{"numero_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_sha256": "31ff7bfa2cba3ac1942f10d43b923d0bd7615cc6ecfbb626a5a27be294a8de8b", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1902/11_01/bmtnabj_1902-11_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1902/11_01/bmtnabj_1902-11_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c001", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "449", "page_fin": "451", "image_debut": 1, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.1", "titre_corps": "A propos de la grève des musiciens.", "titre_sommaire": "A propos de la grève des musiciens.", "signature_source": "A. DE LONGEPIERRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.1", "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "A propos de la grève des musiciens.\n\nLa grève des musiciens d'orchestre est terminée à la satisfaction générale, et\nl'on peut même espérer que la sentence prononcée contre MM. Saint-Saëns et\nLouis Ganne ne sera pas exécutée: la musique de ces deux compositeurs aura\nencore ses entrées aux Folies-Dramatiques et à l'Olympia.\nLes grévistes ont obtenu, en principe, l'unification des prix sur les bases\nsuivantes :\nSolistes 6 fr. par jour.\nPremières parties ... 5 »\nAutres parties 4 »\nJe n'ai aucune partition, aucune ouverture, aucune marche, aucune chanson\nen instance d'être exécutée dans aucun de nos théâtres, cirques ou concerts ;\nje ne redoute donc pas une excommunication. Aussi me croira-t-on peut-être,\nsi je dis qu'un traitement mensuel de 90 à 120 francs (Gaieté, Parisiana, etc.),\nou de 75 à 1 î 5 francs (Folies-Dramatiques), était vraiment bien faible, et que\nle sort des musiciens d'orchestre méritait quelque intérêt : car il faut plus de\ntemps et de travail pour apprendre à jouer du violoncelle ou du basson, que\npour .apprendre à chanter la chansonnette ou à danser un ballet (je parle, natu-\nrellement, d'un certain genre de chansonnettes ou de ballets). On ne voit donc\npas pourquoi l'on ne fournirait pas les moyens de vivre à des auxiliaires qui,\ntous, ont à leur actif quelques années d'études, et dont, au demeurant, on ne\nsaurait se passer.\nLa grève n'a pas atteint les concerts Colonne et Chevillard, où les artistes\nsont organisés en sociétés, ni les théâtres subventionnés, où les traitements\nsont suffisants, surtout si on leur ajoute l'honneur de figurer dans l'orchestre\nde l'Opéra ou de l'Opéra-Comique.\nA l'Opéra, les appointements sont fixés de la manière suivante :"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.2", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "Il est payé chaque mois, aux ios artistes de l'orchestre, la somme totale de\n2L.018 fr. 55. Chaque mois également, les principaux artistes du chant émar-\ngent ainsi qu'il suit :\nMM. Affre 6.250.\nVaguet q.833.\nLaffite i.500.\nNoté 3.333.\n• Delmas 7.000.\nMMmes Bréval 7.000.\nAckté 5.000.\nGrandjean 3.000.\nHéglon 3.000.\n\nEMPLOIS\nPAR AN\nPAR MOIS (i)\nier Chef d'orchestre\ni2Ô3i.80\n1052\n2es Chefs d'orchestre\n1 4OOO\n6000\n333.33\n5oo\nViolons solos\n36oo\n285\nà\n2900\n229.55\nIers Violons\n25OO\n197 * 95\nà\n2000\n147.5°\n2es Violons\n3100\n245.55\n\\\na\n1700\n141.o5\nAltos solos\n\\\na\n36oo\n3ooo\n285\n237.50\nAltos\n2600\n205.80\nV\na\n1700\ni3o.3o\nVioloncelles\n36oo\n285\na\n1700\n4-\nhH\nO\nContrebasses\n3100\n245.45\na\n1700\n141.o5\nFlûtes. . .\n36oo\n285\nà\n2000\n166.65\nHautbois. .\n36oo\n3oo\nà\n2300\n191.65\nClarinettes .\nà\n36oo\n23OO\n259.75\n182.o5\nBassons\n36oo\n285\nà\n1900\n145.70\nCors r\n36oo\n285\nà\n2200\ni83.35\nTrompettes\n36oo\n262.45\na\n2300\n177.2:)\nTrombones.\n3 600\n285\nà\n2100\n15o.o5\nHarpes\n2800\n221.70\na\n1700\n141.55\nBatterie\n2800\n221.70\nV\na\n1080\n90\n(i) Déduction faite des retenues au\nprofit de la caisse des retraites (1856-1870) OU de la\ncaisse des pensions viagères (1900)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.3", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1325, "texte": "Soit 40.916 francs répartis entre 9 personnes. Certes ces traitements ne sont\npas trop élevés, eu égard aux mérites des bénéficiaires, certes ne vit-on jamais\nargent mieux gagné. Mais n'y a-t-il pas cependant quelque disproportion entre\nl'estime (pécuniaire) que l'on semble faire d'un musicien d'orchestre et celle\nqu'on accorde à un acteur? Ne sent-on pas là le souvenir d'un autre âge où\nl'orchestre bornait son rôle à soutenir de quelques accords ou de batteries\nsempiternelles les trilles et les roulades de la chanteuse ? Les temps sont chan-\ngés, et les violoncelles qui dessinent le thème de la Chevauchée, les harpes de\nYlncantation du feu, les cors de la scène religieuse de Sigurd sont des per-\nsonnages au même titre que ceux qui s'agitent sur la scène. Je veux dire que\nles chants de l'orchestre ont autant d'importance, exigent une interprétation\naussi soignée, aussi expressive, aussi intelligente, que ceux des acteurs. L'or-\nchestre a cessé d'être un accompagnateur ; au reste, il le montre bien. Ce\nqu'on entend à l'Opéra ne répond nullement à la hiérarchie si nettement éta-\nblie parle registre des émargements. Que faut-il changer ? Que faut-il souhai-\nter ? L'orchestre doit-il parler haut dans la salle ou à la caisse ? C'est ce que je\nlaisserai discuter à de plus experts.\n\nA. DE LONGEPIERRE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c002", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "450", "page_fin": "450", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.1.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.2", "debut_caractere": 353, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "EMPLOIS\nPAR AN\nPAR MOIS (i)\nier Chef d'orchestre\ni2Ô3i.80\n1052\n2es Chefs d'orchestre\n1 4OOO\n6000\n333.33\n5oo\nViolons solos\n36oo\n285\nà\n2900\n229.55\nIers Violons\n25OO\n197 * 95\nà\n2000\n147.5°\n2es Violons\n3100\n245.55\n\\\na\n1700\n141.o5\nAltos solos\n\\\na\n36oo\n3ooo\n285\n237.50\nAltos\n2600\n205.80\nV\na\n1700\ni3o.3o\nVioloncelles\n36oo\n285\na\n1700\n4-\nhH\nO\nContrebasses\n3100\n245.45\na\n1700\n141.o5\nFlûtes. . .\n36oo\n285\nà\n2000\n166.65\nHautbois. .\n36oo\n3oo\nà\n2300\n191.65\nClarinettes .\nà\n36oo\n23OO\n259.75\n182.o5\nBassons\n36oo\n285\nà\n1900\n145.70\nCors r\n36oo\n285\nà\n2200\ni83.35\nTrompettes\n36oo\n262.45\na\n2300\n177.2:)\nTrombones.\n3 600\n285\nà\n2100\n15o.o5\nHarpes\n2800\n221.70\na\n1700\n141.55\nBatterie\n2800\n221.70\nV\na\n1080\n90\n(i) Déduction faite des retenues au\nprofit de la caisse des retraites (1856-1870) OU de la\ncaisse des pensions viagères (1900)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c003", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "451", "page_fin": "451", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.2", "titre_corps": "Théâtre antique d'Orange.", "titre_sommaire": "Théâtre antique d'Orange.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.3", "debut_caractere": 1327, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "Théâtre antique d'Orange.\nLa commission du Théâtre antique d'Orange s'est réunie, le 19 de ce mois,\nsous la présidence de M. le sénateur Guérin.\nLa question de propriété du Théâtre antique ayant été soulevée par\nMM, Deluns-Montaud et Devise, membres de la commission, M. d'Estour-\nnelles de Constant, chef du bureau des théâtres, a fait connaître que cette\nquestion était depuis longtemps tranchée. Sans conteste le théâtre est bien la\npropriété de la ville ; mais, en raison de la subvention que donne l'Etat et\nde son haut patronage, il semble qu'un modus vivendi pourrait être établi au\nplus grand profit de tous. La commission s'est rangée à cet avis et plusieurs\nmembres ont été désignés pour entretenir de cette question M. le Ministre de\nl'lnstruction publique et des Beaux-Arts.\nM. Jules Claretie qui assistait à la séance a bien voulu promettre de s'in-\ntéresser tout particulièrement aux prochaines représentations classiques\nqu'élabore M. Paul Mariéton, et qui très vraisemblablement auront lieu du\ni 5 juillet au i 5 août 1903.\nOn se rappelle que cet été Œdipe-Roi et les Phéniciennes furent donnés à\nOrange par la Société des amis du théâtre antique, dont M. Mariéton est le\nprésident. Ces deux représentations, auxquelles le Ministre de l'lnstruction\npublique s'était fait représenter par M. d'Estournelles de Constant, eurent un\ntrès grand succès et attirèrent à Orange une foule considérable."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c004", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "452", "page_fin": "458", "image_debut": 4, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.3", "titre_corps": "Musique moderne", "titre_sommaire": "Musique moderne", "signature_source": "LOUIS LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.4", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "Musique moderne\n\nI\nL'ÉTRANGER\n(M. VINCENT D'INDY.)\na Sitôt que votre souffle a rempli le berger,\nLes hommes se sont dit: Il nous est étranger ;\nEt leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme,\nCar ils venaient, hélas! d'y voir plus que mon âme.\nJ'ai vu l'amour s'éteindre et l'amitié tarir ;\nLes vierges se voilaient et craignaient de mourir...\nMa main laisse l'effroi sur la main qu'elle touche,\nL'orage est dans ma voix, l'éclair est sur ma bouche ;\nAussi, loin de m'aimer, voilà qu'ils tremblent tous,\nEt, quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux. »\nCes paroles du Moïse d'A. de Vigny pourraient servir d'épigraphe à l'œuvre\nnouvelle de M. V. d'lndy, qui sera représentée sous peu à Bruxelles (1). Cette\n« Action musicale en deux actes » et à quatre personnages n'est pas, en effet,\nmalgré son cadre moderne, un simple fait-divers dramatique. La véritable\nquestion n'est pas de savoir si Vita, la jeune fille au cœur partagé, restera\nfidèle au douanier son fiancé ou suivra l'Étranger mystérieux. L'amour peut-il\nnaître pour un homme doué d'un pouvoir souverain? Et cet homme peut-il\nlui-même s'abandonner à l'amour humain sans faillir à sa haute et solitaire\nmission, sans démériter? Tel est le problème. Et si les héros ne portent pas\nde noms légendaires, s'ils vivent de nos jours, dans un petit port de pêche,\nc'est seulement pour que l'œuvre soit plus émouvante, nous étant plus\nprochaine, pour qu'elle puise directement aux sources de l'inspiration populaire,\npour que la mer enfin, comme dans la légende de Tristan, ajoute son trouble au\ntrouble des cœurs.\nL'Etranger, pêcheur comme les autres, mais plus heureux que les autres,\nporte à son bonnet une émeraude, relique miraculeuse qui lui donne empire\nsur les flots. De ce pouvoir, jamais il n'a fait usage que pour le bien des\nhommes; jamais, en réponse à sa charité écrasante, il n'a rencontré que sourde\nhostilité, envie, méfiance ou calomnie :\n« Par cette pierre de miracle une volonté droite et pure peut s'imposer aux vents et à la\nmer ! Par elle, j'ai sauvé maint navire en détresse ; par elle, j'ai tiré du péril bien des\npêcheurs et bien des matelots ; par sa vertu sacrée j'ai calmé des tempêtes...\n« Alors que de toute mon âme je cherche à faire des heureux, partout où je porte mes pas,\nje trouve en mon chemin le mépris et la haine. »\n\n(I) C'est également au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, que fut représenté\navec un grand succès, le 12 mars 1897, ce Fervaal que nous ne voulons pas croire\nbanni de France à jamais. Le répertoire moderne n'est pas si abondant en chefs-\nd'œuvre, et aucun des opéras nouveaux ne peut nous consoler de cet exil."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.5", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "Cette belle et triste destinée nous est révélée dès la première scène du premier\nacte : des pêcheurs rentrent, ils n'ont rien pris, et se plaignent, et envient l'étran-\nger qui trie en silence son poisson. « Iln'est pas du pays. C'est un sorcier. » A\nson approche, tous reculent et sedispersent. Un vieux pêcheur survient, miséra-\nble,avec sa femme et ses deux enfants. L'Etranger, par unbrusque mouvement\nde générosité, lui cède sa pêche. Le vieux hésite et ne sait comment remercier ;\nles enfants poursuivent le bienfaiteur de leurs cris. Seule Vita, la jeune fille,\nne partage pas l'universelle répugnance ; elle éprouve, aux discours de l'Etran-\nger, un charme troublant, qui lui fait oublier ses entretiens de jadis avec la\nmer. La seconde scène les met en présence ; un dialogue se noue, où Ton sent\nleur émoi :\n« Alors j'aimais causer avec la verte mer. Et que disais-tu à la verte mer ? Je ne sais\ntrop. Je lui parlais, et, sous le bruit des flots se perdaient mes paroles; je pensais, et sous\nla blanche écume s'égrenaient mes pensées. Inquiète et toujours changeante, la mer me\nrépondait, et sa grande voix haletante troublait mon cœur. Eh bien ! parle donc, ô jeune\nfille, parle encore à la verte mer. Non ! la mer à présent n'est plus ma confidente, de-\npuis... Depuis ? Depuis que tu es là. »\nL'Etranger, après s'être un instant ressaisi, laisse échapper son douloureux\nsecret :\n« Adieu, Vita, le bonheur je te souhaite... Moi, je pars dès demain, car je t'aime, je t'aime,\noui, je t'aime d'amour, et... tu le savais bien ! »\nCe sacrifice s'impose en effet, car Vita est jeune, et Vita est fiancée. Mais son\npromis révèle, dans une scène familière, la vulgarité d'une âme égoïste et\nsatisfaite. Et Vita se détache de lui, parce que ses yeux s'ouvrent à de\nsupérieures clartés.\nVita, malgré sa mère, n'épousera pas André, le beau douanier. Mais l'Etran-\nger ne peut daiantage assurer son bonheur : il a perdu, en troublant cette\njeune âme, et en prononçant les paroles d'amour, la pureté de cœur qui\nfaisait toute sa force. Car si une haute vertu fait le vide autour d'elle et en\nsouffre, cette solitude morale lui est, d'autre part, nécessaire. L'amour de la\ncréature, et surtout l'amour partagé, avec ses émotions trop douces et trop\ncaptivantes, brise le ressort de l'âme et fait perdre de vue la noble et dure\ntâche du bien accompli sans espoir de retour ; l'homme cesse de penser à tous\npour penser à l'être élu, c'est-à-dire à lui-même ; et il ne pourra plus, à l'ave-\nnir; faire l'œuvre de charité. Telles sont les vérités que l'Etranger révèle à celle\nqui commence à l'aimer. Puis il lui donne Pémeraude désormais inutile, et\nlui dit à jamais adieu :\n« Adieu, Vita ; par toi, j'aurai connu un instant le bonheur. Par toi j'aurai souffert le\nsuprême malheur. Souviens-toi, ô Vita, en face de la mer, souviens-toi de l'Etranger sans\nnom qui passa près de toi et qui comprit un jour la beauté de ton âme. Adieu ! »\nVita, désespérée, jette dans la mer grossissante, d'où s'élèvent des voix\nmystérieuses, la pierre sacrée, qu'elle maudit parce qu'elle a fait son malheur.\nLa tempête s'élève, on aperçoit une barque en perdition; personne n'ose lui\n\n{1) Acte 11, scène n."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.6", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "porter secours. Ramené par le danger, l'Etranger reparaît: il va partir, seul,\npuisque personne ne veut se dévouer avec lui. Vita s'élance, Vita l'accompa-\ngnera ; ils s'embarquent et disparaissent parmi les lames furieuses, qu'ils\nn'ont plus le pouvoir de calmer. Un vieux marin qui, depuis le mât du séma-\nphore, les suit des yeux, ôte son bonnet et prononce les paroles du De profun-\ndis. Et .l'on apprend ainsi que ces deux âmes ont trouvé le repos dans une\nmort fraternelle.\nOn sait que M. d'lndy ne s'en remet à personne du soin d'écrire ses poèmes,\net qu'il les écrit en prose. Les quelques citations qui précèdent peuvent donner\nune idée de cette prose aux rythmes fermes, aux accents bien marqués, prête\nà la mélodie. Quant à la mélodie, ses lignes vigoureuses se détachent en pleine\nlumière avec la plus noble hardiesse. Car le Maître, par un dernier effort de\nson art et de sa volonté, a évité toute complication, toute accumulation de\nmatière musicale, tout excès de richesse ou de métier, tout empâtement, tout\nenchevêtrement : un air libre et pur circule dans cette partition que nous pour-\nrons bientôt analyser avec plus de détail.\nII\nLE PRÉLUDE A L'APRÈS-MIDI D'UN FAUNE\n(M. CLAUDE DEBUSSY)\nCe Prélude n'est pas, au sens absolu du mot, une nouveauté, puisqu'il fut\nexécuté dès 1894 à la Société Nationale, et repris peu après par MM. Lamou-\nreux et Colonne. Mais l'oeuvre n'avait pas été appréciée, ni sans doute écou-\ntée, avec \"tout le calme, le sérieux et l'impartialité nécessaires, car, à cette\népoque lointaine, le nom de M. Debussy était encore un étendard autour\nduquel se livraient de bruyants combats. On a pu voir, à l'un des derniers\nConcerts Chevillard, que la douce Mélisande a fait taire ces passions mau-\nvaises et apaisé les rixes brutales. Le moment est donc venu de dire quelques\nmots d'une œuvre que l'on commence à pouvoir goûter en paix.\nL' « Eglogue » de Mallarmé (1) n'a qu'un lointain rapport avec celles de\nVirgile : ce faune ignore les tendres romances d'un Mélibée ou d'un Corydon;\nsa double flûte, qui devient bientôt une syrinx, « instrument des fuites »,\névoque, dans le mirage d'une après-midi brûlante, des formes savoureuses et\ndes poursuites qui ne sont point vaines :\nCes nymphes, je les veux perpétuer.\nSi clair\nLeur incarnat léger, qu'il voltige dans l'air\nAssoupi de sommeils touffus.\nMais cette vision fraîche n'est peut-être qu'un rêve :\nRéfléchissons... ou si les femmes dont tu gloses\nFigurent un souhait de tes sens fabuleux?\n\n(I) Publiée en 1876, et destinée d'abord à être récitée par M. Coquelin aîné (!)"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.7", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "Ce doute se dissipe : qu'importent, au reste, ces distinctions subtiles entre\nl'illusion et la réalité ? Le faune va chanter les images que le souvenir, ou le\ndésir, fait passer devant ses yeux : les nymphes surprises, qui plongent aux\nflots jaloux, ou leur sommeil sous les roses, terminé dans les bras du\nravisseur :\n...... Arcane tel élut pour confident\nLe jonc vaste et jumeau dont sous l'azur on joue,\nQui, détournant à soi le trouble de la joue,\nRêve dans un solo long que nous amusions\nLa beauté d'alentour par des confusions\nFausses entre elle-même et notre chant crédule.\nJe t'adore, courroux des vierges, ô délice\nFarouche du sacré fardeau nu qui se glisse\nPour fuir ma lèvre enfin buvant (comme un éclair\nTressaille) la frayeur secrète de la chair.\nUn dépit succède à cet emportement; 'mais le soir tombe, la paix revient\navec l'indifférence :\nTant pis! vers le bonheur d'autres m'entraîneront\nPar leur tresse nouée aux cornes de mon front.\nA l'heure où le bois d'or et de cendre se teinte,\nUne fête s'exalte en la feuillée éteinte.\n• • • • • ••••••«••\nCouple, adieu : je vais voir l'ombre que tu devins.\nCette fin en diminuendo devait séduire un musicien; on a pu voir d'ailleurs\nque le poème tout entier est musical et par son allure et par son sujet, car les\nimpressions s'y succèdent sans que la raison les dirige, avec ces retours impré-\nvus et pourtant naturels, qui appartiennent au sentiment, et aussi à la musi-\nque; et d'autre part le poète ne prétend autre chose que d'illustrer le chant de\nla flûte, impuissant par lui-même à préciser les images ; cette flûte deviendra\naussitôt, pour le musicien, le personnage principal qui, paraissant et reparais-\nsant, assurera l'unité de l'œuvre.\nEn artiste aussi discret que raffiné, M. Debussy n'a pas mis en musique le\npoème de Mallarmé, mais lui a donné un Prélude. 11 semble avoir voulu lais-\nser parler le poète après lui, comme s'il croyait, lui aussi, que « la musique\nsans les lettres se présente comme très subtil nuage ; elles, une monnaie si\ncourante », ou que son charme est « vain, si le langage, par la retrempe et\nl'essor purifiant du chant,n'y confère un sens », ou enfin que «la musique etles\nlettres sont la face alternative, ici élargie vers l'obscur, scintillante là avec cer-\ntitude, du phénomène que j'appelai l'ldée » (1). Mais il se trouve en réalité,\nparce que telle fut la volonté du musicien, que son Prélude est une œuvre\nindépendante, plus claire que le poème, et d'un caractère un peu différent,\nquoique les grandes lignes soient maintenues. La flûte commence par faire\nentendre ce chant doucement infléchi, qui sera le thème principal :\n\n(i) ST. MALLARMÉ, La Musique et les Lettres, Perrin, 1895."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "456", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.8", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "On se sent aussitôt transporté dans un monde meilleur; tout ce qu'il y a, dans\nla face camuse du faune, de grimaçant et de sauvage, s'est effacé ; le désir\nparle encore, mais voilé de tendresse et de mélancolie. L'accord posé par les\nbois,l?appellointain des cors,et le flot desons limpides qui s'échappedes harpes,\naccusent cette impression. L'appel se renforce, devient plus pressant, se calme\npresque aussitôt pour laisser chanter la flûte encore. Cette fois le thème se dé-\nveloppe, le hautbois intervient, la clarinette s'élance à son tour, un dialogue\nassez vif s'engage, et une phrase de clarinette conduit à un nouveau motif, qui\ndit la passion assouvie, mais traduit plutôt la douceur d'un mutuel émoi que\nla férocité de la victoire :\nLe premier thème revient, ralenti, et le coassement des cors bouchés obscur-\ncit l'horizon; le thème passe et repasse, de frais accords s'égrènent, enfin un\nvioloncelle solo se joint à la flûte, qu'il reflète (on trouve un effet de ce genre\ndans Tandante de la Symphonie pastorale), et tout se dissipe en flocons légers,\ncomme une brume « qui voltige dans l'air ».\nLa qualité qui frappe avant tout dans cette œuvre charmante, comme dans\ntout ce que compose M. Debussy, c'est l'unité du style, plus sensible en raison\nmême de la liberté du développement. C'est aussi la qualité qui manque le\nplus à la poésie de Mallarmé, où la préciosité la plus quintessenciée voisine\navec une netteté toute classique, où un fatras moitié plaisant et moitié solennel\ns'illumine tout à coup d'un fort beau vers, plus surprenant que tout le reste.\nRien de pareil ici, tout se tient et se lie. Et le plaisir de n'avoir pas à peser le\nsens d'un mot, à scruter la syntaxe d'une phrase ! Car la pièce de Mallarmé\nn'est certes pas des plus obscures ; encore faut-il s'y reprendre à deux fois avant\nde s'y reconnaître. Le musicien ne nous inflige pas un pareil travail. Par un\nsortilège qu'il devait renouveler dans les Cinq Poèmes de Baudelaire et dans\nPelléas, il a délicatement retiré du vain amas des mots et des syllabes l'émo-\ntion timide qui s'y cachait, s'y cherchait et s'y perdait. Ou plutôt il a repensé\net ressenti l'œuvre du poète, et par là même en a grandi l'émotion; ce\nqui revient à dire qu'il l'a purifiée. On ne sent plus, dans le Prélude, ce qui\npouvait choquer dans VA près-Midi : la curiosité perverse du lettré qui s'amuse,\nqui joue avec les ardeurs d'une sensualité primitive et suspecte. L'ardeur est\nrestée, ainsi que la naïve tendresse ; le vice a disparu avec la recherche, la\nNymphe a triomphé du Faune; toutes les taches du tableau se sont effacées,\net des lignes innocemment voluptueuses se déroulent dans une de ces pures\nlumières que la musique seule sait créer. Et je n'ai pas besoin de dire combien\nje préfère, au Faune biscornu de Mallarmé, le Faune élyséen de M. Debussy."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.9", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2743, "texte": "III\nSERRES CHAUDES\n(M. MAETERLINCK ET E. CHAUSSON)\nCe titre convient assez bien au Recueil poétique qui nous vint du Nord en\n1889. Des rêves lourds et maladifs, l'ennui d'une vie factice et prisonnière,\nune torpeur fiévreuse, un ciel voilé de chaudes buées, une pensée en dérive,\nqui s'ébat et aussi se débat, sans pouvoir se ressaisir, des images qui viennent\non ne sait d'où, et s'en vont, une langue riche en noms et pauvre en verbes,\ndes phrases qui semblent courir après leur sens et ne jamais l'atteindre, tels\nsont les caractères de cette poésie confinée, ataxique et, pour tout dire, fort\nétudiée. Combien valent mieux les drames en prose, ou les études philosophi-\nques, ou les Chansons, où tout le raffinement des premiers vers s'est converti\nen simplicité, simplicité voulue encore, mais exquise et touchante. Quoi\nqu'il en soit, les Serres chaudes ont séduit le musicien distingué, trop tôt ravi\npar la mort, que fut E. Chausson, et les cinq pièces qu'il a mises en musique\nparaissent aujourd'hui, en un fort élégant cahier (1), sous le numéro d'œuvre\n24. Je ne crois pas que jamais poète ait fourni à un musicien texte plus\nincohérent que celui de la première pièce du recueil (Serre chaude).\nO serre au milieu des forêts!\nEt vos portes à jamais c'oses !\nEt tout ce qu'il y a sous votre coupole,\nEt dans mon âme en vos analogies !\nLes pensées d'une princesse qui a faim,\nL'ennui d'un matelot dans le désert,\nUne musique de cuivre aux fenêtres des incurables;\nAllez aux angles les plus tièdes !\nOn dirait une femme évanouie un jour de moisson ;\nIl y a des postillons dans la cour de l'hospice.\nAu loin passe un chasseur d'élans devenu infirmier...\nEtc.\nAucune obscurité, comme on voit : il s'agit d'une discordance douloureuse,\ndécrite à grand renfort d'« analogies », c'est-à-dire de métaphores; il y a\nquelque chose d'analogue dans Y Impression fausse ou les Réversibilités de\nVerlaine, mais avec plus de grâce et une moins lourde rhétorique. E. Chaus-\nson a fort bien compris le sens de cette pièce : il ne s'est pas attaché à traduire\nl'immensité de la forêt, ni les appels des postillons, ni même « la musique\nde cuivre aux fenêtres des incurables », sachant bien que ces détails n'avaient\nd'importance que par le sentiment qu'ils matérialisaient. Ce sentiment est\nbien rendu par ce dessin agité du piano, en si mineur, où abondent les frotte-\nments et les modulations passagères ; j'aime moins le chant, qui n'est pas, et\nne pouvait être, une mélodie, mais n'a pas davantage la simplicité d'un récitatif ;\nces accents, ces élans (je ne parle pas de ceux du chasseur), ces contourne-\nments de la voix n'ont guère de raison d'être, et soulignent à l'excès les\n\n(i) Baudoux (Bellon, Ponscarme et Cie), éditeurs."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.10", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "absurdes paroles. La dernière strophe, en revanche, est fort belle, parce qu'ici\nles mots pouvaient se traduire en musique; aussi la mélodie se détache-t-elle,\nexpressive et vigoureuse, sur une harmonie qui fait corps avec elle.\nLa seconde pièce (Serre d'ennui) rend avec beaucoup d'élégance et de préci-\nsion un texte un peu plus simple et plus sobre; mais la troisième (Lassitude)\net la cinquième (Oraison) sont les plus belles du recueil. On trouve dans l'une\nun accompagnement qui sonne comme un glas, sans arrêt, dans l'autre les\nharmonies de prière qui concluaient la première pièce, dans l'une et l'autre un\nchant simple et grave, peu mouvementé, expressif par là même. Une âme s'y\nrévèle, fervente et profondément musicale; il y a souvent, dans les premières\nœuvres de Chauson,un excès de travail, de recherche, voire un certain manié-\nrisme dont toute trace a disparu ici. Le style du jeune compositeur se dé-\npouillait de ces travers, gagnait en simplicité, c'est-à-dire en assurance, annon-\nçait des chefs-d'œuvre, quand la mort est venue ; la place d'E. Chausson était\ntoute marquée, et reste vide, entre MM. Debussy et Dukas : il eût été le musi-\ncien ému et primesautier, quelque chose (avec plus de science) comme le\nSchubert de notre école moderne.\n\nLOUIS LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c008", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "458", "page_fin": "461", "image_debut": 10, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.4", "titre_corps": "Louis Couperin (1630-1665).", "titre_sommaire": "Louis Couperin (1630-1665).", "signature_source": "HENRI QUITTARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.10", "debut_caractere": 1296, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "Louis Couperin (1630-1665).\n\nSi le nom de Couperin, bien qu'illustré par des artistes de valeur pendant\nprès de deux siècles, n'évoque guère en l'esprit de nos contemporains que le\nsouvenir de François Couperin( 1668-r733), celui qu'on a surnommé le Grand,\nil est au moins un des ancêtres de ce grand maître, qui, trop vite oublié, reste\ncependant digne d'être placé à ses côtés. La vie de celui-là fut brève, sans\névénements notables, et nous en connaissons peu de chose. Son œuvre, inédite\nde son vivant, n'a survécu que par hasard, puisqu'un manuscrit, unique jus-\nqu'à présent, la renferme. Telle quelle pourtant, elle demeure un précieux\ntémoignage de la vitalité singulière de l'art symphonique français vers le\nmilieu du xvue siècle et aussi de la prodigieuse maîtrise de son auteur, Louis\nCouperin.\nLouis et ses deux frères, François et Charles, sont lespremiers de leurfamille\nqui se soient fait connaître. On a bien supposé, non sans vraisemblance, que\nCharles Couperin, leur père, était aussi musicien. Cela se peut, puisque ses\ntrois fils ont embrassé la même carrière. Mais ce fut en tout cas un artiste in-\nconnu et médiocre, vivant obscurément dans la petite ville de Chaumes, en"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.11", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "Brie (1). Louis, l'aîné, y a dû naître vers i 630 ou un peu avant (2), et nous ne\npouvons rien dire de son éducation musicale première qu'il partagea avec ses\nfrères, sinon qu'il avait acquis d'assez bonne heure un talent assez remar-\nquable pour s'attirer l'attention d'un des premiers compositeurs du temps.\nLaissons la parole à Titon du Tillet, qui dans son Parnasse françois raconte\ncette anecdote :\n« Les trois frères Couperin étaient de Chaumes, petite ville de Brie, assez\nproche de la terre de Chambonnières. Ils jouoient du violon et les deux\nainés reussissoient très bien sur l'orgue. Ces trois frères avec de leurs amis,\naussi joueurs de violon, firent partie, un jour de la fête de M. de Chambon-\nnières, d'aller à son château lui donner une aubade. Ils y arrivèrent et se pla-\ncèrent àla porte de la salle où Chambonnières étoit à table avec plusieurs\nconvives gens d'esprit et ayant du goût pour la musique. Le maître de la mai-\nson fut surpris agréablement, de même que toute la compagnie, par la bonne\nsymphonie qui se fit entendre. Chambonnières pria les personnes qui l'exé-\ncutoient d'entrer dans la salle et leur demanda d'abord de qui étoit la compo-\nsition des airs qu'ils avoient joués : un d'entre eux lui dit qu'elle étoit de Louis\nCouperin qu'il lui présenta. Chambonnières fit aussitôt son compliment à\nLouis Couperin et l'engagea avec tous ses camarades à se mettre à table; il\nlui témoigna beaucoup d'amitié et lui dit qu'un homme tel que lui n'étoit pas\nfait pour rester dans une province et qu'il falloit absolument qu'il vînt avec\nlui à Paris, ce que Louis Couperin accepta avec plaisir. Chambonnières le\nproduisit à Paris et à la Cour où il fut goûté. »\nCe récit se rapporte sans doute à l'année i 650 ou peu s'en faut, si l'on ac-\ncepte du moins la date approximative de la naissance de Couperin. Chambon-\nnières, dont les leçons et les exemples durent si excellemment développer les\nmérites naissants du jeune musicien, Chambonnières était bien placé pour le\nservir. Héritier de son père dans la charge de claveciniste de la chambre\ndu Roi, tenu par tous pour le prince des virtuoses du clavier, il est alors à\nl'apogée de sa gloire. Son titre à la cour est surtout honorifique (car au cours\ndelà Régence et de la Fronde la musique y est passablement négligée) ; mais\nles salons les plus brillants se disputent sa présence. On y tolère ses préten-\ntions d'homme de qualité en faveur de son merveilleux talent d'exécutant et\nde compositeur. Présenté par lui, un jeune artiste, son élève, ne pouvait\nmoins faire que de réussir. l)e fait, Louis Couperin paraît avoir été presque\nimmédiatement classé parmi les plus illustres de son temps.\nLe marquis de Chambonnières comme il aimait àse qualifier lui-même\nmettait tout son soin, paraît-il, à n'être point considéré comme un musi-\ncien de profession. Il se piquait d'être homme du monde, ne jouant du cla-\n\n(1) La conjecture est de Jal (Dictionnaire critique de biographie et d'histoire),\nlequel, en rapportant certains actes d'état civil relatifs aux trois frères, nous a fait\nconnaître le nom de leur père et de leur mère, Marie Andry. On trouvera aussi\nquelques détails sur cette famille dans L'Huillier (Notes sur quelques musiciens dans\nla Brie).\n(2) Titon du Tillet (Parnasse françois) indique la date de i 630 quand il dit que\nLouis Couperin mourut à l'âge de 35 ans vers 1665. Mais je pense qu'il faut avancer\ntant soit peu la date de cette mort, car Jal, qui cite les actes de mariage des deux\nautres frères, François et Charles, fait remarquer que le nom de Louis Couperin ne\nfigure sur aucun de ces deux actes qui sont datés de 1602."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.12", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3793, "texte": "vecin que pour le plaisir ( 1). Son disciple, qui n'avait prétexte à s'anoblir, a\névité ce ridicule et ne connut pas de si étranges délicatesses. S'il s'est fait\nvaloir dans les cercles aristocratiques des amateurs du bel air, il n'a pas dé-\ndaigné de s'adresser a la foule du haut de la tribune de l'orgue, le seul endroit\nd'où l'artiste communique alors avec le grand public. Nous savons, sans\npouvoir préciser la date de son admission, qu'il obtint l'orgue de Saint-Ger-\nvais, où jusqu'au xixe siècle allaient se succéder des artistes de son nom. Il\nn'abandonnera ce poste qu'à sa mort, et c'est son plus jeune frère, -Charles, le\npère du grand Couperin, qui lui succédera (2).\nQuoi qu'en ait dit Titon du Tillet, Louis Couperin n'obtint jamais aucune\ncharge à la cour. Cela n'a rien de surprenant si l'on considère qu'il est mort à\n35 ans à peine : son nom ne figure sur aucun des états ni des comptes de\nla maison royale, assez complets pourtant pour toute cette période.\nCe que fut, comme exécutant, Louis Couperin, un contemporain, l'abbé Le\nGallois, nous le dira (3). Cet intelligent critique, qui a analysé avec une fine\nprécision l'art des grands virtuoses de son temps, n'hésitera pas à le placer\npresque au même rang que Chambonnières lui-même. Il propose l'un et l'autre\ncomme deux « chefs de secte », ainsi qu'il dit. « Car encore que tous deux ayant\neu cela de commun que d'exceller dans leur Art et d'en avoir peut-être mieux\nque pas un autre connu les règles, il est certain néanmoins qu'ils avoient deux\njeux dont les differens caractères ont donné lieu de dire que l'un (Chambon-\nnières) touchoit le cœur, et l'autre (Couperin) touchoit l'oreille. » Il faut en-\ntendre par là que le premier sacrifiait davantage à l'expression, à la grâce,\nmême au pathétique, tandis que son élève était curieux surtout de plaire par\nses « doctes recherches », c'est-à-dire par la force de l'harmonie, le raffine-\nment de la technique : « Cette manière de jouer a esté estimée par les personnes\nsçavantes à cause qu'elle est pleine d'accords et enrichie de belles dissonances\nde dessin et d'imitation. »\n\n(1) Au moment où Chambonnières, écarté de la cour, vit dans une quasi-disgrâce\net assez difficilement, cela est attesté par une lettre de Ghristiaan Huygens à son\nfrères Lodewyck [Œuvres complotes... publiées par la Société hollandaise des Scien-\nces,, IV, 229).\n« L'estat du marquis de Chambonnières me feroit pitié s'il n'avoit pas fait si fort\nl'entendu auparavant. La dernière fois que je le vis, il vouloir encore me faire ac-\ncroire qu'il ne jouait plus du clavecin, et le voila misérable maintenant s'il ne sçavoit\nplus ce métier.\nLa vanité et les prétentions nobiliaires de Chambonnières ont fait l'objet de nom-\nbreuses anecdotes. Cf. l'étude sur cet artiste parue dans la Tribune de Saint-Gervais\n(janvier 1901, sp.)\n(2) Charles Couperin était né en 1638 (L'Huillier a publié son acte de naissance).\nIl mourut, fort jeune aussi, en 1669, un an après la naissance de son fils. Il fut aussi\nfort estimé, comme organiste surtout. François Couperin, sieur de Crouilly, le se-\ncond frère (né en 1631,m0rt vers 1708), dut sa réputation principalement à son talent\nde professeur : il excellait à enseigner les pièces de ses frères. « G'étoit, dit Titon\ndu Tillet, un petit homme qui aimoitfortle bon vin et qui allongeoit volontiers ses\nleçons quand on avoit soin de lui apporter près du clavecin une caraffe de vin avec\nune croûte de pain, et une leçon duroit ordinairement autant qu'on vouloit renou-\nveller la caraffe. » Il a tenu comme ses frères l'orgue de Saint-Gervais. On a de lui\nquelques pièces vocales et un Livre d'orgue imprimé : Pièces d'orgue consistant en\ndeux Messes... in-40 obi. s. d.\n(3) Lettres à M]iQ Regnault de Solier touchantla musique, 1680."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.13", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 554, "texte": "La comparaison des œuvres des deux musiciens confirme ce jugement. Cou-\nperin avait laissé « trois suites de pièces de Clavecin d'un travail et d'un goût\nadmirable », dit Titon du Tillet ; et cette précieuse collection restée manuscrite\nentre les mains de quelques connaisseurs est certainement celle que renferme\nle manuscrit de la Bibliothèque nationale (V m 7 1862). Mieux que pas un autre\nrecueil du même temps celui-là nous apprend combien notre art français\navait déjà de variété et de profondeur.\n(A suivre.)\n\nHENRI QUITTARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c009", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "461", "page_fin": "462", "image_debut": 13, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.5", "titre_corps": "Le baromètre du goût musical. Quelques recettes.", "titre_sommaire": "Le baromètre du goût musical. Quelques recettes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.13", "debut_caractere": 556, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "Le baromètre du goût musical.\nQuelques recettes.\nPour connaître l'état présent du goût musical dans le public, rien ne vaut la\nlecture des documents suivants :\n\nTHEATRES\nTITRES DES PIÈCES REPRESENTEES\nDATES\nRECETTES\nOpéra\nLa Valkyrie.\n3i octobre\n22 178 fr. 41 (1)\n—\nL'Africaine.\n3 novembre\ni 0989 fr. 41\n—\nLa Valkyrie.\n5 —\n20332 fr. 26\n—\nFaust.\n7 —\n19281 fr. 41\n—\nU Africaine.\n8 —\n11285 fr.\n(représentation populaire)\n—\nLa Valkyrie.\n10 —\n17422 fr. 5o\n—\nLes Huguenots.\n12 —\ni5o36 fr. 76\n—\nLohengrin.\n[4 —\n2171 8 fr. 41\n—\nRoméo et Juliette.\n15 —\n1 1718 fr. 41\n—\nDon Juan.\n*7 —\n15725 fr. 4 1\nOpéra-Comique\nPellèas et Mélisande.\n3o octobre\n7007 fr. 5o\n—\nCarmen.\n31 —\n9903 fr. 5o\n—\nLe Domino noir, Maître Wol-\n—\nfram.\nIer nov. matinée\n4279 fr. i5\nLa Vie de Bohême Du ga^on.\nier nov. soirée\n9201 fr. 5o\n—\nMignon.\n2 nov. matinée\n6546 fr. 5o\n—\nLes Noces de Jeannette, Lakmé.\n2 nov. soirée\n6920 fr. 5o\n—\nLes Dragons de Villars.\n3 nov. populaire\n2809 fr. 5o\n—\nManon.\n4 novembre\n9793 fr. 5o\n—\nMireille.\n5 —\n4232 fr. 5o\n—\nPelléas et Mélisande.\n6 —\n6759 fr. 5o\n—\nLe Roi d'Ys.\n7 —\n5 188 fr. 5o\n- —\nLa Vie de Bohême.\n8\n8368 fr. 5o\n—\nLouise.\n9 nov. matinée\n5766 fr.\n—\nCarmen.\n9 nov. soirée\n6104 fr. 5o\n—\nLakmé.\ni o novembre\n3862 fr.\n—\nManon.\n11 —\n6377 fr. 5o\nLe Roy d'Ys-\n12 —\n4348 fr.\n—\nMmû la Vie de Bohême.\n13 —\n7101 fr. 5o\n—\nPelléas et Mélisande.\n14 —\n6331 fr.\n—\nLe Médecin malgré lui, Caval-\nleria rusticana.\ni 5 —•\n9536 fr. 5o\n_\nMaître Wolfram, le Domino\nnoir.\n16 —\n5624 fr. 5o\n—\nCarmen.\n«7 —\n5476 fr. 5o\n(i) Ces centimes d'une évaluation un peu étrange, viennent des places d'abonnement.\ndont le prix,\nfixé pour toute la saison, doit être divisé, dans l'établissement de chaque re-\ncette, par le nombre de représentations."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.14", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 180, "texte": "L'Odéon, qui, avec Monsieur le Directeurr {aisait de 600 à 800 francs de\nrecette dans les derniers temps, a fait 4.485 fr. 5o avec 1 Arlésienne (le 8 no-\nvembre)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c010", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "461", "page_fin": "461", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.5.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.13", "debut_caractere": 717, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "THEATRES\nTITRES DES PIÈCES REPRESENTEES\nDATES\nRECETTES\nOpéra\nLa Valkyrie.\n3i octobre\n22 178 fr. 41 (1)\n—\nL'Africaine.\n3 novembre\ni 0989 fr. 41\n—\nLa Valkyrie.\n5 —\n20332 fr. 26\n—\nFaust.\n7 —\n19281 fr. 41\n—\nU Africaine.\n8 —\n11285 fr.\n(représentation populaire)\n—\nLa Valkyrie.\n10 —\n17422 fr. 5o\n—\nLes Huguenots.\n12 —\ni5o36 fr. 76\n—\nLohengrin.\n[4 —\n2171 8 fr. 41\n—\nRoméo et Juliette.\n15 —\n1 1718 fr. 41\n—\nDon Juan.\n*7 —\n15725 fr. 4 1\nOpéra-Comique\nPellèas et Mélisande.\n3o octobre\n7007 fr. 5o\n—\nCarmen.\n31 —\n9903 fr. 5o\n—\nLe Domino noir, Maître Wol-\n—\nfram.\nIer nov. matinée\n4279 fr. i5\nLa Vie de Bohême Du ga^on.\nier nov. soirée\n9201 fr. 5o\n—\nMignon.\n2 nov. matinée\n6546 fr. 5o\n—\nLes Noces de Jeannette, Lakmé.\n2 nov. soirée\n6920 fr. 5o\n—\nLes Dragons de Villars.\n3 nov. populaire\n2809 fr. 5o\n—\nManon.\n4 novembre\n9793 fr. 5o\n—\nMireille.\n5 —\n4232 fr. 5o\n—\nPelléas et Mélisande.\n6 —\n6759 fr. 5o\n—\nLe Roi d'Ys.\n7 —\n5 188 fr. 5o\n- —\nLa Vie de Bohême.\n8\n8368 fr. 5o\n—\nLouise.\n9 nov. matinée\n5766 fr.\n—\nCarmen.\n9 nov. soirée\n6104 fr. 5o\n—\nLakmé.\ni o novembre\n3862 fr.\n—\nManon.\n11 —\n6377 fr. 5o\nLe Roy d'Ys-\n12 —\n4348 fr.\n—\nMmû la Vie de Bohême.\n13 —\n7101 fr. 5o\n—\nPelléas et Mélisande.\n14 —\n6331 fr.\n—\nLe Médecin malgré lui, Caval-\nleria rusticana.\ni 5 —•\n9536 fr. 5o\n_\nMaître Wolfram, le Domino\nnoir.\n16 —\n5624 fr. 5o\n—\nCarmen.\n«7 —\n5476 fr. 5o\n(i) Ces centimes d'une évaluation un peu étrange, viennent des places d'abonnement.\ndont le prix,\nfixé pour toute la saison, doit être divisé, dans l'établissement de chaque re-\ncette, par le nombre de représentations."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c011", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "462", "page_fin": "467", "image_debut": 14, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.6", "titre_corps": "La Harpe moderne.", "titre_sommaire": "La Harpe moderne.", "signature_source": "LOUIS LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.14", "debut_caractere": 182, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "La Harpe moderne.\n\nIl ya aujourd'hui une question de la Harpe, comme ily eut jadis une question\ndu Cor, ou de la Flûte, comme il y eut plus récemment une question Wagner,\ncomme il y a quelquefois une question de confiance, et comme il y eut toujours\nune question d'Orient. La lutte est engagée une fois de plus entre les partisans\ndu statu quo et les apôtres du changement, entre les sceptiques amis de la tra-\ndition et les fervents adeptes du progrès. C'est là un de ces antagonismes éter-\nnels, qui diviseront toujours l'humanité et qu'il ne faut pas regretter : car\ntoute œuvre saine, bonne et durable, ne peut sortir que de l'effort de ces deux\npartis contraires, qui s'entr'aident en croyant se combattre. Mais lorsque la\nquerelle intéresse la musique, elle prend une vivacité particulière, le musicien\nétant plus jaloux que tout autre des secrets de son art, partant conservateur-né,\net conservateur acharné. C'est donc pour nous un grand plaisir, et un plaisir\nassez rare, que de constater que l'on n'a employé jusqu'à présent, pour dé-\nfendre les deux harpes rivales, que des armes courtoises, que l'honneur des\nfamilles n'a pas été attaqué, et que la religion et la politique n'ont pas\nencore été mêlées au débat. M. Hasselmans, dans la seconde de ses Lettres\nau Monde Musical (21 août 1897), parle bien du « ton de la réponse »de\nM. Lyon, pour dire qu'il ne s'y « arrête pas un instant ». Mais vraiment on ne\nvoit pas ce que, dans cette réponse, le maître célèbre de notre Conservatoire a\npu estimer offensant: il est cependant permis à un inventeur de défendre son\ninvention, et surtout de se défendre de l'accusation de n'avoir rien inventé (1).\nLes articles attachants, pleins de faits et d'idées, de notre collaborateur\nM. Schneider ont mis nos lecteurs au courant de la question. Aussi croyons-\nnous possible aujourd'hui de résumer et deconclure. La harpe est un instrument\ntrès ancien, puisque les Egyptiens le connaissaient, et très moderne, car il\ndevient, de plus en plus, un élément essentiel de notre orchestre si nourri,\nsi puissant, dont la sonorité a besoin d'être allégée, subtilisée : ce rôle est celui\ndes instruments à cordes pincées ou frappées. Ces instruments étaient en\ngrande vogue au moyen âge, et Villon évoque, en des vers exquis, leur angé-\nlique pureté:\nFemme je suis, povrette et ancienne\nQui rien ne sais, oncques lettre ne lus.\nAu moutiers vois, dont suis paroissienne,\nParadis peinct, où sont arpes et lu%,\nEt ung enfer où damnés sont boullus.\nL'orchestre de YOrfeo de Monteverde ( 1607) comprend encore une harpe\ndouble (grande harpe), à côté de laquelle apparaissent deux clavecins: ce sont\nlà les rivaux qui allaient chasser la harpe de l'orchestre, en raison de la facilité\nd'exécution que donne le clavier. La harpe avait, en outre, le désavantage\n\n(1) M. Hasselmans avait cité le brevet pris, en iBqs, par Pape, pour une harpe chro-\nmatique d'une construction très différente, et qui ne semble pas avoir été exécutée."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.15", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "d'être, par essence, diatonique : la main de l'exécutant ne pouvant\ncomme dans lesinstrumentsà touche, le raccourcissement descordes, il faut une\ncorde pour chaque note, et d'autre part on ne pouvait guère représenter par une\ncorde chaque degré de l'échelle chromatique, sans surcharger l'instrument qui,\nà la différence du clavecin, doit rester léger et portatif : force était donc (malgré\nquelques tentatives contraires) de ne donner à la harpe que les notes d'une\ngamme unique, sans accidents. Le luth, au contraire, qui procède par raccour-\ncissement comme nos vicions, se maintint plus longtemps, fut même, au\nxvue siècle, l'instrument favori des virtuoses, en raison de la grande variété de\nsons et d'accords qu'il offrait à desmains habiles. Puis le moment vint où le luth\nlui-même passa de mode, et le clavecin fut, pendant tout le xvnie siècle, la base\nde l'orchestre. Mais le clavecin grandit, devint un instrument à cordes frappées\net non plus pincées, c'est-à-dire un piano. C'est à la fin du xvme siècle qu'eut\nlieu cette transformation; le son devenait ainsi plus robuste, plus vibrant, et\nsurtout susceptible de toutes les nuances d'intensité, du piano au forte. Le nou-\nvel instrument pouvait traduire à lui seul, d'une manière expressive, claire et\npuissante, les œuvres les plus compliquées ; c'est pourquoi il sortit presque\naussitôt de l'orchestre pour s'appliquer à l'exécution en solo, ou à la musique\nde chambre ; et lorsqu'il rentra dans les salles de concert, ce fut comme soliste\nencore, et le plus souvent comme soliste virtuose (i). L'orchestre se trouva\nainsi dépouillé de tous les instruments à cordes pincées, si nombreux autrefois,\net dont l'impuissance à soutenir le son était si largement compensée par la\nvivacité, la précision des attaques, et la légèreté sans égale des traits. Seule la\nbatterie (timbales et caisses) représentait, dans le registre grave seulement, et\navec deux ou trois notes au plus, le principe de la percussion.\nC'est précisément vers cette époque que l'adjonction des pédales à la harpe et\nenfin la belle invention du double mouvement, due à Sébastien Erard (1787),\naccrut dans une large mesure les ressources de l'instrument délaissé. On sait\nque les pédales affectent d'accidents toutes les notes de même nom, d'octave\nen octave ; le double mouvement permet de faire deux fois de suite cette\nopération, c'est-à-dire de changer le même ut b, d'abord en ut H, puis en ut #.\nLa harpe peut ainsi être accordée, par une simple manœuvre de pédales,\ndans tous les tons, depuis l'armure de 7 bémols jusqu'à celle de 7 dièses.\nElle reste toujours diatonique, mais devient transpositrice, ce qui veut dire\nque les notes de deux gammes différentes ne sont jamais représentées à la\nfois : on ne trouve pas le ré H à côté du ré # ; mais l'instrument peut jouer\ndans toutes les tonalités, grâce à un changement d'accord. C'est par un progrès\nanalogue que les clarinettes, les trompettes et les cors étaient devenus (au\ncours du xvme) capables de transporter leurs gammes tout entières d une\ntonalité dans une autre : l'artiste n'avait pour cela qu'à changer d'instrument,\nou à adapter à l'instrument une pièce de rechange (coulisse) différente. Le\ngoût de l'antiquité aidant, la harpe ainsi perfectionnée revint à la mode sous\nl'Empire, et peu à peu reprit sa place dans l'orchestre, dans l'orchestre fran-\nçais surtout, plus léger que l'orchestre allemand, et plus épris d'effets pitto-\n\n(1) Il faut rappeler ici que M. Saint-Saëns a introduit le piano dans l'orchestre de\nsa dernière Symphonie. Tentative intéressante, qui montre combien le besoin\nd'instruments de ce genre se fait sentir aujourd'hui."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.16", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3638, "texte": "resques. La harpe a une place d'honneur dans la Damnation de Faust, la\nSymphonie Fantastique et VEnfance du Christ, de Berlioz ; Rossini et\nMeyerbeer en font un fréquent usage dans leurs opéras ; Wagner à son tour\nintroduit 6 harpes dans la Tétralogie ; il y a des harpes dans la symphonie de\nFranck, et il me suffira de citer, pour finir, l'emploi si neuf et si touchant que\nM. Debussy fait de la harpe dans Pelléas (scène de la fontaine, début du\n2e acte, conclusion de l'œuvre, etc.).\nTelle quelle, la harpe est cependant loin encore d'être un instrument par-\nfait : elle ne peut moduler rapidement d'un ton à un autre, dès que la parenté\nn'est pas immédiate, et toute excursion dans le genre chromatique lui est inter-\ndite, à moins qu'elle n'ait recours aux sons dits synonymes, dont l'emploi est\nrestreint : la harpe peut dire, au lieu de mi-fa-fa Jf, mi fa-sol b, mais il lui est\nabsolument impossible de faire entendre la succession sol-la %-si. Tous les\nautres instruments de l'orchestre au contraire sont devenus chromatiques ;\nni la clarinette, ni la trompette, ni le cor, ne reculent devant l'accumulation\ndes accidents. Seule la harpe en est restée à l'état transpositeur ; seule elle\ndoit s'abstenir de répéter certains traits, certaines mélodies, après tous ses\nfrères de l'orchestre, parce qu'elle ne pourrait les suivre. Il y avait là une\ninégalité choquante, et qui gênait autant les compositeurs, obligés de restrein-\ndre l'emploi d'un instrument précieux, que les harpistes souvent fort embar-\nrassés d'exécuter tel passage d'un auteur novice ou hardi, dont la pensée ne\npouvait ou ne voulait pas se plier à l'imperfection de l'instrument. C'est à\nces inconvénients que remédie la harpe chromatique de M. Lyon : le principe,\nfort simple, est de disposer les cordes en deux séries qui se croisent, et dont\nl'une répond aux touches blanches, l'autre aux touches noires du piano ;\nl'exécution a demandé trois années d'études patientes (1894-1897).\nLa harpe chromatique existe ; des artistes tels que Mme Tassu-Spencer,\nJVRe Madeleine Lefébure et M. Jean Risler ne l'ont pas jugée indigne de leur\ntalent et ont montré les ressources qu'elle offrait aux musiciens ; d'autre part,\non a pu voir récemment, au nouveau Conservatoire populaire fondé par\nM. Charpentier, de jeunes ouvrières qui, après trente heures d'études, arrivaient\nà jouer des parties d'accompagnement difficiles pour la harpe à pédales. Les\nvirtuoses et les amateurs de tout ordre sont donc également intéressés par la\nnouvelle invention, qui de fait a déjà conquis droit de cité aux Conservatoires\nde Lille, Nîmes et Bruxelles, auxquels d'autres sont venus et viendront bientôt\nse joindre. Mais le vieil instrument a trouvé d'ardents défenseurs. Rien de\nplus naturel ; on ne trouble pas impunément de vieilles habitudes, il y a des\nopinions faites, des préjugés bien établis, il y a aussi l'attachement, fort natu-\nrel, des maîtres pour les instruments auxquels ils doivent leurs succès et dont\nils sont arrivés à surmonter les difficultés autant qu'il est humainement pos-\nsible. Tous ces sentiments sont très respectables, et nous ne voulons pas sup-\nposer un seul instant que des intérêts plus personnels aient déterminé certaines\nattitudes : nous sommes ici dans le monde de l'art, qui est, comme on sait, un\nmonde supérieur, où chacun ne songe qu'à la beauté, et jamais à soi-même.\nNous allons donc examiner une à une des objections qui, toutes, ont été faites\nde bonne foi.\nLa harpe, a-t-on dit, perdrait son caractère en devenant chromatique. Cette\nphrase recouvre une simple pétition de principe : si Berlioz a écrit que la harpe"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.17", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3636, "texte": "« est un instrument essentiellement antichromatique », il a voulu dire par là\nque la harpe, de son temps, ne pouvait faire entendre de successions chromati-\nques. Il a constaté un fait, et rien de plus. C'est commettre une erreur de logi-\nque assez grossière que de faire de cette circonstance accidentelle la définition\nmême de la harpe. Il n'entre pas plus dans le caractère de la harpe d'être anti-\nchromatique qu'il n'entre dans le caractère du piano d'être construit en palis-\nsandre. Une bonne harpe chromatique sera encore une harpe, comme un bon\npiano en acajou sera encore un piano. Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter à cette\npremière objection, et il faut simplement rechercher si la nouvelle disposition\naltère quelqu'une des qualités particulières, telles que le timbre, ou la facilité\nde certains effets, qui donnent à la harpe sa véritable personnalité.\nLe son, a-t-on dit, est plus faible en raison du plus grand nombre des\ncordes. Ici le vrai se mêle avec le faux. Il ne faut pas croire qu'il y ait, entre\nla puissance du son et le nombre des cordes, une relation fixe ; sans quoi on\nne comprendrait pas que le piano puisse soutenir un seul instant la compa-\nraison avec le violon, ni que la balalaïka russe, à trois cordes, ne soit\npas le roi des instruments. Il faut simplement que la tension totale des cordes\nsoit proportionnée à la résistance de la table d'harmonie. Ce résultat est\natteint dans la nouvelle harpe, parce que la tension des cordes ne dépasse pas\nune certaine limite, et parce que l'emploi d'une monture en métal (aluminium)\na permis de soulager la tablé d'harmonie d'une partie de l'effort qu'elle était\nappelée à supporter : en dépit du nombre plus grand des cordes, la table n'est\npas plus chargée que dans la harpe à pédales. Aussi la différence de sonorité\nest-elle, en réalité, inappréciable. Des expériences, faites avec des harpes des\ndeux systèmes ec de différentes provenances, cachées par un paravent, ont\nmontré qu'il était impossible de reconnaître le timbre de la nouvelle harpe ;\nc'est ce qu'on a aussi reconnu aux fêtes de Jeanne d'Arc, à Orléans, où quatre\nharpes chromatiques ont joué, dans la cathédrale, à côté de deux harpes à\ndouble mouvement.\nQue si M. Hasselmans soutient maintenant que l'ancien instrument a entre\nses mains une sonorité inimitable, nous ne nous inscrirons pas en faux contre\nun pareil jugement. Mais cette supériorité tient au grand talent de M. Has-\nselmans, et non aux vertus spéciales du double mouvement. On ne peut\nexiger d'un instrument vieux de cinq années à peine de posséder des maîtres\négaux à ceux qu'une longue pratique a fait parvenir à la hauie virtuosité.\nLorsque Tulou combattait avec acharnement la flûte de Bœhm, lorsque les\ncornistes menacés de l'intrusion du cor à pistons criaient au sacrilège, on pou-\nvait se demander en effet si les instruments perfectionnés se prêteraient à\nl'exécution artistique autant que leurs devanciers ; mais une nouvelle généra-\ntion de flûtistes et de cornistes est venue, qui a su retrouver toutes les qualités\nde son et de style que l'on croyait compromises, avec une agilité et une\nsûreté d'intonation bien supérieures. Il en sera de même pour la harpe chro-\nmatique, si on lui permet de vivre : on passera moins de temps à apprendre\nl'accord de l'instrument, très laborieux avec l'ancien système, et le jeu des\npédales ; on pourra en consacrer davantage au perfectionnement de la sonorité\net à l'étude de l'interprétation.\nJe sais bien qu'on fait un grief àla harpe chromatique de sa facilité même :\nle bel instrument de jadis va tomber entre des mains profanes, les artistes"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.18", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3756, "texte": "l'abandonneront au vulgaire, parce qu'il aura perdu sa difficulté. Il est cer-\ntain que les intérêts du grand nombre et ceux du grand art sont distincts;\nmais ils ne sont pas contraires. La facilité relative du piano, qui en a fait l'ins-\ntrument des amateurs et des ignorants, ne lui a pas retiré pour cela la faveur\ndes artistes ; bien au contraire, la grande virtuosité s'est développée en même\ntemps qu'augmentait le nombre de jeune filles capables de jouer médiocrement\ns une valse ; comme les humbles commençantes, les grands artistes ont profité\ndes moyens nouveaux qu'on mettait à leur disposition, sans rien perdre pour\ncela de leurs qualités personnelles. C'est qu'en réalité un instrument n'est ni\nfacile ni difficile : il est riche, ou il est pauvre, voilà tout. Il est toujours assez\nfacile de jouer mal, que ce soit du cor, du basson ou du violon ; il est toujours\ntrès difficile de jouer bien, que ce soit de la flûte, de la harpe ou du piano;parce\nque pour jouer bien il faut arriver à donner une âme à ces serviteurs de bois\net de métal, ce qui n'est possible que si l'on a la domination entière de son\ninstrument, et si l'on possède soi-même une âme, ce qui n'est pas le cas de\ntout le monde, tant s'en faut. Le grand art se défend donc de lui-même contre\nles prétentions de la foule, et n'a pas besoin qu'on l'entoure de difficultés\nsupplémentaires et de \"règles inutiles. Cette dernière opinion était celle de\nBeckmesser, mais Beckmesser jouait du luth ; nos harpistes doiventdonc le mé-\npriser et ne pas l'imiter.Ce qui est vrai, c'est que les instruments n'ont pas tous\nles mêmes ressources ; tel passage, que la flûte exécute en se jouant, est impos-\nsible au cor; tel trille, que le violon bat avec indifférence, ne peut sortir sur\nla clarinette. Et lorsqu'un instrument est riche, il est facile à un débutant d'u-\ntiliser une partie de ses ressources ; lorsqu'il est pauvre, impossible d'en rien\ntirer avant de les avoir toutes à sa disposition. Artistes et amateurs doivent donc\nse féliciter à la fois d'un enrichissement dont ils tirent des avantages égaux :\nles uns atteignant des effets nouveaux, les autres s'appropriant des effets qui\nétaient d'abord réservés aux artistes.\nLa harpe chromatique est plus riche que la harpe à pédales, puisque, sans\nrien perdre de l'ancienne sonorité, elle possède plus de notes et se meut sans\neffort à travers tous les tons, ce qui est la condition même de la musique mo-\nderne ; les harpistes futurs ajouteront donc une virtuosité plus grande et plus\naisée à toutes les qualités qu'ils possèdent aujourd'hui. On répond à cela qu'ils\nauront en moins un effet particulier : le glissando. En effet, le mode d'accord\nactuel permet, dans certains cas, à l'artiste de faire sortir de son instrument,\nrien qu'en y promenant ses doigts, tout un vol de sons pressés, qui forment\nune gamme, ou un accord de septième. Cet artifice a été perdu par la harpe\nchromatique, mais la perte n'a été que momentanée, et 1 e glissando, si les har-\npistes y tiennent, sera bientôt reconquis grâce à l'emploi d'étouffoirs sépa-\nrés ou simplement au progrès de la technique nouvelle. Il faut dire d'ailleurs\nque cet effet, dont on a abusé, tend à passer de mode. Il serait perdu sans\nretour, que certainement les compositeurs passeraient outre, et préfére-\nraient encore la harpe chromatique. Car l'orchestre moderne a besoin, pour\nrester limpide, de s'incorporer ces paillettes lumineuses qui sont les sons de\nla harpe, et la musique moderne a besoin, pour développer sa richesse, d'user\nde plus en plus de la gamme chromatique. La conclusion s'impose.\nPersonne d'ailleurs ne demande la suppression de l'ancien instrument.\nM. Lyon et M. Hasselmans sont d'accord (à un comma près sans doute), pour"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.19", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 608, "texte": "s'en rapporter à l'expérience. Que cette expérience soit donc tentée enfin.\nM. Gevaert a donné l'exemple en ouvrant, à Bruxelles, une classe de harpe\nchromatique à côté de la classe de harpe à pédales (i). Cet exemple ne pourrait-\nil être suivi ?Il semble qu'il y a là une question des plus intéressantes, et\npresque vitale, pour l'orchestration moderne. Etant donné le caractère de\nnotre art, je crois qu'un instrument chromatique, s'il est d'ailleurs pareil à\nl'instrument diatonique, a la partie gagnée d'avance : mais encore faut-il pou-\nvoir l'engager.\n\nLOUIS LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c012", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "467", "page_fin": "467", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.7", "titre_corps": "A l'Opéra.", "titre_sommaire": "A l'Opéra.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.19", "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "A l'Opéra.\n\nCe n'est pas au sortir d'une répétition générale qu'on peut se flatter les yeux\nencore éblouis par la richesse du spectacle d'émettre un jugement complet\net motivé sur Bacchus, le nouveau ballet en deux actes de M. Duvernoy. Mais\nune telle œuvre mérite-t-elle une étude critique ? Le compositeur s'est-il donné\nla peine, comme c'est son devoir (qu'il s'agisse d'opéra ou de ballet), d'étudier\nsincèrement, et à fond, le sujet qu'il a traité ? S'est-il fait une âme antique,\npénétrée du sens des légendes orientales ? Supplée-t-il à la conviction par l'ori-\nginalité de la fantaisie et la nouveauté du style ? A-t-il fait autre chose que\ndonner prétexte à une pompeuse exhibition de décors amusants, de costumes\ntrès riches et de jambes agiles ?Je n'ose poser ces questions à M. Duvernoy,\npianiste de race et compositeur digne d'une grande estime. Il y a dans sa par-\ntition des idées heureuses et de « jolies pages » ; il y en a quelques autres d'une\nvulgarité qui n'est peut-être pas voulue. Ce ballet n'en est pas moins trè s bril-\nlant ; il fait honneur à M. Gailhard qui l'a monté, et il a été l'occasion d'un\ntrès réel succès pour les danseuses."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c013", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "467", "page_fin": "467", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.7.1", "titre_corps": "Ce n'est pas au sortir d'une répétition générale qu'on peut se flatter les yeux", "titre_sommaire": "Ce n'est pas au sortir d'une répétition générale qu'on peut se flatter les yeux", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.19", "debut_caractere": 622, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "Ce n'est pas au sortir d'une répétition générale qu'on peut se flatter les yeux\nencore éblouis par la richesse du spectacle d'émettre un jugement complet\net motivé sur Bacchus, le nouveau ballet en deux actes de M. 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L'une d'elles, celle\nde technique musicale, que j'ai l'honneur de présider, a eu tout d'abord à\nétudier quantité d'ouvrages français, italiens, hollandais, allemands, traitant\nsurtout de systèmes nouveaux d'écriture destinés à remplacer notre notation\nactuelle.\nGrâce aux savants rapports des divers membres de la commission qui s'é-\ntaient partagé cette lourde besogne, MM. A. Chapuis, L. Hillemacher, Pierné,\nSamuel Rousseau, et Lavignac, l'érudit professeur du Conservatoire, ces diffé-\nrents ouvrages ont été discutés et approfondis longuement. Je dois dire que\n\n(1) Résultats pour la harpe chromatique : Un premier prix avec mention ; - un\nsecond prix avec mention ; —un second prix ; deux accessits. Et les élèves n'avaient\nque deux années de travail ; leurs rivaux en avaient huit."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "468", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.20", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3562, "texte": "malgré l'ingéniosité de quelques projets, rien rre nous a paru supérieur à la no-\ntation actuelle, perfectionnée de siècle en siècle par les grands compositeurs\net répondant à toutes les exigences de l'art si compliqué de nos jours. On peut\njuger, du reste, de l'effroyable perturbation qu'apporterait dans l'enseignement\net dans nos bibliothèques l'adoption de signes nouveaux.\nSi ces premiers travaux de notre commission n'ont pas produit de résultats\npratiques, en revanche, grâce à l'initiative de M. Gabriel Pierné, il en a été tout\nautrement pour les questions fort intéressantes posées par lui, qui sont les\nsuivantes :\ni° Les instruments de cuivre transpositeurs doivent-ils porter armure (1) ?\n2° En ce qui concerne les cors, trompettes et cornets, quel est respectivement\nle ton préférable à employer ?\n3o En ce qui concerne Vaccident de précaution (2), lequel est préférable ?\nA) De le remettre purement et simplement?\nB) De le mettre entre parenthèses ?\nC) Ou de le placer en petits caractères au-dessus de la note ?\nM. Pierné désirait que ce questionnaire fût envoyé à tous les compositeurs,\nchefs d'orchestre, chefs de musique, instrumentistes et professeurs, pour que\nla majorité de leurs suffrages vînt décider de ses points douteux.\nGrâce à la générosité d'un membre de la commission dont la compétence\nen ces matières est bien connue, M. le comte Raoul Chandon de Briailles,\nnous avons pu non seulement réaliser ce programme, mais obtenir une très\nutile brochure donnant toutes les réponses reçues, résumées d'une façon ex-\ntrêmement claire par M. F.-R. Robert, secrétaire de la commission, professeur\ndans les écoles de la ville de Paris.\nJe parlerai d'abord du sujet le plus important, celui des tonalités à choisir\ndans les divers instruments de cuivre : cors, trompettes et cornets.\nA mesure que la musique s'est compliquée,que les modulations sont devenues\nde plus en plus fréquentes, les instruments peu à peu ont dû suivre les nou-\nvelles exigences, et c'est ainsi que depuis un peu plus d'un demi-siècle, pas\ndavantage, nous avons vu successivement se transformer en instruments chro-\nmatiques : la clarinette, le piston, les cors et trompettes, et dernièrement enfin\nla harpe, le moins chromatique des instruments jusqu'ici.\nOn peut juger de l'âge d'une partition par la façon dont les instruments sont\nécrits. Avec Haydn, Mozart et Beethoven, les cors et trompettes sont, autant\nque possible, dans le ton du morceau : faute d'avoir d'autres notes, ces grands\nmaîtres sont obligés quelquefois de faire grincer des dominantes pour jouir\nde l'éclat des instruments de cuivre. Cette situation a duré fort longtemps.\n\n(1) Les instruments de cuivre transpositeurs (cors, trompettes et cornets) ne por-\ntent pas, en principe, d'armure, parce que les différents tons s'obtiennent par l'ad-\njonction de corps de rechange qui font monter ou baisser le diapason de l'instru-\nment ; toutes les gammes sont notées comme la gamme d\\it naturel ;et l'armure est\nremplacée par l'indication du ton (cor en fa, trompette en si b, etc.). Mais de nos jours\non tend à abandonner ce système, qui ne se prête pas aux modulations rapides, et à\ntraiter les instruments de cette famille comme les autres. L'emploi de l'armure semble\ndonc s'imposer, mais risque de troubler les artistes qui n'y sont pas accoutumés.\n(2) L'accident de précaution est un accident répété devant une note, alors qu'il\nfigure déjà dans la mesure ou àla clé ; on prend cette précaution lorsqu'une mo-\ndulation est intervenue qui peut faire hésiter."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "469", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.21", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "Wagner, un des premiers, a donné une très grande prépondérance aux cors\nen/a, tout en employant aussi les autres.\nLa réponse des compositeurs, chefs d'orchestre, virtuoses et professeurs a\nété à peu près unanime en faveur des cors chromatiques en/a, des trompettes\nen ut, des cornets en si bémol.\nLes partitions du maître Saint-Saëns sont écrites ainsi.\nLes réponses de MM. Théodore Dubois, Messager, Pierné et beaucoup\nd'autres, dont je suis, concluent dans le même sens.\nTous nous préférerions voir les partitions uniquement porter les instruments\nen ut) mais les habitudes d'une part, la nature même du cor de l'autre, rendent\nencore la chose bien difficile en ce moment.\nM. Parés, réminent chef de la Garde républicaine, ainsi que MM. Chandon\nde Briailles et Dureau, donnent aussi la prépondérance aux mêmes tonalités,\ntout en réclamant en outre pour la musique militaire les cors et trompettes\nen mi bémol.\nOn voit que la question est bien clairement élucidée par tous ceux qui ont\nde la compétence en ces matières, et la brochure publiée par M. Chandon de\nBriailles est des plus intéressantes à lire.\nMoins claire est la réponse sur l'emploi de l'armure aux cors et trompettes.\nLa majorité la demande, mais avec une grande faveur pour l'emploi des\naccidents à chaque note dans les cors, pour les modulations compliquées. La\nthéorie demande l'armure partout, mais la pratique des instrumentistes rend\nl'autre système plus sûr dans la lecture de la musique moderne.\nM. Vidal demande que l'armure ne soit jamais trop chargée, et de la sim-\nplifier en écrivant par exemple si bémol majeur au lieu de si bémol mineur.\nM. Brémond, professeur de la classe de cor au Conservatoire, demande l'ar-\nmure pour les soli seulement, mais non pour l'orchestre. M. Franquin, le pro~\nfesseur de trompette, craint l'armure à cause de l'habitude. M. Danbé résume\nla chose en disant que l'armure est plus musicale et l'accident plus pratique.\nSur la question de l'accident de précaution, la plupart des réponses sont\nen faveur de son maintien, purement et simplement, l'accident entre paren-\nthèses ou au-dessus de la note chargeant et compliquant encore la lecture\ndéjà si difficile des partitions d'orchestre. Bien originale et paradoxale l'opinion\nde M. delà Tombelle, demandant, au lieu des accidents de précaution, la\nbasse chiffrée pour faciliter la première lecture.\nEn somme, on voit que notre commission technique a déjà fait d'utiles tra-\nvaux, et elle reçoit non seulement de ses membres, mais du dehors, de nouvelles\nquestions à étudier, qui seront non moins intéressantes pour l'art musical.\nLes compositeurs doivent donc une reconnaissance particulière à M. Pierné,\npour l'initiative des questions élucidées ci-dessus; à M. Chandon de Briailles,\nqui a permis de les poser et de publier les réponses ; enfin à M. Robert, qui les\na si habilement résumées.\n\nGEORGES PFEIFFER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c015", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "470", "page_fin": "470", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.9", "titre_corps": "Lectures Musicales.", "titre_sommaire": "Lectures Musicales.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "470", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.22", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "Lectures Musicales.\n\nLA SALLE DE L'OPÉRA DE PARIS.\nCHARLES GARNIER (2).\nCharles Garnier dont on inaugurera bientôt le monument indique dans les termes\nsuivants la peine qu'il avait prise consciencieusement pour construire la salle du grand\nOpéra dans de bonnes conditions de sonorité, et le résultat négatif de ses études en matière\nd'acoustique :\n« J'ai tout étudié avec conscience, pendant de longs mois ; j'ai lu les ouvrages\ndans les langues que je savais ; je me suis fait traduire ceux publiés dans les\nlangues que je ne connaissais pas ; j'ai causé avec celui-ci, discuté avec celui-\nlà, et je suis arrivé, après toutes ces études, à découvrir ceci : c'est qu'une salle,\npour être sonore et avoir un timbre agréable, devait être longue ou large, être\nhaute ou basse, être en bois ou en pierre, ronde ou carrée, avoir des parois\nrigides ou capitonnées, passer sur un cours d'eau ou être bâtie en plein sol,\navoir des saillies ou être complètement nue, être chaude ou glaciale, vide ou\nremplie de monde, sombre ou éclairée ; j'ai appris que quelques-uns voulaient\nque Ton y plantât des arbres, que d'autres voulaient qu'on la fît toute en\ncristal, que d'autres encore prétendaient que la neige était le meilleur conduc-\nteur des sons et qu'il fallait garnir les parois de neige factice (?) et que d'autres\nenfin, revenant au principe de Vitruve, demandaient que l'on plaçât quelques\ncasseroles au-dessous des banquettes !\n« Tout cela me donnait assez à penser, et je voyais que vraiment j'aurais bien\nde la peine à en sortir. Je pris alors bravement mon parti et je me dis que,\npuisque les livres me laissaient dans l'incertitude, ce que j'avais de mieux à\nfaire était de chercher moi-même ces lois introuvables, et, ne pouvant décou-\nvrir le moyen infaillible de passer de la théorie àla pratique, il fallait que je\npassasse de la pratique à la théorie.\n«. Me voilà donc suivant cette idée, parcourant toute l'Europe en compagnie\nde Louvet, mon inspecteur et mon ami, entrant dans toutes les salles de spec-\ntacle, écoutant si elles étaient sourdes ou sonores. Nous allions en haut, nous\nallions en bas, nous allions au milieu, demandant souvent l'opinion de quelques\nartistes ou de quelques directeurs ; puis nous relevions le plan de la salle\nlorsque nous ne le possédions pas, nous notions le genre de construction, l'âge\ndu bâtiment et enfin les petits détails qui pouvaient avoir une importance quel-\nconque. Tout cela fait, mis en notes, les échos reconnus, les sonorités enten-\ndues, les salles mesurées, nous passions à d'autres, faisant le même travail ; de\nsorte que, tant et si bien, nous sommes arrivés à ausculter ainsi un certain\nnombre de salles et des plus connues, en Italie, en Allemagne, en France, en\nEspagne, en Angleterre, en Ecosse, en Belgique, en Scandinavie, etc., etc.\n« Nous avions donc là une statistiqueeçxacte, et il était permis d'espérer que\nquelques lois se dégageraient de cette foule d'observations ; mais point. Tout\ncela mis en ordre, étudié, comparé, arriva à nous donner comme résultat une\nincertitude certaine (1)... »\n(î) A notre connaissance, la science de l'acoustique n'a pas fait, depuis 1881, de\nnouveaux progrès.\n(2) Le nouvel Opéra de Paris, Paris, chez Ducher, 1881, t. I, p. 184 et suiv."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c016", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "470", "page_fin": "470", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.9.1", "titre_corps": "LA SALLE DE L'OPÉRA DE PARIS.", "titre_sommaire": "LA SALLE DE L'OPÉRA DE PARIS.", "signature_source": "CHARLES GARNIER (2", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "470", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.22", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "LA SALLE DE L'OPÉRA DE PARIS.\nCHARLES GARNIER (2).\nCharles Garnier dont on inaugurera bientôt le monument indique dans les termes\nsuivants la peine qu'il avait prise consciencieusement pour construire la salle du grand\nOpéra dans de bonnes conditions de sonorité, et le résultat négatif de ses études en matière\nd'acoustique :\n« J'ai tout étudié avec conscience, pendant de longs mois ; j'ai lu les ouvrages\ndans les langues que je savais ; je me suis fait traduire ceux publiés dans les\nlangues que je ne connaissais pas ; j'ai causé avec celui-ci, discuté avec celui-\nlà, et je suis arrivé, après toutes ces études, à découvrir ceci : c'est qu'une salle,\npour être sonore et avoir un timbre agréable, devait être longue ou large, être\nhaute ou basse, être en bois ou en pierre, ronde ou carrée, avoir des parois\nrigides ou capitonnées, passer sur un cours d'eau ou être bâtie en plein sol,\navoir des saillies ou être complètement nue, être chaude ou glaciale, vide ou\nremplie de monde, sombre ou éclairée ; j'ai appris que quelques-uns voulaient\nque Ton y plantât des arbres, que d'autres voulaient qu'on la fît toute en\ncristal, que d'autres encore prétendaient que la neige était le meilleur conduc-\nteur des sons et qu'il fallait garnir les parois de neige factice (?) et que d'autres\nenfin, revenant au principe de Vitruve, demandaient que l'on plaçât quelques\ncasseroles au-dessous des banquettes !\n« Tout cela me donnait assez à penser, et je voyais que vraiment j'aurais bien\nde la peine à en sortir. 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D'où son rôle prépondérant dans la musique de tous\nles temps ; d'où aussi son caractère simple et .primitif.\nQuelle est, maintenant, l'harmonie de cette première mesure? Un accord\nparfait, construit sur le ré. Mais 011 remarquera l'absence de la tierce (fa). Un\ntel accord a pour nous quelque chose de flottant, de mystérieux, et comme\nla majesté de l'indéterminé. Pourquoi? Parce que seule la tierce, majeure ou\nmineure, permet de classer un accord dans l'un des deux modes, majeur ou\nmineur, entre lesquels notre musique moderne doit opter : un accord sans\ntierce, surtout lorsqu'il se présente au début d'une phrase, nous apparaît donc\ncomme antérieur et supérieur à toute spécialisation ; c'est une forme générale\net vide, susceptible de se préciser de deux manières différentes. 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Nous\nreconnaissons tous, dans cette phrase, la voix du passé qui nous dit de plier\nle genou, et d'adorer des ordres impénétrables. La foi des anciens âges se\nranime au coup de baguette du grand charmeur qui se nomme M. Debussy,\nCar cette longue analyse ne doit pas nous donner le change : ce n'est pas par\nun calcul que le compositeur est arrivé à cette expression de sa pensée; il n'a\npas examiné la valeur des accords, le sens des accidents, compulsé les vieux\nGraduels ou réfléchi au sens mystique des différents modes. Non ! mais il a\nretrouvé en lui, par un de ces efforts d'intuition qui font les chefs-d'œuvre, un\npeu de la vieille âme de notre race, et, par là même, quelque chose des mé-\nlodies où cette âme s'est chantée. 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Dans le seul troi-\nsième acte, lequel, bien entendu, est le deuxième acte dans l'édition originale qui n'en\ncomptait que deux, l'initiative privée a cru devoir ajouter:\nDix pages d'entr'acte ; huit pages de récit; deux pages de récit; treize pages de récit [\\k\nune coupure supprimant sept pages de texte gravé) ; deux pages de récit (nouvelle coupure,\ndepuis la page 203 jusqu'à la page 268, et, dans cette coupure, une division qui met fin à\nun troisième acte et ouvre un quatrième acte, cinq pages d'entr'acte, un récit, un rondo, etc.)\nEn outre, on a introduit dans Don Juan une anthologie chorégraphique de cinquante-\nsept pages, faite avec des lambeaux de symphonie, de quatuor et de quintette, et la Marche\nturque, empruntée à une Sonate pour piano !\nQuelques érudits avaient espéré que M. Gailhard, fervent admirateur de Mozart, rétablirait\nle texte intégral pour la reprise qui vient d'être faite ; mais le directeur de l'Opéra a remonté\nl'œuvre telle qu'elle avait été jouée en iB3q, c'est-à-dire avec les malheureuses modifica-\ntions que nous venons d'indiquer.\nM. Pierre Lalo, le critique du Temps dont 011 connaît la haute autorité,\ns'associe à nos plaintes (Chronique du 25 novembre) et nous consacre quelques\nlignes trop élogieuses pour que nous puissions les citer ici.\nVoici le programme des cours et conférences d'histoire de la musique, orga-\nnisés par notre collaborateur M. Romain Rolland, qui s'ouvriront le 5 janvier,\nà l'Ecole des Hautes Etudes sociales, 1 5, rue de la Sorbonne.\ni. M. THÉODORE REINACH, docteur ès\nlettres . .\n2 M. Louis LALOY, rédacteur en chef\nde la Revue Musicale. . . .\n3. M. PIERRE AUBRY, archiviste paléo-\ngraphe\n4. M. GEORGES HOUDAKD, professeur\nlibre àla Sorbonne. . ,\n5. M. HENRY EXPERT, professeur à l'E-\ncole Niedermeyer. . . .\n6. M. ROMAIN ROLLAND, chargé de cours\nà l'Ecole normale supérieure. .\n7. M. JULIEN TIERSOT, sous-bibliothé-\ncaire au Conservatoire natio-\nnal de musique .\n8. M. CHARLES MALHERBE, bibliothé-\ncaire-archiviste de l'Opéra.\n9. M. HENRI LICHTENBERGER, profes-\nseur à la Eaculté des lettres de\nl'Université de Nancy. . .\n10. M. JULES COMBARIEU, directeur de\nla Revue musicale\n11. M. LIONEL DAURIAC. professeur ho-\nnoraire à l'Université de Mont-\npellier\n12. M. HELLOUIN\n13. M. VINCENT DTNDY, directeur de la\nSchola Cantorum\nLa mélodie dans la musique grecque.\nLa musique antique et le chant grégorien.\nHistoire de la musique française, des\norigines à la Renaissance.\nL'évolution du rythme musical, de l'an-\ntiquité gréco-romaine à la Renaissance.\nLa musique française au temps de la Re-\nnaissance.\nLes origines de l'Opéra.\nLa musique au temps de la Révolution\nLe romantisme de Berlioq.\nQuestion d'esthétique et d'histoire musi-\ncale moderne.\nLa musique au point de vue sociologique.\nRichard Wagner.\nGossec.\nCésar Franck.\nUn concert de musique française du xvie siècle aura lieu à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales,dans le courant de décembre, avec le concours desélèves de l'E-\ncole Niedermeyer, sous la direction de M. Henry Expert. 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WITKOWSKI.\n(ire audition).\nI. • Lent et solennel. Animé.\n11. Très lent.\n111. —Animé.\n4. La Cloche des Morts (IRO audition) . M. J.-GUY ROPA*RTZ.\nPaysage breton pour Oichestre.\n3. Komarinskaja J. GLINKA.\n( 180 3-1857).\nLa Symphonie de M. Witkowski (élève de M. V. d'lndy) a été exécutée pour\nla première fois à Paris, en 1901, à la Société Nationale. La pièce de Glinka\nsera suivie d'autres œuvres caractéristiques de la musique russe, disposées se-\nlon l'ordre chronologique : M. Ropartz reste fidèle au concert historique;\nsous son excellente direction, la saison promet d'être des plus intéressantes.\nLe 23 novembre, était exécutée la Dante-Symphonie de Liszt.\nM. MASSENET A L'ETRANGER. Le Jongleur de Notre-Dame a été repré-\nsenté à Hambourg avec un grand succès. La Neue Zeitsclirift de Leipzig\napprécie l'ouvrage en ces termes :\nMassenet, le créateur génial de Manon et d'Héroiiade, a écrit, sur ce livret plein de\ncaractère, une musique intime, qui nous montre combien l'expression de poète musical (Ton-\npoet) peut lui être appliquée avec exactitude. Oui, Massenet est un grand poète. En maître\nde la poésie, c'est avec une âme ardente qu'il écrit la musique ; sans violence et sans tapage,\nmais avec une éloquence abondante et persuasive, il nous parle et nous inspire des senti-\nments inconnus, Quel est l'Allemand qui ne goûterait pas cette musique ?...\n—M. CHARPENTIER A L'ÉTRANGER.— A propos de Louise, reprise à Stras-\nbourg avec un grand succès, la Neue Zeitschrift de Leipzig écrit les lignes\nsuivantes :\nIl faut chercher les raisons de ce succès dans les magnifiques tableaux de Paris et l'exé-\ncution vraiment remarquable que nous devons à Lohse. La musique n'offre absolu-\nment rien de nouveau. Il y a bien des compositeurs qui s'inspirent, comme Charpentier, de\nWagner, et font mieux, sans comparaison. Beaucoup d'idées fort minces, au point de\nvue des paroles comme de la musique, donnent lieu à d'interminables développements.\nD'autres passages, au contraire, qui excitaient notre curiosité à la lecture du livret, ne\nrépondent pas à notre attente, dans la partition ; c'est ainsi qu'on attendait de\nCharpentier tout autre chose à la fin du premier acte. La déclamation creuse et sentimen-\ntale ne peut pas toujours faire illusion sur la pauvreté du fond. Quelle que soit notre re-\nconnaissance pour la direction qui nous a fait connaître ce roman musical, nous n'en vou-\nlons pas moins affirmer bien haut que bien des compositeurs, dont on ne dit pas un motici»\nle mériteraient davantage."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "476", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "LA MUSIQUE POPULAIRE A L'ÉTRANGER. L'Académie populaire de chant de\nDresde entre dans sa seconde année d'existence. Cette société donne aux ou-\nvriers et ouvrières de la ville des concerts à fort bon marché, en prélevant une\ncotisation hebdomadaire de o m. 10 (o fr. 125), et en associant une partie de\nses membres, ceux qui chantent, à l'exécution des œuvres. Les simples audi-\nteurs sont tenus d'assister aux classes de chant (2 heures par semaine), pourse\nfamiliariser avec les différentes parties des grandes œuvres chorales.\nJe profite des récentes auditions de Beethoven pour signaler la publication\ndans PAthenaeum de juillet, et le Monthly Musical Record d'août dernier, de\nquelques lettres inédites de Muzio Clementi (r). Il faut remercier sir Ceci!\nClementi-Smith de l'abnégation dont il a fait preuve, en publiant cette corres-\npondance, qui ne fait certes pas grand honneur à son aïeul. Clementi, as-\nsocié d'un éditeur anglais, F.-W. Collard, se vante de son habileté à « empau-\nmer » Beethoven, et de la bonne affaire qu'il a faite à ses dépens. Voici quel-\nques fragments de la lettre du 22 avril 1807, adressée de Vienne à Collard (2) :\nAvec un peu d'adresse, et sans trop m'avancer, j'ai fait enfin la conquête de cette beauté\ndédaigneuse (Beethoven). Elle commença d'abord àme grimacer des sourires, en public, et\nà coqueter avec moi. Naturellement, je pris soin de ne pas la décourager... Quelques jours,\naprès, il vint me voir à la maison. Concevez le ravissement mutuel d'une telle rencontre. Je\npris soin de la faire tourner au profit de notre maison Je convins avec lui de prendre en\nmanuscrit trois quartettes, une symphonie, une ouverture, un concerto pour violon, qui est\nfort beau, et qu'il arrangera, je pense, sur ma demande, pour le piano forte, et un concerto\npour le piano forte. Et pour tout cela, nous avons à lui payer deux cents livres... Je l'ai\négalement engagé à composer deux sonates et une fantaisie pour le piano forte, qu'il doit\ndonner à notre maison pour soixante livres... (Faites attention que j'ai parlé de livres, et\nnon de guinées ! ) (3).\nLe plus triste, c'est que, deux ans et demi après, Beethoven n'avait encore\nrien reçu (4).\nENSEIGNEMENT DE LA MUSIQUE. M. J. Spencer Curwen, membre del'Académie\nroyale de musique, vient de publier en un volume de 140 pages (.School music\nabroad, J. Curwen, Londres), le récit des visites qu'il a faites dans toutes les\ncapitales de l'Europe pour étudier l'organisation de l'enseignement du chant..\nL'auteur déclare que c'est à Paris qu'il a été le mieux reçu (par M. Chevé et\nM. Danhauser, en 1882) : c'est à ce bon souvenir que nous devons la commu-\nnication de ce très intéressant ouvrage, qui n'est pas dans le commerce et que\nl'auteur a bien voulu nous envoyer. Si nous le signalons, c'est qu'il devra être\nconsulté par tous ceux qui s'occupent d'introduire la musique dans notre en-\nseignement officiel.\nOn sait qu'en Angleterre il existe un Register où peuvent s'inscrire, à de\ncertaines conditions, les professeurs dignes d'être recommandés à la confiance\ndu public. The Journal of éducation (oct. 1902, « music Teacher and the Re-\ngister », p. 665) publie un important article à ce sujet. L'auteur demande que\nles conditions à remplir pour être admis à l'inscription sur le futur supplemenial\nRegister destiné aux professeurs de matières spéciales (dessin, musique, gym-\nnastique) soient semblables à celles qui sont imposées, dès à présent, pour l'in-\nscription des professeurs ordinaires sur le Register proprement dit ; c'est-à-dire\n\n(1) Ces lettres sont toutes écrites en anglais à F.-W. Collard.La première est datée\ndu 17 août iBo3 ; la dernière, de Vienne, probablement de septembre 1809.\n(2) Les passages soulignés le sont aussi dans Poriginal.\n(3) La 'livre vaut 20 sh., et la guinée 21.\n(4) Lettre de Clementi, septembre 1809."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "477", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "qu'on exigerait des maîtres de musique, non seulement un diplôme attestant\nleur compétence technique, mais un certificat d'entraînement (,training) péda-\ngogique.\nQui aurait cru que l'ltalie, la patrie du bel canto, n'avait pas encore insti-\ntué de diplôme pour les professeurs chargés d'enseigner le chant dans les écoles\nde l'Etat ? Cette lacune singulière vientd'être comblée. Le Bulletin officiel du\nministère de ïlnstruction (Rome, 2-9 octobre 1902) publie un décret daté du\n26 juin et contresigné par M. le ministre N. Nasi, à la suite duquel se trouve\nun programme d'examen pour l'enseignement du chant dans les écoles nor-\nmales. Cet examen comprend les épreuves suivantes: 10 harmonisation à\n4 parties d'un thème donné; 20 exercices de transposition; 3o lecture à vue d'une\nmélodie, avec accompagnement de piano ; 40 composition d'un chant court et\nfacile à 2 voix, sur un thème donné par la commission d'examen ; 50 exer-\ncices d'analyse théorique et pratique ; 60 formation et direction d'un petit\nchœur.\nEn France, un examen analogue (mais avec programme fort complet, et à\ndeux degrés) a été institué, pour renseignement primaire, par les décrets du\n18 janvier 1887 (art. 114 et 117), du 18 janvier 1893, du 29 avril 1895, et par\nl'arrêté du 29 avril 1895.\n—LA SCHOLA CANTORUM a rouvert ses portes, le 13 novembre, avec le pro-\ngramme suivant :\n1. Sanctus et Benedictus delà Messe du Pape Marcel. . . G.-P. DA PALESTRINA.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n2. Prélude & Fugue en la min. pour orgue Jean-Sébastien BACH.\nM. Alexandre GUILMANT.\n3. Deux Répons de la Semaine sainte T.-L. DA VITTORIA.\na) Tanquam ad latronem\\ b) Çaligaverunt oculi mei.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais,\n4. AUeluja grégorien u Pascha nostrum\" Chant grégorien.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n5. Trois Chansons françaises du xvie siècle.\na) Allons, gay, gay, bergères (IRE audition) Guillaume COSTELEY.\nb) Si c'est un grief tourment id.\nc) Au joli jeu de pousse avant Clément JANNEQUIN.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n6. IR# Suite pour orgue. N. CLÉRAMBAULT.\na) Grand plein jeu ;b) Fugue ;c) Duo, Trio.\nd) Basse et dessus de trompette : e) Récit ; f) Dialogues sur les grands jeux.\nM. Alexandre GUILMANT.\nLE RENIEMENT DE SAINT PIERRE\nHistoire sacrée de M.-A. CHARPENTIER.\nPERSONNAGES.\nJésus M. P. GIBERT\nPetrus M. JEAN DAVID\nHistoriens M. GÉBELIN\nOstiaria. MME CIBERT\nAncilla MLLE LEGRAND\nLes Chœurs.\nM. Henri Cochin, député du Nord, a montré, dans une élégante causerie, la\nSchola plus vivace que jamais, et presque fortunée. Le comité directeurarésolu\nde ne plus donner qu'un seul concert par mois, afin d'y apporter tous ses\nsoins. Ce concert, pour soli, chœurs et orchestre, aura lieu, autant que cela sera\npossible, le quatrième jeudi du mois, le soir ; il sera précédé d'une répétition\ngénérale publique, pour les personnes qui se déplacent difficilement le soir ou"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "478", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "que Téloignement de la rue Saint-Jacques pourrait effrayer. Les autres con-\ncerts qui pourraient être donnés àla Schola, le seront par des sociétés indé-\npendantes ou des artistes agissant pour leur propre compte.\nLe premier concert de la Schola aura donc lieu le jeudi 27 novembre au\nsoir, il sera consacré à l'œuvre de MOZART. On y exécutera en première partie\nle Concerto pour Piano en Mi bémol. Au piano Mme LANDOWSKA. En seconde\npartie seront donnés d'importants fragments à'ldoménée, opéra séria. Aux\nprogrammes des concerts suivants :\nTroisième acte (audition; intégrale) de YAlceste de Gluck. Alceste,\nMme Jeanne Raunay.\nDeuxième et troisième acte de Castor et Pollux, de Rameau.\nDeuxième acte (audition intégrale) de Euryanthe, de Weber.\nSélection de YAriodant, de Méhul.\nSélection de YOrfeo de Monteverde, reconstitution de M. Vincent\nd'lndy.\nLa Passion selon saint Jean, de Jean-Sébastien Bach.\nLes exécutions auront lieu sous la direction de M. Vincent d'lndy et de\nM. Ch. Bordes.\nPROGRAMME DE L'Œuvre de Mimi Pinson (Directeur : GUSTAVE CHARPEN-\nTIER) : Cours populaires de Musique et de Danse offerts aux ouvrières\nparisiennes.\nLes cours ont lieu chaque soir de 8 h. à 10 h. Maison Pleyel, Wolff,\nLyon et Cie, 22, rue Rochechouart, dans l'ordre suivant :\n/\n( Elémentaire. Lundi, M. Marcastel (120 élèves).\n0 JeSe • | Supérieur. Mercredi, M. Tornié (80 élèves).\n# j Mardi, M. et Mme G. Lantelme (70 élèves).\nian* ' ( Jeudi, M. J. Torchet (5o élèves).\nHarpe f Mardi et Jeudi, M. Heywang (i 5 élèves).\nchromatique j Mercredi, Mlle Baret (i 5 élèves).\n(G. Lyon) : ( Samedi, Mlle Walbin (i 5 élèves).\n/ Supérieur. Samedi, M. E. Decombes, professeur honoraire\n\\ au Conservatoire (20 élèves).\niano * j Élémentaire. Mercredi, M. Emile Nérini (3o élèves).\n\\ Pour commençantes. Vendredi, M. Pillard (80 élèves).\n/ Lundi, M. Bucourt, de l'Opéra (80 élèves).\nDanse \\ Mardi, Mlle V. Hugon, de l'Opéra (q5 élèves).\nclassique : f Jeudi, Mlle J. Souplet, de l'Opéra (40 élèves).\n\\ Vendredi, Mlle A. Gillet, de l'Opéra (40 élèves).\nChaque semaine, une vingtaine d'élèves nouvelles viennent s'inscrire pour\nchacun de ces cours.\nLe 10 novembre, M. le Ministre de l'lnstruction publique visitait le nouveau\nconservatoire en plein travail, et souhaitait, dans une allocution charmante,\nbon succès et jours heureux à la Mimi Pinson moderne, aussi gracieuse que\ncelle d'autrefois, mais moins légère. Ce sont là des paroles de bon augure.\nLes concours d'admission au Conservatoire national de musique et de\ndéclamation viennent de se terminer.\nIls ont occupé 17 séances du i 5 octobre au 15 novembre."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "479", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.31", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "Il s'est présenté :\ni° Pour les classes de déclamation : 222 aspirants, dont 108 hommes et\n114 femmes. Il y avait 22 places d'élèves vacantes; 10 aspirants et 12 aspirantes\nont été reçus élèves.\n20 Pour le chant : 98 aspirants et 129 aspirantes, pour 39 places vacantes ;\n16 aspirants et 23 aspirantes reçus élèves.\n3° Pour les clasèes de piano (hommes), il s'est présenté 33 aspirants (pour 10\nplaces vacantes) ; 10 aspirants reçus élèves.\n40 Pour les classes de piano (femmes), il s'est présenté 192 aspirantes (pour\n20 places vacantes) ; 20 aspirantes reçues élèves.\n5° Pour la classe de harpe : 12 aspirants ; 3 places vacantes ; 3 reçus élèves.\n6° Pour les classes de violon, il s'est présenté 166 aspirants (pour 16 places\nvacantes) ; 16 aspirants reçus élèves.\n70 Pour les classes de violoncelle. 35 aspirants, 5 places, 5 reçus.\n8° Pour la classe d'alto, 4 aspirants, 3 places, 3 reçus.\n90 Pour la classe de contrebasse : 10 aspirants, 5 places, 5 reçus.\nio° Pour la classe de flûte : 17 aspirants, 4 places, 4 reçus.\n11° Pour la classe de hautbois : 7 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n12° Pour la classe de clarinette : 3 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n13° Pour la classe de basson : 5 aspirants, 4 places, 4 reçus.\n140 Pour la classe de cor : 4 aspirants, 1 place, 1 reçu.\nis° Pour la classe de cornet à pistons : i 3 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n160 Pour la classe de trompette : 6 aspirants, 3 places, 3 reçus.\n170 Pour la classe de trombone : 8 aspirants, 5 places, 5 reçus.\nAu CONSERVATOIRE\nLa Société des concerts du Conservatoire a inauguré sa 76e année, le\n23 novembre, avec le programme suivant :\nI° Symphonie en ré majeur {N° 2) BEETHOVEN.\n20 Les Indes Galantes. . . J.-B. RAMEAU.\nAirs de Ballet :\nMarche. Menuet. Danse des Sauvages.\nChaeonne.\n3° Chœur et Air des Saisons. ........ J. HAYDN.\nM. DELMAS.\n4« Le Songe d'une Nuit d'été MENDELSSOHN.\nOuverture. Scherzo. Marche et Chœur des Fées.\nIntermezzo. Nocturne. Marche nuptiale.\nFinale et Chœur.\nSoli : MMES DREES-BRUN, SUREAU-BELLET.\n50 Ouverture d'Euryanthe WEBER.\nProfitons de cette solennité de réouverture, qui fut très brillante, pour ren-\ndre hommage à M. Marty, le compositeur éminent entre les mains de qui le\nbâton de chef d'orchestre ressemble à un sceptre— celui de la tradition, du\ngoût et du grand art classiques. Espérons que M. Marty, usant de sa grande\net légitime autorité, comblera, dans l'exécution de la messe de Bach en si\nmineur, des lacunes que nous avons déjà signalées, comme il a déjà supprimé\nle fameux accord du début !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c023", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "473", "page_fin": "479", "image_debut": 25, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.12.1", "titre_corps": "Dans notre dernier numéro, nous avons, au sujet de Don Juan, si peu", "titre_sommaire": "Dans notre dernier numéro, nous avons, au sujet de Don Juan, si peu", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "473", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.25", "debut_caractere": 2534, "fin_caractere_exclue": 2951, "texte": "Dans notre dernier numéro, nous avons, au sujet de Don Juan, si peu res-\npecté dans quelques théâtres, rappelé le vœu émis par le dernier Congrès de\nmusique ; nous avons dit que, dans la presse, MM. 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Dans le seul troi-\nsième acte, lequel, bien entendu, est le deuxième acte dans l'édition originale qui n'en\ncomptait que deux, l'initiative privée a cru devoir ajouter:\nDix pages d'entr'acte ; huit pages de récit; deux pages de récit; treize pages de récit [\\k\nune coupure supprimant sept pages de texte gravé) ; deux pages de récit (nouvelle coupure,\ndepuis la page 203 jusqu'à la page 268, et, dans cette coupure, une division qui met fin à\nun troisième acte et ouvre un quatrième acte, cinq pages d'entr'acte, un récit, un rondo, etc.)\nEn outre, on a introduit dans Don Juan une anthologie chorégraphique de cinquante-\nsept pages, faite avec des lambeaux de symphonie, de quatuor et de quintette, et la Marche\nturque, empruntée à une Sonate pour piano !\nQuelques érudits avaient espéré que M. Gailhard, fervent admirateur de Mozart, rétablirait\nle texte intégral pour la reprise qui vient d'être faite ; mais le directeur de l'Opéra a remonté\nl'œuvre telle qu'elle avait été jouée en iB3q, c'est-à-dire avec les malheureuses modifica-\ntions que nous venons d'indiquer.\nM. Pierre Lalo, le critique du Temps dont 011 connaît la haute autorité,\ns'associe à nos plaintes (Chronique du 25 novembre) et nous consacre quelques\nlignes trop élogieuses pour que nous puissions les citer ici.\nVoici le programme des cours et conférences d'histoire de la musique, orga-\nnisés par notre collaborateur M. Romain Rolland, qui s'ouvriront le 5 janvier,\nà l'Ecole des Hautes Etudes sociales, 1 5, rue de la Sorbonne.\ni. M. THÉODORE REINACH, docteur ès\nlettres . .\n2 M. Louis LALOY, rédacteur en chef\nde la Revue Musicale. . . .\n3. M. PIERRE AUBRY, archiviste paléo-\ngraphe\n4. M. GEORGES HOUDAKD, professeur\nlibre àla Sorbonne. . ,\n5. M. HENRY EXPERT, professeur à l'E-\ncole Niedermeyer. . . .\n6. M. ROMAIN ROLLAND, chargé de cours\nà l'Ecole normale supérieure. .\n7. M. JULIEN TIERSOT, sous-bibliothé-\ncaire au Conservatoire natio-\nnal de musique .\n8. M. CHARLES MALHERBE, bibliothé-\ncaire-archiviste de l'Opéra.\n9. M. HENRI LICHTENBERGER, profes-\nseur à la Eaculté des lettres de\nl'Université de Nancy. . .\n10. M. JULES COMBARIEU, directeur de\nla Revue musicale\n11. M. LIONEL DAURIAC. professeur ho-\nnoraire à l'Université de Mont-\npellier\n12. M. HELLOUIN\n13. M. VINCENT DTNDY, directeur de la\nSchola Cantorum\nLa mélodie dans la musique grecque.\nLa musique antique et le chant grégorien.\nHistoire de la musique française, des\norigines à la Renaissance.\nL'évolution du rythme musical, de l'an-\ntiquité gréco-romaine à la Renaissance.\nLa musique française au temps de la Re-\nnaissance.\nLes origines de l'Opéra.\nLa musique au temps de la Révolution\nLe romantisme de Berlioq.\nQuestion d'esthétique et d'histoire musi-\ncale moderne.\nLa musique au point de vue sociologique.\nRichard Wagner.\nGossec.\nCésar Franck.\nUn concert de musique française du xvie siècle aura lieu à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales,dans le courant de décembre, avec le concours desélèves de l'E-\ncole Niedermeyer, sous la direction de M. Henry Expert. On y entendra des"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "475", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.27", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "pièces de Jannequin, Costeley, Goudimel, etc. Une des principales curiosités\nde ce concert sera l'audition de chansons à plusieurs voix de Claude le Jeune\nsur des vers mesurés à l'antique. Ces œuvres d'un des plus grands artistes de\nla Renaissance française viennent d'être retrouvées et publiées par M. Henry\nExpert, à qui Ton devait déjà, entre tant d'autres découvertes, celle du charmant\nCosteley, dont plusieurs pièces sont devenues presque classiques.\nLE CONSERVATOIRE DE NANCY a donné, le 9 novembre, son premier concert\nsous la direction de M. J.-Guy Ropartz, avec le programme suivant :\n1. Ouverture des Maîtres chanteurs R.WAGNER.\n2. Concerto en sol mineur M. C. SAINT-SAENS.\nPour Piano et Orchestre.\nM. F. BLUMER.\n3. Symphonie en ré mineur M. G. WITKOWSKI.\n(ire audition).\nI. • Lent et solennel. Animé.\n11. Très lent.\n111. —Animé.\n4. La Cloche des Morts (IRO audition) . M. J.-GUY ROPA*RTZ.\nPaysage breton pour Oichestre.\n3. Komarinskaja J. GLINKA.\n( 180 3-1857).\nLa Symphonie de M. Witkowski (élève de M. V. d'lndy) a été exécutée pour\nla première fois à Paris, en 1901, à la Société Nationale. La pièce de Glinka\nsera suivie d'autres œuvres caractéristiques de la musique russe, disposées se-\nlon l'ordre chronologique : M. Ropartz reste fidèle au concert historique;\nsous son excellente direction, la saison promet d'être des plus intéressantes.\nLe 23 novembre, était exécutée la Dante-Symphonie de Liszt.\nM. MASSENET A L'ETRANGER. Le Jongleur de Notre-Dame a été repré-\nsenté à Hambourg avec un grand succès. La Neue Zeitsclirift de Leipzig\napprécie l'ouvrage en ces termes :\nMassenet, le créateur génial de Manon et d'Héroiiade, a écrit, sur ce livret plein de\ncaractère, une musique intime, qui nous montre combien l'expression de poète musical (Ton-\npoet) peut lui être appliquée avec exactitude. Oui, Massenet est un grand poète. En maître\nde la poésie, c'est avec une âme ardente qu'il écrit la musique ; sans violence et sans tapage,\nmais avec une éloquence abondante et persuasive, il nous parle et nous inspire des senti-\nments inconnus, Quel est l'Allemand qui ne goûterait pas cette musique ?...\n—M. CHARPENTIER A L'ÉTRANGER.— A propos de Louise, reprise à Stras-\nbourg avec un grand succès, la Neue Zeitschrift de Leipzig écrit les lignes\nsuivantes :\nIl faut chercher les raisons de ce succès dans les magnifiques tableaux de Paris et l'exé-\ncution vraiment remarquable que nous devons à Lohse. La musique n'offre absolu-\nment rien de nouveau. Il y a bien des compositeurs qui s'inspirent, comme Charpentier, de\nWagner, et font mieux, sans comparaison. Beaucoup d'idées fort minces, au point de\nvue des paroles comme de la musique, donnent lieu à d'interminables développements.\nD'autres passages, au contraire, qui excitaient notre curiosité à la lecture du livret, ne\nrépondent pas à notre attente, dans la partition ; c'est ainsi qu'on attendait de\nCharpentier tout autre chose à la fin du premier acte. La déclamation creuse et sentimen-\ntale ne peut pas toujours faire illusion sur la pauvreté du fond. Quelle que soit notre re-\nconnaissance pour la direction qui nous a fait connaître ce roman musical, nous n'en vou-\nlons pas moins affirmer bien haut que bien des compositeurs, dont on ne dit pas un motici»\nle mériteraient davantage."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "476", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "LA MUSIQUE POPULAIRE A L'ÉTRANGER. L'Académie populaire de chant de\nDresde entre dans sa seconde année d'existence. Cette société donne aux ou-\nvriers et ouvrières de la ville des concerts à fort bon marché, en prélevant une\ncotisation hebdomadaire de o m. 10 (o fr. 125), et en associant une partie de\nses membres, ceux qui chantent, à l'exécution des œuvres. Les simples audi-\nteurs sont tenus d'assister aux classes de chant (2 heures par semaine), pourse\nfamiliariser avec les différentes parties des grandes œuvres chorales.\nJe profite des récentes auditions de Beethoven pour signaler la publication\ndans PAthenaeum de juillet, et le Monthly Musical Record d'août dernier, de\nquelques lettres inédites de Muzio Clementi (r). Il faut remercier sir Ceci!\nClementi-Smith de l'abnégation dont il a fait preuve, en publiant cette corres-\npondance, qui ne fait certes pas grand honneur à son aïeul. Clementi, as-\nsocié d'un éditeur anglais, F.-W. Collard, se vante de son habileté à « empau-\nmer » Beethoven, et de la bonne affaire qu'il a faite à ses dépens. Voici quel-\nques fragments de la lettre du 22 avril 1807, adressée de Vienne à Collard (2) :\nAvec un peu d'adresse, et sans trop m'avancer, j'ai fait enfin la conquête de cette beauté\ndédaigneuse (Beethoven). Elle commença d'abord àme grimacer des sourires, en public, et\nà coqueter avec moi. Naturellement, je pris soin de ne pas la décourager... Quelques jours,\naprès, il vint me voir à la maison. Concevez le ravissement mutuel d'une telle rencontre. Je\npris soin de la faire tourner au profit de notre maison Je convins avec lui de prendre en\nmanuscrit trois quartettes, une symphonie, une ouverture, un concerto pour violon, qui est\nfort beau, et qu'il arrangera, je pense, sur ma demande, pour le piano forte, et un concerto\npour le piano forte. Et pour tout cela, nous avons à lui payer deux cents livres... Je l'ai\négalement engagé à composer deux sonates et une fantaisie pour le piano forte, qu'il doit\ndonner à notre maison pour soixante livres... (Faites attention que j'ai parlé de livres, et\nnon de guinées ! ) (3).\nLe plus triste, c'est que, deux ans et demi après, Beethoven n'avait encore\nrien reçu (4).\nENSEIGNEMENT DE LA MUSIQUE. M. J. Spencer Curwen, membre del'Académie\nroyale de musique, vient de publier en un volume de 140 pages (.School music\nabroad, J. Curwen, Londres), le récit des visites qu'il a faites dans toutes les\ncapitales de l'Europe pour étudier l'organisation de l'enseignement du chant..\nL'auteur déclare que c'est à Paris qu'il a été le mieux reçu (par M. Chevé et\nM. Danhauser, en 1882) : c'est à ce bon souvenir que nous devons la commu-\nnication de ce très intéressant ouvrage, qui n'est pas dans le commerce et que\nl'auteur a bien voulu nous envoyer. Si nous le signalons, c'est qu'il devra être\nconsulté par tous ceux qui s'occupent d'introduire la musique dans notre en-\nseignement officiel.\nOn sait qu'en Angleterre il existe un Register où peuvent s'inscrire, à de\ncertaines conditions, les professeurs dignes d'être recommandés à la confiance\ndu public. The Journal of éducation (oct. 1902, « music Teacher and the Re-\ngister », p. 665) publie un important article à ce sujet. L'auteur demande que\nles conditions à remplir pour être admis à l'inscription sur le futur supplemenial\nRegister destiné aux professeurs de matières spéciales (dessin, musique, gym-\nnastique) soient semblables à celles qui sont imposées, dès à présent, pour l'in-\nscription des professeurs ordinaires sur le Register proprement dit ; c'est-à-dire\n\n(1) Ces lettres sont toutes écrites en anglais à F.-W. Collard.La première est datée\ndu 17 août iBo3 ; la dernière, de Vienne, probablement de septembre 1809.\n(2) Les passages soulignés le sont aussi dans Poriginal.\n(3) La 'livre vaut 20 sh., et la guinée 21.\n(4) Lettre de Clementi, septembre 1809."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "477", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "qu'on exigerait des maîtres de musique, non seulement un diplôme attestant\nleur compétence technique, mais un certificat d'entraînement (,training) péda-\ngogique.\nQui aurait cru que l'ltalie, la patrie du bel canto, n'avait pas encore insti-\ntué de diplôme pour les professeurs chargés d'enseigner le chant dans les écoles\nde l'Etat ? Cette lacune singulière vientd'être comblée. Le Bulletin officiel du\nministère de ïlnstruction (Rome, 2-9 octobre 1902) publie un décret daté du\n26 juin et contresigné par M. le ministre N. Nasi, à la suite duquel se trouve\nun programme d'examen pour l'enseignement du chant dans les écoles nor-\nmales. Cet examen comprend les épreuves suivantes: 10 harmonisation à\n4 parties d'un thème donné; 20 exercices de transposition; 3o lecture à vue d'une\nmélodie, avec accompagnement de piano ; 40 composition d'un chant court et\nfacile à 2 voix, sur un thème donné par la commission d'examen ; 50 exer-\ncices d'analyse théorique et pratique ; 60 formation et direction d'un petit\nchœur.\nEn France, un examen analogue (mais avec programme fort complet, et à\ndeux degrés) a été institué, pour renseignement primaire, par les décrets du\n18 janvier 1887 (art. 114 et 117), du 18 janvier 1893, du 29 avril 1895, et par\nl'arrêté du 29 avril 1895.\n—LA SCHOLA CANTORUM a rouvert ses portes, le 13 novembre, avec le pro-\ngramme suivant :\n1. Sanctus et Benedictus delà Messe du Pape Marcel. . . G.-P. DA PALESTRINA.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n2. Prélude & Fugue en la min. pour orgue Jean-Sébastien BACH.\nM. Alexandre GUILMANT.\n3. Deux Répons de la Semaine sainte T.-L. DA VITTORIA.\na) Tanquam ad latronem\\ b) Çaligaverunt oculi mei.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais,\n4. AUeluja grégorien u Pascha nostrum\" Chant grégorien.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n5. Trois Chansons françaises du xvie siècle.\na) Allons, gay, gay, bergères (IRE audition) Guillaume COSTELEY.\nb) Si c'est un grief tourment id.\nc) Au joli jeu de pousse avant Clément JANNEQUIN.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n6. IR# Suite pour orgue. N. CLÉRAMBAULT.\na) Grand plein jeu ;b) Fugue ;c) Duo, Trio.\nd) Basse et dessus de trompette : e) Récit ; f) Dialogues sur les grands jeux.\nM. Alexandre GUILMANT.\nLE RENIEMENT DE SAINT PIERRE\nHistoire sacrée de M.-A. CHARPENTIER.\nPERSONNAGES.\nJésus M. P. GIBERT\nPetrus M. JEAN DAVID\nHistoriens M. GÉBELIN\nOstiaria. MME CIBERT\nAncilla MLLE LEGRAND\nLes Chœurs.\nM. Henri Cochin, député du Nord, a montré, dans une élégante causerie, la\nSchola plus vivace que jamais, et presque fortunée. Le comité directeurarésolu\nde ne plus donner qu'un seul concert par mois, afin d'y apporter tous ses\nsoins. Ce concert, pour soli, chœurs et orchestre, aura lieu, autant que cela sera\npossible, le quatrième jeudi du mois, le soir ; il sera précédé d'une répétition\ngénérale publique, pour les personnes qui se déplacent difficilement le soir ou"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "478", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "que Téloignement de la rue Saint-Jacques pourrait effrayer. Les autres con-\ncerts qui pourraient être donnés àla Schola, le seront par des sociétés indé-\npendantes ou des artistes agissant pour leur propre compte.\nLe premier concert de la Schola aura donc lieu le jeudi 27 novembre au\nsoir, il sera consacré à l'œuvre de MOZART. On y exécutera en première partie\nle Concerto pour Piano en Mi bémol. Au piano Mme LANDOWSKA. En seconde\npartie seront donnés d'importants fragments à'ldoménée, opéra séria. Aux\nprogrammes des concerts suivants :\nTroisième acte (audition; intégrale) de YAlceste de Gluck. Alceste,\nMme Jeanne Raunay.\nDeuxième et troisième acte de Castor et Pollux, de Rameau.\nDeuxième acte (audition intégrale) de Euryanthe, de Weber.\nSélection de YAriodant, de Méhul.\nSélection de YOrfeo de Monteverde, reconstitution de M. Vincent\nd'lndy.\nLa Passion selon saint Jean, de Jean-Sébastien Bach.\nLes exécutions auront lieu sous la direction de M. Vincent d'lndy et de\nM. Ch. Bordes.\nPROGRAMME DE L'Œuvre de Mimi Pinson (Directeur : GUSTAVE CHARPEN-\nTIER) : Cours populaires de Musique et de Danse offerts aux ouvrières\nparisiennes.\nLes cours ont lieu chaque soir de 8 h. à 10 h. Maison Pleyel, Wolff,\nLyon et Cie, 22, rue Rochechouart, dans l'ordre suivant :\n/\n( Elémentaire. Lundi, M. Marcastel (120 élèves).\n0 JeSe • | Supérieur. Mercredi, M. Tornié (80 élèves).\n# j Mardi, M. et Mme G. Lantelme (70 élèves).\nian* ' ( Jeudi, M. J. Torchet (5o élèves).\nHarpe f Mardi et Jeudi, M. Heywang (i 5 élèves).\nchromatique j Mercredi, Mlle Baret (i 5 élèves).\n(G. Lyon) : ( Samedi, Mlle Walbin (i 5 élèves).\n/ Supérieur. Samedi, M. E. Decombes, professeur honoraire\n\\ au Conservatoire (20 élèves).\niano * j Élémentaire. Mercredi, M. Emile Nérini (3o élèves).\n\\ Pour commençantes. Vendredi, M. Pillard (80 élèves).\n/ Lundi, M. Bucourt, de l'Opéra (80 élèves).\nDanse \\ Mardi, Mlle V. Hugon, de l'Opéra (q5 élèves).\nclassique : f Jeudi, Mlle J. Souplet, de l'Opéra (40 élèves).\n\\ Vendredi, Mlle A. Gillet, de l'Opéra (40 élèves).\nChaque semaine, une vingtaine d'élèves nouvelles viennent s'inscrire pour\nchacun de ces cours.\nLe 10 novembre, M. le Ministre de l'lnstruction publique visitait le nouveau\nconservatoire en plein travail, et souhaitait, dans une allocution charmante,\nbon succès et jours heureux à la Mimi Pinson moderne, aussi gracieuse que\ncelle d'autrefois, mais moins légère. Ce sont là des paroles de bon augure.\nLes concours d'admission au Conservatoire national de musique et de\ndéclamation viennent de se terminer.\nIls ont occupé 17 séances du i 5 octobre au 15 novembre."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "479", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.31", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "Il s'est présenté :\ni° Pour les classes de déclamation : 222 aspirants, dont 108 hommes et\n114 femmes. Il y avait 22 places d'élèves vacantes; 10 aspirants et 12 aspirantes\nont été reçus élèves.\n20 Pour le chant : 98 aspirants et 129 aspirantes, pour 39 places vacantes ;\n16 aspirants et 23 aspirantes reçus élèves.\n3° Pour les clasèes de piano (hommes), il s'est présenté 33 aspirants (pour 10\nplaces vacantes) ; 10 aspirants reçus élèves.\n40 Pour les classes de piano (femmes), il s'est présenté 192 aspirantes (pour\n20 places vacantes) ; 20 aspirantes reçues élèves.\n5° Pour la classe de harpe : 12 aspirants ; 3 places vacantes ; 3 reçus élèves.\n6° Pour les classes de violon, il s'est présenté 166 aspirants (pour 16 places\nvacantes) ; 16 aspirants reçus élèves.\n70 Pour les classes de violoncelle. 35 aspirants, 5 places, 5 reçus.\n8° Pour la classe d'alto, 4 aspirants, 3 places, 3 reçus.\n90 Pour la classe de contrebasse : 10 aspirants, 5 places, 5 reçus.\nio° Pour la classe de flûte : 17 aspirants, 4 places, 4 reçus.\n11° Pour la classe de hautbois : 7 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n12° Pour la classe de clarinette : 3 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n13° Pour la classe de basson : 5 aspirants, 4 places, 4 reçus.\n140 Pour la classe de cor : 4 aspirants, 1 place, 1 reçu.\nis° Pour la classe de cornet à pistons : i 3 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n160 Pour la classe de trompette : 6 aspirants, 3 places, 3 reçus.\n170 Pour la classe de trombone : 8 aspirants, 5 places, 5 reçus.\nAu CONSERVATOIRE\nLa Société des concerts du Conservatoire a inauguré sa 76e année, le\n23 novembre, avec le programme suivant :\nI° Symphonie en ré majeur {N° 2) BEETHOVEN.\n20 Les Indes Galantes. . . J.-B. RAMEAU.\nAirs de Ballet :\nMarche. Menuet. Danse des Sauvages.\nChaeonne.\n3° Chœur et Air des Saisons. ........ J. HAYDN.\nM. DELMAS.\n4« Le Songe d'une Nuit d'été MENDELSSOHN.\nOuverture. Scherzo. Marche et Chœur des Fées.\nIntermezzo. Nocturne. Marche nuptiale.\nFinale et Chœur.\nSoli : MMES DREES-BRUN, SUREAU-BELLET.\n50 Ouverture d'Euryanthe WEBER.\nProfitons de cette solennité de réouverture, qui fut très brillante, pour ren-\ndre hommage à M. Marty, le compositeur éminent entre les mains de qui le\nbâton de chef d'orchestre ressemble à un sceptre— celui de la tradition, du\ngoût et du grand art classiques. Espérons que M. Marty, usant de sa grande\net légitime autorité, comblera, dans l'exécution de la messe de Bach en si\nmineur, des lacunes que nous avons déjà signalées, comme il a déjà supprimé\nle fameux accord du début !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c024", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "480", "page_fin": "486", "image_debut": 32, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.13", "titre_corps": "Les concerts.", "titre_sommaire": "Les concerts.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "480", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.32", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3225, "texte": "Les concerts.\n\nCONCERTS COLONNE.\nL. L.\n« 26 octobre. —La deuxième Symphonie de Brahms,\nexécutée pour la première fois au Châtelet, est plus plaisante que la première,\nparce qu'elle vise moins à la grandeur. Le premier mouvement est aimable,\nun peu à la manière de Mendelssohn, l'Adagio a des inflexions assez tou-\nchantes, et le Finale est un morceau solide et bien construit ; il faut ici, comme\ndans la première symphonie, mettre hors de pair l'Allégretto, qui seul a un\ntour vraiment personnel. C'est une sorte de danse mélancolique, dont le\nrythme expressif a été fort bien rendu par l'orchestre; le motif, exposé par le\nhautbois, se transforme et s'anime en passant aux violons, sans perdre sa\nfraîcheur ; une couleur très délicate, et une grande unité, tels sont les mérites\nde ce petit morceau, mérites plus rares chez Brahms qu'on ne le souhaiterait.\nGrand succès pour l'auteur, pour l'orchestre et pour le chef d'orchestre toujours\nvaillant et jeune.\nLes deux poèmes que M. Tremisot a écrits sur des vers de Jean Lahor et de\nLeconte de Lisle témoignent d'un talent facile et d'un esprit cultivé, mais\nrien de plus. M. Aumonnier dirige avec une certaine timidité une voix agréable\net bien timbrée.\nLe concerto de Liszt en mi bémol n'est pas sans valeur, et ne serait pas sans\nbeauté, si l'on en retranchait le piano, cet incorrigible acrobate qui ne peut\nesquisser une mélodie sans se répandre, dès la troisième note, en pirouettes,\nentrechats, galops et sauts périlleux dont l'intérêt est tout autre qu'un intérêt\nmusical. M. Marke Hambourg nous a rendu la silhouette un peu oubliée du\npianiste inspiré et chevelu, et n'a manqué aucun de ses tours de force.\nQuant aux deux Invitations àla valse, de Berlioz et de Weingartner, le paral-\nlèle auquel nous conviait le programme a été généralement tranché en faveur\ndu maître français : ce n'est pas le tambour de basque, ni les castagnettes, ni le\nglockenspiel, ni la superposition, plus habile qu'heureuse, des motifs, qui peut\nfaire oublier l'orchestration de Berlioz, cette clarinette émue, et ces appels\nmystérieux des cors qui dessinent le rythme. Il y a de la poésie dans cette\ninterprétation, il n'y a que du mouvement dans la première. Weber n'eût pas\nhésité.\n\n9 novembre. Hans de Bûlow, qui aimait la plaisanterie, en avait parfois\nde sévères : ainsi, le 3 février 1884, quand il offrait au public allemand\n(admirable public, si docile, si heureux d'obéir !) le programme suivant,\nqui fait honneur à son humeur taquine et à l'ingéniosité qu'il mettait à se\nrendre désagréable : « Première partie : Troisième Symphonie de Johannès\nBrahms. Deuxième partie : Troisième Symphonie de Johannès Brahms »\nGrâce à Dieu, nos capellmeister ont moins d'esprit en France, et M. Colonne\na bien voulu 11e nous donner qu'une seule fois en un concert cette œuvre, très\nhonorable d'ailleurs-, bien écrite, bien claire, à laquelle je n'ai pas d'autre\nobjection à faire que celle de ce célèbre égoïste à des malheureux qui implo-\nraient sa pitié en alléguant qu'il leur fallait pourtant vivre : « Je n'en vois pas\nl'utilité. » C'est une excellente œuvre néo-classique (s'il est possible toutefois\nd'être néo-quoi-que-ce-soit et excellent). Comme d'habitude, chez Brahms,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "481", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.33", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "les passages de grâce sont infiniment préférables à ceux de force, et le style\nest supérieur au sentiment.\nM. Lazare Lévy, un tout jeune homme, a exécuté avec une brillante netteté,\nun peu à la façon de M. Diémer, le Concerto en la mineur, pour piano, de\nSchumann. Je lui reprocherais un peu de sécheresse. Il est possible que Schu-\nmann lui-même interprétât ses compositions avec une certaine dureté. J'ai\nencore eu le bonheur, il y a quelques années, d'entendre jouer à Mme Clara\nSchumann des œuvres de son mari; elle y mettait plus de vigueur et de nervo-\nsité que de charme. Mais la tradition n'est rien ; l'œuvre est là : une œuvre\ntoute baignée de tendresse, de poésie, de chaste volupté ; le poème de la jeu-\nnesse. Un concerto ? Non pas. Tout concerto, auprès (même ceux de plus\ngrands que Schumann), semble virtuosité. Celui-ci est pur lyrisme, une fleur\nparfumée et brillante de rosée.\nJe ne parle que du premier morceau. Dans la pensée de Schumann, c'était\nune œuvre séparée, sous le nom de Fantaisie, Je regretterai toujours qu'il ait\ncru devoir y joindre, quatre ans plus tard, les deux derniers morceaux, qui sont\nbien inférieurs. Il est vrai que c'est grâce àla virtuosité du dernier que nous\ndevons sans doute d'entendre le premier dans les concerts\nM. Colonne a donné deux auditions de la Symphonie avec chœurs de\nBeethoven. Tout a été dit sur cette œuvre colossale, qui fut l'œuvre de toute\nla vie de Beethoven. Car, dès 1793, il pensait à mettre en musique l'ode de\nSchiller, écrite huit ans auparavant. Le thème actuel apparaît en 1808, dans\nla Fantaisie pour piano, orchestre et chœurs, p. 80.\net en 1810, dans l'un des 3 Gesânge, op. 83, sur des paroles de Goethe :\n« Kleine Blumen, Kleine Blâtter. »\nOn peut voir, dans un cahier de notes de 1812, qui appartient au Dr Erich\nPrieger, à Bonn, entre les esquisses de la Septième Symphonie et un projet\nA'Ouverture de Macbeth,un essai d'adaptation des paroles de Schiller au thème\nqu'il utilisera plus tard dans VOuverture, op. 11 5 (Namensjeier) Quelques-\nuns des motifs instrumentauxdela Neuvième Symphonie se montrent vers 1815\net 1817. Enfin le thème définitif de la joie est noté en 1822, ainsi que tous les\nautres airs de la symphonie, sauf le trio, qui vient peu après, puis Yandante\nmoderato, et enfin Y adagio, qui paraît le dernier. On sait que l'œuvre fut exécu-\ntée pour la première fois en 1824, deux ans avant la mort de Beethoven. Ainsi,\nelle a cet intérêt unique d'avoir été portée par lui pendant sa vie entière, d'être\nl'expression la plus complète et la plus profonde de son être. Quoi d'éton-\nnant à ce qu'elle ait été si longtemps mal comprise, et qu'aujourd'hui encore, à\npropos de ces derniers concerts, certains critiques, qui ne manquent pas de\ncourage, aient proclamé leur incapacité à pénétrer dans tous les replis de cette"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "482", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.34", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "vaste pensée ? Toute œuvre (je ne dis pas seulement toute œuvre musicale) me\nsemble petite auprès de celle-ci. Car elle est le résumé de toute une vie de\npassions et de souffrances héroïques, et son effort victorieux pour atteindre,\npour créer la joie, qui lui était refusée.\nJ'étais frappé, en l'entendant l'autre jour chez M. Colonne, des progrès re-\nmarquables réalisés depuis dix ans, dans son interprétation, par nos orchestres\nfrançais. Certes, nous sommes encore loin delà perfection (si la perfection peut\nêtre atteinte en une pareille œuvre, qui d'ailleurs ne la comporte guère ; car elle\nest plus, ou mieux que parfaite). Mais la difficulté est si considérable, et, pour\nceux qui se souviennent des anciennes auditions, le chemin parcouru est si\ngrand, que le résultat est digne de tous les éloges. On sait combien le goût mu-\nsical français s'est formé,depuis la fondation de ces concerts,-dont M. Colonne\nva célébrer bientôt le 3oeanniversaire. La valeur individuelle de chaque exécu-\ntant a beaucoup gagné, et le style général de l'exécution est très digne, sinon\ntoujours très vivant. La première partie de la symphonie ne sonne pas très\nbien. Mais jamais, ni avec Weingartner, ni avec Richter, je ne lui ai entendu\nrendre tout l'effet qu'elle promet à la lecture. C'est le fait de l'orchestration,\nun peu grêle, peu nourrie, manquant d'une solide base. Je n'en comprends pas\ntrès bien la raison . Il ne peut être question de la surdité de Beethoven (com-\nplète à cette époque) ; car le scherzo qui suit témoigne du sens le plus délicat\nde toutes les nuances de timbres. A-t-il voulu marquer plus nettement la pro-\ngression de l'œuvre, et n'user au début que de moyens plus sobres, afin de faire\nressortir le déchaînement final de toutes les forces de l'orchestre ?Je ne sais.\nIl l'a voulu. Tâchons de comprendre sa volonté. L\"adagio a été rendu un peu\nlourdement. Il en est ainsi de presque tous les andante de Beethoven : ce sont\ndes méditations intérieures, qu'il est bien difficile de faire exprimer avec une\négale justesse de sentiment par tout un orchestre. Quant au finale, les soli\npérilleux ont été assez bien exécutés par Mlle M. de Nocé,par Ml!e Dorigny, par\nMM. Paul Daranx et Claude Jean; les chœurs étaient passables et l'orchestre\nassez bon (i ). Seulement, pour une telle œuvre, assez n'est pas assez, il y faut de\nl'excès. C'est bien à cette musique que pourraits'appliquer le mot de MUede Les-\npinasse : « Je n'aime rien de ce qui est à demi, de ce qui est indécis, de ce qui\nn'est qu'un peu. » Le bon goût et le bon sens n'y suffisent plus. « Il n'y a que la\npassion qui soit raisonnable. » C'est l'âme bouillonnante d'un peuple, et il y\nrègne à la fin une sorte d'enthousiasme orgiaque, un délire de joie. Divine\nforce, qui rayonne d'une telle œuvre, contagion de la force qui se commu-\nnique à des centaines d'êtres, et les rend, pour quelques heures, plus sains et\nmeilleurs ! Au risque d'encourir la raillerie de nos artistes d'aujourd'hui,\n\n(î) Remarquons cependant qu'on n'entend guère les paroles du texte français, dû à\nnotre distingué confrère, M. Amédée Boutarel. Est-ce un mal ? Je le laisse à juger\nau lecteur :\nTous, de roses, sa parure,\nOnt leur part, bons ou méchants.\nElle a tout : raisins qu'on presse,\nSûrs amis, baisers de feu,\nDonne au ver rampant l'ivresse,\nEt le chérubin voit Dieu.\nAllons, nous avons encore des poètes en France !"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "483", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.35", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3613, "texte": "dirai-je (pourquoi pas ?) que la grandeur de cette œuvre ne vient pas tant de\nce que la musique est belle, que de ce qu'elle est bonne, de ce qu'elle est la pen-\nsée d'une âme forte et pure ?\n\nROMAIN ROLLAND.\n\ni 6 novembre. La Quatrième Symphonie de Brahms, en mi mineur,\ndate de 1886 : elle appartient donc à ce qu'on pourrait nommer la der-\nnière manière du maître. Mais en réalité Brahms n'a jamais changé de\nmanière ; il n'a fait, sa vie durant, que dégager, avec lenteur, labeur et\nsûreté, sa pensée des formes classiques qui l'enserraient, et se libérer des\nmodèles que lui imposaient des admirateurs maladroits. Cette symphonie res-\nsemble aux précédentes par la nature de l'inspiration et le caractère du style ;\nmais tout ce qui, dans les précédentes, trahissait encore Pambition de succéder\nà Beethoven, a enfin disparu : plus d'adagio faussement profond, plus de\ndéveloppementsétirés et pénibles, plus rien, enfin, de cette allure compassée et\nguindée du compositeur trop instruit: l'homme se livre enfin, etl'œuvre entière\nest marquée à son empreinte. Cette œuvre est belle, d'une beauté inquiète et\nsombre, mais puissante, et qui sait aussi sourire à ses heures. Le premier mou-\nvement, fidèle, dans les grandes lignes, à la forme classique, débute par une\nphrase entrecoupée, toute en exclamations, que les violons posent sur un\nsolide fond d'harmonie, et que suit une deuxième idée, pareille à une question\nanxieuse et répétée. Le développement, bien conduit et sobre, accuse le con-\ntraste des deux thèmes, et finit par les unir : il y a là quelque chose du lyrisme\nde Schumann, avec une maîtrise de l'orchestre et une sûreté de construction\nque Schumann n'a jamais possédées. Le deuxième mouvement (mis à tort au\ntroisième rang par le programme) est un andante ; le motif, très simple et\nmélancolique comme une chanson populaire, est exposé, d'une manière fort\nsaisissante, par le cor, et passe ensuite aux bois et aux cordes sans effort et\nsans vaine complication. L'allegro giocoso, qui fait suite, est le rayon lumi-\nneux qui dissipe ces ombres ; il n'a rien cependant de la gaieté d'un Mozart,\nni même de la grâce vigoureuse et légère de Beethoven ; ce thème solide, fer-\nmement majeur et bien assis sur son contre-sujet, respire une joie puissante et\nmassive, la joie d'un maître musicien qui joue avec sa science, l'âme libre,\nmais l'esprit sérieux encore; ni Wagner, ni Bach, n'ont ignoré ces doctes ébats.\nJe sais bien qu'il y a d'autres manières de faire naître le sourire, et M. Bel-\nlaigue, qui accorde l'esprit à Auber, le refuserait peut-être à Brahms ; mais\nl'esprit n'est pas tout, et il faudrait plaindre celui qui ne sentirait pas ce qu'il\ny a dans cette page de Brahms, comme dans bien d'autres œuvres allemandes,\nde réjouissant pour toute oreille musicale. Quant au finale, c'est certainement\nla partie la plus originale et la meilleure de l'œuvre entière : une phrase courte\net funèbre, exposée par les trombones, en forme l'introduction et le fond,\nd'où se détachent des variations expressives et libres : seule l'harmonie primi-\ntive est maintenue, et tous les instruments viennent, à leur tour, dire les pen-\nsées que leur inspirent ces tristes accords ; la flûte est particulièrement élo-\nquente, et si douce ! Puis l'introduction est reprise, et ramène le deuil.\nDans son ensemble, et malgré la belle insouciance du troisième mouvement,\nla dernière symphonie de Brahms est une œuvre de douleur, comme la der-\nnière symphonie de Beethoven est une œuvre de joie ; la musique a rarement\neu des accents plus déchirants, et le culte voué par la triomphante Allemagne"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "484", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.36", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "d'aujourd'hui à ce maître des mélancolies et des désespérances semble, au pre-\nmier abord, une bien curieuse contradiction. Mais n'est-ce pas justement que\nBrahms fournit à des âmes enivrées d'orgueil et congestionnées de bonheur la\npâture de larmes, de trouble et de tristesse dont elles ont besoin, pour ne pas\ncesser de sentir ? Tâchons, pour notre part, de ne pas refuser notre sympathie\nà un grand artiste dont le romantisme choque parfois nos délicatesses ou notre\nironie, mais à qui l'on ne peut refuser je parle de ses dernières œuvres, ni la\nsincérité, ni la maîtrise en son art.\nL'exécution a été très soignée : dans le troisième mouvement, le piano qui\nprécède la reprise du motif par les bois a été excellent, et l'on a fort bien\nentendu, dans l'introduction du finale, un certain fa du troisième trombone,\ntrès important pour l'harmonie, et qui, aux répétitions, avait du mal à se déga-\nger. Les mouvements étaient bons; je crois que M. Colonne a eu raison de\nralentir légèrement Y allegro giocoso pour en mieux accuser la forte carrure, et\nYandante a été fort bien compris. On ne saurait trop savoir gré à M. Colonne\nde la tâche écrasante qu'il s'est assignée, et dont il s'est si bien acquitté, de\nnous faire connaître les quatre symphonies de Brahms. Je ne sais rien de\nplus intéressant et de plus instructif que le progrès continu de ce maître labo-\nrieux et patient que nous avons pu voir gravir, jusqu'aux sommets, « le dur\nsentier de l'inspiration ».\nM. Kreisler a obtenu, dans le Concerto pour violon de Beethoven, un gros\nsuccès qu'il méritait pour la dextérité des doigts et la jolie qualité du son ; mais\nl'ampleur fait trop souvent défaut, et, dans les passages rapides aux positions\nsupérieures, la justesse n'est qu'approximative. Mais la justesse est si rare,\nparmi les artistes et surtout parmi les solistes, qu'on finira sans doute par ne\nplus l'exiger.\n\nLOUIS LALOY.\n\nCONCERTS LAMOUREUX.\n\n— 2 novembre. — M. Chevillard consacre le mois de\nnovembre à Schumann, dont une symphonie sera exécutée chaque dimanche.\nCes symphonies sont fort belles, riches d'idées, de sentiment et de rythmes;\nelles sont aussi d'une interprétation difficile, parce que cette musique émue et fré-\nmissante perd tout son pouvoir, si on ne lui donnepasl'accentqui lui convient.\nMais c'est là une difficulté qui ne devait pas arrêter M. Chevillard, et en effet\nla première symphonie (en si b), dont certaines parties peuvent facilement\nparaître un peu traînantes, a pris, grâce à lui, un éclat et un entrain inusités. Je\nn'ai plus trouvé aucune longueur ni dans ce premier mouvement, plein de\nchaudes oppositions, ni dans le finale, qui a la grâce de Mendelssohn, avec plus\nde vigueur. A signaler aussi, vers la fin du larghetto, une phrase de cors, qui\nannonce le Tannhâuser, et qui jamais peut-être n'avait été rendue avec tant\nd'émotion, de recueillement, de piété.\nLe reste du programme était bien loin d'en égaler le début. UÉglogue de\nM. Rabaud, inspirée de la première Bucolique de Virgile, n'a guère de commun\navec son modèle que le tour aisé du style. Le deuxième Concerto de Brahms\nest complètement dénué d'intérêt; non que les idées en soient totalement\nabsentes, mais le développement est d'une froideur que le piano ne contribue\npas à corriger, loin de là. VEsquisse sur les Steppes de VAsie centrale, de\nBorodine, est une agréable pièce descriptive, qui gagne beaucoup au voisi-\nnage de la triviale polonaise de Struensée, de Meyerbeer."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "485", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.37", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3422, "texte": "9 novembre.— La deuxième symphonie de Schumann, écrite « dans un\nmoment de grande souffrance physique », ne vaut pas dans son ensemble la\npremière : le développement manque d'une véritable ampleur, et l'orchestration,\nde couleur. Mais on y trouve d'admirables pages, entre autres l'introduction,\noù des appels de cors traversent l'inquiétude de l'orchestre, le scherzo d'allure\nclassique, avec plus de tristesse (les bois se distinguent dans le trio, merveil-\nleusement enlevé), et bandante presque entier (les violons un peu trop forts et\ntrop rudes) : ne soyons donc pas trop pédants, et oublions, en faveur de ces\ntrésors d'émotion, quelques gaucheries d'écriture. M. Henderson, ténor, a un\nmérite, fort rare à la vérité : il possède une véritable voix de ténor, facile et\nbien timbrée, dont le volume convient mieux peut-être à l'air du Sommeil\nd'Armide, tout en demi-teintes (la flûte excellente), qu'à la Cavatine de Paulus,\nde Mendelssohn. Le Prélude à VAprès-Midi d'un Faune, que nous analysons\nd'autre part, a été exécuté avec soin, mais dans un mouvement un peu rapide.\nUn Concerto de Haendel pour deux violons et l'ouverture de Tannhàuser,\ncomplétaient ce programme.\n16 novembre. Bonne exécution, encore un peu trop correcte, de la troi-\nsième symphonie de Schumann (Rhénane), si passionnée; le maëstoso surtout\nobtient un grand succès. Mme Monteux-Barrière détaille avec beaucoup de\ndélicatesse les Variations symphoniques de Franck, dont il ne faut pas exagé-\nrer cependant la grâce morbide. L'Orage des Troyens, de Berlioz, a été rap-\nproché, sans doute à dessein, des Murmures de la Forêt de Wagner. On voit\nque le parallèle sévit aux concerts de la rue Blanche comme à ceux du Châte-\nlet. Ces divertissements érudits ne sont pas sans danger pour les œuvres, qui\nrisquent de se nuire réciproquement par leur contact. N'oublions pas qu'un\nprogramme doit au contraire être composé avec le plus grand soin, pour que\nses différents éléments se mettent mutuellement en valeur, comme les fleurs\nd'un bouquet.\n23 novembre. La quatrième symphonie de Schumann est une œuvre\ninégale, où l'on sent parfois la fatigue, mais où Ton trouve des beautés supé-\nrieures ; M. Chevillard a fort bien compris la solennité triste de l'introduction,\nla mélancolie naïve de la romance, et le crescendo qui annonce la naissance\ndu finale a été saisissant ; quel dommage que ce finale ne soit pas digne de\nce qui précède ! Ces quatre symphonies sont fort intéressantes, mais aucune\nne se soutient d'un bout à l'autre, sauf la première, la plus belle de toutes parce\nque c'est la plus saine.\nL'événement de la journée a été la présentation au public parisien de\nMme Bloomfield Zeisler. Depuis quelques jours des programmes distribués\naux portes des théâtres nous annonçaient l'arrivée de l'artiste américaine et\nprônaient son talent. Nous ne sommes pas encore habitués à ces mœurs : nous\nn'avons pas coutume de « lancer » les artistes comme on lance un nouveau\npapier à cigarettes ou un piano Steinway. Mais nous ne songeons pas un in-\nstant à rendre Mme Bloomfield-Zeisler responsable de cette légère faute de goût,\noù elle n'est pour rien. De même elle ne songera pas à s'émouvoir, si deux ou\ntrois malappris ont essayé de troubler son premier concert. Je dois même\nm'excuser de parler ici de ces personnages : leur présence dans la salle était\nun scandale qu'on a fait cesser un peu trop tard encore. Mme Bloomfïeld-Zeis-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "486", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "ler a pu voir d'ailleurs que cette manifestation manquée était aussi dépourvue\nde sens que de goût : car on n'a jamais su si les protestations visaient l'artiste\nelle-même, l'instrument ou le compositeur. C'est une grande et charmante\nartiste que l'Amérique nous envoie : le Concerto en ut mineur de Saint-Saëns,\nexécuté hier, donne une très juste idée de son style délicat et fort, qui sait être\nexpressif sans tomber dans l'afféterie si commune aujourd'hui. La tristesse\ncontenue et souriante du premier mouvement, les jeux difficiles du second,\nont trouvé là une digne interprète ; mais j'ai préféré encore le finale, dont le\nthème martial a été rendu avec une énergie et une distinction singulières. La\nvirtuosité est hors de pair, et il ffiestpas jusqu'à l'attitude négligée de l'artiste\nqui ne me plaise encore : toute courbée sur le clavier, Mme Bloomfield-Zeisler\nne semble songer qu'à ses notes et à ses phrases. Souhaitons d'entendre\nencore cette pianiste, qui est en même temps une vraie musicienne : on sait\ncombien le cas est rare. Le piano n'était pas rigoureusement d'accord\navec l'orchestre.\n\nL. 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L.\n« 26 octobre. —La deuxième Symphonie de Brahms,\nexécutée pour la première fois au Châtelet, est plus plaisante que la première,\nparce qu'elle vise moins à la grandeur. Le premier mouvement est aimable,\nun peu à la manière de Mendelssohn, l'Adagio a des inflexions assez tou-\nchantes, et le Finale est un morceau solide et bien construit ; il faut ici, comme\ndans la première symphonie, mettre hors de pair l'Allégretto, qui seul a un\ntour vraiment personnel. C'est une sorte de danse mélancolique, dont le\nrythme expressif a été fort bien rendu par l'orchestre; le motif, exposé par le\nhautbois, se transforme et s'anime en passant aux violons, sans perdre sa\nfraîcheur ; une couleur très délicate, et une grande unité, tels sont les mérites\nde ce petit morceau, mérites plus rares chez Brahms qu'on ne le souhaiterait.\nGrand succès pour l'auteur, pour l'orchestre et pour le chef d'orchestre toujours\nvaillant et jeune.\nLes deux poèmes que M. Tremisot a écrits sur des vers de Jean Lahor et de\nLeconte de Lisle témoignent d'un talent facile et d'un esprit cultivé, mais\nrien de plus. M. Aumonnier dirige avec une certaine timidité une voix agréable\net bien timbrée.\nLe concerto de Liszt en mi bémol n'est pas sans valeur, et ne serait pas sans\nbeauté, si l'on en retranchait le piano, cet incorrigible acrobate qui ne peut\nesquisser une mélodie sans se répandre, dès la troisième note, en pirouettes,\nentrechats, galops et sauts périlleux dont l'intérêt est tout autre qu'un intérêt\nmusical. M. Marke Hambourg nous a rendu la silhouette un peu oubliée du\npianiste inspiré et chevelu, et n'a manqué aucun de ses tours de force.\nQuant aux deux Invitations àla valse, de Berlioz et de Weingartner, le paral-\nlèle auquel nous conviait le programme a été généralement tranché en faveur\ndu maître français : ce n'est pas le tambour de basque, ni les castagnettes, ni le\nglockenspiel, ni la superposition, plus habile qu'heureuse, des motifs, qui peut\nfaire oublier l'orchestration de Berlioz, cette clarinette émue, et ces appels\nmystérieux des cors qui dessinent le rythme. Il y a de la poésie dans cette\ninterprétation, il n'y a que du mouvement dans la première. 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Colonne\na bien voulu 11e nous donner qu'une seule fois en un concert cette œuvre, très\nhonorable d'ailleurs-, bien écrite, bien claire, à laquelle je n'ai pas d'autre\nobjection à faire que celle de ce célèbre égoïste à des malheureux qui implo-\nraient sa pitié en alléguant qu'il leur fallait pourtant vivre : « Je n'en vois pas\nl'utilité. » C'est une excellente œuvre néo-classique (s'il est possible toutefois\nd'être néo-quoi-que-ce-soit et excellent). Comme d'habitude, chez Brahms,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "481", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.33", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "les passages de grâce sont infiniment préférables à ceux de force, et le style\nest supérieur au sentiment.\nM. Lazare Lévy, un tout jeune homme, a exécuté avec une brillante netteté,\nun peu à la façon de M. Diémer, le Concerto en la mineur, pour piano, de\nSchumann. Je lui reprocherais un peu de sécheresse. Il est possible que Schu-\nmann lui-même interprétât ses compositions avec une certaine dureté. J'ai\nencore eu le bonheur, il y a quelques années, d'entendre jouer à Mme Clara\nSchumann des œuvres de son mari; elle y mettait plus de vigueur et de nervo-\nsité que de charme. Mais la tradition n'est rien ; l'œuvre est là : une œuvre\ntoute baignée de tendresse, de poésie, de chaste volupté ; le poème de la jeu-\nnesse. Un concerto ? Non pas. Tout concerto, auprès (même ceux de plus\ngrands que Schumann), semble virtuosité. Celui-ci est pur lyrisme, une fleur\nparfumée et brillante de rosée.\nJe ne parle que du premier morceau. Dans la pensée de Schumann, c'était\nune œuvre séparée, sous le nom de Fantaisie, Je regretterai toujours qu'il ait\ncru devoir y joindre, quatre ans plus tard, les deux derniers morceaux, qui sont\nbien inférieurs. Il est vrai que c'est grâce àla virtuosité du dernier que nous\ndevons sans doute d'entendre le premier dans les concerts\nM. Colonne a donné deux auditions de la Symphonie avec chœurs de\nBeethoven. Tout a été dit sur cette œuvre colossale, qui fut l'œuvre de toute\nla vie de Beethoven. Car, dès 1793, il pensait à mettre en musique l'ode de\nSchiller, écrite huit ans auparavant. Le thème actuel apparaît en 1808, dans\nla Fantaisie pour piano, orchestre et chœurs, p. 80.\net en 1810, dans l'un des 3 Gesânge, op. 83, sur des paroles de Goethe :\n« Kleine Blumen, Kleine Blâtter. »\nOn peut voir, dans un cahier de notes de 1812, qui appartient au Dr Erich\nPrieger, à Bonn, entre les esquisses de la Septième Symphonie et un projet\nA'Ouverture de Macbeth,un essai d'adaptation des paroles de Schiller au thème\nqu'il utilisera plus tard dans VOuverture, op. 11 5 (Namensjeier) Quelques-\nuns des motifs instrumentauxdela Neuvième Symphonie se montrent vers 1815\net 1817. Enfin le thème définitif de la joie est noté en 1822, ainsi que tous les\nautres airs de la symphonie, sauf le trio, qui vient peu après, puis Yandante\nmoderato, et enfin Y adagio, qui paraît le dernier. On sait que l'œuvre fut exécu-\ntée pour la première fois en 1824, deux ans avant la mort de Beethoven. Ainsi,\nelle a cet intérêt unique d'avoir été portée par lui pendant sa vie entière, d'être\nl'expression la plus complète et la plus profonde de son être. Quoi d'éton-\nnant à ce qu'elle ait été si longtemps mal comprise, et qu'aujourd'hui encore, à\npropos de ces derniers concerts, certains critiques, qui ne manquent pas de\ncourage, aient proclamé leur incapacité à pénétrer dans tous les replis de cette"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "482", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.34", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "vaste pensée ? Toute œuvre (je ne dis pas seulement toute œuvre musicale) me\nsemble petite auprès de celle-ci. Car elle est le résumé de toute une vie de\npassions et de souffrances héroïques, et son effort victorieux pour atteindre,\npour créer la joie, qui lui était refusée.\nJ'étais frappé, en l'entendant l'autre jour chez M. Colonne, des progrès re-\nmarquables réalisés depuis dix ans, dans son interprétation, par nos orchestres\nfrançais. Certes, nous sommes encore loin delà perfection (si la perfection peut\nêtre atteinte en une pareille œuvre, qui d'ailleurs ne la comporte guère ; car elle\nest plus, ou mieux que parfaite). Mais la difficulté est si considérable, et, pour\nceux qui se souviennent des anciennes auditions, le chemin parcouru est si\ngrand, que le résultat est digne de tous les éloges. On sait combien le goût mu-\nsical français s'est formé,depuis la fondation de ces concerts,-dont M. Colonne\nva célébrer bientôt le 3oeanniversaire. La valeur individuelle de chaque exécu-\ntant a beaucoup gagné, et le style général de l'exécution est très digne, sinon\ntoujours très vivant. La première partie de la symphonie ne sonne pas très\nbien. Mais jamais, ni avec Weingartner, ni avec Richter, je ne lui ai entendu\nrendre tout l'effet qu'elle promet à la lecture. C'est le fait de l'orchestration,\nun peu grêle, peu nourrie, manquant d'une solide base. Je n'en comprends pas\ntrès bien la raison . Il ne peut être question de la surdité de Beethoven (com-\nplète à cette époque) ; car le scherzo qui suit témoigne du sens le plus délicat\nde toutes les nuances de timbres. A-t-il voulu marquer plus nettement la pro-\ngression de l'œuvre, et n'user au début que de moyens plus sobres, afin de faire\nressortir le déchaînement final de toutes les forces de l'orchestre ?Je ne sais.\nIl l'a voulu. Tâchons de comprendre sa volonté. L\"adagio a été rendu un peu\nlourdement. Il en est ainsi de presque tous les andante de Beethoven : ce sont\ndes méditations intérieures, qu'il est bien difficile de faire exprimer avec une\négale justesse de sentiment par tout un orchestre. Quant au finale, les soli\npérilleux ont été assez bien exécutés par Mlle M. de Nocé,par Ml!e Dorigny, par\nMM. Paul Daranx et Claude Jean; les chœurs étaient passables et l'orchestre\nassez bon (i ). Seulement, pour une telle œuvre, assez n'est pas assez, il y faut de\nl'excès. C'est bien à cette musique que pourraits'appliquer le mot de MUede Les-\npinasse : « Je n'aime rien de ce qui est à demi, de ce qui est indécis, de ce qui\nn'est qu'un peu. » Le bon goût et le bon sens n'y suffisent plus. « Il n'y a que la\npassion qui soit raisonnable. » C'est l'âme bouillonnante d'un peuple, et il y\nrègne à la fin une sorte d'enthousiasme orgiaque, un délire de joie. Divine\nforce, qui rayonne d'une telle œuvre, contagion de la force qui se commu-\nnique à des centaines d'êtres, et les rend, pour quelques heures, plus sains et\nmeilleurs ! Au risque d'encourir la raillerie de nos artistes d'aujourd'hui,\n\n(î) Remarquons cependant qu'on n'entend guère les paroles du texte français, dû à\nnotre distingué confrère, M. Amédée Boutarel. Est-ce un mal ? Je le laisse à juger\nau lecteur :\nTous, de roses, sa parure,\nOnt leur part, bons ou méchants.\nElle a tout : raisins qu'on presse,\nSûrs amis, baisers de feu,\nDonne au ver rampant l'ivresse,\nEt le chérubin voit Dieu.\nAllons, nous avons encore des poètes en France !"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "483", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.35", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 218, "texte": "dirai-je (pourquoi pas ?) que la grandeur de cette œuvre ne vient pas tant de\nce que la musique est belle, que de ce qu'elle est bonne, de ce qu'elle est la pen-\nsée d'une âme forte et pure ?\n\nROMAIN ROLLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c029", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "483", "page_fin": "484", "image_debut": 35, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.13.3", "titre_corps": "i 6 novembre. La Quatrième Symphonie de Brahms, en mi mineur,", "titre_sommaire": "i 6 novembre. La Quatrième Symphonie de Brahms, en mi mineur,", "signature_source": "LOUIS LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "483", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.35", "debut_caractere": 220, "fin_caractere_exclue": 3613, "texte": "i 6 novembre. La Quatrième Symphonie de Brahms, en mi mineur,\ndate de 1886 : elle appartient donc à ce qu'on pourrait nommer la der-\nnière manière du maître. Mais en réalité Brahms n'a jamais changé de\nmanière ; il n'a fait, sa vie durant, que dégager, avec lenteur, labeur et\nsûreté, sa pensée des formes classiques qui l'enserraient, et se libérer des\nmodèles que lui imposaient des admirateurs maladroits. Cette symphonie res-\nsemble aux précédentes par la nature de l'inspiration et le caractère du style ;\nmais tout ce qui, dans les précédentes, trahissait encore Pambition de succéder\nà Beethoven, a enfin disparu : plus d'adagio faussement profond, plus de\ndéveloppementsétirés et pénibles, plus rien, enfin, de cette allure compassée et\nguindée du compositeur trop instruit: l'homme se livre enfin, etl'œuvre entière\nest marquée à son empreinte. Cette œuvre est belle, d'une beauté inquiète et\nsombre, mais puissante, et qui sait aussi sourire à ses heures. Le premier mou-\nvement, fidèle, dans les grandes lignes, à la forme classique, débute par une\nphrase entrecoupée, toute en exclamations, que les violons posent sur un\nsolide fond d'harmonie, et que suit une deuxième idée, pareille à une question\nanxieuse et répétée. Le développement, bien conduit et sobre, accuse le con-\ntraste des deux thèmes, et finit par les unir : il y a là quelque chose du lyrisme\nde Schumann, avec une maîtrise de l'orchestre et une sûreté de construction\nque Schumann n'a jamais possédées. Le deuxième mouvement (mis à tort au\ntroisième rang par le programme) est un andante ; le motif, très simple et\nmélancolique comme une chanson populaire, est exposé, d'une manière fort\nsaisissante, par le cor, et passe ensuite aux bois et aux cordes sans effort et\nsans vaine complication. L'allegro giocoso, qui fait suite, est le rayon lumi-\nneux qui dissipe ces ombres ; il n'a rien cependant de la gaieté d'un Mozart,\nni même de la grâce vigoureuse et légère de Beethoven ; ce thème solide, fer-\nmement majeur et bien assis sur son contre-sujet, respire une joie puissante et\nmassive, la joie d'un maître musicien qui joue avec sa science, l'âme libre,\nmais l'esprit sérieux encore; ni Wagner, ni Bach, n'ont ignoré ces doctes ébats.\nJe sais bien qu'il y a d'autres manières de faire naître le sourire, et M. Bel-\nlaigue, qui accorde l'esprit à Auber, le refuserait peut-être à Brahms ; mais\nl'esprit n'est pas tout, et il faudrait plaindre celui qui ne sentirait pas ce qu'il\ny a dans cette page de Brahms, comme dans bien d'autres œuvres allemandes,\nde réjouissant pour toute oreille musicale. Quant au finale, c'est certainement\nla partie la plus originale et la meilleure de l'œuvre entière : une phrase courte\net funèbre, exposée par les trombones, en forme l'introduction et le fond,\nd'où se détachent des variations expressives et libres : seule l'harmonie primi-\ntive est maintenue, et tous les instruments viennent, à leur tour, dire les pen-\nsées que leur inspirent ces tristes accords ; la flûte est particulièrement élo-\nquente, et si douce ! Puis l'introduction est reprise, et ramène le deuil.\nDans son ensemble, et malgré la belle insouciance du troisième mouvement,\nla dernière symphonie de Brahms est une œuvre de douleur, comme la der-\nnière symphonie de Beethoven est une œuvre de joie ; la musique a rarement\neu des accents plus déchirants, et le culte voué par la triomphante Allemagne"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "484", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.36", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "d'aujourd'hui à ce maître des mélancolies et des désespérances semble, au pre-\nmier abord, une bien curieuse contradiction. Mais n'est-ce pas justement que\nBrahms fournit à des âmes enivrées d'orgueil et congestionnées de bonheur la\npâture de larmes, de trouble et de tristesse dont elles ont besoin, pour ne pas\ncesser de sentir ? Tâchons, pour notre part, de ne pas refuser notre sympathie\nà un grand artiste dont le romantisme choque parfois nos délicatesses ou notre\nironie, mais à qui l'on ne peut refuser je parle de ses dernières œuvres, ni la\nsincérité, ni la maîtrise en son art.\nL'exécution a été très soignée : dans le troisième mouvement, le piano qui\nprécède la reprise du motif par les bois a été excellent, et l'on a fort bien\nentendu, dans l'introduction du finale, un certain fa du troisième trombone,\ntrès important pour l'harmonie, et qui, aux répétitions, avait du mal à se déga-\nger. Les mouvements étaient bons; je crois que M. Colonne a eu raison de\nralentir légèrement Y allegro giocoso pour en mieux accuser la forte carrure, et\nYandante a été fort bien compris. On ne saurait trop savoir gré à M. Colonne\nde la tâche écrasante qu'il s'est assignée, et dont il s'est si bien acquitté, de\nnous faire connaître les quatre symphonies de Brahms. Je ne sais rien de\nplus intéressant et de plus instructif que le progrès continu de ce maître labo-\nrieux et patient que nous avons pu voir gravir, jusqu'aux sommets, « le dur\nsentier de l'inspiration ».\nM. Kreisler a obtenu, dans le Concerto pour violon de Beethoven, un gros\nsuccès qu'il méritait pour la dextérité des doigts et la jolie qualité du son ; mais\nl'ampleur fait trop souvent défaut, et, dans les passages rapides aux positions\nsupérieures, la justesse n'est qu'approximative. Mais la justesse est si rare,\nparmi les artistes et surtout parmi les solistes, qu'on finira sans doute par ne\nplus l'exiger.\n\nLOUIS LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c030", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "484", "page_fin": "486", "image_debut": 36, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.13.4", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX.", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX.", "signature_source": "L. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "484", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.36", "debut_caractere": 1909, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX.\n\n— 2 novembre. — M. Chevillard consacre le mois de\nnovembre à Schumann, dont une symphonie sera exécutée chaque dimanche.\nCes symphonies sont fort belles, riches d'idées, de sentiment et de rythmes;\nelles sont aussi d'une interprétation difficile, parce que cette musique émue et fré-\nmissante perd tout son pouvoir, si on ne lui donnepasl'accentqui lui convient.\nMais c'est là une difficulté qui ne devait pas arrêter M. Chevillard, et en effet\nla première symphonie (en si b), dont certaines parties peuvent facilement\nparaître un peu traînantes, a pris, grâce à lui, un éclat et un entrain inusités. Je\nn'ai plus trouvé aucune longueur ni dans ce premier mouvement, plein de\nchaudes oppositions, ni dans le finale, qui a la grâce de Mendelssohn, avec plus\nde vigueur. A signaler aussi, vers la fin du larghetto, une phrase de cors, qui\nannonce le Tannhâuser, et qui jamais peut-être n'avait été rendue avec tant\nd'émotion, de recueillement, de piété.\nLe reste du programme était bien loin d'en égaler le début. UÉglogue de\nM. Rabaud, inspirée de la première Bucolique de Virgile, n'a guère de commun\navec son modèle que le tour aisé du style. Le deuxième Concerto de Brahms\nest complètement dénué d'intérêt; non que les idées en soient totalement\nabsentes, mais le développement est d'une froideur que le piano ne contribue\npas à corriger, loin de là. VEsquisse sur les Steppes de VAsie centrale, de\nBorodine, est une agréable pièce descriptive, qui gagne beaucoup au voisi-\nnage de la triviale polonaise de Struensée, de Meyerbeer."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "485", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.37", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3422, "texte": "9 novembre.— La deuxième symphonie de Schumann, écrite « dans un\nmoment de grande souffrance physique », ne vaut pas dans son ensemble la\npremière : le développement manque d'une véritable ampleur, et l'orchestration,\nde couleur. Mais on y trouve d'admirables pages, entre autres l'introduction,\noù des appels de cors traversent l'inquiétude de l'orchestre, le scherzo d'allure\nclassique, avec plus de tristesse (les bois se distinguent dans le trio, merveil-\nleusement enlevé), et bandante presque entier (les violons un peu trop forts et\ntrop rudes) : ne soyons donc pas trop pédants, et oublions, en faveur de ces\ntrésors d'émotion, quelques gaucheries d'écriture. M. Henderson, ténor, a un\nmérite, fort rare à la vérité : il possède une véritable voix de ténor, facile et\nbien timbrée, dont le volume convient mieux peut-être à l'air du Sommeil\nd'Armide, tout en demi-teintes (la flûte excellente), qu'à la Cavatine de Paulus,\nde Mendelssohn. Le Prélude à VAprès-Midi d'un Faune, que nous analysons\nd'autre part, a été exécuté avec soin, mais dans un mouvement un peu rapide.\nUn Concerto de Haendel pour deux violons et l'ouverture de Tannhàuser,\ncomplétaient ce programme.\n16 novembre. Bonne exécution, encore un peu trop correcte, de la troi-\nsième symphonie de Schumann (Rhénane), si passionnée; le maëstoso surtout\nobtient un grand succès. Mme Monteux-Barrière détaille avec beaucoup de\ndélicatesse les Variations symphoniques de Franck, dont il ne faut pas exagé-\nrer cependant la grâce morbide. L'Orage des Troyens, de Berlioz, a été rap-\nproché, sans doute à dessein, des Murmures de la Forêt de Wagner. On voit\nque le parallèle sévit aux concerts de la rue Blanche comme à ceux du Châte-\nlet. Ces divertissements érudits ne sont pas sans danger pour les œuvres, qui\nrisquent de se nuire réciproquement par leur contact. N'oublions pas qu'un\nprogramme doit au contraire être composé avec le plus grand soin, pour que\nses différents éléments se mettent mutuellement en valeur, comme les fleurs\nd'un bouquet.\n23 novembre. La quatrième symphonie de Schumann est une œuvre\ninégale, où l'on sent parfois la fatigue, mais où Ton trouve des beautés supé-\nrieures ; M. Chevillard a fort bien compris la solennité triste de l'introduction,\nla mélancolie naïve de la romance, et le crescendo qui annonce la naissance\ndu finale a été saisissant ; quel dommage que ce finale ne soit pas digne de\nce qui précède ! Ces quatre symphonies sont fort intéressantes, mais aucune\nne se soutient d'un bout à l'autre, sauf la première, la plus belle de toutes parce\nque c'est la plus saine.\nL'événement de la journée a été la présentation au public parisien de\nMme Bloomfield Zeisler. Depuis quelques jours des programmes distribués\naux portes des théâtres nous annonçaient l'arrivée de l'artiste américaine et\nprônaient son talent. Nous ne sommes pas encore habitués à ces mœurs : nous\nn'avons pas coutume de « lancer » les artistes comme on lance un nouveau\npapier à cigarettes ou un piano Steinway. Mais nous ne songeons pas un in-\nstant à rendre Mme Bloomfield-Zeisler responsable de cette légère faute de goût,\noù elle n'est pour rien. De même elle ne songera pas à s'émouvoir, si deux ou\ntrois malappris ont essayé de troubler son premier concert. Je dois même\nm'excuser de parler ici de ces personnages : leur présence dans la salle était\nun scandale qu'on a fait cesser un peu trop tard encore. Mme Bloomfïeld-Zeis-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "486", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.38", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "ler a pu voir d'ailleurs que cette manifestation manquée était aussi dépourvue\nde sens que de goût : car on n'a jamais su si les protestations visaient l'artiste\nelle-même, l'instrument ou le compositeur. C'est une grande et charmante\nartiste que l'Amérique nous envoie : le Concerto en ut mineur de Saint-Saëns,\nexécuté hier, donne une très juste idée de son style délicat et fort, qui sait être\nexpressif sans tomber dans l'afféterie si commune aujourd'hui. La tristesse\ncontenue et souriante du premier mouvement, les jeux difficiles du second,\nont trouvé là une digne interprète ; mais j'ai préféré encore le finale, dont le\nthème martial a été rendu avec une énergie et une distinction singulières. La\nvirtuosité est hors de pair, et il ffiestpas jusqu'à l'attitude négligée de l'artiste\nqui ne me plaise encore : toute courbée sur le clavier, Mme Bloomfield-Zeisler\nne semble songer qu'à ses notes et à ses phrases. Souhaitons d'entendre\nencore cette pianiste, qui est en même temps une vraie musicienne : on sait\ncombien le cas est rare. Le piano n'était pas rigoureusement d'accord\navec l'orchestre.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c031", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "486", "page_fin": "486", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.14", "titre_corps": "Notes bibliographiques MOZART (1756-1791).", "titre_sommaire": "Notes bibliographiques MOZART (1756-1791).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "486", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.38", "debut_caractere": 1140, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "Notes bibliographiques\nMOZART (1756-1791).\n\nL'édition complète et critique des œuvres de Mozart a été publiée de 1876 à\n1886 par la maison Breitkopf et Hârtel, et comprend 24 volumes : Musique\nd'église (I-IV) ; Musique de théâtre (V) ; Musique vocale de concert (VI) ;\nLieder (VII) ; Musique d'orchestre (VIII-XI) ; Concertos (XII, XVI) ; Mu-\nsique de chambre (XIII-XV, XVII-XVIII) ; Musique de piano (XIX-XXII) ;\nMusique d'orgue (XXIII) \\ Œuvres inachevées ou douteuses (XXIV).\nLes lettres ont été publiées séparément en 1877 par L. 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Il ne faut que lire Eschyle pour sentir vaguement que tel couplet de-\nvait se chanter vivement, tel autre avec tristesse ou gravité. D'où viennent ces\nimpressions ? De l'opposition de rythmes différents qui se précisent mutuelle-\nment, et du sens, ou plutôt du sentiment des paroles. La mélodie, qui était\ncertes la partie la plus importante, a disparu sans remède ; mais on en peut\nencore ressaisir l'âme, parce que l'unité, dans une œuvre de ce style, est assez\nforte pour que les intentions musicales du poète restent gravées dans le texte\nmême. En d'autres termes, si nous devons renoncer à lire jamais les portées\nde la partition perdue, nous pouvons encore, avec de l'attention et du goût,\ndéchiffrer les indications de mouvement et d'expression qui surmonteraient\nces portées. C'est ce qu'a fort bien su faire M. Mazon. 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Essai sur les Lyres et Cithares antiques. Communica-\ntion faite à l'Académie des Beaux-Arts. Paris, Firmin-Didot, 1902.\nHypothèse ingénieuse, qu'il fallait étayer davantage. Nous y reviendrons.\n\nII. — MUSIQUE.\n\nGUIDO ADLER. Denkmœler der Tonkunst in Œsttrreich, IXe année, tome 11,\nŒuvres instrumentales de J.-J. Fux. Vienne, Artaria, 1902.\nOn sait avec quelle probité et quel sens critique M. Guilmant s'est voué à la\npublication de nos « Archives des Maîtres de l'orgue ». C'est là une protestation\ngénéreuse et d'une haute portée contre un injuste dédain et une ignorance\nregrettable des origines et des sources de notre musique d'orgue. La librairie\nArtaria a entrepris et poursuit à Vienne une œuvre parallèle. Les « Archives\nde l'école de Vienne », enfin exhumées, seront une mine précieuse pour les\nrecherches et les études musicales. Cette école avait son esprit et ses traditions,\nses œuvres et même ses chefs-d'œuvre, avant d'être représentée par Mozart et\nBeethoven ; quelle a été sur ceux-ci l'influence de leurs prédécesseurs à Vienne,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "489", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.41", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "quels enseignements et quels principes en ont-ils reçus ?ce sont des questions\nque l'on pourra se poser bientôt.\nM. Adler nous donne aujourd'hui, avec une excellente préface, un recueil\nde pièces instrumentales de Fux (1660-1741), dont nous avions déjà deux vo-\nlumes de musique sacrée : un volume de messes paru en 1894, et un choix de\nmotets, etc.,publiéen 1895. C'est assez pour éveiller vivement notreintérêt, mais\nc'est encore peu pour satisfaire notre curiosité légitime, si l'on songe que Fux\na composé 5o messes, 5i sonates et 11 ouvertures. C'est une grande figure\nd'organiste que ce Fux, qui fut presque contemporain de Bach et de Haendel,\ndontla postérité a retenu à peine le nom. Compositeur de la cour impériale de\nVienne en 1704, premier maître de chapelle en 1715, il exprima les goûts et\nles aspirations d'un milieu très cultivé et assez cosmopolite. Ce fut un savant,\net sa technique habile, sa science consommée du contrepoint, l'érudition de\nson traité d'harmonie, le Gradus ad Parnassum, sont déjà des titres sérieux\nqui méritent notre attention. Mais sa musique a peut-être pour nous un inté-\nrêt artistique plus immédiat. Elle n'a pas seulement une valeur historique et\nrétrospective. Les couleurs n'en sont pas ternies ni les fleurs desséchées.\nLes œuvres instrumentales du présent recueil se divisent en deux catégories :\ndes sonates et des ouvertures. Les sonates, qui sont au nombre de deux, furent\ncomposées pour l'église et destinées sans doute à être exécutées dans les messes\nsolennelles. L'empreinte du style d'orgue y est très sensible. Ce caractère est\ncommun d'ailleurs aux pièces purement profanes de Fux, aux ouvertures, qui\nsont de la musique de chambre. Tandis que nos organistes de la même époque\nsont gênés et un peu gauches dans les formes fuguées, Fux s'y meut à l'aise :\nc'est là son langage naturel, comme pour nos organistes le style du clavecin :\nil a reçu une éducation musicale toute différente et beaucoup plus solide. La\npremière sonate est écrite pour violon, cornet, trombone, basson, avec accom-\npagnement d'orgue. Un andante assez court, à quatre voix, sert d'introduction.\nLe sujet, énergique et bref, est exposé avec une grande fermeté par l'orgue et\nle violon à l'unisson, et, tandis qu'il est repris, développé et qu'il se prolonge\naux autres parties, le chant du violon, ainsi soutenu, domine avec un contour\nmélodique très net et presque indépendant. Dans Y allegro qui suit, le thème\nse maintient, s'étend, jamais monotone, coupé avec un art très heureux par la\nréponse et les contre-sujets : c'est l'exposition qui se continue, avec des\nrythmes nouveaux, plus rapides et nerveux. L'adagio, qui précède Yallegro\nfinal, a, comme Yadagio de la ire sonate pour deux violons de Bach, le carac-\ntère grave et profond d'un choral, mais d'un choral adapté habilement au style\nde l'orgue, et c'est là un progrès décisif sur les compositions de Froberger et\nmême de Scheidt. Dans la deuxième sonate se manifeste la même maîtrise dans\nla mise en œuvre des voix, et, pour le détail aussi bien que pour l'ensemble,\nle même souci de la composition.\nCes qualités sont plus sensibles encore dans les deux ouvertures du recueil.\nFux fait de l'ouverture un genre intermédiaire entre l'« ouverture sympho-\nnique » des Italiens et la « suite ». Il est le disciple des maîtres italiens, il leur\nemprunte l'art de conduire un solo et de traiter les dialogues, mais il les inter-\nprète librement. Il s'inspire aussi des compositeurs français de menuets et de\ngavottes ; mais tandis que la suite était une sorte de pot-pourri où se succédaient\nsans lien des airs variés de ballet, Fux introduit l'ordre et l'unité dans toutes"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "490", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "ces pièces diverses. A aucun moment il ne perd de vue la marche générale de\nson œuvre. En même temps il est préoccupé d'éviter la monotonie et l'élo-\nquence continue. La première ouverture débute par un allegro dont le rythme\nvif et enjoué, la fantaisie brillante et légère fait songer à certains allégros des\ntrios de Beethoven. La même fantaisie se joue dans un menuet de style fran-\nçais, dont l'inspiration est courte, mais le dessin net et gracieux. Il faut noter\nà ce propos la distinction de tous les airs de ballet de Fux ; est-ce chez lui tour-\nnure d'esprit naturelle ou bien influence de l'étiquette sévère et espagnole de\nla cour de Vienne ? Plus loin une gigue est d'une vivacité alerte, bien qu'un\npeu sèche. Ce qui est très remarquable, c'est comment toutes ces parties se\ntiennent et s'enchaînent. La modulation de quelques mesures qui conduit d'un\npresto fugué à la gigue est très caractéristique à cet égard. Nous avons fort\ngoûté dans la deuxième ouverture un passe-pied, valse lente intitulée : Le For-\ngeron, et qui rappelle le caractère expressif et pittoresque du fameux thème de\nHaendel (Le Forgeron harmonieux). Il faudrait enfin insister sur l'orchestra-\ntion, très souple, très variée : les ouvertures sont écrites pour 2 hautbois,\n2 violons, un basson et une basse de viole. Tantôt les instruments sont accou-\nplés, tantôt ils ont chacun une partie indépendante, comme dans l'aria lent et\ngrave de la ire ouverture.\nEn somme, Fux est un savant qui écrit pour le grand public. Il disait lui-\nmême qu'il voulait « intéresser les auditeurs qui ne connaissent pas la mu-\nsique ». Le choix trop court que l'on nous donne de ses œuvres révèle un art\ntrès conscient et maître de ses procédés, un art qui sait se dissimuler, qui se\nsert des formules et les organise au lieu d'être dominé par la rhétorique mu-\nsicale.\n\nJ. TRILLAT.\n\nV. D'INDY : L'Etranger. Partition pour piano et chant. Paris, Durand et\nfils, 1902.\nNous donnons dans ce numéro l'analyse du poème (.Musique moderne).\n/\nCL. DEBUSSY: La Damoiselle Elue de D.-G. Rossetti. Partition pour\npiano et chant.\nNous aurons bientôt l'occasion de parler avec détail: de cette sœur séraphique\nde Mélisande. Contentons-nous pour le moment de féliciter la maison Durand\nd'avoir édité à nouveau cette œuvre, dont la réhabilitation ne se fera plus\nattendre, n'en déplaise à l'lnstitut.\nE. CHAUSSON : Serres Chaudes (Maeterlinck), Paris, Baudoux et CIE.\nNous donnons dans ce numéro l'analyse de ce recueil (Musique moderne).\nGEORGES HUE : Chansonsprintanières (Jean Bénédict). Paris, Baudoux et Cie.\nCes chansons se nomment : Mon cœur est comme un arbre en fleurs ;\nLes clochettes des muguets ; D'avoir tenu vos chères mains ; Par la fe-\nnêtre grande ouverte ; Il a neigé des fleurs ; Dans le jardin multicolore ;\nComme un vol clair de papillons. Le caractère de la musique répond à\ncelui des vers, qui d'ailleurs ont été composés expressément pour elle. C'est\nce que s'est attaché à montrer M. Paul Landormy, dans une élégante confé-\nrence qui précédait l'audition de ces mélodies, à la salle iEolian (le 12 novem-\nbre) ; grand succès pour le ténor Clément, à la voix délicate et tendre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c034", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "486", "page_fin": "488", "image_debut": 38, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.15.1", "titre_corps": "L OUVRAGES.", "titre_sommaire": "L OUVRAGES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "486", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.38", "debut_caractere": 2364, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "L OUVRAGES.\nHistoire de la musique (Oxford). 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C'est une grande figure\nd'organiste que ce Fux, qui fut presque contemporain de Bach et de Haendel,\ndontla postérité a retenu à peine le nom. Compositeur de la cour impériale de\nVienne en 1704, premier maître de chapelle en 1715, il exprima les goûts et\nles aspirations d'un milieu très cultivé et assez cosmopolite. Ce fut un savant,\net sa technique habile, sa science consommée du contrepoint, l'érudition de\nson traité d'harmonie, le Gradus ad Parnassum, sont déjà des titres sérieux\nqui méritent notre attention. Mais sa musique a peut-être pour nous un inté-\nrêt artistique plus immédiat. Elle n'a pas seulement une valeur historique et\nrétrospective. Les couleurs n'en sont pas ternies ni les fleurs desséchées.\nLes œuvres instrumentales du présent recueil se divisent en deux catégories :\ndes sonates et des ouvertures. Les sonates, qui sont au nombre de deux, furent\ncomposées pour l'église et destinées sans doute à être exécutées dans les messes\nsolennelles. L'empreinte du style d'orgue y est très sensible. Ce caractère est\ncommun d'ailleurs aux pièces purement profanes de Fux, aux ouvertures, qui\nsont de la musique de chambre. Tandis que nos organistes de la même époque\nsont gênés et un peu gauches dans les formes fuguées, Fux s'y meut à l'aise :\nc'est là son langage naturel, comme pour nos organistes le style du clavecin :\nil a reçu une éducation musicale toute différente et beaucoup plus solide. La\npremière sonate est écrite pour violon, cornet, trombone, basson, avec accom-\npagnement d'orgue. Un andante assez court, à quatre voix, sert d'introduction.\nLe sujet, énergique et bref, est exposé avec une grande fermeté par l'orgue et\nle violon à l'unisson, et, tandis qu'il est repris, développé et qu'il se prolonge\naux autres parties, le chant du violon, ainsi soutenu, domine avec un contour\nmélodique très net et presque indépendant. Dans Y allegro qui suit, le thème\nse maintient, s'étend, jamais monotone, coupé avec un art très heureux par la\nréponse et les contre-sujets : c'est l'exposition qui se continue, avec des\nrythmes nouveaux, plus rapides et nerveux. L'adagio, qui précède Yallegro\nfinal, a, comme Yadagio de la ire sonate pour deux violons de Bach, le carac-\ntère grave et profond d'un choral, mais d'un choral adapté habilement au style\nde l'orgue, et c'est là un progrès décisif sur les compositions de Froberger et\nmême de Scheidt. Dans la deuxième sonate se manifeste la même maîtrise dans\nla mise en œuvre des voix, et, pour le détail aussi bien que pour l'ensemble,\nle même souci de la composition.\nCes qualités sont plus sensibles encore dans les deux ouvertures du recueil.\nFux fait de l'ouverture un genre intermédiaire entre l'« ouverture sympho-\nnique » des Italiens et la « suite ». Il est le disciple des maîtres italiens, il leur\nemprunte l'art de conduire un solo et de traiter les dialogues, mais il les inter-\nprète librement. Il s'inspire aussi des compositeurs français de menuets et de\ngavottes ; mais tandis que la suite était une sorte de pot-pourri où se succédaient\nsans lien des airs variés de ballet, Fux introduit l'ordre et l'unité dans toutes"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "490", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "ces pièces diverses. A aucun moment il ne perd de vue la marche générale de\nson œuvre. En même temps il est préoccupé d'éviter la monotonie et l'élo-\nquence continue. La première ouverture débute par un allegro dont le rythme\nvif et enjoué, la fantaisie brillante et légère fait songer à certains allégros des\ntrios de Beethoven. La même fantaisie se joue dans un menuet de style fran-\nçais, dont l'inspiration est courte, mais le dessin net et gracieux. Il faut noter\nà ce propos la distinction de tous les airs de ballet de Fux ; est-ce chez lui tour-\nnure d'esprit naturelle ou bien influence de l'étiquette sévère et espagnole de\nla cour de Vienne ? Plus loin une gigue est d'une vivacité alerte, bien qu'un\npeu sèche. Ce qui est très remarquable, c'est comment toutes ces parties se\ntiennent et s'enchaînent. La modulation de quelques mesures qui conduit d'un\npresto fugué à la gigue est très caractéristique à cet égard. Nous avons fort\ngoûté dans la deuxième ouverture un passe-pied, valse lente intitulée : Le For-\ngeron, et qui rappelle le caractère expressif et pittoresque du fameux thème de\nHaendel (Le Forgeron harmonieux). Il faudrait enfin insister sur l'orchestra-\ntion, très souple, très variée : les ouvertures sont écrites pour 2 hautbois,\n2 violons, un basson et une basse de viole. Tantôt les instruments sont accou-\nplés, tantôt ils ont chacun une partie indépendante, comme dans l'aria lent et\ngrave de la ire ouverture.\nEn somme, Fux est un savant qui écrit pour le grand public. Il disait lui-\nmême qu'il voulait « intéresser les auditeurs qui ne connaissent pas la mu-\nsique ». Le choix trop court que l'on nous donne de ses œuvres révèle un art\ntrès conscient et maître de ses procédés, un art qui sait se dissimuler, qui se\nsert des formules et les organise au lieu d'être dominé par la rhétorique mu-\nsicale.\n\nJ. TRILLAT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c036", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "490", "page_fin": "490", "image_debut": 42, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.15.3", "titre_corps": "V. D'INDY : L'Etranger. Partition pour piano et chant. Paris, Durand et", "titre_sommaire": "V. D'INDY : L'Etranger. Partition pour piano et chant. Paris, Durand et", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "490", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.42", "debut_caractere": 1876, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "V. D'INDY : L'Etranger. Partition pour piano et chant. Paris, Durand et\nfils, 1902.\nNous donnons dans ce numéro l'analyse du poème (.Musique moderne).\n/\nCL. DEBUSSY: La Damoiselle Elue de D.-G. Rossetti. Partition pour\npiano et chant.\nNous aurons bientôt l'occasion de parler avec détail: de cette sœur séraphique\nde Mélisande. Contentons-nous pour le moment de féliciter la maison Durand\nd'avoir édité à nouveau cette œuvre, dont la réhabilitation ne se fera plus\nattendre, n'en déplaise à l'lnstitut.\nE. CHAUSSON : Serres Chaudes (Maeterlinck), Paris, Baudoux et CIE.\nNous donnons dans ce numéro l'analyse de ce recueil (Musique moderne).\nGEORGES HUE : Chansonsprintanières (Jean Bénédict). Paris, Baudoux et Cie.\nCes chansons se nomment : Mon cœur est comme un arbre en fleurs ;\nLes clochettes des muguets ; D'avoir tenu vos chères mains ; Par la fe-\nnêtre grande ouverte ; Il a neigé des fleurs ; Dans le jardin multicolore ;\nComme un vol clair de papillons. Le caractère de la musique répond à\ncelui des vers, qui d'ailleurs ont été composés expressément pour elle. C'est\nce que s'est attaché à montrer M. Paul Landormy, dans une élégante confé-\nrence qui précédait l'audition de ces mélodies, à la salle iEolian (le 12 novem-\nbre) ; grand succès pour le ténor Clément, à la voix délicate et tendre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c037", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "491", "page_fin": "492", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.16", "titre_corps": "fantaisie.", "titre_sommaire": "fantaisie.", "signature_source": "Louis Couperin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "491", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 26, "texte": "fantaisie.\nLouis Couperin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c040", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "492", "page_fin": "494", "image_debut": 44, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.17", "titre_corps": "Duo.", "titre_sommaire": "Duo.", "signature_source": "Louis Couperin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "492", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.44", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 40, "texte": "Duo.\nLouis Couperin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c043", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "495", "page_fin": "496", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.18", "titre_corps": "Périodiques", "titre_sommaire": "Périodiques", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "Périodiques\n\nLA REVUE DES DEUX-MONDES. lERIER no-\nvembre 1902. C. RELLAIGUE: Ves-\nprit dans la musique.\nLE COURRIER MUSICAL. IOR novembre\n1902. F. HELLOUIN : Gossec et la\nmusique française à la fin du xvme\nsiècle (suite). P. Locard : L'orgue,\nJEAN D'UDINE : Les grands Con-\ncerts.\nLE JOURNAL MUSICAL (ANNALES DE LA\nMUSIQUE). ier novembre 1902.— E.DE\nSOLENIÈRE: La musique allemande.\nC. GUIMARD : H. Sellier. H. FORTIS :\nL'enseignement musical populaire.\ni 5 novembre. FR. LISZT: La\nSainte Cécile de Raphaël, E. VAN\nDE VELDE : La musique symphonique\net le peuple.- BOURGOING-DUMONTEIL:\nSchubert.\nLA QUINZAINE MUSICALE. I 5 octobre\n1902. Chansons du Quercy, har-\nmonisées par CH. LÉVADÉ.\nLA VOIX PARLÉE ET CHANTÉE, octobre\n1902. • DR GUILLEMIN : Les premiers\néléments de Vacoustique musicale.\nLA TRIBUNE DE SAINT-GERVAIS. Août-\nseptembre 1902. E. TINEL: La mu-\nsique figurée à lyéglise. CH. BORDES :\nLes fêtes de Bruges. H. QUITTARD:\nH. du Mont. M. BRENET : La musi-\nque dans les églises de Paris de ijib\nà 1 7 38.\nREVUE DES ARTS DÉCORATIFS. Octobre\n1902. A. JACQUOT : La décoration\ndes instruments de musique.\nNEUE ZEITSCHRIFTFUR MUSIK. 22 oc-\ntobre 1902. G. CAPELLEN : L'Acous-\ntique musicale, fondement de la science\nde l'harmonie et de la mélodie.\nY. Z. : Le Jongleur de Notre-Dame, de\nMassenet, à Hamburg.\n29 octobre 1902. G. CAPEL-\nLEN : Lé Acoustique musicale,fondement\nde la science de Vharmonie et de la mé-\nlodie. B. GEIGER: Marguerite\nStem.\n5 novembre. G. CAPELLEN : L'a-\ncoustique musicale, fondement de la\nscience de l'harmonie et du rythme.\nV. Joss: « C'était moi », idylle villa-\ngeoise en un acte, de B. Batka \"et\nL. BLECH (Prague, i 5 octobre 1902).\nG. RICHTER : La Tosca, de Sârdou\net Puccini (Dresde, 21 octobre 1902).\n12 novembre. —G. CAPELLEN : L'a-\ncoustique musicale, fondement de la\nscience de l'harmonie et du rythme.\nBAYREUTHER BLAETTÉR. X-XII.\nH.-S. CHAMBERLAIN : H. von Stein,\nphilosophe wagnerien. E. MEINCK:\nHomère et Wagner. R. VON LICH-\nTENBERG : LA vie nationale che\\ les\nGrecs modernes.\nDER KLAVIER-LEHRER. lERIER novem-\nbre 1902. —A. MORSCH: L'introduc-\ntion des études modernes dans les pro-\ngrammes. A. ECCARIUS SIEBER : Les\ninstruments de musique à l'exposition\nde Dusse Idorf. K STORCK : Criti-\nque rétrospective du Concert et de\nl'Opéra.\nI 5 novembre 1902. O. KLAU-\nWELL : L'art du piano,instrument de\nculture générale. A. ECCARIUS-SIE-\nBER : Appel à la fondation d'une union\ndes musiciens allemands. A. MORSCH :\nPour Noël.\nScH WEIZERISCHE MUSIKZEITUNG. 25\noctobre 1902. Les Monuments de\nla musique allemande. C.-H. RICH-\nTER: G. Ferrari. D. O. : Adoption\nde syllabes internationales pour le\nsolfège (Vœu présenté au Congrès in-\nternational de 1900 par W. Grimin).\nŒSTERREICHISCH-UNGARISCHE MUSI-\nKER-ZEITUNG. 31 octobre. —La musi-\nque à Presbourg.\n7 novembre. La grève des mu-\nsiciens à Paris.\nCRONACHE MUSICALI ET DRAMMATI-\nCHE. 25 octobre 1902. H. EXPERT:\nLa musique française de la Renais-\nsance.\nRASSEGNA GREGORIANA. Novembre\n1902. P. WAGNER : Gregorius prœ-\nsul. E. RAVEGNANIS : L'éloquence\nd'un rapprochement.\nSANTA CECILIA. Novembre 1902,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "496", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.48", "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "Un vœu ardent. D. CARDINALE:\nSainte Cécile. L. MARENZIO (1550 i\ni 584) : Cantantibus organis (antienne\nà quatre voix inégales).\nRIVISTA MUSICALE ITALIANA Fasc.4.—\nA. SOUBIES: La musique Scandinave\nau xix0 siècle.— A. SOLERTI : L. Gui-\ndiccioni Lucchesini et E. de Cavaleri.\nH. KLING: Le centenaire de Louis\nNiedermeyer. M. BRENET : La\njeunesse de Rameau. L. TORCHI:\nVéducation du musicien italien.\nN. TABANELLI: Mascagni et le Lycée\nde Pesaro."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c044", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "495", "page_fin": "496", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.18.1", "titre_corps": "LA REVUE DES DEUX-MONDES. lERIER", "titre_sommaire": "LA REVUE DES DEUX-MONDES. lERIER", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.47", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "LA REVUE DES DEUX-MONDES. lERIER no-\nvembre 1902. 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BELLANDO: Six compositions pour\nOrgue.\nG. BOLZONI : Six préludes pour Or-\ngue.\nL. BOTTAZZO : Dixit Dominus, à\ndeux voix.\nG. CIPOLLA : Trio pour Orgue.\nG.-F. FOSCHINI : Etude progressive\ndu piano.\nA. PISANI : Fugue à 3 parties."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1902-11-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabj_1902-11_01#c046", "volume": "bmtnabj_1902-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "496", "page_fin": "496", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.2.20", "titre_corps": "LA CALVITIE", "titre_sommaire": "LA CALVITIE", "signature_source": "Docteur DESCUVILLIERS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "496", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.48", "debut_caractere": 836, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "LA CALVITIE\nDocteur DESCUVILLIERS.\nLorsque, à la suite de nombreuses ex-\npériences, le professeur Busch découvrit\nles vertus si remarquables du chlorhy-\ndrate de pilocarpine sur le cuir chevelu\net démontra la curieuse propriété qu'a\ncet alcaloïde de provoquer la formation\nde véritable substance pilaire, ce fut par-\nmi les savants une immense surprise.\nL'impossibilité de faire repousser les\ncheveux perdus était pour eux jusqu'a-\nlors article de foi. Force leur fut bien\ncependant de s'incliner devant les cures\nprodigieuses et pourtant indéniables qui\nleur furent montrées. Des chauves de\nlongue date, choisis par des médecins\nincrédules, furent soumis au traitement\ndu professeur Busch sous une surveil-\nlance incessante et un contrôle rigou-\nreux. Dans un délai variant de 25 jours à\nquelques semaines, le savant spécialiste\nleur rendit leur chevelure.\nIl fallut bien se rendre.\nGrâce aux brillantes études de ce sa-\nvant, il est aujourd'hui absolument\nprouvé que, dans des conditions déter-\nminées, le chlorhydrate de pilocarpine\nproduit la formation de faisceaux de\nvéritables cheveux naturels. Il est ce-\npendant des cas où ce sel, rencontrant\nun terrain trop malade ou impropre, est\nimpuissant à lui seul ; aussi le profes-\nseur Busch ne pouvait-il borner là sa\nprécieuse découverte.\nC'est ainsi qu'après de longs travaux\net de patientes recherches, il arriva à\ncréer la Sève capillaire qui porte son nom\net dont les cures ne se comptent plus.\nLe professeur Busch a voulu mettre sa\ndécouverte àla disposition de tous. Il\nsuffit d'aller le voir à son laboratoire de\nla rue des Bons-Enfants, no 10, à Paris,\nou de lui écrire avec détails, pour obte-\nnir gratuitement tous les renseignements\nnécessaires pour retrouver sa chevelure."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nRevue d'Histoire et de Critique\nNo 11 (deuxième année)\nNovembre\n1902.\nR. M.\n29\n\nA propos de la grève des musiciens.\n\nLa grève des musiciens d'orchestre est terminée à la satisfaction générale, et\nl'on peut même espérer que la sentence prononcée contre MM. Saint-Saëns et\nLouis Ganne ne sera pas exécutée: la musique de ces deux compositeurs aura\nencore ses entrées aux Folies-Dramatiques et à l'Olympia.\nLes grévistes ont obtenu, en principe, l'unification des prix sur les bases\nsuivantes :\nSolistes 6 fr. par jour.\nPremières parties ... 5 »\nAutres parties 4 »\nJe n'ai aucune partition, aucune ouverture, aucune marche, aucune chanson\nen instance d'être exécutée dans aucun de nos théâtres, cirques ou concerts ;\nje ne redoute donc pas une excommunication. Aussi me croira-t-on peut-être,\nsi je dis qu'un traitement mensuel de 90 à 120 francs (Gaieté, Parisiana, etc.),\nou de 75 à 1 î 5 francs (Folies-Dramatiques), était vraiment bien faible, et que\nle sort des musiciens d'orchestre méritait quelque intérêt : car il faut plus de\ntemps et de travail pour apprendre à jouer du violoncelle ou du basson, que\npour .apprendre à chanter la chansonnette ou à danser un ballet (je parle, natu-\nrellement, d'un certain genre de chansonnettes ou de ballets). On ne voit donc\npas pourquoi l'on ne fournirait pas les moyens de vivre à des auxiliaires qui,\ntous, ont à leur actif quelques années d'études, et dont, au demeurant, on ne\nsaurait se passer.\nLa grève n'a pas atteint les concerts Colonne et Chevillard, où les artistes\nsont organisés en sociétés, ni les théâtres subventionnés, où les traitements\nsont suffisants, surtout si on leur ajoute l'honneur de figurer dans l'orchestre\nde l'Opéra ou de l'Opéra-Comique.\nA l'Opéra, les appointements sont fixés de la manière suivante :"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.2", "texte": "A PROPOS DE LA GRÈVE DES MUSICIENS\n\nIl est payé chaque mois, aux ios artistes de l'orchestre, la somme totale de\n2L.018 fr. 55. Chaque mois également, les principaux artistes du chant émar-\ngent ainsi qu'il suit :\nMM. Affre 6.250.\nVaguet q.833.\nLaffite i.500.\nNoté 3.333.\n• Delmas 7.000.\nMMmes Bréval 7.000.\nAckté 5.000.\nGrandjean 3.000.\nHéglon 3.000.\n\nEMPLOIS\nPAR AN\nPAR MOIS (i)\nier Chef d'orchestre\ni2Ô3i.80\n1052\n2es Chefs d'orchestre\n1 4OOO\n6000\n333.33\n5oo\nViolons solos\n36oo\n285\nà\n2900\n229.55\nIers Violons\n25OO\n197 * 95\nà\n2000\n147.5°\n2es Violons\n3100\n245.55\n\\\na\n1700\n141.o5\nAltos solos\n\\\na\n36oo\n3ooo\n285\n237.50\nAltos\n2600\n205.80\nV\na\n1700\ni3o.3o\nVioloncelles\n36oo\n285\na\n1700\n4-\nhH\nO\nContrebasses\n3100\n245.45\na\n1700\n141.o5\nFlûtes. . .\n36oo\n285\nà\n2000\n166.65\nHautbois. .\n36oo\n3oo\nà\n2300\n191.65\nClarinettes .\nà\n36oo\n23OO\n259.75\n182.o5\nBassons\n36oo\n285\nà\n1900\n145.70\nCors r\n36oo\n285\nà\n2200\ni83.35\nTrompettes\n36oo\n262.45\na\n2300\n177.2:)\nTrombones.\n3 600\n285\nà\n2100\n15o.o5\nHarpes\n2800\n221.70\na\n1700\n141.55\nBatterie\n2800\n221.70\nV\na\n1080\n90\n(i) Déduction faite des retenues au\nprofit de la caisse des retraites (1856-1870) OU de la\ncaisse des pensions viagères (1900)."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.3", "texte": "A ORANGE\n\nSoit 40.916 francs répartis entre 9 personnes. Certes ces traitements ne sont\npas trop élevés, eu égard aux mérites des bénéficiaires, certes ne vit-on jamais\nargent mieux gagné. Mais n'y a-t-il pas cependant quelque disproportion entre\nl'estime (pécuniaire) que l'on semble faire d'un musicien d'orchestre et celle\nqu'on accorde à un acteur? Ne sent-on pas là le souvenir d'un autre âge où\nl'orchestre bornait son rôle à soutenir de quelques accords ou de batteries\nsempiternelles les trilles et les roulades de la chanteuse ? Les temps sont chan-\ngés, et les violoncelles qui dessinent le thème de la Chevauchée, les harpes de\nYlncantation du feu, les cors de la scène religieuse de Sigurd sont des per-\nsonnages au même titre que ceux qui s'agitent sur la scène. Je veux dire que\nles chants de l'orchestre ont autant d'importance, exigent une interprétation\naussi soignée, aussi expressive, aussi intelligente, que ceux des acteurs. L'or-\nchestre a cessé d'être un accompagnateur ; au reste, il le montre bien. Ce\nqu'on entend à l'Opéra ne répond nullement à la hiérarchie si nettement éta-\nblie parle registre des émargements. Que faut-il changer ? Que faut-il souhai-\nter ? L'orchestre doit-il parler haut dans la salle ou à la caisse ? C'est ce que je\nlaisserai discuter à de plus experts.\n\nA. DE LONGEPIERRE.\n\nThéâtre antique d'Orange.\nLa commission du Théâtre antique d'Orange s'est réunie, le 19 de ce mois,\nsous la présidence de M. le sénateur Guérin.\nLa question de propriété du Théâtre antique ayant été soulevée par\nMM, Deluns-Montaud et Devise, membres de la commission, M. d'Estour-\nnelles de Constant, chef du bureau des théâtres, a fait connaître que cette\nquestion était depuis longtemps tranchée. Sans conteste le théâtre est bien la\npropriété de la ville ; mais, en raison de la subvention que donne l'Etat et\nde son haut patronage, il semble qu'un modus vivendi pourrait être établi au\nplus grand profit de tous. La commission s'est rangée à cet avis et plusieurs\nmembres ont été désignés pour entretenir de cette question M. le Ministre de\nl'lnstruction publique et des Beaux-Arts.\nM. Jules Claretie qui assistait à la séance a bien voulu promettre de s'in-\ntéresser tout particulièrement aux prochaines représentations classiques\nqu'élabore M. Paul Mariéton, et qui très vraisemblablement auront lieu du\ni 5 juillet au i 5 août 1903.\nOn se rappelle que cet été Œdipe-Roi et les Phéniciennes furent donnés à\nOrange par la Société des amis du théâtre antique, dont M. Mariéton est le\nprésident. Ces deux représentations, auxquelles le Ministre de l'lnstruction\npublique s'était fait représenter par M. d'Estournelles de Constant, eurent un\ntrès grand succès et attirèrent à Orange une foule considérable."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.4", "texte": "MUSIQUE MODERNE\n\nMusique moderne\n\nI\nL'ÉTRANGER\n(M. VINCENT D'INDY.)\na Sitôt que votre souffle a rempli le berger,\nLes hommes se sont dit: Il nous est étranger ;\nEt leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme,\nCar ils venaient, hélas! d'y voir plus que mon âme.\nJ'ai vu l'amour s'éteindre et l'amitié tarir ;\nLes vierges se voilaient et craignaient de mourir...\nMa main laisse l'effroi sur la main qu'elle touche,\nL'orage est dans ma voix, l'éclair est sur ma bouche ;\nAussi, loin de m'aimer, voilà qu'ils tremblent tous,\nEt, quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux. »\nCes paroles du Moïse d'A. de Vigny pourraient servir d'épigraphe à l'œuvre\nnouvelle de M. V. d'lndy, qui sera représentée sous peu à Bruxelles (1). Cette\n« Action musicale en deux actes » et à quatre personnages n'est pas, en effet,\nmalgré son cadre moderne, un simple fait-divers dramatique. La véritable\nquestion n'est pas de savoir si Vita, la jeune fille au cœur partagé, restera\nfidèle au douanier son fiancé ou suivra l'Étranger mystérieux. L'amour peut-il\nnaître pour un homme doué d'un pouvoir souverain? Et cet homme peut-il\nlui-même s'abandonner à l'amour humain sans faillir à sa haute et solitaire\nmission, sans démériter? Tel est le problème. Et si les héros ne portent pas\nde noms légendaires, s'ils vivent de nos jours, dans un petit port de pêche,\nc'est seulement pour que l'œuvre soit plus émouvante, nous étant plus\nprochaine, pour qu'elle puise directement aux sources de l'inspiration populaire,\npour que la mer enfin, comme dans la légende de Tristan, ajoute son trouble au\ntrouble des cœurs.\nL'Etranger, pêcheur comme les autres, mais plus heureux que les autres,\nporte à son bonnet une émeraude, relique miraculeuse qui lui donne empire\nsur les flots. De ce pouvoir, jamais il n'a fait usage que pour le bien des\nhommes; jamais, en réponse à sa charité écrasante, il n'a rencontré que sourde\nhostilité, envie, méfiance ou calomnie :\n« Par cette pierre de miracle une volonté droite et pure peut s'imposer aux vents et à la\nmer ! Par elle, j'ai sauvé maint navire en détresse ; par elle, j'ai tiré du péril bien des\npêcheurs et bien des matelots ; par sa vertu sacrée j'ai calmé des tempêtes...\n« Alors que de toute mon âme je cherche à faire des heureux, partout où je porte mes pas,\nje trouve en mon chemin le mépris et la haine. »\n\n(I) C'est également au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, que fut représenté\navec un grand succès, le 12 mars 1897, ce Fervaal que nous ne voulons pas croire\nbanni de France à jamais. Le répertoire moderne n'est pas si abondant en chefs-\nd'œuvre, et aucun des opéras nouveaux ne peut nous consoler de cet exil."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.5", "texte": "MUSIQUE MODERNE\n\nCette belle et triste destinée nous est révélée dès la première scène du premier\nacte : des pêcheurs rentrent, ils n'ont rien pris, et se plaignent, et envient l'étran-\nger qui trie en silence son poisson. « Iln'est pas du pays. C'est un sorcier. » A\nson approche, tous reculent et sedispersent. Un vieux pêcheur survient, miséra-\nble,avec sa femme et ses deux enfants. L'Etranger, par unbrusque mouvement\nde générosité, lui cède sa pêche. Le vieux hésite et ne sait comment remercier ;\nles enfants poursuivent le bienfaiteur de leurs cris. Seule Vita, la jeune fille,\nne partage pas l'universelle répugnance ; elle éprouve, aux discours de l'Etran-\nger, un charme troublant, qui lui fait oublier ses entretiens de jadis avec la\nmer. La seconde scène les met en présence ; un dialogue se noue, où Ton sent\nleur émoi :\n« Alors j'aimais causer avec la verte mer. Et que disais-tu à la verte mer ? Je ne sais\ntrop. Je lui parlais, et, sous le bruit des flots se perdaient mes paroles; je pensais, et sous\nla blanche écume s'égrenaient mes pensées. Inquiète et toujours changeante, la mer me\nrépondait, et sa grande voix haletante troublait mon cœur. Eh bien ! parle donc, ô jeune\nfille, parle encore à la verte mer. Non ! la mer à présent n'est plus ma confidente, de-\npuis... Depuis ? Depuis que tu es là. »\nL'Etranger, après s'être un instant ressaisi, laisse échapper son douloureux\nsecret :\n« Adieu, Vita, le bonheur je te souhaite... Moi, je pars dès demain, car je t'aime, je t'aime,\noui, je t'aime d'amour, et... tu le savais bien ! »\nCe sacrifice s'impose en effet, car Vita est jeune, et Vita est fiancée. Mais son\npromis révèle, dans une scène familière, la vulgarité d'une âme égoïste et\nsatisfaite. Et Vita se détache de lui, parce que ses yeux s'ouvrent à de\nsupérieures clartés.\nVita, malgré sa mère, n'épousera pas André, le beau douanier. Mais l'Etran-\nger ne peut daiantage assurer son bonheur : il a perdu, en troublant cette\njeune âme, et en prononçant les paroles d'amour, la pureté de cœur qui\nfaisait toute sa force. Car si une haute vertu fait le vide autour d'elle et en\nsouffre, cette solitude morale lui est, d'autre part, nécessaire. L'amour de la\ncréature, et surtout l'amour partagé, avec ses émotions trop douces et trop\ncaptivantes, brise le ressort de l'âme et fait perdre de vue la noble et dure\ntâche du bien accompli sans espoir de retour ; l'homme cesse de penser à tous\npour penser à l'être élu, c'est-à-dire à lui-même ; et il ne pourra plus, à l'ave-\nnir; faire l'œuvre de charité. Telles sont les vérités que l'Etranger révèle à celle\nqui commence à l'aimer. Puis il lui donne Pémeraude désormais inutile, et\nlui dit à jamais adieu :\n« Adieu, Vita ; par toi, j'aurai connu un instant le bonheur. Par toi j'aurai souffert le\nsuprême malheur. Souviens-toi, ô Vita, en face de la mer, souviens-toi de l'Etranger sans\nnom qui passa près de toi et qui comprit un jour la beauté de ton âme. Adieu ! »\nVita, désespérée, jette dans la mer grossissante, d'où s'élèvent des voix\nmystérieuses, la pierre sacrée, qu'elle maudit parce qu'elle a fait son malheur.\nLa tempête s'élève, on aperçoit une barque en perdition; personne n'ose lui\n\n{1) Acte 11, scène n."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.6", "texte": "MUSIQUE MODERNE\n\nporter secours. Ramené par le danger, l'Etranger reparaît: il va partir, seul,\npuisque personne ne veut se dévouer avec lui. Vita s'élance, Vita l'accompa-\ngnera ; ils s'embarquent et disparaissent parmi les lames furieuses, qu'ils\nn'ont plus le pouvoir de calmer. Un vieux marin qui, depuis le mât du séma-\nphore, les suit des yeux, ôte son bonnet et prononce les paroles du De profun-\ndis. Et .l'on apprend ainsi que ces deux âmes ont trouvé le repos dans une\nmort fraternelle.\nOn sait que M. d'lndy ne s'en remet à personne du soin d'écrire ses poèmes,\net qu'il les écrit en prose. Les quelques citations qui précèdent peuvent donner\nune idée de cette prose aux rythmes fermes, aux accents bien marqués, prête\nà la mélodie. Quant à la mélodie, ses lignes vigoureuses se détachent en pleine\nlumière avec la plus noble hardiesse. Car le Maître, par un dernier effort de\nson art et de sa volonté, a évité toute complication, toute accumulation de\nmatière musicale, tout excès de richesse ou de métier, tout empâtement, tout\nenchevêtrement : un air libre et pur circule dans cette partition que nous pour-\nrons bientôt analyser avec plus de détail.\nII\nLE PRÉLUDE A L'APRÈS-MIDI D'UN FAUNE\n(M. CLAUDE DEBUSSY)\nCe Prélude n'est pas, au sens absolu du mot, une nouveauté, puisqu'il fut\nexécuté dès 1894 à la Société Nationale, et repris peu après par MM. Lamou-\nreux et Colonne. Mais l'oeuvre n'avait pas été appréciée, ni sans doute écou-\ntée, avec \"tout le calme, le sérieux et l'impartialité nécessaires, car, à cette\népoque lointaine, le nom de M. Debussy était encore un étendard autour\nduquel se livraient de bruyants combats. On a pu voir, à l'un des derniers\nConcerts Chevillard, que la douce Mélisande a fait taire ces passions mau-\nvaises et apaisé les rixes brutales. Le moment est donc venu de dire quelques\nmots d'une œuvre que l'on commence à pouvoir goûter en paix.\nL' « Eglogue » de Mallarmé (1) n'a qu'un lointain rapport avec celles de\nVirgile : ce faune ignore les tendres romances d'un Mélibée ou d'un Corydon;\nsa double flûte, qui devient bientôt une syrinx, « instrument des fuites »,\névoque, dans le mirage d'une après-midi brûlante, des formes savoureuses et\ndes poursuites qui ne sont point vaines :\nCes nymphes, je les veux perpétuer.\nSi clair\nLeur incarnat léger, qu'il voltige dans l'air\nAssoupi de sommeils touffus.\nMais cette vision fraîche n'est peut-être qu'un rêve :\nRéfléchissons... ou si les femmes dont tu gloses\nFigurent un souhait de tes sens fabuleux?\n\n(I) Publiée en 1876, et destinée d'abord à être récitée par M. Coquelin aîné (!)"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.7", "texte": "MUSIQUE MODERNE\n\nCe doute se dissipe : qu'importent, au reste, ces distinctions subtiles entre\nl'illusion et la réalité ? Le faune va chanter les images que le souvenir, ou le\ndésir, fait passer devant ses yeux : les nymphes surprises, qui plongent aux\nflots jaloux, ou leur sommeil sous les roses, terminé dans les bras du\nravisseur :\n...... Arcane tel élut pour confident\nLe jonc vaste et jumeau dont sous l'azur on joue,\nQui, détournant à soi le trouble de la joue,\nRêve dans un solo long que nous amusions\nLa beauté d'alentour par des confusions\nFausses entre elle-même et notre chant crédule.\nJe t'adore, courroux des vierges, ô délice\nFarouche du sacré fardeau nu qui se glisse\nPour fuir ma lèvre enfin buvant (comme un éclair\nTressaille) la frayeur secrète de la chair.\nUn dépit succède à cet emportement; 'mais le soir tombe, la paix revient\navec l'indifférence :\nTant pis! vers le bonheur d'autres m'entraîneront\nPar leur tresse nouée aux cornes de mon front.\nA l'heure où le bois d'or et de cendre se teinte,\nUne fête s'exalte en la feuillée éteinte.\n• • • • • ••••••«••\nCouple, adieu : je vais voir l'ombre que tu devins.\nCette fin en diminuendo devait séduire un musicien; on a pu voir d'ailleurs\nque le poème tout entier est musical et par son allure et par son sujet, car les\nimpressions s'y succèdent sans que la raison les dirige, avec ces retours impré-\nvus et pourtant naturels, qui appartiennent au sentiment, et aussi à la musi-\nque; et d'autre part le poète ne prétend autre chose que d'illustrer le chant de\nla flûte, impuissant par lui-même à préciser les images ; cette flûte deviendra\naussitôt, pour le musicien, le personnage principal qui, paraissant et reparais-\nsant, assurera l'unité de l'œuvre.\nEn artiste aussi discret que raffiné, M. Debussy n'a pas mis en musique le\npoème de Mallarmé, mais lui a donné un Prélude. 11 semble avoir voulu lais-\nser parler le poète après lui, comme s'il croyait, lui aussi, que « la musique\nsans les lettres se présente comme très subtil nuage ; elles, une monnaie si\ncourante », ou que son charme est « vain, si le langage, par la retrempe et\nl'essor purifiant du chant,n'y confère un sens », ou enfin que «la musique etles\nlettres sont la face alternative, ici élargie vers l'obscur, scintillante là avec cer-\ntitude, du phénomène que j'appelai l'ldée » (1). Mais il se trouve en réalité,\nparce que telle fut la volonté du musicien, que son Prélude est une œuvre\nindépendante, plus claire que le poème, et d'un caractère un peu différent,\nquoique les grandes lignes soient maintenues. La flûte commence par faire\nentendre ce chant doucement infléchi, qui sera le thème principal :\n\n(i) ST. MALLARMÉ, La Musique et les Lettres, Perrin, 1895."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "456", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.8", "texte": "MUSIQUE MODERNE\n\nOn se sent aussitôt transporté dans un monde meilleur; tout ce qu'il y a, dans\nla face camuse du faune, de grimaçant et de sauvage, s'est effacé ; le désir\nparle encore, mais voilé de tendresse et de mélancolie. L'accord posé par les\nbois,l?appellointain des cors,et le flot desons limpides qui s'échappedes harpes,\naccusent cette impression. L'appel se renforce, devient plus pressant, se calme\npresque aussitôt pour laisser chanter la flûte encore. Cette fois le thème se dé-\nveloppe, le hautbois intervient, la clarinette s'élance à son tour, un dialogue\nassez vif s'engage, et une phrase de clarinette conduit à un nouveau motif, qui\ndit la passion assouvie, mais traduit plutôt la douceur d'un mutuel émoi que\nla férocité de la victoire :\nLe premier thème revient, ralenti, et le coassement des cors bouchés obscur-\ncit l'horizon; le thème passe et repasse, de frais accords s'égrènent, enfin un\nvioloncelle solo se joint à la flûte, qu'il reflète (on trouve un effet de ce genre\ndans Tandante de la Symphonie pastorale), et tout se dissipe en flocons légers,\ncomme une brume « qui voltige dans l'air ».\nLa qualité qui frappe avant tout dans cette œuvre charmante, comme dans\ntout ce que compose M. Debussy, c'est l'unité du style, plus sensible en raison\nmême de la liberté du développement. C'est aussi la qualité qui manque le\nplus à la poésie de Mallarmé, où la préciosité la plus quintessenciée voisine\navec une netteté toute classique, où un fatras moitié plaisant et moitié solennel\ns'illumine tout à coup d'un fort beau vers, plus surprenant que tout le reste.\nRien de pareil ici, tout se tient et se lie. Et le plaisir de n'avoir pas à peser le\nsens d'un mot, à scruter la syntaxe d'une phrase ! Car la pièce de Mallarmé\nn'est certes pas des plus obscures ; encore faut-il s'y reprendre à deux fois avant\nde s'y reconnaître. Le musicien ne nous inflige pas un pareil travail. Par un\nsortilège qu'il devait renouveler dans les Cinq Poèmes de Baudelaire et dans\nPelléas, il a délicatement retiré du vain amas des mots et des syllabes l'émo-\ntion timide qui s'y cachait, s'y cherchait et s'y perdait. Ou plutôt il a repensé\net ressenti l'œuvre du poète, et par là même en a grandi l'émotion; ce\nqui revient à dire qu'il l'a purifiée. On ne sent plus, dans le Prélude, ce qui\npouvait choquer dans VA près-Midi : la curiosité perverse du lettré qui s'amuse,\nqui joue avec les ardeurs d'une sensualité primitive et suspecte. L'ardeur est\nrestée, ainsi que la naïve tendresse ; le vice a disparu avec la recherche, la\nNymphe a triomphé du Faune; toutes les taches du tableau se sont effacées,\net des lignes innocemment voluptueuses se déroulent dans une de ces pures\nlumières que la musique seule sait créer. Et je n'ai pas besoin de dire combien\nje préfère, au Faune biscornu de Mallarmé, le Faune élyséen de M. Debussy."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.9", "texte": "MUSIQUE MODERNE\n\nIII\nSERRES CHAUDES\n(M. MAETERLINCK ET E. CHAUSSON)\nCe titre convient assez bien au Recueil poétique qui nous vint du Nord en\n1889. Des rêves lourds et maladifs, l'ennui d'une vie factice et prisonnière,\nune torpeur fiévreuse, un ciel voilé de chaudes buées, une pensée en dérive,\nqui s'ébat et aussi se débat, sans pouvoir se ressaisir, des images qui viennent\non ne sait d'où, et s'en vont, une langue riche en noms et pauvre en verbes,\ndes phrases qui semblent courir après leur sens et ne jamais l'atteindre, tels\nsont les caractères de cette poésie confinée, ataxique et, pour tout dire, fort\nétudiée. Combien valent mieux les drames en prose, ou les études philosophi-\nques, ou les Chansons, où tout le raffinement des premiers vers s'est converti\nen simplicité, simplicité voulue encore, mais exquise et touchante. Quoi\nqu'il en soit, les Serres chaudes ont séduit le musicien distingué, trop tôt ravi\npar la mort, que fut E. Chausson, et les cinq pièces qu'il a mises en musique\nparaissent aujourd'hui, en un fort élégant cahier (1), sous le numéro d'œuvre\n24. Je ne crois pas que jamais poète ait fourni à un musicien texte plus\nincohérent que celui de la première pièce du recueil (Serre chaude).\nO serre au milieu des forêts!\nEt vos portes à jamais c'oses !\nEt tout ce qu'il y a sous votre coupole,\nEt dans mon âme en vos analogies !\nLes pensées d'une princesse qui a faim,\nL'ennui d'un matelot dans le désert,\nUne musique de cuivre aux fenêtres des incurables;\nAllez aux angles les plus tièdes !\nOn dirait une femme évanouie un jour de moisson ;\nIl y a des postillons dans la cour de l'hospice.\nAu loin passe un chasseur d'élans devenu infirmier...\nEtc.\nAucune obscurité, comme on voit : il s'agit d'une discordance douloureuse,\ndécrite à grand renfort d'« analogies », c'est-à-dire de métaphores; il y a\nquelque chose d'analogue dans Y Impression fausse ou les Réversibilités de\nVerlaine, mais avec plus de grâce et une moins lourde rhétorique. E. Chaus-\nson a fort bien compris le sens de cette pièce : il ne s'est pas attaché à traduire\nl'immensité de la forêt, ni les appels des postillons, ni même « la musique\nde cuivre aux fenêtres des incurables », sachant bien que ces détails n'avaient\nd'importance que par le sentiment qu'ils matérialisaient. Ce sentiment est\nbien rendu par ce dessin agité du piano, en si mineur, où abondent les frotte-\nments et les modulations passagères ; j'aime moins le chant, qui n'est pas, et\nne pouvait être, une mélodie, mais n'a pas davantage la simplicité d'un récitatif ;\nces accents, ces élans (je ne parle pas de ceux du chasseur), ces contourne-\nments de la voix n'ont guère de raison d'être, et soulignent à l'excès les\n\n(i) Baudoux (Bellon, Ponscarme et Cie), éditeurs."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.10", "texte": "LOUIS COUPERIN\n\nabsurdes paroles. La dernière strophe, en revanche, est fort belle, parce qu'ici\nles mots pouvaient se traduire en musique; aussi la mélodie se détache-t-elle,\nexpressive et vigoureuse, sur une harmonie qui fait corps avec elle.\nLa seconde pièce (Serre d'ennui) rend avec beaucoup d'élégance et de préci-\nsion un texte un peu plus simple et plus sobre; mais la troisième (Lassitude)\net la cinquième (Oraison) sont les plus belles du recueil. On trouve dans l'une\nun accompagnement qui sonne comme un glas, sans arrêt, dans l'autre les\nharmonies de prière qui concluaient la première pièce, dans l'une et l'autre un\nchant simple et grave, peu mouvementé, expressif par là même. Une âme s'y\nrévèle, fervente et profondément musicale; il y a souvent, dans les premières\nœuvres de Chauson,un excès de travail, de recherche, voire un certain manié-\nrisme dont toute trace a disparu ici. Le style du jeune compositeur se dé-\npouillait de ces travers, gagnait en simplicité, c'est-à-dire en assurance, annon-\nçait des chefs-d'œuvre, quand la mort est venue ; la place d'E. Chausson était\ntoute marquée, et reste vide, entre MM. Debussy et Dukas : il eût été le musi-\ncien ému et primesautier, quelque chose (avec plus de science) comme le\nSchubert de notre école moderne.\n\nLOUIS LALOY.\n\nLouis Couperin (1630-1665).\n\nSi le nom de Couperin, bien qu'illustré par des artistes de valeur pendant\nprès de deux siècles, n'évoque guère en l'esprit de nos contemporains que le\nsouvenir de François Couperin( 1668-r733), celui qu'on a surnommé le Grand,\nil est au moins un des ancêtres de ce grand maître, qui, trop vite oublié, reste\ncependant digne d'être placé à ses côtés. La vie de celui-là fut brève, sans\névénements notables, et nous en connaissons peu de chose. Son œuvre, inédite\nde son vivant, n'a survécu que par hasard, puisqu'un manuscrit, unique jus-\nqu'à présent, la renferme. Telle quelle pourtant, elle demeure un précieux\ntémoignage de la vitalité singulière de l'art symphonique français vers le\nmilieu du xvue siècle et aussi de la prodigieuse maîtrise de son auteur, Louis\nCouperin.\nLouis et ses deux frères, François et Charles, sont lespremiers de leurfamille\nqui se soient fait connaître. On a bien supposé, non sans vraisemblance, que\nCharles Couperin, leur père, était aussi musicien. Cela se peut, puisque ses\ntrois fils ont embrassé la même carrière. Mais ce fut en tout cas un artiste in-\nconnu et médiocre, vivant obscurément dans la petite ville de Chaumes, en"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.11", "texte": "LOUIS COUPERIN\n\nBrie (1). Louis, l'aîné, y a dû naître vers i 630 ou un peu avant (2), et nous ne\npouvons rien dire de son éducation musicale première qu'il partagea avec ses\nfrères, sinon qu'il avait acquis d'assez bonne heure un talent assez remar-\nquable pour s'attirer l'attention d'un des premiers compositeurs du temps.\nLaissons la parole à Titon du Tillet, qui dans son Parnasse françois raconte\ncette anecdote :\n« Les trois frères Couperin étaient de Chaumes, petite ville de Brie, assez\nproche de la terre de Chambonnières. Ils jouoient du violon et les deux\nainés reussissoient très bien sur l'orgue. Ces trois frères avec de leurs amis,\naussi joueurs de violon, firent partie, un jour de la fête de M. de Chambon-\nnières, d'aller à son château lui donner une aubade. Ils y arrivèrent et se pla-\ncèrent àla porte de la salle où Chambonnières étoit à table avec plusieurs\nconvives gens d'esprit et ayant du goût pour la musique. Le maître de la mai-\nson fut surpris agréablement, de même que toute la compagnie, par la bonne\nsymphonie qui se fit entendre. Chambonnières pria les personnes qui l'exé-\ncutoient d'entrer dans la salle et leur demanda d'abord de qui étoit la compo-\nsition des airs qu'ils avoient joués : un d'entre eux lui dit qu'elle étoit de Louis\nCouperin qu'il lui présenta. Chambonnières fit aussitôt son compliment à\nLouis Couperin et l'engagea avec tous ses camarades à se mettre à table; il\nlui témoigna beaucoup d'amitié et lui dit qu'un homme tel que lui n'étoit pas\nfait pour rester dans une province et qu'il falloit absolument qu'il vînt avec\nlui à Paris, ce que Louis Couperin accepta avec plaisir. Chambonnières le\nproduisit à Paris et à la Cour où il fut goûté. »\nCe récit se rapporte sans doute à l'année i 650 ou peu s'en faut, si l'on ac-\ncepte du moins la date approximative de la naissance de Couperin. Chambon-\nnières, dont les leçons et les exemples durent si excellemment développer les\nmérites naissants du jeune musicien, Chambonnières était bien placé pour le\nservir. Héritier de son père dans la charge de claveciniste de la chambre\ndu Roi, tenu par tous pour le prince des virtuoses du clavier, il est alors à\nl'apogée de sa gloire. Son titre à la cour est surtout honorifique (car au cours\ndelà Régence et de la Fronde la musique y est passablement négligée) ; mais\nles salons les plus brillants se disputent sa présence. On y tolère ses préten-\ntions d'homme de qualité en faveur de son merveilleux talent d'exécutant et\nde compositeur. Présenté par lui, un jeune artiste, son élève, ne pouvait\nmoins faire que de réussir. l)e fait, Louis Couperin paraît avoir été presque\nimmédiatement classé parmi les plus illustres de son temps.\nLe marquis de Chambonnières comme il aimait àse qualifier lui-même\nmettait tout son soin, paraît-il, à n'être point considéré comme un musi-\ncien de profession. Il se piquait d'être homme du monde, ne jouant du cla-\n\n(1) La conjecture est de Jal (Dictionnaire critique de biographie et d'histoire),\nlequel, en rapportant certains actes d'état civil relatifs aux trois frères, nous a fait\nconnaître le nom de leur père et de leur mère, Marie Andry. On trouvera aussi\nquelques détails sur cette famille dans L'Huillier (Notes sur quelques musiciens dans\nla Brie).\n(2) Titon du Tillet (Parnasse françois) indique la date de i 630 quand il dit que\nLouis Couperin mourut à l'âge de 35 ans vers 1665. Mais je pense qu'il faut avancer\ntant soit peu la date de cette mort, car Jal, qui cite les actes de mariage des deux\nautres frères, François et Charles, fait remarquer que le nom de Louis Couperin ne\nfigure sur aucun de ces deux actes qui sont datés de 1602."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.12", "texte": "LOUIS COUPERIN\n\nvecin que pour le plaisir ( 1). Son disciple, qui n'avait prétexte à s'anoblir, a\névité ce ridicule et ne connut pas de si étranges délicatesses. S'il s'est fait\nvaloir dans les cercles aristocratiques des amateurs du bel air, il n'a pas dé-\ndaigné de s'adresser a la foule du haut de la tribune de l'orgue, le seul endroit\nd'où l'artiste communique alors avec le grand public. Nous savons, sans\npouvoir préciser la date de son admission, qu'il obtint l'orgue de Saint-Ger-\nvais, où jusqu'au xixe siècle allaient se succéder des artistes de son nom. Il\nn'abandonnera ce poste qu'à sa mort, et c'est son plus jeune frère, -Charles, le\npère du grand Couperin, qui lui succédera (2).\nQuoi qu'en ait dit Titon du Tillet, Louis Couperin n'obtint jamais aucune\ncharge à la cour. Cela n'a rien de surprenant si l'on considère qu'il est mort à\n35 ans à peine : son nom ne figure sur aucun des états ni des comptes de\nla maison royale, assez complets pourtant pour toute cette période.\nCe que fut, comme exécutant, Louis Couperin, un contemporain, l'abbé Le\nGallois, nous le dira (3). Cet intelligent critique, qui a analysé avec une fine\nprécision l'art des grands virtuoses de son temps, n'hésitera pas à le placer\npresque au même rang que Chambonnières lui-même. Il propose l'un et l'autre\ncomme deux « chefs de secte », ainsi qu'il dit. « Car encore que tous deux ayant\neu cela de commun que d'exceller dans leur Art et d'en avoir peut-être mieux\nque pas un autre connu les règles, il est certain néanmoins qu'ils avoient deux\njeux dont les differens caractères ont donné lieu de dire que l'un (Chambon-\nnières) touchoit le cœur, et l'autre (Couperin) touchoit l'oreille. » Il faut en-\ntendre par là que le premier sacrifiait davantage à l'expression, à la grâce,\nmême au pathétique, tandis que son élève était curieux surtout de plaire par\nses « doctes recherches », c'est-à-dire par la force de l'harmonie, le raffine-\nment de la technique : « Cette manière de jouer a esté estimée par les personnes\nsçavantes à cause qu'elle est pleine d'accords et enrichie de belles dissonances\nde dessin et d'imitation. »\n\n(1) Au moment où Chambonnières, écarté de la cour, vit dans une quasi-disgrâce\net assez difficilement, cela est attesté par une lettre de Ghristiaan Huygens à son\nfrères Lodewyck [Œuvres complotes... publiées par la Société hollandaise des Scien-\nces,, IV, 229).\n« L'estat du marquis de Chambonnières me feroit pitié s'il n'avoit pas fait si fort\nl'entendu auparavant. La dernière fois que je le vis, il vouloir encore me faire ac-\ncroire qu'il ne jouait plus du clavecin, et le voila misérable maintenant s'il ne sçavoit\nplus ce métier.\nLa vanité et les prétentions nobiliaires de Chambonnières ont fait l'objet de nom-\nbreuses anecdotes. Cf. l'étude sur cet artiste parue dans la Tribune de Saint-Gervais\n(janvier 1901, sp.)\n(2) Charles Couperin était né en 1638 (L'Huillier a publié son acte de naissance).\nIl mourut, fort jeune aussi, en 1669, un an après la naissance de son fils. Il fut aussi\nfort estimé, comme organiste surtout. François Couperin, sieur de Crouilly, le se-\ncond frère (né en 1631,m0rt vers 1708), dut sa réputation principalement à son talent\nde professeur : il excellait à enseigner les pièces de ses frères. « G'étoit, dit Titon\ndu Tillet, un petit homme qui aimoitfortle bon vin et qui allongeoit volontiers ses\nleçons quand on avoit soin de lui apporter près du clavecin une caraffe de vin avec\nune croûte de pain, et une leçon duroit ordinairement autant qu'on vouloit renou-\nveller la caraffe. » Il a tenu comme ses frères l'orgue de Saint-Gervais. On a de lui\nquelques pièces vocales et un Livre d'orgue imprimé : Pièces d'orgue consistant en\ndeux Messes... in-40 obi. s. d.\n(3) Lettres à M]iQ Regnault de Solier touchantla musique, 1680."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.13", "texte": "LE BAROMÈTRE MUSICAL\n\nLa comparaison des œuvres des deux musiciens confirme ce jugement. Cou-\nperin avait laissé « trois suites de pièces de Clavecin d'un travail et d'un goût\nadmirable », dit Titon du Tillet ; et cette précieuse collection restée manuscrite\nentre les mains de quelques connaisseurs est certainement celle que renferme\nle manuscrit de la Bibliothèque nationale (V m 7 1862). Mieux que pas un autre\nrecueil du même temps celui-là nous apprend combien notre art français\navait déjà de variété et de profondeur.\n(A suivre.)\n\nHENRI QUITTARD.\n\nLe baromètre du goût musical.\nQuelques recettes.\nPour connaître l'état présent du goût musical dans le public, rien ne vaut la\nlecture des documents suivants :\n\nTHEATRES\nTITRES DES PIÈCES REPRESENTEES\nDATES\nRECETTES\nOpéra\nLa Valkyrie.\n3i octobre\n22 178 fr. 41 (1)\n—\nL'Africaine.\n3 novembre\ni 0989 fr. 41\n—\nLa Valkyrie.\n5 —\n20332 fr. 26\n—\nFaust.\n7 —\n19281 fr. 41\n—\nU Africaine.\n8 —\n11285 fr.\n(représentation populaire)\n—\nLa Valkyrie.\n10 —\n17422 fr. 5o\n—\nLes Huguenots.\n12 —\ni5o36 fr. 76\n—\nLohengrin.\n[4 —\n2171 8 fr. 41\n—\nRoméo et Juliette.\n15 —\n1 1718 fr. 41\n—\nDon Juan.\n*7 —\n15725 fr. 4 1\nOpéra-Comique\nPellèas et Mélisande.\n3o octobre\n7007 fr. 5o\n—\nCarmen.\n31 —\n9903 fr. 5o\n—\nLe Domino noir, Maître Wol-\n—\nfram.\nIer nov. matinée\n4279 fr. i5\nLa Vie de Bohême Du ga^on.\nier nov. soirée\n9201 fr. 5o\n—\nMignon.\n2 nov. matinée\n6546 fr. 5o\n—\nLes Noces de Jeannette, Lakmé.\n2 nov. soirée\n6920 fr. 5o\n—\nLes Dragons de Villars.\n3 nov. populaire\n2809 fr. 5o\n—\nManon.\n4 novembre\n9793 fr. 5o\n—\nMireille.\n5 —\n4232 fr. 5o\n—\nPelléas et Mélisande.\n6 —\n6759 fr. 5o\n—\nLe Roi d'Ys.\n7 —\n5 188 fr. 5o\n- —\nLa Vie de Bohême.\n8\n8368 fr. 5o\n—\nLouise.\n9 nov. matinée\n5766 fr.\n—\nCarmen.\n9 nov. soirée\n6104 fr. 5o\n—\nLakmé.\ni o novembre\n3862 fr.\n—\nManon.\n11 —\n6377 fr. 5o\nLe Roy d'Ys-\n12 —\n4348 fr.\n—\nMmû la Vie de Bohême.\n13 —\n7101 fr. 5o\n—\nPelléas et Mélisande.\n14 —\n6331 fr.\n—\nLe Médecin malgré lui, Caval-\nleria rusticana.\ni 5 —•\n9536 fr. 5o\n_\nMaître Wolfram, le Domino\nnoir.\n16 —\n5624 fr. 5o\n—\nCarmen.\n«7 —\n5476 fr. 5o\n(i) Ces centimes d'une évaluation un peu étrange, viennent des places d'abonnement.\ndont le prix,\nfixé pour toute la saison, doit être divisé, dans l'établissement de chaque re-\ncette, par le nombre de représentations."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.14", "texte": "LA HARPE MODERNE\n\nL'Odéon, qui, avec Monsieur le Directeurr {aisait de 600 à 800 francs de\nrecette dans les derniers temps, a fait 4.485 fr. 5o avec 1 Arlésienne (le 8 no-\nvembre).\n\nLa Harpe moderne.\n\nIl ya aujourd'hui une question de la Harpe, comme ily eut jadis une question\ndu Cor, ou de la Flûte, comme il y eut plus récemment une question Wagner,\ncomme il y a quelquefois une question de confiance, et comme il y eut toujours\nune question d'Orient. La lutte est engagée une fois de plus entre les partisans\ndu statu quo et les apôtres du changement, entre les sceptiques amis de la tra-\ndition et les fervents adeptes du progrès. C'est là un de ces antagonismes éter-\nnels, qui diviseront toujours l'humanité et qu'il ne faut pas regretter : car\ntoute œuvre saine, bonne et durable, ne peut sortir que de l'effort de ces deux\npartis contraires, qui s'entr'aident en croyant se combattre. Mais lorsque la\nquerelle intéresse la musique, elle prend une vivacité particulière, le musicien\nétant plus jaloux que tout autre des secrets de son art, partant conservateur-né,\net conservateur acharné. C'est donc pour nous un grand plaisir, et un plaisir\nassez rare, que de constater que l'on n'a employé jusqu'à présent, pour dé-\nfendre les deux harpes rivales, que des armes courtoises, que l'honneur des\nfamilles n'a pas été attaqué, et que la religion et la politique n'ont pas\nencore été mêlées au débat. M. Hasselmans, dans la seconde de ses Lettres\nau Monde Musical (21 août 1897), parle bien du « ton de la réponse »de\nM. Lyon, pour dire qu'il ne s'y « arrête pas un instant ». Mais vraiment on ne\nvoit pas ce que, dans cette réponse, le maître célèbre de notre Conservatoire a\npu estimer offensant: il est cependant permis à un inventeur de défendre son\ninvention, et surtout de se défendre de l'accusation de n'avoir rien inventé (1).\nLes articles attachants, pleins de faits et d'idées, de notre collaborateur\nM. Schneider ont mis nos lecteurs au courant de la question. Aussi croyons-\nnous possible aujourd'hui de résumer et deconclure. La harpe est un instrument\ntrès ancien, puisque les Egyptiens le connaissaient, et très moderne, car il\ndevient, de plus en plus, un élément essentiel de notre orchestre si nourri,\nsi puissant, dont la sonorité a besoin d'être allégée, subtilisée : ce rôle est celui\ndes instruments à cordes pincées ou frappées. Ces instruments étaient en\ngrande vogue au moyen âge, et Villon évoque, en des vers exquis, leur angé-\nlique pureté:\nFemme je suis, povrette et ancienne\nQui rien ne sais, oncques lettre ne lus.\nAu moutiers vois, dont suis paroissienne,\nParadis peinct, où sont arpes et lu%,\nEt ung enfer où damnés sont boullus.\nL'orchestre de YOrfeo de Monteverde ( 1607) comprend encore une harpe\ndouble (grande harpe), à côté de laquelle apparaissent deux clavecins: ce sont\nlà les rivaux qui allaient chasser la harpe de l'orchestre, en raison de la facilité\nd'exécution que donne le clavier. La harpe avait, en outre, le désavantage\n\n(1) M. Hasselmans avait cité le brevet pris, en iBqs, par Pape, pour une harpe chro-\nmatique d'une construction très différente, et qui ne semble pas avoir été exécutée."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.15", "texte": "LA HARPE MODERNE\n\nd'être, par essence, diatonique : la main de l'exécutant ne pouvant\ncomme dans lesinstrumentsà touche, le raccourcissement descordes, il faut une\ncorde pour chaque note, et d'autre part on ne pouvait guère représenter par une\ncorde chaque degré de l'échelle chromatique, sans surcharger l'instrument qui,\nà la différence du clavecin, doit rester léger et portatif : force était donc (malgré\nquelques tentatives contraires) de ne donner à la harpe que les notes d'une\ngamme unique, sans accidents. Le luth, au contraire, qui procède par raccour-\ncissement comme nos vicions, se maintint plus longtemps, fut même, au\nxvue siècle, l'instrument favori des virtuoses, en raison de la grande variété de\nsons et d'accords qu'il offrait à desmains habiles. Puis le moment vint où le luth\nlui-même passa de mode, et le clavecin fut, pendant tout le xvnie siècle, la base\nde l'orchestre. Mais le clavecin grandit, devint un instrument à cordes frappées\net non plus pincées, c'est-à-dire un piano. C'est à la fin du xvme siècle qu'eut\nlieu cette transformation; le son devenait ainsi plus robuste, plus vibrant, et\nsurtout susceptible de toutes les nuances d'intensité, du piano au forte. Le nou-\nvel instrument pouvait traduire à lui seul, d'une manière expressive, claire et\npuissante, les œuvres les plus compliquées ; c'est pourquoi il sortit presque\naussitôt de l'orchestre pour s'appliquer à l'exécution en solo, ou à la musique\nde chambre ; et lorsqu'il rentra dans les salles de concert, ce fut comme soliste\nencore, et le plus souvent comme soliste virtuose (i). L'orchestre se trouva\nainsi dépouillé de tous les instruments à cordes pincées, si nombreux autrefois,\net dont l'impuissance à soutenir le son était si largement compensée par la\nvivacité, la précision des attaques, et la légèreté sans égale des traits. Seule la\nbatterie (timbales et caisses) représentait, dans le registre grave seulement, et\navec deux ou trois notes au plus, le principe de la percussion.\nC'est précisément vers cette époque que l'adjonction des pédales à la harpe et\nenfin la belle invention du double mouvement, due à Sébastien Erard (1787),\naccrut dans une large mesure les ressources de l'instrument délaissé. On sait\nque les pédales affectent d'accidents toutes les notes de même nom, d'octave\nen octave ; le double mouvement permet de faire deux fois de suite cette\nopération, c'est-à-dire de changer le même ut b, d'abord en ut H, puis en ut #.\nLa harpe peut ainsi être accordée, par une simple manœuvre de pédales,\ndans tous les tons, depuis l'armure de 7 bémols jusqu'à celle de 7 dièses.\nElle reste toujours diatonique, mais devient transpositrice, ce qui veut dire\nque les notes de deux gammes différentes ne sont jamais représentées à la\nfois : on ne trouve pas le ré H à côté du ré # ; mais l'instrument peut jouer\ndans toutes les tonalités, grâce à un changement d'accord. C'est par un progrès\nanalogue que les clarinettes, les trompettes et les cors étaient devenus (au\ncours du xvme) capables de transporter leurs gammes tout entières d une\ntonalité dans une autre : l'artiste n'avait pour cela qu'à changer d'instrument,\nou à adapter à l'instrument une pièce de rechange (coulisse) différente. Le\ngoût de l'antiquité aidant, la harpe ainsi perfectionnée revint à la mode sous\nl'Empire, et peu à peu reprit sa place dans l'orchestre, dans l'orchestre fran-\nçais surtout, plus léger que l'orchestre allemand, et plus épris d'effets pitto-\n\n(1) Il faut rappeler ici que M. Saint-Saëns a introduit le piano dans l'orchestre de\nsa dernière Symphonie. Tentative intéressante, qui montre combien le besoin\nd'instruments de ce genre se fait sentir aujourd'hui."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.16", "texte": "LA HARPE MODERNE\n\nresques. La harpe a une place d'honneur dans la Damnation de Faust, la\nSymphonie Fantastique et VEnfance du Christ, de Berlioz ; Rossini et\nMeyerbeer en font un fréquent usage dans leurs opéras ; Wagner à son tour\nintroduit 6 harpes dans la Tétralogie ; il y a des harpes dans la symphonie de\nFranck, et il me suffira de citer, pour finir, l'emploi si neuf et si touchant que\nM. Debussy fait de la harpe dans Pelléas (scène de la fontaine, début du\n2e acte, conclusion de l'œuvre, etc.).\nTelle quelle, la harpe est cependant loin encore d'être un instrument par-\nfait : elle ne peut moduler rapidement d'un ton à un autre, dès que la parenté\nn'est pas immédiate, et toute excursion dans le genre chromatique lui est inter-\ndite, à moins qu'elle n'ait recours aux sons dits synonymes, dont l'emploi est\nrestreint : la harpe peut dire, au lieu de mi-fa-fa Jf, mi fa-sol b, mais il lui est\nabsolument impossible de faire entendre la succession sol-la %-si. Tous les\nautres instruments de l'orchestre au contraire sont devenus chromatiques ;\nni la clarinette, ni la trompette, ni le cor, ne reculent devant l'accumulation\ndes accidents. Seule la harpe en est restée à l'état transpositeur ; seule elle\ndoit s'abstenir de répéter certains traits, certaines mélodies, après tous ses\nfrères de l'orchestre, parce qu'elle ne pourrait les suivre. Il y avait là une\ninégalité choquante, et qui gênait autant les compositeurs, obligés de restrein-\ndre l'emploi d'un instrument précieux, que les harpistes souvent fort embar-\nrassés d'exécuter tel passage d'un auteur novice ou hardi, dont la pensée ne\npouvait ou ne voulait pas se plier à l'imperfection de l'instrument. C'est à\nces inconvénients que remédie la harpe chromatique de M. Lyon : le principe,\nfort simple, est de disposer les cordes en deux séries qui se croisent, et dont\nl'une répond aux touches blanches, l'autre aux touches noires du piano ;\nl'exécution a demandé trois années d'études patientes (1894-1897).\nLa harpe chromatique existe ; des artistes tels que Mme Tassu-Spencer,\nJVRe Madeleine Lefébure et M. Jean Risler ne l'ont pas jugée indigne de leur\ntalent et ont montré les ressources qu'elle offrait aux musiciens ; d'autre part,\non a pu voir récemment, au nouveau Conservatoire populaire fondé par\nM. Charpentier, de jeunes ouvrières qui, après trente heures d'études, arrivaient\nà jouer des parties d'accompagnement difficiles pour la harpe à pédales. Les\nvirtuoses et les amateurs de tout ordre sont donc également intéressés par la\nnouvelle invention, qui de fait a déjà conquis droit de cité aux Conservatoires\nde Lille, Nîmes et Bruxelles, auxquels d'autres sont venus et viendront bientôt\nse joindre. Mais le vieil instrument a trouvé d'ardents défenseurs. Rien de\nplus naturel ; on ne trouble pas impunément de vieilles habitudes, il y a des\nopinions faites, des préjugés bien établis, il y a aussi l'attachement, fort natu-\nrel, des maîtres pour les instruments auxquels ils doivent leurs succès et dont\nils sont arrivés à surmonter les difficultés autant qu'il est humainement pos-\nsible. Tous ces sentiments sont très respectables, et nous ne voulons pas sup-\nposer un seul instant que des intérêts plus personnels aient déterminé certaines\nattitudes : nous sommes ici dans le monde de l'art, qui est, comme on sait, un\nmonde supérieur, où chacun ne songe qu'à la beauté, et jamais à soi-même.\nNous allons donc examiner une à une des objections qui, toutes, ont été faites\nde bonne foi.\nLa harpe, a-t-on dit, perdrait son caractère en devenant chromatique. Cette\nphrase recouvre une simple pétition de principe : si Berlioz a écrit que la harpe"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.17", "texte": "LA HARPE MODERNE\nR. M.\n3o\n\n« est un instrument essentiellement antichromatique », il a voulu dire par là\nque la harpe, de son temps, ne pouvait faire entendre de successions chromati-\nques. Il a constaté un fait, et rien de plus. C'est commettre une erreur de logi-\nque assez grossière que de faire de cette circonstance accidentelle la définition\nmême de la harpe. Il n'entre pas plus dans le caractère de la harpe d'être anti-\nchromatique qu'il n'entre dans le caractère du piano d'être construit en palis-\nsandre. Une bonne harpe chromatique sera encore une harpe, comme un bon\npiano en acajou sera encore un piano. Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter à cette\npremière objection, et il faut simplement rechercher si la nouvelle disposition\naltère quelqu'une des qualités particulières, telles que le timbre, ou la facilité\nde certains effets, qui donnent à la harpe sa véritable personnalité.\nLe son, a-t-on dit, est plus faible en raison du plus grand nombre des\ncordes. Ici le vrai se mêle avec le faux. Il ne faut pas croire qu'il y ait, entre\nla puissance du son et le nombre des cordes, une relation fixe ; sans quoi on\nne comprendrait pas que le piano puisse soutenir un seul instant la compa-\nraison avec le violon, ni que la balalaïka russe, à trois cordes, ne soit\npas le roi des instruments. Il faut simplement que la tension totale des cordes\nsoit proportionnée à la résistance de la table d'harmonie. Ce résultat est\natteint dans la nouvelle harpe, parce que la tension des cordes ne dépasse pas\nune certaine limite, et parce que l'emploi d'une monture en métal (aluminium)\na permis de soulager la tablé d'harmonie d'une partie de l'effort qu'elle était\nappelée à supporter : en dépit du nombre plus grand des cordes, la table n'est\npas plus chargée que dans la harpe à pédales. Aussi la différence de sonorité\nest-elle, en réalité, inappréciable. Des expériences, faites avec des harpes des\ndeux systèmes ec de différentes provenances, cachées par un paravent, ont\nmontré qu'il était impossible de reconnaître le timbre de la nouvelle harpe ;\nc'est ce qu'on a aussi reconnu aux fêtes de Jeanne d'Arc, à Orléans, où quatre\nharpes chromatiques ont joué, dans la cathédrale, à côté de deux harpes à\ndouble mouvement.\nQue si M. Hasselmans soutient maintenant que l'ancien instrument a entre\nses mains une sonorité inimitable, nous ne nous inscrirons pas en faux contre\nun pareil jugement. Mais cette supériorité tient au grand talent de M. Has-\nselmans, et non aux vertus spéciales du double mouvement. On ne peut\nexiger d'un instrument vieux de cinq années à peine de posséder des maîtres\négaux à ceux qu'une longue pratique a fait parvenir à la hauie virtuosité.\nLorsque Tulou combattait avec acharnement la flûte de Bœhm, lorsque les\ncornistes menacés de l'intrusion du cor à pistons criaient au sacrilège, on pou-\nvait se demander en effet si les instruments perfectionnés se prêteraient à\nl'exécution artistique autant que leurs devanciers ; mais une nouvelle généra-\ntion de flûtistes et de cornistes est venue, qui a su retrouver toutes les qualités\nde son et de style que l'on croyait compromises, avec une agilité et une\nsûreté d'intonation bien supérieures. Il en sera de même pour la harpe chro-\nmatique, si on lui permet de vivre : on passera moins de temps à apprendre\nl'accord de l'instrument, très laborieux avec l'ancien système, et le jeu des\npédales ; on pourra en consacrer davantage au perfectionnement de la sonorité\net à l'étude de l'interprétation.\nJe sais bien qu'on fait un grief àla harpe chromatique de sa facilité même :\nle bel instrument de jadis va tomber entre des mains profanes, les artistes"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.18", "texte": "LA HARPE MODERNE\n\nl'abandonneront au vulgaire, parce qu'il aura perdu sa difficulté. Il est cer-\ntain que les intérêts du grand nombre et ceux du grand art sont distincts;\nmais ils ne sont pas contraires. La facilité relative du piano, qui en a fait l'ins-\ntrument des amateurs et des ignorants, ne lui a pas retiré pour cela la faveur\ndes artistes ; bien au contraire, la grande virtuosité s'est développée en même\ntemps qu'augmentait le nombre de jeune filles capables de jouer médiocrement\ns une valse ; comme les humbles commençantes, les grands artistes ont profité\ndes moyens nouveaux qu'on mettait à leur disposition, sans rien perdre pour\ncela de leurs qualités personnelles. C'est qu'en réalité un instrument n'est ni\nfacile ni difficile : il est riche, ou il est pauvre, voilà tout. Il est toujours assez\nfacile de jouer mal, que ce soit du cor, du basson ou du violon ; il est toujours\ntrès difficile de jouer bien, que ce soit de la flûte, de la harpe ou du piano;parce\nque pour jouer bien il faut arriver à donner une âme à ces serviteurs de bois\net de métal, ce qui n'est possible que si l'on a la domination entière de son\ninstrument, et si l'on possède soi-même une âme, ce qui n'est pas le cas de\ntout le monde, tant s'en faut. Le grand art se défend donc de lui-même contre\nles prétentions de la foule, et n'a pas besoin qu'on l'entoure de difficultés\nsupplémentaires et de \"règles inutiles. Cette dernière opinion était celle de\nBeckmesser, mais Beckmesser jouait du luth ; nos harpistes doiventdonc le mé-\npriser et ne pas l'imiter.Ce qui est vrai, c'est que les instruments n'ont pas tous\nles mêmes ressources ; tel passage, que la flûte exécute en se jouant, est impos-\nsible au cor; tel trille, que le violon bat avec indifférence, ne peut sortir sur\nla clarinette. Et lorsqu'un instrument est riche, il est facile à un débutant d'u-\ntiliser une partie de ses ressources ; lorsqu'il est pauvre, impossible d'en rien\ntirer avant de les avoir toutes à sa disposition. Artistes et amateurs doivent donc\nse féliciter à la fois d'un enrichissement dont ils tirent des avantages égaux :\nles uns atteignant des effets nouveaux, les autres s'appropriant des effets qui\nétaient d'abord réservés aux artistes.\nLa harpe chromatique est plus riche que la harpe à pédales, puisque, sans\nrien perdre de l'ancienne sonorité, elle possède plus de notes et se meut sans\neffort à travers tous les tons, ce qui est la condition même de la musique mo-\nderne ; les harpistes futurs ajouteront donc une virtuosité plus grande et plus\naisée à toutes les qualités qu'ils possèdent aujourd'hui. On répond à cela qu'ils\nauront en moins un effet particulier : le glissando. En effet, le mode d'accord\nactuel permet, dans certains cas, à l'artiste de faire sortir de son instrument,\nrien qu'en y promenant ses doigts, tout un vol de sons pressés, qui forment\nune gamme, ou un accord de septième. Cet artifice a été perdu par la harpe\nchromatique, mais la perte n'a été que momentanée, et 1 e glissando, si les har-\npistes y tiennent, sera bientôt reconquis grâce à l'emploi d'étouffoirs sépa-\nrés ou simplement au progrès de la technique nouvelle. Il faut dire d'ailleurs\nque cet effet, dont on a abusé, tend à passer de mode. Il serait perdu sans\nretour, que certainement les compositeurs passeraient outre, et préfére-\nraient encore la harpe chromatique. Car l'orchestre moderne a besoin, pour\nrester limpide, de s'incorporer ces paillettes lumineuses qui sont les sons de\nla harpe, et la musique moderne a besoin, pour développer sa richesse, d'user\nde plus en plus de la gamme chromatique. La conclusion s'impose.\nPersonne d'ailleurs ne demande la suppression de l'ancien instrument.\nM. Lyon et M. Hasselmans sont d'accord (à un comma près sans doute), pour"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.19", "texte": "LA COMMISSION DE TECHNIQUE MUSICALE\n\ns'en rapporter à l'expérience. Que cette expérience soit donc tentée enfin.\nM. Gevaert a donné l'exemple en ouvrant, à Bruxelles, une classe de harpe\nchromatique à côté de la classe de harpe à pédales (i). Cet exemple ne pourrait-\nil être suivi ?Il semble qu'il y a là une question des plus intéressantes, et\npresque vitale, pour l'orchestration moderne. Etant donné le caractère de\nnotre art, je crois qu'un instrument chromatique, s'il est d'ailleurs pareil à\nl'instrument diatonique, a la partie gagnée d'avance : mais encore faut-il pou-\nvoir l'engager.\n\nLOUIS LALOY.\n\nA l'Opéra.\n\nCe n'est pas au sortir d'une répétition générale qu'on peut se flatter les yeux\nencore éblouis par la richesse du spectacle d'émettre un jugement complet\net motivé sur Bacchus, le nouveau ballet en deux actes de M. Duvernoy. Mais\nune telle œuvre mérite-t-elle une étude critique ? Le compositeur s'est-il donné\nla peine, comme c'est son devoir (qu'il s'agisse d'opéra ou de ballet), d'étudier\nsincèrement, et à fond, le sujet qu'il a traité ? S'est-il fait une âme antique,\npénétrée du sens des légendes orientales ? Supplée-t-il à la conviction par l'ori-\nginalité de la fantaisie et la nouveauté du style ? A-t-il fait autre chose que\ndonner prétexte à une pompeuse exhibition de décors amusants, de costumes\ntrès riches et de jambes agiles ?Je n'ose poser ces questions à M. Duvernoy,\npianiste de race et compositeur digne d'une grande estime. Il y a dans sa par-\ntition des idées heureuses et de « jolies pages » ; il y en a quelques autres d'une\nvulgarité qui n'est peut-être pas voulue. Ce ballet n'en est pas moins trè s bril-\nlant ; il fait honneur à M. Gailhard qui l'a monté, et il a été l'occasion d'un\ntrès réel succès pour les danseuses.\n\nLa Commission de Technique musicale.\n\nLe Congrès musical international de 1900, avant de se séparer, a formé\ndiverses commissions chargées de continuer ses travaux. L'une d'elles, celle\nde technique musicale, que j'ai l'honneur de présider, a eu tout d'abord à\nétudier quantité d'ouvrages français, italiens, hollandais, allemands, traitant\nsurtout de systèmes nouveaux d'écriture destinés à remplacer notre notation\nactuelle.\nGrâce aux savants rapports des divers membres de la commission qui s'é-\ntaient partagé cette lourde besogne, MM. A. Chapuis, L. Hillemacher, Pierné,\nSamuel Rousseau, et Lavignac, l'érudit professeur du Conservatoire, ces diffé-\nrents ouvrages ont été discutés et approfondis longuement. Je dois dire que\n\n(1) Résultats pour la harpe chromatique : Un premier prix avec mention ; - un\nsecond prix avec mention ; —un second prix ; deux accessits. Et les élèves n'avaient\nque deux années de travail ; leurs rivaux en avaient huit."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "468", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.20", "texte": "LA COMMISSION DE TECHNIQUE MUSICALE\n\nmalgré l'ingéniosité de quelques projets, rien rre nous a paru supérieur à la no-\ntation actuelle, perfectionnée de siècle en siècle par les grands compositeurs\net répondant à toutes les exigences de l'art si compliqué de nos jours. On peut\njuger, du reste, de l'effroyable perturbation qu'apporterait dans l'enseignement\net dans nos bibliothèques l'adoption de signes nouveaux.\nSi ces premiers travaux de notre commission n'ont pas produit de résultats\npratiques, en revanche, grâce à l'initiative de M. Gabriel Pierné, il en a été tout\nautrement pour les questions fort intéressantes posées par lui, qui sont les\nsuivantes :\ni° Les instruments de cuivre transpositeurs doivent-ils porter armure (1) ?\n2° En ce qui concerne les cors, trompettes et cornets, quel est respectivement\nle ton préférable à employer ?\n3o En ce qui concerne Vaccident de précaution (2), lequel est préférable ?\nA) De le remettre purement et simplement?\nB) De le mettre entre parenthèses ?\nC) Ou de le placer en petits caractères au-dessus de la note ?\nM. Pierné désirait que ce questionnaire fût envoyé à tous les compositeurs,\nchefs d'orchestre, chefs de musique, instrumentistes et professeurs, pour que\nla majorité de leurs suffrages vînt décider de ses points douteux.\nGrâce à la générosité d'un membre de la commission dont la compétence\nen ces matières est bien connue, M. le comte Raoul Chandon de Briailles,\nnous avons pu non seulement réaliser ce programme, mais obtenir une très\nutile brochure donnant toutes les réponses reçues, résumées d'une façon ex-\ntrêmement claire par M. F.-R. Robert, secrétaire de la commission, professeur\ndans les écoles de la ville de Paris.\nJe parlerai d'abord du sujet le plus important, celui des tonalités à choisir\ndans les divers instruments de cuivre : cors, trompettes et cornets.\nA mesure que la musique s'est compliquée,que les modulations sont devenues\nde plus en plus fréquentes, les instruments peu à peu ont dû suivre les nou-\nvelles exigences, et c'est ainsi que depuis un peu plus d'un demi-siècle, pas\ndavantage, nous avons vu successivement se transformer en instruments chro-\nmatiques : la clarinette, le piston, les cors et trompettes, et dernièrement enfin\nla harpe, le moins chromatique des instruments jusqu'ici.\nOn peut juger de l'âge d'une partition par la façon dont les instruments sont\nécrits. Avec Haydn, Mozart et Beethoven, les cors et trompettes sont, autant\nque possible, dans le ton du morceau : faute d'avoir d'autres notes, ces grands\nmaîtres sont obligés quelquefois de faire grincer des dominantes pour jouir\nde l'éclat des instruments de cuivre. Cette situation a duré fort longtemps.\n\n(1) Les instruments de cuivre transpositeurs (cors, trompettes et cornets) ne por-\ntent pas, en principe, d'armure, parce que les différents tons s'obtiennent par l'ad-\njonction de corps de rechange qui font monter ou baisser le diapason de l'instru-\nment ; toutes les gammes sont notées comme la gamme d\\it naturel ;et l'armure est\nremplacée par l'indication du ton (cor en fa, trompette en si b, etc.). Mais de nos jours\non tend à abandonner ce système, qui ne se prête pas aux modulations rapides, et à\ntraiter les instruments de cette famille comme les autres. L'emploi de l'armure semble\ndonc s'imposer, mais risque de troubler les artistes qui n'y sont pas accoutumés.\n(2) L'accident de précaution est un accident répété devant une note, alors qu'il\nfigure déjà dans la mesure ou àla clé ; on prend cette précaution lorsqu'une mo-\ndulation est intervenue qui peut faire hésiter."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "469", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.21", "texte": "LA COMMISSION DE TECHNIQUE MUSICALE\n\nWagner, un des premiers, a donné une très grande prépondérance aux cors\nen/a, tout en employant aussi les autres.\nLa réponse des compositeurs, chefs d'orchestre, virtuoses et professeurs a\nété à peu près unanime en faveur des cors chromatiques en/a, des trompettes\nen ut, des cornets en si bémol.\nLes partitions du maître Saint-Saëns sont écrites ainsi.\nLes réponses de MM. Théodore Dubois, Messager, Pierné et beaucoup\nd'autres, dont je suis, concluent dans le même sens.\nTous nous préférerions voir les partitions uniquement porter les instruments\nen ut) mais les habitudes d'une part, la nature même du cor de l'autre, rendent\nencore la chose bien difficile en ce moment.\nM. Parés, réminent chef de la Garde républicaine, ainsi que MM. Chandon\nde Briailles et Dureau, donnent aussi la prépondérance aux mêmes tonalités,\ntout en réclamant en outre pour la musique militaire les cors et trompettes\nen mi bémol.\nOn voit que la question est bien clairement élucidée par tous ceux qui ont\nde la compétence en ces matières, et la brochure publiée par M. Chandon de\nBriailles est des plus intéressantes à lire.\nMoins claire est la réponse sur l'emploi de l'armure aux cors et trompettes.\nLa majorité la demande, mais avec une grande faveur pour l'emploi des\naccidents à chaque note dans les cors, pour les modulations compliquées. La\nthéorie demande l'armure partout, mais la pratique des instrumentistes rend\nl'autre système plus sûr dans la lecture de la musique moderne.\nM. Vidal demande que l'armure ne soit jamais trop chargée, et de la sim-\nplifier en écrivant par exemple si bémol majeur au lieu de si bémol mineur.\nM. Brémond, professeur de la classe de cor au Conservatoire, demande l'ar-\nmure pour les soli seulement, mais non pour l'orchestre. M. Franquin, le pro~\nfesseur de trompette, craint l'armure à cause de l'habitude. M. Danbé résume\nla chose en disant que l'armure est plus musicale et l'accident plus pratique.\nSur la question de l'accident de précaution, la plupart des réponses sont\nen faveur de son maintien, purement et simplement, l'accident entre paren-\nthèses ou au-dessus de la note chargeant et compliquant encore la lecture\ndéjà si difficile des partitions d'orchestre. Bien originale et paradoxale l'opinion\nde M. delà Tombelle, demandant, au lieu des accidents de précaution, la\nbasse chiffrée pour faciliter la première lecture.\nEn somme, on voit que notre commission technique a déjà fait d'utiles tra-\nvaux, et elle reçoit non seulement de ses membres, mais du dehors, de nouvelles\nquestions à étudier, qui seront non moins intéressantes pour l'art musical.\nLes compositeurs doivent donc une reconnaissance particulière à M. Pierné,\npour l'initiative des questions élucidées ci-dessus; à M. Chandon de Briailles,\nqui a permis de les poser et de publier les réponses ; enfin à M. Robert, qui les\na si habilement résumées.\n\nGEORGES PFEIFFER."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "470", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.22", "texte": "LECTURES MUSICALES\n\nLectures Musicales.\n\nLA SALLE DE L'OPÉRA DE PARIS.\nCHARLES GARNIER (2).\nCharles Garnier dont on inaugurera bientôt le monument indique dans les termes\nsuivants la peine qu'il avait prise consciencieusement pour construire la salle du grand\nOpéra dans de bonnes conditions de sonorité, et le résultat négatif de ses études en matière\nd'acoustique :\n« J'ai tout étudié avec conscience, pendant de longs mois ; j'ai lu les ouvrages\ndans les langues que je savais ; je me suis fait traduire ceux publiés dans les\nlangues que je ne connaissais pas ; j'ai causé avec celui-ci, discuté avec celui-\nlà, et je suis arrivé, après toutes ces études, à découvrir ceci : c'est qu'une salle,\npour être sonore et avoir un timbre agréable, devait être longue ou large, être\nhaute ou basse, être en bois ou en pierre, ronde ou carrée, avoir des parois\nrigides ou capitonnées, passer sur un cours d'eau ou être bâtie en plein sol,\navoir des saillies ou être complètement nue, être chaude ou glaciale, vide ou\nremplie de monde, sombre ou éclairée ; j'ai appris que quelques-uns voulaient\nque Ton y plantât des arbres, que d'autres voulaient qu'on la fît toute en\ncristal, que d'autres encore prétendaient que la neige était le meilleur conduc-\nteur des sons et qu'il fallait garnir les parois de neige factice (?) et que d'autres\nenfin, revenant au principe de Vitruve, demandaient que l'on plaçât quelques\ncasseroles au-dessous des banquettes !\n« Tout cela me donnait assez à penser, et je voyais que vraiment j'aurais bien\nde la peine à en sortir. Je pris alors bravement mon parti et je me dis que,\npuisque les livres me laissaient dans l'incertitude, ce que j'avais de mieux à\nfaire était de chercher moi-même ces lois introuvables, et, ne pouvant décou-\nvrir le moyen infaillible de passer de la théorie àla pratique, il fallait que je\npassasse de la pratique à la théorie.\n«. Me voilà donc suivant cette idée, parcourant toute l'Europe en compagnie\nde Louvet, mon inspecteur et mon ami, entrant dans toutes les salles de spec-\ntacle, écoutant si elles étaient sourdes ou sonores. Nous allions en haut, nous\nallions en bas, nous allions au milieu, demandant souvent l'opinion de quelques\nartistes ou de quelques directeurs ; puis nous relevions le plan de la salle\nlorsque nous ne le possédions pas, nous notions le genre de construction, l'âge\ndu bâtiment et enfin les petits détails qui pouvaient avoir une importance quel-\nconque. Tout cela fait, mis en notes, les échos reconnus, les sonorités enten-\ndues, les salles mesurées, nous passions à d'autres, faisant le même travail ; de\nsorte que, tant et si bien, nous sommes arrivés à ausculter ainsi un certain\nnombre de salles et des plus connues, en Italie, en Allemagne, en France, en\nEspagne, en Angleterre, en Ecosse, en Belgique, en Scandinavie, etc., etc.\n« Nous avions donc là une statistiqueeçxacte, et il était permis d'espérer que\nquelques lois se dégageraient de cette foule d'observations ; mais point. Tout\ncela mis en ordre, étudié, comparé, arriva à nous donner comme résultat une\nincertitude certaine (1)... »\n(î) A notre connaissance, la science de l'acoustique n'a pas fait, depuis 1881, de\nnouveaux progrès.\n(2) Le nouvel Opéra de Paris, Paris, chez Ducher, 1881, t. I, p. 184 et suiv."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "471", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.23", "texte": "EXERCICES D'ANALYSE\n\nExercices d'analyse.\n\nTel est, on s'en souvient, le chant grave et doux, et d'une admirable simpli-\ncité, qui s'exhale de l'orchestre au début de Pelléas. Arrêtons-nous, pour le\nmoment, à ces quatre mesures qui disent, à elles seules, la tristesse d'une an-\ntique légende, et tâchons d'analyser cette impression. Ce mouvement de quinte\n(ré-la) est peut-être le plus naturel de tous les mouvements de la voix : un\ngrand nombre d'introits grégoriens, et plusieurs chansons populaires de\ncaractère ancien (Le Roi Renaud, La Permette, Le Roi Lojrs, Voici la Saint-\nJean), atteignent de cette manière la note qui formera l'axe de la mélodie, sa\nligne de centre, sa dominante. Rappellerai-je ici que, selon Denys d'Ha-\nlicarnasse, il y a un intervalle de quinte, dans le langage, entre une syllabe\naccentuée et une syllabe atone? Sans remonter à une aussi lointaine auto-\nrité, il suffit de remarquer que cet intervalle, moins étendu que l'octave et\npresque aussi consonnant, est à la fois très facile à saisir, pour l'oreille, et à\nprendre, pour la voix. D'où son rôle prépondérant dans la musique de tous\nles temps ; d'où aussi son caractère simple et .primitif.\nQuelle est, maintenant, l'harmonie de cette première mesure? Un accord\nparfait, construit sur le ré. Mais 011 remarquera l'absence de la tierce (fa). Un\ntel accord a pour nous quelque chose de flottant, de mystérieux, et comme\nla majesté de l'indéterminé. Pourquoi? Parce que seule la tierce, majeure ou\nmineure, permet de classer un accord dans l'un des deux modes, majeur ou\nmineur, entre lesquels notre musique moderne doit opter : un accord sans\ntierce, surtout lorsqu'il se présente au début d'une phrase, nous apparaît donc\ncomme antérieur et supérieur à toute spécialisation ; c'est une forme générale\net vide, susceptible de se préciser de deux manières différentes. En outre, la\nconsonance de quinte est, en un certain sens, plus harmonieuse, plus fondue\nque celle de la tierce : l'oreille distingue plus difficilement le la du ré qu'elle\nn'en distinguerait le fa % ou le fa g. De là provenait la vieille classification des\nconsonances en parfaites (quinte juste et quarte juste) et imparfaites (tierces et\nsixtes majeures et mineures) ; jusqu'au début du xvie siècle, l'accord final d'une\nphrase à plusieurs parties devait se composer uniquement de quintes et d'oc-\ntaves, à l'exclusion des tierces, afin que l'oreille fût pleinement satisfaite. De\nnos jours, au contraire, la tierce majeure est à peu près de règle, dans les con-\nclusions, et l'on prescrit, à l'école, « d'éviter les accords imparfaits ». Nous\néprouvons le besoin de préciser sans cesse le mode, même aux dépens de l'eu-\nphonie; c'est pourquoi un accord dépourvu de tierce nous est un peu étrange,\net nous ramène à des temps plus anciens, où l'oreille, plus délicate pour le\nchoix des consonances, n'exigeait pas, pour comprendre le discours musi-"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "472", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.24", "texte": "EXERCICES D'ANALYSE\n\ncal, qu'on lui mît les points sur les z, c'est-à-dire les tierces sur les quintes.\nLa seconde mesure amène un mouvement parallèle de quinte entre les deux\nparties extrêmes (ré-la, ut-sol). On sait qu'une pareille disposition est sévère-\nment prohibée à l'école. M. Debussy n'a cependant pas reculé devant la\n« faute », et de fait ces deux quintes ne produisent en aucune manière l'im-\npression de choc, de changement brusque et maladroit d'harmonie, de dis-\ncontinuité en un mot, qui est la raison véritable de cette interdiction. Tout\nau contraire, on sent, lorsque le sol vient frapper la quinte avec Vut de la\nbasse, que la phrase n'est pas terminée, qu'il n'y a là qu'une oscillation pas-\nsagère, qu'on reviendra au point de départ : le sol fait prévoir le la qui lui\nfait suite. Et cette impression tient à ce que ce sol n'est pas une note réelle ;\nsi consonant qu'il soit, en fait, avec les autres notes de l'accord, il lui est\ncependant étranger, et rentre dans la classe de ces altérations passagères, qui\nsont justiciables du mouvement mélodique et non de l'harmonie. N'oublions\npas en effet qu'au-dessus de l'oreille qui perçoit, il y a l'esprit qui juge, et\nsaisit les rapports entre les différents mots du discours musical. Aucun doute\nn'est possible ici ; pas un instant nous ne pouvons croire à la succession de\ndeux accords parfaits construits, l'un sur le ré, l'autre sur Vut, parce que la\nrelation entre ces deux accords serait beaucoup trop indirecte. -De même, des\nsyllabes susceptibles d'être découpées en mots de deux manières différentes\n(celles qui peuvent faire naître un jeu de mots) seront toujours interprétées im-\nmédiatement et sans hésitation dans leur sens le plus naturel et le plus conforme\nà la conversation engagée ; c'est ce sens que nous attendrons instinctivement,\net nous ne désarticulerons la masse sonore qui parvient à notre oreille qu'avec\nun parti pris bien arrêté. Il en est exactement ainsi dans notre texte musical :\nun accord d*ut se présente, mais nous ne sommes pas dupes, nous nous refu-\nsons à en rester à ce point ; ce que nous voulons entendre, c'est un accord de\nla, parce qu'il y a, du ré au la, un enchaînement naturel : ces deux notes for-\nment en effet un intervalle de quinte ; si le ré est une tonique, le la sera une\ndominante ; si le la est tonique, le ré sera la sous-dominante. Cet accord nous\nest donné en effet, dans son premier renversement (ut-mi-la), lorsque le sol\nde la partie supérieure est remonté au la, selon notre vœu. Ainsi les quintes\nparallèles, au lieu d'interrompre la phrase, nous font comprendre au contraire\nqu'elle n'est pas terminée, et en fortifient l'unité, bien loin de l'amoindrir. Il\nn'en faut pas davantage pour les justifier, devant l'auditeur ignorant comme\ndevant le maître d'harmonie le plus sévère.\nCette phrase de quatre notes (répétée, avec un rythme plus ferme, dans les\ndeux mesures suivantes) repose donc sur deux accords seulement : l'un, in-\ncomplet, construit sur le ré (ré-la), qui prépare; l'autre, complet, construit\nsur le la {la-ut-mi), qui précise. Mais que précise-t-il ? En quelle tonalité\nsommes-nous? en fa majeur, en sol mineur ou majeur, en ut majeur? Tous\nces cas, à ne considérer que l'aspect matériel des accords et l'absence de cer-\ntains accidents, sont possibles ; aucun ne se présente pourtant à l'esprit de\nl'auditeur, parce que, si l'on comprenait la phrase dans l'une de ces tonalités,\nson harmonie serait construite, comme en porte-à-faux, sur des accords de la\ntierce ou du second degré, qui n'auraient qu'un très faible rapport avec la\ntonique. Il faut absolument, pour que ces quatre notes aient un point d'appui\nsolide, que l'un des deux accords dont elles émanent joue le rôle d'accord to-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "473", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.25", "texte": "INFORMATIONS\n\nnique : en d'autres termes, nous ne pouvons être qu'en ré, ou en la mineur.\nLa tonalité de ré est adoptée de prime abord, parce que l'accord de toni-\nque est beaucoup plus naturel, au début d'une phrase, que l'accord de\nsous-dominante. Ce ré est-il majeur ou mineur? L'absence de tierce permet\nd'en douter, jusqu'à l'apparition du second accord, qui renferme un ut natu-\nrel. Cet ut formerait avec le fa ît un intervalle dissonant de triton, avec le\nfa H une quarte juste : l'oreille préfère ce dernier intervalle, et interprète ré-\ntrospectivement le premier accord en ré mineur.\nMais ici une nouvelle remarque s'impose : notre gamme de ré mineur com-\nporte un ut%, qui est la sensible, au lieu qu'ici Yut, bien en évidence à la\nbasse, n'est pas altéré. Qu'est-ce que cette gamme de ré mineur dépourvue\nde sensible? C'est tout simplement le premier mode du plain-chant (avec\nsi b facultatif), le plus usité, comme aussi le plus grave des huit modes prin-\ncipaux dont disposaient les heureux compositeurs du moyen âge. Ce n'est\ndonc pas sans raison qu'un sentiment de résignation pieuse et de compassion\nsereine s'empare de nous à ces simples accents : ils ont résonné longtemps\nsous la voûte des cathédrales, et s'y font encore entendre, autant que le per-\nmet la fantaisie d'un organiste ou le mauvais goût d'un clergé barbare. Nous\nreconnaissons tous, dans cette phrase, la voix du passé qui nous dit de plier\nle genou, et d'adorer des ordres impénétrables. La foi des anciens âges se\nranime au coup de baguette du grand charmeur qui se nomme M. Debussy,\nCar cette longue analyse ne doit pas nous donner le change : ce n'est pas par\nun calcul que le compositeur est arrivé à cette expression de sa pensée; il n'a\npas examiné la valeur des accords, le sens des accidents, compulsé les vieux\nGraduels ou réfléchi au sens mystique des différents modes. Non ! mais il a\nretrouvé en lui, par un de ces efforts d'intuition qui font les chefs-d'œuvre, un\npeu de la vieille âme de notre race, et, par là même, quelque chose des mé-\nlodies où cette âme s'est chantée. Et c'est peut-être pour cela que cette musi-\nque, si émouvante pour nous, qui n'avons pas renié notre ancienne liturgie, a\nquelque peine à se frayer un chemin dans une conscience musicale étrangère,\nque domine le choral luthérien.\n\nLOUIS LALOY.\n\nEsthétique musicale.\n\nL'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro l'article\nfaisant suite aux études sur Herbert Spencer. Il a pour objet les idées de Darwin\nsur la musique.\n\nInformations\n\nDans notre dernier numéro, nous avons, au sujet de Don Juan, si peu res-\npecté dans quelques théâtres, rappelé le vœu émis par le dernier Congrès de\nmusique ; nous avons dit que, dans la presse, MM. Saint-Saëns, E. d'Har-\ncourt, André Corneau, avaient regretté que le chef-d'œuvre de Mozart ne fût\npas respecté. La Revue théâtrale, sous la plume de M. Jules Martin, s'associe\nà ces doléances dans son dernier numéro :"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "474", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.26", "texte": "INFORMATIONS\n\nLa partition dont on se sert actuellement à l'Opéra nv'est pas conforme, loin de là, au\ntexte original. Au lieu de prendre la 2e édition donnée par Gugler, à Leipzig, en 1875, et\nqui est la seule correcte, on se sert toujours, en effet, de l'édition de Peters, qui est pleine\nd'inexactitudes et dans laquelle ainsi que l'a constaté récemment notre distingué confrère\nM. Combarieu on n'a pas ajouté moins de deux cent vingt-huit pages ! Dans le seul troi-\nsième acte, lequel, bien entendu, est le deuxième acte dans l'édition originale qui n'en\ncomptait que deux, l'initiative privée a cru devoir ajouter:\nDix pages d'entr'acte ; huit pages de récit; deux pages de récit; treize pages de récit [\\k\nune coupure supprimant sept pages de texte gravé) ; deux pages de récit (nouvelle coupure,\ndepuis la page 203 jusqu'à la page 268, et, dans cette coupure, une division qui met fin à\nun troisième acte et ouvre un quatrième acte, cinq pages d'entr'acte, un récit, un rondo, etc.)\nEn outre, on a introduit dans Don Juan une anthologie chorégraphique de cinquante-\nsept pages, faite avec des lambeaux de symphonie, de quatuor et de quintette, et la Marche\nturque, empruntée à une Sonate pour piano !\nQuelques érudits avaient espéré que M. Gailhard, fervent admirateur de Mozart, rétablirait\nle texte intégral pour la reprise qui vient d'être faite ; mais le directeur de l'Opéra a remonté\nl'œuvre telle qu'elle avait été jouée en iB3q, c'est-à-dire avec les malheureuses modifica-\ntions que nous venons d'indiquer.\nM. Pierre Lalo, le critique du Temps dont 011 connaît la haute autorité,\ns'associe à nos plaintes (Chronique du 25 novembre) et nous consacre quelques\nlignes trop élogieuses pour que nous puissions les citer ici.\nVoici le programme des cours et conférences d'histoire de la musique, orga-\nnisés par notre collaborateur M. Romain Rolland, qui s'ouvriront le 5 janvier,\nà l'Ecole des Hautes Etudes sociales, 1 5, rue de la Sorbonne.\ni. M. THÉODORE REINACH, docteur ès\nlettres . .\n2 M. Louis LALOY, rédacteur en chef\nde la Revue Musicale. . . .\n3. M. PIERRE AUBRY, archiviste paléo-\ngraphe\n4. M. GEORGES HOUDAKD, professeur\nlibre àla Sorbonne. . ,\n5. M. HENRY EXPERT, professeur à l'E-\ncole Niedermeyer. . . .\n6. M. ROMAIN ROLLAND, chargé de cours\nà l'Ecole normale supérieure. .\n7. M. JULIEN TIERSOT, sous-bibliothé-\ncaire au Conservatoire natio-\nnal de musique .\n8. M. CHARLES MALHERBE, bibliothé-\ncaire-archiviste de l'Opéra.\n9. M. HENRI LICHTENBERGER, profes-\nseur à la Eaculté des lettres de\nl'Université de Nancy. . .\n10. M. JULES COMBARIEU, directeur de\nla Revue musicale\n11. M. LIONEL DAURIAC. professeur ho-\nnoraire à l'Université de Mont-\npellier\n12. M. HELLOUIN\n13. M. VINCENT DTNDY, directeur de la\nSchola Cantorum\nLa mélodie dans la musique grecque.\nLa musique antique et le chant grégorien.\nHistoire de la musique française, des\norigines à la Renaissance.\nL'évolution du rythme musical, de l'an-\ntiquité gréco-romaine à la Renaissance.\nLa musique française au temps de la Re-\nnaissance.\nLes origines de l'Opéra.\nLa musique au temps de la Révolution\nLe romantisme de Berlioq.\nQuestion d'esthétique et d'histoire musi-\ncale moderne.\nLa musique au point de vue sociologique.\nRichard Wagner.\nGossec.\nCésar Franck.\nUn concert de musique française du xvie siècle aura lieu à l'Ecole des Hautes\nEtudes sociales,dans le courant de décembre, avec le concours desélèves de l'E-\ncole Niedermeyer, sous la direction de M. Henry Expert. On y entendra des"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "475", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.27", "texte": "INFORMATIONS\n\npièces de Jannequin, Costeley, Goudimel, etc. Une des principales curiosités\nde ce concert sera l'audition de chansons à plusieurs voix de Claude le Jeune\nsur des vers mesurés à l'antique. Ces œuvres d'un des plus grands artistes de\nla Renaissance française viennent d'être retrouvées et publiées par M. Henry\nExpert, à qui Ton devait déjà, entre tant d'autres découvertes, celle du charmant\nCosteley, dont plusieurs pièces sont devenues presque classiques.\nLE CONSERVATOIRE DE NANCY a donné, le 9 novembre, son premier concert\nsous la direction de M. J.-Guy Ropartz, avec le programme suivant :\n1. Ouverture des Maîtres chanteurs R.WAGNER.\n2. Concerto en sol mineur M. C. SAINT-SAENS.\nPour Piano et Orchestre.\nM. F. BLUMER.\n3. Symphonie en ré mineur M. G. WITKOWSKI.\n(ire audition).\nI. • Lent et solennel. Animé.\n11. Très lent.\n111. —Animé.\n4. La Cloche des Morts (IRO audition) . M. J.-GUY ROPA*RTZ.\nPaysage breton pour Oichestre.\n3. Komarinskaja J. GLINKA.\n( 180 3-1857).\nLa Symphonie de M. Witkowski (élève de M. V. d'lndy) a été exécutée pour\nla première fois à Paris, en 1901, à la Société Nationale. La pièce de Glinka\nsera suivie d'autres œuvres caractéristiques de la musique russe, disposées se-\nlon l'ordre chronologique : M. Ropartz reste fidèle au concert historique;\nsous son excellente direction, la saison promet d'être des plus intéressantes.\nLe 23 novembre, était exécutée la Dante-Symphonie de Liszt.\nM. MASSENET A L'ETRANGER. Le Jongleur de Notre-Dame a été repré-\nsenté à Hambourg avec un grand succès. La Neue Zeitsclirift de Leipzig\napprécie l'ouvrage en ces termes :\nMassenet, le créateur génial de Manon et d'Héroiiade, a écrit, sur ce livret plein de\ncaractère, une musique intime, qui nous montre combien l'expression de poète musical (Ton-\npoet) peut lui être appliquée avec exactitude. Oui, Massenet est un grand poète. En maître\nde la poésie, c'est avec une âme ardente qu'il écrit la musique ; sans violence et sans tapage,\nmais avec une éloquence abondante et persuasive, il nous parle et nous inspire des senti-\nments inconnus, Quel est l'Allemand qui ne goûterait pas cette musique ?...\n—M. CHARPENTIER A L'ÉTRANGER.— A propos de Louise, reprise à Stras-\nbourg avec un grand succès, la Neue Zeitschrift de Leipzig écrit les lignes\nsuivantes :\nIl faut chercher les raisons de ce succès dans les magnifiques tableaux de Paris et l'exé-\ncution vraiment remarquable que nous devons à Lohse. La musique n'offre absolu-\nment rien de nouveau. Il y a bien des compositeurs qui s'inspirent, comme Charpentier, de\nWagner, et font mieux, sans comparaison. Beaucoup d'idées fort minces, au point de\nvue des paroles comme de la musique, donnent lieu à d'interminables développements.\nD'autres passages, au contraire, qui excitaient notre curiosité à la lecture du livret, ne\nrépondent pas à notre attente, dans la partition ; c'est ainsi qu'on attendait de\nCharpentier tout autre chose à la fin du premier acte. La déclamation creuse et sentimen-\ntale ne peut pas toujours faire illusion sur la pauvreté du fond. Quelle que soit notre re-\nconnaissance pour la direction qui nous a fait connaître ce roman musical, nous n'en vou-\nlons pas moins affirmer bien haut que bien des compositeurs, dont on ne dit pas un motici»\nle mériteraient davantage."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "476", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.28", "texte": "INFORMATIONS\n\nLA MUSIQUE POPULAIRE A L'ÉTRANGER. L'Académie populaire de chant de\nDresde entre dans sa seconde année d'existence. Cette société donne aux ou-\nvriers et ouvrières de la ville des concerts à fort bon marché, en prélevant une\ncotisation hebdomadaire de o m. 10 (o fr. 125), et en associant une partie de\nses membres, ceux qui chantent, à l'exécution des œuvres. Les simples audi-\nteurs sont tenus d'assister aux classes de chant (2 heures par semaine), pourse\nfamiliariser avec les différentes parties des grandes œuvres chorales.\nJe profite des récentes auditions de Beethoven pour signaler la publication\ndans PAthenaeum de juillet, et le Monthly Musical Record d'août dernier, de\nquelques lettres inédites de Muzio Clementi (r). Il faut remercier sir Ceci!\nClementi-Smith de l'abnégation dont il a fait preuve, en publiant cette corres-\npondance, qui ne fait certes pas grand honneur à son aïeul. Clementi, as-\nsocié d'un éditeur anglais, F.-W. Collard, se vante de son habileté à « empau-\nmer » Beethoven, et de la bonne affaire qu'il a faite à ses dépens. Voici quel-\nques fragments de la lettre du 22 avril 1807, adressée de Vienne à Collard (2) :\nAvec un peu d'adresse, et sans trop m'avancer, j'ai fait enfin la conquête de cette beauté\ndédaigneuse (Beethoven). Elle commença d'abord àme grimacer des sourires, en public, et\nà coqueter avec moi. Naturellement, je pris soin de ne pas la décourager... Quelques jours,\naprès, il vint me voir à la maison. Concevez le ravissement mutuel d'une telle rencontre. Je\npris soin de la faire tourner au profit de notre maison Je convins avec lui de prendre en\nmanuscrit trois quartettes, une symphonie, une ouverture, un concerto pour violon, qui est\nfort beau, et qu'il arrangera, je pense, sur ma demande, pour le piano forte, et un concerto\npour le piano forte. Et pour tout cela, nous avons à lui payer deux cents livres... Je l'ai\négalement engagé à composer deux sonates et une fantaisie pour le piano forte, qu'il doit\ndonner à notre maison pour soixante livres... (Faites attention que j'ai parlé de livres, et\nnon de guinées ! ) (3).\nLe plus triste, c'est que, deux ans et demi après, Beethoven n'avait encore\nrien reçu (4).\nENSEIGNEMENT DE LA MUSIQUE. M. J. Spencer Curwen, membre del'Académie\nroyale de musique, vient de publier en un volume de 140 pages (.School music\nabroad, J. Curwen, Londres), le récit des visites qu'il a faites dans toutes les\ncapitales de l'Europe pour étudier l'organisation de l'enseignement du chant..\nL'auteur déclare que c'est à Paris qu'il a été le mieux reçu (par M. Chevé et\nM. Danhauser, en 1882) : c'est à ce bon souvenir que nous devons la commu-\nnication de ce très intéressant ouvrage, qui n'est pas dans le commerce et que\nl'auteur a bien voulu nous envoyer. Si nous le signalons, c'est qu'il devra être\nconsulté par tous ceux qui s'occupent d'introduire la musique dans notre en-\nseignement officiel.\nOn sait qu'en Angleterre il existe un Register où peuvent s'inscrire, à de\ncertaines conditions, les professeurs dignes d'être recommandés à la confiance\ndu public. The Journal of éducation (oct. 1902, « music Teacher and the Re-\ngister », p. 665) publie un important article à ce sujet. L'auteur demande que\nles conditions à remplir pour être admis à l'inscription sur le futur supplemenial\nRegister destiné aux professeurs de matières spéciales (dessin, musique, gym-\nnastique) soient semblables à celles qui sont imposées, dès à présent, pour l'in-\nscription des professeurs ordinaires sur le Register proprement dit ; c'est-à-dire\n\n(1) Ces lettres sont toutes écrites en anglais à F.-W. Collard.La première est datée\ndu 17 août iBo3 ; la dernière, de Vienne, probablement de septembre 1809.\n(2) Les passages soulignés le sont aussi dans Poriginal.\n(3) La 'livre vaut 20 sh., et la guinée 21.\n(4) Lettre de Clementi, septembre 1809."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "477", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.29", "texte": "INFORMATIONS\n\nqu'on exigerait des maîtres de musique, non seulement un diplôme attestant\nleur compétence technique, mais un certificat d'entraînement (,training) péda-\ngogique.\nQui aurait cru que l'ltalie, la patrie du bel canto, n'avait pas encore insti-\ntué de diplôme pour les professeurs chargés d'enseigner le chant dans les écoles\nde l'Etat ? Cette lacune singulière vientd'être comblée. Le Bulletin officiel du\nministère de ïlnstruction (Rome, 2-9 octobre 1902) publie un décret daté du\n26 juin et contresigné par M. le ministre N. Nasi, à la suite duquel se trouve\nun programme d'examen pour l'enseignement du chant dans les écoles nor-\nmales. Cet examen comprend les épreuves suivantes: 10 harmonisation à\n4 parties d'un thème donné; 20 exercices de transposition; 3o lecture à vue d'une\nmélodie, avec accompagnement de piano ; 40 composition d'un chant court et\nfacile à 2 voix, sur un thème donné par la commission d'examen ; 50 exer-\ncices d'analyse théorique et pratique ; 60 formation et direction d'un petit\nchœur.\nEn France, un examen analogue (mais avec programme fort complet, et à\ndeux degrés) a été institué, pour renseignement primaire, par les décrets du\n18 janvier 1887 (art. 114 et 117), du 18 janvier 1893, du 29 avril 1895, et par\nl'arrêté du 29 avril 1895.\n—LA SCHOLA CANTORUM a rouvert ses portes, le 13 novembre, avec le pro-\ngramme suivant :\n1. Sanctus et Benedictus delà Messe du Pape Marcel. . . G.-P. DA PALESTRINA.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n2. Prélude & Fugue en la min. pour orgue Jean-Sébastien BACH.\nM. Alexandre GUILMANT.\n3. Deux Répons de la Semaine sainte T.-L. DA VITTORIA.\na) Tanquam ad latronem\\ b) Çaligaverunt oculi mei.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais,\n4. AUeluja grégorien u Pascha nostrum\" Chant grégorien.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n5. Trois Chansons françaises du xvie siècle.\na) Allons, gay, gay, bergères (IRE audition) Guillaume COSTELEY.\nb) Si c'est un grief tourment id.\nc) Au joli jeu de pousse avant Clément JANNEQUIN.\nLes Chanteurs de Saint-Gervais.\n6. IR# Suite pour orgue. N. CLÉRAMBAULT.\na) Grand plein jeu ;b) Fugue ;c) Duo, Trio.\nd) Basse et dessus de trompette : e) Récit ; f) Dialogues sur les grands jeux.\nM. Alexandre GUILMANT.\nLE RENIEMENT DE SAINT PIERRE\nHistoire sacrée de M.-A. CHARPENTIER.\nPERSONNAGES.\nJésus M. P. GIBERT\nPetrus M. JEAN DAVID\nHistoriens M. GÉBELIN\nOstiaria. MME CIBERT\nAncilla MLLE LEGRAND\nLes Chœurs.\nM. Henri Cochin, député du Nord, a montré, dans une élégante causerie, la\nSchola plus vivace que jamais, et presque fortunée. Le comité directeurarésolu\nde ne plus donner qu'un seul concert par mois, afin d'y apporter tous ses\nsoins. Ce concert, pour soli, chœurs et orchestre, aura lieu, autant que cela sera\npossible, le quatrième jeudi du mois, le soir ; il sera précédé d'une répétition\ngénérale publique, pour les personnes qui se déplacent difficilement le soir ou"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "478", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.30", "texte": "INFORMATIONS\n\nque Téloignement de la rue Saint-Jacques pourrait effrayer. Les autres con-\ncerts qui pourraient être donnés àla Schola, le seront par des sociétés indé-\npendantes ou des artistes agissant pour leur propre compte.\nLe premier concert de la Schola aura donc lieu le jeudi 27 novembre au\nsoir, il sera consacré à l'œuvre de MOZART. On y exécutera en première partie\nle Concerto pour Piano en Mi bémol. Au piano Mme LANDOWSKA. En seconde\npartie seront donnés d'importants fragments à'ldoménée, opéra séria. Aux\nprogrammes des concerts suivants :\nTroisième acte (audition; intégrale) de YAlceste de Gluck. Alceste,\nMme Jeanne Raunay.\nDeuxième et troisième acte de Castor et Pollux, de Rameau.\nDeuxième acte (audition intégrale) de Euryanthe, de Weber.\nSélection de YAriodant, de Méhul.\nSélection de YOrfeo de Monteverde, reconstitution de M. Vincent\nd'lndy.\nLa Passion selon saint Jean, de Jean-Sébastien Bach.\nLes exécutions auront lieu sous la direction de M. Vincent d'lndy et de\nM. Ch. Bordes.\nPROGRAMME DE L'Œuvre de Mimi Pinson (Directeur : GUSTAVE CHARPEN-\nTIER) : Cours populaires de Musique et de Danse offerts aux ouvrières\nparisiennes.\nLes cours ont lieu chaque soir de 8 h. à 10 h. Maison Pleyel, Wolff,\nLyon et Cie, 22, rue Rochechouart, dans l'ordre suivant :\n/\n( Elémentaire. Lundi, M. Marcastel (120 élèves).\n0 JeSe • | Supérieur. Mercredi, M. Tornié (80 élèves).\n# j Mardi, M. et Mme G. Lantelme (70 élèves).\nian* ' ( Jeudi, M. J. Torchet (5o élèves).\nHarpe f Mardi et Jeudi, M. Heywang (i 5 élèves).\nchromatique j Mercredi, Mlle Baret (i 5 élèves).\n(G. Lyon) : ( Samedi, Mlle Walbin (i 5 élèves).\n/ Supérieur. Samedi, M. E. Decombes, professeur honoraire\n\\ au Conservatoire (20 élèves).\niano * j Élémentaire. Mercredi, M. Emile Nérini (3o élèves).\n\\ Pour commençantes. Vendredi, M. Pillard (80 élèves).\n/ Lundi, M. Bucourt, de l'Opéra (80 élèves).\nDanse \\ Mardi, Mlle V. Hugon, de l'Opéra (q5 élèves).\nclassique : f Jeudi, Mlle J. Souplet, de l'Opéra (40 élèves).\n\\ Vendredi, Mlle A. Gillet, de l'Opéra (40 élèves).\nChaque semaine, une vingtaine d'élèves nouvelles viennent s'inscrire pour\nchacun de ces cours.\nLe 10 novembre, M. le Ministre de l'lnstruction publique visitait le nouveau\nconservatoire en plein travail, et souhaitait, dans une allocution charmante,\nbon succès et jours heureux à la Mimi Pinson moderne, aussi gracieuse que\ncelle d'autrefois, mais moins légère. Ce sont là des paroles de bon augure.\nLes concours d'admission au Conservatoire national de musique et de\ndéclamation viennent de se terminer.\nIls ont occupé 17 séances du i 5 octobre au 15 novembre."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "479", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.31", "texte": "INFORMATIONS\n\nIl s'est présenté :\ni° Pour les classes de déclamation : 222 aspirants, dont 108 hommes et\n114 femmes. Il y avait 22 places d'élèves vacantes; 10 aspirants et 12 aspirantes\nont été reçus élèves.\n20 Pour le chant : 98 aspirants et 129 aspirantes, pour 39 places vacantes ;\n16 aspirants et 23 aspirantes reçus élèves.\n3° Pour les clasèes de piano (hommes), il s'est présenté 33 aspirants (pour 10\nplaces vacantes) ; 10 aspirants reçus élèves.\n40 Pour les classes de piano (femmes), il s'est présenté 192 aspirantes (pour\n20 places vacantes) ; 20 aspirantes reçues élèves.\n5° Pour la classe de harpe : 12 aspirants ; 3 places vacantes ; 3 reçus élèves.\n6° Pour les classes de violon, il s'est présenté 166 aspirants (pour 16 places\nvacantes) ; 16 aspirants reçus élèves.\n70 Pour les classes de violoncelle. 35 aspirants, 5 places, 5 reçus.\n8° Pour la classe d'alto, 4 aspirants, 3 places, 3 reçus.\n90 Pour la classe de contrebasse : 10 aspirants, 5 places, 5 reçus.\nio° Pour la classe de flûte : 17 aspirants, 4 places, 4 reçus.\n11° Pour la classe de hautbois : 7 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n12° Pour la classe de clarinette : 3 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n13° Pour la classe de basson : 5 aspirants, 4 places, 4 reçus.\n140 Pour la classe de cor : 4 aspirants, 1 place, 1 reçu.\nis° Pour la classe de cornet à pistons : i 3 aspirants, 2 places, 2 reçus.\n160 Pour la classe de trompette : 6 aspirants, 3 places, 3 reçus.\n170 Pour la classe de trombone : 8 aspirants, 5 places, 5 reçus.\nAu CONSERVATOIRE\nLa Société des concerts du Conservatoire a inauguré sa 76e année, le\n23 novembre, avec le programme suivant :\nI° Symphonie en ré majeur {N° 2) BEETHOVEN.\n20 Les Indes Galantes. . . J.-B. RAMEAU.\nAirs de Ballet :\nMarche. Menuet. Danse des Sauvages.\nChaeonne.\n3° Chœur et Air des Saisons. ........ J. HAYDN.\nM. DELMAS.\n4« Le Songe d'une Nuit d'été MENDELSSOHN.\nOuverture. Scherzo. Marche et Chœur des Fées.\nIntermezzo. Nocturne. Marche nuptiale.\nFinale et Chœur.\nSoli : MMES DREES-BRUN, SUREAU-BELLET.\n50 Ouverture d'Euryanthe WEBER.\nProfitons de cette solennité de réouverture, qui fut très brillante, pour ren-\ndre hommage à M. Marty, le compositeur éminent entre les mains de qui le\nbâton de chef d'orchestre ressemble à un sceptre— celui de la tradition, du\ngoût et du grand art classiques. Espérons que M. Marty, usant de sa grande\net légitime autorité, comblera, dans l'exécution de la messe de Bach en si\nmineur, des lacunes que nous avons déjà signalées, comme il a déjà supprimé\nle fameux accord du début !"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "480", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.32", "texte": "CONCERTS\n\nLes concerts.\n\nCONCERTS COLONNE.\nL. L.\n« 26 octobre. —La deuxième Symphonie de Brahms,\nexécutée pour la première fois au Châtelet, est plus plaisante que la première,\nparce qu'elle vise moins à la grandeur. Le premier mouvement est aimable,\nun peu à la manière de Mendelssohn, l'Adagio a des inflexions assez tou-\nchantes, et le Finale est un morceau solide et bien construit ; il faut ici, comme\ndans la première symphonie, mettre hors de pair l'Allégretto, qui seul a un\ntour vraiment personnel. C'est une sorte de danse mélancolique, dont le\nrythme expressif a été fort bien rendu par l'orchestre; le motif, exposé par le\nhautbois, se transforme et s'anime en passant aux violons, sans perdre sa\nfraîcheur ; une couleur très délicate, et une grande unité, tels sont les mérites\nde ce petit morceau, mérites plus rares chez Brahms qu'on ne le souhaiterait.\nGrand succès pour l'auteur, pour l'orchestre et pour le chef d'orchestre toujours\nvaillant et jeune.\nLes deux poèmes que M. Tremisot a écrits sur des vers de Jean Lahor et de\nLeconte de Lisle témoignent d'un talent facile et d'un esprit cultivé, mais\nrien de plus. M. Aumonnier dirige avec une certaine timidité une voix agréable\net bien timbrée.\nLe concerto de Liszt en mi bémol n'est pas sans valeur, et ne serait pas sans\nbeauté, si l'on en retranchait le piano, cet incorrigible acrobate qui ne peut\nesquisser une mélodie sans se répandre, dès la troisième note, en pirouettes,\nentrechats, galops et sauts périlleux dont l'intérêt est tout autre qu'un intérêt\nmusical. M. Marke Hambourg nous a rendu la silhouette un peu oubliée du\npianiste inspiré et chevelu, et n'a manqué aucun de ses tours de force.\nQuant aux deux Invitations àla valse, de Berlioz et de Weingartner, le paral-\nlèle auquel nous conviait le programme a été généralement tranché en faveur\ndu maître français : ce n'est pas le tambour de basque, ni les castagnettes, ni le\nglockenspiel, ni la superposition, plus habile qu'heureuse, des motifs, qui peut\nfaire oublier l'orchestration de Berlioz, cette clarinette émue, et ces appels\nmystérieux des cors qui dessinent le rythme. Il y a de la poésie dans cette\ninterprétation, il n'y a que du mouvement dans la première. Weber n'eût pas\nhésité.\n\n9 novembre. Hans de Bûlow, qui aimait la plaisanterie, en avait parfois\nde sévères : ainsi, le 3 février 1884, quand il offrait au public allemand\n(admirable public, si docile, si heureux d'obéir !) le programme suivant,\nqui fait honneur à son humeur taquine et à l'ingéniosité qu'il mettait à se\nrendre désagréable : « Première partie : Troisième Symphonie de Johannès\nBrahms. Deuxième partie : Troisième Symphonie de Johannès Brahms »\nGrâce à Dieu, nos capellmeister ont moins d'esprit en France, et M. Colonne\na bien voulu 11e nous donner qu'une seule fois en un concert cette œuvre, très\nhonorable d'ailleurs-, bien écrite, bien claire, à laquelle je n'ai pas d'autre\nobjection à faire que celle de ce célèbre égoïste à des malheureux qui implo-\nraient sa pitié en alléguant qu'il leur fallait pourtant vivre : « Je n'en vois pas\nl'utilité. » C'est une excellente œuvre néo-classique (s'il est possible toutefois\nd'être néo-quoi-que-ce-soit et excellent). Comme d'habitude, chez Brahms,"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "481", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.33", "texte": "CONCERTS\nR. M.\n3i\n\nles passages de grâce sont infiniment préférables à ceux de force, et le style\nest supérieur au sentiment.\nM. Lazare Lévy, un tout jeune homme, a exécuté avec une brillante netteté,\nun peu à la façon de M. Diémer, le Concerto en la mineur, pour piano, de\nSchumann. Je lui reprocherais un peu de sécheresse. Il est possible que Schu-\nmann lui-même interprétât ses compositions avec une certaine dureté. J'ai\nencore eu le bonheur, il y a quelques années, d'entendre jouer à Mme Clara\nSchumann des œuvres de son mari; elle y mettait plus de vigueur et de nervo-\nsité que de charme. Mais la tradition n'est rien ; l'œuvre est là : une œuvre\ntoute baignée de tendresse, de poésie, de chaste volupté ; le poème de la jeu-\nnesse. Un concerto ? Non pas. Tout concerto, auprès (même ceux de plus\ngrands que Schumann), semble virtuosité. Celui-ci est pur lyrisme, une fleur\nparfumée et brillante de rosée.\nJe ne parle que du premier morceau. Dans la pensée de Schumann, c'était\nune œuvre séparée, sous le nom de Fantaisie, Je regretterai toujours qu'il ait\ncru devoir y joindre, quatre ans plus tard, les deux derniers morceaux, qui sont\nbien inférieurs. Il est vrai que c'est grâce àla virtuosité du dernier que nous\ndevons sans doute d'entendre le premier dans les concerts\nM. Colonne a donné deux auditions de la Symphonie avec chœurs de\nBeethoven. Tout a été dit sur cette œuvre colossale, qui fut l'œuvre de toute\nla vie de Beethoven. Car, dès 1793, il pensait à mettre en musique l'ode de\nSchiller, écrite huit ans auparavant. Le thème actuel apparaît en 1808, dans\nla Fantaisie pour piano, orchestre et chœurs, p. 80.\net en 1810, dans l'un des 3 Gesânge, op. 83, sur des paroles de Goethe :\n« Kleine Blumen, Kleine Blâtter. »\nOn peut voir, dans un cahier de notes de 1812, qui appartient au Dr Erich\nPrieger, à Bonn, entre les esquisses de la Septième Symphonie et un projet\nA'Ouverture de Macbeth,un essai d'adaptation des paroles de Schiller au thème\nqu'il utilisera plus tard dans VOuverture, op. 11 5 (Namensjeier) Quelques-\nuns des motifs instrumentauxdela Neuvième Symphonie se montrent vers 1815\net 1817. Enfin le thème définitif de la joie est noté en 1822, ainsi que tous les\nautres airs de la symphonie, sauf le trio, qui vient peu après, puis Yandante\nmoderato, et enfin Y adagio, qui paraît le dernier. On sait que l'œuvre fut exécu-\ntée pour la première fois en 1824, deux ans avant la mort de Beethoven. Ainsi,\nelle a cet intérêt unique d'avoir été portée par lui pendant sa vie entière, d'être\nl'expression la plus complète et la plus profonde de son être. Quoi d'éton-\nnant à ce qu'elle ait été si longtemps mal comprise, et qu'aujourd'hui encore, à\npropos de ces derniers concerts, certains critiques, qui ne manquent pas de\ncourage, aient proclamé leur incapacité à pénétrer dans tous les replis de cette"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "482", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.34", "texte": "CONCERTS\n\nvaste pensée ? Toute œuvre (je ne dis pas seulement toute œuvre musicale) me\nsemble petite auprès de celle-ci. Car elle est le résumé de toute une vie de\npassions et de souffrances héroïques, et son effort victorieux pour atteindre,\npour créer la joie, qui lui était refusée.\nJ'étais frappé, en l'entendant l'autre jour chez M. Colonne, des progrès re-\nmarquables réalisés depuis dix ans, dans son interprétation, par nos orchestres\nfrançais. Certes, nous sommes encore loin delà perfection (si la perfection peut\nêtre atteinte en une pareille œuvre, qui d'ailleurs ne la comporte guère ; car elle\nest plus, ou mieux que parfaite). Mais la difficulté est si considérable, et, pour\nceux qui se souviennent des anciennes auditions, le chemin parcouru est si\ngrand, que le résultat est digne de tous les éloges. On sait combien le goût mu-\nsical français s'est formé,depuis la fondation de ces concerts,-dont M. Colonne\nva célébrer bientôt le 3oeanniversaire. La valeur individuelle de chaque exécu-\ntant a beaucoup gagné, et le style général de l'exécution est très digne, sinon\ntoujours très vivant. La première partie de la symphonie ne sonne pas très\nbien. Mais jamais, ni avec Weingartner, ni avec Richter, je ne lui ai entendu\nrendre tout l'effet qu'elle promet à la lecture. C'est le fait de l'orchestration,\nun peu grêle, peu nourrie, manquant d'une solide base. Je n'en comprends pas\ntrès bien la raison . Il ne peut être question de la surdité de Beethoven (com-\nplète à cette époque) ; car le scherzo qui suit témoigne du sens le plus délicat\nde toutes les nuances de timbres. A-t-il voulu marquer plus nettement la pro-\ngression de l'œuvre, et n'user au début que de moyens plus sobres, afin de faire\nressortir le déchaînement final de toutes les forces de l'orchestre ?Je ne sais.\nIl l'a voulu. Tâchons de comprendre sa volonté. L\"adagio a été rendu un peu\nlourdement. Il en est ainsi de presque tous les andante de Beethoven : ce sont\ndes méditations intérieures, qu'il est bien difficile de faire exprimer avec une\négale justesse de sentiment par tout un orchestre. Quant au finale, les soli\npérilleux ont été assez bien exécutés par Mlle M. de Nocé,par Ml!e Dorigny, par\nMM. Paul Daranx et Claude Jean; les chœurs étaient passables et l'orchestre\nassez bon (i ). Seulement, pour une telle œuvre, assez n'est pas assez, il y faut de\nl'excès. C'est bien à cette musique que pourraits'appliquer le mot de MUede Les-\npinasse : « Je n'aime rien de ce qui est à demi, de ce qui est indécis, de ce qui\nn'est qu'un peu. » Le bon goût et le bon sens n'y suffisent plus. « Il n'y a que la\npassion qui soit raisonnable. » C'est l'âme bouillonnante d'un peuple, et il y\nrègne à la fin une sorte d'enthousiasme orgiaque, un délire de joie. Divine\nforce, qui rayonne d'une telle œuvre, contagion de la force qui se commu-\nnique à des centaines d'êtres, et les rend, pour quelques heures, plus sains et\nmeilleurs ! Au risque d'encourir la raillerie de nos artistes d'aujourd'hui,\n\n(î) Remarquons cependant qu'on n'entend guère les paroles du texte français, dû à\nnotre distingué confrère, M. Amédée Boutarel. Est-ce un mal ? Je le laisse à juger\nau lecteur :\nTous, de roses, sa parure,\nOnt leur part, bons ou méchants.\nElle a tout : raisins qu'on presse,\nSûrs amis, baisers de feu,\nDonne au ver rampant l'ivresse,\nEt le chérubin voit Dieu.\nAllons, nous avons encore des poètes en France !"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "483", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.35", "texte": "CONCERTS\n\ndirai-je (pourquoi pas ?) que la grandeur de cette œuvre ne vient pas tant de\nce que la musique est belle, que de ce qu'elle est bonne, de ce qu'elle est la pen-\nsée d'une âme forte et pure ?\n\nROMAIN ROLLAND.\n\ni 6 novembre. La Quatrième Symphonie de Brahms, en mi mineur,\ndate de 1886 : elle appartient donc à ce qu'on pourrait nommer la der-\nnière manière du maître. Mais en réalité Brahms n'a jamais changé de\nmanière ; il n'a fait, sa vie durant, que dégager, avec lenteur, labeur et\nsûreté, sa pensée des formes classiques qui l'enserraient, et se libérer des\nmodèles que lui imposaient des admirateurs maladroits. Cette symphonie res-\nsemble aux précédentes par la nature de l'inspiration et le caractère du style ;\nmais tout ce qui, dans les précédentes, trahissait encore Pambition de succéder\nà Beethoven, a enfin disparu : plus d'adagio faussement profond, plus de\ndéveloppementsétirés et pénibles, plus rien, enfin, de cette allure compassée et\nguindée du compositeur trop instruit: l'homme se livre enfin, etl'œuvre entière\nest marquée à son empreinte. Cette œuvre est belle, d'une beauté inquiète et\nsombre, mais puissante, et qui sait aussi sourire à ses heures. Le premier mou-\nvement, fidèle, dans les grandes lignes, à la forme classique, débute par une\nphrase entrecoupée, toute en exclamations, que les violons posent sur un\nsolide fond d'harmonie, et que suit une deuxième idée, pareille à une question\nanxieuse et répétée. Le développement, bien conduit et sobre, accuse le con-\ntraste des deux thèmes, et finit par les unir : il y a là quelque chose du lyrisme\nde Schumann, avec une maîtrise de l'orchestre et une sûreté de construction\nque Schumann n'a jamais possédées. Le deuxième mouvement (mis à tort au\ntroisième rang par le programme) est un andante ; le motif, très simple et\nmélancolique comme une chanson populaire, est exposé, d'une manière fort\nsaisissante, par le cor, et passe ensuite aux bois et aux cordes sans effort et\nsans vaine complication. L'allegro giocoso, qui fait suite, est le rayon lumi-\nneux qui dissipe ces ombres ; il n'a rien cependant de la gaieté d'un Mozart,\nni même de la grâce vigoureuse et légère de Beethoven ; ce thème solide, fer-\nmement majeur et bien assis sur son contre-sujet, respire une joie puissante et\nmassive, la joie d'un maître musicien qui joue avec sa science, l'âme libre,\nmais l'esprit sérieux encore; ni Wagner, ni Bach, n'ont ignoré ces doctes ébats.\nJe sais bien qu'il y a d'autres manières de faire naître le sourire, et M. Bel-\nlaigue, qui accorde l'esprit à Auber, le refuserait peut-être à Brahms ; mais\nl'esprit n'est pas tout, et il faudrait plaindre celui qui ne sentirait pas ce qu'il\ny a dans cette page de Brahms, comme dans bien d'autres œuvres allemandes,\nde réjouissant pour toute oreille musicale. Quant au finale, c'est certainement\nla partie la plus originale et la meilleure de l'œuvre entière : une phrase courte\net funèbre, exposée par les trombones, en forme l'introduction et le fond,\nd'où se détachent des variations expressives et libres : seule l'harmonie primi-\ntive est maintenue, et tous les instruments viennent, à leur tour, dire les pen-\nsées que leur inspirent ces tristes accords ; la flûte est particulièrement élo-\nquente, et si douce ! Puis l'introduction est reprise, et ramène le deuil.\nDans son ensemble, et malgré la belle insouciance du troisième mouvement,\nla dernière symphonie de Brahms est une œuvre de douleur, comme la der-\nnière symphonie de Beethoven est une œuvre de joie ; la musique a rarement\neu des accents plus déchirants, et le culte voué par la triomphante Allemagne"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "484", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.36", "texte": "CONCERTS\n\nd'aujourd'hui à ce maître des mélancolies et des désespérances semble, au pre-\nmier abord, une bien curieuse contradiction. Mais n'est-ce pas justement que\nBrahms fournit à des âmes enivrées d'orgueil et congestionnées de bonheur la\npâture de larmes, de trouble et de tristesse dont elles ont besoin, pour ne pas\ncesser de sentir ? Tâchons, pour notre part, de ne pas refuser notre sympathie\nà un grand artiste dont le romantisme choque parfois nos délicatesses ou notre\nironie, mais à qui l'on ne peut refuser je parle de ses dernières œuvres, ni la\nsincérité, ni la maîtrise en son art.\nL'exécution a été très soignée : dans le troisième mouvement, le piano qui\nprécède la reprise du motif par les bois a été excellent, et l'on a fort bien\nentendu, dans l'introduction du finale, un certain fa du troisième trombone,\ntrès important pour l'harmonie, et qui, aux répétitions, avait du mal à se déga-\nger. Les mouvements étaient bons; je crois que M. Colonne a eu raison de\nralentir légèrement Y allegro giocoso pour en mieux accuser la forte carrure, et\nYandante a été fort bien compris. On ne saurait trop savoir gré à M. Colonne\nde la tâche écrasante qu'il s'est assignée, et dont il s'est si bien acquitté, de\nnous faire connaître les quatre symphonies de Brahms. Je ne sais rien de\nplus intéressant et de plus instructif que le progrès continu de ce maître labo-\nrieux et patient que nous avons pu voir gravir, jusqu'aux sommets, « le dur\nsentier de l'inspiration ».\nM. Kreisler a obtenu, dans le Concerto pour violon de Beethoven, un gros\nsuccès qu'il méritait pour la dextérité des doigts et la jolie qualité du son ; mais\nl'ampleur fait trop souvent défaut, et, dans les passages rapides aux positions\nsupérieures, la justesse n'est qu'approximative. Mais la justesse est si rare,\nparmi les artistes et surtout parmi les solistes, qu'on finira sans doute par ne\nplus l'exiger.\n\nLOUIS LALOY.\n\nCONCERTS LAMOUREUX.\n\n— 2 novembre. — M. Chevillard consacre le mois de\nnovembre à Schumann, dont une symphonie sera exécutée chaque dimanche.\nCes symphonies sont fort belles, riches d'idées, de sentiment et de rythmes;\nelles sont aussi d'une interprétation difficile, parce que cette musique émue et fré-\nmissante perd tout son pouvoir, si on ne lui donnepasl'accentqui lui convient.\nMais c'est là une difficulté qui ne devait pas arrêter M. Chevillard, et en effet\nla première symphonie (en si b), dont certaines parties peuvent facilement\nparaître un peu traînantes, a pris, grâce à lui, un éclat et un entrain inusités. Je\nn'ai plus trouvé aucune longueur ni dans ce premier mouvement, plein de\nchaudes oppositions, ni dans le finale, qui a la grâce de Mendelssohn, avec plus\nde vigueur. A signaler aussi, vers la fin du larghetto, une phrase de cors, qui\nannonce le Tannhâuser, et qui jamais peut-être n'avait été rendue avec tant\nd'émotion, de recueillement, de piété.\nLe reste du programme était bien loin d'en égaler le début. UÉglogue de\nM. Rabaud, inspirée de la première Bucolique de Virgile, n'a guère de commun\navec son modèle que le tour aisé du style. Le deuxième Concerto de Brahms\nest complètement dénué d'intérêt; non que les idées en soient totalement\nabsentes, mais le développement est d'une froideur que le piano ne contribue\npas à corriger, loin de là. VEsquisse sur les Steppes de VAsie centrale, de\nBorodine, est une agréable pièce descriptive, qui gagne beaucoup au voisi-\nnage de la triviale polonaise de Struensée, de Meyerbeer."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "485", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.37", "texte": "CONCERTS\n\n9 novembre.— La deuxième symphonie de Schumann, écrite « dans un\nmoment de grande souffrance physique », ne vaut pas dans son ensemble la\npremière : le développement manque d'une véritable ampleur, et l'orchestration,\nde couleur. Mais on y trouve d'admirables pages, entre autres l'introduction,\noù des appels de cors traversent l'inquiétude de l'orchestre, le scherzo d'allure\nclassique, avec plus de tristesse (les bois se distinguent dans le trio, merveil-\nleusement enlevé), et bandante presque entier (les violons un peu trop forts et\ntrop rudes) : ne soyons donc pas trop pédants, et oublions, en faveur de ces\ntrésors d'émotion, quelques gaucheries d'écriture. M. Henderson, ténor, a un\nmérite, fort rare à la vérité : il possède une véritable voix de ténor, facile et\nbien timbrée, dont le volume convient mieux peut-être à l'air du Sommeil\nd'Armide, tout en demi-teintes (la flûte excellente), qu'à la Cavatine de Paulus,\nde Mendelssohn. Le Prélude à VAprès-Midi d'un Faune, que nous analysons\nd'autre part, a été exécuté avec soin, mais dans un mouvement un peu rapide.\nUn Concerto de Haendel pour deux violons et l'ouverture de Tannhàuser,\ncomplétaient ce programme.\n16 novembre. Bonne exécution, encore un peu trop correcte, de la troi-\nsième symphonie de Schumann (Rhénane), si passionnée; le maëstoso surtout\nobtient un grand succès. Mme Monteux-Barrière détaille avec beaucoup de\ndélicatesse les Variations symphoniques de Franck, dont il ne faut pas exagé-\nrer cependant la grâce morbide. L'Orage des Troyens, de Berlioz, a été rap-\nproché, sans doute à dessein, des Murmures de la Forêt de Wagner. On voit\nque le parallèle sévit aux concerts de la rue Blanche comme à ceux du Châte-\nlet. Ces divertissements érudits ne sont pas sans danger pour les œuvres, qui\nrisquent de se nuire réciproquement par leur contact. N'oublions pas qu'un\nprogramme doit au contraire être composé avec le plus grand soin, pour que\nses différents éléments se mettent mutuellement en valeur, comme les fleurs\nd'un bouquet.\n23 novembre. La quatrième symphonie de Schumann est une œuvre\ninégale, où l'on sent parfois la fatigue, mais où Ton trouve des beautés supé-\nrieures ; M. Chevillard a fort bien compris la solennité triste de l'introduction,\nla mélancolie naïve de la romance, et le crescendo qui annonce la naissance\ndu finale a été saisissant ; quel dommage que ce finale ne soit pas digne de\nce qui précède ! Ces quatre symphonies sont fort intéressantes, mais aucune\nne se soutient d'un bout à l'autre, sauf la première, la plus belle de toutes parce\nque c'est la plus saine.\nL'événement de la journée a été la présentation au public parisien de\nMme Bloomfield Zeisler. Depuis quelques jours des programmes distribués\naux portes des théâtres nous annonçaient l'arrivée de l'artiste américaine et\nprônaient son talent. Nous ne sommes pas encore habitués à ces mœurs : nous\nn'avons pas coutume de « lancer » les artistes comme on lance un nouveau\npapier à cigarettes ou un piano Steinway. Mais nous ne songeons pas un in-\nstant à rendre Mme Bloomfield-Zeisler responsable de cette légère faute de goût,\noù elle n'est pour rien. De même elle ne songera pas à s'émouvoir, si deux ou\ntrois malappris ont essayé de troubler son premier concert. Je dois même\nm'excuser de parler ici de ces personnages : leur présence dans la salle était\nun scandale qu'on a fait cesser un peu trop tard encore. Mme Bloomfïeld-Zeis-"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "486", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.38", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nler a pu voir d'ailleurs que cette manifestation manquée était aussi dépourvue\nde sens que de goût : car on n'a jamais su si les protestations visaient l'artiste\nelle-même, l'instrument ou le compositeur. C'est une grande et charmante\nartiste que l'Amérique nous envoie : le Concerto en ut mineur de Saint-Saëns,\nexécuté hier, donne une très juste idée de son style délicat et fort, qui sait être\nexpressif sans tomber dans l'afféterie si commune aujourd'hui. La tristesse\ncontenue et souriante du premier mouvement, les jeux difficiles du second,\nont trouvé là une digne interprète ; mais j'ai préféré encore le finale, dont le\nthème martial a été rendu avec une énergie et une distinction singulières. La\nvirtuosité est hors de pair, et il ffiestpas jusqu'à l'attitude négligée de l'artiste\nqui ne me plaise encore : toute courbée sur le clavier, Mme Bloomfield-Zeisler\nne semble songer qu'à ses notes et à ses phrases. Souhaitons d'entendre\nencore cette pianiste, qui est en même temps une vraie musicienne : on sait\ncombien le cas est rare. Le piano n'était pas rigoureusement d'accord\navec l'orchestre.\n\nL. L.\n\nNotes bibliographiques\nMOZART (1756-1791).\n\nL'édition complète et critique des œuvres de Mozart a été publiée de 1876 à\n1886 par la maison Breitkopf et Hârtel, et comprend 24 volumes : Musique\nd'église (I-IV) ; Musique de théâtre (V) ; Musique vocale de concert (VI) ;\nLieder (VII) ; Musique d'orchestre (VIII-XI) ; Concertos (XII, XVI) ; Mu-\nsique de chambre (XIII-XV, XVII-XVIII) ; Musique de piano (XIX-XXII) ;\nMusique d'orgue (XXIII) \\ Œuvres inachevées ou douteuses (XXIV).\nLes lettres ont été publiées séparément en 1877 par L. NOHL, et en traduc-\ntion française avec introduction, notes et tables par H. DE CURZON (1888) ; le\nmême auteur a publié en 1898 de Nouvelles Lettres des dernières années de la\nvie de Mozart.\nLa biographie se trouve dans les ouvrages de NISSEN (1828), OULIBICHEF\n(1843, en français), célèbre par sa polémique avec de Lenz, admirateur de\nBeethoven, HOLMES (1845, en anglais), et surtout de O.JAHN (4 volumes,\n1856-59 ? 3E édition, revue par DEITERS, en 1891-93).\nUne bibliographie complète et méthodique des œuvres de Mozart a été pu-\nbliée en 1862 (supplément en 1889) par VON KOCHEL sous le titre de Chronolo-\ngisch-thematischer sâmmtlicher Tonwerke W.-A. Mo^arts.\n\nPublications nouvelles\n\nL OUVRAGES.\nHistoire de la musique (Oxford). La société desavants qui s'est consti-\ntuée à Oxford pour établir une histoire de la musique sur de nouvelles bases\n(étude des genres musicaux et de leur évolution substituée aux monographies),"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "487", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.39", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nvient de publier son 3e volume consacré au xvne siècle. Nous avons rendu\ncompte ici du ier volume, consacré au moyen âge. L'éditeur a bien voulu nous\nécrire que le 2e volume de la collection n'était pas encore prêt et paraîtrait un\npeu plus tard.\nLe présent volume, à la fois très clair et très substantiel, est consacré à la\nmusique en Angleterre, en France, en Italie, en Allemagne. Il est dû à MM. C.\nHubert et H. Farry. Nous lui consacrerons une analyse détaillée.\nPaléographie musicale. Fascicule d'octobre 1902. Suite des études sur le\nrythme du chant grégorien (comparaison avec les œuvres polyphoniques au\nxvie siècle) et de la reproduction phototypique de l'Antiphonaire de Montpellier.\nL.-A. VILLANIS : Ut queant laxis. - Tirage à part de la Santa Cecilia,n° 2-3,\n1902.\nIntéressante étude, accompagnée d'un fac-similé et d'une transcription, sur\nun manuscrit en notation proportionnelle où cette hymne célèbre se trouve\narrangée en trio vocal.\nMAURICE ALBERT. Les Théâtres des Boulevards (1789-1848), un volume\nin~iß. Paris, Société française d'lmprimerie et de Librairie (ancienne librairie\nLecène, Oudin et Cie).\nAux Théâtres de la Foire, qu'il publiait naguère, M. Maurice Albert vient\nd'ajouter les Théâtres des Boulevards. Ce nouvel ouvrage rappelle les origines\net expose les transformations des théâtres établis le long des boulevards à la\nfin du xvme siècle, et aujourd'hui encore si prospères. On assiste égalementàla\nreprésentation des pièces notables, publiées ou inédites, qui, depuis la Révolu-\ntion de 1789 jusqu'à celle de 1848. furent jouées ailleurs qu'à la Comédie-\nFrançaise ou à l'Odéon : chez Nicolet, ou aux Délassements comiques, ou au\nThéâtre français comique et lyrique, ou encore aux Variétés amusantes ;\narlequinades ou berquinades, pièces à spectacle ou à couplets, patriotiques ou\nrévolutionnaires, historiques ou anticléricales : toute une littérature aussi\npauvre qu'abondante, mais curieuse, et qui fait mieux connaître, en particulier,\nle rêve idyllique qui se cachait au fond des âmes révolutionnaires. Ce livre\nintéresse l'histoire des mœurs plus encore que l'histoire littéraire.\nPAUL MAZON : L'Orestie D'Eschyle. Traduction nouvelle, Paris, Fonte-\nmoing, 1903.\nJe désirerais que ce livre eût plus de rapport avec nos études, pour avoir le\nplaisir d'en parler plus longuement, d'abord, et aussi parce que cela signifie-\nrait que la musique des drames d'Eschyle n'est pas entièrement perdue. Il\nn'en est rien malheureusement ; il faut renoncer sans doute à l'espoir de re-\ntrouver jamais la partition de YAgamemnon ou des Euménides, et surtout à\ncelui de la reconstituer : le peu que nous possédons de la musique antique\nnous permet seulement d'entrevoir un art très différent du nôtre, véritable\nlangue étrangère qu'on ne peut comprendre sans l'avoir apprise, et que nous\nne pouvons apprendre, faute de textes. De cet art disparu, seuls les rythmes\nsont restés debout, parce qu'ils étaient engagés dans les vers des poètes, qui\nnous sont parvenus. Mais un rythme par lui-même n'est rien, qu'une sorte de\nsquelette, susceptible de prendre diverses physionomies et comme diverses\nattitudes, au gré du compositeur et du poète qui le manient. C'est ce que l'on"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "488", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.40", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nrappelait récemment ici, après Aristoxène, à propos d'une thèse médiocre.\nM. Mazon n'a donc pas eu la prétention de déterminer exactement, et de nous\nfaire sentir, le caractère d'un vers trochaïque, iambique ou logaédique, parce\nque ce caractère n'existe pas en soi, Mais si la métrique, abandonnée à ses\nseules ressources, ne peut se dépasser elle-même, et retrouver sous un rythme\nisolé un sens et une musique, il n'en est pas ainsi de l'étude des œuvres\nmêmes. Il ne faut que lire Eschyle pour sentir vaguement que tel couplet de-\nvait se chanter vivement, tel autre avec tristesse ou gravité. D'où viennent ces\nimpressions ? De l'opposition de rythmes différents qui se précisent mutuelle-\nment, et du sens, ou plutôt du sentiment des paroles. La mélodie, qui était\ncertes la partie la plus importante, a disparu sans remède ; mais on en peut\nencore ressaisir l'âme, parce que l'unité, dans une œuvre de ce style, est assez\nforte pour que les intentions musicales du poète restent gravées dans le texte\nmême. En d'autres termes, si nous devons renoncer à lire jamais les portées\nde la partition perdue, nous pouvons encore, avec de l'attention et du goût,\ndéchiffrer les indications de mouvement et d'expression qui surmonteraient\nces portées. C'est ce qu'a fort bien su faire M. Mazon. C'est un vrai plaisir,\nen lisant une traduction d'ailleurs très conforme au texte et par le sens et par\nl'allure, de trouver en marge des indications telles que Large, Agité, Retenu,\nMordant, qui rappellent sans cesse la musique absente. L'innovation est cer-\ntainement très heureuse, et de nature à mieux faire comprendre ce drame\nlyrique ancien, tout baigné de musique. Cette traduction apprend mieux à\nconnaître Eschyle que bien des éditions savantes.\nA. BERNHEIM : Trente ans de théâtre. • Paris, Fasquelle, 190?.\nSouvenirs aimables et spirituels d'un homme épris de théâtre, et qui a vécu\nprès de l'objet aimé. Beaucoup d'anecdotes, et aussi d'appréciations person-\nnelles dont le prix n'échappera à personne. A noter un charmant portrait de\nM. Gailhard, « l'homme-Opéra », une lettre où R. Wagner réclame cent\nentrées pour la répétition générale du Tannhauser, un chapitre charmant sur\nle Conservatoire, et un éloge ému autant que mérité de M. Th. Dubois.\nC. SAINT-SAENS. Essai sur les Lyres et Cithares antiques. Communica-\ntion faite à l'Académie des Beaux-Arts. Paris, Firmin-Didot, 1902.\nHypothèse ingénieuse, qu'il fallait étayer davantage. Nous y reviendrons.\n\nII. — MUSIQUE.\n\nGUIDO ADLER. Denkmœler der Tonkunst in Œsttrreich, IXe année, tome 11,\nŒuvres instrumentales de J.-J. Fux. Vienne, Artaria, 1902.\nOn sait avec quelle probité et quel sens critique M. Guilmant s'est voué à la\npublication de nos « Archives des Maîtres de l'orgue ». C'est là une protestation\ngénéreuse et d'une haute portée contre un injuste dédain et une ignorance\nregrettable des origines et des sources de notre musique d'orgue. La librairie\nArtaria a entrepris et poursuit à Vienne une œuvre parallèle. Les « Archives\nde l'école de Vienne », enfin exhumées, seront une mine précieuse pour les\nrecherches et les études musicales. Cette école avait son esprit et ses traditions,\nses œuvres et même ses chefs-d'œuvre, avant d'être représentée par Mozart et\nBeethoven ; quelle a été sur ceux-ci l'influence de leurs prédécesseurs à Vienne,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "489", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.41", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nquels enseignements et quels principes en ont-ils reçus ?ce sont des questions\nque l'on pourra se poser bientôt.\nM. Adler nous donne aujourd'hui, avec une excellente préface, un recueil\nde pièces instrumentales de Fux (1660-1741), dont nous avions déjà deux vo-\nlumes de musique sacrée : un volume de messes paru en 1894, et un choix de\nmotets, etc.,publiéen 1895. C'est assez pour éveiller vivement notreintérêt, mais\nc'est encore peu pour satisfaire notre curiosité légitime, si l'on songe que Fux\na composé 5o messes, 5i sonates et 11 ouvertures. C'est une grande figure\nd'organiste que ce Fux, qui fut presque contemporain de Bach et de Haendel,\ndontla postérité a retenu à peine le nom. Compositeur de la cour impériale de\nVienne en 1704, premier maître de chapelle en 1715, il exprima les goûts et\nles aspirations d'un milieu très cultivé et assez cosmopolite. Ce fut un savant,\net sa technique habile, sa science consommée du contrepoint, l'érudition de\nson traité d'harmonie, le Gradus ad Parnassum, sont déjà des titres sérieux\nqui méritent notre attention. Mais sa musique a peut-être pour nous un inté-\nrêt artistique plus immédiat. Elle n'a pas seulement une valeur historique et\nrétrospective. Les couleurs n'en sont pas ternies ni les fleurs desséchées.\nLes œuvres instrumentales du présent recueil se divisent en deux catégories :\ndes sonates et des ouvertures. Les sonates, qui sont au nombre de deux, furent\ncomposées pour l'église et destinées sans doute à être exécutées dans les messes\nsolennelles. L'empreinte du style d'orgue y est très sensible. Ce caractère est\ncommun d'ailleurs aux pièces purement profanes de Fux, aux ouvertures, qui\nsont de la musique de chambre. Tandis que nos organistes de la même époque\nsont gênés et un peu gauches dans les formes fuguées, Fux s'y meut à l'aise :\nc'est là son langage naturel, comme pour nos organistes le style du clavecin :\nil a reçu une éducation musicale toute différente et beaucoup plus solide. La\npremière sonate est écrite pour violon, cornet, trombone, basson, avec accom-\npagnement d'orgue. Un andante assez court, à quatre voix, sert d'introduction.\nLe sujet, énergique et bref, est exposé avec une grande fermeté par l'orgue et\nle violon à l'unisson, et, tandis qu'il est repris, développé et qu'il se prolonge\naux autres parties, le chant du violon, ainsi soutenu, domine avec un contour\nmélodique très net et presque indépendant. Dans Y allegro qui suit, le thème\nse maintient, s'étend, jamais monotone, coupé avec un art très heureux par la\nréponse et les contre-sujets : c'est l'exposition qui se continue, avec des\nrythmes nouveaux, plus rapides et nerveux. L'adagio, qui précède Yallegro\nfinal, a, comme Yadagio de la ire sonate pour deux violons de Bach, le carac-\ntère grave et profond d'un choral, mais d'un choral adapté habilement au style\nde l'orgue, et c'est là un progrès décisif sur les compositions de Froberger et\nmême de Scheidt. Dans la deuxième sonate se manifeste la même maîtrise dans\nla mise en œuvre des voix, et, pour le détail aussi bien que pour l'ensemble,\nle même souci de la composition.\nCes qualités sont plus sensibles encore dans les deux ouvertures du recueil.\nFux fait de l'ouverture un genre intermédiaire entre l'« ouverture sympho-\nnique » des Italiens et la « suite ». Il est le disciple des maîtres italiens, il leur\nemprunte l'art de conduire un solo et de traiter les dialogues, mais il les inter-\nprète librement. Il s'inspire aussi des compositeurs français de menuets et de\ngavottes ; mais tandis que la suite était une sorte de pot-pourri où se succédaient\nsans lien des airs variés de ballet, Fux introduit l'ordre et l'unité dans toutes"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "490", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.42", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nces pièces diverses. A aucun moment il ne perd de vue la marche générale de\nson œuvre. En même temps il est préoccupé d'éviter la monotonie et l'élo-\nquence continue. La première ouverture débute par un allegro dont le rythme\nvif et enjoué, la fantaisie brillante et légère fait songer à certains allégros des\ntrios de Beethoven. La même fantaisie se joue dans un menuet de style fran-\nçais, dont l'inspiration est courte, mais le dessin net et gracieux. Il faut noter\nà ce propos la distinction de tous les airs de ballet de Fux ; est-ce chez lui tour-\nnure d'esprit naturelle ou bien influence de l'étiquette sévère et espagnole de\nla cour de Vienne ? Plus loin une gigue est d'une vivacité alerte, bien qu'un\npeu sèche. Ce qui est très remarquable, c'est comment toutes ces parties se\ntiennent et s'enchaînent. La modulation de quelques mesures qui conduit d'un\npresto fugué à la gigue est très caractéristique à cet égard. Nous avons fort\ngoûté dans la deuxième ouverture un passe-pied, valse lente intitulée : Le For-\ngeron, et qui rappelle le caractère expressif et pittoresque du fameux thème de\nHaendel (Le Forgeron harmonieux). Il faudrait enfin insister sur l'orchestra-\ntion, très souple, très variée : les ouvertures sont écrites pour 2 hautbois,\n2 violons, un basson et une basse de viole. Tantôt les instruments sont accou-\nplés, tantôt ils ont chacun une partie indépendante, comme dans l'aria lent et\ngrave de la ire ouverture.\nEn somme, Fux est un savant qui écrit pour le grand public. Il disait lui-\nmême qu'il voulait « intéresser les auditeurs qui ne connaissent pas la mu-\nsique ». Le choix trop court que l'on nous donne de ses œuvres révèle un art\ntrès conscient et maître de ses procédés, un art qui sait se dissimuler, qui se\nsert des formules et les organise au lieu d'être dominé par la rhétorique mu-\nsicale.\n\nJ. TRILLAT.\n\nV. D'INDY : L'Etranger. Partition pour piano et chant. Paris, Durand et\nfils, 1902.\nNous donnons dans ce numéro l'analyse du poème (.Musique moderne).\n/\nCL. DEBUSSY: La Damoiselle Elue de D.-G. Rossetti. Partition pour\npiano et chant.\nNous aurons bientôt l'occasion de parler avec détail: de cette sœur séraphique\nde Mélisande. Contentons-nous pour le moment de féliciter la maison Durand\nd'avoir édité à nouveau cette œuvre, dont la réhabilitation ne se fera plus\nattendre, n'en déplaise à l'lnstitut.\nE. CHAUSSON : Serres Chaudes (Maeterlinck), Paris, Baudoux et CIE.\nNous donnons dans ce numéro l'analyse de ce recueil (Musique moderne).\nGEORGES HUE : Chansonsprintanières (Jean Bénédict). Paris, Baudoux et Cie.\nCes chansons se nomment : Mon cœur est comme un arbre en fleurs ;\nLes clochettes des muguets ; D'avoir tenu vos chères mains ; Par la fe-\nnêtre grande ouverte ; Il a neigé des fleurs ; Dans le jardin multicolore ;\nComme un vol clair de papillons. Le caractère de la musique répond à\ncelui des vers, qui d'ailleurs ont été composés expressément pour elle. C'est\nce que s'est attaché à montrer M. Paul Landormy, dans une élégante confé-\nrence qui précédait l'audition de ces mélodies, à la salle iEolian (le 12 novem-\nbre) ; grand succès pour le ténor Clément, à la voix délicate et tendre."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "491", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.43", "texte": "fantaisie.\nLouis Couperin."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "492", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.44", "texte": "PIÈCES DE COUPERIN\n\nDuo.\nLouis Couperin."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "493", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.45", "texte": "PIECES DE COUPERIN"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.46", "texte": "PIÈCES DE COUPERIN"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.47", "texte": "PÉRIODIQUES\n\nPériodiques\n\nLA REVUE DES DEUX-MONDES. lERIER no-\nvembre 1902. C. RELLAIGUE: Ves-\nprit dans la musique.\nLE COURRIER MUSICAL. IOR novembre\n1902. F. HELLOUIN : Gossec et la\nmusique française à la fin du xvme\nsiècle (suite). P. Locard : L'orgue,\nJEAN D'UDINE : Les grands Con-\ncerts.\nLE JOURNAL MUSICAL (ANNALES DE LA\nMUSIQUE). ier novembre 1902.— E.DE\nSOLENIÈRE: La musique allemande.\nC. GUIMARD : H. Sellier. H. FORTIS :\nL'enseignement musical populaire.\ni 5 novembre. FR. LISZT: La\nSainte Cécile de Raphaël, E. VAN\nDE VELDE : La musique symphonique\net le peuple.- BOURGOING-DUMONTEIL:\nSchubert.\nLA QUINZAINE MUSICALE. I 5 octobre\n1902. Chansons du Quercy, har-\nmonisées par CH. LÉVADÉ.\nLA VOIX PARLÉE ET CHANTÉE, octobre\n1902. • DR GUILLEMIN : Les premiers\néléments de Vacoustique musicale.\nLA TRIBUNE DE SAINT-GERVAIS. Août-\nseptembre 1902. E. TINEL: La mu-\nsique figurée à lyéglise. CH. BORDES :\nLes fêtes de Bruges. H. QUITTARD:\nH. du Mont. M. BRENET : La musi-\nque dans les églises de Paris de ijib\nà 1 7 38.\nREVUE DES ARTS DÉCORATIFS. Octobre\n1902. A. JACQUOT : La décoration\ndes instruments de musique.\nNEUE ZEITSCHRIFTFUR MUSIK. 22 oc-\ntobre 1902. G. CAPELLEN : L'Acous-\ntique musicale, fondement de la science\nde l'harmonie et de la mélodie.\nY. Z. : Le Jongleur de Notre-Dame, de\nMassenet, à Hamburg.\n29 octobre 1902. G. CAPEL-\nLEN : Lé Acoustique musicale,fondement\nde la science de Vharmonie et de la mé-\nlodie. B. GEIGER: Marguerite\nStem.\n5 novembre. G. CAPELLEN : L'a-\ncoustique musicale, fondement de la\nscience de l'harmonie et du rythme.\nV. Joss: « C'était moi », idylle villa-\ngeoise en un acte, de B. Batka \"et\nL. BLECH (Prague, i 5 octobre 1902).\nG. RICHTER : La Tosca, de Sârdou\net Puccini (Dresde, 21 octobre 1902).\n12 novembre. —G. CAPELLEN : L'a-\ncoustique musicale, fondement de la\nscience de l'harmonie et du rythme.\nBAYREUTHER BLAETTÉR. X-XII.\nH.-S. CHAMBERLAIN : H. von Stein,\nphilosophe wagnerien. E. MEINCK:\nHomère et Wagner. R. VON LICH-\nTENBERG : LA vie nationale che\\ les\nGrecs modernes.\nDER KLAVIER-LEHRER. lERIER novem-\nbre 1902. —A. MORSCH: L'introduc-\ntion des études modernes dans les pro-\ngrammes. A. ECCARIUS SIEBER : Les\ninstruments de musique à l'exposition\nde Dusse Idorf. K STORCK : Criti-\nque rétrospective du Concert et de\nl'Opéra.\nI 5 novembre 1902. O. KLAU-\nWELL : L'art du piano,instrument de\nculture générale. A. ECCARIUS-SIE-\nBER : Appel à la fondation d'une union\ndes musiciens allemands. A. MORSCH :\nPour Noël.\nScH WEIZERISCHE MUSIKZEITUNG. 25\noctobre 1902. Les Monuments de\nla musique allemande. C.-H. RICH-\nTER: G. Ferrari. D. O. : Adoption\nde syllabes internationales pour le\nsolfège (Vœu présenté au Congrès in-\nternational de 1900 par W. Grimin).\nŒSTERREICHISCH-UNGARISCHE MUSI-\nKER-ZEITUNG. 31 octobre. —La musi-\nque à Presbourg.\n7 novembre. La grève des mu-\nsiciens à Paris.\nCRONACHE MUSICALI ET DRAMMATI-\nCHE. 25 octobre 1902. H. EXPERT:\nLa musique française de la Renais-\nsance.\nRASSEGNA GREGORIANA. Novembre\n1902. P. WAGNER : Gregorius prœ-\nsul. E. RAVEGNANIS : L'éloquence\nd'un rapprochement.\nSANTA CECILIA. Novembre 1902,"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "496", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190211-01.1.48", "texte": "PÉRIODIQUES\nLe Propriétaire-Gérant : H. WELTER.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nUn vœu ardent. D. CARDINALE:\nSainte Cécile. L. MARENZIO (1550 i\ni 584) : Cantantibus organis (antienne\nà quatre voix inégales).\nRIVISTA MUSICALE ITALIANA Fasc.4.—\nA. SOUBIES: La musique Scandinave\nau xix0 siècle.— A. SOLERTI : L. Gui-\ndiccioni Lucchesini et E. de Cavaleri.\nH. KLING: Le centenaire de Louis\nNiedermeyer. M. BRENET : La\njeunesse de Rameau. L. TORCHI:\nVéducation du musicien italien.\nN. TABANELLI: Mascagni et le Lycée\nde Pesaro.\n\nDernières publications de la maison Gapra (Turin).\nD. BELLANDO: Six compositions pour\nOrgue.\nG. BOLZONI : Six préludes pour Or-\ngue.\nL. BOTTAZZO : Dixit Dominus, à\ndeux voix.\nG. CIPOLLA : Trio pour Orgue.\nG.-F. FOSCHINI : Etude progressive\ndu piano.\nA. PISANI : Fugue à 3 parties.\n\nLA CALVITIE\nDocteur DESCUVILLIERS.\nLorsque, à la suite de nombreuses ex-\npériences, le professeur Busch découvrit\nles vertus si remarquables du chlorhy-\ndrate de pilocarpine sur le cuir chevelu\net démontra la curieuse propriété qu'a\ncet alcaloïde de provoquer la formation\nde véritable substance pilaire, ce fut par-\nmi les savants une immense surprise.\nL'impossibilité de faire repousser les\ncheveux perdus était pour eux jusqu'a-\nlors article de foi. Force leur fut bien\ncependant de s'incliner devant les cures\nprodigieuses et pourtant indéniables qui\nleur furent montrées. Des chauves de\nlongue date, choisis par des médecins\nincrédules, furent soumis au traitement\ndu professeur Busch sous une surveil-\nlance incessante et un contrôle rigou-\nreux. Dans un délai variant de 25 jours à\nquelques semaines, le savant spécialiste\nleur rendit leur chevelure.\nIl fallut bien se rendre.\nGrâce aux brillantes études de ce sa-\nvant, il est aujourd'hui absolument\nprouvé que, dans des conditions déter-\nminées, le chlorhydrate de pilocarpine\nproduit la formation de faisceaux de\nvéritables cheveux naturels. Il est ce-\npendant des cas où ce sel, rencontrant\nun terrain trop malade ou impropre, est\nimpuissant à lui seul ; aussi le profes-\nseur Busch ne pouvait-il borner là sa\nprécieuse découverte.\nC'est ainsi qu'après de longs travaux\net de patientes recherches, il arriva à\ncréer la Sève capillaire qui porte son nom\net dont les cures ne se comptent plus.\nLe professeur Busch a voulu mettre sa\ndécouverte àla disposition de tous. Il\nsuffit d'aller le voir à son laboratoire de\nla rue des Bons-Enfants, no 10, à Paris,\nou de lui écrire avec détails, pour obte-\nnir gratuitement tous les renseignements\nnécessaires pour retrouver sa chevelure."}]}