{"numero_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_sha256": "c08cc3dd76069ccb35534293990fcf448d3ff263d3601f0c878de5e069398836", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1903/03_01/bmtnabj_1903-03_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1903/03_01/bmtnabj_1903-03_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c001", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "113", "page_fin": "117", "image_debut": 1, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.1", "titre_corps": "La Damnation de Faust AU THÉATRE DE MONTE-CARLO (7 mars).", "titre_sommaire": "La Damnation de Faust AU THÉATRE DE MONTE-CARLO (7 mars).", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.1", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2890, "texte": "La Damnation de Faust\nAU THÉATRE DE MONTE-CARLO (7 mars).\n\nUn article d'allure « sensationnelle », publié il y a deux mois environ par le\nFigaro et signé Gunsbourg, m'avait autorisé à craindre que le chef-d'œuvre de\nBerlioz, adapté à la scène de l'opéra de Monte-Carlo, ne fût victime d'un de ces\ningénieux dérangements, et, pour tout dire, d'un de ces actes de vandalisme mu-\nsical qui sont, hélas ! très nombreux, mais qu'il faut nettement condamner par-\ntout où on les constate. Je me hâte de dire que ces craintes ne se sont pas trouvées\njustifiées. Malgré la nouveauté du cadre somptueux où on l'a placée, c'est bien\nl'œuvre de Berlioz, elle seule, que nous avons entendue. (( Je n aurais pas permis\nquil en fût autrement )), me faisait l'honneur de me dire le Prince souverain de\nMonaco, grâce auquel un si beau festival a pu être donné. 11 faut enregistrer et\nlouer sans réserve de telles paroles ; elles sont dignes d'un prince qui, aimant à\nscruter les profondeurs de l'Océan, aime passionnément aussi la musique de\nBerlioz ; elles doivent servir d'exemple à tous ceux qui s'occupent du répertoire\nsymphonique ou lyrique : le meilleur moyen d'honorer les grands morts, c'est de\nrespecter pieusement leur pensée !\nL'adaptation à la scène de la symphonie de Berlioz, suffisamment hardie en\nsoi pour qu'on n'y ajoute pas d'autres hardiesses, a été déjà faite, d'après les\nidées venues de Monte-Carlo, à Hambourg, à Darmstadt (si je ne me trompe, ou\nà Dusseldorf), à Francfort, et dans quelques théâtres de l'ltalie. Partout elle a\nobtenu le plus vif succès. Nous la verrons à Paris, le 4 mai prochain au théâtre\nSarah-Bernhardt, sous le double patronage du prince Albert et de la comtesse\nGreffulhe, présidente de la Société des grandes auditions musicales, avec un or-\nchestre que, très probablement, dirigeront tour à tour MM. Jéhin, Ed. Colonne\nqui a bien mérité d'être invité à pareille fête ! et Cortot. En m'associant\nd'abord et très sincèrement aux éloges qu'a mérités une entreprise aussi brillante,\ndirigée par la prudence la plus sage, je me bornerai à quelques observations\net réserves de détail, que je compléterai ou rectifierai, bien entendu, le mois\nprochain, quand ce poème, que je n'ai encore vu que deux fois sous sa nouvelle\nforme, sera montré à Paris, et quand la partition d'opéra, qu'on prépare en ce\nmoment, aura paru.\nC'est en 1892 qu'un homme remarquablement adroit et actif, dont 011 ne saurait\ndonner une caractéristique ou esquisser la biographie sans écrire un roman d'a-\nventures, Raoul Gunsbourg, proposa au prince de Monaco d'adapter à la\nscène la Damnation. Pour justifier ce projet, M. Gunsbourg déclarait, entreautres\narguments, avoir trouvé une lettre où Berlioz disait : (( Je viens de terminer, sur\nFAUST, un opéra qui, j'en ai bien peur, ne sera reçu par aucun directeur de théâtre. »"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.2", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3776, "texte": "(Je cite ce texte cle mémoire ; je ne le connais que grâce à une conversation avec\nM. Gunsbourg.) Je suis loin cle mettre en cloute la parole cle l'honorable direc-\nteur cle Monte-Carlo ; cependant, je ne puis m'empêcher cle dire que, quand on a\neu la bonne fortune cle découvrir un document cle cette importance, on le publie ;\nil est même d'usage cle donner un fac-similé cle l'écriture. N'a-t-on pas oublié\ncette précaution, qui eût bien facilement, et dès la première heure, triomphé cle\ntous les scepticismes ? 11 est fort possible que Berlioz ait conçu la Damnation,\nprimitivement, sous forme théâtrale; mais les projets d'un compositeur se trans-\nforment souvent en cours d'exécution (voir les Cahiers d'esquisses, de Beethoven) ;\nest-il légitime cle substituer à la forme d'exposition qu'il a définitivement choi-\nsie celle que (par hypothèse) il avait adoptée au début, mais qu'il rejeta bientôt\n(toujours par hypothèse) comme irréalisable? Bien qu'il ait écrit Benvenuto (1838)\net les Troyensà Carthage ( 1863), Berlioz n'avait pas toutes les qualités nécessaires\nau théâtre ; il lui manquait un certain esprit cle suite et un certain art cle con-\ndensation ; la logique indispensable pour une construction où tout doit s'en-\nchaîner répugnait à la fougue naturelle de son esprit. Son imagination l'empor-\ntait sans cesse hors clu cadre où il aurait dû se contenir, au delà des espaces\nimaginables ou disponibles pour la musique. Revoyez la Damnation, et dites-\nmoi s'il y eut jamais poème plus mal équilibré au point cle vue scénique, plus\nriche en digressions : Ronde de villageois, Marche hongroise, Chœur d'é-\nglise, Chant de buveurs, Chansons du rat et de la puce, Sommeil au bord de\nl Elbe, Esprits de Vair, Ballet des Sylphes, Chœur de soldats, Chanson\nsur le roi de Thulé, etc... tout cela, n'est-ce pas une série cle hors-d'œuvre ? Ya-t-il\nplus cle 15 ou 20 pages qui soient cle vrai drame, clans cette partition d'ailleurs\nadmirable ?\nVoyons comment elle a été illustrée, ainsi qu'un livre auquel on ajouterait des\nimages très artistiques, par le metteur en scène le costumier, le décorateur, le\nmachiniste, l'électricien, l'artificier, etc...\nicr acte (8 h 1/2). Faust est clans une sorte cle cabinet peu profond, séparé\ncle la.campagne par un vitrage derrière lequel cles jeux cle lumière variés nous\nmontreront les deux premiers épisodes : les danses et la marche militaire —Je\nne puis m'empêcher cle faire ici quelques critiques. Lorsque Faust dit: (( J'en-\ntencls autour de moi la chanson cles oiseaux, le long bruissement cles eaux etc... ))\nil est. d'après la pensée cle Berlioz, en pleine nature, et non clans une chambre.\nEn second lieu, il devrait y avoir, quand éclate la marche cle Rackocsky, un\nchangement cle décor, puisque par une brusque fantaisie dont Berlioz lui-même\na reconnu l'invraisemblance dans la Préface cle son œuvre, Faust est transporté\nen Hongrie. On le voit, l'adaptateur a été obligé cle condenser ce que le musicien\navait éparpillé. Enfin, lorsque le rideau tombe, au bout d'un quart d'heure, sur\nla dernière note cle la marche hongroise, la loi la plus élémentaire cle l'art théâ-\ntral est méconnue en ce sens que rien, absolument rien, ne fait prévoir une suite,\nn'établit un commencement d'action, et ne fait le pont entre le premier et le\ndeuxième acte. Dirai-je enfin que le récitatif : (( Mais d'un éclat guerrier les\ncampagnes se parent )), est chanté par Faust avant qu'éclate l'appel des\ntrompettes qui le justifie, c'est-à-clire que Faust parle ici plutôt comme\nun « récitant » cle symphonie (annonçant ce qui va se passer) que comme un\npersonnage réel mêlé à une action réelle, et qu'en tout cas, un tel vers devrait\nêtre dit en plains champs et non clans une chambre, face au public ? Ces"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.3", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3834, "texte": "réserves faites, on ne peut qu'admirer l'art avec lequel sont réglés les deux diver-\ntissements qui font contraste avec l'ennui et l'impuissance de Faust. Les danses\nsont charmantes. Quant à la marche hongroise, elle est un commentaire très\nintelligent, très ingénieux et très pittoresque, de la musique. Du fond et du som-\nmet gauche de la scène, avec casques, lances, drapeaux, costumes éclatants, un\nlong défilé de soldats descend une route en zigzag qui lui permet de traverser\ntrois fois la scène. Quelques épisodes dramatiques ont été insérés, non sans har-\ndiesse, dans ce tableau: courte halte, bénédiction des drapeaux devant les soldats\nagenouillés, surprise produisant un remous et une reculade, courte mêlée, enfin\nreprise à grande allure de la marche en avant. L'effet est magnifique\nLe rideau tombe pour la première fois à 8 heures 45 minutes et se relève, après\nun quart d'heure, à 9 heures, pour le deuxième acte (s'il est permis ici d'employer\nun tel terme), qui comprend deux tableaux Le premier, c'est Faust dans son ca-\nbinet légendaire : au plafond, un énorme crocodile empaillé ; dans la monumen-\ntale et sombre cheminée, un énorme chat au poil hérissé qui s'évanouira soudain\npour être remplacé par le diable Il faut remarquer ici que, contrairement aux\nlois du théâtre, l'apparition de Méphistophélès n'est ni annoncée ni préparée.\nPlus d'une fois, au cours de la (( pièce )), on regrettera que les entrées et sorties\ndes personnages ne soient pas suffisamment motivées. Evidemment, Berlioz a\nsuivi le système de la juxtaposition des épisodes ; au théâtre, il faut qu'il y ait\nenchaînement, suite logique et progression continue dans l'intérêt. Ici, les ta-\nbleaux passent trop souvent comme sur une toile éclairée par une lanterne ma-\ngique. Le lien de toutes les parties est insuffisant. Admirable pourtant si on le\nconsidère à part est le chœur des buveurs : pages de haute fantaisie roman-\ntique et à triple ironie, puisqu'on entend une fugue (ceci est contre la musique\nclassique) chantée à pleine voix par des ivrognes (ceci est contre les Allemands)\nsur l'unique mot Amen (ceci est contre l'Eglise). Dans une taverne éclairée d'une\nlumière rouge, les buveurs marquent parfois le rythme en tapant sur les tables\navec leurs verres, soulignent le dessin mélodique par des mouvements répétés\ndes bras ou de la tête ; chacun d'eux a une attitude et un rôle personnels. C'est\nun Téniers, un Jordaëns. D'enthousiasme, le public a bissé ce morceau. Il se\ntermine par un effet comique très heureux. Lorsque, sur un brusque accord de\nl'orchestre, Faust et son guide disparaissent dans une trappe d'où sort un nuage\nde vapeur, tous les buveurs tombent à plat ventre, ahuris. ...\nCe deuxième acte a duré exactement 29 minutes. Le 3e commence à 9 h. 37,\npour finir à ro heures 9 minutes. Faust est couché sous un arceau de roses dans\nun paysage aux perspectives bleues. Pourquoi l'Elbe n'est-il pas figuré près de\nlui ? sans doute, parce que l'adaptateur a besoin de toute la scène pour faire évo-\nluer ses danseurs. Il y a là, en effet, après un ballet pédestre, un joli ballet\naérien avec groupements ingénieux, et mouvements à la Loïe Fuller dans la\nlumière électrique. Ici encore, l'adaptateur a été obligé de condenser.\nLe 4e acte (10 h. 15 111.) va jusqu'à la mélodie: U amour 1 ardente flamme\nNous voyons la chambre de Marguerite, mais reléguée dans un coin de la scène,\net trop petite, évidemment : s'il en est ainsi, c'est que l'adaptateur, ici encore, a\ndû condenser, réunir plusieurs tableaux pour les faire tenir sur un même espace\ndonné. Peut-être serait-on fondé à lui reprocher d'avoir matérialisé par des jeux\nde lumière (d'une forme d'ailleurs un peu déplaisante) l'invocation du Diable :\n(( Esprits des flammes inconstantes, etc... )) Ce mot (( flamme )) n'a-t-il pas un sens"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.4", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "purement moral clans la bouche cle Méphistophélès qui tient à donner à Faust\nune maîtresse infidèle ? n'est-il pas synonyme d 1 « amour )), comme dans le lan-\ngage classique ? n'y a-t-il pas enfantillage à le réaliser par une danse de feux fol-\nlets ? En cet acte, où tout est à l'étroit, je note une idée dramatique, mais due à\nM. Gunsbourg, et non à Berlioz : c'est, pendant le ballet que joue l'orchestre,\nune pantomime pathétique, où l'on voit Marguerite torturéeentre Méphistophélès\nqui l'attire, et la croix qui s'allume, à plusieurs reprises, au-dessus du portail de\n1 église Et ici encore, on regrette le manque absolu de lien entre les actes.\nLe 5e (11 h. 20) devrait être le plus émouvant ;il est au contraire le plus court\n(8 minutes à peine) et comprend l'unique mélodie : D'amour Vardente flamme\nconsume mes beaux jours. Au point de vue théâtral, c'est une faute décomposition.\nLe 6\" et dernier (11 h. 20 minuit) comprend, après l'invocation à la nature\n(faite devant un paysage un peu pauvre) la fameuse (( course à l'abîme )) où\ntriomphe l'habileté du machiniste. On m'avait parlé de merveilleux chevaux mé-\ncaniques à mouvement très rapide; j'avoue (est-ce la faute de mes yeux?) ne les\navoir pas distingués. Des paysages divers passent; des monstres fantastiques\ns'enlèvent dans les airs ; la lumière change, tout se brouille; sur le devant cle la\nscène, formant rideau, tombe une averse formidable, une pluie vraie, dont pas\nune goutte ne s'égare. Nous sommes en pleine féerie. Comme bouquet, une\nénorme explosion ! Puis, un décor de vie réelle (murailles, maisons, etc...) qui,\npeu à peu, s'enfonce et disparaît aux trois quarts clans les sous-sol : au-dessus,\ncles anges qui portent Marguerite, et, lentement, la conduisent au ciel...\nTelle est la physionomie générale de cette représentation. La mise en scène\ndure, on le voit, assez longtemps, et fait peut-être ressortir ce qui manque à la\nsymphonie de Berlioz pour être un drame. Le spectacle n'en est pas moins\ncurieux cligne d éloges, et assuré cle plaire au public.\nM. Tamagno (9000 francs d'honoraires par soirée) chantait le rôle de Faust. C est\nun artiste qui m'a paru avoir l'éclat du soleil couchant, plutôt que celui de l'au-\nrore ou du plein midi. Dans le début de la première scène il a fait entendre quel-\nques notes peu justes, mal placées, et d'émission mauvaise; çà et là, il s'est\nmontré grand et puissant chanteur, par l'éclat de sa voix, par exemple clans cette\nphrase qui termine la première scène, (mais pourquoi pousser le si b à l'octave\nsupérieure, au mépris clu texte cle Berlioz ?):\nSon accent italien lui a un peu nui : gué z aime cé silence .fi. gué sentiment\nRéprouve ! c est dé Vamour, c est dé l'amour !.. M,le Emma Calve a prêté à Margue-\nrite le charme incomparable de sa voix, pure comme le cristal : parfois, peut-\nêtre, une pointe de maniérisme, une tendance à traîner et à attaquer la note en\ndessous. M. Renaud s'est montré chanteur admirable. Je ne suis en désaccord\navec lui que jsur un seul point. Dans la scène des bords cle l'Elbe, il chante la"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 234, "texte": "mélodie célèbre : O mon Faust bien-aimé... avec une tendresse caressante et très\nlente. Je crois que toute cette scène doit être dite avec une ironie méprisante\net une sorte de joie féroce.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c003", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "117", "page_fin": "117", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.2", "titre_corps": "En Espagne.", "titre_sommaire": "En Espagne.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.5", "debut_caractere": 236, "fin_caractere_exclue": 866, "texte": "En Espagne.\nLes journaux espagnols nous apportent l'écho encore très vibrant du beau\nsuccès qu'a obtenu M. Pierre Sechiari au théâtre des Nouveautés de Barcelone,\ndans les deux concerts qu'il a donnés, les 3 et 6 mars, avec le concours de\nM. Alfred Casella. L'excellent premier violon des concerts Lamoureux s'est par-\nticulièrement fait applaudir dans la Sonate n° 1 (en ré) de Saint-Saéns, la Sonate\nn° 5 (fa majeur) de Beethoven, la Fantaisie norvégienne de Lalo, le Nocturne en\nmi bémol de Chopin, et surtout cette Chaconne pour violon seul, de J.-S. 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Bourdais voulait bien m'accepter\npour collaborateur. M. d'Estournelles voulut bien entretenir de la question\nM. Bourdais. Ce dernier me fit le meilleur accueil, mais*il me répéta ce\nqu'il m'avait déjà dit dès 1889, que les plus grands physiciens s'étaient occupés\nde la question et avaient dû se déclarer vaincus. Comme je n'ai aucune préten-\ntion à être un grand physicien et justement à cause de cela, je me permis de faire\nremarquer à M. Bourdais que je ne pensais pas résoudre la question à priori,\nmais ce que je proposais c'était de faire une analyse méthodique des conditions\nde sonorité de la salle. Je lui indiquai en quelques mots l'ensemble des idées qui\nme paraissaient logiques. Il voulut bien les approuver et accepter mon concours,\net le travail d'étude fut commencé le lundi 16 février à 9 heures du matin.\nJ'avais amené 20 de mes collaborateurs et de mes meilleurs accordeurs, tous\nd'oreille musicale parfaitement sensible, et certains amis personnels avaient bien\nvoulu me prêter leur concours aussi gracieux que dévoué ; nous procédâmes de\nla façon suivante.\n\n(1) On sait que la salle du Trocadéro, vaste, bien aménagée, et pourvue d'un orgue, serait la plus\nbelle de nos salles de concerts, sil était possible d'y entendre la musique sans échos. Des pra-\nticiens expérimentés vont essayer de guérir cette fâcheuse maladie. Nous sommes heureux de\npouvoir faire connaître à nos lecteurs le résultat de leurs premières auscultations."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.6", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "Chacun des observateurs était muni d'un carton blanc de surface carrée ayant\n50 centimètres de côté, chacun de ces cartons comportait un n\" d'ordre degrande\ndimension et parfaitement visible (pour un observateur placé sur l'estrade) de\nn'importe quel point du Trocadéro.\nCeci étant, les 24 observateurs furent répartis d'abord d'une façon méthodique\ndans les fauteuils d'orchestre, l'estrade ainsi que ses gradins furent partagés en\ncarrés ayant environ deux mètres de côté (le plan en fut d'ailleurs très exactement\nrelevé).\nLa première série d'expériences eut pour but de rechercher expérimentalement\nquelle était la meilleure source de son pour faire entendre distinctement aux\nobservateurs les échos que nous cherchions à combattre. On essaya la voix hu-\nmaine, puis un tambour, une trompe d'automobile, un cornet à piston, un trian-\ngle, un gong, une trompe de mail coach, le choc d'une baguette de bois contre\nune boîte de bois, un marteau frappant sur le plancher.\nCes essais eurent lieu sur l'estrade, en différents points pris un peu au hasard,\nafin simplement de découvrir quelques-uns des points d'échos et cl'y faire compa-\nrer, par les observateurs, les différentes impressions au point de vue de la netteté.\nCeux-ci avaient reçu la consigne de lever leur carton, le numéro faisant face à\nl'observateur placé sur l'estrade, aussitôt qu'ils percevaient un écho. L'expérimen-\ntateur de l'estrade prenait note des indications en appelant à haute voix les car-\ntons qu'il apercevait, et aussitôt les observateurs de la salle abaissaient leurs\ncartons pour masquer les numéros.\nLe premier point acquis, après ces expériences de mise en train, fut que les\ndeux meilleurs instruments capables de produire l'écho étaient : i° la voix hu-\nmaine parlant naturellement et ne chantant pas, une voix saccadée étant de beau-\ncoup la meilleure.\n20 Le coup sec cle deux morceaux cle bois l'un contre l'autre rappelant les cla-\nquettes employées pour les catéchismes et pour les mouvements d'ensemble des\nenfants dans les églises donnait un résultat meilleur encore.\nUne autre observation également à retenir, c'est que lorsqu'on emploie la voix\nhumaine, il est bon de dire successivement deux syllabes de sonorité différente,\ncomme do, mi, par exemple, afin que l'écho do s'entende au moment de la per-\nception du son direct mi ; c'est même dans ce cas que pour les oreilles les moins\nexercées l'écho est le plus nettement perceptible.\nUne fois ces points établis et sans prendre la peine d'attendre la fabrication,\naujourd'hui faite, d'une claquette en bois sonore, l'analyse de la salle fut entre-\nprise au point de vue de l'écho.\nL'expérimentateur se plaçant au centre de chacun des carrés tracés sur l'es-\ntrade faisait entendre le choc d'une baguette de tambour contre une boîte vide\nen bois. Aussitôt le choc produit, tous les observateurs de la salle qui enten-\ndaient un écho levaient leur carton et l'indication était prise par appel nominal\nde chacun des numéros ainsi élevés en l'air, qui aussitôt s'abaissaient.\nCette expérience s'est faite en dirigeant le haut de la boîte vers le ciel ou vers\nla terre, puis 1 expérimentateur prononçant la syllabe mi dans quatre directions à\nangle droit, en face de lui, puis à sa droite, puis derrière, puis à sa gauche en\ntournant toujours autour du point d'observation.\nAprès chaque son produit, on inscrivait sur un registre les points d'échos\nperçus."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "Après quoi l'expérimentateur passait sur le carré suivant, notait le numéro\nd'ordre, les mêmes expériences recommençaient, etc.\nUn des résultats les plus frappants fut que quelques points du Trocadéro\npercevaient toujours des échos, quel que fût le point de l'estrade d'où partait\nl'onde sonore. Ces points seront, à mon sens, des aides puissants pour l'analyse\nméthodique future des surfaces réfléchissantes de la salle.\nUne fois que l'expérience étendue aux différents points de l'estrade fut ter-\nminée, les observateurs de la salle quittèrent les fauteuils et furent répartis\nd'abord dans les loges découvertes et dans les loges couvertes. Une nouvelle\nsérie d'observations fut faite. Après quoi ces mêmes observateurs, dans une troi-\nsième série d'expériences, furent répartis en différents points de l'amphithéâtre,\npuis les expériences furent reprises avec la même méthode.\nPendant que les observations se continuaient, je fus frappéde plusieurs points ;\nun en particulier peut être noté dès maintenant : c'est que plus la source sonore\ns'élève, moins il y a d'écho, et que l'écho est infiniment plus nombreux dans les\nplans qui sont au-dessous de la source sonore que dans les régions au-dessus;\nceci n'est peut-être pas une loi d'ordre général, mais s'applique au Trocadéro.\nCeci clôturait la première partie des essais qui consistait à trouver les points\nd'échos existant dans la salle, ainsi que les points de l'estrade qui les causaient.\nLes expériences futures auront pour but d'analyser la cause de l'écho produit en\nun point donné de la salle et issu d'un point donné de l'estrade.\nA ce propos il m'a semblé, ainsi qu'à un des observateurs, qu'une partie des\néchos observés dans les fauteuils provenait de la réflexion sur les surfaces cylin-\ndriques verticales situées en dessous des loges couvertes clans la partie près de\nl'estrade.\nUne première expérience qui clôturait la séance nous a permis de voir que"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.8", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "cette conception était exacte et que le matériel que j'avais imaginé pour faire ces\nrecherches analytiques nous permettait de produire l'écho pour un observateur\ndéterminé en envoyant deux rayons isolés provenant de la même source sonore,\nl'un directement sur l'observateur à l'aide de ce que j'ai appelé un fusil sonore\n(qui n'a rien que de très pacifique) et l'autre à l'aide d'un autre fusil sonore, mais\nqui peut être, ainsi que le serait une lance d'incendie, dirigé par 1 expérimenta-\nteur de l'estracle dans tous les coins du Trocadéro.\nCes deux fusils tirent en somme la même cartouche sonore, et nous avons pu\nvérifier ainsi que l'observateur, après n'avoir perçu que le son direct, alors que\nseul un des fusils sonores était dirigé vers lui d'une façon constante, a signalé\ntout à coup percevoir un écho au moment où le second fusil sonore venait\nfrapper la surface cylindrique dont nous avons parlé plus haut.\nLa règle de la réflexion de la bille de billard s'appliquait dans ce cas-là comme\ndans tous les cas analogues, et l'épure faite en rentrant à mon bureau a parfaite-\nment indiqué cette surface comme cause de cet écho spécial. La correction pour\ncet écho particulier est éminemment simple et entraînera une dépense d'un ordre\nassez faible.\nCet essai de l'analyse méthodique que nous allons entreprendre sera continué\navec un nombre beaucoup plus restreint d'observateurs, et nous pouvons espé-\nrer, M. Bourdais et moi, débarrasser le Trocadéro de ses imperfections acous-\ntiques,\n(A suivre.)\n19 février 1903.\n\nGUSTAVE LYON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c005", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "119", "page_fin": "119", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.3.1", "titre_corps": "LES FUSILS SONORES.", "titre_sommaire": "LES FUSILS SONORES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.7", "debut_caractere": 1953, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "LES FUSILS SONORES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c006", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "120", "page_fin": "123", "image_debut": 8, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.4", "titre_corps": "Éphémérides grégoriennes.", "titre_sommaire": "Éphémérides grégoriennes.", "signature_source": "LOUIS LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.8", "debut_caractere": 1570, "fin_caractere_exclue": 3200, "texte": "Éphémérides grégoriennes.\n\nDans notre numéro de décembre, nous offrions à nos lecteurs une transcrip-\ntion en musique moderne d'une des plus touchantes antiennes de notre litur-\ngie, accompagnée d'un court commentaire où l'un de nos collaborateurs\nessayait de dire son admiration. Cet article nous a valu les remerciements de\nplusieurs musiciens, heureux de connaître un chef-d'œuvre de plus, et une\nlettre exquise, quoique trop indulgente, du Rév. Père A. Mocquereau, de la\ncongrégation bénédictine de Solesmes. Point n'est besoin de dire ici combien\nune telle approbation nous est précieuse : la vaste érudition de celui qui veut bien\nnous la donner, autant que la finesse et la vivacité de son sentiment artistique\net la sûreté de son goût, sont des qualités que nous avons pu apprécier de près,\net que nous retrouvons aujourd'hui, de loin, dans les belles études sur le rythme\ndelà Paléographie musicale.\nForts de ces encouragements, nous avons le projet de publier ici, à l'occasion\ndes principales fêtes de l'année, quelques reliques de ce chant précieux qui,\naprès des siècles de barbarie, renaît enfin et retrouve la souplesse et la légèreté\nde la vie. Loin de nous la pensée de constituer ainsi une sorte de musée rétro-\nspectif, que le curieux viendra visiter avec un dédaigneux intérêt, et 1 orgueil-\nleuse conscience des progrès accomplis : jamais notre musique n'a été plus par-\nfaite, plus maîtresse d'elle-même, plus sûre de sa pensée comme de son expres-\nsion, qu'en ses origines. Sans nous demander ici jusqu'à quel point la tradition\nde l'antiquité a guidé les compositeurs du haut moyen âge et comment elle leur"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.9", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "a été transmise (1), disons seulement que l'on retrouve en effet, dans telle an-\ntienne grégorienne, la pureté de lignes et la noblesse ingénue de l'art antique,\njointes à la charité chrétienne. Ce n'est donc pas à la curiosité que nous faisons\nappel, ni même seulement à la foi : il suffit de n'être pas sourd à la musique\nou aveuglé par la haine du passé pour joindre pieusement les mains devant ces\nmélodies, douces mortes embaumées de grâce, et aussi fraîches qu'au premier\njour, par la vertu de leur beauté. Mieux que la triste dépouille de Thaïs ou\nde Sérapion, elles pourront nous faire revivre, pour un instant, en des âges très\nanciens ; car elles vivent encore.\nLorsque ces lignes paraîtront, l'Eglise célébrera le quatrième dimanche du\nCarême, généralement appelé Lcetare, de la première parole de son Introït. Ce\nn'est pas une fête, au sens large et glorieux du mot ; le Carême n'est pas terminé,\nla pénitence n'est pas accomplie, et la nuit du péché dure encore. Mais l'aube\nest proche ; émue par la contrition des fidèles, l'indulgence divine leur permet\nd'espérer ; l'orgue, muet les trois dimanches précédents, mêle de nouveau sa\nvoix à la voix humaine; et « les chants de la messe ne parlent que de joie et\nde consolation )) (2). C'est en ce jour que l'on célèbre, à Rome, la bénédiction\nde la Rose d'or, fleur mystique de la foi, promesse du printemps : on sait quel\nriche symbolisme s'était développé, au moyen âge, autour de cette fleur merveil-\nleuse, dont le parfum était également capable de traduire la grâce de l'amour\ndivin et l'attrait de l'amour d'ici-bas : témoin le Roman de la Rose. C'est au\nmoyen âge que remonte aussi l'institution de la fête de la Rose, déjà établie au\ntemps de Léon IX (1049-1055). Lorsque les papes habitaient encore au palais de\nLatran, un cortège se formait après la bénédiction : la mitre en tête, escorté\nde tout son sacré collège, le pape allait porter la Rose dans la vieille basilique\nde Sainte-Croix de Jérusalem, en traversant la plaine qui sépare les deux édi-\nfices : c'était une somptueuse cavalcade, et le peuple souriait de voir étinceler,\ndans la main de son maître, la fleur de joie. La joie rayonne aussi dans Y Introït\nde la messe, que nous donnons ici, avec des barres de mesure qui en facili-\nteront la lecture, à condition qu'on se garde de rythmer durement une mélodie\ncoulante et légère (3 ).\n\n(1) Ce sont des questions que je compte aborder, mais non résoudre, dans mes conférences de\nl'Ecole des Hautes Etudes sociales.\n(2) DOM GUÉRANGER, Année liturgique. C'est à cet ouvrage que nous empruntons aussi les\ndétails qui suivent.\n(3) Le tiret indique de légers ralentissements, auxquels notre point d'orgue donnerait trop\nd'importance."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.10", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "« Réjouis-toi, Jérusalem, et rassemblez-vous, vous tous qui l'aimez; ébattez-vous en joie, vous\n« qui fûtes dans la tristesse ; tressaillez d'allégresse, et abreuvez-vous du lait de la consola-\n« tion. »\nLa mélodie appartient au 5e mode grégorien, c'est-à-dire à une gamme de\nfa en ja. Le si \\> apparaît dans le voisinage du/a, pour éviter l'intervalle sata-\nnique de triton (fa-si B ), diabolus in musica ; mais il n'est pas obligatoire, si\nbien que le compositeur dispose en réalité de deux gammes ou de deux nuances\ndifférentes : Tune un peu plus sombre, avec le si b , l'autre toute claire avec\nsi B . La pièce entière est construite sur deux idées, qui présentent justement\ncette opposition : la première, sur le mot Lee tare, est la première annonce du\nbonheur entrevu ; joyeuse déjà, elle est plus calme et plus posée que la seconde,\nqui s'élance (et convention Jacite) dans la partie supérieure de la gamme,\natteint sans effort la sensible (mi), mais, par une grâce particulière au chant\ngrégorien, ne va pas reprendre pied, comme nous l'attendrions, sur la tonique\nsupérieure {fa) : elle reste suspendue un instant en plein ciel, puis redescend dou-\ncement, avec l'ondulation d'un vol d'oiseau, et vient se reposer près de la terre,\ntoute lumineuse encore. Entre les deux phrases, un cri d'appel (Jerusalem) s'est\nélevé, naïf et pur, et a graduellement éclairci l'horizon. Le premier motif est\nrepris et développé (qui diligitis eam) en vocalises douces et sereines, reflet\nde la joie céleste qui vient de nous transporter ;et après une courte tran-\nsition où reparaît le si B , il nous traduit encore la tristesse des jours\nécoulés (qui in tristitia fuistis) , mais par des inflexions toutes différentes :le\ndemi-ton (si b -la) se répète avec insistance, comme une douleur qui pèse\nqu'on ne peut secouer. Il est peu d'exemples, dans toute la musique, d'un chan-\ngement de caractère aussi profond obtenu par des moyens plus simples. Après\ncet assombrissement, on a soif de clarté : aussi est-ce la seconde phrase, la\nphrase de joie libre et sûre, qui sert de support aux paroles suivantes {ut exsultetis\net satiemini), avec une sorte de retour sur elle-même qui peint le plaisir de\nl'âme à savourer son bonheur. Puis la première phrase reparaît (ab überibus\nconsolationis vestree), développée de nouveau, et plus hardie que la première\nfois : elle atteint Vut, au lieu de rester confinée dans un mouvement de quarte\n(fa-si b), mais la conclusion est identique (eam, vestree), et, par son caractère"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.11", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 883, "texte": "affirmatif, laisse dans l'esprit l'impression d'un bonheur acquis et assuré. Ainsi\nle pieux auteur a su, en quelques lignes et par quelques notes, exprimer toutes\nles nuances de la joie, depuis la plus libre allégresse jusqu'au retour attristé sur\nles souffrances passées, pour venir s'arrêter à une conviction plus grave et\nplus tranquille, cl'où l'âme tirera des forces nouvelles. Nous avons là un\nvéritable chef-d'œuvre de sentiment, je dirais presque de psychologie, si le\nmot n'était si pédant, et aussi de composition : car la pensée musicale, loin de\ncourir au hasard, se développe avec un ordre, une logique, une sûreté et une\nclarté qui font une œuvre accomplie, absolue, justement équilibrée en toutes\nses parties, parfaitement égale à elle-même et aux intentions de son créateur,\ndigne en un mot de recevoir le beau nom de (( classique )).\n\nLOUIS LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c009", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "123", "page_fin": "127", "image_debut": 11, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.5", "titre_corps": "Qu'est-ce que la Musique française?", "titre_sommaire": "Qu'est-ce que la Musique française?", "signature_source": "HENRY GAUTHIER-VILLARS (Willy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.11", "debut_caractere": 885, "fin_caractere_exclue": 3333, "texte": "Qu'est-ce que la Musique française?\n\nPour une foule de gens, et surtout de gendelettres, la musique française, c'était\navant-hier Adolphe Adam et Auber, c'était hier Gounod et Ambroise Thomas,\nc'est aujourd'hui, pêle-mêle, Bruneau, G. Charpentier, Dubois (Théodore), Hue,\nMassenet, Palaclilhe, Saint-Saens, etc. (M. Hue doit à son initiale d'occuper\ncette place beaucoup trop belle pour son talent, si j'ose m'exprimer ainsi.)\nSuivant les goûts de chacun, ou les hasards de l'inspiration, on brandit un de\nces compositeurs, puis on le hisse, statufié par la pensée, en face de Wagner,\nagressivement. Et allez donc ! car les hommes, et spécialement les gens, sont\ncombattifs. Novalis a dit : (( Ma conviction gagne infiniment en moi quand je\npeux la faire partager à un autre esprit. )) Mais les gens rectifient : (( Ma convic-\ntion gagne infiniment en moi quand je peux l'opposer à celle du voisin. )) J'en\nsais quelque chose, moi-même, par la peine que me coûtent ces doctes considé-\nrations, si je la compare au facile plaisir avec lequel je rétorquerais des argu-\nmentations élaborées par le musicographe Pougin, qui s'insurge en désespéré\ncontre (( la polissonnerie artistique et les indécentes divagations )) de Camille\nErlanger, ou par le musicographe Mangeot, plus négligeable encore.\nJe le répète, on le guindé pas un des scribes précités, mais M. Théodore Du-\nbois, par exemple, en face de Wagner, autel contre autel. Car Wagner, enfin\njugé dignns intrare même par le rédacteur du Ménestrel (depuis la mort de l'irré-\nductible Barbedotte qui comparait les Murmures de la Forêt aux grognements\ndes cochons (( fouillant le sol du groin »), Wagner reste encore, à tout prendre,\nle dieu du jour, bien que les avancés d'entre nos chers snobs, leurrés par l'ironie\nde cet admirable musicien paradoxal qu'est Debussy, commencent à parler\ndédaigneusement de la (( ferblanterie reliée en peau de bête )) dont sont revêtus\nles personnnages du Ring, et traitent la Tétralogie, hier encore leur Evangile,\nde (( Bottin musical )).\nDonc, vous demanderiez à M. A. Pougin quel est, à son sens, le compositeur\nreprésentatif, le parangon, le palladium de l'école française, Pougin vous répon-\ndrait : Adam, ou : Auber. Car il en tient pour ces compositeurs abscons. Oui-dà,\nabscons ! Je vois clair dans l'Anneau du Niebelung et dans Par si fol, mais j'avoue\nn'avoir jamais rien compris au Chalet ni au Domino noir.\nVoilà, sans doute, de la musique savante î"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.12", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3402, "texte": "Si, au lieu de Pougin, vous interviewiez Charpentier... mais non, c'est un bon\ngarçon, et rempli de talent, quoi qu'en pense le musicographe Vuillermoz, dont\nles admirations s'agenouillent devant la seuleTitania. qui lui semble (( une étape »\ndans le mouvement artistique et qui me paraît plutôt (( une tape )). Adressez-vous\nde préférence à... nous rappellerons, si vous voulez, Machin. Trop modeste pour\nvous le déclarer, il vous laissera tout au moins entendre que c'est lui le paran-\ngon, le palladium, le héros représentatif, le génie français en face du génie alle-\nmand, ou le génie latin en face du génie tudesque, ou le génie gaulois en face\ndu génie germanique. Et Chose, n'en doutez point, abondera en déclarations ana-\nlogues.\nResterait à jauger ces génies et à déterminer leur nationalité véritable, pour\nverser (j'userai du style parlementaire), pour verser quelque lumière sur le débat\net porter la question sur son véritable terrain. Cette jauge, cette détermination,\ncette lumière et ce terrain, nous les demanderons à Emile Augier, ou plutôt à\ncertain discours prononcé, il y a quelques années, à l'inauguration du buste\nélevé à ce grand homme devant les Folies-Ginisty. On fit alors assavoir aux\nacadémiciens, députés, sénateurs et gardiens delà paix présents à cette céré-\nmonie qu'Emile Augier ne pouvait prétendre à la puissance dramatique d'Es-\nchyle, ni à la vigoureuse psychologie de Shakespeare, ni au grandiose lyrisme\nde Schiller, ni à l'originalité de celui-ci, ni à l'ingéniosité de celui-là, ni à la\npoésie exquise et suave de cet autre, etc., etc..., mais que, par là même,\" tel le\ncommerçant qui perdait sur chaque article et se rattrapait sur l'ensemble, il\nn'en était que plus admirable, car ce sont précisément ces qualités moyennes de\nmodération, de pondération, d'équilibre, de raison, de bon sens qui constituent,\noui, Messieurs, et qui constitueront toujours le cachet, l'essence et la substance\ndu génie français. (Exiger la véritable marque.)\nO modération ! ô pondération !\nQue vous me donnez donc de satisfaction !\nOn va prochainement célébrer le centenaire de Berlioz. Comment s'y prendra-\nt-on pour forcer l'abrupt et rocailleux génie dans l'absurde moule où l'on veut\ncouler tous les esprits ?\nComment faire un modéré du génie qui a vu dans la musique « autre chose\nque le plus délicat des arts de société, selon la conception de notre xvmc siècle, et\nen a fait l'expression totale, sincère et frémissante, d'une personnalité ; qui dans\nchacun de ses poèmes, dans Harold en Italie, dans la Symphonie fantastique, dans\nRoméo et Juliette, dans la Damnation, a mis la passion vraie, les rêves énormes\net tragiques, les révoltes, la mélancolie, la tendresse infinie d'un cœur qu'il a\ncomparé, en une lettre intime, à une forêt embrasée sur laquelle vient souffler\nl'ouragan, et où l'incendie n'est jamais définitivement éteint? »(i) M. Catulle\nMendès a superbement chanté, lui aussi, cet (( esprit cratère d'où l'inspiration\njaillissait en laves », et expliqué que sa passion bouillonnante ne pouvait (( s'ac-\ncommoder des étroitesses où mijotait à petit feu la musique des modérés » (2).\nAh ! les modérés! Ah! les justes milieux ! va-t-on nous ennuyer longtemps\n\n(1) Ces belles paroles ne sont point tirées de l'allocution sentimentale prononcée récemment à\nMonaco par M. Massenet, mais du discours de M. Combarieu.\n(2) Figaro, 8 mars 1903."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.13", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3711, "texte": "encore avec cette histoire des coteaux tempérés qui agaçait si fort Sainte-Beuve ?\nJ'en connais des coteaux tempérés, placides, aux contours reposés et heureux,\net nul n'aime plus que moi le Fresnois vallonné, envahi de bois qui débanali-\nsent sa douceur aimable. Bois profonds, d'un vert qui va jusqu'au bleu sombre\nen été; forêts d'hivers, chevelues de branches emmêlées, et qui moutonnent jus-\nque là-bas, aussi loin qu'on peut voir...\nMais si le Fresnois est plus cher à mes yeux que tout autre coin de France, je\nsais, je sens que cette France ne se limite point à l'horizon fresnois, court et cir-\nculaire, je sais qu'ailleurs des sommets aigus percent l'ouate des brumes, je sais\nque des fleuves tumultueux et fécondants imitent et multiplient ce ruisselet sac-\ncadé qui luit ici, et plus loin se dérobe, comme un vif lézard couleur d'argent.\nDe même, il est permis de révérer Augier, et l'on pourrait aussi laisser à\nM. Pougin le libre exercice de son culte superstitieux pour Adolphe Adam; mais\non ne devrait point ignorer que, d''Agrippa d'Aubigné à Verlaine et de Rabelais à\nGustave Flaubert, et des maîtres musiciens du xve siècle à Rameau, à Méhul,\nà Berlioz, à César Franck, la vieille terre des Gaules a produit autre chose que\ncette floraison de médiocres semblables aux bons jeunes gens sifflés par Henri\nHeine : « D'autres poètes ont du souffle, d'autres de la fantaisie, et d'autres de\nla passion, les poètes souabes ont la vertu. »\nMais voilà, on ne sait pas, et le mot de Paul Hervieu reste vrai : « Le pire des\nmalentendus, c'est de s'ignorer les uns les autres ! )) L'Augier en question (dont je\nm'étonne de tant parler) nous montre, dans une de ses moins mauvaises pièces,\nun journaliste véreux il y en avait alors en train d'encourager des com-\npositeurs, à dessein de provoquer (( la création d'une école française de musi-\nque )). De même les humanistes du quattrocento décrétaient : (( Depuis l'antiquité\non n'a plus vu de bons sculpteurs ». Et ils formulaient de telles âneries, sans\nrire, ces contemporains de Donatello !\nVous me direz qu'Emile Augier n'était pas musicien. Soit ; mais M. Camille\nBellaigue l'est incontestablement, puisqu'il a eu un prix de piano au Conserva-\ntoire, voyons ! or ce lauréat flavescent découvrit un jour que ce qui fait le charme\net la valeur particulière de Sniegourotchka, c'est que c'est un opéra populaire,\nune œuvre construite sur des thèmes russes, familiers à tous les auditeurs, thè-\nmes légendaires comme thèmes musicaux. (( En France, ajoutait le saint Jean\nBarbe d'or de la Revue des Deux-Mondes, nous n'avons aucune idée d'une œuvre\nsemblable et aucun compositeur ne pourrait songer à en réaliser l'équivalent. »\nSuivait une liste éclectique de compositions musicales présentées, sans distinc-\ntion d'époque ou d'école, comme offrant toutes ce caractère commun d'être\nconçues et exécutées sans liaison intime avec des sentiments, des idées, des\nformes d'une essence spécialement française : Dardanus, Joseph, la Juive, Ham-\nlet, Faust, Carmen, Sigurd, nombre d'autres qui n'importent point au débat, et\nà la fin, ceci est une autre affaire, Fervaal.\nAvec tout le respect que je lui dois, mon vieil ami Bellaigue, le jour qu'il écri-\nvit ces choses, se trompa. Pour empreindre d'une plus large humanité les per-\nsonnages de « l'œuvre la plus forte, la plus noble, la plus haute qui ait surgi\ndepuis Parsijal, » l'auteur, écartant les contingences trop précises, situe son\n(( action musicale » dans une époque très reculée et définie seulement à un siècle\nou deux près, et cette action, c'est essentiellement la solution du problème reli-\ngieux le plus vaste qui se soit dressé devant l'homme depuis sa fâcheuse éviction"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.14", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3749, "texte": "du paradis terrestre. Des traditions nationales ont fourni les éléments de ce Fer-\nvaal où la puissance transformatrice du poète-compositeur les magnifie, les élève\njusqu'au symbole. Fervaal, c'est la lutte entre l'Eau et le Feu, la religion drui-\ndique à son déclin et l'avènement de la religion d'amour. Et les champions de\ncette lutte sont des héros pleins de vie et de force, et le théâtre en est un coin de\nterre évoqué avec une réalité merveilleuse. Ainsi le (( Tonclichter )) français\ns'élève à l'expression des sentiments les plus généraux, les plus universels de\nl'âme humaine, cependant que son œuvre est d'une nationalité extraordinaire-\nment vivante et forte.\nSi un heureux hasard de voyage, ou le désir de vérifier le Journal de route de\nRené Bazin, vous conduit quelque jour dans la vallée du Rhône, quittez le train\nou le bateau à Montélimar, traversez le fleuve et grimpez les pentes de laves que\ndominent les aiguilles de noir basalte et les tours abruptes du vieux château de\nRochemaure; puis, poussez jusqu'au sommet voisin de l'ancien volcan de Che-\nnavari. Alors vous verrez à vos pieds le déroulement majestueux clu fleuve, puis,\nau loin, la ligne auguste des grandes Alpes, et, en vous retournant, un entasse-\nment à perte de vue, un enchevêtrement dédalique de cimes dentelées ou arron-\ndies et cle vallées entrecroisées en tous sens. C'est la vieille terreaux mille pointes\noù s'allumaient les feux appelant les clans au combat, c'est Cravann, la Gaule\ncévenole. Et, si des excès d'intellectualité ne vous ont pas enlevé ce pouvoir\nd'admirer sans lequel, on l'a dit excellemment, l'homme le plus savant et le plus\nlettré n'est plus qu'une lunette au bout de laquelle il n'y a point d'œil, vous sen-\ntirez et vous comprendrez pourquoi Fervaal a été pensé dans ce pays et ne pou-\nvait être pensé ailleurs. Vous sentirez et vous comprendrez que ce poème musi-\ncal, largement humain par sa conception générale, s'affirme en même temps\nétroitement gaulois et cévenol par sa réalisation technique, autant que Y Anneau\ndu Niebelung est étroitement germanique et rhénan. Depuis l'appel des clans\nlancé par le pâtre sur une mélodie populaire, vieille peut-être comme les rochers\ndu pays cle Cravann, jusqu'à l'ascension héroïque de l'idéale et réelle montagne\nd'lserlech, il n'est dans Fervaal aucun moment essentiel de l'action dramatique,\naucune fibre maîtresse de la trame musicale qui ne tienne à la terre cévenole\nautant que les châtaigniers géants qui plongent leurs racines dans le sol.\nCher Fervaal inégalé, d'inspiration puissamment originale et neuve, intime-\nment et profondément française par la robuste personnalité et parla netteté cris-\ntalline des thèmes, par la logique, par le nerf incisif de la déclamation, par la\nvariété et la souplesse des rythmes, par la sonorité si particulière d'un orchestre\nclair, brillant, allègre et léger !•\nVais-je proclamer Vincent clfincly le seul des compositeurs contemporains qui\nsache penser et écrire ? Pas si bête ! mais dans la période anarchique où nous\npataugeons, après la mort de Wagner et de Franck et à travers la laborieuse\nliquidation de leur héritage artistique, alors que tant de massenétistes s'obsti-\nnent à (( tirer sur les ficelles de leur maître au point de les casser», que\nM. Saint-Saëns, après avoir cavalièrement enterré la réputation théâtrale de\nGounocl dans la tombe ouverte d'icelui, se pousse aux premiers rangs des propa-\ngateurs d'un monument colossal à la gloire de Wagner, sans doute afin de faire\noublier son inoubliable refus de souscrire pour le modeste buste cle César Franck,\nqu'un musicien doué comme Gustave Charpentier égare son très réel talent\nen des essais séduisants et dangereux de vérisme sans que toute son adresse"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.15", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 289, "texte": "réussisse à masquer l'inanité de ce mascagnisme montmartrois, je crois ferme-\nment que Vincent d'lndy est de ceux qui, suivant le mot de Carlyle, viennent\ndire à l'univers, qui trop souvent l'oublie, quelle heure il est réellement.\n\nHENRY GAUTHIER-VILLARS (Willy)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c010", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "127", "page_fin": "129", "image_debut": 15, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.6", "titre_corps": "Les origines de l'opéra et les travaux de M. Angelo Solerti.", "titre_sommaire": "Les origines de l'opéra et les travaux de M. Angelo Solerti.", "signature_source": "ROMAIN ROLLAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.15", "debut_caractere": 291, "fin_caractere_exclue": 3272, "texte": "Les origines de l'opéra et les travaux de M. Angelo Solerti.\n\nNotre Revue n'a cessé de montrer l'inconvénient qu'il y a pour l'histoire de la\nmusique à s'enfermer dans les limites étroites de son art. J'ai dit, pour ma\npart (1), quel profit la musique aurait à se rapprocher des autres arts et de la\nlittérature, quel avantage pour tous, s'ils mettaient en commun leurs décou-\nvertes et leurs travaux ; je tâche d'appliquer en ce moment ces idées, en faisant,\nà propos d'une époque déterminée, une sorte d'histoire comparée des arts et delà\nlittérature (2).\nAussi ai-je un plaisir tout particulier à signaler la publication de toute une\nsuite d'ouvrages de M. Angelo Solerti, qui répondent exactement aux mêmes\npensées (3). Ce qui fait l'intérêt exceptionnel de ces écrits sur la musique, c'est\nqu'ils sont l'œuvre d'un des maîtres de la critique littéraire italienne. M. Angelo\nSolerti est connu de tous les lettrés par ses beaux livres sur la littérature de son\npays, et surtout par sa monumentale Vie de Tasse en 3 volumes (4). Ce n'est pas\nseulement la biographie la plus véridique et la plus complète qui existe de Tasse ;\nc'est un trésor de documents, d'une richesse inappréciable pour qui veut con-\nnaître la seconde moitié du xvie siècle, cette superbe décadence italienne, si fé-\nconde, si grosse de vie.\nQu'un historien aussi savant et aussi parfaitement informé se soit brusque-\nment tourné vers l'histoire de la musique, et qu'il ait voulu la faire profiter du\nfruit de ses recherches, on comprend quelle bonne fortune c'est pour nous, et\ncombien nous devons lui en être reconnaissants.\nM. Solerti dit très justement que « pour l'histoire des origines de l'opéra, on\na beaucoup fait au point de vue musical, très peu au point de vue littéraire. Or,\nà la formation de l'opéra ont concouru musique et poésie ; et une histoire exacte\net complète n'est possible que si on les connaît toutes deux. Jusqu'à présent, en\ngénéral, musiciens et lettrés ont procédé séparément, chacun pour son compte ;\net d'ailleurs, il reste encore beaucoup trop à faire pour ces derniers. Les\n\n(t) Revue musicale, juin 1902.\n(2) A l'Ecole des Hautes Etudes sociales : Histoire des rapports de là musique avec Ici vie intel-\nlectuelle et morale de Vltalie, aux xve, xvi0 et xvne siècles.\n(3) ANGÈLO SOLERTI : 1 .Le origini del melodramma, testimonianze dei contemporânei. Turin,\nËocca, 1903, in-120, -62 p\n2. Le rappresentazioni musicali di Venezia, dal 1 571 al 1605, per là prima volta descrittéi\nRlvista musicale italiana, vol. IX, fasc. 3, 1902.\n- 3. Laura Guidiccioni Lucchesini ed Emilio de' Cavalieri. (/ primi téntativi del InelodrctmiH'âP,\nHiv. mus. ital., vol. IX, fasc. 4, 1902.\n—4. Rappresentazione di Febo e Pitone, 0 di Dafne. (Nozze Tedeschi-Cavalieri. Bologne*\n30 oct. 1902.)\n5. Ottavio Rinuccini (analyse d'un livre de Francesco Raccamadoro-ttamelli). Giornalë\nstorico délia letteratura italiana, 1902.\n(4) ANGELO SOLERTI : Vit a di Torquato Tasso, 3 vol. in-B°, 1895. Loeschef."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.16", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": "musiciens ne sont pas forcés de connaître les chroniques, les journaux, la biblio-\ngraphie d'une infinité de publications rares. Il n'en est pas moins vrai que dans\ntous ces écrits on peut trouver, et on trouve une quantité de renseignements qui\nimportent à l'histoire de la musique » (1).\nC'est à l'étude ou à la publication d'un certain nombre de ces documents, que\nsont consacrés les cinq récents écrits de M. Solerti, que je vais rapidement résu-\nmer.\nLe plus considérable comme étendue, mais celui sur lequel j'insisterai le\nmoins, parce qu'il est plutôt un excellent ouvrage de vulgarisation qu'un travail\noriginal, est un livre intitulé : Le origini del melodranima. M. Solerti y a réuni\nles principaux textes relatifs à la création de l'opéra, et contemporains des pre-\nmiers essais mélodramatiques. On y trouve in extenso les préfaces de Péri, de\nCaccini, de Rinuccini, de Marco da Gagliano, de Filippo Vitali, la préface de\nGuidotti à Y Anima e Corpo de Cavalieri, la lettre de Pietro de'Bardi à Doni, le\ndiscours de Pietro clella Valle sur la musique de son temps, des extraits de Doni,\net des discours de Severo Bonini sur la musique. Le moins connu de ces textes\nest un intéressant discours de Vincenzo Giustiniani sur la musique de son temps\n(1628). Tous les autres sont familiers à ceux qui ont étudié l'histoire de l'opéra\nau xvne siècle, et ils ont été souvent cités ; mais il est utile d'en avoir la collec-\ntion, et ce livre doit avoir sa place dans toutes les bibliothèques des historiens\nde la musique.\nBeaucoup plus intéressantes et originales sont quatre études, parues, deux\ndans la Rivista musicale, une dans le Giornale storico, et la quatrième, tirée à\n100 exemplaires seulement, à l'occasion d'une féte.\nCette dernière brochure est la réédition d'une Rappresentazione di Febo e Pi-\ntone, o di Dafne, contenue dans un manuscrit de la Biblioteca comunale de Man-\ntoue (A. IV. 30), le même manuscrit qui contient Y Orfeo de Politien. Cette Dafne\nest identifiée par M. Alessandro d'Ancona avec une Resta di lauro, poésie et mu-\nsique de Gian Pietro délia Viola, représentée à Mantoue en i486, douze ans\naprès Y Orfeo de Politien, qui est de 1474. Il est assez curieux de noter que, lors-\nque l'opéra florentin, un siècle plus tard, fit ses débuts dans le monde, ce furent\nles mêmes sujets de Dafne et F Orfeo qu'il reprit (2). Gian Pietro délia Viola\nétait un Florentin au service des Gonzague ; il passa quelque temps en France,\nentre 1481 et 1484, au service de Chiara Gonzaga, femme du duc de Montpen-\nsier.\nSa pièce s'ouvre par un prologue, où Mercure annonce le sujet :\n(( Signori attenti : el fu già un serpente\nDoppo il Diluvio, e fu Pheton chiamato... »\n(( Seigneurs, attention ! Il y eut un serpent, après le Déluge, qui fut appelé\nPhéton-. ))\n\n(1) ANGELO SOLERTI '.Le rappresentazioni musiccili di Venezia.\n(2) Dafne, mis en musique de 1594 à 1608 par Corsi, Péri, Caccini, Gagliano.\nOrfeo, ou Euridice, traité successivement par Péri, Caccini, Monteverdfl Stefano Landi, Luigi\nFossi."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.17", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "Puis l'action commence. Des pasteurs et des nymphes implorent le secours de\nPhébus contre le monstre. Phébus prie Jupiter, puis la Terre, de lui donner la\nvictoire. Ici, une lacune dans le texte. Le combat entre Phébus et le serpent\navait lieu ; et il semble qu'il fût représenté parla simple pantomime, ou par la\nmusique instrumentale, sans aucun chant. Nous retrouvons Phébus remer-\nciant Jupiter de son triomphe. La nouvelle se répand au ciel, et Vénus envoie\nCupidon pour apprendre des détails, et pour voir Phéton mort. Cupidon ren-\ncontre Phébus, qui, tout glorieux, le traite avec impertinence. Cupidon, blessé,\nva se plaindre à sa mère. Elle lui donne une flèche d'or, qu'il lance à Phébus, et\nune flèche de plomb, dont il perce Daphné. Phébus brûle aussitôt d'amour pour\nDaphné, qui le dédaigne. En vain, Penneo, père de Daphné, engage sa fille à se\nmarier :\n« E genero e nipoti mi darai\nPer passar tempo lieto senza doglia.\nTempo è d'aver di te qualche bon seme. »\n(a Tu me donneras un gendre et des petits-enfants, pour m'égayer. Il est\ntemps d'avoir de toi de bons rejetons. )))\nDaphné reste insensible. Apollon la poursuit. Elle supplie Penneo de la\ntransformer en laurier : « Muta il corpo mio, che mi fa guerra )). Ici, nouvelle\nlacune dans le texte, pour la transformation fantastique. Phébus parle au\nlaurier, et lui promet la gloire. Jupiter, irrité par le bruit qu'a fait la dispute\nde Cupidon et de Phébus, les semonce rudement. Mars prend leparti de Phébus.\nJupiter le fait taire : « che non bisogna a te risponder che nessun ti chiama ))\n((( Tu n'as pas besoin de répondre : personne ne te parle »). Il s'emporte contre\nCupidon et Vénus, (( qui ne pense qu'à tromper tel ou tel ». Il finit para tonner »,\n(( ch'i' farôtosto il mondo in fuoco e'n cenere ».Puis, après avoir fait plus de bruit\nque de besogne, il s'apaise. Les dieux s'embrassent ; et le spectacle finit par des\nchants de fête et des danses.\n(A suivre.)\n\nROMAIN ROLLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c011", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "129", "page_fin": "131", "image_debut": 17, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.7", "titre_corps": "Louis Couperin (1630-1665).", "titre_sommaire": "Louis Couperin (1630-1665).", "signature_source": "HENRI QUITTARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.17", "debut_caractere": 1982, "fin_caractere_exclue": 2845, "texte": "Louis Couperin (1630-1665).\n\n(Suite) (1)\nBeaucoup de ces pièces, composées dans la forme traditionnelle de l'air de\ndanse, Allemandes, Courantes, Gigues, Gaillardes ou Sarabandes, ne nous font\nvoir rien que nous ne pourrions trouver ailleurs, dans les Livres de clavecin\nde Chambonnières, par exemple. L'imitation n'a rien de servile, certes. Elles\nrestent originales tant par le style et l'expression que par l'ampleur et la force\nde leur polyphonie robuste. Ce goûtsévère reste souvent au-dessous de l'admi-\nrable aisance du vieux maître. Il en ignore la grâce exquise et la précise élé-\ngance. Mais la forme et la technique demeurent les mêmes. Notons-y cepen-\ndant un effort sensible à réaliser de plus vastes développements, des propor-\ntions plus grandes sans que le sentiment de l'unité mélodique s'y obscurcisse\n\n(i) Voir la Revue de novembre 1902, p. 458"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.18", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3460, "texte": "jamais. C'est ainsi que dans les pièces à plusieurs reprises, chaconnes ou pas-\nsacailles, composées, on le sait, de plusieurs couplets différents séparés par une\nreprise du refrain toujours identique, le compositeur se plaît à dissimuler, par\nd'ingénieux artifices, ce qu'une telle forme a de monotone et de peu cohérent.\nAu lieu de débuter par un accord de tonique, il emploiera pour son refrain\nl'accord de sixte, ce qui lui permettra d'enchaîner plus facilement avec ce qui\nprécède au cours du morceau. Il terminera un couplet sur une cadence rom-\npue : il modifiera, s'il le faut, une ou deux mesures. Il ne craindramême pas de\nprésenter son refrain transposé en un ton relatif, véritable procédé de dévelop-\npement symphonique hardi pour l'époque et qui laisse le champ ouvert aux\nmodulations. De même, alors qu'il compose sur un trait de basse contrainte\ncomme il est de règle dans les passacailles, il demeure fort habile à varier ses\ncombinaisons, qu'il fasse passer le dessin obligé de sa basse du majeur au\nmineur, qu'il le rejette dans une partie intermédiaire, qu'il y introduise des\nintervalles chromatiques ou qu'il le représente renversé.\nChambonnières, en ce qui nous en reste, n'a pas si bien réussi dans ses\nrecherches. On y trouverait cependant ces tendances, esquissées tout au moins.\nMais Couperin a d'autres compositions à nous offrir dont l'équivalent ne se\nretrouve nulle part ailleurs (i).\nSes Préludes d'abord. La forme en est, pour nous, singulière. Ecrits sans\nmesures marquées, sans indications de valeurs diverses, ils offrent l'apparence\nd'une suite de grands accords arpégés, mêlés de traits d'ornement, modulant\navec beaucoup de hardiesse, parfois assez loin du ton principal, sans trop de\nsouci d'une logique harmonique stricte. Nous avons là une reproduction am-\nplifiée et fixée par l'écriture des préludes improvisés avant l'exécution des\nsuites. Ces pièces, dont on retrouve quelque chose dans des œuvres bien pos-\ntérieures (les préludes du Premier livre de Clavecin de Rameau, par exemple\n[1706]), seraient d'une lecture et d'une interprétation fort malaisées pour des\nartistes modernes, que rebuterait vite le caractère conventionnel et abrégé de\nleur écriture.\nAussi nous intéresseraient-elles assez peu si, au milieu de quelques-unes,\nl'auteur n'introduisait un épisode ordinairement fugué, fort exactement suivi\net d'assez grandes proportions. Un second passage en style libre comme au\ndébut en fait alors la conclusion, Tempo rubato amené quelquefois insensible-\nment, la fugue, au lieu de se terminer, se dissolvant pour ainsi dire peu à peu\njusqu'à ramener les passages de fantaisie par où le musicien a d'abord com-\nmencé.\nCe contraste, nécessaire pour éviter la monotonie, est toujours d'un effet\ntrès heureux. Les thèmes des fugues, toujours très mélodiques, plaisent par\nleur rythme vif et décidé, et la technique s'y décèle bien avancée déjà. Mieux\nencore apparaît-elle en quelques Fantaisies ou Duos qui terminent le\n\n(1) On trouvera quelques-unes de ces pièces de Louis Couperin reproduites dans\nle Trésor des pianistes de Farrenc (vol. XX). Une est particulièrement intéressante.\nC'est le Tombeau de M. Blancrocher, célèbre luthiste de ce temps. Pour commémorer\nle souvenir de cet artiste, Couperin écrit un véritable petit poème symphonique,\ntableau pittoresque des funérailles. Marche funèbre, lamentation, sonnerie de\nehes> tout y est fort exactement indiqué et très curieusement rendm"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.19", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "Recueil (i). On est surpris d'y trouver des figures rythmiques et mélodiques\nque 1 œuvie de Bach nous a rendues familières. Certains passages font immé-\ndiatement songer à telle ou telle pièce du grand Cantor de Leipzig.\nSi l'on considère qu'en fait de pièces de clavecin de ce temps, nous n'avons\nque de simples airs à forme fixe, on sentira combien l'œuvre de Couperin,\noutre sa valeur propre, nous fournit d'indications précieuses sur l'art de nos\nvieux compositeurs. Car croire qu'il fut le seul à écrire de telles œuvres serait\nune erreur. Nous pouvons lui rendre justice sans lui faire cet honneur excessif\ndont le hasard heureux qui nous a conservé ce manuscrit semblerait le rendre\ndigne. Il exceile tout au moins dans ce style que nous ne connaissons que par\nlui. Savant et disert à propos, il évite tout excès et ne renonce pas, par amour\ndu contrepoint, au charme pathétique et discret du style mélodique. Nulle\npédanterie ne dépare ces fugues aimables. Cette raideur, cette application labo-\nrieuse qui se trahit dans l'œuvre d'un Roberdav, dans celle du grand Fresco-\nbaldi lui-même par instants, il a su en effacer toute trace. Ces pièces veulent\nplaire et y réussissent. La science sait s'y faire aimable. .L'auditeur y goûte le\nbabillage ingénieux des motifs sans avoir la fatigue de les poursuivre au milieu\nde complexités trop ardues. Héritier des vieux contrepointistes dont Cham-\nbonnieres, descendant d une antique lignée de musiciens austères, lui avait\ntransmis sans doute la tradition, il n'a garde de 1 eurs labeurs que ce qui pouvait\nlui servir.\nCar son public, assez cuitive pour apprécier a l'occasion les « doctes recher-\nches », ne voulait pas renoncer au charme des belles mélodies, à la précise\nélégance des formes consacrées. Toute une part de l'œuvre de Couperin lui\ndonne par là pleine satisfaction. Et quand il veut piquer la curiosité de ceux\nqui 1 écoutent, il a soin de ne leur présenter que des problèmes dont la solution\nsoit aisée et dont 1 exposé, par trop de science, ne risque pas de rebuter leur\ndélicatesse avertie.\n\nHENRI QUITTARD."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.19", "debut_caractere": 3071, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "(i) Plusieurs de ces pièces ont fort bien pu avoir été conçues pour l'orgue, dont\nle style ne diffère pas toujours bien sensiblement de celui du clavecin à cette époque."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c012", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "131", "page_fin": "133", "image_debut": 19, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.8", "titre_corps": "Un nouvel orchestre.", "titre_sommaire": "Un nouvel orchestre.", "signature_source": "CONSTANT ZAKONE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.19", "debut_caractere": 2102, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "Un nouvel orchestre.\n\nLe besoin, dira-t-on, ne s'en faisait pas sentir. N'avons-nous pas déjà, pour\nne point parler de 1 inaccessible Conservatoire, nos deux orchestres du dimanche,\npourvus chacun de ses qualités, de ses défauts, de son chef et de ses partisans ?\nN avons-nous pas encore la salle Humbert de Romans, les concerts Le Rey ou\nLefort, et, pour les vrais amateurs, le Concert Rouge, où l'on peut écouter en\npaix la Symphonie de Franck si bien comprise par M. Touche et sa vaillante\npetite troupe ? Quant aux sociétés d'amateurs, elles sont nombreuses et variées,\ndepuis telle compagnie de bon ton, où 1 on n'entre qu'en exhibant un nombre res-\npectable de quartiers de noblesse ou, à défaut, de titres de rente, jusqu'à celle\ndont parlait naguère un brave homme hanté d un rêve d'harmonie qu'il savait\nmal traduire : « Je voudrais avoir chez moi quelques violons, enfin quelque\nchose comme une Société philanthropique. » Mais la société dont je veux parler"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.20", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3609, "texte": "aujourd'hui a un caractère spécial et nouveau: elle se compose d'amateurs, et\nces amateurs travaillent. Partout ailleurs, en effet, on se contente d une exécution\napproximative de quelques morceaux (( de moyenne difficulté » ; on s élève, à\npeu près, jusqu à Gounod ou Delibes, parfois jusqu'au Collier de Saphirs de\nM. Pierné aux airs de ballet de Henry 1 111, voire à une symphonie de Mozart\nqui représente à elle seule le grand art classique. Et lorsque les violonistes sont\nvenus à bout de leurs traits et que l'on ne craint plus trop les erreurs de mesure,\non se déclare satisfait, et l'on convoque ses amis à un concert qui recueille les\napplaudissements d'usage. Tout autre fut la pensée des amateurs véritables qui\nse sont groupés autour de M. de Lacerda, l'an passé, et donnaient, le ier mars,\nleur premier concert. Ils savent que la musique d'orchestre, comme toute mu-\nsique, demande beaucoup de soin, d'efforts, de réflexion et de bonne volonté. Et,\ncomme leur intention était de travailler, ils ont accepté de grand coeur le titre\nmodeste de Cours d'ensemble orchestral, sous lequel la société nouvelle se présen-\ntait, 1 autre dimanche, à un petit nombre d'invités. Le programme comprenait\nles œuvres suivantes :\nlIrENDEL, Largo en fa majeur (de l'opéra Serse), orchestré par Guiraud ;\nI Concerto en fa majeur pour orgue et orchestre ;\nJ.-S. BACH, Aria cle la Suite en ré, pour orchestre à cordes ;\nJ.-S. BACH, Concerto en ré mineur, pour 3 pianos et orchestre à cordes ;\nMOZART, Symphonie en sol mineur ;\nBEETHOVEN, Concerto ennt mineur, pour piano et orchestre ;\nBEETHOVEN, Ouverture d'Egmont.\nOn suivait ainsi, dans ses principales étapes, le genre du Concerto, et des in-\ntermèdes d'orchestre reposaient l'attention. On étudiera plus tard la Suite,\nl'Ouverture, la Cantate, la Symphonie ; si bien que l'année écoulée, on aura\nappris, par le plus direct des enseignements, l'origine, les destinées et les lois\ndes principales formes musicales Ce programme paraît bien ambitieux peut-\nêtre ; on ne croit pas d'habitude qu'un musicien s'instruise en jouant sa partie\ndans un orchestre. Cela tient à ce que la plupart des musiciens, artistes ou\namateurs, se contentent en effet de lire les notes, d'observer la mesure et de se\nconformer en gros aux indications de nuances ou aux gestes éloquents du chef.\nPersonne ne se soucie de comprendre le sens de ces notes : sont-elles une phrase\nimportante ou un accompagnement ? Marquent-elles le progrès d une idée qui\ns'affirme davantage, ou doivent-elles s'effacer comme un souvenir ? Introclui-\nsent-elles un élément nouveau, ou reprennent-elles une dernière fois un motif\ntenace qui ne peut s'en aller ? Quel est le musicien qui, devant son pupitre,\nsonge à se poser ces questions ? Tout dépend cependant de la réponse qu'on\nleur donne, car tout, accent, expression et rythme, est commandé par le carac-\ntère cle la phrase et le rôle qui lui est dévolu dans l'œuvre. Aussi M. de Lacerda,\nélève de M. Vincent d'lndy, ne ménage-t-il pas les explications, et il réussit à\ncommuniquer à tous ses collaborateurs son sentiment, qui est toujours celui\nd'un excellent musicien. Il faut avoir assisté à une de ces répétitions, souvent\nprolongées jusqu'à une heure assez tardive, pour savoir ce que peut obtenir un\nchef d orchestre intelligent et dévoué. Ce sont là de vraies répétitions, car on y\nrépète, sans se lasser, les passages douteux ou mal équilibrés, jusqu'à ce que\nla sonorité exacte ait été atteinte, au moins dans la mesure des moyens dont on\ndispose. Tous s'efforcent : violonistes gracieuses en leur application même, vio-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.21", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3032, "texte": "loncellistes barbus et bavards, mais capables aussi de se taire, hautbois, flûtes\net clarinettes, et jusqu'au cor qui mugit ou aux timbales qui grondent, tout au\nfond de la salle. Et si tous ne sont pas impeccables, si parfois un faux départ ou\nune fausse note amène un regard fulgurant, on sent que tous du moins aiment\nsincèrement la musique et veulent arriver à la mieux connaître, puisqu'ils s'im-\nposent de leur plein gré un pareil travail.\nL'œuvre a suscité d'autres dévouements encore, plus méritoires peut-être\nparce qu'ils veulent rester ignorés Nous ne parlerons donc pas des difficultés\ndu début, ni de certaines activités infatigables, qui ont assuré et assurent\nencore le succès. Qu'il nous soit seulement permis de nommer M. E de Laheu-\ndrie, qui, en offrant l'hospitalité au nouvel orchestre dans sa belle salle de\nmusique, a montré une fois déplus que tous les arts sont frères, et d'ajouter que\nla présence d'un hôte aussi aimable n'est pas le moindre attrait de ces soirées.\nLe résultat de tous ces efforts unis, c'est qu'on a pu mettre debout des œuvres\ncomme le Concerto à 3 pianos de Bach, si rarement exécuté, ou le Concerto en\nnt mineur de Beethoven. Je ne dirai pas que 1 interprétation a été (( au-dessus de\ntout éloge )) : cette vieille formule n aurait ici aucun sens, car des musiciens qui\ntravaillent et veulent bien faire ne sont pas au-dessus des éloges. Mais l'attente\ndu public a été de beaucoup dépassée : la précision des attaques, la finesse des\nnuances, et la puissance de l'expression, ont fait songer plus d'une fois à un\ngrand orchestre. C est ainsi qu' on a beaucoup admiré dans le Concerto de\nHœnclel l'exactitude des musiciens à se maintenir dans la sonorité de l'orgue,\ncomme s'ils changeaient de jeux en même temps que le grand instrument. Bach a\nété rendu le moins nerveusement possible, grâce aux recommandations du chef,\nqui n'avait cessé de prêcher le calme, et encore le calme; Beethoven, plus ému,\nn'a cependant point perdu sa grandeur. Et les difficiles accélérations de l'Ou-\nverture d'Egmont ont été particulièrement réussies.\nOn voit le grand intérêt de l'entreprise. Elle offre aux auditeurs de ses con-\ncerts des exécutions qui, sans prétendre au titre cl exécutions modèles, ont clu\nmoins le rare mérite de ne jamais dénaturer les œuvres. Elle offre aux amateurs,\npar la familiarité avec ces mêmes œuvres, un puissant moyen de culture musi-\ncale, qu ils savent apprécier. Elle est, en outre, unique en son genre: il n'existe\nà Paris que deux autres classes d'orchestre . 1 une, celle du Conservatoire, ou-\nverte aux seuls lauréats, devant laquelle les amateurs doivent passer les mains\njointes et les yeux humblement baissés ; l'autre, celle de la Schola, dirigée par\nM. V. d Indy en personne, mais composée surtout d'élèves de la maison, peu\nouverte, en conséquence, aux simples amateurs. Et, après le concert du lerIer mars,\non peut se demander si la musique d'amateurs, bien conduite, n'est pas plus\nmusicale que celle des artistes.\n\nCONSTANT ZAKONE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c013", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "133", "page_fin": "135", "image_debut": 21, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.9", "titre_corps": "Exercices d'analyse.", "titre_sommaire": "Exercices d'analyse.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.21", "debut_caractere": 3034, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "Exercices d'analyse.\n\nNous avons reçu d'un de nos lecteurs une lettre dont nous détachons le passage\nsuivant :\nJe ne fais nulle difficulté de répondre à la question que vous avez posée dans votre n° de dé-\ncembre au sujet d'un accord du Manfred de Schumann."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.22", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3326, "texte": "Je ne crois pas cependant être grand clerc en harmonie, mais vraiment il n'y a là nul mystère\n(je n'en dirais pas autant de la progression de quintes de Pelléas, que vous citez aussi). Seuls les\nbadauds peuvent s'étonner de ce ré f? qui voisine avec un fa g. Nous sommes en Ja mineur, avec\nquatre bémols à la clé. L'accord est construit sur la dominante (ut) 9 et comme c'est un accord de\nneuvième, il a tout naturellement la forme : ut-mi £J-sol-si p-ré [?, et rend presque inévitable une\nconclusion sur l'accord parfait de/a mineur. Quant au fa g, de même qu'à la suppression du mi,\nce sont là des détails de réalisation sans importance: le fa g est une appoggiature ascendante du sol,\nsur lequel d'ailleurs il se résout presque aussitôt; comme toutes les appoggiatures,cette note jouit\nd'indulgences spéciales : elle peut former les plus dures dissonances sans que l'oreille proteste.\nDans le cas qui nous occupe, et ne nous occupera pas longtemps, la dissonance est une fausse oc-\ntave, entre le sol de la basse et le fa g de la partie supérieure. Mais ce caprice d'une clarinette ne\nsaurait détourner un instant notre attention et nous donner le change. L'harmonie reste honnête\net solide. Tout est là. J'avoue même que je ne saisis pas bien l'intérêt de la question que vous avez\nposée : nous avons tous eu des hardiesses pareilles, dans nos devoirs d'harmonie. Il est vrai qu'on\nles blâme dans un devoir. Pourquoi ?...\nVeuillez m'excuser si je ne termine pas par les compliments que l'on a coutume d'échanger\nentre savants, C'est une réponse que j'attends, et non un éloge funèbre.\nJe répondrai d'abord à mon honorable correspondant que sa lettre renferme un\ncompliment des plus immérités, puisqu'il semble m'inviter à partager avec lui le\ntitre de savant. Mais ce n'est pas sur ce point que j'ai à discuter. Voici les quel-\nques remarques dont je veux faire suivre son analyse.\n10 L'harmonie de M. Debussy, pour être plus musicale que celle de maint\nprofesseur et de maint compositeur, n'en a pas moins sa logique profonde. C'est\nce qu'on a déjà essayé de montrer ici même (novembre 1902). J'y revien-\ndrai.\n20 II est parfaitement exact que Schumann nous met en présence d'un accord\nde neuvième mineure muni d'une appoggiature. Mais d'abord l'appoggiature libre\nest une conquête assez récente delà musique : Bach, Mozart, et même Beetho-\nven, ne l'emploient qu avec réserve et scrupule, en évitant les grandes duretés.\nC'est précisément Schumann qui, pour traduire des pensées plus inquiètes et dou-\nloureuses, a recherché ces froissements qui depuis ont conquis droit de cité dans\nla musique moderne (1),\n30 II ne faut pas parler avec ce dédain du détail de la réalisation : car la réali-\nsation seule donne à l'harmonie sa couleur. Sans doute, il faut que la succession\ndes accords soit légitime et claire, mais ce n'est là qu'une condition première,\nqui suffît à la confection d'un devoir, non à la création d'une œuvre. L'harmonie\nest le squelette que le compositeur doit revêtir de chair, c'est-à-dire de notes ou\nplutôt encore de mélodies dont le libre jeu donne à la fois un bon enchaînement\nd'accords et d'expressives combinaisons de sons.\n\n(1) Voir, sur ce sujet, l'excellent ouvrage du Dr Rietsch sur la Musique dans la\n2e moitié du XIX° siècle (Leipzig, Breitkopf). pp. 22 et suivantes."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.23", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 925, "texte": "40 En particulier, dans le cas qui nous occupe, et qui mérite de nous occuper le\nplus longtemps, le (( caprice de la clarinette » est tout simplement l'une des idées\nessentielles de l'œuvre, que Schumann présente sur des harmonies variées, d'une\ninquiétude croissante : d'abord il n'y a pas de fausse octave, la note de résolution\nde l'appoggiature n'est pas représentée dans l'accord tenu :\nPuis le motif revient sous la forme que nous avons citée, et reparaît encore à\nla basse, tandis que la note de résolution se trouve à la partie supé-\nrieure :\nIl y a là une sorte de déchirement et un trouble profond, traduit par une har-\ndiesse de réalisation que Schumann a pris soin de préparer.\n5° L'idée de Schumann est musicale et belle. 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Les chanteurs oublient qu'ils repré-\nsentent des personnages des Mille et une nuits. M. Affre fait avec succès les\ngestes et les mines du ténor amoureux, et lance d'un cœur convaincu son ut\nde poitrine dans la gracieuse romance ; mais s'il pouvait être plus simple, je\nl'en aimerais davantage. M. Delmas, superbe d'ailleurs, a les allures héroïques\nd'un ambassadeur de tragédie : tel Sylvain déclamant une tirade de Racine ;\nla jeune fille, poussant le pathétique, semble pleurer de vraies larmes ; et le\nspectateur, qui se croyait en plein conte bleu, éprouve un certain malaise qui\nnaît d'une disproportion entre le sujet et l'interprétation. On voudrait ici plus de\npoésie et moins de majesté, là plus de mouvement et moins de solennité. Mais,\nsi l'on ne considère que la musique, comme cette partition se soutient, malgré\nquelques formules usées et des longueurs, par la pureté et la fermeté du style, le\ncharme d'une mélodie toujours claire, fraîche et colorée, jamais banale ! 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Reyer, qui se pique avec raison de ne jurer sur la parole de personne, on\npourrait signaler certaines affinités entre lui et son grand ami Berlioz, ainsi que\nl'auteur du Freyschùt% et d'Obéron. Mais à quoi bon ?Il suffit de reconnaître le\ntalent original de M. Reyer. La direction de l'Opéra ne lui a peut-être pas rendu\nun très bon service en montant la Statue sur cette trop vaste scène. 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Les chanteurs oublient qu'ils repré-\nsentent des personnages des Mille et une nuits. M. Affre fait avec succès les\ngestes et les mines du ténor amoureux, et lance d'un cœur convaincu son ut\nde poitrine dans la gracieuse romance ; mais s'il pouvait être plus simple, je\nl'en aimerais davantage. M. Delmas, superbe d'ailleurs, a les allures héroïques\nd'un ambassadeur de tragédie : tel Sylvain déclamant une tirade de Racine ;\nla jeune fille, poussant le pathétique, semble pleurer de vraies larmes ; et le\nspectateur, qui se croyait en plein conte bleu, éprouve un certain malaise qui\nnaît d'une disproportion entre le sujet et l'interprétation. On voudrait ici plus de\npoésie et moins de majesté, là plus de mouvement et moins de solennité. Mais,\nsi l'on ne considère que la musique, comme cette partition se soutient, malgré\nquelques formules usées et des longueurs, par la pureté et la fermeté du style, le\ncharme d'une mélodie toujours claire, fraîche et colorée, jamais banale ! Que\nd'œuvres, beaucoup plus jeunes que cette aimable quadragénaire, ont déjà des\nrides ! Avec la Statue, Salammbô et Sigurd, M. Reyer a ceint le triple laurier\ndu triomphe.\n\nAMÉDÉE LEMOINE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c020", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "136", "page_fin": "137", "image_debut": 24, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.11", "titre_corps": "Nécrologie.", "titre_sommaire": "Nécrologie.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.24", "debut_caractere": 1820, "fin_caractere_exclue": 3203, "texte": "Nécrologie.\n\nALBERT CAHEN.\n\nUn nouveau deuil est venu affliger le monde des musiciens : quinze jours\naprès Augusta Holmes, Albert Cahen est mort brusquement le 27 février au\nCap d'Ail, au moment même où il terminait une œuvre considérable, à laquelle\nil travaillait depuis de longues années et où la maturité de son talent allait trou-\nver une consécration définitive.\nIl était né à Paris en 1846, et après de fortes études classiques, suivies de\nnombreuses nominations au Concours général, au lendemain de la guerre\noù il avait fait courageusement son devoir comme engagé volontaire, il avait\ncédé tout entier à son irrésistible penchant pour la vocation musicale. Elève de\nCésar Franck, pour lequel il garda toute sa vie une si touchante vénération,\nl'élection et la règle d'un tel maître disent assez quelles furent les préférences de\nson goût et les nobles tendances de son esprit. Possesseur d'une belle for-\ntune, dès le début il méprisa les succès faciles, et ne sacrifia pas à cet art joujou\ndont parle Flaubert, (( qui cherche à distraire comme les cartes, ou à émouvoir\ncomme la cour d'assises )). Son art fut exclusivement de scrupules et de probité\npatiente, et il laisse des pages d'une'délicatesse de pensée et d'une sûreté d'écri-\nture qui font de lui le pair de bien des compositeurs récompensés par des succès\nplus retentissants et touchés par la justice officielle."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.25", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "11 débuta par le Bois, cet acte précieux d'Albert Glatigny, et il sembla que cette\npartition pouvait se résumer en ces deux vers du poète interprété :\n« Une lente chanson qui chante sans secousse\nJe ne sais quoi de doux et dont on pâmerait. »\nIl donna ensuite Jean le Précurseur, Endymion, qui fut joué chez Colonne, une\nféerie de Gallet Ja Belle au Bois dormant, un ballet de Ricard, Fleur des Neiges, où,\navec une émotion pittoresque, une saveur dé naturé fraîche et directe, il peignit\nl'effroi du glacier bleu et vert, les musiques souveraines des eaux qui s'épanchent,\nle silence des candides névés sous lesquels dorment les gentianes. En 1890,\nil fît jouer à Rouen le Vénitien, quatre actes écrits aux bords du Lido, dans l'in-\ntimité vibrante de Carpaccio ; puis rompant du même coup et avec l'inspiration\ndescriptive et avec le passé, en 1896, il donna à 1 Opéra-Comique cette Femme de\nClaude, œuvre saisissante de passion moderne, si fertile en élans dramatiques,\nhardis et spontanés, et qui obtint un très honorable et légitime succès.\nTelle est, avec un recueil de mélodies, harmonieuses et colorées, sur des vers\nde Paul Rourget, l'œuvre laissée. Elle montre éloquemment par la variété de sa\npensée multiple et de sa technique savante quelle fut l'élévation et la fertilité d'es-\nprit d'Albert Cahen. Peut-être l'eût-onsouhaitée plus vaste encore : la seulegrâce\nque le musicien disparu demanda à sa fortune fut de lui accorder le labeur recueilli\net cet enchantement rêvé de n'abandonner rien à la précipitation harsardeuse.\nSi nul n'aima plus et mieux que lui la musique, Albert Cahen n'avait rien\ndédaigné de tout ce qui pouvait ennoblir encore son intelligence. Son goût et son\nsavoir, il les avait formés et entretenus par d'universelles lectures et par des\nvoyages studieux, jusqu'à la mort il avait conservé pour les paysages, la vie et les\nchefs-d'œuvre, une curiosité têtue, la sensation en pleine fleur d'un enfant. Il\navait fait sa société de ceux de sa génération qui ont accru notre patrimoine de\nbeauté et d'idéal. On sait combien il les aima, avec une abnégation et une sécu-\nrité dans l'affection quasi religieuse. L'article que lui consacrait hier, dans les\nDébats, Paul Bourget en fait foi, et l'on n'a pas oublié la poignante sollicitude,\nla douloureuse piété dont il entoura l'agonie barbare et sournoise de Maupas-\nsant. Tous ceux qui ont goûté la cordiale hospitalité des salons de la rue de Gre-\nnelle, tous ceux qui, aux côtés du mort d'hier, ont rêvé devant l'obscurité bleue\ndes sapinières de Gérardmer, garderont la mémoire attendrie de celui qui fut\nun si loyal artiste et un si brave cœur.\n\nPOL NEVEUX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c021", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "136", "page_fin": "137", "image_debut": 24, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.11.1", "titre_corps": "ALBERT CAHEN.", "titre_sommaire": "ALBERT CAHEN.", "signature_source": "POL NEVEUX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.24", "debut_caractere": 1833, "fin_caractere_exclue": 3203, "texte": "ALBERT CAHEN.\n\nUn nouveau deuil est venu affliger le monde des musiciens : quinze jours\naprès Augusta Holmes, Albert Cahen est mort brusquement le 27 février au\nCap d'Ail, au moment même où il terminait une œuvre considérable, à laquelle\nil travaillait depuis de longues années et où la maturité de son talent allait trou-\nver une consécration définitive.\nIl était né à Paris en 1846, et après de fortes études classiques, suivies de\nnombreuses nominations au Concours général, au lendemain de la guerre\noù il avait fait courageusement son devoir comme engagé volontaire, il avait\ncédé tout entier à son irrésistible penchant pour la vocation musicale. 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Lorain, ex-artiste de l'Opéra, qui faisait, depuis la ma-\nladie de M. Auguez, l'intérim de ce dernier.\nCette année, dix-huit élèves étrangers ont été admis à suivre les cours de\nnotre Conservatoire national.\nVoici comment ils se répartissent, par nationalités :\nBelges .... 3 Arménien 1\nItaliens 3 Argentin ..... 1\nRusses 3 Hollandais 1\nAméricains. . . 2 Roumain 1\nAutrichiens. . , 2 Suisse. ..... 1\n- M. Th. Dubois, Directeur du Conservatoire national de musique et de Dé-\nclamation, a été désigné par M. le ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-\nArts pour faire partie de la délégation chargée de représenter l'Académie des\nBeaux-Arts au Congrès international des sciences historiques à Rome.\nAprès Paillasse, de Leoncavallo, M. Gailhard a l'intention de monter\nY Etranger, de M. Vincent d'lndy : nous aurons le plaisir d'entendre à l'Opéra,\nl'hiver prochain, la belle œuvre applaudie à Bruxelles. Et Fervaal ?\nLe Musical Standard de Londres, dans son numéro du 10 janvier, con-\ntient un long article signé Ed. Evans, dont nous extrayons ce qui suit :\n«Un professeur de piano bien connu, Mlle Hortense Parent (de Paris), a fait paraître le ier vo-\nlume d'un ouvrage (1) qui est appelé à être d'une valeur incalculable pour les professeurs du\nmonde entier. Ce n'est rien moins qu'un guide complet de la littérature du piano au point de vue\nde l'enseignement.\n« .... Le livre est en français, mais le plan de l'ouvrage est tellement clair que l'ignorance de la\nlangue française ne saurait empêcher une personne douée d'une intelligence moyenne d'en\nrecueillir le plus grand avantage. Armés de ce livre, les professeurs n'auront plus à faire face à la\ndifficulté de choisir des morceaux pour leurs élèves. En un instant ils peuvent trouver non seule-\nment une sélection de pièces dans chaque degré de force, mais encore, grâce à l'analyse faite par\nl'auteur sur chaque morceau, ils peuvent choisir les œuvres donnant l'occasion d'étudier tel ou\ntel point technique pour lequel l'élève éprouve une difficulté particulière faisant obstacle à ses\nprogrès.\n« Il est évident que ce premier volume (auteurs classiques) a demandé une immense somme de\nconsciencieux labeur ; mais si l'on considère l'énorme quantité de musique écrite depuis Schu-\nmann dont il faut tenir compte, le deuxième volume (auteurs modernes) est, en réalité, une tâche\nstupéfiante à faire frémir le professionnel, homme ou femme, le plus laborieux. Quoi qu'il en soit,\ncette dame semble douée d'une indomptable énergie et nous pouvons être assurés que le 2e vo-\nlume sera mené à bonne fin comme le premier. J'ai lieu de croire que même nos compositeurs\nanglais, qui sont généralement traités avec fort peu de cérémonie par les écrivains du continent,\nrencontreront l'attention qui leur est due. »\n(ï) Répertoire encyclopédique du pianiste (Hachette, 20 édition)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c023", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "137", "page_fin": "138", "image_debut": 25, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.12.1", "titre_corps": "CONSERVATOIRE NATIONAL DE MUSIQUE. Les séances de la Société des", "titre_sommaire": "CONSERVATOIRE NATIONAL DE MUSIQUE. 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C.\nJoie, belle étincelle divine, fille de\n1 Elysée, nous entrons ivres d'ardeur, ô céleste, en ton sanctuaire... Telle est la tra-\nduction des premiers vers de Schiller dont s'est inspiré Beethoven dans cette\n9e Symphonie (1823-4), qui est la Bible du symphoniste.\nLé allegro ma non troppo a été joué avec correction ; mais on en a rendu la\nfinesse plus que la grandeur et la majesté : « Un poco maestoso », dit le texte. Le\nScherzo (■molto vivace et presto) n'a pas été seulement correct, mais d'une netteté\nd'interprétation et de sonorité qui nous a charmés. La phrase en si bémol par\nlaquelle débute VAdagio a été posée dans une douceur, une justesse, une sono-\nrité parfaites. Pas un violon n'a vibré ; nous avons rarement éprouvé une émo-\ntion musicale aussi profonde. Quant au chœur sublime, où s'épanouit la joie, il a\nété dit comme il convient, malgré de terribles difficultés : sans raideur de mesure,\net avec toute la grâce aisée que permet une composition écrite plus pour les in-\nstruments que pour les voix.\n\nCONCERTS COLONNE.\n\nDimanche lERIER mars. 30e anniversaire de la fonda-\ntion de l'Association artistique. Les Béatitudes de César Franck.\nIl y a exactement trente ans que Y Association artistique débutait au théâtre de\nl'Odéon, sous la direction de M. Colonne. Elle se nommait alors le Concert natio-\nnal. M. Saint-Saëns et M,ue Viardot prenaient part au premier concert du 2 mars\n1873. Depuis, plus de 800 auditions ont été données; et elles ont puissamment\ncontribué à cette résurrection de l'esprit musical français, qui est un des faits ar-\ntistiques les plus considérables delà fin du xixe siècle. Aujourd'hui, la France a\nen musique précisément ce qui lui manquait il y a trente ans : un grand public,\net une école symphonique originale. Si l'Association artistique ne s'est peut-être\npas encore assez intéressée au développement de cette école (on est surpris de ne\npas trouver, sur la liste des compositeurs joués au Châtelet, des noms de l'im-\nportance de M. Dukas), elle a du moins eu la première part à la formation du\ngoût musical; et l'on peut dire que nous avons dès à présent à Paris un public\nde concerts plus intelligent, plus ardent et plus sincère, que notre public des\nthéâtres musicaux. L'orchestre de M. Colonne a répandu la connaissance des\ngrandes œuvres classiques et romantiques : Beethoven, Schumann, Wagner. Nul\ncompositeur ne doit plus aux concerts du Châtelet que Berlioz. C'est grâce à eux\nqu'il a vraiment conquis sa popularité. Et si M. Colonne n'a pas fait assez pour\nCésar Franck vivant, il est juste pourtant de reconnaître que, dès le ier avril\n1873, il donnait un fragment de Rédemption, et que dans les grandes auditions\ndu Trocadéro en 1889, il était le seul à inscrire sur son programme le nom de\nFranck. Et c'est un fait bien caractéristique des progrès de l'opinion musicale et\ndu sens artistique de M. Colonne,qu'il ait choisi pour le concert anniversaire de\nla fondation de la Société, au lieu d'une œuvre plus populaire et plus attrayante,\nl'audition intégrale du chef-d'œuvre le plus profond et le plus vrai de notre\ntemps : les Béatitudes.\nLe plus vrai. Car c'est la qualité qui me frappe avant toutes dans l'œuvre de\nCésar Franck : son absolue sincérité. Il n'y a là rien ou presque rien pour\nl'art. C'est l'âme qui parle à l'âme. Vom Herqen... Zu Herqen... 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J'oserai même dire que son Christ est plus simple\nque celui de Bach, où la grandeur de la pensée est parfois entraînée par la ri-\nchesse de la forme et une sorte d'habitude d'écriture à des répétitions et à des\nartifices de virtuosité qui l'affaiblissent. Chez Franck c'est la parole toute pure\ndu Christ, sans aucun ornement extérieur, dans sa force vivante; et l'accord\nest merveilleux ici de la musique et de ces augustes paroles, où résonne la con-\nscience du monde. J'entendais dire une fois à Mrae Wagner qu'il y avait dans\ncertaines phrases de Parsifal, en particulier dans le chœur : ((Dur ch. Mitleid wis-\nsend... )) une vertu proprement religieuse, la force d'une révélation. Je trouve\ncette force plus profonde, et cette vertu plus évangélique dans les Béa-\ntitudes.\nCette sincérité de Franck me frappe même dans les parties plus faibles de son\nœuvre : celles où il veut représenter les riches, les puissants, les voluptueux, les\nviolents. Il est aisé de sourire de ces peintures naïves. Pour moi, j'en suis tou-\nché; car il m'est évident que cette grande âme candide voyait ainsi la Comédie\nhumaine ; et il la retraçait comme il la voyait, comme une agitation vide et en-\nfantine, dont il souriait avec quelque pitié. Au reste, la psychologie de Franck\nest-elle aussi puérile qu'on veut bien le dire? On oublie trop la façon incisive et\nvengeresse dont il a su pénétrer et peindre l'hypocrisie religieuse, dans la scène\ndes pharisiens.\nQuant au reproche de monotonie que certains critiques font à l'œuvre, j'avoue\nne pas comprendre ; car je suis émerveillé au contraire de la variété que Franck\na su mettre dans un sujet en apparence monotone. 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Quant à la Siegfried-Idyll ou à la marche funèbre\ndu Crépuscule des Dieux, M. Chevillard n'avait pas besoin d'inviter M. S. Wagner\nà les conduire, car il les conduit et sans doute les comprend beaucoup mieux.\nPar politesse, Beethoven avait été invité à ce concert de famille, sous les espèces\nde la Septième Symphonie ; mais il fut traité avec une froideur glaciale, tout à\nfait involontaire d'ailleurs.\n\nJ. T.\n8 mars. La nouveauté de la journée était le deuxième concerto de Saint-\nSaéns, pour violoncelle et orchestre : étude curieuse de quelques effets de timbre\net de l'art des vocalises sur le violoncelle. Les applaudissements d'un public en\nhaleine, un simple frémissement, des soupirs involontaires et mal contenus\nsaluaient discrètement l'heureuse issue de chacune de ces périlleuses acrobaties.\n\nL. L.\n15 mars. —Antcir, de Rimsky-Korsakof, a reçu l'interprétation la plus exacte,\nla plus nette et la plus forte. Pourquoi Mme Carreno a-t-elle choisi, pour se pré-\nsenter au public parisien, l'insipide Concerto de Grieg ? Et pourquoi le piano de\nSteinway avait-il une sonorité si mate et si pauvre? On n'a pu ainsi apprécier\nqu'imparfaitement le jeu brillant de la grande artiste.\n\nGrand succès pour MM. A. Lefort et A. de Greef, le 22 mars, dans la Sonate\nde Franck (concerts Lefort).\nA l'Ecole des Hautes Etudes sociales, 16, rue de la Sorbonne, Suite des audi-\ntions de musique ancienne et moderne :\nLe 20 février, une très intéressante conférence, sobre et émue, de M. Vincent\nd'lndy sur César Franck (1), suivie de l'exécution de plusieurs œuvres de Franck\n[Les Eolides, Prélude, choral et fugue, etc.), par M. d'lndy et Mlle Selva.\nLe 27 février, au cours de M. Henry Expert, beau concert de musique française\ndu xvie siècle, où s'affirme surtout la grandeur exceptionnelle de Goudimel, si fort,\nsi mâle, brûlant de foi, et de Claude le Jeune, ce maître tout récemment décou-\nvert, et qui semble avoir été le plus riche et le plus hardi de la fin du xvie siècle\nfrançais. Un chant chromatique de lui surprend et charme par son modernisme\naigu et raffiné.\nLe 13 février et le 13 mars, au cours de M. Romain Rolland, concerts de mu-\n\n(1) CettG conférence paraîtra clans un des prochains numéros cle \\A Revue musicale,"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.30", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 768, "texte": "sique italienne inédite clu xvne siècle. 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Lefort et A. de Greef, le 22 mars, dans la Sonate", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.29", "debut_caractere": 1940, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "Grand succès pour MM. A. Lefort et A. de Greef, le 22 mars, dans la Sonate\nde Franck (concerts Lefort).\nA l'Ecole des Hautes Etudes sociales, 16, rue de la Sorbonne, Suite des audi-\ntions de musique ancienne et moderne :\nLe 20 février, une très intéressante conférence, sobre et émue, de M. Vincent\nd'lndy sur César Franck (1), suivie de l'exécution de plusieurs œuvres de Franck\n[Les Eolides, Prélude, choral et fugue, etc.), par M. d'lndy et Mlle Selva.\nLe 27 février, au cours de M. Henry Expert, beau concert de musique française\ndu xvie siècle, où s'affirme surtout la grandeur exceptionnelle de Goudimel, si fort,\nsi mâle, brûlant de foi, et de Claude le Jeune, ce maître tout récemment décou-\nvert, et qui semble avoir été le plus riche et le plus hardi de la fin du xvie siècle\nfrançais. Un chant chromatique de lui surprend et charme par son modernisme\naigu et raffiné.\nLe 13 février et le 13 mars, au cours de M. Romain Rolland, concerts de mu-\n\n(1) CettG conférence paraîtra clans un des prochains numéros cle \\A Revue musicale,"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.30", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 768, "texte": "sique italienne inédite clu xvne siècle. Fragments de Monteverdi (/'lncoronazione\ndi Poppea, Ballo dell ingrate, etc.), de Mazzocchi, de Luigi Rossi, et de ce grand\nmusicien inconnu, Francesco Provenzale, fondateur de l'école de Naples, chantés\npar Mlle Palasara, Mlle Jessen, Mme Geist et MIIe Kahn.\nLe 20 mars, concert d'instruments anciens et de musique vocale, par M. Dié-\nmer, M. Van Waefelghem, et la Chanterie, le charmant quatuor de Mme Mockel,\ndont nous avons déjà dit ici tout le bien que nous pensons. Au programme, des\nœuvres pour clavecin de Rameau, Couperin, Daquin et Bach, des œuvres pour\nviole d'amour d'Attilio Ariosti et Milandre, et des chants de la Renaissance. 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C.\nMuguette fut tirée par MM. Michel Carré et Georges Hartmann cl une nouvelle,\nDeux petits Sabots, de Ouida. C'est une idylle un peu teintée de pathétique, appa-\nrentée à Mignon, à Mireille, à Hermann et Dorothée, à Manon, et musicalement\ntraitée avec beaucoup d'adresse. M Missa n'est pas un compositeur de person-\nnalité très forte ; il n'entre pas dans le chœur des lyriques avec l'épée flamboyante\nde Siegfried traversant un cercle de feu, mais en tenant dans sa main délicate\nun joli bouquet de muguet. C'est un musicien très fin, ayant ce don du charme\net de l'élégance que nous avons souvent loué en M. G. Pierné, et que M. Masse-\nnet, par ses leçons ou par ses œuvres, a transmis à toute une génération d'ar-\ntistes. Je l'ai vu souvent, le dimanche, à l'orgue de Saint-Thomas-d'Aquin : sur\nun thème donné, spontanément, il improvisait un contre-chant et brodait quel-\nques variations avec une ingéniosité délicieuse ; en faisant parler simultanément\nla « flûte » et le « hautbois », il ressemblait à un pâtre de Théocrite tressant, avec\ndeux pailles fraîches, un piège à sauterelles. Tel je l'ai retrouvé dans son opéra\nd'hier, écrit pour l'orchestre d'une façon charmante.\nMuguette (Anvers, printemps de 1820), c'est l'histoire simple et touchante\nd'une jeune fille qui servit de modèle à un peintre français épris de l'art flamand,\net qui entreprend seule, à pied, sous la neige, le rude voyage d'Anvers à Paris,\npour retrouver celui qu'elle aime.\nM. Carré, qui multiplie les preuves de son dévouement et de son talent- a\nmonté Muguette avec son goût et sa générosité habituels. Mmes Marie Théry\n(Muguette), Passama (Line Krebs). de Craponne (Melka), MM. Muratore\n(Lionel),Fugère (Klotz),Cazeneuve, Mesmœcker, etc...,méritent tous nos éloges."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c032", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "142", "page_fin": "142", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.14.1", "titre_corps": "Muguette fut tirée par MM. Michel Carré et Georges Hartmann cl une nouvelle,", "titre_sommaire": "Muguette fut tirée par MM. Michel Carré et Georges Hartmann cl une nouvelle,", "signature_source": "J. 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Dans la notation de cette\ntranscription, les notes longues (blanches, rondes, carrées) doivent être tenues pendant toute la durée\ndes traits qu'elles accompagnent, quel que soit le nombre des notes. Pour ces traits eux-mêmes, les\nvaleurs employées ne représentent point des rapports fixes, mais ne sont qu'une indication approxima-\ntive de vitesse, selon qu'il a semblé convenable à l'intelligence de la pièce.\nIl convient, bien que cela n'ait pu être toujours marqué, de conserver tenuto dans ces traits toutes\nles notes qui font partie de l'accord. C'est à l'exécutant qu'il appartient de déterminer à sa guise le\nrythme général suivant le sens harmonique, tout en lui gardant son caractère irrégulier et fantaisiste.\nL'interprétation ici esquissée n'est point la seule qu'on puisse proposer. 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Norblin ( 1 ) ; ainsi je crois que si tu avais quelques petits\nmorceaux de musique à envoyer à tes sœurs, il pourrait peut-être bien s'en\ncharger. Il faudrait t'en informer chez M. Norblin. Lorsque tu auras un\nmoment de temps, tu feras très bien de faire un mot de réponse à tes amis à\nBerlin. Tu sais combien les Dziewanowski sont de nos amis et te veulent de\nbien. Cette lettre devait partir hier, des affaires ne m'ont pas permis d'arriver\nassez tôt à la poste. —Porte-toi bien et ne fais pas des soirées trop longues, car\nelles rendent moins apte au travail et je vois par ta lettre que tu as de l'ouvrage.\nQuand tu auras donné ton concert, il ne serait pas mal que quelqu'un de tes amis\nen fasse mention dans les feuilles, cela ferait rechercher tes ouvrages.\n[P. S. de ledrzeïewicz :j Le jour où s'accomplira notre bonheur est fixé au\n28 courant. Brochow et Zelazowa Wola seront les lieux commémoratifs de\nnotre vie. Mme ledrzeïewicz te décrira les détails des noces, et si elle me le\npermet, j'ajouterai un mot à sa lettre. Je t'embrasse cordialement ente priant de\nm'aimer désormais, au moins en partie, comme m'aime Mlle L[ouisej.\n(i) Louis Norblin, né à Varsovie en 1781, mort en 1854 à Connantre ; il était violoncelle au\ngrand Opéra à Paris, et professeur au Conservatoire.\n\nLETTRE VI"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.37", "debut_caractere": 476, "fin_caractere_exclue": 486, "texte": "LETTRE VII"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.39", "debut_caractere": 1398, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "LETTRE VIII"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.41", "debut_caractere": 2641, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "LETTRE IX"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.44", "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "LETTRE X"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.45", "debut_caractere": 712, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "LETTRE XI"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.48", "debut_caractere": 1353, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "LETTRE XII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c037", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "145", "page_fin": "145", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.1", "titre_corps": "(Suite)", "titre_sommaire": "(Suite)", "signature_source": "Ton bien attaché, IEDRZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.33", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1374, "texte": "Ton bien attaché,\nIEDRZ.\n(Suite)\n11 verra sans doute M. 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Cependant, je ne\ncesserai de te le répéter, tant que tu n'auras pas cherché à mettre une couple\nde mille francs de côté, je te regarderai comme fort à plaindre, malgré ton talent\net les compliments flatteurs qu'on te fait : ces derniers sont de la fumée qui ne\nte soutiendrait pas en cas de besoin. Dieu préserve, une indisposition ou\nmaladie qui suspende tes leçons, te voilà réduit à la misère dans un pays\n\n(2) Il est sans doute fait allusion au concert de Chopin, qui devait avoir lieu dans une maison\namie, de l'aristocratie ; Niecks a entendu parler de ce concert par Franchomme (Niecks ; I, 261).\nS'il eût été simplement question de la collaboration de Chopin au concert des frères Herz, qui\neut lieu le 3 avril (833, son père n'eût pas appelé ce concert ton concert."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.34", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "étranger. Cette réflexion, je te l'avoue, me tourmente souvent, car je vois que tu\nvis au jour le jour et que tu n'es pas en état de faire, à tes frais, le moindre petit\nvoyage, même dans l'intérieur du pays où tu te trouves. Tu parlais d'aller en\nAngleterre, et avec quoi, dans ce pays où la cherté est excessive ?Si cela con-\ntinue, je crois que tu seras toujours parisien (1 ). Ne crois pas que je veuille que\ntu sois avare, non, mais moins indifférent sur l'avenir. Quant à ce que les\nfeuilles ne parlent pas de tes progrès, je t assure, mon cher enfant, que ma vanité\nne va pas jusque-là : ton bien-être, voilà ce qui m'intéresse, et la fausseté de\nKal kbrenner], qui est très évidente, car on voit bien qu'il a causé des migraines,\nme fait de la peine par rapport à toi. Je t'avoue que tu as eu beaucoup de\nbonhomie de lui faire une dédicace (2). Je ne désire pas trop le voir, en cas qu'il\nse trouve ici ; cependant je saurai dissimuler. Tes Nocturnes et tes Mazurkas\nont été réimprimés à Leipzig et ont été vendus ici en peu cle jours et Javourek (3)\nm'a dit qu'il s'y était pris trop tard. J'ai appris par les cousins cle M. Walewski\nqu'il doit venir ; si cela est, profites-en pour envoyer un exemplaire de ton con-\ncerto, s'il est déjà imprimé : Isabelle tâchera de nous en jouer quelques passages.\nLouise n'a pas encore cle piano, car jusqu'ici je ne suis pas en état cle faire cette\ndépense ; j'en suis peiné, mais enfin ce n'est pas un malheur, ce n'est qu'une\nprivation. Quant à notre santé, elle est, Dieu merci, assez bonne ; nos moyens\nsont très modiques aujourd'hui, heureusement que nos besoins sont très bornés,\net nous nous contentons du peu que nous gagnons. Isabelle, qui reste auprès de\nnous, est partout... de toi et cle ta sœur, sa prévenance en tout nous rend agréable\nla vie retirée que nous menons, et par là il nous semble que nous sommes tou-\njours réunis, quoique tu sois absent. J'ai dit ce que je sens et ce que je pense ; si\ntu trouves quelque chose qui ne s'accorde pas avec ta façon de vivre et dépenser,\nattribue-le à la trop grande sollicitude d'un père qui t'aime tendrement.\nCH.\n[En/>. 5. : j Ta mère t'embrasse tendrement."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.34", "debut_caractere": 2966, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "(1) Paroles prophétiques!\n(2) Chopin a dédié à Kalkbrenner son concerto en mi mineur (op. 1 1).\n(3) Joseph Javourek, compositeur, né en 1756 à Beneszow, mort en 1830 à Varsovie; il était\nprofesseur au Conservatoire de Varsovie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c040", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "146", "page_fin": "149", "image_debut": 34, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.2.2", "titre_corps": "[Lettre de M. Barcinski, futur beau-frère de Chopin].", "titre_sommaire": "[Lettre de M. Barcinski, futur beau-frère de Chopin].", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.34", "debut_caractere": 2196, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "[Lettre de M. Barcinski, futur beau-frère de Chopin].\n\nCHER FRITZ,\nCe qu'il y a de plus agréable pour moi, c'est de te nommer ainsi, car cela me\nrappelle les moments où nous nous amusions ensemble et où ta gaieté me réjouis-\nsait. Aujourd'hui, privé des délices de cette musique divine et enchanteresse,\nje ne vis que de souvenirs. Tu m'as fait sentir l'harmonie et la beauté des sons\nqui s'échappent merveilleusement de tes doigts, c'est pour cela que je souffre\nd autant plus cle ton absence. L'espérance est un mets trompeur qui est du goût\nde tous les hommes sans exception, elle me nourrit aussi et me laisse croire que\nnous nous reverrons.\nlon vieil ami t aime tendrement, t'aime sincèrement, avec une certaine dose\nd'estime et d'admiration que mérite ton génie."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.37", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 474, "texte": "Pense plus à toi qu'aux autres, au moins jusqu'à un certain temps ; cette\nmaxime n'est pas très noble, mais elle est indispensable pour s'assurer le bonheur\npersonnel. Sans elle, souvent, nous souffririons cruellement. Je ne peux finir.\nJe t'en conjure par tout ce qu'il y a de sacré, méprise ce lâche et misérable\nvaurien, Brawach (?) ; cet homme, une fois pour toutes, devrait être exclu de la\nsociété.\nPorte-toi bien et aime-moi.\nANTOINE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c041", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "147", "page_fin": "147", "image_debut": 35, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.2.2.1", "titre_corps": "CHOPIN ADOLESCENT (D'après un portrait à l'huile peint par Miroszewski.)", "titre_sommaire": "CHOPIN ADOLESCENT (D'après un portrait à l'huile peint par Miroszewski.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 72, "texte": "CHOPIN ADOLESCENT\n(D'après un portrait à l'huile peint par Miroszewski.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c042", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "149", "page_fin": "151", "image_debut": 37, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.3", "titre_corps": "LETTRE VII", "titre_sommaire": "LETTRE VII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.37", "debut_caractere": 476, "fin_caractere_exclue": 486, "texte": "LETTRE VII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c043", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "149", "page_fin": "150", "image_debut": 37, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.3.1", "titre_corps": "[Du père.]", "titre_sommaire": "[Du père.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.37", "debut_caractere": 488, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "[Du père.]\n[Varsovie, 7 décembre 1833.]\nMON CHER ENFANT,\nTa lettre du 24 m'a fait une agréable surprise : elle m'a été remise le jour de\nma fête (1), au moment où j'allais sortir pour tenir ton neveu sur les fonts de\nbaptême. Je te sais gré de ton attention, j'ai bien pensé à toi et au temps où je\nvous voyais à cette époque réunis autour de moi. Si je n'ai plus ce plaisir, j'ai\nla consolation de vous voir tous répondre à mes vœux, c'est-à-dire de marcher\ndans la voie de la vertu et d'être en état de vous suffire ; puissiez-vousêtre heureux î\nLa réputation que tu as soin de te faire ne peut manquer de te mériter d'agréa-\nbles égards clans la société et l'estime des connaisseurs. Je vois par tes lettres\nque tu es très occupé ; à ton âge l'occupation est nécessaire, le désœuvrement\nest souvent nuisible, mais il ne faut point que le travail t'accable, car enfin tu\ndois penser à ta santé, et tes occupations ne sont pas mécaniques. Je ne te blâme\npas de te distraire en fréquentant les sociétés distinguées, seulement je crains\nles trop longues soirées, car il te faut du repos. Je remercie mille fois la Provi-\ndence de t'avoir jusqu'ici conservé la santé ; puisse-t-elle toujours veiller sur toi !\nTu nous a parlé de voyage, mais il faut profiter de la belle saison, ou t'en tenir\nau proverbe que tu as cité dans ta dernière lettre. Bien des personnes auraient\ndû s'y tenir et pour leur avantage et pour celui des autres. Mais il semble que\nl'homme n'est bien que là où il n'est pas, je ne dis pas cela pour toi, car tu dois\nsentir l'avantage de ta position relativement à ton art et aux moyens que tu as\nde le cultiver. Ici il y a une infinité de maîtres qui donnent des leçons, et j'ai vu\ndernièrement dans un magasin de musique que les valses, les polonaises, pièces\ntrès importantes, sont très recherchées : plus elles sont courtes, plus elles ont de\nvogue. Cependant il se trouve des personnes qui veulent avoir tes ouvrages,\nj ignore si elles les jouent, enfin tu ne trouverais rien qui pût répondre à ton\nattente. Je laisse cette matière pour te dire que, Dieu merci, nous nous portons\nassez bien, que nous nous soutenons comme nous pouvons, que jusqu'ici nous ne\nsentons pas encore le besoin, et que nous sommes contents dans notre médio-\ncrité, nos besoins étant très bornés. Titus [Wojciechowski] est ici, je le vis hier,\n\n(1) La Saint-Nicolas tombe le 6 décembre"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.38", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 414, "texte": "il me promit de décrire ; mais comme il y a longtemps que nous ne t'avons donné\ncle nos nouvelles, je ne veux pas manquer ce courrier, de crainte que tu ne sois\ninquiet sur notre compte. Ta mère et moi nous t'embrassons et te serrons contre\nnotre coeur.\nCHOPIN.\nMille et mille belles choses à M. Hoffman ; que je suis aise que vous êtes\nensemble! A propos, Marcelle n'ira plus à Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c044", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "150", "page_fin": "151", "image_debut": 38, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.3.2", "titre_corps": "[Lettre d'Isabelle.]", "titre_sommaire": "[Lettre d'Isabelle.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.38", "debut_caractere": 416, "fin_caractere_exclue": 3214, "texte": "[Lettre d'Isabelle.]\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nNous avons reçu ta lettre le jour même de la fête cle papa ; nous avons été\nfort contents de ton portrait, dont les contours ne sont pas aussi nettement tracés\nque sur la miniature que Jacques a peinte. Louise ne l'a pas encore vu, quoique\nnous soyons tous allés hier soir chez eux pour le baptême du petit Henri, dont\npapa et Mme Pruszak ont été les parrain et marraine, ainsi que Tabecki et la\nKrzysztofowicz. C'est un bel enfant ; il y avait beaucoup d'invités clans leur petit\nappartement : Titus et son frère s'y trouvaient ; tous deux sont à Varsovie. Titus\nrestera longtemps ici, parce que sa soeur est aussi arrivée pour passer l'hiver en\nville. Mrae Mleczko te fait saluer, et, quoiqu'elle se soit réjouie hier en voyant ton\nportrait (car elle est venue faire sa visite hier avec son mari, comme il est d'usage\nchez nous la veille d'un anniversaire), elle te fait dire qu'elle préférerait que tu\narrives toi-même. Sa petite Marie est une jolie enfant. Louise a, de jour en jour,\nmeilleure mine ; elle a fait peindre son portrait avec son petit garçon pour la\nfête de papa ; selon moi il n'y a pas beaucoup de ressemblance, quoique papa\nla trouve très grande. C'est Ziemecki qui l'a peinte, il s'était offert lui-même.\nIls sont liés d'amitié, on ne pouvait donc refuser. Je remettrai moi-même ce\nbillet, mais tu n'en recevras pas la réponse par nous, et je te prie de ne plus te\ncharger d'une chose pareille, ils ne pourront même te le prendre en mauvaise\npart. En ce moment Now[akowski] vient d'entrer ; lui non plus ne trouve ton\nportrait ressemblant, quoiqu'il t'ait reconnu ; il dit que tu ressembles à Reichstal\nLa lettre de Louise, mon cher, ne te sera pas envoyée aujourd'hui, ce serait\ndifficile après la soirée d'hier ; mais nous ne voulons pas te faire attendre plus\nlongtemps, pour que tu ne sois pas inquiet, quoique, en somme, tu n'aies pas\nde quoi te tourmenter à notre sujet. Ne va pas croire, cependant, que nous nous\namusions ici ; non, mon cher : ce n'est, cette fois, que par suite d'un événement\nextraordinaire. Je ne sais plus, cher Fritz, ce que je dois t'écrire. Now[akowski]\nattend sa leçon, et le courrier s'en va. M. Michel est arrivé pour la journée d'hier.\nOh ! mon cher Fritz, j'apprends des études et le premier solo du concerto, qu'en\ndis-tu? C est trop de hardiesse, pas vrai? Mais c est dans l'espoir qu'il m'ar-\nrivera la même chose qu'à Mle Lambert, à laquelle, en récompense, tu as joué\nton concerto, ou que tu as écoutée. 11 faut être folle pour se forger de semblables\nillusions, mais que serait notre vie sans cela ? Et moi je soupire toujours ; je\nsoupire après notre réunion telle qu'elle était autrefois ; mais c'est en vain, nous\nne pourrons plus nous réunir que partiellement ! Si au moins nous pouvions un"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.39", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "jour vivre, non sous un même toit, mais dans un même lieu, et non languir\ncontinuellement les uns après les autres comme maintenant !\nPorte-toi bien ; je vais à ma leçon. Toutes tes connaissances t'embrassent.\nM. Michel veut ajouter un mot à ma lettre. Donne un baiser à ton aimante,\nISABELLE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c045", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "151", "page_fin": "151", "image_debut": 39, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.3.3", "titre_corps": "MON CIIER,", "titre_sommaire": "MON CIIER,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.39", "debut_caractere": 328, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "MON CIIER,\nJe reviens encore une fois à ma lettre. Tu écris que ton amour est ici. Tant que\ntu n'as rien dit, je me suis tue, mais je sais ce qui se passe, et je crois, même je\nm'étonne avec toi, qu'on puisse être aussi insensible. On voit qu'un beau châ-\nteau était une plus grande attraction ; mais toi, je vois que tu as fait une mau-\nvaise affaire. Mais du goût et du sentiment ! Ah ! du sentiment, il n'y en avait\nque dans le chant, tu en as la preuve. En attendant, je t'embrasse en toute hâte.\nTon très attaché Bartek [Barcinski] te souhaite la santé et la prospérité.\n[P. S. du comte Michel Skarbek :]\nJe suis content d'avoir trouvé un moment pour décrire, d'avoir l'occasion de\nt'embrasser et de me rappeler à ton souvenir et à ton amitié.\nM. Michel est toujours le même, t'aimant sincèrement ainsi que toute ta\nfamille. Quand nous nous reverrons et nous embrasserons, nous nous dédom-\nmagerons clè ton absence de Varsovie. Chaque fois que je viens chez tes parents,\nje regarde ta miniature et la salue comme si c'était toi-même.\nJe t'embrasse sincèrement.\nM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c046", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "151", "page_fin": "153", "image_debut": 39, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.4", "titre_corps": "LETTRE VIII", "titre_sommaire": "LETTRE VIII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.39", "debut_caractere": 1398, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "LETTRE VIII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c047", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "151", "page_fin": "152", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.4.1", "titre_corps": "[Du père.]", "titre_sommaire": "[Du père.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.39", "debut_caractere": 1411, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "[Du père.]\nVarsovie, ce 26 avril 1834.\nNous venons, mon cher enfant, de recevoir ta lettre en date du 13 et nous\nl'attendions avec impatience, car elle se trouve en retard à proportion des précé-\ndentes Je ne te parlerai pas du plaisir qu'elle nous a causé, en nous apprenant\nque tu te portes bien et que tu continues cle travailler à faire ta réputation ; tu\npeux bien facilement t'en faire une idée, sachant combien nous t'aimons Tu\nnous marques que tu te proposes de faire un petit voyage, pour te distraire un\npeu ; j'approuve assez ce projet, car tu trouveras l'occasion de te faire entendre et\nde donner plus de vogue à tes ouvrages clans des contrées où le piano est l'in-\nstrument le plus cultivé; mais comme ce trajet entraînera quelques dépenses et\nque tu leçons, peut-être que si tu trouves l'occasion de donner un concert,\ntu auras de quoi couvrir tes frais cle voyage. Comme tu avoues toi-même que tu\nes parfois distrait, il est peut-être bon que je te dise de ne pas négliger de faire\nrevêtir ton passeport cle toutes les formalités nécessaires, afin que tu ne sois\nexposé à aucun embarras, bien que ton nom soit déjà connu, car les feuilles alle-\nmandes aussi bien que d'autres en ont parlé, entre autres un journal de Berlin"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.40", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "où il y a pour et contre toi. ]e suis bien aise que le hasard t ait fait rencontrer\nun ami de ton plus acharné critique, et qu'il se propose d'écrire pour prouver le\ncontraire de ce qu'on a dit de toi et de tes compositions ; on a même prétendu que\ntu y avais répondu par une lettre en très mauvais allemand et chune délicatesse\nanalogue au style (1) ; il paraît que ces messieurs ignorent que tu as reçu une\nbonne éducation et que tu ne t'es pas occupé qu'à déchiffrer des notes. Je suis bien\npersuadé qu'à cet égard tu gardes le silence, car tes ouvrages parlent assez haut,\npuisqu'on veut t'imiter, malgré la vieille routine à laquelle on était accoutumé,\nce qui est beaucoup. Continue, mon bon ami, à pousser ces Zoïles à bout, en\nleur prouvant que les arts n'ont point de limites. A propos, comme on 111 avait\ndit ces jours derniers que Mme Guérin partait dans peu pour Paris, je suis allé\nla voir et nous avons parlé de toi ; tu peux bien t'imaginer que cet entretien m'a\nété très agréable, elle pourra te dire qu'elle m'a vu aussi bien portant qu'on\npeut l'être à mon âge et, Dieu merci, ta bonne mère se porte aussi assez bien;\ntes sœurs et tout ce qui s'ensuit n'ont pas lieu de se plaindre, ainsi c'est une fête\npour nous tous quand nous recevons de tes nouvelles. Je me hâte de t écrire\npour que cette lettre te parvienne avant ton départ, afin que tu puisses encore\nnous écrire de Paris, et lorsque tu seras arrivé au lieu où tu comptes aller, ne\nmanque pas de nous parler de toi : c'est tout ce qui nous intéresse et contribue\nà nous faire supporter ton absence. Nous t'embrassons bien tendrement, en te\nrecommandant de prendre quelques moments de repos dans le cours de ton\nvoyage, en t'arrêtant, fût-ce pour une couple cle jours, dans quelque ville mar-\nquante.\nEncore une fois nous t'embrassons, en t'engageant à te ménager.\nCH.\n(i) Il est question d'une lettre imprimée clans le recueil périodique berlinois Iris im Gebiet der\nTonkunst (1834, vol. V, n° 5), et signée du nom cle Chopin. Cette lettre, écrite en un allemand\ndétestable, et des plus arrogantes en sa forme, devait être, soi-disant, la réponse de Chopin à une\ncritique très défavorable de Relistab, rédacteur et éditeur de Ylris. Dans cette critique, Rellstab\nrefusait aux œuvres de Chopin toute valeur artistique. Quoique Chopin n'ait pas nié publique-\nment l'authenticité de cette lettre, on peut cependant affirmer, avec la plus entière certitude, que\ncette lettre fut l'œuvre d'un mauvais plaisant resté inconnu, et qu'elle fut envoyée à la rédaction\nde Ylris à l'insu de Chopin. On trouve cette lettre dans Niecks (I, 279)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c048", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "152", "page_fin": "153", "image_debut": 40, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.4.2", "titre_corps": "[Lettre d'Isabelle.]", "titre_sommaire": "[Lettre d'Isabelle.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.40", "debut_caractere": 2639, "fin_caractere_exclue": 3626, "texte": "[Lettre d'Isabelle.]\nEnfin, après nous être bien tourmentés de ce que Frédéric n'écrivait pas,\nqu'aucune lettre n'arrivait, nous en avons reçu une hier, avec quels cris de joie,\ntu le comprends facilement, sachant combien nous t'aimons. Oh ! mon chéri, en\nvérité tes lettres animent toute la maison : papa est content, maman est plus\ncalme, nous autres plus gaies; de là la bonne humeur et la joie, choses assez\nrares chez nous\nAinsi tu vas voyager ! Cela te prendra autant de temps et de lieues qu'il en\nfaudrait pour venir chez nous ; mais nous sommes plus loin, quoique plus près\nde toi toujours. Notre pensée sans cesse est occupée de l'idée de te revoir, ou\ntout au moins que tu puisses te rencontrer quelque part avec nos parents, car,\nen vérité, ce serait pour eux le vrai bonheur ! Rien n'est impossible en ce monde,\ncela pourrait aussi arriver, mais quand ? J'ai lu la réponse de Kallert à la critique\nde Rellstab; elle m'a plu énormément. Il a décrit ta vie depuis ton enfance,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.41", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "comme s'il connaissait mieux que toi toutes tes relations; il n'a en rien menti ;\nil loue beaucoup ton caractère (il a raison), attribuant ton talent à ton éducation\nmorale et intellectuelle ; ton talent, etc. Enfin, il ajoute en post-scriptum\nqu'il a lu ta réponse dans l'/ns, et il affirme qu'elle n'a pas été écrite par toi ;\ndans le cas contraire, il regretterait, non d'avoir pris ta défense, mais d'avoir\ndonné si bonne opinion de ton caractère. Je suis heureuse que les Allemands\njugent les talents d'après ce point de vue, je vois en tout du progrès ; il paraît\nque ce Kallert est un homme universellement instruit, il te comprend et comprend\nl'esprit du siècle. Si tu n'as pas lu cet article, tâche de te le procurer, il en vaut\nla peine. Mais pourquoi te parler de celui-là, quand tu en as tant d'autres à lire,\nque nous autres nous ne pourrions nous procurer ! Pour moi, j'étudie constam-\nment tes compositions. J'ai joué le duo avec violoncelle, il nous a plu ; nous\nl'avons joué avec Herman, celui que tu te rappelles peut-être avoir rencontré\nchez les Moriolles, et que Now[akowski] nous avait amené ; il était content que\nce fût ta composition ; pour cela, il l'a apprise et nous l'avons essayée. Nous\nnous accorderons une fois encore un bal pareil, et, quoique ce ne soit qu'une\nmaladroite imitation de ce que cela devrait être, nous nous en réjouissons. Par\nexemple, personne n'écoute, seulement nous, qui t'aimons; car ce n'est pour\npersonne, ou plutôt ce n'est pas pour me produire que j'étudie tes compositions,\nmais bien parce que tu es mon frère et que personne ne répond à mon âme autant\nque toi. J'étudie maintenant les Variations de Ludovic (1) pour Mlle Horsford,\nelles me plaisent beaucoup. Tu ne croirais pas, mon cher, comme c'est drôle\npour nous d'acheter tes compositions, ou plutôt de les demander au maga-\nsin. Louise a les trois autres Nocturnes, ils sont superbes, merveilleux! A pro-\npos ! ton portrait en taille-douce se vend ici 10 florins. Hier on a vacciné le petit\nHenri . Aujourd'hui Louise doit t'envoyer une carte ; si cependant elle ne le\nfaisait pas, sois tranquille ; maman a été hier chez elle, elle se porte bien, ainsi\nque son mari et le petit ; naturellement elle pourrait n'avoir pas le temps d'écrire,\nd'autant plus qu'ils ne caressent pas peu le bébé.\nLes Lewocki sont en bonne santé ; ils font des compliments à M. Etienne, et\nnous aussi. Ils envoient des salutations aux Puzyna.\n(i) Variations brillantes pour le piano sur le rondeau favori de Ludovic de Hérold : « Je vends\ndes scapulaires », en si bémol majeur, op. 12 ; dédié à Mlle Emma Horsford."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c049", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "153", "page_fin": "156", "image_debut": 41, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.5", "titre_corps": "LETTRE IX", "titre_sommaire": "LETTRE IX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.41", "debut_caractere": 2641, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "LETTRE IX"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c050", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "153", "page_fin": "155", "image_debut": 41, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.5.1", "titre_corps": "[Du père,]", "titre_sommaire": "[Du père,]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.41", "debut_caractere": 2652, "fin_caractere_exclue": 3018, "texte": "[Du père,]\n[7 septembre 1834.]\nMON CHER ENFANT,\nTa lettre du 20 août nous est parvenue, et nous l'avons lue avec le plaisir que\nnous éprouvons chaque fois que tu donnes de tes nouvelles, car qu'avons-nous\nde plus agréable, ta tendre mère et moi, que de vous voir prospérer et mériter\nl'estime des gens de bien ? Te voilà donc dans tes meubles, un peu avec luxe, à ce"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.42", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3674, "texte": "qu'il paraît, mais je conçois bien que tu n'as pu faire autrement, puisque tu as\ndes leçons chez toi et qu'à présent, comme en tout temps, on juge par l'appa-\nrence. Cependant, mon ami, rien de trop; tâche plutôt de profiter des offres des\ntrois banquiers dont tu parles, je vois par là qu'ils te veulent du bien. Je suis\nbien aise que Jas soit avec toi : je l'ai toujours aimé, c'est un brave garçon, sa\nconduite le prouve assez, puisque, malgré les circonstances, il est parvenu à se\nfaire un état honorable ; je le remercie d'avoir pensé à nous au milieu des agré-\nments de la soirée que tu as eue chez toi. J'ai lu les vers qu'on t'a donnés et\nl'analyse de ta valse, et moi qui ne me mêle pas de faire de vers, pas même d'y\nessayer, il m'est venu dans l'idée de dire :\na Dans l'âge des plaisirs si le sort te sourit,\nApprécie ses faveurs et crains son inconstance ;\nLoin d'en être aveuglé, que toujours ton esprit,\nEn modérant tes goûts, écarte l'indigence. ))\nPuisqu'il semble que tu resteras encore quelque temps dans l'étranger,\" je te\ndirai, mon enfant, qu'il y a dû avoir dans les gazettes de France en date du\nII juin que tout Polonais ait à demander une prolongation de son passeport.\nComme tu es parti avant les troubles et que tu n'y as eu aucune part, tu me\nferais plaisir de prendre des renseignements à ce sujet, ce qu'il t'est facile de\nfaire à l'ambassade. Je t'avoue que je ne désirerais pas que, par négligence, tu\nte trouvasses mis au nombre des réfugiés. Ne néglige pas cela, je t'en prie, et\nmarque-moi ce qu'il en résultera ; il t'est facile de faire cette démarche, étant\nconnu comme tu l'es. Quant à Michel [Skarbek], il s'est conduit d'une manière\nindigne envers sa famille et envers nous. Il ne mérite aucun regret. Il a par tes-\ntament légué tout à un jeune vaurien, sans parler de sa pauvre sœur, ni de nous\nqui lui avons fait tant de bien, qui lui avons prêté tout ce que nous avons pu.\nFrédéric [Skarbek] est très affligé de ce coup et sent notre embarras. Il est vrai\nque, toutes les dettes payées, si elles ne sont pas contestées, il restera peu de\nchose au monstre qui a su s'insinuer dans l'esprit d'un homme qui, par sa mort,\ns'est rendu indigne de regrets. J'ai pris les mesures que j'ai cru nécessaire de\nprendre, je ne sais ce qui en résultera, mais il y aura toujours quelque perte, car\nje n'ai pas cle documents pour tout ce que j'ai prêté. Cruelle leçon, qu'il ne faut,\nmalheureusement, se fier à personne ! Ne crois pas, mon bon ami, que je m'en\nchagrine au point cle faire tort à ma santé ; non, je désire la prolonger pour jouir\nplus longtemps du plaisir de voir mes enfants prospérer et recevoir les marques\nsi douces de leur attachement. Je te dirai que, ces jours derniers, le grand-père cle\nLusia a été chez nous pour demander si tu n'avais pas parlé d'elle clans ta lettre,\nsi elle pensait à revenir. Il m'a dit lui avoir écrit par une Française qui est partie\nd'ici pour aller chercher sa fille qui est à Paris, et que si le père le permettait\nelle pourrait bien profiter de l'occasion. Tâche cle la voir et clis-nous en quelques\nmots dans ta lettre, pour en faire part au grancbpapa, qui semble aimer beaucoup\nsa petite-fille. M,le Marguerite a aussi été dernièrement chez nous. M. le docteur\nLebrun vient de nous dire qu'il compte que son frère, qui a passé quelque temps\nen Italie pour se perfectionner dans la peinture, doit être bientôt à Paris, s'il n'y\nest pas déjà. Comme tu as beaucoup de connaissances avec les artistes distin-\ngués, si tu peux lui en procurer la connaissance, tu nous obligeras. Nous avons\nenvoyé chez la mère de Hoffmann, ils sont partis pour la campagne, pas pour"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 301, "texte": "longtemps. Il ferait très bien d'écrire à sa mère, qui n'a pas de lettre et qui est\ntrès inquiète, à ce qu'elle disait dernièrement ; nous ne manquerons pas de lui\nfaire savoir ce que tu nous mandes quand elle sera de retour. Nous t'embrassons\nde tout notre coeur.\nCH."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c051", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "155", "page_fin": "155", "image_debut": 43, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.5.2", "titre_corps": "[Lettre de Louise.]", "titre_sommaire": "[Lettre de Louise.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.43", "debut_caractere": 303, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "[Lettre de Louise.]\nLe 7 septembre 1834.\nMON BIEN-AIMÉ FRITZ,\nC'est une vraie joie de voir comme les gens t'aiment ; qu'on m'en montre un\nautre comme toi, à ton âge ! Pourvu que tu aies la santé, c'est tout ce qu'on peut\nte souhaiter, rien de plus. Ton idée est superbe de vouloir te rencontrer, l'année\nprochaine, avec nos parents : cela vaudrait vraiment la peine de leur faire ce\nplaisir, si c'est possible. Pierre Lebrun part pour Paris, peut-être y est-il déjà ;\nil ira certainement chez toi, les Thomas lui ont envoyé ton adresse. Quoiqu'il ne\nsoit pas nécessaire de te recommander la politesse, cependant ne néglige pas,\nnon seulement de bien le recevoir car à cela tu es habitué, mais aussi cle le\nmener où il voudra, etc. Du reste, tu comprends que je voudrais voir arriver de\nnouveau chez eux une lettre éclatante d éloges sur toi. Mme Mleczko est bien\nchagrinée, sa petite fille est morte; c'est une affreuse tristesse dans toute la\nfamille. La petite est morte à Dresde, mais on a rapporté son corps ici. Oh ! ce\nMonsieur Michel ! Il a fini autrement que nous ne le supposions. Toute sa vie a\nété honnête, quoique bête; il semblait être notre ami, il paraît que c'était le\ncontraire, à moins qu'on ne suppose cle sa part une frénésie inexplicable. Il a\nécrit un testament le plus bête du monde, qui n'a ni rime ni raison, et je souffre\nde ce que tout le monde le sache, car il méritait une autre réputation. Dans\nson testament il lègue sa terre à un homme tout à fait inconnu, et pas un mot\nde ses frères et sœurs, cle sa dette à papa, dette qui montait à plus de 20.000 flo-\nrins. Papa s'est fort tourmenté, nous autres tous aussi, d'abord parce que cette\nfin a été si bête, ensuite pour cette ingratitude. Isabelle t'écrira tout cela en\ndétail ; 011 a stipulé des droits quant à son dû. Oh! jamais nous n'aurions sup-\nposé qu'il pût agir ainsi, lui qui, paraissait-il, était attaché à nous comme un\nenfant, il n'y a même pas pensé. Adieu, mon chéri, je t'embrasse sincèrement.\nMon petit se porte bien. Que fait Méry ? Il paraît qu'il se marie. Lewocki m'a\ndit que depuis très longtemps ils n'ont rien reçu de lui. Adieu, porte-toi bien.\nTa toute attachée,\nL- J-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c052", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "155", "page_fin": "156", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.5.3", "titre_corps": "[Lettre d'lsabelle.]", "titre_sommaire": "[Lettre d'lsabelle.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.43", "debut_caractere": 2480, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "[Lettre d'lsabelle.]\nPapa et Louise t'ont déjà écrit, et moi, profitant d'une place libre, quoique\nd'un format en désordre, j'écris à mon petit frère que j'aime plus que ma vie.\nCar, comment ne pas t'aimer, toi que tout le monde aime? Mais remarque que\nje ne t'aime pas parce que tout le monde t'aime, mais parce que tu es un homme,\net tu sais que s'il y a beaucoup de gens sur la terre, il y a peu d'hommes véri-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.44", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "tables. Je suis bien heureuse, en vérité, d'avoir un frère et une soeur comme les\nmiens qui valent au moins quelque chose. Je regrette, toujours je regrette que\ntu ne connaisses pas maintenant Louise comme femme, remplissant ses fonc-\ntions d'épouse et de mère; ton attachement pour elle grandirait certainement,\nparce qu'il est difficile de la connaître et de ne pas l'aimer et apprécier son âme\nde jour en jour davantage. Mme L. a demandé si M. Fré. a reçu une lettre de\nCracovie et une autre de Salzbrunn, et si Mllc Dumas vit encore, car nous pou-\nvons en douter, vu que depuis quatre mois elle n'a pas donné signe de vie ;\n(( qu'elle s'adresse à MM. Malet frères, et nous apprenne au moins qu'elle a été\nchez eux )). Tels sont les mots que je reproduis fidèlement. Merci pour le cadeau\nqui est en route pour moi. |e te remercie beaucoup d'avoir pensé à ta sœur. Dès\nle mois prochain, mais je ne sais encore quel jour, je me transporterai à la rue\nElektoralna, loin cle nos parents..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c053", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "156", "page_fin": "157", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.6", "titre_corps": "LETTRE X", "titre_sommaire": "LETTRE X", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.44", "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "LETTRE X"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c054", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "156", "page_fin": "157", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.6.1", "titre_corps": "[Du père.]", "titre_sommaire": "[Du père.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.44", "debut_caractere": 1029, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "[Du père.]\nMonsieur, Monsieur Frédéric Chopin,\nParis,\nChaussée d'Antin, n° 5.\n(Estampilles (( Varsovie, 24, 11 », « Berlin, 27, 11 » et [Paris] (( 3 déc. 1834 ».)\nMON CHER ENFANT,\nJe ne sais que penser sur ton compte. Voilà plus de quinze jours écoulés depuis\nque nous aurions dû, comme à l'ordinaire, recevoir ta lettre, et nous sommes dans\nla plus grande inquiétude, d'autant plus que tu ne nous as fait mention d'aucun\npetit voyage ou autre obstacle qui pût empêcher ta régularité ordinaire à nous\nécrire. Pense, mon bon ami, combien ta mère et moi nous sommes maintenant\nisolés : tes soeurs sont établies ; bien que dans la même ville, elles ne sont plus\navec nous, quoique nous les voyions presque chaque jour ; il y a un grand vide\ndans la maison. Or, tu peux te figurer combien nous pensons à toi et combien\nles nouvelles de ta santé nous intéressent. Je t'avouerai que tant que je n'aurai\npas reçu de lettre, je ne cesserai d'être très inquiet. Je t'en conjure, mon cher\nenfant, ne nous laisse pas languir, c'est trop pénible à notre âge et pour des\ncœurs qui t'aiment tendrement. Si parfois tu n'as pas le temps de mettre la main\nà la plume, tu as un bon ami (1) près de toi, charge-le d'écrire et signe seulement\nla lettre; et quelque chose qui puisse t'arriver, quelque perte que tu puisses\nfaire, ne nous cache rien, car ton silence nous ôte toute tranquillité. Nous avons\nbien pensé à toi le jour de la noce d Isabelle ; combien nous avons désiré de te\nvoir avec nous ! Nous nous attendions précisément à recevoir ta lettre ce jour-là,\n\n(i) Le père cle Chopin parle de Matuszynski dont il fait mention dans le post-scriptum en\nl'appelant « jasio »."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.45", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 710, "texte": "car c'était précisément le jour et l'espace de temps nécessaire en réponse de notre\ndernière lettre. Depuis ce moment nous attendions chaque courrier avec impa-\ntience, mais en vain. Je finis et t'embrasse de tout mon cœur, ta mère te presse\ncontre son sein.\nCH.\nJe rencontrai hier Ledoux, il te fait bien des compliments. A propos, j'em-\nbrasse Jasio, dis-lui mille belles choses de ma part ; ne le ménage pas: qu'il écrive\nsi tu n'as pas le temps, je crois qu'il se chargera avec plaisir de cette occupation ;\net si, par malheur, quelque maladie était cause de ton silence, je le conjure de\nne pas te quitter un instant. Bien des compliments aussi à Hoffmann, ton bon\nvoisin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c055", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "157", "page_fin": "160", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.7", "titre_corps": "LETTRE XI", "titre_sommaire": "LETTRE XI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.45", "debut_caractere": 712, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "LETTRE XI"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c056", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "157", "page_fin": "158", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.7.1", "titre_corps": "[Du père.]", "titre_sommaire": "[Du père.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.45", "debut_caractere": 723, "fin_caractere_exclue": 3054, "texte": "[Du père.]\nVarsovie, ce 9 février 1835.\nJ'ai différé de t'écrire, mon cher enfant, parce que je savais que Barcinski\nt'avait donné de nos nouvelles. Ta dernière lettre que nous avons lue en famille\nil y a huit jours, car il faut que tu saches que les fêtes et dimanches nous sommes\ntous réunis, ta dernière lettre, dis-je, nous a fait un plaisir que tu peux aisément\nte figurer, sachant combien nous t'aimons. Le petit fragment de journal que tu\nnous as envoyé est très flatteur, et nous avons assez d'amour-propre pour croire\nqu'il n'y a rien d'exagéré, ce qui doit te faire espérer que s'il t'arrive de donner\nun concert, il sera très nombreux. J'ai grande obligation à ton bon ami, que\nj'aime et estime beaucoup, de ce qu'il te retient quelquefois le soir chez toi,\naprès avoir travaillé ; c'est du moins un moment de repos pour toi. Mais je vois\npar ta lettre que tu te plains de tes éditeurs ; je te connais, ils profitent de ta bonne\nfoi, ils savent que tu ne sais rien refuser, et quand ils t'ont surpris ta parole, ils\nte tourmentent, car ils y trouvent bien leur compte en achetant les ouvrages à un\nprix très modique, car tu n'es pas assez tenace pour marchander. Je crois que le\nmeilleur moyen de n'être pas à leur discrétion est de ne faire aucun accord avant\nd'avoir ton manuscrit tout corrigé et mis au net, de leur en jouer des fragments\npour exciter leur avarice, d'autant plus qu'ils craindront que tu ne fasses passer\ntes ouvrages à Leipzig, où on les demande, à ce que m'a dit ton compère qui t'a\nécrit à ce sujet, et il paraît que les Allemands goûtent tes compositions , à dire le\nvrai, tu es le seul qui leur donne du nouveau et de la besogne. En voilà assez\nsur ce sujet, si ce n'est que je suis vraiment surpris de ton extase de ce que je\njoue du violon et que ton bobo de neveu bat la mesure ; sais-tu bien que c'est un\nnouvel air de l'ancien temps, le même que je te jouais de la flûte que tu m'as gâtée\nquand je te la donnai pour joujou ? Mais passons cela ; comment vont tes affaires ?\nAs-tu toujours beaucoup cle sangsues ? Je crois que tu n'en manques pas, mais\nsouviens-toi de mon refrain, une poire pour la soij, et il me semble que pour te\nmettre en état de refuser, tu ferais très bien de déposer tous les mois quelque\nchose de tes épargnes chez M. Eichthal, ces braves gens, dont tu nous dis tant"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.46", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "Cle bien ; insensiblement tu te ferais un petit fonds et te trouverais dans le cas de\nrefuser, n'ayant rien sur toi ; c'est le seul moyen que tu aies, et si tu n'en profites\npas, mon cher enfant, tu vivras au jour le jour, et l'on n'est pas toujours jeune.\nA propos : j'ai vu Dlugosz, nous avons parlé de son instrument (1), qu'en penses\ntu ? Y a-t-il quelque chose de pareil chez les facteurs de pianos à Paris? Dis-moi\nce que tu en penses, car tu es le seul qui le connaisses bien et qui saches en tirer\nparti ; ce serait la moindre chose d'en commander un et de te l'expédier pendant\nla belle saison. Barcinski a des correspondants à Dantzig et à Hambourg,—\nceux-là au Havre et de là à Paris. Cette idée m'est venue et à Nowakowski. La\nnouveauté plaît, mais il faut qu'elle soit avantageuse.\nJe craindrais seulement que cela ne t'attirât trop de curieux et ne te prenne trop\nde temps. Pour te parler de nous, je te dirai, mon bon ami, que grâce à Dieu\nnous nous portons assez bien pour notre âge. J'ai encore quelques bambins chez\nmoi qui souvent m'impatientent, mais que faire ? Il faut vivre et travailler, c'est\nla destinée de l'homme, et celui qui n'a pas eu occasion de mettre de côté dans sa\njeunesse est libre de tout reproche et pousse la brouette. - Heureux encore\nquand il a des enfants comme nous en avons et qu'il s'en réjouit. Je né sais\nencore comment nous passerons les vacances, je t'en parlerai plus tard; en atten-\ndant, je t'embrasse cle tout mon cœur, ta bonne mère en fait autant. Dis à ton\nbon ami que je lui sais gré de son bon souvenir et de la peine qu'il s'est donnée\ncle mettre la main à la plume. L'histoire de la tabatière ne nous a pas surpris,\nnon plus qu'Elsner, auquel nous l'avons racontée ; l'original est trop connu, il\ntient de son pays, c'est-à-dire il ne tient à rien, excepté à l'argent.\nL'anecdote cle Caen nous a fort amusés, elle est très ingénieusement racontée.\nTu ne nous parles plus des Moriolles, les as-tu perdus de vue ? Ce n'est pas bien\nde ta part, ils te voulaient du bien.\n(i) L instrument dont parle le père de Chopin était un piano éolien, sur lequel Chopin impro-\nvisa publiquement à Varsovie, en 1825. Cet instrument fabriqué parle maître menuisier Dlugosz\nétait un composé de piano et de éolomélodicum. L'éolomélodicum construit par Brunner, méca-\nnicien de Varsovie, d'après l'invention du professeur Hoffmann, se rapprochait des orgues par sa\nforme. (Niecks ; I, 53.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c057", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "158", "page_fin": "160", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.7.2", "titre_corps": "[Lettre de Louise.]", "titre_sommaire": "[Lettre de Louise.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.46", "debut_caractere": 2462, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "[Lettre de Louise.]\nMON BIEN-AIMÉ FRITZ,\nTu as pu remarquer d'après la lettre de papa qu'il se porte bien et est de\nbonne humeur ; il lui suffît de penser à toi pour que son front s'éclaircisse au\nmilieu cle ses ennuis avec les enfants, car il y en a des bambins, grâce à Dieu !\nmais leur société continuelle, leur paresse, leurs farces (et ils en font assez), ne\npeuvent toujours amuser nos parents. Au moins ils se portent bien, et je crois\nque tu ne les trouverais pas changés.\nJe t'avouerai franchement que tu as un peu irrité l'amour-propre de papa en\nt étonnant qu'il joue du violon ; cela perce même clans son post-scriptum, car\nnon seulement il nous a ordonné de te faire ce reproche, mais lui-même n'a pu\ns empêcher de t exprimer sa rancune. Nous rions parfois à notre aise, quoique\nrarement. Je voudrais que tu fusses témoin d'un de ces concerts dont la palme,"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.47", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3568, "texte": "au piano, revient à Zywny, qui improvise souvent des sauteuses ; papa tient le\npremier violon, Barfcinski], le second ; la grand'mère chantonne, et le petit,\nbattant la mesure avec la main et la tête, accompagne le Malborough une tierce\nplus bas. A propos ! Valentin est marié ; ils ont déjà un enfant, et nous autres\nnous en avons d'autant plus qu'il y a d'années que son frère l'a devancé dans\ncette carrière\nLes vieux se tiennent toujours bien avec leurs cocardes.\nLa critique était superbe, on voit comme on t'achète, puisque nous recevons\nmême ici tes éditions de Leipzig. Ta mazurka, celle dont la troisième partie fait\nbam, boum, boum (i) (N. B. Il me semble qu'elle fait fureur ici, surtout quand elle\nest exécutée au théâtre des Variétés par tout l'orchestre), a été jouée toute une\nsoirée au bal des Zamoyski, et Bapcinski], qui l'y a entendue de ses propres\noreilles, dit qu'ils en étaient extrêmement satisfaits pour la danse. Que dis-tu de\nte voir ainsi profané, car, à proprement parler, c'est plutôt une mazurka pour\nl'oreille que pour la danse. Tymowski, qui était au bal des Zamoyski, l'a prise de\nl'orchestre, parce que beaucoup de dames voulaient l'avoir, et l'a donnée à Klu-\nkowski pour qu'il la réimprime, et maintenant on peut l'entendre partout, c'est\nla favorite du jour.\nQue diras-tu quand tu sauras qu'à une soirée chez les Lebrun j'ai dû aussi te\nprofaner? On m'a demandé si je ne jouais pas ta parfaite mazurka, et, près de\ntoi en pensée, te voyant hocher la tête de mécontentement (car il me semble que\ntu as dû l'écrire pour l'audition), je l'ai jouée pour la danse, à la grande joie des\ndanseurs. Dis-moi, mon cher, si tu l'as écrite dans l'idée de la danse ; nous\nt'avons peut-être mal compris, c'est celle que tu as envoyée pendant le séjour cle\nMéry ici. Que fait-il ? Salue-le de notre part. Ne pense pas que nous dansions\nchez nous, nous n'avons pas le cœur à cela ; nous sommes parfois en soirée chez\ndes connaissances, plutôt pour les convenances et pour les relations avec les\ngens que pour nous amuser. Chez M. et Mme Frédéric il y a des jeudis dansants ;\nnous y avons été une fois, nous nous disposons à y aller encore jeudi prochain ;\nquel festin ! Je voudrais savoir dans quelle catégorie de soirées tu rangerais\ncelles-là, toi ! M. Fred. est toujours le même, il aime à lire tes lettres ou à les\nentendre lire, t'appelant (( l'heureux )). Weltz (2) se marie avec Mke Chelmicka,\ndont le père demeure encore plus loin que le Constantin de Lucie. C'est une\njeune et jolie demoiselle ;le mariage aura lieu le 18 de ce mois, juste le jour oû\nnotre gamin finira ses dix-huit mois. Je crois bien que Matuszynski détruira sa\nchaumière allemande ; je m'étonne qu'il ait pu croire qu'avec ces matériaux on\npouvait construire un bâtiment solide. J'ai revu Niesies [?] après quatre années,\nil est toujours le même ; il a demandé après toi. Il a encore moins cle cheveux\nqu'auparavant, son visage ne ressemble plus à un visage, car il déborde de\ngraisse ; sa fiancée étant morte, il ne s'est pas marié, et il est toujours le même,\nsouriant de temps à autre. C'est pourtant un bon garçon ; il est difficile de lui\nreprocher ce dont il n'est pas fautif : qu'il souffre parfois du cœur; tu sais qu'il\nen a toujours souffert.\nDzialo m'a parlé de toi, il est toujours aimable ; je pense que les jeunes gens\ncomme il faut ne manquent pas à Varsovie. Chaque fois que dans différentes\n\n(1) Je suppose que c'est la mazurka en si bémol majeur, op. 17, n° 1.\n(2) Charles Weltz, frère utérin de Titus Wojciechowski."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.48", "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "occurrences je pense à toi, toujours je me fâche que nous ne puissions parler\nensemble que de cette manière. Je ne sais, mais il me semble que ce sera plus\nqu'une folle joie, qu'une fureur de démence quand nous nous reverrons un\njour.\nPourvu que nous vivions assez longtemps pour y arriver !Je dirai tout à\nLucie quand je la verrai ; nous nous voyons rarement parce que nous demeu-\nrons loin l'une de l'autre, mais je voudrais la voir plus souvent, c'est une si\nbonne créature !\nEt que dit Madame notre petite mère à ces présents que tu as envoyés ? La\nbague de maman est charmante ; on a expliqué que le brillant du milieu, c'est\ntoi, et ceux des côtés c'est nous deux. A propos ! tu n'as sans doute pas encore\ninvité M. Pierre à dîner, car tu ne nous en as rien écrit, et la pensée en était\nbelle pourtant.\nEn ce moment jouent au whist chez nous : papa, Zyw[ny], Barycinski] et\nledrzeïewicz. Fais nos compliments à Mat uszynski] ; qu'il se souvienne de\nprofiter du temps et des circonstances, afin de se distinguer, à son retour, des\ngâcheurs de son métier. Je n'écris plus sur l'autre côté de la feuille, pour ne pas\nprendre le papier d'lsabelle (1). Porte-toi bien et sois heureux ! Mon mari t'em-\nbrasse de tout son cœur."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.48", "debut_caractere": 2268, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "m\n(1) La seconde partie, renfermant la lettre d'Isabelle, est découpée.\n(2) Cette lettre ne porte pas de date; d'après son contenu, on peut supposer qu'elle fut écrite\naprès la séparation de Chopin d'avec ses parents à Carlsbad, par conséquent en 1835."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c058", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "160", "page_fin": "160", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.8", "titre_corps": "LETTRE XII", "titre_sommaire": "LETTRE XII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.48", "debut_caractere": 1353, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "LETTRE XII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-03-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-03_01#c059", "volume": "bmtnabj_1903-03_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "160", "page_fin": "160", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.2.16.8.1", "titre_corps": "[Du père de Çhopin, écrite moitié en polonais, moitié en français.]", "titre_sommaire": "[Du père de Çhopin, écrite moitié en polonais, moitié en français.]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.48", "debut_caractere": 1365, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "[Du père de Çhopin, écrite moitié en polonais, moitié en français.]\nLe 14 septembre [1835] (2).\nCHER ENFANT,\nNous sommes arrivés ici à 6 heures et nous y passerons la nuit, parce que le\nrelai suivant est double, et il fera noir comme dans un four ; le chemin aussi est\nmauvais, à ce qu'on dit, et comme il pleut, tout est noir. Nous ne voulons pas\nexposer notre vie. Nous sommes calmés, et les larmes delà séparation ont été\nséchées par l'espoir que nous nous reverrons encore. Nous sommes tranquilles\nparce que tu es aimé et que tu as des amis. Nous apprendrons avec plaisir,\npar ta lettre que nous attendons de Leipzig, comment tuas passé le temps après\nnotre séparation. —-Adieu, nous t'embrassons de tout notre cœur. Présente bien\nnos respects à M le comte, à Mme la comtesse (3) et à toute leur aimable famille,\nen y joignant nos sincères remerciements.\nCH.\n(3) Le comte et la comtesse Wodzinski."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nNo 3 (troisième année)\nMars\n1903.\nR. M.\n7\n\nLa Damnation de Faust\nAU THÉATRE DE MONTE-CARLO (7 mars).\n\nUn article d'allure « sensationnelle », publié il y a deux mois environ par le\nFigaro et signé Gunsbourg, m'avait autorisé à craindre que le chef-d'œuvre de\nBerlioz, adapté à la scène de l'opéra de Monte-Carlo, ne fût victime d'un de ces\ningénieux dérangements, et, pour tout dire, d'un de ces actes de vandalisme mu-\nsical qui sont, hélas ! très nombreux, mais qu'il faut nettement condamner par-\ntout où on les constate. Je me hâte de dire que ces craintes ne se sont pas trouvées\njustifiées. Malgré la nouveauté du cadre somptueux où on l'a placée, c'est bien\nl'œuvre de Berlioz, elle seule, que nous avons entendue. (( Je n aurais pas permis\nquil en fût autrement )), me faisait l'honneur de me dire le Prince souverain de\nMonaco, grâce auquel un si beau festival a pu être donné. 11 faut enregistrer et\nlouer sans réserve de telles paroles ; elles sont dignes d'un prince qui, aimant à\nscruter les profondeurs de l'Océan, aime passionnément aussi la musique de\nBerlioz ; elles doivent servir d'exemple à tous ceux qui s'occupent du répertoire\nsymphonique ou lyrique : le meilleur moyen d'honorer les grands morts, c'est de\nrespecter pieusement leur pensée !\nL'adaptation à la scène de la symphonie de Berlioz, suffisamment hardie en\nsoi pour qu'on n'y ajoute pas d'autres hardiesses, a été déjà faite, d'après les\nidées venues de Monte-Carlo, à Hambourg, à Darmstadt (si je ne me trompe, ou\nà Dusseldorf), à Francfort, et dans quelques théâtres de l'ltalie. Partout elle a\nobtenu le plus vif succès. Nous la verrons à Paris, le 4 mai prochain au théâtre\nSarah-Bernhardt, sous le double patronage du prince Albert et de la comtesse\nGreffulhe, présidente de la Société des grandes auditions musicales, avec un or-\nchestre que, très probablement, dirigeront tour à tour MM. Jéhin, Ed. Colonne\nqui a bien mérité d'être invité à pareille fête ! et Cortot. En m'associant\nd'abord et très sincèrement aux éloges qu'a mérités une entreprise aussi brillante,\ndirigée par la prudence la plus sage, je me bornerai à quelques observations\net réserves de détail, que je compléterai ou rectifierai, bien entendu, le mois\nprochain, quand ce poème, que je n'ai encore vu que deux fois sous sa nouvelle\nforme, sera montré à Paris, et quand la partition d'opéra, qu'on prépare en ce\nmoment, aura paru.\nC'est en 1892 qu'un homme remarquablement adroit et actif, dont 011 ne saurait\ndonner une caractéristique ou esquisser la biographie sans écrire un roman d'a-\nventures, Raoul Gunsbourg, proposa au prince de Monaco d'adapter à la\nscène la Damnation. Pour justifier ce projet, M. Gunsbourg déclarait, entreautres\narguments, avoir trouvé une lettre où Berlioz disait : (( Je viens de terminer, sur\nFAUST, un opéra qui, j'en ai bien peur, ne sera reçu par aucun directeur de théâtre. »"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.2", "texte": "LA DAMNATION DE FAUST\n\n(Je cite ce texte cle mémoire ; je ne le connais que grâce à une conversation avec\nM. Gunsbourg.) Je suis loin cle mettre en cloute la parole cle l'honorable direc-\nteur cle Monte-Carlo ; cependant, je ne puis m'empêcher cle dire que, quand on a\neu la bonne fortune cle découvrir un document cle cette importance, on le publie ;\nil est même d'usage cle donner un fac-similé cle l'écriture. N'a-t-on pas oublié\ncette précaution, qui eût bien facilement, et dès la première heure, triomphé cle\ntous les scepticismes ? 11 est fort possible que Berlioz ait conçu la Damnation,\nprimitivement, sous forme théâtrale; mais les projets d'un compositeur se trans-\nforment souvent en cours d'exécution (voir les Cahiers d'esquisses, de Beethoven) ;\nest-il légitime cle substituer à la forme d'exposition qu'il a définitivement choi-\nsie celle que (par hypothèse) il avait adoptée au début, mais qu'il rejeta bientôt\n(toujours par hypothèse) comme irréalisable? Bien qu'il ait écrit Benvenuto (1838)\net les Troyensà Carthage ( 1863), Berlioz n'avait pas toutes les qualités nécessaires\nau théâtre ; il lui manquait un certain esprit cle suite et un certain art cle con-\ndensation ; la logique indispensable pour une construction où tout doit s'en-\nchaîner répugnait à la fougue naturelle de son esprit. Son imagination l'empor-\ntait sans cesse hors clu cadre où il aurait dû se contenir, au delà des espaces\nimaginables ou disponibles pour la musique. Revoyez la Damnation, et dites-\nmoi s'il y eut jamais poème plus mal équilibré au point cle vue scénique, plus\nriche en digressions : Ronde de villageois, Marche hongroise, Chœur d'é-\nglise, Chant de buveurs, Chansons du rat et de la puce, Sommeil au bord de\nl Elbe, Esprits de Vair, Ballet des Sylphes, Chœur de soldats, Chanson\nsur le roi de Thulé, etc... tout cela, n'est-ce pas une série cle hors-d'œuvre ? Ya-t-il\nplus cle 15 ou 20 pages qui soient cle vrai drame, clans cette partition d'ailleurs\nadmirable ?\nVoyons comment elle a été illustrée, ainsi qu'un livre auquel on ajouterait des\nimages très artistiques, par le metteur en scène le costumier, le décorateur, le\nmachiniste, l'électricien, l'artificier, etc...\nicr acte (8 h 1/2). Faust est clans une sorte cle cabinet peu profond, séparé\ncle la.campagne par un vitrage derrière lequel cles jeux cle lumière variés nous\nmontreront les deux premiers épisodes : les danses et la marche militaire —Je\nne puis m'empêcher cle faire ici quelques critiques. Lorsque Faust dit: (( J'en-\ntencls autour de moi la chanson cles oiseaux, le long bruissement cles eaux etc... ))\nil est. d'après la pensée cle Berlioz, en pleine nature, et non clans une chambre.\nEn second lieu, il devrait y avoir, quand éclate la marche cle Rackocsky, un\nchangement cle décor, puisque par une brusque fantaisie dont Berlioz lui-même\na reconnu l'invraisemblance dans la Préface cle son œuvre, Faust est transporté\nen Hongrie. On le voit, l'adaptateur a été obligé cle condenser ce que le musicien\navait éparpillé. Enfin, lorsque le rideau tombe, au bout d'un quart d'heure, sur\nla dernière note cle la marche hongroise, la loi la plus élémentaire cle l'art théâ-\ntral est méconnue en ce sens que rien, absolument rien, ne fait prévoir une suite,\nn'établit un commencement d'action, et ne fait le pont entre le premier et le\ndeuxième acte. Dirai-je enfin que le récitatif : (( Mais d'un éclat guerrier les\ncampagnes se parent )), est chanté par Faust avant qu'éclate l'appel des\ntrompettes qui le justifie, c'est-à-clire que Faust parle ici plutôt comme\nun « récitant » cle symphonie (annonçant ce qui va se passer) que comme un\npersonnage réel mêlé à une action réelle, et qu'en tout cas, un tel vers devrait\nêtre dit en plains champs et non clans une chambre, face au public ? Ces"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.3", "texte": "LA DAMNATION DE FAUST\n\nréserves faites, on ne peut qu'admirer l'art avec lequel sont réglés les deux diver-\ntissements qui font contraste avec l'ennui et l'impuissance de Faust. Les danses\nsont charmantes. Quant à la marche hongroise, elle est un commentaire très\nintelligent, très ingénieux et très pittoresque, de la musique. Du fond et du som-\nmet gauche de la scène, avec casques, lances, drapeaux, costumes éclatants, un\nlong défilé de soldats descend une route en zigzag qui lui permet de traverser\ntrois fois la scène. Quelques épisodes dramatiques ont été insérés, non sans har-\ndiesse, dans ce tableau: courte halte, bénédiction des drapeaux devant les soldats\nagenouillés, surprise produisant un remous et une reculade, courte mêlée, enfin\nreprise à grande allure de la marche en avant. L'effet est magnifique\nLe rideau tombe pour la première fois à 8 heures 45 minutes et se relève, après\nun quart d'heure, à 9 heures, pour le deuxième acte (s'il est permis ici d'employer\nun tel terme), qui comprend deux tableaux Le premier, c'est Faust dans son ca-\nbinet légendaire : au plafond, un énorme crocodile empaillé ; dans la monumen-\ntale et sombre cheminée, un énorme chat au poil hérissé qui s'évanouira soudain\npour être remplacé par le diable Il faut remarquer ici que, contrairement aux\nlois du théâtre, l'apparition de Méphistophélès n'est ni annoncée ni préparée.\nPlus d'une fois, au cours de la (( pièce )), on regrettera que les entrées et sorties\ndes personnages ne soient pas suffisamment motivées. Evidemment, Berlioz a\nsuivi le système de la juxtaposition des épisodes ; au théâtre, il faut qu'il y ait\nenchaînement, suite logique et progression continue dans l'intérêt. Ici, les ta-\nbleaux passent trop souvent comme sur une toile éclairée par une lanterne ma-\ngique. Le lien de toutes les parties est insuffisant. Admirable pourtant si on le\nconsidère à part est le chœur des buveurs : pages de haute fantaisie roman-\ntique et à triple ironie, puisqu'on entend une fugue (ceci est contre la musique\nclassique) chantée à pleine voix par des ivrognes (ceci est contre les Allemands)\nsur l'unique mot Amen (ceci est contre l'Eglise). Dans une taverne éclairée d'une\nlumière rouge, les buveurs marquent parfois le rythme en tapant sur les tables\navec leurs verres, soulignent le dessin mélodique par des mouvements répétés\ndes bras ou de la tête ; chacun d'eux a une attitude et un rôle personnels. C'est\nun Téniers, un Jordaëns. D'enthousiasme, le public a bissé ce morceau. Il se\ntermine par un effet comique très heureux. Lorsque, sur un brusque accord de\nl'orchestre, Faust et son guide disparaissent dans une trappe d'où sort un nuage\nde vapeur, tous les buveurs tombent à plat ventre, ahuris. ...\nCe deuxième acte a duré exactement 29 minutes. Le 3e commence à 9 h. 37,\npour finir à ro heures 9 minutes. Faust est couché sous un arceau de roses dans\nun paysage aux perspectives bleues. Pourquoi l'Elbe n'est-il pas figuré près de\nlui ? sans doute, parce que l'adaptateur a besoin de toute la scène pour faire évo-\nluer ses danseurs. Il y a là, en effet, après un ballet pédestre, un joli ballet\naérien avec groupements ingénieux, et mouvements à la Loïe Fuller dans la\nlumière électrique. Ici encore, l'adaptateur a été obligé de condenser.\nLe 4e acte (10 h. 15 111.) va jusqu'à la mélodie: U amour 1 ardente flamme\nNous voyons la chambre de Marguerite, mais reléguée dans un coin de la scène,\net trop petite, évidemment : s'il en est ainsi, c'est que l'adaptateur, ici encore, a\ndû condenser, réunir plusieurs tableaux pour les faire tenir sur un même espace\ndonné. Peut-être serait-on fondé à lui reprocher d'avoir matérialisé par des jeux\nde lumière (d'une forme d'ailleurs un peu déplaisante) l'invocation du Diable :\n(( Esprits des flammes inconstantes, etc... )) Ce mot (( flamme )) n'a-t-il pas un sens"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.4", "texte": "LA DAMNATION DE FAUST\n\npurement moral clans la bouche cle Méphistophélès qui tient à donner à Faust\nune maîtresse infidèle ? n'est-il pas synonyme d 1 « amour )), comme dans le lan-\ngage classique ? n'y a-t-il pas enfantillage à le réaliser par une danse de feux fol-\nlets ? En cet acte, où tout est à l'étroit, je note une idée dramatique, mais due à\nM. Gunsbourg, et non à Berlioz : c'est, pendant le ballet que joue l'orchestre,\nune pantomime pathétique, où l'on voit Marguerite torturéeentre Méphistophélès\nqui l'attire, et la croix qui s'allume, à plusieurs reprises, au-dessus du portail de\n1 église Et ici encore, on regrette le manque absolu de lien entre les actes.\nLe 5e (11 h. 20) devrait être le plus émouvant ;il est au contraire le plus court\n(8 minutes à peine) et comprend l'unique mélodie : D'amour Vardente flamme\nconsume mes beaux jours. Au point de vue théâtral, c'est une faute décomposition.\nLe 6\" et dernier (11 h. 20 minuit) comprend, après l'invocation à la nature\n(faite devant un paysage un peu pauvre) la fameuse (( course à l'abîme )) où\ntriomphe l'habileté du machiniste. On m'avait parlé de merveilleux chevaux mé-\ncaniques à mouvement très rapide; j'avoue (est-ce la faute de mes yeux?) ne les\navoir pas distingués. Des paysages divers passent; des monstres fantastiques\ns'enlèvent dans les airs ; la lumière change, tout se brouille; sur le devant cle la\nscène, formant rideau, tombe une averse formidable, une pluie vraie, dont pas\nune goutte ne s'égare. Nous sommes en pleine féerie. Comme bouquet, une\nénorme explosion ! Puis, un décor de vie réelle (murailles, maisons, etc...) qui,\npeu à peu, s'enfonce et disparaît aux trois quarts clans les sous-sol : au-dessus,\ncles anges qui portent Marguerite, et, lentement, la conduisent au ciel...\nTelle est la physionomie générale de cette représentation. La mise en scène\ndure, on le voit, assez longtemps, et fait peut-être ressortir ce qui manque à la\nsymphonie de Berlioz pour être un drame. Le spectacle n'en est pas moins\ncurieux cligne d éloges, et assuré cle plaire au public.\nM. Tamagno (9000 francs d'honoraires par soirée) chantait le rôle de Faust. C est\nun artiste qui m'a paru avoir l'éclat du soleil couchant, plutôt que celui de l'au-\nrore ou du plein midi. Dans le début de la première scène il a fait entendre quel-\nques notes peu justes, mal placées, et d'émission mauvaise; çà et là, il s'est\nmontré grand et puissant chanteur, par l'éclat de sa voix, par exemple clans cette\nphrase qui termine la première scène, (mais pourquoi pousser le si b à l'octave\nsupérieure, au mépris clu texte cle Berlioz ?):\nSon accent italien lui a un peu nui : gué z aime cé silence .fi. gué sentiment\nRéprouve ! c est dé Vamour, c est dé l'amour !.. M,le Emma Calve a prêté à Margue-\nrite le charme incomparable de sa voix, pure comme le cristal : parfois, peut-\nêtre, une pointe de maniérisme, une tendance à traîner et à attaquer la note en\ndessous. M. Renaud s'est montré chanteur admirable. Je ne suis en désaccord\navec lui que jsur un seul point. Dans la scène des bords cle l'Elbe, il chante la"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.5", "texte": "L'ACOUSTIQUE DU TROCADÉRO\n\nmélodie célèbre : O mon Faust bien-aimé... avec une tendresse caressante et très\nlente. Je crois que toute cette scène doit être dite avec une ironie méprisante\net une sorte de joie féroce.\n\nJULES COMBARIEU.\n\nEn Espagne.\nLes journaux espagnols nous apportent l'écho encore très vibrant du beau\nsuccès qu'a obtenu M. Pierre Sechiari au théâtre des Nouveautés de Barcelone,\ndans les deux concerts qu'il a donnés, les 3 et 6 mars, avec le concours de\nM. Alfred Casella. L'excellent premier violon des concerts Lamoureux s'est par-\nticulièrement fait applaudir dans la Sonate n° 1 (en ré) de Saint-Saéns, la Sonate\nn° 5 (fa majeur) de Beethoven, la Fantaisie norvégienne de Lalo, le Nocturne en\nmi bémol de Chopin, et surtout cette Chaconne pour violon seul, de J.-S. Bach,\nqui est bien une des plus étonnantes compositions que l'on connaisse,\n\nL'Acoustique du Trocadéro\n\n(1).\nAyant appris par M. d'Estournelles de Constant le désir qu'avaient M. le Mi-\nnistre de l'lnstruction publique et M. le Directeur des Beaux-Arts défaire servir\ndavantage l'admirable salle du Trocadéro à l'éducation artistique du public,\nà l'aide de grandes auditions dramatiques, lyriques ou musicales, j'ai pensé qu'il\ny aurait lieu de chercher, à cette occasion, un remède aux imperfections sonores\ndont est affligée cette admirable œuvre d'architecture.\nMe rappelant l'étude que j'avais faite de la question en 1889, je me permis d'en\nentretenir M. d'Estournelles de Constant et de lui dire que je me mettais avec\nle plus grand plaisir à sa disposition si M. Bourdais voulait bien m'accepter\npour collaborateur. M. d'Estournelles voulut bien entretenir de la question\nM. Bourdais. Ce dernier me fit le meilleur accueil, mais*il me répéta ce\nqu'il m'avait déjà dit dès 1889, que les plus grands physiciens s'étaient occupés\nde la question et avaient dû se déclarer vaincus. Comme je n'ai aucune préten-\ntion à être un grand physicien et justement à cause de cela, je me permis de faire\nremarquer à M. Bourdais que je ne pensais pas résoudre la question à priori,\nmais ce que je proposais c'était de faire une analyse méthodique des conditions\nde sonorité de la salle. Je lui indiquai en quelques mots l'ensemble des idées qui\nme paraissaient logiques. Il voulut bien les approuver et accepter mon concours,\net le travail d'étude fut commencé le lundi 16 février à 9 heures du matin.\nJ'avais amené 20 de mes collaborateurs et de mes meilleurs accordeurs, tous\nd'oreille musicale parfaitement sensible, et certains amis personnels avaient bien\nvoulu me prêter leur concours aussi gracieux que dévoué ; nous procédâmes de\nla façon suivante.\n\n(1) On sait que la salle du Trocadéro, vaste, bien aménagée, et pourvue d'un orgue, serait la plus\nbelle de nos salles de concerts, sil était possible d'y entendre la musique sans échos. Des pra-\nticiens expérimentés vont essayer de guérir cette fâcheuse maladie. Nous sommes heureux de\npouvoir faire connaître à nos lecteurs le résultat de leurs premières auscultations."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.6", "texte": "L'ACOUSTIQUE DU TROCADÉRO\n\nChacun des observateurs était muni d'un carton blanc de surface carrée ayant\n50 centimètres de côté, chacun de ces cartons comportait un n\" d'ordre degrande\ndimension et parfaitement visible (pour un observateur placé sur l'estrade) de\nn'importe quel point du Trocadéro.\nCeci étant, les 24 observateurs furent répartis d'abord d'une façon méthodique\ndans les fauteuils d'orchestre, l'estrade ainsi que ses gradins furent partagés en\ncarrés ayant environ deux mètres de côté (le plan en fut d'ailleurs très exactement\nrelevé).\nLa première série d'expériences eut pour but de rechercher expérimentalement\nquelle était la meilleure source de son pour faire entendre distinctement aux\nobservateurs les échos que nous cherchions à combattre. On essaya la voix hu-\nmaine, puis un tambour, une trompe d'automobile, un cornet à piston, un trian-\ngle, un gong, une trompe de mail coach, le choc d'une baguette de bois contre\nune boîte de bois, un marteau frappant sur le plancher.\nCes essais eurent lieu sur l'estrade, en différents points pris un peu au hasard,\nafin simplement de découvrir quelques-uns des points d'échos et cl'y faire compa-\nrer, par les observateurs, les différentes impressions au point de vue de la netteté.\nCeux-ci avaient reçu la consigne de lever leur carton, le numéro faisant face à\nl'observateur placé sur l'estrade, aussitôt qu'ils percevaient un écho. L'expérimen-\ntateur de l'estrade prenait note des indications en appelant à haute voix les car-\ntons qu'il apercevait, et aussitôt les observateurs de la salle abaissaient leurs\ncartons pour masquer les numéros.\nLe premier point acquis, après ces expériences de mise en train, fut que les\ndeux meilleurs instruments capables de produire l'écho étaient : i° la voix hu-\nmaine parlant naturellement et ne chantant pas, une voix saccadée étant de beau-\ncoup la meilleure.\n20 Le coup sec cle deux morceaux cle bois l'un contre l'autre rappelant les cla-\nquettes employées pour les catéchismes et pour les mouvements d'ensemble des\nenfants dans les églises donnait un résultat meilleur encore.\nUne autre observation également à retenir, c'est que lorsqu'on emploie la voix\nhumaine, il est bon de dire successivement deux syllabes de sonorité différente,\ncomme do, mi, par exemple, afin que l'écho do s'entende au moment de la per-\nception du son direct mi ; c'est même dans ce cas que pour les oreilles les moins\nexercées l'écho est le plus nettement perceptible.\nUne fois ces points établis et sans prendre la peine d'attendre la fabrication,\naujourd'hui faite, d'une claquette en bois sonore, l'analyse de la salle fut entre-\nprise au point de vue de l'écho.\nL'expérimentateur se plaçant au centre de chacun des carrés tracés sur l'es-\ntrade faisait entendre le choc d'une baguette de tambour contre une boîte vide\nen bois. Aussitôt le choc produit, tous les observateurs de la salle qui enten-\ndaient un écho levaient leur carton et l'indication était prise par appel nominal\nde chacun des numéros ainsi élevés en l'air, qui aussitôt s'abaissaient.\nCette expérience s'est faite en dirigeant le haut de la boîte vers le ciel ou vers\nla terre, puis 1 expérimentateur prononçant la syllabe mi dans quatre directions à\nangle droit, en face de lui, puis à sa droite, puis derrière, puis à sa gauche en\ntournant toujours autour du point d'observation.\nAprès chaque son produit, on inscrivait sur un registre les points d'échos\nperçus."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.7", "texte": "L'ACOUSTIQUE DU TROCADÊRO\n\nAprès quoi l'expérimentateur passait sur le carré suivant, notait le numéro\nd'ordre, les mêmes expériences recommençaient, etc.\nUn des résultats les plus frappants fut que quelques points du Trocadéro\npercevaient toujours des échos, quel que fût le point de l'estrade d'où partait\nl'onde sonore. Ces points seront, à mon sens, des aides puissants pour l'analyse\nméthodique future des surfaces réfléchissantes de la salle.\nUne fois que l'expérience étendue aux différents points de l'estrade fut ter-\nminée, les observateurs de la salle quittèrent les fauteuils et furent répartis\nd'abord dans les loges découvertes et dans les loges couvertes. Une nouvelle\nsérie d'observations fut faite. Après quoi ces mêmes observateurs, dans une troi-\nsième série d'expériences, furent répartis en différents points de l'amphithéâtre,\npuis les expériences furent reprises avec la même méthode.\nPendant que les observations se continuaient, je fus frappéde plusieurs points ;\nun en particulier peut être noté dès maintenant : c'est que plus la source sonore\ns'élève, moins il y a d'écho, et que l'écho est infiniment plus nombreux dans les\nplans qui sont au-dessous de la source sonore que dans les régions au-dessus;\nceci n'est peut-être pas une loi d'ordre général, mais s'applique au Trocadéro.\nCeci clôturait la première partie des essais qui consistait à trouver les points\nd'échos existant dans la salle, ainsi que les points de l'estrade qui les causaient.\nLes expériences futures auront pour but d'analyser la cause de l'écho produit en\nun point donné de la salle et issu d'un point donné de l'estrade.\nA ce propos il m'a semblé, ainsi qu'à un des observateurs, qu'une partie des\néchos observés dans les fauteuils provenait de la réflexion sur les surfaces cylin-\ndriques verticales situées en dessous des loges couvertes clans la partie près de\nl'estrade.\nUne première expérience qui clôturait la séance nous a permis de voir que\n\nLES FUSILS SONORES."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.8", "texte": "ÉPHÉMÉRIDES GRÉGORIENNES\n\ncette conception était exacte et que le matériel que j'avais imaginé pour faire ces\nrecherches analytiques nous permettait de produire l'écho pour un observateur\ndéterminé en envoyant deux rayons isolés provenant de la même source sonore,\nl'un directement sur l'observateur à l'aide de ce que j'ai appelé un fusil sonore\n(qui n'a rien que de très pacifique) et l'autre à l'aide d'un autre fusil sonore, mais\nqui peut être, ainsi que le serait une lance d'incendie, dirigé par 1 expérimenta-\nteur de l'estracle dans tous les coins du Trocadéro.\nCes deux fusils tirent en somme la même cartouche sonore, et nous avons pu\nvérifier ainsi que l'observateur, après n'avoir perçu que le son direct, alors que\nseul un des fusils sonores était dirigé vers lui d'une façon constante, a signalé\ntout à coup percevoir un écho au moment où le second fusil sonore venait\nfrapper la surface cylindrique dont nous avons parlé plus haut.\nLa règle de la réflexion de la bille de billard s'appliquait dans ce cas-là comme\ndans tous les cas analogues, et l'épure faite en rentrant à mon bureau a parfaite-\nment indiqué cette surface comme cause de cet écho spécial. La correction pour\ncet écho particulier est éminemment simple et entraînera une dépense d'un ordre\nassez faible.\nCet essai de l'analyse méthodique que nous allons entreprendre sera continué\navec un nombre beaucoup plus restreint d'observateurs, et nous pouvons espé-\nrer, M. Bourdais et moi, débarrasser le Trocadéro de ses imperfections acous-\ntiques,\n(A suivre.)\n19 février 1903.\n\nGUSTAVE LYON.\n\nÉphémérides grégoriennes.\n\nDans notre numéro de décembre, nous offrions à nos lecteurs une transcrip-\ntion en musique moderne d'une des plus touchantes antiennes de notre litur-\ngie, accompagnée d'un court commentaire où l'un de nos collaborateurs\nessayait de dire son admiration. Cet article nous a valu les remerciements de\nplusieurs musiciens, heureux de connaître un chef-d'œuvre de plus, et une\nlettre exquise, quoique trop indulgente, du Rév. Père A. Mocquereau, de la\ncongrégation bénédictine de Solesmes. Point n'est besoin de dire ici combien\nune telle approbation nous est précieuse : la vaste érudition de celui qui veut bien\nnous la donner, autant que la finesse et la vivacité de son sentiment artistique\net la sûreté de son goût, sont des qualités que nous avons pu apprécier de près,\net que nous retrouvons aujourd'hui, de loin, dans les belles études sur le rythme\ndelà Paléographie musicale.\nForts de ces encouragements, nous avons le projet de publier ici, à l'occasion\ndes principales fêtes de l'année, quelques reliques de ce chant précieux qui,\naprès des siècles de barbarie, renaît enfin et retrouve la souplesse et la légèreté\nde la vie. Loin de nous la pensée de constituer ainsi une sorte de musée rétro-\nspectif, que le curieux viendra visiter avec un dédaigneux intérêt, et 1 orgueil-\nleuse conscience des progrès accomplis : jamais notre musique n'a été plus par-\nfaite, plus maîtresse d'elle-même, plus sûre de sa pensée comme de son expres-\nsion, qu'en ses origines. Sans nous demander ici jusqu'à quel point la tradition\nde l'antiquité a guidé les compositeurs du haut moyen âge et comment elle leur"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.9", "texte": "ÉPHÉMÉRIDES GRÉGORIENNES\n\na été transmise (1), disons seulement que l'on retrouve en effet, dans telle an-\ntienne grégorienne, la pureté de lignes et la noblesse ingénue de l'art antique,\njointes à la charité chrétienne. Ce n'est donc pas à la curiosité que nous faisons\nappel, ni même seulement à la foi : il suffit de n'être pas sourd à la musique\nou aveuglé par la haine du passé pour joindre pieusement les mains devant ces\nmélodies, douces mortes embaumées de grâce, et aussi fraîches qu'au premier\njour, par la vertu de leur beauté. Mieux que la triste dépouille de Thaïs ou\nde Sérapion, elles pourront nous faire revivre, pour un instant, en des âges très\nanciens ; car elles vivent encore.\nLorsque ces lignes paraîtront, l'Eglise célébrera le quatrième dimanche du\nCarême, généralement appelé Lcetare, de la première parole de son Introït. Ce\nn'est pas une fête, au sens large et glorieux du mot ; le Carême n'est pas terminé,\nla pénitence n'est pas accomplie, et la nuit du péché dure encore. Mais l'aube\nest proche ; émue par la contrition des fidèles, l'indulgence divine leur permet\nd'espérer ; l'orgue, muet les trois dimanches précédents, mêle de nouveau sa\nvoix à la voix humaine; et « les chants de la messe ne parlent que de joie et\nde consolation )) (2). C'est en ce jour que l'on célèbre, à Rome, la bénédiction\nde la Rose d'or, fleur mystique de la foi, promesse du printemps : on sait quel\nriche symbolisme s'était développé, au moyen âge, autour de cette fleur merveil-\nleuse, dont le parfum était également capable de traduire la grâce de l'amour\ndivin et l'attrait de l'amour d'ici-bas : témoin le Roman de la Rose. C'est au\nmoyen âge que remonte aussi l'institution de la fête de la Rose, déjà établie au\ntemps de Léon IX (1049-1055). Lorsque les papes habitaient encore au palais de\nLatran, un cortège se formait après la bénédiction : la mitre en tête, escorté\nde tout son sacré collège, le pape allait porter la Rose dans la vieille basilique\nde Sainte-Croix de Jérusalem, en traversant la plaine qui sépare les deux édi-\nfices : c'était une somptueuse cavalcade, et le peuple souriait de voir étinceler,\ndans la main de son maître, la fleur de joie. La joie rayonne aussi dans Y Introït\nde la messe, que nous donnons ici, avec des barres de mesure qui en facili-\nteront la lecture, à condition qu'on se garde de rythmer durement une mélodie\ncoulante et légère (3 ).\n\n(1) Ce sont des questions que je compte aborder, mais non résoudre, dans mes conférences de\nl'Ecole des Hautes Etudes sociales.\n(2) DOM GUÉRANGER, Année liturgique. C'est à cet ouvrage que nous empruntons aussi les\ndétails qui suivent.\n(3) Le tiret indique de légers ralentissements, auxquels notre point d'orgue donnerait trop\nd'importance."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.10", "texte": "EPHEMERIDES GREGORIENNES\n\n« Réjouis-toi, Jérusalem, et rassemblez-vous, vous tous qui l'aimez; ébattez-vous en joie, vous\n« qui fûtes dans la tristesse ; tressaillez d'allégresse, et abreuvez-vous du lait de la consola-\n« tion. »\nLa mélodie appartient au 5e mode grégorien, c'est-à-dire à une gamme de\nfa en ja. Le si \\> apparaît dans le voisinage du/a, pour éviter l'intervalle sata-\nnique de triton (fa-si B ), diabolus in musica ; mais il n'est pas obligatoire, si\nbien que le compositeur dispose en réalité de deux gammes ou de deux nuances\ndifférentes : Tune un peu plus sombre, avec le si b , l'autre toute claire avec\nsi B . La pièce entière est construite sur deux idées, qui présentent justement\ncette opposition : la première, sur le mot Lee tare, est la première annonce du\nbonheur entrevu ; joyeuse déjà, elle est plus calme et plus posée que la seconde,\nqui s'élance (et convention Jacite) dans la partie supérieure de la gamme,\natteint sans effort la sensible (mi), mais, par une grâce particulière au chant\ngrégorien, ne va pas reprendre pied, comme nous l'attendrions, sur la tonique\nsupérieure {fa) : elle reste suspendue un instant en plein ciel, puis redescend dou-\ncement, avec l'ondulation d'un vol d'oiseau, et vient se reposer près de la terre,\ntoute lumineuse encore. Entre les deux phrases, un cri d'appel (Jerusalem) s'est\nélevé, naïf et pur, et a graduellement éclairci l'horizon. Le premier motif est\nrepris et développé (qui diligitis eam) en vocalises douces et sereines, reflet\nde la joie céleste qui vient de nous transporter ;et après une courte tran-\nsition où reparaît le si B , il nous traduit encore la tristesse des jours\nécoulés (qui in tristitia fuistis) , mais par des inflexions toutes différentes :le\ndemi-ton (si b -la) se répète avec insistance, comme une douleur qui pèse\nqu'on ne peut secouer. Il est peu d'exemples, dans toute la musique, d'un chan-\ngement de caractère aussi profond obtenu par des moyens plus simples. Après\ncet assombrissement, on a soif de clarté : aussi est-ce la seconde phrase, la\nphrase de joie libre et sûre, qui sert de support aux paroles suivantes {ut exsultetis\net satiemini), avec une sorte de retour sur elle-même qui peint le plaisir de\nl'âme à savourer son bonheur. Puis la première phrase reparaît (ab überibus\nconsolationis vestree), développée de nouveau, et plus hardie que la première\nfois : elle atteint Vut, au lieu de rester confinée dans un mouvement de quarte\n(fa-si b), mais la conclusion est identique (eam, vestree), et, par son caractère"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.11", "texte": "MUSIQUE FRANÇAISE\n\naffirmatif, laisse dans l'esprit l'impression d'un bonheur acquis et assuré. Ainsi\nle pieux auteur a su, en quelques lignes et par quelques notes, exprimer toutes\nles nuances de la joie, depuis la plus libre allégresse jusqu'au retour attristé sur\nles souffrances passées, pour venir s'arrêter à une conviction plus grave et\nplus tranquille, cl'où l'âme tirera des forces nouvelles. Nous avons là un\nvéritable chef-d'œuvre de sentiment, je dirais presque de psychologie, si le\nmot n'était si pédant, et aussi de composition : car la pensée musicale, loin de\ncourir au hasard, se développe avec un ordre, une logique, une sûreté et une\nclarté qui font une œuvre accomplie, absolue, justement équilibrée en toutes\nses parties, parfaitement égale à elle-même et aux intentions de son créateur,\ndigne en un mot de recevoir le beau nom de (( classique )).\n\nLOUIS LALOY.\n\nQu'est-ce que la Musique française?\n\nPour une foule de gens, et surtout de gendelettres, la musique française, c'était\navant-hier Adolphe Adam et Auber, c'était hier Gounod et Ambroise Thomas,\nc'est aujourd'hui, pêle-mêle, Bruneau, G. Charpentier, Dubois (Théodore), Hue,\nMassenet, Palaclilhe, Saint-Saens, etc. (M. Hue doit à son initiale d'occuper\ncette place beaucoup trop belle pour son talent, si j'ose m'exprimer ainsi.)\nSuivant les goûts de chacun, ou les hasards de l'inspiration, on brandit un de\nces compositeurs, puis on le hisse, statufié par la pensée, en face de Wagner,\nagressivement. Et allez donc ! car les hommes, et spécialement les gens, sont\ncombattifs. Novalis a dit : (( Ma conviction gagne infiniment en moi quand je\npeux la faire partager à un autre esprit. )) Mais les gens rectifient : (( Ma convic-\ntion gagne infiniment en moi quand je peux l'opposer à celle du voisin. )) J'en\nsais quelque chose, moi-même, par la peine que me coûtent ces doctes considé-\nrations, si je la compare au facile plaisir avec lequel je rétorquerais des argu-\nmentations élaborées par le musicographe Pougin, qui s'insurge en désespéré\ncontre (( la polissonnerie artistique et les indécentes divagations )) de Camille\nErlanger, ou par le musicographe Mangeot, plus négligeable encore.\nJe le répète, on le guindé pas un des scribes précités, mais M. Théodore Du-\nbois, par exemple, en face de Wagner, autel contre autel. Car Wagner, enfin\njugé dignns intrare même par le rédacteur du Ménestrel (depuis la mort de l'irré-\nductible Barbedotte qui comparait les Murmures de la Forêt aux grognements\ndes cochons (( fouillant le sol du groin »), Wagner reste encore, à tout prendre,\nle dieu du jour, bien que les avancés d'entre nos chers snobs, leurrés par l'ironie\nde cet admirable musicien paradoxal qu'est Debussy, commencent à parler\ndédaigneusement de la (( ferblanterie reliée en peau de bête )) dont sont revêtus\nles personnnages du Ring, et traitent la Tétralogie, hier encore leur Evangile,\nde (( Bottin musical )).\nDonc, vous demanderiez à M. A. Pougin quel est, à son sens, le compositeur\nreprésentatif, le parangon, le palladium de l'école française, Pougin vous répon-\ndrait : Adam, ou : Auber. Car il en tient pour ces compositeurs abscons. Oui-dà,\nabscons ! Je vois clair dans l'Anneau du Niebelung et dans Par si fol, mais j'avoue\nn'avoir jamais rien compris au Chalet ni au Domino noir.\nVoilà, sans doute, de la musique savante î"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.12", "texte": "MUSIQUE FRANÇAISE\n\nSi, au lieu de Pougin, vous interviewiez Charpentier... mais non, c'est un bon\ngarçon, et rempli de talent, quoi qu'en pense le musicographe Vuillermoz, dont\nles admirations s'agenouillent devant la seuleTitania. qui lui semble (( une étape »\ndans le mouvement artistique et qui me paraît plutôt (( une tape )). Adressez-vous\nde préférence à... nous rappellerons, si vous voulez, Machin. Trop modeste pour\nvous le déclarer, il vous laissera tout au moins entendre que c'est lui le paran-\ngon, le palladium, le héros représentatif, le génie français en face du génie alle-\nmand, ou le génie latin en face du génie tudesque, ou le génie gaulois en face\ndu génie germanique. Et Chose, n'en doutez point, abondera en déclarations ana-\nlogues.\nResterait à jauger ces génies et à déterminer leur nationalité véritable, pour\nverser (j'userai du style parlementaire), pour verser quelque lumière sur le débat\net porter la question sur son véritable terrain. Cette jauge, cette détermination,\ncette lumière et ce terrain, nous les demanderons à Emile Augier, ou plutôt à\ncertain discours prononcé, il y a quelques années, à l'inauguration du buste\nélevé à ce grand homme devant les Folies-Ginisty. On fit alors assavoir aux\nacadémiciens, députés, sénateurs et gardiens delà paix présents à cette céré-\nmonie qu'Emile Augier ne pouvait prétendre à la puissance dramatique d'Es-\nchyle, ni à la vigoureuse psychologie de Shakespeare, ni au grandiose lyrisme\nde Schiller, ni à l'originalité de celui-ci, ni à l'ingéniosité de celui-là, ni à la\npoésie exquise et suave de cet autre, etc., etc..., mais que, par là même,\" tel le\ncommerçant qui perdait sur chaque article et se rattrapait sur l'ensemble, il\nn'en était que plus admirable, car ce sont précisément ces qualités moyennes de\nmodération, de pondération, d'équilibre, de raison, de bon sens qui constituent,\noui, Messieurs, et qui constitueront toujours le cachet, l'essence et la substance\ndu génie français. (Exiger la véritable marque.)\nO modération ! ô pondération !\nQue vous me donnez donc de satisfaction !\nOn va prochainement célébrer le centenaire de Berlioz. Comment s'y prendra-\nt-on pour forcer l'abrupt et rocailleux génie dans l'absurde moule où l'on veut\ncouler tous les esprits ?\nComment faire un modéré du génie qui a vu dans la musique « autre chose\nque le plus délicat des arts de société, selon la conception de notre xvmc siècle, et\nen a fait l'expression totale, sincère et frémissante, d'une personnalité ; qui dans\nchacun de ses poèmes, dans Harold en Italie, dans la Symphonie fantastique, dans\nRoméo et Juliette, dans la Damnation, a mis la passion vraie, les rêves énormes\net tragiques, les révoltes, la mélancolie, la tendresse infinie d'un cœur qu'il a\ncomparé, en une lettre intime, à une forêt embrasée sur laquelle vient souffler\nl'ouragan, et où l'incendie n'est jamais définitivement éteint? »(i) M. Catulle\nMendès a superbement chanté, lui aussi, cet (( esprit cratère d'où l'inspiration\njaillissait en laves », et expliqué que sa passion bouillonnante ne pouvait (( s'ac-\ncommoder des étroitesses où mijotait à petit feu la musique des modérés » (2).\nAh ! les modérés! Ah! les justes milieux ! va-t-on nous ennuyer longtemps\n\n(1) Ces belles paroles ne sont point tirées de l'allocution sentimentale prononcée récemment à\nMonaco par M. Massenet, mais du discours de M. Combarieu.\n(2) Figaro, 8 mars 1903."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.13", "texte": "MUSIQUE FRANÇAISE\n\nencore avec cette histoire des coteaux tempérés qui agaçait si fort Sainte-Beuve ?\nJ'en connais des coteaux tempérés, placides, aux contours reposés et heureux,\net nul n'aime plus que moi le Fresnois vallonné, envahi de bois qui débanali-\nsent sa douceur aimable. Bois profonds, d'un vert qui va jusqu'au bleu sombre\nen été; forêts d'hivers, chevelues de branches emmêlées, et qui moutonnent jus-\nque là-bas, aussi loin qu'on peut voir...\nMais si le Fresnois est plus cher à mes yeux que tout autre coin de France, je\nsais, je sens que cette France ne se limite point à l'horizon fresnois, court et cir-\nculaire, je sais qu'ailleurs des sommets aigus percent l'ouate des brumes, je sais\nque des fleuves tumultueux et fécondants imitent et multiplient ce ruisselet sac-\ncadé qui luit ici, et plus loin se dérobe, comme un vif lézard couleur d'argent.\nDe même, il est permis de révérer Augier, et l'on pourrait aussi laisser à\nM. Pougin le libre exercice de son culte superstitieux pour Adolphe Adam; mais\non ne devrait point ignorer que, d''Agrippa d'Aubigné à Verlaine et de Rabelais à\nGustave Flaubert, et des maîtres musiciens du xve siècle à Rameau, à Méhul,\nà Berlioz, à César Franck, la vieille terre des Gaules a produit autre chose que\ncette floraison de médiocres semblables aux bons jeunes gens sifflés par Henri\nHeine : « D'autres poètes ont du souffle, d'autres de la fantaisie, et d'autres de\nla passion, les poètes souabes ont la vertu. »\nMais voilà, on ne sait pas, et le mot de Paul Hervieu reste vrai : « Le pire des\nmalentendus, c'est de s'ignorer les uns les autres ! )) L'Augier en question (dont je\nm'étonne de tant parler) nous montre, dans une de ses moins mauvaises pièces,\nun journaliste véreux il y en avait alors en train d'encourager des com-\npositeurs, à dessein de provoquer (( la création d'une école française de musi-\nque )). De même les humanistes du quattrocento décrétaient : (( Depuis l'antiquité\non n'a plus vu de bons sculpteurs ». Et ils formulaient de telles âneries, sans\nrire, ces contemporains de Donatello !\nVous me direz qu'Emile Augier n'était pas musicien. Soit ; mais M. Camille\nBellaigue l'est incontestablement, puisqu'il a eu un prix de piano au Conserva-\ntoire, voyons ! or ce lauréat flavescent découvrit un jour que ce qui fait le charme\net la valeur particulière de Sniegourotchka, c'est que c'est un opéra populaire,\nune œuvre construite sur des thèmes russes, familiers à tous les auditeurs, thè-\nmes légendaires comme thèmes musicaux. (( En France, ajoutait le saint Jean\nBarbe d'or de la Revue des Deux-Mondes, nous n'avons aucune idée d'une œuvre\nsemblable et aucun compositeur ne pourrait songer à en réaliser l'équivalent. »\nSuivait une liste éclectique de compositions musicales présentées, sans distinc-\ntion d'époque ou d'école, comme offrant toutes ce caractère commun d'être\nconçues et exécutées sans liaison intime avec des sentiments, des idées, des\nformes d'une essence spécialement française : Dardanus, Joseph, la Juive, Ham-\nlet, Faust, Carmen, Sigurd, nombre d'autres qui n'importent point au débat, et\nà la fin, ceci est une autre affaire, Fervaal.\nAvec tout le respect que je lui dois, mon vieil ami Bellaigue, le jour qu'il écri-\nvit ces choses, se trompa. Pour empreindre d'une plus large humanité les per-\nsonnages de « l'œuvre la plus forte, la plus noble, la plus haute qui ait surgi\ndepuis Parsijal, » l'auteur, écartant les contingences trop précises, situe son\n(( action musicale » dans une époque très reculée et définie seulement à un siècle\nou deux près, et cette action, c'est essentiellement la solution du problème reli-\ngieux le plus vaste qui se soit dressé devant l'homme depuis sa fâcheuse éviction"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.14", "texte": "MUSIQUE FRANÇAISE\n\ndu paradis terrestre. Des traditions nationales ont fourni les éléments de ce Fer-\nvaal où la puissance transformatrice du poète-compositeur les magnifie, les élève\njusqu'au symbole. Fervaal, c'est la lutte entre l'Eau et le Feu, la religion drui-\ndique à son déclin et l'avènement de la religion d'amour. Et les champions de\ncette lutte sont des héros pleins de vie et de force, et le théâtre en est un coin de\nterre évoqué avec une réalité merveilleuse. Ainsi le (( Tonclichter )) français\ns'élève à l'expression des sentiments les plus généraux, les plus universels de\nl'âme humaine, cependant que son œuvre est d'une nationalité extraordinaire-\nment vivante et forte.\nSi un heureux hasard de voyage, ou le désir de vérifier le Journal de route de\nRené Bazin, vous conduit quelque jour dans la vallée du Rhône, quittez le train\nou le bateau à Montélimar, traversez le fleuve et grimpez les pentes de laves que\ndominent les aiguilles de noir basalte et les tours abruptes du vieux château de\nRochemaure; puis, poussez jusqu'au sommet voisin de l'ancien volcan de Che-\nnavari. Alors vous verrez à vos pieds le déroulement majestueux clu fleuve, puis,\nau loin, la ligne auguste des grandes Alpes, et, en vous retournant, un entasse-\nment à perte de vue, un enchevêtrement dédalique de cimes dentelées ou arron-\ndies et cle vallées entrecroisées en tous sens. C'est la vieille terreaux mille pointes\noù s'allumaient les feux appelant les clans au combat, c'est Cravann, la Gaule\ncévenole. Et, si des excès d'intellectualité ne vous ont pas enlevé ce pouvoir\nd'admirer sans lequel, on l'a dit excellemment, l'homme le plus savant et le plus\nlettré n'est plus qu'une lunette au bout de laquelle il n'y a point d'œil, vous sen-\ntirez et vous comprendrez pourquoi Fervaal a été pensé dans ce pays et ne pou-\nvait être pensé ailleurs. Vous sentirez et vous comprendrez que ce poème musi-\ncal, largement humain par sa conception générale, s'affirme en même temps\nétroitement gaulois et cévenol par sa réalisation technique, autant que Y Anneau\ndu Niebelung est étroitement germanique et rhénan. Depuis l'appel des clans\nlancé par le pâtre sur une mélodie populaire, vieille peut-être comme les rochers\ndu pays cle Cravann, jusqu'à l'ascension héroïque de l'idéale et réelle montagne\nd'lserlech, il n'est dans Fervaal aucun moment essentiel de l'action dramatique,\naucune fibre maîtresse de la trame musicale qui ne tienne à la terre cévenole\nautant que les châtaigniers géants qui plongent leurs racines dans le sol.\nCher Fervaal inégalé, d'inspiration puissamment originale et neuve, intime-\nment et profondément française par la robuste personnalité et parla netteté cris-\ntalline des thèmes, par la logique, par le nerf incisif de la déclamation, par la\nvariété et la souplesse des rythmes, par la sonorité si particulière d'un orchestre\nclair, brillant, allègre et léger !•\nVais-je proclamer Vincent clfincly le seul des compositeurs contemporains qui\nsache penser et écrire ? Pas si bête ! mais dans la période anarchique où nous\npataugeons, après la mort de Wagner et de Franck et à travers la laborieuse\nliquidation de leur héritage artistique, alors que tant de massenétistes s'obsti-\nnent à (( tirer sur les ficelles de leur maître au point de les casser», que\nM. Saint-Saëns, après avoir cavalièrement enterré la réputation théâtrale de\nGounocl dans la tombe ouverte d'icelui, se pousse aux premiers rangs des propa-\ngateurs d'un monument colossal à la gloire de Wagner, sans doute afin de faire\noublier son inoubliable refus de souscrire pour le modeste buste cle César Franck,\nqu'un musicien doué comme Gustave Charpentier égare son très réel talent\nen des essais séduisants et dangereux de vérisme sans que toute son adresse"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.15", "texte": "LES ORIGINES DE L'OPÉRA\n\nréussisse à masquer l'inanité de ce mascagnisme montmartrois, je crois ferme-\nment que Vincent d'lndy est de ceux qui, suivant le mot de Carlyle, viennent\ndire à l'univers, qui trop souvent l'oublie, quelle heure il est réellement.\n\nHENRY GAUTHIER-VILLARS (Willy).\n\nLes origines de l'opéra et les travaux de M. Angelo Solerti.\n\nNotre Revue n'a cessé de montrer l'inconvénient qu'il y a pour l'histoire de la\nmusique à s'enfermer dans les limites étroites de son art. J'ai dit, pour ma\npart (1), quel profit la musique aurait à se rapprocher des autres arts et de la\nlittérature, quel avantage pour tous, s'ils mettaient en commun leurs décou-\nvertes et leurs travaux ; je tâche d'appliquer en ce moment ces idées, en faisant,\nà propos d'une époque déterminée, une sorte d'histoire comparée des arts et delà\nlittérature (2).\nAussi ai-je un plaisir tout particulier à signaler la publication de toute une\nsuite d'ouvrages de M. Angelo Solerti, qui répondent exactement aux mêmes\npensées (3). Ce qui fait l'intérêt exceptionnel de ces écrits sur la musique, c'est\nqu'ils sont l'œuvre d'un des maîtres de la critique littéraire italienne. M. Angelo\nSolerti est connu de tous les lettrés par ses beaux livres sur la littérature de son\npays, et surtout par sa monumentale Vie de Tasse en 3 volumes (4). Ce n'est pas\nseulement la biographie la plus véridique et la plus complète qui existe de Tasse ;\nc'est un trésor de documents, d'une richesse inappréciable pour qui veut con-\nnaître la seconde moitié du xvie siècle, cette superbe décadence italienne, si fé-\nconde, si grosse de vie.\nQu'un historien aussi savant et aussi parfaitement informé se soit brusque-\nment tourné vers l'histoire de la musique, et qu'il ait voulu la faire profiter du\nfruit de ses recherches, on comprend quelle bonne fortune c'est pour nous, et\ncombien nous devons lui en être reconnaissants.\nM. Solerti dit très justement que « pour l'histoire des origines de l'opéra, on\na beaucoup fait au point de vue musical, très peu au point de vue littéraire. Or,\nà la formation de l'opéra ont concouru musique et poésie ; et une histoire exacte\net complète n'est possible que si on les connaît toutes deux. Jusqu'à présent, en\ngénéral, musiciens et lettrés ont procédé séparément, chacun pour son compte ;\net d'ailleurs, il reste encore beaucoup trop à faire pour ces derniers. Les\n\n(t) Revue musicale, juin 1902.\n(2) A l'Ecole des Hautes Etudes sociales : Histoire des rapports de là musique avec Ici vie intel-\nlectuelle et morale de Vltalie, aux xve, xvi0 et xvne siècles.\n(3) ANGÈLO SOLERTI : 1 .Le origini del melodramma, testimonianze dei contemporânei. Turin,\nËocca, 1903, in-120, -62 p\n2. Le rappresentazioni musicali di Venezia, dal 1 571 al 1605, per là prima volta descrittéi\nRlvista musicale italiana, vol. IX, fasc. 3, 1902.\n- 3. Laura Guidiccioni Lucchesini ed Emilio de' Cavalieri. (/ primi téntativi del InelodrctmiH'âP,\nHiv. mus. ital., vol. IX, fasc. 4, 1902.\n—4. Rappresentazione di Febo e Pitone, 0 di Dafne. (Nozze Tedeschi-Cavalieri. Bologne*\n30 oct. 1902.)\n5. Ottavio Rinuccini (analyse d'un livre de Francesco Raccamadoro-ttamelli). Giornalë\nstorico délia letteratura italiana, 1902.\n(4) ANGELO SOLERTI : Vit a di Torquato Tasso, 3 vol. in-B°, 1895. Loeschef."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.16", "texte": "LES ORIGINES DE L'OPÉRA\n\nmusiciens ne sont pas forcés de connaître les chroniques, les journaux, la biblio-\ngraphie d'une infinité de publications rares. Il n'en est pas moins vrai que dans\ntous ces écrits on peut trouver, et on trouve une quantité de renseignements qui\nimportent à l'histoire de la musique » (1).\nC'est à l'étude ou à la publication d'un certain nombre de ces documents, que\nsont consacrés les cinq récents écrits de M. Solerti, que je vais rapidement résu-\nmer.\nLe plus considérable comme étendue, mais celui sur lequel j'insisterai le\nmoins, parce qu'il est plutôt un excellent ouvrage de vulgarisation qu'un travail\noriginal, est un livre intitulé : Le origini del melodranima. M. Solerti y a réuni\nles principaux textes relatifs à la création de l'opéra, et contemporains des pre-\nmiers essais mélodramatiques. On y trouve in extenso les préfaces de Péri, de\nCaccini, de Rinuccini, de Marco da Gagliano, de Filippo Vitali, la préface de\nGuidotti à Y Anima e Corpo de Cavalieri, la lettre de Pietro de'Bardi à Doni, le\ndiscours de Pietro clella Valle sur la musique de son temps, des extraits de Doni,\net des discours de Severo Bonini sur la musique. Le moins connu de ces textes\nest un intéressant discours de Vincenzo Giustiniani sur la musique de son temps\n(1628). Tous les autres sont familiers à ceux qui ont étudié l'histoire de l'opéra\nau xvne siècle, et ils ont été souvent cités ; mais il est utile d'en avoir la collec-\ntion, et ce livre doit avoir sa place dans toutes les bibliothèques des historiens\nde la musique.\nBeaucoup plus intéressantes et originales sont quatre études, parues, deux\ndans la Rivista musicale, une dans le Giornale storico, et la quatrième, tirée à\n100 exemplaires seulement, à l'occasion d'une féte.\nCette dernière brochure est la réédition d'une Rappresentazione di Febo e Pi-\ntone, o di Dafne, contenue dans un manuscrit de la Biblioteca comunale de Man-\ntoue (A. IV. 30), le même manuscrit qui contient Y Orfeo de Politien. Cette Dafne\nest identifiée par M. Alessandro d'Ancona avec une Resta di lauro, poésie et mu-\nsique de Gian Pietro délia Viola, représentée à Mantoue en i486, douze ans\naprès Y Orfeo de Politien, qui est de 1474. Il est assez curieux de noter que, lors-\nque l'opéra florentin, un siècle plus tard, fit ses débuts dans le monde, ce furent\nles mêmes sujets de Dafne et F Orfeo qu'il reprit (2). Gian Pietro délia Viola\nétait un Florentin au service des Gonzague ; il passa quelque temps en France,\nentre 1481 et 1484, au service de Chiara Gonzaga, femme du duc de Montpen-\nsier.\nSa pièce s'ouvre par un prologue, où Mercure annonce le sujet :\n(( Signori attenti : el fu già un serpente\nDoppo il Diluvio, e fu Pheton chiamato... »\n(( Seigneurs, attention ! Il y eut un serpent, après le Déluge, qui fut appelé\nPhéton-. ))\n\n(1) ANGELO SOLERTI '.Le rappresentazioni musiccili di Venezia.\n(2) Dafne, mis en musique de 1594 à 1608 par Corsi, Péri, Caccini, Gagliano.\nOrfeo, ou Euridice, traité successivement par Péri, Caccini, Monteverdfl Stefano Landi, Luigi\nFossi."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.17", "texte": "LOUIS COUPERIN\nR. M.\n8\n\nPuis l'action commence. Des pasteurs et des nymphes implorent le secours de\nPhébus contre le monstre. Phébus prie Jupiter, puis la Terre, de lui donner la\nvictoire. Ici, une lacune dans le texte. Le combat entre Phébus et le serpent\navait lieu ; et il semble qu'il fût représenté parla simple pantomime, ou par la\nmusique instrumentale, sans aucun chant. Nous retrouvons Phébus remer-\nciant Jupiter de son triomphe. La nouvelle se répand au ciel, et Vénus envoie\nCupidon pour apprendre des détails, et pour voir Phéton mort. Cupidon ren-\ncontre Phébus, qui, tout glorieux, le traite avec impertinence. Cupidon, blessé,\nva se plaindre à sa mère. Elle lui donne une flèche d'or, qu'il lance à Phébus, et\nune flèche de plomb, dont il perce Daphné. Phébus brûle aussitôt d'amour pour\nDaphné, qui le dédaigne. En vain, Penneo, père de Daphné, engage sa fille à se\nmarier :\n« E genero e nipoti mi darai\nPer passar tempo lieto senza doglia.\nTempo è d'aver di te qualche bon seme. »\n(a Tu me donneras un gendre et des petits-enfants, pour m'égayer. Il est\ntemps d'avoir de toi de bons rejetons. )))\nDaphné reste insensible. Apollon la poursuit. Elle supplie Penneo de la\ntransformer en laurier : « Muta il corpo mio, che mi fa guerra )). Ici, nouvelle\nlacune dans le texte, pour la transformation fantastique. Phébus parle au\nlaurier, et lui promet la gloire. Jupiter, irrité par le bruit qu'a fait la dispute\nde Cupidon et de Phébus, les semonce rudement. Mars prend leparti de Phébus.\nJupiter le fait taire : « che non bisogna a te risponder che nessun ti chiama ))\n((( Tu n'as pas besoin de répondre : personne ne te parle »). Il s'emporte contre\nCupidon et Vénus, (( qui ne pense qu'à tromper tel ou tel ». Il finit para tonner »,\n(( ch'i' farôtosto il mondo in fuoco e'n cenere ».Puis, après avoir fait plus de bruit\nque de besogne, il s'apaise. Les dieux s'embrassent ; et le spectacle finit par des\nchants de fête et des danses.\n(A suivre.)\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nLouis Couperin (1630-1665).\n\n(Suite) (1)\nBeaucoup de ces pièces, composées dans la forme traditionnelle de l'air de\ndanse, Allemandes, Courantes, Gigues, Gaillardes ou Sarabandes, ne nous font\nvoir rien que nous ne pourrions trouver ailleurs, dans les Livres de clavecin\nde Chambonnières, par exemple. L'imitation n'a rien de servile, certes. Elles\nrestent originales tant par le style et l'expression que par l'ampleur et la force\nde leur polyphonie robuste. Ce goûtsévère reste souvent au-dessous de l'admi-\nrable aisance du vieux maître. Il en ignore la grâce exquise et la précise élé-\ngance. Mais la forme et la technique demeurent les mêmes. Notons-y cepen-\ndant un effort sensible à réaliser de plus vastes développements, des propor-\ntions plus grandes sans que le sentiment de l'unité mélodique s'y obscurcisse\n\n(i) Voir la Revue de novembre 1902, p. 458"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.18", "texte": "LOUIS COUPERIN\n\njamais. C'est ainsi que dans les pièces à plusieurs reprises, chaconnes ou pas-\nsacailles, composées, on le sait, de plusieurs couplets différents séparés par une\nreprise du refrain toujours identique, le compositeur se plaît à dissimuler, par\nd'ingénieux artifices, ce qu'une telle forme a de monotone et de peu cohérent.\nAu lieu de débuter par un accord de tonique, il emploiera pour son refrain\nl'accord de sixte, ce qui lui permettra d'enchaîner plus facilement avec ce qui\nprécède au cours du morceau. Il terminera un couplet sur une cadence rom-\npue : il modifiera, s'il le faut, une ou deux mesures. Il ne craindramême pas de\nprésenter son refrain transposé en un ton relatif, véritable procédé de dévelop-\npement symphonique hardi pour l'époque et qui laisse le champ ouvert aux\nmodulations. De même, alors qu'il compose sur un trait de basse contrainte\ncomme il est de règle dans les passacailles, il demeure fort habile à varier ses\ncombinaisons, qu'il fasse passer le dessin obligé de sa basse du majeur au\nmineur, qu'il le rejette dans une partie intermédiaire, qu'il y introduise des\nintervalles chromatiques ou qu'il le représente renversé.\nChambonnières, en ce qui nous en reste, n'a pas si bien réussi dans ses\nrecherches. On y trouverait cependant ces tendances, esquissées tout au moins.\nMais Couperin a d'autres compositions à nous offrir dont l'équivalent ne se\nretrouve nulle part ailleurs (i).\nSes Préludes d'abord. La forme en est, pour nous, singulière. Ecrits sans\nmesures marquées, sans indications de valeurs diverses, ils offrent l'apparence\nd'une suite de grands accords arpégés, mêlés de traits d'ornement, modulant\navec beaucoup de hardiesse, parfois assez loin du ton principal, sans trop de\nsouci d'une logique harmonique stricte. Nous avons là une reproduction am-\nplifiée et fixée par l'écriture des préludes improvisés avant l'exécution des\nsuites. Ces pièces, dont on retrouve quelque chose dans des œuvres bien pos-\ntérieures (les préludes du Premier livre de Clavecin de Rameau, par exemple\n[1706]), seraient d'une lecture et d'une interprétation fort malaisées pour des\nartistes modernes, que rebuterait vite le caractère conventionnel et abrégé de\nleur écriture.\nAussi nous intéresseraient-elles assez peu si, au milieu de quelques-unes,\nl'auteur n'introduisait un épisode ordinairement fugué, fort exactement suivi\net d'assez grandes proportions. Un second passage en style libre comme au\ndébut en fait alors la conclusion, Tempo rubato amené quelquefois insensible-\nment, la fugue, au lieu de se terminer, se dissolvant pour ainsi dire peu à peu\njusqu'à ramener les passages de fantaisie par où le musicien a d'abord com-\nmencé.\nCe contraste, nécessaire pour éviter la monotonie, est toujours d'un effet\ntrès heureux. Les thèmes des fugues, toujours très mélodiques, plaisent par\nleur rythme vif et décidé, et la technique s'y décèle bien avancée déjà. Mieux\nencore apparaît-elle en quelques Fantaisies ou Duos qui terminent le\n\n(1) On trouvera quelques-unes de ces pièces de Louis Couperin reproduites dans\nle Trésor des pianistes de Farrenc (vol. XX). Une est particulièrement intéressante.\nC'est le Tombeau de M. Blancrocher, célèbre luthiste de ce temps. Pour commémorer\nle souvenir de cet artiste, Couperin écrit un véritable petit poème symphonique,\ntableau pittoresque des funérailles. Marche funèbre, lamentation, sonnerie de\nehes> tout y est fort exactement indiqué et très curieusement rendm"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.19", "texte": "UN NOUVEL ORCHESTRE\n\nRecueil (i). On est surpris d'y trouver des figures rythmiques et mélodiques\nque 1 œuvie de Bach nous a rendues familières. Certains passages font immé-\ndiatement songer à telle ou telle pièce du grand Cantor de Leipzig.\nSi l'on considère qu'en fait de pièces de clavecin de ce temps, nous n'avons\nque de simples airs à forme fixe, on sentira combien l'œuvre de Couperin,\noutre sa valeur propre, nous fournit d'indications précieuses sur l'art de nos\nvieux compositeurs. Car croire qu'il fut le seul à écrire de telles œuvres serait\nune erreur. Nous pouvons lui rendre justice sans lui faire cet honneur excessif\ndont le hasard heureux qui nous a conservé ce manuscrit semblerait le rendre\ndigne. Il exceile tout au moins dans ce style que nous ne connaissons que par\nlui. Savant et disert à propos, il évite tout excès et ne renonce pas, par amour\ndu contrepoint, au charme pathétique et discret du style mélodique. Nulle\npédanterie ne dépare ces fugues aimables. Cette raideur, cette application labo-\nrieuse qui se trahit dans l'œuvre d'un Roberdav, dans celle du grand Fresco-\nbaldi lui-même par instants, il a su en effacer toute trace. Ces pièces veulent\nplaire et y réussissent. La science sait s'y faire aimable. .L'auditeur y goûte le\nbabillage ingénieux des motifs sans avoir la fatigue de les poursuivre au milieu\nde complexités trop ardues. Héritier des vieux contrepointistes dont Cham-\nbonnieres, descendant d une antique lignée de musiciens austères, lui avait\ntransmis sans doute la tradition, il n'a garde de 1 eurs labeurs que ce qui pouvait\nlui servir.\nCar son public, assez cuitive pour apprécier a l'occasion les « doctes recher-\nches », ne voulait pas renoncer au charme des belles mélodies, à la précise\nélégance des formes consacrées. Toute une part de l'œuvre de Couperin lui\ndonne par là pleine satisfaction. Et quand il veut piquer la curiosité de ceux\nqui 1 écoutent, il a soin de ne leur présenter que des problèmes dont la solution\nsoit aisée et dont 1 exposé, par trop de science, ne risque pas de rebuter leur\ndélicatesse avertie.\n\nHENRI QUITTARD.\n\nUn nouvel orchestre.\n\nLe besoin, dira-t-on, ne s'en faisait pas sentir. N'avons-nous pas déjà, pour\nne point parler de 1 inaccessible Conservatoire, nos deux orchestres du dimanche,\npourvus chacun de ses qualités, de ses défauts, de son chef et de ses partisans ?\nN avons-nous pas encore la salle Humbert de Romans, les concerts Le Rey ou\nLefort, et, pour les vrais amateurs, le Concert Rouge, où l'on peut écouter en\npaix la Symphonie de Franck si bien comprise par M. Touche et sa vaillante\npetite troupe ? Quant aux sociétés d'amateurs, elles sont nombreuses et variées,\ndepuis telle compagnie de bon ton, où 1 on n'entre qu'en exhibant un nombre res-\npectable de quartiers de noblesse ou, à défaut, de titres de rente, jusqu'à celle\ndont parlait naguère un brave homme hanté d un rêve d'harmonie qu'il savait\nmal traduire : « Je voudrais avoir chez moi quelques violons, enfin quelque\nchose comme une Société philanthropique. » Mais la société dont je veux parler\n\n(i) Plusieurs de ces pièces ont fort bien pu avoir été conçues pour l'orgue, dont\nle style ne diffère pas toujours bien sensiblement de celui du clavecin à cette époque."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.20", "texte": "UN NOUVEL ORCHESTRÉ\n\naujourd'hui a un caractère spécial et nouveau: elle se compose d'amateurs, et\nces amateurs travaillent. Partout ailleurs, en effet, on se contente d une exécution\napproximative de quelques morceaux (( de moyenne difficulté » ; on s élève, à\npeu près, jusqu à Gounod ou Delibes, parfois jusqu'au Collier de Saphirs de\nM. Pierné aux airs de ballet de Henry 1 111, voire à une symphonie de Mozart\nqui représente à elle seule le grand art classique. Et lorsque les violonistes sont\nvenus à bout de leurs traits et que l'on ne craint plus trop les erreurs de mesure,\non se déclare satisfait, et l'on convoque ses amis à un concert qui recueille les\napplaudissements d'usage. Tout autre fut la pensée des amateurs véritables qui\nse sont groupés autour de M. de Lacerda, l'an passé, et donnaient, le ier mars,\nleur premier concert. Ils savent que la musique d'orchestre, comme toute mu-\nsique, demande beaucoup de soin, d'efforts, de réflexion et de bonne volonté. Et,\ncomme leur intention était de travailler, ils ont accepté de grand coeur le titre\nmodeste de Cours d'ensemble orchestral, sous lequel la société nouvelle se présen-\ntait, 1 autre dimanche, à un petit nombre d'invités. Le programme comprenait\nles œuvres suivantes :\nlIrENDEL, Largo en fa majeur (de l'opéra Serse), orchestré par Guiraud ;\nI Concerto en fa majeur pour orgue et orchestre ;\nJ.-S. BACH, Aria cle la Suite en ré, pour orchestre à cordes ;\nJ.-S. BACH, Concerto en ré mineur, pour 3 pianos et orchestre à cordes ;\nMOZART, Symphonie en sol mineur ;\nBEETHOVEN, Concerto ennt mineur, pour piano et orchestre ;\nBEETHOVEN, Ouverture d'Egmont.\nOn suivait ainsi, dans ses principales étapes, le genre du Concerto, et des in-\ntermèdes d'orchestre reposaient l'attention. On étudiera plus tard la Suite,\nl'Ouverture, la Cantate, la Symphonie ; si bien que l'année écoulée, on aura\nappris, par le plus direct des enseignements, l'origine, les destinées et les lois\ndes principales formes musicales Ce programme paraît bien ambitieux peut-\nêtre ; on ne croit pas d'habitude qu'un musicien s'instruise en jouant sa partie\ndans un orchestre. Cela tient à ce que la plupart des musiciens, artistes ou\namateurs, se contentent en effet de lire les notes, d'observer la mesure et de se\nconformer en gros aux indications de nuances ou aux gestes éloquents du chef.\nPersonne ne se soucie de comprendre le sens de ces notes : sont-elles une phrase\nimportante ou un accompagnement ? Marquent-elles le progrès d une idée qui\ns'affirme davantage, ou doivent-elles s'effacer comme un souvenir ? Introclui-\nsent-elles un élément nouveau, ou reprennent-elles une dernière fois un motif\ntenace qui ne peut s'en aller ? Quel est le musicien qui, devant son pupitre,\nsonge à se poser ces questions ? Tout dépend cependant de la réponse qu'on\nleur donne, car tout, accent, expression et rythme, est commandé par le carac-\ntère cle la phrase et le rôle qui lui est dévolu dans l'œuvre. Aussi M. de Lacerda,\nélève de M. Vincent d'lndy, ne ménage-t-il pas les explications, et il réussit à\ncommuniquer à tous ses collaborateurs son sentiment, qui est toujours celui\nd'un excellent musicien. Il faut avoir assisté à une de ces répétitions, souvent\nprolongées jusqu'à une heure assez tardive, pour savoir ce que peut obtenir un\nchef d orchestre intelligent et dévoué. Ce sont là de vraies répétitions, car on y\nrépète, sans se lasser, les passages douteux ou mal équilibrés, jusqu'à ce que\nla sonorité exacte ait été atteinte, au moins dans la mesure des moyens dont on\ndispose. Tous s'efforcent : violonistes gracieuses en leur application même, vio-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.21", "texte": "EXERCICES D'ANALYSE\n\nloncellistes barbus et bavards, mais capables aussi de se taire, hautbois, flûtes\net clarinettes, et jusqu'au cor qui mugit ou aux timbales qui grondent, tout au\nfond de la salle. Et si tous ne sont pas impeccables, si parfois un faux départ ou\nune fausse note amène un regard fulgurant, on sent que tous du moins aiment\nsincèrement la musique et veulent arriver à la mieux connaître, puisqu'ils s'im-\nposent de leur plein gré un pareil travail.\nL'œuvre a suscité d'autres dévouements encore, plus méritoires peut-être\nparce qu'ils veulent rester ignorés Nous ne parlerons donc pas des difficultés\ndu début, ni de certaines activités infatigables, qui ont assuré et assurent\nencore le succès. Qu'il nous soit seulement permis de nommer M. E de Laheu-\ndrie, qui, en offrant l'hospitalité au nouvel orchestre dans sa belle salle de\nmusique, a montré une fois déplus que tous les arts sont frères, et d'ajouter que\nla présence d'un hôte aussi aimable n'est pas le moindre attrait de ces soirées.\nLe résultat de tous ces efforts unis, c'est qu'on a pu mettre debout des œuvres\ncomme le Concerto à 3 pianos de Bach, si rarement exécuté, ou le Concerto en\nnt mineur de Beethoven. Je ne dirai pas que 1 interprétation a été (( au-dessus de\ntout éloge )) : cette vieille formule n aurait ici aucun sens, car des musiciens qui\ntravaillent et veulent bien faire ne sont pas au-dessus des éloges. Mais l'attente\ndu public a été de beaucoup dépassée : la précision des attaques, la finesse des\nnuances, et la puissance de l'expression, ont fait songer plus d'une fois à un\ngrand orchestre. C est ainsi qu' on a beaucoup admiré dans le Concerto de\nHœnclel l'exactitude des musiciens à se maintenir dans la sonorité de l'orgue,\ncomme s'ils changeaient de jeux en même temps que le grand instrument. Bach a\nété rendu le moins nerveusement possible, grâce aux recommandations du chef,\nqui n'avait cessé de prêcher le calme, et encore le calme; Beethoven, plus ému,\nn'a cependant point perdu sa grandeur. Et les difficiles accélérations de l'Ou-\nverture d'Egmont ont été particulièrement réussies.\nOn voit le grand intérêt de l'entreprise. Elle offre aux auditeurs de ses con-\ncerts des exécutions qui, sans prétendre au titre cl exécutions modèles, ont clu\nmoins le rare mérite de ne jamais dénaturer les œuvres. Elle offre aux amateurs,\npar la familiarité avec ces mêmes œuvres, un puissant moyen de culture musi-\ncale, qu ils savent apprécier. Elle est, en outre, unique en son genre: il n'existe\nà Paris que deux autres classes d'orchestre . 1 une, celle du Conservatoire, ou-\nverte aux seuls lauréats, devant laquelle les amateurs doivent passer les mains\njointes et les yeux humblement baissés ; l'autre, celle de la Schola, dirigée par\nM. V. d Indy en personne, mais composée surtout d'élèves de la maison, peu\nouverte, en conséquence, aux simples amateurs. Et, après le concert du lerIer mars,\non peut se demander si la musique d'amateurs, bien conduite, n'est pas plus\nmusicale que celle des artistes.\n\nCONSTANT ZAKONE.\n\nExercices d'analyse.\n\nNous avons reçu d'un de nos lecteurs une lettre dont nous détachons le passage\nsuivant :\nJe ne fais nulle difficulté de répondre à la question que vous avez posée dans votre n° de dé-\ncembre au sujet d'un accord du Manfred de Schumann."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.22", "texte": "EXERCICES D'ANALYSE\n\nJe ne crois pas cependant être grand clerc en harmonie, mais vraiment il n'y a là nul mystère\n(je n'en dirais pas autant de la progression de quintes de Pelléas, que vous citez aussi). Seuls les\nbadauds peuvent s'étonner de ce ré f? qui voisine avec un fa g. Nous sommes en Ja mineur, avec\nquatre bémols à la clé. L'accord est construit sur la dominante (ut) 9 et comme c'est un accord de\nneuvième, il a tout naturellement la forme : ut-mi £J-sol-si p-ré [?, et rend presque inévitable une\nconclusion sur l'accord parfait de/a mineur. Quant au fa g, de même qu'à la suppression du mi,\nce sont là des détails de réalisation sans importance: le fa g est une appoggiature ascendante du sol,\nsur lequel d'ailleurs il se résout presque aussitôt; comme toutes les appoggiatures,cette note jouit\nd'indulgences spéciales : elle peut former les plus dures dissonances sans que l'oreille proteste.\nDans le cas qui nous occupe, et ne nous occupera pas longtemps, la dissonance est une fausse oc-\ntave, entre le sol de la basse et le fa g de la partie supérieure. Mais ce caprice d'une clarinette ne\nsaurait détourner un instant notre attention et nous donner le change. L'harmonie reste honnête\net solide. Tout est là. J'avoue même que je ne saisis pas bien l'intérêt de la question que vous avez\nposée : nous avons tous eu des hardiesses pareilles, dans nos devoirs d'harmonie. Il est vrai qu'on\nles blâme dans un devoir. Pourquoi ?...\nVeuillez m'excuser si je ne termine pas par les compliments que l'on a coutume d'échanger\nentre savants, C'est une réponse que j'attends, et non un éloge funèbre.\nJe répondrai d'abord à mon honorable correspondant que sa lettre renferme un\ncompliment des plus immérités, puisqu'il semble m'inviter à partager avec lui le\ntitre de savant. Mais ce n'est pas sur ce point que j'ai à discuter. Voici les quel-\nques remarques dont je veux faire suivre son analyse.\n10 L'harmonie de M. Debussy, pour être plus musicale que celle de maint\nprofesseur et de maint compositeur, n'en a pas moins sa logique profonde. C'est\nce qu'on a déjà essayé de montrer ici même (novembre 1902). J'y revien-\ndrai.\n20 II est parfaitement exact que Schumann nous met en présence d'un accord\nde neuvième mineure muni d'une appoggiature. Mais d'abord l'appoggiature libre\nest une conquête assez récente delà musique : Bach, Mozart, et même Beetho-\nven, ne l'emploient qu avec réserve et scrupule, en évitant les grandes duretés.\nC'est précisément Schumann qui, pour traduire des pensées plus inquiètes et dou-\nloureuses, a recherché ces froissements qui depuis ont conquis droit de cité dans\nla musique moderne (1),\n30 II ne faut pas parler avec ce dédain du détail de la réalisation : car la réali-\nsation seule donne à l'harmonie sa couleur. Sans doute, il faut que la succession\ndes accords soit légitime et claire, mais ce n'est là qu'une condition première,\nqui suffît à la confection d'un devoir, non à la création d'une œuvre. L'harmonie\nest le squelette que le compositeur doit revêtir de chair, c'est-à-dire de notes ou\nplutôt encore de mélodies dont le libre jeu donne à la fois un bon enchaînement\nd'accords et d'expressives combinaisons de sons.\n\n(1) Voir, sur ce sujet, l'excellent ouvrage du Dr Rietsch sur la Musique dans la\n2e moitié du XIX° siècle (Leipzig, Breitkopf). pp. 22 et suivantes."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.23", "texte": "A L'OPÉRA\n\n40 En particulier, dans le cas qui nous occupe, et qui mérite de nous occuper le\nplus longtemps, le (( caprice de la clarinette » est tout simplement l'une des idées\nessentielles de l'œuvre, que Schumann présente sur des harmonies variées, d'une\ninquiétude croissante : d'abord il n'y a pas de fausse octave, la note de résolution\nde l'appoggiature n'est pas représentée dans l'accord tenu :\nPuis le motif revient sous la forme que nous avons citée, et reparaît encore à\nla basse, tandis que la note de résolution se trouve à la partie supé-\nrieure :\nIl y a là une sorte de déchirement et un trouble profond, traduit par une har-\ndiesse de réalisation que Schumann a pris soin de préparer.\n5° L'idée de Schumann est musicale et belle. C'est, pourquoi il serait ridicule\nde parler à son sujet de « faute )) ou même d,' « erreur ». Mais un devoir d'école\nn'est pas de la musique : aussi peut-il être corrigé.\n\nDAMON.\n\nA l'Opéra.\n\nLA «STATUE», DE M. E. REYER.\n\nLa Statue, de M. Reyer, est une féerie des Mille et une nuits, comique et senti-\nmentale, où le tendre alterne avec le bouffon. L'auteur, et ce n'est pas un mince\nmérite, réussit également dans les deux genres. C'est une verve exubérante dans\nla farce, et, dans les scènes d'un caractère différent, une langueur, une caresse\ndes voix et de l'orchestre. S'il fallait rattacher à quelque maître un artiste comme\nM. Reyer, qui se pique avec raison de ne jurer sur la parole de personne, on\npourrait signaler certaines affinités entre lui et son grand ami Berlioz, ainsi que\nl'auteur du Freyschùt% et d'Obéron. Mais à quoi bon ?Il suffit de reconnaître le\ntalent original de M. Reyer. La direction de l'Opéra ne lui a peut-être pas rendu\nun très bon service en montant la Statue sur cette trop vaste scène. La décoration\nriche sans doute, mais sans nouveauté ; les costumes, dont quelques uns font"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.24", "texte": "NÉCROLOGIE\n\nsourire; le ballet que l'auteur dut ajouter à la partition primitive, dont les thèmes\net les rythmes semblent mal convenir à un Orient fabuleux ; les récitatifs\npesants, le mouvement solennel dans lequel est menée l'action, un je ne sais\nquoi de guindé et de pompeux dans l'interprétation, tout cela fait regretter que\nl'œuvre n'ait pas reparu dans son cadre, à l'Opéra-Comique. M. Taffanel con-\nduit avec énergie son armée orchestrale.\nLes chœurs, dans leurs évolutions surannées, manquent de fantaisie et de\nnaturel ; ainsi les mouvements de la foule effrayée par l'orage, au 5e acte, me\nparaissent particulièrement conventionnels. Les chanteurs oublient qu'ils repré-\nsentent des personnages des Mille et une nuits. M. Affre fait avec succès les\ngestes et les mines du ténor amoureux, et lance d'un cœur convaincu son ut\nde poitrine dans la gracieuse romance ; mais s'il pouvait être plus simple, je\nl'en aimerais davantage. M. Delmas, superbe d'ailleurs, a les allures héroïques\nd'un ambassadeur de tragédie : tel Sylvain déclamant une tirade de Racine ;\nla jeune fille, poussant le pathétique, semble pleurer de vraies larmes ; et le\nspectateur, qui se croyait en plein conte bleu, éprouve un certain malaise qui\nnaît d'une disproportion entre le sujet et l'interprétation. On voudrait ici plus de\npoésie et moins de majesté, là plus de mouvement et moins de solennité. Mais,\nsi l'on ne considère que la musique, comme cette partition se soutient, malgré\nquelques formules usées et des longueurs, par la pureté et la fermeté du style, le\ncharme d'une mélodie toujours claire, fraîche et colorée, jamais banale ! Que\nd'œuvres, beaucoup plus jeunes que cette aimable quadragénaire, ont déjà des\nrides ! Avec la Statue, Salammbô et Sigurd, M. Reyer a ceint le triple laurier\ndu triomphe.\n\nAMÉDÉE LEMOINE.\n\nNécrologie.\n\nALBERT CAHEN.\n\nUn nouveau deuil est venu affliger le monde des musiciens : quinze jours\naprès Augusta Holmes, Albert Cahen est mort brusquement le 27 février au\nCap d'Ail, au moment même où il terminait une œuvre considérable, à laquelle\nil travaillait depuis de longues années et où la maturité de son talent allait trou-\nver une consécration définitive.\nIl était né à Paris en 1846, et après de fortes études classiques, suivies de\nnombreuses nominations au Concours général, au lendemain de la guerre\noù il avait fait courageusement son devoir comme engagé volontaire, il avait\ncédé tout entier à son irrésistible penchant pour la vocation musicale. Elève de\nCésar Franck, pour lequel il garda toute sa vie une si touchante vénération,\nl'élection et la règle d'un tel maître disent assez quelles furent les préférences de\nson goût et les nobles tendances de son esprit. Possesseur d'une belle for-\ntune, dès le début il méprisa les succès faciles, et ne sacrifia pas à cet art joujou\ndont parle Flaubert, (( qui cherche à distraire comme les cartes, ou à émouvoir\ncomme la cour d'assises )). Son art fut exclusivement de scrupules et de probité\npatiente, et il laisse des pages d'une'délicatesse de pensée et d'une sûreté d'écri-\nture qui font de lui le pair de bien des compositeurs récompensés par des succès\nplus retentissants et touchés par la justice officielle."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.25", "texte": "INFORMATIONS\n\n11 débuta par le Bois, cet acte précieux d'Albert Glatigny, et il sembla que cette\npartition pouvait se résumer en ces deux vers du poète interprété :\n« Une lente chanson qui chante sans secousse\nJe ne sais quoi de doux et dont on pâmerait. »\nIl donna ensuite Jean le Précurseur, Endymion, qui fut joué chez Colonne, une\nféerie de Gallet Ja Belle au Bois dormant, un ballet de Ricard, Fleur des Neiges, où,\navec une émotion pittoresque, une saveur dé naturé fraîche et directe, il peignit\nl'effroi du glacier bleu et vert, les musiques souveraines des eaux qui s'épanchent,\nle silence des candides névés sous lesquels dorment les gentianes. En 1890,\nil fît jouer à Rouen le Vénitien, quatre actes écrits aux bords du Lido, dans l'in-\ntimité vibrante de Carpaccio ; puis rompant du même coup et avec l'inspiration\ndescriptive et avec le passé, en 1896, il donna à 1 Opéra-Comique cette Femme de\nClaude, œuvre saisissante de passion moderne, si fertile en élans dramatiques,\nhardis et spontanés, et qui obtint un très honorable et légitime succès.\nTelle est, avec un recueil de mélodies, harmonieuses et colorées, sur des vers\nde Paul Rourget, l'œuvre laissée. Elle montre éloquemment par la variété de sa\npensée multiple et de sa technique savante quelle fut l'élévation et la fertilité d'es-\nprit d'Albert Cahen. Peut-être l'eût-onsouhaitée plus vaste encore : la seulegrâce\nque le musicien disparu demanda à sa fortune fut de lui accorder le labeur recueilli\net cet enchantement rêvé de n'abandonner rien à la précipitation harsardeuse.\nSi nul n'aima plus et mieux que lui la musique, Albert Cahen n'avait rien\ndédaigné de tout ce qui pouvait ennoblir encore son intelligence. Son goût et son\nsavoir, il les avait formés et entretenus par d'universelles lectures et par des\nvoyages studieux, jusqu'à la mort il avait conservé pour les paysages, la vie et les\nchefs-d'œuvre, une curiosité têtue, la sensation en pleine fleur d'un enfant. Il\navait fait sa société de ceux de sa génération qui ont accru notre patrimoine de\nbeauté et d'idéal. On sait combien il les aima, avec une abnégation et une sécu-\nrité dans l'affection quasi religieuse. L'article que lui consacrait hier, dans les\nDébats, Paul Bourget en fait foi, et l'on n'a pas oublié la poignante sollicitude,\nla douloureuse piété dont il entoura l'agonie barbare et sournoise de Maupas-\nsant. Tous ceux qui ont goûté la cordiale hospitalité des salons de la rue de Gre-\nnelle, tous ceux qui, aux côtés du mort d'hier, ont rêvé devant l'obscurité bleue\ndes sapinières de Gérardmer, garderont la mémoire attendrie de celui qui fut\nun si loyal artiste et un si brave cœur.\n\nPOL NEVEUX.\n\nInformations.\n\nCONSERVATOIRE NATIONAL DE MUSIQUE. Les séances de la Société des con-\ncerts du Conservatoire national sont fixées, pour le mois d avril, aux dates ci-après\ndésignées (en matinées à 2 heures), savoir :\nVendredi Saint 10. Samedi Saint 11.\nDimanche 19. Dimanche 26.\nPar testament olographe en date du 2 juin 1901, Mlle A. Holmes a légué au"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.26", "texte": "INFORMATIONS\n\nmusée du Conservatoire national de musique et de déclamation les manuscrits de\nses partitions et compositions.\nDans sa séance du 9 de ce mois, le Conseil supérieur d'enseignement du\nConservatoire national, réuni à la Direction des Beaux-Arts pour dresser une liste\nde candidats à présenter au choix du Ministre pour l'emploi de professeur de\nchant devenu vacant par suite du décès de M. Auguez, a désigné :\nEn première ligne : M. Manoury, ex-artiste de l'Opéra.\nEn deuxième ligne :M. Lorain, ex-artiste de l'Opéra, qui faisait, depuis la ma-\nladie de M. Auguez, l'intérim de ce dernier.\nCette année, dix-huit élèves étrangers ont été admis à suivre les cours de\nnotre Conservatoire national.\nVoici comment ils se répartissent, par nationalités :\nBelges .... 3 Arménien 1\nItaliens 3 Argentin ..... 1\nRusses 3 Hollandais 1\nAméricains. . . 2 Roumain 1\nAutrichiens. . , 2 Suisse. ..... 1\n- M. Th. Dubois, Directeur du Conservatoire national de musique et de Dé-\nclamation, a été désigné par M. le ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-\nArts pour faire partie de la délégation chargée de représenter l'Académie des\nBeaux-Arts au Congrès international des sciences historiques à Rome.\nAprès Paillasse, de Leoncavallo, M. Gailhard a l'intention de monter\nY Etranger, de M. Vincent d'lndy : nous aurons le plaisir d'entendre à l'Opéra,\nl'hiver prochain, la belle œuvre applaudie à Bruxelles. Et Fervaal ?\nLe Musical Standard de Londres, dans son numéro du 10 janvier, con-\ntient un long article signé Ed. Evans, dont nous extrayons ce qui suit :\n«Un professeur de piano bien connu, Mlle Hortense Parent (de Paris), a fait paraître le ier vo-\nlume d'un ouvrage (1) qui est appelé à être d'une valeur incalculable pour les professeurs du\nmonde entier. Ce n'est rien moins qu'un guide complet de la littérature du piano au point de vue\nde l'enseignement.\n« .... Le livre est en français, mais le plan de l'ouvrage est tellement clair que l'ignorance de la\nlangue française ne saurait empêcher une personne douée d'une intelligence moyenne d'en\nrecueillir le plus grand avantage. Armés de ce livre, les professeurs n'auront plus à faire face à la\ndifficulté de choisir des morceaux pour leurs élèves. En un instant ils peuvent trouver non seule-\nment une sélection de pièces dans chaque degré de force, mais encore, grâce à l'analyse faite par\nl'auteur sur chaque morceau, ils peuvent choisir les œuvres donnant l'occasion d'étudier tel ou\ntel point technique pour lequel l'élève éprouve une difficulté particulière faisant obstacle à ses\nprogrès.\n« Il est évident que ce premier volume (auteurs classiques) a demandé une immense somme de\nconsciencieux labeur ; mais si l'on considère l'énorme quantité de musique écrite depuis Schu-\nmann dont il faut tenir compte, le deuxième volume (auteurs modernes) est, en réalité, une tâche\nstupéfiante à faire frémir le professionnel, homme ou femme, le plus laborieux. Quoi qu'il en soit,\ncette dame semble douée d'une indomptable énergie et nous pouvons être assurés que le 2e vo-\nlume sera mené à bonne fin comme le premier. J'ai lieu de croire que même nos compositeurs\nanglais, qui sont généralement traités avec fort peu de cérémonie par les écrivains du continent,\nrencontreront l'attention qui leur est due. »\n(ï) Répertoire encyclopédique du pianiste (Hachette, 20 édition)."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.27", "texte": "LES CONCERTS\n\nLes Concerts.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE (15 mars).\nA. C.\nJoie, belle étincelle divine, fille de\n1 Elysée, nous entrons ivres d'ardeur, ô céleste, en ton sanctuaire... Telle est la tra-\nduction des premiers vers de Schiller dont s'est inspiré Beethoven dans cette\n9e Symphonie (1823-4), qui est la Bible du symphoniste.\nLé allegro ma non troppo a été joué avec correction ; mais on en a rendu la\nfinesse plus que la grandeur et la majesté : « Un poco maestoso », dit le texte. Le\nScherzo (■molto vivace et presto) n'a pas été seulement correct, mais d'une netteté\nd'interprétation et de sonorité qui nous a charmés. La phrase en si bémol par\nlaquelle débute VAdagio a été posée dans une douceur, une justesse, une sono-\nrité parfaites. Pas un violon n'a vibré ; nous avons rarement éprouvé une émo-\ntion musicale aussi profonde. Quant au chœur sublime, où s'épanouit la joie, il a\nété dit comme il convient, malgré de terribles difficultés : sans raideur de mesure,\net avec toute la grâce aisée que permet une composition écrite plus pour les in-\nstruments que pour les voix.\n\nCONCERTS COLONNE.\n\nDimanche lERIER mars. 30e anniversaire de la fonda-\ntion de l'Association artistique. Les Béatitudes de César Franck.\nIl y a exactement trente ans que Y Association artistique débutait au théâtre de\nl'Odéon, sous la direction de M. Colonne. Elle se nommait alors le Concert natio-\nnal. M. Saint-Saëns et M,ue Viardot prenaient part au premier concert du 2 mars\n1873. Depuis, plus de 800 auditions ont été données; et elles ont puissamment\ncontribué à cette résurrection de l'esprit musical français, qui est un des faits ar-\ntistiques les plus considérables delà fin du xixe siècle. Aujourd'hui, la France a\nen musique précisément ce qui lui manquait il y a trente ans : un grand public,\net une école symphonique originale. Si l'Association artistique ne s'est peut-être\npas encore assez intéressée au développement de cette école (on est surpris de ne\npas trouver, sur la liste des compositeurs joués au Châtelet, des noms de l'im-\nportance de M. Dukas), elle a du moins eu la première part à la formation du\ngoût musical; et l'on peut dire que nous avons dès à présent à Paris un public\nde concerts plus intelligent, plus ardent et plus sincère, que notre public des\nthéâtres musicaux. L'orchestre de M. Colonne a répandu la connaissance des\ngrandes œuvres classiques et romantiques : Beethoven, Schumann, Wagner. Nul\ncompositeur ne doit plus aux concerts du Châtelet que Berlioz. C'est grâce à eux\nqu'il a vraiment conquis sa popularité. Et si M. Colonne n'a pas fait assez pour\nCésar Franck vivant, il est juste pourtant de reconnaître que, dès le ier avril\n1873, il donnait un fragment de Rédemption, et que dans les grandes auditions\ndu Trocadéro en 1889, il était le seul à inscrire sur son programme le nom de\nFranck. Et c'est un fait bien caractéristique des progrès de l'opinion musicale et\ndu sens artistique de M. Colonne,qu'il ait choisi pour le concert anniversaire de\nla fondation de la Société, au lieu d'une œuvre plus populaire et plus attrayante,\nl'audition intégrale du chef-d'œuvre le plus profond et le plus vrai de notre\ntemps : les Béatitudes.\nLe plus vrai. Car c'est la qualité qui me frappe avant toutes dans l'œuvre de\nCésar Franck : son absolue sincérité. Il n'y a là rien ou presque rien pour\nl'art. C'est l'âme qui parle à l'âme. Vom Herqen... Zu Herqen... Je ne connais\nqu'un seul homme, depuis un siècle, qui ait eu à un tel degré cette vertu d'être"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.28", "texte": "LES CONCERTS\n\nvrai, de ne dire rien que de vrai, de ne parler que pour soi, librement, entière-\nment, sans penser au public, à l'effet, à l'art; et cet homme est Beethoven. C'est\nce qui fait pour moi 1 émotion unique d'une telle musique :la douleur, la foi,\nl'espérance, n'y sont point (( artistiques », mais réelles. On est en présence d'un\nhomme, et non plus d'un artiste. Jamais la foi ne s'est exprimée avec une telle\nsincérité d'accent. Franck est le seul musicien, avec Bach, qui ait réellement vu\nle Christ, et qui le fasse voir. J'oserai même dire que son Christ est plus simple\nque celui de Bach, où la grandeur de la pensée est parfois entraînée par la ri-\nchesse de la forme et une sorte d'habitude d'écriture à des répétitions et à des\nartifices de virtuosité qui l'affaiblissent. Chez Franck c'est la parole toute pure\ndu Christ, sans aucun ornement extérieur, dans sa force vivante; et l'accord\nest merveilleux ici de la musique et de ces augustes paroles, où résonne la con-\nscience du monde. J'entendais dire une fois à Mrae Wagner qu'il y avait dans\ncertaines phrases de Parsifal, en particulier dans le chœur : ((Dur ch. Mitleid wis-\nsend... )) une vertu proprement religieuse, la force d'une révélation. Je trouve\ncette force plus profonde, et cette vertu plus évangélique dans les Béa-\ntitudes.\nCette sincérité de Franck me frappe même dans les parties plus faibles de son\nœuvre : celles où il veut représenter les riches, les puissants, les voluptueux, les\nviolents. Il est aisé de sourire de ces peintures naïves. Pour moi, j'en suis tou-\nché; car il m'est évident que cette grande âme candide voyait ainsi la Comédie\nhumaine ; et il la retraçait comme il la voyait, comme une agitation vide et en-\nfantine, dont il souriait avec quelque pitié. Au reste, la psychologie de Franck\nest-elle aussi puérile qu'on veut bien le dire? On oublie trop la façon incisive et\nvengeresse dont il a su pénétrer et peindre l'hypocrisie religieuse, dans la scène\ndes pharisiens.\nQuant au reproche de monotonie que certains critiques font à l'œuvre, j'avoue\nne pas comprendre ; car je suis émerveillé au contraire de la variété que Franck\na su mettre dans un sujet en apparence monotone. Non seulement il n'y a pas\nune de ces Béatitudes qui ressemble moralement à l'autre, et c'est une gamme\nde sentiments d'une étonnante richesse ; mais le développement de chacune\nd'elles, la progression des moyens, le dénouement, est tout autre, depuis la\ntendre parole du Christ qui termine, comme un murmure profond et doux, la se-\nconde Béatitude, jusqu'aux sublimes chœurs de la dernière Béatitude, ces\ncris d'espoir et d'agonie des justes persécutés, cette obstination douloureuse et\ndouce de la foi, jusqu'à ce Christ triomphant parmi les nuées, qui s'élève à la\nfin de l'œuvre, comme une fresque colossale.\nHonorons les Béatitudes. Elles seront peut-être le titre le plus solide de notre\ngloire musicale dans l'avenir : et ce n'est pas, pour moi, un des moindres symp-\ntômes de la décadence de l'esprit musical en Allemagne, qu'une telle œuvre n'y\nsoit pas encore connue et admirée.— Et aimons notre cher Franck, —de tous\nnos musiciens celui auquel convient le mieux l'inscription naïve que Thérèse de\nBrunswick écrivait sur le portrait qu elle donnait à Beethoven, et qui est tou-\njours dans sa maison de Bonn : « Dem seltnem genie. Dem grossen Kunstler.\nDem guten Menschen )) : (( Au rare génie. Au grand artiste. A l homme\nbon. ))\n15 mars. Une première audition de M. A. Bachelet : VAmour des on-"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.29", "texte": "LES CONCERTS\n\nDines, poème symphonique avec soli et chœurs (sur de bien mauvais vers de Jean\nRameau); délicatement écrit et assez poétique, mais mièvre.\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nCONCERTS LAMOUREUX (Ier mars).\nLOUIS LALOY.\n— Concert Siegfried Wagner. Liszt, Wagner\n(Richard) et Wagner (Siegfried) remplissaient le programme, ce qui prouve\nchez l'héritier de tant de gloire une ingénuité presque touchante. Les frag-\nments de son Duc Wildfang sont une parodie du procédé wagnérien, d'autant\nplus comique qu'on la sent inconsciente, respectueuse et solennelle. On est seu-\nlement attristé à la pensée que l'auteur de cette caricature porte, pour le profa-\nner, un des plus grands noms de la musique. Le de Liszt est bien vul-\ngaire, malgré son orchestration. Quant à la Siegfried-Idyll ou à la marche funèbre\ndu Crépuscule des Dieux, M. Chevillard n'avait pas besoin d'inviter M. S. Wagner\nà les conduire, car il les conduit et sans doute les comprend beaucoup mieux.\nPar politesse, Beethoven avait été invité à ce concert de famille, sous les espèces\nde la Septième Symphonie ; mais il fut traité avec une froideur glaciale, tout à\nfait involontaire d'ailleurs.\n\nJ. T.\n8 mars. La nouveauté de la journée était le deuxième concerto de Saint-\nSaéns, pour violoncelle et orchestre : étude curieuse de quelques effets de timbre\net de l'art des vocalises sur le violoncelle. Les applaudissements d'un public en\nhaleine, un simple frémissement, des soupirs involontaires et mal contenus\nsaluaient discrètement l'heureuse issue de chacune de ces périlleuses acrobaties.\n\nL. L.\n15 mars. —Antcir, de Rimsky-Korsakof, a reçu l'interprétation la plus exacte,\nla plus nette et la plus forte. Pourquoi Mme Carreno a-t-elle choisi, pour se pré-\nsenter au public parisien, l'insipide Concerto de Grieg ? Et pourquoi le piano de\nSteinway avait-il une sonorité si mate et si pauvre? On n'a pu ainsi apprécier\nqu'imparfaitement le jeu brillant de la grande artiste.\n\nGrand succès pour MM. A. Lefort et A. de Greef, le 22 mars, dans la Sonate\nde Franck (concerts Lefort).\nA l'Ecole des Hautes Etudes sociales, 16, rue de la Sorbonne, Suite des audi-\ntions de musique ancienne et moderne :\nLe 20 février, une très intéressante conférence, sobre et émue, de M. Vincent\nd'lndy sur César Franck (1), suivie de l'exécution de plusieurs œuvres de Franck\n[Les Eolides, Prélude, choral et fugue, etc.), par M. d'lndy et Mlle Selva.\nLe 27 février, au cours de M. Henry Expert, beau concert de musique française\ndu xvie siècle, où s'affirme surtout la grandeur exceptionnelle de Goudimel, si fort,\nsi mâle, brûlant de foi, et de Claude le Jeune, ce maître tout récemment décou-\nvert, et qui semble avoir été le plus riche et le plus hardi de la fin du xvie siècle\nfrançais. Un chant chromatique de lui surprend et charme par son modernisme\naigu et raffiné.\nLe 13 février et le 13 mars, au cours de M. Romain Rolland, concerts de mu-\n\n(1) CettG conférence paraîtra clans un des prochains numéros cle \\A Revue musicale,"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.30", "texte": "A L'OPÉRA-COMIQUE\n\nsique italienne inédite clu xvne siècle. Fragments de Monteverdi (/'lncoronazione\ndi Poppea, Ballo dell ingrate, etc.), de Mazzocchi, de Luigi Rossi, et de ce grand\nmusicien inconnu, Francesco Provenzale, fondateur de l'école de Naples, chantés\npar Mlle Palasara, Mlle Jessen, Mme Geist et MIIe Kahn.\nLe 20 mars, concert d'instruments anciens et de musique vocale, par M. Dié-\nmer, M. Van Waefelghem, et la Chanterie, le charmant quatuor de Mme Mockel,\ndont nous avons déjà dit ici tout le bien que nous pensons. Au programme, des\nœuvres pour clavecin de Rameau, Couperin, Daquin et Bach, des œuvres pour\nviole d'amour d'Attilio Ariosti et Milandre, et des chants de la Renaissance. Le\ncycle de lieder de Schumann : Minnespiel, terminait le concert.\n\nA l'Opéra-Comique.\n\nJ. C.\nMuguette fut tirée par MM. Michel Carré et Georges Hartmann cl une nouvelle,\nDeux petits Sabots, de Ouida. C'est une idylle un peu teintée de pathétique, appa-\nrentée à Mignon, à Mireille, à Hermann et Dorothée, à Manon, et musicalement\ntraitée avec beaucoup d'adresse. M Missa n'est pas un compositeur de person-\nnalité très forte ; il n'entre pas dans le chœur des lyriques avec l'épée flamboyante\nde Siegfried traversant un cercle de feu, mais en tenant dans sa main délicate\nun joli bouquet de muguet. C'est un musicien très fin, ayant ce don du charme\net de l'élégance que nous avons souvent loué en M. G. Pierné, et que M. Masse-\nnet, par ses leçons ou par ses œuvres, a transmis à toute une génération d'ar-\ntistes. Je l'ai vu souvent, le dimanche, à l'orgue de Saint-Thomas-d'Aquin : sur\nun thème donné, spontanément, il improvisait un contre-chant et brodait quel-\nques variations avec une ingéniosité délicieuse ; en faisant parler simultanément\nla « flûte » et le « hautbois », il ressemblait à un pâtre de Théocrite tressant, avec\ndeux pailles fraîches, un piège à sauterelles. Tel je l'ai retrouvé dans son opéra\nd'hier, écrit pour l'orchestre d'une façon charmante.\nMuguette (Anvers, printemps de 1820), c'est l'histoire simple et touchante\nd'une jeune fille qui servit de modèle à un peintre français épris de l'art flamand,\net qui entreprend seule, à pied, sous la neige, le rude voyage d'Anvers à Paris,\npour retrouver celui qu'elle aime.\nM. Carré, qui multiplie les preuves de son dévouement et de son talent- a\nmonté Muguette avec son goût et sa générosité habituels. Mmes Marie Théry\n(Muguette), Passama (Line Krebs). de Craponne (Melka), MM. Muratore\n(Lionel),Fugère (Klotz),Cazeneuve, Mesmœcker, etc...,méritent tous nos éloges."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.31", "texte": "GRAND PRÉLUDE\nSauf le passage fugué (changement de mouvement), la notation originale des préludes de cette sorte\nne comporte ni indication de valeurs différentes, ni séparation de mesures. Dans la notation de cette\ntranscription, les notes longues (blanches, rondes, carrées) doivent être tenues pendant toute la durée\ndes traits qu'elles accompagnent, quel que soit le nombre des notes. Pour ces traits eux-mêmes, les\nvaleurs employées ne représentent point des rapports fixes, mais ne sont qu'une indication approxima-\ntive de vitesse, selon qu'il a semblé convenable à l'intelligence de la pièce.\nIl convient, bien que cela n'ait pu être toujours marqué, de conserver tenuto dans ces traits toutes\nles notes qui font partie de l'accord. C'est à l'exécutant qu'il appartient de déterminer à sa guise le\nrythme général suivant le sens harmonique, tout en lui gardant son caractère irrégulier et fantaisiste.\nL'interprétation ici esquissée n'est point la seule qu'on puisse proposer. On n'entend lui conférer\naucun caractère authentique ou définitif."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.32", "texte": "LOUIS COUPERIN"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.33", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nTon bien attaché,\nIEDRZ.\n(Suite)\n11 verra sans doute M. Norblin ( 1 ) ; ainsi je crois que si tu avais quelques petits\nmorceaux de musique à envoyer à tes sœurs, il pourrait peut-être bien s'en\ncharger. Il faudrait t'en informer chez M. Norblin. Lorsque tu auras un\nmoment de temps, tu feras très bien de faire un mot de réponse à tes amis à\nBerlin. Tu sais combien les Dziewanowski sont de nos amis et te veulent de\nbien. Cette lettre devait partir hier, des affaires ne m'ont pas permis d'arriver\nassez tôt à la poste. —Porte-toi bien et ne fais pas des soirées trop longues, car\nelles rendent moins apte au travail et je vois par ta lettre que tu as de l'ouvrage.\nQuand tu auras donné ton concert, il ne serait pas mal que quelqu'un de tes amis\nen fasse mention dans les feuilles, cela ferait rechercher tes ouvrages.\n[P. S. de ledrzeïewicz :j Le jour où s'accomplira notre bonheur est fixé au\n28 courant. Brochow et Zelazowa Wola seront les lieux commémoratifs de\nnotre vie. Mme ledrzeïewicz te décrira les détails des noces, et si elle me le\npermet, j'ajouterai un mot à sa lettre. Je t'embrasse cordialement ente priant de\nm'aimer désormais, au moins en partie, comme m'aime Mlle L[ouisej.\n(i) Louis Norblin, né à Varsovie en 1781, mort en 1854 à Connantre ; il était violoncelle au\ngrand Opéra à Paris, et professeur au Conservatoire.\n\nLETTRE VI\n\n[Du père de Chopin.]\nMonsieur, Monsieur Frédéric Chopin.\nA Paris,\nCité Bergère n° 4.\n(Estampilles : « Varsovie, 17, 4 » ; « Berlin, 20, 4 et [Paris], 27 avril 1833.)\n[Lettre du père de Chopin.] 13 avril 1833.\nJe suis bien aise, mon cher enfant, que tu te trouves débarrassé de ton con-\ncert (2), mais je vois en même temps que tu ne pourrais pas compter là-dessus\npour trouver une ressource en cas de besoin, puisque les frais absorbent la\nrecette ; mais puisque tu en es content, nous le sommes aussi. Cependant, je ne\ncesserai de te le répéter, tant que tu n'auras pas cherché à mettre une couple\nde mille francs de côté, je te regarderai comme fort à plaindre, malgré ton talent\net les compliments flatteurs qu'on te fait : ces derniers sont de la fumée qui ne\nte soutiendrait pas en cas de besoin. Dieu préserve, une indisposition ou\nmaladie qui suspende tes leçons, te voilà réduit à la misère dans un pays\n\n(2) Il est sans doute fait allusion au concert de Chopin, qui devait avoir lieu dans une maison\namie, de l'aristocratie ; Niecks a entendu parler de ce concert par Franchomme (Niecks ; I, 261).\nS'il eût été simplement question de la collaboration de Chopin au concert des frères Herz, qui\neut lieu le 3 avril (833, son père n'eût pas appelé ce concert ton concert.\n\nR. M.\n9"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.34", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nétranger. Cette réflexion, je te l'avoue, me tourmente souvent, car je vois que tu\nvis au jour le jour et que tu n'es pas en état de faire, à tes frais, le moindre petit\nvoyage, même dans l'intérieur du pays où tu te trouves. Tu parlais d'aller en\nAngleterre, et avec quoi, dans ce pays où la cherté est excessive ?Si cela con-\ntinue, je crois que tu seras toujours parisien (1 ). Ne crois pas que je veuille que\ntu sois avare, non, mais moins indifférent sur l'avenir. Quant à ce que les\nfeuilles ne parlent pas de tes progrès, je t assure, mon cher enfant, que ma vanité\nne va pas jusque-là : ton bien-être, voilà ce qui m'intéresse, et la fausseté de\nKal kbrenner], qui est très évidente, car on voit bien qu'il a causé des migraines,\nme fait de la peine par rapport à toi. Je t'avoue que tu as eu beaucoup de\nbonhomie de lui faire une dédicace (2). Je ne désire pas trop le voir, en cas qu'il\nse trouve ici ; cependant je saurai dissimuler. Tes Nocturnes et tes Mazurkas\nont été réimprimés à Leipzig et ont été vendus ici en peu cle jours et Javourek (3)\nm'a dit qu'il s'y était pris trop tard. J'ai appris par les cousins cle M. Walewski\nqu'il doit venir ; si cela est, profites-en pour envoyer un exemplaire de ton con-\ncerto, s'il est déjà imprimé : Isabelle tâchera de nous en jouer quelques passages.\nLouise n'a pas encore cle piano, car jusqu'ici je ne suis pas en état cle faire cette\ndépense ; j'en suis peiné, mais enfin ce n'est pas un malheur, ce n'est qu'une\nprivation. Quant à notre santé, elle est, Dieu merci, assez bonne ; nos moyens\nsont très modiques aujourd'hui, heureusement que nos besoins sont très bornés,\net nous nous contentons du peu que nous gagnons. Isabelle, qui reste auprès de\nnous, est partout... de toi et cle ta sœur, sa prévenance en tout nous rend agréable\nla vie retirée que nous menons, et par là il nous semble que nous sommes tou-\njours réunis, quoique tu sois absent. J'ai dit ce que je sens et ce que je pense ; si\ntu trouves quelque chose qui ne s'accorde pas avec ta façon de vivre et dépenser,\nattribue-le à la trop grande sollicitude d'un père qui t'aime tendrement.\nCH.\n[En/>. 5. : j Ta mère t'embrasse tendrement.\n\n[Lettre de M. Barcinski, futur beau-frère de Chopin].\n\nCHER FRITZ,\nCe qu'il y a de plus agréable pour moi, c'est de te nommer ainsi, car cela me\nrappelle les moments où nous nous amusions ensemble et où ta gaieté me réjouis-\nsait. Aujourd'hui, privé des délices de cette musique divine et enchanteresse,\nje ne vis que de souvenirs. Tu m'as fait sentir l'harmonie et la beauté des sons\nqui s'échappent merveilleusement de tes doigts, c'est pour cela que je souffre\nd autant plus cle ton absence. L'espérance est un mets trompeur qui est du goût\nde tous les hommes sans exception, elle me nourrit aussi et me laisse croire que\nnous nous reverrons.\nlon vieil ami t aime tendrement, t'aime sincèrement, avec une certaine dose\nd'estime et d'admiration que mérite ton génie.\n\n(1) Paroles prophétiques!\n(2) Chopin a dédié à Kalkbrenner son concerto en mi mineur (op. 1 1).\n(3) Joseph Javourek, compositeur, né en 1756 à Beneszow, mort en 1830 à Varsovie; il était\nprofesseur au Conservatoire de Varsovie."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.35", "texte": "CHOPIN ADOLESCENT\n(D'après un portrait à l'huile peint par Miroszewski.)"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.37", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nPense plus à toi qu'aux autres, au moins jusqu'à un certain temps ; cette\nmaxime n'est pas très noble, mais elle est indispensable pour s'assurer le bonheur\npersonnel. Sans elle, souvent, nous souffririons cruellement. Je ne peux finir.\nJe t'en conjure par tout ce qu'il y a de sacré, méprise ce lâche et misérable\nvaurien, Brawach (?) ; cet homme, une fois pour toutes, devrait être exclu de la\nsociété.\nPorte-toi bien et aime-moi.\nANTOINE.\n\nLETTRE VII\n\n[Du père.]\n[Varsovie, 7 décembre 1833.]\nMON CHER ENFANT,\nTa lettre du 24 m'a fait une agréable surprise : elle m'a été remise le jour de\nma fête (1), au moment où j'allais sortir pour tenir ton neveu sur les fonts de\nbaptême. Je te sais gré de ton attention, j'ai bien pensé à toi et au temps où je\nvous voyais à cette époque réunis autour de moi. Si je n'ai plus ce plaisir, j'ai\nla consolation de vous voir tous répondre à mes vœux, c'est-à-dire de marcher\ndans la voie de la vertu et d'être en état de vous suffire ; puissiez-vousêtre heureux î\nLa réputation que tu as soin de te faire ne peut manquer de te mériter d'agréa-\nbles égards clans la société et l'estime des connaisseurs. Je vois par tes lettres\nque tu es très occupé ; à ton âge l'occupation est nécessaire, le désœuvrement\nest souvent nuisible, mais il ne faut point que le travail t'accable, car enfin tu\ndois penser à ta santé, et tes occupations ne sont pas mécaniques. Je ne te blâme\npas de te distraire en fréquentant les sociétés distinguées, seulement je crains\nles trop longues soirées, car il te faut du repos. Je remercie mille fois la Provi-\ndence de t'avoir jusqu'ici conservé la santé ; puisse-t-elle toujours veiller sur toi !\nTu nous a parlé de voyage, mais il faut profiter de la belle saison, ou t'en tenir\nau proverbe que tu as cité dans ta dernière lettre. Bien des personnes auraient\ndû s'y tenir et pour leur avantage et pour celui des autres. Mais il semble que\nl'homme n'est bien que là où il n'est pas, je ne dis pas cela pour toi, car tu dois\nsentir l'avantage de ta position relativement à ton art et aux moyens que tu as\nde le cultiver. Ici il y a une infinité de maîtres qui donnent des leçons, et j'ai vu\ndernièrement dans un magasin de musique que les valses, les polonaises, pièces\ntrès importantes, sont très recherchées : plus elles sont courtes, plus elles ont de\nvogue. Cependant il se trouve des personnes qui veulent avoir tes ouvrages,\nj ignore si elles les jouent, enfin tu ne trouverais rien qui pût répondre à ton\nattente. Je laisse cette matière pour te dire que, Dieu merci, nous nous portons\nassez bien, que nous nous soutenons comme nous pouvons, que jusqu'ici nous ne\nsentons pas encore le besoin, et que nous sommes contents dans notre médio-\ncrité, nos besoins étant très bornés. Titus [Wojciechowski] est ici, je le vis hier,\n\n(1) La Saint-Nicolas tombe le 6 décembre"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.38", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nil me promit de décrire ; mais comme il y a longtemps que nous ne t'avons donné\ncle nos nouvelles, je ne veux pas manquer ce courrier, de crainte que tu ne sois\ninquiet sur notre compte. Ta mère et moi nous t'embrassons et te serrons contre\nnotre coeur.\nCHOPIN.\nMille et mille belles choses à M. Hoffman ; que je suis aise que vous êtes\nensemble! A propos, Marcelle n'ira plus à Paris.\n\n[Lettre d'Isabelle.]\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nNous avons reçu ta lettre le jour même de la fête cle papa ; nous avons été\nfort contents de ton portrait, dont les contours ne sont pas aussi nettement tracés\nque sur la miniature que Jacques a peinte. Louise ne l'a pas encore vu, quoique\nnous soyons tous allés hier soir chez eux pour le baptême du petit Henri, dont\npapa et Mme Pruszak ont été les parrain et marraine, ainsi que Tabecki et la\nKrzysztofowicz. C'est un bel enfant ; il y avait beaucoup d'invités clans leur petit\nappartement : Titus et son frère s'y trouvaient ; tous deux sont à Varsovie. Titus\nrestera longtemps ici, parce que sa soeur est aussi arrivée pour passer l'hiver en\nville. Mrae Mleczko te fait saluer, et, quoiqu'elle se soit réjouie hier en voyant ton\nportrait (car elle est venue faire sa visite hier avec son mari, comme il est d'usage\nchez nous la veille d'un anniversaire), elle te fait dire qu'elle préférerait que tu\narrives toi-même. Sa petite Marie est une jolie enfant. Louise a, de jour en jour,\nmeilleure mine ; elle a fait peindre son portrait avec son petit garçon pour la\nfête de papa ; selon moi il n'y a pas beaucoup de ressemblance, quoique papa\nla trouve très grande. C'est Ziemecki qui l'a peinte, il s'était offert lui-même.\nIls sont liés d'amitié, on ne pouvait donc refuser. Je remettrai moi-même ce\nbillet, mais tu n'en recevras pas la réponse par nous, et je te prie de ne plus te\ncharger d'une chose pareille, ils ne pourront même te le prendre en mauvaise\npart. En ce moment Now[akowski] vient d'entrer ; lui non plus ne trouve ton\nportrait ressemblant, quoiqu'il t'ait reconnu ; il dit que tu ressembles à Reichstal\nLa lettre de Louise, mon cher, ne te sera pas envoyée aujourd'hui, ce serait\ndifficile après la soirée d'hier ; mais nous ne voulons pas te faire attendre plus\nlongtemps, pour que tu ne sois pas inquiet, quoique, en somme, tu n'aies pas\nde quoi te tourmenter à notre sujet. Ne va pas croire, cependant, que nous nous\namusions ici ; non, mon cher : ce n'est, cette fois, que par suite d'un événement\nextraordinaire. Je ne sais plus, cher Fritz, ce que je dois t'écrire. Now[akowski]\nattend sa leçon, et le courrier s'en va. M. Michel est arrivé pour la journée d'hier.\nOh ! mon cher Fritz, j'apprends des études et le premier solo du concerto, qu'en\ndis-tu? C est trop de hardiesse, pas vrai? Mais c est dans l'espoir qu'il m'ar-\nrivera la même chose qu'à Mle Lambert, à laquelle, en récompense, tu as joué\nton concerto, ou que tu as écoutée. 11 faut être folle pour se forger de semblables\nillusions, mais que serait notre vie sans cela ? Et moi je soupire toujours ; je\nsoupire après notre réunion telle qu'elle était autrefois ; mais c'est en vain, nous\nne pourrons plus nous réunir que partiellement ! Si au moins nous pouvions un"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.39", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\njour vivre, non sous un même toit, mais dans un même lieu, et non languir\ncontinuellement les uns après les autres comme maintenant !\nPorte-toi bien ; je vais à ma leçon. Toutes tes connaissances t'embrassent.\nM. Michel veut ajouter un mot à ma lettre. Donne un baiser à ton aimante,\nISABELLE.\n\nMON CIIER,\nJe reviens encore une fois à ma lettre. Tu écris que ton amour est ici. Tant que\ntu n'as rien dit, je me suis tue, mais je sais ce qui se passe, et je crois, même je\nm'étonne avec toi, qu'on puisse être aussi insensible. On voit qu'un beau châ-\nteau était une plus grande attraction ; mais toi, je vois que tu as fait une mau-\nvaise affaire. Mais du goût et du sentiment ! Ah ! du sentiment, il n'y en avait\nque dans le chant, tu en as la preuve. En attendant, je t'embrasse en toute hâte.\nTon très attaché Bartek [Barcinski] te souhaite la santé et la prospérité.\n[P. S. du comte Michel Skarbek :]\nJe suis content d'avoir trouvé un moment pour décrire, d'avoir l'occasion de\nt'embrasser et de me rappeler à ton souvenir et à ton amitié.\nM. Michel est toujours le même, t'aimant sincèrement ainsi que toute ta\nfamille. Quand nous nous reverrons et nous embrasserons, nous nous dédom-\nmagerons clè ton absence de Varsovie. Chaque fois que je viens chez tes parents,\nje regarde ta miniature et la salue comme si c'était toi-même.\nJe t'embrasse sincèrement.\nM.\n\nLETTRE VIII\n\n[Du père.]\nVarsovie, ce 26 avril 1834.\nNous venons, mon cher enfant, de recevoir ta lettre en date du 13 et nous\nl'attendions avec impatience, car elle se trouve en retard à proportion des précé-\ndentes Je ne te parlerai pas du plaisir qu'elle nous a causé, en nous apprenant\nque tu te portes bien et que tu continues cle travailler à faire ta réputation ; tu\npeux bien facilement t'en faire une idée, sachant combien nous t'aimons Tu\nnous marques que tu te proposes de faire un petit voyage, pour te distraire un\npeu ; j'approuve assez ce projet, car tu trouveras l'occasion de te faire entendre et\nde donner plus de vogue à tes ouvrages clans des contrées où le piano est l'in-\nstrument le plus cultivé; mais comme ce trajet entraînera quelques dépenses et\nque tu leçons, peut-être que si tu trouves l'occasion de donner un concert,\ntu auras de quoi couvrir tes frais cle voyage. Comme tu avoues toi-même que tu\nes parfois distrait, il est peut-être bon que je te dise de ne pas négliger de faire\nrevêtir ton passeport cle toutes les formalités nécessaires, afin que tu ne sois\nexposé à aucun embarras, bien que ton nom soit déjà connu, car les feuilles alle-\nmandes aussi bien que d'autres en ont parlé, entre autres un journal de Berlin"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.40", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\noù il y a pour et contre toi. ]e suis bien aise que le hasard t ait fait rencontrer\nun ami de ton plus acharné critique, et qu'il se propose d'écrire pour prouver le\ncontraire de ce qu'on a dit de toi et de tes compositions ; on a même prétendu que\ntu y avais répondu par une lettre en très mauvais allemand et chune délicatesse\nanalogue au style (1) ; il paraît que ces messieurs ignorent que tu as reçu une\nbonne éducation et que tu ne t'es pas occupé qu'à déchiffrer des notes. Je suis bien\npersuadé qu'à cet égard tu gardes le silence, car tes ouvrages parlent assez haut,\npuisqu'on veut t'imiter, malgré la vieille routine à laquelle on était accoutumé,\nce qui est beaucoup. Continue, mon bon ami, à pousser ces Zoïles à bout, en\nleur prouvant que les arts n'ont point de limites. A propos, comme on 111 avait\ndit ces jours derniers que Mme Guérin partait dans peu pour Paris, je suis allé\nla voir et nous avons parlé de toi ; tu peux bien t'imaginer que cet entretien m'a\nété très agréable, elle pourra te dire qu'elle m'a vu aussi bien portant qu'on\npeut l'être à mon âge et, Dieu merci, ta bonne mère se porte aussi assez bien;\ntes sœurs et tout ce qui s'ensuit n'ont pas lieu de se plaindre, ainsi c'est une fête\npour nous tous quand nous recevons de tes nouvelles. Je me hâte de t écrire\npour que cette lettre te parvienne avant ton départ, afin que tu puisses encore\nnous écrire de Paris, et lorsque tu seras arrivé au lieu où tu comptes aller, ne\nmanque pas de nous parler de toi : c'est tout ce qui nous intéresse et contribue\nà nous faire supporter ton absence. Nous t'embrassons bien tendrement, en te\nrecommandant de prendre quelques moments de repos dans le cours de ton\nvoyage, en t'arrêtant, fût-ce pour une couple cle jours, dans quelque ville mar-\nquante.\nEncore une fois nous t'embrassons, en t'engageant à te ménager.\nCH.\n(i) Il est question d'une lettre imprimée clans le recueil périodique berlinois Iris im Gebiet der\nTonkunst (1834, vol. V, n° 5), et signée du nom cle Chopin. Cette lettre, écrite en un allemand\ndétestable, et des plus arrogantes en sa forme, devait être, soi-disant, la réponse de Chopin à une\ncritique très défavorable de Relistab, rédacteur et éditeur de Ylris. Dans cette critique, Rellstab\nrefusait aux œuvres de Chopin toute valeur artistique. Quoique Chopin n'ait pas nié publique-\nment l'authenticité de cette lettre, on peut cependant affirmer, avec la plus entière certitude, que\ncette lettre fut l'œuvre d'un mauvais plaisant resté inconnu, et qu'elle fut envoyée à la rédaction\nde Ylris à l'insu de Chopin. On trouve cette lettre dans Niecks (I, 279).\n\n[Lettre d'Isabelle.]\nEnfin, après nous être bien tourmentés de ce que Frédéric n'écrivait pas,\nqu'aucune lettre n'arrivait, nous en avons reçu une hier, avec quels cris de joie,\ntu le comprends facilement, sachant combien nous t'aimons. Oh ! mon chéri, en\nvérité tes lettres animent toute la maison : papa est content, maman est plus\ncalme, nous autres plus gaies; de là la bonne humeur et la joie, choses assez\nrares chez nous\nAinsi tu vas voyager ! Cela te prendra autant de temps et de lieues qu'il en\nfaudrait pour venir chez nous ; mais nous sommes plus loin, quoique plus près\nde toi toujours. Notre pensée sans cesse est occupée de l'idée de te revoir, ou\ntout au moins que tu puisses te rencontrer quelque part avec nos parents, car,\nen vérité, ce serait pour eux le vrai bonheur ! Rien n'est impossible en ce monde,\ncela pourrait aussi arriver, mais quand ? J'ai lu la réponse de Kallert à la critique\nde Rellstab; elle m'a plu énormément. Il a décrit ta vie depuis ton enfance,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.41", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\ncomme s'il connaissait mieux que toi toutes tes relations; il n'a en rien menti ;\nil loue beaucoup ton caractère (il a raison), attribuant ton talent à ton éducation\nmorale et intellectuelle ; ton talent, etc. Enfin, il ajoute en post-scriptum\nqu'il a lu ta réponse dans l'/ns, et il affirme qu'elle n'a pas été écrite par toi ;\ndans le cas contraire, il regretterait, non d'avoir pris ta défense, mais d'avoir\ndonné si bonne opinion de ton caractère. Je suis heureuse que les Allemands\njugent les talents d'après ce point de vue, je vois en tout du progrès ; il paraît\nque ce Kallert est un homme universellement instruit, il te comprend et comprend\nl'esprit du siècle. Si tu n'as pas lu cet article, tâche de te le procurer, il en vaut\nla peine. Mais pourquoi te parler de celui-là, quand tu en as tant d'autres à lire,\nque nous autres nous ne pourrions nous procurer ! Pour moi, j'étudie constam-\nment tes compositions. J'ai joué le duo avec violoncelle, il nous a plu ; nous\nl'avons joué avec Herman, celui que tu te rappelles peut-être avoir rencontré\nchez les Moriolles, et que Now[akowski] nous avait amené ; il était content que\nce fût ta composition ; pour cela, il l'a apprise et nous l'avons essayée. Nous\nnous accorderons une fois encore un bal pareil, et, quoique ce ne soit qu'une\nmaladroite imitation de ce que cela devrait être, nous nous en réjouissons. Par\nexemple, personne n'écoute, seulement nous, qui t'aimons; car ce n'est pour\npersonne, ou plutôt ce n'est pas pour me produire que j'étudie tes compositions,\nmais bien parce que tu es mon frère et que personne ne répond à mon âme autant\nque toi. J'étudie maintenant les Variations de Ludovic (1) pour Mlle Horsford,\nelles me plaisent beaucoup. Tu ne croirais pas, mon cher, comme c'est drôle\npour nous d'acheter tes compositions, ou plutôt de les demander au maga-\nsin. Louise a les trois autres Nocturnes, ils sont superbes, merveilleux! A pro-\npos ! ton portrait en taille-douce se vend ici 10 florins. Hier on a vacciné le petit\nHenri . Aujourd'hui Louise doit t'envoyer une carte ; si cependant elle ne le\nfaisait pas, sois tranquille ; maman a été hier chez elle, elle se porte bien, ainsi\nque son mari et le petit ; naturellement elle pourrait n'avoir pas le temps d'écrire,\nd'autant plus qu'ils ne caressent pas peu le bébé.\nLes Lewocki sont en bonne santé ; ils font des compliments à M. Etienne, et\nnous aussi. Ils envoient des salutations aux Puzyna.\n(i) Variations brillantes pour le piano sur le rondeau favori de Ludovic de Hérold : « Je vends\ndes scapulaires », en si bémol majeur, op. 12 ; dédié à Mlle Emma Horsford.\n\nLETTRE IX\n\n[Du père,]\n[7 septembre 1834.]\nMON CHER ENFANT,\nTa lettre du 20 août nous est parvenue, et nous l'avons lue avec le plaisir que\nnous éprouvons chaque fois que tu donnes de tes nouvelles, car qu'avons-nous\nde plus agréable, ta tendre mère et moi, que de vous voir prospérer et mériter\nl'estime des gens de bien ? Te voilà donc dans tes meubles, un peu avec luxe, à ce"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.42", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nqu'il paraît, mais je conçois bien que tu n'as pu faire autrement, puisque tu as\ndes leçons chez toi et qu'à présent, comme en tout temps, on juge par l'appa-\nrence. Cependant, mon ami, rien de trop; tâche plutôt de profiter des offres des\ntrois banquiers dont tu parles, je vois par là qu'ils te veulent du bien. Je suis\nbien aise que Jas soit avec toi : je l'ai toujours aimé, c'est un brave garçon, sa\nconduite le prouve assez, puisque, malgré les circonstances, il est parvenu à se\nfaire un état honorable ; je le remercie d'avoir pensé à nous au milieu des agré-\nments de la soirée que tu as eue chez toi. J'ai lu les vers qu'on t'a donnés et\nl'analyse de ta valse, et moi qui ne me mêle pas de faire de vers, pas même d'y\nessayer, il m'est venu dans l'idée de dire :\na Dans l'âge des plaisirs si le sort te sourit,\nApprécie ses faveurs et crains son inconstance ;\nLoin d'en être aveuglé, que toujours ton esprit,\nEn modérant tes goûts, écarte l'indigence. ))\nPuisqu'il semble que tu resteras encore quelque temps dans l'étranger,\" je te\ndirai, mon enfant, qu'il y a dû avoir dans les gazettes de France en date du\nII juin que tout Polonais ait à demander une prolongation de son passeport.\nComme tu es parti avant les troubles et que tu n'y as eu aucune part, tu me\nferais plaisir de prendre des renseignements à ce sujet, ce qu'il t'est facile de\nfaire à l'ambassade. Je t'avoue que je ne désirerais pas que, par négligence, tu\nte trouvasses mis au nombre des réfugiés. Ne néglige pas cela, je t'en prie, et\nmarque-moi ce qu'il en résultera ; il t'est facile de faire cette démarche, étant\nconnu comme tu l'es. Quant à Michel [Skarbek], il s'est conduit d'une manière\nindigne envers sa famille et envers nous. Il ne mérite aucun regret. Il a par tes-\ntament légué tout à un jeune vaurien, sans parler de sa pauvre sœur, ni de nous\nqui lui avons fait tant de bien, qui lui avons prêté tout ce que nous avons pu.\nFrédéric [Skarbek] est très affligé de ce coup et sent notre embarras. Il est vrai\nque, toutes les dettes payées, si elles ne sont pas contestées, il restera peu de\nchose au monstre qui a su s'insinuer dans l'esprit d'un homme qui, par sa mort,\ns'est rendu indigne de regrets. J'ai pris les mesures que j'ai cru nécessaire de\nprendre, je ne sais ce qui en résultera, mais il y aura toujours quelque perte, car\nje n'ai pas cle documents pour tout ce que j'ai prêté. Cruelle leçon, qu'il ne faut,\nmalheureusement, se fier à personne ! Ne crois pas, mon bon ami, que je m'en\nchagrine au point cle faire tort à ma santé ; non, je désire la prolonger pour jouir\nplus longtemps du plaisir de voir mes enfants prospérer et recevoir les marques\nsi douces de leur attachement. Je te dirai que, ces jours derniers, le grand-père cle\nLusia a été chez nous pour demander si tu n'avais pas parlé d'elle clans ta lettre,\nsi elle pensait à revenir. Il m'a dit lui avoir écrit par une Française qui est partie\nd'ici pour aller chercher sa fille qui est à Paris, et que si le père le permettait\nelle pourrait bien profiter de l'occasion. Tâche cle la voir et clis-nous en quelques\nmots dans ta lettre, pour en faire part au grancbpapa, qui semble aimer beaucoup\nsa petite-fille. M,le Marguerite a aussi été dernièrement chez nous. M. le docteur\nLebrun vient de nous dire qu'il compte que son frère, qui a passé quelque temps\nen Italie pour se perfectionner dans la peinture, doit être bientôt à Paris, s'il n'y\nest pas déjà. Comme tu as beaucoup de connaissances avec les artistes distin-\ngués, si tu peux lui en procurer la connaissance, tu nous obligeras. Nous avons\nenvoyé chez la mère de Hoffmann, ils sont partis pour la campagne, pas pour"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.43", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nlongtemps. Il ferait très bien d'écrire à sa mère, qui n'a pas de lettre et qui est\ntrès inquiète, à ce qu'elle disait dernièrement ; nous ne manquerons pas de lui\nfaire savoir ce que tu nous mandes quand elle sera de retour. Nous t'embrassons\nde tout notre coeur.\nCH.\n\n[Lettre de Louise.]\nLe 7 septembre 1834.\nMON BIEN-AIMÉ FRITZ,\nC'est une vraie joie de voir comme les gens t'aiment ; qu'on m'en montre un\nautre comme toi, à ton âge ! Pourvu que tu aies la santé, c'est tout ce qu'on peut\nte souhaiter, rien de plus. Ton idée est superbe de vouloir te rencontrer, l'année\nprochaine, avec nos parents : cela vaudrait vraiment la peine de leur faire ce\nplaisir, si c'est possible. Pierre Lebrun part pour Paris, peut-être y est-il déjà ;\nil ira certainement chez toi, les Thomas lui ont envoyé ton adresse. Quoiqu'il ne\nsoit pas nécessaire de te recommander la politesse, cependant ne néglige pas,\nnon seulement de bien le recevoir car à cela tu es habitué, mais aussi cle le\nmener où il voudra, etc. Du reste, tu comprends que je voudrais voir arriver de\nnouveau chez eux une lettre éclatante d éloges sur toi. Mme Mleczko est bien\nchagrinée, sa petite fille est morte; c'est une affreuse tristesse dans toute la\nfamille. La petite est morte à Dresde, mais on a rapporté son corps ici. Oh ! ce\nMonsieur Michel ! Il a fini autrement que nous ne le supposions. Toute sa vie a\nété honnête, quoique bête; il semblait être notre ami, il paraît que c'était le\ncontraire, à moins qu'on ne suppose cle sa part une frénésie inexplicable. Il a\nécrit un testament le plus bête du monde, qui n'a ni rime ni raison, et je souffre\nde ce que tout le monde le sache, car il méritait une autre réputation. Dans\nson testament il lègue sa terre à un homme tout à fait inconnu, et pas un mot\nde ses frères et sœurs, cle sa dette à papa, dette qui montait à plus de 20.000 flo-\nrins. Papa s'est fort tourmenté, nous autres tous aussi, d'abord parce que cette\nfin a été si bête, ensuite pour cette ingratitude. Isabelle t'écrira tout cela en\ndétail ; 011 a stipulé des droits quant à son dû. Oh! jamais nous n'aurions sup-\nposé qu'il pût agir ainsi, lui qui, paraissait-il, était attaché à nous comme un\nenfant, il n'y a même pas pensé. Adieu, mon chéri, je t'embrasse sincèrement.\nMon petit se porte bien. Que fait Méry ? Il paraît qu'il se marie. Lewocki m'a\ndit que depuis très longtemps ils n'ont rien reçu de lui. Adieu, porte-toi bien.\nTa toute attachée,\nL- J-\n\n[Lettre d'lsabelle.]\nPapa et Louise t'ont déjà écrit, et moi, profitant d'une place libre, quoique\nd'un format en désordre, j'écris à mon petit frère que j'aime plus que ma vie.\nCar, comment ne pas t'aimer, toi que tout le monde aime? Mais remarque que\nje ne t'aime pas parce que tout le monde t'aime, mais parce que tu es un homme,\net tu sais que s'il y a beaucoup de gens sur la terre, il y a peu d'hommes véri-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.44", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\ntables. Je suis bien heureuse, en vérité, d'avoir un frère et une soeur comme les\nmiens qui valent au moins quelque chose. Je regrette, toujours je regrette que\ntu ne connaisses pas maintenant Louise comme femme, remplissant ses fonc-\ntions d'épouse et de mère; ton attachement pour elle grandirait certainement,\nparce qu'il est difficile de la connaître et de ne pas l'aimer et apprécier son âme\nde jour en jour davantage. Mme L. a demandé si M. Fré. a reçu une lettre de\nCracovie et une autre de Salzbrunn, et si Mllc Dumas vit encore, car nous pou-\nvons en douter, vu que depuis quatre mois elle n'a pas donné signe de vie ;\n(( qu'elle s'adresse à MM. Malet frères, et nous apprenne au moins qu'elle a été\nchez eux )). Tels sont les mots que je reproduis fidèlement. Merci pour le cadeau\nqui est en route pour moi. |e te remercie beaucoup d'avoir pensé à ta sœur. Dès\nle mois prochain, mais je ne sais encore quel jour, je me transporterai à la rue\nElektoralna, loin cle nos parents...\n\nLETTRE X\n\n[Du père.]\nMonsieur, Monsieur Frédéric Chopin,\nParis,\nChaussée d'Antin, n° 5.\n(Estampilles (( Varsovie, 24, 11 », « Berlin, 27, 11 » et [Paris] (( 3 déc. 1834 ».)\nMON CHER ENFANT,\nJe ne sais que penser sur ton compte. Voilà plus de quinze jours écoulés depuis\nque nous aurions dû, comme à l'ordinaire, recevoir ta lettre, et nous sommes dans\nla plus grande inquiétude, d'autant plus que tu ne nous as fait mention d'aucun\npetit voyage ou autre obstacle qui pût empêcher ta régularité ordinaire à nous\nécrire. Pense, mon bon ami, combien ta mère et moi nous sommes maintenant\nisolés : tes soeurs sont établies ; bien que dans la même ville, elles ne sont plus\navec nous, quoique nous les voyions presque chaque jour ; il y a un grand vide\ndans la maison. Or, tu peux te figurer combien nous pensons à toi et combien\nles nouvelles de ta santé nous intéressent. Je t'avouerai que tant que je n'aurai\npas reçu de lettre, je ne cesserai d'être très inquiet. Je t'en conjure, mon cher\nenfant, ne nous laisse pas languir, c'est trop pénible à notre âge et pour des\ncœurs qui t'aiment tendrement. Si parfois tu n'as pas le temps de mettre la main\nà la plume, tu as un bon ami (1) près de toi, charge-le d'écrire et signe seulement\nla lettre; et quelque chose qui puisse t'arriver, quelque perte que tu puisses\nfaire, ne nous cache rien, car ton silence nous ôte toute tranquillité. Nous avons\nbien pensé à toi le jour de la noce d Isabelle ; combien nous avons désiré de te\nvoir avec nous ! Nous nous attendions précisément à recevoir ta lettre ce jour-là,\n\n(i) Le père cle Chopin parle de Matuszynski dont il fait mention dans le post-scriptum en\nl'appelant « jasio »."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.45", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\ncar c'était précisément le jour et l'espace de temps nécessaire en réponse de notre\ndernière lettre. Depuis ce moment nous attendions chaque courrier avec impa-\ntience, mais en vain. Je finis et t'embrasse de tout mon cœur, ta mère te presse\ncontre son sein.\nCH.\nJe rencontrai hier Ledoux, il te fait bien des compliments. A propos, j'em-\nbrasse Jasio, dis-lui mille belles choses de ma part ; ne le ménage pas: qu'il écrive\nsi tu n'as pas le temps, je crois qu'il se chargera avec plaisir de cette occupation ;\net si, par malheur, quelque maladie était cause de ton silence, je le conjure de\nne pas te quitter un instant. Bien des compliments aussi à Hoffmann, ton bon\nvoisin.\n\nLETTRE XI\n\n[Du père.]\nVarsovie, ce 9 février 1835.\nJ'ai différé de t'écrire, mon cher enfant, parce que je savais que Barcinski\nt'avait donné de nos nouvelles. Ta dernière lettre que nous avons lue en famille\nil y a huit jours, car il faut que tu saches que les fêtes et dimanches nous sommes\ntous réunis, ta dernière lettre, dis-je, nous a fait un plaisir que tu peux aisément\nte figurer, sachant combien nous t'aimons. Le petit fragment de journal que tu\nnous as envoyé est très flatteur, et nous avons assez d'amour-propre pour croire\nqu'il n'y a rien d'exagéré, ce qui doit te faire espérer que s'il t'arrive de donner\nun concert, il sera très nombreux. J'ai grande obligation à ton bon ami, que\nj'aime et estime beaucoup, de ce qu'il te retient quelquefois le soir chez toi,\naprès avoir travaillé ; c'est du moins un moment de repos pour toi. Mais je vois\npar ta lettre que tu te plains de tes éditeurs ; je te connais, ils profitent de ta bonne\nfoi, ils savent que tu ne sais rien refuser, et quand ils t'ont surpris ta parole, ils\nte tourmentent, car ils y trouvent bien leur compte en achetant les ouvrages à un\nprix très modique, car tu n'es pas assez tenace pour marchander. Je crois que le\nmeilleur moyen de n'être pas à leur discrétion est de ne faire aucun accord avant\nd'avoir ton manuscrit tout corrigé et mis au net, de leur en jouer des fragments\npour exciter leur avarice, d'autant plus qu'ils craindront que tu ne fasses passer\ntes ouvrages à Leipzig, où on les demande, à ce que m'a dit ton compère qui t'a\nécrit à ce sujet, et il paraît que les Allemands goûtent tes compositions , à dire le\nvrai, tu es le seul qui leur donne du nouveau et de la besogne. En voilà assez\nsur ce sujet, si ce n'est que je suis vraiment surpris de ton extase de ce que je\njoue du violon et que ton bobo de neveu bat la mesure ; sais-tu bien que c'est un\nnouvel air de l'ancien temps, le même que je te jouais de la flûte que tu m'as gâtée\nquand je te la donnai pour joujou ? Mais passons cela ; comment vont tes affaires ?\nAs-tu toujours beaucoup cle sangsues ? Je crois que tu n'en manques pas, mais\nsouviens-toi de mon refrain, une poire pour la soij, et il me semble que pour te\nmettre en état de refuser, tu ferais très bien de déposer tous les mois quelque\nchose de tes épargnes chez M. Eichthal, ces braves gens, dont tu nous dis tant"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.46", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nCle bien ; insensiblement tu te ferais un petit fonds et te trouverais dans le cas de\nrefuser, n'ayant rien sur toi ; c'est le seul moyen que tu aies, et si tu n'en profites\npas, mon cher enfant, tu vivras au jour le jour, et l'on n'est pas toujours jeune.\nA propos : j'ai vu Dlugosz, nous avons parlé de son instrument (1), qu'en penses\ntu ? Y a-t-il quelque chose de pareil chez les facteurs de pianos à Paris? Dis-moi\nce que tu en penses, car tu es le seul qui le connaisses bien et qui saches en tirer\nparti ; ce serait la moindre chose d'en commander un et de te l'expédier pendant\nla belle saison. Barcinski a des correspondants à Dantzig et à Hambourg,—\nceux-là au Havre et de là à Paris. Cette idée m'est venue et à Nowakowski. La\nnouveauté plaît, mais il faut qu'elle soit avantageuse.\nJe craindrais seulement que cela ne t'attirât trop de curieux et ne te prenne trop\nde temps. Pour te parler de nous, je te dirai, mon bon ami, que grâce à Dieu\nnous nous portons assez bien pour notre âge. J'ai encore quelques bambins chez\nmoi qui souvent m'impatientent, mais que faire ? Il faut vivre et travailler, c'est\nla destinée de l'homme, et celui qui n'a pas eu occasion de mettre de côté dans sa\njeunesse est libre de tout reproche et pousse la brouette. - Heureux encore\nquand il a des enfants comme nous en avons et qu'il s'en réjouit. Je né sais\nencore comment nous passerons les vacances, je t'en parlerai plus tard; en atten-\ndant, je t'embrasse cle tout mon cœur, ta bonne mère en fait autant. Dis à ton\nbon ami que je lui sais gré de son bon souvenir et de la peine qu'il s'est donnée\ncle mettre la main à la plume. L'histoire de la tabatière ne nous a pas surpris,\nnon plus qu'Elsner, auquel nous l'avons racontée ; l'original est trop connu, il\ntient de son pays, c'est-à-dire il ne tient à rien, excepté à l'argent.\nL'anecdote cle Caen nous a fort amusés, elle est très ingénieusement racontée.\nTu ne nous parles plus des Moriolles, les as-tu perdus de vue ? Ce n'est pas bien\nde ta part, ils te voulaient du bien.\n(i) L instrument dont parle le père de Chopin était un piano éolien, sur lequel Chopin impro-\nvisa publiquement à Varsovie, en 1825. Cet instrument fabriqué parle maître menuisier Dlugosz\nétait un composé de piano et de éolomélodicum. L'éolomélodicum construit par Brunner, méca-\nnicien de Varsovie, d'après l'invention du professeur Hoffmann, se rapprochait des orgues par sa\nforme. (Niecks ; I, 53.)\n\n[Lettre de Louise.]\nMON BIEN-AIMÉ FRITZ,\nTu as pu remarquer d'après la lettre de papa qu'il se porte bien et est de\nbonne humeur ; il lui suffît de penser à toi pour que son front s'éclaircisse au\nmilieu cle ses ennuis avec les enfants, car il y en a des bambins, grâce à Dieu !\nmais leur société continuelle, leur paresse, leurs farces (et ils en font assez), ne\npeuvent toujours amuser nos parents. Au moins ils se portent bien, et je crois\nque tu ne les trouverais pas changés.\nJe t'avouerai franchement que tu as un peu irrité l'amour-propre de papa en\nt étonnant qu'il joue du violon ; cela perce même clans son post-scriptum, car\nnon seulement il nous a ordonné de te faire ce reproche, mais lui-même n'a pu\ns empêcher de t exprimer sa rancune. Nous rions parfois à notre aise, quoique\nrarement. Je voudrais que tu fusses témoin d'un de ces concerts dont la palme,"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.47", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nau piano, revient à Zywny, qui improvise souvent des sauteuses ; papa tient le\npremier violon, Barfcinski], le second ; la grand'mère chantonne, et le petit,\nbattant la mesure avec la main et la tête, accompagne le Malborough une tierce\nplus bas. A propos ! Valentin est marié ; ils ont déjà un enfant, et nous autres\nnous en avons d'autant plus qu'il y a d'années que son frère l'a devancé dans\ncette carrière\nLes vieux se tiennent toujours bien avec leurs cocardes.\nLa critique était superbe, on voit comme on t'achète, puisque nous recevons\nmême ici tes éditions de Leipzig. Ta mazurka, celle dont la troisième partie fait\nbam, boum, boum (i) (N. B. Il me semble qu'elle fait fureur ici, surtout quand elle\nest exécutée au théâtre des Variétés par tout l'orchestre), a été jouée toute une\nsoirée au bal des Zamoyski, et Bapcinski], qui l'y a entendue de ses propres\noreilles, dit qu'ils en étaient extrêmement satisfaits pour la danse. Que dis-tu de\nte voir ainsi profané, car, à proprement parler, c'est plutôt une mazurka pour\nl'oreille que pour la danse. Tymowski, qui était au bal des Zamoyski, l'a prise de\nl'orchestre, parce que beaucoup de dames voulaient l'avoir, et l'a donnée à Klu-\nkowski pour qu'il la réimprime, et maintenant on peut l'entendre partout, c'est\nla favorite du jour.\nQue diras-tu quand tu sauras qu'à une soirée chez les Lebrun j'ai dû aussi te\nprofaner? On m'a demandé si je ne jouais pas ta parfaite mazurka, et, près de\ntoi en pensée, te voyant hocher la tête de mécontentement (car il me semble que\ntu as dû l'écrire pour l'audition), je l'ai jouée pour la danse, à la grande joie des\ndanseurs. Dis-moi, mon cher, si tu l'as écrite dans l'idée de la danse ; nous\nt'avons peut-être mal compris, c'est celle que tu as envoyée pendant le séjour cle\nMéry ici. Que fait-il ? Salue-le de notre part. Ne pense pas que nous dansions\nchez nous, nous n'avons pas le cœur à cela ; nous sommes parfois en soirée chez\ndes connaissances, plutôt pour les convenances et pour les relations avec les\ngens que pour nous amuser. Chez M. et Mme Frédéric il y a des jeudis dansants ;\nnous y avons été une fois, nous nous disposons à y aller encore jeudi prochain ;\nquel festin ! Je voudrais savoir dans quelle catégorie de soirées tu rangerais\ncelles-là, toi ! M. Fred. est toujours le même, il aime à lire tes lettres ou à les\nentendre lire, t'appelant (( l'heureux )). Weltz (2) se marie avec Mke Chelmicka,\ndont le père demeure encore plus loin que le Constantin de Lucie. C'est une\njeune et jolie demoiselle ;le mariage aura lieu le 18 de ce mois, juste le jour oû\nnotre gamin finira ses dix-huit mois. Je crois bien que Matuszynski détruira sa\nchaumière allemande ; je m'étonne qu'il ait pu croire qu'avec ces matériaux on\npouvait construire un bâtiment solide. J'ai revu Niesies [?] après quatre années,\nil est toujours le même ; il a demandé après toi. Il a encore moins cle cheveux\nqu'auparavant, son visage ne ressemble plus à un visage, car il déborde de\ngraisse ; sa fiancée étant morte, il ne s'est pas marié, et il est toujours le même,\nsouriant de temps à autre. C'est pourtant un bon garçon ; il est difficile de lui\nreprocher ce dont il n'est pas fautif : qu'il souffre parfois du cœur; tu sais qu'il\nen a toujours souffert.\nDzialo m'a parlé de toi, il est toujours aimable ; je pense que les jeunes gens\ncomme il faut ne manquent pas à Varsovie. Chaque fois que dans différentes\n\n(1) Je suppose que c'est la mazurka en si bémol majeur, op. 17, n° 1.\n(2) Charles Weltz, frère utérin de Titus Wojciechowski."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj190303-01.1.48", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\nLe Propriétaire-Gérant : H. WELTER.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\noccurrences je pense à toi, toujours je me fâche que nous ne puissions parler\nensemble que de cette manière. Je ne sais, mais il me semble que ce sera plus\nqu'une folle joie, qu'une fureur de démence quand nous nous reverrons un\njour.\nPourvu que nous vivions assez longtemps pour y arriver !Je dirai tout à\nLucie quand je la verrai ; nous nous voyons rarement parce que nous demeu-\nrons loin l'une de l'autre, mais je voudrais la voir plus souvent, c'est une si\nbonne créature !\nEt que dit Madame notre petite mère à ces présents que tu as envoyés ? La\nbague de maman est charmante ; on a expliqué que le brillant du milieu, c'est\ntoi, et ceux des côtés c'est nous deux. A propos ! tu n'as sans doute pas encore\ninvité M. Pierre à dîner, car tu ne nous en as rien écrit, et la pensée en était\nbelle pourtant.\nEn ce moment jouent au whist chez nous : papa, Zyw[ny], Barycinski] et\nledrzeïewicz. Fais nos compliments à Mat uszynski] ; qu'il se souvienne de\nprofiter du temps et des circonstances, afin de se distinguer, à son retour, des\ngâcheurs de son métier. Je n'écris plus sur l'autre côté de la feuille, pour ne pas\nprendre le papier d'lsabelle (1). Porte-toi bien et sois heureux ! Mon mari t'em-\nbrasse de tout son cœur.\n\nLETTRE XII\n\n[Du père de Çhopin, écrite moitié en polonais, moitié en français.]\nLe 14 septembre [1835] (2).\nCHER ENFANT,\nNous sommes arrivés ici à 6 heures et nous y passerons la nuit, parce que le\nrelai suivant est double, et il fera noir comme dans un four ; le chemin aussi est\nmauvais, à ce qu'on dit, et comme il pleut, tout est noir. Nous ne voulons pas\nexposer notre vie. Nous sommes calmés, et les larmes delà séparation ont été\nséchées par l'espoir que nous nous reverrons encore. Nous sommes tranquilles\nparce que tu es aimé et que tu as des amis. Nous apprendrons avec plaisir,\npar ta lettre que nous attendons de Leipzig, comment tuas passé le temps après\nnotre séparation. —-Adieu, nous t'embrassons de tout notre cœur. Présente bien\nnos respects à M le comte, à Mme la comtesse (3) et à toute leur aimable famille,\nen y joignant nos sincères remerciements.\nCH.\n(3) Le comte et la comtesse Wodzinski.\n\nm\n(1) La seconde partie, renfermant la lettre d'Isabelle, est découpée.\n(2) Cette lettre ne porte pas de date; d'après son contenu, on peut supposer qu'elle fut écrite\naprès la séparation de Chopin d'avec ses parents à Carlsbad, par conséquent en 1835."}]}