{"numero_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_sha256": "8621e0746bb2bd372d56f5bc47a70bb3390c04b778d71744dc7d6656f9e0ca63", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1914/03/01_01/bmtnabh_1914-03-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1914/03/01_01/bmtnabh_1914-03-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c002", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.2", "titre_corps": "QUELQUES MOTS SUR L'ORCHESTRATION, par Rimsky-Korsakov. 0 UNE NOUVELLE", "titre_sommaire": "QUELQUES MOTS SUR L'ORCHESTRATION, par Rimsky-Korsakov. 0 UNE NOUVELLE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.1", "debut_caractere": 464, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "QUELQUES MOTS SUR L'ORCHESTRATION, par Rimsky-Korsakov. 0 UNE NOUVELLE\nHISTOIRE DU THEATRE MUSICAL EN FRANCE, par Romain Rolland. 0 NOTES ET SOU-\nVENIRS, par E. Van Dyck. 0L EX-LIBRIS EN MUSIQUE, par Henry-André. QUATRE\nMARCHES MILITAIRES DE PAER, par G. Dubor. LES LIVRES\nNOTRE ENQUÊTE SUR LA MUSIQUE DE DANSE A L'ÉGLISE\nL'ACTUALITÉ par\nCLAUDE DEBUSSY OVINCENT D'INDY EMILE VUILLERMOZ LOUIS LALOY\nRENÉ LYR 0 EDOUARD SCHNEIDER 0 P. VARILLES 0 J. 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Maximilian S\nNotre époque, l'époque post-wagnérienne, est celle de l'éclat et du\npittoresque de la couleur orchestrale. Berlioz, Glinka, Liszt, Wagner, les\ncompositeurs français modernes, Delibes, Bizet et autres, ceux de la\nnouvelle école russe Borodine, Balakirew, Glazounow et Tchaïkowsky\nont amené ce côté de l'art à l'apogée de son éclat ; ils ont rejeté dans\nl'ombre, à ce point de vue là, les coloristes leurs prédesseurs : Weber,\nMeyerbeer et Mendelssohn, au génie desquels ils restent redevables de\nleurs progrès mêmes. En composant mon livre, j'ai eu pour but principal\nde fournir au lecteur déjà instruit les principes essentiels de l'orchestration\nmoderne, tendant au pittoresque et à l'éclat; et j'en ai consacré une\nimportante partie à l'étude des sonorités (timbres) et ses combinaisons\norchestrales.\nJe me suis efforcé de montrer la manière de réaliser un timbre\nvoulu, l'homogénéité désirable, la force nécessaire ; et aussi de spécifier\nle caractère et l'allure des figures, dessins, ornements les plus spécialement\npropres à chaque instrument ou chaque groupe de l'orchestre, de ramener\ntoutes ces questions à des préceptes généraux aussi brefs et clairs que\nfaire se pouvait ; en un mot, de donner ici des matériaux aussi soigneuse-\nment élaborés que possible. Pourtant, je ne prétends point enseigner la\nmanière d'utiliser ces matériaux pour des fins artistiques, de leur donner\nleur place dans la langue poétique de l'art musical. De même qu'un traité\nd'harmonie, de contre-point ou de forme donne à l'apprenti des matériaux"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2448, "texte": "harmoniques ou polyphoniques, des principes de construction et de\ndisposition formelle, de saines méthodes techniques, mais n'apporte à\npersonne le talent de composer, de même un traité d'instrumentation\npeut enseigner à produire l'accord du timbre voulu, disposé de manière\nhomogène, sonnant bien ; à dégager la mélodie sur le fond harmonique ;\nà donner à chaque groupe le mouvement convenable ; en un mot, élucider\ntous les points analogues. Mais il ne peut jamais enseigner à instrumenter\navec art et poésie. L'instrumentation, c'est une création ; et créer, cela\nne s'enseigne point.\nC'est une grande erreur que de dire ; tel compositeur instrumente\nbien, telle composition (orchestrale) est bien instrumentée. Car l'instru-\nmentation est un des aspects de ï âme L'œuvre même est\npensée orchestralement, et promet dès sa conception certaines couleurs\nd'orchestre inhérentes à elle et à son auteur seuls. Serait-il possible de\nséparer de son orchestration l'essence même de la musique de Wagner?\nCela reviendrait à dire : tel tableau de tel peintre est admirablement\ndessiné en couleurs.\nParmi les compositeurs, anciens et modernes, il en est plus d'un à\nqui manque la couleur au point de vue du pittoresque sonore ; cette\nqualité est en dehors du champ de leur activité créatrice. Dira-t-on pour\ncela qu'ils ne savent point orchestrer ? Beaucoup d'entre ceux-là savent sans\ndoute mieux orchestrer que maint coloriste. Brahms ne savait-il donc pas\norchestrer ? Pourtant, on ne rencontre point dans ses œuvres de sonorités\néclatantes ni pittoresques. Cela veut dire que par son essence même, sa\npensée créatrice ne comportait point la tendance vers la couleur, ne\nl'exigeait point.\nIl y a là un secret impossible à transmettre ; et qui le possède doit y\nveiller religieusement, ne pas être tenté de l'avilir en le réduisant à un\nensemble de recettes apprises.\nIl convient de parler ici du cas fréquent d'œuvres orchestrées par\nautrui d'après les brouillons d'un compositeur. Qui entreprend une pareille\ntâche doit se pénétrer de la pensée de l'auteur, deviner ses intentions non\nréalisées, et, en les accomplissant, développer et parachever la pensée\nengendrée par l'auteur même, et donnée comme principe essentiel de son\nœuvre. Orchestrer de la sorte, c'est encore créer, quoique en se subor-\ndonnant à autrui, à un étranger. Mais orchestrer une composition que\nson auteur ne destinait point à l'orchestration, c'est au contraire une"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 19, "texte": "SUR L'ORCHESTRATION"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "déplaisante et peu désirable entreprise. Bien des musiciens sont tombés\net tombent dans cette erreur. Mais en tous cas c'est la branche la plus\nbasse de l'orchestration, quelque chose comme la mise en couleur des\nphotographies ou des gravures. Il va sans dire qu'on peut colorier les\nunes et les autres bien ou mal.\nMa destinée a voulu que je fusse, en matière d'orchestration, à bonne\nécole, et que j'acquisse une expérience des plus variées. D'abord, toutes\nmes compositions, j'ai pu les entendre exécutées par l'orchestre modèle de\nl'Opéra de Saint Pétersbourg. Puis, comme j'ai connu différents courants\nde tendances, j'ai orchestré pour des effectifs d'orchestre divers, comman-\nçant par les plus simples, (mon opéra la Nuit de Mai est écrit avec\ntrompettes et cors naturels), pour finir par les plus riches. Troisièmement,\nj'ai quelques années durant dirigé les chœurs de la Musique Marine, et\npu étudier ainsi les instruments à vent. Quatrièmement, j'ai formé un\norchestre d'élèves, de très jeunes gens que j'ai amenés à pouvoir exécuter\npassablement des œuvres de Beethoven, Mendelssohn, Glinka, etc. Tout\ncela m'a conduit à présenter ce travail comme le résultat de ma longue\nexpérience.\nJ'ai pris pour point de départ les axiomes fondamentaux que voici :\nI. II n y a point dans F orchestre\n11. Toute composition doit-être\nfacilement ; plus les parties des exécutants sont faciles, pratiquement\nréalisées, mieux s'obtient l'expression artistique de la pensée du\ncompositeur. 1\n111. V œuvre doit être écrite pour F effect\non compte,ou tout au moins pour F effectif (si l'auteur a\nen vue quelque dessein nouveau), et non pas pour un effectif illusoire, ainsi\nque persistent encore à le faire beaucoup de compositeurs qui introduisent\ndans leurs partitions des instruments de cuivre de tons inusités, sur lesquels\nles parties ne sont exécutables que parce qu'on ne les joue pas dans le ton\nvoulu par l'auteur.\nIl est difficile d'offrir une méthode quelconque pour apprendre\n\n1 A. Glazounow a finement caractérisé les différents degrés d'excellence en matière d'orchestration\nqu'il divise en trois catégories principales : 1° L'orchestre sonne bien sitôt que l'exécution est à peu près\ncorrecte, mais merveilleusement si l'on a suffisamment répété. 2° Les effets ne se réalisent bien qu'après\nde grands soins et efforts du chef et des exécutants. 30 Malgré tous les efforts de l'orchestre et du chef,\nla sonorité ne devient jamais satisfaisante. Evidemment, l'orchestration doit avoir pour idéal unique la\npremière de ces catégories."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "l'orchestration sans maître. Généralement parlant, il convient de procéder\ngraduellement de l'orchestration la plus simple à des types de plus en plus\ncompliqués.\nD'ordinaire, qui étudie l'orchestration passe par les phases suivantes :\ni° La période durant laquelle l'on se concentre sur les instruments à\npercussion, d'où l'on croit que dépend tout entière la beauté du son, en\nlesquels on met toutes ses espérances c'est le degré inférieur ; 2° La\npériode où l'on se passionne pour la harpe, on se croit tenu de doubler de\nla sonorité de cet instrument tous les accords ; 30 On ne vénère plus que\nles bois et les cuivres, on recherche les sons bouchés auxquels les cordes\nviennent s'adjoindre soit en sourdine, soit en 40 Le goût s'avère\nplus développé, et l'on ne manque plus de préférer à tous autres matériaux\nle groupe des archets, que l'on sait reconnaître pour le plus riche et le\nplus expressif. Il importe, lorsqu'on travaille seul, de bien lutter contre\nles égarements des trois premières périodes. La meilleure ressource sera\ntoujours de lire des partitions et d'entendre, partitions en main, des\nexécutions orchestrales. Mais sur ce point, il est malaiser de fixer un ordre\ndéterminé. Il convient d'entendre de tout, mais principalement de la\nmusique assez moderne : celle-là seule enseignera comment il faut orches-\ntrer l'ancienne fournira des exemples utiles au point de vue négatif,\npar contraste. Weber, Mendelssohn, Meyerbeer (dans le Prophète),\nBerlioz, Glinka, Wagner, Liszt, les compositeurs modernes, français et\nrusses, voilà les meilleurs modèles. C'est en vain qu'un Berlioz, un\nGevaert s'efforcent de leur mieux d'alléguer des exemples tirés des œuvres\nde Gluck. L'idiome de ces exemples est trop ancien, étranger à notre\noreille musicale d'aujourd'hui ; ils ne peuvent donc plus être utiles. On\npeut dire la même chose de Mozart et de Haydn, (un très grand\norchestrateur, et le père de l'orchestration moderne).\nLa gigantesque figure de Beethoven reste à part. Sa musique montre\nles élans léonins d'une fantaisie orchestrale profonde, inépuisable ; mais\nl'execution, dans le détail, reste loin derrière les conceptions titaniques.\nSes trompettes en dehors, les intervalles difficiles à exécuter et peu\nfavorables qu'il impose aux cors, avec les traits géniaux de ses instruments\nà archets et l'emploi souvent très coloré qu'il fait des bois : tout cela\ns'unit en un ensemble où l'élève se butera à des millions de points\ncontradictoires.\nIl est futile de penser que le débutant ne saurait trouver dans la"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c005", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.4", "titre_corps": "UNE NOUVELLE HISTOIRE DU THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE", "titre_sommaire": "UNE NOUVELLE HISTOIRE DU THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE", "signature_source": "Romain Rolland", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "UNE NOUVELLE HISTOIRE\nDU THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE\n\nIl n'est pas de plus grand plaisir pour tout historien attaché à la\nvérité que de voir ses travaux dépassés par d'autres plus jeunes et plus\ncomplets. C'est le sentiment que j'ai, en lisant les deux beaux ouvrages\nqui viennent de mériter en Sorbonne à M. Henry Prunières le titre de\ndocteur-ès-lettres, avec mention très honorable. 1\nCombien l'histoire musicale a fait de progrès depuis vingt ans,\nsurtout pour certaines périodes ! Lorsque, vers 1893, je me suis aventuré\nsur le terrain de la musique dramatique au XVIIe siècle, c'était encore\nchez nous un continent presque inconnu. Monteverdi, dont on voit\nmaintenant des airs figurer sur les programmes des Concerts Colonne, et\ndont un opéra a été représenté à Paris, n'était qu'un nom pour une\npoignée de musicologues, et un nom vide de sens, perdu dans un désert.\nA peine Carissimi commençait à ressortir de la nuit. L'histoire sautait\nallègrement de Palestrina à Lully, impossibles à juger d'ailleurs, puisqu'on\nignorait tout du milieu où ils s'étaient formés. A présent, grâce aux\ntravaux chez nous des Michel Brenet, des Ecorcheville, des Lionel de la\nLaurencie, des Pirro, des Quittard, de M. Wotquenne en Belgique, de\nM. Kretschmar, de M. Heuss, surtout de M. Goldschmidt en Allemagne,\nde MM. Solerti, Torchi, Chilesotti, Cametti en Italie (pour ne citer que\n\n1 Henry Prunières : L'Opéra italien en France avant Lully, in-8° de 432 p. et 32 p. de supplément\nmusical. Champion, éd.\nLe Ballet de cour en France avant Benserade et Lully, in-8° de 282 p. orné de 16 planches hors\ntexte et d'un supplément musical. H. Laurens, éd."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.8", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2414, "texte": "les principaux), le Grand Siècle s'éclaire, et nous tenons à peu près\ntous les anneaux de la chaîne de musiciens, dont les efforts parfois géniaux\nont abouti à la fondation de la glorieuse école napolitaine et de la\nnon moins célèbre Académie royale de musique française. D'autres\ndécouvertes viendront, qui compléteront le tableau ; mais vraiment on\npeut dire que maintenant l'essentiel est fait, surtout pour l'ltalie, et que\nsi nous ne connaissons pas encore aussi bien la musique française du\nXVIIe siècle que la littérature et les autres arts du même temps, en\nrevanche la musique italienne de cette époque a reconquis sa place au\nsoleil plus tôt que les arts plastiques et la littérature du 1\nLes deux ouvrages de M. Henry Prunières contribueront plus que\ntout autre à rehausser la gloire de l'art italien du XVIIe siècle et à\nmontrer la vigueur de son action sur l'art français. Et ils nous donnent\ndes raisons nouvelles d'admirer le génie de ces conquérants pacifiques,\nassez intelligents pour sentir la valeur propre de la race où ils s'implan-\ntaient, assez souples pour s'adapter à ses besoins d'esprit, et assez\nénergiques pour discipliner ses forces anarchiques et les mener à des\nvictoires fécondes.\nLes deux thèses se complètent l'une l'autre, en étudiant les origines\ndes deux grands genres de théâtre musical essayés en France, sous les\nderniers Valois et les premiers Bourbons : le Ballet de cour et l'Opéra.\nDes deux ouvrages, celui qui est consacré à l'Opéra est de beaucoup\nle plus important, à mon sens, par le fait du sujet tout autant que du\ntravail qui lui a été consacré. L'histoire du Ballet de cour est en effet\ncelle d'un genre qui n'a jamais réussi à se constituer complètement ; il\nest, comme le dit M. Prunières, à la dernière page de son livre, l'ébauche\nd'un grand spectacle et même de plusieurs ; et son incertitude, ses hésita-\ntions, son caractère flottant et un peu chaotique, se communiquent\nforcément à toute étude qui veut en suivre scrupuleusement le cours. Au\ncontraire, l'Opéra italien, sorti d'un dessein grand et net (bien qu'illusoire2),\n\n1 A cette littérature, d'ailleurs, une pléiade de critiques italiens travaille actuellement à faire rendre\njustice ; et les nouveaux historiens de l'art ont retrouvé les raisons d'admirer les peintres Bolonais et le\ngénial Bernin.\n2 C'est à savoir la pseudo-reconstitution de la tragédie antique."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.9", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "est arrivé à sa pleine réalisation ; et, malgré toutes les justes critiques\nqu'on peut adresser à ce beau monstre composite, son triomphe, depuis\nprès de trois siècles, établi sur l'Europe, est celui de la forme théâtrale la\nplus originale et la plus puissante des temps modernes. Toutes les autres\nformes de théâtre et musique, comme le Ballet, ont convergé vers lui, et\nil les a absorbées, comme un fleuve ses affluents. Et l'histoire de ses\norigines offre d'autant plus d'intérêt que, comme l'a montré M. Prunières,\nil n'est pas l'œuvre du hasard ou d'une évolution inconsciente, mais de\nla volonté réfléchie et persévérante de quelques grandes personnalités,\nqui ont eu l'intuition de son importance et l'ont véritablement imposé\nau monde.\nA l'intérêt du sujet s'ajoute celui de la documentation la plus\nabondante et la plus neuve, qui en vivifie et en renouvelle complètement\nle récit. Depuis des années, M. Prunières s'est astreint au dépouillement\ndes archives de toutes les villes italiennes qui ont joué un rôle dans\nl'histoire du théâtre musical ; et il en a rapporté principalement de\nParme, Modène, Turin, Rome, surtout Florence, ainsi que de nos archives\nparisiennes (dont la moins explorée par les musicologues avait été, jusqu'à\nlui, celle des Affaires Etrangères), une moisson de renseignements, si\nriche que le volume où il les a amassés craque presque sous le poids. Ce\nserait même là ma principale critique, dont je me débarrasse tout de\nsuite, que dans cette surabondance de détails on est quelquefois noyé, et\nque les arbres empêchent, par instants, de voir la forêt. Mais, grâce à la\nméthode de l'auteur et à son plan qui offre un solide fil d'Ariane pour\npasser au travers des fourrés, on ne tarde pas à s'orienter ; et combien la\nroute est rendue intéressante par cette multitude d'épisodes et de détails\nsavoureux ! Ce n'est pas seulement l'histoire d'une forme musicale que\nM. Prunières nous a retracée ; c'est un des chapitres les plus curieux de\nl'histoire du théâtre et des mœurs j'ajouterais presque, de la politique\nen France, (ou tout au moins des coulisses de la politique), sous la\nrégence d'Anne d'Autriche et Mazarin.\nJe ne puis ni ne veux ici suivre pas à pas l'historien dans sa longue\nétude, qui embrasse presque un siècle, ni en faire le résumé. J'essaierai\nseulement d'en indiquer les principales nouveautés et ce qui me paraît\nconstituer, en quelque sorte, les découvertes de l'auteur.\nTout d'abord, il a eu raison de mettre plus en lumière qu'on ne\nl'avait fait jusqu'ici le rôle capital joué par les troupes ambulantes de"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "comédiens italiens, à la fin du XVI0 et au commencement du XVIIe siècle,\npour la diffusion en France de l'art mélodramatique italien. On oublie\ntrop quels rares artistes furent ces si populaires au temps de\nHenri IV, qui n'étaient pas seulement des bouffons merveilleux, mais\ndes chanteurs et des musiciens capables d'interpréter, presque à première\nlecture, des rôles de Monteverdi. Parmi eux, on trouve des esprits\ncurieux de formes d'art nouvelles, comme cet Andreini, qui s'essaie au\nmelodramma, à l'opéra bouffe (commedietta musicale), à la festa te a traie,\nentre 1617 et 1622. Et M. Prunières a montré que l'action de ces\ncomédiens s'est exercée en France, jusque vers le milieu du siècle, et\nqu'ils n'ont pas peu contribué à l'établissement de l'opéra à Paris, en\ndonnant au Petit Bourbon la première représentation d'un grand spectacle\nthéâtral italien, avec pompeuse mise en scène, décors, machines, ballets\net musique, la Finta pazza de 1645, \" comédie des machines\nL'importance du rôle de Mazarin dans l'histoire de l'opéra, dont il\nfut le véritable fondateur en France, était déjà connue. Mais les recherches\nde M. Prunières ont établi définitivement ce fait, en l'illustrant de la\nfaçon la plus pittoresque. Grâce à elles, on pénètre véritablement dans le\ncurieux génie de cet Italien, qui est bien le plus beau type que sa patrie\nait produit dans le style barocco : grandiose et comique, grave et frivole,\naussi passionné de grandes choses que de niaiseries, et, dans tout ce qu'il\nentreprend, supérieurement doué, brillant, spirituel, souple et tenace dans\nses desseins les plus futiles comme dans les jeux magnifiques de sa\ndiplomatie. L'activité que ce grand ministre a déployée pour le succès\nd'une œuvre infime, somme toute, comme l'établissement de l'opéra en\nFrance, est inouïe. On le verra par le nombre de lettres qu'il écrit, à ce\nsujet, de St-Jean de Luz à l'abbé Buti, en pleines négociations de la paix\ndes Pyrénées. Aucun détail ne lui échappe : chanteurs, librettistes, musi-\nciens, décorateurs, il a l'œil sur tous et sur tout. Et non seulement il\nentremêle dans ses préoccupations les spectacles d'opéra et le gouverne-\nment de la France, sans que les uns fassent jamais tort à l'autre ; mais il\nutilise le matériel des uns au service de l'autre ; il emploie dans sa\ndiplomatie ses chanteurs et ses comédiens, (de même qu'il se sert de ses\ndiplomates pour raccoler, à l'étranger, des artistes pour son théâtre). La\nfamille Melani est le plus étonnant exemple de ces maître-Jacques de la\nmaison Mazarine, tous, Atto, Filippo le moine, et Bartolommeo,\nmi-partie chanteurs d'opéra, mi-partie espions et agents secrets, non pas"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.11", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "espions vulgaires, mais chargés d'emplois importants. Atto, le castrat,\nenvoyé en Bavière vers 1657, pour décider par ses menées l'Electeur à\nbriguer l'Empire, ne deviendra-t-il pas secrétaire de Mazarin aux négo-\nciations de la paix des Pyrénées ? Et plus tard, ce sera lui qui fera\nl'élection du pape Clément IX. S'il est impossible de ne pas admirer\nl'intelligence, le goût artistique et l'activité prodigieuse de Mazarin, les\ndétracteurs du temps présent, qui trouvent dans l'administration actuelle\net la gestion des fonds publics de trop nombreux motifs de s'indigner et\nqui opposent à ce désordre la beauté du bon vieux temps,\npourront puiser dans le livre de M. Prunières quelques consolations, en\nconstatant l'effrayant gaspillage de la fortune publique, fait par ce bon\nvieux temps, à l'époque de la plus noire misère sociale, sous le prétexte\nde quelque niaise et fastueuse représentation d'opéra, préparée pendant\ndes années, et qui souvent échouait. Car une autre constatation que l'on\nfait en lisant cet ouvrage et qui est, aussi, bien consolante pour l'amour-\npropre des architectes d'aujourd'hui, si elle l'est moins pour nos oreilles\nà nous, musiciens, c'est que les plus fameux constructeurs d'ltalie, appelés\nà grands frais et disposant de sommes énormes, n'étaient pas capables\nd'élever un théâtre d'opéra, où l'on pût entendre la musique. Témoin ce\nfameux théâtre des Tuileries, bâti par les Vigarani, et auquel il fallut\nrenoncer, à cause de l'acoustique déplorable.\nSur plusieurs compositeurs italiens, M. Prunières apporte des docu-\nments nouveaux qui les remettent au premier plan, ou même qui leur\nfont une place, pour la première fois, dans l'histoire de la musique. Il a\nrendu au charmant Marco Marazzoli l'honneur d'avoir été l'auteur de la\npremière pièce musicale italienne chantée à Paris (carnaval 1645) ; et il\na sorti de l'oubli l'aristocratique Carlo Caproli del Violino, qui occupa\nl'interrègne entre Luigi Rossi et Lully. De l'un et de l'autre il publie\ndans son Appendice d'aimables canzoni. Luigi Rossi, que nous avions\npour notre part commencé à faire apprécier comme un des plus parfaits\nmusiciens italiens du XVIIe siècle, sort des études de M. Prunières encore\nplus grand et beaucoup mieux connu. A présent, il apparaît comme une\ncîme de l'art dramatico-mélodique, fondé par l'école de cantate romano-\nnapolitaine ; et l'on voit plus clairement ce que Lully lui a dû. Le\nvieux Cavalli, dont M. Prunières publie une très curieuse lettre inédite,\nse montre sous un jour tout nouveau, comme homme (ce chantre de\n'héroïsme !) avec une débilité physique et une timidité de caractère,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.12", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "presque pusillanime, comme musicien, avec d'admirables pages élégia-\nques, voluptueuses et tendres, 1 bien faites pour surprendre la plupart des\nmusicologues qui ne connaissaient de lui que quelques grandes scènes\ndramatiques, d'un large style populaire et passionné. Enfin, c'est surtout\nLully dont M. Prunières nous restitue l'histoire à peu près complète des\norigines et des débuts, toute la période des ballets italiens et français, qui\nse clôt à la date de la fondation de l'Académie de musique et de la\npremière de Cadmus et Hermione.Ces chapitres sont l'aboutissement et\ncomme l'épanouissement d'une série d'excellents articles de revues\n{S. I. M., Rivista musicale, etc.), où M. Prunières nous avait, depuis\nplusieurs années, tenus au courant de ses principales trouvailles historiques\nau sujet de Lully. La date de la naissance, la famille, les péripéties\ndiverses des années d'apprentissage, nous sont maintenant connues. La\nseule lacune importante qui subsiste, et que M. Prunières n'a peut-être\npas assez cherché à combler, c'est la question de l'éducation musicale de\nLully à Paris, et de l'influence qu'ont pu avoir sur lui les maîtres orga-\nnistes français, Metru, Roberday et Gigault. Mais ce qui est établi\ndésormais, c'est que de très bonne heure Lully fut en pleine pos-\nsession de tous ses dons et s'imposa à l'admiration publique. On peut\nmême dire que si, par la suite, sa vive intelligence n'a cessé de\ngrandir et lui a permis de traduire en musique, mieux qu'aucun musicien\nfrançais, l'esprit et la déclamation de notre tragédie de cour, jamais il ne\nfut mieux doué musicalement que dans sa jeunesse ; et c'est là qu'il a\ndonné le mieux sa mesure propre, qu'il s'est exprimé lui-même le plus\nlibrement. Riche et souple nature, aussi capable d'émotion dramatique\nque de verve comique, mais surtout et toujours douée d'une vitalité\nprodigieuse. Encore n'en a-t-il mis sans doute que la moindre partie dans\nses œuvres, et devait-il dépenser le meilleur dans ses rôles de baladin et\nde chanteur. Mais le reflet qui nous en reste dans quelques scènes de ses\nballets suffit à nous montrer un tempérament d'homme de théâtre et\nspécialement de grand comique, à la Molière... \" Les deux grands\nBaptiste \", comme on les appelait. Nous avons trop perdu aujourd'hui le\nsouvenir et le sens de ce rapprochement, qui s'impose d'autant plus que\nnon seulement les deux Baptiste ont victorieusement collaboré, comme\non sait, dans une suite de chefs-d'œuvre, mais que c'est l'ltalien qui a\nouvert la voie au Français et lui a fourni le modèle de ces grandes\n\n1 Le lamento de Climene dans Egisto, et la scène de l'antre du sommeil, dans En oie amante."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.13", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "Cérémonies burlesques, qui forment la conclusion rabelaisienne du\nBourgeois gentilhomme et du Malade imaginaire. La cérémonie du docteur\nen ânerie, dans Amor malato(l6s7), et le récit des preneurs de tabac\ndans le Ballet de F impatience (1661), en sont les prototypes. La lecture\nde cette dernière scène, que M. Prunières publie à la fin de son livre,\nmontre la vis comicade Lully et la robuste franchise de son style burlesque.\nUne seule page de lui suffit à expliquer son succès. M. Prunières a\ncherché les raisons pour lesquelles ce fut un Italien qui créa l'opéra\nfrançais, et il a rappelé justement que le principe du récitatif, qui est la\nbase de l'opéra, répugnait au bon sens français, et que seul un étranger\npouvait l'imposer chez nous. Mais il ne l'eût jamais imposé sans ce\npouvoir personnel, cette force de vitalité qui émane de la musique de\nLully, dans ses bons moments. Ni Luigi, ni Cavalli vieilli n'y eussent\nréussi. Les connaisseurs auraient pu goûter leurs beaux chants ; mais la\nfoule n'eût pas été prise, comme elle le fut, par la vigueur d'accent, la\nvolonté irrésistible de ce diable de petit homme, signor Battista. Ce\nmagnétisme s'est dissipé pour nous, et bien peu de gens savent lire encore\nsous l'écriture pâlie par le temps l'énergie de l'esprit, de la parole et du\ngeste ; mais cette énergie est là. Et vraiment, la seule raison péremptoire\npour laquelle l'opéra fut fondé en France et fondé par l'ltalien Lully,\nc'est la volonté de Lully et son génie. Italien ? Français ? Ni l'un ni\nl'autre. Lully. Quia nominor Lully. Il régnait sans peine, d'ailleurs, au\nmilieu de musiciens français, non sans talent, mais bien loin de posséder\nsa vigueur de vie. Chez les Italiens seuls, il eût pu trouver un rival ; aussi\nfut-il impitoyable pour eux, et le gardien le plus rigoureux de la musique\nfrançaise, protectionniste à outrance. Je le crois bien ! Comme Louis XIV,\nil aurait pu dire : \" L'Etat, c'est moi. \"Il était à lui seul toute l'Académie\nde musique française. Et le plus fort, c'est qu'il l'est resté jusqu'après sa\nmort, pendant un siècle, contre les artistes français eux-mêmes. Il y a là\nune emprise sur un peuple, qui est un des phénomènes les plus surpre-\nnants de l'histoire de l'art, et le plus bel exemple de la puissance d'une\npersonnalité, imposant à une nation qui n'est pas la sienne, le rythme de\nson souffle et la forme de sa pensée. Que ce ne fut pas sans révoltes,\non l'imagine bien ; et une des observations les plus importantes de\nM. Prunières est de nous avoir signalé l'opposition qui, dès le début du\nrègne du grand Baptiste, se forme, se groupe et conspire en silence, ces\nnombreux cénacles italianisants, à Paris et en province, qui préparent la"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.14", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "future réaction des premières années du XVIIIe siècle et l'atmosphère\nmusicale où se forma Rameau.\nL'histoire du Ballet de cour en France avant Benserade et Lully est le\ncomplément et comme la contrepartie de l'histoire de\navant Lully. Elle montre, en présence de l'envahisseur italien, les efforts\ndu génie national français pour se constituer et pour résister victorieuse-\nment aux assauts de 1 étranger. Il parut bien près d'y réussir, un moment,\ndans les premières années du règne de Louis XIII, grâce au génie d'un\nmusicien, Guesdron, et au goût d'un mécène, le duc de Luynes, Mais ce\nne fut qu'un jour sans lendemain.\nL'ouvrage de M. Prunières consacre un long chapitre (et ce n'est\npas le moins intéressant) à la recherche des origines du Ballet et de ses\néléments constitutifs. Nous revoyons passer devant nous ces splendides et\nmonstrueuses mascarades et pantomimes dramatiques de la cour de\nBourgogne, ces \" Entremets \", qui semblent sortis d'imaginations baby-\nloniennes : sur les tables des banquets s'élèvent de vastes constructions,\ndes églises, des châteaux, des pâtés gargantuesques bourrés d'orchestres de\nmusiciens ou de chœurs qui commentent le sens des cortèges et mômeries.\nPuis, ce sont les royales mascarades mythologiques et allégoriques des\nderniers Valois, les tournois à mise en scène romanesque, et les intermèdes\nà l'italienne. De l'efFort de la Pléiade française, parallèle à celui de Tasse\net des cénacles italiens, résulte une prétendue reconstitution du drame\nantique. Seulement, ce n'est pas la même dans l'un et dans l'autre pays ;\ncar chacun des deux peuples a refait l'antiquité à son image. En Italie,\nc'est l'opéra, où la musique triomphe. En France, c'est le ballet-comédie,\nla Circéde 1581, où tentent de s'unir harmonieusement la poésie, la\npeinture, la musique et la danse. Idéal plus largement humain, mais qui\neût exigé des génies, supérieurs encore à ceux de l'ltalie. Et le seul qui\nparût fut Guesdron. Grâce à lui, secondé par d'autres musiciens habiles,\nBataille, Boesset, Mauduit, et par le décorateur-machiniste Francini, le\nballet mélodramatique eut une brillante floraison de dix années (1610-\n1620), dont le plein épanouissement fut (1617),\ncette œuvre charmante et fastueuse, dont M. Prunières a restitué et\npublié le texte et la musique, à la fin de son livre. Mais brusquement"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.15", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "après la mort de Guesdron et de Luynes, les grandes mises en scène et les\nactions dramatiques disparaissent du ballet. C'est le ballet-mascarade, le\nballet à entrées, sans lien dramatique, avec des récits d'exposition, des\nairs de cour et des danses. Et le système se maintiendra, avec un goût\nplus ou moins pur, jusqu'à Lully qui, dans ce cadre étroit, fera rentrer la\nmusique et le drame tout entiers, jusqu'à ce que le cadre éclate et que le\nBallet fasse place à l'opéra.\nUn des faits les plus remarquables que note M. Prunières est la\nmutuelle pénétration de l'art italien et de l'art français, dans les vingt\npremières années du XVIIe siècle, et l'heureux équilibre qui se maintient\nalors dans l'échange de leurs dons. Les pastorales d'ltalie préparent\nl'éclosion du ballet de cour français. Celui-ci est ensuite importé en Italie\npar Rinuccini et glorieusement renouvelé par Monteverdi (Ballo delTln-\ngrate, 1608). De son côté Guesdron profite sans doute de l'influence de\nRinuccini et de Caccini, tous deux présents à la cour de France entre\n1601 et 1605, pour concevoir et exécuter ses magnifiques ballets mélo-\ndramatiques. Cette trop courte période de notre histoire musicale montre\nde quel bienfait peut être sur un art en pleine vigueur une influence\nétrangère, qui au contraire risque de tout étouffer, quand elle survient\nà des moments de fléchissement artistique, comme celui où était la\nmusique française, quarante ans plus tard, lorsque parut Lully.\nMais la musicologie n'est pas seule à bénéficier des recherches de\nM. Prunières, et ses deux livres ont un autre intérêt que de nous\nrenseigner sur l'évolution de quelques formes artistiques. Ils font revivre\nsous nos yeux cette extraordinaire société du XVIIe siècle italien et\nfrançais, dont une image si fausse s'est imposée à nous, au travers de\nl'esprit classique, qui en est, peut-on dire, justement l'antithèse : car si\nl'esprit classique a eu une réelle grandeur, c'est que, loin d'être l'expres-\nsion complaisante de la société du temps, il en a été l'antagoniste et le\ndominateur, l'expression d'une élite énergique qui a imposé sa raison\nvolontaire et son ordre à l'anarchie la plus incohérente, la plus déver-\ngondée d'esprit et de mœurs, la plus brutale, sensuelle, maniérée, déca-\ndente. Mais si ce monde trouble offre souvent un triste spectacle à celui\nqui porte dans l'histoire un esprit patriotique et moral, comme M. Alfred"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.16", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "Franklin, qui, dans son volume récemment paru sur la\na la mort de Henri IV', avoue ses regrets \" d'avoir été amené à étudier\nde près une aussi déplaisante période de notre histoire \", au contraire,\nl'observateur passionné de la vie se délecte, au milieu de cette admirable\nménagerie humaine ; et l'on peut être assuré que le roman, tôt ou tard,\nen fera son profit : car il n'est pas d'époque plus riche en individualités\nvariées, complexes et excessives. C'est l'âge de la décomposition des\ngrandes aristocraties ; et le raffinement artistique et mondain, qui se mêle\nchez ces hommes à une violence d'êtres de proie, en fait des exemplaires\nd'humanité tragi-comique, qui n'a point trouvé son Shakespeare. Le\ndrame est tout près du rire, et la bouffonnerie fait bon ménage avec les\nplus hautes pensées politiques. Le poète fêté des grands ballets du jeune\nLouis XIII, Durand, l'auteur de La Délivrance de Renaud, (où le rôle de\nRenaud était chanté en 1617 par De Luynes), est, l'année suivante,\nrompu et brûlé en place de Grève, pour un pamphlet contre De Luynes.\nQui songe à s'en étonner ? Et qui aurait même retenu ce fait, si les\nrecherches de notre musicologie ne l'avaient relevé ? Et que dire de\ncet entourage de Mazarin, de cette cour d'opéra-bouffe, de ces castrats\ndiplomates, de ce mic-mac de grandes choses et de turlupinades, de héros\net de pitres, de ce cardinal romain qui partage ses veilles entre ses efforts\nheureux pour assurer la gloire française et ses négociations pour faire\nsortir d'un couvent de servites un moine châtré, qui viendra chanter en\nFrance le rôle d'une reine travestie en homme et amoureuse d'un roi ! 2\nDe ces types et de ces aventures, dont M. Prunières a fait, au cours de\nses recherches de plusieurs années, une abondante récolte, l'on trouvera\ndans ses deux livres de curieux échantillons ; et nous savons qu'il en tient\nd'autres collections en réserve, notamment une correspondance de\nDassoucy racontant ses aventures peu ordinaires en Italie. Nous comptons\nqu'il nous en fera profiter, et qu'il poursuivra ses études historiques dans\nce magnifique domaine du XVIIe siècle italo-français, où il est maintenant\ncomme chez lui, et dont il nous a donné d'aussi vivants tableaux.\n\nRomain Rolland.\n\n1 Alfred Franklin : La Cour de France et Vassassinat du maréchal d*Ancre, Emile-Paul, 191 3.\n2 Le moine padre D. Filippo Melani, qui chante dans Xerxès de Cavalli le rôle de la reine\nAmestris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c007", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.5", "titre_corps": "A PROPOS DE PARSIFAL", "titre_sommaire": "A PROPOS DE PARSIFAL", "signature_source": "Ernest Van Dyck", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "(i)\nLiszt ne fut pas seulement un courtisan des princes et des empe-\nreurs, il fut surtout le \" féal \" du génie, le conseiller du talent, le protec-\nteur des artistes.\nAinsi que me le disait un jour sa fille, il voulait connaître \" les\nœuvres et les hommes \" et lorsqu'il avait trouvé l'œuvre ou l'homme, son\ngrand cœur s'ouvrait à jamais pour les servir.\nIl aima les méconnus, les persécutés, ceux auxquels s'appliquera\ntoujours le quatrain du chansonnier :\nOn les persécute ou les tue,\nEt puis après mûr examen,\nOn leur élève une statue,\nPour la gloire du genre humain.\nIl comprenait ceux que personne ne comprenait, encore, parce\nqu'ils devançaient leur époque. Berlioz lui dut ses premiers encourage-\nments. Wagner lui dut son premier grand succès, lorsqu'envers et contre\ntous Lohengrin fut donné à Weimar.\nWagner était banni et errant, l'âme anéantie et prête au décourage-\nment. Pourtant son cerveau et son cœur récélaient un monde éblouissant.\nMais ce monde était lourd à porter dans la détresse et la misère... C'est\nLiszt qui fut alors le réconfort ; le courageux protecteur du proscrit. Car\nil fallait du courage pour faire représenter sur le Théâtre de la Cour\n\nA PROPOS DE PARSIFAL\nNOTES ET SOUVENIRS\n\n(*) Voir S. I. M. n° du lerIer Janvier 1914."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "1"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.18", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "d'une principauté saxonne l'œuvre du soi disant révolutionnaire de\nDresde ! Bien plus ; pendant toute sa vie, malgré les inévitables malenten-\ndus, Liszt, le virtuose fêté et adulé, Liszt, le compositeur, génial lui\naussi dont le talent de créateur avait trop souvent tort, aux yeux des\nprofanes, devant le talent d'interprète, Liszt continua de \" servir \" celui\nqu'il avait aidé aux jours difficiles. Après les heures sombres il put enfin\nassister au triomphe de Bayreuth, et une fois mort, celui qu'il avait si\nbien compris et tant aimé, lorsque, vieilli et malade lui-même, il vit venir\nla fin prochaine de sa carrière glorieuse, un effort suprême lui fit gravir\nune fois encore la colline sacrée. Il revint à Bayreuth, il voulut revoir le\nGraal en son temple, et mourir devant lui, comme Titurel : un héros,\nmais... .Ein Mensch wie aile !\nNul ne pourra dire ce que les artistes ont perdu avec lui, ce jour du\n31 Juillet 1886, et quoi qu'en pense le monde, de pareils hommes ne se\nremplacent pas. Les jeunes musiciens, compositeurs ou exécutants, avides\nde conseils, qui accouraient à Weimar de tous les pays de la terre se\ntrouvèrent soudain désemparés et sans guide, comme les navigateurs\nlorsqu'un phare éblouissant vient de s'éteindre !\nSi j'ai parlé longuement de Liszt à propos de Parsifal c'est qu'il fut\nle confident des jours pénibles de l'élaboration de la grande œuvre. En\n1859 Wagner écrivait à Madame Wesendonk pour lui faire part de sa\ntrouvaille du personnage de Kundry. Au mois d'Août 1860 il lui écrivit\nencore de Paris pour lui reparler de cette même Kundry et de la dualité\ndu personnage, tour à tour messagere du Graal et séductrice. Mais c est\nà Liszt que Wagner révèle le sens intime de sa conception. Liszt en effet\nest un croyant fervent. Seul il pourra comprendre cette œuvre de foi\net de renonciation, ce grand drame de la pitié.\nEcoutons de quelle façon, dans une première lettre, Wagner parle\nde l'impression que le Vendredi Saint a eveille dans son ame !\n\" Pour la première fois, le Vendredi Saint, je me suis éveillé dans\n\" cette maison par un soleil radieux (il était à Zurich). Le jardin avait\n\" verdi, les oiseaux chantaient et j ai enfin pu m asseoit au seuil de la\n\" maison et goûter la paix si longtemps attendue. Emu par la seienite\n\" des choses je me suis souvenu que c'est aujourd'hui le Vendredi-Saint,\n\" et soudain, j'ai constaté combien cette ambiance a ete admirablement"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.19", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "\" décrite par Wolfram d'Eschenbach dans son Parsifal. Je n'avais plus\n\" songé à ce poème depuis mon séjour à Marienbad où j'ai conçu les\n\" Meistersinger et Lohengrin. A présent le sens divin du poème de\n\" Wolfram m'est apparu clairement et de cette émotion du Vendredi-Saint\n\" m'est venue immédiatement l'idée de faire un grand drame divisé en\n\" trois actes et dont je me suis mis à faire l'esquisse. \"\nLe 30 Mai 1859, il écrit encore à Liszt, de Lucerne :\n\" Amfortas est évidemment le personnage principal et le centre du\n\" chef-d'œuvre. J'ai été frappé par l'idée qui m'est venue subitement à\n\" propos d'Amfortas et son extraordinaire analogie avec mon Tristan du\n\" 3eme acte. C'est Tristan, mais avec une indicible gradation.\n\" Le malheureux, blessé au cœur et par la lance, n'a dans ses atroces\n\" souffrances d'autre désir que la mort ; encore toujours il espère que le\n\" Graal le sauvera il n'y a que lui qui le puisse mais c'est précisé-\n\" ment par le Graal quil ne peut pas sa vue ne fait qu'augmenter\n\" ses souffrances, car elle lui rappelle son immortalité.\n\" Pour moi le Graal est le divin calice de la dernière cène, dans\n\" lequel Joseph d'Arimathie a pieusement recueilli sur la croix, le Sang\n\" du Sauveur ?\n\" Combien terrible est le sens du rapport qui existe entre Amfortas\n\" et cette coupe miraculeuse ! Blessé de cette même lance dans une\n\" douloureuse aventure d'amour, il ne peut que languir après la bénédic-\n\" tion de ce Sang qui s'est échappé par une blessure quand le\n\" Sauveur est mort sur la croix, dans le renoncement suprême, chargé de\n\" toutes les douleurs du monde !\n\" Sang pour sang, blessure pour blessure, mais quel abîme entre ce\n\" sang et cette blessure ! Tout en extase, tout en adoration par le miracu-\n\" leux voisinage du Graal, qui resplendit d'une douce et merveilleuse\n\" lumière, Amfortas revit d'une nouvelle vie, et souffre plus que jamais\n\" de sa terrestre blessure. Tout est souffrance, même le recueillement.\n\" Où est la fin, la Rédemption ? Douleur de l'humanité pour toute éternité!\n\" Voudrait-il, en la folie de son tourment, se détacher du Graal et\n\" fermer les yeux à sa lumière il le voudrait pour pouvoir mourir\n\" mais il ne le peut pas, car c'est une puissance supérieure qui l'a élu\n\" gardien du Graal, et non une force aveugle. Il a été élu parce qu'il\nétait le plus digne, le plus saint, parce qu'aucun n'avait comme lui, la\nfoi profonde, le sens absolu du miracle du précieux calice et parce"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.20", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "\" qu'à présent encore, malgré tout, son âme anéantie d'adoration, altérée\n\" de rédemption et menacée de damnation éternelle, se consumait du\n\" désir de la vue du Graal ! \"\nEnfin voici ce que dans une autre lettre Wagner déclaré encore .\n'' Une vieille légende du Midi de la France, veut que Joseph\n\" d'Arimathie soit venu s'y réfugier avec le Saint Calice de la derniere\n\" cène. J'admire de tout mon cœur cette mystique legende. Qui ne serait\n\" profondément ému à la pensée de ce calice dans lequel le Sauveur but\n\" l'adieu suprême avec ses disciples, dans lequel, ensuite, Son sang fut\n<c recueilli et porté, par celui qui y était destine, a la garde des Purs qui\n\" pourraient le contempler et l'adorer. Oh ! combien elle est incompa-\n\" rable cette belle légende chrétienne !\n\" Et puis, le sens double de l'unique calice servant d'abord pour la\n\" communion, qui est bien le plus sublime sacrement du culte chrétien. De là\n« aussi, la légende que le Graal - sang Réal, San(c)t Graal - était le\n\" seul soutien des chevaliers, leur unique aliment.\n\" Que faire après tout cela de Parsifal ?... La tout est a cieei, a\n\" inventer. Parsifal est absolument indispensable en tant que sauveur\nu d'Amfortas ; seulement si je mets ce dernier a sa vraie place, dans sa vraie\n\" lumière, il devient d'un intérêt si tragique et si prépondérant qu'il est\n\" difficile de faire ressortir un autre personnage. _\n\" Or Parsifal doit ressortir, sans quoi il n aurait 1 air que d un fioïc\n\" \" Deus ex machina \" créé pour le besoin du dénouement. Je dois donc\n\" le faire paraître au premier plan, et, cela m'empêche de tracei un large\n« plan d'ensemble comme l'a fait Wolfram. Je dois arriver a tasser, a\n« concentrer tout cet immense poème en et\n« cependant faire apparaître clairement le sens profond de l'œuvre. Cela\n\" incombera à ma façon de travailler, c'est la tâche de mon art.\nHabemus confitentem nous voilà éclairés. Wagner a toujours\nsenti le besoin de s'expliquer et ici cette lettre à Liszt est d une c arte\nfulgurante. Les \"commentateurs\" sont désormais libres de déclarer\n\" d'après leurs idées \" que Parsifal n'est pas une œuvre de foi. Le temoi\nenage est sans réplique, et la cause est entendue. . ,\nCet acte de foi, Nietzche, Lindau et d'autres de moindre autorité\nont osé le reprocher à l'auteur du plus grand poème païen\nNiebelung.Les critiques contemporains ont admis ou nie 1 idee chrétienne"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "de Parsifal d'après leurs propres convictions philosophiques. Vaines\nformules et plus vaines querelles !\nL'œuvre est si haute et si sainte qu'elle semble avoir mérité de voir\ncomme le Divin Maître, les hommes se disputer à son sujet, et de\ndevenir comme la doctrine du Nazaréen une source de division entre ceux\nqui l'écoutent et qui la veulent servir ?\nQuant à moi il m'est impossible d'admettre qu'on interprète Parsifal\nsans un sentiment profondément religieux.\nL'an dernier à Bayreuth, après avoir joué Parsifal, le chef d'orchestre\nMuck et moi nous descendions en silence vers la ville. Nous venions de\nvivre tous les deux ces heures intenses, et nous nous en sentions profon-\ndément émus car on ne peut pas interprêter 'Parsifal de sangfroid : je\ndéfie quiconque de le faire jamais !\nMuck me dit tout à coup : \" Etes-vous catholique ? \" Et lorsque je\nlui eu répondu affirmativement : \" Moi aussi, reprit il ; quoique je sois\nun pratiquant assez tiède, mon enfance et mon éducation furent très\nchrétiennes, et il me semble que je fais un acte de foi, lorsque ie participe\nà une exécution de 'Parsifal: tant pis pour ceux qui ne sentent pas comme\nnous et tant pis surtout pour les auditeurs des représentations qui se\ndonneront en dehors de Bayreuth !... 'Parsifal n'est pas du théâtre... \"\nOh ! non ce n'est pas du théâtre dans le sens qu'on attache habi-\ntuellement à cette expression. Et pourtant c'est du théâtre \" sublime \".\nMais cette nuance restera incompréhensible pour la plupart de ceux qui\nfont \" du théâtre \".\nUne interprétation quasi parfaite, comme à Bayreuth sera presque\npartout impossible, parce qu'aucun des acteurs ne voudra rester à son plan.\nComment voulez vous trouver dans un théâtre ordinaire cinq interprêtes,\n(sans compter les filles fleurs), qui comprennent exactement à quel plan\nils devront rester pour incarner leurs personnages ?\nDans tel théâtre, Kundry sera saisissante, dans tel autre Gurnemanz\nsera parfait ou bien Amfortas attirera toute l'attention sur lui, et celui\nqu'on verra habituellement le moins, et qui devrait toujours être le point\ncentral, c'est Parsifal parce qu'il a le moins à chanter.\nCet équilibre indispensable dans l'interprétation ne peut se rencontrer\nqu'à Bayreuth à cause de la façon d'y travailler dont j'ai parlé dans la\npremière partie de cet article."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.22", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "Si les clairs obscurs du tableau ne sont pas observés, le public ne\npourra plus être ému il sera tout au plus agacé et ennuyé.\noAmfortas, le roi pécheur, ne doit pas être un blessé de théâtre, avec\nles habituelles contorsions de ce genre d'effet ; si l'acteur se souvient des\nmultiples blessures dont il a pu souffrir dans le répertoire, son personnage\ndeviendra ridicule et incompréhensible.\nGurnemanz,ni au premier acte, ni surtout au dernier, n'est un ermite\nd'opéra comique. De plus, comme il est, pour ainsi parler, le du\ndrame, le chanteur devra avoir une articulation irréprochable, et être un\nacteur de premier ordre pour que ces deux actes ne paraissent pas longs.\nVouloir les alléger par des coupures, profane l'œuvre sans remédier à rien !\nKundry doit être rendue par une vraie tragédienne lyrique douée\nd'un soprano dramatique égal dans tous les régistres, car ici Wagner a\ndemandé à son interprête des dons vocaux exceptionnels.\nVoici ce qu'il dit lui-même du personnage : (')\n\" Cette étrange et repoussante créature, l'infatigable esclave des\n\" chevaliers du Graal, qui accomplit toutes les missions, qui couchee\n\" dans un coin, attend en grognant qu'on lui donne a accomplir quelque\n\" tâche presqu'impossible... disparait parfois tout à fait, on ne sait ou ni\n\" comment... Mais un jour on la retrouve, pâle exténuée à bout de forces ;\n\" et de nouveau elle sert les chevaliers qu'elle méprisé pourtant en secret.\n\" Son regard semble toujours chercher le Elle s'est deja trompée ;\n\" elle ne l'a point trouvé. Ce qu'elle cherche, elle ne le connaît pas : elle\n\" n'a que l'instinct. \"\nQuant à Tarsifal, dont le rôle chanté est très difficile mais très court\nil doit être la figure principale du drame. Les deux aspects de son person-\nnage, le naïf inconscient qui ne comprend rien, qui n a lui aussi, que\n/'instinct (2) et qui ne deviendra conscient que par sa pitié pour le Roi\npécheur ; (au premier acte sa pitié pour le cygne blesse n est qu instinctive).\nCes deux aspects devront être rendus avec une progression \" qui ne sera\n\" pas un crescendo passionel mais une élévation spirituelle d un rythme\n\" surhumain, une modification progressive de tout son etre intime comme\n\" de toute son apparence expressive. ' (3)\nLes filles fleurs ne seront pas de vulgaires chanteuses légères faisant\n\n(') Lettre à Mathilde Wesendonk.\n(2) Lettre à Mathilde Wesendonk.\n(:!) Vurgey (Parsifal.)"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.23", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "valoir leurs jolies voix, ni des choristes remplissant la tâche quotidienne.\nCes femmes qui sont des fleurs, ces fleurs qui sont des femmes devront\ndonner l'impression d'aimables démons sans grande malice, accomplissant\ninconsciemment la besogne du thaumaturge Klingsor.\nCe chœur des filles fleurs est tellement difficile et dangereux, qu'à\nBayreuth on le répétait le matin de chaque jour de représentation quoi\nqu'il fût su à la perfection.\nLe magicien Klingsor est encore une figure importante de l'action\ndramatique, et sans un tact parfait il pourrait facilement prêter au\ngrotesque.\nLa sonorité des chœurs dans le Temple doit être réglée avec une\nconnaissance absolue de l'acoustique de la salle ; ainsi d'ailleurs que les\nvoix des cloches. Cette sonorité ne devra être ni trop directe ni trop loin-\ntaine.\nQue vous dirai-je encore ? Cet article est une simple esquisse de\nsouvenirs et d'impressions, tandis que je revois par la pensée mes longues\nannées de collaboration à l'œuvre de Bayreuth. Nul ne peut prédire\nl'avenir, mais j'ai tout de même idée que le \" miracle \" ne pourra pas\ncontinuer à se manifester partout à la fois, et qu'il retournera au vrai\nMont-du-Salut, sur la colline élue, avant qu'il soit longtemps.\nLa curiosité du public, que les grands quotidiens ont entretenue avec\ntant de zèle, depuis tant de mois, sera bientôt suffisamment rassasiée, et le\nGraal ne sera servi, par ses chevaliers au manteau rouge du \"Sang Réal\"\nque dans le temple élevé à sa gloire, par l'aède sublime, dont les harmo-\nnies mystiques semblent palpiter encore sous ses voûtes ! Dans l'Anneau\ndu Niebelung, le printemps d'amour qui doit renouveler les races terres-\ntres, ne peut se manifester que lorsque l'Or maudit est rendu aux\nprofondeurs du Rhin. Parsifal n'aura retrouvé sa force et son prestige que\nlorsque l'iniquité, contraire aux droits du génie, sera prescrite. Alors\nl'impression redeviendra pure et complète, et le pèlerin bénira son long\nvoyage, car il retrouvera enfin dans son vrai cadre ce miracle du génie\nhumain.\nPeu importe que les \" barbouilleurs de lois \" aient limité les droits\nqu'un auteur peut garder sur son œuvre, contre ces inconscients le\ngénie aura tout de même raison !\n\nErnest Van Dyck.\n\nDécembre 191 3."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c009", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.6", "titre_corps": "L'EX-LIBRIS", "titre_sommaire": "L'EX-LIBRIS", "signature_source": "Henry-André", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "Qu'on se garde de croire que nous voulons transposer ici, à propos\nd'\" Ex-libris musical \", la vieille querelle littéraire des Anciens et des\nModernes. Notre désir est d'admirer le beau artistique, et celui-ci n'a\npoint d'âge. D'une part, c'est dans la légende que le plus souvent les\nmusiciens ont puisé leurs inspirations ; les iconographes ont fait de même.\nD'autre part, sortir du symbolisme mythologique n'est pas moins louable,\nà condition qu'on recherche la beauté. Hélas ! devant certaines manifes-\ntations d'artistes qui veulent être d'avant-garde et qui se fourvoient, on\nretourne avec joie par le souvenir au vieux bagage des ancêtres, on\nreconnait qu'il demeure malgré tout, de bon emploi et offre encore des\nressources suffisantes pour faire bien.\nQu'on en juge par la vue simultanée de deux de nos reproductions,\nl'ex-libris Mottl et la marque cubiste, du même temps et du même pays.\nIls symbolisent deux courants, deux pôles, deux anti-\nthèses. Qu'on examine et qu'on nous dise où s'incli-\nneront les maîtres. La jeune critique aura beau\nprendre son sourire d'ironie et parler haut de refaire\nle monde. Elle n'arrivera pas à nous émouvoir.\n\" Words ! words ! words ! \"\nL'ex-libris de Félix Mottl est d'un genre très-\nparticulier, qu'on pourrait appeler \" Ex-libris in me-\nmoriam Le maître ne possédait aucune marque de\nson vivant. C'est sa veuve qui fit exécuter l'ex-libris\nci-joint pour en marquer tous les livres et toutes les\npartitions de son mari défunt. Le sujet de composi-\ntion fut emprunté à la plaque de bronze monumen-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.25", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2025, "texte": "taie qui orne le mausolée du musicien. Le\ngrand directeur d'orchestre que fut Mottl,tant\npour la musique classique que pour la musique\nmoderne et particulièrement pour Wagner,\navait une prédilection marquée pour l'opéra de\nGluck \"Orphée et Eurydice\",et une préférence\npour la sublime fable du divin Orphée. Ses\ndisciples se plurent à le rappeler sur son monu-\nment funéraire, et sa veuve sur son ex-libris.\nLes jeunes diront : \" c'est pompier \" ou\nmême, dans l'argot du jour : \"c'est coco\". Et\ncependant, le sujet par lui-même est foyer de\nriches interprétations, tant esthétiques que\nphilosophiques. Si banal qu'on puisse le juger, je lui trouve une autre allure\nqu'à celui de M. G. Galston, exécuté par un artiste berlinois, M. O. Hettner.\nQue dire, en effet, de cet ex-libris cubiste ? Pour plusieurs, cela est\ntrès-possible, l'œuvre peut paraître poignante, mais on m'accordera qu'ils\ndoivent sentir vibrer en eux des cordes spéciales ('). Respectons-les, ils sont\nsincères. Le personnage iconographié écoute sans doute quelque musique\ncubiste. Il paraît beaucoup en souffrir, et cela se conçoit si elle est du\nmême ton artistique que le paysage.\nAjoutons, à la décharge du propriétaire de la\nmarque, que cette manifestation esthétique ne doit\npas être considérée comme sa profession de foi. Au\ncontraire, rien ne nous empêche de croire que c'est\navec un sourire amusé qu'il l'a fait établir. Elle\ndoit lui représenter la satisfaction d'une fantaisie,\nd'un caprice... dont voici l'excuse. Il fit faire à Jean\nVeber une eau-forte, dont nous offrons ci-contre la\nreproduction. Cette œuvre, par un prodigieux bond\nen arrière de l'éclectique possesseur, est d'un beau\nromantisme. L'imagination n'y connait pas de\nbornes ; elle y cherche les évocations les plus\npathétiques ; c'est le drame et la tragédie jaillissant\ndu piano martelé par un artiste. Les coursiers du\nrêve galopent, chevauchés par des passions exaltées :\n\n(*) Voir àce propos Cubisme et Haschich dans la Chronique Médicale, N° du ler février 1914"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 11, "texte": "L'EX-LIBRIS"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.26", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": "amour, fanatisme, crime, enthousiasme, folie. Un\nimmense crucifix domine la foule hurlante et\nluxurieuse ; devant lui, l'ange pur du mysticisme\njoint les mains et étend ses ailes...\nDu reste, comme pour tous les arts, les\nmanifestations sont multiples en musique, et tel\nqui a le plus grand enthousiasme pour la musique\nreligieuse du divin Bach ne peut demander\ncependant la destruction de l'œuvre d'Offenbach.\nSi des maîtres comme Beethoven planent au-\ndessus de tous les temps, ce qui est le propre du\ngénie, combien, pour avoir moins d'envolée, sont\nnéanmoins très-estimables et ont représenté parfaitement leur époque.\nCeux-ci peuvent être plus ou moins bien imités, comme tout ce qui\npossède un style ; seul, le génie demeure lui et ne s'imite pas. Il faut\ndonc tenir compte de cette impossibilité ou de cette facilité relative d'imi-\ntation, lorsqu'on examine une démonstration iconographique cherchant\nà allégoriser un maître. Nous avons vu combien cela est difficile lorsqu'il\ns'agit de Beethoven ; l'artiste, écrasé, ne trouve à mettre sur l'autel que\nl'image du dieu... Et cependant, surtout en Alle-\nmagne, c'est un thème toujours poursuivi par les\ncompositeurs d'\" ex-libris musicaux\nCombien l'œuvre devient moins ardue lors-\nqu'elle s'inspire d'autres maîtres de haut style,\nqui ont simplement concrété leur époque. Nous\ntrouvons des ex-musici, comme celui consacré par\nM. Joseph Montsalvatje à Mozart, (V. gravure\nci-contre) qui sont d'un charme exquis. C'est gai,\nvibrant, pimpant, adorablement XVIIIe siècle.\nTelle l'œuvre du maître musicien.\nDisons-le au plus tôt pour mettre au point\nce qu'est et vaut l'ex-libris : élever au maître\npréféré et aimé ce petit autel, chercher à le\nglorifier par cette fragile estampe, voilà qui paraît\nbien futile et périssable \" a priori \". Nous n'en\ntrouvons pas moins des ex-libris du XVIe siècle\n(pour ne pas remonter plus haut) collés dans des"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.27", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "livres de la même époque. Que sont devenus maints monuments de pierre\nou de marbre qui étaient contemporains de> la petite gravure ? Bien des\nchoses passent, et le livre demeure ; avec lui, fixé sur son plat intérieur,\nreste l'ex-libris, révélateur des goûts, des affections et de l'esprit du\npremier propriétaire du volume. Dans un siècle d'ici, plus d'un musico-\ngraphe s'arrêtera, songeur, devant les marques musicales de notre temps.\nInévitablement, pour la musique comme pour tous les arts, il y aura des\ncoups de bascule pour les talentueux, un oubli navrant pour les gens à la\nmode un moment. Seul, le génie ira s'élevant : on trouvera qu'on fut\ntiède, même injuste, pour certains... C'est ainsi que nous reprochons\naujourd'hui à leurs contemporains de n'avoir pas déifié Beethoven, ou, au\nmoins dans la première partie de sa carrière, le maître Wagner, tout\ncomme il en a été d'ailleurs de Molière ou de Shakespeare. Eh bien ! le\npetit ex-libris, demeuré en son livre, restera le curieux témoignage de ces\nfluctuations de la Renommée et du temps.\nComme on peut le pressentir déjà par les reproductions données,\ninnombrables sont les variétés de marques de possession du livre. Par le\nfait qu'elles représentent qui les conçut et les fit établir, elles offrent les\naspects les plus inattendus, quelquefois les plus beaux et les plus aimables,\nd'autres fois les plus déconcertants. Examinons-en certaines, dont chacune\nse différencie avec intérêt.\nM. De Riquer nous montre une Harpie bien classique, mais amu-\nsante et jolie. Assise sur une digue au bord de la mer immense, elle\ncharme, par l'éternelle attirance de la Musique, les imprudents voya-\ngeurs. La note originale, c'est une solution de continuité au milieu\nde la digue, au-dessous de la fantasque fille. Un visage s'y encadre :\nportrait peut-être ? peut-être l'image souriante, du possesseur de l'ex-libris ?\nLà, changement bien inattendu, ce sont les chemineaux musiciens\nde M. Alphonse J. Herz. Paysage de guérets, incendié de soleil, où l'on\ndevine les buissons crépitant de chaleur lassée. Les bohèmes sont installés\nau pied d'un arbre, ils jouent avec allégresse. En face, attentive, une\nfemme note la mélodie capricieuse et champêtre.\nAssez étrange est l'ex-libris de M. Arthur Roeffler. Sur les pages\nentr'ouvertes d'une partition de musique exhaussée et magnifiée, qui\ndomine tout un paysage, on voit un Amour jouer du violon. Mais, sur-\nmontant les corps grêle, quelle tête puissante, tête d'homme de génie en\ngestation d'une œuvre, cerveau large d'artiste, front sublime de penseur."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.28", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "L'auteur de cette marque a motivé l'ardente inspiration de cet enfant qui\nsemble plus qu'un homme : en bas, sollicitant son regard, gît le masque\nde Beethoven.\nEt voici que nous tombons dans la prose. Prose aimable, où sourient\nun instrument de musique et des fleurs ; sujet gentil traité en bois ancien.\nMais comme la propriétaire de cet ex-libris, Mme Maria Schaller, doit\nressembler peu à Mme Magda Kahn, qui se fit dessiner la marque peu\nbanale offerte en regard. Voilà une diablesse étrange, une violoniste\nfantastique, qui transforme en cordes de violon et en archet les poils ter-\nminant sa queue satanique. Elle gambade au centre d'un cadre non moins\ncurieux, où figurent des masques souriants ou effarés, fixant des impres-\nsions assez diversifiées, causées probablement par le jeu expressif de la\nmusicienne.\nPouvons-nous conclure de ces courtes études successives, qu'on ait\ntrouvé, en fait de composition d'ex-musici, le critérium, l'idéal ? Tout\nnous indique que l'on peut chercher encore.\nCe domaine de la \" composition musicale \", en matière d'ex-libris,\npeut sembler appartenir exclusivement, jusqu'ici, aux Allemands. Il n'en\nest rien toutefois, et voici deux clichés de marques françaises. L'un appar-\ntient à un médecin musicien, auquel on doit même une partition de\nmusique jouée fréquemment encore au Quartier Latin, \"La Fille du Roi\".\nL'auteur s'appelle ou plutôt s'appelait... (il est mort) le docteur Le Bayon.\nL'ex-libris représente un paysage de Carnac : un pâtre breton joue du\nbiniou, adossé à un menhir où sont gravées la clef de sol muée en serpent\nd'Esculape et la note do devenue miroir de la Faculté.\nLe second ex-libris est celui d'un professeur de musique, Madame\nMina Delhomme, qui consacra aux siens toute sa vie et trouva dans\nl'art divin encouragement et joie. De là, l'oiseau qui chante perché sur les\nronces, et la devise : \" Mon mal j'enchante ! \"\nNous comptons nous occuper prochainement des marques des pro-\nfessionnels, des musicographes, de celles des Sociétés de Musique et des\néditeurs, et nous donnerons en dernier lieu les noms de propriétaires\nd'ex-libris musicaux de tous les temps et de tous les pays.\ni 4 suivre)\n\nHenry-André."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c014", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.6.5", "titre_corps": "Arthur von Wallpach Ex libris.", "titre_sommaire": "Arthur von Wallpach Ex libris.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.26", "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1946, "texte": "Arthur von Wallpach\nEx libris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c016", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.7", "titre_corps": "La Bibliothèque nationale possède maints trésors encore inconnus et", "titre_sommaire": "La Bibliothèque nationale possède maints trésors encore inconnus et", "signature_source": "Georges de Dubor", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "La Bibliothèque nationale possède maints trésors encore inconnus et\nque l'inventaire méthodique auquel on se livre exhume peu-à-peu de la\npoussière des rayons. Parmi ces trouvailles, une des plus intéressantes est\ncelle de la découverte des quatre marches que Paër, l'auteur du Maître de\nchapelle universellement connu, composa et fit exécuter lors du mariage de\nNapoléon lerIer avec l'archiduchesse Marie-Louise. Et c'est là une vraie\ntrouvaille, car M. Frédéric Masson, qui sait tout et autre chose encore\nsur l'époque napoléonienne, en ignorait l'existence.\nLe mariage religieux du glorieux Empereur avec la jeune archi-\nduchesse fut célébré à Paris le 2 avril 18 10. A dix heures du matin,le cortège\nimpérial quittait Saint-Cloud, où avaient eu lieu, la veille, les cérémonies\ndu mariage civil, pour rentrer aux Tuileries, où il arrivait vers les deux\nheures. Après quelque repos et un changement de toilette, les deux Majestés\nse retrouvaient dans la galerie de Diane et c'est là que commença la véri-\ntable odyssée du cortège impérial et, sans doute aussi, le rôle musical de Paër.\nDe la galerie de Diane, un escalier provisoire conduisait à la grande\ngalerie du Louvre, remplie d'une foule énorme de hauts fonctionnaires,\npostés là depuis le matin et dont un orchestre de vingt-deux musiciens\ntachait de calmer l'impatience. A trois heures, une fanfare triomphale\nannonçait l'arrivée des deux Majestés, qui traversèrent l'immense galerie\net pénétrèrent dans le Salon carré, transformé pour la circonstance en une\nsorte de chapelle, avec un autel d'un côté et des tribunes pour l'entourage\nimpérial. La cérémonie religieuse achevée, le cortège se reformait et\npassait à nouveau dans la grande galerie avec la même lenteur majestueuse,\nregagnait les Tuileries et s'arrêtait enfin dans la galerie de Diane, où\navait lieu la dislocation.\nC'est, évidemment, au cours de ce double défilé de la galerie de\nDiane au Salon carré et de celui-ci à la galerie de Diane que durent\nêtre exécutées les quatre marches de Paër, deux à l'aller et deux au retour\nsans doute. L'Empereur, qui aimait les choses précises, avait dû évaluer le\ntemps nécessaire au défilé du cortège, dans les deux sens, et avait dû donner\ndes ordres en conséquence au directeur de sa musique."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 17, "texte": "Georges de Dubor."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "Ceci exposé, je transcris le titre exact des marches de Paër :\nGrandes marches exécutées dans les galeries du SMuseum, au moment du\npassage de Leurs éMéM. 11. et RR., le jour de la bénédiction nuptiale de leur\nmariage, composées pourrharmonie militaire par <-zAI.\nde la des théâtres et concerts de TEmpereur et Roi d\"ltalie '•Paris,\nImbault, (J. d.)\nVoici la composition des instruments employés par Paër, dans ses\nquatre marches.\nire Marche\nDeux clarinettes, deux hautbois, deux bassons, une trompette en Mi une petite flûte, deux\ntrombones, deux petites clarinettes, deux cors en Mi b> un serpent, une grosse caisse.\n2e Marche\nDeux clarinettes, deux hautbois, deux flûtes, deux petites clarinettes en Si b> deux cors en Mi b>\ndeux trompettes en Mi b> deux bassons, un trombone, un serpent, une grosse caisse.\n3e Marche\nDeux clarinettes, deux hautbois, deux cors en Mi b> deux trompettes en Mi b> deux basson:»,\ndeux petites clarinettes en Si b? un trombone, une petite flûte, une serpent, une grosse caisse.\n4e Marche\nDeux clarinettes, deux hautbois, deux bassons, deux trompettes, deux petites clarinettes, deux\ncors en Fa b, un trombone en Si b, une petite flûte, un serpent, une grosse caisse.\nLe nom et la personnalité de Paër sont trop connus pour qu'il soit\nnécessaire d'en parler longuement. Le succès du qui\nse joue encore ça et la, 1 a rendu célébré. Il eut d auties succès au theatre\nd'ailleurs, mais ne fut jamais un musicien de génie.\nIl était maître de chapelle du Roi de Saxe, lorsque Napoléon, ayant\nentendu à Dresde son opéra d Achille,s'en engoua et le fit venir à Paris\nainsi que sa femme, cantatrice réputée. L'Empereur lui octroya vingt-\nhuit mille francs de traitement annuel, et douze mille francs de\ngratifications, sans compter voiture et appartement. A chaque œuvre\nnouvelle de sa composition, donnée aux Tuileries, Paër recevait une boîte\navec chiffres en diamants, contenant dix mille francs en billets de banque.\nQuant à sa femme, elle avait trente mille francs par an pour chanter\ndevant l'Empereur.\nNous aurons bientôt l'occasion d'entendre les fameuses marches de\nPaër. M. Chomel, le distingué chef de musique du 3 i de ligne, auquel\nje les ai signalées, s'occupe de les transcrire pour musique militaire\nmoderne et nous pourrons juger si le talent de Paër était digne de\nl'honneur coûteux que lui faisait la cassette impériale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c018", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.8", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3042, "texte": "EARLY ENGLISH HARMONY (Plaisong & Mediaeval\nMusic Society, 1913 in-fol) P. M. MASSON. Chanls de Carnaval\nFlorentins du XVe. (Florence, Institut Français, 1913 in-fol.)\nDIEGO ORTIZ. Tratado de glosas. (Berlin, Ortsgruppe der\nI. M. G., bei Liepmannsohn, 1913 in 8° obi. Mk. 12.)\nC'est à dessein que je réunis ici ces trois publications de\ntexte. La première forme le tome II d'un ouvrage sur les pre-\nmiers harmonistes anglais, paru en 1897. Nous avons là, en\ntranscriptions modernes, environ soixante textes de musique à\nplusieurs parties d'origine anglaise, datés de la fin du XIe au\ndébut du XVe. Collection intéressante pour tous ceux qui cher-\nchent à découvrir en Angleterre les origines de la musique poly-\nphonique.\nLes Canti Carnavaleschide l'époque de Laurent le Magni-\nfique, nous mènent à Florence, au somptueux XVe. M. Masson en a\ndonné une réduction pour piano, permettant de suivre d'un œil\nmoderne ces longues séries de blanches et de noires dépourvues\nde mesure. Encore fruste et populaire, la musique prend ici\ncependant déjà, à la faveur du carnaval, le masque héroïque ou\nburlesque, qui sera bientôt celui du ballet et plus tard de l'opéra.\nLes chants des Revendeuses, des diables et des maquignons, alternent avec ceux de la Mort,\net de Minerve. C'est de la musique socialisée, dont la belle polyphonie du XVIe va faire son\nprofit.\nEnfin Diego Ortiz et son traité singulier nous placent en pleine Espagne de 1553. On ne\nconnaît qu'un exemplaire du Tratado de glosasc'est donc presqu'un texte unique dont\nM. Schneider nous offre, avec l'aide de la Société Internationale (groupe de Berlin), une\nréédition moderne, accompagnée de facsimile, et pourvue d'une traduction allemande.\nLe tratado est le plus ancien ouvrage imprimé montrant comment un joueur d'instru-\nment doit se comporter dans l'exécution d'un morceau de musique. Aujourd'hui un violoniste,\nvioloncelliste ou pianiste apprend à réaliser les notes placées devant lui. Jadis et jusqu'à ces\ndernières années du XIXe siècle, l'art de l'exécutant consistait avant tout à interpréter, par\ndes procédés d'une ornementation plus ou moins originale, le texte plus ou moins schéma-\ntique livré par le compositeur. Jusqu'où allait cet art des\nen la musica de violones,c'est ce que nous apprend le consciencieux Ortiz, tant pour l'exécu-\ntion en quatuor, en quintette, que pour le solo, accompagné d'un instrument à clavier. Il\nnous donne des indications infiniment précieuses, quand il nous montre comment un madrigal\nd'Arcadelt, une Chanson de Sandrin, s'exécute par deux solistes, telle une sonate piano et\nviolon de nos jours. Ce livre absolument capital, est indispensable à tous ceux qui veulent\nouvrir les yeux et ne pas croire que la musique ancienne renait de ses cendres lorsque nous\nfaisons entendre les notes de ses vieilles éditions. Non, entre le texte écrit et l'œuvre enten-\ndue, il y eut, au moyen-âge comme à la Renaissance, une part d'interprétation extrêmement\nlarge. Rappelons nous en lisant le Tratado ce qu'écrivait Mendelssohn en 1831 des exécutions"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.32", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3411, "texte": "romaines où pas un instrument à vent ne jouait sa partie comme elle était écrite. Rappel-\nlons-nous que Paganini ne considérait ses propres concertos, dans la forme où il les publiés,\nque comme des guide-ânes nécessaires pour maintenir l'inspiration du moment et à l'impro-\nvisation perpétuelle. La précision et la tyrannie de la lettre, en musique, est chose toute\nrécente.\nJ- E.\nMAUCLAIR (Camille). Histoire de la musique européenne (Paris, Fischbacher, 1914,\nin-12° de 300 pp.)\nCet ouvrage vient combler une lacune évidente de notre littérature musicale ; le\nFrançais a été trop longtemps enclin à condamner d'un bloc toute la musique étrangère, à\npart quelques œuvres, illustres et toujours les mêmes, qui se sont imposées à lui par l'irrésis-\ntible force du génie C'est de plus un bon et beau livre, riche en idées générales, dicté par\nune très haute ferveur artistique et exempt de tout esprit de dénigrement... \" La critique\nque ne réussit pas à faire aimer,nous dit M. Mauclair, reste pour moi reléguée en dehors de\nl'art, dans le pédantisme de l'enseignement...\" On ne peut mieux dire ; et César Franck,\nsous une forme moins heureuse, avait déjà exprimé la même idée. L'auteur sera donc\nbienveillant, il sera également impartial, il nous le promet, du moins ; mais je crois qu'au\nfond, lui même ne s'y trompe guère : cette impartialité absolue, si souvent voisine du dédain,\nn'est que rarement le fait des convaincus. Et il ne se privera pas de dire par ci par là, des\nvérités assez dures.\nAjoutons pour finir que M. Mauclair, qui fait remonter le début de son étude à l'an\n1850, et qui a eu sans doute pour cela de très sérieuses raisons, montre un peu plus\nd'embarras à baisser le rideau en 1914, car il s'est bien engagé à nous parler des musiciens\nd'aujourd'hui, non de ceux de demain : et la sélection n'est pas des plus faciles à opérer :\nainsi il aura consacré tout juste une ligne à Schônberg, une autre à Strawinsky, et il aura à\npeine effleuré les jeunes écoles espagnole et hongroise ; peut-être en garde-t-il un peu de\nregret. Et cela nous donne d'avance le désir de le voir reprendre la plume, lorsque les musi-\nciens de demain, seront entrés, un tant soit peu, dans l'histoire.\nV. P.\nVAN DEN BORREN (Charles.) Les\nRenaissance.(Bruxelles, Librairie des deux mondes, 1913, in-12° de 122 pp.)\nOuvrage consciencieux et nourri, qui s'adressera aux seuls érudits, et plus particulière-\nment aux spécialistes de la renaissance anglaise. Identifier les compositeurs et ménestrels\nrésidant à Londres au XVIe siècle, n'est pas à la portée ni du goût de chacun. M. Van den\nBorren s'est efforcé de faire œuvre impersonnelle, et d'atteindre à cette concision, souvent\ncaptivante en sa sécheresse même, qui résulte parfois d'un simple exposé de documents.\nCHENNEVIÈRE (Daniel). Claude Deb (Durand et fils 1913, in-12\"\nde 45 pp. fr. 2.)\nPetit mémento qui n'ajoute pas grand chose de nouveau à ce que nous savons de ce\nmaître. La France gagnerait à posséder sur ses musiciens célèbres et encore vivants, des\nmonographies sûres et établies avec cette élégance dont l'imprimerie allemande nous donne\nun constant modèle.\nHILDBRANDT (Merrick.) Ce qu'un violoniste doit savoir (Genève 1913 in-12° de\n16 pp.)\nLe violoniste selon M. Herrick, s'en tire à bon compte et son s'avoir n'est pas encom-\nbrant. Mais encore faudrait-t-il qu'on ne lui mit rien dans la tête qui fut sujet à contestation."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.33", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3090, "texte": "Or, dès la première page, nous lisons cette vieille et très fausse assertion que l'école\nfrançaise du violon a sacrifié à la virtuosité, tandisque l'école allemande a vécu dans le\nrespect du grand art et le souci de la profondeur. Est-ce là ce qu'un violoniste doit savoir ?\nGREGORY (Julia,) Catalogue of the ea 1800 (Washington\n1913 in-8° de 312 pp.)\nPréfacé par O. Sonneck ce volume nous montre la richesse de la Bibliothèque Nationale\ndes Etats-Unis. Le classement des livres qui est ici alphabétique, correspond à une division\nméthodique poussée fort loin. C'est un procédé qui a ses avantages et dont notre Bibliothèque\nNationale a toujours, elle aussi, respecté la tradition.\nHILL (A. G.)— L'Art Chrétien en Espagne. (London, Nichols and Son 1913, in-49 de\n90 pp.)\nCurieux ouvrage, que cette thèse de doctorat-ès-lettres, soutenue devant la Faculté de\nLille, par un Anglais qui dirige une grande manufacture d'orgues. Le titre est français, le\ntexte est anglais, et il y est question d'art espagnol. Quel bel exemple d'internationalité\ncontemporaine. Ce qui intéresse ici la musique, c'est l'index, qui traite des orgues anciens de\n1380 à 1520, très sommairement d'ailleurs.\nPROCEEDINGS OF THE MUSICAL ASSOCIATION 1912-1913 (London, Novello,\n1913, in-8° de 182 pp.)\nLe volume de cet annuaire toujours à lire, contient cette année les articles suivants :\ny. Pulver.The ancient dance forms. Fuller-MaitlaThe toccatas of Bach.\nEducation of musical Sensitiveness. Collins.Latin Church music by early english composers.\nMiss Monteith.Colour music. Alan Gray.The modem développement of the organ\nRubinstein as composer for the pianoforte. M. Choral préludés. A remarquer\ntout particulièrement la communication sur les transformations des vibrations auditives en\nvierations visuelles, dans une séance à laquelle se mêlèrent des savants et des artistes.\nTHOMAS (Wolfgang A.) Mona Lisa(lena, Costenoble, 1913, in-12 de 198 pp.,\nMk. 2.25.)\nCe titre est d'actualité, et on pourra lire avec plaisir le récit qui nous montre M. Gio-\ncondo faisant peindre sa femme récalcitrante. La musique apparait ici sous la forme de cinq\npetites nouvelles, où le roman de la mise en scène s'allie ingénieusement avec la vérité de\nl'histoire. Bach, Haydn, Beethoven et Schumann se présentent chacun dans un cadre qui\nlui convient et le tout se termine par une Dî'sso»awc<? sentimentale.\nSOUBIES (A.) Almanach des Spectacles. Année 1912 (Paris, Flammarion, in-12° de\n162 pp. Fr. 5.)\nToujours bien informé, de format coquet et rappelant ses aînés du XVIIIe siècle.\nl'Almanach d'A. Soubies vient nous annoncer que 1912 est clos et que ses événements entrent\ndans l'histoire. Un joli hors texte gravé par Laguillermie orne cet élégant et précieux\nvolume.\nVAUZANGES (L.) L'Ecriture des musiciens (Alcan. 1913, in-12° de 240 pp.\nfr, 3.50.)\nLa graphologie, depuis les recherches de l'abbé Michon (1872) a définitivement pris\nplace parmi les sciences expérimentales. On peut lui demander aujourd'hui des résultats\npositifs et concluants. C'est ce qui a décidé M. Vauzanges à soumettre à une enquête grapho-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "3"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.34", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3588, "texte": "logique les écritures de cent notoires musiciens, choisis depuis Monteverde jusqu'à Bizet.\nTrès prudent, l'auteur se garde de toute anticipation et de tout verbiage... Il arrive aux\nconclusions suivantes. La caractéristique de l'écriture du musicien est l'impressionnabilité,\nrévélée par les inégalités et les sinuosités. L'enthousiasme est fréquent, et très fréquente aussi\nla simplicité. \" Le musicien apparait comme le moins poseur des artistes \", écrit\nM. Vauzanges.\nRIEMANN (Hugo). Dictionnaire de Deuxième édition française par\nG. HUMBERT (Paris, Perrin et Cie, 1913, in-4° de 1144 pp. Fr. 30.)\nC'est la loi de ces ouvrages de se voir soumis à des remaniements, des corrections et\ndes accroissements périodiques. Cette édition monumentale fera plaisir à tous les travailleurs.\nNous n'avons pas en France de Dictionnaire de la musique. Celui-ci est complet et fait\nhonneur non seulement au maître polygraphe de Leipzig, mais aussi à notre savant confrère\nde Genève.\nV. P.\nSACHS (Curt). Reallexikon der Musikin(Berlin, Julius Bard in-quarto\ncarré de 443 pages.)\nAinsi que son titre l'indique, cet ouvrage est un dictionnaire encyclopédique, dont la\nmatière est limitée aux instruments de musique de tous les pays, depuis les temps les plus\nreculés jusqu'à nos jours. Il contient 14.000 mots techniques, et pour l'établir, son auteur à\ndû mettre à contribution des connaissances étendues de philologie, d'archéologie, d'ethno-\nlogie, et d'acoustique. Aussi, s'adresse-t-il non seulement au musicographe, au musicien,\nmais encore à une foule d'autres chercheurs, curieux, savants et écrivains, Il a un caractère\ninternational, le nom de chaque instruments étant indiqué dans toutes les langues courantes,\net, ce qui est important, le nom premier étant écrit avec les caractères mêmes de la langue\ndu pays d'où l'instrument est originaire.\nEtabli avec les principes les plus modernes, et une méthode rigoureuse, à l'aide de tous\nles éléments publiés à ce jour, dont l'auteur donne la bibliographie complète, ce dictionnaire\nqui ne fait double emploi avec aucun autre, s'impose par l'exactitude de ses informations et\nl'admirable correction de son texte. Ce n'est pas une simple compilation, et partout y\napparait le sens critique nécessaire à tout ouvrage même le plus impersonnel. Ainsi, par\nexemple, la question des antiques u Lurer\" norvégiens y est traitée avec beaucoup de-\nsagacité.\nL'ouvrage bien imprimé sur de bon papier, contient 200 illustrations. C'est beaucoup et\npeu, mais il n'était guère possible de donner sous ce rapport l'équivalent du texte.\nL'lconographie complète et raisonnée des instruments de musique reste à établir, et\ncelui qui entreprendra ou encouragera une telle publication, méritera la plus grande\nreconnaissance.\nLUCIEN GREILSAMER.\nBATKA (Dr Richard.) L'Aria ancienne (Paris Costallat 1912, in 4° de 26 pp.)\nCette petite brochure est un ingénieux panégyrique en faveur de Mme Isori, la parfaite\ninterprète du Bel-Canto, l'héritière incontestée des grandes cantatrices de la vieille école\nitalienne. L'auteur nous y retrace à larges traits l'histoire de l'Aria ancienne, depuis la nais-\nsance du chant expressif et monodique, jusqu'à sa décadence avec les musiciens bouffes de\nl'école napolitaine. Avouerons-nous au Dr Batka que nous avons été surpris de trouver sous\nsa plume le passage suivant : \"... Admirons la grande simplicité, une interprétation juste,\npondérée et dans laquelle les ornements inutiles tels que trilles, mordants, groupetti sont\npresque complètement supprimés... \". Voilà une invite à laquelle bien des gens ne se"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "rendront pas. Mais chut !... si nous abordons cette brûlante question, nous allons voir toute\nla musicologie prendre les armes...\nMARCHAND (Mme E.) —Le Langage musical des Enfants N° de Juillet des Notes sur\nles Arts (Larousse 1913 in-4° de 13 p.)\nSignalons dans les '' Notes sur les Arts \"une intéressante étude de Mme au\nsujet d'une méthode nouvelle de solfège, qui a ces deux mérites, trop rarement unis, d'être\nfoncièrement artistique, et rigoureusement rationnelle. L'enfant est rapidement amené à\nreconnaître tous les sons et tous les rythmes qu'on lui fait entendre, puis il est autorisé à\nécrire de petits devoirs auxquels il attache une intension descriptive ou sentimentale ; enfin\non le fait composer brièvement sur un sujet donné : ...Il est curieux de voir ces enfants\nretrouver pour exprimer certaines impressions et certains sentiments, des formes et des\ndessins sonores dout les plus grands artistes, Bach par exemple, ont déjà fait usage dans des\ncas analogues ; il y aurait donc des expressions musicales qui demeurent éternellement\nvraies ? (Nombreux exemples musicaux.) Tous les devoirs sont notés directement par\nl'élève sans le secours du piano, ce qui l'habitue de suite à penser en musique d'une façon\nprécise. On évite ainsi le principal écueil des méthodes pratiques de composition, qui est de\ndonner aux débutants la détestable habitude du pianotage. Nous n'avons que trop vu de ces\ninsupportables petits improvisateurs dont tout le talent se réduit à quelques procédés pure-\nment tactiles.\nMadame Marchand insiste sur la nécessité absolue d'obtenir des programmes de\nl'enseignement une plus large place pour la musique ; la musique \" force éducative \" ; la\nmusique, \" partie essentielle de l'éducation \" essence même du cœur \". Bienheureux ceux\nqu'un simple problème de pédagogie amène à effleurer des vérités aussi hautes. La méthode\nde Mme Marchand n'aura véritablement fait ses preuves que lorsqu'on l'aura expérimentée\nsur une vaste échelle ; elle a en attendant toute notre sympathie.\nBEX (Maurice) Contribution à VHistoire d (in-4° de 143 pp. Rivière\nà Paris, 1913.)\nEtude presqu'uniquement documentaire mais intéressante, en raison même de son\nimpersonnalité. Cette histoire du salaire des comédiens est un peu aussi l'histoire des vicissi-\ntudes du Théâtre Français et de l'Académie royale, depuis leur fondation jusqu'à la\nrévolution. Les virtuoses de la danse et du chant y trouveraient peut-être une utile leçon de\nmodestie. Les émoluements de leurs glorieux aînés leur inspireraient sans doute moins\nd'envie que de pitié.\nSELVA (Blanche). La Sonate.(Rouart, Lerolle et Cie, 1913, in-8° de 288 pp. fr. 5).\nQuelques noies sur la Sonate(Delaplane, 1914 in-16° fr. 2.)\nC'est merveille de voir avec quelle bravoure l'auteur se joue des difficultés d'un pareil\nsujet, où il ne s'agit de rien moins que de l'évolution de notre musique instrumentale toute\nentière. Malheureusement l'historien se trouve mal placé pour juger utilement des qualités de\nce livre, qui constitue avant tout une œuvre d'idées personnelles et de généralisations pas-\nsionnées à propos de la Sonate.\nV. P.\nCOMBARIEU (J.). Histoire de la m\nTome II : Du XVIIe siècle à la mort de Beethoven (Paris, Armand Colin, 1913, in-8° de 703\npages. 8 fr.)\nM. Combarieu offre l'exemple d'une activité et d'une puissance de travail vraiment\nremarquables. Le second volume de son Histoire de la Musique a suivi de quelques mois le"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.36", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3818, "texte": "premier tome. On retrouve dans ce nouvel ouvrage les mêmes qualités de savoir robuste et\nd'abondante documentation que nous avons eu déjà l'occasion d'apprécier. Il se divise en\ndeux parties : l'une embrasse le XVIIe siècle que l'auteur considère comme le prolongement\nde la Renaissance ; l'autre, sous ce titre ; les temps modernes, comprend la fin du XVIIIe\nsiècle et le début du XIXe.\n/\nIl serait extraordinaire qu'un ouvrage aussi considérable ne donnât pas lieu à quelques\ncritiques. Les principales à mon avis seraient les suivantes. Il y a quelque illogisme dans le\nplan de la seconde partie, surtout si l'on se place au point de vue chronologique : Haydn\net Mozart viennent après les chapitres consacrés à la Révolution, à l'Empire et la Restau-\nration ; \" Rossini et son temps \" s'intercale entre. \" Les chefs d'œuvre du théâtre alle-\nmand \" et u Joseph Haydn \". L'auteur alourdit son texte par certaines publications qui ne me\nparaissent pas nécessaires : je fais allusion à ces abondantes citations de compte-rendus\ndes premières représentations de Don Giovanni et du Le Choix des exemples musi-\ncaux étonne aussi un peu. Pourquoi nous donner le Ça ira et la Carmagnole, alors que d'autres\ncitations qui seraient plus utiles sont omises ? Certaines opinions propres à l'auteur pour-\nraient être discutées, notamment celles sur Lulli, sur le rôle de la Révolution ; qu'il me soit\npermis de trouver injuste sa sévérité à l'égard de la Winterreise de Schubert, dont certains\nlieder (lin Dorfe,Die Krcihe,Der Lindenbaum )me semblent compter parmi les plus beaux\nqu'ait écrits ce compositeur. Mais ceci est affaire de sentiment personnel.\nLes réserves que je viens de formuler ne diminuent en rien le mérite de M. Combarieu.\nSon second volume représente un nouvel et grand effort et je suis persuadé qu'il rendra les\nplus grands services.\nG. ROUCHÈS.\nLINDNER. R. Wagner ùber Parsifal (Leipzig, Breitkopf, 1913, in-12® de 223 pp.)\nComme les mouches collent au papier sucré, les écriveurs en quête de textes faciles se\nsont à nouveau fixés sur Parsifal qui, cette fois, si la beauté était accessible à l'industrie,\nserait détroussé de tout prestige. Dans le flot il se trouve cependant des exceptions.\nParmi celles-ci \" Richard Wagner iiber Parsifal \" que je signale aux personnes qui croient\nencore pouvoir discuter, et ignorer, l'unité de l'œuvre du plus immense des poètes. Sous ce\ntitre, le docteur Edwin Lindner a réuni, écrites ou prononcées par le maître lui-même, des\nparoles qui semblent aujourd'hui protester du fond de la tombe contre les interprétations\nsaugrenues qui, disséquant sans pitié, font dépendre le génie d'une circonstance, d'une\nrencontre, d'une lecture et finissent par l'abaisser au rang des apôtres intéressés de l'absurde.\nA ce titre le livre du docteur Lindner est du plus grand intérêt. On y prend connaissance,\nentre autre, des liens aperçus par le poète créateur, entre Alberich et Klingsor, Tristan et\nAmfortas, Wotan et Titurel.\nH. FITZ-JAMES.\nKAPP (Julius). Richard Wagner et les jemmes(Perrin in-12 de 288 pp.)\nLivre amusant comme un roman, et même comme plusieurs romans. Les événements\nrelatés ici sont déjà familiers à ceux qui auront lu l'autobiographie de Wagner ou sa corres-\npondance avec Mathilde Wesendonk ; mais on nous les présente ici sous un jour tout nouveau,\net en rétablissant autant que possible dans leur texte intégral certaines lettres officieusement\nécourtées. Le maître n'en sortira pas plus grand, au contraire. Et nous apprendrons à juger\navec plus d'équité ceux de son entourage, en particulier sa première femme, souvent aux\nprises avec les cas de conscience les plus angoissants.\nV. P.\nMISCELLANEA MUSICAE 810-BIBLIOGRAPHICA, von H. Springer, M. Schneider\nund W. Wolffheim. Jahrgang 2 Heft 1 und 2 (Lpz. Breitkopf 1913 in-8° de 24 pp.)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.37", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4004, "texte": "C'est au Congrès de la Société Internationale à Londres qu'a été décidée cette publi-\ncation et son titre. Il s'agit ici d'une sorte de bulletin périodique, destiné à tenir les\ntravailleurs au courant des plus récentes découvertes de la musicologie. Nous ne pouvons\nen effet tout lire, et tout retenir, encore moins tout mettre sur fiche. Le flot des livres et des\ndocuments nous submerge et va se perdre dans les bibliothèques, charriant avec lui matériaux\nde la science de demain. Quelques courageux ont eu l'idée de filtrer ce courant continu et d'en\néparer les éléments les plus intéressants, ceux qui sont indispensables à notre édification. Il\nfaut rendre justice à ces vaillants collègues, car ce travail n'a rien de précisément folâtre et\nceux qui l'accomplissent ne peuvent y trouver ni profit matériel, ni glorieuse notoriété.\nC'est une bonne action faite pour l'amour de l'historicité.\nSouhaitons que ces Miscellanées grossissent de plus en plus et que par une sorte d'entente\ninternationale bien comprise, bien conduite, elles arrivent à former pour nos études un\nrépertoire semblable à celui dont l'abbé Chevalier a doté l'histoire générale. Si le Congrès\nde Paris en juin prochain pouvait avoir ce résultat — et n'eut-il que celui là — il aurait\nrendu à la musique un service de premier ordre.\nEn tout cas les Miscellanées devraient être dans toutes les Bibliothèques, comme un\ninstrument de travail indispensable, commode et absolument sûr.\nJ. E\nDEUTSCHE MUSIKBÛCHEREI (B<> 2, 3, 4, 5, 6, 7 et une brochure. C. Bosse\nRegensburg, sept vol. in-12°)\nL'unité de l'effort intellectuel — et sa puissance — se traduisent en Allemagne par le\npenchant que manifestent les savants de tous ordres à se grouper et à publier leurs travaux dans\ndes \" collections \" dont certaines — scientifiques ou philologiques — sont déjà célèbres. Les\nmusicologues ne pouvaient échapper à cette tendance, et la collection dont nous avons à\nparler aujourd'hui révèle quelle diversité de points de vue, de directions le peuvent trouver\nréunis sous l'uniformité d'une même reliure. Ce n'est pas, en effet, une série de biographies\nbâtis sur le même modèle, mais un ensemble de travaux extrêmement divers, provenant de\nsources différentes et groupées autour d'un nom : celui du Professeur Seidl.\nIl apparait que le Prof. Dr Seidl, musicien philosophe est devenu comme le centre d'un\nvéritable mouvement musicologique : voici un assemblage de 17 articles, constitué en un\nouvrage de 275 pages, dont le titre \" Musik und Kultur \" nous indique assez l'orientation\net dont le motif fut une fête en l'honneur de la 50me année de Seidl. Dans nos pays, nous\nnous contentons, en ces circonstances, de discours pompeux et plus ou moins sincères. De\nl'autre côté du Rhin, on adresse au maître, au chef de file — et on fait imprimer — de bons\net solides travaux fondés sur sa propre méthode.\nA signaler, l'ouvrage de R. Kruse importante contribution à l'histoire de la musique : près\nde 300 pages sont remplies de la correspondance de Lortzing dont la popularité fut très grande\nen terre Germanique.\nEnfin, une réédition d'un intérêt pratique incontestable : \" Anleitung zum Vortrag\nBeethovenscher Klavirwerke \" de A. B. Marc 1863 (rééd. Schmitz 1913 250 p.) Une quantité\nde remarques générales sur le style, la manière de B. forme le début de l'ouvrage ; puis\nles principales œuvres de piano (sonates, variations etc.) sont étudiées une à une avec\nperspicacité et bon sens au point de vue de l'interprétation. C'est l'œuvre d'un musicien doué\nde réflexion et de logique, et il n'est pas exagéré de souhaiter qu'une traduction française\nde cette brochure, ne vienne apporter quelque rigueur et quelque unité aux interprétations\ndésadaptées dont on nous gratifie hélas ! trop souvent sous prétexte de ''personnalité\" !\nN'avais-je pas raison de prétendre que cette collection dénotait un effort très noble,\net dont les conséquences surtout, dans le monde musical ne peuvent être qu'en faveur du\nprogrès ?...\nA. MACHABEY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c020", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.9", "titre_corps": "COMBARIEU (J.). Histoire de la musique. T. II (A. Colin, 1914 in-4° de 703", "titre_sommaire": "COMBARIEU (J.). Histoire de la musique. T. II (A. 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El cant popular (Barcelona, Orféo Catala, 1913 in-8n\nde 88 pp.)\nBERGMANS (Paul). Les fêtes musicales (Gand\n1913 in-fol. carré de 40 fol.)\nSCHIEDERMAIR (L.). Dießriefe W. A. Mozarts. Bd. I & II (Muenchen G. Muller\n1914. 2 vol. in-B°. L'ouvrage aura 5 vol.)\nKAPP (Julius).—R. Wagner et les femmes. (Paris, Perrin et Cie, 1914. in-12° de 288 pp.\nFr. 3.50.\nWAGNER (Peter). Geschichte der MB. d. I. (Lpz. Breitkopf. 1914 in-8\" de\n548 pp. Mk. 12.)\nRIEMANN-ESSEN (Ludwig).— Die p\nKlaviertechnik von A. STEINHAUSEN. Zweite Auflage (Lpz. Breitkopf. 1913. in-8° de\n248 pp. Mk. 5.)\nHOHENEMSER (R ). Luigi Cherubin(Lpz. Breitkopf 1913, in-8° de 562 pp.\nMk. 10.)\nGRATIA (L. E.). L'Elude du piano.Préface de Ch.-M. Wilder. (Delagrave 1914,\npetit in-4° de 232 pp. fr. 3.50.)\nCURZON (H. de). Mozart (F. Alcan, 1913 in-12, fr. 3.50.)\nFAUCONNET (André). Vesthétique de Schopenhauer. (Paris, Alcan. 1914, in-8° de\n462 pp. fr. 7.50).\nSELVA (Blanche). Quelques mots su (Paris, P. Delaplane. 1914. in-12\nde 225 pp. fr. 2.)\n[SCHEUERLEER]. Eene wooninge in de welcke ghesien worden veelderhande\nGheschriften, Boecken...('s-Graven-Haghe 1913 in-4° obi.)\nPRUNIÈRES (Henry). L'Opéra italien en France avant Lulli. (H. Champion 1913.\nin-4° de 434+32 pp.)\nPRUNIÈRES. Le Ballet de cour en (H. Laurens,\n1914 in-4° de 284 pp. fr. 6)\nKURTH (Ernest). Die Voraussetzungen der Theoretischen Harmonik. (Bern,\nAkademische Buchhandlung Drechsel, 1813 in-8° de 148 pp. fr. 5)\nPARIGI (Luigi). La nouvelle critique musicale Italienne. (Florence Extrait de la\nrevue France-Italie)\nERGO (Emil). Über R. Wagner's H (Lpz. Breitkopf, 1914\nin-8° de 156 pp.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c021", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.10", "titre_corps": "La Musique de Danse à l'église.", "titre_sommaire": "La Musique de Danse à l'église.", "signature_source": "C. Saint-Saens", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 644, "texte": "La Musique de Danse\nà l'église.\n\nUNE ENQUÊTE 1\nM le 17 février 1914.\nMonsieur le Directeur,\nJe ne me trompais pas en m'adressant à S. I. M. et à ses lecteurs pour\neclairer ma religion en matière de musique religieuse. J'ai reçu par votre\nentremise, et jusqu'à ce jour, exactement 92 réponses à l'Enquête annoncée\ndans votre Numéro du lerIer février. C'est plus qu'il ne m'en fallait pour me\nfixer, et voici le résultat concluant de ce petit référendum.\nMettons d'abord à part un certain nombre de lettres qui s'égarent\nloin de la question, ou, dont le ton badin ne saurait tenir lieu d'une solide\nargumentation.\n\n1 Voir S, I. M, du ler février."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.40", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "Il reste un dossier, encore volumineux, que je diviserai en trois :\ni°) Ceux qui se déclarent.\n2°) Ceux qui se réservent.\n3°) Ceux qui se récusent.\nLa troisième catégorie, est, je me hâte de le dire, la moins nombreuse;\nelle comprend cependant des noms illustres. M. Ch.-M. Widor écrit :\nVeuillez m'excuser, un gros travail m'empêche de lire, et par conséquent\nde prendre parti dans des questions politiques, artistiques, scientifiques ou histo-\nriques dont j'ignore les raisons. WIDOR.\nM. Gigout de même :\nJ'aurais volontiers répondu à votre enquête ; mais, à cette époque de l'année,\nj'ai à peine le temps de dormir...\nM. Bédouin, de N. D. de Lorette :\na le plus grand désir de voir exécuter dans les églises de la bonne et religieuse\nmusique, mais ici, ne peut ni louer, ni blâmer, surtout par quelques mots d'écrit.\nLa liste des affirmatifs est, au contraire, la plus longue. Citons\nparmi ces audacieux.\n\" Le morceau que vous voulez bien me communiquer, ne convient nullement\nà l'église parce qu'il n'exprime aucun des sentiments que l'église cherche à déve-\nlopper. Le rythme de l'accompagnement, bien connu dans les Casinos, ne laisse\naucun doute sur son caractère chorégraphique. Mais, si on détruit le rythme et\nsi on chante lentement les 24 premières notes de ce morceau, on obtient un Stabat\nMater fort présentable. Au temps où le culte chrétien fut organisé, dans les temples\ntransformés en églises, les traditions des hymnes grecs existaient encore, et les\ncréateurs du plain-chant...\nMais je m'arrête, je craindrais d'irriter dans sa tombe mon excellent et\nregretté ami Bourgault-Ducourdray qui ne partageait pas mes idées à ce sujet et\nqui aurait anathématisé S 1 Ambroise lui-même, s'il l'avait cru coupable de faire ce\nqu'il a fait avec raison très probablement. \" LAURENT DE RILLÉ.\n\" Il ne faut pas être grand clerc pour voir que le morceau en question ne\nconvient nullement à l'Eglise.\nPourquoi ? Mais parce que le genre... disons aimable, gracieusement, légère-\nment mondain de sa mélodie, parce que son rythme balancé de danse sont en\ndésaccord absolu avec le caractère liturgique des offices sacrés, et avec le plain-chant\nqui lui sert d'encadrement.\nIl y aurait encore bien d'autres raisons à donner, mais celle-ci ne suffit-elle\npas pour proscrire une telle musique de l'église ? \" THÉODORE. DUBOIS."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "\" Le morceau en question doit être mis à part du répertoire de l'organiste\nvraiment digne de ce nom et conscient de ses devoirs d'artiste religieux :\nParce que :\ni°) La musique religieuse doit être grave, sinon sévère et nous donner des\némotions pieuses, non des sensations. Or, je ne crois pas que la mélodie citée\npénètre jusqu'à l'âme des fidèles et les incite à la prière.\n2°) De plus, le morceau est fort mal écrit pour l'instrument : si les batteries\nde la main gauche sont excellentes pour une fanfare ou un orgue de Barbarie, en\nrevanche, elles font le plus mauvais effet sur l'orgue. Le style lié et l'écriture\ncontrapuntique conviennent seuls à l'orgue et permettent de tirer le meilleur parti\ndu roi des instruments. \"\nEUG. LESIERRE,\nEx-Organiste de S* Jean-S* François à Paris,\nOrganiste et professeur à Roanne.\nc' Il n'y a aucun doute : le rythme à la mazurka de la mélodie que vous citez,\nrythme souligné par l'accompagnement, suffit à exclure ce morceau du répertoire\ndit I • *■\neglise.\nAinsi, d'ailleurs, en décident les règlement pontificaux :\n« Le jeu de l'orgue ne devra pas seulement être combiné selon la nature de\nl'instrument, mais il devra participer à toutes les qualités que doit avoir la vraie\nmusique sacrée... La musique sacrée doit être sainte et exclure toute chose profane \".\nWILLIAM GOUSSEAU\nMaître de Chapelle de St-Nicolas-du-Chardonnet\nProfesseur au Petit Séminaire.\n\" La devise d'un organiste est, me semble-t-il, de :\ni° Jouer de la bonne musique.\n2° De la musique vraiment écrite pour orgue.\n3° De la musique d'orgue ayant un caractère religieux.\nOr le morceau incriminé ne répond aucunement à ces trois conditions et\n1 approbation d'un membre du clergé n'est, hélas, qu'une preuve de plus que la\nmusiquette fera toujours les délices des estimables personnes qui n'entendent point\nle langage musical. Par une étrange anomalie, d'ailleurs, les ecclésiastiques ont un\ngoût prononcé pour la musique d'église gaie... et surtout mauvaise \".\nA. CELLIER.\nOrganiste du Temple de l'Etoile, et de la Société Bach.\nMais, pour beaucoup, la question posée est une question de goût, et\npar conséquent, impossible à résoudre par l'absolu d'une affirmation.\n\"La musique d'église possède un répertoire plus riche que toute autre.\nIl n'y a qu'à se baisser pour en prendre... je ne vois donc aucune raison valable"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.42", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "pour qu on emprunte au répertoire des Casinos, comme vous le faites très\njustement remarquer. Maintenant, se trouve-t-on peut-être en présence d'un\ngout particulier pour la mauvaise musique ? Dans quel cas on ne peut que\ns incliner, car je ne vois pas comment, ni de quel droit, on pourrait intervenir ?\"\nCLAUDE DEBUSSY.\n\"Autant clu on en Peut juger Par les courts fragments proposés, le morceau\nincrimine apparaît surtout un peu insignifiant et pauvre d'inspiration ; joué dans un\nmouvement suffisamment modéré, et avec goût, il n'est pas délibérément irréligieux.\nLe plus ou moins de religiosité d'un morceau dépend beaucoup du style\nqu on apporte a son exécution et de l'usage qu'on en fait. Ainsi il y a, même dans\nC C 1 - -y W JL J J\n1 Urgamste de Franck dont on n'a guère contesté la valeur des petits\nmorceaux, d ailleurs très jolis, qui deviendraient peu acceptable, à l'église s'ils\nétaient joues trop vite. Tel morceau, supportable à la sortie, devient une inconve-\nnance a 1 Elévation. Certaines fêtes le temps de Noël principalement s'accom-\nmodent d airs naïfs, guillerets, populaires qui constitueraient un véritable contre-\nsens aux autres temps de l'année liturgique.\nCet incident me conduit à constater la navrante indigence du répertoire de\nmusique d orgue, j'entends de celui qui est à la portée des organistes ordinaires.\nLa musique facile et c'est justement celle-là qui est le plus nécessaires et\npresque fatalement dépourvue de musicalité, d'intérêt, de bon goût. Les louables\ntentatives pour combler cette lacune n'ont pas encore donné de résultats décisifs ;\ndans la plupart des recueils, les perles sont rarissimes en un énorme amas de\nfadeurs : rari nantes...\" HENRI SCHMITT\n\" La question que vous posez peut paraître assez délicate ; on ne saurait\névidemment exiger que toutes les pièces d'orgue exécutées à l'église soient\nconstruites sur aes thèmes liturgiques ; cela pourrait satisfaire les idéalistes intra-\nsigeants, mais pratiquement cette idée serait peu réalisable.\nPar contre, on peut et on doit exiger que toute pièce entendue à l'église\nn'y soit pas déplacée, qu'elle ait au moins une belle tenue artistique et qu'elle\nsoit conforme au style approprié à l'orgue, à sa nature, à sa destination.\nOr, la pièce que vous signalez n'est nullement à sa place à l'église ; elle est\nd'abord d'un goût très contestable, d'une valeur musicale inférieure et d'une\nécriture pianistique qui ne convient nullement à l'orgue. (Ceci dit, sans vouloir\nporter atteinte à l'auteur de ladite pièce qui fut cependant un excellent musicien ;\ncet offertoire constitue, de sa part, une erreur sur laquelle il vaut mieux ne pas\ntrop insister).\nJ'ai assez souvent entendu à Paris et en province des morceaux d'orgue\nchoisis sans discernement, sans goût et sans tact, pour être heureux de protester\nune fois de plus contre la mauvaise musique que, parfois encore, on ioue dans les\néglises. \"\nCHARLES QUEF\norganiste de la Trinité"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.43", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "\" Il est difficile de répondre nettement aux trois questions qui pose votre\naimable correspondant.\nLe morceau incriminé date de 20 ans et a dû être souvent exécuté à l'église\nd'ailleurs. 11 est, du reste, de valeur très-moyenne, et n'a pas dû révolutionner l'art\nà son apparition !\nIl faut se rappeler qu'un organiste n'a pas toujours un auditoire très avancé\nau point de vue musical et il y a fort à parler que sur cent auditeurs qui\nont entendu ce morceau, 60 y ont éprouvé un certain plaisir une certaine\némotion même ; 30 ne l'ont pas écouté par que cela pouvait\nleur donner ; et 10 l'ont peut-être discuté...\nC'est toujours le difficile problème à résoudre. L'église n'est point une salle\nde concert ii y faut faire un musique adéquate à l'objet qu'on se propose :\némouvoir les fîdeles. A ce point de vue, je jouerais en Allemagne d'autres pièces\nque celles que je choisirais pour l'ltalie ou pour l'Espagne. En effet, un auditoire\nallemand pourra être séduit par un programme, qui laissera des Espagnols ou des\nItaliens complètement froids sinon hostiles.\nVous le voyez on pourrait développer cette pensée...\nL organiste doit donc se prêter un peu aux nécessités du service qu'il a\naccepté de faire. Dans quelle mesure ? 11 doit se faire un peu éducateur... élever\npeu à peu, par l'accoutumance aux belles œuvres l'esprit de ses auditeurs, et\nquand il a le bonheur de trouver dans son auditoire des esprits distingués, comme\nme parait etre celui du correspondant de la revue faire pour le satisfaire le plus\npossible.\nA part cela, le morceau incriminé ne mérite ni tant d'honneur ni tant de\ndédain.\nCe n est pas une danse, bien qu'en changeant le mouvement on puisse\nen faire une mazurka mais s'est affaire à l'organiste de ne pas faire cette\nplaisanterie !...\nJe voudrais avoir le temps de m'étendre un peu plus sur le sujet qui nous\ntient tous au cœur... Mais je dois me borner et ajourner cette causerie qui me\nséduirait par ailleurs. \"\nH. DALLIER.\norganiste de S 4 Eustache.\n\" Le gout esthetique, ce sentiment spontané qui, prévenant toute réflexion,\npermet de discerner les beautés et les défauts dans les ouvrages d'esprit et les\nproductions artistiques, reste une qualité naturelle des plus rares qui n'appartient\nqu a un petit nombre d élus. C'est donc l'absence de cette qualité qui entraîne tant\nde personnes, fort bien intentionnées d'ailleurs, à commettre des erreurs ouverte\ndans le genre de celle qui fait l'objet de l'enquête dirigée par la S. I. M.\nCar, je suis persuade que l'auteur ingénu de l'Offertoire-Mazurka, dont la\nreligiosité est contestée par le \" Fidèle Abonné \" s'est imaginé, de bonne foi,\nque la petite \" misère musicale \" qu'il a écrite (en souvenir, peut être, du Saint Roi"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.44", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2610, "texte": "David/dansant devant l'Arche) traduisait une idée supérieure, dédiée à la divinité\nde son choix. De même, on doit supposer que l'organiste qui, sans y être contraint,\na pris soin de répandre cette pauvre musique, ainsi que la foule des fidèles qui\nl'ont entendue sans protester sauf le \" Fidèle Abonné \" ont cru communier\ndans une belle pensée artistique et religieuse.\nAlors ?... Hélas !... Le goût !...\nA l'appui de cette opinion, et parmi d'autres exemples que je pourrais citer,\nvoici une anecdote édifiante :\nAu cours d'une pérégrination estivale, j'entrai, par un beau dimanche, dans\nune de nos plus splendides cathédrales. Et, sur le seuil, je restai un instant\nstupéfait d'entendre résonner sous les voûtes majestueuses du vieux temple\ngothique un affreux \" pas redoublé \" dont la vulgarité s'aggravait d'une pédale\ntonitruante de l'orgue marquant les temps forts d'un inlassable va-et-vient de la\ntonique à la dominante. Je m'acheminai vers le \"chœur\" pour pouvoir contempler\nde près l'homme de mauvais goût qui se permettait cette facétie déplacée. Et je\nvis, à l'orgue, un brave ecclésiastique qui s'épongeait le front, comme après un\nrude labeur, en exhibant la bonne figure réjouie d'un homme qui vient d'accomplir\nun haut fait et qui en éprouve une vive satisfaction.\nAlors ?... Hélas ! Hélas !... Le Goût !... \"\nAUGUSTE CHAPUIS,\nProfesseur au Conservatoire, Inspecteur Principal\nde l'Enseignement du Chant.\n\" Ce morceau convient-il à l'église ? NON.\nPourquoi ? \" Musique de ballet\", ou, si l'on aime mieux, style de divertisse-\nment symphonique.\nOn m'objectera qu'en telle et telle œuvre de Franck ou de Widor on trouve\nmaints passages analogues aux exemples cités. Mais c'est en des pièces que ces\nmaîtres n ont pas écrit pour Véglise, mais pour le concert. En tout, il faut de la discré-\ntion : et ce n'est pas parce qu'un grand prélude et fugue est signé J.-S. Bach,\nqu'il doit être exécuté pendant le service liturgique.\nQue mes confrères organistes veuillent bien consentir à moins faire ressortir\nleur virtuosité, mais à faire preuve de goût religieux, et l'on n'aura plus à se\nscandaliser de \" la musique de danse à l'église. \"\nA. GASTOUÉ.\nConsulteur de la Commission\npontificale pour le Chant Grégorien.\n\" J'estime que le cas particulier touché par ces questions ne peut être\ntraité, qu'autant que les questions générale qu'elles soulèvent immédiatement\nseraient fixées, si toutefois elles peuvent l'être...\nPersonnellement, je ne jouerais pas les fragments cités, à l'Eglise, mais je me\nhâte d'ajouter, que faisant abstraction de préférences personnelles (probablement"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.45", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "participées par la grosse majorité des professionnels de ma génération et de mon\nmilieu) je considère que l'on ne peut sans imprudence,\npratique ni lancer nucun nnathhne contre les tant\nque, pour forcer leur goût ou leur choix dans le sens de nos préférences, nous ne serons\npas en mesure de répondre MINUTIEUSEMENT, et avec une AUTORITÉ et une LOGIQUE\nINCONTESTABLES aux trois questions suivantes qu'ils seraient 'en droit de nous\nposer, et qui ne sont pas solutionnées à l'heure actuelle :\ni° Quelle est la musique d'orgue qui convient à l'Eglise ?\n2° Pourquoi convient elle ? comment la reconnait-on ?\n3° A quel moment, et pour quelles raisons, (techniques et autres) une œuvre de\nmusique d'orgue commence-t-elle ou cesse-t-elle d'être admissible à l'Eglise ?\n'Voilà semble-t-il une base cC enquête (ou congrès) nécessaire, pour amener la solu-\ntion particulière de l'incident soulevé. Tout à votre disposition le cas échéant.\nM. LIBERT,\nlERIER Prix d'orgue du Conservatoire org. de l'orgue\nde la Basilique Sl, Denis.\nLe Caire 29 Janvier 1914.\n\" Certes, la question est délicate et si délicate même que je n'entreprendrai\npas de la résoudre. Quelle musique est religieuse, quelle ne l'est pas ? bien malin qui\npourra le dire. Les madrigaux de Palestrina, avec paroles latines, paraîtraient à\ntout le monde excellents pour l'Eglise, l'offertoire cité semblerait, dit-on, un air\nde ballet ; mais la procession est-elle autre chose qu'une danse sacrée, ou tout au\nmoins son dérivé ? Les toccatas, la plupart des Fugues même de Sébastien Bach\nnon rien de religieux et pourtant on croit bien faire en les introduisant dans l'Office.\nCertains peuples ont la dévotion gaie ; en Andalousie, j'ai entendu à Noël une\nMesse en style de Cachucha avec castagnettes et tambours de basque, et c'était\npour ces braves gens de la musique religieuse au premier chef. Sa Sainteté le\nPape ne voudrait pas que l'on chante à l'Eglise autre chose que du Plain-chant ;\nmais j'ai de fortes raisons de croire que le Plain-chant tel que nous le chantons\nne ressemble en rien à celui qu'on entendait dans les Eglises au temps de\nLrregoire-le-Grand, et que, ce que nous exécutons gravement et pésamment, était\nalors des fioritures dans le goût oriental....\nDes prêtres, des âmes pieuses, qui n'entendent de musique ailleurs qu'à\nî Eglise, aiment à y entendre parfois des choses gaies. C'est à leur intention que le\nfameux Père Lambillotte, de joyeuse mémoire, écrivait des choses qu'il croyait\nsans doute très religieuses. Leur tort n'était pas d'être gaies, mais de manquer\nde beauté et de style, et elles en manquaient grandement.\nA tout prendre, je me récuse et me déclare incapable de dire ce qui convient\nou non à l'Eglise. Cela peut dépendre de l'époque, de la nationalité, de l'éduca-\ntion, du tempérament, et je ne crois pas qu'il y ait en cela rien d'absolu.\n( A suiv\n\nC. Saint-Saens."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c023", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.11", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "Les Théâtres\n\nPHILOTIS LA MARCHANDE D'ALLUMETTES CLÉOPATRE\nLes futurs historiens du Ballet au XXlne siècle connaîtront de bien douces joies. Leur\ntravail sera agréable parcequ'il s'exercera sur une matière variée et particulièrement favorable\naux élégantes considérations spéculatives. Ils se trouveront, en effet, en présence d'un genre en\npleine transformation, en pleine crise de croissance ; ils pourront noter les phases d'une de\nces évolutions aux étapes bien caractérisées, comme les aiment les musicologues ; ils pourront\ndessiner, comme sur une carte fluviale, les sinuosités d'un grand courant grossi par des\naffluents successifs dont ils détermineront le cours et la source.\nIls verront comment la chorégraphie classique française, exilée de chez nous pendant le\nsiècle dernier, nous revint intacte de Russie où de charmantes vestales l'avaient conservée dans\nde la glace ; ils sauront pourquoi le divertissement d'opéra, tombé en défaveur, céda la place à\nl'acte dansé, pourquoi le scénario anecdotique, après avoir connu le succès et s'être annexé des\npartitions inattendues, fut peu à peu abandonné par les amateurs de chorégraphie pure ; ils\nnoteront l'entrée de la musique la plus librement symphonique et polyrythmique dans un\ndomaine réservé jusqu'alors aux compositions à forme fixe soumises à des conventions métriques\nminutieusement préétablies et il comprendront pourquoi les compositeurs de ballet apprirent à\ns'exprimer en \" prose plastique \" après s'être si longtemps contentés des bouts-rimés. Belle\nsuccession de chapitres à établir de Sylvia au Sacre du Printemps\nDans quelle catégorie rangeront-ils Philotis, danseuse de Corinthe, l'ouvrage de Gabriel\nBernard et Philippe Gaubert que vient de monter l'Opéra... voilà ce que je ne me charge pas\nde prédire. Cette aimable composition chorégraphique unit, en effet, les éléments les plus\ndivers dans une synthèse un peu arbitraire. L'auteur du scénario, en nous contant l'aventure"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.47", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3921, "texte": "de la riche danseuse, éprise d'un pauvre musicien et déployant toutes ses séductions\npour lui faire oublier l'humble compagne qu'il s'était choisie, a sacrifié au genre anec-\ndotique mais avec une sorte de souriant scepticisme : on sent fort bien que ce fait-divers\npassionnel n'est qu'un ingénieux prétexte, choisi par un lettré averti, pour nous promener\ndans une contrée et une époque pittoresques, nous placer en face de décors poétiques et\nrelier entre elle des danses sentimentales ou orgiaques, des processions, des cérémonies\nreligieuses, des apparitions célestes et des scènes de caractère. Mais et . c'est par là\nque cet ouvrage se rattache aux tendances les plus caractéristiques de la danse moderne\nl'action n'est pas prise très au sérieux, la pantomime est réduite à sa plus simple et surtout à sa\nplus courte expression et le \" dieu de la machine \" interrompt le petit conte, à l'heure\nopportune, avec la plus tranquille bonhomie. Le musicien, tout en cernant d'un trait net les\ncontours mélodiques de sa partition fortement rythmée a donné à son texte une tenue\nharmonique et orchestrale très différente de celle que réclament les vénérables habitués du\nfoyer de la danse. La chorégraphie, elle-même, un peu inspirée des créations de Fokine, s'est\nrenouvelée assez heureusement dans certains ensembles et les recherches de costumes indiquent\nd'excellentes intentions. Mais tout cela demeure bien entendu, du progrès théorique car,\npratiquement, ces efforts individuels demeurent inefficaces dans cette extraordinaire atmosphère\nde l'Opéra où tout s'estompe, se décolore et se dissout, où les réalisations les plus opposée sont\ntoujours un air de famille et où la plus modeste des ballerines a la fierté d'afficher une noble\nindépendance rythmique, seule conforme à la dignité d'une future électrice républicaine sur la\nscène nationale d'une démocratie.\nLa nouvelle direction de l'Opéra-Comique a fait de demi-débuts avec un ouvrage accepté\net peut-être commandé par la direction précédente. Pendant de longs mois, grâce à la\nliasse de bulletins de réception signés Albert Carré qu'ils ont trouvée sur leur table, les\nnouveaux directeurs n'auront pas à exercer leur sens critique et n'auront qu'à détacher\npériodiquement les coupons de ces obligations à lots dont leur prévoyant prédécesseur les a\nenrichis. Ce n'est que dans la mise en scène qu'ils pourront faire acte de personnalité. Hâtons\nnous de dire que, sous ce rapport, M. Gheusi a donné dans la Marchande d'allumettes les\npreuves du goût le plus éclairé et de l'adresse technique la plus rassurante et s'est tiré remar-\nquablement d'une épreuve dangereuse.\nCréer une atmosphère de féerie avec le décor et les accessoires de l'existence quotidienne,\ntransformer en poétiques entités un marchand de marrons, un rôtisseur et un papetier, sangler\ndans un uniforme d'azur un lieutenant de vaisseau pour transformer en galère de rêve le\ncontre-torpilleur qui l'amena chez une bonne tante instruite en Ecosse des devoirs de l'hospi-\ntalité, avoir sans cesse à lutter contre des souvenirs ironiques d'opérette ou de vaudeville,\nlampes clignotantes des Travaux d'Hercule ou présentation des nièces du\nvoila vraiment ce qui s'appelle jouer la difficulté. Il faut souligner toute la portée d'un début\neffectué dans de telles conditions et en tirer les plus heureux pronostics pour l'avenir.\nLes auteurs ont eu, me dit-on, quelques petits mécomptes avec le public de la générale\nmais ont montré une touchante docilité à suivre les conseils d'une critique résolument bien-\nveillante et amicale, en renonçant à certaines gentillesses de langage trop conscieusement\nlestées de musique pour prendre leur essor avec la légèreté désirable. Violemment distendu\npour fournir un livret en trois actes, le charmant conte d'Andersen a beaucoup souffert de\ncet écartèlement douloureux. Il a, de plus, subi la triple épreuve d'une matérialisation indiscrète,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.48", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3768, "texte": "d'une traduction littéraire trop précieuse et d'une interprétation musicale qui ne l'était pas\nassez. Avec ses dons ingénus, la nonchalance de sa technique, ses robustes italianismes\nmélodiques, sa facilité rarement contrôlée et son métier orchestral rudimentaire M. Tiarko\nRichepin n'était pas le musicien de la situation. Il n'a pas suivi dans ses détails le jeu subtil\nle tendre et suranné jeu de \" grâces \" qui passionnait une poétesse et son fils, les grisait\ndans une vive émulation, leur inspirait mille enfantillages et s'achevait dans le fol enivrement\nd'un échange de répliques ailées, dans l'ardeur joyeuse d'un duel rieur pour lequel on a\ndécroché sournoisement les armes de papa, le calembour démoucheté, la rime de six onces qui\nvous fait voir trente-six chandelles et les grands sacs de où l'on puise à pleines mains\npour aveugler l'adversaire d'une poignée d'étoiles !...\nCertes, ce jeune musicien est un habile homme : il a su approvisionner largement de fines\nnotes aiguës sa principale interprète qui en fait une consommation immodérée, il a trouvé, pour\naccompagner les toiles de Jusseaume, quelques mélanges sonores dont la température descend\nsensiblement au dessous de zéro, mais il n'a pas la tournure d'esprit de ses compagnons de jeu.\nIl s'amuse tout seul à sa façon.\nAu fond, le public est toujours sévère pour ceux qui n'enfantent pas dans la douleur. Les\ntrois auteurs de ce conte lyrique ont souvent étalé une impertinente joie de vivre qui indisposa\nles esprits chagrins : leurs travaux feront toujours un peu figure de récréations d'amateurs. Ces\nenfants gâtés ont voulu faire joujou avec un grand théâtre subventionné : ils s'y divertissent de\ntout leur cœur et ne se préoccupent pas des semonces des raisonneurs. Qui sait, même, si, en\nfrottant négligemment leurs allumettes sous notre nez, ils ne recherchent pas tout simplement\nla malicieuse satisfaction de nous faire éternuer ?...\nCependant l'ouverture d'une succession nous appelait d'urgence, à Monte-Carlo. Ces\ncérémonies ne sont pas toujours réjouissantes. Il faut se méfier des testaments artistiques et il\nest terriblement dangereux de porter les \"chants du cygne\" chez un éditeur. Ces confidences\nposthumes nous ont si souvent déçus que nous n'apprenons jamais sans appréhension notre\nenvoi en possession des legs musicaux dont nous gratifia la libéralité d'un C'est donc\navec plus de déférence que d'enthousiasme que l'on prit place dans la salle de l'Opéra\nmonégasque où l'exécuteur testamentaire Raoul Gunsbourg nous avait réunis pour nous faire\nentendre les dernières volontés de l'auteur de Ma\nEt ce fut une stupeur. Après Don Quichotte,après après après\nles admirateurs les plus optimistes de Massenet ne pouvaient espérer cette Cléopâtre. Je dirai\nplus : aucune de ses œuvres précédentes et je pense aux plus glorieuses ! ne nous\ndonnait le droit d'imaginer qu'avant de mourir un artiste gâté par le succès aurait l'inconce-\nvable héroïsme de renoncer à ses plus séduisants défauts, à ses plus irrésistibles faiblesses pour\nécrire un ouvrage aussi châtié, aussi ferme dans sa pensée que dans son expression et aussi\néloigné de toute concession au goût de sa clientèle fervente.\nNous avons retrouvé le Massenet d'autrefois, celui des d'orchestre où tout était mis\nen valeur avec une élégance et une précision inimitables, celui qui fut quelque temps le frère\naîné de Debussy, celui qui se penchait sur la partition commencée de et\ntournait doucement les pages de la Damoiselle Elcelui qui défendit courageusement le goût\nfrançais le plus distingué avant de se laisser dominer par une production trop absorbante et des\nsuccès qui lui enlevèrent toute faculté critique.\nLa collaboration d'un jeune poète a déterminé ce renouveau d'arrière-saison et fait"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.49", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3808, "texte": "s'épanouir au jardin du musicien, la belle rose d'automne qu'est Clêopâtre. Louis Payen a offert\nà l'auteur à'Ariane un sujet pittoresque, sobrement délimité, dépouillé de tout ornement\ninutile, traité avec une volontaire simplicité et adroitement disposé pour la scène. La\nvariété des atmosphères successives où sont placés les héros du drame est très heureuse ;\nentraîné par son décor mouvant, le compositeur ne cède plus à la tentation de s'attarder à de\nlongues effusions sentimentales et de s'oublier paresseusement dans une oasis mélodique : il\nfaut avancer, il faut poursuivre le beau voyage. Trop souvent, les compagnons de route de\nMassenet, n'osant pas donner le signal du départ, compromirent ses plus belles excursions au\npays du rêve par ces haltes inopportunes. La jeunesse impatiente de l'auteur de\ndevait servir utilement, dans la circonstance, la gloire de son musicien.\nNe croyez pas d'ailleurs, que Massenet ait été paralysé dans l'expression de sa tendresse\npar un librettiste épris de rapidité, à la façon vériste : l'action n'est pas précipitée, elle s'effeuille\navec assez de douceur pour laisser au chantre de l'éternel féminin le loisir de broder une\nvariation de plus sur le thème qui fut toujours si favorable à sa virtuosité. Le parfum mélodique\nde la lettre d'amour que respire Marc-Antoine est singulièrement subtil et il faut signaler\nle rare mérite des deux dialogues passionnés qui mettent Clêopâtre en présence de ses\ndeux amants, dialogues si différents d'accent, si habilement renouvelés qu'ils permettent à\nl'auditeur de saisir les moindres nuances de la sensibilité d'une femme s'arrachant des bras\nd'un amant-esclave pour se jeter dans ceux d'un amant-roi. Jamais Massenet n'avait fait\nd'incursion aussi hardie dans le domaine de la psychologie.\nPour tout le reste, une heureuse invention pittoresque, l'emploi des timbres rares et des\nrythmes imprévus, une mise au point orchestrale minutieuse et un sens toujours averti des\noppositions font de cette partition une belle contribution musicale à l'histoire du théâtre lyrique\nde notre temps.\nComme il est de tradition dans le théâtre du monde où se pratique le plus souriant\nmépris des contingences, et où la notion de l'impossibilité est inconnue, la présentation de\nl'œuvre par Raoul Gunsbourg, moderne Klingsor, est magnifique et son interprétation est\nfastueuse. Maguenat, qui a trouvé enfin une rôle à sa taille, a obtenu un succès considérable\nde chanteur et de tragédien ; Rousselière a accepté, avec la meilleure grâce du monde, de faire\nun sort enviable àun personnage relativement modeste et Mlle Lilian Grenville a dessiné une\nsilhouette de vierge romaine d'une délicieuse poésie. Mais il faut dire l'exceptionnelle valeur\nde la créatrice du rôle de Clêopâtre. Mœe Koussnetzof a incarné la voluptueuse reine d'Egypte\navec un art inoubliable. Sa voix splendide et facile, sa beauté triomphante, libéralement offerte\nà une salle enivrée, son talent de tragédienne, de mime et de danseuse lui ont permis de\nmarquer le personnage d'une empreinte qu'il sera bien dangereux de vouloir effacer.\nOn n'ignore pas les incidents qu'a soulevés le choix de cette inégalable artiste et quels\nobstacles juridiques se sont dressés devant le directeur assez audacieux pour vouloir nous offrir\nune Clêopâtre capable de nous donner à tous l'âme de Spakos. Il ne nous appartient pas de\ndiscuter la légitimité des prétentions de sa rivale mais l'issue du procès engagé ne pourrait être\ndouteuse si les juges avaient le droit de sieger dans une loge de face et de rendre leur arrêt à\n1 issue d une représentation de Clêopâtre. Quel barbare pourrait condamner la troublante petite-\nfille de Phryné qui a précisément revêtu, pour la circonstance, le costume le plus propre à\némouvoir un Aréopage ?...\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c025", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.12", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE", "signature_source": "Claude Debussy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "CONCERTS COLONNE\n\nPour la musique.\nDans ce dernier mois un événement assez considérable s'est accompli très simplement :\nnous avons une Société chorale professionnelle. Evidemment ça n'a l'air de rien, parce que l'on\nsuppose qu'à Paris, ville d'associations, de syndicats, elle devait nécessairement exister. Il n'en\nétait rien. Nous nous contentions jusqu'ici d'en constater l'existence... à l'étranger.\nDes voyageurs racontaient les grands festivals anglais, où trois cents voix respectueuses et\nconvaincues chantent la gloire de Haendel, de Mendelssohn, et de Sir Elgar.\nIls parlaient aussi, nous en pleurions d'attendrissement de petits villages perdus au\nfond de la Thuringe, où le souci de boire la bière nationale, le Dimanche, s'accompagne du\nbesoin de chanter les chorals de Bach. On ne manquait pas de nous faire remarquer gentiment\nque \" nous n'en avions pas en France \". Quant à Paris, les cafés-concerts lui suffisaient. C'est\navec de pareilles aménités que l'on juge notre capacité musicale. Nous avons fait les pires\navances ; accueilli des tentatives d'art, où Fart passait de vilains moments, les spectateurs\naussi. On nous a imposé des mobiliers funèbres, des chaises où l'on ne peut s'asseoir que de\ntrois-quarts ; ça n'a servi à rien, bien au contraire, pour tourner la question on nous a reproché\nde redouter l'ennui à l'égal d'une épidémie.\nPourtant nous avons essayé, nous avons fait venir les professeurs d'ennui les plus célèbres.\nPeut-être est-il difficile de ne pas confondre le genre \" ennuyeux \" avec le genre sérieux ?\nC'est éminemment une question de goût, ce goût qu'il ne faut jamais discuter, paraît-il ? Ne\nserait-ce pas plutôt qu'on ose rarement avoir le courage de maintenir son goût au-dessus des\ndiscussions ?\nLes mille petites coutumes auxquelles obéit une époque s'appliquent à tout le monde, et\nc'est arbitraire, car elles ne servent, le plus souvent, qu'à un seul. Qu'on nous permette\nd'illustrer cette assertion par un exemple un peu trivial : Un homme a une grosse tête, il\ntrouve, après de longues méditations devant la glace de son chapelier, une forme de chapeau\nqui lui semble diminuer sa tête, il l'adopte et c'est bien naturel; ce qui l'est moins, c'est qu'aussitôt\non voit des gens, qui ne sont pas tous idiots, porter des chapeaux qui les rendent ridicules.\n\n4"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.51", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3693, "texte": "On nous dira qu'il n'y a là qu'une affaire de mode et non de goût ? Ce n'est pas tout à fait\nvrai, la mode et le goût sont étroitement unis, du moins ils le devraient. Et si l'on\nconsent à être ridicule dans le choix d'un chapeau, il y a de bonnes raisons pour être sûr que\nce ridicule s'étendra à tout ce qui se rapporte au goût, y compris celui de la musique, le plus\ndélicat qui soit à délimiter.\nLe chapitre \" Des Rapports du Chapeau avec la Musique \" a été oublié par Carlyle dans\nSartor Resartis, ce bréviaire cruel de l'humour, il mériterait d'être écrit, car ces\nu rapports \" sont évidents et certains. Le chapeau d'un amateur de \" symphonies \" n'est pas\nle même que celui d'un amateur de \" la Damnation de Faust. \" Et ce petit feutre mou qu'on\nroule en boule, toujours prêt pour la bataille, ne peut partager les opinions du \" tube \" lustré\ncomme une peau de nègre. Ce dernier commande à son propriétaire une respectabilité qui gêne\nl'enthousiasme, tandis que le petit feutre mou a les mains libres, il peut même se jeter à la\ntête de l'orchestre comme dernière manifestation.\nPour revenir à Y Association chorale professionnelle, elle a, malgré sa récente formation,\nexécuté de très belles choses, presque toutes en première audition. C'est assez extraordinaire si\nl'on songe que la plupart des choristes qui la composent n'étaient entraînés qu'à chanter en\nchœur, mais pas avec cœur.\nIl faudrait tout citer du copieux programme de ce premier concert. Peut-être même y\navait-il trop de belles choses les unes à côté des autres ? Nous n'avons pas l'habitude d'une\npareille richesse. Ce fut d'abord un Motet, en double chœur, de J. S. Bach, où l'art d'écrire\npour les voix demeura insurpassé. Puis, un délicieux madrigal, \" Mille regrets de vous\nabandonner \" de Claude Lejeune. Et cette admirable Bataille de Marignan, chef-d'œuvre de\nClément Janequin, qui est comme la rumeur de la rude vie d'un camp, notée, cris par cris,\nbruits par bruits : le trot lourd des chevaux s'y mêle aux franches sonneries des trompettes\ndans un tumulte secrètement ordonné. La forme en est si directe qu'elle peut sembler popu-\nlaire, tant elle est juste de pittoresque transposition.\nDes chansons d'enfants, amusantes ; des danses norvégiennes, où l'on retrouve l'attachante\nmélancolie d'Edouard Grieg. Du même Grieg \" Voyez Jean\", peut-être plus instrumental\nque vocal ; tout de même bien séduisant dans son emploi des voix d'hommes, seules. Cette\nmusique a la fraîcheur glacée de ses lacs, l'ardeur pressée de ses printemps hâtifs et brusques.\nCe qu'il faut dire hautement, c'est la difficulté de ces œuvres si différentes ! Or, rien n'a\nmanqué : une homogénéité parfaite, une variété dans l'accent surprenante.\nTout cela est l'œuvre de D. E. Inghelbrecht, mince comme sa baguette, son âme\nenthousiaste recueille ce total de forces, son autorité minutieuse commande sans jamais faiblir.\nIl passe de la gravité somptueuse d'un Bach à la fantaisie septentionale d'un Grieg sans avoir\nl'air de se prendre pour un phénomène. A tous points de vue, il faut encourager cette tentative\nde rénovation chorale ; et, si elle a le tort grave d'être vraiment française, tâchons de le lui\npardonner.\nAux Concerts Colonne.\nx\"\nLa Vengeance des Fleurs, illustration symphonique de G. Grovlez d'après une ballade de\nFreiligrath, dont c'était la première audition aux Concerts Colonne, fut composée en 1910 et\nexécutée pour la première fois àla Société Nationale en 1912; c'est un curieux essai de panto-\nmime symphonique.\nM. G. Grovlez s'efforce ingénieusement de suivre le texte de Freiligrath, fait d'images\nténues, et d'impressions aussi fugaces que le rêve qu'il décrit. Mais, si la poésie peut changer"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.52", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "de décor à son gré, la musique ne se retourne pas aussi facilement, il lui faut plus de temps, et\nla plus sûre habileté d'écriture n'arrive pas toujours à masquer le disparate que font tant de\npetites taches de couleurs juxtaposées : ça ne tient plus. L'artifice du programme explicatif\ndisparu, on suit malaisément ; l'oreille est accrochée, çà et là, par une jolie sonorité, un\ndessin capricieux et, presque sans le savoir, l'esprit recrée une histoire toute personnelle.\nC'est pourquoi, \" l'illustration musicale \" de Gabriel Grovlez, si sensible, souvent char-\nmante, aurait besoin d'une réalisation scénique, qui, si légère fut-elle, empêcherait le\nvagabondage.\nLa Troisième Symphonie de Gédalge était un robuste contraste à\nLa déclaration de principes qu'il fait figurer en tête de cette symphonie en fixe clairement le\nbut : \" Ni littérature, ni peinture \". Un dieu malin fait mentir M. Gédalge dans maints\nendroits, qui ne sont pas les moins agréables de cette symphonie sans peur et sans reproches.\n\nClaude Debussy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c027", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.13", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX", "signature_source": "Vincent d'Indy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.52", "debut_caractere": 1042, "fin_caractere_exclue": 3350, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX\n\nCe mois-ci, dans le domaine de la musique pure, nous avons eu la Symphonie en sol\nmineur de Kalinnikow, sage symphonie selon la formule mendelssohnienne, avec cependant un\npeu moins de verve.\nToutes les conventions de l'école de Rheinberger y sont convenablement observées :\npremier mouvement sans caractère et d'une particulière monotonie rythmique ; andante-lied\ndont la partie médiane est constituée en air de ballet (déjà !) ; menuet classique, et finale a\nprétentions cycliques, quoique le besoin de réentendre les thèmes du premier mouvement ne\nse fit pas sentir de façon impérieuse. En somme, de la musique doucement fluente, bien\nélevée et inutile.\nPeut-être, si Kalinnikow eut vécu, aurait-il senti combien il était préférable pour lui\nd'abandonner les rites conventionnels d'un art allemand décédé et de continuer la belle tradition\ndes Rimsky et des Borodine Malheureusement, il est mort relativement jeune.\nLa stupéfiante banalité d'un Mahler, le mois dernier, l'élégance démodée d'un Kalinnikow\nce mois-ci, ne sont point pour nous donner une haute idée de ce qu'est devenue à l'étranger\ncette belle forme de la Symphonie pour orchestre.\nQuelle différence entre ces productions sans vie artistique et le simple chef d'œuvre de\nCésar Franck qui valut à IVI. Chevillard une ovation bien méritée a laquelle, il voulut, a très\njuste titre, associer son intelligent orchestre !\nDans la Symphonie en ré du maître des Béatitudes, point de thèmes vulgaires ou sans\naction sur la synthèse de l'œuvre, point de développements superflus ou de dispositions\nconventionnelles, point d'harmonies qui ne soient au service de l'idée, point de\ndans la construction, partout et tout le temps de l'ordre, de la beauté et de la musique.\nOn m'assure que quelques insectes de la critique auraient tenté de se hausser jusqu'à\npiquer au talon cette grande figure de César Franck, mais je me refuse à croire que ces\nattaques soient l'effet de la mauvaise foi et je préfère penser qu'elles proviennent simplement\nd'ignorance ou d'un vice de conformation dans le sentiment musical.\nAu reste, de tout cela, peu nous chaut ; l'œuvre du père de notre art symphonique\nfrançais restera en pleine lumière longtemps après que les écrits de ces pauvres incompréhensifs\nauront disparu dans l'épaisseur de l'ombre."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.53", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "Au même Concert où la Symphonie de Franck était unanimement acclamée, les très\njolies Danses pour harpe de Debussy vinrent faire une heureuse diversion à un Caprice, égale-\nment pour harpe, dont la banalité avait un peu trop égayé le public.\nOn entendit aussi (encore de la danse !) deux airs de ballet assez agréables de M. Roger\nDucasse, qui eussent peut-être gagné à être présentés séparément au lieu d'être joués d'un\nseul tenant.\nJ'ai entendu dire autour de moi que ces airs de ballet étaient mal orchestrés et, pour\ncertains, cette accusation équivalait à une condamnation à mort.\nD'abord, je n'ai pas trouvé, quant à moi, que ces pièces fussent si défectueusement\ninstrumentées, et puis, il faudrait s'entendre au sujet de la bonne ou mauvaise orchestration,\ncar rien n'est plus manifestement dépendant de la mode que ces appréciations-là.\nJe pourrais citer tel morceau symphonique qui passait, en l'an de grâce 1875, pour le\nsummum de la science orchestrale et dont l'instrumentation u surannée \" fait actuellement\nsourire nos jeunes Conservatoriens, et il y a gros à parier que la plupart de nos pièces\nmodernes, émerveillement des snobs amateurs de timbres rares et choisis, seront, avant trente-\ncinq ans peut-être, logées à la même enseigne.\nCertes, je ne veux point dire que l'habileté orchestrale ne constitue pas une précieuse\nqualité, mais je la considère comme une qualité de second ordre en regard de l'invention\nmusicale.\nQu'est-ce que ça peut nous faire que tel morceau soit médiocrement instrumenté si les\néléments employés par le compositeur sont d'une portée musicale supérieure ? Les défauts de\ncertains passages beethovéniens qu'il faut interpréter pour faire sortir le dessin mélodique\nn'altèrent en rien l'harmonieuse unité des chefs-d'œuvre du titan et la lourdeur de l'instru-\nmentation n'empêchera jamais la Symphonie rhénane de Schumann de rester l'une des belles\nmanifestations de l'esprit humain en musique.\nEvidemment, il serait préférable que tout compositeur réunit les deux conditions : beauté\ndes éléments et habileté orchestrale, mais il est bien certain qu'un artiste comme Schumann\nqui a pour lui la musique est tout de même infiniment supérieur à tel autre n'ayant à son actif\nque l'instrumentation, et, a fortiori, à celui qui, comme Grieg, par exemple, ne possède ni l'un\nni l'autre.\nMais laissons cette digression et tenons compte à M. Roger Ducasse, bon ou mauvais\norchestreur de sa louable ténacité à écrire une œuvre de longue haleine comme sa partition\nd'Orphée et de ne s'être point contenté du petit morceau à la mode.\nCar, hélas ! le signe de notre temps est la fabrication minuscule....\nJe n'en veux pour preuve que l'avalanche de petites mélodies pour voix et orchestre qui\nencombrent tous les concerts et parfois même les Concerts Lamoureux —, productions\npour lesquelles les sonorités instrumentales n'étaient en aucune façon indispensables, miniatures\nmunies d'un cadre exagéré qui, à leur place sur une tablette de cheminée, ont le tort de\nvouloir remplir le panneau affecté aux Noces de Cana....\nSachons donc rendre au piano ce qui est du pianoy et à l'Allemagne ce qui n'est pas de la\nSymphonie.\n\nVincent d'Indy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c028", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.14", "titre_corps": "Music=halls et chansonneries", "titre_sommaire": "Music=halls et chansonneries", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2992, "texte": "Music=halls et chansonneries\n\nEntre les soussignés :\nLa Société anonyme du Théâtre-concert de , stipulant aux présentes par M. X, son\ndirecteur autorisé, d'une part ;\nEt M. Y, ès-qualité, dénommé dans le présent acte L'ARTISTE, se déclarant libre de contracter le\nprésent engagement, d'autre part,\nIl a été dit, convenu et arrêté ce qui suit :\n§ I. La Direction engage pour l'établissement ci-dessus désigné ou tous autres pouvant être\ndirigés par la même Société ou pour son compte :\nM. Y et sa troupe se composant de\n*#••••••••\ni partir du 19... jusqu'au 19.•• inclusivement.\n§ 2. L'Artiste est obligé, sous peine de la perte des droits garantis par ce contrat et de tous\ndommages-intérêts, d'arriver à temps a Pans avec son matériel, de se présenter immédiatement au\nDirecteur ou à son remplaçant, de faire les répétitions nécessaires pour pouvoir exécuter son travail le\njour même du début qui est fixe ci-dessus comme date a laquelle 1 engagement prendra cours.\nCe début aura lieu en matinée lorsque le premier jour tombe un dimanche ou un jour férié.\nL'Artiste s'oblige en outre :\na) à faire sa production complète dans les deux représentations, les jours où la Direction donne deux\nreprésentations ;\nb) à tenir secret le présent contrat avant son commencement ;\nc) à ne pas travailler, dans la même ville, sans une autorisation écrite de la Direction, devant un\nautre auditoire que celui désigné par la Direction, et cela ... mois avant que le présent engagement\nprenne cours et ... mois après qu il aura pris fin ;\nd) à fournir pour les soli, scènes, intermèdes, etc., dans un état convenable, les costumes et\naccessoires, ainsi que la musique pour un orchestre de 34 musiciens ;\né) à se soumettre, au cas de différends demandant une intervention judiciaire, a la juridiction des\ntribunaux compétents au dit lieu.\nÇ 3. Trente jours avant le commencement de rengagement, la Direction doit être avertie par\nlettre recommandée de la date exacte de l'arrivée de l'Artiste.\n§ —La Direction payera à l'Artiste la somme de francs par mois, en monnaie française.\nDe cette somme seront déduits ... 0/° de commission pour l'Agence...\nLes gages sont payables le 15 et le dernier du mois, avec réduction du quinzième pour le mois de\nfévrier. Les commissions dues à l'Agence par l'intermédiaire de laquelle a été conclu le présent\nengagement seront prélevées par la Société et versées par elle à la dite Agence, a chacun des payements\nfaits à l'Artiste. t .\nL'Artiste recevra la somme de francs le jour de son arrivée, comme frais de voyage.\n£ En cas de force majeure, tels que : interdiction par les administrations préfectorales, guerre\neuropéenne, incendie du théâtre, révolution, deuil national, inondations, privation de lumière, épidémie,\ngrève, même partielle, du personnel de l'établissement, les appointements seraient suspendus. Si la\nfermeture se prolongeait au delà de cinq jours, la Direction comme l'Artiste auraient le droit de résilier\nce contrat sans indemnité de part ni d'autre."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.55", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "§6. Si l'Artiste, au commencement du présent engagement, se trouve, soit par maladie,\naccident antérieur, changement de membres de la troupe, indisposition persistante, ou toute autre cause,\ndans des conditions telles que la valeur du numéro soit sensiblement inférieure à celle du jour où le\nprésent engagement a été signé, la Direction réserve le droit de résilier ce contrat dans les premiers\ntrois jours et même de le résilier purement et simplement avant les débuts, sans indemnité de part ni\nd'autre.\nSi après ses débuts l'Artiste se trouve, par maladie ou force majeure, empêché de travailler, les\ngages ne seront pas payés pour les jours où l'Artiste n'aurait pas pris part aux représentations. Si l'empê-\nchement se prolonge au delà de trois jours, la Direction a le droit de résilier ce contrat à partir do\nquatrième jour d'absence.\n§ 7. L'Artiste qui romprait ce contrat, ou n'arriverait pas au temps convenu, ou quitterait\nl'engagement avant son terme, serait passible d'un dédit de francs, payable de suite, nonobstant\ntous autres droits de la Direction qui aurait, notamment, celui de retenir les gages acquis pour les\njournées de travail écoulées.\n§ 8. La Direction décline toute responsabilité au sujet des vols qui pourraient être commis au\npréjudice de l'Artiste dans l'intérieur de l'établissement, ainsi qu'au sujet de toute détérioration de ses\nvêtements ou accessoires, ou du matériel, quelles qu'en soient les causes.\nLa Direction se déclare seulement responsable des objets, bijoux ou valeurs qui seront déposés à la\ncaisse contre un récépissé.\n§ 9. En cas de l'abandon de l'entreprise par la Société, pour quelque cause que ce soit,\nl'Artiste n'aura aucun recours contre elle pour la partie du présent engagement qui resterait encore à\ncourir, et cet engagement serait annulé de plein droit sans indemnité. Il en serait de même si la Société\nvenait à céder son établissement.\nTout engagement fait soit par lettre, soit par correspondance, ne sera que provisoire, et ne\ndeviendra définitif que par le présent traité.\nCONDITIONS SPÉCIALES\nA. Tout le matériel des artistes, décors, costumes, accessoires, doit être tenu dans un état\nirréprochable, agréé par la Direction et conforme aux prescriptions administratives.\nB. La Direction se réserve le droit de faire les coupures et les changements qui lui paraîtraient\nutiles dans le numéro.\nC. La Direction n'est pas responsable des accidents et blessures qui pourraient frapper\nl'Artiste pendant les répétitions ou représentations, quelle qu'en soit la cause, et celui-ci renonce, tant\npour lui que pour ses ayants-droit et son personnel qu'il oblige avec lui, aussi bien que les compagnie»\nauprès desquelles il pourrait être assuré, à ne réclamer ou laisser réclamer à la Direction aucuns\ndommages-intérêts.\nD. L'Artiste, de son côté, reste personnellement et exclusivement responsable des accidents\nqu'il pourrait directement ou indirectement causer ou occasionner pendant son travail, et de leurs\nconséquences, quelles qu'elles soient.\nE. L'Artiste accepte pour lui et sa troupe les prescriptions administratives mentionnées dan»\nle règlement intérieur.\nF. Le présent contrat confère à la Direction le droit absolu de réengager M. Y aux mêmes\nconditions.\nLa Direction devra en tout cas user de ce droit dans les premiers quinze jours qui suivront le»\ndébuts, faute de quoi l'Artiste sera entièrement libéré."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.56", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3722, "texte": "G, Les Artistes de nationalité étrangère devront, conformément aux prescriptions administra-\ntives et légales, et sous peine d'amende, faire leur déclaration de domicile à la Préfecture de police,\nbureau des étrangers, dans les délais imposés.\nH. L Artiste s engage formellement àne pas laisser cinématographier son numéro et àne pas\naisser produire une cinematographie dudit numéro en France à dater de la signature des présentes\njusqu a 1 expiration de ] engagement, a moins d'autorisation spéciale de la Direction, à peine de résiliation\nà sa charge, sans préjudice de tous les autres droits de la Direction.\nLe contrat ci-dessus a été lu, approuvé et signé par les contractants.\nIl faut parfois songer a la postérité. Un temps viendra où quelque érudit, n'écoutant que\nson courage, s epuisera a débrouiller les confuses archives du music-hall, comme on fait\naujourd hui pour celles de la symphonie ou de l'opéra-comique. Avec quel docte mépris ce\nchasseur de documents ecartera les descriptions contaminées de littérature où sans vergogne\nnous noyons les faits dans les idées qu'ils nous suggèrent ! Rageusement il tournera les feuillets\nqui ne lui fourniront ni un nom ni une date, et ne pardonnera pas même à Mme Colette de\nn'avoir mis dans son livre Y Envers du music-hall, que ses impressions et son style, non le plan\ndes salles, la composition des programmes et la statistique du personnel.\nC'est par pitié pour sa déconvenue que je viens de transcrire ici une formule d'engage-\nment, dérobée à l'un de nos établissements les plus célèbres et qui peut servir de modèle, car\nles clauses sont partout les mêmes. J'ajoute quelques éclaircissements qui pourront devenir\nutiles quand le souvenir de nos mœurs sera perdu.\n§ i Le personnage qui appose en ce contrat sa signature à côté de celle du Directeur\net reçoit le noble nom d' u Artiste \" est tantôt le principal ou même le seul exécutant, souvent\naussi l'entrepreneur du spectacle ou \" numéro Ses fonctions en ce dernier cas sont celles\nd'un \" imprésario \" ou d'un u manager \". Il recrute ses interprètes, équilibristes, lutteurs,\nsauteurs, danseuses, écuyères, montreurs de phénomènes, dompteurs, dirige leurs exercices, pour-\nvoit à leur existence ainsi qu'à leurs déplacements, les rétribue et garde le reste. Il assiste à\ntoutes les répétitions et aux représentations, dans la coulisse ou même sur la scène : c'est cet\nhomme sérieux en habit noir, que le public prend pour le père des fillettes étagées devant lui\njusqu'aux frises en chancelantes colonnes, ou bien cet employé qui maintient le bâti en tubes\nd'acier des trapèzes volants.\n§ i a. Cet article est sujet à des accommodements : quand le travail est pénible et\nsurtout quand un excès de fatigue peut le rendre dangereux, il est admis qu'on l'allège un peu\nl'après-midi, en prévision du soir.\n§ i d. Il n'y a guère d'orchestre de music-hall *qui possède plus de 34 musiciens.\nMais beaucoup en ont moins ; la moyenne est d'une vingtaine dans les quartiers populaires de\nParis, et en province d'une douzaine. Un piano en ce dernier cas comble les vides.\nLa composition de l'orchestre n'est pas la même que dans les théâtres ou les concerts.\nLes basses sont faibles ; la contrebasse est généralement unique, ainsi que le basson. En\nrevanche, les instruments de cuivre sont relativement nombreux : deux cors, deux trombones,\ndeux cornets à pistons. Les timbales, la grosse caisse, le triangle et le tambour sont obliga-\ntoires. On ne peut écrire pour cet orchestre sans en avoir l'expérience, et un compositeur\nmuni des plus enviables diplômes n'en obtient pas ces sonorités brillantes et bien détachées\nque le premier ou le second chef de l'établissement trouve sans presque y penser."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "§ 4- Presque toujours l'engagement est conclu par l'intermédiaire d'une agence. Ces\nagences occupent, dans les quartiers du centre, des bureaux dénués de faste où siègent d'impor-\ntants fonctionnaires. C'est là que les artistes ou leurs représentants viennent apporter les attes-\ntations et les albums où soigneusement furent collés les extraits des journaux. Si l'artiste est\npeu connu, le directeur sollicité exige une préalable audition dont tous les frais, sans excepter\nles pourboires aux habilleuses et aux machinistes, incombent naturellement au candidat heureux\nou malheureux.\nQuant aux appointements, ils varient entre cent cinquante et trente mille francs par\nmois. Mais il faut observer que souvent l'artiste a lui-même à rémunérer et entretenir ses\ncollaborateurs. Lorsque ceux-ci n'appartiennent pas à l'espèce humaine, aucun salaire ne leur\nest dû, mais leur alimentation est souvent fort onéreuse : les phoques en remontreraient à\ntoutes les harengères de la halle sur la fraîcheur de la marée, et les lions refusent les morceaux\nde second choix.\n§ § 5 et 6. On remarquera que si le directeur qui renvoie l'artiste n'est tenu envers\nlui à aucune indemnité, l'artiste n'est pas davantage astreint à une réparation pécuniaire du\npréjudice qu'il subit. Hâtons-nous d'ajouter que ces conditions si dures ne sont guère que de\nstyle. Elles donnent au directeur une arme pour les cas graves, mais d'un commun accord on\ns'arrange pour n'y pas recourir. Ainsi dans notre armée la discipline est bienveillante, en dépit\nou plutôt en raison d'un code qui ne parle que de mort avec dégradation militaire.\nCONDITIONS SPÉCIALES, C et D. On estimera peut-être que la direction en prend à\nson aise. Mais il faut compter aussi avec l'insouciance des artistes, leur mépris du danger, et\nsurtout les rigueurs de la législation sur les accidents du travail. Toute loi qui prétend secourir\nles salariés tourne fatalement à leur désavantage, parce que les employeurs, de par l'argent\nqu'ils tiennent, sont maîtres de la situation. Ce qui n'empêchera nullement nos députés de\nvanter devant des électeurs ébahis leurs réformes sociales et d'en promettre d'autres plus\nfunestes encore. Mais ce sera l'étonnement et la dérision de la postérité.\nLes engagements ont une durée qui suivant la marche des établissements varie entre une\nsemaine et un mois. Certains music-halls, qui donnent en chacun de leurs spectacles une pièce\nde théâtre, ont des comédiens réguliers. Les autres ne retiennent à leur disposition, outre les\nmusiciens de l'orchestre, que quelques figurants. Le music-hall est un lieu de passage, c'est\npourquoi il enseigne une philosophie du changement qui n'est pas sans analogie avec celle de\nM. Bergson.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c030", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.15", "titre_corps": "A Travers la Quinzaine", "titre_sommaire": "A Travers la Quinzaine", "signature_source": "P. Varilles", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "A Travers la Quinzaine\n\nLe grand événement de la quinzaine fut évidemment l'inauguration des Concerts\nPierre Monteux. Nos lecteurs connaissent le but de cette excellente Association et savent\nquel intérêt immédiat lui témoigna la Société Française des Amis de la Musique. Mais la\nréalité a comblé les plus ambitieux espoirs des musiciens qui avaient accueilli avec sympathie\ncette heureuse naissance. Le nouvel orchestre est d'une qualité exceptionnelle. Composé\nd'instrumentistes de premier ordre, il réalise un ensemble d'une sonorité admirable ; les pupitres\nde l'harmonie y sont tenus par de véritables virtuoses, les cuivres ont, notamment, des qualités\nde distinction et de moelleuse richesse tout à fait caractéristiques. La salle du Casino de Paris\nest une trouvaille ; elle apporte à la jeune association des avantages inappréciables : l'acoustique\nen est parfaite, l'aménagement offre l'agrément d'un confort qu'ignorent les habitués de nos\ngrands concerts dominicaux, de magnifiques promenoirs permettent aux auditeurs d'échapper\nà l'ankylose du fauteuil de torture et de retrouver cette impression de liberté physique et\nd'agréable isolement qui faisait le charme inoubliable du Nouveau-1 héâtre à l'époque où\nl'orchestre Lamoureux l'emplissait d'harmonies.\nMais là ne s'arrête pas l'originalité des Co : le prix extraordinaire-\nment modeste des places a permis à toute une intéressante clientèle musicale de prendre enfin\nsa part d'un plaisir jusqu'ici vraiment trop dispendieux et cette utile diffusion de notre art dans\ndes milieux où il ne pénétrait pas aisément, est évidemment un événement heureux dans\nl'histoire musicale de ce temps. De plus, la composition très soignée des programmes qui\naccueillent des oeuvres d'un modernisme savoureux avec une générosité à laquelle nous ne\nsommes point accoutumés, a classé immédiatement cette Société au rang des entreprises les\nplus artistiques dont Paris fut jamais enrichi.\nSongez que nous avons eu, dès les deux premiers concerts, des exécutions absolument\nparfaites et les musiciens savent ce que vaut ce compliment pour des œuvres semblables !\ndes Falses nobles et sentimentales de Ravel qui nous furent, à la lettre, révélées par Monteux,\ndes Gigues de Debussy et de la Tragédie de Sade Florent Schmitt. Et l'on appréciera\nl'effort réalisé en apprenant que cet orchestre, au lieu des trois répétitions réglementaires des\nassociations actuelles, consacre aux études préparatoires tout le temps qui lui paraît nécessaire.\nPierre Monteux, chef aimable mais énergique, réunit ses musiciens tous les matins et\npersonne ne voudra me croire ! aucun d'eux ne quitte son pupitre lorsque les douze coups\nde midi, à l'horloge de la Bourse du travail, annoncent dans tout l'univers l'interruption des\nhostilités symphoniques ! En vérité, il faut remercier les dieux d'un bienfait aussi précieux et\naussi complet et souhaiter qu'un si beau rêve ne s'évanouisse pas trop vite.\nAuprès de ces brillants débuts, les petits exercices hebdomadaires des autres concerts sym-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3633, "texte": "phoniques ont paru singulièrement ternes. Trop respectueux des usages établis, ces orchestres\nrééditent perpétuellement les mêmes programmes et ne savent pas triompher de leurs aînés par\nquelque généreuse prouesse. Les Concerts Sechiari nous donnent des répliques .conscien-\ncieuses des concerts Colonne et Chevillard. A signaler pourtant à leur actif la révélation, d'un\nintérêt assez modéré, d'une Rapsodie bien conventionnelle de Liapounow, prestement exécutée\npar Robert Schmitz, pianiste aux doigts légers et de deux préludes d'Albert Dupuis intitulés\nJean-Michel dans lesquels s'affirme une foi franckiste et wagnérienne plus sincère qu'éclairée.\nUn festival de musique française, très largement éclectique, dirigé exceptionnellement\npar Vincent d'lndy, obtint le plus brillant succès et attira une foule considérable, avide de voir\nl'éminent Directeur de la Schola mettre l'autorité de sa baguette au service de Gabriel Fauré,\nde Debussy et de Maurice Ravel. Et il devient malaisé, après la réussite d'un tel programme\nde croire sur parole les chefs d'orchestre qui nous affirment que les noms des compositeurs\nfrançais modernes font instantanément le vide dans une salle de concerts.\nL'Association des Concerts Hasselmans qui, au grand désespoir des critiques,\ntient ses assises le Dimanche soir, passe de main en main. Après Wurmser, M. Henri Morin\nmontre à son pupitre directorial. Il y dépense une grande activité et une louable énergie aux-\nquelles l'orchestre oppose une assez souriante indifférence. Il ne monte d'ailleurs que des\nœuvres trois cent fois entendues et son audace ou celle du comité directeur ne dépasse\npas le concerto d'Ambrosio et un finale agité et brillant de la Symphonie sur des thèmes vivarais\nde Georges Sporck.\nPour entendre cette année des premières auditions c'est encore à la S. M. I. qu'il faut\nretourner. Au dernier concert qu'elle donna Salle Erard, cette société fit triompher une suite\nde lieder d'Albert Doyen que le baryton Georges Petit interpréta avec un art supérieur. Ecrits\ndans une langue semi-wagnérienne semi-naturiste, ces chants, très humains, très poignants,\nappartiennent moins à la musique de chambre qu'au théâtre, mais leur sincérité émut profon-\ndément les auditeurs qui leur firent un succès prodigieux. Dans un esprit exactement con-\ntraire, six petites pièces de piano de Schônberg, hérissées de dissonances agressives, vinrent\nouvrir des horizons mystérieux, inquiétants, obscurs encore, mais sur lesquels doit peut-être se\nlever le soleil de demain. Une sonate honorable de M. Jeisler, fort bien exécutée par\nMlle Yvonne Astruc et M. Lortat, et de délicieuses pièces inconnues de Glinka complétaient\nla partie inédite du programme qui s'achevait sur une apothéose fauréenne, rappelant aux\nhabitués de la maison que les plus audacieuses recherches ne doivent pas détourner notre piété\nde certains chefs-d'œuvre sacrés qui ont tous les caractères de l'éternité bienheureuse.\nSaluons, en terminant la vaillante A. M. M. A. que M. Schmitz dirige avec tant de\ngoût et de talent et qui nous donne des programmes extrêmement instructifs. A côté d'intéres-\nsantes pages de Ravel, de Jean Huré, de Schmitt et d'Aubert, la jeune association nous offrit\nla première audition de trois Octuors vocaux de M. P. le Flem, adroitement écrits et animés\nde plus noble sentiment. L'exécution, assurée par les membres de la Société fut respectueuse\net nuancée. Vraiment les compositeurs de notre temps ont tort de se plaindre : chaque jour de\nnouveaux dévouements sont gagnés à leur cause. 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Une fâcheuse indisposition\nde M. Epstein nous privait, il est vrai, du quatuor avec piano de Brahms et surtout du\nquintette de Schumann. Mais le nouveau programme, composé du quatuor en ré mineur de\nMozart, du quatuor op. 130 de Beethoven et du quatuor op. 74 n° 3 Haydn a forcé notre\nattention la plus sympathique tant par la perfection des interprètes que par la qualité\ndes œuvres. Je ne connais pas actuellement un ensemble plus homogène, une discipline plus\nstricte et plus souple que celles du quatuor Rozé. Il n'en est pas qui témoigne avec autant de\npénétrante sûreté de la compréhension exacte de l'esprit, de la sensibilité, du caractère propre\nd'une œuvre. Et quel équilibre dans la sonorité ! Quelle plénitude elle atteint dans le quatuor\ntrès concertant de Beethoven, quelle parfaite proportion dans celui de Haydn (violon solo avec\naccompagnement du trio), quelle lucide clarté dans le quatuor de Mozart ! On ne saurait\ntrouver de louange assez légitime pour exprimer à cette admirable compagnie la gratitude qui\nlui est due pour le respect, pour la pensée, pour la profonde intelligence de ses interprétations.\n\nConcerts Chaigneau.\nJeanne Helft.\nLes Séances organisées depuis quatre ans par le Trio Chaigneau sont aussitôt devenues\nl'une des plus importantes et des plus intéressantes manifestations de la vie musicale parisienne.\nAce 3e concert Mme Thérèse Chaigneau-Rummel et M. Walter Morse-Rummel ouvrent la\nséance par le Concerto à deux pianos de Bach qui est un des plus étonnants monuments poly-\nphoniques. Outre les deux parties concertantes très distinctes, le concerto s adjoint un troisième\ninstrument : l'orchestre. Les deux excellents pianistes nous communiquent la pensce du\nmaître dans toute son intégrité, et en admirant la largeur et la pureté de leui style, on\ncomprend pleinement la puissance du génie de Bach. Du grand succès remporte par Madame\nThérèse Chaigneau et M. Walter Morse-Rummel, une bonne part revient à M. Albert\nLe Guillard qui avait assumé la direction de cette œuvre complexe.\nLa sonate de Haendel, si grande et si pure dans sa merveilleuse simplicité et que le timbre\nexquis des flûtes de MM. Hennebanis et Delangle enveloppe en une harmonieuse sonorité,\ndonne à l'œuvre la fraîcheur et la richesse incomparables qui la caractérisent. L'allégro final fut\nbissé, et les deux artistes longuement applaudis.\nLes u modernes \" arrivent ensuite avec M. Louis Aubert qui accompagne lui-meme\nMmc Bathori-Engel dans ses trois \" Crépuscules d'automne \", mélodies plusieurs fois entendues\net appréciées dans divers concerts. Malgré la difficulté que présentent les intervalles de ces pièces\nfort modernes de tendances, la voix de Mme Bathori s'y meut à l'aise et s'exprime avec art.\nOn l'applaudit en outre dans la délicieuse \" Chanson perpétuelle \" de Chausson\n(avec accompagnement de piano et de quatuor) ou elle montra de belles qualités emotives, et\nqui bénéficia d'une exécution parfaite d'ensemble et de rythme. Le concert se termina par les\nquatre pièces brèves de Boëllmann (extraites des Heures Mystiques, pour instruments à cordes).\nEn résumé fort belle soirée."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "Salon des Musiciens Français.\nJ. Renard.\nLes envois commencent à manquer un peu d'imprévu sur cette cimaise. Un chœur\nreligieux de M. Planchet ne parvient pas à donner la foi à une foule contaminée de scepticisme.\nM. René Lenormand, le sympathique fondateur du fait pourtant applaudir\nd'intéressantes mélodies. On fête également l'auteur de Philotis et celui de Scemo qui va lui\nsuccéder bientôt sur la scène de l'Opéra. Les pièces de piano de M. Welsch et les petits\nfeuillets de M. Balay qu'emportent les vents, ne nous apportent pas de révélations sensation-\nnelles et composent un ensemble un peu monotone et estompé. Par contre M. Colomer avait\ntenté de réunir les extrêmes et de concilier les incompatibles en écrivant pour le violoncelle et\nle piano une Sonate dramatique propre à scandaliser les théoriciens qui n'admettent pas le\nmélange des genres et estiment que le drame ou le lyrisme scénique ne sauraient entrer sans\ndommages dans le calme domaine spéculatif de la musique pure. Enfin, obéissant à une coutume\nfranchement détestable, le Salon donnait un fragment de quatuor amputé de son ensemble. Le\nmoignon ainsi présenté, en guise de marche au vestiaire, avait été arraché à un de\nLéo Sachs. Le quatuor Malkine et le remarquable pianiste Paul Loyonnet, qui fit naguère\ntriompher à son dernier récital des pièces de piano du même auteur, se mirent résolument en\ntravers de la porte, et retardèrent courageusement la sortie des spectateurs trop sensibles pour\nsupporter la vue d'une amputation, et furent récompensés de leur énergie par de chaleureux\napplaudissements.\n\nSociété Palestrina.\nAntoine Gasc.\nAu baptême de la nouvelle Société on avait négligé d'inviter le parrain. C'était faire\npreuve d'une certaine désinvolture : une page de Palestrina n'aurait pas déparé le programme\nd'ouverture. La séance d'inauguration comportait une causerie de M. Vincent d'lndy où\nl'éminent auteur de 1 'Etrangerexprima une fois de plus ses généreuses convictions esthétiques\net son mépris pour tout ce qui n'est pas essentiel à son art.\nUne intéressante exécution de la Légende de Sainte Cécile de Chausson et de la cantate de\nBach \" BleiF bei uns\" permit de mesurer les forces de la nouvelle association que dirige avec tant\nde zèle M. de Saint-Réquier. Les chœurs sont encore un peu hésitants mais ne tarderont pas à\ns'affermir et à nous donner les belles auditions que nous sommes en droit d'attendre d'un\ngroupement fondé dans un but aussi artistique. 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Reder sont les seules concessions vocales autorisées\npar le conseil de famille. Le Quatuor Le Peuve opérant à la Schola dépouille minutieusement les\ndocuments que lui livre M. G. Bagge et en fait ressortir la qualité. Le quintette de M. Le Flem\nprouve également aux assistants que la mission prêchee par Vincent d Indy fait surgir de\nnombreux temples, de somptueux calvaires et d'innombrables ex-votos. A la Société philharmo-\nnique, le Quatuor Rosé va de Brahms à Schumann en passant par Mozart, ce qui est d'une\n* ' « 11 11 / i •\ndélicieuse impertinence envers les règles de la géographie sonore\nqui prévoit les itinéraires musicaux de façon aussi formelle que\nceux des chemins de fer. Le Quatuor Lejeune rentre dans les\nrègles méprisées par le Quatuor Rosé et se rend de Haydn à\nSchumann par la voie normale. Le Quatuor Oalliat opérant pour\nle compte de la Société Haydn, Mozart, Beethoven, fête déli-\ncieusement le plus éternellement jeune de ses trois patrons.\nIl a toutes ses dents et ne s'en vante pas : il pourrait mordre, en rabattant sa\nlourde gencive de bois, les maladroits qui effrontément et sans brevet de chirurgien-\npianiste l'énervent ; il s'en garde bien : Mistinguett ou Paul Ardot des instruments\nil ne s'étonne pas des innombrables plaisanteries que depuis Reyer, ou même avant,\non lui déverse sur la caisse: il sent qu'il a l'estime des véritables musiciens, qui savent\nqu'il détient un secret merveilleux celui des sons ultra-violets et infra-rouges. Pendant\nlongtemps on se contenta de lui faire rendre, prisme classique, le vert des\nbordées d'octaves, ou le jaune des \"traits perlés\". 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Melle Baladier ne\nquitte pas la terre promise des pianistes. Chopin et Liszt lui semblent les meilleurs pourvoyeurs,\net les plus consciencieux. Melle Blanche Selva ne pouvait se passer du concours de Vincent\nd'lndy, et quand elle joue la sonate en mi du directeur de la Schola, le souffle des Cévennes et\nde la rue St. Jacques passe sur nos fronts. A rapprocher de Balakirew de la de\nJL 1\nDebussy M. Francis Coye s'évertue: aucun duel ne s ensuit, car peu\nd'instants auparavant le Mèphisto-Walzer de Liszt avait diaboliquement tué\nen nous tout esprit critique. Citons M. Devanchy pianiste probe et compo-\nsiteur consciencieux. Approuvons le choix qu'a fait Mme Jeanne Alvin\nd'une Forlane de Chausson, pour prouver un esprit qui se plie aux\ncontingences de la mode et du monde : félicitons-la surtout pour son\nexécution de la \" Fille aux cheveux de lin \" de Debussy, cette page sur\nlaquelle erre un cygne mélancolique et des \" Poissons d'or \", triomphe de Ricardo Vines. Louons\nla verve de Mme Louise Companyo dont les doigts piquent au hasard\ndans les hors-d'ceuvre sans s'arrêter beaucoup aux rôtis substantiels.\nA quelque temps de là M. Fernando Via accueille l'arran-\ngement fait par Liszt du \" roi des Aulnes \" de Schubert et termine\nson concert par une redoutable (comme difficulté) Etude en forme de\nvalse de Saint-Saëns. Melle Marguerite Gropéano mérite une men-\ntion pour avoir contribué à révéler ces génies méconnus Bach,\nMozart et Beethoven, et leur avoir adjoint ce moderne difficile Moskowski.\nSi Melle Marguerite Souchon exécute avec une ingénieuse souplesse le\n\" j Rossignol en amour\" de Couperin au titre évocateur et les de\nRameau, elle déploie un sens beaucoup plus intelligent du clavier dans la\nCathédrale engloutie de Debussy et les Jeux d'eau de Ravel. M. Boeswillwald\nApparait devant le mur de l'orchestre et avec une habileté de pelotari lui renvoie les balles des\nconcertos de Schumann, de Grieg et de la fantaisie hongroise de Liszt. M. Lhévinne se fait\nacclamer après une exécution remarquable des Variations de Brahms. Mlles Dinsart et\nPereira ont de nombreuses qualités de charme et de style. Pour ses débuts à Paris,\nM. Ganz obtient un triomphe et refuse du monde à son récital. Enfin Emil Sauer retrouve\nà la salle Erard ses fidèles admi-\nrateurs qui ne se lassent pas d'en-\ntendre ses impétueuses et magni-\nfiques interprétations. Comme l'a\ndit excellemment notre collabo-\nrateur Edouard Schneider : \" Sa\nmanière est l'incarnation même\nde la puissance et de la passion\nhéroïque. Grâce à lui, nous voyons\nressusciter chaque année la silhouette du grand Liszt dont il rappelle la physionomie en même\ntemps que la fougue. \""}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "Que D. E. Ingelbrecht soit maudit ! Son rôle néfaste commence. Avant lui de hardis\nténors et d'impétueuses soprani montaient sur le tremplin sonore : chaque\nchanteur, chaque chanteuse avait son récital : une soirée entière ne semblait\npas trop pour épuiser leurs ressources ; de 9 heures à minuit, sans répit, nous\nassistions à l'épreuve de ce fusil, parfois rayé, qu'est le gosier humain. On y\ninsinuait le plomb léger des lieder ou les balles blindées des airs de bravoure :\nc'était émotionnant et cela prouvait que la résistance des cordes vocales est\ninfinie. Depuis que l'A. C. P. fonctionne, une torpeur saisit les champions de\nla virtuosité sonore : \" Quoi, disent-ils, comment lutter contre ces barbares qui se mettent à 180,\net noient la beauté du timbre individuel dans la lourde nuée du chant choral ! Notre effort va\nparaître mesquin : renfermons-nous dans notre tour d'ivoire. \"\nEt le fait est que, cette quinzaine, les chanteurs et les chanteuses ont fait la conspiration\ndu silence. Mlle Stephenson apparut salle Gaveau et promena sa fantaisie de Carissimi à Purcell\net de Ch. Kœchlin à Wassilenko.\nMlle Henriette Fumagalli à qui son\nnom aurait du imposer les tendres\nprières de l'amant de Mireille prouva\nque Sacchini lui était familier au\nmême titre que Schumann, et que\nparmi les auteurs modernes Diémer\nétait un des meilleurs pour les chan-\nteuses. Mme Marguerite Villot en\nun programme d'une savoureuse te-\nnue réunit C. Debussy et A. Magnard,\nMozart et le regretté Chausson.\nMmc Mockel et M. S. Austin célé-\nbrèrent la cantate française aux\nXVIIe et XVIIIe siècles et dénouèrent avec soin les bandelettes qui recouvraient 1 Actéon\nde Boismortier et V Amour vengé de Gervais.\nMauvaise quinzaine pour les violonistes ; les quatre cordes frémissantes ont-elles été\natteintes par l'humide température? Les chevalets sont-ils tombes brutalement sur lame du\nviolon? La colophane a-t-elle été frappée d'un impôt écrasant ? La mode des perruques blanches\na-t-elle occasionné un trust des soies d'archet, ces soies douces, plus douces que les plus Baude-\nlairiennes chevelures? Chilosa? Presque aucun pénitent noir n a surgi debout au coin e"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "l'estrade, la pose fatale, la mèche attendrie, l'œil chastement baissé. Le seul Joseph Debroux a\naccumulé en'un récital sévère et d'une lecture compréhensible aux seuls musiciens une sonate\nde Branche, une autre de Jean-Baptiste Dupuis une \" Ciacona \" de Jean-Christiaen Schick-\nhardt, un \" Hornpipe \" de George-Friedrich Haendel, une Suite\nde Fernand Goeyens, etc. MM. Tin et Gaspard Cassado en\nfrères aimables se passèrent mutuellement le \" corbillon \" de\nl'avant-scène : le public leur jeta avec empressement applaudisse-\nments et congratulations. Jean Huré et Alfred Casella se ré-\njouirent en leur compagnie. Mr Hermann partagea fraternelle-\nment son succès avec Chevillard dont les éblouissantes prouesses\norchestrales font crouler la salle Gaveau sous les applaudissements.\nMM. Armand Perté et Louis Fournier achevèrent la série de leurs quatre\nséances de piano et violoncelle : par deux fois ils apparurent devant les bancs de\nla Schola : et comme ils nous dirent un jour le los de Mendelssohn, de Brahms\net de Lalo, ils ne manquèrent pas à leur dernier concert de nous apporter la\nbonne parole de Jean Huré, d'Albéric Magnard et de nous révéler une sonate\ncurieuse et pleine de bonnes intentions de M. Rachmaninoff.\nM. Y. Tkaltchitch se contenta classiquement d'un concerto de Boccherini,\nde VElégie de Fauré, de l'allegro appassionato de Saint-Saëns : sur ce terrain\nsolide les habitués du violoncelle se sentirent en sécurité.\nMe!le Henriette Renié est une des reines de la harpe. Son dernier récital àla Salle Érard\nfut triomphal : la variété et l'intérêt de son programme et la collaboration de quelques-unes de\nses meilleures élèves, donnèrent à son concert un attrait exceptionnel.\nMelle Lénars est sa rivale sur la harpe chromatique dont elle tire des sonorités extraordi-\nnairement séduisantes. Très remarquée au dernier concert Lamoureux où elle se fit entendre,\nelle a également obtenu le plus vif succès dans les séances toujours si brillantes qu'elle donne\nà la salle Pleyel avec le concours de l'excellent organiste Bizet.\nLe Double Quintette poursuit sa belle carrière. Georges de Lausnay et Sechiari donnent\nune inoubliable interprétation de la Sonate de Franck. Mme Irma Nordmann, au chaud soprano\net à la diction prenante, fait valoir des mélodies nouvelle de Léo Sachs, dont \" \" et\n\" Le Coucou\" furent particulièrement remarquées. On sut gré à l'excellent Hennebains d'être\nvenu accompagner le \" Crépuscule\" du même auteur, lied toujours bien accueilli.\nLe Dixtuor de Paris découvre à point un de M. Emmanuel Moor pour utiliser\ntoutes ses forces généreuses et licencie trois de ses membres pour exécuter le de\nBeethoven. Et 1 Edition Sénart mobilise chanteuses et instrumentistes pour présenter ses\ndernieres nouveautés au public. Ses vendeuses furent Mellu Bonnard qui accapara toute la faveur\nde la clientèle, Melle Samuel-Rousseau, la pianiste Andrée Gellée, Melle Lénars armée d'une\nharpe-luth qui fit sensation et les choristes de Mme Mellot-Joubert. Brillant succès pour cette\nvente qui n'était pas de charité."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.66", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3319, "texte": "5\n\nNANTES. Association des Grands Concerts : Le troisième concert a été donné devant\nune salle comble accourue pour applaudir le célèbre pianiste Busoni. Celui-ci a admirablement\njoué le pittoresque cinquième Concerto de Saint-Saëns, notamment l'andante, qu'il détailla de\ndélicieuse façon et le final qu'il enleva avec une fougue prestigieuse. M. Busoni interpréta avec\nun succès de perfection trois transcriptions de Chorals de Bach, des transcriptions de pièces de\nPaganini par Liszt, dont la Chasse et la Campanella où il eut de stupéfiants effets de sonorité,\nenfin la Grande Polonaise, de Chopin.\nM. Henri Morin dirigea avec une vive intelligence musicale et une grande élégance\nl'admirable symphonie en ut mineur de Saint-Saëns. L'orchestre s'y montra vraiment excellent.\nLe poétique Prélude de Myrdhin de notre concitoyen Paul Ladmirault fut justement goûté.\nLa Péri, de M. Paul Dukas, qui terminait le Concert, n'était malheureusement pas au point.\nLes musiciens ne donnèrent qu'un pâle décalque de cette œuvre d'une richesse harmonique et\ninstrumentale si éblouissante.\nSociété César Franck. Cette jeune Société a donné un second Concert avec un\nprogramme moins ambitieux que le premier. L'orchestre, décidément en progrès, et dirigé\nd'une façon claire et précise par M. Le Guemnant a joué le second Concerto-Grosso d'Haendel,\nl'ouverture d'lphigénie en Aulide, et les charmantes Scènes Bretonnes de Ropartz, toutes\nparfumées des senteurs de la vieille terre d'Armor. M. Paul Millier interpréta en violoniste de\ntalent les deux Romances de Beethoven. Madame Grignon-Demoulin chanta fort agréablement\nun air d'lphi génie en Tauride, un air de la Pentecôte de Bach et l'exquis Nocturne de Franck.\nEnfin, Madame Condroyer, pianiste experte, tint d'irréprochable façon la partie de piano du\nConcerto d'Haendel, et celle du Septuor avec trompette de Saint-Saëns qui complétait le\nprogramme. Au sujet de l'exécution de cette œuvre adorable, non pas telle que Saint-Saëns\nl'écrivit dans la plénitude de son génie, mais avec le concours de tous les instruments à cordes\njouant à l'unisson, je ne saurais faire trop de réserves. M. Le Guemnant aura beau, pour\nlégitimer sa façon d'agir, mettre en avant toutes les autorités qu'il voudra, il n'empêchera pas\ncette version fantaisiste d'enlever à l'œuvre tout son équilibre. Et puis, si l'on entrait dans\ncette voie, rien n'empêcherait de donner un jour ou l'autre, la Sonate a, Kreutzer, par vingt-\ncinq violes et dix pianos, ou le quintette de Franck par un orchestre à cordes et un nombre X\nde Pleyels ou d'Erards.\nETIENNE DESTRANGES.\nROUEN. Théâtre des Arts. Clèopâtre. Opéra en 4 actes et 7 tableaux, poème\nde M.M. A. Bernède et P. de Choudens, musique de M. Fernand Le Borne.\nQuinze jours avant l'apparition à Monte-Carlo de la Clèopâtre de Massenet, le Théâtre\nde Rouen donnait la ile représentation de celle de M. Le Borne. Sans doute les deux œuvres\nse ressemblent-elles peu. La première se présente sous la protection posthume d'un nom\nprestigieux sur la scène française et même sur les scènes étrangères : pour peu que le Maître\ndisparu soit resté lui-même, sa dernière œuvre prendra place à côté des précédentes et trouvera\nfacilement le même succès auprès du grand public.\nLa Clèopâtre de M. Le Borne est, au contraire, d'une conception et d'une réalisation"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.67", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "essentiellement modernes. Elles appartient à la famille de ces oeuvres qui, apportant une note\nnouvelle, doivent lutter pour conquérir leur place, et méritent de l'obtenir parmi les meilleures.\nLa création de cet opéra est donc un événément de réel intérêt musical.\nLe poème retrace les amours d'Antoine et de Cléopâtre, la puissance séductrice de la\nreine d'Egypte, sa venue vers Antoine à Tarse, sur une galère couverte de femmes et de\nfleurs, la rencontre d'Antoine, qui ne tarde pas à devenir l'esclave de Cléopâtre, les transports\nde leur sens et les fêtes lascives qui les encadrent, puis l'abandon, le désespoir de l'amante se\ncroyant trahie par Antoine, le retour de celui-ci et les ardeurs de la réconciliation, enfin la\ndéfaite d'Antoine, la victoire d'Octave, le dernier adieu des amants et la mort tragique de\nCléopâtre dans le tombeau des Ptolemées.\nLa partition de M. Le Borne a magnifiquement commenté ce livret. Vigoureuse, ardente,\npassionnée, parfois un peu violente elle ne saurait laisser l'auditeur indifférent. Elle le heurte ou\nelle le séduit. Ce dernier effet sera celui que ressentiront tous ceux qu'attire l'art véritablement\npersonnel et sincère. Les thèmes conducteurs sont très caractéristiques et développés avec\nune logique et une richesse remarquables, les principales scènes conduites habilement, sans\nlenteur, et leur intérêt se renouvelle sans cesse. L'orchestration, solide et pleine, présente\ntoujours un vif intérêt, grâce à la variété et au savant emploi des différents timbres.\nNous signalons parmi les plus belles pages : le tableau de la galère où les chants lascifs\ndes compagnes de Cléopâtre offrent un coloris particulièrement séduisant, les deux duos de\nCléopâtre et d'Antoine, dans lesquels les influences franckiste et wagnérienne se font heureuse-\nment sentir, le ballet du 2 acte, et les préludes ou interludes symphoniques qui sont\nremarquables, la scène dramatique du 3me acte et une sorte de cantilène d'un beau caractère\nque chante à Cléopâtre abandonnée sa confidente Charmion, etc.\nEn résumé nous sommes en présence d'une oeuvre originale, pleine de vie, de mouvement\net de couleur. C'est certainement un des opéras les plus remarquables qui nous aient été donnés\ndepuis io ans, non-seulement sur notre scène rouennaise, mais sur tous les théâtres lyriques\nfrançaises.\nL'interprétation de Cléopâtre présente des difficultés. Il y a notamment des écarts terribles\npour les voix. Mîle Davelli, de l'Opéra-Comique a superbement triomphé dans cette création\nde Cleopâtre, elle y restera inoubliable aussi bien comme tragédienne que comme cantatrice.\nC'est la perfection même et son succès a été unamine. M. Danse a joué le rôle d'Antoine\navec cette correction et cet art du chant qui en font un excellent artiste. M. Claude Jean s'est\ntiré à son honneur du personnage ingrat de Thanis, général égyptien qui sacrifie au salut de la\npatrie son malheureux amour pour la reine et M. Th. Mathieu, chef d'orchestre a \"conduit\nmusiciens et chanteurs à la victoire avec l'autorité, l'énergie et la décision qu'il apporte dans\nles études des œuvres nouvelles.\n\nH. H."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c060", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 68, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.18", "titre_corps": "Sur la demande d'un gran", "titre_sommaire": "Sur la demande d'un gran", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "Sur la demande d'un gran\nse trouvant actuellement en villégiature sur la Côte\nd'Azur, ce n'est pas à Paris que nous organiserons le\nprochain dîner de notre Revue. Puisque nos artistes les\nplus fêtés et les personnalités les plus brillantes de nos\nréunions se retrouvent en c\nc'est à Nice et à Monte-Carlo que S. I. M. groupera ses\namis, entre le 16 et le 22 Mars prochain.\nCette période étant celle où d'importantes manifesta-\ntions artistiques sont annoncées, nous avons pu élaborer\nà l'intention de nos lecteurs un programme particulière-\nment attrayant. Et pour permettre à nos abonnés de Paris\nde se joindre à leurs amis de\noffrons un plan de voyage\navantages exceptionnels :"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c062", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.19", "titre_corps": "1° Voyage aller et retour en 1 classe", "titre_sommaire": "1° Voyage aller et retour en 1 classe", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1108, "texte": "1° Voyage aller et retour en 1 classe\nPARIS NICE MONTE-CARLO\nDÉPART ET RETOUR INDIVIDUELS ET FACULTATIFS\n2° Séjour de cinq jours ple luxueux GRAND-\nPALAIS de NICE (chambre et trois repas). Dernier\nconfort moderne.\n3 Invitation à la Répétition Générale (création) de\nBéatrice d'André Messager, à TOPÉRA de\nCarlo.\nInvitation à I'OPÉRA de Nice.\nInvitation au CASINO MUNICIPAL de Nice.\nInvitation à F ELDORADO de Nice.\n4° Déjeuner de la Revue à Nice au Nouvel Hôtel Ruhl\n5° Déjeuner de la Revue à Monte-Carlo à YHotel\nde Paris,(le jour de la de\nBÉATRICE.)\n(Prix globaLpour nos abonnés, par personne: 300 francs.)\nLe nombre des inscriptions est limité. Prière s'adresser à M. l'Administrateur\nde la Revue S. I. M. 29, rue La Boëtie les adhésions et le montant de la souscription,\navant le 10 Mars.\nPour ceux de nos abonnés, qui se trouvent sur la Riviera le prix de chacun\ndes déjeuners reste fixé, comme d'habitude, à 20 francs.\nLes cinquante premiers inscrits, parmi les membres de la Société française des\nJlmis de la Musique, pourront faire partie de cette excursion au même titre que\nles abonnés de la Revue."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c063", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.20", "titre_corps": "La création de Cachaprèsau Théâtre de la Monnaie devait être un événement. 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Il a témoigné d'une magnifique indifférence pour l'essai\nmédiocre que l'on prétendit préférer à telle partition nationale, dont la noble beauté s'est sin-\ngulièrement accrue par l'inévitable comparaison. Nous avons revécu l'émotion connue, il y\naura trois ans, au Lyrique flamand d'Anvers, d'une soirée d'art pur où le maître que nous\npleurons exultait dans la vibrante communion des enthousiasmes, des ferveurs. Nous avons\nrevécu cette heure glorieuse et l'émouvant symbole de la Cène où Barba, pasteur des âmes en\nEdéniey partageait le pain : chair et sang de la terre. Lemonnier, lui aussi, nous partageait le\npain son âme, mais dans les acclamations qui le fêtaient, des mains, hélas, savaient déjà le poids\ndes trente deniers de Judas.\nTout le monde a dit ou écrit que le scénario de ridiculise le puissant chef-\nd'oeuvre que reste Un Mâle. L'action même, dans sa rudesse, dans sa vérité fauve et brutale,\net poignante, y est trahie. Les caractères se sont banalisés outrageusement. La grande Forêt\nest absente. Et bien entendu, ni les splendeurs de l'évocation, ni le souffle, ni la fougue, ni le\nrythme ni le lyrisme panthéistes de l'écrivain ne se retrouvent, ici. Il faut déplorer que\nLemonnier ait consenti à l'arrangement scénique d'une œuvre essentiellement réaliste. Ses\nhéros étaient faits pour la saine et libre nature. Sans doute, les annotations, de lecture cursive\nsemble-t-il, qu'il a semées aux divers tableaux du livret tentent de corriger l'irrévocable\nsécheresse d'un dialogue pénible, d'une prose inhabile, malgré les ficelles, les artifices archi-usés\nqui font partie de ce qu'on appelle: le métier Le n'en devient pas moins\ngrotesque, sur les décors en carton, et dans le rôle de l'amoureux transi à qui l'on fait chanter :\n\"Viens!... c'est le printemps, c'est l'amour!\" Quant à la musique de M. F. Casadesus,\nelle n'est ni particulièrement bonne, ni spécialement mauvaise, sans pour cela qu'elle soit\nquelconque. Ses qualités lui viennent d'un parfait savoir-faire, d'une évidente distinction, d'une\nsensibilité toujours délicate, non dépourvue, par endroits, d'envolée. Le musicien, en somme, a\nécrit un poème-symphonique, en commentaire des plus belles pages du roman. L'hommage\naurait dû s'arrêter là.\nLe quatrième concert populaire, précédant le Festival Strauss que nous avons en ce moment\n(Représentations à'Elektra,de Salomé,audition d'œuvres symphoniques sous la direction du\nmaître) devait amener au pupitre Claude Debussy et Vincent d'lndy. Mais à la veille de cette\nmanifestation, un communiqué vaguement ironique nous apprenait que l'auteur de Pel!éosy\n\" pris par la composition de quelque nouveau chef d'oeuvre \" s'était récusé au dernier jour.\nCette nouvelle a vivement déçu la jeunesse musicienne qui se promettait de faire fête à celui\nauquel nous devons la récente création de Parsifal nous le fit mieux sentir encore la\nrévélation la plus fervente de nos passions et de nos joies, la plus humaine, aussi, selon notre\nheure. M. d'lndy prépara donc et dirigea seul l'audition, où la grosse part, ma foi \" quia\nnominor leo \" lui était réservée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c065", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.21", "titre_corps": "LA QUINZAINE", "titre_sommaire": "LA QUINZAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2911, "texte": "LONDRES\nLa Société des Concerts français de Londres poursuit sa 6e saison. Son influence dans\nles milieux musicaux anglais se trouve révélée par ce fait que, parmi les 185 sociétaires qui\nconstituent maintenant cette phalange, les Français ne comptent que pour 56, les Anglais\npour 129. Et parmi ces derniers, 35 appartiennent au professorat musical, ou sont élèves à\nl'Académie ou au Collège Royal de Musique. Si l'on ajoute les quelque 40 critiques musicaux\nqui suivent régulièrement ses concerts (bien que la Société ne fasse aucune annonce ou\ncommuniqué payant aux journaux qu'ils représentent) on a la physionomie du public régulier\nde la Société.\nEn plus des 22 concerts donnés à Londres jusqu'alors, la Société en organisa 31 dans la\nprovince anglaise. Aux programmes de ces concerts, nous relevons 66 noms de compositeurs\nfrançais, 11 de ces compositeurs ayant pris part personnellement aux séances, 320 œuvres\nfurent ainsi soumises au public anglais, et il est intéressant de noter que, sur ce nombre,\n182 œuvres n'avaient jamais été données encore en Angleterre. On se rend compte dès lors de\nl'importance du mouvement créé.\nVoici les programmes de la 6e saison :\nLe 13 novembre, 22e concert consacré aux maîtres du XVIIe et XVIIIe siècle et à\nDebussy, Huë, Jarnach, Poldowski et Ravel, avec Mme J. Bathori-Engel et M. Henri Etlin.\nLe 16 janvier, 23e concert : le quatuor Willaume-Feuillard jouera le quatuor de Ravel\net, avec Mme Feuillard au piano, le quintette de J. Dupont, Mme Leininger-Devries chantera\ndes mélodies de J. Dupont, Chausson et Jean Cras.\nLe 16 février, 24e concert consacré au quintette de Florent Schmitt et à quelques-unes\nde ses mélodies et pièces pour piano. Le maître sera au piano ; le quatuor Willaume-Feuillard\net Mme Roosevelt se joindront à lui.\nEn mai, 25e concert consacré à la Suite basque de Bordes, la Suite en rè de Vincent\nd'Indy et quelques chansons populaires. Mlle Luquiens et M. Louis Fleury en seront les\nprincipaux interprètes.\nGENEVE\nDevrais-je vous entretenir d'un cheval vert qui déshonore les murs de notre ville, de\nl'ouverture, d'un magasin qui jette nos belles dames en extase, des oripeaux rutilants à la\nRichard Strauss, recouvrant une carcasse quelconque, ou des mascarades \" chaloupantes \" qui\nsoulignent l'anniversaire d'une attaque nocturne manquée des savoyards contre Genève r II\nserait infiniment plus agréable de signaler le délicat étalage en question où des gazes vaporeuses,\ndes voiles translucides, un chromatisme automnal délicat, murmurent la plus délicieuse des\nsymphonies. C'est de l'idéal habillé, mais si peu vêtu, l'éloquence d'un rien ! 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Perruques et tignasses, c'est tout un \". La victoire n'est en pas moins proche, et nous\napplaudissons d'avance les initiatives qui vont nous amener sous peu l'orchestre Chevillard\net de nouveau Witkowsky, pour un, peut-être pour deux concerts d'orchestre.\nCette chronique pourrait s'arrêter ici s'il ne me restait le devoir de signaler les solistes\nqui se risquent à donner seuls, ou à deux, des concerts. La plupart du temps, les banquettes\nforment le meilleur de l'auditoire. Si l'on insiste, cela réchauffe un peu la salle sans grand\navantage pour l'artiste. Jules Boucherit, dont l'âme latine vibrait intensément dans un recent\nconcert, a dû éprouver quelque déception à cet égard. Que voilà donc un beau violoniste, qui\nmérite, autant que Thibaud, d'attirer la grande foule ! Les pianistes Oliver Denton, Henri\nSchidenhelm, Aurelio Giorni (jeune virtuose italien de tempérament), firent d égalés et mélan-\ncoliques expériences. Mais ils sont tant, que le public s'y perd, a distinguer le bon grain de\nl'ivraie ! A en juger par l'accueil glacial réservé à Leech-Carrecas (pourquoi ? mystère !), a\ncelui plus sympathique d'Oscar Gustavson, et réellement chaud d Helene Wuillemier tous\ntrois violonistes, on en arrive à réserver son opinion personnelle sur toute cette jeunesse coura-\ngeuse. Il reste acquis, que le récital devient un genre de plus en plus hasardeux. A bas le\nrécital ! Mais alors, comment se faire connaître ? Il n'y a encore que le récital. Vive alors le\nrécital ! Le mal est décidément nécessaire.\n\nFranck Choisy.\n\nSociété internationale de Musique\nASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA SECTION DE PARIS\nLa Section de Paris a tenu son Assemblée Générale de 1914, le jeudi 29 janvier\nà la Bibliothèque de l'Opéra, sous la présidence de M. J. Ecorcheville.\nAprès l'allocution du Président, le Secrétaire Général et ,1e Trésorier ont présenté leurs\nrapports qui ont été approuvés à l'unanimité.\nL'élection du Comité faite par l'Assemblée Générale et suivie de l'élection du Bureau\na donné les résultats suivants :\nJ. Ecorcheville, Président ; L. de La Laurencie, Vice-Président ; J. Chantavoine,\nSecrétaire Général ; Ch. Mutin, Trésorier ; membres du Bureau : MM. A. Boschot,\nL. Laloy, J.-G. Prod'homme, H. Prunières, H. 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Aux programmes de ces concerts, nous relevons 66 noms de compositeurs\nfrançais, 11 de ces compositeurs ayant pris part personnellement aux séances, 320 œuvres\nfurent ainsi soumises au public anglais, et il est intéressant de noter que, sur ce nombre,\n182 œuvres n'avaient jamais été données encore en Angleterre. On se rend compte dès lors de\nl'importance du mouvement créé.\nVoici les programmes de la 6e saison :\nLe 13 novembre, 22e concert consacré aux maîtres du XVIIe et XVIIIe siècle et à\nDebussy, Huë, Jarnach, Poldowski et Ravel, avec Mme J. Bathori-Engel et M. Henri Etlin.\nLe 16 janvier, 23e concert : le quatuor Willaume-Feuillard jouera le quatuor de Ravel\net, avec Mme Feuillard au piano, le quintette de J. Dupont, Mme Leininger-Devries chantera\ndes mélodies de J. Dupont, Chausson et Jean Cras.\nLe 16 février, 24e concert consacré au quintette de Florent Schmitt et à quelques-unes\nde ses mélodies et pièces pour piano. 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Tant de sym-\nphonies ne portent que des loques, et laissent percer les coudes. La mentalité genévoise parmi\nces diverses manifestations est plutôt désemparée. En musique, elle avait l'intime conviction\nque Bach, Beethoven et Wagner, étaient des génies, auxquels Mahler et Strauss seuls, pou-"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.72", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "vaient succéder avec gloire. La surprise ressentie au contact de \" Pelléas \", il y a deux ans,\nfut le point de départ d'un certain revirement public. L'étonnement grandit l'hiver dernier,\nlors du premier concert français de Witkowsky et de son bel orchestre lyonnais. 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Perruques et tignasses, c'est tout un \". La victoire n'est en pas moins proche, et nous\napplaudissons d'avance les initiatives qui vont nous amener sous peu l'orchestre Chevillard\net de nouveau Witkowsky, pour un, peut-être pour deux concerts d'orchestre.\nCette chronique pourrait s'arrêter ici s'il ne me restait le devoir de signaler les solistes\nqui se risquent à donner seuls, ou à deux, des concerts. La plupart du temps, les banquettes\nforment le meilleur de l'auditoire. Si l'on insiste, cela réchauffe un peu la salle sans grand\navantage pour l'artiste. Jules Boucherit, dont l'âme latine vibrait intensément dans un recent\nconcert, a dû éprouver quelque déception à cet égard. Que voilà donc un beau violoniste, qui\nmérite, autant que Thibaud, d'attirer la grande foule ! Les pianistes Oliver Denton, Henri\nSchidenhelm, Aurelio Giorni (jeune virtuose italien de tempérament), firent d égalés et mélan-\ncoliques expériences. Mais ils sont tant, que le public s'y perd, a distinguer le bon grain de\nl'ivraie ! A en juger par l'accueil glacial réservé à Leech-Carrecas (pourquoi ? mystère !), a\ncelui plus sympathique d'Oscar Gustavson, et réellement chaud d Helene Wuillemier tous\ntrois violonistes, on en arrive à réserver son opinion personnelle sur toute cette jeunesse coura-\ngeuse. Il reste acquis, que le récital devient un genre de plus en plus hasardeux. A bas le\nrécital ! Mais alors, comment se faire connaître ? Il n'y a encore que le récital. Vive alors le\nrécital ! 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Pierre\nMonteux est le Président et le Chef d'orchestre, ont remporté le plus grand succès. La\ncritique a été unanime à apprécier l'œuvre entreprise par cette nouvelle et vaillante association\nartistique.\nNous avons déjà dit, et nous ne croyons pas inutile de répéter, que la Société des Con-\ncerts Populaires se propose de donner, à prix très réduits, en dehors des concerts du dimanche,\nquelques auditions dans les Universités Populaires ou œuvres similaires.\nDe plus, son intention est de consacrer périodiquement, le matin, une répétition à la\nlecture d'oeuvres nouvelles de compositeurs français ou étrangers.\nPour remercier la Société Française des Amis de la Musique de lui avoir accordé son\npatronage et son appui, M. Pierre Monteux, au nom de la Société des Concerts Populaires,\na bien voulu offrir à tous nos adhérents les privilèges suivants :\nLes membres de la Société Française des Amis de la Musique seront reçus gratuitement,\nsur présentation de leur carte de sociétaire :\ni° A toutes les répétitions générales du samedi matin.\n2° A toutes les séances de lecture musicale.\nNotre Société lui en sait gré et le remercie en outre très vivement de l'amabilité qu'il a\neue d'inviter tous ses membres à son concert d'inauguration du 8 Février. Un grand nombre\ndes Amis de la Musique ont répondu à son appel et lui ont prouvé par là, et par leurs applau-\ndissements si mérités, combien ils ont été sensibles à sa gracieuse pensée.\nNous ne doutons pas que nos Sociétaires apprécieront les avantages qui leur sont accordés\npar notre entremise et que cela les incitera à faire une utile propagande aussi bien pour les\nConcerts Populaires qu'en faveur de notre Société.\n#\n# *\nPRIX DE MUSIQUE 1913\nLe Conseil d'administration de la Société s'est réuni le jeudi 19 février chez M. Gustave\nBerly, Président.\nDans cette séance, le Conseil a été appelé à se prononcer sur le prix de musique de\nFr. 500, pour 1913, attribué à titre d'encouragement à une compagnie de quatuor à cordes.\nPlusieurs concurrents s'étant désistés au dernier moment, et d'autre part l'importance\ndes documents fournis par le quatuor Chailley ayant parfaitement répondu au programme\nimposé, il a été jugé qu'une audition, primitivement exigée, devenait inutile.\nPar suite, le Conseil a voté, à l'unanimité, d'accorder le dit prix au quatuor Chailley,\nequel est composé de :\nM. Marcel Chailley, ler violon M. Philippe Jurgensen, Alto\nM. Victor Gentil, 2' violon M. Jules Griset, Violoncelle"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.74", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "~^e cll,a^uor Chailley se fera entendre prochainement dans une des réunions privées de la\nSociété Française des Amis de la IVlusique.\nCOMMUNICATION :\nPar suite d une entente avec la direction de la Revue Musicale S. I. M, les membres\nde la Société Française des Amis de la Musique sont appelés à profiter des privilèges offerts aux\nabonnes de cette publication, a l'occasion d'un \" Meeting \" qui aura lieu sur la Côte d'Azur\nce mois-ci.\nOn trouvera d'autre part dans le présent numéro un programme détaillé relatant les\navantages exceptionnels qui seront accordés aux souscripteurs.\nCeux de nos membres qui voudraient profiter de cette excursion n'auront qu'à en\nfaire la demande à M. René Doire, Administrateur de la Revue Musicale S. I. M, 29 rue la\nBoëtie, en lui adressant le montant de leur souscription qui est fixée à Fr. 300.\nLe nombre des inscriptions réservé aux Amis de la Musique est limité à cinquante.\nNOUVEAUX MEMBRES\nLes nouvelles adhésions suivantes sont parvenues au Secrétaire Général :\nMlle Arthus M. Delage Mme Marty\nM. Beaucaire M. Dépinay M'ne René Martin\nMlle Berthaud M. Henri Delmas Mme A. Messein\nM. Edouard de Billy Mme Détroyat Mme Georges Odier\nMme Richard Bloch M,ne Léon Dreyfus Mm,î Rieder\nM 1 Suzanne Boudon M. Genuys M. Ernest Rieder\nM. Louis Bouvier Mme Louis Guérin Mme Lucien Sée\nMUs Maud Braëtt Mme Harouel-Garcia M. Henri Soulié\nM. Charles Catusse Ml!e Homolle MIIe Vigneron\nM. Frank Choisy Mme Laffite Mme Zukowska\nCOTISATIONS 1914:\nLes membres de la Société qui n'ont pas encore réglé leur cotisation pour l'année 1914\nsont instamment priés de bien vouloir en adresser le montant au Secrétaire Général, 29 rue la\nBoëtie. 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C'est moi qui, chaque jour, pour annoncer l'heure\nde midi aux parisiens, approche du petit canon de la troisième plateforme une mèche allumée. Là-\nhaut, vous savez, on n'a pas grandes distractions et on s'amuse comme on peut. Moi, je me plais à\nobserver avec une forte lorgnette, les effets que produit, dans les rues de Paris, la détonation quoti-\ndienne. J'ai pu faire ainsi quelques observations curieuses. J'ai remarqué, en particulier, qu'il existait\nune catégorie de travailleurs sur qui mon coup de canon produisait une impression foudroyante ; c'est\ncelle des musiciens d'orchestre. A midi, bien des ateliers s'ouvrent et déversent leurs ouvriers sur la\nchaussee, mais il faut voir se vider une salle de répétitions ! Ça vaut le coup ! J'enflamme mon étoupe,\net je braque aussitôt ma longue vue sur la place du Châtelet ou la rue la Boëtie... Boum !!! Instantané-\nment un flot de petits hommes noirs se bouscule hors de la maison et grouille sur le trottoir ! D'où je\nsuis, on dirait que j'ai tiré sur un nid de fourmis ! C'est rigolo comme tout...\nOr, depuis quelque temps, il se passe un fait auquel je ne comprends rien. Il y a, rue de Clichy,\nau Casino de Paris, un nouvel orchestre qui répète tous les matins, au lieu de se reposer, comme les\nautres, entre chaque séance. C'est déjà pas très naturel, mais figurez-vous que ces amateurs-là ne\nsortent pas de leur trou à mon coup de canon ! Ce n'est qu'un quart d'heure ou une demi-heure après\nqu'ils s'en vont tranquillement déjeuner.\nVous qui êtes de la partie, voulez-vous me dire si c'est un orchestre bien sérieux, si c'est de vrais\nmusiciens ou simplement une réunion de sourds ? Je vous avoue que ces gens-là ne m'inspirent pas\ngrande confiance. Pourquoi ne font-ils pas de la musique comme tout le monde ?\nRecevez... etc.\nLa parole est à M. Pierre Monteux.\n0 0 0\nLe chat qui dormait...\nIl ne dormait que d'un œil. Au fond, il ne perdait pas un mot de la conversation\nde son temps à laquelle il affectait de ne plus se mêler depuis quelques années. Et il\ncontinuait à observer les hommes et les choses de la musique avec la perspicacité\nnarquoise qui l'avait rendu si redoutable. Il était, en effet, à peu près seul à remplir\ndans la critique le rôle de détective artistique, démasquant les simulateurs et dressant\ndes contraventions contre les saboteurs, avec une inlassable énergie. Lui seul osait\nprélever des échantillons chez les falsificateurs et les exposer publiquement en guise\nde pièces à conviction. Rassurés par son long silence, les amateurs reprenaient\nconfiance et s'enhardissaient... ils avaient tort. Un coup de patte énergique vient de\nprouver à un outrecuidant jeune homme, auteur d'une ridicule plaquette, que les\nméfaits musicographiques ne demeurent pas toujours impunis et qu'il v a des juges\nà Bruxelles !"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.76", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2916, "texte": "Alimentation rationnelle.\nElle n est plus très jeune et le métal de sa voix est profondément altéré. Malgré\nles timides objurgations de ses amis, elle ne se décide pas à lâcher la rampe \"et\nses apparitions sur la scène provoquent parfois de cruelles manifestions populaires.\nTout récemment, à 1 issue d'un air particulièrement douloureux, la traditionnelle\npomme cuite vint s écraser à ses pieds avec un bruit flasque. Folle de colère,\n1 artiste courut s enfermer dans sa loge où, sans soupçonner le drame qui venait de se\njouer sur le plateau, deux de ses familiers devisaient paisiblement en attendant son\nretour. Lun d'eux était son vieux médecin. Il décrivait avec enthousiasme à son\ninterlocuteur les bienfaisants effets des régimes qu'il prescrivait à ses clientes: \"Chère\namie, s écria-t-il avec feu, en voyant entrer la cantatrice, dites vous-même à Monsieur\nquels miraculeux résultats vous obtenez avec le régime des fruits cuits que vous\nexpérimentez en ce moment... \"\nLe bon docteur n'a pas encore compris pourquoi, au lieu de répondre à cette\nsimple question, sa cliente préféra s'offrir immédiatement une attaque de nerfs...\n\nL'Homme à la Contrebasse.\n\nNouvelles\nA la mémoire de Raoul Pugno. Sur l'initiative de M. Edouard Ganche, et avec l'auto-\nrisation de la famille de Raoul Pugno, un Comité vient de se former dans le but d'élever\nà la mémoire du grand artiste un monument destiné à perpétuer le souvenir de son admirable\ntalent. Le Comité d'exécution a pour président M. Camille Le Senne et pour vice-présidents :\nMme Adolphe Brisson, MM. Henri Deutsch de la Meurthe, Henri Heugel, Camille Mauclair.\nLes souscriptions doivent être adressées à M. le docteur G. Patourel, trésorier du comité,\n79, avenue de Breteuil, Paris 15e.\nOn nous prie d'annoncer la fondation d'une nouvelle Société artistique le Diapason,\nsous la présidence de Mme la Duchesse d'Uzès douairière et de M. Camille Chevillard, et la\nvice-présidence de Mme Edmond de Polignac.\nLe Diapason a pour but de donner des séances de musique, notamment de musique de\nchambre, dans les conditions les meilleures et avec les garanties les plus sérieuses de parfaite\nexécution et de confort matériel.\nIl se propose en outre de révéler avec le plus grand éclectisme les œuvres d'artistes\nanciens ou modernes, éditées ou inédites et qui, par leur intérêt artistique sont susceptibles de\nretenir l'attention.\nTrès brillante soirée musicale dans les salons de Mme et M. Louis Diémer. Un programme\nort intéressant permit aux invités d'applaudir Mme Kutscherra, M\"'e Marcella Pregi,\nM. Albert Geloso, M. Louis Fournier, M. Henri Etlin et le maître de la maison dont la\nvirtuosité n'a jamais été plus éblouissante et plus infaillible.\nVAnnuaire des Artistes (28e Année) Edition 1914, vient de paraître.\nLe volume richement relié est en vente au prix de 7 fr. chez Risacher, 161,\nmartre., Paris,et chez tous les principaux libraires."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2960, "texte": "De Berlin.\nTrois jeunes pianistes parisiennes viennent de se produire presque en même temps dans\nles salles de concerts de Berlin. Mllej Geneviève et se\nsont en effet donné rendez-vous dans la capitale germanique, où leurs récitals ont été applaudis\npar la presse musicale. 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Le public mondain suit assidûment ces merveilleuses séances musicales où,\nsous la baguette magique du célèbre compositeur, un petit orchestre d'élite uniquement\nconstitué de premiers prix du Conservatoire, nuance à ravir la musique classique et moderne.\nA côté des concerts quotidiens et l'après-midi, M. Louis Ganne donne, le soir, des\n\" Concerts de gala \" où se font entendre les meilleurs virtuoses.\nDepuis le ler janvier, ces u galas \" dont le succès est éclatant, ont permis au public\nélégant d'entendre et d'applaudir d'admirables artistes :\nCe furent, à tour de rôle, les brillants pianistes MM. Jean Batalla, Edouard Garés,\nMMmes Jane Mortier et Madeleine Vizentini ; les virtuoses violonistes, MM. Deszo\nLederer, Pierre Matignon, et Mlle Yvonne Astruc ; deux violoncellistes merveilleuses,\nMme Caponsacchi et Mlle Anna Nehr ; le maître flûtiste, M. 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C'est moi qui, chaque jour, pour annoncer l'heure\nde midi aux parisiens, approche du petit canon de la troisième plateforme une mèche allumée. Là-\nhaut, vous savez, on n'a pas grandes distractions et on s'amuse comme on peut. Moi, je me plais à\nobserver avec une forte lorgnette, les effets que produit, dans les rues de Paris, la détonation quoti-\ndienne. J'ai pu faire ainsi quelques observations curieuses. J'ai remarqué, en particulier, qu'il existait\nune catégorie de travailleurs sur qui mon coup de canon produisait une impression foudroyante ; c'est\ncelle des musiciens d'orchestre. A midi, bien des ateliers s'ouvrent et déversent leurs ouvriers sur la\nchaussee, mais il faut voir se vider une salle de répétitions ! Ça vaut le coup ! J'enflamme mon étoupe,\net je braque aussitôt ma longue vue sur la place du Châtelet ou la rue la Boëtie... Boum !!! Instantané-\nment un flot de petits hommes noirs se bouscule hors de la maison et grouille sur le trottoir ! D'où je\nsuis, on dirait que j'ai tiré sur un nid de fourmis ! C'est rigolo comme tout...\nOr, depuis quelque temps, il se passe un fait auquel je ne comprends rien. Il y a, rue de Clichy,\nau Casino de Paris, un nouvel orchestre qui répète tous les matins, au lieu de se reposer, comme les\nautres, entre chaque séance. C'est déjà pas très naturel, mais figurez-vous que ces amateurs-là ne\nsortent pas de leur trou à mon coup de canon ! Ce n'est qu'un quart d'heure ou une demi-heure après\nqu'ils s'en vont tranquillement déjeuner.\nVous qui êtes de la partie, voulez-vous me dire si c'est un orchestre bien sérieux, si c'est de vrais\nmusiciens ou simplement une réunion de sourds ? Je vous avoue que ces gens-là ne m'inspirent pas\ngrande confiance. Pourquoi ne font-ils pas de la musique comme tout le monde ?\nRecevez... etc.\nLa parole est à M. Pierre Monteux.\n0 0 0\nLe chat qui dormait...\nIl ne dormait que d'un œil. Au fond, il ne perdait pas un mot de la conversation\nde son temps à laquelle il affectait de ne plus se mêler depuis quelques années. Et il\ncontinuait à observer les hommes et les choses de la musique avec la perspicacité\nnarquoise qui l'avait rendu si redoutable. Il était, en effet, à peu près seul à remplir\ndans la critique le rôle de détective artistique, démasquant les simulateurs et dressant\ndes contraventions contre les saboteurs, avec une inlassable énergie. Lui seul osait\nprélever des échantillons chez les falsificateurs et les exposer publiquement en guise\nde pièces à conviction. Rassurés par son long silence, les amateurs reprenaient\nconfiance et s'enhardissaient... ils avaient tort. 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Camille Chevillard, et la\nvice-présidence de Mme Edmond de Polignac.\nLe Diapason a pour but de donner des séances de musique, notamment de musique de\nchambre, dans les conditions les meilleures et avec les garanties les plus sérieuses de parfaite\nexécution et de confort matériel.\nIl se propose en outre de révéler avec le plus grand éclectisme les œuvres d'artistes\nanciens ou modernes, éditées ou inédites et qui, par leur intérêt artistique sont susceptibles de\nretenir l'attention.\nTrès brillante soirée musicale dans les salons de Mme et M. Louis Diémer. Un programme\nort intéressant permit aux invités d'applaudir Mme Kutscherra, M\"'e Marcella Pregi,\nM. Albert Geloso, M. Louis Fournier, M. 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Penaud.\nDans les nos de novembre et décembre, sous le titre :La Fie chere et la Bourse,\nj'ai expliqué que la cherté croissante de la vie avait entraîné beaucoup de capitalistes\nà échanger leurs valeurs de tout repos ne rapportant que 3 à 4 °/0 contre des valeurs\nde second ordre produisant 5 à 6 °/0. _\nj'ai démontré les dangers d'un tel échange, la moins-value risquant de taire\nperdre sur le capital plus que la différence du revenu et j'ai mis à votre disposition\nma vieille expérience financière pour vous indiquer gracieusement les titres à vendre ou à garder.\nj'ai aussi indiqué la spéculation comme un moyen d'augmenter vos ressources, mais en ayant le soin de\nfaire diriger vos opérations par un professionnel expérimenté et je vous conseillais de limiter votre\nspéculation àla rente française 3 °/0, la seule qui m'ait donné des bénéfices constants depuis 40 ans que je la\npratique. r . , ,\nEn janvier, sous le titre : Les Impôts et la Bourse, j'ai examiné la situation financière et j ai montre 1a\nnécessité pour tous les Etats de recourir d'abord à des emprunts puis à des impôts nouveaux pour équilibrer leur\nbudget grevé par des dépenses sociales et militaires.\n°En février, sous le titre: Les Emissions et la Bourse, j'ai entrepris de vous mettre en garde contre les\nprochaines sollicitations des banques qui, par leurs prospectus, leurs affiches et leurs guichets innombrables,\ns'apprêtaient à drainer l'épargne publique et je vous ai montré qu'il était toujours plus avantageux d acheter un\ntitre en bourse à un cours débattu entre l'offre et la demande que de souscrire à une émission à un prix arbi\ntrairement fixé par les émetteurs.\nEh bien ! je ne saurais trop insister à nouveau sur les sages conseils déjà donnés et, pour répondre\nà ceux qui m'ont demandé comment ils pouvaient augmenter leurs revenus, je vais résumer les conditions dans\nlesquelles je me charge de guider ceux qui s'adressent à ma compétence.\nSi vous voulez courir vous-même les risques de perte et avoir tous les bénéfices possibles, vous\nenvoyez les fonds à un coulissier quelconque inscrit au Syndicat officiel, de piéférence a lun de ceux\navec lesquels je traite depuis de longues années et qui sont bien organisés pour 1 exécution des oidres de primts.\nJe donne alors les ordres pour votre compte à votre nom, vous recevez chaque jour les avis d opérations et\nchaque mois le relevé du compte total en perte ou en bénéfice et je vous demande pour mes peines et soins le\nquart des bénéfices nets encaissés par vous.\nPour les cinq derniers mois, le bénéfice net pour 1000 francs s'est élevé à 240 fr. soit 180 fr. déduction\nfaite de mon quart, ce qui représente un produit de 36 fr. par mois en moyenne pour 1000 fr., soit 360 fr.\npour 10.000 fr.\nJe ne crois pas qu'on puisse trouver une combinaison plus avantageuse, d'autant plus que le capital est\ntoujours libre à la fin de chaque mois, si l'on veut cesser.\nVous auriez donc bien tort de ne pas profiter de mon offre, tout au moins de ne pas essayer pendant un\nmois. J'enverrai d'ailleurs, à tout lecteur qui m'en fera la demande, le moyen de s'assurer un revenu de 3 °/0 par\nmois et sans aucun risque.\nP. S. Je suis a la disposition des lecteurs de la S. I. M. tous les jours de 10 h. a 11 h. et de 4 h. a 7 h.\na mon bureau, 8, rue Drouot à Paris, ou par Correspondance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c076", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.25", "titre_corps": "M. A. DE PRANG Élève d'Auer, qui vient de remporter à Paris, salle Gaveau, un succès considérable", "titre_sommaire": "M. A. 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Hélas, les pronostics de la Mode de demain démontrent l'inanité de mes espoirs\ntimides et vous n'accueillez favorablement que les vœux audacieux.\nJ'en appelle au témoignage de ces citations :\n\" Dans un dîner chez Madame X... on a beaucoup admiré la perruque bleue portée par\nla Duchesse de X..., la perruque mauve de la Comtesse de J..., la perruque cerise de la\nMarquise de Z...\". Suggestive égalité ! \"Le Vicomte de X... arborait de délicieuses moustaches\ntango, le Baron de J... les avait choisies rose pâle et le Prince de Z... violet sombre Il vient\nde perdre sa tante la Chanoinesse de W... \" Le maquillage changera sous peu d'aspect. Désor-\nmais nos élégantes porteront sur les joues des fleurettes délicatement peintes\".\nL'orchidée symbole des âmes aux détours inquiétants est très demandée. Avis aux jeunes\nartistes qui cherchent vin débouché à leur talent.\n\" Les pieds nus dans les cothurnes se généralisent et par là même le bracelet encerclant\nles chevilles. Quelques femmes rappellent au-dessous du genou, en une sorte de jarretière, les\nfleurettes de leur visage \".\n\" D'autres belles \" Madames \" habillent et réchauffent de bandelettes d'hermine, ou de\nzibeline, la nudité de leur jambes fines et le polissage et le chaud coloris des ongles s'impose ;\nles bagues au gros orteil apparaissent \". Les anneaux dans le nez suivront peut-être.\n\" Les robes se porteront infiniment plus courtes, elles ne dépasseront pas de beaucoup le\nniveau du genou\". Et voilà les Parisiennes transformées en petites filles... parfois quinquagénaires.\n\"On verra des volants aux jupes cousus la tête en bas et s'évasant fortement. D'autre\npart la tournure s'accentue, nous marchons vers le strapontin de nos grand'mères. Les chemises\nde tulle et celles en mousseline de soie voient leur succès s'accentuer, car elles aident à affiner\nla silhouette. Honnêtes chemises de nos aïeules vous ne reconnaîtriez pas vos descendantes !\n\" Les femmes viennent de se découvrir une myopie uniforme qui affecte un seul œil, puis-\nqu'elles se servent désormais d'un monocle. \"\nCela leur permet de ne regarder que d'un côté, celui de leur bon plaisir.\n\" Les couleurs en vogue seront le rouge éclatant, le violet vif, le jaune fulgurant, le vert\nacide \". Adieu les douces teintes des pastels et les tons nuancés.\nCes trouvailles carnavalesques, ces retapages de vieilleries à la mode du jour, cette pré-\ntention à l'art antique dans ses plus grossières déformations nous rappellent fâcheusement\nnombre d'œuvres qui s'étalent aux cimaises de nos innombrables \" Salons \", ou que nous\nécoutons dans nos innombrables concerts...\nP. S. Je reçois une lettre datée de Nice. L'ami qui me l'écrit est descendu au \" Grand\nPalais \" et il me vante avec enthousiasme cet hôtel situé en plein midi où, selon l'expression\nconsacrée règne tout le confort moderne et aussi un luxe de bon goût et un raffinement de\nservice grâce auxquels on se sent délicieusement chez soi.\nMon ami me chante également les louanges du u Cantola \" qu'il a la chance d'entendre\nsouvent. Il me décrit, ravi, le véritable appareil d'art dont l'exécution parfaite le réconcilie, avec\nle piano. Car, conclut-il, si La Rochefoucauld a dit que les dévots dégoûtent parfois de la\nreligion, combien de pianistes dégoûtent du piano !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c082", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.29", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS DE LA MUSIQUE\nCOMITÉ D'HONNEUR\n'\nM. le Président d\nM. le Ministre de Vlnstruction Publique et des Beaux-Arts.\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\nM. Gabriel Faurè, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Directeur\ndes Musées\nMEMBRE D'HONNEUR\nS. A. I. LE GRAND DUC BORIS DE RUSSIE\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nPRÉSIDENT D'HONNEUR : M. HENRY DEUTSCH (DE LA MEVRTHE)\n.V . k\n.\n\\ R ■■\n• «\nBUREAU\n■ )■ \"\n' 'h'\nV lX: > ,\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de l'lnstitut.\nM. Louis BARTHOU,\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur es-lettres.\n~ ...\nM. ALEXIS ROSTAND, Président du Conseil\ndlAdministration du Comptoir National\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMM* ALEXANDRE ANDRÉ.\nMM® LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. 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REY & Cie, 9, rue de l'lsly\nSALLE DES AGRICULTEURS, 8, RUE D'ATHENES\nTrois Récitais de Violon donnés par\nLUCIEN DUROSOÏR\nlr RbCI TAL SAMEDI 21 MARS 1914, à 9 heures\n1. Suite en si mineur (Bach) 2. a. Chants Russes (E. Lalo) b. Ber-\nceuse (Eug. Lacroix) c. Rigaudon et Tambourin (Rameau) 3. Sonate\nPastorale (Tartini). 4. Introduction et Rondo Capriccioso (St-Saëns)\n2me RÉCIIAL SAMEDI 28 MARS 1914, a 9 heures\n1. Sonate en ut majeur (Bach) 2. Concerto en mi bémol (Mozart)\n: en mineur (J. M. Leclair). 4. a. Menuet-Gavotte (Vera-\ncini). b. Le Ranz de Vaches (Viotti). c. Presto (Aubert père).\n3me RECITAL YkJVDREDI 3 AVRIL 1914, à 9 heures\n1. Introduction et b ugue (Germiniani). 2. Suite en mi majeur (Bach)\n3. Deux pièces Russes (Eug. Cools). 4. Concerto (Mendelsohn).\nPiano ERARD\nAu piano M. Paul Gayraud.\nConcerts du Conservatoire\nLamoureux, Colonne,\nMonteux, Sechiari,\nTOUS LES\nDIMANCHES\nEN MATINÉE\n/ /; '// ' '/•/•//.'j/,/V -\n-y. ' / S' * ' r , t *tH'r - Y « • •\nSalle GAVEAU\ndu 1 au 15 Mars\n1 Concert Lamoureux\n3 Récital Friedman\n4 M. Schwaab\n5 M. Schmitz\n6 M. Spalding\n8 Concert Lamoureux\n8 Concert Hasselmans\n10 Société Philharmonique 9\n12 M. Dumesnil * 9\n13 Schola 9\n14. Mnle Meyer 9\n15 Concert Lamoureux 9\n* Voir nos annonc3S.\n3 h.\n9\n9\n9\n9\n3\n9\nSalle PLEYEL\ndu i au 15 Mars\n1 M 1 Lucie Mallez (Elèv.) 1\n2Le Quatuor avec piano 4\nMme Gaët. Vicq-Challet 9\n3 M 1 Jul. Meerovitch 9\n4 MraeC. Chevillard (Elèv.) 2\n5Le Quatuor avec piano 9\n6 M. Motte-Lacroix * 9\n7 La Soc. Nat. de Musique 9\n8 M. Ph. Courras (Elèves) 1\n9 Le Quatuor Capet 9\n11 Le Quatuor Calliat 9\n12 M 1 Jul. Meerovitch 9\n13 Le Quatuor Capet 9\n14 Mlle Adeline Bailet 9\n1 5 M,Tie Cadet-Fischer (El.) 9\nm\nm\nfit\nH\nnd\ne\nre\n0)\n«Salle ERARD\n- I du i au i c Mars\n1j J\nMlle Pinguet\nM. Loyonnet\nMlle Veluard\nM. Risler\nMlle LœufFer\nM. E. Sauer\n8 H. Renié (élèves)\n9 M. Montoriol-Tarrès\n10 M 1 Duranton\n11 M 1 Lewinsohn\n12 M. de Francmesnil *\n13 M. Lojonnet\n2\n3\n4\n5\n6\n7\n9 h.\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\nSalle MalaKoff\ndu i au 15 Mars\nles lundis et les jeudis à 9 h.\nConcerts-Rouge.\nTous les Vendredis à 4 h.\nMusique de chambre.\nSALLE DES AGRICULTEURS\nDE FRANCE\n5\n6\n7\n9\n10\n11\nMarcel Ciampi\nMrao Laghos\nCharles Dorsoo\nM. Buesst\nMarcel Ciampi\nMagda Le Gotï\nM. Hekking *\nMllci Chaigneau\nMmc Filon\n14 M. Pitsch g\nSCHOLA CANTORUM\n6 Quatuor Le Fea?e\n9 MUe Logé\n$\n1 2\n*3"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1914-03-01-01-c084", "article_bluemountain": "bmtnabh_1914-03-01_01#c084", "volume": "bmtnabh_1914-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.2.31", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.79", "debut_caractere": 3412, "fin_caractere_exclue": 3728, "texte": "BON POUR UN RENSEIGNEMENT FINANCIER GRATUIT\nj'ai en portefeuille les Valeurs suivantes : Dois-je les garder ou les vendre ?\nJ'ai un capital de francs à placer. 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Van Dyck. 0L EX-LIBRIS EN MUSIQUE, par Henry-André. QUATRE\nMARCHES MILITAIRES DE PAER, par G. Dubor. LES LIVRES\nNOTRE ENQUÊTE SUR LA MUSIQUE DE DANSE A L'ÉGLISE\nL'ACTUALITÉ par\nCLAUDE DEBUSSY OVINCENT D'INDY EMILE VUILLERMOZ LOUIS LALOY\nRENÉ LYR 0 EDOUARD SCHNEIDER 0 P. VARILLES 0 J. HELFT."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS DE LA MUSIQUE\nCOMITÉ D'HONNEUR\n'\nM. le Président d\nM. le Ministre de Vlnstruction Publique et des Beaux-Arts.\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\nM. Gabriel Faurè, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Directeur\ndes Musées\nMEMBRE D'HONNEUR\nS. A. I. LE GRAND DUC BORIS DE RUSSIE\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nPRÉSIDENT D'HONNEUR : M. 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En composant mon livre, j'ai eu pour but principal\nde fournir au lecteur déjà instruit les principes essentiels de l'orchestration\nmoderne, tendant au pittoresque et à l'éclat; et j'en ai consacré une\nimportante partie à l'étude des sonorités (timbres) et ses combinaisons\norchestrales.\nJe me suis efforcé de montrer la manière de réaliser un timbre\nvoulu, l'homogénéité désirable, la force nécessaire ; et aussi de spécifier\nle caractère et l'allure des figures, dessins, ornements les plus spécialement\npropres à chaque instrument ou chaque groupe de l'orchestre, de ramener\ntoutes ces questions à des préceptes généraux aussi brefs et clairs que\nfaire se pouvait ; en un mot, de donner ici des matériaux aussi soigneuse-\nment élaborés que possible. Pourtant, je ne prétends point enseigner la\nmanière d'utiliser ces matériaux pour des fins artistiques, de leur donner\nleur place dans la langue poétique de l'art musical. De même qu'un traité\nd'harmonie, de contre-point ou de forme donne à l'apprenti des matériaux"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\nharmoniques ou polyphoniques, des principes de construction et de\ndisposition formelle, de saines méthodes techniques, mais n'apporte à\npersonne le talent de composer, de même un traité d'instrumentation\npeut enseigner à produire l'accord du timbre voulu, disposé de manière\nhomogène, sonnant bien ; à dégager la mélodie sur le fond harmonique ;\nà donner à chaque groupe le mouvement convenable ; en un mot, élucider\ntous les points analogues. Mais il ne peut jamais enseigner à instrumenter\navec art et poésie. L'instrumentation, c'est une création ; et créer, cela\nne s'enseigne point.\nC'est une grande erreur que de dire ; tel compositeur instrumente\nbien, telle composition (orchestrale) est bien instrumentée. Car l'instru-\nmentation est un des aspects de ï âme L'œuvre même est\npensée orchestralement, et promet dès sa conception certaines couleurs\nd'orchestre inhérentes à elle et à son auteur seuls. Serait-il possible de\nséparer de son orchestration l'essence même de la musique de Wagner?\nCela reviendrait à dire : tel tableau de tel peintre est admirablement\ndessiné en couleurs.\nParmi les compositeurs, anciens et modernes, il en est plus d'un à\nqui manque la couleur au point de vue du pittoresque sonore ; cette\nqualité est en dehors du champ de leur activité créatrice. Dira-t-on pour\ncela qu'ils ne savent point orchestrer ? Beaucoup d'entre ceux-là savent sans\ndoute mieux orchestrer que maint coloriste. Brahms ne savait-il donc pas\norchestrer ? Pourtant, on ne rencontre point dans ses œuvres de sonorités\néclatantes ni pittoresques. Cela veut dire que par son essence même, sa\npensée créatrice ne comportait point la tendance vers la couleur, ne\nl'exigeait point.\nIl y a là un secret impossible à transmettre ; et qui le possède doit y\nveiller religieusement, ne pas être tenté de l'avilir en le réduisant à un\nensemble de recettes apprises.\nIl convient de parler ici du cas fréquent d'œuvres orchestrées par\nautrui d'après les brouillons d'un compositeur. Qui entreprend une pareille\ntâche doit se pénétrer de la pensée de l'auteur, deviner ses intentions non\nréalisées, et, en les accomplissant, développer et parachever la pensée\nengendrée par l'auteur même, et donnée comme principe essentiel de son\nœuvre. Orchestrer de la sorte, c'est encore créer, quoique en se subor-\ndonnant à autrui, à un étranger. Mais orchestrer une composition que\nson auteur ne destinait point à l'orchestration, c'est au contraire une"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.5", "texte": "SUR L'ORCHESTRATION\n\n3\n\ndéplaisante et peu désirable entreprise. Bien des musiciens sont tombés\net tombent dans cette erreur. Mais en tous cas c'est la branche la plus\nbasse de l'orchestration, quelque chose comme la mise en couleur des\nphotographies ou des gravures. Il va sans dire qu'on peut colorier les\nunes et les autres bien ou mal.\nMa destinée a voulu que je fusse, en matière d'orchestration, à bonne\nécole, et que j'acquisse une expérience des plus variées. D'abord, toutes\nmes compositions, j'ai pu les entendre exécutées par l'orchestre modèle de\nl'Opéra de Saint Pétersbourg. Puis, comme j'ai connu différents courants\nde tendances, j'ai orchestré pour des effectifs d'orchestre divers, comman-\nçant par les plus simples, (mon opéra la Nuit de Mai est écrit avec\ntrompettes et cors naturels), pour finir par les plus riches. Troisièmement,\nj'ai quelques années durant dirigé les chœurs de la Musique Marine, et\npu étudier ainsi les instruments à vent. Quatrièmement, j'ai formé un\norchestre d'élèves, de très jeunes gens que j'ai amenés à pouvoir exécuter\npassablement des œuvres de Beethoven, Mendelssohn, Glinka, etc. Tout\ncela m'a conduit à présenter ce travail comme le résultat de ma longue\nexpérience.\nJ'ai pris pour point de départ les axiomes fondamentaux que voici :\nI. II n y a point dans F orchestre\n11. Toute composition doit-être\nfacilement ; plus les parties des exécutants sont faciles, pratiquement\nréalisées, mieux s'obtient l'expression artistique de la pensée du\ncompositeur. 1\n111. V œuvre doit être écrite pour F effect\non compte,ou tout au moins pour F effectif (si l'auteur a\nen vue quelque dessein nouveau), et non pas pour un effectif illusoire, ainsi\nque persistent encore à le faire beaucoup de compositeurs qui introduisent\ndans leurs partitions des instruments de cuivre de tons inusités, sur lesquels\nles parties ne sont exécutables que parce qu'on ne les joue pas dans le ton\nvoulu par l'auteur.\nIl est difficile d'offrir une méthode quelconque pour apprendre\n\n1 A. Glazounow a finement caractérisé les différents degrés d'excellence en matière d'orchestration\nqu'il divise en trois catégories principales : 1° L'orchestre sonne bien sitôt que l'exécution est à peu près\ncorrecte, mais merveilleusement si l'on a suffisamment répété. 2° Les effets ne se réalisent bien qu'après\nde grands soins et efforts du chef et des exécutants. 30 Malgré tous les efforts de l'orchestre et du chef,\nla sonorité ne devient jamais satisfaisante. Evidemment, l'orchestration doit avoir pour idéal unique la\npremière de ces catégories."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\nl'orchestration sans maître. Généralement parlant, il convient de procéder\ngraduellement de l'orchestration la plus simple à des types de plus en plus\ncompliqués.\nD'ordinaire, qui étudie l'orchestration passe par les phases suivantes :\ni° La période durant laquelle l'on se concentre sur les instruments à\npercussion, d'où l'on croit que dépend tout entière la beauté du son, en\nlesquels on met toutes ses espérances c'est le degré inférieur ; 2° La\npériode où l'on se passionne pour la harpe, on se croit tenu de doubler de\nla sonorité de cet instrument tous les accords ; 30 On ne vénère plus que\nles bois et les cuivres, on recherche les sons bouchés auxquels les cordes\nviennent s'adjoindre soit en sourdine, soit en 40 Le goût s'avère\nplus développé, et l'on ne manque plus de préférer à tous autres matériaux\nle groupe des archets, que l'on sait reconnaître pour le plus riche et le\nplus expressif. Il importe, lorsqu'on travaille seul, de bien lutter contre\nles égarements des trois premières périodes. La meilleure ressource sera\ntoujours de lire des partitions et d'entendre, partitions en main, des\nexécutions orchestrales. Mais sur ce point, il est malaiser de fixer un ordre\ndéterminé. Il convient d'entendre de tout, mais principalement de la\nmusique assez moderne : celle-là seule enseignera comment il faut orches-\ntrer l'ancienne fournira des exemples utiles au point de vue négatif,\npar contraste. Weber, Mendelssohn, Meyerbeer (dans le Prophète),\nBerlioz, Glinka, Wagner, Liszt, les compositeurs modernes, français et\nrusses, voilà les meilleurs modèles. C'est en vain qu'un Berlioz, un\nGevaert s'efforcent de leur mieux d'alléguer des exemples tirés des œuvres\nde Gluck. L'idiome de ces exemples est trop ancien, étranger à notre\noreille musicale d'aujourd'hui ; ils ne peuvent donc plus être utiles. On\npeut dire la même chose de Mozart et de Haydn, (un très grand\norchestrateur, et le père de l'orchestration moderne).\nLa gigantesque figure de Beethoven reste à part. Sa musique montre\nles élans léonins d'une fantaisie orchestrale profonde, inépuisable ; mais\nl'execution, dans le détail, reste loin derrière les conceptions titaniques.\nSes trompettes en dehors, les intervalles difficiles à exécuter et peu\nfavorables qu'il impose aux cors, avec les traits géniaux de ses instruments\nà archets et l'emploi souvent très coloré qu'il fait des bois : tout cela\ns'unit en un ensemble où l'élève se butera à des millions de points\ncontradictoires.\nIl est futile de penser que le débutant ne saurait trouver dans la"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.7", "texte": "UNE NOUVELLE HISTOIRE\nDU THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE\n\nIl n'est pas de plus grand plaisir pour tout historien attaché à la\nvérité que de voir ses travaux dépassés par d'autres plus jeunes et plus\ncomplets. C'est le sentiment que j'ai, en lisant les deux beaux ouvrages\nqui viennent de mériter en Sorbonne à M. Henry Prunières le titre de\ndocteur-ès-lettres, avec mention très honorable. 1\nCombien l'histoire musicale a fait de progrès depuis vingt ans,\nsurtout pour certaines périodes ! Lorsque, vers 1893, je me suis aventuré\nsur le terrain de la musique dramatique au XVIIe siècle, c'était encore\nchez nous un continent presque inconnu. Monteverdi, dont on voit\nmaintenant des airs figurer sur les programmes des Concerts Colonne, et\ndont un opéra a été représenté à Paris, n'était qu'un nom pour une\npoignée de musicologues, et un nom vide de sens, perdu dans un désert.\nA peine Carissimi commençait à ressortir de la nuit. L'histoire sautait\nallègrement de Palestrina à Lully, impossibles à juger d'ailleurs, puisqu'on\nignorait tout du milieu où ils s'étaient formés. A présent, grâce aux\ntravaux chez nous des Michel Brenet, des Ecorcheville, des Lionel de la\nLaurencie, des Pirro, des Quittard, de M. Wotquenne en Belgique, de\nM. Kretschmar, de M. Heuss, surtout de M. Goldschmidt en Allemagne,\nde MM. Solerti, Torchi, Chilesotti, Cametti en Italie (pour ne citer que\n\n1 Henry Prunières : L'Opéra italien en France avant Lully, in-8° de 432 p. et 32 p. de supplément\nmusical. Champion, éd.\nLe Ballet de cour en France avant Benserade et Lully, in-8° de 282 p. orné de 16 planches hors\ntexte et d'un supplément musical. H. Laurens, éd."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.8", "texte": "LE THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE\n7\n\nles principaux), le Grand Siècle s'éclaire, et nous tenons à peu près\ntous les anneaux de la chaîne de musiciens, dont les efforts parfois géniaux\nont abouti à la fondation de la glorieuse école napolitaine et de la\nnon moins célèbre Académie royale de musique française. D'autres\ndécouvertes viendront, qui compléteront le tableau ; mais vraiment on\npeut dire que maintenant l'essentiel est fait, surtout pour l'ltalie, et que\nsi nous ne connaissons pas encore aussi bien la musique française du\nXVIIe siècle que la littérature et les autres arts du même temps, en\nrevanche la musique italienne de cette époque a reconquis sa place au\nsoleil plus tôt que les arts plastiques et la littérature du 1\nLes deux ouvrages de M. Henry Prunières contribueront plus que\ntout autre à rehausser la gloire de l'art italien du XVIIe siècle et à\nmontrer la vigueur de son action sur l'art français. Et ils nous donnent\ndes raisons nouvelles d'admirer le génie de ces conquérants pacifiques,\nassez intelligents pour sentir la valeur propre de la race où ils s'implan-\ntaient, assez souples pour s'adapter à ses besoins d'esprit, et assez\nénergiques pour discipliner ses forces anarchiques et les mener à des\nvictoires fécondes.\nLes deux thèses se complètent l'une l'autre, en étudiant les origines\ndes deux grands genres de théâtre musical essayés en France, sous les\nderniers Valois et les premiers Bourbons : le Ballet de cour et l'Opéra.\nDes deux ouvrages, celui qui est consacré à l'Opéra est de beaucoup\nle plus important, à mon sens, par le fait du sujet tout autant que du\ntravail qui lui a été consacré. L'histoire du Ballet de cour est en effet\ncelle d'un genre qui n'a jamais réussi à se constituer complètement ; il\nest, comme le dit M. Prunières, à la dernière page de son livre, l'ébauche\nd'un grand spectacle et même de plusieurs ; et son incertitude, ses hésita-\ntions, son caractère flottant et un peu chaotique, se communiquent\nforcément à toute étude qui veut en suivre scrupuleusement le cours. Au\ncontraire, l'Opéra italien, sorti d'un dessein grand et net (bien qu'illusoire2),\n\n1 A cette littérature, d'ailleurs, une pléiade de critiques italiens travaille actuellement à faire rendre\njustice ; et les nouveaux historiens de l'art ont retrouvé les raisons d'admirer les peintres Bolonais et le\ngénial Bernin.\n2 C'est à savoir la pseudo-reconstitution de la tragédie antique."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.9", "texte": "8\nS. I. M.\n\nest arrivé à sa pleine réalisation ; et, malgré toutes les justes critiques\nqu'on peut adresser à ce beau monstre composite, son triomphe, depuis\nprès de trois siècles, établi sur l'Europe, est celui de la forme théâtrale la\nplus originale et la plus puissante des temps modernes. Toutes les autres\nformes de théâtre et musique, comme le Ballet, ont convergé vers lui, et\nil les a absorbées, comme un fleuve ses affluents. Et l'histoire de ses\norigines offre d'autant plus d'intérêt que, comme l'a montré M. Prunières,\nil n'est pas l'œuvre du hasard ou d'une évolution inconsciente, mais de\nla volonté réfléchie et persévérante de quelques grandes personnalités,\nqui ont eu l'intuition de son importance et l'ont véritablement imposé\nau monde.\nA l'intérêt du sujet s'ajoute celui de la documentation la plus\nabondante et la plus neuve, qui en vivifie et en renouvelle complètement\nle récit. Depuis des années, M. Prunières s'est astreint au dépouillement\ndes archives de toutes les villes italiennes qui ont joué un rôle dans\nl'histoire du théâtre musical ; et il en a rapporté principalement de\nParme, Modène, Turin, Rome, surtout Florence, ainsi que de nos archives\nparisiennes (dont la moins explorée par les musicologues avait été, jusqu'à\nlui, celle des Affaires Etrangères), une moisson de renseignements, si\nriche que le volume où il les a amassés craque presque sous le poids. Ce\nserait même là ma principale critique, dont je me débarrasse tout de\nsuite, que dans cette surabondance de détails on est quelquefois noyé, et\nque les arbres empêchent, par instants, de voir la forêt. Mais, grâce à la\nméthode de l'auteur et à son plan qui offre un solide fil d'Ariane pour\npasser au travers des fourrés, on ne tarde pas à s'orienter ; et combien la\nroute est rendue intéressante par cette multitude d'épisodes et de détails\nsavoureux ! Ce n'est pas seulement l'histoire d'une forme musicale que\nM. Prunières nous a retracée ; c'est un des chapitres les plus curieux de\nl'histoire du théâtre et des mœurs j'ajouterais presque, de la politique\nen France, (ou tout au moins des coulisses de la politique), sous la\nrégence d'Anne d'Autriche et Mazarin.\nJe ne puis ni ne veux ici suivre pas à pas l'historien dans sa longue\nétude, qui embrasse presque un siècle, ni en faire le résumé. J'essaierai\nseulement d'en indiquer les principales nouveautés et ce qui me paraît\nconstituer, en quelque sorte, les découvertes de l'auteur.\nTout d'abord, il a eu raison de mettre plus en lumière qu'on ne\nl'avait fait jusqu'ici le rôle capital joué par les troupes ambulantes de"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.10", "texte": "LE THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE\n9\n\ncomédiens italiens, à la fin du XVI0 et au commencement du XVIIe siècle,\npour la diffusion en France de l'art mélodramatique italien. On oublie\ntrop quels rares artistes furent ces si populaires au temps de\nHenri IV, qui n'étaient pas seulement des bouffons merveilleux, mais\ndes chanteurs et des musiciens capables d'interpréter, presque à première\nlecture, des rôles de Monteverdi. Parmi eux, on trouve des esprits\ncurieux de formes d'art nouvelles, comme cet Andreini, qui s'essaie au\nmelodramma, à l'opéra bouffe (commedietta musicale), à la festa te a traie,\nentre 1617 et 1622. Et M. Prunières a montré que l'action de ces\ncomédiens s'est exercée en France, jusque vers le milieu du siècle, et\nqu'ils n'ont pas peu contribué à l'établissement de l'opéra à Paris, en\ndonnant au Petit Bourbon la première représentation d'un grand spectacle\nthéâtral italien, avec pompeuse mise en scène, décors, machines, ballets\net musique, la Finta pazza de 1645, \" comédie des machines\nL'importance du rôle de Mazarin dans l'histoire de l'opéra, dont il\nfut le véritable fondateur en France, était déjà connue. Mais les recherches\nde M. Prunières ont établi définitivement ce fait, en l'illustrant de la\nfaçon la plus pittoresque. Grâce à elles, on pénètre véritablement dans le\ncurieux génie de cet Italien, qui est bien le plus beau type que sa patrie\nait produit dans le style barocco : grandiose et comique, grave et frivole,\naussi passionné de grandes choses que de niaiseries, et, dans tout ce qu'il\nentreprend, supérieurement doué, brillant, spirituel, souple et tenace dans\nses desseins les plus futiles comme dans les jeux magnifiques de sa\ndiplomatie. L'activité que ce grand ministre a déployée pour le succès\nd'une œuvre infime, somme toute, comme l'établissement de l'opéra en\nFrance, est inouïe. On le verra par le nombre de lettres qu'il écrit, à ce\nsujet, de St-Jean de Luz à l'abbé Buti, en pleines négociations de la paix\ndes Pyrénées. Aucun détail ne lui échappe : chanteurs, librettistes, musi-\nciens, décorateurs, il a l'œil sur tous et sur tout. Et non seulement il\nentremêle dans ses préoccupations les spectacles d'opéra et le gouverne-\nment de la France, sans que les uns fassent jamais tort à l'autre ; mais il\nutilise le matériel des uns au service de l'autre ; il emploie dans sa\ndiplomatie ses chanteurs et ses comédiens, (de même qu'il se sert de ses\ndiplomates pour raccoler, à l'étranger, des artistes pour son théâtre). La\nfamille Melani est le plus étonnant exemple de ces maître-Jacques de la\nmaison Mazarine, tous, Atto, Filippo le moine, et Bartolommeo,\nmi-partie chanteurs d'opéra, mi-partie espions et agents secrets, non pas"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.11", "texte": "10\nS. I. M.\n\nespions vulgaires, mais chargés d'emplois importants. Atto, le castrat,\nenvoyé en Bavière vers 1657, pour décider par ses menées l'Electeur à\nbriguer l'Empire, ne deviendra-t-il pas secrétaire de Mazarin aux négo-\nciations de la paix des Pyrénées ? Et plus tard, ce sera lui qui fera\nl'élection du pape Clément IX. S'il est impossible de ne pas admirer\nl'intelligence, le goût artistique et l'activité prodigieuse de Mazarin, les\ndétracteurs du temps présent, qui trouvent dans l'administration actuelle\net la gestion des fonds publics de trop nombreux motifs de s'indigner et\nqui opposent à ce désordre la beauté du bon vieux temps,\npourront puiser dans le livre de M. Prunières quelques consolations, en\nconstatant l'effrayant gaspillage de la fortune publique, fait par ce bon\nvieux temps, à l'époque de la plus noire misère sociale, sous le prétexte\nde quelque niaise et fastueuse représentation d'opéra, préparée pendant\ndes années, et qui souvent échouait. Car une autre constatation que l'on\nfait en lisant cet ouvrage et qui est, aussi, bien consolante pour l'amour-\npropre des architectes d'aujourd'hui, si elle l'est moins pour nos oreilles\nà nous, musiciens, c'est que les plus fameux constructeurs d'ltalie, appelés\nà grands frais et disposant de sommes énormes, n'étaient pas capables\nd'élever un théâtre d'opéra, où l'on pût entendre la musique. Témoin ce\nfameux théâtre des Tuileries, bâti par les Vigarani, et auquel il fallut\nrenoncer, à cause de l'acoustique déplorable.\nSur plusieurs compositeurs italiens, M. Prunières apporte des docu-\nments nouveaux qui les remettent au premier plan, ou même qui leur\nfont une place, pour la première fois, dans l'histoire de la musique. Il a\nrendu au charmant Marco Marazzoli l'honneur d'avoir été l'auteur de la\npremière pièce musicale italienne chantée à Paris (carnaval 1645) ; et il\na sorti de l'oubli l'aristocratique Carlo Caproli del Violino, qui occupa\nl'interrègne entre Luigi Rossi et Lully. De l'un et de l'autre il publie\ndans son Appendice d'aimables canzoni. Luigi Rossi, que nous avions\npour notre part commencé à faire apprécier comme un des plus parfaits\nmusiciens italiens du XVIIe siècle, sort des études de M. Prunières encore\nplus grand et beaucoup mieux connu. A présent, il apparaît comme une\ncîme de l'art dramatico-mélodique, fondé par l'école de cantate romano-\nnapolitaine ; et l'on voit plus clairement ce que Lully lui a dû. Le\nvieux Cavalli, dont M. Prunières publie une très curieuse lettre inédite,\nse montre sous un jour tout nouveau, comme homme (ce chantre de\n'héroïsme !) avec une débilité physique et une timidité de caractère,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.12", "texte": "LE THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE\n11\n\npresque pusillanime, comme musicien, avec d'admirables pages élégia-\nques, voluptueuses et tendres, 1 bien faites pour surprendre la plupart des\nmusicologues qui ne connaissaient de lui que quelques grandes scènes\ndramatiques, d'un large style populaire et passionné. Enfin, c'est surtout\nLully dont M. Prunières nous restitue l'histoire à peu près complète des\norigines et des débuts, toute la période des ballets italiens et français, qui\nse clôt à la date de la fondation de l'Académie de musique et de la\npremière de Cadmus et Hermione.Ces chapitres sont l'aboutissement et\ncomme l'épanouissement d'une série d'excellents articles de revues\n{S. I. M., Rivista musicale, etc.), où M. Prunières nous avait, depuis\nplusieurs années, tenus au courant de ses principales trouvailles historiques\nau sujet de Lully. La date de la naissance, la famille, les péripéties\ndiverses des années d'apprentissage, nous sont maintenant connues. La\nseule lacune importante qui subsiste, et que M. Prunières n'a peut-être\npas assez cherché à combler, c'est la question de l'éducation musicale de\nLully à Paris, et de l'influence qu'ont pu avoir sur lui les maîtres orga-\nnistes français, Metru, Roberday et Gigault. Mais ce qui est établi\ndésormais, c'est que de très bonne heure Lully fut en pleine pos-\nsession de tous ses dons et s'imposa à l'admiration publique. On peut\nmême dire que si, par la suite, sa vive intelligence n'a cessé de\ngrandir et lui a permis de traduire en musique, mieux qu'aucun musicien\nfrançais, l'esprit et la déclamation de notre tragédie de cour, jamais il ne\nfut mieux doué musicalement que dans sa jeunesse ; et c'est là qu'il a\ndonné le mieux sa mesure propre, qu'il s'est exprimé lui-même le plus\nlibrement. Riche et souple nature, aussi capable d'émotion dramatique\nque de verve comique, mais surtout et toujours douée d'une vitalité\nprodigieuse. Encore n'en a-t-il mis sans doute que la moindre partie dans\nses œuvres, et devait-il dépenser le meilleur dans ses rôles de baladin et\nde chanteur. Mais le reflet qui nous en reste dans quelques scènes de ses\nballets suffit à nous montrer un tempérament d'homme de théâtre et\nspécialement de grand comique, à la Molière... \" Les deux grands\nBaptiste \", comme on les appelait. Nous avons trop perdu aujourd'hui le\nsouvenir et le sens de ce rapprochement, qui s'impose d'autant plus que\nnon seulement les deux Baptiste ont victorieusement collaboré, comme\non sait, dans une suite de chefs-d'œuvre, mais que c'est l'ltalien qui a\nouvert la voie au Français et lui a fourni le modèle de ces grandes\n\n1 Le lamento de Climene dans Egisto, et la scène de l'antre du sommeil, dans En oie amante."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.13", "texte": "I 2\nS. I. M.\n\nCérémonies burlesques, qui forment la conclusion rabelaisienne du\nBourgeois gentilhomme et du Malade imaginaire. La cérémonie du docteur\nen ânerie, dans Amor malato(l6s7), et le récit des preneurs de tabac\ndans le Ballet de F impatience (1661), en sont les prototypes. La lecture\nde cette dernière scène, que M. Prunières publie à la fin de son livre,\nmontre la vis comicade Lully et la robuste franchise de son style burlesque.\nUne seule page de lui suffit à expliquer son succès. M. Prunières a\ncherché les raisons pour lesquelles ce fut un Italien qui créa l'opéra\nfrançais, et il a rappelé justement que le principe du récitatif, qui est la\nbase de l'opéra, répugnait au bon sens français, et que seul un étranger\npouvait l'imposer chez nous. Mais il ne l'eût jamais imposé sans ce\npouvoir personnel, cette force de vitalité qui émane de la musique de\nLully, dans ses bons moments. Ni Luigi, ni Cavalli vieilli n'y eussent\nréussi. Les connaisseurs auraient pu goûter leurs beaux chants ; mais la\nfoule n'eût pas été prise, comme elle le fut, par la vigueur d'accent, la\nvolonté irrésistible de ce diable de petit homme, signor Battista. Ce\nmagnétisme s'est dissipé pour nous, et bien peu de gens savent lire encore\nsous l'écriture pâlie par le temps l'énergie de l'esprit, de la parole et du\ngeste ; mais cette énergie est là. Et vraiment, la seule raison péremptoire\npour laquelle l'opéra fut fondé en France et fondé par l'ltalien Lully,\nc'est la volonté de Lully et son génie. Italien ? Français ? Ni l'un ni\nl'autre. Lully. Quia nominor Lully. Il régnait sans peine, d'ailleurs, au\nmilieu de musiciens français, non sans talent, mais bien loin de posséder\nsa vigueur de vie. Chez les Italiens seuls, il eût pu trouver un rival ; aussi\nfut-il impitoyable pour eux, et le gardien le plus rigoureux de la musique\nfrançaise, protectionniste à outrance. Je le crois bien ! Comme Louis XIV,\nil aurait pu dire : \" L'Etat, c'est moi. \"Il était à lui seul toute l'Académie\nde musique française. Et le plus fort, c'est qu'il l'est resté jusqu'après sa\nmort, pendant un siècle, contre les artistes français eux-mêmes. Il y a là\nune emprise sur un peuple, qui est un des phénomènes les plus surpre-\nnants de l'histoire de l'art, et le plus bel exemple de la puissance d'une\npersonnalité, imposant à une nation qui n'est pas la sienne, le rythme de\nson souffle et la forme de sa pensée. Que ce ne fut pas sans révoltes,\non l'imagine bien ; et une des observations les plus importantes de\nM. Prunières est de nous avoir signalé l'opposition qui, dès le début du\nrègne du grand Baptiste, se forme, se groupe et conspire en silence, ces\nnombreux cénacles italianisants, à Paris et en province, qui préparent la"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.14", "texte": "LE THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE\ni 3\n\nfuture réaction des premières années du XVIIIe siècle et l'atmosphère\nmusicale où se forma Rameau.\nL'histoire du Ballet de cour en France avant Benserade et Lully est le\ncomplément et comme la contrepartie de l'histoire de\navant Lully. Elle montre, en présence de l'envahisseur italien, les efforts\ndu génie national français pour se constituer et pour résister victorieuse-\nment aux assauts de 1 étranger. Il parut bien près d'y réussir, un moment,\ndans les premières années du règne de Louis XIII, grâce au génie d'un\nmusicien, Guesdron, et au goût d'un mécène, le duc de Luynes, Mais ce\nne fut qu'un jour sans lendemain.\nL'ouvrage de M. Prunières consacre un long chapitre (et ce n'est\npas le moins intéressant) à la recherche des origines du Ballet et de ses\néléments constitutifs. Nous revoyons passer devant nous ces splendides et\nmonstrueuses mascarades et pantomimes dramatiques de la cour de\nBourgogne, ces \" Entremets \", qui semblent sortis d'imaginations baby-\nloniennes : sur les tables des banquets s'élèvent de vastes constructions,\ndes églises, des châteaux, des pâtés gargantuesques bourrés d'orchestres de\nmusiciens ou de chœurs qui commentent le sens des cortèges et mômeries.\nPuis, ce sont les royales mascarades mythologiques et allégoriques des\nderniers Valois, les tournois à mise en scène romanesque, et les intermèdes\nà l'italienne. De l'efFort de la Pléiade française, parallèle à celui de Tasse\net des cénacles italiens, résulte une prétendue reconstitution du drame\nantique. Seulement, ce n'est pas la même dans l'un et dans l'autre pays ;\ncar chacun des deux peuples a refait l'antiquité à son image. En Italie,\nc'est l'opéra, où la musique triomphe. En France, c'est le ballet-comédie,\nla Circéde 1581, où tentent de s'unir harmonieusement la poésie, la\npeinture, la musique et la danse. Idéal plus largement humain, mais qui\neût exigé des génies, supérieurs encore à ceux de l'ltalie. Et le seul qui\nparût fut Guesdron. Grâce à lui, secondé par d'autres musiciens habiles,\nBataille, Boesset, Mauduit, et par le décorateur-machiniste Francini, le\nballet mélodramatique eut une brillante floraison de dix années (1610-\n1620), dont le plein épanouissement fut (1617),\ncette œuvre charmante et fastueuse, dont M. Prunières a restitué et\npublié le texte et la musique, à la fin de son livre. Mais brusquement"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.15", "texte": "14\nS. I. M.\n\naprès la mort de Guesdron et de Luynes, les grandes mises en scène et les\nactions dramatiques disparaissent du ballet. C'est le ballet-mascarade, le\nballet à entrées, sans lien dramatique, avec des récits d'exposition, des\nairs de cour et des danses. Et le système se maintiendra, avec un goût\nplus ou moins pur, jusqu'à Lully qui, dans ce cadre étroit, fera rentrer la\nmusique et le drame tout entiers, jusqu'à ce que le cadre éclate et que le\nBallet fasse place à l'opéra.\nUn des faits les plus remarquables que note M. Prunières est la\nmutuelle pénétration de l'art italien et de l'art français, dans les vingt\npremières années du XVIIe siècle, et l'heureux équilibre qui se maintient\nalors dans l'échange de leurs dons. Les pastorales d'ltalie préparent\nl'éclosion du ballet de cour français. Celui-ci est ensuite importé en Italie\npar Rinuccini et glorieusement renouvelé par Monteverdi (Ballo delTln-\ngrate, 1608). De son côté Guesdron profite sans doute de l'influence de\nRinuccini et de Caccini, tous deux présents à la cour de France entre\n1601 et 1605, pour concevoir et exécuter ses magnifiques ballets mélo-\ndramatiques. Cette trop courte période de notre histoire musicale montre\nde quel bienfait peut être sur un art en pleine vigueur une influence\nétrangère, qui au contraire risque de tout étouffer, quand elle survient\nà des moments de fléchissement artistique, comme celui où était la\nmusique française, quarante ans plus tard, lorsque parut Lully.\nMais la musicologie n'est pas seule à bénéficier des recherches de\nM. Prunières, et ses deux livres ont un autre intérêt que de nous\nrenseigner sur l'évolution de quelques formes artistiques. Ils font revivre\nsous nos yeux cette extraordinaire société du XVIIe siècle italien et\nfrançais, dont une image si fausse s'est imposée à nous, au travers de\nl'esprit classique, qui en est, peut-on dire, justement l'antithèse : car si\nl'esprit classique a eu une réelle grandeur, c'est que, loin d'être l'expres-\nsion complaisante de la société du temps, il en a été l'antagoniste et le\ndominateur, l'expression d'une élite énergique qui a imposé sa raison\nvolontaire et son ordre à l'anarchie la plus incohérente, la plus déver-\ngondée d'esprit et de mœurs, la plus brutale, sensuelle, maniérée, déca-\ndente. Mais si ce monde trouble offre souvent un triste spectacle à celui\nqui porte dans l'histoire un esprit patriotique et moral, comme M. Alfred"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.16", "texte": "LE THÉÂTRE MUSICAL EN FRANCE\n*5\n\nFranklin, qui, dans son volume récemment paru sur la\na la mort de Henri IV', avoue ses regrets \" d'avoir été amené à étudier\nde près une aussi déplaisante période de notre histoire \", au contraire,\nl'observateur passionné de la vie se délecte, au milieu de cette admirable\nménagerie humaine ; et l'on peut être assuré que le roman, tôt ou tard,\nen fera son profit : car il n'est pas d'époque plus riche en individualités\nvariées, complexes et excessives. C'est l'âge de la décomposition des\ngrandes aristocraties ; et le raffinement artistique et mondain, qui se mêle\nchez ces hommes à une violence d'êtres de proie, en fait des exemplaires\nd'humanité tragi-comique, qui n'a point trouvé son Shakespeare. Le\ndrame est tout près du rire, et la bouffonnerie fait bon ménage avec les\nplus hautes pensées politiques. Le poète fêté des grands ballets du jeune\nLouis XIII, Durand, l'auteur de La Délivrance de Renaud, (où le rôle de\nRenaud était chanté en 1617 par De Luynes), est, l'année suivante,\nrompu et brûlé en place de Grève, pour un pamphlet contre De Luynes.\nQui songe à s'en étonner ? Et qui aurait même retenu ce fait, si les\nrecherches de notre musicologie ne l'avaient relevé ? Et que dire de\ncet entourage de Mazarin, de cette cour d'opéra-bouffe, de ces castrats\ndiplomates, de ce mic-mac de grandes choses et de turlupinades, de héros\net de pitres, de ce cardinal romain qui partage ses veilles entre ses efforts\nheureux pour assurer la gloire française et ses négociations pour faire\nsortir d'un couvent de servites un moine châtré, qui viendra chanter en\nFrance le rôle d'une reine travestie en homme et amoureuse d'un roi ! 2\nDe ces types et de ces aventures, dont M. Prunières a fait, au cours de\nses recherches de plusieurs années, une abondante récolte, l'on trouvera\ndans ses deux livres de curieux échantillons ; et nous savons qu'il en tient\nd'autres collections en réserve, notamment une correspondance de\nDassoucy racontant ses aventures peu ordinaires en Italie. Nous comptons\nqu'il nous en fera profiter, et qu'il poursuivra ses études historiques dans\nce magnifique domaine du XVIIe siècle italo-français, où il est maintenant\ncomme chez lui, et dont il nous a donné d'aussi vivants tableaux.\n\nRomain Rolland.\n\n1 Alfred Franklin : La Cour de France et Vassassinat du maréchal d*Ancre, Emile-Paul, 191 3.\n2 Le moine padre D. Filippo Melani, qui chante dans Xerxès de Cavalli le rôle de la reine\nAmestris."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.17", "texte": "(i)\nLiszt ne fut pas seulement un courtisan des princes et des empe-\nreurs, il fut surtout le \" féal \" du génie, le conseiller du talent, le protec-\nteur des artistes.\nAinsi que me le disait un jour sa fille, il voulait connaître \" les\nœuvres et les hommes \" et lorsqu'il avait trouvé l'œuvre ou l'homme, son\ngrand cœur s'ouvrait à jamais pour les servir.\nIl aima les méconnus, les persécutés, ceux auxquels s'appliquera\ntoujours le quatrain du chansonnier :\nOn les persécute ou les tue,\nEt puis après mûr examen,\nOn leur élève une statue,\nPour la gloire du genre humain.\nIl comprenait ceux que personne ne comprenait, encore, parce\nqu'ils devançaient leur époque. Berlioz lui dut ses premiers encourage-\nments. Wagner lui dut son premier grand succès, lorsqu'envers et contre\ntous Lohengrin fut donné à Weimar.\nWagner était banni et errant, l'âme anéantie et prête au décourage-\nment. Pourtant son cerveau et son cœur récélaient un monde éblouissant.\nMais ce monde était lourd à porter dans la détresse et la misère... C'est\nLiszt qui fut alors le réconfort ; le courageux protecteur du proscrit. Car\nil fallait du courage pour faire représenter sur le Théâtre de la Cour\n\nA PROPOS DE PARSIFAL\nNOTES ET SOUVENIRS\n\n(*) Voir S. I. M. n° du lerIer Janvier 1914."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.18", "texte": "1\n\nA PROPOS DE PARSIFAL\nI 7\n\nd'une principauté saxonne l'œuvre du soi disant révolutionnaire de\nDresde ! Bien plus ; pendant toute sa vie, malgré les inévitables malenten-\ndus, Liszt, le virtuose fêté et adulé, Liszt, le compositeur, génial lui\naussi dont le talent de créateur avait trop souvent tort, aux yeux des\nprofanes, devant le talent d'interprète, Liszt continua de \" servir \" celui\nqu'il avait aidé aux jours difficiles. Après les heures sombres il put enfin\nassister au triomphe de Bayreuth, et une fois mort, celui qu'il avait si\nbien compris et tant aimé, lorsque, vieilli et malade lui-même, il vit venir\nla fin prochaine de sa carrière glorieuse, un effort suprême lui fit gravir\nune fois encore la colline sacrée. Il revint à Bayreuth, il voulut revoir le\nGraal en son temple, et mourir devant lui, comme Titurel : un héros,\nmais... .Ein Mensch wie aile !\nNul ne pourra dire ce que les artistes ont perdu avec lui, ce jour du\n31 Juillet 1886, et quoi qu'en pense le monde, de pareils hommes ne se\nremplacent pas. Les jeunes musiciens, compositeurs ou exécutants, avides\nde conseils, qui accouraient à Weimar de tous les pays de la terre se\ntrouvèrent soudain désemparés et sans guide, comme les navigateurs\nlorsqu'un phare éblouissant vient de s'éteindre !\nSi j'ai parlé longuement de Liszt à propos de Parsifal c'est qu'il fut\nle confident des jours pénibles de l'élaboration de la grande œuvre. En\n1859 Wagner écrivait à Madame Wesendonk pour lui faire part de sa\ntrouvaille du personnage de Kundry. Au mois d'Août 1860 il lui écrivit\nencore de Paris pour lui reparler de cette même Kundry et de la dualité\ndu personnage, tour à tour messagere du Graal et séductrice. Mais c est\nà Liszt que Wagner révèle le sens intime de sa conception. Liszt en effet\nest un croyant fervent. Seul il pourra comprendre cette œuvre de foi\net de renonciation, ce grand drame de la pitié.\nEcoutons de quelle façon, dans une première lettre, Wagner parle\nde l'impression que le Vendredi Saint a eveille dans son ame !\n\" Pour la première fois, le Vendredi Saint, je me suis éveillé dans\n\" cette maison par un soleil radieux (il était à Zurich). Le jardin avait\n\" verdi, les oiseaux chantaient et j ai enfin pu m asseoit au seuil de la\n\" maison et goûter la paix si longtemps attendue. Emu par la seienite\n\" des choses je me suis souvenu que c'est aujourd'hui le Vendredi-Saint,\n\" et soudain, j'ai constaté combien cette ambiance a ete admirablement"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.19", "texte": "18\nS. I. M.\n\n\" décrite par Wolfram d'Eschenbach dans son Parsifal. Je n'avais plus\n\" songé à ce poème depuis mon séjour à Marienbad où j'ai conçu les\n\" Meistersinger et Lohengrin. A présent le sens divin du poème de\n\" Wolfram m'est apparu clairement et de cette émotion du Vendredi-Saint\n\" m'est venue immédiatement l'idée de faire un grand drame divisé en\n\" trois actes et dont je me suis mis à faire l'esquisse. \"\nLe 30 Mai 1859, il écrit encore à Liszt, de Lucerne :\n\" Amfortas est évidemment le personnage principal et le centre du\n\" chef-d'œuvre. J'ai été frappé par l'idée qui m'est venue subitement à\n\" propos d'Amfortas et son extraordinaire analogie avec mon Tristan du\n\" 3eme acte. C'est Tristan, mais avec une indicible gradation.\n\" Le malheureux, blessé au cœur et par la lance, n'a dans ses atroces\n\" souffrances d'autre désir que la mort ; encore toujours il espère que le\n\" Graal le sauvera il n'y a que lui qui le puisse mais c'est précisé-\n\" ment par le Graal quil ne peut pas sa vue ne fait qu'augmenter\n\" ses souffrances, car elle lui rappelle son immortalité.\n\" Pour moi le Graal est le divin calice de la dernière cène, dans\n\" lequel Joseph d'Arimathie a pieusement recueilli sur la croix, le Sang\n\" du Sauveur ?\n\" Combien terrible est le sens du rapport qui existe entre Amfortas\n\" et cette coupe miraculeuse ! Blessé de cette même lance dans une\n\" douloureuse aventure d'amour, il ne peut que languir après la bénédic-\n\" tion de ce Sang qui s'est échappé par une blessure quand le\n\" Sauveur est mort sur la croix, dans le renoncement suprême, chargé de\n\" toutes les douleurs du monde !\n\" Sang pour sang, blessure pour blessure, mais quel abîme entre ce\n\" sang et cette blessure ! Tout en extase, tout en adoration par le miracu-\n\" leux voisinage du Graal, qui resplendit d'une douce et merveilleuse\n\" lumière, Amfortas revit d'une nouvelle vie, et souffre plus que jamais\n\" de sa terrestre blessure. Tout est souffrance, même le recueillement.\n\" Où est la fin, la Rédemption ? Douleur de l'humanité pour toute éternité!\n\" Voudrait-il, en la folie de son tourment, se détacher du Graal et\n\" fermer les yeux à sa lumière il le voudrait pour pouvoir mourir\n\" mais il ne le peut pas, car c'est une puissance supérieure qui l'a élu\n\" gardien du Graal, et non une force aveugle. Il a été élu parce qu'il\nétait le plus digne, le plus saint, parce qu'aucun n'avait comme lui, la\nfoi profonde, le sens absolu du miracle du précieux calice et parce"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.20", "texte": "A PROPOS DE PARSIFAL\n19\n\n\" qu'à présent encore, malgré tout, son âme anéantie d'adoration, altérée\n\" de rédemption et menacée de damnation éternelle, se consumait du\n\" désir de la vue du Graal ! \"\nEnfin voici ce que dans une autre lettre Wagner déclaré encore .\n'' Une vieille légende du Midi de la France, veut que Joseph\n\" d'Arimathie soit venu s'y réfugier avec le Saint Calice de la derniere\n\" cène. J'admire de tout mon cœur cette mystique legende. Qui ne serait\n\" profondément ému à la pensée de ce calice dans lequel le Sauveur but\n\" l'adieu suprême avec ses disciples, dans lequel, ensuite, Son sang fut\n<c recueilli et porté, par celui qui y était destine, a la garde des Purs qui\n\" pourraient le contempler et l'adorer. Oh ! combien elle est incompa-\n\" rable cette belle légende chrétienne !\n\" Et puis, le sens double de l'unique calice servant d'abord pour la\n\" communion, qui est bien le plus sublime sacrement du culte chrétien. De là\n« aussi, la légende que le Graal - sang Réal, San(c)t Graal - était le\n\" seul soutien des chevaliers, leur unique aliment.\n\" Que faire après tout cela de Parsifal ?... La tout est a cieei, a\n\" inventer. Parsifal est absolument indispensable en tant que sauveur\nu d'Amfortas ; seulement si je mets ce dernier a sa vraie place, dans sa vraie\n\" lumière, il devient d'un intérêt si tragique et si prépondérant qu'il est\n\" difficile de faire ressortir un autre personnage. _\n\" Or Parsifal doit ressortir, sans quoi il n aurait 1 air que d un fioïc\n\" \" Deus ex machina \" créé pour le besoin du dénouement. Je dois donc\n\" le faire paraître au premier plan, et, cela m'empêche de tracei un large\n« plan d'ensemble comme l'a fait Wolfram. Je dois arriver a tasser, a\n« concentrer tout cet immense poème en et\n« cependant faire apparaître clairement le sens profond de l'œuvre. Cela\n\" incombera à ma façon de travailler, c'est la tâche de mon art.\nHabemus confitentem nous voilà éclairés. Wagner a toujours\nsenti le besoin de s'expliquer et ici cette lettre à Liszt est d une c arte\nfulgurante. Les \"commentateurs\" sont désormais libres de déclarer\n\" d'après leurs idées \" que Parsifal n'est pas une œuvre de foi. Le temoi\nenage est sans réplique, et la cause est entendue. . ,\nCet acte de foi, Nietzche, Lindau et d'autres de moindre autorité\nont osé le reprocher à l'auteur du plus grand poème païen\nNiebelung.Les critiques contemporains ont admis ou nie 1 idee chrétienne"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.21", "texte": "20\nS. I. M.\n\nde Parsifal d'après leurs propres convictions philosophiques. Vaines\nformules et plus vaines querelles !\nL'œuvre est si haute et si sainte qu'elle semble avoir mérité de voir\ncomme le Divin Maître, les hommes se disputer à son sujet, et de\ndevenir comme la doctrine du Nazaréen une source de division entre ceux\nqui l'écoutent et qui la veulent servir ?\nQuant à moi il m'est impossible d'admettre qu'on interprète Parsifal\nsans un sentiment profondément religieux.\nL'an dernier à Bayreuth, après avoir joué Parsifal, le chef d'orchestre\nMuck et moi nous descendions en silence vers la ville. Nous venions de\nvivre tous les deux ces heures intenses, et nous nous en sentions profon-\ndément émus car on ne peut pas interprêter 'Parsifal de sangfroid : je\ndéfie quiconque de le faire jamais !\nMuck me dit tout à coup : \" Etes-vous catholique ? \" Et lorsque je\nlui eu répondu affirmativement : \" Moi aussi, reprit il ; quoique je sois\nun pratiquant assez tiède, mon enfance et mon éducation furent très\nchrétiennes, et il me semble que je fais un acte de foi, lorsque ie participe\nà une exécution de 'Parsifal: tant pis pour ceux qui ne sentent pas comme\nnous et tant pis surtout pour les auditeurs des représentations qui se\ndonneront en dehors de Bayreuth !... 'Parsifal n'est pas du théâtre... \"\nOh ! non ce n'est pas du théâtre dans le sens qu'on attache habi-\ntuellement à cette expression. Et pourtant c'est du théâtre \" sublime \".\nMais cette nuance restera incompréhensible pour la plupart de ceux qui\nfont \" du théâtre \".\nUne interprétation quasi parfaite, comme à Bayreuth sera presque\npartout impossible, parce qu'aucun des acteurs ne voudra rester à son plan.\nComment voulez vous trouver dans un théâtre ordinaire cinq interprêtes,\n(sans compter les filles fleurs), qui comprennent exactement à quel plan\nils devront rester pour incarner leurs personnages ?\nDans tel théâtre, Kundry sera saisissante, dans tel autre Gurnemanz\nsera parfait ou bien Amfortas attirera toute l'attention sur lui, et celui\nqu'on verra habituellement le moins, et qui devrait toujours être le point\ncentral, c'est Parsifal parce qu'il a le moins à chanter.\nCet équilibre indispensable dans l'interprétation ne peut se rencontrer\nqu'à Bayreuth à cause de la façon d'y travailler dont j'ai parlé dans la\npremière partie de cet article."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.22", "texte": "A PROPOS DE PARSIFAL\n21\n\nSi les clairs obscurs du tableau ne sont pas observés, le public ne\npourra plus être ému il sera tout au plus agacé et ennuyé.\noAmfortas, le roi pécheur, ne doit pas être un blessé de théâtre, avec\nles habituelles contorsions de ce genre d'effet ; si l'acteur se souvient des\nmultiples blessures dont il a pu souffrir dans le répertoire, son personnage\ndeviendra ridicule et incompréhensible.\nGurnemanz,ni au premier acte, ni surtout au dernier, n'est un ermite\nd'opéra comique. De plus, comme il est, pour ainsi parler, le du\ndrame, le chanteur devra avoir une articulation irréprochable, et être un\nacteur de premier ordre pour que ces deux actes ne paraissent pas longs.\nVouloir les alléger par des coupures, profane l'œuvre sans remédier à rien !\nKundry doit être rendue par une vraie tragédienne lyrique douée\nd'un soprano dramatique égal dans tous les régistres, car ici Wagner a\ndemandé à son interprête des dons vocaux exceptionnels.\nVoici ce qu'il dit lui-même du personnage : (')\n\" Cette étrange et repoussante créature, l'infatigable esclave des\n\" chevaliers du Graal, qui accomplit toutes les missions, qui couchee\n\" dans un coin, attend en grognant qu'on lui donne a accomplir quelque\n\" tâche presqu'impossible... disparait parfois tout à fait, on ne sait ou ni\n\" comment... Mais un jour on la retrouve, pâle exténuée à bout de forces ;\n\" et de nouveau elle sert les chevaliers qu'elle méprisé pourtant en secret.\n\" Son regard semble toujours chercher le Elle s'est deja trompée ;\n\" elle ne l'a point trouvé. Ce qu'elle cherche, elle ne le connaît pas : elle\n\" n'a que l'instinct. \"\nQuant à Tarsifal, dont le rôle chanté est très difficile mais très court\nil doit être la figure principale du drame. Les deux aspects de son person-\nnage, le naïf inconscient qui ne comprend rien, qui n a lui aussi, que\n/'instinct (2) et qui ne deviendra conscient que par sa pitié pour le Roi\npécheur ; (au premier acte sa pitié pour le cygne blesse n est qu instinctive).\nCes deux aspects devront être rendus avec une progression \" qui ne sera\n\" pas un crescendo passionel mais une élévation spirituelle d un rythme\n\" surhumain, une modification progressive de tout son etre intime comme\n\" de toute son apparence expressive. ' (3)\nLes filles fleurs ne seront pas de vulgaires chanteuses légères faisant\n\n(') Lettre à Mathilde Wesendonk.\n(2) Lettre à Mathilde Wesendonk.\n(:!) Vurgey (Parsifal.)"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.23", "texte": "22\nS. I. M.\n\nvaloir leurs jolies voix, ni des choristes remplissant la tâche quotidienne.\nCes femmes qui sont des fleurs, ces fleurs qui sont des femmes devront\ndonner l'impression d'aimables démons sans grande malice, accomplissant\ninconsciemment la besogne du thaumaturge Klingsor.\nCe chœur des filles fleurs est tellement difficile et dangereux, qu'à\nBayreuth on le répétait le matin de chaque jour de représentation quoi\nqu'il fût su à la perfection.\nLe magicien Klingsor est encore une figure importante de l'action\ndramatique, et sans un tact parfait il pourrait facilement prêter au\ngrotesque.\nLa sonorité des chœurs dans le Temple doit être réglée avec une\nconnaissance absolue de l'acoustique de la salle ; ainsi d'ailleurs que les\nvoix des cloches. Cette sonorité ne devra être ni trop directe ni trop loin-\ntaine.\nQue vous dirai-je encore ? Cet article est une simple esquisse de\nsouvenirs et d'impressions, tandis que je revois par la pensée mes longues\nannées de collaboration à l'œuvre de Bayreuth. Nul ne peut prédire\nl'avenir, mais j'ai tout de même idée que le \" miracle \" ne pourra pas\ncontinuer à se manifester partout à la fois, et qu'il retournera au vrai\nMont-du-Salut, sur la colline élue, avant qu'il soit longtemps.\nLa curiosité du public, que les grands quotidiens ont entretenue avec\ntant de zèle, depuis tant de mois, sera bientôt suffisamment rassasiée, et le\nGraal ne sera servi, par ses chevaliers au manteau rouge du \"Sang Réal\"\nque dans le temple élevé à sa gloire, par l'aède sublime, dont les harmo-\nnies mystiques semblent palpiter encore sous ses voûtes ! Dans l'Anneau\ndu Niebelung, le printemps d'amour qui doit renouveler les races terres-\ntres, ne peut se manifester que lorsque l'Or maudit est rendu aux\nprofondeurs du Rhin. Parsifal n'aura retrouvé sa force et son prestige que\nlorsque l'iniquité, contraire aux droits du génie, sera prescrite. Alors\nl'impression redeviendra pure et complète, et le pèlerin bénira son long\nvoyage, car il retrouvera enfin dans son vrai cadre ce miracle du génie\nhumain.\nPeu importe que les \" barbouilleurs de lois \" aient limité les droits\nqu'un auteur peut garder sur son œuvre, contre ces inconscients le\ngénie aura tout de même raison !\n\nErnest Van Dyck.\n\nDécembre 191 3."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.24", "texte": "Qu'on se garde de croire que nous voulons transposer ici, à propos\nd'\" Ex-libris musical \", la vieille querelle littéraire des Anciens et des\nModernes. Notre désir est d'admirer le beau artistique, et celui-ci n'a\npoint d'âge. D'une part, c'est dans la légende que le plus souvent les\nmusiciens ont puisé leurs inspirations ; les iconographes ont fait de même.\nD'autre part, sortir du symbolisme mythologique n'est pas moins louable,\nà condition qu'on recherche la beauté. Hélas ! devant certaines manifes-\ntations d'artistes qui veulent être d'avant-garde et qui se fourvoient, on\nretourne avec joie par le souvenir au vieux bagage des ancêtres, on\nreconnait qu'il demeure malgré tout, de bon emploi et offre encore des\nressources suffisantes pour faire bien.\nQu'on en juge par la vue simultanée de deux de nos reproductions,\nl'ex-libris Mottl et la marque cubiste, du même temps et du même pays.\nIls symbolisent deux courants, deux pôles, deux anti-\nthèses. Qu'on examine et qu'on nous dise où s'incli-\nneront les maîtres. La jeune critique aura beau\nprendre son sourire d'ironie et parler haut de refaire\nle monde. Elle n'arrivera pas à nous émouvoir.\n\" Words ! words ! words ! \"\nL'ex-libris de Félix Mottl est d'un genre très-\nparticulier, qu'on pourrait appeler \" Ex-libris in me-\nmoriam Le maître ne possédait aucune marque de\nson vivant. C'est sa veuve qui fit exécuter l'ex-libris\nci-joint pour en marquer tous les livres et toutes les\npartitions de son mari défunt. Le sujet de composi-\ntion fut emprunté à la plaque de bronze monumen-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.25", "texte": "24\nS. I. M.\n\ntaie qui orne le mausolée du musicien. Le\ngrand directeur d'orchestre que fut Mottl,tant\npour la musique classique que pour la musique\nmoderne et particulièrement pour Wagner,\navait une prédilection marquée pour l'opéra de\nGluck \"Orphée et Eurydice\",et une préférence\npour la sublime fable du divin Orphée. Ses\ndisciples se plurent à le rappeler sur son monu-\nment funéraire, et sa veuve sur son ex-libris.\nLes jeunes diront : \" c'est pompier \" ou\nmême, dans l'argot du jour : \"c'est coco\". Et\ncependant, le sujet par lui-même est foyer de\nriches interprétations, tant esthétiques que\nphilosophiques. Si banal qu'on puisse le juger, je lui trouve une autre allure\nqu'à celui de M. G. Galston, exécuté par un artiste berlinois, M. O. Hettner.\nQue dire, en effet, de cet ex-libris cubiste ? Pour plusieurs, cela est\ntrès-possible, l'œuvre peut paraître poignante, mais on m'accordera qu'ils\ndoivent sentir vibrer en eux des cordes spéciales ('). Respectons-les, ils sont\nsincères. Le personnage iconographié écoute sans doute quelque musique\ncubiste. Il paraît beaucoup en souffrir, et cela se conçoit si elle est du\nmême ton artistique que le paysage.\nAjoutons, à la décharge du propriétaire de la\nmarque, que cette manifestation esthétique ne doit\npas être considérée comme sa profession de foi. Au\ncontraire, rien ne nous empêche de croire que c'est\navec un sourire amusé qu'il l'a fait établir. Elle\ndoit lui représenter la satisfaction d'une fantaisie,\nd'un caprice... dont voici l'excuse. Il fit faire à Jean\nVeber une eau-forte, dont nous offrons ci-contre la\nreproduction. Cette œuvre, par un prodigieux bond\nen arrière de l'éclectique possesseur, est d'un beau\nromantisme. L'imagination n'y connait pas de\nbornes ; elle y cherche les évocations les plus\npathétiques ; c'est le drame et la tragédie jaillissant\ndu piano martelé par un artiste. Les coursiers du\nrêve galopent, chevauchés par des passions exaltées :\n\n(*) Voir àce propos Cubisme et Haschich dans la Chronique Médicale, N° du ler février 1914"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.26", "texte": "L'EX-LIBRIS\n\n25\n\namour, fanatisme, crime, enthousiasme, folie. Un\nimmense crucifix domine la foule hurlante et\nluxurieuse ; devant lui, l'ange pur du mysticisme\njoint les mains et étend ses ailes...\nDu reste, comme pour tous les arts, les\nmanifestations sont multiples en musique, et tel\nqui a le plus grand enthousiasme pour la musique\nreligieuse du divin Bach ne peut demander\ncependant la destruction de l'œuvre d'Offenbach.\nSi des maîtres comme Beethoven planent au-\ndessus de tous les temps, ce qui est le propre du\ngénie, combien, pour avoir moins d'envolée, sont\nnéanmoins très-estimables et ont représenté parfaitement leur époque.\nCeux-ci peuvent être plus ou moins bien imités, comme tout ce qui\npossède un style ; seul, le génie demeure lui et ne s'imite pas. Il faut\ndonc tenir compte de cette impossibilité ou de cette facilité relative d'imi-\ntation, lorsqu'on examine une démonstration iconographique cherchant\nà allégoriser un maître. Nous avons vu combien cela est difficile lorsqu'il\ns'agit de Beethoven ; l'artiste, écrasé, ne trouve à mettre sur l'autel que\nl'image du dieu... Et cependant, surtout en Alle-\nmagne, c'est un thème toujours poursuivi par les\ncompositeurs d'\" ex-libris musicaux\nCombien l'œuvre devient moins ardue lors-\nqu'elle s'inspire d'autres maîtres de haut style,\nqui ont simplement concrété leur époque. Nous\ntrouvons des ex-musici, comme celui consacré par\nM. Joseph Montsalvatje à Mozart, (V. gravure\nci-contre) qui sont d'un charme exquis. C'est gai,\nvibrant, pimpant, adorablement XVIIIe siècle.\nTelle l'œuvre du maître musicien.\nDisons-le au plus tôt pour mettre au point\nce qu'est et vaut l'ex-libris : élever au maître\npréféré et aimé ce petit autel, chercher à le\nglorifier par cette fragile estampe, voilà qui paraît\nbien futile et périssable \" a priori \". Nous n'en\ntrouvons pas moins des ex-libris du XVIe siècle\n(pour ne pas remonter plus haut) collés dans des\n\nArthur von Wallpach\nEx libris."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.27", "texte": "26\nS. I. M.\n\nlivres de la même époque. Que sont devenus maints monuments de pierre\nou de marbre qui étaient contemporains de> la petite gravure ? Bien des\nchoses passent, et le livre demeure ; avec lui, fixé sur son plat intérieur,\nreste l'ex-libris, révélateur des goûts, des affections et de l'esprit du\npremier propriétaire du volume. Dans un siècle d'ici, plus d'un musico-\ngraphe s'arrêtera, songeur, devant les marques musicales de notre temps.\nInévitablement, pour la musique comme pour tous les arts, il y aura des\ncoups de bascule pour les talentueux, un oubli navrant pour les gens à la\nmode un moment. Seul, le génie ira s'élevant : on trouvera qu'on fut\ntiède, même injuste, pour certains... C'est ainsi que nous reprochons\naujourd'hui à leurs contemporains de n'avoir pas déifié Beethoven, ou, au\nmoins dans la première partie de sa carrière, le maître Wagner, tout\ncomme il en a été d'ailleurs de Molière ou de Shakespeare. Eh bien ! le\npetit ex-libris, demeuré en son livre, restera le curieux témoignage de ces\nfluctuations de la Renommée et du temps.\nComme on peut le pressentir déjà par les reproductions données,\ninnombrables sont les variétés de marques de possession du livre. Par le\nfait qu'elles représentent qui les conçut et les fit établir, elles offrent les\naspects les plus inattendus, quelquefois les plus beaux et les plus aimables,\nd'autres fois les plus déconcertants. Examinons-en certaines, dont chacune\nse différencie avec intérêt.\nM. De Riquer nous montre une Harpie bien classique, mais amu-\nsante et jolie. Assise sur une digue au bord de la mer immense, elle\ncharme, par l'éternelle attirance de la Musique, les imprudents voya-\ngeurs. La note originale, c'est une solution de continuité au milieu\nde la digue, au-dessous de la fantasque fille. Un visage s'y encadre :\nportrait peut-être ? peut-être l'image souriante, du possesseur de l'ex-libris ?\nLà, changement bien inattendu, ce sont les chemineaux musiciens\nde M. Alphonse J. Herz. Paysage de guérets, incendié de soleil, où l'on\ndevine les buissons crépitant de chaleur lassée. Les bohèmes sont installés\nau pied d'un arbre, ils jouent avec allégresse. En face, attentive, une\nfemme note la mélodie capricieuse et champêtre.\nAssez étrange est l'ex-libris de M. Arthur Roeffler. Sur les pages\nentr'ouvertes d'une partition de musique exhaussée et magnifiée, qui\ndomine tout un paysage, on voit un Amour jouer du violon. Mais, sur-\nmontant les corps grêle, quelle tête puissante, tête d'homme de génie en\ngestation d'une œuvre, cerveau large d'artiste, front sublime de penseur."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.28", "texte": "L'EX-LIBRIS\n27\n\nL'auteur de cette marque a motivé l'ardente inspiration de cet enfant qui\nsemble plus qu'un homme : en bas, sollicitant son regard, gît le masque\nde Beethoven.\nEt voici que nous tombons dans la prose. Prose aimable, où sourient\nun instrument de musique et des fleurs ; sujet gentil traité en bois ancien.\nMais comme la propriétaire de cet ex-libris, Mme Maria Schaller, doit\nressembler peu à Mme Magda Kahn, qui se fit dessiner la marque peu\nbanale offerte en regard. Voilà une diablesse étrange, une violoniste\nfantastique, qui transforme en cordes de violon et en archet les poils ter-\nminant sa queue satanique. Elle gambade au centre d'un cadre non moins\ncurieux, où figurent des masques souriants ou effarés, fixant des impres-\nsions assez diversifiées, causées probablement par le jeu expressif de la\nmusicienne.\nPouvons-nous conclure de ces courtes études successives, qu'on ait\ntrouvé, en fait de composition d'ex-musici, le critérium, l'idéal ? Tout\nnous indique que l'on peut chercher encore.\nCe domaine de la \" composition musicale \", en matière d'ex-libris,\npeut sembler appartenir exclusivement, jusqu'ici, aux Allemands. Il n'en\nest rien toutefois, et voici deux clichés de marques françaises. L'un appar-\ntient à un médecin musicien, auquel on doit même une partition de\nmusique jouée fréquemment encore au Quartier Latin, \"La Fille du Roi\".\nL'auteur s'appelle ou plutôt s'appelait... (il est mort) le docteur Le Bayon.\nL'ex-libris représente un paysage de Carnac : un pâtre breton joue du\nbiniou, adossé à un menhir où sont gravées la clef de sol muée en serpent\nd'Esculape et la note do devenue miroir de la Faculté.\nLe second ex-libris est celui d'un professeur de musique, Madame\nMina Delhomme, qui consacra aux siens toute sa vie et trouva dans\nl'art divin encouragement et joie. De là, l'oiseau qui chante perché sur les\nronces, et la devise : \" Mon mal j'enchante ! \"\nNous comptons nous occuper prochainement des marques des pro-\nfessionnels, des musicographes, de celles des Sociétés de Musique et des\néditeurs, et nous donnerons en dernier lieu les noms de propriétaires\nd'ex-libris musicaux de tous les temps et de tous les pays.\ni 4 suivre)\n\nHenry-André."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.29", "texte": "La Bibliothèque nationale possède maints trésors encore inconnus et\nque l'inventaire méthodique auquel on se livre exhume peu-à-peu de la\npoussière des rayons. Parmi ces trouvailles, une des plus intéressantes est\ncelle de la découverte des quatre marches que Paër, l'auteur du Maître de\nchapelle universellement connu, composa et fit exécuter lors du mariage de\nNapoléon lerIer avec l'archiduchesse Marie-Louise. Et c'est là une vraie\ntrouvaille, car M. Frédéric Masson, qui sait tout et autre chose encore\nsur l'époque napoléonienne, en ignorait l'existence.\nLe mariage religieux du glorieux Empereur avec la jeune archi-\nduchesse fut célébré à Paris le 2 avril 18 10. A dix heures du matin,le cortège\nimpérial quittait Saint-Cloud, où avaient eu lieu, la veille, les cérémonies\ndu mariage civil, pour rentrer aux Tuileries, où il arrivait vers les deux\nheures. Après quelque repos et un changement de toilette, les deux Majestés\nse retrouvaient dans la galerie de Diane et c'est là que commença la véri-\ntable odyssée du cortège impérial et, sans doute aussi, le rôle musical de Paër.\nDe la galerie de Diane, un escalier provisoire conduisait à la grande\ngalerie du Louvre, remplie d'une foule énorme de hauts fonctionnaires,\npostés là depuis le matin et dont un orchestre de vingt-deux musiciens\ntachait de calmer l'impatience. A trois heures, une fanfare triomphale\nannonçait l'arrivée des deux Majestés, qui traversèrent l'immense galerie\net pénétrèrent dans le Salon carré, transformé pour la circonstance en une\nsorte de chapelle, avec un autel d'un côté et des tribunes pour l'entourage\nimpérial. La cérémonie religieuse achevée, le cortège se reformait et\npassait à nouveau dans la grande galerie avec la même lenteur majestueuse,\nregagnait les Tuileries et s'arrêtait enfin dans la galerie de Diane, où\navait lieu la dislocation.\nC'est, évidemment, au cours de ce double défilé de la galerie de\nDiane au Salon carré et de celui-ci à la galerie de Diane que durent\nêtre exécutées les quatre marches de Paër, deux à l'aller et deux au retour\nsans doute. L'Empereur, qui aimait les choses précises, avait dû évaluer le\ntemps nécessaire au défilé du cortège, dans les deux sens, et avait dû donner\ndes ordres en conséquence au directeur de sa musique."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.30", "texte": "Georges de Dubor.\n\nS. I. M.\n29\n\nCeci exposé, je transcris le titre exact des marches de Paër :\nGrandes marches exécutées dans les galeries du SMuseum, au moment du\npassage de Leurs éMéM. 11. et RR., le jour de la bénédiction nuptiale de leur\nmariage, composées pourrharmonie militaire par <-zAI.\nde la des théâtres et concerts de TEmpereur et Roi d\"ltalie '•Paris,\nImbault, (J. d.)\nVoici la composition des instruments employés par Paër, dans ses\nquatre marches.\nire Marche\nDeux clarinettes, deux hautbois, deux bassons, une trompette en Mi une petite flûte, deux\ntrombones, deux petites clarinettes, deux cors en Mi b> un serpent, une grosse caisse.\n2e Marche\nDeux clarinettes, deux hautbois, deux flûtes, deux petites clarinettes en Si b> deux cors en Mi b>\ndeux trompettes en Mi b> deux bassons, un trombone, un serpent, une grosse caisse.\n3e Marche\nDeux clarinettes, deux hautbois, deux cors en Mi b> deux trompettes en Mi b> deux basson:»,\ndeux petites clarinettes en Si b? un trombone, une petite flûte, une serpent, une grosse caisse.\n4e Marche\nDeux clarinettes, deux hautbois, deux bassons, deux trompettes, deux petites clarinettes, deux\ncors en Fa b, un trombone en Si b, une petite flûte, un serpent, une grosse caisse.\nLe nom et la personnalité de Paër sont trop connus pour qu'il soit\nnécessaire d'en parler longuement. Le succès du qui\nse joue encore ça et la, 1 a rendu célébré. Il eut d auties succès au theatre\nd'ailleurs, mais ne fut jamais un musicien de génie.\nIl était maître de chapelle du Roi de Saxe, lorsque Napoléon, ayant\nentendu à Dresde son opéra d Achille,s'en engoua et le fit venir à Paris\nainsi que sa femme, cantatrice réputée. L'Empereur lui octroya vingt-\nhuit mille francs de traitement annuel, et douze mille francs de\ngratifications, sans compter voiture et appartement. A chaque œuvre\nnouvelle de sa composition, donnée aux Tuileries, Paër recevait une boîte\navec chiffres en diamants, contenant dix mille francs en billets de banque.\nQuant à sa femme, elle avait trente mille francs par an pour chanter\ndevant l'Empereur.\nNous aurons bientôt l'occasion d'entendre les fameuses marches de\nPaër. M. Chomel, le distingué chef de musique du 3 i de ligne, auquel\nje les ai signalées, s'occupe de les transcrire pour musique militaire\nmoderne et nous pourrons juger si le talent de Paër était digne de\nl'honneur coûteux que lui faisait la cassette impériale."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.31", "texte": "EARLY ENGLISH HARMONY (Plaisong & Mediaeval\nMusic Society, 1913 in-fol) P. M. MASSON. Chanls de Carnaval\nFlorentins du XVe. (Florence, Institut Français, 1913 in-fol.)\nDIEGO ORTIZ. Tratado de glosas. (Berlin, Ortsgruppe der\nI. M. G., bei Liepmannsohn, 1913 in 8° obi. Mk. 12.)\nC'est à dessein que je réunis ici ces trois publications de\ntexte. La première forme le tome II d'un ouvrage sur les pre-\nmiers harmonistes anglais, paru en 1897. Nous avons là, en\ntranscriptions modernes, environ soixante textes de musique à\nplusieurs parties d'origine anglaise, datés de la fin du XIe au\ndébut du XVe. Collection intéressante pour tous ceux qui cher-\nchent à découvrir en Angleterre les origines de la musique poly-\nphonique.\nLes Canti Carnavaleschide l'époque de Laurent le Magni-\nfique, nous mènent à Florence, au somptueux XVe. M. Masson en a\ndonné une réduction pour piano, permettant de suivre d'un œil\nmoderne ces longues séries de blanches et de noires dépourvues\nde mesure. Encore fruste et populaire, la musique prend ici\ncependant déjà, à la faveur du carnaval, le masque héroïque ou\nburlesque, qui sera bientôt celui du ballet et plus tard de l'opéra.\nLes chants des Revendeuses, des diables et des maquignons, alternent avec ceux de la Mort,\net de Minerve. C'est de la musique socialisée, dont la belle polyphonie du XVIe va faire son\nprofit.\nEnfin Diego Ortiz et son traité singulier nous placent en pleine Espagne de 1553. On ne\nconnaît qu'un exemplaire du Tratado de glosasc'est donc presqu'un texte unique dont\nM. Schneider nous offre, avec l'aide de la Société Internationale (groupe de Berlin), une\nréédition moderne, accompagnée de facsimile, et pourvue d'une traduction allemande.\nLe tratado est le plus ancien ouvrage imprimé montrant comment un joueur d'instru-\nment doit se comporter dans l'exécution d'un morceau de musique. Aujourd'hui un violoniste,\nvioloncelliste ou pianiste apprend à réaliser les notes placées devant lui. Jadis et jusqu'à ces\ndernières années du XIXe siècle, l'art de l'exécutant consistait avant tout à interpréter, par\ndes procédés d'une ornementation plus ou moins originale, le texte plus ou moins schéma-\ntique livré par le compositeur. Jusqu'où allait cet art des\nen la musica de violones,c'est ce que nous apprend le consciencieux Ortiz, tant pour l'exécu-\ntion en quatuor, en quintette, que pour le solo, accompagné d'un instrument à clavier. Il\nnous donne des indications infiniment précieuses, quand il nous montre comment un madrigal\nd'Arcadelt, une Chanson de Sandrin, s'exécute par deux solistes, telle une sonate piano et\nviolon de nos jours. Ce livre absolument capital, est indispensable à tous ceux qui veulent\nouvrir les yeux et ne pas croire que la musique ancienne renait de ses cendres lorsque nous\nfaisons entendre les notes de ses vieilles éditions. Non, entre le texte écrit et l'œuvre enten-\ndue, il y eut, au moyen-âge comme à la Renaissance, une part d'interprétation extrêmement\nlarge. Rappelons nous en lisant le Tratado ce qu'écrivait Mendelssohn en 1831 des exécutions"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.32", "texte": "LES LIVRES\n\n3 1\n\nromaines où pas un instrument à vent ne jouait sa partie comme elle était écrite. Rappel-\nlons-nous que Paganini ne considérait ses propres concertos, dans la forme où il les publiés,\nque comme des guide-ânes nécessaires pour maintenir l'inspiration du moment et à l'impro-\nvisation perpétuelle. La précision et la tyrannie de la lettre, en musique, est chose toute\nrécente.\nJ- E.\nMAUCLAIR (Camille). Histoire de la musique européenne (Paris, Fischbacher, 1914,\nin-12° de 300 pp.)\nCet ouvrage vient combler une lacune évidente de notre littérature musicale ; le\nFrançais a été trop longtemps enclin à condamner d'un bloc toute la musique étrangère, à\npart quelques œuvres, illustres et toujours les mêmes, qui se sont imposées à lui par l'irrésis-\ntible force du génie C'est de plus un bon et beau livre, riche en idées générales, dicté par\nune très haute ferveur artistique et exempt de tout esprit de dénigrement... \" La critique\nque ne réussit pas à faire aimer,nous dit M. Mauclair, reste pour moi reléguée en dehors de\nl'art, dans le pédantisme de l'enseignement...\" On ne peut mieux dire ; et César Franck,\nsous une forme moins heureuse, avait déjà exprimé la même idée. L'auteur sera donc\nbienveillant, il sera également impartial, il nous le promet, du moins ; mais je crois qu'au\nfond, lui même ne s'y trompe guère : cette impartialité absolue, si souvent voisine du dédain,\nn'est que rarement le fait des convaincus. Et il ne se privera pas de dire par ci par là, des\nvérités assez dures.\nAjoutons pour finir que M. Mauclair, qui fait remonter le début de son étude à l'an\n1850, et qui a eu sans doute pour cela de très sérieuses raisons, montre un peu plus\nd'embarras à baisser le rideau en 1914, car il s'est bien engagé à nous parler des musiciens\nd'aujourd'hui, non de ceux de demain : et la sélection n'est pas des plus faciles à opérer :\nainsi il aura consacré tout juste une ligne à Schônberg, une autre à Strawinsky, et il aura à\npeine effleuré les jeunes écoles espagnole et hongroise ; peut-être en garde-t-il un peu de\nregret. Et cela nous donne d'avance le désir de le voir reprendre la plume, lorsque les musi-\nciens de demain, seront entrés, un tant soit peu, dans l'histoire.\nV. P.\nVAN DEN BORREN (Charles.) Les\nRenaissance.(Bruxelles, Librairie des deux mondes, 1913, in-12° de 122 pp.)\nOuvrage consciencieux et nourri, qui s'adressera aux seuls érudits, et plus particulière-\nment aux spécialistes de la renaissance anglaise. Identifier les compositeurs et ménestrels\nrésidant à Londres au XVIe siècle, n'est pas à la portée ni du goût de chacun. M. Van den\nBorren s'est efforcé de faire œuvre impersonnelle, et d'atteindre à cette concision, souvent\ncaptivante en sa sécheresse même, qui résulte parfois d'un simple exposé de documents.\nCHENNEVIÈRE (Daniel). Claude Deb (Durand et fils 1913, in-12\"\nde 45 pp. fr. 2.)\nPetit mémento qui n'ajoute pas grand chose de nouveau à ce que nous savons de ce\nmaître. La France gagnerait à posséder sur ses musiciens célèbres et encore vivants, des\nmonographies sûres et établies avec cette élégance dont l'imprimerie allemande nous donne\nun constant modèle.\nHILDBRANDT (Merrick.) Ce qu'un violoniste doit savoir (Genève 1913 in-12° de\n16 pp.)\nLe violoniste selon M. Herrick, s'en tire à bon compte et son s'avoir n'est pas encom-\nbrant. Mais encore faudrait-t-il qu'on ne lui mit rien dans la tête qui fut sujet à contestation."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.33", "texte": "32\nS. I. M.\n\nOr, dès la première page, nous lisons cette vieille et très fausse assertion que l'école\nfrançaise du violon a sacrifié à la virtuosité, tandisque l'école allemande a vécu dans le\nrespect du grand art et le souci de la profondeur. Est-ce là ce qu'un violoniste doit savoir ?\nGREGORY (Julia,) Catalogue of the ea 1800 (Washington\n1913 in-8° de 312 pp.)\nPréfacé par O. Sonneck ce volume nous montre la richesse de la Bibliothèque Nationale\ndes Etats-Unis. Le classement des livres qui est ici alphabétique, correspond à une division\nméthodique poussée fort loin. C'est un procédé qui a ses avantages et dont notre Bibliothèque\nNationale a toujours, elle aussi, respecté la tradition.\nHILL (A. G.)— L'Art Chrétien en Espagne. (London, Nichols and Son 1913, in-49 de\n90 pp.)\nCurieux ouvrage, que cette thèse de doctorat-ès-lettres, soutenue devant la Faculté de\nLille, par un Anglais qui dirige une grande manufacture d'orgues. Le titre est français, le\ntexte est anglais, et il y est question d'art espagnol. Quel bel exemple d'internationalité\ncontemporaine. Ce qui intéresse ici la musique, c'est l'index, qui traite des orgues anciens de\n1380 à 1520, très sommairement d'ailleurs.\nPROCEEDINGS OF THE MUSICAL ASSOCIATION 1912-1913 (London, Novello,\n1913, in-8° de 182 pp.)\nLe volume de cet annuaire toujours à lire, contient cette année les articles suivants :\ny. Pulver.The ancient dance forms. Fuller-MaitlaThe toccatas of Bach.\nEducation of musical Sensitiveness. Collins.Latin Church music by early english composers.\nMiss Monteith.Colour music. Alan Gray.The modem développement of the organ\nRubinstein as composer for the pianoforte. M. Choral préludés. A remarquer\ntout particulièrement la communication sur les transformations des vibrations auditives en\nvierations visuelles, dans une séance à laquelle se mêlèrent des savants et des artistes.\nTHOMAS (Wolfgang A.) Mona Lisa(lena, Costenoble, 1913, in-12 de 198 pp.,\nMk. 2.25.)\nCe titre est d'actualité, et on pourra lire avec plaisir le récit qui nous montre M. Gio-\ncondo faisant peindre sa femme récalcitrante. La musique apparait ici sous la forme de cinq\npetites nouvelles, où le roman de la mise en scène s'allie ingénieusement avec la vérité de\nl'histoire. Bach, Haydn, Beethoven et Schumann se présentent chacun dans un cadre qui\nlui convient et le tout se termine par une Dî'sso»awc<? sentimentale.\nSOUBIES (A.) Almanach des Spectacles. Année 1912 (Paris, Flammarion, in-12° de\n162 pp. Fr. 5.)\nToujours bien informé, de format coquet et rappelant ses aînés du XVIIIe siècle.\nl'Almanach d'A. Soubies vient nous annoncer que 1912 est clos et que ses événements entrent\ndans l'histoire. Un joli hors texte gravé par Laguillermie orne cet élégant et précieux\nvolume.\nVAUZANGES (L.) L'Ecriture des musiciens (Alcan. 1913, in-12° de 240 pp.\nfr, 3.50.)\nLa graphologie, depuis les recherches de l'abbé Michon (1872) a définitivement pris\nplace parmi les sciences expérimentales. On peut lui demander aujourd'hui des résultats\npositifs et concluants. C'est ce qui a décidé M. Vauzanges à soumettre à une enquête grapho-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.34", "texte": "3\n\nLES LIVRES\n33\n\nlogique les écritures de cent notoires musiciens, choisis depuis Monteverde jusqu'à Bizet.\nTrès prudent, l'auteur se garde de toute anticipation et de tout verbiage... Il arrive aux\nconclusions suivantes. La caractéristique de l'écriture du musicien est l'impressionnabilité,\nrévélée par les inégalités et les sinuosités. L'enthousiasme est fréquent, et très fréquente aussi\nla simplicité. \" Le musicien apparait comme le moins poseur des artistes \", écrit\nM. Vauzanges.\nRIEMANN (Hugo). Dictionnaire de Deuxième édition française par\nG. HUMBERT (Paris, Perrin et Cie, 1913, in-4° de 1144 pp. Fr. 30.)\nC'est la loi de ces ouvrages de se voir soumis à des remaniements, des corrections et\ndes accroissements périodiques. Cette édition monumentale fera plaisir à tous les travailleurs.\nNous n'avons pas en France de Dictionnaire de la musique. Celui-ci est complet et fait\nhonneur non seulement au maître polygraphe de Leipzig, mais aussi à notre savant confrère\nde Genève.\nV. P.\nSACHS (Curt). Reallexikon der Musikin(Berlin, Julius Bard in-quarto\ncarré de 443 pages.)\nAinsi que son titre l'indique, cet ouvrage est un dictionnaire encyclopédique, dont la\nmatière est limitée aux instruments de musique de tous les pays, depuis les temps les plus\nreculés jusqu'à nos jours. Il contient 14.000 mots techniques, et pour l'établir, son auteur à\ndû mettre à contribution des connaissances étendues de philologie, d'archéologie, d'ethno-\nlogie, et d'acoustique. Aussi, s'adresse-t-il non seulement au musicographe, au musicien,\nmais encore à une foule d'autres chercheurs, curieux, savants et écrivains, Il a un caractère\ninternational, le nom de chaque instruments étant indiqué dans toutes les langues courantes,\net, ce qui est important, le nom premier étant écrit avec les caractères mêmes de la langue\ndu pays d'où l'instrument est originaire.\nEtabli avec les principes les plus modernes, et une méthode rigoureuse, à l'aide de tous\nles éléments publiés à ce jour, dont l'auteur donne la bibliographie complète, ce dictionnaire\nqui ne fait double emploi avec aucun autre, s'impose par l'exactitude de ses informations et\nl'admirable correction de son texte. Ce n'est pas une simple compilation, et partout y\napparait le sens critique nécessaire à tout ouvrage même le plus impersonnel. Ainsi, par\nexemple, la question des antiques u Lurer\" norvégiens y est traitée avec beaucoup de-\nsagacité.\nL'ouvrage bien imprimé sur de bon papier, contient 200 illustrations. C'est beaucoup et\npeu, mais il n'était guère possible de donner sous ce rapport l'équivalent du texte.\nL'lconographie complète et raisonnée des instruments de musique reste à établir, et\ncelui qui entreprendra ou encouragera une telle publication, méritera la plus grande\nreconnaissance.\nLUCIEN GREILSAMER.\nBATKA (Dr Richard.) L'Aria ancienne (Paris Costallat 1912, in 4° de 26 pp.)\nCette petite brochure est un ingénieux panégyrique en faveur de Mme Isori, la parfaite\ninterprète du Bel-Canto, l'héritière incontestée des grandes cantatrices de la vieille école\nitalienne. L'auteur nous y retrace à larges traits l'histoire de l'Aria ancienne, depuis la nais-\nsance du chant expressif et monodique, jusqu'à sa décadence avec les musiciens bouffes de\nl'école napolitaine. Avouerons-nous au Dr Batka que nous avons été surpris de trouver sous\nsa plume le passage suivant : \"... Admirons la grande simplicité, une interprétation juste,\npondérée et dans laquelle les ornements inutiles tels que trilles, mordants, groupetti sont\npresque complètement supprimés... \". Voilà une invite à laquelle bien des gens ne se"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.35", "texte": "34\nS. I. M.\n\nrendront pas. Mais chut !... si nous abordons cette brûlante question, nous allons voir toute\nla musicologie prendre les armes...\nMARCHAND (Mme E.) —Le Langage musical des Enfants N° de Juillet des Notes sur\nles Arts (Larousse 1913 in-4° de 13 p.)\nSignalons dans les '' Notes sur les Arts \"une intéressante étude de Mme au\nsujet d'une méthode nouvelle de solfège, qui a ces deux mérites, trop rarement unis, d'être\nfoncièrement artistique, et rigoureusement rationnelle. L'enfant est rapidement amené à\nreconnaître tous les sons et tous les rythmes qu'on lui fait entendre, puis il est autorisé à\nécrire de petits devoirs auxquels il attache une intension descriptive ou sentimentale ; enfin\non le fait composer brièvement sur un sujet donné : ...Il est curieux de voir ces enfants\nretrouver pour exprimer certaines impressions et certains sentiments, des formes et des\ndessins sonores dout les plus grands artistes, Bach par exemple, ont déjà fait usage dans des\ncas analogues ; il y aurait donc des expressions musicales qui demeurent éternellement\nvraies ? (Nombreux exemples musicaux.) Tous les devoirs sont notés directement par\nl'élève sans le secours du piano, ce qui l'habitue de suite à penser en musique d'une façon\nprécise. On évite ainsi le principal écueil des méthodes pratiques de composition, qui est de\ndonner aux débutants la détestable habitude du pianotage. Nous n'avons que trop vu de ces\ninsupportables petits improvisateurs dont tout le talent se réduit à quelques procédés pure-\nment tactiles.\nMadame Marchand insiste sur la nécessité absolue d'obtenir des programmes de\nl'enseignement une plus large place pour la musique ; la musique \" force éducative \" ; la\nmusique, \" partie essentielle de l'éducation \" essence même du cœur \". Bienheureux ceux\nqu'un simple problème de pédagogie amène à effleurer des vérités aussi hautes. La méthode\nde Mme Marchand n'aura véritablement fait ses preuves que lorsqu'on l'aura expérimentée\nsur une vaste échelle ; elle a en attendant toute notre sympathie.\nBEX (Maurice) Contribution à VHistoire d (in-4° de 143 pp. Rivière\nà Paris, 1913.)\nEtude presqu'uniquement documentaire mais intéressante, en raison même de son\nimpersonnalité. Cette histoire du salaire des comédiens est un peu aussi l'histoire des vicissi-\ntudes du Théâtre Français et de l'Académie royale, depuis leur fondation jusqu'à la\nrévolution. Les virtuoses de la danse et du chant y trouveraient peut-être une utile leçon de\nmodestie. Les émoluements de leurs glorieux aînés leur inspireraient sans doute moins\nd'envie que de pitié.\nSELVA (Blanche). La Sonate.(Rouart, Lerolle et Cie, 1913, in-8° de 288 pp. fr. 5).\nQuelques noies sur la Sonate(Delaplane, 1914 in-16° fr. 2.)\nC'est merveille de voir avec quelle bravoure l'auteur se joue des difficultés d'un pareil\nsujet, où il ne s'agit de rien moins que de l'évolution de notre musique instrumentale toute\nentière. Malheureusement l'historien se trouve mal placé pour juger utilement des qualités de\nce livre, qui constitue avant tout une œuvre d'idées personnelles et de généralisations pas-\nsionnées à propos de la Sonate.\nV. P.\nCOMBARIEU (J.). Histoire de la m\nTome II : Du XVIIe siècle à la mort de Beethoven (Paris, Armand Colin, 1913, in-8° de 703\npages. 8 fr.)\nM. Combarieu offre l'exemple d'une activité et d'une puissance de travail vraiment\nremarquables. Le second volume de son Histoire de la Musique a suivi de quelques mois le"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.36", "texte": "LES LIVRES\n35\n\npremier tome. On retrouve dans ce nouvel ouvrage les mêmes qualités de savoir robuste et\nd'abondante documentation que nous avons eu déjà l'occasion d'apprécier. Il se divise en\ndeux parties : l'une embrasse le XVIIe siècle que l'auteur considère comme le prolongement\nde la Renaissance ; l'autre, sous ce titre ; les temps modernes, comprend la fin du XVIIIe\nsiècle et le début du XIXe.\n/\nIl serait extraordinaire qu'un ouvrage aussi considérable ne donnât pas lieu à quelques\ncritiques. Les principales à mon avis seraient les suivantes. Il y a quelque illogisme dans le\nplan de la seconde partie, surtout si l'on se place au point de vue chronologique : Haydn\net Mozart viennent après les chapitres consacrés à la Révolution, à l'Empire et la Restau-\nration ; \" Rossini et son temps \" s'intercale entre. \" Les chefs d'œuvre du théâtre alle-\nmand \" et u Joseph Haydn \". L'auteur alourdit son texte par certaines publications qui ne me\nparaissent pas nécessaires : je fais allusion à ces abondantes citations de compte-rendus\ndes premières représentations de Don Giovanni et du Le Choix des exemples musi-\ncaux étonne aussi un peu. Pourquoi nous donner le Ça ira et la Carmagnole, alors que d'autres\ncitations qui seraient plus utiles sont omises ? Certaines opinions propres à l'auteur pour-\nraient être discutées, notamment celles sur Lulli, sur le rôle de la Révolution ; qu'il me soit\npermis de trouver injuste sa sévérité à l'égard de la Winterreise de Schubert, dont certains\nlieder (lin Dorfe,Die Krcihe,Der Lindenbaum )me semblent compter parmi les plus beaux\nqu'ait écrits ce compositeur. Mais ceci est affaire de sentiment personnel.\nLes réserves que je viens de formuler ne diminuent en rien le mérite de M. Combarieu.\nSon second volume représente un nouvel et grand effort et je suis persuadé qu'il rendra les\nplus grands services.\nG. ROUCHÈS.\nLINDNER. R. Wagner ùber Parsifal (Leipzig, Breitkopf, 1913, in-12® de 223 pp.)\nComme les mouches collent au papier sucré, les écriveurs en quête de textes faciles se\nsont à nouveau fixés sur Parsifal qui, cette fois, si la beauté était accessible à l'industrie,\nserait détroussé de tout prestige. Dans le flot il se trouve cependant des exceptions.\nParmi celles-ci \" Richard Wagner iiber Parsifal \" que je signale aux personnes qui croient\nencore pouvoir discuter, et ignorer, l'unité de l'œuvre du plus immense des poètes. Sous ce\ntitre, le docteur Edwin Lindner a réuni, écrites ou prononcées par le maître lui-même, des\nparoles qui semblent aujourd'hui protester du fond de la tombe contre les interprétations\nsaugrenues qui, disséquant sans pitié, font dépendre le génie d'une circonstance, d'une\nrencontre, d'une lecture et finissent par l'abaisser au rang des apôtres intéressés de l'absurde.\nA ce titre le livre du docteur Lindner est du plus grand intérêt. On y prend connaissance,\nentre autre, des liens aperçus par le poète créateur, entre Alberich et Klingsor, Tristan et\nAmfortas, Wotan et Titurel.\nH. FITZ-JAMES.\nKAPP (Julius). Richard Wagner et les jemmes(Perrin in-12 de 288 pp.)\nLivre amusant comme un roman, et même comme plusieurs romans. Les événements\nrelatés ici sont déjà familiers à ceux qui auront lu l'autobiographie de Wagner ou sa corres-\npondance avec Mathilde Wesendonk ; mais on nous les présente ici sous un jour tout nouveau,\net en rétablissant autant que possible dans leur texte intégral certaines lettres officieusement\nécourtées. Le maître n'en sortira pas plus grand, au contraire. Et nous apprendrons à juger\navec plus d'équité ceux de son entourage, en particulier sa première femme, souvent aux\nprises avec les cas de conscience les plus angoissants.\nV. P.\nMISCELLANEA MUSICAE 810-BIBLIOGRAPHICA, von H. Springer, M. Schneider\nund W. Wolffheim. Jahrgang 2 Heft 1 und 2 (Lpz. Breitkopf 1913 in-8° de 24 pp.)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.37", "texte": "36\nS. I. M.\n\nC'est au Congrès de la Société Internationale à Londres qu'a été décidée cette publi-\ncation et son titre. Il s'agit ici d'une sorte de bulletin périodique, destiné à tenir les\ntravailleurs au courant des plus récentes découvertes de la musicologie. Nous ne pouvons\nen effet tout lire, et tout retenir, encore moins tout mettre sur fiche. Le flot des livres et des\ndocuments nous submerge et va se perdre dans les bibliothèques, charriant avec lui matériaux\nde la science de demain. Quelques courageux ont eu l'idée de filtrer ce courant continu et d'en\néparer les éléments les plus intéressants, ceux qui sont indispensables à notre édification. Il\nfaut rendre justice à ces vaillants collègues, car ce travail n'a rien de précisément folâtre et\nceux qui l'accomplissent ne peuvent y trouver ni profit matériel, ni glorieuse notoriété.\nC'est une bonne action faite pour l'amour de l'historicité.\nSouhaitons que ces Miscellanées grossissent de plus en plus et que par une sorte d'entente\ninternationale bien comprise, bien conduite, elles arrivent à former pour nos études un\nrépertoire semblable à celui dont l'abbé Chevalier a doté l'histoire générale. Si le Congrès\nde Paris en juin prochain pouvait avoir ce résultat — et n'eut-il que celui là — il aurait\nrendu à la musique un service de premier ordre.\nEn tout cas les Miscellanées devraient être dans toutes les Bibliothèques, comme un\ninstrument de travail indispensable, commode et absolument sûr.\nJ. E\nDEUTSCHE MUSIKBÛCHEREI (B<> 2, 3, 4, 5, 6, 7 et une brochure. C. Bosse\nRegensburg, sept vol. in-12°)\nL'unité de l'effort intellectuel — et sa puissance — se traduisent en Allemagne par le\npenchant que manifestent les savants de tous ordres à se grouper et à publier leurs travaux dans\ndes \" collections \" dont certaines — scientifiques ou philologiques — sont déjà célèbres. Les\nmusicologues ne pouvaient échapper à cette tendance, et la collection dont nous avons à\nparler aujourd'hui révèle quelle diversité de points de vue, de directions le peuvent trouver\nréunis sous l'uniformité d'une même reliure. Ce n'est pas, en effet, une série de biographies\nbâtis sur le même modèle, mais un ensemble de travaux extrêmement divers, provenant de\nsources différentes et groupées autour d'un nom : celui du Professeur Seidl.\nIl apparait que le Prof. Dr Seidl, musicien philosophe est devenu comme le centre d'un\nvéritable mouvement musicologique : voici un assemblage de 17 articles, constitué en un\nouvrage de 275 pages, dont le titre \" Musik und Kultur \" nous indique assez l'orientation\net dont le motif fut une fête en l'honneur de la 50me année de Seidl. Dans nos pays, nous\nnous contentons, en ces circonstances, de discours pompeux et plus ou moins sincères. De\nl'autre côté du Rhin, on adresse au maître, au chef de file — et on fait imprimer — de bons\net solides travaux fondés sur sa propre méthode.\nA signaler, l'ouvrage de R. Kruse importante contribution à l'histoire de la musique : près\nde 300 pages sont remplies de la correspondance de Lortzing dont la popularité fut très grande\nen terre Germanique.\nEnfin, une réédition d'un intérêt pratique incontestable : \" Anleitung zum Vortrag\nBeethovenscher Klavirwerke \" de A. B. Marc 1863 (rééd. Schmitz 1913 250 p.) Une quantité\nde remarques générales sur le style, la manière de B. forme le début de l'ouvrage ; puis\nles principales œuvres de piano (sonates, variations etc.) sont étudiées une à une avec\nperspicacité et bon sens au point de vue de l'interprétation. C'est l'œuvre d'un musicien doué\nde réflexion et de logique, et il n'est pas exagéré de souhaiter qu'une traduction française\nde cette brochure, ne vienne apporter quelque rigueur et quelque unité aux interprétations\ndésadaptées dont on nous gratifie hélas ! trop souvent sous prétexte de ''personnalité\" !\nN'avais-je pas raison de prétendre que cette collection dénotait un effort très noble,\net dont les conséquences surtout, dans le monde musical ne peuvent être qu'en faveur du\nprogrès ?...\nA. MACHABEY."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.38", "texte": "LIVRES REÇUS.\n\nCOMBARIEU (J.). Histoire de la musique. T. II (A. Colin, 1914 in-4° de 703\npp. fr. 8.)\nRIEMANN (Hugo). Dictionnaire de musique,2e éd. française entièrement remaniée\net augmentée par G. Humbert (Paris, Perrin 1914. in-4° de gr. in-4p de 1144 pp. fr. 30.)\nANNUARIO DEI MUSICISTI. —(Roma, casa éditrice \" Musica\". 1913, in-8\" de\n172 pp. lire 5.)\nVAUZANGES (L. M.). Vécriture des musiciens célèbres. (Alcan 1913, in-12\" de\n240 pp. Fr. 3.50.)\nWINTHER (Fritz). Kôrperbildung (Miinchen, Delphin-\nVerlag. 1914 in-8° de 162 pp. Mk.)\nMILLET (Lluis). El cant popular (Barcelona, Orféo Catala, 1913 in-8n\nde 88 pp.)\nBERGMANS (Paul). Les fêtes musicales (Gand\n1913 in-fol. carré de 40 fol.)\nSCHIEDERMAIR (L.). Dießriefe W. A. Mozarts. Bd. I & II (Muenchen G. Muller\n1914. 2 vol. in-B°. L'ouvrage aura 5 vol.)\nKAPP (Julius).—R. Wagner et les femmes. (Paris, Perrin et Cie, 1914. in-12° de 288 pp.\nFr. 3.50.\nWAGNER (Peter). Geschichte der MB. d. I. (Lpz. Breitkopf. 1914 in-8\" de\n548 pp. Mk. 12.)\nRIEMANN-ESSEN (Ludwig).— Die p\nKlaviertechnik von A. STEINHAUSEN. Zweite Auflage (Lpz. Breitkopf. 1913. in-8° de\n248 pp. Mk. 5.)\nHOHENEMSER (R ). Luigi Cherubin(Lpz. Breitkopf 1913, in-8° de 562 pp.\nMk. 10.)\nGRATIA (L. E.). L'Elude du piano.Préface de Ch.-M. Wilder. (Delagrave 1914,\npetit in-4° de 232 pp. fr. 3.50.)\nCURZON (H. de). Mozart (F. Alcan, 1913 in-12, fr. 3.50.)\nFAUCONNET (André). Vesthétique de Schopenhauer. (Paris, Alcan. 1914, in-8° de\n462 pp. fr. 7.50).\nSELVA (Blanche). Quelques mots su (Paris, P. Delaplane. 1914. in-12\nde 225 pp. fr. 2.)\n[SCHEUERLEER]. Eene wooninge in de welcke ghesien worden veelderhande\nGheschriften, Boecken...('s-Graven-Haghe 1913 in-4° obi.)\nPRUNIÈRES (Henry). L'Opéra italien en France avant Lulli. (H. Champion 1913.\nin-4° de 434+32 pp.)\nPRUNIÈRES. Le Ballet de cour en (H. Laurens,\n1914 in-4° de 284 pp. fr. 6)\nKURTH (Ernest). Die Voraussetzungen der Theoretischen Harmonik. (Bern,\nAkademische Buchhandlung Drechsel, 1813 in-8° de 148 pp. fr. 5)\nPARIGI (Luigi). La nouvelle critique musicale Italienne. (Florence Extrait de la\nrevue France-Italie)\nERGO (Emil). Über R. Wagner's H (Lpz. Breitkopf, 1914\nin-8° de 156 pp.)"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.39", "texte": "La Musique de Danse\nà l'église.\n\nUNE ENQUÊTE 1\nM le 17 février 1914.\nMonsieur le Directeur,\nJe ne me trompais pas en m'adressant à S. I. M. et à ses lecteurs pour\neclairer ma religion en matière de musique religieuse. J'ai reçu par votre\nentremise, et jusqu'à ce jour, exactement 92 réponses à l'Enquête annoncée\ndans votre Numéro du lerIer février. C'est plus qu'il ne m'en fallait pour me\nfixer, et voici le résultat concluant de ce petit référendum.\nMettons d'abord à part un certain nombre de lettres qui s'égarent\nloin de la question, ou, dont le ton badin ne saurait tenir lieu d'une solide\nargumentation.\n\n1 Voir S, I. M, du ler février."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.40", "texte": "NOTRE ENQUÊTE\n39\n\nIl reste un dossier, encore volumineux, que je diviserai en trois :\ni°) Ceux qui se déclarent.\n2°) Ceux qui se réservent.\n3°) Ceux qui se récusent.\nLa troisième catégorie, est, je me hâte de le dire, la moins nombreuse;\nelle comprend cependant des noms illustres. M. Ch.-M. Widor écrit :\nVeuillez m'excuser, un gros travail m'empêche de lire, et par conséquent\nde prendre parti dans des questions politiques, artistiques, scientifiques ou histo-\nriques dont j'ignore les raisons. WIDOR.\nM. Gigout de même :\nJ'aurais volontiers répondu à votre enquête ; mais, à cette époque de l'année,\nj'ai à peine le temps de dormir...\nM. Bédouin, de N. D. de Lorette :\na le plus grand désir de voir exécuter dans les églises de la bonne et religieuse\nmusique, mais ici, ne peut ni louer, ni blâmer, surtout par quelques mots d'écrit.\nLa liste des affirmatifs est, au contraire, la plus longue. Citons\nparmi ces audacieux.\n\" Le morceau que vous voulez bien me communiquer, ne convient nullement\nà l'église parce qu'il n'exprime aucun des sentiments que l'église cherche à déve-\nlopper. Le rythme de l'accompagnement, bien connu dans les Casinos, ne laisse\naucun doute sur son caractère chorégraphique. Mais, si on détruit le rythme et\nsi on chante lentement les 24 premières notes de ce morceau, on obtient un Stabat\nMater fort présentable. Au temps où le culte chrétien fut organisé, dans les temples\ntransformés en églises, les traditions des hymnes grecs existaient encore, et les\ncréateurs du plain-chant...\nMais je m'arrête, je craindrais d'irriter dans sa tombe mon excellent et\nregretté ami Bourgault-Ducourdray qui ne partageait pas mes idées à ce sujet et\nqui aurait anathématisé S 1 Ambroise lui-même, s'il l'avait cru coupable de faire ce\nqu'il a fait avec raison très probablement. \" LAURENT DE RILLÉ.\n\" Il ne faut pas être grand clerc pour voir que le morceau en question ne\nconvient nullement à l'Eglise.\nPourquoi ? Mais parce que le genre... disons aimable, gracieusement, légère-\nment mondain de sa mélodie, parce que son rythme balancé de danse sont en\ndésaccord absolu avec le caractère liturgique des offices sacrés, et avec le plain-chant\nqui lui sert d'encadrement.\nIl y aurait encore bien d'autres raisons à donner, mais celle-ci ne suffit-elle\npas pour proscrire une telle musique de l'église ? \" THÉODORE. DUBOIS."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.41", "texte": "40\nS. I. M.\n\n\" Le morceau en question doit être mis à part du répertoire de l'organiste\nvraiment digne de ce nom et conscient de ses devoirs d'artiste religieux :\nParce que :\ni°) La musique religieuse doit être grave, sinon sévère et nous donner des\némotions pieuses, non des sensations. Or, je ne crois pas que la mélodie citée\npénètre jusqu'à l'âme des fidèles et les incite à la prière.\n2°) De plus, le morceau est fort mal écrit pour l'instrument : si les batteries\nde la main gauche sont excellentes pour une fanfare ou un orgue de Barbarie, en\nrevanche, elles font le plus mauvais effet sur l'orgue. Le style lié et l'écriture\ncontrapuntique conviennent seuls à l'orgue et permettent de tirer le meilleur parti\ndu roi des instruments. \"\nEUG. LESIERRE,\nEx-Organiste de S* Jean-S* François à Paris,\nOrganiste et professeur à Roanne.\nc' Il n'y a aucun doute : le rythme à la mazurka de la mélodie que vous citez,\nrythme souligné par l'accompagnement, suffit à exclure ce morceau du répertoire\ndit I • *■\neglise.\nAinsi, d'ailleurs, en décident les règlement pontificaux :\n« Le jeu de l'orgue ne devra pas seulement être combiné selon la nature de\nl'instrument, mais il devra participer à toutes les qualités que doit avoir la vraie\nmusique sacrée... La musique sacrée doit être sainte et exclure toute chose profane \".\nWILLIAM GOUSSEAU\nMaître de Chapelle de St-Nicolas-du-Chardonnet\nProfesseur au Petit Séminaire.\n\" La devise d'un organiste est, me semble-t-il, de :\ni° Jouer de la bonne musique.\n2° De la musique vraiment écrite pour orgue.\n3° De la musique d'orgue ayant un caractère religieux.\nOr le morceau incriminé ne répond aucunement à ces trois conditions et\n1 approbation d'un membre du clergé n'est, hélas, qu'une preuve de plus que la\nmusiquette fera toujours les délices des estimables personnes qui n'entendent point\nle langage musical. Par une étrange anomalie, d'ailleurs, les ecclésiastiques ont un\ngoût prononcé pour la musique d'église gaie... et surtout mauvaise \".\nA. CELLIER.\nOrganiste du Temple de l'Etoile, et de la Société Bach.\nMais, pour beaucoup, la question posée est une question de goût, et\npar conséquent, impossible à résoudre par l'absolu d'une affirmation.\n\"La musique d'église possède un répertoire plus riche que toute autre.\nIl n'y a qu'à se baisser pour en prendre... je ne vois donc aucune raison valable"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.42", "texte": "NOTRE ENQUÊTE\n4i\n\npour qu on emprunte au répertoire des Casinos, comme vous le faites très\njustement remarquer. Maintenant, se trouve-t-on peut-être en présence d'un\ngout particulier pour la mauvaise musique ? Dans quel cas on ne peut que\ns incliner, car je ne vois pas comment, ni de quel droit, on pourrait intervenir ?\"\nCLAUDE DEBUSSY.\n\"Autant clu on en Peut juger Par les courts fragments proposés, le morceau\nincrimine apparaît surtout un peu insignifiant et pauvre d'inspiration ; joué dans un\nmouvement suffisamment modéré, et avec goût, il n'est pas délibérément irréligieux.\nLe plus ou moins de religiosité d'un morceau dépend beaucoup du style\nqu on apporte a son exécution et de l'usage qu'on en fait. Ainsi il y a, même dans\nC C 1 - -y W JL J J\n1 Urgamste de Franck dont on n'a guère contesté la valeur des petits\nmorceaux, d ailleurs très jolis, qui deviendraient peu acceptable, à l'église s'ils\nétaient joues trop vite. Tel morceau, supportable à la sortie, devient une inconve-\nnance a 1 Elévation. Certaines fêtes le temps de Noël principalement s'accom-\nmodent d airs naïfs, guillerets, populaires qui constitueraient un véritable contre-\nsens aux autres temps de l'année liturgique.\nCet incident me conduit à constater la navrante indigence du répertoire de\nmusique d orgue, j'entends de celui qui est à la portée des organistes ordinaires.\nLa musique facile et c'est justement celle-là qui est le plus nécessaires et\npresque fatalement dépourvue de musicalité, d'intérêt, de bon goût. Les louables\ntentatives pour combler cette lacune n'ont pas encore donné de résultats décisifs ;\ndans la plupart des recueils, les perles sont rarissimes en un énorme amas de\nfadeurs : rari nantes...\" HENRI SCHMITT\n\" La question que vous posez peut paraître assez délicate ; on ne saurait\névidemment exiger que toutes les pièces d'orgue exécutées à l'église soient\nconstruites sur aes thèmes liturgiques ; cela pourrait satisfaire les idéalistes intra-\nsigeants, mais pratiquement cette idée serait peu réalisable.\nPar contre, on peut et on doit exiger que toute pièce entendue à l'église\nn'y soit pas déplacée, qu'elle ait au moins une belle tenue artistique et qu'elle\nsoit conforme au style approprié à l'orgue, à sa nature, à sa destination.\nOr, la pièce que vous signalez n'est nullement à sa place à l'église ; elle est\nd'abord d'un goût très contestable, d'une valeur musicale inférieure et d'une\nécriture pianistique qui ne convient nullement à l'orgue. (Ceci dit, sans vouloir\nporter atteinte à l'auteur de ladite pièce qui fut cependant un excellent musicien ;\ncet offertoire constitue, de sa part, une erreur sur laquelle il vaut mieux ne pas\ntrop insister).\nJ'ai assez souvent entendu à Paris et en province des morceaux d'orgue\nchoisis sans discernement, sans goût et sans tact, pour être heureux de protester\nune fois de plus contre la mauvaise musique que, parfois encore, on ioue dans les\néglises. \"\nCHARLES QUEF\norganiste de la Trinité"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.43", "texte": "4 2\nS. I. M.\n\n\" Il est difficile de répondre nettement aux trois questions qui pose votre\naimable correspondant.\nLe morceau incriminé date de 20 ans et a dû être souvent exécuté à l'église\nd'ailleurs. 11 est, du reste, de valeur très-moyenne, et n'a pas dû révolutionner l'art\nà son apparition !\nIl faut se rappeler qu'un organiste n'a pas toujours un auditoire très avancé\nau point de vue musical et il y a fort à parler que sur cent auditeurs qui\nont entendu ce morceau, 60 y ont éprouvé un certain plaisir une certaine\némotion même ; 30 ne l'ont pas écouté par que cela pouvait\nleur donner ; et 10 l'ont peut-être discuté...\nC'est toujours le difficile problème à résoudre. L'église n'est point une salle\nde concert ii y faut faire un musique adéquate à l'objet qu'on se propose :\némouvoir les fîdeles. A ce point de vue, je jouerais en Allemagne d'autres pièces\nque celles que je choisirais pour l'ltalie ou pour l'Espagne. En effet, un auditoire\nallemand pourra être séduit par un programme, qui laissera des Espagnols ou des\nItaliens complètement froids sinon hostiles.\nVous le voyez on pourrait développer cette pensée...\nL organiste doit donc se prêter un peu aux nécessités du service qu'il a\naccepté de faire. Dans quelle mesure ? 11 doit se faire un peu éducateur... élever\npeu à peu, par l'accoutumance aux belles œuvres l'esprit de ses auditeurs, et\nquand il a le bonheur de trouver dans son auditoire des esprits distingués, comme\nme parait etre celui du correspondant de la revue faire pour le satisfaire le plus\npossible.\nA part cela, le morceau incriminé ne mérite ni tant d'honneur ni tant de\ndédain.\nCe n est pas une danse, bien qu'en changeant le mouvement on puisse\nen faire une mazurka mais s'est affaire à l'organiste de ne pas faire cette\nplaisanterie !...\nJe voudrais avoir le temps de m'étendre un peu plus sur le sujet qui nous\ntient tous au cœur... Mais je dois me borner et ajourner cette causerie qui me\nséduirait par ailleurs. \"\nH. DALLIER.\norganiste de S 4 Eustache.\n\" Le gout esthetique, ce sentiment spontané qui, prévenant toute réflexion,\npermet de discerner les beautés et les défauts dans les ouvrages d'esprit et les\nproductions artistiques, reste une qualité naturelle des plus rares qui n'appartient\nqu a un petit nombre d élus. C'est donc l'absence de cette qualité qui entraîne tant\nde personnes, fort bien intentionnées d'ailleurs, à commettre des erreurs ouverte\ndans le genre de celle qui fait l'objet de l'enquête dirigée par la S. I. M.\nCar, je suis persuade que l'auteur ingénu de l'Offertoire-Mazurka, dont la\nreligiosité est contestée par le \" Fidèle Abonné \" s'est imaginé, de bonne foi,\nque la petite \" misère musicale \" qu'il a écrite (en souvenir, peut être, du Saint Roi"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.44", "texte": "NOTRE ENQUÊTE\n43\n\nDavid/dansant devant l'Arche) traduisait une idée supérieure, dédiée à la divinité\nde son choix. De même, on doit supposer que l'organiste qui, sans y être contraint,\na pris soin de répandre cette pauvre musique, ainsi que la foule des fidèles qui\nl'ont entendue sans protester sauf le \" Fidèle Abonné \" ont cru communier\ndans une belle pensée artistique et religieuse.\nAlors ?... Hélas !... Le goût !...\nA l'appui de cette opinion, et parmi d'autres exemples que je pourrais citer,\nvoici une anecdote édifiante :\nAu cours d'une pérégrination estivale, j'entrai, par un beau dimanche, dans\nune de nos plus splendides cathédrales. Et, sur le seuil, je restai un instant\nstupéfait d'entendre résonner sous les voûtes majestueuses du vieux temple\ngothique un affreux \" pas redoublé \" dont la vulgarité s'aggravait d'une pédale\ntonitruante de l'orgue marquant les temps forts d'un inlassable va-et-vient de la\ntonique à la dominante. Je m'acheminai vers le \"chœur\" pour pouvoir contempler\nde près l'homme de mauvais goût qui se permettait cette facétie déplacée. Et je\nvis, à l'orgue, un brave ecclésiastique qui s'épongeait le front, comme après un\nrude labeur, en exhibant la bonne figure réjouie d'un homme qui vient d'accomplir\nun haut fait et qui en éprouve une vive satisfaction.\nAlors ?... Hélas ! Hélas !... Le Goût !... \"\nAUGUSTE CHAPUIS,\nProfesseur au Conservatoire, Inspecteur Principal\nde l'Enseignement du Chant.\n\" Ce morceau convient-il à l'église ? NON.\nPourquoi ? \" Musique de ballet\", ou, si l'on aime mieux, style de divertisse-\nment symphonique.\nOn m'objectera qu'en telle et telle œuvre de Franck ou de Widor on trouve\nmaints passages analogues aux exemples cités. Mais c'est en des pièces que ces\nmaîtres n ont pas écrit pour Véglise, mais pour le concert. En tout, il faut de la discré-\ntion : et ce n'est pas parce qu'un grand prélude et fugue est signé J.-S. Bach,\nqu'il doit être exécuté pendant le service liturgique.\nQue mes confrères organistes veuillent bien consentir à moins faire ressortir\nleur virtuosité, mais à faire preuve de goût religieux, et l'on n'aura plus à se\nscandaliser de \" la musique de danse à l'église. \"\nA. GASTOUÉ.\nConsulteur de la Commission\npontificale pour le Chant Grégorien.\n\" J'estime que le cas particulier touché par ces questions ne peut être\ntraité, qu'autant que les questions générale qu'elles soulèvent immédiatement\nseraient fixées, si toutefois elles peuvent l'être...\nPersonnellement, je ne jouerais pas les fragments cités, à l'Eglise, mais je me\nhâte d'ajouter, que faisant abstraction de préférences personnelles (probablement"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.45", "texte": "44\nS. I. M.\n\nparticipées par la grosse majorité des professionnels de ma génération et de mon\nmilieu) je considère que l'on ne peut sans imprudence,\npratique ni lancer nucun nnathhne contre les tant\nque, pour forcer leur goût ou leur choix dans le sens de nos préférences, nous ne serons\npas en mesure de répondre MINUTIEUSEMENT, et avec une AUTORITÉ et une LOGIQUE\nINCONTESTABLES aux trois questions suivantes qu'ils seraient 'en droit de nous\nposer, et qui ne sont pas solutionnées à l'heure actuelle :\ni° Quelle est la musique d'orgue qui convient à l'Eglise ?\n2° Pourquoi convient elle ? comment la reconnait-on ?\n3° A quel moment, et pour quelles raisons, (techniques et autres) une œuvre de\nmusique d'orgue commence-t-elle ou cesse-t-elle d'être admissible à l'Eglise ?\n'Voilà semble-t-il une base cC enquête (ou congrès) nécessaire, pour amener la solu-\ntion particulière de l'incident soulevé. Tout à votre disposition le cas échéant.\nM. LIBERT,\nlERIER Prix d'orgue du Conservatoire org. de l'orgue\nde la Basilique Sl, Denis.\nLe Caire 29 Janvier 1914.\n\" Certes, la question est délicate et si délicate même que je n'entreprendrai\npas de la résoudre. Quelle musique est religieuse, quelle ne l'est pas ? bien malin qui\npourra le dire. Les madrigaux de Palestrina, avec paroles latines, paraîtraient à\ntout le monde excellents pour l'Eglise, l'offertoire cité semblerait, dit-on, un air\nde ballet ; mais la procession est-elle autre chose qu'une danse sacrée, ou tout au\nmoins son dérivé ? Les toccatas, la plupart des Fugues même de Sébastien Bach\nnon rien de religieux et pourtant on croit bien faire en les introduisant dans l'Office.\nCertains peuples ont la dévotion gaie ; en Andalousie, j'ai entendu à Noël une\nMesse en style de Cachucha avec castagnettes et tambours de basque, et c'était\npour ces braves gens de la musique religieuse au premier chef. Sa Sainteté le\nPape ne voudrait pas que l'on chante à l'Eglise autre chose que du Plain-chant ;\nmais j'ai de fortes raisons de croire que le Plain-chant tel que nous le chantons\nne ressemble en rien à celui qu'on entendait dans les Eglises au temps de\nLrregoire-le-Grand, et que, ce que nous exécutons gravement et pésamment, était\nalors des fioritures dans le goût oriental....\nDes prêtres, des âmes pieuses, qui n'entendent de musique ailleurs qu'à\nî Eglise, aiment à y entendre parfois des choses gaies. C'est à leur intention que le\nfameux Père Lambillotte, de joyeuse mémoire, écrivait des choses qu'il croyait\nsans doute très religieuses. Leur tort n'était pas d'être gaies, mais de manquer\nde beauté et de style, et elles en manquaient grandement.\nA tout prendre, je me récuse et me déclare incapable de dire ce qui convient\nou non à l'Eglise. Cela peut dépendre de l'époque, de la nationalité, de l'éduca-\ntion, du tempérament, et je ne crois pas qu'il y ait en cela rien d'absolu.\n( A suiv\n\nC. Saint-Saens."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.46", "texte": "Les Théâtres\n\nPHILOTIS LA MARCHANDE D'ALLUMETTES CLÉOPATRE\nLes futurs historiens du Ballet au XXlne siècle connaîtront de bien douces joies. Leur\ntravail sera agréable parcequ'il s'exercera sur une matière variée et particulièrement favorable\naux élégantes considérations spéculatives. Ils se trouveront, en effet, en présence d'un genre en\npleine transformation, en pleine crise de croissance ; ils pourront noter les phases d'une de\nces évolutions aux étapes bien caractérisées, comme les aiment les musicologues ; ils pourront\ndessiner, comme sur une carte fluviale, les sinuosités d'un grand courant grossi par des\naffluents successifs dont ils détermineront le cours et la source.\nIls verront comment la chorégraphie classique française, exilée de chez nous pendant le\nsiècle dernier, nous revint intacte de Russie où de charmantes vestales l'avaient conservée dans\nde la glace ; ils sauront pourquoi le divertissement d'opéra, tombé en défaveur, céda la place à\nl'acte dansé, pourquoi le scénario anecdotique, après avoir connu le succès et s'être annexé des\npartitions inattendues, fut peu à peu abandonné par les amateurs de chorégraphie pure ; ils\nnoteront l'entrée de la musique la plus librement symphonique et polyrythmique dans un\ndomaine réservé jusqu'alors aux compositions à forme fixe soumises à des conventions métriques\nminutieusement préétablies et il comprendront pourquoi les compositeurs de ballet apprirent à\ns'exprimer en \" prose plastique \" après s'être si longtemps contentés des bouts-rimés. Belle\nsuccession de chapitres à établir de Sylvia au Sacre du Printemps\nDans quelle catégorie rangeront-ils Philotis, danseuse de Corinthe, l'ouvrage de Gabriel\nBernard et Philippe Gaubert que vient de monter l'Opéra... voilà ce que je ne me charge pas\nde prédire. Cette aimable composition chorégraphique unit, en effet, les éléments les plus\ndivers dans une synthèse un peu arbitraire. L'auteur du scénario, en nous contant l'aventure"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.47", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\nde la riche danseuse, éprise d'un pauvre musicien et déployant toutes ses séductions\npour lui faire oublier l'humble compagne qu'il s'était choisie, a sacrifié au genre anec-\ndotique mais avec une sorte de souriant scepticisme : on sent fort bien que ce fait-divers\npassionnel n'est qu'un ingénieux prétexte, choisi par un lettré averti, pour nous promener\ndans une contrée et une époque pittoresques, nous placer en face de décors poétiques et\nrelier entre elle des danses sentimentales ou orgiaques, des processions, des cérémonies\nreligieuses, des apparitions célestes et des scènes de caractère. Mais et . c'est par là\nque cet ouvrage se rattache aux tendances les plus caractéristiques de la danse moderne\nl'action n'est pas prise très au sérieux, la pantomime est réduite à sa plus simple et surtout à sa\nplus courte expression et le \" dieu de la machine \" interrompt le petit conte, à l'heure\nopportune, avec la plus tranquille bonhomie. Le musicien, tout en cernant d'un trait net les\ncontours mélodiques de sa partition fortement rythmée a donné à son texte une tenue\nharmonique et orchestrale très différente de celle que réclament les vénérables habitués du\nfoyer de la danse. La chorégraphie, elle-même, un peu inspirée des créations de Fokine, s'est\nrenouvelée assez heureusement dans certains ensembles et les recherches de costumes indiquent\nd'excellentes intentions. Mais tout cela demeure bien entendu, du progrès théorique car,\npratiquement, ces efforts individuels demeurent inefficaces dans cette extraordinaire atmosphère\nde l'Opéra où tout s'estompe, se décolore et se dissout, où les réalisations les plus opposée sont\ntoujours un air de famille et où la plus modeste des ballerines a la fierté d'afficher une noble\nindépendance rythmique, seule conforme à la dignité d'une future électrice républicaine sur la\nscène nationale d'une démocratie.\nLa nouvelle direction de l'Opéra-Comique a fait de demi-débuts avec un ouvrage accepté\net peut-être commandé par la direction précédente. Pendant de longs mois, grâce à la\nliasse de bulletins de réception signés Albert Carré qu'ils ont trouvée sur leur table, les\nnouveaux directeurs n'auront pas à exercer leur sens critique et n'auront qu'à détacher\npériodiquement les coupons de ces obligations à lots dont leur prévoyant prédécesseur les a\nenrichis. Ce n'est que dans la mise en scène qu'ils pourront faire acte de personnalité. Hâtons\nnous de dire que, sous ce rapport, M. Gheusi a donné dans la Marchande d'allumettes les\npreuves du goût le plus éclairé et de l'adresse technique la plus rassurante et s'est tiré remar-\nquablement d'une épreuve dangereuse.\nCréer une atmosphère de féerie avec le décor et les accessoires de l'existence quotidienne,\ntransformer en poétiques entités un marchand de marrons, un rôtisseur et un papetier, sangler\ndans un uniforme d'azur un lieutenant de vaisseau pour transformer en galère de rêve le\ncontre-torpilleur qui l'amena chez une bonne tante instruite en Ecosse des devoirs de l'hospi-\ntalité, avoir sans cesse à lutter contre des souvenirs ironiques d'opérette ou de vaudeville,\nlampes clignotantes des Travaux d'Hercule ou présentation des nièces du\nvoila vraiment ce qui s'appelle jouer la difficulté. Il faut souligner toute la portée d'un début\neffectué dans de telles conditions et en tirer les plus heureux pronostics pour l'avenir.\nLes auteurs ont eu, me dit-on, quelques petits mécomptes avec le public de la générale\nmais ont montré une touchante docilité à suivre les conseils d'une critique résolument bien-\nveillante et amicale, en renonçant à certaines gentillesses de langage trop conscieusement\nlestées de musique pour prendre leur essor avec la légèreté désirable. Violemment distendu\npour fournir un livret en trois actes, le charmant conte d'Andersen a beaucoup souffert de\ncet écartèlement douloureux. Il a, de plus, subi la triple épreuve d'une matérialisation indiscrète,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.48", "texte": "L'ACTUALITÉ\n47\n\nd'une traduction littéraire trop précieuse et d'une interprétation musicale qui ne l'était pas\nassez. Avec ses dons ingénus, la nonchalance de sa technique, ses robustes italianismes\nmélodiques, sa facilité rarement contrôlée et son métier orchestral rudimentaire M. Tiarko\nRichepin n'était pas le musicien de la situation. Il n'a pas suivi dans ses détails le jeu subtil\nle tendre et suranné jeu de \" grâces \" qui passionnait une poétesse et son fils, les grisait\ndans une vive émulation, leur inspirait mille enfantillages et s'achevait dans le fol enivrement\nd'un échange de répliques ailées, dans l'ardeur joyeuse d'un duel rieur pour lequel on a\ndécroché sournoisement les armes de papa, le calembour démoucheté, la rime de six onces qui\nvous fait voir trente-six chandelles et les grands sacs de où l'on puise à pleines mains\npour aveugler l'adversaire d'une poignée d'étoiles !...\nCertes, ce jeune musicien est un habile homme : il a su approvisionner largement de fines\nnotes aiguës sa principale interprète qui en fait une consommation immodérée, il a trouvé, pour\naccompagner les toiles de Jusseaume, quelques mélanges sonores dont la température descend\nsensiblement au dessous de zéro, mais il n'a pas la tournure d'esprit de ses compagnons de jeu.\nIl s'amuse tout seul à sa façon.\nAu fond, le public est toujours sévère pour ceux qui n'enfantent pas dans la douleur. Les\ntrois auteurs de ce conte lyrique ont souvent étalé une impertinente joie de vivre qui indisposa\nles esprits chagrins : leurs travaux feront toujours un peu figure de récréations d'amateurs. Ces\nenfants gâtés ont voulu faire joujou avec un grand théâtre subventionné : ils s'y divertissent de\ntout leur cœur et ne se préoccupent pas des semonces des raisonneurs. Qui sait, même, si, en\nfrottant négligemment leurs allumettes sous notre nez, ils ne recherchent pas tout simplement\nla malicieuse satisfaction de nous faire éternuer ?...\nCependant l'ouverture d'une succession nous appelait d'urgence, à Monte-Carlo. Ces\ncérémonies ne sont pas toujours réjouissantes. Il faut se méfier des testaments artistiques et il\nest terriblement dangereux de porter les \"chants du cygne\" chez un éditeur. Ces confidences\nposthumes nous ont si souvent déçus que nous n'apprenons jamais sans appréhension notre\nenvoi en possession des legs musicaux dont nous gratifia la libéralité d'un C'est donc\navec plus de déférence que d'enthousiasme que l'on prit place dans la salle de l'Opéra\nmonégasque où l'exécuteur testamentaire Raoul Gunsbourg nous avait réunis pour nous faire\nentendre les dernières volontés de l'auteur de Ma\nEt ce fut une stupeur. Après Don Quichotte,après après après\nles admirateurs les plus optimistes de Massenet ne pouvaient espérer cette Cléopâtre. Je dirai\nplus : aucune de ses œuvres précédentes et je pense aux plus glorieuses ! ne nous\ndonnait le droit d'imaginer qu'avant de mourir un artiste gâté par le succès aurait l'inconce-\nvable héroïsme de renoncer à ses plus séduisants défauts, à ses plus irrésistibles faiblesses pour\nécrire un ouvrage aussi châtié, aussi ferme dans sa pensée que dans son expression et aussi\néloigné de toute concession au goût de sa clientèle fervente.\nNous avons retrouvé le Massenet d'autrefois, celui des d'orchestre où tout était mis\nen valeur avec une élégance et une précision inimitables, celui qui fut quelque temps le frère\naîné de Debussy, celui qui se penchait sur la partition commencée de et\ntournait doucement les pages de la Damoiselle Elcelui qui défendit courageusement le goût\nfrançais le plus distingué avant de se laisser dominer par une production trop absorbante et des\nsuccès qui lui enlevèrent toute faculté critique.\nLa collaboration d'un jeune poète a déterminé ce renouveau d'arrière-saison et fait"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.49", "texte": "48\nS. I. M.\n\ns'épanouir au jardin du musicien, la belle rose d'automne qu'est Clêopâtre. Louis Payen a offert\nà l'auteur à'Ariane un sujet pittoresque, sobrement délimité, dépouillé de tout ornement\ninutile, traité avec une volontaire simplicité et adroitement disposé pour la scène. La\nvariété des atmosphères successives où sont placés les héros du drame est très heureuse ;\nentraîné par son décor mouvant, le compositeur ne cède plus à la tentation de s'attarder à de\nlongues effusions sentimentales et de s'oublier paresseusement dans une oasis mélodique : il\nfaut avancer, il faut poursuivre le beau voyage. Trop souvent, les compagnons de route de\nMassenet, n'osant pas donner le signal du départ, compromirent ses plus belles excursions au\npays du rêve par ces haltes inopportunes. La jeunesse impatiente de l'auteur de\ndevait servir utilement, dans la circonstance, la gloire de son musicien.\nNe croyez pas d'ailleurs, que Massenet ait été paralysé dans l'expression de sa tendresse\npar un librettiste épris de rapidité, à la façon vériste : l'action n'est pas précipitée, elle s'effeuille\navec assez de douceur pour laisser au chantre de l'éternel féminin le loisir de broder une\nvariation de plus sur le thème qui fut toujours si favorable à sa virtuosité. Le parfum mélodique\nde la lettre d'amour que respire Marc-Antoine est singulièrement subtil et il faut signaler\nle rare mérite des deux dialogues passionnés qui mettent Clêopâtre en présence de ses\ndeux amants, dialogues si différents d'accent, si habilement renouvelés qu'ils permettent à\nl'auditeur de saisir les moindres nuances de la sensibilité d'une femme s'arrachant des bras\nd'un amant-esclave pour se jeter dans ceux d'un amant-roi. Jamais Massenet n'avait fait\nd'incursion aussi hardie dans le domaine de la psychologie.\nPour tout le reste, une heureuse invention pittoresque, l'emploi des timbres rares et des\nrythmes imprévus, une mise au point orchestrale minutieuse et un sens toujours averti des\noppositions font de cette partition une belle contribution musicale à l'histoire du théâtre lyrique\nde notre temps.\nComme il est de tradition dans le théâtre du monde où se pratique le plus souriant\nmépris des contingences, et où la notion de l'impossibilité est inconnue, la présentation de\nl'œuvre par Raoul Gunsbourg, moderne Klingsor, est magnifique et son interprétation est\nfastueuse. Maguenat, qui a trouvé enfin une rôle à sa taille, a obtenu un succès considérable\nde chanteur et de tragédien ; Rousselière a accepté, avec la meilleure grâce du monde, de faire\nun sort enviable àun personnage relativement modeste et Mlle Lilian Grenville a dessiné une\nsilhouette de vierge romaine d'une délicieuse poésie. Mais il faut dire l'exceptionnelle valeur\nde la créatrice du rôle de Clêopâtre. Mœe Koussnetzof a incarné la voluptueuse reine d'Egypte\navec un art inoubliable. Sa voix splendide et facile, sa beauté triomphante, libéralement offerte\nà une salle enivrée, son talent de tragédienne, de mime et de danseuse lui ont permis de\nmarquer le personnage d'une empreinte qu'il sera bien dangereux de vouloir effacer.\nOn n'ignore pas les incidents qu'a soulevés le choix de cette inégalable artiste et quels\nobstacles juridiques se sont dressés devant le directeur assez audacieux pour vouloir nous offrir\nune Clêopâtre capable de nous donner à tous l'âme de Spakos. Il ne nous appartient pas de\ndiscuter la légitimité des prétentions de sa rivale mais l'issue du procès engagé ne pourrait être\ndouteuse si les juges avaient le droit de sieger dans une loge de face et de rendre leur arrêt à\n1 issue d une représentation de Clêopâtre. Quel barbare pourrait condamner la troublante petite-\nfille de Phryné qui a précisément revêtu, pour la circonstance, le costume le plus propre à\némouvoir un Aréopage ?...\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.50", "texte": "CONCERTS COLONNE\n\nPour la musique.\nDans ce dernier mois un événement assez considérable s'est accompli très simplement :\nnous avons une Société chorale professionnelle. Evidemment ça n'a l'air de rien, parce que l'on\nsuppose qu'à Paris, ville d'associations, de syndicats, elle devait nécessairement exister. Il n'en\nétait rien. Nous nous contentions jusqu'ici d'en constater l'existence... à l'étranger.\nDes voyageurs racontaient les grands festivals anglais, où trois cents voix respectueuses et\nconvaincues chantent la gloire de Haendel, de Mendelssohn, et de Sir Elgar.\nIls parlaient aussi, nous en pleurions d'attendrissement de petits villages perdus au\nfond de la Thuringe, où le souci de boire la bière nationale, le Dimanche, s'accompagne du\nbesoin de chanter les chorals de Bach. On ne manquait pas de nous faire remarquer gentiment\nque \" nous n'en avions pas en France \". Quant à Paris, les cafés-concerts lui suffisaient. C'est\navec de pareilles aménités que l'on juge notre capacité musicale. Nous avons fait les pires\navances ; accueilli des tentatives d'art, où Fart passait de vilains moments, les spectateurs\naussi. On nous a imposé des mobiliers funèbres, des chaises où l'on ne peut s'asseoir que de\ntrois-quarts ; ça n'a servi à rien, bien au contraire, pour tourner la question on nous a reproché\nde redouter l'ennui à l'égal d'une épidémie.\nPourtant nous avons essayé, nous avons fait venir les professeurs d'ennui les plus célèbres.\nPeut-être est-il difficile de ne pas confondre le genre \" ennuyeux \" avec le genre sérieux ?\nC'est éminemment une question de goût, ce goût qu'il ne faut jamais discuter, paraît-il ? Ne\nserait-ce pas plutôt qu'on ose rarement avoir le courage de maintenir son goût au-dessus des\ndiscussions ?\nLes mille petites coutumes auxquelles obéit une époque s'appliquent à tout le monde, et\nc'est arbitraire, car elles ne servent, le plus souvent, qu'à un seul. Qu'on nous permette\nd'illustrer cette assertion par un exemple un peu trivial : Un homme a une grosse tête, il\ntrouve, après de longues méditations devant la glace de son chapelier, une forme de chapeau\nqui lui semble diminuer sa tête, il l'adopte et c'est bien naturel; ce qui l'est moins, c'est qu'aussitôt\non voit des gens, qui ne sont pas tous idiots, porter des chapeaux qui les rendent ridicules.\n\n4"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.51", "texte": "5°\ns. I. M.\n\nOn nous dira qu'il n'y a là qu'une affaire de mode et non de goût ? Ce n'est pas tout à fait\nvrai, la mode et le goût sont étroitement unis, du moins ils le devraient. Et si l'on\nconsent à être ridicule dans le choix d'un chapeau, il y a de bonnes raisons pour être sûr que\nce ridicule s'étendra à tout ce qui se rapporte au goût, y compris celui de la musique, le plus\ndélicat qui soit à délimiter.\nLe chapitre \" Des Rapports du Chapeau avec la Musique \" a été oublié par Carlyle dans\nSartor Resartis, ce bréviaire cruel de l'humour, il mériterait d'être écrit, car ces\nu rapports \" sont évidents et certains. Le chapeau d'un amateur de \" symphonies \" n'est pas\nle même que celui d'un amateur de \" la Damnation de Faust. \" Et ce petit feutre mou qu'on\nroule en boule, toujours prêt pour la bataille, ne peut partager les opinions du \" tube \" lustré\ncomme une peau de nègre. Ce dernier commande à son propriétaire une respectabilité qui gêne\nl'enthousiasme, tandis que le petit feutre mou a les mains libres, il peut même se jeter à la\ntête de l'orchestre comme dernière manifestation.\nPour revenir à Y Association chorale professionnelle, elle a, malgré sa récente formation,\nexécuté de très belles choses, presque toutes en première audition. C'est assez extraordinaire si\nl'on songe que la plupart des choristes qui la composent n'étaient entraînés qu'à chanter en\nchœur, mais pas avec cœur.\nIl faudrait tout citer du copieux programme de ce premier concert. Peut-être même y\navait-il trop de belles choses les unes à côté des autres ? Nous n'avons pas l'habitude d'une\npareille richesse. Ce fut d'abord un Motet, en double chœur, de J. S. Bach, où l'art d'écrire\npour les voix demeura insurpassé. Puis, un délicieux madrigal, \" Mille regrets de vous\nabandonner \" de Claude Lejeune. Et cette admirable Bataille de Marignan, chef-d'œuvre de\nClément Janequin, qui est comme la rumeur de la rude vie d'un camp, notée, cris par cris,\nbruits par bruits : le trot lourd des chevaux s'y mêle aux franches sonneries des trompettes\ndans un tumulte secrètement ordonné. La forme en est si directe qu'elle peut sembler popu-\nlaire, tant elle est juste de pittoresque transposition.\nDes chansons d'enfants, amusantes ; des danses norvégiennes, où l'on retrouve l'attachante\nmélancolie d'Edouard Grieg. Du même Grieg \" Voyez Jean\", peut-être plus instrumental\nque vocal ; tout de même bien séduisant dans son emploi des voix d'hommes, seules. Cette\nmusique a la fraîcheur glacée de ses lacs, l'ardeur pressée de ses printemps hâtifs et brusques.\nCe qu'il faut dire hautement, c'est la difficulté de ces œuvres si différentes ! Or, rien n'a\nmanqué : une homogénéité parfaite, une variété dans l'accent surprenante.\nTout cela est l'œuvre de D. E. Inghelbrecht, mince comme sa baguette, son âme\nenthousiaste recueille ce total de forces, son autorité minutieuse commande sans jamais faiblir.\nIl passe de la gravité somptueuse d'un Bach à la fantaisie septentionale d'un Grieg sans avoir\nl'air de se prendre pour un phénomène. A tous points de vue, il faut encourager cette tentative\nde rénovation chorale ; et, si elle a le tort grave d'être vraiment française, tâchons de le lui\npardonner.\nAux Concerts Colonne.\nx\"\nLa Vengeance des Fleurs, illustration symphonique de G. Grovlez d'après une ballade de\nFreiligrath, dont c'était la première audition aux Concerts Colonne, fut composée en 1910 et\nexécutée pour la première fois àla Société Nationale en 1912; c'est un curieux essai de panto-\nmime symphonique.\nM. G. Grovlez s'efforce ingénieusement de suivre le texte de Freiligrath, fait d'images\nténues, et d'impressions aussi fugaces que le rêve qu'il décrit. Mais, si la poésie peut changer"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.52", "texte": "L'ACTUALITÉ\nSi\n\nde décor à son gré, la musique ne se retourne pas aussi facilement, il lui faut plus de temps, et\nla plus sûre habileté d'écriture n'arrive pas toujours à masquer le disparate que font tant de\npetites taches de couleurs juxtaposées : ça ne tient plus. L'artifice du programme explicatif\ndisparu, on suit malaisément ; l'oreille est accrochée, çà et là, par une jolie sonorité, un\ndessin capricieux et, presque sans le savoir, l'esprit recrée une histoire toute personnelle.\nC'est pourquoi, \" l'illustration musicale \" de Gabriel Grovlez, si sensible, souvent char-\nmante, aurait besoin d'une réalisation scénique, qui, si légère fut-elle, empêcherait le\nvagabondage.\nLa Troisième Symphonie de Gédalge était un robuste contraste à\nLa déclaration de principes qu'il fait figurer en tête de cette symphonie en fixe clairement le\nbut : \" Ni littérature, ni peinture \". Un dieu malin fait mentir M. Gédalge dans maints\nendroits, qui ne sont pas les moins agréables de cette symphonie sans peur et sans reproches.\n\nClaude Debussy.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nCe mois-ci, dans le domaine de la musique pure, nous avons eu la Symphonie en sol\nmineur de Kalinnikow, sage symphonie selon la formule mendelssohnienne, avec cependant un\npeu moins de verve.\nToutes les conventions de l'école de Rheinberger y sont convenablement observées :\npremier mouvement sans caractère et d'une particulière monotonie rythmique ; andante-lied\ndont la partie médiane est constituée en air de ballet (déjà !) ; menuet classique, et finale a\nprétentions cycliques, quoique le besoin de réentendre les thèmes du premier mouvement ne\nse fit pas sentir de façon impérieuse. En somme, de la musique doucement fluente, bien\nélevée et inutile.\nPeut-être, si Kalinnikow eut vécu, aurait-il senti combien il était préférable pour lui\nd'abandonner les rites conventionnels d'un art allemand décédé et de continuer la belle tradition\ndes Rimsky et des Borodine Malheureusement, il est mort relativement jeune.\nLa stupéfiante banalité d'un Mahler, le mois dernier, l'élégance démodée d'un Kalinnikow\nce mois-ci, ne sont point pour nous donner une haute idée de ce qu'est devenue à l'étranger\ncette belle forme de la Symphonie pour orchestre.\nQuelle différence entre ces productions sans vie artistique et le simple chef d'œuvre de\nCésar Franck qui valut à IVI. Chevillard une ovation bien méritée a laquelle, il voulut, a très\njuste titre, associer son intelligent orchestre !\nDans la Symphonie en ré du maître des Béatitudes, point de thèmes vulgaires ou sans\naction sur la synthèse de l'œuvre, point de développements superflus ou de dispositions\nconventionnelles, point d'harmonies qui ne soient au service de l'idée, point de\ndans la construction, partout et tout le temps de l'ordre, de la beauté et de la musique.\nOn m'assure que quelques insectes de la critique auraient tenté de se hausser jusqu'à\npiquer au talon cette grande figure de César Franck, mais je me refuse à croire que ces\nattaques soient l'effet de la mauvaise foi et je préfère penser qu'elles proviennent simplement\nd'ignorance ou d'un vice de conformation dans le sentiment musical.\nAu reste, de tout cela, peu nous chaut ; l'œuvre du père de notre art symphonique\nfrançais restera en pleine lumière longtemps après que les écrits de ces pauvres incompréhensifs\nauront disparu dans l'épaisseur de l'ombre."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.53", "texte": "52\nS. I. M.\n\nAu même Concert où la Symphonie de Franck était unanimement acclamée, les très\njolies Danses pour harpe de Debussy vinrent faire une heureuse diversion à un Caprice, égale-\nment pour harpe, dont la banalité avait un peu trop égayé le public.\nOn entendit aussi (encore de la danse !) deux airs de ballet assez agréables de M. Roger\nDucasse, qui eussent peut-être gagné à être présentés séparément au lieu d'être joués d'un\nseul tenant.\nJ'ai entendu dire autour de moi que ces airs de ballet étaient mal orchestrés et, pour\ncertains, cette accusation équivalait à une condamnation à mort.\nD'abord, je n'ai pas trouvé, quant à moi, que ces pièces fussent si défectueusement\ninstrumentées, et puis, il faudrait s'entendre au sujet de la bonne ou mauvaise orchestration,\ncar rien n'est plus manifestement dépendant de la mode que ces appréciations-là.\nJe pourrais citer tel morceau symphonique qui passait, en l'an de grâce 1875, pour le\nsummum de la science orchestrale et dont l'instrumentation u surannée \" fait actuellement\nsourire nos jeunes Conservatoriens, et il y a gros à parier que la plupart de nos pièces\nmodernes, émerveillement des snobs amateurs de timbres rares et choisis, seront, avant trente-\ncinq ans peut-être, logées à la même enseigne.\nCertes, je ne veux point dire que l'habileté orchestrale ne constitue pas une précieuse\nqualité, mais je la considère comme une qualité de second ordre en regard de l'invention\nmusicale.\nQu'est-ce que ça peut nous faire que tel morceau soit médiocrement instrumenté si les\néléments employés par le compositeur sont d'une portée musicale supérieure ? Les défauts de\ncertains passages beethovéniens qu'il faut interpréter pour faire sortir le dessin mélodique\nn'altèrent en rien l'harmonieuse unité des chefs-d'œuvre du titan et la lourdeur de l'instru-\nmentation n'empêchera jamais la Symphonie rhénane de Schumann de rester l'une des belles\nmanifestations de l'esprit humain en musique.\nEvidemment, il serait préférable que tout compositeur réunit les deux conditions : beauté\ndes éléments et habileté orchestrale, mais il est bien certain qu'un artiste comme Schumann\nqui a pour lui la musique est tout de même infiniment supérieur à tel autre n'ayant à son actif\nque l'instrumentation, et, a fortiori, à celui qui, comme Grieg, par exemple, ne possède ni l'un\nni l'autre.\nMais laissons cette digression et tenons compte à M. Roger Ducasse, bon ou mauvais\norchestreur de sa louable ténacité à écrire une œuvre de longue haleine comme sa partition\nd'Orphée et de ne s'être point contenté du petit morceau à la mode.\nCar, hélas ! le signe de notre temps est la fabrication minuscule....\nJe n'en veux pour preuve que l'avalanche de petites mélodies pour voix et orchestre qui\nencombrent tous les concerts et parfois même les Concerts Lamoureux —, productions\npour lesquelles les sonorités instrumentales n'étaient en aucune façon indispensables, miniatures\nmunies d'un cadre exagéré qui, à leur place sur une tablette de cheminée, ont le tort de\nvouloir remplir le panneau affecté aux Noces de Cana....\nSachons donc rendre au piano ce qui est du pianoy et à l'Allemagne ce qui n'est pas de la\nSymphonie.\n\nVincent d'Indy."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.54", "texte": "Music=halls et chansonneries\n\nEntre les soussignés :\nLa Société anonyme du Théâtre-concert de , stipulant aux présentes par M. X, son\ndirecteur autorisé, d'une part ;\nEt M. Y, ès-qualité, dénommé dans le présent acte L'ARTISTE, se déclarant libre de contracter le\nprésent engagement, d'autre part,\nIl a été dit, convenu et arrêté ce qui suit :\n§ I. La Direction engage pour l'établissement ci-dessus désigné ou tous autres pouvant être\ndirigés par la même Société ou pour son compte :\nM. Y et sa troupe se composant de\n*#••••••••\ni partir du 19... jusqu'au 19.•• inclusivement.\n§ 2. L'Artiste est obligé, sous peine de la perte des droits garantis par ce contrat et de tous\ndommages-intérêts, d'arriver à temps a Pans avec son matériel, de se présenter immédiatement au\nDirecteur ou à son remplaçant, de faire les répétitions nécessaires pour pouvoir exécuter son travail le\njour même du début qui est fixe ci-dessus comme date a laquelle 1 engagement prendra cours.\nCe début aura lieu en matinée lorsque le premier jour tombe un dimanche ou un jour férié.\nL'Artiste s'oblige en outre :\na) à faire sa production complète dans les deux représentations, les jours où la Direction donne deux\nreprésentations ;\nb) à tenir secret le présent contrat avant son commencement ;\nc) à ne pas travailler, dans la même ville, sans une autorisation écrite de la Direction, devant un\nautre auditoire que celui désigné par la Direction, et cela ... mois avant que le présent engagement\nprenne cours et ... mois après qu il aura pris fin ;\nd) à fournir pour les soli, scènes, intermèdes, etc., dans un état convenable, les costumes et\naccessoires, ainsi que la musique pour un orchestre de 34 musiciens ;\né) à se soumettre, au cas de différends demandant une intervention judiciaire, a la juridiction des\ntribunaux compétents au dit lieu.\nÇ 3. Trente jours avant le commencement de rengagement, la Direction doit être avertie par\nlettre recommandée de la date exacte de l'arrivée de l'Artiste.\n§ —La Direction payera à l'Artiste la somme de francs par mois, en monnaie française.\nDe cette somme seront déduits ... 0/° de commission pour l'Agence...\nLes gages sont payables le 15 et le dernier du mois, avec réduction du quinzième pour le mois de\nfévrier. Les commissions dues à l'Agence par l'intermédiaire de laquelle a été conclu le présent\nengagement seront prélevées par la Société et versées par elle à la dite Agence, a chacun des payements\nfaits à l'Artiste. t .\nL'Artiste recevra la somme de francs le jour de son arrivée, comme frais de voyage.\n£ En cas de force majeure, tels que : interdiction par les administrations préfectorales, guerre\neuropéenne, incendie du théâtre, révolution, deuil national, inondations, privation de lumière, épidémie,\ngrève, même partielle, du personnel de l'établissement, les appointements seraient suspendus. Si la\nfermeture se prolongeait au delà de cinq jours, la Direction comme l'Artiste auraient le droit de résilier\nce contrat sans indemnité de part ni d'autre."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.55", "texte": "54\nS. I. M.\n\n§6. Si l'Artiste, au commencement du présent engagement, se trouve, soit par maladie,\naccident antérieur, changement de membres de la troupe, indisposition persistante, ou toute autre cause,\ndans des conditions telles que la valeur du numéro soit sensiblement inférieure à celle du jour où le\nprésent engagement a été signé, la Direction réserve le droit de résilier ce contrat dans les premiers\ntrois jours et même de le résilier purement et simplement avant les débuts, sans indemnité de part ni\nd'autre.\nSi après ses débuts l'Artiste se trouve, par maladie ou force majeure, empêché de travailler, les\ngages ne seront pas payés pour les jours où l'Artiste n'aurait pas pris part aux représentations. Si l'empê-\nchement se prolonge au delà de trois jours, la Direction a le droit de résilier ce contrat à partir do\nquatrième jour d'absence.\n§ 7. L'Artiste qui romprait ce contrat, ou n'arriverait pas au temps convenu, ou quitterait\nl'engagement avant son terme, serait passible d'un dédit de francs, payable de suite, nonobstant\ntous autres droits de la Direction qui aurait, notamment, celui de retenir les gages acquis pour les\njournées de travail écoulées.\n§ 8. La Direction décline toute responsabilité au sujet des vols qui pourraient être commis au\npréjudice de l'Artiste dans l'intérieur de l'établissement, ainsi qu'au sujet de toute détérioration de ses\nvêtements ou accessoires, ou du matériel, quelles qu'en soient les causes.\nLa Direction se déclare seulement responsable des objets, bijoux ou valeurs qui seront déposés à la\ncaisse contre un récépissé.\n§ 9. En cas de l'abandon de l'entreprise par la Société, pour quelque cause que ce soit,\nl'Artiste n'aura aucun recours contre elle pour la partie du présent engagement qui resterait encore à\ncourir, et cet engagement serait annulé de plein droit sans indemnité. Il en serait de même si la Société\nvenait à céder son établissement.\nTout engagement fait soit par lettre, soit par correspondance, ne sera que provisoire, et ne\ndeviendra définitif que par le présent traité.\nCONDITIONS SPÉCIALES\nA. Tout le matériel des artistes, décors, costumes, accessoires, doit être tenu dans un état\nirréprochable, agréé par la Direction et conforme aux prescriptions administratives.\nB. La Direction se réserve le droit de faire les coupures et les changements qui lui paraîtraient\nutiles dans le numéro.\nC. La Direction n'est pas responsable des accidents et blessures qui pourraient frapper\nl'Artiste pendant les répétitions ou représentations, quelle qu'en soit la cause, et celui-ci renonce, tant\npour lui que pour ses ayants-droit et son personnel qu'il oblige avec lui, aussi bien que les compagnie»\nauprès desquelles il pourrait être assuré, à ne réclamer ou laisser réclamer à la Direction aucuns\ndommages-intérêts.\nD. L'Artiste, de son côté, reste personnellement et exclusivement responsable des accidents\nqu'il pourrait directement ou indirectement causer ou occasionner pendant son travail, et de leurs\nconséquences, quelles qu'elles soient.\nE. L'Artiste accepte pour lui et sa troupe les prescriptions administratives mentionnées dan»\nle règlement intérieur.\nF. Le présent contrat confère à la Direction le droit absolu de réengager M. Y aux mêmes\nconditions.\nLa Direction devra en tout cas user de ce droit dans les premiers quinze jours qui suivront le»\ndébuts, faute de quoi l'Artiste sera entièrement libéré."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.56", "texte": "L'ACTUALITÉ\n55\n\nG, Les Artistes de nationalité étrangère devront, conformément aux prescriptions administra-\ntives et légales, et sous peine d'amende, faire leur déclaration de domicile à la Préfecture de police,\nbureau des étrangers, dans les délais imposés.\nH. L Artiste s engage formellement àne pas laisser cinématographier son numéro et àne pas\naisser produire une cinematographie dudit numéro en France à dater de la signature des présentes\njusqu a 1 expiration de ] engagement, a moins d'autorisation spéciale de la Direction, à peine de résiliation\nà sa charge, sans préjudice de tous les autres droits de la Direction.\nLe contrat ci-dessus a été lu, approuvé et signé par les contractants.\nIl faut parfois songer a la postérité. Un temps viendra où quelque érudit, n'écoutant que\nson courage, s epuisera a débrouiller les confuses archives du music-hall, comme on fait\naujourd hui pour celles de la symphonie ou de l'opéra-comique. Avec quel docte mépris ce\nchasseur de documents ecartera les descriptions contaminées de littérature où sans vergogne\nnous noyons les faits dans les idées qu'ils nous suggèrent ! Rageusement il tournera les feuillets\nqui ne lui fourniront ni un nom ni une date, et ne pardonnera pas même à Mme Colette de\nn'avoir mis dans son livre Y Envers du music-hall, que ses impressions et son style, non le plan\ndes salles, la composition des programmes et la statistique du personnel.\nC'est par pitié pour sa déconvenue que je viens de transcrire ici une formule d'engage-\nment, dérobée à l'un de nos établissements les plus célèbres et qui peut servir de modèle, car\nles clauses sont partout les mêmes. J'ajoute quelques éclaircissements qui pourront devenir\nutiles quand le souvenir de nos mœurs sera perdu.\n§ i Le personnage qui appose en ce contrat sa signature à côté de celle du Directeur\net reçoit le noble nom d' u Artiste \" est tantôt le principal ou même le seul exécutant, souvent\naussi l'entrepreneur du spectacle ou \" numéro Ses fonctions en ce dernier cas sont celles\nd'un \" imprésario \" ou d'un u manager \". Il recrute ses interprètes, équilibristes, lutteurs,\nsauteurs, danseuses, écuyères, montreurs de phénomènes, dompteurs, dirige leurs exercices, pour-\nvoit à leur existence ainsi qu'à leurs déplacements, les rétribue et garde le reste. Il assiste à\ntoutes les répétitions et aux représentations, dans la coulisse ou même sur la scène : c'est cet\nhomme sérieux en habit noir, que le public prend pour le père des fillettes étagées devant lui\njusqu'aux frises en chancelantes colonnes, ou bien cet employé qui maintient le bâti en tubes\nd'acier des trapèzes volants.\n§ i a. Cet article est sujet à des accommodements : quand le travail est pénible et\nsurtout quand un excès de fatigue peut le rendre dangereux, il est admis qu'on l'allège un peu\nl'après-midi, en prévision du soir.\n§ i d. Il n'y a guère d'orchestre de music-hall *qui possède plus de 34 musiciens.\nMais beaucoup en ont moins ; la moyenne est d'une vingtaine dans les quartiers populaires de\nParis, et en province d'une douzaine. Un piano en ce dernier cas comble les vides.\nLa composition de l'orchestre n'est pas la même que dans les théâtres ou les concerts.\nLes basses sont faibles ; la contrebasse est généralement unique, ainsi que le basson. En\nrevanche, les instruments de cuivre sont relativement nombreux : deux cors, deux trombones,\ndeux cornets à pistons. Les timbales, la grosse caisse, le triangle et le tambour sont obliga-\ntoires. On ne peut écrire pour cet orchestre sans en avoir l'expérience, et un compositeur\nmuni des plus enviables diplômes n'en obtient pas ces sonorités brillantes et bien détachées\nque le premier ou le second chef de l'établissement trouve sans presque y penser."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.57", "texte": "56\nS. I. M.\n\n§ 4- Presque toujours l'engagement est conclu par l'intermédiaire d'une agence. Ces\nagences occupent, dans les quartiers du centre, des bureaux dénués de faste où siègent d'impor-\ntants fonctionnaires. C'est là que les artistes ou leurs représentants viennent apporter les attes-\ntations et les albums où soigneusement furent collés les extraits des journaux. Si l'artiste est\npeu connu, le directeur sollicité exige une préalable audition dont tous les frais, sans excepter\nles pourboires aux habilleuses et aux machinistes, incombent naturellement au candidat heureux\nou malheureux.\nQuant aux appointements, ils varient entre cent cinquante et trente mille francs par\nmois. Mais il faut observer que souvent l'artiste a lui-même à rémunérer et entretenir ses\ncollaborateurs. Lorsque ceux-ci n'appartiennent pas à l'espèce humaine, aucun salaire ne leur\nest dû, mais leur alimentation est souvent fort onéreuse : les phoques en remontreraient à\ntoutes les harengères de la halle sur la fraîcheur de la marée, et les lions refusent les morceaux\nde second choix.\n§ § 5 et 6. On remarquera que si le directeur qui renvoie l'artiste n'est tenu envers\nlui à aucune indemnité, l'artiste n'est pas davantage astreint à une réparation pécuniaire du\npréjudice qu'il subit. Hâtons-nous d'ajouter que ces conditions si dures ne sont guère que de\nstyle. Elles donnent au directeur une arme pour les cas graves, mais d'un commun accord on\ns'arrange pour n'y pas recourir. Ainsi dans notre armée la discipline est bienveillante, en dépit\nou plutôt en raison d'un code qui ne parle que de mort avec dégradation militaire.\nCONDITIONS SPÉCIALES, C et D. On estimera peut-être que la direction en prend à\nson aise. Mais il faut compter aussi avec l'insouciance des artistes, leur mépris du danger, et\nsurtout les rigueurs de la législation sur les accidents du travail. Toute loi qui prétend secourir\nles salariés tourne fatalement à leur désavantage, parce que les employeurs, de par l'argent\nqu'ils tiennent, sont maîtres de la situation. Ce qui n'empêchera nullement nos députés de\nvanter devant des électeurs ébahis leurs réformes sociales et d'en promettre d'autres plus\nfunestes encore. Mais ce sera l'étonnement et la dérision de la postérité.\nLes engagements ont une durée qui suivant la marche des établissements varie entre une\nsemaine et un mois. Certains music-halls, qui donnent en chacun de leurs spectacles une pièce\nde théâtre, ont des comédiens réguliers. Les autres ne retiennent à leur disposition, outre les\nmusiciens de l'orchestre, que quelques figurants. Le music-hall est un lieu de passage, c'est\npourquoi il enseigne une philosophie du changement qui n'est pas sans analogie avec celle de\nM. Bergson.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.58", "texte": "A Travers la Quinzaine\n\nLe grand événement de la quinzaine fut évidemment l'inauguration des Concerts\nPierre Monteux. Nos lecteurs connaissent le but de cette excellente Association et savent\nquel intérêt immédiat lui témoigna la Société Française des Amis de la Musique. Mais la\nréalité a comblé les plus ambitieux espoirs des musiciens qui avaient accueilli avec sympathie\ncette heureuse naissance. Le nouvel orchestre est d'une qualité exceptionnelle. Composé\nd'instrumentistes de premier ordre, il réalise un ensemble d'une sonorité admirable ; les pupitres\nde l'harmonie y sont tenus par de véritables virtuoses, les cuivres ont, notamment, des qualités\nde distinction et de moelleuse richesse tout à fait caractéristiques. La salle du Casino de Paris\nest une trouvaille ; elle apporte à la jeune association des avantages inappréciables : l'acoustique\nen est parfaite, l'aménagement offre l'agrément d'un confort qu'ignorent les habitués de nos\ngrands concerts dominicaux, de magnifiques promenoirs permettent aux auditeurs d'échapper\nà l'ankylose du fauteuil de torture et de retrouver cette impression de liberté physique et\nd'agréable isolement qui faisait le charme inoubliable du Nouveau-1 héâtre à l'époque où\nl'orchestre Lamoureux l'emplissait d'harmonies.\nMais là ne s'arrête pas l'originalité des Co : le prix extraordinaire-\nment modeste des places a permis à toute une intéressante clientèle musicale de prendre enfin\nsa part d'un plaisir jusqu'ici vraiment trop dispendieux et cette utile diffusion de notre art dans\ndes milieux où il ne pénétrait pas aisément, est évidemment un événement heureux dans\nl'histoire musicale de ce temps. De plus, la composition très soignée des programmes qui\naccueillent des oeuvres d'un modernisme savoureux avec une générosité à laquelle nous ne\nsommes point accoutumés, a classé immédiatement cette Société au rang des entreprises les\nplus artistiques dont Paris fut jamais enrichi.\nSongez que nous avons eu, dès les deux premiers concerts, des exécutions absolument\nparfaites et les musiciens savent ce que vaut ce compliment pour des œuvres semblables !\ndes Falses nobles et sentimentales de Ravel qui nous furent, à la lettre, révélées par Monteux,\ndes Gigues de Debussy et de la Tragédie de Sade Florent Schmitt. Et l'on appréciera\nl'effort réalisé en apprenant que cet orchestre, au lieu des trois répétitions réglementaires des\nassociations actuelles, consacre aux études préparatoires tout le temps qui lui paraît nécessaire.\nPierre Monteux, chef aimable mais énergique, réunit ses musiciens tous les matins et\npersonne ne voudra me croire ! aucun d'eux ne quitte son pupitre lorsque les douze coups\nde midi, à l'horloge de la Bourse du travail, annoncent dans tout l'univers l'interruption des\nhostilités symphoniques ! En vérité, il faut remercier les dieux d'un bienfait aussi précieux et\naussi complet et souhaiter qu'un si beau rêve ne s'évanouisse pas trop vite.\nAuprès de ces brillants débuts, les petits exercices hebdomadaires des autres concerts sym-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.59", "texte": "5»\nS. I. M.\n\nphoniques ont paru singulièrement ternes. Trop respectueux des usages établis, ces orchestres\nrééditent perpétuellement les mêmes programmes et ne savent pas triompher de leurs aînés par\nquelque généreuse prouesse. Les Concerts Sechiari nous donnent des répliques .conscien-\ncieuses des concerts Colonne et Chevillard. A signaler pourtant à leur actif la révélation, d'un\nintérêt assez modéré, d'une Rapsodie bien conventionnelle de Liapounow, prestement exécutée\npar Robert Schmitz, pianiste aux doigts légers et de deux préludes d'Albert Dupuis intitulés\nJean-Michel dans lesquels s'affirme une foi franckiste et wagnérienne plus sincère qu'éclairée.\nUn festival de musique française, très largement éclectique, dirigé exceptionnellement\npar Vincent d'lndy, obtint le plus brillant succès et attira une foule considérable, avide de voir\nl'éminent Directeur de la Schola mettre l'autorité de sa baguette au service de Gabriel Fauré,\nde Debussy et de Maurice Ravel. Et il devient malaisé, après la réussite d'un tel programme\nde croire sur parole les chefs d'orchestre qui nous affirment que les noms des compositeurs\nfrançais modernes font instantanément le vide dans une salle de concerts.\nL'Association des Concerts Hasselmans qui, au grand désespoir des critiques,\ntient ses assises le Dimanche soir, passe de main en main. Après Wurmser, M. Henri Morin\nmontre à son pupitre directorial. Il y dépense une grande activité et une louable énergie aux-\nquelles l'orchestre oppose une assez souriante indifférence. Il ne monte d'ailleurs que des\nœuvres trois cent fois entendues et son audace ou celle du comité directeur ne dépasse\npas le concerto d'Ambrosio et un finale agité et brillant de la Symphonie sur des thèmes vivarais\nde Georges Sporck.\nPour entendre cette année des premières auditions c'est encore à la S. M. I. qu'il faut\nretourner. Au dernier concert qu'elle donna Salle Erard, cette société fit triompher une suite\nde lieder d'Albert Doyen que le baryton Georges Petit interpréta avec un art supérieur. Ecrits\ndans une langue semi-wagnérienne semi-naturiste, ces chants, très humains, très poignants,\nappartiennent moins à la musique de chambre qu'au théâtre, mais leur sincérité émut profon-\ndément les auditeurs qui leur firent un succès prodigieux. Dans un esprit exactement con-\ntraire, six petites pièces de piano de Schônberg, hérissées de dissonances agressives, vinrent\nouvrir des horizons mystérieux, inquiétants, obscurs encore, mais sur lesquels doit peut-être se\nlever le soleil de demain. Une sonate honorable de M. Jeisler, fort bien exécutée par\nMlle Yvonne Astruc et M. Lortat, et de délicieuses pièces inconnues de Glinka complétaient\nla partie inédite du programme qui s'achevait sur une apothéose fauréenne, rappelant aux\nhabitués de la maison que les plus audacieuses recherches ne doivent pas détourner notre piété\nde certains chefs-d'œuvre sacrés qui ont tous les caractères de l'éternité bienheureuse.\nSaluons, en terminant la vaillante A. M. M. A. que M. Schmitz dirige avec tant de\ngoût et de talent et qui nous donne des programmes extrêmement instructifs. A côté d'intéres-\nsantes pages de Ravel, de Jean Huré, de Schmitt et d'Aubert, la jeune association nous offrit\nla première audition de trois Octuors vocaux de M. P. le Flem, adroitement écrits et animés\nde plus noble sentiment. L'exécution, assurée par les membres de la Société fut respectueuse\net nuancée. Vraiment les compositeurs de notre temps ont tort de se plaindre : chaque jour de\nnouveaux dévouements sont gagnés à leur cause. Nous finirons par les croire atteints de la\nmanie de la persécution.\n\nP. Varilles."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.60", "texte": "Les Sociétés\n\nSociété Philharmonique\nEdouard Schneider.\nConcert du plus haut intérêt que celui de la dernière soirée. Une fâcheuse indisposition\nde M. Epstein nous privait, il est vrai, du quatuor avec piano de Brahms et surtout du\nquintette de Schumann. Mais le nouveau programme, composé du quatuor en ré mineur de\nMozart, du quatuor op. 130 de Beethoven et du quatuor op. 74 n° 3 Haydn a forcé notre\nattention la plus sympathique tant par la perfection des interprètes que par la qualité\ndes œuvres. Je ne connais pas actuellement un ensemble plus homogène, une discipline plus\nstricte et plus souple que celles du quatuor Rozé. Il n'en est pas qui témoigne avec autant de\npénétrante sûreté de la compréhension exacte de l'esprit, de la sensibilité, du caractère propre\nd'une œuvre. Et quel équilibre dans la sonorité ! Quelle plénitude elle atteint dans le quatuor\ntrès concertant de Beethoven, quelle parfaite proportion dans celui de Haydn (violon solo avec\naccompagnement du trio), quelle lucide clarté dans le quatuor de Mozart ! On ne saurait\ntrouver de louange assez légitime pour exprimer à cette admirable compagnie la gratitude qui\nlui est due pour le respect, pour la pensée, pour la profonde intelligence de ses interprétations.\n\nConcerts Chaigneau.\nJeanne Helft.\nLes Séances organisées depuis quatre ans par le Trio Chaigneau sont aussitôt devenues\nl'une des plus importantes et des plus intéressantes manifestations de la vie musicale parisienne.\nAce 3e concert Mme Thérèse Chaigneau-Rummel et M. Walter Morse-Rummel ouvrent la\nséance par le Concerto à deux pianos de Bach qui est un des plus étonnants monuments poly-\nphoniques. Outre les deux parties concertantes très distinctes, le concerto s adjoint un troisième\ninstrument : l'orchestre. Les deux excellents pianistes nous communiquent la pensce du\nmaître dans toute son intégrité, et en admirant la largeur et la pureté de leui style, on\ncomprend pleinement la puissance du génie de Bach. Du grand succès remporte par Madame\nThérèse Chaigneau et M. Walter Morse-Rummel, une bonne part revient à M. Albert\nLe Guillard qui avait assumé la direction de cette œuvre complexe.\nLa sonate de Haendel, si grande et si pure dans sa merveilleuse simplicité et que le timbre\nexquis des flûtes de MM. Hennebanis et Delangle enveloppe en une harmonieuse sonorité,\ndonne à l'œuvre la fraîcheur et la richesse incomparables qui la caractérisent. L'allégro final fut\nbissé, et les deux artistes longuement applaudis.\nLes u modernes \" arrivent ensuite avec M. Louis Aubert qui accompagne lui-meme\nMmc Bathori-Engel dans ses trois \" Crépuscules d'automne \", mélodies plusieurs fois entendues\net appréciées dans divers concerts. Malgré la difficulté que présentent les intervalles de ces pièces\nfort modernes de tendances, la voix de Mme Bathori s'y meut à l'aise et s'exprime avec art.\nOn l'applaudit en outre dans la délicieuse \" Chanson perpétuelle \" de Chausson\n(avec accompagnement de piano et de quatuor) ou elle montra de belles qualités emotives, et\nqui bénéficia d'une exécution parfaite d'ensemble et de rythme. Le concert se termina par les\nquatre pièces brèves de Boëllmann (extraites des Heures Mystiques, pour instruments à cordes).\nEn résumé fort belle soirée."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.61", "texte": "60\nS. I. M.\n\nSalon des Musiciens Français.\nJ. Renard.\nLes envois commencent à manquer un peu d'imprévu sur cette cimaise. Un chœur\nreligieux de M. Planchet ne parvient pas à donner la foi à une foule contaminée de scepticisme.\nM. René Lenormand, le sympathique fondateur du fait pourtant applaudir\nd'intéressantes mélodies. On fête également l'auteur de Philotis et celui de Scemo qui va lui\nsuccéder bientôt sur la scène de l'Opéra. Les pièces de piano de M. Welsch et les petits\nfeuillets de M. Balay qu'emportent les vents, ne nous apportent pas de révélations sensation-\nnelles et composent un ensemble un peu monotone et estompé. Par contre M. Colomer avait\ntenté de réunir les extrêmes et de concilier les incompatibles en écrivant pour le violoncelle et\nle piano une Sonate dramatique propre à scandaliser les théoriciens qui n'admettent pas le\nmélange des genres et estiment que le drame ou le lyrisme scénique ne sauraient entrer sans\ndommages dans le calme domaine spéculatif de la musique pure. Enfin, obéissant à une coutume\nfranchement détestable, le Salon donnait un fragment de quatuor amputé de son ensemble. Le\nmoignon ainsi présenté, en guise de marche au vestiaire, avait été arraché à un de\nLéo Sachs. Le quatuor Malkine et le remarquable pianiste Paul Loyonnet, qui fit naguère\ntriompher à son dernier récital des pièces de piano du même auteur, se mirent résolument en\ntravers de la porte, et retardèrent courageusement la sortie des spectateurs trop sensibles pour\nsupporter la vue d'une amputation, et furent récompensés de leur énergie par de chaleureux\napplaudissements.\n\nSociété Palestrina.\nAntoine Gasc.\nAu baptême de la nouvelle Société on avait négligé d'inviter le parrain. C'était faire\npreuve d'une certaine désinvolture : une page de Palestrina n'aurait pas déparé le programme\nd'ouverture. La séance d'inauguration comportait une causerie de M. Vincent d'lndy où\nl'éminent auteur de 1 'Etrangerexprima une fois de plus ses généreuses convictions esthétiques\net son mépris pour tout ce qui n'est pas essentiel à son art.\nUne intéressante exécution de la Légende de Sainte Cécile de Chausson et de la cantate de\nBach \" BleiF bei uns\" permit de mesurer les forces de la nouvelle association que dirige avec tant\nde zèle M. de Saint-Réquier. Les chœurs sont encore un peu hésitants mais ne tarderont pas à\ns'affermir et à nous donner les belles auditions que nous sommes en droit d'attendre d'un\ngroupement fondé dans un but aussi artistique. Belle assistance et vif succès."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.62", "texte": "Comme une famille unie qui discute de ses petites affaires, affaires de cœur, affaires\nd'intérêt, ils s'assoient tous les quatre, à côté les uns des autres ; le père c'est le premier\nviolon que je veux dire dirige la discussion et intervient toujours pour tirer un légitime\nenseignement des racontars et des digressions ; la mère c'est le violoncelle il me semble\nne manque pas une occasion de faire entendre les cris du cœur et les droits du sentiment sur la\nraison ; le fils aîné et ce sera l'alto dont la voix mue encore ironise agréablement ou\nau contraire soutient la tendresse de sa mère ; et la fille c'est-à-dire le second violon\nopine du bonnet, de ce sage bonnet qu'elle ne jette jamais par-dessus les moulins, à tout ce que\ndit et son père, et sa mère et même son frère.\nLes illustrations de ceci furent nombreuses cette quinzaine ; que de familles unies se levèrent\net s'assirent d'un geste semblable dans les diverses salles de concert !\nLe Quatuor Luquin fidèle à l'aïeul, il est toujours ferme, l'aïeul, ne manquerait pas de\ndire Enthoven, sans respect pour son illustre quasi homonyme continue d'enrouler autour de la\nstatue vénérée les saintes effluves des quatuors op. 18 n° 4et 5» offrande et la Partenya chantées par\nMme Jane Arger et la Bien-aimée absente par M. Reder sont les seules concessions vocales autorisées\npar le conseil de famille. Le Quatuor Le Peuve opérant à la Schola dépouille minutieusement les\ndocuments que lui livre M. G. Bagge et en fait ressortir la qualité. Le quintette de M. Le Flem\nprouve également aux assistants que la mission prêchee par Vincent d Indy fait surgir de\nnombreux temples, de somptueux calvaires et d'innombrables ex-votos. A la Société philharmo-\nnique, le Quatuor Rosé va de Brahms à Schumann en passant par Mozart, ce qui est d'une\n* ' « 11 11 / i •\ndélicieuse impertinence envers les règles de la géographie sonore\nqui prévoit les itinéraires musicaux de façon aussi formelle que\nceux des chemins de fer. Le Quatuor Lejeune rentre dans les\nrègles méprisées par le Quatuor Rosé et se rend de Haydn à\nSchumann par la voie normale. Le Quatuor Oalliat opérant pour\nle compte de la Société Haydn, Mozart, Beethoven, fête déli-\ncieusement le plus éternellement jeune de ses trois patrons.\nIl a toutes ses dents et ne s'en vante pas : il pourrait mordre, en rabattant sa\nlourde gencive de bois, les maladroits qui effrontément et sans brevet de chirurgien-\npianiste l'énervent ; il s'en garde bien : Mistinguett ou Paul Ardot des instruments\nil ne s'étonne pas des innombrables plaisanteries que depuis Reyer, ou même avant,\non lui déverse sur la caisse: il sent qu'il a l'estime des véritables musiciens, qui savent\nqu'il détient un secret merveilleux celui des sons ultra-violets et infra-rouges. Pendant\nlongtemps on se contenta de lui faire rendre, prisme classique, le vert des\nbordées d'octaves, ou le jaune des \"traits perlés\". Mais certains artistes et qui\nn'étaient peut-être pas des pianistes professionnels aperçurent dans le prolongement"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.63", "texte": "6 2\n!• M.\n\nsonore de ses vibrations, toute une région lumineuse totalement inconue et où ils dénombrèrent\nles raies des plus rares harmonies. Le piano cessa de ce jour d'être un instrument de virtuose\npour devenir un merveilleux évocateur d'invisible.\nDans le domaine du visible M. Edouard Risler est un grand maître : ses programmes\ns'orientent du côté de la tradition : il ne recule pas à prouver que le de\nNotre Saint Père le Bach lui a révélé toute son ossature et que les sonates de Beethoven sont\npar lui supérieurement matérialisées; il a même la coquetterie de jouer du Granados et de\ns'assurer qu'il sait au besoin le chemin du pays des irréelles sonorités. Melle Baladier ne\nquitte pas la terre promise des pianistes. Chopin et Liszt lui semblent les meilleurs pourvoyeurs,\net les plus consciencieux. Melle Blanche Selva ne pouvait se passer du concours de Vincent\nd'lndy, et quand elle joue la sonate en mi du directeur de la Schola, le souffle des Cévennes et\nde la rue St. Jacques passe sur nos fronts. A rapprocher de Balakirew de la de\nJL 1\nDebussy M. Francis Coye s'évertue: aucun duel ne s ensuit, car peu\nd'instants auparavant le Mèphisto-Walzer de Liszt avait diaboliquement tué\nen nous tout esprit critique. Citons M. Devanchy pianiste probe et compo-\nsiteur consciencieux. Approuvons le choix qu'a fait Mme Jeanne Alvin\nd'une Forlane de Chausson, pour prouver un esprit qui se plie aux\ncontingences de la mode et du monde : félicitons-la surtout pour son\nexécution de la \" Fille aux cheveux de lin \" de Debussy, cette page sur\nlaquelle erre un cygne mélancolique et des \" Poissons d'or \", triomphe de Ricardo Vines. Louons\nla verve de Mme Louise Companyo dont les doigts piquent au hasard\ndans les hors-d'ceuvre sans s'arrêter beaucoup aux rôtis substantiels.\nA quelque temps de là M. Fernando Via accueille l'arran-\ngement fait par Liszt du \" roi des Aulnes \" de Schubert et termine\nson concert par une redoutable (comme difficulté) Etude en forme de\nvalse de Saint-Saëns. Melle Marguerite Gropéano mérite une men-\ntion pour avoir contribué à révéler ces génies méconnus Bach,\nMozart et Beethoven, et leur avoir adjoint ce moderne difficile Moskowski.\nSi Melle Marguerite Souchon exécute avec une ingénieuse souplesse le\n\" j Rossignol en amour\" de Couperin au titre évocateur et les de\nRameau, elle déploie un sens beaucoup plus intelligent du clavier dans la\nCathédrale engloutie de Debussy et les Jeux d'eau de Ravel. M. Boeswillwald\nApparait devant le mur de l'orchestre et avec une habileté de pelotari lui renvoie les balles des\nconcertos de Schumann, de Grieg et de la fantaisie hongroise de Liszt. M. Lhévinne se fait\nacclamer après une exécution remarquable des Variations de Brahms. Mlles Dinsart et\nPereira ont de nombreuses qualités de charme et de style. Pour ses débuts à Paris,\nM. Ganz obtient un triomphe et refuse du monde à son récital. Enfin Emil Sauer retrouve\nà la salle Erard ses fidèles admi-\nrateurs qui ne se lassent pas d'en-\ntendre ses impétueuses et magni-\nfiques interprétations. Comme l'a\ndit excellemment notre collabo-\nrateur Edouard Schneider : \" Sa\nmanière est l'incarnation même\nde la puissance et de la passion\nhéroïque. Grâce à lui, nous voyons\nressusciter chaque année la silhouette du grand Liszt dont il rappelle la physionomie en même\ntemps que la fougue. \""}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.64", "texte": "Que D. E. Ingelbrecht soit maudit ! Son rôle néfaste commence. Avant lui de hardis\nténors et d'impétueuses soprani montaient sur le tremplin sonore : chaque\nchanteur, chaque chanteuse avait son récital : une soirée entière ne semblait\npas trop pour épuiser leurs ressources ; de 9 heures à minuit, sans répit, nous\nassistions à l'épreuve de ce fusil, parfois rayé, qu'est le gosier humain. On y\ninsinuait le plomb léger des lieder ou les balles blindées des airs de bravoure :\nc'était émotionnant et cela prouvait que la résistance des cordes vocales est\ninfinie. Depuis que l'A. C. P. fonctionne, une torpeur saisit les champions de\nla virtuosité sonore : \" Quoi, disent-ils, comment lutter contre ces barbares qui se mettent à 180,\net noient la beauté du timbre individuel dans la lourde nuée du chant choral ! Notre effort va\nparaître mesquin : renfermons-nous dans notre tour d'ivoire. \"\nEt le fait est que, cette quinzaine, les chanteurs et les chanteuses ont fait la conspiration\ndu silence. Mlle Stephenson apparut salle Gaveau et promena sa fantaisie de Carissimi à Purcell\net de Ch. Kœchlin à Wassilenko.\nMlle Henriette Fumagalli à qui son\nnom aurait du imposer les tendres\nprières de l'amant de Mireille prouva\nque Sacchini lui était familier au\nmême titre que Schumann, et que\nparmi les auteurs modernes Diémer\nétait un des meilleurs pour les chan-\nteuses. Mme Marguerite Villot en\nun programme d'une savoureuse te-\nnue réunit C. Debussy et A. Magnard,\nMozart et le regretté Chausson.\nMmc Mockel et M. S. Austin célé-\nbrèrent la cantate française aux\nXVIIe et XVIIIe siècles et dénouèrent avec soin les bandelettes qui recouvraient 1 Actéon\nde Boismortier et V Amour vengé de Gervais.\nMauvaise quinzaine pour les violonistes ; les quatre cordes frémissantes ont-elles été\natteintes par l'humide température? Les chevalets sont-ils tombes brutalement sur lame du\nviolon? La colophane a-t-elle été frappée d'un impôt écrasant ? La mode des perruques blanches\na-t-elle occasionné un trust des soies d'archet, ces soies douces, plus douces que les plus Baude-\nlairiennes chevelures? Chilosa? Presque aucun pénitent noir n a surgi debout au coin e"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.65", "texte": "64\nS. I. M.\n\nl'estrade, la pose fatale, la mèche attendrie, l'œil chastement baissé. Le seul Joseph Debroux a\naccumulé en'un récital sévère et d'une lecture compréhensible aux seuls musiciens une sonate\nde Branche, une autre de Jean-Baptiste Dupuis une \" Ciacona \" de Jean-Christiaen Schick-\nhardt, un \" Hornpipe \" de George-Friedrich Haendel, une Suite\nde Fernand Goeyens, etc. MM. Tin et Gaspard Cassado en\nfrères aimables se passèrent mutuellement le \" corbillon \" de\nl'avant-scène : le public leur jeta avec empressement applaudisse-\nments et congratulations. Jean Huré et Alfred Casella se ré-\njouirent en leur compagnie. Mr Hermann partagea fraternelle-\nment son succès avec Chevillard dont les éblouissantes prouesses\norchestrales font crouler la salle Gaveau sous les applaudissements.\nMM. Armand Perté et Louis Fournier achevèrent la série de leurs quatre\nséances de piano et violoncelle : par deux fois ils apparurent devant les bancs de\nla Schola : et comme ils nous dirent un jour le los de Mendelssohn, de Brahms\net de Lalo, ils ne manquèrent pas à leur dernier concert de nous apporter la\nbonne parole de Jean Huré, d'Albéric Magnard et de nous révéler une sonate\ncurieuse et pleine de bonnes intentions de M. Rachmaninoff.\nM. Y. Tkaltchitch se contenta classiquement d'un concerto de Boccherini,\nde VElégie de Fauré, de l'allegro appassionato de Saint-Saëns : sur ce terrain\nsolide les habitués du violoncelle se sentirent en sécurité.\nMe!le Henriette Renié est une des reines de la harpe. Son dernier récital àla Salle Érard\nfut triomphal : la variété et l'intérêt de son programme et la collaboration de quelques-unes de\nses meilleures élèves, donnèrent à son concert un attrait exceptionnel.\nMelle Lénars est sa rivale sur la harpe chromatique dont elle tire des sonorités extraordi-\nnairement séduisantes. Très remarquée au dernier concert Lamoureux où elle se fit entendre,\nelle a également obtenu le plus vif succès dans les séances toujours si brillantes qu'elle donne\nà la salle Pleyel avec le concours de l'excellent organiste Bizet.\nLe Double Quintette poursuit sa belle carrière. Georges de Lausnay et Sechiari donnent\nune inoubliable interprétation de la Sonate de Franck. Mme Irma Nordmann, au chaud soprano\net à la diction prenante, fait valoir des mélodies nouvelle de Léo Sachs, dont \" \" et\n\" Le Coucou\" furent particulièrement remarquées. On sut gré à l'excellent Hennebains d'être\nvenu accompagner le \" Crépuscule\" du même auteur, lied toujours bien accueilli.\nLe Dixtuor de Paris découvre à point un de M. Emmanuel Moor pour utiliser\ntoutes ses forces généreuses et licencie trois de ses membres pour exécuter le de\nBeethoven. Et 1 Edition Sénart mobilise chanteuses et instrumentistes pour présenter ses\ndernieres nouveautés au public. Ses vendeuses furent Mellu Bonnard qui accapara toute la faveur\nde la clientèle, Melle Samuel-Rousseau, la pianiste Andrée Gellée, Melle Lénars armée d'une\nharpe-luth qui fit sensation et les choristes de Mme Mellot-Joubert. Brillant succès pour cette\nvente qui n'était pas de charité."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.66", "texte": "5\n\nNANTES. Association des Grands Concerts : Le troisième concert a été donné devant\nune salle comble accourue pour applaudir le célèbre pianiste Busoni. Celui-ci a admirablement\njoué le pittoresque cinquième Concerto de Saint-Saëns, notamment l'andante, qu'il détailla de\ndélicieuse façon et le final qu'il enleva avec une fougue prestigieuse. M. Busoni interpréta avec\nun succès de perfection trois transcriptions de Chorals de Bach, des transcriptions de pièces de\nPaganini par Liszt, dont la Chasse et la Campanella où il eut de stupéfiants effets de sonorité,\nenfin la Grande Polonaise, de Chopin.\nM. Henri Morin dirigea avec une vive intelligence musicale et une grande élégance\nl'admirable symphonie en ut mineur de Saint-Saëns. L'orchestre s'y montra vraiment excellent.\nLe poétique Prélude de Myrdhin de notre concitoyen Paul Ladmirault fut justement goûté.\nLa Péri, de M. Paul Dukas, qui terminait le Concert, n'était malheureusement pas au point.\nLes musiciens ne donnèrent qu'un pâle décalque de cette œuvre d'une richesse harmonique et\ninstrumentale si éblouissante.\nSociété César Franck. Cette jeune Société a donné un second Concert avec un\nprogramme moins ambitieux que le premier. L'orchestre, décidément en progrès, et dirigé\nd'une façon claire et précise par M. Le Guemnant a joué le second Concerto-Grosso d'Haendel,\nl'ouverture d'lphigénie en Aulide, et les charmantes Scènes Bretonnes de Ropartz, toutes\nparfumées des senteurs de la vieille terre d'Armor. M. Paul Millier interpréta en violoniste de\ntalent les deux Romances de Beethoven. Madame Grignon-Demoulin chanta fort agréablement\nun air d'lphi génie en Tauride, un air de la Pentecôte de Bach et l'exquis Nocturne de Franck.\nEnfin, Madame Condroyer, pianiste experte, tint d'irréprochable façon la partie de piano du\nConcerto d'Haendel, et celle du Septuor avec trompette de Saint-Saëns qui complétait le\nprogramme. Au sujet de l'exécution de cette œuvre adorable, non pas telle que Saint-Saëns\nl'écrivit dans la plénitude de son génie, mais avec le concours de tous les instruments à cordes\njouant à l'unisson, je ne saurais faire trop de réserves. M. Le Guemnant aura beau, pour\nlégitimer sa façon d'agir, mettre en avant toutes les autorités qu'il voudra, il n'empêchera pas\ncette version fantaisiste d'enlever à l'œuvre tout son équilibre. Et puis, si l'on entrait dans\ncette voie, rien n'empêcherait de donner un jour ou l'autre, la Sonate a, Kreutzer, par vingt-\ncinq violes et dix pianos, ou le quintette de Franck par un orchestre à cordes et un nombre X\nde Pleyels ou d'Erards.\nETIENNE DESTRANGES.\nROUEN. Théâtre des Arts. Clèopâtre. Opéra en 4 actes et 7 tableaux, poème\nde M.M. A. Bernède et P. de Choudens, musique de M. Fernand Le Borne.\nQuinze jours avant l'apparition à Monte-Carlo de la Clèopâtre de Massenet, le Théâtre\nde Rouen donnait la ile représentation de celle de M. Le Borne. Sans doute les deux œuvres\nse ressemblent-elles peu. La première se présente sous la protection posthume d'un nom\nprestigieux sur la scène française et même sur les scènes étrangères : pour peu que le Maître\ndisparu soit resté lui-même, sa dernière œuvre prendra place à côté des précédentes et trouvera\nfacilement le même succès auprès du grand public.\nLa Clèopâtre de M. Le Borne est, au contraire, d'une conception et d'une réalisation"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.67", "texte": "66\nS. I. M\n\nessentiellement modernes. Elles appartient à la famille de ces oeuvres qui, apportant une note\nnouvelle, doivent lutter pour conquérir leur place, et méritent de l'obtenir parmi les meilleures.\nLa création de cet opéra est donc un événément de réel intérêt musical.\nLe poème retrace les amours d'Antoine et de Cléopâtre, la puissance séductrice de la\nreine d'Egypte, sa venue vers Antoine à Tarse, sur une galère couverte de femmes et de\nfleurs, la rencontre d'Antoine, qui ne tarde pas à devenir l'esclave de Cléopâtre, les transports\nde leur sens et les fêtes lascives qui les encadrent, puis l'abandon, le désespoir de l'amante se\ncroyant trahie par Antoine, le retour de celui-ci et les ardeurs de la réconciliation, enfin la\ndéfaite d'Antoine, la victoire d'Octave, le dernier adieu des amants et la mort tragique de\nCléopâtre dans le tombeau des Ptolemées.\nLa partition de M. Le Borne a magnifiquement commenté ce livret. Vigoureuse, ardente,\npassionnée, parfois un peu violente elle ne saurait laisser l'auditeur indifférent. Elle le heurte ou\nelle le séduit. Ce dernier effet sera celui que ressentiront tous ceux qu'attire l'art véritablement\npersonnel et sincère. Les thèmes conducteurs sont très caractéristiques et développés avec\nune logique et une richesse remarquables, les principales scènes conduites habilement, sans\nlenteur, et leur intérêt se renouvelle sans cesse. L'orchestration, solide et pleine, présente\ntoujours un vif intérêt, grâce à la variété et au savant emploi des différents timbres.\nNous signalons parmi les plus belles pages : le tableau de la galère où les chants lascifs\ndes compagnes de Cléopâtre offrent un coloris particulièrement séduisant, les deux duos de\nCléopâtre et d'Antoine, dans lesquels les influences franckiste et wagnérienne se font heureuse-\nment sentir, le ballet du 2 acte, et les préludes ou interludes symphoniques qui sont\nremarquables, la scène dramatique du 3me acte et une sorte de cantilène d'un beau caractère\nque chante à Cléopâtre abandonnée sa confidente Charmion, etc.\nEn résumé nous sommes en présence d'une oeuvre originale, pleine de vie, de mouvement\net de couleur. C'est certainement un des opéras les plus remarquables qui nous aient été donnés\ndepuis io ans, non-seulement sur notre scène rouennaise, mais sur tous les théâtres lyriques\nfrançaises.\nL'interprétation de Cléopâtre présente des difficultés. Il y a notamment des écarts terribles\npour les voix. Mîle Davelli, de l'Opéra-Comique a superbement triomphé dans cette création\nde Cleopâtre, elle y restera inoubliable aussi bien comme tragédienne que comme cantatrice.\nC'est la perfection même et son succès a été unamine. M. Danse a joué le rôle d'Antoine\navec cette correction et cet art du chant qui en font un excellent artiste. M. Claude Jean s'est\ntiré à son honneur du personnage ingrat de Thanis, général égyptien qui sacrifie au salut de la\npatrie son malheureux amour pour la reine et M. Th. Mathieu, chef d'orchestre a \"conduit\nmusiciens et chanteurs à la victoire avec l'autorité, l'énergie et la décision qu'il apporte dans\nles études des œuvres nouvelles.\n\nH. H."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.68", "texte": "Sur la demande d'un gran\nse trouvant actuellement en villégiature sur la Côte\nd'Azur, ce n'est pas à Paris que nous organiserons le\nprochain dîner de notre Revue. Puisque nos artistes les\nplus fêtés et les personnalités les plus brillantes de nos\nréunions se retrouvent en c\nc'est à Nice et à Monte-Carlo que S. I. M. groupera ses\namis, entre le 16 et le 22 Mars prochain.\nCette période étant celle où d'importantes manifesta-\ntions artistiques sont annoncées, nous avons pu élaborer\nà l'intention de nos lecteurs un programme particulière-\nment attrayant. Et pour permettre à nos abonnés de Paris\nde se joindre à leurs amis de\noffrons un plan de voyage\navantages exceptionnels :"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.69", "texte": "1° Voyage aller et retour en 1 classe\nPARIS NICE MONTE-CARLO\nDÉPART ET RETOUR INDIVIDUELS ET FACULTATIFS\n2° Séjour de cinq jours ple luxueux GRAND-\nPALAIS de NICE (chambre et trois repas). Dernier\nconfort moderne.\n3 Invitation à la Répétition Générale (création) de\nBéatrice d'André Messager, à TOPÉRA de\nCarlo.\nInvitation à I'OPÉRA de Nice.\nInvitation au CASINO MUNICIPAL de Nice.\nInvitation à F ELDORADO de Nice.\n4° Déjeuner de la Revue à Nice au Nouvel Hôtel Ruhl\n5° Déjeuner de la Revue à Monte-Carlo à YHotel\nde Paris,(le jour de la de\nBÉATRICE.)\n(Prix globaLpour nos abonnés, par personne: 300 francs.)\nLe nombre des inscriptions est limité. Prière s'adresser à M. l'Administrateur\nde la Revue S. I. M. 29, rue La Boëtie les adhésions et le montant de la souscription,\navant le 10 Mars.\nPour ceux de nos abonnés, qui se trouvent sur la Riviera le prix de chacun\ndes déjeuners reste fixé, comme d'habitude, à 20 francs.\nLes cinquante premiers inscrits, parmi les membres de la Société française des\nJlmis de la Musique, pourront faire partie de cette excursion au même titre que\nles abonnés de la Revue."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.70", "texte": "R. L.\nLa création de Cachaprèsau Théâtre de la Monnaie devait être un événement. Du moins\nl'avaient annoncé les joviales fanfares de la Renommée et de la Publicité. Jamais autant d'in-\nterviewers et d'encenseurs avant la lettre ne s'étaient vu mobiliser : il s'agissait, n'est ce pas,\nd'une œuvre quasi... belge ! Malheureusement notre bon public a fait prompte justice de cette\nprétendue glorification de Lemonnier. Il a témoigné d'une magnifique indifférence pour l'essai\nmédiocre que l'on prétendit préférer à telle partition nationale, dont la noble beauté s'est sin-\ngulièrement accrue par l'inévitable comparaison. Nous avons revécu l'émotion connue, il y\naura trois ans, au Lyrique flamand d'Anvers, d'une soirée d'art pur où le maître que nous\npleurons exultait dans la vibrante communion des enthousiasmes, des ferveurs. Nous avons\nrevécu cette heure glorieuse et l'émouvant symbole de la Cène où Barba, pasteur des âmes en\nEdéniey partageait le pain : chair et sang de la terre. Lemonnier, lui aussi, nous partageait le\npain son âme, mais dans les acclamations qui le fêtaient, des mains, hélas, savaient déjà le poids\ndes trente deniers de Judas.\nTout le monde a dit ou écrit que le scénario de ridiculise le puissant chef-\nd'oeuvre que reste Un Mâle. L'action même, dans sa rudesse, dans sa vérité fauve et brutale,\net poignante, y est trahie. Les caractères se sont banalisés outrageusement. La grande Forêt\nest absente. Et bien entendu, ni les splendeurs de l'évocation, ni le souffle, ni la fougue, ni le\nrythme ni le lyrisme panthéistes de l'écrivain ne se retrouvent, ici. Il faut déplorer que\nLemonnier ait consenti à l'arrangement scénique d'une œuvre essentiellement réaliste. Ses\nhéros étaient faits pour la saine et libre nature. Sans doute, les annotations, de lecture cursive\nsemble-t-il, qu'il a semées aux divers tableaux du livret tentent de corriger l'irrévocable\nsécheresse d'un dialogue pénible, d'une prose inhabile, malgré les ficelles, les artifices archi-usés\nqui font partie de ce qu'on appelle: le métier Le n'en devient pas moins\ngrotesque, sur les décors en carton, et dans le rôle de l'amoureux transi à qui l'on fait chanter :\n\"Viens!... c'est le printemps, c'est l'amour!\" Quant à la musique de M. F. Casadesus,\nelle n'est ni particulièrement bonne, ni spécialement mauvaise, sans pour cela qu'elle soit\nquelconque. Ses qualités lui viennent d'un parfait savoir-faire, d'une évidente distinction, d'une\nsensibilité toujours délicate, non dépourvue, par endroits, d'envolée. Le musicien, en somme, a\nécrit un poème-symphonique, en commentaire des plus belles pages du roman. L'hommage\naurait dû s'arrêter là.\nLe quatrième concert populaire, précédant le Festival Strauss que nous avons en ce moment\n(Représentations à'Elektra,de Salomé,audition d'œuvres symphoniques sous la direction du\nmaître) devait amener au pupitre Claude Debussy et Vincent d'lndy. Mais à la veille de cette\nmanifestation, un communiqué vaguement ironique nous apprenait que l'auteur de Pel!éosy\n\" pris par la composition de quelque nouveau chef d'oeuvre \" s'était récusé au dernier jour.\nCette nouvelle a vivement déçu la jeunesse musicienne qui se promettait de faire fête à celui\nauquel nous devons la récente création de Parsifal nous le fit mieux sentir encore la\nrévélation la plus fervente de nos passions et de nos joies, la plus humaine, aussi, selon notre\nheure. M. d'lndy prépara donc et dirigea seul l'audition, où la grosse part, ma foi \" quia\nnominor leo \" lui était réservée."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.71", "texte": "LONDRES\nLa Société des Concerts français de Londres poursuit sa 6e saison. Son influence dans\nles milieux musicaux anglais se trouve révélée par ce fait que, parmi les 185 sociétaires qui\nconstituent maintenant cette phalange, les Français ne comptent que pour 56, les Anglais\npour 129. Et parmi ces derniers, 35 appartiennent au professorat musical, ou sont élèves à\nl'Académie ou au Collège Royal de Musique. Si l'on ajoute les quelque 40 critiques musicaux\nqui suivent régulièrement ses concerts (bien que la Société ne fasse aucune annonce ou\ncommuniqué payant aux journaux qu'ils représentent) on a la physionomie du public régulier\nde la Société.\nEn plus des 22 concerts donnés à Londres jusqu'alors, la Société en organisa 31 dans la\nprovince anglaise. Aux programmes de ces concerts, nous relevons 66 noms de compositeurs\nfrançais, 11 de ces compositeurs ayant pris part personnellement aux séances, 320 œuvres\nfurent ainsi soumises au public anglais, et il est intéressant de noter que, sur ce nombre,\n182 œuvres n'avaient jamais été données encore en Angleterre. On se rend compte dès lors de\nl'importance du mouvement créé.\nVoici les programmes de la 6e saison :\nLe 13 novembre, 22e concert consacré aux maîtres du XVIIe et XVIIIe siècle et à\nDebussy, Huë, Jarnach, Poldowski et Ravel, avec Mme J. Bathori-Engel et M. Henri Etlin.\nLe 16 janvier, 23e concert : le quatuor Willaume-Feuillard jouera le quatuor de Ravel\net, avec Mme Feuillard au piano, le quintette de J. Dupont, Mme Leininger-Devries chantera\ndes mélodies de J. Dupont, Chausson et Jean Cras.\nLe 16 février, 24e concert consacré au quintette de Florent Schmitt et à quelques-unes\nde ses mélodies et pièces pour piano. Le maître sera au piano ; le quatuor Willaume-Feuillard\net Mme Roosevelt se joindront à lui.\nEn mai, 25e concert consacré à la Suite basque de Bordes, la Suite en rè de Vincent\nd'Indy et quelques chansons populaires. Mlle Luquiens et M. Louis Fleury en seront les\nprincipaux interprètes.\nGENEVE\nDevrais-je vous entretenir d'un cheval vert qui déshonore les murs de notre ville, de\nl'ouverture, d'un magasin qui jette nos belles dames en extase, des oripeaux rutilants à la\nRichard Strauss, recouvrant une carcasse quelconque, ou des mascarades \" chaloupantes \" qui\nsoulignent l'anniversaire d'une attaque nocturne manquée des savoyards contre Genève r II\nserait infiniment plus agréable de signaler le délicat étalage en question où des gazes vaporeuses,\ndes voiles translucides, un chromatisme automnal délicat, murmurent la plus délicieuse des\nsymphonies. C'est de l'idéal habillé, mais si peu vêtu, l'éloquence d'un rien ! Tant de sym-\nphonies ne portent que des loques, et laissent percer les coudes. La mentalité genévoise parmi\nces diverses manifestations est plutôt désemparée. En musique, elle avait l'intime conviction\nque Bach, Beethoven et Wagner, étaient des génies, auxquels Mahler et Strauss seuls, pou-"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.72", "texte": "LA QUINZAINE\n\n69\n\nvaient succéder avec gloire. La surprise ressentie au contact de \" Pelléas \", il y a deux ans,\nfut le point de départ d'un certain revirement public. L'étonnement grandit l'hiver dernier,\nlors du premier concert français de Witkowsky et de son bel orchestre lyonnais. Ricardo Vinès\ncontribua également à ce mouvement naissant, que deux récentes représentations de \" l'Etran-\nger \" de V. d'lndy, faillirent compromettre, alors que le symphoniste d'lndy, avait eu sa large\npart dans les succès de la musique française. La présence de Sechiari, au quatrième concert\nd'abonnement (nos u Lamoureux \"), remit, voici peu de temps, les choses au point et si cet\nélégant chef d'orchestre mérita les applaudissements d'une salle ravie, ce ravissement provenait\ntout autant de son programme uniquement français, qui remplaçait avantageusement les\nschopenhauriennes élucubrations \"made in Germany\", depuis près d'un demi-siècle. Chabrier,\nDebussy, Dukas, furent les héros de cette soirée et je me trompe fort ou l'art français est\nbien près d'avoir subjugué l'austère cité calviniste. Nous conquérir est plus difficile, si l'on s'en\nréfère au jugement de Voltaire \"Ah ! cette Genève, quand on croit la tenir, tout vous\néchappe. Perruques et tignasses, c'est tout un \". La victoire n'est en pas moins proche, et nous\napplaudissons d'avance les initiatives qui vont nous amener sous peu l'orchestre Chevillard\net de nouveau Witkowsky, pour un, peut-être pour deux concerts d'orchestre.\nCette chronique pourrait s'arrêter ici s'il ne me restait le devoir de signaler les solistes\nqui se risquent à donner seuls, ou à deux, des concerts. La plupart du temps, les banquettes\nforment le meilleur de l'auditoire. Si l'on insiste, cela réchauffe un peu la salle sans grand\navantage pour l'artiste. Jules Boucherit, dont l'âme latine vibrait intensément dans un recent\nconcert, a dû éprouver quelque déception à cet égard. Que voilà donc un beau violoniste, qui\nmérite, autant que Thibaud, d'attirer la grande foule ! Les pianistes Oliver Denton, Henri\nSchidenhelm, Aurelio Giorni (jeune virtuose italien de tempérament), firent d égalés et mélan-\ncoliques expériences. Mais ils sont tant, que le public s'y perd, a distinguer le bon grain de\nl'ivraie ! A en juger par l'accueil glacial réservé à Leech-Carrecas (pourquoi ? mystère !), a\ncelui plus sympathique d'Oscar Gustavson, et réellement chaud d Helene Wuillemier tous\ntrois violonistes, on en arrive à réserver son opinion personnelle sur toute cette jeunesse coura-\ngeuse. Il reste acquis, que le récital devient un genre de plus en plus hasardeux. A bas le\nrécital ! Mais alors, comment se faire connaître ? Il n'y a encore que le récital. Vive alors le\nrécital ! Le mal est décidément nécessaire.\n\nFranck Choisy.\n\nSociété internationale de Musique\nASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA SECTION DE PARIS\nLa Section de Paris a tenu son Assemblée Générale de 1914, le jeudi 29 janvier\nà la Bibliothèque de l'Opéra, sous la présidence de M. J. Ecorcheville.\nAprès l'allocution du Président, le Secrétaire Général et ,1e Trésorier ont présenté leurs\nrapports qui ont été approuvés à l'unanimité.\nL'élection du Comité faite par l'Assemblée Générale et suivie de l'élection du Bureau\na donné les résultats suivants :\nJ. Ecorcheville, Président ; L. de La Laurencie, Vice-Président ; J. Chantavoine,\nSecrétaire Général ; Ch. Mutin, Trésorier ; membres du Bureau : MM. A. Boschot,\nL. Laloy, J.-G. Prod'homme, H. Prunières, H. Quittard."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.73", "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nCONCERTS POPULAIRES\nLes deux premiers concerts de la Société des Concerts Populaires dont M. Pierre\nMonteux est le Président et le Chef d'orchestre, ont remporté le plus grand succès. La\ncritique a été unanime à apprécier l'œuvre entreprise par cette nouvelle et vaillante association\nartistique.\nNous avons déjà dit, et nous ne croyons pas inutile de répéter, que la Société des Con-\ncerts Populaires se propose de donner, à prix très réduits, en dehors des concerts du dimanche,\nquelques auditions dans les Universités Populaires ou œuvres similaires.\nDe plus, son intention est de consacrer périodiquement, le matin, une répétition à la\nlecture d'oeuvres nouvelles de compositeurs français ou étrangers.\nPour remercier la Société Française des Amis de la Musique de lui avoir accordé son\npatronage et son appui, M. Pierre Monteux, au nom de la Société des Concerts Populaires,\na bien voulu offrir à tous nos adhérents les privilèges suivants :\nLes membres de la Société Française des Amis de la Musique seront reçus gratuitement,\nsur présentation de leur carte de sociétaire :\ni° A toutes les répétitions générales du samedi matin.\n2° A toutes les séances de lecture musicale.\nNotre Société lui en sait gré et le remercie en outre très vivement de l'amabilité qu'il a\neue d'inviter tous ses membres à son concert d'inauguration du 8 Février. Un grand nombre\ndes Amis de la Musique ont répondu à son appel et lui ont prouvé par là, et par leurs applau-\ndissements si mérités, combien ils ont été sensibles à sa gracieuse pensée.\nNous ne doutons pas que nos Sociétaires apprécieront les avantages qui leur sont accordés\npar notre entremise et que cela les incitera à faire une utile propagande aussi bien pour les\nConcerts Populaires qu'en faveur de notre Société.\n#\n# *\nPRIX DE MUSIQUE 1913\nLe Conseil d'administration de la Société s'est réuni le jeudi 19 février chez M. Gustave\nBerly, Président.\nDans cette séance, le Conseil a été appelé à se prononcer sur le prix de musique de\nFr. 500, pour 1913, attribué à titre d'encouragement à une compagnie de quatuor à cordes.\nPlusieurs concurrents s'étant désistés au dernier moment, et d'autre part l'importance\ndes documents fournis par le quatuor Chailley ayant parfaitement répondu au programme\nimposé, il a été jugé qu'une audition, primitivement exigée, devenait inutile.\nPar suite, le Conseil a voté, à l'unanimité, d'accorder le dit prix au quatuor Chailley,\nequel est composé de :\nM. Marcel Chailley, ler violon M. Philippe Jurgensen, Alto\nM. Victor Gentil, 2' violon M. Jules Griset, Violoncelle"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.74", "texte": "LA QUINZAINE\n71\n\n~^e cll,a^uor Chailley se fera entendre prochainement dans une des réunions privées de la\nSociété Française des Amis de la IVlusique.\nCOMMUNICATION :\nPar suite d une entente avec la direction de la Revue Musicale S. I. M, les membres\nde la Société Française des Amis de la Musique sont appelés à profiter des privilèges offerts aux\nabonnes de cette publication, a l'occasion d'un \" Meeting \" qui aura lieu sur la Côte d'Azur\nce mois-ci.\nOn trouvera d'autre part dans le présent numéro un programme détaillé relatant les\navantages exceptionnels qui seront accordés aux souscripteurs.\nCeux de nos membres qui voudraient profiter de cette excursion n'auront qu'à en\nfaire la demande à M. René Doire, Administrateur de la Revue Musicale S. I. M, 29 rue la\nBoëtie, en lui adressant le montant de leur souscription qui est fixée à Fr. 300.\nLe nombre des inscriptions réservé aux Amis de la Musique est limité à cinquante.\nNOUVEAUX MEMBRES\nLes nouvelles adhésions suivantes sont parvenues au Secrétaire Général :\nMlle Arthus M. Delage Mme Marty\nM. Beaucaire M. Dépinay M'ne René Martin\nMlle Berthaud M. Henri Delmas Mme A. Messein\nM. Edouard de Billy Mme Détroyat Mme Georges Odier\nMme Richard Bloch M,ne Léon Dreyfus Mm,î Rieder\nM 1 Suzanne Boudon M. Genuys M. Ernest Rieder\nM. Louis Bouvier Mme Louis Guérin Mme Lucien Sée\nMUs Maud Braëtt Mme Harouel-Garcia M. Henri Soulié\nM. Charles Catusse Ml!e Homolle MIIe Vigneron\nM. Frank Choisy Mme Laffite Mme Zukowska\nCOTISATIONS 1914:\nLes membres de la Société qui n'ont pas encore réglé leur cotisation pour l'année 1914\nsont instamment priés de bien vouloir en adresser le montant au Secrétaire Général, 29 rue la\nBoëtie. Il y a intérêt pour eux à le faire, car la présentation des cartes de sociétaire sera doré-\nnavant exigée à l'entrée aussi bien pour les répétitions des Concerts Populaires que POUR\nTOUTES LES REUNIONS DE LA SOCIÉTÉ."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.75", "texte": "ÇA ET LA\n\nÉchos\n\nLes scrupules de l'artilleur.\nNous avons reçu la lettre suivante :\n\" Permettez-moi de venir vous demander un petit éclaircissement sur un mystère qui m'intrigue.\nJe suis, de mon métier, artilleur de la Tour Eiffel. C'est moi qui, chaque jour, pour annoncer l'heure\nde midi aux parisiens, approche du petit canon de la troisième plateforme une mèche allumée. Là-\nhaut, vous savez, on n'a pas grandes distractions et on s'amuse comme on peut. Moi, je me plais à\nobserver avec une forte lorgnette, les effets que produit, dans les rues de Paris, la détonation quoti-\ndienne. J'ai pu faire ainsi quelques observations curieuses. J'ai remarqué, en particulier, qu'il existait\nune catégorie de travailleurs sur qui mon coup de canon produisait une impression foudroyante ; c'est\ncelle des musiciens d'orchestre. A midi, bien des ateliers s'ouvrent et déversent leurs ouvriers sur la\nchaussee, mais il faut voir se vider une salle de répétitions ! Ça vaut le coup ! J'enflamme mon étoupe,\net je braque aussitôt ma longue vue sur la place du Châtelet ou la rue la Boëtie... Boum !!! Instantané-\nment un flot de petits hommes noirs se bouscule hors de la maison et grouille sur le trottoir ! D'où je\nsuis, on dirait que j'ai tiré sur un nid de fourmis ! C'est rigolo comme tout...\nOr, depuis quelque temps, il se passe un fait auquel je ne comprends rien. Il y a, rue de Clichy,\nau Casino de Paris, un nouvel orchestre qui répète tous les matins, au lieu de se reposer, comme les\nautres, entre chaque séance. C'est déjà pas très naturel, mais figurez-vous que ces amateurs-là ne\nsortent pas de leur trou à mon coup de canon ! Ce n'est qu'un quart d'heure ou une demi-heure après\nqu'ils s'en vont tranquillement déjeuner.\nVous qui êtes de la partie, voulez-vous me dire si c'est un orchestre bien sérieux, si c'est de vrais\nmusiciens ou simplement une réunion de sourds ? Je vous avoue que ces gens-là ne m'inspirent pas\ngrande confiance. Pourquoi ne font-ils pas de la musique comme tout le monde ?\nRecevez... etc.\nLa parole est à M. Pierre Monteux.\n0 0 0\nLe chat qui dormait...\nIl ne dormait que d'un œil. Au fond, il ne perdait pas un mot de la conversation\nde son temps à laquelle il affectait de ne plus se mêler depuis quelques années. Et il\ncontinuait à observer les hommes et les choses de la musique avec la perspicacité\nnarquoise qui l'avait rendu si redoutable. Il était, en effet, à peu près seul à remplir\ndans la critique le rôle de détective artistique, démasquant les simulateurs et dressant\ndes contraventions contre les saboteurs, avec une inlassable énergie. Lui seul osait\nprélever des échantillons chez les falsificateurs et les exposer publiquement en guise\nde pièces à conviction. Rassurés par son long silence, les amateurs reprenaient\nconfiance et s'enhardissaient... ils avaient tort. Un coup de patte énergique vient de\nprouver à un outrecuidant jeune homme, auteur d'une ridicule plaquette, que les\nméfaits musicographiques ne demeurent pas toujours impunis et qu'il v a des juges\nà Bruxelles !"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.76", "texte": "LA QUINZAINE\n73\n\nAlimentation rationnelle.\nElle n est plus très jeune et le métal de sa voix est profondément altéré. Malgré\nles timides objurgations de ses amis, elle ne se décide pas à lâcher la rampe \"et\nses apparitions sur la scène provoquent parfois de cruelles manifestions populaires.\nTout récemment, à 1 issue d'un air particulièrement douloureux, la traditionnelle\npomme cuite vint s écraser à ses pieds avec un bruit flasque. Folle de colère,\n1 artiste courut s enfermer dans sa loge où, sans soupçonner le drame qui venait de se\njouer sur le plateau, deux de ses familiers devisaient paisiblement en attendant son\nretour. Lun d'eux était son vieux médecin. Il décrivait avec enthousiasme à son\ninterlocuteur les bienfaisants effets des régimes qu'il prescrivait à ses clientes: \"Chère\namie, s écria-t-il avec feu, en voyant entrer la cantatrice, dites vous-même à Monsieur\nquels miraculeux résultats vous obtenez avec le régime des fruits cuits que vous\nexpérimentez en ce moment... \"\nLe bon docteur n'a pas encore compris pourquoi, au lieu de répondre à cette\nsimple question, sa cliente préféra s'offrir immédiatement une attaque de nerfs...\n\nL'Homme à la Contrebasse.\n\nNouvelles\nA la mémoire de Raoul Pugno. Sur l'initiative de M. Edouard Ganche, et avec l'auto-\nrisation de la famille de Raoul Pugno, un Comité vient de se former dans le but d'élever\nà la mémoire du grand artiste un monument destiné à perpétuer le souvenir de son admirable\ntalent. Le Comité d'exécution a pour président M. Camille Le Senne et pour vice-présidents :\nMme Adolphe Brisson, MM. Henri Deutsch de la Meurthe, Henri Heugel, Camille Mauclair.\nLes souscriptions doivent être adressées à M. le docteur G. Patourel, trésorier du comité,\n79, avenue de Breteuil, Paris 15e.\nOn nous prie d'annoncer la fondation d'une nouvelle Société artistique le Diapason,\nsous la présidence de Mme la Duchesse d'Uzès douairière et de M. Camille Chevillard, et la\nvice-présidence de Mme Edmond de Polignac.\nLe Diapason a pour but de donner des séances de musique, notamment de musique de\nchambre, dans les conditions les meilleures et avec les garanties les plus sérieuses de parfaite\nexécution et de confort matériel.\nIl se propose en outre de révéler avec le plus grand éclectisme les œuvres d'artistes\nanciens ou modernes, éditées ou inédites et qui, par leur intérêt artistique sont susceptibles de\nretenir l'attention.\nTrès brillante soirée musicale dans les salons de Mme et M. Louis Diémer. Un programme\nort intéressant permit aux invités d'applaudir Mme Kutscherra, M\"'e Marcella Pregi,\nM. Albert Geloso, M. Louis Fournier, M. Henri Etlin et le maître de la maison dont la\nvirtuosité n'a jamais été plus éblouissante et plus infaillible.\nVAnnuaire des Artistes (28e Année) Edition 1914, vient de paraître.\nLe volume richement relié est en vente au prix de 7 fr. chez Risacher, 161,\nmartre., Paris,et chez tous les principaux libraires."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.77", "texte": "74\nS. I. M.\n\nDe Berlin.\nTrois jeunes pianistes parisiennes viennent de se produire presque en même temps dans\nles salles de concerts de Berlin. Mllej Geneviève et se\nsont en effet donné rendez-vous dans la capitale germanique, où leurs récitals ont été applaudis\npar la presse musicale. Mademoiselle Geneviève Dehelly très remarquable a, en outre, joué la\nBallade de Fauré à la Salle Blûthner.\nDe Saint-Pétersbourg.\nAvec le plus grand succès, vient d'avoir lieu, à Saint-Pétersbourg, une audition de la\n\" Croisade des Enfants \", de M. Gabriel Pierné, par le célèbre et\nl'orchestre du Comte Chérémétieff, sous la direction de M. von R. Hesselbarth.\nD'autre part, on nous annonce qu'une Société de Reval s'est organisée et fait une tournée\nde la \" Croisade des Enfants \".\nLa première audition a eu lieu le 4 février à Réval ; la seconde à Riga, au Théâtre\nMunicipal.\nLe personnel choral qui fait cette tournée se compose de 140 choristes et de 170 enfants.\nL'ochestre est dirigé par M. Hirschfeld.\nDe Monte-Carlo.\nLes \" Concerts Louis Ganne \" :\nLa vogue des Concerts de la \" Salle de Musique \" que dirige M. Louis Ganne, grandit\nde jour en jour. Le public mondain suit assidûment ces merveilleuses séances musicales où,\nsous la baguette magique du célèbre compositeur, un petit orchestre d'élite uniquement\nconstitué de premiers prix du Conservatoire, nuance à ravir la musique classique et moderne.\nA côté des concerts quotidiens et l'après-midi, M. Louis Ganne donne, le soir, des\n\" Concerts de gala \" où se font entendre les meilleurs virtuoses.\nDepuis le ler janvier, ces u galas \" dont le succès est éclatant, ont permis au public\nélégant d'entendre et d'applaudir d'admirables artistes :\nCe furent, à tour de rôle, les brillants pianistes MM. Jean Batalla, Edouard Garés,\nMMmes Jane Mortier et Madeleine Vizentini ; les virtuoses violonistes, MM. Deszo\nLederer, Pierre Matignon, et Mlle Yvonne Astruc ; deux violoncellistes merveilleuses,\nMme Caponsacchi et Mlle Anna Nehr ; le maître flûtiste, M. Hennebains ; la brillante\nharpiste, Mlle Nicole Anckier.\nMme Cécile Chaminade est venue accompagner au piano plusieurs de ses œuvres exquises,\nremarquablement chantées par M'ne Marie Capoy, et délicieusement soupirées par le flûtiste\nM. Georges Laurent.\nParmi les cantatrices les plus applaudies, il faut citer Mlle Suzanne Brévil, Mlle Valentine\nRycet, Mlles Felde Symson, Thérèse Stengel et Charlotte Boichin.\nL'excellent ténor M. Georges Mauguière fit apprécier sa voix pure et son style parfait.\nA l'un des plus récents \" galas \", les virtuoses de l'orchestre offrirent à M. Louis Ganne\nsa croix en brillants de chevalier de la Légion d'honneur. Le public fit chorus : ce fut un\nmoment d'émotion unanime. Car si M. Louis Ganne est adoré par son prestigieux orchestre,\nil est aussi l'idole du public mondain, qui admire et chérit en lui le chef d'orchestre de\nbrillante maestria, le musicien vraiment emballant, et l'homme de la plus charmante cordialité."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.78", "texte": "Le Gérant : MARCEL FREDET.\nImprimerie Sainte Catherine, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique\n\n/F .\n( Agence Musicale de Pans, E. REY & Cie, 9, rue de l'lsly\nSALLE DES AGRICULTEURS, 8, RUE D'ATHENES\nTrois Récitais de Violon donnés par\nLUCIEN DUROSOÏR\nlr RbCI TAL SAMEDI 21 MARS 1914, à 9 heures\n1. Suite en si mineur (Bach) 2. a. Chants Russes (E. Lalo) b. Ber-\nceuse (Eug. Lacroix) c. Rigaudon et Tambourin (Rameau) 3. Sonate\nPastorale (Tartini). 4. Introduction et Rondo Capriccioso (St-Saëns)\n2me RÉCIIAL SAMEDI 28 MARS 1914, a 9 heures\n1. Sonate en ut majeur (Bach) 2. Concerto en mi bémol (Mozart)\n: en mineur (J. M. Leclair). 4. a. Menuet-Gavotte (Vera-\ncini). b. Le Ranz de Vaches (Viotti). c. Presto (Aubert père).\n3me RECITAL YkJVDREDI 3 AVRIL 1914, à 9 heures\n1. Introduction et b ugue (Germiniani). 2. Suite en mi majeur (Bach)\n3. Deux pièces Russes (Eug. Cools). 4. Concerto (Mendelsohn).\nPiano ERARD\nAu piano M. Paul Gayraud.\nConcerts du Conservatoire\nLamoureux, Colonne,\nMonteux, Sechiari,\nTOUS LES\nDIMANCHES\nEN MATINÉE\n/ /; '// ' '/•/•//.'j/,/V -\n-y. ' / S' * ' r , t *tH'r - Y « • •\nSalle GAVEAU\ndu 1 au 15 Mars\n1 Concert Lamoureux\n3 Récital Friedman\n4 M. Schwaab\n5 M. Schmitz\n6 M. Spalding\n8 Concert Lamoureux\n8 Concert Hasselmans\n10 Société Philharmonique 9\n12 M. Dumesnil * 9\n13 Schola 9\n14. Mnle Meyer 9\n15 Concert Lamoureux 9\n* Voir nos annonc3S.\n3 h.\n9\n9\n9\n9\n3\n9\nSalle PLEYEL\ndu i au 15 Mars\n1 M 1 Lucie Mallez (Elèv.) 1\n2Le Quatuor avec piano 4\nMme Gaët. Vicq-Challet 9\n3 M 1 Jul. Meerovitch 9\n4 MraeC. Chevillard (Elèv.) 2\n5Le Quatuor avec piano 9\n6 M. Motte-Lacroix * 9\n7 La Soc. Nat. de Musique 9\n8 M. Ph. Courras (Elèves) 1\n9 Le Quatuor Capet 9\n11 Le Quatuor Calliat 9\n12 M 1 Jul. Meerovitch 9\n13 Le Quatuor Capet 9\n14 Mlle Adeline Bailet 9\n1 5 M,Tie Cadet-Fischer (El.) 9\nm\nm\nfit\nH\nnd\ne\nre\n0)\n«Salle ERARD\n- I du i au i c Mars\n1j J\nMlle Pinguet\nM. Loyonnet\nMlle Veluard\nM. Risler\nMlle LœufFer\nM. E. Sauer\n8 H. Renié (élèves)\n9 M. Montoriol-Tarrès\n10 M 1 Duranton\n11 M 1 Lewinsohn\n12 M. de Francmesnil *\n13 M. Lojonnet\n2\n3\n4\n5\n6\n7\n9 h.\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\n9\nSalle MalaKoff\ndu i au 15 Mars\nles lundis et les jeudis à 9 h.\nConcerts-Rouge.\nTous les Vendredis à 4 h.\nMusique de chambre.\nSALLE DES AGRICULTEURS\nDE FRANCE\n5\n6\n7\n9\n10\n11\nMarcel Ciampi\nMrao Laghos\nCharles Dorsoo\nM. Buesst\nMarcel Ciampi\nMagda Le Gotï\nM. Hekking *\nMllci Chaigneau\nMmc Filon\n14 M. Pitsch g\nSCHOLA CANTORUM\n6 Quatuor Le Fea?e\n9 MUe Logé\n$\n1 2\n*3"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.79", "texte": "Les Revenus et la Bourse\nP. E. Penaud.\nDans les nos de novembre et décembre, sous le titre :La Fie chere et la Bourse,\nj'ai expliqué que la cherté croissante de la vie avait entraîné beaucoup de capitalistes\nà échanger leurs valeurs de tout repos ne rapportant que 3 à 4 °/0 contre des valeurs\nde second ordre produisant 5 à 6 °/0. _\nj'ai démontré les dangers d'un tel échange, la moins-value risquant de taire\nperdre sur le capital plus que la différence du revenu et j'ai mis à votre disposition\nma vieille expérience financière pour vous indiquer gracieusement les titres à vendre ou à garder.\nj'ai aussi indiqué la spéculation comme un moyen d'augmenter vos ressources, mais en ayant le soin de\nfaire diriger vos opérations par un professionnel expérimenté et je vous conseillais de limiter votre\nspéculation àla rente française 3 °/0, la seule qui m'ait donné des bénéfices constants depuis 40 ans que je la\npratique. r . , ,\nEn janvier, sous le titre : Les Impôts et la Bourse, j'ai examiné la situation financière et j ai montre 1a\nnécessité pour tous les Etats de recourir d'abord à des emprunts puis à des impôts nouveaux pour équilibrer leur\nbudget grevé par des dépenses sociales et militaires.\n°En février, sous le titre: Les Emissions et la Bourse, j'ai entrepris de vous mettre en garde contre les\nprochaines sollicitations des banques qui, par leurs prospectus, leurs affiches et leurs guichets innombrables,\ns'apprêtaient à drainer l'épargne publique et je vous ai montré qu'il était toujours plus avantageux d acheter un\ntitre en bourse à un cours débattu entre l'offre et la demande que de souscrire à une émission à un prix arbi\ntrairement fixé par les émetteurs.\nEh bien ! je ne saurais trop insister à nouveau sur les sages conseils déjà donnés et, pour répondre\nà ceux qui m'ont demandé comment ils pouvaient augmenter leurs revenus, je vais résumer les conditions dans\nlesquelles je me charge de guider ceux qui s'adressent à ma compétence.\nSi vous voulez courir vous-même les risques de perte et avoir tous les bénéfices possibles, vous\nenvoyez les fonds à un coulissier quelconque inscrit au Syndicat officiel, de piéférence a lun de ceux\navec lesquels je traite depuis de longues années et qui sont bien organisés pour 1 exécution des oidres de primts.\nJe donne alors les ordres pour votre compte à votre nom, vous recevez chaque jour les avis d opérations et\nchaque mois le relevé du compte total en perte ou en bénéfice et je vous demande pour mes peines et soins le\nquart des bénéfices nets encaissés par vous.\nPour les cinq derniers mois, le bénéfice net pour 1000 francs s'est élevé à 240 fr. soit 180 fr. déduction\nfaite de mon quart, ce qui représente un produit de 36 fr. par mois en moyenne pour 1000 fr., soit 360 fr.\npour 10.000 fr.\nJe ne crois pas qu'on puisse trouver une combinaison plus avantageuse, d'autant plus que le capital est\ntoujours libre à la fin de chaque mois, si l'on veut cesser.\nVous auriez donc bien tort de ne pas profiter de mon offre, tout au moins de ne pas essayer pendant un\nmois. J'enverrai d'ailleurs, à tout lecteur qui m'en fera la demande, le moyen de s'assurer un revenu de 3 °/0 par\nmois et sans aucun risque.\nP. S. Je suis a la disposition des lecteurs de la S. I. M. tous les jours de 10 h. a 11 h. et de 4 h. a 7 h.\na mon bureau, 8, rue Drouot à Paris, ou par Correspondance.\n\n(Cette rubrique n'engage pas la responsabilité de la Revue).\n\nBON POUR UN RENSEIGNEMENT FINANCIER GRATUIT\nj'ai en portefeuille les Valeurs suivantes : Dois-je les garder ou les vendre ?\nJ'ai un capital de francs à placer. Quel emploi dois-je en faire ?\nEcrire lisiblement : Nom, prénoms et adresse :\nDécouper ce bon et l'envoyer sous enveloppe à M. Penaud, 8, rue Drouot, Paris."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.80", "texte": "M. A. DE PRANG\nÉlève d'Auer, qui vient de remporter à Paris, salle Gaveau, un succès considérable"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.81", "texte": "Cliché H. Manuel\nLa Cantatrice MADELEINE GILQUIN"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.82", "texte": "Cl. Lucile\nCRÉATION LUCILE\n\nTea gown en mousseline rose garni dentelle, corsage kimono, mousseline décoltée en\npointe avec revers ; jupe formant panier entre-deux dentelle bas de jupe mousseline\nformant plis terminés par une grande dentelle."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19140301-01.1.83", "texte": "La Mode à travers les Arts.\nJan de la Tour.\nVous souvient-il, Mesdames, des souhaits que je vous adressai au début de l'année\nnouvelle ? Hélas, les pronostics de la Mode de demain démontrent l'inanité de mes espoirs\ntimides et vous n'accueillez favorablement que les vœux audacieux.\nJ'en appelle au témoignage de ces citations :\n\" Dans un dîner chez Madame X... on a beaucoup admiré la perruque bleue portée par\nla Duchesse de X..., la perruque mauve de la Comtesse de J..., la perruque cerise de la\nMarquise de Z...\". Suggestive égalité ! \"Le Vicomte de X... arborait de délicieuses moustaches\ntango, le Baron de J... les avait choisies rose pâle et le Prince de Z... violet sombre Il vient\nde perdre sa tante la Chanoinesse de W... \" Le maquillage changera sous peu d'aspect. Désor-\nmais nos élégantes porteront sur les joues des fleurettes délicatement peintes\".\nL'orchidée symbole des âmes aux détours inquiétants est très demandée. Avis aux jeunes\nartistes qui cherchent vin débouché à leur talent.\n\" Les pieds nus dans les cothurnes se généralisent et par là même le bracelet encerclant\nles chevilles. Quelques femmes rappellent au-dessous du genou, en une sorte de jarretière, les\nfleurettes de leur visage \".\n\" D'autres belles \" Madames \" habillent et réchauffent de bandelettes d'hermine, ou de\nzibeline, la nudité de leur jambes fines et le polissage et le chaud coloris des ongles s'impose ;\nles bagues au gros orteil apparaissent \". Les anneaux dans le nez suivront peut-être.\n\" Les robes se porteront infiniment plus courtes, elles ne dépasseront pas de beaucoup le\nniveau du genou\". Et voilà les Parisiennes transformées en petites filles... parfois quinquagénaires.\n\"On verra des volants aux jupes cousus la tête en bas et s'évasant fortement. D'autre\npart la tournure s'accentue, nous marchons vers le strapontin de nos grand'mères. Les chemises\nde tulle et celles en mousseline de soie voient leur succès s'accentuer, car elles aident à affiner\nla silhouette. Honnêtes chemises de nos aïeules vous ne reconnaîtriez pas vos descendantes !\n\" Les femmes viennent de se découvrir une myopie uniforme qui affecte un seul œil, puis-\nqu'elles se servent désormais d'un monocle. \"\nCela leur permet de ne regarder que d'un côté, celui de leur bon plaisir.\n\" Les couleurs en vogue seront le rouge éclatant, le violet vif, le jaune fulgurant, le vert\nacide \". Adieu les douces teintes des pastels et les tons nuancés.\nCes trouvailles carnavalesques, ces retapages de vieilleries à la mode du jour, cette pré-\ntention à l'art antique dans ses plus grossières déformations nous rappellent fâcheusement\nnombre d'œuvres qui s'étalent aux cimaises de nos innombrables \" Salons \", ou que nous\nécoutons dans nos innombrables concerts...\nP. S. Je reçois une lettre datée de Nice. L'ami qui me l'écrit est descendu au \" Grand\nPalais \" et il me vante avec enthousiasme cet hôtel situé en plein midi où, selon l'expression\nconsacrée règne tout le confort moderne et aussi un luxe de bon goût et un raffinement de\nservice grâce auxquels on se sent délicieusement chez soi.\nMon ami me chante également les louanges du u Cantola \" qu'il a la chance d'entendre\nsouvent. Il me décrit, ravi, le véritable appareil d'art dont l'exécution parfaite le réconcilie, avec\nle piano. Car, conclut-il, si La Rochefoucauld a dit que les dévots dégoûtent parfois de la\nreligion, combien de pianistes dégoûtent du piano !"}]}