{"numero_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_sha256": "e480144303422990d703643c00cdec02ac839952fcc12f8ac1c741725b3a266d", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1903/06/15_01/bmtnabj_1903-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1903/06/15_01/bmtnabj_1903-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-06-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "257", "page_fin": "257", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.2.1", "titre_corps": "A propos du monument de Charles Garnier.", "titre_sommaire": "A propos du monument de Charles Garnier.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.1", "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 2847, "texte": "A propos du monument de Charles Garnier.\nUarchitecte de V Opéra est un artiste trop célèbre et touche de trop près à la mu-\nsique pour que cette Revue ne consacre pas spécialement un de ses numéros àsa\nmémoire et à son œuvre, à la veille même du jour ou M. Chaumié, ministre de\nr Instruction publique et des Beaux-Arts, va inaugurer le monument qui lui est con-\nsacré.\nLa figure si originale de Ch. Garnier évoque le souvenir des meilleurs artistes de\nla Renaissance italienne. Comme eux, Garnier eut les dons les plus divers: il fut\narchitecte de génie, aquarelliste d'extraordinaire adresse, ingénieur, écrivain plein\nd'humour et même un peu poète ; enfin, par V emploi des formes antiques comme par\nla somptuosité vénitienne de la décoration, l'Opéra appartient nettement à ce qu on œ\nappelé le style Renaissance.\nAu point de vue musical, cependant, on a fait quelques réserves. Un dilettante nous\ndisait récemment '.\n(( Permettez-moi une observation qui n est pas une critique.\n(( Parmi les abonnés qui, plusieurs fois par semaine, gravissent, pour gagner leur\nloge ou leur fauteuil, les degrés de ce splendide escalier tant de fois loué, combien\nyen a-t-il, aujourd'hui, qui admirent, même qui regardent en passant, l'élégance\net 1 harmonie des lignes, l'éclat des marbres et des peintures ? Oseriez vous parier\nqu'il y en a dix }... Et cependant ces mêmes abonnés—puisqu'ils fréquentent toujours\ndans la maison restent sensibles à la beauté de certains opéras qu'ils savent presque\npar cœur. La musique est donc ici plus importante que Varchitecture, laquelle doit\nr encadrer, et non V écraser.\n(( Or, ce quon peut regretter, c'est que le plan et la décoration de l'Opéra ne soient\npas assez subordonnés à Vart musical, et soient inspirés par certaines idées de luxe,\nde mondanité, de faste monarchique, qui nous apparaissent de plus en plus comme\nlui étant étrangères. Les conséquences en sont fâcheuses. Un exemple : à ceux qui se\nsont étonnés que le Don Juan de Mozart ait été dilué en g actes et affublé d'un\nénorme ballet, on a répondu : Une telle œuvre est trop grêle pour la vaste scène de\nl'Opéra et avait besoin d'être remaniée...\n« Le drame lyrique est orienté aujourd'hui,comme tous les autres arts, vers la nature\net la vérité ; Garnier a peut-être trop cédé aux influences d'un autre âge en s inspi-\nrant des idées de divertissement et déplaisir aristocratique. »\nCe n'est pas le moment d'insister sur ces observations, nous ne sommes pas de ceux\nqui appliquaient â Garnier le mot dit autrefois â ! auteur d'une Vénus : « Ne pouvant\nla faire belle, tu l'as faite riche ! )) Avec le public français et étranger, comme avec\nl'élite des connaisseurs, nous sommes heureux de redire une fois de plus que ! Opéra\nde Ch. Garnier est le plus beau monument du XIXG siècle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-06-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "258", "page_fin": "259", "image_debut": 2, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.2.2", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "LA RÉDACTION", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.2", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n\nPour l'étude de la vie et de l'œuvre de Ch. Garnier, nous indiquerons les\nsources suivantes :\ni°La biographie écrite par la veuve du grand artiste, Mme Garnier, née Bary,\nqui entretient avec piété le culte d'une chère mémoire, et qui, entre autres re-\nliques, possède dix portraits de son mari signés des noms les plus illustres (Bou-\nguereau, Baudry, Boulanger, etc\nNous donnons un peu plus loin les extraits les plus importants de cette bio-\ngraphie.\n2° Aux Archives de l'Opéra :\nA) Une centaine d'articles de Garnier parus dans différents journaux de\n1870 à 1898 ;\nB) Un grand nombre d'articles parus sur lui pendant la même période et\nà l'époque de sa mort ;\nC) Ses diplômes et décorations;\nD) Un médaillon en mosaïque et quelques portraits.\n30 A l'école des Beaux-Arts, les aquarelles de Garnier ;\n40 Les œuvres de Ch. Garnier :\nA) Publications :\nLa Restauration des tombeaux des rois angevins en Italie (54 pl. in fol.),\npour le duc de Luynes ;\nA travers les Arts (Paris, ïB6B, in-12) ;\nLe Théâtre (Paris, 1876, in-8°) ;\nLe nouvel Opéra (2 vol. in-fol. de planches et 2 vol. de texte) ;\nLTle d'Egine, Restauration du temple de Jupiter Pan-liellénien (in-4%\ntexte et pl.) ;\nL Observatoire de Nice (texte et pl., gr. in-40).\nL'Histoire de Vhabitation (en collaboration avec M. Amman, 1892, in-40,\npl et gravures).\nB) Principales constructions :\nLe Cercle de la librairie (Paris, boulevard Saint-Germain);\nLes Panoramas Valentino (et ancien Marigny) à Paris ;\nLes Salles de concert et de jeu à Monte-Carlo ;\nL'Hôtel du Belvédère, /'église et l'école communale de Bordighera (Alpes-\nMaritimes) ;\nLes casino, bains et hôtel de Vittel (Vosges) ;\nLa villa Sarcey à Rosenthal ;\nLes tombeaux de Georges Jacques Offenbach, Victor Massé (Paris).\nEtc... etc...\n50 A l'Administration des Beaux-Arts, le dossier relatif au concours ouvert en\n1861 pour la construction de l'Opéra.\nCe dossier contient le programme du concours, les pièces concernant le paie-\nment des primes aux cinq meilleurs projets, le mémoire (18 avril 1861 )de la\ndirection de l'Opéra exposant ses vœux au sujet de la construction nouvelle,\nenfin les lettres des concurrents évincés réclamant leurs projets, et la liste des\nprojets envoyés au concours."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.3", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "Le projet de Garnier portait le n° 38 et la devise : Bramo assai, poco spero. Ce\nprojet n'existe plus, parce qu'il passa aux Archives de la Maison de l'Empereur,\nqui furent brûlées pendant la Commune ; mais tous les dessins d'exécution se\ntrouvent à l'Opéra, aux Archives de l'Architecte. Les concurrents étaient au nom-\nbre de cent soixante-dix ; toutes leurs devises ont été recueillies au dossier, où elles\nfigurent encore, tristes témoins de vastes ambitions, d'espoirs déçus, et de travail\nvainement prodigué. Celui qui trop entreprend s'expose à rester en plan, dit l'un qui\nne croyait peut-être pas si bien dire (n° 2). Mais un autre répond gravement : Qui\nne risque rien n arien (n° 18). Opulence, affirme un troisième (n° 26) ; un plus avisé\nse contente decette invocation, qui devait rester inutile : Sous le glorieux règne de\nNapoléon 111 (n° 77). Certains se souviennent de Victor Cousin : Le beau, le vrai,\nl'utile (n° 80) ; d'autres de leur grammaire latine : Musica me juvat (n° 151) ; et le\nplus franc de tous émet ce vœu sincère : Bonne chance ! (n° 159).\nOn trouvera plus loin des détails sur la première épreuve, où Garnier obtint\nle 5e rang, et sur l'épreuve définitive, où le jury, présidé par le comte Walewski,\nadopta son projet à l'unanimité. Il est temps que nous cédions la parole à celle\nqui sut, mieux que personne, comprendre le grand artiste, et le soutenir aux\nheures où son génie même l'accablait.\n\nLA RÉDACTION."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-06-15_01#c003", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "259", "page_fin": "269", "image_debut": 3, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.2.3", "titre_corps": "CHARLES GARNIER VIE D'UN ARTISTE (1825-1898)", "titre_sommaire": "CHARLES GARNIER VIE D'UN ARTISTE (1825-1898)", "signature_source": "LOUISE GARNIER, née BARY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.3", "debut_caractere": 1463, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "CHARLES GARNIER\nVIE D'UN ARTISTE\n(1825-1898)\n\nI\nANNÉES DE JEUNESSE\nCharles Garnier est né à Paris, rue Mouffetard, 264, le 6 novembre 1825, dans\nune maison dite de (( la Reine-Blanche )), parce qu'une reine y avait passé son\nveuvage en vêtements blancs, selon l'usage des reines en deuil, au moyen âge.\nSon père était né à Challes (arrondissement du Mans, département de la Sarthe).\nFils d'un maréchal-ferrant, le père de Charles avait fait comme forgeron son\ntour de France en quatre ans. Arrivé à Paris, il s'y maria en 1824 avec Félicité\nColle, fillecbun capitaine de l'Empire, sorti du rang. Ce capitaine Colle, cheva-\nlier de la Légion d'honneur, était Lorrain. Sa fille était née à Paris et était ou-\nvrière en dentelles.\nCharles Garnier sut lire à quatre ans. Il commença ses études primaires dans\nune petite école des environs de la rue Monsieur-le-Prince, où son père s'était\nétabli forgeron, et en même temps carrossier-charron. A 13 ans, il s'agit de lui\ntrouver un métier.\nQuoique son père occupât souvent le petit Charles à tirer le soufflet de la forge,\nl'enfant était trop mince, trop délicat pour faire un solide ouvrier. Sa mère avait\nentendu parler du métier de vérificateur, où l'on pouvait gagner, lui avait-on dit,\njusqu'à 6 fr. par jour. Elle rêva cette carrière pour son fils, qu'elle plaça chez un"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.4", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3731, "texte": "architecte-vérificateur pour apprendre le métier. Ce patron fit mettre son vin en\nbouteilles par le petit Charles, lui fit fendre son bois, faire ses commissions et\nlui apprit à faire et à fumer des cigarettes. Il ne profita que trop de cette der-\nnière leçon. Au bout de huit jours de travail, l'enfant se demanda si c'était bien\ncela l'architecture et la vérification, et, sur l'avis d'un voisin, ses parents le\nretirèrent des mains de ce singulier patron, et l'envoyèrent compléter son instruc-\ntion dans la journée chez M. Demoyencourt, qui dirigeait une bonne école pri-\nmaire dans le quartier ; le soir, il suivait les cours de la petite école de dessin\nde la rue Racine.\nChez M. Demoyencourt, Charles eut pour camarade et pour émule Jules-\nGabriel Thomas, qui plus tard obtint pour la sculpture le prix de Rome en 1848,\nla même année que Charles Garnier pour l'architecture, fut son camarade à\nRome, son ami toujours, et aussi son confrère à l'lnstitut. Jules Thomas a fait\nles deux figures qui accompagnent le buste, dans le monument élevé à Charles\nGarnier en 1903, près de l'Opéra. A l'école de dessin se trouvait Carpeaûx,.\nsur lequel Charles remporta même un prix de modelage. Carpeaux devait avoir\naussi le prix de Rome, en 1854, six ans après Garnier et Thomas.\nA 15 ans, Charles Garnier entra à l'atelier d'architecture de M. Léveil. Au\nbout de quelques mois, les huissiers vinrent saisir le mobilier de l'atelier, et\nGarnier avec Louvet, André, Ginain, etc., passsèrent dans l'atelier de M. Lebas.\nCharles Garnier disait que les bons élèves d'un atelier sont souvent pour les-\nnouveaux de meilleurs professeurs que le maître lui-même. Aussi déclarait-il\nque Jules André avait été son vrai professeur, et que M. Lebas s'était contenté\nde lui dire toujours : (( C'est très bien, très bien... continuez ! )) Cependant,\nM. Lebas, interrogé par la mère de Charles Garnier, lui avait dit : « Ce sera un\nprix de Rome ! » Ces paroles avaient donné du courage à ces braves parents pour\nsupporter les charges de cette éducation d'artiste.\nA 16 ans, Charles avait été reçu à l'Ecole des Beaux-Arts dans les premiers\n(le 13e) après un brillant examen en mathématiques, science pour laquelle il\nétait admirablement doué.\nSon père, qui demeurait alors rue Mazarine, 32, gagnait strictement sa vie, en\nfabriquant les petites voitures dites (( coucous )), qui stationnaient sur l'ancienne\nplace Saint-Michel (maintenant place Médicis) et allaient à Sceaux. Il ne pouvait\narriver ainsi à payer les mois d'atelier. Aussi Charles fut-il obligé, pour donner ses\n20 francs par mois àM. Lebas, de faire la place, qu'on payait alors o fr. c.\nl'heure. C'est ainsi qu'il travailla chez Viollet-le-Duc, où il fit du gothique,\net chez l'architecte Galimard (le frère du peintre surnommé sur tous les murs du\nQuartier Latin : le pou mystique), et qui, sans talent, bâtissait beaucoup. En\nmême temps, il poursuivait ses études à l'atelier, et y travaillait avec ardeur.\nIl avait toujours été très encouragé au travail par sa mère, qui, incapable de le\nguider, savait cependant stimuler son ardeur à l'étude et lui donnait l'exemple\nde l'activité. Charles adorait sa mère, et pour lui faire plaisir, travaillait souvent\ntard dans la soirée, quand il était enfant, même après le cours de l'école de des-\nsin. Etant à batelier, il travaillait tous les soirs à étudier des projets d'architec-\nture. Cependant, il ne tenait pas de ses parents ses goûts artistiques. Souvent il\ndisait à sa mère : « Voici deux objets similaires. L'un est joli et l'autre est laid.\nJe parie que tu vas trouver laid le joli, et réciproquement. )) Cela arrivait comme\nil l'avait prédit. Mais Mme Garnier disait, en levant les épaules : « C'est des goûts"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.6", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "d'artistes !... Personne ne les partage ! » Dès son enfance, ses idées et ses goûts\nétaient si différents de ceux de ses parents, qu'ils l'appelaient : braque, ou le\nbraque.\nII\nLE PRIX DE ROME\nEn 1846, à 20 ans, Charles fut reçu en loge. Il n'y monta pas en 1847. Il y fut\nadmis en 1848.\nC'était sa dernière année de concours; car son père avait été ruiné en 1847 par\nl'ouverture du chemin de fer de Sceaux. Plus de coucous à construire ou à répa-\nrer ! Et Charles, ne pouvant plus être aidé par son père, aurait dû ne plus pen-\nser qu'à se faire une position indépendante et une clientèle et renoncer à l'école\net au prix de Rome.\nLe sujet du concours de Rome était : Un Conservatoire des arts et métiers.\nLe dernier jour, à l'heure où il est permis à tous les concurrents d'aller regar-\nder le travail les uns des autres (ce qu'on appelle cochonner), Charles Garnier\nresta atterré et désespéré en entrant dans les loges de ses rivaux ; car des huit\nlogistes, il était le seul qui eût adopté un certain parti de composition : il con-\nsistait, je crois, à placer les salles d'exposition à part des salles de cours. Les\nsept autres avaient adopté un autre parti, le même pour tous. Mais ces sept\nautres ne furent pas moins atterrés, quand ils virent le projet de Charles ; et ils\nlui dirent : (( Toi seul, tu as trouvé le bon parti î »\nEn effet, il eut à l'unanimité le premier grand prix de Rome\nLe jour du jugement, il avait prié le garçon de l'école des Beaux-Arts, qui\nassistait à la séance, de lever le rideau de la salle de délibérations, si c'était lui,\nGarnier, qui avait le prix. Il était assis dans la cour de l'Ecole, sur un moulage\nantique, les yeux fixés sur la fenêtre, et entouré de ses amis, qui savaient tous le\nsignal convenu. A force de regarder la fenêtre, le pauvre Charles ne voyait plus\nclair, troublé par l'émotion, quand le rideau fut brusquement soulevé !... Ce\nfurent les hourras et les embrassements de ses amis qui firent comprendre au\npauvre artiste trop ému qu'il avait le grand prix !\nAussitôt il voulut courir annoncera ses parents la bonne nouvelle .. Mais de-\nvant la porte de l'Ecole des Beaux-Arts, on entendait de frénétiques claquements\nde fouet, et l'on vit un fiacre, lancé à l'allure la plus rapide, prendre le chemin\nde la rue Mazarine : c'était un cocher de fiacre, qui y remisait à côté du n° 32, et\nqui savait comme tout le quartier que le jeune Garnier concourait pour le prix de\nRome. Passant devant l'Ecole, il avait attendu lui aussi le jugement... Il s'était\ndépêché pour l'annoncer à Mme Garnier, qui, prévenue, elle aussi, par les reten-\ntissants claquements du fouet, venait à la porte pour savoir ce que signifiait ce\nbruit. Quelques minutes après, l'heureux lauréat se précipitait, suivi d'une\nbande de ses camarades, chez ses parents, bien émus, bien contents !...\nCharles allait avoir 23 ans le 6 novembre de cette même année 1848 ; il avait\ndonc 22 ans et demi quand il obtint le premier grand prix de Rome, fait rare pour\nun architecte, ce prix ne s'obtenant généralement qu'entre 26 et 30 ans. Je crois\nqu'on cite Lefuel comme l'ayant eu de très bonne heure aussi."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.7", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "Charles Garnier allait à Rome avec son ami J.-G. Thomas, sculpteur, Chabaud,\ngraveur en médailles, Deveaux, graveur en taille-douce, Duprato, compositeur.\nIl n y eut pas de prix de peinture cette année-là, et Charles regarda toujours\ncomme (( son peintre », Gustave Rodolphe Boulanger, qui eut le prix de Rome\nl'année suivante.\nIII\nLE SÉJOUR A ROME ET EN ITALIE\nLes cinq prix de Rome partirent ensemble en novembre 1848 par la diligence\nLaffitte et Gaillard II n'y avait alors que des tronçons de chemins de fer entre\nParis et Marseille Le voyage fut un enchantement !.. Ces jeunes gens, tous\nParisiens, excepté Chabaud, qui était cbAix en Provence, et tous de familles\npauvres, n'avaient jamais voyagé, et le mode des voyages d'alors permettait de\ns'arrêter partout. Ils visitèrent donc Châlons, Lyon, d'où ils descendirent le\nRhône jusqu'à Avignon ; ils virent Orange, Valence, Nîmes, Arles, Marseille.\nLes monuments romains du Midi de la France, avec les beaux tons dorés des\npierres, les enchantèrent. Ils s'embarquèrent pour Gênes. Là, l'enthousiasme ne\nles quitta plus jusqu'à Rome L'architecture, la peinture, la sculpture, la végéta,\ntion, l'azur du ciel et delà mer, le climat, tout ravit Charles Garnier ! Le jour de\nson arrivée à Gênes, il faisait froid, et Charles tomba en extase, à la promenade\nde YAcqua Sole, devant une rose épanouie, enveloppée d'une légère couche de\nglace...\nIls continuèrent leur voyage par Florence, et arrivèrent à Rome, un peu avant\nle ler janvier 1849, dans les délais fixés par le règlement de l'Académie de France\nà Rome.\nPendant les cinq ans que durait alors la pension à la villa Médicis, Charles\nGarnier ne revint pas à Paris. D'ailleurs, la difficulté du voyage en l'absence de\nchemins de fer, la dépense, la longueur du trajet en bateau et en diligence, n'in-\nvitaient guère à aller à Paris. On ne cite que ceux qui avaient le malheur de per-\ndre leur père ou leur mère comme ayant effectué ce voyage, que les pension-\nnaires modernes font presque tous les ans.\nA Rome, Charles devait être témoin, en 1849, de graves événements politiques.\nLes Français résidant à Rome, craignant les excès des soldats de Garibaldi pen-\ndant le siège delà ville, s'étaient presque tous réfugiés à l'Académie de France.\nLes pensionnaires, pour laisser leurs chambres à ces hôtes improvisés, étaient\nobligés de coucher dans les corridors de la Villa Médicis. Ils ne pouvaient plus\ntravailler, et le Directeur émit l'idée départir tous en masse pour Florence. Les\navis pour l'adoption ou le rejet de cette proposition étaient très partagés... .\nCharles poussait beaucoup à ce départ pour Florence, par l'unique raison qu il\navait envie d'y aller travailler, et qu'il n'avait pas d'argent pour faire ce voyage.\nM. Eugène Guillaume a raconté les multiples démarches qu'il dut faire avec\nGarnier auprès des autorités de Rome, afin d'obtenir pour toute l'Académie et\nson Directeur, M. Alaux, passeports, chevaux, voitures, sauf-conduits...\nEnfin, l'Académie arriva à Florence, où Charles travailla beaucoup, et d'où il\nrapporta de belles aquarelles. C'est à partir de ce moment-là qu'il passa maître"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.8", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "aquarelliste, et étonna ses amis par la rapidité d'exécution qu'il mettait à faire\nune aquarelle. Aussi, lui faisait-on la plaisanterie de lui dire, en voyant une de\nces grandes feuilles, remplies de détails, aux tons si exacts : (( Oh ! celle là t'a\nbien demandé cinq minutes de travail ! ))\nCharles travailla beaucoup à Florence, à Sienne, à Pise, à Pistoia, etc. etc. ..\npuis à Rome, à Corneto, où il releva d'intéressants tombeaux étrusques.\nCharles Garnier travailla aussi à Pompéi, et delà aussi il rapporta des aqua-\nrelles intéressantes. On sait les beaux travaux qu'il fit à Rome pour se conformer\naux obligations imposées aux pensionnaires. Il fît aussi en Sicile, avec des cama-\nrades, un pittoresque voyage, dont il rapporta de belles études.\nA Rome, non seulement il travaillait, mais il gardait du temps pour aller\nclans le monde, s'amuser, danser.\nIl était émerveillé des belles fêtes données par l'aristocratie de la finance à\nRome, entre autres parles Colonna, fêtes dont le luxe grandiose était tout nou-\nveau pour lui, et aurait fait encore l'admiration d'un artiste plus blasé que ne\nPétait Charles Garnier. La hauteur, la grandeur des salles de bal et de souper,\nl'abondance des diamants, auraient suffi à l'étonner.\nCharles était passionné du carnaval romain, qui se célébrait encore alors selon\nl'ancienne coutume, avec un mélange d'une courtoisie élégante et d'une certaine\nlicence. C'était d'ailleurs la bonne société romaine qui donnait le ton.\nDanseur infatigable, il savait encore égayer les réunions par des chansons,\ndes charades, des petits jeux, des tours de cartes. Il était le boute-en-train de la\nvilla Médicis. Ses contemporains à l'Académie de France n'ont pas oublié les\ncomédies qu'il y faisait représenter dans le salon du Directeur, et où il jouait\naussi un rôle. La plus fameuse de ses comédies-pochades est La Poignée de\nCheveux, dont le titre ne voulait qu'indiquer la difficulté à démêler l'intrigue,\net après la représentation de laquelle un attaché d'ambassade demandait sé-\nrieusement à Charles où était cette poignée de cheveux!...\nA sa troisième année de séjour à Rome, Charles partit pour la Grèce et Con-\nstantinople. Il rencontra sur le paquebot Théophile Gautier, avec qui il se lia; à\nAthènes, Mézières, Beulé et Edmond About, qui a raconté dans la Grèce contem-\nporaine son voyage dans le Péloponèse avec le paysagiste de Curzon et Charles\nGarnier.\nCharles passa seul trois mois à Egine, pour faire sa belle restauration du\nTemple, qu'on appelait alors de Jupiter Pan-hellénien. A cette époque-là, la\npolychromie des temples était encore discutée, et avait des adversaires au sein\nmême de l'lnstitut. Garnier avait eu la bonne fortune de trouver des Métopes\nportant encore de la coloration rouge et de la bleue, et la question n'était plus à\ndiscuter, elle était tranchée ! Cette restauration fit beaucoup d'honneur à Gar-\nnier et donna à l'lnstitut et au monde des artistes une haute idée du jeune\narchitecte.\nIV\nL'OPÉRA\nLes premiers jours de janvier 1861, l'Empereur décréta un concours pour édi-\nfier un Opéra. Le but de Napoléon 111, ou plutôt celui de l'impératrice Eugénie,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.9", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "«était de faire bâtir l'Opéra par l'architecte Viollet-le-Duc. Mais comme il n'était\npas du service des Bâtiments civils, étant inspecteur général diocésain, c'est-\nà-dire voué aux églises de style moyen âge, et que, d'autre part, M. Rohaut de\nFleury, artiste fort estimable, était l'architecte de l'Opéra de la rue Drouot,\nl'Empereur décréta ce concours pour déposséder Rohaut de Fleury, et donner à\nViollet-le-Duc l'occasion de montrer son talent. Le malheur fut que Viollet-\nle-Duc, dessinateur de premier ordre, n'était pas un véritable architecte, mais\nbien un archéologue, et qu'il ne savait pas composer. Aussi son projet n'entra-t-il\nmême pas dans la première sélection des projets discutables.\nCharles travailla seul à son projet, ne se faisant aider par personne pendant\n•ce mois de janvier, accordé pour l'avant-projet, qui se composait de plans, coupe,\nélévation, façades.\nLes dessins ne devaient pas être signés, et une devise était reproduite dans\nune enveloppe cachetée.\nJe fournis à Charles sa devise, en altérant un peu un vers du Tasse tiré de\n1 épisode d'Olindo et Simfronia. Le Tasse dit, en parlant d'Olindo : (( Brama\nassai, poco spera, nulla chiede. )) La dernière partie manquait d'à-propos,\npuisque Charles demandait au contraire beaucoup, et, la supprimant, mettant\nà la première personne le vers du Tasse, il resta une devise courte et modeste :\n<( Bramo assai, poco spero » (Je désire beaucoup, j'espère peu).\nAu premier degré du concours, Charles, sur les 200 concurrents, fut classé le\ncinquième. Le premier était Léon Ginain, le deuxième Crépinet et Boitrel, le\ntroisième Garnaud, le quatrième Duc.\nLe concours recommença entre les cinq projets primés. M. Duc se retira du\nconcours. Crépinet et Boitrel se séparèrent. Cela fit toujours cinq concurrents.\npensant queGinain et lui étaient les deux plus forts, fit proposer à Ginain,\npar l'excellent ami Lebouteux, connu pour sa réserve et sa discrétion, de signer\nchacun son projet de leurs deux noms, Garnier et Ginain, Ginain et Garnier.\nMais Ginain refusa à deux reprises différentes la proposition de Charles, qui fut\nclassé le premier à l'unanimité.\nCharles Garnier avait 35 ans et demi. La gloire lui souriait, et il pouvait croire\nque la fortune en ferait autant II étaitestiméet aimé de tous... Son nom, presque\ninconnu la veille, était proclamé partout. Il était « le lion )) du moment. Pourquoi\nfaut-il une ombre au tableau, et pourquoi Charles Garnier était-il si malheureux?\nHél as ! Cette névrose qui l'avait déjà terrassé une fois à son retourde Rome n'était\npoint guérie, et ne se guérit jamais !... Toute sa vie, qui aurait pu être heureuse,\nfut empoisonnée par cette maladie, cette neurasthénie, qui résidait dans l'imagi-\nnation et ne lui laissait ni trêve ni repos. Tous les phénomènes nerveux, il les\n-éprouvait: tantôt il voyait un gouffre s'ouvrir devant ses pas ; tantôt sa vue se\ntroublait au point de ne plus voir dans la rue que la moitié des passants, soit en\nlarge, soit en long, ou de les voir marcher sur la tête. Ou il lui semblait marcher\nlui-même sur des cardes de ouate ou des boules de caoutchouc ; ou une secousse\nviolente l'arrêtait tout à coup comme s'il allait tomber ; ou il avait une douleur\nentre les deux yeux, ou tout tournait autour de lui, il croyait tourner lui-même ;\nou il croyait devenir fou... disant que sa tête s'en allait, qu'elle était vide!... qu'il\nsentait partout le néant !... Il croyait toujours qu'il allait mourir, ou rester infirme\npour toujours. Il passait des mois à se croire un cancer, et à en éprouver toutes\nles souffrances. La nuit il se réveillait, croyant avoir la fièvre typhoïde, ou toute"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.10", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "autregrave maladie, et s'écriant : (( Mon Dieu ! mon Dieu ! que je suis malade !...\nque je souffre !... si je savais seulement ce que j'ai ! .. )) Et constamment il se\npréoccupait de son état de santé ; il s'assombrissait, se condamnait àun silence\ndouloureux pour lui et peut-être plus encore pour les siens !\nOn dit que Dieu fait payer aux artistes par une sensibilité exagérée, maladive\nmême, les dons qu'il leur accorde : Charles Garnier confirme cet aphorisme ; et\ncette gaieté qu'il affichait en public n'était souvent qu'un moyen factice qu'il\nemployait pour sortir de lui-même, se griser, pour ainsi dire, et oublier pour un\nmoment ses maux imaginaires !\nNe voulant rien négliger pour son œuvre, Charles fit, presque toujours avec\nmoi, et avec l'un de ses inspecteurs (Louvet, Baudry, Jourdain), de grands\nvoyages en Europe, pour étudier des salles de théâtre, prendre la distance entre\nles sièges (ce qu'il appelait le banc-à-banc), leur largeur, la disposition des loges,\netc., etc... C'est ainsi qu'il visita Bordeaux, Londres, Édimbourg, Milan, Vérone,\nVenise, Munich, Vienne, Dresde, Berlin, Copenhague, Stockholm, Christiania,\nMadrid, Valence, Barcelone, etc., etc... et c est toujours à ses frais qu'il effectua\nces grands et dispendieux voyages.\nC'est au théâtre Philharmonique de Vérone qu'il surprit le secret de la pein-\nture imitant et complétant la dorure dans les parties d'ombre. Dès le début de\nson projet, il s'était promis de faire du vieil or, et non de l'or neuf, dont le ton\nclair et luisant lui semblait (( canaille » et sentant le parvenu. Il ne se lassait pas\nd'admirer les ors delà salle de l'ancien Opéra. C'est Charles qui a inventé le ton\nvieil or, devenu si vite à la mode, et auquel personne jusque-là n'avait songé,\nchacun attendant du temps cet effet de couleur chaude, cossue, chatoyante, sans\nluisant.\nA Vérone, charmé par le ton harmonieux de la salle du théâtre, et passant\nprès d'une colonne, il vit, avec ses excellents yeux, que les parties faisant saillies\nétaient seules recouvertes d'une couche de dorure légère qui accrochait la lumière,\net que tout ce qui était en creux était d'un ton d'ocre brun, et seulement huile trois\ncouches. Cette découverte lui permit de faire dorer sa salle d'Opéra pour la\nsomme de 40.000 francs, la peinture simulant l'or dans toutes les parties creuses\net dans l'ombre.\nV\nDERNIERS TRAVAUX. DERNIÈRES ANNÉES\nCe ne fut qu'après avoir fini l'Opéra que Charles Garnier bâtit la villa da\nBischoffsheim à Bordighera et fit aussi pour Bischoffsheim cet observatoire de\nNice, qui restera le type du genre, comme l'Opéra le type du théâtre.\nIl édifia aussi le Cercle de la librairie, à Paris, et la maison d'habitation de\nl'éditeur Hachette, boulevard Saint-Germain, 195 ; puis, le Casino, la salle à\nmanger, les bains de Vittel ; la salle de concerts et une salle de jeux à Monte-\nCarlo, la jolie église de la Capelle-en-Thiérache et l'église de Terre-Sainte à\nBordighera, et deux panoramas à Paris. Il reconstitua l'histoire de l'habitation à\nl'Exposition universelle de 1889.\nSa dernière œuvre fut le magasin de décors de l'Opéra, au bastion n° 44-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.12", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "Malgré la simplicité de l'édifice, on y retrouve l'élégance qui caractérise toutes\nles œuvres du grand artiste, et les dispositions intérieures jouissent aussi de\ncette clarté du plan, de cette netteté, de cette appropriation pratique qui rendent\ntous les services si commodes, si directs, et par conséquent si rapides.\nC'est aussi après l'achèvement de l'Opéra qu'il écrivit ses ouvrages sur son\nOpéra et sur le théâtre.\nL'intelligence si vive, si lumineuse de Charles Garnier, son esprit de justice et\nd'équité, et son bon sens pratique le rendaient précieux dans les commissions.\nAussi ne s'en formait-il guère dans les arts, ou dans les sciences qui touchent à\nl'architecture, sans qu'on l'y appelât. Il en était souvent le rapporteur, et ses\nrapports, toujours très remarquables, y étaient fort appréciés. Aussi M. Duban\npouvait-il lui écrire, après la lecture d'un rapport sur l'éclairage des théâtres :\n(( J'ai pris un plaisir extrême à le lire et à le relire, Si j'étais ministre, je vous\nsoumettrais bien des questions à examiner, pour avoir le plaisir d'être éclairé\nd'abord, puis charmé par la grâce et la couleur du style. ))\nDans les commissions, malheur aux membres qui se perdaient dans la lecture\ndes documents, au lieu de les résumer ! malheur au président qui laissait\ns'égarer la question !... Charles ne pouvait se retenir de manifester son impa-\ntience par des signes de nervosité exaspérée !... Mais aussi quelle satisfaction\npour les membres de la commission ou du conseil des Bâtiments civils, quand\nGarnier présidait, ou que, reprenant le sujet débattu, le dépouillant de toute\nincidente, le ramenant au point, le simplifiant, le résumant, le mettant en une\nvive lumière, il le soumettait aux voix en quelques minutes, et dans une clarté\nparfaite.\nDiriger un atelier d'architecture et corriger régulièrement les projets et dessins\ndes élèves n'eût pas été, je crois, du goût de Charles Garnier.\nMais quand un élève de l'École des Beaux-Arts venait lui montrer un projet,\nc'était vraiment intéressant et curieux de voir avec quelle rapidité de coup d'œil\nle grand architecte avait vu, compris, apprécié, jugé l'œuvre du débutant. Avec\nune maestria qui n'excluait ni sa simplicité habituelle, ni sa familière bonhomie,\nil mettait le doigt sur le point faible, et quelques moments après, il indiquait le\nremède au mal, et donnait le moyen de faire saillir les parties réussies et caracté-\nristiques du travail.\nIl revêtait ses conseils, si pleins de bon sens, d'une lumière si vivifiante, il\nétait si encourageant, mettait tant d'entrain dans ses paroles, que l'élève sortait\nenthousiasmé de cette leçon, le courage doublé, l'imagination montée, le cœur\nplein d'ardeur !... Combien ont gardé de telles séances un souvenir émerveillé !...\nAussi, M. Edwin O. Sachs, de Londres, l'architecte des théâtres de Covent-\nGarden et de Drury-Lane, après avoir proclamé Charles Garnier le Grand\nFrançais, « le maître le plus illustre, qui a exercé sur les maîtres du monde\nentier la plus heureuse action », a-t-il pu ajouter :\n(( Les lettres que j ai de lui et la visite que je lui ai faite à sa villa de Bordi-\nghera ne m ont pas seulement appris et avec quelle sûreté bien des choses\nde technique ; elles m ont encore, et surtout, imprégné de cet enthousiasme de\nperfection que, seul de tous les architectes que j'ai connus et que je connais, il\nétait capable d'inspirer à de jeunes hommes. ))\nCharles Garnier avait conservé, malgré les années, sa taille svelte et élé-\ngante, ses belles dents, ses cheveux fins et frisés, et il aurait sans doute gardé"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "sa gaieté, sans ses mortelles angoisses pour la santé .de son fils Christian.\nDans la nuit du ler au 2 août 1898, Garnier fut pris d'étouffements, se leva,\nalla dans son cabinet de travail s'asseoir dans son fauteuil, en revint quelques\nminutes après pour se recoucher ; il se jeta sur son lit, ses jambes pendantes.\nIl était frappé d'une attaque d'apoplexie.\nM. le curé de Saint-Séverin, mandé aussitôt, lui dit : « Je viens prier pour\nvous ; si vous me reconnaissez, cher Monsieur Garnier, serrez-moi la main. )) Et\nCharles, qui ne parlait plus, la lui serra avec force de sa main gauche, la seule\nqui eût gardé la sensibilité. Puis M. le curé lui dit : « Maintenant, mon cher\nami, je vais vous donner l'absolution et le sacrement des malades. Si vous vou-\nlez élever votre cœur à Dieu et prier avec nous, serrez-moi encore la main. » Et\nle mourant serra cette main amie deux fois de suite, et expressivement. M. le\ncuré lui donna l'absolution et l'extrême-onction.\nLa journée fut calme, la nuit ne fut pas mauvaise et la journée du lendemain\nfut assez calme encore. Mais vers 6 heures du soir, la seconde attaque redoutée\nsurvint, et se termina par la mort à 8 heures, le soir du 3 août 1898.....\nQuelques jours plus tard, quand on parla d'élever un monument à l'architecte\nde 1 Opéra, Christian, sans songer à la vaine gloriole d'une statue en pied, rap-\npela combien son père avait toujours critiqué et blâmé les statues en costume\nmoderne, l'effet déplorable d'un pantalon et d'un veston en bronze ou en marbre,\net assura que le beau buste de Charles Garnier par Carpeaux, buste qu'on agran-\ndirait suivant les proportions du monument, répondrait beaucoup mieux aux\ngoûts esthétiques de l'artiste qu'on voulait glorifier.\nC'est Christian qui désigna la place oû devrait être érigé le monument, place\nqui réunit, disait-il, ce double avantage d'être située dans l'Opéra, comprise dans\nla grille qui l'entoure, et cependant vue de la voie publique.\nIl exprima la volonté de faire écrire sur le piédestal, après le nom de Charles\nGarnier, ces mots : « Fils d'un forgeron », disant que c'était un titre de no-\nblesse, comme le parchemin du travail.\n\nLOUISE GARNIER, née BARY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-06-15_01#c004", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "261", "page_fin": "261", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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S'appuyant sur des\npièces authentiques qu'ils avaient retrouvées chez des notaires, dans les\nregistres du secrétariat de la Maison du Roi, dans ceux du Parlement et de la\nConciergerie, aux Archives nationales et dans plusieurs Bibliothèques de l'Etat,\ndivers auteurs ont bien établi les origines de l'Académie de musique, indiqué\nla marche générale du théâtre et noté le passage des principaux artistes; mais\npersonne n'a fait œuvre définitive, en étudiant la structure et le fonctionnement\nde ce vaste organisme, en relevant les mille détails qu'il comporte : mise en"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.14", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "scène des ouvrages, comparaison des recettes, nombre des représentations pour\nchaque reprise, changements d'interprètes, état des décors et des costumes. On\nn'a point dressé avec exactitude le bilan financier et artistique des multiples\ndirections qui, en se succédant, ont connu des fortunes diverses ; on n'a point\ntiré de l'ombre et mis en lumière tous les faits qui constituent ce que l'on pour-\nrait appeler la vie ambiante, et qui donnent aux choses leur importance relative\net leur caractère particulier.\nA dire vrai, cette tâche ne saurait être entièrement remplie, car on ne possède\nplus les documents de service intérieur pour la longue période qui va de\n1 ouverture de 1 Opéra en 1671 (direction Pierre Perrin) au lendemain des\ndébuts de Rameau en 1735 (direction Thuret). Une telle lacune, à jamais\nregrettable, provient de ce fait, que les directions Francine, Dumont, Guye-net,\nDestouches et Gruer aboutirent à des liquidations désastreuses, et que chaque\ndirecteur, volontairement ou non, négligeait ou même détruisait ses pièces comp-\ntables. Les papiers, formant archives, apparaissent en 1735, pour disparaître,\nune fois encore, pendant la période où Mme de Pompadour contraignit la ville de\nParis d'accepter le privilège de l'Académie royale, sous la haute surveillance de\nsa créature, d'Argenson. Les livres devaient alors, selon toute vraisemblance, être\ntransportés dans les bureaux du ministère, ils s'y sont égarés depuis, et la perte\nen semble définitive. C'est seulement en 1749 qu'on peut commencer à parler\nd'archives, parce qu'à cette époque le prévôt des marchands prit 1 habitude de\nfaire verser la comptabilité au magasin de l'Opéra situé rue Saint-Nicaise.\nToutefois, comme personne n'avait charge de classer la correspondance, de\ncoter les reçus, de réunir, ici, les comptes de fournitures, là, ceux des recettes\nprovenant des spectacles, bals et concerts, la paperasserie s'accumulait et s'en-\ntassait au hasard dans les greniers de la maison. Un rapport constate en 1815\nque le défaut de local n'a pas encore permis de donner une classification aux\npapiers administratifs, et qu'il serait indispensable de mettre fin à pareil désor-\ndre. Les années passent et les régimes se succèdent; parfois une voix se fait\nentendre et tente de secouer la traditionnelle inertie ; vox clamat in deserto. Il\nfaut, pour constater un changement, arriver à l'année 1860, où l'on projette\nla construction du Nouvel-Opéra ; le règlement du concours prévoit une biblio-\nthèque et un dépôt d'archives ; l'emplacement concédé permettra donc les range-\nments indispensables ; le chaos va se dissiper.\nUn décret du 16 mai 1866 avait nommé chef de ce nouveau service mon\nregretté prédécesseur, Charles Nuitter, et depuis lors jusqu'en 1875, on peut\ndire que cet homme, remarquable à tant de titres, a renouvelé au moins l'un\ndes exploits d'Hercule, Il a nettoyé, non pas les écuries d'Augias, mais les\ncuisines de l'hôtel de Choiseul, car en ce rez-de-chaussée s'étaient amoncelés des\ncentaines de registres et des milliers de feuilles, depuis l'inventaire de 1748,\nle plus ancien qu'on ait retrouvé. Il fallait, pour mener à bien l'entreprise,\nson activité, sa patience, sa culture intellectuelle et aussi son amour pour tout\nce qui parlait le langage du passé. Assez autoritaire, sous les dehors de la\nplus exquise urbanité, il procédait à sa guise, sans permettre qu'on l'aidât\ndans une besogne pour laquelle l'initiative d'un seul n'était peut-être pas tou-\njours suffisante. Son esprit de méthode lui avait fait imaginer trois grandes\ncatégories, dans lesquelles il lui semblait que tout pouvait entrer : Administra-\ntion, Comptabilité, Inventaires généraux et partiels, en dehors des registres de"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.15", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "recettes à la porte, de fournitures, de feux, de doit et avoir, etc. Cette classi-\nfication satisfaisait plus les yeux que l'esprit ; elle n'offre l'avantage, en somme,\nni de la clarté, ni de la commodité. Je m'ensuis aperçu, lorsque, ayant l'honneur\nde succédera Charles Nuitter, j'ai commencé à préparer l'ouvrage considérable\nqui, sous ce titre ' Les Archives de ïOpéra, constituera un jour, si Dieu me\nprête vie, la véritable histoire de l'Opéra.\nPour mieux faire comprendre ma pensée, je reproduis d'abord ici la classifica-\ntion des principales séries, telle que l'a établie mon prédécesseur, et telle qu'elle\nsubsiste jusqu'à nouvel ordre.\nADMINISTRATION\nArrêts du Conseil d'État. Lettres patentes, ordonnances.\nDépêches ministérielles.\nDécisions. Délibérations.\nBudgets. États du personnel. Engagements, congés.\nCorrespondance (auteurs, acteurs, etc.).\nProjets. Plans d'organisation.\nJury littéraire.\nMises d'ouvrages.\nFêtes, bals, bénéfices.\nEntrées.\nBâtiment. Inspection.\nSoumissions, traités, marchés.\nAffiches.\nCOMPTABILITÉ\nRecettes à la porte. Locations et abonnements.\nRedevances.\nBaux.\nAppointements. Gratifications. Feux. Pensions.\nHonoraires d'auteurs.\nDroit des indigents.\nFrais de police et de sûreté.\nComptabilité espèces.\nComptabilité matières.\nOuvriers. Fournisseurs.\nCette classification porte sur des époques très différentes et sépare des articles\nqui gagneraient précisément à être rapprochés, ou vice versa. Par exemple, les\nfeuilles libres de recettes à la porte, qui furent, en leur temps, des doubles des-\ntinés au contrôle de l'autorité supérieure, ne se trouvent point avec les registres\ndes recettes quotidiennes qu'elles ont souvent l'avantage de compléter. Lorsque\nje commençai à passer en revue les pièces données depuis 1735 jusqu'à nos\njours, et à dresser un tableau des spectacles quotidiens, il me fallut dépouiller\nle contenu de nombreux cartons où se trouvaient mélangées des notes de tout\ngenre et de tout temps. Il en va de même pour les états du personnel, les enga-\ngements, les congés, etc. Ainsi le carton 1 contient les pièces administratives\nles plus disparates. Le carton 2 n'est historique que par l'étiquette dont il est"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.16", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "orné. Les cartons 19 à 27 renferment les émargements de plus d'un demi-siècle.\nLes comptes des fournisseurs et des ouvriers voisinent dans une gênante pro-\nmiscuité. Quant aux feux, ils recèlent, mêlés à des brouillons ou minutes sans-\nimportance, des lettres et des signatures de haute valeur. Si l'on songe que les\nArchives proprement dites comprennent, à l'heure actuelle, plus de sept cents\ncartons, on devine à quel labeur donnent quelquefois lieu les recherches les plus-\nsimples.\nJe rêve d'une classification plus rationnelle et plus pratique. Il conviendrait de\ncréer autant de chapitres qu'il y eut de directions successives, et d'insérer dans\nchacun d'eux tous les documents qui ont trait aux conditions administratives,,\nfinancières et artistiques de l'exploitation, de rassembler en un mot tout ce qui\nreprésente l'histoire d'une période, tout ce qui permet de lui restituer sa véritable\nphysionomie. On irait ainsi de Maurepas et d'Argenson à nos modernes mi-\nnistres de 1 Instruction publique et des Beaux-Arts, en passant par les membres\ndu Comité, par Lucien Bonaparte, par les intendants, les inspecteurs, les\nchefs de cabinet délégués, etc. Les autographes sont nombreux qui racontent\ntour à tour le (( bon plaisir )) des anciens rois, la violence patriotique des repré-\nsentants du peuple aux temps troublés de la Révolution, la volonté personnelle\nd'un Napoléon Bonaparte, signant de sa main de Premier Consul, puis d'Empe-\nreur, les moindres pièces relatives aux dépenses de l'Académie de musique, la\ngravité solennelle et un peu ridicule de la Restauration, singeant dans ses en-\ntête officiels, dans ses formules de politesse, et jusque dans ses appellations, le-\nrègne d'un Louis XIV, le positivisme des hommes de 1848, les allures prime-\nsautières de Napoléon 111, et l'esprit bureaucratique de la troisième République.\nPour le xvme siècle en particulier, bien des dessous directoriaux se trouveraient\néclairés d'un nouveau jour. Une pièce relative aux décors et aux costumes d'un\nopéra ou d'un ballet prendrait plus de valeur, lorsqu'elle serait jointe aux lettres\ndes auteurs, aux observations du metteur en scène, à l'inventaire du chef de ma-\ngasin, etc. Parla comptabilité, parles recettes à la porte, parle relevé des baux\npassés devant notaire pour la location des loges, par les échantillons d'étoffes\nretrouvés dans les comptes des fournisseurs, par le prix des chaussures, des\nmaillots, des perruques, des masques, des rubans, on établirait la genèse d'une\nœuvre, on pourrait la suivre depuis sa première jusqu'à sa dernière représen-\ntation, voir ce qu'elle coûte comme ce qu'elle a rapporté. Un inventaire par car-\nton permettrait d'accomplir méthodiquement ce travail, dont l'achèvement\nexige sans doute, sans parler de la peine, un long temps. Mais qu'importe la\ndurée de l'entreprise, s'il s'agit d'un classement définitif ! Ce qu'il faut, c'est que\nles choses soient à leur place logique, c'est qu'on puisse les chercher vite et les\ntrouver sûrement. Alors seront constituées pour l'utilité de tous les Archives de\nl'Opéra.\nII\nBIBLIOTHÈQUE\nLa Bibliothèque proprement dite est tout à la fois musicale, bibliographique\net iconographique, en d'autres termes, elle comporte trois divisions : musique,,\nlivres, images."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.17", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "Musique.\nLa musique se subdivise elle-même en deux parties : d'un côté, les partitions\nde tous les ouvrages, opéras ou ballets, qui ont été représentés à l'Opéra depuis\nsa fondation ;\nDe l'autre, les publications modernes, opéras comiques, opérettes, mélodies,\nchansons, morceaux d'orchestre ou de piano, etc.\nLa première partie, on le devine, est la plus intéressante, et la plus précieuse ;\nelle constitue le vrai fonds du théâtre, et résume son histoire. On y trouve toutes\nles œuvres jouées, tantôt manuscrites à l'état d'autographe, tantôt manuscrites à\nl'état de copie (les règlements exigeant autrefois qu'une copie de la partition\nd'orchestre fût faite au théâtre, même si elle ne devait pas servir, car les bat-\nteurs de mesure lui préféraient une réduction, dite conducteur, et faite à leur\nusage), tantôt gravées en grand ou petit format, souvent avec des annotations\ndu chef d'orchestre ou même de l'auteur, tantôt avec ou sans paroles, en un mot,\nsous toutes les formes et dans toutes les éditions.A ces volumes s'ajoutent, pour\nconstituer l'ensemble de ce qu'on appelle (( le matériel )) : les parties séparées des\nsolistes, ou rôles, les parties de chœurs, les parties d'orchestre, et les (( répéti-\nteurs )) de ballet, car c'est depuis 1871 seulement que les études chorégraphiques\nse font au piano ; jusqu'alors on usait de deux violons, et l'auteur était le plus\nsouvent obligé de composer ce duo instrumental ; Wagner s'est soumis lui-\nmême à cette nécessité pour la Bacchanale de Tannhâuser. A côté des œuvres\njouées, qui sont maintenant au nombre de 700 environ, prennent place une cin-\nquantaine d'oeuvres reçues, mais non jouées pour des causes diverses, dont quel-\nques-unes sont dues pourtant à la plume de musiciens célèbres, tels que Sac-\nchini, Philiclor, Gossec, Monsigny, Berton, Zingarelli, Halévy, etc. Enfin, on doit\nmentionner par centaines les airs de danse manuscrits, le plus souvent demeurés\ninédits, qu'on introduisait jadis au gré des artistes dans les opéras du répertoire,\net avec lesquels les maîtres de ballets du xvine siècle agençaient leurs divertisse-\nments, soit au théâtre, soit dans les fêtes données par le roi ou de riches sei-\ngneurs.\nLa seconde partie cle la bibliothèque musicale n'a point de valeur historique,\nmais elle met à la disposition des lecteurs les partitions et les morceaux\nqui, sans appartenir au répertoire de l'Opéra, peuvent néanmoins, par la\nnature du sujet, ou le nom de l'auteur, offrir quelque intérêt. Elle est formée\net presque exclusivement alimentée par les envois du dépôt légal. Des trois\nexemplaires que l'imprimeur est tenu de déposer au Ministère de l'lntérieur\nen ce qui concerne la musique, l'un va à la Bibliothèque nationale, l'autre au\nConservatoire ; le troisième nous est volontiers attribué. J'ai d'ailleurs le regret\nde constater que ce qui nous parvient est le plus souvent ce dont on n'a pas\nvoulu ailleurs. Par exemple, une partition d'orchestre de Massenet est toujours\narrêtée au passage, et la Bibliothèque ne la verra jamais ; en revanche, les chan-\nsons de concerts poussent plus drues que les orties dans les haies ; on ne nous\nfait tort d'aucune, et c'est par brassées qu'on nous les octroie libéralement. Pour\néchapper à ce fléau, quel dommage qu'on n'ait pas encore eu l'idée de créer une\nCommission d'hygiène musicale !"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.18", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3410, "texte": "Livres.\nLes livres, eux aussi, peuvent se subdiviser en deux parties :\nD'un côté, les livrets d'ouvrages montés à l'Opéra, ou sur d'autres scènes, en\nFrance et à l'étranger;\nDe l'autre, les imprimés anciens ou modernes, volumes, brochures et journaux\nse rapportant à l'histoire du théâtre et de la musique.\nLa première partie est fort importante, sinon par la rareté des pièces, du moins\npar leur nombre et leur variété. On y trouve, en éditions diverses, les livrets\nnon seulement de tous les opéras et ballets, mais encore ceux de maintes œuvres\nreprésentées dans les divers théâtres de Paris, depuis le xvne siècle, et en Italie,\ndepuis le xvme siècle. Deux collections ont servi à constituer ce fonds : celle du\nbaron Taylor et celle de Silvestri. Je m'occupe en ce moment d'en faire le relevé,\npour établir ensuite un catalogue par fiches, avec notes complémentaires ou rec-\ntificatives au besoin ; la tâche sera plutôt longue si l'on songe que pour ces livrets\nil faut bien compter sur un chiffre total de quinze à vingt mille.\nLa seconde partie est celle que le public connaît le mieux ; car elle comprend\ntous les livres qui sont le plus fréquemment consultés, et qui donnent à la\nbibliothèque son caractère d'utilité pratique. Deux catalogues en facilitent la\nconnaissance et en assurent le service : l'un analytique, c'est-â-dire classé par\nordre de matières ; l'autre alphabétique, c'est-à-dire classé par noms d'auteurs.\nHistoire générale du théâtre, monographies des scènes françaises et étrangères,\nécrits théoriques, critiques d'art, danse et chorégraphie, mise en scène, décora-\ntions théâtrales, législation, journaux et revues, biographies d'auteurs et d'ar-\ntistes, telles sont les principales séries dans lesquelles on a réparti les 10.000 vo-\nlumes ou brochures que nous possédons, et dont le nombre s'accroît chaque\nannée. Je remarque en passant que cette richesse ne doit presque rien aux libé-\nralités de l'Etat. Si l'on excepte les quelques publications auxquelles souscrit la\ndirection des Beaux-Arts, et qu'elle nous offre aimablement, jamais un livre,\nprovenant du dépôt légal, ne nous est attribué. C'est avec les seules ressources\nde notre budget qu il nous faut travailler; or, comme nous avons disposé jusqu'à\nce jour d'une somme annuelle variant entre 12 et 1400 francs, sur laquelle il con-\nvient encore de payer la reliure, on comprend que nos trésors aient grossi lente-\nment ; ils sont réels, cependant, et de nature à satisfaire bien des curiosités.\nL'Allemagne y est même représentée d une façon toute particulière ; on sait\nl'importance de la bibliographie musicale en ce pays ; les études y abondent sur\nle théâtre, sur les musiciens, en général, et sur Wagner en particulier ; il s'agit\nde se les procurer et de se tenir avec exactitude au courant de tout ce qui paraît ;\nsur ce point spécial on peut dire qu'on trouve à l'Opéra ce qu'on chercherait vai-\nnement dans toute autre bibliothèque parisienne. Ajoutons d'ailleurs que les\nauteurs ont quelquefois la bonne idée de nous envoyer leurs ouvrages, lesquels\nsont toujours les bienvenus, et profitons de la circonstance pour exprimer notre\ngratitude à des éditeurs comme MM. Durand, Ileugel, Choudens, Calmann-\nLévy, dont la générosité s applique heureusement à soulager notre misère, et,\npar des dons cle partitions ou de livrets, comble ainsi des lacunes plutôt regret-\ntables."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.19", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3453, "texte": "Ima 2 es.\nCette partie de la Bibliothèque n'est ni la moins curieuse, ni la moins pré-\ncieuse. Il y a là des documents figurés, estampes et dessins, qui occupent des\ncentaines de cartons et se chiffrent par milliers, sans que j'en puisse ici fournir\nle total exact ; car, si le classement est à peu près terminé, le catalogue demeure\n»\nà l'état embryonnaire.\nCe sont les portraits qui l'emportent par le nombre, portraits lithographiés,\ngravés ou photographiés, d'écrivains compositeurs et d'artistes. Il y faut joindre\nles plans et vues de théâtre, ainsi que les scènes dramatiques, tout ce qui per-\nmet d'illustrer pour les yeux l'histoire des opéras, de leurs auteurs et de leurs\ninterprètes. De telles pièces ne sont pas uniques et ne contiennent qu'exception-\nnellement des raretés ; on pourrait donc les rencontrer ailleurs. Mais ce dont\nnulle bibliothèque ne saurait fournir l'équivalent, c'est la collection des costumes\net des décors.\nJe n'insiste pas sur les recueils imprimés, anciens ou modernes; ils sont nom-\nbreux, de tout temps et de tout pays ; quelques-uns même ont une réelle valeur\nd'argent, comme ce journal de modes de La Mésangère, dont la Bibliothèque\nde l'Opéra possède un des plus beaux exemplaires connus. Je néglige également\ntant de centaines de journaux illustrés, sérieux ou plaisants, dont l'intérêt est\nmoins dans le présent que dans l'avenir, car ils reflètent les goûts du jour et\nprendront avec le temps une valeur documentaire. Mais je m'arrête avec complai-\nsance et fierté à ces gros volumes in-folio où sont conservés des dessins origi-\nnaux du XVIIc et du XVIII6 siècle. Les uns proviennent du mobilier national et\nont une origine en quelque sorte officielle ; les autres ont été achetés aux ventes\ndu baron Taylor, de Goncourt, etc. Ce sont des aquarelles et des dessins au\ncrayon ou à la plume, émanant de Boucher, Watteau, Eisen, Boquet et autres\nartistes, dont les amateurs se disputent les moindres croquis. Heureusement in-\nspirées, les directions qui se sont succédé à l'Opéra pendant le xixe siècle avaient\nconservé pour l'usage du théâtre la plupart des modèles de costumes, et cette\nmesure de précaution est devenue obligatoire ; de sorte qu'aujourd'hui la Biblio-\nthèque compte pour chaque ouvrage représenté des centaines d' « originaux ))\noù se font admirer le goût, la science, la fantaisie et l'ingéniosité des Barthé-\nlémy, Ménageot, Dublin, Garneray, Hippolyte Lecomte, Louis Boulanger, Léo-\npold Robert, Delacroix, Eugène Lami, Lépaulle, Paul Lormier, Albert Fré-\nmiet, Eugène Lacoste, le dernier maître qui ait travaillé dignement pour notre\npremière scène lyrique.\nLa collection des décors sert de pendant à la collection des costumes. Pour\nles xvne et xvme siècles, il ne saurait être question de maquettes, telles qu'on les\ncomprend aujourd'hui ; car, si les décorateurs en faisaient à cette époque, le\ntemps s'est chargé de les détruire ; mais on rencontre encore quelques composi-\ntions qui montrent la pompeuse et froide régularité des disciples de Torelli,\ncomme l'élégante et libre fantaisie des contemporains de Servandoni. Au\nxixe siècle, des peintres tels que Cicéri, Dépléchin, Séchan, Cambon, etc., ont\nrenouvelé l'art de la décoration au théâtre, et nos cartons renferment de précieux\nspécimens de leur talent. Depuis l'inauguration du nouvel Opéra, une heureuse\ninitiative de la direction des Beaux-Arts nous vaut l'accroissement régulier et"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.20", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "continu de ces trésors. En effet, par un article du cahier des charges, les direc-\nteurs de l'Opéra sont tenus de verser à la bibliothèque les maquettes de tous les\ndécors nouveaux, destinés aux ouvrages qu'ils montent ou remontent. Cet ait\n■décoratif est un art pour ainsi dire éphémère, en ce sens que l'œuvre de 1 artiste,\nle décor, s'use, s'abîme, s'efface, se déchire, en un mot s'altère au point d abou-\ntir, dans un laps de temps relativement court, à la destruction complète. Ce sont\nles esquisses préparatoires, les petits morceaux de carton peint, les décors en\nminiature, qui perpétueront le tableau disparu du maître, et affirmeront à la\npostérité le mérite des Lavastre, Rubé, Chaperon, Amable et Carpezat.\nPartitions, livres, gravures, tout cet ensemble constitue vraiment une biblio\nthèque unique en son genre. La pareille n'existe ni en province, ni à 1 étrangei,\ndu moins en Italie, en Espagne et en Angleterre, pays où presque toujours les\ndirections ont été peu stables. L'imprésario occupait un théâtre pour une saison;\nil se transportait de ville en ville, gardant pour lui les papiers de son exploita-\ntion, comme un commerçant garde ses livres de caisse, quitte à les détruiie\nquand il se retire des affaires. On l'a vu également en Allemagne et en Russie,\noù si longtemps les théâtres, même de cour, ont payé tribut aux tioupes drama-\ntiques de l'étranger. A Paris, l'Opéra fut toujours un théâtre d'Etat ; il conserve\nles documents qui attestent son caractère officiel. Seule, la Comédie-Française\npourrait grâce à son fameux registre de La Grange, lui disputer sur ce point la\npalme de l'ancienneté ; mais sa Bibliothèque, malgré les efforts intelligents et\nl'activité de son éminent archiviste, M. Monval, ne peut guère se développer :\nelle a contre elle l'exiguïté de ses locaux et la modicité de ses ressources finan-\ncières. L'Opéra-Comique, autre scène officielle, semble vivre avec la joyeuse\ninsouciance du temps où il s'appelait comédie italienne et donnait ses représen-\ntations aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent ; il n a cure de ses splendeuis.\nLes merveilles que crée le goût d'un directeur comme M. Albert Carré restent\n•dans le seul souvenir des spectateurs ; parmi tant de beaux costumes et tant\n•d'admirables décors, nul ne demeure, sous forme de dessin, aux archives du\nthéâtre. Bien plus, dans ce champ musical où l'ardeur de la jeune école française\na été si féconde, c'est par les journaux seuls que 1 avenir pourra savoii quels\nspectacles étaient donnés ; il ignorera le plus souvent quels altistes s y produi-\nsaient, car, détail à peine croyable, 1 Opéra-Comique ne gaide point la collection\nde ses affiches ! : ; -\nL'Opéra, du moins, a les siennes depuis 1804 ;il a tout ce qui attestera pour\nnos petits-neveux l'importance de la maison, le prix de son luxe, et le méiite\nde ses serviteurs. Il accumule des matériaux qui, conservés avec soin, classés\navec méthode, permettront d'étudier non seulement son histoire, mais encore\nl'histoire du théâtre en général, l'histoire de l'art dramatique et musical.\nPlus une bibliothèque est spéciale, plus elle s'adresse à un public restreint.\nCelle de l'Opéra n'a pas à se plaindre ; elle est déjà très fréquentée. Elle le sera\ndavantage lorsqu'on connaîtra mieux les ressources qu'elle offre aux travail-\nleurs, et les surprises que réserve peut-être encore aux curieux la lectuie de ses\nvieux papiers.\n\nCHARLES MALHERBE,\nArchiviste de l'Opéra."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-06-15_01#c008", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "277", "page_fin": "279", "image_debut": 21, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.2.5", "titre_corps": "Notes sur l'Histoire de l'Opéra.", "titre_sommaire": "Notes sur l'Histoire de l'Opéra.", "signature_source": "STATISTICUS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.21", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "Notes sur l'Histoire de l'Opéra.\n\nI. L'ADMINISTRATION ET LA DIRECTION DE L'OPÉRA DEPUIS LE xvne SIÈCLE.\n1669. PierrePerrin, directeur ;\n1672. Jean-Baptiste Luili, directeur ;\n1687. Jean-Nicolas de Franchie, maître d'hôtel du roi, gendre de Lulli, direc-\nteur ;\n1698. J.-N. de Franchie et Gourault du Mont, commandant l'écurie du Dauphin,.\ndirecteurs associés ;\n1704. Pierre Guyenet, payeur de rentes à 1 hôtel de ville, diiecteur ;\n1712. J.~N. de Francine et Gourault du Mont, directeurs associés ;\n1728. André-Cardinal Destouches, compositeur, directeur ;\n1731. Lecomte et Lebœuf\\ directeurs associés ;\n1733. Louis-Armand-Eugène de Thuret, capitaine au régiment de Picaidie, di-\nrecteur ;\n1744. François Berger, ancien receveur général des finances du Dauphiné, di-\nrecteur ;\n1749. La ville de Paris assume la direction de l'Opéra, sous les ordres et la sur-\nveillance du marquis T Argenson, ministre de la maison du roi. Rebel et\nFrancœur, compositeurs, sont chargés de l'administration avec le titre\nd'inspecteurs. Le théâtre restera à la charge de la ville jusqu'en\n1780 ;\n1753. Royer, directeur du Concert spirituel, est nommé inspecteur dans les\nmêmes conditions ;\n1757. Rebel et Francœur, directeurs ;\n1767. Berton et Trial, compositeurs, directeurs ;\n1769. Berton, Trial, Dauvergne et Jolive au, directeurs ;\n1771. Berton, Dauvergne et Joliveau, directeurs (Trial venait de mourir) ;\n1772. Rebel, administrateur général; Berton, Dauvergne et Joliveau, direc-\nteurs ;\n1774. Rebel et Berton, administrateurs généraux ; Dauvergne et Joliveau, di-\nrecteurs ;\n1775. Berton, administrateur général ; Dauvergne et Joliveau, directeurs ;\n1776. Berton, directeur général ;\n1778. De Vismes de Valgay, directeur. La ville de Paris fournit une subvention\nde 80.000 livres ;\n1780. La ville de Paris renonce à la gestion de l'Opéra, qui passe dans les dé-\npendances de la maison du roi. Berton, nommé directeur, meurt au\nbout de six semaines, et Dauvergne est appelé à lui succéder ;\n1782. L'Opéra est gouverné par un comité formé de Gossec, compositeur, pré-\nsident ; Le gros, Laine q, représentant les artistes du chant ; Gardel,\nDauberval, représentant la danse ; Rcyi chef d orchestre, représentant\nl'orchestre ; La Suqe, représentant les chœurs. Ce comité, plusieurs»\nfois modifié, est placé, en 1785, sous l'autorité de Dauvergne, qui prend\nle titre de directeur général (en 1786, Francœur est adjoint à Dauver-\ngne avec le titre de directeur) ;\n1790. La ville de Paris reprend possession de l'Opéra, que le comité continue de"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.22", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "gouverner, sous la surveillance de Francœur, devenu régisseur gé-\nnéral ;\n1792. Francœur et Cellerier, directeurs entrepreneurs ;\n1793. La ville de Paris reparaît Divers comités se succèdent et administrent\nen son nom, avec peu de succès. Le dernier est composé de Francœur,\nDemesles et Baco ;\n1797. De Vismes du Valgay, Bonnet de Treiches et Cellerier, directeurs ;\n1802. Morel, directeur, sous la surveillance du premier préfet du palais. L'Eta t\naccorde à l'Opéra une subvention de 600.000 francs ;\n1804. Bonnet de Treiches succède à Morel ;\n1807. Création de la surintendance des quatre grands théâtres. Picard, auteur\ncomique, directeur ;\n%\n1814. L'Opéra passe dans les attributions du ministre de la maison du roi.\nPicard reste directeur ;\n1815. Le baron de La Ferté, intendant des Menus-Plaisirs, prend le titre de di-\nrecteur général ; le compositeur Choron devient directeur effectif, avec\nle titre de régisseur général. En 1817, le compositeur Persuis succède à\nChoron avec le titre de directeur, et en 1819, à la mort de Persuis, le\ngrand violoniste Viotti devient directeur à son tour ;\n1821. On crée l'intendance des théâtres royaux, sous la surveillance de laquelle\nHabeneck, chef d'orchestre de l'Opéra, est nommé directeur. En 1824,\nil est remplacé par Duplantys, à qui l'on donne le titre d'administrateur,\net, en 1827, Lubbert succède à celui-ci avec la qualification de direc-\nteur ;\n1831. Le docteur Louis Véron, directeur du Constitutionnel, est nommé direc-\nteur-entrepreneur. L'Etat lui accorde une subvention de 810.000 francs\npour la première année, de 760.000 francs pour la seconde, de 710.000\nfrancs pour les suivantes ;\n1835. Duponchely directeur;\n1841. Léon Pillet, directeur;\n1845. Duponchel et Nestor Rocjueplan, directeurs associés :\n1849. Roqueplan, directeur;\n1854. La liste civile se charge de la régie de l'Opéra. Crosnier, député, est\nnommé administrateur général. En 1856, Alphonse Royer, ancien direc-\nteur de l'Odéon, succède à Crosnier, et en 1862, il est remplacé par\nM. Emile Perrin, directeur de l'Opéra-Comique ;\n1866. M Emile Perrin devient directeur responsable, avec une subvention de\n800.000 francs de 1 Etat, et de 100.000 francs sur la cassette impériale ;\n1870. M.Emile Perrin donne sa démission, mais reste administrateur provi-\nsoire ;\n1871. M. Halanzier, d abord administrateur provisoire en remplacement de\nM. Perrin, et nommé directeur-entrepreneur ;\n1879. M. Vaucorbeil, compositeur, directeur ;\n1884. MM. Ritt et Gailhard, directeurs.\n1891. M. Bertrand, directeur.\n1893. MM. Bertrand et Gailhard, directeurs."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.23", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1442, "texte": "11. LES NOMS DE L'OPÉRA DEPUIS DEUX SIÈCLES.\nMars 1671. ACADÉMIE DES OPÉRAS ;\n15 novembre 1672. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ;\n22 juin 1791. THÉÂTRE DE L'OPÉRA ;\n16 septembre 1791. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ;\nOctobre 1791. THÉÂTRE DE L'OPÉRA ;\n1793. OPÉRA NATIONAL ;\n1794. THÉÂTRE DES ARTS ;\n1797. THÉÂTRE DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARTS ;\n1803. THÉÂTRE DES ARTS ;\n2 décembre 1804. ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE ;\nAvril 1814. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ;\n22 mars 1815 (Cent-Jours). ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE ;\nJuillet 1815. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ;\nFévrier 1848. THÉÂTRE DE LA NATION ;\n1853. ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE ;\nJuillet 1854. -- THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA ;\n1866. ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE ;\nSeptembre 1870. ACADÉMIE NATIONALE DE MUSIQUE.\nC'est ce dernier titre qui est inscrit aujourd'hui sur le fronton du théâtre ;\nmais, comme nous l'avons dit, ce n'est là qu'une étiquette officielle, et, dans le\npublic, jamais on ne dit autrement que l'Opéra.\n(A consulter : l'article de A. POUGIN dans la Grande Encyclopédie.)\n111. LE PERSONNEL DE L'OPÉRA.\nD'après les Etats d*appointements d'avril igoy.\nAdministration 18 personnes\nScène 23\n( hommes 30 j\nChant j femmes 24 ' 54\n( hommes 16 )\nDanse r 0 1 64\n( lemmes 48 )\nChœurs 101\n„ ( hommes G )\nBallet r M 92\n( lemmes 77 j\nOrchestre 106\nContrôle 31\nBâtiment 9\nCostumes 41\nDécoration (machinistes). 83\nFiguration 9 —■\n631 personnes.\n\nSTATISTICUS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-06-15_01#c009", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "280", "page_fin": "282", "image_debut": 24, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.2.6", "titre_corps": "Les Origines de l'Opéra Italien.", "titre_sommaire": "Les Origines de l'Opéra Italien.", "signature_source": "ROMAIN ROLLAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.24", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "Les Origines de l'Opéra Italien.\n\nM. Angelo Solerti, déjà connu de tous les lettrés par ses beaux livres sur la litté-\nrature italienne, vient de publier une série de travaux fort importants, qui renou-\nvellent l'histoire de l'Opéra M.Romain Rolland nous communique à ce sujet les\nnotes analytiques suivantes (1).\nLa brochure consacrée aux Représentations musicales de Venise décrit 53 pièces\nen musique, jouées de 1571 à 1605. La musique en est perdue, et les musiciens\nsont en général inconnus. Il est très probable que la musique n'accompagnait\npas toute l'action. Les libretti sont conservés à la Bibl. Marciana, et au Museo\nCorrer de Venise. Le premier de ces spectacles musicaux semble avoir été les\nStanze di M. Celio Magno, récitées en 1570, au banquet en l'honneur de l'élection\ndu doge Luigi Mocenigo ; mais la première représentation proprement drama-\ntique est le Trionfo di Christo per la vittoria contra Turchi, joué en 1571, pour\ncélébrer la victoire de Lépante, et dédié à la sainte Ligue et à la trinité du\npape, du Roi Catholique, et du doge. Le poète était Celio Magno, et le musicien,\ntrès probablement, Zarlino. Les personnages étaient David, saint Pierre, saint\nJacques, saint Marc, sainte Justine, Gabriel, et un chœur des anges. Puis\nvint la Tragedia de Claudio Cornelio Frangipani, donnée en 1574, pour la venue\nà Venise d'Henri 111. M. Solerti a conté ailleurs ce curieux voyage (2). On a\nsouvent parlé de cette pièce, que Frangipani avait nommée tragédie, bien qu'elle\nfût sans action, « comme étant le seul titre, dit-il, qui convînt à un sujet où\nparlent les dieux, et où est loué un si grand roi. » La musique était de Claudio\nMerulo. Quatre ans plus tard, on prit l'habitude de donnerun spectacle musi-\ncal, tous les ans, à la Saint-Etienne, la grande fête de Venise (3). M. Solerti\nremarque que c'est de là que vint plus tard la coutume de rouvrir l'opéra véni-\ntien le 26 décembre. Enfin, sous le dogat de Marino Grimani (1595-1605),\nil y eut quatre représentations musicales par an : le 25 avril, à la Saint-Marc ;\nen mai, pour l'Ascension ; le 15 juin, à la San-Vito ; et le 26 décembre,\nà la Saint-Etienne.\nSur les 53 pièces analysées, environ 27, plus de la moitié, sont des pastorales ;\net l'élément pastoral est introduit dans presque toutes les autres. Le poète fait\ngrand usage des travestis, cette passion de la Renaissance italienne et anglaise.\nCe ne sont que pasteurs déguisés en nymphes, et nymphes en pasteurs. On voit\nparmi les acteurs un enfant de 4 ans. La veine bouffonne, qui sera une des carac-\ntéristiques de l'opéra vénitien, est déjà très marquée : c'est ce genre de comique\nun peu grossier, qui consiste à se moquer des infirmités physiques. La mytho-\nlogie et la légende antique fournissent le sujet de six ou sept pièces. L'allégorie\nrègne partout, même dans les pièces en apparence historiques, comme Scipion\nà Carthagène. Enfin, une des représentations est une franche comédie : Il\nConfetto, favola comica (1603), et l'exposé de la pièce rappelle les madrigaux dra-\nmatiques d'Horazio Vecchi, dont elle est certainement inspirée.\n\n(1) Voir la Revue de mars 1903.\n(2) P. de Nolhac et A. Solerti. Il viaggio di Enrico 111 re di Francia in Italia, e lejeste a\nVenezia, Ferrara, Mantova e Torino. - Turin, Roux, 1890, in-B°.\n(3) Les Vénitiens avaient transporté, en 1009, le corps du saint, de Constantinople à Saint-Geor-\nges Majeur de Venise."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.25", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3679, "texte": "L'étude sur Laura Guidiccioni Lucchesini et Emilio de Cavalieri me semble la\nplus importante. M. Solerti a eu dans les mains le libro di conti d'Emilio de\nCavalieri, et la correspondance de Laura Guidiccioni. On sait que ces deux per-\nsonnages : l'un, surintendant des spectacles à Florence, l'autre, femme-poète,\ntrès célèbre en son temps, et chantée par Tasse, eurent les premiers l'idée d'écrire\nde véritables opéras. Les lettres de Laura et de sa mère sont pleines de curieux\ndétails sur les fêtes de Florence, pour le mariage du grand-duc, en 1588 ; et\nelles nous font assez bien connaître Emilio de' Cavalieri, dont la figure était\njusqu'à présent restée dans l'ombre. C'était un homme très artiste, compositeur\ndistingué, inventeur de ballets, et même danseur lui-même, « leggiadrissimo\ndanzatore )), chargé d'un haut emploi à la cour des Médicis, et s'en acquittant,\nmalgré toutes les difficultés, à la satisfaction de tous, Chacun loue la distinction\nde ses manières et son affabilité. (( On ne peut trouver quelqu'un de plus aima-\nble ; il s'occupe de tout, il aide à tout et à tous, avec bonté, autorité et douceur\ninfinie. )) Cependant, malgré ses fonctions qui l'attachaient au palais, il en usait\nassez librement. (( Il aime la liberté, )) dit un ambassadeur vénitien. Il finit par\nquitter brusquement la cour, et se retirer à Rome, après la mort de Laura, qu'il\navait sans doute aimée. Il y finit probablement dans la piété, comme le laisse\nsupposer son fameux oratorio : la Rappresentazione delVanima e corpo. M. So-\nlerti examine ses premiers essais d'opéra avec Laura Guidiccioni : le Satiro, la\nDisperazjone di Fileno (1590), le Ginoco délia cieca (1595), autant du moins qu'il\nest possible de s'en rendre compte d'après les témoignages des contemporains\net les dessins d'Alessandro Allori pour les costumes du Fileno. Il semble à peu\nprès démontré que, malgré l'oubli des contemporains, Cavalieri fut le véritable\ninventeur de l'opéra, avant Péri. Caterina Guidiccioni définit ainsi la musique\nde ses premiers opéras : « Questa sorte di musica da lui rinnovata commove a\ndiversi affetti, corne a pietà et a giubilo, a pianto et a riso, et ad altri simili. »\n(« C'est une sorte de musique retrouvée par lui [d'après l'antique], qui pénètre\nd'émotions diverses, joie ou pitié, rire ou pleurs, etc. »)\nLa dernière étude est consacrée à Ottavio Rinuccini, le poète des premiers\nopéras de Péri, de Caccini, de Monteverdi et de Marco da Gagliano. M. Solerti\ny donne de nombreux détails inédits sur la vie de Rinuccini, sur son amitié avec\nJacopo Corsi, et sur la société florentine de son temps. Il n'a pas de peine à\ndissiper la légende romanesque qui avait imaginé une intrigue amoureuse entre\nRinuccini et Marie de Médicis ; et il montre de quelle autorité, on pourrait\npresque dire de quelle dictature artistique, Rinuccini jouit à Florence, non\nseulement sur les lettrés, mais sur les musiciens Cette domination ne fut pas\nsans luttes. Et vers iôn,un descendant de Michel-Ange, le jeune Buonarroti,\ndonna, avec une comédie populaire: la Tancia, le signal d'une réaction assez\nviolente contre la tragédie à l'antique, et le style gonflé de Rinuccini. Celui-ci\nsouffrit beaucoup de cette inconstance de la faveur publique ; et il finit, après une\njeunesse de plaisirs, dans des sentiments religieux, qui lui inspirèrent de beaux\nvers, dont la mélancolie est touchante et non sans profondeur. Il n'était certes\npas un artiste médiocre, bien qu'il se soit fait orgueilleusement illusion sur son\ngénie. On doit lui attribuer la part principale dans la création des premiers opé-\nras florentins : c'est lui qui dirigeait et conseillait Péri."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.26", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 373, "texte": "M. Solerti nous promet de continuer ces recherches, et de les reprendre avec\nplus de détails dans un ouvrage suivi sur le théâtre musical, entre 1589 et 1625.\nSi le livre répond, comme je crois, aux promesses de ces petits ouvrages, il sera\nd'un rare intérêt Dès à présent, ces brochures renouvellent l'histoire des ori-\ngines de l'Opéra.\n\nROMAIN ROLLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-06-15_01#c010", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "282", "page_fin": "282", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.2.7", "titre_corps": "La Petite Maison. (M. A. CHAUMET)", "titre_sommaire": "La Petite Maison. (M. A. 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Pichon, honnête orfèvre à qui un roué chevalier persuade de\nfaire sa cour au Régent en donnant une fête dans unepetite maison (une garçon-\nnière de style Louis XV), ses gaucheries, ses émois, la rencontre inopinée, et si\nprévue, de Mme Pichon, tout cela n'a rien de rare ;et lorsque les deux époux se\nréconcilient, et que la jolie boutiquière, n'ayant plus àse venger de son mari,\nrefuse les services du complaisant chevalier, nous saurions gré à l'auteur d'avoir\nécourté ce dénouement, qui n'est là que parce qu'il faut bien finir, lorsqu'on a\ncommencé. Fallait-il commencer ? C'est selon. 11 y avait en cette légère et\naimable anecdote que nous contèrent MM. Bisson et Docquois matière àun acte\npimpant. En trois actes l'intrigue semble étirée. Le deuxième est cependant\nd'une gaieté assez enlevante.\nM. Chaumet, qui a brodé sur cette trame la partition de la Petite Maison, était\nconnu jusqu'ici par un petit acte, Bathylle, joué en 1877 à l'Opéra-Comique, par\ndes musiques de scène et de chambre et par une partitionnette accolée àun vau-\ndeville deM. Bisson, Mamzelle Pioupiou, donné àla Porte-Saint-Martin en 1889.\nSachons un gré infini àM. Chaumet de nous avoir évité les duos d'amour\nmièvres et roucoulants. La musique de la Petite Maison va son petit bonhomme\nde livret, entrecoupée d'airs pimpants, pastiches ou ressouvenirs, de duos, de\nquatuors à la coupe ancienne, de (( parlé )) qui s'arrête pour passer la main\n(si j'ose m'exprimer ainsi) au chant.\nÇà et là on entend sourdre clans l'orchestre une petite marche moderne, un\npassepied poudrerizé. Tout cela est propret d'orchestration, menu et même\nmenuet d'inspiration; c'est sans prétention. On a même bissé un petit air\n(( Entre le Régent et la Parabère » qu'a délicieusement murmuré au second acte\nl'exquis chanteur et comédien Fugère. Le basson dans la musique de M. Chau-\nmet est le sémaphore des situations gaies; le célesta et la harpe lancent leurs\nrésonances cristallines, à accords que-veux-tu. La musique de M. Chaumet\nse laisse écouter.\nA côté de Fugère grand artiste, il faut citer Delvoye, qui barytoane avec goût\net joue avec aisance un rôle de domestique ;le ténor Clément, qui murmure\n.agréablement les airs et ariettes du chevalier de Fargis; Mme Marguerite Carré,\nfine et spirituelle Gabrielle, et Mle Mastio, qui se meut avec grâce dans\nle rôle de Florence."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-06-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-06-15_01#c011", "volume": "bmtnabj_1903-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "283", "page_fin": "285", "image_debut": 27, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.2.8", "titre_corps": "Informations.", "titre_sommaire": "Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.27", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3923, "texte": "Informations.\n\nLES SOCIÉTÉS DES BEAUX-ARTS DES DÉPARTEMENTS ont tenu la dernière\n■séance de leur 27e session à 1 École des Beaux-Arts,le samedi 6 juin, sous la prési-\n•dencede M. Jules Combarieu, chef decabinet du Ministre de l'lnstruction publique\net des Beaux-Arts. Après la lecture du rapport de M. Henry Jouin, M. le Prési-\ndent prononce une allocution dont nous détachons quelques passages particuliè-\nrement intéressants pour les musiciens.\nMESSIEURS,\nEn vous apportant les félicitations et les encouragements de M. le Ministre pour\nles services si appréciés que vous rendez aux études françaises, je ne puis m'empê-\ncher, puisque les circonstances me le permettent, de vous entretenir un instant du\ndomaine particulier que j'ai moi-même commencé à explorer et sur lequel je vou-\ndrais entraîner quelques bonnes volontés nouvelles : je veux parler des documents,\n.conservés dans les archives départementales, sur l'histoire de la musique et des\nmusiciens.\nSans vouloir diminuer le moins du monde l'intérêt qui s'attache à la description\nd'un château féodal, d'une vieille tapisserie, d'une statue ou d'un tableau, je vous\nconfesse un goût que je serais heureux de vous voir encourager. Je suis de ceux\nqui, lorsqu'ils reçoivent un livre d'histoire, cherchent d'abord à l'index le mot\n« musique », et éprouvent une joie particulière quand ce mot est accompagné de\nnombreux renvois annonçant des documents originaux et de première main. Est-ce\nune joie de ce genre qu'on éprouve quand on parcourt la table des vingt-six beaux\nvolumes où sont réunis vos travaux? Oui, sans doute, mais une joie modérée, et\nqui, selon le mot antique, est plutôt la consolation d'un chagrin (1 ). Combien plus\nprofonde est la satisfaction que vous procurez à ceux qui aiment les arts plastiques!\nC'est à eux que vous accordez vos faveurs. Je vous demande de les répartir de\nfaçon plus équitable.\nQuelques études de sérieuse valeur, je ne l'oublie pas, ont été déjà publiées sur la\nmusique d'après des documents de source provinciale et peuvent être pris comme\nmodèles : je citerai ceux de M. Serand (Savoie) sur Mme de Warens et Claude Anet,\nles maîtres de J.-J. Rousseau; de MM. Levavasseur, le comte de Moucheron et Béret,\n-sur les musiciens normands ; de M. Jacquot, sur les artistes lorrains; de M. Aba-\ndie sur la musique et la maîtrise de la cathédrale d'Auch au xvuie siècle ; de\nM. l'abbé Chaminade, sur Elie Salomon ; de M. Achard, sur l'origine et les progrès\nde la musique à Avignon ; de M. Cuissard, sur la musique dans l'Orléanais... mais\n.de tels bienfaits furent pour nous trop rares ou trop isolés. Ce qu'il faudrait établir,\n.c'est une orientation continue des recherches et un courant d'opinion.\nIl y a malheureusement, en France, une fâcheuse habitude dont notre enseigne-\nment supérieur lui-même a donné l'exemple : l'histoire de l'art est trop souvent\nlimitée à l'histoire des arts du dessin. La musique n'a-t-elle donc pas sa place toute\nnaturelle dans des programmes comme les vôtres ? Depuis le temps où Boèce trans-\nmettait au moyen âge la doctrine pythagoricienne jusqu'au jour où nous sommes,\nla musique a-t-elle cessé de tenir à la civilisation générale par les liens les plus nom-\nbreux ? Au lieu de s'évanouir avec le soulHe d'air qui la fait naître, n'a-t-elle pas\nlaissé son image et les traces de sa grande influence sociale dans une multitude de\ndocuments précis? Le charme des études qu'on lui consacre est l'extrême variété\nde leurs aspects...\nUn certain nombre d'archives départementales se déclarent absolument dépour-\nvues de documents intéressant l'histoire des musiciens, telles sont celles de Bar-le-\nDuc, de Besançon, Blois, Bourg, Aurillac, Marseille, Digne ; mais (outre qu'en\nmatière d'archéologie toutes les affirmations sont révisables) combien d'autres sont\n\n(1) Nous donnons aux Notes bibliographiques la liste des travaux relatifs à la musique qui\njont paru dans ce recueil."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3930, "texte": "prêtes à vous paver de vos peines ! Aux archives d Avignon, il y a une délibération\ndu chapitre métropolitain (14 janvier 1702) recevant J.-B. (sic) Rameau comme\nmaître de musique et permettant de fixer un point important dans la biographie du\ngrand musicien. Aux archives de la Gironde (G. 3451) on possède une correspon-\ndance officielle (1775-1779) entre l'intendant et le ministère, relative au sieur Beck,\norganiste de Saint-Seurin, depuis le 24 octobre 1774, et qui demandait l'autorisation\nd'établir une imprimerie à Bordeaux parce qu'il avait découvert le moyen d impri-\nmer la musique avec des caractères mobiles. C'est encore une date importante..\nAux archives de Versailles se trouve, avec un dossier sur Grétry, la chronologie\ncomplète des opéras représentés à Paris depuis la fondation de l'Académie de mu-s\nsique jusqu'en 1737.\nJ'assure de ma gratitude anticipée celui qui nous donnerait une étude complété\nsur Himer, le maître de harpe de Marie-Antoinette, dont les œuvres sont conser-\nvées aux mêmes archives, ou celui encore qui nous donnerait une analyse des par-\ntitions manuscrites provenant du château d'Aiguillon, actuellement conservées aux\narchives municipales d'Agen. Ces vœux ne sont que des indications : ils n ont, je\nvous assure, rien de limitatif!\nPour y répondre, fouillez, avec les archives départementales, les dépôts commu-\nnaux, les registres et protocoles des notaires, les délibérations des communautés\nreligieuses, les collections privées ! Etudiez aussi les monuments figurés (si précieux\nparfois pour l'histoire des instruments), ne craignez pas de reprendre les sujets déjà\ntraités, et n'oubliez pas que les documents musicaux se trouvent souvent dispersés-\ndans les séries d'archives les plus diverses !\nEspérons que cet appel éloquent sera entendu, que ces indications si nettes et\nsi précises seront suivies.\nM. Chaumié, Ministre des Beaux-Arts, vient de soumettre au Conseil supé-\nrieur de l'lnstruction publique, au sujet de 1 enseignement musical dans les\nécoles normales, un programme dont les quelques lignes ci-dessous résument\nl'esprit.\nConsidéré au point de vue de l'enseignement primaire, le chant n est pas un art\nd'agrément ou un enseignement de luxe. Il peut et il doit devenir, entre les mains\nde l'instituteur et de l'institutrice, un instrument de culture morale et d éducation\ncivique et patriotique.\nLe chant choral élève les esprits et les cœurs ; il développe le sens esthétique\nchez les enfants ; il contribue à leur faire aimer l'école.\nA l'école normale, l'enseignement musical a, en outre, pour objet de former des\ninstituteurs capables d'enseigner et de faire aimer le chant populaire dans les\nécoles primaires qu'ils auront à diriger plus tard.\nLe professeur et les élèves-maîtres ne perdront pas de vue que ce chant populaire\net choral, qui est comme l'expression collective du sentiment commun de tous les\nenfants d'une classe, doit fortifier l'enseignement moral donné par le maître et faire\npartie de la vie même de l'école.\nLe professeur de chant devra donc faire étudier et exécuter aux élèves-maîtres,.,\nsoit année par année, soit en réunissant les trois divisions :\ni° Un grand nombre de chants scolaires, à une ou deux voix égales, simples,\nfaciles, populaires, choisis dans les différents recueils publiés par nos éditeurs, afin\nque les futurs instituteurs emportent de l'école normale un répertoire choisi et varie\nde chants qu'ils apprendront plus tard à leurs écoliers ;\n20 Un certain nombre de beaux chœurs, soit à l'unisson, soit à deux, trois ou\nquatre voix, avec ou sans accompagnement, pour former leur goût et leur faire\nconnaître les œuvres des grands maîtres de la musique.\nLe professeur ne perdra jamais de vue qu'il forme des instituteurs qui devront\nenseigner le chant dans leurs écoles et mettre en pratique les directions et les con-\nseils reçus à l'école normale. Aussi les élèves-maîtres de troisième année devront-ils."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "être exercés à faire d'abord devant le professeur, puis à l'école annexe, des leçons\ntelles qu'ils auront à en faire plus tard dans leurs écoles primaires.\nEnfin, il sera utile de constituer dans chaque école normale une petite biblio-\nthèque musicale comprenant les différents recueils et répertoires de chants scolaires,\n■et quelques chefs-d'œuvre des maîtres des différentes écoles.\nUn programme musical plus étendu a été préparé pour renseignement des\nlycées et collèges (garçons et jeunes filles) ; nous le publierons dans un de nos\nprochains numéros qui sera consacré au Conservatoire et à l'enseignement de\nla musique.\nOn annonce que MM. 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Jules Combarieu, chef decabinet du Ministre de l'lnstruction publique\net des Beaux-Arts. Après la lecture du rapport de M. Henry Jouin, M. le Prési-\ndent prononce une allocution dont nous détachons quelques passages particuliè-\nrement intéressants pour les musiciens.\nMESSIEURS,\nEn vous apportant les félicitations et les encouragements de M. le Ministre pour\nles services si appréciés que vous rendez aux études françaises, je ne puis m'empê-\ncher, puisque les circonstances me le permettent, de vous entretenir un instant du\ndomaine particulier que j'ai moi-même commencé à explorer et sur lequel je vou-\ndrais entraîner quelques bonnes volontés nouvelles : je veux parler des documents,\n.conservés dans les archives départementales, sur l'histoire de la musique et des\nmusiciens.\nSans vouloir diminuer le moins du monde l'intérêt qui s'attache à la description\nd'un château féodal, d'une vieille tapisserie, d'une statue ou d'un tableau, je vous\nconfesse un goût que je serais heureux de vous voir encourager. Je suis de ceux\nqui, lorsqu'ils reçoivent un livre d'histoire, cherchent d'abord à l'index le mot\n« musique », et éprouvent une joie particulière quand ce mot est accompagné de\nnombreux renvois annonçant des documents originaux et de première main. Est-ce\nune joie de ce genre qu'on éprouve quand on parcourt la table des vingt-six beaux\nvolumes où sont réunis vos travaux? Oui, sans doute, mais une joie modérée, et\nqui, selon le mot antique, est plutôt la consolation d'un chagrin (1 ). Combien plus\nprofonde est la satisfaction que vous procurez à ceux qui aiment les arts plastiques!\nC'est à eux que vous accordez vos faveurs. Je vous demande de les répartir de\nfaçon plus équitable.\nQuelques études de sérieuse valeur, je ne l'oublie pas, ont été déjà publiées sur la\nmusique d'après des documents de source provinciale et peuvent être pris comme\nmodèles : je citerai ceux de M. Serand (Savoie) sur Mme de Warens et Claude Anet,\nles maîtres de J.-J. Rousseau; de MM. Levavasseur, le comte de Moucheron et Béret,\n-sur les musiciens normands ; de M. Jacquot, sur les artistes lorrains; de M. Aba-\ndie sur la musique et la maîtrise de la cathédrale d'Auch au xvuie siècle ; de\nM. l'abbé Chaminade, sur Elie Salomon ; de M. Achard, sur l'origine et les progrès\nde la musique à Avignon ; de M. Cuissard, sur la musique dans l'Orléanais... mais\n.de tels bienfaits furent pour nous trop rares ou trop isolés. Ce qu'il faudrait établir,\n.c'est une orientation continue des recherches et un courant d'opinion.\nIl y a malheureusement, en France, une fâcheuse habitude dont notre enseigne-\nment supérieur lui-même a donné l'exemple : l'histoire de l'art est trop souvent\nlimitée à l'histoire des arts du dessin. La musique n'a-t-elle donc pas sa place toute\nnaturelle dans des programmes comme les vôtres ? Depuis le temps où Boèce trans-\nmettait au moyen âge la doctrine pythagoricienne jusqu'au jour où nous sommes,\nla musique a-t-elle cessé de tenir à la civilisation générale par les liens les plus nom-\nbreux ? Au lieu de s'évanouir avec le soulHe d'air qui la fait naître, n'a-t-elle pas\nlaissé son image et les traces de sa grande influence sociale dans une multitude de\ndocuments précis? Le charme des études qu'on lui consacre est l'extrême variété\nde leurs aspects...\nUn certain nombre d'archives départementales se déclarent absolument dépour-\nvues de documents intéressant l'histoire des musiciens, telles sont celles de Bar-le-\nDuc, de Besançon, Blois, Bourg, Aurillac, Marseille, Digne ; mais (outre qu'en\nmatière d'archéologie toutes les affirmations sont révisables) combien d'autres sont\n\n(1) Nous donnons aux Notes bibliographiques la liste des travaux relatifs à la musique qui\njont paru dans ce recueil."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3930, "texte": "prêtes à vous paver de vos peines ! Aux archives d Avignon, il y a une délibération\ndu chapitre métropolitain (14 janvier 1702) recevant J.-B. (sic) Rameau comme\nmaître de musique et permettant de fixer un point important dans la biographie du\ngrand musicien. Aux archives de la Gironde (G. 3451) on possède une correspon-\ndance officielle (1775-1779) entre l'intendant et le ministère, relative au sieur Beck,\norganiste de Saint-Seurin, depuis le 24 octobre 1774, et qui demandait l'autorisation\nd'établir une imprimerie à Bordeaux parce qu'il avait découvert le moyen d impri-\nmer la musique avec des caractères mobiles. C'est encore une date importante..\nAux archives de Versailles se trouve, avec un dossier sur Grétry, la chronologie\ncomplète des opéras représentés à Paris depuis la fondation de l'Académie de mu-s\nsique jusqu'en 1737.\nJ'assure de ma gratitude anticipée celui qui nous donnerait une étude complété\nsur Himer, le maître de harpe de Marie-Antoinette, dont les œuvres sont conser-\nvées aux mêmes archives, ou celui encore qui nous donnerait une analyse des par-\ntitions manuscrites provenant du château d'Aiguillon, actuellement conservées aux\narchives municipales d'Agen. Ces vœux ne sont que des indications : ils n ont, je\nvous assure, rien de limitatif!\nPour y répondre, fouillez, avec les archives départementales, les dépôts commu-\nnaux, les registres et protocoles des notaires, les délibérations des communautés\nreligieuses, les collections privées ! Etudiez aussi les monuments figurés (si précieux\nparfois pour l'histoire des instruments), ne craignez pas de reprendre les sujets déjà\ntraités, et n'oubliez pas que les documents musicaux se trouvent souvent dispersés-\ndans les séries d'archives les plus diverses !\nEspérons que cet appel éloquent sera entendu, que ces indications si nettes et\nsi précises seront suivies.\nM. Chaumié, Ministre des Beaux-Arts, vient de soumettre au Conseil supé-\nrieur de l'lnstruction publique, au sujet de 1 enseignement musical dans les\nécoles normales, un programme dont les quelques lignes ci-dessous résument\nl'esprit.\nConsidéré au point de vue de l'enseignement primaire, le chant n est pas un art\nd'agrément ou un enseignement de luxe. 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M.\n17\n\nA propos du monument de Charles Garnier.\nUarchitecte de V Opéra est un artiste trop célèbre et touche de trop près à la mu-\nsique pour que cette Revue ne consacre pas spécialement un de ses numéros àsa\nmémoire et à son œuvre, à la veille même du jour ou M. Chaumié, ministre de\nr Instruction publique et des Beaux-Arts, va inaugurer le monument qui lui est con-\nsacré.\nLa figure si originale de Ch. Garnier évoque le souvenir des meilleurs artistes de\nla Renaissance italienne. Comme eux, Garnier eut les dons les plus divers: il fut\narchitecte de génie, aquarelliste d'extraordinaire adresse, ingénieur, écrivain plein\nd'humour et même un peu poète ; enfin, par V emploi des formes antiques comme par\nla somptuosité vénitienne de la décoration, l'Opéra appartient nettement à ce qu on œ\nappelé le style Renaissance.\nAu point de vue musical, cependant, on a fait quelques réserves. Un dilettante nous\ndisait récemment '.\n(( Permettez-moi une observation qui n est pas une critique.\n(( Parmi les abonnés qui, plusieurs fois par semaine, gravissent, pour gagner leur\nloge ou leur fauteuil, les degrés de ce splendide escalier tant de fois loué, combien\nyen a-t-il, aujourd'hui, qui admirent, même qui regardent en passant, l'élégance\net 1 harmonie des lignes, l'éclat des marbres et des peintures ? Oseriez vous parier\nqu'il y en a dix }... Et cependant ces mêmes abonnés—puisqu'ils fréquentent toujours\ndans la maison restent sensibles à la beauté de certains opéras qu'ils savent presque\npar cœur. La musique est donc ici plus importante que Varchitecture, laquelle doit\nr encadrer, et non V écraser.\n(( Or, ce quon peut regretter, c'est que le plan et la décoration de l'Opéra ne soient\npas assez subordonnés à Vart musical, et soient inspirés par certaines idées de luxe,\nde mondanité, de faste monarchique, qui nous apparaissent de plus en plus comme\nlui étant étrangères. Les conséquences en sont fâcheuses. Un exemple : à ceux qui se\nsont étonnés que le Don Juan de Mozart ait été dilué en g actes et affublé d'un\nénorme ballet, on a répondu : Une telle œuvre est trop grêle pour la vaste scène de\nl'Opéra et avait besoin d'être remaniée...\n« Le drame lyrique est orienté aujourd'hui,comme tous les autres arts, vers la nature\net la vérité ; Garnier a peut-être trop cédé aux influences d'un autre âge en s inspi-\nrant des idées de divertissement et déplaisir aristocratique. »\nCe n'est pas le moment d'insister sur ces observations, nous ne sommes pas de ceux\nqui appliquaient â Garnier le mot dit autrefois â ! auteur d'une Vénus : « Ne pouvant\nla faire belle, tu l'as faite riche ! )) Avec le public français et étranger, comme avec\nl'élite des connaisseurs, nous sommes heureux de redire une fois de plus que ! Opéra\nde Ch. Garnier est le plus beau monument du XIXG siècle."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.2", "texte": "CHARLES GARNIER\n\nBIBLIOGRAPHIE\n\nPour l'étude de la vie et de l'œuvre de Ch. Garnier, nous indiquerons les\nsources suivantes :\ni°La biographie écrite par la veuve du grand artiste, Mme Garnier, née Bary,\nqui entretient avec piété le culte d'une chère mémoire, et qui, entre autres re-\nliques, possède dix portraits de son mari signés des noms les plus illustres (Bou-\nguereau, Baudry, Boulanger, etc\nNous donnons un peu plus loin les extraits les plus importants de cette bio-\ngraphie.\n2° Aux Archives de l'Opéra :\nA) Une centaine d'articles de Garnier parus dans différents journaux de\n1870 à 1898 ;\nB) Un grand nombre d'articles parus sur lui pendant la même période et\nà l'époque de sa mort ;\nC) Ses diplômes et décorations;\nD) Un médaillon en mosaïque et quelques portraits.\n30 A l'école des Beaux-Arts, les aquarelles de Garnier ;\n40 Les œuvres de Ch. Garnier :\nA) Publications :\nLa Restauration des tombeaux des rois angevins en Italie (54 pl. in fol.),\npour le duc de Luynes ;\nA travers les Arts (Paris, ïB6B, in-12) ;\nLe Théâtre (Paris, 1876, in-8°) ;\nLe nouvel Opéra (2 vol. in-fol. de planches et 2 vol. de texte) ;\nLTle d'Egine, Restauration du temple de Jupiter Pan-liellénien (in-4%\ntexte et pl.) ;\nL Observatoire de Nice (texte et pl., gr. in-40).\nL'Histoire de Vhabitation (en collaboration avec M. Amman, 1892, in-40,\npl et gravures).\nB) Principales constructions :\nLe Cercle de la librairie (Paris, boulevard Saint-Germain);\nLes Panoramas Valentino (et ancien Marigny) à Paris ;\nLes Salles de concert et de jeu à Monte-Carlo ;\nL'Hôtel du Belvédère, /'église et l'école communale de Bordighera (Alpes-\nMaritimes) ;\nLes casino, bains et hôtel de Vittel (Vosges) ;\nLa villa Sarcey à Rosenthal ;\nLes tombeaux de Georges Jacques Offenbach, Victor Massé (Paris).\nEtc... etc...\n50 A l'Administration des Beaux-Arts, le dossier relatif au concours ouvert en\n1861 pour la construction de l'Opéra.\nCe dossier contient le programme du concours, les pièces concernant le paie-\nment des primes aux cinq meilleurs projets, le mémoire (18 avril 1861 )de la\ndirection de l'Opéra exposant ses vœux au sujet de la construction nouvelle,\nenfin les lettres des concurrents évincés réclamant leurs projets, et la liste des\nprojets envoyés au concours."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.3", "texte": "CHARLES GARNIER\n\nLe projet de Garnier portait le n° 38 et la devise : Bramo assai, poco spero. Ce\nprojet n'existe plus, parce qu'il passa aux Archives de la Maison de l'Empereur,\nqui furent brûlées pendant la Commune ; mais tous les dessins d'exécution se\ntrouvent à l'Opéra, aux Archives de l'Architecte. Les concurrents étaient au nom-\nbre de cent soixante-dix ; toutes leurs devises ont été recueillies au dossier, où elles\nfigurent encore, tristes témoins de vastes ambitions, d'espoirs déçus, et de travail\nvainement prodigué. Celui qui trop entreprend s'expose à rester en plan, dit l'un qui\nne croyait peut-être pas si bien dire (n° 2). Mais un autre répond gravement : Qui\nne risque rien n arien (n° 18). Opulence, affirme un troisième (n° 26) ; un plus avisé\nse contente decette invocation, qui devait rester inutile : Sous le glorieux règne de\nNapoléon 111 (n° 77). Certains se souviennent de Victor Cousin : Le beau, le vrai,\nl'utile (n° 80) ; d'autres de leur grammaire latine : Musica me juvat (n° 151) ; et le\nplus franc de tous émet ce vœu sincère : Bonne chance ! (n° 159).\nOn trouvera plus loin des détails sur la première épreuve, où Garnier obtint\nle 5e rang, et sur l'épreuve définitive, où le jury, présidé par le comte Walewski,\nadopta son projet à l'unanimité. Il est temps que nous cédions la parole à celle\nqui sut, mieux que personne, comprendre le grand artiste, et le soutenir aux\nheures où son génie même l'accablait.\n\nLA RÉDACTION.\n\nCHARLES GARNIER\nVIE D'UN ARTISTE\n(1825-1898)\n\nI\nANNÉES DE JEUNESSE\nCharles Garnier est né à Paris, rue Mouffetard, 264, le 6 novembre 1825, dans\nune maison dite de (( la Reine-Blanche )), parce qu'une reine y avait passé son\nveuvage en vêtements blancs, selon l'usage des reines en deuil, au moyen âge.\nSon père était né à Challes (arrondissement du Mans, département de la Sarthe).\nFils d'un maréchal-ferrant, le père de Charles avait fait comme forgeron son\ntour de France en quatre ans. Arrivé à Paris, il s'y maria en 1824 avec Félicité\nColle, fillecbun capitaine de l'Empire, sorti du rang. Ce capitaine Colle, cheva-\nlier de la Légion d'honneur, était Lorrain. Sa fille était née à Paris et était ou-\nvrière en dentelles.\nCharles Garnier sut lire à quatre ans. Il commença ses études primaires dans\nune petite école des environs de la rue Monsieur-le-Prince, où son père s'était\nétabli forgeron, et en même temps carrossier-charron. A 13 ans, il s'agit de lui\ntrouver un métier.\nQuoique son père occupât souvent le petit Charles à tirer le soufflet de la forge,\nl'enfant était trop mince, trop délicat pour faire un solide ouvrier. Sa mère avait\nentendu parler du métier de vérificateur, où l'on pouvait gagner, lui avait-on dit,\njusqu'à 6 fr. par jour. Elle rêva cette carrière pour son fils, qu'elle plaça chez un"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.4", "texte": "CHARLES GARNIER\n\narchitecte-vérificateur pour apprendre le métier. Ce patron fit mettre son vin en\nbouteilles par le petit Charles, lui fit fendre son bois, faire ses commissions et\nlui apprit à faire et à fumer des cigarettes. Il ne profita que trop de cette der-\nnière leçon. Au bout de huit jours de travail, l'enfant se demanda si c'était bien\ncela l'architecture et la vérification, et, sur l'avis d'un voisin, ses parents le\nretirèrent des mains de ce singulier patron, et l'envoyèrent compléter son instruc-\ntion dans la journée chez M. Demoyencourt, qui dirigeait une bonne école pri-\nmaire dans le quartier ; le soir, il suivait les cours de la petite école de dessin\nde la rue Racine.\nChez M. Demoyencourt, Charles eut pour camarade et pour émule Jules-\nGabriel Thomas, qui plus tard obtint pour la sculpture le prix de Rome en 1848,\nla même année que Charles Garnier pour l'architecture, fut son camarade à\nRome, son ami toujours, et aussi son confrère à l'lnstitut. Jules Thomas a fait\nles deux figures qui accompagnent le buste, dans le monument élevé à Charles\nGarnier en 1903, près de l'Opéra. A l'école de dessin se trouvait Carpeaûx,.\nsur lequel Charles remporta même un prix de modelage. Carpeaux devait avoir\naussi le prix de Rome, en 1854, six ans après Garnier et Thomas.\nA 15 ans, Charles Garnier entra à l'atelier d'architecture de M. Léveil. Au\nbout de quelques mois, les huissiers vinrent saisir le mobilier de l'atelier, et\nGarnier avec Louvet, André, Ginain, etc., passsèrent dans l'atelier de M. Lebas.\nCharles Garnier disait que les bons élèves d'un atelier sont souvent pour les-\nnouveaux de meilleurs professeurs que le maître lui-même. Aussi déclarait-il\nque Jules André avait été son vrai professeur, et que M. Lebas s'était contenté\nde lui dire toujours : (( C'est très bien, très bien... continuez ! )) Cependant,\nM. Lebas, interrogé par la mère de Charles Garnier, lui avait dit : « Ce sera un\nprix de Rome ! » Ces paroles avaient donné du courage à ces braves parents pour\nsupporter les charges de cette éducation d'artiste.\nA 16 ans, Charles avait été reçu à l'Ecole des Beaux-Arts dans les premiers\n(le 13e) après un brillant examen en mathématiques, science pour laquelle il\nétait admirablement doué.\nSon père, qui demeurait alors rue Mazarine, 32, gagnait strictement sa vie, en\nfabriquant les petites voitures dites (( coucous )), qui stationnaient sur l'ancienne\nplace Saint-Michel (maintenant place Médicis) et allaient à Sceaux. Il ne pouvait\narriver ainsi à payer les mois d'atelier. Aussi Charles fut-il obligé, pour donner ses\n20 francs par mois àM. Lebas, de faire la place, qu'on payait alors o fr. c.\nl'heure. C'est ainsi qu'il travailla chez Viollet-le-Duc, où il fit du gothique,\net chez l'architecte Galimard (le frère du peintre surnommé sur tous les murs du\nQuartier Latin : le pou mystique), et qui, sans talent, bâtissait beaucoup. En\nmême temps, il poursuivait ses études à l'atelier, et y travaillait avec ardeur.\nIl avait toujours été très encouragé au travail par sa mère, qui, incapable de le\nguider, savait cependant stimuler son ardeur à l'étude et lui donnait l'exemple\nde l'activité. Charles adorait sa mère, et pour lui faire plaisir, travaillait souvent\ntard dans la soirée, quand il était enfant, même après le cours de l'école de des-\nsin. Etant à batelier, il travaillait tous les soirs à étudier des projets d'architec-\nture. Cependant, il ne tenait pas de ses parents ses goûts artistiques. Souvent il\ndisait à sa mère : « Voici deux objets similaires. L'un est joli et l'autre est laid.\nJe parie que tu vas trouver laid le joli, et réciproquement. )) Cela arrivait comme\nil l'avait prédit. Mais Mme Garnier disait, en levant les épaules : « C'est des goûts"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.5", "texte": "Charles GARNIER\n(1825-1898)."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.6", "texte": "CHARLES GARNIER\n\nd'artistes !... Personne ne les partage ! » Dès son enfance, ses idées et ses goûts\nétaient si différents de ceux de ses parents, qu'ils l'appelaient : braque, ou le\nbraque.\nII\nLE PRIX DE ROME\nEn 1846, à 20 ans, Charles fut reçu en loge. Il n'y monta pas en 1847. Il y fut\nadmis en 1848.\nC'était sa dernière année de concours; car son père avait été ruiné en 1847 par\nl'ouverture du chemin de fer de Sceaux. Plus de coucous à construire ou à répa-\nrer ! Et Charles, ne pouvant plus être aidé par son père, aurait dû ne plus pen-\nser qu'à se faire une position indépendante et une clientèle et renoncer à l'école\net au prix de Rome.\nLe sujet du concours de Rome était : Un Conservatoire des arts et métiers.\nLe dernier jour, à l'heure où il est permis à tous les concurrents d'aller regar-\nder le travail les uns des autres (ce qu'on appelle cochonner), Charles Garnier\nresta atterré et désespéré en entrant dans les loges de ses rivaux ; car des huit\nlogistes, il était le seul qui eût adopté un certain parti de composition : il con-\nsistait, je crois, à placer les salles d'exposition à part des salles de cours. Les\nsept autres avaient adopté un autre parti, le même pour tous. Mais ces sept\nautres ne furent pas moins atterrés, quand ils virent le projet de Charles ; et ils\nlui dirent : (( Toi seul, tu as trouvé le bon parti î »\nEn effet, il eut à l'unanimité le premier grand prix de Rome\nLe jour du jugement, il avait prié le garçon de l'école des Beaux-Arts, qui\nassistait à la séance, de lever le rideau de la salle de délibérations, si c'était lui,\nGarnier, qui avait le prix. Il était assis dans la cour de l'Ecole, sur un moulage\nantique, les yeux fixés sur la fenêtre, et entouré de ses amis, qui savaient tous le\nsignal convenu. A force de regarder la fenêtre, le pauvre Charles ne voyait plus\nclair, troublé par l'émotion, quand le rideau fut brusquement soulevé !... Ce\nfurent les hourras et les embrassements de ses amis qui firent comprendre au\npauvre artiste trop ému qu'il avait le grand prix !\nAussitôt il voulut courir annoncera ses parents la bonne nouvelle .. Mais de-\nvant la porte de l'Ecole des Beaux-Arts, on entendait de frénétiques claquements\nde fouet, et l'on vit un fiacre, lancé à l'allure la plus rapide, prendre le chemin\nde la rue Mazarine : c'était un cocher de fiacre, qui y remisait à côté du n° 32, et\nqui savait comme tout le quartier que le jeune Garnier concourait pour le prix de\nRome. Passant devant l'Ecole, il avait attendu lui aussi le jugement... Il s'était\ndépêché pour l'annoncer à Mme Garnier, qui, prévenue, elle aussi, par les reten-\ntissants claquements du fouet, venait à la porte pour savoir ce que signifiait ce\nbruit. Quelques minutes après, l'heureux lauréat se précipitait, suivi d'une\nbande de ses camarades, chez ses parents, bien émus, bien contents !...\nCharles allait avoir 23 ans le 6 novembre de cette même année 1848 ; il avait\ndonc 22 ans et demi quand il obtint le premier grand prix de Rome, fait rare pour\nun architecte, ce prix ne s'obtenant généralement qu'entre 26 et 30 ans. Je crois\nqu'on cite Lefuel comme l'ayant eu de très bonne heure aussi."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.7", "texte": "CHARLES GARNIER\n\nCharles Garnier allait à Rome avec son ami J.-G. Thomas, sculpteur, Chabaud,\ngraveur en médailles, Deveaux, graveur en taille-douce, Duprato, compositeur.\nIl n y eut pas de prix de peinture cette année-là, et Charles regarda toujours\ncomme (( son peintre », Gustave Rodolphe Boulanger, qui eut le prix de Rome\nl'année suivante.\nIII\nLE SÉJOUR A ROME ET EN ITALIE\nLes cinq prix de Rome partirent ensemble en novembre 1848 par la diligence\nLaffitte et Gaillard II n'y avait alors que des tronçons de chemins de fer entre\nParis et Marseille Le voyage fut un enchantement !.. Ces jeunes gens, tous\nParisiens, excepté Chabaud, qui était cbAix en Provence, et tous de familles\npauvres, n'avaient jamais voyagé, et le mode des voyages d'alors permettait de\ns'arrêter partout. Ils visitèrent donc Châlons, Lyon, d'où ils descendirent le\nRhône jusqu'à Avignon ; ils virent Orange, Valence, Nîmes, Arles, Marseille.\nLes monuments romains du Midi de la France, avec les beaux tons dorés des\npierres, les enchantèrent. Ils s'embarquèrent pour Gênes. Là, l'enthousiasme ne\nles quitta plus jusqu'à Rome L'architecture, la peinture, la sculpture, la végéta,\ntion, l'azur du ciel et delà mer, le climat, tout ravit Charles Garnier ! Le jour de\nson arrivée à Gênes, il faisait froid, et Charles tomba en extase, à la promenade\nde YAcqua Sole, devant une rose épanouie, enveloppée d'une légère couche de\nglace...\nIls continuèrent leur voyage par Florence, et arrivèrent à Rome, un peu avant\nle ler janvier 1849, dans les délais fixés par le règlement de l'Académie de France\nà Rome.\nPendant les cinq ans que durait alors la pension à la villa Médicis, Charles\nGarnier ne revint pas à Paris. D'ailleurs, la difficulté du voyage en l'absence de\nchemins de fer, la dépense, la longueur du trajet en bateau et en diligence, n'in-\nvitaient guère à aller à Paris. On ne cite que ceux qui avaient le malheur de per-\ndre leur père ou leur mère comme ayant effectué ce voyage, que les pension-\nnaires modernes font presque tous les ans.\nA Rome, Charles devait être témoin, en 1849, de graves événements politiques.\nLes Français résidant à Rome, craignant les excès des soldats de Garibaldi pen-\ndant le siège delà ville, s'étaient presque tous réfugiés à l'Académie de France.\nLes pensionnaires, pour laisser leurs chambres à ces hôtes improvisés, étaient\nobligés de coucher dans les corridors de la Villa Médicis. Ils ne pouvaient plus\ntravailler, et le Directeur émit l'idée départir tous en masse pour Florence. Les\navis pour l'adoption ou le rejet de cette proposition étaient très partagés... .\nCharles poussait beaucoup à ce départ pour Florence, par l'unique raison qu il\navait envie d'y aller travailler, et qu'il n'avait pas d'argent pour faire ce voyage.\nM. Eugène Guillaume a raconté les multiples démarches qu'il dut faire avec\nGarnier auprès des autorités de Rome, afin d'obtenir pour toute l'Académie et\nson Directeur, M. Alaux, passeports, chevaux, voitures, sauf-conduits...\nEnfin, l'Académie arriva à Florence, où Charles travailla beaucoup, et d'où il\nrapporta de belles aquarelles. C'est à partir de ce moment-là qu'il passa maître"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.8", "texte": "CHARLES GARNIER\n\naquarelliste, et étonna ses amis par la rapidité d'exécution qu'il mettait à faire\nune aquarelle. Aussi, lui faisait-on la plaisanterie de lui dire, en voyant une de\nces grandes feuilles, remplies de détails, aux tons si exacts : (( Oh ! celle là t'a\nbien demandé cinq minutes de travail ! ))\nCharles travailla beaucoup à Florence, à Sienne, à Pise, à Pistoia, etc. etc. ..\npuis à Rome, à Corneto, où il releva d'intéressants tombeaux étrusques.\nCharles Garnier travailla aussi à Pompéi, et delà aussi il rapporta des aqua-\nrelles intéressantes. On sait les beaux travaux qu'il fit à Rome pour se conformer\naux obligations imposées aux pensionnaires. Il fît aussi en Sicile, avec des cama-\nrades, un pittoresque voyage, dont il rapporta de belles études.\nA Rome, non seulement il travaillait, mais il gardait du temps pour aller\nclans le monde, s'amuser, danser.\nIl était émerveillé des belles fêtes données par l'aristocratie de la finance à\nRome, entre autres parles Colonna, fêtes dont le luxe grandiose était tout nou-\nveau pour lui, et aurait fait encore l'admiration d'un artiste plus blasé que ne\nPétait Charles Garnier. La hauteur, la grandeur des salles de bal et de souper,\nl'abondance des diamants, auraient suffi à l'étonner.\nCharles était passionné du carnaval romain, qui se célébrait encore alors selon\nl'ancienne coutume, avec un mélange d'une courtoisie élégante et d'une certaine\nlicence. C'était d'ailleurs la bonne société romaine qui donnait le ton.\nDanseur infatigable, il savait encore égayer les réunions par des chansons,\ndes charades, des petits jeux, des tours de cartes. Il était le boute-en-train de la\nvilla Médicis. Ses contemporains à l'Académie de France n'ont pas oublié les\ncomédies qu'il y faisait représenter dans le salon du Directeur, et où il jouait\naussi un rôle. La plus fameuse de ses comédies-pochades est La Poignée de\nCheveux, dont le titre ne voulait qu'indiquer la difficulté à démêler l'intrigue,\net après la représentation de laquelle un attaché d'ambassade demandait sé-\nrieusement à Charles où était cette poignée de cheveux!...\nA sa troisième année de séjour à Rome, Charles partit pour la Grèce et Con-\nstantinople. Il rencontra sur le paquebot Théophile Gautier, avec qui il se lia; à\nAthènes, Mézières, Beulé et Edmond About, qui a raconté dans la Grèce contem-\nporaine son voyage dans le Péloponèse avec le paysagiste de Curzon et Charles\nGarnier.\nCharles passa seul trois mois à Egine, pour faire sa belle restauration du\nTemple, qu'on appelait alors de Jupiter Pan-hellénien. A cette époque-là, la\npolychromie des temples était encore discutée, et avait des adversaires au sein\nmême de l'lnstitut. Garnier avait eu la bonne fortune de trouver des Métopes\nportant encore de la coloration rouge et de la bleue, et la question n'était plus à\ndiscuter, elle était tranchée ! Cette restauration fit beaucoup d'honneur à Gar-\nnier et donna à l'lnstitut et au monde des artistes une haute idée du jeune\narchitecte.\nIV\nL'OPÉRA\nLes premiers jours de janvier 1861, l'Empereur décréta un concours pour édi-\nfier un Opéra. Le but de Napoléon 111, ou plutôt celui de l'impératrice Eugénie,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.9", "texte": "CHARLES GARNIER\n\n«était de faire bâtir l'Opéra par l'architecte Viollet-le-Duc. Mais comme il n'était\npas du service des Bâtiments civils, étant inspecteur général diocésain, c'est-\nà-dire voué aux églises de style moyen âge, et que, d'autre part, M. Rohaut de\nFleury, artiste fort estimable, était l'architecte de l'Opéra de la rue Drouot,\nl'Empereur décréta ce concours pour déposséder Rohaut de Fleury, et donner à\nViollet-le-Duc l'occasion de montrer son talent. Le malheur fut que Viollet-\nle-Duc, dessinateur de premier ordre, n'était pas un véritable architecte, mais\nbien un archéologue, et qu'il ne savait pas composer. Aussi son projet n'entra-t-il\nmême pas dans la première sélection des projets discutables.\nCharles travailla seul à son projet, ne se faisant aider par personne pendant\n•ce mois de janvier, accordé pour l'avant-projet, qui se composait de plans, coupe,\nélévation, façades.\nLes dessins ne devaient pas être signés, et une devise était reproduite dans\nune enveloppe cachetée.\nJe fournis à Charles sa devise, en altérant un peu un vers du Tasse tiré de\n1 épisode d'Olindo et Simfronia. Le Tasse dit, en parlant d'Olindo : (( Brama\nassai, poco spera, nulla chiede. )) La dernière partie manquait d'à-propos,\npuisque Charles demandait au contraire beaucoup, et, la supprimant, mettant\nà la première personne le vers du Tasse, il resta une devise courte et modeste :\n<( Bramo assai, poco spero » (Je désire beaucoup, j'espère peu).\nAu premier degré du concours, Charles, sur les 200 concurrents, fut classé le\ncinquième. Le premier était Léon Ginain, le deuxième Crépinet et Boitrel, le\ntroisième Garnaud, le quatrième Duc.\nLe concours recommença entre les cinq projets primés. M. Duc se retira du\nconcours. Crépinet et Boitrel se séparèrent. Cela fit toujours cinq concurrents.\npensant queGinain et lui étaient les deux plus forts, fit proposer à Ginain,\npar l'excellent ami Lebouteux, connu pour sa réserve et sa discrétion, de signer\nchacun son projet de leurs deux noms, Garnier et Ginain, Ginain et Garnier.\nMais Ginain refusa à deux reprises différentes la proposition de Charles, qui fut\nclassé le premier à l'unanimité.\nCharles Garnier avait 35 ans et demi. La gloire lui souriait, et il pouvait croire\nque la fortune en ferait autant II étaitestiméet aimé de tous... Son nom, presque\ninconnu la veille, était proclamé partout. Il était « le lion )) du moment. Pourquoi\nfaut-il une ombre au tableau, et pourquoi Charles Garnier était-il si malheureux?\nHél as ! Cette névrose qui l'avait déjà terrassé une fois à son retourde Rome n'était\npoint guérie, et ne se guérit jamais !... Toute sa vie, qui aurait pu être heureuse,\nfut empoisonnée par cette maladie, cette neurasthénie, qui résidait dans l'imagi-\nnation et ne lui laissait ni trêve ni repos. Tous les phénomènes nerveux, il les\n-éprouvait: tantôt il voyait un gouffre s'ouvrir devant ses pas ; tantôt sa vue se\ntroublait au point de ne plus voir dans la rue que la moitié des passants, soit en\nlarge, soit en long, ou de les voir marcher sur la tête. Ou il lui semblait marcher\nlui-même sur des cardes de ouate ou des boules de caoutchouc ; ou une secousse\nviolente l'arrêtait tout à coup comme s'il allait tomber ; ou il avait une douleur\nentre les deux yeux, ou tout tournait autour de lui, il croyait tourner lui-même ;\nou il croyait devenir fou... disant que sa tête s'en allait, qu'elle était vide!... qu'il\nsentait partout le néant !... Il croyait toujours qu'il allait mourir, ou rester infirme\npour toujours. Il passait des mois à se croire un cancer, et à en éprouver toutes\nles souffrances. La nuit il se réveillait, croyant avoir la fièvre typhoïde, ou toute"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.10", "texte": "CHARLES GARNIER\n\nautregrave maladie, et s'écriant : (( Mon Dieu ! mon Dieu ! que je suis malade !...\nque je souffre !... si je savais seulement ce que j'ai ! .. )) Et constamment il se\npréoccupait de son état de santé ; il s'assombrissait, se condamnait àun silence\ndouloureux pour lui et peut-être plus encore pour les siens !\nOn dit que Dieu fait payer aux artistes par une sensibilité exagérée, maladive\nmême, les dons qu'il leur accorde : Charles Garnier confirme cet aphorisme ; et\ncette gaieté qu'il affichait en public n'était souvent qu'un moyen factice qu'il\nemployait pour sortir de lui-même, se griser, pour ainsi dire, et oublier pour un\nmoment ses maux imaginaires !\nNe voulant rien négliger pour son œuvre, Charles fit, presque toujours avec\nmoi, et avec l'un de ses inspecteurs (Louvet, Baudry, Jourdain), de grands\nvoyages en Europe, pour étudier des salles de théâtre, prendre la distance entre\nles sièges (ce qu'il appelait le banc-à-banc), leur largeur, la disposition des loges,\netc., etc... C'est ainsi qu'il visita Bordeaux, Londres, Édimbourg, Milan, Vérone,\nVenise, Munich, Vienne, Dresde, Berlin, Copenhague, Stockholm, Christiania,\nMadrid, Valence, Barcelone, etc., etc... et c est toujours à ses frais qu'il effectua\nces grands et dispendieux voyages.\nC'est au théâtre Philharmonique de Vérone qu'il surprit le secret de la pein-\nture imitant et complétant la dorure dans les parties d'ombre. Dès le début de\nson projet, il s'était promis de faire du vieil or, et non de l'or neuf, dont le ton\nclair et luisant lui semblait (( canaille » et sentant le parvenu. Il ne se lassait pas\nd'admirer les ors delà salle de l'ancien Opéra. C'est Charles qui a inventé le ton\nvieil or, devenu si vite à la mode, et auquel personne jusque-là n'avait songé,\nchacun attendant du temps cet effet de couleur chaude, cossue, chatoyante, sans\nluisant.\nA Vérone, charmé par le ton harmonieux de la salle du théâtre, et passant\nprès d'une colonne, il vit, avec ses excellents yeux, que les parties faisant saillies\nétaient seules recouvertes d'une couche de dorure légère qui accrochait la lumière,\net que tout ce qui était en creux était d'un ton d'ocre brun, et seulement huile trois\ncouches. Cette découverte lui permit de faire dorer sa salle d'Opéra pour la\nsomme de 40.000 francs, la peinture simulant l'or dans toutes les parties creuses\net dans l'ombre.\nV\nDERNIERS TRAVAUX. DERNIÈRES ANNÉES\nCe ne fut qu'après avoir fini l'Opéra que Charles Garnier bâtit la villa da\nBischoffsheim à Bordighera et fit aussi pour Bischoffsheim cet observatoire de\nNice, qui restera le type du genre, comme l'Opéra le type du théâtre.\nIl édifia aussi le Cercle de la librairie, à Paris, et la maison d'habitation de\nl'éditeur Hachette, boulevard Saint-Germain, 195 ; puis, le Casino, la salle à\nmanger, les bains de Vittel ; la salle de concerts et une salle de jeux à Monte-\nCarlo, la jolie église de la Capelle-en-Thiérache et l'église de Terre-Sainte à\nBordighera, et deux panoramas à Paris. Il reconstitua l'histoire de l'habitation à\nl'Exposition universelle de 1889.\nSa dernière œuvre fut le magasin de décors de l'Opéra, au bastion n° 44-"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.11", "texte": "L'ancien Opéra de ia rue Le Peletier\n\nLe nouvel Opéra"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.12", "texte": "CHARLES GARNIER\n\nMalgré la simplicité de l'édifice, on y retrouve l'élégance qui caractérise toutes\nles œuvres du grand artiste, et les dispositions intérieures jouissent aussi de\ncette clarté du plan, de cette netteté, de cette appropriation pratique qui rendent\ntous les services si commodes, si directs, et par conséquent si rapides.\nC'est aussi après l'achèvement de l'Opéra qu'il écrivit ses ouvrages sur son\nOpéra et sur le théâtre.\nL'intelligence si vive, si lumineuse de Charles Garnier, son esprit de justice et\nd'équité, et son bon sens pratique le rendaient précieux dans les commissions.\nAussi ne s'en formait-il guère dans les arts, ou dans les sciences qui touchent à\nl'architecture, sans qu'on l'y appelât. Il en était souvent le rapporteur, et ses\nrapports, toujours très remarquables, y étaient fort appréciés. Aussi M. Duban\npouvait-il lui écrire, après la lecture d'un rapport sur l'éclairage des théâtres :\n(( J'ai pris un plaisir extrême à le lire et à le relire, Si j'étais ministre, je vous\nsoumettrais bien des questions à examiner, pour avoir le plaisir d'être éclairé\nd'abord, puis charmé par la grâce et la couleur du style. ))\nDans les commissions, malheur aux membres qui se perdaient dans la lecture\ndes documents, au lieu de les résumer ! malheur au président qui laissait\ns'égarer la question !... Charles ne pouvait se retenir de manifester son impa-\ntience par des signes de nervosité exaspérée !... Mais aussi quelle satisfaction\npour les membres de la commission ou du conseil des Bâtiments civils, quand\nGarnier présidait, ou que, reprenant le sujet débattu, le dépouillant de toute\nincidente, le ramenant au point, le simplifiant, le résumant, le mettant en une\nvive lumière, il le soumettait aux voix en quelques minutes, et dans une clarté\nparfaite.\nDiriger un atelier d'architecture et corriger régulièrement les projets et dessins\ndes élèves n'eût pas été, je crois, du goût de Charles Garnier.\nMais quand un élève de l'École des Beaux-Arts venait lui montrer un projet,\nc'était vraiment intéressant et curieux de voir avec quelle rapidité de coup d'œil\nle grand architecte avait vu, compris, apprécié, jugé l'œuvre du débutant. Avec\nune maestria qui n'excluait ni sa simplicité habituelle, ni sa familière bonhomie,\nil mettait le doigt sur le point faible, et quelques moments après, il indiquait le\nremède au mal, et donnait le moyen de faire saillir les parties réussies et caracté-\nristiques du travail.\nIl revêtait ses conseils, si pleins de bon sens, d'une lumière si vivifiante, il\nétait si encourageant, mettait tant d'entrain dans ses paroles, que l'élève sortait\nenthousiasmé de cette leçon, le courage doublé, l'imagination montée, le cœur\nplein d'ardeur !... Combien ont gardé de telles séances un souvenir émerveillé !...\nAussi, M. Edwin O. Sachs, de Londres, l'architecte des théâtres de Covent-\nGarden et de Drury-Lane, après avoir proclamé Charles Garnier le Grand\nFrançais, « le maître le plus illustre, qui a exercé sur les maîtres du monde\nentier la plus heureuse action », a-t-il pu ajouter :\n(( Les lettres que j ai de lui et la visite que je lui ai faite à sa villa de Bordi-\nghera ne m ont pas seulement appris et avec quelle sûreté bien des choses\nde technique ; elles m ont encore, et surtout, imprégné de cet enthousiasme de\nperfection que, seul de tous les architectes que j'ai connus et que je connais, il\nétait capable d'inspirer à de jeunes hommes. ))\nCharles Garnier avait conservé, malgré les années, sa taille svelte et élé-\ngante, ses belles dents, ses cheveux fins et frisés, et il aurait sans doute gardé"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.13", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\nsa gaieté, sans ses mortelles angoisses pour la santé .de son fils Christian.\nDans la nuit du ler au 2 août 1898, Garnier fut pris d'étouffements, se leva,\nalla dans son cabinet de travail s'asseoir dans son fauteuil, en revint quelques\nminutes après pour se recoucher ; il se jeta sur son lit, ses jambes pendantes.\nIl était frappé d'une attaque d'apoplexie.\nM. le curé de Saint-Séverin, mandé aussitôt, lui dit : « Je viens prier pour\nvous ; si vous me reconnaissez, cher Monsieur Garnier, serrez-moi la main. )) Et\nCharles, qui ne parlait plus, la lui serra avec force de sa main gauche, la seule\nqui eût gardé la sensibilité. Puis M. le curé lui dit : « Maintenant, mon cher\nami, je vais vous donner l'absolution et le sacrement des malades. Si vous vou-\nlez élever votre cœur à Dieu et prier avec nous, serrez-moi encore la main. » Et\nle mourant serra cette main amie deux fois de suite, et expressivement. M. le\ncuré lui donna l'absolution et l'extrême-onction.\nLa journée fut calme, la nuit ne fut pas mauvaise et la journée du lendemain\nfut assez calme encore. Mais vers 6 heures du soir, la seconde attaque redoutée\nsurvint, et se termina par la mort à 8 heures, le soir du 3 août 1898.....\nQuelques jours plus tard, quand on parla d'élever un monument à l'architecte\nde 1 Opéra, Christian, sans songer à la vaine gloriole d'une statue en pied, rap-\npela combien son père avait toujours critiqué et blâmé les statues en costume\nmoderne, l'effet déplorable d'un pantalon et d'un veston en bronze ou en marbre,\net assura que le beau buste de Charles Garnier par Carpeaux, buste qu'on agran-\ndirait suivant les proportions du monument, répondrait beaucoup mieux aux\ngoûts esthétiques de l'artiste qu'on voulait glorifier.\nC'est Christian qui désigna la place oû devrait être érigé le monument, place\nqui réunit, disait-il, ce double avantage d'être située dans l'Opéra, comprise dans\nla grille qui l'entoure, et cependant vue de la voie publique.\nIl exprima la volonté de faire écrire sur le piédestal, après le nom de Charles\nGarnier, ces mots : « Fils d'un forgeron », disant que c'était un titre de no-\nblesse, comme le parchemin du travail.\n\nLOUISE GARNIER, née BARY.\n\nArchives et Bibliothèque de l'Opéra.\n\nI\nARCHIVES\nEn dépit des nombreux ouvrages publiés sur notre première scène lyrique,\nl'histoire complète et vraie de l'Opéra n'existe pas encore. S'appuyant sur des\npièces authentiques qu'ils avaient retrouvées chez des notaires, dans les\nregistres du secrétariat de la Maison du Roi, dans ceux du Parlement et de la\nConciergerie, aux Archives nationales et dans plusieurs Bibliothèques de l'Etat,\ndivers auteurs ont bien établi les origines de l'Académie de musique, indiqué\nla marche générale du théâtre et noté le passage des principaux artistes; mais\npersonne n'a fait œuvre définitive, en étudiant la structure et le fonctionnement\nde ce vaste organisme, en relevant les mille détails qu'il comporte : mise en"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.14", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\nscène des ouvrages, comparaison des recettes, nombre des représentations pour\nchaque reprise, changements d'interprètes, état des décors et des costumes. On\nn'a point dressé avec exactitude le bilan financier et artistique des multiples\ndirections qui, en se succédant, ont connu des fortunes diverses ; on n'a point\ntiré de l'ombre et mis en lumière tous les faits qui constituent ce que l'on pour-\nrait appeler la vie ambiante, et qui donnent aux choses leur importance relative\net leur caractère particulier.\nA dire vrai, cette tâche ne saurait être entièrement remplie, car on ne possède\nplus les documents de service intérieur pour la longue période qui va de\n1 ouverture de 1 Opéra en 1671 (direction Pierre Perrin) au lendemain des\ndébuts de Rameau en 1735 (direction Thuret). Une telle lacune, à jamais\nregrettable, provient de ce fait, que les directions Francine, Dumont, Guye-net,\nDestouches et Gruer aboutirent à des liquidations désastreuses, et que chaque\ndirecteur, volontairement ou non, négligeait ou même détruisait ses pièces comp-\ntables. Les papiers, formant archives, apparaissent en 1735, pour disparaître,\nune fois encore, pendant la période où Mme de Pompadour contraignit la ville de\nParis d'accepter le privilège de l'Académie royale, sous la haute surveillance de\nsa créature, d'Argenson. Les livres devaient alors, selon toute vraisemblance, être\ntransportés dans les bureaux du ministère, ils s'y sont égarés depuis, et la perte\nen semble définitive. C'est seulement en 1749 qu'on peut commencer à parler\nd'archives, parce qu'à cette époque le prévôt des marchands prit 1 habitude de\nfaire verser la comptabilité au magasin de l'Opéra situé rue Saint-Nicaise.\nToutefois, comme personne n'avait charge de classer la correspondance, de\ncoter les reçus, de réunir, ici, les comptes de fournitures, là, ceux des recettes\nprovenant des spectacles, bals et concerts, la paperasserie s'accumulait et s'en-\ntassait au hasard dans les greniers de la maison. Un rapport constate en 1815\nque le défaut de local n'a pas encore permis de donner une classification aux\npapiers administratifs, et qu'il serait indispensable de mettre fin à pareil désor-\ndre. Les années passent et les régimes se succèdent; parfois une voix se fait\nentendre et tente de secouer la traditionnelle inertie ; vox clamat in deserto. Il\nfaut, pour constater un changement, arriver à l'année 1860, où l'on projette\nla construction du Nouvel-Opéra ; le règlement du concours prévoit une biblio-\nthèque et un dépôt d'archives ; l'emplacement concédé permettra donc les range-\nments indispensables ; le chaos va se dissiper.\nUn décret du 16 mai 1866 avait nommé chef de ce nouveau service mon\nregretté prédécesseur, Charles Nuitter, et depuis lors jusqu'en 1875, on peut\ndire que cet homme, remarquable à tant de titres, a renouvelé au moins l'un\ndes exploits d'Hercule, Il a nettoyé, non pas les écuries d'Augias, mais les\ncuisines de l'hôtel de Choiseul, car en ce rez-de-chaussée s'étaient amoncelés des\ncentaines de registres et des milliers de feuilles, depuis l'inventaire de 1748,\nle plus ancien qu'on ait retrouvé. Il fallait, pour mener à bien l'entreprise,\nson activité, sa patience, sa culture intellectuelle et aussi son amour pour tout\nce qui parlait le langage du passé. Assez autoritaire, sous les dehors de la\nplus exquise urbanité, il procédait à sa guise, sans permettre qu'on l'aidât\ndans une besogne pour laquelle l'initiative d'un seul n'était peut-être pas tou-\njours suffisante. Son esprit de méthode lui avait fait imaginer trois grandes\ncatégories, dans lesquelles il lui semblait que tout pouvait entrer : Administra-\ntion, Comptabilité, Inventaires généraux et partiels, en dehors des registres de"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.15", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\nrecettes à la porte, de fournitures, de feux, de doit et avoir, etc. Cette classi-\nfication satisfaisait plus les yeux que l'esprit ; elle n'offre l'avantage, en somme,\nni de la clarté, ni de la commodité. Je m'ensuis aperçu, lorsque, ayant l'honneur\nde succédera Charles Nuitter, j'ai commencé à préparer l'ouvrage considérable\nqui, sous ce titre ' Les Archives de ïOpéra, constituera un jour, si Dieu me\nprête vie, la véritable histoire de l'Opéra.\nPour mieux faire comprendre ma pensée, je reproduis d'abord ici la classifica-\ntion des principales séries, telle que l'a établie mon prédécesseur, et telle qu'elle\nsubsiste jusqu'à nouvel ordre.\nADMINISTRATION\nArrêts du Conseil d'État. Lettres patentes, ordonnances.\nDépêches ministérielles.\nDécisions. Délibérations.\nBudgets. États du personnel. Engagements, congés.\nCorrespondance (auteurs, acteurs, etc.).\nProjets. Plans d'organisation.\nJury littéraire.\nMises d'ouvrages.\nFêtes, bals, bénéfices.\nEntrées.\nBâtiment. Inspection.\nSoumissions, traités, marchés.\nAffiches.\nCOMPTABILITÉ\nRecettes à la porte. Locations et abonnements.\nRedevances.\nBaux.\nAppointements. Gratifications. Feux. Pensions.\nHonoraires d'auteurs.\nDroit des indigents.\nFrais de police et de sûreté.\nComptabilité espèces.\nComptabilité matières.\nOuvriers. Fournisseurs.\nCette classification porte sur des époques très différentes et sépare des articles\nqui gagneraient précisément à être rapprochés, ou vice versa. Par exemple, les\nfeuilles libres de recettes à la porte, qui furent, en leur temps, des doubles des-\ntinés au contrôle de l'autorité supérieure, ne se trouvent point avec les registres\ndes recettes quotidiennes qu'elles ont souvent l'avantage de compléter. Lorsque\nje commençai à passer en revue les pièces données depuis 1735 jusqu'à nos\njours, et à dresser un tableau des spectacles quotidiens, il me fallut dépouiller\nle contenu de nombreux cartons où se trouvaient mélangées des notes de tout\ngenre et de tout temps. Il en va de même pour les états du personnel, les enga-\ngements, les congés, etc. Ainsi le carton 1 contient les pièces administratives\nles plus disparates. Le carton 2 n'est historique que par l'étiquette dont il est"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.16", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L OPÉRA\n\norné. Les cartons 19 à 27 renferment les émargements de plus d'un demi-siècle.\nLes comptes des fournisseurs et des ouvriers voisinent dans une gênante pro-\nmiscuité. Quant aux feux, ils recèlent, mêlés à des brouillons ou minutes sans-\nimportance, des lettres et des signatures de haute valeur. Si l'on songe que les\nArchives proprement dites comprennent, à l'heure actuelle, plus de sept cents\ncartons, on devine à quel labeur donnent quelquefois lieu les recherches les plus-\nsimples.\nJe rêve d'une classification plus rationnelle et plus pratique. Il conviendrait de\ncréer autant de chapitres qu'il y eut de directions successives, et d'insérer dans\nchacun d'eux tous les documents qui ont trait aux conditions administratives,,\nfinancières et artistiques de l'exploitation, de rassembler en un mot tout ce qui\nreprésente l'histoire d'une période, tout ce qui permet de lui restituer sa véritable\nphysionomie. On irait ainsi de Maurepas et d'Argenson à nos modernes mi-\nnistres de 1 Instruction publique et des Beaux-Arts, en passant par les membres\ndu Comité, par Lucien Bonaparte, par les intendants, les inspecteurs, les\nchefs de cabinet délégués, etc. Les autographes sont nombreux qui racontent\ntour à tour le (( bon plaisir )) des anciens rois, la violence patriotique des repré-\nsentants du peuple aux temps troublés de la Révolution, la volonté personnelle\nd'un Napoléon Bonaparte, signant de sa main de Premier Consul, puis d'Empe-\nreur, les moindres pièces relatives aux dépenses de l'Académie de musique, la\ngravité solennelle et un peu ridicule de la Restauration, singeant dans ses en-\ntête officiels, dans ses formules de politesse, et jusque dans ses appellations, le-\nrègne d'un Louis XIV, le positivisme des hommes de 1848, les allures prime-\nsautières de Napoléon 111, et l'esprit bureaucratique de la troisième République.\nPour le xvme siècle en particulier, bien des dessous directoriaux se trouveraient\néclairés d'un nouveau jour. Une pièce relative aux décors et aux costumes d'un\nopéra ou d'un ballet prendrait plus de valeur, lorsqu'elle serait jointe aux lettres\ndes auteurs, aux observations du metteur en scène, à l'inventaire du chef de ma-\ngasin, etc. Parla comptabilité, parles recettes à la porte, parle relevé des baux\npassés devant notaire pour la location des loges, par les échantillons d'étoffes\nretrouvés dans les comptes des fournisseurs, par le prix des chaussures, des\nmaillots, des perruques, des masques, des rubans, on établirait la genèse d'une\nœuvre, on pourrait la suivre depuis sa première jusqu'à sa dernière représen-\ntation, voir ce qu'elle coûte comme ce qu'elle a rapporté. Un inventaire par car-\nton permettrait d'accomplir méthodiquement ce travail, dont l'achèvement\nexige sans doute, sans parler de la peine, un long temps. Mais qu'importe la\ndurée de l'entreprise, s'il s'agit d'un classement définitif ! Ce qu'il faut, c'est que\nles choses soient à leur place logique, c'est qu'on puisse les chercher vite et les\ntrouver sûrement. Alors seront constituées pour l'utilité de tous les Archives de\nl'Opéra.\nII\nBIBLIOTHÈQUE\nLa Bibliothèque proprement dite est tout à la fois musicale, bibliographique\net iconographique, en d'autres termes, elle comporte trois divisions : musique,,\nlivres, images."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.17", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L OPÉRA\nR. M.\n18\n\nMusique.\nLa musique se subdivise elle-même en deux parties : d'un côté, les partitions\nde tous les ouvrages, opéras ou ballets, qui ont été représentés à l'Opéra depuis\nsa fondation ;\nDe l'autre, les publications modernes, opéras comiques, opérettes, mélodies,\nchansons, morceaux d'orchestre ou de piano, etc.\nLa première partie, on le devine, est la plus intéressante, et la plus précieuse ;\nelle constitue le vrai fonds du théâtre, et résume son histoire. On y trouve toutes\nles œuvres jouées, tantôt manuscrites à l'état d'autographe, tantôt manuscrites à\nl'état de copie (les règlements exigeant autrefois qu'une copie de la partition\nd'orchestre fût faite au théâtre, même si elle ne devait pas servir, car les bat-\nteurs de mesure lui préféraient une réduction, dite conducteur, et faite à leur\nusage), tantôt gravées en grand ou petit format, souvent avec des annotations\ndu chef d'orchestre ou même de l'auteur, tantôt avec ou sans paroles, en un mot,\nsous toutes les formes et dans toutes les éditions.A ces volumes s'ajoutent, pour\nconstituer l'ensemble de ce qu'on appelle (( le matériel )) : les parties séparées des\nsolistes, ou rôles, les parties de chœurs, les parties d'orchestre, et les (( répéti-\nteurs )) de ballet, car c'est depuis 1871 seulement que les études chorégraphiques\nse font au piano ; jusqu'alors on usait de deux violons, et l'auteur était le plus\nsouvent obligé de composer ce duo instrumental ; Wagner s'est soumis lui-\nmême à cette nécessité pour la Bacchanale de Tannhâuser. A côté des œuvres\njouées, qui sont maintenant au nombre de 700 environ, prennent place une cin-\nquantaine d'oeuvres reçues, mais non jouées pour des causes diverses, dont quel-\nques-unes sont dues pourtant à la plume de musiciens célèbres, tels que Sac-\nchini, Philiclor, Gossec, Monsigny, Berton, Zingarelli, Halévy, etc. Enfin, on doit\nmentionner par centaines les airs de danse manuscrits, le plus souvent demeurés\ninédits, qu'on introduisait jadis au gré des artistes dans les opéras du répertoire,\net avec lesquels les maîtres de ballets du xvine siècle agençaient leurs divertisse-\nments, soit au théâtre, soit dans les fêtes données par le roi ou de riches sei-\ngneurs.\nLa seconde partie cle la bibliothèque musicale n'a point de valeur historique,\nmais elle met à la disposition des lecteurs les partitions et les morceaux\nqui, sans appartenir au répertoire de l'Opéra, peuvent néanmoins, par la\nnature du sujet, ou le nom de l'auteur, offrir quelque intérêt. Elle est formée\net presque exclusivement alimentée par les envois du dépôt légal. Des trois\nexemplaires que l'imprimeur est tenu de déposer au Ministère de l'lntérieur\nen ce qui concerne la musique, l'un va à la Bibliothèque nationale, l'autre au\nConservatoire ; le troisième nous est volontiers attribué. J'ai d'ailleurs le regret\nde constater que ce qui nous parvient est le plus souvent ce dont on n'a pas\nvoulu ailleurs. Par exemple, une partition d'orchestre de Massenet est toujours\narrêtée au passage, et la Bibliothèque ne la verra jamais ; en revanche, les chan-\nsons de concerts poussent plus drues que les orties dans les haies ; on ne nous\nfait tort d'aucune, et c'est par brassées qu'on nous les octroie libéralement. Pour\néchapper à ce fléau, quel dommage qu'on n'ait pas encore eu l'idée de créer une\nCommission d'hygiène musicale !"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.18", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L OPÉRA\n\nLivres.\nLes livres, eux aussi, peuvent se subdiviser en deux parties :\nD'un côté, les livrets d'ouvrages montés à l'Opéra, ou sur d'autres scènes, en\nFrance et à l'étranger;\nDe l'autre, les imprimés anciens ou modernes, volumes, brochures et journaux\nse rapportant à l'histoire du théâtre et de la musique.\nLa première partie est fort importante, sinon par la rareté des pièces, du moins\npar leur nombre et leur variété. On y trouve, en éditions diverses, les livrets\nnon seulement de tous les opéras et ballets, mais encore ceux de maintes œuvres\nreprésentées dans les divers théâtres de Paris, depuis le xvne siècle, et en Italie,\ndepuis le xvme siècle. Deux collections ont servi à constituer ce fonds : celle du\nbaron Taylor et celle de Silvestri. Je m'occupe en ce moment d'en faire le relevé,\npour établir ensuite un catalogue par fiches, avec notes complémentaires ou rec-\ntificatives au besoin ; la tâche sera plutôt longue si l'on songe que pour ces livrets\nil faut bien compter sur un chiffre total de quinze à vingt mille.\nLa seconde partie est celle que le public connaît le mieux ; car elle comprend\ntous les livres qui sont le plus fréquemment consultés, et qui donnent à la\nbibliothèque son caractère d'utilité pratique. Deux catalogues en facilitent la\nconnaissance et en assurent le service : l'un analytique, c'est-â-dire classé par\nordre de matières ; l'autre alphabétique, c'est-à-dire classé par noms d'auteurs.\nHistoire générale du théâtre, monographies des scènes françaises et étrangères,\nécrits théoriques, critiques d'art, danse et chorégraphie, mise en scène, décora-\ntions théâtrales, législation, journaux et revues, biographies d'auteurs et d'ar-\ntistes, telles sont les principales séries dans lesquelles on a réparti les 10.000 vo-\nlumes ou brochures que nous possédons, et dont le nombre s'accroît chaque\nannée. Je remarque en passant que cette richesse ne doit presque rien aux libé-\nralités de l'Etat. Si l'on excepte les quelques publications auxquelles souscrit la\ndirection des Beaux-Arts, et qu'elle nous offre aimablement, jamais un livre,\nprovenant du dépôt légal, ne nous est attribué. C'est avec les seules ressources\nde notre budget qu il nous faut travailler; or, comme nous avons disposé jusqu'à\nce jour d'une somme annuelle variant entre 12 et 1400 francs, sur laquelle il con-\nvient encore de payer la reliure, on comprend que nos trésors aient grossi lente-\nment ; ils sont réels, cependant, et de nature à satisfaire bien des curiosités.\nL'Allemagne y est même représentée d une façon toute particulière ; on sait\nl'importance de la bibliographie musicale en ce pays ; les études y abondent sur\nle théâtre, sur les musiciens, en général, et sur Wagner en particulier ; il s'agit\nde se les procurer et de se tenir avec exactitude au courant de tout ce qui paraît ;\nsur ce point spécial on peut dire qu'on trouve à l'Opéra ce qu'on chercherait vai-\nnement dans toute autre bibliothèque parisienne. Ajoutons d'ailleurs que les\nauteurs ont quelquefois la bonne idée de nous envoyer leurs ouvrages, lesquels\nsont toujours les bienvenus, et profitons de la circonstance pour exprimer notre\ngratitude à des éditeurs comme MM. Durand, Ileugel, Choudens, Calmann-\nLévy, dont la générosité s applique heureusement à soulager notre misère, et,\npar des dons cle partitions ou de livrets, comble ainsi des lacunes plutôt regret-\ntables."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.19", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\nIma 2 es.\nCette partie de la Bibliothèque n'est ni la moins curieuse, ni la moins pré-\ncieuse. Il y a là des documents figurés, estampes et dessins, qui occupent des\ncentaines de cartons et se chiffrent par milliers, sans que j'en puisse ici fournir\nle total exact ; car, si le classement est à peu près terminé, le catalogue demeure\n»\nà l'état embryonnaire.\nCe sont les portraits qui l'emportent par le nombre, portraits lithographiés,\ngravés ou photographiés, d'écrivains compositeurs et d'artistes. Il y faut joindre\nles plans et vues de théâtre, ainsi que les scènes dramatiques, tout ce qui per-\nmet d'illustrer pour les yeux l'histoire des opéras, de leurs auteurs et de leurs\ninterprètes. De telles pièces ne sont pas uniques et ne contiennent qu'exception-\nnellement des raretés ; on pourrait donc les rencontrer ailleurs. Mais ce dont\nnulle bibliothèque ne saurait fournir l'équivalent, c'est la collection des costumes\net des décors.\nJe n'insiste pas sur les recueils imprimés, anciens ou modernes; ils sont nom-\nbreux, de tout temps et de tout pays ; quelques-uns même ont une réelle valeur\nd'argent, comme ce journal de modes de La Mésangère, dont la Bibliothèque\nde l'Opéra possède un des plus beaux exemplaires connus. Je néglige également\ntant de centaines de journaux illustrés, sérieux ou plaisants, dont l'intérêt est\nmoins dans le présent que dans l'avenir, car ils reflètent les goûts du jour et\nprendront avec le temps une valeur documentaire. Mais je m'arrête avec complai-\nsance et fierté à ces gros volumes in-folio où sont conservés des dessins origi-\nnaux du XVIIc et du XVIII6 siècle. Les uns proviennent du mobilier national et\nont une origine en quelque sorte officielle ; les autres ont été achetés aux ventes\ndu baron Taylor, de Goncourt, etc. Ce sont des aquarelles et des dessins au\ncrayon ou à la plume, émanant de Boucher, Watteau, Eisen, Boquet et autres\nartistes, dont les amateurs se disputent les moindres croquis. Heureusement in-\nspirées, les directions qui se sont succédé à l'Opéra pendant le xixe siècle avaient\nconservé pour l'usage du théâtre la plupart des modèles de costumes, et cette\nmesure de précaution est devenue obligatoire ; de sorte qu'aujourd'hui la Biblio-\nthèque compte pour chaque ouvrage représenté des centaines d' « originaux ))\noù se font admirer le goût, la science, la fantaisie et l'ingéniosité des Barthé-\nlémy, Ménageot, Dublin, Garneray, Hippolyte Lecomte, Louis Boulanger, Léo-\npold Robert, Delacroix, Eugène Lami, Lépaulle, Paul Lormier, Albert Fré-\nmiet, Eugène Lacoste, le dernier maître qui ait travaillé dignement pour notre\npremière scène lyrique.\nLa collection des décors sert de pendant à la collection des costumes. Pour\nles xvne et xvme siècles, il ne saurait être question de maquettes, telles qu'on les\ncomprend aujourd'hui ; car, si les décorateurs en faisaient à cette époque, le\ntemps s'est chargé de les détruire ; mais on rencontre encore quelques composi-\ntions qui montrent la pompeuse et froide régularité des disciples de Torelli,\ncomme l'élégante et libre fantaisie des contemporains de Servandoni. Au\nxixe siècle, des peintres tels que Cicéri, Dépléchin, Séchan, Cambon, etc., ont\nrenouvelé l'art de la décoration au théâtre, et nos cartons renferment de précieux\nspécimens de leur talent. Depuis l'inauguration du nouvel Opéra, une heureuse\ninitiative de la direction des Beaux-Arts nous vaut l'accroissement régulier et"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.20", "texte": "ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUE DE L'OPÉRA\n\ncontinu de ces trésors. En effet, par un article du cahier des charges, les direc-\nteurs de l'Opéra sont tenus de verser à la bibliothèque les maquettes de tous les\ndécors nouveaux, destinés aux ouvrages qu'ils montent ou remontent. Cet ait\n■décoratif est un art pour ainsi dire éphémère, en ce sens que l'œuvre de 1 artiste,\nle décor, s'use, s'abîme, s'efface, se déchire, en un mot s'altère au point d abou-\ntir, dans un laps de temps relativement court, à la destruction complète. Ce sont\nles esquisses préparatoires, les petits morceaux de carton peint, les décors en\nminiature, qui perpétueront le tableau disparu du maître, et affirmeront à la\npostérité le mérite des Lavastre, Rubé, Chaperon, Amable et Carpezat.\nPartitions, livres, gravures, tout cet ensemble constitue vraiment une biblio\nthèque unique en son genre. La pareille n'existe ni en province, ni à 1 étrangei,\ndu moins en Italie, en Espagne et en Angleterre, pays où presque toujours les\ndirections ont été peu stables. L'imprésario occupait un théâtre pour une saison;\nil se transportait de ville en ville, gardant pour lui les papiers de son exploita-\ntion, comme un commerçant garde ses livres de caisse, quitte à les détruiie\nquand il se retire des affaires. On l'a vu également en Allemagne et en Russie,\noù si longtemps les théâtres, même de cour, ont payé tribut aux tioupes drama-\ntiques de l'étranger. A Paris, l'Opéra fut toujours un théâtre d'Etat ; il conserve\nles documents qui attestent son caractère officiel. Seule, la Comédie-Française\npourrait grâce à son fameux registre de La Grange, lui disputer sur ce point la\npalme de l'ancienneté ; mais sa Bibliothèque, malgré les efforts intelligents et\nl'activité de son éminent archiviste, M. Monval, ne peut guère se développer :\nelle a contre elle l'exiguïté de ses locaux et la modicité de ses ressources finan-\ncières. L'Opéra-Comique, autre scène officielle, semble vivre avec la joyeuse\ninsouciance du temps où il s'appelait comédie italienne et donnait ses représen-\ntations aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent ; il n a cure de ses splendeuis.\nLes merveilles que crée le goût d'un directeur comme M. Albert Carré restent\n•dans le seul souvenir des spectateurs ; parmi tant de beaux costumes et tant\n•d'admirables décors, nul ne demeure, sous forme de dessin, aux archives du\nthéâtre. Bien plus, dans ce champ musical où l'ardeur de la jeune école française\na été si féconde, c'est par les journaux seuls que 1 avenir pourra savoii quels\nspectacles étaient donnés ; il ignorera le plus souvent quels altistes s y produi-\nsaient, car, détail à peine croyable, 1 Opéra-Comique ne gaide point la collection\nde ses affiches ! : ; -\nL'Opéra, du moins, a les siennes depuis 1804 ;il a tout ce qui attestera pour\nnos petits-neveux l'importance de la maison, le prix de son luxe, et le méiite\nde ses serviteurs. Il accumule des matériaux qui, conservés avec soin, classés\navec méthode, permettront d'étudier non seulement son histoire, mais encore\nl'histoire du théâtre en général, l'histoire de l'art dramatique et musical.\nPlus une bibliothèque est spéciale, plus elle s'adresse à un public restreint.\nCelle de l'Opéra n'a pas à se plaindre ; elle est déjà très fréquentée. Elle le sera\ndavantage lorsqu'on connaîtra mieux les ressources qu'elle offre aux travail-\nleurs, et les surprises que réserve peut-être encore aux curieux la lectuie de ses\nvieux papiers.\n\nCHARLES MALHERBE,\nArchiviste de l'Opéra."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.21", "texte": "NOTES SUR L'HISTOIRE DE L'OPÉRA\n\nNotes sur l'Histoire de l'Opéra.\n\nI. L'ADMINISTRATION ET LA DIRECTION DE L'OPÉRA DEPUIS LE xvne SIÈCLE.\n1669. PierrePerrin, directeur ;\n1672. Jean-Baptiste Luili, directeur ;\n1687. Jean-Nicolas de Franchie, maître d'hôtel du roi, gendre de Lulli, direc-\nteur ;\n1698. J.-N. de Franchie et Gourault du Mont, commandant l'écurie du Dauphin,.\ndirecteurs associés ;\n1704. Pierre Guyenet, payeur de rentes à 1 hôtel de ville, diiecteur ;\n1712. J.~N. de Francine et Gourault du Mont, directeurs associés ;\n1728. André-Cardinal Destouches, compositeur, directeur ;\n1731. Lecomte et Lebœuf\\ directeurs associés ;\n1733. Louis-Armand-Eugène de Thuret, capitaine au régiment de Picaidie, di-\nrecteur ;\n1744. François Berger, ancien receveur général des finances du Dauphiné, di-\nrecteur ;\n1749. La ville de Paris assume la direction de l'Opéra, sous les ordres et la sur-\nveillance du marquis T Argenson, ministre de la maison du roi. Rebel et\nFrancœur, compositeurs, sont chargés de l'administration avec le titre\nd'inspecteurs. Le théâtre restera à la charge de la ville jusqu'en\n1780 ;\n1753. Royer, directeur du Concert spirituel, est nommé inspecteur dans les\nmêmes conditions ;\n1757. Rebel et Francœur, directeurs ;\n1767. Berton et Trial, compositeurs, directeurs ;\n1769. Berton, Trial, Dauvergne et Jolive au, directeurs ;\n1771. Berton, Dauvergne et Joliveau, directeurs (Trial venait de mourir) ;\n1772. Rebel, administrateur général; Berton, Dauvergne et Joliveau, direc-\nteurs ;\n1774. Rebel et Berton, administrateurs généraux ; Dauvergne et Joliveau, di-\nrecteurs ;\n1775. Berton, administrateur général ; Dauvergne et Joliveau, directeurs ;\n1776. Berton, directeur général ;\n1778. De Vismes de Valgay, directeur. La ville de Paris fournit une subvention\nde 80.000 livres ;\n1780. La ville de Paris renonce à la gestion de l'Opéra, qui passe dans les dé-\npendances de la maison du roi. Berton, nommé directeur, meurt au\nbout de six semaines, et Dauvergne est appelé à lui succéder ;\n1782. L'Opéra est gouverné par un comité formé de Gossec, compositeur, pré-\nsident ; Le gros, Laine q, représentant les artistes du chant ; Gardel,\nDauberval, représentant la danse ; Rcyi chef d orchestre, représentant\nl'orchestre ; La Suqe, représentant les chœurs. Ce comité, plusieurs»\nfois modifié, est placé, en 1785, sous l'autorité de Dauvergne, qui prend\nle titre de directeur général (en 1786, Francœur est adjoint à Dauver-\ngne avec le titre de directeur) ;\n1790. La ville de Paris reprend possession de l'Opéra, que le comité continue de"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.22", "texte": "NOTES SUR L HISTOIRE DE L'OPÉRA\n\ngouverner, sous la surveillance de Francœur, devenu régisseur gé-\nnéral ;\n1792. Francœur et Cellerier, directeurs entrepreneurs ;\n1793. La ville de Paris reparaît Divers comités se succèdent et administrent\nen son nom, avec peu de succès. Le dernier est composé de Francœur,\nDemesles et Baco ;\n1797. De Vismes du Valgay, Bonnet de Treiches et Cellerier, directeurs ;\n1802. Morel, directeur, sous la surveillance du premier préfet du palais. L'Eta t\naccorde à l'Opéra une subvention de 600.000 francs ;\n1804. Bonnet de Treiches succède à Morel ;\n1807. Création de la surintendance des quatre grands théâtres. Picard, auteur\ncomique, directeur ;\n%\n1814. L'Opéra passe dans les attributions du ministre de la maison du roi.\nPicard reste directeur ;\n1815. Le baron de La Ferté, intendant des Menus-Plaisirs, prend le titre de di-\nrecteur général ; le compositeur Choron devient directeur effectif, avec\nle titre de régisseur général. En 1817, le compositeur Persuis succède à\nChoron avec le titre de directeur, et en 1819, à la mort de Persuis, le\ngrand violoniste Viotti devient directeur à son tour ;\n1821. On crée l'intendance des théâtres royaux, sous la surveillance de laquelle\nHabeneck, chef d'orchestre de l'Opéra, est nommé directeur. En 1824,\nil est remplacé par Duplantys, à qui l'on donne le titre d'administrateur,\net, en 1827, Lubbert succède à celui-ci avec la qualification de direc-\nteur ;\n1831. Le docteur Louis Véron, directeur du Constitutionnel, est nommé direc-\nteur-entrepreneur. L'Etat lui accorde une subvention de 810.000 francs\npour la première année, de 760.000 francs pour la seconde, de 710.000\nfrancs pour les suivantes ;\n1835. Duponchely directeur;\n1841. Léon Pillet, directeur;\n1845. Duponchel et Nestor Rocjueplan, directeurs associés :\n1849. Roqueplan, directeur;\n1854. La liste civile se charge de la régie de l'Opéra. Crosnier, député, est\nnommé administrateur général. En 1856, Alphonse Royer, ancien direc-\nteur de l'Odéon, succède à Crosnier, et en 1862, il est remplacé par\nM. Emile Perrin, directeur de l'Opéra-Comique ;\n1866. M Emile Perrin devient directeur responsable, avec une subvention de\n800.000 francs de 1 Etat, et de 100.000 francs sur la cassette impériale ;\n1870. M.Emile Perrin donne sa démission, mais reste administrateur provi-\nsoire ;\n1871. M. Halanzier, d abord administrateur provisoire en remplacement de\nM. Perrin, et nommé directeur-entrepreneur ;\n1879. M. Vaucorbeil, compositeur, directeur ;\n1884. MM. Ritt et Gailhard, directeurs.\n1891. M. Bertrand, directeur.\n1893. MM. Bertrand et Gailhard, directeurs."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.23", "texte": "NOTES SUR L HISTOIRE DE L OPÉRA\n\n11. LES NOMS DE L'OPÉRA DEPUIS DEUX SIÈCLES.\nMars 1671. ACADÉMIE DES OPÉRAS ;\n15 novembre 1672. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ;\n22 juin 1791. THÉÂTRE DE L'OPÉRA ;\n16 septembre 1791. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ;\nOctobre 1791. THÉÂTRE DE L'OPÉRA ;\n1793. OPÉRA NATIONAL ;\n1794. THÉÂTRE DES ARTS ;\n1797. THÉÂTRE DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARTS ;\n1803. THÉÂTRE DES ARTS ;\n2 décembre 1804. ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE ;\nAvril 1814. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ;\n22 mars 1815 (Cent-Jours). ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE ;\nJuillet 1815. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ;\nFévrier 1848. THÉÂTRE DE LA NATION ;\n1853. ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE ;\nJuillet 1854. -- THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA ;\n1866. ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE ;\nSeptembre 1870. ACADÉMIE NATIONALE DE MUSIQUE.\nC'est ce dernier titre qui est inscrit aujourd'hui sur le fronton du théâtre ;\nmais, comme nous l'avons dit, ce n'est là qu'une étiquette officielle, et, dans le\npublic, jamais on ne dit autrement que l'Opéra.\n(A consulter : l'article de A. POUGIN dans la Grande Encyclopédie.)\n111. LE PERSONNEL DE L'OPÉRA.\nD'après les Etats d*appointements d'avril igoy.\nAdministration 18 personnes\nScène 23\n( hommes 30 j\nChant j femmes 24 ' 54\n( hommes 16 )\nDanse r 0 1 64\n( lemmes 48 )\nChœurs 101\n„ ( hommes G )\nBallet r M 92\n( lemmes 77 j\nOrchestre 106\nContrôle 31\nBâtiment 9\nCostumes 41\nDécoration (machinistes). 83\nFiguration 9 —■\n631 personnes.\n\nSTATISTICUS."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.24", "texte": "LES ORIGINES DE L'OPÉRA\n\nLes Origines de l'Opéra Italien.\n\nM. Angelo Solerti, déjà connu de tous les lettrés par ses beaux livres sur la litté-\nrature italienne, vient de publier une série de travaux fort importants, qui renou-\nvellent l'histoire de l'Opéra M.Romain Rolland nous communique à ce sujet les\nnotes analytiques suivantes (1).\nLa brochure consacrée aux Représentations musicales de Venise décrit 53 pièces\nen musique, jouées de 1571 à 1605. La musique en est perdue, et les musiciens\nsont en général inconnus. Il est très probable que la musique n'accompagnait\npas toute l'action. Les libretti sont conservés à la Bibl. Marciana, et au Museo\nCorrer de Venise. Le premier de ces spectacles musicaux semble avoir été les\nStanze di M. Celio Magno, récitées en 1570, au banquet en l'honneur de l'élection\ndu doge Luigi Mocenigo ; mais la première représentation proprement drama-\ntique est le Trionfo di Christo per la vittoria contra Turchi, joué en 1571, pour\ncélébrer la victoire de Lépante, et dédié à la sainte Ligue et à la trinité du\npape, du Roi Catholique, et du doge. Le poète était Celio Magno, et le musicien,\ntrès probablement, Zarlino. Les personnages étaient David, saint Pierre, saint\nJacques, saint Marc, sainte Justine, Gabriel, et un chœur des anges. Puis\nvint la Tragedia de Claudio Cornelio Frangipani, donnée en 1574, pour la venue\nà Venise d'Henri 111. M. Solerti a conté ailleurs ce curieux voyage (2). On a\nsouvent parlé de cette pièce, que Frangipani avait nommée tragédie, bien qu'elle\nfût sans action, « comme étant le seul titre, dit-il, qui convînt à un sujet où\nparlent les dieux, et où est loué un si grand roi. » La musique était de Claudio\nMerulo. Quatre ans plus tard, on prit l'habitude de donnerun spectacle musi-\ncal, tous les ans, à la Saint-Etienne, la grande fête de Venise (3). M. Solerti\nremarque que c'est de là que vint plus tard la coutume de rouvrir l'opéra véni-\ntien le 26 décembre. Enfin, sous le dogat de Marino Grimani (1595-1605),\nil y eut quatre représentations musicales par an : le 25 avril, à la Saint-Marc ;\nen mai, pour l'Ascension ; le 15 juin, à la San-Vito ; et le 26 décembre,\nà la Saint-Etienne.\nSur les 53 pièces analysées, environ 27, plus de la moitié, sont des pastorales ;\net l'élément pastoral est introduit dans presque toutes les autres. Le poète fait\ngrand usage des travestis, cette passion de la Renaissance italienne et anglaise.\nCe ne sont que pasteurs déguisés en nymphes, et nymphes en pasteurs. On voit\nparmi les acteurs un enfant de 4 ans. La veine bouffonne, qui sera une des carac-\ntéristiques de l'opéra vénitien, est déjà très marquée : c'est ce genre de comique\nun peu grossier, qui consiste à se moquer des infirmités physiques. La mytho-\nlogie et la légende antique fournissent le sujet de six ou sept pièces. L'allégorie\nrègne partout, même dans les pièces en apparence historiques, comme Scipion\nà Carthagène. Enfin, une des représentations est une franche comédie : Il\nConfetto, favola comica (1603), et l'exposé de la pièce rappelle les madrigaux dra-\nmatiques d'Horazio Vecchi, dont elle est certainement inspirée.\n\n(1) Voir la Revue de mars 1903.\n(2) P. de Nolhac et A. Solerti. Il viaggio di Enrico 111 re di Francia in Italia, e lejeste a\nVenezia, Ferrara, Mantova e Torino. - Turin, Roux, 1890, in-B°.\n(3) Les Vénitiens avaient transporté, en 1009, le corps du saint, de Constantinople à Saint-Geor-\nges Majeur de Venise."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.25", "texte": "LES ORIGINES DE L'OPÉRA\n\nL'étude sur Laura Guidiccioni Lucchesini et Emilio de Cavalieri me semble la\nplus importante. M. Solerti a eu dans les mains le libro di conti d'Emilio de\nCavalieri, et la correspondance de Laura Guidiccioni. On sait que ces deux per-\nsonnages : l'un, surintendant des spectacles à Florence, l'autre, femme-poète,\ntrès célèbre en son temps, et chantée par Tasse, eurent les premiers l'idée d'écrire\nde véritables opéras. Les lettres de Laura et de sa mère sont pleines de curieux\ndétails sur les fêtes de Florence, pour le mariage du grand-duc, en 1588 ; et\nelles nous font assez bien connaître Emilio de' Cavalieri, dont la figure était\njusqu'à présent restée dans l'ombre. C'était un homme très artiste, compositeur\ndistingué, inventeur de ballets, et même danseur lui-même, « leggiadrissimo\ndanzatore )), chargé d'un haut emploi à la cour des Médicis, et s'en acquittant,\nmalgré toutes les difficultés, à la satisfaction de tous, Chacun loue la distinction\nde ses manières et son affabilité. (( On ne peut trouver quelqu'un de plus aima-\nble ; il s'occupe de tout, il aide à tout et à tous, avec bonté, autorité et douceur\ninfinie. )) Cependant, malgré ses fonctions qui l'attachaient au palais, il en usait\nassez librement. (( Il aime la liberté, )) dit un ambassadeur vénitien. Il finit par\nquitter brusquement la cour, et se retirer à Rome, après la mort de Laura, qu'il\navait sans doute aimée. Il y finit probablement dans la piété, comme le laisse\nsupposer son fameux oratorio : la Rappresentazione delVanima e corpo. M. So-\nlerti examine ses premiers essais d'opéra avec Laura Guidiccioni : le Satiro, la\nDisperazjone di Fileno (1590), le Ginoco délia cieca (1595), autant du moins qu'il\nest possible de s'en rendre compte d'après les témoignages des contemporains\net les dessins d'Alessandro Allori pour les costumes du Fileno. Il semble à peu\nprès démontré que, malgré l'oubli des contemporains, Cavalieri fut le véritable\ninventeur de l'opéra, avant Péri. Caterina Guidiccioni définit ainsi la musique\nde ses premiers opéras : « Questa sorte di musica da lui rinnovata commove a\ndiversi affetti, corne a pietà et a giubilo, a pianto et a riso, et ad altri simili. »\n(« C'est une sorte de musique retrouvée par lui [d'après l'antique], qui pénètre\nd'émotions diverses, joie ou pitié, rire ou pleurs, etc. »)\nLa dernière étude est consacrée à Ottavio Rinuccini, le poète des premiers\nopéras de Péri, de Caccini, de Monteverdi et de Marco da Gagliano. M. Solerti\ny donne de nombreux détails inédits sur la vie de Rinuccini, sur son amitié avec\nJacopo Corsi, et sur la société florentine de son temps. Il n'a pas de peine à\ndissiper la légende romanesque qui avait imaginé une intrigue amoureuse entre\nRinuccini et Marie de Médicis ; et il montre de quelle autorité, on pourrait\npresque dire de quelle dictature artistique, Rinuccini jouit à Florence, non\nseulement sur les lettrés, mais sur les musiciens Cette domination ne fut pas\nsans luttes. Et vers iôn,un descendant de Michel-Ange, le jeune Buonarroti,\ndonna, avec une comédie populaire: la Tancia, le signal d'une réaction assez\nviolente contre la tragédie à l'antique, et le style gonflé de Rinuccini. Celui-ci\nsouffrit beaucoup de cette inconstance de la faveur publique ; et il finit, après une\njeunesse de plaisirs, dans des sentiments religieux, qui lui inspirèrent de beaux\nvers, dont la mélancolie est touchante et non sans profondeur. Il n'était certes\npas un artiste médiocre, bien qu'il se soit fait orgueilleusement illusion sur son\ngénie. On doit lui attribuer la part principale dans la création des premiers opé-\nras florentins : c'est lui qui dirigeait et conseillait Péri."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.26", "texte": "LA PETITE MAISON\n\nM. Solerti nous promet de continuer ces recherches, et de les reprendre avec\nplus de détails dans un ouvrage suivi sur le théâtre musical, entre 1589 et 1625.\nSi le livre répond, comme je crois, aux promesses de ces petits ouvrages, il sera\nd'un rare intérêt Dès à présent, ces brochures renouvellent l'histoire des ori-\ngines de l'Opéra.\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nLa Petite Maison.\n(M. A. CHAUMET)\nLOUIS SCHNEIDER.\nL'Opéra-Comique nous conviait, vendredi dernier, à un spectacle rare : un véri-\ntable opéra comique, c'est-à-dire une comédie musicale où le chant se mêle àla\nparole, avait vu le jour en plein xxe siècle, et osait solliciter l'attention du public.\nL'auteur, M. Chaumet, a lieu de se féliciter de cet acte de courage, car le public\nne lui a refusé ni ses murmures flatteurs, ni ses rires, ni ses applaudissements.\nL'aventure de M. Pichon, honnête orfèvre à qui un roué chevalier persuade de\nfaire sa cour au Régent en donnant une fête dans unepetite maison (une garçon-\nnière de style Louis XV), ses gaucheries, ses émois, la rencontre inopinée, et si\nprévue, de Mme Pichon, tout cela n'a rien de rare ;et lorsque les deux époux se\nréconcilient, et que la jolie boutiquière, n'ayant plus àse venger de son mari,\nrefuse les services du complaisant chevalier, nous saurions gré à l'auteur d'avoir\nécourté ce dénouement, qui n'est là que parce qu'il faut bien finir, lorsqu'on a\ncommencé. Fallait-il commencer ? C'est selon. 11 y avait en cette légère et\naimable anecdote que nous contèrent MM. Bisson et Docquois matière àun acte\npimpant. En trois actes l'intrigue semble étirée. Le deuxième est cependant\nd'une gaieté assez enlevante.\nM. Chaumet, qui a brodé sur cette trame la partition de la Petite Maison, était\nconnu jusqu'ici par un petit acte, Bathylle, joué en 1877 à l'Opéra-Comique, par\ndes musiques de scène et de chambre et par une partitionnette accolée àun vau-\ndeville deM. Bisson, Mamzelle Pioupiou, donné àla Porte-Saint-Martin en 1889.\nSachons un gré infini àM. Chaumet de nous avoir évité les duos d'amour\nmièvres et roucoulants. La musique de la Petite Maison va son petit bonhomme\nde livret, entrecoupée d'airs pimpants, pastiches ou ressouvenirs, de duos, de\nquatuors à la coupe ancienne, de (( parlé )) qui s'arrête pour passer la main\n(si j'ose m'exprimer ainsi) au chant.\nÇà et là on entend sourdre clans l'orchestre une petite marche moderne, un\npassepied poudrerizé. Tout cela est propret d'orchestration, menu et même\nmenuet d'inspiration; c'est sans prétention. On a même bissé un petit air\n(( Entre le Régent et la Parabère » qu'a délicieusement murmuré au second acte\nl'exquis chanteur et comédien Fugère. Le basson dans la musique de M. Chau-\nmet est le sémaphore des situations gaies; le célesta et la harpe lancent leurs\nrésonances cristallines, à accords que-veux-tu. La musique de M. Chaumet\nse laisse écouter.\nA côté de Fugère grand artiste, il faut citer Delvoye, qui barytoane avec goût\net joue avec aisance un rôle de domestique ;le ténor Clément, qui murmure\n.agréablement les airs et ariettes du chevalier de Fargis; Mme Marguerite Carré,\nfine et spirituelle Gabrielle, et Mle Mastio, qui se meut avec grâce dans\nle rôle de Florence."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.27", "texte": "INFORMATIONS\n\nInformations.\n\nLES SOCIÉTÉS DES BEAUX-ARTS DES DÉPARTEMENTS ont tenu la dernière\n■séance de leur 27e session à 1 École des Beaux-Arts,le samedi 6 juin, sous la prési-\n•dencede M. Jules Combarieu, chef decabinet du Ministre de l'lnstruction publique\net des Beaux-Arts. Après la lecture du rapport de M. Henry Jouin, M. le Prési-\ndent prononce une allocution dont nous détachons quelques passages particuliè-\nrement intéressants pour les musiciens.\nMESSIEURS,\nEn vous apportant les félicitations et les encouragements de M. le Ministre pour\nles services si appréciés que vous rendez aux études françaises, je ne puis m'empê-\ncher, puisque les circonstances me le permettent, de vous entretenir un instant du\ndomaine particulier que j'ai moi-même commencé à explorer et sur lequel je vou-\ndrais entraîner quelques bonnes volontés nouvelles : je veux parler des documents,\n.conservés dans les archives départementales, sur l'histoire de la musique et des\nmusiciens.\nSans vouloir diminuer le moins du monde l'intérêt qui s'attache à la description\nd'un château féodal, d'une vieille tapisserie, d'une statue ou d'un tableau, je vous\nconfesse un goût que je serais heureux de vous voir encourager. Je suis de ceux\nqui, lorsqu'ils reçoivent un livre d'histoire, cherchent d'abord à l'index le mot\n« musique », et éprouvent une joie particulière quand ce mot est accompagné de\nnombreux renvois annonçant des documents originaux et de première main. Est-ce\nune joie de ce genre qu'on éprouve quand on parcourt la table des vingt-six beaux\nvolumes où sont réunis vos travaux? Oui, sans doute, mais une joie modérée, et\nqui, selon le mot antique, est plutôt la consolation d'un chagrin (1 ). Combien plus\nprofonde est la satisfaction que vous procurez à ceux qui aiment les arts plastiques!\nC'est à eux que vous accordez vos faveurs. Je vous demande de les répartir de\nfaçon plus équitable.\nQuelques études de sérieuse valeur, je ne l'oublie pas, ont été déjà publiées sur la\nmusique d'après des documents de source provinciale et peuvent être pris comme\nmodèles : je citerai ceux de M. Serand (Savoie) sur Mme de Warens et Claude Anet,\nles maîtres de J.-J. Rousseau; de MM. Levavasseur, le comte de Moucheron et Béret,\n-sur les musiciens normands ; de M. Jacquot, sur les artistes lorrains; de M. Aba-\ndie sur la musique et la maîtrise de la cathédrale d'Auch au xvuie siècle ; de\nM. l'abbé Chaminade, sur Elie Salomon ; de M. Achard, sur l'origine et les progrès\nde la musique à Avignon ; de M. Cuissard, sur la musique dans l'Orléanais... mais\n.de tels bienfaits furent pour nous trop rares ou trop isolés. Ce qu'il faudrait établir,\n.c'est une orientation continue des recherches et un courant d'opinion.\nIl y a malheureusement, en France, une fâcheuse habitude dont notre enseigne-\nment supérieur lui-même a donné l'exemple : l'histoire de l'art est trop souvent\nlimitée à l'histoire des arts du dessin. La musique n'a-t-elle donc pas sa place toute\nnaturelle dans des programmes comme les vôtres ? Depuis le temps où Boèce trans-\nmettait au moyen âge la doctrine pythagoricienne jusqu'au jour où nous sommes,\nla musique a-t-elle cessé de tenir à la civilisation générale par les liens les plus nom-\nbreux ? Au lieu de s'évanouir avec le soulHe d'air qui la fait naître, n'a-t-elle pas\nlaissé son image et les traces de sa grande influence sociale dans une multitude de\ndocuments précis? Le charme des études qu'on lui consacre est l'extrême variété\nde leurs aspects...\nUn certain nombre d'archives départementales se déclarent absolument dépour-\nvues de documents intéressant l'histoire des musiciens, telles sont celles de Bar-le-\nDuc, de Besançon, Blois, Bourg, Aurillac, Marseille, Digne ; mais (outre qu'en\nmatière d'archéologie toutes les affirmations sont révisables) combien d'autres sont\n\n(1) Nous donnons aux Notes bibliographiques la liste des travaux relatifs à la musique qui\njont paru dans ce recueil."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.28", "texte": "INFORMATIONS\n\nprêtes à vous paver de vos peines ! Aux archives d Avignon, il y a une délibération\ndu chapitre métropolitain (14 janvier 1702) recevant J.-B. (sic) Rameau comme\nmaître de musique et permettant de fixer un point important dans la biographie du\ngrand musicien. Aux archives de la Gironde (G. 3451) on possède une correspon-\ndance officielle (1775-1779) entre l'intendant et le ministère, relative au sieur Beck,\norganiste de Saint-Seurin, depuis le 24 octobre 1774, et qui demandait l'autorisation\nd'établir une imprimerie à Bordeaux parce qu'il avait découvert le moyen d impri-\nmer la musique avec des caractères mobiles. C'est encore une date importante..\nAux archives de Versailles se trouve, avec un dossier sur Grétry, la chronologie\ncomplète des opéras représentés à Paris depuis la fondation de l'Académie de mu-s\nsique jusqu'en 1737.\nJ'assure de ma gratitude anticipée celui qui nous donnerait une étude complété\nsur Himer, le maître de harpe de Marie-Antoinette, dont les œuvres sont conser-\nvées aux mêmes archives, ou celui encore qui nous donnerait une analyse des par-\ntitions manuscrites provenant du château d'Aiguillon, actuellement conservées aux\narchives municipales d'Agen. Ces vœux ne sont que des indications : ils n ont, je\nvous assure, rien de limitatif!\nPour y répondre, fouillez, avec les archives départementales, les dépôts commu-\nnaux, les registres et protocoles des notaires, les délibérations des communautés\nreligieuses, les collections privées ! Etudiez aussi les monuments figurés (si précieux\nparfois pour l'histoire des instruments), ne craignez pas de reprendre les sujets déjà\ntraités, et n'oubliez pas que les documents musicaux se trouvent souvent dispersés-\ndans les séries d'archives les plus diverses !\nEspérons que cet appel éloquent sera entendu, que ces indications si nettes et\nsi précises seront suivies.\nM. Chaumié, Ministre des Beaux-Arts, vient de soumettre au Conseil supé-\nrieur de l'lnstruction publique, au sujet de 1 enseignement musical dans les\nécoles normales, un programme dont les quelques lignes ci-dessous résument\nl'esprit.\nConsidéré au point de vue de l'enseignement primaire, le chant n est pas un art\nd'agrément ou un enseignement de luxe. Il peut et il doit devenir, entre les mains\nde l'instituteur et de l'institutrice, un instrument de culture morale et d éducation\ncivique et patriotique.\nLe chant choral élève les esprits et les cœurs ; il développe le sens esthétique\nchez les enfants ; il contribue à leur faire aimer l'école.\nA l'école normale, l'enseignement musical a, en outre, pour objet de former des\ninstituteurs capables d'enseigner et de faire aimer le chant populaire dans les\nécoles primaires qu'ils auront à diriger plus tard.\nLe professeur et les élèves-maîtres ne perdront pas de vue que ce chant populaire\net choral, qui est comme l'expression collective du sentiment commun de tous les\nenfants d'une classe, doit fortifier l'enseignement moral donné par le maître et faire\npartie de la vie même de l'école.\nLe professeur de chant devra donc faire étudier et exécuter aux élèves-maîtres,.,\nsoit année par année, soit en réunissant les trois divisions :\ni° Un grand nombre de chants scolaires, à une ou deux voix égales, simples,\nfaciles, populaires, choisis dans les différents recueils publiés par nos éditeurs, afin\nque les futurs instituteurs emportent de l'école normale un répertoire choisi et varie\nde chants qu'ils apprendront plus tard à leurs écoliers ;\n20 Un certain nombre de beaux chœurs, soit à l'unisson, soit à deux, trois ou\nquatre voix, avec ou sans accompagnement, pour former leur goût et leur faire\nconnaître les œuvres des grands maîtres de la musique.\nLe professeur ne perdra jamais de vue qu'il forme des instituteurs qui devront\nenseigner le chant dans leurs écoles et mettre en pratique les directions et les con-\nseils reçus à l'école normale. Aussi les élèves-maîtres de troisième année devront-ils."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.29", "texte": "INFORMATIONS -\n\nêtre exercés à faire d'abord devant le professeur, puis à l'école annexe, des leçons\ntelles qu'ils auront à en faire plus tard dans leurs écoles primaires.\nEnfin, il sera utile de constituer dans chaque école normale une petite biblio-\nthèque musicale comprenant les différents recueils et répertoires de chants scolaires,\n■et quelques chefs-d'œuvre des maîtres des différentes écoles.\nUn programme musical plus étendu a été préparé pour renseignement des\nlycées et collèges (garçons et jeunes filles) ; nous le publierons dans un de nos\nprochains numéros qui sera consacré au Conservatoire et à l'enseignement de\nla musique.\nOn annonce que MM. Isola vont transformer le théâtre delà Gaîté (leplus an-\ncien des théâtres cle second ordre de Paris, créé en 1760, boulevard du Temple,\net transféré en 1862 au square des Arts-et-Métiers), en Opéra municipal de la\nGaîté, où seront jouées, pendant une période limitée de Tannée des œuvres telles\n;qu1 Hèrodiade (Massenet), Armide (Gluck), etc. Cette entreprise s'annonce comme\nla réalisation partielle de l'idée d'un Opéra populaire, et la renaissance de l'an-\ncien théâtre lyrique (fondé le 27 septembre 1851, sous la direction d'Edmond\nLevestre). Souhaitons qu'avec Mmes Emma Calvé, Marie Thiéry, MM. Re-\nnaud, Jérôme, etc., dont on annonce l'engagement, MM. Isola retrouvent le\nsuccès incomparable qu'eut jadis M. Carvalho (de 1855 à 1860) avec Mmes Çar-\nvalho, Ugalde, Viardot i\nIl ne reste plus à souscrire qu'un très petit nombre d'exemplaires de la par-\ntition d'orchestre de Pelléas et Mélisande, en cours de publication chez Fromont,\n■éditeur, 30, rue d'Anjou.\nUne classe pour l'enseignement supérieur du piano est vacante au Conser-\nvatoire par suite de la retraite de M. deßériot. Jusqu'ici, les candidats les plus\nsérieux paraissent être MM. André Womiser et M. Isidore Philipp.\nM. Wormser (né à Paris en 1851) eut, comme élève du Conservatoire : en 1870.\nle premier prix d'harmonie et d'accompagnement ; en 1872, le premier prix de\npiano ; en 1873, le 2e accessit de contrepoint et fugue ;en 1875, le premier grand\nprix de Rome.\nM, Philipp (né à Budapesth en 1863) a eu le premier prix de piano en 1883.\nVacante aussi, une classe de harpe chromatique (emploi nouveau) dont le pro-\nfesseur n'est pas encore nommé. Candidat unique : Mme Tassu-Spencer (premier\nprix de harpe du Conservatoire en 1886.)\n\nLes Concerts.\n\nM. P. DE BRÉVILLE, dont le nom est bien connu de tous les bons musiciens, a\nfait exécuter, le 27 mai, quelques-unes de ses œuvres chez M. de Laheudrie Le\nprogramme, trop court, comprenait la Suite pour orgue (Offertoire, Verset, Sortie)\ndont j'aime beaucoup la fantaisie rythmique et la tonalité ingénieusement gré-\ngorienne, et quatre mélodies d'un sentiment aussi délicat que profond : Berna-\ndette, Il ne pleut pas, bergère, Après la Mort, Elégie. Je n'offenserai pas\nM. de Bréville en lui avouant que je préfère ces mélodies, avec la fine harmonie\n■qui les soutient, à la Messe qui terminait le concert. Cette œuvre, écrite il y\n.a 18 ans et agrandie depuis, sent encore un peu 1 école ; mais elle a pour elle"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.30", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\ndes mérites rares : la sobriété et la simplicité d'un style élégant et pur, qur\nignore l'emphase et la pompe théâtrale, défauts ordinaires de nos jeunes com-\npositeurs : on pouvait déjà prévoir que son auteur ne suivrait pas les voies tra-\ncées, et dédaignerait les émotions vulgaires. Il l'a bien montré depuis, et je suis-\nheureux de pouvoir dire ici combien j'aime sa musique recueillie et pensive,,\nqui semble fuir l'éclat des lustres et le tumulte du public.\n1 - L. L.\n—• C'est également chez M. de Laheudrie que M. E. Gigout donnait, le 29\nmai, une fort belle audition des élèves de son cours d'orgue.\nCONCERT TOULOUSAIN (4 juin). Groupé sur l'estrade du Trocadéro, le Midi\nnous regarde : visages hâlés, moustaches énergiques, bérets rouges, jaunes,\nblancs et bleus, faits pour braver les ardeurs de Phébus et aussi les redoutables-\ncourants d'air d'une salle où règne Borée. Heureux chanteurs ! Heureux musi-\nciens de la fanfare ! Heureuse ville féconde en ténors voltigeurs, en basses pro-\nfondes, en saisissants barytons ! M. Paul Vidal dirige un chœur de sa composi-\ntion, M. Pierre Gailhard en fait autant ; le premier morceau permet d apprécier\nle timbre pur et les nuances exquises dont sont capables ces voix méridionales ;\nle second est un air de bravoure : Bannière de Toulouse ! Et, enlevés par la ba-\nguette vibrante de leur chef, les choristes semblent marcher à quelque glorieuse\nou galante conquête, sous la conduite d'un Henri IV en raccourci. Les solistes\ns'appellent Affre, Rousselière, Laffitte et Delmas. Les auteurs se nomment\nL. Deffès, G. Guiraud, Ch. Planchet, E. Mestre, G. Salvayre, R. Laporte,\nX. Leroux, A. Gailhard et H. Busser. Loin de moi la pensée de discuter la\nnotoriété de noms fort honorables. Mais le Midi n'avait-il pas autre chose à nous\noffrir? La Haute-Garonne est-elle si pauvre en chants populaires, qu'il faille\ns'adresser au Directeur de l'Opéra en personne pour mettre en musique des vers\nen langue d'oc? Et les Toulousains deToulouse ne valent-ils pas les Toulousains\nde Paris ? Quant à Y Ave Maria de Gounod, exécuté par une élite de chanteurs de\nl'Opéra et de l'Opéra-Comique, avec accompagnement d'orgue, de violons et de\nharpes chromatiques, il ne me donne qu'une impression, et c'est une impression\nde pitié pour le beau Prélude de Bach enseveli sous cette larmoyante mélodie.\nGrand succès, dans des airs de MM. Planchet et Salvayre, pour Mlle Demougeot,\ndont la voix étendue et légère garde un soupçon d'acidité, juste ce qu'il faut pour\nrappeler le jeune âge de l'artiste que nous applaudissions, il y a deux ans, au\nConservatoire.\n\nL.L.\n\nPublications nouvelles\n\nARTHUR COQUARD .Joies et Douleurs, Poème d'amour; paroles de Cécile Four-\nnery Coquard. Paris, Costallat,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.31", "texte": "NOTES BIBLIOGRAPHIQUES\n\n11 arrive à M. Coquard de faire d aussi agréables rencontres, dans les bois ou\nle long des grèves qu'il aime ; on croirait alors qu'un souffle d'air frais passe\nà travers sa musique sérieuse et savante. Je ne cacherai pas ma préférence pour\nces éclaircies. Le soleil caresse doucement la campagne, les feuillages palpitent,\nla mer infatigable vient battre le rivage ; pourquoi rester assis à la table de tra-\nvail ? Pourquoi ne pas lever la tête, et aller au dehors respirer ce vent céleste\ndont parle Renan, « qui, pénétrant jusqu'au fond du cerveau, y éveille je ne sais\nquelle vague sensation de largeur et de liberté )) ?La musique ne doit-elle pas\nêtre l'art libre entre tous, et son privilège n'est-il pas précisément de faire enten-\ndre à la fois les mille chants divers de la nature et de l'âme ? Ou plutôt n'est-\nelle pas la nature elle-même, délivrée de ses formes visibles ?\nJe regretterai donc que M. Coquard travaille trop les fenêtres fermées, lors-\nqu'il pourrait les ouvrir, et trouver en lui-même l'écho de la vie universelle qu'il\nlaisserait arriver jusqu'à lui. Je suis loin de méconnaître, d'ailleurs, la forte con-\nstruction de son poème, qui, dans son cycle de sept mélodies, part de mi mineur\npour y revenir après avoir parcouru les tonalités de si mineur, la mineur et\nmajeur, ut majeur (la claire rencontre), mi b , la majeur,/a# mineur, si majeur\net si mineur. Voilà certes un bel édifice ; mais ce qui me plaît moins, ce sont\ncertains accents qui me rappellent trop le théâtre, et certains développements\nmélodiques, certaines reprises qui traduisent mal, à mon sens, les élans d'un\ncœur passionné. M. Coquard est un excellent musicien, mais sa science le rend\ntrop sévère à sa propre inspiration, qui est d'une qualité rarç. Il n'aurait qu'à\ns'y abandonner davantage, et à dire toute sa pensée, pour qu'une œuvre intéres-\nsante et distinguée devînt une fort belle œuvre.\n\nCONSTANT ZAKONE.\n\nNotes bibliographiques.\n\nLes Sociétés des Beaux-Arts des Départements ont tenu le samedi 6 juin, à l'É-\ncole des Beaux-Arts, leur dernière séance, présidée par M. Jules Combarieu, chef\nde cabinet du Ministre de l'lnstruction publique, membre du Conseil supérieur\ndes Beaux-Arts. A cette occasion, voici la liste des études sur le théâtre et la musi-\nque lues en séances publiques devant le comité de ces Sociétés de 1897 à 1902.\n1897. Herluison et Leroy (Orléans) : Auteurs dramatiques, musiciens et acteurs\ndans lOrléanais.\nLhuillier (Melun) : Le théâtre dans la Brie et le Gàtinais antérieurement au\nX VIIL siècle.\n1898. Veuclin (Mesnil-sur-1 Estrée) : L'art dramatique à Lisieux pendant la\nRévolution,\nVincent (Tours) : Une association de maîtres joueurs d'instruments au A VIIIe siècle.\n1899. Benet (Caen) : Le théâtre â Rouen â la fin du XVIIIe siècle.\nDe Lo nguemare (Caen) : La bibliothèque musicale d'un chanoine de Lisieux.\nMusset (La Rochelle) : Le théâtre â la Rochelle avant la Révolution.\nVeuclin (Mesnil-sur-l'Estrée) : L'art dramatique en Normandie pendant la Révo-\nlution."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030615-01.1.32", "texte": "LE BAROMÈTRE MUSICAL ,\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPO tiers. - Société française d'Imprimerie et de Litrairie.\n\n1901. Lex (Mâcon) : Les premières années du théâtre de Mâcon (17.72-1792).\n1902. Jacquot (Nancy) : Les Luthiers.\n• Les travaux des Sociétés des Beaux-Arts des Départements ont, été publiés\n(26 vol.) chez Pion et Nourrit (Paris)*\n\nLe baromètre musical.\n\nTHÉÂTRES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nDATES\nRECETTES\nOpéra\nFaust.\n16\nmai\n15740 fr.\n00\n—\nHenry VIII.\nl 8\n—\n17570 fr.\n—\nRoméo et Juliette.\n20\n—-\n16370 fr.\n7^\n—-\nHenry VIII.\n2 2\n—\n17698 fr.\n41\n—\nLohengrin (prix réduits).\n23\n—\n13275 fr.\nDO\n.—\nRoméo et Juliette.\n25\n•—\n13999 fr.\n41\n—\nHenry VIIL\n2 7\n•—\n16048 fr.\n76\n—\nLohengrin.\n29\n—\n16898 fr.\n41\n—■\nFaust.\n!cr\njuin\n1 g 13 5 fr.\n41\n—\nHewy VIII.\n3\n—\n16002 fr.\n-\n—\nLa Statue.\n5\n—\n14116 fr.\n46\nOpéra-Comique\nLakmé.\n16\nmai\n9128 fr.\n5o\n—\nLa Traviata, les Noces de Jean-\nnette.\n17\nmatinée\n7278 fr.\n5o\n—\nCavalleria Rusticana) Muguette.\nsoirée\n4910 fr.\n5°\n—\nVie de Bohème.\n18\n-—\n6117 fr.\n00\n—\nWerther.\nT9\n—\n5504 fr\n00\n—\nManon.\n20\n—\n7290 fr.\n5o\n• —\nM ignon.\n21\n—\n6964 fr.\n5o\n—\nCarmen.\n2 2\n. —\n5607 fr.\n5o\n—\nLakmé.\n23\n—\n6402 fr.\n00\n-—\nLouise.\n2 4\n—\n3029 fr.\n5o\n—\nCavalleria Rusticana,Muguette.\n25.\n3165 fr.\n5o\n-—\nMignon.\n26\n— J\"-\n4341 fr.\n5o\n—\nWerther.\nCarmen.\n27\n2.8\n■ —\n4787 fr.\n6379 fr.\n5o\n5 0\n—.\nLakmé.\n29\n—\n3527 fr.\n00\n—\nCarmen.\n3o\n—■\n6514 fr.\n5o\n—-\nLa Traviata, Cavalleria Rusti-\ncana.\n3 r\n—\n4498 fr.\n00\n—\nLes Noces de Jeannette, Mignon.\nier\njuin matinée\n5736 fr.\n00\n—\nMireille.\nsoirée\n3747 fr.\n00\n—\nWerther.\n2\n—\n4585 fr.\n00\n—\nLakmé.\n3\n—\n4718 fr.\n5o\n•—\nCarmen.\n4\n—\n6171 fr.\n1272 fr.\n00\nLa Petite Maison (première).\n5\n—\n5o\nPHYSICUS."}]}