{"numero_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_sha256": "57f447c85e16927bfcdcfedf8f203a667dba8b6cce001b91e15a1250d6b4328c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1903/05/31_01/bmtnabj_1903-05-31_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1903/05/31_01/bmtnabj_1903-05-31_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c001", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "209", "page_fin": "212", "image_debut": 1, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.1", "titre_corps": "César Franck", "titre_sommaire": "César Franck", "signature_source": "VINCENT D'INDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.1", "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "César Franck\n\nA propos de la statue de César Franck, dont l'inauguration est prochaine,\nM. Vincent d'lndy a bien voulu nous communiquer l'étude suivante, dont nos\nlecteurs sauront apprécier le haut intérêt :\nLe 9 novembre 1890, s'éteignait, en pleine vigueur, un artiste cle génie\ndont le nom, alors presque ignoré de ce qu'on est convenu d'appeler le\ngrand public, gagna peu à peu en célébrité et s'impose actuellement au respect\net à l'admiration de tout ce qui touche à l'art musical, au même titre que les\nnoms des plus grands maîtres des temps passés.\nSimples comme sa vie furent ses obsèques. Aucune délégation officielle du\nMinistère ou de l'Administration des Beaux-Arts ne l'accompagna à sa dernière\ndemeure. Seuls, ses nombreux élèves et les musiciens que son talent et son\naffabilité sans bornes avaient su attirer à lui formèrent une couronne de\nrespectueuse admiration autour du cercueil du maître regretté.\nCésar Franck, en mourant, avait légué à son pays d adoption une école sym-\nphonique bien vivante et vigoureusement constituée, telle que la France n'en\navait jamais produit jusqu'alors. Qui veut avoir une notion complète du carac-\ntère de ce grand musicien doit l'étudier au triple point de vue de l'homme, cle\nl'artiste et de l'éducateur, en d'autres termes, considérer sa vie, son œuvre, son\nenseignement ; telle sera donc la division de cet essai.\nI\nL'HOMME.\nCésar-Auguste Franck naquit à Liège le 10 décembre 1822. Sa biographie\ntient en quelques lignes, car son existence fut sans heurts ni convulsions roman-\ntiques, mais s'écoula dans le calme d'un incessant labeur, ainsi qu'on aime à se\nreprésenter la vie des artistes-ouvriers des belles époques de l'art primitif. Sans\nfortune, élevé par un père d'une extrême sévérité voisine de la dureté égoïste,\nCésar s'habitua dès l'enfance à ne pas rester un seul instant inactif. A 15 ans,\nil avait terminé ses études à l'Ecole de musique cle sa ville natale et entrait au\nConservatoire cle Paris, d'où il sortit au bout cle quatre années avec les prix cle\npiano, de fugue et d'orgue, ce dernier clans des circonstances paiticuhèies qui\nméritent d'être rapportées. On sait que le concours d orgue, entre auties épieu-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.2", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3642, "texte": "ves, comprend, encore actuellement, l'improvisation d'un morceau de forme\nlibre sur un thème donné, puis d'une fugue dont le sujet est également fourni\npar l'un des membres du jury.\nCésar Franck, remarquant que les deux sujets qui lui étaient proposés se\nprêtaient à être traités simultanément, improvisa une double fugue au cours de\nlaquelle il ramena comme second sujet, marchant avec l'autre, le thème du mor-\nceau libre, se livrant ainsi à des combinaisons auxquelles les examinateurs\nn'étaient nullement préparés. Cela faillit tourner mal pour lui, car les membres\ndu jury ne comprirent rien à ce tour de force tout à fait en dehors des habitudes\ndu Conservatoire, et il fallut que Benoist, le titulaire de la classe, vînt expliquer\nle cas à ses collègues pour que ceux-ci, enfin éclairés, se décidassent à attribuer\nau jeune concurrent... un second prix! C'est à dater de ce moment peut-être que\nCésar Franck devint suspect aux yeux de certains personnages.\nAprès un court séjour en Belgique, où il allait offrir au roi Léopold ler la dédi-\ncace de ses premiers trios, il revint à Paris, où il commença cette carrière d'or-\nganiste qu'il n'abandonna point toute sa vie durant. C'est ainsi que l'église\nSainte-Clotilde, nouvellement bâtie, le vit, dès l'année 1859, s'asseoir à la tri-\nbune de l'orgue chaque vendredi matin et toute la journée du dimanche. Ceux\nque la bienveillance du maître autorisait à assister auprès de lui à ces offices\nn'oublieront certes jamais les hautes jouissances d'art que ses improvisations\nont procurées à leur esprit.\nEn 1872, Franck succéda à son ancien maître Benoist comme titulaire de la\nClasse d'orgue au Conservatoire de Paris, mais beaucoup de ses confrères ne\nconsentirent jamais à regarder comme des leurs ce professeur qui avait l'audace\nde voir dans l'art autre chose qu'un métier lucratif. Et, en effet, César Franck\nn'était pas des leurs. Ils le lui firent sentir.\nFranck fut, je l'ai dit, un travailleur. Hiver comme été, il était sur pied dès\n5 heures 1/2 du matin et consacrait à la composition les deux premières heures\ncle sa matinée : c'est ce qu'il appelait travailler pour lui. Vers 8 heures du matin,\nil prenait un frugal repas et partait aussitôt pour aller donner des leçons\ndans tous les coins de la capitale, car jusqu'à la fin de sa vie, ce grand homme\ndut employer la plus grande partie de son temps à l'éducation pianistique de\nquelques amateurs, voire à la culture musicale des pensionnats de jeunes demoi-\nselles ! Il ne rentrait d'ordinaire que pour le repas du soir, et, lorsqu'il ne consa-\ncrait pas sa soirée à ses élèves d'orgue ou décomposition, il trouvait alors encore\nquelques instants pour copier ou orchestrer ses partitions. C'est ainsi que, au\nmoyen de ces deux uniques heures de travail matinal quotidien, jointes aux\nquelques semaines de vacances que le Conservatoire lui laissait chaque année,\nfurent pensées et écrites ses plus belles œuvres.\nSi Franck fut un travailleur, ce fut aussi un modeste. Jamais il ne brigua ni\nmême ne rechercha les honneurs ou les distinctions, jamais il ne lui vint à l'idée,\npar exemple, d'ambitionner la place de membre de l'lnstitut ; non point que,\ncomme un Puvis de Chavannes ou un Degas, il dédaignât ce titre, mais parce\nqu'il pensait sincèrement n'avoir pas encore assez fait pour le mériter. Et cepen-\ndant alors l'lnstitut comptait en ses rangs nombre de musiciens d'ordre assez\ninférieur, parmi lesquels, pour n'en citer qu'un, François Bazin, auteur de\nquelques médiocres opérettes, qui, bien que professeur de composition au\nConservatoire, n'était pas absolument capable de distinguer dans les fugues"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.3", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "de ses élèves une réponse fausse d'une réponse juste : j'ai été moi-même\ntémoin du fait.\nLa modestie de Franck n'excluait cependant pas la confiance en soi, qualité\nprimordiale de l'artiste créateur lorsqu'elle est exempte cle vanité et appuyée\nsur un jugement sain.\nA l'ouverture des cours, alors que le maître, la figure illuminée par son large\nsourire, nous disait : « J'ai bien travaillé pendant mes vacances, je crois que\nvous serez contents », nous étions certains de la prochaine éclosion de quelque\nchef-d'œuvre. Alors, sa joie était de trouver dans son existence si occupée une\nou deux heures de liberté pour rassembler ses élèves de prédilection : Henri\nDuparc, Camille Benoît, Ernest Chausson et l'auteur de ces lignes, et leur jouer\nau piano l'œuvre nouvellement terminée, en exécutant les parties vocales avec\nun organe aussi chaleureux que grotesque. Il ne dédaignait même point de nous\ndemander nos avis et, bien mieux encore, de s'y conformer, si nos observations\nlui paraissaient fondées. Assiduité constante dans le travail, modestie et\nconscience artistique, tels furent les points saillants du caractère de César\nFranck ; mais il est encore une qualité, bien rare, celle-là, surtout (il faut bien\nl'avouer) chez les artistes, que Franck posséda à un très haut degré : ce fut la\nbonté, la calme et sereine bonté, et c'est bien à juste titre qu'on a pu lui appliquer\nle nom de Pater seraphicus. Son âme, en effet, ne put jamais concevoir le\nmal ; jamais il ne voulut croire aux basses jalousies que son génie suscitait\nchez la plupart de ses collègues.... et non chez les moindres: il passa dans la\nvie les yeux levés vers un très haut idéal, sans soupçonner les vilenies et les\ninjustices dont il fut fréquemment l'inconsciente victime.\nCette disposition était même poussée chez lui à un point tel qu'il ne s'est\njamais aperçu de l'indifférence du public à l'égard de ses œuvres, bien trop\nélevées et trop hautement conçues pour être comprises par des contemporains.\nLes quelques applaudissements de ses amis disséminés clans une salle de con-\ncert lui donnaient l'illusion d'une approbation unanime, et il ne manquait jamais,\naprès une exécution, de s'incliner à plusieurs reprises, ravi de la jouissance que\nlui avait procurée à lui-même l'audition de son œuvre, vers une assistance sinon\nhostile, au moins étonnée et complètement déroutée de ses habitudes.\nDans l'été de 1890, pendant une de ses journalières courses à pied dans les\nrues de Paris, le maître, absorbé peut-être par la recherche de quelque idée\nmusicale, ne sut pas se garer à temps du choc d'un omnibus dont le timon le\nfrappa violemment au côté. Insoucieux de la douleur physique et des soins cor-\nporels, Franck continua sa vie ordinaire de fatigue et de travail, mais bientôt,\nune pleurésie s'étant déclarée, il était forcé de s'aliter et succombait quelques\nsemaines plus tard.\nTel fut l'homme moral.\nQuant au physique, quiconque coudoyait dans la rue cet être toujours pressé,\ncourant plutôt que marchant, aux vêtements trop larges, au pantalon trop court,\nau visage grimaçant et distrait, encadré dans des favoris grisonnants, ne pou-\nvait, certes, se douter de la transfiguration qui s'opérait alors qu'il expliquait\nou commentait au piano une œuvre de beauté ou qu'il préparait à l'orgue l'une\nde ses géniales improvisations. Alors la musique l'enveloppait, telles ces\nauréoles dont les peintres primitifs encerclaient leurs figures d'anges ou de\nsaints ; alors seulement on était frappé par la consciente volonté de la bouche"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.4", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 457, "texte": "et du menton, par l'acuité presque extra-humaine du regard où transparaissait\nl'inspiration, alors seulement on remarquait l'identité presque complète de\nson large front avec celui du poète de la IXe Symphonie ; alors on se sentait\nsubjugué, presque effrayé par la présence palpable du génie qui rayonnait\nautour du plus noble et du plus haut musicien que la terre française ait possédé\ndepuis Rameau.\n(A suivre.)\n\nVINCENT D'INDY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c002", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "212", "page_fin": "215", "image_debut": 4, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.2", "titre_corps": "Le dernier Opéra de Gluck. ÉCHO ET NARCISSE (1779).", "titre_sommaire": "Le dernier Opéra de Gluck. ÉCHO ET NARCISSE (1779).", "signature_source": "ROMAIN ROLLAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.4", "debut_caractere": 459, "fin_caractere_exclue": 3086, "texte": "Le dernier Opéra de Gluck.\nÉCHO ET NARCISSE (1779).\n\nUn fait qui montre bien comme le goût de la musique est encore peu\nsérieux et peu profond en France, malgré tous les tapages de la mode, c'est\nque la publication du dernier opéra de Gluck ait passé presque inaperçue.\nCependant, il était déjà triste qu'il eût fallu attendre plus d'un siècle pour avoir\nle texte complet des œuvres (bien peu nombreuses pourtant, six en tout),\nque Gluck fit jouer en France, et qui sont l'honneur de notre théâtre. Il faut\nêtre très reconnaissant à M. Saint-Saëns et à M. Julien Tiersot de la magni-\nfique édition qu'ils viennent de donner chez Durand, grâce aux dispositions\ntestamentaires de Mlio Pelletan, de la partition d'orchestre d'Echo et Narcisse (i).\nLe texte musical est précédé d'une intéressante préface historique et critique en\ntrois langues : français, allemand et italien. J'en extrais quelques renseigne-\nments, en les complétant par le livre cle Desnoireterres sur Gluck; et j'y ajou-\nterai un certain nombre de remarques personnelles.\nEcho et Narcisse fut joué pour la première fois à Paris, le 24 septem-\nbre 1779, quatre mois après la première Elphigénie en Tauride. Il semble donc\na priori qu'il doive avoir pour nous un intérêt exceptionnel; car on s'attend à\ny trouver l'application définitive des théories et de l'expérience de toute la vie\nde Gluck. Cependant, la pièce tomba ; et Gluck en fut si affecté, que, bien qu'il\neût pris la décision de finir ses jours à Paris, où la reine venait de le faire nom-\nmer maître de musique des enfants de France, il ne put cacher son dépit et\nquitta la France pour toujours. Il garda de cet échec une rancune profonde\ncontre les Français. (( Je n'irai plus à Paris, dit-il en 1780, jusqu'à ce que les\nFrançais soient d'accord sur le genre de musique qu'il leur faut. Ce peuple\nvolage, après m'avoir accueilli de la manière la plus flatteuse, semble se dégoû-\nter de tous mes opéras ; il semble vouloir retourner à ses ponts-neufs : il faut le\nlaisser faire. ))\nIl est intéressant de reviser la cause cl 'Echo et Narcisse, et de voir qui avait\n\n(i) ECIIO ET NARCISSE, drame lyrique en trois actes, avec un prologue, musique de GLUCK, poème\ndu baron de Tschudi. Texte allemand de Théobald Rehbaum, texte italien de Pietro Floridia ;\npublié par Mile F. PELLETAN, C. SAINT-SAËNS et JULIEN TIERSOT, avec le concours de M. Edouard\nBarre, notaire honoraire, exécuteur testamentaire de Mlle Pelletan, chargé par elle d'assurer Vaché\nvouent de cette publication. Paris, A. Durand et fils, éditeurs. —Leipzig, Breitkopf et Hœrtel*—_\nMilan, G. Ricordi. Londres, Novello. LVI -P 321 pages."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": ".raison, de Gluck et des Français, La lecture de la partition a bientôt fait de\nrenseigner sur les causes de l'insuccès. Elles tiennent avant tout à la faiblesse\ndu poème, qui était du baron de Tschudi, un poème fade, mondain, sans\nvérité, sans action, non dépourvu de grâce d'ailleurs, et assez bien écrit. Mais il\nn'en est pas moins déplorable que le public parisien n'ait pas été, je ne dirai\npas plus mais plus juste pour une oeuvre qui a des beautés musicales\nde premier ordre. Car Echo et Narcisse est bien loin d'être une œuvre médiocre.\nC'est peut-être, comme le font remarquer ses savants éditeurs, l'œuvre de\nGluck où la forme est le plus parfaite. Rarement Gluck eut une telle séduction,\nune déclamation aussi fluide, un récitatif d'une grâce aussi mélodieuse, un sen-\ntiment si pur cle la poésie antique et de la nature. Jamais l'on ne se douterait\nqu'il avait alors 65 ans. L'œuvre est, par endroits, d'une jeunesse exquise. —-\nA vrai dire, il y a de bonnes raisons pour cela ; et on ne les a peut-être pas assez\ndites. C'est qu'une partie de l'opéra est de la jeunesse de Gluck.\nEcho et Narcisse est une œuvre étonnamment hybride. C'est là son principal\n-défaut. Il est difficile d'en distinguer tous les éléments hétérogènes ; et M. Tiersot\net M. Saint-Saëns ont montré, en particulier, combien il était malaisé de déter-\nminer exactement quels morceaux avaient pu être ajoutés au texte original de\nGluck, la partition autographe ayant disparu et l'œuvre ayant subi pour la repré-\nsentation de nombreux remaniements, où, en l'absence de Gluck, intervinrent\nhardiment d'autres compositeurs, comme Gossec avait déjà fait pour Alceste. Il\ny a donc dans Echo une partie postérieure à Gluck, comme tel air de Cynirè au\npremier acte, ou telle contredanse, reconnaissable en général au style bourgeois\net creux, qui rappelle la musique française d'opéra, et surtout\" la musique de\ndanse du temps de Louis XVI.\nMais il y a aussi une partie d'Echo qui est bien antérieure à Echo : et on ne\nle montre pas assez. On nous dit que Gluck travailla à la partition en 1777-78,\nen même temps qu'à Iphi génie en Tauride. Ce qu'il faut ajouter, c'est qu'il y\nappliqua les procédés de travail déjà employés dans Iphi génie en Tauride. On\nsait combien dans V Iphi génie Gluck avait fait d'emprunts à ses ouvrages ita-\nliens de jeunesse, comment il avait pillé son Telemacco de 1749, sa Clemenza\ndi Tito de 17 51, son Paride edElena de 1769, même son Iphi génie en Aulide de\n1772. Je dis qu'on le sait : encore que ce ne soit que d'une façon assez vague ;\ncar, jusqu'à présent, ses ouvrages italiens étaient à peu près inconnus, et l'on\nmanquait des moyens de connaître les sources de bien des airs estimés origi-\nnaux. Ces moyens s'offrent maintenant, grâce à la collection de partitions ita-\nliennes de Gluck, récemment acquises par la Bibliothèque du Conservatoire de\nBruxelles.\nA quel point ce système était devenu une habitude, ou une nécessité chez\nGluck, j'en donnerai une nouvelle preuve par certains exemples de Y Écho et Nar-\ncisse. Il va dans le prologue un charmant air de l'Amour: « Amusez, sachez\nplaire, voltigez, doux plaisirs » (1), qui a fort déconcerté M. Saint-Saëns et\nM. Tiersot. (( L'on ne saurait, écrivent-ils, contester l'authenticité de cet air,\ndont les paroles ont toujours figuré sur le livret ;et cependant on ne s'explique\nguère par quel esprit de recul le grand révolutionnaire musical a pu écrire un tel\nmorceau, où, sur les vers : « Pour y lancer mes flammes, j'ai des traits plus\n\n(1) P. 43 de la partition."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.6", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3599, "texte": "puissants », il surcharge les mots : « flammes )) et (( traits )) de vocalises d'un\nstyle archaïque, comme s'il avait voulu parodier les airs d'opéra du temps de\nLouis XV, à la disparition desquels il a si efficacement contribué » (1).\nLa raison est bien simple : tout le morceau n'est autre qu'un air d'un opéra\nde Gluck, écrit 24 ans auparavant, cet air de la Danza Pastorella de 1755, flue\nnous avons récemment publié, ici même (2). Gluck n'y a rien changé, pas un\ntrait, pas une note ; et cela est bien curieux ; car on comprend à la rigueur qu'il\nse soit servi de ses anciennes mélodies ; mais au moins aurait-il pu se donner\nla peine de les rajuster aux situations nouvelles : point ; il les reprend telles\nquelles. Il doit exprimer ici, tour à tour, Ventrée des Plaisirs et l'entrée des\nPeines : il le fait avec la même musique, dans une indifférence parfaite à\nl'expression dramatique. Combien d'autres airs d Echo sont certainement de\nla même provenance, et non pas des moins beaux, comme le joli air de Cynire\nau 2e acte : « Sa voix plaintive et gémissante »!\nCommentles théories dramatiques de Glucks'accommodaient-ellesdeces amal-\ngames d'airs de toute époque, adaptés tant bien que mal à des situations diffé-\nrentes ?Je ne sais trop. Ce qui est sûr, c'est que jamais Gluck ne fit autrement.\nDès 1746, à Londres, quand il avait trente-deux ans, il faisait un opéra entier,\nPiramo e Tisbe, d'un pasticcio de toutes ses œuvres antérieures. C'était un besoin\nde sa nature, fort pauvre en invention mélodique, et une habitude de son éduca-\ntion italienne. Il y aurait beaucoup à dire sur la vraie nature du génie de Gluck,\net je crois bien qu'on s'est fort mépris sur son compte, qu'on continue encore\naujourd'hui de se méprendre, et que Gluck a contribué lui-même à propager la\nméprise. Mais je n'ai pas le temps de dire ici ce que je pense de Gluck : je le ferai,\nl'an prochain, à l'Ecole des Hantes Etudes sociales.\nToujours est-il qu Echo et Narcisse offre un bel exemple de sa façon de com-\nposer, de cette mosaïque peu disparate, d'ailleurs; car il n'avait pas un nombre\nde sentiments très variés, et il n'en changea guère au cours de sa vie. On trouve\ndans Echo des morceaux de la période italienne, des pages dans le goût d'/lr-\nmide (3), EAlceste, d'Orphée (4), dPphigénie en Tauride (3), et, ce qui est aussi\ntrès frappant, des danses qui semblent montrer, plus que nulle part ailleurs chez\nGluck, l'influence de Rameau. Et, avec tout cela, l'ensemble est harmonieux ; et\nil y a des pages exquises de tendresse et de mélancolie, comme les deux ado-\nrables airs d'Echo mourante, au second acte : a Quel cœur plus sensible et plus\ntendre )), et : (( O mes compagnes fidèles », deux des pages les plus pures que\nGluck ait jamais écrites, et qui suffiraient à le faire aimer. Mais ce qui est surtout\nunique, c'est ce divin sentiment de la sérénité de la Nature, ce génie pastoral,\nque nul musicien n'eut jamais à un tel degré, et qui nous donne en musique\nl'écho lointain de la poésie antique. J'aurais voulu en offrir comme exemple la\nbelle scène du 3e acte, où la voix d Écho répond par l'orchestre plaintif et tendre\naux appels des nymphes, ses compagnes. Elle est d'une langueur, d'une volup-\ntueuse mélancolie, d'une simplicité raffinée, qui pénètre le cœur. Le morceau\nétait malheureusement trop long ; et nous avons dû choisir de préférence un air\n\n(1) P. XXXII de la préface.\n(2) Revue Musicale de janvier 1903.\n(3) Air de Narcisse au ier acte :cc Divinité des eaux ». Cf. Sommeil de Renaud.\n(4) Chants funèbres au 2e acte.\n(5) Certains airs d'Echo."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 734, "texte": "de l'Amour, qui ouvrait primitivement le 3e acte, et qui fut retranché de la re-\n•i\nprésentation pour son inutilité dramatique, mais que l'on ne put se résoudre à\nsupprimer de la partition, à cause de sa beauté. Il est fort simple, et son charmé\nest plus moral que musical; c'est le propre de presque toute la musique de Gluck.\nIl est très difficile de faire sentir sa beauté à qui ne la sent de lui-même : c'est\nune question d'âme plus encore que d'art. Qui aime Gluck retrouvera ici, je\npense, toutes ses raisons de l'aimer; et j'espère que ce court fragment lui don-\nnera le clésir de chercher à connaître le reste de la belle œuvre, que M. Saint-\nSaëns et M. J. Tiersot nous ont rendue.\n\nROMAIN ROLLAND,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c003", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "215", "page_fin": "218", "image_debut": 7, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.3", "titre_corps": "Musique et Danse au Gabon (Congo français).", "titre_sommaire": "Musique et Danse au Gabon (Congo français).", "signature_source": "GILBERT DESVALLONS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.7", "debut_caractere": 736, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "Musique et Danse au Gabon (Congo français).\n\nUn de nos amis, revenant d'Afrique, veut bien nous communiquer les notes\nsuivantes :\nAu Congo, les indigènes ne s'intéressent qu'à la musique de danse. Les mé-\nlodies, les romances et les airs d'opéras leur sont inconnus.\nLes indigènes prennent part au Gabon à deux catégories de bals : le bal de\ndanses européennes (valses, polkas, mazurkas et maringas) et le bal de danses\nexclusivement indigènes. Les airs sont tous des souvenirs de l'ancien orches-\ntre de la mission des Pères du Saint-Esprit, de la musique de la division\nnavale, et d'une fanfare de jeunes Gabonnais supprimée il y a deux ans par\nraison budgétaire.\nCes airs sont de véritables pots-pourris empruntés à des morceaux de danse\nles plus connus, notamment aux valses de Waldteufel, telles que Dolorès et\nVénétia. L'air sur le Général Boulangera aussi beaucoup de succès. Les mor-\nceaux sont peu variés et l'ordre des danses toujours le même.\nL'orchestre du bal européen se compose d'un ou deux accordéons, d'un\ntriangle et d'un petit tambour servant d'instrument d'accompagnement. Quel-\nquefois un cornet à pistons,vestige de l'ancien orchestre, est adjoint à ces musi-\nciens ; mais la chose est rare.\nLes polkas, les mazurkas, les valses, sont dansées comme en France. Gra-\ncieuses et légères, les danseuses, toutes indigènes, sont soigneusement coiffées.\nLeurs chignons crépus artistement disposés sont ornés de fleurs blanches. Les\nfemmes portent généralement là robe « bébé » ; quelques-unes ont le pagne\nnational ; d'autres sont vêtues à la mode européenne, d'une jupe et d'un corsage\nblancs. Celles qui ont le costume européen portent des ceintures roses, bleues\nou de préférence rouges. Leurs bijoux consistent en bagues, broches, boucles\nd'oreilles et épingles indigènes, en métal ou en ivoire, plantées dans la cheve-\nlure.\nLa maringa remplace notre quadrille. Les couples au nombre d'une dou-\nzaine, la dame précédant le cavalier, tournent autour du salon en faisant des\ngrâces. C'est, plutôt qu'une danse, une marche rythmée, aussi élégante que le\n« pas des patineurs ». Les hommes exécutent des entrechats, se dandinent et\ntournent sur eux-mêmes en marchant. Ils exécutent ces mouvements, les deux\nmains dans leurs poches, en faisant mouvoir les épaules en cadence. Les"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.8", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1563, "texte": "femmes font les mêmes mouvements que les hommes, mais elles remuent les\nhanches avec un balancement lascif. Elles ont à la main un ou deux mou-\nchoirs qu'elles agitent gracieusement ; souvent la maringa est chantée, et ce\nsont elles qui entonnent l'air.\nLa maringa est certainement d'origine européenne, sans doute portugaise ;\non peut en juger d'après l'air joué le plus fréquemment dans les bals :\nLa musique de danse indigène, peu variée, est très monotone. Les principales\ndanses du Congo sont : le Kondjo, l'lvanga, la M'Bouiri, roloyo,le M'Kinda,\nl'Abandja, l'Okoukoué, le M'Jembé et le M'Bouiti. Elles ont toutes lieu en\nplein air.\nLe Kondjo est la danse habituelle du pays. On organise un Kondjo sous un\nprétexte quelconque (mariage, décès, guérison de maladies, etc.). Sur rempla-\ncement le plus vaste du village, à la lueur de deux torches plantées en terre,\nles sémillantes Gabonaises, l'Onamba (pagne) serré au-dessus des seins, et un\nfoulard attaché aux reins, s'avancent à petits pas, à tour de rôle, et agitent le\npostérieur dans un tremblement frénétique, sans qu'aucune autre partie du\ncorps ne bouge. Eiles font ainsi le tour de l'emplacement réservé à la danse,\net ne cessent cet exercice que lorsqu'elles ont repris leur place respective. La\ndanse est accompagnée par le tam-tam et par des chants dont voici l'air et le\nrefrain :\nL'lvanga rappelle le Kondjo, avec cette différence que les danseuses sont\nmaquillées de blanc, de rouge et parées de plumes. Elles mettent en plus, aux\n\nAir de la Maringa.\n\nAir du Kondjo"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "chevilles, beaucoup de petits colliers en cuivre. L'Akaya (principale danseuse),\nla cheffeuse, comme le disent si élégamment ces messieurs du Gabon, est\nmieux parée et maquillée que ses compagnes. Elle porte le costume national, le\npagne de couleur très voyante, rouge de préférence. Ses yeux sont cerclés de\nblanc et de rouge et la figure maquillée de même. L'Akaya est ornée de nom-\nbreuses amulettes et porte serrée aux hanches une peau de chat tigre, et un\npetit miroir rond, fixé au bas des reins. Ses bras sont enveloppés de mouchoirs,\net elle tient à la main une canne en ébène, qu'elle ne quitte jamais.\nLa danse ne commence qu'à dix heures du soir. De l'endroit où les femmes\nse sont parées à l'emplacement choisi pour la danse, elles marchent à la file\nindienne, en chantant les louanges de l'Akaya, qui suit derrière, cachée sous\ndes pagnes. Au moment où l'on atteint l'endroit de la danse, l'Akaya entonne\nun chant que les autres femmes reprennent en chœur. Il est dit dans ce chant :\na Laissez-moi passer, que je me fasse voir, afin d'exciter l'envie de ceux qui\nme regardent. » Puis, les femmes forment deux groupes autour des torches ;\nl'Akaya se tient au milieu. La danse commence alors. C'est l'Akaya qui, par\nses contorsions, fait les frais de la soirée. Les autres femmes, au son du tam-\ntam, reprennent toujours en chœur les chants qu'elle a commencés. La danse\ndure jusqu'au matin.\nLe M'Boouri, l'ologo,le M'Kinda, sont les danses qu'exécutent les femmes\nd'un certain âge, pour conjurer les maladies, et surtout pour faire opérer une\nguérison. Sous un petit hangar de feuilles de palmier, se tient une femme\nsimulant la maladie que l'on veut guérir, La danseuse invoque Satan, fait des\nsimagrées sans nombre avec des sabres, des morceaux de bois, des bouteilles\net d'autres objets. On boit surtout beaucoup d'alougou (tafia de traite). A deux\nheures du matin, toutes les femmes sont ivres.\nL'Abandja a lieu pour célébrer la naissance d'un enfant. Les danseuses\npeuvent dire des sottises à n'importe qui, à condition qu'elles n'aient pas de\nparents dans l'assemblée.\nDans rOkoukoué, il s'agit de faire peur aux femmes en revêtant les costumes\nles plus étranges.\nLe M'Jembé a lieu quand on recherche un voleur ou un empoisonneur. Les\nfemmes sont nues. Dans ces sortes de danses il n'y a presque pas de musique.\nC'est le rythme du tam-tam qui conduit les danseurs. Il semble que l'on chante\nce que l'on veut, sur n'importe quel air.\nLe M'Bouiti est une danse exécutée par des hommes vêtus d'un caleçon de\npaille. Elle a lieu sous un hangar. Les danseurs font des contorsions extrava-\ngantes et des sauts périlleux autour d'un brasier. C'est une danse sauvage,\npresque diabolique. Tout le temps qu'elle dure, les spectateurs, accompagnés\ndu tam-tam, chantent des airs qui n'ont rien d'harmonieux.\nTelles sont les principales danses du Congo. Comme on le voit, les indigènes\n\nAir de l'Ivanga"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.10", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 409, "texte": "de notre colonie d'Afrique sont fanatiques de danse. Ils saisissent toutes les\noccasions pour organiser un bal ou un tam-tam. Malheureusement, ils ne con-\nsidèrent la musique que comme un accessoire de ces divertissements, et c'est\nfâcheux, car ils ont un certain sens de la mélodie, s'assimilent assez facilement\nles airs et pourraient étudier avec fruit la musique.\n\nGILBERT DESVALLONS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c004", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "216", "page_fin": "216", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.3.1", "titre_corps": "Air de la Maringa.", "titre_sommaire": "Air de la Maringa.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.8", "debut_caractere": 1530, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "Air de la Maringa."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c005", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "216", "page_fin": "216", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.3.2", "titre_corps": "Air du Kondjo", "titre_sommaire": "Air du Kondjo", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.8", "debut_caractere": 1550, "fin_caractere_exclue": 1563, "texte": "Air du Kondjo"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c006", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "217", "page_fin": "217", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.3.3", "titre_corps": "Air de l'Ivanga", "titre_sommaire": "Air de l'Ivanga", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.9", "debut_caractere": 2919, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "Air de l'Ivanga"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c007", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "218", "page_fin": "220", "image_debut": 10, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.4", "titre_corps": "Esthétique musicale.", "titre_sommaire": "Esthétique musicale.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.10", "debut_caractere": 411, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "Esthétique musicale.\n\nIX - LA MUSIQUE AU POINT DE VUE SOCIOLOGIQUE\n\n(0-\nUn des éléments les plus importants de la musique, c'est le rythme. Or, les\norigines sociologiques du rythme sont nombreuses; on peut les classer en trois\ngroupes que j'indiquerai brièvement.\nI. Le fait sociologique par excellence, nous l'avons déjà dit, c'est le langage.\nOr, il y a dans le langage un rythme, qui, d'abord, a pu donner naissance à la\nmesure dans la musique occidentale.\nLa langue latine, il me suffira de le rappeler, a exercé une influence profonde\nsur le plain-chant, d'où est sortie la musique moderne. Or, dans les mots latins,\nil y a : i° un accent tonique, subordonnant les syllabes du mot à une syllabe\nprincipale : pater, déminus, min/ster ; 2° un ou plusieurs accents secondaires\ntransformant cette subordination en ordre binaire dans les mots ayant plus de\ntrois syllabes : paternités, dominorum, ministérium. Il y a donc, dans le langage\nverbal, le principe d'une organisation rythmique ne précisons pas davantage\npour le moment des éléments du langage musical ; cette observation s'ap-\nplique à la langue française plus encore qu'à la langue latine. Mais notons quel-\nques effets particuliers de cette dernière sur le plain-chant, puisqu'il est le\nsacrum caput d'où est sortie la musique actuelle.\na) Le plain-chant, si l'on rapproche ses formes les plus brillantes des humbles\ncommencements de la psalmodie et de la récitation à peine modulée d'où il\nsemble être sorti, apparaît, d'une façon générale, comme une sorte de floraison\nde l'accent tonique latin.\nSi la mesure n'y est point marquée selon nos usages, c'est qu'il n'a été d'abord\nqu'une ébauche, un embryon de musique ;\nb) Les clausules rythmiques (cursus) dont il fait usage ont été calquées sur\ncelles de la langue latine ;\nc) La syllabe finale des mots latins n'a jamais d'accent; et dans les mots de\nplus de deux syllabes, elle n'a jamais d'accent principal. Au contraire, la genèse\ndes langues romanes tient à ce que la dernière syllabe des mots latins, devenue\nfaible, a été peu à peu supprimée, si bien que l'accent s'est trouvé, par suite de\ncette suppression, à la fin : civitétem a formé cite (it. citté). De là, deux sortes de\nmusique : une musique latine où les phrases finissent volontiers sur ce que nous\nappelons aujourd'hui un temps faible (milieu ou fin cbune mesure), c'est le plaint-\nchant ; et une musique romane, qui, sauf exceptions souvent dues à des raffine-\n\n(i) Suite. Voir la Revue cl avril 1903."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.11", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "ments d'artistes, finit habituellement sur ce que nous appelons le temps fort\n(premier temps de la mesure).\nCes faits sont essentiels dans une étude sur les origines sociologiques de Fart\nmusical. Je me borne à les indiquer, car ils ont été maintes fois mis en lumière\net sont considérés comme des notions courantes (i).\nIL— Revenons àla forme élémentaire du rythme, la mesure. On la trouve dans\nun autre fait sociologique de très grande importance pour l'histoire de l'art mu-\nsical : c'est la danse, qui a exercé sur la symphonie une influence égale à celle\ndelà parole chantée.\nSoit que l'on considère les danses espagnoles, italiennes, françaises, alle-\nmandes, qui ont fourni tant de cadres aux compositeurs de l'ordre le plus élevé,\nsoit qu'on essaye de se figurer les mouvements de l'antique liturgie grecque ou\nmême les grossières évolutions de sauvages que nous décrivent les voyageurs,\nla danse apparaît partout comme un fait social ayant pour loi l'organisation\nrythmique des mouvements. Le rythme est sa raison d'être, son but et son attrait,\nseul il la rend possible quand deux ou plusieurs danseurs sont associés. Com-\nment s'étonner que la musique instrumentale ou vocale, accompagnant la danse,\nlui ait emprunté le principe de la division des mouvements en groupes régu-\nliers ?\n111. - Enfin, il y a une forme de la vie sociale —le travail dans laquelle,\ncomme l'a récemment montré le docteur Bûcher, on peut trouver les origines du\nrythme.\nL'homme a besoin de travailler, et il ne peut pas, dans un grand nombre de\ncas, travailler seul ; or, dès qu'il associe son effort à ceux d'un groupe, ses mou-\nvements obéissent à la loi du rythme.\nLe forgeron isolé qui veut enfoncer un clou dans une pièce de fer incandes-\ncente peut manier son marteau irrégulièrement ; mais si un compagnon frappe\navec lui sur le même point, il est obligé d'accomplir des mouvements égaux dans\ndes durées égales. Même loi, quand la hache de deux charpentiers s'abat tour à\ntour sur un même arbre, quand plusieurs faucheurs sont en ligne dans un pré,\nou quand une équipe de villageois bat le blé avec des fléaux. Cette socialisation\nde l'effort rend le travail à la fois plus facile et plus efficace : plus facile, parce\nqu'elle fait succéder régulièrement, pour chaque individu, le moment de dépres-\nsion au moment d'intensité; plus efficace, parce qu'elle crée une émulation,\ncomme l'a remarqué le vieil Homère en parlant de Nausicaa et des jeunes Phéa-\nciennes : « Dans l'eau profonde du lavoir, elles battaient le linge en rivalisant de\nzèle. »\nLe voyageur anglais Doughty remarque, en parlant des Arabes, qu' (( ils\nbroient les grains de café par des mouvements rythmiques, comme il arrive d'ail-\nleurs dans tous leurs autres travaux )). Max Bûcher parle du bruit mesuré des\n(( battoirs à Tapa )) qui, dans un village polynésien, est aussi caractéristique\npour le voyageur que dans une de nos campagnes, en automne, le battage\ndu blé. Dans Les Colonies françaises (t. I, p. 3oc), ouvrage paru en 1889\nà propos de l'Exposition internationale), on décrit ainsi l'action de semer le riz à\n\n(1) Le lecteur qui voudra un résumé très clair de cette doctrine n'aura qu'à consulter, au mot\naccent, le très beau Dictionnaire d'Archéologie chrétienne publié par le R. P. Dom Cabrol, prieur\nde Farnborough (Paris, Letouzey)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.12", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "Madagascar : « La culture du pays est l'affaire des femmes. Elles s'avancent en\nfile, ayant à la main un bâton pointu, avec lequel elles font de petits trous ; elles\nmettent dans ces trous quelques grains de riz, puis les comblent avec leurs\npieds. Cette opération s'accomplit avec une grande régularité, un rythme forte-\nment marqué, ce qui fait ressembler ces femmes à une troupe de danseuses. ))\nIl faut que la mesure et le rythme soient indiqués d'une manière sensible pour\nle travailleur lui-même ou pour ceux qui le surveillent. Comment y arrive-t-on ?\nDans les travaux qui ont pour premier objet la percussion du métal ou du bois, la\nnature elle-même produit un son significatif, à intervalles égaux. Dans les autres,\nun instrument accessoire est souvent employé. Les Malais rament au son du\ntam-tam ; au Soudan et en Chine, les corvées s'exécutent au son du tambour ;\nles Grecs anciens travaillaient au son de la flûte. Une terre-cuite trouvée dans les\nfouilles de Thèbes et conservée au Musée du Louvre représente quatre femmes\noccupées à pétrir dans une huche, tandis qu'une cinquième, placée à l'extrémité\ncomme une sorte de surveillante, joue de la flûte. Ce document est à rapprocher\ndu témoignage d'Athénée, d'après lequel les Etrusques employaient le rythme\ndu même instrument, aussi bien pour pétrir le pain que pour flageller les es-\nclaves. Voici un autre témoignage ignoré du docteur Bûcher et que j'emprunte\nà la Revue coloniale (numéro de mai-juin 1902, rapport du commandant Guyon\nsur la construction d'un chemin de fer au Dahomey) : cc ... Les indigènes, habi-\ntués dès l'enfande à circuler avec des charges sur la tête, portent allègrement\nleur panier plein de terre ou même de boue ruisselante, en marchant au pas à\nla file indienne, pendant que Vun d'eux marque la cadence en frappant sur une\npelle. ))\nEnfin, à défaut de ces premiers moyens, on crée un rythme artificiel à l'aide de\nl'instrument par excellence : la voix humaine.\nAinsi, le langage, la danse, le travail social, concourent à produire le rythme.\nNous ne l'avons encore considéré que dans les éléments les plus simples : alter-\nnance des temps forts et des temps faibles, intensité suivie d'une dépression ;\nmais on sait qu'en musique l'étude complète du rythme est presque identique à\ncelle de la composition, de ses coupes et des systèmes qui la constituent. Nous\ndevons donc étendre notre analyse, et parler maintenant de ce que les Allemands\nappellent la doctrine des formes {die Formenlehre).\nSauf dans les « études )), les « bagatelles », les « feuilles d'album )) ou dans\nquelques chants sans paroles, la musique associe toujours plusieurs thèmes dans\nune même composition. Or, si nous recherchons entrant ici au cœur même de\nnotre sujet quelles sont les lois diverses qui règlent la succession de ces thè-\nmes, nous trouvons que toutes elles dérivent des formes supérieures de deux faits\nsociologiques déjà indiqués : la danse (évolutions chorales et religieuses, danses\nprofanes et mondaines) et le langage verbal (composition lyrique).\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c008", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "218", "page_fin": "220", "image_debut": 10, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.4.1", "titre_corps": "IX – LA MUSIQUE AU POINT DE VUE SOCIOLOGIQUE", "titre_sommaire": "IX – LA MUSIQUE AU POINT DE VUE SOCIOLOGIQUE", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.10", "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "IX - LA MUSIQUE AU POINT DE VUE SOCIOLOGIQUE\n\n(0-\nUn des éléments les plus importants de la musique, c'est le rythme. Or, les\norigines sociologiques du rythme sont nombreuses; on peut les classer en trois\ngroupes que j'indiquerai brièvement.\nI. Le fait sociologique par excellence, nous l'avons déjà dit, c'est le langage.\nOr, il y a dans le langage un rythme, qui, d'abord, a pu donner naissance à la\nmesure dans la musique occidentale.\nLa langue latine, il me suffira de le rappeler, a exercé une influence profonde\nsur le plain-chant, d'où est sortie la musique moderne. Or, dans les mots latins,\nil y a : i° un accent tonique, subordonnant les syllabes du mot à une syllabe\nprincipale : pater, déminus, min/ster ; 2° un ou plusieurs accents secondaires\ntransformant cette subordination en ordre binaire dans les mots ayant plus de\ntrois syllabes : paternités, dominorum, ministérium. Il y a donc, dans le langage\nverbal, le principe d'une organisation rythmique ne précisons pas davantage\npour le moment des éléments du langage musical ; cette observation s'ap-\nplique à la langue française plus encore qu'à la langue latine. Mais notons quel-\nques effets particuliers de cette dernière sur le plain-chant, puisqu'il est le\nsacrum caput d'où est sortie la musique actuelle.\na) Le plain-chant, si l'on rapproche ses formes les plus brillantes des humbles\ncommencements de la psalmodie et de la récitation à peine modulée d'où il\nsemble être sorti, apparaît, d'une façon générale, comme une sorte de floraison\nde l'accent tonique latin.\nSi la mesure n'y est point marquée selon nos usages, c'est qu'il n'a été d'abord\nqu'une ébauche, un embryon de musique ;\nb) Les clausules rythmiques (cursus) dont il fait usage ont été calquées sur\ncelles de la langue latine ;\nc) La syllabe finale des mots latins n'a jamais d'accent; et dans les mots de\nplus de deux syllabes, elle n'a jamais d'accent principal. Au contraire, la genèse\ndes langues romanes tient à ce que la dernière syllabe des mots latins, devenue\nfaible, a été peu à peu supprimée, si bien que l'accent s'est trouvé, par suite de\ncette suppression, à la fin : civitétem a formé cite (it. citté). De là, deux sortes de\nmusique : une musique latine où les phrases finissent volontiers sur ce que nous\nappelons aujourd'hui un temps faible (milieu ou fin cbune mesure), c'est le plaint-\nchant ; et une musique romane, qui, sauf exceptions souvent dues à des raffine-\n\n(i) Suite. Voir la Revue cl avril 1903."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.11", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "ments d'artistes, finit habituellement sur ce que nous appelons le temps fort\n(premier temps de la mesure).\nCes faits sont essentiels dans une étude sur les origines sociologiques de Fart\nmusical. Je me borne à les indiquer, car ils ont été maintes fois mis en lumière\net sont considérés comme des notions courantes (i).\nIL— Revenons àla forme élémentaire du rythme, la mesure. On la trouve dans\nun autre fait sociologique de très grande importance pour l'histoire de l'art mu-\nsical : c'est la danse, qui a exercé sur la symphonie une influence égale à celle\ndelà parole chantée.\nSoit que l'on considère les danses espagnoles, italiennes, françaises, alle-\nmandes, qui ont fourni tant de cadres aux compositeurs de l'ordre le plus élevé,\nsoit qu'on essaye de se figurer les mouvements de l'antique liturgie grecque ou\nmême les grossières évolutions de sauvages que nous décrivent les voyageurs,\nla danse apparaît partout comme un fait social ayant pour loi l'organisation\nrythmique des mouvements. Le rythme est sa raison d'être, son but et son attrait,\nseul il la rend possible quand deux ou plusieurs danseurs sont associés. Com-\nment s'étonner que la musique instrumentale ou vocale, accompagnant la danse,\nlui ait emprunté le principe de la division des mouvements en groupes régu-\nliers ?\n111. - Enfin, il y a une forme de la vie sociale —le travail dans laquelle,\ncomme l'a récemment montré le docteur Bûcher, on peut trouver les origines du\nrythme.\nL'homme a besoin de travailler, et il ne peut pas, dans un grand nombre de\ncas, travailler seul ; or, dès qu'il associe son effort à ceux d'un groupe, ses mou-\nvements obéissent à la loi du rythme.\nLe forgeron isolé qui veut enfoncer un clou dans une pièce de fer incandes-\ncente peut manier son marteau irrégulièrement ; mais si un compagnon frappe\navec lui sur le même point, il est obligé d'accomplir des mouvements égaux dans\ndes durées égales. Même loi, quand la hache de deux charpentiers s'abat tour à\ntour sur un même arbre, quand plusieurs faucheurs sont en ligne dans un pré,\nou quand une équipe de villageois bat le blé avec des fléaux. Cette socialisation\nde l'effort rend le travail à la fois plus facile et plus efficace : plus facile, parce\nqu'elle fait succéder régulièrement, pour chaque individu, le moment de dépres-\nsion au moment d'intensité; plus efficace, parce qu'elle crée une émulation,\ncomme l'a remarqué le vieil Homère en parlant de Nausicaa et des jeunes Phéa-\nciennes : « Dans l'eau profonde du lavoir, elles battaient le linge en rivalisant de\nzèle. »\nLe voyageur anglais Doughty remarque, en parlant des Arabes, qu' (( ils\nbroient les grains de café par des mouvements rythmiques, comme il arrive d'ail-\nleurs dans tous leurs autres travaux )). Max Bûcher parle du bruit mesuré des\n(( battoirs à Tapa )) qui, dans un village polynésien, est aussi caractéristique\npour le voyageur que dans une de nos campagnes, en automne, le battage\ndu blé. Dans Les Colonies françaises (t. I, p. 3oc), ouvrage paru en 1889\nà propos de l'Exposition internationale), on décrit ainsi l'action de semer le riz à\n\n(1) Le lecteur qui voudra un résumé très clair de cette doctrine n'aura qu'à consulter, au mot\naccent, le très beau Dictionnaire d'Archéologie chrétienne publié par le R. P. Dom Cabrol, prieur\nde Farnborough (Paris, Letouzey)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.12", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "Madagascar : « La culture du pays est l'affaire des femmes. Elles s'avancent en\nfile, ayant à la main un bâton pointu, avec lequel elles font de petits trous ; elles\nmettent dans ces trous quelques grains de riz, puis les comblent avec leurs\npieds. Cette opération s'accomplit avec une grande régularité, un rythme forte-\nment marqué, ce qui fait ressembler ces femmes à une troupe de danseuses. ))\nIl faut que la mesure et le rythme soient indiqués d'une manière sensible pour\nle travailleur lui-même ou pour ceux qui le surveillent. Comment y arrive-t-on ?\nDans les travaux qui ont pour premier objet la percussion du métal ou du bois, la\nnature elle-même produit un son significatif, à intervalles égaux. Dans les autres,\nun instrument accessoire est souvent employé. Les Malais rament au son du\ntam-tam ; au Soudan et en Chine, les corvées s'exécutent au son du tambour ;\nles Grecs anciens travaillaient au son de la flûte. Une terre-cuite trouvée dans les\nfouilles de Thèbes et conservée au Musée du Louvre représente quatre femmes\noccupées à pétrir dans une huche, tandis qu'une cinquième, placée à l'extrémité\ncomme une sorte de surveillante, joue de la flûte. Ce document est à rapprocher\ndu témoignage d'Athénée, d'après lequel les Etrusques employaient le rythme\ndu même instrument, aussi bien pour pétrir le pain que pour flageller les es-\nclaves. Voici un autre témoignage ignoré du docteur Bûcher et que j'emprunte\nà la Revue coloniale (numéro de mai-juin 1902, rapport du commandant Guyon\nsur la construction d'un chemin de fer au Dahomey) : cc ... Les indigènes, habi-\ntués dès l'enfande à circuler avec des charges sur la tête, portent allègrement\nleur panier plein de terre ou même de boue ruisselante, en marchant au pas à\nla file indienne, pendant que Vun d'eux marque la cadence en frappant sur une\npelle. ))\nEnfin, à défaut de ces premiers moyens, on crée un rythme artificiel à l'aide de\nl'instrument par excellence : la voix humaine.\nAinsi, le langage, la danse, le travail social, concourent à produire le rythme.\nNous ne l'avons encore considéré que dans les éléments les plus simples : alter-\nnance des temps forts et des temps faibles, intensité suivie d'une dépression ;\nmais on sait qu'en musique l'étude complète du rythme est presque identique à\ncelle de la composition, de ses coupes et des systèmes qui la constituent. Nous\ndevons donc étendre notre analyse, et parler maintenant de ce que les Allemands\nappellent la doctrine des formes {die Formenlehre).\nSauf dans les « études )), les « bagatelles », les « feuilles d'album )) ou dans\nquelques chants sans paroles, la musique associe toujours plusieurs thèmes dans\nune même composition. Or, si nous recherchons entrant ici au cœur même de\nnotre sujet quelles sont les lois diverses qui règlent la succession de ces thè-\nmes, nous trouvons que toutes elles dérivent des formes supérieures de deux faits\nsociologiques déjà indiqués : la danse (évolutions chorales et religieuses, danses\nprofanes et mondaines) et le langage verbal (composition lyrique).\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c009", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "221", "page_fin": "223", "image_debut": 13, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.5", "titre_corps": "Lectures musicales.", "titre_sommaire": "Lectures musicales.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.13", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3448, "texte": "Lectures musicales.\n\nPROCÈS-VERBAUX DU COMITÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE DE LA CONVENTION\nNATIONALE, par J. GUILLAUME, tome IV (germinal à fructidor an II). Imprimerie\nNationale, MDCCCCI.\n\nLe titre de cet ouvrage ne semble rien annoncer de musical. Il est certain que\nsi quelque futur historien de la musique voulait chercher des renseignements\ndans les documents émanant des assemblées parlementaires de notre temps, il\nserait bien déçu. Mais la Révolution est une époque si extraordinaire qu'il ne\nfaut s'étonner de rien : on s'y occupe de tout, même de musique !\nOn sera moins surpris de voir les arts, y compris celui qui fut toujours en France\nle plus négligé, tenir une si grande place dans les préoccupations des hommes qui\nprétendaient gouverner alors l'esprit public, si l'on se rend bien compte du but\nde ces derniers. La République était proclamée depuis plus d'un an, annonçant\nl'avènement d'une ère nouvelle: pour en réaliser les promesses, il fallait détruire,\nmais, ait même moment, réédifier. Donc, on change tout : on change jusqu'à l'ordre\ndu temps (calendrier républicain) ; on voudrait changer les mœurs, et comme les\napparences extérieures sont ce qui a toujours le plus d'action sur l'esprit, on veut,\npour faciliter la réforme, changer le costume : à plusieurs reprises David est\nchargé de faire des études sur ce sujet (p. 570). Les arts ont aussi leur influence :\nil faut que désormais les artistes travaillent dans l'esprit de la Révolution (arrê-\ntés de floréal, pp. 215 et suiv,). La religion doit être renouvelée, non supprimée,\ncar, si le christianisme est proscrit, la Convention reconnaît l'existence de l'Etre\nsuprême et décrète qu'il faut l'adorer ; et si l'on ne célèbre plus la messe le diman-\nche ni les jours des anciennes fêtes, il faut, pour le décadi ou les grands anniver-\nsaires, des cérémonies civiques aussi capables que celles du catholicisme de\nfrapper l'imagination et de gagner les cœurs. La musique tient la première\nplace dans ces fêtes, dont il faut constituer de toutes pièces les divers éléments.\nAutrefois, l'on avait les maîtrises ; qu'à celà ne tienne ! On organisera le Conser-\nvatoire, qui est la maîtrise de la République ; et cette Ecole improvisée, réunis-\nsant en un groupement compact tout ce que Paris comprenait alors de forces\nmusicales, envoie des musiques militaires aux frontières, et organise les plus\nvastes exécutions dont l'histoire ait jamais fait mention. A l'église, autrefois, les\nfidèles unissaient leurs voix pour chanter : Credo ; à la fête cle l'Etre suprême,\ntout le peuple de Paris réuni aux Tuileries, puis au Champ-de-Mars, chantera\nsous la direction de Gossec, après avoir répété, un hymne composé pour la cir-\nconstance, et des strophes arrangées sur l'air de la Marseillaise ; au refrain, cinq\ncent mille exécutants !\nLes documents rassemblés par M. Guillaume dans le livre dont nous avons\ndonné le titre nous font assister à toute cette organisation musicale, que les\névénements ne permirent pas de mener jusqu'à la réalisation définitive, mais\ndont les débuts furent si extraordinaires, et dont, en somme, tout n'est pas perdu\npour nous. Ils nous montrent les Comité, Commission et Commission exécutive\nde l'lnstruction publique chargés de régénérer l'art dramatique en créant un\nrépertoire à tendances révolutionnaires et en éliminant les œuvres de tendance\nopposée (pp. 216, 252, 550, 660, etc.); d'organiser les fêtes nationales (pp« 216,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.14", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3333, "texte": "339 i 5 59 et suiv., etc.), à quoi l'lnstitut national de musique coopéra avec la plus\ngrande activité ; nous les voyons recevant communication d'hymnes et chants\npatriotiques de toute espèce, parmi lesquels la publication périodique : Musique\nà l'usage des fêtes nationales, faite par l'lnstitut de musique, est certainement la\nplus notable (pp. 195, 547-49, 806, et, pour les communications moins impor-\ntantes, plus d'une centaine de mentions) ; s'occupant de choisir un emplace-\nment à l'Opéra (pp. 7, 11) ; présentant un rapport sur des corrections aux\nparoles de Castor etPollnx, corrections qualifiées de vandalisme (pp 714 et suiv.) ;\nrecevant des réclamations des organistes Couperin (p. 245) et Séjean (pp.\n449-50) ; protestant contre la mise en vente des orgues, et leur donnant satisfac-\ntion, des plaintes de Steibelt au sujet des droits d'auteur de Roméo et Juliette\n(pp. 934, 937, 962), écoutant une communication relative aux Consolations des\nmisères de ma vie, le recueil posthume des romances de Jean-Jacques Rousseau\n(p. 978), etc.\nLes pages les plus intéressantes, au point de vue musical, que renferme ce\nlivre si divers par les matières qui y sont comprises, sont celles qui concernent\nla fête de l'Etre suprême (près de quatre-vingts pages, de 339 à 366 et de 559 à\n606), les fêtes de messidor, où fut exécuté le Chant du Départ (p. 707 et suiv.), et\nla fête projetée en l'honneur de Bara et Viala pour le 10 thermidor, dont l'évé-\nnement de la veille empêcha la célébration (779, 850). Nous détachons du pre-\nmier de ces récits le document suivant, une lettre signée des plus grands noms\nde France au point de vue musical; écrite à la veille de la fête de l'Etre suprême,\nelle jette une lueur singulièrement vive sur les aspirations du moment, aussi\nélevées au point de vue social qu'à celui de l'art pur (pp. 568-569).\n« Représentants du peuple,\n(( La Convention nationale, en décrétant des lêtes dignes de la majesté du\npeuple, a appelé tous les arts à concourir à leur magnificence.\n(( La musique a une part trop active à la célébration de ces fêtes par le\ncaractère qu'elle y imprime, pour que l'lnstitut national ne se pénètre pas des\nfonctions sublimes qu'il a à remplir.\n(( Il ne considère pas seulement les richesses que l'art de la musique doit appor-\nter dans ces fêtes, et les élèves musiciens qu'il doit former, pour tous les points\nde la République ; il est une fonction plus honorable encore à laquelle il se\nvoue : c'est de transmettre au peuple les chants des hymnes qui auront été choisis\npour être consacrés dans les fêtes publiques.\n(( Le vide qui laisse la suppression du rituel du fanatisme doit être rempli par\nles chants de la liberté, et le peuple doit augmenter, par ses accents, la solennité\ndes fêtes consacrées aux vertus que la République honore.\n(( Des chants simples seront composés, les membres de l'lnstitut se rendront\ndans chaque section, dans les écoles primaires : le peuple et sa portion la plus\nintéressante, l'espoir de la patrie, y apprendront les hymnes qui devront être\nexécutés dans les fêtes.\n« Alors le peuple français libre prouvera à l'Allemagne et à l'ltalie asservies\nqu'il possède aussi le génie de cet art, mais qu'il ne le consacre qu'à chanter\nla liberté.\n(( Dans l'Ecole de Mars, les jeunes patriotes seront exercés par l'lnstitut aux"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "chants belliqueux : l'enthousiasme de la liberté, l'amour de l'égalité et le sévère\ncaractère du pur républicanisme en recevront une nouvelle force.\n(( Que les despotes tremblent, c'est par un chant national que, plus d'une fois,\ndans les combats, le Français redoubla sa valeur ; et c'est par des chants popu-\nlaires que fut animé le courage qui brisa le trône du tyran.\n(( Les accents delà liberté précédent toujours ses étendards.\n(( Au nom de l'lnstitut national de musique :\n« LESUEUR, compositeur ; MÉIIUL, compositeur ; GOSSEC, compositeur ; DALEY-\nRAC, compositeur; SARRETTE ; CATEL, compositeur; P. 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Nous détachons du pre-\nmier de ces récits le document suivant, une lettre signée des plus grands noms\nde France au point de vue musical; écrite à la veille de la fête de l'Etre suprême,\nelle jette une lueur singulièrement vive sur les aspirations du moment, aussi\nélevées au point de vue social qu'à celui de l'art pur (pp. 568-569).\n« Représentants du peuple,\n(( La Convention nationale, en décrétant des lêtes dignes de la majesté du\npeuple, a appelé tous les arts à concourir à leur magnificence.\n(( La musique a une part trop active à la célébration de ces fêtes par le\ncaractère qu'elle y imprime, pour que l'lnstitut national ne se pénètre pas des\nfonctions sublimes qu'il a à remplir.\n(( Il ne considère pas seulement les richesses que l'art de la musique doit appor-\nter dans ces fêtes, et les élèves musiciens qu'il doit former, pour tous les points\nde la République ; il est une fonction plus honorable encore à laquelle il se\nvoue : c'est de transmettre au peuple les chants des hymnes qui auront été choisis\npour être consacrés dans les fêtes publiques.\n(( Le vide qui laisse la suppression du rituel du fanatisme doit être rempli par\nles chants de la liberté, et le peuple doit augmenter, par ses accents, la solennité\ndes fêtes consacrées aux vertus que la République honore.\n(( Des chants simples seront composés, les membres de l'lnstitut se rendront\ndans chaque section, dans les écoles primaires : le peuple et sa portion la plus\nintéressante, l'espoir de la patrie, y apprendront les hymnes qui devront être\nexécutés dans les fêtes.\n« Alors le peuple français libre prouvera à l'Allemagne et à l'ltalie asservies\nqu'il possède aussi le génie de cet art, mais qu'il ne le consacre qu'à chanter\nla liberté.\n(( Dans l'Ecole de Mars, les jeunes patriotes seront exercés par l'lnstitut aux"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "chants belliqueux : l'enthousiasme de la liberté, l'amour de l'égalité et le sévère\ncaractère du pur républicanisme en recevront une nouvelle force.\n(( Que les despotes tremblent, c'est par un chant national que, plus d'une fois,\ndans les combats, le Français redoubla sa valeur ; et c'est par des chants popu-\nlaires que fut animé le courage qui brisa le trône du tyran.\n(( Les accents delà liberté précédent toujours ses étendards.\n(( Au nom de l'lnstitut national de musique :\n« LESUEUR, compositeur ; MÉIIUL, compositeur ; GOSSEC, compositeur ; DALEY-\nRAC, compositeur; SARRETTE ; CATEL, compositeur; P. RODE, violon ; DEVIENNE,\ncompositeur ; HERMANN, claveciniste ; LEFÈVRE, clarinette ; Ozi, basson ; VENY,\nsecrétaire ; BUCH, cor ; SALLANTIN, hautbois ; L. JADIN, compositeur ; MATIIIKU,\nserpent ; lIUGOT, flûte ; LE CASSEUR, violoncelle ; F. DUVERNOY, cor ; BLASIUS,\nviolon. »\n\nJULIEN TIERSOT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c011", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "223", "page_fin": "225", "image_debut": 15, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.6", "titre_corps": "Phonographes et Gramophone.", "titre_sommaire": "Phonographes et Gramophone.", "signature_source": "LOUIS LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.15", "debut_caractere": 930, "fin_caractere_exclue": 3191, "texte": "Phonographes et Gramophone.\n\nJ'avais un jour l'honneur de m'entretenir avec un physicien qui pourrait être\nillustre pour ses seuls travaux d'acoustique, mais que d'autres découvertes ont\nillustré davantage encore. Et, comme je le sollicitais de reprendre des recherches\ninterrompues depuis trente ans : (( Le phonographe, lui dis-je, ne pourrait-il\nêtre employé aujourd'hui à la détermination exacte de la hauteur des sons émis\npar un instrument ou un chanteur ? Le phonographe ? me fut-il répondu. Ah !\nl'odieux instrument ! Il joue toujours faux! ))\nLe jugement est sévère, sans doute ; plus d'un musicien y souscrirait cepen-\ndant : les images sonores fournies par le phonographe ne sont pas des portraits\nressemblants ; tout au plus y trouve-t-on cet (( air de famille » que se bornait à\ngarantir un peintre modeste. L'instrument y met beaucoup du sien : les inter-\nvalles sont souvent faussés, les sons aigus ont une fâcheuse tendance à sortir\navec trop d'éclat, enfin et surtout le phonographe a sa voix, qui est peu plai-\nsante, et c'est à travers la pratique de Polichinelle que nous croyons entendre\nparler nos plus exquis diseurs ou nos plus chers amis. Ces défauts, insuppor-\ntables à beaucoup d'entre nous, ne doivent pas cependant nous faire oublier\nqu'il serait d'un grand intérêt de pouvoir enregistrer un discours, un air ou un\nmorceau de musique, avec sa sonorité exacte et ses nuances : ainsi se trouverait\nconservé ce qui semble appelé à disparaître sans retour ; et nos descendants\npourraient écouter encore un van Dyck, un Joachim, un Ysaye, un Risler, plus\nheureux que nous qui ne connaissons plus que par ouï-dire les improvisa-\ntions de Chopin ou la voix de la Malibran. C'est pourquoi nous croyons que\ntous les musiciens doivent s'intéresser à toutes les tentatives que l'on fait pour\naméliorer les appareils enregistreurs du son : il y a là une lutte, pénible et\nobstinée, pour fixer les impressions insaisissables de l'ouïe, et solidifier ces\n(( paroles ailées )), dont l'inconsistance frappait déjà le vieux poète. Cette lutte\nne doit pas nous laisser indifférents, puisqu'elle sauverait de la destruction la\nmatière même de notre art, jusqu'ici réduit à représenter par des signes toujours\ninsuffisants la fuyante mobilité des sons."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.16", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3849, "texte": "Le phonographe est un appareil fort simple : une membrane armée d'un\nstylet vibre au-dessus d'un cylindre tournant ; le stylet découpe clans la matière\ndu cylindre un sillon inégal, tout en crêtes et en vallonnements qui se suc-\ncèdent, selon que la membrane vibrante a plus ou moins appuyé sur l'outil\ntranchant. Pour reproduire le son, il suffira de remplacer le stylet par une très\npetite boule de saphir, et de remettre l'appareil en marche : la boule suivra le\nchemin tracé, gravissant les sommets, descendant au fond des creux: c'est, dans\ndes dimensions microscopiques, le jeu des montagnes russes, avec cette diffé-\nrence qu'ici c'est le chemin qui marche, et non le chariot. La membrane entrera\naussitôt en vibration, et, si la vitesse du cylindre est exactement égale à celle\nqu'il possédait lors de l'inscription, les sons se trouveront reproduits avec leur\nhauteur exacte, et même avec leur timbre : la hauteur correspondant au nombre\ndes reliefs, le timbre à la forme de ces reliefs, à leurs pentes plus ou moins\nabruptes, aux mille découpures accessoires qui viennent compliquer leur profil.\nEn réalité, la reconstitution du son est loin d'être parfaite. En effet, la boule de\nsaphir n'est pas forcée de suivre exactement le contour accidenté qui lui est\noffert ; ce n'est que son poids, ou l'élasticité de la membrane, qui la fait des-\ncendre ; on conçoit que si les empreintes sont trop serrées, elle puisse en laisser\npasser, c'est-à-dire franchir d'un bond l'intervalle compris entre deux crêtes,\nsans prendre la peine d'aller voir ce qui se passe au fond de la vallée : une vi-\nbration est alors supprimée, et le son baisse en conséquence. Et surtout les\npetits reliefs accessoires, collines, coteaux, tranchées et talus, ne sont reproduits\nque de loin en loin, parce que le moindre rebondissement de la boule sur la\nsurface accidentée qu'elle parcourt suffit à supprimer ces détails. 11 résulte\nde là que le timbre du son enregistré est simplifié comme de parti pris ; aussi\nest-il presque entièrement couvert par le timbre propre de la membrane, que\nrien ne vient atténuer. Enfin les vibrations rapides sont favorisées aux dépens\ndes lentes : la membrane les préfère, et les inscrit en profonds sillons, qui se tra-\nduisent, lors de l'exécution, par des éclats insupportables. Ce dernier inconvé-\nnient est atténué si l'on se résout à limiter les mouvements au moyen d'une\nsorte de frein ; mais les sons graves, qui n'en peuvent mais, sont assourdis\négalement, et l'intensité totale diminuée. Quant au défaut d'exactitude, il est\nd'autant moins sensible que les reliefs sont moins serrés, car alors les petits\nrebondissements ont moins d'importance. On arrive à ce résultat en employant\ndes cylindres de grand diamètre : c'est, croyons-nous, l'inventeur Edison qui\nappliqua le premier ce perfectionnement. Mais le phonographe reste, quoi que\nl'on fasse, inexact, capricieux et nasillard, parce qu'on ne peut jamais astreindre\nla boule à suivre dans ses derniers détails le relief du cylindre.\nIl n'en va pas de même avec le Gramophone : cet appareil, essentiellement\ndifférent du Phonographe, n'inscrit pas le son sous la forme d'une route mon-\ntante et descendante, mais d'un sillon d'une profondeur constante, dont les sinuo-\nsités, les courbes, les détours et les lacets reproduisent exactement le mouve-\nment vibratoire. Ce sillon n'est plus tracé sur la surface courbe cl un cylindre,\nmais s'enroule à plat sur un disque tournant. Une aiguille plonge dans ce sillon t\ndéviée tour à tour à droite et à gauche de sa position d'équilibre, elle tire, par\nl'intermédiaire d'un bras de levier, la membrane vibrante, forcée de reproduire\ntous ces mouvements. On voit l'avantage de cette disposition : l'aiguille, exacte-\nment encastrée dans le sillon directeur, est forcée d'en épouser le contour et de"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "le suivre dans son dernier détail ; car il ne s'agit plus ici d'un relief dont on peut\nfranchir au vol les vallées moins importantes, mais d'une tranchée dont les\ndeux bords agissent toujours à la fois, l'un pour pousser, l'autre pour retenir.\nL'aiguille n'a ainsi aucun mouvement propre, et ne peut pas plus s'écarter du\nchemin tracé qu'un train de la voie du chemin de fer. La conséquence sera la\nreproduction exacte du timbre. Tel est le principe du brevet pris en 1887 par\nBerliner, abandonné en raison des difficultés de l'exécution, repris en 1896 par\nMM. Johnson et Clark, qui ajoutèrent un perfectionnement : la préférence\nfâcheuse de la membrane pour les sons aigus est corrigée sans que les sons\ngraves y perdent, grâce à une ingénieuse application des lois de l'élasticité. Le\nGramophone est aujourd'hui construit industriellement, et une Compagnie fran-\nçaise (1) s'est formée pour l'exploitation des brevets dans notre pays : j'ai pu me\nfaire une opinion personnelle sur la valeur du nouvel appareil, d'ailleurs en plein\nsuccès, grâce à une longue audition, où toutes les gloires de nos théâtres et de\nnos concerts ont défilé avec leur voix, leurs nuances et leur style particulier :\nM. Renaud chante l'air de la Damnation de Faust, Voici des Roses, de cette belle\nvoix si pleine, et qui semble plus riche encore dans la nuance douce où il\nsait la maintenir ; on peut se croire au théâtre Sarah-Bernhardt ; voici\nM. E. Caruso qui rugit, à l'italienne, un air de Paillasse, M. Tamagno qui dé-\ntaille le dernier air d'Otello, passant de la rage au sanglot, pour finir par le râle ;\npuis Mme Litvinne lance avec une valeureuse ardeur et une incomparable facilité\nles appels de la Wallcyrie ; Mme E. Calvé enlève de verve la Habanera de Car-\nmen; Mme Vialtzeva roucoule une romance tzigane, et je reconnais les inflexions\ncomplexes et le bruissement charmeur de la langue russe : les consonnes adou-\ncies, les voyelles mixtes, Yi dur, le mouillé, Yo éclairci ; enfin M. van Rooy me\nfait retrouver des impressions de Bayreuth, avec la grande et simple mélan-\ncolie de ses Adieux à la Walkyrie. Ce n'est pas tout : voici M. Kubelik qui,\ndédaigneux des Sonates de Bach vraiment trop faciles, exécute sur son violon le\nSextuor de Lucie de Lammermoor ; accords enlevés d'un coup d'archet, gravité\nde la quatrième corde, fusées sonores de la chanterelle, rien n'a été omis par\nl'appareil, qui n'a pu malheureusement ajouter à cette pauvre musique une har-\nmonie un peu plus riche et des accents moins platement larmoyants. Enfin je\nsuis admis à entendre Grieg dans ses œuvres, et un fragment d'une Rha-\npsodie de Liszt, exécutée par M. Pugno trois jours auparavant : c'est, dans une\nsonorité cristalline, un prodigieux jaillissement de notes, un torrent sonore qui\nse précipite avec une fougue grandissante ; 1 artiste inspiré se donne tout entier.\nIl fut émerveillé, paraît-il, de l'exactitude et de la richesse de ce portrait musical\nqui lui permettait d'être pour une fois son propre auditeur. On ne peut que s'as-\nsocier à une approbation aussi compétente : le Gramophone se distingue de tous\nles appareils enregistreurs du son par sa puissance, qui est du double, et surtout\npar l'exactitude avec laquelle sont rendues toutes les finesses de l'exécution, toutes\nles qualités spéciale du timbre On éprouve, à ces auditions, le plaisir artistique\nle plus pur, et je crois qu'il était bon de signaler aux musiciens une invention\nqui dès maintenant permet à chacun d'entendreet de réentendre les chefs-d'œuvre\ndes maîtres, interprétés par d'autres maîtres.\n(i) La Compagnie a ses bureaux et ses magasins à Paris, t iB, rue Réaumu-r.\n\nLOUIS LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c012", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "226", "page_fin": "228", "image_debut": 18, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.7", "titre_corps": "Informations", "titre_sommaire": "Informations", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.18", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "Informations\n\nPar arrêté en date du 25 avril dernier, M. Manoury, désigné en première\nligne par le Conseil supérieur, a été nommé professeur titulaire d'une classe de\nchant au Conservatoire national, en remplacement de M. Auguez, décédé.\nM. Lorrain, lauréat du Conservatoire, qui avait été désigné en second,remplira\nles fonctions de suppléant de cette classe jusqu'au 31 juillet 1903.\n—» Par acte notarié en date du 17 avril 1903, Mlle A. Rose, fille d'un ancien\nprofesseur au Conservatoire, a constitué en faveur de cet établissement une rente\nde deux cents francs pour la fondation d'un prix annuel à décerner à l'élève\nayant remporté le premier prix de clarinette.\nUn décret sera prochainement soumis à la signature de M. le Président de la\nRépublique pour l'acceptation de ce legs.\nLes cinq matinées musicales consacrées à l'audition annuelle des élèves\ndes cours Hortense Parent ont eu lieu avec plein succès, les 17, 20, 21, 22 et 24\nmai, salons Pleyel. On sait que ces cours d'amateurs (rue de Buci, 12, et rue\nSaint-Lazare, 43) sont les Ecoles d'application de l'Ecole préparatoire au profes-\nsorat du piano fondée par Mlle Parent, en 1882.\nM. Weckerlin, bibliothécaire du Conservatoire national de musique, a\ndonné, le 14 de ce mois, dans la grande salle de cet établissement, une audition\nprivée d'un choix de chansons populaires de diverses provinces de la France,dont\nil vient de terminer l'édition.\nSous les auspices de M. Th. Dubois, directeur du Conservatoire national\nde musique et de déclamation, M. le professeur Lavignac entreprend la publica-\ntion d'un dictionnaire encyclopédique du Conservatoire qui doit être rédigé par\nMM. les membres du Conseil supérieur et MM. les professeurs du Conservatoire.\nM. A. Bruneau a été nommé chef d'orchestre du théâtre national de\nl'Opéra-Comique, en remplacement de M. Luigini, qui n'a pas renouvelé son\nengagement.\nLa municipalité de la ville de Valence (Espagne) organise un concours\ninternational de musiques militaires et civiles, pour le mois de juillet prochain, à\nl'occasion de la grande foire annuelle de cette ville.\nUne musique civile et une musique militaire françaises doivent prendre part à\nce concours. La musique civile de Valence (Drôme) a été désignée.\nNous apprenons que les Chambres suédoises ont adopté un projet d'adresse\nau roi demandant que le gouvernement mette à l'étude la question de l'établis-\nsement d'une taxe ou patente applicable aux artistes étrangers venant en Suède\ndonner des concerts ou des représentations théâtrales. Cette taxe serait propor-\ntionnelle au chiffre de la recette.\nIl est question de transformer en succursale du Conservatoire l'Ecole natio-\nnale de musique de Nîmes.\n—LE CAHIER DE PUNITIONS A L'OPÉRA. M. Gailhard, directeur, vient de"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.19", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "verser à la Caisse des dépôts et consignations la somme de 1231 fr. 90,\nreprésentant les retenues réglementaires et disciplinaires exercées sur le per-\nsonnel de l'Opéra pendant le mois d'avril 1903.\n-- CÉRÉMONIES MUSICALES A L'ORDRE DU JOUR : inauguration des monuments\nd'Ambroise Thomas et de Gounod (parc Monceau), de Garnier (Opéra) et de\nCésar Franck (square de Sainte-Clotilde).\nLes Concerts suivants auront lieu, dans les salles de la maison Pleyel\n(22, rue Rochechouart), du ierau 13 juin: i° dans la grande salle : le 2, à\n4 h., MM. Risler et Oliveira (piano et violon) ;le4, à 8 h., Mlle Dyer, pianiste\nautrichienne ;le 5, Mme Nauvernay (chant); le 6, Mlle de Germain (italienne,\npiano) ; le 9, M. Ed. Tourey (orchestre « la Tarentelle ») ; le 13, M. Wartel-\nLhéritier (séance d'élèves de chant). Dans l'après-midi (salle des quatuors), des\nséances d'élèves seront données, aux mêmes dates, par MmcS Samuel, Piraclon,\nAlran, François, Bandin, Mathieu, Çlérambault.\nDans la-dernière semaine de mai, a eu lieu la session d'examen pour le\ncertificat d'aptitude à l'enseignement du chant (degré supérieur) dans les Ecoles\nnormales. Le jury était ainsi composé : président, M. Jost, inspecteur général de\nl'enseignement primaire ; vice-président, M. H. Maréchal ; MM. Paul Vidal,\nPierné, Bouchor ; Mmes Bastien, jumel.\nCandidats reçus, par ordre de mérite : Mmes Péan, Larzillière, Weill, Lang,\nNorguin, Grégoire, Vergé, Dagbert, Chariot. Hommes :M. Boutin.\nLe créateur d'une science nouvelle, la Phonétique expérimentale, qui lui a\ndéjà ouvert les portes du Collège de France, après lui avoir mérité, à deux\nreprises, le prix Volney, à l'lnstitut, M. l'abbé Rousselot vient de fonder, avec\nM. Marcel Natier, docteur en médecine, un (( Institut de laryngologie ». Dans\ncet établissement, on promet de soigner avec succès le bégaiement, le zézaie-\nment, le chuintement, tous les troubles de la parole, congénitaux ou acquis, et\nmême la surdité et le mutisme. L'autorité de l'abbé Rousselot est telle, qu'il\nfaut noter ce fait comme un sérieux progrès scientifique.\nNous recevons de Béziers, sur de très belles cartes reproduisant les spec-\ntacles d'antan, l'annonce que la Déjanire de Saint-Saëns sera jouée, en août,\nau théâtre des Arènes.\nDes médailles d'argent viennent d'être accordées par M. le Ministre de\nl'lnstruction publique et des Beaux-Arts pour être décernées, en son nom, au\nconcours de musique organisé parles villes du Vigan (Gard), de Ghâteaudun\n(Eure-et-Loir), Gentilly (Seine), Sauvic (Seine-Inférieure) et Saint-Malo (Ille-\net-Vilaine.)\n—Le ier octobre 1903, en présence de l'empereur d'Allemagne, aura lieu, à\nBerlin, l'inauguration du monument R. Wagner. Le Comité a pour président\nd'honneur le Comte de Hochberg, intendant général des théâtres royaux ; pour\nprésidents, MM. Leichner et Dincklage-Campe. On trouve parmi ses membres\nles noms de Saint-Saëns, Gailhard, Chevillard, Cortot, Colonne, G. Charpen-\ntier, A. Bruneau, Massenet,etc... baron C. de Stackelberg (Russie),A. Mackenzie,\nHubert Parry, W. Cummings (Angleterre), etc... Il semble cependant que les\ntravaux de ce Comité soient un peu pénibles. Un programme de fêtes avait été"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "élaboré par la famille de R. Wagner et exposé dans une conférence faite à la\nPhilharmonie, de Berlin. Il n'a pas été exactement suivi ; MM. Humperdinck,\nRichter, Mottl, ont décliné, comme on sait, l'invitation. Il y a des mémoires si\ngrandes et si illustres qu'il paraît malaisé d'y toucher, même avec de bonnes\nintentions. Mais les fêtes en l'honneur de R. Wagner sont-elles vraiment un\nbut, et non un moyen ?...\nUn concert, organisé avec des artistes exclusivement toulousains, sera\ndonné, le 4 juin, dans la salle du Trocadéro, par l'Association des Toulousains,\nau profit des indigents de leur pays. L'autorisation d'occuper la salle du Troca-\ndéro a été donnée à M. Benazet, attaché au Musée d'ethnographie. M. Cruppi,\ndéputé, est président du Comité ; M. Gailhard, de l'Opéra, est chargé de l'orga-\nnisation artistique. 80 chanteurs de Toulouse viendront se joindre à leurs com-\npatriotes de Paris. L'Ave Maria, de Gounod, sera chanté par 30 soprani. Au\nprogramme, mélodies de Vidal, Busser, etc...\nAprès les épreuves d'essai pour le concours du prix de Rome (épreuves\noùMlle Toutain a fait une si belle fugue), ont été admis : MM. Laparra (élève\nde Fauré), Pech (Lenepveu), Ducasse (Fauré), Revel (Fauré), P. Pierné (Le-\nnepveu), Estyle (Lenepveu). C'est le 17 mai que ces artistes entrèrent en loge,\npour un mois. Rappelons, après tant d'erreurs accréditées par certains jour-\nnaux, que ces concours dépendent de la section musicale de l'lnstitut, qui,\npour l'organisation, délègue ses pouvoirs au directeur et au chef du secrétariat\ndu Conservatoire.\n—LA DAMNATION DE FAUST. Au sujet de la Damnation de Faust, que\nM. Raoul Gunsbourg vient de faire exécuter, non comme poème symphoni-\nque, mais comme opéra,au théâtre Sarah-Bernhardt, la presque unanimité des\ncritiques a renouvelé en les accentuant parfois de façon plus énergique les\nréserves faites ici même, il y a un mois, par le directeur de la Revue musicale.\nM. Gunsbourg, comme pour répondre à une sorte de mise en demeure, a publié\nsur ses programmes le fac-similé de quelques lignes —■ illisibles de Berlioz.\nCe document, tel qu'il est présenté, est loin de nous convaincre ; en outre,\nM. Gunsbourg s'obstine à confondre deux moments très distincts dans la vie du\ngrand compositeur : celui où il a eu, effectivement, le projet d'écrire un opéra\nsur Faust, et celui où, renonçant àce projet, il a écrit, sur le même sujet, une\nsymphonie à programme en utilisant des mélodies antérieurement écrites.\nNous publierons prochainement des lettres (inédites) où Berlioz parle du succès\nobtenu à Vienne par sa Damnation et où (contrairement à toute vraisemblance\nsi on accepte la thèse de M. Gunsbourg) il n'exprime pas le'moindre regret de\nvoir son œuvre privée des succès du théâtre et réduite à ceux du concert.\nM. Gunsbourg aurait vraiment tort de s'obstiner dans une thèse vraiment\ninsoutenable ; son adaptation est une fantaisie dangereuse, tolérable à la con-\ndition qu'on n'insiste pas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c013", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "226", "page_fin": "228", "image_debut": 18, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.7.1", "titre_corps": "Par arrêté en date du 25 avril dernier, M. Manoury, désigné en première", "titre_sommaire": "Par arrêté en date du 25 avril dernier, M. 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Rose, fille d'un ancien\nprofesseur au Conservatoire, a constitué en faveur de cet établissement une rente\nde deux cents francs pour la fondation d'un prix annuel à décerner à l'élève\nayant remporté le premier prix de clarinette.\nUn décret sera prochainement soumis à la signature de M. le Président de la\nRépublique pour l'acceptation de ce legs.\nLes cinq matinées musicales consacrées à l'audition annuelle des élèves\ndes cours Hortense Parent ont eu lieu avec plein succès, les 17, 20, 21, 22 et 24\nmai, salons Pleyel. On sait que ces cours d'amateurs (rue de Buci, 12, et rue\nSaint-Lazare, 43) sont les Ecoles d'application de l'Ecole préparatoire au profes-\nsorat du piano fondée par Mlle Parent, en 1882.\nM. Weckerlin, bibliothécaire du Conservatoire national de musique, a\ndonné, le 14 de ce mois, dans la grande salle de cet établissement, une audition\nprivée d'un choix de chansons populaires de diverses provinces de la France,dont\nil vient de terminer l'édition.\nSous les auspices de M. Th. Dubois, directeur du Conservatoire national\nde musique et de déclamation, M. le professeur Lavignac entreprend la publica-\ntion d'un dictionnaire encyclopédique du Conservatoire qui doit être rédigé par\nMM. les membres du Conseil supérieur et MM. les professeurs du Conservatoire.\nM. A. Bruneau a été nommé chef d'orchestre du théâtre national de\nl'Opéra-Comique, en remplacement de M. Luigini, qui n'a pas renouvelé son\nengagement.\nLa municipalité de la ville de Valence (Espagne) organise un concours\ninternational de musiques militaires et civiles, pour le mois de juillet prochain, à\nl'occasion de la grande foire annuelle de cette ville.\nUne musique civile et une musique militaire françaises doivent prendre part à\nce concours. La musique civile de Valence (Drôme) a été désignée.\nNous apprenons que les Chambres suédoises ont adopté un projet d'adresse\nau roi demandant que le gouvernement mette à l'étude la question de l'établis-\nsement d'une taxe ou patente applicable aux artistes étrangers venant en Suède\ndonner des concerts ou des représentations théâtrales. Cette taxe serait propor-\ntionnelle au chiffre de la recette.\nIl est question de transformer en succursale du Conservatoire l'Ecole natio-\nnale de musique de Nîmes.\n—LE CAHIER DE PUNITIONS A L'OPÉRA. M. Gailhard, directeur, vient de"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.19", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "verser à la Caisse des dépôts et consignations la somme de 1231 fr. 90,\nreprésentant les retenues réglementaires et disciplinaires exercées sur le per-\nsonnel de l'Opéra pendant le mois d'avril 1903.\n-- CÉRÉMONIES MUSICALES A L'ORDRE DU JOUR : inauguration des monuments\nd'Ambroise Thomas et de Gounod (parc Monceau), de Garnier (Opéra) et de\nCésar Franck (square de Sainte-Clotilde).\nLes Concerts suivants auront lieu, dans les salles de la maison Pleyel\n(22, rue Rochechouart), du ierau 13 juin: i° dans la grande salle : le 2, à\n4 h., MM. Risler et Oliveira (piano et violon) ;le4, à 8 h., Mlle Dyer, pianiste\nautrichienne ;le 5, Mme Nauvernay (chant); le 6, Mlle de Germain (italienne,\npiano) ; le 9, M. Ed. Tourey (orchestre « la Tarentelle ») ; le 13, M. Wartel-\nLhéritier (séance d'élèves de chant). Dans l'après-midi (salle des quatuors), des\nséances d'élèves seront données, aux mêmes dates, par MmcS Samuel, Piraclon,\nAlran, François, Bandin, Mathieu, Çlérambault.\nDans la-dernière semaine de mai, a eu lieu la session d'examen pour le\ncertificat d'aptitude à l'enseignement du chant (degré supérieur) dans les Ecoles\nnormales. Le jury était ainsi composé : président, M. Jost, inspecteur général de\nl'enseignement primaire ; vice-président, M. H. Maréchal ; MM. Paul Vidal,\nPierné, Bouchor ; Mmes Bastien, jumel.\nCandidats reçus, par ordre de mérite : Mmes Péan, Larzillière, Weill, Lang,\nNorguin, Grégoire, Vergé, Dagbert, Chariot. Hommes :M. Boutin.\nLe créateur d'une science nouvelle, la Phonétique expérimentale, qui lui a\ndéjà ouvert les portes du Collège de France, après lui avoir mérité, à deux\nreprises, le prix Volney, à l'lnstitut, M. l'abbé Rousselot vient de fonder, avec\nM. Marcel Natier, docteur en médecine, un (( Institut de laryngologie ». Dans\ncet établissement, on promet de soigner avec succès le bégaiement, le zézaie-\nment, le chuintement, tous les troubles de la parole, congénitaux ou acquis, et\nmême la surdité et le mutisme. L'autorité de l'abbé Rousselot est telle, qu'il\nfaut noter ce fait comme un sérieux progrès scientifique.\nNous recevons de Béziers, sur de très belles cartes reproduisant les spec-\ntacles d'antan, l'annonce que la Déjanire de Saint-Saëns sera jouée, en août,\nau théâtre des Arènes.\nDes médailles d'argent viennent d'être accordées par M. le Ministre de\nl'lnstruction publique et des Beaux-Arts pour être décernées, en son nom, au\nconcours de musique organisé parles villes du Vigan (Gard), de Ghâteaudun\n(Eure-et-Loir), Gentilly (Seine), Sauvic (Seine-Inférieure) et Saint-Malo (Ille-\net-Vilaine.)\n—Le ier octobre 1903, en présence de l'empereur d'Allemagne, aura lieu, à\nBerlin, l'inauguration du monument R. Wagner. Le Comité a pour président\nd'honneur le Comte de Hochberg, intendant général des théâtres royaux ; pour\nprésidents, MM. Leichner et Dincklage-Campe. On trouve parmi ses membres\nles noms de Saint-Saëns, Gailhard, Chevillard, Cortot, Colonne, G. Charpen-\ntier, A. Bruneau, Massenet,etc... baron C. de Stackelberg (Russie),A. Mackenzie,\nHubert Parry, W. Cummings (Angleterre), etc... Il semble cependant que les\ntravaux de ce Comité soient un peu pénibles. Un programme de fêtes avait été"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "élaboré par la famille de R. Wagner et exposé dans une conférence faite à la\nPhilharmonie, de Berlin. Il n'a pas été exactement suivi ; MM. Humperdinck,\nRichter, Mottl, ont décliné, comme on sait, l'invitation. Il y a des mémoires si\ngrandes et si illustres qu'il paraît malaisé d'y toucher, même avec de bonnes\nintentions. Mais les fêtes en l'honneur de R. Wagner sont-elles vraiment un\nbut, et non un moyen ?...\nUn concert, organisé avec des artistes exclusivement toulousains, sera\ndonné, le 4 juin, dans la salle du Trocadéro, par l'Association des Toulousains,\nau profit des indigents de leur pays. L'autorisation d'occuper la salle du Troca-\ndéro a été donnée à M. Benazet, attaché au Musée d'ethnographie. M. Cruppi,\ndéputé, est président du Comité ; M. Gailhard, de l'Opéra, est chargé de l'orga-\nnisation artistique. 80 chanteurs de Toulouse viendront se joindre à leurs com-\npatriotes de Paris. L'Ave Maria, de Gounod, sera chanté par 30 soprani. Au\nprogramme, mélodies de Vidal, Busser, etc...\nAprès les épreuves d'essai pour le concours du prix de Rome (épreuves\noùMlle Toutain a fait une si belle fugue), ont été admis : MM. Laparra (élève\nde Fauré), Pech (Lenepveu), Ducasse (Fauré), Revel (Fauré), P. Pierné (Le-\nnepveu), Estyle (Lenepveu). C'est le 17 mai que ces artistes entrèrent en loge,\npour un mois. Rappelons, après tant d'erreurs accréditées par certains jour-\nnaux, que ces concours dépendent de la section musicale de l'lnstitut, qui,\npour l'organisation, délègue ses pouvoirs au directeur et au chef du secrétariat\ndu Conservatoire.\n—LA DAMNATION DE FAUST. Au sujet de la Damnation de Faust, que\nM. Raoul Gunsbourg vient de faire exécuter, non comme poème symphoni-\nque, mais comme opéra,au théâtre Sarah-Bernhardt, la presque unanimité des\ncritiques a renouvelé en les accentuant parfois de façon plus énergique les\nréserves faites ici même, il y a un mois, par le directeur de la Revue musicale.\nM. Gunsbourg, comme pour répondre à une sorte de mise en demeure, a publié\nsur ses programmes le fac-similé de quelques lignes —■ illisibles de Berlioz.\nCe document, tel qu'il est présenté, est loin de nous convaincre ; en outre,\nM. Gunsbourg s'obstine à confondre deux moments très distincts dans la vie du\ngrand compositeur : celui où il a eu, effectivement, le projet d'écrire un opéra\nsur Faust, et celui où, renonçant àce projet, il a écrit, sur le même sujet, une\nsymphonie à programme en utilisant des mélodies antérieurement écrites.\nNous publierons prochainement des lettres (inédites) où Berlioz parle du succès\nobtenu à Vienne par sa Damnation et où (contrairement à toute vraisemblance\nsi on accepte la thèse de M. Gunsbourg) il n'exprime pas le'moindre regret de\nvoir son œuvre privée des succès du théâtre et réduite à ceux du concert.\nM. Gunsbourg aurait vraiment tort de s'obstiner dans une thèse vraiment\ninsoutenable ; son adaptation est une fantaisie dangereuse, tolérable à la con-\ndition qu'on n'insiste pas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c014", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "229", "page_fin": "230", "image_debut": 21, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.8", "titre_corps": "Les Concerts.", "titre_sommaire": "Les Concerts.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "Les Concerts.\n\nCONCERTS ED. RISLER.\nGUSTAVE SAMAZEUILH.\nLa perspective d'entendre les quatre dernières\nSonates de Beethoven interprétées par l'admirable artiste qu'est Edouard Risler\navait attiré au Nouveau-Théâtre, le 26 avril, un nombre exceptionnel d'amateurs\nd'art qui ne durent pas, à en juger par leurs applaudissements enthousiastes,\nregretter l'emploi de leur journée. On sait à quel point, par une incessante étude,\nRisler est arrivé à pénétrer le sens profond de tels chefs-d'œuvre et de quelle\ninoubliable manière il parvient à ressusciter devant nous le génie même de Bee-\nthoven. Aussi oublie-t-on, en l'écoutant, ce que peut avoir d'écrasant pour le\npianiste et de fatigant pour le simple auditeur l'exécution successive de ces\nquatre gigantesques ouvrages, et ne songe-t-on qu'à admirer les surprenants\nrésultats d'une pareille identification entre l'œuvre et 1 interprète. Nulle part en\neffet, comme il advient si souvent ailleurs, M. Risler ne paraît dominé\npar la musique du dieu, il en exprime au contraire chaque année avec un bon-\nheur de plus en plus grand la logique passionnée et la colossale envergure. C'est\nainsi que les Sonates (op. 109, 110, 111 et 106), dont nous n'aurons pas, on le con-\nçoit, la prétention de découvrir ici les immortellès beautés, furent rendues ce\njour-là non avec la rigidité correcte et quasi officielle si déplorablement d'usage\nen la matière, mais avec la fidélité d'émotion la plus persuasive et la puissance\nla plus rare. M. Risler n'est plus un pianiste, soucieux d'étaler indiscrètement le\nluxe d'une virtuosité pourtant prodigieuse, il est avant tout un musicien consa-\ncrant son talent et toute son intelligence à traduire le véritable esprit des œuvres\nqu'il interprète et à en faire saisir toute la portée à ceux qui l'entendent. De tels\nartistes sont l'honneur et l'exemple de leur profession ; il est juste, il est salu-\ntaire de les voir acclamés et compris comme le fut M. Risler au cours de la\nséance du 26 avril et de celles des dimanches suivants, dont le souvenir n'est pas\nprès de s'effacer de notre mémoire.\n\n17 mai. Que M. Risler a raison de ne point accélérer, clans le ier mouve-\nment de la Sonate de Franck, le solo du piano ! Combien d'artistes, et non des\nmoindres, ont essayé, à ce passage, de transformer Franck en Chopin ! Mais\nil était digne de M. Risler de ne pas céder à une pareille tentation. M. Thibaut,\nà ce voisinage, gagne un jeu plus sincère et plus simple ; puisse-t-il jouer\nsouvent avec M. Risler! Mme Mysz-Gmeiner possède une diction admirable,\nune voix étendue, et un profond sentiment qui lui vaut un succès d'enthou-\nsiasme dans les mélodies de Brahms, Strauss, Schubert Schumann et Liszt.\n—A LA SALLE ERARD, Mme Jaëll donnait, le 13 mai, un fort beau concert :la\nSonate de Beethoven en ut dièse mineur, les Scènes d'enfant de Schumann,\ndes compositions de Liszt et de l'artiste elle-même ont été interprétées avec\nune grande délicatesse de sentiment, et une souplesse de rythme inouïe jusqu'à\nce jour. Mmc Jaëll combat le bon combat, pour l'émancipation de la musique ;\nc'est pourquoi nous sommes particulièrement heureux de son succès.\nLES CHANTEURS DE SAINT-GERVAIS ont prêté leur concours, le 18 mai, à la\ndernière conférence de M. 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CLARK, baryton, a donné, le 18 mai, un fort beau concert\nà la Salle des Agriculteurs. Les mélodies de Schubert et Schumann ont été inter-\nprétées avec beaucoup de puissance et ont valu à l'artiste un succès mérité.\nLA SCHOLA CANTORUM, toujours active, a consacré son concert du 19 mai aux\nœuvres d'E. Chausson. Interprétation de premier ordre : M . Georges Jacob tient\nl'orgue, Mmc Raunay chante la Chanson perpétuelle, accompagnée par le Quatuor\nParent, Mlle Selva joue les pièces intitulées Quelques Danses, et accompagne\nM. E. Ysaye dans le Poème pour Violon. Une inspiration délicate et mélanco-\nlique, d'une grande fraîcheur, est la qualité dominante, et précieuse entre toutes,\ndu maître disparu. J'aime surtout la 2e et la 3° des grandes Antiennes pour orgue,\noù la tonalité grégorienne est ingénieusement respectée, la Chanson perpé-\ntuelle, dont le thème a le courage d'être simple et est fort beau, les Quelques\nDanses, joliment attristées, l'Oraison tirée du recueil intitulé Serres chaudes,\nanalysé ici même (1), et surtout la mélodie écrite sur des vers de M. Bouchor,\nLe Temps des LU as, dont Mmâ Raunay asi bien rendu la douceur affligée et le\ntendre regret. Le Poème pour violon et le Quatuor pour piano et cordes,\nmalgré la solidité des idées, ont peut-être quelques longueurs dans les dévelop-\npements, trop uniformément conçus sous forme de variations; mais le 2e mou-\nvement du Quatuor ( Très calme) est de tout point admirable.\n\nL. L.\n\nLE NOUVEL ORCHESTRE, dirigé par M. F. de Lacerda, auquel nous consa-\ncrions un article dans notre numéro de mars 1903, vient de prêter gracieuse-\nment son concours àun Concert de charité donné le 25 mai à la salle Érard,\nAu programme :M. Delmas, Mme Raunay, MM. E. Risler et C. Bellaigue (on\nsait que déminent critique est aussi un excellent pianiste). Voilà certes un beau\nvoisinage, dont la jeune société s'est montrée digne en exécutant avec beaucoup\nde chaleur et de délicatesse différentes œuvres de Grieg pour orchestre à\ncordes et deux exquises mélodies cle César Franck (La Vierge à la Crèche et\nle Sourire de Mai) arrangées pour orchestre et chœur. 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J'aime surtout la 2e et la 3° des grandes Antiennes pour orgue,\noù la tonalité grégorienne est ingénieusement respectée, la Chanson perpé-\ntuelle, dont le thème a le courage d'être simple et est fort beau, les Quelques\nDanses, joliment attristées, l'Oraison tirée du recueil intitulé Serres chaudes,\nanalysé ici même (1), et surtout la mélodie écrite sur des vers de M. Bouchor,\nLe Temps des LU as, dont Mmâ Raunay asi bien rendu la douceur affligée et le\ntendre regret. Le Poème pour violon et le Quatuor pour piano et cordes,\nmalgré la solidité des idées, ont peut-être quelques longueurs dans les dévelop-\npements, trop uniformément conçus sous forme de variations; mais le 2e mou-\nvement du Quatuor ( Très calme) est de tout point admirable.\n\nL. 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Voilà certes un beau\nvoisinage, dont la jeune société s'est montrée digne en exécutant avec beaucoup\nde chaleur et de délicatesse différentes œuvres de Grieg pour orchestre à\ncordes et deux exquises mélodies cle César Franck (La Vierge à la Crèche et\nle Sourire de Mai) arrangées pour orchestre et chœur. Nous avions donc\nraison de prédire de grands succès à cette intéressante fondation."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c018", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "230", "page_fin": "231", "image_debut": 22, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.9", "titre_corps": "Notes bibliographiques", "titre_sommaire": "Notes bibliographiques", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.22", "debut_caractere": 2925, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": "Notes bibliographiques\n\nMUSIQUE NORVÉGIENNE\nGrieg, Svendsen et Sinding ont répandu en Europe la renommée de la musi-\nque norvégienne. Elle n'est pas très abondante, mais très poétique. Elle a sur-\ntout un sentiment de la nature qui lui est personnel, et elle est nourrie des beaux\n\n(1) Revue cle décembre 1902»"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.23", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "chants populaires du pays. Elle leur doit sa grâce mélodique, et elle y joint le\ndon des délicates harmonies. Voici les noms des œuvres et auteurs principaux de\ncette Ecole au xixe siècle :\nWALDEMAR TFIRANE (1790-1828), Une Aventure dans les Montagnes passe pour\nle premier opéra-comique norvégien qui ait présenté (( un caractère vraiment\nnational )).\nlIALFDAN KJERULF (1815-1868), « précurseur de Grieg », auteur de charmantes\nmélodies et de chœurs à quatre voix, d'un caractère populaire.\nRIKARD NORDRAAK (1842-1866), cousin de Bjornson, a écrit la partie musicale\nde plusieurs drames de ce dernier : Sigurd Slembe et Marie Stuart.\nJOHAN SELMER, né en 1844, prit part à la Commune de Paris en 1871, et fut\nnommé par elle membre d'un Comité musical. Il écrit, peu après, Y Année terrible,\ngrand ouvrage symphonique, et beaucoup de musique orchestrale et vocale.\nJOHAN-SÉVÉRIN SVENDSEN, né en 1840, étudia à Leipzig, et devint en 1883 chef\nd'orchestre de l'Opéra de Copenhague : - Symphonies en ré majeur et en si bémol\nmajeur. Quatre Rapsodies norvégiennes. Deux quatuors. Un quintette. Un octuor.\nDes ouvertures. Deux cahiers de lieder. Des arrangements pour petit orchestre\nde chants populaires norvégiens, suédois, et islandais.\nEDUARD HAGERUP GRIEG,né en 1843, à Bergen,étudia à Leipzig,puis à Copen-\nhague, avec Gade. Nordraak lui révéla les chants populaires du Nord. Il fonda,\nen 1867,1 a Société de musique de Christiania, et la dirigea jusqu'en 1880.Tout le\nmonde connaît ses pièces de piano, ses trois sonates de violon, la musique de\nscène pour Peer Gynt, son concerto pour piano, ses quatuors, sa sonate pour\nvioloncelle, ses recueils de lieder.\nCHRISTIAN SINDING, né en 1856. Œuvres symphoniques, lieder, et musique de\nchambre. (Concerto de piano en ré b majeur, Concerto de violon en la majeur.\nRomance pour piano et violon.)\nCes renseignements sont extraits de l'excellent petit livre de M. 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L.\nALBERT SOUBIES.— Histoire de la mu-\nsique. - Etats Scandinaves XIX* siècle,\nNorwège. Flammarion, 1903.\nNotre éminent confrère, M. Albert\nSoubies, continuant la série de ses in-\ntéressantes études, vient de faire pa-\nraître le 13E volume de son Histoire de\nla musique. Ce volume est consacré à\nla Norwège au xixe siècle. Sous une\nforme succincte , M. Soubies y donne\nde précieux détails sur les compositeurs,\nvirtuoses et musicologues norvégiens,\nsur léchant populaire, et sur la mu-\nsique finlandaise.\nXAVIER HABERL. —Histoire et valeur\ndes livres de chant liturgique officiels\nVall.). Ratisbonne, Pustet, 1903.\nDéfense de la tradition contre les at-\ntaques des Bénédictins de Solesmes et\nde dom R. Molitor : oh compare le\ntexte de l'édition officielle de 1614 a\ncelui du Liber Gradualis de dom Po-\nthier, pour montrer que PalestrinaQ),\nZoilo, Suriano et Anerio ont amélioré,\netnondénaturé, les anciennes mélodies.\nAMÉDÉE GASTOUÉ. Les principaux\nChants de la Messe et de V Office.\nParis, Poussielgue, 1903.\nCe petit livre est un recueil de mé-\nlodies grégoriennes d'exécution facile,\ntraduites en notation moderne. Son\nobjet avoué est la vulgarisation du\nchant grégorien et sa diffusion dans\nles paroisses pauvres d'argent ou de\nsavoir. 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Ratisbonne, Pustet, 1903.\nDéfense de la tradition contre les at-\ntaques des Bénédictins de Solesmes et\nde dom R. Molitor : oh compare le\ntexte de l'édition officielle de 1614 a\ncelui du Liber Gradualis de dom Po-\nthier, pour montrer que PalestrinaQ),\nZoilo, Suriano et Anerio ont amélioré,\netnondénaturé, les anciennes mélodies.\nAMÉDÉE GASTOUÉ. Les principaux\nChants de la Messe et de V Office.\nParis, Poussielgue, 1903.\nCe petit livre est un recueil de mé-\nlodies grégoriennes d'exécution facile,\ntraduites en notation moderne. Son\nobjet avoué est la vulgarisation du\nchant grégorien et sa diffusion dans\nles paroisses pauvres d'argent ou de\nsavoir. 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le second\nest d'apprendre par ce que tu nous marques, que tu as donné une soirée musi-\ncale (1) qui, d'après les morceaux que tu nous as envoyés, a satisfait ton auditoire.\nJe t'en félicite de tout mon cœur, principalement à cause de ta réussite qui prouve\nbien que tu conserves ta place parmi les artistes, et en second lieu, à cause de la\nrecette qui, sans doute, te met à même de passer quelques mois à la campagne\npendant la belle saison, moment où le nombre des leçons diminue ordinairement\net pendant lequel aussi tu peux te remettre de tes fatigues. Je ne te dirai rien à\nl'égard de l'économie et de l'avenir, sinon, que si nous avions pu économiser\ndavantage, nous nous en trouverions mieux, quoique nous soyons contents. J'ai\ngardé la chambre pendant presque tout l'hiver, cependant j'ai été au concert\nd'Artôt qui, sans doute à cause de toi, s'est souvenu de nous et nous a envoyé\nune loge. J ai eu du plaisir à l'entendre jouer un de tes Mazurkas il a fait fureur.\nLe bon Elsner, qui ne t'oublie pas, est venu nous voir le jour de ta fête ; ses\nsouhaits sont sincères, il te veut tout le bien possible. Nous avons eu la visite du\ncomte Miecielski, qui était à Carlsbad en même temps que nous ; il se flatte de\n1 espérance de te voir un jour chez lui, et il nous a dit que tu avais renouvelé cette\npromesse à une de ses parentes qui a été à Paris. Nous sommes sûrs que tu\nserais bien reçu dans ces contrées. Liszt n'est pas encore venu ici ; on dit qu'il est\nparti de Berlin pour aller en Russie en passant par Kœnigsberg, et que ce n'est\nqu'à son retour que nous aurons le plaisir de l'entendre. Je t'avoue que je ne\nm'attendais pas à ce que tu m'en dis, et la mention qu'on fait de lui et de Thal-\n[berg] dans les articles sur ta soirée ne contribuera pas beaucoup à un rappro-\nchement. Que faire en pareille circonstance ? C'est d'agir avec ta prudence et ta\ndélicatesse ordinaires, sans céder le pas. Tu peux montrer de la noblesse dans ta\nconduite et faire retomber le tout sur lui. En voilà assez là-dessus. Je t'assure\nseulement que [tu] me feras grand plaisir en ne me laissant pas si longtemps sans\nme donner de tes nouvelles. Voilà 72 ans qui finissent ; que pendant le peu de\ntemps qui me reste, je puisse du moins encore goûter de temps en temps le plaisir\nde lire quelques-unes de tes lettres. Parle-moi de toi, de ce qui te concerne, c'est\nbien la seule chose qui puisse m'intéresser. Voilà l'été qui vient ; que penses-tu\nfaire ? Resteras-tu à Paris ? Ne feras-tu pas quelque excursion ? Enfin écris-nous\naussi au long que le temps te le permettra, sans cependant prendre sur des mo-\n\n(1) Il est fait allusion ici au concert donné par Chopin dans la salle Pleyel, le 21 février 1842,\navec la collaboration de Mme Viardot et de Franchomme."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.26", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 307, "texte": "ments qui te sont plus précieux. Crois que nous ne t'oublierons pas ; ta mère, ta\ntendre mère, malgré la faiblesse de sa vue qui baisse très fort, t'écrit quelques\nmots. Je t embrasse de tout mon cœur.\nCH.\nP.-S. Ernst est venu nous voir et m'a envoyé un billet pour son concert."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c027", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "234", "page_fin": "235", "image_debut": 26, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.1.2", "titre_corps": "(Lettre de Louise]", "titre_sommaire": "(Lettre de Louise]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.26", "debut_caractere": 309, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "(Lettre de Louise]\nMON BIEN-AIME F RÉDÉRIC,\nC est aujourd'hui seulement que nous venons te souhaiter une bonne fête pour\nle lERIER et le 5 mars ;I) ; nous n'écrivions pas, parce que nous attendions une lettre,\net, sachant que tu devais donner un concert, il nous semblait que tu attendais\npour nous en apprendre la réussite, et effectivement c'était ainsi. Grâce à Dieu, ta\nlettre est arrivée, car elle est très nécessaire à la santé et au repos de nos parents.\nJe préfère la critique de la Gazette de France. La Revue musicale n'est pas à la\nhauteur de sa critique de l'année dernière. Toujours Fritz est le seul qu'on adrpi-\nrera plus de cent fois encore, et devant lequel on s'extasiera comme on l'a fait à\npropos de ses dernières compositions qui, comme le dit Nowak[owski], sont extra-\nordinaires, les plus belles d'entre les belles. Il est heureux que le monde musical\nsoit satisfait ; on se réjouit à 1 idée que peut-être un jour tu te feras entendre, et\non s'informe. Qu'on attende, et on y parviendra, oui, sans doute comme moi,\ndans ma pensée de te revoir un jour. Merci, mon bien chéri, pour Turofwska] (2)\net pour Wasi[lewski], tous deux sont contents, satisfaits, ravis ; c'est très bien.\nPuisque Meyerbeer a écrit ainsi, je ne m'étonne pas, d'autant plus que je m'y\nconnais peu et que j'étais plus liée, grâce à toi. Ta définition est excellente, mais\nsi on travaille à la perfectionner, peut-être en résultera-t-il quelque chose C'est\nune étrange prétention que de vouloir figurer à la place de Viardot-Garcia\nMalheur à 1 amour-propre ! Si tu en avais, au lieu de ta dignité personnelle, tu\nne serais pas ce que tu es. Continue à recueillir la célébrité, l'amitié et l'estime\ndu monde ; porte-toi bien, sois gai, heureux ; que rien jamais ne te manque, et\naime-nous ; puis, pour satisfaire notre cher papa, garde une poire pour la soif\n(quoique ce ne soit pas tout à fait à ton goût) : tels sont nos souhaits. -—Tu sais\ndéjà, mon cher, quel chagrin nous avons. Tu ne croirais pas combien il nous\n\n(1) La Saint Frédéric tombe le 5 mars ; il résulte clone clairement, par les mots qui précèdent,\nque la famille Chopin fêtait le ier mars son anniversaire de naissance. Nous trouvons cette même\ndate dans une lettre de la mère de Chopin à son fils, ainsi que sur son portrait à l'huile. Lui-\nmême considérait cette date comme véritable, comme on le voit d'après une lettre de Mlle Stirling\nainsi que d'après une lettre de Chopin à la Société littéraire polonaise à Paris, publiée par Ladis-\nlas Mickiewicz : (( Souvenirs polonais à Paris », Tygodnik ilustrowany, n° 2191 (421 du 19 octo-\nbre i9oi,p. 824. Comment accorder ceci avec l'extrait de naissance publié par l'abbé Bielawski,\ncuré de Brochow (Date de la naissance de Frédéric Chopin ; Echo muzyczne, n° 486 (4) du 21 jan-\nvier 1893 »P- 29)' donnant, comme date de la naissance de Chopin, le 22 février ( 1810) ? C'est ce\nque je ne puis expliquer. J'ajoute que j'ai eu l'occasion de me persuader par moi-même de l'au-\nthenticité de cet extrait de naissance. Le lecteur trouvera à la fin de ce livre une copie exacte du\ntexte latin connu, ainsi que du texte polonais, inédit jusqu'à présent, et qui diffère considérable-\nment du précédent.\n(2) Lettre de Chopin à Mlle Joséphine Turowska, plus tard Mm® Leskiewicz, publiée dans le\nvol. n° 1, p. 108, du Livre de Souvenirs (de Mickiewicz), paru en 1898, dans l'édition Br. Natan-\nson. Varsovie."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.27", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "manque, car rien ne remplace 1 habitude ; excellent vieillard ! Il a expiré près de\nmoi. Ayant appris, assez tard le soir, qu'il était tombé malade, j'allai le lende-\nmain pour le voir. Arrivée là, je lui dis combien il nous était pénible de n'avoir\nrien su ; alors sa belle-fille, ou je ne sais qui, a dit que mon oncle était tombé\nsubitement malade, nous ne bavons su que le mercredi, mais lui reprend alors :\nmardi; ce fut son dernier mot. Le pauvre vieillard perdit connaissance et peu\naprès il expirait. J'étais entrée à g heures et un quart du matin, et à 10 h. et demie\nil n'était plus. Je le vois constamment devant mes yeux. C'est grand dommage\nde lui ; il n'est pas mort comme il 1 aurait voulu ; il avait en tête beaucoup\nd'oeuvres philanthropiques qui sont enterrées avec lui, et la clef qu'il portait,\nnouée dans un coin de son mouchoir, a passé en des mains dévouées. Si je\nm'en crois, on nous craignait, et le vieux n'a pas eu, pendant les six jours\nqu a duré sa maladie, la consolation de voir l'un de nous ; ce n'est que la veille\nde sa mort que nous avons su qu'il était malade, et cela parce que le mé-\ndecin qui le soignait est venu voir nos parents ; sans cela nous n'aurions\nrien su qu'après sa mort, puisque le propriétaire de la maison ignorait\nlui-même qu'il fût malade. Papa en est fort affligé, d'autant plus que la même\nannée il perd Brucki, Zywny et Siebert. Artôt a fait fureur avec ta mazourka ;\nsi tu savais ce qui se passait alors au théâtre ! Notre père fondait en larmes et ne\ntoussait pas du tout. Artôt, très aimable, nous avait envoyé une loge, tribut\nrendu à nos parents par tous les artistes, à cause de toi. Nak; waska] s'étonne que\nje ne lui réponde pas, et moi je me demande.pourquoi je lui répondrais. Mainte-\nnant tout s'est éclairci : si tu retrouves les objets, envoie-les ; il paraît que Nak\nva bientôt revenir. Il n'est vraiment pas permis qu'à Paris on ne sache pas\ncombien George S. (i) a de filles. Comment s'étonner si à Varsovie] on écrit des\nchoses surprenantes ? Nous avons maintenant chez nous quantité de romanciers\net de romancières ; on écrit, on lit et on bavarde énormément.\nJ irai cette année à Ciechocinek avec les enfants ; je serai à une petite lieue cle\nla frontière, non loin de Szafarnia et de Thorn, où tu as séjourné une fois. Et toi\nque feras-tu de ta personne ? Qui sait si tu ne verras pas cette année Lebrun, le\nDocteur et sa femme, parce qu'ils se disposent à aller de ces côtés ; elle se réjouit\nbeaucoup de te revoir.\nCombien de personnes te verront encore jusqu à ce qu'arrive notre tour !\nPourvu toutefois qu il arrive ! Adieu, mon cher, écris-nous vite, car tu ne t'ima-\ngines pas quelle inquiétude c'est ici ! Porte-toi bien et aime-nous. Nous t'em-\nbrassons tous deux de tout notre cœur. Les enfants te baisent les mains. Des\ncompliments à toutes nos connaissances. Trouves-tu justifié le succès à Paris de\ncette petite pianiste de six ans ?\n\n(1) C'est une allusion à la critique du concert de Chopin, intercalée dans la France musicale.\nEn parlant du public de choix rassemblé dans la salle Pleyel, le critique observe que tous les yeux\nse tournèrent vers George Sand, quand elle entra accompagnée de ses deux ravissantes filles. Et\ncependant M,ne Sand n'avait qu'une fille ;la seconde compagne était, selon toute probabilité, cette\nAugustine dont Chopin parle souvent dans ses dernières lettres."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c028", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "236", "page_fin": "240", "image_debut": 28, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.2", "titre_corps": "LETTRE XIX", "titre_sommaire": "LETTRE XIX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.28", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 39, "texte": "LETTRE XIX"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c029", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "236", "page_fin": "236", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.2.1", "titre_corps": "[Du père]", "titre_sommaire": "[Du père]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.28", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "[Du père]\nMonsieur, Monsieur Frédéric Chopin.\nà Paris,\nrue Pigalfle], n° 16,\nChaussée d'Antin.\n[Estampilles : « Varsovie, 17,10 » ; « Berlin, 20,10 » ; celle de Paris est illisible.]\n[Cette lettre, munie d'une annotation d'un employé des postes, fut envoyée à la Cour d'Orléans\nn# 9-1"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c030", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "236", "page_fin": "237", "image_debut": 28, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.2.2", "titre_corps": "Ce 16 octobre 1842.", "titre_sommaire": "Ce 16 octobre 1842.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.28", "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "Ce 16 octobre 1842.\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nSi j'ai tardé si longtemps à te répondre, ce n'est ni par indifférence, ni à cause\nde quelque maladie, c'est que nous attendions de jour en jour le retour de ta\nsœur et que je voulais qu'elle pût t'écrire, sachant bien qu'ayant vu toute la\nfamille Wodfzinskij, elle aurait quelque chose à te dire. Nous avons vu avec\nplaisir par ta dernière lettre que l'air de la campagne a fortifié ta santé et que tu\nespères passer un bon hiver, que tu as changé de logement vu que le tien était\ntrop froid. Mais ne seras-tu pas isolé, si d'autres personnes n'en changent pas ?\nTu n'en fais pas mention. Je te dirai que jusqu ici Antos ne m'a pas écrit, bien\nque j'aie prié son père de le lui rappeler. Selon toutes les apparences, sa dulcinée\nlui a fait perdre la mémoire, s'il en a jamais eu. Ce qu il y a de probable, quoi-\nqu'on en soit mécontent, c'est que le mariage aura lieu. Le couple futur est à\nThorn en attendant des arrangements. Quant à ce qui regarde l'affaire, je me\npropose d'écrire directement au père pour savoir à quoi m'en tenir, vu que je\nsuis dans une position un peu gênée. Tu me marques que Méry se porte mieux,\nnous l'en félicitons. Vous avez donc des prophètes dans vos contrées ? C'est heu-\nreux de trouver dans ce siècle assez de bonne foi pour y croire. Mais que ne fait\npas l'homme pour tromper l'homme ? C'en est assez là-dessus. Tu t'es donc\ntrouvé à dîner avec Li[szt] ; je connais ta prudence, tu fais fort bien de ne pas\nrompre malgré toute sa jactance ; vous avez été amis, il est beau de rivaliser de\ndélicatesse. Que tu n'aies pas répondu à 1 invitation d'un certain comité, je n'en\nsuis pas surpris, on t'aurait regardé comme marchant sur les traces des autres, et\nen cela tu n'as pas besoin d'exemple. C est dommage que tu n'aies pu recevoir\nErnst, il nous a témoigné beaucoup d'égards ; quand tu le verras, dis-lui mille\nbelles choses de notre part. - Pour te parler de nous, je te dirai que si ce n'était\nma toux qui devient de jour en jour plus insupportable, je me porterais passable-\nment ; quant à ta tendre mère, elle se trouve assez bien dans cette saison. Je\nsors fort peu, excepté dans notre petit jardin où nous avons eu différentes espèces\nde fruits, entre autres quelques grappes de raisin que j'ai soignées et qui ont\nparfaitement mûri, ce qui m'a rappelé le beau temps de vendanges dont tu as\nassurément joui. Maintenant que tu es de retour chez toi, n'oublie pas de nous\nécrire et de nous donner ton adresse. Je ne doute pas que celle-ci ne te parvienne,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.29", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "quoique sous le numéro de ton ancien logement. Porte-toi bien, mon cher en-\nfant ; ta mère et nous t'embrassons tendrement en te pressant contre notre cœur\navec toutes les forces qui nous restent.\nCH.\nBien des compliments à M. Méry. Qu'est devenue Mme Nakwfaska] ; t'a-t-elle\nrendu ce qu'elle avait dit te devoir ? Le frère de sa gouvernante est venu me\nvoir une couple de fois. Il est venu ici pour s'occuper de l'éducation et je crois\nqu'il trouvera une bonne place. — J'ai rencontré plusieurs fois M. Skibicki qui a\nbeaucoup demandé après toi ; il est veuf depuis quelques mois ; il se rappelle à\nton souvenir. Ton parrain, Elsner, qui doit aller à Vienne, et bien d autres con-\nnaissances te font des compliments."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c031", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "237", "page_fin": "239", "image_debut": 29, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.2.3", "titre_corps": "[Lettre de Louise]", "titre_sommaire": "[Lettre de Louise]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.29", "debut_caractere": 752, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "[Lettre de Louise]\nDimanche, 16 octobre 1842\nMON BIEN-AIMÉ FRÉDÉRIC,\nIl y a aujourd'hui huit jours que je suis rentrée d'une tournée de trois mois par\nle monde : j'ai passé deux mois avec les enfants à Ciechocinek, pour leur cure,\npuis, pendant tout un mois j'ai été dans la famille des Romocki et fait le tour de\ntoute la famille Dziewanowski, jeunes et vieux. Partout on m'a parlé de toi avec\ncordialité. A Szafarnia, les bancs que tu avais construits toi-même n'existent déjà\nplus, il n'y a que des imitations d'un agréable souvenir de toi.\nIl est tombé de grandes pluies pendant que j'y étais et je n'ai pu parcourir tout\nle jardin, qui m'a paru assez beau. Tout le monde se fait embrasser, depuis la\ntante Louise, jusqu'à Dominique, qui a déjà deux jolis Dominiquetons. Grâce à\nDieu, tu es bien portant, ou plutôt mieux portant. Cette nouvelle c'est notre ré-\ngal. J'ai aussi, à mon retour, trouvé tout le monde bien portant; tu comprends ma\njoie après une si longue absence, quand, après une semaine sans lettres, j'avais\ntant d'inquiétudes et de craintes sur la santé de nos bien-aimés.\nMes enfants sont en bonne santé, je crains seulement qu'avec le temps leurs\nanciennes souffrances ne reparaissent. Ciechocinek est un assemblage de mai-\nsons dispersées çà et là dans un désert de sable ; pourtant j'y ai passé agréable-\nment le temps, comme beaucoup d'autres, parce que j'avais assez de connais-\nsances. Papa et maman sont connus de presque toute la Pologne, et toi, de toute\nl'Europe ; donc pour Isabelle et pour moi, il nous est, à ce titre, facile de trouver\ndes connaissances qui viennent d'elles-mêmes les premières à nous, de sorte que,\nd'un grand nombre de personnes inconnues, j'ai eu de bonnes connaissances,\nparmi lesquelles Mme Galczynska, la cousine de Victor Kurnatowski, et\nMme Unrug, sa sœur, qui te connaissent, et qui se trouvaient à Ciechocinek avec\nleur famille. Les Weltz et même Antoine Wo[dzinski] se sont informés de toi\navec beaucoup de sollicitude ; ce dernier, je l'ai vu ailleurs, maintenant il séjourne\nsurtout à Thorn, parce que sa belle y demeure. Leur mariage aura peut-être lieu\nce mois-ci ; ils doivent acheter une terre en Prusse ou au Duché [de Posen] et s'y\nétablir. Les vieux et tous sont mécontents, eux seuls sont satisfaits ; mais comme\nla fin de tout cela approche, ils feront ensemble bon ménage. Selon moi, ni l'un"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.30", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3781, "texte": "ni l'autre ne présentent cle garantie de bonheur ; c'est ce que j'ai dit ouvertement\naux vieux qui se plaignaient ; ce sont d'excellentes gens, lui et elle, mais tous\ndeux ont besoin que quelqu'un s'en occupe ; la mère regarde cela comme une\npunition de Dieu, ce que j'ai approuvé, et bien approuvé. La future ne laisse pas\nd'être une bonne créature, mais, à vrai dire, je ne puis, moi qui suis franche,\nm'empêcher d'exprimer ouvertement ma pensée.\nLes jeunes Skarbek n'ont rien de jeune ; elle est toujours malade. Ils vou-\nlaient absolument que nous venions chez eux, ils nous en ont beaucoup, beau-\ncoup priés tous les deux ; c'est extraordinaire qu'il en soit venu là, car, comme tu\nt'en souviens, il faisait toujours des façons. Ils nous ont même expédié, de six\nlieues loin, un messager spécial pour nous demander quand ils devront nous\nenvoyer chercher ; pourtant je n'y suis pas allée, non par rancune, mais parce\nqueye ne voulais pas, et, à une invitation si tendre, j'ai remercié cle même. Chez\nla mère et chez le vieux j'ai été plusieurs fois ; je ne dirai pas que je ne m'y sois\npas fait de mauvais sang, mais j'étais si près, ils étaient si polis, ils m ont tant\net tant priée, qu'il a été impossible de refuser. A mon retour, j'ai vu la mère, car\nils m'ont aussitôt fait savoir son arrivée au moment où j'allais moi-même bientôt\nquitter cette contrée. Elle m'a témoigné beaucoup de cœur ; ils étaient tous là\net m'ont bien accueillie ; quant à moi, j'aurais plus d'une fois voulu savoir ce que\nchacun d'eux pensait au fond de son âme, et, tout bien considéré, je regrettais\nénormément de ne pouvoir faire cette question. Si j'étais restée plus longtemps,\nla chose se serait éclaircie, comme bien d'autres. Malgré tout, le mariage d'An-\n[toinej est une punition pour toutes les fautes commises (i). Pourvu que tu sois\nbien portant, toi, tranquille et heureux !\nDifférentes personnes me demandent si tu ne te maries pas ; d'autres à leur\ntour disent que, sans doute, tu écris quelque chose de grand avec Adam [Mickie-\nwiczj. Maintenant qu'il est si facile de se transporter d'un endroit à un autre, je\nsuppose que nous pourrons, l'année prochaine, parler de tout cela de plus près.\nCe sont des châteaux en Espagne, mais en vérité ce ne sont pas des choses im-\npossibles, pourvu qu'on ait la santé et quelque chose encore. Les Wieslotowski\nsont toujours à Strzyzewo, les Dziewanowski près cle Thorn ; tout cela n'est pas\nimpossible. Ton petit filleul est maintenant notre petit bouffon, car il com-\nmence à babiller et est très drôle ; les autres sont déjà de grands enfants, mais\ndont la tête est encore vide ; cependant Barcinski met en eux de grandes espé-\nrances, et si c'est lui qui le dit, il faut le croire.\na pris chez elle sa seconde petite nièce ; en ce moment se trouve chez moi avec sa\ngouvernante la cousine de Joséphine, femme de Dominique ; son père est mort\net elle fait son éducation ici, elle restera jusqu'à Pâques ; j'ai été chez elle à la\ncampagne. Que de liaisons différentes les gens nouent entre eux, et combien il\ny en a au monde !\nJoséphine Suminska, que j'ai vue dernièrement, a demandé de tes nouvelles ;\nelle a épousé l'oncle de cette demoiselle, M. Wilczewski, dont tu connais peut-\n\n(i ) Le passage qui précède jette une curieuse lumière sur les relations qui se formèrent entre\nla famille Wodzinski et la famille de Chopin après la rupture des projets de mariage de Marie et\nde Frédéric, et ne laisse subsister aucun doute que cette rupture eut lieu d'après la volonté de la\nfamille de Marie. D'après la manière d'agir des Wodzinski, on voit qu'ils se considéraient jusqu'à\nun certain point comme fautifs, et qu'ils s'efforçaient, par leur amabilité envers Mme ledrzeïewicz,\nd'effacer ce désagréable souvenir."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1412, "texte": "être le frère là-bas ? 01a te fait embrasser, je bai vue hier, son mari est malade,\nsa mère revient des eaux ; c'est une excellente famille qui a pour nous une véri-\ntable amitié. Ils t'aiment comme dans les anciens temps et n'oublient pas la\ncomédie Les Titus se portent bien et leurs enfants aussi, ils sont à la cam-\npagne. Sais-tu que Turowska a épousé Leskiewicz ? Je ne l'ai pas encore enten-\ndue depuis son retour. Je m'imagine combien vous avez dû faire de musique\navec les Viardot. Les Lebrun sont de retour, ils regrettent de ne t'avoir rencontré\nnulle part On me l'a dit, mais je ne les ai pas encore vus. Adieu, mon très cher\nFrédéric ! Grâce à Dieu, nous voilà de nouveau tous ensemble ; il ne nous manque\nque toi, et c'est vers toi que sont dirigées toutes nos pensées. Oh! puissions-\nnous nous embrasser le plus tôt possible ! Adieu, je t embrasse de toute mon âme.\nAime-nous comme nous t'aimons. Les enfants te baisent les mains. Nowak\n[owskij et nos autres connaissances t embrassent aussi. Encore un baiser. Adieu!\nNos amitiés à Méry ; nous sommes heureux qu'il aille mieux. Nak[waskaj est\nà Dresde ; il paraît qu'elle est souffrante. Nous ressentons vivement pour toi le\nmanque de ce bon Jean. Il paraît que de Rozières écrit ici des lettres très tendres\net très nobles à Antoine [Wodzinski], mais c'est comme si elle jetait des pois\nau mur. Ce n'est pas bien."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c032", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "239", "page_fin": "239", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.2.4", "titre_corps": "[Lettre d'Isabelle]", "titre_sommaire": "[Lettre d'Isabelle]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.31", "debut_caractere": 1414, "fin_caractere_exclue": 3326, "texte": "[Lettre d'Isabelle]\nMON TRÈS CHER FRITZ,\nNous sommes tous bien portants Louise et les enfants sont rentrés heureuse-\nment à la maison, ce dont nous nous réjouissons beaucoup, car nous languis-\nsions après elle pendant cette absence de trois mois.\nTon filleul, le petit FVitz, est un enfant délicieux. Il commence à parler ; tu\ncomprends s'il nous amuse avec son babillage Papa a eu une bonne récolte de\nsa vigne, et il a eu aussi le plaisir de voir ses filles et ses petits-enfants goûter\nau fruit de son travail Tu ne croirais pas combien ce petit jardin fait nos délices,\nsurtout les délices de nos parents. Adam Goltz, qui a tant désiré faire ta connais-\nsance, et qui ne t'a pas vu, épouse Mllc Tykiel, fille de M. Félix ; c'est précisément\ncelle qui était restée sous la tutelle de Louise. Nous sommes très contents de cette\nalliance ; il me semble que c'est un couple bien assorti. Tu es, sans doute, de re-\ntour à Paris, et je le désire vivement, car, je ne sais pourquoi, je suis plus tran-\nquille quand tu y es. Je ne sais si c'est parce que j'aime énormément la ville, mais\nle plus agréable pour moi, c'est quand tu y reviens. Mon mari se porte bien,\nil te fait ses amitiés et t'embrasse cordialement. Il ne se passe pas de jour oû\nnous ne parlions de toi et à chaque instant nous sommes en pensée près de toi.\nToute notre consolation est de bercer notre pensée de ton souvenir.\nL'automne est ma saison favorite, d'autant plus agréable que maman ne\nsouffre pas de son rhumatisme, et que papa, quoiqu'il tousse comme à l'ordi-\nnaire, ne perd pas sa vigueur et retrouve toute sa belle humeur, même oublie\nsa toux quand il a de la société. Ecris-nous, mon chéri, sans faire attention\nsi nous sommes en retard cette fois avec notre réponse ; c'est arrivé unique-\nment parce que nous attendions l'arrivée de Louise dont nous voulions obtenir\nquelques mots pour toi. Salue toutes nos connaissances.\nISABELLE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c033", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "240", "page_fin": "240", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.2.5", "titre_corps": "Les trois lettres suivantes ne portent pas de date, mais leur contenu indique", "titre_sommaire": "Les trois lettres suivantes ne portent pas de date, mais leur contenu indique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.32", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 150, "texte": "Les trois lettres suivantes ne portent pas de date, mais leur contenu indique suf-\nfisamment quand elles ont été écrites."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c034", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "240", "page_fin": "241", "image_debut": 32, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.3", "titre_corps": "LETTRE XX", "titre_sommaire": "LETTRE XX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.32", "debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 161, "texte": "LETTRE XX"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c035", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "240", "page_fin": "241", "image_debut": 32, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.3.1", "titre_corps": "[Du père]", "titre_sommaire": "[Du père]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.32", "debut_caractere": 163, "fin_caractere_exclue": 3395, "texte": "[Du père]\n[Commencement de l'année 1834.] (1)\nMON CHER ENFANT,\nJe commençais à avoir de l'inquiétude sur ton compte, car ta lettre du 7 ne\nnous est parvenue que le 18, mais je conçois facilement que tes occupations ne\nt'ont pas permis de nous écrire plus tôt. Je ne sais d'où t'est venu de penser que\nj'étais malade ; non, mon bon ami ; il me semble cependant bavoir dit que notre\nsanté était aussi bonne qu'elle peut l'être pour notre âge et nous ne perdons pas\nla douce espérance de te revoir un jour ; seulement ménage-toi, ne t'accable pas\npar le travail, par les visites de convenance et les longues soirées. Je sais que\ntout cela est pour faire ta réputation et en même [temps j pour te distraire. Je\nsuis vraiment fâché que tu n'aies pas un bon ami avec toi ; d'après ce que tu nous\nmarques, ce n'était pas ce qu'il te fallait, car enfin on ne peut pas recevoir tout le\nmonde dans une chambre enfumée, surtout toi qui ne fumes pas. Il est cepen-\ndant triste, étant chez soi, de n'avoir pas à qui dire un mot. Tu me fais plaisir en\nme parlant de tes principes. Oui, mon cher enfant, un jeune homme peut facile-\nment s'égarer s'il ne veille sur lui-même. Il pourrait arriver que ton talent et ton\naménité fassent impression et, à ton âge, évite la disconvenance, ne donne lieu à\naucune intrigue, cela pourrait te causer bien du désagrément. Enfin sois toujours\nprudent et ne donne lieu à aucune intrigue ; tu connais ce soi-disant grand\nmonde, qui, vu de près, est bien petit ; mais on le voit tel qu'il est en silence.\nParlons d'autre chose ; ta sœur aînée (2) se trouve contente et heureuse ; un char-\nmant enfant resserre son union. La cadette ne sera peut-être pas longtemps avec\nnous. Ton ami Barcfinski] en a fait la demande et nous avons donné notre con-\nsentement. La chère enfant puisse-t-elle être aussi heureuse qu'elle le mérite et\nque nous le souhaitons ! Quant à toi, mon enfant, comment vont tes affaires ?\nPeux-tu mettre quelques sous de côté (c'est mon refrain) ? N'en néglige pas l'oc-\ncasion, crois-moi, fais-toi peu à peu un petit fonds, mais je te conseillerais de le\nmettre en effets que tu réaliserais quand tu voudrais. Que penses-tu faire pendant\n\n(1) C'est la mention faite des noces d'lsabelle, dans la lettre du 24/ XI 1834, qui a servi à pré-\nciser l'époque où celle-ci fut écrite, ainsi que l'allusion à un projet de voyage en Allemagne,\nvoyage que Chopin fit effectivement en compagnie de Hiller, en mai 1834.\n(2) Je désire appeler ici l'attention sur l'erreur commise jusqu'à présent par tous les biographes\nde Chopin. Ils prétendent que Chopin était le troisième enfant de ses parents, tandis que sur la\npierre tombale d'lsabelle, au cimetière des Powazki à Varsovie, est gravée la date exacte de sa\nnaissance, 9 juillet iBti. Par conséquent, si Chopin est venu au monde le ior mars 1809, ou\nmême le 22 février 1810, en tous cas Isabelle était plus jeune que lui. Les termes de la lettre ci-\ndessus confirment éga'ement ce fait. Le mérite d'avoir appelé l'attention sur cette erreur généra-\nlement commise revient à M. Ferdinand Hoesick, qui, dans ses Préludes sur Chopin, commence\npar la description des tombeaux de la famille Chopin. (Echo muzyczne, n° 41 du 3 (15) oc-\ntobre 1899, page 491.)"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.33", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "la belle saison ; ne feras-tu pas un petit voyage en Allemagne, comme on te l'a\nconseillé, ou plutôt resteras-tu tranquillement à Paris, si les leçons ne te man-\nquent pas r II est vrai que pour donner matière aux critiques allemands, il n'y\naurait pas de mal s'ils pouvaient entendre tes ouvrages exécutés par toi-même, et\nil pourrait bien se faire que tu gagnasses les frais du voyage. Je ne te conseille\nrien là-dessus, tu as assez de discernement pour agir à propos. Brykczynski\nn'a pas encore reçu ses livres et n'en a aucune nouvelle, il ne sait ce qu ils sont\ndevenus. Tâche de t'en informer. Mon bon ami, je ne regrette pas un port de\nlettre, dédommage-nous de ton absence aussi souvent que tu le pourras ; en nous\nparlant de toi, nous croyons converser avec toi, et ces petits fragments que tu nous\nenvoies nous font plaisir et à tous ceux qui te veulent du bien. Ton ami Titus est\nà sa campagne, je crois t'avoir envoyé son adresse. Le vieux Javurek est dan-\ngereusement malade ; Elsner donne des leçons, après avoir travaillé toute sa\nvie. Les idées de Louise sont fort belles, mais très difficiles à réaliser aussi\npromptement qu'elle se le figure. Enfin tout cela doit te prouver que nous pen-\nsons à toi, que nous t'aimons de tout cœur. Ta tendre mère et moi nous t'embras-\nsons bien tendrement.\nCH.\nComme tu es seul, si tu partages ton logement avec quelqu'un, choisis bien et\nsois sûr de sa conduite ; partout il se trouve des loups couverts de peaux d'a-\ngneau, surtout dans le siècle où nous vivons."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c036", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "241", "page_fin": "245", "image_debut": 33, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.4", "titre_corps": "LETTRE XXI", "titre_sommaire": "LETTRE XXI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.33", "debut_caractere": 1552, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "LETTRE XXI"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c037", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "241", "page_fin": "242", "image_debut": 33, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.4.1", "titre_corps": "[Du père]", "titre_sommaire": "[Du père]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.33", "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 2902, "texte": "[Du père]\n[1834] (0\nMON CHER ENFANT,\nTa lettre en date du 27 dernier nous est parvenue et ne nous a pas fait moins de\nplaisir que les précédentes, car rien ne peut nous intéresser plus que toi. Tout ce\nque tu nous dis sur l'emploi de ton temps nous tranquillise sur tes besoins ; mais,\nmon bon ami, une poire pour la soij) je ne cesse de te le recommander, nous tran-\nquillisera doublement. Quant à ta santé, j'aime à croire que tu en sens assez le\nprix pour éviter tout ce qui pourrait lui porter atteinte. Je t'avoue que de trop\nlongues soirées deviennent enfin fatigantes, surtout pour celui dont l'esprit tra-\nvaille, et tu as sans doute remarqué que tu es moins dispos le matin pour tra-\nvailler à la composition, car je me rappelle que c'était ton heure favorite. Je sens\nbien que le bon accueil qu'on te fait est flatteur et te procure chaque jour de nou-\nvelles connaissances parmi les personnes distinguées ; mais ta santé doit aller\n\n(i) La date de cette lettre, 1834, n'a été fixée qu'à l'aide d'une simple supposition. Il me semble\nqu'on peut appliquer à cette année la remarque sur les (( deuxièmes nocturnes » (qui furent pu-\nbliés au commencement de 1834), ainsi que la question sur le troisième concerto, répétée aussi\ndans la lettre suivante; cette lettre fut presque certainement écrite dans la première moitié de\niB3 5-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.34", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2190, "texte": "avant tout, crois-moi. Mon enfant, c'est ce qui nous fait supporter ton absence\navec plus de patience, et Dieu soit loué que 1 air de Paris te convient. Je vois\navec plaisir que tu te proposes sérieusement de donner un concert et que tu pré-\nvois qu'il sera plus lucratif que celui de l'année dernière. Mais, à ce que je vois,\nParis, malgré son étendue, ne vous offre pas à vous autres musiciens beaucoup\nde facilité pour trouver un emplacement, puisque tu te vois réduit à prendre le\nmême salon que Tannée dernière. Puisses-tu rencontrer moins d'obstacles, car\nje t'avoue que je crains la jalousie de KalTkbrenner] qui, je crois, est un peu sur-\npris de rivaliser. Ménage-le toujours. Quant à nous, mon enfant, nous nous por-\ntons, Dieu merci, assez bien, nous nous soutenons comme nous pouvons. Nous\navons toujours quelques pensionnaires, mais comme l'éducation se fait à la mai-\nson, les maîtres coûtent beaucoup et il reste à peine de quoi faire aller la mar-\nmite. Comme mes occupations vis-à-vis de chez nous (i) sont encore suspen-\ndues et que je ne sors pas, je m'en porte beaucoup mieux, mais je n'ai que la\nmoitié de ce que j'avais en dernier lieu ; cela ne m'affecte pas, nos besoins sont\nbornés, nos enfants se comportent bien, ils peuvent se suffire ; si je ne leur laisse\nrien, ils sauront bien que ce n'est pas faute d'avoir travaillé. Ainsi, mon cher\nenfant, je suis ou plutôt nous sommes contents et nous nourrissons l'espérance\nde te revoir un jour. Cette espérance est bien douce et ce désir bien vif ; — en at-\ntendant qu'il se réalise, nous t'embrassons bien tendrement, ta bonne mère\net moi.\nCH.\nFais bien des compliments à Nowakowski, tâche de lui être utile autant que\npossible. Mille belles choses à M. Méry. A propos, tu ne nous as pas marqué si\ntu as fini ton troisième concerto ; je t'avoue que j'en doute et je n'en serais pas\ntrop fâché, car il faut trop de tension d'esprit et, en dormant peu, on est moins\ndispos, comme je l'ai déjà dit. 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Tu espères, m'écris-tu, que je ne joue pas mal ton\ndeuxième nocturne ; mais quand cette lettre est arrivée, je ne l'avais pas encore\nvu, parce que Mme L. prétend que c'est à elle que tu l'as offert ; malgré cela, elle\na eu l'amabilité, il y a quelques jours, de céder à nos prières et de nous le prêter,\nje le joue donc chaque jour avec un vrai délice ; mais quoi, si je joue chaque note\nsans y mettre l'âme que tu y as mise en la composant !\n\n(1) C'est-à-dire au lycée."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.37", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "Aujourd'hui a lieu le concert de Mme Weinert. Mlle Orlowska y chantera. A\npropos ! Le bon Sinosio [?] est devenu fou d'amour Une prompte cure Ta fait\nrevenir à lui ; il est guéri, mais on peut s'attendre à ce que ce ne soit pas pour\nlongtemps. 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Notre situation est toujours la même, c'est-à-dire que nous\nsommes en assez bonne santé, et je suis bien aise que tu aies passé le carnaval\nsans indisposition. Mon enfant, ménage ta santé, ne prends rien sur le repos\nnécessaire ; je suis bien persuadé que nul autre excès ne peut te nuire, car tu ne\nt'en permets pas, je te connais assez. Ton bon ami, que j'embrasse de tout mon\ncœur, fait très bien de te retenir chez toi autant que possible, et tu fais aussi très\nbien de ne pas te surcharger de leçons et de cultiver ton génie par de nouvelles\nproductions, qui peuvent de plus en plus propager ta méthode et te distinguer\ndes autres compositeurs. Tu ne nous as pas encore marqué si tu as fini ton troi-\nsième concerto et si tu fais imprimer le premier (2) ; je crois que celui-ci ne man-\nquera pas de plaire ; la première dédicace, par intrigues je crois, n'a pas eu lieu,\nainsi à qui la réserves-tu ? Je trouve surprenant que jusqu à ce moment tu n'aies\npas eu l'occasion de rapprocher le fruit de 1 arbre ; il faut que de ce côté-là il se\ntrouve un obstacle vivant. Ne pourrais-tu pas le vaincre } Quoique tu ne tiennes\npas à cela, c est cependant toujours quelque chose pour le relief.— Kal[kbrenner]\nva donc à Vienne ; je suis bien aise qu'il sache que tu y as des connaissances. Des\nfeuilles allemandes ont annoncé qu'il viendrait ici ; je serai charmé de le voir et\n\n(1) La date de cette lettre a pu être fixée grâce à la mention qui y est faite du projet de voyage\nà Carlsbad des parents de Frédéric, puis du concerto de Chopin qui fut publié, ainsi que ces\nmots : « Tes sœurs t'écrivent, je les crois heureuses », qui furent écrits après le mariage d'lsabelle,\ndonc après 1834 .\n(2) Le père de Chopin parle, sans aucun doute, ici du concerto en fa mineur, qui, quoique son\ntitre soit Second Concerto, fut cependant écrit avant le concerto en mi mineur. Le concerto en fa\nmineur parut au printemps de 1836. Quant au troisième concerto, déjà cité, je suis à peu\nprès certain qu'il est question de Y Allegro de Concert, op. 46, qui fut publié en 1842, mais qui,\nmalgré cela, porte en beaucoup d'endroits le caractère des créations de Chopin dans les années\nantérieures. (Niecks, 11, 244-245.)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.38", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "peut-être même de l'entendre. Je n'ai ni [vu, ni. .. entendu M. Lafont (1), car je\nn'ai pas mis le pied au théâtre depuis ton dernier concert, [car ce qui ; s'y passe\nm'intéresse fort peu. En lisant la description de la soirée forcée... [donnée]... chez\nsoi, j'ai bien pensé ce [quej cela t'avait coûté le travail de quelque temps, [mais\nque] faire quand on vous tombe sur le corps ? il faut faire bonne mine et je lui [en\nsais bon gré,car cela cause des bavardages qui se répandent —et quand on est en\nquelque sorte un des premiers d'un côté, on ne peut pas se montrer autrement de\nl'autre, coûte que coûte. Tes sœurs t écrivent, je les crois heureuses : puissent-\nelles l'être toujours ! Elles te parleront du Bobo ; effectivement je n'ai jamais vu\nun enfant tressaillir comme il fait à la vue d'un violon, et quand on le lui donne,\non ne peut venir à bout de le lui ôter sans qu'il jette les hauts cris et parmi mes\npensionnaires il discerne et cajole ceux qui jouent de cet instrument. A propos,\nnotre projet d'aller aux [eaux] existe encore, mais mes occupations et les couches\nde Louise ne nous permettront pas, si j obtiens une permission, de partir avant\nles derniers jours de juillet. Que penses-tu faire jusque-là ?de quel côté te tourner\nas-tu ? Dis au médecin de Potocki d'écrire à sa mère ; la famille de Jas se porte\nbien ; Alphonse est revenu de Berlin, il paraît qu'il restera ici. Dvorzaczek\nt'embrasse. Le père de Lucie, ainsi qu'elle, se porte fort bien. Javurek, Elsner,\nZyvny te font des compliments, et nous, nous t'embrassons de tout cœur.\nCH."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c042", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "246", "page_fin": "250", "image_debut": 38, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.6", "titre_corps": "LETTRE XXIII", "titre_sommaire": "LETTRE XXIII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.38", "debut_caractere": 1597, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "LETTRE XXIII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c043", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "246", "page_fin": "249", "image_debut": 38, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.6.1", "titre_corps": "[D'Antoine Barcinski, écrite après la mort de Nicolas Chopin]", "titre_sommaire": "[D'Antoine Barcinski, écrite après la mort de Nicolas Chopin]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.38", "debut_caractere": 1611, "fin_caractere_exclue": 2826, "texte": "[D'Antoine Barcinski, écrite après la mort de Nicolas Chopin]\n[1843]\nMON BIEN CIIER FRITZ,\nLe désir que tu as exprimé d'avoir les détails les plus minutieux sur les der-\nniers moments de notre inestimable père est raisonnable et juste, je dirai plus :\nsi j'avais le talent de la parole et si j'étais capable de décrire toute sa vie, je le\nferais en vue du bien général, afin d'apprendre aux hommes comment ils doivent\nvivre et mourir pour n'être pas oubliés, même dans la tombe, et mériter, de\ngénération en génération, l'admiration et l'estime universelles. Si quelqu'un\nvoulait se représenter la mort d'un juste, il aurait dû être témoin de toute la\nmaladie de courte durée, et de la fin édifiante de notre père, et alors, celui-là\naurait admiré ce repos de la pensée, inséparable du calme de la conscience, cette\nconsolation et cette jouissance intérieures qui dérivent du bonheur d'avoir bien\nélevé des enfants sachant aimer et respecter leurs parents, cette certitude agréable\nde n'avoir pas vécu pour soi seul, mais pour le bien du prochain, cette pensée\nque tous l'admirent et rendent hommage à son caractère. Vivre 75 ans au milieu\n\n(i) Charles-Philippe La/ont, célèbre violoniste, né en 1781, mort en 1839."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.39", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3881, "texte": "de la corruption et delà démoralisation propres à la nature humaine, et n'avoir\npas un seul ennemi ; se rappeler qu'on a tiré de la misère quantité de familles et\ndonné, à des amis dans le besoin, des secours et des avis salutaires (ce dont on\npeut s'assurer par sa correspondance), se contenter de peu, ne souhaiter ni les\nrichesses, ni les honneurs éblouissants, chérir la vie domestique, être l'ami d'une\nfamille qu'on aime, vivre de son bonheur, se réjouir et même tirer vanité de ce\nque Dieu lui ait permis de recueillir le fruit de tant de peines et d'efforts chez ses\npropres enfants, dans lesquels il voyait se refléter, comme dans un miroir, son\ncœur et son âme : tel est l'homme qu'a été notre père !\nUn homme comme celui-là ne meurt pas tout entier, il vit parmi nous, parce\nque ses pensées et ses sentiments évoquent son souvenir à chaque instant de\nnotre vie. Ce tableau, quoique bien éloigné de la réalité, dont il n'est qu'une\nombre faible, te fera aisément deviner quel a été notre incomparable père pen-\ndant toute la durée de sa maladie. Agé de 75 ans, accablé par un long et pénible\ntravail : voilà la cause de la dernière maladie de notre père. x\\ussi pendant cette\nmaladie, qui ne s'est manifestée par aucune souffrance physique, mais par la\nlente décroissance des forces, ne s'est-il plaint d'aucune douleur; il était con-\nstamment calme, parlait, et même était gai, ce qu'il ne cherchait pas à cacher.\nEntouré de toute sa famille, il était heureux et disait :Je remercie le Dieu tout-\npuissant de m'avoir donné des enfants si bons, si vertueux et si tendres ! Il par-\nlait souvent de toi, et dans les derniers instants de son séjour sur la terre, il me\nrecommanda de t'encourager, en son nom, à supporter avec résignation le coup\nqui allait nous frapper tous, à penser que personne ne doit s'opposer aux décrets\ndu Ciel, et que tu dois considérer comme une grâce du Très-Haut qu'il soit par-\nvenu à un âge aussi avancé. Je peux aussi t'affirmer que, depuis le commence-\nment de la maladie jusqu'au dernier moment, nuit et jour, nous avons été prêts,\ntour à tour, à répondre au moindre signe de notre cher père. La dernière nuit,\ndu jeudi au vendredi, nous avons ensemble, Isabelle et moi, veillé à son chevet.\nVers le matin il sentit approcher sa fin et,tout ému, il me pressa sur son cœur en\ndisant : (( Antoine, cher Antoine, ne me quitte pas aujourd'hui )). Tu comprends\nsi ces paroles, pleines d'une incomparable bonté, m'ont effrayé et en même temps\nme sont allées au cœur ! Je ne l'ai pas abandonné, pas plus que la famille, et c'est\nen répandant sur elle ses bénédictions, ainsi que sur toi, car souvent il portait ses\nregards sur ton portrait et sur ton buste, qu'il a rendu son âme à Dieu. Il ne s'est\njamais plaint d'aucune souffrance, ni même d'aucune douleur sensible. Avec sa\nbonté toujours uniforme et touchante, calme jusqu'au dernier moment, il remer-\nciait chacun avec l'amabilité qui lui était propre, pour les moindres services\nqu'on lui rendait ; puis il s'est endormi, dans toute l'acception de ce terme, et\nje souhaite que chacun puisse vivre comme il a vécu, et mourir comme il est\nmort. —Par cette description tu te persuaderas, mon cher, jusqu'à quel point\nnotre père m'a aimé, et quelle confiance il avait mise en moi ; je puis me vanter,\ntout en éprouvant la plus grande joie, que j'avais su gagner son amour et son\nestime, et qu'il me comptait au nombre de ses propres enfants. Je cite cette cir-\nconstance afin d'obtenir, ne fût-ce qu'en partie, des droits sur ton cœur, et pou-\nvoir te faire, de temps à autre, des observations puisées dans le cœur même du\nmeilleur des pères, observations qui pour moi n'ont jamais été des secrets. Je te\nconjure donc, mon frère bien-aimé, en souvenir de ton père, et par amour pour\nta mère et pour tes sœurs, apaise ton chagrin ; console-toi avec la pensée que"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.40", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "notre père a été admiré, vénéré et aimé de tous, qu'il vit et vivra dans le cœur\nde tous ceux qui l'ont connu ; que ta tristesse et ta mélancolie pourraient nuire à\nta santé, ce qui entraînerait à sa suite de tristes conséquences : la peine, le cha-\ngrin de ta mère et de tes sœurs bien-aimées, ce que tu ne leur souhaite pas, j'en\nsuis sûr. Pense à toi, à ta santé, écoute les conseils salutaires, appuyés sur le\ncœur et la raison, de ton ange gardien (i), que je ne connais que par ses écrits,\nque j'admire, respecte et honore, et aux pieds de laquelle je me jetterais, si je\npouvais un jour la voir avec toi, les couvrant des larmes de la reconnaissance,\npour la protection tendre et maternelle qu'elle étend sur ta personne. Ta santé\net ta vie sont une parcelle inséparable de la nôtre; respecte-la si tu désires te\nréjouir de notre bonheur. Maman est avec nous ; ensemble nous occuperons\n6 chambres du ler étage, que j'ai fait arranger exprès. Sois tout à fait tranquille\nsur son compte, elle se trouve sous la tutelle vigilante de ses filles et la mienne ;\nje veux dignement, je ne dirai pas te remplacer auprès d'elle, car tu es unique au\nmonde, mais au moins lui rappeler les sentiments filiaux que tu éprouves pour\nla meilleure des mères. Si tu m'assures, en vérité, que tu es calme, je te croirai;\ncependant prouve-moi par des œuvres que tu ne cesses pas de penser à ta santé.\nJe sais combien tu aimais ton père, combien tu aimes ta mère et tes sœurs, et\nmême je présume que tu veux du bien à leurs maris. C'est pour cela que, si\nl'amour qu'on a pour toi dans la famille t'est cher, tu penseras à toi, tu ne te\ntourmenteras pas, parce que cela fâcherait notre père lui-même. Porte-toi donc\nbien, et sois heureux ; écris-nous souvent, c'est l'unique baume pour des cœurs\naffligés. Nous habitons àla rue Nowy-Swiat, n° 1255, et les ledrzeïewicz, rue\nPodwal, n° 526.\nNotre chère mère, après avoir perdu son vieil ami, se tourne vers toi de tout\nson cœur et de toute son âme ; aie donc pitié d'elle et console-la par ta bonne\nsanté ; ne te tourmente pas, pour qu'involontairement cela n'influe pas sur la\nperte du plus cher trésor qui nous reste. Souviens-toi que ta vie n'est pas exclu-\nsivement ta propriété, elle appartient aussi à celle qui te l'a donnée, et à ceux\nqui t'aiment plus qu'eux-mêmes ; rappelle-toi que la santé de ta famille, digne\nde considération, repose uniquement sur ton bonheur. Ecris la sincère vérité,\nélève-toi au-dessus de toutes les peines morales, allège un peu ton cœur affligé\net tu te sentiras mieux. Quant à nous, nous pleurons parfois en regardant les\nchers souvenirs de notre bien-aimé père semés par lui dans notre jardin. Chaque\ncep de vigne, chaque treillage, fait et dressé par lui l'année dernière, et tant\nd autres choses témoignent que cet homme instruit et ami du travail pouvait\ns'occuper physiquement avec fruit et même avec agrément.\nNotre mère bien-aimée s'est soutenue par sa seule force morale, malgré tant\nde nuits sans sommeil passées à soigner son ami, malgré les tourments de son\ncœur et la douloureuse impression qu'elle éprouvait à la seule pensée de se\nséparer de celui qu'elle aimait et respectait. Sa force d'âme, et une confiance\nillimitée en Dieu, donnaient à son corps assez d énergie pour supporter le plus\ngrand malheur de sa vie. Maintenant, grâce à la Providence, elle est mieux\nqu'elle n'a jamais été Tes sœurs t'écriront le reste, pour moi je t'embrasse sin-\ncèrement et te prie d'exprimer à celle qui te tient lieu de mère, ma reconnaissance\nsans bornes et mon profond respect.\n\n( i ) George Sand."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "Pour ne rien omettre, je dois encore ajouter que Belzac, notre ami intime, celui\nqui, depuis si longtemps, habite notre maison, un homme très savant et de cœur\nhonnête, qui partageait nos joies et nos peines, travaille depuis quelques années\nau projet de fonder à Varsovie un établissement où l'on garderait les morts quel-\nques jours avant l'inhumation. Versé dans cette question, il avait l'habitude de\nraconter à notre père, quand il était encore bien portant, et à nous, différents\ncas fortuits sur des morts apparentes, en quoi notre cher père l'aidait dans le\nmême sens. C'est d'après cela que l'imagination active de notre père, surtout\ndans les derniers temps de sa vie, lui ayant rappelé ces circonstances, il nous\npria de faire ouvrir son corps après sa mort, dans la crainte de subir le sort\naffreux de ceux qui s'éveillent dans la tombe, Rien d'étonnant à cela ; tu sais que\npapa était un penseur prévoyant et d'un esprit extrêmement actif. Quand je lui re-\nmontrais que sa maladie n'était pas dangereuse, que, Dieu merci, nous jouerions\nencore au piquet dans le jardin,selon notre habitude,il souriait et disait : Mon cher\nAntoine,je ne fais aussi cette proposition qu'en toute éventualité; si je guéris, ma\nprudence, pour cette fois, ne sera pas nécessaire. Ne pense pas, cher Fritz,\nque ce soient les souffrances qui l'aient poussé à cette détermination ; c'était sa\nmanière devoir ; il m'en avait même parlé il y a quelques années déjà. Ne t'ima-\ngine rien de terrible, n'attribue cette résolution ni à une souffrance, ni à un tour-\nment quelconque de ton père ; tu lui ferais tort. Un homme juste comme il\nl'était, plein de vertus et cle droiture, qui ne respirait que le bonheur des autres\net qui leur sacrifia toute sa vie, un tel homme ne craignait pas la mort ; il n'é-\nprouva aucun tourment et mourut avec délice, avec la douce certitude qu'il survi-\nvrait dans ses enfants, dont il avait formé le cœur selon le sien.ll était absolument\ncalme, pénétré de l'aimable assurance que l'unité de sentiments, l'amour frater-\nnel, la mutuelle tendresse de tous les membres d'une famille peu nombreuse,\nmais foncièrement honnête, lui donnaient la suprême garantie de leur félicité sur\nla terre, et au déclin de sa vie il ne respirait que notre bonheur et nos succès ;\npar conséquent il n'avait pas la moindre cause de se tourmenter, ni même de\ns'attrister. Chaque jour il nous répétait qu'on trouverait difficilement un père\nplus heureux que lui. Dieu vous bénira, disait-il, si vous continuez à vous\naimer et à vous estimer ; soignez votre santé, soyez pleins de sollicitude pour\nvotre mère. Crois donc, cher Fritz, à tout ce que je viens de t'écrire de notre père,\nsi digne d'admiration. Personne plus que moi ne possédait sa confiance et un\naccès plus libre aux secrets de son cœur ; c'est pour cela que je te révèle la pure\nvérité, avec cette certitude que les affirmations que je t'ai données seront pour\ntoi, ne fût-ce qu'en partie, une source de consolations.\nAN T.\nP.-S. —Notre cher Calasante venait tous les deux jours de la rue Podwal à la\nrue Nowy-Swiat pour passer la nuit auprès de notre cher père. C'est un homme\nexcellent et inappréciable. Grâce à ses soins, l'enterrement s'est fait selon notre\ndésir, non avec pompe et éclat, mais honnêtement et pieusement. Notre bèau-\nfrère a le cœur tendre et honnête, c'est pour cela que je l'aime comme frère et\nami. Je suis pressé cle me rendre au bureau ; je te serre encore une fois dans mes\nbras."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c044", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "250", "page_fin": "250", "image_debut": 42, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.6.2", "titre_corps": "[Lettre d'Isabelle]", "titre_sommaire": "[Lettre d'Isabelle]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.42", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "[Lettre d'Isabelle]\nNe te tourmente pas pour nous, mon chéri, et pense à toi, car tu es toute notre\nconsolation, aujourd'hui plus encore qu'autrefois. Exprime notre entière recon-\nnaissance à ta protectrice pour les soins si tendres dont elle t'entoure et pour le\ncœur qu'elle nous a témoigné. Les quelques mots ( 1 ) qu'elle a écrits ont tranquil-\nlisé maman et nous tous sur ta santé. Quel trésor qu'un cœur pareil ! Sans con-\nnaître les personnes, on sait toucher leur cœur et verser la consolation dans leur\nâme affligée. Remercie-la, toi, mon chéri, le plus affectueusement que tu pourras,\net ne t'adonne pas trop aux regrets justement dus à la mémoire de notre père.\nAujourd hui, maman seule nous reste ; fasse le Ciel que nous la gardions le plus\nlongtemps possible ; c'est désormais pour elle que nous réserverons tout notre\namour filial, pour adoucir ses dernières années.\nM. Belza, qui t'a connu chez les Brandt, et qui habite depuis plusieurs années\nnotre maison, part pour Paris à la fin de ce mois ; il sera là probablement au\nmois de juillet. Je désirerais beaucoup qu'il pût te voir ; papa l'aimait et l'estimait\nréellement ; c'est un sincère ami de toute notre famille, personne mieux que lui\nne nous connaît. Il nous serait très agréable que vous puissiez vous embrasser ;\nc'est un homme de cœur et de tête. Ecris-moi où Nohant est situé ; on me ques-\ntionne là-dessus et je ne sais que répondre. Si je voulais chercher sur une carte,\nje ne trouverais pas, car je n'en ai pas d'assez détaillée. De tous côtés on invite\nmaman à la campagne ; entre autres les Dominique Dziewanowski, que tu as\nconnus enfants et qui sont aujourd'hui nos amis. Tu ne croirais pas, mon cher,\ncombien de compassion notre malheur a éveillé ! Porte-toi bien et sois calme,\n\\\nc'est ce que nous te souhaitons de tout cœur. Ecris-nous, mon chéri, mais clis-\nnous toujours la vérité sur ce qui te concerne, car nous t'aimons et pensons tou-\njours à toi.\nISABELLE.\n(O Quand arriva à Paris la nouvelle de la mort de Nicolas Chopin, G. Sand jugea de son\ndevoir d'écrire une lettre de condoléances à la mère de Frédéric. Le lecteur trouvera cette lettre\ndans Karasowski, (vol. 11, p. 158-159)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c045", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "250", "page_fin": "251", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.7", "titre_corps": "LETTRE XXIV", "titre_sommaire": "LETTRE XXIV", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.42", "debut_caractere": 2209, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "LETTRE XXIV"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c046", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "250", "page_fin": "251", "image_debut": 42, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.7.1", "titre_corps": "[De la mère de Chopin]", "titre_sommaire": "[De la mère de Chopin]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.42", "debut_caractere": 2222, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "[De la mère de Chopin]\n(2).\n1837 (30\nMON BIEN CHER FRÉDÉRIC,\nLe ier et le 5 mars approchent, et je ne peux t'embrasser. Il n'y a pas au monde\nde bonheurs qui, en ce moment, n'emplissent ma tête et mon coeur pour toi, mon\ncher Fritz ; aussi ne sais-je par quoi commencer, ni que te souhaiter : prier Dieu\nseulement pour qu'il te conserve sa sainte protection et verse sur toi toutes\nses faveurs.\n(2) Les lettres de la mère de Chopin ont été reléguées à la fin de ce chapitre parce qu'aucune\nd'elles ne portait de date (pour trois d'entre elles seulement il m'a été possible de fixer une date\napproximative), et aussi parce qu'elles ont une valeur biographique beaucoup moins grande que\nles précédentes.\n(3) C'est grâce aux mots suivants que j'ai pu, à peu près, indiquer l'année 1837 : « Mme Wodzinska\nm'a dit que tu lui as promis de te coucher plus tôt.... Cependant tu n'as pas tenu parole. » (Com-\nparer avec la lettre de Mme Wodzinska du 6 octobre 1836.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.43", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "MmeWodzinska m'a dit que tu lui as promis de te coucher plus tôt, ce dont\nj étais bien contente, car c'est nécessaire pour ta santé ; cependant tu n'as pas\ntenu parole. Maintenant surtout que la grippe règne, parce que les veilles et les\nrefroidissements en sont les principales causes ; évite-la, cher enfant, mais sur-\ntout les refroidissements. Ecris-nous souvent, et crois bien que, quand un mois\ns est écoulé sans apporter de lettre de toi, chacun de nous cherche à tromper\nl'autre pour en trouver la cause ; nous expliquons l'un à l'autre pourquoi tu\nn'écris pas afin de nous rassurer mutuellement ; mais dans son âme chacun pense\nautre chose. Comme il est heureux que cette déesse prédise à chacun un sort\nfavorable. Je conçois que tu aies eu la curiosité de la consulter, mais il faut trop\nde courage pour écouter ses prédictions, car, malgré la raison la plus nette, tu\naurais pu, pendant un certain temps, être inquiet si elle t'avait dit quelque chose\nqui t'aurait mécontenté. Promets-moi clone, cher Fritz, que tu n'iras plus lavoir.\nJe n'ai rien à t'apprendre qui puisse t'intéresser que tes soeurs ne t'aient déjà\ncommuniqué. Nous attendons avec impatience des nouvelles de toi, mon Fritz\nbien-aimé. Tranquillise-toi sur notre compte, soigne ta santé qui contribue_sur-\ntout à notre bonheur.\nJe t'embrasse de toute mon âme.\nTa mère la plus dévouée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c047", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "251", "page_fin": "252", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.8", "titre_corps": "LETTRE XXV", "titre_sommaire": "LETTRE XXV", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.43", "debut_caractere": 1397, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "LETTRE XXV"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c048", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "251", "page_fin": "252", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.8.1", "titre_corps": "[de la mère]", "titre_sommaire": "[de la mère]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.43", "debut_caractere": 1409, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "[de la mère]\n[Fin de l'année 1845] (0*\nMON BIEN CHER FRÉDÉRIC,\nTu nous as fait grand plaisir en nous donnant des nouvelles de ta santé.\nM. Gutmann nous a dit que quand il t'a vu, en septembre, tu avais bonne mine ;\nque Dieu permette qu'il en soit réellement ainsi. Ma santé est bonne pour mon\nâge, grâce à la Providence. Je sors peu et évite tous les changements de temps, et\nmême tout ce qui pourrait augmenter mon rhumatisme ; je vais rarement chez\nLouise, pour ne pas causer à ceux qui m'entourent des douleurs égales, ou peut-\nêtre plus grandes que les miennes. Je te remercie, mon cher fils, pour tous les\ncadeaux que tu m'envoies à chaque occasion ; ils me sont agréables et chers ;\nmais je ne vais nulle part, je vois peu de monde, tandis que toi, cher enfant, tu\nfais pour ta mère de vaines dépenses. J ai eu dernièrement, à cause de toi, une\ngrande joie. Mmc Obreskow a passé par ici avec son mari, allant, disait-elle, à\nAthènes, chez sa fille ; elle n'est restée que quelques jours à Varsovie et est\nvenue chez moi. Quelle bienveillante personne ! On peut l'aimer à première vue.\nPeut-être n'est-ce qu'à moi qu'il le paraît, parce qu'elle m'a dit tant de bien de\ntoi et de ton hôtesse qui prend grand soin de ta santé Elle m'a apporté en pré-\n\n(1) Cette lettre fut certainement écrite vers la tin de 1845; cette certitude vient de la compa-\nraison faite entre cette lettre et celle de Chopin du 20 juillet 1845 (ier chapitre, lettre se),5e), dans\nlaquelle il est question du projet de voyage de Gutmann et de la princesse Obreskow à Var-\nsovie."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.44", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1340, "texte": "sent : sur un plateau une théière, un pot à crème et un sucrier, en me disant que\nchaque jour en buvant mon thé je devais penser à l'amie de mon fils ; comme c'est\naimable et poli, n'est-ce pas ? Pour l'été, elle sera à Saint-Pétersbourg et l'hiver\nprochain à Paris ; en automne elle passera par ici et veut m'emmener avec elle\nchez toi. Heureusement que ce jour est encore éloigné, peut-être son projet chan-\ngera-t-il jusque-là, ce dont je serais très contente, car si je partais avec elle, je\nserais obligée de rester tout l'hiver chez toi, et que ferais-tu de moi, pauvre\nenfant ! Je te causerais du tourment, car, connaissant ton bon cœur, je sais que tu\nserais toujours inquiet ; tu croirais que je m'ennuie, que je n'ai pas assez de con-\nfort et mille choses semblables. Non, cher enfant, c'est ce que je ne ferai pas, sur-\ntout parce que tu es entouré de personnes qui prennent de tendres soins de toi,\nce dont je leur suis infiniment reconnaissante. J'espère que Dieu me permettra\nencore de te revoir ; je ne perds pas cette espérance, car j'ai foi en sa miséricorde.\nQue la Providence, en ce jour du nouvel an, répande sur toi toutes ses béné-\ndictions, c'est ce que te souhaite sincèrement\nTa mère.\nP.-S. Suzanne t'envoie ses souhaits, ainsi que MME Lutynska.\nJe présente mes respects à M,LIE S[and]."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c049", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "252", "page_fin": "253", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.9", "titre_corps": "LETTRE XXVI", "titre_sommaire": "LETTRE XXVI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.44", "debut_caractere": 1342, "fin_caractere_exclue": 1353, "texte": "LETTRE XXVI"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c050", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "252", "page_fin": "253", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.9.1", "titre_corps": "[De la mère]", "titre_sommaire": "[De la mère]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.44", "debut_caractere": 1355, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "[De la mère]\n\n[Après l'année 1847] (1).\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nQue te clirai-je pour le jour anniversaire de ta naissance et pour ton jour de\nfête? Toujours la même chose : que je te recommande à la Providence divine et\nque chaque jour je la supplie de t'accorder les bénédictions de lame et du corps,\nsans lesquelles tout le reste n'est rien. Quant à moi, grâce à la protection du\nCréateur suprême, je suis en bonne santé ; il n'y a que les bizarreries attachées à\nla vieillesse qui parfois m'inquiètent : je vois les choses d'un tout autre œil que\nles jeunes, mais qu'y faire ? Wernik revient, son heureuse mère est partie diman-\nche à sa rencontre jusqu'à Dresde, où elle l'attendra pour revenir avec lui. Il lui\nécrivait souvent et avait ordre de dire, dans chaque lettre, comment tu te portes ;\nmaintenant c'est fini, cela aussi, pour moi ; j'étais tranquille, malgré que, dans\nle courant d'une année, je n'aie reçu de toi que trois lettres. Corrige-toi, cher\nenfant, écris plus souvent, aie des égards pour mon âge et pour l'attachement\nqui nous lie à toi ; quoique je ne doute pas de ton cœur, cependant tu as des\noccupations, toi qui te raccourcissent le temps, tandis que moi je n'en ai aucune,\nje ne vis que pour vous tous. Je termine en t'embrassant, mon chéri. Que Dieu\nte donne la santé et la prospérité ; c'est ce que te souhaite\nTa mère.\n(i) Voir la lettre de Chopin du 19 avril 1897, chap. 1, 1. 9 (il y est fait mention de Wernik)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c051", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "253", "page_fin": "253", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.9.1.1", "titre_corps": "JUSTINE CHOPIN, NÉE KRZYZANOWSKA D'après un portrait à l'huile peint par Mirosrewski.", "titre_sommaire": "JUSTINE CHOPIN, NÉE KRZYZANOWSKA D'après un portrait à l'huile peint par Mirosrewski.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 85, "texte": "JUSTINE CHOPIN, NÉE KRZYZANOWSKA\nD'après un portrait à l'huile peint par Mirosrewski."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c052", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "255", "page_fin": "255", "image_debut": 47, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.10", "titre_corps": "LETTRE XXVII", "titre_sommaire": "LETTRE XXVII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.47", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 45, "texte": "LETTRE XXVII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c053", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "255", "page_fin": "255", "image_debut": 47, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.10.1", "titre_corps": "[De la mère]", "titre_sommaire": "[De la mère]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.47", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "[De la mère]\nMON CIIER FRÉDÉRIC,\nTu nous as fait un vrai bal de carnaval en nous écrivant ; quelques mots\nvenant directement de toi, vois-tu, nous apaisent plus que toutes les nouvelles\nindirectes qui nous parviennent souvent ; tu peux t'imaginer notre inquiétude,\nsachant surtout combien la grippe a régné chez vous.\nLe courrier a annoncé que tu vas donner un concert, après quoi aussitôt tu\npartiras; alors nos conjectures ont été leur train : Où va-t-il ? Les uns disaient\nen Hollande, les autres en Allemagne, d'autres encore à Pétersbourg ; et nous,\nqui désirons tant te voir, nous disions : peut-être chez nous ! On s'est déjà dis-\nputé pour savoir où tu descendrais ; les Barcinski veulent te céder leur apparte-\nment, Louise aussi. C'était un véritable jeu d'enfants faisant des bulles de\nsavon.\nTu as donné un concert ; nous n'en connaîtrons aucun détail, parce que ton\nvéritable ami n'est plus là pour nous en donner, comme il l'a fait pour le dernier,\nde sorte qu'il me semblait te voir et t'entendre. Il m'écrivait alors ces mots :\n« Dites-lui, Madame, qu'il remercie Dieu de lui avoir accordé ce don et l'amour\ndu prochain, car tous nous l'aimons. » C'est une sainte vérité, que sans la pro-\ntection du Ciel le plus grand talent ne signifie rien ; mets donc ta confiance en\nLui et remercie-Le, avec une humble confiance, de tout ce qu'il t'a donné ;\nalors II te soutiendra de sa grâce dans chaque circonstance pénible.\nC'est aujourd'hui ta fête, je t'envoie tous mes vœux. Que Dieu te bénisse dans\ncette vie et dans l'autre.\nTa mère qui t'aime."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c054", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "255", "page_fin": "256", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.11", "titre_corps": "LETTRE XXVIII", "titre_sommaire": "LETTRE XXVIII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.47", "debut_caractere": 1606, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": "LETTRE XXVIII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c055", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "255", "page_fin": "256", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.11.1", "titre_corps": "[De la mère]", "titre_sommaire": "[De la mère]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.47", "debut_caractere": 1621, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "[De la mère]\nCHER FRÉDÉRIC,\nEnfin, après trois mois écoulés, nous venons de recevoir ta lettre tant désirée !\nTu as donné un concert ; les journaux nous avaient appris que tu allais le donner,\npuis que tu l'as donné ; cela nous a été pénible que la nouvelle ne nous soit pas\nvenue de toi. 11 n'est pas possible qu'en un si long espace de temps tu n'aies pu\ntrouver un moment libre pour donner de tes nouvelles à tes parents et\nde ce qu'ils deviennent. Tu nous as beaucoup chagrinés, et sans doute involon-\ntairement.\nTu oubliais, cher enfant, que tes parents ne vivent que pour vous tous, et que\nchaque jour ils prient Dieu de vous accorder la santé et sa bénédiction ; que de"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.48", "debut_caractere": 112, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "plus ils ne cessent de Le remercier de tous les bienfaits qu'il répand sur toi. La\nsanté, la fortune, la célébrité dont tu jouis, tout cela provient de sa très sainte\nProvidence ; tu devrais chaque jour l'unir à nous pour Lui témoigner ta recon-\nnaissance ; tu verrais alors qu'il t'aiderait dans toutes tes bonnes entreprises, et\ntu serais heureux. Ne prends pas en mauvaise part à ton père que toujours il te\nparle de l'avenir. Crois-moi, il serait temps d'y penser un peu. Nous qui sommes\nvieux, nous te disons cela par expérience et par tendresse ; nous voudrions te voir\ntoujours heureux et satisfait, et c'est difficile quand on n'a rien d'assuré pour\nl'avenir.\nJ'ai beaucoup pensé à toi ici, mon cher enfant, les jours anniversaires de ta\nnaissance et de ta fête, et je t envoie, du fond de l'âme, tous mes souhaits, en\npriant pour obtenir ton bonheur. Que Dieu te bénisse et te tienne toujours en sa\nsainte garde ! -—J'ai une prière à t'adresser, mon cher enfant, ou plutôt je viens\nte parler d'une affaire, car une mère ne doit pas prier son enfant, et un fils bon\net franc devrait, s'il le peut sans porter atteinte à ses propres intérêts, et sans\nemprunter d'argent à personne, que Dieu l'en garde ! répondre ouvertement : oui\nou non. J ai l'espoir que tu agiras de la sorte avec moi, car s'il en était autrement,\njamais plus je ne t'en parlerais. Voici l'affaire : je dois trois mille florins polo-\nnais, ton père n'en sait rien; s'il le savait, il se tourmenterait beaucoup ; natu-\nrellement il faut les rendre ; si tu peux donc, dans le courant de 1 année, me les\nenvoyer, mais pas tout à la fois, écris-le-moi par l'entremise des Barcinski. Dis-\ntoi : maintenant, je vois pourquoi ma mère m'encourage à faire des économies !\nCrois-moi, ce n'est pas dans mon intérêt, mais pour ton bien.\nJe t'embrasse de tout cœur.\nTa mère qui t'aime réellement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c056", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "256", "page_fin": "256", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.12", "titre_corps": "LETTRE XXIX", "titre_sommaire": "LETTRE XXIX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.48", "debut_caractere": 1974, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "LETTRE XXIX"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c057", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "256", "page_fin": "256", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.12.1", "titre_corps": "[De la mère]", "titre_sommaire": "[De la mère]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.48", "debut_caractere": 1987, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "[De la mère]\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nJ'ai reçu ta lettre du 16 courant, dans laquelle tu m'apprends que tu te portes\nbien. C'est pour moi un vrai régal. Oh ! comme je voudrais être avec toi, te\nsoigner comme autrefois ! Mais cela ne se peut, il faut se conformer à la volonté\ndu Très-Haut qui t'enverra, dans sa miséricorde, des amis qui me remplaceront.\nAie confiance en Lui et sois heureux, mon bien-aimé. Je suppose que tu as\nbesoin maintenant cbun peu d'argent ; je t'envoie ce que je peux, en attendant :\nmille deux cents francs ; le bon Barcinski t'expliquera comment tu devras faire à\nl'avenir pour ne plus te trouver dans le besoin. Maintenant, que Dieu te bénisse\net te donne la santé, c'est ce que j'implore pour toi.\nTa mère qui t'aime."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-05-31-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-05-31_01#c058", "volume": "bmtnabj_1903-05-31_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "256", "page_fin": "256", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.2.12.12.2", "titre_corps": "C'est ici que devaient prendre place les lettres écrites par George Sand", "titre_sommaire": "C'est ici que devaient prendre place les lettres écrites par George Sand", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.48", "debut_caractere": 2731, "fin_caractere_exclue": 2955, "texte": "C'est ici que devaient prendre place les lettres écrites par George Sand\nà Louise ainsi que celles de M. et Mme Clésinger à Chopin.\nSur la demande des héritiers de George Sand, nous renonçons à cette\npublication.\n(A suivre.)"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nN° 5 (troisième année)\n31 Mai-ier Juin\n1903.\nR. M.\nl 3\n\nCésar Franck\n\nA propos de la statue de César Franck, dont l'inauguration est prochaine,\nM. Vincent d'lndy a bien voulu nous communiquer l'étude suivante, dont nos\nlecteurs sauront apprécier le haut intérêt :\nLe 9 novembre 1890, s'éteignait, en pleine vigueur, un artiste cle génie\ndont le nom, alors presque ignoré de ce qu'on est convenu d'appeler le\ngrand public, gagna peu à peu en célébrité et s'impose actuellement au respect\net à l'admiration de tout ce qui touche à l'art musical, au même titre que les\nnoms des plus grands maîtres des temps passés.\nSimples comme sa vie furent ses obsèques. Aucune délégation officielle du\nMinistère ou de l'Administration des Beaux-Arts ne l'accompagna à sa dernière\ndemeure. Seuls, ses nombreux élèves et les musiciens que son talent et son\naffabilité sans bornes avaient su attirer à lui formèrent une couronne de\nrespectueuse admiration autour du cercueil du maître regretté.\nCésar Franck, en mourant, avait légué à son pays d adoption une école sym-\nphonique bien vivante et vigoureusement constituée, telle que la France n'en\navait jamais produit jusqu'alors. Qui veut avoir une notion complète du carac-\ntère de ce grand musicien doit l'étudier au triple point de vue de l'homme, cle\nl'artiste et de l'éducateur, en d'autres termes, considérer sa vie, son œuvre, son\nenseignement ; telle sera donc la division de cet essai.\nI\nL'HOMME.\nCésar-Auguste Franck naquit à Liège le 10 décembre 1822. Sa biographie\ntient en quelques lignes, car son existence fut sans heurts ni convulsions roman-\ntiques, mais s'écoula dans le calme d'un incessant labeur, ainsi qu'on aime à se\nreprésenter la vie des artistes-ouvriers des belles époques de l'art primitif. Sans\nfortune, élevé par un père d'une extrême sévérité voisine de la dureté égoïste,\nCésar s'habitua dès l'enfance à ne pas rester un seul instant inactif. A 15 ans,\nil avait terminé ses études à l'Ecole de musique cle sa ville natale et entrait au\nConservatoire cle Paris, d'où il sortit au bout cle quatre années avec les prix cle\npiano, de fugue et d'orgue, ce dernier clans des circonstances paiticuhèies qui\nméritent d'être rapportées. On sait que le concours d orgue, entre auties épieu-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.2", "texte": "CÉSAR FRANCK\n\nves, comprend, encore actuellement, l'improvisation d'un morceau de forme\nlibre sur un thème donné, puis d'une fugue dont le sujet est également fourni\npar l'un des membres du jury.\nCésar Franck, remarquant que les deux sujets qui lui étaient proposés se\nprêtaient à être traités simultanément, improvisa une double fugue au cours de\nlaquelle il ramena comme second sujet, marchant avec l'autre, le thème du mor-\nceau libre, se livrant ainsi à des combinaisons auxquelles les examinateurs\nn'étaient nullement préparés. Cela faillit tourner mal pour lui, car les membres\ndu jury ne comprirent rien à ce tour de force tout à fait en dehors des habitudes\ndu Conservatoire, et il fallut que Benoist, le titulaire de la classe, vînt expliquer\nle cas à ses collègues pour que ceux-ci, enfin éclairés, se décidassent à attribuer\nau jeune concurrent... un second prix! C'est à dater de ce moment peut-être que\nCésar Franck devint suspect aux yeux de certains personnages.\nAprès un court séjour en Belgique, où il allait offrir au roi Léopold ler la dédi-\ncace de ses premiers trios, il revint à Paris, où il commença cette carrière d'or-\nganiste qu'il n'abandonna point toute sa vie durant. C'est ainsi que l'église\nSainte-Clotilde, nouvellement bâtie, le vit, dès l'année 1859, s'asseoir à la tri-\nbune de l'orgue chaque vendredi matin et toute la journée du dimanche. Ceux\nque la bienveillance du maître autorisait à assister auprès de lui à ces offices\nn'oublieront certes jamais les hautes jouissances d'art que ses improvisations\nont procurées à leur esprit.\nEn 1872, Franck succéda à son ancien maître Benoist comme titulaire de la\nClasse d'orgue au Conservatoire de Paris, mais beaucoup de ses confrères ne\nconsentirent jamais à regarder comme des leurs ce professeur qui avait l'audace\nde voir dans l'art autre chose qu'un métier lucratif. Et, en effet, César Franck\nn'était pas des leurs. Ils le lui firent sentir.\nFranck fut, je l'ai dit, un travailleur. Hiver comme été, il était sur pied dès\n5 heures 1/2 du matin et consacrait à la composition les deux premières heures\ncle sa matinée : c'est ce qu'il appelait travailler pour lui. Vers 8 heures du matin,\nil prenait un frugal repas et partait aussitôt pour aller donner des leçons\ndans tous les coins de la capitale, car jusqu'à la fin de sa vie, ce grand homme\ndut employer la plus grande partie de son temps à l'éducation pianistique de\nquelques amateurs, voire à la culture musicale des pensionnats de jeunes demoi-\nselles ! Il ne rentrait d'ordinaire que pour le repas du soir, et, lorsqu'il ne consa-\ncrait pas sa soirée à ses élèves d'orgue ou décomposition, il trouvait alors encore\nquelques instants pour copier ou orchestrer ses partitions. C'est ainsi que, au\nmoyen de ces deux uniques heures de travail matinal quotidien, jointes aux\nquelques semaines de vacances que le Conservatoire lui laissait chaque année,\nfurent pensées et écrites ses plus belles œuvres.\nSi Franck fut un travailleur, ce fut aussi un modeste. Jamais il ne brigua ni\nmême ne rechercha les honneurs ou les distinctions, jamais il ne lui vint à l'idée,\npar exemple, d'ambitionner la place de membre de l'lnstitut ; non point que,\ncomme un Puvis de Chavannes ou un Degas, il dédaignât ce titre, mais parce\nqu'il pensait sincèrement n'avoir pas encore assez fait pour le mériter. Et cepen-\ndant alors l'lnstitut comptait en ses rangs nombre de musiciens d'ordre assez\ninférieur, parmi lesquels, pour n'en citer qu'un, François Bazin, auteur de\nquelques médiocres opérettes, qui, bien que professeur de composition au\nConservatoire, n'était pas absolument capable de distinguer dans les fugues"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.3", "texte": "CÉSAR FRANCK\n\nde ses élèves une réponse fausse d'une réponse juste : j'ai été moi-même\ntémoin du fait.\nLa modestie de Franck n'excluait cependant pas la confiance en soi, qualité\nprimordiale de l'artiste créateur lorsqu'elle est exempte cle vanité et appuyée\nsur un jugement sain.\nA l'ouverture des cours, alors que le maître, la figure illuminée par son large\nsourire, nous disait : « J'ai bien travaillé pendant mes vacances, je crois que\nvous serez contents », nous étions certains de la prochaine éclosion de quelque\nchef-d'œuvre. Alors, sa joie était de trouver dans son existence si occupée une\nou deux heures de liberté pour rassembler ses élèves de prédilection : Henri\nDuparc, Camille Benoît, Ernest Chausson et l'auteur de ces lignes, et leur jouer\nau piano l'œuvre nouvellement terminée, en exécutant les parties vocales avec\nun organe aussi chaleureux que grotesque. Il ne dédaignait même point de nous\ndemander nos avis et, bien mieux encore, de s'y conformer, si nos observations\nlui paraissaient fondées. Assiduité constante dans le travail, modestie et\nconscience artistique, tels furent les points saillants du caractère de César\nFranck ; mais il est encore une qualité, bien rare, celle-là, surtout (il faut bien\nl'avouer) chez les artistes, que Franck posséda à un très haut degré : ce fut la\nbonté, la calme et sereine bonté, et c'est bien à juste titre qu'on a pu lui appliquer\nle nom de Pater seraphicus. Son âme, en effet, ne put jamais concevoir le\nmal ; jamais il ne voulut croire aux basses jalousies que son génie suscitait\nchez la plupart de ses collègues.... et non chez les moindres: il passa dans la\nvie les yeux levés vers un très haut idéal, sans soupçonner les vilenies et les\ninjustices dont il fut fréquemment l'inconsciente victime.\nCette disposition était même poussée chez lui à un point tel qu'il ne s'est\njamais aperçu de l'indifférence du public à l'égard de ses œuvres, bien trop\nélevées et trop hautement conçues pour être comprises par des contemporains.\nLes quelques applaudissements de ses amis disséminés clans une salle de con-\ncert lui donnaient l'illusion d'une approbation unanime, et il ne manquait jamais,\naprès une exécution, de s'incliner à plusieurs reprises, ravi de la jouissance que\nlui avait procurée à lui-même l'audition de son œuvre, vers une assistance sinon\nhostile, au moins étonnée et complètement déroutée de ses habitudes.\nDans l'été de 1890, pendant une de ses journalières courses à pied dans les\nrues de Paris, le maître, absorbé peut-être par la recherche de quelque idée\nmusicale, ne sut pas se garer à temps du choc d'un omnibus dont le timon le\nfrappa violemment au côté. Insoucieux de la douleur physique et des soins cor-\nporels, Franck continua sa vie ordinaire de fatigue et de travail, mais bientôt,\nune pleurésie s'étant déclarée, il était forcé de s'aliter et succombait quelques\nsemaines plus tard.\nTel fut l'homme moral.\nQuant au physique, quiconque coudoyait dans la rue cet être toujours pressé,\ncourant plutôt que marchant, aux vêtements trop larges, au pantalon trop court,\nau visage grimaçant et distrait, encadré dans des favoris grisonnants, ne pou-\nvait, certes, se douter de la transfiguration qui s'opérait alors qu'il expliquait\nou commentait au piano une œuvre de beauté ou qu'il préparait à l'orgue l'une\nde ses géniales improvisations. Alors la musique l'enveloppait, telles ces\nauréoles dont les peintres primitifs encerclaient leurs figures d'anges ou de\nsaints ; alors seulement on était frappé par la consciente volonté de la bouche"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.4", "texte": "LE DERNIER OPÉRA DE GLUCK\n\net du menton, par l'acuité presque extra-humaine du regard où transparaissait\nl'inspiration, alors seulement on remarquait l'identité presque complète de\nson large front avec celui du poète de la IXe Symphonie ; alors on se sentait\nsubjugué, presque effrayé par la présence palpable du génie qui rayonnait\nautour du plus noble et du plus haut musicien que la terre française ait possédé\ndepuis Rameau.\n(A suivre.)\n\nVINCENT D'INDY.\n\nLe dernier Opéra de Gluck.\nÉCHO ET NARCISSE (1779).\n\nUn fait qui montre bien comme le goût de la musique est encore peu\nsérieux et peu profond en France, malgré tous les tapages de la mode, c'est\nque la publication du dernier opéra de Gluck ait passé presque inaperçue.\nCependant, il était déjà triste qu'il eût fallu attendre plus d'un siècle pour avoir\nle texte complet des œuvres (bien peu nombreuses pourtant, six en tout),\nque Gluck fit jouer en France, et qui sont l'honneur de notre théâtre. Il faut\nêtre très reconnaissant à M. Saint-Saëns et à M. Julien Tiersot de la magni-\nfique édition qu'ils viennent de donner chez Durand, grâce aux dispositions\ntestamentaires de Mlio Pelletan, de la partition d'orchestre d'Echo et Narcisse (i).\nLe texte musical est précédé d'une intéressante préface historique et critique en\ntrois langues : français, allemand et italien. J'en extrais quelques renseigne-\nments, en les complétant par le livre cle Desnoireterres sur Gluck; et j'y ajou-\nterai un certain nombre de remarques personnelles.\nEcho et Narcisse fut joué pour la première fois à Paris, le 24 septem-\nbre 1779, quatre mois après la première Elphigénie en Tauride. Il semble donc\na priori qu'il doive avoir pour nous un intérêt exceptionnel; car on s'attend à\ny trouver l'application définitive des théories et de l'expérience de toute la vie\nde Gluck. Cependant, la pièce tomba ; et Gluck en fut si affecté, que, bien qu'il\neût pris la décision de finir ses jours à Paris, où la reine venait de le faire nom-\nmer maître de musique des enfants de France, il ne put cacher son dépit et\nquitta la France pour toujours. Il garda de cet échec une rancune profonde\ncontre les Français. (( Je n'irai plus à Paris, dit-il en 1780, jusqu'à ce que les\nFrançais soient d'accord sur le genre de musique qu'il leur faut. Ce peuple\nvolage, après m'avoir accueilli de la manière la plus flatteuse, semble se dégoû-\nter de tous mes opéras ; il semble vouloir retourner à ses ponts-neufs : il faut le\nlaisser faire. ))\nIl est intéressant de reviser la cause cl 'Echo et Narcisse, et de voir qui avait\n\n(i) ECIIO ET NARCISSE, drame lyrique en trois actes, avec un prologue, musique de GLUCK, poème\ndu baron de Tschudi. Texte allemand de Théobald Rehbaum, texte italien de Pietro Floridia ;\npublié par Mile F. PELLETAN, C. SAINT-SAËNS et JULIEN TIERSOT, avec le concours de M. Edouard\nBarre, notaire honoraire, exécuteur testamentaire de Mlle Pelletan, chargé par elle d'assurer Vaché\nvouent de cette publication. Paris, A. Durand et fils, éditeurs. —Leipzig, Breitkopf et Hœrtel*—_\nMilan, G. Ricordi. Londres, Novello. LVI -P 321 pages."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.5", "texte": "LE DERNIER OPÉRA DE GLUCK\n\n.raison, de Gluck et des Français, La lecture de la partition a bientôt fait de\nrenseigner sur les causes de l'insuccès. Elles tiennent avant tout à la faiblesse\ndu poème, qui était du baron de Tschudi, un poème fade, mondain, sans\nvérité, sans action, non dépourvu de grâce d'ailleurs, et assez bien écrit. Mais il\nn'en est pas moins déplorable que le public parisien n'ait pas été, je ne dirai\npas plus mais plus juste pour une oeuvre qui a des beautés musicales\nde premier ordre. Car Echo et Narcisse est bien loin d'être une œuvre médiocre.\nC'est peut-être, comme le font remarquer ses savants éditeurs, l'œuvre de\nGluck où la forme est le plus parfaite. Rarement Gluck eut une telle séduction,\nune déclamation aussi fluide, un récitatif d'une grâce aussi mélodieuse, un sen-\ntiment si pur cle la poésie antique et de la nature. Jamais l'on ne se douterait\nqu'il avait alors 65 ans. L'œuvre est, par endroits, d'une jeunesse exquise. —-\nA vrai dire, il y a de bonnes raisons pour cela ; et on ne les a peut-être pas assez\ndites. C'est qu'une partie de l'opéra est de la jeunesse de Gluck.\nEcho et Narcisse est une œuvre étonnamment hybride. C'est là son principal\n-défaut. Il est difficile d'en distinguer tous les éléments hétérogènes ; et M. Tiersot\net M. Saint-Saëns ont montré, en particulier, combien il était malaisé de déter-\nminer exactement quels morceaux avaient pu être ajoutés au texte original de\nGluck, la partition autographe ayant disparu et l'œuvre ayant subi pour la repré-\nsentation de nombreux remaniements, où, en l'absence de Gluck, intervinrent\nhardiment d'autres compositeurs, comme Gossec avait déjà fait pour Alceste. Il\ny a donc dans Echo une partie postérieure à Gluck, comme tel air de Cynirè au\npremier acte, ou telle contredanse, reconnaissable en général au style bourgeois\net creux, qui rappelle la musique française d'opéra, et surtout\" la musique de\ndanse du temps de Louis XVI.\nMais il y a aussi une partie d'Echo qui est bien antérieure à Echo : et on ne\nle montre pas assez. On nous dit que Gluck travailla à la partition en 1777-78,\nen même temps qu'à Iphi génie en Tauride. Ce qu'il faut ajouter, c'est qu'il y\nappliqua les procédés de travail déjà employés dans Iphi génie en Tauride. On\nsait combien dans V Iphi génie Gluck avait fait d'emprunts à ses ouvrages ita-\nliens de jeunesse, comment il avait pillé son Telemacco de 1749, sa Clemenza\ndi Tito de 17 51, son Paride edElena de 1769, même son Iphi génie en Aulide de\n1772. Je dis qu'on le sait : encore que ce ne soit que d'une façon assez vague ;\ncar, jusqu'à présent, ses ouvrages italiens étaient à peu près inconnus, et l'on\nmanquait des moyens de connaître les sources de bien des airs estimés origi-\nnaux. Ces moyens s'offrent maintenant, grâce à la collection de partitions ita-\nliennes de Gluck, récemment acquises par la Bibliothèque du Conservatoire de\nBruxelles.\nA quel point ce système était devenu une habitude, ou une nécessité chez\nGluck, j'en donnerai une nouvelle preuve par certains exemples de Y Écho et Nar-\ncisse. Il va dans le prologue un charmant air de l'Amour: « Amusez, sachez\nplaire, voltigez, doux plaisirs » (1), qui a fort déconcerté M. Saint-Saëns et\nM. Tiersot. (( L'on ne saurait, écrivent-ils, contester l'authenticité de cet air,\ndont les paroles ont toujours figuré sur le livret ;et cependant on ne s'explique\nguère par quel esprit de recul le grand révolutionnaire musical a pu écrire un tel\nmorceau, où, sur les vers : « Pour y lancer mes flammes, j'ai des traits plus\n\n(1) P. 43 de la partition."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.6", "texte": "LE DERNIER OPÉRA DE GLUCK\n\npuissants », il surcharge les mots : « flammes )) et (( traits )) de vocalises d'un\nstyle archaïque, comme s'il avait voulu parodier les airs d'opéra du temps de\nLouis XV, à la disparition desquels il a si efficacement contribué » (1).\nLa raison est bien simple : tout le morceau n'est autre qu'un air d'un opéra\nde Gluck, écrit 24 ans auparavant, cet air de la Danza Pastorella de 1755, flue\nnous avons récemment publié, ici même (2). Gluck n'y a rien changé, pas un\ntrait, pas une note ; et cela est bien curieux ; car on comprend à la rigueur qu'il\nse soit servi de ses anciennes mélodies ; mais au moins aurait-il pu se donner\nla peine de les rajuster aux situations nouvelles : point ; il les reprend telles\nquelles. Il doit exprimer ici, tour à tour, Ventrée des Plaisirs et l'entrée des\nPeines : il le fait avec la même musique, dans une indifférence parfaite à\nl'expression dramatique. Combien d'autres airs d Echo sont certainement de\nla même provenance, et non pas des moins beaux, comme le joli air de Cynire\nau 2e acte : « Sa voix plaintive et gémissante »!\nCommentles théories dramatiques de Glucks'accommodaient-ellesdeces amal-\ngames d'airs de toute époque, adaptés tant bien que mal à des situations diffé-\nrentes ?Je ne sais trop. Ce qui est sûr, c'est que jamais Gluck ne fit autrement.\nDès 1746, à Londres, quand il avait trente-deux ans, il faisait un opéra entier,\nPiramo e Tisbe, d'un pasticcio de toutes ses œuvres antérieures. C'était un besoin\nde sa nature, fort pauvre en invention mélodique, et une habitude de son éduca-\ntion italienne. Il y aurait beaucoup à dire sur la vraie nature du génie de Gluck,\net je crois bien qu'on s'est fort mépris sur son compte, qu'on continue encore\naujourd'hui de se méprendre, et que Gluck a contribué lui-même à propager la\nméprise. Mais je n'ai pas le temps de dire ici ce que je pense de Gluck : je le ferai,\nl'an prochain, à l'Ecole des Hantes Etudes sociales.\nToujours est-il qu Echo et Narcisse offre un bel exemple de sa façon de com-\nposer, de cette mosaïque peu disparate, d'ailleurs; car il n'avait pas un nombre\nde sentiments très variés, et il n'en changea guère au cours de sa vie. On trouve\ndans Echo des morceaux de la période italienne, des pages dans le goût d'/lr-\nmide (3), EAlceste, d'Orphée (4), dPphigénie en Tauride (3), et, ce qui est aussi\ntrès frappant, des danses qui semblent montrer, plus que nulle part ailleurs chez\nGluck, l'influence de Rameau. Et, avec tout cela, l'ensemble est harmonieux ; et\nil y a des pages exquises de tendresse et de mélancolie, comme les deux ado-\nrables airs d'Echo mourante, au second acte : a Quel cœur plus sensible et plus\ntendre )), et : (( O mes compagnes fidèles », deux des pages les plus pures que\nGluck ait jamais écrites, et qui suffiraient à le faire aimer. Mais ce qui est surtout\nunique, c'est ce divin sentiment de la sérénité de la Nature, ce génie pastoral,\nque nul musicien n'eut jamais à un tel degré, et qui nous donne en musique\nl'écho lointain de la poésie antique. J'aurais voulu en offrir comme exemple la\nbelle scène du 3e acte, où la voix d Écho répond par l'orchestre plaintif et tendre\naux appels des nymphes, ses compagnes. Elle est d'une langueur, d'une volup-\ntueuse mélancolie, d'une simplicité raffinée, qui pénètre le cœur. Le morceau\nétait malheureusement trop long ; et nous avons dû choisir de préférence un air\n\n(1) P. XXXII de la préface.\n(2) Revue Musicale de janvier 1903.\n(3) Air de Narcisse au ier acte :cc Divinité des eaux ». Cf. Sommeil de Renaud.\n(4) Chants funèbres au 2e acte.\n(5) Certains airs d'Echo."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.7", "texte": "MUSIQUE ET DANSE AU GABON\n\nde l'Amour, qui ouvrait primitivement le 3e acte, et qui fut retranché de la re-\n•i\nprésentation pour son inutilité dramatique, mais que l'on ne put se résoudre à\nsupprimer de la partition, à cause de sa beauté. Il est fort simple, et son charmé\nest plus moral que musical; c'est le propre de presque toute la musique de Gluck.\nIl est très difficile de faire sentir sa beauté à qui ne la sent de lui-même : c'est\nune question d'âme plus encore que d'art. Qui aime Gluck retrouvera ici, je\npense, toutes ses raisons de l'aimer; et j'espère que ce court fragment lui don-\nnera le clésir de chercher à connaître le reste de la belle œuvre, que M. Saint-\nSaëns et M. J. Tiersot nous ont rendue.\n\nROMAIN ROLLAND,\n\nMusique et Danse au Gabon (Congo français).\n\nUn de nos amis, revenant d'Afrique, veut bien nous communiquer les notes\nsuivantes :\nAu Congo, les indigènes ne s'intéressent qu'à la musique de danse. Les mé-\nlodies, les romances et les airs d'opéras leur sont inconnus.\nLes indigènes prennent part au Gabon à deux catégories de bals : le bal de\ndanses européennes (valses, polkas, mazurkas et maringas) et le bal de danses\nexclusivement indigènes. Les airs sont tous des souvenirs de l'ancien orches-\ntre de la mission des Pères du Saint-Esprit, de la musique de la division\nnavale, et d'une fanfare de jeunes Gabonnais supprimée il y a deux ans par\nraison budgétaire.\nCes airs sont de véritables pots-pourris empruntés à des morceaux de danse\nles plus connus, notamment aux valses de Waldteufel, telles que Dolorès et\nVénétia. L'air sur le Général Boulangera aussi beaucoup de succès. Les mor-\nceaux sont peu variés et l'ordre des danses toujours le même.\nL'orchestre du bal européen se compose d'un ou deux accordéons, d'un\ntriangle et d'un petit tambour servant d'instrument d'accompagnement. Quel-\nquefois un cornet à pistons,vestige de l'ancien orchestre, est adjoint à ces musi-\nciens ; mais la chose est rare.\nLes polkas, les mazurkas, les valses, sont dansées comme en France. Gra-\ncieuses et légères, les danseuses, toutes indigènes, sont soigneusement coiffées.\nLeurs chignons crépus artistement disposés sont ornés de fleurs blanches. Les\nfemmes portent généralement là robe « bébé » ; quelques-unes ont le pagne\nnational ; d'autres sont vêtues à la mode européenne, d'une jupe et d'un corsage\nblancs. Celles qui ont le costume européen portent des ceintures roses, bleues\nou de préférence rouges. Leurs bijoux consistent en bagues, broches, boucles\nd'oreilles et épingles indigènes, en métal ou en ivoire, plantées dans la cheve-\nlure.\nLa maringa remplace notre quadrille. Les couples au nombre d'une dou-\nzaine, la dame précédant le cavalier, tournent autour du salon en faisant des\ngrâces. C'est, plutôt qu'une danse, une marche rythmée, aussi élégante que le\n« pas des patineurs ». Les hommes exécutent des entrechats, se dandinent et\ntournent sur eux-mêmes en marchant. Ils exécutent ces mouvements, les deux\nmains dans leurs poches, en faisant mouvoir les épaules en cadence. Les"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.8", "texte": "MUSIQUE ET DANSE AU GABON\n\nfemmes font les mêmes mouvements que les hommes, mais elles remuent les\nhanches avec un balancement lascif. Elles ont à la main un ou deux mou-\nchoirs qu'elles agitent gracieusement ; souvent la maringa est chantée, et ce\nsont elles qui entonnent l'air.\nLa maringa est certainement d'origine européenne, sans doute portugaise ;\non peut en juger d'après l'air joué le plus fréquemment dans les bals :\nLa musique de danse indigène, peu variée, est très monotone. Les principales\ndanses du Congo sont : le Kondjo, l'lvanga, la M'Bouiri, roloyo,le M'Kinda,\nl'Abandja, l'Okoukoué, le M'Jembé et le M'Bouiti. Elles ont toutes lieu en\nplein air.\nLe Kondjo est la danse habituelle du pays. On organise un Kondjo sous un\nprétexte quelconque (mariage, décès, guérison de maladies, etc.). Sur rempla-\ncement le plus vaste du village, à la lueur de deux torches plantées en terre,\nles sémillantes Gabonaises, l'Onamba (pagne) serré au-dessus des seins, et un\nfoulard attaché aux reins, s'avancent à petits pas, à tour de rôle, et agitent le\npostérieur dans un tremblement frénétique, sans qu'aucune autre partie du\ncorps ne bouge. Eiles font ainsi le tour de l'emplacement réservé à la danse,\net ne cessent cet exercice que lorsqu'elles ont repris leur place respective. La\ndanse est accompagnée par le tam-tam et par des chants dont voici l'air et le\nrefrain :\nL'lvanga rappelle le Kondjo, avec cette différence que les danseuses sont\nmaquillées de blanc, de rouge et parées de plumes. Elles mettent en plus, aux\n\nAir de la Maringa.\n\nAir du Kondjo"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.9", "texte": "MUSIQUE ET DANSE AU GABON\n\nchevilles, beaucoup de petits colliers en cuivre. L'Akaya (principale danseuse),\nla cheffeuse, comme le disent si élégamment ces messieurs du Gabon, est\nmieux parée et maquillée que ses compagnes. Elle porte le costume national, le\npagne de couleur très voyante, rouge de préférence. Ses yeux sont cerclés de\nblanc et de rouge et la figure maquillée de même. L'Akaya est ornée de nom-\nbreuses amulettes et porte serrée aux hanches une peau de chat tigre, et un\npetit miroir rond, fixé au bas des reins. Ses bras sont enveloppés de mouchoirs,\net elle tient à la main une canne en ébène, qu'elle ne quitte jamais.\nLa danse ne commence qu'à dix heures du soir. De l'endroit où les femmes\nse sont parées à l'emplacement choisi pour la danse, elles marchent à la file\nindienne, en chantant les louanges de l'Akaya, qui suit derrière, cachée sous\ndes pagnes. Au moment où l'on atteint l'endroit de la danse, l'Akaya entonne\nun chant que les autres femmes reprennent en chœur. Il est dit dans ce chant :\na Laissez-moi passer, que je me fasse voir, afin d'exciter l'envie de ceux qui\nme regardent. » Puis, les femmes forment deux groupes autour des torches ;\nl'Akaya se tient au milieu. La danse commence alors. C'est l'Akaya qui, par\nses contorsions, fait les frais de la soirée. Les autres femmes, au son du tam-\ntam, reprennent toujours en chœur les chants qu'elle a commencés. La danse\ndure jusqu'au matin.\nLe M'Boouri, l'ologo,le M'Kinda, sont les danses qu'exécutent les femmes\nd'un certain âge, pour conjurer les maladies, et surtout pour faire opérer une\nguérison. Sous un petit hangar de feuilles de palmier, se tient une femme\nsimulant la maladie que l'on veut guérir, La danseuse invoque Satan, fait des\nsimagrées sans nombre avec des sabres, des morceaux de bois, des bouteilles\net d'autres objets. On boit surtout beaucoup d'alougou (tafia de traite). A deux\nheures du matin, toutes les femmes sont ivres.\nL'Abandja a lieu pour célébrer la naissance d'un enfant. Les danseuses\npeuvent dire des sottises à n'importe qui, à condition qu'elles n'aient pas de\nparents dans l'assemblée.\nDans rOkoukoué, il s'agit de faire peur aux femmes en revêtant les costumes\nles plus étranges.\nLe M'Jembé a lieu quand on recherche un voleur ou un empoisonneur. Les\nfemmes sont nues. Dans ces sortes de danses il n'y a presque pas de musique.\nC'est le rythme du tam-tam qui conduit les danseurs. Il semble que l'on chante\nce que l'on veut, sur n'importe quel air.\nLe M'Bouiti est une danse exécutée par des hommes vêtus d'un caleçon de\npaille. Elle a lieu sous un hangar. Les danseurs font des contorsions extrava-\ngantes et des sauts périlleux autour d'un brasier. C'est une danse sauvage,\npresque diabolique. Tout le temps qu'elle dure, les spectateurs, accompagnés\ndu tam-tam, chantent des airs qui n'ont rien d'harmonieux.\nTelles sont les principales danses du Congo. Comme on le voit, les indigènes\n\nAir de l'Ivanga"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.10", "texte": "ESTHÉTIQUE MUSICALE\n\nde notre colonie d'Afrique sont fanatiques de danse. Ils saisissent toutes les\noccasions pour organiser un bal ou un tam-tam. Malheureusement, ils ne con-\nsidèrent la musique que comme un accessoire de ces divertissements, et c'est\nfâcheux, car ils ont un certain sens de la mélodie, s'assimilent assez facilement\nles airs et pourraient étudier avec fruit la musique.\n\nGILBERT DESVALLONS.\n\nEsthétique musicale.\n\nIX - LA MUSIQUE AU POINT DE VUE SOCIOLOGIQUE\n\n(0-\nUn des éléments les plus importants de la musique, c'est le rythme. Or, les\norigines sociologiques du rythme sont nombreuses; on peut les classer en trois\ngroupes que j'indiquerai brièvement.\nI. Le fait sociologique par excellence, nous l'avons déjà dit, c'est le langage.\nOr, il y a dans le langage un rythme, qui, d'abord, a pu donner naissance à la\nmesure dans la musique occidentale.\nLa langue latine, il me suffira de le rappeler, a exercé une influence profonde\nsur le plain-chant, d'où est sortie la musique moderne. Or, dans les mots latins,\nil y a : i° un accent tonique, subordonnant les syllabes du mot à une syllabe\nprincipale : pater, déminus, min/ster ; 2° un ou plusieurs accents secondaires\ntransformant cette subordination en ordre binaire dans les mots ayant plus de\ntrois syllabes : paternités, dominorum, ministérium. Il y a donc, dans le langage\nverbal, le principe d'une organisation rythmique ne précisons pas davantage\npour le moment des éléments du langage musical ; cette observation s'ap-\nplique à la langue française plus encore qu'à la langue latine. Mais notons quel-\nques effets particuliers de cette dernière sur le plain-chant, puisqu'il est le\nsacrum caput d'où est sortie la musique actuelle.\na) Le plain-chant, si l'on rapproche ses formes les plus brillantes des humbles\ncommencements de la psalmodie et de la récitation à peine modulée d'où il\nsemble être sorti, apparaît, d'une façon générale, comme une sorte de floraison\nde l'accent tonique latin.\nSi la mesure n'y est point marquée selon nos usages, c'est qu'il n'a été d'abord\nqu'une ébauche, un embryon de musique ;\nb) Les clausules rythmiques (cursus) dont il fait usage ont été calquées sur\ncelles de la langue latine ;\nc) La syllabe finale des mots latins n'a jamais d'accent; et dans les mots de\nplus de deux syllabes, elle n'a jamais d'accent principal. Au contraire, la genèse\ndes langues romanes tient à ce que la dernière syllabe des mots latins, devenue\nfaible, a été peu à peu supprimée, si bien que l'accent s'est trouvé, par suite de\ncette suppression, à la fin : civitétem a formé cite (it. citté). De là, deux sortes de\nmusique : une musique latine où les phrases finissent volontiers sur ce que nous\nappelons aujourd'hui un temps faible (milieu ou fin cbune mesure), c'est le plaint-\nchant ; et une musique romane, qui, sauf exceptions souvent dues à des raffine-\n\n(i) Suite. Voir la Revue cl avril 1903."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.11", "texte": "ESTHÉTIQUE MUSICALE\n\nments d'artistes, finit habituellement sur ce que nous appelons le temps fort\n(premier temps de la mesure).\nCes faits sont essentiels dans une étude sur les origines sociologiques de Fart\nmusical. Je me borne à les indiquer, car ils ont été maintes fois mis en lumière\net sont considérés comme des notions courantes (i).\nIL— Revenons àla forme élémentaire du rythme, la mesure. On la trouve dans\nun autre fait sociologique de très grande importance pour l'histoire de l'art mu-\nsical : c'est la danse, qui a exercé sur la symphonie une influence égale à celle\ndelà parole chantée.\nSoit que l'on considère les danses espagnoles, italiennes, françaises, alle-\nmandes, qui ont fourni tant de cadres aux compositeurs de l'ordre le plus élevé,\nsoit qu'on essaye de se figurer les mouvements de l'antique liturgie grecque ou\nmême les grossières évolutions de sauvages que nous décrivent les voyageurs,\nla danse apparaît partout comme un fait social ayant pour loi l'organisation\nrythmique des mouvements. Le rythme est sa raison d'être, son but et son attrait,\nseul il la rend possible quand deux ou plusieurs danseurs sont associés. Com-\nment s'étonner que la musique instrumentale ou vocale, accompagnant la danse,\nlui ait emprunté le principe de la division des mouvements en groupes régu-\nliers ?\n111. - Enfin, il y a une forme de la vie sociale —le travail dans laquelle,\ncomme l'a récemment montré le docteur Bûcher, on peut trouver les origines du\nrythme.\nL'homme a besoin de travailler, et il ne peut pas, dans un grand nombre de\ncas, travailler seul ; or, dès qu'il associe son effort à ceux d'un groupe, ses mou-\nvements obéissent à la loi du rythme.\nLe forgeron isolé qui veut enfoncer un clou dans une pièce de fer incandes-\ncente peut manier son marteau irrégulièrement ; mais si un compagnon frappe\navec lui sur le même point, il est obligé d'accomplir des mouvements égaux dans\ndes durées égales. Même loi, quand la hache de deux charpentiers s'abat tour à\ntour sur un même arbre, quand plusieurs faucheurs sont en ligne dans un pré,\nou quand une équipe de villageois bat le blé avec des fléaux. Cette socialisation\nde l'effort rend le travail à la fois plus facile et plus efficace : plus facile, parce\nqu'elle fait succéder régulièrement, pour chaque individu, le moment de dépres-\nsion au moment d'intensité; plus efficace, parce qu'elle crée une émulation,\ncomme l'a remarqué le vieil Homère en parlant de Nausicaa et des jeunes Phéa-\nciennes : « Dans l'eau profonde du lavoir, elles battaient le linge en rivalisant de\nzèle. »\nLe voyageur anglais Doughty remarque, en parlant des Arabes, qu' (( ils\nbroient les grains de café par des mouvements rythmiques, comme il arrive d'ail-\nleurs dans tous leurs autres travaux )). Max Bûcher parle du bruit mesuré des\n(( battoirs à Tapa )) qui, dans un village polynésien, est aussi caractéristique\npour le voyageur que dans une de nos campagnes, en automne, le battage\ndu blé. Dans Les Colonies françaises (t. I, p. 3oc), ouvrage paru en 1889\nà propos de l'Exposition internationale), on décrit ainsi l'action de semer le riz à\n\n(1) Le lecteur qui voudra un résumé très clair de cette doctrine n'aura qu'à consulter, au mot\naccent, le très beau Dictionnaire d'Archéologie chrétienne publié par le R. P. Dom Cabrol, prieur\nde Farnborough (Paris, Letouzey)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.12", "texte": ".ESTHÉTIQUE MUSICALE\n\nMadagascar : « La culture du pays est l'affaire des femmes. Elles s'avancent en\nfile, ayant à la main un bâton pointu, avec lequel elles font de petits trous ; elles\nmettent dans ces trous quelques grains de riz, puis les comblent avec leurs\npieds. Cette opération s'accomplit avec une grande régularité, un rythme forte-\nment marqué, ce qui fait ressembler ces femmes à une troupe de danseuses. ))\nIl faut que la mesure et le rythme soient indiqués d'une manière sensible pour\nle travailleur lui-même ou pour ceux qui le surveillent. Comment y arrive-t-on ?\nDans les travaux qui ont pour premier objet la percussion du métal ou du bois, la\nnature elle-même produit un son significatif, à intervalles égaux. Dans les autres,\nun instrument accessoire est souvent employé. Les Malais rament au son du\ntam-tam ; au Soudan et en Chine, les corvées s'exécutent au son du tambour ;\nles Grecs anciens travaillaient au son de la flûte. Une terre-cuite trouvée dans les\nfouilles de Thèbes et conservée au Musée du Louvre représente quatre femmes\noccupées à pétrir dans une huche, tandis qu'une cinquième, placée à l'extrémité\ncomme une sorte de surveillante, joue de la flûte. Ce document est à rapprocher\ndu témoignage d'Athénée, d'après lequel les Etrusques employaient le rythme\ndu même instrument, aussi bien pour pétrir le pain que pour flageller les es-\nclaves. Voici un autre témoignage ignoré du docteur Bûcher et que j'emprunte\nà la Revue coloniale (numéro de mai-juin 1902, rapport du commandant Guyon\nsur la construction d'un chemin de fer au Dahomey) : cc ... Les indigènes, habi-\ntués dès l'enfande à circuler avec des charges sur la tête, portent allègrement\nleur panier plein de terre ou même de boue ruisselante, en marchant au pas à\nla file indienne, pendant que Vun d'eux marque la cadence en frappant sur une\npelle. ))\nEnfin, à défaut de ces premiers moyens, on crée un rythme artificiel à l'aide de\nl'instrument par excellence : la voix humaine.\nAinsi, le langage, la danse, le travail social, concourent à produire le rythme.\nNous ne l'avons encore considéré que dans les éléments les plus simples : alter-\nnance des temps forts et des temps faibles, intensité suivie d'une dépression ;\nmais on sait qu'en musique l'étude complète du rythme est presque identique à\ncelle de la composition, de ses coupes et des systèmes qui la constituent. Nous\ndevons donc étendre notre analyse, et parler maintenant de ce que les Allemands\nappellent la doctrine des formes {die Formenlehre).\nSauf dans les « études )), les « bagatelles », les « feuilles d'album )) ou dans\nquelques chants sans paroles, la musique associe toujours plusieurs thèmes dans\nune même composition. Or, si nous recherchons entrant ici au cœur même de\nnotre sujet quelles sont les lois diverses qui règlent la succession de ces thè-\nmes, nous trouvons que toutes elles dérivent des formes supérieures de deux faits\nsociologiques déjà indiqués : la danse (évolutions chorales et religieuses, danses\nprofanes et mondaines) et le langage verbal (composition lyrique).\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.13", "texte": "LECTURES MUSICALES\n\nLectures musicales.\n\nPROCÈS-VERBAUX DU COMITÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE DE LA CONVENTION\nNATIONALE, par J. GUILLAUME, tome IV (germinal à fructidor an II). Imprimerie\nNationale, MDCCCCI.\n\nLe titre de cet ouvrage ne semble rien annoncer de musical. Il est certain que\nsi quelque futur historien de la musique voulait chercher des renseignements\ndans les documents émanant des assemblées parlementaires de notre temps, il\nserait bien déçu. Mais la Révolution est une époque si extraordinaire qu'il ne\nfaut s'étonner de rien : on s'y occupe de tout, même de musique !\nOn sera moins surpris de voir les arts, y compris celui qui fut toujours en France\nle plus négligé, tenir une si grande place dans les préoccupations des hommes qui\nprétendaient gouverner alors l'esprit public, si l'on se rend bien compte du but\nde ces derniers. La République était proclamée depuis plus d'un an, annonçant\nl'avènement d'une ère nouvelle: pour en réaliser les promesses, il fallait détruire,\nmais, ait même moment, réédifier. Donc, on change tout : on change jusqu'à l'ordre\ndu temps (calendrier républicain) ; on voudrait changer les mœurs, et comme les\napparences extérieures sont ce qui a toujours le plus d'action sur l'esprit, on veut,\npour faciliter la réforme, changer le costume : à plusieurs reprises David est\nchargé de faire des études sur ce sujet (p. 570). Les arts ont aussi leur influence :\nil faut que désormais les artistes travaillent dans l'esprit de la Révolution (arrê-\ntés de floréal, pp. 215 et suiv,). La religion doit être renouvelée, non supprimée,\ncar, si le christianisme est proscrit, la Convention reconnaît l'existence de l'Etre\nsuprême et décrète qu'il faut l'adorer ; et si l'on ne célèbre plus la messe le diman-\nche ni les jours des anciennes fêtes, il faut, pour le décadi ou les grands anniver-\nsaires, des cérémonies civiques aussi capables que celles du catholicisme de\nfrapper l'imagination et de gagner les cœurs. La musique tient la première\nplace dans ces fêtes, dont il faut constituer de toutes pièces les divers éléments.\nAutrefois, l'on avait les maîtrises ; qu'à celà ne tienne ! On organisera le Conser-\nvatoire, qui est la maîtrise de la République ; et cette Ecole improvisée, réunis-\nsant en un groupement compact tout ce que Paris comprenait alors de forces\nmusicales, envoie des musiques militaires aux frontières, et organise les plus\nvastes exécutions dont l'histoire ait jamais fait mention. A l'église, autrefois, les\nfidèles unissaient leurs voix pour chanter : Credo ; à la fête cle l'Etre suprême,\ntout le peuple de Paris réuni aux Tuileries, puis au Champ-de-Mars, chantera\nsous la direction de Gossec, après avoir répété, un hymne composé pour la cir-\nconstance, et des strophes arrangées sur l'air de la Marseillaise ; au refrain, cinq\ncent mille exécutants !\nLes documents rassemblés par M. Guillaume dans le livre dont nous avons\ndonné le titre nous font assister à toute cette organisation musicale, que les\névénements ne permirent pas de mener jusqu'à la réalisation définitive, mais\ndont les débuts furent si extraordinaires, et dont, en somme, tout n'est pas perdu\npour nous. Ils nous montrent les Comité, Commission et Commission exécutive\nde l'lnstruction publique chargés de régénérer l'art dramatique en créant un\nrépertoire à tendances révolutionnaires et en éliminant les œuvres de tendance\nopposée (pp. 216, 252, 550, 660, etc.); d'organiser les fêtes nationales (pp« 216,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.14", "texte": "LECTURES MUSICALES\n\n339 i 5 59 et suiv., etc.), à quoi l'lnstitut national de musique coopéra avec la plus\ngrande activité ; nous les voyons recevant communication d'hymnes et chants\npatriotiques de toute espèce, parmi lesquels la publication périodique : Musique\nà l'usage des fêtes nationales, faite par l'lnstitut de musique, est certainement la\nplus notable (pp. 195, 547-49, 806, et, pour les communications moins impor-\ntantes, plus d'une centaine de mentions) ; s'occupant de choisir un emplace-\nment à l'Opéra (pp. 7, 11) ; présentant un rapport sur des corrections aux\nparoles de Castor etPollnx, corrections qualifiées de vandalisme (pp 714 et suiv.) ;\nrecevant des réclamations des organistes Couperin (p. 245) et Séjean (pp.\n449-50) ; protestant contre la mise en vente des orgues, et leur donnant satisfac-\ntion, des plaintes de Steibelt au sujet des droits d'auteur de Roméo et Juliette\n(pp. 934, 937, 962), écoutant une communication relative aux Consolations des\nmisères de ma vie, le recueil posthume des romances de Jean-Jacques Rousseau\n(p. 978), etc.\nLes pages les plus intéressantes, au point de vue musical, que renferme ce\nlivre si divers par les matières qui y sont comprises, sont celles qui concernent\nla fête de l'Etre suprême (près de quatre-vingts pages, de 339 à 366 et de 559 à\n606), les fêtes de messidor, où fut exécuté le Chant du Départ (p. 707 et suiv.), et\nla fête projetée en l'honneur de Bara et Viala pour le 10 thermidor, dont l'évé-\nnement de la veille empêcha la célébration (779, 850). Nous détachons du pre-\nmier de ces récits le document suivant, une lettre signée des plus grands noms\nde France au point de vue musical; écrite à la veille de la fête de l'Etre suprême,\nelle jette une lueur singulièrement vive sur les aspirations du moment, aussi\nélevées au point de vue social qu'à celui de l'art pur (pp. 568-569).\n« Représentants du peuple,\n(( La Convention nationale, en décrétant des lêtes dignes de la majesté du\npeuple, a appelé tous les arts à concourir à leur magnificence.\n(( La musique a une part trop active à la célébration de ces fêtes par le\ncaractère qu'elle y imprime, pour que l'lnstitut national ne se pénètre pas des\nfonctions sublimes qu'il a à remplir.\n(( Il ne considère pas seulement les richesses que l'art de la musique doit appor-\nter dans ces fêtes, et les élèves musiciens qu'il doit former, pour tous les points\nde la République ; il est une fonction plus honorable encore à laquelle il se\nvoue : c'est de transmettre au peuple les chants des hymnes qui auront été choisis\npour être consacrés dans les fêtes publiques.\n(( Le vide qui laisse la suppression du rituel du fanatisme doit être rempli par\nles chants de la liberté, et le peuple doit augmenter, par ses accents, la solennité\ndes fêtes consacrées aux vertus que la République honore.\n(( Des chants simples seront composés, les membres de l'lnstitut se rendront\ndans chaque section, dans les écoles primaires : le peuple et sa portion la plus\nintéressante, l'espoir de la patrie, y apprendront les hymnes qui devront être\nexécutés dans les fêtes.\n« Alors le peuple français libre prouvera à l'Allemagne et à l'ltalie asservies\nqu'il possède aussi le génie de cet art, mais qu'il ne le consacre qu'à chanter\nla liberté.\n(( Dans l'Ecole de Mars, les jeunes patriotes seront exercés par l'lnstitut aux"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.15", "texte": "PHONOGRAPHES ET GRAMOPHONE\n\nchants belliqueux : l'enthousiasme de la liberté, l'amour de l'égalité et le sévère\ncaractère du pur républicanisme en recevront une nouvelle force.\n(( Que les despotes tremblent, c'est par un chant national que, plus d'une fois,\ndans les combats, le Français redoubla sa valeur ; et c'est par des chants popu-\nlaires que fut animé le courage qui brisa le trône du tyran.\n(( Les accents delà liberté précédent toujours ses étendards.\n(( Au nom de l'lnstitut national de musique :\n« LESUEUR, compositeur ; MÉIIUL, compositeur ; GOSSEC, compositeur ; DALEY-\nRAC, compositeur; SARRETTE ; CATEL, compositeur; P. RODE, violon ; DEVIENNE,\ncompositeur ; HERMANN, claveciniste ; LEFÈVRE, clarinette ; Ozi, basson ; VENY,\nsecrétaire ; BUCH, cor ; SALLANTIN, hautbois ; L. JADIN, compositeur ; MATIIIKU,\nserpent ; lIUGOT, flûte ; LE CASSEUR, violoncelle ; F. DUVERNOY, cor ; BLASIUS,\nviolon. »\n\nJULIEN TIERSOT.\n\nPhonographes et Gramophone.\n\nJ'avais un jour l'honneur de m'entretenir avec un physicien qui pourrait être\nillustre pour ses seuls travaux d'acoustique, mais que d'autres découvertes ont\nillustré davantage encore. Et, comme je le sollicitais de reprendre des recherches\ninterrompues depuis trente ans : (( Le phonographe, lui dis-je, ne pourrait-il\nêtre employé aujourd'hui à la détermination exacte de la hauteur des sons émis\npar un instrument ou un chanteur ? Le phonographe ? me fut-il répondu. Ah !\nl'odieux instrument ! Il joue toujours faux! ))\nLe jugement est sévère, sans doute ; plus d'un musicien y souscrirait cepen-\ndant : les images sonores fournies par le phonographe ne sont pas des portraits\nressemblants ; tout au plus y trouve-t-on cet (( air de famille » que se bornait à\ngarantir un peintre modeste. L'instrument y met beaucoup du sien : les inter-\nvalles sont souvent faussés, les sons aigus ont une fâcheuse tendance à sortir\navec trop d'éclat, enfin et surtout le phonographe a sa voix, qui est peu plai-\nsante, et c'est à travers la pratique de Polichinelle que nous croyons entendre\nparler nos plus exquis diseurs ou nos plus chers amis. Ces défauts, insuppor-\ntables à beaucoup d'entre nous, ne doivent pas cependant nous faire oublier\nqu'il serait d'un grand intérêt de pouvoir enregistrer un discours, un air ou un\nmorceau de musique, avec sa sonorité exacte et ses nuances : ainsi se trouverait\nconservé ce qui semble appelé à disparaître sans retour ; et nos descendants\npourraient écouter encore un van Dyck, un Joachim, un Ysaye, un Risler, plus\nheureux que nous qui ne connaissons plus que par ouï-dire les improvisa-\ntions de Chopin ou la voix de la Malibran. C'est pourquoi nous croyons que\ntous les musiciens doivent s'intéresser à toutes les tentatives que l'on fait pour\naméliorer les appareils enregistreurs du son : il y a là une lutte, pénible et\nobstinée, pour fixer les impressions insaisissables de l'ouïe, et solidifier ces\n(( paroles ailées )), dont l'inconsistance frappait déjà le vieux poète. Cette lutte\nne doit pas nous laisser indifférents, puisqu'elle sauverait de la destruction la\nmatière même de notre art, jusqu'ici réduit à représenter par des signes toujours\ninsuffisants la fuyante mobilité des sons."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.16", "texte": "PHONOGRAPHES ET GRAMOPHONE\n\nLe phonographe est un appareil fort simple : une membrane armée d'un\nstylet vibre au-dessus d'un cylindre tournant ; le stylet découpe clans la matière\ndu cylindre un sillon inégal, tout en crêtes et en vallonnements qui se suc-\ncèdent, selon que la membrane vibrante a plus ou moins appuyé sur l'outil\ntranchant. Pour reproduire le son, il suffira de remplacer le stylet par une très\npetite boule de saphir, et de remettre l'appareil en marche : la boule suivra le\nchemin tracé, gravissant les sommets, descendant au fond des creux: c'est, dans\ndes dimensions microscopiques, le jeu des montagnes russes, avec cette diffé-\nrence qu'ici c'est le chemin qui marche, et non le chariot. La membrane entrera\naussitôt en vibration, et, si la vitesse du cylindre est exactement égale à celle\nqu'il possédait lors de l'inscription, les sons se trouveront reproduits avec leur\nhauteur exacte, et même avec leur timbre : la hauteur correspondant au nombre\ndes reliefs, le timbre à la forme de ces reliefs, à leurs pentes plus ou moins\nabruptes, aux mille découpures accessoires qui viennent compliquer leur profil.\nEn réalité, la reconstitution du son est loin d'être parfaite. En effet, la boule de\nsaphir n'est pas forcée de suivre exactement le contour accidenté qui lui est\noffert ; ce n'est que son poids, ou l'élasticité de la membrane, qui la fait des-\ncendre ; on conçoit que si les empreintes sont trop serrées, elle puisse en laisser\npasser, c'est-à-dire franchir d'un bond l'intervalle compris entre deux crêtes,\nsans prendre la peine d'aller voir ce qui se passe au fond de la vallée : une vi-\nbration est alors supprimée, et le son baisse en conséquence. Et surtout les\npetits reliefs accessoires, collines, coteaux, tranchées et talus, ne sont reproduits\nque de loin en loin, parce que le moindre rebondissement de la boule sur la\nsurface accidentée qu'elle parcourt suffit à supprimer ces détails. 11 résulte\nde là que le timbre du son enregistré est simplifié comme de parti pris ; aussi\nest-il presque entièrement couvert par le timbre propre de la membrane, que\nrien ne vient atténuer. Enfin les vibrations rapides sont favorisées aux dépens\ndes lentes : la membrane les préfère, et les inscrit en profonds sillons, qui se tra-\nduisent, lors de l'exécution, par des éclats insupportables. Ce dernier inconvé-\nnient est atténué si l'on se résout à limiter les mouvements au moyen d'une\nsorte de frein ; mais les sons graves, qui n'en peuvent mais, sont assourdis\négalement, et l'intensité totale diminuée. Quant au défaut d'exactitude, il est\nd'autant moins sensible que les reliefs sont moins serrés, car alors les petits\nrebondissements ont moins d'importance. On arrive à ce résultat en employant\ndes cylindres de grand diamètre : c'est, croyons-nous, l'inventeur Edison qui\nappliqua le premier ce perfectionnement. Mais le phonographe reste, quoi que\nl'on fasse, inexact, capricieux et nasillard, parce qu'on ne peut jamais astreindre\nla boule à suivre dans ses derniers détails le relief du cylindre.\nIl n'en va pas de même avec le Gramophone : cet appareil, essentiellement\ndifférent du Phonographe, n'inscrit pas le son sous la forme d'une route mon-\ntante et descendante, mais d'un sillon d'une profondeur constante, dont les sinuo-\nsités, les courbes, les détours et les lacets reproduisent exactement le mouve-\nment vibratoire. Ce sillon n'est plus tracé sur la surface courbe cl un cylindre,\nmais s'enroule à plat sur un disque tournant. Une aiguille plonge dans ce sillon t\ndéviée tour à tour à droite et à gauche de sa position d'équilibre, elle tire, par\nl'intermédiaire d'un bras de levier, la membrane vibrante, forcée de reproduire\ntous ces mouvements. On voit l'avantage de cette disposition : l'aiguille, exacte-\nment encastrée dans le sillon directeur, est forcée d'en épouser le contour et de"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "225", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.17", "texte": "le suivre dans son dernier détail ; car il ne s'agit plus ici d'un relief dont on peut\nfranchir au vol les vallées moins importantes, mais d'une tranchée dont les\ndeux bords agissent toujours à la fois, l'un pour pousser, l'autre pour retenir.\nL'aiguille n'a ainsi aucun mouvement propre, et ne peut pas plus s'écarter du\nchemin tracé qu'un train de la voie du chemin de fer. La conséquence sera la\nreproduction exacte du timbre. Tel est le principe du brevet pris en 1887 par\nBerliner, abandonné en raison des difficultés de l'exécution, repris en 1896 par\nMM. Johnson et Clark, qui ajoutèrent un perfectionnement : la préférence\nfâcheuse de la membrane pour les sons aigus est corrigée sans que les sons\ngraves y perdent, grâce à une ingénieuse application des lois de l'élasticité. Le\nGramophone est aujourd'hui construit industriellement, et une Compagnie fran-\nçaise (1) s'est formée pour l'exploitation des brevets dans notre pays : j'ai pu me\nfaire une opinion personnelle sur la valeur du nouvel appareil, d'ailleurs en plein\nsuccès, grâce à une longue audition, où toutes les gloires de nos théâtres et de\nnos concerts ont défilé avec leur voix, leurs nuances et leur style particulier :\nM. Renaud chante l'air de la Damnation de Faust, Voici des Roses, de cette belle\nvoix si pleine, et qui semble plus riche encore dans la nuance douce où il\nsait la maintenir ; on peut se croire au théâtre Sarah-Bernhardt ; voici\nM. E. Caruso qui rugit, à l'italienne, un air de Paillasse, M. Tamagno qui dé-\ntaille le dernier air d'Otello, passant de la rage au sanglot, pour finir par le râle ;\npuis Mme Litvinne lance avec une valeureuse ardeur et une incomparable facilité\nles appels de la Wallcyrie ; Mme E. Calvé enlève de verve la Habanera de Car-\nmen; Mme Vialtzeva roucoule une romance tzigane, et je reconnais les inflexions\ncomplexes et le bruissement charmeur de la langue russe : les consonnes adou-\ncies, les voyelles mixtes, Yi dur, le mouillé, Yo éclairci ; enfin M. van Rooy me\nfait retrouver des impressions de Bayreuth, avec la grande et simple mélan-\ncolie de ses Adieux à la Walkyrie. Ce n'est pas tout : voici M. Kubelik qui,\ndédaigneux des Sonates de Bach vraiment trop faciles, exécute sur son violon le\nSextuor de Lucie de Lammermoor ; accords enlevés d'un coup d'archet, gravité\nde la quatrième corde, fusées sonores de la chanterelle, rien n'a été omis par\nl'appareil, qui n'a pu malheureusement ajouter à cette pauvre musique une har-\nmonie un peu plus riche et des accents moins platement larmoyants. Enfin je\nsuis admis à entendre Grieg dans ses œuvres, et un fragment d'une Rha-\npsodie de Liszt, exécutée par M. Pugno trois jours auparavant : c'est, dans une\nsonorité cristalline, un prodigieux jaillissement de notes, un torrent sonore qui\nse précipite avec une fougue grandissante ; 1 artiste inspiré se donne tout entier.\nIl fut émerveillé, paraît-il, de l'exactitude et de la richesse de ce portrait musical\nqui lui permettait d'être pour une fois son propre auditeur. On ne peut que s'as-\nsocier à une approbation aussi compétente : le Gramophone se distingue de tous\nles appareils enregistreurs du son par sa puissance, qui est du double, et surtout\npar l'exactitude avec laquelle sont rendues toutes les finesses de l'exécution, toutes\nles qualités spéciale du timbre On éprouve, à ces auditions, le plaisir artistique\nle plus pur, et je crois qu'il était bon de signaler aux musiciens une invention\nqui dès maintenant permet à chacun d'entendreet de réentendre les chefs-d'œuvre\ndes maîtres, interprétés par d'autres maîtres.\n(i) La Compagnie a ses bureaux et ses magasins à Paris, t iB, rue Réaumu-r.\n\nLOUIS LALOY.\n\nR. M.\nPHONOGRAPHES ET GRAMOPHONE\n14"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "226", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.18", "texte": "INFORMATIONS\n\nInformations\n\nPar arrêté en date du 25 avril dernier, M. Manoury, désigné en première\nligne par le Conseil supérieur, a été nommé professeur titulaire d'une classe de\nchant au Conservatoire national, en remplacement de M. Auguez, décédé.\nM. Lorrain, lauréat du Conservatoire, qui avait été désigné en second,remplira\nles fonctions de suppléant de cette classe jusqu'au 31 juillet 1903.\n—» Par acte notarié en date du 17 avril 1903, Mlle A. Rose, fille d'un ancien\nprofesseur au Conservatoire, a constitué en faveur de cet établissement une rente\nde deux cents francs pour la fondation d'un prix annuel à décerner à l'élève\nayant remporté le premier prix de clarinette.\nUn décret sera prochainement soumis à la signature de M. le Président de la\nRépublique pour l'acceptation de ce legs.\nLes cinq matinées musicales consacrées à l'audition annuelle des élèves\ndes cours Hortense Parent ont eu lieu avec plein succès, les 17, 20, 21, 22 et 24\nmai, salons Pleyel. On sait que ces cours d'amateurs (rue de Buci, 12, et rue\nSaint-Lazare, 43) sont les Ecoles d'application de l'Ecole préparatoire au profes-\nsorat du piano fondée par Mlle Parent, en 1882.\nM. Weckerlin, bibliothécaire du Conservatoire national de musique, a\ndonné, le 14 de ce mois, dans la grande salle de cet établissement, une audition\nprivée d'un choix de chansons populaires de diverses provinces de la France,dont\nil vient de terminer l'édition.\nSous les auspices de M. Th. Dubois, directeur du Conservatoire national\nde musique et de déclamation, M. le professeur Lavignac entreprend la publica-\ntion d'un dictionnaire encyclopédique du Conservatoire qui doit être rédigé par\nMM. les membres du Conseil supérieur et MM. les professeurs du Conservatoire.\nM. A. Bruneau a été nommé chef d'orchestre du théâtre national de\nl'Opéra-Comique, en remplacement de M. Luigini, qui n'a pas renouvelé son\nengagement.\nLa municipalité de la ville de Valence (Espagne) organise un concours\ninternational de musiques militaires et civiles, pour le mois de juillet prochain, à\nl'occasion de la grande foire annuelle de cette ville.\nUne musique civile et une musique militaire françaises doivent prendre part à\nce concours. La musique civile de Valence (Drôme) a été désignée.\nNous apprenons que les Chambres suédoises ont adopté un projet d'adresse\nau roi demandant que le gouvernement mette à l'étude la question de l'établis-\nsement d'une taxe ou patente applicable aux artistes étrangers venant en Suède\ndonner des concerts ou des représentations théâtrales. Cette taxe serait propor-\ntionnelle au chiffre de la recette.\nIl est question de transformer en succursale du Conservatoire l'Ecole natio-\nnale de musique de Nîmes.\n—LE CAHIER DE PUNITIONS A L'OPÉRA. M. Gailhard, directeur, vient de"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "227", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.19", "texte": "INFORMATIONS\n\nverser à la Caisse des dépôts et consignations la somme de 1231 fr. 90,\nreprésentant les retenues réglementaires et disciplinaires exercées sur le per-\nsonnel de l'Opéra pendant le mois d'avril 1903.\n-- CÉRÉMONIES MUSICALES A L'ORDRE DU JOUR : inauguration des monuments\nd'Ambroise Thomas et de Gounod (parc Monceau), de Garnier (Opéra) et de\nCésar Franck (square de Sainte-Clotilde).\nLes Concerts suivants auront lieu, dans les salles de la maison Pleyel\n(22, rue Rochechouart), du ierau 13 juin: i° dans la grande salle : le 2, à\n4 h., MM. Risler et Oliveira (piano et violon) ;le4, à 8 h., Mlle Dyer, pianiste\nautrichienne ;le 5, Mme Nauvernay (chant); le 6, Mlle de Germain (italienne,\npiano) ; le 9, M. Ed. Tourey (orchestre « la Tarentelle ») ; le 13, M. Wartel-\nLhéritier (séance d'élèves de chant). Dans l'après-midi (salle des quatuors), des\nséances d'élèves seront données, aux mêmes dates, par MmcS Samuel, Piraclon,\nAlran, François, Bandin, Mathieu, Çlérambault.\nDans la-dernière semaine de mai, a eu lieu la session d'examen pour le\ncertificat d'aptitude à l'enseignement du chant (degré supérieur) dans les Ecoles\nnormales. Le jury était ainsi composé : président, M. Jost, inspecteur général de\nl'enseignement primaire ; vice-président, M. H. Maréchal ; MM. Paul Vidal,\nPierné, Bouchor ; Mmes Bastien, jumel.\nCandidats reçus, par ordre de mérite : Mmes Péan, Larzillière, Weill, Lang,\nNorguin, Grégoire, Vergé, Dagbert, Chariot. Hommes :M. Boutin.\nLe créateur d'une science nouvelle, la Phonétique expérimentale, qui lui a\ndéjà ouvert les portes du Collège de France, après lui avoir mérité, à deux\nreprises, le prix Volney, à l'lnstitut, M. l'abbé Rousselot vient de fonder, avec\nM. Marcel Natier, docteur en médecine, un (( Institut de laryngologie ». Dans\ncet établissement, on promet de soigner avec succès le bégaiement, le zézaie-\nment, le chuintement, tous les troubles de la parole, congénitaux ou acquis, et\nmême la surdité et le mutisme. L'autorité de l'abbé Rousselot est telle, qu'il\nfaut noter ce fait comme un sérieux progrès scientifique.\nNous recevons de Béziers, sur de très belles cartes reproduisant les spec-\ntacles d'antan, l'annonce que la Déjanire de Saint-Saëns sera jouée, en août,\nau théâtre des Arènes.\nDes médailles d'argent viennent d'être accordées par M. le Ministre de\nl'lnstruction publique et des Beaux-Arts pour être décernées, en son nom, au\nconcours de musique organisé parles villes du Vigan (Gard), de Ghâteaudun\n(Eure-et-Loir), Gentilly (Seine), Sauvic (Seine-Inférieure) et Saint-Malo (Ille-\net-Vilaine.)\n—Le ier octobre 1903, en présence de l'empereur d'Allemagne, aura lieu, à\nBerlin, l'inauguration du monument R. Wagner. Le Comité a pour président\nd'honneur le Comte de Hochberg, intendant général des théâtres royaux ; pour\nprésidents, MM. Leichner et Dincklage-Campe. On trouve parmi ses membres\nles noms de Saint-Saëns, Gailhard, Chevillard, Cortot, Colonne, G. Charpen-\ntier, A. Bruneau, Massenet,etc... baron C. de Stackelberg (Russie),A. Mackenzie,\nHubert Parry, W. Cummings (Angleterre), etc... Il semble cependant que les\ntravaux de ce Comité soient un peu pénibles. Un programme de fêtes avait été"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "228", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.20", "texte": "INFORMATIONS\n\nélaboré par la famille de R. Wagner et exposé dans une conférence faite à la\nPhilharmonie, de Berlin. Il n'a pas été exactement suivi ; MM. Humperdinck,\nRichter, Mottl, ont décliné, comme on sait, l'invitation. Il y a des mémoires si\ngrandes et si illustres qu'il paraît malaisé d'y toucher, même avec de bonnes\nintentions. Mais les fêtes en l'honneur de R. Wagner sont-elles vraiment un\nbut, et non un moyen ?...\nUn concert, organisé avec des artistes exclusivement toulousains, sera\ndonné, le 4 juin, dans la salle du Trocadéro, par l'Association des Toulousains,\nau profit des indigents de leur pays. L'autorisation d'occuper la salle du Troca-\ndéro a été donnée à M. Benazet, attaché au Musée d'ethnographie. M. Cruppi,\ndéputé, est président du Comité ; M. Gailhard, de l'Opéra, est chargé de l'orga-\nnisation artistique. 80 chanteurs de Toulouse viendront se joindre à leurs com-\npatriotes de Paris. L'Ave Maria, de Gounod, sera chanté par 30 soprani. Au\nprogramme, mélodies de Vidal, Busser, etc...\nAprès les épreuves d'essai pour le concours du prix de Rome (épreuves\noùMlle Toutain a fait une si belle fugue), ont été admis : MM. Laparra (élève\nde Fauré), Pech (Lenepveu), Ducasse (Fauré), Revel (Fauré), P. Pierné (Le-\nnepveu), Estyle (Lenepveu). C'est le 17 mai que ces artistes entrèrent en loge,\npour un mois. Rappelons, après tant d'erreurs accréditées par certains jour-\nnaux, que ces concours dépendent de la section musicale de l'lnstitut, qui,\npour l'organisation, délègue ses pouvoirs au directeur et au chef du secrétariat\ndu Conservatoire.\n—LA DAMNATION DE FAUST. Au sujet de la Damnation de Faust, que\nM. Raoul Gunsbourg vient de faire exécuter, non comme poème symphoni-\nque, mais comme opéra,au théâtre Sarah-Bernhardt, la presque unanimité des\ncritiques a renouvelé en les accentuant parfois de façon plus énergique les\nréserves faites ici même, il y a un mois, par le directeur de la Revue musicale.\nM. Gunsbourg, comme pour répondre à une sorte de mise en demeure, a publié\nsur ses programmes le fac-similé de quelques lignes —■ illisibles de Berlioz.\nCe document, tel qu'il est présenté, est loin de nous convaincre ; en outre,\nM. Gunsbourg s'obstine à confondre deux moments très distincts dans la vie du\ngrand compositeur : celui où il a eu, effectivement, le projet d'écrire un opéra\nsur Faust, et celui où, renonçant àce projet, il a écrit, sur le même sujet, une\nsymphonie à programme en utilisant des mélodies antérieurement écrites.\nNous publierons prochainement des lettres (inédites) où Berlioz parle du succès\nobtenu à Vienne par sa Damnation et où (contrairement à toute vraisemblance\nsi on accepte la thèse de M. Gunsbourg) il n'exprime pas le'moindre regret de\nvoir son œuvre privée des succès du théâtre et réduite à ceux du concert.\nM. Gunsbourg aurait vraiment tort de s'obstiner dans une thèse vraiment\ninsoutenable ; son adaptation est une fantaisie dangereuse, tolérable à la con-\ndition qu'on n'insiste pas."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "229", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.21", "texte": "LES CONCERTS\n\nLes Concerts.\n\nCONCERTS ED. RISLER.\nGUSTAVE SAMAZEUILH.\nLa perspective d'entendre les quatre dernières\nSonates de Beethoven interprétées par l'admirable artiste qu'est Edouard Risler\navait attiré au Nouveau-Théâtre, le 26 avril, un nombre exceptionnel d'amateurs\nd'art qui ne durent pas, à en juger par leurs applaudissements enthousiastes,\nregretter l'emploi de leur journée. On sait à quel point, par une incessante étude,\nRisler est arrivé à pénétrer le sens profond de tels chefs-d'œuvre et de quelle\ninoubliable manière il parvient à ressusciter devant nous le génie même de Bee-\nthoven. Aussi oublie-t-on, en l'écoutant, ce que peut avoir d'écrasant pour le\npianiste et de fatigant pour le simple auditeur l'exécution successive de ces\nquatre gigantesques ouvrages, et ne songe-t-on qu'à admirer les surprenants\nrésultats d'une pareille identification entre l'œuvre et 1 interprète. Nulle part en\neffet, comme il advient si souvent ailleurs, M. Risler ne paraît dominé\npar la musique du dieu, il en exprime au contraire chaque année avec un bon-\nheur de plus en plus grand la logique passionnée et la colossale envergure. C'est\nainsi que les Sonates (op. 109, 110, 111 et 106), dont nous n'aurons pas, on le con-\nçoit, la prétention de découvrir ici les immortellès beautés, furent rendues ce\njour-là non avec la rigidité correcte et quasi officielle si déplorablement d'usage\nen la matière, mais avec la fidélité d'émotion la plus persuasive et la puissance\nla plus rare. M. Risler n'est plus un pianiste, soucieux d'étaler indiscrètement le\nluxe d'une virtuosité pourtant prodigieuse, il est avant tout un musicien consa-\ncrant son talent et toute son intelligence à traduire le véritable esprit des œuvres\nqu'il interprète et à en faire saisir toute la portée à ceux qui l'entendent. De tels\nartistes sont l'honneur et l'exemple de leur profession ; il est juste, il est salu-\ntaire de les voir acclamés et compris comme le fut M. Risler au cours de la\nséance du 26 avril et de celles des dimanches suivants, dont le souvenir n'est pas\nprès de s'effacer de notre mémoire.\n\n17 mai. Que M. Risler a raison de ne point accélérer, clans le ier mouve-\nment de la Sonate de Franck, le solo du piano ! Combien d'artistes, et non des\nmoindres, ont essayé, à ce passage, de transformer Franck en Chopin ! Mais\nil était digne de M. Risler de ne pas céder à une pareille tentation. M. Thibaut,\nà ce voisinage, gagne un jeu plus sincère et plus simple ; puisse-t-il jouer\nsouvent avec M. Risler! Mme Mysz-Gmeiner possède une diction admirable,\nune voix étendue, et un profond sentiment qui lui vaut un succès d'enthou-\nsiasme dans les mélodies de Brahms, Strauss, Schubert Schumann et Liszt.\n—A LA SALLE ERARD, Mme Jaëll donnait, le 13 mai, un fort beau concert :la\nSonate de Beethoven en ut dièse mineur, les Scènes d'enfant de Schumann,\ndes compositions de Liszt et de l'artiste elle-même ont été interprétées avec\nune grande délicatesse de sentiment, et une souplesse de rythme inouïe jusqu'à\nce jour. Mmc Jaëll combat le bon combat, pour l'émancipation de la musique ;\nc'est pourquoi nous sommes particulièrement heureux de son succès.\nLES CHANTEURS DE SAINT-GERVAIS ont prêté leur concours, le 18 mai, à la\ndernière conférence de M. Laloy sur la Musique antique et le Chant grégorien"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "230", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.22", "texte": "NOTES BIBLIOGRAPHIQUES\n\n(École des Hautes Études sociales). Le programme cle ce petit concert compre-\nnait quatre pièces, quatre chefs-d'œuvre :\nUna hora (Répons-nocturne ; chant grégorien) ;\nChristus factus est (Répons-graduel ; chant grégorien) ;\nResurrexi (Introït ; chant ambrosien) ;\nÜbi caritas et amor (Antienne ; chant grégorien).\nLes pures mélodies ont retrouvé, grâce à une exécution parfaite, toute leur\nfraîcheur et leur souplesse; l'impression produite a été profonde. Rien ne\nsaurait égaler le charme et l'irrésistible attrait de cette musique affranchie de\ntoutes les entraves de l'harmonie et de la mesure, dont les inflexions semblent\nimiter le vol des oiseaux ou l'essor des rameaux fleuris.\nM. CIIARLES-W. CLARK, baryton, a donné, le 18 mai, un fort beau concert\nà la Salle des Agriculteurs. Les mélodies de Schubert et Schumann ont été inter-\nprétées avec beaucoup de puissance et ont valu à l'artiste un succès mérité.\nLA SCHOLA CANTORUM, toujours active, a consacré son concert du 19 mai aux\nœuvres d'E. Chausson. Interprétation de premier ordre : M . Georges Jacob tient\nl'orgue, Mmc Raunay chante la Chanson perpétuelle, accompagnée par le Quatuor\nParent, Mlle Selva joue les pièces intitulées Quelques Danses, et accompagne\nM. E. Ysaye dans le Poème pour Violon. Une inspiration délicate et mélanco-\nlique, d'une grande fraîcheur, est la qualité dominante, et précieuse entre toutes,\ndu maître disparu. J'aime surtout la 2e et la 3° des grandes Antiennes pour orgue,\noù la tonalité grégorienne est ingénieusement respectée, la Chanson perpé-\ntuelle, dont le thème a le courage d'être simple et est fort beau, les Quelques\nDanses, joliment attristées, l'Oraison tirée du recueil intitulé Serres chaudes,\nanalysé ici même (1), et surtout la mélodie écrite sur des vers de M. Bouchor,\nLe Temps des LU as, dont Mmâ Raunay asi bien rendu la douceur affligée et le\ntendre regret. Le Poème pour violon et le Quatuor pour piano et cordes,\nmalgré la solidité des idées, ont peut-être quelques longueurs dans les dévelop-\npements, trop uniformément conçus sous forme de variations; mais le 2e mou-\nvement du Quatuor ( Très calme) est de tout point admirable.\n\nL. L.\n\nLE NOUVEL ORCHESTRE, dirigé par M. F. de Lacerda, auquel nous consa-\ncrions un article dans notre numéro de mars 1903, vient de prêter gracieuse-\nment son concours àun Concert de charité donné le 25 mai à la salle Érard,\nAu programme :M. Delmas, Mme Raunay, MM. E. Risler et C. Bellaigue (on\nsait que déminent critique est aussi un excellent pianiste). Voilà certes un beau\nvoisinage, dont la jeune société s'est montrée digne en exécutant avec beaucoup\nde chaleur et de délicatesse différentes œuvres de Grieg pour orchestre à\ncordes et deux exquises mélodies cle César Franck (La Vierge à la Crèche et\nle Sourire de Mai) arrangées pour orchestre et chœur. Nous avions donc\nraison de prédire de grands succès à cette intéressante fondation.\n\nNotes bibliographiques\n\nMUSIQUE NORVÉGIENNE\nGrieg, Svendsen et Sinding ont répandu en Europe la renommée de la musi-\nque norvégienne. Elle n'est pas très abondante, mais très poétique. Elle a sur-\ntout un sentiment de la nature qui lui est personnel, et elle est nourrie des beaux\n\n(1) Revue cle décembre 1902»"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "231", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.23", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nchants populaires du pays. Elle leur doit sa grâce mélodique, et elle y joint le\ndon des délicates harmonies. Voici les noms des œuvres et auteurs principaux de\ncette Ecole au xixe siècle :\nWALDEMAR TFIRANE (1790-1828), Une Aventure dans les Montagnes passe pour\nle premier opéra-comique norvégien qui ait présenté (( un caractère vraiment\nnational )).\nlIALFDAN KJERULF (1815-1868), « précurseur de Grieg », auteur de charmantes\nmélodies et de chœurs à quatre voix, d'un caractère populaire.\nRIKARD NORDRAAK (1842-1866), cousin de Bjornson, a écrit la partie musicale\nde plusieurs drames de ce dernier : Sigurd Slembe et Marie Stuart.\nJOHAN SELMER, né en 1844, prit part à la Commune de Paris en 1871, et fut\nnommé par elle membre d'un Comité musical. Il écrit, peu après, Y Année terrible,\ngrand ouvrage symphonique, et beaucoup de musique orchestrale et vocale.\nJOHAN-SÉVÉRIN SVENDSEN, né en 1840, étudia à Leipzig, et devint en 1883 chef\nd'orchestre de l'Opéra de Copenhague : - Symphonies en ré majeur et en si bémol\nmajeur. Quatre Rapsodies norvégiennes. Deux quatuors. Un quintette. Un octuor.\nDes ouvertures. Deux cahiers de lieder. Des arrangements pour petit orchestre\nde chants populaires norvégiens, suédois, et islandais.\nEDUARD HAGERUP GRIEG,né en 1843, à Bergen,étudia à Leipzig,puis à Copen-\nhague, avec Gade. Nordraak lui révéla les chants populaires du Nord. Il fonda,\nen 1867,1 a Société de musique de Christiania, et la dirigea jusqu'en 1880.Tout le\nmonde connaît ses pièces de piano, ses trois sonates de violon, la musique de\nscène pour Peer Gynt, son concerto pour piano, ses quatuors, sa sonate pour\nvioloncelle, ses recueils de lieder.\nCHRISTIAN SINDING, né en 1856. Œuvres symphoniques, lieder, et musique de\nchambre. (Concerto de piano en ré b majeur, Concerto de violon en la majeur.\nRomance pour piano et violon.)\nCes renseignements sont extraits de l'excellent petit livre de M. Albert Soubies.\n\nPublications nouvelles.\n\nL. L.\nALBERT SOUBIES.— Histoire de la mu-\nsique. - Etats Scandinaves XIX* siècle,\nNorwège. Flammarion, 1903.\nNotre éminent confrère, M. Albert\nSoubies, continuant la série de ses in-\ntéressantes études, vient de faire pa-\nraître le 13E volume de son Histoire de\nla musique. Ce volume est consacré à\nla Norwège au xixe siècle. Sous une\nforme succincte , M. Soubies y donne\nde précieux détails sur les compositeurs,\nvirtuoses et musicologues norvégiens,\nsur léchant populaire, et sur la mu-\nsique finlandaise.\nXAVIER HABERL. —Histoire et valeur\ndes livres de chant liturgique officiels\nVall.). Ratisbonne, Pustet, 1903.\nDéfense de la tradition contre les at-\ntaques des Bénédictins de Solesmes et\nde dom R. Molitor : oh compare le\ntexte de l'édition officielle de 1614 a\ncelui du Liber Gradualis de dom Po-\nthier, pour montrer que PalestrinaQ),\nZoilo, Suriano et Anerio ont amélioré,\netnondénaturé, les anciennes mélodies.\nAMÉDÉE GASTOUÉ. Les principaux\nChants de la Messe et de V Office.\nParis, Poussielgue, 1903.\nCe petit livre est un recueil de mé-\nlodies grégoriennes d'exécution facile,\ntraduites en notation moderne. Son\nobjet avoué est la vulgarisation du\nchant grégorien et sa diffusion dans\nles paroisses pauvres d'argent ou de\nsavoir. L'indication de la date appro-\nximative des pièces, ainsi que celle des\nsources du texte, lui donnent cepen-\ndant un caractère de précision qui plaira\nà tous les esprits méthodiques.\nCe sont là deux innovations très\nheureuses."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "232", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.24", "texte": "LE BAROMÈTRE MUSICAL\n\nLe baromètre musical.\n\nTHEATRES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nDATES\nRECETTES\nOpéra-Comique\nLa Traviata, les Noces de Jean-\nnette.\n16 avril matinée\n6869 fr. 00\n—\nLa Navarraise, le Caïd.\nLakmé, le Maître de Chapelle.\nPhryné, la Navarraise.\nsoirée\n7755 fr. 00\n—.\nl7\n—\n5139 fr. 00\n—\n18\n—\n7734 fr. 00\n—\nLouise.\n'9\nmatinée\n571 1 fr. 00\n—\nCarmen.\nsoirée\n6007 fr. 5o\n—\nLe Domino noir.\n20\n—\n3712 fr. 5o\n—\nManon.\n2 I\n—\n6oo3 fr. 5o\n—\nCavalleria Rusticana, Muguette.\n22\n—-\n5694 fr. 5o\n—\nPhryné, la Navarraise.\n23\n—\n5427 fr. 5o\n—\nWerther (première.)\n24\n—\n1227 fr. 0.0\n—\nPhryné, la Navarraise.\nLakmé, la Fille du Régiment.\n25\n—\n6552 fr. 5o\n—\n26\nmatinée\n73oi fr. 5o\n—\nLouise.\nsoirée\n4746 fr. 5o\n__\nWerther.\n27\n—\n4564 fr. 5o\n—\nCarmen.\n28\n—\n7186 fr. 00\n—\nCavalleria Rusticana, Muguette.\n29\n—\n4970 fr. 5o\n—\nWerther.\n3o\n—\n8526 fr. 5o\n—\nManon.\nI er\nmai\n7240 fr. 5o\n—\nWerther.\n2\n—\n9166 fr. 5o\n—\nTitania, le Médecin malgré lui.\n0\na\nmatinée\n2758 fr. 5o\n—\nMireille.\nsoirée\n4985 fr. 5o\n—\nWerther.\n4\n—\n4239 fr. 5o\n—\nMignon.\n5\n—\n7557 fr. 5o\n—\nLouise.\n6\n—\n7333 fr. 00\n—\nWerther.\n7\n—\n7864 fr. 00\n—\nLakmé.\n8\n—\n7112 fr. 00\n—\nWerther.\n9\n—\n8652 fr. 5o\n—\nMuguette, Cavalleria.\n10\nmatinée\n6486 fr. 00\n—-\nManon.\nsoirée\n5022 fr. 5o\n—-\nPhryné, la Fille du Régiment.\n11\n—\n3937 fr. 00\n—\nLouise.\n1 2\n—\n5642 fr. 00\n■—-\nWerther.\n13\n—\n6112 fr. 00\n—\nMignon.\n14\n—\n8996 fr. 00\n—\nWerther.\n15\n—\n6184 fr. 5o\nOpéra\nPaillasse, Samson et Dalila.\nl7\navril\n21441 fr. 41\n—■\nLohengrin (prix réduits.)\n18\n—\ni5520 fr. 00\n—\nLa Statue.\n20\n—\n14814 fr. 41\n—\nLa Valkyrie.\n22\n—.\n16644 fr. 76\n—\nGuillaume Tell.\n24\n—\n1 8463 fr. 41\n__\nSamson et Dalila, Paillasse\n(prix réduits.)\n25\n—\n14057 fr. 00\n__\nLohengrin.\n27\n—\n16057 fr- 41\n—\nFaust.\n29\n—\n16307 fr*\n—\nTannhàuser.\nier\nmai\n17757 fr. 41\n—\nPaillasse, Samson.\n4\n■—\n16432 fr. 41\n—\nLes Huguenots.\n6\n—\n16612 fr. 26\n•—\nFaust.\n8\n—\n20761 fr. 41\n—\nGuillaume Tell.\n9\n—__\n121 57 fr. 00\n—■\nRoméo et Juliette.\n10\n9947 fr. 00\n—\nPaillasse, Samson et Dalila.\n11\n—\n15406 fr. 4 1\n—\nLohengrin.\ni3\n—\n1 7831 fr. 00\n~\nGuillaume Tell.\n16\n15 3 5 8 fr. 41\nPHYSICUS."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "233", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.25", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nLETTRE XVIII\n\n[Du père]\n(Suite )\nVarsovie, ce 21 marsiB42.\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nTa lettre du 25 dernier nous a fait un double plaisir : le premier en calmant\nnotre inquiétude après trois mois de silence de ta part, et notre position eût\nencore été bien plus pénible, si M'ne Wasilewska ne nous eût rassurés, d'après les\nlettres de son fils, qui a été très flatté du bon accueil que [tu] lui as fait ; le second\nest d'apprendre par ce que tu nous marques, que tu as donné une soirée musi-\ncale (1) qui, d'après les morceaux que tu nous as envoyés, a satisfait ton auditoire.\nJe t'en félicite de tout mon cœur, principalement à cause de ta réussite qui prouve\nbien que tu conserves ta place parmi les artistes, et en second lieu, à cause de la\nrecette qui, sans doute, te met à même de passer quelques mois à la campagne\npendant la belle saison, moment où le nombre des leçons diminue ordinairement\net pendant lequel aussi tu peux te remettre de tes fatigues. Je ne te dirai rien à\nl'égard de l'économie et de l'avenir, sinon, que si nous avions pu économiser\ndavantage, nous nous en trouverions mieux, quoique nous soyons contents. J'ai\ngardé la chambre pendant presque tout l'hiver, cependant j'ai été au concert\nd'Artôt qui, sans doute à cause de toi, s'est souvenu de nous et nous a envoyé\nune loge. J ai eu du plaisir à l'entendre jouer un de tes Mazurkas il a fait fureur.\nLe bon Elsner, qui ne t'oublie pas, est venu nous voir le jour de ta fête ; ses\nsouhaits sont sincères, il te veut tout le bien possible. Nous avons eu la visite du\ncomte Miecielski, qui était à Carlsbad en même temps que nous ; il se flatte de\n1 espérance de te voir un jour chez lui, et il nous a dit que tu avais renouvelé cette\npromesse à une de ses parentes qui a été à Paris. Nous sommes sûrs que tu\nserais bien reçu dans ces contrées. Liszt n'est pas encore venu ici ; on dit qu'il est\nparti de Berlin pour aller en Russie en passant par Kœnigsberg, et que ce n'est\nqu'à son retour que nous aurons le plaisir de l'entendre. Je t'avoue que je ne\nm'attendais pas à ce que tu m'en dis, et la mention qu'on fait de lui et de Thal-\n[berg] dans les articles sur ta soirée ne contribuera pas beaucoup à un rappro-\nchement. Que faire en pareille circonstance ? C'est d'agir avec ta prudence et ta\ndélicatesse ordinaires, sans céder le pas. Tu peux montrer de la noblesse dans ta\nconduite et faire retomber le tout sur lui. En voilà assez là-dessus. Je t'assure\nseulement que [tu] me feras grand plaisir en ne me laissant pas si longtemps sans\nme donner de tes nouvelles. Voilà 72 ans qui finissent ; que pendant le peu de\ntemps qui me reste, je puisse du moins encore goûter de temps en temps le plaisir\nde lire quelques-unes de tes lettres. Parle-moi de toi, de ce qui te concerne, c'est\nbien la seule chose qui puisse m'intéresser. Voilà l'été qui vient ; que penses-tu\nfaire ? Resteras-tu à Paris ? Ne feras-tu pas quelque excursion ? Enfin écris-nous\naussi au long que le temps te le permettra, sans cependant prendre sur des mo-\n\n(1) Il est fait allusion ici au concert donné par Chopin dans la salle Pleyel, le 21 février 1842,\navec la collaboration de Mme Viardot et de Franchomme.\n\nR. M.\n15"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "234", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.26", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nments qui te sont plus précieux. Crois que nous ne t'oublierons pas ; ta mère, ta\ntendre mère, malgré la faiblesse de sa vue qui baisse très fort, t'écrit quelques\nmots. Je t embrasse de tout mon cœur.\nCH.\nP.-S. Ernst est venu nous voir et m'a envoyé un billet pour son concert.\n\n(Lettre de Louise]\nMON BIEN-AIME F RÉDÉRIC,\nC est aujourd'hui seulement que nous venons te souhaiter une bonne fête pour\nle lERIER et le 5 mars ;I) ; nous n'écrivions pas, parce que nous attendions une lettre,\net, sachant que tu devais donner un concert, il nous semblait que tu attendais\npour nous en apprendre la réussite, et effectivement c'était ainsi. Grâce à Dieu, ta\nlettre est arrivée, car elle est très nécessaire à la santé et au repos de nos parents.\nJe préfère la critique de la Gazette de France. La Revue musicale n'est pas à la\nhauteur de sa critique de l'année dernière. Toujours Fritz est le seul qu'on adrpi-\nrera plus de cent fois encore, et devant lequel on s'extasiera comme on l'a fait à\npropos de ses dernières compositions qui, comme le dit Nowak[owski], sont extra-\nordinaires, les plus belles d'entre les belles. Il est heureux que le monde musical\nsoit satisfait ; on se réjouit à 1 idée que peut-être un jour tu te feras entendre, et\non s'informe. Qu'on attende, et on y parviendra, oui, sans doute comme moi,\ndans ma pensée de te revoir un jour. Merci, mon bien chéri, pour Turofwska] (2)\net pour Wasi[lewski], tous deux sont contents, satisfaits, ravis ; c'est très bien.\nPuisque Meyerbeer a écrit ainsi, je ne m'étonne pas, d'autant plus que je m'y\nconnais peu et que j'étais plus liée, grâce à toi. Ta définition est excellente, mais\nsi on travaille à la perfectionner, peut-être en résultera-t-il quelque chose C'est\nune étrange prétention que de vouloir figurer à la place de Viardot-Garcia\nMalheur à 1 amour-propre ! Si tu en avais, au lieu de ta dignité personnelle, tu\nne serais pas ce que tu es. Continue à recueillir la célébrité, l'amitié et l'estime\ndu monde ; porte-toi bien, sois gai, heureux ; que rien jamais ne te manque, et\naime-nous ; puis, pour satisfaire notre cher papa, garde une poire pour la soif\n(quoique ce ne soit pas tout à fait à ton goût) : tels sont nos souhaits. -—Tu sais\ndéjà, mon cher, quel chagrin nous avons. Tu ne croirais pas combien il nous\n\n(1) La Saint Frédéric tombe le 5 mars ; il résulte clone clairement, par les mots qui précèdent,\nque la famille Chopin fêtait le ier mars son anniversaire de naissance. Nous trouvons cette même\ndate dans une lettre de la mère de Chopin à son fils, ainsi que sur son portrait à l'huile. Lui-\nmême considérait cette date comme véritable, comme on le voit d'après une lettre de Mlle Stirling\nainsi que d'après une lettre de Chopin à la Société littéraire polonaise à Paris, publiée par Ladis-\nlas Mickiewicz : (( Souvenirs polonais à Paris », Tygodnik ilustrowany, n° 2191 (421 du 19 octo-\nbre i9oi,p. 824. Comment accorder ceci avec l'extrait de naissance publié par l'abbé Bielawski,\ncuré de Brochow (Date de la naissance de Frédéric Chopin ; Echo muzyczne, n° 486 (4) du 21 jan-\nvier 1893 »P- 29)' donnant, comme date de la naissance de Chopin, le 22 février ( 1810) ? C'est ce\nque je ne puis expliquer. J'ajoute que j'ai eu l'occasion de me persuader par moi-même de l'au-\nthenticité de cet extrait de naissance. Le lecteur trouvera à la fin de ce livre une copie exacte du\ntexte latin connu, ainsi que du texte polonais, inédit jusqu'à présent, et qui diffère considérable-\nment du précédent.\n(2) Lettre de Chopin à Mlle Joséphine Turowska, plus tard Mm® Leskiewicz, publiée dans le\nvol. n° 1, p. 108, du Livre de Souvenirs (de Mickiewicz), paru en 1898, dans l'édition Br. Natan-\nson. Varsovie."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "235", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.27", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nmanque, car rien ne remplace 1 habitude ; excellent vieillard ! Il a expiré près de\nmoi. Ayant appris, assez tard le soir, qu'il était tombé malade, j'allai le lende-\nmain pour le voir. Arrivée là, je lui dis combien il nous était pénible de n'avoir\nrien su ; alors sa belle-fille, ou je ne sais qui, a dit que mon oncle était tombé\nsubitement malade, nous ne bavons su que le mercredi, mais lui reprend alors :\nmardi; ce fut son dernier mot. Le pauvre vieillard perdit connaissance et peu\naprès il expirait. J'étais entrée à g heures et un quart du matin, et à 10 h. et demie\nil n'était plus. Je le vois constamment devant mes yeux. C'est grand dommage\nde lui ; il n'est pas mort comme il 1 aurait voulu ; il avait en tête beaucoup\nd'oeuvres philanthropiques qui sont enterrées avec lui, et la clef qu'il portait,\nnouée dans un coin de son mouchoir, a passé en des mains dévouées. Si je\nm'en crois, on nous craignait, et le vieux n'a pas eu, pendant les six jours\nqu a duré sa maladie, la consolation de voir l'un de nous ; ce n'est que la veille\nde sa mort que nous avons su qu'il était malade, et cela parce que le mé-\ndecin qui le soignait est venu voir nos parents ; sans cela nous n'aurions\nrien su qu'après sa mort, puisque le propriétaire de la maison ignorait\nlui-même qu'il fût malade. Papa en est fort affligé, d'autant plus que la même\nannée il perd Brucki, Zywny et Siebert. Artôt a fait fureur avec ta mazourka ;\nsi tu savais ce qui se passait alors au théâtre ! Notre père fondait en larmes et ne\ntoussait pas du tout. Artôt, très aimable, nous avait envoyé une loge, tribut\nrendu à nos parents par tous les artistes, à cause de toi. Nak; waska] s'étonne que\nje ne lui réponde pas, et moi je me demande.pourquoi je lui répondrais. Mainte-\nnant tout s'est éclairci : si tu retrouves les objets, envoie-les ; il paraît que Nak\nva bientôt revenir. Il n'est vraiment pas permis qu'à Paris on ne sache pas\ncombien George S. (i) a de filles. Comment s'étonner si à Varsovie] on écrit des\nchoses surprenantes ? Nous avons maintenant chez nous quantité de romanciers\net de romancières ; on écrit, on lit et on bavarde énormément.\nJ irai cette année à Ciechocinek avec les enfants ; je serai à une petite lieue cle\nla frontière, non loin de Szafarnia et de Thorn, où tu as séjourné une fois. Et toi\nque feras-tu de ta personne ? Qui sait si tu ne verras pas cette année Lebrun, le\nDocteur et sa femme, parce qu'ils se disposent à aller de ces côtés ; elle se réjouit\nbeaucoup de te revoir.\nCombien de personnes te verront encore jusqu à ce qu'arrive notre tour !\nPourvu toutefois qu il arrive ! Adieu, mon cher, écris-nous vite, car tu ne t'ima-\ngines pas quelle inquiétude c'est ici ! Porte-toi bien et aime-nous. Nous t'em-\nbrassons tous deux de tout notre cœur. Les enfants te baisent les mains. Des\ncompliments à toutes nos connaissances. Trouves-tu justifié le succès à Paris de\ncette petite pianiste de six ans ?\n\n(1) C'est une allusion à la critique du concert de Chopin, intercalée dans la France musicale.\nEn parlant du public de choix rassemblé dans la salle Pleyel, le critique observe que tous les yeux\nse tournèrent vers George Sand, quand elle entra accompagnée de ses deux ravissantes filles. Et\ncependant M,ne Sand n'avait qu'une fille ;la seconde compagne était, selon toute probabilité, cette\nAugustine dont Chopin parle souvent dans ses dernières lettres."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "236", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.28", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nLETTRE XIX\n\n[Du père]\nMonsieur, Monsieur Frédéric Chopin.\nà Paris,\nrue Pigalfle], n° 16,\nChaussée d'Antin.\n[Estampilles : « Varsovie, 17,10 » ; « Berlin, 20,10 » ; celle de Paris est illisible.]\n[Cette lettre, munie d'une annotation d'un employé des postes, fut envoyée à la Cour d'Orléans\nn# 9-1\n\nCe 16 octobre 1842.\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nSi j'ai tardé si longtemps à te répondre, ce n'est ni par indifférence, ni à cause\nde quelque maladie, c'est que nous attendions de jour en jour le retour de ta\nsœur et que je voulais qu'elle pût t'écrire, sachant bien qu'ayant vu toute la\nfamille Wodfzinskij, elle aurait quelque chose à te dire. Nous avons vu avec\nplaisir par ta dernière lettre que l'air de la campagne a fortifié ta santé et que tu\nespères passer un bon hiver, que tu as changé de logement vu que le tien était\ntrop froid. Mais ne seras-tu pas isolé, si d'autres personnes n'en changent pas ?\nTu n'en fais pas mention. Je te dirai que jusqu ici Antos ne m'a pas écrit, bien\nque j'aie prié son père de le lui rappeler. Selon toutes les apparences, sa dulcinée\nlui a fait perdre la mémoire, s'il en a jamais eu. Ce qu il y a de probable, quoi-\nqu'on en soit mécontent, c'est que le mariage aura lieu. Le couple futur est à\nThorn en attendant des arrangements. Quant à ce qui regarde l'affaire, je me\npropose d'écrire directement au père pour savoir à quoi m'en tenir, vu que je\nsuis dans une position un peu gênée. Tu me marques que Méry se porte mieux,\nnous l'en félicitons. Vous avez donc des prophètes dans vos contrées ? C'est heu-\nreux de trouver dans ce siècle assez de bonne foi pour y croire. Mais que ne fait\npas l'homme pour tromper l'homme ? C'en est assez là-dessus. Tu t'es donc\ntrouvé à dîner avec Li[szt] ; je connais ta prudence, tu fais fort bien de ne pas\nrompre malgré toute sa jactance ; vous avez été amis, il est beau de rivaliser de\ndélicatesse. Que tu n'aies pas répondu à 1 invitation d'un certain comité, je n'en\nsuis pas surpris, on t'aurait regardé comme marchant sur les traces des autres, et\nen cela tu n'as pas besoin d'exemple. C est dommage que tu n'aies pu recevoir\nErnst, il nous a témoigné beaucoup d'égards ; quand tu le verras, dis-lui mille\nbelles choses de notre part. - Pour te parler de nous, je te dirai que si ce n'était\nma toux qui devient de jour en jour plus insupportable, je me porterais passable-\nment ; quant à ta tendre mère, elle se trouve assez bien dans cette saison. Je\nsors fort peu, excepté dans notre petit jardin où nous avons eu différentes espèces\nde fruits, entre autres quelques grappes de raisin que j'ai soignées et qui ont\nparfaitement mûri, ce qui m'a rappelé le beau temps de vendanges dont tu as\nassurément joui. Maintenant que tu es de retour chez toi, n'oublie pas de nous\nécrire et de nous donner ton adresse. Je ne doute pas que celle-ci ne te parvienne,"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.29", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nquoique sous le numéro de ton ancien logement. Porte-toi bien, mon cher en-\nfant ; ta mère et nous t'embrassons tendrement en te pressant contre notre cœur\navec toutes les forces qui nous restent.\nCH.\nBien des compliments à M. Méry. Qu'est devenue Mme Nakwfaska] ; t'a-t-elle\nrendu ce qu'elle avait dit te devoir ? Le frère de sa gouvernante est venu me\nvoir une couple de fois. Il est venu ici pour s'occuper de l'éducation et je crois\nqu'il trouvera une bonne place. — J'ai rencontré plusieurs fois M. Skibicki qui a\nbeaucoup demandé après toi ; il est veuf depuis quelques mois ; il se rappelle à\nton souvenir. Ton parrain, Elsner, qui doit aller à Vienne, et bien d autres con-\nnaissances te font des compliments.\n\n[Lettre de Louise]\nDimanche, 16 octobre 1842\nMON BIEN-AIMÉ FRÉDÉRIC,\nIl y a aujourd'hui huit jours que je suis rentrée d'une tournée de trois mois par\nle monde : j'ai passé deux mois avec les enfants à Ciechocinek, pour leur cure,\npuis, pendant tout un mois j'ai été dans la famille des Romocki et fait le tour de\ntoute la famille Dziewanowski, jeunes et vieux. Partout on m'a parlé de toi avec\ncordialité. A Szafarnia, les bancs que tu avais construits toi-même n'existent déjà\nplus, il n'y a que des imitations d'un agréable souvenir de toi.\nIl est tombé de grandes pluies pendant que j'y étais et je n'ai pu parcourir tout\nle jardin, qui m'a paru assez beau. Tout le monde se fait embrasser, depuis la\ntante Louise, jusqu'à Dominique, qui a déjà deux jolis Dominiquetons. Grâce à\nDieu, tu es bien portant, ou plutôt mieux portant. Cette nouvelle c'est notre ré-\ngal. J'ai aussi, à mon retour, trouvé tout le monde bien portant; tu comprends ma\njoie après une si longue absence, quand, après une semaine sans lettres, j'avais\ntant d'inquiétudes et de craintes sur la santé de nos bien-aimés.\nMes enfants sont en bonne santé, je crains seulement qu'avec le temps leurs\nanciennes souffrances ne reparaissent. Ciechocinek est un assemblage de mai-\nsons dispersées çà et là dans un désert de sable ; pourtant j'y ai passé agréable-\nment le temps, comme beaucoup d'autres, parce que j'avais assez de connais-\nsances. Papa et maman sont connus de presque toute la Pologne, et toi, de toute\nl'Europe ; donc pour Isabelle et pour moi, il nous est, à ce titre, facile de trouver\ndes connaissances qui viennent d'elles-mêmes les premières à nous, de sorte que,\nd'un grand nombre de personnes inconnues, j'ai eu de bonnes connaissances,\nparmi lesquelles Mme Galczynska, la cousine de Victor Kurnatowski, et\nMme Unrug, sa sœur, qui te connaissent, et qui se trouvaient à Ciechocinek avec\nleur famille. Les Weltz et même Antoine Wo[dzinski] se sont informés de toi\navec beaucoup de sollicitude ; ce dernier, je l'ai vu ailleurs, maintenant il séjourne\nsurtout à Thorn, parce que sa belle y demeure. Leur mariage aura peut-être lieu\nce mois-ci ; ils doivent acheter une terre en Prusse ou au Duché [de Posen] et s'y\nétablir. Les vieux et tous sont mécontents, eux seuls sont satisfaits ; mais comme\nla fin de tout cela approche, ils feront ensemble bon ménage. Selon moi, ni l'un"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.30", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nni l'autre ne présentent cle garantie de bonheur ; c'est ce que j'ai dit ouvertement\naux vieux qui se plaignaient ; ce sont d'excellentes gens, lui et elle, mais tous\ndeux ont besoin que quelqu'un s'en occupe ; la mère regarde cela comme une\npunition de Dieu, ce que j'ai approuvé, et bien approuvé. La future ne laisse pas\nd'être une bonne créature, mais, à vrai dire, je ne puis, moi qui suis franche,\nm'empêcher d'exprimer ouvertement ma pensée.\nLes jeunes Skarbek n'ont rien de jeune ; elle est toujours malade. Ils vou-\nlaient absolument que nous venions chez eux, ils nous en ont beaucoup, beau-\ncoup priés tous les deux ; c'est extraordinaire qu'il en soit venu là, car, comme tu\nt'en souviens, il faisait toujours des façons. Ils nous ont même expédié, de six\nlieues loin, un messager spécial pour nous demander quand ils devront nous\nenvoyer chercher ; pourtant je n'y suis pas allée, non par rancune, mais parce\nqueye ne voulais pas, et, à une invitation si tendre, j'ai remercié cle même. Chez\nla mère et chez le vieux j'ai été plusieurs fois ; je ne dirai pas que je ne m'y sois\npas fait de mauvais sang, mais j'étais si près, ils étaient si polis, ils m ont tant\net tant priée, qu'il a été impossible de refuser. A mon retour, j'ai vu la mère, car\nils m'ont aussitôt fait savoir son arrivée au moment où j'allais moi-même bientôt\nquitter cette contrée. Elle m'a témoigné beaucoup de cœur ; ils étaient tous là\net m'ont bien accueillie ; quant à moi, j'aurais plus d'une fois voulu savoir ce que\nchacun d'eux pensait au fond de son âme, et, tout bien considéré, je regrettais\nénormément de ne pouvoir faire cette question. Si j'étais restée plus longtemps,\nla chose se serait éclaircie, comme bien d'autres. Malgré tout, le mariage d'An-\n[toinej est une punition pour toutes les fautes commises (i). Pourvu que tu sois\nbien portant, toi, tranquille et heureux !\nDifférentes personnes me demandent si tu ne te maries pas ; d'autres à leur\ntour disent que, sans doute, tu écris quelque chose de grand avec Adam [Mickie-\nwiczj. Maintenant qu'il est si facile de se transporter d'un endroit à un autre, je\nsuppose que nous pourrons, l'année prochaine, parler de tout cela de plus près.\nCe sont des châteaux en Espagne, mais en vérité ce ne sont pas des choses im-\npossibles, pourvu qu'on ait la santé et quelque chose encore. Les Wieslotowski\nsont toujours à Strzyzewo, les Dziewanowski près cle Thorn ; tout cela n'est pas\nimpossible. Ton petit filleul est maintenant notre petit bouffon, car il com-\nmence à babiller et est très drôle ; les autres sont déjà de grands enfants, mais\ndont la tête est encore vide ; cependant Barcinski met en eux de grandes espé-\nrances, et si c'est lui qui le dit, il faut le croire.\na pris chez elle sa seconde petite nièce ; en ce moment se trouve chez moi avec sa\ngouvernante la cousine de Joséphine, femme de Dominique ; son père est mort\net elle fait son éducation ici, elle restera jusqu'à Pâques ; j'ai été chez elle à la\ncampagne. Que de liaisons différentes les gens nouent entre eux, et combien il\ny en a au monde !\nJoséphine Suminska, que j'ai vue dernièrement, a demandé de tes nouvelles ;\nelle a épousé l'oncle de cette demoiselle, M. Wilczewski, dont tu connais peut-\n\n(i ) Le passage qui précède jette une curieuse lumière sur les relations qui se formèrent entre\nla famille Wodzinski et la famille de Chopin après la rupture des projets de mariage de Marie et\nde Frédéric, et ne laisse subsister aucun doute que cette rupture eut lieu d'après la volonté de la\nfamille de Marie. D'après la manière d'agir des Wodzinski, on voit qu'ils se considéraient jusqu'à\nun certain point comme fautifs, et qu'ils s'efforçaient, par leur amabilité envers Mme ledrzeïewicz,\nd'effacer ce désagréable souvenir."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.31", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nêtre le frère là-bas ? 01a te fait embrasser, je bai vue hier, son mari est malade,\nsa mère revient des eaux ; c'est une excellente famille qui a pour nous une véri-\ntable amitié. Ils t'aiment comme dans les anciens temps et n'oublient pas la\ncomédie Les Titus se portent bien et leurs enfants aussi, ils sont à la cam-\npagne. Sais-tu que Turowska a épousé Leskiewicz ? Je ne l'ai pas encore enten-\ndue depuis son retour. Je m'imagine combien vous avez dû faire de musique\navec les Viardot. Les Lebrun sont de retour, ils regrettent de ne t'avoir rencontré\nnulle part On me l'a dit, mais je ne les ai pas encore vus. Adieu, mon très cher\nFrédéric ! Grâce à Dieu, nous voilà de nouveau tous ensemble ; il ne nous manque\nque toi, et c'est vers toi que sont dirigées toutes nos pensées. Oh! puissions-\nnous nous embrasser le plus tôt possible ! Adieu, je t embrasse de toute mon âme.\nAime-nous comme nous t'aimons. Les enfants te baisent les mains. Nowak\n[owskij et nos autres connaissances t embrassent aussi. Encore un baiser. Adieu!\nNos amitiés à Méry ; nous sommes heureux qu'il aille mieux. Nak[waskaj est\nà Dresde ; il paraît qu'elle est souffrante. Nous ressentons vivement pour toi le\nmanque de ce bon Jean. Il paraît que de Rozières écrit ici des lettres très tendres\net très nobles à Antoine [Wodzinski], mais c'est comme si elle jetait des pois\nau mur. Ce n'est pas bien.\n\n[Lettre d'Isabelle]\nMON TRÈS CHER FRITZ,\nNous sommes tous bien portants Louise et les enfants sont rentrés heureuse-\nment à la maison, ce dont nous nous réjouissons beaucoup, car nous languis-\nsions après elle pendant cette absence de trois mois.\nTon filleul, le petit FVitz, est un enfant délicieux. Il commence à parler ; tu\ncomprends s'il nous amuse avec son babillage Papa a eu une bonne récolte de\nsa vigne, et il a eu aussi le plaisir de voir ses filles et ses petits-enfants goûter\nau fruit de son travail Tu ne croirais pas combien ce petit jardin fait nos délices,\nsurtout les délices de nos parents. Adam Goltz, qui a tant désiré faire ta connais-\nsance, et qui ne t'a pas vu, épouse Mllc Tykiel, fille de M. Félix ; c'est précisément\ncelle qui était restée sous la tutelle de Louise. Nous sommes très contents de cette\nalliance ; il me semble que c'est un couple bien assorti. Tu es, sans doute, de re-\ntour à Paris, et je le désire vivement, car, je ne sais pourquoi, je suis plus tran-\nquille quand tu y es. Je ne sais si c'est parce que j'aime énormément la ville, mais\nle plus agréable pour moi, c'est quand tu y reviens. Mon mari se porte bien,\nil te fait ses amitiés et t'embrasse cordialement. Il ne se passe pas de jour oû\nnous ne parlions de toi et à chaque instant nous sommes en pensée près de toi.\nToute notre consolation est de bercer notre pensée de ton souvenir.\nL'automne est ma saison favorite, d'autant plus agréable que maman ne\nsouffre pas de son rhumatisme, et que papa, quoiqu'il tousse comme à l'ordi-\nnaire, ne perd pas sa vigueur et retrouve toute sa belle humeur, même oublie\nsa toux quand il a de la société. Ecris-nous, mon chéri, sans faire attention\nsi nous sommes en retard cette fois avec notre réponse ; c'est arrivé unique-\nment parce que nous attendions l'arrivée de Louise dont nous voulions obtenir\nquelques mots pour toi. Salue toutes nos connaissances.\nISABELLE."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.32", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nLes trois lettres suivantes ne portent pas de date, mais leur contenu indique suf-\nfisamment quand elles ont été écrites.\n\nLETTRE XX\n\n[Du père]\n[Commencement de l'année 1834.] (1)\nMON CHER ENFANT,\nJe commençais à avoir de l'inquiétude sur ton compte, car ta lettre du 7 ne\nnous est parvenue que le 18, mais je conçois facilement que tes occupations ne\nt'ont pas permis de nous écrire plus tôt. Je ne sais d'où t'est venu de penser que\nj'étais malade ; non, mon bon ami ; il me semble cependant bavoir dit que notre\nsanté était aussi bonne qu'elle peut l'être pour notre âge et nous ne perdons pas\nla douce espérance de te revoir un jour ; seulement ménage-toi, ne t'accable pas\npar le travail, par les visites de convenance et les longues soirées. Je sais que\ntout cela est pour faire ta réputation et en même [temps j pour te distraire. Je\nsuis vraiment fâché que tu n'aies pas un bon ami avec toi ; d'après ce que tu nous\nmarques, ce n'était pas ce qu'il te fallait, car enfin on ne peut pas recevoir tout le\nmonde dans une chambre enfumée, surtout toi qui ne fumes pas. Il est cepen-\ndant triste, étant chez soi, de n'avoir pas à qui dire un mot. Tu me fais plaisir en\nme parlant de tes principes. Oui, mon cher enfant, un jeune homme peut facile-\nment s'égarer s'il ne veille sur lui-même. Il pourrait arriver que ton talent et ton\naménité fassent impression et, à ton âge, évite la disconvenance, ne donne lieu à\naucune intrigue, cela pourrait te causer bien du désagrément. Enfin sois toujours\nprudent et ne donne lieu à aucune intrigue ; tu connais ce soi-disant grand\nmonde, qui, vu de près, est bien petit ; mais on le voit tel qu'il est en silence.\nParlons d'autre chose ; ta sœur aînée (2) se trouve contente et heureuse ; un char-\nmant enfant resserre son union. La cadette ne sera peut-être pas longtemps avec\nnous. Ton ami Barcfinski] en a fait la demande et nous avons donné notre con-\nsentement. La chère enfant puisse-t-elle être aussi heureuse qu'elle le mérite et\nque nous le souhaitons ! Quant à toi, mon enfant, comment vont tes affaires ?\nPeux-tu mettre quelques sous de côté (c'est mon refrain) ? N'en néglige pas l'oc-\ncasion, crois-moi, fais-toi peu à peu un petit fonds, mais je te conseillerais de le\nmettre en effets que tu réaliserais quand tu voudrais. Que penses-tu faire pendant\n\n(1) C'est la mention faite des noces d'lsabelle, dans la lettre du 24/ XI 1834, qui a servi à pré-\nciser l'époque où celle-ci fut écrite, ainsi que l'allusion à un projet de voyage en Allemagne,\nvoyage que Chopin fit effectivement en compagnie de Hiller, en mai 1834.\n(2) Je désire appeler ici l'attention sur l'erreur commise jusqu'à présent par tous les biographes\nde Chopin. Ils prétendent que Chopin était le troisième enfant de ses parents, tandis que sur la\npierre tombale d'lsabelle, au cimetière des Powazki à Varsovie, est gravée la date exacte de sa\nnaissance, 9 juillet iBti. Par conséquent, si Chopin est venu au monde le ior mars 1809, ou\nmême le 22 février 1810, en tous cas Isabelle était plus jeune que lui. Les termes de la lettre ci-\ndessus confirment éga'ement ce fait. Le mérite d'avoir appelé l'attention sur cette erreur généra-\nlement commise revient à M. Ferdinand Hoesick, qui, dans ses Préludes sur Chopin, commence\npar la description des tombeaux de la famille Chopin. (Echo muzyczne, n° 41 du 3 (15) oc-\ntobre 1899, page 491.)"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.33", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nla belle saison ; ne feras-tu pas un petit voyage en Allemagne, comme on te l'a\nconseillé, ou plutôt resteras-tu tranquillement à Paris, si les leçons ne te man-\nquent pas r II est vrai que pour donner matière aux critiques allemands, il n'y\naurait pas de mal s'ils pouvaient entendre tes ouvrages exécutés par toi-même, et\nil pourrait bien se faire que tu gagnasses les frais du voyage. Je ne te conseille\nrien là-dessus, tu as assez de discernement pour agir à propos. Brykczynski\nn'a pas encore reçu ses livres et n'en a aucune nouvelle, il ne sait ce qu ils sont\ndevenus. Tâche de t'en informer. Mon bon ami, je ne regrette pas un port de\nlettre, dédommage-nous de ton absence aussi souvent que tu le pourras ; en nous\nparlant de toi, nous croyons converser avec toi, et ces petits fragments que tu nous\nenvoies nous font plaisir et à tous ceux qui te veulent du bien. Ton ami Titus est\nà sa campagne, je crois t'avoir envoyé son adresse. Le vieux Javurek est dan-\ngereusement malade ; Elsner donne des leçons, après avoir travaillé toute sa\nvie. Les idées de Louise sont fort belles, mais très difficiles à réaliser aussi\npromptement qu'elle se le figure. Enfin tout cela doit te prouver que nous pen-\nsons à toi, que nous t'aimons de tout cœur. Ta tendre mère et moi nous t'embras-\nsons bien tendrement.\nCH.\nComme tu es seul, si tu partages ton logement avec quelqu'un, choisis bien et\nsois sûr de sa conduite ; partout il se trouve des loups couverts de peaux d'a-\ngneau, surtout dans le siècle où nous vivons.\n\nLETTRE XXI\n\n[Du père]\n[1834] (0\nMON CHER ENFANT,\nTa lettre en date du 27 dernier nous est parvenue et ne nous a pas fait moins de\nplaisir que les précédentes, car rien ne peut nous intéresser plus que toi. Tout ce\nque tu nous dis sur l'emploi de ton temps nous tranquillise sur tes besoins ; mais,\nmon bon ami, une poire pour la soij) je ne cesse de te le recommander, nous tran-\nquillisera doublement. Quant à ta santé, j'aime à croire que tu en sens assez le\nprix pour éviter tout ce qui pourrait lui porter atteinte. Je t'avoue que de trop\nlongues soirées deviennent enfin fatigantes, surtout pour celui dont l'esprit tra-\nvaille, et tu as sans doute remarqué que tu es moins dispos le matin pour tra-\nvailler à la composition, car je me rappelle que c'était ton heure favorite. Je sens\nbien que le bon accueil qu'on te fait est flatteur et te procure chaque jour de nou-\nvelles connaissances parmi les personnes distinguées ; mais ta santé doit aller\n\n(i) La date de cette lettre, 1834, n'a été fixée qu'à l'aide d'une simple supposition. Il me semble\nqu'on peut appliquer à cette année la remarque sur les (( deuxièmes nocturnes » (qui furent pu-\nbliés au commencement de 1834), ainsi que la question sur le troisième concerto, répétée aussi\ndans la lettre suivante; cette lettre fut presque certainement écrite dans la première moitié de\niB3 5-"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.34", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\navant tout, crois-moi. Mon enfant, c'est ce qui nous fait supporter ton absence\navec plus de patience, et Dieu soit loué que 1 air de Paris te convient. Je vois\navec plaisir que tu te proposes sérieusement de donner un concert et que tu pré-\nvois qu'il sera plus lucratif que celui de l'année dernière. Mais, à ce que je vois,\nParis, malgré son étendue, ne vous offre pas à vous autres musiciens beaucoup\nde facilité pour trouver un emplacement, puisque tu te vois réduit à prendre le\nmême salon que Tannée dernière. Puisses-tu rencontrer moins d'obstacles, car\nje t'avoue que je crains la jalousie de KalTkbrenner] qui, je crois, est un peu sur-\npris de rivaliser. Ménage-le toujours. Quant à nous, mon enfant, nous nous por-\ntons, Dieu merci, assez bien, nous nous soutenons comme nous pouvons. Nous\navons toujours quelques pensionnaires, mais comme l'éducation se fait à la mai-\nson, les maîtres coûtent beaucoup et il reste à peine de quoi faire aller la mar-\nmite. Comme mes occupations vis-à-vis de chez nous (i) sont encore suspen-\ndues et que je ne sors pas, je m'en porte beaucoup mieux, mais je n'ai que la\nmoitié de ce que j'avais en dernier lieu ; cela ne m'affecte pas, nos besoins sont\nbornés, nos enfants se comportent bien, ils peuvent se suffire ; si je ne leur laisse\nrien, ils sauront bien que ce n'est pas faute d'avoir travaillé. Ainsi, mon cher\nenfant, je suis ou plutôt nous sommes contents et nous nourrissons l'espérance\nde te revoir un jour. Cette espérance est bien douce et ce désir bien vif ; — en at-\ntendant qu'il se réalise, nous t'embrassons bien tendrement, ta bonne mère\net moi.\nCH.\nFais bien des compliments à Nowakowski, tâche de lui être utile autant que\npossible. Mille belles choses à M. Méry. A propos, tu ne nous as pas marqué si\ntu as fini ton troisième concerto ; je t'avoue que j'en doute et je n'en serais pas\ntrop fâché, car il faut trop de tension d'esprit et, en dormant peu, on est moins\ndispos, comme je l'ai déjà dit. Comme tu n'avais de recommandation, comme à\nVienne pour certaine personne [?], tu n'en as jamais parlé ; est-ce que tu ne ren-\ncontres personne de cette maison dans celles que tu fréquentes ?\n\n[Lettre d'Isabelle]\n\nMon humeur est détestable pour moi-même. Je garde la maison ; le matin je\ndonne des leçons aux enfants : j'ai quatre petits garçons ; au plus jeune j'ap-\nprends la musique. Qu'en dis-tu ? Il est convaincu, le petit, que je peux lui en\napprendre beaucoup, parce que je le veux, et que je sais énormément ; voici une\npreuve qui te persuadera de cette vérité. On lui demandait si tu jouais mieux\nque moi, et par aucun moyen on ne pouvait le convaincre de ta supériorité sur\nmoi ; enfin, impatienté, il dit qu'il ne comprend pas de quelle manière tu peux\njouer. Bon petit garçon ! Tu espères, m'écris-tu, que je ne joue pas mal ton\ndeuxième nocturne ; mais quand cette lettre est arrivée, je ne l'avais pas encore\nvu, parce que Mme L. prétend que c'est à elle que tu l'as offert ; malgré cela, elle\na eu l'amabilité, il y a quelques jours, de céder à nos prières et de nous le prêter,\nje le joue donc chaque jour avec un vrai délice ; mais quoi, si je joue chaque note\nsans y mettre l'âme que tu y as mise en la composant !\n\n(1) C'est-à-dire au lycée."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.35", "texte": "ISABELLE BARCINSKA, NÉE CHOPIN\nd'après un portrait à l'huile, peint par Miroszevski."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.37", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nAujourd'hui a lieu le concert de Mme Weinert. Mlle Orlowska y chantera. A\npropos ! Le bon Sinosio [?] est devenu fou d'amour Une prompte cure Ta fait\nrevenir à lui ; il est guéri, mais on peut s'attendre à ce que ce ne soit pas pour\nlongtemps. Laure est venue hier...\n\nLETTRE XXII\n\n[Du père]\nMonsieur y Monsieur Frédéric Chopin.\n[Estampilles : « Varsovie, 11,4 » ; « Berlin, 14, 4 », et [Paris] (( 21 avril » [l'année est illisible].\nA Paris,\nChaussée d'Antin, n° 5.\n[11 avril 183 5] ( 1: ).\nMON CHER ENFANT,\nJe n'attends pas ta lettre qui sûrement ne tardera pas à nous venir, pour t'écrire\nquelques mots. Notre situation est toujours la même, c'est-à-dire que nous\nsommes en assez bonne santé, et je suis bien aise que tu aies passé le carnaval\nsans indisposition. Mon enfant, ménage ta santé, ne prends rien sur le repos\nnécessaire ; je suis bien persuadé que nul autre excès ne peut te nuire, car tu ne\nt'en permets pas, je te connais assez. Ton bon ami, que j'embrasse de tout mon\ncœur, fait très bien de te retenir chez toi autant que possible, et tu fais aussi très\nbien de ne pas te surcharger de leçons et de cultiver ton génie par de nouvelles\nproductions, qui peuvent de plus en plus propager ta méthode et te distinguer\ndes autres compositeurs. Tu ne nous as pas encore marqué si tu as fini ton troi-\nsième concerto et si tu fais imprimer le premier (2) ; je crois que celui-ci ne man-\nquera pas de plaire ; la première dédicace, par intrigues je crois, n'a pas eu lieu,\nainsi à qui la réserves-tu ? Je trouve surprenant que jusqu à ce moment tu n'aies\npas eu l'occasion de rapprocher le fruit de 1 arbre ; il faut que de ce côté-là il se\ntrouve un obstacle vivant. Ne pourrais-tu pas le vaincre } Quoique tu ne tiennes\npas à cela, c est cependant toujours quelque chose pour le relief.— Kal[kbrenner]\nva donc à Vienne ; je suis bien aise qu'il sache que tu y as des connaissances. Des\nfeuilles allemandes ont annoncé qu'il viendrait ici ; je serai charmé de le voir et\n\n(1) La date de cette lettre a pu être fixée grâce à la mention qui y est faite du projet de voyage\nà Carlsbad des parents de Frédéric, puis du concerto de Chopin qui fut publié, ainsi que ces\nmots : « Tes sœurs t'écrivent, je les crois heureuses », qui furent écrits après le mariage d'lsabelle,\ndonc après 1834 .\n(2) Le père de Chopin parle, sans aucun doute, ici du concerto en fa mineur, qui, quoique son\ntitre soit Second Concerto, fut cependant écrit avant le concerto en mi mineur. Le concerto en fa\nmineur parut au printemps de 1836. Quant au troisième concerto, déjà cité, je suis à peu\nprès certain qu'il est question de Y Allegro de Concert, op. 46, qui fut publié en 1842, mais qui,\nmalgré cela, porte en beaucoup d'endroits le caractère des créations de Chopin dans les années\nantérieures. (Niecks, 11, 244-245.)"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.38", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\npeut-être même de l'entendre. Je n'ai ni [vu, ni. .. entendu M. Lafont (1), car je\nn'ai pas mis le pied au théâtre depuis ton dernier concert, [car ce qui ; s'y passe\nm'intéresse fort peu. En lisant la description de la soirée forcée... [donnée]... chez\nsoi, j'ai bien pensé ce [quej cela t'avait coûté le travail de quelque temps, [mais\nque] faire quand on vous tombe sur le corps ? il faut faire bonne mine et je lui [en\nsais bon gré,car cela cause des bavardages qui se répandent —et quand on est en\nquelque sorte un des premiers d'un côté, on ne peut pas se montrer autrement de\nl'autre, coûte que coûte. Tes sœurs t écrivent, je les crois heureuses : puissent-\nelles l'être toujours ! Elles te parleront du Bobo ; effectivement je n'ai jamais vu\nun enfant tressaillir comme il fait à la vue d'un violon, et quand on le lui donne,\non ne peut venir à bout de le lui ôter sans qu'il jette les hauts cris et parmi mes\npensionnaires il discerne et cajole ceux qui jouent de cet instrument. A propos,\nnotre projet d'aller aux [eaux] existe encore, mais mes occupations et les couches\nde Louise ne nous permettront pas, si j obtiens une permission, de partir avant\nles derniers jours de juillet. Que penses-tu faire jusque-là ?de quel côté te tourner\nas-tu ? Dis au médecin de Potocki d'écrire à sa mère ; la famille de Jas se porte\nbien ; Alphonse est revenu de Berlin, il paraît qu'il restera ici. Dvorzaczek\nt'embrasse. Le père de Lucie, ainsi qu'elle, se porte fort bien. Javurek, Elsner,\nZyvny te font des compliments, et nous, nous t'embrassons de tout cœur.\nCH.\n\nLETTRE XXIII\n\n[D'Antoine Barcinski, écrite après la mort de Nicolas Chopin]\n[1843]\nMON BIEN CIIER FRITZ,\nLe désir que tu as exprimé d'avoir les détails les plus minutieux sur les der-\nniers moments de notre inestimable père est raisonnable et juste, je dirai plus :\nsi j'avais le talent de la parole et si j'étais capable de décrire toute sa vie, je le\nferais en vue du bien général, afin d'apprendre aux hommes comment ils doivent\nvivre et mourir pour n'être pas oubliés, même dans la tombe, et mériter, de\ngénération en génération, l'admiration et l'estime universelles. Si quelqu'un\nvoulait se représenter la mort d'un juste, il aurait dû être témoin de toute la\nmaladie de courte durée, et de la fin édifiante de notre père, et alors, celui-là\naurait admiré ce repos de la pensée, inséparable du calme de la conscience, cette\nconsolation et cette jouissance intérieures qui dérivent du bonheur d'avoir bien\nélevé des enfants sachant aimer et respecter leurs parents, cette certitude agréable\nde n'avoir pas vécu pour soi seul, mais pour le bien du prochain, cette pensée\nque tous l'admirent et rendent hommage à son caractère. Vivre 75 ans au milieu\n\n(i) Charles-Philippe La/ont, célèbre violoniste, né en 1781, mort en 1839."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.39", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nde la corruption et delà démoralisation propres à la nature humaine, et n'avoir\npas un seul ennemi ; se rappeler qu'on a tiré de la misère quantité de familles et\ndonné, à des amis dans le besoin, des secours et des avis salutaires (ce dont on\npeut s'assurer par sa correspondance), se contenter de peu, ne souhaiter ni les\nrichesses, ni les honneurs éblouissants, chérir la vie domestique, être l'ami d'une\nfamille qu'on aime, vivre de son bonheur, se réjouir et même tirer vanité de ce\nque Dieu lui ait permis de recueillir le fruit de tant de peines et d'efforts chez ses\npropres enfants, dans lesquels il voyait se refléter, comme dans un miroir, son\ncœur et son âme : tel est l'homme qu'a été notre père !\nUn homme comme celui-là ne meurt pas tout entier, il vit parmi nous, parce\nque ses pensées et ses sentiments évoquent son souvenir à chaque instant de\nnotre vie. Ce tableau, quoique bien éloigné de la réalité, dont il n'est qu'une\nombre faible, te fera aisément deviner quel a été notre incomparable père pen-\ndant toute la durée de sa maladie. Agé de 75 ans, accablé par un long et pénible\ntravail : voilà la cause de la dernière maladie de notre père. x\\ussi pendant cette\nmaladie, qui ne s'est manifestée par aucune souffrance physique, mais par la\nlente décroissance des forces, ne s'est-il plaint d'aucune douleur; il était con-\nstamment calme, parlait, et même était gai, ce qu'il ne cherchait pas à cacher.\nEntouré de toute sa famille, il était heureux et disait :Je remercie le Dieu tout-\npuissant de m'avoir donné des enfants si bons, si vertueux et si tendres ! Il par-\nlait souvent de toi, et dans les derniers instants de son séjour sur la terre, il me\nrecommanda de t'encourager, en son nom, à supporter avec résignation le coup\nqui allait nous frapper tous, à penser que personne ne doit s'opposer aux décrets\ndu Ciel, et que tu dois considérer comme une grâce du Très-Haut qu'il soit par-\nvenu à un âge aussi avancé. Je peux aussi t'affirmer que, depuis le commence-\nment de la maladie jusqu'au dernier moment, nuit et jour, nous avons été prêts,\ntour à tour, à répondre au moindre signe de notre cher père. La dernière nuit,\ndu jeudi au vendredi, nous avons ensemble, Isabelle et moi, veillé à son chevet.\nVers le matin il sentit approcher sa fin et,tout ému, il me pressa sur son cœur en\ndisant : (( Antoine, cher Antoine, ne me quitte pas aujourd'hui )). Tu comprends\nsi ces paroles, pleines d'une incomparable bonté, m'ont effrayé et en même temps\nme sont allées au cœur ! Je ne l'ai pas abandonné, pas plus que la famille, et c'est\nen répandant sur elle ses bénédictions, ainsi que sur toi, car souvent il portait ses\nregards sur ton portrait et sur ton buste, qu'il a rendu son âme à Dieu. Il ne s'est\njamais plaint d'aucune souffrance, ni même d'aucune douleur sensible. Avec sa\nbonté toujours uniforme et touchante, calme jusqu'au dernier moment, il remer-\nciait chacun avec l'amabilité qui lui était propre, pour les moindres services\nqu'on lui rendait ; puis il s'est endormi, dans toute l'acception de ce terme, et\nje souhaite que chacun puisse vivre comme il a vécu, et mourir comme il est\nmort. —Par cette description tu te persuaderas, mon cher, jusqu'à quel point\nnotre père m'a aimé, et quelle confiance il avait mise en moi ; je puis me vanter,\ntout en éprouvant la plus grande joie, que j'avais su gagner son amour et son\nestime, et qu'il me comptait au nombre de ses propres enfants. Je cite cette cir-\nconstance afin d'obtenir, ne fût-ce qu'en partie, des droits sur ton cœur, et pou-\nvoir te faire, de temps à autre, des observations puisées dans le cœur même du\nmeilleur des pères, observations qui pour moi n'ont jamais été des secrets. Je te\nconjure donc, mon frère bien-aimé, en souvenir de ton père, et par amour pour\nta mère et pour tes sœurs, apaise ton chagrin ; console-toi avec la pensée que"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.40", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nnotre père a été admiré, vénéré et aimé de tous, qu'il vit et vivra dans le cœur\nde tous ceux qui l'ont connu ; que ta tristesse et ta mélancolie pourraient nuire à\nta santé, ce qui entraînerait à sa suite de tristes conséquences : la peine, le cha-\ngrin de ta mère et de tes sœurs bien-aimées, ce que tu ne leur souhaite pas, j'en\nsuis sûr. Pense à toi, à ta santé, écoute les conseils salutaires, appuyés sur le\ncœur et la raison, de ton ange gardien (i), que je ne connais que par ses écrits,\nque j'admire, respecte et honore, et aux pieds de laquelle je me jetterais, si je\npouvais un jour la voir avec toi, les couvrant des larmes de la reconnaissance,\npour la protection tendre et maternelle qu'elle étend sur ta personne. Ta santé\net ta vie sont une parcelle inséparable de la nôtre; respecte-la si tu désires te\nréjouir de notre bonheur. Maman est avec nous ; ensemble nous occuperons\n6 chambres du ler étage, que j'ai fait arranger exprès. Sois tout à fait tranquille\nsur son compte, elle se trouve sous la tutelle vigilante de ses filles et la mienne ;\nje veux dignement, je ne dirai pas te remplacer auprès d'elle, car tu es unique au\nmonde, mais au moins lui rappeler les sentiments filiaux que tu éprouves pour\nla meilleure des mères. Si tu m'assures, en vérité, que tu es calme, je te croirai;\ncependant prouve-moi par des œuvres que tu ne cesses pas de penser à ta santé.\nJe sais combien tu aimais ton père, combien tu aimes ta mère et tes sœurs, et\nmême je présume que tu veux du bien à leurs maris. C'est pour cela que, si\nl'amour qu'on a pour toi dans la famille t'est cher, tu penseras à toi, tu ne te\ntourmenteras pas, parce que cela fâcherait notre père lui-même. Porte-toi donc\nbien, et sois heureux ; écris-nous souvent, c'est l'unique baume pour des cœurs\naffligés. Nous habitons àla rue Nowy-Swiat, n° 1255, et les ledrzeïewicz, rue\nPodwal, n° 526.\nNotre chère mère, après avoir perdu son vieil ami, se tourne vers toi de tout\nson cœur et de toute son âme ; aie donc pitié d'elle et console-la par ta bonne\nsanté ; ne te tourmente pas, pour qu'involontairement cela n'influe pas sur la\nperte du plus cher trésor qui nous reste. Souviens-toi que ta vie n'est pas exclu-\nsivement ta propriété, elle appartient aussi à celle qui te l'a donnée, et à ceux\nqui t'aiment plus qu'eux-mêmes ; rappelle-toi que la santé de ta famille, digne\nde considération, repose uniquement sur ton bonheur. Ecris la sincère vérité,\nélève-toi au-dessus de toutes les peines morales, allège un peu ton cœur affligé\net tu te sentiras mieux. Quant à nous, nous pleurons parfois en regardant les\nchers souvenirs de notre bien-aimé père semés par lui dans notre jardin. Chaque\ncep de vigne, chaque treillage, fait et dressé par lui l'année dernière, et tant\nd autres choses témoignent que cet homme instruit et ami du travail pouvait\ns'occuper physiquement avec fruit et même avec agrément.\nNotre mère bien-aimée s'est soutenue par sa seule force morale, malgré tant\nde nuits sans sommeil passées à soigner son ami, malgré les tourments de son\ncœur et la douloureuse impression qu'elle éprouvait à la seule pensée de se\nséparer de celui qu'elle aimait et respectait. Sa force d'âme, et une confiance\nillimitée en Dieu, donnaient à son corps assez d énergie pour supporter le plus\ngrand malheur de sa vie. Maintenant, grâce à la Providence, elle est mieux\nqu'elle n'a jamais été Tes sœurs t'écriront le reste, pour moi je t'embrasse sin-\ncèrement et te prie d'exprimer à celle qui te tient lieu de mère, ma reconnaissance\nsans bornes et mon profond respect.\n\n( i ) George Sand."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.41", "texte": "Pour ne rien omettre, je dois encore ajouter que Belzac, notre ami intime, celui\nqui, depuis si longtemps, habite notre maison, un homme très savant et de cœur\nhonnête, qui partageait nos joies et nos peines, travaille depuis quelques années\nau projet de fonder à Varsovie un établissement où l'on garderait les morts quel-\nques jours avant l'inhumation. Versé dans cette question, il avait l'habitude de\nraconter à notre père, quand il était encore bien portant, et à nous, différents\ncas fortuits sur des morts apparentes, en quoi notre cher père l'aidait dans le\nmême sens. C'est d'après cela que l'imagination active de notre père, surtout\ndans les derniers temps de sa vie, lui ayant rappelé ces circonstances, il nous\npria de faire ouvrir son corps après sa mort, dans la crainte de subir le sort\naffreux de ceux qui s'éveillent dans la tombe, Rien d'étonnant à cela ; tu sais que\npapa était un penseur prévoyant et d'un esprit extrêmement actif. Quand je lui re-\nmontrais que sa maladie n'était pas dangereuse, que, Dieu merci, nous jouerions\nencore au piquet dans le jardin,selon notre habitude,il souriait et disait : Mon cher\nAntoine,je ne fais aussi cette proposition qu'en toute éventualité; si je guéris, ma\nprudence, pour cette fois, ne sera pas nécessaire. Ne pense pas, cher Fritz,\nque ce soient les souffrances qui l'aient poussé à cette détermination ; c'était sa\nmanière devoir ; il m'en avait même parlé il y a quelques années déjà. Ne t'ima-\ngine rien de terrible, n'attribue cette résolution ni à une souffrance, ni à un tour-\nment quelconque de ton père ; tu lui ferais tort. Un homme juste comme il\nl'était, plein de vertus et cle droiture, qui ne respirait que le bonheur des autres\net qui leur sacrifia toute sa vie, un tel homme ne craignait pas la mort ; il n'é-\nprouva aucun tourment et mourut avec délice, avec la douce certitude qu'il survi-\nvrait dans ses enfants, dont il avait formé le cœur selon le sien.ll était absolument\ncalme, pénétré de l'aimable assurance que l'unité de sentiments, l'amour frater-\nnel, la mutuelle tendresse de tous les membres d'une famille peu nombreuse,\nmais foncièrement honnête, lui donnaient la suprême garantie de leur félicité sur\nla terre, et au déclin de sa vie il ne respirait que notre bonheur et nos succès ;\npar conséquent il n'avait pas la moindre cause de se tourmenter, ni même de\ns'attrister. Chaque jour il nous répétait qu'on trouverait difficilement un père\nplus heureux que lui. Dieu vous bénira, disait-il, si vous continuez à vous\naimer et à vous estimer ; soignez votre santé, soyez pleins de sollicitude pour\nvotre mère. Crois donc, cher Fritz, à tout ce que je viens de t'écrire de notre père,\nsi digne d'admiration. Personne plus que moi ne possédait sa confiance et un\naccès plus libre aux secrets de son cœur ; c'est pour cela que je te révèle la pure\nvérité, avec cette certitude que les affirmations que je t'ai données seront pour\ntoi, ne fût-ce qu'en partie, une source de consolations.\nAN T.\nP.-S. —Notre cher Calasante venait tous les deux jours de la rue Podwal à la\nrue Nowy-Swiat pour passer la nuit auprès de notre cher père. C'est un homme\nexcellent et inappréciable. Grâce à ses soins, l'enterrement s'est fait selon notre\ndésir, non avec pompe et éclat, mais honnêtement et pieusement. Notre bèau-\nfrère a le cœur tendre et honnête, c'est pour cela que je l'aime comme frère et\nami. Je suis pressé cle me rendre au bureau ; je te serre encore une fois dans mes\nbras.\n\nR. M.\nLETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n16"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.42", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\n[Lettre d'Isabelle]\nNe te tourmente pas pour nous, mon chéri, et pense à toi, car tu es toute notre\nconsolation, aujourd'hui plus encore qu'autrefois. Exprime notre entière recon-\nnaissance à ta protectrice pour les soins si tendres dont elle t'entoure et pour le\ncœur qu'elle nous a témoigné. Les quelques mots ( 1 ) qu'elle a écrits ont tranquil-\nlisé maman et nous tous sur ta santé. Quel trésor qu'un cœur pareil ! Sans con-\nnaître les personnes, on sait toucher leur cœur et verser la consolation dans leur\nâme affligée. Remercie-la, toi, mon chéri, le plus affectueusement que tu pourras,\net ne t'adonne pas trop aux regrets justement dus à la mémoire de notre père.\nAujourd hui, maman seule nous reste ; fasse le Ciel que nous la gardions le plus\nlongtemps possible ; c'est désormais pour elle que nous réserverons tout notre\namour filial, pour adoucir ses dernières années.\nM. Belza, qui t'a connu chez les Brandt, et qui habite depuis plusieurs années\nnotre maison, part pour Paris à la fin de ce mois ; il sera là probablement au\nmois de juillet. Je désirerais beaucoup qu'il pût te voir ; papa l'aimait et l'estimait\nréellement ; c'est un sincère ami de toute notre famille, personne mieux que lui\nne nous connaît. Il nous serait très agréable que vous puissiez vous embrasser ;\nc'est un homme de cœur et de tête. Ecris-moi où Nohant est situé ; on me ques-\ntionne là-dessus et je ne sais que répondre. Si je voulais chercher sur une carte,\nje ne trouverais pas, car je n'en ai pas d'assez détaillée. De tous côtés on invite\nmaman à la campagne ; entre autres les Dominique Dziewanowski, que tu as\nconnus enfants et qui sont aujourd'hui nos amis. Tu ne croirais pas, mon cher,\ncombien de compassion notre malheur a éveillé ! Porte-toi bien et sois calme,\n\\\nc'est ce que nous te souhaitons de tout cœur. Ecris-nous, mon chéri, mais clis-\nnous toujours la vérité sur ce qui te concerne, car nous t'aimons et pensons tou-\njours à toi.\nISABELLE.\n(O Quand arriva à Paris la nouvelle de la mort de Nicolas Chopin, G. Sand jugea de son\ndevoir d'écrire une lettre de condoléances à la mère de Frédéric. Le lecteur trouvera cette lettre\ndans Karasowski, (vol. 11, p. 158-159).\n\nLETTRE XXIV\n\n[De la mère de Chopin]\n(2).\n1837 (30\nMON BIEN CHER FRÉDÉRIC,\nLe ier et le 5 mars approchent, et je ne peux t'embrasser. Il n'y a pas au monde\nde bonheurs qui, en ce moment, n'emplissent ma tête et mon coeur pour toi, mon\ncher Fritz ; aussi ne sais-je par quoi commencer, ni que te souhaiter : prier Dieu\nseulement pour qu'il te conserve sa sainte protection et verse sur toi toutes\nses faveurs.\n(2) Les lettres de la mère de Chopin ont été reléguées à la fin de ce chapitre parce qu'aucune\nd'elles ne portait de date (pour trois d'entre elles seulement il m'a été possible de fixer une date\napproximative), et aussi parce qu'elles ont une valeur biographique beaucoup moins grande que\nles précédentes.\n(3) C'est grâce aux mots suivants que j'ai pu, à peu près, indiquer l'année 1837 : « Mme Wodzinska\nm'a dit que tu lui as promis de te coucher plus tôt.... Cependant tu n'as pas tenu parole. » (Com-\nparer avec la lettre de Mme Wodzinska du 6 octobre 1836.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.43", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DE CHOPIN\n\nMmeWodzinska m'a dit que tu lui as promis de te coucher plus tôt, ce dont\nj étais bien contente, car c'est nécessaire pour ta santé ; cependant tu n'as pas\ntenu parole. Maintenant surtout que la grippe règne, parce que les veilles et les\nrefroidissements en sont les principales causes ; évite-la, cher enfant, mais sur-\ntout les refroidissements. Ecris-nous souvent, et crois bien que, quand un mois\ns est écoulé sans apporter de lettre de toi, chacun de nous cherche à tromper\nl'autre pour en trouver la cause ; nous expliquons l'un à l'autre pourquoi tu\nn'écris pas afin de nous rassurer mutuellement ; mais dans son âme chacun pense\nautre chose. Comme il est heureux que cette déesse prédise à chacun un sort\nfavorable. Je conçois que tu aies eu la curiosité de la consulter, mais il faut trop\nde courage pour écouter ses prédictions, car, malgré la raison la plus nette, tu\naurais pu, pendant un certain temps, être inquiet si elle t'avait dit quelque chose\nqui t'aurait mécontenté. Promets-moi clone, cher Fritz, que tu n'iras plus lavoir.\nJe n'ai rien à t'apprendre qui puisse t'intéresser que tes soeurs ne t'aient déjà\ncommuniqué. Nous attendons avec impatience des nouvelles de toi, mon Fritz\nbien-aimé. Tranquillise-toi sur notre compte, soigne ta santé qui contribue_sur-\ntout à notre bonheur.\nJe t'embrasse de toute mon âme.\nTa mère la plus dévouée.\n\nLETTRE XXV\n\n[de la mère]\n[Fin de l'année 1845] (0*\nMON BIEN CHER FRÉDÉRIC,\nTu nous as fait grand plaisir en nous donnant des nouvelles de ta santé.\nM. Gutmann nous a dit que quand il t'a vu, en septembre, tu avais bonne mine ;\nque Dieu permette qu'il en soit réellement ainsi. Ma santé est bonne pour mon\nâge, grâce à la Providence. Je sors peu et évite tous les changements de temps, et\nmême tout ce qui pourrait augmenter mon rhumatisme ; je vais rarement chez\nLouise, pour ne pas causer à ceux qui m'entourent des douleurs égales, ou peut-\nêtre plus grandes que les miennes. Je te remercie, mon cher fils, pour tous les\ncadeaux que tu m'envoies à chaque occasion ; ils me sont agréables et chers ;\nmais je ne vais nulle part, je vois peu de monde, tandis que toi, cher enfant, tu\nfais pour ta mère de vaines dépenses. J ai eu dernièrement, à cause de toi, une\ngrande joie. Mmc Obreskow a passé par ici avec son mari, allant, disait-elle, à\nAthènes, chez sa fille ; elle n'est restée que quelques jours à Varsovie et est\nvenue chez moi. Quelle bienveillante personne ! On peut l'aimer à première vue.\nPeut-être n'est-ce qu'à moi qu'il le paraît, parce qu'elle m'a dit tant de bien de\ntoi et de ton hôtesse qui prend grand soin de ta santé Elle m'a apporté en pré-\n\n(1) Cette lettre fut certainement écrite vers la tin de 1845; cette certitude vient de la compa-\nraison faite entre cette lettre et celle de Chopin du 20 juillet 1845 (ier chapitre, lettre se),5e), dans\nlaquelle il est question du projet de voyage de Gutmann et de la princesse Obreskow à Var-\nsovie."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.44", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nsent : sur un plateau une théière, un pot à crème et un sucrier, en me disant que\nchaque jour en buvant mon thé je devais penser à l'amie de mon fils ; comme c'est\naimable et poli, n'est-ce pas ? Pour l'été, elle sera à Saint-Pétersbourg et l'hiver\nprochain à Paris ; en automne elle passera par ici et veut m'emmener avec elle\nchez toi. Heureusement que ce jour est encore éloigné, peut-être son projet chan-\ngera-t-il jusque-là, ce dont je serais très contente, car si je partais avec elle, je\nserais obligée de rester tout l'hiver chez toi, et que ferais-tu de moi, pauvre\nenfant ! Je te causerais du tourment, car, connaissant ton bon cœur, je sais que tu\nserais toujours inquiet ; tu croirais que je m'ennuie, que je n'ai pas assez de con-\nfort et mille choses semblables. Non, cher enfant, c'est ce que je ne ferai pas, sur-\ntout parce que tu es entouré de personnes qui prennent de tendres soins de toi,\nce dont je leur suis infiniment reconnaissante. J'espère que Dieu me permettra\nencore de te revoir ; je ne perds pas cette espérance, car j'ai foi en sa miséricorde.\nQue la Providence, en ce jour du nouvel an, répande sur toi toutes ses béné-\ndictions, c'est ce que te souhaite sincèrement\nTa mère.\nP.-S. Suzanne t'envoie ses souhaits, ainsi que MME Lutynska.\nJe présente mes respects à M,LIE S[and].\n\nLETTRE XXVI\n\n[De la mère]\n\n[Après l'année 1847] (1).\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nQue te clirai-je pour le jour anniversaire de ta naissance et pour ton jour de\nfête? Toujours la même chose : que je te recommande à la Providence divine et\nque chaque jour je la supplie de t'accorder les bénédictions de lame et du corps,\nsans lesquelles tout le reste n'est rien. Quant à moi, grâce à la protection du\nCréateur suprême, je suis en bonne santé ; il n'y a que les bizarreries attachées à\nla vieillesse qui parfois m'inquiètent : je vois les choses d'un tout autre œil que\nles jeunes, mais qu'y faire ? Wernik revient, son heureuse mère est partie diman-\nche à sa rencontre jusqu'à Dresde, où elle l'attendra pour revenir avec lui. Il lui\nécrivait souvent et avait ordre de dire, dans chaque lettre, comment tu te portes ;\nmaintenant c'est fini, cela aussi, pour moi ; j'étais tranquille, malgré que, dans\nle courant d'une année, je n'aie reçu de toi que trois lettres. Corrige-toi, cher\nenfant, écris plus souvent, aie des égards pour mon âge et pour l'attachement\nqui nous lie à toi ; quoique je ne doute pas de ton cœur, cependant tu as des\noccupations, toi qui te raccourcissent le temps, tandis que moi je n'en ai aucune,\nje ne vis que pour vous tous. Je termine en t'embrassant, mon chéri. Que Dieu\nte donne la santé et la prospérité ; c'est ce que te souhaite\nTa mère.\n(i) Voir la lettre de Chopin du 19 avril 1897, chap. 1, 1. 9 (il y est fait mention de Wernik)."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.45", "texte": "JUSTINE CHOPIN, NÉE KRZYZANOWSKA\nD'après un portrait à l'huile peint par Mirosrewski."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.47", "texte": "LETTRES DE LA FAMILLE DÉ CHÔPIN\n\nLETTRE XXVII\n\n[De la mère]\nMON CIIER FRÉDÉRIC,\nTu nous as fait un vrai bal de carnaval en nous écrivant ; quelques mots\nvenant directement de toi, vois-tu, nous apaisent plus que toutes les nouvelles\nindirectes qui nous parviennent souvent ; tu peux t'imaginer notre inquiétude,\nsachant surtout combien la grippe a régné chez vous.\nLe courrier a annoncé que tu vas donner un concert, après quoi aussitôt tu\npartiras; alors nos conjectures ont été leur train : Où va-t-il ? Les uns disaient\nen Hollande, les autres en Allemagne, d'autres encore à Pétersbourg ; et nous,\nqui désirons tant te voir, nous disions : peut-être chez nous ! On s'est déjà dis-\nputé pour savoir où tu descendrais ; les Barcinski veulent te céder leur apparte-\nment, Louise aussi. C'était un véritable jeu d'enfants faisant des bulles de\nsavon.\nTu as donné un concert ; nous n'en connaîtrons aucun détail, parce que ton\nvéritable ami n'est plus là pour nous en donner, comme il l'a fait pour le dernier,\nde sorte qu'il me semblait te voir et t'entendre. Il m'écrivait alors ces mots :\n« Dites-lui, Madame, qu'il remercie Dieu de lui avoir accordé ce don et l'amour\ndu prochain, car tous nous l'aimons. » C'est une sainte vérité, que sans la pro-\ntection du Ciel le plus grand talent ne signifie rien ; mets donc ta confiance en\nLui et remercie-Le, avec une humble confiance, de tout ce qu'il t'a donné ;\nalors II te soutiendra de sa grâce dans chaque circonstance pénible.\nC'est aujourd'hui ta fête, je t'envoie tous mes vœux. Que Dieu te bénisse dans\ncette vie et dans l'autre.\nTa mère qui t'aime.\n\nLETTRE XXVIII\n\n[De la mère]\nCHER FRÉDÉRIC,\nEnfin, après trois mois écoulés, nous venons de recevoir ta lettre tant désirée !\nTu as donné un concert ; les journaux nous avaient appris que tu allais le donner,\npuis que tu l'as donné ; cela nous a été pénible que la nouvelle ne nous soit pas\nvenue de toi. 11 n'est pas possible qu'en un si long espace de temps tu n'aies pu\ntrouver un moment libre pour donner de tes nouvelles à tes parents et\nde ce qu'ils deviennent. Tu nous as beaucoup chagrinés, et sans doute involon-\ntairement.\nTu oubliais, cher enfant, que tes parents ne vivent que pour vous tous, et que\nchaque jour ils prient Dieu de vous accorder la santé et sa bénédiction ; que de"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030531-01.1.48", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Litrairie.\nLe Gérant : A. REBECQ.\n\nplus ils ne cessent de Le remercier de tous les bienfaits qu'il répand sur toi. La\nsanté, la fortune, la célébrité dont tu jouis, tout cela provient de sa très sainte\nProvidence ; tu devrais chaque jour l'unir à nous pour Lui témoigner ta recon-\nnaissance ; tu verrais alors qu'il t'aiderait dans toutes tes bonnes entreprises, et\ntu serais heureux. Ne prends pas en mauvaise part à ton père que toujours il te\nparle de l'avenir. Crois-moi, il serait temps d'y penser un peu. Nous qui sommes\nvieux, nous te disons cela par expérience et par tendresse ; nous voudrions te voir\ntoujours heureux et satisfait, et c'est difficile quand on n'a rien d'assuré pour\nl'avenir.\nJ'ai beaucoup pensé à toi ici, mon cher enfant, les jours anniversaires de ta\nnaissance et de ta fête, et je t envoie, du fond de l'âme, tous mes souhaits, en\npriant pour obtenir ton bonheur. Que Dieu te bénisse et te tienne toujours en sa\nsainte garde ! -—J'ai une prière à t'adresser, mon cher enfant, ou plutôt je viens\nte parler d'une affaire, car une mère ne doit pas prier son enfant, et un fils bon\net franc devrait, s'il le peut sans porter atteinte à ses propres intérêts, et sans\nemprunter d'argent à personne, que Dieu l'en garde ! répondre ouvertement : oui\nou non. J ai l'espoir que tu agiras de la sorte avec moi, car s'il en était autrement,\njamais plus je ne t'en parlerais. Voici l'affaire : je dois trois mille florins polo-\nnais, ton père n'en sait rien; s'il le savait, il se tourmenterait beaucoup ; natu-\nrellement il faut les rendre ; si tu peux donc, dans le courant de 1 année, me les\nenvoyer, mais pas tout à la fois, écris-le-moi par l'entremise des Barcinski. Dis-\ntoi : maintenant, je vois pourquoi ma mère m'encourage à faire des économies !\nCrois-moi, ce n'est pas dans mon intérêt, mais pour ton bien.\nJe t'embrasse de tout cœur.\nTa mère qui t'aime réellement.\n\nLETTRE XXIX\n\n[De la mère]\nMON CHER FRÉDÉRIC,\nJ'ai reçu ta lettre du 16 courant, dans laquelle tu m'apprends que tu te portes\nbien. C'est pour moi un vrai régal. Oh ! comme je voudrais être avec toi, te\nsoigner comme autrefois ! Mais cela ne se peut, il faut se conformer à la volonté\ndu Très-Haut qui t'enverra, dans sa miséricorde, des amis qui me remplaceront.\nAie confiance en Lui et sois heureux, mon bien-aimé. Je suppose que tu as\nbesoin maintenant cbun peu d'argent ; je t'envoie ce que je peux, en attendant :\nmille deux cents francs ; le bon Barcinski t'expliquera comment tu devras faire à\nl'avenir pour ne plus te trouver dans le besoin. Maintenant, que Dieu te bénisse\net te donne la santé, c'est ce que j'implore pour toi.\nTa mère qui t'aime.\n\nC'est ici que devaient prendre place les lettres écrites par George Sand\nà Louise ainsi que celles de M. et Mme Clésinger à Chopin.\nSur la demande des héritiers de George Sand, nous renonçons à cette\npublication.\n(A suivre.)"}]}