. Je ne prétends pas du tout substituer la danse en prose aux\ndeux autres types de danses, je suis bien trop éclectique pour cela ! Je\nvoudrais seulement la leur annexer, pour étendre encore le champ si\nlargement accru naguère par l'intuition d'lsadora, la gymnastique de\nDalcroze apportant indifféramment à ces trois types de mouvements,\nquelle qu'en soit la forme, son incomparable discipline musicale.\nCeci dit, je n'aurais qu'à me taire et à passer aux actes, si je ne\ntenais, Mesdames et Messieurs, à affirmer encore, sur deux points impor-\ntants, l'esprit dans lequel j'ai conçu et préparé les danses que nous allons\nvous montrer : je veux dire, premièrement, mon absolu mépris de toute\nvirtuosité corporelle et, deuxièmement, l'absence de tout souci de style qui\na présidé à la réalisation de notre petit mystère.\nSur le premier point, je pense que nous serons facilement d'accord.\nDepuis une trentaine d'années le goût et l'intelligence des maîtres\nprimitifs, en peinture d'abord et plus récemment en musique, s'est assez\nrépandu dans le public cultivé pour que l'on ne semble plus soutenir un\ninvraisemblable paradoxe en détestant l'habileté stérile qui succède, dans\ntous les arts, à une période d'épanouissement suprême. Et je ne me fais\nque l'écho de la plupart des bons esprits de mon temps, si je m'élève"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.33", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "contre une habileté éblouissante, mais fatale à la justesse de l'expression,\nà la profondeur du sentiment, à l'enthousiasme, au lyrisme, à tout ce qui\nfait le charme durable, la grandeur et la force de l'art.\nPendant toute ma carrière de musicographe j'ai lutté (jadis avec\nquelque succès) contre la virtuosité des interprètes musicaux. Et récem-\nment j'ai brisé ma plume de critique en constatant que, par une\ncontradiction étrange, les défenseurs du vieil art musical, des Monteverde,\ndes Lulli, des Rameau, des Couperin, sont aussi les plus chauds partisans\ndes compositeurs contemporains qui versent dans les complications\ndéconcertantes, les subtilités abstraites, le byzantinisme de la forme et\nmobilisent une armée de plus en plus nombreuse de symphonistes pour\nflatter notre oreille par un maximum de sensations chatoyantes, au\ndétriment de toute action directe et naturelle sur notre pauvre cœur.\nN'est-il pas singulier vraiment de voir les mêmes hommes qui, à\njuste titre, préfèrent Giotto et Ghirlandajo, peut-être même Raphaël à\nVéronèse ou au Corrège, s'enthousiasmer pour ceux qui, en musique,\njouent du reflet, plafonnent et raccourcissent sans répit ?...\nMais nous ne sommes pas ici pour faire de l'esthétique musicale.\nSur les vers exquis d'un collaborateur sensible et discret, qui n'a rien d'un\nmalin ni d'un orfèvre, je vais vous servir une musique terriblement nue.\nJe me flatte pourtant qu'elle est sincère et saura, malgré la pauvreté de\nson maquillage, trouver peut-être le chemin de vos cœurs. Pour la même\nraison, au lieu de m'adresser à quelque habile décorateur, qui, d'une\nbrosse experte et nonchalante, riche d'effets et de roublardise, peut couvrir\nen quelques heures un centiare de batiste, j'ai naïvement mais conscien-\ncieusement élaboré moi-même ce jardin des quatre saisons, où se déroulera\ntout à l'heure le long cycle des mois.\nMais c'est la danse qui nous importe, à nous autres, avant tout. Or\nmes danses sont réalisées par des interprètes fort cultivées, fort laborieuses,\nje me plais à rendre un ardent hommage au zèle et à l'intelligence de\nde ces excellentes collaboratrices, mais qui, elles non plus, ne possèdent\naucune virtuosité chorégraphique. Elles n'ont à leur service ni l'étonnante\nagilité des danseuses de l'Opéra ou du Ballet russe, ni la vigueur, ni la\nlégèreté des acrobates de cirque ou de music-ha11... Eh bien ! je ne vous\ndemande pas cependant de tenir compte pour les juger de ce qu'elles sont\ndes amateurs, ni de ce que vous êtes ici dans une école. Nos danses sont\nce que nous voulons qu'elles soient, non point parfaites assurément dans"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "leur genre, bien loin de là, mais parfaitement dans le genre où n'est\nvoulons qu'elles soient. Et si nous avons un souhait à formuler, ce nous\nde devenir ni plus souples, ni plus légers, ni plus rapides, ni même de\nposséder un vocabulaire corporel plus étendu, mais, au contraire, d'atteindre\nà plus de simplicité, de candeur et de précision.\nQuand je montrai au public, il y a deux ou trois ans, les résultats\nobtenus par mes premiers mois d'enseignement, d'excellents amis, assez\nbienveillants pour m'encourager, me dirent avec conviction : \" Comme\nce serait beau si vous aviez... \" ou : \" Comme ce sera beau quand vous\naurez à votre service, disciplinées par cette méthode de Dalcroze, des\ndanseuses assouplies à tous les exercices physiques, légères comme des\nballerines et fortes comme des gymnasiarques !\" Et j'opinai sincèrement\ndu bonnet... Nous vous trompions. Tout cela ne nous donnerait que plus\nde moyens d'étonner le public, ce qui est bien quelque chose, mais\nn'accroîtrait en rien, bien au contraire^notre faculté de le charmer, de le\ntoucher, d'exprimer tout ce que la musique renferme de profond, de\npassionné, de tendre et de mystérieux.\nPensez-y et je suis sûr que vous en serez tous d'accord avec nous.\nEtre capable de ramasser avec les dents un mouchoir sur la corde raide,\nou de s'incliner pendant seize mesures, une jambe en l'air et les deux bras\nen avant, être assez leste pour écarter et rapprocher quatre fois les jambes\npendant un seul saut, c'est sortir de l'échelle naturelle de notre amplitude\nsegmentaire, c'est presque toujours transgresser le rythme, c'est fausser\ntoutes les proportions du geste et oublier que la pesanteur n'est pas\nl'ennemie mais la divine auxiliaire des mouvements humains et qu'il n'y\na aucune raison de la vouloir cacher comme un phénomène déshonorant,\nelle, la suprême régularisatrice de toute notre activité musculaire. Un\nêtre qui, en courant sur la pointe des pieds, ou en tournant comme une\ntoupie, ou en bondissant comme un volant, donne la sensation d'une\nlégèreté presque immatérielle n'atteind pas plus notre sensibilité artistique\nque n'importe quel autre virtuose, qu'un flûtiste qui joue trop vite, qu'un\nvioloncelliste qui exécute des parties de violon ou qu'une chanteuse qui\nlance des contre-mi et des contre-fa pour nous éberluer !\nSur le second point de vue, auquel je me suis placé pour réaliser ma\nJardinière, je devine que nous aurons plus de peine à nous entendre, parce\nque mon opinion, très nette, diffère totalement à cet égard des idées\ngénéralement admises aujourd'hui par la plupart des artistes et des"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.35", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "metteurs en scène, du moins par ceux qui se piquent de nouveauté.\nJe ne ferai pas l'injure à un public averti de lui définir le style et la\ntels que l'entendent les esthéticiens modernes, ce souci de\nsynthétiser, de simplifier, de déformer systématiquement les objets ou les\nactes représentés, pour atteindre à un certain caractère préconçu, à une\nharmonie cherchée, à un effet frappant, où se reconnaisse immédiatement\nla personnalité du danseur, du musicien, du peintre ou du décorateur. Je\nconcède sans peine aux fervents de la stylisation qu'il y a quelques années\nla mise en scène de nos théâtres était tombée à un bas réalisme fort\néloigné du but suprême de l'art, qui est évidemment de choisir et\nd'embellir les données de la nature. Et je me suis réjoui, tout le premier,\nquand, petit à petit, l'on s'est efforcé d'arriver dans les réalisations\nscéniques à plus de simplicité, à une représentation des choses qui se con-\ntentât de les suggérer, au lieu de les copier. Mais aujourd'hui, tout en\nreconnaissant les très grands services rendus par ce parti-pris de nos\nchorégraphes et de nos décorateurs les plus modernes, je n'écarte résolu-\nment de leurs tendances pour deux motifs principaux.\nPremièrement, parce que l'on a dépassé la mesure. On est arrivé peu\nà peu à se contenter de suggestions élémentaires : une attitude figée pour\nsignifier un état d'âme, trois gestes hiératiques pour mimer une passion,\nles plis d'un rideau ou quelques parallélipipèdes pour représenter un salon,\nun palais ou une forêt, le tout avec un échantillonage de couleurs ou des\njets de lumière minutieusement, froidement, prétentieusement calculés, et\nce \" fin du fin \" qui fait pousser des exclamations aux blasés et aux pré-\ncieuses, s'éloigne finalement davantage du but de l'art que le réalisme d'antan.\nEt secondement, ce qui me pousse à me révolter aujourd'hui contre\nla stylisation systématique, c'est que je vois en elle une tendance non\nseulement étrangère, mais antifrançaise. A vrai dire le mot d'ordre est\nvenu de Belgique, d'Allemagne ou de Russie, qui nous a conduits tour à\ntour à ces ragoûts ou à ces pauvretés de couleur, à ce dessèche-\nment ou à ces tourmentes de lignes, au bénéfice du style... Et\nde quel style ? Du style des peuples qui, se méfiant de leur goût, se\ntirent d'affaire par des parti-pris, des a priori de facture et se mettent à\nl'abri des laideurs, des niaiseries ou des manques de tact, par une théorie\nrigide, qui les soutient évidemment, mais en bridant tout ce qui fait la\ngrâce, tout ce qui est la marque de notre art, à nous autres, la fantaisie, la\ndivine fantaisie ! Est-ce qu'ils stylisaient, les imagiers des cathédrales, qui"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "couvraient les tympans des porches et les chapiteaux des piliers d'une\nhumanité si quotidienne, si directement calquée dans la vie de chaque\nprovince, d'une flore et d'une faune toute frémissante de souplesse et de\nvérité ? Est-ce qu'ils stylisaient, nos adorables décorateurs du XVIIIe siècle,\neux qui apportaient, jusque dans leurs bouquets chimériques, toutes les\nfinesses, toutes les irrégularités, tous les caprices des parterres et des buissons ?\nEt voilà pourquoi, négligeant la virtuosité dans ma musique, dans\nmon décor, dans mes danses, je n'y ai pas moins délaissé toute préoccupation\nde style, en me rapprochant de la nature, mère de tous les arts, avec autant\nde candeur que la liberté, car j'aime mieux manquer de goût, que de\nme museler ou de me ligotter par prudence. Certes l'on pourra très\ndiversement apprécier le résultat obtenu, mais je serais fou de joie, je\nl'avoue, si, au milieu de toutes les critiques que l'on aura le droit de\nm'adresser, on reconnaissait à nos travaux un caractère nettement national\net si notre ouvrage, comme celui des bons imagiers dont j'évoquais tout\nà l'heure le souvenir, pouvait mériter, par son double caractère de soin\nsans virtuosité et de sincérité sans parti pris, l'épithète jadis glorieuse\nd'opus francigenum.\nAprès une telle déclaration de foi, je n'ai plus le droit, Mesdames,\nni même Messieurs, de compter sur votre indulgence. Je réclame de vous\nd'ailleurs quelque chose de plus difficile : votre sincérité. Non point vis-\nà-vis de moi. Celle-là je suis sûr que je l'obtiendrai ; un public est toujours\nsincère, en tant que collectivité. Mais vis-à-vis de vous-mêmes. Je ne\nvous demande certes pas de juger notre petit spectacle. Quelle affreuse\nattitude pour un auditoire de se poser en critique ! Mais tâchez de\nindépendamment de toutes les idées préconçues, en dehors de tout goût\ndu jour et de tous les préjugés, qui, notamment en matière de danse,\nencombrent nos esprits, si, oui ou non, ce que vous allez voir vous aura\nparu joli, expressif, vous aura amusé. Si oui, vous nous verrez ravis du\nplaisir que nous vous aurons procuré, en nous amusant beaucoup nous-\nmêmes, je ne dois pas vous le dissimuler. Si non et je le saurai, car\nvous me direz poliment des mots horribles : \" C'est très intéressant ! \"\nou : \" Quelle recherche curieuse !\" ou : \" Le bel effort d'art ! \"... alors\nlaissez-moi quarante-huit heures pour vous maudire et un an pour\nreconnaître mes fautes, travailler de nouveau avec le même élan et réparer,\ns'il se peut, les erreurs que voici !\n\nJean d'Udine."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c020", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.8", "titre_corps": "encore cachée, et qui déferlera demain sur notre vieux monde engourdi ! Non, on laisse aller", "titre_sommaire": "encore cachée, et qui déferlera demain sur notre vieux monde engourdi ! Non, on laisse aller", "signature_source": "J. E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.37", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "J. E.\nencore cachée, et qui déferlera demain sur notre vieux monde engourdi ! Non, on laisse aller\nles choses, choses, on laisse les pires instincts s'emparer de ces ressources neuves d'une\nEurope qui veut bondir. On n'élève ni le débat ni la danse, et l'on ne peut empêcher\nM, Brandenburg d'écrire dans l'un de ces volumes : \" C'est du pays de la culture physique\ndégénérée, de la France, qu'est venue il y a cinquante ans la régénération de la danse avec\nDelsarte, que ses compatriotes obligèrent à aller chercher fortune en Amérique ; et c'est\nd'Amérique qu'elle est retournée en Europe, chez le seul peuple qui possède assez de passé et\nassez d'avenir pour allumer la culture physique au flambeau de l'art, c'est à dire l'Allemagne! \"\nLa formation du corps est un devoir et un art ! tel est le point de vue d'un Allemand qui\ntraite de cette danse moderne, que nous accueillons ici à coup de crosses épiscopales. Plaisir\nérotique, ou objet de scandale voilà tout ce que nous trouvons dans un sujet qui vien t\nd'inspirer deux beaux volumes, à méditer comme une leçon d'idéalisme."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c022", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.9", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "Les Théâtres\n\nTHEATRE DES ARTS OPÉRA-COMIQUE.\nLe Théâtre des Arts qui a enrichi la mémoire des artistes de tant de précieux souvenirs\ns'est entr'ouvert un seul jour pour une intéressante révélation. La Société Française des Ami\nde la musique dont la tendresse musicale s'étend au delà de nos frontières y rendit hommage\nà un compositeur belge Eugène Samuel à qui la vie fut impitoyable et pour qui la gloire fut\navare de sourires. M. Jacques Rouché voulut bien s'imaginer qu'il était encore directeur de\ncette scène et y planta de délicieux décors pour créer autour de la\nl'atmosphère de rêve souhaitée par les auteurs. Mme Jane Bathori fut l'interprète admirable de\ncette œuvre un peu âpre, un peu tendue, un peu douloureuse dans sa technique et dans son\nesprit mais attachante par la générosité de ses tendances et la noble curiosité dont témoigne\nune écriture assez prophétique, si l'on veut bien méditer sur son acte de naissance.\nLe compositeur était présenté par notre ami René Lyr, avec un enthousiasme affectueux,\ndans une causerie chaleureuse et pittoresque dont la force de persuasion était irrésistible. Le\nsuccès personnel du conférencier fut très vif et très mérité. Et il ne faut pas que M. Eugène\nSamuel accuse trop amèrement l'injustice de son destin : il n'est pas donné à tous les musiciens\nde susciter d'aussi vaillants défenseurs et de se faire précéder, sur les chemins du monde, par\nun hérault d'armes doué d'une éloquence aussi enflammée.\nAu moment de faire ses adieux à sa clientèle dont il connaît la composition hétéroclite,\nM. Albert Carré s'est commandé deux modèles de cartes de visite pour y inscrire le"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.39", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3807, "texte": "traditionnel : les unes finement gravées, par un jeune artiste espagnol, sur un bristol de\nluxe, les autres grossièrement imprimées sur carton bon marché par les soins d'un modeste\npapetier italien : quand on est dans le commerce, il faut savoir n'humilier personne.\nCes deux cartes, malheureusement, ont été glissées dans la même enveloppe, ce qui a\nrendu cette ingénieuse prévenance complètement inutile. La même représentation réunissait\nen effet Manuel de Falla et Franco Leoni avec un à-propos discutable.\nJe me garderai bien de rééditer les vertueux clichés condamnant par défaut,\nd'ailleurs, le vérisme italien ; l'école italienne a créé une formule de théâtre adroitement\ncommercialisée qui a victorieusement conquis sa place au soleil de la rampe et répond par\nd'éloquentes colonnes de chiffres aux critiques idéalistes des délicats. Un directeur de théâtre\na donc non seulement le droit mais le devoir de s'approvisionner annuellement de lyrisme\ntransalpin pour libérer sa conscience vis-à-vis de ses commanditaires. Mais il faut savoir\nchoisir. L'ltalie n'a encore produit qu'un seul Puccini. Dans le vaste mouvement de répro-\nbation qui la souleva jadis contre la redoutable invasion des pifferari, la critique française ne\nperdit pas son temps en subtilités et sabra les assaillants un peu à l'aveuglette. Elle fonça\navec une égale ardeur sur Mascagni, Léoncavallo et sur l'auteur de la u Vie de Bohème \" :\ndepuis, elle a appris à distinguer entre eux ses adversaires et n'emploie plus les mêmes\narmes pour les combattre. Elle ne se laisse plus abuser également en présence des astucieux\nopportunistes milanais qui se réclament de Puccini et prétendent parler comme lui un italien\nchâtié et subtil. Certains véristes ont compris, en effet, le bénéfice de l'élégance verbale et\nse sont efforcés d'y atteindre par tous les moyens mis à leur disposition dans la grammaire\nmoderniste. Ils ont u potassé \" leur gamme par tons, leurs neuvièmes, leurs u altérations\npiquantes \", ils savent par cœur le chapitre des appoggiatures non résolues et 1 appendice\noù l'on enseigne la façon la plus équitable de diviser le quatuor et le meilleur procédé\nd'obturation de la trompette et du cor. Sur leur piano, comme sur celui du maëstro Giacomo,\non trouve la partition de \" Pelléas \" et celle d' \" Electra \" en attendant d'y rencontrer celle\ndu u Sacre du Printemps \". Mais le résultat ainsi obtenu ne répond pas à leur espoir. Ce\nmaquillage approximatif ne trompe personne et n'a d'autre effet que de décourager les\nauditeurs ingénus qui méprisent ces vaines coquetteries d'écriture et réclament des satisfactions\nmélodiques plus immédiates.\nL'auteur de la nouvelle Francesca dci Rimini est un de ces veristes diserts et volubiles\ndont l'orchestre a une instabilité de vif-argent. Le célesta, la harpe, les cuivres bouchés, la\nflûte et les violons-sourdine y multiplient les néologismes sans créer la moindre poésie. Toute\ncette musique est conventionnelle et banale et se pare inutilement des plumes empruntées à\nnos plus rares espèces de paons. Le drame est languissant et morne. Lettrés et illettrés de la\nmusique parurent y éprouver un égal ennui.\nLa Vie Brève, au contraire, sut éveiller des sympathies dans les deux camps. Ces trois\ntableaux rapides, ces trois fenêtres ouvertes sur l'agitation d'une rue de Grenade, sans vaine\nlittérature et sans attendrissement inutile, ces scènes familières qui ne cherchent leur beauté\nque dans le pathétique quotidien et ne puisent leur richesse que dans le a trésor des humbles\nont toutes les séductions extérieures du vérisme sans en avoir les tares secrètes. Le public\ns'intéressa naïvement à cette action simple et vivante, à ce diame de passion qui jette,\nmourante, aux pieds de l'amant qui l'a trahie, une jeune gitane délaissée, et les raffinés"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.40", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "trouvèrent à chaque page de la partition d'excellentes raisons de s'émerveiller. Avec une\nsimplicité de moyens qui va presque jusqu'à la sécheresse ce qui est au fond, très\nespagnol avec cette sorte d'aridité qui se retrouve dans certains paysages de sa patrie,\nManuel de Falla a su faire pleurer dans une musique, en apparence impassible, toute la\nnostalgie d'une humble vie écrasée. Il y a, dans ce premier tableau de l'Albaicin, dans le\ncontraste que forment la rue inondée de soleil et les groupes rieurs de jeunes filles qui la\ntraversent, avec la cour de la pauvre maison de Salud, la cage où la vieille grand'mère soigne\nun oiseau malade et le chant obstiné des marteaux sur l'enclume dans une forge voisine, il y\na dans toute la poignante médiocrité de ces humbles existences, dans la modeste symphonie\nquotidienne des bruits qui les bercent, dans la morne acceptation d'un destin d'esclave que,\nseul, l'amour peut transfigurer, une impression d'inoubliable mélancolie voluptueuse. On sent\nsi bien que la vie de Salud dépend d'un sourire de Paco ! Et la musique, toute chargée des\neffluves de la nuit tombante, noue et dénoue si doucement les liens invisibles qui retiennent\nles deux amants aux bras l'un de l'autre, au moment où l'amour va se faire un jeu cruel de\nles séparer !... Et l'âme nerveuse, ardente et triste de la terre ibérique, palpite si passionnément\ndans cet orchestre, galvanisant les danses, stylisant les mélodies, les rehaussant d'ornements\ntraditionnels et nationaux qui leur donnent la saveur de véritables chants populaires, adoucis\net ennoblis par la \" patine \" des siècles, qu'elle accomplit le miracle d'exalter dans le temps\net dans l'espace et d'enrichir de toute sa tendresse maternelle ce simple fait-divers dont elle\nfait le drame de l'éternel masculin ! En vérité voilà d'excellent théâtre et Manuel de Falla a\nbien mérité son succès. Ce jeune musicien que Paris a si rapidement adopté devient un\nespoir de l'art lyrique et'il est infiniment honorable pour M. Albert Carré d'avoir pu terminer\npar une telle révélation une direction dont les musiciens ne perdront pas le souvenir.\nEt maintenant nous tournons vers les triumvirs qui ont recueilli son sceptre, des visages\nanxieux qu'illumine l'espoir... Leur nombre fatidique, leur apparition à l'heure des étrennes\nne nous conseillent-ils pas 1 optimisme ? N e sont-ils pRS les trois rois mages porteurs de\nprésents ou peut-être les trois anges de Mme Holmès, descendus du ciel pour nous apporter\nde bien belles choses ?... Qu ils ne pioiongent pas trop cruellement notre angoisse et\nqu'ils aient pitié de notre impatience !...\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c025", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.10", "titre_corps": "CONCERT COLONNE", "titre_sommaire": "CONCERT COLONNE", "signature_source": "Claude Debussy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "CONCERT COLONNE\n\nSur deux chefs-d'œuvre\nLa profession de chef-d'œuvre n'est pas toujours enviable.\nOn l'a pu constater dans la regrettable équipée de u La Joconde \" que des siècles de\ncélébrité n'ont pas défendue d'une curiosité par trop intéressée.\nSi, la revoyant, les écrivains d'art veulent bien admettre qu'elle ne sourit décidément\npas ; qu'il n'y a autour de sa bouche qu'une moue voluptueuse, en quelque sorte lombarde\nretrouvable dans presque toutes les figures du Vinci, son involontaire exil aura servi à nous\ndébarrasser des variations littéraires sur le mystère d'un sourire qui n'est, très simplement,\nqu'une ombre portée !\nNous avons eu aussi le chef-d'œuvre a Parsifal \" que l'on maltraite délibérément...\nL'Europe s'est abattue sur lui ! Vingt capitales, pour le moins, se disputèrent l'honneur\nd'en donner des exécutions, plus u modèles \" les unes que les autres.Ça adû être effrayant !\nD'admirables bêtises ont été dites à ce sujet par des gens ordinairement gentils. D'autres\naffirmèrent gravement que les chefs-d'œuvre appartenaient à tout le monde ! Ce qui se\ndéfend aussi mal que possible, étant donné la façon dont on les traite de nos jours (voir\nplus haut). D'autres méfaits se commettront, n'en doutons pas. Heureusement, avec la\npatine qu'y met le temps, (le meilleur des critiques d'art) les chefs-d'œuvre acquièrent\nune certaine indifférence... Ils savent qu'ils ne doivent compter que sur d'obscurs dévoue-\nments, d'anonymes amours, la vraie passion étant généralement discrète.\nAttendons avec patience, le jour où l'on instituera un concours pour juger du meilleur\nParsifal. Souhaitons qu'il soit international, et même que les nations puissent concourir\naccouplées. Mais si ce jour-là, Wagner ne tombe pas du haut des profondeurs du ciel, sur\nla tête de ses admirateurs, c'est que, décidément, le miracle ne peut plus s'accomplir.\nNOTES SUR LES CONCERTS\nL'Etrangère, drame lyrique en trois tableaux, poème d'Alphonse Métérié, musique\nde Max d'Ollone. ler1er Tableau.\nDeux personnages : Guillaume, le héros de ce drame, jeune homme à l'allure tranquille,\nmais dont l'âme est inquiète et rêveuse. VEtrangère, qui matérialise le goût des aventures, le\nbesoin de s'évader sous des cieux plus beaux, les désirs secrets de l'imagination."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.42", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3907, "texte": "Du prélude orchestral, des sonorités émergent péniblement, posant les lignes essen-\ntielles d'un paysage mélancolique et bouché, particulier aux côtes de ces pays du nord où\nl'on ne voit jamais le soleil qu'à travers un écran d'humidité fuligineuse.\nVers la fin de ce prélude, courageusement gris, Guillaume et l'Etrangère abordent près\ndes portes de la ville brumeuse qui vit naître Guillaume, où il a décidé de revenir, espérant\nretrouver la paix tranquille que l'Etrangère lui a fait abandonner pour poursuivre les\napparences du bonheur, dans des pays faciles et trop semés de casinos, leur préférant son\nancienne vie, plus humble, plus à l'abri de complications mondaines : habit, cravate blanche,\nsoirées, soupers... il veut reprendre son vieux vêtement de flanelle, livrée d'ennui si douce\naux rêves... Et c'est la tristesse des adieux aux trop irréalisables chimères !\nL'Etrangère, fidèle à son symbole, (sans quoi il n'y aurait plus de drame possible), ne\nveut pas croire à un éternel adieu, et lui prédit, assez facilement, qu'ils se retrouveront.\nElle reprend seule le chemin de la mer. Guillaume la regarde s'éloigner dans la lueur douce-\nment éclatante du couchant. La nuit vient... L'Ennui s'installe... Guillaume resté seul, pas\ntrès sûr de ses résolutions, va regagner la maison paternelle. Mais s'il a pu congédier\nl'Etrangère, il a compté sans le Souvenir !... Voilà que des ténèbres épaissies sortent des\nvisions radieuses. Il respire le parfum des pays parcourus. Il réentend les danses qui\nrythmaient sa joie d'antan. Pourtant, il faut rentrer ! Quel accueil va-t'on lui faire ? Ne\nva-t'on pas lui démontrer, sans cordialité, que les voyages ne forment pas toujours la\njeunesse, et qu'il faut canaliser son imagination.\nLa musique de M. Max d'Ollone ne badine jamais avec les sentiments, et, c'est avec la\nplus entière loyauté qu'elle insiste sur certains développements, quand elle croit y trouver son\ndevoir. Cela ne va pas sans quelques longueurs, qui s'exagéreront au théâtre, du moins on peut\nle craindre, d'autant plus qu'à notre époque le public semble avoir perdu toute patience.\nIl faut aller vite, toujours plus vite, grâce à quoi, l'on a pu, récemment, jouer les deux Faust\nde Goëthe dans une seule soirée, ce qui n'est qu'un record de vitesse.\nSans recommander la formule cinéma vériste, par laquelle les personnages se préci-\npitent les uns sur les autres en s'arrachant les mélodies de la bouche, où, en un acte,\non fait tenir toute une vie : naissance, mariage, assassinat compris... ce qui permet d'écrire\nle minimum de musique, puisque très logiquement, on n'a pas le temps de l'entendre.\nIl faut avouer, quoiqu'il puisse en coûter que la symphonie au théâtre deviendra dans\npeu de temps, une très vieille chose morte.\nSait-on, à ce sujet, que chez les fabricants de u films \" il est question de cinémato-\ngraphier les neuf symphonies de Beethoven ? Cela, au moyen d'événements, de drames\ncontemporains. Bien entendu, ils n'auront rien à faire avec la musique, encore moins avec\nBeethoven.\nRevenir à M. Max d Ollone, souhaitons lui d'entendre l'Etrangère dans le cadre\nqu il a rêve. La musique en est assez expressive pour defendre ce qu'elle contient parfois\nd excessive psychologie. L optique spéciale du théâtre tend des pièges aux plus malins de\nses prêtres !\nMademoiselle Jeanne Hatto chanta l'Etrangère. Sa voix prenante et douce, comme le\nreflet d un beau ciel sur la mer, a fait comprendre tout ce que cette figure contient de songe\net de réalité. Monsieur Lheureux, qui fut un si parfait Chouisky, lors de cette unique\nreprésentation de Boris Godounow au theatre des Champs-Elysees, a donné au mélancolique\nGuillaume, cette justesse dans l'accent qui lui est particulière. Gabriel Pierné et l'orchestre\ndes Concerts Colonne ont remplacé les décors, les jeux de lumière avec une attentive\ncompréhension qui mérite de grands éloges.\n\nClaude Debussy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c027", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.11", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX.", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX.", "signature_source": "Vincent d'Indy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.43", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX.\n\nu Etes-vous Viennois ?... Non?... Quoi,\nvous n'auriez pas une goutte de sang slave\ndans les veines?... Alors, Monsieur, il est\ntout à fait inutile que vous alliez entendre la\n4me Symphonie de Mahler, vous n'y com-\nprendriez rien. \"\nUn peu chagriné par cette mise en\ndoute de mes facultés intellectuelles et sin-\ncèrement désireux de juger sainement l'œuvre\nd'un artiste pour la figure duquel j'ai toujours\néprouvé de la sympathie, je pris à tâche de\nme forger une âme viennoise momentané-\nment au moins en me plongeant préalablement dans le slavisme musical et littéraire le\nplus authentique, et j'arrivais dimanche au Concert Lamoureux avec la meilleure volonté\nd'écouter avec attention et de comprendre, si possible. Hélas ! je n'ai que trop compris...\nDès les premières mesures de la Symphonie en Sol, on se croit transporté en pleine\natmosphère schubertienne, et on en est satisfait, bien que l'on eut préféré un peu de nouveau.\nDès la douzième mesure, par exemple, ça change, ça tourne définitivement auCaf'Conc'\ndu Prater, avec le Damen-Orchester, les écharpes jaunes, la quête de la jolie flûtiste, au\nmilieu des bruits de fourchettes, des odeurs de schnitzelpanirt, des relents de veuves-joyeuses...\net ça part en une enfilade de valses, viennoises, je veux bien, mais, à coup sûr, d'une terrible\ntrivialité qui n'a plus rien du tout de schubertien... Et on est beaucoup moins satisfait qu'au\ncommencement...\nVers la péroraison du premier mouvement (de coupe classique, oh ! combien...) l'auteur\nse livre à une débauche d'italianismes, italianismes d'opéras des temps héroïques où Rossini\net Donizetti se disputaient le sceptre de la vulgarité formulaire. Alors, on ne sait plus que\npenser. Faut-il écouter, suivant les intentions de l'auteur, comme on écouterait de la musique\npure ? Dans ce cas, ça n'existe guère ; c'est un morceau pour Alhambras ou Moulins-\nrouges, mais pas pour salle de concerts symphoniques.\nFaut-il, au contraire, admettre l'affabulation du commentateur : 44 un père de génie\nfaisant l'éducation de son fils ou de sa fille \" (la musique, pas plus le commentaire,\nn'indique le sexe de l'enfant.) Oh ! alors, on ne peut que s'attrister de la déplorable éducation\nque ce père (de génie) donne à sa progéniture en ne lui faisant connaître que de la musique\nde café-concert saupoudrée de citations des Puritani et de la Cenerentola...\nLes trois autres pièces de la symphonie, aussi simplettes de forme que nulles de\nrecherches harmoniques, ne viennent malheureusement pas relever le niveau musical donné\npar le premier mouvement. Le Scherzo-valse et surtout l'Andante muni de sa u belle phrase \"\nde violoncelle, encore d'un degré au dessous des \" belles phrases \" de Mendelssohn... qui\ncependant..., ne nous présentent rien de neuf, rien d'intéressant, à part une très franche\nmodulation vers la fin du morceau lent. Le final est un petit lied en rondeau assez agréable,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3522, "texte": "et qui fut très agréablement chanté par Mme Faliero-Dalcroze, mais auquel l'accompagnement\nde piano eut amplement suffi.\nEt partout, depuis le premier mouvement jusqu'au final, s'étale la plus parfaite, la plus\ncomplète vulgarité. Est-il possible qu'un compositeur puisse manquer à ce point de goût et\nde sens artistique, et ne semble point se douter que, quelque sujet qu'il traite, il doit avant\ntout choisir de beaux matériaux, s'il veut créer de la beauté ? Mais Haydn, mais Beethoven,\nmais Schubert, viennois cependant d'origine ou d'adoption, ne sont jamais triviaux dans leurs\npeintures populaires ou paysannes, parce qu'ils laissent parler leurs âmes de poètes et ne\ncherchent point à faire de la photographie...\nEn quelle estime ne devons-nous pas tenir nos musiciens français d'avoir su se garer de\ncette tare de vulgarité qui parait s'étendre actuellement sur la musique allemande ! Combien\nnous devons être reconnaissants à un Ropartz, à un Witkowski d'avoir élevé à la hauteur\nde l'Art les chants populaires employés dans leurs symphonies, et combien à l'audition\nde cette musique de Mailler croissait notre sincère admiration pour la marche de\npompiers idéaux des \" Fêtes \" de Debussy, comme pour les contes enfantins, mais jamais\nvulgaires, de la charmante 11 Mère l'Oye \" de Ravel !\nMon Dieu ! voilà que j'oubliais que, n'étant pas slave, je n'ai, pas plus que les autres\nparisiens, le droit de juger la musique viennoise ! Mais alors, puisqu'il est entendu que\nnous sommes inaptes à les comprendre, qu'on laisse donc au viennois toutes ces\nviennoiseries !...\nL'exécution de ces quatre morceaux, pleins de détails instrumentaux vétilleux et difficiles\nà faire sortir, fut on ne peut plus remarquable et l'orchestre de Chevillard fit tout le possible\npour en atténuer la platitude.\nTout à côté, le poème de Richard Strauss \" Tod und Verklârung \" parut d'une grande\npuissance... mais non, toutefois, sans avoir pris quelques rides— Ce mort se défraîchit.\nLe mois musical du Concert Lamoureux présentait, outre la symphonie de Mahler, une\nautre nouveauté : une suite de deux poèmes pour chant de M. Ropartz : Manoir et Lied du\nsoir, interprétée par Mmu Croiza. L'esprit de classification (très commode pour critiques\npressés) qui colle sur le dos de tel compositeur l'étiquette : et sur le ventre de\ntel autre la pancarte : dramahste,nie généralement au chanteur de théâtre la faculté d'être\négalement chanteur de concert. Si l'exception confirme la règle, cette règle se trouve\naujourd'hui confirmée par la précieuse exception qu'est Mme Croiza.\nIl y a deux mois, en effet, elle créait au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, le beau rôle\nde Pénélope,de façon à enthousiasmer tout le public et l'auteur lui-même par son talent si\nnoble et si expressif, et, le 11 janvier, elle chantait au Concert Lamoureux les mélodies du\ndirecteur du Conservatoire de Nancy avec un art et un style exquis que l'on rencontre,\nhélas, rarement chez les professionnels de la scène.\nCes deux poèmes expriment tous deux la même idée de consolation au déclin de la vie,\nle second décrivant avec une émotion plus intense ce que le premier n'avait fait qu'indiquer.\nEtant donné cette similitude, il pouvait sembler téméraire de les rapprocher sur le\nmême programme, mais on ne résiste pas à une expression sincère, quelque répétée qu'elle\nsoit, et la loyauté de M. Ropartz, dont l'âme d'artiste transparaît dans ses œuvres sans\nvaine préoccupation de succès, jointe à la noble simplicité de son interprète, a triomphé de"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.45", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 562, "texte": "l'inconvénient que je visais plus haut, en\nétablissant dans l'esprit des auditeurs un\ncourant de profonde émotion. C'est de la\nbelle r W .\nEn terminant, je m'excuserai de\nprendre la parole pour un fait personnel,\nmais je dois signaler ici la publication\ndans leur texte original des douze Sonates\npour piano de l'étonnant précurseur de\nBeethoven, F. W. Rust. Cette publication\nest la seule pièce qui puisse mettre fin au\ndébat sur Rust suscité par un docteur\nallemand trop naïf et propagé à Paris par des musicographes trop crédules.\n\nVincent d'Indy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c032", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.12", "titre_corps": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS", "signature_source": "Paul Locard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.45", "debut_caractere": 564, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS\n\nJe ne vois pas d'inconvénient à ce que la Société des Concerts, qui est de vieille souche,\nqui a des traditions, des tendances, souligne les premières auditions qu'elle nous offre de\ncertaines œuvres déjà répandues. La notule qui serait ailleurs un aveu cynique de paresse et\nde négligence, contribue à déterminer les étapes de son évolution. Il n'est pas indifférent, par\nexemple, que Mort et Transfiguration de M. Strauss ait, à son tour, franchi le seuil. Ce frag-\nment métaphysique suppléera fort bien à la vanité d'un Don Juan que nous renvoyons volon-\ntiers à quelque bonne ou mauvaise fortune.\nLa IVme Symphonie de Beethoven qui est un peu la Cendrillon de la famille ouvrait,\nle 28 décembre, le dernier concert de 1913. Les exécutions de la rue Bergère respirent tant\nde ferveur, de vivacité et d'énergie, une juste intelligence de l'esprit beethovenien que je\nregrette d'avoir récemment incriminé le zèle de la Société. Cette réponse collective est écra-\nsante. Mais nous avons eu d'autres régals.\nLa pensée était délicate d'accoupler il y avait de l'orgue dans l'affaire Rameau\net son petit-neveu, M. Saint-Saëns, qui a soigneusement inventorié son héritage. La publica-\ntion intégrale de l'œuvre de Rameau fera date dans notre histoire. Cette fermeté, cette\nélégance du dessin, cette polyphonie substantielle, souple, claire, purement française comme\ncelle des maîtres de la Renaissance, cette vigueur, cette franchise mordante de l'harmonie,\ncette assurance, cette liberté, cette spontanéité de la pensée, vous les retrouverez dans son\nmotet Laboravi. La bourgeoisie de l'abonnement m'a paru témoigner par son indifférence un\ndéfaut de sens national.\nM. Saint-Saëns vient, je crois, d'orchestrer son Offertoire pour la Toussaint, où jusqu'ici\nl'orgue seul soutenait le chœur. Il le soutenait, dis-je, sans grand mal. L'aspect de la partition\nest singulier. Ce sont des portées sans notes presque. A peine un court fugato libère-t-il quel-\nques instants les voix de leur solidarité harmonique. De-ci de-là, une pédale ; mais où il faut\net quand il faut, une guirlande contrapontique tout unie. M. Saint-Saëns voyez plutôt\nson O Salutaris adore ces réminiscences scolastiques. C'est d'un art un peu froid, un peu\nsévère, d'un caractère inaltérablement religieux comme tous les motets de M. Saint-Saëns qui"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.46", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3693, "texte": "se ressemblent beaucoup. Les chœurs de la Société des Concerts demeurent la plus admirable\n\" psallette \" que je sache à Paris.\nEt Psyché,la Psyché de Franck qui devrait endormir de son charme toutes les rancunes\ntoutes les inimitiés ? Car il y a une question Franck, que nous essaierons quelque jour de\nrésoudre. Pauvre père Franck ! Il est l'ennemi dont la terreur réconcilie les pires adversaires.\nDéjà M. Saint-Saëns et M. Debussy ont esquissé autour de son cadavre une danse macabre.\nM. Saint-Saëns, M. Debussy, âmes jumelles sans le savoir qui anathématisent Franck, qui\nadorent Mozart, qui glorifient Rameau, et dont les deux chefs-d'oeuvre, Samson et Pellèas\nnous offrent comme scène capitale une scène capillaire. Ces phénomènes ne sont d'ailleurs\nsurprenants qu'en apparence. Ils trahissent une naturelle reviviscence, une réaction de\nl'esprit originel, la révélation d'une fraternité latente. Et c'est une crise digne d'être étudiée.\nProvisoirement, si l'on veut bien, une fois encore, au moins, sera un souffle, une âme,\nun reflet, une irisation exquise. Peut-être M. Messager ne l'a-t-il pas enveloppée d'une atmos-\nphère assez vaporeuse. Il se ressouvenait de Beethoven trop proche. Il faut interpréter, alléger\nl'orchestre de Franck, du sommeil parfois faire jaillir le rêve. Eros, Psyché, ces immortels\nglissent et n'appuient pas. Qu'elle se réveille bientôt que notre souvenir adore et\nrêve nébuleuse et légère, petite sœur symbolique de cette Eisa que M. Messager a toute et\ntoujours comprise !\nJe crains d'avoir excédé les limites de mon territoire et je me résous à quelques sacrifices.\nRameau, Beethoven et M. Saint-Saëns prennent goût à l'hospitalité de la Société des Concerts.\nLe programme du 18 janvier les réunissait encore. La en ut mineur déroula ses\npéripéties tragiques. C'était là assurément au temps de Beethoven de la musique nouvelle non\nmoins que VAdagio quasiment impressionniste de la Sonate en ut dièze mineur baptisée \" Clair\nde lune. \" A Rameau, M. Delmas et M. Notick avaient emprunté une scène d'Hippolyte et\nAricie dont l'Opéra nous dévoila il y a quelques années les beautés. Le Vme pour piano\nde M. Saint-Saëns qui ne me scandalise pas du tout, si cosmopolite soit-il, avait été élu par\nM. Busoni. On peut discuter l'interprétation de M. Busoni dans certaines œuvres qui ne lui sont\npas consubstantielles. Cela ne l'empêche pas d'être infiniment plus qu'un virtuose. Mais il est\naussi \" le virtuose \" et l'un des plus prodigieux que nous connaissions. Cette technique transcen-\ndante semble innée. Il crée de ses dix doigts un univers sonore. Nul n'a cette magnificence du\ngeste, cette puissance, cette variété, ce don de la couleur et de l'évocation. Il a galvanisé\nl'inertie distinguée de son auditoire. Mais pourquoi a-t-il ajouté au de M. Saint-Saëns\nune gibbosité offensante en recommençant le final au lieu de s'exalter dans le splendide isole-\nment de quelques pages de Bach et Liszt, où il est inimitable ?\nCe n'était pas une première audition que la Messe du fantôme de M. Ch. Lefebvre. Les\nConcerts-Colonne en 1898, M. Tafïanel pendant l'exposition de 1900, la célébrèrent. Le\nconte breton dont elle est inspirée n'a pas gagné à être amplifié et versifié par ses adaptateurs.\nM. Lefebvre a pensé que la musique est une synthèse où les tares du verbe disparaissent, OÙ\ntout se confond et se fond, sobrement dans le style tempéré de la tradition néo-classique. Avec\ntact, sinon avec une originalité profondément suggestive, il a illustré un scénario romantique.\nM. Delmas a pu, surtout vers la fin de l'œuvre où le soliste est le mieux partagé, déployer un\nlyrisme auquel le théâtre convient d'ailleurs avant tout.\n\nPaul Locard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c033", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.13", "titre_corps": "Le Tango.", "titre_sommaire": "Le Tango.", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "Le Tango.\n\nST-CE une oraison funèbre qu'il convient de prononcer, ou une\napologie ? On sait qne l'autorité ecclésiastique vient de sévir. S. E.\nle cardinal Amette, archevêque de Paris, n'a pas craint de transcrire,\npour le couvrir d'opprobre, ce nom frivole. u Nous condamnons la\ndanse, d'importation étrangère, connue sous le nom de Tango, qui\nest de sa nature lascive et offensante pour la morale. Les personnes\nchrétiennes ne doivent, en concience, y prendre part. Les confes-\nseurs devront agir en conséquence dans l'administration du sacre-\nment de pénitence Ainsi conclut un mandement sévère qui va\njeter le trouble et le remords en bien des consciences. Le\nrefus de l'absolution est un châtiment grave, puisqu'il écarte de la table de communion.\nComment d'autre part renoncer à tant de réunions dont le tango, comme jadis le bridge, est\nl'occasion ou le prétexte ? Comment refuser une danse que la mode favorise ?\nLes ministres des autres cultes se sont montrés plus réservés. M. le grand-rabbin J.-H.\nDreyfus déclare fort sagement qu'il ne peut formuler aucune appréciation sur le tango, parce\nqu'il l'ignore, M. le pasteur Roberty rappelle que les églises protestantes ne donnent à leurs\nfidèles que des principes, laissant à chacun la responsabilité des applications.\nOn peut se demander en effet par quelle sorte d'enquête le vénérable archevêque de\nParis a pu se faire une opinion sur ce nouveau plaisir du monde ? A-t-il dépêché dans les\nsalons des émissaires chargés de vérifier les écarts, de compter les croisements, de mesurer\nles pressions ? S'est-il rapporté aux aveux du confessionnal, qui souvent invoquent, afin\nd'atténuer la faute, la complicité de l'heure et du lieu ? A-t-il consulté simplement 1 etymo-\nlogie qui n'a pu manquer de scandaliser son âme chrétienne et latiniste, puisqu'on lit dans\nl'Evangile : Noli me tangere ?\nMais surtout la condamnation spéciale d'une danse a pour conséquence logique l'auto-\nrisation des autres. Les charmes diaboliques du tango étant évités, on n'aura rien à craindre\nni de la matchiche brésilienne, ni du cake-walk, ni du one-step, ni de la très-moutarde, tout\nau moins jusqu'au jour où un mandement supplémentaire en aura dénoncé les dangers. Il y\naura des danses mises à l'index. Les autres seront permises : la valse, le boston, la polka, le\nquadrille feront la joie des mères chrétiennes. Or,la doctrine des pères de l'Eglise n'a jamais\nvarié ; toutes les danses qui mêlent les deux sexes sont réprouvées. Il n'est pas un curé de\nvillage qui, montant en chaire au jour de la fête patronale, ne se soit cru obligé en conscience\nde rappeler cette interdiction à la jeunesse présente. Il n'est pas un confesseur qui n'ait mis\nune pénitente en garde contre l'attrait du bal et ne lui ait recommandé la modération, sinon"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.48", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4436, "texte": "l'abstention. Sans doute sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, l'Eglise n'avait sauve-\ngardé son autorité qu'en la rendant conciliante. Un sage compromis durait en vertu d'une\ntacite entente. C'est une grande imprudence que d'y vouloir toucher. Depuis la dénonciation\ndu concordat, l'Eglise de France paraît préoccupée d'affirmer son prestige à tout propos ;\nelle multiplie les prescriptions, les condamnations, les anathèmes. Son zèle indiscret donne-\nrait quelque inquiétude sur son avenir, si par ailleurs on ne la savait éternelle, et découragerait\nses amis les plus dévoués, s'ils ne devinaient, même en ces apparentes erreurs, le dessein\nsecret de la Providence.\nReste à savoir ce qui a valu au tango ce renom d'immoralité. L'importation ou l'inven-\ntion en est récente : ce n'est guère que depuis un an que le monde l'a adopté ; il y a fait\nfureur. Les autres danses qu'on a préconisées en ces derniers temps sont demeurées des\ndanses de théâtre, ou tout au moins de fantaisie ; les salons ne les admettent que par excep-\ntion, et comme des curiosités de l'instant ; elles se dépassent et se supplantent l'une l'autre ;\nsitôt qu'on les a vues, leur destin est accompli. Le tango demeure. Il est en nos salles la danse\ndominante, celle dont on ne se lasse jamais, comme fut la valse au siècle dernier, le menuet\nsous Louis XV, la courante sous Louis XIV.\nL'origine du tango est incertaine, et les érudits de l'avenir en disputeront sans fin,\ncomme ceux d'aujourd'hui pour la courante, le menuet, la valse, et toutes les danses qui se\nsont répandues. L'art léger des pas cadencés ne laisse guère de documents écrits ; il ne se\nmontre que par l'exemple et ne se transmet que par la tradition. Il a ses maîtres dont\nquelques-uns peuvent rivaliser, pour le génie créateur, avec ceux de la poésie, de la musique\net des arts plastiques. Mais leur nom ne reste pas attaché à la figure qu'ils inventèrent, parce\nque chacun est libre de la copier, puis de l'enseigner à son tour. C'est pourquoi nous savons\nvaguement que telle ou telle danse s'inspire d'une coutume populaire, mais nous ignorons\ncomment on a tiré, de ce trépignement incertain, une forme accomplie de grâce et d'élé-\ngance ; une danse est une œuvre d'art ; elle ne devient résistante et durable que du jour où\nelle a obtenu l'unité du style, et le style, j'ai quelque honte de le répéter, mais la citation est\nneuve au moins sur ce sujet, c'est l'homme même.\nC'est pourquoi je ne passerai pas les mers pour montrer, en quelque sombre bouge de\nBuenos-Ayres, les trémoussements bottés, éperonnés, pommadés et huileux qu'on voudrait\nnous présenter comme modèles. Ce n'est pas à nous qu'ils peuvent servir de modèles ; nous\nn'y aurions jamais trouvé qu'un spectacle étrange et un peu nauséeux. Mais l'artiste inconnu\nà qui nous devons le tango a aperçu le parti qu'on pouvait tirer de cette grossièreté presque\nsauvage, de même que le peintre fait des berges pourries de la Seine un tableau frémissant\nde coloris, et qu'au regard du poète le torchon même est radieux. Cet artiste est parmi nous,\nj'en suis persuadé ; qu'il reçoive ici l'hommage d'une admiration d'autant plus vive qu'elle\nne sera jamais retenue par la considération de l'homme.\nLe tango est la danse de notre temps. Il me souvient d'un vers de Vigny, que nos\nprofesseurs trouvaient un peu risible :\nLa valse qui bondit en son sphérique empire.\nIl est certain que le mouvement de la valse est inscrit en un cercle ou une cycloide\nnon en une sphère. Toutefois l'indication de ce solide peut s'expliquer par l'ampleur des\nciinolines, surtout si lon y joint l'action de la force centrifuge. La valse tournoyante est\nfaite pour les crinolines. Le tango frôleur convient aux robes ajustées qui tout en avouant le\ncorps l'auréolent de caresse et de frisson. Le tango où les jambes se cherchent sans se\nrencontrer jamais fait valoir les jupes drapées et à demi fendues qui ne délivrent que pour\ni etenii. Le tango vai îable et défini atteste 1 émancipation du gout féminin * jusqu'ici assujetti\nau despotisme de la mode, il n'en reçoit plus que des indications générales, et chaque\ntoilette, fidèle à la ligne du jour, est pour l'assortissement des couleurs, des dessins et des\nmotifs, une composition personnelle.\nJe ne vais pas entreprendre ici un cours de tango ; j'y réussirais mal, parce qu'en telle\nmatière le précepte n'est rien, nos lecteurs sont trop honnêtes gens pour n'être pas instruits"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.49", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3908, "texte": "déjà d'un aussi bel usage. Je les avertirai seulement d'une particularité qui leur a échappé\npeut-être : le tango se danse sur une mesure à quatre temps, comme la polka, et non à trois\ncomme la valse ; il y a de plus, au début de chaque mesure, une note pointée qui prolonge,\naux dépens du second, le premier temps, et le départ ainsi retardé se précipite légèrement,\ncomme dans la habanera, mais c'est une habanera lente et dès son début pâmée.\nLe tango est ce qu'on eût appelé une basse danse : les pas y sont glissés, et les deux\npieds jamais ne quittent en même temps le sol. Les basses danses, dont la noble pavane est\ndérivée, imitaient, avec quelques variations, la démarche naturelle, tantôt en avant, tantôt en\narrière, en y ajoutant des flexions du torse qu'on appelait des branles. Le tango ne procède\npas autrement. Mais il y a cette différence importante que les deux exécutants, au lieu de se\nmettre en ligne, s'accolent face à face.\nCette disposition elle-même n'est pas nouvelle : dès le XVIe siècle, elle est adoptée pour\nla volte, qui est l'ancêtre de nos valses. Les auteurs de ce temps, peu suspects de pruderie\npar ailleurs, s'en montrent néanmoins choqués. On sait que la valse à son apparition passa\naussi pour fort indécente. Il est certain qu'un danseur d'éducation imparfaite peut abuser de\nl'étreinte ; mais un autre comprendra mieux le principe de toute espèce de danse, qui est au\ncontraire d'éviter le contact en coordonnant les mouvements. Il existe un tango crapuleux,\nà l'usage des restaurants de nuit, qui ne ressemble pas plus à celui de nos salons que la valse\nchaloupée des apaches à celle qui ravissait nos mères.\nPourtant des doctrinaires de la morale maintiendront que le tango trouve son attrait\ndans le rapprochement des sexes. Il en est ainsi pour toutes les danses de société, et ce n'est\npas pour un autre motif que l'Eglise les proscrit, et les tolère, puisque la chasteté universelle\nserait une vertu funeste. Il existe, en Orient, des danses lascives et même obscènes, parce\nqu'elles contrefont sans précaution les gestes voulus par la nature. Mais les nôtres n'opèrent\nque par allusion et par symbole: c'est l'union des attitudes qu'elles célèbrent, non des corps.\nAussi l'innocence y prend-elle son plaisir sans nul enseignement profanateur. Sans doute\nfaut-il compter sur la discrétion du danseur ; mais le tennis, le patinage et le bain de mer\nfournissent des occasions autrement tentatrices, et c'est aux maîtresses de maison à n'inviter\nque les jeunes gens dont elles puissent répondre.\nLa danse, dédaignée par le génération précédente, revient en honneur aujourd'hui. Il\nme souvient du temps où dans les bals c'était à qui se dissimulerait dans les encoignures de\nportes pour se livrer en toute immobilité aux douceurs de la conversation. Les bonnes dames\ndont nous étions les hôtes faisaient, de quart d'heure en quart d'heure, des rondes policières,\nafin d'empêcher que les couples, projetés par la rotation, ne désertas-\nsent le milieu des salons pour rester appliqués aux murs ; mais leurs\npas pesants dont criaient les planchers avertissaient toujours à temps\nles réfractaires qui se hâtaient de reprendre un semblant de valse,\nde mazurka, de schottisch ou de pas-de-quatre. Les moeurs étaient-elles\nmeilleures pour cela?\nLe tango est une danse complexe dont pas un de nous n'eût\nconsenti à étudier les figures successives. Aujourd'hui, devenus barbons,\nnous sentons le charme de cette complexité, la fantaisie qu'on y peut\nfaire valoir, et l'avantage qu'y prend la beauté naturelle. Cette danse\nest un art, et ceux qui le pratiquent ne pourront dédaigner absolument\nles autres arts. Si de plus il faut y reconnaître l'image de l'amour, qui ne\nvoit combien l'amour est moins brutal s'il sait attendre, et se complaire\naux déclarations propitiatoires ? Quelle est surtout la femme qui ne se\nréjouirait d'un tel progrès ?\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c037", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.14", "titre_corps": "Spectacles de Danses", "titre_sommaire": "Spectacles de Danses", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": "Spectacles de Danses\n\nC'est avec les orteils que l'on feuillette aujourd'hui les partitions nouvelles. Nos com-\npositeurs se plaisent à étendre des tapis d'harmonies inédites sous les pieds nus de nos\ndanseuses. Ainsi tels Hindous fanatiques se font joyeusement laminer par le char d'une\ndéesse vénérée. Mais on distingue bien des manières de fouler aux pieds la musique.\nLa plus scientifique et la plus minutieuse de toutes est assurément la Gymnastique\nRythmique. C'est une ingénieuse invention que Jaques-Dalcroze fit breveter à Genève puis\nà Hellerau et que notre Jean d'Udine exploite à Paris depuis quelques années avec un succès\nétourdissant. J'ai eu l'occasion de décrire ici même les savants et gracieux ébats des\ngymnastes rythmiques et d'exprimer mon admiration pour cette intéressante pédagogie qui\nimpose au corps humain une subtile discipline, éduque les centres nerveux et enrichit\nl'organisme d'un ensemble de perceptions et de réflexes qui constituent presque des sens\nnouveaux. Par elle les divisions les plus complexes de la durée et de l'espace ne sont plus\ndes problèmes à étudier mais des nécessités mathématiques instantanément perçues. Les\njeunes filles que j'avais observées, au cours des démonstrations précédentes, étaient \" accor-\ndées \" comme des harpes éoliennes pour vibrer au moindre choc\nmétrique, recueillir dans l'espace les plus impondérables des ondes\nsonores et les laisser s'irradier harmonieusement dans tous leurs\nmembres. Leur corps était devenu \" bon conducteur \" de l'électricité\nrythmique.\nA cette époque, Jean d'Udine affirmait son désir de ne pas sortir\ndes limites de la pédagogie, se défendait de toute recherche plastique\net de toute préoccupation esthétique et, par une grâce singulière, la\nbeauté qu'il fuyait venait sans cesse à lui. Aujourd'hui, au contraire,\nl'éducation technique de ses élèves étant à peu près terminée, le"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.51", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "professeur veut aborder les réalisations d'art qui\n[ en sont le couronnement naturel. Et voici que la\nbeauté, directement sollicitée et officiellement in-\nvitée à la fête, semble se faire prier, hésite et,\ncapricieuse, s'intéresse beaucoup moins à la gym-\nnastique rythmique, depuis qu'elle n'y entre plus\nen contrebande !\nCertes, l'idée est charmante de ce petit\ndivertissement pastoral qui, groupant par saisons\nles douze mois de l'année, met en valeur le\ncaractère \" mélodique \" la mélodie corporelle,\navec ses accents et ses rythmes est ici le thème\ndonné des contrepoints des gestes profession-\nnels des travailleurs de la terre. Et la grâce est\nexquise des douze feuillets qui s'envolent de ce\ncalendrier vivant. Pourquoi donc l'impression d'art\nreste-t-elle incertaine ? Voilà ce qu'il n'est pas\nfacile de déterminer.\nMon ami Jean d'Udine, qui fut si longtemps\nun critique singulièrement sagace et pénétrant\nson ballet m'a prouvé qu'il avait, hélas, défini-\ntivement dit adieu au métier I excusera mon désir de retrouver loyalement les raisons\nqui ont découragé mon enthousiasme.\nOn sait que d'Udine a composé la musique, le décor et la chorégraphie de cet ouvrage,\nn'acceptant d'autre collaboration que celle d'un texte d'une candeur inquiétante. Ainsi devait\ns'apaiser le \" tourment de l'unité \" qui ronge les esprits équilibrés. Théoriquement c'était\nparfait : en pratique il y avait place pour de l'inattendu. On ne s'improvise pas sans danger\ncompositeur de musique, peintre décorateur, maître de ballet, chef d'orchestre, accessoiriste,\nélectricien... etc. comme le fit sans hésiter l'audacieux Protée de la G. R. On ne remplace\npas du premier coup sans dommages par l'enthousiasme et la foi les minutieuses techniques\ndes arts qui sont aussi des métiers. Or, d'année en année, le \" métier \" dont il fut quelque\ntemps à la mode de médire, nous fait comprendre davan-\ntage sa noblesse. Jamais il ne fut plus bienfaisant et plus\nsecrètement puissant dans les coulisses de nos théâtres\nque depuis le moment où l'art tenta de s'affranchir de\nsa tutelle : les esprits superficiels sont\nseuls à le croire absent des réalisations\nles plus fantaisistes de la pensée con-\ntemporaine.\nC'est précisément l'instant de son\ntriomphe qu'a choisi Jean d'Udine pour\nnous demander de le trahir, de nier\nson utilité, de contester son intérêt et\npour nous prier d'oublier tout ce que\nnous avons appris afin de pouvoir\ngoûter, sans préjugés techniques, le\nspectacle offert ! Nous l'aurions fait\nbien volontiers, cet effort héroïque, si\nnous avions été invités à explorer, en\ncompagnie d'un nouveau Strawinsky\nou d'un élève de Schœnberg, les\nrégions inconnues qui sont au-delà du"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.52", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4557, "texte": "métier, mais pour piétiner désespérément en-deçà de la frontière familière... à quoi bon ?\nEn faisant table rase de tout l'acquis des différents arts qu'il abordait, Jean d'Udine se\nvouait à un inutile recommencement. Il s'est imposé la tâche de \" découvrir \" péniblement,\nune à une, des vérités premières qui sont dans le domaine public : il a fermé et barricadé\nune porte, hier encore ouverte à deux battants, afin de s'offrir le luxe de l'enfoncer.\nQue de temps perdu ! Nous voilà condamnés à reconstruire l'harmonie, à réapprendre\nla règle du jeu, à souffrir cruellement en étudiant le maniement si difficile de\nl'accord parfait et de ses renversements, à trébucher dans les fausses relations, et les\n\" enchaînements d'amateurs \", à boiter sur les mauvaises basses, à nous déchirer le tympan\naux fagots d'épines des accords hérissés de fautes grossières, à nous faire pincer l'oreille\nentre deux quintes mal jointes... etc. Pourquoi cette douloureuse régression ? La musique\nfabriquée, avec une si allègre inconscience, par mon ami Jean d'Udine ne m'inspire pas\nseulement de l'aversion et de l'horreur : elle m'inspire de la haine ! Si j'arrive à mettre la\nmain sur cette partition je la brûlerai avec une joie sauvage ! Elle constitue un forfait\nmonstrueux, un crime d'Atride, un parricide et un inceste ! L'affreux homme qui l'a écrite\ninsulte à nos plus chères croyances et bafoue notre idéal le plus sacré. Il a mérité cent\nfois la mort la plus atroce.\nJe sais bien qu'il poursuivait un but particulier : sa musique, contrairement à l'ordre\nétabli, fut déduite de la danse au lieu de l'engendrer et le professeur de gymnastique\nrythmique affirmera que lui seul pouvait noter avec assez d'autorité et de précision les\nvaleurs mathématiquement nécessaires pour délimiter dans le temps le geste de la cueil-\nleuse d'iris ou le triple mouvement de la bêche qui crève brutalement le sol, le retourne et\nlaisse glisser sa motte de terre. Il y a dans ces études de rythmes de même que dans\nles danses \" trimestrielles \" tout un luxe d'analyse et d'observation, toute une série de\nsubtilités mélodiques auxquels il faut rendre hommage. Mais le travail du praticien n'a\njamais supprimé la collaboration du sculpteur. La partition de Jean d'Udine est maintenant\n\"au point\" pour être présentée à un compositeur. Il ne reste plus qu'à la mettre en musique !...\nPlastiquement, et chorégraphiquement le même dédain de la technique entraîne\nles mêmes faiblesses. Théoriquement parfaits, les mouvements d'ensemble se réalisent\nmal, les \" passages \", les entrées et les sorties compromettent l'équilibre des scènes\nles plus agréablement établies, le mépris de la science scénique la plus élémentaire\nrend vaines les trouvailles les plus ingénieuses, la fantaisie arbitraire de costumes\nmaladroitement rapprochés ne crée aucune atmosphère : les paysannes d'opérette et les\njeunes parisiennes en robe d'après-midi, de diner ou de tango, réunies par une convention\naccommodante autour d'une boule de jardin, nous imposent des visions d'un symbolisme\napproximatif et, pour donner à l'ensemble du spectacle toute sa signification iconoclaste,\nune grande toile de fond, minutieusement brossée \" tue \" impitoyablement le léger enclos\nde treillages qui constituait une charmante indication de décor schématique... Ah ! Si Jean\nd'Udine a maltraité la stylisation, dans sa causerie préliminaire, il faut reconnaître que le\n\" style \" s'est bien vengé !\nSi j'apporte tant de passion à la critique de ce spectacle, c'est que je crois utile de crier\n'l casse-cou \" à un théoricien remarquablement intelligent, au moment où il va entrer dans\nla période des réalisations artistiques. Il y a trop d'écart entre les ingénieuses données du\nproblème et la solution provisoire qu'il nous propose. Après avoir si lumineusement décrit les\ndélices du paradis terrestre dont il tient la clef, Jean d'Udine n'a pas le droit de nous offrir un\nspectacle aussi voisin du travail d'amateur. La séduction de ses théories développe en nous\nun dangereux appétit de beauté et une soif de nouveauté très redoutables : on attend de lui\ndes miracles. Il nous les doit. Il nous les donnera sans cloute quand il aura franchi cette\nétape dangereuse. Nous devons faire crédit à ce merveilleux remueur d'idées. Il a démoli le\nTemple mais, après tout, il n'est pas tenu, pour nous être agréable, de le rebâtir en trois jours !...\nC'est encore l'absence de techique inutile de dire que ce mot est pris dans son\nacception la moins étroite qui manque à deux autres spectacles de danse dont l'intérêt"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.53", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4071, "texte": "musical fut indiscutable. Avec de la lumière obéissante, des décors remarquables, un essaim\nde fillettes attentives et l'orchestre Colonne, M\"IC Loïe Fuller pouvait nous émerveiller : elle\nne parvint qu'à nous intéresser. Louis Laloy a excellemment caractérisé la forme d'art que\npratique ce petit corps de ballet : \" Ces piétinements, ces enjambées, ces sautillements et\nces culbutes ne sont que des amusements d'enfants dont la gymnastique la plus chétive ne se\ncontenterait pas comme exercices de chambre. Ils n'ont d'ailleurs aucun rapport avec la\nmusique, ne tombent que par hasard sur un temps fort, ne communiquent pas la moindre\nidée de légèreté ni de grâce ni d'une émotion ou d'une impression quelconque. \" L'interven-\ntion de tous les projecteurs de la terre ne saurait nous faire oublier ces constatations fâcheu-\nses. Et tout l'art d'Ochsé et toute la magie des musiques très heureusement choisies ne\nservent qu'à souligner plus cruellement l'indiscrétion des\nécolières turbulentes qui dès que Mademoiselle a tourné\nles talons se précipitent sur la scène en se bousculant,\ns'éclaboussent en traversant d'un bond le jet d'eau lumineux,\ndéplient et froissent des étoffes précieuses, s'en drapent en\ncachette, bravent toutes les défenses et touchent à tout ce\nqu'on leur a interdit de toucher...\nUne première audition musicale figurait dans ce spec-\ntacle tumultueux. Mme Armande de Polignac y révélait ses\nMille et une Nuits. On y retrouva, plus nettement affirmées et\nplus heureusement équilibrées que jamais les vertus carac-\ntéristiques d'un talent extrêmement personnel. Dans la jeune\nécole moderne Armande de Polignac a su prendre une place\nà part grâce à l'originalité de ses tendances. Sa pensée est\norientée si passionnément vers un idéal de force un peu\nsauvage, de fruste énergie et d'étrangeté mélodique, son\norchestre est si véhément, si vibrant, si curieux de tous les\nmystères sonores des u vents que cette musique s'apparente\ninstinctivement aux productions de nos plus audacieux cher-\ncheurs. Armande de Polignac donne parfois l'impression d'être une sorte de Strawinsky\nféminin ne redoutant ni la rudesse, ni l'âpreté, ni la raucité instrumentale : pour elle, les\npupitres de l'harmonie ne sont jamais assez nombreux et le quatuor est toujours un peu\nencombrant. Et elle parle avec une absolue spontanéité une langue forte et colorée, usant\navec assurance de quintes diminuées chromatiquement enchaînées, trouvant de surpre-\nnantes fanfares, utilisant avec adresse la gamme par tons, disposant avec une subtilité\nd'impressionniste d'amusantes quintes translucides pour laisser descendre dans l'orchestre\nla lumière froide d'un clair de lune et rythmant avec une énergie toute virile de puissants\nthèmes orgiaques qui s'enlacent et s'épousent avec une exaltation dionysiaque !.... Il y a là\nun tempérament musical qui n'a pas encore trouvé son expression définitive, mais dont nous\npouvons attendre avec confiance les manifestations prochaines.\nC'est également sous les apparences musicales les plus séduisantes que se présenta\nla révélation de la Métachorie. Debussy, Erik Satie, Florent Schmitt, Roland Manuel et un\nRavel invisible et présent étaient rangés en cercle autour de son berceau. Et le violoncelliste\nDroeghinans avait écrit pour saluer sa naissance d'éclatantes fanfares guerrières.\nOn a déjà beaucoup parlé de cette nouvelle religion plastique, on en a longuement exposé\nles dogmes, discuté les origines et commenté le cérémonial. Il est maintenant inutile d'exposer\nle but que poursuivait Mme Valentine de Saint-Point en utilisant le \"plateau'' d'un théâtre\ncomme tablettes et son corps comme style pour inscrire dans certaines figures géométriques\nles idées directrices de tels de ses poèmes. On sait qu'elle entendait, par ce moyen discret de\nmatérialisation, \" cérébraliser \" la danse et l'épurer de tout ce qui ne lui est pas essentiel,\nle débarrassant notamment du u rythme plastique sensuellement humain de la tyrannie\nde la musique et de tout acquiescement au sens purement littéral des textes qu'elle contre-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "pointe. Chaque poème a une sorte de u corps astral \" : il s'agit de révoquer, de le faire\nplaner au-dessus des vers, d'observer ses lignes et de cerner ses invisibles contours en\nposant attentivement ses pieds nus sur les traces fugitives que laisse sur le sol son ombre\nmystérieusement profilée. Le métachoreute possède une sorte de vision radioscopique de\nla poésie, sacrifiant l'accidentel à l'essentiel et faisant apparaître, comme une rigide ossature\ngéométrique sous la chair volatilisée, la squelettique rosace de l'idée !\nCes principes théoriques me paraissent absolument inadmissibles ; pour qu'une figure\ngéométrique soit admise à l'honneur de faire vivre\nune idée, il faut que ce soit par l'effet du consente-\nment unanime des peuples et non par une conven-\ntion individuelle. Mme de Saint-Point conçoit la\nglorification du Soleil comme une spirale inscrite\ndans un angle aigu que traverse une bissectrice. C'est\nune opinion, ce n'est pas une vérité qui s'impose : un\ncercle ou un carré suivant les préférences pictu-\nrales du spectateur peuvent être investis de la même\ndignité. Ces associations d'idées doivent avoir un\ncaractère de nécessité pour nous dominer : or\ndans la Métachorie elles sont purement arbitraires.\nA quoi bon, dès lors, abandonner le domaine de la\nfantaisie pour y rentrer aussitôt en s'abritant derrière\nle paravent de la géométrie et de l'idéisme.\nDe plus, l'affirmation du u cérébralisme \" de l'art\nmusical contemporain est éminemment discutable.\n44 Nos jeunes compositeurs français, les puînés de\nClaude Debussy, dit Mme de Saint Point, ont réalisé\nune œuvre musicale extrêmement cérébrale\". En êtes-\nvous bien certaine, Madame ? L'école debussyste\nn'a-t-elle pas au contraire défendu victorieusement\nles droits de la sensibilité contre ceux de la raison\npure et l'évolution de la musique actuelle n'cst-elle pas là pour vous donner un démenti\nformel ? Les improvisations symphoniques de nos jeunes musiciens ne sont elles pas infini-\nment moins t 4 cérébralisées \" que les symphonies d'Haydn ? C'est clans nos grands clas-\nsiques que la Métachorie pouvait trouver de l'intellectualisation, de la symétrie volontaire,\nde la géométrie systématique : en les cherchant dans Debussy, Satie, Ravel ou Manuel elle\na commis un dangereux anachronisme. Elle a de plus, injurié gravement un groupe d'artistes\nqui considèrent comme une régression ce qu'elle présente comme un progrès ! Notre musique\na eu bien assez de peine à guérir de sa congestion u cérébrale ' : ce n'est pas le moment de\nl'exposer à une rechute ! Qu'elle se garde donc de fréquenter l'atelier dangereux de Mme de\nSaint-Point !\nAu fond, ces trois solennelles expériences d'intellectuels auront été significatives : en\nvoulant abaisser le banal u métier\" elles l'auront exalté en démontrant sa nécessité. C'est le\nvieux maître de ballet, c'est la ballerine classique, c'est la pointe, le ballonné et le jeté battu\nqui sortent vainqueurs de l'épreuve ! Les avons-nous assez méprisés, assez ridiculisés ! Il\nfallait ces curieuses réalisations d'art pour nous ramener à une plus juste appréciation de\nleurs humbles mais solides vertus et nous inspirer le respect de leur patiente initiation. Nous\nsavons maintenant qu'aux épaules des plus jolies femmes les ailes ne poussent pas en une\nnuit.\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c046", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.15", "titre_corps": "A Travers la Quinzaine", "titre_sommaire": "A Travers la Quinzaine", "signature_source": "Jean Poueigh", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3143, "texte": "A Travers la Quinzaine\n\nAyant déposé sa besace durcie par le givre, le Bonhomme Janvier en retire les présents\nque pour nous il tenait en réserve. Le voici qui nous offre, piquées dans la gerbe des innom-\nbrables récitals, les rutilantes corolles de quelques sociétés ou associations de concerts. Nullement\njalouses de disputer à leurs rivales plus hâtives la palme de la précocité, les retardataires ressem-\nblent à ces fleurs qui s'épanouissent au plus fort de l'été, elles sont comme ces fruits tardifs\ndont la maturité s'achève lentement dans l'arrière-saison. D'avoir montré tant de nonchalance\nà s'ouvrir, en seront-elles plus gonflées de sève, d'éclat et de parfums ?\nVoyageurs errants de la musique, les Concerts-Sechiari viennent, après avoir emménagé,\nde reprendre leurs séances dominicales. Le fait de n'avoir trouvé, en ce Paris du vingtième\nsiècle, que le u Palais des Fêtes\" de la rue Saint-Martin pour y installer cuivres et batterie,\nnous force à constater une fois de plus combien la ville-lumière est pauvre en salles de musique.\nCe nouveau local porte un titre bien pompeux qui s'applique ici à un cadre spacieux, gai,\nfraîchement décoré, approprié surtout aux spectacles du music-hall, du cinématographe et aux\njoyeuses réunions de thé-tango ou autres maxixes en vogue. Les grandes auditions musicales\nlui conviennent moins, en raison d'une acoustique rendue défectueuse par le développement\ntout en longueur et par le peu de hauteur du plafond. Loin de se fondre dans l'ensemble, les\ndivers groupes d'instruments y conservent leur crudité. Trompettes et trombones, fracassants\nà l'excès, ne le cèdent en vacarme que devant une percussion tumultueusement assourdissante.\nEt nous en souffrons d'autant plus vivement qu'une phalange ardente et souple y évolue\ndocilement sous la baguette sobrement expressive de son chef, M. Pierre Sechiari.\nLa Symphonie en si bémol d'Ernest Chausson ouvrait la fête sonore. Œuvre de haute tenue\net de pensée hautaine où le respect des formes classiques n'entrave jamais le frémissement\nd'une émotion tantôt contenue, parfois plus lyrique, et n'arrête pas davantage la chaude\nclameur de la sensibilité qui s'épanche là, grave et douloureuse elle fut exécutée avec une\nsuperbe fougue. L'ivresse dyonisiaque éclata ensuite bruyamment dans la délirante bacchanale\ndu Vénusberg de Wagner, tandis que l'Ouverture de Léonore (n° 3) de Beethoven mit en valeur\nla piquante légèreté des cordes. Entre ces trois ouvrages purement symphoniques, se firent\nentendre Melle Yvonne Dubel et une virtuose du violoncelle. La voix de la jeune cantatrice\nnous parvint claire et lumineuse, pareille à un doux rayon d'étoile illuminant la \" nuit resplen-\ndissante \" de Gounod. Cette Cantilène de Cinq-Mars précédait une mélodie de Schumann,\nA ma Fiancée, chantée en allemand. L'orchestration faite par M. L. Narici témoigne d'une\nlouable discrétion à laquelle je reprocherai toutefois sa teinte grise et par trop terne. Mais les\novations allèrent principalement à Mme Caponsacchi-Jeisler. D'un archet fin, sans vibrato ni\nmollesse, elle interpréta avec un charme délicieusement pudique, le Concerto de Lalo et, en"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4222, "texte": "particulier, le second mouvement si joliment évocateur d'une féerie lunaire, aux elfes dansant\nprès d'un lac bleu, dans les montagnes.\nA la salle Erard sonnait également l'heure d'une importante réouverture. Fidèle à des\ntraditions vieilles de quarante années, sachant que le public \" à sa proue attaché \" aime\nréentendre certaines pages qu'il affectionne, la Société Nationale n'a pas pour habitude\nd'inscrire de l'inédit au programme de sa première soirée. Elle se contente de puiser dans son\npropre fonds, lequel on ne l'ignore point est riche d'un butin précieux conquis\npar l'école française et aussi par l'art étranger, sur le domaine de la musique pure. Son\nchoix, élégamment diapré cette fois, avait porté sur le probe et austère Quatuor à\ncordes de M. Magnard ; sur trois mélodies tendrement pathétiques de Chausson : La Chanson\nbien douce, Cantique a F Epouse, Dans la Forêt du Charme ; sur La Bonne Chanson de M. Gabriel\nFauré, où d'extatiques et fluides harmonies miroitent à la façon des eaux qui dorment, pares-\nseuses et transparentes ; enfin, sur diverses pièces pour le piano : Prélude, Sarabande, Toccata\nde M. Debussy, Rondefia d'Albeniz, Ein Kindersscherx de Moussorgsky, celle-ci redemandée,\net Islamey de Balakirew, dont les rythmes subtils ou éblouissants ont le chatoiement vif ou\ndélicat des gemmes. L'assistance, très nombreuse, manifesta son plaisir en applaudissant les\nexcellents interprètes qui avaient assumé la tâche et assuré le succès, MM. Firmin Touche,\nHémery, Vieux et Marneff, Melle Rose Féart, MM. Alfred Casella et Ricardo Vines.\nNous allons retrouver ces trois derniers parmi les artistes qui prêtèrent leur concours à la\nSociété Musicale Indépendante. Le troisième concert de la S. M. I. comprenait maintes\npremières auditions. Attrayantes certes pour la plupart, mais combien menues, impondérables.\nJe sais bien que le poids ne fait rien à la chose. Sans doute un lied renferme souvent plus de\nmusique qu'une symphonie. Mais cela, c'est quand la symphonie a été manquée et que le lied\nest réussi. Dans tous autres cas, on ne saurait contester qu'il faut infiniment plus de souffle, de\npuissance, d'invention renouvelée, en un mot de facultés naturelles et acquises, pour venir à\nbout d'un ouvrage de longue haleine. Les travaux auxquels s'astreignent certains de nos musi-\nciens d'aujourd'hui sont minuscules, durent à peine quelques secondes. Colifichets de la\nmusique, ils ne sauraient prétendre qu'à nous amuser (ou à nous agacer) tant que leur style et\nleurs procédés n'auront pas été frappés de caducité, ce qui souvent ne tarde guère. Gardons-\nnous d'en exagérer l'importance ; n'attribuons pas à chacun d'eux un rôle novateur qu'ils\nremplissent rarement. Accueillons-les avec sympathie comme des tentatives intéressantes, des\naudaces parfois heureuses, des essais plus ou moins bien venus. Mais n'oublions pas que les\ntentatives n'aboutissent pas toujours, que par audaces il ne faut pas entendre trouvailles et que\nle mot essais n'a jamais signifié chef-d'œuvre sauf pour le seul Montaigne.\nEcrit en 1879, le lerIer Quaiuor de M. Gabriel Fauré est une magnifique réalisation qui n'a\nrien perdu de sa saveur primitive. MM. A. Casella, Chailley, [urgensen, Griset en dégagèrent\ntoute la préciosité tendre et nacrée. MeUe Rose Féart chanta ensuite d'une voix aussi experte\nqu'expressive, les Quatre Poèmes Hindous de M. Maurice Delage. Ces mélodies sont d'un coloris\nchaud et fort agréable. La seconde, Lahore, fut favorisée d'un bis à cause sans doute de\nP \" à bouche fermée \" dont l'effet, si souvent utilisé dans les chœurs, empruntait à son\nisolement une singularité cocasse. Après le Scherzare de M. G. Knosp, M. Ricardo Virïes\nfeuilleta par deux fois, avec la prestigieuse gravité voulue, les Chapitres tournés en tous sens du\nbon humoriste, M. Erik Satie. Les auditeurs se divertirent aux objurgations du mari à Celle qui\nparle trop (Ne parle pas, Rose, je t'en supplie...), reprirent haleine avec\nPierres (c'est un rien, un souffle, un rien...), compatirent au Jonas, Latude\n(Nous n'irons plus au bois...). Heureusement pour MM. Florent Schmitt et Maurice Ravel\nqu'ils se sont affirmés musiciens très remarquables dans des œuvres plus significatives que"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.57", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 919, "texte": "celles-ci : Une Semaine du Petit ElfeFerme-Tœil ou impeccablement\nmimé sur le clavier par les prestes petites mains de Melles Denise Haas et Alice Durand, et\nTrois Poèmes traduits avec une ferveur mallarméenne par Mme Jane Bathori-Engel. Salués par\nles acclamations d'un public débordant d'enthousiasme, les de M. Delage, ces\nTrois Poèmes de M. Ravel et les Trois Poemes de de M. Strawinsky, dits\npar Mme Nikitina, délicieuse d'exotisme, comportaient une instrumentation pour piano ou\nharpe, deux flûtes, deux clarinettes et quatuor à cordes. MM. Pierre Lucas,\nSpathy, Merkel, Bigot, Audisio, Jeoffroy, Pascal,\nSpeyer, Dauwe, Bâton, Mme Ellie, s'y dépensèrent\ngénéreusement sous l'adroite direction de M. Inghel-\nbrecht. D'habitude frais, rêveurs,\nallègres ou troublants, ces timbres\nne servirent dans les poèmes de\nM. Igor Strawinsky qu'à produire\ndu bruit. A tout prendre c'est un\nrésultat.\n\nJean Poueigh."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c050", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 57, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.16", "titre_corps": "Les Sociétés", "titre_sommaire": "Les Sociétés", "signature_source": "J. Renard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.57", "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "Les Sociétés\nJ. Renard\nLe premier Concert Chaigneau, on ne saurait trop s'en féliciter, débutait par une\nnouveauté: la première audition d'un Concerto à Cordes de Dall-Abaco (1675-1742)*\nobjectera peut-être que l'auteur n'est plus très jeune mais il avait tant attendu ! Ce concerto\nfort gracieux, dans la manière du meilleur Lulli fut agréablement rendu par l'orchestre\nsous la direction de M. Camille Chevillard. Le Trio Chaigneau, où brille d'un éclat tout\nparticulier l'excellente pianiste Mme Thérèse Chaigneau-Ruminel, se fit entendre dans le Triple\nConcerto de Beethoven. On applaudit ensuite la belle voix et le talent remarquable de\nMme Auguez de Montalant dans du Hœndel et surtout dans Y Air de la Naïade de Gluck, qui\nfut bissé. Au Salon des Musiciens Français le programme ne comportait aucune révélation\ncaptivante. Toutefois l'on écouta\navec un vif plaisir les Chansons à\nquatre voix de M. Jacques Pillois.\nElles témoignent chez l'auteur\nd'une grande ingéniosité, d'un\nsouci réel d'expression et d'une\nécriture variée. Deux quatuors à\ncordes se partageaint la dernière\nsoirée de la Société Philharmo-\nnique : Le Quatuor en la majeur\nde Schumann et le Quatuor en ré\nmajeur de Franck, que le Quatuor\nCapet interpréta, le dernier surtout,\navec une chaleureuse puissance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c052", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.17", "titre_corps": "Appelé à faire partie de l'orchestre de l'Opéra, un violoniste notoire, troublé par", "titre_sommaire": "Appelé à faire partie de l'orchestre de l'Opéra, un violoniste notoire, troublé par", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "Appelé à faire partie de l'orchestre de l'Opéra, un violoniste notoire, troublé par l'émo-\ntion de son début, devança ses camarades en attaquant seul les doubles-cordes du prélude. Le\nchef le foudroya du regard et, à l'entr'acte, marchant sur lui : \" Tous mes compliments,\nMonsieur, votre accord était parfait. Mais n'y revenez pas ou je vous flanque à la porte. \"\nCe sont là de menus accidents pouvant se produire dans les masses, mais que l'on n'a guère à\nredouter avec nos compagnies de quatuors.\nAdmirateur de Brahms, M. Parent avait inscrit son nom en tête des quatre séances de\nmusique de chambre. Avec l'aide de ses excellents partenaires habituels, M.M. Loiseau, Brun\net Fournier, et occasionnel, M. de la Haulle, le Quintette à cordes bénéficia d'une exécution\nlarge, précise et véhémente. Le Quatuor Lejeune apporte dans ses interprétations une\nconviction ardente et un enthousiasme fervent. Il favorise les classiques Quatuor a cordes en\nmi bémol de Mozart, Quintette en ut (avec deux violoncelles) de Schubert et sacrifie, lui\naussi, à Brahms Quatuor à cordes en la mineur. Tandis que le Quatuor Le Peuve se\ntourne au contraire vers les modernes. A son deuxième programme figuraient les Quatuors à\ncordes de Marcel Orban et d'Armand Parent, où s'épanouit toute une floraison contrapuntique.\nLe Double Trio apporte plus de variété dans ses concerts, puisqu'à trois exécutants ils\nréalisent le miracle d'être six. Mme Ida Nordmann met en\naction successivement ou simultanément ses propres cordes\nvocales et les cordes du quinton ou de la viole d'Amour ;\nM. E. Flament, virtuose du basson, promène également ses\ndoigt sur le clavier ; et M. Debruille, tour à tour, tient l'archet\ndu violon, caresse l'ivoire du piano et du clavecin. Et à eux\ntrois ils furent applaudis comme six."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c056", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.18", "titre_corps": "Il est fort surprenant qu'à notre époque de spiritisme l'on n'ait jamais assis de", "titre_sommaire": "Il est fort surprenant qu'à notre époque de spiritisme l'on n'ait jamais assis de", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.58", "debut_caractere": 1790, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "Il est fort surprenant qu'à notre époque de spiritisme l'on n'ait jamais assis de\nF | « 11 i J\nmédium devant le clavier en évoquant l'esprit des grands maîtres. De\nmême que d'illustres morts se font entendre par leur bouche, que leur\nplume dévoile d'étonnants mystères, leurs doigts auraient peut-être révélé\nle secret des œuvres classiques et la signification exacte qu'il convient de\nleur donner.\nTout le monde, en effet, n'est pas d'accord sur l'interprétation de certains morceaux."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.59", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "Voici que lon discute la maniéré dont M. Edouard Risler a compris les Six Préludes et\nFugues du premier cahier du \" Clavecin bien tempéré \" de Bach. Et\ncependant M. Risler apparaît bien aujourd'hui comme le plus classique\nde nos virtuoses. Nous aurons l'occasion de l'étudier au cours de ses huit\nconcerts, dont celui-ci était le premier. En outre du Bach déjà cité, la Sonata\nAppasiionata de Beethoven et la Fantaisie-Sonate de Schubert, très musicalement rendue,\nvalurent un gros succès à M. Risler.\nM. Paul Loyonnet réserve au contraire toute sa tendre sollicitude pour les modernes.\nIl tut cette fois le protagoniste ardent et applaudi de Reynaldo Hahn, Widor, Saint-Saëns et\nd'autres encore.\nElève de Busoni, parait-il, Mlle Françoise Morin possède des doigts\nparticulièrement agiles. Elle joua très vite la Fantaisie Chromatique de Bach\net les Etudes Symphoniques de Schumann. Il est vrai qu'il lui fallait rattraper le\ntemps perdu à chercher un tourneur de pages pour la Sonate en la de Bee-\nthoven où elle partagea avec Mlle Reboul, violoncelliste de talent, le chaleureux\naccueil qui leur fut fait.\nAprès l'élève, voici le maître lui-même. Le roi de l'Erard,\nM. Ferruccio Busoni, est dans nos murs. Et son triomphe est\ntel, sa glorieuse renommée semble si bien assise, que la critique n'est\nplus appelée, à en témoigner. Peut-être M. Busoni l'ignore-t'il et\nsemblable mesure fut elle prise en dehors de lui. Tout de même, si\nson immense talent n'est plus mis en doute aujourd'hui par personne,\nc'est bien un peu à la presse qu'il le doit. Ayant été conviés au premier seulement, de ses trois\nrécitals, il nous est possible d'en donner la physionomie. Dire l'enthousiasme de cette salle où\ntous les professionnels du piano s'étaient donné rendez-vous est impossible. M. Busoni est\ncertainement le plus poète des virtuoses du moment. D'autres ont peut-être plus de puissance,\nune dynamique plus précise. Aucun ne dispose d'une gamme de nuances aussi variée et ne\nréalise avec plus de douceur, de grâce précieuse ou abandonnée, de délicatesse, de fini et de force,\nles jeux de lumière etlesoppositionsdecouleur.il interpréta magistralementla Sonatecn si mineur\nde Liszt et les Six Bagatelles de Beethoven ; il eut des sonorités d'une profondeur exquise dans\nles Quatre Préludes au Choral de Bach-Busoni et déploya une incomparable souplesse dans les\nadmirables Douze Etudes de Chopin. Devant les acclamations d'un public délirant, M. Busoni\ndut répéter la douzième et ne put qu'à grand peine se dérober à une admiration sans pitié."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c063", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.19", "titre_corps": "\" ...Et s'il n'en reste qu'un je serai celui-là ! \" aurait pu s'écrier M. Joseph Debroux.", "titre_sommaire": "\" ...Et s'il n'en reste qu'un je serai celui-là ! \" aurait pu s'écrier M. Joseph Debroux.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.59", "debut_caractere": 2551, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "\" ...Et s'il n'en reste qu'un je serai celui-là ! \" aurait pu s'écrier M. Joseph Debroux.\nLa trêve des chocolatiers s'avère en effet funeste aux violonistes. Louons donc celui-ci comme\nil convient, d'avoir été le seul à manier l'archet des virtuoses durant cette quinzaine. Ses con-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "frères doivent s'estimer très heureux d'avoir été représentés aussi dignement que par cet\néminent artiste.\nLe premier des trois récitals de M. Joseph Debroux remporta,\nsalle Pleyel, le plus vif succès. Le roi des instruments faisait tous\nles frais de la séance, sans vaine concession aux cordes vocales, sans\ndemander au piano autre chose qu'un discret accompagnement.\nDes premières auditions d'auteurs morts depuis un siècle ou deux\nremplaçaient ici les modernes.La part faite aux vivants\ny est d'ailleurs assez restreinte et l'on voit bien tout le penchant que M. Debroux\néprouve pour la musique ancienne. Il ne faut pas lui en faire un grief car il la\nsent fortement et l'exprime avec une remarquable pureté de style et de sonorité.\nLes Sonates de Du Val et Exaudet, une Chaeonne de Bach pour Violon seul,\nune Gavotte de Jean-François d'Andrieu, La Chasse de Jean-Pierre Guignon,\nY Elégie d'Emile Roux, Y Andantede Fernand Halphen, la de Lalo et\nsurtout Y Introduction et Rondo Capricciosode Saint-Saëns, admirablement exécutés,\nse partagèrent les applaudissements d'un public enthousiaste."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c067", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.20", "titre_corps": "Une chanson populaire fameuse raconte les hauts faits de u trois jolis tambours revenant", "titre_sommaire": "Une chanson populaire fameuse raconte les hauts faits de u trois jolis tambours revenant", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.60", "debut_caractere": 1108, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "Une chanson populaire fameuse raconte les hauts faits de u trois jolis tambours revenant\nde la guerre \". Les trois récitals de chant dont il va être question s'écoulèrent sans prouesses\nd'aucune sorte, dans un calme recueilli et pacifique, seulement troublé par le crépitement des\npaumes qui s'entrechoquent. Deux présentaient un vif intérêt. Ils se déroulèrent le même soir,\nà la même heure. En outre, ils avaient ceci de commun, qu'ils furent tous deux particulière-\nment réussis et qu'un nombreux public manifesta, ici et là, son parfait contentement.\nSalle Erard, Mme Elisabeth Protopopova avait composé entièrement son programme\navec des œuvres russes modernes. Rachmaninow surtout avait la part belle. Des mélodies, des\npièces de piano, une Sonate pour piano et violoncelle exécutée avec chaleur par MM. Henri\nDefosse et Louis Ruyssen, le représentaient. D'autres lieder de Moussorgsky, Balakirew,\nPomansky et Borodine y figuraient encore avec deux airs de Snegourotchka de Rimsky.\nMme Protopopova prête à toutes ces musiques un charme tranquille qui va plus loin que son\napparente impassibilité. L'âme slave y apparaît un peu lointaine et comme voilée. Et l'auditoire\nse laisse doucement caresser par cette brise parfumée venue du Caucase à travers la steppe."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.61", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "Moins spécial, le concert donnée salle Pleyel par Mlle de Febrer témoignait d'un goût\néclectique. Il comprenait des pages\nde Haendel, de Gluck, un de\nCarissimi, une Canzde Scarlatti\net des mélodies de Raoul Pickaert,\nDebussy et Duparc. La voix chaude\net bien timbrée de Mlle de Febrer en\nexprima les divers sentiments dans\nun excellent style et elle dut bisser\nViens à moi de Pickaert. A côté\nd'elle, triomphèrent également sur le\nclavier et avec l'archet, Mme Chail-\nley-Richez et M. Marcel Chailley,\ntous deux musiciens des plus remar-\nquables.\nEnfin la troisième de ces gracieuses cantatrices, Mlle Nelly Baissac, se prodigua avec\nsuccès dans une séance où le chant n'attirait plus à lui le principal intérêt."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c070", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.21", "titre_corps": "L'orgue est un instrument célèbre par son point. Les amateurs du bel canto savaient", "titre_sommaire": "L'orgue est un instrument célèbre par son point. Les amateurs du bel canto savaient", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.61", "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "L'orgue est un instrument célèbre par son point. Les amateurs du bel canto savaient\napprécier le point d'orgue et ils le savouraient avec délices, avec aussi de frénétiques transports.\nSa culture, alors fort productive, diminua par la suite ; de nos jours, il est devenu presqu'in-\ntrouvable. On le demande pourtant quelquefois. L'une de nos plus aimables cantatrices\nmondaines, avant de déchiffrer une mélodie modern-style, s'informait ingénument du fameux\npoint d'orgue. L'auteur lui ayant déclaré qu'il n'y avait pas place pour lui dans sa musique, la\ndame refusa de la chanter.\nMais l'orgue à bien d'autres qualités et M. Joseph Bizet sait en tirer un fort habile\nparti. De la série des trois concerts que Mlle Renée Lénars, la réputée harpiste, donne avec\nlui salle Pleyel, deux ont eu lieu. Ils furent extrêmement brillants. Au premier, Mlle Renée\nLénars exécuta admirablement sur la harpe-luth des Noëls de Périlhou, et sur la harpe chroma-\ntique des Fantaisies de Bach et de Fauré. Accompagnée par M. Joseph Bizet, elle fit entendre\ndu Gluck, du Schubert, du Grieg et du Widor, tandis qu'en bon organiste, M. Bizet s'atta-\nquait seul à une Toccata et Fugue de Bach et en sortait victorieux. Des mélodies de Mouquet\nformant l'intermède vocal, trouvèrent en Mme Bureau-Berthelot une interprète de grand style.\nLe second programme fit applaudir En et de Debussy transcrits pour\nharpe chromatique et orgue, Sarabande et Menuet de Bach pour harpe-luth,\nde Florent Schmitt, pour harpe chromatique et cordes, dont le Quatuor Chailley tenait la\npartie d'accompagnement, tâche difficile que les quatre excellents artistes menèrent à bien.\nMlle Mary de Buck chanta avec un charme émouvant de Franck et des mélodies\nde Paul Vidal. Enfin, après un fragment de la Jeanne d'Arc de Benjamin Godard, auquel\nparticipèrent Mlle Marcelle Burgart et M. Brémont, Mlle Renée Lénars et M. Joseph Bizet\nfurent longuement ovationnés."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c072", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c072", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 63, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.22", "titre_corps": "NANTES. — Grand Théâtre.Après le cycle des œuvres d'Alfred Bruneau, M. Rachet", "titre_sommaire": "NANTES. — Grand Théâtre.Après le cycle des œuvres d'Alfred Bruneau, M. Rachet", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "NANTES. — Grand Théâtre.Après le cycle des œuvres d'Alfred Bruneau, M. Rachet\na donné une nouvelle preuve de son goût artistique en faisant une très intéressante reprise des\nNoces de Figaro.L'exquis chef-d'œuvre de Mozart n'avait pas été joué à Nantes depuis soixante\nans. Je ne dirai pas que l'interprétation a été, en tous points, irréprochable, ce serait exagéré,\nmais quelques-uns des protagonistes méritent d'être loués. M. Grimaud est un Figaro de\ngrand style, M1Ie Nordi, une Suzanne accorte et de superbe voix, Mlle Luart, un charmant\nChérubin et Mlle Mancini, une Comtesse de talent. M. Ernaldy dirige l'exécution en impec-\ncable musicien. MIIe Delna est venue chanter la lamentable Elle reviendra, sous\npeu, pour Y Attaque du Moulin.Dans cette œuvre on pourra l'applaudir sans restriction.\nAssociation nantaise des Grands concerts. Le second concert a été donné avec le concours\ndu violoncelliste André Hekking qui interpréta avec un sûr talent le concerto, si discuté, de\nDvorak, deux pièces de Glazounow et V Aria de Bach. L'orchestre joua avec quelques flotte-\nments la charmante symphonie en si bémol de Beethoven. Il interpréta plus heureusement\nl'admirable morceau symphonique de Rédemption et de Rimsky-Korsakoff. Le\nconcert fut bien dirigé par M. Morin.\nAudition d' \" Armide \". Sur l'initiative de Mme Caldagnès et de M. Ernaldy a été\ndonnée, au Grand Théâtre, une brillante audition de de Gliick qui n'avait pas été\napplaudie à Nantes depuis 1786, où Mme9 Maillard et Saint-Hubert vinrent l'interpréter.\nLes principaux rôles étaient bien tenus par Mme Buffet et Mlle Arin, MM. de la Patellière et\nAubert. On admira avec raison le bel ensemble des chœurs de Mme Caldagnès. L'orchestre ne\nmérite, lui aussi que des compliments. Bref, ce fut une belle soirée d'art, dont les dilettanti\nnantais conserveront longtemps le souvenir. L'exécution était dirigée avec une autorité indis-\ncutable, un sens précis des mouvements et du sentiment de l'œuvre, par M. Fritz Ernaldy.\nCombien nous devons, à Nantes, nous féliciter de posséder cet artiste admirable.\nEtienne Destranges.\nTOULOUSE. Graz iella,poème romantique en 4 actes et 5 tableaux, musique de notre\ncompatriote Jules Mazellier, a été représenté sur la scène du Capitole avec une interprétation\nsinon de premier ordre du moins très homogène et a obtenu un grand et légitime succès.\nL'auteur a dirigé deux des dernières représentations et sa présence au pupitre, qui avait\néveillé un mouvement de sympathique curiosité, a de nouveau ramené la foule vers le théâtre\net assuré la réussite complète de l'œuvre.\nEn général on suit peu, cette année, les représentations de notre Grand-Théâtre ; ceux\nque l'on s'est plu à appeler les \" belcantistes toulousains \" sont mécontents de la troupe. Par\ncontre les amateurs de musique symphonique réservent leurs faveurs aux grandes auditions de\nla Société du Conservatoire, aux concerts plus modestes de \", ou bien\nencore aux séances assez fermées mais d'un très haut intérêt de la \" Société Charles Bordes\nAu Conservatoire, le dernier concert fut dirigé par M. Paul Vidal, notre compatriote,\ndont la renommée avait attiré un public nombreux et choisi. Sous sa baguette l'orchestre\ndonna une magnifique exécution de la Symphonie en ut mineur, de l'ouverture des Maîtres"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.63", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 487, "texte": "Chanteurs, du morceau symphonique de Rédemption (César Franck) et du Caprice Espagnol\nde Rimsky-Korsakoff. Cédant à un sentiment trop modeste, M. Paul Vidal ne fit entendre de\nlui qu'un court mais charmant cycle de mélodies : Les chansons de Shakespeare, fort bien\ninterprétées par Mmes Magne et Benneth.\nOn parle très sérieusement pour la direction du Conservatoire de M. Aymé Kunc\ndont la candidature semble devoir réunir tous les suffrages. La parole est au ministre\nG. G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c074", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c074", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.23", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.63", "debut_caractere": 489, "fin_caractere_exclue": 3500, "texte": "Belgique\nJ'avoue connaître, à cet instant, une quasi insurmontable hésitation. Après tant d'autres,\nil faut pourtant que je vous parle aussi de Parsifal. Parmi l'étourdissant tintamarre qu'a\ndéchaîné la \" chute \" du chef-d'œuvre \" dans le domaine public \", sous l'entassement prodi-\ngieux des littératures qui la commentent et la jugent, au sein des tumultueuses rumeurs\ndes foules innombrables vers le Temple ruées, combien présomptueuse et vaine la voix perdue\nd'un poète ?\nIl semblerait que nous vivons à l'aube d'une foi nouvelle. Wagner entrevit-il ce miracle\nqui, soudain, arrête la génération dans sa course désordonnée et d'un seul coup, tourne tous ses\nregards vers la cîme où son orgueil, naguère, alluma l'apothéose suprême, de la Beauté ? Le\nsiècle impie a tressailli au glas des cloches du Graal, sonnant le deuil des religions défuntes, le\nregret d'idéals oubliés. O sublime pouvoir de l'art, pareil à la mystérieuse attirance des cieux\nsemés d'étoiles ! Lumière essentielle, dont la traînée radieuse, se prolongeant par delà les nuits\ninfinies, dément la mort des astres !\nHélas, la surhumaine audace de ce rêve, la témérité souveraine de cette conquête y\ntrouvent l'arrêt fatal du destin. A peine l'eucharistique lueur a-t-elle tremblé au cristal\ndu vase, la croix s'efface qu'a tracée le Pur. C'en est fait. La voix s'est tue. La croyance est\nmorte. L'ultime accord se brise sur la détresse de nos silences. La Prière expire à nos lèvres.\nEn vérité, nous n'avons plus que faire de tous ces dieux, secourables aux héros, tristes\npèlerins des douleurs. Que nous importe le paradis promis aux élus de la mort ? Nous ne\nvoulons ni pitié, ni sagesse, ni remords, ni Vérité, ni Rédemption. Notre joie n'est rien et\nn'est toute que la Vie. Sa seule loi nous est la jeunesse capricieuse de nos désirs. Notre\nreligion n'est qu'amour. Redevenus des hommes, ignorants du bien et du mal, nous crions\nl'originel transport d'être libres, ainsi, devant les plaines vierges de l'avenir.\nSuperflue sans doute apparaîtrait ici l'analyse de la partition, du poème. L'un et l'autre\nont trouvé des centaines de commentateurs. D'experts spécialistes les ont fouillés, divisés,\ndéchiquetés, distribués enfin à l'entendement des plus profanes. Au surplus, nous n'avons jamais\npu vaincre une désespérante et instinctive répugnance à disséquer l'émoi que nous procure une\nœuvre d'art. \" Dieu parle, il faut qu'on lui réponde \" a dit de Musset ! Ce vers est, à la fois,\nnotre axiome et notre excuse.\nTous savent aujourd'hui aussi bien sinon mieux ! que Wagner lui-même, de quels\néléments complexes et confus, empruntés aux légendes, aux philosophies, aux religions, à la\nParole romaine, est fait le symbole de ce mystère. Les initiés connaissent la texture, le ton,\nle sens et l'arrangement des thèmes. Qui donc, parmi les \" fidèles \", n'a pas refait cent fois le\ntravail minutieux de cette géniale et merveilleuse synthèse ? Parsifal a livré, je crois tous ses\nsecrets à la foule que sa musique enchante pourtant encore."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.64", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3738, "texte": "Recueillons-nous, à l'entendre, et oublions aussi. Qu'importent les défauts, les longueurs,\nl'artifice et l'erreur de l'œuvre ? Doit-on-se plaindre ou s'éjouir de ce qu'elle ait quitté sa\ncolline mystique ? Tout cri d'un homme se voue à tous les hommes et celui-ci plus qu'aucun\nautre appartenait à la communauté. Bien inutile, le regret d'anciens privilèges.... L'office n'aura\nplus de communiants, car Parsifalclôt un cycle. Il marque la fin d'une ère. C'est le posthume\nrayonnement d'un art. Et son verbe semble venir d'outre-tombe.\nOui vraiment qu'importe ! Mélancoliques et douloureuses, plus cruellement loin-\ntaines, dans son hiératisme figé, dans sa sérénité paisible, nous porteront ses harmonies, où\nsont enclos des accords parmi les plus beaux qu'ait su capter une âme humaine. Ils vivront,\ndans la splendeur somptueuse de l'éternel.\nDirai-je que la présentation au Théâtre de est dévotieuse ? Notre hommage\nn'ajoutera rien, peut-être, à la joie, au triomphe qu'y a connus M. Maurice Kufferath\nspécialement. Il nous est agréable de le lui offrir, en sympathie à sa ferveur. Sa vie aura la\ngloire d'avoir servi Wagner, trop exclusivement, c'est le reproche que nous lui fîmes.\nIl a monté Parsifal avec des soins pieux de respect et d'art. La perfection est atteinte, sans\ndoute, en raison des moyens du théâtre. Nous ne regretterons donc point trop que M. Hensel\ninflige àla traduction française (de Mme J. Gauthier et M. Kufferath) une accentuation\nallemande. Nous admirerons sans réserve Mme Panis {Kundry belle incarnée), M. Rouard\n(y imfortasémouvant). MM. Billot et Bouillez, dignes de tout crédit. Les décors par exemple\nauraient dû être confiés à un maître, à un artiste pour une si haute évocation.\nEnfin, faisons des éloges à l'orchestre, et aux chœurs.\nRené Lyr.\nNombreux toujours, les concerts. Une absence de quelques jours, motivée par la matinée\nSamuel-Holemann, à Paris, nous a privé de plusieurs. D'autre part, la chronique destinée au\nfascicule du premier janvier celle de décembre n'ayant pas paru en temps, s'est vu reportée\nau 15. Rappelons donc le Premier Concert du consacré à du\ngrand aïeul Haendel, sous la direction de M. Léon du Bois. La première séance de\nMusicale Belge, nouveau groupement, placé sous les plus brillants patronages. Présidence\nd'honneur de Mme la Duchesse d'Ursel, MM. Braun, sénateur, De Ro, sénateur ; Présidence\ngénérale : M. le Chevalier René de Gobart ; Présidence : M. Paul Gilson. Cette soirée\ninaugurale était réservée aux oeuvres de Victor Vreuls ; elles furent interprétées par\nMM. Zimmer, Gaillard, Bosquet, la cantatrice Mme M.-A. Weber, la pianiste Mlle Ewings.\nLa seconde honorait, ensemble, MM. Eugène et Théo Ysaye. Les membres du quatuor\nZimmer, avec la collaboration de Mlles Stévart et Chaumont ainsi que d'un groupe choral de\ndames, firent entendre, du maître violoniste : Pièce pour violoncelle et piano, Poème êlégiaque, pour\nviolon et piano ; de Théo Ysaye : Quintette pour piano et cordes, pour deux pianos,\nChœurs pour voix de femmes. Les deux derniers concerts sont dédiés à Joseph Jongen et\nFrançois Rasse. Au Conservatoire encore, un récital d'orgue, par M. Léandre Vilain.\nSalle Erard, une séance de musique de chambre, œuvres classiques où se distinguèrent les\njeunes instrumentistes MM. A. Onnou, L. Halleux, violonistes, L. Loicq, altiste, F. Lemaire,\ncelliste. Un récital V.Lauter, violoniste, M'ne Everaers, pianiste. Une audition du quatuor\nWessely, de Londres. Un concert du pianiste Chiapusso. La remise annuelle des prix à\nl'Ecole de Musique d'Anderlecht, fut l'occasion d'un concert où, entre autres, furent exécutés\nune cantate de Paul Gilson : Kindervreugd,et pour soli, chœur et orchestre\nde M. G. Soudant, directeur de l'Ecole."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.65", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "Actons enfin le succès de la Hiercheuse, drame lyrique de M. de Béhault, sur un libretto\nde M. G. Drains, au Théâtre royal de Liège.\nR. L.\nGAND. La saison musicale gantoise s'est ouverte par un concert de l'Association des\nConcerts d'hiver, où l'on a applaudi modérément le pianiste allemand Severin Eisenberger,\net où l'on a fait fête au chef d'orchestre, Edouard Brahy, qui dirige ces concerts depuis 1902\net vient d'en abandonner inopinément la direction, le lendemain même de la brillante\nmanifestation organisée en son honneur.\nAu Conservatoire, un concert Bach-Beethoven, avec le concours de Mlle Hélène Dinsart,\ncorrecte et distinguée, qui joue le concerto en mi bémol du maître de Bon, et, en intermède,\nla Fantaisie sur d'anciens lieder flamands de son maître Arthur De Greef.\nISA Capella gantois continue ses séances de musique ancienne, sous la direction de\nM. Emile Hullebroeck ; à sa première audition, le Magnificat d'Adrien Willaert produit une\ngrande impression. On y applaudit aussi les sonates de J. B. Loeillet.\nAu Grand Théâtre, la présence d'un adroit ténor-léger, M. Ancelin, donne un regain de\nsuccès au vieux répertoire : La Dame blanche, Si f étais Roi, etc. La seule nouveauté est un\npetit mimodrame : Pierrot pere et filsy d'un musicien du cru, M. Robert Guillemyn. On\nannonce... Le Postillon de Lonjumeau et aussi Les Joyaux de la Madone. Monna Vanna est\ntombée et n'a eu qu'une seule représentation.\nP. Bergmans.\nMONS. Nous devons signaler l'excellente initiative prise par le distingué Directeur de\nnotre Conservatoire, M. Jean Van den Eeden, qui avait mis au programme de son concert\nannuel deux œuvres musicales belges qui ont fait grande impression.\nLa marche des Communiers, de M. Léon Dubois, se recommande par une allure héroïque\nd'un souffle très élevé. Macbeth, de M. Sylvain Dupuis, témoigne d'un sérieux effort de\ncompréhension psychologique de l'œuvre immortelle de Shakespeare. L'orchestration, très fouillée,\nn'est jamais banale. M. Sylvain Dupuis exprima au maître Jean Van den Eeden, le sym-\npathique auteur de Rhéna, ses plus vifs et chauds remerciements pour la façon compréhensive\net précise dont il dirigea l'orchestre.\nX..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c075", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.24", "titre_corps": "Étranger", "titre_sommaire": "Étranger", "signature_source": "Louis C. Elson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.65", "debut_caractere": 2189, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "Étranger\n\nLETTRE DE BUCAREST\nLes Concerts Symphoniques de l'Orchestre du Ministère ont ouvert leurs portes dans la\nbelle salle de l'Athénée et ils annoncent deux séances distinctes : une sera la série dite des\nconcerts extraordinaires avec le concours de virtuoses et un choix de programmes nec plus ultra\net l'autre série sera celle dite ordinaire ou populaire à prix réduit.\nOn sait que l'orchestre qui participe à ces concerts est subventionné grassement par le\nMinistre des Beaux-Arts ; cette phalange porte d'ailleurs le titre du département auquel elle\nest attachée, c'est-à-dire d' \" Orchestre du Minisûre de F Instruction publique. \"\nMais ce qui est à retenir, c'est qu'à Bucarest on nous affiche les œuvres qui seront\nexécutées pendant la saison. Ainsi M. Dinico, le chef d'orchestre annonce tout d'abord un"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "cycle Beethoven ; ensuite, il nous fera entendre, en sus du répertoire classique, Symphonie\nFantastique et Roméo et Juliette de Berlioz ; l'ouverture du Roi d'Ts de Lalo ; l'exquise\nRapsodie Espagnole de Maurice Ravel, la pure et noble Symphonie d'Ernest Chausson, le Chant\nde la Destinée de Gabriel Dupont. La musique allemande sera représentée par la ire et la\n2me Symphonie de Brahms, par la puissante n° sde Bruckner, la 9me Symphonie de Gustav.\nMahler, savante et fougueuse, le Don Juan et le Till Eulenspiegel de Richard Strauss, la Rapsodie\nMauresque de Humperdinck ; deux belles œuvres russes, la Pâque Russe de Mili Balakirev,\nl'ouverture sur la Marche Espagnole de Glinka ; enfin le chef-d'œuvre symphonique Catalonia\nd'Albeniz, qui, les musiciens le savent, ne fut pas seulement le plus grand compositeur que\nl'Espagne ait produit, mais demeure un des plus beaux poètes de la musique moderne.\nLes virtuoses ne manquent point de prêter leurs concours aux concerts symphoniques\nd'ici ; ainsi le célèbre pianiste Mark Hambourg a obtenu un succès considérable avec le Concerto\nde Tschaïkovsky, qu'il a joué à la première séance d'ouverture. Nous eûmes les deux jeunes\nprodiges Sigm. Feuermann et son frère Emmanuel, qui, dans deux récitals, se firent longuement\nacclamer. L'illustre pianiste Emil Sauer, le célèbre violoniste Hubermann, et de meme Pablo\nCasais ainsi que L. Capet sont engagés par M. Jean Feder soit pour des récitals, soit pour\ndonner des séances de sonates et de musique de chambre, qui est fort appreciee par les mélomanes\nroumains.\nCette année, Siegfried Wagner viendra diriger deux concerts et exécutera les œuvres de\nBeethoven, de son grand-père, de son père et celles de son propre cru.\nSignalons pour aujourd'hui que la société chorale u Carmen \", sous la conduite de son\nvaleureux chef M. D. G. Kiriak, donnera au Théâtre National deux représentations, en langue\nroumaine, avec des artistes roumains qui chanteront u Cavalleria Rusticana et \"La sezatoare ,\npièce agrémentée de musique roumaine par M. Tibère Brediceano.\nM. Kiriak s'est assuré le concours précieux de l'orchestre du ministère.\nBOSTON. Un nouveau chapitre à ajouter au bruit dans la musique ; le compte-\nrendu du Festliches Prœludium de Richard Strauss, véritable cataclysme musical, dont Boston\nvient de subir les effets. Si jamais les murs de Jéricho sont tombés au son d'une fanfare militaire,\ncomme nous le raconte l'Ecriture, c'est que les Hébreux avaient déjà trouvé le secret de ces\nfracassantes auditions. Et justement, au même concert, la Cinquième venait nous montrer qu on\npeut tout de même faire quelque chose sans l'aide de huit timbales et de douze trompettes.\nUn incident curieux a marqué l'exécution du Concerto de piano de Schumann aux\nSymphony Concerts. Le Dr Muck dirigeait, le pianiste Josef Hoffman officiait. Or, ils avaient\ntous deux une conception différente de l'oeuvre de Schumann. Résultat : une lutte acharnee.\nFinalement, Hoffman prit le final à une telle allure qu'aucun orchestre n'eut pu le suivre, et\nil fallut bon gré mal gré galoper derrière lui.\nUne première : Monna Vanna de Février, avec Marcoux, Muratore et Garden. La piece\na plu, surtout le second acte. On la redonnera au printemps, car, à Boston, le public entend\nmieux le Français que l'ltalien. André Caplet avait coupé l'appendice ajouté en France a la\npièce de Maeterlinck, et l'œuvre se terminait lorsque Monna s'écrie :\nC'était un mauvais rêve... le beau va commencer !\nEn Amérique, nous avons assez d'imagination pour nous représenter la suite.\n\nLouis C. Elson."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c076", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.25", "titre_corps": "L'Edition Musicale.", "titre_sommaire": "L'Edition Musicale.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "L'Edition Musicale.\nNos étrennes nous parviennent sous la forme imposante et riche d'une superbe Boîte à\nJoujoux de Claude Debussy et André Hellê, (x) dont l'amusante décoration ravira les enfants,\net dont la musique touchera les grandes personnes. Faut-il espérer que nous verrons cette\nœuvre de grâce puérile et mignonne représentée quelque jour sur un petit théâtre de\nmarionnettes. Elle ferait fureur.\nA côté de ce cadeau moderne-style, d'autres surprises nous attendent* Ce sont d'abord\nles chocolats traditionnels, que représentent des pièces inégaleset nombreuses, tantôt savoureuses,\ncomme celles de M. Kulmann (*), ou simplement agréables comme celle de Le Rey (3), ou tout à\nfait légères comme celles de à'Allix (4), de Heisser (5), et de Frontin (6). A cette classe appar-\ntiennent les Ludes de Cellier, que s'arracheront les organistes, et les Soirs de Paul Berthier (7),\nqui déjà s'écartent des sentiers battus.\nLe Père Noël, qui nous connaît bien, n'a eu garde d'oublier la musicologie. De Wanda\nLandowska une Chaîne de Valses (8) schubertiennes évoque l'image rythmique des spires et des\nrosaces de Jean d'Udine. De Jeanne Arger, fervente cantatrice, trente cantates (9) nous\nrévèlent que le charmant Actéon, joie des salons où l'on chante, n'est pas de Rameau mais de\nBoismortier, un musicien trop oublié de 1730. H. Springer (10) nous indique d'une main sûre\ntout un répertoire de Canzonettes italiennes du début du XIXe siècle, dont les guitares de\nnos grands mères ont jadis raffolé. Enfin, le champion de la musique instrumentale au moyen-\nâge le Prof. Schering met sous nos yeux ébahis un choix de pièces de la grande époque polypho-\nnique (11), réduites sur deux portées, et qu'il nous propose de considérer comme des œuvres de\nclavier, alors qu'on voulait y voir des œuvres a capella. Grosse question, entre toutes celles que\ndevra traiter le Congrès de juin prochain !\nLa musique pure est là, en bonne place, avec une sonate piano et violon à?Armand\nParent, complexe et obstinément polyphonique, mais pleine d'une rude gaîté wallonne. Et le\nbon Chabrier qui nous envoie de l'autre monde cinq œuvres nouvelles (12) ! dont une Invita-\ntion au voyage, qui dut faire frémir en 1890 comme nous font frémir aujourd'hui les\nEsquisses de Paul Dupin. J'ai eu beau me prendre la tête dans les mains, position\nincommode pour déchiffrer au piano, je 11e suis pas arrivé à me satisfaire à la lecture du\npuzzle musical de l'ami Dupin, et je supplie l'auteur de donner l'ultime mise au point à ces\nlignes simplement indiquées. Craindrait-il l'exact formalisme des 17 Esquisses de Paul Jumel (H),\npour jeunes pianistes, délicatement présentées à la façon des Scènes d'enfants de Schumann ?...\nElles conduiront nos fervents du clavier vers les Variations (15) difficiles mais réconfortantes, de\n/. Herscher, et vers ces bois lunaires où palpitent le 11e Nocturne et la 10e Barcarolle (16) de\nnotre maître Fauré.\nUn peu à part et modestement dans l'un de nos souliers, Noël a caché la Sandale Ailée (17)\nde Marius Versepuy, collaborateur de Régnier. Ce sont cinq mélodies en un recueil, dont il faut\npenser beaucoup de bien. Versepuy, qui s'est fait en un coin de province, le défenseur de nos\nmodernes, apparaît un peu comme ces écrivains de campagne dont on découvre tout à coup le\ntalent agreste et recueilli. Il a des absences de roublardise qui feront sourire à Paris, mais une\nsincérité qui fera réfléchir ceux pour qui la musique ne tient pas toute entre la Salle Erard et\nle théâtre des Champs-Elysées.\nCertes on ne confondra pas cet effort de décentralisation moderniste avec l'audace des\nTrois Poèmes de Mallarmé (ls) dont la muse bien-armée de Ravel a voulu triompher. Pas plus\nque Majorelle avec Iribe, (ceci soit dit sans aucune pensée de blâme ou d'éloge pour l'un ou"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.68", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4335, "texte": "l'autre côté). Comme un diamant taillé de mille facettes Ravel nous éblouit, et c'est l'une des\nplus chatoyantes mélodies de notre jeune musique, à l'affût des reflets.\nVoici enfin tout un lot que le Nouvel An a raison de nous présenter ensemble, bien qu'il\nforme un mélange cyniquement hétéroclite. Ce sont les compositeurs à l'âme folkloriste. Les\nuns comme Joao Schwarz Filho(19) se recommandent par de bonnes intentions brésiliennes.\nD'autres comme Brailoï(20) manient le rêve oriental avec une parfaite habileté. Un troisième\nA. Bertelin(21) nous transporte au pays Romand, pour nous y présenter, très heureusement\ncroqués, paysages, cortèges et danses locales.\nIl en est que tente l'antiquité, tâche ardue que M. Marcel Bernheim entreprend d'une\nplume légère et gracieuse (22). Restent les Celtes mélancoliques, qui savent allier la passion de\nla danse au goût des rêveries métaphysiques. Maurice Duhamel (2:i) ale mérite de nous donner\nsous une forme parfaitement authentique, soigneusement, longuement vérifiée, un recueil de\nces chants bretons, que le régionalisme a protégés. présente ses Pièces\nCeltiques (24), dont la deuxième est une des plus suaves évocations d'art naïf que nous ayons\nentendues. Il y ajoute une série de croquis d'après nature, pris sur le vif un peu partout,\navec le même don de surprendre l'âme populaire. J'ai parfois plaisanté Swan Hennessy\nsur son incoercible production ; mais je tiens à saisir l'occasion de reconnaître la spontanéité\nde sa musique. Parmi les Celtes aussi se range Mlle Sauvrezis à l'art altier, inquiet, modulant\nainsi qu'il sied à une élève de Franck. Son Chant des pauvres f 5), petit mystère, contient un\nair, breton sans doute, doux et dolent à faire pleurer les pierres, comme on dit dans Pelléas, et\nqui nous place tout près des Deux poèmes (26), distingués, et embrumés, où se\nfait le chantre de l'ombre. Et pour la fin, violent contraste : nous réserve les quatre\nminiatures hindoues (27), rose, noir et or, parfumées de santal, où serpente une insidieuse mélo-\ndie, certainement venue d'Orient, nasillarde, souple et sensuelle.\nNoël et Jour de l'An ! Vous déposez devant nous d'agréables cadeaux. Tous nos goûts\nsont satisfaits. Les enfants ont leur part et les grandes personnes aussi. Le subtil et le sérieux,\nle mirifique et le banal, le sombre et le brillant, le positif et la bagatelle, nous avons un peu de\ntout. Comme devant la crèche vous apportez les parfums de l'Orient et les larmes de l'Occi-\ndent, sous cette forme sonore que ne connaissaient pas les Rois Mages, puisqu'ils se sont\ncontentés de myrrhe et d'encens matériels.\nPeut-être à votre envoi, qui est un symbole, manque-t-il un peu de solide ! Mais\nvous êtes au pays de l'art insouciant et jeune. La musique profonde c'est la musique âgée.\nl) (Durand et fils). —2) Cléopatra. Vlndifférent, pour piano et chant. (Hamelle). —3) Suite symphonique.\n(Nice Lointier). 4) Marche au tombeau, pour piano (Edition mutuelle). 5) Jeunesse, piano et chant.\nImpromptu pour piano. Andante concertant, piano et violon. (Lyon, Janin). 6) Prélude, Lude, Interlude et\nPostlude, pour piano (Durand). Edition Mutuelle). 7) Sous les chênes verts, piano et chant (Demets).\n8) 'Nouvelle Chaîne de Laendler et de Valses pour piano (Moscou, Gutheil). —9) La Cantate au XVIIe et XVIII'•\nsiècles (Rouart-Lerolle). 10) Internationales Lieder Album (Berlin Schlesinger). n) Alte Meister des Or gel-\nspieles (Breitkopf). 12) Ruy Blas. Tes yeux bleus. U invitation au voyage. Sommation irrespectueuse, pour piano\net chant. Pas Redoublé\\ pour piano. (Costallat). 15) Trois Esquisses fuguées (pour piano. (Durand). 14) Pour\npiano. (Edition Mutuelle). 15) Variations sur un thème populaire allemand, pour piano (Demets). i 6) (Du-\nrand). 17) (Hamelle). 18) Pour piano et chant (Durand). l 9) Tarantella. Miniaturas. Album de Brazil\n(L'auteur. Porto Alegre, Brazil). *°) Trois poèmes arabes, piano et chant (Mathôt). 21) Au pays Romand,\npour piano (Demets). 22) Danses antiques, pour piano (Demets). *3) Kanaouennou Breix-Izel, piano et\nchant (Rouart, Lerolle). 24) Pièces Celtiques. Croquis parisiens. Sentes et Chemins. (Demets). 25) Musique de\nscène, partition de piano et chant. Hymne Orphique. Heures claires. (Senart). 26) Deux poèmes, piano et chant\n(Durand). 27) Quatre poèmes indous, pour piano et chant (Durand)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c077", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.26", "titre_corps": "Mémoires d'un amnésique.", "titre_sommaire": "Mémoires d'un amnésique.", "signature_source": "Erik Satie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "Mémoires d'un amnésique.\nL'Intelligence et la Musicalité chez les Animaux.\nErik Satie.\nL'intelligence des animaux est au-dessus de toute négation. Mais\nque fait l'homme pour améliorer l'état mental de ces concitoyens résignés ?\nIl leur offre une instruction médiocre, espacée, incomplète, telle qu'un\nenfant n'en voudrait pas pour lui-même : et il aurait raison, le cher petit\nêtre. Cette instruction consiste surtout à développer l'instinct de cruauté\net de vice qui existe ataviquement chez les individus. Il n'est jamais\nquestion, dans les programmes de cet enseignement, ni d'art, ni de littéra-\nture, ni de sciences naturelles, morales, ou d'autres matières. Les pigeons\nvoyageurs ne sont nullement préparés, à leur mission, par un usage de la\ngéographie; les poissons sont tenus à l'écart de l'étude de l'océanographie;\nles bœufs, les moutons, les veaux ignorent tout de l'agencement raisonné\nd'un abattoir moderne, et ne savent pas quel est leur rôle nutritif dans la\nsociété que s'est constituée l'homme.\nPeu d'animaux bénéficient de l'instruction humaine. Le chien, le\nmulet, le cheval, l'âne, le perroquet, le merle et quelques autres, sont les\nseuls animaux qui reçoivent un semblant d'instruction. Encore, est-ce\nplutôt de l'éducation qu'autre chose. Comparez, je vous prie, cette instruc-\ntion à celle donnée par les universités à un jeune bachelier humain, et\nvous voyez qu'elle est nulle et qu'elle ne peut étendre ni faciliter les\nconnaissances que l'animal aura pu acquérir par ses travaux, par son assiduité\nà ceux-ci. Mais, musicalement ? Des chevaux ont appris à danser ; des\naraignées se sont tenues sous un piano pendant toute la durée d'un long\nconcert, concert organisé pour elles par un maître respecté du clavier.\nEt après? Rien. Par-ci, par-là, on nous entretient de la musicalité du\nsansonnet, de la mémoire mélodique du corbeau, de l'ingéniosité harmonique\ndu hibou qui s'accompagne en se tapant sur le ventre, moyen purement\nartificiel et de mince polyphonie.\nQuant au rossignol, toujours cité, son savoir musical fait hausser les\népaules au plus ignorant de ses auditeurs. Non seulement sa voix n'est pas\nposée, mais il n'a aucune connaissance ni des clefs, ni de la tonalité, ni de\nla modalité, ni de la mesure. Peut-être est-il doué ? C'est possible ; c'est\nmême certain. Mais on peut affirmer que sa culture artistique n'égale pas\nses dons naturels, et que cette voix, dont il se montre si orgueilleux, n'est\nqu'un instrument très inférieur et inutile en soi.\n( A suiv"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c078", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.27", "titre_corps": "Société Française des Amis de la Musique", "titre_sommaire": "Société Française des Amis de la Musique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nPour fêter d'une manière marquante le début de sa cinquième année d'existence, la\nSociété Française des Amis de la Musique a réuni ses membres le mercredi 7 janvier, au\nThéâtre des Arts, pour assister à une représentation exceptionnelle de \" La \"Jeune Fille a la\nFenêtre Ce titre indécis et mystérieux est celui d'une œuvre qu'on pourrait croire moderne\npar son style et ses tendances si elle ne datait, au contraire, de plus de vingt cinq ans déjà !\nC'est M. Eugène Samuel, un musicien belge, qui est l'auteur de la musique, écrite sur\nun poème en prose lyrique, infiniment touchant et gracieux, de M. Camille Lemonnier.\nLe sujet, d'une grande simplicité, est surtout attrayant par la poésie intime et profonde\nqui s'en dégage : une jeune dentellière de Bruges-la-Morte travaille auprès de la fenêtre, un\njour d'hiver, au crépuscule, et raconte en chantant l'histoire mélancolique de ses rêves\nd'amour...\nSi le nom de M. Eugène Samuel, malgré de longues années de labeur, est encore inconnu\nde ce qu'on appelle vulgairement le \" grand public \", ses nombreux ouvrages qui s'étendent à\ntoutes les formes de la composition musicale, de la sonate au drame lyrique, ont cependant\nattiré sur lui, dans son pays, l'attention d'une élite plus précieuse pour lui, sans aucun doute,\nque les jugements légers de la foule.\nMais la destinée fut parfois ingrate et sans pitié pour ce musicien doué des dons les plus\nrares, dont le talent et l'intuition devançaient étrangement son époque.\nCe que fut la vie d'Eugène Samuel et ses luttes contre un sort immérité, M. René Lyr,\nle distingué critique belge, l'a dit dans une causerie où tour à tour éclataient, dans des élans\ngénéreux, l'admiration d'un artiste et l'affection d'un ami. Et ce discours, plein d'idées et de\nsentiments, a laissé peut-être deviner aux auditeurs pourquoi les \" Amis de la Musique \"\navaient voulu offrir à l'auteur de \" La Jeune Fille à la Fenêtre \" un témoignage sympathique\net une joie bienfaisante.\n*\n* *\nNous avons contracté vis-à-vis de M. Jacques Rouché une grande dette de reconnaissance,\ncar c'est à lui, à son concours bienveillant, que nous devons d'avoir vu représenter l'œuvre de\nM. Eugène Samuel à la scène, telle qu'elle fut conçue, dans un décor évocateur de la vieille\ncité flamande, signé par le grand peintre M. Dethomas, et avec une mise en scène pittoresque.\nNous tenons à remercier très vivement M. Jacques Rouché de son dévouement et de\nl'hospitalité qu'il a, une fois de plus, offerte si aimablement à la Société Française des Amis de\nla Musique.\nEt puis, nous avons surtout à cœur d'exprimer nos sentiments de profonde gratitude à\nMme Jane Bathori-Engel qui a été l'interprète idéale d'un rôle particulièrement délicat et\ndifficile, dont elle a fait une création inoubliable. Les applaudissements chaleureux qu'elle a\nrecueillis, lui auront d'ailleurs exprimé mieux que nous ne saurions le faire ici, l'émotion et le\nplaisir qu'elle a procurés à tous.\nLa partie musicale, qui exigeait le concours d'un ensemble d'instruments choisis, (quatuor\nà cordes, cor, hautbois et harpe,) a été exécutée le mieux possible, sous l'habile direction de\nM. Gabriel Grovlez, dont on a si souvent apprécié, au Théâtre des Arts, les grandes qualités\nde musicien et de chef."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.71", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "A lui et à ses éminents collaborateurs, M. Daniel Herrmann, Mme Marty-Zipélius,\nM. Lefranc, M. André Bourgeois, M. Lemaire, M. Capdevielle, M. Leclercq, Mme Roubier-\nNeitzel, nous adressons l'expression de nos plus sincères remerciements. Enfin, nous tenons, en\nterminant, à remercier aussi les nombreux \" Amis \" qui se sont associés à cette fête intime.\nElle fut pour M. Eugène Samuel, nous le savons, comme une lumière heureuse sur sa route\net, ainsi qu'il nous l'a écrit lui-même \" une joie d'art, la seule, la première qu'il lui ait été\ndonné de connaître \"...\n*\n* *•\nSur un rapport favorable de la Commission de Musique, le Conseil d'Administration de\nla Société Française des Amis de la Musique, a décidé, à l'unanimité, d'accorder son patronage\net son appui, sous forme d'une subvention, à la Société des Concerts Populaires, qui vient de\nse fonder sous la présidence et la direction de M. Pierre Monteux.\nLe Patronage de notre Société se trouve justifié par l'œuvre sociale que cette nouvelle\nassociation de concerts a l'intention d'accomplir.\nEn effet, après étude de la question, voici pour quelles raisons l'appui de la Société\nFrançaise des Amis de la Musique lui a été consenti :\ni° La Société des Concerts Populaires donnera tous les hivers, le dimanche après-midi,\nun minimum de 10 concerts, dans la salle du Casino de Paris ou toute autre salle à son choix\nà des prix extrêmements réduits.\n2°La Société des Concerts Populaires se propose de donner, en plus des concerts du\ndimanche des concerts dans les Universités Populaires ou œuvres similaires, au prix de i Fr.\no Fr. 50 et o Fr. 25, avec nn orchestre réduit selon la capacité des salles.\n30 La Société des Concerts Populaires consacrera périodiquement le matin, une répétition\nà la lecture d'œuvres nouvelles ou inédites de compositeurs français et étrangers.\nLes œuvres lyriques, comme les œuvres symphoniques, pourront être lues à ces Séances\nqui seront ouvertes à tous les membres de la Société Française des Amis de la Musique sur\nprésentation de leur carte.\n40 En remerciement pour le concours apporté par notre Société, des privilèges spéciaux\nseront accordés aux personnes ayant contribué à la subvention et aux membres de la Société\nFrançaise des Amis de la Musique, soit sous forme de places aux concerts du dimanche, ou\nd'entrées ou d'invitations aux répétitions du samedi matin.\n* *\nLes sociétaires qui voudraient bien s'intéresser à l'œuvre de la Société des Concerts\nPopulaires peuvent s'adresser au Secrétaire de notre Société qui leur communiquera tous les\ndocuments concernant cette intéressante entreprise."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c079", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c079", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.28", "titre_corps": "ÇA ET LA", "titre_sommaire": "ÇA ET LA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "ÇA ET LA\n\nÉchos\n\nSon premier insuccès...\nLa lettre de Raoul Pugno dont nous publions un fac-similé est la dernière qu'écrivit le\ngrand artiste. Elle fut rédigée fiévreusement le 23 décembre (10 Xbre style russe) dans la\nchambre d'hôtel que l'illustre pianiste ne devait plus quitter vivant et se rattache à un\nincident émouvant que nous rapporte notre ami A. de Wieniawsky. Pugno était arrivé fort\nsouffrant à Moscou mais ne se croyait pas en danger. Cependant, le jour de son concert, la\nfièvre le terrassa et les médecins consultés lui interdirent toute sortie. Désespéré à l'idée\ndu scandale que provoquerait cette défection, navré du dérangement inutile qu'allaient\ns'imposer 3.000 auditeurs, il voulut se faire remplacer par le seul artiste assez admiré et assez\naimé à Moscou pour affronter sans crainte la mauvaise humeur d'une salle que pouvait\nindisposer un si brusque changement d'affiche. C'est alors qu'il écrivit la lettre suppliante\nque nos lecteurs ont sous les yeux et que de Wieniawsky se chargea de porter à son desti-\nnataire... le pianiste-compositeur Serge Rakhmaninoff.\nL'entrevue fut brève : Rakhmaninoff lut la lettre et la rendit immédiatement à notre\nami en lui notifiant son refus formel d'exaucer le vœu du malade. N'ayant pu réussir à fléchir\nson interlocuteur, le messager revint tristement apprendre à Raoul Pugno l'échec de son\nambassade ; le grand pianiste en conçut un très violent chagrin et fut très douloureusement\naffecté de l'insuccès de sa confraternelle requête.\nOn le consola en lui laissant espérer qu'il pourrait donner son concert le 29 mais\nl'aggravation de son état ne lui permit pas de réaliser ce projet. La pneumonie l'étouffa\nquelques jours après sans qu'il ait, d'ailleurs, perdu un instant sa belle lucidité et son\ncourage. Et ses amis reçurent son dernier soupir dans cette ville lointaine où le destin avait\nmarqué le terme de sa glorieuse carrière !\n0 0 0\nA quatre pas d'ici je te le fais savoir...\nM. Jean Huré nous informe que l'Enquête sur la Querelle des Musiciens Anciens et\nModernes doit être discutée et commentée dans la Il ne peut\ndonc répondre ici au long article de M. Mortier. C'est dans la Renaissance Contemporaine\nqu'il en signalera \" les inexactitudes de statistique \" et en critiquera \" les affirmations\nmorales et esthétiques \".\n0 0 0\nOhé ! Ohé !...\nOn s'est fort étonné de voir s'éclipser à l'anglaise, au cours de la répétition générale\nd'une opérette récemment créée dans un théâtre du boulevard, deux de nos plus spirituels\nauteurs qu'unit une tendresse siamoise et qui avaient apporté à cet ouvrage une collabora-\ntion sans doute assez superficielle. Leurs deux noms disparurent brusquement des affiches\net programmes et ne furent pas lancés au Tout-Paris anxieux avant la chute du rideau. Où\nse cachaient les Ménechmes ? Pourquoi les jumeaux de Brighton avaient-il opéré une si\nbrusque sortie ?... Tout simplement pour aller retrouver M. Alfred Bruneau qui travaille en\nleur compagnie à un ouvrage féerique et \" humoristique \" destiné à l'Opéra !... Après avoir,\nen effet, hésité entre un livret religieux d'Emile Zola la résurrection de Lazare et"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3030, "texte": "un sujet moins austère, l'auteur de l'Ouragan s'est décidé pour le délicieux scénario que\nlui ont apporté MM. Robert de Fiers et Armand de Caillavet !...\n0 0 0\nLe Tango sacré.\nOn sait que la famille Wagner redoutait pour l'atmosphère profane des\ncoulisses parisiennes. Nos théâtres ne lui semblaient pas offrir toutes les garanties désirables\nde recueillement et de religieux respect. C'était mal nous connaître. Voici, en effet la\nnouvelle que nous annonce Comœdia :\n\" Les Filles-Fleurs dansent le pas du Graal.\n\" Le rideau va se lever sur le château fantastique de Klingsor. Derrière la coulisse, les\nfilles-fleurs attendent. Les fluides harmonies qui accompagnent les invocations du magicien\narrivent atténuées. On s'agite un peu, légèrement d'abord, il faut bien s'occuper. Puis,\nMlle Courbières, la première, commence à accentuer le mouvement en esquissant un pas\nde quatie très caractérisé. Mlle Lapeyrette ne tarde pas a la suivre. Successivement,\nMlles Gall, Laute-Brun, Campredon et Kirsch emboîtent le pas, et voilà bientôt nos filles-\nfleurs transformées en danseuses, pendant qu'au loin la voix de M. Journet tonitrue.\n\" C'est ainsi que naquit le \" pas du Graal \" qui fait fureur en ce moment à l'Opéra.\n\" Wagner n'avait sans doute pas prévu que sa partition serait un jour complétée par un\ndivertissement chorégraphique. \"\nNous pensons qu'après cette lecture la famille Wagner sera complètement rassurée.\n\nL'Homme à la Contrebasse.\n\nNouvelles\nL illustre maître Saint-Saëns est en ce moment au Caire, où il préside aux répétitions\nd'Henry FIII, Samson et Dalila, Phryné et Javotte.\nIl quittera l'Egypte le 15 Février pour aller à Bruxelles assister à la reprise du Timbre\nd argent puis il se rendra à Monte-Carlo, pour la première représentation des Barbares et\npartira ensuite pour Lisbonne, où l'on donnera Proserpine et Samson & Dalila. Ces projets\ntémoignent de l'admirable activité du doyen de la musique française moderne.\n%\n% %\nPlusieurs de nos lecteurs ayant assisté au dernier dîner de notre Revue nous demandent\ndes détails sur l'intéressant intermède de musique russe qui fut si remarqué au cours de la\nsoirée. Nous nous faisons un plaisir de leur apprendre que l'orchestre qu'ils ont si chaleureuse-\nment applaudi était l'Orchestre de balalaïkas que dirige avec tant de talent M. Nagornow.\n%\n* *\nLa Société Bach annonce pour le 27 février, à la Salle Gaveau, sous la direction de\nM. Gustave Bret, une audition de la Messe en si mineur.\nLa Société Palestrina,dont nous avons annoncé la fondation, donnera son premier concert\nle 18 février à la Schola Cantorum, sous la direction de M. Vincent d'lndy. Nous publierons\ndans notre numéro du 15 février le programme de cette séance d'inauguration.\nMlle Luquiens a pris part, au Music-Club de Londres, àun grand concert de gala donné\nen l'honneur de Maurice Ravel, avec le concours de l'auteur. La brillante cantatrice a obtenu\nle succès le plus flatteur en interprétant quelques unes des plus exquises mélodies de l'auteur de\nY Heure Espagnole.\n# #"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.74", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "Nous signalons à nos lecteurs, que le dessin qui a paru dans notre dernier Numéro,\nréprésentant un tzigane Montmartrois dont on a pu apprécier l'amusante silhouette, est de\nM. Pierre Laurens.\n#\n* *\n\"Le quatuor avec piano \" (MM. Lucien Wurmser, Firmin Touche, Maurice Vieux et\nJules Marneff) dont les débuts ont été retentissants l'an dernier, partira dans quelques jours\npour une tournée en Italie :il jouera le 9 février à Turin, 10 et 11 à Bologne, 12 à Ferrare,\n13 à Vicence, 14 et 15 à Venise, 16 à Milan ; il se fera entendre le 27 février, 2 et\n5 mars à Paris, le 10 mars à Berlin, etc\n*\n# *\nLe succès de Mme Mary Mayrand a été très grand àla séance du 11 janvier chez\nMme de Wailly à Abbeville. De Spontini à Richard Strauss en passant par Brahms et Debussy\nelle donna un aperçu des différentes conceptions du rôle de la voix dans le lied. M. Pierre\nAugieras, récémment revenu de sa tournée avec Kubelik, s'est fait chaleureusement applaudir\ndans diverses œuvres anciennes et modernes.\n%\n* *\nDe Lym.\nLa révélation du grandiose Psaume XLVIde Florent Schmitt aux Grands Concerts\ndirigés par M. Witkowsky a produit une impression profonde. Cette œuvre aux dimensions\ncolossales a été interprétée avec un généreux enthousiasme par l'orchestre et les chœurs,\nmalgré les sérieuses difficultés d'exécution qu'elle comportait. Mme Bathori-Engel en fut la\nsoliste très applaudie. Le public lyonnais peut être fier de ce bel acte de décentralisation que\nlui envient les musiciens de Paris.\n%\n* %\nDe Sedan.\nLe brillant Concert offert par la Société Philharmonique a été pour M. Fernand Pollain,\nvioloncelliste, l'occasion d'un véritable triomphe dans des œuvres de G. Fauré, Schumann,\nJ.-S. Bach et Valentini. Le virtuose Fernand Pollain était accompagné au piano par MUe Jeanne\nPoulain. MUe Jeanne Lalotte, cantatrice, élève d'lsnardon, fut à son tour très chaleureusement\napplaudie.\n*\n* *\nDe Monte Carlo.\nLa reprise de Parsifaldonnait à l'ouverture de la Saison d'Opéra un intérêt exceptionnel.\nLe grandiose chef-d'œuvre de Wagner est magnifiquement réalisé par M. Raoul\nGunsbourg.\nIl en a confié l'interprétation à une élite de grands artistes, fort savamment choisis :\nqui, mieux que l'admirable ténor Rousselière déjà si merveilleusement parfait en Siegfried,\npouvait être le Parsifal idéal ? Plus en voix que jamais, M. Rousselière a fait vivre puissam-\nment le pur héros, avec un art prodigieux. Mme Litvinne, la grande cantatrice wagnérienne,\ndont les interprétations de Briinnhilde (dans la TValkyrie, et le Crépuscule des Dieux) et\nd'lsolde dans Tristan,demeurent inégalables, est aussi une inoubliable Kundry.\nM. Maguenat, dans le rôle d'Amfortas, fait apprécier le pur métal d'une voix superbe, et\ntraduit avec une émouvante simplicité les tortures du Prêtre-Roi. M. Journet apporte au rôle\nde Gurnemanz son ample et magnifique organe, sa diction nette et son jeu sobre et large.\nM. Bourbon est un impressionnant Klingsor, beau chanteur et comédien remarquable."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "Les Six Principales Filles- avaient pour inter-\nprètes six premières chanteuses dont les voix pures se\nmariaient harmonieusement : MMmes Charlotte Lormont,\nRozann, Gilson, Vasseur, Malraison et Alex. Citons encore\nMM. Borno, Ghastan, Sorret, Charles Delmas, Etex et\nMUe Carton qui contribuaient à l'absolue perfection de\ncette incomparable interprétation.\nLa mise en scène, avec les splendides décors de\nM. Visconti et la machinerie de M. Kranisch, est digne\nde ce haut chef-d'œuvre qu'elle parvient à réaliser totale-\nment.\nLes Choeurs méritent les plus beaux éloges. Et l'or-\nchestre, sous la magistrale direction de M. Léon Jehin,\nest demeuré digne de sa renommée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c081", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c081", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.28.2", "titre_corps": "Échos", "titre_sommaire": "Échos", "signature_source": "L'Homme à la Contrebasse", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.72", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "Échos\n\nSon premier insuccès...\nLa lettre de Raoul Pugno dont nous publions un fac-similé est la dernière qu'écrivit le\ngrand artiste. Elle fut rédigée fiévreusement le 23 décembre (10 Xbre style russe) dans la\nchambre d'hôtel que l'illustre pianiste ne devait plus quitter vivant et se rattache à un\nincident émouvant que nous rapporte notre ami A. de Wieniawsky. Pugno était arrivé fort\nsouffrant à Moscou mais ne se croyait pas en danger. Cependant, le jour de son concert, la\nfièvre le terrassa et les médecins consultés lui interdirent toute sortie. Désespéré à l'idée\ndu scandale que provoquerait cette défection, navré du dérangement inutile qu'allaient\ns'imposer 3.000 auditeurs, il voulut se faire remplacer par le seul artiste assez admiré et assez\naimé à Moscou pour affronter sans crainte la mauvaise humeur d'une salle que pouvait\nindisposer un si brusque changement d'affiche. C'est alors qu'il écrivit la lettre suppliante\nque nos lecteurs ont sous les yeux et que de Wieniawsky se chargea de porter à son desti-\nnataire... le pianiste-compositeur Serge Rakhmaninoff.\nL'entrevue fut brève : Rakhmaninoff lut la lettre et la rendit immédiatement à notre\nami en lui notifiant son refus formel d'exaucer le vœu du malade. N'ayant pu réussir à fléchir\nson interlocuteur, le messager revint tristement apprendre à Raoul Pugno l'échec de son\nambassade ; le grand pianiste en conçut un très violent chagrin et fut très douloureusement\naffecté de l'insuccès de sa confraternelle requête.\nOn le consola en lui laissant espérer qu'il pourrait donner son concert le 29 mais\nl'aggravation de son état ne lui permit pas de réaliser ce projet. La pneumonie l'étouffa\nquelques jours après sans qu'il ait, d'ailleurs, perdu un instant sa belle lucidité et son\ncourage. Et ses amis reçurent son dernier soupir dans cette ville lointaine où le destin avait\nmarqué le terme de sa glorieuse carrière !\n0 0 0\nA quatre pas d'ici je te le fais savoir...\nM. Jean Huré nous informe que l'Enquête sur la Querelle des Musiciens Anciens et\nModernes doit être discutée et commentée dans la Il ne peut\ndonc répondre ici au long article de M. Mortier. C'est dans la Renaissance Contemporaine\nqu'il en signalera \" les inexactitudes de statistique \" et en critiquera \" les affirmations\nmorales et esthétiques \".\n0 0 0\nOhé ! Ohé !...\nOn s'est fort étonné de voir s'éclipser à l'anglaise, au cours de la répétition générale\nd'une opérette récemment créée dans un théâtre du boulevard, deux de nos plus spirituels\nauteurs qu'unit une tendresse siamoise et qui avaient apporté à cet ouvrage une collabora-\ntion sans doute assez superficielle. Leurs deux noms disparurent brusquement des affiches\net programmes et ne furent pas lancés au Tout-Paris anxieux avant la chute du rideau. Où\nse cachaient les Ménechmes ? Pourquoi les jumeaux de Brighton avaient-il opéré une si\nbrusque sortie ?... Tout simplement pour aller retrouver M. Alfred Bruneau qui travaille en\nleur compagnie à un ouvrage féerique et \" humoristique \" destiné à l'Opéra !... Après avoir,\nen effet, hésité entre un livret religieux d'Emile Zola la résurrection de Lazare et"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "un sujet moins austère, l'auteur de l'Ouragan s'est décidé pour le délicieux scénario que\nlui ont apporté MM. Robert de Fiers et Armand de Caillavet !...\n0 0 0\nLe Tango sacré.\nOn sait que la famille Wagner redoutait pour l'atmosphère profane des\ncoulisses parisiennes. Nos théâtres ne lui semblaient pas offrir toutes les garanties désirables\nde recueillement et de religieux respect. C'était mal nous connaître. Voici, en effet la\nnouvelle que nous annonce Comœdia :\n\" Les Filles-Fleurs dansent le pas du Graal.\n\" Le rideau va se lever sur le château fantastique de Klingsor. Derrière la coulisse, les\nfilles-fleurs attendent. Les fluides harmonies qui accompagnent les invocations du magicien\narrivent atténuées. On s'agite un peu, légèrement d'abord, il faut bien s'occuper. Puis,\nMlle Courbières, la première, commence à accentuer le mouvement en esquissant un pas\nde quatie très caractérisé. Mlle Lapeyrette ne tarde pas a la suivre. Successivement,\nMlles Gall, Laute-Brun, Campredon et Kirsch emboîtent le pas, et voilà bientôt nos filles-\nfleurs transformées en danseuses, pendant qu'au loin la voix de M. Journet tonitrue.\n\" C'est ainsi que naquit le \" pas du Graal \" qui fait fureur en ce moment à l'Opéra.\n\" Wagner n'avait sans doute pas prévu que sa partition serait un jour complétée par un\ndivertissement chorégraphique. \"\nNous pensons qu'après cette lecture la famille Wagner sera complètement rassurée.\n\nL'Homme à la Contrebasse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c082", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.28.3", "titre_corps": "Nouvelles", "titre_sommaire": "Nouvelles", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.73", "debut_caractere": 1459, "fin_caractere_exclue": 3030, "texte": "Nouvelles\nL illustre maître Saint-Saëns est en ce moment au Caire, où il préside aux répétitions\nd'Henry FIII, Samson et Dalila, Phryné et Javotte.\nIl quittera l'Egypte le 15 Février pour aller à Bruxelles assister à la reprise du Timbre\nd argent puis il se rendra à Monte-Carlo, pour la première représentation des Barbares et\npartira ensuite pour Lisbonne, où l'on donnera Proserpine et Samson & Dalila. Ces projets\ntémoignent de l'admirable activité du doyen de la musique française moderne.\n%\n% %\nPlusieurs de nos lecteurs ayant assisté au dernier dîner de notre Revue nous demandent\ndes détails sur l'intéressant intermède de musique russe qui fut si remarqué au cours de la\nsoirée. Nous nous faisons un plaisir de leur apprendre que l'orchestre qu'ils ont si chaleureuse-\nment applaudi était l'Orchestre de balalaïkas que dirige avec tant de talent M. Nagornow.\n%\n* *\nLa Société Bach annonce pour le 27 février, à la Salle Gaveau, sous la direction de\nM. Gustave Bret, une audition de la Messe en si mineur.\nLa Société Palestrina,dont nous avons annoncé la fondation, donnera son premier concert\nle 18 février à la Schola Cantorum, sous la direction de M. Vincent d'lndy. Nous publierons\ndans notre numéro du 15 février le programme de cette séance d'inauguration.\nMlle Luquiens a pris part, au Music-Club de Londres, àun grand concert de gala donné\nen l'honneur de Maurice Ravel, avec le concours de l'auteur. La brillante cantatrice a obtenu\nle succès le plus flatteur en interprétant quelques unes des plus exquises mélodies de l'auteur de\nY Heure Espagnole.\n# #"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.74", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "Nous signalons à nos lecteurs, que le dessin qui a paru dans notre dernier Numéro,\nréprésentant un tzigane Montmartrois dont on a pu apprécier l'amusante silhouette, est de\nM. Pierre Laurens.\n#\n* *\n\"Le quatuor avec piano \" (MM. Lucien Wurmser, Firmin Touche, Maurice Vieux et\nJules Marneff) dont les débuts ont été retentissants l'an dernier, partira dans quelques jours\npour une tournée en Italie :il jouera le 9 février à Turin, 10 et 11 à Bologne, 12 à Ferrare,\n13 à Vicence, 14 et 15 à Venise, 16 à Milan ; il se fera entendre le 27 février, 2 et\n5 mars à Paris, le 10 mars à Berlin, etc\n*\n# *\nLe succès de Mme Mary Mayrand a été très grand àla séance du 11 janvier chez\nMme de Wailly à Abbeville. De Spontini à Richard Strauss en passant par Brahms et Debussy\nelle donna un aperçu des différentes conceptions du rôle de la voix dans le lied. M. Pierre\nAugieras, récémment revenu de sa tournée avec Kubelik, s'est fait chaleureusement applaudir\ndans diverses œuvres anciennes et modernes.\n%\n* *\nDe Lym.\nLa révélation du grandiose Psaume XLVIde Florent Schmitt aux Grands Concerts\ndirigés par M. Witkowsky a produit une impression profonde. Cette œuvre aux dimensions\ncolossales a été interprétée avec un généreux enthousiasme par l'orchestre et les chœurs,\nmalgré les sérieuses difficultés d'exécution qu'elle comportait. Mme Bathori-Engel en fut la\nsoliste très applaudie. Le public lyonnais peut être fier de ce bel acte de décentralisation que\nlui envient les musiciens de Paris.\n%\n* %\nDe Sedan.\nLe brillant Concert offert par la Société Philharmonique a été pour M. Fernand Pollain,\nvioloncelliste, l'occasion d'un véritable triomphe dans des œuvres de G. Fauré, Schumann,\nJ.-S. Bach et Valentini. Le virtuose Fernand Pollain était accompagné au piano par MUe Jeanne\nPoulain. MUe Jeanne Lalotte, cantatrice, élève d'lsnardon, fut à son tour très chaleureusement\napplaudie.\n*\n* *\nDe Monte Carlo.\nLa reprise de Parsifaldonnait à l'ouverture de la Saison d'Opéra un intérêt exceptionnel.\nLe grandiose chef-d'œuvre de Wagner est magnifiquement réalisé par M. Raoul\nGunsbourg.\nIl en a confié l'interprétation à une élite de grands artistes, fort savamment choisis :\nqui, mieux que l'admirable ténor Rousselière déjà si merveilleusement parfait en Siegfried,\npouvait être le Parsifal idéal ? Plus en voix que jamais, M. Rousselière a fait vivre puissam-\nment le pur héros, avec un art prodigieux. Mme Litvinne, la grande cantatrice wagnérienne,\ndont les interprétations de Briinnhilde (dans la TValkyrie, et le Crépuscule des Dieux) et\nd'lsolde dans Tristan,demeurent inégalables, est aussi une inoubliable Kundry.\nM. Maguenat, dans le rôle d'Amfortas, fait apprécier le pur métal d'une voix superbe, et\ntraduit avec une émouvante simplicité les tortures du Prêtre-Roi. M. Journet apporte au rôle\nde Gurnemanz son ample et magnifique organe, sa diction nette et son jeu sobre et large.\nM. Bourbon est un impressionnant Klingsor, beau chanteur et comédien remarquable."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "Les Six Principales Filles- avaient pour inter-\nprètes six premières chanteuses dont les voix pures se\nmariaient harmonieusement : MMmes Charlotte Lormont,\nRozann, Gilson, Vasseur, Malraison et Alex. Citons encore\nMM. Borno, Ghastan, Sorret, Charles Delmas, Etex et\nMUe Carton qui contribuaient à l'absolue perfection de\ncette incomparable interprétation.\nLa mise en scène, avec les splendides décors de\nM. Visconti et la machinerie de M. Kranisch, est digne\nde ce haut chef-d'œuvre qu'elle parvient à réaliser totale-\nment.\nLes Choeurs méritent les plus beaux éloges. Et l'or-\nchestre, sous la magistrale direction de M. Léon Jehin,\nest demeuré digne de sa renommée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c083", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.29", "titre_corps": "Les émissions et la Bourse", "titre_sommaire": "Les émissions et la Bourse", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3971, "texte": "Les émissions et la Bourse\nL'année 1914 semble commencer une nouvelle ère au point de vue financière.\nLa fin de 1912 et l'année 1913 tout entière ont été tellement mauvaises que la\nmoindre amélioration apporte une sensation de soulagement.\nD ailleurs, les questions économiques ont pris le dessus sur les questions\npolitiques.\nLes Etats sont obérés par les dépenses militaires, soit qu'ils aient participé acti-\nvement aux dernières guerres des Balkans, soit qu'ils se soient préparés en vue d'éventualités possibles.\nMaintenant, les gouvernements mettent les peuples en face de la carte à payer et cela refroidit les velléités\nguerrières ; partout ou aspire a la paix définitive qui permettra la reprise de l'activité économique, seul moyen\nd'assurer la prospérité des nations et le bien-être des individus.\nMais les trésors publics de tous les pays ont besoin d'argent et attendent avec impatience la réalisation\nd'emprunts importants. La France, qui regorge de capitaux disponibles grâce à l'économie de ses habitants,\npensait faire son emprunt personnel avant de consentir ceux des autres Etats.\nLe ministère Barthou avait voulu assurer le succès de l'emprunt français en affirmant l'immunité de la\nrente, la Chambre a préféré le renverser, ce qui a entraîné l'ajournement de l'emprunt nécessaire à la bonne\nmarche des finances nationales. Les emprunts étrangers se trouvent ainsi offerts les premiers à l'épargne française,\nen quête d'un emploi productif pour ses disponibilités.\nUne émission de bons ottomans 5 0/0 a été réussie par une banque particulière sans contrôle sérieux et\nsans autorisation officielle. Sur le prix de 475 payé par les souscripteurs, le Trésor ottoman n'a touché que\n412 fr., ce qui représente un emprunt à 6 0/0, taux élevé ne pouvant guère faciliter la situation financière de\nla Turquie. Une émission d'obligations de Buenos-Ayres 5 0/0 a été faite par un établissement de crédit au\nprix de 485 fr., et les naïfs souscripteurs qui veulent réaliser n'en trouvent difficilement que 430 fr., soit près de\n12 0/0 de perte en quelques semaines. Une émission d'obligations serbes vient d'être réalisée grâce à l'appui de\ntoutes les grandes banques qui soutiendront les cours pendant quelque temps pour éviter toute responsabilité\nmorale ; après un certain laps de temps, on verra !\nD autres émissions sont prêtes et verront bientôt le jour ; les prospectus alléchants et les affiches pompeuses\nse préparent dans les bureaux, les guichets n'attendent plus qu'un dernier signal pour s'ouvrir au publie—\nempressé d'échanger son argent contre des vignettes multicolores.\nEh bien ! je ne saurais trop mettre en garde les lecteurs de la S. I. M. contre l'emballement irréfléchi qui\nles porte à souscrire aux guichets des banques tous les titres qu'elles leur offrent.\nS ils veulent absolument un titre, pourquoi ne pas l'acheter en Bourse où la loi de l'offre et de la demande\nassure au moins un prix plus réel que celui établi fictivement par les banques intéressées ?\nAu bout de quelques mois, le cours réel s'établit, diminué presque toujours du montant de la commission\nencaissée par les émetteurs et intermédiaires. Comme ce montant atteint souvent 5 ou 6 ou même 7 0/0, cela\nreprésente une réduction de 25 à 35 fr. sur un placement de 500 fr.\nEn s adressant a la Bourse au lieu de souscrire aux guichets des banques, vous gagnerez au moins le\nrevenu d'une année ; il me semble que cet avantage est appréciable.\nJe suis a votre disposition gratuite pour vous donner toutes les indications utiles, soit sur les émissions\nnouvelles, soit sur les placements avantageux, soit sur les titres que vous possédez déjà, soit sur les moyens de\nfaire produire un minimum de 12 0/0 par an à votre capital disponible ou de 6 OJO supplémentaires à vos\nvaleurs en portefeuille p. F. PENAUD.\nP. S. Je suis à la disposition des lecteurs de la S. 1. M. tous les jours de 10 h. à 11 h. et de 4 h. a 7 h.\na mon bureau, 8, rue Drouot a Paris, ou par Correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c085", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.30", "titre_corps": "Cl. Reutlinger", "titre_sommaire": "Cl. Reutlinger", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 123, "texte": "Cl. Reutlinger\nMlle M. DEMOUGEOT\nqui vient d'.nterpréter remarquablement le rôle de Kundry dans Parsifal à l'Opéra de Paris"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c086", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c086", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.31", "titre_corps": "Cl. Félix", "titre_sommaire": "Cl. Félix", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "Cl. Félix\nLa Cantatrice ZINA BROZIA\nqui vient de triompher dans Hérodiade s'habille chez WORTH"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c087", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.32", "titre_corps": "Cl. Lucile", "titre_sommaire": "Cl. Lucile", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "Cl. Lucile\nCRÉATION LUCILE\nRobe du soir, tulle rose, broderie corail, perles fines et similis"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c088", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c088", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.33", "titre_corps": "La mode à travers les Arts", "titre_sommaire": "La mode à travers les Arts", "signature_source": "Jan de la Tour", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.80", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3873, "texte": "La mode à travers les Arts\nJan de la Tour.\nAu coin d'une avenue, je croise une jeune femme qui porte une toilette dernier cri, car\nla jolie promeneuse se projette en avant-toit en se rejetant en arrière. Cet effet, nouveau et\ncontradictoire de la silhouette est obtenu par le drapage savant de la jupe. Il souligne également,\nl'amplification des hanches et... de leur entourage le mouvement rentré des jambes minces\nqu'une fente bienveillante permet d'admirer.\nSur la jupe de velours bleu nuit, s'étagent deux volants en mousseline de soie soulignes\nd'une étroite bande de zibeline. Une courte veste en zibeline elle aussi, donne 1 impression\npar sa largeur anormale que ce cocasse petit manteau n'est pas à la taille de celle qui le porte.\nIl s'écarte sensiblement des épaules et s'arrête net de chaque coté pour laisser voir le corsage\nreprésenté par une haute ceinture de satin Tango dans laquelle se perdent deux bretelles de\nmousseline de soie échancrée très en pointe. L'effet du décolletage n'est atténué par aucune\nguimpe. Ce dernier et frêle rempart a vécu. Pas de voile non plus sur l'amusante frimousse\ninsensible, semble-t-il à la bise glaciale qui rougit des nez moins protégés.\nVous n'ignorez pas, en effet, que si les femmes se dévêtissent chaque jour davantage, leur\nvisage est du moins soigneusement recouvert de crèmes et de poudres bienfaisantes et\nO O\ninvisibles... croient elles !\nNe concluez pas des décolletages à l'ordre du jour que nous voilà revenus a 1 epoque du\nDirectoire et épargnez nous les habituels clichés sur u Les Merveilleuses \" avec Mnie I allien\nà leur tête Bien que le récent ouvrage de Turquan leur donne un regain de nouveauté.\nLes toillettes des femmes, en 1914, se réclament de sources qui flattent l'intellectualisme\ndes belles auditrices de M. Bergson et les habituées des conférences mondaines. Elles vous\ndiront donc qu'il y a près de cinq mille ans les Egyptiennes \" portaient des robes transparentes\net ornaient leur cheveux de bandeaux d'or incrustés de pièrreries \" ainsi qu'en témoigné la\nstatue de la Princesse Nefer-Ta qui vécut en les temps lointains.\nElles vous relateront peut être également le point de départ philosophique du pyjama\nqu'elles arborent maintenant dans leur intérieur, et qui démontre leur logique à rebours. N est\nil pas naturel, lorsqu'on porte en plein hiver à la ville des robes décolletées de réserver pour\nle coin du feu le chaud pantalon et la confortable vareuse r Et, quand on revele au passant\ninconnu tous ses charmes... ou presque, de les dérober jalousement dans l'intimité du foyer !\nLa mode de demain n'est pas encore sortie, mais les \" détails \" changent et ils sont\nlégion. Telles les ceintures qui donnent une note personnelle à chaque costume. Il y a les\nécharpes sultanes, bayadères, persanes, mauresques, toutes remaniées, transposées, parisianisees.\nOn annonce aussi que la Princesse XXX du Gotha authentique et des plus comme il faut,\nadopte décidément la mode des pieds nus dans le cothurne ; il y a également 1 apparition des\nmanchons faits d'une touffe de plumes rouge cardinal, ou violet évêque.\nCes deux couleurs sacerdotales orientent les pensées de la séduisante \" tangueuse vers\nl'interdit qui menace son plaisir.\nElle est arrivée devant le u thé select \", où la file des autos s'allonge. Son manteau de\nzibeline enlevé, son buste charmant se montre dans sa nudité à peine dissimulée par les\ndraperies de mousseline de soie qui l'enveloppent. C'est d'ailleurs une sorte d'uniforme ; quelles\nque soient les robes le corsage est toujours composé exclusivement d'une ceinture et de kimonos\nde tulle, de dentelle ou de mousseline de soie à clair.\nLe tango peut disparaître, les toilettes des femmes qui le dansèrent demeurent et si les\npetites filles d'Eve ne goûtent plus au fruit défendu, elles sauront en grapiller un autre.\nNe leur reste t'il pas, en effet la Maxixe r"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c089", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c089", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.34", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1306, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS DE LA MUSIQm\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de Vlnstruction Publique et des Beaux-Arts.\nM. le Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel Fauré, Directe\nM. Henry Marcel, ancien Directeur\ndes Musées Nationaux.\nMEMBRE D'HONNEUR\nS. A. I. LE GRAND DUC BORIS DE RUSSIE\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nPRÉSIDENT D'HONNEUR : M. HENRY DEUTSCH (DE LA MEURTHE)\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. LOUIS BARTHOU,\nM. J. ECORCHEVILLE,\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd'Administration du\nd'Escompte de Paris.\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMM\" ALEXANDRE ANDRÉ.\nMŒ* LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère de\nM. LÉON BOURGEOIS, ancien Ministre.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMWE DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nM. J. PASQUIER.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. JACQUES R.OVCVLÉ Directeur de V Opéra.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c090", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c090", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.35", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.75", "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 1999, "texte": "Salle PLEYEL\nier au 15 Février\n2\n3\n4\n5\n6\n7\n9\n10\n11\n12\n*3\n14\nSoc. d'lnstr Ane.\nM 1 Blanche Selva\nEdition Sénart\nMlle H. Dansart\nMme de La Barthe\nSociété Nationale\nM. Joseph Debroux*\nMlle Blanche Selva\nMUe Frimagalli\nM 1 R. Lenars\nM. Cassado\nMllc L. Companyo\n# Voir nos annonces.\n9 h.\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n%t\\\\\nLe Gérant: MARCEL FREDET.\n• er\nau\n15 Février\nSalle GAVEAU\nM. Victor Staub 3 h.\nSociété Philharmonique 9\n1/2\nRépétition Schola 3\nM. Herman 9\nSchola Cantorum 9\nPereira et Lamberg 9\nNelly Stephenson 9\n10 Récital François Coye 9\n11 99 Jos- Lhévinne 9\n12 Union des Femmes Ar-\ntistes et Musiciennes 9\n13 Soc. Philharmonique 9\n15 M. Hasselmans 9\nSalle MalaKoff\nles lundis et jeudis à 9 heures\nConcerts-Rouge\nSALLE DES AGRICULTEURS\n2 M. A. Casella 9 h.\n3 Univ. Pop. Russe 9\n4 M. Chayell\n5 M. Hartmann\n6 MM. Flament-Debruille\n7 Concerts Aerts\n9 M 1 Laval\n10 Mu# Baladier\n12 Concerts Chaigneau\n13 Mm# Alvin\n15 Concerts Barrau\nSALLE DU CONSERVATOIRE\n10 Salon des M. F. 9 h.\nSCHOLA CANTORUM\n2 MM. Ferté et Fournier 9 h.\nQuatuor Parent\nMM. Ferté et Fournier\nQuatuor Le Feuve\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n3\n7\nlZ\n9\n9\n9\n14 MM. Ferté et Fournier 9\nPALAIS DES FÊTES DE PARIS\nLes Dimanches à 3 heures\nConcerts Sechiari\nGRAND PALAIS\n6 MM. Ferté et Fournier 3 h.\n13 MM. Ferté et Fournier 3\nImprimerie Sainte Catherine, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique\n*"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-02-01-01-c091", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-02-01_01#c091", "volume": "bmtnabh_1914-02-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.2.36", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.76", "debut_caractere": 3973, "fin_caractere_exclue": 4352, "texte": "BON POUR UN RENSEIGNEMENT FINANCIER GRATUIT\nJ'ai en portefeuille les Valeurs suivantes : Dois-je les garder ou les vendre ?\nJ ai un capital de —, francs à placer. Quel emploi dois-je en faire ?\nEcrire lisiblement : Nom, prénoms et adresse :\nDécouper ce bon et l'envoyer sous enveloppe à M. Penaud, 8, rue Drouot, Paris.\n(Cette rubrique Rengage pas la responsabilité de la Revue)."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.1", "texte": "Xe Année.\nî\" Février 19 ï 4\nLA REVUE MUSICALE\nVBHI\nâSSm jp éÊÊÊÊ*\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nUN AN\nFrance et Belgique 15 fr.\nUnion postale 20 fr.\nPARIS, 29, rue La Boëtie\nTéléphone Wagram : 98= 12\nCopyright by S- I. M. 1914\nLe numéro:\nFrance & Belgique 1 fr. 50\nUnion Postale 2 fr.\n\nLE BALLET SOUS LOUIS XIII, par H. Prunières. MOUVEMENTS DE DANSE EN EGYPTE,\npar Valentine Oross. 0 SUR LA DANSE, par Jean dUdme. 0 LA MUSIQUE DE DANSE A\nL'EGLISE : ENQUÊTE. 0 DEUX LIVRES SUR LA DANSE MODERNE.\nL'ACTUALITÉ par\n0 CLAUDE DEBUSSY 0 0 VINCENT D'INDY 0\nEMILE VUILLERMOZ\nLOUIS LALOY. OP. LOCARD. OPOUEIGH. ERIK SATIE. RENÉ LYR."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS DE LA MUSIQm\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de Vlnstruction Publique et des Beaux-Arts.\nM. le Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel Fauré, Directe\nM. Henry Marcel, ancien Directeur\ndes Musées Nationaux.\nMEMBRE D'HONNEUR\nS. A. I. LE GRAND DUC BORIS DE RUSSIE\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nPRÉSIDENT D'HONNEUR : M. HENRY DEUTSCH (DE LA MEURTHE)\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. LOUIS BARTHOU,\nM. J. ECORCHEVILLE,\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd'Administration du\nd'Escompte de Paris.\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMM\" ALEXANDRE ANDRÉ.\nMŒ* LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère de\nM. LÉON BOURGEOIS, ancien Ministre.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMWE DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nM. J. PASQUIER.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. JACQUES R.OVCVLÉ Directeur de V Opéra.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.3", "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n\nI\nLes ballets de Cour eurent, dès l'origine, comme les grandes masca-\nrades auxquelles ils succédaient, le caractère de représentations publiques.\nAu dire d'un chroniqueur quelque peu gascon, dix mille personnes\nauraient contemplé, en 1581, les merveilles du\nen la salle de Bourbon. Ce nombre doit être très exagéré, mais il est\ncertain que l'annonce des ballets dansés par le Roi ou par la Reine à\nchaque carnaval faisait grand bruit dans Paris et qu'il n'était petit bour-\ngeois qui ne rêvât de pénétrer dans la salle du spectacle. Et pourtant, que\nde peines, que d'embarras, que de tracas il fallait supporter, pour voir le\nballet du Roi, quand on n'était pas grand seigneur ou prince du sang !\nLe Petit-Bourbon était une des plus vastes parmi les salles où se\ndonnaient ordinairement les ballets. Elle mesurait dix-huit toises de\nlongueur sur huit de largeur 2, plus, à son extrémité, une sorte d'hémi-\ncycle \" un demy rond de sept toises de profond sur huit toises et demie\n\n1 Nous sommes heureux de publier ce chapitre de la thèse de doctorat-ès-lettres que vient de\nsoutenir si brillamment M. Prunières sur Le Ballet de Cour et dont le volume parait aujourd'hui chez\nl'éditeur Laurens. La Rédaction.\n2 Environ 35 mètres sur 15,50."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\nde large La disposition de la salle en vue des représentations variait\nselon les circonstances. Pour le Ballet comique de la Reine, Beaujoyeulx\navait fait élever des gradins en amphithéâtre qui montaient par quarante\ndegrés du plancher à une galerie, au-dessus de laquelle courait une\nseconde galerie. Le trône du Roi, couvert d'un dais, faisait face aux\ndiverses décorations dispersées par la salle 2.\nEn 1615, pour le magnifique ballet du dansé\npar Madame avant son départ pour l'Espagne, le petit Bourbon avait été\narrangé de la façon suivante : un grand théâtre, élevé à six pieds 3 du sol,\n\" de huit toises de largeur et d'autant de profondeur 4 \", occupait tout le\nfond. Un grand espace libre s'étendait devant ce théâtre pour les évolu-\ntions des danseurs. Les spectateurs s'entassaient dans les galeries et dans\nle reste de la salle, quelques-uns assis, la plupart debout.\nOn accédait au Petit-Bourbon par diverses entrées. Celle par laquelle\npénétrait la foule se trouvait à une grande distance de la salle et il fallait,\npour y parvenir, traverser une enfilade de pièces, de corridors et de galeries\ndont les portes étaient jalousement défendues par des gardes et des archers.\nSorel décrit dans son roman de Franciontoutes les difficultés que rencontre\nson héros pour assister àun ballet5, probablement le\n( 1615). Francion réussit à franchir le seuil de l'hôtel de Bourbon en mon-\ntrant au capitaine des gardes des vers qu'il a composés et fait imprimer à la\nlouange des personnages du ballet et qu'il veut distribuer dans la salle. En\nmême temps que lui pénètrent différentes gens \" de la connoissance des\nbaladins, les uns portans en leurs mains un masque, les autres un bonnet\nà l'antique et les autres quelque robbe de gaze, et il ne leur estoit point\nfâcheux de faire l'office de valets, pourvu que l'on leur ouvrît librement.\nQuand je fus entré avec toute cette bande, ce ne fut pas encore la fin de\nmes peines ; il me fallut passer tant de portes et tant traverser de\nchambres que je croyois que ce ne seroit jamais fait. Je trouvois de la\ndifficulté partout et mon passeport6 m'étoit bien nécessaire. Outre cela,\n\n1 I3?S° sur *6,5° environ. Voir la description contenue dans le IVe tome du Mercure français,\n1615, p. 9 et suiv.\n2 Ballet Comique, édit. Lacroix, I, 22.\n3 in\\9s-\n- 15n\\5° de côté.\n5 La vraye histoire comique de Francion, composée par N. de Moulinet... A Rouen chez Clément Malassis,\nMDCLXXIII (la première édition est de 1623) (livre IV, p. 251).\nc Les vers imprimés qu'il porte sous son bras."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.5", "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n3\n\nla presse étoit si grande qu'elle me défendoit autant l'entrée comme les\narchers. Enfin je me trouvay dans cette longue galerie de Bourbon qui\njette sur la rivière, où il se fallut arrêter. \" Après une longue attente,\nFrancion voit enfin s'ouvrir les portes de la salle... il se précipite et trouve\ntoutes les places occupées par les courtisans. Il ne sait où se caser et\nfinit par se hisser sur l'estrade des violons qui s'empressent de le prendre\npour un pupitre vivant et d'accrocher à ses vêtements les feuilles de leur\ntablature.\nAu Louvre, dans la grande salle où se dansent la plupart des ballets\ndurant le règne de Louis XIII, l'encombrement est effroyable '. La salle\navait pourtant de vastes proportions. Elle formait un rectangle de cent\ncinquante pieds sur quarante cinq 2. Entre les nombreuses fenêtres qui\néclairaient cette longue salle étaient placées des estrades et des \" galleries\nà trois estages, remplies de sièges partout. \" A un bout de la salle se\nvoyaient les décorations nécessaires au spectacle, à l'autre le trône royal,\nélevé de trois marches, couvert d'un immense dais de velours rouge\ncramoisi. Au plafond pendaient un grand nombre de lustres garnis de\nflambeaux de cire blanche et jaune qui répandaient une vive clarté 3.\nDe grandes barrières défendaient l'accès de l'enceinte réservée aux\névolutions des baladins ; parfois la poussée était si forte qu'elles se\nrompaient. La foule se précipitait alors dans le milieu de la salle d'où les\narchers avaient grand'peine à l'expulser à coups de bâtons et de manches\nde hallebardes 4. Il arrivait même qu'ils n'y parvenaient point et que le\nRoi devaient donner ordre à l'assistance de se retirer sans avoir vu\ndanser le ballet 5. Deux ans de suite, en 1614 et en 1615, les choses se\n\n1 Au ballet du château de Bicêtre, en 1632, \" il n'y avoit guères moins de quatre mille spectateurs,\nla plupart personnes de remarque\". Gazette du 12 mars, année 1632, p. 104 et suiv.\n2 Environ 49 mètres sur 15. Voir la Description de la Grande Salle du Louvre dans le Ballet de\nMonseigneur le duc de Vendosme. Paris, Jean de Henqueville, 1610 (Bibl. Mazarine 3461424, piece 19).\n3 Voir Ballet du Duc de Vendôme. Le Ballet de la vieille Cour mentionne \" huit cens flambeaux\nde cire blanche en huit cens chandeliers d'argent enrichis de cristal.\" Pour la Circé de 1581 au\nPetit-Bourbon, si on en croit Beaujoyeulx \" le nombre infini de flambeaux, qui estoient au-dessus de la\nsalle et tout à l'entour, donnoit telle et si grande clairté, qu'elle pouvoit faire honte au plus beau et\nserein jour de l'année. \"\n4 En 1632, au Ballet du château de Bicêtre : \" Pour faire place il fallut employer quelques descendans\nde hallebardes, et des feintes qui n'estoient pas du Balet. \" Gazette du 12 mars 1632, p. 106.\n5 Voir la lettre de Malherbe du 27 janvier à Pereisc. \" M. de Plainville, capitaine des gardes\nne voulant désobliger personne, laissa entrer tout ce qui se présenta et se trouva 1 enceinte des barrières\nsi pleine qu'un homme seul eût eu de la peine a y passer. La Reine a son arrivée, voyant une telle\nmultitude, se mit en la plus grande colère où je la vis jamais et s'en alla, résolue qu il ne seroit point\ndansé. \" Voir aussi Bassompierre. Mémoires, S. H. /., t. 11, p. 1."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\npassèrent ainsi au Petit-Bourbon, aussi décida-t-on de ne laisser pénétrer,\nen dehors des princes et des seigneurs, que les personnes munies d'invita-\ntions, de \" mereaux Malgré cette précaution les plus grands désordres\nne laissaient pas de se produire. Le 29 janvier 1617, le Roi, arrivant\nvers deux heures du matin à la grande salle du Louvre, en trouve l'entrée\nobstruée par une foule si compacte qu'il a toutes les peines du monde\nà se frayer un passage. Une demoiselle passablement effrontée \" se prend\nà ses chausses, disant : \" Si vous entrez, j'entrerai1 \".\nA la porte, le capitaine des gardes avait fort à faire pour repousser\nl'assaut de la foule qui se ruait pour voir danser le Roi. De sanglantes\nbagarres se produisaient parfois. Dans une Tallemant des\nRéaux nous montre la douce Julie de Rochefort exhortant par ses\ncris les gardes à frapper et à tuer les pauvres gens qu'une belle ardeur\nengageait à se bousculer pour entrer dans la salle du ballet. Il était bien\nrare qu'on vit le ballet sans être foulé, pressé, incommodé de mille\nmanières 2. Et quelle patience il fallait à ces spectateurs qui faisaient\nqueue dès le matin pour assister à un spectacle qui ne commençait que fort\navant dans la nuit3 ! On peut s'en faire une idée par la relation officielle\nde la représentation à l'Hôtel de Ville, en 1626, du ballet de la douairière\nde Billebahaut*. Louis XIII, fort satisfait de son ballet donné au Louvre\navec succès, avait décidé de l'aller danser à l'Hôtel de Ville. Il faisait\nainsi grand honneur au peuple de Paris, aussi le Prévôt des marchands et\nles échevins ne ménagèrent-ils rien pour accueillir leur hôte royal avec\nmagnificence. Sur leur ordre, des maçons, menuisiers et charpentiers\nélevèrent des \" eschafauds, théâtres, galeries dans la grande salle \" afin\nd'offrir des sièges confortables aux \" plus belles dames et bourgeoises de\nde la Ville \" conviées en foule à ce spectacle. On commanda à \" l'espi-\ncier \" de tenir prêts grande quantité de flambeaux blancs, tant grands\nque petits, pour mettre dans les chandeliers et croisés... et de préparer\n\" grandes quantités de confitures pour la collation des Princes, masques\n\n1 Héroard. Journal sur Venfance et la jeunesse de Louis XIII, t. 11, p. 208.\n2 Voir, presque à chaque relation de ballet, les doléances du gazetier Loret dans la Muze historique.\nAu ballet du château de Bicêtre il se \" rencontra plus d'accidens qu'on n'en vouloit représenter, car il y\neut une enseingne et autres choses perdues jusques à la valeur de quinze mille escus. Une comtesse y\naccoucha Gazette, 1632, p. 106.\n3 Aussi plus d'un grand seigneur refusait pour cette raison d'assister aux ballets. Voir Tallemant.\nHistoriettes, I, 99.\n4 Elle a été publiée en appendice à l'édition des Mémoires de Loménïe de Brienne par Barrière (in-8°)\n1.1, p. 337 et sur-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.7", "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n5\n\net autres compagnies Une cuisinière fut mandée pour préparer des\nfestins de poissons, car le ballet se devait danser dans la nuit du carême\nprenant.\nAu jour dit, les gardes du Roi s'emparèrent, dès le matin, de\nl'Hôtel-de-Ville et y organisèrent un important service d'ordre. La nom-\nbreuse assistance vint prendre place sur les estrades durant toute la journée\net y attendit stoïquement plus de douze heures que le ballet commençât.\nPour distraire les esprits, les vingt violons de la Ville jouèrent, de quatre\nheures de l'après-midi à cinq heures du matin, des airs et des danses...\nEnfin, à quatre heures du matin, les masques commencèrent à arriver.\nLe Roi fut harangué par le Prévôt sur les degrés de l'Hôtel-de-Ville.\nIl s'excusa d'être en retard et entra dans une salle pour s'habiller. A cinq\nheures, les violons du Roi firent leur entrée et montèrent sur l'estrade\nque quittèrent les violons de la Ville et le ballet commença. Il dura trois\ngrandes heures, puis le Roi et les seigneurs de sa suite dansèrent les\nbranles avec les principales bourgeoises de l'assistance. Les échevins firent\nensuite aux masques les honneurs d'une superbe collation sur laquelle\nceux-ci se jetèrent avec avidité ; après quoi Louis XIII, toujours costumé,\nmonta en carrosse pour rentrer au Louvre salué par les cris de \" Vive le\nRoi ! \" poussés par la foule massée sur la place de Grève.\nQue le sujet d'un ballet de Cour soit noble ou burlesque, mytholo-\ngique ou romanesque, allégorique ou réaliste, qu'il soit exposé par des\nrécits et des chœurs ou par des tableaux successifs, il n'a jamais qu'un\nobjet : préparer le plus ingénieusement possible la venue des danseurs\naux masques noirs, aux diadèmes d'aigrettes et de plumes, aux tuniques\nenrichies d'or et de clinquant qui traceront dans la salle les diverses\nfigures du Grand ballet.C'est là une curieuse survivance. Le\nreproduit très exactement le type de ces danses figurées italiennes que\ndes dames ou des seigneurs masqués et déguisés, exécutaient à la cour de\nCatherine de Médicis. La Mascarade, puis la Pastorale se sont emparées\ndu ballet, mais le caractère originel de ce spectacle apparaît toujours dans\nle divertissement final. Seuls, de nobles personnages y prennent part et le\ncostume qu'ils portent est, à peu de chose près, toujours le meme : en\ndehors du masque noir (parfois doré) et des aigrettes qui sont de rigueur,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\nles danseurs sont vêtus de tuniques découpées dans le bas qui laissent\nà découvert la jambe nue, chaussée d'un brodequin montant jusqu'au\nmollet\nEn quoi consistaient exactement les danses du ? Nous\nne pouvons mieux faire que renvoyer à la description de Beaujoyeulx\npour la Circéde 1581, elle en donne une idée fort exacte : \" Ce fut lors\nque les violons changèrent de son et se prindrent à sonner l'entrée du\ngrand Ballet, composé de quinze passages, disposez de telle façon qu'à la\nfin du passage, toutes tournoyent tousjours la face vers le Roy : devant la\nmajesté duquel estans arrivées, dansèrent le grand ballet à quarante\npassages ou figures géométriques et icelles toutes justes et considérées\nen leur diamètre, tantost en quarré et ores en rond, et de plusieurs et\ndiverses façons, et aussitost en triangle, accompagné de quelque autre\n\n1 Voir la planche hors-texte ci-après."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.9", "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n7\n\npetit quarré, et austres petites figures... A la moitié de ce Balet se feit\nune chaisne composée de quatre entrelacemens différents... \"\nUn livret imprimé nous a conservé le graphique du Grand ballet\nd Alcine en 1610. Les douze figures qui le composent sont ingénieuse-\nment diversifiées et devaient produire un effet gracieux. On s'arrangeait\nparfois pour que chaque figure représentât une lettre de l'alphabet, on\nécrivait ainsi le nom du Roi ou de la Reine, mais le plus souvent cette\nattention délicate passait inaperçue des assistants l.\nA l'origine, le ballet dramatique ne comportait en dehors du\nballet final, que des entrées sérieuses.Dans la des chars font le tour\nde la salle escortés de figurants qui chantent et jouent des instruments.\nSous Henri IV, la mode des mascarades eut pour effet d'introduire dans\nle ballet, à côté des danses nobles, des entrées bouffonnes dont on confia\nd'abord l'exécution à des baladins plus ou moins professionnels. En 1610,\ndans Alcme,des pages porte-flambeaux \" vestus en magots verts\nviennent \" saultans à petits bonds \" jusqu'au More qui les a fait entrer.\nCelui-ci leur donne des confitures et des dragées qu'ils mangent, puis ils\ndansent leur ballet \" en dix façons, tousjours en cadence avec saults,\ngambades, gestes et grimaces différentes \".\nLes théoriciens du ballet distinguent les entrées en sérieuses et en\ncomiques, et recommandent de les entremêler de manière à ce qu'elles se\nfassent valoir les unes les autres. Les entrées ce sont, par\nexemple, les entrées de guerriers, de bergers, de nymphes, de chevaliers,\nde magiciens, de dieux ; les entrées bouffonnes font intervenir des estro-\npiés, des avocats, des démons sous les formes les plus baroques, des\nsatyres, des monstres, des personnages de la comédie italienne et française,\ndes matrones, des indiens et, d'une manière générale, tous les êtres réels\nou imaginaires susceptibles d'être représentés de manière burlesque. Tous\nces figurants arrivent en scène avec leurs attributs : les chevaliers agitent\nleur épée et leur rondache, les boiteux s'appuient sur des béquilles, les\nvillageois ont un panier à la main, les avocats brandissent leurs rôles 2.\n\ni jy[me de gar \" danser une fois un ballet dont toutes les figures faisoient les lettres du nom\ndu Roi. \" Eh bien ! Sire, lui dit-elle après, n'avez-vous pas remarqué comme ces figures composoient\nbien toutes les lettres du nom de Votre Majesté ? Ah ! ma sœur, lui dit-il, ou vous n'écrivez guère\nbien, ou nous ne savons guère bien lire; personne ne s'est aperçu de ce que vous dites. \" Tallemant des\nRéaux. Historiettes, I, p. 92.\n8 Lorsque le ballet est bien réglé, tous ces personnages, après s'être avancés dans la salle, dansent\navec leurs divers accessoires, mais bien souvent ils n'ont pas esquissé quatre pas qu'ils envoient promener"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\nCe qui distingue les entrées des b proprement dits, c'est qu'elles\nont toujours un caractère expressif. Beaucoup d'entre elles sont de\nvéritables pantomimes cadencées et celles-là même qui comportent des\névolutions géométriques n'en gardent pas moins un caractère descriptif\nqui contraste avec l'admirable fête des yeux, sans signification dramatique\ndu Grand ballet. Ce sont les entrées qui constituent la comédie muette,\nl'action du ballet de Cour ; les danses figurées du Grand ballet et de\ncertains intermèdes n'ont qu'un intérêt purement plastique.\nBeaucoup d'entrées ne sont pas, à proprement parler, des danses.\nL'amoureux sexagénaire de la douairière de Billebahaut s'avance pesam-\nment, suivi de quatre barbons que des bottes immenses, aux éperons trop\nlongs, embarrassent et font trébucher. Un juge accompagné de son\ngreffier se dandine avec une gravité ridicule, Mahomet, une plume à la\nmain, un turban gigantesque sur la tête, marche derrière deux enfants qui\nportent le Coran ouvert sur leur dos. Le Cacique fait son entrée monté\nsur un éléphant, précédé de trois nègres qui frappent sur de petits\ntambours, et suivi de cinq Africains gesticulant et gambadant.\nEn dehors de ces danses ou de ces défilés, beaucoup d'entrées sont\nde véritables pantomimes : dans Tancrle magicien Ismène fait âes\nconjurations en cadence au son des violons qui sonnent un air mélan-\ncolique. \" Il fait un cercle et des charactères avec sa verge, se plante au\nmilieu du cercle, ayant un pied nud. Trois fois se tourna vers l'Orient, et\ntrois fois vers le couchant ; trois fois secoua sa baguette et trois fois du\npied nud frappa la terre \".\nLes scènes réalistes ou burlesques sont aussi en grand nombre : Dans\nles Fées des forets de Saint-Germain, des médecins sur leurs mules courent\nla quintaine. Dans le Château de Btcêtre trois faux monnayeurs se livrent\nà leur dangereux métier, un d'eux forge le métal, un autre travaille avec\nune pince.\nCes tableaux et ces pantomimes n'ont qu'un rapport très éloigné\navec la danse theatrale traditionnelle ; on rencontre pourtant dans les\nballets des scènes qui s'en éloignent encore davantage. Ce sont de véri-\ntables tours d acrobatie. Ainsi, en 1641, dans le Ballet de la Prospérité des\nArmes de France, un italien nommé \" Cardelin \" exécutait cent tours\n\ntout ce qui les gene. Saint-Hubert s en scandalise fort : 6i Je trouve que cela n'est nullement à propos\nde voir entrer des gens d une façon et sortir d'une autre ! \" La manière de composer et faire réussir les\nballetsy MDCXLI, p. 10."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.11", "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n9\n\nd'adresse. Dans le ballet du château de un Espagnol faisait la roue\n\" encore qu'il fust vestu en pèlerin, le roquet sur les espaules et la petite\nboëte de fer blanc àsa ceinture Il était suivi de son valet qui \" passoit\npar humilité en dansant sous les caprioles de son maistre Dans les\ndes forets de Saint-Germain l'entrée des couppes testes était un prétexte à\nscènes de clowneries. Les figurants se livraient combat en cadence, d'un\ncoup de sabre ils faisaient voler en l'air la tête ou le bras (en carton) de\nleur adversaire qui continuait à ferrailler comme si de rien n'était.\nNi les livrets, ni les mémoires n'autorisent à croire, comme on le\nfait souvent, que des danses ordinaires : pavanes, gaillardes, voltes ou\nbranles, aient trouvé place dans les entrées de manière habituelle. On ne\nles employait que fort rarement et seulement lorsque la situation drama-\ntique l'exigeait. Des paysans, conviés à une noce, exécutaient plaisamment\nun branle de village, ou bien des Espagnols esquissaient un pas de sara-\nbande en jouant de la guitare. La danse propre aux ballets n'avait rien de\ncommun avec la danse du bal ; les pas n'étaient point assujettis a des\nrègles traditionnelles ; ils variaient à l'infini. Le soin de regler les évolu-\ntions des figurants était confié à des chorégraphes professionnels. Quelques\nseigneurs ne laissaient pourtant pas de s'en mêler et 1 on sait combien\nLouis XIII était fier du ballet de la Mer lais on dont il avait lui-même\ninventé \" les pas, les airs et la façon des habits 1 . Ce n était pas une\npetite affaire que d'enseigner aux courtisans ce qu'ils avaient à faire ;\naussi Saint-Hubert conseille-t-il d'avoir un maître a danser \" pour trois\nou quatre entrées seulement et de s'y prendre un peu a 1 avance ; 4 Ce\nn'est pas trop de quinze jours pour un grand ballet et huict pour un\n* . ))\npetit .\nL'organisation et l'exécution des ballets royaux demeuraient entre\nles mains d'un petit groupe de seigneurs, toujours les memes. De 1610 a\n1640, on retrouve sans cesse les mêmes noms dans les livrets et les\nrelations 1 c'est le duc de Nemours, 1 intendant suprême des fetes de\nCour, qui, sur ses vieux jours, goutteux et perclus, ne laissera pas de\nparaître encore sur la scène dans des rôles convenables à son état. Ce sont\nles ducs de Vendôme et de Metz, le maréchal de Bassompierre, le comte\nde Cramail, grand amateur de théâtre, Vitry, le baron de Termes, le\nbaron de Clinchamp, M. de Liancourt dont l'agilité est célèbre, Mon-\n\n1 Galette du 22 mars 1635. {Extraordinaire).La musique de ce ballet se trouve dans la collec\ntion Philidor, t* 111, p. 25."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.12", "texte": "IO\nS. I. M.\n\npoullan, Challais, Palluan, Blainville, Courtanvauît, le comte de Soissons,\nles ducs de Longueville, de Créquy, de Montmorency, d'Elbeuf.., Gaston\nd'Orléans raffole des petits ballets met excelle dans les rôles\nbouffons. Le Roi, après la mort de Luynes, s'y complait aussi ; il se\ndéguise en femme, en musicien de charivari, en capitaine hollandais, en\ncombattant grotesque, en fermier ! Il \" dansoit assez bien en ballet,\nassure Tallemant, mais il ne faisoit jamais que des personnages ridicules\nIl n'y avait qu'un petit nombre de baladins de métier employés aux\nballets du Roi. Les maîtres à danser se contentaient de surveiller les\nrépétitions et ne prenaient que fort rarement part à l'exécution. Bocan,\ncélèbre dans l'Europe entière, n'est pas nommé une seule fois dans les\nlivrets de ballets. Les plus renommés parmi les danseurs étaient pour la\nplupart des amateurs qu'un long entraînement et des dispositions parti-\nculières avaient mis en mesure de rivaliser avec les professionnels. Ils\nappartenaient un peu à tous les milieux. Beaucoup étaient musiciens,\nmais on en recrutait aussi dans la bourgeoisie et jusque dans le Parlement.\nLe titre de \" danseur ordinaire des ballets du Roi \" était fort convoité.\nCeux-là même qui ne prenaient part que d'une manière irrégulière aux\nreprésentations étaient fiers d'y paraître et excitaient l'envie. Aussi relève-\nt-on sur les listes des danseurs les noms d'un musicien comme Cham-\nbonnières, d'un avocat au conseil comme Cabou, d'un poète comme\nBoisrobert.\nM. de Belleville, \" le premier homme de sa profession \" fut l'ordon-\nnateur des ballets de Louis XIII, durant de longues années. Il était bon\nmusicien et nous savons qu'il avait composé \" généralement tous les airs\net tous les pas \"de la Délivrance de Ret de\nLe duc de Nemours avait à son service le baladin La Barre dont le\nnom revient sans cesse dans les livrets où il voisine avec ceux des autres\ndanseurs habituels des ballets de Cour : Picot, Delfin, Verpré, Sainctot,\nMorel, Le Camus, Mairesse, Barbonnat, Robichon, Poyanne, Prévost,\nHainaut, etc... Le noble M. de Liancourt est si féru de ballet qu'il\ndispute aux professionnels leurs emplois ordinaires et se mêle à leur\ntroupe. Mais le héros de tous les ballets du règne de Louis XIII, c'est\n1 incomparable Marais. Il paraît pour la première fois sur la scène dans le\nballet de Madame,en 1615, et y fait merveille. Ce Marais semble avoir\nété un mime prodigieux et aussi un bon musicien. En 1617, il repré-\nsente \" Armide en ses furies et ses chants \" ; en 1625, il se ait applaudir"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.13", "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n11\n\nsous les traits de Guillemine la quinteuse,puis \" courre la quintaine habillé\nen docteur et chevauchant une \" mule contrefaite Bref Marais tient\nles premiers rôles bouffes dans tous les ballets de ce temps.\nA partir de 1630 environ, toute idée de préséance disparaît. En\ndehors du Grand ballet,réservé aux seuls gentilshommes, les baladins\nroturiers prennent part à toutes les entrées. Il est même d'usage d'enca-\ndrer les grands seigneurs, dont l'adresse à danser n'est pas toujours\nextrême, de quelques baladins excercés qui les tirent au besoin d'un\nmauvais pas, les guident et les entraînent.\nOn peut se faire une idée de la magnificence et de la fantaisie des\ncostumes de ballets d'après les nombreux recueils de dessins qui nous ont\nété conservés et les descriptions minutieuses des livrets. Les grands sei-\ngneurs dépensaient des fortunes pour porter des habillements dignes\nd'eux \\ Aussi bien rarement les figurants étaient-ils vêtus de manière\nrationnelle. Un baladin jouait le personnage d'un ambassadeur avec un\ncostume de toile et un gentilhomme celui d'un mendiant avec un vête-\nment de soie et de velours. Saint-Hubert proteste contre cette habitude :\n\" Il faut exactement que chacun soit vestu suivant ce qu'il représente.\nQuelqu'un me dira que si l'on habilloit un cuisinier suivant son mestier,\nqu'il luy faudrait donner un habit et une serviette grasse qui feroit mal\nau cœur à la compagnie. J'ay à répondre que l'on le peut habiller avec\npeu d'ornement et au lieu de serviette grasse, luy en donner une de\ntaffetas blanc ou de gaze...2 \" On voit que de toute façon le réalisme\nn'était pas de mise dans les costumes de ballet. Il faut pourtant noter\nquelques tentatives de couleur locale assez réussies. Dans la Douairière de\nBillebahaut, paraissent des lapons et des orientaux dont les costumes sont\nassurément moins fantaisistes que ceux que porteront, dans des rôles\nsemblables, les chanteurs d'opéras au XVIIIe siècle.\nUn goût singulier pour les couleurs voyantes préside au choix des\nétoffes. Les rouges, les bleus et les verts sont souvent associés de maniéré\nbarbare, surtout dans les habillements destinés aux musiciens, aux porte-\nflambeaux et autres figurants qui ne peuvent faire les frais de vêtements\nsomptueux. Le burlesque de certaines entrées consiste uniquement dans\nle costume des danseurs. Les démons d'Armide portent de grands chappe-\n\nTallemant nous montre M. de Montmorency obligé d'emprunter au financier Puget pour\npouvoir figurer dans le ballet du Roi. Historiettes, VIII, p. 116.\n2 La manière de p. 19."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.14", "texte": "I 2\nS. L M.\n\nrons, \" un corcet de satin noir \" des culottes à l'antique et des bottes\n\" esperonnees \" Dans la Douairière des sont\nvêtus d'une seule veste rouge qui leur tombe aux pieds et les Hofnaques\nde hauts-de-chausses verts qui leur montent au menton. Dans presque\ntous les ballets, on voit des personnages doubles, par exemple des andro-\ngynes dont un côté du corps est viril, l'autre féminin, dont le bras droit\nbrandit une masse d'armes et le gauche une quenouille. Mais ce sont les\nmasques qui donnent aux figurants leur véritable caractère. Il y en a de\ntoutes les sortes, depuis le simple loup qui cache le milieu de la figure,\njusqu'au masque de Venise qui reproduit finement tous les traits d'un\nvisage ; depuis les faux nez jusqu'aux têtes postiches en carton ou toile\npeinte. Cette variété était nécessaire puisqu'aucun danseur ne paraissait\ndans un ballet sans être masqué. On s'explique mieux dès lors l'usage des\ntravestis féminins. Dans les ballets du Roi on trouve en effet mention\nd'entrées de nymphes ou de déesses. Or, les dames ne sont admises à\nparaître que dans les ballets des Princesses en compagnie desquelles elles\nexécutent des danses figurées. Ce sont donc toujours des hommes qui\ntiennent les rôles de femmes dans les ballets du Roi. Souvent les masques\nsont si bien faits et les vêtements si adroitement ajustés que ces travestis\nne paraissent nullement ridicules. Il en sera encore longtemps ainsi et, à\nl'Opéra, ce seront des baladins qui, jusqu'en 1681, danseront les entrées\nde nymphes, de prêtresses, etc.\nLes musiciens étaient associés de la façon la plus étroite aux danseurs\ndans les ballets de Cour. Ils réglaient leurs évolutions, les accompagnaient\nen leurs entrées et exposaient par des récits et des chœurs le sujet du\nspectacle. Il n'était point rare qu'un ballet royal nécessitât l'intervention\ndes musiques réunies de la Chambre, de la Chapelle et de l'Ecurie. Tous\nces artistes, pour prendre part à l'exécution du ballet, se séparaient en\nplusieurs groupes ayant chacun ses attributions, sa mission particulière :\nles violons^terme générique sous lequel on englobait tous les instruments\nà archets, jouaient les ballets proprement dits, les instruments à vent ou à\ncordes pincées accompagnaient sur la scène les figurants ou soutenaient de\nleurs accords la voix des récitants ; enfin les chanteurs se divisaient en\nsolistes, jouant et actionnant, et en choristes qui tantôt paraissaient sur le\nthéâtre et tantôt demeuraient invisibles.\nLorsque, vers 1610, des livrets imprimés et des relations nous\ndonnent une idée de l'organisation matérielle du ballet du Cour, l'or-"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.15", "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n!3\n\nchestre de danse qui, en 1521, accompagnait dans la salle l'entrée des\ndanseurs, est isolé sur une estrade placée à quelque distance de la scène.\nIl arrive pourtant que, par une survivance de l'ancienne coutume, les\nviolons fassent d'abord leur entrée avant de gagner leur échafaud. Ainsi\ndans Alctne les violons, déguisés en esclaves turcs, font leur apparition\nsur la scène par groupes de trois. La première troupe joue la partie de\nla seconde celle de haute-contre^la troisième celle de la\nquatrième celle de quinta pars et la dernière celle Une fois\nau complet, ils reprennent leur morceau tous ensemble avant de monter\nsur l'estrade où ils vont se tenir jusqu'à la fin du spectacle. En 1617, pour\nla Délivrance de Renaud,ils sont logés en une \" niche séparée1 \" sur le\nthéâtre même, semble-t-il, mais, en général, leur estrade est dressée au\nmilieu de la salle. Marolles recommande qu'elle soit orientée de manière\nà ce qu'ils puissent \" voir commodément les Danseurs et les Machines...\nafin d'y ajuster leurs concerts 1 \". Si l'on en croit Sorel, les musiciens\nn'avaient pas toujours leurs aises, on oubliait parfois de leur donner des\npupitres et ils ne savaient après quoi suspendre leurs tablatures manuscrites3.\nA la Cour, l'orchestre de danse était constitué par la bande des\n\" Vingt-quatre violons du Roy \", célèbre en Europe par l'agrément des\ndiminutions, ornements et enjolivements dont elle brodait avec art la\ntrame un peu nue des airs de ballets4. Ils jouaient toutes les danses figurées\net les entrées que n'accompagnait pas un orchestre de scène ; encore\narrivait-il que ce dernier se contentât d'escorter les baladins dans la salle\noù les violons les faisaient danser 5. Il en était de même pour les chœurs\nqui saluaient de leurs chants l'arrivée des figurants puis se taisaient\npour les laisser commencer leur ballet au son des violons. Souvent l'or-\nchestre de danse rythmait les gestes des pantomimes dans les scènes\ndramatiques. Dans XAventure de Tpar exemple, le magicien\nIsmène faisait \" ses conjurations en cadence au son des violons qui\nsonnoient un air mélancolique.\"\nLa composition des orchestres de scène était assez hétéroclite. Des\n\n1 Discours au vray, p. 6.\n2 Mémoiresy 111, 115.\n3 Francion, livre V, édit. de 1673, p. 253.\n4 Ecorcheville. Vingt suites cf orchestre du XVII* siècle français.\n5 On lit fréquemment dans les livrets des indications de ce genre : \" Puis entrèrent des bergers\nconduits par des musettes jusques dans la salle, ou les violions les firent danser. \" Ballet du Roy ou la\nvieille Cour... Lacroix, V, p. 64."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.16", "texte": "x 4\nS. I. M.\n\nartistes de la Chambre et de l'Ecurie y voisinaient et toutes les variétés\nd'instruments à vent ou à cordes pincées, flûtes, hautbois, musettes,\ncornets, cors de chasse, luths, lyres, guitares, théorbes, etc., y étaient\nreprésentées.\nOn a vu que les musiciens, déguisés et masqués, accompagnaient en\njouant les personnages de l'entrée jusque dans la salle, puis laissaient aux\nviolons le soin de les faire danser. Pourtant dans certaines entrées de\ncaractère, les baladins dansaient aux accents de l'orchestre de scène. Dans\nTancre de, quatre cornets, joués par des satyres, rythment les pas de quatre\nsilvains, quatre hautbois ceux de quatre silènes et six flûtes ceux de\nquatre dryades. Dans la Douairière de des guitaristes grattent\nune sarabande qu'exécutent des \" grenadins 1 \" Dans les Nymphes bocageres\nde la forêt sacrée,des bergers dansent au son des flûtes. Mais c'était\nl'exception. Il arrivait aussi qu'un instrumentiste sur la scène jouât en\ns'accordant avec les violons. Dans le b\npour l'entrée de la République de Berne deux tambours battaient \" à la\nmode du païs avec un fiphre qui jouoit l'air avec les violons du Roy \".\nSouvent les musiciens formaient à eux seuls une entrée de ballet.\nDans les Fées des forests de Saint-Germaides chasseurs campagnards\n\" viennent dansans un ballet sous le chant qui sort de leurs cors \" puis\ns'approchant du mannequin figurant la Musique, ils \" prennent leurs\nluths accrochez autour de son vertugadin... et dansent un autre ballet\naux doux chants de leurs voix et de leurs luths \". D'autres fois les musi-\nciens se contentent de faire en marchant le tour de la salle en sonnant de\nleurs instruments. Dans la Douairière de Billebahaut, la musique de\nl'Amérique est composée d'un Indien qui frappe sur des gongs et de\nquatre joueurs de cornemuse, les musiciens de la douairière défilent vêtus\nde costumes extravagants ; quatre soufflent dans des hautbois, deux dans\ndes bassons. On trouve aussi dans les ballets de nombreuses scènes de\ncharivaris : telle, en 1627, cette \" sérénade de grotesques dont les instru-\nments sont des vieles, trompes marines, lanternes, grils, jambons et pieds\nde pourceaux. Les entrées de hautbois, de flûtes, de musettes et de luths\nsont innombrables dans les ballets dansés sous Louis XIII.\n\n1 Entrée des grenadins : \" les uns jouaient de la guyterre scavoir le Roy, M. le grand Prieur et\nM. de Barradas ; deux dansoient la sarabande, le comte d'Harcourt et le commandeur de Souvray ; et\nle marquis de Mortemar représentoit un musicien de Grenade. (Mercure de France, 1626, p. 191 et\nsuiv. Cette scène est représentée sur les dessins du Louvre n° 32.643-7."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.17", "texte": "LE BALLET SOUS LOUIS XIII\n*5\n\nLes entrées de luth avaient le caractère d'un véritable concert destiné\nà délasser l'assistance du spectacle des danses. On trouve la musique de\nbeaucoup de ces entrées dans la tablature de Robert Ballard1 et les\nrecueils de costumes nous en montrent quelquefois l'ordonnance scénique.\nLes exécutants sont au nombre d'une douzaine, ils portent des vêtements\nassez peu recherchés, une veste bleue unie et une longue jupe rouge.\nIls avancent lentement en grattant leurs instruments2. 11 est rare que des\nluths seuls composent l'orchestre ; le plus souvent des théorbes, des\nmandores, parfois des guitares prennent part à l'exécution.\nLes récits étaient chantés soit par des professionnels, soit par des\namateurs de talent. Il n'y avait aucune règle précise à ce sujet. Dans la\nDélivrance de Renaud, Marais jouait le rôle d'Armide, de Luynes chantait\nun air et le fameux Le Bailly \" qui se peut glorifier d'avoir et d'avoir eu\nla plus belle et plus charmeuse voix de son temps 3 \" chantait le court\ndialogue de l'hermite avec les soldats.\nVers 1630, les noms de Chancy, de Moulinié et de Justice repa-\nraissent souvent sur les livrets ; on y trouve aussi ceux du duc de Morte-\nmart et de Pierre de Nyert, qui ne dédaignaient pas de se faire entendre\ndans les ballets. Sous Louis XIII, il n'est pas question de femme ayant\nchanté sur la scène. Au temps de Henri IV, la jeune Angélique Paulet\ns'était pourtant fait entendre dans le en 1609, avec un\ntrès grand succès.\nDans les ballets mélodramatiques,les récits surgissaient de manière\nirrégulière toutes les fois que les nécessités de l'action le commandait.\nAu contraire, dans les ballets a entrla place des récits est presque\ninvariable, il y en a un au commencement de chaque partie et un autre\ngénéralement polyphonique, avant le Les récits ne sont pas\ntoujours chantés par les personnages qui sont censés les prononcer. Il\narrive que le figurant de la première entrée envoie devant lui son récit,\nsuivant l'expression consacrée. Ainsi, dans les Fées des forest de Saint-\n\n1 Bibl. Mazarine 4761, B. Voir Michel Brenet. Notes sur Vhistoire du luth. Bocca frat. Turin.\n2 Dessin du Louvre 32.663.\n3 Discours au vray, p. 20. Henri Bailly était un compositeur remarquable. \"On se persuade,\nassure La Mothe (dans son Discours sceptique sur la Musique) que les airs modernes du Bailly... valent\nbien ceux de Phemius et de Demodocus dans Homère\", Œuvres, t. IV, p. 250. Mersenne célèbre sa\nméthode de chanter et le loue de faire sonner toutes les syllabes. Harmonie Universelle. Des chants,\n356 et passim. En 1617, il était \" Musicien ordinaire du Roy \" (Ms. fr. 12.526 f° 433)- H mourut, le\n24 septembre 1637, surintendant de la \" Musique de la Chambre du Roy \" et fut inhumé à Saint-\nEustache (Ms. fr. 12.526 f° 127 b."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.18", "texte": "i 6\nS. I. M.\n\nGermaini Guillemine la quinteuse et ses sœurs sont précédées par des\nmusiciens qui chantent à leur place. Il en va de même dans la plupart\ndes ballets a entrées.\nL'artiste chargé du récit est masqué et costumé, il est souvent\naccompagné d'une petite troupe de musiciens qui soutiennent sa voix du\nson de leurs instruments et reprennent en chœur le refrain. D'autres fois,\nil paraît seul et s'accompagne lui-même sur un luth, une guitare ou un\nthéorbe. Les costumes des chanteurs sont d'un symbolisme puéril. Le\nrécit d'Alizon la Hargneuse est débité par un personnage à l'aspect\nguerrier. Un canon le coiffe, des mousquets et des épées s'entrecroisent\nautour de ses épaules et de sa taille, de lourdes bottes lui montent à la\nceinture ; tout cet attirail devait être fort gênant pour jouer du luth !\n\nHenry Prunières."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.19", "texte": "Cl. Laurens\nENTRÉE DES DANSEURS DU GRAND BALLET\n(Extrait du Ballet de Cour en France avant Lully)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.20", "texte": "DANSES EGYPTIENNES, par Valentine Gross"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.21", "texte": "DANSEUSES. TOMBEAU D'ANKHINAHOROU\n\nQUELQUES MOUVEMENTS DE\nDANSE EN EGYPTE\n\nMUe Valentine Gross, qui prépare un\nde danse, a bien voulu nous communiquer ici quelques uns des textes qu'elles a\nréunis, et qui ont trait a la danse en Egypte, en les faisant précéder de ces mots\nd'explication.\n\" Avant tout chantons les Muses Hélikoniades qui du Hélikôn habitent\nla grande et sainte montagne, et, de leurs pieds légers, autour de la Fontaine\nviolette et de l'autel du très puissant Kroniôn, bondissent ; et qui, dans le\nPermessos ayant lavé leur corps délicat, ou dans l'Hippoukrènè, ou dans\nl'Olmios sacré, au faîte du Hélikôn mènent les danses belles et désirables, et\nagitent les pieds avec force.\nAinsi chantait Hésiode, et, depuis, littérateurs, poètes et savants ont célébré\nla danse. 11 existe des ouvrages admirablement construits et documentés dont le\ntexte fournit d'amples renseignements sur la théorie et l'histoire de l'art chorégra-\nphique. Il en existe d'autres qui donnent en même temps la reproduction photo-\ngraphique de quelques documents peints et sculptés. Il n'en existe aucun dont la\ndocumentation figurée soit aussi complète que la documentation littéraire. Aucun\nartiste n'a tenté de construire un recueil des mouvements de danse en traduisant\nlui-même et de façon exacte et claire toute l'histoire de l'arabesque saltatoire.\n\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.22", "texte": "18\nS. I. M.\n\nC'est ce que j'ai voulu réaliser dans une œuvre, à la fois personnelle et\nimpersonnelle. Impersonnelle en ce sens que le texte sera composé de tout ce qui\nfut écrit sur la danse, et que les dessins qui accompagneront ce texte seront la\ntraduction précise de tout ce qui fut figuré ; personnelle puisque j'y joindrai des\ninterprétations décoratives, synthèses expressives de l'enrythmie plastique, d'une\népoque, d'un pays, dans son atmosphère musicale, ses costumes, ses décors.\nCe sera comme une sorte de \" symphonie des attitudes et mouvements de\ndanse \" les plus harmonieux depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, une sorte\nd'anthologie des plus beaux rythmes de la \" poésie du geste \" une sorte de\n\" florilège \" eut dit Mallarmé.\nAinsi de l'Egypte seule j'ai pu réunir environ 25 documents iconographiques\ndont l'un seulement donne parfois jusqu'à 10 mouvements ou attitudes de danse.\nPourquoi ont-ils été négligés jusqu'à ce jour ? Pourtant, ces mouvements et ces\nattitudes ont une beauté, un intérêt indiscutables, et ils sont proches des\nmouvements de danse les plus modernes. On peut y retrouver quelques uns des\npas et positions des danseurs actuels : la pirouette, l'entrechat, le grand battement\nmême. On y voit des solos de danse, des pas de deux, et des chœurs certains ont\nl'apparence de véritables ballets. \"\nLorsque les Egyptiens se rendent à Bubaste pour la panégyrie de\nDiane, ils arrivent par eau sur des barques remplies de l'un et de l'autre\nsexe confondus ensemble ; quelques-unes des femmes font résonner des\ncrotales, et des hommes jouent de la flûte pendant toute la navigation.\nLe reste remplit l'air de chants -et de battements de mains. Quand ils\npassent devant une ville, ils poussent la barque vers la terre, et tandis\nqu'une partie des femmes continue à faire ce que je viens d'indiquer,\nquelques-unes attaquent, par des railleries et des cris, les femmes de la\nville ; d'autres se mettent à danser, ou, se tenant debout, retroussent leurs\nvêtements. Les mêmes choses se répètent à toutes les villes qui se\ntrouvent le long du fleuve. (Hérodot\nOsiris honora Hermès qui était doué d'un talent remarquable pour\ntout ce qui peut servir la société humaine. En effet... Hermès donna\naux hommes les premiers principes de l'astronomie et de la musique ; il\nleur enseigna la palestre, la danse et les exercices du corps. Il imagina\nla lyre à trois cordes...\n(Diodore de Sicile. Bibliothèque historique. Livre I. )"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.23", "texte": "EN EGYPTE\nI 9\n\n... On raconte\nque lorsqu'Osiris\npassait par l'Ethi-\nopie, on lui amena\nles satyres qu'on\ndit être couverts\nde poils jusqu'aux\nreins. Osirisaimait\nlaj oie, la musique\net la danse ; aussi\nmenait-il à sa suite\ndes chanteurs par-\nmi lesquels étaient\nneuf filles instrui-\ntes dans tous les\narts Osiris attacha à son expédition les satyres qui se distinguaient\npar le chant, la danse et le jeu.\n(Diodore de S\nOsiris, tu ne connais ni les tristes soucis, ni le deuil : ce que tu\naimes, ce sont les danses, les chansons\nOn ne saurait trouver\nd'anciennes imitations qui\nn'aient été accompagnées de\ndanse. Orphée et Musée, les\nplus excellents danseurs qui\nfussent alors, en instituant les\n<\nmystères, ont regardé la danse\ncomme ce qu'il y avait de plus\nbeau, et ils ont ordonné qu'on\nne put exprimer les choses\nsaintes sans la danse et le\nrythme.\n(Lucien de Sam\nDe la danse.)\nL'ancienne fable du Pro-\ntée Egyptien ne me parait être\n\nDANSEURS NÉCROPOLE DE THÈBES\n\nDANSE FUNÈBRE TOMBEAU DE HARMÎNOU-THÈBES"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.24", "texte": "2 O\nS. I. M.\n\nautre chose que l'emblème d'un danseur fort habile dans la pantomime,\nlequel avait l'art de s'assimiler à tout et de prendre, pour ainsi dire, toutes\nsortes de formes : en sorte que, par la rapidité de ses mouvements, il\nimitait la fluidité de l'eau, la vivacité de la flamme, la férocité d'un lion,\nla colère d'un léopard, l'agitation d'un arbre, en un mot, tout ce qu'il\nvoulait. Mais la fable qui ne reçoit que des choses merveilleuses, publia\nbientôt qu'il devenait effectivement ce qu'il ne faisait qu'imiter.\n(.Lucien de Samosate. —De la danse.)\nN\nEntre tous les peuples et nations du monde, il n'y eut jamais un\nplus superstitieux, un plus idolâtre,\nni qui ait tant falsifié la vraye Reli-\ngion que les Egyptiens. Ils avoient\n(entre toutes les autres infinies idoles\nqu'ils adoroient) un veau nommé Apis\net Serapis auquel ils référoient tout\nleur bien et félicité... et célébroient\ndes jeux et des banquets... à la feste\nde leur veau Dieu Serapis ; ou après\nles festins ils faisoient des Danses,\nmomeries, jeux et autres solennelles\nreioyssances.\n(Paradin. Le Blason\ndes Danses 1556.)\nLes Egyptiens qui passent pour l'un des plus anciens peuples du\nmonde, et pour avoir eu les premiers la connoissance des Sciences et des\nArts, firent de leurs danses des hiéroglyphes d'actions, dont les caractères\nsemblent avoir été imités dans le Traité de la chorégraphie de Feuillet...\nIls en avoient aussi de figurées, pour exprimer leurs mystères. Platon qui\nfut leur disciple et leur admirateur ne put assez louer le génie de celui\nqui, le premier, avoit mis en concert et danse l'Harmonie de l'Univers\net tous les mouvements des astres, exprimés par la danse astronomique : il\nconclut de là qu'il devait être un Dieu ou un homme divin.\n{Bonnet. Histoire générale de la 1723.)\n\nJOUEUSES DE MANDORE. TOMBEAUX DE\nGOURNAH THÈBES"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.25", "texte": "EN EGYPTE\n2 I\n\n... La Danse\nfut un des points\nfondamentaux\nde leur culte.\nCelle qu'ils ima-\nginèrent pour\nexprimer les di-\nvers mouve-\nments des As-\ntres, fut la plus\ningénieuse ; et\ncelles qu'ils in-\nstituèrent dans\nles suites, pour\nla fête d'Apis furent les plus solennelles. Les Prêtres revêtus d'habits écla-\ntans, et sur des airs harmonieux d'un caractère noble, exécutoient la\npremière en tournant autour de l'autel. Ils le considéroient comme le\nsoleil placé dans le milieu du ciel, et ils figuroient par leur Danse, le\ncercle des signes célestes sous lequel l'astre de la lumière fait son cours\njournalier et annuel. Ils exécutoient les autres dans la consécration du bœuf\nApis. Le Taureau... trouvé par les Prêtres, nourri pendant quarante jours\ndans la ville du Nil et servi par des femmes nues, étoit enfin conduit à\nMemphis dans une barque dorée. A son arrivée, les Prêtres, les Grands\nde l'Etat et le Peuple, alloient le recevoir avec la plus grande pompe et le\nconduisoient dans le temple au son de mille instruments. C'est alors que\nles Prêtres figuroient dans leur marche et dans le temple, les exploits, les\nconquêtes et les bienfaits d'Osiris. Leur danse en étoit la représentation\nannuelle : d'abord c'étoit sa naissance mystérieuse, les amusements de son\nenfance, ses amours avec la déesse Isis. Ils le peignoient ensuite entouré\nd'une troupe de guerriers, de satyres et de muses, allant conquérir les\nIndes pour leur faire connoître la vertu et pour répandre l'abondance et\nle bonheur. Ils passoient de cette action à son triomphe sur ses barbares\nfrères. L'Egypte le couronnoit, le reconnaissoit pour son frère, pour son\nbienfaiteur, pour son Roi, On réservoit son apothéose et celle d'lsis pour\nle temple ; et ce spectacle aussi important que magnifique était terminé\npar des Danses vives et gaies qui faisoient passer la joie et l'amour dans\nle cœur d'un peuple innombrable qui en avoit été le spectateur. Selon les\n\nMUSICIENNES ET DANSEUSES. TOMBEAUX DE GOURNAH-THÈBES"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.26", "texte": "22\nS. I. M.\n\nlivres sacrés des Egyptiens, le bœuf Apis ne\ndevoit vivre qu'un temps limité on lui\nfaisoit des obsèques magnifiques. Les Prêtres\nexécutoient alors sur le rivage, dans les rues\net dans le temple des Danses funèbres qui\nexprimoient le malheur que les Peuples pleu-\nroient et tout restoit plongé en Egypte dans\nle deuil jusqu'à l'apparition du nouvel Apis.\nDans ce moment, les fêtes, les festins, les\ndanses recommençoient comme si Osiris eut\nparu lui-même. Les réjouissances publiques\nduroient ainsi pendant sept jours.\n(De Cahueac.\nancienn 1754.)\nLes Egyptiens connurent très anciennement la saltation. Je n'en\nveux pour preuve que le fable du Protée qui fut un roi d'Egypte. Le\npouvoir qu'on lui attribue de prendre lorsqu'il le vouloit, toutes sortes de\nformes n'est qu'une allégorie ingénieuse de l'habileté de ce Prince dans\nl'art pantomimique. Les Egyptiens avoient institué en l'honneur du Dieu\nApis, des Danses sacrées, où ils exprimoient successivement et la douleur\nde 1' avoir perdu et la joie de l'avoir retrouvé. J'observerai à ce sujet que\nchez ce peuple la Danse\nfut toujours liée aux\nr ! • 1 • \"\ncérémonies religieuses,\net que les lois fonda-\nmentales en avoient dé-\nterminé l'usage et le\ncaractère.\n[De V Au\nDe la saltation thé-\nâtrale, 1790.)\nDans le premier\nâge du monde, les\nhommes chantèrent les\nbienfaits du Créateur,\n\nDANSEUSES. TOMBEAUX THÉBAINS\n\nMUSICIENNES ET DANSEUSE TOMBEAUX D'ELÉTHYA"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.27", "texte": "EN EGYPTE\n23\n\nils dansèrent pour exprimer leur joie et\nleur reconnaissance. La danse était un\nsigne d'adoration et ceux qui considé-\nraient la divinité comme l'harmonie de\nl'univers, pensaient que des chœurs de\nchant et de danse, images du concert\net de l'accord de ses perfections, pou-\nvaient seuls l'honorer dignement. Ces\nprêtres se persuadaient que le Dieu\nqu'ils adoraient en dansant, leur inspi-\nrait cette fureur sacrée, prélude ordi-\nnaire des oracles ; le plus grand nombre\nétait de bonne foi. Tous les peuples de\nl'antiquité ont fait de la danse l'objet\nprincipal de leur culte, et leurs prêtres\njouaient des jambes et des bras, s'exer-\nçaient vigoureusement à la pirouette avant de commencer leur cours de\nthéologie....\nLes peintures des hypogées nous montrent assez souvent des exercices\ngymniques, des tours de force et d'adresse exécutés non seulement par\ndes hommes mais par des femmes. On y voit également des concerts\nquelquefois accompagnés de danses, et on trouve dans les tombeaux une\ngrande quantité d'instruments de musique..., dans les peintures du British\nMuséum, les servantes et les danseuses sont nues.\nLouis Ménard. Histoire des anc 1883.)\nSi on en juge par les monuments, la musique et la danse étaient\nfort en honneur dans la société égyptienne... La danse était aussi bien\nque le chant un amusement favori des Egyptiens. Les hommes se livraient\nautant que les femmes à cet exercice ; toutefois les textes faisant défaut,\nil est difficile de distinguer sur les monuments si les personnages que l'on\nvoit danser exercent une profession pour amuser les autres, comme cela\nse fait en Orient, ou s'ils dansent pour se divertir eux-mêmes, comme cela\nse pratique en France.\n(René Ménard et Claude Sauvageot. Vie\n... Au tombeau de Arkhmahorou... au mur sud du Kiosque, une\n\nDANSEUSE. TOMBEAU DE TI"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.28", "texte": "24\nS. I. M.\n\nscène de divertissements avait été sculptée ; il ne reste que la partie\ninférieure et les traces d'un second registre. Le mort assis sur un siège à\npieds en forme de pattes de lion, regardait les danses qu'exécutaient\ndevant lui deux hommes, un troisième battait la mesure en frappant dans\nses mains. Au registre inférieur, les danses se poursuivent, exécutées cette\nfois par cinq femmes représentées dans une attitude que l'on trouve\nrarement dans les scènes analogues. Leurs pas sont accompagnés par le\nbattement de mains de deux femmes. La coiffure des danseuses est ter-\nminée par une longue tresse, à laquelle est suspendue une balle, qui au\ncours des évolutions de la danse entraînait la tresse rapidement autour de\nla danseuse. A côté des offrandes nécessaires à la vie matérielle, on\nveillait donc à fournir au mort des plaisirs esthétiques et, si on nous\npermet l'expression, on enfermait au tombeau des danses en les exécutant\nréellement à l'intérieur de la demeure d'éternité au moment des funé-\nrailles.\n(J. Capart. Une rue de tombeaux a Sakkarah, 1907.)\n\nBALLADINE\nOSTRACON DU MUSÉE DE TURIN"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.29", "texte": "SUR LA DANSE\n\n1\nMesdames, Messieurs,\nLorsque j'ouvris, il y a quelques années, mon Ecole Française de\nGymnastique Rythmique, je me promis d'y consacrer tout mon temps et\ntous mes efforts à la culture de la géniale méthode inventée par Jaques-\nDalcroze et de cantonner mes élèves dans l'étude technique des rythmes\ncorporels et musicaux, à l'exclusion de toute recherche chorégraphique.\nEt voici que, revenant sur cette austère résolution, quatre ans plus tard\nmais quatre ans c'est si long dans la vie d'un artiste ! —je vous convie,\nMesdames, à venir vous asseoir sur mes rudes gradins pour assister à un\nspectacle exclusivement composé de danses.\nJe ne crois pas cependant me tromper en accordant désormais, dans\nmon école, une part importante à la danse et je dois vous faire observer\nd'ailleurs que quatorze élèves seulement participent à cette manifestation,\nsur cent soixante-dix que j'ai le plaisir de diriger aujourd'hui dans les voies\ninnombrables du rythme.\nA vrai dire je n'ai pas changé d'objectif et le Rythme pour lui-même,\nle Rythme avec un grand R, reste toujours le fond de mon enseignement.\nJ'ai seulement pris plus nettement conscience de ce qu'est, de ce que peut\nêtre et de ce que doit être la danse. A priori le mot \" danse \" parait un\nde ces termes qui, suivant Pascal, \" désignent si naturellement les choses\nqu'ils signifient à ceux qui entendent la langue, que l'éclaircissement qu'on\nen voudrait faire apporterait plus d'obscurité que d'instruction. \" Il est\nvrai. Je dirais même volontiers qu'il le désigne trop clairement et de là\nvient qu'on ne réfléchit pas assez sur le caractère de l'objet désigné et\nqu'on ne peut pas s'entendre sur ce caractère, tant il est vaste, étendu,\ncompliqué. Jadis je me suis demandé, dans les mêmes conditions, pourquoi\nl'on est si peu d'accord sur le sens du mot \" mélodie \" et sur la chose qu'il\ndésigne. Et j'en suis venu à trouver qu'on ne peut pas définir la mélodie\n\n1 Causerie faite à la représentation de la Parfaite \"Jardinière le 10 janvier 1914."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.30", "texte": "26\nS. I. M.\n\nautrement que comme une série de toute autre difinition\nétant trop étroite, trop exclusive ou trop dogmatique.\nEh bien ! je crois sincèrement qu'on ne trouvera jamais non plus\nd'autre définition complète de la danse que celle-ci : la danse est essentiel-\nlement une série de mouvements successifs.Une école où l'on remue bras et\njambes, tête et torse pour représenter les valeurs, les accents et le degre\nde cohésion des sonorités musicales est, par définition, une école de danse\net les petits gosses de quatre ou cinq ans, à qui je fais faire des noires, des\nblanches, des rondes et des syncopes, séries de mouvements successifs,\ndansent ni plus, ni moins que M. Nijinsky ou que Mme Isadora Duncan.\nMais, disais-je autrefois, en parlant de la mélodie, dans un livre sur\nGluck, \" une série de sons successifs peut aller depuis depuis le roulement\nde tambour jusqu'au divin solo de flûte qui accompagne dans Orphée la\ndanse des âmes heureuses, depuis le cri du concou jusqu'aux variations\ndu rossignol, depuis la récitation la plus insipide de Lulli, jusqu'à l'air\nsavamment agencé par Piccini ou par Pergolèse... Or entre la mélodie,\ntelle que nous la concevons musicalement, c'est-à-dire le chant, soit vocal,\nsoit instrumental où l'émotion se traduit par une série de notes variées,\npar une certaine \" courbe \" toute pleine d'accents, d'intonations diverses\net de lyrisme, entre cette mélodie et la mélopée, récitation terne et\nmonotone sur un petit nombre de notes, parfois sur une seule, il y a des\ndegrés à l'infini. Où cesse la mélopée ? où commence la mélodie ? Per-\nsonne ne pourra jamais le déterminer. Aussi le caractère mélodique d'une\nphrase musicale ne dépend-il pas de cette phrase, mais de celui qui\nl'écoute. Deux personnes très intelligentes et très musiciennes peuvent\ndifférer totalement d'avis à ce point de vue. \"\nIl en va de même pour la danse. Elle peut aller depuis le mouve-\nment machinal et monotone du rémouleur repassant un couteau, jusqu'aux\nélégantes et subtiles évolutions de Mlle Zambelli, depuis la grâce incons-\nciente d'une jeune fille servant le thé jusqu'aux gestes étudiés, choisis,\npathétiques de M. Mounet-Sully incarnant le malheureux Œdipe ! Et,\nlà encore, nous ne pouvons être tous d'accord sur le point où le mouve-\nment acquiert un caractère suffisamment organisé pour être qualifié\nd'artistique et de chorégraphique. Mme Ida Rubinstein n'est-elle pas\nparvenue à nous taire croire que même une série d'immobilités peut être\nde la danse ?\nJ'aimerais assez pourtant classer les danses, comme je fis les mélodies,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.31", "texte": "SUR LA DANSE\n27\n\npour notre commodité, suivant leur forme, suivant la manière dont y\nentrent en jeu les divers éléments du mouvement corporel, principalement\nl'amplitude et le rythme. On pourrait utilement considérer de la sorte\ntrois types principaux de danses.\nLe premier comporterait la danse en prose, une sorte de récitatif\ncorporel et renfermerait les mouvements les plus simples, comme la\nmarche, les gestes des sports et des métiers courants, ceux de la vie de\nrelation, salut, poignée de mains, etc.., ceux enfin de la comédie, où l'on\nimite cette vie de relation, toutes activités dont les rythmes sont élémen-\ntaires et où l'amplitude, loin d'être gaspillée, est réduite systématiquement\na un minimum de mouvements segmentaires par prudence, crainte de\nfatigue ou bonne éducation.\nLe troisième type de danse (je saute momentanément le second)\ncomprendrait, au contraire, les mouvements les plus amples, les plus\nexaltés, les plus organisés comme symétrie de forme et comme accen-\ntuation rythmique. Les danses populaires, les danses du ballet classique,\ntoutes les danses proprement dites,qui s'appuient sur des airs musicaux\ndéfinis, une pavane, une passacaille, une valse, un tango, sur des\nmotifs présentant eux-mêmes un maximum de carrure et d'équilibre,\nrentrent dans cette catégorie, la seule à laquelle on attribuât un caractère\nchorégraphique, jusqu'à l'apparition d'lsadora Duncan.\nAvec cette géniale saltatrice réapparait dans notre civilisation le\ndeuxième type de danse, la danse libre,comme avec Wagner s'est imposé\nle deuxième type de mélodie, la mélodie continue. La danse libre est un\nintermédiaire entre le récitatif corporel et la danse proprement dite,\ncomme la mélodie continue entre le récitatif et l'air d'opéra. Le geste\nlyrique du tragédien ou du chanteur, le geste agile et puissamment\nrythmique de l'acrobate, le simple geste expressif, quand la passion lui\nfait perdre toute contrainte, enfin la danse elle-même, telle que les progrès\nmusicaux de nos chorégraphes et telle surtout que la Gymnastique\nRythmique tendent à nous la suggérer, rentrent dans cette catégorie.\nDès que j'en suis venu, Mesdames et Messieurs, à considérer dans\nla nature cette série, allant, en chaîne ininterrompue, de nos gestes les plus\ninstinctifs, les plus élémentaires, aux gestes les plus savamment combinés\npar lesquels l'âme humaine se puisse manifester, je n'ai plus «hésité à\naccueillir largement la danse à côté des rythmes purs, dont elle n'est que\nl'épanouissement normal et nécessaire."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.32", "texte": "28\nS. I. M.\n\nEt, pour vous la montrer d'un seul coup sous toutes ses formes, j'ai\nimaginé une sorte de mystère musical et chorégraphique, où les trois\ntypes de mouvements fussent représentés tour à tour. Vous verrez, dans\ntels ensembles de ma Parfaite yardiniere^des danses aussi organisées que\npossible (bien ou mal, je n'en sais rien ; nous avons fait de notre mieux)\nmais constituant, à coup sûr, des airs de danse, avec des rythmes très\ncomplexes et très symétriques. La plupart des mois, Février, Avril,\nMai, Juin, Septembre, Novembre, vous offriront des danses du deuxième\ntype, des danses libres, tandis que d'autres, Janvier, Juillet, et Octobre\nnotamment, s'affirment au contraire comme des danses en prose, basées\nsur quelque action définie extrêmement simple : bêcher, arroser, ratisser.\nVous avouerai-je qu'étant probablement le premier à oser présenter\ncomme danse une forme de mouvements aussi banale, aussi prosaïque,\nc'est vers elle que vont mes préférences, parce que, toutes proportions\ngardées, je pense faire faire par là à la chorégraphie un pas non moins\ndécisif que celui accompli en musique par l'apparition du récitatif\ndebussyste, succédant à la mélodie continue wagnérienne... Entendons-\nnous bien. Je ne prétends pas du tout substituer la danse en prose aux\ndeux autres types de danses, je suis bien trop éclectique pour cela ! Je\nvoudrais seulement la leur annexer, pour étendre encore le champ si\nlargement accru naguère par l'intuition d'lsadora, la gymnastique de\nDalcroze apportant indifféramment à ces trois types de mouvements,\nquelle qu'en soit la forme, son incomparable discipline musicale.\nCeci dit, je n'aurais qu'à me taire et à passer aux actes, si je ne\ntenais, Mesdames et Messieurs, à affirmer encore, sur deux points impor-\ntants, l'esprit dans lequel j'ai conçu et préparé les danses que nous allons\nvous montrer : je veux dire, premièrement, mon absolu mépris de toute\nvirtuosité corporelle et, deuxièmement, l'absence de tout souci de style qui\na présidé à la réalisation de notre petit mystère.\nSur le premier point, je pense que nous serons facilement d'accord.\nDepuis une trentaine d'années le goût et l'intelligence des maîtres\nprimitifs, en peinture d'abord et plus récemment en musique, s'est assez\nrépandu dans le public cultivé pour que l'on ne semble plus soutenir un\ninvraisemblable paradoxe en détestant l'habileté stérile qui succède, dans\ntous les arts, à une période d'épanouissement suprême. Et je ne me fais\nque l'écho de la plupart des bons esprits de mon temps, si je m'élève"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.33", "texte": "SUR LA DANSE\n29\n\ncontre une habileté éblouissante, mais fatale à la justesse de l'expression,\nà la profondeur du sentiment, à l'enthousiasme, au lyrisme, à tout ce qui\nfait le charme durable, la grandeur et la force de l'art.\nPendant toute ma carrière de musicographe j'ai lutté (jadis avec\nquelque succès) contre la virtuosité des interprètes musicaux. Et récem-\nment j'ai brisé ma plume de critique en constatant que, par une\ncontradiction étrange, les défenseurs du vieil art musical, des Monteverde,\ndes Lulli, des Rameau, des Couperin, sont aussi les plus chauds partisans\ndes compositeurs contemporains qui versent dans les complications\ndéconcertantes, les subtilités abstraites, le byzantinisme de la forme et\nmobilisent une armée de plus en plus nombreuse de symphonistes pour\nflatter notre oreille par un maximum de sensations chatoyantes, au\ndétriment de toute action directe et naturelle sur notre pauvre cœur.\nN'est-il pas singulier vraiment de voir les mêmes hommes qui, à\njuste titre, préfèrent Giotto et Ghirlandajo, peut-être même Raphaël à\nVéronèse ou au Corrège, s'enthousiasmer pour ceux qui, en musique,\njouent du reflet, plafonnent et raccourcissent sans répit ?...\nMais nous ne sommes pas ici pour faire de l'esthétique musicale.\nSur les vers exquis d'un collaborateur sensible et discret, qui n'a rien d'un\nmalin ni d'un orfèvre, je vais vous servir une musique terriblement nue.\nJe me flatte pourtant qu'elle est sincère et saura, malgré la pauvreté de\nson maquillage, trouver peut-être le chemin de vos cœurs. Pour la même\nraison, au lieu de m'adresser à quelque habile décorateur, qui, d'une\nbrosse experte et nonchalante, riche d'effets et de roublardise, peut couvrir\nen quelques heures un centiare de batiste, j'ai naïvement mais conscien-\ncieusement élaboré moi-même ce jardin des quatre saisons, où se déroulera\ntout à l'heure le long cycle des mois.\nMais c'est la danse qui nous importe, à nous autres, avant tout. Or\nmes danses sont réalisées par des interprètes fort cultivées, fort laborieuses,\nje me plais à rendre un ardent hommage au zèle et à l'intelligence de\nde ces excellentes collaboratrices, mais qui, elles non plus, ne possèdent\naucune virtuosité chorégraphique. Elles n'ont à leur service ni l'étonnante\nagilité des danseuses de l'Opéra ou du Ballet russe, ni la vigueur, ni la\nlégèreté des acrobates de cirque ou de music-ha11... Eh bien ! je ne vous\ndemande pas cependant de tenir compte pour les juger de ce qu'elles sont\ndes amateurs, ni de ce que vous êtes ici dans une école. Nos danses sont\nce que nous voulons qu'elles soient, non point parfaites assurément dans"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.34", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nleur genre, bien loin de là, mais parfaitement dans le genre où n'est\nvoulons qu'elles soient. Et si nous avons un souhait à formuler, ce nous\nde devenir ni plus souples, ni plus légers, ni plus rapides, ni même de\nposséder un vocabulaire corporel plus étendu, mais, au contraire, d'atteindre\nà plus de simplicité, de candeur et de précision.\nQuand je montrai au public, il y a deux ou trois ans, les résultats\nobtenus par mes premiers mois d'enseignement, d'excellents amis, assez\nbienveillants pour m'encourager, me dirent avec conviction : \" Comme\nce serait beau si vous aviez... \" ou : \" Comme ce sera beau quand vous\naurez à votre service, disciplinées par cette méthode de Dalcroze, des\ndanseuses assouplies à tous les exercices physiques, légères comme des\nballerines et fortes comme des gymnasiarques !\" Et j'opinai sincèrement\ndu bonnet... Nous vous trompions. Tout cela ne nous donnerait que plus\nde moyens d'étonner le public, ce qui est bien quelque chose, mais\nn'accroîtrait en rien, bien au contraire^notre faculté de le charmer, de le\ntoucher, d'exprimer tout ce que la musique renferme de profond, de\npassionné, de tendre et de mystérieux.\nPensez-y et je suis sûr que vous en serez tous d'accord avec nous.\nEtre capable de ramasser avec les dents un mouchoir sur la corde raide,\nou de s'incliner pendant seize mesures, une jambe en l'air et les deux bras\nen avant, être assez leste pour écarter et rapprocher quatre fois les jambes\npendant un seul saut, c'est sortir de l'échelle naturelle de notre amplitude\nsegmentaire, c'est presque toujours transgresser le rythme, c'est fausser\ntoutes les proportions du geste et oublier que la pesanteur n'est pas\nl'ennemie mais la divine auxiliaire des mouvements humains et qu'il n'y\na aucune raison de la vouloir cacher comme un phénomène déshonorant,\nelle, la suprême régularisatrice de toute notre activité musculaire. Un\nêtre qui, en courant sur la pointe des pieds, ou en tournant comme une\ntoupie, ou en bondissant comme un volant, donne la sensation d'une\nlégèreté presque immatérielle n'atteind pas plus notre sensibilité artistique\nque n'importe quel autre virtuose, qu'un flûtiste qui joue trop vite, qu'un\nvioloncelliste qui exécute des parties de violon ou qu'une chanteuse qui\nlance des contre-mi et des contre-fa pour nous éberluer !\nSur le second point de vue, auquel je me suis placé pour réaliser ma\nJardinière, je devine que nous aurons plus de peine à nous entendre, parce\nque mon opinion, très nette, diffère totalement à cet égard des idées\ngénéralement admises aujourd'hui par la plupart des artistes et des"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.35", "texte": "SUR LA DANSE\n3 1\n\nmetteurs en scène, du moins par ceux qui se piquent de nouveauté.\nJe ne ferai pas l'injure à un public averti de lui définir le style et la\ntels que l'entendent les esthéticiens modernes, ce souci de\nsynthétiser, de simplifier, de déformer systématiquement les objets ou les\nactes représentés, pour atteindre à un certain caractère préconçu, à une\nharmonie cherchée, à un effet frappant, où se reconnaisse immédiatement\nla personnalité du danseur, du musicien, du peintre ou du décorateur. Je\nconcède sans peine aux fervents de la stylisation qu'il y a quelques années\nla mise en scène de nos théâtres était tombée à un bas réalisme fort\néloigné du but suprême de l'art, qui est évidemment de choisir et\nd'embellir les données de la nature. Et je me suis réjoui, tout le premier,\nquand, petit à petit, l'on s'est efforcé d'arriver dans les réalisations\nscéniques à plus de simplicité, à une représentation des choses qui se con-\ntentât de les suggérer, au lieu de les copier. Mais aujourd'hui, tout en\nreconnaissant les très grands services rendus par ce parti-pris de nos\nchorégraphes et de nos décorateurs les plus modernes, je n'écarte résolu-\nment de leurs tendances pour deux motifs principaux.\nPremièrement, parce que l'on a dépassé la mesure. On est arrivé peu\nà peu à se contenter de suggestions élémentaires : une attitude figée pour\nsignifier un état d'âme, trois gestes hiératiques pour mimer une passion,\nles plis d'un rideau ou quelques parallélipipèdes pour représenter un salon,\nun palais ou une forêt, le tout avec un échantillonage de couleurs ou des\njets de lumière minutieusement, froidement, prétentieusement calculés, et\nce \" fin du fin \" qui fait pousser des exclamations aux blasés et aux pré-\ncieuses, s'éloigne finalement davantage du but de l'art que le réalisme d'antan.\nEt secondement, ce qui me pousse à me révolter aujourd'hui contre\nla stylisation systématique, c'est que je vois en elle une tendance non\nseulement étrangère, mais antifrançaise. A vrai dire le mot d'ordre est\nvenu de Belgique, d'Allemagne ou de Russie, qui nous a conduits tour à\ntour à ces ragoûts ou à ces pauvretés de couleur, à ce dessèche-\nment ou à ces tourmentes de lignes, au bénéfice du style... Et\nde quel style ? Du style des peuples qui, se méfiant de leur goût, se\ntirent d'affaire par des parti-pris, des a priori de facture et se mettent à\nl'abri des laideurs, des niaiseries ou des manques de tact, par une théorie\nrigide, qui les soutient évidemment, mais en bridant tout ce qui fait la\ngrâce, tout ce qui est la marque de notre art, à nous autres, la fantaisie, la\ndivine fantaisie ! Est-ce qu'ils stylisaient, les imagiers des cathédrales, qui"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.36", "texte": "32\nS. I. M.\n\ncouvraient les tympans des porches et les chapiteaux des piliers d'une\nhumanité si quotidienne, si directement calquée dans la vie de chaque\nprovince, d'une flore et d'une faune toute frémissante de souplesse et de\nvérité ? Est-ce qu'ils stylisaient, nos adorables décorateurs du XVIIIe siècle,\neux qui apportaient, jusque dans leurs bouquets chimériques, toutes les\nfinesses, toutes les irrégularités, tous les caprices des parterres et des buissons ?\nEt voilà pourquoi, négligeant la virtuosité dans ma musique, dans\nmon décor, dans mes danses, je n'y ai pas moins délaissé toute préoccupation\nde style, en me rapprochant de la nature, mère de tous les arts, avec autant\nde candeur que la liberté, car j'aime mieux manquer de goût, que de\nme museler ou de me ligotter par prudence. Certes l'on pourra très\ndiversement apprécier le résultat obtenu, mais je serais fou de joie, je\nl'avoue, si, au milieu de toutes les critiques que l'on aura le droit de\nm'adresser, on reconnaissait à nos travaux un caractère nettement national\net si notre ouvrage, comme celui des bons imagiers dont j'évoquais tout\nà l'heure le souvenir, pouvait mériter, par son double caractère de soin\nsans virtuosité et de sincérité sans parti pris, l'épithète jadis glorieuse\nd'opus francigenum.\nAprès une telle déclaration de foi, je n'ai plus le droit, Mesdames,\nni même Messieurs, de compter sur votre indulgence. Je réclame de vous\nd'ailleurs quelque chose de plus difficile : votre sincérité. Non point vis-\nà-vis de moi. Celle-là je suis sûr que je l'obtiendrai ; un public est toujours\nsincère, en tant que collectivité. Mais vis-à-vis de vous-mêmes. Je ne\nvous demande certes pas de juger notre petit spectacle. Quelle affreuse\nattitude pour un auditoire de se poser en critique ! Mais tâchez de\nindépendamment de toutes les idées préconçues, en dehors de tout goût\ndu jour et de tous les préjugés, qui, notamment en matière de danse,\nencombrent nos esprits, si, oui ou non, ce que vous allez voir vous aura\nparu joli, expressif, vous aura amusé. Si oui, vous nous verrez ravis du\nplaisir que nous vous aurons procuré, en nous amusant beaucoup nous-\nmêmes, je ne dois pas vous le dissimuler. Si non et je le saurai, car\nvous me direz poliment des mots horribles : \" C'est très intéressant ! \"\nou : \" Quelle recherche curieuse !\" ou : \" Le bel effort d'art ! \"... alors\nlaissez-moi quarante-huit heures pour vous maudire et un an pour\nreconnaître mes fautes, travailler de nouveau avec le même élan et réparer,\ns'il se peut, les erreurs que voici !\n\nJean d'Udine."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.37", "texte": "LES LIVRES\n37\n\nJ. E.\nencore cachée, et qui déferlera demain sur notre vieux monde engourdi ! Non, on laisse aller\nles choses, choses, on laisse les pires instincts s'emparer de ces ressources neuves d'une\nEurope qui veut bondir. On n'élève ni le débat ni la danse, et l'on ne peut empêcher\nM, Brandenburg d'écrire dans l'un de ces volumes : \" C'est du pays de la culture physique\ndégénérée, de la France, qu'est venue il y a cinquante ans la régénération de la danse avec\nDelsarte, que ses compatriotes obligèrent à aller chercher fortune en Amérique ; et c'est\nd'Amérique qu'elle est retournée en Europe, chez le seul peuple qui possède assez de passé et\nassez d'avenir pour allumer la culture physique au flambeau de l'art, c'est à dire l'Allemagne! \"\nLa formation du corps est un devoir et un art ! tel est le point de vue d'un Allemand qui\ntraite de cette danse moderne, que nous accueillons ici à coup de crosses épiscopales. Plaisir\nérotique, ou objet de scandale voilà tout ce que nous trouvons dans un sujet qui vien t\nd'inspirer deux beaux volumes, à méditer comme une leçon d'idéalisme."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.38", "texte": "Les Théâtres\n\nTHEATRE DES ARTS OPÉRA-COMIQUE.\nLe Théâtre des Arts qui a enrichi la mémoire des artistes de tant de précieux souvenirs\ns'est entr'ouvert un seul jour pour une intéressante révélation. La Société Française des Ami\nde la musique dont la tendresse musicale s'étend au delà de nos frontières y rendit hommage\nà un compositeur belge Eugène Samuel à qui la vie fut impitoyable et pour qui la gloire fut\navare de sourires. M. Jacques Rouché voulut bien s'imaginer qu'il était encore directeur de\ncette scène et y planta de délicieux décors pour créer autour de la\nl'atmosphère de rêve souhaitée par les auteurs. Mme Jane Bathori fut l'interprète admirable de\ncette œuvre un peu âpre, un peu tendue, un peu douloureuse dans sa technique et dans son\nesprit mais attachante par la générosité de ses tendances et la noble curiosité dont témoigne\nune écriture assez prophétique, si l'on veut bien méditer sur son acte de naissance.\nLe compositeur était présenté par notre ami René Lyr, avec un enthousiasme affectueux,\ndans une causerie chaleureuse et pittoresque dont la force de persuasion était irrésistible. Le\nsuccès personnel du conférencier fut très vif et très mérité. Et il ne faut pas que M. Eugène\nSamuel accuse trop amèrement l'injustice de son destin : il n'est pas donné à tous les musiciens\nde susciter d'aussi vaillants défenseurs et de se faire précéder, sur les chemins du monde, par\nun hérault d'armes doué d'une éloquence aussi enflammée.\nAu moment de faire ses adieux à sa clientèle dont il connaît la composition hétéroclite,\nM. Albert Carré s'est commandé deux modèles de cartes de visite pour y inscrire le"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.39", "texte": "LE MOIS\n39\n\ntraditionnel : les unes finement gravées, par un jeune artiste espagnol, sur un bristol de\nluxe, les autres grossièrement imprimées sur carton bon marché par les soins d'un modeste\npapetier italien : quand on est dans le commerce, il faut savoir n'humilier personne.\nCes deux cartes, malheureusement, ont été glissées dans la même enveloppe, ce qui a\nrendu cette ingénieuse prévenance complètement inutile. La même représentation réunissait\nen effet Manuel de Falla et Franco Leoni avec un à-propos discutable.\nJe me garderai bien de rééditer les vertueux clichés condamnant par défaut,\nd'ailleurs, le vérisme italien ; l'école italienne a créé une formule de théâtre adroitement\ncommercialisée qui a victorieusement conquis sa place au soleil de la rampe et répond par\nd'éloquentes colonnes de chiffres aux critiques idéalistes des délicats. Un directeur de théâtre\na donc non seulement le droit mais le devoir de s'approvisionner annuellement de lyrisme\ntransalpin pour libérer sa conscience vis-à-vis de ses commanditaires. Mais il faut savoir\nchoisir. L'ltalie n'a encore produit qu'un seul Puccini. Dans le vaste mouvement de répro-\nbation qui la souleva jadis contre la redoutable invasion des pifferari, la critique française ne\nperdit pas son temps en subtilités et sabra les assaillants un peu à l'aveuglette. Elle fonça\navec une égale ardeur sur Mascagni, Léoncavallo et sur l'auteur de la u Vie de Bohème \" :\ndepuis, elle a appris à distinguer entre eux ses adversaires et n'emploie plus les mêmes\narmes pour les combattre. Elle ne se laisse plus abuser également en présence des astucieux\nopportunistes milanais qui se réclament de Puccini et prétendent parler comme lui un italien\nchâtié et subtil. Certains véristes ont compris, en effet, le bénéfice de l'élégance verbale et\nse sont efforcés d'y atteindre par tous les moyens mis à leur disposition dans la grammaire\nmoderniste. Ils ont u potassé \" leur gamme par tons, leurs neuvièmes, leurs u altérations\npiquantes \", ils savent par cœur le chapitre des appoggiatures non résolues et 1 appendice\noù l'on enseigne la façon la plus équitable de diviser le quatuor et le meilleur procédé\nd'obturation de la trompette et du cor. Sur leur piano, comme sur celui du maëstro Giacomo,\non trouve la partition de \" Pelléas \" et celle d' \" Electra \" en attendant d'y rencontrer celle\ndu u Sacre du Printemps \". Mais le résultat ainsi obtenu ne répond pas à leur espoir. Ce\nmaquillage approximatif ne trompe personne et n'a d'autre effet que de décourager les\nauditeurs ingénus qui méprisent ces vaines coquetteries d'écriture et réclament des satisfactions\nmélodiques plus immédiates.\nL'auteur de la nouvelle Francesca dci Rimini est un de ces veristes diserts et volubiles\ndont l'orchestre a une instabilité de vif-argent. Le célesta, la harpe, les cuivres bouchés, la\nflûte et les violons-sourdine y multiplient les néologismes sans créer la moindre poésie. Toute\ncette musique est conventionnelle et banale et se pare inutilement des plumes empruntées à\nnos plus rares espèces de paons. Le drame est languissant et morne. Lettrés et illettrés de la\nmusique parurent y éprouver un égal ennui.\nLa Vie Brève, au contraire, sut éveiller des sympathies dans les deux camps. Ces trois\ntableaux rapides, ces trois fenêtres ouvertes sur l'agitation d'une rue de Grenade, sans vaine\nlittérature et sans attendrissement inutile, ces scènes familières qui ne cherchent leur beauté\nque dans le pathétique quotidien et ne puisent leur richesse que dans le a trésor des humbles\nont toutes les séductions extérieures du vérisme sans en avoir les tares secrètes. Le public\ns'intéressa naïvement à cette action simple et vivante, à ce diame de passion qui jette,\nmourante, aux pieds de l'amant qui l'a trahie, une jeune gitane délaissée, et les raffinés"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.40", "texte": "4°\nS. I. M.\n\ntrouvèrent à chaque page de la partition d'excellentes raisons de s'émerveiller. Avec une\nsimplicité de moyens qui va presque jusqu'à la sécheresse ce qui est au fond, très\nespagnol avec cette sorte d'aridité qui se retrouve dans certains paysages de sa patrie,\nManuel de Falla a su faire pleurer dans une musique, en apparence impassible, toute la\nnostalgie d'une humble vie écrasée. Il y a, dans ce premier tableau de l'Albaicin, dans le\ncontraste que forment la rue inondée de soleil et les groupes rieurs de jeunes filles qui la\ntraversent, avec la cour de la pauvre maison de Salud, la cage où la vieille grand'mère soigne\nun oiseau malade et le chant obstiné des marteaux sur l'enclume dans une forge voisine, il y\na dans toute la poignante médiocrité de ces humbles existences, dans la modeste symphonie\nquotidienne des bruits qui les bercent, dans la morne acceptation d'un destin d'esclave que,\nseul, l'amour peut transfigurer, une impression d'inoubliable mélancolie voluptueuse. On sent\nsi bien que la vie de Salud dépend d'un sourire de Paco ! Et la musique, toute chargée des\neffluves de la nuit tombante, noue et dénoue si doucement les liens invisibles qui retiennent\nles deux amants aux bras l'un de l'autre, au moment où l'amour va se faire un jeu cruel de\nles séparer !... Et l'âme nerveuse, ardente et triste de la terre ibérique, palpite si passionnément\ndans cet orchestre, galvanisant les danses, stylisant les mélodies, les rehaussant d'ornements\ntraditionnels et nationaux qui leur donnent la saveur de véritables chants populaires, adoucis\net ennoblis par la \" patine \" des siècles, qu'elle accomplit le miracle d'exalter dans le temps\net dans l'espace et d'enrichir de toute sa tendresse maternelle ce simple fait-divers dont elle\nfait le drame de l'éternel masculin ! En vérité voilà d'excellent théâtre et Manuel de Falla a\nbien mérité son succès. Ce jeune musicien que Paris a si rapidement adopté devient un\nespoir de l'art lyrique et'il est infiniment honorable pour M. Albert Carré d'avoir pu terminer\npar une telle révélation une direction dont les musiciens ne perdront pas le souvenir.\nEt maintenant nous tournons vers les triumvirs qui ont recueilli son sceptre, des visages\nanxieux qu'illumine l'espoir... Leur nombre fatidique, leur apparition à l'heure des étrennes\nne nous conseillent-ils pas 1 optimisme ? N e sont-ils pRS les trois rois mages porteurs de\nprésents ou peut-être les trois anges de Mme Holmès, descendus du ciel pour nous apporter\nde bien belles choses ?... Qu ils ne pioiongent pas trop cruellement notre angoisse et\nqu'ils aient pitié de notre impatience !...\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.41", "texte": "CONCERT COLONNE\n\nSur deux chefs-d'œuvre\nLa profession de chef-d'œuvre n'est pas toujours enviable.\nOn l'a pu constater dans la regrettable équipée de u La Joconde \" que des siècles de\ncélébrité n'ont pas défendue d'une curiosité par trop intéressée.\nSi, la revoyant, les écrivains d'art veulent bien admettre qu'elle ne sourit décidément\npas ; qu'il n'y a autour de sa bouche qu'une moue voluptueuse, en quelque sorte lombarde\nretrouvable dans presque toutes les figures du Vinci, son involontaire exil aura servi à nous\ndébarrasser des variations littéraires sur le mystère d'un sourire qui n'est, très simplement,\nqu'une ombre portée !\nNous avons eu aussi le chef-d'œuvre a Parsifal \" que l'on maltraite délibérément...\nL'Europe s'est abattue sur lui ! Vingt capitales, pour le moins, se disputèrent l'honneur\nd'en donner des exécutions, plus u modèles \" les unes que les autres.Ça adû être effrayant !\nD'admirables bêtises ont été dites à ce sujet par des gens ordinairement gentils. D'autres\naffirmèrent gravement que les chefs-d'œuvre appartenaient à tout le monde ! Ce qui se\ndéfend aussi mal que possible, étant donné la façon dont on les traite de nos jours (voir\nplus haut). D'autres méfaits se commettront, n'en doutons pas. Heureusement, avec la\npatine qu'y met le temps, (le meilleur des critiques d'art) les chefs-d'œuvre acquièrent\nune certaine indifférence... Ils savent qu'ils ne doivent compter que sur d'obscurs dévoue-\nments, d'anonymes amours, la vraie passion étant généralement discrète.\nAttendons avec patience, le jour où l'on instituera un concours pour juger du meilleur\nParsifal. Souhaitons qu'il soit international, et même que les nations puissent concourir\naccouplées. Mais si ce jour-là, Wagner ne tombe pas du haut des profondeurs du ciel, sur\nla tête de ses admirateurs, c'est que, décidément, le miracle ne peut plus s'accomplir.\nNOTES SUR LES CONCERTS\nL'Etrangère, drame lyrique en trois tableaux, poème d'Alphonse Métérié, musique\nde Max d'Ollone. ler1er Tableau.\nDeux personnages : Guillaume, le héros de ce drame, jeune homme à l'allure tranquille,\nmais dont l'âme est inquiète et rêveuse. VEtrangère, qui matérialise le goût des aventures, le\nbesoin de s'évader sous des cieux plus beaux, les désirs secrets de l'imagination."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.42", "texte": "4 2\nS. I. M.\n\nDu prélude orchestral, des sonorités émergent péniblement, posant les lignes essen-\ntielles d'un paysage mélancolique et bouché, particulier aux côtes de ces pays du nord où\nl'on ne voit jamais le soleil qu'à travers un écran d'humidité fuligineuse.\nVers la fin de ce prélude, courageusement gris, Guillaume et l'Etrangère abordent près\ndes portes de la ville brumeuse qui vit naître Guillaume, où il a décidé de revenir, espérant\nretrouver la paix tranquille que l'Etrangère lui a fait abandonner pour poursuivre les\napparences du bonheur, dans des pays faciles et trop semés de casinos, leur préférant son\nancienne vie, plus humble, plus à l'abri de complications mondaines : habit, cravate blanche,\nsoirées, soupers... il veut reprendre son vieux vêtement de flanelle, livrée d'ennui si douce\naux rêves... Et c'est la tristesse des adieux aux trop irréalisables chimères !\nL'Etrangère, fidèle à son symbole, (sans quoi il n'y aurait plus de drame possible), ne\nveut pas croire à un éternel adieu, et lui prédit, assez facilement, qu'ils se retrouveront.\nElle reprend seule le chemin de la mer. Guillaume la regarde s'éloigner dans la lueur douce-\nment éclatante du couchant. La nuit vient... L'Ennui s'installe... Guillaume resté seul, pas\ntrès sûr de ses résolutions, va regagner la maison paternelle. Mais s'il a pu congédier\nl'Etrangère, il a compté sans le Souvenir !... Voilà que des ténèbres épaissies sortent des\nvisions radieuses. Il respire le parfum des pays parcourus. Il réentend les danses qui\nrythmaient sa joie d'antan. Pourtant, il faut rentrer ! Quel accueil va-t'on lui faire ? Ne\nva-t'on pas lui démontrer, sans cordialité, que les voyages ne forment pas toujours la\njeunesse, et qu'il faut canaliser son imagination.\nLa musique de M. Max d'Ollone ne badine jamais avec les sentiments, et, c'est avec la\nplus entière loyauté qu'elle insiste sur certains développements, quand elle croit y trouver son\ndevoir. Cela ne va pas sans quelques longueurs, qui s'exagéreront au théâtre, du moins on peut\nle craindre, d'autant plus qu'à notre époque le public semble avoir perdu toute patience.\nIl faut aller vite, toujours plus vite, grâce à quoi, l'on a pu, récemment, jouer les deux Faust\nde Goëthe dans une seule soirée, ce qui n'est qu'un record de vitesse.\nSans recommander la formule cinéma vériste, par laquelle les personnages se préci-\npitent les uns sur les autres en s'arrachant les mélodies de la bouche, où, en un acte,\non fait tenir toute une vie : naissance, mariage, assassinat compris... ce qui permet d'écrire\nle minimum de musique, puisque très logiquement, on n'a pas le temps de l'entendre.\nIl faut avouer, quoiqu'il puisse en coûter que la symphonie au théâtre deviendra dans\npeu de temps, une très vieille chose morte.\nSait-on, à ce sujet, que chez les fabricants de u films \" il est question de cinémato-\ngraphier les neuf symphonies de Beethoven ? Cela, au moyen d'événements, de drames\ncontemporains. Bien entendu, ils n'auront rien à faire avec la musique, encore moins avec\nBeethoven.\nRevenir à M. Max d Ollone, souhaitons lui d'entendre l'Etrangère dans le cadre\nqu il a rêve. La musique en est assez expressive pour defendre ce qu'elle contient parfois\nd excessive psychologie. L optique spéciale du théâtre tend des pièges aux plus malins de\nses prêtres !\nMademoiselle Jeanne Hatto chanta l'Etrangère. Sa voix prenante et douce, comme le\nreflet d un beau ciel sur la mer, a fait comprendre tout ce que cette figure contient de songe\net de réalité. Monsieur Lheureux, qui fut un si parfait Chouisky, lors de cette unique\nreprésentation de Boris Godounow au theatre des Champs-Elysees, a donné au mélancolique\nGuillaume, cette justesse dans l'accent qui lui est particulière. Gabriel Pierné et l'orchestre\ndes Concerts Colonne ont remplacé les décors, les jeux de lumière avec une attentive\ncompréhension qui mérite de grands éloges.\n\nClaude Debussy."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.43", "texte": "LE MOIS\n43\n\nCONCERTS LAMOUREUX.\n\nu Etes-vous Viennois ?... Non?... Quoi,\nvous n'auriez pas une goutte de sang slave\ndans les veines?... Alors, Monsieur, il est\ntout à fait inutile que vous alliez entendre la\n4me Symphonie de Mahler, vous n'y com-\nprendriez rien. \"\nUn peu chagriné par cette mise en\ndoute de mes facultés intellectuelles et sin-\ncèrement désireux de juger sainement l'œuvre\nd'un artiste pour la figure duquel j'ai toujours\néprouvé de la sympathie, je pris à tâche de\nme forger une âme viennoise momentané-\nment au moins en me plongeant préalablement dans le slavisme musical et littéraire le\nplus authentique, et j'arrivais dimanche au Concert Lamoureux avec la meilleure volonté\nd'écouter avec attention et de comprendre, si possible. Hélas ! je n'ai que trop compris...\nDès les premières mesures de la Symphonie en Sol, on se croit transporté en pleine\natmosphère schubertienne, et on en est satisfait, bien que l'on eut préféré un peu de nouveau.\nDès la douzième mesure, par exemple, ça change, ça tourne définitivement auCaf'Conc'\ndu Prater, avec le Damen-Orchester, les écharpes jaunes, la quête de la jolie flûtiste, au\nmilieu des bruits de fourchettes, des odeurs de schnitzelpanirt, des relents de veuves-joyeuses...\net ça part en une enfilade de valses, viennoises, je veux bien, mais, à coup sûr, d'une terrible\ntrivialité qui n'a plus rien du tout de schubertien... Et on est beaucoup moins satisfait qu'au\ncommencement...\nVers la péroraison du premier mouvement (de coupe classique, oh ! combien...) l'auteur\nse livre à une débauche d'italianismes, italianismes d'opéras des temps héroïques où Rossini\net Donizetti se disputaient le sceptre de la vulgarité formulaire. Alors, on ne sait plus que\npenser. Faut-il écouter, suivant les intentions de l'auteur, comme on écouterait de la musique\npure ? Dans ce cas, ça n'existe guère ; c'est un morceau pour Alhambras ou Moulins-\nrouges, mais pas pour salle de concerts symphoniques.\nFaut-il, au contraire, admettre l'affabulation du commentateur : 44 un père de génie\nfaisant l'éducation de son fils ou de sa fille \" (la musique, pas plus le commentaire,\nn'indique le sexe de l'enfant.) Oh ! alors, on ne peut que s'attrister de la déplorable éducation\nque ce père (de génie) donne à sa progéniture en ne lui faisant connaître que de la musique\nde café-concert saupoudrée de citations des Puritani et de la Cenerentola...\nLes trois autres pièces de la symphonie, aussi simplettes de forme que nulles de\nrecherches harmoniques, ne viennent malheureusement pas relever le niveau musical donné\npar le premier mouvement. Le Scherzo-valse et surtout l'Andante muni de sa u belle phrase \"\nde violoncelle, encore d'un degré au dessous des \" belles phrases \" de Mendelssohn... qui\ncependant..., ne nous présentent rien de neuf, rien d'intéressant, à part une très franche\nmodulation vers la fin du morceau lent. Le final est un petit lied en rondeau assez agréable,"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.44", "texte": "44\nS. I. M.\n\net qui fut très agréablement chanté par Mme Faliero-Dalcroze, mais auquel l'accompagnement\nde piano eut amplement suffi.\nEt partout, depuis le premier mouvement jusqu'au final, s'étale la plus parfaite, la plus\ncomplète vulgarité. Est-il possible qu'un compositeur puisse manquer à ce point de goût et\nde sens artistique, et ne semble point se douter que, quelque sujet qu'il traite, il doit avant\ntout choisir de beaux matériaux, s'il veut créer de la beauté ? Mais Haydn, mais Beethoven,\nmais Schubert, viennois cependant d'origine ou d'adoption, ne sont jamais triviaux dans leurs\npeintures populaires ou paysannes, parce qu'ils laissent parler leurs âmes de poètes et ne\ncherchent point à faire de la photographie...\nEn quelle estime ne devons-nous pas tenir nos musiciens français d'avoir su se garer de\ncette tare de vulgarité qui parait s'étendre actuellement sur la musique allemande ! Combien\nnous devons être reconnaissants à un Ropartz, à un Witkowski d'avoir élevé à la hauteur\nde l'Art les chants populaires employés dans leurs symphonies, et combien à l'audition\nde cette musique de Mailler croissait notre sincère admiration pour la marche de\npompiers idéaux des \" Fêtes \" de Debussy, comme pour les contes enfantins, mais jamais\nvulgaires, de la charmante 11 Mère l'Oye \" de Ravel !\nMon Dieu ! voilà que j'oubliais que, n'étant pas slave, je n'ai, pas plus que les autres\nparisiens, le droit de juger la musique viennoise ! Mais alors, puisqu'il est entendu que\nnous sommes inaptes à les comprendre, qu'on laisse donc au viennois toutes ces\nviennoiseries !...\nL'exécution de ces quatre morceaux, pleins de détails instrumentaux vétilleux et difficiles\nà faire sortir, fut on ne peut plus remarquable et l'orchestre de Chevillard fit tout le possible\npour en atténuer la platitude.\nTout à côté, le poème de Richard Strauss \" Tod und Verklârung \" parut d'une grande\npuissance... mais non, toutefois, sans avoir pris quelques rides— Ce mort se défraîchit.\nLe mois musical du Concert Lamoureux présentait, outre la symphonie de Mahler, une\nautre nouveauté : une suite de deux poèmes pour chant de M. Ropartz : Manoir et Lied du\nsoir, interprétée par Mmu Croiza. L'esprit de classification (très commode pour critiques\npressés) qui colle sur le dos de tel compositeur l'étiquette : et sur le ventre de\ntel autre la pancarte : dramahste,nie généralement au chanteur de théâtre la faculté d'être\négalement chanteur de concert. Si l'exception confirme la règle, cette règle se trouve\naujourd'hui confirmée par la précieuse exception qu'est Mme Croiza.\nIl y a deux mois, en effet, elle créait au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, le beau rôle\nde Pénélope,de façon à enthousiasmer tout le public et l'auteur lui-même par son talent si\nnoble et si expressif, et, le 11 janvier, elle chantait au Concert Lamoureux les mélodies du\ndirecteur du Conservatoire de Nancy avec un art et un style exquis que l'on rencontre,\nhélas, rarement chez les professionnels de la scène.\nCes deux poèmes expriment tous deux la même idée de consolation au déclin de la vie,\nle second décrivant avec une émotion plus intense ce que le premier n'avait fait qu'indiquer.\nEtant donné cette similitude, il pouvait sembler téméraire de les rapprocher sur le\nmême programme, mais on ne résiste pas à une expression sincère, quelque répétée qu'elle\nsoit, et la loyauté de M. Ropartz, dont l'âme d'artiste transparaît dans ses œuvres sans\nvaine préoccupation de succès, jointe à la noble simplicité de son interprète, a triomphé de"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.45", "texte": "LE MOIS\n45\n\nl'inconvénient que je visais plus haut, en\nétablissant dans l'esprit des auditeurs un\ncourant de profonde émotion. C'est de la\nbelle r W .\nEn terminant, je m'excuserai de\nprendre la parole pour un fait personnel,\nmais je dois signaler ici la publication\ndans leur texte original des douze Sonates\npour piano de l'étonnant précurseur de\nBeethoven, F. W. Rust. Cette publication\nest la seule pièce qui puisse mettre fin au\ndébat sur Rust suscité par un docteur\nallemand trop naïf et propagé à Paris par des musicographes trop crédules.\n\nVincent d'Indy.\n\nSOCIÉTÉ DES CONCERTS\n\nJe ne vois pas d'inconvénient à ce que la Société des Concerts, qui est de vieille souche,\nqui a des traditions, des tendances, souligne les premières auditions qu'elle nous offre de\ncertaines œuvres déjà répandues. La notule qui serait ailleurs un aveu cynique de paresse et\nde négligence, contribue à déterminer les étapes de son évolution. Il n'est pas indifférent, par\nexemple, que Mort et Transfiguration de M. Strauss ait, à son tour, franchi le seuil. Ce frag-\nment métaphysique suppléera fort bien à la vanité d'un Don Juan que nous renvoyons volon-\ntiers à quelque bonne ou mauvaise fortune.\nLa IVme Symphonie de Beethoven qui est un peu la Cendrillon de la famille ouvrait,\nle 28 décembre, le dernier concert de 1913. Les exécutions de la rue Bergère respirent tant\nde ferveur, de vivacité et d'énergie, une juste intelligence de l'esprit beethovenien que je\nregrette d'avoir récemment incriminé le zèle de la Société. Cette réponse collective est écra-\nsante. Mais nous avons eu d'autres régals.\nLa pensée était délicate d'accoupler il y avait de l'orgue dans l'affaire Rameau\net son petit-neveu, M. Saint-Saëns, qui a soigneusement inventorié son héritage. La publica-\ntion intégrale de l'œuvre de Rameau fera date dans notre histoire. Cette fermeté, cette\nélégance du dessin, cette polyphonie substantielle, souple, claire, purement française comme\ncelle des maîtres de la Renaissance, cette vigueur, cette franchise mordante de l'harmonie,\ncette assurance, cette liberté, cette spontanéité de la pensée, vous les retrouverez dans son\nmotet Laboravi. La bourgeoisie de l'abonnement m'a paru témoigner par son indifférence un\ndéfaut de sens national.\nM. Saint-Saëns vient, je crois, d'orchestrer son Offertoire pour la Toussaint, où jusqu'ici\nl'orgue seul soutenait le chœur. Il le soutenait, dis-je, sans grand mal. L'aspect de la partition\nest singulier. Ce sont des portées sans notes presque. A peine un court fugato libère-t-il quel-\nques instants les voix de leur solidarité harmonique. De-ci de-là, une pédale ; mais où il faut\net quand il faut, une guirlande contrapontique tout unie. M. Saint-Saëns voyez plutôt\nson O Salutaris adore ces réminiscences scolastiques. C'est d'un art un peu froid, un peu\nsévère, d'un caractère inaltérablement religieux comme tous les motets de M. Saint-Saëns qui"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.46", "texte": "46\nS. I. M.\n\nse ressemblent beaucoup. Les chœurs de la Société des Concerts demeurent la plus admirable\n\" psallette \" que je sache à Paris.\nEt Psyché,la Psyché de Franck qui devrait endormir de son charme toutes les rancunes\ntoutes les inimitiés ? Car il y a une question Franck, que nous essaierons quelque jour de\nrésoudre. Pauvre père Franck ! Il est l'ennemi dont la terreur réconcilie les pires adversaires.\nDéjà M. Saint-Saëns et M. Debussy ont esquissé autour de son cadavre une danse macabre.\nM. Saint-Saëns, M. Debussy, âmes jumelles sans le savoir qui anathématisent Franck, qui\nadorent Mozart, qui glorifient Rameau, et dont les deux chefs-d'oeuvre, Samson et Pellèas\nnous offrent comme scène capitale une scène capillaire. Ces phénomènes ne sont d'ailleurs\nsurprenants qu'en apparence. Ils trahissent une naturelle reviviscence, une réaction de\nl'esprit originel, la révélation d'une fraternité latente. Et c'est une crise digne d'être étudiée.\nProvisoirement, si l'on veut bien, une fois encore, au moins, sera un souffle, une âme,\nun reflet, une irisation exquise. Peut-être M. Messager ne l'a-t-il pas enveloppée d'une atmos-\nphère assez vaporeuse. Il se ressouvenait de Beethoven trop proche. Il faut interpréter, alléger\nl'orchestre de Franck, du sommeil parfois faire jaillir le rêve. Eros, Psyché, ces immortels\nglissent et n'appuient pas. Qu'elle se réveille bientôt que notre souvenir adore et\nrêve nébuleuse et légère, petite sœur symbolique de cette Eisa que M. Messager a toute et\ntoujours comprise !\nJe crains d'avoir excédé les limites de mon territoire et je me résous à quelques sacrifices.\nRameau, Beethoven et M. Saint-Saëns prennent goût à l'hospitalité de la Société des Concerts.\nLe programme du 18 janvier les réunissait encore. La en ut mineur déroula ses\npéripéties tragiques. C'était là assurément au temps de Beethoven de la musique nouvelle non\nmoins que VAdagio quasiment impressionniste de la Sonate en ut dièze mineur baptisée \" Clair\nde lune. \" A Rameau, M. Delmas et M. Notick avaient emprunté une scène d'Hippolyte et\nAricie dont l'Opéra nous dévoila il y a quelques années les beautés. Le Vme pour piano\nde M. Saint-Saëns qui ne me scandalise pas du tout, si cosmopolite soit-il, avait été élu par\nM. Busoni. On peut discuter l'interprétation de M. Busoni dans certaines œuvres qui ne lui sont\npas consubstantielles. Cela ne l'empêche pas d'être infiniment plus qu'un virtuose. Mais il est\naussi \" le virtuose \" et l'un des plus prodigieux que nous connaissions. Cette technique transcen-\ndante semble innée. Il crée de ses dix doigts un univers sonore. Nul n'a cette magnificence du\ngeste, cette puissance, cette variété, ce don de la couleur et de l'évocation. Il a galvanisé\nl'inertie distinguée de son auditoire. Mais pourquoi a-t-il ajouté au de M. Saint-Saëns\nune gibbosité offensante en recommençant le final au lieu de s'exalter dans le splendide isole-\nment de quelques pages de Bach et Liszt, où il est inimitable ?\nCe n'était pas une première audition que la Messe du fantôme de M. Ch. Lefebvre. Les\nConcerts-Colonne en 1898, M. Tafïanel pendant l'exposition de 1900, la célébrèrent. Le\nconte breton dont elle est inspirée n'a pas gagné à être amplifié et versifié par ses adaptateurs.\nM. Lefebvre a pensé que la musique est une synthèse où les tares du verbe disparaissent, OÙ\ntout se confond et se fond, sobrement dans le style tempéré de la tradition néo-classique. Avec\ntact, sinon avec une originalité profondément suggestive, il a illustré un scénario romantique.\nM. Delmas a pu, surtout vers la fin de l'œuvre où le soliste est le mieux partagé, déployer un\nlyrisme auquel le théâtre convient d'ailleurs avant tout.\n\nPaul Locard."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.47", "texte": "Le Tango.\n\nST-CE une oraison funèbre qu'il convient de prononcer, ou une\napologie ? On sait qne l'autorité ecclésiastique vient de sévir. S. E.\nle cardinal Amette, archevêque de Paris, n'a pas craint de transcrire,\npour le couvrir d'opprobre, ce nom frivole. u Nous condamnons la\ndanse, d'importation étrangère, connue sous le nom de Tango, qui\nest de sa nature lascive et offensante pour la morale. Les personnes\nchrétiennes ne doivent, en concience, y prendre part. Les confes-\nseurs devront agir en conséquence dans l'administration du sacre-\nment de pénitence Ainsi conclut un mandement sévère qui va\njeter le trouble et le remords en bien des consciences. Le\nrefus de l'absolution est un châtiment grave, puisqu'il écarte de la table de communion.\nComment d'autre part renoncer à tant de réunions dont le tango, comme jadis le bridge, est\nl'occasion ou le prétexte ? Comment refuser une danse que la mode favorise ?\nLes ministres des autres cultes se sont montrés plus réservés. M. le grand-rabbin J.-H.\nDreyfus déclare fort sagement qu'il ne peut formuler aucune appréciation sur le tango, parce\nqu'il l'ignore, M. le pasteur Roberty rappelle que les églises protestantes ne donnent à leurs\nfidèles que des principes, laissant à chacun la responsabilité des applications.\nOn peut se demander en effet par quelle sorte d'enquête le vénérable archevêque de\nParis a pu se faire une opinion sur ce nouveau plaisir du monde ? A-t-il dépêché dans les\nsalons des émissaires chargés de vérifier les écarts, de compter les croisements, de mesurer\nles pressions ? S'est-il rapporté aux aveux du confessionnal, qui souvent invoquent, afin\nd'atténuer la faute, la complicité de l'heure et du lieu ? A-t-il consulté simplement 1 etymo-\nlogie qui n'a pu manquer de scandaliser son âme chrétienne et latiniste, puisqu'on lit dans\nl'Evangile : Noli me tangere ?\nMais surtout la condamnation spéciale d'une danse a pour conséquence logique l'auto-\nrisation des autres. Les charmes diaboliques du tango étant évités, on n'aura rien à craindre\nni de la matchiche brésilienne, ni du cake-walk, ni du one-step, ni de la très-moutarde, tout\nau moins jusqu'au jour où un mandement supplémentaire en aura dénoncé les dangers. Il y\naura des danses mises à l'index. Les autres seront permises : la valse, le boston, la polka, le\nquadrille feront la joie des mères chrétiennes. Or,la doctrine des pères de l'Eglise n'a jamais\nvarié ; toutes les danses qui mêlent les deux sexes sont réprouvées. Il n'est pas un curé de\nvillage qui, montant en chaire au jour de la fête patronale, ne se soit cru obligé en conscience\nde rappeler cette interdiction à la jeunesse présente. Il n'est pas un confesseur qui n'ait mis\nune pénitente en garde contre l'attrait du bal et ne lui ait recommandé la modération, sinon"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.48", "texte": "+8\nS. I. M.\n\nl'abstention. Sans doute sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, l'Eglise n'avait sauve-\ngardé son autorité qu'en la rendant conciliante. Un sage compromis durait en vertu d'une\ntacite entente. C'est une grande imprudence que d'y vouloir toucher. Depuis la dénonciation\ndu concordat, l'Eglise de France paraît préoccupée d'affirmer son prestige à tout propos ;\nelle multiplie les prescriptions, les condamnations, les anathèmes. Son zèle indiscret donne-\nrait quelque inquiétude sur son avenir, si par ailleurs on ne la savait éternelle, et découragerait\nses amis les plus dévoués, s'ils ne devinaient, même en ces apparentes erreurs, le dessein\nsecret de la Providence.\nReste à savoir ce qui a valu au tango ce renom d'immoralité. L'importation ou l'inven-\ntion en est récente : ce n'est guère que depuis un an que le monde l'a adopté ; il y a fait\nfureur. Les autres danses qu'on a préconisées en ces derniers temps sont demeurées des\ndanses de théâtre, ou tout au moins de fantaisie ; les salons ne les admettent que par excep-\ntion, et comme des curiosités de l'instant ; elles se dépassent et se supplantent l'une l'autre ;\nsitôt qu'on les a vues, leur destin est accompli. Le tango demeure. Il est en nos salles la danse\ndominante, celle dont on ne se lasse jamais, comme fut la valse au siècle dernier, le menuet\nsous Louis XV, la courante sous Louis XIV.\nL'origine du tango est incertaine, et les érudits de l'avenir en disputeront sans fin,\ncomme ceux d'aujourd'hui pour la courante, le menuet, la valse, et toutes les danses qui se\nsont répandues. L'art léger des pas cadencés ne laisse guère de documents écrits ; il ne se\nmontre que par l'exemple et ne se transmet que par la tradition. Il a ses maîtres dont\nquelques-uns peuvent rivaliser, pour le génie créateur, avec ceux de la poésie, de la musique\net des arts plastiques. Mais leur nom ne reste pas attaché à la figure qu'ils inventèrent, parce\nque chacun est libre de la copier, puis de l'enseigner à son tour. C'est pourquoi nous savons\nvaguement que telle ou telle danse s'inspire d'une coutume populaire, mais nous ignorons\ncomment on a tiré, de ce trépignement incertain, une forme accomplie de grâce et d'élé-\ngance ; une danse est une œuvre d'art ; elle ne devient résistante et durable que du jour où\nelle a obtenu l'unité du style, et le style, j'ai quelque honte de le répéter, mais la citation est\nneuve au moins sur ce sujet, c'est l'homme même.\nC'est pourquoi je ne passerai pas les mers pour montrer, en quelque sombre bouge de\nBuenos-Ayres, les trémoussements bottés, éperonnés, pommadés et huileux qu'on voudrait\nnous présenter comme modèles. Ce n'est pas à nous qu'ils peuvent servir de modèles ; nous\nn'y aurions jamais trouvé qu'un spectacle étrange et un peu nauséeux. Mais l'artiste inconnu\nà qui nous devons le tango a aperçu le parti qu'on pouvait tirer de cette grossièreté presque\nsauvage, de même que le peintre fait des berges pourries de la Seine un tableau frémissant\nde coloris, et qu'au regard du poète le torchon même est radieux. Cet artiste est parmi nous,\nj'en suis persuadé ; qu'il reçoive ici l'hommage d'une admiration d'autant plus vive qu'elle\nne sera jamais retenue par la considération de l'homme.\nLe tango est la danse de notre temps. Il me souvient d'un vers de Vigny, que nos\nprofesseurs trouvaient un peu risible :\nLa valse qui bondit en son sphérique empire.\nIl est certain que le mouvement de la valse est inscrit en un cercle ou une cycloide\nnon en une sphère. Toutefois l'indication de ce solide peut s'expliquer par l'ampleur des\nciinolines, surtout si lon y joint l'action de la force centrifuge. La valse tournoyante est\nfaite pour les crinolines. Le tango frôleur convient aux robes ajustées qui tout en avouant le\ncorps l'auréolent de caresse et de frisson. Le tango où les jambes se cherchent sans se\nrencontrer jamais fait valoir les jupes drapées et à demi fendues qui ne délivrent que pour\ni etenii. Le tango vai îable et défini atteste 1 émancipation du gout féminin * jusqu'ici assujetti\nau despotisme de la mode, il n'en reçoit plus que des indications générales, et chaque\ntoilette, fidèle à la ligne du jour, est pour l'assortissement des couleurs, des dessins et des\nmotifs, une composition personnelle.\nJe ne vais pas entreprendre ici un cours de tango ; j'y réussirais mal, parce qu'en telle\nmatière le précepte n'est rien, nos lecteurs sont trop honnêtes gens pour n'être pas instruits"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.49", "texte": "LE MOIS\n4-9\n4\n\ndéjà d'un aussi bel usage. Je les avertirai seulement d'une particularité qui leur a échappé\npeut-être : le tango se danse sur une mesure à quatre temps, comme la polka, et non à trois\ncomme la valse ; il y a de plus, au début de chaque mesure, une note pointée qui prolonge,\naux dépens du second, le premier temps, et le départ ainsi retardé se précipite légèrement,\ncomme dans la habanera, mais c'est une habanera lente et dès son début pâmée.\nLe tango est ce qu'on eût appelé une basse danse : les pas y sont glissés, et les deux\npieds jamais ne quittent en même temps le sol. Les basses danses, dont la noble pavane est\ndérivée, imitaient, avec quelques variations, la démarche naturelle, tantôt en avant, tantôt en\narrière, en y ajoutant des flexions du torse qu'on appelait des branles. Le tango ne procède\npas autrement. Mais il y a cette différence importante que les deux exécutants, au lieu de se\nmettre en ligne, s'accolent face à face.\nCette disposition elle-même n'est pas nouvelle : dès le XVIe siècle, elle est adoptée pour\nla volte, qui est l'ancêtre de nos valses. Les auteurs de ce temps, peu suspects de pruderie\npar ailleurs, s'en montrent néanmoins choqués. On sait que la valse à son apparition passa\naussi pour fort indécente. Il est certain qu'un danseur d'éducation imparfaite peut abuser de\nl'étreinte ; mais un autre comprendra mieux le principe de toute espèce de danse, qui est au\ncontraire d'éviter le contact en coordonnant les mouvements. Il existe un tango crapuleux,\nà l'usage des restaurants de nuit, qui ne ressemble pas plus à celui de nos salons que la valse\nchaloupée des apaches à celle qui ravissait nos mères.\nPourtant des doctrinaires de la morale maintiendront que le tango trouve son attrait\ndans le rapprochement des sexes. Il en est ainsi pour toutes les danses de société, et ce n'est\npas pour un autre motif que l'Eglise les proscrit, et les tolère, puisque la chasteté universelle\nserait une vertu funeste. Il existe, en Orient, des danses lascives et même obscènes, parce\nqu'elles contrefont sans précaution les gestes voulus par la nature. Mais les nôtres n'opèrent\nque par allusion et par symbole: c'est l'union des attitudes qu'elles célèbrent, non des corps.\nAussi l'innocence y prend-elle son plaisir sans nul enseignement profanateur. Sans doute\nfaut-il compter sur la discrétion du danseur ; mais le tennis, le patinage et le bain de mer\nfournissent des occasions autrement tentatrices, et c'est aux maîtresses de maison à n'inviter\nque les jeunes gens dont elles puissent répondre.\nLa danse, dédaignée par le génération précédente, revient en honneur aujourd'hui. Il\nme souvient du temps où dans les bals c'était à qui se dissimulerait dans les encoignures de\nportes pour se livrer en toute immobilité aux douceurs de la conversation. Les bonnes dames\ndont nous étions les hôtes faisaient, de quart d'heure en quart d'heure, des rondes policières,\nafin d'empêcher que les couples, projetés par la rotation, ne désertas-\nsent le milieu des salons pour rester appliqués aux murs ; mais leurs\npas pesants dont criaient les planchers avertissaient toujours à temps\nles réfractaires qui se hâtaient de reprendre un semblant de valse,\nde mazurka, de schottisch ou de pas-de-quatre. Les moeurs étaient-elles\nmeilleures pour cela?\nLe tango est une danse complexe dont pas un de nous n'eût\nconsenti à étudier les figures successives. Aujourd'hui, devenus barbons,\nnous sentons le charme de cette complexité, la fantaisie qu'on y peut\nfaire valoir, et l'avantage qu'y prend la beauté naturelle. Cette danse\nest un art, et ceux qui le pratiquent ne pourront dédaigner absolument\nles autres arts. Si de plus il faut y reconnaître l'image de l'amour, qui ne\nvoit combien l'amour est moins brutal s'il sait attendre, et se complaire\naux déclarations propitiatoires ? Quelle est surtout la femme qui ne se\nréjouirait d'un tel progrès ?\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.50", "texte": "Spectacles de Danses\n\nC'est avec les orteils que l'on feuillette aujourd'hui les partitions nouvelles. Nos com-\npositeurs se plaisent à étendre des tapis d'harmonies inédites sous les pieds nus de nos\ndanseuses. Ainsi tels Hindous fanatiques se font joyeusement laminer par le char d'une\ndéesse vénérée. Mais on distingue bien des manières de fouler aux pieds la musique.\nLa plus scientifique et la plus minutieuse de toutes est assurément la Gymnastique\nRythmique. C'est une ingénieuse invention que Jaques-Dalcroze fit breveter à Genève puis\nà Hellerau et que notre Jean d'Udine exploite à Paris depuis quelques années avec un succès\nétourdissant. J'ai eu l'occasion de décrire ici même les savants et gracieux ébats des\ngymnastes rythmiques et d'exprimer mon admiration pour cette intéressante pédagogie qui\nimpose au corps humain une subtile discipline, éduque les centres nerveux et enrichit\nl'organisme d'un ensemble de perceptions et de réflexes qui constituent presque des sens\nnouveaux. Par elle les divisions les plus complexes de la durée et de l'espace ne sont plus\ndes problèmes à étudier mais des nécessités mathématiques instantanément perçues. Les\njeunes filles que j'avais observées, au cours des démonstrations précédentes, étaient \" accor-\ndées \" comme des harpes éoliennes pour vibrer au moindre choc\nmétrique, recueillir dans l'espace les plus impondérables des ondes\nsonores et les laisser s'irradier harmonieusement dans tous leurs\nmembres. Leur corps était devenu \" bon conducteur \" de l'électricité\nrythmique.\nA cette époque, Jean d'Udine affirmait son désir de ne pas sortir\ndes limites de la pédagogie, se défendait de toute recherche plastique\net de toute préoccupation esthétique et, par une grâce singulière, la\nbeauté qu'il fuyait venait sans cesse à lui. Aujourd'hui, au contraire,\nl'éducation technique de ses élèves étant à peu près terminée, le"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.51", "texte": "LE MOIS\n51\n\nprofesseur veut aborder les réalisations d'art qui\n[ en sont le couronnement naturel. Et voici que la\nbeauté, directement sollicitée et officiellement in-\nvitée à la fête, semble se faire prier, hésite et,\ncapricieuse, s'intéresse beaucoup moins à la gym-\nnastique rythmique, depuis qu'elle n'y entre plus\nen contrebande !\nCertes, l'idée est charmante de ce petit\ndivertissement pastoral qui, groupant par saisons\nles douze mois de l'année, met en valeur le\ncaractère \" mélodique \" la mélodie corporelle,\navec ses accents et ses rythmes est ici le thème\ndonné des contrepoints des gestes profession-\nnels des travailleurs de la terre. Et la grâce est\nexquise des douze feuillets qui s'envolent de ce\ncalendrier vivant. Pourquoi donc l'impression d'art\nreste-t-elle incertaine ? Voilà ce qu'il n'est pas\nfacile de déterminer.\nMon ami Jean d'Udine, qui fut si longtemps\nun critique singulièrement sagace et pénétrant\nson ballet m'a prouvé qu'il avait, hélas, défini-\ntivement dit adieu au métier I excusera mon désir de retrouver loyalement les raisons\nqui ont découragé mon enthousiasme.\nOn sait que d'Udine a composé la musique, le décor et la chorégraphie de cet ouvrage,\nn'acceptant d'autre collaboration que celle d'un texte d'une candeur inquiétante. Ainsi devait\ns'apaiser le \" tourment de l'unité \" qui ronge les esprits équilibrés. Théoriquement c'était\nparfait : en pratique il y avait place pour de l'inattendu. On ne s'improvise pas sans danger\ncompositeur de musique, peintre décorateur, maître de ballet, chef d'orchestre, accessoiriste,\nélectricien... etc. comme le fit sans hésiter l'audacieux Protée de la G. R. On ne remplace\npas du premier coup sans dommages par l'enthousiasme et la foi les minutieuses techniques\ndes arts qui sont aussi des métiers. Or, d'année en année, le \" métier \" dont il fut quelque\ntemps à la mode de médire, nous fait comprendre davan-\ntage sa noblesse. Jamais il ne fut plus bienfaisant et plus\nsecrètement puissant dans les coulisses de nos théâtres\nque depuis le moment où l'art tenta de s'affranchir de\nsa tutelle : les esprits superficiels sont\nseuls à le croire absent des réalisations\nles plus fantaisistes de la pensée con-\ntemporaine.\nC'est précisément l'instant de son\ntriomphe qu'a choisi Jean d'Udine pour\nnous demander de le trahir, de nier\nson utilité, de contester son intérêt et\npour nous prier d'oublier tout ce que\nnous avons appris afin de pouvoir\ngoûter, sans préjugés techniques, le\nspectacle offert ! Nous l'aurions fait\nbien volontiers, cet effort héroïque, si\nnous avions été invités à explorer, en\ncompagnie d'un nouveau Strawinsky\nou d'un élève de Schœnberg, les\nrégions inconnues qui sont au-delà du"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.52", "texte": "52\ns. I. M.\n\nmétier, mais pour piétiner désespérément en-deçà de la frontière familière... à quoi bon ?\nEn faisant table rase de tout l'acquis des différents arts qu'il abordait, Jean d'Udine se\nvouait à un inutile recommencement. Il s'est imposé la tâche de \" découvrir \" péniblement,\nune à une, des vérités premières qui sont dans le domaine public : il a fermé et barricadé\nune porte, hier encore ouverte à deux battants, afin de s'offrir le luxe de l'enfoncer.\nQue de temps perdu ! Nous voilà condamnés à reconstruire l'harmonie, à réapprendre\nla règle du jeu, à souffrir cruellement en étudiant le maniement si difficile de\nl'accord parfait et de ses renversements, à trébucher dans les fausses relations, et les\n\" enchaînements d'amateurs \", à boiter sur les mauvaises basses, à nous déchirer le tympan\naux fagots d'épines des accords hérissés de fautes grossières, à nous faire pincer l'oreille\nentre deux quintes mal jointes... etc. Pourquoi cette douloureuse régression ? La musique\nfabriquée, avec une si allègre inconscience, par mon ami Jean d'Udine ne m'inspire pas\nseulement de l'aversion et de l'horreur : elle m'inspire de la haine ! Si j'arrive à mettre la\nmain sur cette partition je la brûlerai avec une joie sauvage ! Elle constitue un forfait\nmonstrueux, un crime d'Atride, un parricide et un inceste ! L'affreux homme qui l'a écrite\ninsulte à nos plus chères croyances et bafoue notre idéal le plus sacré. Il a mérité cent\nfois la mort la plus atroce.\nJe sais bien qu'il poursuivait un but particulier : sa musique, contrairement à l'ordre\nétabli, fut déduite de la danse au lieu de l'engendrer et le professeur de gymnastique\nrythmique affirmera que lui seul pouvait noter avec assez d'autorité et de précision les\nvaleurs mathématiquement nécessaires pour délimiter dans le temps le geste de la cueil-\nleuse d'iris ou le triple mouvement de la bêche qui crève brutalement le sol, le retourne et\nlaisse glisser sa motte de terre. Il y a dans ces études de rythmes de même que dans\nles danses \" trimestrielles \" tout un luxe d'analyse et d'observation, toute une série de\nsubtilités mélodiques auxquels il faut rendre hommage. Mais le travail du praticien n'a\njamais supprimé la collaboration du sculpteur. La partition de Jean d'Udine est maintenant\n\"au point\" pour être présentée à un compositeur. Il ne reste plus qu'à la mettre en musique !...\nPlastiquement, et chorégraphiquement le même dédain de la technique entraîne\nles mêmes faiblesses. Théoriquement parfaits, les mouvements d'ensemble se réalisent\nmal, les \" passages \", les entrées et les sorties compromettent l'équilibre des scènes\nles plus agréablement établies, le mépris de la science scénique la plus élémentaire\nrend vaines les trouvailles les plus ingénieuses, la fantaisie arbitraire de costumes\nmaladroitement rapprochés ne crée aucune atmosphère : les paysannes d'opérette et les\njeunes parisiennes en robe d'après-midi, de diner ou de tango, réunies par une convention\naccommodante autour d'une boule de jardin, nous imposent des visions d'un symbolisme\napproximatif et, pour donner à l'ensemble du spectacle toute sa signification iconoclaste,\nune grande toile de fond, minutieusement brossée \" tue \" impitoyablement le léger enclos\nde treillages qui constituait une charmante indication de décor schématique... Ah ! Si Jean\nd'Udine a maltraité la stylisation, dans sa causerie préliminaire, il faut reconnaître que le\n\" style \" s'est bien vengé !\nSi j'apporte tant de passion à la critique de ce spectacle, c'est que je crois utile de crier\n'l casse-cou \" à un théoricien remarquablement intelligent, au moment où il va entrer dans\nla période des réalisations artistiques. Il y a trop d'écart entre les ingénieuses données du\nproblème et la solution provisoire qu'il nous propose. Après avoir si lumineusement décrit les\ndélices du paradis terrestre dont il tient la clef, Jean d'Udine n'a pas le droit de nous offrir un\nspectacle aussi voisin du travail d'amateur. La séduction de ses théories développe en nous\nun dangereux appétit de beauté et une soif de nouveauté très redoutables : on attend de lui\ndes miracles. Il nous les doit. Il nous les donnera sans cloute quand il aura franchi cette\nétape dangereuse. Nous devons faire crédit à ce merveilleux remueur d'idées. Il a démoli le\nTemple mais, après tout, il n'est pas tenu, pour nous être agréable, de le rebâtir en trois jours !...\nC'est encore l'absence de techique inutile de dire que ce mot est pris dans son\nacception la moins étroite qui manque à deux autres spectacles de danse dont l'intérêt"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.53", "texte": "LE MOIS\n53\n\nmusical fut indiscutable. Avec de la lumière obéissante, des décors remarquables, un essaim\nde fillettes attentives et l'orchestre Colonne, M\"IC Loïe Fuller pouvait nous émerveiller : elle\nne parvint qu'à nous intéresser. Louis Laloy a excellemment caractérisé la forme d'art que\npratique ce petit corps de ballet : \" Ces piétinements, ces enjambées, ces sautillements et\nces culbutes ne sont que des amusements d'enfants dont la gymnastique la plus chétive ne se\ncontenterait pas comme exercices de chambre. Ils n'ont d'ailleurs aucun rapport avec la\nmusique, ne tombent que par hasard sur un temps fort, ne communiquent pas la moindre\nidée de légèreté ni de grâce ni d'une émotion ou d'une impression quelconque. \" L'interven-\ntion de tous les projecteurs de la terre ne saurait nous faire oublier ces constatations fâcheu-\nses. Et tout l'art d'Ochsé et toute la magie des musiques très heureusement choisies ne\nservent qu'à souligner plus cruellement l'indiscrétion des\nécolières turbulentes qui dès que Mademoiselle a tourné\nles talons se précipitent sur la scène en se bousculant,\ns'éclaboussent en traversant d'un bond le jet d'eau lumineux,\ndéplient et froissent des étoffes précieuses, s'en drapent en\ncachette, bravent toutes les défenses et touchent à tout ce\nqu'on leur a interdit de toucher...\nUne première audition musicale figurait dans ce spec-\ntacle tumultueux. Mme Armande de Polignac y révélait ses\nMille et une Nuits. On y retrouva, plus nettement affirmées et\nplus heureusement équilibrées que jamais les vertus carac-\ntéristiques d'un talent extrêmement personnel. Dans la jeune\nécole moderne Armande de Polignac a su prendre une place\nà part grâce à l'originalité de ses tendances. Sa pensée est\norientée si passionnément vers un idéal de force un peu\nsauvage, de fruste énergie et d'étrangeté mélodique, son\norchestre est si véhément, si vibrant, si curieux de tous les\nmystères sonores des u vents que cette musique s'apparente\ninstinctivement aux productions de nos plus audacieux cher-\ncheurs. Armande de Polignac donne parfois l'impression d'être une sorte de Strawinsky\nféminin ne redoutant ni la rudesse, ni l'âpreté, ni la raucité instrumentale : pour elle, les\npupitres de l'harmonie ne sont jamais assez nombreux et le quatuor est toujours un peu\nencombrant. Et elle parle avec une absolue spontanéité une langue forte et colorée, usant\navec assurance de quintes diminuées chromatiquement enchaînées, trouvant de surpre-\nnantes fanfares, utilisant avec adresse la gamme par tons, disposant avec une subtilité\nd'impressionniste d'amusantes quintes translucides pour laisser descendre dans l'orchestre\nla lumière froide d'un clair de lune et rythmant avec une énergie toute virile de puissants\nthèmes orgiaques qui s'enlacent et s'épousent avec une exaltation dionysiaque !.... Il y a là\nun tempérament musical qui n'a pas encore trouvé son expression définitive, mais dont nous\npouvons attendre avec confiance les manifestations prochaines.\nC'est également sous les apparences musicales les plus séduisantes que se présenta\nla révélation de la Métachorie. Debussy, Erik Satie, Florent Schmitt, Roland Manuel et un\nRavel invisible et présent étaient rangés en cercle autour de son berceau. Et le violoncelliste\nDroeghinans avait écrit pour saluer sa naissance d'éclatantes fanfares guerrières.\nOn a déjà beaucoup parlé de cette nouvelle religion plastique, on en a longuement exposé\nles dogmes, discuté les origines et commenté le cérémonial. Il est maintenant inutile d'exposer\nle but que poursuivait Mme Valentine de Saint-Point en utilisant le \"plateau'' d'un théâtre\ncomme tablettes et son corps comme style pour inscrire dans certaines figures géométriques\nles idées directrices de tels de ses poèmes. On sait qu'elle entendait, par ce moyen discret de\nmatérialisation, \" cérébraliser \" la danse et l'épurer de tout ce qui ne lui est pas essentiel,\nle débarrassant notamment du u rythme plastique sensuellement humain de la tyrannie\nde la musique et de tout acquiescement au sens purement littéral des textes qu'elle contre-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.54", "texte": "54\nS. I. M.\n\npointe. Chaque poème a une sorte de u corps astral \" : il s'agit de révoquer, de le faire\nplaner au-dessus des vers, d'observer ses lignes et de cerner ses invisibles contours en\nposant attentivement ses pieds nus sur les traces fugitives que laisse sur le sol son ombre\nmystérieusement profilée. Le métachoreute possède une sorte de vision radioscopique de\nla poésie, sacrifiant l'accidentel à l'essentiel et faisant apparaître, comme une rigide ossature\ngéométrique sous la chair volatilisée, la squelettique rosace de l'idée !\nCes principes théoriques me paraissent absolument inadmissibles ; pour qu'une figure\ngéométrique soit admise à l'honneur de faire vivre\nune idée, il faut que ce soit par l'effet du consente-\nment unanime des peuples et non par une conven-\ntion individuelle. Mme de Saint-Point conçoit la\nglorification du Soleil comme une spirale inscrite\ndans un angle aigu que traverse une bissectrice. C'est\nune opinion, ce n'est pas une vérité qui s'impose : un\ncercle ou un carré suivant les préférences pictu-\nrales du spectateur peuvent être investis de la même\ndignité. Ces associations d'idées doivent avoir un\ncaractère de nécessité pour nous dominer : or\ndans la Métachorie elles sont purement arbitraires.\nA quoi bon, dès lors, abandonner le domaine de la\nfantaisie pour y rentrer aussitôt en s'abritant derrière\nle paravent de la géométrie et de l'idéisme.\nDe plus, l'affirmation du u cérébralisme \" de l'art\nmusical contemporain est éminemment discutable.\n44 Nos jeunes compositeurs français, les puînés de\nClaude Debussy, dit Mme de Saint Point, ont réalisé\nune œuvre musicale extrêmement cérébrale\". En êtes-\nvous bien certaine, Madame ? L'école debussyste\nn'a-t-elle pas au contraire défendu victorieusement\nles droits de la sensibilité contre ceux de la raison\npure et l'évolution de la musique actuelle n'cst-elle pas là pour vous donner un démenti\nformel ? Les improvisations symphoniques de nos jeunes musiciens ne sont elles pas infini-\nment moins t 4 cérébralisées \" que les symphonies d'Haydn ? C'est clans nos grands clas-\nsiques que la Métachorie pouvait trouver de l'intellectualisation, de la symétrie volontaire,\nde la géométrie systématique : en les cherchant dans Debussy, Satie, Ravel ou Manuel elle\na commis un dangereux anachronisme. Elle a de plus, injurié gravement un groupe d'artistes\nqui considèrent comme une régression ce qu'elle présente comme un progrès ! Notre musique\na eu bien assez de peine à guérir de sa congestion u cérébrale ' : ce n'est pas le moment de\nl'exposer à une rechute ! Qu'elle se garde donc de fréquenter l'atelier dangereux de Mme de\nSaint-Point !\nAu fond, ces trois solennelles expériences d'intellectuels auront été significatives : en\nvoulant abaisser le banal u métier\" elles l'auront exalté en démontrant sa nécessité. C'est le\nvieux maître de ballet, c'est la ballerine classique, c'est la pointe, le ballonné et le jeté battu\nqui sortent vainqueurs de l'épreuve ! Les avons-nous assez méprisés, assez ridiculisés ! Il\nfallait ces curieuses réalisations d'art pour nous ramener à une plus juste appréciation de\nleurs humbles mais solides vertus et nous inspirer le respect de leur patiente initiation. Nous\nsavons maintenant qu'aux épaules des plus jolies femmes les ailes ne poussent pas en une\nnuit.\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.55", "texte": "A Travers la Quinzaine\n\nAyant déposé sa besace durcie par le givre, le Bonhomme Janvier en retire les présents\nque pour nous il tenait en réserve. Le voici qui nous offre, piquées dans la gerbe des innom-\nbrables récitals, les rutilantes corolles de quelques sociétés ou associations de concerts. Nullement\njalouses de disputer à leurs rivales plus hâtives la palme de la précocité, les retardataires ressem-\nblent à ces fleurs qui s'épanouissent au plus fort de l'été, elles sont comme ces fruits tardifs\ndont la maturité s'achève lentement dans l'arrière-saison. D'avoir montré tant de nonchalance\nà s'ouvrir, en seront-elles plus gonflées de sève, d'éclat et de parfums ?\nVoyageurs errants de la musique, les Concerts-Sechiari viennent, après avoir emménagé,\nde reprendre leurs séances dominicales. Le fait de n'avoir trouvé, en ce Paris du vingtième\nsiècle, que le u Palais des Fêtes\" de la rue Saint-Martin pour y installer cuivres et batterie,\nnous force à constater une fois de plus combien la ville-lumière est pauvre en salles de musique.\nCe nouveau local porte un titre bien pompeux qui s'applique ici à un cadre spacieux, gai,\nfraîchement décoré, approprié surtout aux spectacles du music-hall, du cinématographe et aux\njoyeuses réunions de thé-tango ou autres maxixes en vogue. Les grandes auditions musicales\nlui conviennent moins, en raison d'une acoustique rendue défectueuse par le développement\ntout en longueur et par le peu de hauteur du plafond. Loin de se fondre dans l'ensemble, les\ndivers groupes d'instruments y conservent leur crudité. Trompettes et trombones, fracassants\nà l'excès, ne le cèdent en vacarme que devant une percussion tumultueusement assourdissante.\nEt nous en souffrons d'autant plus vivement qu'une phalange ardente et souple y évolue\ndocilement sous la baguette sobrement expressive de son chef, M. Pierre Sechiari.\nLa Symphonie en si bémol d'Ernest Chausson ouvrait la fête sonore. Œuvre de haute tenue\net de pensée hautaine où le respect des formes classiques n'entrave jamais le frémissement\nd'une émotion tantôt contenue, parfois plus lyrique, et n'arrête pas davantage la chaude\nclameur de la sensibilité qui s'épanche là, grave et douloureuse elle fut exécutée avec une\nsuperbe fougue. L'ivresse dyonisiaque éclata ensuite bruyamment dans la délirante bacchanale\ndu Vénusberg de Wagner, tandis que l'Ouverture de Léonore (n° 3) de Beethoven mit en valeur\nla piquante légèreté des cordes. Entre ces trois ouvrages purement symphoniques, se firent\nentendre Melle Yvonne Dubel et une virtuose du violoncelle. La voix de la jeune cantatrice\nnous parvint claire et lumineuse, pareille à un doux rayon d'étoile illuminant la \" nuit resplen-\ndissante \" de Gounod. Cette Cantilène de Cinq-Mars précédait une mélodie de Schumann,\nA ma Fiancée, chantée en allemand. L'orchestration faite par M. L. Narici témoigne d'une\nlouable discrétion à laquelle je reprocherai toutefois sa teinte grise et par trop terne. Mais les\novations allèrent principalement à Mme Caponsacchi-Jeisler. D'un archet fin, sans vibrato ni\nmollesse, elle interpréta avec un charme délicieusement pudique, le Concerto de Lalo et, en"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.56", "texte": "56\nS. I. M.\n\nparticulier, le second mouvement si joliment évocateur d'une féerie lunaire, aux elfes dansant\nprès d'un lac bleu, dans les montagnes.\nA la salle Erard sonnait également l'heure d'une importante réouverture. Fidèle à des\ntraditions vieilles de quarante années, sachant que le public \" à sa proue attaché \" aime\nréentendre certaines pages qu'il affectionne, la Société Nationale n'a pas pour habitude\nd'inscrire de l'inédit au programme de sa première soirée. Elle se contente de puiser dans son\npropre fonds, lequel on ne l'ignore point est riche d'un butin précieux conquis\npar l'école française et aussi par l'art étranger, sur le domaine de la musique pure. Son\nchoix, élégamment diapré cette fois, avait porté sur le probe et austère Quatuor à\ncordes de M. Magnard ; sur trois mélodies tendrement pathétiques de Chausson : La Chanson\nbien douce, Cantique a F Epouse, Dans la Forêt du Charme ; sur La Bonne Chanson de M. Gabriel\nFauré, où d'extatiques et fluides harmonies miroitent à la façon des eaux qui dorment, pares-\nseuses et transparentes ; enfin, sur diverses pièces pour le piano : Prélude, Sarabande, Toccata\nde M. Debussy, Rondefia d'Albeniz, Ein Kindersscherx de Moussorgsky, celle-ci redemandée,\net Islamey de Balakirew, dont les rythmes subtils ou éblouissants ont le chatoiement vif ou\ndélicat des gemmes. L'assistance, très nombreuse, manifesta son plaisir en applaudissant les\nexcellents interprètes qui avaient assumé la tâche et assuré le succès, MM. Firmin Touche,\nHémery, Vieux et Marneff, Melle Rose Féart, MM. Alfred Casella et Ricardo Vines.\nNous allons retrouver ces trois derniers parmi les artistes qui prêtèrent leur concours à la\nSociété Musicale Indépendante. Le troisième concert de la S. M. I. comprenait maintes\npremières auditions. Attrayantes certes pour la plupart, mais combien menues, impondérables.\nJe sais bien que le poids ne fait rien à la chose. Sans doute un lied renferme souvent plus de\nmusique qu'une symphonie. Mais cela, c'est quand la symphonie a été manquée et que le lied\nest réussi. Dans tous autres cas, on ne saurait contester qu'il faut infiniment plus de souffle, de\npuissance, d'invention renouvelée, en un mot de facultés naturelles et acquises, pour venir à\nbout d'un ouvrage de longue haleine. Les travaux auxquels s'astreignent certains de nos musi-\nciens d'aujourd'hui sont minuscules, durent à peine quelques secondes. Colifichets de la\nmusique, ils ne sauraient prétendre qu'à nous amuser (ou à nous agacer) tant que leur style et\nleurs procédés n'auront pas été frappés de caducité, ce qui souvent ne tarde guère. Gardons-\nnous d'en exagérer l'importance ; n'attribuons pas à chacun d'eux un rôle novateur qu'ils\nremplissent rarement. Accueillons-les avec sympathie comme des tentatives intéressantes, des\naudaces parfois heureuses, des essais plus ou moins bien venus. Mais n'oublions pas que les\ntentatives n'aboutissent pas toujours, que par audaces il ne faut pas entendre trouvailles et que\nle mot essais n'a jamais signifié chef-d'œuvre sauf pour le seul Montaigne.\nEcrit en 1879, le lerIer Quaiuor de M. Gabriel Fauré est une magnifique réalisation qui n'a\nrien perdu de sa saveur primitive. MM. A. Casella, Chailley, [urgensen, Griset en dégagèrent\ntoute la préciosité tendre et nacrée. MeUe Rose Féart chanta ensuite d'une voix aussi experte\nqu'expressive, les Quatre Poèmes Hindous de M. Maurice Delage. Ces mélodies sont d'un coloris\nchaud et fort agréable. La seconde, Lahore, fut favorisée d'un bis à cause sans doute de\nP \" à bouche fermée \" dont l'effet, si souvent utilisé dans les chœurs, empruntait à son\nisolement une singularité cocasse. Après le Scherzare de M. G. Knosp, M. Ricardo Virïes\nfeuilleta par deux fois, avec la prestigieuse gravité voulue, les Chapitres tournés en tous sens du\nbon humoriste, M. Erik Satie. Les auditeurs se divertirent aux objurgations du mari à Celle qui\nparle trop (Ne parle pas, Rose, je t'en supplie...), reprirent haleine avec\nPierres (c'est un rien, un souffle, un rien...), compatirent au Jonas, Latude\n(Nous n'irons plus au bois...). Heureusement pour MM. Florent Schmitt et Maurice Ravel\nqu'ils se sont affirmés musiciens très remarquables dans des œuvres plus significatives que"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.57", "texte": "LE MOIS\n57\n\ncelles-ci : Une Semaine du Petit ElfeFerme-Tœil ou impeccablement\nmimé sur le clavier par les prestes petites mains de Melles Denise Haas et Alice Durand, et\nTrois Poèmes traduits avec une ferveur mallarméenne par Mme Jane Bathori-Engel. Salués par\nles acclamations d'un public débordant d'enthousiasme, les de M. Delage, ces\nTrois Poèmes de M. Ravel et les Trois Poemes de de M. Strawinsky, dits\npar Mme Nikitina, délicieuse d'exotisme, comportaient une instrumentation pour piano ou\nharpe, deux flûtes, deux clarinettes et quatuor à cordes. MM. Pierre Lucas,\nSpathy, Merkel, Bigot, Audisio, Jeoffroy, Pascal,\nSpeyer, Dauwe, Bâton, Mme Ellie, s'y dépensèrent\ngénéreusement sous l'adroite direction de M. Inghel-\nbrecht. D'habitude frais, rêveurs,\nallègres ou troublants, ces timbres\nne servirent dans les poèmes de\nM. Igor Strawinsky qu'à produire\ndu bruit. A tout prendre c'est un\nrésultat.\n\nJean Poueigh.\n\nLes Sociétés\nJ. Renard\nLe premier Concert Chaigneau, on ne saurait trop s'en féliciter, débutait par une\nnouveauté: la première audition d'un Concerto à Cordes de Dall-Abaco (1675-1742)*\nobjectera peut-être que l'auteur n'est plus très jeune mais il avait tant attendu ! Ce concerto\nfort gracieux, dans la manière du meilleur Lulli fut agréablement rendu par l'orchestre\nsous la direction de M. Camille Chevillard. Le Trio Chaigneau, où brille d'un éclat tout\nparticulier l'excellente pianiste Mme Thérèse Chaigneau-Ruminel, se fit entendre dans le Triple\nConcerto de Beethoven. On applaudit ensuite la belle voix et le talent remarquable de\nMme Auguez de Montalant dans du Hœndel et surtout dans Y Air de la Naïade de Gluck, qui\nfut bissé. Au Salon des Musiciens Français le programme ne comportait aucune révélation\ncaptivante. Toutefois l'on écouta\navec un vif plaisir les Chansons à\nquatre voix de M. Jacques Pillois.\nElles témoignent chez l'auteur\nd'une grande ingéniosité, d'un\nsouci réel d'expression et d'une\nécriture variée. Deux quatuors à\ncordes se partageaint la dernière\nsoirée de la Société Philharmo-\nnique : Le Quatuor en la majeur\nde Schumann et le Quatuor en ré\nmajeur de Franck, que le Quatuor\nCapet interpréta, le dernier surtout,\navec une chaleureuse puissance."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.58", "texte": "Appelé à faire partie de l'orchestre de l'Opéra, un violoniste notoire, troublé par l'émo-\ntion de son début, devança ses camarades en attaquant seul les doubles-cordes du prélude. Le\nchef le foudroya du regard et, à l'entr'acte, marchant sur lui : \" Tous mes compliments,\nMonsieur, votre accord était parfait. Mais n'y revenez pas ou je vous flanque à la porte. \"\nCe sont là de menus accidents pouvant se produire dans les masses, mais que l'on n'a guère à\nredouter avec nos compagnies de quatuors.\nAdmirateur de Brahms, M. Parent avait inscrit son nom en tête des quatre séances de\nmusique de chambre. Avec l'aide de ses excellents partenaires habituels, M.M. Loiseau, Brun\net Fournier, et occasionnel, M. de la Haulle, le Quintette à cordes bénéficia d'une exécution\nlarge, précise et véhémente. Le Quatuor Lejeune apporte dans ses interprétations une\nconviction ardente et un enthousiasme fervent. Il favorise les classiques Quatuor a cordes en\nmi bémol de Mozart, Quintette en ut (avec deux violoncelles) de Schubert et sacrifie, lui\naussi, à Brahms Quatuor à cordes en la mineur. Tandis que le Quatuor Le Peuve se\ntourne au contraire vers les modernes. A son deuxième programme figuraient les Quatuors à\ncordes de Marcel Orban et d'Armand Parent, où s'épanouit toute une floraison contrapuntique.\nLe Double Trio apporte plus de variété dans ses concerts, puisqu'à trois exécutants ils\nréalisent le miracle d'être six. Mme Ida Nordmann met en\naction successivement ou simultanément ses propres cordes\nvocales et les cordes du quinton ou de la viole d'Amour ;\nM. E. Flament, virtuose du basson, promène également ses\ndoigt sur le clavier ; et M. Debruille, tour à tour, tient l'archet\ndu violon, caresse l'ivoire du piano et du clavecin. Et à eux\ntrois ils furent applaudis comme six.\n\nIl est fort surprenant qu'à notre époque de spiritisme l'on n'ait jamais assis de\nF | « 11 i J\nmédium devant le clavier en évoquant l'esprit des grands maîtres. De\nmême que d'illustres morts se font entendre par leur bouche, que leur\nplume dévoile d'étonnants mystères, leurs doigts auraient peut-être révélé\nle secret des œuvres classiques et la signification exacte qu'il convient de\nleur donner.\nTout le monde, en effet, n'est pas d'accord sur l'interprétation de certains morceaux."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.59", "texte": "LE MOIS\n59\n\nVoici que lon discute la maniéré dont M. Edouard Risler a compris les Six Préludes et\nFugues du premier cahier du \" Clavecin bien tempéré \" de Bach. Et\ncependant M. Risler apparaît bien aujourd'hui comme le plus classique\nde nos virtuoses. Nous aurons l'occasion de l'étudier au cours de ses huit\nconcerts, dont celui-ci était le premier. En outre du Bach déjà cité, la Sonata\nAppasiionata de Beethoven et la Fantaisie-Sonate de Schubert, très musicalement rendue,\nvalurent un gros succès à M. Risler.\nM. Paul Loyonnet réserve au contraire toute sa tendre sollicitude pour les modernes.\nIl tut cette fois le protagoniste ardent et applaudi de Reynaldo Hahn, Widor, Saint-Saëns et\nd'autres encore.\nElève de Busoni, parait-il, Mlle Françoise Morin possède des doigts\nparticulièrement agiles. Elle joua très vite la Fantaisie Chromatique de Bach\net les Etudes Symphoniques de Schumann. Il est vrai qu'il lui fallait rattraper le\ntemps perdu à chercher un tourneur de pages pour la Sonate en la de Bee-\nthoven où elle partagea avec Mlle Reboul, violoncelliste de talent, le chaleureux\naccueil qui leur fut fait.\nAprès l'élève, voici le maître lui-même. Le roi de l'Erard,\nM. Ferruccio Busoni, est dans nos murs. Et son triomphe est\ntel, sa glorieuse renommée semble si bien assise, que la critique n'est\nplus appelée, à en témoigner. Peut-être M. Busoni l'ignore-t'il et\nsemblable mesure fut elle prise en dehors de lui. Tout de même, si\nson immense talent n'est plus mis en doute aujourd'hui par personne,\nc'est bien un peu à la presse qu'il le doit. Ayant été conviés au premier seulement, de ses trois\nrécitals, il nous est possible d'en donner la physionomie. Dire l'enthousiasme de cette salle où\ntous les professionnels du piano s'étaient donné rendez-vous est impossible. M. Busoni est\ncertainement le plus poète des virtuoses du moment. D'autres ont peut-être plus de puissance,\nune dynamique plus précise. Aucun ne dispose d'une gamme de nuances aussi variée et ne\nréalise avec plus de douceur, de grâce précieuse ou abandonnée, de délicatesse, de fini et de force,\nles jeux de lumière etlesoppositionsdecouleur.il interpréta magistralementla Sonatecn si mineur\nde Liszt et les Six Bagatelles de Beethoven ; il eut des sonorités d'une profondeur exquise dans\nles Quatre Préludes au Choral de Bach-Busoni et déploya une incomparable souplesse dans les\nadmirables Douze Etudes de Chopin. Devant les acclamations d'un public délirant, M. Busoni\ndut répéter la douzième et ne put qu'à grand peine se dérober à une admiration sans pitié.\n\n\" ...Et s'il n'en reste qu'un je serai celui-là ! \" aurait pu s'écrier M. Joseph Debroux.\nLa trêve des chocolatiers s'avère en effet funeste aux violonistes. Louons donc celui-ci comme\nil convient, d'avoir été le seul à manier l'archet des virtuoses durant cette quinzaine. Ses con-"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.60", "texte": "6o\nS. I. M.\n\nfrères doivent s'estimer très heureux d'avoir été représentés aussi dignement que par cet\néminent artiste.\nLe premier des trois récitals de M. Joseph Debroux remporta,\nsalle Pleyel, le plus vif succès. Le roi des instruments faisait tous\nles frais de la séance, sans vaine concession aux cordes vocales, sans\ndemander au piano autre chose qu'un discret accompagnement.\nDes premières auditions d'auteurs morts depuis un siècle ou deux\nremplaçaient ici les modernes.La part faite aux vivants\ny est d'ailleurs assez restreinte et l'on voit bien tout le penchant que M. Debroux\néprouve pour la musique ancienne. Il ne faut pas lui en faire un grief car il la\nsent fortement et l'exprime avec une remarquable pureté de style et de sonorité.\nLes Sonates de Du Val et Exaudet, une Chaeonne de Bach pour Violon seul,\nune Gavotte de Jean-François d'Andrieu, La Chasse de Jean-Pierre Guignon,\nY Elégie d'Emile Roux, Y Andantede Fernand Halphen, la de Lalo et\nsurtout Y Introduction et Rondo Capricciosode Saint-Saëns, admirablement exécutés,\nse partagèrent les applaudissements d'un public enthousiaste.\n\nUne chanson populaire fameuse raconte les hauts faits de u trois jolis tambours revenant\nde la guerre \". Les trois récitals de chant dont il va être question s'écoulèrent sans prouesses\nd'aucune sorte, dans un calme recueilli et pacifique, seulement troublé par le crépitement des\npaumes qui s'entrechoquent. Deux présentaient un vif intérêt. Ils se déroulèrent le même soir,\nà la même heure. En outre, ils avaient ceci de commun, qu'ils furent tous deux particulière-\nment réussis et qu'un nombreux public manifesta, ici et là, son parfait contentement.\nSalle Erard, Mme Elisabeth Protopopova avait composé entièrement son programme\navec des œuvres russes modernes. Rachmaninow surtout avait la part belle. Des mélodies, des\npièces de piano, une Sonate pour piano et violoncelle exécutée avec chaleur par MM. Henri\nDefosse et Louis Ruyssen, le représentaient. D'autres lieder de Moussorgsky, Balakirew,\nPomansky et Borodine y figuraient encore avec deux airs de Snegourotchka de Rimsky.\nMme Protopopova prête à toutes ces musiques un charme tranquille qui va plus loin que son\napparente impassibilité. L'âme slave y apparaît un peu lointaine et comme voilée. Et l'auditoire\nse laisse doucement caresser par cette brise parfumée venue du Caucase à travers la steppe."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.61", "texte": "LE MOIS\n6i\n\nMoins spécial, le concert donnée salle Pleyel par Mlle de Febrer témoignait d'un goût\néclectique. Il comprenait des pages\nde Haendel, de Gluck, un de\nCarissimi, une Canzde Scarlatti\net des mélodies de Raoul Pickaert,\nDebussy et Duparc. La voix chaude\net bien timbrée de Mlle de Febrer en\nexprima les divers sentiments dans\nun excellent style et elle dut bisser\nViens à moi de Pickaert. A côté\nd'elle, triomphèrent également sur le\nclavier et avec l'archet, Mme Chail-\nley-Richez et M. Marcel Chailley,\ntous deux musiciens des plus remar-\nquables.\nEnfin la troisième de ces gracieuses cantatrices, Mlle Nelly Baissac, se prodigua avec\nsuccès dans une séance où le chant n'attirait plus à lui le principal intérêt.\n\nL'orgue est un instrument célèbre par son point. Les amateurs du bel canto savaient\napprécier le point d'orgue et ils le savouraient avec délices, avec aussi de frénétiques transports.\nSa culture, alors fort productive, diminua par la suite ; de nos jours, il est devenu presqu'in-\ntrouvable. On le demande pourtant quelquefois. L'une de nos plus aimables cantatrices\nmondaines, avant de déchiffrer une mélodie modern-style, s'informait ingénument du fameux\npoint d'orgue. L'auteur lui ayant déclaré qu'il n'y avait pas place pour lui dans sa musique, la\ndame refusa de la chanter.\nMais l'orgue à bien d'autres qualités et M. Joseph Bizet sait en tirer un fort habile\nparti. De la série des trois concerts que Mlle Renée Lénars, la réputée harpiste, donne avec\nlui salle Pleyel, deux ont eu lieu. Ils furent extrêmement brillants. Au premier, Mlle Renée\nLénars exécuta admirablement sur la harpe-luth des Noëls de Périlhou, et sur la harpe chroma-\ntique des Fantaisies de Bach et de Fauré. Accompagnée par M. Joseph Bizet, elle fit entendre\ndu Gluck, du Schubert, du Grieg et du Widor, tandis qu'en bon organiste, M. Bizet s'atta-\nquait seul à une Toccata et Fugue de Bach et en sortait victorieux. Des mélodies de Mouquet\nformant l'intermède vocal, trouvèrent en Mme Bureau-Berthelot une interprète de grand style.\nLe second programme fit applaudir En et de Debussy transcrits pour\nharpe chromatique et orgue, Sarabande et Menuet de Bach pour harpe-luth,\nde Florent Schmitt, pour harpe chromatique et cordes, dont le Quatuor Chailley tenait la\npartie d'accompagnement, tâche difficile que les quatre excellents artistes menèrent à bien.\nMlle Mary de Buck chanta avec un charme émouvant de Franck et des mélodies\nde Paul Vidal. Enfin, après un fragment de la Jeanne d'Arc de Benjamin Godard, auquel\nparticipèrent Mlle Marcelle Burgart et M. Brémont, Mlle Renée Lénars et M. Joseph Bizet\nfurent longuement ovationnés."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.62", "texte": "NANTES. — Grand Théâtre.Après le cycle des œuvres d'Alfred Bruneau, M. Rachet\na donné une nouvelle preuve de son goût artistique en faisant une très intéressante reprise des\nNoces de Figaro.L'exquis chef-d'œuvre de Mozart n'avait pas été joué à Nantes depuis soixante\nans. Je ne dirai pas que l'interprétation a été, en tous points, irréprochable, ce serait exagéré,\nmais quelques-uns des protagonistes méritent d'être loués. M. Grimaud est un Figaro de\ngrand style, M1Ie Nordi, une Suzanne accorte et de superbe voix, Mlle Luart, un charmant\nChérubin et Mlle Mancini, une Comtesse de talent. M. Ernaldy dirige l'exécution en impec-\ncable musicien. MIIe Delna est venue chanter la lamentable Elle reviendra, sous\npeu, pour Y Attaque du Moulin.Dans cette œuvre on pourra l'applaudir sans restriction.\nAssociation nantaise des Grands concerts. Le second concert a été donné avec le concours\ndu violoncelliste André Hekking qui interpréta avec un sûr talent le concerto, si discuté, de\nDvorak, deux pièces de Glazounow et V Aria de Bach. L'orchestre joua avec quelques flotte-\nments la charmante symphonie en si bémol de Beethoven. Il interpréta plus heureusement\nl'admirable morceau symphonique de Rédemption et de Rimsky-Korsakoff. Le\nconcert fut bien dirigé par M. Morin.\nAudition d' \" Armide \". Sur l'initiative de Mme Caldagnès et de M. Ernaldy a été\ndonnée, au Grand Théâtre, une brillante audition de de Gliick qui n'avait pas été\napplaudie à Nantes depuis 1786, où Mme9 Maillard et Saint-Hubert vinrent l'interpréter.\nLes principaux rôles étaient bien tenus par Mme Buffet et Mlle Arin, MM. de la Patellière et\nAubert. On admira avec raison le bel ensemble des chœurs de Mme Caldagnès. L'orchestre ne\nmérite, lui aussi que des compliments. Bref, ce fut une belle soirée d'art, dont les dilettanti\nnantais conserveront longtemps le souvenir. L'exécution était dirigée avec une autorité indis-\ncutable, un sens précis des mouvements et du sentiment de l'œuvre, par M. Fritz Ernaldy.\nCombien nous devons, à Nantes, nous féliciter de posséder cet artiste admirable.\nEtienne Destranges.\nTOULOUSE. Graz iella,poème romantique en 4 actes et 5 tableaux, musique de notre\ncompatriote Jules Mazellier, a été représenté sur la scène du Capitole avec une interprétation\nsinon de premier ordre du moins très homogène et a obtenu un grand et légitime succès.\nL'auteur a dirigé deux des dernières représentations et sa présence au pupitre, qui avait\néveillé un mouvement de sympathique curiosité, a de nouveau ramené la foule vers le théâtre\net assuré la réussite complète de l'œuvre.\nEn général on suit peu, cette année, les représentations de notre Grand-Théâtre ; ceux\nque l'on s'est plu à appeler les \" belcantistes toulousains \" sont mécontents de la troupe. Par\ncontre les amateurs de musique symphonique réservent leurs faveurs aux grandes auditions de\nla Société du Conservatoire, aux concerts plus modestes de \", ou bien\nencore aux séances assez fermées mais d'un très haut intérêt de la \" Société Charles Bordes\nAu Conservatoire, le dernier concert fut dirigé par M. Paul Vidal, notre compatriote,\ndont la renommée avait attiré un public nombreux et choisi. Sous sa baguette l'orchestre\ndonna une magnifique exécution de la Symphonie en ut mineur, de l'ouverture des Maîtres"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n63\n\nChanteurs, du morceau symphonique de Rédemption (César Franck) et du Caprice Espagnol\nde Rimsky-Korsakoff. Cédant à un sentiment trop modeste, M. Paul Vidal ne fit entendre de\nlui qu'un court mais charmant cycle de mélodies : Les chansons de Shakespeare, fort bien\ninterprétées par Mmes Magne et Benneth.\nOn parle très sérieusement pour la direction du Conservatoire de M. Aymé Kunc\ndont la candidature semble devoir réunir tous les suffrages. La parole est au ministre\nG. G.\n\nBelgique\nJ'avoue connaître, à cet instant, une quasi insurmontable hésitation. Après tant d'autres,\nil faut pourtant que je vous parle aussi de Parsifal. Parmi l'étourdissant tintamarre qu'a\ndéchaîné la \" chute \" du chef-d'œuvre \" dans le domaine public \", sous l'entassement prodi-\ngieux des littératures qui la commentent et la jugent, au sein des tumultueuses rumeurs\ndes foules innombrables vers le Temple ruées, combien présomptueuse et vaine la voix perdue\nd'un poète ?\nIl semblerait que nous vivons à l'aube d'une foi nouvelle. Wagner entrevit-il ce miracle\nqui, soudain, arrête la génération dans sa course désordonnée et d'un seul coup, tourne tous ses\nregards vers la cîme où son orgueil, naguère, alluma l'apothéose suprême, de la Beauté ? Le\nsiècle impie a tressailli au glas des cloches du Graal, sonnant le deuil des religions défuntes, le\nregret d'idéals oubliés. O sublime pouvoir de l'art, pareil à la mystérieuse attirance des cieux\nsemés d'étoiles ! Lumière essentielle, dont la traînée radieuse, se prolongeant par delà les nuits\ninfinies, dément la mort des astres !\nHélas, la surhumaine audace de ce rêve, la témérité souveraine de cette conquête y\ntrouvent l'arrêt fatal du destin. A peine l'eucharistique lueur a-t-elle tremblé au cristal\ndu vase, la croix s'efface qu'a tracée le Pur. C'en est fait. La voix s'est tue. La croyance est\nmorte. L'ultime accord se brise sur la détresse de nos silences. La Prière expire à nos lèvres.\nEn vérité, nous n'avons plus que faire de tous ces dieux, secourables aux héros, tristes\npèlerins des douleurs. Que nous importe le paradis promis aux élus de la mort ? Nous ne\nvoulons ni pitié, ni sagesse, ni remords, ni Vérité, ni Rédemption. Notre joie n'est rien et\nn'est toute que la Vie. Sa seule loi nous est la jeunesse capricieuse de nos désirs. Notre\nreligion n'est qu'amour. Redevenus des hommes, ignorants du bien et du mal, nous crions\nl'originel transport d'être libres, ainsi, devant les plaines vierges de l'avenir.\nSuperflue sans doute apparaîtrait ici l'analyse de la partition, du poème. L'un et l'autre\nont trouvé des centaines de commentateurs. D'experts spécialistes les ont fouillés, divisés,\ndéchiquetés, distribués enfin à l'entendement des plus profanes. Au surplus, nous n'avons jamais\npu vaincre une désespérante et instinctive répugnance à disséquer l'émoi que nous procure une\nœuvre d'art. \" Dieu parle, il faut qu'on lui réponde \" a dit de Musset ! Ce vers est, à la fois,\nnotre axiome et notre excuse.\nTous savent aujourd'hui aussi bien sinon mieux ! que Wagner lui-même, de quels\néléments complexes et confus, empruntés aux légendes, aux philosophies, aux religions, à la\nParole romaine, est fait le symbole de ce mystère. Les initiés connaissent la texture, le ton,\nle sens et l'arrangement des thèmes. Qui donc, parmi les \" fidèles \", n'a pas refait cent fois le\ntravail minutieux de cette géniale et merveilleuse synthèse ? Parsifal a livré, je crois tous ses\nsecrets à la foule que sa musique enchante pourtant encore."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.64", "texte": "64\nS. I. M.\n\nRecueillons-nous, à l'entendre, et oublions aussi. Qu'importent les défauts, les longueurs,\nl'artifice et l'erreur de l'œuvre ? Doit-on-se plaindre ou s'éjouir de ce qu'elle ait quitté sa\ncolline mystique ? Tout cri d'un homme se voue à tous les hommes et celui-ci plus qu'aucun\nautre appartenait à la communauté. Bien inutile, le regret d'anciens privilèges.... L'office n'aura\nplus de communiants, car Parsifalclôt un cycle. Il marque la fin d'une ère. C'est le posthume\nrayonnement d'un art. Et son verbe semble venir d'outre-tombe.\nOui vraiment qu'importe ! Mélancoliques et douloureuses, plus cruellement loin-\ntaines, dans son hiératisme figé, dans sa sérénité paisible, nous porteront ses harmonies, où\nsont enclos des accords parmi les plus beaux qu'ait su capter une âme humaine. Ils vivront,\ndans la splendeur somptueuse de l'éternel.\nDirai-je que la présentation au Théâtre de est dévotieuse ? Notre hommage\nn'ajoutera rien, peut-être, à la joie, au triomphe qu'y a connus M. Maurice Kufferath\nspécialement. Il nous est agréable de le lui offrir, en sympathie à sa ferveur. Sa vie aura la\ngloire d'avoir servi Wagner, trop exclusivement, c'est le reproche que nous lui fîmes.\nIl a monté Parsifal avec des soins pieux de respect et d'art. La perfection est atteinte, sans\ndoute, en raison des moyens du théâtre. Nous ne regretterons donc point trop que M. Hensel\ninflige àla traduction française (de Mme J. Gauthier et M. Kufferath) une accentuation\nallemande. Nous admirerons sans réserve Mme Panis {Kundry belle incarnée), M. Rouard\n(y imfortasémouvant). MM. Billot et Bouillez, dignes de tout crédit. Les décors par exemple\nauraient dû être confiés à un maître, à un artiste pour une si haute évocation.\nEnfin, faisons des éloges à l'orchestre, et aux chœurs.\nRené Lyr.\nNombreux toujours, les concerts. Une absence de quelques jours, motivée par la matinée\nSamuel-Holemann, à Paris, nous a privé de plusieurs. D'autre part, la chronique destinée au\nfascicule du premier janvier celle de décembre n'ayant pas paru en temps, s'est vu reportée\nau 15. Rappelons donc le Premier Concert du consacré à du\ngrand aïeul Haendel, sous la direction de M. Léon du Bois. La première séance de\nMusicale Belge, nouveau groupement, placé sous les plus brillants patronages. Présidence\nd'honneur de Mme la Duchesse d'Ursel, MM. Braun, sénateur, De Ro, sénateur ; Présidence\ngénérale : M. le Chevalier René de Gobart ; Présidence : M. Paul Gilson. Cette soirée\ninaugurale était réservée aux oeuvres de Victor Vreuls ; elles furent interprétées par\nMM. Zimmer, Gaillard, Bosquet, la cantatrice Mme M.-A. Weber, la pianiste Mlle Ewings.\nLa seconde honorait, ensemble, MM. Eugène et Théo Ysaye. Les membres du quatuor\nZimmer, avec la collaboration de Mlles Stévart et Chaumont ainsi que d'un groupe choral de\ndames, firent entendre, du maître violoniste : Pièce pour violoncelle et piano, Poème êlégiaque, pour\nviolon et piano ; de Théo Ysaye : Quintette pour piano et cordes, pour deux pianos,\nChœurs pour voix de femmes. Les deux derniers concerts sont dédiés à Joseph Jongen et\nFrançois Rasse. Au Conservatoire encore, un récital d'orgue, par M. Léandre Vilain.\nSalle Erard, une séance de musique de chambre, œuvres classiques où se distinguèrent les\njeunes instrumentistes MM. A. Onnou, L. Halleux, violonistes, L. Loicq, altiste, F. Lemaire,\ncelliste. Un récital V.Lauter, violoniste, M'ne Everaers, pianiste. Une audition du quatuor\nWessely, de Londres. Un concert du pianiste Chiapusso. La remise annuelle des prix à\nl'Ecole de Musique d'Anderlecht, fut l'occasion d'un concert où, entre autres, furent exécutés\nune cantate de Paul Gilson : Kindervreugd,et pour soli, chœur et orchestre\nde M. G. Soudant, directeur de l'Ecole."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n65\n5\n\nActons enfin le succès de la Hiercheuse, drame lyrique de M. de Béhault, sur un libretto\nde M. G. Drains, au Théâtre royal de Liège.\nR. L.\nGAND. La saison musicale gantoise s'est ouverte par un concert de l'Association des\nConcerts d'hiver, où l'on a applaudi modérément le pianiste allemand Severin Eisenberger,\net où l'on a fait fête au chef d'orchestre, Edouard Brahy, qui dirige ces concerts depuis 1902\net vient d'en abandonner inopinément la direction, le lendemain même de la brillante\nmanifestation organisée en son honneur.\nAu Conservatoire, un concert Bach-Beethoven, avec le concours de Mlle Hélène Dinsart,\ncorrecte et distinguée, qui joue le concerto en mi bémol du maître de Bon, et, en intermède,\nla Fantaisie sur d'anciens lieder flamands de son maître Arthur De Greef.\nISA Capella gantois continue ses séances de musique ancienne, sous la direction de\nM. Emile Hullebroeck ; à sa première audition, le Magnificat d'Adrien Willaert produit une\ngrande impression. On y applaudit aussi les sonates de J. B. Loeillet.\nAu Grand Théâtre, la présence d'un adroit ténor-léger, M. Ancelin, donne un regain de\nsuccès au vieux répertoire : La Dame blanche, Si f étais Roi, etc. La seule nouveauté est un\npetit mimodrame : Pierrot pere et filsy d'un musicien du cru, M. Robert Guillemyn. On\nannonce... Le Postillon de Lonjumeau et aussi Les Joyaux de la Madone. Monna Vanna est\ntombée et n'a eu qu'une seule représentation.\nP. Bergmans.\nMONS. Nous devons signaler l'excellente initiative prise par le distingué Directeur de\nnotre Conservatoire, M. Jean Van den Eeden, qui avait mis au programme de son concert\nannuel deux œuvres musicales belges qui ont fait grande impression.\nLa marche des Communiers, de M. Léon Dubois, se recommande par une allure héroïque\nd'un souffle très élevé. Macbeth, de M. Sylvain Dupuis, témoigne d'un sérieux effort de\ncompréhension psychologique de l'œuvre immortelle de Shakespeare. L'orchestration, très fouillée,\nn'est jamais banale. M. Sylvain Dupuis exprima au maître Jean Van den Eeden, le sym-\npathique auteur de Rhéna, ses plus vifs et chauds remerciements pour la façon compréhensive\net précise dont il dirigea l'orchestre.\nX...\n\nÉtranger\n\nLETTRE DE BUCAREST\nLes Concerts Symphoniques de l'Orchestre du Ministère ont ouvert leurs portes dans la\nbelle salle de l'Athénée et ils annoncent deux séances distinctes : une sera la série dite des\nconcerts extraordinaires avec le concours de virtuoses et un choix de programmes nec plus ultra\net l'autre série sera celle dite ordinaire ou populaire à prix réduit.\nOn sait que l'orchestre qui participe à ces concerts est subventionné grassement par le\nMinistre des Beaux-Arts ; cette phalange porte d'ailleurs le titre du département auquel elle\nest attachée, c'est-à-dire d' \" Orchestre du Minisûre de F Instruction publique. \"\nMais ce qui est à retenir, c'est qu'à Bucarest on nous affiche les œuvres qui seront\nexécutées pendant la saison. Ainsi M. Dinico, le chef d'orchestre annonce tout d'abord un"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.66", "texte": "66\nS. I. M.\n\ncycle Beethoven ; ensuite, il nous fera entendre, en sus du répertoire classique, Symphonie\nFantastique et Roméo et Juliette de Berlioz ; l'ouverture du Roi d'Ts de Lalo ; l'exquise\nRapsodie Espagnole de Maurice Ravel, la pure et noble Symphonie d'Ernest Chausson, le Chant\nde la Destinée de Gabriel Dupont. La musique allemande sera représentée par la ire et la\n2me Symphonie de Brahms, par la puissante n° sde Bruckner, la 9me Symphonie de Gustav.\nMahler, savante et fougueuse, le Don Juan et le Till Eulenspiegel de Richard Strauss, la Rapsodie\nMauresque de Humperdinck ; deux belles œuvres russes, la Pâque Russe de Mili Balakirev,\nl'ouverture sur la Marche Espagnole de Glinka ; enfin le chef-d'œuvre symphonique Catalonia\nd'Albeniz, qui, les musiciens le savent, ne fut pas seulement le plus grand compositeur que\nl'Espagne ait produit, mais demeure un des plus beaux poètes de la musique moderne.\nLes virtuoses ne manquent point de prêter leurs concours aux concerts symphoniques\nd'ici ; ainsi le célèbre pianiste Mark Hambourg a obtenu un succès considérable avec le Concerto\nde Tschaïkovsky, qu'il a joué à la première séance d'ouverture. Nous eûmes les deux jeunes\nprodiges Sigm. Feuermann et son frère Emmanuel, qui, dans deux récitals, se firent longuement\nacclamer. L'illustre pianiste Emil Sauer, le célèbre violoniste Hubermann, et de meme Pablo\nCasais ainsi que L. Capet sont engagés par M. Jean Feder soit pour des récitals, soit pour\ndonner des séances de sonates et de musique de chambre, qui est fort appreciee par les mélomanes\nroumains.\nCette année, Siegfried Wagner viendra diriger deux concerts et exécutera les œuvres de\nBeethoven, de son grand-père, de son père et celles de son propre cru.\nSignalons pour aujourd'hui que la société chorale u Carmen \", sous la conduite de son\nvaleureux chef M. D. G. Kiriak, donnera au Théâtre National deux représentations, en langue\nroumaine, avec des artistes roumains qui chanteront u Cavalleria Rusticana et \"La sezatoare ,\npièce agrémentée de musique roumaine par M. Tibère Brediceano.\nM. Kiriak s'est assuré le concours précieux de l'orchestre du ministère.\nBOSTON. Un nouveau chapitre à ajouter au bruit dans la musique ; le compte-\nrendu du Festliches Prœludium de Richard Strauss, véritable cataclysme musical, dont Boston\nvient de subir les effets. Si jamais les murs de Jéricho sont tombés au son d'une fanfare militaire,\ncomme nous le raconte l'Ecriture, c'est que les Hébreux avaient déjà trouvé le secret de ces\nfracassantes auditions. Et justement, au même concert, la Cinquième venait nous montrer qu on\npeut tout de même faire quelque chose sans l'aide de huit timbales et de douze trompettes.\nUn incident curieux a marqué l'exécution du Concerto de piano de Schumann aux\nSymphony Concerts. Le Dr Muck dirigeait, le pianiste Josef Hoffman officiait. Or, ils avaient\ntous deux une conception différente de l'oeuvre de Schumann. Résultat : une lutte acharnee.\nFinalement, Hoffman prit le final à une telle allure qu'aucun orchestre n'eut pu le suivre, et\nil fallut bon gré mal gré galoper derrière lui.\nUne première : Monna Vanna de Février, avec Marcoux, Muratore et Garden. La piece\na plu, surtout le second acte. On la redonnera au printemps, car, à Boston, le public entend\nmieux le Français que l'ltalien. André Caplet avait coupé l'appendice ajouté en France a la\npièce de Maeterlinck, et l'œuvre se terminait lorsque Monna s'écrie :\nC'était un mauvais rêve... le beau va commencer !\nEn Amérique, nous avons assez d'imagination pour nous représenter la suite.\n\nLouis C. Elson."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.67", "texte": "L'Edition Musicale.\nNos étrennes nous parviennent sous la forme imposante et riche d'une superbe Boîte à\nJoujoux de Claude Debussy et André Hellê, (x) dont l'amusante décoration ravira les enfants,\net dont la musique touchera les grandes personnes. Faut-il espérer que nous verrons cette\nœuvre de grâce puérile et mignonne représentée quelque jour sur un petit théâtre de\nmarionnettes. Elle ferait fureur.\nA côté de ce cadeau moderne-style, d'autres surprises nous attendent* Ce sont d'abord\nles chocolats traditionnels, que représentent des pièces inégaleset nombreuses, tantôt savoureuses,\ncomme celles de M. Kulmann (*), ou simplement agréables comme celle de Le Rey (3), ou tout à\nfait légères comme celles de à'Allix (4), de Heisser (5), et de Frontin (6). A cette classe appar-\ntiennent les Ludes de Cellier, que s'arracheront les organistes, et les Soirs de Paul Berthier (7),\nqui déjà s'écartent des sentiers battus.\nLe Père Noël, qui nous connaît bien, n'a eu garde d'oublier la musicologie. De Wanda\nLandowska une Chaîne de Valses (8) schubertiennes évoque l'image rythmique des spires et des\nrosaces de Jean d'Udine. De Jeanne Arger, fervente cantatrice, trente cantates (9) nous\nrévèlent que le charmant Actéon, joie des salons où l'on chante, n'est pas de Rameau mais de\nBoismortier, un musicien trop oublié de 1730. H. Springer (10) nous indique d'une main sûre\ntout un répertoire de Canzonettes italiennes du début du XIXe siècle, dont les guitares de\nnos grands mères ont jadis raffolé. Enfin, le champion de la musique instrumentale au moyen-\nâge le Prof. Schering met sous nos yeux ébahis un choix de pièces de la grande époque polypho-\nnique (11), réduites sur deux portées, et qu'il nous propose de considérer comme des œuvres de\nclavier, alors qu'on voulait y voir des œuvres a capella. Grosse question, entre toutes celles que\ndevra traiter le Congrès de juin prochain !\nLa musique pure est là, en bonne place, avec une sonate piano et violon à?Armand\nParent, complexe et obstinément polyphonique, mais pleine d'une rude gaîté wallonne. Et le\nbon Chabrier qui nous envoie de l'autre monde cinq œuvres nouvelles (12) ! dont une Invita-\ntion au voyage, qui dut faire frémir en 1890 comme nous font frémir aujourd'hui les\nEsquisses de Paul Dupin. J'ai eu beau me prendre la tête dans les mains, position\nincommode pour déchiffrer au piano, je 11e suis pas arrivé à me satisfaire à la lecture du\npuzzle musical de l'ami Dupin, et je supplie l'auteur de donner l'ultime mise au point à ces\nlignes simplement indiquées. Craindrait-il l'exact formalisme des 17 Esquisses de Paul Jumel (H),\npour jeunes pianistes, délicatement présentées à la façon des Scènes d'enfants de Schumann ?...\nElles conduiront nos fervents du clavier vers les Variations (15) difficiles mais réconfortantes, de\n/. Herscher, et vers ces bois lunaires où palpitent le 11e Nocturne et la 10e Barcarolle (16) de\nnotre maître Fauré.\nUn peu à part et modestement dans l'un de nos souliers, Noël a caché la Sandale Ailée (17)\nde Marius Versepuy, collaborateur de Régnier. Ce sont cinq mélodies en un recueil, dont il faut\npenser beaucoup de bien. Versepuy, qui s'est fait en un coin de province, le défenseur de nos\nmodernes, apparaît un peu comme ces écrivains de campagne dont on découvre tout à coup le\ntalent agreste et recueilli. Il a des absences de roublardise qui feront sourire à Paris, mais une\nsincérité qui fera réfléchir ceux pour qui la musique ne tient pas toute entre la Salle Erard et\nle théâtre des Champs-Elysées.\nCertes on ne confondra pas cet effort de décentralisation moderniste avec l'audace des\nTrois Poèmes de Mallarmé (ls) dont la muse bien-armée de Ravel a voulu triompher. Pas plus\nque Majorelle avec Iribe, (ceci soit dit sans aucune pensée de blâme ou d'éloge pour l'un ou"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.68", "texte": "68\nS. I. M.\n\nl'autre côté). Comme un diamant taillé de mille facettes Ravel nous éblouit, et c'est l'une des\nplus chatoyantes mélodies de notre jeune musique, à l'affût des reflets.\nVoici enfin tout un lot que le Nouvel An a raison de nous présenter ensemble, bien qu'il\nforme un mélange cyniquement hétéroclite. Ce sont les compositeurs à l'âme folkloriste. Les\nuns comme Joao Schwarz Filho(19) se recommandent par de bonnes intentions brésiliennes.\nD'autres comme Brailoï(20) manient le rêve oriental avec une parfaite habileté. Un troisième\nA. Bertelin(21) nous transporte au pays Romand, pour nous y présenter, très heureusement\ncroqués, paysages, cortèges et danses locales.\nIl en est que tente l'antiquité, tâche ardue que M. Marcel Bernheim entreprend d'une\nplume légère et gracieuse (22). Restent les Celtes mélancoliques, qui savent allier la passion de\nla danse au goût des rêveries métaphysiques. Maurice Duhamel (2:i) ale mérite de nous donner\nsous une forme parfaitement authentique, soigneusement, longuement vérifiée, un recueil de\nces chants bretons, que le régionalisme a protégés. présente ses Pièces\nCeltiques (24), dont la deuxième est une des plus suaves évocations d'art naïf que nous ayons\nentendues. Il y ajoute une série de croquis d'après nature, pris sur le vif un peu partout,\navec le même don de surprendre l'âme populaire. J'ai parfois plaisanté Swan Hennessy\nsur son incoercible production ; mais je tiens à saisir l'occasion de reconnaître la spontanéité\nde sa musique. Parmi les Celtes aussi se range Mlle Sauvrezis à l'art altier, inquiet, modulant\nainsi qu'il sied à une élève de Franck. Son Chant des pauvres f 5), petit mystère, contient un\nair, breton sans doute, doux et dolent à faire pleurer les pierres, comme on dit dans Pelléas, et\nqui nous place tout près des Deux poèmes (26), distingués, et embrumés, où se\nfait le chantre de l'ombre. Et pour la fin, violent contraste : nous réserve les quatre\nminiatures hindoues (27), rose, noir et or, parfumées de santal, où serpente une insidieuse mélo-\ndie, certainement venue d'Orient, nasillarde, souple et sensuelle.\nNoël et Jour de l'An ! Vous déposez devant nous d'agréables cadeaux. Tous nos goûts\nsont satisfaits. Les enfants ont leur part et les grandes personnes aussi. Le subtil et le sérieux,\nle mirifique et le banal, le sombre et le brillant, le positif et la bagatelle, nous avons un peu de\ntout. Comme devant la crèche vous apportez les parfums de l'Orient et les larmes de l'Occi-\ndent, sous cette forme sonore que ne connaissaient pas les Rois Mages, puisqu'ils se sont\ncontentés de myrrhe et d'encens matériels.\nPeut-être à votre envoi, qui est un symbole, manque-t-il un peu de solide ! Mais\nvous êtes au pays de l'art insouciant et jeune. La musique profonde c'est la musique âgée.\nl) (Durand et fils). —2) Cléopatra. Vlndifférent, pour piano et chant. (Hamelle). —3) Suite symphonique.\n(Nice Lointier). 4) Marche au tombeau, pour piano (Edition mutuelle). 5) Jeunesse, piano et chant.\nImpromptu pour piano. Andante concertant, piano et violon. (Lyon, Janin). 6) Prélude, Lude, Interlude et\nPostlude, pour piano (Durand). Edition Mutuelle). 7) Sous les chênes verts, piano et chant (Demets).\n8) 'Nouvelle Chaîne de Laendler et de Valses pour piano (Moscou, Gutheil). —9) La Cantate au XVIIe et XVIII'•\nsiècles (Rouart-Lerolle). 10) Internationales Lieder Album (Berlin Schlesinger). n) Alte Meister des Or gel-\nspieles (Breitkopf). 12) Ruy Blas. Tes yeux bleus. U invitation au voyage. Sommation irrespectueuse, pour piano\net chant. Pas Redoublé\\ pour piano. (Costallat). 15) Trois Esquisses fuguées (pour piano. (Durand). 14) Pour\npiano. (Edition Mutuelle). 15) Variations sur un thème populaire allemand, pour piano (Demets). i 6) (Du-\nrand). 17) (Hamelle). 18) Pour piano et chant (Durand). l 9) Tarantella. Miniaturas. Album de Brazil\n(L'auteur. Porto Alegre, Brazil). *°) Trois poèmes arabes, piano et chant (Mathôt). 21) Au pays Romand,\npour piano (Demets). 22) Danses antiques, pour piano (Demets). *3) Kanaouennou Breix-Izel, piano et\nchant (Rouart, Lerolle). 24) Pièces Celtiques. Croquis parisiens. Sentes et Chemins. (Demets). 25) Musique de\nscène, partition de piano et chant. Hymne Orphique. Heures claires. (Senart). 26) Deux poèmes, piano et chant\n(Durand). 27) Quatre poèmes indous, pour piano et chant (Durand)."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.69", "texte": "Mémoires d'un amnésique.\nL'Intelligence et la Musicalité chez les Animaux.\nErik Satie.\nL'intelligence des animaux est au-dessus de toute négation. Mais\nque fait l'homme pour améliorer l'état mental de ces concitoyens résignés ?\nIl leur offre une instruction médiocre, espacée, incomplète, telle qu'un\nenfant n'en voudrait pas pour lui-même : et il aurait raison, le cher petit\nêtre. Cette instruction consiste surtout à développer l'instinct de cruauté\net de vice qui existe ataviquement chez les individus. Il n'est jamais\nquestion, dans les programmes de cet enseignement, ni d'art, ni de littéra-\nture, ni de sciences naturelles, morales, ou d'autres matières. Les pigeons\nvoyageurs ne sont nullement préparés, à leur mission, par un usage de la\ngéographie; les poissons sont tenus à l'écart de l'étude de l'océanographie;\nles bœufs, les moutons, les veaux ignorent tout de l'agencement raisonné\nd'un abattoir moderne, et ne savent pas quel est leur rôle nutritif dans la\nsociété que s'est constituée l'homme.\nPeu d'animaux bénéficient de l'instruction humaine. Le chien, le\nmulet, le cheval, l'âne, le perroquet, le merle et quelques autres, sont les\nseuls animaux qui reçoivent un semblant d'instruction. Encore, est-ce\nplutôt de l'éducation qu'autre chose. Comparez, je vous prie, cette instruc-\ntion à celle donnée par les universités à un jeune bachelier humain, et\nvous voyez qu'elle est nulle et qu'elle ne peut étendre ni faciliter les\nconnaissances que l'animal aura pu acquérir par ses travaux, par son assiduité\nà ceux-ci. Mais, musicalement ? Des chevaux ont appris à danser ; des\naraignées se sont tenues sous un piano pendant toute la durée d'un long\nconcert, concert organisé pour elles par un maître respecté du clavier.\nEt après? Rien. Par-ci, par-là, on nous entretient de la musicalité du\nsansonnet, de la mémoire mélodique du corbeau, de l'ingéniosité harmonique\ndu hibou qui s'accompagne en se tapant sur le ventre, moyen purement\nartificiel et de mince polyphonie.\nQuant au rossignol, toujours cité, son savoir musical fait hausser les\népaules au plus ignorant de ses auditeurs. Non seulement sa voix n'est pas\nposée, mais il n'a aucune connaissance ni des clefs, ni de la tonalité, ni de\nla modalité, ni de la mesure. Peut-être est-il doué ? C'est possible ; c'est\nmême certain. Mais on peut affirmer que sa culture artistique n'égale pas\nses dons naturels, et que cette voix, dont il se montre si orgueilleux, n'est\nqu'un instrument très inférieur et inutile en soi.\n( A suiv"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.70", "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nPour fêter d'une manière marquante le début de sa cinquième année d'existence, la\nSociété Française des Amis de la Musique a réuni ses membres le mercredi 7 janvier, au\nThéâtre des Arts, pour assister à une représentation exceptionnelle de \" La \"Jeune Fille a la\nFenêtre Ce titre indécis et mystérieux est celui d'une œuvre qu'on pourrait croire moderne\npar son style et ses tendances si elle ne datait, au contraire, de plus de vingt cinq ans déjà !\nC'est M. Eugène Samuel, un musicien belge, qui est l'auteur de la musique, écrite sur\nun poème en prose lyrique, infiniment touchant et gracieux, de M. Camille Lemonnier.\nLe sujet, d'une grande simplicité, est surtout attrayant par la poésie intime et profonde\nqui s'en dégage : une jeune dentellière de Bruges-la-Morte travaille auprès de la fenêtre, un\njour d'hiver, au crépuscule, et raconte en chantant l'histoire mélancolique de ses rêves\nd'amour...\nSi le nom de M. Eugène Samuel, malgré de longues années de labeur, est encore inconnu\nde ce qu'on appelle vulgairement le \" grand public \", ses nombreux ouvrages qui s'étendent à\ntoutes les formes de la composition musicale, de la sonate au drame lyrique, ont cependant\nattiré sur lui, dans son pays, l'attention d'une élite plus précieuse pour lui, sans aucun doute,\nque les jugements légers de la foule.\nMais la destinée fut parfois ingrate et sans pitié pour ce musicien doué des dons les plus\nrares, dont le talent et l'intuition devançaient étrangement son époque.\nCe que fut la vie d'Eugène Samuel et ses luttes contre un sort immérité, M. René Lyr,\nle distingué critique belge, l'a dit dans une causerie où tour à tour éclataient, dans des élans\ngénéreux, l'admiration d'un artiste et l'affection d'un ami. Et ce discours, plein d'idées et de\nsentiments, a laissé peut-être deviner aux auditeurs pourquoi les \" Amis de la Musique \"\navaient voulu offrir à l'auteur de \" La Jeune Fille à la Fenêtre \" un témoignage sympathique\net une joie bienfaisante.\n*\n* *\nNous avons contracté vis-à-vis de M. Jacques Rouché une grande dette de reconnaissance,\ncar c'est à lui, à son concours bienveillant, que nous devons d'avoir vu représenter l'œuvre de\nM. Eugène Samuel à la scène, telle qu'elle fut conçue, dans un décor évocateur de la vieille\ncité flamande, signé par le grand peintre M. Dethomas, et avec une mise en scène pittoresque.\nNous tenons à remercier très vivement M. Jacques Rouché de son dévouement et de\nl'hospitalité qu'il a, une fois de plus, offerte si aimablement à la Société Française des Amis de\nla Musique.\nEt puis, nous avons surtout à cœur d'exprimer nos sentiments de profonde gratitude à\nMme Jane Bathori-Engel qui a été l'interprète idéale d'un rôle particulièrement délicat et\ndifficile, dont elle a fait une création inoubliable. Les applaudissements chaleureux qu'elle a\nrecueillis, lui auront d'ailleurs exprimé mieux que nous ne saurions le faire ici, l'émotion et le\nplaisir qu'elle a procurés à tous.\nLa partie musicale, qui exigeait le concours d'un ensemble d'instruments choisis, (quatuor\nà cordes, cor, hautbois et harpe,) a été exécutée le mieux possible, sous l'habile direction de\nM. Gabriel Grovlez, dont on a si souvent apprécié, au Théâtre des Arts, les grandes qualités\nde musicien et de chef."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.71", "texte": "LE MOIS\n71\n\nA lui et à ses éminents collaborateurs, M. Daniel Herrmann, Mme Marty-Zipélius,\nM. Lefranc, M. André Bourgeois, M. Lemaire, M. Capdevielle, M. Leclercq, Mme Roubier-\nNeitzel, nous adressons l'expression de nos plus sincères remerciements. Enfin, nous tenons, en\nterminant, à remercier aussi les nombreux \" Amis \" qui se sont associés à cette fête intime.\nElle fut pour M. Eugène Samuel, nous le savons, comme une lumière heureuse sur sa route\net, ainsi qu'il nous l'a écrit lui-même \" une joie d'art, la seule, la première qu'il lui ait été\ndonné de connaître \"...\n*\n* *•\nSur un rapport favorable de la Commission de Musique, le Conseil d'Administration de\nla Société Française des Amis de la Musique, a décidé, à l'unanimité, d'accorder son patronage\net son appui, sous forme d'une subvention, à la Société des Concerts Populaires, qui vient de\nse fonder sous la présidence et la direction de M. Pierre Monteux.\nLe Patronage de notre Société se trouve justifié par l'œuvre sociale que cette nouvelle\nassociation de concerts a l'intention d'accomplir.\nEn effet, après étude de la question, voici pour quelles raisons l'appui de la Société\nFrançaise des Amis de la Musique lui a été consenti :\ni° La Société des Concerts Populaires donnera tous les hivers, le dimanche après-midi,\nun minimum de 10 concerts, dans la salle du Casino de Paris ou toute autre salle à son choix\nà des prix extrêmements réduits.\n2°La Société des Concerts Populaires se propose de donner, en plus des concerts du\ndimanche des concerts dans les Universités Populaires ou œuvres similaires, au prix de i Fr.\no Fr. 50 et o Fr. 25, avec nn orchestre réduit selon la capacité des salles.\n30 La Société des Concerts Populaires consacrera périodiquement le matin, une répétition\nà la lecture d'œuvres nouvelles ou inédites de compositeurs français et étrangers.\nLes œuvres lyriques, comme les œuvres symphoniques, pourront être lues à ces Séances\nqui seront ouvertes à tous les membres de la Société Française des Amis de la Musique sur\nprésentation de leur carte.\n40 En remerciement pour le concours apporté par notre Société, des privilèges spéciaux\nseront accordés aux personnes ayant contribué à la subvention et aux membres de la Société\nFrançaise des Amis de la Musique, soit sous forme de places aux concerts du dimanche, ou\nd'entrées ou d'invitations aux répétitions du samedi matin.\n* *\nLes sociétaires qui voudraient bien s'intéresser à l'œuvre de la Société des Concerts\nPopulaires peuvent s'adresser au Secrétaire de notre Société qui leur communiquera tous les\ndocuments concernant cette intéressante entreprise."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.72", "texte": "ÇA ET LA\n\nÉchos\n\nSon premier insuccès...\nLa lettre de Raoul Pugno dont nous publions un fac-similé est la dernière qu'écrivit le\ngrand artiste. Elle fut rédigée fiévreusement le 23 décembre (10 Xbre style russe) dans la\nchambre d'hôtel que l'illustre pianiste ne devait plus quitter vivant et se rattache à un\nincident émouvant que nous rapporte notre ami A. de Wieniawsky. Pugno était arrivé fort\nsouffrant à Moscou mais ne se croyait pas en danger. Cependant, le jour de son concert, la\nfièvre le terrassa et les médecins consultés lui interdirent toute sortie. Désespéré à l'idée\ndu scandale que provoquerait cette défection, navré du dérangement inutile qu'allaient\ns'imposer 3.000 auditeurs, il voulut se faire remplacer par le seul artiste assez admiré et assez\naimé à Moscou pour affronter sans crainte la mauvaise humeur d'une salle que pouvait\nindisposer un si brusque changement d'affiche. C'est alors qu'il écrivit la lettre suppliante\nque nos lecteurs ont sous les yeux et que de Wieniawsky se chargea de porter à son desti-\nnataire... le pianiste-compositeur Serge Rakhmaninoff.\nL'entrevue fut brève : Rakhmaninoff lut la lettre et la rendit immédiatement à notre\nami en lui notifiant son refus formel d'exaucer le vœu du malade. N'ayant pu réussir à fléchir\nson interlocuteur, le messager revint tristement apprendre à Raoul Pugno l'échec de son\nambassade ; le grand pianiste en conçut un très violent chagrin et fut très douloureusement\naffecté de l'insuccès de sa confraternelle requête.\nOn le consola en lui laissant espérer qu'il pourrait donner son concert le 29 mais\nl'aggravation de son état ne lui permit pas de réaliser ce projet. La pneumonie l'étouffa\nquelques jours après sans qu'il ait, d'ailleurs, perdu un instant sa belle lucidité et son\ncourage. Et ses amis reçurent son dernier soupir dans cette ville lointaine où le destin avait\nmarqué le terme de sa glorieuse carrière !\n0 0 0\nA quatre pas d'ici je te le fais savoir...\nM. Jean Huré nous informe que l'Enquête sur la Querelle des Musiciens Anciens et\nModernes doit être discutée et commentée dans la Il ne peut\ndonc répondre ici au long article de M. Mortier. C'est dans la Renaissance Contemporaine\nqu'il en signalera \" les inexactitudes de statistique \" et en critiquera \" les affirmations\nmorales et esthétiques \".\n0 0 0\nOhé ! Ohé !...\nOn s'est fort étonné de voir s'éclipser à l'anglaise, au cours de la répétition générale\nd'une opérette récemment créée dans un théâtre du boulevard, deux de nos plus spirituels\nauteurs qu'unit une tendresse siamoise et qui avaient apporté à cet ouvrage une collabora-\ntion sans doute assez superficielle. Leurs deux noms disparurent brusquement des affiches\net programmes et ne furent pas lancés au Tout-Paris anxieux avant la chute du rideau. Où\nse cachaient les Ménechmes ? Pourquoi les jumeaux de Brighton avaient-il opéré une si\nbrusque sortie ?... Tout simplement pour aller retrouver M. Alfred Bruneau qui travaille en\nleur compagnie à un ouvrage féerique et \" humoristique \" destiné à l'Opéra !... Après avoir,\nen effet, hésité entre un livret religieux d'Emile Zola la résurrection de Lazare et"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.73", "texte": "LE MOIS\n7 3\n\nun sujet moins austère, l'auteur de l'Ouragan s'est décidé pour le délicieux scénario que\nlui ont apporté MM. Robert de Fiers et Armand de Caillavet !...\n0 0 0\nLe Tango sacré.\nOn sait que la famille Wagner redoutait pour l'atmosphère profane des\ncoulisses parisiennes. Nos théâtres ne lui semblaient pas offrir toutes les garanties désirables\nde recueillement et de religieux respect. C'était mal nous connaître. Voici, en effet la\nnouvelle que nous annonce Comœdia :\n\" Les Filles-Fleurs dansent le pas du Graal.\n\" Le rideau va se lever sur le château fantastique de Klingsor. Derrière la coulisse, les\nfilles-fleurs attendent. Les fluides harmonies qui accompagnent les invocations du magicien\narrivent atténuées. On s'agite un peu, légèrement d'abord, il faut bien s'occuper. Puis,\nMlle Courbières, la première, commence à accentuer le mouvement en esquissant un pas\nde quatie très caractérisé. Mlle Lapeyrette ne tarde pas a la suivre. Successivement,\nMlles Gall, Laute-Brun, Campredon et Kirsch emboîtent le pas, et voilà bientôt nos filles-\nfleurs transformées en danseuses, pendant qu'au loin la voix de M. Journet tonitrue.\n\" C'est ainsi que naquit le \" pas du Graal \" qui fait fureur en ce moment à l'Opéra.\n\" Wagner n'avait sans doute pas prévu que sa partition serait un jour complétée par un\ndivertissement chorégraphique. \"\nNous pensons qu'après cette lecture la famille Wagner sera complètement rassurée.\n\nL'Homme à la Contrebasse.\n\nNouvelles\nL illustre maître Saint-Saëns est en ce moment au Caire, où il préside aux répétitions\nd'Henry FIII, Samson et Dalila, Phryné et Javotte.\nIl quittera l'Egypte le 15 Février pour aller à Bruxelles assister à la reprise du Timbre\nd argent puis il se rendra à Monte-Carlo, pour la première représentation des Barbares et\npartira ensuite pour Lisbonne, où l'on donnera Proserpine et Samson & Dalila. Ces projets\ntémoignent de l'admirable activité du doyen de la musique française moderne.\n%\n% %\nPlusieurs de nos lecteurs ayant assisté au dernier dîner de notre Revue nous demandent\ndes détails sur l'intéressant intermède de musique russe qui fut si remarqué au cours de la\nsoirée. Nous nous faisons un plaisir de leur apprendre que l'orchestre qu'ils ont si chaleureuse-\nment applaudi était l'Orchestre de balalaïkas que dirige avec tant de talent M. Nagornow.\n%\n* *\nLa Société Bach annonce pour le 27 février, à la Salle Gaveau, sous la direction de\nM. Gustave Bret, une audition de la Messe en si mineur.\nLa Société Palestrina,dont nous avons annoncé la fondation, donnera son premier concert\nle 18 février à la Schola Cantorum, sous la direction de M. Vincent d'lndy. Nous publierons\ndans notre numéro du 15 février le programme de cette séance d'inauguration.\nMlle Luquiens a pris part, au Music-Club de Londres, àun grand concert de gala donné\nen l'honneur de Maurice Ravel, avec le concours de l'auteur. La brillante cantatrice a obtenu\nle succès le plus flatteur en interprétant quelques unes des plus exquises mélodies de l'auteur de\nY Heure Espagnole.\n# #"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.74", "texte": "74\nS. I. M.\n\nNous signalons à nos lecteurs, que le dessin qui a paru dans notre dernier Numéro,\nréprésentant un tzigane Montmartrois dont on a pu apprécier l'amusante silhouette, est de\nM. Pierre Laurens.\n#\n* *\n\"Le quatuor avec piano \" (MM. Lucien Wurmser, Firmin Touche, Maurice Vieux et\nJules Marneff) dont les débuts ont été retentissants l'an dernier, partira dans quelques jours\npour une tournée en Italie :il jouera le 9 février à Turin, 10 et 11 à Bologne, 12 à Ferrare,\n13 à Vicence, 14 et 15 à Venise, 16 à Milan ; il se fera entendre le 27 février, 2 et\n5 mars à Paris, le 10 mars à Berlin, etc\n*\n# *\nLe succès de Mme Mary Mayrand a été très grand àla séance du 11 janvier chez\nMme de Wailly à Abbeville. De Spontini à Richard Strauss en passant par Brahms et Debussy\nelle donna un aperçu des différentes conceptions du rôle de la voix dans le lied. M. Pierre\nAugieras, récémment revenu de sa tournée avec Kubelik, s'est fait chaleureusement applaudir\ndans diverses œuvres anciennes et modernes.\n%\n* *\nDe Lym.\nLa révélation du grandiose Psaume XLVIde Florent Schmitt aux Grands Concerts\ndirigés par M. Witkowsky a produit une impression profonde. Cette œuvre aux dimensions\ncolossales a été interprétée avec un généreux enthousiasme par l'orchestre et les chœurs,\nmalgré les sérieuses difficultés d'exécution qu'elle comportait. Mme Bathori-Engel en fut la\nsoliste très applaudie. Le public lyonnais peut être fier de ce bel acte de décentralisation que\nlui envient les musiciens de Paris.\n%\n* %\nDe Sedan.\nLe brillant Concert offert par la Société Philharmonique a été pour M. Fernand Pollain,\nvioloncelliste, l'occasion d'un véritable triomphe dans des œuvres de G. Fauré, Schumann,\nJ.-S. Bach et Valentini. Le virtuose Fernand Pollain était accompagné au piano par MUe Jeanne\nPoulain. MUe Jeanne Lalotte, cantatrice, élève d'lsnardon, fut à son tour très chaleureusement\napplaudie.\n*\n* *\nDe Monte Carlo.\nLa reprise de Parsifaldonnait à l'ouverture de la Saison d'Opéra un intérêt exceptionnel.\nLe grandiose chef-d'œuvre de Wagner est magnifiquement réalisé par M. Raoul\nGunsbourg.\nIl en a confié l'interprétation à une élite de grands artistes, fort savamment choisis :\nqui, mieux que l'admirable ténor Rousselière déjà si merveilleusement parfait en Siegfried,\npouvait être le Parsifal idéal ? Plus en voix que jamais, M. Rousselière a fait vivre puissam-\nment le pur héros, avec un art prodigieux. Mme Litvinne, la grande cantatrice wagnérienne,\ndont les interprétations de Briinnhilde (dans la TValkyrie, et le Crépuscule des Dieux) et\nd'lsolde dans Tristan,demeurent inégalables, est aussi une inoubliable Kundry.\nM. Maguenat, dans le rôle d'Amfortas, fait apprécier le pur métal d'une voix superbe, et\ntraduit avec une émouvante simplicité les tortures du Prêtre-Roi. M. Journet apporte au rôle\nde Gurnemanz son ample et magnifique organe, sa diction nette et son jeu sobre et large.\nM. Bourbon est un impressionnant Klingsor, beau chanteur et comédien remarquable."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.75", "texte": "Les Six Principales Filles- avaient pour inter-\nprètes six premières chanteuses dont les voix pures se\nmariaient harmonieusement : MMmes Charlotte Lormont,\nRozann, Gilson, Vasseur, Malraison et Alex. Citons encore\nMM. Borno, Ghastan, Sorret, Charles Delmas, Etex et\nMUe Carton qui contribuaient à l'absolue perfection de\ncette incomparable interprétation.\nLa mise en scène, avec les splendides décors de\nM. Visconti et la machinerie de M. Kranisch, est digne\nde ce haut chef-d'œuvre qu'elle parvient à réaliser totale-\nment.\nLes Choeurs méritent les plus beaux éloges. Et l'or-\nchestre, sous la magistrale direction de M. Léon Jehin,\nest demeuré digne de sa renommée.\n\nSalle PLEYEL\nier au 15 Février\n2\n3\n4\n5\n6\n7\n9\n10\n11\n12\n*3\n14\nSoc. d'lnstr Ane.\nM 1 Blanche Selva\nEdition Sénart\nMlle H. Dansart\nMme de La Barthe\nSociété Nationale\nM. Joseph Debroux*\nMlle Blanche Selva\nMUe Frimagalli\nM 1 R. Lenars\nM. Cassado\nMllc L. Companyo\n# Voir nos annonces.\n9 h.\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n%t\\\\\nLe Gérant: MARCEL FREDET.\n• er\nau\n15 Février\nSalle GAVEAU\nM. Victor Staub 3 h.\nSociété Philharmonique 9\n1/2\nRépétition Schola 3\nM. Herman 9\nSchola Cantorum 9\nPereira et Lamberg 9\nNelly Stephenson 9\n10 Récital François Coye 9\n11 99 Jos- Lhévinne 9\n12 Union des Femmes Ar-\ntistes et Musiciennes 9\n13 Soc. Philharmonique 9\n15 M. Hasselmans 9\nSalle MalaKoff\nles lundis et jeudis à 9 heures\nConcerts-Rouge\nSALLE DES AGRICULTEURS\n2 M. A. Casella 9 h.\n3 Univ. Pop. Russe 9\n4 M. Chayell\n5 M. Hartmann\n6 MM. Flament-Debruille\n7 Concerts Aerts\n9 M 1 Laval\n10 Mu# Baladier\n12 Concerts Chaigneau\n13 Mm# Alvin\n15 Concerts Barrau\nSALLE DU CONSERVATOIRE\n10 Salon des M. F. 9 h.\nSCHOLA CANTORUM\n2 MM. Ferté et Fournier 9 h.\nQuatuor Parent\nMM. Ferté et Fournier\nQuatuor Le Feuve\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n3\n7\nlZ\n9\n9\n9\n14 MM. Ferté et Fournier 9\nPALAIS DES FÊTES DE PARIS\nLes Dimanches à 3 heures\nConcerts Sechiari\nGRAND PALAIS\n6 MM. Ferté et Fournier 3 h.\n13 MM. Ferté et Fournier 3\nImprimerie Sainte Catherine, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique\n*"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.76", "texte": "Les émissions et la Bourse\nL'année 1914 semble commencer une nouvelle ère au point de vue financière.\nLa fin de 1912 et l'année 1913 tout entière ont été tellement mauvaises que la\nmoindre amélioration apporte une sensation de soulagement.\nD ailleurs, les questions économiques ont pris le dessus sur les questions\npolitiques.\nLes Etats sont obérés par les dépenses militaires, soit qu'ils aient participé acti-\nvement aux dernières guerres des Balkans, soit qu'ils se soient préparés en vue d'éventualités possibles.\nMaintenant, les gouvernements mettent les peuples en face de la carte à payer et cela refroidit les velléités\nguerrières ; partout ou aspire a la paix définitive qui permettra la reprise de l'activité économique, seul moyen\nd'assurer la prospérité des nations et le bien-être des individus.\nMais les trésors publics de tous les pays ont besoin d'argent et attendent avec impatience la réalisation\nd'emprunts importants. La France, qui regorge de capitaux disponibles grâce à l'économie de ses habitants,\npensait faire son emprunt personnel avant de consentir ceux des autres Etats.\nLe ministère Barthou avait voulu assurer le succès de l'emprunt français en affirmant l'immunité de la\nrente, la Chambre a préféré le renverser, ce qui a entraîné l'ajournement de l'emprunt nécessaire à la bonne\nmarche des finances nationales. Les emprunts étrangers se trouvent ainsi offerts les premiers à l'épargne française,\nen quête d'un emploi productif pour ses disponibilités.\nUne émission de bons ottomans 5 0/0 a été réussie par une banque particulière sans contrôle sérieux et\nsans autorisation officielle. Sur le prix de 475 payé par les souscripteurs, le Trésor ottoman n'a touché que\n412 fr., ce qui représente un emprunt à 6 0/0, taux élevé ne pouvant guère faciliter la situation financière de\nla Turquie. Une émission d'obligations de Buenos-Ayres 5 0/0 a été faite par un établissement de crédit au\nprix de 485 fr., et les naïfs souscripteurs qui veulent réaliser n'en trouvent difficilement que 430 fr., soit près de\n12 0/0 de perte en quelques semaines. Une émission d'obligations serbes vient d'être réalisée grâce à l'appui de\ntoutes les grandes banques qui soutiendront les cours pendant quelque temps pour éviter toute responsabilité\nmorale ; après un certain laps de temps, on verra !\nD autres émissions sont prêtes et verront bientôt le jour ; les prospectus alléchants et les affiches pompeuses\nse préparent dans les bureaux, les guichets n'attendent plus qu'un dernier signal pour s'ouvrir au publie—\nempressé d'échanger son argent contre des vignettes multicolores.\nEh bien ! je ne saurais trop mettre en garde les lecteurs de la S. I. M. contre l'emballement irréfléchi qui\nles porte à souscrire aux guichets des banques tous les titres qu'elles leur offrent.\nS ils veulent absolument un titre, pourquoi ne pas l'acheter en Bourse où la loi de l'offre et de la demande\nassure au moins un prix plus réel que celui établi fictivement par les banques intéressées ?\nAu bout de quelques mois, le cours réel s'établit, diminué presque toujours du montant de la commission\nencaissée par les émetteurs et intermédiaires. Comme ce montant atteint souvent 5 ou 6 ou même 7 0/0, cela\nreprésente une réduction de 25 à 35 fr. sur un placement de 500 fr.\nEn s adressant a la Bourse au lieu de souscrire aux guichets des banques, vous gagnerez au moins le\nrevenu d'une année ; il me semble que cet avantage est appréciable.\nJe suis a votre disposition gratuite pour vous donner toutes les indications utiles, soit sur les émissions\nnouvelles, soit sur les placements avantageux, soit sur les titres que vous possédez déjà, soit sur les moyens de\nfaire produire un minimum de 12 0/0 par an à votre capital disponible ou de 6 OJO supplémentaires à vos\nvaleurs en portefeuille p. F. PENAUD.\nP. S. Je suis à la disposition des lecteurs de la S. 1. M. tous les jours de 10 h. à 11 h. et de 4 h. a 7 h.\na mon bureau, 8, rue Drouot a Paris, ou par Correspondance.\n\nBON POUR UN RENSEIGNEMENT FINANCIER GRATUIT\nJ'ai en portefeuille les Valeurs suivantes : Dois-je les garder ou les vendre ?\nJ ai un capital de —, francs à placer. Quel emploi dois-je en faire ?\nEcrire lisiblement : Nom, prénoms et adresse :\nDécouper ce bon et l'envoyer sous enveloppe à M. Penaud, 8, rue Drouot, Paris.\n(Cette rubrique Rengage pas la responsabilité de la Revue)."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.77", "texte": "Cl. Reutlinger\nMlle M. DEMOUGEOT\nqui vient d'.nterpréter remarquablement le rôle de Kundry dans Parsifal à l'Opéra de Paris"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.78", "texte": "Cl. Félix\nLa Cantatrice ZINA BROZIA\nqui vient de triompher dans Hérodiade s'habille chez WORTH"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.79", "texte": "Cl. Lucile\nCRÉATION LUCILE\nRobe du soir, tulle rose, broderie corail, perles fines et similis"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140201-01.1.80", "texte": "La mode à travers les Arts\nJan de la Tour.\nAu coin d'une avenue, je croise une jeune femme qui porte une toilette dernier cri, car\nla jolie promeneuse se projette en avant-toit en se rejetant en arrière. Cet effet, nouveau et\ncontradictoire de la silhouette est obtenu par le drapage savant de la jupe. Il souligne également,\nl'amplification des hanches et... de leur entourage le mouvement rentré des jambes minces\nqu'une fente bienveillante permet d'admirer.\nSur la jupe de velours bleu nuit, s'étagent deux volants en mousseline de soie soulignes\nd'une étroite bande de zibeline. Une courte veste en zibeline elle aussi, donne 1 impression\npar sa largeur anormale que ce cocasse petit manteau n'est pas à la taille de celle qui le porte.\nIl s'écarte sensiblement des épaules et s'arrête net de chaque coté pour laisser voir le corsage\nreprésenté par une haute ceinture de satin Tango dans laquelle se perdent deux bretelles de\nmousseline de soie échancrée très en pointe. L'effet du décolletage n'est atténué par aucune\nguimpe. Ce dernier et frêle rempart a vécu. Pas de voile non plus sur l'amusante frimousse\ninsensible, semble-t-il à la bise glaciale qui rougit des nez moins protégés.\nVous n'ignorez pas, en effet, que si les femmes se dévêtissent chaque jour davantage, leur\nvisage est du moins soigneusement recouvert de crèmes et de poudres bienfaisantes et\nO O\ninvisibles... croient elles !\nNe concluez pas des décolletages à l'ordre du jour que nous voilà revenus a 1 epoque du\nDirectoire et épargnez nous les habituels clichés sur u Les Merveilleuses \" avec Mnie I allien\nà leur tête Bien que le récent ouvrage de Turquan leur donne un regain de nouveauté.\nLes toillettes des femmes, en 1914, se réclament de sources qui flattent l'intellectualisme\ndes belles auditrices de M. Bergson et les habituées des conférences mondaines. Elles vous\ndiront donc qu'il y a près de cinq mille ans les Egyptiennes \" portaient des robes transparentes\net ornaient leur cheveux de bandeaux d'or incrustés de pièrreries \" ainsi qu'en témoigné la\nstatue de la Princesse Nefer-Ta qui vécut en les temps lointains.\nElles vous relateront peut être également le point de départ philosophique du pyjama\nqu'elles arborent maintenant dans leur intérieur, et qui démontre leur logique à rebours. N est\nil pas naturel, lorsqu'on porte en plein hiver à la ville des robes décolletées de réserver pour\nle coin du feu le chaud pantalon et la confortable vareuse r Et, quand on revele au passant\ninconnu tous ses charmes... ou presque, de les dérober jalousement dans l'intimité du foyer !\nLa mode de demain n'est pas encore sortie, mais les \" détails \" changent et ils sont\nlégion. Telles les ceintures qui donnent une note personnelle à chaque costume. Il y a les\nécharpes sultanes, bayadères, persanes, mauresques, toutes remaniées, transposées, parisianisees.\nOn annonce aussi que la Princesse XXX du Gotha authentique et des plus comme il faut,\nadopte décidément la mode des pieds nus dans le cothurne ; il y a également 1 apparition des\nmanchons faits d'une touffe de plumes rouge cardinal, ou violet évêque.\nCes deux couleurs sacerdotales orientent les pensées de la séduisante \" tangueuse vers\nl'interdit qui menace son plaisir.\nElle est arrivée devant le u thé select \", où la file des autos s'allonge. Son manteau de\nzibeline enlevé, son buste charmant se montre dans sa nudité à peine dissimulée par les\ndraperies de mousseline de soie qui l'enveloppent. C'est d'ailleurs une sorte d'uniforme ; quelles\nque soient les robes le corsage est toujours composé exclusivement d'une ceinture et de kimonos\nde tulle, de dentelle ou de mousseline de soie à clair.\nLe tango peut disparaître, les toilettes des femmes qui le dansèrent demeurent et si les\npetites filles d'Eve ne goûtent plus au fruit défendu, elles sauront en grapiller un autre.\nNe leur reste t'il pas, en effet la Maxixe r"}]}