{"numero_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_sha256": "9cf6847aae2a1ccd03a3b4852159a5a2aa91a34fee9f82f346af8e53e512057f", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1901/12_01/bmtnabj_1901-12_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1901/12_01/bmtnabj_1901-12_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c001", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "425", "page_fin": "425", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.1", "titre_corps": "Au moment ou il est d'usage d'envoyer un souvenir cordial à tousses amis,", "titre_sommaire": "Au moment ou il est d'usage d'envoyer un souvenir cordial à tousses amis,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.1", "debut_caractere": 76, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "Au moment ou il est d'usage d'envoyer un souvenir cordial à tousses amis,\ncomme nous le faisons ici pour nos abonnés, lecteurs, collaborateurs et adhérents,\nnotre pensée se reporte non sans tristesse vers les Bénédictins, qui expient sur la terre\nd'exil la noble intransigeance de leur foi. Nous ne serons pas démentis par ceux-là\nmêmes qui furent les auteurs obligés \"ou les témoins impuissants de celte séparation,\nen disant que le départ des Bénédictins a été une grande perte pour la France. Nous\nattachons trop d'importance, dans cette Revue, à la musique religieuse, pour ne pas\nregretter particulièrement cette absence; puissent les savants moines, restaurateurs de\nl'art et de la science du plain-chant, reprendre bientôt dans leur pays la place d'hon-\nneur qu'ils avaient conquise par tant de services éminenls, et qu'ils occupent toujours\nen dépit des circonstances!"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c002", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "425", "page_fin": "436", "image_debut": 1, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.2", "titre_corps": "La Fête de Noël et la Musique.", "titre_sommaire": "La Fête de Noël et la Musique.", "signature_source": "DOM HUGUES GAISSER, O. S. B", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.1", "debut_caractere": 954, "fin_caractere_exclue": 2080, "texte": "La Fête de Noël et la Musique.\n\nLe jour anniversaire de la naissance du Sauveur est dans notre pensée insépara-\nblement attaché à la date du 25 décembre. C'est là, en effet, la tradition de l'Église\nde Rome, attestée expressément dans un document de 354, mais remontant à une\népoque bien antérieure et, probablement, jusqu'aux origines de l'Église. Et certes,\nainsi que le dit saint Jean Chrysostome (1), cette Église était parfaitement à même de\nconnaître le vrai jour de la naissance du Christ, attendu que les actes du recensement\nexécuté par l'ordre d'Auguste se conservaient dans les archives de Rome.\nNéanmoins, les églises d'Orient ne commencèrent qu'au ive siècle, celles d'Arménie\net de Mésopotamie même seulement au xive, à adopter la coutume de Rome. Jusqu'à\ncette époque, elles avaient célébré ce Mystère, pour la plupart, au 6 janvier, en le\nconfondant sous le nom générique d'Epiphanie ou de Thèophanie avec la manifesta-\ntion du Sauveur faite aux gentils dans la personne des Mages (2).\n\n(1) Sermon sur la fête de Noël,\n(2) Voir Guéranger, Année liturgique, Temps de Noël ; Kellner, Heortologie, ÏVibourg, 1901."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.2", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2914, "texte": "Mais si la date de la fête divisait les Églises, une chose les unissait; c'est l'éclat et\nl'accent particuliers avec lesquels elle fut célébrée partout, et, nous pouvons ajouter,\nde tout temps.\nDepuis lors, chants et musique n'ont cessé d'entourer la crèche. L'allégresse se\ndonne partout libre cours : à l'église comme au foyer de la famille, dans les classes\ninférieures de la société comme dans les classes les plus élevées, dans les rangs des\nartistes comme dans ceux des profanes de l'art musical.\nAussi bien ne sera-t-il pas sans intérêt de réunir en un tableau d'ensemble, si\nincomplet qu'il soit, les principaux groupes de compositions inspirées par la fête de\nNoël.\nOn peut les ramener à trois, selon leur rapport plus ou moins étroit avec la litur-\ngie de la fête; musique de Noël :\nI. strictement liturgique ;\n11. quasi-liturgique ;\n111. extra-liturgique.\nChacun de ces groupes, dont il n'est du reste pas toujours aisé de tracer exacte-\nment la frontière, a ses particularités et ses nuances.\nI.- MUSIQUE DE NOEL STRICTEMENT LITURGIQUE\nCe premier groupe comprend la musique qui accompagne ou orne les offices\nr\nliturgiques conformément aux lois de l'Eglise en vigueur aujourd'hui.\nOn remarque d'abord dans les parties accoutumées de l'Office un accent de joie\nextraordinaire, un style tout spécial. C'est une expression de simplicité, de joie naïve,\nintime, mystique, quelquefois même un je ne sais quoi de populaire et de champêtre,\nde temps en temps encore des accents d'ardeur juvénile ou de joie angélique, jamais\nou rarement un ton de grandeur ou de majesté. C'est que la majesté suprême, en ce\njour, s'est abaissée, unie et manifestée à ce qu'il y a de plus humble. A cette vue, les\nâmes saintes épanchent leurs sentiments d'adoration ou leurs ravissements, tandis que\nles âmes simples et candides, comme celles des bergers, éclatent en chants\nd'allégresse.\nCe sont là les accents qui se répercutent dans les chants de l'Église. La préfé-\nrence qui y est donnée aux modes à la fois gais et réservés dans l'Église latine, les 2e,\n4e, se,5e, ou bien aussi 7e et Be,8e, est remarquable. Qui ne se rappelle avec plaisir les\nantiennes Quem vidistis pastores, et Genuit puerpera Regem, si pleines d'enthou-\nsiasme, l'lntroït Dominus dixit ad me avec son accent de triomphe mystique ?\nL'Église grecque n'a rien à envier en cela à sa sœur, l'Église latine. Les célèbres\ncanons (séries d'hymnes) « yptaibç ysvvatat, le Christ naît »et « \"EawSc Xa6v, le Sei-\ngneur est venu sauver son peuple », composés ce dernier par saint Jean de Damas,\nle premier par son frère d'adoption, saint Cosmas, sont, comme texte et comme\nmélodie, une expression éloquente de sentiments analogues.\nEt que dire des chants appelés cathismata, dont nous allons reproduire un spéci-\nmen? N'est-ce pas l'accent d'une âme abîmée dans la surprise et dans le ravissement\nen face du mystère de la crèche ?"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.3", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "No 1. — Office grec de Noël, Ier cathisma de l'Orthros (I).\n\nTraduction littérale. Venez; voyons, ô fidèles, l'endroit où est né le Christ.\nSuivons donc le chemin où nous conduit l'étoile, en la compagnie des Rois-Mages de\nl'Orient. Les anges y font retentir sans cesse des hymnes. Les bergers veillent en\nchantant un digne cantique, Gloire au plus haut des deux, à Celui qui a été mis au\nmonde dans la grotte par la Vierge et Mère de Dieu à Bethléem de Judée (1).\n\n(1) Cette mélodie, telle que nous la donnons ici, est le résultat de l'étude comparée de cinq versions diffé-\nrentes. Du reste* en quelques endroits, il y a lieu de douter de l'authenticité même des paroles."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.4", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3187, "texte": "Cet accent de mysticité et de joie contenue se montre encore dans les composi-\ntions plus riches et plus développées.\nLes Graduels Tecum principium de la Messe de nuit, en 2e mode, et Viderunt\nomnes fines terree, le premier répons de l'Office Hodie nobis cœlorum rex, ces derniers\nen 5° mode, pour ne citer ici que des chants de la liturgie romaine, sont connus de\ntous.\nLe moyen âge possédait un autre répons célèbre, chanté aujourd'hui aux proces-\nsions du temps de Noël. C'est le répons Descendit de cœlis. Il a ceci de remarquable\nque le refrain, formé des paroles et civit per auream portant lux et decus universce\nfabricce mundi, portait, sur le mot fabricœ, une mélodie de plus en plus enrichie à\nchaque nouvelle reprise. De là l'expression chanter cum fabricis pour désigner la\nreprise plus riche, plus développée, de certains répons (i).\nCe répons nous conduit à une autre catégorie de compositions où la joie de Noël\na su franchir les limites et les contours ordinaires des formules liturgiques.\nLes récitatifs liturgiques, si stables pourtant en général, se sont enrichis de tons\nplus joyeux.\nDéjà, la veille de la fête, à l'Office des Primes, au moment où Ton annonce jour-\nnellement les fêtes du lendemain, la Naissance du Sauveur est annoncée sur un ton\nbeaucoup plus solennel que celui employé de coutume. Tandis que le ton romain ordi-\nnaire se meut dans le cadre d'une quinte, l'annonce de Noël s'élance à la quarte aiguë\naux mots in Bethleem Judœ nascitur factus homo et s'élève même à la quinte aiguë\naux mots Nativitas Domina nostri Jesu Christi secundum carnem (2).\nLes leçons du premier Nocturne, où le prophète Isaïe, appelé le cinquième évan-\ngéliste, à raison de la clarté de ses prédictions messianiques, annonce la naissance du\nSauveur, ont reçu à leur tour un ton spécial et des plus gracieux.\nL'Office monastique de la nuit atteint son point culminant dans la lecture de\nl'Évangile des Matines, dont le ton, d'ordinaire si simple, s'épanouit en une véritable\nmélodie. Le moyen âge nous en a laissé plusieurs versions, en partie encore en usage.\nLes plus caractéristiques sont celles de Solesmes, en 4e mode, celle du Graduel de\nLecoffre, une autre découverte par le P. de Santi S. J. dans un manuscrit d'Udine (en\nItalie) du xive siècle, en ier mode, et enfin une d'un Missel du xvic siècle appartenant à\nla Bibliothèque de la cathédrale de Namur.\nLes versets dits à la fin des psaumes des Nocturnes ainsi que les répons dits brefs\nsont aussi chantés avec plus d'éclat. Dans certains monastères, on les accompagnait\nde 1 harmonie médiévale, connue sous le nom de Yorganum. En voici un spécimen\nrecueilli par le Père Dreves S. J., dans un manuscrit de Hohenburg du commencement\ndu xvc siècle et publié dans son Cantiones bohemicce (Leipzig, 1886, p. 41).\n\n(1) Voir pouf ce détail les Voyages liturgiques du Sieur Moléon, Paris, 1718, p. 193. Le répons Des-\nêendit est inséré dans le Processiouale de Solesmes et dans celui des Dominicains.\n(2) Ailleurs, par exemple dans les monastères de la Congrégation bénédictine de Cassin, la mélodie de\ncette annonce, chantée par un enfant, est encore plus ornée, plus suave, plus joyeuse."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.5", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "N° 2. - Office latin de Noël, leçons du ier Nocturne.\n\nMais il est un chant qui, pour être d'un usage journalier aujourd'hui, n'en est pas\nmoins tout spécialement inspiré par la fête de Noël : c'est le Gloria in cxcelsis Deo.\nD'après le Liber Pontificalis (Actes des Papes), c'est le Pape Télesphore (j- 154)\nqui en introduisit l'usage à Rome, en le réservant tout d'abord pour la fête de Noël, ou\nplutôt pour cette même nuit de Noël qui ramène l'anniversaire de l'heureux avènement\noù il retentit pour la première fois.\nDe plus, pendant longtemps, le Pape à Rome et chaque évêque dans sa basilique\navaient seuls le droit de chanter le Gloria in excelsis (1). Les évêques sont, en effet,\nnommés les anges des Eglises (2), et peuvent seuls prétendre à répéter l'hymne angé-\nlique. Dans certaines églises on venait y inviter solennellement le Pontife en ces termes\nou d'autres semblables : Summe Sacerdos, emitte vocem tuant et recita nobis Ange-\nlorum cantica quœ prœcinuerunt Régi nato Domino. Eia, die. domne, die (3).\n« Grand prêtre, élève ta voix et répète-nous les cantiques que les anges ont les\npremiers (prœcinuerunt) fait retentir devant le Roi et Seigneur nouvellement né. Eia,\ndites, Seigneur, eia! »\nSi ces documents nous disent que le Pontife devait seul chanter l'hymne angé-\nlique, il faut évidemment l'entendre seulement des premières paroles, chantées par les\nanges. De fait, tout le reste n'est qu'une paraphrase de ce texte, en quelque sorte le\npremier tropè composé par les chrétiens des premiers siècles.\nDans l'Office grec, le président du chœur (II posai w;) dit les paroles angéliques trois\nfois au commencement de XOrthros [Matines). Vers la fin de l'Orthros et avant le\ncommencement de la Messe, le chœur les répète en y ajoutant la grande Doxologie,\nqui, tout en différent quelque peu du Gloria latin, lui correspond pourtant dans les\ngrandes lignes (4).\nCe texte, avec les autres de la Messe, a servi de thème à des compositions sans\nnombre; et c'est le ton et l'accent de Noël que les compositeurs se sont en général\nefforcés d'y mettre, avec plus ou moins de succès. D'après les rubriques liturgiques,\nle chant grégorien emploie, à la messe de minuit, le chant du Gloria dit de la Sainte\nVierge, 7e mode, nommé au moyen âge le mode angèlique.\nGounod, dans sa messe de Sainte-Cécile (tant critiquée par nos musiciens d'Eglise),\n\n(i) Ordo rotnanus, I, cite par Gautier, Troues, Paris, 1886, ch. X\\ 1.\nApocal. I, 20 et 11, 1. ss.\n(3) Biblioth. nat. de Paris, lat., 909, f. nr apud Gautier, 1. c.\n(4) La Doxologie grecque diffère du Gloria latin d'abord par quelques petites variantes, en omettant par\nexemple les mots tu soins altissimus et cnm sancto spiritu. Elle ajoute ensuite une série d autres invo-\ncations dont plusieurs se retrouvent dans le Te Denm latin, et parfois aussi, suivant les jours de fête, la petite\nDoxologie Te deçet lans conservée encore dans l'Office bénédictin. Cf. la Revue de l Qrietft çlirétien, 1899,\n? et 3,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.6", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3697, "texte": "fait chanter les paroles des anges par une seule voix de soprano. Ce détail, joint à une\nharmonisation toute caractéristique, évoque instinctivement les impressions de la nuit\nde Noël.\nNous laissons les compositions de plain-chant, assurément les plus strictement\nliturgiques, pour nous occuper de deux autres catégories, appartenant encore à ce\ngroupe : compositions harmoniques, poly et homophones, et compositions pour\norgue. Elles ont leur place tout indiquée à côté des compositions du répertoire grégo-\nrien, attendu qu'elles lui empruntent souvent leurs motifs. C'est le cas surtout pour les\ncompositions polyphones dans le style du xvie siècle. C'est ainsi que Palestrina, pour ne\nciter que le Princeps Musicae, nous a laissé deux Motets et une Messe sur la mélodie\nun peu modifiée du répons Dies sanctificatus. Ses deux Motets, sur le texte. Hodie\nChristus natus est et d'autres, se rattachent, de même, au chant grégorien.\nOn pourrait croire que ces emprunts mêmes auraient conservé aux compositions\npolyphones le ton et le cachet particulier qu'on trouve dans les pièces correspondantes\ndu chant grégorien. Il n'en est guère ainsi cependant. C'est que les mélodies grégo-\nriennes modifiées dans leur rythme se trouvent comme effacées, absorbées,-noyées\ndans ce contrepoint unicolore et impersonnel (i). C'est pourquoi, plus récemment,\nd'autres auteurs en tenant compte du caractère populaire, simple, naïf de la fête et du\nmystère de Noël, ont jugé préférable de recourir au style homophone au moins pour\ncertains motets, et d'harmoniser simplement des séquences et d'autres chants légués\npar le moyen âge, tels que Puer natus in Bethïeem, Fïos de radice Jesse.\nIl est vrai que ce genre de composition correspond moins aux exigences des\nrègles liturgiques. Aussi est-ce pour ce motif que les tropes et les séquences du moyen\nâge, auxquels ces compositions se rattachent, n'ont pas été classés ici, mais dans le\ngroupe suivant. Il convient de rappeler pourtant que, historiquement, ces composi-\ntions médiévales, harmonisées ou non, sont parfaitement liturgiques, puisqu'elles ont\nautrefois fait partie de la vraie liturgie.\nEnfin Xorgue, l'instrument liturgique par excellence, abandonne à son tour son\nallure ordinaire et prend, sous la main des artistes les plus sévères, un ton et un\nrythme plus libres, plus dégagés, sans doute inspirés à la vue des rustiques bergers\nqui entourent la crèche. Les soi-disant pastorales, écrites dans le rythme plus léger\nj 6 .\nde sont, en ce jour, de convention pour ne pas dire de loi. Citons seulement la pas-\ntorale en fa majeur de/.-S. Bach, le premier maître de l'orgue, une autre de Haendel\nempruntée à son Oratorio Le Messie. A défaut de pastorales et de morceaux du\ngenre, ce sont des Noëls arrangés pour orgue qui doivent faire les frais des préludes.\nEn Italie, les orgues ont souvent un jeu réservé exclusivement au jour de Noël. Ce\njeu s'appelle uccelliere ou uccelletti, « jeu d'oiseaux» dont il imite le gazouillement; et\nn est-ce pas une pensée touchante de faire participer les oiseaux, ces chanteurs inimi-\ntables, au concert divin?\nAilleurs encore on exécute, durant la Messe ou durant la Procession qui la pré-\ncède, des symphonies, souvent inédites, pour instruments à cordes avec accompagne-\nment d'orgue. Dans la pensée des compositeurs et dans l'effet qu'elles produisent sur\nles auteurs, elles font écho aux transports des concerts angéliques. De rigides litur-\n\n(1) Palestrina a cherché lui-meme à donner une couleur spéciale à ses deux motets du Hodie Christus\nnatus en répétant à la tin de chaque phrase comme un refrain lé cri Noël Noël Ed Breitkonf vol ITT n 1 c\net vol. XXXI. ' 1 ' P* Isd"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.7", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "gistes y trouveront peut-être à redire. Mais ces manifestations naïves n'ont-elles pas\npour excuse le sentiment qui les inspire?\nII. - MUSIQUE QUASI-LITURGIQUE.\nA ce groupe appartiennent les compositions qui sans faire partie, aujourd'hui du\nmoins, d'un Office liturgique proprement dit, s'y rattachent cependant en quelque\nfaçon.\nTrois catégories de chant surtout rentrent dans ce groupe : les séquences et can-\ntiques latins, les tropes, les mystères et drames liturgiques.\nLes séquences (de même que les tropes) se rattachent par leur origine aux joyeux\nneumes de Y Alléluia chanté avant l'Evangile. Elles ont d'ailleurs été composées pour les\nremplacer ou du moins pour en remplir le rôle. C'est déjà dire qu'elles revêtent un carac-\ntère d'allégresse tout particulier accru encore par le mystère de Noël. Je ne serais\naucunement surpris, dit M. Léon Gautier, « que les plus anciens (de ces chants) eussent\nété spécialement composés pour la fête très joyeuse de Noël, et pour la solennité non\nmoins joyeuse de l'Epiphanie, en pleine allégresse des bergers et des mages » (i). C'est\ndire aussi que leur style et leur musique sont simples; et c'est ce qui les a rendus si\npopulaires. Qui ne connaît la séquence Laetebundus, et qui ne tressaille à ses joyeux\naccents? Il faut citer à côté les charmants « rythmes » médiévaux Salve Virgo sin-\ngularisa Lux optata claruit; Puer natus in Bethleem, puis le moderne et bien connu\nAdeste fideles (2). Ce dernier est tout à fait dans le genre d'un cantique populaire. Il a\neu ses devanciers au moyen âge, par exemple dans 1' « antienne » Magnum nomen\nDomini, qui est, au fond, un cantique, et dans les chants Resonet in laudibus, Ouem\npastores laudavere.\nTelle a été la popularité de ces cantiques qu'ils sont jusqu'à aujourd'hui restés en\nusage même dans certaines contrées protestantes de l'Allemagne, en dépit des défenses\nroyales réitérées il n'y a pas si longtemps.\nVoici comment la matinée de Noël s'y passe.\nLe peuple se réunit de grand matin à l'église pour célébrer ce qu'on appelle le\nQuempas. Ce mot, en apparence si étrange, vient des premières syllabes du cantique\ncité, QUEM PAS tores laudavere. Le Quempas se compose, en effet, des trois chants latins :\ni° Resonet in laudibus cum jucundis plausibus) 2° Magnum nomen Domini intercalé\nen guise d'antienne entre les strophes du précédent; 30 la séquence Quem pastores lau-\ndavere. On intercale après chaque strophe de cette séquence sa traduction allemande\net une strophe de l'ancien chant Nunc angelorum gloria, également traduit en alle-\nmand.\nLes tropes dérivent historiquement des séquences, qui ne sont, en définitive, que des\ntropes plus étendus. Ce sont des paroles intercalées dans les textes liturgiques primitifs,\ndestinées à les commenter ou à les développer. Elles peuvent « tantôt précéder les\ntextes préexistants de la vraie liturgie, tantôt les suivre, tantôt enfin se glisser entre\ntoutes leurs phrases et prendre place entre tous leurs mots » (3). Bref, c'est une espèce\nde glose chantée à la gloire de l'Enfant de Bethléem.\nParmi les nombreux types connus, citons un des plus beaux: le trope commençant\n\n(1) Léon Gautier, Histoire de la poésie liturgique au moyen âge, Paris, 1886, ch. xi.\n(2) On trouve ces chants dans le recueil bien connu Variae àreces de Solesmes. Ce recueil donne Ecce\nnomen Domini au lieu de Magnum nomen Domini pour l'antienne.\n(3) Gautier, 1. c. ch. 1,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.8", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3635, "texte": "par Gaudeamus et commentant l'lntroït de la messe du jour Puer natus est nobis.\nVoici d'abord le texte primitif de cet Introït tel qu'on le chante encore aujourd'hui\ndans la liturgie romaine.\n<( Puer natus est nobis, et filius datus est nobis, cujus imperium super humerum\nejus, et vocabitur nomen ejus magni consilii angélus ». Suit le icr verset du\npsaume 97 : Cantate Domino canticum novum quia mirabilia fecit. Gloria\nPat ri etc, (1).\nVoici maintenant le même Introït enrichi de son trope :\n« Gaudeamus hodie quia Deus descendit de coelis et propter nos in terris. Puer\nnatus est nobis, quem Prophetae diu vaticinati sunt. Et filius datus est nobis. Hune a\nPâtre jam novimus advenisse in mumdum Cujus imperium super humerum ejus;\npotestas et regnum in manu ejus. Et vocabitur nomen ejus : Admirabilis, consiliarius,\nDeus fortis, princeps pacis, magni consilii angélus. Ps. Cantate, etc. » (2).\nCertes, on ne peut nier que les paroles du prophète reçoivent là un surcroît de\nlumière, pour ainsi dire d'actualité, qui frappe l'intelligence et enflamme le cœur.\nAjoutez-y une mélodie contenue dans le ton et dans le style de l'antienne primitive,\ndans le 7e mode, l'« angélique », et vous conviendrez que c'est là une composition\ndigne de la fête de Noël.\nCe genre de compositions fut très en vogue au moyen âge, et l'on en trouve un\nnombre considérable dans les recueils du genre.\nIl est vrai que toutes n'étaient pas aussi heureuses ni aussi bien placées que celle-ci,\net l'on conçoit l'aversion de certains auteurs pour ces « fantaisies » médiévales. Mais\non aurait tort, ce semble, de les rejeter en bloc ou d'en condamner le principe. Il y en\na beaucoup qui méritent l'attention du littérateur et du musicien. Et quant au principe,\nn'est-il pas consacré par le chant du Gloria in excelsis Deo tel qu'il se chante depuis\ndes siècles? Celui-ci n'est autre chose, en effet, ainsi qu'il a été dit, qu'un trope sur les\nparoles de l'hymne des anges.\nParmi ces tropes, il y en avait qui, par leur facture particulière et les circons-\ntances dans lesquelles ils furent exécutés, préparaient ou constituaient déjà en petit\ndes drames liturgiques, genre passionnément cultivé au moyen âge, et dont la même\nfête de Noël fut surtout la grande inspiratrice.\nMais, avant tout, que sont ces drames liturgiques ?\nCe sont des représentations dramatiques plus ou moins développées du mystère\nde la crèche.\nDes auteurs en ont fait remonter la première idée à saint François d'Assise.\nL'histoire rapporte, en effet, que ce saint fit placer une crèche dans l'église, et repré-\nsenter la scène des bergers, chantant devant la crèche, dans le dessein d'attirer et\nd'instruire le peuple.\nMais le patriarche séraphique ne fut que le propagateur d'un usage bien antérieur.\nL'origine doit en être recherchée dans les processions usitées au moyen âge surtout à\nNoël, et comme nous 1 avons vu, dans les chants « tropés » qui les accompagnaient.\nCes processions se faisaient entre l'office des Matines et le début de la Messe; un\nreste s en est conservé dans différentes églises et dans différents pays.\n\n(1) « Un enfant nous est né et un fils nous est donné. L'empire repose sur ses épaules, et son nom est\nAnge du grand Conseil. Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau par ce qu'il a fait des merveilles ».\n(3) Traduction littérale. « Réjouissons-nous aujourd'hui parce que Dieu est descendu des cieux, et pour\nnous, sur terre, nous est né un enfant, que les prophètes ont prédit longtemps. Et un fils nous est donné.\nt est lui que nous savons maintenant être venu du Père dans le monde, Son empire repose sur ses épaules,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.9", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3392, "texte": "Dans certaines églises d'ltalie, par exemple, on porte la statue de l'Enfant-Jésus\nen procession à travers l'église pendant que le jubé exécute une symphonie pour\ninstruments à cordes. La procession étant revenue devant l'autel, l'Enfant-Jésus y est\nplacé dans une crèche, et la messe commence.\nDans quelques églises dominicaines, l'Enfant-Jésus est placé, avant Matines, sur\nl'autel; on le dévoile à l'lnvitatoire, et au Te Deum on le porte en procession vers la\ncrèche.\nAu moyen âge, la procession se faisait de même vers la crèche, qu'on a dressée\nderrière le maître-autel, et où se trouve une image de la Sainte Vierge. Un enfant de\nchœur se met à l'entrée du chœur; il représente l'ange et annonce aux chanoines ou\naux moines la naissance du Sauveur. Des moines ou des clercs, représentant les\nbergers, entrent du bas côté du chœur et se dirigent vers la crèche en chantant Pax\nm terris [Paix sur ta terre).\nLà s'engage un dialogue comme le suivant. DIACRES OU clercs près de la crèche ;\nQue m quaeritis in praesepe, pastores dicite; qui cherchez-vous dans la crèche,\nbergers, dites? Des CHANTRES répondent : « Scilvatorem Christum Dommum,\ninfantem pannis invoïutum, secundum sermonem angelicum; —le Sauveur, le Christ,\nle Seigneur, un enfant enveloppé de langes, suivant la parole de 1 ange ». Les\nDIACRES : « Voici ce petit Enfant avec Marie, sa mère, duquel le prophète Isaïe a\nprédit Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils. Et vous, alle\\ annoncei\nqu'il vient de naître. » Les CHANTRES : Alléluia, alléluia. Maintenant nous\nsavons vraiment que le Christ est né sur terre, duquel, vous autres tous, chantez, en\ndisant avec le Prophète : PUER NATUS EST NOBIS. Ces derniers mots sont le commen-\ncement de l'lntroït pour la troisième messe (i).\nOn le voit, le trope primitif s'est élargi, il s'est transformé en une petite scène\ndramatique, rattachée au texte même de la liturgie, et préparant 1 Introït de la Messe.\nIl n'a plus qu'un pas à faire pour constituer un véritable drame liturgique.\nPour ce faire, on lui donnera une autre place, moins restreinte, dans 1 Office sacré ;\non ne le soude plus à l'lntroït; on le chante à Matines après le dernier répons et avant\nle Te Deum qui devra clore dignement ces scènes.\nParmi les drames liturgiques qui représentent directement le mystère de Noël, les\nplus connus ont pour titre : L Adorât ion des Mages, Les Pasteurs, Les trois Rois.\nD'autres s'y rapportent plutôt indirectement, comme les drames de Daniel et les\nProphètes du Christ.\nLa langue latine et le plain-chant dans lesquels ils ont été composés réussirent\nà leur conserver un caractère suffisamment austère et ecclésiastique, pour ne pas\nparaître déplacés dans le cadre sacré où ils figuraient. Mais ils avaient en eux un\ngerme de mondanité qui ne tarda pas à les porter en dehors de 1 auguste enceinte des\ntemples. Alors nous y voyons figurer comme acteurs, non plus des clercs, mais des\nlaïques, et ces drames liturgiques sont devenus de simples mystères religieux (2).\n\net la puissance et le règne sont dans sa main. Et son nom est : Admirable, Conseiller, Dieu puissant, I rince\nde la paix, ange du grand conseil. Ps. Chantez, etc. »\n(1) Léon Gautier. Histoire, etc., ch. xiv.\n(2) Cette distinction entre Drames liturgiques et Mystères a été faite par M. de Coussemaker, Drames\nliturgiques, Paris, Didron, 1861, introduction, p. 8,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.10", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "III. - MUSIQUE DE NOEL EXTRA-LITURGIQUE.\nCe groupe se retrouve dans trois milieux différents : la famille, la rue, le concert.\nLa fête de Noël au sein de la famille! quelle joie pour les petits et pour les\ngrands! et cela parmi toutes les nations chrétiennes ! Ici la crèche, là l'arbre de Noël,\nlà encore l'un et l'autre à la fois! Oui, c'est là qu'est né le Noël en langue vulgaire.\nAvec la langue, le caractère particulier de chaque nation s'est manifesté dans ces\ncantiques.\nLes Noëls français, provençaux, etc., par exemple, ont été généralement composés\npour la famille et pour elle seule. Et quelle admirable fécondité de production ! que\nd'inspirations exquises et délicieuses ! Qui ne connaît la charmante collection de\nSolesmes? Les Noëls Pour honorer les langes, les Bohémiens, le Maitre de la grange\nchez qui saint Joseph a cherché un refuge, Quitte\\ pasteurs, etc., sont des morceaux\njustement aimés de tous et toujours joyeusement enlevés.\nLes Allemands, eux, ont leur Heiligste Nacht et leur Stille Nacht, etc., à l'accent\nsuave et recueilli. Aussi bien les trouve-t-on dans les livres de cantiques destinés à\nl'Eglise d'où ils ont passé dans la famille.\nD'autre cantiques, il est vrai, semblent, au contraire, avoir effectué une émigra-\n# # r\ntion en sens inverse, au grand chagrin des réformateurs de la musique d'Eglise. Tel le\ncantique entendu par feu M. Witt, le créateur de la société de Sainte-Cécile, dans une\néglise de la Souabe bavaroise. Après la consécration, raconte-t-il lui-même, l'organiste\nfaisait un prélude des* plus doux et des plus gais ! Puis commence un morceau de\nchant dialogué entre les bergers, écrit en dialecte souabe, accompagné d'une musique\nsur ces mots :\n« Stephanchen, etwas Neues \\ Petit Etienne, [écoute] une nouvelle ! » Le lecteur\ndevine la suite du morceau, et jugera de l'impression causée au grand réformateur\nallemand.\nMais tandis que la famille est réunie, on entend, du dehors même, des voix argen-\ntines, comme celle des anges de Bethléem. C'est, en effet, l'usage de certaines contrées\nque les enfants, surtout pauvres, vont chanter des Noëls sous les fenêtres de leurs\nvoisins plus favorisés par la fortune, pour recevoir ensuite une récompense justement\nméritée par ces sérénades pieuses. Sans doute, ce ne sont pas de nouvelles compositions\nqui se produisent, mais, tombant des lèvres d'enfants dans la « nuit sainte », et au\ndehors, elles semblent venir toutes fraîches du paradis.\nVoici un cantique du moyen âge en usage en Allemagne :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "Ailleurs, comme à Rome, avant 1870, les bergers descendaient des monts et\nvenaient des campagnes, pour faire entendre leurs fifres et leurs cornemuses. Qui, à\nRome, ne connaissait pas les « pifferari »? Maintenant la municipalité leur a fermé les\nportes; mais à Naples- on les voit encore, ou plutôt on les entend produire leurs con-\ncerts improvisés pendant toute la neuvaine de Noël.\nCe sont ces sérénades qui ont inspiré, sans doute, ces morceaux d'ensemble pour\ninstruments d'enfants composés dans les derniers temps, par exemple par Cromberg,\nL\net où figurent tous les instruments imaginables ; même la voix du coucou et celle\nd'autres oiseaux n'en sont pas exclues.\nSi la famille et la rue mettent si largement à contribution l'art musical, que fera\nla salle de concert? Boudera-t-elle à la vue de cet empiétement sur un domaine qu'elle\nconsidère comme le sien? Loin de là. Elle s'inspire du mystère d'abord, et puis de ce\nqu'elle entend partout autour d'elle, à l'église, devant la crèche, dans la famille, pour\ncréer des œuvres d'autant plus parfaites et sublimes qu'elles s'efforcent généralement\nde reproduire le ton simple et naïf de la fête.\nMalgré ce caractère commun à toutes les compositions, on peut distinguer parmi\nelles des compositions proprement populaires et d'autres plus savantes.\nParmi celles-là, on remarque le Adeste fideles avec des harmonisations variées,\npubliées chez Novelïo, à Londres, ou encore par un auteur français.\nQui ne connaît ensuite et n'aime pas ces vieux Noëls harmonisés par Gounod et\nd'autres, avec leurs longues notes tenues par les voix, la bouche fermée?\nEn Allemagne, Y Oratorio de Noël du curé Mùller jouit d'une légitime popularité.\nIl se compose de parties instrumentales (piano-forte avec ou sans orchestre), enchaînant\ndes parties vocales de style très simple, et l'auteur y a utilisé différents Noëls, la plu-\npart connus, et les a harmonisés d'une façon intéressante. Le tout— et c'est ce qui en a\nfait le succès est exécuté avec des tableaux vivants représentant les scènes com-\nmentées par la musique, par exemple : le paradis, l'étable de Bethléem, avec les\nbergers, etc.\nEn passant ensuite à la musique plus polyphone, nous rencontrons en Angleterre\net en Allemagne d'abord, les oratorios immortels de Haendel et de Bach, le Messie et\nY Oratorio de Noël ; puis Lowe, qui, dans son Oratorio Die Fest\\eiten, a écrit sur Noël"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.12", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "des pages charmantes et qui comptent parmi les mieux inspirées de son œuvre ; enfin le\nStem von Bethlehem de Rheinberger.\nParmi les œuvres des compositeurs français, citons La Fuite en Egypte de Berlioz,\nLa Rédemption (et le Bethléem) de Gounod et celle de César Frank, Y Oratorio de Noël\nde Saint-Saëns, La Nativité de Henri Maréchal et La Nuit de Noël de Gabriel Pierné.\nRécemment, Perosi a réjoui le monde par son bel oratorio II Natale, œuvre qui\nmarque un progrès sensible sur les compositions précédentes du maître italien. La\npeinture de la nuit de Noël par l'orchestre et le reclinavit eu min prœsepio du ténor\nsont, entre autres, des parties inoubliables pour quiconque les a entendues.\nCet aperçu, tout incomplet qu'il soit, fournit une nouvelle preuve de l'importance\nque les sublimes mystères de la religion ont eue dans le développement historique et\nesthétique de l'art, et de l'art musical en particulier. Ils sont la source la plus féconde\nde ses plus sublimes inspirations.\n\nDOM HUGUES GAISSER, O. S. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c003", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "427", "page_fin": "427", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.2.1", "titre_corps": "No 1. — Office grec de Noël, Ier cathisma de l'Orthros (I).", "titre_sommaire": "No 1. — Office grec de Noël, Ier cathisma de l'Orthros (I).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.3", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "No 1. — Office grec de Noël, Ier cathisma de l'Orthros (I)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c004", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "429", "page_fin": "429", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.2.2", "titre_corps": "N° 2. – Office latin de Noël, leçons du ier Nocturne.", "titre_sommaire": "N° 2. – Office latin de Noël, leçons du ier Nocturne.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.5", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 84, "texte": "N° 2. - Office latin de Noël, leçons du ier Nocturne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c006", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "436", "page_fin": "439", "image_debut": 12, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.3", "titre_corps": "Une nouvelle histoire de la musique.", "titre_sommaire": "Une nouvelle histoire de la musique.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.12", "debut_caractere": 1059, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "Une nouvelle histoire de la musique.\n\nThe Oxford liistory of music, vol. /, The polyphonie period. Part. /, Method of\nmusical art, 330-1330, par H. E. Wooldridge, M. A., professeur d'histoire des\nBeaux-Arts à l'Université d'Oxford. (Un fort vol. de 388 p. avec nombreuses\nplanches musicales et fac-similés, Oxford, Clarendon Press, 1901.)\nVoici le premier volume d'une histoire de la musique dont la conception est\nnouvelle, et qui, soit par la netteté de son plan, soit par la compétence et l'autorité de\nceux qui en assureront l'exécution, paraît destinée àun brillant succès. « L'histoire de\nl'art musical, dit l'éditeur (W. H. Hadow) dans une courte préface, a été jusqu'ici\nbiographique. Elle a eu le même esprit que l'épopée, qui fixe notre admiration sur les\nprinces et les héros d'élite, mais nous renseigne peu sur le gouvernement du royaume\nou la fortune de l'armée. Cette méthode est intéressante, humaine ; elle est un\nhommage rendu aux grands maîtres ; mais elle ade nombreux inconvénients :\nelle laisse d'abord dans l'ombre les œuvres des compositeurs secondaires ;en outre,\nelle place les compositeurs de génie dans une perspective fausse. L'histoire d'un art,\ncomme celle d'une nation, est autre chose qu'une suite de prouesses individuelles. Elle\ndoit montrer les humbles commencements et le lent progrès des formes de composition.\nCela est surtout vrai de l'art musical où règne, plus que partout ailleurs, la loi de\ncontinuité ». Dans cette page, que je résume ou traduis librement, nous voyons que la\nnouvelle histoire s'attachera à l'étude àes genres et à leur évolution. On ne s'étonnera\npas qu'il en soit ainsi dans le pays de Herbert Spencer. Les deux premiers volumes,\nécrits par l'éminent professeur de l'Université d'Oxford, M. Wooldridge, s'étendront\njusqu'à la période du déchant, puis exposeront le développement du contrepoint modal\njusqu'à Palestrina; le troisième, confié à M. C. H. H. Parry, compositeur distingué,\nprofesseur de composition et d'histoire au « Royal Collège of music », ira de Josqufn et\nArcadelt (xvc siècle) jusqu'à Purcell (xvue siècle) ;le quatrième, écrit par M. ]. A. Fuller\nMaitland, sera consacré au contrepoint harmonique (Bach et Haendel) ;le cinquième\n(M. W. H. Hadow) sera consacré à l'école viennoise, de Haydn à Schubert, et au\ndéveloppement de la grande composition instrumentale ;le sixième (auteur :\nM- E, Pannreuther) décrira l'évolution de l'art roviantique représenté par Weber au"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3953, "texte": "théâtre, Schumann et Chopin dans la musique de chambre. Les manifestations les plus\nrécentes de Y art sont laissées de côté, comme ne pouvant encore donner lieu àun\njugement-impartial et définitif; et c'est sous forme de prétérition seulement que sont\nnommés, dans ce programme, Brahms et R. Wagner, Tchaïkovsky, Dvorak et\nR. Strauss. « Notre principal objet, est-il dit encore dans la préface, est de suivre les\ndiverses phases du développement de l'art musical, à peu près comme on suit\nl'évolution d'un langage vivant ».\nTel est, en quelques mots, le plan de l'œuvre. Le cadre est très net, assez large\npour que rien de ce qui est musical ne lui demeure étranger. Personnellement, j'avoue\nque je préférerais une histoire qui ne serait pas conçue dans un esprit exclusivement\nmusical (au sens didactique et scolastique du mot), et qui, suivant la méthode\nappliquée par Taine à la littérature, s'attacherait toujours à montrer le lien de l'art\navec les mœurs, l'état de la civilisation, les circonstances de tout genre qui influent\nsur le sentiment et la pensée des compositeurs. Quand nous sommes aujourd'hui en\nprésence d'une œuvre individuelle, nous cherchons avant tout la personnalité qu'elle\nexprime ; de même, quand nous étudions un genre —le plain-chant, la polyphonie\nnéerlandaise, la symphonie, l'opéra italien, etc...— ne devons-nous pas chercher aussi\nla personnalité collective qu'il traduit et étudier l'état social qui lui a donné naissance?\nUn universitaire n'a-t-il pas une situation privilégiée pour ce genre de travail ?La mu-\nsique est une floraison; l'historien peut se borner à l'étudier en elle-même, et nous\nrendre ainsi les plus grands services; mais comme on aimerait une histoire qui retrou-\nverait les racines multiples de l'art dans la vie matérielle, politique, morale et religieuse\ndes diverses nations ! En musique, les faits sont trop souvent présentés sans préparation\nsuffisante, comme les règles de la fugue et du contrepoint qui, dès la première page\ndes traités classiques, ressemblent à des axiomes tombés du ciel. Mais un auteur\ndoit être jugé sur ce qu'il a fait, et non sur ce qu'il aurait pu faire ; aussi bien, dans le\nprogramme de l'Histoire d'Oxford, il y a quelques déclarations qui semblent promettre\nde nous satisfaire sur le point que je viens d'indiquer; et le premier sentiment que\ndoivent inspirer les débuts de cette œuvre de longue haleine, est un sentiment de\nreconnaissance.\nEn effet, le volume que vient de faire paraître M. le professeur Wooldridge et\ndont le titre est reproduit en tête de cet article, a trois caractères qui le recommandent\nsuffisamment à tous les lecteurs : il est scientifique, et en même temps très clair ;en\noutre, il contient un grand nombre de documents importants, réunis, traduits et\ncommentés souvent pour la première fois, sur les plus anciennes formes de la\ncomposition : dédiant, organum, rondel, hoquet, conduct, etc. Plus de la moitié du\nvolume (p. 175-388) est consacrée à l'étude de ces humbles commencements de l'archi-\ntecture musicale, que l'auteur classe de la manière suivante :i° Compositions où\ntoutes les parties ont les mêmes paroles (Organum communiter sumptum, Cantilena,\nRondel ou Rota) ; 20 Compositions où chaque partie aun texte spécial [Motet) ;\n30 Compositions où toutes les parties n'ont pas de paroles (Hoquet, Conduct, Organum\npurum). Les exemples musicaux, beaucoup plus étendus que le texte littéraire, et\nsouvent accompagnés d'un fac-similé phototypique, ont été pris àla Laurentienne de\nFlorence (p. 189-309 et 357-370), aux bibliothèques du British Muséum et de Cambridge\n(p. 309-324 et passinï) aux bibliothèques de Cambrai (p. 325) et de la Faculté de\nmédecine de Montpellier (p. 373 àla fin). Quelques-uns avaient été déjà reproduits\npar M. E. de Coussemaker dans son Histoire de VHarmonie au moyen âge. En\nsomme, c'est la Laurentienne qui a fourni le contingent le plus riche ;et les circons-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "438", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.14", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 4041, "texte": "tances suivantes veulent que ce soit pour le plus grand plaisir de ceux qui s'intéressent\nparticulièrement à la musique française.\nLe manuscrit de la bibliothèque de Florence généralement connu sous le nom\nd'Antiphonarium mediceum contient un grand nombre de compositions vocales à 2, 3\net 4 parties (écriture du xin° siècle). Or, cette collection a été identifiée avec une série\n(ou partie de série) de six volumes connus pour avoir appartenu àla bibliothèque\nmusicale de Notre-Dame de Paris, au milieu du xiuc siècle. Voici comment cette\nidentification a pu être faite. L'auteur anonyme d'un traité De mensuris et discantu,\ndont le manuscrit se trouve au British Muséum (Royal MSS. 12. c. 6) donne la liste de\nsix volumes qu'il a probablement vus lui-même dans la « librairie »de la cathédrale\nde Paris. Déjà, le Dr Wilhelm Meyer, professeur à Gottingue, étudiant le manuscrit\nde Florence, avait été frappé de l'analogie que présentait le titre de certaines pièces\navec les indications données par l'auteur anonyme, sur la collection de Paris; il avait\nconsigné ses observations dans une brochure parue en 1898 et intitulée : Lorigine du\nMotet. M. le professeur Wooldridge, utilisant cette découverte, la met à l'abri de\ntoute contestation en publiant sur deux colonnes (p. 12 et 13) le texte des manuscrits\nde Florence et du British Muséum ; et comme le manuscrit de Florence est, à ses yeux,\nune des sources les plus riches d'inédits, il en résulte que son livre ajoute, pour nous,\nà un intérêt scientifique, un intérêt patriotique :il nous permet de croire que, dès le\nmoyen âge, la musique française commençait àse répandre à l'étranger, et que son\nmagnifique essor, au xvie siècle, ne fut pas sans préparation.\nUn mérite, d'ordre plus général, du livre de M. Wooldridge, c'est qu'il expose\ntrès clairement, et d'après le texte des théoriciens (p. 102-169), en usant de tableaux\nqui parlent aux yeux, les règles de l'écriture musicale au moyen âge; ceux qui ne sont\npas encore familiers avec ce sujet pourront s'épargner, en le lisant, des recherches\nsouvent difficiles et auront en main tout ce qui est nécessaire pour déchiffrer et\ntraduire en notation moderne les vieux monuments de l'art musical. Cette partie du\nlivre est supérieurement traitée ; je reprocherai même à l'auteur (sans exprimer, cette\nfois, une simple préférence, et en restant au point de vue où il s'est placé lui-même),\nd'avoir presque absorbé tous ses efforts dans cette étude. En somme, ce volume est\nconsacré au déchant, au cantus mensurabilis • la. musique dite « grégorienne », et la\nmusique grecque, dont il est parlé dans les pages 1-24, ne sont prises en considération\nque dans la mesure où elles font connaître les origines (ch. 1) et les matériaux\n(ch. 11 et m) de la polyphonie. Cette introduction est insuffisante; il me semble qu'il\ny a là une singulière lacune. Que la théorie do la musique grecque soit exposée en\nquelques pages, soit ; mais pourquoi le plain-chant n'est-il pas étudié pour lui-même,\ncomme une « époque » capitale de l'histoire de l'art ?Il méritait à lui seul un volume ;\net il ne manquait pas, en Angleterre, de gens compétents - tels que le Rév. W. H.\nFrere pour l'écrire. Il me paraît très regrettable que le dessein de présenter surtout\n« l'évolution » de l'art ait abouti à une pareille disproportion dans le développement\ndes diverses parties du programme. On peut regretter aussi l'absence d'indications\nbibliographiques (travaux récents). Cette omission paraît être systématique et on croit\nen deviner la cause. Une bibliographie complète du plain-chant exercerait pendant\nplusieurs années la patience d'un Ulysse Chevallier et demanderait trois ou quatre\nvolumes; on comprend alors que l'historien écarte résolument tous les ouvrages de\nseconde main pour être seul devant son sujet et n'étudier que les sources. Mais il y\na des ouvrages, publiés au xixc siècle, qui sont aussi importants que des sources,\ncar on y trouve des photographies de documents essentiels; et puisque, dans ce"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.15", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 761, "texte": "premier volume de M. Wooldridge, on rencontre les noms de Coussemaker, de\nMeyer... on s'étonne de n'y pas voir cités les Bénédictins de Solesmes et les savants\nqui, en Angleterre, ont dirigé les belles publications de la Music médiéval Society.\nEn somme, Y Histoire de la musique commencée à Oxford, est une très sérieuse\net très utile publication, plus accessible au public français, à cause de sa clarté, que la\nplupart des travaux de détail publiés en Allemagne, et que nous suivrons avec grand\nintérêt ; puisse un tel travail inspirer quelques réflexions à ceux de nos professeurs\nfrançais qui, ayant la charge d'enseigner « l'histoire des Beaux-arts », 11e se croient\nnullement obligés à s'occuper de la musique !\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c007", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "439", "page_fin": "445", "image_debut": 15, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.4", "titre_corps": "Notice sur deux Manuscrits de Musique de Luth, de la Bibliothèque de Vesoul.", "titre_sommaire": "Notice sur deux Manuscrits de Musique de Luth, de la Bibliothèque de Vesoul.", "signature_source": "MICHEL BRENET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.15", "debut_caractere": 763, "fin_caractere_exclue": 3554, "texte": "Notice sur deux Manuscrits de Musique de Luth,\nde la Bibliothèque de Vesoul.\n\nIl est reconnu aujourd'hui que les recueils de compositions destinées au luth sont\nau nombre des documents les plus utiles à consulter pour l'histoire des origines de la\nmusique moderne. On sait, en effet, qu'avant l'avènement du clavecin le luth était par\nexcellence l'instrument universel, propre, semblait-il, aussi bien à rythmer les mouve-\nments de la danse, qu'à soutenir la voix des chanteurs ou des diseurs de vers, et qu'à\nfaire valoir la virtuosité des solistes. Étudier sa littérature, c'est donc en même temps\nremonter aux sources de l'art instrumental, et pénétrer daps l'intimité des anciennes\nassemblées de musique ; c'est découvrir les racines profondes de certaines formes\nartistiques, et savoir de quel aliment esthétique s'entretenait l'intelligence de nos\nlointains ancêtres. A ce dernier point de vue, il sera surtout intéressant de feuilleter des\nrecueils formés par un ou plusieurs luthistes pour leur usage personnel, sans dessein\nde publication, et plutôt au jour le jour, selon leurs rencontres ou leurs préférences,\nque d'après un plan méthodique. En décrivant deux manuscrits de la fin du xvi° siècle,\nqui portent évidemment ce caractère, et que leur situation dans une bibliothèque de\nprovince rend moins accessibles que d'autres aux travailleurs, nous espérons ne pas\napporter une contribution inutile à l'étude de l'ancien art musical.\nCes deux manuscrits, à la confection desquels ont successivement coopéré\nplusieurs personnes, mais qui en dernier lieu ont été possédés par le même musicien,\nappartiennent à la bibliothèque de la ville de Vesoul (Haute-Saône). Nous les y avons\ndécouverts en 1887 dans des lots d'ouvrages imprimés, non encore classés à cette\népoque (1)* Les cotes 698 et 711, que portaient alors les deux manuscrits* et par\nlesquelles nous les avons désignés dans une précédente étude (2), devaient être\nmodifiées le jour où les volumes reviendraient à leur vraie place, parmi les manuscrits\net dans la réserve de la bibliothèque. Lorsque nous pûmes de nouveau les étudier*\nen 1901, ils étaient numérotés 9287 et 711, et ces cotes étaient encore provisoires, le\nbibliothécaire actuel, M. le professeur Stuff, procédant précisément à une refonte\ngénérale du catalogue. Faute donc d'un chiffre définitif, nous emploierons les lettres A\net B pour distinguer les deux recueils.\n\n(1) Ce fait explique comment ils n'ont pas été mentionnés dans le Catalogue des hiss. de la bibliothèque\ncîe Vesoul, qui a été dressé par M. Jules Gauthier, archiviste du Doubs, et publié dans le tome \\ 1 du\nCatalogue général des Mss. des Bibliothèques publiques des départements.\n(2) Notes sur Vhistoire du luth en France, 1900, in-B°, extr. de la Rivista musicale italianay vol.\\ et\\ T."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "440", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.16", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "Le volume A (coté jusqu'ici 711) est un petit in-40 (hauteur om20, largeur omi6) de\n96 feuillets non chiffrés, contenant sur chaque face six portées de six lignes ; la ligne\ninférieure de la dernière portée se trouve en quelques feuillets supprimée ou entamée,\nsoit par une erreur de réglage, soit par la maladresse d'un relieur d'ailleurs peu habile,\net qui s'est contenté de recouvrir les cahiers de papier d'une feuille mal tendue de\nparchemin. Aucun titre, aucun nom de rédacteur ni de possesseur ne se lisent au\ndehors ni au dedans du volume. L'écriture, la notation et le choix des morceaux\ndifférencient avec une égale précision le travail des luthistes qui ont l'un après l'autre\nrempli les pages réglées.\nLe premier de ces musiciens inconnus note ses pièces selon le système de la\ntablature française, tel que l'avaient modifié les luthistes de la fin du xvie siècle,\nc'est-à-dire par lettres enfilées (1) sur une portée de six lignes, la ligne supérieure\nreprésentant la chanterelle. Il exprime les valeurs par les figures ordinaires de la\nnotation musicale. Il inscrit tantôt en français, tantôt en italien, les titres des\nmorceaux. Il' les groupe selon leur forme, par séries de pièces de même genre, laissant\nentre chaque série un petit nombre de feuillets blancs. Sa part dans le contenu du\nmanuscrit est ainsi constituée :\nFol. 1 à 11 : deux passages ; Bergamasque ; Prélude; Passe me\\e ; autre Passe\nme\\e suivi de sa Gaillarde ; Pavane diEspagne, suivie de son double ; Ballet Une\njeune fillette ; VEspagnolette ; Gaillarde ; la Barrière (en partie raturée) ; Passe me\\o\nromanesque, suivi de ses trois Gaillardes; autre Passe me\\o.\nFol. 39 à 41 : quatre Voltes ; quatre Courantes ; une cinquième Volte.\nFol. 45 à 55 : trois Branles, dont le premier porte à la fin l'indication « primo\nbrando del Lorenzino » ; quatre Branles gays ; un Branle double.\nLe répertoire de ce premier luthiste est, on le voit, formé d'airs à danser. Leur\nextrême simplicité harmonique n'exigeait de l'exécutant qu'une habileté moyenne, et\ntout au plus quelque légèreté dans les passages en notes de petites valeurs qui\nornaient ou variaient une mélodie principale, souvent gracieuse. La seule de ces petites\npièces qui porte un nom d'auteur, le « Primo brando del Lorenzino », fut imprimée\nplus tard, en 1603, au fol. 140 Ve du célèbre Thésaurus liarmonicus de Besard. Il\nen est de même pour deux petits « Branles gays » anonymes, qui se trouvent au\nfol. 51 du manuscrit, et, réunis en un seul, au fol. 143 v° du gros volume de Besard, et\n& •\nqui se font remarquer par la basse contrainte Fa, ut, fa, marquant invariablement les\ntrois temps de «chaque mesure, et accompagnant parfois un peu rudement un motif\nd'allure coulante et populaire (2).\nNous traduisons en entier et littéralement le Passe me\\o Romanesque \"et les trois\nGaillardes qui lui font suite, en forme de variations.\nAux ff. 10 v° et 12 du ms, la même tablature par lettres enfilées sert à la notation\nd'un Branle simple et d'une pièce vocale transcrite, dont le titre est donné en marge:\nDi gran valor ay, Gliinolfo Dattari (3). D'après l'aspect de l'écriture, il nous semble\ndouteux que ces deux pièces proviennent du premier possesseur du manuscrit.\n\n(1) Au lieu de lettres intercalées entre les lignes, autrement dit dans les espaces d'une portée de cinq\nlignes, comme au temps d'Albert de Ripe, Adrien Le Roy, et autres (1550 environ).\n(2) Malgré la ressemblance des titres, la Pavane d'EsJxxigne du ms. n'a point de rapports avec Ici Pavane\nEspagnole du recueil de Besard (fol. 105).\n(3) Cette pièce figure en tête du recueil de Gliinolfo Dattari, de Bologne, intitulé Le Villanelle a tre, a"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.17", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 4172, "texte": "La part du dernier possesseur dans la rédaction du recueil est de beaucoup la plus\nconsidérable. Selon toute apparence, ce luthiste a commencé son travail au milieu du\nvolume, en partant du fol. 56 v°, et en datant sa première page du 27 juin 1598. Après\nquoi, revenant en arrière, il a utilisé les feuillets laissés en blanc par ses prédécesseurs,\net jusqu'aux portées que ceux-ci avaient négligées au bas de certaines pages. C'est\nce que prouve notamment l'inscription, grattée, mais en-core lisible, aoust 1598, au\nfol. 20 v°.\nLa tablature dont se sert ce dernier luthiste se compose de chiffres enfilés sur six\nlignes : on serait donc tenté tout d'abord de se croire en présence d'une notation\nétrangère, puisque tels étaient à cette époque les éléments de la tablature italienne ;\nmais l'on ne tarde pas à reconnaître qu'il s'agit d'une forme exceptionnelle de la\ntablature française, car la chanterelle y est bien représentée par la ligne supérieure\nde la portée, ce qui est de règle dans la notation française de luth, l'italienne, comme\nl'on sait, plaçant au contraire la chanterelle à la ligne inférieure de la portée. Les\nsignes de valeur varient. Pour les premiers morceaux inscrits (à partir du fol. 56 v°),\nle luthiste emploie les formes graphiques de la notation musicale ordinaire; ensuite il\nse contente de marquer les simples queues. Il se sert de la langue française pour les\nexplications qui accompagnent quelques morceaux (1), et ajoute des titres français\nau-dessus de certaines pièces munies de titres italiens par le premier possesseur. Il ne\nse distingue pas moins de celui-ci par le choix des morceaux que par la notation.\nExécutant plus habile ou musicien plus instruit, il donne toutes ses préférences aux\ntranscriptions de pièces d'orgue et de pièces vocales polyphoniques. La liste des\nœuvres copiées de sa main dans le manuscrit montrera qu'il allait aussi loin que\npossible dans la voie de la transcription instrumentale.\nDes ff. 56 v° à 69 v°, il note un arrangement pour luth de treize Ricercari à\nquatre parties de Costanzo Antegnati, composés originairement pour l'orgue, et qui,\nà notre connaissance, n'ont pas été retrouvés jusqu'ici dans leur forme primitive (2).\nSelon l'usage des organistes italiens de cette époque, chaque morceau porte un titre\nparticulier, que le luthiste a soin de conserver, en écrivant, en tête du premier :\n« Libro primo. Ricercar Costanzo Antegnati. La Capitana », en tête de chacun\ndes suivants, les mots « Ricercar a 4 », le numéro d'ordre et le titre : 2, la Solda;\n3, la Lana; 4, la Foresta; 5, la Longhena; 6, la Pellegrina; 8, la Secca; 9, la Spina;\n10, la Martinenga; 11, la Calina; 12, la Morara; 14, la Guarina; 15, la Zecca (3).\nLa mention du nom de l'auteur manque sur d'autres pièces instrumentales,\ncontenues dans les ff. Biv°à92, et présentées sous les titres suivants: fol. 81 v° :\n« Canton sesta, VAlcenagina; sopra Vestiva i colli\\ fol. 82 v° et suiv., Canton prima,\nla Rovatina; 2, V Ardina\\ [3] la Galluppa; 4, la Rustica [sopra; Vitam œternam;\n5, la Pompona\\\\a\\ f la Guamina ;8, la Banchierina ; 9, la Camerina, sopra Veni\n\nQuattro, e a cinque voci, publié à Venise, par Girolamo Scotto, en 1568. Voy. E. Vogel, Bibliothek der\ngedruckten weltlichen Vocalmusik Italiens, 1892, t. I, p. 199.\n(1) Par exemple « Retournez à telle signe . gi . Recommencés au commencement à tel signe .. et finés à\ntel marque n ».\n(2) Pétis (Biogr. univ. des mus. I, 116), A.-G. Ritter (Zur Geschichte des Orgelspiels, 1884, p. 14 et s.),\net M. Eitner (Qucllen-Lexikon, t. I, 1900, p. 165) ne connaissent pas même le titre de cette œuvre d'Antegnati.\nEn tète de son op. XVI, l'Antegnata, intavolatura de Ricercari d'organo, imprimé en 1608, Antegnati\nplaçait une dédicace où il se disait poussé par ses amis à publier les travaux de ses dernières années, pour\noffrir au monde quelque chose de meilleur que l'œuvre de sa première ardeur juvénile. Cette phrase, citée\ndans le Catalogo délia Biblioteca del Liceo musicale di Bologna, t. I, 1890, p. 330, se rapporte probablement\nau Libro primo de Ricercari.\n(3) Le luthiste s'est abstenu de transcrire les nOB 7et 13."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "442", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.18", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 4420, "texte": "dilecte mi; 11, la Organistina bella, in écho (1). » Un bibliographe plus habile ou\nplus heureux que nous parviendra sans doute à déterminer, à l'aide de ces dénomina-\ntions particulières de chaque morceau, le titre général du recueil d'après lequel notre\nluthiste a exécuté sa transcription ou sa copie. La pièce inscrite sous le n° 7, la\nGuamina, est une œUvre de Giuseppe Guami, qui a été plusieurs fois réimprimée (2).\nNous choisissons dans cette série le n° 11, la Organistina bella, qui donnera tout\nà la fois un exemple de l'habileté d'exécution à laquelle parvenaient certains joueurs\nde luth, sous le rapport de la plénitude harmonique, et un échantillon du procédé de\nY écho. Ce moyen d'effet, tout extérieur, avait acquis une grande vogue vers la fin du\nxvie siècle. Il était d'un emploi fréquent dans les madrigaux et les motets à deux\nchœurs de l'école vénitienne, et les progrès de la virtuosité pouvaient en permettre\nl'introduction dans la musique d'orgue ou de luth. Notre manuscrit désigne soigneu-\nsement toutes les oppositions de piano et de forte qui doivent se succéder au cours de\nla Canzone, et qui justifient la mention : in écho, ajoutée à son titre.\nAu f. 94 v°, le même luthiste a noté encore un Ricercar anonyme. Trois petits\npréludes, intercalés aux ff. 44, 49 et 53, complètent la partie purement instrumentale\nde son répertoire. La partie vocale, c'est-à-dire les transcriptions pour luth de\ncompositions vocales à plusieurs voix, comprend 54 pièces, dont 43 portent le nom\nd'Orlando de Lassus; le reste se divise entre Horatio Vecchi (2 pièces), André Rota (2),\nLeone Leoni (2), Claudio Merulo, Tiburtio Massaino et Valerio Bona (chacun une\ncomposition) ; deux morceaux sont anonymes (3), et tous, bien entendu, sans autres\nparoles que les premiers mots servant de titres. Nous en dressons la liste d'après\nl'ordre numérique des feuillets, sans revenir sur la date d'inscription dans le volume :\nFol. 11. Et boire d la fontaine, à f. Horatio Vecchi (4).\nFol. 12 v° Missa d 5. Nuncium vobis. Tiburtium Massainum. Liber primus.\n(Kyrie et Christe, Et in terra, Qui tollis, « Passaige », Patrem, Crucifixus à 3, Et in spi-\nritum à 5, Sanctus, Agnus Dei) (5).\nFol. 18 v° Benedic. Domine nos. à 5. Andrece Rotce. Liber secundus (6).\nFol. 19 Agimus tibi gra [ti] as, à 5. Andraœ Rotœ,\nFol. 19 v° (continué sur les portées inférieures des ff. 20 et 22). Magnificat\nà 8, Claudio Merulo (7).\n\n(1) Le ii° iô est omis paf le luthiste.\n(2) Elle est placée la première dans le livre d'orgue de Guami, intitulé Partitura fier sonare delle\nCanzonette alla francese, publié à Venise, chez Giac. Vincenti, en 1601, et dont un exemplaire existe au\nLiceo musicale de Bologne. Aucun autre morceau de ce livre, dont M. L. Torchi a bien voulu nous copier1 la\n1 able des matières, ne fait partie de la série contenue dans le manuscrit que nous décrivons. La Guamina a\nété réimprimée à Baie, en 1617, dans le recueil de Joh. Woltz, Nova musices organicœ Tabulatura, das ist :\ncine neue Art teutscher Tabulatur, etc. A.-G. Ritter, ouvr. cité, 2e partie, n° 5 des exemples notés, et\nL. Torchi, la Musica istrumentale m Italia, dans la Rivista musicale italiana, vol. V, p. 469, ont de nos\njours réimprimé la Guamina en notation moderne. La publication de Ritter, qui est intégrale, a été faite\nd après le recueil de Joh. V oltz ; celle de M. 1 orchi, qui se bDrne au début du morceau, a été faite d'après\n1 édition de 1601 des 6anzonette de Guami. Cette différence de source explique les différences sensibles des\ndeux publications.\n3) On verra plus loin que l'un des deux est de Leone Leoni.\n(4) Cette pièce forme la seconde partie de la chanson « J'ai vu le cerf du bois saillir », imprimée dans\n1 œuvre d Hor. Vecchi, Selva di varia recreatione, etc., à Venise, chez Angelo Gardano, en et de\nnouveau en 1595; réimprimée à Nuremberg, en 1600 (Voyez Vogel, Bibliethek der gedruckten welllichen\nVocalmusik Italiens, t, 11, p. 267, 269, 284); publiée en partition par M. Weckerlin (Bibl. du Conscrv.\nCatalogue de la réserve, p. 417).\n(5) Le premier livre des messes de Tiburtio Massaino parut à Venise, chez Angelo Gardano, en 1578 puis\nen nouvelle édition, à \\ enise, chez Ricciardo Amadino, en 1595.\n(6) Le second livre des motets d'André Rota fut imprimé à Venise, chez An g. Gardane, en 1595,\n(7) Nous ne connaissons pas l'édition originale des Magnificat de Claudio Merulo,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.19", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "Fol. 20 v° Non e lasso un morire. A 5. Léon Leoni. 2 Cant. (O.\nFol. 23 à3B v, œuvres d'Orlando de Lassus toutes désignées par leurs titres avec\nle prénom « Orlando >» ou l'abréviation « Orl. >» ; ce sont : Le vray amy, - Le temps\npassé (à 4 voix), - Te spectant Reginalde,radios (à 5 voix), _ Petite\nfolle, - Trop endurer, - O tems divers, - Du corps absent, - J'ai cherché la\nscience,-La mort est jeu, -Il estait une Vray\nDieu disoitune fillette, Fuyons tous d'amour le jeu, de me faire\ngrâce, - Mes pas semés, - Le temps peut bien, - Bonjour mon cœur, - Margot\nlaboures les vignes, Ce faulxamour, —En m'ayant chanter, —Je ne veux rien,\nEn un heu ou lon ne voit goutte, Avec vous mon amour, —Je Vayme bien,\nUn jour vis un foulon, Las voule\\ vous qu'une personne chante (tous à 4 voix).\nFol. 45> T/ le long temps, à 4, Orlando (de Lassus).\nFol. 70 v® à 80 v», nouvelle série de compositions d'Orlando de Lassus : Un\nadvocat, - Helas quel jour, -Je suis quasi, - Si par souhait, - Un doux nennv\n- Deus qui bonum vinum, - Monsieur l'abbé, - Soyons joyeux. - Ardant amour.\nA ce matin, En espoir vis, Si vous n'estes en bon point (tous à 4 voix),\nSur tous regrets, Las me faut-il tant de mal supporter, Le rossignol\n(à 5 voix) (2).\nFol. 92 v° Misser. San Martin. A 5 » (3).\nFol. 93. Mentrempia mano tenta. A 5. Léon Leoni.\nFol. 93 V 0 Cintia il soave et odorato. A 5 [L. Leoni] (4).\nFol. 95 v° Conceptio tua, à 4. Valerio Bona (5).\nFol. 96 V 0 Cicirlanda che comanda,à y,Horatio (6).\nToutes ces transcriptions nous paraissent avoir été effectuées par le luthiste même\nqui les a inscrites dans le manuscrit, les traduisant en tablature selon la méthode très\nsimple qu Adrien Le Roy avait enseignée dans son Instruction imprimée, et que de\nnombreux praticiens avaient employée avant lui (7). Cette méthode, qui consistait à\nnoter d'abord en tablature la première voix, seule, de la composition choisie, et\nensuite à y joindre les trois autres une à une, aussi fidèlement que le permettait le\ndoigté de l'instrument, cette méthode était une sorte de mise en partition, dans\nlaquelle la substitution de la tablature de luth à la notation proprement dite transfor-\nmait radicalement l'aspect de l'œuvre. Nous reviendrons plus loin, avec des exemples\nà l'appui, sur la question des transcriptions. Avant de fermer le manuscrit A, nous\ndevons encore signaler la présence, à l'intérieur de la couverture, d'un fragment de\nt\n\n(1) Ce madrigal de I, Leoni fut imprimé dans son Primo libre de Madrigali a ci„que voct, Venise Ane\nGardano, 1588. Voy. Vogel, ouvr. cité, t. I, p. 366. ' n^'\n(2) Il est difficile de deviner de quelle édition vocale des chansons de Lassus le luthiste s'est servi pour\nson arrangement instrumental. On peut remarquer cependant que tous les morceaux qu'il a choisisse trouvent\n(en se succédant souvent dans le meme ordre) dans l'édition de r570 des Mélanges : d'Or de\nif\"\"*' contenant plusieurs chansons,tant en vers latins Ryme etc., Paris Le Roy et\nI.allard, 1570. Voy. Eitner, Chronol. Verzeichniss der gedrucklen Werke von H. L. von Hassler und 0,1 de\nLassus, Berlin, 1874, in-8.\n(3) Nous n'avons pu découvrir l'original de cette composition.\npliJhaut68 dCUX m°rCeaUX S°nt Urés dU Prïm° libro de ™*drigali à cinque voci, de Leoni, qui a été cité\n(5) Nous n avons pu déterminer à quelle édition vocale était empruntée cette pièce.\n(6) Cette chanson de Vecchi se trouve dans le même recueil que celle précédemment citée « T'ai vu le\ncert » [àeiva ai varia ricreazione, etc., 1590, 1595). '\n(7) La première édition de X Instruction de Le Roy n'a pas été retrouvée. Sa traduction anglaise par\nJ. Kingston, publiée en 1574, est à la Bibliothèque nationale. -"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.20", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3982, "texte": "%\nmesse à 4 voix, sans titre et sans nom d'auteur (« Amen, Et vitam venturi seculi, Amen »),\ndont l'écriture, très négligée, diffère de celle des luthistes qui ont travaillé au manus-\ncrit lui-même.\nLe manuscrit B (autrefois coté 698, et actuellement, mais d'une manière provisoire,\n9287), est un in-8 oblong (de omi4s de hauteur sur om2oB de largeur) formé de cahiers\nde papier réglé dont chaque page contient 4 portées de 6 lignes, et qui ont, comme\npour le manuscrit A, été reliés avant d'être remplis. Les premiers feuillets ont été arra-\nchés, ainsi que le dos et le plat supérieur de la reliure; le dernier plat, qui subsiste, est\nen veau brun, gaufré à froid d'un charmant encadrement en style Renaissance ; il porte\nles débris de quatre rubans de soie qui servaient de fermoirs. Quelques feuillets ont été\négalement arrachés vers le milieu du volume. Il reste en tout 162 ff. non chiffrés, pour\nlesquels nous avons supposé une pagination conforme à l'état actuel du manuscrit.\nComme le manuscrit A, le manuscrit B a appartenu à plusieurs musiciens qui ont\nl'un après l'autre travaillé à le remplir. Le premier se servait de la tablature italienne\nordinaire, en chiffres enfilés sur 6 lignes, la chanterelle à la ligne inférieure. Il indi-\nquait les valeurs tantôt par les figures des notes, tantôt et plus fréquemment par les\nqueues seulement, Il faisait usage du latin ou de l'italien, plutôt que du français,\nlorsqu'il ajoutait aux morceaux quelque explication. Sa part dans le total des pièces\ncontenues dans le manuscrft est de 76, qui ne portent pour la plupart pas de titre ni\nde nom d'auteur, et qui sont groupées par séries. Les ff. laissés vides entre ces séries\nont été plus tard utilisés par les autres possesseurs du volume.\nLe feuillet qui, par suite de la mutilation du manuscrit, se trouve aujourd'hui le\npremier, contient au recto la fin d'un Ricercar, et au verso, Vadmiralle, galliarde.\nEnsuite viennent : fol. 240, Galliarde el Molinaro ; ff. 9 à 12, trois pièces sans titres;\nff. 16 à 19, quatre pièces sans titres; f. 20 v° Ongni ver me aluno venero; f. 21, Amor\nse doxa mor la doglia ; f. 22, R. damor (R == Residuum, fin); f. 25 à 28, quatre pièces\nsans titres; f. 33 V 0 Ricercar; ff. 34 v° à 41,' Recercar xvj à xviiij ; àla fin de ce\ndernier, les mots : « Ista est xviiij a qua erat incipiend. » ; f. 43 v° R. xv ; ff. 46 v° à\n65, dix pièces sans titres ; f. 66 v°, une pièce sans titre, en marge de laquelle le troisième\npossesseur du ms a ajouté : Le content est riche en ce monde, à q, Crecquillon (1);\nff. 67 V 0 à 75 v°, six pièces sans titres ; f. 77 (après un certain nombre de ff. arrachés),\nla fin d'une pièce sans titre; f. 77 v°, une pièce sans titre ; ff. 78 v° à 104 v°. 23 pièces\nportant, avec la lettre R. (Ricercar), les chiffres o à 22, plus, pour le n° 2, les mots\nC'est à grant tort, et, pour le n° 3, Languir (2); f. 106, pièce suivie des mots finis le\nberger (3) ; f. 107, pièce suivie des mots finis Maudite soit la mondaine richesse qui\nma ostè ma maistresse, Roy (4); f. 109, Prceludium ; f. 109 v°, pièce sans titre, en\nmarge de laquelle une autre main, celle, vraisemblablement, du troisième possesseur,\na ajouté: La Bataille, ày, Jannequin (5); fol. 117, pièce sans titre; fol. 119 v°, pièce\nprécédée du titre abrégé Pt. rex et suivie d'une 2. Ps (secunda pars) ; fol. 123 v° Rex\n\n(1) Nous ne connaissons pas l'édition originale de cette chanson de Crecquillon.\n(2 et 3) Ce sont les titres de chansons plusieurs fois mises en musique par divers compositeurs.\n(4) Ce texte, mis en musique par Clàudin de Sermisy, a été imprimé en 1573 dans le Second Recueil des\nRecueils de C hausons, d Adrien Le Roy. Le mot Roy, dans le manuscrit B, pourrait donc n'être que l'indi-\ncation de l'imprimeur. Voy. pour ce Recueil, Eitner, Bibliographie der Musiksammelwerke. p. 185.\n(5) On sait que Jannequin avait écrit sa chanson à 4 voix ; une cinquième voix, facultative y fut ajoutée\npar Verdelot. '"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.21", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "ant. David ; fol. 125, de Marguano, avec le titre complété en marge par le troisième\npossesseur : la Bataille, ày, Jannequin un ton plus haut, et à la fin, fol. 127 finis\nprime partis; la seconde partie de la chanson n'y est pas jointe; fol. 1 $3, Adspicias,\nmorceau accompagné de paroles latines (Adspicias utinam, quce sit scribentis\nimagoy etc , Ovide, Héroïdes, ep. vu), mais dont la notation cependant uniquement\ninstrumentale peut faire supposer une déclamation soutenue par les accords du\nluth (1) ; fol. 138, Stabat mater, ày, Josquin de Près ; fol. 143 v° Amours p. [ar] t [e] s;\nfol. 144 v°, Rigueur me bat, faictes moy la vengeance ; fol. 145 v°, pièce sans titre.\nLe premier rédacteur du manuscrit B composait donc principalement son réper-\ntoire de Ricercari et de transcriptions d'œuvres vocales; les deux genres se confon-\ndaient jusqu'à un certain point, puisque les Ricercari étaient en général imités librement\nde compositions vocales, et que la plupart d'entre eux pourraient, au prix de minu-\ntieuses recherches, être rapprochés de chansons ou de motets à plusieurs voix. Lorsque,\nd'ailleurs, l'œuvre vocale ne se transformait pas en Ricercar, et que le luthiste\nsemblait s'enfermer dans le simple rôle d'adaptateur, en se bornant à la transcription\nlittérale de son modèle, la nature de l'instrument auquel elle se trouvait tout à coup\ndestinée lui imposait une complète transformation. Noji seulement la superposition\ndes parties mélodiques se perdait entièrement dans une exécution par accords ; non\nseulement leurs rythmes individuels disparaissaient dans la symétrie forcée d'une\nmesure uniforme à laquelle des barres de séparation servaient désormais de points de\npartage (2) ; mais, pour remédier au peu de durée des sons, tels que pouvait les\nengendrer un instrument à cordes pincées, les virtuoses s'ingéniaient à dédoubler les\nnotes longues, à intercaler entre elles des notes de passage et d'ornement. Le choix de\nces dessins accessoires, quoique réduit à un nombre restreint de formules convenues,\nétait encore assez large pour que, d'une transcription à l'autre, la même œuvre prît un\naspect quelque peu différent.\n(A suivre.)\nN. B. Dans les citations reproduites à la suite de cet article, 'p. 449, 1. 10,\nmesure 6, au 3e temps, lire do naturel au lieu de si naturel.\n\nMICHEL BRENET.\n\n(1) Nous avons public le début de cette pièce dans nos Notes sur l'histoire du luth en France.\n(2) C'est avec le dessein de conserver ces deux traits caractéristiques de physionomie de la musique de\nluth, que nous avons adopté, dans nos traductions de la tablature en notation moderne, le système de repro-\nduction littérale, au lieu de chercher à reconstituer les parties, ainsi que le font plusieurs de nos\nqui visent un but différent."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c008", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "446", "page_fin": "448", "image_debut": 22, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.5", "titre_corps": "1. 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Il serait\nbon d'étendre nos regards au delà de l'horizon européen. Le Congrès d'histoire de la\nmusique, récemment tenu à Taris, essaya d'attirer l'attention des historiens et des\nartistes sur les musiques exotiques; il émit le vœu qu'il se tondât une société inter-\nnationale, pour recueillir par des moyens phonographiques les mélodies populaires du\nmonde entier, et que, pour mettre ces documents à la portée des gens d'étude, les\nmusées d'instruments annexés aux grands conservatoires eussent des appareils où ces\nairs fussent enregistrés.\nLa bibliothèque de l'Opéra donnait déjà l'exemple, sur l'initiative de M. Malherbe,\nqui avait commencé de réunir des cylindres phonographiques, sur lesquels sont notés\ndes airs de danses des îles de l'Océanie.\nVoici un ouvrage qui répond aux mêmes tendances, et qui, sans avoir pu disposer,\nau moment où il fut écrit, des documents phonographiques (i), ouvre hardiment à\nl'histoire de la musique, et à l'histoire de l'art en général, une voie nouvelle dans une\nterre inconnue, à l'extrême lointain de la civilisation humaine.\nPourquoi n'y a-t-il pas encore de science de l'art? se demande M. Grosse. Parce\nqu'on n'y observe pas de méthode scientifique. Partout ailleurs, on commence par le\ncommencement. On étudie d'abord les formes les plus simples des phénomènes, et ce\nn'est qu'après avoir bien compris la nature et les conditions de ces formes simples,\nqu'on aborde l'explication des formes plus compliquées. « La science des religions\nne commence pas par l'étude des systèmes religieux très développés des peuples civi-\nlisés : bouddhisme, christianisme, ou islamisme, mais par l'étude de la croyance aux\ndémons et de l'animisme des tribus primitives. » La science de l'art fait seule\nexception. Il semble même qu'elle tende à devenir plus étroite de jour en jour. Au\nsiècle dernier, l'abbé Dubos étudiait l'art des Mexicains et des Péruviens. Herder était\ncurieux de la vieille poésie populaire du monde entier. Aujourd'hui, un Taine ou un\nHennequin ne s'occupe plus que de l'Europe; un Guyau limite même son étude à la\nFrance duxixe siècle. Le champ d'observation est beaucoup trop restreint, et la période\nobservée beaucoup trop complexe, pour que l'on puisse arriver à des résultats satisfai-\nsants. u Si nous voulons parvenir un jour à comprendre scientifiquement l'art des\npeuples civilisés, nous devons pénétrer d'abord la nature et les conditions de l'art des\nnon civilisés ». C'est donc à l'étude de l'art des peuples primitifs que s'applique\nM. Grosse.\nIl faut définir avec exactitude ce terme de peuples primitifs. M. Grosse montre\nqu'ils se distinguent partout à la façon primitive dont ils se procurent leur nourri-\nture : ce sont essentiellement les peuples chasseurs, et ramasseurs de plantes,\ndont les représentants principaux sont encore aujourd'hui les Hyperboréen? (Esqui-\nmaux); en Afrique, les Boschimans, et les vagabonds du Kalahari; en Amérique, les\nAleutes, les Fuégiens et les Botocudos; en Asie, les Mincopies des îles Adamanes ;\net surtout les indigènes de l'Australie, ce continent qui offre les derniers vestiges d'un\nmonde disparu.\n\n(1) La première édition allemande de ce livre parut en 1894."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.27", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "Chez ces différents peuples, M. Grosse étudie tour à tour toutes les formes de\nFart : la parure, l'art ornementaire, la sculpture, la peinture, la danse, la poésie et la\nmusique. Nous ne nous occuperons ici que de cette dernière.\nJ'ai dit que les moyens d'investigation de M. Grosse étaient nécessairement un\npeu incomplets. Il en convient lui-même. Il s'appuie en effet sur des descriptions trop\ngénérales, ou sur des appréciations forcément un peu vagues, ou sur des notations\ninexactes; « car la musique de ces peuples n'a pas les mêmes intervalles que la nôtre,\net notre système de notes ne saurait être substitué au leur ». Il ne faut donc prendre\ncette étude que comme Fessai intéressant d'une science nouvelle. La plupart des ren-\nseignements ont été empruntés par M. Grosse aux ouvrages du prince de Wied sur les\nBotocudos, du Dr Brander et de Man sur les Mincopies, de Lumholtz, Gerland, Frey-\ncinet et Beckler, sur les Australiens, de Boas sur les Esquimaux, de Théophile Hahn\net de Lichtenstein sur les Boschimans.\nVoici très rapidement les principaux résultats que donnent les observations de\nces voyageurs :\ni° Comme il fallait s'y attendre, la musique des peuples primitifs est surtout\nvocale ;\n2° Elle comprend très peu de notes, parfois deux ou trois seulement, et des inter-\nvalles peu éloignés. La plupart de ces peuples ont très peu, certains même (comme les\nMincopies) point du tout, l'idée d'une hauteur déterminée de son;\n3e Le rythme est, chez tous, beaucoup plus important, plus régulier, plus rigou-\nreusement réglé que l'harmonie;\n4° Il y a chez les peuples primitifs des degrés très différents de développement\nmusical; et ces degrés ne correspondent pas nécessairement à ceux du développement\ngénéral de leur civilisation. Les Botocudos et les Mincopies semblent les moins doués\npour la musique ; les Boschimans le sont le mieux. Je reproduis les deux courts passages\nqui, parmi ces notes de voyages, donnent les renseignements les plus précis. Le\npremier est de Freycinet sur les indigènes de la Nouvelle-Hollande : « Le caractère\nessentiel de cette musique consiste en ce qu'on établit d'abord un ton, ou un inter-\nvalle (intervalle de seconde), puis que, de cet intervalle, la voix s'abaisse graduellement\nd'une octave environ. On pourrait caractériser l'air entier comme un abaissement\nintentionnel et graduel de la voix, à partir d'un ton déterminé, abaissement accom-\npagné de variations rythmiques. » L'autre passage est de Lichtenstein sur les Boschi-\nmans : a La musique boschimane, entendue d'un peu loin, est plaintive et calmante.\nBien qu'elle ne contienne pas plus de six (cinq?) sons, qui ne font pas partie de notre\ngamme, mais qui forment des intervalles autres que les nôtres, ces sons, le rhythme\ninaccoutumé et la bizarrerie de cette mélodie lui prêtent un charme particulier. Ces\nintervalles, non identiques aux nôtres, sont pourtant assez réguliers et assez faciles à\nsaisir pour plaire à l'oreille. Entre la tonique et l'octave, il n'y a que trois intervalles :\nle premier est un peu au-dessous de notre tierce majeure; le second est entre la quinte\njuste et la quinte diminuée; et le troisième entre la sixte majeure et la septième\nmineure-; on croirait entendre une modulation en accord de septième diminuée. Les\njoueurs de gora expérimentés produisent un second intervalle, quelquefois même un\ntroisième, une octave plus haut; mais ces tons hauts ont quelque chose d'hésitant, et\nne sont que rarement la vraie octave du ton fondamental. La mélodie manque, au sens\npropre du mot; ce n'est qu'un changement lent, coulant, des mêmes sons; et, avant\nchaque variation, on reprend le ton fondamental » ;\n5* Les instruments sont rares; ce sont principalement des instruments de mesure."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.28", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 4003, "texte": "Avant tout, la timbale, qui manque aux seuls Botocudos, et qui se trouve sous la forme\nla plus primitive, en Australie, où elle n'est autre que la peau d'opossum, qui sert de\nmanteau aux femmes. Les Esquimaux ont un tambourin à manche. Les Botocudos ont\ninventé une flûte en jonc, et une trompette en peau. Les Boschimans, plus avancés,\nont le violon à trois cordes, probablement emprunté aux nègres, et la harpe faite\nd'une citrouille, qui leur vient sans doute des Hottentots. « Elle consiste en un arc en\nbois, qui porte une citrouille à l'une de ses extrémités; sur l'unique corde de cet\ninstrument glisse un anneau, qui permet de raccourcir ou d'allonger la partie vibrante. »\nL'instrument le plus original de ces peuples primitifs semble être la gora des Boschi-\n-9\nmans. C'est une modification de leur harpe. « On insère un tuyau de plume, auquel on\ndonne la forme d'une feuille, entre le bois et la corde. Le musicien joue de cet instrument\nen le mettant devant sa bouche, et en faisant vibrer le tuyau de plume par des inspi-\nrations et des expirations. Les sons de la gora sont très faibles; aussi le joueur met\nEindex de la main droite avec laquelle il tient l'instrument, dans son oreille, pour mieux\nentendre les sons qu'il produit... Un artiste consommé peut produire les octaves en\nsoufflant avec plus de force, comme on fait en jouant de la flûte, instrument qui donne\nune idée assez exacte des sons de la gora. »\nMuni de ces faits, M. Grosse examine les principales théories émises jusqu'à\nprésent sur les origines et la nature de la musique. La première est celle de l'abbé\nDubos, reprise par Herbert Spencer, qui voit dans la musique « une imitation de la\nnature », et en particulier, « des sons, des accents, des soupirs, des modulations de la\nvoix, de la parole émue ». Mais, si cette théorie était vraie, la musique primitive serait\ntrès proche de la parole passionnée ; et comme elle, le chant se distinguerait de la parole\nordinaire par un haussement de la voix. Il n'en est rien, dit M. Grosse. En fait, « les\nprimitifs chantent aussi souvent à voix basse qu'à voix haute. Le chant des femmes\naustraliennes n'est souvent qu'un murmure incompréhensible ». Nous avons vu que le\nnombre des notes est extrêmement limité, et les intervalles beaucoup moins grands que\nceux de la parole émue, oû l'on parcourt parfois des octaves, ou des douzièmes. Bref,\n« le chant primitif se distingue autant (si ce n'est plus) du discours émotionnel, chez\nles peuples inférieurs, que chez les civilisés ».\nLa seconde grande théorie est celle de Schopenhauer, qui déclare que « la musique\nest absolument indépendante du monde phénomène », et de tous les autres arts, qui\nsont, au contraire d'elle, imitatifs et plastiques. Malgré toute la sympathie que M. Grosse\na pour cette conception, il est bien forcé de faire remarquer que dans les tribus\nprimitives la musique est toujours liée à la danse et à la poésie. « Les Botocudos ne\nchantent jamais sans danser, et réciproquement. » Il n'y a chez eux qu'un mot pour les\ndeux actes. Chez les Esquimaux, la maison oû l'on danse se nomme maison de chant.\nEt, d'autre part, il n'y a pas de poésie primitive qui ne soit prononcée sous forme de\nrécitatif, ou accompagnée d'un air.\nQu'est-ce donc que la musique, à ses débuts ? Darwin écrit que « la faculté de pro-\nduire des sons musicaux et des rythmes a été acquise par nos ancêtres animaux, comme\nmoyen de séduire les individus de l'autre sexe ». Mais M. Grosse montre qu'aucune\ninformation ne permet de croire que la musique soit chez les peuples primitifs un\nmoyen d'excitation sexuelle, ni qu'elle joue aucun rôle dans leur vie amoureuse. En\nrevanche, on remarque qu'ils l'emploient, avec la danse, comme excitation au combat.\nMais a la guerre ne tient pas une place importante dans la vie des peuples primitifs »,\net, en fin de compte, il semble bien que la musique n'ait pas d'autre objet que la musique\nelle-même, le plaisir musical pur. « Le Boschiman écoute pendant des heures les gons"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "de sa gora, sans se soucier d'autre chose que des suites de sons qu'il produit... Les\nAustraliens chantent presque toujours, quand ils sont seuls... La parole des indigènes\nde la Nouvelle-Hollande passe, dans toutes les occasions solennelles, à une espèce de\nrécitatif; toute sensation un peu violente semble les amener à chanter. » 11 y a là\nquelque chose de naturel, d'immédiat, d'instinctif, d'animal. Et comment n'en pas rap-\nprocher cette anecdote, citée par Brehm, dans son Thierleben : « La femelle de l'hylo-\nbates (gibbon), Raflesii, à Londres, chantait quelquefois. Elle commençait par le\nton fondamental ut, et montait en demi-tons une octave entière, parcourant\ntoute la gamme chromatique. Le ton fondamental revenait avant chaque note. A\nmesure que la voix montait, les tons s'espaçaient; mais en descendant la gamme, les\ntons se suivaient de plus en plus vite. Elle terminait son chant par un cri perçant\nqu'elle poussait de toutes ses forces. L'exactitude, la rapidité, et la sûreté avec\nlesquelles l'animal chantait la gamme, excitaient l'étonnement de tous. »\nNous voici bien loin des nobles origines fabuleuses de la musique, des beaux demi-\ndieux helléniques, des Olympiens créateurs de la lyre et de la syrinx : Apollon, Pan,\nHermès, Orphée. Oserai-je dire que mon imagination ne s'en sent point blessée,\nqu'elle éprouve même je ne sais quel plaisir à l'idée que nous partageons la plus noble\ndes jouissances avec les plus humbles de nos frères. Il y a une sorte de poésie dans la\npensée que la musique est la langue naturelle de tout ce qui respire, que nul être n'en\nest dépourvu, qu'elle est le reflet inconscient des rêveries et des désirs qui s'ignorent\neux-mêmes, l'expression mystérieuse de la vie intérieure du monde.\n\nROMAIN ROLLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c015", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "453", "page_fin": "454", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.8", "titre_corps": "La romance d'autrefois. Maximin Deloche.", "titre_sommaire": "La romance d'autrefois. Maximin Deloche.", "signature_source": "HARTWIG DERENBOURG. de l'Institut de France", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.29", "debut_caractere": 1788, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "La romance d'autrefois. Maximin Deloche.\n\nM. Hartwig Derenbourg, le savant éminent, membre de l'lnstitut, qui a succédé (Académie\ndes Inscriptions et Belles-Lettres) à Maximin Deloche, a lu récemment, sous la coupole, une\ntrès belle notice sur son prédécesseur, qui fut amateur de musique en même temps qu'archéo-\nlogue. M. Derenbourg veut bien nous envoyer, pour être insérées dans cette Revue, les pages\nsuivantes de sa notice :\nMaximin Deloche, rédacteur et sous-chef au Ministère des Travaux publics, sans\nmanquer aux obligations imposées par ses fonctions administratives, avait fait profes-\nsion d'adepte initié aux secrets de la composition musicale. Plus d'un collègue blâmait\ncette concurrence à la bureaucratie et la dénonçait comme une incorrection. Deloche\npersévérait dans son péché, malgré les remontrances de ses supérieurs qu'offusquaient\nses succès dans les salons et dans les concerts (i). Il ne se contentait pas d'écrire; on\ngravait de lui des romances, des ballades, des mélodies, des nocturnes, des chanson-\nnettes, et jusqu'à une féerie dans le goût du temps, avec une pointe de sentiment,\ncomme chez ses émules, Loïsa Puget, Joseph Darcier, Pierre Dupont, Paul Ilenrion,\nGustave Nadaud. Disciple quelque peu indépendant de nos confrères Fromental Halévy\net Henri Reber, il maintint toujours son idéal à une certaine hauteur en n'accommodant\nque des poésies sans vulgarité et sans licence. La Rêveuse, sur des paroles d'Arsène\n\n(i) Plusieurs romances mises en musique par Deloche ont été réimprimées en 1868 dans une collection\nintitulée : La Muse des cafés-concerts. Romances et chansonnettes de divers auteurs. Plies portent la note\nsuivante : « A l'avenir, les compositions de M. Deloche seront publiées sous le nom de Jules \\ alry. » C'est\nen vain que, mes amis et moi nous avons fait des battues pour découvrir un morceau de musique signé de ce\npseudonyme."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.30", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "Houssaye, est assurément sa vierge la moins farouche. Si j'avais la jolie voix de ténor,\navec laquelle Deloche faisait valoir, en s'accompagnant lui-même au piano, ses mélo-\ndies; si, comme lui, j'avais appris à chanter chez Manuel Garcia, le frère de la Malibran\net de Mme Pauline Viardot, je serais mieux en état que par mon témoignage de vous\nfaire goûter l'inspiration musicale de votre confrère.\nDans l'album de 1843, se rencontre, entre autres romances '. Jeanne et ma montagne,\nlimousine (1). Et nous voici par le sujet conduits vers le terroir pour lequel Deloche\néprouva une passion dominante. La petite patrie dans la grande patrie exerçait sur le\nTulliste transplanté un charme irrésistible et l'enserrait dans des liens qu'il ne chercha\njamais à rompre. Les chansons populaires du pays natal eurent pour lui, dans cette\npériode de sa vie, le même attrait qu'il ressentit ultérieurement pour le passé historique\net géographique du Limousin. Un quart de siècle plus tard, La belle Lisette, légende\ntulliste, ressuscitée par lui et par lui communiquée avec amour à Ambroise Thomas\nen 1867, n'a-t-elle pas disputé presque jusqu'à la veille de la représentation les préfé-\nrences du compositeur d\"Hamlet à la mélodie norvégienne devenue au quatrième acte\nl'émouvante lamentation d'Ophélie (2)? Deloche, s'il n'orchestra plus lui-même ses\nœuvres récentes, ne cessa pas de noter, pour son , -Courage de parents et d'amis, en\nparticulier pour ses petits-enfants, les airs qu'il ima;. ait ou qu'il recueillait. A-t-il\ncollaboré aux revues spéciales qui s'imprimaient à Paris, aux environs de 1840? Je\nl'ignore; je ne connais que sa Notice musicale sur Renaud de Vilbach, publiée à Paris\nen 1844. Pour courte qu'elle soit, elle nous révèle son esthétique musicale, son culte\npour Mozart, « ce génie sublime qui, seul avec Raphaël d'Urbin, a reçu le surnom de\nDivin, et qui, ainsi que Raphaël, a passé sur notre terre comme un brillant météore »,\nson désaveu « de l'influence et du système habituel de M. Halévy », son admiration\npour les mélodies du « fécond Rossini », son goût pour l'orgue, « ce divin instrument\nqui, par ses ressources infinies, peut seul suppléer à l'orchestre », sa passion pour la\nfranchise, la clarté, l'originalité dans les idées et dans la forme des accompagnements,\npour la simplicité dans les moyens et la puissance dans l'effet. La liberté de conscience\nlittéraire est aussi prônée dans cet opuscule comme la dernière conquête libérale du\nsiècle, et Deloche y paraît un peu désabusé de Paris, « immense cité, oû les grandes\npassions et les grandes existences s'agitent sous l'éternel brouillard qui l'enveloppe ».\n\nHARTWIG DERENBOURG.\nde l'Institut de France."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c016", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "454", "page_fin": "463", "image_debut": 30, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9", "titre_corps": "Quelques lettres inédites d'Emmanuel Chabrier.", "titre_sommaire": "Quelques lettres inédites d'Emmanuel Chabrier.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.30", "debut_caractere": 2726, "fin_caractere_exclue": 3777, "texte": "Quelques lettres inédites d'Emmanuel Chabrier.\n\nM. Paul Lacombe, membre correspondant de l'lnstitut (section musicale), veut\nbien nous communiquer, pour être publiées dans cette , quelques lettres inédites\nadressées à lui par Emmanuel Chabrier. Qu'il reçoive ici les remerciements de tous\nceux qui ont conservé pour le maître de Gwendoline leur admirative religion !\n\n(1) Les paroles ne sont ni de Maximin Deloche, qui n'a jamais versifié, ni d'André Lemoyne, auquel, par\nune confusion avec l'éditeur de même nom ou à peu près (Henri Lemoine), elles ont été attribuées. Elle'sont\nen réalité d'Émile Barateau. Voir dans la Publication officielle de notre Académie, p. 13, le Discours prononcé\npar notre éminent confrère, M. Edmond Perricr, aux funérailles de M. Deloche, le jeudi 15 février 1900, et la\nrectification dans le Compte rendu de la séance tenue par l'Association Corrézienne, le 25 février 1900.\n(2) EDMOND PERRIER, Discours, Publication officielle, p. 14 ; cf. JULES TIERSOT, dans la Revue des tradi-\ntions #oJ>ulaires, XII (1897), p. 144."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.31", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3707, "texte": "Comme toutes les lettres de Chabrier, celles-ci sont pleines de naturel et\nd'abandon. Un charme simple s'en dégage. Elles sont quelquefois d'une fantaisie déli-\ncieuse; parfois aussi elles décèlent l'émotion la plus vive.\nCe n'est pas un des moindres attraits de cette physionomie si curieuse, que ce don\nd'épistolier qu'avait Chabrier. Ceux qui n'ont connu que superficiellement l'admirable\nmusicien qu'il fut, seront surpris de trouver dans ses lettres une forme aussi intéres-\nsante. Les autres y reconnaîtront les faces multiples de cette âme française : la gaîté\nla plus exubérante ainsi que la plus délicate bonté. Ils y retrouveront presque jusqu'à\nl'accent de Chabrier : ce parler un peu gras qu'il émaillait volontiers d'expressions\nfamilières.\nAvec une malicieuse bonhomie, il raconte les événements coutumiers, leur donne\nun tour pittoresque, en fait ressortir le caractère poétique ou sentimental, et sait en\nformer les plus vivants tableaux. Le sens très fin qu'il avait du ridicule le lui fait\ndéceler très rapidement, et souvent il le couvre d'un léger voile de sentimentalité nar-\nquoise. Je sais ainsi certain récit de noce de village\nLes lettres que nous publions aujourd'hui ne sont point aussi familières. Ce sont\nles lettres d'un musicien à un autre musicien. Elles abondent en conseils pratiques et\nen confidences d'auteur. Pourtant, là non plus, il n'a pas pu se départir de son aimable\nlaisser-aller. Les expressions de camaraderie et d'amitié y cachent sans cesse ce que\nl'explication technique pourrait avoir d'un peu froid.\nSon tempérament fougueux le portait à exprimer toutes les nuances de sentiment,\navec des expressions dont la force allait jusqu'à l'outrance. La grandeur était le gigan-\ntesque pour lui; rien n'était assez succulent pour l'exprimer, et ce terrible emporté se\nfaisait le plus tendre des hommes pour peindre la délicatesse ténue d'un sentiment à\npeine indiqué.\nLes mots eux-mêmes semblaient se mesurer aux idées, et des plus pompeux se\nperdaient dans l'imprévu des vocables les plus vagues. Il eût voulu trouver des mots\nd'enfant pour traduire les plus exquises émotions.\nIl était doué d'une vraie sensibilité, et s'est souvent perdu à vouloir en peindre les\nmultiples reflets. Ceux qui n'ont connu Chabrier que dans les dernières années de sa\nvie ont pu se tromper sur lui. Il n'était plus lui-même, l'homme libre, spontané, bon,\nsans haine et sans jalousie.\nDans une des lettres qu'il adressait à M. Paul Lacombe, il parle de Vincent\nd'lndy en termes affectueusement grondeurs : a II y a longtemps que je suis sans\nnouvelles de ce sacré d'lndy. Je vais lui écrire. Il est dans sonArdèche, en train assu-\nrément de faire des choses très chic. » Cette simple phrase rappelle une des plus\nsolides amitiés de Chabrier. Il aimait profondément en Vincent d'lndy l'homme et\nl'artiste. Et son affection s'exprimait en un de ces surnoms familiers qu'il se plaisait\nà donnet. Sur la cheminée de son bureau, on voyait une photographie déjà ancienne\nde l'auteur du Chant de la cloche.\nC'était alors un d'lndy tout jeune, à la silhouette élégante, les cheveux assez\nlongs et un peu tombants sur le front. On voyait déjà dans l'énergique physionomie\ndeux yeux profonds et pensifs... La plus affectueuse des dédicaces s'y lisait. C'était\nune des figures que Chabrier aimait à avoir autour de lui avec son médaillon de\nBerlioz, son masque de Wagner, les feuilles de lierre cueillies sur la tombe de Schu-\nmann et de Liszt, les portraits de Lamoureux, de Hermann Levi, de Mottl. On\npouvait y voir aussi une amusante photographie où un petit et gros Chabrier tout\nremuant expliquait, le doigt levé, quelque chose à un énorme et placide Van Dyk."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "456", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.32", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3852, "texte": "Si Chabrier était fidèle aux amis vivants, il ne Tétait pas moins aux morts. A son\ncôté on voyait en un petit cadre les premiers vers de Brisèis, de la main du pauvre\nEphraïm Mikhael, qu'il avait durant les dernières années de sa vie placés pieusement\nau milieu des souvenirs les plus chéris.\nIl avait la plus grande admiration pour le génie de Franck, et mêlait, dans sa\nreligion pour l'auteur des Béatitudes, la splendeur de sa musique à la beauté de sa vie\nsi pure et si digne. Les jours où Chabrier revenait du boulevard Saint-Michel, sa figure\nrayonnait.\nLorsque, déjà fatigué et malade, il me présenta pour la première fois à d'lndy\npour une certaine éducation musicale à entreprendre, sans songer au but réel de leur\nrencontre, les deux musiciens restèrent longtemps l'un en face de l'autre tristes et\ncomme désorientés (c'était peu de temps après la mort de Franck), et tous deux\nabsorbés dans une commune vision. « Ah I si le père Franck était là! »\nJusqu'aux dernières années de sa vie, il s'intéressa vivement aux productions de\nmusiciens plus jeunes que lui. Il avait la plus tendre admiration pour le Réve d'Alfred\nBruneau, et priait Debussy, dont il aimait beaucoup le talent, de lui envoyer son qua-\ntuor (( avant sa mort », disait-il mélancoliquement.\nS'il chérissait vivement ceux qu'il aimait, il savait aussi par un contraste naturel être\ntrès dur envers ceux qu'il méprisait. Un jour, nous allions en voiture à l'atelier de\nChéret; soudain, dans une rue voisine de la rue Richer, il envoie un coup de canne\ndans le dos du cocher et lui crie de s'arrêter. Inquiet, je regarde Chabrier qui roulait\ndes yeux furibonds. « Vois-tu,me dit-il en me happant le bras d'une main crispée,\nvois-tu ce monsieur qui passe là-bas ? Eh bien, c'est ce cochon de X... qui fait de la si\nsale musique ; cocher, continuez ! » Voilà l'homme. Le malheureux X... ne lui avait sans\ndoute fait d'autre tort que d'écrire de la musique inexpressive et banale. Mais c'était\nla pire chose. Jamais Chabrier ne supporta le « quelconque » en art. Son salon, son\ncabinet de travail étaient tapissés de toiles de peintres novateurs, ses amis : Manet,\nMonet, Renoir, Sisley, Cézanne, et ses camarades musiciens s'appelaient d'lndy,\nFauré, Duparc, Chausson c'est-à-dire des artistes luttant et peinant vers un\nhorizon inexploré. Le fabricant de musique était sa bête noire, et rien n'est plus drôle\nqu'une courte entrevue dont les termes ne sont plus présents à ma mémoire, entre\nChabrier et Ambroise Thomas.\nPresque toutes les lettres que nous publions aujourd'hui sont datées de la Mem-\nbrolle, un joli petit pays situé près de Tours. Quels délicieux souvenirs ce nom évoque\nen moi! Les départs avec la bonne Nanine, l'excellente nourrice de Chabrier, orgueil-\nleuse de son Emmanuel, le vénérant religieusement et le bousculant encore d'un\ntutoiement grondeur; l'arrivée à l'aube, les bonnes senteurs fraîches s'échappant des\nbranches humides, les braves gens sur leur porte, et, par-dessus tout, Chabrier faisant\ntumultueusement les honneurs de la délicieuse petite maison de sa belle-mère... Je le\nvois encore me conduisant dans la chambre qui m'était réservée, et d'où, disait-il, on\napercevait un bout de rivière, un bout de ciel, un bout de pré, une branche fleurie,\net un petit chemin raviné par où passerait peut-être quelque fraîche paysanne...\nUne nuit, dans l'indécision de l'aube qui n'est pas encore et de la nuit qui part\ndéjà, il vint me chercher. « Mon petit, disait-il, avec sa bonne grosse voix, il y a un\nrossignol qui chante... » Et à moitié endormi, il me fallait souscrire fidèlement à l'extase\ndu grand artiste qui se pâmait devant la fenêtre ouverte.\nLe jour de Pâques, en toilette des dimanches, nous sortions, et sur le seuil des\nportes, les braves gens saluaient leur hôte illustre qui avait pour chacun quelque"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.33", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "aimable parole : aux hommes, il demandait avec intérêt des nouvelles de leur vache ou\nde leur moisson; aux femmes, avec un spirituel clignement d'œil, il décochait quelque\ngaillardise, ou adressait quelque tendre compliment. Et son jeune compagnon que le\nmaître couvait avec des gestes de mère-poule, et dont les commères connaissaient\nà 1 avance 1 histoire, était partout reçu comme le privilégié qui approchait le grand\nhomme. Puis c'était un service célébré au pénitencier de Mettray. Et là, Chabrier était\ntrès ému :on jouait quelque vieux morceau de primitif italien, et tous ces jeunes\ndétenus, la solennité du jour, les voix qui se mêlaient aux amples sonorités de l'orgue,\nremplissaient l'âme du musicien d'une émotion qu'il ne pouvait point ne pas me\ncommuniquer. Il était d'ailleurs coutumier du fait, et n'aimait pas à garder pour lui\nl'impression causée par une belle œuvre. Un jour, à l'Opéra, pendant une représentation\nde la Walkûre, il m'empêcha d'entendre une note de l'ouvrage, m'enfonçant les côtes à\ncoups de coude pour attirer mon attention, m'analysant la musique, me criblant de\ndétails techniques, qu'il pointait d'interjections admiratives. Cette difficulté qu'il avait\nde renfermer en lui son enthousiasme se montre même dans ses livres familiers. Son\nWagner, qui m'a été légué par sa famille, et que je conserve précieusement, porte en\nmarge des coups de crayon admiratifs; c'est à chaque page un point d'exclamation,\nvoire une phrase, un : Est-ce beau! un : Admirable! et de grandes lignes\nentourent la page aimée du geste arrondi qui lui était familier.\nUne lettre de lui que nous publions est datée de Bayreuth. On y voit combien\nChabrier sentait la grandeur des drames wagnériens. Cette intelligente admiration a\néLé mise à profit lors des exécutions de Tristan au Château-d'Eau, par Lamoureux.\nChabrier était alors chef des chœurs. On lira dans les lettres qui suivent quelques\nboutades à l'adresse de Lamoureux, boutades toutes bénignes, mais qui font penser à\nl'amitié, à l'admiration que Chabrier avait pour le grand chef d'orchestre. Et combien\ncette amitié et cette admiration lui étaient rendues !\nMais que ces souvenirs sont lointains déjà! Une brume de tristesse a passé sur\ncette joyeuse époque, a Vépoque oii fêtais chic », disait Chabrier; celle du Roi malgré\n%\nlui. « Je ne déteste pas d* écrire ce genre-là », écrit-il à propos de son opéra-comique ( i).\nQue n'a-t-il toujours persévéré dans cette voie! Que n'a-il composé le drame bouffe,\nqu'il était seul à même d'écrire et dont il aurait sûrement fait un chef d'œuvre !\nMais les derniers moments de sa vie nous ramènent bien loin de ces années\nheureuses où tout lui chantait la joie la plus libre et la plus spontanée.\nJ'ai vu un jour une carte qui, dans la simple mention dont elle était revêtue, expri-\nmait la mélancolie la plus profonde. Chabrier demandait des entrées à l'Opéra pour\nses fils. Là non plus il ne se servit pas d'une formule vulgaire. Il priait le contrôleur\nen chef d'assurer deux places à ses enfants, et il ajoutait : Vous fer ie\\ le plus vif plaisir\nà Vauteur de Gwendoline ». Voulait-il par là se servir d'une formule prétentieuse?\nNon. Il craignait peut-être, le pauvre moribond, que son nom ne fût pas connu du\nfonctionnaire auquel il s'adressait et il espérait que son œuvre, jouée à l'Opéra, le\nserait davantage. Il voulait que l'on sût que le malade éloigné des répétitions,\nc'était lui; et que cette musique qu'à la première il trouvait belle et ne reconnaissait\npas, il en était pourtant l'auteur. Encore, à ce moment, il avait des heures de belle\nlucidité. Le lendemain de cette première de Gwendoline où l'émotion avait rendu son\ncerveau plus trouble que jamais, il passa la soirée chez moi, et depuis sept heures\n\n(i) Ceux que les lettres de Chabrier intéressent surtout à ce point de vue particulier pourront en trouver\ndans une étude que j'ai fait paraître sous ce titre : Emmanuel Chabrier et le Rire Musical. (Revue d'Art\ndramatique, 5 et 20 octobre 1899.)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.34", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "jusqu'à deux heures du matin nous tint sous le charme de récits pleins d'esprit et de\nvariété. Mais lorsque le souvenir de sa maladie se présentait, une tristesse plus vive\nse peignait sur ses* traits. « Et c'est ça, disait-il, qui a fait Gwendoline et le Roi\nmalgré lui ! ».\n« Il y en a là, de la musique, vois-tu! », me disait-il, en me montrant le manuscrit\nde Briséis, soigneusement rangé, et ses autres œuvres classées comme pour un inven-\ntaire mortuaire; et il s'en allait tristement, en passant sa main sur son front soucieux.\nLa gaîté, l'exubérance des anciens jours étaient bien loin. Quand sa fin fut venue,\npour beaucoup il était déjà mort depuis longtemps. Et de fait, quand je reçus un télé-\ngramme me rappelant pour assister à la mise en bière, les traits du maître aimé\nm'apparurent moins terribles que pendant sa longue agonie. La mort avait redonné\ndu calme à cette physionomie que les tourments dévoraient depuis si longtemps.\nUn grand chagrin, de nature tout intime, et que sa sensibilité naturelle avait accru,\nfut le début de cette lente agonie. Le jour où Chabrier perdit sa vieille, comme il\nl'appelait, sa bonne Nanon, quelque chose de sa vie partit avec elle. Cet homme que\nla vie la plus active n'avait pu fatiguer, que les déceptions n'avaient point abattu, fut\nimpuissant devant la douleur que lui causa la mort de cette humble et douce créature\nqui avait aidé ses premiers pas et reçu la confidence de ses premiers espoirs.\nLe service funèbre de Chabrier s'est fait dans une froide et triste église. Peu de\nmusiciens entouraient son cercueil; c'était une mauvaise saison, pour un grand\nenterrement. Mais, en revanche, bien des larmes sincères coulaient, bien des gorges\nétaient contractées par l'émotion.\nL'Église n'honora point de ses chants ce grand artiste, et Chabrier est parti sans\nmusique. Mais peut-être, étant donné l'habituel appareil sonore des enterrements, est-ce\npour un si grand musicien la plus désirable des destinées?\nQu'importent d'ailleurs ces détails et l'injuste oubli où est plongée l'œuvre de Cha-\nbrier ! Comme celle de tous les grands artistes, elle ne peut disparaître. Elle vivra.\nMais je me reproche d'avoir tant retardé le plaisir que le lecteur prendra à lire ses\nlettres. Les souvenirs s'enchaînent aux souvenirs, joyeux ou tristes, —une égoïste joie\nde résurrection nous fait revivre des heures lointaines, et nous n'avons pas le courage\nde nous borner, quand au plaisir d'évoquer une image chère se mêle celui de rendre à\nun maître aimé un hommage de gratitude et d'admiration.\n\nROBERT BRUSSEL.\n\nLa Meinbroile, par Mettray (Indre-et-Loire).\nMon cher Lacombe,\nComme vous le voyez, j'y suis toujours, - jusqu'au 25 septembre au plus tard,\npar exemple.\nNon. Faites copier les parties d'orchestre, et au lieu de lettres, mettez des\nnuméros, toutes les 30 à 35 mesures, au crayon bleu ou rouge, comme ceci (1) :\net très en évidence, et très gros, un grand rond et le chiffre au milieu entre les\ntimbales et le quatuor, là où il y a toujours des portées vides* Pardon de ces détails,\nmais, chez Lamoureux, aux répétitions, ça prend une importance énorme ; je préfère\nvous éviter des ennuis. Et revoyez vous-même vos parties, toutes, toutes, violons par\nviolons;que les sf,p,pp, les signes decresc., dimetc., soient bien tous àla même place.\n\n(1) Ici, dans l'autographe, un fac-similé de partition, avec deux cercles au crayon rouge*\n%"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.35", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "Faites-vous aider, plutôt, si vous vous méfiez de vos distractions. D'lndy, pour ça, est\nmerveilleux: il ne manque pas un bouton de guêtre à ses partitions; aussi Lamoureux\n1 adore. Donc, vous etes prévenu. Si vous m'en croyez, venez tout au commencement\nd octobre faire un tour à Paris, on jouerait ça à Lamoureux; je suis à votre disposition\npour le 2 mains ou le 4 mains, et ferai tout mon possible pour emballer notre audi-\nteur. Écrivez-moi à cette époque.\nMettez aux divers instruments —surtout à Vharmonie et la batterie et harpes, des\nRÉPLIQUES TRÈS LONGUES ; un copiste vous sabrera ça ; faites donc vous-même ce tra-\nvail; tout au moins, préparez-le audit copiste.\nA vous bien affectueusement.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\nA la Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 11 mai 85.\nCher ami,\nVotre bonne et affectueuse lettre est venue me retrouver ici. Si je vais à Toulouse\nce seia beaucoup pour aller à Carcassonne, croyez-le bien. Lamoureux doit venir me\nvoir vers la fin du mois; je lui réclamerai votre morceau, le lirai, et vous donnerai mon\nhumble avis. Votre Suite pastorale me paraît être effectivement le morceau que j'ai\nentendu à la Société, il y a quelque 3 a 5 ans> et dont nous étions tous si contencs.\nIl y avait un morceau là-dedans que j'aimais beaucoup: relancez le nommé Hartmann,\nsans quoi il n'enverra rien. Qu'il me l'adresse ici, où je suis pour un bon bout de temps.\nJe termine ma petite partition de Gwendohne, qui doit passer en décembre à la Mon-\nnaie. La Monnaie! c'est par antiphrase, probablement : trouvez-vous que nous en\ngagnions heaucoup, à ce métier-là? Ah! c'est une jolie vocation, comme dit le bour-\ngeois . Mais il parait que je 1 entre dans la catégorie des veinards : je perce un peu, à\nquarante-trois ans; je n'ai donc pas le droit de me plaindre. Attendre vingt ans, il est\nconvenu que c'est plus que le minimum; mettons que ce soit le rêve, et n'en parlons\nplus. Ecrivez-moi de temps en temps, je vous répondrai très régulièrement. Je suis\nti es touche des déniaiches que vous avez bien voulu faire pour moi, mon cher ami. Je\nvous assure que je vous en suis fort reconnaissant, et que je ne demande qu'à vous\nêtre agréable, le cas échéant.\nVotre bien affectueusement dévoué.\n\nLa Membrolle, par Mettray, (Indre-et-Loire), 9 juin 1885.\nCher ami,\nJ attendais toujours que Lam. vint. D où mon silence* Mais il ne vient pas, il ne\nviendra sans doute plus, et je tiens a vous répondre. J aime beaucoup ce morceau-là ;\nle début est tout à fait trouvé, le développement excellent; c'est de la musique. Du\nreste, vous en êtes imprégné. Que cette musique produise beaucoup d'effet à Carcas-\nsonne, voire à Toulouse, je n'oserais me prononcer, mais je sais bien que si je portais\nça à Ambert (Puy-de-Dôme), ma ville natale, je- n'aurais pas de sérénade sous mes\nfenêtres; je trouverais difficilement une âme « sœur de la mienne », à moins que ce ne\nfût celle de l'aliéniste de l'endroit.\nJe vous promets de lui jouer votre prélude et de le lui recommander chaudement*\nJe prévois les objections, je les connais : « Ce morceau est court... il est difficile...\nc est un bon bout de repétition passé là-dessus, sans corser pour cela mon pro-*\ngramme... » Il aime les morceaux développés aupoint de vue pratique, car s'il se donne\nbeaucoup de mal pour les faire exécuter, il trouve du moins, pour son programme>\nun numéro çonsèquen"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.36", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "Faites-lui donc quelque chose ; une ouverture, un poème symphonique, n'importe.\nJe suis tout à votre disposition pour lui fairé entendre vos œuvres. Il est fort bien dis-\nposé pour les compositeurs français, et c'est encore lui, somme toute, qui en joue le\nplus. Allons, voulez-vous que je vous envoie du papier ? Un coup de collier, camarade,\net arrivez au commencement d octobre, sinon (je la connais encore) il vous dira que\nses programmes sont bondés. C'est le cliché.\nAdieu et bon courage.\nVotre affectionné.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\nJeudi.\nCher ami,\nJ'ai reçu lettre et morceau et les deux m'ont fait grand plaisir. Je pars demain\npour Bruxelles et en reviens mardi prochain. Je n'y retournerai que vers la fin du mois\nde janvier, quand on sera en plein travail. Je compte passer fin février. Il faut aupa-\nravant liquider les Templiers (Litolff) et Saint-Megrin (Hillemacher et Sons).\nD'lndy sera joué à l'Eden du 15 au 25 janvier. On s'y met ces jours-ci et les\nchœurs auront du coton.\nLa partition de Gwendoline paraîtra vers le jour de la première.\nVenez me voir aussitôt ici. Je vous attends le verre en main.\nA vous cordialement.\nUn peu pressé, camarade!...\n\nEMMANUEL CHABRIER.\nLa Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 1$ juin 1886.\nJe vous remercie bien, mon cher ami, de l'affectueuse lettre que vous venez de\nm'adresser. Nous n'avons jamais la chance de nous rencontrer à Paris, c'est assom-\nmant. Espérons que, l'hiver prochain, nous pourrons nous rattraper. Ma pièce, pas-\nsant le 10 avril, le théâtre de la Monnaie fermant toujours le ler mai, je ne devais\ncompter que sur un nombre assez restreint de représentations. Sans la faillite, j'aurais\nété joué deux ou trois fois de plus, je l'ai été six fois ; je présume qu'on me reprendra\nen septembre, je n'ai donc pas à me plaindre. Avant de me mettre à un autre ouvrage,\nplus développé et assez sérieux, je fabrique, en ce moment, trois actes d'opèra-comique\nau vrai sens du mot, pour Carvalho. J'ai quatre mois pour faire ça et l'orchestrer. Ce\nsera donc purement et simplement une œuvre très légère, aussi gaie que possible (car\nje ne déteste pas d'écrire ce genre-là) et (c'est la grosse affaire) au cas de succès, c'est\nun peu d'argent. Or, j'en mange depuis cinq ans; ça m'embête. Donc, des motifs,\ncomme dit le bourgeois; des airs, des chansons, ni plus, ni moins. Je tâcherai de\nrester genuine.\nC'est trop loin, votre Carcassonne. Pourquoi n'auriez-vous pas à Paris un pied-à-\n-terre où vous passeriez quelques bons mois?\nA bientôt et merci, mon bon camarade. A vous cordialement.\nIl y a longtemps que je suis sans nouvelles de ce sacré d'indy. Je vais lui écrire.\nIl est dans son Ardèche, en train, assurément, de faire des choses très chic."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.37", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "EMMANUEL CHABRIER.\n15 octobre 1886.\nMon bon ami,\nLa partie orchestrale de Gwendoline n'est pas gravée et ne le sera probablement\npas d'ici longtemps. C'est une grosse dépense. Si ma pièce arrivait à l'Opéra, peut-être\nmes éditeurs se décideraient-ils. Il n'existe que mon manuscrit. C'est là-dessus que\nDupont a conduit à Bruxelles. Lamoureux ne me jouera pas cette année, du moins.\nC'est un bruit qui a couru, mais voilà tout. S'il me jouait, vous pensez si je serais\nheureux! Je tâcherai défaire chanter Y Epithalame à ses concerts. Il me joue Y ou-\nverture le mois prochain. Il n'y pas d'autre arrangement que le quatre mains de la\npartition; c'est difficile et incommode à jouer; mais je préfère qu'on la lise; même bien\njoué, ça ne dit pas grand'chose au piano.\nQuant à l'opéra-comique, il avance tout doucettement; il serait terminé il y a beau\ntemps, n'étaient des modifications assez importantes apportées depuis peu au livret et\nd'où il résulte que j'ai de la musique faite pour rien, et de la nouvelle à fabriquer. Je\nne passerai pas avant le commencement de mars. Vous verra-t-on cet hiver ? Vous\ndevenez par trop rare. Prévenez-moi quand vous serez pour venir à Paris. J'ai une\nbesogne infernale. Dans ce métier-là, ou bien l'on a trop de temps, parce que l'on ne\nvous commande rien, ou bien l'on n'en a jamais assez, parce qu'il faudrait que tout fût\nfait sur-le-champ. Et je ne fais rien facilement; tout me coûte. Enfin, c'est ainsi.\nAdieu, camarade, et toujours bien à vous très affectueusement.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\nBayreuth, 22 juillet 1889.\nCher ami,\nJe suis ici depuis trois ou quatre jours, ÉPERDU d'admiration, et j'y reste jusqu'à\nla fin du mois. Mille remerciements; c'est ma femme qui a reçu le journal; elle va\nfaire traduire l'article par Enoch, me l'enverra, puis vous retournera ledit journal.\nÇa a marché supérieurement, là-bas, et je pense que plusieurs théâtres vont\nmonter ma petite Gwendoline que vous voulez bien aimer un peu.\nJe n'ai pas fini le premier acte de l'ouvrage auquel je travaille actuellement; c'est\nvous dire que j'en ai encore pour dix-huit mois. C'est très dur à faire et je voudrais\nque ce fût bien.\nQuand venez-vous à Paris? J'y serai à demeure à partir des premiers jours de\nseptembre. Si vous veniez à cette époque, n'oubliez pas l'ami Chabrier et sa côtelette.\nA bientôt, camarade, encore merci et sincèrement à vous.\n\nLa Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 8 mai 1892.\nMon bien cher Lacombe,\nJe vous prie de me pardonner mon retard; vous savez toute l'amitié que j'ai pour\nvous ; mais j'ai été surmené tellement tous ces temps-ci, je suis devenu si nerveux, que\nce n'est pas tout à fait de ma faute. J'ai, de plus, laissé s'accumuler des masses de\nlettres en souffrance, mais ne m'en veuillez pas trop; celle-ci est si heureuse, à cette\nheure, de bavarder avec vous, que nous allons varier un peu ce paragraphe.\nDonc, cher ami, j'ai reçu, fort bien reçu les deux morceaux de caractères si diffé-\nrents et de si belle ou amusante tournure que vous m'avez envoyés.\nMerci de m'avoir dédié votre Parade hongroise, que je trouve si habile de coupe"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.38", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "rythmique, de choix mélodique de notes pimpantes et d'idées originales. Votre début,\ncarrure en cinq mesures, est charmant de désinvolture; on se cambre déjà! Le haut\nde la page 3, coquet comme tout; c'est du ballet ravissant. Et ondoyant, si ondoyant,\ndiiai-je, voluptueux et câlin, le léger frôlement de la quatrième croche sur le temps\nfort, avec une liaison savoureuse! Nous avons enfin, à la cinquième ligne de la même\npdge, quelques titillements qui doivent, à l'orchestre, avec les frôlements susdits, faire\nun effet ravissant, dédié aux dames. Très à effet, le crescendo de la cinquième page,\nà partir du ff, de 1 ostmato d un accord de la mineur (1) et de la rythmique des deux\ndernières lignes; voilà de quoi prouver que ce morceau est réussi de tout point, qu'il\nme plaît infiniment et d'autant plus que, fort friand moi-même des rythmes, j'aurai là\nl'occasion de me délecter. Encore une fois, ce doit être bien à l'orchestre, où je\nvoudrais l'entendre ; encore merci et compliments.\nJ'ai, du reste, un faible pour ce morceau-là. Je vais parler un peu de la Marche\ntlegiaque, qui, je lai su, mais, je n'étais plus à Paris, restant àla campagne\npresque toute l'année à cause de mon ouvrage à faire (je suis aux deux tiers du\ndeuxième acte il yen a trois), Brisèis (avec Catulle Mendès), a été jouée chez\nLamoureux. Vous devez prendre cette belle page asse\\ lentement; je voudrais la voir\ninstrumentée; je trouve la première phrase, je pourrais dire toute la première page,\nd un sentiment très profond; très pénétrantes les septième et huitième mesures, avec\nle retour en sol du motif initial ; très tendre, la treizième mesure, et la dernière ligne :\nc'est là une très impressionnante page dont je vous fais mes compliments, mon bon\nami. Je voudrais connaître l'effet orchestral de tout le passage en la bémol qui doit\netre délicieux; toutefois, je comprends moins pourquoi, après ce magistral début,\nc'est par le fait une mesure à quatre temps très lente, ce qui semble continuer à\nquatre temps la première page de votre marche (est-ce cela?). Est-ce pour motiver un\npassage rêveur et élégiaque ? Je trouve ce rythme inquiétant pour un morceau qui\nn est pas longuement développé ; quoique les éléments me plaisent infiniment, je crois\nqu'il était très possible de le traiter plus largement (2) et, je vous le répète, cher ami,\nen brave confrère, je ne le saisis pas très bien, Y ensemble de cette œuvre; et je vou-\ndrais vous l'entendre jouer pour en avoir une idée très nette. La première page\nest superbe. J'ai pris, à lire ces deux morceaux si opposés, un grand plaisir.\nEt je ne veux pas rester bredouille, moi ; de mon côté, je veux vous envoyer\nquelques-unes de mes machines. Il y en a pour tous les goûts et caractères. Vous\nm'écrirez aussi, dès que vous les aurez lues, et me donnerez votre opinion.\nSi vous restiez dans le courant de juin, je pourrais vous voir à Paris, mais je ne\npuis guere m absenter en ce moment. Espérons qu'on pourra se serrer la main. Il y a\nassez longtemps qu'on ne s'est vu, et je n'ai jamais vu Carcassonne !\nAdieu, mon bon ami, bon travail et bonne santé.\nVotre ami dévoué,\n(1) Jai voulu dire d'un mi traversant 3ou 4 accords.\n(2) Question de coquetterie! - Je voudrais l'avoir fait. Je parle de votre Marche êlêgiaque, bien entendu.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\n\n24 mai 1892.\nCher ami,\nCarcassonnez-vous en ce moment et avez-vous reçu la musique que je vous ai\nenvoyée, recommandée, il y a huit à dix jours?]"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "Lin petit mot de réponse, si vous n'avez pas trop chaud. Je me figure que, là-bas,\non doit griller ferme sur les remparts?\nVotre bien affectionné,\n\nEMMANUEL CHABRIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c017", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "454", "page_fin": "458", "image_debut": 30, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.1", "titre_corps": "M. Paul Lacombe, membre correspondant de l'lnstitut (section musicale), veut", "titre_sommaire": "M. 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Elle'sont\nen réalité d'Émile Barateau. Voir dans la Publication officielle de notre Académie, p. 13, le Discours prononcé\npar notre éminent confrère, M. Edmond Perricr, aux funérailles de M. Deloche, le jeudi 15 février 1900, et la\nrectification dans le Compte rendu de la séance tenue par l'Association Corrézienne, le 25 février 1900.\n(2) EDMOND PERRIER, Discours, Publication officielle, p. 14 ; cf. JULES TIERSOT, dans la Revue des tradi-\ntions #oJ>ulaires, XII (1897), p. 144."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.31", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3707, "texte": "Comme toutes les lettres de Chabrier, celles-ci sont pleines de naturel et\nd'abandon. Un charme simple s'en dégage. Elles sont quelquefois d'une fantaisie déli-\ncieuse; parfois aussi elles décèlent l'émotion la plus vive.\nCe n'est pas un des moindres attraits de cette physionomie si curieuse, que ce don\nd'épistolier qu'avait Chabrier. Ceux qui n'ont connu que superficiellement l'admirable\nmusicien qu'il fut, seront surpris de trouver dans ses lettres une forme aussi intéres-\nsante. Les autres y reconnaîtront les faces multiples de cette âme française : la gaîté\nla plus exubérante ainsi que la plus délicate bonté. Ils y retrouveront presque jusqu'à\nl'accent de Chabrier : ce parler un peu gras qu'il émaillait volontiers d'expressions\nfamilières.\nAvec une malicieuse bonhomie, il raconte les événements coutumiers, leur donne\nun tour pittoresque, en fait ressortir le caractère poétique ou sentimental, et sait en\nformer les plus vivants tableaux. Le sens très fin qu'il avait du ridicule le lui fait\ndéceler très rapidement, et souvent il le couvre d'un léger voile de sentimentalité nar-\nquoise. Je sais ainsi certain récit de noce de village\nLes lettres que nous publions aujourd'hui ne sont point aussi familières. Ce sont\nles lettres d'un musicien à un autre musicien. Elles abondent en conseils pratiques et\nen confidences d'auteur. Pourtant, là non plus, il n'a pas pu se départir de son aimable\nlaisser-aller. Les expressions de camaraderie et d'amitié y cachent sans cesse ce que\nl'explication technique pourrait avoir d'un peu froid.\nSon tempérament fougueux le portait à exprimer toutes les nuances de sentiment,\navec des expressions dont la force allait jusqu'à l'outrance. La grandeur était le gigan-\ntesque pour lui; rien n'était assez succulent pour l'exprimer, et ce terrible emporté se\nfaisait le plus tendre des hommes pour peindre la délicatesse ténue d'un sentiment à\npeine indiqué.\nLes mots eux-mêmes semblaient se mesurer aux idées, et des plus pompeux se\nperdaient dans l'imprévu des vocables les plus vagues. Il eût voulu trouver des mots\nd'enfant pour traduire les plus exquises émotions.\nIl était doué d'une vraie sensibilité, et s'est souvent perdu à vouloir en peindre les\nmultiples reflets. Ceux qui n'ont connu Chabrier que dans les dernières années de sa\nvie ont pu se tromper sur lui. Il n'était plus lui-même, l'homme libre, spontané, bon,\nsans haine et sans jalousie.\nDans une des lettres qu'il adressait à M. Paul Lacombe, il parle de Vincent\nd'lndy en termes affectueusement grondeurs : a II y a longtemps que je suis sans\nnouvelles de ce sacré d'lndy. Je vais lui écrire. Il est dans sonArdèche, en train assu-\nrément de faire des choses très chic. » Cette simple phrase rappelle une des plus\nsolides amitiés de Chabrier. Il aimait profondément en Vincent d'lndy l'homme et\nl'artiste. Et son affection s'exprimait en un de ces surnoms familiers qu'il se plaisait\nà donnet. Sur la cheminée de son bureau, on voyait une photographie déjà ancienne\nde l'auteur du Chant de la cloche.\nC'était alors un d'lndy tout jeune, à la silhouette élégante, les cheveux assez\nlongs et un peu tombants sur le front. On voyait déjà dans l'énergique physionomie\ndeux yeux profonds et pensifs... La plus affectueuse des dédicaces s'y lisait. C'était\nune des figures que Chabrier aimait à avoir autour de lui avec son médaillon de\nBerlioz, son masque de Wagner, les feuilles de lierre cueillies sur la tombe de Schu-\nmann et de Liszt, les portraits de Lamoureux, de Hermann Levi, de Mottl. On\npouvait y voir aussi une amusante photographie où un petit et gros Chabrier tout\nremuant expliquait, le doigt levé, quelque chose à un énorme et placide Van Dyk."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "456", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.32", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3852, "texte": "Si Chabrier était fidèle aux amis vivants, il ne Tétait pas moins aux morts. A son\ncôté on voyait en un petit cadre les premiers vers de Brisèis, de la main du pauvre\nEphraïm Mikhael, qu'il avait durant les dernières années de sa vie placés pieusement\nau milieu des souvenirs les plus chéris.\nIl avait la plus grande admiration pour le génie de Franck, et mêlait, dans sa\nreligion pour l'auteur des Béatitudes, la splendeur de sa musique à la beauté de sa vie\nsi pure et si digne. Les jours où Chabrier revenait du boulevard Saint-Michel, sa figure\nrayonnait.\nLorsque, déjà fatigué et malade, il me présenta pour la première fois à d'lndy\npour une certaine éducation musicale à entreprendre, sans songer au but réel de leur\nrencontre, les deux musiciens restèrent longtemps l'un en face de l'autre tristes et\ncomme désorientés (c'était peu de temps après la mort de Franck), et tous deux\nabsorbés dans une commune vision. « Ah I si le père Franck était là! »\nJusqu'aux dernières années de sa vie, il s'intéressa vivement aux productions de\nmusiciens plus jeunes que lui. Il avait la plus tendre admiration pour le Réve d'Alfred\nBruneau, et priait Debussy, dont il aimait beaucoup le talent, de lui envoyer son qua-\ntuor (( avant sa mort », disait-il mélancoliquement.\nS'il chérissait vivement ceux qu'il aimait, il savait aussi par un contraste naturel être\ntrès dur envers ceux qu'il méprisait. Un jour, nous allions en voiture à l'atelier de\nChéret; soudain, dans une rue voisine de la rue Richer, il envoie un coup de canne\ndans le dos du cocher et lui crie de s'arrêter. Inquiet, je regarde Chabrier qui roulait\ndes yeux furibonds. « Vois-tu,me dit-il en me happant le bras d'une main crispée,\nvois-tu ce monsieur qui passe là-bas ? Eh bien, c'est ce cochon de X... qui fait de la si\nsale musique ; cocher, continuez ! » Voilà l'homme. Le malheureux X... ne lui avait sans\ndoute fait d'autre tort que d'écrire de la musique inexpressive et banale. Mais c'était\nla pire chose. Jamais Chabrier ne supporta le « quelconque » en art. Son salon, son\ncabinet de travail étaient tapissés de toiles de peintres novateurs, ses amis : Manet,\nMonet, Renoir, Sisley, Cézanne, et ses camarades musiciens s'appelaient d'lndy,\nFauré, Duparc, Chausson c'est-à-dire des artistes luttant et peinant vers un\nhorizon inexploré. Le fabricant de musique était sa bête noire, et rien n'est plus drôle\nqu'une courte entrevue dont les termes ne sont plus présents à ma mémoire, entre\nChabrier et Ambroise Thomas.\nPresque toutes les lettres que nous publions aujourd'hui sont datées de la Mem-\nbrolle, un joli petit pays situé près de Tours. Quels délicieux souvenirs ce nom évoque\nen moi! Les départs avec la bonne Nanine, l'excellente nourrice de Chabrier, orgueil-\nleuse de son Emmanuel, le vénérant religieusement et le bousculant encore d'un\ntutoiement grondeur; l'arrivée à l'aube, les bonnes senteurs fraîches s'échappant des\nbranches humides, les braves gens sur leur porte, et, par-dessus tout, Chabrier faisant\ntumultueusement les honneurs de la délicieuse petite maison de sa belle-mère... Je le\nvois encore me conduisant dans la chambre qui m'était réservée, et d'où, disait-il, on\napercevait un bout de rivière, un bout de ciel, un bout de pré, une branche fleurie,\net un petit chemin raviné par où passerait peut-être quelque fraîche paysanne...\nUne nuit, dans l'indécision de l'aube qui n'est pas encore et de la nuit qui part\ndéjà, il vint me chercher. « Mon petit, disait-il, avec sa bonne grosse voix, il y a un\nrossignol qui chante... » Et à moitié endormi, il me fallait souscrire fidèlement à l'extase\ndu grand artiste qui se pâmait devant la fenêtre ouverte.\nLe jour de Pâques, en toilette des dimanches, nous sortions, et sur le seuil des\nportes, les braves gens saluaient leur hôte illustre qui avait pour chacun quelque"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.33", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "aimable parole : aux hommes, il demandait avec intérêt des nouvelles de leur vache ou\nde leur moisson; aux femmes, avec un spirituel clignement d'œil, il décochait quelque\ngaillardise, ou adressait quelque tendre compliment. Et son jeune compagnon que le\nmaître couvait avec des gestes de mère-poule, et dont les commères connaissaient\nà 1 avance 1 histoire, était partout reçu comme le privilégié qui approchait le grand\nhomme. Puis c'était un service célébré au pénitencier de Mettray. Et là, Chabrier était\ntrès ému :on jouait quelque vieux morceau de primitif italien, et tous ces jeunes\ndétenus, la solennité du jour, les voix qui se mêlaient aux amples sonorités de l'orgue,\nremplissaient l'âme du musicien d'une émotion qu'il ne pouvait point ne pas me\ncommuniquer. Il était d'ailleurs coutumier du fait, et n'aimait pas à garder pour lui\nl'impression causée par une belle œuvre. Un jour, à l'Opéra, pendant une représentation\nde la Walkûre, il m'empêcha d'entendre une note de l'ouvrage, m'enfonçant les côtes à\ncoups de coude pour attirer mon attention, m'analysant la musique, me criblant de\ndétails techniques, qu'il pointait d'interjections admiratives. Cette difficulté qu'il avait\nde renfermer en lui son enthousiasme se montre même dans ses livres familiers. Son\nWagner, qui m'a été légué par sa famille, et que je conserve précieusement, porte en\nmarge des coups de crayon admiratifs; c'est à chaque page un point d'exclamation,\nvoire une phrase, un : Est-ce beau! un : Admirable! et de grandes lignes\nentourent la page aimée du geste arrondi qui lui était familier.\nUne lettre de lui que nous publions est datée de Bayreuth. On y voit combien\nChabrier sentait la grandeur des drames wagnériens. Cette intelligente admiration a\néLé mise à profit lors des exécutions de Tristan au Château-d'Eau, par Lamoureux.\nChabrier était alors chef des chœurs. On lira dans les lettres qui suivent quelques\nboutades à l'adresse de Lamoureux, boutades toutes bénignes, mais qui font penser à\nl'amitié, à l'admiration que Chabrier avait pour le grand chef d'orchestre. Et combien\ncette amitié et cette admiration lui étaient rendues !\nMais que ces souvenirs sont lointains déjà! Une brume de tristesse a passé sur\ncette joyeuse époque, a Vépoque oii fêtais chic », disait Chabrier; celle du Roi malgré\n%\nlui. « Je ne déteste pas d* écrire ce genre-là », écrit-il à propos de son opéra-comique ( i).\nQue n'a-t-il toujours persévéré dans cette voie! Que n'a-il composé le drame bouffe,\nqu'il était seul à même d'écrire et dont il aurait sûrement fait un chef d'œuvre !\nMais les derniers moments de sa vie nous ramènent bien loin de ces années\nheureuses où tout lui chantait la joie la plus libre et la plus spontanée.\nJ'ai vu un jour une carte qui, dans la simple mention dont elle était revêtue, expri-\nmait la mélancolie la plus profonde. Chabrier demandait des entrées à l'Opéra pour\nses fils. Là non plus il ne se servit pas d'une formule vulgaire. Il priait le contrôleur\nen chef d'assurer deux places à ses enfants, et il ajoutait : Vous fer ie\\ le plus vif plaisir\nà Vauteur de Gwendoline ». Voulait-il par là se servir d'une formule prétentieuse?\nNon. Il craignait peut-être, le pauvre moribond, que son nom ne fût pas connu du\nfonctionnaire auquel il s'adressait et il espérait que son œuvre, jouée à l'Opéra, le\nserait davantage. Il voulait que l'on sût que le malade éloigné des répétitions,\nc'était lui; et que cette musique qu'à la première il trouvait belle et ne reconnaissait\npas, il en était pourtant l'auteur. Encore, à ce moment, il avait des heures de belle\nlucidité. Le lendemain de cette première de Gwendoline où l'émotion avait rendu son\ncerveau plus trouble que jamais, il passa la soirée chez moi, et depuis sept heures\n\n(i) Ceux que les lettres de Chabrier intéressent surtout à ce point de vue particulier pourront en trouver\ndans une étude que j'ai fait paraître sous ce titre : Emmanuel Chabrier et le Rire Musical. (Revue d'Art\ndramatique, 5 et 20 octobre 1899.)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.34", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "jusqu'à deux heures du matin nous tint sous le charme de récits pleins d'esprit et de\nvariété. Mais lorsque le souvenir de sa maladie se présentait, une tristesse plus vive\nse peignait sur ses* traits. « Et c'est ça, disait-il, qui a fait Gwendoline et le Roi\nmalgré lui ! ».\n« Il y en a là, de la musique, vois-tu! », me disait-il, en me montrant le manuscrit\nde Briséis, soigneusement rangé, et ses autres œuvres classées comme pour un inven-\ntaire mortuaire; et il s'en allait tristement, en passant sa main sur son front soucieux.\nLa gaîté, l'exubérance des anciens jours étaient bien loin. Quand sa fin fut venue,\npour beaucoup il était déjà mort depuis longtemps. Et de fait, quand je reçus un télé-\ngramme me rappelant pour assister à la mise en bière, les traits du maître aimé\nm'apparurent moins terribles que pendant sa longue agonie. La mort avait redonné\ndu calme à cette physionomie que les tourments dévoraient depuis si longtemps.\nUn grand chagrin, de nature tout intime, et que sa sensibilité naturelle avait accru,\nfut le début de cette lente agonie. Le jour où Chabrier perdit sa vieille, comme il\nl'appelait, sa bonne Nanon, quelque chose de sa vie partit avec elle. Cet homme que\nla vie la plus active n'avait pu fatiguer, que les déceptions n'avaient point abattu, fut\nimpuissant devant la douleur que lui causa la mort de cette humble et douce créature\nqui avait aidé ses premiers pas et reçu la confidence de ses premiers espoirs.\nLe service funèbre de Chabrier s'est fait dans une froide et triste église. Peu de\nmusiciens entouraient son cercueil; c'était une mauvaise saison, pour un grand\nenterrement. Mais, en revanche, bien des larmes sincères coulaient, bien des gorges\nétaient contractées par l'émotion.\nL'Église n'honora point de ses chants ce grand artiste, et Chabrier est parti sans\nmusique. Mais peut-être, étant donné l'habituel appareil sonore des enterrements, est-ce\npour un si grand musicien la plus désirable des destinées?\nQu'importent d'ailleurs ces détails et l'injuste oubli où est plongée l'œuvre de Cha-\nbrier ! Comme celle de tous les grands artistes, elle ne peut disparaître. Elle vivra.\nMais je me reproche d'avoir tant retardé le plaisir que le lecteur prendra à lire ses\nlettres. Les souvenirs s'enchaînent aux souvenirs, joyeux ou tristes, —une égoïste joie\nde résurrection nous fait revivre des heures lointaines, et nous n'avons pas le courage\nde nous borner, quand au plaisir d'évoquer une image chère se mêle celui de rendre à\nun maître aimé un hommage de gratitude et d'admiration.\n\nROBERT BRUSSEL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c018", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "458", "page_fin": "459", "image_debut": 34, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.2", "titre_corps": "La Meinbroile, par Mettray (Indre-et-Loire).", "titre_sommaire": "La Meinbroile, par Mettray (Indre-et-Loire).", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.34", "debut_caractere": 2595, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "La Meinbroile, par Mettray (Indre-et-Loire).\nMon cher Lacombe,\nComme vous le voyez, j'y suis toujours, - jusqu'au 25 septembre au plus tard,\npar exemple.\nNon. Faites copier les parties d'orchestre, et au lieu de lettres, mettez des\nnuméros, toutes les 30 à 35 mesures, au crayon bleu ou rouge, comme ceci (1) :\net très en évidence, et très gros, un grand rond et le chiffre au milieu entre les\ntimbales et le quatuor, là où il y a toujours des portées vides* Pardon de ces détails,\nmais, chez Lamoureux, aux répétitions, ça prend une importance énorme ; je préfère\nvous éviter des ennuis. Et revoyez vous-même vos parties, toutes, toutes, violons par\nviolons;que les sf,p,pp, les signes decresc., dimetc., soient bien tous àla même place.\n\n(1) Ici, dans l'autographe, un fac-similé de partition, avec deux cercles au crayon rouge*\n%"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.35", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "Faites-vous aider, plutôt, si vous vous méfiez de vos distractions. D'lndy, pour ça, est\nmerveilleux: il ne manque pas un bouton de guêtre à ses partitions; aussi Lamoureux\n1 adore. Donc, vous etes prévenu. Si vous m'en croyez, venez tout au commencement\nd octobre faire un tour à Paris, on jouerait ça à Lamoureux; je suis à votre disposition\npour le 2 mains ou le 4 mains, et ferai tout mon possible pour emballer notre audi-\nteur. Écrivez-moi à cette époque.\nMettez aux divers instruments —surtout à Vharmonie et la batterie et harpes, des\nRÉPLIQUES TRÈS LONGUES ; un copiste vous sabrera ça ; faites donc vous-même ce tra-\nvail; tout au moins, préparez-le audit copiste.\nA vous bien affectueusement.\n\nEMMANUEL CHABRIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c019", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "459", "page_fin": "459", "image_debut": 35, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.3", "titre_corps": "A la Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 11 mai 85.", "titre_sommaire": "A la Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 11 mai 85.", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.35", "debut_caractere": 755, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "EMMANUEL CHABRIER.\nA la Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 11 mai 85.\nCher ami,\nVotre bonne et affectueuse lettre est venue me retrouver ici. Si je vais à Toulouse\nce seia beaucoup pour aller à Carcassonne, croyez-le bien. Lamoureux doit venir me\nvoir vers la fin du mois; je lui réclamerai votre morceau, le lirai, et vous donnerai mon\nhumble avis. Votre Suite pastorale me paraît être effectivement le morceau que j'ai\nentendu à la Société, il y a quelque 3 a 5 ans> et dont nous étions tous si contencs.\nIl y avait un morceau là-dedans que j'aimais beaucoup: relancez le nommé Hartmann,\nsans quoi il n'enverra rien. Qu'il me l'adresse ici, où je suis pour un bon bout de temps.\nJe termine ma petite partition de Gwendohne, qui doit passer en décembre à la Mon-\nnaie. La Monnaie! c'est par antiphrase, probablement : trouvez-vous que nous en\ngagnions heaucoup, à ce métier-là? Ah! c'est une jolie vocation, comme dit le bour-\ngeois . Mais il parait que je 1 entre dans la catégorie des veinards : je perce un peu, à\nquarante-trois ans; je n'ai donc pas le droit de me plaindre. Attendre vingt ans, il est\nconvenu que c'est plus que le minimum; mettons que ce soit le rêve, et n'en parlons\nplus. Ecrivez-moi de temps en temps, je vous répondrai très régulièrement. Je suis\nti es touche des déniaiches que vous avez bien voulu faire pour moi, mon cher ami. Je\nvous assure que je vous en suis fort reconnaissant, et que je ne demande qu'à vous\nêtre agréable, le cas échéant.\nVotre bien affectueusement dévoué."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c020", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "459", "page_fin": "460", "image_debut": 35, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.4", "titre_corps": "La Membrolle, par Mettray, (Indre-et-Loire), 9 juin 1885.", "titre_sommaire": "La Membrolle, par Mettray, (Indre-et-Loire), 9 juin 1885.", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.35", "debut_caractere": 2271, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "La Membrolle, par Mettray, (Indre-et-Loire), 9 juin 1885.\nCher ami,\nJ attendais toujours que Lam. vint. D où mon silence* Mais il ne vient pas, il ne\nviendra sans doute plus, et je tiens a vous répondre. J aime beaucoup ce morceau-là ;\nle début est tout à fait trouvé, le développement excellent; c'est de la musique. Du\nreste, vous en êtes imprégné. Que cette musique produise beaucoup d'effet à Carcas-\nsonne, voire à Toulouse, je n'oserais me prononcer, mais je sais bien que si je portais\nça à Ambert (Puy-de-Dôme), ma ville natale, je- n'aurais pas de sérénade sous mes\nfenêtres; je trouverais difficilement une âme « sœur de la mienne », à moins que ce ne\nfût celle de l'aliéniste de l'endroit.\nJe vous promets de lui jouer votre prélude et de le lui recommander chaudement*\nJe prévois les objections, je les connais : « Ce morceau est court... il est difficile...\nc est un bon bout de repétition passé là-dessus, sans corser pour cela mon pro-*\ngramme... » Il aime les morceaux développés aupoint de vue pratique, car s'il se donne\nbeaucoup de mal pour les faire exécuter, il trouve du moins, pour son programme>\nun numéro çonsèquen"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.36", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 563, "texte": "Faites-lui donc quelque chose ; une ouverture, un poème symphonique, n'importe.\nJe suis tout à votre disposition pour lui fairé entendre vos œuvres. Il est fort bien dis-\nposé pour les compositeurs français, et c'est encore lui, somme toute, qui en joue le\nplus. Allons, voulez-vous que je vous envoie du papier ? Un coup de collier, camarade,\net arrivez au commencement d octobre, sinon (je la connais encore) il vous dira que\nses programmes sont bondés. C'est le cliché.\nAdieu et bon courage.\nVotre affectionné.\n\nEMMANUEL CHABRIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c021", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "460", "page_fin": "460", "image_debut": 36, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.5", "titre_corps": "Jeudi.", "titre_sommaire": "Jeudi.", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.36", "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 1214, "texte": "EMMANUEL CHABRIER.\nJeudi.\nCher ami,\nJ'ai reçu lettre et morceau et les deux m'ont fait grand plaisir. 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Je vous attends le verre en main.\nA vous cordialement.\nUn peu pressé, camarade!..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c022", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "460", "page_fin": "460", "image_debut": 36, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.6", "titre_corps": "La Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 1$ juin 1886.", "titre_sommaire": "La Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 1$ juin 1886.", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.36", "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "EMMANUEL CHABRIER.\nLa Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 1$ juin 1886.\nJe vous remercie bien, mon cher ami, de l'affectueuse lettre que vous venez de\nm'adresser. Nous n'avons jamais la chance de nous rencontrer à Paris, c'est assom-\nmant. Espérons que, l'hiver prochain, nous pourrons nous rattraper. Ma pièce, pas-\nsant le 10 avril, le théâtre de la Monnaie fermant toujours le ler mai, je ne devais\ncompter que sur un nombre assez restreint de représentations. Sans la faillite, j'aurais\nété joué deux ou trois fois de plus, je l'ai été six fois ; je présume qu'on me reprendra\nen septembre, je n'ai donc pas à me plaindre. Avant de me mettre à un autre ouvrage,\nplus développé et assez sérieux, je fabrique, en ce moment, trois actes d'opèra-comique\nau vrai sens du mot, pour Carvalho. J'ai quatre mois pour faire ça et l'orchestrer. Ce\nsera donc purement et simplement une œuvre très légère, aussi gaie que possible (car\nje ne déteste pas d'écrire ce genre-là) et (c'est la grosse affaire) au cas de succès, c'est\nun peu d'argent. Or, j'en mange depuis cinq ans; ça m'embête. Donc, des motifs,\ncomme dit le bourgeois; des airs, des chansons, ni plus, ni moins. Je tâcherai de\nrester genuine.\nC'est trop loin, votre Carcassonne. Pourquoi n'auriez-vous pas à Paris un pied-à-\n-terre où vous passeriez quelques bons mois?\nA bientôt et merci, mon bon camarade. A vous cordialement.\nIl y a longtemps que je suis sans nouvelles de ce sacré d'indy. Je vais lui écrire.\nIl est dans son Ardèche, en train, assurément, de faire des choses très chic."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c023", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "461", "page_fin": "461", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.7", "titre_corps": "15 octobre 1886.", "titre_sommaire": "15 octobre 1886.", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.37", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": "EMMANUEL CHABRIER.\n15 octobre 1886.\nMon bon ami,\nLa partie orchestrale de Gwendoline n'est pas gravée et ne le sera probablement\npas d'ici longtemps. C'est une grosse dépense. Si ma pièce arrivait à l'Opéra, peut-être\nmes éditeurs se décideraient-ils. Il n'existe que mon manuscrit. C'est là-dessus que\nDupont a conduit à Bruxelles. Lamoureux ne me jouera pas cette année, du moins.\nC'est un bruit qui a couru, mais voilà tout. S'il me jouait, vous pensez si je serais\nheureux! Je tâcherai défaire chanter Y Epithalame à ses concerts. Il me joue Y ou-\nverture le mois prochain. Il n'y pas d'autre arrangement que le quatre mains de la\npartition; c'est difficile et incommode à jouer; mais je préfère qu'on la lise; même bien\njoué, ça ne dit pas grand'chose au piano.\nQuant à l'opéra-comique, il avance tout doucettement; il serait terminé il y a beau\ntemps, n'étaient des modifications assez importantes apportées depuis peu au livret et\nd'où il résulte que j'ai de la musique faite pour rien, et de la nouvelle à fabriquer. Je\nne passerai pas avant le commencement de mars. Vous verra-t-on cet hiver ? Vous\ndevenez par trop rare. Prévenez-moi quand vous serez pour venir à Paris. J'ai une\nbesogne infernale. Dans ce métier-là, ou bien l'on a trop de temps, parce que l'on ne\nvous commande rien, ou bien l'on n'en a jamais assez, parce qu'il faudrait que tout fût\nfait sur-le-champ. Et je ne fais rien facilement; tout me coûte. Enfin, c'est ainsi.\nAdieu, camarade, et toujours bien à vous très affectueusement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c024", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "461", "page_fin": "461", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.8", "titre_corps": "Bayreuth, 22 juillet 1889.", "titre_sommaire": "Bayreuth, 22 juillet 1889.", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.37", "debut_caractere": 1543, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "EMMANUEL CHABRIER.\nBayreuth, 22 juillet 1889.\nCher ami,\nJe suis ici depuis trois ou quatre jours, ÉPERDU d'admiration, et j'y reste jusqu'à\nla fin du mois. Mille remerciements; c'est ma femme qui a reçu le journal; elle va\nfaire traduire l'article par Enoch, me l'enverra, puis vous retournera ledit journal.\nÇa a marché supérieurement, là-bas, et je pense que plusieurs théâtres vont\nmonter ma petite Gwendoline que vous voulez bien aimer un peu.\nJe n'ai pas fini le premier acte de l'ouvrage auquel je travaille actuellement; c'est\nvous dire que j'en ai encore pour dix-huit mois. C'est très dur à faire et je voudrais\nque ce fût bien.\nQuand venez-vous à Paris? J'y serai à demeure à partir des premiers jours de\nseptembre. Si vous veniez à cette époque, n'oubliez pas l'ami Chabrier et sa côtelette.\nA bientôt, camarade, encore merci et sincèrement à vous."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c025", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "461", "page_fin": "462", "image_debut": 37, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.9", "titre_corps": "La Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 8 mai 1892.", "titre_sommaire": "La Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 8 mai 1892.", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.37", "debut_caractere": 2404, "fin_caractere_exclue": 3133, "texte": "La Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 8 mai 1892.\nMon bien cher Lacombe,\nJe vous prie de me pardonner mon retard; vous savez toute l'amitié que j'ai pour\nvous ; mais j'ai été surmené tellement tous ces temps-ci, je suis devenu si nerveux, que\nce n'est pas tout à fait de ma faute. J'ai, de plus, laissé s'accumuler des masses de\nlettres en souffrance, mais ne m'en veuillez pas trop; celle-ci est si heureuse, à cette\nheure, de bavarder avec vous, que nous allons varier un peu ce paragraphe.\nDonc, cher ami, j'ai reçu, fort bien reçu les deux morceaux de caractères si diffé-\nrents et de si belle ou amusante tournure que vous m'avez envoyés.\nMerci de m'avoir dédié votre Parade hongroise, que je trouve si habile de coupe"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.38", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "rythmique, de choix mélodique de notes pimpantes et d'idées originales. Votre début,\ncarrure en cinq mesures, est charmant de désinvolture; on se cambre déjà! Le haut\nde la page 3, coquet comme tout; c'est du ballet ravissant. Et ondoyant, si ondoyant,\ndiiai-je, voluptueux et câlin, le léger frôlement de la quatrième croche sur le temps\nfort, avec une liaison savoureuse! Nous avons enfin, à la cinquième ligne de la même\npdge, quelques titillements qui doivent, à l'orchestre, avec les frôlements susdits, faire\nun effet ravissant, dédié aux dames. Très à effet, le crescendo de la cinquième page,\nà partir du ff, de 1 ostmato d un accord de la mineur (1) et de la rythmique des deux\ndernières lignes; voilà de quoi prouver que ce morceau est réussi de tout point, qu'il\nme plaît infiniment et d'autant plus que, fort friand moi-même des rythmes, j'aurai là\nl'occasion de me délecter. Encore une fois, ce doit être bien à l'orchestre, où je\nvoudrais l'entendre ; encore merci et compliments.\nJ'ai, du reste, un faible pour ce morceau-là. Je vais parler un peu de la Marche\ntlegiaque, qui, je lai su, mais, je n'étais plus à Paris, restant àla campagne\npresque toute l'année à cause de mon ouvrage à faire (je suis aux deux tiers du\ndeuxième acte il yen a trois), Brisèis (avec Catulle Mendès), a été jouée chez\nLamoureux. Vous devez prendre cette belle page asse\\ lentement; je voudrais la voir\ninstrumentée; je trouve la première phrase, je pourrais dire toute la première page,\nd un sentiment très profond; très pénétrantes les septième et huitième mesures, avec\nle retour en sol du motif initial ; très tendre, la treizième mesure, et la dernière ligne :\nc'est là une très impressionnante page dont je vous fais mes compliments, mon bon\nami. Je voudrais connaître l'effet orchestral de tout le passage en la bémol qui doit\netre délicieux; toutefois, je comprends moins pourquoi, après ce magistral début,\nc'est par le fait une mesure à quatre temps très lente, ce qui semble continuer à\nquatre temps la première page de votre marche (est-ce cela?). Est-ce pour motiver un\npassage rêveur et élégiaque ? Je trouve ce rythme inquiétant pour un morceau qui\nn est pas longuement développé ; quoique les éléments me plaisent infiniment, je crois\nqu'il était très possible de le traiter plus largement (2) et, je vous le répète, cher ami,\nen brave confrère, je ne le saisis pas très bien, Y ensemble de cette œuvre; et je vou-\ndrais vous l'entendre jouer pour en avoir une idée très nette. La première page\nest superbe. J'ai pris, à lire ces deux morceaux si opposés, un grand plaisir.\nEt je ne veux pas rester bredouille, moi ; de mon côté, je veux vous envoyer\nquelques-unes de mes machines. Il y en a pour tous les goûts et caractères. Vous\nm'écrirez aussi, dès que vous les aurez lues, et me donnerez votre opinion.\nSi vous restiez dans le courant de juin, je pourrais vous voir à Paris, mais je ne\npuis guere m absenter en ce moment. Espérons qu'on pourra se serrer la main. Il y a\nassez longtemps qu'on ne s'est vu, et je n'ai jamais vu Carcassonne !\nAdieu, mon bon ami, bon travail et bonne santé.\nVotre ami dévoué,\n(1) Jai voulu dire d'un mi traversant 3ou 4 accords.\n(2) Question de coquetterie! - Je voudrais l'avoir fait. Je parle de votre Marche êlêgiaque, bien entendu.\n\nEMMANUEL CHABRIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c026", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "462", "page_fin": "463", "image_debut": 38, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.9.10", "titre_corps": "24 mai 1892.", "titre_sommaire": "24 mai 1892.", "signature_source": "EMMANUEL CHABRIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.38", "debut_caractere": 3333, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "24 mai 1892.\nCher ami,\nCarcassonnez-vous en ce moment et avez-vous reçu la musique que je vous ai\nenvoyée, recommandée, il y a huit à dix jours?]"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "Lin petit mot de réponse, si vous n'avez pas trop chaud. Je me figure que, là-bas,\non doit griller ferme sur les remparts?\nVotre bien affectionné,\n\nEMMANUEL CHABRIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c027", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "463", "page_fin": "465", "image_debut": 39, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.10", "titre_corps": "Le vandalisme musical. — Beethoven mis au point par Castil-Blaze.", "titre_sommaire": "Le vandalisme musical. — Beethoven mis au point par Castil-Blaze.", "signature_source": "Jean Chantavoine", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.39", "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "Le vandalisme musical. — Beethoven mis au point\npar Castil-Blaze.\n\nLe hasard a mis sous mes yeux, à la bibliothèque de l'Opéra (n° 1069 du cata-\nlogue), une partition, piano et chant, de Fidelio, dont la lecture réserve des surprises.\nLe titre porte : « LÉONORE, mélodrame en trois actes suivis d'un épilogue, d'après\nJ.N. Bouilly, paroles de Castil-Bla\\e, musique de Beethoven »,etc. « Ce mélodrame\nne peut être représenté sur aucun théâtre de France sans V autorisation spéciale du\ntraducteur, propriétaire dit drame (Loi du 19 janvier 1791). » Les titres de Castib\nBlaze à cette propriété sont, il est vrai, sérieux, et méritent d'être signalés.\nQuelques nouveautés d'abord, dans la liste des personnages : celui de Jaquino\ndisparaît. Ferdinand s'appelle Alvarez; Rocco, Roc; et l'un des deux coryphées, dans\nle chœur des prisonniers, est baptisé Diégo.\nDe l'ouverture, rien à dire : c'est une réduction à peu près fidèle, quoique mau-\nvaise, de l'ouverture en mi.\nMais les transformations commencent avec le premier acte. Les trois morceaux du\ndébut, duetto, air de Marceline, quatuor, sont radicalement supprimés. A leur place,\nl'orchestre joue l'introduction de la symphonie en la (44 mesures) agrémentée d'un\ndialogue musical, dû à Castil-Blaze, comme tous les récitatifs qui dans « sa »\npartition cousent les divers morceaux, où Roc et Marceline échangent leurs pensers\nen attendant Fidelio. Mais le plus beau est cette savoureuse annotation, qu'on lit au\nbas de la page: a Au concert, on peut supprimer les parties de Roc et de Marceline. »\nReconnaissons que Beethoven aurait signé cette remarque. Au moment où\nl'andante de l'introduction s'enchaîne à l'allégro, Fidelio arrive et rend compte de\nson après-midi :\nJ'ai d'abord au marché terminé mon emplette,\nOn achète plus cher si l'on n'est diligent ;\nDu couvent aujourd'hui l'on célèbre la fête :\nPère Ascagne pour vous m'a donné de l'argent... etc.\nTout cela se chante sur la suite de l'allégro! Après 118 mesures, point d'orgue\nsuspensif, et Léonore chante avec exaltation sur le motif du trio, emprunté au\nscherzo de la même symphonie (mais transposé de ré en la :"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.40", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "phrase bientôt reprise en trio, avec Roc et Marceline. Cela continue pendant\n;8 mesures, après quoi l'allégro reprend à son tour, chanté lui aussi en trio.\nDans l'air de Rocco, négligeons les altérations du texte, et notons seulement que\nla fin de chaque couplet : es ist ein mdclitig Ding das Gold, est chantée en trio. C'est\nune habitude.\nLe trio suivant, le vrai, est conservé, mais de quelle manière! Mesures\ncoupées, notes déplacées, etc. Tout à coup une modulation imprévue, au lieu de nous\nramener en fa, nous conduit en mi b puis en la b,... un point doigue suspend notre\nattente, et voici ce que nous entendons :\nAprès 74 mesures remplies de la sorte, en trio, le trio original reprend depuis la\nréplique de Rocco : Nur auf der H ut, mais altéré et tronqué. C'est le premier acte.\nLa marche qui, comme aux représentations de l'Opéra-Comique, ouvre le second\nacte est précédée d'une courte introduction, et surchargée d'un chœur des soldats. Si\nl'air de Pizarro est conservé, son duo avec Rocco disparait. Une complainte le rem-\nplace, dont Marceline expose d'abord le thème, qui n'est autre que l'allegretto de la\nsymphonie en la, mais baissé d'un ton. Puis Léonore se met de la partie :\nPar d'affreux traitements, l'admirable récitatif que précède l'avis de Léonore\ndevient une chose inconsistante et molle, surtout vers la fin, où l'on passe en mi b au\nlieu de mi majeur, ce qui éteint l'éclat des cuivres et de la voix dans toute la scène.\nAprès la première partie du chœur des prisonniers, avant le dialogue entre Léonore\net Rocco, le rideau tombe. Et c'est le second acte.\nL'introduction de l'acte suivant est respectée, mais, dans l'air de Florestan, deux\nmesures sont rajoutées à la fin de bandante : l'une contient une aimable vocalise,\nl'autre une modulation destinée à placer l'allégro en mi b au lieu de fa.\nLe duo entre Rocco et Marceline, et le trio, sont à peu près intacts ; je dis à peu\nprès, par comparaison. Dans la dernière partie du quatuor, après le second appel des\ntrompettes, Florestan chante la partie de Léonore, et réciproquement. Et le texte\nmusical est modifié pour éviter la tenue répétée d'un la aigu, au soprano. Naturelle-\nment, le duo des deux époux se transpose de sol en fa. Et c'est le troisième acte.\nReste Xépilogue, où se trouvent les plus étonnantes beautés. Il s'ouvre par un\nentr'acte dont les 51 premières mesures appartiennent au finale de la symphonie en la;\nquelques accords s'y accrochent et, dans un jardin magnifique, paraît Florestan\naccompagné d'Alvarez-Fernando, qu'il congédie aussitôt en ces termes :"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.41", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "A vous je dois ma délivrance,\nEt ce cœur, cher ami, ne l'oubliera jamais.\nCompte\\ sur ma reconnaissance.\nSeul ici laissez-moi jouir de vos bienfaits, etc.\nSur ce, après une transition en 5/ b sur le motif de l'entracte « symphonique »,\nFlorestan chante dun bout à 1 autre Y Adélaïde de Beethoven, avec des paroles\nappropriées : il invoque Elèonore au lieu d'Adélaïde, voilà tout.\nLe finale de l'opéra subit d'énergiques retouches : d'ut majeur il est transposé\nen si b, l'introduction est réduite à quelques mesures, etc. Après le chœur : Heil\nsei dem Tag, une coupure de 99 mesures supprime l'intervention de Fernando, la\nconfusion de Pizarro, et nous amène droit à bandante O welch ein Augenblick, qui\npasse de fa en mi b, de même que le dernier allegro d'ut majeur en si b.\nJe n'ai pu découvrir si cette étrange partition a jamais été exécutée, ce serait\nle mot propre. Tout est possible, puisqu'elle a paru. Du reste, aujourd'hui même,\nCastil-Blaze a plus d'héritiers que Beethoven (1). Un éminent critique contemporain\nn'a-t-il pas écrit que « sans manquer de respect à Beethoven » il faut avouer que sa\nconception du drame lyrique ne répond pas à l'idéal de l'opéra selon la formule de\nMeyerbeer? Je crois qu'on peut en effet reconnaître cela sans manquer de respect à\nBeethoven, sinon peut-être à Meyerbeer...\n(1) Qu'on se rappelle le ballet de Don Juan à l'Opéra en 1896-1897, voire la dernière reprise de Fidelio\nà l Opéra-Comique...\n\nJean Chantavoine."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c032", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "465", "page_fin": "466", "image_debut": 41, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.11", "titre_corps": "M. E. Colonne et la musique française jugés par un docteur de Leipzig.", "titre_sommaire": "M. E. Colonne et la musique française jugés par un docteur de Leipzig.", "signature_source": "Dr G. GOHLER (die Zukunft", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.41", "debut_caractere": 1502, "fin_caractere_exclue": 3270, "texte": "M. E. Colonne et la musique française jugés\npar un docteur de Leipzig.\n\n« La connaissance des Français a été pour nous un véritable bénéfice artistique.\nQu'y avons-nous appris? Rien qui soit à imiter. Cela ne nous réussirait pas. La com-\nposition française moderne, telle que Colonne nous l'a présentée, est pour une benne\npart un art de divertissement musical, d'ordre supérieur ; sa caractéristique, c'est la\nrecherche de l'effet purement sonore ; ses charmes principaux sont : la richesse de\ncoloris et la chaleur du sentiment, l'originalité dans le rythme, l'élégance, l'esprit, le\ngoût. En tout cela nous n'arriverons jamais à une pareille perfection; nous serons\ntoujours ou trop savants ou trop sentimentaux, trop nobles ou trop communs, trop\nanguleux ou trop guindés. Nous devrions laisser cette spécialité aux hrançais, mais\nnous devrions les connaître... Ce que nos directeurs nous ont servi parfois de Tschaï-\nkowski, par une russomanie qui n'est qu'affaire de commerce, n'est non seulement\npas meilleur que ces confitures françaises, mais présente encore cet inconvénient que\nce n'est pas de l'authentique, mais du simili (2). Je ne comprends pas que des impres-\nsions, comme celles qu'a renouvelées Colonne, n'inspirent pas à nos donneurs de\nconcerts l'idée absolument artistique de faire connaître certains soirs à leur public les\nproductions de cet art distingué et fin du divertissement musical. Nos chefs d orchestre\nne connaissent qu'une chose : se faire remarquer et idolâtrer par la foule. Colonne\nn'est pas de ces gens-là. Nous avons en Allemagne quantité de chefs d orchestre qui\nsont plus oléagineux (3), plus parfumés, plus portés a la mise en scène, plus franci-\n\n(2) « A la gerbeitet ».\n(3) Oliger (?). Willy fait-il école même en Allemagne ?"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.42", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "sants que ce Parisien. Il est étonnamment honnête, droit, simp.e, énergique... alle-\nmand; dans ses mouvements, plus dur que la mode moderne ne le voudrait, précis et\nclair, presque militairement raide et rigide ; c'est un général, au moins un major éner-\ngique, qui n'admet pas ces allures de lieutenant que l'on voit s'étaler dans les parades\nmusicales de nos concerts. Colonne 11e dirige que pour son orchestre. C'est la vieille\nécole. Malgré moi je pensais à Wullner de Cologne. Colonne est justement une per-\nsonnalité, et c'est là ce qu'il y avait de beau.\n« ... Les Français ne sont pas seulement des compositeurs de haut style pour\nsalon ; ils s'essayent aussi dans le genre noble. Colonne nous a joué de Saint-Saëns\nune symphonie en la mineur, œuvre amusante, magistrale, mélodieuse et pleine d'effet.\nMais pour dégager la dignité que doit avoir une symphonie, le Français ne pénètre\npas au fond du monde d'idées beethovenien, il se borne à « travailler dans le style\nsévère ». Ça sonne comme une œuvre austère, robuste, mais ce n'est que de bonne\nmusique. Je ne blâme pas cela; il est bon que le compositeur ne sorte pas de sa propre\npeau. Un musicien français n'a pas besoin de se réfugier dans les idées et d'édifier des\nsymphonies de pensées. Qu'il nous laisse cela, à nous autres Allemands. Mais quand\nnous voulons entendre des symphonies qui sonnent bien, qui sont de la musique pure\n(et non des pensées philosophiques), c'est à ces œuvres-là que nous devrions songer;\nau lieu de jouer toujours les innombrables symphonies des Epigones de Beethoven,\nqui ne sont plus de « l'art sacré », et que nous aimons seulement pour les avoir\njouées jadis à quatre mains avec une grand'mère ou une tante musicienne; au lieu de\nmettre à réchauffer, chaque hiver, ces bonnes vieilles soupes (1), nous pourrions enrichir\nnotre goût avec les assaisonnements de la cuisine française. Encore une fois, ces\nFrançais sont, tout comme les Italiens, beaucoup plus dignes d'être importés chez\nnous que les Russes ; car la culture musicale encore très arriérée de ces derniers se\nrévèle, jusque chez les plus grands, par l'inégalité de l'invention, par un sentiment\nincomplet du style et de l'art, qui n'est qu'à peine compensé par un vernis de civilisa-\ntion emprunté à l'Europe occidentale.\nLe plus gros de l'effet, c'est Colonne qui l'a produit, par sa personnalité.\n\nDr G. GOHLER (die Zukunft)."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.42", "debut_caractere": 3184, "fin_caractere_exclue": 3260, "texte": "(1) Statt dass wir also diese guten Suppen jeden Winter wieder aufkoclien..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c033", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "466", "page_fin": "468", "image_debut": 42, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.12", "titre_corps": "Promenades et visites musicales. IV. – M. Paul Lacombe, membre correspondant de l'Institut.", "titre_sommaire": "Promenades et visites musicales. IV. – M. Paul Lacombe, membre correspondant de l'Institut.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.42", "debut_caractere": 2424, "fin_caractere_exclue": 3182, "texte": "Promenades et visites musicales.\nIV. - M. Paul Lacombe, membre correspondant de l'Institut.\n\nOù avez-vous si bien appris la musique? A Carcassonne.\nOù demeurez-vous maintenant? A Carcassonne.\nMais où comptez-vous demeurer à l'avenir? A Carcassonne!\nTel est le dialogue qui s'engageait, il y a quelque vingt ans, entre M. Paul\nLacombe, dont Colonne venait de faire exécuter la première symphonie, et un « cher\nmaître » de Paris, un peu étonné que si loin de la place de l'Opéra, il y eût un artiste\nde haute valeur, affranchi de l'attraction coutumière qui peuple Paris de déracinés.\nNé en 1838 (ïoc. cit.), ancien élève de M. Reisseire et de Bizet, esprit à la fois délicat\net de très solide instruction, qui vient de faire paraître son 105e ouvrage, M. Paul"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3893, "texte": "Lacombe ne doit pas regretter la sagesse qui le tint attaché au sol natal. D'abord, il\na eu constamment devant les yeux le spectacle de cette vieille cité dont on peut\ndite qu il est unique au monde; et loin de la lutte pour le succès, sans fièvre d'ambi-\ntion pressée, il a pu, au milieu des siens et de quelques amis d'élite, cultiver son art\ntout a loisir, en outre, la renommee est allee le chercher elle-même dans sa retraite,\net lui apprendre que son œuvre était bonne. Qui ne connaît, qui n'a entendu ou joué\nr Aubade pr intanière, popularisée par une charmante réduction à quatre mains? En\nAllemagne comme en France, elle est aussi répandue que la Mandolinata de M. Pala-\ndilhe. Mais M. Paul Lacombe a connu des joies d'ordre plus élevé. Il a écrit des\nœuvres de haute envergure, trois symphonies, des suites d'orchestre, des ouvertures,\ndes concertos, exécutés dans les grands concerts de Paris; et récemment l'lnstitut\nde France le nommait membre correspondant (honneur rarement accordé à des\nFrançais de province) pour la section musicale.\nM. Paul Lacombe a toujours eu une grande prédilection pour la musique de\nchambre, et il a encore écrit récemment sa 3e sonate de piano et violon, son 2e trio\net une sonate de piano et violoncelle publiés chez l'éditeur Hamelle. Son instinct\nmusical le portait vers ce genre qui est le premier de tous; je crois cependant que\nles circonstances mêmes de sa vie ne furent pas étrangères à la direction de sa\npensée artistique. Les jeunes compositeurs qui vivent à Paris sont mis à la gêne par\nune effroyable concurrence; pour en triompher, pour imposer rapidement leur nom\nau public, pour vivre, aussi, il arrive que beaucoup d'entre eux ne songent qu'à\nfaire du théâtre. A l'abri de ces préoccupations diverses, M. Paul Lacombe n'a pas\nemployé les moyens les plus rapides d'arriver au succès. Il n'a pris la plume que\nquand il avait quelque chose à dire; il a suivi sa fantaisie et noté les émotions déli-\ncates de sa vie, sans jamais chercher à forcer l'attention par des prouesses factices\nou par d'habiles complaisances pour le goût du jour. Placé, non pas au-dessus (il\nserait injuste de parler ainsi), mais en dehors de la bataille musicale, il a trouvé\nd'autres avantages dans cette heureuse situation : d'abord, il n'a pas été touché par\ncet esprit de modernisme à outrance qui trop souvent bouleverse la grammaire\nmusicale et brise en menus morceaux le marbre pur du style symphonique ; il est\nresté fidèle, avec une indépendance qui ne va jamais jusqu'au goût de l'étrangeté, à\nla tradition classique. M. Paul Lacombe est sans doute très bien informé sur\nle mouvement contemporain ; nul ne parle mieux que lui de C. Franck ou de\nG. Fauré; dès la première heure, il a été un des pèlerins passionnés de Bayreuth, et\nil m'écrivait, il y a quelques jours : « Je relis Parsifal; quelle admirable écriture! »\nMais il n'a jamais eu le goût de la singularité, de l'intransigeance, ou du scandale;\nnature parfaitement équilibrée, trop intelligent pour ne pas comprendre et aimer\ntout ce qui se fait aujourd'hui d'original et de brillant, mais trop « honnête homme »\npour marcher à la suite, il est resté lui-même. Sauf la première de ses trois sonates\npour piano et violon, qui est une œuvre de début, visiblement inspirée de Men-\ndelssohn, tout ce qui est sorti de sa main a un caractère personnel; sans affectation\nd'aucune sorte.\nJe ne puis énumérer ici toutes les compositions de M. Paul Lacombe, et dois me\nborner, suivant mes préférences, à quelques indications; je puis dire, toutefois,\nque par leur élégance, leur distinction soutenue, leur caractère toujours très\nmusical, elles forment un ensemble charmant. Si les pianistes ne les jouent\npas plus souvent dans les concerts, il me semble que c'est uniquement parce\nqu'étant de difficulté moyenne, elles n'offrent pas une matière assez riche à la haute"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "468", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.44", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3423, "texte": "virtuosité. Les amateurs sérieux doivent se placer à un point de vue opposé. Ceux qui\nne les ont pas encore eues sous les doigts, me sauront gré d'appeler leur attention sur\nles Pièces pour piano à 4 mains (Hartmann, éditeur), non indignes d'être placées à\ncôté des pages d'un Schumann; sur les Esquisses et souvenirs, fantaisies en forme de\nvalse (chez Hamelle), poème en sept morceaux, de sentiment très varié, sous lesquels\non devine l'émotion discrète mais toute fraîche encore d'une histoire intime; la\nMarche èlègiaque (chez Heugel) composée sur deux thèmes principaux, l'un drama-\ntique et douloureux, l'autre de tendresse et d'espérance, qui se combinent, après avoir\nété exposés successivement, avec une grandeur réelle; sur la Suite pour piano et\norchestre [Prélude et Allegro giocoso, Aria, interme\\\\o, variations et cadence finale,\nS\nchez Leduc), où un vif et spirituel allegro, après avoir débuté par le , aboutit à un\n4\nmotif d'une exquise légèreté, sur une mesure à 5 temps. Je citerai encore la Sérénade\n(chez Hamelle), réduite à 4 mains (écrite d'abord pour flûte et hautbois avec accom-\npagnement de cor et d'instruments à cordes), d'un dessin très pur et d'une simplicité\npleine de grâce; Y Album [Nuit ètoilèe, A travers champs, Romance, Valse, Chant du\npâtre, En poste)', la. Deuxième suite pour piano (chez Baudoux), etc., etc. Parmi ces\nœuvres abondent des idées mélodiques très heureuses, qui intéressent toujours l'esprit\nmusical sans le fatiguer et s'imposent à l'oreille après l'avoir doucement charmée. Il\nfaut faire une place à part à un assez grand nombre de compositions où M. Paul\nLacombe, avec une persistance curieuse, a fait preuve d'originalité dans l'invention\ndes rythmes ; sur la mesure à cinq temps, qui paraît lui être familière et où il excelle,\nil a écrit : Danses basques (à jouer après une lecture du Ramuntcho de Pierre Loti!);\nune gavotte qui, avec l'opuscule précédent, est une des perles de l'écrin ; une Etude,\nd'allure plus austère; un Air de danse très amusant oùj'on croit voiries danseurs faisant\nun demi-tour et changeant de pied après une suite régulière de pas en avant (mesure à\n2\n- , succédant de 2 en 2 à la mesure à - ; enfin une étude sur une mesure à\n4 4/\n7 temps (tout cela, chez Enoch) qui n'avait pas encore été employée. Ces rythmes ne\nsont pas, comme il arrive trop souvent, le résultat d'une gageure, et ne sont pas la\njuxtaposition de mesures différentes; c'est l'idée mélodique elle-même qui semble les\navoir créés : on n'y trouve aucune trace d'effort.\nArtiste du bon pays de France et fidèle à ses origines, M. Lacombe a un esprit\ntrès net qui se joue à mi-côte du Parnasse musical et semble répugner aux vastes\nentreprises. Son œuvre, c'est le verger d'Horace avec un joli chant de hautbois dans\nle bouquet d'arbres qui, près de la source fraîche, ombrage la « bastide » méridionale.\nMais ne croyez pas qu'il ait cette clarté banale, qui est incompatible avec la\nprofondeur du sentiment ou l'originalité de l'écriture. Je viens de recevoir Prélude et\nétude de concert pour piano paru hier chez Énoch; il y a là des combinaisons harmo-\nniques, un chromatisme et des hardiesses de modulation qui sont moins d'un conser-\nvateur que d'un progressiste!...\nPuisse-t-il voir dans ces quelques lignes un hommage rendu à son talent par notre\nRevue, toujours heureuse de voir les honneurs aller à ceux qui les méritent.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c034", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "469", "page_fin": "473", "image_debut": 45, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.13", "titre_corps": "MUSIQUE CONTEMPORAINE", "titre_sommaire": "MUSIQUE CONTEMPORAINE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "469", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.45", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nAcadémie nationale de musique. Hahaheï ! Hahaheï! Hoïho !\nSiegfried va paraître enfin. Un simple rhume de cerveau l'a mis en retard. Il a craint\nd'être exposé à un ridicule éternuement lorsqu'il conduirait son ours vers la forge de\nMime. Attendons, pour parler de lui, que cette crainte soit dissipée.\nL'Opéra n'est pas un théâtre d'avant-garde ; c'est une sorte de musée... Aussi\nn'est-il pas mauvais qu'il accueille certains chefs-d'œuvre étrangers quand les con-\ncerts du dimanche et l'opinion des musiciens les ont déjà consacrés. Le seul regret\nque, dès maintenant, j'aie à exprimer, c'est qu'au dernier acte de Siegfried on ait fait\ndeux coupures. J ai voulu m'assurer qu'elles n'étaient pas autorisées par l'usage et\napprouvées de Mmc Cosima Wagner ; j'ai donc écrit àla veuve du grand composi-\nteur ; elle m a fait 1 honneur de me répondre par le télégramme suivant, où il n'y a,\nj'aime à le croire, aucune amertume :\n« Bayrenth, 20 dèc., ph. m. Revue d'histoire et de critique musicales, Paris.\nIl y probablement des coupures dans « Siegfried », mais je ne les connais pas.\nC. WAGNER. »\nJe voudrais savoir le nom de celui qui, en matière de musique et d'opéra, crut\npouvoir substituer sa propre pensée à celle d'un Richard Wagner. Contentons-\nnous des morceaux choisis qu'on nous offrira et dont l'exécution dure 3 h. 20. m.\n\nThéâtre national de l Opéra-Comique. Le mercredi 4 décembre a été\njoué Y Ouragan, de M. Alfred Bruneau. Cette reprise a donné lieu à quelques mani-\nfestations bruyantes: Voilà de la vraie musique !—Oue M. X... vienne donc entendre\nçàl —A bas... Untell Vive Bruneau! Ces exclamations ne changent rien, malheu-\nreusement, à la brutalité d'un fait significatif : Y Ouragan a fait 2.500 francs de recette\nenviron, alors que, la veille, Grisèlidis avait réalisé plus de 9.000 francs. Cela ne\nveut pas dire, bien entendu, que l'œuvre de M. Bruneau ne vaille rien; les chiffres ne\nsont pas musiciens : j'accorde que, parfois, le public ne l'est pas davantage. Il y a là\ncependant une indication qui n'est pas à négliger. A signaler, au même théâtre, la\nbrillante réapparition de M. Clément dans la Dame Blanche (le charmant ténor semble\navoir été mis au monde exprès pour le chef-d'œuvre de Boïeldieu), et, dans la matinée\ndu 14 décembre, l'exécution de l'exquis Menuet du Capitaine Fracasse (musique d'Emile\nPessard), par 60 enfants, élèves des classes de violon et alto du Conservatoire. On a\nbissé ce menuet avec raison. A bientôt l'œuvre de M. A. Coquard.\n\nConcours musicaux de la Ville de Paris. Comme la Ville de Paris\na raison de rehausser par tous les moyens possibles l'éclat du concert qui suit chacun\nde ses concours! Quand elle orne de verdure, de fleurs et de gardes en grande tenue\nl'escalier du théâtre municipal; quand, avant le premier coup d'archet donné à la\nsymphonie, elle fait exécuter la Marseillaise (qui fut écoutée debout par toute la salle),\nelle entend fêter l'art purement français et lui rendre hommage en l'encourageant.\nLe 30 novembre, nous étions conviés au Châtelet pour entendre la dernière œuvre"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "470", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.46", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "couronnée : Ja Vision de Dante, de M. R. Brunei (poème de MM. Ed. et Eug. Adenis).\nL'histoire de ces concours, fondés par M. Hérold, est intéressante à feuilleter. Les\nprix furent déjà remportés en 1878, par M. Théodore Dubois (avec Je Paradis perdu)\net Benjamin Godard (avec Je Tasse)] en 1880, par M. A. Duvernoy [la Tempête)]\nen 1882, par MM. Hillemacher (LoreJey); en 1885, par M. V. d'lndy (Chant de Ja\nCJocJie) et G. Hue (Ruhe\\aJiJ); en 1890, par M. S. Rousseau (.Merowig); en 1892, par\nM. H. Marty (Duc de Ferrare)] en 1894, par M. Lucien Lambert [le SpaJii)] en 1897\nenfin, par M. G. Brunei. 11 va sans dire que la Vision de Dante est très remarquable.\nJe crains qu'elle ne soit rien de plus. La couleur descriptive y a été prodiguée avec\nune incroyable adresse et même un peu d'abus. J'aurais préféré une symphonie plus\nnettement construite. Cependant, cette façon de manier l'orchestre tient du prodige,\nquand on songe que « Brunei » est un pseudonyme cachant la personnalité d'un\nmédecin consultant, dont les loisirs seuls sont consacrés à l'art musical. Deux vœux\nà formuler : i° Je voudrais qu'avant chaque concert, le président du Conseil municipal\nproclamât, devant le public, le nom du lauréat (avec rappel des anciens lauréats) ;\n20 Puissent nos librettistes trouver dans les choses purement françaises des sujets qui\nn'égarent pas l'imagination des compositeurs et leur permettent d'apporter une contri-\nbution plus décisive à l'art nationaJ.\n\n— Adonis, de M. TII. DUBOIS. — Cette œuvre a soulevé\ndes applaudissements qu'elle méritait et des protestations auxquelles on pouvait\ns'attendre avant que la première note eût été jouée. Il existe, en musique, un certain\nnombre de naïfs révolutionnaires qui croient devoir siffler toutes les pages, même\nintéressantes et neuves, dont l'auteur a une dignité officielle ; — quittes, d'ailleurs,\nà acclamer toutes les fadaises, lorsqu'elles sont l'œuvre d'un jeune inconnu. La musique,\nà vrai dire, n'est pour rien dans ce préjugé, et je ne parlerais pas de ces snobs de\nl'indépendance, si leurs bruyantes manifestations ne risquaient de troubler le jugement\net d inquiéter la conscience du bon public : « C'est donc bien mauvais, se dit\nl'auditeur ingénu, puisque ces jeunes artistes, là haut, montrent le poing à M. Colonne!\nEt moi qui allais applaudir ! » Et ainsi se font, en ce monde, les réputations.\n... Et Kypris, les cheveux épars, les yeux en pleurs,\nL'enveloppant encor d'une suprême étreinte,\nTrouble la paix des cieux de sa divine plainte.\nSur la montagne et dans les profondes vallées, •\nOn entendit gémir les Nymphes désolées,\nEt l'écho prolongea leurs pieuses douleurs...\nMais si du sombre Érèbe on ne peut revenir,\nJe puis faire du moins, triste et doux souvenir,\nCroître et s'épanouir, au sol où tu reposes,\nSous mes pleurs l'anémone, et dans ton sang les roses.*.\nCes trois fragments servent d'épigraphe aux trois parties du Poème symphonique\nde M . Th; Dubois et leur conviennent exactement : la musique est l'harmonieux com-\nmentaire de ces vers harmonieux. Les deux parties extrêmes (Ja Mort d'Adonis :\nDouleur d'Aphrodite ; Je Réveil d'Adonis : Renouveau de Ja Vie), sont les plus déve-\nloppées, et se relient étroitement l'une à l'autre ; car les thèmes de la Douleur repa-\nraissent dans le Finale, légèrement modifiés, et expriment la Joie. Aussi bien n'est-\nce pas du sang même d'Adonis et des pleurs de Kypris que renaissent chaque année\n« les fleurs, la lumière et la vie ?» A vrai dire, cette intention (que fait valoir le pro-\n\nConcerts Colonne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "471", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "gramme) toucherait peu l'auditeur si les motifs et leurs retours manquaient de grâce\net d intérêt. Ce n'est pas le cas ; mais cet intérêt et cette grâce sont d'une espèce\nassez particulière. C est en vain qu'on cherchera ici le frisson de la chair émue par\n1 amour ou transie par la mort ; en vain aussi le pittoresque désordre d'un printemps\nluxuriant, le ramage des oiseaux, l'appel des bergers, l'éclat bigarré des fleurs.\nM. Th. Dubois ne fait songer ni à Massenet, ni à Berlioz, ni à M. Charpentier. Et\ncependant il ne manque ni d'émotion ni de mouvement. Témoin le thème de la dou-\nleur d'Aphrodite, le plus important de l'œuvre :\nOu, cette flûte qui s'élance, dans la troisième partie, sur des pizzicati des cordes :\nOn remarquera les inflexions chromatiques et les brisures de rythme du premier\nmotif, la légèreté du second. Il y a là du sentiment et de l'animation ; mais c'est un\nsentiment épuré, idéalisé, dont le désordre même ne va pas sans douceur; c'est un\npétillement de vie où il entre plus de lumière que de chaleur, et dont l'élan gracieux\nsemble ignorer l'effort. Le monde où nous transporte cette musique est un monde\naffranchi du poids de l'existence et de l'amertume des douleurs humaines : il est\npeuplé de purs esprits. Et la perfection de la forme, où tous les heurts sont évités, où\ntout est soudé, fondu, poli avec le plus grand soin, ajoute encore à cette impression\nde sereine blancheur. Les efforts combinés d'un poète et d'un musicien moderne ont\nélevé au couple oriental un temple d'une savante architecture et d'une belle ordon-\nnance, conforme à nos idées sur l'eurythmie antique. Que ces idées soient inexactes,\nc'est ce qui importe assez peu. L'artiste a droit à l'erreur, pourvu qu'il soit sincère :\nil peut habiller les apôtres à la mode du xvc siècle, si sa foi est profonde ; il peut\nprêter à la Grèce un spiritualisme qu'elle n'a guère connu, à condition d'en être lui-\nmême pénétré.\nC'est cette conviction qui fait le prix de l'œuvre de M. Dubois : sa musique laisse\nentrevoir une pensée élevée et pure, éprise d'un idéal peut-être un peu étroit, mais\ndes plus nobles; et une émotion discrète, faite de tendresse et de respect, fait palpiter\ndoucement, en cadence, la mélodie aux belles lignes. Je citerai encore ce chant de\nclarinette ;"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "472", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "et surtout l'épisode de la Déplorât ion des Nymphes (2° partie du poème) où la chas-\nteté, la réserve exquise étaient particulièrement bien à leur place :\nur ce rythme gracieux, sur cette harmonie émue, on croit voir s'avancer la\nblanche théorie. Le quatuor avec sourdines répond, joliment et simplement, à ce\npremier motif, dont la première mesure, renforcée par le hautbois, reparaît de loin\nen loin, comme une exclamation de douloureux étonnement et sépare les différentes\nstrophes du chant funèbre. Puis le cortège se reforme et s'éloigne, de la même\ndémarche un peu lassée: aux flûtes virginales, au cor anglais mélancolique, s'ajoutent\nla harpe qui répète un sol harmonique, et les violons, qui tiennent la même note, en\ndescendant d'octave en octave; et tout s'apaise. Ce petit morceau est d'une distinction\nparfaite et d'un coloris charmant, qui, par delà Leconte de Lisle, toujours un peu dur\net raide, fait songer aux Nymphes du doux Virgile pleurant la mort de Daphnis.\n\nLOUIS LALOY.\n\nM. O. Letorey. A l'audition des ouvrages envoyées par les pensionnaires\nde la villa Médicis, nous avons applaudi, avec tout le public, un Requiem de M. Leto-\nrey, dont le Sanctus} particulièrement, a obtenu un légitime succès. M. Letorey, qui\na aujourd'hui vingt-huit ans, obtint au Conservatoire, en 1894, un premier prix de\n\nM. Colonne nous a rendu la Symphonie de Franck, qui semble avoir passé\nL. L.\ndu\nrépertoire de la Société des Concerts à celui du Châtelet. C'est grand dommage pour\nle Conservatoire, mais non pour la Symphonie, interprétée dimanche avec une intel-\nligence et une intensité d'émotion au-dessus de tout éloge. Dans cette musique pleine\net sincère, tout part du cœur, chaque idée, chaque dessin, chaque note a un sens; la\nvie, l'expression est partout, non pas une expression vulgaire et factice amenée à grand\nrenfort de signes sur un motif indifférent : la partition serait-elle dépourvue, comme\ncelles de Bach, de toute indication de mouvement et d'accent qu'un musicien devi-\nnerait, à la lecture, les accélérations, les alanguissements, les vigoureux essors, les\nextases rêveuses de cette mélodie tour à tour inquiète et confiante, passionnée et\nsereine, qui porte.en soi et impose par elle-même toutes les nuances de l'exécution.\nM. Colonne a su la comprendre et lui obéir, et l'enthousiasme du public a répondu à\nla conviction de l'orchestre. Je ne relèverai qu'un très petit détail : les arpèges qui\nforment l'introduction du deuxième mouvement ne pourraient-ils être plus doux et\nplus expressifs? Ils sont comme une ébauche encore indécise du chant de cor\nanglais, dont ils doivent faire pressentir la mélancolie.\nLe Prologue des Barbares et les ouvertures de Y Ouragan sont les œuvres les\nplus opposées que l'on puisse imaginer; c'est la première qui supporte le mieux le\nconcert : car comme on l'a dit ici même, un véritable poème symphonique."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "473", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.49", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3522, "texte": "contrepoint et fugue, avec le deuxième grand prix de composition, et en 1895 le premier\ngrand prix de Rome. A ses débuts, si mes souvenirs sont exacts, il imitait, avec une\nexagération parfois ironique, le style de Pécole rossinienne. Il lui en reste quelque\nchose, bien que sa manière se soit modifiée. Son très grand talent n'a pas encore\ndonné sa vraie mesure; nous offrons au jeune maître tous nos compliments et espé-\nrons avoir bientôt à reparler de lui.\n\nConcerts Lamoureux.\nJ. C.\n— Le 15 décembre, M. Chevillard nous a donné la\npremière audition d'un très beau « Prélude religieux » de M. Paul Lacombe. Ce poème\nest construit avec beaucoup d'unité : la première idée, très chantante et de longue\nhaleine, est exposée par les violons (avec l'orchestre complet) ; la deuxième idée,\nprésentée sous la forme très nette d'une entrée de fugue, se combine bientôt avec'la\npremière, qui est reprise avec une diminution de valeur; elle aboutit à un choral de\nl'harmonie, au-dessus duquel planent les tenues des premiers violons, lesquels ramènent\nde façon inattendue le ton principal. A cette première partie, succède une sorte de\nmarche religieuse peu prolongée; c'est une transformation de la première idée, sur\nlaquelle viennent se greffer des rappels de la deuxième qui, à la suite d'un crescendo\nhabilement ménagé, est reprise avec puissance par les trombones. La première idée\nreparaît encore (pédale de dominante), et le prélude se termine par une fusion des\ndeux motifs qui vont en s'éteignant. Ecouté avec une parfaite attention, ce court poème\na une haute valeur par la qualité des idées mélodiques et la composition. Il est chantant\net plein; je ne l'ai pas entendu sans émotion. Peut-être y faudrait-il un peu plus de\ngradation dans l'emploi des ressources de l'orchestre qui, dès le début, semblent toutes\nmises en jeu et forment une masse compacte. En somme, œuvre de très noble allure,\nfaite pour surprendre un public qu'a un peu gâté l'abus de la symphonie à programme\net le morceau de virtuosité.\nAu même concert, très belle exécution de la symphonie en la de Beethoven, toute\nen mouvements vifs et débordante d'allégresse, et du beau concerto pour piano, violon\net violoncelle (Beethoven), dont la charmante polonaise, développée avec tant de verve,\na fait applaudir trois artistes hors de pair : Mlle Thérèse Chaigneau, M. Hugo Heer-\nmann (qui a joué aussi, délicieusement, deux pièces de genre de Sehumann), et M. Hugo\nBecker, qui a exécuté en maître un concerto de Saint-Saëns, œuvre d'improvisation un\npeu complaisante pour elle-même.\nOn nous écrit de Bruxelles : « L'exécution du Crépuscule des Dieux, de\nR. Wagner, a eu un succès un peu exagéré par certains journaux. La vérité, c'est que\nle duo du premier acte, le trio des nageuses et la marche funèbre ont seuls fait\nimpression sur le public. La mise en scène est d'ailleurs fort belle, et le succès per-\nsonnel des artistes (surtout de Mme Litvinne) a été considérable. »\nLaSociété populaire de Musique a donné son premier concert le jeudi 19 décembre,\nà l'Hôtel des Sociétés savantes, rue Danton. (Prix des places : 1 fr. et 50 cent. ; location\ntous les soirs, de 4 h. 1/2 à 6 h. i/ 2, rue La Bruyère, 8, et le jour des concerts, à\nl'Hôtel des Sociétés savantes, à partir de 5 heures.) L'heure où paraît ce numéro nous\nprive du plaisir de parler aujourd'hui de ce brillant début, mais nous suivrons avec le\nplus grand intérêt les concerts de la Société populaire de musique, appelée à rendre\nde sérieux services."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c035", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "469", "page_fin": "469", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.13.1", "titre_corps": "Académie nationale de musique. Hahaheï ! Hahaheï! Hoïho !", "titre_sommaire": "Académie nationale de musique. Hahaheï ! Hahaheï! 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V. d'lndy (Chant de Ja\nCJocJie) et G. Hue (Ruhe\\aJiJ); en 1890, par M. S. Rousseau (.Merowig); en 1892, par\nM. H. Marty (Duc de Ferrare)] en 1894, par M. Lucien Lambert [le SpaJii)] en 1897\nenfin, par M. G. Brunei. 11 va sans dire que la Vision de Dante est très remarquable.\nJe crains qu'elle ne soit rien de plus. La couleur descriptive y a été prodiguée avec\nune incroyable adresse et même un peu d'abus. J'aurais préféré une symphonie plus\nnettement construite. Cependant, cette façon de manier l'orchestre tient du prodige,\nquand on songe que « Brunei » est un pseudonyme cachant la personnalité d'un\nmédecin consultant, dont les loisirs seuls sont consacrés à l'art musical. Deux vœux\nà formuler : i° Je voudrais qu'avant chaque concert, le président du Conseil municipal\nproclamât, devant le public, le nom du lauréat (avec rappel des anciens lauréats) ;\n20 Puissent nos librettistes trouver dans les choses purement françaises des sujets qui\nn'égarent pas l'imagination des compositeurs et leur permettent d'apporter une contri-\nbution plus décisive à l'art nationaJ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c038", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "470", "page_fin": "472", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.13.4", "titre_corps": "Concerts Colonne.", "titre_sommaire": "Concerts Colonne.", "signature_source": "LOUIS LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "470", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.46", "debut_caractere": 1489, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "— Adonis, de M. TII. DUBOIS. — Cette œuvre a soulevé\ndes applaudissements qu'elle méritait et des protestations auxquelles on pouvait\ns'attendre avant que la première note eût été jouée. Il existe, en musique, un certain\nnombre de naïfs révolutionnaires qui croient devoir siffler toutes les pages, même\nintéressantes et neuves, dont l'auteur a une dignité officielle ; — quittes, d'ailleurs,\nà acclamer toutes les fadaises, lorsqu'elles sont l'œuvre d'un jeune inconnu. La musique,\nà vrai dire, n'est pour rien dans ce préjugé, et je ne parlerais pas de ces snobs de\nl'indépendance, si leurs bruyantes manifestations ne risquaient de troubler le jugement\net d inquiéter la conscience du bon public : « C'est donc bien mauvais, se dit\nl'auditeur ingénu, puisque ces jeunes artistes, là haut, montrent le poing à M. Colonne!\nEt moi qui allais applaudir ! » Et ainsi se font, en ce monde, les réputations.\n... Et Kypris, les cheveux épars, les yeux en pleurs,\nL'enveloppant encor d'une suprême étreinte,\nTrouble la paix des cieux de sa divine plainte.\nSur la montagne et dans les profondes vallées, •\nOn entendit gémir les Nymphes désolées,\nEt l'écho prolongea leurs pieuses douleurs...\nMais si du sombre Érèbe on ne peut revenir,\nJe puis faire du moins, triste et doux souvenir,\nCroître et s'épanouir, au sol où tu reposes,\nSous mes pleurs l'anémone, et dans ton sang les roses.*.\nCes trois fragments servent d'épigraphe aux trois parties du Poème symphonique\nde M . Th; Dubois et leur conviennent exactement : la musique est l'harmonieux com-\nmentaire de ces vers harmonieux. Les deux parties extrêmes (Ja Mort d'Adonis :\nDouleur d'Aphrodite ; Je Réveil d'Adonis : Renouveau de Ja Vie), sont les plus déve-\nloppées, et se relient étroitement l'une à l'autre ; car les thèmes de la Douleur repa-\nraissent dans le Finale, légèrement modifiés, et expriment la Joie. Aussi bien n'est-\nce pas du sang même d'Adonis et des pleurs de Kypris que renaissent chaque année\n« les fleurs, la lumière et la vie ?» A vrai dire, cette intention (que fait valoir le pro-\n\nConcerts Colonne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "471", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2303, "texte": "gramme) toucherait peu l'auditeur si les motifs et leurs retours manquaient de grâce\net d intérêt. Ce n'est pas le cas ; mais cet intérêt et cette grâce sont d'une espèce\nassez particulière. C est en vain qu'on cherchera ici le frisson de la chair émue par\n1 amour ou transie par la mort ; en vain aussi le pittoresque désordre d'un printemps\nluxuriant, le ramage des oiseaux, l'appel des bergers, l'éclat bigarré des fleurs.\nM. Th. Dubois ne fait songer ni à Massenet, ni à Berlioz, ni à M. Charpentier. Et\ncependant il ne manque ni d'émotion ni de mouvement. Témoin le thème de la dou-\nleur d'Aphrodite, le plus important de l'œuvre :\nOu, cette flûte qui s'élance, dans la troisième partie, sur des pizzicati des cordes :\nOn remarquera les inflexions chromatiques et les brisures de rythme du premier\nmotif, la légèreté du second. Il y a là du sentiment et de l'animation ; mais c'est un\nsentiment épuré, idéalisé, dont le désordre même ne va pas sans douceur; c'est un\npétillement de vie où il entre plus de lumière que de chaleur, et dont l'élan gracieux\nsemble ignorer l'effort. Le monde où nous transporte cette musique est un monde\naffranchi du poids de l'existence et de l'amertume des douleurs humaines : il est\npeuplé de purs esprits. Et la perfection de la forme, où tous les heurts sont évités, où\ntout est soudé, fondu, poli avec le plus grand soin, ajoute encore à cette impression\nde sereine blancheur. Les efforts combinés d'un poète et d'un musicien moderne ont\nélevé au couple oriental un temple d'une savante architecture et d'une belle ordon-\nnance, conforme à nos idées sur l'eurythmie antique. Que ces idées soient inexactes,\nc'est ce qui importe assez peu. L'artiste a droit à l'erreur, pourvu qu'il soit sincère :\nil peut habiller les apôtres à la mode du xvc siècle, si sa foi est profonde ; il peut\nprêter à la Grèce un spiritualisme qu'elle n'a guère connu, à condition d'en être lui-\nmême pénétré.\nC'est cette conviction qui fait le prix de l'œuvre de M. Dubois : sa musique laisse\nentrevoir une pensée élevée et pure, éprise d'un idéal peut-être un peu étroit, mais\ndes plus nobles; et une émotion discrète, faite de tendresse et de respect, fait palpiter\ndoucement, en cadence, la mélodie aux belles lignes. Je citerai encore ce chant de\nclarinette ;"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "472", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.48", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "et surtout l'épisode de la Déplorât ion des Nymphes (2° partie du poème) où la chas-\nteté, la réserve exquise étaient particulièrement bien à leur place :\nur ce rythme gracieux, sur cette harmonie émue, on croit voir s'avancer la\nblanche théorie. Le quatuor avec sourdines répond, joliment et simplement, à ce\npremier motif, dont la première mesure, renforcée par le hautbois, reparaît de loin\nen loin, comme une exclamation de douloureux étonnement et sépare les différentes\nstrophes du chant funèbre. Puis le cortège se reforme et s'éloigne, de la même\ndémarche un peu lassée: aux flûtes virginales, au cor anglais mélancolique, s'ajoutent\nla harpe qui répète un sol harmonique, et les violons, qui tiennent la même note, en\ndescendant d'octave en octave; et tout s'apaise. Ce petit morceau est d'une distinction\nparfaite et d'un coloris charmant, qui, par delà Leconte de Lisle, toujours un peu dur\net raide, fait songer aux Nymphes du doux Virgile pleurant la mort de Daphnis.\n\nLOUIS LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c043", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "472", "page_fin": "472", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.13.5", "titre_corps": "M. Colonne nous a rendu la Symphonie de Franck, qui semble avoir passé", "titre_sommaire": "M. Colonne nous a rendu la Symphonie de Franck, qui semble avoir passé", "signature_source": "L. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "472", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.48", "debut_caractere": 1346, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "M. Colonne nous a rendu la Symphonie de Franck, qui semble avoir passé\nL. L.\ndu\nrépertoire de la Société des Concerts à celui du Châtelet. C'est grand dommage pour\nle Conservatoire, mais non pour la Symphonie, interprétée dimanche avec une intel-\nligence et une intensité d'émotion au-dessus de tout éloge. Dans cette musique pleine\net sincère, tout part du cœur, chaque idée, chaque dessin, chaque note a un sens; la\nvie, l'expression est partout, non pas une expression vulgaire et factice amenée à grand\nrenfort de signes sur un motif indifférent : la partition serait-elle dépourvue, comme\ncelles de Bach, de toute indication de mouvement et d'accent qu'un musicien devi-\nnerait, à la lecture, les accélérations, les alanguissements, les vigoureux essors, les\nextases rêveuses de cette mélodie tour à tour inquiète et confiante, passionnée et\nsereine, qui porte.en soi et impose par elle-même toutes les nuances de l'exécution.\nM. Colonne a su la comprendre et lui obéir, et l'enthousiasme du public a répondu à\nla conviction de l'orchestre. Je ne relèverai qu'un très petit détail : les arpèges qui\nforment l'introduction du deuxième mouvement ne pourraient-ils être plus doux et\nplus expressifs? Ils sont comme une ébauche encore indécise du chant de cor\nanglais, dont ils doivent faire pressentir la mélancolie.\nLe Prologue des Barbares et les ouvertures de Y Ouragan sont les œuvres les\nplus opposées que l'on puisse imaginer; c'est la première qui supporte le mieux le\nconcert : car comme on l'a dit ici même, un véritable poème symphonique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c044", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "472", "page_fin": "473", "image_debut": 48, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.13.6", "titre_corps": "M. O. Letorey. A l'audition des ouvrages envoyées par les pensionnaires", "titre_sommaire": "M. O. Letorey. A l'audition des ouvrages envoyées par les pensionnaires", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "472", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.48", "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "M. O. Letorey. A l'audition des ouvrages envoyées par les pensionnaires\nde la villa Médicis, nous avons applaudi, avec tout le public, un Requiem de M. Leto-\nrey, dont le Sanctus} particulièrement, a obtenu un légitime succès. M. Letorey, qui\na aujourd'hui vingt-huit ans, obtint au Conservatoire, en 1894, un premier prix de"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "473", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.49", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "contrepoint et fugue, avec le deuxième grand prix de composition, et en 1895 le premier\ngrand prix de Rome. A ses débuts, si mes souvenirs sont exacts, il imitait, avec une\nexagération parfois ironique, le style de Pécole rossinienne. Il lui en reste quelque\nchose, bien que sa manière se soit modifiée. Son très grand talent n'a pas encore\ndonné sa vraie mesure; nous offrons au jeune maître tous nos compliments et espé-\nrons avoir bientôt à reparler de lui."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c045", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "473", "page_fin": "473", "image_debut": 49, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.13.7", "titre_corps": "Concerts Lamoureux.", "titre_sommaire": "Concerts Lamoureux.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "473", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.49", "debut_caractere": 494, "fin_caractere_exclue": 3522, "texte": "Concerts Lamoureux.\nJ. C.\n— Le 15 décembre, M. Chevillard nous a donné la\npremière audition d'un très beau « Prélude religieux » de M. Paul Lacombe. Ce poème\nest construit avec beaucoup d'unité : la première idée, très chantante et de longue\nhaleine, est exposée par les violons (avec l'orchestre complet) ; la deuxième idée,\nprésentée sous la forme très nette d'une entrée de fugue, se combine bientôt avec'la\npremière, qui est reprise avec une diminution de valeur; elle aboutit à un choral de\nl'harmonie, au-dessus duquel planent les tenues des premiers violons, lesquels ramènent\nde façon inattendue le ton principal. A cette première partie, succède une sorte de\nmarche religieuse peu prolongée; c'est une transformation de la première idée, sur\nlaquelle viennent se greffer des rappels de la deuxième qui, à la suite d'un crescendo\nhabilement ménagé, est reprise avec puissance par les trombones. La première idée\nreparaît encore (pédale de dominante), et le prélude se termine par une fusion des\ndeux motifs qui vont en s'éteignant. Ecouté avec une parfaite attention, ce court poème\na une haute valeur par la qualité des idées mélodiques et la composition. Il est chantant\net plein; je ne l'ai pas entendu sans émotion. Peut-être y faudrait-il un peu plus de\ngradation dans l'emploi des ressources de l'orchestre qui, dès le début, semblent toutes\nmises en jeu et forment une masse compacte. En somme, œuvre de très noble allure,\nfaite pour surprendre un public qu'a un peu gâté l'abus de la symphonie à programme\net le morceau de virtuosité.\nAu même concert, très belle exécution de la symphonie en la de Beethoven, toute\nen mouvements vifs et débordante d'allégresse, et du beau concerto pour piano, violon\net violoncelle (Beethoven), dont la charmante polonaise, développée avec tant de verve,\na fait applaudir trois artistes hors de pair : Mlle Thérèse Chaigneau, M. Hugo Heer-\nmann (qui a joué aussi, délicieusement, deux pièces de genre de Sehumann), et M. Hugo\nBecker, qui a exécuté en maître un concerto de Saint-Saëns, œuvre d'improvisation un\npeu complaisante pour elle-même.\nOn nous écrit de Bruxelles : « L'exécution du Crépuscule des Dieux, de\nR. Wagner, a eu un succès un peu exagéré par certains journaux. La vérité, c'est que\nle duo du premier acte, le trio des nageuses et la marche funèbre ont seuls fait\nimpression sur le public. La mise en scène est d'ailleurs fort belle, et le succès per-\nsonnel des artistes (surtout de Mme Litvinne) a été considérable. »\nLaSociété populaire de Musique a donné son premier concert le jeudi 19 décembre,\nà l'Hôtel des Sociétés savantes, rue Danton. (Prix des places : 1 fr. et 50 cent. ; location\ntous les soirs, de 4 h. 1/2 à 6 h. i/ 2, rue La Bruyère, 8, et le jour des concerts, à\nl'Hôtel des Sociétés savantes, à partir de 5 heures.) L'heure où paraît ce numéro nous\nprive du plaisir de parler aujourd'hui de ce brillant début, mais nous suivrons avec le\nplus grand intérêt les concerts de la Société populaire de musique, appelée à rendre\nde sérieux services."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c046", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "474", "page_fin": "475", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.14", "titre_corps": "Publications nouvelles.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "474", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.50", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "Publications nouvelles.\n\nF. Mottl : quatuor en fa dièze mineur p. instruments à cordes (à Vienne, chez\nGutmann).\nA. Klughardt : quintette p. flûte, hautbois, clarin., cor et basson, op. 79 (à Bay-\nreuth, chez Giessel jr.).\nWolf-F errari : quintette p. piano, 2 viol., alto et violoncelle (à Leipzig, chez\nRather).\nTscha'ikowsky : quatuor p. 2 viol., alto et violonc., op. 30 (à Moscou, chez\nJurgenson).\nG. Schumann : quatuor en fa min. p. flûte, violon, alto et violonc., op. 29\n(à Leipzig, chez Leuckart).\nF. Weingartner : trilogie (Oreste), op. 30, réduction p. piano avec le texte\n(à Leipzig, chez Breitkopf).\nFerruccio Busoni : Sonate p. piano et violon, op. 36 (Ibid,).\nW. Beruoald : Sonate p. piano et violon, op. 21 (Ibid.).\nF. Volbach : 3 Lieder, Aube printanière, Chant dans la nuit, Au matin (Ibid*).\nG. Lekeu : Andromède, poème symphonique p. soli, chœurs et orch., réduction p.\npiano et chant (à Liège, chez Muraille) et 3 pièces p. piano (Chansonnette sans par.>\nValse oubliée, Danse Joyeuse), ibid.\nPaul Lacombe : Prélude et étude de concert p. piano, op. 105 (à Paris, chez\nEnoch).\nCésar Cui : ouv. du Fils du Mandarin, opéra, p. piano 4 mains (à Leipzig* chez\nRather).\nS. V. Haussegger : Barberousse, poème symph. réduit p. piano 4 mains (à Berlin,\nchez Ries et Esler).\nBr. Ose. Klein : Danses américaines (4 mains, à Leipzig, chez Dieckmann),\nA. Arensky : Six pièces, prélude, élégie, mazurka, romance, étude (à Moscou,\nJurgenson).\nEd. Grieg : pièces lyriques, op. 71 (à Leipzig, chez Peters).\nM. Moskowski : Poème de mai, étude, op. 67 (à Berlin, chez Ries et Erler).\nBourgault-Ducoudray : Symphonie religieuse, chœur sans accompagn. (Heugel).\n\nOn annonce l'exécution prochaine, à Berlin, de rlmprovisateur, opéra de\nM. Eugène d'Albert, et, à Vienne, celle de Gœt\\ de Berlickingen, nouvel opéra de\nM. Karl Goldmark.\nLe Musikhandel und musikpflege (Leipzig) donne une statistique comparative\ndes nouveautés musicales qui ont paru sur le marché allemand, de 1891 à 1900. Cette\nstatistique comprend les compositions pour orchestre et pour chant, et la littérature\nmusicale; elle a toujours suivi une progression croissante, sauf pour les années 1897\nà 1899. Pour l'année 1891, elle comprend 8.609 numéros; il y en a 12.272 pour\nl'année 1900.\nLe manuscrit autographe des Noces de Figaro qui appartenait à l'éditeur\nFritz Simrock (Berlin), vient d'être légué par testament à la Bibliothèque Royale de"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "475", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.51", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 665, "texte": "Berlin, déjà en possession du manuscrit de plusieurs œuvres dramatioues de Mozart :\nla Flûte enchantee, Titus, Lucio Silla, Ascanio in Alba, etc.\nLa Musik\\eitung (Zurich, 30 nov.)fait le plus grand éloge des\nconcerts qui ont été donnés à Basel et à Saint-Gallen, par M. Jacques Thibaud. Le\njeune violoniste s'est fait vivement applaudir en exécutant le concerto en fa majeur\nn° 2 de Ed. Lalo, la Romance de Svendsen, le prélude de la Sonate de J.-S. Bach en\nsol mineur, les Airs russes de Wieniawsk, la Gavotte de Bach pour violon, etc... Le\njournal suisse compare le jeu de M. Thibaud, pour la délicatesse et la virtuosité, à\ncelui de Sarasate."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c047", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "474", "page_fin": "474", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.14.1", "titre_corps": "F. Mottl : quatuor en fa dièze mineur p. instruments à cordes (à Vienne, chez", "titre_sommaire": "F. Mottl : quatuor en fa dièze mineur p. instruments à cordes (à Vienne, chez", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "474", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.50", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1684, "texte": "F. Mottl : quatuor en fa dièze mineur p. instruments à cordes (à Vienne, chez\nGutmann).\nA. Klughardt : quintette p. flûte, hautbois, clarin., cor et basson, op. 79 (à Bay-\nreuth, chez Giessel jr.).\nWolf-F errari : quintette p. piano, 2 viol., alto et violoncelle (à Leipzig, chez\nRather).\nTscha'ikowsky : quatuor p. 2 viol., alto et violonc., op. 30 (à Moscou, chez\nJurgenson).\nG. Schumann : quatuor en fa min. p. flûte, violon, alto et violonc., op. 29\n(à Leipzig, chez Leuckart).\nF. Weingartner : trilogie (Oreste), op. 30, réduction p. piano avec le texte\n(à Leipzig, chez Breitkopf).\nFerruccio Busoni : Sonate p. piano et violon, op. 36 (Ibid,).\nW. Beruoald : Sonate p. piano et violon, op. 21 (Ibid.).\nF. Volbach : 3 Lieder, Aube printanière, Chant dans la nuit, Au matin (Ibid*).\nG. Lekeu : Andromède, poème symphonique p. soli, chœurs et orch., réduction p.\npiano et chant (à Liège, chez Muraille) et 3 pièces p. piano (Chansonnette sans par.>\nValse oubliée, Danse Joyeuse), ibid.\nPaul Lacombe : Prélude et étude de concert p. piano, op. 105 (à Paris, chez\nEnoch).\nCésar Cui : ouv. du Fils du Mandarin, opéra, p. piano 4 mains (à Leipzig* chez\nRather).\nS. V. Haussegger : Barberousse, poème symph. réduit p. piano 4 mains (à Berlin,\nchez Ries et Esler).\nBr. Ose. Klein : Danses américaines (4 mains, à Leipzig, chez Dieckmann),\nA. Arensky : Six pièces, prélude, élégie, mazurka, romance, étude (à Moscou,\nJurgenson).\nEd. Grieg : pièces lyriques, op. 71 (à Leipzig, chez Peters).\nM. Moskowski : Poème de mai, étude, op. 67 (à Berlin, chez Ries et Erler).\nBourgault-Ducoudray : Symphonie religieuse, chœur sans accompagn. (Heugel)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c048", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "474", "page_fin": "475", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.14.2", "titre_corps": "On annonce l'exécution prochaine, à Berlin, de rlmprovisateur, opéra de", "titre_sommaire": "On annonce l'exécution prochaine, à Berlin, de rlmprovisateur, opéra de", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "474", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.50", "debut_caractere": 1686, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "On annonce l'exécution prochaine, à Berlin, de rlmprovisateur, opéra de\nM. Eugène d'Albert, et, à Vienne, celle de Gœt\\ de Berlickingen, nouvel opéra de\nM. Karl Goldmark.\nLe Musikhandel und musikpflege (Leipzig) donne une statistique comparative\ndes nouveautés musicales qui ont paru sur le marché allemand, de 1891 à 1900. Cette\nstatistique comprend les compositions pour orchestre et pour chant, et la littérature\nmusicale; elle a toujours suivi une progression croissante, sauf pour les années 1897\nà 1899. Pour l'année 1891, elle comprend 8.609 numéros; il y en a 12.272 pour\nl'année 1900.\nLe manuscrit autographe des Noces de Figaro qui appartenait à l'éditeur\nFritz Simrock (Berlin), vient d'être légué par testament à la Bibliothèque Royale de"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "475", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.51", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 665, "texte": "Berlin, déjà en possession du manuscrit de plusieurs œuvres dramatioues de Mozart :\nla Flûte enchantee, Titus, Lucio Silla, Ascanio in Alba, etc.\nLa Musik\\eitung (Zurich, 30 nov.)fait le plus grand éloge des\nconcerts qui ont été donnés à Basel et à Saint-Gallen, par M. Jacques Thibaud. Le\njeune violoniste s'est fait vivement applaudir en exécutant le concerto en fa majeur\nn° 2 de Ed. Lalo, la Romance de Svendsen, le prélude de la Sonate de J.-S. Bach en\nsol mineur, les Airs russes de Wieniawsk, la Gavotte de Bach pour violon, etc... Le\njournal suisse compare le jeu de M. Thibaud, pour la délicatesse et la virtuosité, à\ncelui de Sarasate."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c049", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "475", "page_fin": "476", "image_debut": 51, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.15", "titre_corps": "MUSIQUE RELIGIEUSE", "titre_sommaire": "MUSIQUE RELIGIEUSE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "475", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.51", "debut_caractere": 667, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "MUSIQUE RELIGIEUSE\n\nNos manuscrits, mis sous scellés à Solesmes, nous ayant été rendus asse\\ tard,\nnous ne pourrons donner que dans notre prochain numéro la fin ou la suite d'études\ndéjà commencées.\n\nA l'église Saint-François de Sales. Le jeudi 19 décembre a été\nbéni par M. l'abbé Misset le mariage de M. Pierre Aubry et de Mlle Suzanne Cavel.\nLes chanteurs de Saint-Gervais prêtaient leur concours à cette très brillante céré-\nmonie 011 furent exécutés, avec deux pièces grégoriennes, des chefs-d'œuvre de J.-S.\nBach, Palestina, Josquin, Haendel... Il est rare, dans les églises de Paris, d'entendre\nd'aussi admirables concerts. Nos compliments les plus sincères et tous nos vœux aux\njeunes mariés.\n\nLe rythme grégorien. Mgr l'évêque de Saint-Dié veut bien nous\nenvoyer, sur le rythme du cnant grégorien, la communication suivante :\n« La théorie du rythme oratoire, appliquée au chant grégorien, paraît assez\ndifficile à soutenir.\n« Que l'art oratoire ait emprunté à l'art musical les belles cadences qui, tombées\ndes lèvres d'un grand orateur, charment les oreilles d'un auditeur délicat, cela est\ncompréhensible. Mais que l'art musical soit tributaire, à un degré quelconque, de\nl'art oratoire, cela est moins facile à admettre. En d'autres termes, je conçois\nqu'une période cicéronienne soit d'autant plus harmonieuse qu'elle est plus musicale,\nmais je conçois moins bien qu'une phrase de Mozart doive son harmonie à sa facture\nplus ou moins oratoire.\n« Ce qui semble logique, et ce qui est certainement vrai, c'est que la musique\ngrégorienne, comme toute autre musique, emprunte ses lois au seul code musical.\n« Il est bien réel qu'il y a dans la musique grégorienne, comme dans celle de tous\nles peuples, certaines mélodies d'une allure plus lâche, plus indisciplinée, plus popu-\nlaire, qui se lisent ou se déclament autant qu'elles se chantent : nous le reconnaissons\nvolontiers avec Gui d'Arezzo : sunt quasi prosaïci cantus. Oui, il y a des chants tout\nvoisins de la prose, dont la mélodie est incorporée au texte d'une façon tellement\nintime, qu'elle en épouse la manière d'être, et qu elle n'a guère d'autre rythme que\ncelui de la prose elle-même : more prosarum. (Micrologue, XV)."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "476", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.52", "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "(( Mais à côté de ces chants, il y en a d'autres, et en plus grand nombre, qui ont\nun tout autre caractère. 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Non.\nLa marche solennelle et monotone du vers héroïque semble plutôt avoir frayé la voie\nà notre mesure moderne, forcément compassée, grâce au retour périodique, et par\nconséquent prévu, du temps premier. Le genre qui a fourni au compositeur grégorien\nson cadre rythmique, c'est la poésie lyrique. Sicut enim lyrici poetae nunc hos, nunc\nillos adjunxere pedes, ita qui cantum faciunt (Gui d'Arezzo s'adresse aux composi-\nteurs) rationabiliter discretas componunt neumas. Or le poète lyrique mélange les\npieds les plus variés dans le cadre harmonieusement combiné de ses strophes mul-\ntiples : ainsi fera le compositeur grégorien, dont les mètres auront tour à tour l'allure\ndu dactyle, du spondée, de l'iambe, etc. Ista neuma dactylico, illa vero spondaico, illa\niambico métro decurret.\n« L'agencement de ces différents pieds donnera lieu à des strophes grégoriennes,\nqui se composeront non pas de vers, mais de distinctions. Ces distinctions seront des\ntétramètres, des pentamètres, des hexamètres, etc. Distinctionem nunc tetrametram,\nnunc pentametram aliàs quasi hexametram cernes. Le nombre de ces combinaisons\nsera d'ailleurs assez restreint, étant donné le caractère simpliste de la prosodie\ngrégorienne. Nous verrons par les exemples donnés ci-après, que ces distinctions\npeuvent se ramener à quatre principales : le tétramètre (4) avec l'hexamètre (4-f*2)? pt\nle pentamètre (5) avec l'heptamètre (5+2)-\n« Cette théorie minutieusement exposée par Gui d'Arezzo dans le chapitre xv du\nMicrologue, paraît bien exclure celle du rythme oratoire, et donner raison aux parti-\nsans du rythme métrique. Il semble en effet bien démontré que l'art grégorien a\nvraiment emprunté ses moules à l'art antique, en les adaptant à un idéal nouveau. A\nla quantité Chronomètrique de l'art gréco-romain, l'art grégorien a substitué la\nquantité Arithmomètrique, avec l'accent pour point de repère.\n« ... En résumé, si j'ai réussi à me faire comprendre, le lecteur aura déjà tiré lu -\nmême cette double conclusion : i° qu'il y a dans les mélopées grégoriennes deux sort* 3\nde chants, les uns syllabiques (qui peuvent être en même temps métriques), les autre S\nproprement métriques; et 20 que les uns comme les autres se versent dans le même\nmoule, dans le moule des cursus grégoriens. »\nDans notre prochain numéro, nous examinerons les idées de Mgr de Saint-Dié,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c050", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "475", "page_fin": "475", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.15.1", "titre_corps": "Nos manuscrits, mis sous scellés à Solesmes, nous ayant été rendus asse\\ tard,", "titre_sommaire": "Nos manuscrits, mis sous scellés à Solesmes, nous ayant été rendus asse\\ tard,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "475", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.51", "debut_caractere": 687, "fin_caractere_exclue": 865, "texte": "Nos manuscrits, mis sous scellés à Solesmes, nous ayant été rendus asse\\ tard,\nnous ne pourrons donner que dans notre prochain numéro la fin ou la suite d'études\ndéjà commencées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1901-12-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabj_1901-12_01#c051", "volume": "bmtnabj_1901-12_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "475", "page_fin": "475", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.2.15.2", "titre_corps": "A l'église Saint-François de Sales. 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M.\n28\n\nAu moment ou il est d'usage d'envoyer un souvenir cordial à tousses amis,\ncomme nous le faisons ici pour nos abonnés, lecteurs, collaborateurs et adhérents,\nnotre pensée se reporte non sans tristesse vers les Bénédictins, qui expient sur la terre\nd'exil la noble intransigeance de leur foi. Nous ne serons pas démentis par ceux-là\nmêmes qui furent les auteurs obligés \"ou les témoins impuissants de celte séparation,\nen disant que le départ des Bénédictins a été une grande perte pour la France. Nous\nattachons trop d'importance, dans cette Revue, à la musique religieuse, pour ne pas\nregretter particulièrement cette absence; puissent les savants moines, restaurateurs de\nl'art et de la science du plain-chant, reprendre bientôt dans leur pays la place d'hon-\nneur qu'ils avaient conquise par tant de services éminenls, et qu'ils occupent toujours\nen dépit des circonstances!\n\nLa Fête de Noël et la Musique.\n\nLe jour anniversaire de la naissance du Sauveur est dans notre pensée insépara-\nblement attaché à la date du 25 décembre. C'est là, en effet, la tradition de l'Église\nde Rome, attestée expressément dans un document de 354, mais remontant à une\népoque bien antérieure et, probablement, jusqu'aux origines de l'Église. Et certes,\nainsi que le dit saint Jean Chrysostome (1), cette Église était parfaitement à même de\nconnaître le vrai jour de la naissance du Christ, attendu que les actes du recensement\nexécuté par l'ordre d'Auguste se conservaient dans les archives de Rome.\nNéanmoins, les églises d'Orient ne commencèrent qu'au ive siècle, celles d'Arménie\net de Mésopotamie même seulement au xive, à adopter la coutume de Rome. Jusqu'à\ncette époque, elles avaient célébré ce Mystère, pour la plupart, au 6 janvier, en le\nconfondant sous le nom générique d'Epiphanie ou de Thèophanie avec la manifesta-\ntion du Sauveur faite aux gentils dans la personne des Mages (2).\n\n(1) Sermon sur la fête de Noël,\n(2) Voir Guéranger, Année liturgique, Temps de Noël ; Kellner, Heortologie, ÏVibourg, 1901."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.2", "texte": "LA FÊTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\n\nMais si la date de la fête divisait les Églises, une chose les unissait; c'est l'éclat et\nl'accent particuliers avec lesquels elle fut célébrée partout, et, nous pouvons ajouter,\nde tout temps.\nDepuis lors, chants et musique n'ont cessé d'entourer la crèche. L'allégresse se\ndonne partout libre cours : à l'église comme au foyer de la famille, dans les classes\ninférieures de la société comme dans les classes les plus élevées, dans les rangs des\nartistes comme dans ceux des profanes de l'art musical.\nAussi bien ne sera-t-il pas sans intérêt de réunir en un tableau d'ensemble, si\nincomplet qu'il soit, les principaux groupes de compositions inspirées par la fête de\nNoël.\nOn peut les ramener à trois, selon leur rapport plus ou moins étroit avec la litur-\ngie de la fête; musique de Noël :\nI. strictement liturgique ;\n11. quasi-liturgique ;\n111. extra-liturgique.\nChacun de ces groupes, dont il n'est du reste pas toujours aisé de tracer exacte-\nment la frontière, a ses particularités et ses nuances.\nI.- MUSIQUE DE NOEL STRICTEMENT LITURGIQUE\nCe premier groupe comprend la musique qui accompagne ou orne les offices\nr\nliturgiques conformément aux lois de l'Eglise en vigueur aujourd'hui.\nOn remarque d'abord dans les parties accoutumées de l'Office un accent de joie\nextraordinaire, un style tout spécial. C'est une expression de simplicité, de joie naïve,\nintime, mystique, quelquefois même un je ne sais quoi de populaire et de champêtre,\nde temps en temps encore des accents d'ardeur juvénile ou de joie angélique, jamais\nou rarement un ton de grandeur ou de majesté. C'est que la majesté suprême, en ce\njour, s'est abaissée, unie et manifestée à ce qu'il y a de plus humble. A cette vue, les\nâmes saintes épanchent leurs sentiments d'adoration ou leurs ravissements, tandis que\nles âmes simples et candides, comme celles des bergers, éclatent en chants\nd'allégresse.\nCe sont là les accents qui se répercutent dans les chants de l'Église. La préfé-\nrence qui y est donnée aux modes à la fois gais et réservés dans l'Église latine, les 2e,\n4e, se,5e, ou bien aussi 7e et Be,8e, est remarquable. Qui ne se rappelle avec plaisir les\nantiennes Quem vidistis pastores, et Genuit puerpera Regem, si pleines d'enthou-\nsiasme, l'lntroït Dominus dixit ad me avec son accent de triomphe mystique ?\nL'Église grecque n'a rien à envier en cela à sa sœur, l'Église latine. Les célèbres\ncanons (séries d'hymnes) « yptaibç ysvvatat, le Christ naît »et « \"EawSc Xa6v, le Sei-\ngneur est venu sauver son peuple », composés ce dernier par saint Jean de Damas,\nle premier par son frère d'adoption, saint Cosmas, sont, comme texte et comme\nmélodie, une expression éloquente de sentiments analogues.\nEt que dire des chants appelés cathismata, dont nous allons reproduire un spéci-\nmen? N'est-ce pas l'accent d'une âme abîmée dans la surprise et dans le ravissement\nen face du mystère de la crèche ?"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.3", "texte": "LA FhTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\n\nNo 1. — Office grec de Noël, Ier cathisma de l'Orthros (I).\n\nTraduction littérale. Venez; voyons, ô fidèles, l'endroit où est né le Christ.\nSuivons donc le chemin où nous conduit l'étoile, en la compagnie des Rois-Mages de\nl'Orient. Les anges y font retentir sans cesse des hymnes. Les bergers veillent en\nchantant un digne cantique, Gloire au plus haut des deux, à Celui qui a été mis au\nmonde dans la grotte par la Vierge et Mère de Dieu à Bethléem de Judée (1).\n\n(1) Cette mélodie, telle que nous la donnons ici, est le résultat de l'étude comparée de cinq versions diffé-\nrentes. Du reste* en quelques endroits, il y a lieu de douter de l'authenticité même des paroles."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.4", "texte": "LA FÊTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\n\nCet accent de mysticité et de joie contenue se montre encore dans les composi-\ntions plus riches et plus développées.\nLes Graduels Tecum principium de la Messe de nuit, en 2e mode, et Viderunt\nomnes fines terree, le premier répons de l'Office Hodie nobis cœlorum rex, ces derniers\nen 5° mode, pour ne citer ici que des chants de la liturgie romaine, sont connus de\ntous.\nLe moyen âge possédait un autre répons célèbre, chanté aujourd'hui aux proces-\nsions du temps de Noël. C'est le répons Descendit de cœlis. Il a ceci de remarquable\nque le refrain, formé des paroles et civit per auream portant lux et decus universce\nfabricce mundi, portait, sur le mot fabricœ, une mélodie de plus en plus enrichie à\nchaque nouvelle reprise. De là l'expression chanter cum fabricis pour désigner la\nreprise plus riche, plus développée, de certains répons (i).\nCe répons nous conduit à une autre catégorie de compositions où la joie de Noël\na su franchir les limites et les contours ordinaires des formules liturgiques.\nLes récitatifs liturgiques, si stables pourtant en général, se sont enrichis de tons\nplus joyeux.\nDéjà, la veille de la fête, à l'Office des Primes, au moment où Ton annonce jour-\nnellement les fêtes du lendemain, la Naissance du Sauveur est annoncée sur un ton\nbeaucoup plus solennel que celui employé de coutume. Tandis que le ton romain ordi-\nnaire se meut dans le cadre d'une quinte, l'annonce de Noël s'élance à la quarte aiguë\naux mots in Bethleem Judœ nascitur factus homo et s'élève même à la quinte aiguë\naux mots Nativitas Domina nostri Jesu Christi secundum carnem (2).\nLes leçons du premier Nocturne, où le prophète Isaïe, appelé le cinquième évan-\ngéliste, à raison de la clarté de ses prédictions messianiques, annonce la naissance du\nSauveur, ont reçu à leur tour un ton spécial et des plus gracieux.\nL'Office monastique de la nuit atteint son point culminant dans la lecture de\nl'Évangile des Matines, dont le ton, d'ordinaire si simple, s'épanouit en une véritable\nmélodie. Le moyen âge nous en a laissé plusieurs versions, en partie encore en usage.\nLes plus caractéristiques sont celles de Solesmes, en 4e mode, celle du Graduel de\nLecoffre, une autre découverte par le P. de Santi S. J. dans un manuscrit d'Udine (en\nItalie) du xive siècle, en ier mode, et enfin une d'un Missel du xvic siècle appartenant à\nla Bibliothèque de la cathédrale de Namur.\nLes versets dits à la fin des psaumes des Nocturnes ainsi que les répons dits brefs\nsont aussi chantés avec plus d'éclat. Dans certains monastères, on les accompagnait\nde 1 harmonie médiévale, connue sous le nom de Yorganum. En voici un spécimen\nrecueilli par le Père Dreves S. J., dans un manuscrit de Hohenburg du commencement\ndu xvc siècle et publié dans son Cantiones bohemicce (Leipzig, 1886, p. 41).\n\n(1) Voir pouf ce détail les Voyages liturgiques du Sieur Moléon, Paris, 1718, p. 193. Le répons Des-\nêendit est inséré dans le Processiouale de Solesmes et dans celui des Dominicains.\n(2) Ailleurs, par exemple dans les monastères de la Congrégation bénédictine de Cassin, la mélodie de\ncette annonce, chantée par un enfant, est encore plus ornée, plus suave, plus joyeuse."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.5", "texte": "LA FÊTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\n\nN° 2. - Office latin de Noël, leçons du ier Nocturne.\n\nMais il est un chant qui, pour être d'un usage journalier aujourd'hui, n'en est pas\nmoins tout spécialement inspiré par la fête de Noël : c'est le Gloria in cxcelsis Deo.\nD'après le Liber Pontificalis (Actes des Papes), c'est le Pape Télesphore (j- 154)\nqui en introduisit l'usage à Rome, en le réservant tout d'abord pour la fête de Noël, ou\nplutôt pour cette même nuit de Noël qui ramène l'anniversaire de l'heureux avènement\noù il retentit pour la première fois.\nDe plus, pendant longtemps, le Pape à Rome et chaque évêque dans sa basilique\navaient seuls le droit de chanter le Gloria in excelsis (1). Les évêques sont, en effet,\nnommés les anges des Eglises (2), et peuvent seuls prétendre à répéter l'hymne angé-\nlique. Dans certaines églises on venait y inviter solennellement le Pontife en ces termes\nou d'autres semblables : Summe Sacerdos, emitte vocem tuant et recita nobis Ange-\nlorum cantica quœ prœcinuerunt Régi nato Domino. Eia, die. domne, die (3).\n« Grand prêtre, élève ta voix et répète-nous les cantiques que les anges ont les\npremiers (prœcinuerunt) fait retentir devant le Roi et Seigneur nouvellement né. Eia,\ndites, Seigneur, eia! »\nSi ces documents nous disent que le Pontife devait seul chanter l'hymne angé-\nlique, il faut évidemment l'entendre seulement des premières paroles, chantées par les\nanges. De fait, tout le reste n'est qu'une paraphrase de ce texte, en quelque sorte le\npremier tropè composé par les chrétiens des premiers siècles.\nDans l'Office grec, le président du chœur (II posai w;) dit les paroles angéliques trois\nfois au commencement de XOrthros [Matines). Vers la fin de l'Orthros et avant le\ncommencement de la Messe, le chœur les répète en y ajoutant la grande Doxologie,\nqui, tout en différent quelque peu du Gloria latin, lui correspond pourtant dans les\ngrandes lignes (4).\nCe texte, avec les autres de la Messe, a servi de thème à des compositions sans\nnombre; et c'est le ton et l'accent de Noël que les compositeurs se sont en général\nefforcés d'y mettre, avec plus ou moins de succès. D'après les rubriques liturgiques,\nle chant grégorien emploie, à la messe de minuit, le chant du Gloria dit de la Sainte\nVierge, 7e mode, nommé au moyen âge le mode angèlique.\nGounod, dans sa messe de Sainte-Cécile (tant critiquée par nos musiciens d'Eglise),\n\n(i) Ordo rotnanus, I, cite par Gautier, Troues, Paris, 1886, ch. X\\ 1.\nApocal. I, 20 et 11, 1. ss.\n(3) Biblioth. nat. de Paris, lat., 909, f. nr apud Gautier, 1. c.\n(4) La Doxologie grecque diffère du Gloria latin d'abord par quelques petites variantes, en omettant par\nexemple les mots tu soins altissimus et cnm sancto spiritu. Elle ajoute ensuite une série d autres invo-\ncations dont plusieurs se retrouvent dans le Te Denm latin, et parfois aussi, suivant les jours de fête, la petite\nDoxologie Te deçet lans conservée encore dans l'Office bénédictin. Cf. la Revue de l Qrietft çlirétien, 1899,\n? et 3,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.6", "texte": "LA FÊTE DE NoEL ET LA MUSIQUE\n\nfait chanter les paroles des anges par une seule voix de soprano. Ce détail, joint à une\nharmonisation toute caractéristique, évoque instinctivement les impressions de la nuit\nde Noël.\nNous laissons les compositions de plain-chant, assurément les plus strictement\nliturgiques, pour nous occuper de deux autres catégories, appartenant encore à ce\ngroupe : compositions harmoniques, poly et homophones, et compositions pour\norgue. Elles ont leur place tout indiquée à côté des compositions du répertoire grégo-\nrien, attendu qu'elles lui empruntent souvent leurs motifs. C'est le cas surtout pour les\ncompositions polyphones dans le style du xvie siècle. C'est ainsi que Palestrina, pour ne\nciter que le Princeps Musicae, nous a laissé deux Motets et une Messe sur la mélodie\nun peu modifiée du répons Dies sanctificatus. Ses deux Motets, sur le texte. Hodie\nChristus natus est et d'autres, se rattachent, de même, au chant grégorien.\nOn pourrait croire que ces emprunts mêmes auraient conservé aux compositions\npolyphones le ton et le cachet particulier qu'on trouve dans les pièces correspondantes\ndu chant grégorien. Il n'en est guère ainsi cependant. C'est que les mélodies grégo-\nriennes modifiées dans leur rythme se trouvent comme effacées, absorbées,-noyées\ndans ce contrepoint unicolore et impersonnel (i). C'est pourquoi, plus récemment,\nd'autres auteurs en tenant compte du caractère populaire, simple, naïf de la fête et du\nmystère de Noël, ont jugé préférable de recourir au style homophone au moins pour\ncertains motets, et d'harmoniser simplement des séquences et d'autres chants légués\npar le moyen âge, tels que Puer natus in Bethïeem, Fïos de radice Jesse.\nIl est vrai que ce genre de composition correspond moins aux exigences des\nrègles liturgiques. Aussi est-ce pour ce motif que les tropes et les séquences du moyen\nâge, auxquels ces compositions se rattachent, n'ont pas été classés ici, mais dans le\ngroupe suivant. Il convient de rappeler pourtant que, historiquement, ces composi-\ntions médiévales, harmonisées ou non, sont parfaitement liturgiques, puisqu'elles ont\nautrefois fait partie de la vraie liturgie.\nEnfin Xorgue, l'instrument liturgique par excellence, abandonne à son tour son\nallure ordinaire et prend, sous la main des artistes les plus sévères, un ton et un\nrythme plus libres, plus dégagés, sans doute inspirés à la vue des rustiques bergers\nqui entourent la crèche. Les soi-disant pastorales, écrites dans le rythme plus léger\nj 6 .\nde sont, en ce jour, de convention pour ne pas dire de loi. Citons seulement la pas-\ntorale en fa majeur de/.-S. Bach, le premier maître de l'orgue, une autre de Haendel\nempruntée à son Oratorio Le Messie. A défaut de pastorales et de morceaux du\ngenre, ce sont des Noëls arrangés pour orgue qui doivent faire les frais des préludes.\nEn Italie, les orgues ont souvent un jeu réservé exclusivement au jour de Noël. Ce\njeu s'appelle uccelliere ou uccelletti, « jeu d'oiseaux» dont il imite le gazouillement; et\nn est-ce pas une pensée touchante de faire participer les oiseaux, ces chanteurs inimi-\ntables, au concert divin?\nAilleurs encore on exécute, durant la Messe ou durant la Procession qui la pré-\ncède, des symphonies, souvent inédites, pour instruments à cordes avec accompagne-\nment d'orgue. Dans la pensée des compositeurs et dans l'effet qu'elles produisent sur\nles auteurs, elles font écho aux transports des concerts angéliques. De rigides litur-\n\n(1) Palestrina a cherché lui-meme à donner une couleur spéciale à ses deux motets du Hodie Christus\nnatus en répétant à la tin de chaque phrase comme un refrain lé cri Noël Noël Ed Breitkonf vol ITT n 1 c\net vol. XXXI. ' 1 ' P* Isd"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.7", "texte": "LA FÊTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\n\ngistes y trouveront peut-être à redire. Mais ces manifestations naïves n'ont-elles pas\npour excuse le sentiment qui les inspire?\nII. - MUSIQUE QUASI-LITURGIQUE.\nA ce groupe appartiennent les compositions qui sans faire partie, aujourd'hui du\nmoins, d'un Office liturgique proprement dit, s'y rattachent cependant en quelque\nfaçon.\nTrois catégories de chant surtout rentrent dans ce groupe : les séquences et can-\ntiques latins, les tropes, les mystères et drames liturgiques.\nLes séquences (de même que les tropes) se rattachent par leur origine aux joyeux\nneumes de Y Alléluia chanté avant l'Evangile. Elles ont d'ailleurs été composées pour les\nremplacer ou du moins pour en remplir le rôle. C'est déjà dire qu'elles revêtent un carac-\ntère d'allégresse tout particulier accru encore par le mystère de Noël. Je ne serais\naucunement surpris, dit M. Léon Gautier, « que les plus anciens (de ces chants) eussent\nété spécialement composés pour la fête très joyeuse de Noël, et pour la solennité non\nmoins joyeuse de l'Epiphanie, en pleine allégresse des bergers et des mages » (i). C'est\ndire aussi que leur style et leur musique sont simples; et c'est ce qui les a rendus si\npopulaires. Qui ne connaît la séquence Laetebundus, et qui ne tressaille à ses joyeux\naccents? Il faut citer à côté les charmants « rythmes » médiévaux Salve Virgo sin-\ngularisa Lux optata claruit; Puer natus in Bethleem, puis le moderne et bien connu\nAdeste fideles (2). Ce dernier est tout à fait dans le genre d'un cantique populaire. Il a\neu ses devanciers au moyen âge, par exemple dans 1' « antienne » Magnum nomen\nDomini, qui est, au fond, un cantique, et dans les chants Resonet in laudibus, Ouem\npastores laudavere.\nTelle a été la popularité de ces cantiques qu'ils sont jusqu'à aujourd'hui restés en\nusage même dans certaines contrées protestantes de l'Allemagne, en dépit des défenses\nroyales réitérées il n'y a pas si longtemps.\nVoici comment la matinée de Noël s'y passe.\nLe peuple se réunit de grand matin à l'église pour célébrer ce qu'on appelle le\nQuempas. Ce mot, en apparence si étrange, vient des premières syllabes du cantique\ncité, QUEM PAS tores laudavere. Le Quempas se compose, en effet, des trois chants latins :\ni° Resonet in laudibus cum jucundis plausibus) 2° Magnum nomen Domini intercalé\nen guise d'antienne entre les strophes du précédent; 30 la séquence Quem pastores lau-\ndavere. On intercale après chaque strophe de cette séquence sa traduction allemande\net une strophe de l'ancien chant Nunc angelorum gloria, également traduit en alle-\nmand.\nLes tropes dérivent historiquement des séquences, qui ne sont, en définitive, que des\ntropes plus étendus. Ce sont des paroles intercalées dans les textes liturgiques primitifs,\ndestinées à les commenter ou à les développer. Elles peuvent « tantôt précéder les\ntextes préexistants de la vraie liturgie, tantôt les suivre, tantôt enfin se glisser entre\ntoutes leurs phrases et prendre place entre tous leurs mots » (3). Bref, c'est une espèce\nde glose chantée à la gloire de l'Enfant de Bethléem.\nParmi les nombreux types connus, citons un des plus beaux: le trope commençant\n\n(1) Léon Gautier, Histoire de la poésie liturgique au moyen âge, Paris, 1886, ch. xi.\n(2) On trouve ces chants dans le recueil bien connu Variae àreces de Solesmes. Ce recueil donne Ecce\nnomen Domini au lieu de Magnum nomen Domini pour l'antienne.\n(3) Gautier, 1. c. ch. 1,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.8", "texte": "LA FÊTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\n\npar Gaudeamus et commentant l'lntroït de la messe du jour Puer natus est nobis.\nVoici d'abord le texte primitif de cet Introït tel qu'on le chante encore aujourd'hui\ndans la liturgie romaine.\n<( Puer natus est nobis, et filius datus est nobis, cujus imperium super humerum\nejus, et vocabitur nomen ejus magni consilii angélus ». Suit le icr verset du\npsaume 97 : Cantate Domino canticum novum quia mirabilia fecit. Gloria\nPat ri etc, (1).\nVoici maintenant le même Introït enrichi de son trope :\n« Gaudeamus hodie quia Deus descendit de coelis et propter nos in terris. Puer\nnatus est nobis, quem Prophetae diu vaticinati sunt. Et filius datus est nobis. Hune a\nPâtre jam novimus advenisse in mumdum Cujus imperium super humerum ejus;\npotestas et regnum in manu ejus. Et vocabitur nomen ejus : Admirabilis, consiliarius,\nDeus fortis, princeps pacis, magni consilii angélus. Ps. Cantate, etc. » (2).\nCertes, on ne peut nier que les paroles du prophète reçoivent là un surcroît de\nlumière, pour ainsi dire d'actualité, qui frappe l'intelligence et enflamme le cœur.\nAjoutez-y une mélodie contenue dans le ton et dans le style de l'antienne primitive,\ndans le 7e mode, l'« angélique », et vous conviendrez que c'est là une composition\ndigne de la fête de Noël.\nCe genre de compositions fut très en vogue au moyen âge, et l'on en trouve un\nnombre considérable dans les recueils du genre.\nIl est vrai que toutes n'étaient pas aussi heureuses ni aussi bien placées que celle-ci,\net l'on conçoit l'aversion de certains auteurs pour ces « fantaisies » médiévales. Mais\non aurait tort, ce semble, de les rejeter en bloc ou d'en condamner le principe. Il y en\na beaucoup qui méritent l'attention du littérateur et du musicien. Et quant au principe,\nn'est-il pas consacré par le chant du Gloria in excelsis Deo tel qu'il se chante depuis\ndes siècles? Celui-ci n'est autre chose, en effet, ainsi qu'il a été dit, qu'un trope sur les\nparoles de l'hymne des anges.\nParmi ces tropes, il y en avait qui, par leur facture particulière et les circons-\ntances dans lesquelles ils furent exécutés, préparaient ou constituaient déjà en petit\ndes drames liturgiques, genre passionnément cultivé au moyen âge, et dont la même\nfête de Noël fut surtout la grande inspiratrice.\nMais, avant tout, que sont ces drames liturgiques ?\nCe sont des représentations dramatiques plus ou moins développées du mystère\nde la crèche.\nDes auteurs en ont fait remonter la première idée à saint François d'Assise.\nL'histoire rapporte, en effet, que ce saint fit placer une crèche dans l'église, et repré-\nsenter la scène des bergers, chantant devant la crèche, dans le dessein d'attirer et\nd'instruire le peuple.\nMais le patriarche séraphique ne fut que le propagateur d'un usage bien antérieur.\nL'origine doit en être recherchée dans les processions usitées au moyen âge surtout à\nNoël, et comme nous 1 avons vu, dans les chants « tropés » qui les accompagnaient.\nCes processions se faisaient entre l'office des Matines et le début de la Messe; un\nreste s en est conservé dans différentes églises et dans différents pays.\n\n(1) « Un enfant nous est né et un fils nous est donné. L'empire repose sur ses épaules, et son nom est\nAnge du grand Conseil. Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau par ce qu'il a fait des merveilles ».\n(3) Traduction littérale. « Réjouissons-nous aujourd'hui parce que Dieu est descendu des cieux, et pour\nnous, sur terre, nous est né un enfant, que les prophètes ont prédit longtemps. Et un fils nous est donné.\nt est lui que nous savons maintenant être venu du Père dans le monde, Son empire repose sur ses épaules,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.9", "texte": "LA FÊTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\n\nDans certaines églises d'ltalie, par exemple, on porte la statue de l'Enfant-Jésus\nen procession à travers l'église pendant que le jubé exécute une symphonie pour\ninstruments à cordes. La procession étant revenue devant l'autel, l'Enfant-Jésus y est\nplacé dans une crèche, et la messe commence.\nDans quelques églises dominicaines, l'Enfant-Jésus est placé, avant Matines, sur\nl'autel; on le dévoile à l'lnvitatoire, et au Te Deum on le porte en procession vers la\ncrèche.\nAu moyen âge, la procession se faisait de même vers la crèche, qu'on a dressée\nderrière le maître-autel, et où se trouve une image de la Sainte Vierge. Un enfant de\nchœur se met à l'entrée du chœur; il représente l'ange et annonce aux chanoines ou\naux moines la naissance du Sauveur. Des moines ou des clercs, représentant les\nbergers, entrent du bas côté du chœur et se dirigent vers la crèche en chantant Pax\nm terris [Paix sur ta terre).\nLà s'engage un dialogue comme le suivant. DIACRES OU clercs près de la crèche ;\nQue m quaeritis in praesepe, pastores dicite; qui cherchez-vous dans la crèche,\nbergers, dites? Des CHANTRES répondent : « Scilvatorem Christum Dommum,\ninfantem pannis invoïutum, secundum sermonem angelicum; —le Sauveur, le Christ,\nle Seigneur, un enfant enveloppé de langes, suivant la parole de 1 ange ». Les\nDIACRES : « Voici ce petit Enfant avec Marie, sa mère, duquel le prophète Isaïe a\nprédit Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils. Et vous, alle\\ annoncei\nqu'il vient de naître. » Les CHANTRES : Alléluia, alléluia. Maintenant nous\nsavons vraiment que le Christ est né sur terre, duquel, vous autres tous, chantez, en\ndisant avec le Prophète : PUER NATUS EST NOBIS. Ces derniers mots sont le commen-\ncement de l'lntroït pour la troisième messe (i).\nOn le voit, le trope primitif s'est élargi, il s'est transformé en une petite scène\ndramatique, rattachée au texte même de la liturgie, et préparant 1 Introït de la Messe.\nIl n'a plus qu'un pas à faire pour constituer un véritable drame liturgique.\nPour ce faire, on lui donnera une autre place, moins restreinte, dans 1 Office sacré ;\non ne le soude plus à l'lntroït; on le chante à Matines après le dernier répons et avant\nle Te Deum qui devra clore dignement ces scènes.\nParmi les drames liturgiques qui représentent directement le mystère de Noël, les\nplus connus ont pour titre : L Adorât ion des Mages, Les Pasteurs, Les trois Rois.\nD'autres s'y rapportent plutôt indirectement, comme les drames de Daniel et les\nProphètes du Christ.\nLa langue latine et le plain-chant dans lesquels ils ont été composés réussirent\nà leur conserver un caractère suffisamment austère et ecclésiastique, pour ne pas\nparaître déplacés dans le cadre sacré où ils figuraient. Mais ils avaient en eux un\ngerme de mondanité qui ne tarda pas à les porter en dehors de 1 auguste enceinte des\ntemples. Alors nous y voyons figurer comme acteurs, non plus des clercs, mais des\nlaïques, et ces drames liturgiques sont devenus de simples mystères religieux (2).\n\net la puissance et le règne sont dans sa main. Et son nom est : Admirable, Conseiller, Dieu puissant, I rince\nde la paix, ange du grand conseil. Ps. Chantez, etc. »\n(1) Léon Gautier. Histoire, etc., ch. xiv.\n(2) Cette distinction entre Drames liturgiques et Mystères a été faite par M. de Coussemaker, Drames\nliturgiques, Paris, Didron, 1861, introduction, p. 8,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.10", "texte": "LA FÊTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\n\nIII. - MUSIQUE DE NOEL EXTRA-LITURGIQUE.\nCe groupe se retrouve dans trois milieux différents : la famille, la rue, le concert.\nLa fête de Noël au sein de la famille! quelle joie pour les petits et pour les\ngrands! et cela parmi toutes les nations chrétiennes ! Ici la crèche, là l'arbre de Noël,\nlà encore l'un et l'autre à la fois! Oui, c'est là qu'est né le Noël en langue vulgaire.\nAvec la langue, le caractère particulier de chaque nation s'est manifesté dans ces\ncantiques.\nLes Noëls français, provençaux, etc., par exemple, ont été généralement composés\npour la famille et pour elle seule. Et quelle admirable fécondité de production ! que\nd'inspirations exquises et délicieuses ! Qui ne connaît la charmante collection de\nSolesmes? Les Noëls Pour honorer les langes, les Bohémiens, le Maitre de la grange\nchez qui saint Joseph a cherché un refuge, Quitte\\ pasteurs, etc., sont des morceaux\njustement aimés de tous et toujours joyeusement enlevés.\nLes Allemands, eux, ont leur Heiligste Nacht et leur Stille Nacht, etc., à l'accent\nsuave et recueilli. Aussi bien les trouve-t-on dans les livres de cantiques destinés à\nl'Eglise d'où ils ont passé dans la famille.\nD'autre cantiques, il est vrai, semblent, au contraire, avoir effectué une émigra-\n# # r\ntion en sens inverse, au grand chagrin des réformateurs de la musique d'Eglise. Tel le\ncantique entendu par feu M. Witt, le créateur de la société de Sainte-Cécile, dans une\néglise de la Souabe bavaroise. Après la consécration, raconte-t-il lui-même, l'organiste\nfaisait un prélude des* plus doux et des plus gais ! Puis commence un morceau de\nchant dialogué entre les bergers, écrit en dialecte souabe, accompagné d'une musique\nsur ces mots :\n« Stephanchen, etwas Neues \\ Petit Etienne, [écoute] une nouvelle ! » Le lecteur\ndevine la suite du morceau, et jugera de l'impression causée au grand réformateur\nallemand.\nMais tandis que la famille est réunie, on entend, du dehors même, des voix argen-\ntines, comme celle des anges de Bethléem. C'est, en effet, l'usage de certaines contrées\nque les enfants, surtout pauvres, vont chanter des Noëls sous les fenêtres de leurs\nvoisins plus favorisés par la fortune, pour recevoir ensuite une récompense justement\nméritée par ces sérénades pieuses. Sans doute, ce ne sont pas de nouvelles compositions\nqui se produisent, mais, tombant des lèvres d'enfants dans la « nuit sainte », et au\ndehors, elles semblent venir toutes fraîches du paradis.\nVoici un cantique du moyen âge en usage en Allemagne :"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.11", "texte": "LA FÊTE DE NOËL ET LA MUSIQUE\nÎV\n\nAilleurs, comme à Rome, avant 1870, les bergers descendaient des monts et\nvenaient des campagnes, pour faire entendre leurs fifres et leurs cornemuses. Qui, à\nRome, ne connaissait pas les « pifferari »? Maintenant la municipalité leur a fermé les\nportes; mais à Naples- on les voit encore, ou plutôt on les entend produire leurs con-\ncerts improvisés pendant toute la neuvaine de Noël.\nCe sont ces sérénades qui ont inspiré, sans doute, ces morceaux d'ensemble pour\ninstruments d'enfants composés dans les derniers temps, par exemple par Cromberg,\nL\net où figurent tous les instruments imaginables ; même la voix du coucou et celle\nd'autres oiseaux n'en sont pas exclues.\nSi la famille et la rue mettent si largement à contribution l'art musical, que fera\nla salle de concert? Boudera-t-elle à la vue de cet empiétement sur un domaine qu'elle\nconsidère comme le sien? Loin de là. Elle s'inspire du mystère d'abord, et puis de ce\nqu'elle entend partout autour d'elle, à l'église, devant la crèche, dans la famille, pour\ncréer des œuvres d'autant plus parfaites et sublimes qu'elles s'efforcent généralement\nde reproduire le ton simple et naïf de la fête.\nMalgré ce caractère commun à toutes les compositions, on peut distinguer parmi\nelles des compositions proprement populaires et d'autres plus savantes.\nParmi celles-là, on remarque le Adeste fideles avec des harmonisations variées,\npubliées chez Novelïo, à Londres, ou encore par un auteur français.\nQui ne connaît ensuite et n'aime pas ces vieux Noëls harmonisés par Gounod et\nd'autres, avec leurs longues notes tenues par les voix, la bouche fermée?\nEn Allemagne, Y Oratorio de Noël du curé Mùller jouit d'une légitime popularité.\nIl se compose de parties instrumentales (piano-forte avec ou sans orchestre), enchaînant\ndes parties vocales de style très simple, et l'auteur y a utilisé différents Noëls, la plu-\npart connus, et les a harmonisés d'une façon intéressante. Le tout— et c'est ce qui en a\nfait le succès est exécuté avec des tableaux vivants représentant les scènes com-\nmentées par la musique, par exemple : le paradis, l'étable de Bethléem, avec les\nbergers, etc.\nEn passant ensuite à la musique plus polyphone, nous rencontrons en Angleterre\net en Allemagne d'abord, les oratorios immortels de Haendel et de Bach, le Messie et\nY Oratorio de Noël ; puis Lowe, qui, dans son Oratorio Die Fest\\eiten, a écrit sur Noël"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.12", "texte": "UNE NOUVELLE HISTOIRE DE LA MUSIQUE\n\ndes pages charmantes et qui comptent parmi les mieux inspirées de son œuvre ; enfin le\nStem von Bethlehem de Rheinberger.\nParmi les œuvres des compositeurs français, citons La Fuite en Egypte de Berlioz,\nLa Rédemption (et le Bethléem) de Gounod et celle de César Frank, Y Oratorio de Noël\nde Saint-Saëns, La Nativité de Henri Maréchal et La Nuit de Noël de Gabriel Pierné.\nRécemment, Perosi a réjoui le monde par son bel oratorio II Natale, œuvre qui\nmarque un progrès sensible sur les compositions précédentes du maître italien. La\npeinture de la nuit de Noël par l'orchestre et le reclinavit eu min prœsepio du ténor\nsont, entre autres, des parties inoubliables pour quiconque les a entendues.\nCet aperçu, tout incomplet qu'il soit, fournit une nouvelle preuve de l'importance\nque les sublimes mystères de la religion ont eue dans le développement historique et\nesthétique de l'art, et de l'art musical en particulier. Ils sont la source la plus féconde\nde ses plus sublimes inspirations.\n\nDOM HUGUES GAISSER, O. S. B.\n\nUne nouvelle histoire de la musique.\n\nThe Oxford liistory of music, vol. /, The polyphonie period. Part. /, Method of\nmusical art, 330-1330, par H. E. Wooldridge, M. A., professeur d'histoire des\nBeaux-Arts à l'Université d'Oxford. (Un fort vol. de 388 p. avec nombreuses\nplanches musicales et fac-similés, Oxford, Clarendon Press, 1901.)\nVoici le premier volume d'une histoire de la musique dont la conception est\nnouvelle, et qui, soit par la netteté de son plan, soit par la compétence et l'autorité de\nceux qui en assureront l'exécution, paraît destinée àun brillant succès. « L'histoire de\nl'art musical, dit l'éditeur (W. H. Hadow) dans une courte préface, a été jusqu'ici\nbiographique. Elle a eu le même esprit que l'épopée, qui fixe notre admiration sur les\nprinces et les héros d'élite, mais nous renseigne peu sur le gouvernement du royaume\nou la fortune de l'armée. Cette méthode est intéressante, humaine ; elle est un\nhommage rendu aux grands maîtres ; mais elle ade nombreux inconvénients :\nelle laisse d'abord dans l'ombre les œuvres des compositeurs secondaires ;en outre,\nelle place les compositeurs de génie dans une perspective fausse. L'histoire d'un art,\ncomme celle d'une nation, est autre chose qu'une suite de prouesses individuelles. Elle\ndoit montrer les humbles commencements et le lent progrès des formes de composition.\nCela est surtout vrai de l'art musical où règne, plus que partout ailleurs, la loi de\ncontinuité ». Dans cette page, que je résume ou traduis librement, nous voyons que la\nnouvelle histoire s'attachera à l'étude àes genres et à leur évolution. On ne s'étonnera\npas qu'il en soit ainsi dans le pays de Herbert Spencer. Les deux premiers volumes,\nécrits par l'éminent professeur de l'Université d'Oxford, M. Wooldridge, s'étendront\njusqu'à la période du déchant, puis exposeront le développement du contrepoint modal\njusqu'à Palestrina; le troisième, confié à M. C. H. H. Parry, compositeur distingué,\nprofesseur de composition et d'histoire au « Royal Collège of music », ira de Josqufn et\nArcadelt (xvc siècle) jusqu'à Purcell (xvue siècle) ;le quatrième, écrit par M. ]. A. Fuller\nMaitland, sera consacré au contrepoint harmonique (Bach et Haendel) ;le cinquième\n(M. W. H. Hadow) sera consacré à l'école viennoise, de Haydn à Schubert, et au\ndéveloppement de la grande composition instrumentale ;le sixième (auteur :\nM- E, Pannreuther) décrira l'évolution de l'art roviantique représenté par Weber au"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.13", "texte": "UNE NOUVELLE HISTOIRE DE LA MUSIQUE\n\nthéâtre, Schumann et Chopin dans la musique de chambre. Les manifestations les plus\nrécentes de Y art sont laissées de côté, comme ne pouvant encore donner lieu àun\njugement-impartial et définitif; et c'est sous forme de prétérition seulement que sont\nnommés, dans ce programme, Brahms et R. Wagner, Tchaïkovsky, Dvorak et\nR. Strauss. « Notre principal objet, est-il dit encore dans la préface, est de suivre les\ndiverses phases du développement de l'art musical, à peu près comme on suit\nl'évolution d'un langage vivant ».\nTel est, en quelques mots, le plan de l'œuvre. Le cadre est très net, assez large\npour que rien de ce qui est musical ne lui demeure étranger. Personnellement, j'avoue\nque je préférerais une histoire qui ne serait pas conçue dans un esprit exclusivement\nmusical (au sens didactique et scolastique du mot), et qui, suivant la méthode\nappliquée par Taine à la littérature, s'attacherait toujours à montrer le lien de l'art\navec les mœurs, l'état de la civilisation, les circonstances de tout genre qui influent\nsur le sentiment et la pensée des compositeurs. Quand nous sommes aujourd'hui en\nprésence d'une œuvre individuelle, nous cherchons avant tout la personnalité qu'elle\nexprime ; de même, quand nous étudions un genre —le plain-chant, la polyphonie\nnéerlandaise, la symphonie, l'opéra italien, etc...— ne devons-nous pas chercher aussi\nla personnalité collective qu'il traduit et étudier l'état social qui lui a donné naissance?\nUn universitaire n'a-t-il pas une situation privilégiée pour ce genre de travail ?La mu-\nsique est une floraison; l'historien peut se borner à l'étudier en elle-même, et nous\nrendre ainsi les plus grands services; mais comme on aimerait une histoire qui retrou-\nverait les racines multiples de l'art dans la vie matérielle, politique, morale et religieuse\ndes diverses nations ! En musique, les faits sont trop souvent présentés sans préparation\nsuffisante, comme les règles de la fugue et du contrepoint qui, dès la première page\ndes traités classiques, ressemblent à des axiomes tombés du ciel. Mais un auteur\ndoit être jugé sur ce qu'il a fait, et non sur ce qu'il aurait pu faire ; aussi bien, dans le\nprogramme de l'Histoire d'Oxford, il y a quelques déclarations qui semblent promettre\nde nous satisfaire sur le point que je viens d'indiquer; et le premier sentiment que\ndoivent inspirer les débuts de cette œuvre de longue haleine, est un sentiment de\nreconnaissance.\nEn effet, le volume que vient de faire paraître M. le professeur Wooldridge et\ndont le titre est reproduit en tête de cet article, a trois caractères qui le recommandent\nsuffisamment à tous les lecteurs : il est scientifique, et en même temps très clair ;en\noutre, il contient un grand nombre de documents importants, réunis, traduits et\ncommentés souvent pour la première fois, sur les plus anciennes formes de la\ncomposition : dédiant, organum, rondel, hoquet, conduct, etc. Plus de la moitié du\nvolume (p. 175-388) est consacrée à l'étude de ces humbles commencements de l'archi-\ntecture musicale, que l'auteur classe de la manière suivante :i° Compositions où\ntoutes les parties ont les mêmes paroles (Organum communiter sumptum, Cantilena,\nRondel ou Rota) ; 20 Compositions où chaque partie aun texte spécial [Motet) ;\n30 Compositions où toutes les parties n'ont pas de paroles (Hoquet, Conduct, Organum\npurum). Les exemples musicaux, beaucoup plus étendus que le texte littéraire, et\nsouvent accompagnés d'un fac-similé phototypique, ont été pris àla Laurentienne de\nFlorence (p. 189-309 et 357-370), aux bibliothèques du British Muséum et de Cambridge\n(p. 309-324 et passinï) aux bibliothèques de Cambrai (p. 325) et de la Faculté de\nmédecine de Montpellier (p. 373 àla fin). Quelques-uns avaient été déjà reproduits\npar M. E. de Coussemaker dans son Histoire de VHarmonie au moyen âge. En\nsomme, c'est la Laurentienne qui a fourni le contingent le plus riche ;et les circons-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "438", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.14", "texte": "UNE NOUVELLE HISTOIRE DE LA MUSIQUE\n\ntances suivantes veulent que ce soit pour le plus grand plaisir de ceux qui s'intéressent\nparticulièrement à la musique française.\nLe manuscrit de la bibliothèque de Florence généralement connu sous le nom\nd'Antiphonarium mediceum contient un grand nombre de compositions vocales à 2, 3\net 4 parties (écriture du xin° siècle). Or, cette collection a été identifiée avec une série\n(ou partie de série) de six volumes connus pour avoir appartenu àla bibliothèque\nmusicale de Notre-Dame de Paris, au milieu du xiuc siècle. Voici comment cette\nidentification a pu être faite. L'auteur anonyme d'un traité De mensuris et discantu,\ndont le manuscrit se trouve au British Muséum (Royal MSS. 12. c. 6) donne la liste de\nsix volumes qu'il a probablement vus lui-même dans la « librairie »de la cathédrale\nde Paris. Déjà, le Dr Wilhelm Meyer, professeur à Gottingue, étudiant le manuscrit\nde Florence, avait été frappé de l'analogie que présentait le titre de certaines pièces\navec les indications données par l'auteur anonyme, sur la collection de Paris; il avait\nconsigné ses observations dans une brochure parue en 1898 et intitulée : Lorigine du\nMotet. M. le professeur Wooldridge, utilisant cette découverte, la met à l'abri de\ntoute contestation en publiant sur deux colonnes (p. 12 et 13) le texte des manuscrits\nde Florence et du British Muséum ; et comme le manuscrit de Florence est, à ses yeux,\nune des sources les plus riches d'inédits, il en résulte que son livre ajoute, pour nous,\nà un intérêt scientifique, un intérêt patriotique :il nous permet de croire que, dès le\nmoyen âge, la musique française commençait àse répandre à l'étranger, et que son\nmagnifique essor, au xvie siècle, ne fut pas sans préparation.\nUn mérite, d'ordre plus général, du livre de M. Wooldridge, c'est qu'il expose\ntrès clairement, et d'après le texte des théoriciens (p. 102-169), en usant de tableaux\nqui parlent aux yeux, les règles de l'écriture musicale au moyen âge; ceux qui ne sont\npas encore familiers avec ce sujet pourront s'épargner, en le lisant, des recherches\nsouvent difficiles et auront en main tout ce qui est nécessaire pour déchiffrer et\ntraduire en notation moderne les vieux monuments de l'art musical. Cette partie du\nlivre est supérieurement traitée ; je reprocherai même à l'auteur (sans exprimer, cette\nfois, une simple préférence, et en restant au point de vue où il s'est placé lui-même),\nd'avoir presque absorbé tous ses efforts dans cette étude. En somme, ce volume est\nconsacré au déchant, au cantus mensurabilis • la. musique dite « grégorienne », et la\nmusique grecque, dont il est parlé dans les pages 1-24, ne sont prises en considération\nque dans la mesure où elles font connaître les origines (ch. 1) et les matériaux\n(ch. 11 et m) de la polyphonie. Cette introduction est insuffisante; il me semble qu'il\ny a là une singulière lacune. Que la théorie do la musique grecque soit exposée en\nquelques pages, soit ; mais pourquoi le plain-chant n'est-il pas étudié pour lui-même,\ncomme une « époque » capitale de l'histoire de l'art ?Il méritait à lui seul un volume ;\net il ne manquait pas, en Angleterre, de gens compétents - tels que le Rév. W. H.\nFrere pour l'écrire. Il me paraît très regrettable que le dessein de présenter surtout\n« l'évolution » de l'art ait abouti à une pareille disproportion dans le développement\ndes diverses parties du programme. On peut regretter aussi l'absence d'indications\nbibliographiques (travaux récents). Cette omission paraît être systématique et on croit\nen deviner la cause. Une bibliographie complète du plain-chant exercerait pendant\nplusieurs années la patience d'un Ulysse Chevallier et demanderait trois ou quatre\nvolumes; on comprend alors que l'historien écarte résolument tous les ouvrages de\nseconde main pour être seul devant son sujet et n'étudier que les sources. Mais il y\na des ouvrages, publiés au xixc siècle, qui sont aussi importants que des sources,\ncar on y trouve des photographies de documents essentiels; et puisque, dans ce"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.15", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\n\npremier volume de M. Wooldridge, on rencontre les noms de Coussemaker, de\nMeyer... on s'étonne de n'y pas voir cités les Bénédictins de Solesmes et les savants\nqui, en Angleterre, ont dirigé les belles publications de la Music médiéval Society.\nEn somme, Y Histoire de la musique commencée à Oxford, est une très sérieuse\net très utile publication, plus accessible au public français, à cause de sa clarté, que la\nplupart des travaux de détail publiés en Allemagne, et que nous suivrons avec grand\nintérêt ; puisse un tel travail inspirer quelques réflexions à ceux de nos professeurs\nfrançais qui, ayant la charge d'enseigner « l'histoire des Beaux-arts », 11e se croient\nnullement obligés à s'occuper de la musique !\n\nJ. C.\n\nNotice sur deux Manuscrits de Musique de Luth,\nde la Bibliothèque de Vesoul.\n\nIl est reconnu aujourd'hui que les recueils de compositions destinées au luth sont\nau nombre des documents les plus utiles à consulter pour l'histoire des origines de la\nmusique moderne. On sait, en effet, qu'avant l'avènement du clavecin le luth était par\nexcellence l'instrument universel, propre, semblait-il, aussi bien à rythmer les mouve-\nments de la danse, qu'à soutenir la voix des chanteurs ou des diseurs de vers, et qu'à\nfaire valoir la virtuosité des solistes. Étudier sa littérature, c'est donc en même temps\nremonter aux sources de l'art instrumental, et pénétrer daps l'intimité des anciennes\nassemblées de musique ; c'est découvrir les racines profondes de certaines formes\nartistiques, et savoir de quel aliment esthétique s'entretenait l'intelligence de nos\nlointains ancêtres. A ce dernier point de vue, il sera surtout intéressant de feuilleter des\nrecueils formés par un ou plusieurs luthistes pour leur usage personnel, sans dessein\nde publication, et plutôt au jour le jour, selon leurs rencontres ou leurs préférences,\nque d'après un plan méthodique. En décrivant deux manuscrits de la fin du xvi° siècle,\nqui portent évidemment ce caractère, et que leur situation dans une bibliothèque de\nprovince rend moins accessibles que d'autres aux travailleurs, nous espérons ne pas\napporter une contribution inutile à l'étude de l'ancien art musical.\nCes deux manuscrits, à la confection desquels ont successivement coopéré\nplusieurs personnes, mais qui en dernier lieu ont été possédés par le même musicien,\nappartiennent à la bibliothèque de la ville de Vesoul (Haute-Saône). Nous les y avons\ndécouverts en 1887 dans des lots d'ouvrages imprimés, non encore classés à cette\népoque (1)* Les cotes 698 et 711, que portaient alors les deux manuscrits* et par\nlesquelles nous les avons désignés dans une précédente étude (2), devaient être\nmodifiées le jour où les volumes reviendraient à leur vraie place, parmi les manuscrits\net dans la réserve de la bibliothèque. Lorsque nous pûmes de nouveau les étudier*\nen 1901, ils étaient numérotés 9287 et 711, et ces cotes étaient encore provisoires, le\nbibliothécaire actuel, M. le professeur Stuff, procédant précisément à une refonte\ngénérale du catalogue. Faute donc d'un chiffre définitif, nous emploierons les lettres A\net B pour distinguer les deux recueils.\n\n(1) Ce fait explique comment ils n'ont pas été mentionnés dans le Catalogue des hiss. de la bibliothèque\ncîe Vesoul, qui a été dressé par M. Jules Gauthier, archiviste du Doubs, et publié dans le tome \\ 1 du\nCatalogue général des Mss. des Bibliothèques publiques des départements.\n(2) Notes sur Vhistoire du luth en France, 1900, in-B°, extr. de la Rivista musicale italianay vol.\\ et\\ T."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "440", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.16", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\n\nLe volume A (coté jusqu'ici 711) est un petit in-40 (hauteur om20, largeur omi6) de\n96 feuillets non chiffrés, contenant sur chaque face six portées de six lignes ; la ligne\ninférieure de la dernière portée se trouve en quelques feuillets supprimée ou entamée,\nsoit par une erreur de réglage, soit par la maladresse d'un relieur d'ailleurs peu habile,\net qui s'est contenté de recouvrir les cahiers de papier d'une feuille mal tendue de\nparchemin. Aucun titre, aucun nom de rédacteur ni de possesseur ne se lisent au\ndehors ni au dedans du volume. L'écriture, la notation et le choix des morceaux\ndifférencient avec une égale précision le travail des luthistes qui ont l'un après l'autre\nrempli les pages réglées.\nLe premier de ces musiciens inconnus note ses pièces selon le système de la\ntablature française, tel que l'avaient modifié les luthistes de la fin du xvie siècle,\nc'est-à-dire par lettres enfilées (1) sur une portée de six lignes, la ligne supérieure\nreprésentant la chanterelle. Il exprime les valeurs par les figures ordinaires de la\nnotation musicale. Il inscrit tantôt en français, tantôt en italien, les titres des\nmorceaux. Il' les groupe selon leur forme, par séries de pièces de même genre, laissant\nentre chaque série un petit nombre de feuillets blancs. Sa part dans le contenu du\nmanuscrit est ainsi constituée :\nFol. 1 à 11 : deux passages ; Bergamasque ; Prélude; Passe me\\e ; autre Passe\nme\\e suivi de sa Gaillarde ; Pavane diEspagne, suivie de son double ; Ballet Une\njeune fillette ; VEspagnolette ; Gaillarde ; la Barrière (en partie raturée) ; Passe me\\o\nromanesque, suivi de ses trois Gaillardes; autre Passe me\\o.\nFol. 39 à 41 : quatre Voltes ; quatre Courantes ; une cinquième Volte.\nFol. 45 à 55 : trois Branles, dont le premier porte à la fin l'indication « primo\nbrando del Lorenzino » ; quatre Branles gays ; un Branle double.\nLe répertoire de ce premier luthiste est, on le voit, formé d'airs à danser. Leur\nextrême simplicité harmonique n'exigeait de l'exécutant qu'une habileté moyenne, et\ntout au plus quelque légèreté dans les passages en notes de petites valeurs qui\nornaient ou variaient une mélodie principale, souvent gracieuse. La seule de ces petites\npièces qui porte un nom d'auteur, le « Primo brando del Lorenzino », fut imprimée\nplus tard, en 1603, au fol. 140 Ve du célèbre Thésaurus liarmonicus de Besard. Il\nen est de même pour deux petits « Branles gays » anonymes, qui se trouvent au\nfol. 51 du manuscrit, et, réunis en un seul, au fol. 143 v° du gros volume de Besard, et\n& •\nqui se font remarquer par la basse contrainte Fa, ut, fa, marquant invariablement les\ntrois temps de «chaque mesure, et accompagnant parfois un peu rudement un motif\nd'allure coulante et populaire (2).\nNous traduisons en entier et littéralement le Passe me\\o Romanesque \"et les trois\nGaillardes qui lui font suite, en forme de variations.\nAux ff. 10 v° et 12 du ms, la même tablature par lettres enfilées sert à la notation\nd'un Branle simple et d'une pièce vocale transcrite, dont le titre est donné en marge:\nDi gran valor ay, Gliinolfo Dattari (3). D'après l'aspect de l'écriture, il nous semble\ndouteux que ces deux pièces proviennent du premier possesseur du manuscrit.\n\n(1) Au lieu de lettres intercalées entre les lignes, autrement dit dans les espaces d'une portée de cinq\nlignes, comme au temps d'Albert de Ripe, Adrien Le Roy, et autres (1550 environ).\n(2) Malgré la ressemblance des titres, la Pavane d'EsJxxigne du ms. n'a point de rapports avec Ici Pavane\nEspagnole du recueil de Besard (fol. 105).\n(3) Cette pièce figure en tête du recueil de Gliinolfo Dattari, de Bologne, intitulé Le Villanelle a tre, a"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.17", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\nR. M.\n29\n\nLa part du dernier possesseur dans la rédaction du recueil est de beaucoup la plus\nconsidérable. Selon toute apparence, ce luthiste a commencé son travail au milieu du\nvolume, en partant du fol. 56 v°, et en datant sa première page du 27 juin 1598. Après\nquoi, revenant en arrière, il a utilisé les feuillets laissés en blanc par ses prédécesseurs,\net jusqu'aux portées que ceux-ci avaient négligées au bas de certaines pages. C'est\nce que prouve notamment l'inscription, grattée, mais en-core lisible, aoust 1598, au\nfol. 20 v°.\nLa tablature dont se sert ce dernier luthiste se compose de chiffres enfilés sur six\nlignes : on serait donc tenté tout d'abord de se croire en présence d'une notation\nétrangère, puisque tels étaient à cette époque les éléments de la tablature italienne ;\nmais l'on ne tarde pas à reconnaître qu'il s'agit d'une forme exceptionnelle de la\ntablature française, car la chanterelle y est bien représentée par la ligne supérieure\nde la portée, ce qui est de règle dans la notation française de luth, l'italienne, comme\nl'on sait, plaçant au contraire la chanterelle à la ligne inférieure de la portée. Les\nsignes de valeur varient. Pour les premiers morceaux inscrits (à partir du fol. 56 v°),\nle luthiste emploie les formes graphiques de la notation musicale ordinaire; ensuite il\nse contente de marquer les simples queues. Il se sert de la langue française pour les\nexplications qui accompagnent quelques morceaux (1), et ajoute des titres français\nau-dessus de certaines pièces munies de titres italiens par le premier possesseur. Il ne\nse distingue pas moins de celui-ci par le choix des morceaux que par la notation.\nExécutant plus habile ou musicien plus instruit, il donne toutes ses préférences aux\ntranscriptions de pièces d'orgue et de pièces vocales polyphoniques. La liste des\nœuvres copiées de sa main dans le manuscrit montrera qu'il allait aussi loin que\npossible dans la voie de la transcription instrumentale.\nDes ff. 56 v° à 69 v°, il note un arrangement pour luth de treize Ricercari à\nquatre parties de Costanzo Antegnati, composés originairement pour l'orgue, et qui,\nà notre connaissance, n'ont pas été retrouvés jusqu'ici dans leur forme primitive (2).\nSelon l'usage des organistes italiens de cette époque, chaque morceau porte un titre\nparticulier, que le luthiste a soin de conserver, en écrivant, en tête du premier :\n« Libro primo. Ricercar Costanzo Antegnati. La Capitana », en tête de chacun\ndes suivants, les mots « Ricercar a 4 », le numéro d'ordre et le titre : 2, la Solda;\n3, la Lana; 4, la Foresta; 5, la Longhena; 6, la Pellegrina; 8, la Secca; 9, la Spina;\n10, la Martinenga; 11, la Calina; 12, la Morara; 14, la Guarina; 15, la Zecca (3).\nLa mention du nom de l'auteur manque sur d'autres pièces instrumentales,\ncontenues dans les ff. Biv°à92, et présentées sous les titres suivants: fol. 81 v° :\n« Canton sesta, VAlcenagina; sopra Vestiva i colli\\ fol. 82 v° et suiv., Canton prima,\nla Rovatina; 2, V Ardina\\ [3] la Galluppa; 4, la Rustica [sopra; Vitam œternam;\n5, la Pompona\\\\a\\ f la Guamina ;8, la Banchierina ; 9, la Camerina, sopra Veni\n\nQuattro, e a cinque voci, publié à Venise, par Girolamo Scotto, en 1568. Voy. E. Vogel, Bibliothek der\ngedruckten weltlichen Vocalmusik Italiens, 1892, t. I, p. 199.\n(1) Par exemple « Retournez à telle signe . gi . Recommencés au commencement à tel signe .. et finés à\ntel marque n ».\n(2) Pétis (Biogr. univ. des mus. I, 116), A.-G. Ritter (Zur Geschichte des Orgelspiels, 1884, p. 14 et s.),\net M. Eitner (Qucllen-Lexikon, t. I, 1900, p. 165) ne connaissent pas même le titre de cette œuvre d'Antegnati.\nEn tète de son op. XVI, l'Antegnata, intavolatura de Ricercari d'organo, imprimé en 1608, Antegnati\nplaçait une dédicace où il se disait poussé par ses amis à publier les travaux de ses dernières années, pour\noffrir au monde quelque chose de meilleur que l'œuvre de sa première ardeur juvénile. Cette phrase, citée\ndans le Catalogo délia Biblioteca del Liceo musicale di Bologna, t. I, 1890, p. 330, se rapporte probablement\nau Libro primo de Ricercari.\n(3) Le luthiste s'est abstenu de transcrire les nOB 7et 13."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "442", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.18", "texte": "ÎDEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\n\ndilecte mi; 11, la Organistina bella, in écho (1). » Un bibliographe plus habile ou\nplus heureux que nous parviendra sans doute à déterminer, à l'aide de ces dénomina-\ntions particulières de chaque morceau, le titre général du recueil d'après lequel notre\nluthiste a exécuté sa transcription ou sa copie. La pièce inscrite sous le n° 7, la\nGuamina, est une œUvre de Giuseppe Guami, qui a été plusieurs fois réimprimée (2).\nNous choisissons dans cette série le n° 11, la Organistina bella, qui donnera tout\nà la fois un exemple de l'habileté d'exécution à laquelle parvenaient certains joueurs\nde luth, sous le rapport de la plénitude harmonique, et un échantillon du procédé de\nY écho. Ce moyen d'effet, tout extérieur, avait acquis une grande vogue vers la fin du\nxvie siècle. Il était d'un emploi fréquent dans les madrigaux et les motets à deux\nchœurs de l'école vénitienne, et les progrès de la virtuosité pouvaient en permettre\nl'introduction dans la musique d'orgue ou de luth. Notre manuscrit désigne soigneu-\nsement toutes les oppositions de piano et de forte qui doivent se succéder au cours de\nla Canzone, et qui justifient la mention : in écho, ajoutée à son titre.\nAu f. 94 v°, le même luthiste a noté encore un Ricercar anonyme. Trois petits\npréludes, intercalés aux ff. 44, 49 et 53, complètent la partie purement instrumentale\nde son répertoire. La partie vocale, c'est-à-dire les transcriptions pour luth de\ncompositions vocales à plusieurs voix, comprend 54 pièces, dont 43 portent le nom\nd'Orlando de Lassus; le reste se divise entre Horatio Vecchi (2 pièces), André Rota (2),\nLeone Leoni (2), Claudio Merulo, Tiburtio Massaino et Valerio Bona (chacun une\ncomposition) ; deux morceaux sont anonymes (3), et tous, bien entendu, sans autres\nparoles que les premiers mots servant de titres. Nous en dressons la liste d'après\nl'ordre numérique des feuillets, sans revenir sur la date d'inscription dans le volume :\nFol. 11. Et boire d la fontaine, à f. Horatio Vecchi (4).\nFol. 12 v° Missa d 5. Nuncium vobis. Tiburtium Massainum. Liber primus.\n(Kyrie et Christe, Et in terra, Qui tollis, « Passaige », Patrem, Crucifixus à 3, Et in spi-\nritum à 5, Sanctus, Agnus Dei) (5).\nFol. 18 v° Benedic. Domine nos. à 5. Andrece Rotce. Liber secundus (6).\nFol. 19 Agimus tibi gra [ti] as, à 5. Andraœ Rotœ,\nFol. 19 v° (continué sur les portées inférieures des ff. 20 et 22). Magnificat\nà 8, Claudio Merulo (7).\n\n(1) Le ii° iô est omis paf le luthiste.\n(2) Elle est placée la première dans le livre d'orgue de Guami, intitulé Partitura fier sonare delle\nCanzonette alla francese, publié à Venise, chez Giac. Vincenti, en 1601, et dont un exemplaire existe au\nLiceo musicale de Bologne. Aucun autre morceau de ce livre, dont M. L. Torchi a bien voulu nous copier1 la\n1 able des matières, ne fait partie de la série contenue dans le manuscrit que nous décrivons. La Guamina a\nété réimprimée à Baie, en 1617, dans le recueil de Joh. Woltz, Nova musices organicœ Tabulatura, das ist :\ncine neue Art teutscher Tabulatur, etc. A.-G. Ritter, ouvr. cité, 2e partie, n° 5 des exemples notés, et\nL. Torchi, la Musica istrumentale m Italia, dans la Rivista musicale italiana, vol. V, p. 469, ont de nos\njours réimprimé la Guamina en notation moderne. La publication de Ritter, qui est intégrale, a été faite\nd après le recueil de Joh. V oltz ; celle de M. 1 orchi, qui se bDrne au début du morceau, a été faite d'après\n1 édition de 1601 des 6anzonette de Guami. Cette différence de source explique les différences sensibles des\ndeux publications.\n3) On verra plus loin que l'un des deux est de Leone Leoni.\n(4) Cette pièce forme la seconde partie de la chanson « J'ai vu le cerf du bois saillir », imprimée dans\n1 œuvre d Hor. Vecchi, Selva di varia recreatione, etc., à Venise, chez Angelo Gardano, en et de\nnouveau en 1595; réimprimée à Nuremberg, en 1600 (Voyez Vogel, Bibliethek der gedruckten welllichen\nVocalmusik Italiens, t, 11, p. 267, 269, 284); publiée en partition par M. Weckerlin (Bibl. du Conscrv.\nCatalogue de la réserve, p. 417).\n(5) Le premier livre des messes de Tiburtio Massaino parut à Venise, chez Angelo Gardano, en 1578 puis\nen nouvelle édition, à \\ enise, chez Ricciardo Amadino, en 1595.\n(6) Le second livre des motets d'André Rota fut imprimé à Venise, chez An g. Gardane, en 1595,\n(7) Nous ne connaissons pas l'édition originale des Magnificat de Claudio Merulo,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.19", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\n\nFol. 20 v° Non e lasso un morire. A 5. Léon Leoni. 2 Cant. (O.\nFol. 23 à3B v, œuvres d'Orlando de Lassus toutes désignées par leurs titres avec\nle prénom « Orlando >» ou l'abréviation « Orl. >» ; ce sont : Le vray amy, - Le temps\npassé (à 4 voix), - Te spectant Reginalde,radios (à 5 voix), _ Petite\nfolle, - Trop endurer, - O tems divers, - Du corps absent, - J'ai cherché la\nscience,-La mort est jeu, -Il estait une Vray\nDieu disoitune fillette, Fuyons tous d'amour le jeu, de me faire\ngrâce, - Mes pas semés, - Le temps peut bien, - Bonjour mon cœur, - Margot\nlaboures les vignes, Ce faulxamour, —En m'ayant chanter, —Je ne veux rien,\nEn un heu ou lon ne voit goutte, Avec vous mon amour, —Je Vayme bien,\nUn jour vis un foulon, Las voule\\ vous qu'une personne chante (tous à 4 voix).\nFol. 45> T/ le long temps, à 4, Orlando (de Lassus).\nFol. 70 v® à 80 v», nouvelle série de compositions d'Orlando de Lassus : Un\nadvocat, - Helas quel jour, -Je suis quasi, - Si par souhait, - Un doux nennv\n- Deus qui bonum vinum, - Monsieur l'abbé, - Soyons joyeux. - Ardant amour.\nA ce matin, En espoir vis, Si vous n'estes en bon point (tous à 4 voix),\nSur tous regrets, Las me faut-il tant de mal supporter, Le rossignol\n(à 5 voix) (2).\nFol. 92 v° Misser. San Martin. A 5 » (3).\nFol. 93. Mentrempia mano tenta. A 5. Léon Leoni.\nFol. 93 V 0 Cintia il soave et odorato. A 5 [L. Leoni] (4).\nFol. 95 v° Conceptio tua, à 4. Valerio Bona (5).\nFol. 96 V 0 Cicirlanda che comanda,à y,Horatio (6).\nToutes ces transcriptions nous paraissent avoir été effectuées par le luthiste même\nqui les a inscrites dans le manuscrit, les traduisant en tablature selon la méthode très\nsimple qu Adrien Le Roy avait enseignée dans son Instruction imprimée, et que de\nnombreux praticiens avaient employée avant lui (7). Cette méthode, qui consistait à\nnoter d'abord en tablature la première voix, seule, de la composition choisie, et\nensuite à y joindre les trois autres une à une, aussi fidèlement que le permettait le\ndoigté de l'instrument, cette méthode était une sorte de mise en partition, dans\nlaquelle la substitution de la tablature de luth à la notation proprement dite transfor-\nmait radicalement l'aspect de l'œuvre. Nous reviendrons plus loin, avec des exemples\nà l'appui, sur la question des transcriptions. Avant de fermer le manuscrit A, nous\ndevons encore signaler la présence, à l'intérieur de la couverture, d'un fragment de\nt\n\n(1) Ce madrigal de I, Leoni fut imprimé dans son Primo libre de Madrigali a ci„que voct, Venise Ane\nGardano, 1588. Voy. Vogel, ouvr. cité, t. I, p. 366. ' n^'\n(2) Il est difficile de deviner de quelle édition vocale des chansons de Lassus le luthiste s'est servi pour\nson arrangement instrumental. On peut remarquer cependant que tous les morceaux qu'il a choisisse trouvent\n(en se succédant souvent dans le meme ordre) dans l'édition de r570 des Mélanges : d'Or de\nif\"\"*' contenant plusieurs chansons,tant en vers latins Ryme etc., Paris Le Roy et\nI.allard, 1570. Voy. Eitner, Chronol. Verzeichniss der gedrucklen Werke von H. L. von Hassler und 0,1 de\nLassus, Berlin, 1874, in-8.\n(3) Nous n'avons pu découvrir l'original de cette composition.\npliJhaut68 dCUX m°rCeaUX S°nt Urés dU Prïm° libro de ™*drigali à cinque voci, de Leoni, qui a été cité\n(5) Nous n avons pu déterminer à quelle édition vocale était empruntée cette pièce.\n(6) Cette chanson de Vecchi se trouve dans le même recueil que celle précédemment citée « T'ai vu le\ncert » [àeiva ai varia ricreazione, etc., 1590, 1595). '\n(7) La première édition de X Instruction de Le Roy n'a pas été retrouvée. Sa traduction anglaise par\nJ. Kingston, publiée en 1574, est à la Bibliothèque nationale. -"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.20", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\n\n%\nmesse à 4 voix, sans titre et sans nom d'auteur (« Amen, Et vitam venturi seculi, Amen »),\ndont l'écriture, très négligée, diffère de celle des luthistes qui ont travaillé au manus-\ncrit lui-même.\nLe manuscrit B (autrefois coté 698, et actuellement, mais d'une manière provisoire,\n9287), est un in-8 oblong (de omi4s de hauteur sur om2oB de largeur) formé de cahiers\nde papier réglé dont chaque page contient 4 portées de 6 lignes, et qui ont, comme\npour le manuscrit A, été reliés avant d'être remplis. Les premiers feuillets ont été arra-\nchés, ainsi que le dos et le plat supérieur de la reliure; le dernier plat, qui subsiste, est\nen veau brun, gaufré à froid d'un charmant encadrement en style Renaissance ; il porte\nles débris de quatre rubans de soie qui servaient de fermoirs. Quelques feuillets ont été\négalement arrachés vers le milieu du volume. Il reste en tout 162 ff. non chiffrés, pour\nlesquels nous avons supposé une pagination conforme à l'état actuel du manuscrit.\nComme le manuscrit A, le manuscrit B a appartenu à plusieurs musiciens qui ont\nl'un après l'autre travaillé à le remplir. Le premier se servait de la tablature italienne\nordinaire, en chiffres enfilés sur 6 lignes, la chanterelle à la ligne inférieure. Il indi-\nquait les valeurs tantôt par les figures des notes, tantôt et plus fréquemment par les\nqueues seulement, Il faisait usage du latin ou de l'italien, plutôt que du français,\nlorsqu'il ajoutait aux morceaux quelque explication. Sa part dans le total des pièces\ncontenues dans le manuscrft est de 76, qui ne portent pour la plupart pas de titre ni\nde nom d'auteur, et qui sont groupées par séries. Les ff. laissés vides entre ces séries\nont été plus tard utilisés par les autres possesseurs du volume.\nLe feuillet qui, par suite de la mutilation du manuscrit, se trouve aujourd'hui le\npremier, contient au recto la fin d'un Ricercar, et au verso, Vadmiralle, galliarde.\nEnsuite viennent : fol. 240, Galliarde el Molinaro ; ff. 9 à 12, trois pièces sans titres;\nff. 16 à 19, quatre pièces sans titres; f. 20 v° Ongni ver me aluno venero; f. 21, Amor\nse doxa mor la doglia ; f. 22, R. damor (R == Residuum, fin); f. 25 à 28, quatre pièces\nsans titres; f. 33 V 0 Ricercar; ff. 34 v° à 41,' Recercar xvj à xviiij ; àla fin de ce\ndernier, les mots : « Ista est xviiij a qua erat incipiend. » ; f. 43 v° R. xv ; ff. 46 v° à\n65, dix pièces sans titres ; f. 66 v°, une pièce sans titre, en marge de laquelle le troisième\npossesseur du ms a ajouté : Le content est riche en ce monde, à q, Crecquillon (1);\nff. 67 V 0 à 75 v°, six pièces sans titres ; f. 77 (après un certain nombre de ff. arrachés),\nla fin d'une pièce sans titre; f. 77 v°, une pièce sans titre ; ff. 78 v° à 104 v°. 23 pièces\nportant, avec la lettre R. (Ricercar), les chiffres o à 22, plus, pour le n° 2, les mots\nC'est à grant tort, et, pour le n° 3, Languir (2); f. 106, pièce suivie des mots finis le\nberger (3) ; f. 107, pièce suivie des mots finis Maudite soit la mondaine richesse qui\nma ostè ma maistresse, Roy (4); f. 109, Prceludium ; f. 109 v°, pièce sans titre, en\nmarge de laquelle une autre main, celle, vraisemblablement, du troisième possesseur,\na ajouté: La Bataille, ày, Jannequin (5); fol. 117, pièce sans titre; fol. 119 v°, pièce\nprécédée du titre abrégé Pt. rex et suivie d'une 2. Ps (secunda pars) ; fol. 123 v° Rex\n\n(1) Nous ne connaissons pas l'édition originale de cette chanson de Crecquillon.\n(2 et 3) Ce sont les titres de chansons plusieurs fois mises en musique par divers compositeurs.\n(4) Ce texte, mis en musique par Clàudin de Sermisy, a été imprimé en 1573 dans le Second Recueil des\nRecueils de C hausons, d Adrien Le Roy. Le mot Roy, dans le manuscrit B, pourrait donc n'être que l'indi-\ncation de l'imprimeur. Voy. pour ce Recueil, Eitner, Bibliographie der Musiksammelwerke. p. 185.\n(5) On sait que Jannequin avait écrit sa chanson à 4 voix ; une cinquième voix, facultative y fut ajoutée\npar Verdelot. '"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.21", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\n\nant. David ; fol. 125, de Marguano, avec le titre complété en marge par le troisième\npossesseur : la Bataille, ày, Jannequin un ton plus haut, et à la fin, fol. 127 finis\nprime partis; la seconde partie de la chanson n'y est pas jointe; fol. 1 $3, Adspicias,\nmorceau accompagné de paroles latines (Adspicias utinam, quce sit scribentis\nimagoy etc , Ovide, Héroïdes, ep. vu), mais dont la notation cependant uniquement\ninstrumentale peut faire supposer une déclamation soutenue par les accords du\nluth (1) ; fol. 138, Stabat mater, ày, Josquin de Près ; fol. 143 v° Amours p. [ar] t [e] s;\nfol. 144 v°, Rigueur me bat, faictes moy la vengeance ; fol. 145 v°, pièce sans titre.\nLe premier rédacteur du manuscrit B composait donc principalement son réper-\ntoire de Ricercari et de transcriptions d'œuvres vocales; les deux genres se confon-\ndaient jusqu'à un certain point, puisque les Ricercari étaient en général imités librement\nde compositions vocales, et que la plupart d'entre eux pourraient, au prix de minu-\ntieuses recherches, être rapprochés de chansons ou de motets à plusieurs voix. Lorsque,\nd'ailleurs, l'œuvre vocale ne se transformait pas en Ricercar, et que le luthiste\nsemblait s'enfermer dans le simple rôle d'adaptateur, en se bornant à la transcription\nlittérale de son modèle, la nature de l'instrument auquel elle se trouvait tout à coup\ndestinée lui imposait une complète transformation. Noji seulement la superposition\ndes parties mélodiques se perdait entièrement dans une exécution par accords ; non\nseulement leurs rythmes individuels disparaissaient dans la symétrie forcée d'une\nmesure uniforme à laquelle des barres de séparation servaient désormais de points de\npartage (2) ; mais, pour remédier au peu de durée des sons, tels que pouvait les\nengendrer un instrument à cordes pincées, les virtuoses s'ingéniaient à dédoubler les\nnotes longues, à intercaler entre elles des notes de passage et d'ornement. Le choix de\nces dessins accessoires, quoique réduit à un nombre restreint de formules convenues,\nétait encore assez large pour que, d'une transcription à l'autre, la même œuvre prît un\naspect quelque peu différent.\n(A suivre.)\nN. B. Dans les citations reproduites à la suite de cet article, 'p. 449, 1. 10,\nmesure 6, au 3e temps, lire do naturel au lieu de si naturel.\n\nMICHEL BRENET.\n\n(1) Nous avons public le début de cette pièce dans nos Notes sur l'histoire du luth en France.\n(2) C'est avec le dessein de conserver ces deux traits caractéristiques de physionomie de la musique de\nluth, que nous avons adopté, dans nos traductions de la tablature en notation moderne, le système de repro-\nduction littérale, au lieu de chercher à reconstituer les parties, ainsi que le font plusieurs de nos\nqui visent un but différent."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.22", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\n\n1. Passe mezo Romanesque, fol. 8."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.23", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "448", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.24", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.25", "texte": "DEUX MANUSCRITS DE MUSIQUE DE LUTH\n\n2 Canzone 11. La Organistina bella, in Echo. fol. 91."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.26", "texte": "E. GROSSE\n\nE. Grosse, professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau: Les débuts de\nl'Art, traduit de l'allemand par E. DIRR, introduction par Léon MARILLIER. —\nAlcan, 1902.\n\nNous avons trop la superstition de notre art et de notre civilisation. Il serait\nbon d'étendre nos regards au delà de l'horizon européen. Le Congrès d'histoire de la\nmusique, récemment tenu à Taris, essaya d'attirer l'attention des historiens et des\nartistes sur les musiques exotiques; il émit le vœu qu'il se tondât une société inter-\nnationale, pour recueillir par des moyens phonographiques les mélodies populaires du\nmonde entier, et que, pour mettre ces documents à la portée des gens d'étude, les\nmusées d'instruments annexés aux grands conservatoires eussent des appareils où ces\nairs fussent enregistrés.\nLa bibliothèque de l'Opéra donnait déjà l'exemple, sur l'initiative de M. Malherbe,\nqui avait commencé de réunir des cylindres phonographiques, sur lesquels sont notés\ndes airs de danses des îles de l'Océanie.\nVoici un ouvrage qui répond aux mêmes tendances, et qui, sans avoir pu disposer,\nau moment où il fut écrit, des documents phonographiques (i), ouvre hardiment à\nl'histoire de la musique, et à l'histoire de l'art en général, une voie nouvelle dans une\nterre inconnue, à l'extrême lointain de la civilisation humaine.\nPourquoi n'y a-t-il pas encore de science de l'art? se demande M. Grosse. Parce\nqu'on n'y observe pas de méthode scientifique. Partout ailleurs, on commence par le\ncommencement. On étudie d'abord les formes les plus simples des phénomènes, et ce\nn'est qu'après avoir bien compris la nature et les conditions de ces formes simples,\nqu'on aborde l'explication des formes plus compliquées. « La science des religions\nne commence pas par l'étude des systèmes religieux très développés des peuples civi-\nlisés : bouddhisme, christianisme, ou islamisme, mais par l'étude de la croyance aux\ndémons et de l'animisme des tribus primitives. » La science de l'art fait seule\nexception. Il semble même qu'elle tende à devenir plus étroite de jour en jour. Au\nsiècle dernier, l'abbé Dubos étudiait l'art des Mexicains et des Péruviens. Herder était\ncurieux de la vieille poésie populaire du monde entier. Aujourd'hui, un Taine ou un\nHennequin ne s'occupe plus que de l'Europe; un Guyau limite même son étude à la\nFrance duxixe siècle. Le champ d'observation est beaucoup trop restreint, et la période\nobservée beaucoup trop complexe, pour que l'on puisse arriver à des résultats satisfai-\nsants. u Si nous voulons parvenir un jour à comprendre scientifiquement l'art des\npeuples civilisés, nous devons pénétrer d'abord la nature et les conditions de l'art des\nnon civilisés ». C'est donc à l'étude de l'art des peuples primitifs que s'applique\nM. Grosse.\nIl faut définir avec exactitude ce terme de peuples primitifs. M. Grosse montre\nqu'ils se distinguent partout à la façon primitive dont ils se procurent leur nourri-\nture : ce sont essentiellement les peuples chasseurs, et ramasseurs de plantes,\ndont les représentants principaux sont encore aujourd'hui les Hyperboréen? (Esqui-\nmaux); en Afrique, les Boschimans, et les vagabonds du Kalahari; en Amérique, les\nAleutes, les Fuégiens et les Botocudos; en Asie, les Mincopies des îles Adamanes ;\net surtout les indigènes de l'Australie, ce continent qui offre les derniers vestiges d'un\nmonde disparu.\n\n(1) La première édition allemande de ce livre parut en 1894."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.27", "texte": "E. GROSSE\n\nChez ces différents peuples, M. Grosse étudie tour à tour toutes les formes de\nFart : la parure, l'art ornementaire, la sculpture, la peinture, la danse, la poésie et la\nmusique. Nous ne nous occuperons ici que de cette dernière.\nJ'ai dit que les moyens d'investigation de M. Grosse étaient nécessairement un\npeu incomplets. Il en convient lui-même. Il s'appuie en effet sur des descriptions trop\ngénérales, ou sur des appréciations forcément un peu vagues, ou sur des notations\ninexactes; « car la musique de ces peuples n'a pas les mêmes intervalles que la nôtre,\net notre système de notes ne saurait être substitué au leur ». Il ne faut donc prendre\ncette étude que comme Fessai intéressant d'une science nouvelle. La plupart des ren-\nseignements ont été empruntés par M. Grosse aux ouvrages du prince de Wied sur les\nBotocudos, du Dr Brander et de Man sur les Mincopies, de Lumholtz, Gerland, Frey-\ncinet et Beckler, sur les Australiens, de Boas sur les Esquimaux, de Théophile Hahn\net de Lichtenstein sur les Boschimans.\nVoici très rapidement les principaux résultats que donnent les observations de\nces voyageurs :\ni° Comme il fallait s'y attendre, la musique des peuples primitifs est surtout\nvocale ;\n2° Elle comprend très peu de notes, parfois deux ou trois seulement, et des inter-\nvalles peu éloignés. La plupart de ces peuples ont très peu, certains même (comme les\nMincopies) point du tout, l'idée d'une hauteur déterminée de son;\n3e Le rythme est, chez tous, beaucoup plus important, plus régulier, plus rigou-\nreusement réglé que l'harmonie;\n4° Il y a chez les peuples primitifs des degrés très différents de développement\nmusical; et ces degrés ne correspondent pas nécessairement à ceux du développement\ngénéral de leur civilisation. Les Botocudos et les Mincopies semblent les moins doués\npour la musique ; les Boschimans le sont le mieux. Je reproduis les deux courts passages\nqui, parmi ces notes de voyages, donnent les renseignements les plus précis. Le\npremier est de Freycinet sur les indigènes de la Nouvelle-Hollande : « Le caractère\nessentiel de cette musique consiste en ce qu'on établit d'abord un ton, ou un inter-\nvalle (intervalle de seconde), puis que, de cet intervalle, la voix s'abaisse graduellement\nd'une octave environ. On pourrait caractériser l'air entier comme un abaissement\nintentionnel et graduel de la voix, à partir d'un ton déterminé, abaissement accom-\npagné de variations rythmiques. » L'autre passage est de Lichtenstein sur les Boschi-\nmans : a La musique boschimane, entendue d'un peu loin, est plaintive et calmante.\nBien qu'elle ne contienne pas plus de six (cinq?) sons, qui ne font pas partie de notre\ngamme, mais qui forment des intervalles autres que les nôtres, ces sons, le rhythme\ninaccoutumé et la bizarrerie de cette mélodie lui prêtent un charme particulier. Ces\nintervalles, non identiques aux nôtres, sont pourtant assez réguliers et assez faciles à\nsaisir pour plaire à l'oreille. Entre la tonique et l'octave, il n'y a que trois intervalles :\nle premier est un peu au-dessous de notre tierce majeure; le second est entre la quinte\njuste et la quinte diminuée; et le troisième entre la sixte majeure et la septième\nmineure-; on croirait entendre une modulation en accord de septième diminuée. Les\njoueurs de gora expérimentés produisent un second intervalle, quelquefois même un\ntroisième, une octave plus haut; mais ces tons hauts ont quelque chose d'hésitant, et\nne sont que rarement la vraie octave du ton fondamental. La mélodie manque, au sens\npropre du mot; ce n'est qu'un changement lent, coulant, des mêmes sons; et, avant\nchaque variation, on reprend le ton fondamental » ;\n5* Les instruments sont rares; ce sont principalement des instruments de mesure."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.28", "texte": "E. GROSSE\n\nAvant tout, la timbale, qui manque aux seuls Botocudos, et qui se trouve sous la forme\nla plus primitive, en Australie, où elle n'est autre que la peau d'opossum, qui sert de\nmanteau aux femmes. Les Esquimaux ont un tambourin à manche. Les Botocudos ont\ninventé une flûte en jonc, et une trompette en peau. Les Boschimans, plus avancés,\nont le violon à trois cordes, probablement emprunté aux nègres, et la harpe faite\nd'une citrouille, qui leur vient sans doute des Hottentots. « Elle consiste en un arc en\nbois, qui porte une citrouille à l'une de ses extrémités; sur l'unique corde de cet\ninstrument glisse un anneau, qui permet de raccourcir ou d'allonger la partie vibrante. »\nL'instrument le plus original de ces peuples primitifs semble être la gora des Boschi-\n-9\nmans. C'est une modification de leur harpe. « On insère un tuyau de plume, auquel on\ndonne la forme d'une feuille, entre le bois et la corde. Le musicien joue de cet instrument\nen le mettant devant sa bouche, et en faisant vibrer le tuyau de plume par des inspi-\nrations et des expirations. Les sons de la gora sont très faibles; aussi le joueur met\nEindex de la main droite avec laquelle il tient l'instrument, dans son oreille, pour mieux\nentendre les sons qu'il produit... Un artiste consommé peut produire les octaves en\nsoufflant avec plus de force, comme on fait en jouant de la flûte, instrument qui donne\nune idée assez exacte des sons de la gora. »\nMuni de ces faits, M. Grosse examine les principales théories émises jusqu'à\nprésent sur les origines et la nature de la musique. La première est celle de l'abbé\nDubos, reprise par Herbert Spencer, qui voit dans la musique « une imitation de la\nnature », et en particulier, « des sons, des accents, des soupirs, des modulations de la\nvoix, de la parole émue ». Mais, si cette théorie était vraie, la musique primitive serait\ntrès proche de la parole passionnée ; et comme elle, le chant se distinguerait de la parole\nordinaire par un haussement de la voix. Il n'en est rien, dit M. Grosse. En fait, « les\nprimitifs chantent aussi souvent à voix basse qu'à voix haute. Le chant des femmes\naustraliennes n'est souvent qu'un murmure incompréhensible ». Nous avons vu que le\nnombre des notes est extrêmement limité, et les intervalles beaucoup moins grands que\nceux de la parole émue, oû l'on parcourt parfois des octaves, ou des douzièmes. Bref,\n« le chant primitif se distingue autant (si ce n'est plus) du discours émotionnel, chez\nles peuples inférieurs, que chez les civilisés ».\nLa seconde grande théorie est celle de Schopenhauer, qui déclare que « la musique\nest absolument indépendante du monde phénomène », et de tous les autres arts, qui\nsont, au contraire d'elle, imitatifs et plastiques. Malgré toute la sympathie que M. Grosse\na pour cette conception, il est bien forcé de faire remarquer que dans les tribus\nprimitives la musique est toujours liée à la danse et à la poésie. « Les Botocudos ne\nchantent jamais sans danser, et réciproquement. » Il n'y a chez eux qu'un mot pour les\ndeux actes. Chez les Esquimaux, la maison oû l'on danse se nomme maison de chant.\nEt, d'autre part, il n'y a pas de poésie primitive qui ne soit prononcée sous forme de\nrécitatif, ou accompagnée d'un air.\nQu'est-ce donc que la musique, à ses débuts ? Darwin écrit que « la faculté de pro-\nduire des sons musicaux et des rythmes a été acquise par nos ancêtres animaux, comme\nmoyen de séduire les individus de l'autre sexe ». Mais M. Grosse montre qu'aucune\ninformation ne permet de croire que la musique soit chez les peuples primitifs un\nmoyen d'excitation sexuelle, ni qu'elle joue aucun rôle dans leur vie amoureuse. En\nrevanche, on remarque qu'ils l'emploient, avec la danse, comme excitation au combat.\nMais a la guerre ne tient pas une place importante dans la vie des peuples primitifs »,\net, en fin de compte, il semble bien que la musique n'ait pas d'autre objet que la musique\nelle-même, le plaisir musical pur. « Le Boschiman écoute pendant des heures les gons"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.29", "texte": "LA ROMANCE D'AUTREFOIS\n\nde sa gora, sans se soucier d'autre chose que des suites de sons qu'il produit... Les\nAustraliens chantent presque toujours, quand ils sont seuls... La parole des indigènes\nde la Nouvelle-Hollande passe, dans toutes les occasions solennelles, à une espèce de\nrécitatif; toute sensation un peu violente semble les amener à chanter. » 11 y a là\nquelque chose de naturel, d'immédiat, d'instinctif, d'animal. Et comment n'en pas rap-\nprocher cette anecdote, citée par Brehm, dans son Thierleben : « La femelle de l'hylo-\nbates (gibbon), Raflesii, à Londres, chantait quelquefois. Elle commençait par le\nton fondamental ut, et montait en demi-tons une octave entière, parcourant\ntoute la gamme chromatique. Le ton fondamental revenait avant chaque note. A\nmesure que la voix montait, les tons s'espaçaient; mais en descendant la gamme, les\ntons se suivaient de plus en plus vite. Elle terminait son chant par un cri perçant\nqu'elle poussait de toutes ses forces. L'exactitude, la rapidité, et la sûreté avec\nlesquelles l'animal chantait la gamme, excitaient l'étonnement de tous. »\nNous voici bien loin des nobles origines fabuleuses de la musique, des beaux demi-\ndieux helléniques, des Olympiens créateurs de la lyre et de la syrinx : Apollon, Pan,\nHermès, Orphée. Oserai-je dire que mon imagination ne s'en sent point blessée,\nqu'elle éprouve même je ne sais quel plaisir à l'idée que nous partageons la plus noble\ndes jouissances avec les plus humbles de nos frères. Il y a une sorte de poésie dans la\npensée que la musique est la langue naturelle de tout ce qui respire, que nul être n'en\nest dépourvu, qu'elle est le reflet inconscient des rêveries et des désirs qui s'ignorent\neux-mêmes, l'expression mystérieuse de la vie intérieure du monde.\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nLa romance d'autrefois. Maximin Deloche.\n\nM. Hartwig Derenbourg, le savant éminent, membre de l'lnstitut, qui a succédé (Académie\ndes Inscriptions et Belles-Lettres) à Maximin Deloche, a lu récemment, sous la coupole, une\ntrès belle notice sur son prédécesseur, qui fut amateur de musique en même temps qu'archéo-\nlogue. M. Derenbourg veut bien nous envoyer, pour être insérées dans cette Revue, les pages\nsuivantes de sa notice :\nMaximin Deloche, rédacteur et sous-chef au Ministère des Travaux publics, sans\nmanquer aux obligations imposées par ses fonctions administratives, avait fait profes-\nsion d'adepte initié aux secrets de la composition musicale. Plus d'un collègue blâmait\ncette concurrence à la bureaucratie et la dénonçait comme une incorrection. Deloche\npersévérait dans son péché, malgré les remontrances de ses supérieurs qu'offusquaient\nses succès dans les salons et dans les concerts (i). Il ne se contentait pas d'écrire; on\ngravait de lui des romances, des ballades, des mélodies, des nocturnes, des chanson-\nnettes, et jusqu'à une féerie dans le goût du temps, avec une pointe de sentiment,\ncomme chez ses émules, Loïsa Puget, Joseph Darcier, Pierre Dupont, Paul Ilenrion,\nGustave Nadaud. Disciple quelque peu indépendant de nos confrères Fromental Halévy\net Henri Reber, il maintint toujours son idéal à une certaine hauteur en n'accommodant\nque des poésies sans vulgarité et sans licence. La Rêveuse, sur des paroles d'Arsène\n\n(i) Plusieurs romances mises en musique par Deloche ont été réimprimées en 1868 dans une collection\nintitulée : La Muse des cafés-concerts. Romances et chansonnettes de divers auteurs. Plies portent la note\nsuivante : « A l'avenir, les compositions de M. Deloche seront publiées sous le nom de Jules \\ alry. » C'est\nen vain que, mes amis et moi nous avons fait des battues pour découvrir un morceau de musique signé de ce\npseudonyme."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.30", "texte": "OUELOUES LETTRES DE CHABRIER\nX X\n\nHoussaye, est assurément sa vierge la moins farouche. Si j'avais la jolie voix de ténor,\navec laquelle Deloche faisait valoir, en s'accompagnant lui-même au piano, ses mélo-\ndies; si, comme lui, j'avais appris à chanter chez Manuel Garcia, le frère de la Malibran\net de Mme Pauline Viardot, je serais mieux en état que par mon témoignage de vous\nfaire goûter l'inspiration musicale de votre confrère.\nDans l'album de 1843, se rencontre, entre autres romances '. Jeanne et ma montagne,\nlimousine (1). Et nous voici par le sujet conduits vers le terroir pour lequel Deloche\néprouva une passion dominante. La petite patrie dans la grande patrie exerçait sur le\nTulliste transplanté un charme irrésistible et l'enserrait dans des liens qu'il ne chercha\njamais à rompre. Les chansons populaires du pays natal eurent pour lui, dans cette\npériode de sa vie, le même attrait qu'il ressentit ultérieurement pour le passé historique\net géographique du Limousin. Un quart de siècle plus tard, La belle Lisette, légende\ntulliste, ressuscitée par lui et par lui communiquée avec amour à Ambroise Thomas\nen 1867, n'a-t-elle pas disputé presque jusqu'à la veille de la représentation les préfé-\nrences du compositeur d\"Hamlet à la mélodie norvégienne devenue au quatrième acte\nl'émouvante lamentation d'Ophélie (2)? Deloche, s'il n'orchestra plus lui-même ses\nœuvres récentes, ne cessa pas de noter, pour son , -Courage de parents et d'amis, en\nparticulier pour ses petits-enfants, les airs qu'il ima;. ait ou qu'il recueillait. A-t-il\ncollaboré aux revues spéciales qui s'imprimaient à Paris, aux environs de 1840? Je\nl'ignore; je ne connais que sa Notice musicale sur Renaud de Vilbach, publiée à Paris\nen 1844. Pour courte qu'elle soit, elle nous révèle son esthétique musicale, son culte\npour Mozart, « ce génie sublime qui, seul avec Raphaël d'Urbin, a reçu le surnom de\nDivin, et qui, ainsi que Raphaël, a passé sur notre terre comme un brillant météore »,\nson désaveu « de l'influence et du système habituel de M. Halévy », son admiration\npour les mélodies du « fécond Rossini », son goût pour l'orgue, « ce divin instrument\nqui, par ses ressources infinies, peut seul suppléer à l'orchestre », sa passion pour la\nfranchise, la clarté, l'originalité dans les idées et dans la forme des accompagnements,\npour la simplicité dans les moyens et la puissance dans l'effet. La liberté de conscience\nlittéraire est aussi prônée dans cet opuscule comme la dernière conquête libérale du\nsiècle, et Deloche y paraît un peu désabusé de Paris, « immense cité, oû les grandes\npassions et les grandes existences s'agitent sous l'éternel brouillard qui l'enveloppe ».\n\nHARTWIG DERENBOURG.\nde l'Institut de France.\n\nQuelques lettres inédites d'Emmanuel Chabrier.\n\nM. Paul Lacombe, membre correspondant de l'lnstitut (section musicale), veut\nbien nous communiquer, pour être publiées dans cette , quelques lettres inédites\nadressées à lui par Emmanuel Chabrier. Qu'il reçoive ici les remerciements de tous\nceux qui ont conservé pour le maître de Gwendoline leur admirative religion !\n\n(1) Les paroles ne sont ni de Maximin Deloche, qui n'a jamais versifié, ni d'André Lemoyne, auquel, par\nune confusion avec l'éditeur de même nom ou à peu près (Henri Lemoine), elles ont été attribuées. Elle'sont\nen réalité d'Émile Barateau. Voir dans la Publication officielle de notre Académie, p. 13, le Discours prononcé\npar notre éminent confrère, M. Edmond Perricr, aux funérailles de M. Deloche, le jeudi 15 février 1900, et la\nrectification dans le Compte rendu de la séance tenue par l'Association Corrézienne, le 25 février 1900.\n(2) EDMOND PERRIER, Discours, Publication officielle, p. 14 ; cf. JULES TIERSOT, dans la Revue des tradi-\ntions #oJ>ulaires, XII (1897), p. 144."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.31", "texte": "QUELQUES LETTRES DE CHABRIER\n\nComme toutes les lettres de Chabrier, celles-ci sont pleines de naturel et\nd'abandon. Un charme simple s'en dégage. Elles sont quelquefois d'une fantaisie déli-\ncieuse; parfois aussi elles décèlent l'émotion la plus vive.\nCe n'est pas un des moindres attraits de cette physionomie si curieuse, que ce don\nd'épistolier qu'avait Chabrier. Ceux qui n'ont connu que superficiellement l'admirable\nmusicien qu'il fut, seront surpris de trouver dans ses lettres une forme aussi intéres-\nsante. Les autres y reconnaîtront les faces multiples de cette âme française : la gaîté\nla plus exubérante ainsi que la plus délicate bonté. Ils y retrouveront presque jusqu'à\nl'accent de Chabrier : ce parler un peu gras qu'il émaillait volontiers d'expressions\nfamilières.\nAvec une malicieuse bonhomie, il raconte les événements coutumiers, leur donne\nun tour pittoresque, en fait ressortir le caractère poétique ou sentimental, et sait en\nformer les plus vivants tableaux. Le sens très fin qu'il avait du ridicule le lui fait\ndéceler très rapidement, et souvent il le couvre d'un léger voile de sentimentalité nar-\nquoise. Je sais ainsi certain récit de noce de village\nLes lettres que nous publions aujourd'hui ne sont point aussi familières. Ce sont\nles lettres d'un musicien à un autre musicien. Elles abondent en conseils pratiques et\nen confidences d'auteur. Pourtant, là non plus, il n'a pas pu se départir de son aimable\nlaisser-aller. Les expressions de camaraderie et d'amitié y cachent sans cesse ce que\nl'explication technique pourrait avoir d'un peu froid.\nSon tempérament fougueux le portait à exprimer toutes les nuances de sentiment,\navec des expressions dont la force allait jusqu'à l'outrance. La grandeur était le gigan-\ntesque pour lui; rien n'était assez succulent pour l'exprimer, et ce terrible emporté se\nfaisait le plus tendre des hommes pour peindre la délicatesse ténue d'un sentiment à\npeine indiqué.\nLes mots eux-mêmes semblaient se mesurer aux idées, et des plus pompeux se\nperdaient dans l'imprévu des vocables les plus vagues. Il eût voulu trouver des mots\nd'enfant pour traduire les plus exquises émotions.\nIl était doué d'une vraie sensibilité, et s'est souvent perdu à vouloir en peindre les\nmultiples reflets. Ceux qui n'ont connu Chabrier que dans les dernières années de sa\nvie ont pu se tromper sur lui. Il n'était plus lui-même, l'homme libre, spontané, bon,\nsans haine et sans jalousie.\nDans une des lettres qu'il adressait à M. Paul Lacombe, il parle de Vincent\nd'lndy en termes affectueusement grondeurs : a II y a longtemps que je suis sans\nnouvelles de ce sacré d'lndy. Je vais lui écrire. Il est dans sonArdèche, en train assu-\nrément de faire des choses très chic. » Cette simple phrase rappelle une des plus\nsolides amitiés de Chabrier. Il aimait profondément en Vincent d'lndy l'homme et\nl'artiste. Et son affection s'exprimait en un de ces surnoms familiers qu'il se plaisait\nà donnet. Sur la cheminée de son bureau, on voyait une photographie déjà ancienne\nde l'auteur du Chant de la cloche.\nC'était alors un d'lndy tout jeune, à la silhouette élégante, les cheveux assez\nlongs et un peu tombants sur le front. On voyait déjà dans l'énergique physionomie\ndeux yeux profonds et pensifs... La plus affectueuse des dédicaces s'y lisait. C'était\nune des figures que Chabrier aimait à avoir autour de lui avec son médaillon de\nBerlioz, son masque de Wagner, les feuilles de lierre cueillies sur la tombe de Schu-\nmann et de Liszt, les portraits de Lamoureux, de Hermann Levi, de Mottl. On\npouvait y voir aussi une amusante photographie où un petit et gros Chabrier tout\nremuant expliquait, le doigt levé, quelque chose à un énorme et placide Van Dyk."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "456", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.32", "texte": "QUELQUES LETTRES DE CHABRIER\n\nSi Chabrier était fidèle aux amis vivants, il ne Tétait pas moins aux morts. A son\ncôté on voyait en un petit cadre les premiers vers de Brisèis, de la main du pauvre\nEphraïm Mikhael, qu'il avait durant les dernières années de sa vie placés pieusement\nau milieu des souvenirs les plus chéris.\nIl avait la plus grande admiration pour le génie de Franck, et mêlait, dans sa\nreligion pour l'auteur des Béatitudes, la splendeur de sa musique à la beauté de sa vie\nsi pure et si digne. Les jours où Chabrier revenait du boulevard Saint-Michel, sa figure\nrayonnait.\nLorsque, déjà fatigué et malade, il me présenta pour la première fois à d'lndy\npour une certaine éducation musicale à entreprendre, sans songer au but réel de leur\nrencontre, les deux musiciens restèrent longtemps l'un en face de l'autre tristes et\ncomme désorientés (c'était peu de temps après la mort de Franck), et tous deux\nabsorbés dans une commune vision. « Ah I si le père Franck était là! »\nJusqu'aux dernières années de sa vie, il s'intéressa vivement aux productions de\nmusiciens plus jeunes que lui. Il avait la plus tendre admiration pour le Réve d'Alfred\nBruneau, et priait Debussy, dont il aimait beaucoup le talent, de lui envoyer son qua-\ntuor (( avant sa mort », disait-il mélancoliquement.\nS'il chérissait vivement ceux qu'il aimait, il savait aussi par un contraste naturel être\ntrès dur envers ceux qu'il méprisait. Un jour, nous allions en voiture à l'atelier de\nChéret; soudain, dans une rue voisine de la rue Richer, il envoie un coup de canne\ndans le dos du cocher et lui crie de s'arrêter. Inquiet, je regarde Chabrier qui roulait\ndes yeux furibonds. « Vois-tu,me dit-il en me happant le bras d'une main crispée,\nvois-tu ce monsieur qui passe là-bas ? Eh bien, c'est ce cochon de X... qui fait de la si\nsale musique ; cocher, continuez ! » Voilà l'homme. Le malheureux X... ne lui avait sans\ndoute fait d'autre tort que d'écrire de la musique inexpressive et banale. Mais c'était\nla pire chose. Jamais Chabrier ne supporta le « quelconque » en art. Son salon, son\ncabinet de travail étaient tapissés de toiles de peintres novateurs, ses amis : Manet,\nMonet, Renoir, Sisley, Cézanne, et ses camarades musiciens s'appelaient d'lndy,\nFauré, Duparc, Chausson c'est-à-dire des artistes luttant et peinant vers un\nhorizon inexploré. Le fabricant de musique était sa bête noire, et rien n'est plus drôle\nqu'une courte entrevue dont les termes ne sont plus présents à ma mémoire, entre\nChabrier et Ambroise Thomas.\nPresque toutes les lettres que nous publions aujourd'hui sont datées de la Mem-\nbrolle, un joli petit pays situé près de Tours. Quels délicieux souvenirs ce nom évoque\nen moi! Les départs avec la bonne Nanine, l'excellente nourrice de Chabrier, orgueil-\nleuse de son Emmanuel, le vénérant religieusement et le bousculant encore d'un\ntutoiement grondeur; l'arrivée à l'aube, les bonnes senteurs fraîches s'échappant des\nbranches humides, les braves gens sur leur porte, et, par-dessus tout, Chabrier faisant\ntumultueusement les honneurs de la délicieuse petite maison de sa belle-mère... Je le\nvois encore me conduisant dans la chambre qui m'était réservée, et d'où, disait-il, on\napercevait un bout de rivière, un bout de ciel, un bout de pré, une branche fleurie,\net un petit chemin raviné par où passerait peut-être quelque fraîche paysanne...\nUne nuit, dans l'indécision de l'aube qui n'est pas encore et de la nuit qui part\ndéjà, il vint me chercher. « Mon petit, disait-il, avec sa bonne grosse voix, il y a un\nrossignol qui chante... » Et à moitié endormi, il me fallait souscrire fidèlement à l'extase\ndu grand artiste qui se pâmait devant la fenêtre ouverte.\nLe jour de Pâques, en toilette des dimanches, nous sortions, et sur le seuil des\nportes, les braves gens saluaient leur hôte illustre qui avait pour chacun quelque"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.33", "texte": "QUELQUES LETTRES DE CHABRIER\nR. M.\n30\n\naimable parole : aux hommes, il demandait avec intérêt des nouvelles de leur vache ou\nde leur moisson; aux femmes, avec un spirituel clignement d'œil, il décochait quelque\ngaillardise, ou adressait quelque tendre compliment. Et son jeune compagnon que le\nmaître couvait avec des gestes de mère-poule, et dont les commères connaissaient\nà 1 avance 1 histoire, était partout reçu comme le privilégié qui approchait le grand\nhomme. Puis c'était un service célébré au pénitencier de Mettray. Et là, Chabrier était\ntrès ému :on jouait quelque vieux morceau de primitif italien, et tous ces jeunes\ndétenus, la solennité du jour, les voix qui se mêlaient aux amples sonorités de l'orgue,\nremplissaient l'âme du musicien d'une émotion qu'il ne pouvait point ne pas me\ncommuniquer. Il était d'ailleurs coutumier du fait, et n'aimait pas à garder pour lui\nl'impression causée par une belle œuvre. Un jour, à l'Opéra, pendant une représentation\nde la Walkûre, il m'empêcha d'entendre une note de l'ouvrage, m'enfonçant les côtes à\ncoups de coude pour attirer mon attention, m'analysant la musique, me criblant de\ndétails techniques, qu'il pointait d'interjections admiratives. Cette difficulté qu'il avait\nde renfermer en lui son enthousiasme se montre même dans ses livres familiers. Son\nWagner, qui m'a été légué par sa famille, et que je conserve précieusement, porte en\nmarge des coups de crayon admiratifs; c'est à chaque page un point d'exclamation,\nvoire une phrase, un : Est-ce beau! un : Admirable! et de grandes lignes\nentourent la page aimée du geste arrondi qui lui était familier.\nUne lettre de lui que nous publions est datée de Bayreuth. On y voit combien\nChabrier sentait la grandeur des drames wagnériens. Cette intelligente admiration a\néLé mise à profit lors des exécutions de Tristan au Château-d'Eau, par Lamoureux.\nChabrier était alors chef des chœurs. On lira dans les lettres qui suivent quelques\nboutades à l'adresse de Lamoureux, boutades toutes bénignes, mais qui font penser à\nl'amitié, à l'admiration que Chabrier avait pour le grand chef d'orchestre. Et combien\ncette amitié et cette admiration lui étaient rendues !\nMais que ces souvenirs sont lointains déjà! Une brume de tristesse a passé sur\ncette joyeuse époque, a Vépoque oii fêtais chic », disait Chabrier; celle du Roi malgré\n%\nlui. « Je ne déteste pas d* écrire ce genre-là », écrit-il à propos de son opéra-comique ( i).\nQue n'a-t-il toujours persévéré dans cette voie! Que n'a-il composé le drame bouffe,\nqu'il était seul à même d'écrire et dont il aurait sûrement fait un chef d'œuvre !\nMais les derniers moments de sa vie nous ramènent bien loin de ces années\nheureuses où tout lui chantait la joie la plus libre et la plus spontanée.\nJ'ai vu un jour une carte qui, dans la simple mention dont elle était revêtue, expri-\nmait la mélancolie la plus profonde. Chabrier demandait des entrées à l'Opéra pour\nses fils. Là non plus il ne se servit pas d'une formule vulgaire. Il priait le contrôleur\nen chef d'assurer deux places à ses enfants, et il ajoutait : Vous fer ie\\ le plus vif plaisir\nà Vauteur de Gwendoline ». Voulait-il par là se servir d'une formule prétentieuse?\nNon. Il craignait peut-être, le pauvre moribond, que son nom ne fût pas connu du\nfonctionnaire auquel il s'adressait et il espérait que son œuvre, jouée à l'Opéra, le\nserait davantage. Il voulait que l'on sût que le malade éloigné des répétitions,\nc'était lui; et que cette musique qu'à la première il trouvait belle et ne reconnaissait\npas, il en était pourtant l'auteur. Encore, à ce moment, il avait des heures de belle\nlucidité. Le lendemain de cette première de Gwendoline où l'émotion avait rendu son\ncerveau plus trouble que jamais, il passa la soirée chez moi, et depuis sept heures\n\n(i) Ceux que les lettres de Chabrier intéressent surtout à ce point de vue particulier pourront en trouver\ndans une étude que j'ai fait paraître sous ce titre : Emmanuel Chabrier et le Rire Musical. (Revue d'Art\ndramatique, 5 et 20 octobre 1899.)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.34", "texte": "OUELOUES LETTRES DE CHABRIER\nr-m/\n\njusqu'à deux heures du matin nous tint sous le charme de récits pleins d'esprit et de\nvariété. Mais lorsque le souvenir de sa maladie se présentait, une tristesse plus vive\nse peignait sur ses* traits. « Et c'est ça, disait-il, qui a fait Gwendoline et le Roi\nmalgré lui ! ».\n« Il y en a là, de la musique, vois-tu! », me disait-il, en me montrant le manuscrit\nde Briséis, soigneusement rangé, et ses autres œuvres classées comme pour un inven-\ntaire mortuaire; et il s'en allait tristement, en passant sa main sur son front soucieux.\nLa gaîté, l'exubérance des anciens jours étaient bien loin. Quand sa fin fut venue,\npour beaucoup il était déjà mort depuis longtemps. Et de fait, quand je reçus un télé-\ngramme me rappelant pour assister à la mise en bière, les traits du maître aimé\nm'apparurent moins terribles que pendant sa longue agonie. La mort avait redonné\ndu calme à cette physionomie que les tourments dévoraient depuis si longtemps.\nUn grand chagrin, de nature tout intime, et que sa sensibilité naturelle avait accru,\nfut le début de cette lente agonie. Le jour où Chabrier perdit sa vieille, comme il\nl'appelait, sa bonne Nanon, quelque chose de sa vie partit avec elle. Cet homme que\nla vie la plus active n'avait pu fatiguer, que les déceptions n'avaient point abattu, fut\nimpuissant devant la douleur que lui causa la mort de cette humble et douce créature\nqui avait aidé ses premiers pas et reçu la confidence de ses premiers espoirs.\nLe service funèbre de Chabrier s'est fait dans une froide et triste église. Peu de\nmusiciens entouraient son cercueil; c'était une mauvaise saison, pour un grand\nenterrement. Mais, en revanche, bien des larmes sincères coulaient, bien des gorges\nétaient contractées par l'émotion.\nL'Église n'honora point de ses chants ce grand artiste, et Chabrier est parti sans\nmusique. Mais peut-être, étant donné l'habituel appareil sonore des enterrements, est-ce\npour un si grand musicien la plus désirable des destinées?\nQu'importent d'ailleurs ces détails et l'injuste oubli où est plongée l'œuvre de Cha-\nbrier ! Comme celle de tous les grands artistes, elle ne peut disparaître. Elle vivra.\nMais je me reproche d'avoir tant retardé le plaisir que le lecteur prendra à lire ses\nlettres. Les souvenirs s'enchaînent aux souvenirs, joyeux ou tristes, —une égoïste joie\nde résurrection nous fait revivre des heures lointaines, et nous n'avons pas le courage\nde nous borner, quand au plaisir d'évoquer une image chère se mêle celui de rendre à\nun maître aimé un hommage de gratitude et d'admiration.\n\nROBERT BRUSSEL.\n\nLa Meinbroile, par Mettray (Indre-et-Loire).\nMon cher Lacombe,\nComme vous le voyez, j'y suis toujours, - jusqu'au 25 septembre au plus tard,\npar exemple.\nNon. Faites copier les parties d'orchestre, et au lieu de lettres, mettez des\nnuméros, toutes les 30 à 35 mesures, au crayon bleu ou rouge, comme ceci (1) :\net très en évidence, et très gros, un grand rond et le chiffre au milieu entre les\ntimbales et le quatuor, là où il y a toujours des portées vides* Pardon de ces détails,\nmais, chez Lamoureux, aux répétitions, ça prend une importance énorme ; je préfère\nvous éviter des ennuis. Et revoyez vous-même vos parties, toutes, toutes, violons par\nviolons;que les sf,p,pp, les signes decresc., dimetc., soient bien tous àla même place.\n\n(1) Ici, dans l'autographe, un fac-similé de partition, avec deux cercles au crayon rouge*\n%"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.35", "texte": "QUELQUES LETTRES DE CHABRIER\n\nFaites-vous aider, plutôt, si vous vous méfiez de vos distractions. D'lndy, pour ça, est\nmerveilleux: il ne manque pas un bouton de guêtre à ses partitions; aussi Lamoureux\n1 adore. Donc, vous etes prévenu. Si vous m'en croyez, venez tout au commencement\nd octobre faire un tour à Paris, on jouerait ça à Lamoureux; je suis à votre disposition\npour le 2 mains ou le 4 mains, et ferai tout mon possible pour emballer notre audi-\nteur. Écrivez-moi à cette époque.\nMettez aux divers instruments —surtout à Vharmonie et la batterie et harpes, des\nRÉPLIQUES TRÈS LONGUES ; un copiste vous sabrera ça ; faites donc vous-même ce tra-\nvail; tout au moins, préparez-le audit copiste.\nA vous bien affectueusement.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\nA la Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 11 mai 85.\nCher ami,\nVotre bonne et affectueuse lettre est venue me retrouver ici. Si je vais à Toulouse\nce seia beaucoup pour aller à Carcassonne, croyez-le bien. Lamoureux doit venir me\nvoir vers la fin du mois; je lui réclamerai votre morceau, le lirai, et vous donnerai mon\nhumble avis. Votre Suite pastorale me paraît être effectivement le morceau que j'ai\nentendu à la Société, il y a quelque 3 a 5 ans> et dont nous étions tous si contencs.\nIl y avait un morceau là-dedans que j'aimais beaucoup: relancez le nommé Hartmann,\nsans quoi il n'enverra rien. Qu'il me l'adresse ici, où je suis pour un bon bout de temps.\nJe termine ma petite partition de Gwendohne, qui doit passer en décembre à la Mon-\nnaie. La Monnaie! c'est par antiphrase, probablement : trouvez-vous que nous en\ngagnions heaucoup, à ce métier-là? Ah! c'est une jolie vocation, comme dit le bour-\ngeois . Mais il parait que je 1 entre dans la catégorie des veinards : je perce un peu, à\nquarante-trois ans; je n'ai donc pas le droit de me plaindre. Attendre vingt ans, il est\nconvenu que c'est plus que le minimum; mettons que ce soit le rêve, et n'en parlons\nplus. Ecrivez-moi de temps en temps, je vous répondrai très régulièrement. Je suis\nti es touche des déniaiches que vous avez bien voulu faire pour moi, mon cher ami. Je\nvous assure que je vous en suis fort reconnaissant, et que je ne demande qu'à vous\nêtre agréable, le cas échéant.\nVotre bien affectueusement dévoué.\n\nLa Membrolle, par Mettray, (Indre-et-Loire), 9 juin 1885.\nCher ami,\nJ attendais toujours que Lam. vint. D où mon silence* Mais il ne vient pas, il ne\nviendra sans doute plus, et je tiens a vous répondre. J aime beaucoup ce morceau-là ;\nle début est tout à fait trouvé, le développement excellent; c'est de la musique. Du\nreste, vous en êtes imprégné. Que cette musique produise beaucoup d'effet à Carcas-\nsonne, voire à Toulouse, je n'oserais me prononcer, mais je sais bien que si je portais\nça à Ambert (Puy-de-Dôme), ma ville natale, je- n'aurais pas de sérénade sous mes\nfenêtres; je trouverais difficilement une âme « sœur de la mienne », à moins que ce ne\nfût celle de l'aliéniste de l'endroit.\nJe vous promets de lui jouer votre prélude et de le lui recommander chaudement*\nJe prévois les objections, je les connais : « Ce morceau est court... il est difficile...\nc est un bon bout de repétition passé là-dessus, sans corser pour cela mon pro-*\ngramme... » Il aime les morceaux développés aupoint de vue pratique, car s'il se donne\nbeaucoup de mal pour les faire exécuter, il trouve du moins, pour son programme>\nun numéro çonsèquen"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.36", "texte": "OUELOUES LETTRES DE CHABRIER\n\nFaites-lui donc quelque chose ; une ouverture, un poème symphonique, n'importe.\nJe suis tout à votre disposition pour lui fairé entendre vos œuvres. Il est fort bien dis-\nposé pour les compositeurs français, et c'est encore lui, somme toute, qui en joue le\nplus. Allons, voulez-vous que je vous envoie du papier ? Un coup de collier, camarade,\net arrivez au commencement d octobre, sinon (je la connais encore) il vous dira que\nses programmes sont bondés. C'est le cliché.\nAdieu et bon courage.\nVotre affectionné.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\nJeudi.\nCher ami,\nJ'ai reçu lettre et morceau et les deux m'ont fait grand plaisir. Je pars demain\npour Bruxelles et en reviens mardi prochain. Je n'y retournerai que vers la fin du mois\nde janvier, quand on sera en plein travail. Je compte passer fin février. Il faut aupa-\nravant liquider les Templiers (Litolff) et Saint-Megrin (Hillemacher et Sons).\nD'lndy sera joué à l'Eden du 15 au 25 janvier. On s'y met ces jours-ci et les\nchœurs auront du coton.\nLa partition de Gwendoline paraîtra vers le jour de la première.\nVenez me voir aussitôt ici. Je vous attends le verre en main.\nA vous cordialement.\nUn peu pressé, camarade!...\n\nEMMANUEL CHABRIER.\nLa Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 1$ juin 1886.\nJe vous remercie bien, mon cher ami, de l'affectueuse lettre que vous venez de\nm'adresser. Nous n'avons jamais la chance de nous rencontrer à Paris, c'est assom-\nmant. Espérons que, l'hiver prochain, nous pourrons nous rattraper. Ma pièce, pas-\nsant le 10 avril, le théâtre de la Monnaie fermant toujours le ler mai, je ne devais\ncompter que sur un nombre assez restreint de représentations. Sans la faillite, j'aurais\nété joué deux ou trois fois de plus, je l'ai été six fois ; je présume qu'on me reprendra\nen septembre, je n'ai donc pas à me plaindre. Avant de me mettre à un autre ouvrage,\nplus développé et assez sérieux, je fabrique, en ce moment, trois actes d'opèra-comique\nau vrai sens du mot, pour Carvalho. J'ai quatre mois pour faire ça et l'orchestrer. Ce\nsera donc purement et simplement une œuvre très légère, aussi gaie que possible (car\nje ne déteste pas d'écrire ce genre-là) et (c'est la grosse affaire) au cas de succès, c'est\nun peu d'argent. Or, j'en mange depuis cinq ans; ça m'embête. Donc, des motifs,\ncomme dit le bourgeois; des airs, des chansons, ni plus, ni moins. Je tâcherai de\nrester genuine.\nC'est trop loin, votre Carcassonne. Pourquoi n'auriez-vous pas à Paris un pied-à-\n-terre où vous passeriez quelques bons mois?\nA bientôt et merci, mon bon camarade. A vous cordialement.\nIl y a longtemps que je suis sans nouvelles de ce sacré d'indy. Je vais lui écrire.\nIl est dans son Ardèche, en train, assurément, de faire des choses très chic."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.37", "texte": "QUELQUES LETTRES DE CHABRIER\n\nEMMANUEL CHABRIER.\n15 octobre 1886.\nMon bon ami,\nLa partie orchestrale de Gwendoline n'est pas gravée et ne le sera probablement\npas d'ici longtemps. C'est une grosse dépense. Si ma pièce arrivait à l'Opéra, peut-être\nmes éditeurs se décideraient-ils. Il n'existe que mon manuscrit. C'est là-dessus que\nDupont a conduit à Bruxelles. Lamoureux ne me jouera pas cette année, du moins.\nC'est un bruit qui a couru, mais voilà tout. S'il me jouait, vous pensez si je serais\nheureux! Je tâcherai défaire chanter Y Epithalame à ses concerts. Il me joue Y ou-\nverture le mois prochain. Il n'y pas d'autre arrangement que le quatre mains de la\npartition; c'est difficile et incommode à jouer; mais je préfère qu'on la lise; même bien\njoué, ça ne dit pas grand'chose au piano.\nQuant à l'opéra-comique, il avance tout doucettement; il serait terminé il y a beau\ntemps, n'étaient des modifications assez importantes apportées depuis peu au livret et\nd'où il résulte que j'ai de la musique faite pour rien, et de la nouvelle à fabriquer. Je\nne passerai pas avant le commencement de mars. Vous verra-t-on cet hiver ? Vous\ndevenez par trop rare. Prévenez-moi quand vous serez pour venir à Paris. J'ai une\nbesogne infernale. Dans ce métier-là, ou bien l'on a trop de temps, parce que l'on ne\nvous commande rien, ou bien l'on n'en a jamais assez, parce qu'il faudrait que tout fût\nfait sur-le-champ. Et je ne fais rien facilement; tout me coûte. Enfin, c'est ainsi.\nAdieu, camarade, et toujours bien à vous très affectueusement.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\nBayreuth, 22 juillet 1889.\nCher ami,\nJe suis ici depuis trois ou quatre jours, ÉPERDU d'admiration, et j'y reste jusqu'à\nla fin du mois. Mille remerciements; c'est ma femme qui a reçu le journal; elle va\nfaire traduire l'article par Enoch, me l'enverra, puis vous retournera ledit journal.\nÇa a marché supérieurement, là-bas, et je pense que plusieurs théâtres vont\nmonter ma petite Gwendoline que vous voulez bien aimer un peu.\nJe n'ai pas fini le premier acte de l'ouvrage auquel je travaille actuellement; c'est\nvous dire que j'en ai encore pour dix-huit mois. C'est très dur à faire et je voudrais\nque ce fût bien.\nQuand venez-vous à Paris? J'y serai à demeure à partir des premiers jours de\nseptembre. Si vous veniez à cette époque, n'oubliez pas l'ami Chabrier et sa côtelette.\nA bientôt, camarade, encore merci et sincèrement à vous.\n\nLa Membrolle, par Mettray (Indre-et-Loire), 8 mai 1892.\nMon bien cher Lacombe,\nJe vous prie de me pardonner mon retard; vous savez toute l'amitié que j'ai pour\nvous ; mais j'ai été surmené tellement tous ces temps-ci, je suis devenu si nerveux, que\nce n'est pas tout à fait de ma faute. J'ai, de plus, laissé s'accumuler des masses de\nlettres en souffrance, mais ne m'en veuillez pas trop; celle-ci est si heureuse, à cette\nheure, de bavarder avec vous, que nous allons varier un peu ce paragraphe.\nDonc, cher ami, j'ai reçu, fort bien reçu les deux morceaux de caractères si diffé-\nrents et de si belle ou amusante tournure que vous m'avez envoyés.\nMerci de m'avoir dédié votre Parade hongroise, que je trouve si habile de coupe"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.38", "texte": "QUELQUES LETTRES DE CHABRIER\n\nrythmique, de choix mélodique de notes pimpantes et d'idées originales. Votre début,\ncarrure en cinq mesures, est charmant de désinvolture; on se cambre déjà! Le haut\nde la page 3, coquet comme tout; c'est du ballet ravissant. Et ondoyant, si ondoyant,\ndiiai-je, voluptueux et câlin, le léger frôlement de la quatrième croche sur le temps\nfort, avec une liaison savoureuse! Nous avons enfin, à la cinquième ligne de la même\npdge, quelques titillements qui doivent, à l'orchestre, avec les frôlements susdits, faire\nun effet ravissant, dédié aux dames. Très à effet, le crescendo de la cinquième page,\nà partir du ff, de 1 ostmato d un accord de la mineur (1) et de la rythmique des deux\ndernières lignes; voilà de quoi prouver que ce morceau est réussi de tout point, qu'il\nme plaît infiniment et d'autant plus que, fort friand moi-même des rythmes, j'aurai là\nl'occasion de me délecter. Encore une fois, ce doit être bien à l'orchestre, où je\nvoudrais l'entendre ; encore merci et compliments.\nJ'ai, du reste, un faible pour ce morceau-là. Je vais parler un peu de la Marche\ntlegiaque, qui, je lai su, mais, je n'étais plus à Paris, restant àla campagne\npresque toute l'année à cause de mon ouvrage à faire (je suis aux deux tiers du\ndeuxième acte il yen a trois), Brisèis (avec Catulle Mendès), a été jouée chez\nLamoureux. Vous devez prendre cette belle page asse\\ lentement; je voudrais la voir\ninstrumentée; je trouve la première phrase, je pourrais dire toute la première page,\nd un sentiment très profond; très pénétrantes les septième et huitième mesures, avec\nle retour en sol du motif initial ; très tendre, la treizième mesure, et la dernière ligne :\nc'est là une très impressionnante page dont je vous fais mes compliments, mon bon\nami. Je voudrais connaître l'effet orchestral de tout le passage en la bémol qui doit\netre délicieux; toutefois, je comprends moins pourquoi, après ce magistral début,\nc'est par le fait une mesure à quatre temps très lente, ce qui semble continuer à\nquatre temps la première page de votre marche (est-ce cela?). Est-ce pour motiver un\npassage rêveur et élégiaque ? Je trouve ce rythme inquiétant pour un morceau qui\nn est pas longuement développé ; quoique les éléments me plaisent infiniment, je crois\nqu'il était très possible de le traiter plus largement (2) et, je vous le répète, cher ami,\nen brave confrère, je ne le saisis pas très bien, Y ensemble de cette œuvre; et je vou-\ndrais vous l'entendre jouer pour en avoir une idée très nette. La première page\nest superbe. J'ai pris, à lire ces deux morceaux si opposés, un grand plaisir.\nEt je ne veux pas rester bredouille, moi ; de mon côté, je veux vous envoyer\nquelques-unes de mes machines. Il y en a pour tous les goûts et caractères. Vous\nm'écrirez aussi, dès que vous les aurez lues, et me donnerez votre opinion.\nSi vous restiez dans le courant de juin, je pourrais vous voir à Paris, mais je ne\npuis guere m absenter en ce moment. Espérons qu'on pourra se serrer la main. Il y a\nassez longtemps qu'on ne s'est vu, et je n'ai jamais vu Carcassonne !\nAdieu, mon bon ami, bon travail et bonne santé.\nVotre ami dévoué,\n(1) Jai voulu dire d'un mi traversant 3ou 4 accords.\n(2) Question de coquetterie! - Je voudrais l'avoir fait. Je parle de votre Marche êlêgiaque, bien entendu.\n\nEMMANUEL CHABRIER.\n\n24 mai 1892.\nCher ami,\nCarcassonnez-vous en ce moment et avez-vous reçu la musique que je vous ai\nenvoyée, recommandée, il y a huit à dix jours?]"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.39", "texte": "LE VANDALISME MUSICAL\n\nLin petit mot de réponse, si vous n'avez pas trop chaud. Je me figure que, là-bas,\non doit griller ferme sur les remparts?\nVotre bien affectionné,\n\nEMMANUEL CHABRIER.\n\nLe vandalisme musical. — Beethoven mis au point\npar Castil-Blaze.\n\nLe hasard a mis sous mes yeux, à la bibliothèque de l'Opéra (n° 1069 du cata-\nlogue), une partition, piano et chant, de Fidelio, dont la lecture réserve des surprises.\nLe titre porte : « LÉONORE, mélodrame en trois actes suivis d'un épilogue, d'après\nJ.N. Bouilly, paroles de Castil-Bla\\e, musique de Beethoven »,etc. « Ce mélodrame\nne peut être représenté sur aucun théâtre de France sans V autorisation spéciale du\ntraducteur, propriétaire dit drame (Loi du 19 janvier 1791). » Les titres de Castib\nBlaze à cette propriété sont, il est vrai, sérieux, et méritent d'être signalés.\nQuelques nouveautés d'abord, dans la liste des personnages : celui de Jaquino\ndisparaît. Ferdinand s'appelle Alvarez; Rocco, Roc; et l'un des deux coryphées, dans\nle chœur des prisonniers, est baptisé Diégo.\nDe l'ouverture, rien à dire : c'est une réduction à peu près fidèle, quoique mau-\nvaise, de l'ouverture en mi.\nMais les transformations commencent avec le premier acte. Les trois morceaux du\ndébut, duetto, air de Marceline, quatuor, sont radicalement supprimés. A leur place,\nl'orchestre joue l'introduction de la symphonie en la (44 mesures) agrémentée d'un\ndialogue musical, dû à Castil-Blaze, comme tous les récitatifs qui dans « sa »\npartition cousent les divers morceaux, où Roc et Marceline échangent leurs pensers\nen attendant Fidelio. Mais le plus beau est cette savoureuse annotation, qu'on lit au\nbas de la page: a Au concert, on peut supprimer les parties de Roc et de Marceline. »\nReconnaissons que Beethoven aurait signé cette remarque. Au moment où\nl'andante de l'introduction s'enchaîne à l'allégro, Fidelio arrive et rend compte de\nson après-midi :\nJ'ai d'abord au marché terminé mon emplette,\nOn achète plus cher si l'on n'est diligent ;\nDu couvent aujourd'hui l'on célèbre la fête :\nPère Ascagne pour vous m'a donné de l'argent... etc.\nTout cela se chante sur la suite de l'allégro! Après 118 mesures, point d'orgue\nsuspensif, et Léonore chante avec exaltation sur le motif du trio, emprunté au\nscherzo de la même symphonie (mais transposé de ré en la :"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.40", "texte": "LE VANDALISME MUSICAL\n\nphrase bientôt reprise en trio, avec Roc et Marceline. Cela continue pendant\n;8 mesures, après quoi l'allégro reprend à son tour, chanté lui aussi en trio.\nDans l'air de Rocco, négligeons les altérations du texte, et notons seulement que\nla fin de chaque couplet : es ist ein mdclitig Ding das Gold, est chantée en trio. C'est\nune habitude.\nLe trio suivant, le vrai, est conservé, mais de quelle manière! Mesures\ncoupées, notes déplacées, etc. Tout à coup une modulation imprévue, au lieu de nous\nramener en fa, nous conduit en mi b puis en la b,... un point doigue suspend notre\nattente, et voici ce que nous entendons :\nAprès 74 mesures remplies de la sorte, en trio, le trio original reprend depuis la\nréplique de Rocco : Nur auf der H ut, mais altéré et tronqué. C'est le premier acte.\nLa marche qui, comme aux représentations de l'Opéra-Comique, ouvre le second\nacte est précédée d'une courte introduction, et surchargée d'un chœur des soldats. Si\nl'air de Pizarro est conservé, son duo avec Rocco disparait. Une complainte le rem-\nplace, dont Marceline expose d'abord le thème, qui n'est autre que l'allegretto de la\nsymphonie en la, mais baissé d'un ton. Puis Léonore se met de la partie :\nPar d'affreux traitements, l'admirable récitatif que précède l'avis de Léonore\ndevient une chose inconsistante et molle, surtout vers la fin, où l'on passe en mi b au\nlieu de mi majeur, ce qui éteint l'éclat des cuivres et de la voix dans toute la scène.\nAprès la première partie du chœur des prisonniers, avant le dialogue entre Léonore\net Rocco, le rideau tombe. Et c'est le second acte.\nL'introduction de l'acte suivant est respectée, mais, dans l'air de Florestan, deux\nmesures sont rajoutées à la fin de bandante : l'une contient une aimable vocalise,\nl'autre une modulation destinée à placer l'allégro en mi b au lieu de fa.\nLe duo entre Rocco et Marceline, et le trio, sont à peu près intacts ; je dis à peu\nprès, par comparaison. Dans la dernière partie du quatuor, après le second appel des\ntrompettes, Florestan chante la partie de Léonore, et réciproquement. Et le texte\nmusical est modifié pour éviter la tenue répétée d'un la aigu, au soprano. Naturelle-\nment, le duo des deux époux se transpose de sol en fa. Et c'est le troisième acte.\nReste Xépilogue, où se trouvent les plus étonnantes beautés. Il s'ouvre par un\nentr'acte dont les 51 premières mesures appartiennent au finale de la symphonie en la;\nquelques accords s'y accrochent et, dans un jardin magnifique, paraît Florestan\naccompagné d'Alvarez-Fernando, qu'il congédie aussitôt en ces termes :"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.41", "texte": "M. E, COLONNE ET LA MUSIQUE FRANÇAISE\n\nA vous je dois ma délivrance,\nEt ce cœur, cher ami, ne l'oubliera jamais.\nCompte\\ sur ma reconnaissance.\nSeul ici laissez-moi jouir de vos bienfaits, etc.\nSur ce, après une transition en 5/ b sur le motif de l'entracte « symphonique »,\nFlorestan chante dun bout à 1 autre Y Adélaïde de Beethoven, avec des paroles\nappropriées : il invoque Elèonore au lieu d'Adélaïde, voilà tout.\nLe finale de l'opéra subit d'énergiques retouches : d'ut majeur il est transposé\nen si b, l'introduction est réduite à quelques mesures, etc. Après le chœur : Heil\nsei dem Tag, une coupure de 99 mesures supprime l'intervention de Fernando, la\nconfusion de Pizarro, et nous amène droit à bandante O welch ein Augenblick, qui\npasse de fa en mi b, de même que le dernier allegro d'ut majeur en si b.\nJe n'ai pu découvrir si cette étrange partition a jamais été exécutée, ce serait\nle mot propre. Tout est possible, puisqu'elle a paru. Du reste, aujourd'hui même,\nCastil-Blaze a plus d'héritiers que Beethoven (1). Un éminent critique contemporain\nn'a-t-il pas écrit que « sans manquer de respect à Beethoven » il faut avouer que sa\nconception du drame lyrique ne répond pas à l'idéal de l'opéra selon la formule de\nMeyerbeer? Je crois qu'on peut en effet reconnaître cela sans manquer de respect à\nBeethoven, sinon peut-être à Meyerbeer...\n(1) Qu'on se rappelle le ballet de Don Juan à l'Opéra en 1896-1897, voire la dernière reprise de Fidelio\nà l Opéra-Comique...\n\nJean Chantavoine.\n\nM. E. Colonne et la musique française jugés\npar un docteur de Leipzig.\n\n« La connaissance des Français a été pour nous un véritable bénéfice artistique.\nQu'y avons-nous appris? Rien qui soit à imiter. Cela ne nous réussirait pas. La com-\nposition française moderne, telle que Colonne nous l'a présentée, est pour une benne\npart un art de divertissement musical, d'ordre supérieur ; sa caractéristique, c'est la\nrecherche de l'effet purement sonore ; ses charmes principaux sont : la richesse de\ncoloris et la chaleur du sentiment, l'originalité dans le rythme, l'élégance, l'esprit, le\ngoût. En tout cela nous n'arriverons jamais à une pareille perfection; nous serons\ntoujours ou trop savants ou trop sentimentaux, trop nobles ou trop communs, trop\nanguleux ou trop guindés. Nous devrions laisser cette spécialité aux hrançais, mais\nnous devrions les connaître... Ce que nos directeurs nous ont servi parfois de Tschaï-\nkowski, par une russomanie qui n'est qu'affaire de commerce, n'est non seulement\npas meilleur que ces confitures françaises, mais présente encore cet inconvénient que\nce n'est pas de l'authentique, mais du simili (2). Je ne comprends pas que des impres-\nsions, comme celles qu'a renouvelées Colonne, n'inspirent pas à nos donneurs de\nconcerts l'idée absolument artistique de faire connaître certains soirs à leur public les\nproductions de cet art distingué et fin du divertissement musical. Nos chefs d orchestre\nne connaissent qu'une chose : se faire remarquer et idolâtrer par la foule. Colonne\nn'est pas de ces gens-là. Nous avons en Allemagne quantité de chefs d orchestre qui\nsont plus oléagineux (3), plus parfumés, plus portés a la mise en scène, plus franci-\n\n(2) « A la gerbeitet ».\n(3) Oliger (?). Willy fait-il école même en Allemagne ?"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.42", "texte": "PROMENADES ET VISITES MUSICALES\n\nsants que ce Parisien. Il est étonnamment honnête, droit, simp.e, énergique... alle-\nmand; dans ses mouvements, plus dur que la mode moderne ne le voudrait, précis et\nclair, presque militairement raide et rigide ; c'est un général, au moins un major éner-\ngique, qui n'admet pas ces allures de lieutenant que l'on voit s'étaler dans les parades\nmusicales de nos concerts. Colonne 11e dirige que pour son orchestre. C'est la vieille\nécole. Malgré moi je pensais à Wullner de Cologne. Colonne est justement une per-\nsonnalité, et c'est là ce qu'il y avait de beau.\n« ... Les Français ne sont pas seulement des compositeurs de haut style pour\nsalon ; ils s'essayent aussi dans le genre noble. Colonne nous a joué de Saint-Saëns\nune symphonie en la mineur, œuvre amusante, magistrale, mélodieuse et pleine d'effet.\nMais pour dégager la dignité que doit avoir une symphonie, le Français ne pénètre\npas au fond du monde d'idées beethovenien, il se borne à « travailler dans le style\nsévère ». Ça sonne comme une œuvre austère, robuste, mais ce n'est que de bonne\nmusique. Je ne blâme pas cela; il est bon que le compositeur ne sorte pas de sa propre\npeau. Un musicien français n'a pas besoin de se réfugier dans les idées et d'édifier des\nsymphonies de pensées. Qu'il nous laisse cela, à nous autres Allemands. Mais quand\nnous voulons entendre des symphonies qui sonnent bien, qui sont de la musique pure\n(et non des pensées philosophiques), c'est à ces œuvres-là que nous devrions songer;\nau lieu de jouer toujours les innombrables symphonies des Epigones de Beethoven,\nqui ne sont plus de « l'art sacré », et que nous aimons seulement pour les avoir\njouées jadis à quatre mains avec une grand'mère ou une tante musicienne; au lieu de\nmettre à réchauffer, chaque hiver, ces bonnes vieilles soupes (1), nous pourrions enrichir\nnotre goût avec les assaisonnements de la cuisine française. Encore une fois, ces\nFrançais sont, tout comme les Italiens, beaucoup plus dignes d'être importés chez\nnous que les Russes ; car la culture musicale encore très arriérée de ces derniers se\nrévèle, jusque chez les plus grands, par l'inégalité de l'invention, par un sentiment\nincomplet du style et de l'art, qui n'est qu'à peine compensé par un vernis de civilisa-\ntion emprunté à l'Europe occidentale.\nLe plus gros de l'effet, c'est Colonne qui l'a produit, par sa personnalité.\n\nDr G. GOHLER (die Zukunft).\n\nPromenades et visites musicales.\nIV. - M. Paul Lacombe, membre correspondant de l'Institut.\n\nOù avez-vous si bien appris la musique? A Carcassonne.\nOù demeurez-vous maintenant? A Carcassonne.\nMais où comptez-vous demeurer à l'avenir? A Carcassonne!\nTel est le dialogue qui s'engageait, il y a quelque vingt ans, entre M. Paul\nLacombe, dont Colonne venait de faire exécuter la première symphonie, et un « cher\nmaître » de Paris, un peu étonné que si loin de la place de l'Opéra, il y eût un artiste\nde haute valeur, affranchi de l'attraction coutumière qui peuple Paris de déracinés.\nNé en 1838 (ïoc. cit.), ancien élève de M. Reisseire et de Bizet, esprit à la fois délicat\net de très solide instruction, qui vient de faire paraître son 105e ouvrage, M. Paul\n\n(1) Statt dass wir also diese guten Suppen jeden Winter wieder aufkoclien..."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.43", "texte": "PROMENADES ET VISITES MUSICALES\n\nLacombe ne doit pas regretter la sagesse qui le tint attaché au sol natal. D'abord, il\na eu constamment devant les yeux le spectacle de cette vieille cité dont on peut\ndite qu il est unique au monde; et loin de la lutte pour le succès, sans fièvre d'ambi-\ntion pressée, il a pu, au milieu des siens et de quelques amis d'élite, cultiver son art\ntout a loisir, en outre, la renommee est allee le chercher elle-même dans sa retraite,\net lui apprendre que son œuvre était bonne. Qui ne connaît, qui n'a entendu ou joué\nr Aubade pr intanière, popularisée par une charmante réduction à quatre mains? En\nAllemagne comme en France, elle est aussi répandue que la Mandolinata de M. Pala-\ndilhe. Mais M. Paul Lacombe a connu des joies d'ordre plus élevé. Il a écrit des\nœuvres de haute envergure, trois symphonies, des suites d'orchestre, des ouvertures,\ndes concertos, exécutés dans les grands concerts de Paris; et récemment l'lnstitut\nde France le nommait membre correspondant (honneur rarement accordé à des\nFrançais de province) pour la section musicale.\nM. Paul Lacombe a toujours eu une grande prédilection pour la musique de\nchambre, et il a encore écrit récemment sa 3e sonate de piano et violon, son 2e trio\net une sonate de piano et violoncelle publiés chez l'éditeur Hamelle. Son instinct\nmusical le portait vers ce genre qui est le premier de tous; je crois cependant que\nles circonstances mêmes de sa vie ne furent pas étrangères à la direction de sa\npensée artistique. Les jeunes compositeurs qui vivent à Paris sont mis à la gêne par\nune effroyable concurrence; pour en triompher, pour imposer rapidement leur nom\nau public, pour vivre, aussi, il arrive que beaucoup d'entre eux ne songent qu'à\nfaire du théâtre. A l'abri de ces préoccupations diverses, M. Paul Lacombe n'a pas\nemployé les moyens les plus rapides d'arriver au succès. Il n'a pris la plume que\nquand il avait quelque chose à dire; il a suivi sa fantaisie et noté les émotions déli-\ncates de sa vie, sans jamais chercher à forcer l'attention par des prouesses factices\nou par d'habiles complaisances pour le goût du jour. Placé, non pas au-dessus (il\nserait injuste de parler ainsi), mais en dehors de la bataille musicale, il a trouvé\nd'autres avantages dans cette heureuse situation : d'abord, il n'a pas été touché par\ncet esprit de modernisme à outrance qui trop souvent bouleverse la grammaire\nmusicale et brise en menus morceaux le marbre pur du style symphonique ; il est\nresté fidèle, avec une indépendance qui ne va jamais jusqu'au goût de l'étrangeté, à\nla tradition classique. M. Paul Lacombe est sans doute très bien informé sur\nle mouvement contemporain ; nul ne parle mieux que lui de C. Franck ou de\nG. Fauré; dès la première heure, il a été un des pèlerins passionnés de Bayreuth, et\nil m'écrivait, il y a quelques jours : « Je relis Parsifal; quelle admirable écriture! »\nMais il n'a jamais eu le goût de la singularité, de l'intransigeance, ou du scandale;\nnature parfaitement équilibrée, trop intelligent pour ne pas comprendre et aimer\ntout ce qui se fait aujourd'hui d'original et de brillant, mais trop « honnête homme »\npour marcher à la suite, il est resté lui-même. Sauf la première de ses trois sonates\npour piano et violon, qui est une œuvre de début, visiblement inspirée de Men-\ndelssohn, tout ce qui est sorti de sa main a un caractère personnel; sans affectation\nd'aucune sorte.\nJe ne puis énumérer ici toutes les compositions de M. Paul Lacombe, et dois me\nborner, suivant mes préférences, à quelques indications; je puis dire, toutefois,\nque par leur élégance, leur distinction soutenue, leur caractère toujours très\nmusical, elles forment un ensemble charmant. Si les pianistes ne les jouent\npas plus souvent dans les concerts, il me semble que c'est uniquement parce\nqu'étant de difficulté moyenne, elles n'offrent pas une matière assez riche à la haute"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "468", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.44", "texte": "PROMENADES ET VISITES MUSICALES\n\nvirtuosité. Les amateurs sérieux doivent se placer à un point de vue opposé. Ceux qui\nne les ont pas encore eues sous les doigts, me sauront gré d'appeler leur attention sur\nles Pièces pour piano à 4 mains (Hartmann, éditeur), non indignes d'être placées à\ncôté des pages d'un Schumann; sur les Esquisses et souvenirs, fantaisies en forme de\nvalse (chez Hamelle), poème en sept morceaux, de sentiment très varié, sous lesquels\non devine l'émotion discrète mais toute fraîche encore d'une histoire intime; la\nMarche èlègiaque (chez Heugel) composée sur deux thèmes principaux, l'un drama-\ntique et douloureux, l'autre de tendresse et d'espérance, qui se combinent, après avoir\nété exposés successivement, avec une grandeur réelle; sur la Suite pour piano et\norchestre [Prélude et Allegro giocoso, Aria, interme\\\\o, variations et cadence finale,\nS\nchez Leduc), où un vif et spirituel allegro, après avoir débuté par le , aboutit à un\n4\nmotif d'une exquise légèreté, sur une mesure à 5 temps. Je citerai encore la Sérénade\n(chez Hamelle), réduite à 4 mains (écrite d'abord pour flûte et hautbois avec accom-\npagnement de cor et d'instruments à cordes), d'un dessin très pur et d'une simplicité\npleine de grâce; Y Album [Nuit ètoilèe, A travers champs, Romance, Valse, Chant du\npâtre, En poste)', la. Deuxième suite pour piano (chez Baudoux), etc., etc. Parmi ces\nœuvres abondent des idées mélodiques très heureuses, qui intéressent toujours l'esprit\nmusical sans le fatiguer et s'imposent à l'oreille après l'avoir doucement charmée. Il\nfaut faire une place à part à un assez grand nombre de compositions où M. Paul\nLacombe, avec une persistance curieuse, a fait preuve d'originalité dans l'invention\ndes rythmes ; sur la mesure à cinq temps, qui paraît lui être familière et où il excelle,\nil a écrit : Danses basques (à jouer après une lecture du Ramuntcho de Pierre Loti!);\nune gavotte qui, avec l'opuscule précédent, est une des perles de l'écrin ; une Etude,\nd'allure plus austère; un Air de danse très amusant oùj'on croit voiries danseurs faisant\nun demi-tour et changeant de pied après une suite régulière de pas en avant (mesure à\n2\n- , succédant de 2 en 2 à la mesure à - ; enfin une étude sur une mesure à\n4 4/\n7 temps (tout cela, chez Enoch) qui n'avait pas encore été employée. Ces rythmes ne\nsont pas, comme il arrive trop souvent, le résultat d'une gageure, et ne sont pas la\njuxtaposition de mesures différentes; c'est l'idée mélodique elle-même qui semble les\navoir créés : on n'y trouve aucune trace d'effort.\nArtiste du bon pays de France et fidèle à ses origines, M. Lacombe a un esprit\ntrès net qui se joue à mi-côte du Parnasse musical et semble répugner aux vastes\nentreprises. Son œuvre, c'est le verger d'Horace avec un joli chant de hautbois dans\nle bouquet d'arbres qui, près de la source fraîche, ombrage la « bastide » méridionale.\nMais ne croyez pas qu'il ait cette clarté banale, qui est incompatible avec la\nprofondeur du sentiment ou l'originalité de l'écriture. Je viens de recevoir Prélude et\nétude de concert pour piano paru hier chez Énoch; il y a là des combinaisons harmo-\nniques, un chromatisme et des hardiesses de modulation qui sont moins d'un conser-\nvateur que d'un progressiste!...\nPuisse-t-il voir dans ces quelques lignes un hommage rendu à son talent par notre\nRevue, toujours heureuse de voir les honneurs aller à ceux qui les méritent.\n\nJ. C."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "469", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.45", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nMUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nAcadémie nationale de musique. Hahaheï ! Hahaheï! Hoïho !\nSiegfried va paraître enfin. Un simple rhume de cerveau l'a mis en retard. Il a craint\nd'être exposé à un ridicule éternuement lorsqu'il conduirait son ours vers la forge de\nMime. Attendons, pour parler de lui, que cette crainte soit dissipée.\nL'Opéra n'est pas un théâtre d'avant-garde ; c'est une sorte de musée... Aussi\nn'est-il pas mauvais qu'il accueille certains chefs-d'œuvre étrangers quand les con-\ncerts du dimanche et l'opinion des musiciens les ont déjà consacrés. Le seul regret\nque, dès maintenant, j'aie à exprimer, c'est qu'au dernier acte de Siegfried on ait fait\ndeux coupures. J ai voulu m'assurer qu'elles n'étaient pas autorisées par l'usage et\napprouvées de Mmc Cosima Wagner ; j'ai donc écrit àla veuve du grand composi-\nteur ; elle m a fait 1 honneur de me répondre par le télégramme suivant, où il n'y a,\nj'aime à le croire, aucune amertume :\n« Bayrenth, 20 dèc., ph. m. Revue d'histoire et de critique musicales, Paris.\nIl y probablement des coupures dans « Siegfried », mais je ne les connais pas.\nC. WAGNER. »\nJe voudrais savoir le nom de celui qui, en matière de musique et d'opéra, crut\npouvoir substituer sa propre pensée à celle d'un Richard Wagner. Contentons-\nnous des morceaux choisis qu'on nous offrira et dont l'exécution dure 3 h. 20. m.\n\nThéâtre national de l Opéra-Comique. Le mercredi 4 décembre a été\njoué Y Ouragan, de M. Alfred Bruneau. Cette reprise a donné lieu à quelques mani-\nfestations bruyantes: Voilà de la vraie musique !—Oue M. X... vienne donc entendre\nçàl —A bas... Untell Vive Bruneau! Ces exclamations ne changent rien, malheu-\nreusement, à la brutalité d'un fait significatif : Y Ouragan a fait 2.500 francs de recette\nenviron, alors que, la veille, Grisèlidis avait réalisé plus de 9.000 francs. Cela ne\nveut pas dire, bien entendu, que l'œuvre de M. Bruneau ne vaille rien; les chiffres ne\nsont pas musiciens : j'accorde que, parfois, le public ne l'est pas davantage. Il y a là\ncependant une indication qui n'est pas à négliger. A signaler, au même théâtre, la\nbrillante réapparition de M. Clément dans la Dame Blanche (le charmant ténor semble\navoir été mis au monde exprès pour le chef-d'œuvre de Boïeldieu), et, dans la matinée\ndu 14 décembre, l'exécution de l'exquis Menuet du Capitaine Fracasse (musique d'Emile\nPessard), par 60 enfants, élèves des classes de violon et alto du Conservatoire. On a\nbissé ce menuet avec raison. A bientôt l'œuvre de M. A. Coquard.\n\nConcours musicaux de la Ville de Paris. Comme la Ville de Paris\na raison de rehausser par tous les moyens possibles l'éclat du concert qui suit chacun\nde ses concours! Quand elle orne de verdure, de fleurs et de gardes en grande tenue\nl'escalier du théâtre municipal; quand, avant le premier coup d'archet donné à la\nsymphonie, elle fait exécuter la Marseillaise (qui fut écoutée debout par toute la salle),\nelle entend fêter l'art purement français et lui rendre hommage en l'encourageant.\nLe 30 novembre, nous étions conviés au Châtelet pour entendre la dernière œuvre"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "470", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.46", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\nS*/\n\ncouronnée : Ja Vision de Dante, de M. R. Brunei (poème de MM. Ed. et Eug. Adenis).\nL'histoire de ces concours, fondés par M. Hérold, est intéressante à feuilleter. Les\nprix furent déjà remportés en 1878, par M. Théodore Dubois (avec Je Paradis perdu)\net Benjamin Godard (avec Je Tasse)] en 1880, par M. A. Duvernoy [la Tempête)]\nen 1882, par MM. Hillemacher (LoreJey); en 1885, par M. V. d'lndy (Chant de Ja\nCJocJie) et G. Hue (Ruhe\\aJiJ); en 1890, par M. S. Rousseau (.Merowig); en 1892, par\nM. H. Marty (Duc de Ferrare)] en 1894, par M. Lucien Lambert [le SpaJii)] en 1897\nenfin, par M. G. Brunei. 11 va sans dire que la Vision de Dante est très remarquable.\nJe crains qu'elle ne soit rien de plus. La couleur descriptive y a été prodiguée avec\nune incroyable adresse et même un peu d'abus. J'aurais préféré une symphonie plus\nnettement construite. Cependant, cette façon de manier l'orchestre tient du prodige,\nquand on songe que « Brunei » est un pseudonyme cachant la personnalité d'un\nmédecin consultant, dont les loisirs seuls sont consacrés à l'art musical. Deux vœux\nà formuler : i° Je voudrais qu'avant chaque concert, le président du Conseil municipal\nproclamât, devant le public, le nom du lauréat (avec rappel des anciens lauréats) ;\n20 Puissent nos librettistes trouver dans les choses purement françaises des sujets qui\nn'égarent pas l'imagination des compositeurs et leur permettent d'apporter une contri-\nbution plus décisive à l'art nationaJ.\n\n— Adonis, de M. TII. DUBOIS. — Cette œuvre a soulevé\ndes applaudissements qu'elle méritait et des protestations auxquelles on pouvait\ns'attendre avant que la première note eût été jouée. Il existe, en musique, un certain\nnombre de naïfs révolutionnaires qui croient devoir siffler toutes les pages, même\nintéressantes et neuves, dont l'auteur a une dignité officielle ; — quittes, d'ailleurs,\nà acclamer toutes les fadaises, lorsqu'elles sont l'œuvre d'un jeune inconnu. La musique,\nà vrai dire, n'est pour rien dans ce préjugé, et je ne parlerais pas de ces snobs de\nl'indépendance, si leurs bruyantes manifestations ne risquaient de troubler le jugement\net d inquiéter la conscience du bon public : « C'est donc bien mauvais, se dit\nl'auditeur ingénu, puisque ces jeunes artistes, là haut, montrent le poing à M. Colonne!\nEt moi qui allais applaudir ! » Et ainsi se font, en ce monde, les réputations.\n... Et Kypris, les cheveux épars, les yeux en pleurs,\nL'enveloppant encor d'une suprême étreinte,\nTrouble la paix des cieux de sa divine plainte.\nSur la montagne et dans les profondes vallées, •\nOn entendit gémir les Nymphes désolées,\nEt l'écho prolongea leurs pieuses douleurs...\nMais si du sombre Érèbe on ne peut revenir,\nJe puis faire du moins, triste et doux souvenir,\nCroître et s'épanouir, au sol où tu reposes,\nSous mes pleurs l'anémone, et dans ton sang les roses.*.\nCes trois fragments servent d'épigraphe aux trois parties du Poème symphonique\nde M . Th; Dubois et leur conviennent exactement : la musique est l'harmonieux com-\nmentaire de ces vers harmonieux. Les deux parties extrêmes (Ja Mort d'Adonis :\nDouleur d'Aphrodite ; Je Réveil d'Adonis : Renouveau de Ja Vie), sont les plus déve-\nloppées, et se relient étroitement l'une à l'autre ; car les thèmes de la Douleur repa-\nraissent dans le Finale, légèrement modifiés, et expriment la Joie. Aussi bien n'est-\nce pas du sang même d'Adonis et des pleurs de Kypris que renaissent chaque année\n« les fleurs, la lumière et la vie ?» A vrai dire, cette intention (que fait valoir le pro-\n\nConcerts Colonne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "471", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.47", "texte": "MUSIQUE^CONTEMPORAINE\n\ngramme) toucherait peu l'auditeur si les motifs et leurs retours manquaient de grâce\net d intérêt. Ce n'est pas le cas ; mais cet intérêt et cette grâce sont d'une espèce\nassez particulière. C est en vain qu'on cherchera ici le frisson de la chair émue par\n1 amour ou transie par la mort ; en vain aussi le pittoresque désordre d'un printemps\nluxuriant, le ramage des oiseaux, l'appel des bergers, l'éclat bigarré des fleurs.\nM. Th. Dubois ne fait songer ni à Massenet, ni à Berlioz, ni à M. Charpentier. Et\ncependant il ne manque ni d'émotion ni de mouvement. Témoin le thème de la dou-\nleur d'Aphrodite, le plus important de l'œuvre :\nOu, cette flûte qui s'élance, dans la troisième partie, sur des pizzicati des cordes :\nOn remarquera les inflexions chromatiques et les brisures de rythme du premier\nmotif, la légèreté du second. Il y a là du sentiment et de l'animation ; mais c'est un\nsentiment épuré, idéalisé, dont le désordre même ne va pas sans douceur; c'est un\npétillement de vie où il entre plus de lumière que de chaleur, et dont l'élan gracieux\nsemble ignorer l'effort. Le monde où nous transporte cette musique est un monde\naffranchi du poids de l'existence et de l'amertume des douleurs humaines : il est\npeuplé de purs esprits. Et la perfection de la forme, où tous les heurts sont évités, où\ntout est soudé, fondu, poli avec le plus grand soin, ajoute encore à cette impression\nde sereine blancheur. Les efforts combinés d'un poète et d'un musicien moderne ont\nélevé au couple oriental un temple d'une savante architecture et d'une belle ordon-\nnance, conforme à nos idées sur l'eurythmie antique. Que ces idées soient inexactes,\nc'est ce qui importe assez peu. L'artiste a droit à l'erreur, pourvu qu'il soit sincère :\nil peut habiller les apôtres à la mode du xvc siècle, si sa foi est profonde ; il peut\nprêter à la Grèce un spiritualisme qu'elle n'a guère connu, à condition d'en être lui-\nmême pénétré.\nC'est cette conviction qui fait le prix de l'œuvre de M. Dubois : sa musique laisse\nentrevoir une pensée élevée et pure, éprise d'un idéal peut-être un peu étroit, mais\ndes plus nobles; et une émotion discrète, faite de tendresse et de respect, fait palpiter\ndoucement, en cadence, la mélodie aux belles lignes. Je citerai encore ce chant de\nclarinette ;"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "472", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.48", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\net surtout l'épisode de la Déplorât ion des Nymphes (2° partie du poème) où la chas-\nteté, la réserve exquise étaient particulièrement bien à leur place :\nur ce rythme gracieux, sur cette harmonie émue, on croit voir s'avancer la\nblanche théorie. Le quatuor avec sourdines répond, joliment et simplement, à ce\npremier motif, dont la première mesure, renforcée par le hautbois, reparaît de loin\nen loin, comme une exclamation de douloureux étonnement et sépare les différentes\nstrophes du chant funèbre. Puis le cortège se reforme et s'éloigne, de la même\ndémarche un peu lassée: aux flûtes virginales, au cor anglais mélancolique, s'ajoutent\nla harpe qui répète un sol harmonique, et les violons, qui tiennent la même note, en\ndescendant d'octave en octave; et tout s'apaise. Ce petit morceau est d'une distinction\nparfaite et d'un coloris charmant, qui, par delà Leconte de Lisle, toujours un peu dur\net raide, fait songer aux Nymphes du doux Virgile pleurant la mort de Daphnis.\n\nLOUIS LALOY.\n\nM. O. Letorey. A l'audition des ouvrages envoyées par les pensionnaires\nde la villa Médicis, nous avons applaudi, avec tout le public, un Requiem de M. Leto-\nrey, dont le Sanctus} particulièrement, a obtenu un légitime succès. M. Letorey, qui\na aujourd'hui vingt-huit ans, obtint au Conservatoire, en 1894, un premier prix de\n\nM. Colonne nous a rendu la Symphonie de Franck, qui semble avoir passé\nL. L.\ndu\nrépertoire de la Société des Concerts à celui du Châtelet. C'est grand dommage pour\nle Conservatoire, mais non pour la Symphonie, interprétée dimanche avec une intel-\nligence et une intensité d'émotion au-dessus de tout éloge. Dans cette musique pleine\net sincère, tout part du cœur, chaque idée, chaque dessin, chaque note a un sens; la\nvie, l'expression est partout, non pas une expression vulgaire et factice amenée à grand\nrenfort de signes sur un motif indifférent : la partition serait-elle dépourvue, comme\ncelles de Bach, de toute indication de mouvement et d'accent qu'un musicien devi-\nnerait, à la lecture, les accélérations, les alanguissements, les vigoureux essors, les\nextases rêveuses de cette mélodie tour à tour inquiète et confiante, passionnée et\nsereine, qui porte.en soi et impose par elle-même toutes les nuances de l'exécution.\nM. Colonne a su la comprendre et lui obéir, et l'enthousiasme du public a répondu à\nla conviction de l'orchestre. Je ne relèverai qu'un très petit détail : les arpèges qui\nforment l'introduction du deuxième mouvement ne pourraient-ils être plus doux et\nplus expressifs? Ils sont comme une ébauche encore indécise du chant de cor\nanglais, dont ils doivent faire pressentir la mélancolie.\nLe Prologue des Barbares et les ouvertures de Y Ouragan sont les œuvres les\nplus opposées que l'on puisse imaginer; c'est la première qui supporte le mieux le\nconcert : car comme on l'a dit ici même, un véritable poème symphonique."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "473", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.49", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\nR. M.\n31\n\ncontrepoint et fugue, avec le deuxième grand prix de composition, et en 1895 le premier\ngrand prix de Rome. A ses débuts, si mes souvenirs sont exacts, il imitait, avec une\nexagération parfois ironique, le style de Pécole rossinienne. Il lui en reste quelque\nchose, bien que sa manière se soit modifiée. Son très grand talent n'a pas encore\ndonné sa vraie mesure; nous offrons au jeune maître tous nos compliments et espé-\nrons avoir bientôt à reparler de lui.\n\nConcerts Lamoureux.\nJ. C.\n— Le 15 décembre, M. Chevillard nous a donné la\npremière audition d'un très beau « Prélude religieux » de M. Paul Lacombe. Ce poème\nest construit avec beaucoup d'unité : la première idée, très chantante et de longue\nhaleine, est exposée par les violons (avec l'orchestre complet) ; la deuxième idée,\nprésentée sous la forme très nette d'une entrée de fugue, se combine bientôt avec'la\npremière, qui est reprise avec une diminution de valeur; elle aboutit à un choral de\nl'harmonie, au-dessus duquel planent les tenues des premiers violons, lesquels ramènent\nde façon inattendue le ton principal. A cette première partie, succède une sorte de\nmarche religieuse peu prolongée; c'est une transformation de la première idée, sur\nlaquelle viennent se greffer des rappels de la deuxième qui, à la suite d'un crescendo\nhabilement ménagé, est reprise avec puissance par les trombones. La première idée\nreparaît encore (pédale de dominante), et le prélude se termine par une fusion des\ndeux motifs qui vont en s'éteignant. Ecouté avec une parfaite attention, ce court poème\na une haute valeur par la qualité des idées mélodiques et la composition. Il est chantant\net plein; je ne l'ai pas entendu sans émotion. Peut-être y faudrait-il un peu plus de\ngradation dans l'emploi des ressources de l'orchestre qui, dès le début, semblent toutes\nmises en jeu et forment une masse compacte. En somme, œuvre de très noble allure,\nfaite pour surprendre un public qu'a un peu gâté l'abus de la symphonie à programme\net le morceau de virtuosité.\nAu même concert, très belle exécution de la symphonie en la de Beethoven, toute\nen mouvements vifs et débordante d'allégresse, et du beau concerto pour piano, violon\net violoncelle (Beethoven), dont la charmante polonaise, développée avec tant de verve,\na fait applaudir trois artistes hors de pair : Mlle Thérèse Chaigneau, M. Hugo Heer-\nmann (qui a joué aussi, délicieusement, deux pièces de genre de Sehumann), et M. Hugo\nBecker, qui a exécuté en maître un concerto de Saint-Saëns, œuvre d'improvisation un\npeu complaisante pour elle-même.\nOn nous écrit de Bruxelles : « L'exécution du Crépuscule des Dieux, de\nR. Wagner, a eu un succès un peu exagéré par certains journaux. La vérité, c'est que\nle duo du premier acte, le trio des nageuses et la marche funèbre ont seuls fait\nimpression sur le public. La mise en scène est d'ailleurs fort belle, et le succès per-\nsonnel des artistes (surtout de Mme Litvinne) a été considérable. »\nLaSociété populaire de Musique a donné son premier concert le jeudi 19 décembre,\nà l'Hôtel des Sociétés savantes, rue Danton. (Prix des places : 1 fr. et 50 cent. ; location\ntous les soirs, de 4 h. 1/2 à 6 h. i/ 2, rue La Bruyère, 8, et le jour des concerts, à\nl'Hôtel des Sociétés savantes, à partir de 5 heures.) L'heure où paraît ce numéro nous\nprive du plaisir de parler aujourd'hui de ce brillant début, mais nous suivrons avec le\nplus grand intérêt les concerts de la Société populaire de musique, appelée à rendre\nde sérieux services."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "474", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.50", "texte": "MUSIQUE CONTEMPORAINE\n\nPublications nouvelles.\n\nF. Mottl : quatuor en fa dièze mineur p. instruments à cordes (à Vienne, chez\nGutmann).\nA. Klughardt : quintette p. flûte, hautbois, clarin., cor et basson, op. 79 (à Bay-\nreuth, chez Giessel jr.).\nWolf-F errari : quintette p. piano, 2 viol., alto et violoncelle (à Leipzig, chez\nRather).\nTscha'ikowsky : quatuor p. 2 viol., alto et violonc., op. 30 (à Moscou, chez\nJurgenson).\nG. Schumann : quatuor en fa min. p. flûte, violon, alto et violonc., op. 29\n(à Leipzig, chez Leuckart).\nF. Weingartner : trilogie (Oreste), op. 30, réduction p. piano avec le texte\n(à Leipzig, chez Breitkopf).\nFerruccio Busoni : Sonate p. piano et violon, op. 36 (Ibid,).\nW. Beruoald : Sonate p. piano et violon, op. 21 (Ibid.).\nF. Volbach : 3 Lieder, Aube printanière, Chant dans la nuit, Au matin (Ibid*).\nG. Lekeu : Andromède, poème symphonique p. soli, chœurs et orch., réduction p.\npiano et chant (à Liège, chez Muraille) et 3 pièces p. piano (Chansonnette sans par.>\nValse oubliée, Danse Joyeuse), ibid.\nPaul Lacombe : Prélude et étude de concert p. piano, op. 105 (à Paris, chez\nEnoch).\nCésar Cui : ouv. du Fils du Mandarin, opéra, p. piano 4 mains (à Leipzig* chez\nRather).\nS. V. Haussegger : Barberousse, poème symph. réduit p. piano 4 mains (à Berlin,\nchez Ries et Esler).\nBr. Ose. Klein : Danses américaines (4 mains, à Leipzig, chez Dieckmann),\nA. Arensky : Six pièces, prélude, élégie, mazurka, romance, étude (à Moscou,\nJurgenson).\nEd. Grieg : pièces lyriques, op. 71 (à Leipzig, chez Peters).\nM. Moskowski : Poème de mai, étude, op. 67 (à Berlin, chez Ries et Erler).\nBourgault-Ducoudray : Symphonie religieuse, chœur sans accompagn. (Heugel).\n\nOn annonce l'exécution prochaine, à Berlin, de rlmprovisateur, opéra de\nM. Eugène d'Albert, et, à Vienne, celle de Gœt\\ de Berlickingen, nouvel opéra de\nM. Karl Goldmark.\nLe Musikhandel und musikpflege (Leipzig) donne une statistique comparative\ndes nouveautés musicales qui ont paru sur le marché allemand, de 1891 à 1900. Cette\nstatistique comprend les compositions pour orchestre et pour chant, et la littérature\nmusicale; elle a toujours suivi une progression croissante, sauf pour les années 1897\nà 1899. Pour l'année 1891, elle comprend 8.609 numéros; il y en a 12.272 pour\nl'année 1900.\nLe manuscrit autographe des Noces de Figaro qui appartenait à l'éditeur\nFritz Simrock (Berlin), vient d'être légué par testament à la Bibliothèque Royale de"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "475", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.51", "texte": "MUSIQUE RELIGIEUSE\n\nBerlin, déjà en possession du manuscrit de plusieurs œuvres dramatioues de Mozart :\nla Flûte enchantee, Titus, Lucio Silla, Ascanio in Alba, etc.\nLa Musik\\eitung (Zurich, 30 nov.)fait le plus grand éloge des\nconcerts qui ont été donnés à Basel et à Saint-Gallen, par M. Jacques Thibaud. Le\njeune violoniste s'est fait vivement applaudir en exécutant le concerto en fa majeur\nn° 2 de Ed. Lalo, la Romance de Svendsen, le prélude de la Sonate de J.-S. Bach en\nsol mineur, les Airs russes de Wieniawsk, la Gavotte de Bach pour violon, etc... Le\njournal suisse compare le jeu de M. Thibaud, pour la délicatesse et la virtuosité, à\ncelui de Sarasate.\n\nMUSIQUE RELIGIEUSE\n\nNos manuscrits, mis sous scellés à Solesmes, nous ayant été rendus asse\\ tard,\nnous ne pourrons donner que dans notre prochain numéro la fin ou la suite d'études\ndéjà commencées.\n\nA l'église Saint-François de Sales. Le jeudi 19 décembre a été\nbéni par M. l'abbé Misset le mariage de M. Pierre Aubry et de Mlle Suzanne Cavel.\nLes chanteurs de Saint-Gervais prêtaient leur concours à cette très brillante céré-\nmonie 011 furent exécutés, avec deux pièces grégoriennes, des chefs-d'œuvre de J.-S.\nBach, Palestina, Josquin, Haendel... Il est rare, dans les églises de Paris, d'entendre\nd'aussi admirables concerts. Nos compliments les plus sincères et tous nos vœux aux\njeunes mariés.\n\nLe rythme grégorien. Mgr l'évêque de Saint-Dié veut bien nous\nenvoyer, sur le rythme du cnant grégorien, la communication suivante :\n« La théorie du rythme oratoire, appliquée au chant grégorien, paraît assez\ndifficile à soutenir.\n« Que l'art oratoire ait emprunté à l'art musical les belles cadences qui, tombées\ndes lèvres d'un grand orateur, charment les oreilles d'un auditeur délicat, cela est\ncompréhensible. Mais que l'art musical soit tributaire, à un degré quelconque, de\nl'art oratoire, cela est moins facile à admettre. En d'autres termes, je conçois\nqu'une période cicéronienne soit d'autant plus harmonieuse qu'elle est plus musicale,\nmais je conçois moins bien qu'une phrase de Mozart doive son harmonie à sa facture\nplus ou moins oratoire.\n« Ce qui semble logique, et ce qui est certainement vrai, c'est que la musique\ngrégorienne, comme toute autre musique, emprunte ses lois au seul code musical.\n« Il est bien réel qu'il y a dans la musique grégorienne, comme dans celle de tous\nles peuples, certaines mélodies d'une allure plus lâche, plus indisciplinée, plus popu-\nlaire, qui se lisent ou se déclament autant qu'elles se chantent : nous le reconnaissons\nvolontiers avec Gui d'Arezzo : sunt quasi prosaïci cantus. Oui, il y a des chants tout\nvoisins de la prose, dont la mélodie est incorporée au texte d'une façon tellement\nintime, qu'elle en épouse la manière d'être, et qu elle n'a guère d'autre rythme que\ncelui de la prose elle-même : more prosarum. (Micrologue, XV)."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "476", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190112-01.1.52", "texte": "MUSIQUE RELIGIEUSE\nLe Propriétaire-Gérant : H. WELTER.\nParis, L. MARETHEUX, imprimeur, 1, rue Cassette.\n\n(( Mais à côté de ces chants, il y en a d'autres, et en plus grand nombre, qui ont\nun tout autre caractère. Metricos antem cantus dico, se hâte d'ajouter Gui d'Arezzo.\nIl y a des chants métriques dont le texte est écrit soit en prose, soit en vers, mais\ndont la mélodie obéit à d'autres lois que celles des chants prosaïques, mentionnés plus\nhaut.\n« Ces chants métriques ne se lisent plus, ne se déclament plus : ils se scandent\ncomme on scande les vers, comme on chante les vers, c'est-à-dire avec une précision\nqui n'a rien d'oratoire : quia sœpé ita canimus, ut quasi versus pedibus scandere\nvideamur, sicut fit cum ipsa metra canimus. (Microl. XV).\n« Ici, nous ne sommes donc plus en présence d'une mélodie qui se comporte à la\nmanière de la prose, qui a l'allure de la prose : more prosarum. Nous sommes en face\nd'une mélodie soumise aux lois de la métrique, metricos cantus, à la façon de la poésie.\nMais quel est le genre de poésie qui a fourni le type? Est-ce la poésie épique? Non.\nLa marche solennelle et monotone du vers héroïque semble plutôt avoir frayé la voie\nà notre mesure moderne, forcément compassée, grâce au retour périodique, et par\nconséquent prévu, du temps premier. Le genre qui a fourni au compositeur grégorien\nson cadre rythmique, c'est la poésie lyrique. Sicut enim lyrici poetae nunc hos, nunc\nillos adjunxere pedes, ita qui cantum faciunt (Gui d'Arezzo s'adresse aux composi-\nteurs) rationabiliter discretas componunt neumas. Or le poète lyrique mélange les\npieds les plus variés dans le cadre harmonieusement combiné de ses strophes mul-\ntiples : ainsi fera le compositeur grégorien, dont les mètres auront tour à tour l'allure\ndu dactyle, du spondée, de l'iambe, etc. Ista neuma dactylico, illa vero spondaico, illa\niambico métro decurret.\n« L'agencement de ces différents pieds donnera lieu à des strophes grégoriennes,\nqui se composeront non pas de vers, mais de distinctions. Ces distinctions seront des\ntétramètres, des pentamètres, des hexamètres, etc. Distinctionem nunc tetrametram,\nnunc pentametram aliàs quasi hexametram cernes. Le nombre de ces combinaisons\nsera d'ailleurs assez restreint, étant donné le caractère simpliste de la prosodie\ngrégorienne. Nous verrons par les exemples donnés ci-après, que ces distinctions\npeuvent se ramener à quatre principales : le tétramètre (4) avec l'hexamètre (4-f*2)? pt\nle pentamètre (5) avec l'heptamètre (5+2)-\n« Cette théorie minutieusement exposée par Gui d'Arezzo dans le chapitre xv du\nMicrologue, paraît bien exclure celle du rythme oratoire, et donner raison aux parti-\nsans du rythme métrique. Il semble en effet bien démontré que l'art grégorien a\nvraiment emprunté ses moules à l'art antique, en les adaptant à un idéal nouveau. A\nla quantité Chronomètrique de l'art gréco-romain, l'art grégorien a substitué la\nquantité Arithmomètrique, avec l'accent pour point de repère.\n« ... En résumé, si j'ai réussi à me faire comprendre, le lecteur aura déjà tiré lu -\nmême cette double conclusion : i° qu'il y a dans les mélopées grégoriennes deux sort* 3\nde chants, les uns syllabiques (qui peuvent être en même temps métriques), les autre S\nproprement métriques; et 20 que les uns comme les autres se versent dans le même\nmoule, dans le moule des cursus grégoriens. »\nDans notre prochain numéro, nous examinerons les idées de Mgr de Saint-Dié,"}]}