{"numero_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_sha256": "c747701279982c9a8562ed509b157f6f7ddace6827e79474d43167ecaf39505c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1901/01_01/bmtnabj_1901-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1901/01_01/bmtnabj_1901-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "4", "image_debut": 1, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.1", "titre_corps": "NOTRE PROGRAMME", "titre_sommaire": "NOTRE PROGRAMME", "signature_source": "LA RÉDACTION", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.1", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "NOTRE PROGRAMME\n\nLes noms des savants & des artistes inscrits sur la première page\nde cette Revue sont si connus du public & ont tant d'autorité qu'ils\nnous dispensent d'un long manifeste. A eux seuls, ils sont le meilleur\ndes programmes. Ils disent suffisamment l'étendue de notre tâche & le\ncaractère élevé du but poursuivi.\nCes noms signifient qu'on étudiera ici les aspeCts multiples de\nl'histoire musicale en s'efiforçant de les rattacher aux études tradition-\nnelles & aux méthodes d'impartial examen qui sont en honneur dans\nnos Universités.\nLa musique nous apparaît d'abord comme une langue dont il faut,\navant d'en parler, posséder la grammaire : aussi avons-nous été heureux\nde compter parmi nos adhérents de la première heure les compositeurs\nillustres de la seCtion musicale de l'lnstitut, les professeurs du Conser-\nvatoire de Paris, les savants Bénédictins de Solesmes & les maîtres\néprouvés de nos grandes Écoles musicales ;\nLa musique a les mêmes titres que les autres arts à l'attention des\nesprits cultivés : historiquement, elle est la sœur aînée de la poésie, &\nil serait étrange qu'elle ne fût pas traitée au moins avec les mêmes\nhonneurs que les arts du dessin ou ceux du rythme oratoire : c'est ce\nqu'attestent, à notre tête, MM. Roujon, Guillaume, Perrot, Homolle,\nSully-Prudhomme, Larroumet, Muntz, Michel, Lemonnier;\nLa musique, comme le pensait Leibnitz & comme l'a montré\nHelmholtz, est dans une certaine dépendance des mathématiques : aussi\nne s'étonnera-t-on pas de trouver ici le nom de M. Mercadié, directeur\ndes études à l'École Polytechnique, celui de M. Boutroux, doyen de\nla Faculté des Sciences à l'Université de Besançon..."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.2", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "La musique a occupé une si grande place dans la vie antique &\ndans la vie moderne qu'il n'est pas possible, sans elle, d'avoir une idée\nexaCte de la civilisation : c'est ce que veulent bien déclarer avec nous\ndes historiens comme MM. Lavisse, G. Monod, Chuquet, P. Lacombe ;\nLa musique touche à la philologie grecque non seulement par un\ncertain nombre de traités théoriques & d'hymnes plus ou moins mutilés,\nmais par les lois fondamentales de la composition qu'elle a imposées\naux poètes ; elle touche à la philologie latine par le plain-chant, & à la\nphilologie romane par l'œuvre des trouvères : aussi avons-nous voulu\nassocier à notre entreprise autrement que par une adhésion de\nprincipe, on le verra, plusieurs grandes & nobles familles de philo-\nlogues : MM. Alfred & Maurice Croiset, M. Jules Girard, M. Ruelle,\nM. Louis Havet, M. Gaston Paris, M. A. Thomas, M. Prou,\nM. Meillet ;\nPar son étroite parenté avec le langage, par ses origines religieuses,\npar son aptitude à exprimer & à créer la sympathie, par sa subordination\naux mœurs, par la loi qu'elle s'est faite, en disposant les parties d'une\ncomposition, de prendre pour modèles les types de la voix humaine\n(déterminés par l'âge & le sexe), la musique peut être considérée\ncomme un fait social : aussi, avec le concours de M. Th. Ribot, de\nM. Séailles &deM. Dauriac, avons-nous voulu avoir celui de philosophes\nparticulièrement adonnés aux études sociologiques : MM. Tarde,\nEspinas, Izoulet, Durkheim, Mabilleau ;\nPour toutes ces raisons, nous estimons que la musique a droit à\noccuper une place dans les programmes officiels de nos Universités.\nUne évolution se prépare-t-elle en ce sens? Nous l'espérons, puisque\nnous avons trouvé une sympathie chaleureuse & empressée auprès de\ndeux anciens ministres de l'lnstruCtion publique, MM. Bourgeois &\nPoincaré ; auprès des trois Directeurs de notre Enseignement national :\nMM. Liard, Rabier & Bayet; auprès de deux Inspecteurs généraux :\nMM. P. Foncin & E. Manuel; un membre du Conseil supérieur de\nl'lnstruCtion publique : M. Belot, & l'élite des professeurs.\nOui, de tels patronages disent ce que nous sommes, notre méthode\n& les directions nombreuses que prendra notre pensée. Et je suis\nloin d'avoir nommé tous ceux qui apporteront à cette œuvre le concours\nde leur talent ou la haute autorité de leur nom !"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.3", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "Partir de ce principe que la musique vient du cœur même de l'huma-\nnité, & que, par conséquent, elle exprime divers états de l'humanité ; en\ntoute question d'histoire musicale, recourir d'abord aux « sources »;\nI '\nexaminer de près les documents originaux, les comparer, les faire parler\nle plus possible ; s'effacer soi-même derrière les monuments qu'on veut\nfaire connaître, &, au lieu de prétendre les embellir encore par la\nrhétorique, s'appliquer surtout à les décrire & à grouper autour\nd'eux les faits qui les éclairent ; observer patiemment avant de juger,\nen s'assurant qu'on voit les choses comme elles sont, & non comme\nnous avons plaisir ou intérêt à les voir ; considérer comme une source\nde délicates jouissances intellectuelles l'analyse des compositions\nanciennes, mais ne pas faire du plaisir esthétique le seul but de cette\nanalyse, & tout étudier, le beau & le moins beau, sans parti pris\nd'exclusion, suivant l'exemple de l'historien qui, ne créant pas lui-\nmême l'objet de ses travaux, est obligé de porter son attention tantôt\nsur des héros, tantôt sur des monstres ou des hommes vulgaires ;\napporter dans l'étude du passé musical cette curiosité passionnée, cet\namour des détails, ce souci d'exaétitude & d'authenticité qui caraété-\nrisent le véritable amateur d'art, (par suite, ramener au respeét des\nchefs-d'œuvre consacrés certains direéteurs de théâtres & certains\néditeurs qui, dans un bas esprit d'exploitation commerciale, dénaturent,\nfalsifient, trahissent chaque jour la pensée des grands maîtres) ; enfin,\nen ce qui concerne l'art contemporain, favoriser tout ce qui tendrait à\nrenouveler non seulement notre esthétique, mais le système musical,\ndéjà suranné, dont nous nous servons ; être franchement ami de tout\nce qui est nouveau, hardi, sincère, humain, français : telles nous\nsemblent être les règles de la critique musicale.\nNous avons encore un but moins général. Nous nous proposons\nde montrer qu'aux xvie, xvue & xvnie siècles, il yaeu en France de\ngrandes écoles de musique, & que la France a conquis l'Europe par ses\nartistes avant de la conquérir par ses écrivains. Au moment où on a\nl'oreille presque constamment tendue vers les pays voisins, cette tâche\nnous paraît utile & belle entre toutes. MM. Expert & Guilmant l'ont\ndéjà commencée par des publications de haute valeur. Nous nous\nefforcerons de compléter ce qu'ils ont déjà fait. Comme les pièces,\ninédites ou rares, de la vieille musique française sont disséminées dans"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.4", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "les bibliothèques de l'Europe, nous avions besoin du concours des\nétrangers. MM. les professeurs Guido Adler (Université de Vienne),\nMax Friedlander (Université de Berlin), Sandberger (Université de\nMunich), L. Sacchetti (Conservatoire de Saint-Pétersbourg), O. Chile-\nsotti (Bassano), Gandolfi (Florence), un français très érudit, le\nP. Thibaut (des Augustins de l'Assomption, Constantinople), M. le\nDr Ilmari Krohn (Finlande), lesquels nous pardonneront notre chau-\nvinisme musical, nous ont déjà promis leur précieuse collaboration.\nLeur exemple sera certainement suivi. Toute communication précise,\nayant pour objet la vieille musique française, sera reçue ici avec grande\nsympathie.\nUn tel programme nous donne un avantage, non d'ailleurs exempt\nde regrets : cette Revue n'aura pas beaucoup de concurrentes.\nQue le lefteur non spécialiste ne s'effraye pas de l'appareil scienti-\nfique dont nous nous entourons ! Qu'il voie dans la liste de nos colla-\nborateurs une garantie de bonne méthode, une promesse de science\nconsciencieuse, & non une menace d'érudition à outrance !\nNous ne nous adressons pas seulement à ceux qui savent déjà\nbeaucoup, mais à ceux qui veulent savoir;\nNous nous adressons à ceux qui ont souci d'étendre leur connais-\nsance de l'histoire générale. Plus particulièrement, nous nous adressons\nà tous ceux qui, s'occupant de musique à un titre quelconque, sont\ncurieux d'apprendre comment l'art musical s'est formé & s'intéressent\nà ses admirables richesses.\nVoilà dans quel esprit nous nous mettons au travail. « Périssable\nest toute chose née », a dit un poète de la Renaissance. Puissions-nous\nle faire mentir, grâce à votre concours, éminents collaborateurs &\nadhérents, leétrices & lecteurs amis de l'art français !\n\nLA RÉDACTION."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "5", "page_fin": "5", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.2", "titre_corps": "Verdi.", "titre_sommaire": "Verdi.", "signature_source": "LA DIRECTION", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Verdi.\nLA DIRECTION.\nLa mort de Verdi nous inspire à peu près les mêmes sentiments que\n/\ncelle d'un chef d'Etat dans un pays voisin & ami. Les grands artistes sont des\nsouverains. Ils régnent sur les coeurs; & chacun d'eux incarne l'âme collective\nd'un peuple. Ils assistent parfois à des révolutions inévitables qui limitent\nleur puissance & leur imposent certains compromis ; il peut même leur\narriver, après avoir conduit leur siècle, d'en être réduits à le suivre avec une\ndéférence mêlée de résignation. Mais, quand ils ont été « représentatifs »\ncomme Verdi ; quand leur vie a été pleine d'œuvres & de triomphes ; quand\nils ont donné aux sentiments & au verbe de leur pays une force d'expression\n& d'expansion qui justifie la fierté d'un groupe d'hommes & a contribué au\nbonheur de tous les autres, ils ont une sorte de majesté que la mort rend\ndoublement vénérable. Quelle place occupera, dans l'histoire de l'art, l'auteur\nd'Ernani, d'il trovatore, d'Otello, d' Aida,de Falslaff, du Requiem, de tant\nd'œuvres brillantes qui ont la marque si nette de l'esprit latin ? Ce compo-\nsiteur de grande imagination, qui posséda, comme Meyerbeer, les dons supé-\nrieurs du génie mélodique & dramatique, avait-il un idéal de beauté dont\nnous nous éloignons de plus en plus? Fut-il à la hauteur de V. Hugo & de\nShakespeare quand il voulut s'inspirer de leurs poèmes ? Faut-il distinguer\nsoigneusement celles de ses pages qui méritent de rester immortelles (le\nquatuor de Rigoletto, la scène sublime de Don Carlos : « Elle ne m'aime pas ! »)\n&tout ce qui fut improvisation un peu hâtive & superficielle? Nous aborderons\nplus tard, en toute conscience, l'examen de ces questions. La musique de\nVerdi était coiffée d'un casque; & ce casque fut, quelquefois, celui d'Achille.\nAujourd'hui, un panégyrique ne répondrait ni au caraétère de cette Revue, ni\nà l'attente de ses leéteurs ; & des analyses de détails ou des anecdotes\nnous sembleraient déplacées. Nous ne voulons pas faire œuvre de critique\nlà où nous paraît surtout convenir un afte de respeét pour la mémoire d'un\ntrès noble ouvrier de l'intelligence musicale & un hommage de sympathie\npour ceux que sa mort met en deuil."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "5", "page_fin": "9", "image_debut": 5, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.3", "titre_corps": "La Chanson française au XVIe siècle d'après les publications de M. Henry Expert.", "titre_sommaire": "La Chanson française au XVIe siècle d'après les publications de M. Henry Expert.", "signature_source": "Louis LALOY ; LOUIS LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.5", "debut_caractere": 2201, "fin_caractere_exclue": 2669, "texte": "La Chanson française au XVIe siècle d'après les publications de M. Henry Expert.\nLouis LALOY\n\nLa musique ne fut jamais plus en honneur dans notre pays qu'à l'époque\nde la Renaissance. Les poètes eux-mêmes sont musiciens : le fait est assez\nrare dans l'histoire littéraire de la France pour qu'il vaille la peine de le noter.\nJean le Maire fait une place à Josquin & Loyset Compere dans son Temple\nde Vénus ; Crétin écrit une Déplorationsur la mort d'Ockeghem (survenue"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.6", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "vers 1512?); Jodelle & Dorât chantent, l'un en français (1), l'autre en latin (2),\nles louanges de Roland de Lassus ; Ronsard, en 1572, écrit la Préface d'un\nrecueil de Chansons(j); nous savons d'ailleurs qu'il aimait la musique « &\nprincipalement à chanter & ouïr chanter ses vers, appelant la musique sœur\npuisnée de la poésie (4) » ; il écrit lui-même ces lignes remarquables (5) : « Tu\nferas tes vers masculins & féminins tant qu'il te sera possible pour être\nplus propres à la Musique & accord des instruments, en faveur desquels il\nsemble que la Poésie soit née ; car la Poésie sans les instruments, ou sans la\ngrâce d'une seule ou plusieurs voix, n'est nullement agréable, non plus que\nles instruments sans être animés de la mélodie d'une plaisante voix. » La\npoésie & la musique, ces deux sœurs trop souvent ennemies aujourd'hui, ont\neu un siècle d'union & de bonne entente, & c'est un poète, Baïf, qui fonde,\nen 1570, notre première Académie musicale (6). Il n'est pas jusqu'à l'austère\nCalvin qui ne reconnaisse au chant « grande force & vigueur d'émouvoir &\nenflamber le cœur des hommes (7) ».\nLa société du temps est en effet fort sensible à la musique ; François ler,Ier,\nHenri 11, Charles IX, sont musiciens ; ce sont eux & les grands seigneurs de\nleur cour, qui protègent les compositeurs : Costeley dédie son recueil de\nchansons au comte de Retz ; Roland de Lassus offre ses Mélanges au Grand\nPrieur de France, & le cardinal du Bellay reçoit, en 1558, l'hommage d'un\npetit traité de composition écrit par « Michel de Menehou, maître des enfants\nde chœur de son église de Saint-Maur-des-fossez(S) ». Aussi bien est-ce\npour cette société que ces auteurs travaillent : « Nous avons ajouté au chant des\npsaumes en ce petit volume trois parties non pas pour induire à les chanter\nen l'église, mais pour s'esjouir en Dieu particulièrement en maisons, » dit\nGoudimel (9) ; & Menehou ne songe pas à des chanteurs de profession,\nlorsqu'il écrit (10) : « Considérant que beaucoup de jeunes gens laissent à\nchanter souventes fois quelque bonne Musique à faute d'entendre & sçavoir\nquelque petite difficulté que les Musiciens... appellent vulgairement Canon,\ncela m'a induit à rédiger par escript, le plus briefvement que j'ay peu faire,\nles différences qu'il y a ; » il a déjà parlé, dans son Prologue, de ces «jeunes\ngens », pleins de « bon vouloir » pour apprendre la musique, « qui est l'une\ndes sciences liberalles » ; ce sont de jeunes gentilshommes qui exécutent, pour\n\n(1) En faveur d'Or lande, excellent musicien (Éd. Marty. Laveaux, 11, p. 186).\n(2) Mélanges de R. de Lassus, 1576.\n(3) Conservé à la Bibliothèque d'Upsal ; la Préface a été publiée dans l'édition de Blanche-\nmain, vu, p. 337.\n(4) Vie de Ronsard par Binet.\n(3) Abrégé de VArt poétique.\n(6) Textes dans R. Rolland, Histoire de l'Opéra, p. 235 & sqq.\n(7) Cité par M. Expert, Préface des Psaumes de Goudimel.\n(8) Publié par M. Expert en 1900.\n(9) Préface du Psautier de 1565.\n(10) Ch. xxviii."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "leur plaisir, la musique vocale du temps, à peu près comme nos amateurs\njouent des trios ou des quatuors instrumentaux : la chanson à plusieurs\nparties a été la musique de chambre du xvie siècle.\nSi grande fut l'abondance des compositeurs, que Rabelais s'en est égayé\ndans le Nouveau Prologue du liv. IV : « J'ai... mémoire,... avoir un jour\nde Tubilustre, es fériés de ce bon Vulcan, en may, ouy jadis en ung beau\nparterre Josquin de Prés, Ockeghem, Obrecht, Agricola, Brumel, Camelin(?),\nVigoris (?), de la Fage, Bruyer (Brubyer?), Prioris, Seguin (?), de la Rue,\nMidy (?), Moulu, Mouton, Gascongne, Loyset Compère, Penet, Fevin, Rouzée,\nRichafort, Rousseau, Consilion, Constantio Festi, Jacquet Berchem, chantants\nmélodieusement :\nGrand Thibault se voulant coucher...\n« Neuf olympiades & ung an intercalaire après,... je ouy Adrian Willaërt,\nGombert, Jannequin, Arcadelt, Claudin, Certon, Manchicourt, Auxerre(P),\nVilliers, Sandrin, Sohier, Hesdin, Morales, Passereau, Maille, Maillart, Jacotin,\nHeurteur, Verdelot, Carpentras, l'Héritier, Cadéac, Doublet (Dulot?), Vermont,\nBouteiller, Lupi, Pagnier, Millot, du Molin, Alaire, Marault (de Marie?),\nMorpain, le Gendre & autres joyeux musiciens en ung jardin secret, soubz\nbelle feuillade, autour d'un rempart de flacons, jambons, pastés & diverses\ncailles coyphées, mignonnement chantants :\nS'il est ainsi que coingnee sans manche... »\nCette longue liste des maîtres de la chanson française est cependant loin\nd'être complète : Rabelais écrit en 1552, il ne connaît encore ni Goudimel, ni\nRoland de Lassus, alors au début de leurs carrières, ni les musiciens de la fin\ndu siècle : de Castro, du Caurroy, Cornet, Costeley, de la Hèle, Lejeune,\nMauduit. Parmi ses contemporains eux-mêmes, il ne cite, à ce qu'il\nsemble, que ceux dont les noms(i) lui reviennent à la mémoire, en commen-\nçant par les plus connus ; il lui eût été facile de prolonger son énumération :\non peut citer parmi ceux qu'il oublie : Josquin Baston, Bourgeois, Bourgui-\ngnon, Boyvin, Canis, Clereau, le Cocq, Coste, Courtoys, Crecquillon, Dutertre,\nFresneau, Gardano, Gentien, Gervaise, Godard, Guilliaud, Guyon, Jean de\nHollande, de Layolle, l'Huyllier, Meigret, Mittantier, Mornable, Phinot, Piéton,\nPipelare, Prévost, de Rocqourt, Susato, Vassal, Villiers, Voisin, Ysore(2).\nNotre xvie siècle n'a pas été seulement le siècle de la poésie, de l'archi-\nteéture & des arts du dessin ; il a été aussi, & peut-être surtout, le siècle de\nla musique. Or, jusqu'à ces dernières années, l'œuvre immense des maîtres\nfrançais de la Renaissance était généralement inconnue ; aucun effort sérieux\n\n(î) Certains de ces noms sont par malheur très altérés.\n(2) D'après EITNER, Bibliographie der Musiksammelwerke des XVI. und XVII. Jahrhunderts,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.8", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3031, "texte": "n avait été fait pour la tirer de l'oubli où elle dormait depuis le xvne siecle ;\nc est à peine si quelques compositions, sauvées par miracle, comme le Chant\ndes Oiseaux de Jannequin, avaient été publiées & exécutées ; le reste gisait\ndans nos bibliothèques, &, comme ces œuvres anciennes ne deviennent\naccessibles au musicien moderne qu'après avoir été mises en partition, nous\nignorions les chefs-d'œuvre de nos vieux maîtres ; tout un chapitre de\nl'histoire de l'âme française & de l'art français restait en blanc; tout ce qui\ncharmait l'esprit subtil & la sensibilité raffinée des courtisans des Valois était\npour nous lettre morte. Les historiens de la Renaissance française devaient\nlaisser de côté l'art musical, parce que les historiens de la musique l'ignoraient.\nAmbros lui-même, si bien informé sur le xvie siècle allemand ou italien, est\ntrès bref, incomplet & même injuste pour nos compositeurs ; il les appelle\ndédaigneusement « la menue monnaie de Josquin de Prés » ; il leur reproche\nleur immoralité(l), & affirme que « qui en connaît un, les connaît tous ».\nPour sa part, il en ignore au moins un, & non des moindres : c'est Costeley,\ndont on ne trouve le nom ni dans l'ouvrage d'Ambros, ni dans le dictionnaire\nde Riemann; il est vrai qu'il valait mieux le passer sous silence que de prendre,\ncomme Fétis, pour un « traité théorique » son recueil intitulé Musique.\nNous sortons enfin de cette pénible ignorance, grâce aux admirables\npublications de M. Henry Expert, qui ont commencé en 1894 & comprennent :\ni° Les 30 premières chansons des Meslanges de R. de Lassus (1576);\n20 Les 130 psaumes de Goudimel (1580);\n30 Les 28 premières chansons de la « Musique » de Costeley (1570) ;\n4° 31 chansons d'auteurs divers éditées par Attaignant en 1529;\n50 5 chansons de Jannequin (1529?);\n6° 4 messes de Brumel, de la Rue, Mouton, Févim, tirées du Liber XV\nMissarum (1516);\n70 les chansons de Baïf mises en musique par Mauduit (1586);\n8° le Dodécacorde & le Printemps de Claude le Jeune (1598 & 1603).\nLes éditions de M. Expert sont des éditions critiques : les parties sont\ntranscrites dans leurs clefs originales, au-dessus d'une réduction au clavier ;\naucune indication de mouvement ou de nuance ; les altérations introduites par\n1 éditeur(2) sont mises entre parenthèses; de très courtes notices nous\ndonnent, sur les plus inconnus de ces musiciens, les renseignements indis-\npensables : M. Expert juge avec raison qu'en présence d'une pareille quantité\nde textes inédits il faut publier avant que de commenter. Le travail accompli\nest considérable & d un intérêt capital pour l'historien comme pour le mu si-\n\n(1) Il est impossible de défendre les chansonniers français sur ce point : ils sont de leur\ntemps. Et il faut se 1 appeler qu'à la même époque la vertueuse Allemagne chantait : « Die Weiber\nmit den Floehen, die han' ein steten Krieg. » (Ambros, 111, 408).\n(2) Les auteuis du xvie siècle omettent volontiers les signes d'altération : ils comptent sur\nl'intelligence des chanteurs."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "cicn ; il est peu de chose auprès de ce qui reste à faire : M. Expert nous fait\nespérer les œuvres d'Agricola, Arcadelt, Brumel, Busnoys, Carpentras,\nCaulery, du Caurroy, Certon, Clemens, Colin, Crecquillon, Josquin de Prés,\nDufay, Gombert, Le Heurteur, Jaquet, Maillart, Manchicourt, Moulu, de Monte,\nObrecht, Ockeghem, Pipelare, Richafort, Willaërt. Lorsque tous ces textes\nauront été publiés à leur tour, le Corpus de nos Musiciens de la Renaissance\nne sera pas encore constitué, loin de là : on n'a, pour s'en convaincre, qu'à\nse reporter aux listes citées plus haut ; mais du moins les assises de ce\ntravail monumental seront posées ; on pourra entreprendre l'histoire de la\nmusique française au xvie siècle. On sera aidé dans ce travail par d'autres\npublications de M. Expert, qui sont :\ni° Une Anthologie chorale contenant, en clefs usuelles, une partie des\npièces du grand recueil & un assez grand nombre d'autres ;\n2° Une Bibliographie thématique dont deux fascicules ont paru ;\n3° Le lerIer fascicule d'une Collection de Théoriciens de la Musique.\nL'Anthologie chorale a surtout pour objet de rendre cette musique\nexécutable ; elle correspond exactement à l'Anthologie des Maîtres religieux\nPrimitifs publiée par M. Bordes. Il faut dire que les Sociétés chorales n'ont\nguère répondu jusqu'à présent à l'appel qui leur était fait ; seraient-elles\ninsensibles au charme de tant d'oeuvres pieuses ou badines, gaies ou tristes,\ntendres ou moqueuses, toujours élégantes, claires & parfaitement vocales ?\nLa Bibliographie thématique sera « l'inventaire de l'art franco-flamand des\nxve & xvie siècles » ; elle permettra aux historiens de s'orienter dans ce vaste\nsujet avant que les sources soient entièrement publiées ; & elle leur donnera\ndes indications introuvables jusqu'à ce jour : la Bibliographie d'Eitner ne\nsignale que les textes des chansons & non leurs thèmes ; or il est clair que\nl'état civil d'une œuvre vocale n'est pas constitué par ses paroles seules, mais\naussi & surtout par sa mélodie. La Bibliographie thématique permettra de\ndistinguer bien des chansons que l'on confond aujourd'hui, d'en identifier\nd'autres, & de faire sortir de l'anonymat plus d'une œuvre intéressante (i).\n(A suivre.)\n\nLOUIS LALOY.\n\n(i) L'anonymat est un des traits de mœurs musicales les plus curieux du xvie siècle ; il faut\nremarquer d'ailleurs que s'il est fréquent, au début du siècle, pour les compositeurs, il est,\njusqu'à la fin, presque la règle pour les auteurs des paroles."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "10", "page_fin": "17", "image_debut": 10, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.4", "titre_corps": "La représentation d' «Orfeo» à Paris et l'opposition religieuse et politique à l'Opéra.", "titre_sommaire": "La représentation d' «Orfeo» à Paris et l'opposition religieuse et politique à l'Opéra.", "signature_source": "Romain ROLLAND ; ROMAIN ROLLAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "La représentation d' «Orfeo» à Paris et l'opposition\nreligieuse et politique à l'Opéra.\nRomain ROLLAND\n\nLe premier grand opéra joué à Paris est l'Orfeo de Luigi Rossi. Ce droit\nde priorité lui a été quelquefois contesté, à tort je crois, car la Finta\nqui le précède de deux ans, n'est qu'une comédie mêlée de musique.\nLa partition d 'Orfeo,si longtemps considérée comme perdue, est, dans\nces dernières années, revenue à la lumière après une disparition de deux\nsiècles & demi. Sur le succès & l'influence de ce poème, l'histoire générale\ndu ministère de Mazarin offre beaucoup de renseignements qui n'ont pas été\nutilisés par l'histoire de la musique. En outre, il ne me semble pas qu'on\nait tiré tout le parti possible des documents déjà publiés, mais rarement d'une\nfaçon complète ni surtout très historique.\nLes principaux aéteurs d 'Orfeonous sont connus par une lettre d'Atto\nMelani. Atto lui-même jouait Orfeo ; la Checha, l'ancienne protagoniste de la\nFinta chantait Eurydice ; puis venaient Marc Antonio Pasqualini, le\ncélèbre sopraniste romain, dans Aristeo ; une protégée du prince Mattias,\nmunie d'une lettre de recommandation pour Mazarin, « la signora Rossina »,\n(Martini), jouait Vénus ; & « le castrat des seigneurs Bentivogli », la nourrice\nd'Eurydice (i). Nous ignorons le nom des autres. 11 est probable qu'un des\nfrères Melani y figura.\nLa première représentation eut lieu au Palais-Royal, « sur la fin des jours\ngras », le samedi 2 mars 1647 (2)- O*l redonna la pièce le dimanche gras\n3 mars, le mardi gras 5 mars ; puis les spectacles furent interrompus par les\naustérités du carême & ne reprirent qu'après Pâques, où la reine fit jouer\nOrfeo encore plusieurs fois : le 29 avril, en l'honneur de l'ambassadrice de\nDanemark, le 6 mai &le 8 mai, pour la duchesse de Longueville, « qui\ndepuis peu était revenue de Munster ». Condé devait assister à la première,\navant son départ pour l'armée de Catalogne, qui eut lieu à la fin de mars.\nLe prince de Galles, le futur Charles 11, était un des hôtes de la cour.\nMadame de Motteville donne sur la première représentation quelques\ndétails intéressants qu'on n'a pas assez mis en lumière : « Cette comédie,\ndit-elle, ne put être prête que les derniers jours du carnaval ; ce qui fut cause\nque le cardinal Mazarin & le duc d'Orléans pressèrent la Reine pour qu'elle\n\n(1) Lettre d'Atto Melani au prince Mattias, 12 janv. 1647.\n(2) Voir MME DE MOTTEVILLE (Petitot, p. 216-21, 238) ; Gabelle de Renaudot, 8 mars 1647,\n& passim ; LEFÈVRE D'ORMESSON (Docum. inéd. sur Vhist. de France, I, p. 377 & suiv.).\n(Mme de Motteville semble dire qu'on rejoua en même temps la Finta : « C'était une\ncomédie à machines & en musique à la mode d'ltalie, qui fut belle, et celle que nous avions déjà\nvue, qui nous parut une chose extraordinaire & royale. » Nulle autre indication de cette reprise)."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.11", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3262, "texte": "se jouât dans le carême ; mais elle, qui conservait une volonté pour tout ce\nqui regardait sa conscience, n'y voulut pas consentir. Elle témoigna même\nquelque dépit de ce que la comédie, qui se représenta le samedi pour la pre-\nmière fois, ne put commencer que tard, parce qu'elle voulait faire ses dévo-\ntions le dimanche gras & que, la veille des jours qu'elle voulait communier,\nelle avait accoutumé de se retirer à meilleure heure, pour se lever le lende-\nmain plus matin. Elle ne voulut pas tout à fait perdre ce plaisir, pour obliger\ncelui qui le donnait ; mais, ne voulant pas aussi manquer à ce qu'elle croyait\nêtre de son devoir, elle quitta la comédie à moitié, & se retira pour prier\nDieu, pour se coucher & souper à l'heure qu'il convenait, pour ne rien\ntroubler de l'ordre de sa vie. Le cardinal Mazarin en témoigna quelque\ndéplaisir ; &, quoique ce ne fût qu'une bagatelle qui avait en soi un fonde-\nment assez sérieux & assez grand pour obliger la Reine à faire plus qu'elle\nne fit, c'est-à-dire à ne la point voir du tout, elle fut néanmoins estimée\nd'avoir agi contre les sentiments de son ministre; &, comme il témoigna d'en\nêtre fâché, cette petite amertume fut une grande douceur pour un grand\nnombre d'hommes. Les langues & les oreilles inutiles en furent occupées\nquelques jours, & les plus graves en sentirent des moments de joie qui leur\nfurent déleétables. »\nJ'ai peine à croire que la mauvaise humeur persistante de Mme de Motte-\nville contre Mazarin n'ait pas altéré sa clairvoyance, & que la reine ait agi ici\ncontre le sentiment, & même sans l'assentiment du ministre. Cette pieuse\nattitude n'était pas seulement affaire de conscience, mais de prudence poli-\ntique. Les spectacles italiens venaient de soulever des tempêtes dans le\nclergé de Paris. Depuis l'arrivée de Leonora & surtout de Melani, la Reine\nétait devenue beaucoup plus passionnée de musique & de théâtre que\nMazarin même n'eût voulu. Les représentations alternaient avec les concerts;\n& en 1647 la Reine, qui jusque-là se cachait pour entendre la comédie, à\ncause de son deuil, y allait publiquement tous les soirs (1). Les ennemis de\nMazarin ne laissèrent pas échapper cette occasion de crier au scandale ;\nils poussèrent en avant un prêtre, le curé de Saint-Germain. Celui-ci se\nplaignit fort haut. La Reine inquiète consulta des évêques qui la rassu-\nrèrent. Le curé de Saint-Germain ne se tint pas pour battu. 11 alla trouver sept\ndocteurs en Sorbonne, & leur fit signer « que la comédie ne peut estre\nfréquentée sans péché par les chrétiens, & que les princes doivent chasser les\ncomédiens de leurs états (2) ». La Reine riposta, en faisant répondre par dix\n\n(1) « Les soirs, la belle cour se rassemblait au Palais-Royal, dans la petite salle des comédies.\nLa Reine se mettait dans line tribune pour l'entendre plus commodément, & y descendait par un\npetit escalier qui n'était pas éloigné de sa chambre. Elle y menait le Roi, le cardinal Mazarin, &\nquelquefois des personnes qu'elle voulait bien traiter, soit par la considération de leur qualité,\nsoit par la faveur. » A/me de Motteville, p. 207-8.\n(2) Mémoires de Nicolas Goulas, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d'Orléans.\n(Soc. de l'hist. de France, t. 11, p. 203)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.12", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3986, "texte": "ou douze autres docteurs de Sorbonne, que la comédie était bonne & licite\naux princes. « Monsieur le cardinal, » (& ce passage d'un de ses ennemis\nacharnés nous montre bien sa physionomie silencieuse & rusée) (i), « M. le\ncardinal, que cette affaire regardait en quelque façon par le plaisir qu'il prenait\nà la comédie italienne principalement, jugea à propos de ne rien dire, sachant\nqu'il avoit assez de complaisants à la cour & de gens de passe-temps qui\nsoutiendroient son intérest en cette rencontre (2). » « Mais, ajoute Goulas, il\nconnut que la dévotion n'était pas pour luy & ne pouvoit digérer ce jeu\ncontinuel, cette attache aux saletés du théâtre & la pratique des plus méchants\n& débordés de la cour qu'il appeloit dans ses plaisirs & qu'il avoit continuel-\nlement chez lui. »\nAinsi, il y avait â Paris, au moment d'Orfeo, une levée de boucliers\nextrêmement violente contre le théâtre italien, au nom d'un puritanisme plus\nou moins hypocrite ; & le cardinal observait à son égard la plus grande réserve.\nAu contraire la Reine lui tenait tête, &, malgré quelques accès de scrupules,\nne renonçait à rien de ses plaisirs. Elle était fort imprudente dans ses relations\navec les comédiennes & comédiens italiens. Léonora ne la quittait point (3);\n& Melani se plaignait avec fatuité qu'elle ne pût se passer de lui. Elle l'emmè-\nnera avec elle en voyage, à Amiens, bien que son congé soit terminé, & qu'on\nl'attende à Florence ; elle ne peut se décider à le laisser partir ; elle écrit â\nMattias de Medici des lettres gauches, pour qu'il lui permette de garder\nquelque temps encore le séduisant castrat. Elle finit par se faire donner une\n\n(1) « Les Italiens, dit à son propos Mme de Motteville, sont d'ordinaire ennemis de la foule\n& du bruit. » (p. 238).\n(2) GOULAS. (Ibid.)\n(3) Lettre d'Anne d'Autriche à Mattias, 23 mai 1647. Lettre de Melani à Mattias, 23 juin\n1647. Lettre de Mazarin à Mattias, 10 juillet 1647. Melani partit en juillet 1647 pour\nFlorence, avec la Rosina (la Vénus d'Orfeo). Il revint presque aussitôt, joua en 1648 & 1649 un\nrôle d'agent secret de Mazarin, repartit pour l'ltalie en septembre 1649, Se cette fois y resta jusqu'en\n1637. Mais il était devenu à demi-français, Se les Italiens le lui reprochaient en termes fort crus:\n« ... Corne puo stare che un cappon cantida gallo?» (Libelle sur Atto Melanicastrato di Pistoja,\nfigliuolo di un campanajo. (Bibl. nat. Florence. Cité par Ademollo.)\nIl s'agit de la fameuse Leonora Baroni, célébrée par Maugars qui l'appelle « une merveille\ndu monde;... en l'entendant chanter on oublie la condition mortelle & croit être déjà parmi les\nAnges, jouissant des contentements des bienheureux » ; cette Léonora aimée Se chantée par\nMilton qui la compare à la Léonore du Tasse ; aimée Se chantée par le pape Clément IX (alors\nMgr Ruspigliosi) qui l'appelle « une sirène » (dolce sirena) Se célèbre « ses yeux ardents » ;\naimee Se chantee par tous les poetes italiens qui publient un volume à sa gloire... (voir Maugars :\nResponse faite à un curieux sur te sentiment de ta musique d'ltalie, escrite h Rome Je premier\noctobre 1639, publiée par Thoinan, 1863). Milton, qui assistait aux représentations des Barberini\nà Rome, en 1639, dédia à Léonora une pièce de vers latins, toute brûlante d'admiration.\nCf. Applausi poehci aile gloiie délia stgnora Leonora Baroni (1639\"* 1641) Se les articles de\nM. Ademollo dans divers journaux italiens : Opinione, 1879, n°s 227-232 ; Fanfulla delta Domenica,\n1881, n° 32, Se 1883, n° 43.\nMazaiin, qui pa 1 ait 11 avoii pas ete insensible au pouvoir de séduction de Léonora, l'avait\nétablie chez un de ses familieis, dans un hôtel attenant au sien, où il la faisait servir par des\nofficiels de sa maison. ede l'abbe Scagha a Mme Royale Christine de France, regente de\nSavoie, le 10 mars 1643> citée par M. Ademollo. Cf. Mémoires anonymes de la Collekion des\nmémoires relatifs à l'histoire de France, Petitot, t. LVIII, attribués au comte de Brégy.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.13", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "verte leçon par son hôtesse, l'orgueilleuse princesse de Palestrina, dona Anna\nColonna Barberina(i). L'une des comédiennes italiennes qui chantèrent dans\nYOrfeo, « ayant eu réputation de vendre sa beauté en Italie, ne laissa pas,\ndit Goulas, d'estre reçue chez la Reyne, & jusques dans le cabinet. L'on\ndit qu'un jour, comme la Reyne demanda à la femme du préfet Barberin\nsi elle ne la voyoit pas souvent quand elle étoit à Rome & ne la faisoit\npas venir chez elle, chantant si bien & ayant tant d'esprit, cette femme\nsuperbe, qui étoit fille du connétable Colonne, ne luy répondit rien d'abord,\n&, sa majesté la pressant, elle échappa & dit : « Si elle y fût venue, je l'aurois\n« fait jeter par les fenestres », ce qui surprit fort la Reyne, & l'obligea de\nchanger de propos, après avoir changé de couleur (2). »\nOn voit que la Reine ne péchait point par pruderie, au moins en ce\nqui concerne la musique (3), & que la petite manifestation du 2 mars\n1647, la première représentation d'Orfne pouvait beaucoup déplaire à\nMazarin, que les imprudences de sa souveraine mirent plus d'une fois dans\nl'embarras.\nLe même désir d'apaiser l'opposition puritaine a certainement inspiré la\nfin de l'article de Renaudot, dans sa Galequi a beaucoup étonné les histo-\nriens, mais dont le sens leur a échappé. Après avoir fait un très grand éloge\nde la musique & du poème, le journaliste termine ainsi :\n« Mais ce qui rend cette pièce encore plus considérable & l'a fait\napprouver par les plus rudes censeurs de la comédie, c'est que la vertu\nl'emporte toujours au-dessus du vice, nonobstant les traverses qui s'y\nopposent ; Orphée & Eurydice n'ayant pas seulement été constants en leurs\nchastes amours, malgré les efforts de Vénus & de Bacchus, les deux plus\npuissants auteurs de débauches, mais l'Amour même ayant résisté à sa mère\npour ne pas vouloir induire Eurydice à fausser la fidélité conjugale. Aussi ne\nfallait-il pas attendre autre chose que des moralités honnêtes & instructives\nau bien, d'une aCtion honorée de la présence d'une si sage & si pieuse reine\nqu'est la nôtre. »\nCes étranges protestations de vertu ne s'expliqueraient pas, s'il n'y avait\neu un danger réel à conjurer : il ne s'agissait point alors de vaines réclama-\ntions au nom de la morale, comme celles qu'élèvent périodiquement\naujourd'hui quelques hommes isolés, qui crient dans le désert & que per-\nsonne n'écoute. Le puritanisme d'alors avait des sanctions redoutables ; &,\n\n(1) « La princesse Palestrine était âgée, avait eu de la beauté, avait de l'esprit, ne savait pas\nle français, parlait beaucoup, & était extrêmement fière de son nom. » (Mme de Motteville.)\n(Petitot, XXXVII, p. 195-6.)\n(2) Goulas, t. 11, p. 212-3.\n(3) Pour la peinture, elle a une réputation malheureusement tout autre. Sauvai prétend qu'à\nson avènement à la régence, (1643), elle fit brûler à Fontainebleau pour plus de 100000 écus\nde peintures qui choquaient la décence."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.14", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3365, "texte": "pour bien apprécier l'histoire des mœurs & des arts, au temps de Luigi Rossi,\nil faut se souvenir qu'au même instant le puritanisme soulevait l'Angleterre,\n& allait un an plus tard faire tomber la tête de Charles ler,Ier, dont le fils assistait\nà la représentation â'Orfeo (i).\nMalgré toutes les précautions, on n'évita point les censures religieuses.\n« Les dévots en murmurèrent, dit Mme de Motteville ; & ceux qui, par un\nesprit déréglé, blâment tout ce qui se fait ne manquèrent pas à leur ordi-\nnaire d'empoisonner ces plaisirs, parce qu'ils ne respirent pas l'air sans\nchagrin & sans rage. »\nMais il était difficile à la morale de se sentir outragée par Orfeo, & aux\nmécontents de découvrir des sujets de scandale dans une pièce où l'Amour\nmême refuse de détourner Eurydice de ses devoirs conjugaux, & où Eurydice\nmeurt par un excès de pudeur véritablement rare & digne d'une habituée\ndu Salon Bleu : mordue à la jambe par un serpent, en l'absence d'Orphée,\nelle refuse (2) de laisser enlever le reptile par Aristée « de peur, dit Renaudot,\nd'offenser son mari par la licence qu'elle donnerait à son rival de la toucher ».\nIl fallut bien que l'hypocrisie désarmât ; mais elle trouva sa revanche\nd'autre part. Elle ne pouvait non plus contester la magnificence du spec-\ntacle & le grand succès de la pièce. Les Parlementaires qu'on avait invités (3),\nesprits chagrins & boudeurs, ennemis irréconciliables de Mazarin, firent sans\ndoute de leur mieux pour s'ennuyer; & ils y réussirent. Mais il leur fallut\nbien reconnaître en maugréant la viétoire des Italiens ; & tels de ceux qui\naffedaient de bâiller à la première représentation n'eurent pas le courage de\nrésister à l'engouement général. Olivier Lefèvre d'Ormesson, qui dit, le 2 mars,\nque « la langue italienne, que l'on n'entendoit pas aisément, estoit\nennuyeuse (4) », n'en revit pas moins la pièce le 8 mai, & « la trouva plus\nbelle que la première fois, tout estant bien mieux concerté » ; Montglat enre-\n/ o\ngistre avec maussaderie que « la comédie durait plus de six heures », & que\n« la grande longueur ennuyait sans qu'on l'osât témoigner ; & tel n'entendait\npas 1 italien qui n en bougeait, & l'admirait par complaisaance » ; mais il doit\nconvenir que la pièce « était fort belle à voir pour une fois, tant les change-\n\n(1) En Fiance même, le 18 déc. 1647, Parlement rendait un arrêt où il renouvelait les\npeines féioces du moyen âge, le gibet, la roue, la mutilation de la langue, contre ceux qui\nblasphémaient non seulement Dieu, mais la Vierge &c les saints. Ces peines avaient été\nsupprimées de fait sous Richelieu (Recueil des anciennes lois françaises, t. XVII, p. 65).\n(2) Et avec quels discours de pruderie offensée î\n(3) « Les principales personnes des corps & compagnies souveraines. »\n(4) Le 2 mars, après avoir dîné chez M. de Sévigné, Lelèvre d'Ormesson alla « au Palais-\nRoyal pour voii la repiesentation de la grande comédie, où, après avoir attendu 1 heure 1/2 il\nentra par le moyen de Mme de la Mothe... Les voix sont belles, mais la langue italienne, que Pon\nn'entendait pas aisément, estoit ennuyeuse. » Mémoires d'O. Lefèvre d'Ormesson, {Doc. inéd. sur\nVhisi. de France, I, p. 377-8.) Renaudot assure pourtant que les adeurs jouaient si parfaitement\n« qu ils se pouvoyent faire entendre à ceux qui n'avoyent aucune connoissance de leur langue »."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.15", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3115, "texte": "ments de décorations étaient surprenants (1) ». 11 insinue bien, dans sa\nmauvaise foi, que, si « la Reine ne perdait pas une fois sa représentation,\n...c'est qu'elle prenait soin de plaire au cardinal, & par la crainte qu'elle\navait de le fâcher ». En réalité, la Reine, qui, dès le lendemain, revit la\npièce de Rossi, & cette fois en entier, assista à toutes les représentations,\n« sans jamais s'en lasser ». C'est Mme de Motteville qui nous le dit; & elle\nest peu suspeéte d'amitié pour Mazarin (2). Le petit Roi « y apporta tant\nd'attention, qu'encor que S. M. l'eust desja veue deux fois, elle y voulut\nencore assister cette troisième, n'ayant donné aucun tesmoignage de s'y\nennuyer, bien qu'elle deust estre fatiguée du bal du jour précédent, auquel\nelle fit tant de merveilles (3) ». Le succès fut éclatant. Non seulement les\nmachines émerveillaient les spectateurs de telle sorte « qu'ils doutovent\ns'ils ne changeoyent point eux mesmes de place (4) », mais la musique les\nbouleversa. Surtout le chœur qui suit la mort d'Eurydice, & où les Nymphes\nse lamentent avec Apollon sur le malheur « de la pauvre deffunte », arracha\nles larmes. « La force de cette musique vocale jointe à celle des instruments,\ntiroyent Lame par les oreilles de tous les auditeurs, & l'aurait fait bien davan-\ntage, sans que le Soleil descendu dans son char flambloyant, éclairé d'or,\nd'escarboucles & de brillants, excitât un doux murmure d'acclamations (5). »\nMmc de Motteville cite deux des courtisans qui se distinguaient le plus\npar leur enthousiasme : « Le maréchal de Gramont, éloquent, spirituel, gascon,\n& hardi à trop louer, mettait cette comédie au-dessus des merveilles du\nmonde : le duc de Mortemart, grand amateur de la musique & grand cour-\ntisan, paraissait enchanté au seul nom du moindre des aéteurs ; & tous\nensemble, afin de plaire au ministre, faisaient de si fortes exagérations quand\nils en parlaient, qu'elle devint enfin ennuyeuse aux personnes modérées dans\nles paroles. » Quant à Naudé, il dit qu'à la fin de la représentation « on\nn'entendait rien autre chose que les exclamations de ceux qui en louoient\nextraordinairement ce qui avait le .plus fait d'impression sur leurs esprits (6) »,\n& il cite quelques vers latins extraits « d'un ouvrage entier qu'un cordelier\nportugais, le R. P. Macedo, avait composé à la louange de cette comédie ».\nOn ne pouvait donc raisonnablement chicaner le succès de la pièce,\n(au moins immédiatement) (7). Mais l'opposition se rattrapa sur un autre\n\n(î) Mémoires du marquis de Montglat. (Petitot. p. 59-60.)\n(2) Mme de Motteville, p. 238.\n(3) Renaît dot, 8 mars.\n(4) ld.\n(5) Renaudot.\n(6) « Cette comédie représentée quasi en présence de toute la France, avec l'approbation,\nvoire mesme le transport & admiration de tous ceux qui faisoient profession de s'y cognoistre. »\nNAUDÉ, Jugement de tout ce qui a été imprimé contre le cardinal... &c. 1649.\n(7) Cela n'empêcha point sans doute les ennemis de Mazarin, ou les envieux de Luigi, de\nfalsifier bientôt l'histoire, & de railler dans les Mazarinades l'ennui d'Orphée, à peu près de la même"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.16", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "terrain. Ne pouvant reprocher à Y Orfeo d'être un speftacle manqué, elle lui\nreprocha d'être trop beau, trop riche, & de coûter trop cher. Cette nouvelle\nforme d'hostilité n'était pas moins dangereuse que l'opposition religieuse. La\nmisère était grande, & les impôts montaient : ils venaient d'atteindre cette\nannée-là le chiffre le plus élevé où ils fussent jamais parvenus (i). Les\nParlements affectaient de se poser en défenseurs du peuple contre les expédients\nfinanciers de Mazarin & de ses Italiens. Ils ne pouvaient manquer de signaler\nà la nation affamée les dépenses exagérées du cardinal pour les plaisirs de la\ncour & les speCtacles italiens. Le reproche ici était fondé ; mais ils l'exagé-\nrèrent beaucoup, & grossirent considérablement le chiffre des sommes\ngaspillées pour Orfeo. Naudé proteste en vain qu'on ne dépensa que\n30000 écus (2). Les 30000 écus deviennent 400000 livres chez Montglat, &\n500000 écus chez Guy Joly. « La comédie en musique, dit ce dernier,\nconseiller au Chàtelet, coûta plus de 500000 écus, & fit faire beaucoup de\nréflexions à tout le monde, mais particulièrement à ceux des compagnies\nsouveraines qu'on tourmentait, & qui voyaient bien, par cette dépense exces-\nf\nsive & superflue, que les besoins de l'Etat n'étaient pas si pressants, qu'on\nne les eût bien épargnés si l'on eût voulu (3). » Et l'on voit dans Goulas\nque les perfides doléances des Parlementaires atteignirent leur but & parvin-\nrent à remuer le peuple : « La comédie de M. le cardinal causa tant de bruit\n& de vacarme parmi le peuple » qu'il ne songea plus à rien autre. « Car\nchacun s'acharna sur l'horrible dépense des machines & des musiciens italiens\nqui étoient venus de Rome & d'ailleurs à grands frais, parce qu'il les fallut\npayer pour partir, venir & s'entretenir en France (4). »\nMazarin vit venir l'orage, & il s'en inquiéta. Une lettre de Melani, citée\nplus haut, disait, on s'en souvient, que la reine faisait préparer une autre\ncomédie en musique, pour donner aussitôt après Orfeo (5). Mazarin s'y\nopposa. Naudé nous le dit formellement : « Il combattit l'année suivante les\nsentimens de toute la cour, & empescha absolument que l'on ne fist une autre\ncomédie, qui n'auroit esté de gueres moindre despense que celle d'Orphée (6). »\n\nfaçon que les journaux amusants raillaient vers 1860 les vertus soporifiques de Tannhaeuser.\n« Ce beau mais malheureux Orphée, ou, pour mieux parler, ce Morphée, puisque tout le monde\ny dormit. » Bientôt Cambert & Perrin ne craindront pas d'écrire que « les comédies en musique\nitaliennes ont déplu à notre nation » (1659).\n(1) 142 millions.\n(2) « L'on a voulu qu'une despense de 30 000 escus pour un entretien de la Cour, & d'une\nsi grande ville que Paris, ait esté une chose bien extraordinaire : Se l'on a fait un crime de voir\nune seule comédie de respect pendant la régence, au lieu qu'auparavant c'estoit galanterie d'en\nvoir toutes les années, Se de jouer bien souvent des Balets, dont la despense estoit quasi toujours\nplus grande que n'a esté celle de la comédie d'Orphée. » Naudé, Ibid.\n(3) Mémoires de Guy Joly. (Petitot, t. XLVII, p. 1 1.)\n(4) Mémoires de GouJas, 11, p. 212.\n(5) Lettre d'Atto Melani, 12 janv. 1647. Peut-être s'agissait-il du projet de carrousel drama-\ntico-musical de Margherita Costa : le Défi d'Apollon et de Mars.\n(0) Du reste, la maladie du petit roi (la petite vérole), puis les troubles de la Fronde,\nvinrent interrompre toutes les fêtes."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.17", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1192, "texte": "Et il ajoute même que, « si on l'eut voulu croire, l'on n'auroit jamais pensé à\ncette première, à laquelle ceux qui la pressèrent davantage, s'estoient engagez\ninsensiblement ».\nRien n'y fit ; & ces protestations (dont quelques-unes n'étaient\nd'ailleurs pas très vraisemblables) n'empêchèrent pas les calomnies d aller\nleur train. Les dépenses d'Orfeo restent pendant les guerres civiles le principal\ngriçf contre la prodigalité du cardinal : « Quand il a fallu trouver de quoy le\nproscrire, on luy a mis cette pièce en ligne de compte... On lui a donné sujet\nde dire après Ovide :\nO nimis exitio nata theatra meo (1). »\nL'impopularité dont jouit YOrfeo se manifeste bien aux persécutions\nqu'eut à subir Torelli, le machiniste, le véritable auteur de la pièce aux yeux\ndu gros public. 11 fut poursuivi, emprisonné, ruiné pendant la Fronde; & sa\nvie fut menacée, comme celle des autres Italiens restés à Paris, qui avaient\npris part aux représentations de 1645 &\nC'est ce qui nous explique que, malgré le grand succès du premier\nopéra italien à Paris, il faille attendre tant d'années pour le voir définitivement\ninstallé en France (2).\n\nROMAIN ROLLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "17", "page_fin": "20", "image_debut": 17, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.5", "titre_corps": "Le maître de chapelle de Charles VII.", "titre_sommaire": "Le maître de chapelle de Charles VII.", "signature_source": "A. 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Naudé va même jusqu'à appeler Mazarin « le Martyr d'Estat », parce\nqu'on lui fit porter, à lui seul, la responsabilité de toutes les dépenses CCOrfeo.\n(2) Quelques dates : 1654. Ballet italien donné à la cour. Le Noççe diPeleo e Theti, de Buti,\nCaproli & Torelli. Op:ra d'issy (Pastorale) de Perrin & Cambert. 1660. Perse de\nCavalli (au Louvre). 1662. Ercole amante de Cavalli. 1671. Pomone de Cambert & Perrin,\n& fondation de l'Académie d'Opéra.\nIl n'est pas sans intérêt de rappeler que malade, & deux mois avant sa mort, Mazarin faisait\nreprésenter Perse dans sa chambre (le 11 janvier 1661, lettre de l'ambassadeur Grimani. 11\nmourut le 9 mars). Ainsi, jusqu'à la fin, il conserva son amour pour la musique & pour\nl'Opéra. L'éternel Melani jouait 2 rôles dans la pièce, qu'il avait montée.\nEn revanche, on peut croire que l'influence CCOrfeo a contribué à la création d'un certain\nnombre de tragédies lyriques françaises, dont la Naissance d'Hercule de Rotrou (1649) &\nY Andromède de Corneille (1650) sont les exemples les plus célèbres. On sait que pour Y Andro-\nmède, dont la musique était de d'Assoucy, ami de Luigi, on utilisa les machines CCOrfeo.\n(3) Cette forme bizarre paraît remonter à l'artiste lui-même dont le nom flamand devait\nêtre « Van Ockeghen » ; il a traduit barbarement « van » par « de », sans songer que l'usage"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.18", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "Charles VII & Louis XI. Cette étude repose, pour la partie bibliographique,\nsur une série de documents en partie inédits tirés des archives & bibliothèques\nfrançaises, & elle apporte de notables modifications à la notice insérée par\nFétis dans sa Bibliographie des musiciens. Toutefois, bien des lacunes subsistent\nencore, bien des points douteux restent à fixer. C'est ainsi qu'une solution de\ncontinuité se produit dans les documents d'archives entre 1443-1444, date où\nOckeghen, sans doute encore enfant, figure parmi les chantres de la cathédrale\nd'Anvers, & 1432-1453, date °ù nous le retrouvons attaché officiellement à\nla chapelle du roi Charles VlI(i). M. Brenet a fait justice des hypothèses\nqu'on avait imaginées pour combler cette lacune, notamment de celle d'un\nséjour à Milan à la cour du duc Galéas-Marie. Le trou doit-il rester béant?\nM. de Beaucourt, dans une page de son Histoire de Charles qui semble\nêtre restée inconnue à M. Brenet, s'exprime ainsi : « Le roi fit venir de Flandre\nun chantre du chœur de l'église d'Anvers, qui eut à partir de 1433 t'tre\nde premier chapelain & fut placé à la tête de la musique : c'était Jean\nOckeghem (2). » Mais M. de Beaucourt a jugé à vue de pays : il n'y a pas\nde texte qui dise formellement que Charles VII ait fait venir Ockeghem de\nFlandre plutôt que d'ailleurs. Nous savons par les documents fournis jusqu'ici\nque le grand musicien faisait partie de la chapelle royale dès 1452-1453 :\nnous ne savons exactement ni quand il y était entré ni d'où il venait.\nOr, à peu près au moment où MM. de Beaucourt & Brenet parlaient\nd'Ockeghen, feu A. Vayssière, archiviste de l'Allier, communiquait à la seétion\nd'archéologie du Comité des travaux historiques & scientifiques institué près\nde notre Ministère de l'lnstruétion publique un long fragment du compte de\nGilles Le Tailleur, argentier du duc de Bourbon, Charles ler.1er. Ce compte s'étend\nsur deux années, de juin 1446 à juin 1448, à ce qu'il semble. Il est publié\ntout au long aux pages 56-76 du Bulletin archéologique de 1891. Peu après\nla mise au jour de ce curieux document, j'adressai au Comité une courte\ncommunication dont je n'ai pas gardé copie. Cette communication, mentionnée\ndans les procès-verbaux des séances de la seétion scientifique du 11 juillet &\ndu 14 novembre 1892, est ainsi rapportée dans le procès-verbal de la séance\ndu 10 juillet 1893 : « M. de Lasteyrie rappelle que dans une séance précédente\nle regretté M. Darcel avait rendu compte d'une observation de M. Antoine\nThomas, chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris, au sujet d'un\n\nfrançais veut que IV de de s'élide devant un mot commençant par une voyelle. Nous dirons\ndésormais « Ockeghen » tout court pour abréger, comme le fait souvent M. Brenet.\nGIRANDET, Les artistes Tourangeaux, p. 312.\n(1) Fétis ne cite aucun document sur Ockeghen entre 1444 & 1461. M. de Beaucourt semble\navoir signalé le premier la mention d'Ockeghen comme chapelain de Charles VII dans un compte\nde l'année 1452-1453 dont nous ne possédons que la copie, nat. fran. Bibl. 325! 1 (ancien cabinet\ndes titres 685 toujours cité par M. Brenet avec la cote fautive fo 162 1685), v° (Hist de Charles yIL\nVI, 419).\n(2) Tome VII, p. 419, paru avec la date de 1891."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.19", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3013, "texte": "passage des comptes de Gilles Le Tailleur, argentier de Charles duc de Bourbon,\ncommuniqué au Comité par M. Vayssière. Cette observation portait sur le\nnom de Johannes Obreghan, l'un des chantres de la chapelle ducale. M. Antoine\nThomas pensait qu'il pourrait bien y avoir là une fausse leéture, & qu'il\nfallait peut-être lire Okeghan. Dans ce cas, le chantre en question aurait été le\nmême musicien qui fut maître de chapelle de Charles VII ; &, au lieu de venir\ndes Flandres auprès du roi de France, il aurait passé auparavant par la chapelle\ndu duc de Bourbon. Le rapporteur demandait que cette observation fût\ncommuniquée à M. Vayssière avec prière de vérifier la leéture sur le document\noriginal. M. Vayssière a fait cette vérification, & le fac-similé qu'il a pris la\npeine de faire du passage douteux permet d'affirmer en toute assurance que\nle nom du chantre du duc de Bourbon était bien 1). »\nVoilà qui est décisif, pensera-t-on ; il semble qu'il n'y ait plus qu'à\nclasser l'affaire, comme on dit au palais. Je demande, au contraire, à la\nreprendre. Après avoir étudié de nouveau le dossier, ce qui n'était chez moi\nque présomption est devenu conviétion absolue. Que le fragment de compte\nde Gilles Le Tailleur porte effectivement Obreghan & non Ocheghan, c'est un\nfait incontestable. Mon confrère M. Claudon, archiviste aétuel de l'Allier, a\nbien voulu m'envoyer un fac-similé qui dissipe tous les doutes que je pouvais\nnourrir à ce sujet en mon for intérieur. Mais proclamer que le compte de\nGilles Le Tailleur porte Obreghan est une chose, & affirmer « que le nom du\nchantre du duc de Bourbon était Obreghan » en est une autre. Est-il impossible\nque le scribe qui a transcrit le compte ait eu sous les yeux Okeghan & que,\npar une confusion d'écriture, il ait pris le h pour & ait lu cela\nest tellement possible que, sans connaître ce compte, M. Brenet mentionne\nprécisément une forme fautive Obreghemparmi les vingt-cinq variantes qu'il\na rencontrées au cours de ses recherches (2).\nRemarquons que, dans les comptes royaux de l'année 1464-1465,\nOckeghem est le seul chapelain dont le prénom soit énoncé en latin : il est\nappelé Johannes Hokeghem (3). Or, dans le compte de Gilles Le Tailleur, le\nsoi-disant Obreghan est aussi le seul chapelain du duc de Bourbon dont le\nprénom soit énoncé en latin : Johannes Obreghan (4). Enfin, il est tellement\nnaturel que Charles Vil ait recruté Ockeghem parmi les chapelains du duc\nde Bourbon que nous constatons que le même cas s'est produit pour deux\nde ses collègues. Dans la chapelle de Moulins en 1447-1448 figurent « messire\nJehan Mambus » & « Jehan Cousin » ; dans la chapelle de Paris en 1461-1462\nnous retrouvons « messire Jehan de Maubus, dit de Pernes, mort en\nfévrier 1461 (vieux style) » & « messire Jehan Escatefer, dit Cousin ».\n\n(1) Bulletin archéologique du Comité..., 1893, p. LXXVIII-LXXIX.\n(2) Il ne donne malheureusement pas la provenance de cette forme.\n(5) Brevet, p. 8.\n(4) Bull. arch. de 1891, p. 39."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 318, "texte": "Je laisse au lefteur le soin d'apprécier si l'hypothèse que j'ai émise\nen 1892 sur l'identité d'un des chapelains du duc de Bourbon & du célèbre\nOckeghem ne demeure pas plus que probable, malgré la matérialité de la\nlecture Obreghan dans le manuscrit du compte de Gilles Le Tailleur.\n\nA. 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Brossard a aussi publié quelques cahiers de musique\n'•• • ' f\nd Eglise. » Cette dernière phrase fait évidemment allusion aux « Elévations et\nmotets à voix seule, avec la basse continué, &c... », premier ouvrage que\nS. de B. publia avec sa signature, en 1695, à Paris, chez Ballard, sous le titre\ngénéral de « Prodromus (1) musicalisseu sacra ». C'est un recueil de\n8 cantiques, mais il est loin de représenter tout le bagage de B. La Biblio-\nthèque Nationale possède de lui, en manuscrits autographes, les compositions\nsuivantes :\ni° Six cantates (Abraham ou Le sacrifice d'lsaac. Samson traby par\nDalila. La cheuttede Salomon. Judith ou la mort Les\ntrois enfants de la fournaise. Baltasar),Bibl. Nat. Invent. V7m 164;\n20 Une cantate sopra la vanitàde le richesse è la félicita dette\nPastorelle (ibid. Invent. V'm 7, dans le cahier n° IX du t. VIII d'une\n« Collection de cantates et d'ariettes italiennes de divers auteurs et en par-\ntition ».\nEn outre, S. de B. n'a pas toujours traité des sujets religieux. Il savait\nplaisanter à l'occasion. Sa renommée provoqua en 1692 la publication de\nl'ouvrage suivant : « Recueil d'airs sérieux et à boire par M. BR. VP. E.\nMDC. D. L. C. D. Str. » (Lisez : par M(onsieur) fi/?(ossard) ré-\n(bendé) £(t) A/(aître) D(e) C(hapelle) D(e) a) C(athédrale) D(e) S/r(asbourg.)\n« A Paris, chel Christophe Ballard, seul imprimeur du Roy pour la musique,\nrue S. Jean de Beauvais,au Mont-parnasse(2). » Pour donner une idée de\nl'habileté de Brossard, j'extrais de ce recueil la chanson suivante qui est d'un\ntour agréable & où le contrepoint a un sens comique assez original.\n(1) Prodromus Avant-goût, Essai. L'édition princeps est à la Bibl. Nat. (\nVfm 1077).\n(2) Six livres de 20 à 50 pages, in-40 oblong. (Bibl. Nat. Invent. Réserve, Vm 30f)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 43, "texte": "L'exercice du verre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "21", "page_fin": "21", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.6.1", "titre_corps": "L'exercice du verre.", "titre_sommaire": "L'exercice du verre.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 43, "texte": "L'exercice du verre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "25", "page_fin": "31", "image_debut": 25, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.7", "titre_corps": "MUSIQUE CONTEMPORAINE", "titre_sommaire": "MUSIQUE CONTEMPORAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nAu Conservatoire.\n\nLa Société des Concerts du Conservatoire est certainement la première institution\nmusicale de notre pays. Les artistes qui la composent sont tous des maîtres ; son chef\nd'orchestre, M. Taffanel, est universellement aimé Se estimé. Me permettra-t-elle\ncependant de lui adresser un reproche très précis sur la manière dont elle exécute\ncertains chefs-d'œuvre? Autour du tapis vert d'une table de Commission, j'ai entendu\nun jour M. Théodore Dubois dire : « J'admets la critique, mais je voudrais qu'elle\ndonnât des raisons Se s'appuyât sur des preuves. » C'est sous l'autorité de cette excellente\nparole que je place la requête suivante.\nPourquoi, lorsqu'elle exécute des compositions a capella (c'est-à-dire des pièces\npurement vocales Se d'où l'orchestre est exclu), pourquoi la Société fait-elle toujours\nprécéder ces compositions d'un prélude instrumental? Dans le Crucifixus de Loti, dans\nla Chanson des oiseaux de Jannequin, dans le Ferme tes yeux de Schumann, dans les\nTenehrce de Haydn, dans le Chanteur des bois de Mendelssohn qui ont été chantés cette\nannée, les voix, les voix seules, entendez-vous bien, doivent se faire entendre. C'est\nla loi essentielle de ce genre très noble Se très pur où l'instrument naturel, humain,\nSe en même temps l'instrument par excellence, la voix, est seul employé, & qui\ndiffère autant du genre symphonique que la gravure en taille douce diffère de la pein-\nture à l'huile. Or, au Conservatoire, l'orchestre nous gratifie toujours d'un accord\nparfait donné par le quatuor (ou l'orgue) Se tenant une ou deux mesures, avant que\nles choristes ouvrent la bouche. Le Kyrie de la messe en si mineur de Bach, certaines\nchansons du xvie siècle, Sec..., n'ont pas été épargnés par ce singulier usage.\nCette intrusion de l'orchestre qui prend le premier la parole là où il n'a rien à dire\na pour objet, m'a-t-on affirmé, de donner le ton aux chanteurs. La raison me paraît\ndéplorable Se je regrette profondément d'ayoir même à la mentionner. Je sais bien que\ntoute exécution est impossible si, auparavant, les exécutants ne se mettent d'accord. A"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "l'Opéra Se à l'Opéra-Comique, on tolère ces préludes incohérents par lesquels les instru-\nmentistes s'assurent que leurs armes sont en bon état, Se prennent contaéf les uns avec\nles autres. Il est entendu que ces essais de chanterelle, ces glissades de clarinettes, ces\nhautbois qui nasillent, tout cela ne compte pas. C'est la rançon nécessaire d'un plaisir\nprochain. Mais qu'un prélude de ce genre soit incorporé à l'œuvre qu'on va jouer, qu'il\ndevienne partie intégrante de la composition d'un grand maître, Se qu'il se fasse au\ncommandement du chef d'orchestre... voilà qui est étrange ! Je puis assurer M. Taftanel\nque dans les meilleurs Conservatoires de l'Europe ces pratiques sont inconnues. De\nbons chanteurs doivent avoir le « ton » dans l'oreille. Leur donner la note, ostensi-\nblement Se au commandement, c'est les faire ressembler à des écoliers qui savent très\nbien leur leçon, mais ne peuvent la réciter que si on leur en dit le premier mot, ou à des\ncavaliers qui au moment de monter à cheval n'auraient pas assez de légèreté pour se\nhisser d'eux-mêmes sur leurs selles, Se se feraient apporter une chaise comme marche-\npied. Enfin, cet accord de précaution initiale, (si j'ose l'appeler ainsi,) est d'une platitude\nSe d'une lourdeur extrêmes. En tète de la Chanson des oiseaux Se de Ferme tes yeux, il m'a\nparu un contresens évident. Au lieu de donner l'impression d'un début Se d'un élan, il\nproduit celle d'un affaissement, d'une conclusion, d'un arrêt. Il est pauvre, il est triste\nSe quelconque, il est glacial, comme honteux de lui-même & des choristes. C'est une\nmusique à porter le diable en terre, au moment où les fantaisies d'un Jannequin, les\nhymnes de Bach, les rêves ailés de Schumann vont prendre leur essor...\nDe grâce, qu'on supprime cet accord parasite! qu'on nous épargne cet ajout\nmaladroit, cette chose morte plaquée sur un être vivant! àla Société des Concerts, tout\ndoit être parfait.\n\nJ. C.\n\nA propos de la centième de «Louise».\n\nQuand ces lignes paraîtront, la Louise de M. Charpentier aura presque atteint la\ncentième représentation. Elle doit ce succès au talent de l'auteur, qui, de l'aveu de tous,\nmême de ceux qu'il prend pour des ennemis, est un excellent musicien, mais aussi\n(qualité plus rare !) à sa conviétion & à sa grande sincérité d'artiste. Seules sont\ndestinées à vivre les œuvres où l'on reconnaît une personnalité qui s'exprime avec\nfranchise & avec force. Les travaux de simple fafture sont mort-nés. Il n'y a plus\naujourd'hui à juger Se analyser par le détail ce « roman musical » qui est en rébellion\ncontre tant de vieux usages ; mais il sollicite toujours, à des titres divers, l'attention de\nl'observateur.\nParmi les tendances multiples Se contradictoires de la pensée moderne, on constate\nune évidente préoccupation de certains maîtres à se rapprocher du peuple, soit pour lui\nfaire connaître les découvertes de la science ou pour lui rendre plus familiers les chefs-\nd'œuvres consacrés, soit pour retrouver, au contaft de son cœur, les sources profondes\nde l'inspiration. Sous l'influence certaine des idées socialistes Se de leur progrès, on a\ncréé une Université populaire. Hier encore, on demandait à la Chambre que le musée\ndu Louvre fût ouvert, le soir, aux ouvriers; M. Leygues, avec sa générosité habituelle,\ns'associait aux efforts déjà tentés « pour faire pénétrer dans l'esprit des humbles Se des\ntravailleurs un peu de cette sérénité réconfortante que donne la contemplation du\nbeau ». Et M. Léo Claretie faisait, il y a quelques semaines, une conférence sur les"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 4154, "texte": "comédies de Molière devant deux cents gardiens de la paix des neuvième & dix-huitième\narrondissements de Paris.\nAvant de provoquer la vulgarisation scientifique & de faire rayonner l'enseignement\nsupérieur un peu plus loin que de coutume, ce mouvement de sympathie, avec lequel\nconspirait un souci chaque jour plus grand de Fexaéfitude Se de la vérité, avait trans-\nformé certains grands domaines de l'art. En peinture, on lui doit les œuvres des Courbet,\ndes Bastien-Lepage, des Millet ; en poésie, celles d'un Richepin Se d'un Coppée (première\nmanière) ; dans l'art dramatique, il avait fait succéder à l'École de Viétor Hugo Se de\nDumas fils des œuvres originales, âpres, saisissantes ; &, parallèlement, il avait suscité\nchez les aéleurs un nouveau mode de diétion dont M. Antoine eut le mérite initial. Dans\nle roman, on lui devait les curieuses esquisses des frères de Goncourt Se les solides\nmonuments de M. Emile Zola. Voici que l'art musical lui-même, malgré cette sorte de\nfluidité aérienne qui semblait le protéger contre la poussée du réalisme, cède à l'évolution\ncommune. Il descend de son char de Phaéton & de sa nuée bleue pour prendre pied en\npleine vie parisienne & faubourienne. Sans doute, comme toutes les autres révolutions,\ncelle-ci a eu ses précurseurs : des œuvres telles que le Rêve, Y Attaque du Moulin Se le\nMessidor de M. Alfred Bruneau, la Sapbo de Massenet, la Xavière de M. Théodore Dubois,\n& même de simples idylles comme Les Noces de Jeannette lui ont servi de préface. Mais\naujourd'hui on peut dire qu'un pas décisif est franchi. Le réalisme lyrique vient d'avoir\nsa bataille du Cid ou son 1830. Au moment même où l'on créait un Opéra populaire,\nnotre second théâtre officiel de musique représentait un drame qui est montmartrois,\nnon seulement d'origine Se d'esprit, mais de langage aussi, dans la mesure du possible,\nSe, ce qui est plus hardi encore, de costume.\nRemarquons que l'originalité de M. Charpentier ne consiste pas à faire chanter sur\nla scène des personnages empruntés à la vie réelle. En ce cas, Louise se distinguerait à\npeine du Chalet, Se c'est par centaines qu'on pourrait compter les œuvres qui l'ont\nprécédée dans cette voie. Son originalité consiste exactement à transporter dans l'opéra\nsérieux, dans la tragédie lyrique, si vous voulez, les sujets qui n'avaient été traités\njusqu'ici que dans la manière de l'idylle ou de l'opéra faisant « tableau de genre» ;(dans\nce dernier cas sont Carmen, Le Juif Polonais, Sec...) Parmi les précurseurs lointains de\nLouise, ainsi rétablie à sa vraie place, on peut citer Le Seigneur bienfaisant, opéra en\n3 actes (paroles de Rochon de Chabannes, musique de Floquet) représenté à Paris le\njeudi 14 déc. 1780. Le personnage principal est un « notable fermier » —Julien\ndont le fils unique se marie malgré son père, l'abandonne pour aller vivre avec la famille\nde sa femme, puis revient avec un bébé Se se fait pardonner. Dans Y Avertissement de\nson poème (p. 3), l'auteur dit : «J'ai laissé la fable & la féerie avec lesquelles on a fait\npresque tous les opéras-ballets, pour passer sur la scène du monde Se offrir aux spécula-\nteurs quelques tableaux de la vie humaine, parlant au cœur sans négliger de frapper les\nyeux... Nous n'avions encore que la Pastorale et la Comédie dans le genre que fai adopté ; j'y\nai ajouté le Drame, ce genre si naturel & si intéressant qui ne nous occupe que des peines\nSe des malheurs de nos semblables... Le fonds de l'opéra est usé... Il y a longtemps que je\npense qu'on devrait laisser reposer ces deux genres (Pastorale & Comédie). » Malheureuse-\nment, l'auteur a transporté le lieu de l'aétion en Béarn... au temps d'Henri IV! Par le\nrecul dans le temps, Le Seigneur bienfaisant retombait dans la catégorie des tableaux de\ngenre. Reprises de l'opéra de Floquet : 15 nov. 1781, 23 déc. 1782, 1785-6\n(7 représentations), 1787 (1 repn). La partition Se le livret sont aux Archives de l'Opéra\n(281-B).\nAutrefois, malgré quelques rares exceptions l'opéra cherchait moins à copier\nla vie qu'à la faire oublier. Comme Zéno à la marquise de Luzace, dans la Légende des\nsiècles, le musicien disait au poète :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "Si tu veux, faisons un rêve :\nMontons sur deux palefrois ;\nTu m'emmènes, je t'enlève,\nL'oiseau chante dans les bois!\n&, sur les ailes de la cavatine, on partait pour un monde de chimère, très brillant Se\ntrès faux, plein de figures mythologiques, de princes charmants, de bayadères Se de\nguitares. On suspendait la sérénade d'un amant en maillot cerise Se en toque de velours\nà un balcon gothique baigné par le clair de lune. On évoquait les guerriers fabuleux\ncoiffés d'un énorme casque d'argent. Quand on touchait à l'Histoire, on la voulait parée\nde fantaisie Se menteuse, transfigurée dans un recul de temps ou d'espace propice à\ntoutes les déformations. Ce qu'on étalait le plus volontiers, c'était le luxe de la renais-\nsance italienne avec les jolis effets de couleur si aimés de Watteau. Sensuel & frivole, le\ndrame lyrique était un perpétuel embarquement pour Cythère.\nMaintenant, les choses sont changées. Au lieu d'enfourcher un palefroi de rêve, le\nmusicien-poète prend l'impériale d'un omnibus Se se rend dans les faubourgs. Chemin\nfaisant, il écoute Se note les cris de Paris, les appels pittoresques, en pleine rue, du\nrétameur Se de la marchande de poisson. Il entre chez le traiteur pour vider un verre\navec Coupeau Se va observer la bohème, sentimentale ou tragique, pitoyable ou crimi-\nnelle, des hôtels garnis. Il se mêle aux ouvriers Se aux petites gens. Il découvre la vie.\nIl déchire les voiles que la convention avait jetés sur elle. Il veut qu'après trois siècles\nde divertissement, de romance Se de prouesses à côté, l'opéra, au lieu d'illustrer des\ncontes puérils ou de magnifier à perpétuité le personnage « noble », finisse par où il\naurait dû commencer, c'est-à-dire par l'expression de la souffrance ou de la joie de\nl'homme réel, l'homme en blouse ou en redingote que vous coudoyez sur les trottoirs.\nCette idée, combattue énergiquement, à l'origine, Se pour des raisons très\nraisonnables, par les directeurs de nos grands théâtres, n'a pas seulement conquis sa\nplace au soleil de la rampe en obtenant quelques viétoires sans lendemain sur des\npusillanimités routinières : un an lui a suffi pour dérouter notre conception du drame\nlyrique, pour déséquilibrer l'ancien répertoire Se pour évoluer, à pas de géant, dans la\nvoie qu'elle avait ouverte. Le passage d'un règne à un autre, qui, dans la nature, exige\nune accumulation de siècles, Se qui, dans le domaine de l'art, était retenu autrefois par\ntoutes les forces conservatrices de la tradition, étonne aujourd'hui par sa rapidité. Certes,\nil faut souhaiter son succès. Partout où est l'humanité, il y a une source de drame,\nd'intérêt & de poésie. Mais je me permettrai quelques observations. La première est la\nsuivante :\nUne œuvre qui reproduit avec toute Vexactitude possible la vie du peuple a plus de\nchance de plaire à la partie lettrée et un peu blasée du public qu'au peuple lui-même.\nJe voudrais justifier cela par quelques faits.\nIl y a quelque temps, au cours d'une modeste fête anniversaire donnée à Cahors\npar la Société des Etudes du Lot, j'entendais un savant conférencier faire l'éloge... du\npatois local. La séance était présidée par M. Gustave Larroumet, & l'auditoire se com-\nposait de deux parties très distinctes : l'une comprenait un évêque originaire des bords\nde la Meuse, le préfet, des fonctionnaires Se des gens du monde presque tous étrangers\nau pays ; l'autre était composée de personnes du peuple. Or, de ces deux auditoires, le\npremier seul paraissait attentif Se intéressé, tandis que le second, celui qui avait le\nplus de compétence pour juger ce qu'on lui disait, était visiblement sceptique. Je"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 4044, "texte": "n'oublierai jamais la brève explosion de rire qu'on entendit au fond de la salle lorsque,\ndans l'entraînement de son enthousiasme pour une fleur sauvage du parler de France,\nle conférencier fit l'éloge du « badernan » (nom par lequel on désigne là-bas les habitants\ndu quartier populaire). Ce rire signifiait : « Quelle est cette mauvaise plaisanterie ! Eh\nquoi! Tout le résultat de vos études, à vous savant, serait d'avouer la beauté du\nlangage des ignorants? Vous réunissez une assemblée d'élite dans un palais, Se c'est pour\nrépéter ce que nous disons chaque jour, dans nos ruelles Se nos échoppes, beaucoup\nmieux que vous? »\nJ'en appelle au témoignage de M. Pouvillon qui connaît si bien les paysans du\nQuercy : l'homme des champs prend pour une malice ou une marque de mépris la\nbonne volonté de l'étranger qui s'efforce de converser avec lui dans le dialede du terroir ;\nil veut qu'on lui parle français, alors même qu'il ne sait répondre qu'en patois.\nTenez pour certain qu'en matière d'art l'ouvrier de Paris est tout semblable. Il y a\ndeux ans, après avoir mobilisé pour la circonstance nos meilleures troupes musicales,\non a exécuté ce Couronnement de la Muse où M. Gustave Charpentier a fait à Mimi Pinson\nles honneurs de la grande symphonie. Or, dès les premières mesures, au moment précis\noù les deux pistons placés aux fenêtres du premier étage de l'Hôtel de ville reproduisaient,\nen manière de prélude, le « cri » de je ne sais quel marchand ambulant, j'ai entendu le\nmôme rire caractéristique, un rire d'étonnement, de raillerie, d'incrédulité, presque de\nprotestation...\nAu théâtre, le vrai peuple celui qui n'est gâté par aucun snobisme demande\nautre chose que les impressions de l'existence ordinaire. Il n'est pas seulement très idéa-\nliste ; il a, tranchons le mot, des goûts aristocratiques. Il est aristocrate naïvement, en\nvertu d'un instinél profond de l'humanité, non déformé par l'analyse ; il l'est par besoin,\npar lassitude de la vie réelle.\n;\nLes subtils auteurs de La fille Elisa ont constaté ce fait qui est suggestif : « Elles\nont du succès auprès de certains hommes du monde par une familiarité brutale, Se,\nauprès des hommes du peuple, par la politesse. » A l'Opéra aussi, Se à l'Opéra-Comique,\nc'est la politesse, en d'autres termes l'œuvre d'art de forme élégante, somptueuse Se\ndistinguée, qui est la plus capable de plaire au gros public. Le peuple n'admet pas que,\nsi on le convie à une fête des yeux Se des oreilles, ce soit pour l'entretenir de ses misères\nSe le ramener brusquement sur lui-même en lui présentant un miroir. Il ne comprend\npas, ou bien il se croit viéfime d'une mystification, lorsqu'on vient lui dire : « L'idéal\nde la beauté est en toi, Se non au-dessus de toi ! »\nQuelle erreur de croire, d'après un mot attribué à M. Camille Saint-Saëns, que le\nseul opéra populaire soit l'opéra bouffe! Sérieux, infiniment docile, le peuple est prêt à\nbattre des mains devant tout ce qui est vraiment digne d'admiration, Ce qu'il lui faut,\nc'est à la fois ce qu'il y a de plus beau, de plus magnanime & de plus riche. C'est lui\nparterre debout, Se non les gentilshommes assis sur les côtés de la scène, qui fit, au\nxvne siècle, le succès du Cid Se d'Andromaque. Ce qu'il aime, c'est la grandeur de\nl'héroïsme cornélien, c'est la poésie de l'amour, c'est le merveilleux; c'est aussi Se\nsurtout l'éclat visible du cadre dans lequel une œuvre lui est offerte : le faste des\ncostumes, la rareté des décors, la pompe des cortèges solennels. Il est plus intéressé par\nLohengrin dans sa nacelle que par les savetiers des Maîtres chanteurs, Se il aime mieux\nvoir le manteau étoilé de la Reine de la Nuit, dans la Flûte enchantée, que le fichu de\nMamzell' quat' sous.\nLa raison en est bien simple. Montaigne l'a donnée en disant : « Nous ne sommes\njamais chez nous ; nous sommes toujours au delà. » L'imagination nous entraine à\nchaque instant hors de notre domaine coutumier ; elle nous fait aimer ce qui tend à\nnous enlever dans les étoiles & non à nous refouler sur nous-mêmes..."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 4054, "texte": "On a reproché à M. Charpentier d'être trop particulariste & de rapetisser, d'appau-\nvrir la musique en limitant son pouvoir à l'expression d'une vie toute locale. Cette\ncritique me paraît superficielle. Sans doute, ce qui nous intéresse bien plus que Mont-\nmartre, c'est l'Humanité. Mais l'étude approfondie (ou passionnée, ce qui, artisti-\nquement, revient au même) d'un sujet très particulier est seule capable de nous faire\narriver à l'émotion qui accompagne en nous le sentiment de la vie universelle. Ainsi,\nJ.-J. Rousseau dans ses Confessions, Montaigne en ses Essais, peignent /'homme en\nétudiant un homme. Voyez l'Otello de Shakespeare : il n'y a peut-être pas de personnage,\nau théâtre, qui soit caractérisé par des traits plus individuels; & cependant Otello est le\njaloux par excellence. Il se pourrait donc que cette substitution de personnages popu-\nlaires (ouvriers, étudiants, chiffonniers, cochers de fiacre, sergents de ville &c...) aux\n« travestis » de l'ancien régime musical fût peu importante & négligeable, le résultat\nde l'œuvre d'art restant le même. Alors cependant, on pourrait demander : si cette\nsubstitution n'est pas justifiée par un renouvellement essentiel de l'œuvre lyrique, quel\ngain nous procure-t-elle ? En changeant les moyens pour arriver au même but,\nrépondrai-je, elle donne l'illusion d'un changement radical; elle est contraire au « déjà\nvu », hardie & de bonne foi, brillamment exécutée. Cela est beaucoup.\nVoici des reproches plus fondés qu'on pourrait adresser à M. Charpentier. Son\n« roman musical » n'est qu'une esquisse. La psychologie en est presque enfantine à\nforce d'être sommaire. L'artiste-poète, le Julien qui, sur le palier d'un hôtel garni, flirte\nd'abord avec la fille d'un charpentier, puis, ne pouvant obtenir sa main, l'enlève, ce\nJulien sur qui repose toute l'aCtion, n'est pas marqué de traits assez précis pour qu'on\ns'intéresse à lui. C'est un artiste. Un point, c'est tout. Mais quel genre d'artiste? Un\nmot ne remplace pas un caractère. Il y a, dans la pièce, des discussions de principes\nsur « les devoirs des enfants à l'égard des parents » & sur « le mariage libre », qui sont\nfroides, anti-dramatiques (elles le seraient déjà dans une comédie !) & aggravées çà &\nlà par des touches trop brutales. La convention fondamentale qui consiste à faire\nchanter, avec accompagnement de 70 musiciens, des personnages empruntés à la vie\nréelle & parlant le langage de tous les jours est, en certains endroits, choquante; cela\nrappelle un peu l'Hermann et Dorothée où Gœthe fait parler à un apothicaire, à un\npasteur, &c., la langue des héros d'Homère ; Se, ce qui semble prouver que cette disparate\nn'existe pas seulement pour l'auditeur, c'est que M. Charpentier, plus d'une fois, aban-\ndonne le chant & la musique pour leur substituer la parole ordinaire. Autre cas où\nl'auteur n'est pas fidèle à sa propre esthétique : il revient à un symbolisme suranné,\nlorsqu'il nous montre ce fêtard qui, attardé à un carrefour sur les quatre heures du\nmatin, entr'ouvre sa pelisse, apparaît vêtu comme un prince de féerie & chante : «Je\nsuis le Plaisir... » C'est du réalisme à la Delile & à la Florian. Il y a un tableau\n(« chez la Couturière ») qui fait hors-d'œuvre. La conduite de la pièce est telle\nqu'elle apparaît comme une parodie de l'ancien opéra, ce qui diminue sa portée, en lui\ndonnant une valeur négative : ainsi, la sérénade du ténor dans la coulisse est remplacée\npar la complainte d'un chanteur dans une cour d'hôtel; le ballet traditionnel devient\nune farandole de mardi gras ; au lieu de musiques somptueuses, il y a des mirlitons;\nau lieu d'un roi & d'une reine « assistant à la fête sous un dais de pourpre », on voit\ndes titis & des poivrots juchés sur des échafaudages. Il y a un certain abus, dans\nl'orchestration, des motifs conducteurs & des formules typiques. Le style du livret\nest faible, vers & prose mêlés, amorphe, « invertébré ». Enfin, cet opéra réaliste est\nd'une grande tristesse; je ne parle pas de cette tristesse qui naît de la pauvreté des"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.31", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "moyens employés, de la monotonie, de la sécheresse ou de l'ennui, mais de cette tris-\ntesse aiguë, douloureuse, poignante, qu'on éprouve devant une copie trop exaéle de la\nvie. Ce n'est pas la faute de M. Charpentier; c'est celle de la vie elle-même. Mais on\npeut demander si le théâtre lyrique mérite d'être pris tellement au sérieux qu'on y\ndoive montrer la vérité, comme dans la science, sans préoccupation des conséquences.\nOui, toutes ces réserves pourraient être faites avec plus ou moins d'insistance, Se\nM.. Charpentier ne doit point s'étonner de les voir indiquées par ceux-là mêmes qui,\nsouvent, fatiguèrent leurs mains à l'applaudir. Mais par combien de qualités supérieures\nil les rachète! Je les résumerai en un seul mot : la personnalité. Louise serait peut-\nêtre un modèle dangereux à suivre, surtout pour des débutants dont l'esprit critique\nen dehors de l'éducation musicale ne serait pas solide Se mùr ; il est même à souhaiter\nque, si elle crée une école nouvelle, cette école ne supprime pas d'autres conceptions\nmoins austères de l'Opéra-Comique, Se s'ajoute simplement à nos richesses acquises,\nsans s'élever sur des ruines. Il n'en est pas moins certain que Louise a diversifié très\nheureusement les manifestations de l'art français Se qu'elle fait grand honneur à notre\npays.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "25", "page_fin": "26", "image_debut": 25, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.7.1", "titre_corps": "Au Conservatoire.", "titre_sommaire": "Au Conservatoire.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.25", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "Au Conservatoire.\n\nLa Société des Concerts du Conservatoire est certainement la première institution\nmusicale de notre pays. Les artistes qui la composent sont tous des maîtres ; son chef\nd'orchestre, M. Taffanel, est universellement aimé Se estimé. Me permettra-t-elle\ncependant de lui adresser un reproche très précis sur la manière dont elle exécute\ncertains chefs-d'œuvre? Autour du tapis vert d'une table de Commission, j'ai entendu\nun jour M. Théodore Dubois dire : « J'admets la critique, mais je voudrais qu'elle\ndonnât des raisons Se s'appuyât sur des preuves. » C'est sous l'autorité de cette excellente\nparole que je place la requête suivante.\nPourquoi, lorsqu'elle exécute des compositions a capella (c'est-à-dire des pièces\npurement vocales Se d'où l'orchestre est exclu), pourquoi la Société fait-elle toujours\nprécéder ces compositions d'un prélude instrumental? Dans le Crucifixus de Loti, dans\nla Chanson des oiseaux de Jannequin, dans le Ferme tes yeux de Schumann, dans les\nTenehrce de Haydn, dans le Chanteur des bois de Mendelssohn qui ont été chantés cette\nannée, les voix, les voix seules, entendez-vous bien, doivent se faire entendre. C'est\nla loi essentielle de ce genre très noble Se très pur où l'instrument naturel, humain,\nSe en même temps l'instrument par excellence, la voix, est seul employé, & qui\ndiffère autant du genre symphonique que la gravure en taille douce diffère de la pein-\nture à l'huile. Or, au Conservatoire, l'orchestre nous gratifie toujours d'un accord\nparfait donné par le quatuor (ou l'orgue) Se tenant une ou deux mesures, avant que\nles choristes ouvrent la bouche. Le Kyrie de la messe en si mineur de Bach, certaines\nchansons du xvie siècle, Sec..., n'ont pas été épargnés par ce singulier usage.\nCette intrusion de l'orchestre qui prend le premier la parole là où il n'a rien à dire\na pour objet, m'a-t-on affirmé, de donner le ton aux chanteurs. La raison me paraît\ndéplorable Se je regrette profondément d'ayoir même à la mentionner. Je sais bien que\ntoute exécution est impossible si, auparavant, les exécutants ne se mettent d'accord. A"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "l'Opéra Se à l'Opéra-Comique, on tolère ces préludes incohérents par lesquels les instru-\nmentistes s'assurent que leurs armes sont en bon état, Se prennent contaéf les uns avec\nles autres. Il est entendu que ces essais de chanterelle, ces glissades de clarinettes, ces\nhautbois qui nasillent, tout cela ne compte pas. C'est la rançon nécessaire d'un plaisir\nprochain. Mais qu'un prélude de ce genre soit incorporé à l'œuvre qu'on va jouer, qu'il\ndevienne partie intégrante de la composition d'un grand maître, Se qu'il se fasse au\ncommandement du chef d'orchestre... voilà qui est étrange ! Je puis assurer M. Taftanel\nque dans les meilleurs Conservatoires de l'Europe ces pratiques sont inconnues. De\nbons chanteurs doivent avoir le « ton » dans l'oreille. Leur donner la note, ostensi-\nblement Se au commandement, c'est les faire ressembler à des écoliers qui savent très\nbien leur leçon, mais ne peuvent la réciter que si on leur en dit le premier mot, ou à des\ncavaliers qui au moment de monter à cheval n'auraient pas assez de légèreté pour se\nhisser d'eux-mêmes sur leurs selles, Se se feraient apporter une chaise comme marche-\npied. Enfin, cet accord de précaution initiale, (si j'ose l'appeler ainsi,) est d'une platitude\nSe d'une lourdeur extrêmes. En tète de la Chanson des oiseaux Se de Ferme tes yeux, il m'a\nparu un contresens évident. Au lieu de donner l'impression d'un début Se d'un élan, il\nproduit celle d'un affaissement, d'une conclusion, d'un arrêt. Il est pauvre, il est triste\nSe quelconque, il est glacial, comme honteux de lui-même & des choristes. 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Il n'y a plus\naujourd'hui à juger Se analyser par le détail ce « roman musical » qui est en rébellion\ncontre tant de vieux usages ; mais il sollicite toujours, à des titres divers, l'attention de\nl'observateur.\nParmi les tendances multiples Se contradictoires de la pensée moderne, on constate\nune évidente préoccupation de certains maîtres à se rapprocher du peuple, soit pour lui\nfaire connaître les découvertes de la science ou pour lui rendre plus familiers les chefs-\nd'œuvres consacrés, soit pour retrouver, au contaft de son cœur, les sources profondes\nde l'inspiration. Sous l'influence certaine des idées socialistes Se de leur progrès, on a\ncréé une Université populaire. Hier encore, on demandait à la Chambre que le musée\ndu Louvre fût ouvert, le soir, aux ouvriers; M. Leygues, avec sa générosité habituelle,\ns'associait aux efforts déjà tentés « pour faire pénétrer dans l'esprit des humbles Se des\ntravailleurs un peu de cette sérénité réconfortante que donne la contemplation du\nbeau ». Et M. Léo Claretie faisait, il y a quelques semaines, une conférence sur les"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.27", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 4154, "texte": "comédies de Molière devant deux cents gardiens de la paix des neuvième & dix-huitième\narrondissements de Paris.\nAvant de provoquer la vulgarisation scientifique & de faire rayonner l'enseignement\nsupérieur un peu plus loin que de coutume, ce mouvement de sympathie, avec lequel\nconspirait un souci chaque jour plus grand de Fexaéfitude Se de la vérité, avait trans-\nformé certains grands domaines de l'art. En peinture, on lui doit les œuvres des Courbet,\ndes Bastien-Lepage, des Millet ; en poésie, celles d'un Richepin Se d'un Coppée (première\nmanière) ; dans l'art dramatique, il avait fait succéder à l'École de Viétor Hugo Se de\nDumas fils des œuvres originales, âpres, saisissantes ; &, parallèlement, il avait suscité\nchez les aéleurs un nouveau mode de diétion dont M. Antoine eut le mérite initial. Dans\nle roman, on lui devait les curieuses esquisses des frères de Goncourt Se les solides\nmonuments de M. Emile Zola. Voici que l'art musical lui-même, malgré cette sorte de\nfluidité aérienne qui semblait le protéger contre la poussée du réalisme, cède à l'évolution\ncommune. Il descend de son char de Phaéton & de sa nuée bleue pour prendre pied en\npleine vie parisienne & faubourienne. Sans doute, comme toutes les autres révolutions,\ncelle-ci a eu ses précurseurs : des œuvres telles que le Rêve, Y Attaque du Moulin Se le\nMessidor de M. Alfred Bruneau, la Sapbo de Massenet, la Xavière de M. Théodore Dubois,\n& même de simples idylles comme Les Noces de Jeannette lui ont servi de préface. Mais\naujourd'hui on peut dire qu'un pas décisif est franchi. Le réalisme lyrique vient d'avoir\nsa bataille du Cid ou son 1830. Au moment même où l'on créait un Opéra populaire,\nnotre second théâtre officiel de musique représentait un drame qui est montmartrois,\nnon seulement d'origine Se d'esprit, mais de langage aussi, dans la mesure du possible,\nSe, ce qui est plus hardi encore, de costume.\nRemarquons que l'originalité de M. Charpentier ne consiste pas à faire chanter sur\nla scène des personnages empruntés à la vie réelle. En ce cas, Louise se distinguerait à\npeine du Chalet, Se c'est par centaines qu'on pourrait compter les œuvres qui l'ont\nprécédée dans cette voie. Son originalité consiste exactement à transporter dans l'opéra\nsérieux, dans la tragédie lyrique, si vous voulez, les sujets qui n'avaient été traités\njusqu'ici que dans la manière de l'idylle ou de l'opéra faisant « tableau de genre» ;(dans\nce dernier cas sont Carmen, Le Juif Polonais, Sec...) Parmi les précurseurs lointains de\nLouise, ainsi rétablie à sa vraie place, on peut citer Le Seigneur bienfaisant, opéra en\n3 actes (paroles de Rochon de Chabannes, musique de Floquet) représenté à Paris le\njeudi 14 déc. 1780. Le personnage principal est un « notable fermier » —Julien\ndont le fils unique se marie malgré son père, l'abandonne pour aller vivre avec la famille\nde sa femme, puis revient avec un bébé Se se fait pardonner. Dans Y Avertissement de\nson poème (p. 3), l'auteur dit : «J'ai laissé la fable & la féerie avec lesquelles on a fait\npresque tous les opéras-ballets, pour passer sur la scène du monde Se offrir aux spécula-\nteurs quelques tableaux de la vie humaine, parlant au cœur sans négliger de frapper les\nyeux... Nous n'avions encore que la Pastorale et la Comédie dans le genre que fai adopté ; j'y\nai ajouté le Drame, ce genre si naturel & si intéressant qui ne nous occupe que des peines\nSe des malheurs de nos semblables... Le fonds de l'opéra est usé... Il y a longtemps que je\npense qu'on devrait laisser reposer ces deux genres (Pastorale & Comédie). » Malheureuse-\nment, l'auteur a transporté le lieu de l'aétion en Béarn... au temps d'Henri IV! Par le\nrecul dans le temps, Le Seigneur bienfaisant retombait dans la catégorie des tableaux de\ngenre. Reprises de l'opéra de Floquet : 15 nov. 1781, 23 déc. 1782, 1785-6\n(7 représentations), 1787 (1 repn). La partition Se le livret sont aux Archives de l'Opéra\n(281-B).\nAutrefois, malgré quelques rares exceptions l'opéra cherchait moins à copier\nla vie qu'à la faire oublier. Comme Zéno à la marquise de Luzace, dans la Légende des\nsiècles, le musicien disait au poète :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.28", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "Si tu veux, faisons un rêve :\nMontons sur deux palefrois ;\nTu m'emmènes, je t'enlève,\nL'oiseau chante dans les bois!\n&, sur les ailes de la cavatine, on partait pour un monde de chimère, très brillant Se\ntrès faux, plein de figures mythologiques, de princes charmants, de bayadères Se de\nguitares. On suspendait la sérénade d'un amant en maillot cerise Se en toque de velours\nà un balcon gothique baigné par le clair de lune. On évoquait les guerriers fabuleux\ncoiffés d'un énorme casque d'argent. Quand on touchait à l'Histoire, on la voulait parée\nde fantaisie Se menteuse, transfigurée dans un recul de temps ou d'espace propice à\ntoutes les déformations. Ce qu'on étalait le plus volontiers, c'était le luxe de la renais-\nsance italienne avec les jolis effets de couleur si aimés de Watteau. Sensuel & frivole, le\ndrame lyrique était un perpétuel embarquement pour Cythère.\nMaintenant, les choses sont changées. Au lieu d'enfourcher un palefroi de rêve, le\nmusicien-poète prend l'impériale d'un omnibus Se se rend dans les faubourgs. Chemin\nfaisant, il écoute Se note les cris de Paris, les appels pittoresques, en pleine rue, du\nrétameur Se de la marchande de poisson. Il entre chez le traiteur pour vider un verre\navec Coupeau Se va observer la bohème, sentimentale ou tragique, pitoyable ou crimi-\nnelle, des hôtels garnis. Il se mêle aux ouvriers Se aux petites gens. Il découvre la vie.\nIl déchire les voiles que la convention avait jetés sur elle. Il veut qu'après trois siècles\nde divertissement, de romance Se de prouesses à côté, l'opéra, au lieu d'illustrer des\ncontes puérils ou de magnifier à perpétuité le personnage « noble », finisse par où il\naurait dû commencer, c'est-à-dire par l'expression de la souffrance ou de la joie de\nl'homme réel, l'homme en blouse ou en redingote que vous coudoyez sur les trottoirs.\nCette idée, combattue énergiquement, à l'origine, Se pour des raisons très\nraisonnables, par les directeurs de nos grands théâtres, n'a pas seulement conquis sa\nplace au soleil de la rampe en obtenant quelques viétoires sans lendemain sur des\npusillanimités routinières : un an lui a suffi pour dérouter notre conception du drame\nlyrique, pour déséquilibrer l'ancien répertoire Se pour évoluer, à pas de géant, dans la\nvoie qu'elle avait ouverte. Le passage d'un règne à un autre, qui, dans la nature, exige\nune accumulation de siècles, Se qui, dans le domaine de l'art, était retenu autrefois par\ntoutes les forces conservatrices de la tradition, étonne aujourd'hui par sa rapidité. Certes,\nil faut souhaiter son succès. Partout où est l'humanité, il y a une source de drame,\nd'intérêt & de poésie. Mais je me permettrai quelques observations. La première est la\nsuivante :\nUne œuvre qui reproduit avec toute Vexactitude possible la vie du peuple a plus de\nchance de plaire à la partie lettrée et un peu blasée du public qu'au peuple lui-même.\nJe voudrais justifier cela par quelques faits.\nIl y a quelque temps, au cours d'une modeste fête anniversaire donnée à Cahors\npar la Société des Etudes du Lot, j'entendais un savant conférencier faire l'éloge... du\npatois local. La séance était présidée par M. Gustave Larroumet, & l'auditoire se com-\nposait de deux parties très distinctes : l'une comprenait un évêque originaire des bords\nde la Meuse, le préfet, des fonctionnaires Se des gens du monde presque tous étrangers\nau pays ; l'autre était composée de personnes du peuple. Or, de ces deux auditoires, le\npremier seul paraissait attentif Se intéressé, tandis que le second, celui qui avait le\nplus de compétence pour juger ce qu'on lui disait, était visiblement sceptique. Je"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 4044, "texte": "n'oublierai jamais la brève explosion de rire qu'on entendit au fond de la salle lorsque,\ndans l'entraînement de son enthousiasme pour une fleur sauvage du parler de France,\nle conférencier fit l'éloge du « badernan » (nom par lequel on désigne là-bas les habitants\ndu quartier populaire). Ce rire signifiait : « Quelle est cette mauvaise plaisanterie ! Eh\nquoi! Tout le résultat de vos études, à vous savant, serait d'avouer la beauté du\nlangage des ignorants? Vous réunissez une assemblée d'élite dans un palais, Se c'est pour\nrépéter ce que nous disons chaque jour, dans nos ruelles Se nos échoppes, beaucoup\nmieux que vous? »\nJ'en appelle au témoignage de M. Pouvillon qui connaît si bien les paysans du\nQuercy : l'homme des champs prend pour une malice ou une marque de mépris la\nbonne volonté de l'étranger qui s'efforce de converser avec lui dans le dialede du terroir ;\nil veut qu'on lui parle français, alors même qu'il ne sait répondre qu'en patois.\nTenez pour certain qu'en matière d'art l'ouvrier de Paris est tout semblable. Il y a\ndeux ans, après avoir mobilisé pour la circonstance nos meilleures troupes musicales,\non a exécuté ce Couronnement de la Muse où M. Gustave Charpentier a fait à Mimi Pinson\nles honneurs de la grande symphonie. Or, dès les premières mesures, au moment précis\noù les deux pistons placés aux fenêtres du premier étage de l'Hôtel de ville reproduisaient,\nen manière de prélude, le « cri » de je ne sais quel marchand ambulant, j'ai entendu le\nmôme rire caractéristique, un rire d'étonnement, de raillerie, d'incrédulité, presque de\nprotestation...\nAu théâtre, le vrai peuple celui qui n'est gâté par aucun snobisme demande\nautre chose que les impressions de l'existence ordinaire. Il n'est pas seulement très idéa-\nliste ; il a, tranchons le mot, des goûts aristocratiques. Il est aristocrate naïvement, en\nvertu d'un instinél profond de l'humanité, non déformé par l'analyse ; il l'est par besoin,\npar lassitude de la vie réelle.\n;\nLes subtils auteurs de La fille Elisa ont constaté ce fait qui est suggestif : « Elles\nont du succès auprès de certains hommes du monde par une familiarité brutale, Se,\nauprès des hommes du peuple, par la politesse. » A l'Opéra aussi, Se à l'Opéra-Comique,\nc'est la politesse, en d'autres termes l'œuvre d'art de forme élégante, somptueuse Se\ndistinguée, qui est la plus capable de plaire au gros public. Le peuple n'admet pas que,\nsi on le convie à une fête des yeux Se des oreilles, ce soit pour l'entretenir de ses misères\nSe le ramener brusquement sur lui-même en lui présentant un miroir. Il ne comprend\npas, ou bien il se croit viéfime d'une mystification, lorsqu'on vient lui dire : « L'idéal\nde la beauté est en toi, Se non au-dessus de toi ! »\nQuelle erreur de croire, d'après un mot attribué à M. Camille Saint-Saëns, que le\nseul opéra populaire soit l'opéra bouffe! Sérieux, infiniment docile, le peuple est prêt à\nbattre des mains devant tout ce qui est vraiment digne d'admiration, Ce qu'il lui faut,\nc'est à la fois ce qu'il y a de plus beau, de plus magnanime & de plus riche. C'est lui\nparterre debout, Se non les gentilshommes assis sur les côtés de la scène, qui fit, au\nxvne siècle, le succès du Cid Se d'Andromaque. Ce qu'il aime, c'est la grandeur de\nl'héroïsme cornélien, c'est la poésie de l'amour, c'est le merveilleux; c'est aussi Se\nsurtout l'éclat visible du cadre dans lequel une œuvre lui est offerte : le faste des\ncostumes, la rareté des décors, la pompe des cortèges solennels. Il est plus intéressé par\nLohengrin dans sa nacelle que par les savetiers des Maîtres chanteurs, Se il aime mieux\nvoir le manteau étoilé de la Reine de la Nuit, dans la Flûte enchantée, que le fichu de\nMamzell' quat' sous.\nLa raison en est bien simple. Montaigne l'a donnée en disant : « Nous ne sommes\njamais chez nous ; nous sommes toujours au delà. » L'imagination nous entraine à\nchaque instant hors de notre domaine coutumier ; elle nous fait aimer ce qui tend à\nnous enlever dans les étoiles & non à nous refouler sur nous-mêmes..."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.30", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 4054, "texte": "On a reproché à M. Charpentier d'être trop particulariste & de rapetisser, d'appau-\nvrir la musique en limitant son pouvoir à l'expression d'une vie toute locale. Cette\ncritique me paraît superficielle. Sans doute, ce qui nous intéresse bien plus que Mont-\nmartre, c'est l'Humanité. Mais l'étude approfondie (ou passionnée, ce qui, artisti-\nquement, revient au même) d'un sujet très particulier est seule capable de nous faire\narriver à l'émotion qui accompagne en nous le sentiment de la vie universelle. Ainsi,\nJ.-J. Rousseau dans ses Confessions, Montaigne en ses Essais, peignent /'homme en\nétudiant un homme. Voyez l'Otello de Shakespeare : il n'y a peut-être pas de personnage,\nau théâtre, qui soit caractérisé par des traits plus individuels; & cependant Otello est le\njaloux par excellence. Il se pourrait donc que cette substitution de personnages popu-\nlaires (ouvriers, étudiants, chiffonniers, cochers de fiacre, sergents de ville &c...) aux\n« travestis » de l'ancien régime musical fût peu importante & négligeable, le résultat\nde l'œuvre d'art restant le même. Alors cependant, on pourrait demander : si cette\nsubstitution n'est pas justifiée par un renouvellement essentiel de l'œuvre lyrique, quel\ngain nous procure-t-elle ? En changeant les moyens pour arriver au même but,\nrépondrai-je, elle donne l'illusion d'un changement radical; elle est contraire au « déjà\nvu », hardie & de bonne foi, brillamment exécutée. Cela est beaucoup.\nVoici des reproches plus fondés qu'on pourrait adresser à M. Charpentier. Son\n« roman musical » n'est qu'une esquisse. La psychologie en est presque enfantine à\nforce d'être sommaire. L'artiste-poète, le Julien qui, sur le palier d'un hôtel garni, flirte\nd'abord avec la fille d'un charpentier, puis, ne pouvant obtenir sa main, l'enlève, ce\nJulien sur qui repose toute l'aCtion, n'est pas marqué de traits assez précis pour qu'on\ns'intéresse à lui. C'est un artiste. Un point, c'est tout. Mais quel genre d'artiste? Un\nmot ne remplace pas un caractère. Il y a, dans la pièce, des discussions de principes\nsur « les devoirs des enfants à l'égard des parents » & sur « le mariage libre », qui sont\nfroides, anti-dramatiques (elles le seraient déjà dans une comédie !) & aggravées çà &\nlà par des touches trop brutales. La convention fondamentale qui consiste à faire\nchanter, avec accompagnement de 70 musiciens, des personnages empruntés à la vie\nréelle & parlant le langage de tous les jours est, en certains endroits, choquante; cela\nrappelle un peu l'Hermann et Dorothée où Gœthe fait parler à un apothicaire, à un\npasteur, &c., la langue des héros d'Homère ; Se, ce qui semble prouver que cette disparate\nn'existe pas seulement pour l'auditeur, c'est que M. Charpentier, plus d'une fois, aban-\ndonne le chant & la musique pour leur substituer la parole ordinaire. Autre cas où\nl'auteur n'est pas fidèle à sa propre esthétique : il revient à un symbolisme suranné,\nlorsqu'il nous montre ce fêtard qui, attardé à un carrefour sur les quatre heures du\nmatin, entr'ouvre sa pelisse, apparaît vêtu comme un prince de féerie & chante : «Je\nsuis le Plaisir... » C'est du réalisme à la Delile & à la Florian. Il y a un tableau\n(« chez la Couturière ») qui fait hors-d'œuvre. La conduite de la pièce est telle\nqu'elle apparaît comme une parodie de l'ancien opéra, ce qui diminue sa portée, en lui\ndonnant une valeur négative : ainsi, la sérénade du ténor dans la coulisse est remplacée\npar la complainte d'un chanteur dans une cour d'hôtel; le ballet traditionnel devient\nune farandole de mardi gras ; au lieu de musiques somptueuses, il y a des mirlitons;\nau lieu d'un roi & d'une reine « assistant à la fête sous un dais de pourpre », on voit\ndes titis & des poivrots juchés sur des échafaudages. Il y a un certain abus, dans\nl'orchestration, des motifs conducteurs & des formules typiques. Le style du livret\nest faible, vers & prose mêlés, amorphe, « invertébré ». Enfin, cet opéra réaliste est\nd'une grande tristesse; je ne parle pas de cette tristesse qui naît de la pauvreté des"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.31", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "moyens employés, de la monotonie, de la sécheresse ou de l'ennui, mais de cette tris-\ntesse aiguë, douloureuse, poignante, qu'on éprouve devant une copie trop exaéle de la\nvie. Ce n'est pas la faute de M. Charpentier; c'est celle de la vie elle-même. Mais on\npeut demander si le théâtre lyrique mérite d'être pris tellement au sérieux qu'on y\ndoive montrer la vérité, comme dans la science, sans préoccupation des conséquences.\nOui, toutes ces réserves pourraient être faites avec plus ou moins d'insistance, Se\nM.. Charpentier ne doit point s'étonner de les voir indiquées par ceux-là mêmes qui,\nsouvent, fatiguèrent leurs mains à l'applaudir. Mais par combien de qualités supérieures\nil les rachète! Je les résumerai en un seul mot : la personnalité. Louise serait peut-\nêtre un modèle dangereux à suivre, surtout pour des débutants dont l'esprit critique\nen dehors de l'éducation musicale ne serait pas solide Se mùr ; il est même à souhaiter\nque, si elle crée une école nouvelle, cette école ne supprime pas d'autres conceptions\nmoins austères de l'Opéra-Comique, Se s'ajoute simplement à nos richesses acquises,\nsans s'élever sur des ruines. Il n'en est pas moins certain que Louise a diversifié très\nheureusement les manifestations de l'art français Se qu'elle fait grand honneur à notre\npays.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "31", "page_fin": "32", "image_debut": 31, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.8", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.31", "debut_caractere": 1323, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nLiborio Sacchetti, professeur au Conservatoire de St-Pétersbourg : Petite Chrestomathie musicale\nhistorique, depuis les temps les plus\nanciens jusqu'au XVIIe siècle inclusivement, avec un appendice sur l'école espagnole. Deuxième édition augmentée. SLPéters-\nbourg, 1900, in-40, 111, 491 p. (en russe) (I).\n\nM. L. Sacchetti s'est proposé d'esquisser pour le public russe tout le développement\nde la musique depuis les temps préhistoriques jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Cette\nesquisse, très brève, occupe les 128 premières pages de l'ouvrage; chacun des chapitres\nest accompagné de notes où est signalée une très abondante bibliographie en toutes\nlangues, Se qui permettent ainsi à l'étudiant de compléter ses connaissances. Mais\nM. Sacchetti a pensé, avec raison, qu'une histoire de la musique sans exemples est aussi\npeu vivante qu'une histoire des arts du dessin sans reproductions, Se il a joint à son exposé\nhistorique, où se trouvent déjà de nombreux exemples musicaux, toute une série de\nmorceaux choisis qui donnent au leéteur un premier aperçu du développement des\nformes musicales au cours des périodes étudiées. On trouvera là 95 morceaux reproduits\nd'après les éditions modernes : pièces de musique orientale, restes de musique antique\n(hymne à Apollon, &c.), fragments d'ancienne musique chrétienne orientale & occi-\ndentale, des morceaux de musique du moyen âge, sacrée Se profane, des divers pays de\nl'Europe, puis de l'École des Pays-Bas au XVe Si au XVIe siècle, de l'école anglaise Se de\nl'école italienne à la même date, quelques morceaux d'opéras Se d'oratorios du XVIIe siècle\nSe enfin une série de pièces instrumentales : symphonie de Roland de Lassus, fugues de\nBuxtehude, suite de Purcell, sonate de Kuhnau, Sec. L'appendice sur la musique espa-\n\n(1) Le prix, très bas, de ce beau volume est de trois roubles cinquante kopeks, soit 9, 30\nd'après la valeur officielle du rouble (actuellement supérieure à la valeur réelle)."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.32", "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 712, "texte": "Gnole comprend en outre deux morceaux. Le tout est trancrit en notations modernes,\navec emploi exclusif des deux clés de sol 8c de fa : le caraétère élémentaire de la publi-\ncation est suffisamment indiqué par là. Il est à souhaiter qu'un livre analogue à celui\nde M. Sacchetti donne à un public français un peu étendu l'occasion d'entrevoir combien\nla littérature musicale antérieure au XVIIIe de chefs-d'œuvre.\n\nA. MEILLET.\n\nOuvrage déposé aux bureaux de la Revue et dont il sera rendu compte ultérieurement : La\nmusique dans la deuxième partie du XIXe siècle, par M. le Dr Rietsch, privat-docent a VUniversité\nimpériale et royale de Vienne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c016", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "31", "page_fin": "32", "image_debut": 31, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.8.1", "titre_corps": "Liborio Sacchetti, professeur au Conservatoire de St-Pétersbourg : Petite Chrestomathie musicale historique, depuis les temps les plus anciens jusqu'au XVIIe siècle inclusivement, avec un appendice sur l'école espagnole. Deuxième édition augmentée. SLPétersbourg, 1900, in-40, 111, 491 p. (en russe) (I).", "titre_sommaire": "Liborio Sacchetti, professeur au Conservatoire de St-Pétersbourg : Petite Chrestomathie musicale historique, depuis les temps les plus anciens jusqu'au XVIIe siècle inclusivement, avec un appendice sur l'école espagnole. Deuxième édition augmentée. SLPétersbourg, 1900, in-40, 111, 491 p. (en russe) (I).", "signature_source": "A. MEILLET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.31", "debut_caractere": 1338, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "Liborio Sacchetti, professeur au Conservatoire de St-Pétersbourg : Petite Chrestomathie musicale\nhistorique, depuis les temps les plus\nanciens jusqu'au XVIIe siècle inclusivement, avec un appendice sur l'école espagnole. Deuxième édition augmentée. SLPéters-\nbourg, 1900, in-40, 111, 491 p. (en russe) (I).\n\nM. L. Sacchetti s'est proposé d'esquisser pour le public russe tout le développement\nde la musique depuis les temps préhistoriques jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Cette\nesquisse, très brève, occupe les 128 premières pages de l'ouvrage; chacun des chapitres\nest accompagné de notes où est signalée une très abondante bibliographie en toutes\nlangues, Se qui permettent ainsi à l'étudiant de compléter ses connaissances. Mais\nM. Sacchetti a pensé, avec raison, qu'une histoire de la musique sans exemples est aussi\npeu vivante qu'une histoire des arts du dessin sans reproductions, Se il a joint à son exposé\nhistorique, où se trouvent déjà de nombreux exemples musicaux, toute une série de\nmorceaux choisis qui donnent au leéteur un premier aperçu du développement des\nformes musicales au cours des périodes étudiées. On trouvera là 95 morceaux reproduits\nd'après les éditions modernes : pièces de musique orientale, restes de musique antique\n(hymne à Apollon, &c.), fragments d'ancienne musique chrétienne orientale & occi-\ndentale, des morceaux de musique du moyen âge, sacrée Se profane, des divers pays de\nl'Europe, puis de l'École des Pays-Bas au XVe Si au XVIe siècle, de l'école anglaise Se de\nl'école italienne à la même date, quelques morceaux d'opéras Se d'oratorios du XVIIe siècle\nSe enfin une série de pièces instrumentales : symphonie de Roland de Lassus, fugues de\nBuxtehude, suite de Purcell, sonate de Kuhnau, Sec. L'appendice sur la musique espa-\n\n(1) Le prix, très bas, de ce beau volume est de trois roubles cinquante kopeks, soit 9, 30\nd'après la valeur officielle du rouble (actuellement supérieure à la valeur réelle)."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.32", "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 712, "texte": "Gnole comprend en outre deux morceaux. Le tout est trancrit en notations modernes,\navec emploi exclusif des deux clés de sol 8c de fa : le caraétère élémentaire de la publi-\ncation est suffisamment indiqué par là. Il est à souhaiter qu'un livre analogue à celui\nde M. Sacchetti donne à un public français un peu étendu l'occasion d'entrevoir combien\nla littérature musicale antérieure au XVIIIe de chefs-d'œuvre.\n\nA. MEILLET.\n\nOuvrage déposé aux bureaux de la Revue et dont il sera rendu compte ultérieurement : La\nmusique dans la deuxième partie du XIXe siècle, par M. le Dr Rietsch, privat-docent a VUniversité\nimpériale et royale de Vienne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1901-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "32", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.2.9", "titre_corps": "THÉÂTRES ET CONCERTS", "titre_sommaire": "THÉÂTRES ET CONCERTS", "signature_source": "Le Propriétaire-Gérant : H. WELTER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.32", "debut_caractere": 714, "fin_caractere_exclue": 4553, "texte": "THÉÂTRES ET CONCERTS\nLe Propriétaire-Gérant :\nH. WELTER.\nLa maison Ricordi, de Milan, a confié à M. Alexandre Longo le soin de préparer une\ngrande édition complète des œuvres pour clavecin de Dominique Scarlatti, le contemporain de\nBach, de Haendel, de Rameau & de Coupeiin, fils d'Alexandre S. chef de l'Ecole Napolitaine, &\nprécurseur des grands musiciens qui, comme Beethoven, ont créé la Sonate moderne. Nous\nsommes assurés que cette édition nous dédommagera amplement des mutilations de texte & des\ncorrections plus ou moins heureuses que se sont permises les Biilow & les Tausig.\nL'Opéra Se VOpéra Comique de Paris n'ont encore donné, cet hiver, aucune nouveauté ,\nil faut croire qu'ils vont déployer une activité sérieuse pour rattraper le temps perdu Se se mettre\nen règle avec leurs cahiers des charges. Le premier annonce pour la seconde quinzaine de février\nAstarté de M. Xavier Leroux ; le second préparait La fille de Tabarin de M. G. Piemé, à laquelle\nsuccédera VOuragan de M. Alfred Bruneau. La reprise manquée de Don Juan (projet abandonné\nfaute de chanteurs suffisants Se que nous sommes loin de regretter !) a été la cause, paraît-il,\nde ce retard. Nous analyserons la Fille de Tabartn dans notre prochain N°.\nLes Concerts font plus de besogne Se. se montrent plus hardis. Tandis que M. Colonne\ndonnait une audition de Tristan et Iseult, M. Chevillard a fait exécuter trois fois le Rheingold.\nCe courage mérite de grands éloges, avec quelques réserves. 11 est d'abord peu régulier de faire\nentendre au concert (fût-ce pour raisons d'économie) ce qui a été écrit pour le théâtre, Se de\nmontrer, par exemple, des artistes en habit noir Se en toilette de bal là où il faudrait des nageurs\nSe des nageuses, comme dans le premier a été de Rheingold, non sans analogie, on l'a dit justement,\navec un aquarium. Ensuite, les Directeurs des grands Concerts ne se trompent-ils pas en croyant\nque le public est encore affamé de musique wagnérienne ? A la grande faim des premiers jours\nsemble avoir succédé une quasi satiété qui a besoin de repos pour la digestion. En outre, au\npoint de vue « snob », n'oublions pas que Wagner a été dépassé Se qu'il y a aujourd'hui, en\nFrance, des formules musicales plus neuves encore, plus avancées, plus osées que la sienne.\nEnfin, le rôle de musiciens tels que MM. Chevillard Se Colonne est-il de suivre le goût public\n(ou ce qu'ils prennent pour tel)? n'est-il pas plutôt de le diriger? La convention du théâtre au\nconcert étant admise, pourquoi ne nous donnent-ils pas une audition de Castor et Pollux ou\nd'Flippolyte et A vicie ?\nAux autres Concerts, on constate avec plaisir une tendance à introduire l'esprit historique\ndans les programmes. La Schola qui, sous la direction de M. Vincent d'lndy, est devenue une\npetite Université musicale, ne s'est pas contentée de faire entendre plusieurs cantates de Bach Se\nde commencer l'exécution intégrale (avec MM. Parent, Lammers, Denayer Se Baretti) des\n17 quatuors de Beethoven ; elle a consacré quelques excellentes soirées à la musique française :\nœuvres de Marc-Antoine Charpentier, Destouches, Titelouze, Roberday, Couperin, Rameau. En\ntrois séances (grâce àM. Joseph Debroux Se à Mlle Marguerite Delcourt) elle a passé en revue\nles maîtres primitifs du violon, entr'autres Louis Aubert, J.-B. Senaillé, J.-B. Lœillet, Fr. Francœur.\nPresque au même moment, Mlle Alice Sauvrezis commençait, selon la même méthode démons-\ntrative Se pratique, une « histoire de la sonate pour piano Se violon ». A signaler aussi : Le\nCycle du Lied, suite de séances consacrées à l'histoire de la musique vocale par Mme Marie Mockel.\nAu programme de la soirée du 29 janvier, figuraient un chant de croisade (« Ahi, amours ! com\ndure départie ») de Conon de Béthune, xne siècle ; un cantique provençal Se une ballade\n(xme siècle) transcrits par M. Pierre Aubry."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.1", "texte": "REVUE\nD'HISTOIRE ET DE CRITIQUE MUSICALES\nN° 1\nJanvier.\n1901\n\nNOTRE PROGRAMME\n\nLes noms des savants & des artistes inscrits sur la première page\nde cette Revue sont si connus du public & ont tant d'autorité qu'ils\nnous dispensent d'un long manifeste. A eux seuls, ils sont le meilleur\ndes programmes. Ils disent suffisamment l'étendue de notre tâche & le\ncaractère élevé du but poursuivi.\nCes noms signifient qu'on étudiera ici les aspeCts multiples de\nl'histoire musicale en s'efiforçant de les rattacher aux études tradition-\nnelles & aux méthodes d'impartial examen qui sont en honneur dans\nnos Universités.\nLa musique nous apparaît d'abord comme une langue dont il faut,\navant d'en parler, posséder la grammaire : aussi avons-nous été heureux\nde compter parmi nos adhérents de la première heure les compositeurs\nillustres de la seCtion musicale de l'lnstitut, les professeurs du Conser-\nvatoire de Paris, les savants Bénédictins de Solesmes & les maîtres\néprouvés de nos grandes Écoles musicales ;\nLa musique a les mêmes titres que les autres arts à l'attention des\nesprits cultivés : historiquement, elle est la sœur aînée de la poésie, &\nil serait étrange qu'elle ne fût pas traitée au moins avec les mêmes\nhonneurs que les arts du dessin ou ceux du rythme oratoire : c'est ce\nqu'attestent, à notre tête, MM. Roujon, Guillaume, Perrot, Homolle,\nSully-Prudhomme, Larroumet, Muntz, Michel, Lemonnier;\nLa musique, comme le pensait Leibnitz & comme l'a montré\nHelmholtz, est dans une certaine dépendance des mathématiques : aussi\nne s'étonnera-t-on pas de trouver ici le nom de M. Mercadié, directeur\ndes études à l'École Polytechnique, celui de M. Boutroux, doyen de\nla Faculté des Sciences à l'Université de Besançon..."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.2", "texte": "NOTRE PROGRAMME\n\nLa musique a occupé une si grande place dans la vie antique &\ndans la vie moderne qu'il n'est pas possible, sans elle, d'avoir une idée\nexaCte de la civilisation : c'est ce que veulent bien déclarer avec nous\ndes historiens comme MM. Lavisse, G. Monod, Chuquet, P. Lacombe ;\nLa musique touche à la philologie grecque non seulement par un\ncertain nombre de traités théoriques & d'hymnes plus ou moins mutilés,\nmais par les lois fondamentales de la composition qu'elle a imposées\naux poètes ; elle touche à la philologie latine par le plain-chant, & à la\nphilologie romane par l'œuvre des trouvères : aussi avons-nous voulu\nassocier à notre entreprise autrement que par une adhésion de\nprincipe, on le verra, plusieurs grandes & nobles familles de philo-\nlogues : MM. Alfred & Maurice Croiset, M. Jules Girard, M. Ruelle,\nM. Louis Havet, M. Gaston Paris, M. A. Thomas, M. Prou,\nM. Meillet ;\nPar son étroite parenté avec le langage, par ses origines religieuses,\npar son aptitude à exprimer & à créer la sympathie, par sa subordination\naux mœurs, par la loi qu'elle s'est faite, en disposant les parties d'une\ncomposition, de prendre pour modèles les types de la voix humaine\n(déterminés par l'âge & le sexe), la musique peut être considérée\ncomme un fait social : aussi, avec le concours de M. Th. Ribot, de\nM. Séailles &deM. Dauriac, avons-nous voulu avoir celui de philosophes\nparticulièrement adonnés aux études sociologiques : MM. Tarde,\nEspinas, Izoulet, Durkheim, Mabilleau ;\nPour toutes ces raisons, nous estimons que la musique a droit à\noccuper une place dans les programmes officiels de nos Universités.\nUne évolution se prépare-t-elle en ce sens? Nous l'espérons, puisque\nnous avons trouvé une sympathie chaleureuse & empressée auprès de\ndeux anciens ministres de l'lnstruCtion publique, MM. Bourgeois &\nPoincaré ; auprès des trois Directeurs de notre Enseignement national :\nMM. Liard, Rabier & Bayet; auprès de deux Inspecteurs généraux :\nMM. P. Foncin & E. Manuel; un membre du Conseil supérieur de\nl'lnstruCtion publique : M. Belot, & l'élite des professeurs.\nOui, de tels patronages disent ce que nous sommes, notre méthode\n& les directions nombreuses que prendra notre pensée. Et je suis\nloin d'avoir nommé tous ceux qui apporteront à cette œuvre le concours\nde leur talent ou la haute autorité de leur nom !"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.3", "texte": "NOTRE PROGRAMME\n\nPartir de ce principe que la musique vient du cœur même de l'huma-\nnité, & que, par conséquent, elle exprime divers états de l'humanité ; en\ntoute question d'histoire musicale, recourir d'abord aux « sources »;\nI '\nexaminer de près les documents originaux, les comparer, les faire parler\nle plus possible ; s'effacer soi-même derrière les monuments qu'on veut\nfaire connaître, &, au lieu de prétendre les embellir encore par la\nrhétorique, s'appliquer surtout à les décrire & à grouper autour\nd'eux les faits qui les éclairent ; observer patiemment avant de juger,\nen s'assurant qu'on voit les choses comme elles sont, & non comme\nnous avons plaisir ou intérêt à les voir ; considérer comme une source\nde délicates jouissances intellectuelles l'analyse des compositions\nanciennes, mais ne pas faire du plaisir esthétique le seul but de cette\nanalyse, & tout étudier, le beau & le moins beau, sans parti pris\nd'exclusion, suivant l'exemple de l'historien qui, ne créant pas lui-\nmême l'objet de ses travaux, est obligé de porter son attention tantôt\nsur des héros, tantôt sur des monstres ou des hommes vulgaires ;\napporter dans l'étude du passé musical cette curiosité passionnée, cet\namour des détails, ce souci d'exaétitude & d'authenticité qui caraété-\nrisent le véritable amateur d'art, (par suite, ramener au respeét des\nchefs-d'œuvre consacrés certains direéteurs de théâtres & certains\néditeurs qui, dans un bas esprit d'exploitation commerciale, dénaturent,\nfalsifient, trahissent chaque jour la pensée des grands maîtres) ; enfin,\nen ce qui concerne l'art contemporain, favoriser tout ce qui tendrait à\nrenouveler non seulement notre esthétique, mais le système musical,\ndéjà suranné, dont nous nous servons ; être franchement ami de tout\nce qui est nouveau, hardi, sincère, humain, français : telles nous\nsemblent être les règles de la critique musicale.\nNous avons encore un but moins général. Nous nous proposons\nde montrer qu'aux xvie, xvue & xvnie siècles, il yaeu en France de\ngrandes écoles de musique, & que la France a conquis l'Europe par ses\nartistes avant de la conquérir par ses écrivains. Au moment où on a\nl'oreille presque constamment tendue vers les pays voisins, cette tâche\nnous paraît utile & belle entre toutes. MM. Expert & Guilmant l'ont\ndéjà commencée par des publications de haute valeur. Nous nous\nefforcerons de compléter ce qu'ils ont déjà fait. Comme les pièces,\ninédites ou rares, de la vieille musique française sont disséminées dans"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.4", "texte": "NOTRE PROGRAMME\n\nles bibliothèques de l'Europe, nous avions besoin du concours des\nétrangers. MM. les professeurs Guido Adler (Université de Vienne),\nMax Friedlander (Université de Berlin), Sandberger (Université de\nMunich), L. Sacchetti (Conservatoire de Saint-Pétersbourg), O. Chile-\nsotti (Bassano), Gandolfi (Florence), un français très érudit, le\nP. Thibaut (des Augustins de l'Assomption, Constantinople), M. le\nDr Ilmari Krohn (Finlande), lesquels nous pardonneront notre chau-\nvinisme musical, nous ont déjà promis leur précieuse collaboration.\nLeur exemple sera certainement suivi. Toute communication précise,\nayant pour objet la vieille musique française, sera reçue ici avec grande\nsympathie.\nUn tel programme nous donne un avantage, non d'ailleurs exempt\nde regrets : cette Revue n'aura pas beaucoup de concurrentes.\nQue le lefteur non spécialiste ne s'effraye pas de l'appareil scienti-\nfique dont nous nous entourons ! Qu'il voie dans la liste de nos colla-\nborateurs une garantie de bonne méthode, une promesse de science\nconsciencieuse, & non une menace d'érudition à outrance !\nNous ne nous adressons pas seulement à ceux qui savent déjà\nbeaucoup, mais à ceux qui veulent savoir;\nNous nous adressons à ceux qui ont souci d'étendre leur connais-\nsance de l'histoire générale. Plus particulièrement, nous nous adressons\nà tous ceux qui, s'occupant de musique à un titre quelconque, sont\ncurieux d'apprendre comment l'art musical s'est formé & s'intéressent\nà ses admirables richesses.\nVoilà dans quel esprit nous nous mettons au travail. « Périssable\nest toute chose née », a dit un poète de la Renaissance. Puissions-nous\nle faire mentir, grâce à votre concours, éminents collaborateurs &\nadhérents, leétrices & lecteurs amis de l'art français !\n\nLA RÉDACTION."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.5", "texte": "LA CHANSON AU XVIe SIÈCLE\n\nVerdi.\nLA DIRECTION.\nLa mort de Verdi nous inspire à peu près les mêmes sentiments que\n/\ncelle d'un chef d'Etat dans un pays voisin & ami. Les grands artistes sont des\nsouverains. Ils régnent sur les coeurs; & chacun d'eux incarne l'âme collective\nd'un peuple. Ils assistent parfois à des révolutions inévitables qui limitent\nleur puissance & leur imposent certains compromis ; il peut même leur\narriver, après avoir conduit leur siècle, d'en être réduits à le suivre avec une\ndéférence mêlée de résignation. Mais, quand ils ont été « représentatifs »\ncomme Verdi ; quand leur vie a été pleine d'œuvres & de triomphes ; quand\nils ont donné aux sentiments & au verbe de leur pays une force d'expression\n& d'expansion qui justifie la fierté d'un groupe d'hommes & a contribué au\nbonheur de tous les autres, ils ont une sorte de majesté que la mort rend\ndoublement vénérable. Quelle place occupera, dans l'histoire de l'art, l'auteur\nd'Ernani, d'il trovatore, d'Otello, d' Aida,de Falslaff, du Requiem, de tant\nd'œuvres brillantes qui ont la marque si nette de l'esprit latin ? Ce compo-\nsiteur de grande imagination, qui posséda, comme Meyerbeer, les dons supé-\nrieurs du génie mélodique & dramatique, avait-il un idéal de beauté dont\nnous nous éloignons de plus en plus? Fut-il à la hauteur de V. Hugo & de\nShakespeare quand il voulut s'inspirer de leurs poèmes ? Faut-il distinguer\nsoigneusement celles de ses pages qui méritent de rester immortelles (le\nquatuor de Rigoletto, la scène sublime de Don Carlos : « Elle ne m'aime pas ! »)\n&tout ce qui fut improvisation un peu hâtive & superficielle? Nous aborderons\nplus tard, en toute conscience, l'examen de ces questions. La musique de\nVerdi était coiffée d'un casque; & ce casque fut, quelquefois, celui d'Achille.\nAujourd'hui, un panégyrique ne répondrait ni au caraétère de cette Revue, ni\nà l'attente de ses leéteurs ; & des analyses de détails ou des anecdotes\nnous sembleraient déplacées. Nous ne voulons pas faire œuvre de critique\nlà où nous paraît surtout convenir un afte de respeét pour la mémoire d'un\ntrès noble ouvrier de l'intelligence musicale & un hommage de sympathie\npour ceux que sa mort met en deuil.\n\nLa Chanson française au XVIe siècle d'après les publications de M. Henry Expert.\nLouis LALOY\n\nLa musique ne fut jamais plus en honneur dans notre pays qu'à l'époque\nde la Renaissance. Les poètes eux-mêmes sont musiciens : le fait est assez\nrare dans l'histoire littéraire de la France pour qu'il vaille la peine de le noter.\nJean le Maire fait une place à Josquin & Loyset Compere dans son Temple\nde Vénus ; Crétin écrit une Déplorationsur la mort d'Ockeghem (survenue"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.6", "texte": "LA CHANSON AU XVIe SIÈCLE\n\nvers 1512?); Jodelle & Dorât chantent, l'un en français (1), l'autre en latin (2),\nles louanges de Roland de Lassus ; Ronsard, en 1572, écrit la Préface d'un\nrecueil de Chansons(j); nous savons d'ailleurs qu'il aimait la musique « &\nprincipalement à chanter & ouïr chanter ses vers, appelant la musique sœur\npuisnée de la poésie (4) » ; il écrit lui-même ces lignes remarquables (5) : « Tu\nferas tes vers masculins & féminins tant qu'il te sera possible pour être\nplus propres à la Musique & accord des instruments, en faveur desquels il\nsemble que la Poésie soit née ; car la Poésie sans les instruments, ou sans la\ngrâce d'une seule ou plusieurs voix, n'est nullement agréable, non plus que\nles instruments sans être animés de la mélodie d'une plaisante voix. » La\npoésie & la musique, ces deux sœurs trop souvent ennemies aujourd'hui, ont\neu un siècle d'union & de bonne entente, & c'est un poète, Baïf, qui fonde,\nen 1570, notre première Académie musicale (6). Il n'est pas jusqu'à l'austère\nCalvin qui ne reconnaisse au chant « grande force & vigueur d'émouvoir &\nenflamber le cœur des hommes (7) ».\nLa société du temps est en effet fort sensible à la musique ; François ler,Ier,\nHenri 11, Charles IX, sont musiciens ; ce sont eux & les grands seigneurs de\nleur cour, qui protègent les compositeurs : Costeley dédie son recueil de\nchansons au comte de Retz ; Roland de Lassus offre ses Mélanges au Grand\nPrieur de France, & le cardinal du Bellay reçoit, en 1558, l'hommage d'un\npetit traité de composition écrit par « Michel de Menehou, maître des enfants\nde chœur de son église de Saint-Maur-des-fossez(S) ». Aussi bien est-ce\npour cette société que ces auteurs travaillent : « Nous avons ajouté au chant des\npsaumes en ce petit volume trois parties non pas pour induire à les chanter\nen l'église, mais pour s'esjouir en Dieu particulièrement en maisons, » dit\nGoudimel (9) ; & Menehou ne songe pas à des chanteurs de profession,\nlorsqu'il écrit (10) : « Considérant que beaucoup de jeunes gens laissent à\nchanter souventes fois quelque bonne Musique à faute d'entendre & sçavoir\nquelque petite difficulté que les Musiciens... appellent vulgairement Canon,\ncela m'a induit à rédiger par escript, le plus briefvement que j'ay peu faire,\nles différences qu'il y a ; » il a déjà parlé, dans son Prologue, de ces «jeunes\ngens », pleins de « bon vouloir » pour apprendre la musique, « qui est l'une\ndes sciences liberalles » ; ce sont de jeunes gentilshommes qui exécutent, pour\n\n(1) En faveur d'Or lande, excellent musicien (Éd. Marty. Laveaux, 11, p. 186).\n(2) Mélanges de R. de Lassus, 1576.\n(3) Conservé à la Bibliothèque d'Upsal ; la Préface a été publiée dans l'édition de Blanche-\nmain, vu, p. 337.\n(4) Vie de Ronsard par Binet.\n(3) Abrégé de VArt poétique.\n(6) Textes dans R. Rolland, Histoire de l'Opéra, p. 235 & sqq.\n(7) Cité par M. Expert, Préface des Psaumes de Goudimel.\n(8) Publié par M. Expert en 1900.\n(9) Préface du Psautier de 1565.\n(10) Ch. xxviii."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.7", "texte": "LA CHANSON AU XVIe SIECLE\n\nleur plaisir, la musique vocale du temps, à peu près comme nos amateurs\njouent des trios ou des quatuors instrumentaux : la chanson à plusieurs\nparties a été la musique de chambre du xvie siècle.\nSi grande fut l'abondance des compositeurs, que Rabelais s'en est égayé\ndans le Nouveau Prologue du liv. IV : « J'ai... mémoire,... avoir un jour\nde Tubilustre, es fériés de ce bon Vulcan, en may, ouy jadis en ung beau\nparterre Josquin de Prés, Ockeghem, Obrecht, Agricola, Brumel, Camelin(?),\nVigoris (?), de la Fage, Bruyer (Brubyer?), Prioris, Seguin (?), de la Rue,\nMidy (?), Moulu, Mouton, Gascongne, Loyset Compère, Penet, Fevin, Rouzée,\nRichafort, Rousseau, Consilion, Constantio Festi, Jacquet Berchem, chantants\nmélodieusement :\nGrand Thibault se voulant coucher...\n« Neuf olympiades & ung an intercalaire après,... je ouy Adrian Willaërt,\nGombert, Jannequin, Arcadelt, Claudin, Certon, Manchicourt, Auxerre(P),\nVilliers, Sandrin, Sohier, Hesdin, Morales, Passereau, Maille, Maillart, Jacotin,\nHeurteur, Verdelot, Carpentras, l'Héritier, Cadéac, Doublet (Dulot?), Vermont,\nBouteiller, Lupi, Pagnier, Millot, du Molin, Alaire, Marault (de Marie?),\nMorpain, le Gendre & autres joyeux musiciens en ung jardin secret, soubz\nbelle feuillade, autour d'un rempart de flacons, jambons, pastés & diverses\ncailles coyphées, mignonnement chantants :\nS'il est ainsi que coingnee sans manche... »\nCette longue liste des maîtres de la chanson française est cependant loin\nd'être complète : Rabelais écrit en 1552, il ne connaît encore ni Goudimel, ni\nRoland de Lassus, alors au début de leurs carrières, ni les musiciens de la fin\ndu siècle : de Castro, du Caurroy, Cornet, Costeley, de la Hèle, Lejeune,\nMauduit. Parmi ses contemporains eux-mêmes, il ne cite, à ce qu'il\nsemble, que ceux dont les noms(i) lui reviennent à la mémoire, en commen-\nçant par les plus connus ; il lui eût été facile de prolonger son énumération :\non peut citer parmi ceux qu'il oublie : Josquin Baston, Bourgeois, Bourgui-\ngnon, Boyvin, Canis, Clereau, le Cocq, Coste, Courtoys, Crecquillon, Dutertre,\nFresneau, Gardano, Gentien, Gervaise, Godard, Guilliaud, Guyon, Jean de\nHollande, de Layolle, l'Huyllier, Meigret, Mittantier, Mornable, Phinot, Piéton,\nPipelare, Prévost, de Rocqourt, Susato, Vassal, Villiers, Voisin, Ysore(2).\nNotre xvie siècle n'a pas été seulement le siècle de la poésie, de l'archi-\nteéture & des arts du dessin ; il a été aussi, & peut-être surtout, le siècle de\nla musique. Or, jusqu'à ces dernières années, l'œuvre immense des maîtres\nfrançais de la Renaissance était généralement inconnue ; aucun effort sérieux\n\n(î) Certains de ces noms sont par malheur très altérés.\n(2) D'après EITNER, Bibliographie der Musiksammelwerke des XVI. und XVII. Jahrhunderts,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.8", "texte": "LA CHANSON AU XVIe SIÈCLE\n\nn avait été fait pour la tirer de l'oubli où elle dormait depuis le xvne siecle ;\nc est à peine si quelques compositions, sauvées par miracle, comme le Chant\ndes Oiseaux de Jannequin, avaient été publiées & exécutées ; le reste gisait\ndans nos bibliothèques, &, comme ces œuvres anciennes ne deviennent\naccessibles au musicien moderne qu'après avoir été mises en partition, nous\nignorions les chefs-d'œuvre de nos vieux maîtres ; tout un chapitre de\nl'histoire de l'âme française & de l'art français restait en blanc; tout ce qui\ncharmait l'esprit subtil & la sensibilité raffinée des courtisans des Valois était\npour nous lettre morte. Les historiens de la Renaissance française devaient\nlaisser de côté l'art musical, parce que les historiens de la musique l'ignoraient.\nAmbros lui-même, si bien informé sur le xvie siècle allemand ou italien, est\ntrès bref, incomplet & même injuste pour nos compositeurs ; il les appelle\ndédaigneusement « la menue monnaie de Josquin de Prés » ; il leur reproche\nleur immoralité(l), & affirme que « qui en connaît un, les connaît tous ».\nPour sa part, il en ignore au moins un, & non des moindres : c'est Costeley,\ndont on ne trouve le nom ni dans l'ouvrage d'Ambros, ni dans le dictionnaire\nde Riemann; il est vrai qu'il valait mieux le passer sous silence que de prendre,\ncomme Fétis, pour un « traité théorique » son recueil intitulé Musique.\nNous sortons enfin de cette pénible ignorance, grâce aux admirables\npublications de M. Henry Expert, qui ont commencé en 1894 & comprennent :\ni° Les 30 premières chansons des Meslanges de R. de Lassus (1576);\n20 Les 130 psaumes de Goudimel (1580);\n30 Les 28 premières chansons de la « Musique » de Costeley (1570) ;\n4° 31 chansons d'auteurs divers éditées par Attaignant en 1529;\n50 5 chansons de Jannequin (1529?);\n6° 4 messes de Brumel, de la Rue, Mouton, Févim, tirées du Liber XV\nMissarum (1516);\n70 les chansons de Baïf mises en musique par Mauduit (1586);\n8° le Dodécacorde & le Printemps de Claude le Jeune (1598 & 1603).\nLes éditions de M. Expert sont des éditions critiques : les parties sont\ntranscrites dans leurs clefs originales, au-dessus d'une réduction au clavier ;\naucune indication de mouvement ou de nuance ; les altérations introduites par\n1 éditeur(2) sont mises entre parenthèses; de très courtes notices nous\ndonnent, sur les plus inconnus de ces musiciens, les renseignements indis-\npensables : M. Expert juge avec raison qu'en présence d'une pareille quantité\nde textes inédits il faut publier avant que de commenter. Le travail accompli\nest considérable & d un intérêt capital pour l'historien comme pour le mu si-\n\n(1) Il est impossible de défendre les chansonniers français sur ce point : ils sont de leur\ntemps. Et il faut se 1 appeler qu'à la même époque la vertueuse Allemagne chantait : « Die Weiber\nmit den Floehen, die han' ein steten Krieg. » (Ambros, 111, 408).\n(2) Les auteuis du xvie siècle omettent volontiers les signes d'altération : ils comptent sur\nl'intelligence des chanteurs."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.9", "texte": "LA CHANSON AU XVI0 SIÈCLE\n\ncicn ; il est peu de chose auprès de ce qui reste à faire : M. Expert nous fait\nespérer les œuvres d'Agricola, Arcadelt, Brumel, Busnoys, Carpentras,\nCaulery, du Caurroy, Certon, Clemens, Colin, Crecquillon, Josquin de Prés,\nDufay, Gombert, Le Heurteur, Jaquet, Maillart, Manchicourt, Moulu, de Monte,\nObrecht, Ockeghem, Pipelare, Richafort, Willaërt. Lorsque tous ces textes\nauront été publiés à leur tour, le Corpus de nos Musiciens de la Renaissance\nne sera pas encore constitué, loin de là : on n'a, pour s'en convaincre, qu'à\nse reporter aux listes citées plus haut ; mais du moins les assises de ce\ntravail monumental seront posées ; on pourra entreprendre l'histoire de la\nmusique française au xvie siècle. On sera aidé dans ce travail par d'autres\npublications de M. Expert, qui sont :\ni° Une Anthologie chorale contenant, en clefs usuelles, une partie des\npièces du grand recueil & un assez grand nombre d'autres ;\n2° Une Bibliographie thématique dont deux fascicules ont paru ;\n3° Le lerIer fascicule d'une Collection de Théoriciens de la Musique.\nL'Anthologie chorale a surtout pour objet de rendre cette musique\nexécutable ; elle correspond exactement à l'Anthologie des Maîtres religieux\nPrimitifs publiée par M. Bordes. Il faut dire que les Sociétés chorales n'ont\nguère répondu jusqu'à présent à l'appel qui leur était fait ; seraient-elles\ninsensibles au charme de tant d'oeuvres pieuses ou badines, gaies ou tristes,\ntendres ou moqueuses, toujours élégantes, claires & parfaitement vocales ?\nLa Bibliographie thématique sera « l'inventaire de l'art franco-flamand des\nxve & xvie siècles » ; elle permettra aux historiens de s'orienter dans ce vaste\nsujet avant que les sources soient entièrement publiées ; & elle leur donnera\ndes indications introuvables jusqu'à ce jour : la Bibliographie d'Eitner ne\nsignale que les textes des chansons & non leurs thèmes ; or il est clair que\nl'état civil d'une œuvre vocale n'est pas constitué par ses paroles seules, mais\naussi & surtout par sa mélodie. La Bibliographie thématique permettra de\ndistinguer bien des chansons que l'on confond aujourd'hui, d'en identifier\nd'autres, & de faire sortir de l'anonymat plus d'une œuvre intéressante (i).\n(A suivre.)\n\nLOUIS LALOY.\n\n(i) L'anonymat est un des traits de mœurs musicales les plus curieux du xvie siècle ; il faut\nremarquer d'ailleurs que s'il est fréquent, au début du siècle, pour les compositeurs, il est,\njusqu'à la fin, presque la règle pour les auteurs des paroles."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.10", "texte": "LA REPRÉSENTATION D' « ORFEO »\n\nLa représentation d' «Orfeo» à Paris et l'opposition\nreligieuse et politique à l'Opéra.\nRomain ROLLAND\n\nLe premier grand opéra joué à Paris est l'Orfeo de Luigi Rossi. Ce droit\nde priorité lui a été quelquefois contesté, à tort je crois, car la Finta\nqui le précède de deux ans, n'est qu'une comédie mêlée de musique.\nLa partition d 'Orfeo,si longtemps considérée comme perdue, est, dans\nces dernières années, revenue à la lumière après une disparition de deux\nsiècles & demi. Sur le succès & l'influence de ce poème, l'histoire générale\ndu ministère de Mazarin offre beaucoup de renseignements qui n'ont pas été\nutilisés par l'histoire de la musique. En outre, il ne me semble pas qu'on\nait tiré tout le parti possible des documents déjà publiés, mais rarement d'une\nfaçon complète ni surtout très historique.\nLes principaux aéteurs d 'Orfeonous sont connus par une lettre d'Atto\nMelani. Atto lui-même jouait Orfeo ; la Checha, l'ancienne protagoniste de la\nFinta chantait Eurydice ; puis venaient Marc Antonio Pasqualini, le\ncélèbre sopraniste romain, dans Aristeo ; une protégée du prince Mattias,\nmunie d'une lettre de recommandation pour Mazarin, « la signora Rossina »,\n(Martini), jouait Vénus ; & « le castrat des seigneurs Bentivogli », la nourrice\nd'Eurydice (i). Nous ignorons le nom des autres. 11 est probable qu'un des\nfrères Melani y figura.\nLa première représentation eut lieu au Palais-Royal, « sur la fin des jours\ngras », le samedi 2 mars 1647 (2)- O*l redonna la pièce le dimanche gras\n3 mars, le mardi gras 5 mars ; puis les spectacles furent interrompus par les\naustérités du carême & ne reprirent qu'après Pâques, où la reine fit jouer\nOrfeo encore plusieurs fois : le 29 avril, en l'honneur de l'ambassadrice de\nDanemark, le 6 mai &le 8 mai, pour la duchesse de Longueville, « qui\ndepuis peu était revenue de Munster ». Condé devait assister à la première,\navant son départ pour l'armée de Catalogne, qui eut lieu à la fin de mars.\nLe prince de Galles, le futur Charles 11, était un des hôtes de la cour.\nMadame de Motteville donne sur la première représentation quelques\ndétails intéressants qu'on n'a pas assez mis en lumière : « Cette comédie,\ndit-elle, ne put être prête que les derniers jours du carnaval ; ce qui fut cause\nque le cardinal Mazarin & le duc d'Orléans pressèrent la Reine pour qu'elle\n\n(1) Lettre d'Atto Melani au prince Mattias, 12 janv. 1647.\n(2) Voir MME DE MOTTEVILLE (Petitot, p. 216-21, 238) ; Gabelle de Renaudot, 8 mars 1647,\n& passim ; LEFÈVRE D'ORMESSON (Docum. inéd. sur Vhist. de France, I, p. 377 & suiv.).\n(Mme de Motteville semble dire qu'on rejoua en même temps la Finta : « C'était une\ncomédie à machines & en musique à la mode d'ltalie, qui fut belle, et celle que nous avions déjà\nvue, qui nous parut une chose extraordinaire & royale. » Nulle autre indication de cette reprise)."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.11", "texte": "LA REPRÉSENTATION D' « ORFEO »\n\nse jouât dans le carême ; mais elle, qui conservait une volonté pour tout ce\nqui regardait sa conscience, n'y voulut pas consentir. Elle témoigna même\nquelque dépit de ce que la comédie, qui se représenta le samedi pour la pre-\nmière fois, ne put commencer que tard, parce qu'elle voulait faire ses dévo-\ntions le dimanche gras & que, la veille des jours qu'elle voulait communier,\nelle avait accoutumé de se retirer à meilleure heure, pour se lever le lende-\nmain plus matin. Elle ne voulut pas tout à fait perdre ce plaisir, pour obliger\ncelui qui le donnait ; mais, ne voulant pas aussi manquer à ce qu'elle croyait\nêtre de son devoir, elle quitta la comédie à moitié, & se retira pour prier\nDieu, pour se coucher & souper à l'heure qu'il convenait, pour ne rien\ntroubler de l'ordre de sa vie. Le cardinal Mazarin en témoigna quelque\ndéplaisir ; &, quoique ce ne fût qu'une bagatelle qui avait en soi un fonde-\nment assez sérieux & assez grand pour obliger la Reine à faire plus qu'elle\nne fit, c'est-à-dire à ne la point voir du tout, elle fut néanmoins estimée\nd'avoir agi contre les sentiments de son ministre; &, comme il témoigna d'en\nêtre fâché, cette petite amertume fut une grande douceur pour un grand\nnombre d'hommes. Les langues & les oreilles inutiles en furent occupées\nquelques jours, & les plus graves en sentirent des moments de joie qui leur\nfurent déleétables. »\nJ'ai peine à croire que la mauvaise humeur persistante de Mme de Motte-\nville contre Mazarin n'ait pas altéré sa clairvoyance, & que la reine ait agi ici\ncontre le sentiment, & même sans l'assentiment du ministre. Cette pieuse\nattitude n'était pas seulement affaire de conscience, mais de prudence poli-\ntique. Les spectacles italiens venaient de soulever des tempêtes dans le\nclergé de Paris. Depuis l'arrivée de Leonora & surtout de Melani, la Reine\nétait devenue beaucoup plus passionnée de musique & de théâtre que\nMazarin même n'eût voulu. Les représentations alternaient avec les concerts;\n& en 1647 la Reine, qui jusque-là se cachait pour entendre la comédie, à\ncause de son deuil, y allait publiquement tous les soirs (1). Les ennemis de\nMazarin ne laissèrent pas échapper cette occasion de crier au scandale ;\nils poussèrent en avant un prêtre, le curé de Saint-Germain. Celui-ci se\nplaignit fort haut. La Reine inquiète consulta des évêques qui la rassu-\nrèrent. Le curé de Saint-Germain ne se tint pas pour battu. 11 alla trouver sept\ndocteurs en Sorbonne, & leur fit signer « que la comédie ne peut estre\nfréquentée sans péché par les chrétiens, & que les princes doivent chasser les\ncomédiens de leurs états (2) ». La Reine riposta, en faisant répondre par dix\n\n(1) « Les soirs, la belle cour se rassemblait au Palais-Royal, dans la petite salle des comédies.\nLa Reine se mettait dans line tribune pour l'entendre plus commodément, & y descendait par un\npetit escalier qui n'était pas éloigné de sa chambre. Elle y menait le Roi, le cardinal Mazarin, &\nquelquefois des personnes qu'elle voulait bien traiter, soit par la considération de leur qualité,\nsoit par la faveur. » A/me de Motteville, p. 207-8.\n(2) Mémoires de Nicolas Goulas, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d'Orléans.\n(Soc. de l'hist. de France, t. 11, p. 203)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.12", "texte": "LA REPRÉSENTATION D* « ORFEO »\n\nou douze autres docteurs de Sorbonne, que la comédie était bonne & licite\naux princes. « Monsieur le cardinal, » (& ce passage d'un de ses ennemis\nacharnés nous montre bien sa physionomie silencieuse & rusée) (i), « M. le\ncardinal, que cette affaire regardait en quelque façon par le plaisir qu'il prenait\nà la comédie italienne principalement, jugea à propos de ne rien dire, sachant\nqu'il avoit assez de complaisants à la cour & de gens de passe-temps qui\nsoutiendroient son intérest en cette rencontre (2). » « Mais, ajoute Goulas, il\nconnut que la dévotion n'était pas pour luy & ne pouvoit digérer ce jeu\ncontinuel, cette attache aux saletés du théâtre & la pratique des plus méchants\n& débordés de la cour qu'il appeloit dans ses plaisirs & qu'il avoit continuel-\nlement chez lui. »\nAinsi, il y avait â Paris, au moment d'Orfeo, une levée de boucliers\nextrêmement violente contre le théâtre italien, au nom d'un puritanisme plus\nou moins hypocrite ; & le cardinal observait à son égard la plus grande réserve.\nAu contraire la Reine lui tenait tête, &, malgré quelques accès de scrupules,\nne renonçait à rien de ses plaisirs. Elle était fort imprudente dans ses relations\navec les comédiennes & comédiens italiens. Léonora ne la quittait point (3);\n& Melani se plaignait avec fatuité qu'elle ne pût se passer de lui. Elle l'emmè-\nnera avec elle en voyage, à Amiens, bien que son congé soit terminé, & qu'on\nl'attende à Florence ; elle ne peut se décider à le laisser partir ; elle écrit â\nMattias de Medici des lettres gauches, pour qu'il lui permette de garder\nquelque temps encore le séduisant castrat. Elle finit par se faire donner une\n\n(1) « Les Italiens, dit à son propos Mme de Motteville, sont d'ordinaire ennemis de la foule\n& du bruit. » (p. 238).\n(2) GOULAS. (Ibid.)\n(3) Lettre d'Anne d'Autriche à Mattias, 23 mai 1647. Lettre de Melani à Mattias, 23 juin\n1647. Lettre de Mazarin à Mattias, 10 juillet 1647. Melani partit en juillet 1647 pour\nFlorence, avec la Rosina (la Vénus d'Orfeo). Il revint presque aussitôt, joua en 1648 & 1649 un\nrôle d'agent secret de Mazarin, repartit pour l'ltalie en septembre 1649, Se cette fois y resta jusqu'en\n1637. Mais il était devenu à demi-français, Se les Italiens le lui reprochaient en termes fort crus:\n« ... Corne puo stare che un cappon cantida gallo?» (Libelle sur Atto Melanicastrato di Pistoja,\nfigliuolo di un campanajo. (Bibl. nat. Florence. Cité par Ademollo.)\nIl s'agit de la fameuse Leonora Baroni, célébrée par Maugars qui l'appelle « une merveille\ndu monde;... en l'entendant chanter on oublie la condition mortelle & croit être déjà parmi les\nAnges, jouissant des contentements des bienheureux » ; cette Léonora aimée Se chantée par\nMilton qui la compare à la Léonore du Tasse ; aimée Se chantée par le pape Clément IX (alors\nMgr Ruspigliosi) qui l'appelle « une sirène » (dolce sirena) Se célèbre « ses yeux ardents » ;\naimee Se chantee par tous les poetes italiens qui publient un volume à sa gloire... (voir Maugars :\nResponse faite à un curieux sur te sentiment de ta musique d'ltalie, escrite h Rome Je premier\noctobre 1639, publiée par Thoinan, 1863). Milton, qui assistait aux représentations des Barberini\nà Rome, en 1639, dédia à Léonora une pièce de vers latins, toute brûlante d'admiration.\nCf. Applausi poehci aile gloiie délia stgnora Leonora Baroni (1639\"* 1641) Se les articles de\nM. Ademollo dans divers journaux italiens : Opinione, 1879, n°s 227-232 ; Fanfulla delta Domenica,\n1881, n° 32, Se 1883, n° 43.\nMazaiin, qui pa 1 ait 11 avoii pas ete insensible au pouvoir de séduction de Léonora, l'avait\nétablie chez un de ses familieis, dans un hôtel attenant au sien, où il la faisait servir par des\nofficiels de sa maison. ede l'abbe Scagha a Mme Royale Christine de France, regente de\nSavoie, le 10 mars 1643> citée par M. Ademollo. Cf. Mémoires anonymes de la Collekion des\nmémoires relatifs à l'histoire de France, Petitot, t. LVIII, attribués au comte de Brégy.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.13", "texte": "LA REPRÉSENTATION D' « ORFEO »\n\nverte leçon par son hôtesse, l'orgueilleuse princesse de Palestrina, dona Anna\nColonna Barberina(i). L'une des comédiennes italiennes qui chantèrent dans\nYOrfeo, « ayant eu réputation de vendre sa beauté en Italie, ne laissa pas,\ndit Goulas, d'estre reçue chez la Reyne, & jusques dans le cabinet. L'on\ndit qu'un jour, comme la Reyne demanda à la femme du préfet Barberin\nsi elle ne la voyoit pas souvent quand elle étoit à Rome & ne la faisoit\npas venir chez elle, chantant si bien & ayant tant d'esprit, cette femme\nsuperbe, qui étoit fille du connétable Colonne, ne luy répondit rien d'abord,\n&, sa majesté la pressant, elle échappa & dit : « Si elle y fût venue, je l'aurois\n« fait jeter par les fenestres », ce qui surprit fort la Reyne, & l'obligea de\nchanger de propos, après avoir changé de couleur (2). »\nOn voit que la Reine ne péchait point par pruderie, au moins en ce\nqui concerne la musique (3), & que la petite manifestation du 2 mars\n1647, la première représentation d'Orfne pouvait beaucoup déplaire à\nMazarin, que les imprudences de sa souveraine mirent plus d'une fois dans\nl'embarras.\nLe même désir d'apaiser l'opposition puritaine a certainement inspiré la\nfin de l'article de Renaudot, dans sa Galequi a beaucoup étonné les histo-\nriens, mais dont le sens leur a échappé. Après avoir fait un très grand éloge\nde la musique & du poème, le journaliste termine ainsi :\n« Mais ce qui rend cette pièce encore plus considérable & l'a fait\napprouver par les plus rudes censeurs de la comédie, c'est que la vertu\nl'emporte toujours au-dessus du vice, nonobstant les traverses qui s'y\nopposent ; Orphée & Eurydice n'ayant pas seulement été constants en leurs\nchastes amours, malgré les efforts de Vénus & de Bacchus, les deux plus\npuissants auteurs de débauches, mais l'Amour même ayant résisté à sa mère\npour ne pas vouloir induire Eurydice à fausser la fidélité conjugale. Aussi ne\nfallait-il pas attendre autre chose que des moralités honnêtes & instructives\nau bien, d'une aCtion honorée de la présence d'une si sage & si pieuse reine\nqu'est la nôtre. »\nCes étranges protestations de vertu ne s'expliqueraient pas, s'il n'y avait\neu un danger réel à conjurer : il ne s'agissait point alors de vaines réclama-\ntions au nom de la morale, comme celles qu'élèvent périodiquement\naujourd'hui quelques hommes isolés, qui crient dans le désert & que per-\nsonne n'écoute. Le puritanisme d'alors avait des sanctions redoutables ; &,\n\n(1) « La princesse Palestrine était âgée, avait eu de la beauté, avait de l'esprit, ne savait pas\nle français, parlait beaucoup, & était extrêmement fière de son nom. » (Mme de Motteville.)\n(Petitot, XXXVII, p. 195-6.)\n(2) Goulas, t. 11, p. 212-3.\n(3) Pour la peinture, elle a une réputation malheureusement tout autre. Sauvai prétend qu'à\nson avènement à la régence, (1643), elle fit brûler à Fontainebleau pour plus de 100000 écus\nde peintures qui choquaient la décence."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.14", "texte": "LA REPRÉSENTATION D' « ORFEO »\n\npour bien apprécier l'histoire des mœurs & des arts, au temps de Luigi Rossi,\nil faut se souvenir qu'au même instant le puritanisme soulevait l'Angleterre,\n& allait un an plus tard faire tomber la tête de Charles ler,Ier, dont le fils assistait\nà la représentation â'Orfeo (i).\nMalgré toutes les précautions, on n'évita point les censures religieuses.\n« Les dévots en murmurèrent, dit Mme de Motteville ; & ceux qui, par un\nesprit déréglé, blâment tout ce qui se fait ne manquèrent pas à leur ordi-\nnaire d'empoisonner ces plaisirs, parce qu'ils ne respirent pas l'air sans\nchagrin & sans rage. »\nMais il était difficile à la morale de se sentir outragée par Orfeo, & aux\nmécontents de découvrir des sujets de scandale dans une pièce où l'Amour\nmême refuse de détourner Eurydice de ses devoirs conjugaux, & où Eurydice\nmeurt par un excès de pudeur véritablement rare & digne d'une habituée\ndu Salon Bleu : mordue à la jambe par un serpent, en l'absence d'Orphée,\nelle refuse (2) de laisser enlever le reptile par Aristée « de peur, dit Renaudot,\nd'offenser son mari par la licence qu'elle donnerait à son rival de la toucher ».\nIl fallut bien que l'hypocrisie désarmât ; mais elle trouva sa revanche\nd'autre part. Elle ne pouvait non plus contester la magnificence du spec-\ntacle & le grand succès de la pièce. Les Parlementaires qu'on avait invités (3),\nesprits chagrins & boudeurs, ennemis irréconciliables de Mazarin, firent sans\ndoute de leur mieux pour s'ennuyer; & ils y réussirent. Mais il leur fallut\nbien reconnaître en maugréant la viétoire des Italiens ; & tels de ceux qui\naffedaient de bâiller à la première représentation n'eurent pas le courage de\nrésister à l'engouement général. Olivier Lefèvre d'Ormesson, qui dit, le 2 mars,\nque « la langue italienne, que l'on n'entendoit pas aisément, estoit\nennuyeuse (4) », n'en revit pas moins la pièce le 8 mai, & « la trouva plus\nbelle que la première fois, tout estant bien mieux concerté » ; Montglat enre-\n/ o\ngistre avec maussaderie que « la comédie durait plus de six heures », & que\n« la grande longueur ennuyait sans qu'on l'osât témoigner ; & tel n'entendait\npas 1 italien qui n en bougeait, & l'admirait par complaisaance » ; mais il doit\nconvenir que la pièce « était fort belle à voir pour une fois, tant les change-\n\n(1) En Fiance même, le 18 déc. 1647, Parlement rendait un arrêt où il renouvelait les\npeines féioces du moyen âge, le gibet, la roue, la mutilation de la langue, contre ceux qui\nblasphémaient non seulement Dieu, mais la Vierge &c les saints. Ces peines avaient été\nsupprimées de fait sous Richelieu (Recueil des anciennes lois françaises, t. XVII, p. 65).\n(2) Et avec quels discours de pruderie offensée î\n(3) « Les principales personnes des corps & compagnies souveraines. »\n(4) Le 2 mars, après avoir dîné chez M. de Sévigné, Lelèvre d'Ormesson alla « au Palais-\nRoyal pour voii la repiesentation de la grande comédie, où, après avoir attendu 1 heure 1/2 il\nentra par le moyen de Mme de la Mothe... Les voix sont belles, mais la langue italienne, que Pon\nn'entendait pas aisément, estoit ennuyeuse. » Mémoires d'O. Lefèvre d'Ormesson, {Doc. inéd. sur\nVhisi. de France, I, p. 377-8.) Renaudot assure pourtant que les adeurs jouaient si parfaitement\n« qu ils se pouvoyent faire entendre à ceux qui n'avoyent aucune connoissance de leur langue »."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.15", "texte": "LA REPRÉSENTATION D' « ORFEO »\n\nments de décorations étaient surprenants (1) ». 11 insinue bien, dans sa\nmauvaise foi, que, si « la Reine ne perdait pas une fois sa représentation,\n...c'est qu'elle prenait soin de plaire au cardinal, & par la crainte qu'elle\navait de le fâcher ». En réalité, la Reine, qui, dès le lendemain, revit la\npièce de Rossi, & cette fois en entier, assista à toutes les représentations,\n« sans jamais s'en lasser ». C'est Mme de Motteville qui nous le dit; & elle\nest peu suspeéte d'amitié pour Mazarin (2). Le petit Roi « y apporta tant\nd'attention, qu'encor que S. M. l'eust desja veue deux fois, elle y voulut\nencore assister cette troisième, n'ayant donné aucun tesmoignage de s'y\nennuyer, bien qu'elle deust estre fatiguée du bal du jour précédent, auquel\nelle fit tant de merveilles (3) ». Le succès fut éclatant. Non seulement les\nmachines émerveillaient les spectateurs de telle sorte « qu'ils doutovent\ns'ils ne changeoyent point eux mesmes de place (4) », mais la musique les\nbouleversa. Surtout le chœur qui suit la mort d'Eurydice, & où les Nymphes\nse lamentent avec Apollon sur le malheur « de la pauvre deffunte », arracha\nles larmes. « La force de cette musique vocale jointe à celle des instruments,\ntiroyent Lame par les oreilles de tous les auditeurs, & l'aurait fait bien davan-\ntage, sans que le Soleil descendu dans son char flambloyant, éclairé d'or,\nd'escarboucles & de brillants, excitât un doux murmure d'acclamations (5). »\nMmc de Motteville cite deux des courtisans qui se distinguaient le plus\npar leur enthousiasme : « Le maréchal de Gramont, éloquent, spirituel, gascon,\n& hardi à trop louer, mettait cette comédie au-dessus des merveilles du\nmonde : le duc de Mortemart, grand amateur de la musique & grand cour-\ntisan, paraissait enchanté au seul nom du moindre des aéteurs ; & tous\nensemble, afin de plaire au ministre, faisaient de si fortes exagérations quand\nils en parlaient, qu'elle devint enfin ennuyeuse aux personnes modérées dans\nles paroles. » Quant à Naudé, il dit qu'à la fin de la représentation « on\nn'entendait rien autre chose que les exclamations de ceux qui en louoient\nextraordinairement ce qui avait le .plus fait d'impression sur leurs esprits (6) »,\n& il cite quelques vers latins extraits « d'un ouvrage entier qu'un cordelier\nportugais, le R. P. Macedo, avait composé à la louange de cette comédie ».\nOn ne pouvait donc raisonnablement chicaner le succès de la pièce,\n(au moins immédiatement) (7). Mais l'opposition se rattrapa sur un autre\n\n(î) Mémoires du marquis de Montglat. (Petitot. p. 59-60.)\n(2) Mme de Motteville, p. 238.\n(3) Renaît dot, 8 mars.\n(4) ld.\n(5) Renaudot.\n(6) « Cette comédie représentée quasi en présence de toute la France, avec l'approbation,\nvoire mesme le transport & admiration de tous ceux qui faisoient profession de s'y cognoistre. »\nNAUDÉ, Jugement de tout ce qui a été imprimé contre le cardinal... &c. 1649.\n(7) Cela n'empêcha point sans doute les ennemis de Mazarin, ou les envieux de Luigi, de\nfalsifier bientôt l'histoire, & de railler dans les Mazarinades l'ennui d'Orphée, à peu près de la même"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.16", "texte": "LA REPRÉSENTATION D' « ORFEO »\n\nterrain. Ne pouvant reprocher à Y Orfeo d'être un speftacle manqué, elle lui\nreprocha d'être trop beau, trop riche, & de coûter trop cher. Cette nouvelle\nforme d'hostilité n'était pas moins dangereuse que l'opposition religieuse. La\nmisère était grande, & les impôts montaient : ils venaient d'atteindre cette\nannée-là le chiffre le plus élevé où ils fussent jamais parvenus (i). Les\nParlements affectaient de se poser en défenseurs du peuple contre les expédients\nfinanciers de Mazarin & de ses Italiens. Ils ne pouvaient manquer de signaler\nà la nation affamée les dépenses exagérées du cardinal pour les plaisirs de la\ncour & les speCtacles italiens. Le reproche ici était fondé ; mais ils l'exagé-\nrèrent beaucoup, & grossirent considérablement le chiffre des sommes\ngaspillées pour Orfeo. Naudé proteste en vain qu'on ne dépensa que\n30000 écus (2). Les 30000 écus deviennent 400000 livres chez Montglat, &\n500000 écus chez Guy Joly. « La comédie en musique, dit ce dernier,\nconseiller au Chàtelet, coûta plus de 500000 écus, & fit faire beaucoup de\nréflexions à tout le monde, mais particulièrement à ceux des compagnies\nsouveraines qu'on tourmentait, & qui voyaient bien, par cette dépense exces-\nf\nsive & superflue, que les besoins de l'Etat n'étaient pas si pressants, qu'on\nne les eût bien épargnés si l'on eût voulu (3). » Et l'on voit dans Goulas\nque les perfides doléances des Parlementaires atteignirent leur but & parvin-\nrent à remuer le peuple : « La comédie de M. le cardinal causa tant de bruit\n& de vacarme parmi le peuple » qu'il ne songea plus à rien autre. « Car\nchacun s'acharna sur l'horrible dépense des machines & des musiciens italiens\nqui étoient venus de Rome & d'ailleurs à grands frais, parce qu'il les fallut\npayer pour partir, venir & s'entretenir en France (4). »\nMazarin vit venir l'orage, & il s'en inquiéta. Une lettre de Melani, citée\nplus haut, disait, on s'en souvient, que la reine faisait préparer une autre\ncomédie en musique, pour donner aussitôt après Orfeo (5). Mazarin s'y\nopposa. Naudé nous le dit formellement : « Il combattit l'année suivante les\nsentimens de toute la cour, & empescha absolument que l'on ne fist une autre\ncomédie, qui n'auroit esté de gueres moindre despense que celle d'Orphée (6). »\n\nfaçon que les journaux amusants raillaient vers 1860 les vertus soporifiques de Tannhaeuser.\n« Ce beau mais malheureux Orphée, ou, pour mieux parler, ce Morphée, puisque tout le monde\ny dormit. » Bientôt Cambert & Perrin ne craindront pas d'écrire que « les comédies en musique\nitaliennes ont déplu à notre nation » (1659).\n(1) 142 millions.\n(2) « L'on a voulu qu'une despense de 30 000 escus pour un entretien de la Cour, & d'une\nsi grande ville que Paris, ait esté une chose bien extraordinaire : Se l'on a fait un crime de voir\nune seule comédie de respect pendant la régence, au lieu qu'auparavant c'estoit galanterie d'en\nvoir toutes les années, Se de jouer bien souvent des Balets, dont la despense estoit quasi toujours\nplus grande que n'a esté celle de la comédie d'Orphée. » Naudé, Ibid.\n(3) Mémoires de Guy Joly. (Petitot, t. XLVII, p. 1 1.)\n(4) Mémoires de GouJas, 11, p. 212.\n(5) Lettre d'Atto Melani, 12 janv. 1647. Peut-être s'agissait-il du projet de carrousel drama-\ntico-musical de Margherita Costa : le Défi d'Apollon et de Mars.\n(0) Du reste, la maladie du petit roi (la petite vérole), puis les troubles de la Fronde,\nvinrent interrompre toutes les fêtes."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.17", "texte": "LE MAITRE DE CHAPELLE DE CHARLES VII\n2\n\nEt il ajoute même que, « si on l'eut voulu croire, l'on n'auroit jamais pensé à\ncette première, à laquelle ceux qui la pressèrent davantage, s'estoient engagez\ninsensiblement ».\nRien n'y fit ; & ces protestations (dont quelques-unes n'étaient\nd'ailleurs pas très vraisemblables) n'empêchèrent pas les calomnies d aller\nleur train. Les dépenses d'Orfeo restent pendant les guerres civiles le principal\ngriçf contre la prodigalité du cardinal : « Quand il a fallu trouver de quoy le\nproscrire, on luy a mis cette pièce en ligne de compte... On lui a donné sujet\nde dire après Ovide :\nO nimis exitio nata theatra meo (1). »\nL'impopularité dont jouit YOrfeo se manifeste bien aux persécutions\nqu'eut à subir Torelli, le machiniste, le véritable auteur de la pièce aux yeux\ndu gros public. 11 fut poursuivi, emprisonné, ruiné pendant la Fronde; & sa\nvie fut menacée, comme celle des autres Italiens restés à Paris, qui avaient\npris part aux représentations de 1645 &\nC'est ce qui nous explique que, malgré le grand succès du premier\nopéra italien à Paris, il faille attendre tant d'années pour le voir définitivement\ninstallé en France (2).\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nLe maître de chapelle de Charles VII.\nA. THOMAS\n\n(Ockeghen, à la biographie duquel M. A. Thomas apporte une contribution si précieuse,\nappartient à la seconde Ecole néerlandaise qui a produit Josquin, P. de la Rue, Brumel,\nCompère, &c. & qui marque l'apogée de l'art du contrepoint. Il a vécu de 1430 à 1493.)\nM. Michel Brenet a publié en 1893 dans le tome XX des Mémoires de la\nSociété de l'histoire de Paris et de Vlle-de-France une étude bio-bibliographique\nsur le célèbre musicien Jean de Ockeghen (3), maître de la chapelle du roi\n\n(1) NAUDÉ, ici., p. 575. Naudé va même jusqu'à appeler Mazarin « le Martyr d'Estat », parce\nqu'on lui fit porter, à lui seul, la responsabilité de toutes les dépenses CCOrfeo.\n(2) Quelques dates : 1654. Ballet italien donné à la cour. Le Noççe diPeleo e Theti, de Buti,\nCaproli & Torelli. Op:ra d'issy (Pastorale) de Perrin & Cambert. 1660. Perse de\nCavalli (au Louvre). 1662. Ercole amante de Cavalli. 1671. Pomone de Cambert & Perrin,\n& fondation de l'Académie d'Opéra.\nIl n'est pas sans intérêt de rappeler que malade, & deux mois avant sa mort, Mazarin faisait\nreprésenter Perse dans sa chambre (le 11 janvier 1661, lettre de l'ambassadeur Grimani. 11\nmourut le 9 mars). Ainsi, jusqu'à la fin, il conserva son amour pour la musique & pour\nl'Opéra. L'éternel Melani jouait 2 rôles dans la pièce, qu'il avait montée.\nEn revanche, on peut croire que l'influence CCOrfeo a contribué à la création d'un certain\nnombre de tragédies lyriques françaises, dont la Naissance d'Hercule de Rotrou (1649) &\nY Andromède de Corneille (1650) sont les exemples les plus célèbres. On sait que pour Y Andro-\nmède, dont la musique était de d'Assoucy, ami de Luigi, on utilisa les machines CCOrfeo.\n(3) Cette forme bizarre paraît remonter à l'artiste lui-même dont le nom flamand devait\nêtre « Van Ockeghen » ; il a traduit barbarement « van » par « de », sans songer que l'usage"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.18", "texte": "LE MAITRE DE CHAPELLE DE CHARLES VII\n\nCharles VII & Louis XI. Cette étude repose, pour la partie bibliographique,\nsur une série de documents en partie inédits tirés des archives & bibliothèques\nfrançaises, & elle apporte de notables modifications à la notice insérée par\nFétis dans sa Bibliographie des musiciens. Toutefois, bien des lacunes subsistent\nencore, bien des points douteux restent à fixer. C'est ainsi qu'une solution de\ncontinuité se produit dans les documents d'archives entre 1443-1444, date où\nOckeghen, sans doute encore enfant, figure parmi les chantres de la cathédrale\nd'Anvers, & 1432-1453, date °ù nous le retrouvons attaché officiellement à\nla chapelle du roi Charles VlI(i). M. Brenet a fait justice des hypothèses\nqu'on avait imaginées pour combler cette lacune, notamment de celle d'un\nséjour à Milan à la cour du duc Galéas-Marie. Le trou doit-il rester béant?\nM. de Beaucourt, dans une page de son Histoire de Charles qui semble\nêtre restée inconnue à M. Brenet, s'exprime ainsi : « Le roi fit venir de Flandre\nun chantre du chœur de l'église d'Anvers, qui eut à partir de 1433 t'tre\nde premier chapelain & fut placé à la tête de la musique : c'était Jean\nOckeghem (2). » Mais M. de Beaucourt a jugé à vue de pays : il n'y a pas\nde texte qui dise formellement que Charles VII ait fait venir Ockeghem de\nFlandre plutôt que d'ailleurs. Nous savons par les documents fournis jusqu'ici\nque le grand musicien faisait partie de la chapelle royale dès 1452-1453 :\nnous ne savons exactement ni quand il y était entré ni d'où il venait.\nOr, à peu près au moment où MM. de Beaucourt & Brenet parlaient\nd'Ockeghen, feu A. Vayssière, archiviste de l'Allier, communiquait à la seétion\nd'archéologie du Comité des travaux historiques & scientifiques institué près\nde notre Ministère de l'lnstruétion publique un long fragment du compte de\nGilles Le Tailleur, argentier du duc de Bourbon, Charles ler.1er. Ce compte s'étend\nsur deux années, de juin 1446 à juin 1448, à ce qu'il semble. Il est publié\ntout au long aux pages 56-76 du Bulletin archéologique de 1891. Peu après\nla mise au jour de ce curieux document, j'adressai au Comité une courte\ncommunication dont je n'ai pas gardé copie. Cette communication, mentionnée\ndans les procès-verbaux des séances de la seétion scientifique du 11 juillet &\ndu 14 novembre 1892, est ainsi rapportée dans le procès-verbal de la séance\ndu 10 juillet 1893 : « M. de Lasteyrie rappelle que dans une séance précédente\nle regretté M. Darcel avait rendu compte d'une observation de M. Antoine\nThomas, chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris, au sujet d'un\n\nfrançais veut que IV de de s'élide devant un mot commençant par une voyelle. Nous dirons\ndésormais « Ockeghen » tout court pour abréger, comme le fait souvent M. Brenet.\nGIRANDET, Les artistes Tourangeaux, p. 312.\n(1) Fétis ne cite aucun document sur Ockeghen entre 1444 & 1461. M. de Beaucourt semble\navoir signalé le premier la mention d'Ockeghen comme chapelain de Charles VII dans un compte\nde l'année 1452-1453 dont nous ne possédons que la copie, nat. fran. Bibl. 325! 1 (ancien cabinet\ndes titres 685 toujours cité par M. Brenet avec la cote fautive fo 162 1685), v° (Hist de Charles yIL\nVI, 419).\n(2) Tome VII, p. 419, paru avec la date de 1891."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.19", "texte": "LE MAITRE DE CHAPELLE DE CHARLES VII\n\npassage des comptes de Gilles Le Tailleur, argentier de Charles duc de Bourbon,\ncommuniqué au Comité par M. Vayssière. Cette observation portait sur le\nnom de Johannes Obreghan, l'un des chantres de la chapelle ducale. M. Antoine\nThomas pensait qu'il pourrait bien y avoir là une fausse leéture, & qu'il\nfallait peut-être lire Okeghan. Dans ce cas, le chantre en question aurait été le\nmême musicien qui fut maître de chapelle de Charles VII ; &, au lieu de venir\ndes Flandres auprès du roi de France, il aurait passé auparavant par la chapelle\ndu duc de Bourbon. Le rapporteur demandait que cette observation fût\ncommuniquée à M. Vayssière avec prière de vérifier la leéture sur le document\noriginal. M. Vayssière a fait cette vérification, & le fac-similé qu'il a pris la\npeine de faire du passage douteux permet d'affirmer en toute assurance que\nle nom du chantre du duc de Bourbon était bien 1). »\nVoilà qui est décisif, pensera-t-on ; il semble qu'il n'y ait plus qu'à\nclasser l'affaire, comme on dit au palais. Je demande, au contraire, à la\nreprendre. Après avoir étudié de nouveau le dossier, ce qui n'était chez moi\nque présomption est devenu conviétion absolue. Que le fragment de compte\nde Gilles Le Tailleur porte effectivement Obreghan & non Ocheghan, c'est un\nfait incontestable. Mon confrère M. Claudon, archiviste aétuel de l'Allier, a\nbien voulu m'envoyer un fac-similé qui dissipe tous les doutes que je pouvais\nnourrir à ce sujet en mon for intérieur. Mais proclamer que le compte de\nGilles Le Tailleur porte Obreghan est une chose, & affirmer « que le nom du\nchantre du duc de Bourbon était Obreghan » en est une autre. Est-il impossible\nque le scribe qui a transcrit le compte ait eu sous les yeux Okeghan & que,\npar une confusion d'écriture, il ait pris le h pour & ait lu cela\nest tellement possible que, sans connaître ce compte, M. Brenet mentionne\nprécisément une forme fautive Obreghemparmi les vingt-cinq variantes qu'il\na rencontrées au cours de ses recherches (2).\nRemarquons que, dans les comptes royaux de l'année 1464-1465,\nOckeghem est le seul chapelain dont le prénom soit énoncé en latin : il est\nappelé Johannes Hokeghem (3). Or, dans le compte de Gilles Le Tailleur, le\nsoi-disant Obreghan est aussi le seul chapelain du duc de Bourbon dont le\nprénom soit énoncé en latin : Johannes Obreghan (4). Enfin, il est tellement\nnaturel que Charles Vil ait recruté Ockeghem parmi les chapelains du duc\nde Bourbon que nous constatons que le même cas s'est produit pour deux\nde ses collègues. Dans la chapelle de Moulins en 1447-1448 figurent « messire\nJehan Mambus » & « Jehan Cousin » ; dans la chapelle de Paris en 1461-1462\nnous retrouvons « messire Jehan de Maubus, dit de Pernes, mort en\nfévrier 1461 (vieux style) » & « messire Jehan Escatefer, dit Cousin ».\n\n(1) Bulletin archéologique du Comité..., 1893, p. LXXVIII-LXXIX.\n(2) Il ne donne malheureusement pas la provenance de cette forme.\n(5) Brevet, p. 8.\n(4) Bull. arch. de 1891, p. 39."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.20", "texte": "SÉBASTIEN DE BROSSARD\n\nJe laisse au lefteur le soin d'apprécier si l'hypothèse que j'ai émise\nen 1892 sur l'identité d'un des chapelains du duc de Bourbon & du célèbre\nOckeghem ne demeure pas plus que probable, malgré la matérialité de la\nlecture Obreghan dans le manuscrit du compte de Gilles Le Tailleur.\n\nA. THOMAS.\n\nCompositeurs français du XVIIe siècle : Sébastien de Brossard.\nJ. C.\n\nDans son Diélionnaire de musique, si savant & si pratique, M. Hugo\nRiemann consacre au compositeur français Sébastien de Brossard les lignes\nsuivantes : « Brossard est l'auteur du plus ancien Lexique musical (abstraction\nfaite du Definitoriumde TinCtoris, paru à Naples vers 1475, & de la Clavis\nad thesaurum magnce artismusicœ, &c. de lanowka, 1701); cet ouvrage est\nintitulé : Dictionnaire de musique contenant une explication des termes grecs,\nitaliens et français les plus usités dans la musique, etc... (1703 ; 2e édition,\n!705 ! 3 e édit., sans date). Brossard a aussi publié quelques cahiers de musique\n'•• • ' f\nd Eglise. » Cette dernière phrase fait évidemment allusion aux « Elévations et\nmotets à voix seule, avec la basse continué, &c... », premier ouvrage que\nS. de B. publia avec sa signature, en 1695, à Paris, chez Ballard, sous le titre\ngénéral de « Prodromus (1) musicalisseu sacra ». C'est un recueil de\n8 cantiques, mais il est loin de représenter tout le bagage de B. La Biblio-\nthèque Nationale possède de lui, en manuscrits autographes, les compositions\nsuivantes :\ni° Six cantates (Abraham ou Le sacrifice d'lsaac. Samson traby par\nDalila. La cheuttede Salomon. Judith ou la mort Les\ntrois enfants de la fournaise. Baltasar),Bibl. Nat. Invent. V7m 164;\n20 Une cantate sopra la vanitàde le richesse è la félicita dette\nPastorelle (ibid. Invent. V'm 7, dans le cahier n° IX du t. VIII d'une\n« Collection de cantates et d'ariettes italiennes de divers auteurs et en par-\ntition ».\nEn outre, S. de B. n'a pas toujours traité des sujets religieux. Il savait\nplaisanter à l'occasion. Sa renommée provoqua en 1692 la publication de\nl'ouvrage suivant : « Recueil d'airs sérieux et à boire par M. BR. VP. E.\nMDC. D. L. C. D. Str. » (Lisez : par M(onsieur) fi/?(ossard) ré-\n(bendé) £(t) A/(aître) D(e) C(hapelle) D(e) a) C(athédrale) D(e) S/r(asbourg.)\n« A Paris, chel Christophe Ballard, seul imprimeur du Roy pour la musique,\nrue S. Jean de Beauvais,au Mont-parnasse(2). » Pour donner une idée de\nl'habileté de Brossard, j'extrais de ce recueil la chanson suivante qui est d'un\ntour agréable & où le contrepoint a un sens comique assez original.\n(1) Prodromus Avant-goût, Essai. L'édition princeps est à la Bibl. Nat. (\nVfm 1077).\n(2) Six livres de 20 à 50 pages, in-40 oblong. (Bibl. Nat. Invent. Réserve, Vm 30f)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.21", "texte": "SÉBASTIEN DE BROSSARD\n\nL'exercice du verre."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.22", "texte": "SÉBASTIEN DE BROSSARD"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.23", "texte": "SÉBASTIEN DE BROSSARD"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.24", "texte": "SÉBASTIEN DE BROSSARD"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.25", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nMUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nAu Conservatoire.\n\nLa Société des Concerts du Conservatoire est certainement la première institution\nmusicale de notre pays. Les artistes qui la composent sont tous des maîtres ; son chef\nd'orchestre, M. Taffanel, est universellement aimé Se estimé. Me permettra-t-elle\ncependant de lui adresser un reproche très précis sur la manière dont elle exécute\ncertains chefs-d'œuvre? Autour du tapis vert d'une table de Commission, j'ai entendu\nun jour M. Théodore Dubois dire : « J'admets la critique, mais je voudrais qu'elle\ndonnât des raisons Se s'appuyât sur des preuves. » C'est sous l'autorité de cette excellente\nparole que je place la requête suivante.\nPourquoi, lorsqu'elle exécute des compositions a capella (c'est-à-dire des pièces\npurement vocales Se d'où l'orchestre est exclu), pourquoi la Société fait-elle toujours\nprécéder ces compositions d'un prélude instrumental? Dans le Crucifixus de Loti, dans\nla Chanson des oiseaux de Jannequin, dans le Ferme tes yeux de Schumann, dans les\nTenehrce de Haydn, dans le Chanteur des bois de Mendelssohn qui ont été chantés cette\nannée, les voix, les voix seules, entendez-vous bien, doivent se faire entendre. C'est\nla loi essentielle de ce genre très noble Se très pur où l'instrument naturel, humain,\nSe en même temps l'instrument par excellence, la voix, est seul employé, & qui\ndiffère autant du genre symphonique que la gravure en taille douce diffère de la pein-\nture à l'huile. Or, au Conservatoire, l'orchestre nous gratifie toujours d'un accord\nparfait donné par le quatuor (ou l'orgue) Se tenant une ou deux mesures, avant que\nles choristes ouvrent la bouche. Le Kyrie de la messe en si mineur de Bach, certaines\nchansons du xvie siècle, Sec..., n'ont pas été épargnés par ce singulier usage.\nCette intrusion de l'orchestre qui prend le premier la parole là où il n'a rien à dire\na pour objet, m'a-t-on affirmé, de donner le ton aux chanteurs. La raison me paraît\ndéplorable Se je regrette profondément d'ayoir même à la mentionner. Je sais bien que\ntoute exécution est impossible si, auparavant, les exécutants ne se mettent d'accord. A"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.26", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nl'Opéra Se à l'Opéra-Comique, on tolère ces préludes incohérents par lesquels les instru-\nmentistes s'assurent que leurs armes sont en bon état, Se prennent contaéf les uns avec\nles autres. Il est entendu que ces essais de chanterelle, ces glissades de clarinettes, ces\nhautbois qui nasillent, tout cela ne compte pas. C'est la rançon nécessaire d'un plaisir\nprochain. Mais qu'un prélude de ce genre soit incorporé à l'œuvre qu'on va jouer, qu'il\ndevienne partie intégrante de la composition d'un grand maître, Se qu'il se fasse au\ncommandement du chef d'orchestre... voilà qui est étrange ! Je puis assurer M. Taftanel\nque dans les meilleurs Conservatoires de l'Europe ces pratiques sont inconnues. De\nbons chanteurs doivent avoir le « ton » dans l'oreille. Leur donner la note, ostensi-\nblement Se au commandement, c'est les faire ressembler à des écoliers qui savent très\nbien leur leçon, mais ne peuvent la réciter que si on leur en dit le premier mot, ou à des\ncavaliers qui au moment de monter à cheval n'auraient pas assez de légèreté pour se\nhisser d'eux-mêmes sur leurs selles, Se se feraient apporter une chaise comme marche-\npied. Enfin, cet accord de précaution initiale, (si j'ose l'appeler ainsi,) est d'une platitude\nSe d'une lourdeur extrêmes. En tète de la Chanson des oiseaux Se de Ferme tes yeux, il m'a\nparu un contresens évident. Au lieu de donner l'impression d'un début Se d'un élan, il\nproduit celle d'un affaissement, d'une conclusion, d'un arrêt. Il est pauvre, il est triste\nSe quelconque, il est glacial, comme honteux de lui-même & des choristes. C'est une\nmusique à porter le diable en terre, au moment où les fantaisies d'un Jannequin, les\nhymnes de Bach, les rêves ailés de Schumann vont prendre leur essor...\nDe grâce, qu'on supprime cet accord parasite! qu'on nous épargne cet ajout\nmaladroit, cette chose morte plaquée sur un être vivant! àla Société des Concerts, tout\ndoit être parfait.\n\nJ. C.\n\nA propos de la centième de «Louise».\n\nQuand ces lignes paraîtront, la Louise de M. Charpentier aura presque atteint la\ncentième représentation. Elle doit ce succès au talent de l'auteur, qui, de l'aveu de tous,\nmême de ceux qu'il prend pour des ennemis, est un excellent musicien, mais aussi\n(qualité plus rare !) à sa conviétion & à sa grande sincérité d'artiste. Seules sont\ndestinées à vivre les œuvres où l'on reconnaît une personnalité qui s'exprime avec\nfranchise & avec force. Les travaux de simple fafture sont mort-nés. Il n'y a plus\naujourd'hui à juger Se analyser par le détail ce « roman musical » qui est en rébellion\ncontre tant de vieux usages ; mais il sollicite toujours, à des titres divers, l'attention de\nl'observateur.\nParmi les tendances multiples Se contradictoires de la pensée moderne, on constate\nune évidente préoccupation de certains maîtres à se rapprocher du peuple, soit pour lui\nfaire connaître les découvertes de la science ou pour lui rendre plus familiers les chefs-\nd'œuvres consacrés, soit pour retrouver, au contaft de son cœur, les sources profondes\nde l'inspiration. Sous l'influence certaine des idées socialistes Se de leur progrès, on a\ncréé une Université populaire. Hier encore, on demandait à la Chambre que le musée\ndu Louvre fût ouvert, le soir, aux ouvriers; M. Leygues, avec sa générosité habituelle,\ns'associait aux efforts déjà tentés « pour faire pénétrer dans l'esprit des humbles Se des\ntravailleurs un peu de cette sérénité réconfortante que donne la contemplation du\nbeau ». Et M. Léo Claretie faisait, il y a quelques semaines, une conférence sur les"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.27", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\ncomédies de Molière devant deux cents gardiens de la paix des neuvième & dix-huitième\narrondissements de Paris.\nAvant de provoquer la vulgarisation scientifique & de faire rayonner l'enseignement\nsupérieur un peu plus loin que de coutume, ce mouvement de sympathie, avec lequel\nconspirait un souci chaque jour plus grand de Fexaéfitude Se de la vérité, avait trans-\nformé certains grands domaines de l'art. En peinture, on lui doit les œuvres des Courbet,\ndes Bastien-Lepage, des Millet ; en poésie, celles d'un Richepin Se d'un Coppée (première\nmanière) ; dans l'art dramatique, il avait fait succéder à l'École de Viétor Hugo Se de\nDumas fils des œuvres originales, âpres, saisissantes ; &, parallèlement, il avait suscité\nchez les aéleurs un nouveau mode de diétion dont M. Antoine eut le mérite initial. Dans\nle roman, on lui devait les curieuses esquisses des frères de Goncourt Se les solides\nmonuments de M. Emile Zola. Voici que l'art musical lui-même, malgré cette sorte de\nfluidité aérienne qui semblait le protéger contre la poussée du réalisme, cède à l'évolution\ncommune. Il descend de son char de Phaéton & de sa nuée bleue pour prendre pied en\npleine vie parisienne & faubourienne. Sans doute, comme toutes les autres révolutions,\ncelle-ci a eu ses précurseurs : des œuvres telles que le Rêve, Y Attaque du Moulin Se le\nMessidor de M. Alfred Bruneau, la Sapbo de Massenet, la Xavière de M. Théodore Dubois,\n& même de simples idylles comme Les Noces de Jeannette lui ont servi de préface. Mais\naujourd'hui on peut dire qu'un pas décisif est franchi. Le réalisme lyrique vient d'avoir\nsa bataille du Cid ou son 1830. Au moment même où l'on créait un Opéra populaire,\nnotre second théâtre officiel de musique représentait un drame qui est montmartrois,\nnon seulement d'origine Se d'esprit, mais de langage aussi, dans la mesure du possible,\nSe, ce qui est plus hardi encore, de costume.\nRemarquons que l'originalité de M. Charpentier ne consiste pas à faire chanter sur\nla scène des personnages empruntés à la vie réelle. En ce cas, Louise se distinguerait à\npeine du Chalet, Se c'est par centaines qu'on pourrait compter les œuvres qui l'ont\nprécédée dans cette voie. Son originalité consiste exactement à transporter dans l'opéra\nsérieux, dans la tragédie lyrique, si vous voulez, les sujets qui n'avaient été traités\njusqu'ici que dans la manière de l'idylle ou de l'opéra faisant « tableau de genre» ;(dans\nce dernier cas sont Carmen, Le Juif Polonais, Sec...) Parmi les précurseurs lointains de\nLouise, ainsi rétablie à sa vraie place, on peut citer Le Seigneur bienfaisant, opéra en\n3 actes (paroles de Rochon de Chabannes, musique de Floquet) représenté à Paris le\njeudi 14 déc. 1780. Le personnage principal est un « notable fermier » —Julien\ndont le fils unique se marie malgré son père, l'abandonne pour aller vivre avec la famille\nde sa femme, puis revient avec un bébé Se se fait pardonner. Dans Y Avertissement de\nson poème (p. 3), l'auteur dit : «J'ai laissé la fable & la féerie avec lesquelles on a fait\npresque tous les opéras-ballets, pour passer sur la scène du monde Se offrir aux spécula-\nteurs quelques tableaux de la vie humaine, parlant au cœur sans négliger de frapper les\nyeux... Nous n'avions encore que la Pastorale et la Comédie dans le genre que fai adopté ; j'y\nai ajouté le Drame, ce genre si naturel & si intéressant qui ne nous occupe que des peines\nSe des malheurs de nos semblables... Le fonds de l'opéra est usé... Il y a longtemps que je\npense qu'on devrait laisser reposer ces deux genres (Pastorale & Comédie). » Malheureuse-\nment, l'auteur a transporté le lieu de l'aétion en Béarn... au temps d'Henri IV! Par le\nrecul dans le temps, Le Seigneur bienfaisant retombait dans la catégorie des tableaux de\ngenre. Reprises de l'opéra de Floquet : 15 nov. 1781, 23 déc. 1782, 1785-6\n(7 représentations), 1787 (1 repn). La partition Se le livret sont aux Archives de l'Opéra\n(281-B).\nAutrefois, malgré quelques rares exceptions l'opéra cherchait moins à copier\nla vie qu'à la faire oublier. Comme Zéno à la marquise de Luzace, dans la Légende des\nsiècles, le musicien disait au poète :"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.28", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nSi tu veux, faisons un rêve :\nMontons sur deux palefrois ;\nTu m'emmènes, je t'enlève,\nL'oiseau chante dans les bois!\n&, sur les ailes de la cavatine, on partait pour un monde de chimère, très brillant Se\ntrès faux, plein de figures mythologiques, de princes charmants, de bayadères Se de\nguitares. On suspendait la sérénade d'un amant en maillot cerise Se en toque de velours\nà un balcon gothique baigné par le clair de lune. On évoquait les guerriers fabuleux\ncoiffés d'un énorme casque d'argent. Quand on touchait à l'Histoire, on la voulait parée\nde fantaisie Se menteuse, transfigurée dans un recul de temps ou d'espace propice à\ntoutes les déformations. Ce qu'on étalait le plus volontiers, c'était le luxe de la renais-\nsance italienne avec les jolis effets de couleur si aimés de Watteau. Sensuel & frivole, le\ndrame lyrique était un perpétuel embarquement pour Cythère.\nMaintenant, les choses sont changées. Au lieu d'enfourcher un palefroi de rêve, le\nmusicien-poète prend l'impériale d'un omnibus Se se rend dans les faubourgs. Chemin\nfaisant, il écoute Se note les cris de Paris, les appels pittoresques, en pleine rue, du\nrétameur Se de la marchande de poisson. Il entre chez le traiteur pour vider un verre\navec Coupeau Se va observer la bohème, sentimentale ou tragique, pitoyable ou crimi-\nnelle, des hôtels garnis. Il se mêle aux ouvriers Se aux petites gens. Il découvre la vie.\nIl déchire les voiles que la convention avait jetés sur elle. Il veut qu'après trois siècles\nde divertissement, de romance Se de prouesses à côté, l'opéra, au lieu d'illustrer des\ncontes puérils ou de magnifier à perpétuité le personnage « noble », finisse par où il\naurait dû commencer, c'est-à-dire par l'expression de la souffrance ou de la joie de\nl'homme réel, l'homme en blouse ou en redingote que vous coudoyez sur les trottoirs.\nCette idée, combattue énergiquement, à l'origine, Se pour des raisons très\nraisonnables, par les directeurs de nos grands théâtres, n'a pas seulement conquis sa\nplace au soleil de la rampe en obtenant quelques viétoires sans lendemain sur des\npusillanimités routinières : un an lui a suffi pour dérouter notre conception du drame\nlyrique, pour déséquilibrer l'ancien répertoire Se pour évoluer, à pas de géant, dans la\nvoie qu'elle avait ouverte. Le passage d'un règne à un autre, qui, dans la nature, exige\nune accumulation de siècles, Se qui, dans le domaine de l'art, était retenu autrefois par\ntoutes les forces conservatrices de la tradition, étonne aujourd'hui par sa rapidité. Certes,\nil faut souhaiter son succès. Partout où est l'humanité, il y a une source de drame,\nd'intérêt & de poésie. Mais je me permettrai quelques observations. La première est la\nsuivante :\nUne œuvre qui reproduit avec toute Vexactitude possible la vie du peuple a plus de\nchance de plaire à la partie lettrée et un peu blasée du public qu'au peuple lui-même.\nJe voudrais justifier cela par quelques faits.\nIl y a quelque temps, au cours d'une modeste fête anniversaire donnée à Cahors\npar la Société des Etudes du Lot, j'entendais un savant conférencier faire l'éloge... du\npatois local. La séance était présidée par M. Gustave Larroumet, & l'auditoire se com-\nposait de deux parties très distinctes : l'une comprenait un évêque originaire des bords\nde la Meuse, le préfet, des fonctionnaires Se des gens du monde presque tous étrangers\nau pays ; l'autre était composée de personnes du peuple. Or, de ces deux auditoires, le\npremier seul paraissait attentif Se intéressé, tandis que le second, celui qui avait le\nplus de compétence pour juger ce qu'on lui disait, était visiblement sceptique. Je"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.29", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAIRE\n\nn'oublierai jamais la brève explosion de rire qu'on entendit au fond de la salle lorsque,\ndans l'entraînement de son enthousiasme pour une fleur sauvage du parler de France,\nle conférencier fit l'éloge du « badernan » (nom par lequel on désigne là-bas les habitants\ndu quartier populaire). Ce rire signifiait : « Quelle est cette mauvaise plaisanterie ! Eh\nquoi! Tout le résultat de vos études, à vous savant, serait d'avouer la beauté du\nlangage des ignorants? Vous réunissez une assemblée d'élite dans un palais, Se c'est pour\nrépéter ce que nous disons chaque jour, dans nos ruelles Se nos échoppes, beaucoup\nmieux que vous? »\nJ'en appelle au témoignage de M. Pouvillon qui connaît si bien les paysans du\nQuercy : l'homme des champs prend pour une malice ou une marque de mépris la\nbonne volonté de l'étranger qui s'efforce de converser avec lui dans le dialede du terroir ;\nil veut qu'on lui parle français, alors même qu'il ne sait répondre qu'en patois.\nTenez pour certain qu'en matière d'art l'ouvrier de Paris est tout semblable. Il y a\ndeux ans, après avoir mobilisé pour la circonstance nos meilleures troupes musicales,\non a exécuté ce Couronnement de la Muse où M. Gustave Charpentier a fait à Mimi Pinson\nles honneurs de la grande symphonie. Or, dès les premières mesures, au moment précis\noù les deux pistons placés aux fenêtres du premier étage de l'Hôtel de ville reproduisaient,\nen manière de prélude, le « cri » de je ne sais quel marchand ambulant, j'ai entendu le\nmôme rire caractéristique, un rire d'étonnement, de raillerie, d'incrédulité, presque de\nprotestation...\nAu théâtre, le vrai peuple celui qui n'est gâté par aucun snobisme demande\nautre chose que les impressions de l'existence ordinaire. Il n'est pas seulement très idéa-\nliste ; il a, tranchons le mot, des goûts aristocratiques. Il est aristocrate naïvement, en\nvertu d'un instinél profond de l'humanité, non déformé par l'analyse ; il l'est par besoin,\npar lassitude de la vie réelle.\n;\nLes subtils auteurs de La fille Elisa ont constaté ce fait qui est suggestif : « Elles\nont du succès auprès de certains hommes du monde par une familiarité brutale, Se,\nauprès des hommes du peuple, par la politesse. » A l'Opéra aussi, Se à l'Opéra-Comique,\nc'est la politesse, en d'autres termes l'œuvre d'art de forme élégante, somptueuse Se\ndistinguée, qui est la plus capable de plaire au gros public. Le peuple n'admet pas que,\nsi on le convie à une fête des yeux Se des oreilles, ce soit pour l'entretenir de ses misères\nSe le ramener brusquement sur lui-même en lui présentant un miroir. Il ne comprend\npas, ou bien il se croit viéfime d'une mystification, lorsqu'on vient lui dire : « L'idéal\nde la beauté est en toi, Se non au-dessus de toi ! »\nQuelle erreur de croire, d'après un mot attribué à M. Camille Saint-Saëns, que le\nseul opéra populaire soit l'opéra bouffe! Sérieux, infiniment docile, le peuple est prêt à\nbattre des mains devant tout ce qui est vraiment digne d'admiration, Ce qu'il lui faut,\nc'est à la fois ce qu'il y a de plus beau, de plus magnanime & de plus riche. C'est lui\nparterre debout, Se non les gentilshommes assis sur les côtés de la scène, qui fit, au\nxvne siècle, le succès du Cid Se d'Andromaque. Ce qu'il aime, c'est la grandeur de\nl'héroïsme cornélien, c'est la poésie de l'amour, c'est le merveilleux; c'est aussi Se\nsurtout l'éclat visible du cadre dans lequel une œuvre lui est offerte : le faste des\ncostumes, la rareté des décors, la pompe des cortèges solennels. Il est plus intéressé par\nLohengrin dans sa nacelle que par les savetiers des Maîtres chanteurs, Se il aime mieux\nvoir le manteau étoilé de la Reine de la Nuit, dans la Flûte enchantée, que le fichu de\nMamzell' quat' sous.\nLa raison en est bien simple. Montaigne l'a donnée en disant : « Nous ne sommes\njamais chez nous ; nous sommes toujours au delà. » L'imagination nous entraine à\nchaque instant hors de notre domaine coutumier ; elle nous fait aimer ce qui tend à\nnous enlever dans les étoiles & non à nous refouler sur nous-mêmes..."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.30", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nOn a reproché à M. Charpentier d'être trop particulariste & de rapetisser, d'appau-\nvrir la musique en limitant son pouvoir à l'expression d'une vie toute locale. Cette\ncritique me paraît superficielle. Sans doute, ce qui nous intéresse bien plus que Mont-\nmartre, c'est l'Humanité. Mais l'étude approfondie (ou passionnée, ce qui, artisti-\nquement, revient au même) d'un sujet très particulier est seule capable de nous faire\narriver à l'émotion qui accompagne en nous le sentiment de la vie universelle. Ainsi,\nJ.-J. Rousseau dans ses Confessions, Montaigne en ses Essais, peignent /'homme en\nétudiant un homme. Voyez l'Otello de Shakespeare : il n'y a peut-être pas de personnage,\nau théâtre, qui soit caractérisé par des traits plus individuels; & cependant Otello est le\njaloux par excellence. Il se pourrait donc que cette substitution de personnages popu-\nlaires (ouvriers, étudiants, chiffonniers, cochers de fiacre, sergents de ville &c...) aux\n« travestis » de l'ancien régime musical fût peu importante & négligeable, le résultat\nde l'œuvre d'art restant le même. Alors cependant, on pourrait demander : si cette\nsubstitution n'est pas justifiée par un renouvellement essentiel de l'œuvre lyrique, quel\ngain nous procure-t-elle ? En changeant les moyens pour arriver au même but,\nrépondrai-je, elle donne l'illusion d'un changement radical; elle est contraire au « déjà\nvu », hardie & de bonne foi, brillamment exécutée. Cela est beaucoup.\nVoici des reproches plus fondés qu'on pourrait adresser à M. Charpentier. Son\n« roman musical » n'est qu'une esquisse. La psychologie en est presque enfantine à\nforce d'être sommaire. L'artiste-poète, le Julien qui, sur le palier d'un hôtel garni, flirte\nd'abord avec la fille d'un charpentier, puis, ne pouvant obtenir sa main, l'enlève, ce\nJulien sur qui repose toute l'aCtion, n'est pas marqué de traits assez précis pour qu'on\ns'intéresse à lui. C'est un artiste. Un point, c'est tout. Mais quel genre d'artiste? Un\nmot ne remplace pas un caractère. Il y a, dans la pièce, des discussions de principes\nsur « les devoirs des enfants à l'égard des parents » & sur « le mariage libre », qui sont\nfroides, anti-dramatiques (elles le seraient déjà dans une comédie !) & aggravées çà &\nlà par des touches trop brutales. La convention fondamentale qui consiste à faire\nchanter, avec accompagnement de 70 musiciens, des personnages empruntés à la vie\nréelle & parlant le langage de tous les jours est, en certains endroits, choquante; cela\nrappelle un peu l'Hermann et Dorothée où Gœthe fait parler à un apothicaire, à un\npasteur, &c., la langue des héros d'Homère ; Se, ce qui semble prouver que cette disparate\nn'existe pas seulement pour l'auditeur, c'est que M. Charpentier, plus d'une fois, aban-\ndonne le chant & la musique pour leur substituer la parole ordinaire. Autre cas où\nl'auteur n'est pas fidèle à sa propre esthétique : il revient à un symbolisme suranné,\nlorsqu'il nous montre ce fêtard qui, attardé à un carrefour sur les quatre heures du\nmatin, entr'ouvre sa pelisse, apparaît vêtu comme un prince de féerie & chante : «Je\nsuis le Plaisir... » C'est du réalisme à la Delile & à la Florian. Il y a un tableau\n(« chez la Couturière ») qui fait hors-d'œuvre. La conduite de la pièce est telle\nqu'elle apparaît comme une parodie de l'ancien opéra, ce qui diminue sa portée, en lui\ndonnant une valeur négative : ainsi, la sérénade du ténor dans la coulisse est remplacée\npar la complainte d'un chanteur dans une cour d'hôtel; le ballet traditionnel devient\nune farandole de mardi gras ; au lieu de musiques somptueuses, il y a des mirlitons;\nau lieu d'un roi & d'une reine « assistant à la fête sous un dais de pourpre », on voit\ndes titis & des poivrots juchés sur des échafaudages. Il y a un certain abus, dans\nl'orchestration, des motifs conducteurs & des formules typiques. Le style du livret\nest faible, vers & prose mêlés, amorphe, « invertébré ». Enfin, cet opéra réaliste est\nd'une grande tristesse; je ne parle pas de cette tristesse qui naît de la pauvreté des"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.31", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nmoyens employés, de la monotonie, de la sécheresse ou de l'ennui, mais de cette tris-\ntesse aiguë, douloureuse, poignante, qu'on éprouve devant une copie trop exaéle de la\nvie. Ce n'est pas la faute de M. Charpentier; c'est celle de la vie elle-même. Mais on\npeut demander si le théâtre lyrique mérite d'être pris tellement au sérieux qu'on y\ndoive montrer la vérité, comme dans la science, sans préoccupation des conséquences.\nOui, toutes ces réserves pourraient être faites avec plus ou moins d'insistance, Se\nM.. Charpentier ne doit point s'étonner de les voir indiquées par ceux-là mêmes qui,\nsouvent, fatiguèrent leurs mains à l'applaudir. Mais par combien de qualités supérieures\nil les rachète! Je les résumerai en un seul mot : la personnalité. Louise serait peut-\nêtre un modèle dangereux à suivre, surtout pour des débutants dont l'esprit critique\nen dehors de l'éducation musicale ne serait pas solide Se mùr ; il est même à souhaiter\nque, si elle crée une école nouvelle, cette école ne supprime pas d'autres conceptions\nmoins austères de l'Opéra-Comique, Se s'ajoute simplement à nos richesses acquises,\nsans s'élever sur des ruines. Il n'en est pas moins certain que Louise a diversifié très\nheureusement les manifestations de l'art français Se qu'elle fait grand honneur à notre\npays.\n\nJ. C.\n\nBIBLIOGRAPHIE\n\nLiborio Sacchetti, professeur au Conservatoire de St-Pétersbourg : Petite Chrestomathie musicale\nhistorique, depuis les temps les plus\nanciens jusqu'au XVIIe siècle inclusivement, avec un appendice sur l'école espagnole. Deuxième édition augmentée. SLPéters-\nbourg, 1900, in-40, 111, 491 p. (en russe) (I).\n\nM. L. Sacchetti s'est proposé d'esquisser pour le public russe tout le développement\nde la musique depuis les temps préhistoriques jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Cette\nesquisse, très brève, occupe les 128 premières pages de l'ouvrage; chacun des chapitres\nest accompagné de notes où est signalée une très abondante bibliographie en toutes\nlangues, Se qui permettent ainsi à l'étudiant de compléter ses connaissances. Mais\nM. Sacchetti a pensé, avec raison, qu'une histoire de la musique sans exemples est aussi\npeu vivante qu'une histoire des arts du dessin sans reproductions, Se il a joint à son exposé\nhistorique, où se trouvent déjà de nombreux exemples musicaux, toute une série de\nmorceaux choisis qui donnent au leéteur un premier aperçu du développement des\nformes musicales au cours des périodes étudiées. On trouvera là 95 morceaux reproduits\nd'après les éditions modernes : pièces de musique orientale, restes de musique antique\n(hymne à Apollon, &c.), fragments d'ancienne musique chrétienne orientale & occi-\ndentale, des morceaux de musique du moyen âge, sacrée Se profane, des divers pays de\nl'Europe, puis de l'École des Pays-Bas au XVe Si au XVIe siècle, de l'école anglaise Se de\nl'école italienne à la même date, quelques morceaux d'opéras Se d'oratorios du XVIIe siècle\nSe enfin une série de pièces instrumentales : symphonie de Roland de Lassus, fugues de\nBuxtehude, suite de Purcell, sonate de Kuhnau, Sec. L'appendice sur la musique espa-\n\n(1) Le prix, très bas, de ce beau volume est de trois roubles cinquante kopeks, soit 9, 30\nd'après la valeur officielle du rouble (actuellement supérieure à la valeur réelle)."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190101-01.1.32", "texte": "THEATRES ET CONCERTS\n1819. MPRIMERIE SAINT-PIERRE, SOLESMES, SARTHE\n\nGnole comprend en outre deux morceaux. Le tout est trancrit en notations modernes,\navec emploi exclusif des deux clés de sol 8c de fa : le caraétère élémentaire de la publi-\ncation est suffisamment indiqué par là. Il est à souhaiter qu'un livre analogue à celui\nde M. Sacchetti donne à un public français un peu étendu l'occasion d'entrevoir combien\nla littérature musicale antérieure au XVIIIe de chefs-d'œuvre.\n\nA. MEILLET.\n\nOuvrage déposé aux bureaux de la Revue et dont il sera rendu compte ultérieurement : La\nmusique dans la deuxième partie du XIXe siècle, par M. le Dr Rietsch, privat-docent a VUniversité\nimpériale et royale de Vienne.\n\nTHÉÂTRES ET CONCERTS\nLe Propriétaire-Gérant :\nH. WELTER.\nLa maison Ricordi, de Milan, a confié à M. Alexandre Longo le soin de préparer une\ngrande édition complète des œuvres pour clavecin de Dominique Scarlatti, le contemporain de\nBach, de Haendel, de Rameau & de Coupeiin, fils d'Alexandre S. chef de l'Ecole Napolitaine, &\nprécurseur des grands musiciens qui, comme Beethoven, ont créé la Sonate moderne. Nous\nsommes assurés que cette édition nous dédommagera amplement des mutilations de texte & des\ncorrections plus ou moins heureuses que se sont permises les Biilow & les Tausig.\nL'Opéra Se VOpéra Comique de Paris n'ont encore donné, cet hiver, aucune nouveauté ,\nil faut croire qu'ils vont déployer une activité sérieuse pour rattraper le temps perdu Se se mettre\nen règle avec leurs cahiers des charges. Le premier annonce pour la seconde quinzaine de février\nAstarté de M. Xavier Leroux ; le second préparait La fille de Tabarin de M. G. Piemé, à laquelle\nsuccédera VOuragan de M. Alfred Bruneau. La reprise manquée de Don Juan (projet abandonné\nfaute de chanteurs suffisants Se que nous sommes loin de regretter !) a été la cause, paraît-il,\nde ce retard. Nous analyserons la Fille de Tabartn dans notre prochain N°.\nLes Concerts font plus de besogne Se. se montrent plus hardis. Tandis que M. Colonne\ndonnait une audition de Tristan et Iseult, M. Chevillard a fait exécuter trois fois le Rheingold.\nCe courage mérite de grands éloges, avec quelques réserves. 11 est d'abord peu régulier de faire\nentendre au concert (fût-ce pour raisons d'économie) ce qui a été écrit pour le théâtre, Se de\nmontrer, par exemple, des artistes en habit noir Se en toilette de bal là où il faudrait des nageurs\nSe des nageuses, comme dans le premier a été de Rheingold, non sans analogie, on l'a dit justement,\navec un aquarium. Ensuite, les Directeurs des grands Concerts ne se trompent-ils pas en croyant\nque le public est encore affamé de musique wagnérienne ? A la grande faim des premiers jours\nsemble avoir succédé une quasi satiété qui a besoin de repos pour la digestion. En outre, au\npoint de vue « snob », n'oublions pas que Wagner a été dépassé Se qu'il y a aujourd'hui, en\nFrance, des formules musicales plus neuves encore, plus avancées, plus osées que la sienne.\nEnfin, le rôle de musiciens tels que MM. Chevillard Se Colonne est-il de suivre le goût public\n(ou ce qu'ils prennent pour tel)? n'est-il pas plutôt de le diriger? La convention du théâtre au\nconcert étant admise, pourquoi ne nous donnent-ils pas une audition de Castor et Pollux ou\nd'Flippolyte et A vicie ?\nAux autres Concerts, on constate avec plaisir une tendance à introduire l'esprit historique\ndans les programmes. La Schola qui, sous la direction de M. Vincent d'lndy, est devenue une\npetite Université musicale, ne s'est pas contentée de faire entendre plusieurs cantates de Bach Se\nde commencer l'exécution intégrale (avec MM. Parent, Lammers, Denayer Se Baretti) des\n17 quatuors de Beethoven ; elle a consacré quelques excellentes soirées à la musique française :\nœuvres de Marc-Antoine Charpentier, Destouches, Titelouze, Roberday, Couperin, Rameau. En\ntrois séances (grâce àM. Joseph Debroux Se à Mlle Marguerite Delcourt) elle a passé en revue\nles maîtres primitifs du violon, entr'autres Louis Aubert, J.-B. Senaillé, J.-B. Lœillet, Fr. Francœur.\nPresque au même moment, Mlle Alice Sauvrezis commençait, selon la même méthode démons-\ntrative Se pratique, une « histoire de la sonate pour piano Se violon ». A signaler aussi : Le\nCycle du Lied, suite de séances consacrées à l'histoire de la musique vocale par Mme Marie Mockel.\nAu programme de la soirée du 29 janvier, figuraient un chant de croisade (« Ahi, amours ! com\ndure départie ») de Conon de Béthune, xne siècle ; un cantique provençal Se une ballade\n(xme siècle) transcrits par M. Pierre Aubry."}]}