{"numero_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_sha256": "a0a7fe91d27ac7a7e99bd417c48ead71c054096b9ee0c2db8c6db3b11a50acd0", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1901/07_01/bmtnabj_1901-07_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1901/07_01/bmtnabj_1901-07_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c001", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "273", "page_fin": "277", "image_debut": 1, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.1", "titre_corps": "J.-J. Rousseau et le mélodrame.", "titre_sommaire": "J.-J. Rousseau et le mélodrame.", "signature_source": "JULES COMBARIEU ; JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.1", "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "J.-J. Rousseau et le mélodrame.\nJULES COMBARIEU.\n\nM. Edgar Istel vient de faire paraître dans les Publications de la Société\ninternationale de musique, à Leipzig, (chez Breitkopf, 1901 ), une très savante\nétude, dont les conclusions, si elles pouvaient être acceptées sans hésitation,\nenrichiraient à la fois l'histoire du mélodrame & l'histoire de J.-J. Rousseau\nd'un fait important. M. Istel a bien voulu citer à maintes reprises, comme\ncontenant des documents nouveaux, le travail que j'ai fait paraître sur cette\nquestion, il y a un an, dans la Revue de Je ne crois pas m'acquitter\nd'un devoir banal de courtoisie, mais rendre hommage à la vérité en disant\nque M. Istel bien qu'il n'ait pas encore eu en main les pièces que j'ai\nsignalées (2) se montre tout à fait supérieur à ceux qui avaient abordé\navant lui cet intéressant sujet, notamment à Jansen, dont le livre, incomplet &\nparfois inexaét, me semble aujourd'hui bien suranné. 11 a nettement posé un\nproblème que je n'avais même pas examiné, & il croit l'avoir résolu ; c'est\ncette solution que je voudrais faire connaître, en disant brièvement pourquoi\nelle m'inspire quelques doutes.\nOn sait que le mot mélodrame,conformément à l'étymologie, a désigné\nd'abord le drame en musique & a eu un sens analogue à celui du mot opéra.\nJ.-J. Rousseau, persuadé que l'opéra était impossible en France (parce que\nnotre langue manque de rythme), a imaginé d'en supprimer le chant & de le\nremplacer par une pantomime accompagnée d'une musique d'orchestre. 11 a\nainsi créé le mélodrame nouveau, ou, si l'on veut, le mélodrame moderne,\nreprésenté par son Pygmalion, qui fut joué pour la. première fois à l'Hôtel de\n\n(1) N° du ler mai 1900.\n(2) Ce sont : deux copies de la musique de Pygmalion, dont l'une (réduction pour quatuor)\nest aux archives de la Comédie française, & l'autre (parties d'orchestre) est à la Bibliothèque\nNationale ;20 une traduction italienne (Venise, 1773) du Pygmalion (B. N., Yth 31 869), contenant,\nen français, les indications (pour la pantomime & la durée de chaque morceau symphonique)\ndont Rousseau avait accompagné le texte de son mélodrame; 30 le relevé, d'après les registres\nde la Comédie française, des recettes produites par l'œuvre de Rousseau; 40 le portrait de l'aéteur\nLarive dans Pygmalion, donné par Les Costumes des grands théâtres de Paris ; 50 des extraits des\njournaux du temps; 6° une édition du texte littéraire (1786) contenant de curieuses indications\nà la plume (archives de la Comédie française), &c."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.2", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "Ville de Lyon en 1770 & à la Comédie française en 1775. Entre ces deux\ndates, la pièce eut, en province & à l'étranger, un grand retentissement. Elle\nest caractérisée par un déplacement de rôles très original, qui suppose une\nconception toute nouvelle de la musique instrumentale : toutes les fois que\nles violons prennent la parole, l'aéteur se tait ; il se borne à faire des mouve-\nments & des jeux de physionomie, & le langage seul de l'orchestre traduit les\npassions qui l'animent. Cette forme de mélodrame a eu des fortunes diverses\nselon les pays. En France elle a eu des imitateurs au xvine siècle (1) (bien\nqu'on ait souvent dit le contraire), mais elle a bientôt dégénéré, & n'est plus\nemployée aujourd'hui qu'exceptionnellement ; en Angleterre, elle n'a rien\nproduit qui mérite d'être retenu ; en Italie, dans le pays du bel canto, elle n'a\npu s'acclimater ; en Allemagne seulement, elle a été cultivée sérieusement &\navec suite par des compositeurs tels que Georg Benda, Reichardt, Neefe,\nZumsteeg, Winter, Cannabich, Vogler, &c... Dès la première heure, Mozart en\navait salué l'apparition avec enthousiasme ; & Goethe, analysant la création de\nRousseau, disait que c'était une œuvre « faisant époque ».\nOn sait également que, sur les 26 pièces musicales dont se compose la\npartition de Pygmalion, deux seulement dans les éditions ou manuscrits\nconnus portent la signature de Rousseau ; les autres sont d'Horace Coignet,\nnégociant & amateur de musique lyonnais.\nVoici la question, négligée jusqu'à aujourd'hui, que M. Istel s'est posée :\nRousseau, en dehors de sa collaboration avec Coignet, n'a-t-il pas composé\nlui-même une musique pour Pygmalion? M. Istel croit être en mesure de\nrépondre affirmativement, & je traduis la partie de son étude où il expose sa\ndécouverte :\nMes études sur le Pygmalion & le mélodrame allemand étaient déjà fort avancées\nlorsque, dans le catalogue de la collection de musique de la bibliothèque privée du\nchâteau de Berlin, dressé par G. Thouret, je trouvai une partition manuscrite, «Rousseau,\nPygmalion, scène lyrique », mentionnée avec la marque M 4899.11 résulte des recherches\nfaites sur place que la partition consiste en 24 feuilles de papier fort in-folio, non\nréglées, contenant le texte du poème de Pytel qu'il est dans les imprimés\nordinaires, avec les morceaux de musique intercalés. Les indications pantomimiques\nfont défaut. La partition est splendidement reliée en cuir rouge, avec lettres & tranches\ndorées. Sur la couverture & au dos il y a le titre : Pigmalion.\nEn ouvrant la partition on trouve une feuille plus mince ajoutée par le relieur &\nsur laquelle on lit : Pigmalion, scène lyrique par Jean-J. Rousseau. Argument.\n11 s'agissait tout d'abord de savoir si cette partition, qui ne porte que le nom de\nRousseau, était écrite de la main même du grand Génevois. Assurément non ! La\n\n(1) Je citerai, entre autres, « PANDORE, mélodrame en vers par M. d'Aumale de Corsenville,\nreprésenté à Paris par les comédiens ordinaires de Monsieur pour la première fois le 20 juillet ijBç,\nmusique de M. Beck, mise au jour par M. Durieu, gravée par Fleury, à Paris, cheç l'éditeur\net marchand de musique rue Dauphine près la rue Cristine, au Gout du jour et aux adresses\nordinaires ». (B. N. Vms 551.)"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 4160, "texte": "partition est de deux copistes, dont l'un a écrit la musique, l'autre le texte. L'écriture\nde Rousseau, après comparaison, n'a pas la moindre ressemblance ni avec l'une, ni avec\nl'autre ; en outre quantité de fautes grossières dans la partie musicale trahissent un\ncopiste maladroit (l'accord initial en mi bémol majeur a un fa à la basse). Mais, s'il faut refuser\nà Rousseau la paternité de la copie, en revanche de nombreuses raisons plaident pour la\npaternité spirituelle. 11 fallait d'abord établir à quelle année remontait la partition,\nd'après la nature de la reliure & du papier.\nLa partition provient de la collection de Frédéric-Guillaume II ; l'endroit où elle a\nété trouvée, comme me l'a assuré Mr le professeur Thouret, l'organisateur de la\ncollection, en fait foi. De plus la reliure en témoignerait. Celle-ci vient en tout cas\nd'Allemagne & est l'œuvre du relieur du roi. Une indication très exaéte de l'année de\nla reliure résulte de la comparaison avec toutes les autres partitions existantes & qui\nfaisaient partie de la collection royale. J'y ai trouvé un exemplaire avec papier de Chine\nde fantaisie comme première feuille (feuille de garde) & une feuille de papier à écrire\nattachée en tête par le relieur, comme pour le Pygmalion, avec le filigrane J. Honig\nZoonen Se un lis. Or la feuille d'en tête du Pygmalion présente absolument le même\nfiligrane, de même que le papier de Chine de fantaisie diffère à peine de celui de la parti-\ntion de Pygmalion. Mais dans toute la collection il n'y a pas une seule partition qui\nait exactement le même filigrane àla ire page. Or cette seconde partition-là, on en\npeut heureusement fixer Se le jour Se la date. C'est une cantate, « Les vœux de Berlin »,\npoème de l'acteur de la cour Blainville, musique du maitre de chapelle Agricola, élève\nde notre grand J.-Séb. Bach. Et cet exemplaire fut, à l'occasion de la naissance du\nprince Fr.-Guillaume (plus tard le roi Fr.-G. III), offert aux parents. Mais Fr.-G. 111 est\nné le 3 août 1770. Que le papier portant le filigrane indiqué ait bien existé à ce mo-\nment-là Se n'ait pas été ajouté par la suite, c'est ce qui résulte de ce fait, que Blain-\nville écrivit le titre Se la dédicace sur ce papier.\nNous voilà donc en possession d'une date qui nous fait apparaître plus remar-\nquables encore les mystérieuses connexités de l'affaire de Pygmalion. C'est au printemps\nde cette même année 1770 qu'eut lieu à Lyon la ire représentation de cette œuvre.\nMais on pourrait objecter que la ressemblance du papier attaché en tète ne fait pas\nnécessairement conclure à une identité de l'année. Le relieur en question peut bien avoir\nemployé le même papier auparavant Se encore quelques années après ; c'est probable,\nmais il y a deux limites à fixer. Que la partition ait pu venir en la possession du roi\navant ce mois d'août 1770 est chose impossible d'après les faits que nous ont révélés\nnos recherches. Elle n'a pas pu d'autre part arriver à Berlin après l'année 1778 (mort de\nRousseau) ; car une partition « d'Antoine Se Cléopâtre » de Kafta, provenant également,\nd'après une communication du bibliothécaire Dr Kopfermann, de la collection de\nFr.-Guillaume 11, a une première feuille très semblable, mais sur la couverture elle porte\nseulement le filigrane abrégé, le lis Se le chiffre J. H. Se Z. Le duodrame « Antoine Se\nCléopâtre » fut représenté à Berlin en 1779, & on P considérer comme certain que\nle roi reçut quelque temps auparavant du compositeur la partition en dédicace. En 1778\nla fabrique de papier n'avait plus jugé indispensable d'écrire son nom en entier : l'abré-\nviation suffisait.\nLa question est maintenant de savoir si, par quelques autres circonstances quelconques,\non peut fixer plus exactement la date de l'origine de la partition ou le moment où le\nroi en prit possession. Sur ce dernier point il n'existe malheureusement pas de documents\n(à moins qu'un hasard n'en fasse découvrir dans les archives fermées de la maison du\nroi). Quant à la date de l'origine de la partition, on peut tirer des conclusions assez\ncertaines. Rousseau lui-même a, peu de temps avant sa mort, dressé une liste exacte des"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.4", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "œuvres musicales qu'il avait écrites (copiées ou composées) depuis le lerIer avril 1772, &\ndans cette liste ne figure pas la musique de Par contre, R. lui-même, dans\nl'avant-propos de cette liste, avoue qu'il ne pouvait pas y inscrire les œuvres musicales\nécrites entre le ler septembre 1770 &le ier avril 1772, n'en ayant pas pris note. Mais\nc'est justement à cette époque-là que paraît se rapporter l'origine de la partition de\nBerlin. En effet, comme nous l'avons vu, la lettre de Coignet, dans laquelle il cherchait\nà revendiquer contre Rousseau ses droits d'auteur, parut en 1771, & R-, qui avait\ncoutume de se défendre de la façon que nous avons indiquée, se mit certainement\nbientôt après à la nouvelle partition. Si R. ne la porta pas dans la liste des compositions\nqu'il possédait peu avant sa mort, & qui furent toutes imprimées après, c'est qu'il peut\ny avoir à cela une bonne raison ; elle avait sans doute été perdue dans l'intervalle. Il\ndit lui-même que chez lui, à Paris, par conséquent vers ce temps-là, il disparaissait\ncontinuellement des œuvres musicales. Cette partition peut donc s'être égarée, &\nquelque agent de l'ambassade de Prusse, ou n'importe qui, connaissant la prédilection\ndu roi pour la littérature & la musique françaises, aura voulu faire faire une copie de la\npartition originale pour le roi. Le compositeur n'était pour rien dans cette copie, les\nfautes innombrables & grossières en sont la preuve. Quoi qu'il en soit, il est certain que\nRousseau à ce moment-là jouissait à Berlin d'une vogue inouïe, & qu'en y envoyant la\npartition on pouvait gagner la faveur du roi.\nM. Istel, examinant ensuite la musique de cette partition, constate un fait\nqu'il considère comme très important : cette musique correspond, jusque dans\nles moindres détails, aux instructions (données par Rousseau) sur l'étendue\n& la durée de la symphonie, qui, par petits morceaux, doit accompagner les\nparoles.\nCe premier argument, qui serre la question de plus près, ne me paraît\npas avoir la signification que lui attribue M. Istel ; je crois même que le fait\nsur lequel il repose ne serait nullement incompatible avec une thèse contraire\nà la sienne. Rousseau, à l'époque où nous sommes, avait une très grande\nréputation; des compositeurs plus ou moins sérieux, comme Coignet, Baudron,\nAspelmayer, Schweitzer, considéraient comme un très grand honneur de\ntravailler sur un livret de lui, & devaient attacher la plus grande importance\naux indications parties de sa main. On peut très bien supposer un musicien\nqui se soit religieusement conformé, pour la distribution de la symphonie,\naux intentions de Rousseau, alors que Rousseau lui-même, s'il avait\nexécuté son propre programme, l'aurait, selon toute vraisemblance, un peu\nmodifié.\nM. Istel croit en outre trouver quelques ressemblances entre la musique\nqu'il a découverte & les dernières compositions de Rousseau : six nouveaux\nairs, le fragment Daphniset Chloé,le recueil de mélodies intitulé Consolations\net misères de ma vie. Mais ces ressemblances paraissent d'ordre bien général\npour qu'on en tire argument : elles sont relatives à la finesse des indications\nde mouvement ou d'exécution & à un emploi de la sourdine. C'est peu de\nchose. En revanche, la musique trouvée & publiée par M. Istel, sans être\nbien savante & bien compliquée, témoigne d'une expérience en matière"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.5", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "d'harmonie & d'instrumentation que n'avait pas Rousseau. Le Larghetto de\nDaphnis et Chloè, qu'on cite comme exemple de son savoir-faire, me semble\nsuspeét, j'ose le dire, non pour le thème principal, que j'attribue volontiers à\nRousseau, mais pour tout le reste. Enfin, au n° 10 de la partition que nous\nfait connaître M. Istel, se trouve bandante suivant :\n3\nCette forme solennelle du (i) est un cadre grandiose qu'emploient les\nmusiciens ayant l'habitude du contrepoint, car elle est éminemment favorable\nà l'évolution de parties n'ayant pas le même rythme. Or Rousseau n'a jamais\nété, il s'en faut ! un contrepointiste. Il savait imaginer une mélodie & placer\nquelques basses ; rien de plus.\nIl y a cependant un fait dont M. Istel n'a pas tiré suffisamment parti &\nqui me disposerait à admettre sa thèse, s'il lui était possible de l'appuyer sur\ndes arguments plus décisifs. Rousseau n'a jamais voulu assister à la représen-\ntation du Pygmalionmusiqué par Coignet (2) ; il l'a toujours désapprouvée\n& a déclaré qu'elle était organisée « contre lui ». Cette attitude maussade &\nhostile, dont j'ai cherché à me rendre compte par toutes les hypothèses\npossibles (3), s'expliquerait fort bien par l'existence d'une partition que\nRousseau aurait écrite lui-même & à laquelle on aurait obstinément préféré\ncelle de Coignet...\nIl y a là un petit problème. Quoi qu'il faille penser de la solution qui\nvient de lui être donnée, tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de J.-J. Rousseau\n& à celle du mélodrame trouveront plaisir & grand profit à lire l'étude très\ndocumentée & très remarquable de M. Edgar Istel.\n\nJULES COMBARIEU.\n\n(1) Employée par exemple par Schumann dans la 4e partie de sa 3e symphonie, dans le Credo\nde sa messe (op. 147), dans le n° 4 de son Requiem, &cc.\n(2) Cette musique de Coignet, bien que nous ayons quelque peine à nous l'expliquer\naujourd'hui, dut avoir un grand succès avant d'être entendue à Paris, car la Comédie française\naccepta la pièce à l'unanimité le 29 octobre 1775, l'annonça le soir même, & la joua le lendemain.\nOr, l'aéteur Larive, qui devait faire Pygmalion, arrivait à ce moment de voyage; il était donc en\npossession du rôle & l'avait joué ailleurs qu'à Paris.\n(3) Voir Revue de Paris, ler mai 1900, p. 216."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c003", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "278", "page_fin": "282", "image_debut": 6, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.2", "titre_corps": "A propos du chant national du 14 juillet.", "titre_sommaire": "A propos du chant national du 14 juillet.", "signature_source": "C. JOURDAN ; C.JOURDAN, Professeur agrégé de l'Université", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.6", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3214, "texte": "A propos du chant national du 14 juillet.\nC. JOURDAN.\n\nLa Révolution française n'a pas eu sa littérature. Ses meilleurs écrivains\nou orateurs ont été surtout des hommes d'aétion ; presque tous ses poètes,\nau lieu d'innover, ont été des épigones du classicisme s'attardant à des\nimitations surannées. Au théâtre & dans le genre épique, elle n'a pas créé\nune seule œuvre où elle se soit vraiment exprimée.\nDans le domaine musical au contraire, la Révolution a beaucoup produit ;\nelle a eu sa musique, dont on est loin de se faire une idée, même approxi-\nmative, quand on connaît seulement la le Chant du Départ & le\nÇa ira. Et cette musique exprime exactement l'âme de la Révolution.\nDans un volume qui a l'ampleur, l'importance & l'intérêt d'un monument\nnational, (je me place ici, bien entendu, au seul point de vue historique &\nmusical), (i) M. Constant Pierre, après de patientes recherches, pleines de\ndifficultés & d'heureuses découvertes, a réuni cent quarante-trois compositions\nécrites de 1790 à 1800 pour les fêtes & cérémonies de la Révolution française\n& formant un volume grand in-B°, dont la partie musicale n'a pas moins de\n560 pages. Presque toutes ces œuvres sont dues aux musiciens de la Garde\nnationale, qui devint en 1793 Y Institut national de musique, &, en 1795, le\nConservatoire. Sur 33 compositeurs, 8 seulement n'ont pas appartenu à ce\ndernier établissement, qui, à l'origine, avait pour fonction bien définie d'orga-\nniser les fêtes nationales & de produire de la musique pour le peuple. (Les\ncompositeurs étrangers au Conservatoire sont Rouget de Lisle, I. Pleyel,\nPhilidor, Piccini, Giroust ; il faut ajouter à cette liste les chansonniers). C'est\nl'année 1794 qui produisit le plus grand nombre d'œuvres nouvelles (24).\nGossec est au premier rang (25 compositions); après lui viennent Catel (14)\n& Méhul (11). Parmi les poètes, le seul M. J. Chénier écrivit 22 hymnes;\nLebrun 12. Ces œuvres musicales ont des formes très diverses : il y a des\nsoli (pour voix seule ou plusieurs voix à l'unisson), tels que l'Ode à l'Être\nsuprême de Dalayrac (1794), Y Hymne pour la fête de la Jeunesse (1796) de\nH. Jadin, les hymnes pour la fête des Époux (Méhul, 1798), pour\nReconnaissance (Cherubini, 1799), Pour la. fête de l'Agriculture (Lesueur, 1799),\nY Hymne à la Cictoire sur la bataille de (Catel, 1794), &c. ; il y a\ndes soli avec refrain en chœur, tels que Y Hymne à l'Humanité (Gossec, 1795,\nen mémoire du 9 thermidor), Y Hymne à la Liberté (I. Pleyel, 1791), les deux\nHymnes à J.-J. Rousseau (Gossec & Jadin, 1794), le chant du départ de Méhul\n(1794) j il y a des duos, tels que Y Hymne à l'Hymen (Piccini, 1799);\n\n(1) Musique des fêtes et cérémonies de la Révolution, par Constant Pierre, commis principal\nau secrétariat du Conservatoire national de musique, Paris, 1899, Imprimerie Nationale. Publi-\ncations de la Ville de Paris. M. Constant Pierre, auteur d'un recueil analogue (Imprimerie\nNat., 1060 pages, 1900) contenant les documents historiques et administratifs pour servir à\nl'histoire du Conservatoire, a obtenu en 1900 le prix Bordin (Académie des Beaux-Arts) pour son\nHistoire du concert spirituel de 1725 à 1790 (manuscrit de 650 p.)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.7", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "des chœurs sans accompagnement, comme Y Hymne sur la reprise de Toulon\n(Catel) ; il y a des chœurs avec accompagnement, soit pour voix d'hommes,\ntels que Y Hymne à la Raison de Méhul (1793) ou 'e Triomphe de la Loi de\nGossec (1792), soit pour voix d'hommes & de femmes, comme Y Hymne à la\nNature (1793); il y a des compositions pour orchestre d'harmonie ou\nmusique militaire (symphonies, ouvertures, marches militaires ou funèbres, pas\nde manœuvre); —il y a enfin des scènes avec soli, chœurs & accompagne-\nment d'orchestre (c'est ce que nous appelons des cantates).\nA cette dernière classe appartient le Chant national du 74 juillet 1800,\nexécuté dans « le temple de Mars » le 25 messidor an VIII, musique de Méhul,\npoème de Fontanes. Cette œuvre, qui forme une vraie partition, nécessite\nl'emploi de trois chœurs & de trois orchestres. C'est une composition de\ngrande envergure, où les idées, l'expression & les mouvements sont très\ndivers. On y exalte d'abord les « glorieuses destinées » du peuple français,\ndont les récentes victoires sont ainsi célébrées :\nOù sont ces ennemis qui dans Nice & dans Gênes\nAvaient osé diéter des ordres absolus ?\nLeur sang, du Milanais rougit au loin les plaines ;\nUn héros se présente : ils ne sont déjà plus.\nDes Germains l'aigle épouvantée\nDans Vienne revole à grands cris.\nEt sur sa route ensanglantée\nPartout ne voit que des débris.\nA cette nouvelle fatale\nLa Cour des Césars est en deuil ;\nEt de la Tamise rivale,\nNos succès confondent l'orgueil.\nIci, le Coryphée, parlant au nom de la République, s'adresse aux mânes\ndes héros, anciens ou modernes, tombés pour la patrie, & dit, en s'adressant\naux premiers :\nLes fils sont plus grands que les pères,\nEt vos cœurs n'en sont point jaloux !\nAprès ce dithyrambe, se trouve un court adagio funèbre, où deux coups\nde gros tambour (tam-tam), frappés en triple forte, précèdent ce récitatif :\nTu meurs, brave Desaix !\nLes mots tu meurs sont immédiatement repris dans un allegro vivace :\nTu meurs ! ah ! peux-tu croire\nQue l'éclat de ton nom s'éteigne avec tes jours ?\nL'Arabe, en ses déserts, s'entretient de ta gloire\nEt ses fils à leurs fils la rediront toujours.\nFrançais, sur le tombeau d'un héros magnanime\nAbjurons nos partis, nos haines, nos fureurs !\nQu'un même enthousiasme à son nom nous anime !\nLa concorde aujourd'hui doit unir tous les cœurs."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.8", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "Après un chant sur la liberté {Toi, qu'on a tant déshonorée...) & un court\nrécitatif, dit par le 2e coryphée :\nUn grand siècle finit, un grand siècle commence :\nGloire, vertus, beaux-arts, renaissez avec lui !\nla pièce se termine par un tutti, dont voici les paroles :\nO Dieu ! vois à tes pieds tomber ce peuple immense :\nLes vainqueurs de l'Europe implorent ton appui !\nÊtre immortel, qu'à ta lumière\nLa France marche désormais,\nEt joigne à la vertu guerrière\nToutes les vertus de la paix.\nComme Y Hymne à la Raison (Méhul) & Y Hymne du Panthéon (Cherubini),\nle Chant du 14 juillet est une des rares œuvres dont nous ayons la partition\ngravée ; (il y a même quelques parties séparées du 2e orchestre.) Composé\npour une circonstance déterminée, cet hymne n'eut qu'une seule audition\nofficielle ; il fut cependant exécuté sept fois solennellement. (A ce point de\nvue, c'est le Chant du départ qui tient le premier rang, avec 20 exécutions.)\nA côté du poème que nous venons d'analyser brièvement, on peut citer\ncomme ayant été exécutées à la même date, mais à des années différentes,\ndeux autres compositions : le Domine salvam fac gentem, orchestré par Gossec\n& chanté au champ de Mars le 14 juillet 1790, & le Chant du 14 juillet\n(1790-91), du même Gossec, sur les paroles suivantes de Chénier :\nDieu du peuple & des rois, des cités, des campagnes,\nDe Luther, de Calvin, des enfants d'lsraël,\nDieu que le Guèbre adore au pied de ses montagnes\nEn invoquant l'astre du ciel !\nIci sont rassemblés, sous ton regard immense,\nDe l'empire français les fils & les soutiens,\nCélébrant devant toi leur bonheur qui commence,\nr\nEgaux à leurs yeux comme aux tiens !\nLa plupart des critiques & des historiens qui ont jugé ces compositions\nmusicales se sont placés au point de vue de l'art pur, & n'ont pas eu de\npeine à signaler des faiblesses, des formules banales, des accompagnements\nsurannés, des boursouflures & des remplissages à côté de quelques inspirations\nmagnifiques. S'appliquant à établir une sorte de balance entre les défauts &\nles qualités, en mettant celles-ci en lumière & en plaidant les circonstances"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.9", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "atténuantes pour ceux-là, ils ont conclu qu'en somme la musique révolution-\nnaire était très digne d'estime. Cette méthode ne me satisfait pas ; elle me\nsemble étioite & fausse ; & j ai peur que nous soyons de moins en moins\ncapables, aujourd hui, de saisir le vrai caractère des « hymnes » de 1794 ou\nde 1800.\nCertes, nos compositeurs contemporains sont beaucoup plus savants,\nplus artistes que ceux d il y a un siècle. Mais une chose leur manque, qui\nest peut-êtie le vice profond de la musique aCtuelle & que je voudrais dire.\nJe résume ainsi ma pensée : nos musiciens ont perdu le contaft avec l'âme\ndu peuple. A peine citerait-on une ou deux exceptions. Nos compositeurs les\nplus distingués sont des individualistes à outrance. Ils cultivent leur moi ;\nles œuvres d'art qu'ils nous donnent, splendides, originales, artificielles,\nressemblent aux belles tulipes écloses sous la loupe d'un horticulteur de\nHarlem ou de Rotterdam. Et, s'il en est ainsi, c'est que le musicien, ne trouvant\nplus autour de lui un fonds de croyances communes propice à l'inspiration,\nse trouve réduit à ses propres ressources & obligé de remplacer les grands\nsentiments collectifs par une ingéniosité toute personnelle. La situation de\nmusiciens tels qu un Gossec ou un Rouget de Lisle était tout juste le contraire.\nIls étaient comme portés vers la production artistique par un courant d'enthou-\nsiasme populaire. Ils vivaient dans un état d'esprit très général & vraiment\nnational. Ils n écrivaient pas pour traduire le drame intérieur de leur vie,\ncomme Berlioz, pour fixer une rêverie éthérée, comme Schumann, ou pour\nciseler des bibelots de vitrine, comme Bizet, mais pour donner une voix à\n1 âme puissante de tout un peuple réuni par la même foi en certaines idées.\nOr, s inspirant de la nation & travaillant pour elle, ils devaient faire une\nmusique non seulement très simple, puisqu'elle était destinée au peuple,\nmais, j ose le dire, banale, attendu que, par définition, ce qui est d'ordre très\ngénéral, accessible à tous les esprits & à tous les cœurs, est forcément un\npeu commun, & que dans l'individualisme seul est la « distinction ». L'esthé-\ntique pure voit ainsi les choses ; mais, pour quiconque cherche avant tout,\nsous les foi mules du style, le sentiment réel, la conviction, la vie en un\nmot, ces termes de distinction &de banalité n'ont plus leur sens habituel.\nNous n aimons plus l'emphase, & la rhétorique révolutionnaire nous fait\nsouiire. Il y a peut-etre là une injustice de dilettante affaibli par les préoccu-\npations égoïstes. L emphase est caractérisée par une disproportion visible entre\nle sentiment, qui est sans force, & l'expression, qui veut paraître débordante\nde foi ce. Elle est une ruse ou une répartition anormale & sans équilibre de\n1 énergie. Or, àla fin du xvme siècle, toute opinion politique mise à part,\nlien de semblable n'existe. Au contraire, les sentiments sont supérieurs au\nlangage qui les exprime.\nCe langage paraît souvent un peu gauche & pauvre de science : mais il\na la qualité maîtresse de toute œuvre d'art, la sincérité. Songeons qu'un"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.10", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 350, "texte": "Rouget de Lisle, s'il avait mis dans un chant populaire quelques touches de\nvirtuosité, eût fait une sottise. Songeons enfin à ce mot d'un maître compo-\nsiteur, épris avant tout d'émotion vraie : « Pour faire une belle mélodie, il ne\nfaut pas savoir un mot de musique ».\n\nC.JOURDAN,\nProfesseur agrégé de l'Université."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c004", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "282", "page_fin": "287", "image_debut": 10, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.3", "titre_corps": "Promenades et visites musicales.", "titre_sommaire": "Promenades et visites musicales.", "signature_source": "S", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.10", "debut_caractere": 352, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": "Promenades et visites musicales.\n\nI\nA la maison Pleyel.\nAfin d'éviter un procès pour usurpation de rubrique, j'ai hâte de dire que les\npremiers mots inscrits en tête de cet article sont dérobés à M. Adolphe Brisson, dont la\nplume agile & toute française s'est fait une spécialité, dans le journal le Temps, des\nenquêtes récréatives & documentaires sur la littérature contemporaine. Nul ne pratique\navec autant d'agrément l'art de glaner dans les champs où la grande critique a déjà fait\nla moisson. La méthode créée par lui a déjà produit, dans les provinces voisines de la\nnôtre, les meilleurs résultats; elle semble répondre à un besoin de l'esprit moderne.\nPourquoi ne l'appliquerais-je pas à l'art musical? Notre aimable confrère a élevé le\nreportage à la hauteur d'un genre littéraire; mais il faut que les genres évoluent. Les\nJardins de Vhistoire musicale ne sont-ils pas aussi délicieux, aussi riches en espèces rares\n& en coins inexplorés que les jardins de l'histoire politique? La musique, elle aussi,\nn'a-t-elle pas ses vieilles maisons, ses vieux papiers?... La critique ne doit pas se borner à\néplucher des livres ou à disséquer, comme sur une table d'anatomie, des manuscrits\nanciens où abondent les rébus ; elle ne doit pas, surtout, trop s'attarder aux idées\ngénérales & aux « formules ». En ce qui concerne particulièrement l'histoire musicale\ndu xixe siècle, dont la bibliographie n'est pas encore faite, interrogeons le plus\nsouvent possible les hommes & les choses qui nous entourent, & cherchons l'àme du\npassé partout où elle a laissé quelque chose d'elle-même.\nC'est dans ces dispositions d'esprit que je me présentais, il y a quelques jours, au\n22 delà rue Rochechouart, où, depuis décembre 1839, après avoir quitté la rue Cadet,\nse sont installés les successeurs d'lgnace Pleyel, fondateur (en 1807) de la maison qui\nporte encore son nom. Ce n'était pas le hasard d'une promenade qui me conduisait dans\nce temple élégant & célèbre du piano, mais le dessein très réfléchi de donner un brillant\ndébut (au moins par le choix du sujet!) à mes études expérimentales, & le désir de\nm'éclairer sur ces deux points : i° quels sont les documents d'histoire musicale que\npossède la maison Pleyel? 2° à quels procédés de facture tient la réputation de ses\ninstruments? Je dirai en toute sincérité les résultats très inégaux que j'ai obtenus dans\ncette double enquête.\nAvant d'arriver auprès de M. Pfeifîer, l'excellent musicien compositeur qui, en\nl'absence de M. G. Lyon, veut bien me recevoir, je retrouve une impression dont je ne\npuis jamais me défendre toutes les fois que je parcours' la série des salons où sont\nexposés les divers types de pianos. Semblables à des tombes noires malgré quelques"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4711, "texte": "touches de modernité hardie, çà & là, sur les façades ces nobles instruments au repos\nparlent au sens artistique. Leur inertie a un air puissant & formidable. En les regardant,\non écoute. Leur silence garde quelque chose de musical & semble fait d'harmonie; il\nest expressif, presque intimidant, comme celui des grands orateurs. Devant cette majesté\ntranquille, on devine la force captive, toute prête, à l'appel d'un maître, pour l'essor\ntriomphal. Instinétivement on songe au monstrueux hiatus du couvercle qui se soulève,\n& à toutes les puissances d'émotion qui se déchaînent, quand il plaît à certaines mains\nde se poser sur les touches d'ivoire. Qui donc a osé dire du mal du piano? Le piano est\nle roi des instruments : d'abord, parce que Beethoven a composé les Sonates, Chopin\nles Mazurkas, Schumann les Arabesques Se les Novellettes ; ensuite, parce que le piano,\ntout en étant une réduction de l'orchestre, n'a pas, comme l'orgue, une expression fixe,\ndéterminée par des jeux mécaniques, Se permet à l'exécutant de s'exprimer lui-même :\n« Sur les pianos Pleyel, disait Chopin, je fais le son comme je veux. » Non, nul ne peut\nsérieusement médire du piano, à moins qu'il n'ait composé un chef-d'œuvre comme\nSigurd...\nAu moment où j'entre dans son cabinet, M. Pfeiffer congédie un copiste qui vient\nde lui remettre les épreuves de son dernier opéra-comique : Le Légataire universel. Avec\ncet hôte aimable, qui me conquiert tout de suite par la bonne grâce de son accueil Se de\nsa personne, la conversation s'égare sur la musique Se les musiciens du jour. Mais je\nmontre mon carnet, mon crayon prêt pour le travail... M. Pfeiffer a compris. Il se lève\npour me faire les honneurs de la maison.\nToutes les salles me sont connues (sauf celle de la bibliothèque où se trouvent\nréunies, en une très belle collection, toutes les œuvres un peu importantes de la musique\nde chambre). lien est une pourtant où je m'arrêterais volontiers pour quelques minutes\nde recueillement, comme le voyageur pieux qui visite une église : c'est la salle de\nConcert. Presque toute la musique du siècle est passée par là; les plus grands artistes y\nont fait chanter le meilleur de leur àme Se quelques hommes assemblés y connurent des\nheures divines. Quis Devis incertum est, habitat Deus!... C'est là que Chopin triompha\n(pour la première fois, au printemps de 1832, Se, pour la dernière, le 16 février 1848),\nChopin, dont on conserve le piano comme une des plus précieuses reliques de la maison ;\nc'est là que furent acclamés Liszt l'Olympien Se César Franck (qui en 1840 jouait une\nfantaisie de Thalberg sur le Moïse de Rossini), Se l'inoubliable Rubinstein, Se Saint-\nSaëns, Se cent autres virtuoses du clavier : J. Schulhoff, de Prague, le hollandais\nErnst Lubeck, le norwégien Tellefsen, élève de Chopin, les autrichiens A. Jaëll Se\nL. Breitner, le belge Arthur de Greef choisi par Ed. Grieg pour interpréter ses œuvres\ndevant le public parisien; les italiens G. Martucci Se Ravera, les hongrois H. Ketten Se\nCh. Agghazy, Gottschalk, le grand pianiste américain, MmeSzarvadi, Louis Breitner...,\nSe parmi les nôtres : Planté, L. Diémer, H. Fissot, Fr. Thomé, Delaborde, Th. Ritter,\nPugno, Mme Marie Jaëll, Mme Roger-Miclos, Mme Bordes-Pène (1)... Parmi les composi-\n\n(i) Que dire des violonistes? il suffit de citer des noms tels que Alard, Sarasate, Ch. Dancla,\nMarsick, MUe Marie Tayau... Pour épuiser le livre d'or de la maison Pleyel, il faudrait refaire l'histoire de\nla musique de chambre au xixe siècle. On entendit successivement dans cette salle : le célèbre quatuor\nAlard, Adolphe Blanc, Casimir Ney & Franchomme ; le quatuor Maurin, Sabatier, Mas & Chevillard (qui\njouait les derniers grands quatuors de Beethoven); le quatuor Lamoureux, Colonne, Adam & Riguault\n(avec M. Lavignac au piano) ;le quatuor Sainte-Cécile (composé de Mmes Prins-Claus, Altmeyer, Marie\nTayau, Maleyx) ; la Société des trios anciens et modernes (MM. de la Nux, White & Lasserre) ; le quatuor\nde MM. Marsick & Loys ; la Société de musique française fondée par M. Edouard Nadaud ; le quatuor de\nla fondation Beethoven (MM. Geloso, Capet, Montheux & Schneklud) ; le quatuor belge, composé de\nMM. Isaye, Crickboom, van Hour & Jacob... J'en passe, & des meilleurs. C'est à la salle Pleyel enfin qu'on\na entendu la Société de musique de chambre pour instruments à vent (fondée par MM. Taffanel, Gillet,\nTurban, Bremond, Espaignet, de Bailly), la Société des Compositeurs, la Société Sainte-Cécile, la Société\nchorale d'Amateurs, la Société des Symphonistes, & la plus importante de toutes, la Société nationale, fondée\nen 1871 sur l'initiative de M. Romain Bussine & présidée aujourd'hui par M. Vincent d'lndy."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.12", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3367, "texte": "tions pour orchestre qui furent jouées là, il en est une qui mérite un souvenir spécial\nparce qu'elle est restée en grande partie inédite : c'est le Carnaval des animaux, grande\nfantaisie « zoologique » de M. Saint-Saëns pour deux pianos, deux violons, alto, violon-\ncelle, contrebasse, flûte, clarinette, célesta & xylophone, & formée de 14 morceaux :\ni° Marche royale du Lion (style persan); 20 Poules et Coqs; 30 Hèmiones (animaux\nvéloces) ; 40 Tortues; 50 Eléphant (contrebasses jouant la danse des Sylphes de Berlioz! );\n6° Kanguroos ; 70 Aquarium ; 8° Personnages à longues oreilles ; 90 Coucou au fond des bois ;\nio° Volière; 110 Pianistes (!); 120 Fossiles; 130 le Cygne (une des plus belles choses qui\nexistent en musique !) ; 140 Finale (sorte de sarabande échelevée, qui s'arrête tout d'un coup,\nsans préparation, au grand ahurissement de l'auditeur). On devine ce qu'un musicien\ncomme M. Saint-Saëns a pu mettre, en une telle œuvre, d'humour énorme, de fantaisie\naristophanesque & de cocasserie géniale. Si l'on écrit jamais une histoire du comique\nmusical, il faudra citer cette symphonie en bonne place avec quelques œuvres étince-\nlantes d'Em. Chabrier.\nJe m'arrache à la sollicitation de tant de souvenirs pour suivre & écouter mon\nguide : « Voici, me dit-il, un document qui a été recueilli par mon père, M. Émile\nPfeiffer, & qui est bien intéressant pour l'histoire de la musique moderne. »\nC'est une série de sept diapasons accompagnés chacun de quelques mots & indi-\nquant la marche ascensionelle du diapason, de IJOO à 1855. Je transcris :\ndiapason de 1700 (observation de Sauveur) 810 vibrations.\n» i78o( » Puxal Taskin) 818 »\n» 1823 ( » Fischer, Théâtre italien) 848 »\n» 1823 ( » Fischer, Grand-Opéra) 863 »\n» 1834 ( » Schebler, Grand-Opéra) 868 »\n» 1836 ( » Delzenne, Grand-Opéra) 882 »\n» 185 5 ( » Lissajoux, Conservât. & Grand-Opéra) 898 »\nI #\nII était temps d'arrêter cette ascension. La musique a été appelée « la danse du son ».\nCette danse avait lieu sur une corde trop tendue qui eût fini par casser. M. Pfeiffer\nme montre ensuite la colleétion d'autographes qui est un des plus précieux trésors de la\nmaison 8c qu'il a grossie de ses richesses personnelles. Ignace Pleyel (1757-1831) était\nun compositeur très distingué, élève de J. Haydn & admiré par Mozart. Il avait donc\ndeux raisons pour une de se trouver en rapport régulier avec des musiciens célèbres. Je\nnote les documents suivants, dont une grande partie a été publiée, en 1886, par\nO. Comettant(i) :\ni° Une lettre dej. Haydn (datée de Vienne, 6 déc. 1802) recommandant son élève\nHaensel à son cher ami Pleyel ;\n20 une lettre du même (4 mai 1801) adressée « à M. Pleyel, compositeur très\ncélèbre, à Paris » pour demander des nouvelles de la prochaine édition de ses quatuors;\n30 une lettre de Cherubini au « citoyen » Pleyel, & un billet de Méhul;\n40 une lettre de Boieldieu s'excusant de ne pouvoir venir entendre « le célèbre\nM. Cramer » ;\n50 des lettres de Ferdinand Riess (Londres, 28 déc. 1819), Steibelt, du chanteur\nJ. Garat;\n6° une lettre de Berlioz (datée de la Côte Saint-André, 6 avril 1819) B. avait\nalors 15 ans! proposant à Pleyel d'éditer « un pot-pourri en sextuor sur des airs ita-\nliens » (? ! ) ;\n70 des lettres de Béranger, Rouget de Lisle, Chopin, George Sand & Clementi ;\n\n(i) Un nid d'autographes, Paris, E. Dentu, 1886."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.13", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3842, "texte": "8° deux lettres de Beethoven (26 avril 1807) demandant un nouveau Camille pour\nchasser les Français de tous les lieux « où ils ne sont pas à leur place »(i), & pro-\nposant à Pleyel le dépôt, pour Paris, de quelques-unes de ses œuvres.\nQuand nous avons épuisé, en un libre entretien, les réflexions de toute nature que\nsuggèrent de tels documents, j'aborde, sans transition & avec une simplicité qui cache\nune réelle audace, la seconde partie de ma petite enquête :\n« Pourriez-vous me donner quelques renseignements précis sur les procédés de\nfabrication qui ont assuré aux pianos de la maison Pleyel la grande renommée dont\nils jouissent? Je me crois capable de reconnaître un de vos pianos en l'entendant\nsans le voir. A quoi cela tient-il? Chopin disait que sur vos instruments il « faisait le\nson » comme il voulait ; ce mot-là est-il une simple boutade d'artiste, ou a-t-il des causes\nréelles? »\nA ces questions, un sourire indéfinissable passe sur les lèvres de M. Pfeififer. Il me\ntrouve sans doute indiscret. Peut-être me prend-il en pitié comme un enfant qui\nvoudrait savoir ce qu'il y a dans l'intérieur d'un joujou.\n« Cher Monsieur, me répond-il, votre demande touche à des questions techniques\ntrès délicates. Je craindrais de ne pouvoir vous renseigner sur ce point avec toute la\nprécision désirable. Pour vous éclairer en ces matières, vous devriez voir le Directeur de\nla maison, M. Gustave Lyon. Voyez M. Lyon! »\nA peine rentré chez moi, impatient d'être renseigné, je téléphone, pour prendre\nrendez-vous, à M. Lyon, qui, de son usine de Saint-Denis, me répond : « Dans une\nheure, je vous ferai prendre en voiture, à l'endroit que vous m'indiquerez. » On n'est\npas plus aimable ! Une heure après j'était installé dans un très élégant coupé, qui, par\nl'avenue Saint-Ouen, me conduisait dans la plaine Saint-Denis, au seuil d'une usine, où,\ndès le premier pas, on a l'impression d'une grandiose organisation de labeur continu &\ntrès discipliné. La main tendue, M. Lyon vient au-devant de moi. Il est en costume de\ntravail, mais je sais que sous son veston de toile brille (entre autres décorations) la\nrosette d'officier de la Légion d'Honneur. J'ai un plaisir singulier à songer que M. Lyon\n/ /\nest ancien élève de l'Ecole polytechnique Se de l'Ecole des mines ; il me plaît infiniment\nqu'il en soit ainsi, non pas seulement parce que je ne sais rien de plus beau que la\nscience alliée au travail pratique, mais parce que cette idée d'une haute valeur\npersonnelle mise au service de l'industrie des pianos s'accorde bien avec le culte que\nj'ai pour la musique & pour tout ce qui la touche. Afin d'éviter une perte de temps,\nje vais droit au but Se j'expose l'objet de ma visite.\n\n(i) Beethoven était un mélange singulier de rudesse & de tendresse. On connaît ses deux billets à\nHummel :\nPremier billet :\n« Ne mets plus les pieds chez moi. Tu n'es qu'un chien d'hypocrite, & puisse le bourreau tordre le cou à\ntoutes les bêtes malfaisantes de ton espèce. BEETHOVEN. »\nDeuxième billet (au même) :\n« Mon petit cœur de beurre, tu es un honnête garçon ; tu avais raison, je le vois à présent très bien. Viens\ncet après-midi, tu trouveras Schuppanzigh chez moi, & tous deux nous t'embrasserons, cajolerons, dorloterons, que\nce sera une bénédiction. Je te serre dans mes bras. Ton BEETHOVEN, dit aussi Fleur de miel. »\nDans une lettre datée de Vienne, 27 prairial an xni, Camille Pleyel raconte qu'il est allé faire visite à\nBeethoven & le dépeint ainsi : « Un petit trapu, le visage grêlé & d'un abord très malhonnête. » Il le\ncaraétérise ainsi comme pianiste : « 11 n'a pas d'école ; son exécution n'est pas finie, c'est-à-dire que son\njeu n'est pas pur. 11 a beaucoup de feu, mais il tape un peu trop. » Ce témoignage est confirmé par ceux\nque cite Wasielewski (Ludwig van Beethoven, t. 11., ch. I)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.14", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4062, "texte": "Certainement, répond M. Lyon, on pourra donner une partie des renseignements\nque vous désirez. Mais voulez-vous d'abord jeter un coup d'œil sur nos ateliers ?\nVoici un chantier où d'énormes cubes de bois de chêne (représentant une valeur\nd'un million de francs) sont en train de dégorger leur sève & de sécher. Dans les\nbâtiments à plusieurs étages qui sont distribués en façade sur deux rues & qui occupent,\nme dit-on, une surface de 55 000 mètres, avec un chemin de fer où circulent constam-\nment des wagonnets, trois machines à vapeur & 600 ouvriers, on taille, on façonne,\non polit, on ajuste, on travaille, avec un bruit assourdissant, le bois & le métal. Ici,\ndans une athmosphère très chaude, un ouvrier ganté de gros cuir, la poitrine à moitié\nnue, tend des cordes d'acier & les enroule d'un fil de cuivre avec une extrême rapidité.\nLà on prépare les pièces fines Se légères, semblables à de subtils joujoux de fée, qui\ncomposent la mécanique du piano ; ailleurs on manie des substances dures, on débite\nl'ivoire, on combine de jolies incrustations pour les instruments de luxe. C'est une\nruche bourdonnante & stridente où la force circule incessamment & où j'ai peine à\nentendre les explications techniques que veut bien me donner M. Lyon.\nVous m'avez trouvé, me dit-il enfin, occupé à faire des expériences : mais voici\nnotre ingénieur, M. Canat de Chizy, qui est à votre disposition. Excusez-moi si je vous\nremets entre ses mains !\nDans les bureaux de l'usine où nous nous reposons en fumant des cigarettes,\nM. Canat de Chizy ancien élève, lui aussi, de l'École Polytechnique veut bien\nm'expliquer que les pianos de la maison Pleyel, tout en étant construits d'après un\ntype primitif Se consacré, sont toujours en voie d'améliorations nouvelles, Se que la\nqualité de timbre qui a fait leur grande réputation est due à tout un ensemble de\ncauses : d'abord à la nature des bois employés ; pour le châssis sur lequel sont tendues\nles cordes du piano, c'est le chêne, le hêtre, le tilleul, le sapin qui viennent des forêts\nfrançaises & des pays Scandinaves, le tulipier Se le noyer d'Amérique. Pour l'appareil\nde percussion (mécanique), c'est le poirier, le cormier, le charme, l'érable, l'alisier que\nfournissent les pays méditerranéens, Se un autre bois d'Amérique, le hickory ; pour le\nclavier, c'est le bois de tilleul, mais le tilleul d'avenue, qui a été taillé, Se dont le\ngrain est devenu très serré par suite d'une condensation de la sève ; pour l'ébénisterie,\nce sont les bois exotiques : palissandre, acajou, poirier, noyer-loupe d'Orient, bois de\nrose. Il faut que ces bois aient subi une préparation qui ne dure jamais moins de trois ans.\nTout cela n'est encore rien. Commençons par les cordes de métal, puisqu'elles sont les\ngénératrices du son.\nLes mathématiques nous donnent des lois pour la longueur, la répartition Se la\ntension des cordes ; elles indiquent aussi le point précis où chacune d'elles doit être\nfrappée. Vous savez que, quand une corde vibre, elle se subdivise en une multitude de\nparties formant des « nœuds » Se des « ventres », dont chacune produit un son\nharmonique s'ajoutant au son fondamental. C'est la prédominance de tels ou tels\nharmoniques, comme l'a montré Helmholtz, qui constitue le timbre ; il en résulte qu'il\nfaut bien choisir le point où le marteau vient frapper la corde, parce que, immobilisant\nla partie qu'il touche, il supprime un harmonique. La tension de l'ensemble des\ncordes peut représenter une force de 24 000 kilos. Il faut donc que ces cordes, sous\npeine de ne pas tenir l'accord, soient maintenues par une construction très solide. De\nlà le principe de n'employer que du fer forgé ou de l'acier pour renforcer les barrages.\nSi le cadre en métal qui est l'ossature du piano est formé de plusieurs pièces\najustées, la propagation de l'onde sonore aura moins de continuité, parce qu'entre deux\npièces réunies il y aura une solution, un léger arrêt, le son sera un peu court : de là le\nprincipe de n'employer que des cadres en acier coulé. Enfin, comment la corde"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.15", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1592, "texte": "entrera-t-elle en communication avec les doigts du pianiste? Si la transmission du mou-\nvement se fait d'une manière automatique, le son sera uniforme, dépourvu de nuances,\nSe ne traduira pas la personnalité de l'artiste : de là le système du double échappement,\nqui laisse du jeu à l'exécutant Se, dans une certaine mesure, lui permet, comme disait\nChopin, de créer le son comme il veut.\nEt M. Canat de Chizy, joignant l'exemple à la leçon, veut bien me dessiner sur le\npapier toutes les pièces dont il m'explique le délicat fonctionnement.\nEn somme, conclut-il après un moment de réflexion, c'est surtout la solidité Se\nla rigidité de la construction qui assure la haute valeur de nos pianos, en même temps\nque la nature Se la préparation des matériaux employés. A l'étranger, certains pays ont\ncopié nos pianos Se les ont reproduits avec une exactitude mathématique ; ils les ont\nmême vendus moins cher : mais ils n'ont pu leur donner les mêmes qualités de son.\nEnvoyez-vous beaucoup d'instruments à l'étranger?\nOui, en Angleterre Se en Belgique principalement. En Amérique, les droits\nd'entrée Se le change sont de terribles obstacles...\nCombien avez-vous fabriqué de pianos jusqu'à ce jour?\nCent trente mille, environ.\nM. Lyon, qui est venu nous rejoindre, mais qui paraît songer de moins en moins à\nme livrer des secrets, me parle de l'organisation sociale qu'il a donnée à sa cité ouvrière ;\nSe je me retire bientôt, enchanté en somme de l'excellente leçon de choses, forcément\nincomplète, qui vient de m'être donnée avec tant de courtoisie Se de compétence.\n\nS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c005", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "287", "page_fin": "293", "image_debut": 15, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4", "titre_corps": "MUSIQUE CONTEMPORAINE", "titre_sommaire": "MUSIQUE CONTEMPORAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.15", "debut_caractere": 1594, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nOpéra-Comique. Le Légataire universel (3 aétes) de M. G. Pfeiffer.\nUn vieillard avaricieux, radoteur Se agonisant, insigne par le nombre des maladies\nSe des ridicules; deux jeunes gens qui roucoulent Se attendent la succession de ce\nnouvel Argan pour se marier; un Crispin qui se charge, à l'aide de déguisements hardis,\nd'évincer des collatéraux imminents, Se qui, profitant d'une léthargie de son maître, fait\nlui-même, par devant deux notaires à perruque, le testament convoité : tels sont les\néléments de haute bouffonnerie dont se compose le Légataire universel. Très pratique Se\ntrès avisé fut celui qui eut l'idée d'adapter à la scène de l'Opéra-Comique cette œuvre\nétincelante, franchement gaie malgré le fonds un peu macabre de la donnée. Avec\nRegnard, la moitié du succès était assurée ; avec l'auteur de Madame Bonaparte, du\nMiroir de Colombine, du Modèle, de tant d'autres pièces charmantes, le triomphe a été\ncomplet. Ce qui me paraît caraétériser la partition de M. Pfeiffer, c'est qu'en passant par\nsa main le grand vaudeville moliéresque a sans doute gardé son air de fantaisie légère\nSe improvisée (comme dans l'accompagnement instrumental au début des deux premiers\naétes, dans la chanson où Géronte se réjouit de son prochain mariage. Se dans le trio :\nc'est votre léthargie!), mais il s'est enrichi de quelques touches d'art très élégant Se\nsentimental. La caricature a souvent tourné au tableau de maître. L'ouverture, de style\nclassique, n'a aucune tendance à la charge. 11 y a des duos d'amour & (dans l'introduc-\ntion du 3e aéte) un solo de violon avec contre-chant de violoncelle que ne désavouerait\npas l'auteur de Tha'is. Comment en vouloir à la musique de s'être souvenue que son"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3714, "texte": "rôle, avant tout, est de charmer & de parler au cœur? M. Pfeiffer a ce talent, soit qu'il\nécrive pour le piano, soit qu'il manie l'orchestre; à la rentrée, le public espère bien\nrevoir longtemps sur l'affiche son Légataire.\n\nConservatoire national de musique et de déclamation. A propos\ndu dernier concours pour les prix de Rome, (ier grand prix :M. Caplet, élève de M. Le-\nnepveu, membre de l'lnstitut; lERIER deuxième grand prix :M. Gabriel Dupont, élève de\nM. Ch. Widor; 2e second grand prix : M. Ravel, élève de M. G. Fauré), nous tenons à\nrappeler que M. Lenepveu, depuis son entrée au Conservatoire (1894), a obtenu les\nsuccès suivants, comme professeur :en 1894, 2e prix d'harmonie (pas de ier prix) décerné\nà Mlle Chapart ; les 2 premiers accessits à Mlles Caussade Se Auger ;en 1896, 2e prix de\ncontrepoint Se fugue, à M. Estyle ; en 1897, grand prix de Rome (M. d'Olonne) Se\nlerIer prix de fugue (M. Estyle) ; en 1898, 2e prix de contrepoint Se fugue (M. Pech) Se\nlERIER accessit (M. Brisset) ;en 1899, grand prix de Rome (M. Levadé), second grand\nprix (M. Moreau), Se mention honorable (M. Brisset). Cette année, avec le premier prix\ndu concours, c'est encore un élève de M. Lenepveu qui a obtenu le ier prix de fugue.\nUn tel enseignement peut être considéré comme une des assises les plus solides de\nnotre musique française.\n\nConcours d'Instruments à cordes, Chant et Opéra comique.\n\nLes concours du Conservatoire ont lieu, cette année comme les autres, par une\nchaleur torride, qui n'empêche pas l'affluence d'un public passionné. Les contrebasses\nouvraient le feu, mardi dernier 16 juillet, par un Concerto de Vernaelde & un morceau\nà déchiffrer de P. Vidal : M. Schmitt eut un premier prix, M. Gasparini un second prix,\nM. Grangin un second accessit. Le concours fut assez médiocre, Se c'est dommage : la\ncontrebasse est le fondement de l'orchestre ; pourquoi le Conservatoire ne s'attache-t-il\npas à donner aux élèves de cette classe la puissance, la solidité, la précision nécessaires?\nLes altos eurent à se faire valoir (dure Se triste fortune!) dans un Concerto de Arends,\nqui valut un premier prix à M. Michaut, un second prix à MM. Drouet & Marchet, un\npremier accessit à M. Vieux, Se un second accessit à M. Pollain. Les violoncellistes,\nbons pour la plupart, ont eu à se partager les récompenses suivantes : PREMIERS PRIX :\nMM. Fournier, Jullien & Gaudichon. DEUXIÈMES PRIX : MM. Bedette & Clément.\nPREMIER ACCESSIT : M. Minssart. DEUXIÈME ACCESSIT : M. Cuelenaere.\nLe concours de chant (Hommes) réunissait dix-huit rivaux. M. Rigaux détaille\ncorrectement une romance du Tribut de Zamora, M. Geyre chante avec adresse Se non\nsans charme un air des Abencerages ; Se ils obtiennent chacun un premier prix. Les\nseconds prix sont remportés par MM. Gaston Dubois dans le Freyschutg, Guillamat,\nqui interprète assez puissamment le bel air de Dardantes : « Monstre affreux », Se\nGranier (Guido et Ginevra). La Fête d'Alexandre, de Haendel, ne vaut qu'un premier\naccessit à M. Billot, dont les vocalises pourraient être plus correéles ; & M. Ferrand\nobtient la même récompense en interprétant faiblement la faible musique de Songe Tune\nNuit d'Eté. Les deuxièmes accessits sont accordés à MM. Gilly Se deClynsen, tous deux\ndans Iphigènie en Aulide. Ce concours a révélé quelques jolies voix, mais le style, chez\ntous, manque d'ampleur, Se, chez plusieurs, de cette correction scrupuleuse qui est\nl'honnêteté de l'artiste.\nLe Concours de chant (Femmes) a été meilleur. Le choix même des morceaux était\nplus heureux ; Beethoven n'était pas exclu :il y a progrès. Mlle Huchet, avec une jolie\nvoix, de l'adresse & beaucoup d'assurance, obtient un premier prix dans l'agréable valse"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.17", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3403, "texte": "du Pardon de Ploèrmel. Quatre seconds prix pour MMlles Féart, dans le Perfide et Parjure\nde Beethoven (un peu long) ; Revel, dans le Freyscbùtç; Gril dans Alceste; Se Van Gelder,\nqui gazouille joliment un air aimable &Hippolyte et Aricie. Premiers accessits :\nMMlles Billat (Fidelio) Se Corter (Orphée). Deuxièmes accessits : MMlles Rupert (les\nHuguenots) Se Tullian (Oberon). Le songe d' Iphi génie en Tauride ne porte bonheur ni à\nM,le Cauchois, ni à Mlle Demougeot, malgré ses bras nus, ni à Mme Meynard, malgré un\nstyle assez correét. Mlle Foreau n'obtient rien pour l'air de la Proserpine de Paesiello\n(rien de Saint-Saëns), qu'elle a chanté avec goût ; Se le public proteste.\nLe Concours de Harpe a donné lieu aux récompenses suivantes :\nPREMIERS PRIX : Mlle Sassoli, M. Salzedo. DEUXIÈME PRIX : Mlle Pestre.\nPREMIERS ACCESSITS : MMlles Poulain Se Meunier. DEUXIÈME ACCESSIT : Mlle Lipschitz.\nLe Concours de Piano (Hommes), avec Chopin Se Liszt, s'est terminé par la procla-\nmation de cette série de lauréats :\nPREMIERS PRIX : MM. Lortat-Jacob Se Salzedo (déjà nommé). DEUXIÈMES PRIX :\nMM. Borchard, Billa, Arcouet. PREMIERS ACCESSITS : MM. Gareo, Dumesnil.\nDEUXIÈMES ACCESSITS : MM. Urcat Se Galland.\nLe Concours de Violon, remarquable par le nombre des compétiteurs (la trentaine)\nSe le choix du morceau (Symphonie Espagnole de Lalo), a fait triompher les noms sui-\nvants :\nPREMIERS PRIX : MIIe Forte, M. Dufrene, M. Luquin. —DEUXIÈMES PRIX :M. Ques-\nnot, Mlle Playfair, Mlle Chemet, M. Tourret, M. Feline. PREMIERS ACCESSITS :\nMlle Schuck, M. Chailley, Mlle Lippmann, M. Bloch, M. Eleus. DEUXIÈMES ACCESSITS :\nM. Bilewsky, Mlle Reol, Mlle Gaudefroy, M. Arthur.\nEt le Concours d'Opéra comique nous permit de renouer connaissance avec les\nchefs-d'œuvre du genre éminemment français : les Dragons de Villars, le Val d'Andorre,\nHaydèe, le Ca'id, Se Manon, qui reparut quatre fois. M. Gaston Dubois, correét dans le\nrôle insipide de Loredan (Haydée), obtient un premier prix ; un second échoit à\nMM. Geyre, qui soupire l'air de Lakmé (Illusion), Rigaux, amusant dans une scène bien\npeu musicale du Médecin malgré lui, Se Guillamat, dont la voix est puissante, mais qui\nfaisait, avec sa barbe grise, sa cornemuse Se son habit noir, le plus suprenant chevrier\ndu Val d'Andorre. M. Baer, tambour-major du Ca'id, aun premier accessit. Mlle Cesbron,\nManon trop passionnée, n'en obtient pas moins un premier prix ; Mlle Huchet, Manon\ngentille, & Mllc Revel, Manon dont la voix s'égare, partagent cet honneur. Ml]e Van\nGelder, Manon timide, n'a qu'un second prix, ainsi que Mlle Billa, Eros dont Mlle Hochet\nest la Psyché. Un premier accessit revient à Mlle Gonzalez, Rosine un peu lourde; deux\ndeuxièmes accessits à MMlles Foreau, servante-maîtresse dont on comprend l'ascendant\nsur son maître, Se Cortez, pour avoir chanté sans précision ni finesse un air des Dragons\nde Villars (Ah ! si j'étais dragon du roi !). Le jury, on le voit, s'est montré généreux,\n& surtout galant : aucune des jeunes concurrentes ne s'est retirée sans récompense.\nRien de bien remarquable dans le concours d'Opéra (25 juillet), sauf MM. Dubois\n& Rigaux.\n\nL. L.\n\nL'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain N° la fin de l'article de\nM. A. Bonaventura sur le progrès et les nationalités en musique.\n\nErratum : Dans notre dernier N°, p. 247, 1. 6, lire la au lieu de do, au bassus."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3579, "texte": "Fêtes de Béziers.\nP. CASTELBON DE BEAUXHOSTES.\nNous recevons de M. Castelbon de Beauxhostes une lettre d'où nous détachons les\nlignes suivantes :\nBéziers, le 3 juillet 1901.\nMonsieur,\nJe serai heureux d'offrir une place au collaborateur que vous enverriez à Béziers. L'œuvre de\nSaint-Saëns (car c'est la sienne!) est certes des plus intéressantes; mais le temps me manque\npour vous fournir des notes. Après le. mois d'août alors que je pourrai un peu respirer avant\nde recommencer avec Parysatis je tâcherai, sinon d'écrire, du moins de mettre en ordre tous\nles dossiers Se lettres qui, un jour, serviront à écrire l'histoire de l'Art lyrique en plein air.\nDejanire fut le premier modèle, duquel il sera bien difficile de sortir Se autour duquel on sera\nobligé d'évoluer. Depuis on a modifié les orchestrations. On ose ce que l'on n'osait pas. L'orchestre\nà cordes, seul tout d'abord, avec les harpes, répondant à de formidables musiques d'harmonie,\naujourd'hui prend un autre rôle. Max d'Ollone dans son ballet se sert de lui, de tout autre façon,\nSe je suis déjà certain d'effets jusqu'à aujourd'hui inconnus. Croyez, Monsieur, que je serai très\nheureux de vous remercier pour l'intérêt témoigné à une œuvre qui, je le crois, a un gr.os avenir\nSe qui restera. Oui, je crois fermement que notre Théâtre des Arènes pourra lutter d'ici peu avec\nBayreuth, même avec avantage. Du reste, je me suis toujours laissé diriger les yeux fermés\npar Saint-Saëns Se suis sûr, en le laissant le Maître artistique absolu de son Théâtre, de ne pas\nfaire fausse route dans l'Art vrai.\nVeuillez agréer, Sec...\n\nDans le merveilleux cadre de ses Arènes complètement terminées, Béziers va faire\nrevivre, les 25 & 27 août, les inoubliables splendeurs de Dejanire Se de Prométhée.\nProméthée, enchaîné à son rocher, lancera à la face du ciel ses farouches impré-\ncations pendant que la douce Pandore invoquera l'aide des Océanides, ses sœurs, pour\ndélivrer le Titan révolté contre les Dieux.\nSur le livret de Bac chus Mystifie, ballet pantomime de M. Sylva Sicard, Max\nd'Ollone a écrit une délicieuse musique accompagnant les danses gracieuses des Sylvains\n& des Nymphes, Se les longs cortèges des Faunes Se des Corybantes, des Bacchantes Se\ndes Satyres, des Dryades Se des Naïades, escortant Bacchus, & se déroulant le long des\ncoteaux aux pampres croulant sous le poids des grappes dorées.\nLa ville de Béziers possède de belles & fastueuses Arènes aux proportions dignes\ndes vieux amphithéâtres romains.\nCommencées en 1897 & restées inachevées jusqu'à ce jour, elles sont aujourd'hui\nen voie d'achèvement, Se les travaux activement poussés, sous la direction de M. Carlier,\nl'habile architeéle montpellierain, seront terminés dans le courant de juillet.\nLes fêtes se dérouleront dans un cadre digne d'elles.\nDes Concerts populaires avec chant seront organisés sur la place de la Citadelle,\nafin de permettre à ceux qui n'auront pu trouver place aux représentations de Prométhée\nSe de Bacchus mystifié de prendre part aux réjouissances publiques, dont le programme\nsera ultérieurement publié.\nEn outre des interprètes de Prométhée, qui prendront une part aétive à ces Concerts,\nMM. Dorival, de l'Odéon, qui créa le rôle d'Hercule dans Dèjanire, Fonteix jeune, du\ngrand Théâtre du Lyon, Alexis Boyer, de l'Opéra-Comique, Mlle Lassara, MM. Azéma,\nMilhau, Billot, Valette, élèves du Conservatoire de Paris, prêteront également leur\nconcours gracieux.\nDes trains à marche rapide Se à prix réduits seront organisés dans toutes les\ndirections.\nVoici le programme des fêtes annoncées :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "/ r\nPROMETHEE, tragédie lyrique en 3 aétes, poème de Jean Lorrain & A. Ferdinand\nHérold, musique de Gabriel Fauré. Sous la haute direction des Auteurs.\nL'Orchestration des trois Musiques d'Harmonie a été traitée par M. Eustace, chef de\nmusique au 2e Régiment du Génie.\nRôles parles : Prométhée, M. de Max ; Pandore, Mlle Berthe Bady (de l'Odéon) ;\nHermès, Mlle Louise Dowe (tous du Théâtre National de l'Odéon).\nRôles chantés : Bia, Mme Fierens-Peters (de l'Opéra) ; Ainoë, Mlle Armande\nBourgeois (de l'Opéra); Gala, Mlle Flahaut (de l'Opéra); Kratos, M. Fonteix aîné (du\ngrand Théâtre de Marsèille) ; Hephaistos, M. Vallier (de la Monnaie, Bruxelles);\nAndros, M. Rousselière (de l'Opéra).\nBACCHUS MYSTIFIÉ, grand ballet pantomime inédit en 1 aéte, livret de M. Sylva\nSicard, musique de Max d'Ollone, chorégraphie & mise en scène de M. Bucourt\n(de l'Opéra).\nBacchus, M. Bucourt (de l'Opéra) ; Eglè, Lina Campana (ire danseuse de la Scala\nde Milan); Silène, M. de Gaspari (Mime de la Scala de Milan) ; 60 danseuses; Cortèges.\nMise en scène de M. Baudu, Régisseur général du Metropolitain-House de\nNew-York & du Covent-Garden de Londres. Décors de M. Jambon, peintre décorateur\nde l'Opéra. Construélion de la scène & agencements de M. Simon Bertrand, architede\n(Béziers). Costumes de la maison Cousin, de Paris.\n60 danseuses, sous la diredion de M. Bucourt (de l'Opéra), maître de ballet du\nThéâtre de la Gaîté.\nOrchestre d'Harmonie, sous la diredion de M. Eustace. Orchestre d'Harmonie,\nsous la diredion de M. Weinberger. Orchestre d'Harmonie (Lyre Biterroise), sous la\ndiredion de M. Alicot.\nOrchestre d'instruments à cordes. 20 harpes à pédales Érard, sous la diredion\nde M. Hasselmans, professeur au Conservatoire de Paris. 30 trompettes d'Harmonie\n(.Rallye Biterrois), chef : M. Aussenac.\n250 Choristes, hommes & femmes, dont la Chorale Biterroise, chef : M. Thalic, &\namateurs de Béziers. 450 Instrumentistes. Chœurs de femmes de Paris & Monte-\nCarlo.\nChef du chant Se des chœurs : M. Jean Nussy-Verdié.\nVoici la lettre que M. Camille Saint-Saëns écrivait récemment de Paris à M. Cas-\ntelbon de Beauxhostes :\nMon cher ami,\nVous savez si je me faisais une fête d'écrire la musique de Bacchus mystifié, dont j'avais\ndemandé le livret au doéteur Sicard; si je me réjouissais de donner un pendant à Javotte, dont\nla composition m'avait tant amusé ; mais le destin ne le voulait pas.\nIl me fallait d'abord songer à écrire la partition des Barbares, promise à l'Opéra. Tout\nd'abord, je fus retardé par mes collaborateurs, qui, reculant de semaine en semaine, me donnèrent\nà la fin d'oétobre un livret qui m'avait été promis pour la fin d'août.\nCe retard, tout en me contrariant, ne m'inquiétait pas encore. Je me mis à la besogne au\ncommencement de novembre, & parvins à m'isoler dans Paris pour travailler.\nA la fin de décembre, je me réfugiai à Bône, en Algérie, où je passai dans le calme & le\ntravail les mois de janvier, février & mars. Si j'avais pu y rester plus longtemps, j'aurais eu\nterminé mon opéra à la fin d'avril Se j'aurais pu venir facilement à bout de toute ma tâche.\nMais, président, cette année, de l'Académie des beaux-arts, j'avais dû promettre de revenir pour\nle mois d'avril. Je revins donc, pour trouver à Paris un temps affreux, la grippe, des .deuils de\nfamille, & des affaires innombrables. Il me fallait aller en Belgique, en Angleterre; le 15 avril\nje n'avais pas encore écrit une note! & alors la grippe funeste, que je n'avais pas eu le temps de\nsoigner, me donna une maladie connue depuis peu, Yinfeôlion grippale, se traduisant par une\nfièvre incessante, la toux, la perte de l'appétit. Je me remis pourtant au travail, mais j'avais"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "trouvé le bout de mes forces, je m'alitai Se tombai gravement malade, avec la perspective d'une\ntrès longue convalescence.\nDès lors, je compris que j'avais perdu la partie. Je fis appel au dévouement Se au talent de\nM. Max d'Ollone, un de nos plus brillants prix de Rome, qui voulut bien quitter les travaux en\ncours pour venir à mon aide Se sauver la situation compromise. Comme il n'avait pas assisté aux\nfêtes de Béziers, il eut la modestie de suivre mes conseils Se mes indications au sujet des conditions\ntoutes particulières dans lesquelles se produit la musique aux Arènes.\nIl a écrit une partition exquise, tout imprégnée de la fraîcheur de la jeunesse que je n'ai\nplus, Se pleine d'une habileté déjà consommée. Je ne doute pas que l'on rende justice non\nseulement à son mérite, mais aussi au dévouement dont il a fait preuve, Se qui est au-dessus de\ntout éloge.\nIl va sans dire que je serai à Béziers au mois d'août Se que je participerai au travail des\nrépétitions, ainsi que je l'ai fait pour Promèthèe, que nous allons revoir dans de meilleures\nconditions encore que l'année dernière.\nL'an prochain, nous aurons Patysatis, un drame étincelant Se terrible de Mme Dieulafoy, qui\nen a trouvé les éléments dans l'histoire de la Perse antique. Conçu dans la forme de Déjanire,\navec des chœurs évoluant dans l'arène, Se des danses, ce sera un merveilleux speétacle. J'en\nécrirai la musique l'hiver prochain, dans le doux climat des Canaries, Se, comme je n'aurai pas\nautre chose à faire, il serait bien étonnant que je n'en vinsse pas à bout.\nVous me pardonnerez, je l'espère, de n'avoir pas tenu mes promesses. J'y ai fait tous mes\nefforts, & il a fallu un concours vraiment extraordinaire de circonstances pour venir à bout de\nmon vouloir Se de ma ténacité.\nAgréez mes meilleures amitiés.\n\nC. SAINT-SAËNS.\n\nCe fut une grande & belle pensée que celle d'utiliser les vastes arènes de Béziers\npour y représenter, dans des décors gigantesques Se sous un ciel incomparable, non\npas des tragédies antiques, mais des drames Se des tragédies lyriques modernes !\nCette pensée, on le sait, germa dans l'esprit de M. Castelbon de Beauxhostes, qui\napporta dans la réalisation de son rêve une énergie, un goût artistique, une belle\nhumeur qu'on ne saurait trop apprécier.\nIl ne ménagea ni ses forces ni sa fortune pour atteindre son but, & aujourd'hui\nce but est atteint : l'œuvre est fondée. Bien mieux, elle est prospère !\nLes écrivains Se les critiques éminents qui ont assisté aux inoubliables représen-\ntations de Déjanire Se de Promèthèe ont dénommé Béziers « le Bayreuth français », c'est-\nà-dire l'autel de l'art pur, de l'art pour l'art, sans autre préoccupation d'aucune sorte,\nsans arrière-pensée de mercantilisme !\nLe monde des lettres Se des arts, tous les esprits que le beau passionne seront\nassurés, une fois de plus, d'assister les 25 & 27 août, à d'incomparables solennités.\nL'immense scène sur laquelle se dérouleront les péripéties de la puissante tragédie\nlyrique arrachera encore un cri d'admiration à la foule. Ce speétacle, qui n'a pas\nd'équivalent ailleurs, se terminera par Bacchus mystifie, dont le scénario est l'œuvre de\nM. le doéteur Sicard, maire de Béziers, Se la musique de M. Max d'Ollone.\nCette œuvre nouvelle sera interprétée par 60 ballerines, à la tète desquelles se\nplacera la célèbre danseuse Lina Campana, qui créera le rôle d'Eglé, la plus belle des\nnaïades.\nLes rôles de Bacchus Se de Silène seront créés par deux renommés maîtres de\nballet.\nM. Jambon brosse, pour cette pantomime lyrique, un grand décor qui s'adaptera\nsur celui de Promèthèe.\nLes arènes de Béziers seront donc, les 25 Se 27 août prochain, le rendez-vous de\ntous ceux que la rénovation artistique préoccupe."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.21", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "Les fêtes de Bayreuth.\nAu moment où paraîtront ces lignes, finira le premier cycle des grandes solennités\ndramatiques & lyriques de Bayreuth, consacré au Ring des Nibelungen de Richard\nWagner :\nle jeudi, 25 juillet Rheingold.\nle vendredi, 26 » la IValkùre.\nle samedi, 27 » Siegfried.\nle dimanche, 28 » la Gotterdàmmerung (Crépuscule des dieux).\nVoici quel est le programme des représentations du mois d'août :\n14, 15, 16 & 17 août-DtT Ring des Nibelungen\n5, 7, 8, 11, 20 » Parsifal\n1, 4, 12, 19 » Der fliegende Hollander (le Vaisseau Fantôme).\nL'organisation de ces solennités est grandiose. Les quatre chefs d'orchestre, tous\nconnus du public parisien, sont MM. Félix Mottl, dr. Karl Muck, dr. Hans Richter,\nSe Siegfried Wagner. L'orchestre ne comprend pas moins de 11 5 musiciens. Le premier\nviolon est le professeur Cari Prill, maître des Concerts de la Cour de Vienne. Les\npremiers chanteurs sont les artistes les plus célèbres de l'Allemagne, de l'Autriche, delà\nSuède, des Pays-Bas. C'est M. Van Dyck qui, (avec M. Erik Schmedes, de Vienne),\ntiendra le rôle de Parsifal. Dans la Valkilre, le rôle de Sieglinde sera joué par Mme Marie\nWittich, de Dresde, Se celui de Brunnhilde par Mme Ellen Gulbranson, de Christiania.\nDans Siegfried, le rôle de Siegfried a été dévolu à M. Alois Burgstaller de Francfort, Se\ncelui de Mime à M. Hans Breuer, deVienne. Dans le Vaisseau Fantôme, Daland sera joué\npar M. Peter Heid Kamp, de Vienne, Se Senta par Mme Emmy Destin, de Berlin, qui,\naux concerts de notre Châtelet, il y a quelques mois, s'est fait applaudir en chantant de\nfaçon exquise un air de Samson et Dalila. Les chœurs sont ainsi composés : femmes,\n46 sujets; hommes, 27 ténors Se 30 basses.\nLes décors de Parsifal ont été faits sur les indications de M. Paul de Joukowsky Se\nde M. Brùckner, peintre de la Cour à Cobourg; ceux du Ring Se du Vaisseau Fantôme,\nsur celles de MM. les professeurs Brùckner. Les costumes de Parsifal ont été exécutés\nd'après les indications de M. de Joukowsky; ceux du Vaisseau Fantôme sont dus à\nM. Max Rossmann (Francfort); ceux du Ring ont été faits d'après les indications de\nMM. Hans Thoma (Karlsruhe) Se Arpad Schmidhammer (Munich) Se sont dus\nM. J. Scholz, inspecteur du théâtre de Leipzig.\nCeux qui ont déjà fait le pèlerinage de Bayreuth savent l'exceptionnelle valeur artis-\ntique de ces grandes solennités annuelles où le génie musical moderne, secondé par une\nscience minutieuse Se un respeCt absolu des chefs-d'œuvre, a certainement atteint son\nmaximum de puissance expressive Se d'éclat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c006", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "287", "page_fin": "288", "image_debut": 15, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.1", "titre_corps": "Opéra-Comique. Le Légataire universel (3 aétes) de M. G. Pfeiffer.", "titre_sommaire": "Opéra-Comique. Le Légataire universel (3 aétes) de M. G. Pfeiffer.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.15", "debut_caractere": 1617, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "Opéra-Comique. Le Légataire universel (3 aétes) de M. G. Pfeiffer.\nUn vieillard avaricieux, radoteur Se agonisant, insigne par le nombre des maladies\nSe des ridicules; deux jeunes gens qui roucoulent Se attendent la succession de ce\nnouvel Argan pour se marier; un Crispin qui se charge, à l'aide de déguisements hardis,\nd'évincer des collatéraux imminents, Se qui, profitant d'une léthargie de son maître, fait\nlui-même, par devant deux notaires à perruque, le testament convoité : tels sont les\néléments de haute bouffonnerie dont se compose le Légataire universel. Très pratique Se\ntrès avisé fut celui qui eut l'idée d'adapter à la scène de l'Opéra-Comique cette œuvre\nétincelante, franchement gaie malgré le fonds un peu macabre de la donnée. Avec\nRegnard, la moitié du succès était assurée ; avec l'auteur de Madame Bonaparte, du\nMiroir de Colombine, du Modèle, de tant d'autres pièces charmantes, le triomphe a été\ncomplet. Ce qui me paraît caraétériser la partition de M. Pfeiffer, c'est qu'en passant par\nsa main le grand vaudeville moliéresque a sans doute gardé son air de fantaisie légère\nSe improvisée (comme dans l'accompagnement instrumental au début des deux premiers\naétes, dans la chanson où Géronte se réjouit de son prochain mariage. Se dans le trio :\nc'est votre léthargie!), mais il s'est enrichi de quelques touches d'art très élégant Se\nsentimental. La caricature a souvent tourné au tableau de maître. L'ouverture, de style\nclassique, n'a aucune tendance à la charge. 11 y a des duos d'amour & (dans l'introduc-\ntion du 3e aéte) un solo de violon avec contre-chant de violoncelle que ne désavouerait\npas l'auteur de Tha'is. Comment en vouloir à la musique de s'être souvenue que son"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 246, "texte": "rôle, avant tout, est de charmer & de parler au cœur? M. Pfeiffer a ce talent, soit qu'il\nécrive pour le piano, soit qu'il manie l'orchestre; à la rentrée, le public espère bien\nrevoir longtemps sur l'affiche son Légataire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c007", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "288", "page_fin": "288", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.2", "titre_corps": "Conservatoire national de musique et de déclamation. A propos", "titre_sommaire": "Conservatoire national de musique et de déclamation. 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Estyle ; en 1897, grand prix de Rome (M. d'Olonne) Se\nlerIer prix de fugue (M. Estyle) ; en 1898, 2e prix de contrepoint Se fugue (M. Pech) Se\nlERIER accessit (M. Brisset) ;en 1899, grand prix de Rome (M. Levadé), second grand\nprix (M. Moreau), Se mention honorable (M. Brisset). Cette année, avec le premier prix\ndu concours, c'est encore un élève de M. Lenepveu qui a obtenu le ier prix de fugue.\nUn tel enseignement peut être considéré comme une des assises les plus solides de\nnotre musique française."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c008", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "288", "page_fin": "289", "image_debut": 16, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.3", "titre_corps": "Concours d'Instruments à cordes, Chant et Opéra comique.", "titre_sommaire": "Concours d'Instruments à cordes, Chant et Opéra comique.", "signature_source": "L. 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Le concours fut assez médiocre, Se c'est dommage : la\ncontrebasse est le fondement de l'orchestre ; pourquoi le Conservatoire ne s'attache-t-il\npas à donner aux élèves de cette classe la puissance, la solidité, la précision nécessaires?\nLes altos eurent à se faire valoir (dure Se triste fortune!) dans un Concerto de Arends,\nqui valut un premier prix à M. Michaut, un second prix à MM. Drouet & Marchet, un\npremier accessit à M. Vieux, Se un second accessit à M. Pollain. Les violoncellistes,\nbons pour la plupart, ont eu à se partager les récompenses suivantes : PREMIERS PRIX :\nMM. Fournier, Jullien & Gaudichon. DEUXIÈMES PRIX : MM. Bedette & Clément.\nPREMIER ACCESSIT : M. Minssart. DEUXIÈME ACCESSIT : M. Cuelenaere.\nLe concours de chant (Hommes) réunissait dix-huit rivaux. M. Rigaux détaille\ncorrectement une romance du Tribut de Zamora, M. Geyre chante avec adresse Se non\nsans charme un air des Abencerages ; Se ils obtiennent chacun un premier prix. Les\nseconds prix sont remportés par MM. Gaston Dubois dans le Freyschutg, Guillamat,\nqui interprète assez puissamment le bel air de Dardantes : « Monstre affreux », Se\nGranier (Guido et Ginevra). La Fête d'Alexandre, de Haendel, ne vaut qu'un premier\naccessit à M. Billot, dont les vocalises pourraient être plus correéles ; & M. Ferrand\nobtient la même récompense en interprétant faiblement la faible musique de Songe Tune\nNuit d'Eté. Les deuxièmes accessits sont accordés à MM. Gilly Se deClynsen, tous deux\ndans Iphigènie en Aulide. Ce concours a révélé quelques jolies voix, mais le style, chez\ntous, manque d'ampleur, Se, chez plusieurs, de cette correction scrupuleuse qui est\nl'honnêteté de l'artiste.\nLe Concours de chant (Femmes) a été meilleur. Le choix même des morceaux était\nplus heureux ; Beethoven n'était pas exclu :il y a progrès. Mlle Huchet, avec une jolie\nvoix, de l'adresse & beaucoup d'assurance, obtient un premier prix dans l'agréable valse"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.17", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3169, "texte": "du Pardon de Ploèrmel. Quatre seconds prix pour MMlles Féart, dans le Perfide et Parjure\nde Beethoven (un peu long) ; Revel, dans le Freyscbùtç; Gril dans Alceste; Se Van Gelder,\nqui gazouille joliment un air aimable &Hippolyte et Aricie. Premiers accessits :\nMMlles Billat (Fidelio) Se Corter (Orphée). Deuxièmes accessits : MMlles Rupert (les\nHuguenots) Se Tullian (Oberon). Le songe d' Iphi génie en Tauride ne porte bonheur ni à\nM,le Cauchois, ni à Mlle Demougeot, malgré ses bras nus, ni à Mme Meynard, malgré un\nstyle assez correét. Mlle Foreau n'obtient rien pour l'air de la Proserpine de Paesiello\n(rien de Saint-Saëns), qu'elle a chanté avec goût ; Se le public proteste.\nLe Concours de Harpe a donné lieu aux récompenses suivantes :\nPREMIERS PRIX : Mlle Sassoli, M. Salzedo. DEUXIÈME PRIX : Mlle Pestre.\nPREMIERS ACCESSITS : MMlles Poulain Se Meunier. DEUXIÈME ACCESSIT : Mlle Lipschitz.\nLe Concours de Piano (Hommes), avec Chopin Se Liszt, s'est terminé par la procla-\nmation de cette série de lauréats :\nPREMIERS PRIX : MM. Lortat-Jacob Se Salzedo (déjà nommé). DEUXIÈMES PRIX :\nMM. Borchard, Billa, Arcouet. PREMIERS ACCESSITS : MM. Gareo, Dumesnil.\nDEUXIÈMES ACCESSITS : MM. Urcat Se Galland.\nLe Concours de Violon, remarquable par le nombre des compétiteurs (la trentaine)\nSe le choix du morceau (Symphonie Espagnole de Lalo), a fait triompher les noms sui-\nvants :\nPREMIERS PRIX : MIIe Forte, M. Dufrene, M. Luquin. —DEUXIÈMES PRIX :M. Ques-\nnot, Mlle Playfair, Mlle Chemet, M. Tourret, M. Feline. PREMIERS ACCESSITS :\nMlle Schuck, M. Chailley, Mlle Lippmann, M. Bloch, M. Eleus. DEUXIÈMES ACCESSITS :\nM. Bilewsky, Mlle Reol, Mlle Gaudefroy, M. Arthur.\nEt le Concours d'Opéra comique nous permit de renouer connaissance avec les\nchefs-d'œuvre du genre éminemment français : les Dragons de Villars, le Val d'Andorre,\nHaydèe, le Ca'id, Se Manon, qui reparut quatre fois. M. Gaston Dubois, correét dans le\nrôle insipide de Loredan (Haydée), obtient un premier prix ; un second échoit à\nMM. Geyre, qui soupire l'air de Lakmé (Illusion), Rigaux, amusant dans une scène bien\npeu musicale du Médecin malgré lui, Se Guillamat, dont la voix est puissante, mais qui\nfaisait, avec sa barbe grise, sa cornemuse Se son habit noir, le plus suprenant chevrier\ndu Val d'Andorre. M. Baer, tambour-major du Ca'id, aun premier accessit. Mlle Cesbron,\nManon trop passionnée, n'en obtient pas moins un premier prix ; Mlle Huchet, Manon\ngentille, & Mllc Revel, Manon dont la voix s'égare, partagent cet honneur. Ml]e Van\nGelder, Manon timide, n'a qu'un second prix, ainsi que Mlle Billa, Eros dont Mlle Hochet\nest la Psyché. Un premier accessit revient à Mlle Gonzalez, Rosine un peu lourde; deux\ndeuxièmes accessits à MMlles Foreau, servante-maîtresse dont on comprend l'ascendant\nsur son maître, Se Cortez, pour avoir chanté sans précision ni finesse un air des Dragons\nde Villars (Ah ! si j'étais dragon du roi !). Le jury, on le voit, s'est montré généreux,\n& surtout galant : aucune des jeunes concurrentes ne s'est retirée sans récompense.\nRien de bien remarquable dans le concours d'Opéra (25 juillet), sauf MM. Dubois\n& Rigaux.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c009", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "289", "page_fin": "289", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.4", "titre_corps": "L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain N° la fin de l'article de", "titre_sommaire": "L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain N° la fin de l'article de", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.17", "debut_caractere": 3171, "fin_caractere_exclue": 3321, "texte": "L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain N° la fin de l'article de\nM. A. Bonaventura sur le progrès et les nationalités en musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c010", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "289", "page_fin": "289", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.5", "titre_corps": "Erratum : Dans notre dernier N°, p. 247, 1. 6, lire la au lieu de do, au bassus.", "titre_sommaire": "Erratum : Dans notre dernier N°, p. 247, 1. 6, lire la au lieu de do, au bassus.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.17", "debut_caractere": 3323, "fin_caractere_exclue": 3403, "texte": "Erratum : Dans notre dernier N°, p. 247, 1. 6, lire la au lieu de do, au bassus."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c011", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "290", "page_fin": "290", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.6", "titre_corps": "Fêtes de Béziers.", "titre_sommaire": "Fêtes de Béziers.", "signature_source": "P. CASTELBON DE BEAUXHOSTES", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.18", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1615, "texte": "Fêtes de Béziers.\nP. CASTELBON DE BEAUXHOSTES.\nNous recevons de M. Castelbon de Beauxhostes une lettre d'où nous détachons les\nlignes suivantes :\nBéziers, le 3 juillet 1901.\nMonsieur,\nJe serai heureux d'offrir une place au collaborateur que vous enverriez à Béziers. L'œuvre de\nSaint-Saëns (car c'est la sienne!) est certes des plus intéressantes; mais le temps me manque\npour vous fournir des notes. Après le. mois d'août alors que je pourrai un peu respirer avant\nde recommencer avec Parysatis je tâcherai, sinon d'écrire, du moins de mettre en ordre tous\nles dossiers Se lettres qui, un jour, serviront à écrire l'histoire de l'Art lyrique en plein air.\nDejanire fut le premier modèle, duquel il sera bien difficile de sortir Se autour duquel on sera\nobligé d'évoluer. Depuis on a modifié les orchestrations. On ose ce que l'on n'osait pas. L'orchestre\nà cordes, seul tout d'abord, avec les harpes, répondant à de formidables musiques d'harmonie,\naujourd'hui prend un autre rôle. Max d'Ollone dans son ballet se sert de lui, de tout autre façon,\nSe je suis déjà certain d'effets jusqu'à aujourd'hui inconnus. Croyez, Monsieur, que je serai très\nheureux de vous remercier pour l'intérêt témoigné à une œuvre qui, je le crois, a un gr.os avenir\nSe qui restera. Oui, je crois fermement que notre Théâtre des Arènes pourra lutter d'ici peu avec\nBayreuth, même avec avantage. Du reste, je me suis toujours laissé diriger les yeux fermés\npar Saint-Saëns Se suis sûr, en le laissant le Maître artistique absolu de son Théâtre, de ne pas\nfaire fausse route dans l'Art vrai.\nVeuillez agréer, Sec..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c012", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "290", "page_fin": "292", "image_debut": 18, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.7", "titre_corps": "Dans le merveilleux cadre de ses Arènes complètement terminées, Béziers va faire", "titre_sommaire": "Dans le merveilleux cadre de ses Arènes complètement terminées, Béziers va faire", "signature_source": "C. 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Sylva Sicard, Max\nd'Ollone a écrit une délicieuse musique accompagnant les danses gracieuses des Sylvains\n& des Nymphes, Se les longs cortèges des Faunes Se des Corybantes, des Bacchantes Se\ndes Satyres, des Dryades Se des Naïades, escortant Bacchus, & se déroulant le long des\ncoteaux aux pampres croulant sous le poids des grappes dorées.\nLa ville de Béziers possède de belles & fastueuses Arènes aux proportions dignes\ndes vieux amphithéâtres romains.\nCommencées en 1897 & restées inachevées jusqu'à ce jour, elles sont aujourd'hui\nen voie d'achèvement, Se les travaux activement poussés, sous la direction de M. Carlier,\nl'habile architeéle montpellierain, seront terminés dans le courant de juillet.\nLes fêtes se dérouleront dans un cadre digne d'elles.\nDes Concerts populaires avec chant seront organisés sur la place de la Citadelle,\nafin de permettre à ceux qui n'auront pu trouver place aux représentations de Prométhée\nSe de Bacchus mystifié de prendre part aux réjouissances publiques, dont le programme\nsera ultérieurement publié.\nEn outre des interprètes de Prométhée, qui prendront une part aétive à ces Concerts,\nMM. Dorival, de l'Odéon, qui créa le rôle d'Hercule dans Dèjanire, Fonteix jeune, du\ngrand Théâtre du Lyon, Alexis Boyer, de l'Opéra-Comique, Mlle Lassara, MM. Azéma,\nMilhau, Billot, Valette, élèves du Conservatoire de Paris, prêteront également leur\nconcours gracieux.\nDes trains à marche rapide Se à prix réduits seront organisés dans toutes les\ndirections.\nVoici le programme des fêtes annoncées :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "/ r\nPROMETHEE, tragédie lyrique en 3 aétes, poème de Jean Lorrain & A. Ferdinand\nHérold, musique de Gabriel Fauré. Sous la haute direction des Auteurs.\nL'Orchestration des trois Musiques d'Harmonie a été traitée par M. Eustace, chef de\nmusique au 2e Régiment du Génie.\nRôles parles : Prométhée, M. de Max ; Pandore, Mlle Berthe Bady (de l'Odéon) ;\nHermès, Mlle Louise Dowe (tous du Théâtre National de l'Odéon).\nRôles chantés : Bia, Mme Fierens-Peters (de l'Opéra) ; Ainoë, Mlle Armande\nBourgeois (de l'Opéra); Gala, Mlle Flahaut (de l'Opéra); Kratos, M. Fonteix aîné (du\ngrand Théâtre de Marsèille) ; Hephaistos, M. Vallier (de la Monnaie, Bruxelles);\nAndros, M. Rousselière (de l'Opéra).\nBACCHUS MYSTIFIÉ, grand ballet pantomime inédit en 1 aéte, livret de M. Sylva\nSicard, musique de Max d'Ollone, chorégraphie & mise en scène de M. Bucourt\n(de l'Opéra).\nBacchus, M. Bucourt (de l'Opéra) ; Eglè, Lina Campana (ire danseuse de la Scala\nde Milan); Silène, M. de Gaspari (Mime de la Scala de Milan) ; 60 danseuses; Cortèges.\nMise en scène de M. Baudu, Régisseur général du Metropolitain-House de\nNew-York & du Covent-Garden de Londres. Décors de M. Jambon, peintre décorateur\nde l'Opéra. Construélion de la scène & agencements de M. Simon Bertrand, architede\n(Béziers). Costumes de la maison Cousin, de Paris.\n60 danseuses, sous la diredion de M. Bucourt (de l'Opéra), maître de ballet du\nThéâtre de la Gaîté.\nOrchestre d'Harmonie, sous la diredion de M. Eustace. Orchestre d'Harmonie,\nsous la diredion de M. Weinberger. Orchestre d'Harmonie (Lyre Biterroise), sous la\ndiredion de M. Alicot.\nOrchestre d'instruments à cordes. 20 harpes à pédales Érard, sous la diredion\nde M. Hasselmans, professeur au Conservatoire de Paris. 30 trompettes d'Harmonie\n(.Rallye Biterrois), chef : M. Aussenac.\n250 Choristes, hommes & femmes, dont la Chorale Biterroise, chef : M. Thalic, &\namateurs de Béziers. 450 Instrumentistes. Chœurs de femmes de Paris & Monte-\nCarlo.\nChef du chant Se des chœurs : M. Jean Nussy-Verdié.\nVoici la lettre que M. Camille Saint-Saëns écrivait récemment de Paris à M. Cas-\ntelbon de Beauxhostes :\nMon cher ami,\nVous savez si je me faisais une fête d'écrire la musique de Bacchus mystifié, dont j'avais\ndemandé le livret au doéteur Sicard; si je me réjouissais de donner un pendant à Javotte, dont\nla composition m'avait tant amusé ; mais le destin ne le voulait pas.\nIl me fallait d'abord songer à écrire la partition des Barbares, promise à l'Opéra. Tout\nd'abord, je fus retardé par mes collaborateurs, qui, reculant de semaine en semaine, me donnèrent\nà la fin d'oétobre un livret qui m'avait été promis pour la fin d'août.\nCe retard, tout en me contrariant, ne m'inquiétait pas encore. Je me mis à la besogne au\ncommencement de novembre, & parvins à m'isoler dans Paris pour travailler.\nA la fin de décembre, je me réfugiai à Bône, en Algérie, où je passai dans le calme & le\ntravail les mois de janvier, février & mars. Si j'avais pu y rester plus longtemps, j'aurais eu\nterminé mon opéra à la fin d'avril Se j'aurais pu venir facilement à bout de toute ma tâche.\nMais, président, cette année, de l'Académie des beaux-arts, j'avais dû promettre de revenir pour\nle mois d'avril. Je revins donc, pour trouver à Paris un temps affreux, la grippe, des .deuils de\nfamille, & des affaires innombrables. Il me fallait aller en Belgique, en Angleterre; le 15 avril\nje n'avais pas encore écrit une note! & alors la grippe funeste, que je n'avais pas eu le temps de\nsoigner, me donna une maladie connue depuis peu, Yinfeôlion grippale, se traduisant par une\nfièvre incessante, la toux, la perte de l'appétit. Je me remis pourtant au travail, mais j'avais"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "trouvé le bout de mes forces, je m'alitai Se tombai gravement malade, avec la perspective d'une\ntrès longue convalescence.\nDès lors, je compris que j'avais perdu la partie. Je fis appel au dévouement Se au talent de\nM. Max d'Ollone, un de nos plus brillants prix de Rome, qui voulut bien quitter les travaux en\ncours pour venir à mon aide Se sauver la situation compromise. Comme il n'avait pas assisté aux\nfêtes de Béziers, il eut la modestie de suivre mes conseils Se mes indications au sujet des conditions\ntoutes particulières dans lesquelles se produit la musique aux Arènes.\nIl a écrit une partition exquise, tout imprégnée de la fraîcheur de la jeunesse que je n'ai\nplus, Se pleine d'une habileté déjà consommée. Je ne doute pas que l'on rende justice non\nseulement à son mérite, mais aussi au dévouement dont il a fait preuve, Se qui est au-dessus de\ntout éloge.\nIl va sans dire que je serai à Béziers au mois d'août Se que je participerai au travail des\nrépétitions, ainsi que je l'ai fait pour Promèthèe, que nous allons revoir dans de meilleures\nconditions encore que l'année dernière.\nL'an prochain, nous aurons Patysatis, un drame étincelant Se terrible de Mme Dieulafoy, qui\nen a trouvé les éléments dans l'histoire de la Perse antique. Conçu dans la forme de Déjanire,\navec des chœurs évoluant dans l'arène, Se des danses, ce sera un merveilleux speétacle. J'en\nécrirai la musique l'hiver prochain, dans le doux climat des Canaries, Se, comme je n'aurai pas\nautre chose à faire, il serait bien étonnant que je n'en vinsse pas à bout.\nVous me pardonnerez, je l'espère, de n'avoir pas tenu mes promesses. J'y ai fait tous mes\nefforts, & il a fallu un concours vraiment extraordinaire de circonstances pour venir à bout de\nmon vouloir Se de ma ténacité.\nAgréez mes meilleures amitiés.\n\nC. SAINT-SAËNS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c013", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "292", "page_fin": "292", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.8", "titre_corps": "Ce fut une grande & belle pensée que celle d'utiliser les vastes arènes de Béziers", "titre_sommaire": "Ce fut une grande & belle pensée que celle d'utiliser les vastes arènes de Béziers", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.20", "debut_caractere": 1838, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "Ce fut une grande & belle pensée que celle d'utiliser les vastes arènes de Béziers\npour y représenter, dans des décors gigantesques Se sous un ciel incomparable, non\npas des tragédies antiques, mais des drames Se des tragédies lyriques modernes !\nCette pensée, on le sait, germa dans l'esprit de M. Castelbon de Beauxhostes, qui\napporta dans la réalisation de son rêve une énergie, un goût artistique, une belle\nhumeur qu'on ne saurait trop apprécier.\nIl ne ménagea ni ses forces ni sa fortune pour atteindre son but, & aujourd'hui\nce but est atteint : l'œuvre est fondée. Bien mieux, elle est prospère !\nLes écrivains Se les critiques éminents qui ont assisté aux inoubliables représen-\ntations de Déjanire Se de Promèthèe ont dénommé Béziers « le Bayreuth français », c'est-\nà-dire l'autel de l'art pur, de l'art pour l'art, sans autre préoccupation d'aucune sorte,\nsans arrière-pensée de mercantilisme !\nLe monde des lettres Se des arts, tous les esprits que le beau passionne seront\nassurés, une fois de plus, d'assister les 25 & 27 août, à d'incomparables solennités.\nL'immense scène sur laquelle se dérouleront les péripéties de la puissante tragédie\nlyrique arrachera encore un cri d'admiration à la foule. Ce speétacle, qui n'a pas\nd'équivalent ailleurs, se terminera par Bacchus mystifie, dont le scénario est l'œuvre de\nM. le doéteur Sicard, maire de Béziers, Se la musique de M. Max d'Ollone.\nCette œuvre nouvelle sera interprétée par 60 ballerines, à la tète desquelles se\nplacera la célèbre danseuse Lina Campana, qui créera le rôle d'Eglé, la plus belle des\nnaïades.\nLes rôles de Bacchus Se de Silène seront créés par deux renommés maîtres de\nballet.\nM. Jambon brosse, pour cette pantomime lyrique, un grand décor qui s'adaptera\nsur celui de Promèthèe.\nLes arènes de Béziers seront donc, les 25 Se 27 août prochain, le rendez-vous de\ntous ceux que la rénovation artistique préoccupe."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c014", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "293", "page_fin": "293", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.4.9", "titre_corps": "Les fêtes de Bayreuth.", "titre_sommaire": "Les fêtes de Bayreuth.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.21", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "Les fêtes de Bayreuth.\nAu moment où paraîtront ces lignes, finira le premier cycle des grandes solennités\ndramatiques & lyriques de Bayreuth, consacré au Ring des Nibelungen de Richard\nWagner :\nle jeudi, 25 juillet Rheingold.\nle vendredi, 26 » la IValkùre.\nle samedi, 27 » Siegfried.\nle dimanche, 28 » la Gotterdàmmerung (Crépuscule des dieux).\nVoici quel est le programme des représentations du mois d'août :\n14, 15, 16 & 17 août-DtT Ring des Nibelungen\n5, 7, 8, 11, 20 » Parsifal\n1, 4, 12, 19 » Der fliegende Hollander (le Vaisseau Fantôme).\nL'organisation de ces solennités est grandiose. Les quatre chefs d'orchestre, tous\nconnus du public parisien, sont MM. Félix Mottl, dr. Karl Muck, dr. Hans Richter,\nSe Siegfried Wagner. L'orchestre ne comprend pas moins de 11 5 musiciens. Le premier\nviolon est le professeur Cari Prill, maître des Concerts de la Cour de Vienne. Les\npremiers chanteurs sont les artistes les plus célèbres de l'Allemagne, de l'Autriche, delà\nSuède, des Pays-Bas. C'est M. Van Dyck qui, (avec M. Erik Schmedes, de Vienne),\ntiendra le rôle de Parsifal. Dans la Valkilre, le rôle de Sieglinde sera joué par Mme Marie\nWittich, de Dresde, Se celui de Brunnhilde par Mme Ellen Gulbranson, de Christiania.\nDans Siegfried, le rôle de Siegfried a été dévolu à M. Alois Burgstaller de Francfort, Se\ncelui de Mime à M. Hans Breuer, deVienne. Dans le Vaisseau Fantôme, Daland sera joué\npar M. Peter Heid Kamp, de Vienne, Se Senta par Mme Emmy Destin, de Berlin, qui,\naux concerts de notre Châtelet, il y a quelques mois, s'est fait applaudir en chantant de\nfaçon exquise un air de Samson et Dalila. Les chœurs sont ainsi composés : femmes,\n46 sujets; hommes, 27 ténors Se 30 basses.\nLes décors de Parsifal ont été faits sur les indications de M. Paul de Joukowsky Se\nde M. Brùckner, peintre de la Cour à Cobourg; ceux du Ring Se du Vaisseau Fantôme,\nsur celles de MM. les professeurs Brùckner. Les costumes de Parsifal ont été exécutés\nd'après les indications de M. de Joukowsky; ceux du Vaisseau Fantôme sont dus à\nM. Max Rossmann (Francfort); ceux du Ring ont été faits d'après les indications de\nMM. Hans Thoma (Karlsruhe) Se Arpad Schmidhammer (Munich) Se sont dus\nM. J. Scholz, inspecteur du théâtre de Leipzig.\nCeux qui ont déjà fait le pèlerinage de Bayreuth savent l'exceptionnelle valeur artis-\ntique de ces grandes solennités annuelles où le génie musical moderne, secondé par une\nscience minutieuse Se un respeCt absolu des chefs-d'œuvre, a certainement atteint son\nmaximum de puissance expressive Se d'éclat."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c015", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "293", "page_fin": "296", "image_debut": 21, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.5", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.21", "debut_caractere": 2551, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nKARL BüCHER. Travail et Rythme. Arbeit und Rhythmus, 2e édition, Leipzig,\n1899. x-412 p.)\n\nLe livre de M. K. Bûcher n'est plus très récent, puisque la 2e édition est datée\nde 1899 • en vérité il a subi en vue de cette seconde édition tant de changements Se\nsurtout tant d'additions que personne ne saurait plus utiliser la première (parue dans\nles Abhandlungen de l'Académie de Saxe) Se qu'il s'agit d'un ouvrage proprement nouveau ;"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.22", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 4146, "texte": "il n'est point trop tard pour en parler ici, car il ne semble pas qu'on y ait prêté en\nFrance toute l'attention qu'il mérite & qu'il a trouvée ailleurs.\nM. Bûcher essaie d'abord de définir la notion du travail : le travail chez l'homme\npeu civilisé ne se distingue pas aussi nettement du jeu que chez l'homme moderne.\nD'autre part beaucoup de travaux exécutés dans un état de civilisation inférieure se\nlaissent exécuter d'une manière plus ou moins rythmée ; & l'on a observé, par exemple\nen Afrique, avec quelle rigoureuse précision le rythme était observé par les travailleurs.\nIl est donc naturel de soutenir le rythme par un chant : & en effet beaucoup de travaux\nsont accompagnés d'un chant approprié. L'auteur passe en revue ces chants, dont il cite\nun grand nombre, les uns seulement avec leurs paroles, les autres aussi avec leur\nmélodie ; il montre comment le chant en arrive à être un moyen de régler le travail\ncollectif ; ces exemples, extrêmement nombreux, occupent la plus grande partie du livre.\n11 y a donc liaison intime du mouvement & du chant ; c'est dans la danse que cette\nliaison se laisse le mieux percevoir : le chant Se la danse sont étroitement associés chez\nle sauvage. M. B. est par là conduit à proposer une théorie sur l'origine de la musique\n& de la poésie : le rythme, qui, pour le sauvage, en est l'élément essentiel, provient des\nmouvements naturellement Se nécessairement rythmés qu'on exécute dans le travail,\nnon encore bien différencié d'avec le jeu.\nPrésentée avec beaucoup de taéi & de mesure, tout entourée Se comme étoffée de\nfaits curieux Se de citations poétiques & musicales, la théorie est rendue fort séduisante\npar le talent de son auteur; pour autant qu'il est permis d'exprimer une opinion sur des\nspéculations sur les origines des choses, on est tenté de croire qu'elle doit renfermer une\npart de vérité. Toutefois, M. Bûcher n'a pu écarter la difficulté fondamentale de toutes\nles recherches de ce genre : on a trop souvent affaire à des faits observés avec peu de\nprécision Se dont la critique est malaisée ou même tout à fait impossible ; Se, en tout cas,\nl'interprétation des faits reste en grande partie arbitraire. Il est d'ailleurs impossible de\nne pas faire quelques réserves de détail. Par exemple, l'auteur exagère l'absence du\nrythme dans le langage ; il est bien vrai que, dans aucune langue, les phrases ne sont\nsoumises à un rythme : le rythme n'apparaît que dans la littérature, poésie ou prose\nsavante, mais il n'en est pas de même de l'unité essentielle du langage, du mot : le mot\nest très souvent soumis à des conditions définies de rythme, Se, par exemple, dans les\nanciennes langues indo-européennes, qui avaient un rythme quantitatif (& non un rythme\nd'intensité, comme les langues modernes de l'Europe), certaines successions sont évitées :\nM. F. de Saussure a constaté que le grec a évité, à date ancienne, les formes présentant\nune succession de trois brèves consécutives, Se l'on a reconnu depuis que le sanskrit\nvédique présente la même particularité; près de deux brèves, ces langues ont besoin\nd'une longue servant de sommet rythmique ; dans les langues qui ont un accent d'intensité\nles mots longs présentent un ou plusieurs accents secondaires. Le mot, qui est l'élément\nfixe Se constant du langage, a donc un rythme, tout comme le travail ; les phrases du\nlangage ordinaire, destinées à satisfaire à un besoin transitoire, n'ont pas de rythme ;\nmais le rythme poétique Se musical est déjà en germe dans la langue, par le fait seul\nque le mot tend naturellement à présenter un certain rythme. Quoiqu'on puisse\npenser de la théorie sans doute trop exclusive de M. K. Bûcher, on en doit reconnaître\n1 importance, Se, la repoussât-on, on n'en saurait étudier l'exposé sans profit ni le\nparcourir sans y prendre un vif intérêt. On y verra comment, avant l'emploi des\nmachines, le travail, le jeu Se la musique ont pu s'associer, Se, si l'on ne suit pas\nM. Bûcher sur la question des origines, on éprouvera un vif plaisir à se reporter avec lui\naux temps Se aux lieux où un art encore simple ne se séparait pas des travaux de tous\nles jours.\n\nA. MEILLET."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.23", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 4059, "texte": "SCHUMANN. Neue Zeitschrift für Musik\n\nNos 23 &24 (5 juin & 12 juin 1901).\nLeipzig.\nCe journal vient de consacrer plusieurs articles à son illustre fondateur, R. Schu-\nmann. M. R. Musiol a fait le relevé des mesures employées par le compositeur; elles\nn'ont pas été choisies au hasard, tant s'en faut, & Schumann, (à propos de l'Ouverture\nÔ 0\nde Mélusine, de Mendelssohn), distingue fort nettement la mesure à de la mesure à\n4\n« Elle a certainement un caraétère moins passionné, plus fantastique, & demande une\ninterprétation plus calme ; elle nous surprend, pour ainsi dire, par son ampleur & son\nétendue. » Plusieurs pièces de Schumann sont une admirable illustration de ces lignes,\nentre autres la romance intitulée la Fleur de Lotus (Op. 33, n° 3), où la mélodie se déroule,\ndans ces grandes mesures à 6 noires, avec une grâce nonchalante Se féérique. Comment\ncroire, dès lors, qu'un musicien aussi sensible à d'exquises nuances ait marqué tout de\ntravers les barres de mesures dans sa Chanson de Moissonneur (Op. 68, n° 18)? Telle\nest cependant l'opinion de M. Riemann, qui « corrige » la faute dans l'édition parue chez\nSiegel à Leipzig. On ne peut qu'admirer l'érudition extraordinaire Se la puissante\nintelligence de l'un des plus grands théoriciens de la musique qui aient paru jusqu'à ce\njour, mais il est permis de se demander, avec M. Musiol, s'il n'est pas allé, pour une\nfois, un peu loin en changeant le rythme que Schumann avait voulu indiquer.\nL'étude de M. le Dr V. Joss est d'un caraétère moins abstrait : il s'agit de l'aventure\nde Schumann avec Ernestine von Fricken. C'était en 1834 ; Schumann aimait déjà la\nfille de son maître, Clara Wieck, lorsqu'il s'éprit brusquement d'une nouvelle venue,\nErnestine von Fricken, élève de Wieck comme lui. Rien ne justifiait une pareille\npassion. Kohut a beau affirmer, « d'après de bonnes sources, qu'Ernestine était une\njeune fille gaie, éveillée, naïve, Se profondément musicienne » ; il paraît bien établi que\nClara Wieck était une artiste bien supérieure à sa rivale inattendue. Schumann n'en aima\npas moins Ernestine, bien au contraire ; mais il l'aima moins longtemps : un jour vint\noù Clara reprit possession de ce cœur indocile Se sut le garder. Ernestine fut oubliée,\nSe Schumann, qui avait été jusqu'aux fiançailles, reprit sa parole. Telle est la simple\nhistoire que nous conte M. Joss ; rien de plus clair ni de plus humain, Se c'est à tort\nque l'on a fait grand mystère de ce petit drame où tout s'explique, sitôt que l'on ne va\npas chercher de lointaines explications.\nM. A. Schering, enfin, a consacré un intéressant article au sentiment tragique dans\nSchumann. L'auteur des Lieder est avant tout un poète lyrique, comme Schubert Se\nMendelssohn ; mais il n'a pas la naïveté du premier, ni la sentimentalité discrète du\nsecond. En son âme tourmentée, l'émotion retentit profondément Se éveille de mystérieux\néchos ; pour lui se vérifie toujours, mais avec une acuité toute moderne, le surgit amari\naliquid du poète ancien : au fond de toute joie, une douleur se lève. « A la fin, dit\nSchumann lui-même en parlant d'une de ses pièces (La fin de la Chanson), tout se résout\nen de joyeuses fiançailles, troublées bientôt par la souffrance venue de toi ; Se c'est comme\nun carillon nuptial mêlé à un glas funèbre. » Ce perpétuel conflit de sentiments contraires\nfait des œuvres les plus personnelles de Schumann des tragédies poignantes, comme les\npoètes ne peuvent en écrire, car elles sont sans personnages Se sans aCtion extérieure.\nLeur sujet n'est pas tel amour contrarié, tel espoir déçu, telle attente anxieuse, mais l'éter-\nnelle angoisse, l'éternel déboire Se l'éternelle contradiction que l'on trouve au fond de tout\nsentiment humain : la vaine Se douloureuse aspiration vers un monde supérieur d'un\nêtre rivé à la terre, toute la misère enfin du « roi dépossédé » de Pascal. Mais ici la foi\nchrétienne ne vient plus résoudre l'énigme de la destinée humaine, Se le musicien qui,\ncomme Heine, « de ses grandes douleurs fit ses brèves chansons », souffre Se se débat"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.24", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "sans merci. «Je ne sais rien, dit-il, que chanter jusqu'à en mourir, comme un rossignol! »\nM. Schering termine sur ce cri du « pauvre grand artiste »; on peut ajouter que\nl'inquiétude tragique de Schumann traverse, comme un souffle d'orage, plus d'une\nœuvre de Berlioz Se de Brahms, fait le sujet même du Tristan et Yseult de Wagner, Se se\nmêle miraculeusement, chez César Franck, au sentiment religieux. Elle est peut-être ce\nqu'il y a de plus nouveau & de plus émouvant dans l'art musical moderne.\n\nLOUIS LALOY.\n\nA. VON FIELITZ. Vier Stimmungsbilder (Quatre Pièces caractéristiques).\nPartition d'Orchestre. Leipzig, Breitkopf & Hârtel. (Les mêmes pour piano chez\nle même éditeur.)\nCes petites pièces, d'une faCture simple & claire, ne manquent pas d'agrément; &\nsi la 2e (Hntr'aéte) & la 3e (Hymnus) sortent de moules qui ont déjà beaucoup servi, les\nthèmes de la ire (Idylle) &dela 4e (Scherzo) sont assez intéressants; mais le dévelop-\npement n'a pas toute l'ampleur Se la variété qu'on est en droit de demander à une œuvre\nsymphonique. Ce grand orchestre, avec harpe, trombones Se quatre cors, perd un peu\nson temps & le nôtre à répéter, sans y changer grand'chose, des motifs déjà\ncourts par eux-mêmes. Nous n'avons pas le sentiment d'une marche, d'un progrès,\nencore moins celui d'une lutte ; nous entendons un agréable ramage, Se c'est tout. 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Bûcher n'est plus très récent, puisque la 2e édition est datée\nde 1899 • en vérité il a subi en vue de cette seconde édition tant de changements Se\nsurtout tant d'additions que personne ne saurait plus utiliser la première (parue dans\nles Abhandlungen de l'Académie de Saxe) Se qu'il s'agit d'un ouvrage proprement nouveau ;"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.22", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 4146, "texte": "il n'est point trop tard pour en parler ici, car il ne semble pas qu'on y ait prêté en\nFrance toute l'attention qu'il mérite & qu'il a trouvée ailleurs.\nM. Bûcher essaie d'abord de définir la notion du travail : le travail chez l'homme\npeu civilisé ne se distingue pas aussi nettement du jeu que chez l'homme moderne.\nD'autre part beaucoup de travaux exécutés dans un état de civilisation inférieure se\nlaissent exécuter d'une manière plus ou moins rythmée ; & l'on a observé, par exemple\nen Afrique, avec quelle rigoureuse précision le rythme était observé par les travailleurs.\nIl est donc naturel de soutenir le rythme par un chant : & en effet beaucoup de travaux\nsont accompagnés d'un chant approprié. L'auteur passe en revue ces chants, dont il cite\nun grand nombre, les uns seulement avec leurs paroles, les autres aussi avec leur\nmélodie ; il montre comment le chant en arrive à être un moyen de régler le travail\ncollectif ; ces exemples, extrêmement nombreux, occupent la plus grande partie du livre.\n11 y a donc liaison intime du mouvement & du chant ; c'est dans la danse que cette\nliaison se laisse le mieux percevoir : le chant Se la danse sont étroitement associés chez\nle sauvage. M. B. est par là conduit à proposer une théorie sur l'origine de la musique\n& de la poésie : le rythme, qui, pour le sauvage, en est l'élément essentiel, provient des\nmouvements naturellement Se nécessairement rythmés qu'on exécute dans le travail,\nnon encore bien différencié d'avec le jeu.\nPrésentée avec beaucoup de taéi & de mesure, tout entourée Se comme étoffée de\nfaits curieux Se de citations poétiques & musicales, la théorie est rendue fort séduisante\npar le talent de son auteur; pour autant qu'il est permis d'exprimer une opinion sur des\nspéculations sur les origines des choses, on est tenté de croire qu'elle doit renfermer une\npart de vérité. Toutefois, M. Bûcher n'a pu écarter la difficulté fondamentale de toutes\nles recherches de ce genre : on a trop souvent affaire à des faits observés avec peu de\nprécision Se dont la critique est malaisée ou même tout à fait impossible ; Se, en tout cas,\nl'interprétation des faits reste en grande partie arbitraire. Il est d'ailleurs impossible de\nne pas faire quelques réserves de détail. Par exemple, l'auteur exagère l'absence du\nrythme dans le langage ; il est bien vrai que, dans aucune langue, les phrases ne sont\nsoumises à un rythme : le rythme n'apparaît que dans la littérature, poésie ou prose\nsavante, mais il n'en est pas de même de l'unité essentielle du langage, du mot : le mot\nest très souvent soumis à des conditions définies de rythme, Se, par exemple, dans les\nanciennes langues indo-européennes, qui avaient un rythme quantitatif (& non un rythme\nd'intensité, comme les langues modernes de l'Europe), certaines successions sont évitées :\nM. F. de Saussure a constaté que le grec a évité, à date ancienne, les formes présentant\nune succession de trois brèves consécutives, Se l'on a reconnu depuis que le sanskrit\nvédique présente la même particularité; près de deux brèves, ces langues ont besoin\nd'une longue servant de sommet rythmique ; dans les langues qui ont un accent d'intensité\nles mots longs présentent un ou plusieurs accents secondaires. Le mot, qui est l'élément\nfixe Se constant du langage, a donc un rythme, tout comme le travail ; les phrases du\nlangage ordinaire, destinées à satisfaire à un besoin transitoire, n'ont pas de rythme ;\nmais le rythme poétique Se musical est déjà en germe dans la langue, par le fait seul\nque le mot tend naturellement à présenter un certain rythme. Quoiqu'on puisse\npenser de la théorie sans doute trop exclusive de M. K. Bûcher, on en doit reconnaître\n1 importance, Se, la repoussât-on, on n'en saurait étudier l'exposé sans profit ni le\nparcourir sans y prendre un vif intérêt. On y verra comment, avant l'emploi des\nmachines, le travail, le jeu Se la musique ont pu s'associer, Se, si l'on ne suit pas\nM. Bûcher sur la question des origines, on éprouvera un vif plaisir à se reporter avec lui\naux temps Se aux lieux où un art encore simple ne se séparait pas des travaux de tous\nles jours.\n\nA. MEILLET."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c017", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "295", "page_fin": "296", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.5.2", "titre_corps": "SCHUMANN. Neue Zeitschrift für Musik", "titre_sommaire": "SCHUMANN. 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Musiol a fait le relevé des mesures employées par le compositeur; elles\nn'ont pas été choisies au hasard, tant s'en faut, & Schumann, (à propos de l'Ouverture\nÔ 0\nde Mélusine, de Mendelssohn), distingue fort nettement la mesure à de la mesure à\n4\n« Elle a certainement un caraétère moins passionné, plus fantastique, & demande une\ninterprétation plus calme ; elle nous surprend, pour ainsi dire, par son ampleur & son\nétendue. » Plusieurs pièces de Schumann sont une admirable illustration de ces lignes,\nentre autres la romance intitulée la Fleur de Lotus (Op. 33, n° 3), où la mélodie se déroule,\ndans ces grandes mesures à 6 noires, avec une grâce nonchalante Se féérique. Comment\ncroire, dès lors, qu'un musicien aussi sensible à d'exquises nuances ait marqué tout de\ntravers les barres de mesures dans sa Chanson de Moissonneur (Op. 68, n° 18)? Telle\nest cependant l'opinion de M. Riemann, qui « corrige » la faute dans l'édition parue chez\nSiegel à Leipzig. On ne peut qu'admirer l'érudition extraordinaire Se la puissante\nintelligence de l'un des plus grands théoriciens de la musique qui aient paru jusqu'à ce\njour, mais il est permis de se demander, avec M. Musiol, s'il n'est pas allé, pour une\nfois, un peu loin en changeant le rythme que Schumann avait voulu indiquer.\nL'étude de M. le Dr V. Joss est d'un caraétère moins abstrait : il s'agit de l'aventure\nde Schumann avec Ernestine von Fricken. C'était en 1834 ; Schumann aimait déjà la\nfille de son maître, Clara Wieck, lorsqu'il s'éprit brusquement d'une nouvelle venue,\nErnestine von Fricken, élève de Wieck comme lui. Rien ne justifiait une pareille\npassion. Kohut a beau affirmer, « d'après de bonnes sources, qu'Ernestine était une\njeune fille gaie, éveillée, naïve, Se profondément musicienne » ; il paraît bien établi que\nClara Wieck était une artiste bien supérieure à sa rivale inattendue. Schumann n'en aima\npas moins Ernestine, bien au contraire ; mais il l'aima moins longtemps : un jour vint\noù Clara reprit possession de ce cœur indocile Se sut le garder. Ernestine fut oubliée,\nSe Schumann, qui avait été jusqu'aux fiançailles, reprit sa parole. Telle est la simple\nhistoire que nous conte M. Joss ; rien de plus clair ni de plus humain, Se c'est à tort\nque l'on a fait grand mystère de ce petit drame où tout s'explique, sitôt que l'on ne va\npas chercher de lointaines explications.\nM. A. Schering, enfin, a consacré un intéressant article au sentiment tragique dans\nSchumann. L'auteur des Lieder est avant tout un poète lyrique, comme Schubert Se\nMendelssohn ; mais il n'a pas la naïveté du premier, ni la sentimentalité discrète du\nsecond. En son âme tourmentée, l'émotion retentit profondément Se éveille de mystérieux\néchos ; pour lui se vérifie toujours, mais avec une acuité toute moderne, le surgit amari\naliquid du poète ancien : au fond de toute joie, une douleur se lève. « A la fin, dit\nSchumann lui-même en parlant d'une de ses pièces (La fin de la Chanson), tout se résout\nen de joyeuses fiançailles, troublées bientôt par la souffrance venue de toi ; Se c'est comme\nun carillon nuptial mêlé à un glas funèbre. » Ce perpétuel conflit de sentiments contraires\nfait des œuvres les plus personnelles de Schumann des tragédies poignantes, comme les\npoètes ne peuvent en écrire, car elles sont sans personnages Se sans aCtion extérieure.\nLeur sujet n'est pas tel amour contrarié, tel espoir déçu, telle attente anxieuse, mais l'éter-\nnelle angoisse, l'éternel déboire Se l'éternelle contradiction que l'on trouve au fond de tout\nsentiment humain : la vaine Se douloureuse aspiration vers un monde supérieur d'un\nêtre rivé à la terre, toute la misère enfin du « roi dépossédé » de Pascal. Mais ici la foi\nchrétienne ne vient plus résoudre l'énigme de la destinée humaine, Se le musicien qui,\ncomme Heine, « de ses grandes douleurs fit ses brèves chansons », souffre Se se débat"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.24", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 533, "texte": "sans merci. «Je ne sais rien, dit-il, que chanter jusqu'à en mourir, comme un rossignol! »\nM. Schering termine sur ce cri du « pauvre grand artiste »; on peut ajouter que\nl'inquiétude tragique de Schumann traverse, comme un souffle d'orage, plus d'une\nœuvre de Berlioz Se de Brahms, fait le sujet même du Tristan et Yseult de Wagner, Se se\nmêle miraculeusement, chez César Franck, au sentiment religieux. 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Ce grand orchestre, avec harpe, trombones Se quatre cors, perd un peu\nson temps & le nôtre à répéter, sans y changer grand'chose, des motifs déjà\ncourts par eux-mêmes. Nous n'avons pas le sentiment d'une marche, d'un progrès,\nencore moins celui d'une lutte ; nous entendons un agréable ramage, Se c'est tout. 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S. S. le Pape Léon XIII vient d'écrire au\nRme p£re abbé de Solesmes une lettre admirable, où il félicite hautement les Bénédictins\nde la Congrégation de France des travaux qu'ils ont consacrés à la restauration du\nplain-chant. Cette lettre est la juste récompense d'une œuvre où la foi & l'art ne sont\npas seuls intéressés, mais qui fait grand honneur à la science française.\n\nL'égalité des notes dans le plain-chant.\n\nIl y a dans les manuscrits des preuves intrinsèques de Végalité des notes dans le plain-\nchant.\nJ'ai l'intention de mettre en lumière une de ces preuves, selon moi décisive. Mais,\navant d'entrer dans des développements, il faut préciser exactement ce que nous devons\nentendre par « égalité de notes ». Il ne faut pas entendre une égalité mathématique,\nconstante, invariable, avec laquelle aucun rythme ne serait possible; il me semble\névident au contraire que tant les besoins du rythme que ceux de l'expression musicale"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.25", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "demandent fréquemment que certains sons soient élargis, considérablement même parfois\nSe jusqu'à en être doublés.\nMa pensée exaéte est celle-ci : Le temps rythmique simple équivaut en principe\nà une syllabe du texte littéraire dans le chant syllabique. Cette valeur type peut se\nprolonger, se doubler, se tripler, mais non se diviser. A supposer que nous appelions ce\ntemps premier une brève Se que nous le représentions par une croche\nnous aurons\ns'il le faut des longues, c'est-à-dire des noires\nmais nous n'aurons pas de demi-brèves\nou de double-croches.\nEn d'autres termes, le temps premier, comme dans la musique antique, est indivi-\nsible. Le neume, comme le pied rythmique des Grecs, résulte de la juxtaposition, ou\nmieux de l'addition de plusieurs temps de même valeur. Le temps premier étant\nl'unité :\nle groupe de deux notes vaudra invariablement deux unités :\ncelui de 3 notes, vaudra 3 unités\n» 4 » 4 »\n» 5 » 5 »\nDans la pensée de M. Boudard, au contraire, le neume provient de la division on\nde la broderie du temps premier. Celui-ci étant représenté par la croche (#H), le neume\nde deux notes sera formé de deux sons dont chacun équivaut à la moitié du temps\npremier :\ncelui de trois notes aura pour éléments les trois tiers du temps premier\ncelui de 4 notes, les 41/4 =\n; celui de 5, les 5 1/ç\nSe ainsi de\nsuite.\nMa formule serait : une note = / temps, tandis que celle de M. H. est : un neume\n= i temps.\nUne preuve que les notes sont égales, & que chacune d'elles a la valeur d'un temps\naussi bien dans le corps d'un groupe neumatique qu'à l'état isolé, c'est que le signe\ngraphique qui sert à les exprimer est le même dans les deux cas. La seule différence que\nl'on y puisse relever, c'est que dans le groupe ces signes sont rapprochés ou même liés\nentre eux, (Se c'est ce rapprochement seul qui constitue le groupe).\nAinsi par exemple les virgas (/ou /), les points (. ou _), les strophieus (?) qui, d'après\nM. H., pris séparément valent chacun un temps rythmique, se présentent ainsi dans la\ncomposition des groupes :\n&c... A ces formes il faut\nassimiler celles-ci, où les éléments primitifs sont non seulement juxtaposés, mais reliés\nles uns aux autres,\nSe leurs composés multiples /!/\nOr, a priori, avant toute preuve certaine du contraire, nous devons supposer que\ndes signes identiques représentent des valeurs identiques. Le seul fait que de tels signes\nsont unis, ou rapprochés, ou groupés de n'importe quelle manière pour constituer des\nunités d'un ordre supérieur, ne saurait autoriser à penser que ces signes ont perdu quoi\nque ce soit de leur valeur primitive. Il est d'usage en musique moderne de relier par des\nbarres des notes formant une unité rythmique complexe; ainsi on écrira, par exemple,\nau lieu de quatre croches séparées\nQue dirait-on de celui qui prétendrait\nque dans le premier exemple chaque note n'a que le quart de la valeur qui lui appartient\ndans le second?\nC'est cependant ce qui se produirait dans le plain-chant, selon M. H. ; d'après lui\nchaque unité perdrait de sa valeur dans la mesure même où s'augmente dans un groupe\nle nombre de ces unités."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.26", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "Et quelles preuves M. H. donne-t-il de cette affirmation bien faite pour surprendre?\nJ'ai lu son livre avec le plus grand soin, ainsi que les brochures qui l'accompagnent,\nSe je dois à la vérité de déclarer qu'à mon sens cette preuve n'a pas été faite : elle n'a pas\nmême été commencée.\nVoici un exemple des raisonnements employés par M. H. Dès la page 2 de son\nlivre, il s'écrie sur ce ton de triomphe qui lui est habituel : « Une des preuves irré-\n« futables qu'un signe, note ou groupe, égale « un temps » est celle-ci : Si tout groupe\n« composé de 4, 5, 6... notes ou plus, & représenté par un signe neumatique compliqué,\n« est regardé comme subdivisible en plusieurs temps successifs, il est inadmissible que\n« ce signe compliqué ait été créé, alors qu'il était infiniment plus logique d'écrire les\n« signes simples correspondant aux subdivisions supposées ou sous-entendues. »\nOr, en quoi consiste, dans la généralité des cas, ce prétendu signe compliqué?\nSimplement dans la réunion de plusieurs signes simples, par exemple :\nMais, en supposant, ce qui est au moins admissible comme hypothèse, que le\ncompositeur ait voulu conserver à chacun des éléments simples de ces groupes sa\nvaleur primitive de « un temps », comment, je le demande, aura-t-il pu s'y prendre\npour construire ces groupes, sinon en rapprochant, en réunissant ces unités? Et comment\nalors ces groupes différeront-ils des groupes que nous avons? Car, enfin, qu'a-t-il fait\nautre chose, ce compositeur, que d'écrire, les uns à la suite des autres, « les signes simples\n« correspondant aux subdivisions supposées ou sous-entendues »?\nEn vérité y a-t-il là l'ombre d'une preuve quelconque? Ceci n'empêche pas M. H.\nde déclarer cette démonstration « irréfutable », deux fois en moins de 20 lignes.\nIl en va de même des raisonnements contenus dans la 2me partie de son volume\n« Théorie des temps rythmiques », ainsi que dans 1' « Appendice », destinés l'un &\nl'autre à administrer la preuve sans réplique. J'accorde que les motifs qui s'y trouvent,\nlonguement & parfois laborieusement développés, pourraient offrir tout au plus quelques\nconfirmatur pour une thèse qui serait établie d'ailleurs par de bonnes raisons, mais il n'y\na point dans tout cela de vraie preuve.\nJe crois donc que l'on peut voir dans ce simple fait : l'identité des signes neuma-\ntiques identiques au dedans comme au dehors de la formule complexe, une preuve claire,\névidente que ces signes représentent d'un côté comme de l'autre une même valeur, un\ntemps rythmique. C'est là une preuve de bon sens, bien suffisante à mon avis pour\nasseoir une conviftion, jusqu'au moment où une étude scientifique aura démontré que\nce que nous avions pris pour une évidence n'était qu'une illusion.\nOr, cette preuve n'a pas été faite.\nJ'ajoute que, dans ma pensée, elle ne saurait l'être; car la thèse de Y égalité des\nnotes est prouvée d'ailleurs par des raisons qui me paraissent péremptoires, je vais en\nexposer une. Le leéteur appréciera.\nII\nJe la trouve dans l'usage si fréquent au moyen âge des Tropes Se des Séquences, qui\nforment une des parties les plus étendues Se les plus intéressantes de la littérature litur-\ngique & musicale entre le ixe & le xme siècles (1).\n(A suivre.)\n(1) Les tropes ont été étudiés avec beaucoup de soin par M. Léon Gautier dans YHist. de la Poésie\n\nX***"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.27", "debut_caractere": 2868, "fin_caractere_exclue": 4026, "texte": "liturgique au moyen âge, les Tropes, Paris, 1886, in-8° de 280 pp. M. L. G. a utilisé pour ce travail près\nde cinquante manuscrits tant de France que de l'étranger.\nEn fait de publications de tropaires & de prosiers, il n'en existe que deux à ma connaissance. La\npremière a été faite par la Société anglaise Henry Bradshaw Society... for the editing of rare liturgical\ntexts. C'est un tropaire de l'abbaye de Winchester publié à l'aide de plusieurs manuscrits : The Winchester\nTroper, from mss of the Xth and Xlth centuries, in-8° de XLViij-258 pp., plus 27 fac-similés photogra-\nphiques, & plusieurs planches en plain-chant moderne, Londres, 1894. La deuxième publication faite\ntout récemment par M. l'abbé Camille Daux, du dioc. de Montauban, comprend un tropaire-prosier ayant\nappartenu, selon l'cditeur, à l'abbaye bénédiétine de S. Martin de Montauriol (actuellement un faubourg de\nMontauban), d'après un ms en notation aquitaine du xie siècle. Paris, I9°C in-8° de Liij-210 pp. avec\ndeux planches phototypiques.\nMalheureusement ces publications, faites au point de vue liturgique exclusivement, laissent de côté à\npeu près entièrement le texte musical."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c020", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "296", "page_fin": "296", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.6.1", "titre_corps": "Le plain-chant à Solesmes. S. S. le Pape Léon XIII vient d'écrire au", "titre_sommaire": "Le plain-chant à Solesmes. S. 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Cette lettre est la juste récompense d'une œuvre où la foi & l'art ne sont\npas seuls intéressés, mais qui fait grand honneur à la science française."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c021", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "296", "page_fin": "299", "image_debut": 24, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.6.2", "titre_corps": "L'égalité des notes dans le plain-chant.", "titre_sommaire": "L'égalité des notes dans le plain-chant.", "signature_source": "X", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.24", "debut_caractere": 1927, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "L'égalité des notes dans le plain-chant.\n\nIl y a dans les manuscrits des preuves intrinsèques de Végalité des notes dans le plain-\nchant.\nJ'ai l'intention de mettre en lumière une de ces preuves, selon moi décisive. Mais,\navant d'entrer dans des développements, il faut préciser exactement ce que nous devons\nentendre par « égalité de notes ». Il ne faut pas entendre une égalité mathématique,\nconstante, invariable, avec laquelle aucun rythme ne serait possible; il me semble\névident au contraire que tant les besoins du rythme que ceux de l'expression musicale"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.25", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "demandent fréquemment que certains sons soient élargis, considérablement même parfois\nSe jusqu'à en être doublés.\nMa pensée exaéte est celle-ci : Le temps rythmique simple équivaut en principe\nà une syllabe du texte littéraire dans le chant syllabique. Cette valeur type peut se\nprolonger, se doubler, se tripler, mais non se diviser. A supposer que nous appelions ce\ntemps premier une brève Se que nous le représentions par une croche\nnous aurons\ns'il le faut des longues, c'est-à-dire des noires\nmais nous n'aurons pas de demi-brèves\nou de double-croches.\nEn d'autres termes, le temps premier, comme dans la musique antique, est indivi-\nsible. Le neume, comme le pied rythmique des Grecs, résulte de la juxtaposition, ou\nmieux de l'addition de plusieurs temps de même valeur. Le temps premier étant\nl'unité :\nle groupe de deux notes vaudra invariablement deux unités :\ncelui de 3 notes, vaudra 3 unités\n» 4 » 4 »\n» 5 » 5 »\nDans la pensée de M. Boudard, au contraire, le neume provient de la division on\nde la broderie du temps premier. Celui-ci étant représenté par la croche (#H), le neume\nde deux notes sera formé de deux sons dont chacun équivaut à la moitié du temps\npremier :\ncelui de trois notes aura pour éléments les trois tiers du temps premier\ncelui de 4 notes, les 41/4 =\n; celui de 5, les 5 1/ç\nSe ainsi de\nsuite.\nMa formule serait : une note = / temps, tandis que celle de M. H. est : un neume\n= i temps.\nUne preuve que les notes sont égales, & que chacune d'elles a la valeur d'un temps\naussi bien dans le corps d'un groupe neumatique qu'à l'état isolé, c'est que le signe\ngraphique qui sert à les exprimer est le même dans les deux cas. La seule différence que\nl'on y puisse relever, c'est que dans le groupe ces signes sont rapprochés ou même liés\nentre eux, (Se c'est ce rapprochement seul qui constitue le groupe).\nAinsi par exemple les virgas (/ou /), les points (. ou _), les strophieus (?) qui, d'après\nM. H., pris séparément valent chacun un temps rythmique, se présentent ainsi dans la\ncomposition des groupes :\n&c... A ces formes il faut\nassimiler celles-ci, où les éléments primitifs sont non seulement juxtaposés, mais reliés\nles uns aux autres,\nSe leurs composés multiples /!/\nOr, a priori, avant toute preuve certaine du contraire, nous devons supposer que\ndes signes identiques représentent des valeurs identiques. Le seul fait que de tels signes\nsont unis, ou rapprochés, ou groupés de n'importe quelle manière pour constituer des\nunités d'un ordre supérieur, ne saurait autoriser à penser que ces signes ont perdu quoi\nque ce soit de leur valeur primitive. Il est d'usage en musique moderne de relier par des\nbarres des notes formant une unité rythmique complexe; ainsi on écrira, par exemple,\nau lieu de quatre croches séparées\nQue dirait-on de celui qui prétendrait\nque dans le premier exemple chaque note n'a que le quart de la valeur qui lui appartient\ndans le second?\nC'est cependant ce qui se produirait dans le plain-chant, selon M. H. ; d'après lui\nchaque unité perdrait de sa valeur dans la mesure même où s'augmente dans un groupe\nle nombre de ces unités."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.26", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "Et quelles preuves M. H. donne-t-il de cette affirmation bien faite pour surprendre?\nJ'ai lu son livre avec le plus grand soin, ainsi que les brochures qui l'accompagnent,\nSe je dois à la vérité de déclarer qu'à mon sens cette preuve n'a pas été faite : elle n'a pas\nmême été commencée.\nVoici un exemple des raisonnements employés par M. H. Dès la page 2 de son\nlivre, il s'écrie sur ce ton de triomphe qui lui est habituel : « Une des preuves irré-\n« futables qu'un signe, note ou groupe, égale « un temps » est celle-ci : Si tout groupe\n« composé de 4, 5, 6... notes ou plus, & représenté par un signe neumatique compliqué,\n« est regardé comme subdivisible en plusieurs temps successifs, il est inadmissible que\n« ce signe compliqué ait été créé, alors qu'il était infiniment plus logique d'écrire les\n« signes simples correspondant aux subdivisions supposées ou sous-entendues. »\nOr, en quoi consiste, dans la généralité des cas, ce prétendu signe compliqué?\nSimplement dans la réunion de plusieurs signes simples, par exemple :\nMais, en supposant, ce qui est au moins admissible comme hypothèse, que le\ncompositeur ait voulu conserver à chacun des éléments simples de ces groupes sa\nvaleur primitive de « un temps », comment, je le demande, aura-t-il pu s'y prendre\npour construire ces groupes, sinon en rapprochant, en réunissant ces unités? Et comment\nalors ces groupes différeront-ils des groupes que nous avons? Car, enfin, qu'a-t-il fait\nautre chose, ce compositeur, que d'écrire, les uns à la suite des autres, « les signes simples\n« correspondant aux subdivisions supposées ou sous-entendues »?\nEn vérité y a-t-il là l'ombre d'une preuve quelconque? Ceci n'empêche pas M. H.\nde déclarer cette démonstration « irréfutable », deux fois en moins de 20 lignes.\nIl en va de même des raisonnements contenus dans la 2me partie de son volume\n« Théorie des temps rythmiques », ainsi que dans 1' « Appendice », destinés l'un &\nl'autre à administrer la preuve sans réplique. J'accorde que les motifs qui s'y trouvent,\nlonguement & parfois laborieusement développés, pourraient offrir tout au plus quelques\nconfirmatur pour une thèse qui serait établie d'ailleurs par de bonnes raisons, mais il n'y\na point dans tout cela de vraie preuve.\nJe crois donc que l'on peut voir dans ce simple fait : l'identité des signes neuma-\ntiques identiques au dedans comme au dehors de la formule complexe, une preuve claire,\névidente que ces signes représentent d'un côté comme de l'autre une même valeur, un\ntemps rythmique. C'est là une preuve de bon sens, bien suffisante à mon avis pour\nasseoir une conviftion, jusqu'au moment où une étude scientifique aura démontré que\nce que nous avions pris pour une évidence n'était qu'une illusion.\nOr, cette preuve n'a pas été faite.\nJ'ajoute que, dans ma pensée, elle ne saurait l'être; car la thèse de Y égalité des\nnotes est prouvée d'ailleurs par des raisons qui me paraissent péremptoires, je vais en\nexposer une. Le leéteur appréciera.\nII\nJe la trouve dans l'usage si fréquent au moyen âge des Tropes Se des Séquences, qui\nforment une des parties les plus étendues Se les plus intéressantes de la littérature litur-\ngique & musicale entre le ixe & le xme siècles (1).\n(A suivre.)\n(1) Les tropes ont été étudiés avec beaucoup de soin par M. Léon Gautier dans YHist. de la Poésie\n\nX***"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.27", "debut_caractere": 2868, "fin_caractere_exclue": 4026, "texte": "liturgique au moyen âge, les Tropes, Paris, 1886, in-8° de 280 pp. M. L. G. a utilisé pour ce travail près\nde cinquante manuscrits tant de France que de l'étranger.\nEn fait de publications de tropaires & de prosiers, il n'en existe que deux à ma connaissance. La\npremière a été faite par la Société anglaise Henry Bradshaw Society... for the editing of rare liturgical\ntexts. C'est un tropaire de l'abbaye de Winchester publié à l'aide de plusieurs manuscrits : The Winchester\nTroper, from mss of the Xth and Xlth centuries, in-8° de XLViij-258 pp., plus 27 fac-similés photogra-\nphiques, & plusieurs planches en plain-chant moderne, Londres, 1894. La deuxième publication faite\ntout récemment par M. l'abbé Camille Daux, du dioc. de Montauban, comprend un tropaire-prosier ayant\nappartenu, selon l'cditeur, à l'abbaye bénédiétine de S. Martin de Montauriol (actuellement un faubourg de\nMontauban), d'après un ms en notation aquitaine du xie siècle. Paris, I9°C in-8° de Liij-210 pp. avec\ndeux planches phototypiques.\nMalheureusement ces publications, faites au point de vue liturgique exclusivement, laissent de côté à\npeu près entièrement le texte musical."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-07-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-07_01#c037", "volume": "bmtnabj_1901-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "299", "page_fin": "304", "image_debut": 27, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.2.7", "titre_corps": "CORRESPONDANCE", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.27", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2866, "texte": "CORRESPONDANCE\n\nDans le dernier numéro de cette Revue, je rendais un « sincère hommage » à la valeur du\nlivre de MM. l'abbé Misset & P. Aubry ; mais, estimant que la franchise est, en certains cas, une\nmarque d'estime, & qu'on peut différer d'avis sur une question de philologie en donnant\nsimplement ses raisons, je faisais la réserve suivante : « Sur la question de l'authenticité des\nproses d'Adam, M. l'abbé Misset apporte plus de probabilités que de certitudes; en effet, pour\ndisqualifier certains écrivains il s'appuie trop souvent sur des misères, de simples coquilles\ncomme il y en a partout, & dans la dissertation de M. Misset lui-même. » Je citais un certain\nnombre de ces coquilles, mais précisément pour montrer qu'elles sont, selon moi, négligeables.\nEn cela, je me bornais à apprécier une méthode qui me paraît manquer de rigueur, & des\nconclusions qui ont besoin d'une mise au point. Je n'avais personne, ai-je besoin de le dire? à\ndéfendre ou à diminuer : mon seul souci était celui de l'exaétitude. En outre, je jugeais un\nlivre qu'on m'avait apporté, comme tant d'autres, sans que je l'eusse demandé. Aujourd'hui\nen invoquant la loi M. l'abbé Misset me demande l'insertion de la lettre suivante, que je suis\nd'ailleurs très heureux de publier. Contient-elle des raisons qui soient de nature à modifier ma\npremière opinion? Faut-il y voir autre chose que des insinuations, des minuties & des prouesses\nà côté ? Le leéteur en jugera. J. C.\nMonsieur,\nC'est toujours pour moi un véritable sujet d'admiration de voir la facilité, l'aisance,\nj'allais presque dire la grâce, avec laquelle certains érudits d'élite peuvent quitter leur\nspécialité pour apprécier ou déprécier (qu'importe?) des œuvres qui, à première vue,\nleur sont tout à fait étrangères, je n'ai pas cette souplesse heureuse. Je vous prierai donc\nde m'excuser si je me déclare incapable de m'acquitter jamais envers vous, soit en\nlouant, soit en critiquant (peu importerait d'ailleurs) vos Basses-danses ou vos Branles,\nvos Pavanes ou vos Gaillardes. Votre Branle-gai : Que je chatouille ta fossette, échappe à\nmon appréciation, & vos guiternes égrenant des perles de bonne gaité française (1) ne relèvent\npas de mon jugement.\nEn me permettant cette réflexion préliminaire, je ne veux pas insinuer, Monsieur,\nque vous avez parlé de mon Adam de Saint-Viétor, ou plutôt de notre Adam de Saint-\nViétor, à M. Aubry & à moi, avec la haute incompétence qui me caractériserait si je\nparlais « guiternes ». Je dois vous avouer néanmoins qu'avant de vous avoir lu je ne\nsoupçonnais pas vos connaissances spéciales en matière de proses ecclésiastiques & de\ncritique de textes du xue siècle (2). Excusez, je vous prie, mon ignorance. J'ajouterai\nmême, si vous le permettez, qu'après vous avoir lu je ne rougis qu'à demi de mon\nignorance d'antan. Excusez, je vous prie, ma sincérité."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.27", "debut_caractere": 4028, "fin_caractere_exclue": 4226, "texte": "(1) Revue d'Histoire et de Critiques musicales, N° 6, p. 246.\n(2) Le moyen âge n'appartient à personne. J'ai fait, moi aussi, des études d archéologie dont 1 une a\nobtenu un prix à l'lnstitut. J. C."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "300", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.28", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 4003, "texte": "Cela dit pour nous mettre chacun bien à l'aise, car rien ne vaut une situation nette,\nj'arrive immédiatement à vos critiques, de fond d'abord, de forme ensuite.\nVos critiques de fond m'ont fort réjoui. Vous défendez, avec une bonté d'âme qui\nvous fait honneur & une érudition qui retarde d'un quart de siècle, l'édition primitive\nde Léon Gautier, la seule venue à votre connaissance ! Ces deux gros volumes in-12 ont\nconquis votre cœur, & vous vous apitoyez sur la rudesse de main avec laquelle j'ai\ndémoli comme des capucins de carton les quatre autorités malencontreuses, invoquées,\nen 1858, par leur jeune éditeur, c'est-à-dire : le manuscrit 577 de Saint-Viétor, le Père\nSimon Gourdan, Jean de Toulouse & enfin Guillaume de Saint-Lô. —Jean de Toulouse\nsurtout excite votre particulière pitié & vous m'en voulez fort, je ne sais pourquoi,\nd'avoir osé dire que cet audacieux méridional n'était pas de première intelligence.\nAh! Monsieur, comme vous avez eu tort de vous en tenir aux deux gros volumes\nde 1858! Que n'êtes-vous donc allé chez Palmé, ou chez son successeur, demander le\ncharmant petit volume de luxe publié chez lui, en 1881 (1) ! Vous auriez vu,\nvous auriez appris que Léon Gautier, à la suite de mes critiques, a donné une seconde\nédition d'Adam, très différente de la première. Que n'êtes-vous allé simplement chez\nPicard! Vous auriez su là que, non content de donner une seconde édition, Léon Gautier\nen a donné une troisième(2) ! Vous auriez peut-être, dans ces deux éditions, fait des\ndécouvertes intéressantes! Vous y auriez appris, en tout cas, avec une surprise mêlée\nde profit, ce que Léon Gautier, mieux informé, pensait de ses quatre autorités primi-\ntives ! Il en pensait, Monsieur, à bien peu de chose près, ce que j'en pense moi-même.\nEt, s'il était encore de ce monde, il sourirait avec moi en voyant M. Combarieu le\ndéfendre contre moi, que dis-je? le défendre contre lui-même, & se fourvoyer, en 1901,\ndans des sentiers abandonnés depuis vingt ans de tous les érudits.\nPour l'édification de vos leéteurs & peut-être aussi pour leur grand étonnement,\npermettez-moi de démontrer ce que j'avance.\nD'abord, que pense Léon Gautier de la liste attribuée à Guillaume de Saint-Lô (3)?\nQuelque soit, a-t-il imprimé, Tauteur de la liste en question, il mérite à coup sûr d'être\njuge sévèrement. M. l'abbé Misset a démontré sans peine que ce très médiocre écrivain a\ncommis, en cette liste même, plus d'une méprise ridicule ; qu'il a admis dans sa nomenclature\ndes séquences de la première époque, et, par conséquent, antérieures à notre vifîorin; qu'il a\nregardé comme authentiques plusieurs autres pièces dont la rythmique diffère notablement de la\nrythmique d'Adam ou qui sont littérairement indignes d'un tel poète (4).\nDéfendez maintenant, s'il vous plaît, M. Combarieu, Guillaume de Saint-Lô contre\nLéon Gautier!\nPassons à la seconde autorité, à celle qui vous tient si fort à cœur (5), à Jean de\nToulouse. Que pense de lui Léon Gautier?\nDans la liste des Proses que nous donne ce viEtorin, il ne faut voir que la reproduction\nmatérielle et PEU INTELLIGENTE (le mot ici n'est pas de moi!) de la liste attribuée à Guil-\n\n(1) Œuvres poétiques d'Adam de Saint-Vittor, Texte critique, par Léon GAUTIER, Paris, Viétor Palmé,\nM DCCC LXXXI. (C'est justement après avoir lu cet ouvrage que j'ai rédigé mon article. Je pourrai\nindiquer de vive voix à M. Misset le nom du savant qui a bien voulu me le prêter pour quelques jours'\n- J. Q.\n(2) Œuvres poétiques d'Adam de Saint-Victor, Texte critique, par Léon GAUTIER, troisième édition. Paris,\nAlphonse Picard & fils, 1894. (Tout cela est à côté de la question. Ce qui est en cause, c'est la\nméthode de M. l'abbé Misset, qu'il faut juger en elle-même. On me prête ici des choses que je n'ai pas\ndites, pour se donner le plaisir facile de me réfuter. J. C).\n(3) L'opinion de Léon Gautier n'est nullement en question ici. J. C.\n(4) Troisième édition, p. ix.\n(5) Rien, dans ce que j'ai écrit, n'autorise ce langage. —J. C."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "301", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 4089, "texte": "lautne de Saint-Lô. Nous ne pouvons donc que répéter, au sujet des Annales de Jean de\nToulouse, ce que nous avancions tout à Vheure au sujet de la prétendue liste de Guillaume (1).\nDéfendez maintenant, M. Combarieu, Jean de Toulouse contre Léon Gautier!\nPassons à la troisième autorité, le Père Simon Gourdan. C'est encore Léon Gautier\nqui a la parole :\nIl est trop vrai que cet homme excellent et médiocre n'a connu les Proses d'Adam que\npar le Missel de Saint-Niéïor \\édite\\ en et XElucidâtorium ecclesiasticum de Clidtové\n(1556). C'est asse% dire que l'autorité du P. Gourdan peut être considérée comme NULLE (2).\nDu courage, allons, M. Combarieu, défendez le Père Simon Gourdan contre Léon\nGautier !\nReste la quatrième & dernière autorité, le manuscrit 577 de l'ancien fonds de Saint-\nViétor, aujourd'hui 14872 du fonds latin, Bibliothèque Nationale. C'est toujours Léon\nGautier que je charge de ma défense :\nLe recueil de Proses qui se trouve dans le manuscrit 14872 (ancien 577) n est réellement\nqu'une anthologie sans critique de Proses anonymes, composée sans doute vers la fin du\nXIXe siècle et ou l'on rencontre à la fois des éléments du Xe et du XIIIe siècle. Léon\nGautier constate plus loin que, sur //y Proses dont il est formé, le recueil du manuscrit 577\nen renferme seulement 49 qui appartiennent à Adam (3). Les fausses attributions se\nrencontrent donc en ce manuscrit dans la proportion de 7 contre 4, soit presque des\ndeux tiers !\nDéfendez maintenant, Monsieur, si vous en avez le courage, le manuscrit 577\ncontre mes attaques, qui sont celles de Léon Gautier. Affirmez que ce qui vous manque,\nc'est une preuve décisive contre ces autorités si compromises! Léon Gautier, qui était\nintéressé à ne pas voir cette preuve, l'a vue de ses yeux (4) 8c a reconnu son erreur dans\nla mesure où cela lui était possible (5). Peut-être admettrez-vous que ses études, tout en\nne portant ni sur les Pavanes ni sur les Branles-gais, lui donnaient quelque aptitude\npour comprendre la valeur d'une preuve liturgique. En tous cas, procurez-vous donc,\nMonsieur, sa seconde & sa troisième édition, étudiez-les, méditez-les; Se, s'il vous plaît\nalors, à vous ou à d'autres, de reprendre, de rouvrir, ainsi que vous m'en informez, la\nquestion considérée par moi comme close, je serai le premier, soyeç-en sûr, à m'en féliciter (6).\nDe vos critiques de fond, je passe à vos critiques de forme. Elles m'ont, elles aussi,\nsingulièrement amusé. Vous m'avez écrit, en m'accordant, (comme vous le deviez),\nl'autorisation de vous répondre dans vos colonnes : J'espère que nous ne perdrons pas de\ntemps à polémiquer sur des minuties ou des équivoques. Hélas ! Monsieur, les « minuties »\n8c les « équivoques » n'ont pas été introduites aux débats par mon fait, 8c je suis bien\ncontraint de vous suivre sur le terrain un peu étroit où vous avez vous-même porté la\nlutte (7). Vous avez étudié, à la loupe, en Zoïle ou en Aristarque, un in-40 de 322 pages.\n\n(1) Troisième édition, p. xi.\n(2) Troisième édition, p. xi.\n(3) Troisième édition, p. x & xi.\n(4) Pourquoi donc n'indiquez-vous pas cette preuve, au lieu de vous retrancher derrière l'autorité de\nquelqu'un qui l'a vue? toute la question est là. —J. C.\n(3) 11 a continué, en effet, à citer bien à tort, en tête de chaque Prose, les quatre prétendues auto-\nrités qu'il avait lui-même renversées dans sa Préface ! Même le P. Simon Gourdan (!!), c'est tout dire.\n(6) Vous me reprochez de n'avoir pas donné une bibliographie de l'abbaye de Saint-Viélor en tête de\nmon volume ! Je n'ai aucun goût, Monsieur, pour cette érudition facile, qui se trouve partout & où l'on\ncite tout à propos de tout. Que viennent faire, à propos des séquences d'Adam, la philosophie scolastique,\nd'Hauréau ; la faculté de théologie de Paris, de l'abbé Ferret, le Gallia christiana, Y Histoire générale de\nParis, &c. &c. & tout l'appareil de science que vous nous exposez en 20 lignes, p. 254 ? Vous auriez pu\nprolonger la liste indéfiniment.\n(7) J'ai cité des coquilles, précisément pour montrer qu'elles n'autorisaient aucune conclusion sur le\nfond. J. C."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "302", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.30", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 4094, "texte": "Vous y avez ramassé pêle-mêle des coquilles de prote (1), des formes orthographiques\ntextuellement transcrites de Léon Gautier, sur lesquelles je me propose de revenir tout\nà l'heure, & même une faute de mon ami Aubry (2). (A la rescousse, mon cher Admi-\nnistrateur, contre votre impitoyable Directeur !) Vous avez alors jeté, sur le dos de l'abbé\nMisset, tous les péchés ou plutôt toutes les peccadilles d'lsraël î Malgré cela votre\ncritique restait d'une maigreur désespérante. Pour la corser, vous avez eu une idée\nlumineuse ! Vous vous êtes dit : Si je faisais, moi, Combarieu, une équivoque de\npremière grandeur, des fautes d'anglais, des fautes de critique de texte, des fautes de\nmétrique, des barbarismes, & si j'en chargeais le « terrible » abbé Misset? Eh bien !\nvous avez fait tout cela, oui, tout cela, Monsieur Combarieu, dans une seule page de\nvotre compte-rendu. —Jugez-en.\nL'équivoque est flagrante. Vous me reprochez d'écrire, dans mes trois premiers\nchapitres : Jubilemus avec un j, Jœtabundus avec un ce, tandis que ma Préface porte que\nje supprime dans mon Texte le y & Y ce. Mais, Monsieur, mes trois premiers chapitres ne\nsont pas mon Texte. Mon Texte commence à la page 166, où un onzième (3), (pardon de\nmon barbarisme !) épèlerait en grosses capitales : TEXTE LITTÉRAIRE ! J'ai d'ailleurs pris\nsoin d'avertir, toujours dans ma Préface, que mes trois premiers chapitres, parus en 1881,\nseraient, pour les renvois & pour les notes, identiques à ce qu'ils étaient alors, conformes\npar conséquent à la première édition de Léon Gautier, seule existante alors ! L'incohé-\nrence, Monsieur, n'est donc pas dans mon texte ; elle est dans le texte de Léon Gautier\ncomparé au mien; elle est dans votre esprit qui rapproche sans critique les deux textes !\nDe même la phrase qui vous choque : L'illustre cardinal Pitra nous pardonnera de lui\nsignaler deux vers faux, cette phrase, dis-je, n'a rien qui doive choquer un esprit réfléchi.\nElle a été écrite en 1881, je l'ai rééditée telle qu'elle avait paru en 1881, j'ai eu soin\nd'en informer le leéteur, elle n'est donc pas postérieure, sauf peut-être dans votre esprit,\nà la mort du cardinal Pitra, survenue en 1889. donc équivoque ici, Monsieur, sinon\nvous? Qui donc, sinon vous, s'arrête à des minuties?\nVotre leçon d'anglais vaut votre leçon d'orthographe latine & votre rappel à la\nchronologie ! Vous me reprochez, non sans acrimonie, d'avoir écrit Cantorbèry (avec\nun accent sur l'é), au lieu de Cantorbèry, en oubliant qu'il n'y a pas d'accents en anglais !\nMais d'abord, j'ai la prétention d'écrire en français. Or, il y a des accents en français,\n& nous écrivons, de ce côté-ci de la Manche, Cantorbèry avec un accent sur l'é. Quant\naux Anglais, êtes-vous bien sûr qu'ils écrivent Cantorbèry avec un e non accentué? Sans\nvouloir comparer ma force en anglais avec la vôtre, je crois que les Anglais disent\nCanterbury avec un u. Que vous en semble ?\nVotre leçon de latin est de même valeur que votre leçon d'anglais. Vous me\nreprochez d'avoir écrit, à la suite de Léon Gautier :\nChristus enim desponsat hodie\nMatrem nostram, norma justitiae,\nQuam de lacu traxit miserise\nEcclesiam.\n\n(1) Grecis pour grecs ! 3 mots allemands dans une note que le prote avait ordre de supprimer (!)\n& qui d'ailleurs est traduite textuellement dans le texte. Vigit argus au lieu de vigil argus que porte\nma première édition ! Coûtés au lieu de coûté que porte ma première édition. Et c'est tout en\n322 pages. Je vote au prote des félicitations!\n(2) Vous alleç quelquefois jusqu'à la faute de français. Vous dites, p. 114 : On la devine (la césure)\nplutôt qu'on en peut prouver la réalité. Le prote a oublié ïn avant en & l'apostrophe!! Mais cette faute se\ntrouve dans le chapitre musical {où vous croyeç reconnaître la main très experte de M. Aubry). Pourquoi\nalors me gratifier, moi, de la coquille du prote transformée en « faute de français. »?\n(3) Vous ne me pardonnez pas d'avoir dit : un septième pour « un élève de septième » ! Quel terrible\nprofesseur vous êtes ! Mais je suis un écolier non moins terrible, & je récidive."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.31", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3646, "texte": "Page J 7, me dites-vous en effet, vous imprimeÇ : matrem nostram, NORMA justitiœ (au lieu\nde NORMAM ?) Hélas, Monsieur, si, au moyen âge, vous aviez dit de l'Église qu'elle\nest norma justitice, c'est-à-dire le modèle de toute justice, vous auriez pu avoir maille à\npartir avec l'lnquisition, ni plus ni moins ! Le Christ seul en effet, parce qu'il est Dieu,\nest Yexemplar, la norma de toute justice. L'Église est Yexemplum, la forma, non la\nnorma. Théologiquement donc, vous ne deviez pas proposer la correction : normam\njustitice qui fait rapporter normam à Ecclesiam. Vous pouviez par contre, comme on l'a\nfait dans le Missel moderne de Paris, appliquer ici la fameuse règle de Lhomond :\nLudovicus rex, Se faire de norma une apposition à Christus. Les correcteurs du Missel de\nParis, afin de bien préciser ce sens, ont fait une interversion d'hémistiches & ont écrit :\nChristus enim, norma justitiae,\nMatrem nostram desponsat hodie.\nMais, voulez-vous toute ma pensée? Je crois que le Missel de Paris n'a peut-être pas vu\nle sens vrai de ce passage. La vieille traduCtion du xve siècle, publiée par Léon Gautier,\nnous en donne un autre, très grammatical & très théologique. Elle fait de norma un\nablatif, Se le sens qu'elle adopte est celui-ci : Le Christ prend aujourd'hui notre mère\nl'Église pour son épouse, Se il est juste qu'elle lui appartienne, car il l'a tirée de l'abîme\nde misère où elle gisait :\nCar Ihesu Crist a nostre mere\nQu'il a trait du fons de misere\nAu jour d'hui son espouse prise\nPar justice : c'est sainte Église. (T. 1, p. 184).\nEn tout cas, Monsieur, si l'on peut accepter norma au nominatif ou à l'ablatif, il est\nimpossible de le corriger en normam comme vous proposez, car il donne alors un contre-\nsens (1).\nVotre leçon de métrique vaut votre leçon d'anglais & votre leçon de latin.\nPage 70, me dites-vous, vous passer un pentamètre faux, sans le signaler selon votre\nhabitude un peu rude, dans une citation de Pierre de Riga. Voici ce pentamètre :\nÇJ _ 1\nVirus non HABUIT iste nec ille dolum. La syllabe it de habuit est évidemment celle\nqui a, bien à tort, éveillé vos susceptibilités classiques Se que vous auriez voulu me voir\nsignaler, selon mon habitude un peu rude. Mais, si je l'avais signalée, Monsieur, j'aurais\nmoi-même commis une faute de métrique. Voici pourquoi : Même dans la poésie clas-\nsique, la syllabe brève qui précède immédiatement la césure du pentamètre daèiylique\ns'allonge quelquefois par le seul fait de sa position. Or, cet allongement est la règle au\nmoyen âge ; il est la règle dans Pierre de Riga. C'est par centaines que vous en trouverez\ndes exemples dans son Aurora, si jamais vous vous donnez la peine ou le plaisir de la\nlire. Votre observation métrique tombe donc à faux ; elle dénote uniquement votre peu\nde familiarité avec la poésie du moyen âge (2) ! Non omnia possumus omnes ! Vous êtes\nexcusable.\nJ'achève. Vous me reprochez un barbarisme! Ce serait grave si c'était vrai ! Vous\n\n(1) Vous signalez comme provenant d'une mauvaise lecture (de Léon Gautier) radiantes velut enses,\npour radiant, assurez-vous. Je ne partage point votre certitude & je me suis contenté, sagement, je crois,\nde mettre en note : Comment scander ce vers ? Peut-être convient-il de remplacer radiantes par ardentes.\nMais ce n'est qu'une conjeéture.\n(2) S'il en est ainsi, comment se fait-il donc que je retrouve dans votre livre, page 112, l'analyse\nrythmique d'une pièce latine du moyen âge, textuellement empruntée à un de mes livres ? Je profite de\nl'occasion pour m'étonner de ne pas voir mon nom indiqué au moins dans une note, à propos de cet\nemprunt, comme c'est l'usage. J. C."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "304", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.32", "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "faites, imprimez-vous, quelquefois des barbarismes, ear vous dites, p. 73 : SPICELEGIUM\nde SoJesmes, alors qu'il faudrait dire, pour être correïï : SPICILF.GIUM SOLEMNENSE. Ça,\nMonsieur, c'est un comble ! Ce n'est pas moi en effet qui écris : SPICELEGIUM, avec un E,\nc'est vous! (1) Ce n'est pas moi qui écris SOLEMNENSE au lieu de SOLESMENSE, c'est\nencore vous! De sorte que vous me reprochez un barbarisme à vous appartenant & que\nvous en faites un autre en prétendant corriger celui que vous me prêtez. Comme coup\ndouble, c'est réussi ! D'ailleurs de quel droit me forceriez-vous à dire : Spicilège de\nSolesmes ou Spicilegium Solesmense? Le mot spieilêge me déplaît ; il produit, je trouve, un\nbizarre effet & a le grand tort d'être un mot savant & prétentieux. C'est donc mon droit\nde ne pas l'employer & de dire : Spicilegium de Solesmes ou Spicilegium de dom Pitra, sans\nqu'aucun professeur ait le droit de me traiter comme il traiterait un « troisième » ou\nun « seconde » (encore un barbarisme, d'après vous, Monsieur) qui parlerait le jargon\nde Martine ou de Marote !\nJ'ai fini, & je suis vraiment navré qu'un homme, intelligent comme vous l'êtes, se\nsoit laissé aller par je ne sais quelles considérations, sous je ne sais quelles influences (2),\nà traiter si peu sérieusement un ouvrage sérieux. Vous avez voulu, Monsieur, avoir la\ndent dure. C'était votre droit. Je n'aime pas moi-même les critiques à l'eau de rose.\nMais le tout n'est pas de mordre. Il faut mordre à propos, où il faut Se comme il faut.\nVous l'avez oublié.\n\nE. MISSET.\n\nP. AUBRY.\nJ'ai donné à l'auteur de la lettre qu'on vient de lire toute latitude pour produire ses preuves.\nElles se réduisent à ceci : M. L. Gautier était de mon avis... L'article auquel M. l'abbé Misset a\nvoulu répondre n'engageait que moi-même, comme le prouve la note suivante de M. Aubry :\nCher Monsieur Combarieu,\nJe dois à M. l'abbé Misset mes quelques connaissances de poésie liturgique ; depuis,\nj'ai eu l'honneur de collaborer avec lui à la publication d'Adam de Saint-Viftor : c'est\nassez dire que je suis d'accord avec mon collaborateur & ami sur la question de philo-\nlogie que nous avons traitée ensemble.\nRecevez, je vous prie, cher Monsieur Combarieu, l'assurance de mes sentiments\ndévoués.\n\n(1) Ici, M. l'abbé Misset a parfaitement raison. Cependant, le barbarisme consiste à insérer un mot\nfrançais dans un titre rédigé en latin, & c'est celui que j'ai relevé. J. C.\n(2) J'attendais cette insinuation, & j'en prends aéte ; mais à quoi donc peut bien penser M. Misset\nen parlant ainsi ? Je lui demanderais de s'expliquer plus franchement s'il ne me paraissait être dans un\nétat d'esprit tout à fait hors de propos. J. 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Misset lui-même. » Je citais un certain\nnombre de ces coquilles, mais précisément pour montrer qu'elles sont, selon moi, négligeables.\nEn cela, je me bornais à apprécier une méthode qui me paraît manquer de rigueur, & des\nconclusions qui ont besoin d'une mise au point. Je n'avais personne, ai-je besoin de le dire? à\ndéfendre ou à diminuer : mon seul souci était celui de l'exaétitude. En outre, je jugeais un\nlivre qu'on m'avait apporté, comme tant d'autres, sans que je l'eusse demandé. Aujourd'hui\nen invoquant la loi M. l'abbé Misset me demande l'insertion de la lettre suivante, que je suis\nd'ailleurs très heureux de publier. Contient-elle des raisons qui soient de nature à modifier ma\npremière opinion? Faut-il y voir autre chose que des insinuations, des minuties & des prouesses\nà côté ? Le leéteur en jugera. J. C.\nMonsieur,\nC'est toujours pour moi un véritable sujet d'admiration de voir la facilité, l'aisance,\nj'allais presque dire la grâce, avec laquelle certains érudits d'élite peuvent quitter leur\nspécialité pour apprécier ou déprécier (qu'importe?) des œuvres qui, à première vue,\nleur sont tout à fait étrangères, je n'ai pas cette souplesse heureuse. Je vous prierai donc\nde m'excuser si je me déclare incapable de m'acquitter jamais envers vous, soit en\nlouant, soit en critiquant (peu importerait d'ailleurs) vos Basses-danses ou vos Branles,\nvos Pavanes ou vos Gaillardes. Votre Branle-gai : Que je chatouille ta fossette, échappe à\nmon appréciation, & vos guiternes égrenant des perles de bonne gaité française (1) ne relèvent\npas de mon jugement.\nEn me permettant cette réflexion préliminaire, je ne veux pas insinuer, Monsieur,\nque vous avez parlé de mon Adam de Saint-Viétor, ou plutôt de notre Adam de Saint-\nViétor, à M. Aubry & à moi, avec la haute incompétence qui me caractériserait si je\nparlais « guiternes ». Je dois vous avouer néanmoins qu'avant de vous avoir lu je ne\nsoupçonnais pas vos connaissances spéciales en matière de proses ecclésiastiques & de\ncritique de textes du xue siècle (2). Excusez, je vous prie, mon ignorance. J'ajouterai\nmême, si vous le permettez, qu'après vous avoir lu je ne rougis qu'à demi de mon\nignorance d'antan. Excusez, je vous prie, ma sincérité."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.27", "debut_caractere": 4028, "fin_caractere_exclue": 4226, "texte": "(1) Revue d'Histoire et de Critiques musicales, N° 6, p. 246.\n(2) Le moyen âge n'appartient à personne. J'ai fait, moi aussi, des études d archéologie dont 1 une a\nobtenu un prix à l'lnstitut. J. 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Ces deux gros volumes in-12 ont\nconquis votre cœur, & vous vous apitoyez sur la rudesse de main avec laquelle j'ai\ndémoli comme des capucins de carton les quatre autorités malencontreuses, invoquées,\nen 1858, par leur jeune éditeur, c'est-à-dire : le manuscrit 577 de Saint-Viétor, le Père\nSimon Gourdan, Jean de Toulouse & enfin Guillaume de Saint-Lô. —Jean de Toulouse\nsurtout excite votre particulière pitié & vous m'en voulez fort, je ne sais pourquoi,\nd'avoir osé dire que cet audacieux méridional n'était pas de première intelligence.\nAh! Monsieur, comme vous avez eu tort de vous en tenir aux deux gros volumes\nde 1858! Que n'êtes-vous donc allé chez Palmé, ou chez son successeur, demander le\ncharmant petit volume de luxe publié chez lui, en 1881 (1) ! Vous auriez vu,\nvous auriez appris que Léon Gautier, à la suite de mes critiques, a donné une seconde\nédition d'Adam, très différente de la première. Que n'êtes-vous allé simplement chez\nPicard! Vous auriez su là que, non content de donner une seconde édition, Léon Gautier\nen a donné une troisième(2) ! Vous auriez peut-être, dans ces deux éditions, fait des\ndécouvertes intéressantes! Vous y auriez appris, en tout cas, avec une surprise mêlée\nde profit, ce que Léon Gautier, mieux informé, pensait de ses quatre autorités primi-\ntives ! Il en pensait, Monsieur, à bien peu de chose près, ce que j'en pense moi-même.\nEt, s'il était encore de ce monde, il sourirait avec moi en voyant M. Combarieu le\ndéfendre contre moi, que dis-je? le défendre contre lui-même, & se fourvoyer, en 1901,\ndans des sentiers abandonnés depuis vingt ans de tous les érudits.\nPour l'édification de vos leéteurs & peut-être aussi pour leur grand étonnement,\npermettez-moi de démontrer ce que j'avance.\nD'abord, que pense Léon Gautier de la liste attribuée à Guillaume de Saint-Lô (3)?\nQuelque soit, a-t-il imprimé, Tauteur de la liste en question, il mérite à coup sûr d'être\njuge sévèrement. M. l'abbé Misset a démontré sans peine que ce très médiocre écrivain a\ncommis, en cette liste même, plus d'une méprise ridicule ; qu'il a admis dans sa nomenclature\ndes séquences de la première époque, et, par conséquent, antérieures à notre vifîorin; qu'il a\nregardé comme authentiques plusieurs autres pièces dont la rythmique diffère notablement de la\nrythmique d'Adam ou qui sont littérairement indignes d'un tel poète (4).\nDéfendez maintenant, s'il vous plaît, M. Combarieu, Guillaume de Saint-Lô contre\nLéon Gautier!\nPassons à la seconde autorité, à celle qui vous tient si fort à cœur (5), à Jean de\nToulouse. Que pense de lui Léon Gautier?\nDans la liste des Proses que nous donne ce viEtorin, il ne faut voir que la reproduction\nmatérielle et PEU INTELLIGENTE (le mot ici n'est pas de moi!) de la liste attribuée à Guil-\n\n(1) Œuvres poétiques d'Adam de Saint-Vittor, Texte critique, par Léon GAUTIER, Paris, Viétor Palmé,\nM DCCC LXXXI. (C'est justement après avoir lu cet ouvrage que j'ai rédigé mon article. Je pourrai\nindiquer de vive voix à M. Misset le nom du savant qui a bien voulu me le prêter pour quelques jours'\n- J. Q.\n(2) Œuvres poétiques d'Adam de Saint-Victor, Texte critique, par Léon GAUTIER, troisième édition. Paris,\nAlphonse Picard & fils, 1894. (Tout cela est à côté de la question. Ce qui est en cause, c'est la\nméthode de M. l'abbé Misset, qu'il faut juger en elle-même. On me prête ici des choses que je n'ai pas\ndites, pour se donner le plaisir facile de me réfuter. J. C).\n(3) L'opinion de Léon Gautier n'est nullement en question ici. J. C.\n(4) Troisième édition, p. ix.\n(5) Rien, dans ce que j'ai écrit, n'autorise ce langage. —J. C."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "301", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 4089, "texte": "lautne de Saint-Lô. Nous ne pouvons donc que répéter, au sujet des Annales de Jean de\nToulouse, ce que nous avancions tout à Vheure au sujet de la prétendue liste de Guillaume (1).\nDéfendez maintenant, M. Combarieu, Jean de Toulouse contre Léon Gautier!\nPassons à la troisième autorité, le Père Simon Gourdan. C'est encore Léon Gautier\nqui a la parole :\nIl est trop vrai que cet homme excellent et médiocre n'a connu les Proses d'Adam que\npar le Missel de Saint-Niéïor \\édite\\ en et XElucidâtorium ecclesiasticum de Clidtové\n(1556). C'est asse% dire que l'autorité du P. Gourdan peut être considérée comme NULLE (2).\nDu courage, allons, M. Combarieu, défendez le Père Simon Gourdan contre Léon\nGautier !\nReste la quatrième & dernière autorité, le manuscrit 577 de l'ancien fonds de Saint-\nViétor, aujourd'hui 14872 du fonds latin, Bibliothèque Nationale. C'est toujours Léon\nGautier que je charge de ma défense :\nLe recueil de Proses qui se trouve dans le manuscrit 14872 (ancien 577) n est réellement\nqu'une anthologie sans critique de Proses anonymes, composée sans doute vers la fin du\nXIXe siècle et ou l'on rencontre à la fois des éléments du Xe et du XIIIe siècle. Léon\nGautier constate plus loin que, sur //y Proses dont il est formé, le recueil du manuscrit 577\nen renferme seulement 49 qui appartiennent à Adam (3). Les fausses attributions se\nrencontrent donc en ce manuscrit dans la proportion de 7 contre 4, soit presque des\ndeux tiers !\nDéfendez maintenant, Monsieur, si vous en avez le courage, le manuscrit 577\ncontre mes attaques, qui sont celles de Léon Gautier. Affirmez que ce qui vous manque,\nc'est une preuve décisive contre ces autorités si compromises! Léon Gautier, qui était\nintéressé à ne pas voir cette preuve, l'a vue de ses yeux (4) 8c a reconnu son erreur dans\nla mesure où cela lui était possible (5). Peut-être admettrez-vous que ses études, tout en\nne portant ni sur les Pavanes ni sur les Branles-gais, lui donnaient quelque aptitude\npour comprendre la valeur d'une preuve liturgique. En tous cas, procurez-vous donc,\nMonsieur, sa seconde & sa troisième édition, étudiez-les, méditez-les; Se, s'il vous plaît\nalors, à vous ou à d'autres, de reprendre, de rouvrir, ainsi que vous m'en informez, la\nquestion considérée par moi comme close, je serai le premier, soyeç-en sûr, à m'en féliciter (6).\nDe vos critiques de fond, je passe à vos critiques de forme. Elles m'ont, elles aussi,\nsingulièrement amusé. Vous m'avez écrit, en m'accordant, (comme vous le deviez),\nl'autorisation de vous répondre dans vos colonnes : J'espère que nous ne perdrons pas de\ntemps à polémiquer sur des minuties ou des équivoques. Hélas ! Monsieur, les « minuties »\n8c les « équivoques » n'ont pas été introduites aux débats par mon fait, 8c je suis bien\ncontraint de vous suivre sur le terrain un peu étroit où vous avez vous-même porté la\nlutte (7). Vous avez étudié, à la loupe, en Zoïle ou en Aristarque, un in-40 de 322 pages.\n\n(1) Troisième édition, p. xi.\n(2) Troisième édition, p. xi.\n(3) Troisième édition, p. x & xi.\n(4) Pourquoi donc n'indiquez-vous pas cette preuve, au lieu de vous retrancher derrière l'autorité de\nquelqu'un qui l'a vue? toute la question est là. —J. C.\n(3) 11 a continué, en effet, à citer bien à tort, en tête de chaque Prose, les quatre prétendues auto-\nrités qu'il avait lui-même renversées dans sa Préface ! Même le P. Simon Gourdan (!!), c'est tout dire.\n(6) Vous me reprochez de n'avoir pas donné une bibliographie de l'abbaye de Saint-Viélor en tête de\nmon volume ! Je n'ai aucun goût, Monsieur, pour cette érudition facile, qui se trouve partout & où l'on\ncite tout à propos de tout. Que viennent faire, à propos des séquences d'Adam, la philosophie scolastique,\nd'Hauréau ; la faculté de théologie de Paris, de l'abbé Ferret, le Gallia christiana, Y Histoire générale de\nParis, &c. &c. & tout l'appareil de science que vous nous exposez en 20 lignes, p. 254 ? Vous auriez pu\nprolonger la liste indéfiniment.\n(7) J'ai cité des coquilles, précisément pour montrer qu'elles n'autorisaient aucune conclusion sur le\nfond. J. C."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "302", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.30", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 4094, "texte": "Vous y avez ramassé pêle-mêle des coquilles de prote (1), des formes orthographiques\ntextuellement transcrites de Léon Gautier, sur lesquelles je me propose de revenir tout\nà l'heure, & même une faute de mon ami Aubry (2). (A la rescousse, mon cher Admi-\nnistrateur, contre votre impitoyable Directeur !) Vous avez alors jeté, sur le dos de l'abbé\nMisset, tous les péchés ou plutôt toutes les peccadilles d'lsraël î Malgré cela votre\ncritique restait d'une maigreur désespérante. Pour la corser, vous avez eu une idée\nlumineuse ! Vous vous êtes dit : Si je faisais, moi, Combarieu, une équivoque de\npremière grandeur, des fautes d'anglais, des fautes de critique de texte, des fautes de\nmétrique, des barbarismes, & si j'en chargeais le « terrible » abbé Misset? Eh bien !\nvous avez fait tout cela, oui, tout cela, Monsieur Combarieu, dans une seule page de\nvotre compte-rendu. —Jugez-en.\nL'équivoque est flagrante. Vous me reprochez d'écrire, dans mes trois premiers\nchapitres : Jubilemus avec un j, Jœtabundus avec un ce, tandis que ma Préface porte que\nje supprime dans mon Texte le y & Y ce. Mais, Monsieur, mes trois premiers chapitres ne\nsont pas mon Texte. Mon Texte commence à la page 166, où un onzième (3), (pardon de\nmon barbarisme !) épèlerait en grosses capitales : TEXTE LITTÉRAIRE ! J'ai d'ailleurs pris\nsoin d'avertir, toujours dans ma Préface, que mes trois premiers chapitres, parus en 1881,\nseraient, pour les renvois & pour les notes, identiques à ce qu'ils étaient alors, conformes\npar conséquent à la première édition de Léon Gautier, seule existante alors ! L'incohé-\nrence, Monsieur, n'est donc pas dans mon texte ; elle est dans le texte de Léon Gautier\ncomparé au mien; elle est dans votre esprit qui rapproche sans critique les deux textes !\nDe même la phrase qui vous choque : L'illustre cardinal Pitra nous pardonnera de lui\nsignaler deux vers faux, cette phrase, dis-je, n'a rien qui doive choquer un esprit réfléchi.\nElle a été écrite en 1881, je l'ai rééditée telle qu'elle avait paru en 1881, j'ai eu soin\nd'en informer le leéteur, elle n'est donc pas postérieure, sauf peut-être dans votre esprit,\nà la mort du cardinal Pitra, survenue en 1889. donc équivoque ici, Monsieur, sinon\nvous? Qui donc, sinon vous, s'arrête à des minuties?\nVotre leçon d'anglais vaut votre leçon d'orthographe latine & votre rappel à la\nchronologie ! Vous me reprochez, non sans acrimonie, d'avoir écrit Cantorbèry (avec\nun accent sur l'é), au lieu de Cantorbèry, en oubliant qu'il n'y a pas d'accents en anglais !\nMais d'abord, j'ai la prétention d'écrire en français. Or, il y a des accents en français,\n& nous écrivons, de ce côté-ci de la Manche, Cantorbèry avec un accent sur l'é. Quant\naux Anglais, êtes-vous bien sûr qu'ils écrivent Cantorbèry avec un e non accentué? Sans\nvouloir comparer ma force en anglais avec la vôtre, je crois que les Anglais disent\nCanterbury avec un u. Que vous en semble ?\nVotre leçon de latin est de même valeur que votre leçon d'anglais. Vous me\nreprochez d'avoir écrit, à la suite de Léon Gautier :\nChristus enim desponsat hodie\nMatrem nostram, norma justitiae,\nQuam de lacu traxit miserise\nEcclesiam.\n\n(1) Grecis pour grecs ! 3 mots allemands dans une note que le prote avait ordre de supprimer (!)\n& qui d'ailleurs est traduite textuellement dans le texte. Vigit argus au lieu de vigil argus que porte\nma première édition ! Coûtés au lieu de coûté que porte ma première édition. Et c'est tout en\n322 pages. Je vote au prote des félicitations!\n(2) Vous alleç quelquefois jusqu'à la faute de français. Vous dites, p. 114 : On la devine (la césure)\nplutôt qu'on en peut prouver la réalité. Le prote a oublié ïn avant en & l'apostrophe!! Mais cette faute se\ntrouve dans le chapitre musical {où vous croyeç reconnaître la main très experte de M. Aubry). Pourquoi\nalors me gratifier, moi, de la coquille du prote transformée en « faute de français. »?\n(3) Vous ne me pardonnez pas d'avoir dit : un septième pour « un élève de septième » ! Quel terrible\nprofesseur vous êtes ! Mais je suis un écolier non moins terrible, & je récidive."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.31", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3646, "texte": "Page J 7, me dites-vous en effet, vous imprimeÇ : matrem nostram, NORMA justitiœ (au lieu\nde NORMAM ?) Hélas, Monsieur, si, au moyen âge, vous aviez dit de l'Église qu'elle\nest norma justitice, c'est-à-dire le modèle de toute justice, vous auriez pu avoir maille à\npartir avec l'lnquisition, ni plus ni moins ! Le Christ seul en effet, parce qu'il est Dieu,\nest Yexemplar, la norma de toute justice. L'Église est Yexemplum, la forma, non la\nnorma. Théologiquement donc, vous ne deviez pas proposer la correction : normam\njustitice qui fait rapporter normam à Ecclesiam. Vous pouviez par contre, comme on l'a\nfait dans le Missel moderne de Paris, appliquer ici la fameuse règle de Lhomond :\nLudovicus rex, Se faire de norma une apposition à Christus. Les correcteurs du Missel de\nParis, afin de bien préciser ce sens, ont fait une interversion d'hémistiches & ont écrit :\nChristus enim, norma justitiae,\nMatrem nostram desponsat hodie.\nMais, voulez-vous toute ma pensée? Je crois que le Missel de Paris n'a peut-être pas vu\nle sens vrai de ce passage. La vieille traduCtion du xve siècle, publiée par Léon Gautier,\nnous en donne un autre, très grammatical & très théologique. Elle fait de norma un\nablatif, Se le sens qu'elle adopte est celui-ci : Le Christ prend aujourd'hui notre mère\nl'Église pour son épouse, Se il est juste qu'elle lui appartienne, car il l'a tirée de l'abîme\nde misère où elle gisait :\nCar Ihesu Crist a nostre mere\nQu'il a trait du fons de misere\nAu jour d'hui son espouse prise\nPar justice : c'est sainte Église. (T. 1, p. 184).\nEn tout cas, Monsieur, si l'on peut accepter norma au nominatif ou à l'ablatif, il est\nimpossible de le corriger en normam comme vous proposez, car il donne alors un contre-\nsens (1).\nVotre leçon de métrique vaut votre leçon d'anglais & votre leçon de latin.\nPage 70, me dites-vous, vous passer un pentamètre faux, sans le signaler selon votre\nhabitude un peu rude, dans une citation de Pierre de Riga. Voici ce pentamètre :\nÇJ _ 1\nVirus non HABUIT iste nec ille dolum. La syllabe it de habuit est évidemment celle\nqui a, bien à tort, éveillé vos susceptibilités classiques Se que vous auriez voulu me voir\nsignaler, selon mon habitude un peu rude. Mais, si je l'avais signalée, Monsieur, j'aurais\nmoi-même commis une faute de métrique. Voici pourquoi : Même dans la poésie clas-\nsique, la syllabe brève qui précède immédiatement la césure du pentamètre daèiylique\ns'allonge quelquefois par le seul fait de sa position. Or, cet allongement est la règle au\nmoyen âge ; il est la règle dans Pierre de Riga. C'est par centaines que vous en trouverez\ndes exemples dans son Aurora, si jamais vous vous donnez la peine ou le plaisir de la\nlire. Votre observation métrique tombe donc à faux ; elle dénote uniquement votre peu\nde familiarité avec la poésie du moyen âge (2) ! Non omnia possumus omnes ! Vous êtes\nexcusable.\nJ'achève. Vous me reprochez un barbarisme! Ce serait grave si c'était vrai ! Vous\n\n(1) Vous signalez comme provenant d'une mauvaise lecture (de Léon Gautier) radiantes velut enses,\npour radiant, assurez-vous. Je ne partage point votre certitude & je me suis contenté, sagement, je crois,\nde mettre en note : Comment scander ce vers ? Peut-être convient-il de remplacer radiantes par ardentes.\nMais ce n'est qu'une conjeéture.\n(2) S'il en est ainsi, comment se fait-il donc que je retrouve dans votre livre, page 112, l'analyse\nrythmique d'une pièce latine du moyen âge, textuellement empruntée à un de mes livres ? Je profite de\nl'occasion pour m'étonner de ne pas voir mon nom indiqué au moins dans une note, à propos de cet\nemprunt, comme c'est l'usage. J. C."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "304", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.32", "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 1647, "texte": "faites, imprimez-vous, quelquefois des barbarismes, ear vous dites, p. 73 : SPICELEGIUM\nde SoJesmes, alors qu'il faudrait dire, pour être correïï : SPICILF.GIUM SOLEMNENSE. Ça,\nMonsieur, c'est un comble ! Ce n'est pas moi en effet qui écris : SPICELEGIUM, avec un E,\nc'est vous! (1) Ce n'est pas moi qui écris SOLEMNENSE au lieu de SOLESMENSE, c'est\nencore vous! De sorte que vous me reprochez un barbarisme à vous appartenant & que\nvous en faites un autre en prétendant corriger celui que vous me prêtez. Comme coup\ndouble, c'est réussi ! D'ailleurs de quel droit me forceriez-vous à dire : Spicilège de\nSolesmes ou Spicilegium Solesmense? Le mot spieilêge me déplaît ; il produit, je trouve, un\nbizarre effet & a le grand tort d'être un mot savant & prétentieux. C'est donc mon droit\nde ne pas l'employer & de dire : Spicilegium de Solesmes ou Spicilegium de dom Pitra, sans\nqu'aucun professeur ait le droit de me traiter comme il traiterait un « troisième » ou\nun « seconde » (encore un barbarisme, d'après vous, Monsieur) qui parlerait le jargon\nde Martine ou de Marote !\nJ'ai fini, & je suis vraiment navré qu'un homme, intelligent comme vous l'êtes, se\nsoit laissé aller par je ne sais quelles considérations, sous je ne sais quelles influences (2),\nà traiter si peu sérieusement un ouvrage sérieux. Vous avez voulu, Monsieur, avoir la\ndent dure. C'était votre droit. Je n'aime pas moi-même les critiques à l'eau de rose.\nMais le tout n'est pas de mordre. Il faut mordre à propos, où il faut Se comme il faut.\nVous l'avez oublié.\n\nE. MISSET."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "304", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.32", "debut_caractere": 2356, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "(1) Ici, M. l'abbé Misset a parfaitement raison. Cependant, le barbarisme consiste à insérer un mot\nfrançais dans un titre rédigé en latin, & c'est celui que j'ai relevé. J. C.\n(2) J'attendais cette insinuation, & j'en prends aéte ; mais à quoi donc peut bien penser M. Misset\nen parlant ainsi ? Je lui demanderais de s'expliquer plus franchement s'il ne me paraissait être dans un\nétat d'esprit tout à fait hors de propos. J. 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Aubry :\nCher Monsieur Combarieu,\nJe dois à M. l'abbé Misset mes quelques connaissances de poésie liturgique ; depuis,\nj'ai eu l'honneur de collaborer avec lui à la publication d'Adam de Saint-Viftor : c'est\nassez dire que je suis d'accord avec mon collaborateur & ami sur la question de philo-\nlogie que nous avons traitée ensemble.\nRecevez, je vous prie, cher Monsieur Combarieu, l'assurance de mes sentiments\ndévoués."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.1", "texte": "REVUE\nD'HISTOIRE ET DE CRITIQUE MUSICALES\nN° 7\nJuillet.\n1901\nR. M.\n18\n\nJ.-J. Rousseau et le mélodrame.\nJULES COMBARIEU.\n\nM. Edgar Istel vient de faire paraître dans les Publications de la Société\ninternationale de musique, à Leipzig, (chez Breitkopf, 1901 ), une très savante\nétude, dont les conclusions, si elles pouvaient être acceptées sans hésitation,\nenrichiraient à la fois l'histoire du mélodrame & l'histoire de J.-J. Rousseau\nd'un fait important. M. Istel a bien voulu citer à maintes reprises, comme\ncontenant des documents nouveaux, le travail que j'ai fait paraître sur cette\nquestion, il y a un an, dans la Revue de Je ne crois pas m'acquitter\nd'un devoir banal de courtoisie, mais rendre hommage à la vérité en disant\nque M. Istel bien qu'il n'ait pas encore eu en main les pièces que j'ai\nsignalées (2) se montre tout à fait supérieur à ceux qui avaient abordé\navant lui cet intéressant sujet, notamment à Jansen, dont le livre, incomplet &\nparfois inexaét, me semble aujourd'hui bien suranné. 11 a nettement posé un\nproblème que je n'avais même pas examiné, & il croit l'avoir résolu ; c'est\ncette solution que je voudrais faire connaître, en disant brièvement pourquoi\nelle m'inspire quelques doutes.\nOn sait que le mot mélodrame,conformément à l'étymologie, a désigné\nd'abord le drame en musique & a eu un sens analogue à celui du mot opéra.\nJ.-J. Rousseau, persuadé que l'opéra était impossible en France (parce que\nnotre langue manque de rythme), a imaginé d'en supprimer le chant & de le\nremplacer par une pantomime accompagnée d'une musique d'orchestre. 11 a\nainsi créé le mélodrame nouveau, ou, si l'on veut, le mélodrame moderne,\nreprésenté par son Pygmalion, qui fut joué pour la. première fois à l'Hôtel de\n\n(1) N° du ler mai 1900.\n(2) Ce sont : deux copies de la musique de Pygmalion, dont l'une (réduction pour quatuor)\nest aux archives de la Comédie française, & l'autre (parties d'orchestre) est à la Bibliothèque\nNationale ;20 une traduction italienne (Venise, 1773) du Pygmalion (B. N., Yth 31 869), contenant,\nen français, les indications (pour la pantomime & la durée de chaque morceau symphonique)\ndont Rousseau avait accompagné le texte de son mélodrame; 30 le relevé, d'après les registres\nde la Comédie française, des recettes produites par l'œuvre de Rousseau; 40 le portrait de l'aéteur\nLarive dans Pygmalion, donné par Les Costumes des grands théâtres de Paris ; 50 des extraits des\njournaux du temps; 6° une édition du texte littéraire (1786) contenant de curieuses indications\nà la plume (archives de la Comédie française), &c."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.2", "texte": "J.-J. ROUSSEAU ET LE MÉLODRAME\n\nVille de Lyon en 1770 & à la Comédie française en 1775. Entre ces deux\ndates, la pièce eut, en province & à l'étranger, un grand retentissement. Elle\nest caractérisée par un déplacement de rôles très original, qui suppose une\nconception toute nouvelle de la musique instrumentale : toutes les fois que\nles violons prennent la parole, l'aéteur se tait ; il se borne à faire des mouve-\nments & des jeux de physionomie, & le langage seul de l'orchestre traduit les\npassions qui l'animent. Cette forme de mélodrame a eu des fortunes diverses\nselon les pays. En France elle a eu des imitateurs au xvine siècle (1) (bien\nqu'on ait souvent dit le contraire), mais elle a bientôt dégénéré, & n'est plus\nemployée aujourd'hui qu'exceptionnellement ; en Angleterre, elle n'a rien\nproduit qui mérite d'être retenu ; en Italie, dans le pays du bel canto, elle n'a\npu s'acclimater ; en Allemagne seulement, elle a été cultivée sérieusement &\navec suite par des compositeurs tels que Georg Benda, Reichardt, Neefe,\nZumsteeg, Winter, Cannabich, Vogler, &c... Dès la première heure, Mozart en\navait salué l'apparition avec enthousiasme ; & Goethe, analysant la création de\nRousseau, disait que c'était une œuvre « faisant époque ».\nOn sait également que, sur les 26 pièces musicales dont se compose la\npartition de Pygmalion, deux seulement dans les éditions ou manuscrits\nconnus portent la signature de Rousseau ; les autres sont d'Horace Coignet,\nnégociant & amateur de musique lyonnais.\nVoici la question, négligée jusqu'à aujourd'hui, que M. Istel s'est posée :\nRousseau, en dehors de sa collaboration avec Coignet, n'a-t-il pas composé\nlui-même une musique pour Pygmalion? M. Istel croit être en mesure de\nrépondre affirmativement, & je traduis la partie de son étude où il expose sa\ndécouverte :\nMes études sur le Pygmalion & le mélodrame allemand étaient déjà fort avancées\nlorsque, dans le catalogue de la collection de musique de la bibliothèque privée du\nchâteau de Berlin, dressé par G. Thouret, je trouvai une partition manuscrite, «Rousseau,\nPygmalion, scène lyrique », mentionnée avec la marque M 4899.11 résulte des recherches\nfaites sur place que la partition consiste en 24 feuilles de papier fort in-folio, non\nréglées, contenant le texte du poème de Pytel qu'il est dans les imprimés\nordinaires, avec les morceaux de musique intercalés. Les indications pantomimiques\nfont défaut. La partition est splendidement reliée en cuir rouge, avec lettres & tranches\ndorées. Sur la couverture & au dos il y a le titre : Pigmalion.\nEn ouvrant la partition on trouve une feuille plus mince ajoutée par le relieur &\nsur laquelle on lit : Pigmalion, scène lyrique par Jean-J. Rousseau. Argument.\n11 s'agissait tout d'abord de savoir si cette partition, qui ne porte que le nom de\nRousseau, était écrite de la main même du grand Génevois. Assurément non ! La\n\n(1) Je citerai, entre autres, « PANDORE, mélodrame en vers par M. d'Aumale de Corsenville,\nreprésenté à Paris par les comédiens ordinaires de Monsieur pour la première fois le 20 juillet ijBç,\nmusique de M. Beck, mise au jour par M. Durieu, gravée par Fleury, à Paris, cheç l'éditeur\net marchand de musique rue Dauphine près la rue Cristine, au Gout du jour et aux adresses\nordinaires ». (B. N. Vms 551.)"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.3", "texte": "J.-J. ROUSSEAU ET LE MÉLODRAME\n\npartition est de deux copistes, dont l'un a écrit la musique, l'autre le texte. L'écriture\nde Rousseau, après comparaison, n'a pas la moindre ressemblance ni avec l'une, ni avec\nl'autre ; en outre quantité de fautes grossières dans la partie musicale trahissent un\ncopiste maladroit (l'accord initial en mi bémol majeur a un fa à la basse). Mais, s'il faut refuser\nà Rousseau la paternité de la copie, en revanche de nombreuses raisons plaident pour la\npaternité spirituelle. 11 fallait d'abord établir à quelle année remontait la partition,\nd'après la nature de la reliure & du papier.\nLa partition provient de la collection de Frédéric-Guillaume II ; l'endroit où elle a\nété trouvée, comme me l'a assuré Mr le professeur Thouret, l'organisateur de la\ncollection, en fait foi. De plus la reliure en témoignerait. Celle-ci vient en tout cas\nd'Allemagne & est l'œuvre du relieur du roi. Une indication très exaéte de l'année de\nla reliure résulte de la comparaison avec toutes les autres partitions existantes & qui\nfaisaient partie de la collection royale. J'y ai trouvé un exemplaire avec papier de Chine\nde fantaisie comme première feuille (feuille de garde) & une feuille de papier à écrire\nattachée en tête par le relieur, comme pour le Pygmalion, avec le filigrane J. Honig\nZoonen Se un lis. Or la feuille d'en tête du Pygmalion présente absolument le même\nfiligrane, de même que le papier de Chine de fantaisie diffère à peine de celui de la parti-\ntion de Pygmalion. Mais dans toute la collection il n'y a pas une seule partition qui\nait exactement le même filigrane àla ire page. Or cette seconde partition-là, on en\npeut heureusement fixer Se le jour Se la date. C'est une cantate, « Les vœux de Berlin »,\npoème de l'acteur de la cour Blainville, musique du maitre de chapelle Agricola, élève\nde notre grand J.-Séb. Bach. Et cet exemplaire fut, à l'occasion de la naissance du\nprince Fr.-Guillaume (plus tard le roi Fr.-G. III), offert aux parents. Mais Fr.-G. 111 est\nné le 3 août 1770. Que le papier portant le filigrane indiqué ait bien existé à ce mo-\nment-là Se n'ait pas été ajouté par la suite, c'est ce qui résulte de ce fait, que Blain-\nville écrivit le titre Se la dédicace sur ce papier.\nNous voilà donc en possession d'une date qui nous fait apparaître plus remar-\nquables encore les mystérieuses connexités de l'affaire de Pygmalion. C'est au printemps\nde cette même année 1770 qu'eut lieu à Lyon la ire représentation de cette œuvre.\nMais on pourrait objecter que la ressemblance du papier attaché en tète ne fait pas\nnécessairement conclure à une identité de l'année. Le relieur en question peut bien avoir\nemployé le même papier auparavant Se encore quelques années après ; c'est probable,\nmais il y a deux limites à fixer. Que la partition ait pu venir en la possession du roi\navant ce mois d'août 1770 est chose impossible d'après les faits que nous ont révélés\nnos recherches. Elle n'a pas pu d'autre part arriver à Berlin après l'année 1778 (mort de\nRousseau) ; car une partition « d'Antoine Se Cléopâtre » de Kafta, provenant également,\nd'après une communication du bibliothécaire Dr Kopfermann, de la collection de\nFr.-Guillaume 11, a une première feuille très semblable, mais sur la couverture elle porte\nseulement le filigrane abrégé, le lis Se le chiffre J. H. Se Z. Le duodrame « Antoine Se\nCléopâtre » fut représenté à Berlin en 1779, & on P considérer comme certain que\nle roi reçut quelque temps auparavant du compositeur la partition en dédicace. En 1778\nla fabrique de papier n'avait plus jugé indispensable d'écrire son nom en entier : l'abré-\nviation suffisait.\nLa question est maintenant de savoir si, par quelques autres circonstances quelconques,\non peut fixer plus exactement la date de l'origine de la partition ou le moment où le\nroi en prit possession. Sur ce dernier point il n'existe malheureusement pas de documents\n(à moins qu'un hasard n'en fasse découvrir dans les archives fermées de la maison du\nroi). Quant à la date de l'origine de la partition, on peut tirer des conclusions assez\ncertaines. Rousseau lui-même a, peu de temps avant sa mort, dressé une liste exacte des"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.4", "texte": "J.-J. ROUSSEAU ET LE MÉLODRAME\n\nœuvres musicales qu'il avait écrites (copiées ou composées) depuis le lerIer avril 1772, &\ndans cette liste ne figure pas la musique de Par contre, R. lui-même, dans\nl'avant-propos de cette liste, avoue qu'il ne pouvait pas y inscrire les œuvres musicales\nécrites entre le ler septembre 1770 &le ier avril 1772, n'en ayant pas pris note. Mais\nc'est justement à cette époque-là que paraît se rapporter l'origine de la partition de\nBerlin. En effet, comme nous l'avons vu, la lettre de Coignet, dans laquelle il cherchait\nà revendiquer contre Rousseau ses droits d'auteur, parut en 1771, & R-, qui avait\ncoutume de se défendre de la façon que nous avons indiquée, se mit certainement\nbientôt après à la nouvelle partition. Si R. ne la porta pas dans la liste des compositions\nqu'il possédait peu avant sa mort, & qui furent toutes imprimées après, c'est qu'il peut\ny avoir à cela une bonne raison ; elle avait sans doute été perdue dans l'intervalle. Il\ndit lui-même que chez lui, à Paris, par conséquent vers ce temps-là, il disparaissait\ncontinuellement des œuvres musicales. Cette partition peut donc s'être égarée, &\nquelque agent de l'ambassade de Prusse, ou n'importe qui, connaissant la prédilection\ndu roi pour la littérature & la musique françaises, aura voulu faire faire une copie de la\npartition originale pour le roi. Le compositeur n'était pour rien dans cette copie, les\nfautes innombrables & grossières en sont la preuve. Quoi qu'il en soit, il est certain que\nRousseau à ce moment-là jouissait à Berlin d'une vogue inouïe, & qu'en y envoyant la\npartition on pouvait gagner la faveur du roi.\nM. Istel, examinant ensuite la musique de cette partition, constate un fait\nqu'il considère comme très important : cette musique correspond, jusque dans\nles moindres détails, aux instructions (données par Rousseau) sur l'étendue\n& la durée de la symphonie, qui, par petits morceaux, doit accompagner les\nparoles.\nCe premier argument, qui serre la question de plus près, ne me paraît\npas avoir la signification que lui attribue M. Istel ; je crois même que le fait\nsur lequel il repose ne serait nullement incompatible avec une thèse contraire\nà la sienne. Rousseau, à l'époque où nous sommes, avait une très grande\nréputation; des compositeurs plus ou moins sérieux, comme Coignet, Baudron,\nAspelmayer, Schweitzer, considéraient comme un très grand honneur de\ntravailler sur un livret de lui, & devaient attacher la plus grande importance\naux indications parties de sa main. On peut très bien supposer un musicien\nqui se soit religieusement conformé, pour la distribution de la symphonie,\naux intentions de Rousseau, alors que Rousseau lui-même, s'il avait\nexécuté son propre programme, l'aurait, selon toute vraisemblance, un peu\nmodifié.\nM. Istel croit en outre trouver quelques ressemblances entre la musique\nqu'il a découverte & les dernières compositions de Rousseau : six nouveaux\nairs, le fragment Daphniset Chloé,le recueil de mélodies intitulé Consolations\net misères de ma vie. Mais ces ressemblances paraissent d'ordre bien général\npour qu'on en tire argument : elles sont relatives à la finesse des indications\nde mouvement ou d'exécution & à un emploi de la sourdine. C'est peu de\nchose. En revanche, la musique trouvée & publiée par M. Istel, sans être\nbien savante & bien compliquée, témoigne d'une expérience en matière"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.5", "texte": "J.-J. ROUSSEAU ET LE MÉLODRAME\n\nd'harmonie & d'instrumentation que n'avait pas Rousseau. Le Larghetto de\nDaphnis et Chloè, qu'on cite comme exemple de son savoir-faire, me semble\nsuspeét, j'ose le dire, non pour le thème principal, que j'attribue volontiers à\nRousseau, mais pour tout le reste. Enfin, au n° 10 de la partition que nous\nfait connaître M. Istel, se trouve bandante suivant :\n3\nCette forme solennelle du (i) est un cadre grandiose qu'emploient les\nmusiciens ayant l'habitude du contrepoint, car elle est éminemment favorable\nà l'évolution de parties n'ayant pas le même rythme. Or Rousseau n'a jamais\nété, il s'en faut ! un contrepointiste. Il savait imaginer une mélodie & placer\nquelques basses ; rien de plus.\nIl y a cependant un fait dont M. Istel n'a pas tiré suffisamment parti &\nqui me disposerait à admettre sa thèse, s'il lui était possible de l'appuyer sur\ndes arguments plus décisifs. Rousseau n'a jamais voulu assister à la représen-\ntation du Pygmalionmusiqué par Coignet (2) ; il l'a toujours désapprouvée\n& a déclaré qu'elle était organisée « contre lui ». Cette attitude maussade &\nhostile, dont j'ai cherché à me rendre compte par toutes les hypothèses\npossibles (3), s'expliquerait fort bien par l'existence d'une partition que\nRousseau aurait écrite lui-même & à laquelle on aurait obstinément préféré\ncelle de Coignet...\nIl y a là un petit problème. Quoi qu'il faille penser de la solution qui\nvient de lui être donnée, tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de J.-J. Rousseau\n& à celle du mélodrame trouveront plaisir & grand profit à lire l'étude très\ndocumentée & très remarquable de M. Edgar Istel.\n\nJULES COMBARIEU.\n\n(1) Employée par exemple par Schumann dans la 4e partie de sa 3e symphonie, dans le Credo\nde sa messe (op. 147), dans le n° 4 de son Requiem, &cc.\n(2) Cette musique de Coignet, bien que nous ayons quelque peine à nous l'expliquer\naujourd'hui, dut avoir un grand succès avant d'être entendue à Paris, car la Comédie française\naccepta la pièce à l'unanimité le 29 octobre 1775, l'annonça le soir même, & la joua le lendemain.\nOr, l'aéteur Larive, qui devait faire Pygmalion, arrivait à ce moment de voyage; il était donc en\npossession du rôle & l'avait joué ailleurs qu'à Paris.\n(3) Voir Revue de Paris, ler mai 1900, p. 216."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.6", "texte": "A PROPOS DU CHANT NATIONAL DU 14 JUILLET\n\nA propos du chant national du 14 juillet.\nC. JOURDAN.\n\nLa Révolution française n'a pas eu sa littérature. Ses meilleurs écrivains\nou orateurs ont été surtout des hommes d'aétion ; presque tous ses poètes,\nau lieu d'innover, ont été des épigones du classicisme s'attardant à des\nimitations surannées. Au théâtre & dans le genre épique, elle n'a pas créé\nune seule œuvre où elle se soit vraiment exprimée.\nDans le domaine musical au contraire, la Révolution a beaucoup produit ;\nelle a eu sa musique, dont on est loin de se faire une idée, même approxi-\nmative, quand on connaît seulement la le Chant du Départ & le\nÇa ira. Et cette musique exprime exactement l'âme de la Révolution.\nDans un volume qui a l'ampleur, l'importance & l'intérêt d'un monument\nnational, (je me place ici, bien entendu, au seul point de vue historique &\nmusical), (i) M. Constant Pierre, après de patientes recherches, pleines de\ndifficultés & d'heureuses découvertes, a réuni cent quarante-trois compositions\nécrites de 1790 à 1800 pour les fêtes & cérémonies de la Révolution française\n& formant un volume grand in-B°, dont la partie musicale n'a pas moins de\n560 pages. Presque toutes ces œuvres sont dues aux musiciens de la Garde\nnationale, qui devint en 1793 Y Institut national de musique, &, en 1795, le\nConservatoire. Sur 33 compositeurs, 8 seulement n'ont pas appartenu à ce\ndernier établissement, qui, à l'origine, avait pour fonction bien définie d'orga-\nniser les fêtes nationales & de produire de la musique pour le peuple. (Les\ncompositeurs étrangers au Conservatoire sont Rouget de Lisle, I. Pleyel,\nPhilidor, Piccini, Giroust ; il faut ajouter à cette liste les chansonniers). C'est\nl'année 1794 qui produisit le plus grand nombre d'œuvres nouvelles (24).\nGossec est au premier rang (25 compositions); après lui viennent Catel (14)\n& Méhul (11). Parmi les poètes, le seul M. J. Chénier écrivit 22 hymnes;\nLebrun 12. Ces œuvres musicales ont des formes très diverses : il y a des\nsoli (pour voix seule ou plusieurs voix à l'unisson), tels que l'Ode à l'Être\nsuprême de Dalayrac (1794), Y Hymne pour la fête de la Jeunesse (1796) de\nH. Jadin, les hymnes pour la fête des Époux (Méhul, 1798), pour\nReconnaissance (Cherubini, 1799), Pour la. fête de l'Agriculture (Lesueur, 1799),\nY Hymne à la Cictoire sur la bataille de (Catel, 1794), &c. ; il y a\ndes soli avec refrain en chœur, tels que Y Hymne à l'Humanité (Gossec, 1795,\nen mémoire du 9 thermidor), Y Hymne à la Liberté (I. Pleyel, 1791), les deux\nHymnes à J.-J. Rousseau (Gossec & Jadin, 1794), le chant du départ de Méhul\n(1794) j il y a des duos, tels que Y Hymne à l'Hymen (Piccini, 1799);\n\n(1) Musique des fêtes et cérémonies de la Révolution, par Constant Pierre, commis principal\nau secrétariat du Conservatoire national de musique, Paris, 1899, Imprimerie Nationale. Publi-\ncations de la Ville de Paris. M. Constant Pierre, auteur d'un recueil analogue (Imprimerie\nNat., 1060 pages, 1900) contenant les documents historiques et administratifs pour servir à\nl'histoire du Conservatoire, a obtenu en 1900 le prix Bordin (Académie des Beaux-Arts) pour son\nHistoire du concert spirituel de 1725 à 1790 (manuscrit de 650 p.)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.7", "texte": "A PROPOS DU CHANT NATIONAL DU 14 JUILLET\n\ndes chœurs sans accompagnement, comme Y Hymne sur la reprise de Toulon\n(Catel) ; il y a des chœurs avec accompagnement, soit pour voix d'hommes,\ntels que Y Hymne à la Raison de Méhul (1793) ou 'e Triomphe de la Loi de\nGossec (1792), soit pour voix d'hommes & de femmes, comme Y Hymne à la\nNature (1793); il y a des compositions pour orchestre d'harmonie ou\nmusique militaire (symphonies, ouvertures, marches militaires ou funèbres, pas\nde manœuvre); —il y a enfin des scènes avec soli, chœurs & accompagne-\nment d'orchestre (c'est ce que nous appelons des cantates).\nA cette dernière classe appartient le Chant national du 74 juillet 1800,\nexécuté dans « le temple de Mars » le 25 messidor an VIII, musique de Méhul,\npoème de Fontanes. Cette œuvre, qui forme une vraie partition, nécessite\nl'emploi de trois chœurs & de trois orchestres. C'est une composition de\ngrande envergure, où les idées, l'expression & les mouvements sont très\ndivers. On y exalte d'abord les « glorieuses destinées » du peuple français,\ndont les récentes victoires sont ainsi célébrées :\nOù sont ces ennemis qui dans Nice & dans Gênes\nAvaient osé diéter des ordres absolus ?\nLeur sang, du Milanais rougit au loin les plaines ;\nUn héros se présente : ils ne sont déjà plus.\nDes Germains l'aigle épouvantée\nDans Vienne revole à grands cris.\nEt sur sa route ensanglantée\nPartout ne voit que des débris.\nA cette nouvelle fatale\nLa Cour des Césars est en deuil ;\nEt de la Tamise rivale,\nNos succès confondent l'orgueil.\nIci, le Coryphée, parlant au nom de la République, s'adresse aux mânes\ndes héros, anciens ou modernes, tombés pour la patrie, & dit, en s'adressant\naux premiers :\nLes fils sont plus grands que les pères,\nEt vos cœurs n'en sont point jaloux !\nAprès ce dithyrambe, se trouve un court adagio funèbre, où deux coups\nde gros tambour (tam-tam), frappés en triple forte, précèdent ce récitatif :\nTu meurs, brave Desaix !\nLes mots tu meurs sont immédiatement repris dans un allegro vivace :\nTu meurs ! ah ! peux-tu croire\nQue l'éclat de ton nom s'éteigne avec tes jours ?\nL'Arabe, en ses déserts, s'entretient de ta gloire\nEt ses fils à leurs fils la rediront toujours.\nFrançais, sur le tombeau d'un héros magnanime\nAbjurons nos partis, nos haines, nos fureurs !\nQu'un même enthousiasme à son nom nous anime !\nLa concorde aujourd'hui doit unir tous les cœurs."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.8", "texte": "A PROPOS DU CHANT NATIONAL DU 14 JUILLET\n\nAprès un chant sur la liberté {Toi, qu'on a tant déshonorée...) & un court\nrécitatif, dit par le 2e coryphée :\nUn grand siècle finit, un grand siècle commence :\nGloire, vertus, beaux-arts, renaissez avec lui !\nla pièce se termine par un tutti, dont voici les paroles :\nO Dieu ! vois à tes pieds tomber ce peuple immense :\nLes vainqueurs de l'Europe implorent ton appui !\nÊtre immortel, qu'à ta lumière\nLa France marche désormais,\nEt joigne à la vertu guerrière\nToutes les vertus de la paix.\nComme Y Hymne à la Raison (Méhul) & Y Hymne du Panthéon (Cherubini),\nle Chant du 14 juillet est une des rares œuvres dont nous ayons la partition\ngravée ; (il y a même quelques parties séparées du 2e orchestre.) Composé\npour une circonstance déterminée, cet hymne n'eut qu'une seule audition\nofficielle ; il fut cependant exécuté sept fois solennellement. (A ce point de\nvue, c'est le Chant du départ qui tient le premier rang, avec 20 exécutions.)\nA côté du poème que nous venons d'analyser brièvement, on peut citer\ncomme ayant été exécutées à la même date, mais à des années différentes,\ndeux autres compositions : le Domine salvam fac gentem, orchestré par Gossec\n& chanté au champ de Mars le 14 juillet 1790, & le Chant du 14 juillet\n(1790-91), du même Gossec, sur les paroles suivantes de Chénier :\nDieu du peuple & des rois, des cités, des campagnes,\nDe Luther, de Calvin, des enfants d'lsraël,\nDieu que le Guèbre adore au pied de ses montagnes\nEn invoquant l'astre du ciel !\nIci sont rassemblés, sous ton regard immense,\nDe l'empire français les fils & les soutiens,\nCélébrant devant toi leur bonheur qui commence,\nr\nEgaux à leurs yeux comme aux tiens !\nLa plupart des critiques & des historiens qui ont jugé ces compositions\nmusicales se sont placés au point de vue de l'art pur, & n'ont pas eu de\npeine à signaler des faiblesses, des formules banales, des accompagnements\nsurannés, des boursouflures & des remplissages à côté de quelques inspirations\nmagnifiques. S'appliquant à établir une sorte de balance entre les défauts &\nles qualités, en mettant celles-ci en lumière & en plaidant les circonstances"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.9", "texte": "A PROPOS DU CHANT NATIONAL DU 14 JUILLET\n\natténuantes pour ceux-là, ils ont conclu qu'en somme la musique révolution-\nnaire était très digne d'estime. Cette méthode ne me satisfait pas ; elle me\nsemble étioite & fausse ; & j ai peur que nous soyons de moins en moins\ncapables, aujourd hui, de saisir le vrai caractère des « hymnes » de 1794 ou\nde 1800.\nCertes, nos compositeurs contemporains sont beaucoup plus savants,\nplus artistes que ceux d il y a un siècle. Mais une chose leur manque, qui\nest peut-êtie le vice profond de la musique aCtuelle & que je voudrais dire.\nJe résume ainsi ma pensée : nos musiciens ont perdu le contaft avec l'âme\ndu peuple. A peine citerait-on une ou deux exceptions. Nos compositeurs les\nplus distingués sont des individualistes à outrance. Ils cultivent leur moi ;\nles œuvres d'art qu'ils nous donnent, splendides, originales, artificielles,\nressemblent aux belles tulipes écloses sous la loupe d'un horticulteur de\nHarlem ou de Rotterdam. Et, s'il en est ainsi, c'est que le musicien, ne trouvant\nplus autour de lui un fonds de croyances communes propice à l'inspiration,\nse trouve réduit à ses propres ressources & obligé de remplacer les grands\nsentiments collectifs par une ingéniosité toute personnelle. La situation de\nmusiciens tels qu un Gossec ou un Rouget de Lisle était tout juste le contraire.\nIls étaient comme portés vers la production artistique par un courant d'enthou-\nsiasme populaire. Ils vivaient dans un état d'esprit très général & vraiment\nnational. Ils n écrivaient pas pour traduire le drame intérieur de leur vie,\ncomme Berlioz, pour fixer une rêverie éthérée, comme Schumann, ou pour\nciseler des bibelots de vitrine, comme Bizet, mais pour donner une voix à\n1 âme puissante de tout un peuple réuni par la même foi en certaines idées.\nOr, s inspirant de la nation & travaillant pour elle, ils devaient faire une\nmusique non seulement très simple, puisqu'elle était destinée au peuple,\nmais, j ose le dire, banale, attendu que, par définition, ce qui est d'ordre très\ngénéral, accessible à tous les esprits & à tous les cœurs, est forcément un\npeu commun, & que dans l'individualisme seul est la « distinction ». L'esthé-\ntique pure voit ainsi les choses ; mais, pour quiconque cherche avant tout,\nsous les foi mules du style, le sentiment réel, la conviction, la vie en un\nmot, ces termes de distinction &de banalité n'ont plus leur sens habituel.\nNous n aimons plus l'emphase, & la rhétorique révolutionnaire nous fait\nsouiire. Il y a peut-etre là une injustice de dilettante affaibli par les préoccu-\npations égoïstes. L emphase est caractérisée par une disproportion visible entre\nle sentiment, qui est sans force, & l'expression, qui veut paraître débordante\nde foi ce. Elle est une ruse ou une répartition anormale & sans équilibre de\n1 énergie. Or, àla fin du xvme siècle, toute opinion politique mise à part,\nlien de semblable n'existe. Au contraire, les sentiments sont supérieurs au\nlangage qui les exprime.\nCe langage paraît souvent un peu gauche & pauvre de science : mais il\na la qualité maîtresse de toute œuvre d'art, la sincérité. Songeons qu'un"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.10", "texte": "PROMENADES ET VISITES MUSICALES\n\nRouget de Lisle, s'il avait mis dans un chant populaire quelques touches de\nvirtuosité, eût fait une sottise. Songeons enfin à ce mot d'un maître compo-\nsiteur, épris avant tout d'émotion vraie : « Pour faire une belle mélodie, il ne\nfaut pas savoir un mot de musique ».\n\nC.JOURDAN,\nProfesseur agrégé de l'Université.\n\nPromenades et visites musicales.\n\nI\nA la maison Pleyel.\nAfin d'éviter un procès pour usurpation de rubrique, j'ai hâte de dire que les\npremiers mots inscrits en tête de cet article sont dérobés à M. Adolphe Brisson, dont la\nplume agile & toute française s'est fait une spécialité, dans le journal le Temps, des\nenquêtes récréatives & documentaires sur la littérature contemporaine. Nul ne pratique\navec autant d'agrément l'art de glaner dans les champs où la grande critique a déjà fait\nla moisson. La méthode créée par lui a déjà produit, dans les provinces voisines de la\nnôtre, les meilleurs résultats; elle semble répondre à un besoin de l'esprit moderne.\nPourquoi ne l'appliquerais-je pas à l'art musical? Notre aimable confrère a élevé le\nreportage à la hauteur d'un genre littéraire; mais il faut que les genres évoluent. Les\nJardins de Vhistoire musicale ne sont-ils pas aussi délicieux, aussi riches en espèces rares\n& en coins inexplorés que les jardins de l'histoire politique? La musique, elle aussi,\nn'a-t-elle pas ses vieilles maisons, ses vieux papiers?... La critique ne doit pas se borner à\néplucher des livres ou à disséquer, comme sur une table d'anatomie, des manuscrits\nanciens où abondent les rébus ; elle ne doit pas, surtout, trop s'attarder aux idées\ngénérales & aux « formules ». En ce qui concerne particulièrement l'histoire musicale\ndu xixe siècle, dont la bibliographie n'est pas encore faite, interrogeons le plus\nsouvent possible les hommes & les choses qui nous entourent, & cherchons l'àme du\npassé partout où elle a laissé quelque chose d'elle-même.\nC'est dans ces dispositions d'esprit que je me présentais, il y a quelques jours, au\n22 delà rue Rochechouart, où, depuis décembre 1839, après avoir quitté la rue Cadet,\nse sont installés les successeurs d'lgnace Pleyel, fondateur (en 1807) de la maison qui\nporte encore son nom. Ce n'était pas le hasard d'une promenade qui me conduisait dans\nce temple élégant & célèbre du piano, mais le dessein très réfléchi de donner un brillant\ndébut (au moins par le choix du sujet!) à mes études expérimentales, & le désir de\nm'éclairer sur ces deux points : i° quels sont les documents d'histoire musicale que\npossède la maison Pleyel? 2° à quels procédés de facture tient la réputation de ses\ninstruments? Je dirai en toute sincérité les résultats très inégaux que j'ai obtenus dans\ncette double enquête.\nAvant d'arriver auprès de M. Pfeifîer, l'excellent musicien compositeur qui, en\nl'absence de M. G. Lyon, veut bien me recevoir, je retrouve une impression dont je ne\npuis jamais me défendre toutes les fois que je parcours' la série des salons où sont\nexposés les divers types de pianos. Semblables à des tombes noires malgré quelques"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.11", "texte": "PROMENADES ET VISITES MUSICALES\n\ntouches de modernité hardie, çà & là, sur les façades ces nobles instruments au repos\nparlent au sens artistique. Leur inertie a un air puissant & formidable. En les regardant,\non écoute. Leur silence garde quelque chose de musical & semble fait d'harmonie; il\nest expressif, presque intimidant, comme celui des grands orateurs. Devant cette majesté\ntranquille, on devine la force captive, toute prête, à l'appel d'un maître, pour l'essor\ntriomphal. Instinétivement on songe au monstrueux hiatus du couvercle qui se soulève,\n& à toutes les puissances d'émotion qui se déchaînent, quand il plaît à certaines mains\nde se poser sur les touches d'ivoire. Qui donc a osé dire du mal du piano? Le piano est\nle roi des instruments : d'abord, parce que Beethoven a composé les Sonates, Chopin\nles Mazurkas, Schumann les Arabesques Se les Novellettes ; ensuite, parce que le piano,\ntout en étant une réduction de l'orchestre, n'a pas, comme l'orgue, une expression fixe,\ndéterminée par des jeux mécaniques, Se permet à l'exécutant de s'exprimer lui-même :\n« Sur les pianos Pleyel, disait Chopin, je fais le son comme je veux. » Non, nul ne peut\nsérieusement médire du piano, à moins qu'il n'ait composé un chef-d'œuvre comme\nSigurd...\nAu moment où j'entre dans son cabinet, M. Pfeiffer congédie un copiste qui vient\nde lui remettre les épreuves de son dernier opéra-comique : Le Légataire universel. Avec\ncet hôte aimable, qui me conquiert tout de suite par la bonne grâce de son accueil Se de\nsa personne, la conversation s'égare sur la musique Se les musiciens du jour. Mais je\nmontre mon carnet, mon crayon prêt pour le travail... M. Pfeiffer a compris. Il se lève\npour me faire les honneurs de la maison.\nToutes les salles me sont connues (sauf celle de la bibliothèque où se trouvent\nréunies, en une très belle collection, toutes les œuvres un peu importantes de la musique\nde chambre). lien est une pourtant où je m'arrêterais volontiers pour quelques minutes\nde recueillement, comme le voyageur pieux qui visite une église : c'est la salle de\nConcert. Presque toute la musique du siècle est passée par là; les plus grands artistes y\nont fait chanter le meilleur de leur àme Se quelques hommes assemblés y connurent des\nheures divines. Quis Devis incertum est, habitat Deus!... C'est là que Chopin triompha\n(pour la première fois, au printemps de 1832, Se, pour la dernière, le 16 février 1848),\nChopin, dont on conserve le piano comme une des plus précieuses reliques de la maison ;\nc'est là que furent acclamés Liszt l'Olympien Se César Franck (qui en 1840 jouait une\nfantaisie de Thalberg sur le Moïse de Rossini), Se l'inoubliable Rubinstein, Se Saint-\nSaëns, Se cent autres virtuoses du clavier : J. Schulhoff, de Prague, le hollandais\nErnst Lubeck, le norwégien Tellefsen, élève de Chopin, les autrichiens A. Jaëll Se\nL. Breitner, le belge Arthur de Greef choisi par Ed. Grieg pour interpréter ses œuvres\ndevant le public parisien; les italiens G. Martucci Se Ravera, les hongrois H. Ketten Se\nCh. Agghazy, Gottschalk, le grand pianiste américain, MmeSzarvadi, Louis Breitner...,\nSe parmi les nôtres : Planté, L. Diémer, H. Fissot, Fr. Thomé, Delaborde, Th. Ritter,\nPugno, Mme Marie Jaëll, Mme Roger-Miclos, Mme Bordes-Pène (1)... Parmi les composi-\n\n(i) Que dire des violonistes? il suffit de citer des noms tels que Alard, Sarasate, Ch. Dancla,\nMarsick, MUe Marie Tayau... Pour épuiser le livre d'or de la maison Pleyel, il faudrait refaire l'histoire de\nla musique de chambre au xixe siècle. On entendit successivement dans cette salle : le célèbre quatuor\nAlard, Adolphe Blanc, Casimir Ney & Franchomme ; le quatuor Maurin, Sabatier, Mas & Chevillard (qui\njouait les derniers grands quatuors de Beethoven); le quatuor Lamoureux, Colonne, Adam & Riguault\n(avec M. Lavignac au piano) ;le quatuor Sainte-Cécile (composé de Mmes Prins-Claus, Altmeyer, Marie\nTayau, Maleyx) ; la Société des trios anciens et modernes (MM. de la Nux, White & Lasserre) ; le quatuor\nde MM. Marsick & Loys ; la Société de musique française fondée par M. Edouard Nadaud ; le quatuor de\nla fondation Beethoven (MM. Geloso, Capet, Montheux & Schneklud) ; le quatuor belge, composé de\nMM. Isaye, Crickboom, van Hour & Jacob... J'en passe, & des meilleurs. C'est à la salle Pleyel enfin qu'on\na entendu la Société de musique de chambre pour instruments à vent (fondée par MM. Taffanel, Gillet,\nTurban, Bremond, Espaignet, de Bailly), la Société des Compositeurs, la Société Sainte-Cécile, la Société\nchorale d'Amateurs, la Société des Symphonistes, & la plus importante de toutes, la Société nationale, fondée\nen 1871 sur l'initiative de M. Romain Bussine & présidée aujourd'hui par M. Vincent d'lndy."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.12", "texte": "PROMENADES ET VISITES MUSICALES\n\ntions pour orchestre qui furent jouées là, il en est une qui mérite un souvenir spécial\nparce qu'elle est restée en grande partie inédite : c'est le Carnaval des animaux, grande\nfantaisie « zoologique » de M. Saint-Saëns pour deux pianos, deux violons, alto, violon-\ncelle, contrebasse, flûte, clarinette, célesta & xylophone, & formée de 14 morceaux :\ni° Marche royale du Lion (style persan); 20 Poules et Coqs; 30 Hèmiones (animaux\nvéloces) ; 40 Tortues; 50 Eléphant (contrebasses jouant la danse des Sylphes de Berlioz! );\n6° Kanguroos ; 70 Aquarium ; 8° Personnages à longues oreilles ; 90 Coucou au fond des bois ;\nio° Volière; 110 Pianistes (!); 120 Fossiles; 130 le Cygne (une des plus belles choses qui\nexistent en musique !) ; 140 Finale (sorte de sarabande échelevée, qui s'arrête tout d'un coup,\nsans préparation, au grand ahurissement de l'auditeur). On devine ce qu'un musicien\ncomme M. Saint-Saëns a pu mettre, en une telle œuvre, d'humour énorme, de fantaisie\naristophanesque & de cocasserie géniale. Si l'on écrit jamais une histoire du comique\nmusical, il faudra citer cette symphonie en bonne place avec quelques œuvres étince-\nlantes d'Em. Chabrier.\nJe m'arrache à la sollicitation de tant de souvenirs pour suivre & écouter mon\nguide : « Voici, me dit-il, un document qui a été recueilli par mon père, M. Émile\nPfeiffer, & qui est bien intéressant pour l'histoire de la musique moderne. »\nC'est une série de sept diapasons accompagnés chacun de quelques mots & indi-\nquant la marche ascensionelle du diapason, de IJOO à 1855. Je transcris :\ndiapason de 1700 (observation de Sauveur) 810 vibrations.\n» i78o( » Puxal Taskin) 818 »\n» 1823 ( » Fischer, Théâtre italien) 848 »\n» 1823 ( » Fischer, Grand-Opéra) 863 »\n» 1834 ( » Schebler, Grand-Opéra) 868 »\n» 1836 ( » Delzenne, Grand-Opéra) 882 »\n» 185 5 ( » Lissajoux, Conservât. & Grand-Opéra) 898 »\nI #\nII était temps d'arrêter cette ascension. La musique a été appelée « la danse du son ».\nCette danse avait lieu sur une corde trop tendue qui eût fini par casser. M. Pfeiffer\nme montre ensuite la colleétion d'autographes qui est un des plus précieux trésors de la\nmaison 8c qu'il a grossie de ses richesses personnelles. Ignace Pleyel (1757-1831) était\nun compositeur très distingué, élève de J. Haydn & admiré par Mozart. Il avait donc\ndeux raisons pour une de se trouver en rapport régulier avec des musiciens célèbres. Je\nnote les documents suivants, dont une grande partie a été publiée, en 1886, par\nO. Comettant(i) :\ni° Une lettre dej. Haydn (datée de Vienne, 6 déc. 1802) recommandant son élève\nHaensel à son cher ami Pleyel ;\n20 une lettre du même (4 mai 1801) adressée « à M. Pleyel, compositeur très\ncélèbre, à Paris » pour demander des nouvelles de la prochaine édition de ses quatuors;\n30 une lettre de Cherubini au « citoyen » Pleyel, & un billet de Méhul;\n40 une lettre de Boieldieu s'excusant de ne pouvoir venir entendre « le célèbre\nM. Cramer » ;\n50 des lettres de Ferdinand Riess (Londres, 28 déc. 1819), Steibelt, du chanteur\nJ. Garat;\n6° une lettre de Berlioz (datée de la Côte Saint-André, 6 avril 1819) B. avait\nalors 15 ans! proposant à Pleyel d'éditer « un pot-pourri en sextuor sur des airs ita-\nliens » (? ! ) ;\n70 des lettres de Béranger, Rouget de Lisle, Chopin, George Sand & Clementi ;\n\n(i) Un nid d'autographes, Paris, E. Dentu, 1886."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.13", "texte": "PROMENADES ET VISITES MUSICALES\n\n8° deux lettres de Beethoven (26 avril 1807) demandant un nouveau Camille pour\nchasser les Français de tous les lieux « où ils ne sont pas à leur place »(i), & pro-\nposant à Pleyel le dépôt, pour Paris, de quelques-unes de ses œuvres.\nQuand nous avons épuisé, en un libre entretien, les réflexions de toute nature que\nsuggèrent de tels documents, j'aborde, sans transition & avec une simplicité qui cache\nune réelle audace, la seconde partie de ma petite enquête :\n« Pourriez-vous me donner quelques renseignements précis sur les procédés de\nfabrication qui ont assuré aux pianos de la maison Pleyel la grande renommée dont\nils jouissent? Je me crois capable de reconnaître un de vos pianos en l'entendant\nsans le voir. A quoi cela tient-il? Chopin disait que sur vos instruments il « faisait le\nson » comme il voulait ; ce mot-là est-il une simple boutade d'artiste, ou a-t-il des causes\nréelles? »\nA ces questions, un sourire indéfinissable passe sur les lèvres de M. Pfeififer. Il me\ntrouve sans doute indiscret. Peut-être me prend-il en pitié comme un enfant qui\nvoudrait savoir ce qu'il y a dans l'intérieur d'un joujou.\n« Cher Monsieur, me répond-il, votre demande touche à des questions techniques\ntrès délicates. Je craindrais de ne pouvoir vous renseigner sur ce point avec toute la\nprécision désirable. Pour vous éclairer en ces matières, vous devriez voir le Directeur de\nla maison, M. Gustave Lyon. Voyez M. Lyon! »\nA peine rentré chez moi, impatient d'être renseigné, je téléphone, pour prendre\nrendez-vous, à M. Lyon, qui, de son usine de Saint-Denis, me répond : « Dans une\nheure, je vous ferai prendre en voiture, à l'endroit que vous m'indiquerez. » On n'est\npas plus aimable ! Une heure après j'était installé dans un très élégant coupé, qui, par\nl'avenue Saint-Ouen, me conduisait dans la plaine Saint-Denis, au seuil d'une usine, où,\ndès le premier pas, on a l'impression d'une grandiose organisation de labeur continu &\ntrès discipliné. La main tendue, M. Lyon vient au-devant de moi. Il est en costume de\ntravail, mais je sais que sous son veston de toile brille (entre autres décorations) la\nrosette d'officier de la Légion d'Honneur. J'ai un plaisir singulier à songer que M. Lyon\n/ /\nest ancien élève de l'Ecole polytechnique Se de l'Ecole des mines ; il me plaît infiniment\nqu'il en soit ainsi, non pas seulement parce que je ne sais rien de plus beau que la\nscience alliée au travail pratique, mais parce que cette idée d'une haute valeur\npersonnelle mise au service de l'industrie des pianos s'accorde bien avec le culte que\nj'ai pour la musique & pour tout ce qui la touche. Afin d'éviter une perte de temps,\nje vais droit au but Se j'expose l'objet de ma visite.\n\n(i) Beethoven était un mélange singulier de rudesse & de tendresse. On connaît ses deux billets à\nHummel :\nPremier billet :\n« Ne mets plus les pieds chez moi. Tu n'es qu'un chien d'hypocrite, & puisse le bourreau tordre le cou à\ntoutes les bêtes malfaisantes de ton espèce. BEETHOVEN. »\nDeuxième billet (au même) :\n« Mon petit cœur de beurre, tu es un honnête garçon ; tu avais raison, je le vois à présent très bien. Viens\ncet après-midi, tu trouveras Schuppanzigh chez moi, & tous deux nous t'embrasserons, cajolerons, dorloterons, que\nce sera une bénédiction. Je te serre dans mes bras. Ton BEETHOVEN, dit aussi Fleur de miel. »\nDans une lettre datée de Vienne, 27 prairial an xni, Camille Pleyel raconte qu'il est allé faire visite à\nBeethoven & le dépeint ainsi : « Un petit trapu, le visage grêlé & d'un abord très malhonnête. » Il le\ncaraétérise ainsi comme pianiste : « 11 n'a pas d'école ; son exécution n'est pas finie, c'est-à-dire que son\njeu n'est pas pur. 11 a beaucoup de feu, mais il tape un peu trop. » Ce témoignage est confirmé par ceux\nque cite Wasielewski (Ludwig van Beethoven, t. 11., ch. I)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.14", "texte": "PROMENADES ET VISITES MUSICALES\n\nCertainement, répond M. Lyon, on pourra donner une partie des renseignements\nque vous désirez. Mais voulez-vous d'abord jeter un coup d'œil sur nos ateliers ?\nVoici un chantier où d'énormes cubes de bois de chêne (représentant une valeur\nd'un million de francs) sont en train de dégorger leur sève & de sécher. Dans les\nbâtiments à plusieurs étages qui sont distribués en façade sur deux rues & qui occupent,\nme dit-on, une surface de 55 000 mètres, avec un chemin de fer où circulent constam-\nment des wagonnets, trois machines à vapeur & 600 ouvriers, on taille, on façonne,\non polit, on ajuste, on travaille, avec un bruit assourdissant, le bois & le métal. Ici,\ndans une athmosphère très chaude, un ouvrier ganté de gros cuir, la poitrine à moitié\nnue, tend des cordes d'acier & les enroule d'un fil de cuivre avec une extrême rapidité.\nLà on prépare les pièces fines Se légères, semblables à de subtils joujoux de fée, qui\ncomposent la mécanique du piano ; ailleurs on manie des substances dures, on débite\nl'ivoire, on combine de jolies incrustations pour les instruments de luxe. C'est une\nruche bourdonnante & stridente où la force circule incessamment & où j'ai peine à\nentendre les explications techniques que veut bien me donner M. Lyon.\nVous m'avez trouvé, me dit-il enfin, occupé à faire des expériences : mais voici\nnotre ingénieur, M. Canat de Chizy, qui est à votre disposition. Excusez-moi si je vous\nremets entre ses mains !\nDans les bureaux de l'usine où nous nous reposons en fumant des cigarettes,\nM. Canat de Chizy ancien élève, lui aussi, de l'École Polytechnique veut bien\nm'expliquer que les pianos de la maison Pleyel, tout en étant construits d'après un\ntype primitif Se consacré, sont toujours en voie d'améliorations nouvelles, Se que la\nqualité de timbre qui a fait leur grande réputation est due à tout un ensemble de\ncauses : d'abord à la nature des bois employés ; pour le châssis sur lequel sont tendues\nles cordes du piano, c'est le chêne, le hêtre, le tilleul, le sapin qui viennent des forêts\nfrançaises & des pays Scandinaves, le tulipier Se le noyer d'Amérique. Pour l'appareil\nde percussion (mécanique), c'est le poirier, le cormier, le charme, l'érable, l'alisier que\nfournissent les pays méditerranéens, Se un autre bois d'Amérique, le hickory ; pour le\nclavier, c'est le bois de tilleul, mais le tilleul d'avenue, qui a été taillé, Se dont le\ngrain est devenu très serré par suite d'une condensation de la sève ; pour l'ébénisterie,\nce sont les bois exotiques : palissandre, acajou, poirier, noyer-loupe d'Orient, bois de\nrose. Il faut que ces bois aient subi une préparation qui ne dure jamais moins de trois ans.\nTout cela n'est encore rien. Commençons par les cordes de métal, puisqu'elles sont les\ngénératrices du son.\nLes mathématiques nous donnent des lois pour la longueur, la répartition Se la\ntension des cordes ; elles indiquent aussi le point précis où chacune d'elles doit être\nfrappée. Vous savez que, quand une corde vibre, elle se subdivise en une multitude de\nparties formant des « nœuds » Se des « ventres », dont chacune produit un son\nharmonique s'ajoutant au son fondamental. C'est la prédominance de tels ou tels\nharmoniques, comme l'a montré Helmholtz, qui constitue le timbre ; il en résulte qu'il\nfaut bien choisir le point où le marteau vient frapper la corde, parce que, immobilisant\nla partie qu'il touche, il supprime un harmonique. La tension de l'ensemble des\ncordes peut représenter une force de 24 000 kilos. Il faut donc que ces cordes, sous\npeine de ne pas tenir l'accord, soient maintenues par une construction très solide. De\nlà le principe de n'employer que du fer forgé ou de l'acier pour renforcer les barrages.\nSi le cadre en métal qui est l'ossature du piano est formé de plusieurs pièces\najustées, la propagation de l'onde sonore aura moins de continuité, parce qu'entre deux\npièces réunies il y aura une solution, un léger arrêt, le son sera un peu court : de là le\nprincipe de n'employer que des cadres en acier coulé. Enfin, comment la corde"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.15", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nentrera-t-elle en communication avec les doigts du pianiste? Si la transmission du mou-\nvement se fait d'une manière automatique, le son sera uniforme, dépourvu de nuances,\nSe ne traduira pas la personnalité de l'artiste : de là le système du double échappement,\nqui laisse du jeu à l'exécutant Se, dans une certaine mesure, lui permet, comme disait\nChopin, de créer le son comme il veut.\nEt M. Canat de Chizy, joignant l'exemple à la leçon, veut bien me dessiner sur le\npapier toutes les pièces dont il m'explique le délicat fonctionnement.\nEn somme, conclut-il après un moment de réflexion, c'est surtout la solidité Se\nla rigidité de la construction qui assure la haute valeur de nos pianos, en même temps\nque la nature Se la préparation des matériaux employés. A l'étranger, certains pays ont\ncopié nos pianos Se les ont reproduits avec une exactitude mathématique ; ils les ont\nmême vendus moins cher : mais ils n'ont pu leur donner les mêmes qualités de son.\nEnvoyez-vous beaucoup d'instruments à l'étranger?\nOui, en Angleterre Se en Belgique principalement. En Amérique, les droits\nd'entrée Se le change sont de terribles obstacles...\nCombien avez-vous fabriqué de pianos jusqu'à ce jour?\nCent trente mille, environ.\nM. Lyon, qui est venu nous rejoindre, mais qui paraît songer de moins en moins à\nme livrer des secrets, me parle de l'organisation sociale qu'il a donnée à sa cité ouvrière ;\nSe je me retire bientôt, enchanté en somme de l'excellente leçon de choses, forcément\nincomplète, qui vient de m'être donnée avec tant de courtoisie Se de compétence.\n\nS.\n\nMUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nOpéra-Comique. Le Légataire universel (3 aétes) de M. G. Pfeiffer.\nUn vieillard avaricieux, radoteur Se agonisant, insigne par le nombre des maladies\nSe des ridicules; deux jeunes gens qui roucoulent Se attendent la succession de ce\nnouvel Argan pour se marier; un Crispin qui se charge, à l'aide de déguisements hardis,\nd'évincer des collatéraux imminents, Se qui, profitant d'une léthargie de son maître, fait\nlui-même, par devant deux notaires à perruque, le testament convoité : tels sont les\néléments de haute bouffonnerie dont se compose le Légataire universel. Très pratique Se\ntrès avisé fut celui qui eut l'idée d'adapter à la scène de l'Opéra-Comique cette œuvre\nétincelante, franchement gaie malgré le fonds un peu macabre de la donnée. Avec\nRegnard, la moitié du succès était assurée ; avec l'auteur de Madame Bonaparte, du\nMiroir de Colombine, du Modèle, de tant d'autres pièces charmantes, le triomphe a été\ncomplet. Ce qui me paraît caraétériser la partition de M. Pfeiffer, c'est qu'en passant par\nsa main le grand vaudeville moliéresque a sans doute gardé son air de fantaisie légère\nSe improvisée (comme dans l'accompagnement instrumental au début des deux premiers\naétes, dans la chanson où Géronte se réjouit de son prochain mariage. Se dans le trio :\nc'est votre léthargie!), mais il s'est enrichi de quelques touches d'art très élégant Se\nsentimental. La caricature a souvent tourné au tableau de maître. L'ouverture, de style\nclassique, n'a aucune tendance à la charge. 11 y a des duos d'amour & (dans l'introduc-\ntion du 3e aéte) un solo de violon avec contre-chant de violoncelle que ne désavouerait\npas l'auteur de Tha'is. Comment en vouloir à la musique de s'être souvenue que son"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.16", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nrôle, avant tout, est de charmer & de parler au cœur? M. Pfeiffer a ce talent, soit qu'il\nécrive pour le piano, soit qu'il manie l'orchestre; à la rentrée, le public espère bien\nrevoir longtemps sur l'affiche son Légataire.\n\nConservatoire national de musique et de déclamation. A propos\ndu dernier concours pour les prix de Rome, (ier grand prix :M. Caplet, élève de M. Le-\nnepveu, membre de l'lnstitut; lERIER deuxième grand prix :M. Gabriel Dupont, élève de\nM. Ch. Widor; 2e second grand prix : M. Ravel, élève de M. G. Fauré), nous tenons à\nrappeler que M. Lenepveu, depuis son entrée au Conservatoire (1894), a obtenu les\nsuccès suivants, comme professeur :en 1894, 2e prix d'harmonie (pas de ier prix) décerné\nà Mlle Chapart ; les 2 premiers accessits à Mlles Caussade Se Auger ;en 1896, 2e prix de\ncontrepoint Se fugue, à M. Estyle ; en 1897, grand prix de Rome (M. d'Olonne) Se\nlerIer prix de fugue (M. Estyle) ; en 1898, 2e prix de contrepoint Se fugue (M. Pech) Se\nlERIER accessit (M. Brisset) ;en 1899, grand prix de Rome (M. Levadé), second grand\nprix (M. Moreau), Se mention honorable (M. Brisset). Cette année, avec le premier prix\ndu concours, c'est encore un élève de M. Lenepveu qui a obtenu le ier prix de fugue.\nUn tel enseignement peut être considéré comme une des assises les plus solides de\nnotre musique française.\n\nConcours d'Instruments à cordes, Chant et Opéra comique.\n\nLes concours du Conservatoire ont lieu, cette année comme les autres, par une\nchaleur torride, qui n'empêche pas l'affluence d'un public passionné. Les contrebasses\nouvraient le feu, mardi dernier 16 juillet, par un Concerto de Vernaelde & un morceau\nà déchiffrer de P. Vidal : M. Schmitt eut un premier prix, M. Gasparini un second prix,\nM. Grangin un second accessit. Le concours fut assez médiocre, Se c'est dommage : la\ncontrebasse est le fondement de l'orchestre ; pourquoi le Conservatoire ne s'attache-t-il\npas à donner aux élèves de cette classe la puissance, la solidité, la précision nécessaires?\nLes altos eurent à se faire valoir (dure Se triste fortune!) dans un Concerto de Arends,\nqui valut un premier prix à M. Michaut, un second prix à MM. Drouet & Marchet, un\npremier accessit à M. Vieux, Se un second accessit à M. Pollain. Les violoncellistes,\nbons pour la plupart, ont eu à se partager les récompenses suivantes : PREMIERS PRIX :\nMM. Fournier, Jullien & Gaudichon. DEUXIÈMES PRIX : MM. Bedette & Clément.\nPREMIER ACCESSIT : M. Minssart. DEUXIÈME ACCESSIT : M. Cuelenaere.\nLe concours de chant (Hommes) réunissait dix-huit rivaux. M. Rigaux détaille\ncorrectement une romance du Tribut de Zamora, M. Geyre chante avec adresse Se non\nsans charme un air des Abencerages ; Se ils obtiennent chacun un premier prix. Les\nseconds prix sont remportés par MM. Gaston Dubois dans le Freyschutg, Guillamat,\nqui interprète assez puissamment le bel air de Dardantes : « Monstre affreux », Se\nGranier (Guido et Ginevra). La Fête d'Alexandre, de Haendel, ne vaut qu'un premier\naccessit à M. Billot, dont les vocalises pourraient être plus correéles ; & M. Ferrand\nobtient la même récompense en interprétant faiblement la faible musique de Songe Tune\nNuit d'Eté. Les deuxièmes accessits sont accordés à MM. Gilly Se deClynsen, tous deux\ndans Iphigènie en Aulide. Ce concours a révélé quelques jolies voix, mais le style, chez\ntous, manque d'ampleur, Se, chez plusieurs, de cette correction scrupuleuse qui est\nl'honnêteté de l'artiste.\nLe Concours de chant (Femmes) a été meilleur. Le choix même des morceaux était\nplus heureux ; Beethoven n'était pas exclu :il y a progrès. Mlle Huchet, avec une jolie\nvoix, de l'adresse & beaucoup d'assurance, obtient un premier prix dans l'agréable valse"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.17", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\nR. M.\n19\n\ndu Pardon de Ploèrmel. Quatre seconds prix pour MMlles Féart, dans le Perfide et Parjure\nde Beethoven (un peu long) ; Revel, dans le Freyscbùtç; Gril dans Alceste; Se Van Gelder,\nqui gazouille joliment un air aimable &Hippolyte et Aricie. Premiers accessits :\nMMlles Billat (Fidelio) Se Corter (Orphée). Deuxièmes accessits : MMlles Rupert (les\nHuguenots) Se Tullian (Oberon). Le songe d' Iphi génie en Tauride ne porte bonheur ni à\nM,le Cauchois, ni à Mlle Demougeot, malgré ses bras nus, ni à Mme Meynard, malgré un\nstyle assez correét. Mlle Foreau n'obtient rien pour l'air de la Proserpine de Paesiello\n(rien de Saint-Saëns), qu'elle a chanté avec goût ; Se le public proteste.\nLe Concours de Harpe a donné lieu aux récompenses suivantes :\nPREMIERS PRIX : Mlle Sassoli, M. Salzedo. DEUXIÈME PRIX : Mlle Pestre.\nPREMIERS ACCESSITS : MMlles Poulain Se Meunier. DEUXIÈME ACCESSIT : Mlle Lipschitz.\nLe Concours de Piano (Hommes), avec Chopin Se Liszt, s'est terminé par la procla-\nmation de cette série de lauréats :\nPREMIERS PRIX : MM. Lortat-Jacob Se Salzedo (déjà nommé). DEUXIÈMES PRIX :\nMM. Borchard, Billa, Arcouet. PREMIERS ACCESSITS : MM. Gareo, Dumesnil.\nDEUXIÈMES ACCESSITS : MM. Urcat Se Galland.\nLe Concours de Violon, remarquable par le nombre des compétiteurs (la trentaine)\nSe le choix du morceau (Symphonie Espagnole de Lalo), a fait triompher les noms sui-\nvants :\nPREMIERS PRIX : MIIe Forte, M. Dufrene, M. Luquin. —DEUXIÈMES PRIX :M. Ques-\nnot, Mlle Playfair, Mlle Chemet, M. Tourret, M. Feline. PREMIERS ACCESSITS :\nMlle Schuck, M. Chailley, Mlle Lippmann, M. Bloch, M. Eleus. DEUXIÈMES ACCESSITS :\nM. Bilewsky, Mlle Reol, Mlle Gaudefroy, M. Arthur.\nEt le Concours d'Opéra comique nous permit de renouer connaissance avec les\nchefs-d'œuvre du genre éminemment français : les Dragons de Villars, le Val d'Andorre,\nHaydèe, le Ca'id, Se Manon, qui reparut quatre fois. M. Gaston Dubois, correét dans le\nrôle insipide de Loredan (Haydée), obtient un premier prix ; un second échoit à\nMM. Geyre, qui soupire l'air de Lakmé (Illusion), Rigaux, amusant dans une scène bien\npeu musicale du Médecin malgré lui, Se Guillamat, dont la voix est puissante, mais qui\nfaisait, avec sa barbe grise, sa cornemuse Se son habit noir, le plus suprenant chevrier\ndu Val d'Andorre. M. Baer, tambour-major du Ca'id, aun premier accessit. Mlle Cesbron,\nManon trop passionnée, n'en obtient pas moins un premier prix ; Mlle Huchet, Manon\ngentille, & Mllc Revel, Manon dont la voix s'égare, partagent cet honneur. Ml]e Van\nGelder, Manon timide, n'a qu'un second prix, ainsi que Mlle Billa, Eros dont Mlle Hochet\nest la Psyché. Un premier accessit revient à Mlle Gonzalez, Rosine un peu lourde; deux\ndeuxièmes accessits à MMlles Foreau, servante-maîtresse dont on comprend l'ascendant\nsur son maître, Se Cortez, pour avoir chanté sans précision ni finesse un air des Dragons\nde Villars (Ah ! si j'étais dragon du roi !). Le jury, on le voit, s'est montré généreux,\n& surtout galant : aucune des jeunes concurrentes ne s'est retirée sans récompense.\nRien de bien remarquable dans le concours d'Opéra (25 juillet), sauf MM. Dubois\n& Rigaux.\n\nL. L.\n\nL'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain N° la fin de l'article de\nM. A. Bonaventura sur le progrès et les nationalités en musique.\n\nErratum : Dans notre dernier N°, p. 247, 1. 6, lire la au lieu de do, au bassus."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.18", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nFêtes de Béziers.\nP. CASTELBON DE BEAUXHOSTES.\nNous recevons de M. Castelbon de Beauxhostes une lettre d'où nous détachons les\nlignes suivantes :\nBéziers, le 3 juillet 1901.\nMonsieur,\nJe serai heureux d'offrir une place au collaborateur que vous enverriez à Béziers. L'œuvre de\nSaint-Saëns (car c'est la sienne!) est certes des plus intéressantes; mais le temps me manque\npour vous fournir des notes. Après le. mois d'août alors que je pourrai un peu respirer avant\nde recommencer avec Parysatis je tâcherai, sinon d'écrire, du moins de mettre en ordre tous\nles dossiers Se lettres qui, un jour, serviront à écrire l'histoire de l'Art lyrique en plein air.\nDejanire fut le premier modèle, duquel il sera bien difficile de sortir Se autour duquel on sera\nobligé d'évoluer. Depuis on a modifié les orchestrations. On ose ce que l'on n'osait pas. L'orchestre\nà cordes, seul tout d'abord, avec les harpes, répondant à de formidables musiques d'harmonie,\naujourd'hui prend un autre rôle. Max d'Ollone dans son ballet se sert de lui, de tout autre façon,\nSe je suis déjà certain d'effets jusqu'à aujourd'hui inconnus. Croyez, Monsieur, que je serai très\nheureux de vous remercier pour l'intérêt témoigné à une œuvre qui, je le crois, a un gr.os avenir\nSe qui restera. Oui, je crois fermement que notre Théâtre des Arènes pourra lutter d'ici peu avec\nBayreuth, même avec avantage. Du reste, je me suis toujours laissé diriger les yeux fermés\npar Saint-Saëns Se suis sûr, en le laissant le Maître artistique absolu de son Théâtre, de ne pas\nfaire fausse route dans l'Art vrai.\nVeuillez agréer, Sec...\n\nDans le merveilleux cadre de ses Arènes complètement terminées, Béziers va faire\nrevivre, les 25 & 27 août, les inoubliables splendeurs de Dejanire Se de Prométhée.\nProméthée, enchaîné à son rocher, lancera à la face du ciel ses farouches impré-\ncations pendant que la douce Pandore invoquera l'aide des Océanides, ses sœurs, pour\ndélivrer le Titan révolté contre les Dieux.\nSur le livret de Bac chus Mystifie, ballet pantomime de M. Sylva Sicard, Max\nd'Ollone a écrit une délicieuse musique accompagnant les danses gracieuses des Sylvains\n& des Nymphes, Se les longs cortèges des Faunes Se des Corybantes, des Bacchantes Se\ndes Satyres, des Dryades Se des Naïades, escortant Bacchus, & se déroulant le long des\ncoteaux aux pampres croulant sous le poids des grappes dorées.\nLa ville de Béziers possède de belles & fastueuses Arènes aux proportions dignes\ndes vieux amphithéâtres romains.\nCommencées en 1897 & restées inachevées jusqu'à ce jour, elles sont aujourd'hui\nen voie d'achèvement, Se les travaux activement poussés, sous la direction de M. Carlier,\nl'habile architeéle montpellierain, seront terminés dans le courant de juillet.\nLes fêtes se dérouleront dans un cadre digne d'elles.\nDes Concerts populaires avec chant seront organisés sur la place de la Citadelle,\nafin de permettre à ceux qui n'auront pu trouver place aux représentations de Prométhée\nSe de Bacchus mystifié de prendre part aux réjouissances publiques, dont le programme\nsera ultérieurement publié.\nEn outre des interprètes de Prométhée, qui prendront une part aétive à ces Concerts,\nMM. Dorival, de l'Odéon, qui créa le rôle d'Hercule dans Dèjanire, Fonteix jeune, du\ngrand Théâtre du Lyon, Alexis Boyer, de l'Opéra-Comique, Mlle Lassara, MM. Azéma,\nMilhau, Billot, Valette, élèves du Conservatoire de Paris, prêteront également leur\nconcours gracieux.\nDes trains à marche rapide Se à prix réduits seront organisés dans toutes les\ndirections.\nVoici le programme des fêtes annoncées :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.19", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\n/ r\nPROMETHEE, tragédie lyrique en 3 aétes, poème de Jean Lorrain & A. Ferdinand\nHérold, musique de Gabriel Fauré. Sous la haute direction des Auteurs.\nL'Orchestration des trois Musiques d'Harmonie a été traitée par M. Eustace, chef de\nmusique au 2e Régiment du Génie.\nRôles parles : Prométhée, M. de Max ; Pandore, Mlle Berthe Bady (de l'Odéon) ;\nHermès, Mlle Louise Dowe (tous du Théâtre National de l'Odéon).\nRôles chantés : Bia, Mme Fierens-Peters (de l'Opéra) ; Ainoë, Mlle Armande\nBourgeois (de l'Opéra); Gala, Mlle Flahaut (de l'Opéra); Kratos, M. Fonteix aîné (du\ngrand Théâtre de Marsèille) ; Hephaistos, M. Vallier (de la Monnaie, Bruxelles);\nAndros, M. Rousselière (de l'Opéra).\nBACCHUS MYSTIFIÉ, grand ballet pantomime inédit en 1 aéte, livret de M. Sylva\nSicard, musique de Max d'Ollone, chorégraphie & mise en scène de M. Bucourt\n(de l'Opéra).\nBacchus, M. Bucourt (de l'Opéra) ; Eglè, Lina Campana (ire danseuse de la Scala\nde Milan); Silène, M. de Gaspari (Mime de la Scala de Milan) ; 60 danseuses; Cortèges.\nMise en scène de M. Baudu, Régisseur général du Metropolitain-House de\nNew-York & du Covent-Garden de Londres. Décors de M. Jambon, peintre décorateur\nde l'Opéra. Construélion de la scène & agencements de M. Simon Bertrand, architede\n(Béziers). Costumes de la maison Cousin, de Paris.\n60 danseuses, sous la diredion de M. Bucourt (de l'Opéra), maître de ballet du\nThéâtre de la Gaîté.\nOrchestre d'Harmonie, sous la diredion de M. Eustace. Orchestre d'Harmonie,\nsous la diredion de M. Weinberger. Orchestre d'Harmonie (Lyre Biterroise), sous la\ndiredion de M. Alicot.\nOrchestre d'instruments à cordes. 20 harpes à pédales Érard, sous la diredion\nde M. Hasselmans, professeur au Conservatoire de Paris. 30 trompettes d'Harmonie\n(.Rallye Biterrois), chef : M. Aussenac.\n250 Choristes, hommes & femmes, dont la Chorale Biterroise, chef : M. Thalic, &\namateurs de Béziers. 450 Instrumentistes. Chœurs de femmes de Paris & Monte-\nCarlo.\nChef du chant Se des chœurs : M. Jean Nussy-Verdié.\nVoici la lettre que M. Camille Saint-Saëns écrivait récemment de Paris à M. Cas-\ntelbon de Beauxhostes :\nMon cher ami,\nVous savez si je me faisais une fête d'écrire la musique de Bacchus mystifié, dont j'avais\ndemandé le livret au doéteur Sicard; si je me réjouissais de donner un pendant à Javotte, dont\nla composition m'avait tant amusé ; mais le destin ne le voulait pas.\nIl me fallait d'abord songer à écrire la partition des Barbares, promise à l'Opéra. Tout\nd'abord, je fus retardé par mes collaborateurs, qui, reculant de semaine en semaine, me donnèrent\nà la fin d'oétobre un livret qui m'avait été promis pour la fin d'août.\nCe retard, tout en me contrariant, ne m'inquiétait pas encore. Je me mis à la besogne au\ncommencement de novembre, & parvins à m'isoler dans Paris pour travailler.\nA la fin de décembre, je me réfugiai à Bône, en Algérie, où je passai dans le calme & le\ntravail les mois de janvier, février & mars. Si j'avais pu y rester plus longtemps, j'aurais eu\nterminé mon opéra à la fin d'avril Se j'aurais pu venir facilement à bout de toute ma tâche.\nMais, président, cette année, de l'Académie des beaux-arts, j'avais dû promettre de revenir pour\nle mois d'avril. Je revins donc, pour trouver à Paris un temps affreux, la grippe, des .deuils de\nfamille, & des affaires innombrables. Il me fallait aller en Belgique, en Angleterre; le 15 avril\nje n'avais pas encore écrit une note! & alors la grippe funeste, que je n'avais pas eu le temps de\nsoigner, me donna une maladie connue depuis peu, Yinfeôlion grippale, se traduisant par une\nfièvre incessante, la toux, la perte de l'appétit. Je me remis pourtant au travail, mais j'avais"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.20", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\ntrouvé le bout de mes forces, je m'alitai Se tombai gravement malade, avec la perspective d'une\ntrès longue convalescence.\nDès lors, je compris que j'avais perdu la partie. Je fis appel au dévouement Se au talent de\nM. Max d'Ollone, un de nos plus brillants prix de Rome, qui voulut bien quitter les travaux en\ncours pour venir à mon aide Se sauver la situation compromise. Comme il n'avait pas assisté aux\nfêtes de Béziers, il eut la modestie de suivre mes conseils Se mes indications au sujet des conditions\ntoutes particulières dans lesquelles se produit la musique aux Arènes.\nIl a écrit une partition exquise, tout imprégnée de la fraîcheur de la jeunesse que je n'ai\nplus, Se pleine d'une habileté déjà consommée. Je ne doute pas que l'on rende justice non\nseulement à son mérite, mais aussi au dévouement dont il a fait preuve, Se qui est au-dessus de\ntout éloge.\nIl va sans dire que je serai à Béziers au mois d'août Se que je participerai au travail des\nrépétitions, ainsi que je l'ai fait pour Promèthèe, que nous allons revoir dans de meilleures\nconditions encore que l'année dernière.\nL'an prochain, nous aurons Patysatis, un drame étincelant Se terrible de Mme Dieulafoy, qui\nen a trouvé les éléments dans l'histoire de la Perse antique. Conçu dans la forme de Déjanire,\navec des chœurs évoluant dans l'arène, Se des danses, ce sera un merveilleux speétacle. J'en\nécrirai la musique l'hiver prochain, dans le doux climat des Canaries, Se, comme je n'aurai pas\nautre chose à faire, il serait bien étonnant que je n'en vinsse pas à bout.\nVous me pardonnerez, je l'espère, de n'avoir pas tenu mes promesses. J'y ai fait tous mes\nefforts, & il a fallu un concours vraiment extraordinaire de circonstances pour venir à bout de\nmon vouloir Se de ma ténacité.\nAgréez mes meilleures amitiés.\n\nC. SAINT-SAËNS.\n\nCe fut une grande & belle pensée que celle d'utiliser les vastes arènes de Béziers\npour y représenter, dans des décors gigantesques Se sous un ciel incomparable, non\npas des tragédies antiques, mais des drames Se des tragédies lyriques modernes !\nCette pensée, on le sait, germa dans l'esprit de M. Castelbon de Beauxhostes, qui\napporta dans la réalisation de son rêve une énergie, un goût artistique, une belle\nhumeur qu'on ne saurait trop apprécier.\nIl ne ménagea ni ses forces ni sa fortune pour atteindre son but, & aujourd'hui\nce but est atteint : l'œuvre est fondée. Bien mieux, elle est prospère !\nLes écrivains Se les critiques éminents qui ont assisté aux inoubliables représen-\ntations de Déjanire Se de Promèthèe ont dénommé Béziers « le Bayreuth français », c'est-\nà-dire l'autel de l'art pur, de l'art pour l'art, sans autre préoccupation d'aucune sorte,\nsans arrière-pensée de mercantilisme !\nLe monde des lettres Se des arts, tous les esprits que le beau passionne seront\nassurés, une fois de plus, d'assister les 25 & 27 août, à d'incomparables solennités.\nL'immense scène sur laquelle se dérouleront les péripéties de la puissante tragédie\nlyrique arrachera encore un cri d'admiration à la foule. Ce speétacle, qui n'a pas\nd'équivalent ailleurs, se terminera par Bacchus mystifie, dont le scénario est l'œuvre de\nM. le doéteur Sicard, maire de Béziers, Se la musique de M. Max d'Ollone.\nCette œuvre nouvelle sera interprétée par 60 ballerines, à la tète desquelles se\nplacera la célèbre danseuse Lina Campana, qui créera le rôle d'Eglé, la plus belle des\nnaïades.\nLes rôles de Bacchus Se de Silène seront créés par deux renommés maîtres de\nballet.\nM. Jambon brosse, pour cette pantomime lyrique, un grand décor qui s'adaptera\nsur celui de Promèthèe.\nLes arènes de Béziers seront donc, les 25 Se 27 août prochain, le rendez-vous de\ntous ceux que la rénovation artistique préoccupe."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.21", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nLes fêtes de Bayreuth.\nAu moment où paraîtront ces lignes, finira le premier cycle des grandes solennités\ndramatiques & lyriques de Bayreuth, consacré au Ring des Nibelungen de Richard\nWagner :\nle jeudi, 25 juillet Rheingold.\nle vendredi, 26 » la IValkùre.\nle samedi, 27 » Siegfried.\nle dimanche, 28 » la Gotterdàmmerung (Crépuscule des dieux).\nVoici quel est le programme des représentations du mois d'août :\n14, 15, 16 & 17 août-DtT Ring des Nibelungen\n5, 7, 8, 11, 20 » Parsifal\n1, 4, 12, 19 » Der fliegende Hollander (le Vaisseau Fantôme).\nL'organisation de ces solennités est grandiose. Les quatre chefs d'orchestre, tous\nconnus du public parisien, sont MM. Félix Mottl, dr. Karl Muck, dr. Hans Richter,\nSe Siegfried Wagner. L'orchestre ne comprend pas moins de 11 5 musiciens. Le premier\nviolon est le professeur Cari Prill, maître des Concerts de la Cour de Vienne. Les\npremiers chanteurs sont les artistes les plus célèbres de l'Allemagne, de l'Autriche, delà\nSuède, des Pays-Bas. C'est M. Van Dyck qui, (avec M. Erik Schmedes, de Vienne),\ntiendra le rôle de Parsifal. Dans la Valkilre, le rôle de Sieglinde sera joué par Mme Marie\nWittich, de Dresde, Se celui de Brunnhilde par Mme Ellen Gulbranson, de Christiania.\nDans Siegfried, le rôle de Siegfried a été dévolu à M. Alois Burgstaller de Francfort, Se\ncelui de Mime à M. Hans Breuer, deVienne. Dans le Vaisseau Fantôme, Daland sera joué\npar M. Peter Heid Kamp, de Vienne, Se Senta par Mme Emmy Destin, de Berlin, qui,\naux concerts de notre Châtelet, il y a quelques mois, s'est fait applaudir en chantant de\nfaçon exquise un air de Samson et Dalila. Les chœurs sont ainsi composés : femmes,\n46 sujets; hommes, 27 ténors Se 30 basses.\nLes décors de Parsifal ont été faits sur les indications de M. Paul de Joukowsky Se\nde M. Brùckner, peintre de la Cour à Cobourg; ceux du Ring Se du Vaisseau Fantôme,\nsur celles de MM. les professeurs Brùckner. Les costumes de Parsifal ont été exécutés\nd'après les indications de M. de Joukowsky; ceux du Vaisseau Fantôme sont dus à\nM. Max Rossmann (Francfort); ceux du Ring ont été faits d'après les indications de\nMM. Hans Thoma (Karlsruhe) Se Arpad Schmidhammer (Munich) Se sont dus\nM. J. Scholz, inspecteur du théâtre de Leipzig.\nCeux qui ont déjà fait le pèlerinage de Bayreuth savent l'exceptionnelle valeur artis-\ntique de ces grandes solennités annuelles où le génie musical moderne, secondé par une\nscience minutieuse Se un respeCt absolu des chefs-d'œuvre, a certainement atteint son\nmaximum de puissance expressive Se d'éclat.\n\nBIBLIOGRAPHIE\n\nKARL BüCHER. Travail et Rythme. Arbeit und Rhythmus, 2e édition, Leipzig,\n1899. x-412 p.)\n\nLe livre de M. K. Bûcher n'est plus très récent, puisque la 2e édition est datée\nde 1899 • en vérité il a subi en vue de cette seconde édition tant de changements Se\nsurtout tant d'additions que personne ne saurait plus utiliser la première (parue dans\nles Abhandlungen de l'Académie de Saxe) Se qu'il s'agit d'un ouvrage proprement nouveau ;"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.22", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nil n'est point trop tard pour en parler ici, car il ne semble pas qu'on y ait prêté en\nFrance toute l'attention qu'il mérite & qu'il a trouvée ailleurs.\nM. Bûcher essaie d'abord de définir la notion du travail : le travail chez l'homme\npeu civilisé ne se distingue pas aussi nettement du jeu que chez l'homme moderne.\nD'autre part beaucoup de travaux exécutés dans un état de civilisation inférieure se\nlaissent exécuter d'une manière plus ou moins rythmée ; & l'on a observé, par exemple\nen Afrique, avec quelle rigoureuse précision le rythme était observé par les travailleurs.\nIl est donc naturel de soutenir le rythme par un chant : & en effet beaucoup de travaux\nsont accompagnés d'un chant approprié. L'auteur passe en revue ces chants, dont il cite\nun grand nombre, les uns seulement avec leurs paroles, les autres aussi avec leur\nmélodie ; il montre comment le chant en arrive à être un moyen de régler le travail\ncollectif ; ces exemples, extrêmement nombreux, occupent la plus grande partie du livre.\n11 y a donc liaison intime du mouvement & du chant ; c'est dans la danse que cette\nliaison se laisse le mieux percevoir : le chant Se la danse sont étroitement associés chez\nle sauvage. M. B. est par là conduit à proposer une théorie sur l'origine de la musique\n& de la poésie : le rythme, qui, pour le sauvage, en est l'élément essentiel, provient des\nmouvements naturellement Se nécessairement rythmés qu'on exécute dans le travail,\nnon encore bien différencié d'avec le jeu.\nPrésentée avec beaucoup de taéi & de mesure, tout entourée Se comme étoffée de\nfaits curieux Se de citations poétiques & musicales, la théorie est rendue fort séduisante\npar le talent de son auteur; pour autant qu'il est permis d'exprimer une opinion sur des\nspéculations sur les origines des choses, on est tenté de croire qu'elle doit renfermer une\npart de vérité. Toutefois, M. Bûcher n'a pu écarter la difficulté fondamentale de toutes\nles recherches de ce genre : on a trop souvent affaire à des faits observés avec peu de\nprécision Se dont la critique est malaisée ou même tout à fait impossible ; Se, en tout cas,\nl'interprétation des faits reste en grande partie arbitraire. Il est d'ailleurs impossible de\nne pas faire quelques réserves de détail. Par exemple, l'auteur exagère l'absence du\nrythme dans le langage ; il est bien vrai que, dans aucune langue, les phrases ne sont\nsoumises à un rythme : le rythme n'apparaît que dans la littérature, poésie ou prose\nsavante, mais il n'en est pas de même de l'unité essentielle du langage, du mot : le mot\nest très souvent soumis à des conditions définies de rythme, Se, par exemple, dans les\nanciennes langues indo-européennes, qui avaient un rythme quantitatif (& non un rythme\nd'intensité, comme les langues modernes de l'Europe), certaines successions sont évitées :\nM. F. de Saussure a constaté que le grec a évité, à date ancienne, les formes présentant\nune succession de trois brèves consécutives, Se l'on a reconnu depuis que le sanskrit\nvédique présente la même particularité; près de deux brèves, ces langues ont besoin\nd'une longue servant de sommet rythmique ; dans les langues qui ont un accent d'intensité\nles mots longs présentent un ou plusieurs accents secondaires. Le mot, qui est l'élément\nfixe Se constant du langage, a donc un rythme, tout comme le travail ; les phrases du\nlangage ordinaire, destinées à satisfaire à un besoin transitoire, n'ont pas de rythme ;\nmais le rythme poétique Se musical est déjà en germe dans la langue, par le fait seul\nque le mot tend naturellement à présenter un certain rythme. Quoiqu'on puisse\npenser de la théorie sans doute trop exclusive de M. K. Bûcher, on en doit reconnaître\n1 importance, Se, la repoussât-on, on n'en saurait étudier l'exposé sans profit ni le\nparcourir sans y prendre un vif intérêt. On y verra comment, avant l'emploi des\nmachines, le travail, le jeu Se la musique ont pu s'associer, Se, si l'on ne suit pas\nM. Bûcher sur la question des origines, on éprouvera un vif plaisir à se reporter avec lui\naux temps Se aux lieux où un art encore simple ne se séparait pas des travaux de tous\nles jours.\n\nA. MEILLET."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.23", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nSCHUMANN. Neue Zeitschrift für Musik\n\nNos 23 &24 (5 juin & 12 juin 1901).\nLeipzig.\nCe journal vient de consacrer plusieurs articles à son illustre fondateur, R. Schu-\nmann. M. R. Musiol a fait le relevé des mesures employées par le compositeur; elles\nn'ont pas été choisies au hasard, tant s'en faut, & Schumann, (à propos de l'Ouverture\nÔ 0\nde Mélusine, de Mendelssohn), distingue fort nettement la mesure à de la mesure à\n4\n« Elle a certainement un caraétère moins passionné, plus fantastique, & demande une\ninterprétation plus calme ; elle nous surprend, pour ainsi dire, par son ampleur & son\nétendue. » Plusieurs pièces de Schumann sont une admirable illustration de ces lignes,\nentre autres la romance intitulée la Fleur de Lotus (Op. 33, n° 3), où la mélodie se déroule,\ndans ces grandes mesures à 6 noires, avec une grâce nonchalante Se féérique. Comment\ncroire, dès lors, qu'un musicien aussi sensible à d'exquises nuances ait marqué tout de\ntravers les barres de mesures dans sa Chanson de Moissonneur (Op. 68, n° 18)? Telle\nest cependant l'opinion de M. Riemann, qui « corrige » la faute dans l'édition parue chez\nSiegel à Leipzig. On ne peut qu'admirer l'érudition extraordinaire Se la puissante\nintelligence de l'un des plus grands théoriciens de la musique qui aient paru jusqu'à ce\njour, mais il est permis de se demander, avec M. Musiol, s'il n'est pas allé, pour une\nfois, un peu loin en changeant le rythme que Schumann avait voulu indiquer.\nL'étude de M. le Dr V. Joss est d'un caraétère moins abstrait : il s'agit de l'aventure\nde Schumann avec Ernestine von Fricken. C'était en 1834 ; Schumann aimait déjà la\nfille de son maître, Clara Wieck, lorsqu'il s'éprit brusquement d'une nouvelle venue,\nErnestine von Fricken, élève de Wieck comme lui. Rien ne justifiait une pareille\npassion. Kohut a beau affirmer, « d'après de bonnes sources, qu'Ernestine était une\njeune fille gaie, éveillée, naïve, Se profondément musicienne » ; il paraît bien établi que\nClara Wieck était une artiste bien supérieure à sa rivale inattendue. Schumann n'en aima\npas moins Ernestine, bien au contraire ; mais il l'aima moins longtemps : un jour vint\noù Clara reprit possession de ce cœur indocile Se sut le garder. Ernestine fut oubliée,\nSe Schumann, qui avait été jusqu'aux fiançailles, reprit sa parole. Telle est la simple\nhistoire que nous conte M. Joss ; rien de plus clair ni de plus humain, Se c'est à tort\nque l'on a fait grand mystère de ce petit drame où tout s'explique, sitôt que l'on ne va\npas chercher de lointaines explications.\nM. A. Schering, enfin, a consacré un intéressant article au sentiment tragique dans\nSchumann. L'auteur des Lieder est avant tout un poète lyrique, comme Schubert Se\nMendelssohn ; mais il n'a pas la naïveté du premier, ni la sentimentalité discrète du\nsecond. En son âme tourmentée, l'émotion retentit profondément Se éveille de mystérieux\néchos ; pour lui se vérifie toujours, mais avec une acuité toute moderne, le surgit amari\naliquid du poète ancien : au fond de toute joie, une douleur se lève. « A la fin, dit\nSchumann lui-même en parlant d'une de ses pièces (La fin de la Chanson), tout se résout\nen de joyeuses fiançailles, troublées bientôt par la souffrance venue de toi ; Se c'est comme\nun carillon nuptial mêlé à un glas funèbre. » Ce perpétuel conflit de sentiments contraires\nfait des œuvres les plus personnelles de Schumann des tragédies poignantes, comme les\npoètes ne peuvent en écrire, car elles sont sans personnages Se sans aCtion extérieure.\nLeur sujet n'est pas tel amour contrarié, tel espoir déçu, telle attente anxieuse, mais l'éter-\nnelle angoisse, l'éternel déboire Se l'éternelle contradiction que l'on trouve au fond de tout\nsentiment humain : la vaine Se douloureuse aspiration vers un monde supérieur d'un\nêtre rivé à la terre, toute la misère enfin du « roi dépossédé » de Pascal. Mais ici la foi\nchrétienne ne vient plus résoudre l'énigme de la destinée humaine, Se le musicien qui,\ncomme Heine, « de ses grandes douleurs fit ses brèves chansons », souffre Se se débat"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.24", "texte": "MUSIQUE RELIGIEUSE\n\nsans merci. «Je ne sais rien, dit-il, que chanter jusqu'à en mourir, comme un rossignol! »\nM. Schering termine sur ce cri du « pauvre grand artiste »; on peut ajouter que\nl'inquiétude tragique de Schumann traverse, comme un souffle d'orage, plus d'une\nœuvre de Berlioz Se de Brahms, fait le sujet même du Tristan et Yseult de Wagner, Se se\nmêle miraculeusement, chez César Franck, au sentiment religieux. Elle est peut-être ce\nqu'il y a de plus nouveau & de plus émouvant dans l'art musical moderne.\n\nLOUIS LALOY.\n\nA. VON FIELITZ. Vier Stimmungsbilder (Quatre Pièces caractéristiques).\nPartition d'Orchestre. Leipzig, Breitkopf & Hârtel. (Les mêmes pour piano chez\nle même éditeur.)\nCes petites pièces, d'une faCture simple & claire, ne manquent pas d'agrément; &\nsi la 2e (Hntr'aéte) & la 3e (Hymnus) sortent de moules qui ont déjà beaucoup servi, les\nthèmes de la ire (Idylle) &dela 4e (Scherzo) sont assez intéressants; mais le dévelop-\npement n'a pas toute l'ampleur Se la variété qu'on est en droit de demander à une œuvre\nsymphonique. Ce grand orchestre, avec harpe, trombones Se quatre cors, perd un peu\nson temps & le nôtre à répéter, sans y changer grand'chose, des motifs déjà\ncourts par eux-mêmes. Nous n'avons pas le sentiment d'une marche, d'un progrès,\nencore moins celui d'une lutte ; nous entendons un agréable ramage, Se c'est tout. Je\ncrois qu'il valait mieux ne pas transporter à l'orchestre ces aimables improvisations,\nsans doute écrites d'abord pour le piano.\n\nMUSIQUE RELIGIEUSE\n\nLe plain-chant à Solesmes. S. S. le Pape Léon XIII vient d'écrire au\nRme p£re abbé de Solesmes une lettre admirable, où il félicite hautement les Bénédictins\nde la Congrégation de France des travaux qu'ils ont consacrés à la restauration du\nplain-chant. Cette lettre est la juste récompense d'une œuvre où la foi & l'art ne sont\npas seuls intéressés, mais qui fait grand honneur à la science française.\n\nL'égalité des notes dans le plain-chant.\n\nIl y a dans les manuscrits des preuves intrinsèques de Végalité des notes dans le plain-\nchant.\nJ'ai l'intention de mettre en lumière une de ces preuves, selon moi décisive. Mais,\navant d'entrer dans des développements, il faut préciser exactement ce que nous devons\nentendre par « égalité de notes ». Il ne faut pas entendre une égalité mathématique,\nconstante, invariable, avec laquelle aucun rythme ne serait possible; il me semble\névident au contraire que tant les besoins du rythme que ceux de l'expression musicale"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.25", "texte": "MUSIQtJE RELIGIEUSE\n\ndemandent fréquemment que certains sons soient élargis, considérablement même parfois\nSe jusqu'à en être doublés.\nMa pensée exaéte est celle-ci : Le temps rythmique simple équivaut en principe\nà une syllabe du texte littéraire dans le chant syllabique. Cette valeur type peut se\nprolonger, se doubler, se tripler, mais non se diviser. A supposer que nous appelions ce\ntemps premier une brève Se que nous le représentions par une croche\nnous aurons\ns'il le faut des longues, c'est-à-dire des noires\nmais nous n'aurons pas de demi-brèves\nou de double-croches.\nEn d'autres termes, le temps premier, comme dans la musique antique, est indivi-\nsible. Le neume, comme le pied rythmique des Grecs, résulte de la juxtaposition, ou\nmieux de l'addition de plusieurs temps de même valeur. Le temps premier étant\nl'unité :\nle groupe de deux notes vaudra invariablement deux unités :\ncelui de 3 notes, vaudra 3 unités\n» 4 » 4 »\n» 5 » 5 »\nDans la pensée de M. Boudard, au contraire, le neume provient de la division on\nde la broderie du temps premier. Celui-ci étant représenté par la croche (#H), le neume\nde deux notes sera formé de deux sons dont chacun équivaut à la moitié du temps\npremier :\ncelui de trois notes aura pour éléments les trois tiers du temps premier\ncelui de 4 notes, les 41/4 =\n; celui de 5, les 5 1/ç\nSe ainsi de\nsuite.\nMa formule serait : une note = / temps, tandis que celle de M. H. est : un neume\n= i temps.\nUne preuve que les notes sont égales, & que chacune d'elles a la valeur d'un temps\naussi bien dans le corps d'un groupe neumatique qu'à l'état isolé, c'est que le signe\ngraphique qui sert à les exprimer est le même dans les deux cas. La seule différence que\nl'on y puisse relever, c'est que dans le groupe ces signes sont rapprochés ou même liés\nentre eux, (Se c'est ce rapprochement seul qui constitue le groupe).\nAinsi par exemple les virgas (/ou /), les points (. ou _), les strophieus (?) qui, d'après\nM. H., pris séparément valent chacun un temps rythmique, se présentent ainsi dans la\ncomposition des groupes :\n&c... A ces formes il faut\nassimiler celles-ci, où les éléments primitifs sont non seulement juxtaposés, mais reliés\nles uns aux autres,\nSe leurs composés multiples /!/\nOr, a priori, avant toute preuve certaine du contraire, nous devons supposer que\ndes signes identiques représentent des valeurs identiques. Le seul fait que de tels signes\nsont unis, ou rapprochés, ou groupés de n'importe quelle manière pour constituer des\nunités d'un ordre supérieur, ne saurait autoriser à penser que ces signes ont perdu quoi\nque ce soit de leur valeur primitive. Il est d'usage en musique moderne de relier par des\nbarres des notes formant une unité rythmique complexe; ainsi on écrira, par exemple,\nau lieu de quatre croches séparées\nQue dirait-on de celui qui prétendrait\nque dans le premier exemple chaque note n'a que le quart de la valeur qui lui appartient\ndans le second?\nC'est cependant ce qui se produirait dans le plain-chant, selon M. H. ; d'après lui\nchaque unité perdrait de sa valeur dans la mesure même où s'augmente dans un groupe\nle nombre de ces unités."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.26", "texte": "MUSIQUE RELIGIEUSE\n\nEt quelles preuves M. H. donne-t-il de cette affirmation bien faite pour surprendre?\nJ'ai lu son livre avec le plus grand soin, ainsi que les brochures qui l'accompagnent,\nSe je dois à la vérité de déclarer qu'à mon sens cette preuve n'a pas été faite : elle n'a pas\nmême été commencée.\nVoici un exemple des raisonnements employés par M. H. Dès la page 2 de son\nlivre, il s'écrie sur ce ton de triomphe qui lui est habituel : « Une des preuves irré-\n« futables qu'un signe, note ou groupe, égale « un temps » est celle-ci : Si tout groupe\n« composé de 4, 5, 6... notes ou plus, & représenté par un signe neumatique compliqué,\n« est regardé comme subdivisible en plusieurs temps successifs, il est inadmissible que\n« ce signe compliqué ait été créé, alors qu'il était infiniment plus logique d'écrire les\n« signes simples correspondant aux subdivisions supposées ou sous-entendues. »\nOr, en quoi consiste, dans la généralité des cas, ce prétendu signe compliqué?\nSimplement dans la réunion de plusieurs signes simples, par exemple :\nMais, en supposant, ce qui est au moins admissible comme hypothèse, que le\ncompositeur ait voulu conserver à chacun des éléments simples de ces groupes sa\nvaleur primitive de « un temps », comment, je le demande, aura-t-il pu s'y prendre\npour construire ces groupes, sinon en rapprochant, en réunissant ces unités? Et comment\nalors ces groupes différeront-ils des groupes que nous avons? Car, enfin, qu'a-t-il fait\nautre chose, ce compositeur, que d'écrire, les uns à la suite des autres, « les signes simples\n« correspondant aux subdivisions supposées ou sous-entendues »?\nEn vérité y a-t-il là l'ombre d'une preuve quelconque? Ceci n'empêche pas M. H.\nde déclarer cette démonstration « irréfutable », deux fois en moins de 20 lignes.\nIl en va de même des raisonnements contenus dans la 2me partie de son volume\n« Théorie des temps rythmiques », ainsi que dans 1' « Appendice », destinés l'un &\nl'autre à administrer la preuve sans réplique. J'accorde que les motifs qui s'y trouvent,\nlonguement & parfois laborieusement développés, pourraient offrir tout au plus quelques\nconfirmatur pour une thèse qui serait établie d'ailleurs par de bonnes raisons, mais il n'y\na point dans tout cela de vraie preuve.\nJe crois donc que l'on peut voir dans ce simple fait : l'identité des signes neuma-\ntiques identiques au dedans comme au dehors de la formule complexe, une preuve claire,\névidente que ces signes représentent d'un côté comme de l'autre une même valeur, un\ntemps rythmique. C'est là une preuve de bon sens, bien suffisante à mon avis pour\nasseoir une conviftion, jusqu'au moment où une étude scientifique aura démontré que\nce que nous avions pris pour une évidence n'était qu'une illusion.\nOr, cette preuve n'a pas été faite.\nJ'ajoute que, dans ma pensée, elle ne saurait l'être; car la thèse de Y égalité des\nnotes est prouvée d'ailleurs par des raisons qui me paraissent péremptoires, je vais en\nexposer une. Le leéteur appréciera.\nII\nJe la trouve dans l'usage si fréquent au moyen âge des Tropes Se des Séquences, qui\nforment une des parties les plus étendues Se les plus intéressantes de la littérature litur-\ngique & musicale entre le ixe & le xme siècles (1).\n(A suivre.)\n(1) Les tropes ont été étudiés avec beaucoup de soin par M. Léon Gautier dans YHist. de la Poésie\n\nX***"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.27", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nCORRESPONDANCE\n\nDans le dernier numéro de cette Revue, je rendais un « sincère hommage » à la valeur du\nlivre de MM. l'abbé Misset & P. Aubry ; mais, estimant que la franchise est, en certains cas, une\nmarque d'estime, & qu'on peut différer d'avis sur une question de philologie en donnant\nsimplement ses raisons, je faisais la réserve suivante : « Sur la question de l'authenticité des\nproses d'Adam, M. l'abbé Misset apporte plus de probabilités que de certitudes; en effet, pour\ndisqualifier certains écrivains il s'appuie trop souvent sur des misères, de simples coquilles\ncomme il y en a partout, & dans la dissertation de M. Misset lui-même. » Je citais un certain\nnombre de ces coquilles, mais précisément pour montrer qu'elles sont, selon moi, négligeables.\nEn cela, je me bornais à apprécier une méthode qui me paraît manquer de rigueur, & des\nconclusions qui ont besoin d'une mise au point. Je n'avais personne, ai-je besoin de le dire? à\ndéfendre ou à diminuer : mon seul souci était celui de l'exaétitude. En outre, je jugeais un\nlivre qu'on m'avait apporté, comme tant d'autres, sans que je l'eusse demandé. Aujourd'hui\nen invoquant la loi M. l'abbé Misset me demande l'insertion de la lettre suivante, que je suis\nd'ailleurs très heureux de publier. Contient-elle des raisons qui soient de nature à modifier ma\npremière opinion? Faut-il y voir autre chose que des insinuations, des minuties & des prouesses\nà côté ? Le leéteur en jugera. J. C.\nMonsieur,\nC'est toujours pour moi un véritable sujet d'admiration de voir la facilité, l'aisance,\nj'allais presque dire la grâce, avec laquelle certains érudits d'élite peuvent quitter leur\nspécialité pour apprécier ou déprécier (qu'importe?) des œuvres qui, à première vue,\nleur sont tout à fait étrangères, je n'ai pas cette souplesse heureuse. Je vous prierai donc\nde m'excuser si je me déclare incapable de m'acquitter jamais envers vous, soit en\nlouant, soit en critiquant (peu importerait d'ailleurs) vos Basses-danses ou vos Branles,\nvos Pavanes ou vos Gaillardes. Votre Branle-gai : Que je chatouille ta fossette, échappe à\nmon appréciation, & vos guiternes égrenant des perles de bonne gaité française (1) ne relèvent\npas de mon jugement.\nEn me permettant cette réflexion préliminaire, je ne veux pas insinuer, Monsieur,\nque vous avez parlé de mon Adam de Saint-Viétor, ou plutôt de notre Adam de Saint-\nViétor, à M. Aubry & à moi, avec la haute incompétence qui me caractériserait si je\nparlais « guiternes ». Je dois vous avouer néanmoins qu'avant de vous avoir lu je ne\nsoupçonnais pas vos connaissances spéciales en matière de proses ecclésiastiques & de\ncritique de textes du xue siècle (2). Excusez, je vous prie, mon ignorance. J'ajouterai\nmême, si vous le permettez, qu'après vous avoir lu je ne rougis qu'à demi de mon\nignorance d'antan. Excusez, je vous prie, ma sincérité.\n\nliturgique au moyen âge, les Tropes, Paris, 1886, in-8° de 280 pp. M. L. G. a utilisé pour ce travail près\nde cinquante manuscrits tant de France que de l'étranger.\nEn fait de publications de tropaires & de prosiers, il n'en existe que deux à ma connaissance. La\npremière a été faite par la Société anglaise Henry Bradshaw Society... for the editing of rare liturgical\ntexts. C'est un tropaire de l'abbaye de Winchester publié à l'aide de plusieurs manuscrits : The Winchester\nTroper, from mss of the Xth and Xlth centuries, in-8° de XLViij-258 pp., plus 27 fac-similés photogra-\nphiques, & plusieurs planches en plain-chant moderne, Londres, 1894. La deuxième publication faite\ntout récemment par M. l'abbé Camille Daux, du dioc. de Montauban, comprend un tropaire-prosier ayant\nappartenu, selon l'cditeur, à l'abbaye bénédiétine de S. Martin de Montauriol (actuellement un faubourg de\nMontauban), d'après un ms en notation aquitaine du xie siècle. Paris, I9°C in-8° de Liij-210 pp. avec\ndeux planches phototypiques.\nMalheureusement ces publications, faites au point de vue liturgique exclusivement, laissent de côté à\npeu près entièrement le texte musical.\n\n(1) Revue d'Histoire et de Critiques musicales, N° 6, p. 246.\n(2) Le moyen âge n'appartient à personne. J'ai fait, moi aussi, des études d archéologie dont 1 une a\nobtenu un prix à l'lnstitut. J. C."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "300", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.28", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nCela dit pour nous mettre chacun bien à l'aise, car rien ne vaut une situation nette,\nj'arrive immédiatement à vos critiques, de fond d'abord, de forme ensuite.\nVos critiques de fond m'ont fort réjoui. Vous défendez, avec une bonté d'âme qui\nvous fait honneur & une érudition qui retarde d'un quart de siècle, l'édition primitive\nde Léon Gautier, la seule venue à votre connaissance ! Ces deux gros volumes in-12 ont\nconquis votre cœur, & vous vous apitoyez sur la rudesse de main avec laquelle j'ai\ndémoli comme des capucins de carton les quatre autorités malencontreuses, invoquées,\nen 1858, par leur jeune éditeur, c'est-à-dire : le manuscrit 577 de Saint-Viétor, le Père\nSimon Gourdan, Jean de Toulouse & enfin Guillaume de Saint-Lô. —Jean de Toulouse\nsurtout excite votre particulière pitié & vous m'en voulez fort, je ne sais pourquoi,\nd'avoir osé dire que cet audacieux méridional n'était pas de première intelligence.\nAh! Monsieur, comme vous avez eu tort de vous en tenir aux deux gros volumes\nde 1858! Que n'êtes-vous donc allé chez Palmé, ou chez son successeur, demander le\ncharmant petit volume de luxe publié chez lui, en 1881 (1) ! Vous auriez vu,\nvous auriez appris que Léon Gautier, à la suite de mes critiques, a donné une seconde\nédition d'Adam, très différente de la première. Que n'êtes-vous allé simplement chez\nPicard! Vous auriez su là que, non content de donner une seconde édition, Léon Gautier\nen a donné une troisième(2) ! Vous auriez peut-être, dans ces deux éditions, fait des\ndécouvertes intéressantes! Vous y auriez appris, en tout cas, avec une surprise mêlée\nde profit, ce que Léon Gautier, mieux informé, pensait de ses quatre autorités primi-\ntives ! Il en pensait, Monsieur, à bien peu de chose près, ce que j'en pense moi-même.\nEt, s'il était encore de ce monde, il sourirait avec moi en voyant M. Combarieu le\ndéfendre contre moi, que dis-je? le défendre contre lui-même, & se fourvoyer, en 1901,\ndans des sentiers abandonnés depuis vingt ans de tous les érudits.\nPour l'édification de vos leéteurs & peut-être aussi pour leur grand étonnement,\npermettez-moi de démontrer ce que j'avance.\nD'abord, que pense Léon Gautier de la liste attribuée à Guillaume de Saint-Lô (3)?\nQuelque soit, a-t-il imprimé, Tauteur de la liste en question, il mérite à coup sûr d'être\njuge sévèrement. M. l'abbé Misset a démontré sans peine que ce très médiocre écrivain a\ncommis, en cette liste même, plus d'une méprise ridicule ; qu'il a admis dans sa nomenclature\ndes séquences de la première époque, et, par conséquent, antérieures à notre vifîorin; qu'il a\nregardé comme authentiques plusieurs autres pièces dont la rythmique diffère notablement de la\nrythmique d'Adam ou qui sont littérairement indignes d'un tel poète (4).\nDéfendez maintenant, s'il vous plaît, M. Combarieu, Guillaume de Saint-Lô contre\nLéon Gautier!\nPassons à la seconde autorité, à celle qui vous tient si fort à cœur (5), à Jean de\nToulouse. Que pense de lui Léon Gautier?\nDans la liste des Proses que nous donne ce viEtorin, il ne faut voir que la reproduction\nmatérielle et PEU INTELLIGENTE (le mot ici n'est pas de moi!) de la liste attribuée à Guil-\n\n(1) Œuvres poétiques d'Adam de Saint-Vittor, Texte critique, par Léon GAUTIER, Paris, Viétor Palmé,\nM DCCC LXXXI. (C'est justement après avoir lu cet ouvrage que j'ai rédigé mon article. Je pourrai\nindiquer de vive voix à M. Misset le nom du savant qui a bien voulu me le prêter pour quelques jours'\n- J. Q.\n(2) Œuvres poétiques d'Adam de Saint-Victor, Texte critique, par Léon GAUTIER, troisième édition. Paris,\nAlphonse Picard & fils, 1894. (Tout cela est à côté de la question. Ce qui est en cause, c'est la\nméthode de M. l'abbé Misset, qu'il faut juger en elle-même. On me prête ici des choses que je n'ai pas\ndites, pour se donner le plaisir facile de me réfuter. J. C).\n(3) L'opinion de Léon Gautier n'est nullement en question ici. J. C.\n(4) Troisième édition, p. ix.\n(5) Rien, dans ce que j'ai écrit, n'autorise ce langage. —J. C."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "301", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.29", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nlautne de Saint-Lô. Nous ne pouvons donc que répéter, au sujet des Annales de Jean de\nToulouse, ce que nous avancions tout à Vheure au sujet de la prétendue liste de Guillaume (1).\nDéfendez maintenant, M. Combarieu, Jean de Toulouse contre Léon Gautier!\nPassons à la troisième autorité, le Père Simon Gourdan. C'est encore Léon Gautier\nqui a la parole :\nIl est trop vrai que cet homme excellent et médiocre n'a connu les Proses d'Adam que\npar le Missel de Saint-Niéïor \\édite\\ en et XElucidâtorium ecclesiasticum de Clidtové\n(1556). C'est asse% dire que l'autorité du P. Gourdan peut être considérée comme NULLE (2).\nDu courage, allons, M. Combarieu, défendez le Père Simon Gourdan contre Léon\nGautier !\nReste la quatrième & dernière autorité, le manuscrit 577 de l'ancien fonds de Saint-\nViétor, aujourd'hui 14872 du fonds latin, Bibliothèque Nationale. C'est toujours Léon\nGautier que je charge de ma défense :\nLe recueil de Proses qui se trouve dans le manuscrit 14872 (ancien 577) n est réellement\nqu'une anthologie sans critique de Proses anonymes, composée sans doute vers la fin du\nXIXe siècle et ou l'on rencontre à la fois des éléments du Xe et du XIIIe siècle. Léon\nGautier constate plus loin que, sur //y Proses dont il est formé, le recueil du manuscrit 577\nen renferme seulement 49 qui appartiennent à Adam (3). Les fausses attributions se\nrencontrent donc en ce manuscrit dans la proportion de 7 contre 4, soit presque des\ndeux tiers !\nDéfendez maintenant, Monsieur, si vous en avez le courage, le manuscrit 577\ncontre mes attaques, qui sont celles de Léon Gautier. Affirmez que ce qui vous manque,\nc'est une preuve décisive contre ces autorités si compromises! Léon Gautier, qui était\nintéressé à ne pas voir cette preuve, l'a vue de ses yeux (4) 8c a reconnu son erreur dans\nla mesure où cela lui était possible (5). Peut-être admettrez-vous que ses études, tout en\nne portant ni sur les Pavanes ni sur les Branles-gais, lui donnaient quelque aptitude\npour comprendre la valeur d'une preuve liturgique. En tous cas, procurez-vous donc,\nMonsieur, sa seconde & sa troisième édition, étudiez-les, méditez-les; Se, s'il vous plaît\nalors, à vous ou à d'autres, de reprendre, de rouvrir, ainsi que vous m'en informez, la\nquestion considérée par moi comme close, je serai le premier, soyeç-en sûr, à m'en féliciter (6).\nDe vos critiques de fond, je passe à vos critiques de forme. Elles m'ont, elles aussi,\nsingulièrement amusé. Vous m'avez écrit, en m'accordant, (comme vous le deviez),\nl'autorisation de vous répondre dans vos colonnes : J'espère que nous ne perdrons pas de\ntemps à polémiquer sur des minuties ou des équivoques. Hélas ! Monsieur, les « minuties »\n8c les « équivoques » n'ont pas été introduites aux débats par mon fait, 8c je suis bien\ncontraint de vous suivre sur le terrain un peu étroit où vous avez vous-même porté la\nlutte (7). Vous avez étudié, à la loupe, en Zoïle ou en Aristarque, un in-40 de 322 pages.\n\n(1) Troisième édition, p. xi.\n(2) Troisième édition, p. xi.\n(3) Troisième édition, p. x & xi.\n(4) Pourquoi donc n'indiquez-vous pas cette preuve, au lieu de vous retrancher derrière l'autorité de\nquelqu'un qui l'a vue? toute la question est là. —J. C.\n(3) 11 a continué, en effet, à citer bien à tort, en tête de chaque Prose, les quatre prétendues auto-\nrités qu'il avait lui-même renversées dans sa Préface ! Même le P. Simon Gourdan (!!), c'est tout dire.\n(6) Vous me reprochez de n'avoir pas donné une bibliographie de l'abbaye de Saint-Viélor en tête de\nmon volume ! Je n'ai aucun goût, Monsieur, pour cette érudition facile, qui se trouve partout & où l'on\ncite tout à propos de tout. Que viennent faire, à propos des séquences d'Adam, la philosophie scolastique,\nd'Hauréau ; la faculté de théologie de Paris, de l'abbé Ferret, le Gallia christiana, Y Histoire générale de\nParis, &c. &c. & tout l'appareil de science que vous nous exposez en 20 lignes, p. 254 ? Vous auriez pu\nprolonger la liste indéfiniment.\n(7) J'ai cité des coquilles, précisément pour montrer qu'elles n'autorisaient aucune conclusion sur le\nfond. J. C."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "302", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.30", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nVous y avez ramassé pêle-mêle des coquilles de prote (1), des formes orthographiques\ntextuellement transcrites de Léon Gautier, sur lesquelles je me propose de revenir tout\nà l'heure, & même une faute de mon ami Aubry (2). (A la rescousse, mon cher Admi-\nnistrateur, contre votre impitoyable Directeur !) Vous avez alors jeté, sur le dos de l'abbé\nMisset, tous les péchés ou plutôt toutes les peccadilles d'lsraël î Malgré cela votre\ncritique restait d'une maigreur désespérante. Pour la corser, vous avez eu une idée\nlumineuse ! Vous vous êtes dit : Si je faisais, moi, Combarieu, une équivoque de\npremière grandeur, des fautes d'anglais, des fautes de critique de texte, des fautes de\nmétrique, des barbarismes, & si j'en chargeais le « terrible » abbé Misset? Eh bien !\nvous avez fait tout cela, oui, tout cela, Monsieur Combarieu, dans une seule page de\nvotre compte-rendu. —Jugez-en.\nL'équivoque est flagrante. Vous me reprochez d'écrire, dans mes trois premiers\nchapitres : Jubilemus avec un j, Jœtabundus avec un ce, tandis que ma Préface porte que\nje supprime dans mon Texte le y & Y ce. Mais, Monsieur, mes trois premiers chapitres ne\nsont pas mon Texte. Mon Texte commence à la page 166, où un onzième (3), (pardon de\nmon barbarisme !) épèlerait en grosses capitales : TEXTE LITTÉRAIRE ! J'ai d'ailleurs pris\nsoin d'avertir, toujours dans ma Préface, que mes trois premiers chapitres, parus en 1881,\nseraient, pour les renvois & pour les notes, identiques à ce qu'ils étaient alors, conformes\npar conséquent à la première édition de Léon Gautier, seule existante alors ! L'incohé-\nrence, Monsieur, n'est donc pas dans mon texte ; elle est dans le texte de Léon Gautier\ncomparé au mien; elle est dans votre esprit qui rapproche sans critique les deux textes !\nDe même la phrase qui vous choque : L'illustre cardinal Pitra nous pardonnera de lui\nsignaler deux vers faux, cette phrase, dis-je, n'a rien qui doive choquer un esprit réfléchi.\nElle a été écrite en 1881, je l'ai rééditée telle qu'elle avait paru en 1881, j'ai eu soin\nd'en informer le leéteur, elle n'est donc pas postérieure, sauf peut-être dans votre esprit,\nà la mort du cardinal Pitra, survenue en 1889. donc équivoque ici, Monsieur, sinon\nvous? Qui donc, sinon vous, s'arrête à des minuties?\nVotre leçon d'anglais vaut votre leçon d'orthographe latine & votre rappel à la\nchronologie ! Vous me reprochez, non sans acrimonie, d'avoir écrit Cantorbèry (avec\nun accent sur l'é), au lieu de Cantorbèry, en oubliant qu'il n'y a pas d'accents en anglais !\nMais d'abord, j'ai la prétention d'écrire en français. Or, il y a des accents en français,\n& nous écrivons, de ce côté-ci de la Manche, Cantorbèry avec un accent sur l'é. Quant\naux Anglais, êtes-vous bien sûr qu'ils écrivent Cantorbèry avec un e non accentué? Sans\nvouloir comparer ma force en anglais avec la vôtre, je crois que les Anglais disent\nCanterbury avec un u. Que vous en semble ?\nVotre leçon de latin est de même valeur que votre leçon d'anglais. Vous me\nreprochez d'avoir écrit, à la suite de Léon Gautier :\nChristus enim desponsat hodie\nMatrem nostram, norma justitiae,\nQuam de lacu traxit miserise\nEcclesiam.\n\n(1) Grecis pour grecs ! 3 mots allemands dans une note que le prote avait ordre de supprimer (!)\n& qui d'ailleurs est traduite textuellement dans le texte. Vigit argus au lieu de vigil argus que porte\nma première édition ! Coûtés au lieu de coûté que porte ma première édition. Et c'est tout en\n322 pages. Je vote au prote des félicitations!\n(2) Vous alleç quelquefois jusqu'à la faute de français. Vous dites, p. 114 : On la devine (la césure)\nplutôt qu'on en peut prouver la réalité. Le prote a oublié ïn avant en & l'apostrophe!! Mais cette faute se\ntrouve dans le chapitre musical {où vous croyeç reconnaître la main très experte de M. Aubry). Pourquoi\nalors me gratifier, moi, de la coquille du prote transformée en « faute de français. »?\n(3) Vous ne me pardonnez pas d'avoir dit : un septième pour « un élève de septième » ! Quel terrible\nprofesseur vous êtes ! Mais je suis un écolier non moins terrible, & je récidive."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.31", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nPage J 7, me dites-vous en effet, vous imprimeÇ : matrem nostram, NORMA justitiœ (au lieu\nde NORMAM ?) Hélas, Monsieur, si, au moyen âge, vous aviez dit de l'Église qu'elle\nest norma justitice, c'est-à-dire le modèle de toute justice, vous auriez pu avoir maille à\npartir avec l'lnquisition, ni plus ni moins ! Le Christ seul en effet, parce qu'il est Dieu,\nest Yexemplar, la norma de toute justice. L'Église est Yexemplum, la forma, non la\nnorma. Théologiquement donc, vous ne deviez pas proposer la correction : normam\njustitice qui fait rapporter normam à Ecclesiam. Vous pouviez par contre, comme on l'a\nfait dans le Missel moderne de Paris, appliquer ici la fameuse règle de Lhomond :\nLudovicus rex, Se faire de norma une apposition à Christus. Les correcteurs du Missel de\nParis, afin de bien préciser ce sens, ont fait une interversion d'hémistiches & ont écrit :\nChristus enim, norma justitiae,\nMatrem nostram desponsat hodie.\nMais, voulez-vous toute ma pensée? Je crois que le Missel de Paris n'a peut-être pas vu\nle sens vrai de ce passage. La vieille traduCtion du xve siècle, publiée par Léon Gautier,\nnous en donne un autre, très grammatical & très théologique. Elle fait de norma un\nablatif, Se le sens qu'elle adopte est celui-ci : Le Christ prend aujourd'hui notre mère\nl'Église pour son épouse, Se il est juste qu'elle lui appartienne, car il l'a tirée de l'abîme\nde misère où elle gisait :\nCar Ihesu Crist a nostre mere\nQu'il a trait du fons de misere\nAu jour d'hui son espouse prise\nPar justice : c'est sainte Église. (T. 1, p. 184).\nEn tout cas, Monsieur, si l'on peut accepter norma au nominatif ou à l'ablatif, il est\nimpossible de le corriger en normam comme vous proposez, car il donne alors un contre-\nsens (1).\nVotre leçon de métrique vaut votre leçon d'anglais & votre leçon de latin.\nPage 70, me dites-vous, vous passer un pentamètre faux, sans le signaler selon votre\nhabitude un peu rude, dans une citation de Pierre de Riga. Voici ce pentamètre :\nÇJ _ 1\nVirus non HABUIT iste nec ille dolum. La syllabe it de habuit est évidemment celle\nqui a, bien à tort, éveillé vos susceptibilités classiques Se que vous auriez voulu me voir\nsignaler, selon mon habitude un peu rude. Mais, si je l'avais signalée, Monsieur, j'aurais\nmoi-même commis une faute de métrique. Voici pourquoi : Même dans la poésie clas-\nsique, la syllabe brève qui précède immédiatement la césure du pentamètre daèiylique\ns'allonge quelquefois par le seul fait de sa position. Or, cet allongement est la règle au\nmoyen âge ; il est la règle dans Pierre de Riga. C'est par centaines que vous en trouverez\ndes exemples dans son Aurora, si jamais vous vous donnez la peine ou le plaisir de la\nlire. Votre observation métrique tombe donc à faux ; elle dénote uniquement votre peu\nde familiarité avec la poésie du moyen âge (2) ! Non omnia possumus omnes ! Vous êtes\nexcusable.\nJ'achève. Vous me reprochez un barbarisme! Ce serait grave si c'était vrai ! Vous\n\n(1) Vous signalez comme provenant d'une mauvaise lecture (de Léon Gautier) radiantes velut enses,\npour radiant, assurez-vous. Je ne partage point votre certitude & je me suis contenté, sagement, je crois,\nde mettre en note : Comment scander ce vers ? Peut-être convient-il de remplacer radiantes par ardentes.\nMais ce n'est qu'une conjeéture.\n(2) S'il en est ainsi, comment se fait-il donc que je retrouve dans votre livre, page 112, l'analyse\nrythmique d'une pièce latine du moyen âge, textuellement empruntée à un de mes livres ? Je profite de\nl'occasion pour m'étonner de ne pas voir mon nom indiqué au moins dans une note, à propos de cet\nemprunt, comme c'est l'usage. J. C."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "304", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190107-01.1.32", "texte": "CORRESPONDANCE\nLe Propriétaire-Gérant : H. WELTER.\n1875. IMPRIMERIE SAINT-PIERRE, SOLESMES, SARTHE\n\nfaites, imprimez-vous, quelquefois des barbarismes, ear vous dites, p. 73 : SPICELEGIUM\nde SoJesmes, alors qu'il faudrait dire, pour être correïï : SPICILF.GIUM SOLEMNENSE. Ça,\nMonsieur, c'est un comble ! Ce n'est pas moi en effet qui écris : SPICELEGIUM, avec un E,\nc'est vous! (1) Ce n'est pas moi qui écris SOLEMNENSE au lieu de SOLESMENSE, c'est\nencore vous! De sorte que vous me reprochez un barbarisme à vous appartenant & que\nvous en faites un autre en prétendant corriger celui que vous me prêtez. Comme coup\ndouble, c'est réussi ! D'ailleurs de quel droit me forceriez-vous à dire : Spicilège de\nSolesmes ou Spicilegium Solesmense? Le mot spieilêge me déplaît ; il produit, je trouve, un\nbizarre effet & a le grand tort d'être un mot savant & prétentieux. C'est donc mon droit\nde ne pas l'employer & de dire : Spicilegium de Solesmes ou Spicilegium de dom Pitra, sans\nqu'aucun professeur ait le droit de me traiter comme il traiterait un « troisième » ou\nun « seconde » (encore un barbarisme, d'après vous, Monsieur) qui parlerait le jargon\nde Martine ou de Marote !\nJ'ai fini, & je suis vraiment navré qu'un homme, intelligent comme vous l'êtes, se\nsoit laissé aller par je ne sais quelles considérations, sous je ne sais quelles influences (2),\nà traiter si peu sérieusement un ouvrage sérieux. Vous avez voulu, Monsieur, avoir la\ndent dure. C'était votre droit. Je n'aime pas moi-même les critiques à l'eau de rose.\nMais le tout n'est pas de mordre. Il faut mordre à propos, où il faut Se comme il faut.\nVous l'avez oublié.\n\nE. MISSET.\n\nP. AUBRY.\nJ'ai donné à l'auteur de la lettre qu'on vient de lire toute latitude pour produire ses preuves.\nElles se réduisent à ceci : M. L. Gautier était de mon avis... L'article auquel M. l'abbé Misset a\nvoulu répondre n'engageait que moi-même, comme le prouve la note suivante de M. Aubry :\nCher Monsieur Combarieu,\nJe dois à M. l'abbé Misset mes quelques connaissances de poésie liturgique ; depuis,\nj'ai eu l'honneur de collaborer avec lui à la publication d'Adam de Saint-Viftor : c'est\nassez dire que je suis d'accord avec mon collaborateur & ami sur la question de philo-\nlogie que nous avons traitée ensemble.\nRecevez, je vous prie, cher Monsieur Combarieu, l'assurance de mes sentiments\ndévoués.\n\n(1) Ici, M. l'abbé Misset a parfaitement raison. Cependant, le barbarisme consiste à insérer un mot\nfrançais dans un titre rédigé en latin, & c'est celui que j'ai relevé. J. C.\n(2) J'attendais cette insinuation, & j'en prends aéte ; mais à quoi donc peut bien penser M. Misset\nen parlant ainsi ? Je lui demanderais de s'expliquer plus franchement s'il ne me paraissait être dans un\nétat d'esprit tout à fait hors de propos. J. C."}]}