{"numero_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_sha256": "2fdc1d7a1046b89637eab48ed75032e6aca944d0b600c734f77e1c627ee48c23", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1903/08/15_01/bmtnabj_1903-08-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1903/08/15_01/bmtnabj_1903-08-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[401]", "page_fin": "405", "image_debut": 1, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.1", "titre_corps": "HECTOR BERLIOZ", "titre_sommaire": "HECTOR BERLIOZ", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "403", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.3", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3141, "texte": "HECTOR BERLIOZ\n\nDans une liste de personnes enrôlées pour assurer le succès d'Hernani, en\n1830, on trouve les noms suivants : Th. Gautier, Petrus Borel, Balzac, Berlioz,\nCabat, Préault, Bouchardy, Gigoux, etc. L'auteur de la Damnation méritait\nbien un poste d'honneur et de combat au moment où la poésie enthousiaste de\nla jeune Ecole allait triompher de la tradition ; car il a été plus que roman-\ntique : il fut le Romantisme personnifié. Mais la phalange que je viens de rappe-\nler est un peu pâle pour lui servir de cadre ; c'est ailleurs et plus haut qu'on doit\nchercher ses pairs.\nSongez à 1 auteur de la Barque du Dante, qui fit dans la peinture, et presque\nau même moment, une révolution semblable à celle de V. Hugo en poésie. Avec\nsa chevelure en crinière de lion posée sur un corps malingre, Delacroix, cravaté\njusqu au menton, serait digne d être placé, dans un rapprochement d'apothéose,\nà la droite de notre musicien. Élève comme lui d'un classique raffiné Guérin\nest de la famille des Lesueur,— il fit, comme lui, une guerre sans merci au poncif\nacadémique, adora Goethe et Shakespeare en même temps que les Anciens, fut\nmordu par l'envie, (( livré aux bêtes )), systématiquement exclu de l'lnstitut, et\nvécut dans la fièvre, soutenu par un feu intérieur qui finit par le dévorer. Voici\nune analogie plus précise. On sait que, dessinateur contestable, Delacroix fut un\ndécorateur splendide, un coloriste créateur; à l'inverse d'lngres et de David, qui\ndessinaient d'abord et peignaient ensuite (toutes les études qui nous sont restées\nde l'école classique sont des recherches de lignes et non de couleur), Delacroix,\nselon l'excellente remarque de Ch. Blanc, (( inventait son dessin pour sa couleur)).\nTous ces traits ne semblent-ils pas caractériser Berlioz lui-même ? Dans\ndes scènes comme les Pèlerins chantant la prière du soir> la Course à Vabime, la\nScène aux champs, la Fête Capidet, tant d'autres !... il a peint avec des sons;\net par des combinaisons de timbres analogues à celles des tons sur la palette,\nil a obtenu des effets prodigieux. Il semble que la pensée musicale se présentait\nà lui sous la forme d'un coloris instrumental, et non avec la sécheresse d'une\nligne mélodique. Il est le digne descendant de Weber. La scène de la fonte des\nballes, dans le Freischutz, est la source du romantisme orchestral.\nIl y a un autre héros du romantisme qu'on aimerait à placer à ses côtés :\nc'est Byron. Par cet individualisme exaspéré qui n'a jamais peint que soi sous\ndes noms différents (Manfred, Harold, etc.), Byron est aussi berliozien que\nBerlioz est byronesque, avec cette réserve pourtant que s'il y a chez tous les\ndeux même fougue, même flamme, même aspiration inquiète vers d'impossibles\nbuts, il y a chez l'un plus de tendresse que chez l'autre. Remarquons aussi que\nle romantisme littéraire a beaucoup plus vieilli que le romantisme musical...\nComme Byron, Berlioz fut un lyrique.\nComme Delacroix, il fut un flamboyant.\nOn se représente volontiers ces trois grands artistes dans une atmosphère de\ntempête déchirée par d'incessantes fulgurations.\nQue recouvre cette étiquette de romantique ?"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.4", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "Pour mériter d'être placé si haut aujourd'hui, Berlioz eut les deux qualités\nsans lesquelles il n'y a pas de grand musicien. La première, c'est la « person-\nnalité )). Nul, plus que lui, ne fut quelqu'un. Rarement chez un homme, les\ncaractères individuels eurent cette intensité suraiguë : imagination passionnée,\naptitude singulière à sentir et à souffrir en musique, goût du grandiose, inquié-\ntude d'un cœur profond qui connut l'extrême tendresse et l'extrême souffrance,\net se tourmenta lui-même, non sans une amère fierté! D'autres hommes, sans\ndoute, ont éprouvé cela ; ainsi, avec sa sensibilité fébrile toujours prête aux\nlarmes, son imagination (et cette maladie d'estomac qui explique tant de\nchoses!), Berlioz fait songer à l'auteur des Confessions : c'est un Rousseau sur-\nchauffé qui, musicalement, se dénoue et aboutit; mais qui ne le distinguerait\nentre tous ? 11 semble avoir concentré dans son cœur, pour une originalité dou-\nloureuse et unique, toute la puissance d'aimer, de rêver, de souffrir, qui est\néparse dans les autres cœurs. La seconde qualité (intéressante seulement\nquand elle s ajoute à celle que je viens de dire), c'est que Berlioz fut un sincère.\nAu lieu de s'amuser à des jeux de surface ou à de petites constructions bien\néquilibrées, comme fît la gentille école de Boïeldieu, il se mit tout entier, au\nrisque de bousculer bien des choses et de scandaliser bien des gens, dans ce\nqu'il écrivait. M. Massenet l'a comparé à un Prométhée apportant le feu à la\nmusique française ; cette flamme, c'est en lui-même que Berlioz la prit Et nous\narrivons ici à l'idée capitale qui résume toute l'esthétique des vrais artistes. Ber-\nlioz a obtenu la récompense réservée à ceux qui sont sincères : à force de vivre\nson œuvre, d'être soi et de n'exprimer que soi, il est arrivé à exprimer l'humanité.\nVoilà bien la raison des fêtes qu'on célèbre en son honneur. Grâce à lui, la\nmusique n est plus une élégance de salon, un jeu de virtuosité ou de savoir\ntechnique : elle est humaine, humaine comme la poésie de Musset ou de Vir-\ngile. Sa fonction est la même (l'instinct du public ne s y trompe pas) que celle de\nla grande littérature où se reflètent le monde de la nature et le monde de l'âme :\nelle est la vie, le diame profond que chacun a plus ou moins vécu, la traduction\npathétique, éblouissante, parfaitement nette, de la réalité morale et de son\ncadre pittoresque. Ce qu'on pourrait considérer comme une de ses faiblesses, au\npoint de vue purement musical, tourne même à son avantage. Berlioz n'est pas\nun penseur à la manière de Beethoven et de Bach ; il ne s'est pas élevé à ces\nhauteurs de la symphonie pure où la musique est affranchie de toutes les contin-\ngences, si bien qu'elle subsisterait (comme aiment à le dire les esthéticiens de\nl'école de Hégel) alors même que le monde physique s'évanouirait. L'auteur de\nla Symphonie fantastique, de Roméo et Juliette, des Tvoyens, est toujours resté\nplus près de nous; au lieu de s'évader, par la puissance de la pensée musicale,\ndu monde des passions, il s'y est enfermé avec une volupté pleine d'angoisses ; il\nest resté homme ; il a même été, si l'on veut, une sorte de musicien littérateur qui\npleurait en lisant les premiers livres de Y Enéide avant de les chanter avec l'or-\nchestre , mais il a fait ainsi une conquête sûre quoique tardive : la sympathie.\nPar là, également, Berlioz se distingue de deux autres maîtres qui furent les\nprotagonistes de l'art musical au xixe siècle : Liszt et Wagner. Inférieur au pre-\nmier pour la fécondité (il a produit à peine 30 œuvres) et au second pour la\npuissance créatrice, il est supérieur à tous les deux par l'humanité profonde de\nsa musique. Liszt parfois sublime, presque toujours chevaleresque aime\ntrop souvent les grands gestes vains, les paraphes ronflants, le fracas inutile."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.5", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 480, "texte": "C'est un admirable tambour-major qui passe dans la rue en faisant des effets de\ncanne. Wagner est trop encombré (pour nous) de mythologie ; songez que, parmi\nles personnages de sa Tétralogie, il n'y a pas un seul homme (ce qui ne l'a pas\nempêché d'accuser Berlioz d'être en dehors de l'humanité). Berlioz, malgré sa\ntendance à l'énormité, étonne moins, mais il émeut, il charme, il est homme : et\nvoilà pourquoi nous lui rendons hommage.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[401]", "page_fin": "[401]", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.1.1", "titre_corps": "Hector BERLIOZ D'après une estampe conservée à la Bibliothèque nationale.", "titre_sommaire": "Hector BERLIOZ D'après une estampe conservée à la Bibliothèque nationale.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[401]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.1", "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "Hector BERLIOZ\nD'après une estampe conservée à la Bibliothèque nationale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c004", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "405", "page_fin": "407", "image_debut": 5, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.2", "titre_corps": "Documents biographiques sur Hector Berlioz. — Une lettre inédite du compositeur.", "titre_sommaire": "Documents biographiques sur Hector Berlioz. — Une lettre inédite du compositeur.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.5", "debut_caractere": 482, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "Documents biographiques sur Hector Berlioz. — Une lettre\ninédite du compositeur.\nPour établir avec précision et certitude les bases d une biographie, il faut con-\nsulter les registres de 1 état civil.\nPlusieurs ouvrages excellents sur la vie d'Hector Berlioz existent. On y\ntrouve, relativement à la généalogie du compositeur, des indications nom-\nbreuses (1). Cependant les textes mêmes des pièces authentiques concernant\ncette généalogie n'ont pas encore été publiés, du moins à notre connais-\nsance. Afin de combler cette lacune, la Revue Musicale reproduit aujourd'hui\ndans leur intégralité les actes (paraissant les plus intéressants) qu'il a été pos-\nsible de retrouver dans les dépôts publics.\nVoici d'abord la désignation sommaire de ces documents :\ni° Naissance et baptême (à la Cote-Saint-André, le 9 juin 1776) du père du\ncompositeur ;\n20 Naissance (à la Cote-Saint-André, le 19 frimaire an XII, 11 décembre\n1803) du compositeur ;\n30 Premier mariage (à l'Ambassade d'Angleterre à Paris, le 3 octobre 1833)\ndu compositeur avec Henriette-Constance Smithson ;\n4° Naissance (à Montmartre, Seine, le 14 août 1834) du fils unique du com-\npositeur, issu de son premier mariage (2) ;\n50 Décès (à Montmartre, le 3 mars 18=54) de la première femme du compositeur;\n6° Deuxième mariage (à Paris, le 19 octobre 1854) du compositeur avec\nM,le Martin, dite Recio ;\n70 Décès (à Saint-Germain-en-Laye, le 13 juin 1862) de la seconde femme\ndu compositeur ;\n8° Décès (à Paris, le 8 mars 1869) du compositeur.\nVoici maintenant le texte des documents eux-mêmes (sauf l'acte de décès\nd'Henriette Smithson, qu'on lira dans une autre partie de cette Revue) :\nI° NAISSANCE ET BAPTÊME DE BERLIOZ LOUIS-JOSEPH, PÈRE D'HECTOR.— 1776\n« EXTRAIT des registres des actes de Y état civil de la commune Cote St André\npour Vannée mil sept cent soixante déposés au greffe du tribunal de première\ninstance de Vienne [lsère).\n« Louis Joseph Berlioz, fils légitime à M M* Louis Joseph Berlioz avocat en la\n\n(1) Voir, par exemple, Hector Berlioz, sa vie et ses oeuvres, par M. Adolphe Jullien (Paris,\nlibrairie de l'Art, 1888), —et Berlioz 'intime, par M. Edmond Hippeau (Paris, Dentu, 1889).\nDans ce dernier ouvrage, consulter notamment le chapitre intitulé : La famille Berlioz^.\n(2) Mort à la Havane en 1867. Nous n'avons pu nous procurer l'acte de son décès."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.6", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "Cour et à dame Thérèze Espérance Robert son épouse est né et a été baptisé ce neuf\njuin 1776 dont le parrain a été Sr Joseph Rerlioz grand-père audit enfant et la\nmarraine demoiselle Catherine Julie Berlioz. Ainsi je le certifie avec les soussi-\ngnés. » (Suivent les signatures.)\n20 NAISSANCE DE BERLIOZ LOUIS HECTOR. AN XII DE LA RÉPUBLIQUE.\n« EXTRAIT des registres des actes de VEtat civil de la commune de la Cote Saint-\nAndré pour Vannée mil huit cent trois, etc.\n« Mairie de la Cote Saint-André.\n« Arrondissement communal de Vienne.\n« Du lundy vingtième jour du mois de Frimaire à onze heures du matin. L'an\ndouze de la République Française.\n« Acte de naissance de Louis Hector Berlioz né hier dimanche dix-neuf de ce\nmois à cinq heures du soir, fils légitime du citoyen Louis Joseph Berlioz officier de\nsanté domicilié àla Cote St André et de Marie Antoinette Joséphine Marmion\nmariés.\n« Premier témoin : le citoyen Auguste Buisson, âgé de trente-trois ans, proprié-\ntaire, domicilié àla Cote Saint-André. Second témoin le citoyen Jean François\nRecourdon âgé de quarante ans, receveur des contributions, domicilié au même\nlieu. Sur la réquisition à moi faite par le citoyen Louis Joseph Berlioz père de l'en-\nfant. Et ont signé.\n« Signé : L. Berlioz, Buisson, Recourdon.\n« Constaté suivantlaloi par moi Joseph Louis Marie de Buffevent, maire de la Cote\nSaint-André faisant les fonctions d'officier public de l'Etat civil.\n« Signé : Buffevent. »\n30 MARIAGE D'HECTOR BERLIOZ ET D'HENRIETTE SMITHSON.\n« Marriages solennized in the House of Her Britannic Majesty's Embassy at\nParis,\nin the year 1833.\n«Mr Louis Hector Berlioz, of the Town of Cote Saint-André, in the Departemt of\nIsère, France, Bachelor(i),\n« and Harriett Constance Smithson, of the Parishof Ennis,inthe County of Clare,\nIreland, Spinster (2) were married in this House this third day of October, in the\nyear one thousand eight hundred and thirty three\nby me, M. H. Luscombe, Chaplain\n« This marriage was solemnized between us -\n0 I H. C. Smithson\n/ Bertha Stritch\n. , r ) Robert Cooper\n« in the presence of < T T T ....\nr / Jacques Henry (?)\n\\ F. Liszt\nNo 359.\nSuit la certification, par le consul général d'Angleterre à Paris, de l'exacti-\ntude de la copie d'acte qu'on vient de lire (3).\n40 NAISSANCE DU FILS D'HECTOR BERLIOZ.\n« Préfecture du département de la Seine. EXTRAIT des minutes des actes de nais-\nsance reconstitués en vertu de la loi du 12 février 1872.\n« Ancienne commune de Montmartre (Seine), année 1884.\n« L'an mil huit cent trente quatre, le vendredi quinze août, à onze heures du ma-\n\n(1) Célibataire.\n(2) Demoiselle. Il a paru superflu de traduire en français toute la pièce.\n(3) Dans l'acte original que nous avons examiné à l'Ambassade d'Anglerre à Paris ne figurent\nni les adresses des conjoints, ni celles des témoins. Parmi ces derniers, le nom de « Henry » est\nune conjecture, le texte étant peu net. On lit aussi bien « Henne » ou « Henner »."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.7", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3372, "texte": "tin, par-devant nous,, Maire et officier de l'état civil de la commune de Montmartre,\nest comparu le sieur Louis Hector Berlioz, âgé de trente ans et demi, compositeur\nde musique demeurant en cette commune rue St-Denis n<> 10, lequel nous a pré-\nsenté un enfant que nous avons reconnu être du sexe masculin né audit lieu, hier,\nà onze heures du matin, de lui déclarant et de Henriette Constance Smithson, son\népouse, âgée de trente deux ans et demi, artiste dramatique, même demeure, et au-\nquel enfant il déclare donner les prénoms de Louis, etc. »\n50 DÉCÈS D'HENRIETTE CONSTANCE SMITHSON.\nEXTRAIT des minutes des actes de décès.\n« Ancienne commune de Montmartre, année 1854.\n« L'an mil huit cent cinquante quatre, le trois mars, est décédée à Montmartre\n(Seine), Henriette Constance Smithson, sans profession, âgée de cinquante-trois ans,\nnée à Ernuis (Irlande), épouse d'Hector Berlioz, compositeur de musique, etc. »\n(Acte reconstitué.)\n6° SECOND MARIAGE D'HECTOR BERLIOZ.\n« Préfecture du département de la Seine. EXTRAIT des minutes des actes de\nmariage.\n« Ancien Paris. Année 1854.\n« L'an mil huit cent cinquante quatre, le dix-neuf octobre à Paris. Acte de mariage\nde Hector Berlioz demeurant rue Boursault 19, veuf de Henriette Constance\nSmithson, fils de Joseph Louis Berlioz et de Joséphine Marmion, son épouse, et de\nMarie Geneviève Martin, demeurant rue Boursault no 19, fille de Joseph Martin,\ndécédé et de Sotera de Vilas, son épouse, etc. »\n(Acte reconstitué.)\n70 DÉCÈS DE LA SECONDE FEMME DE BERLIOZ 1862\nEXTRAIT du registre des actes de décès de la commune de Saint-Germain en Laye,\ndéposé au greffe du tribunal civil de Versailles pour Vannée mil huit cent soixante\ndeux.\n« Acte de décès du treize juin mil huit cent soixante deux, cinq heures et demie\ndu soir. Aujourd'hui à midi est décédée à Saint-Germain rue de Versailles no 26\ndame Marie Geneviève Martin, sans profession, âgée de quarante huit ans, née à\nChatenay (Seine), épouse de M. Louis Hector Berlioz, membre de l'lnstitut de\nFrance, \"domiciliés à Paris rue de Calais no 4, constaté par nous Jules Xavier Sa-\nguez de Brumery, maire de cette ville, officier de l'état civil, etc... »\n8° DÉCÈS DE LOUIS-HECTOR BERLIOZ 9 mars 1869.\n« Préfecture du département de la Seine. EXTRAIT des minutes des actes de décès\ndu arrondissement de Paris.\n« Du mardi neuf mars mil huit cent soixante-neuf, une heure et demie de relevée.\nActe de décès de : Louis-Hector Berlioz, compositeur de musique, membre de\nl'lnstitut, officier de la Légion d'honneur, âgé de soixante cinq ans, né ala Cote\nSaint-André (Isère), décédé hier à midi et demi en son domicile, rue de Calais n° 4.\nVeuf en premier mariage de Henriette Smithson et aussi veuf en second mariage\nde : Marie Geneviève Martin. Le dit acte dressé en présence et sur la déclaration\nde MM. Louis Maurant, propriétaire, âgé de cinquante deux ans, et Jean Ladonne,\nemployé, âgé de cinquante trois ans, demeurant tous deux à Paris rue Saint-Marc\nn° 22. Témoins qui ont signé avec nous Léon Ohnet, adjoint au maire, chevalier\nde la Légion d'Honneur, etc. »\n★\n-¥ ¥\nAu sujet de la Damnation de Faust, l'œuvre la plus populaire de Berlioz, nous\npossédons l'original de la lettre suivante, inédite jusqu'ici, adressée par le com-\npositeur à feu Gasperini (i).\n\n(i) A. de Gasperini, critique musical français très apprécié, mort en 1868."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c005", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "408", "page_fin": "409", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.3", "titre_corps": "Lettre inédite de Berlioz à Gasperini.", "titre_sommaire": "Lettre inédite de Berlioz à Gasperini.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "408", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.8", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "Lettre inédite de Berlioz à Gasperini.\n\nH. BERLIOZ.\nVienne, 77 décembre.\nMON CHER GASPERINI,\nHier on a donné la Damnation de Faust dans la Salle des Redoutes devant un\nauditoire immense, et au milieu de transports comme jamais de ma vie je n'en ai vu.\nOn m 1 a rappelé plus de dix fois, il y a eu des applaudissements interminables et des\nbis qui eussent été encore plus nombreux si Vœuvre n eût pas été si longue.\nJ'avais 400 exécutans et ce qu'il y a de mieux en chanteurs à l'Opéra ; entre autres\nla charmante MUe Bettlein (Marguerite) et Walter (Faust), un délicieux Ténor. Leur\nDuo d'amour a été interrompu trois fois par les applaudissements, et Walter a supé-\nrieurement dit son air Dans la chambre de Marguerite. Et la Marguerite aban-\ndonnée !! Ah! Les chœurs bien instruits par Herbeck, un fameux chef d'orchestre,\nont chanté avec un ensemble et des nuances incomparables.\nIl y a déjà ce matin un fort bel article dans le Wanderer, on m'annonce une\néreintade de M. Hanslick, et au contraire une grande admirative critique de M. S belle\ndans la Presse Ancienne pour après-demain.\nC'est le plus grand succès de ma vie, laissez-moi vous le dire. Je sais que cela\nvous fera plaisir. Il était venu des auditeurs de Munich et de Leipzig. On me donne\nune grande fête ce soir ; il faut que je m'habille pour y aller. Ma chambre ne désem-\nplit pas de complimenteurs, d'embrasseurs. Le concert a fini à q heures, et le public\nest resté jusqu àla dernière mesure ; quand il a passé 2 h., ordinairement il s'en\nva. On a beaucoup remarqué cela.\nAdieu, adieu, je suis très heureux de cette adoption des Viennois.\n\nCette lettre rte porte pas de millésime, mais elle est sûrement de 1866 ; on a vu\nqu'elle fut écrite le lendemain même de la première exécution à Vienne de la Dam-\nnation de Faust (1).\nSur cette exécution, qui eut lieu le 16 décembre 1866, on peut voir les rensei-\ngnements très détaillés donnés par M. Adolphe Jullien (Hector Berliosa vie et\nses œuvres, p. 302) et les pièces inédites publiées un peu plus loin dans le nu-\nméro de cette Revue.\n\n(i) On peut rapprocher de ce document :\ni° La lettre de Berlioz adressée à Ernest Reyer (17 décembre 1866) et commençant par ces\nmots : « Je me lève aujourd'hui lundi à quatre heures. J'ai dû rester au lit depuis hier ; je n'en\npouvais plus. La Damnation de Faust a été exécutée hier dans la vaste salle de la Redoute avec\nun succès foudroyant. » (Correspondance inédite de Berlioz publiée par Daniel Bernard, Paris,\nCalmann-Lévy, 1888, p. 333-35.)\n20 La lettre du même à Humbert Ferrand (30 déc. 1866) et commençant par ces mots : « Me\nvoilà de retour à Vienne et je vous écris trois lignes pour vous en informer. Je ne sais si VUnion\nvous a parlé du succès furieux de la Damnation de Faust en Autriche. )) (V. Lettres intimes d'H.\nBerlioz, ibid., 1882, p. 300-i.j"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.9", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "Certaines inexactitudes d'orthographe du texte original ont été, par scrupule,\nconservées dans notre reproduction : Mlle Bettlein (au lieu de Bettelheim) et\nM. Shelle (au lieu de Schelle).\nLes renseignements communiqués à Berlioz et non visés dans sa lettre à\nGasperini, sur les dispositions défavorables de M. Hanslick, n'étaient pas\ninexacts.\nA titre de curiosité, voici quelques passages de l'article du critique viennois.\nNous reproduisons la traduction française qu'en a donnée M. Michel Brenet,\naux pages 23-24 de sa brochure : Deux pages de la vie de Berlio1 (Paris, Va-\nnier, 1889) :\n« Après une audition de l'oeuvre entière, à Vienne, en 1866, M. Edouard\nHanslick en porta un jugement qui n'était guère plus favorable (1) ; jusque-là,\nl'éminent critique autrichien, en faisant toutes ses réserves sur le principe fon-\ndamental des descriptions orchestrales de Berlioz, avait cependant accordé à\nson talent de fréquents éloges. Ici, après s'être exprimé à son tour en ternies\nsévères sur la « mutilation arbitraire et choquante » du poème de Faust, pas-\nsable pour les Français, mais inadmissible pour « tout Allemand qui connaît\n« et qui aime son Gœthe »,M. Hanslick déclare que, de tous les grands ouvrages\nde Berlioz, celui-ci lui paraît le plus faible : « Malgré ses grandes dimensions,\nla nouvelle œuvre est musicalement plus pauvre que les précédentes... Dans\nFaust, Berlioz a abandonné le terrain dont il tire toute sa force, et s'est adonné\nà un élément qui lui est toujours contraire et défavorable. Dès que Berlioz\nécrit pour le chant, sa musique baille et de débat comme un poisson sur le\nsable chaud. Sa lutte pour porter la musique purement instrumentale à une\nsignification précise avait quelque chose de grand ; au contraire, ses efforts\npour trouver une expression mélodique adaptée aux paroles les plus simples\nexcitent la pitié... Rien dans ces chants interminables ne parvient à une mélodie\nbelle et mûre. A peine existe-t-il des choses plus inchantables, des mélodies\nplus pitoyables, que celles de Marguerite, de Faust, de Méphisto et de Brander...\nLe compositeur met en œuvre tous les moyens, les rythmes et les modulations\nles plus aventures, l'expression dramatique la plus violente, les plus puissantes\nsonorités orchestrales : mais, sous l'impression de la surexcitation et du mons-\ntrueux, l'oreille se fatigue et le cœur se glace. Nous sommes comme dans\nune maison glacée, où tous les poêles fument... »\nBien entendu, ce texte est cité ici à titre de document historique.\n\n(1) Allusion à un article d'Otto lahn, sur la Damnation de Faust.\n\nA. 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BERLIOZ.\nVienne, 77 décembre.\nMON CHER GASPERINI,\nHier on a donné la Damnation de Faust dans la Salle des Redoutes devant un\nauditoire immense, et au milieu de transports comme jamais de ma vie je n'en ai vu.\nOn m 1 a rappelé plus de dix fois, il y a eu des applaudissements interminables et des\nbis qui eussent été encore plus nombreux si Vœuvre n eût pas été si longue.\nJ'avais 400 exécutans et ce qu'il y a de mieux en chanteurs à l'Opéra ; entre autres\nla charmante MUe Bettlein (Marguerite) et Walter (Faust), un délicieux Ténor. Leur\nDuo d'amour a été interrompu trois fois par les applaudissements, et Walter a supé-\nrieurement dit son air Dans la chambre de Marguerite. Et la Marguerite aban-\ndonnée !! Ah! Les chœurs bien instruits par Herbeck, un fameux chef d'orchestre,\nont chanté avec un ensemble et des nuances incomparables.\nIl y a déjà ce matin un fort bel article dans le Wanderer, on m'annonce une\néreintade de M. Hanslick, et au contraire une grande admirative critique de M. S belle\ndans la Presse Ancienne pour après-demain.\nC'est le plus grand succès de ma vie, laissez-moi vous le dire. Je sais que cela\nvous fera plaisir. Il était venu des auditeurs de Munich et de Leipzig. On me donne\nune grande fête ce soir ; il faut que je m'habille pour y aller. Ma chambre ne désem-\nplit pas de complimenteurs, d'embrasseurs. Le concert a fini à q heures, et le public\nest resté jusqu àla dernière mesure ; quand il a passé 2 h., ordinairement il s'en\nva. 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J'ai dû rester au lit depuis hier ; je n'en\npouvais plus. La Damnation de Faust a été exécutée hier dans la vaste salle de la Redoute avec\nun succès foudroyant. » (Correspondance inédite de Berlioz publiée par Daniel Bernard, Paris,\nCalmann-Lévy, 1888, p. 333-35.)\n20 La lettre du même à Humbert Ferrand (30 déc. 1866) et commençant par ces mots : « Me\nvoilà de retour à Vienne et je vous écris trois lignes pour vous en informer. Je ne sais si VUnion\nvous a parlé du succès furieux de la Damnation de Faust en Autriche. )) (V. Lettres intimes d'H.\nBerlioz, ibid., 1882, p. 300-i.j"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.9", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "Certaines inexactitudes d'orthographe du texte original ont été, par scrupule,\nconservées dans notre reproduction : Mlle Bettlein (au lieu de Bettelheim) et\nM. 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Ici, après s'être exprimé à son tour en ternies\nsévères sur la « mutilation arbitraire et choquante » du poème de Faust, pas-\nsable pour les Français, mais inadmissible pour « tout Allemand qui connaît\n« et qui aime son Gœthe »,M. Hanslick déclare que, de tous les grands ouvrages\nde Berlioz, celui-ci lui paraît le plus faible : « Malgré ses grandes dimensions,\nla nouvelle œuvre est musicalement plus pauvre que les précédentes... Dans\nFaust, Berlioz a abandonné le terrain dont il tire toute sa force, et s'est adonné\nà un élément qui lui est toujours contraire et défavorable. Dès que Berlioz\nécrit pour le chant, sa musique baille et de débat comme un poisson sur le\nsable chaud. Sa lutte pour porter la musique purement instrumentale à une\nsignification précise avait quelque chose de grand ; au contraire, ses efforts\npour trouver une expression mélodique adaptée aux paroles les plus simples\nexcitent la pitié... 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UNE CHUTE DE « BENVENUTO » !\nL'ATTITUDE DU CHANTEUR DUPREZ. LES CONCERTS ET LA POPULARITÉ DE\nBERLIOZ A VIENNE. LE BOLÉRO « ZAÏDE ». FÉLICIEN DAVID ET BERLIOZ.\nIl y a quelques semaines, un de nos confrères, un vieux camarade de plus de\ntrente années fit irruption dans mon cabinet. Son allure, habituellement dé-\nbonnaire, marquait une animation extrême : (( Voici qu'on célèbre Berlioz, me\ndit-il ; je vous apporte une pierre pour l'édifice de gloire et de justice qu'on lui\nérige! )) Et en me tendant une enveloppe jaunie par le temps, il me conta ceci :\n(( J'habitais, il y a une douzaine d'années, un hameau des environs d'Argen-\nteuil. Un jour, passant devant une auberge de la localité, mon attention fut at-\ntirée par le vacarme d'une vente publique après décès. A peine entré dans la salle,\nmes regards tombèrent sur une vieille table en acajou, avec dessus de marbre,\nmunie d'un couvercle à deux faces, qui avait dû servir alternativement de bureau\nà écrire etde tapis à jouer. Je l'achetai.\n■— « Monsieur, me fit remarquer le commissaire priseur en adjugeant l'objet, il\nmanque une clé à l'un des tiroirs ; mais vous le ferez ouvrir : et, ma foi, ajouta-\nt-il en riant, si vous y trouvez quelque chose, tant mieux pour vous ! » Il ne\ncroyait pas si bien dire ! C'est seulement plusieurs mois après que je songeai à\nforcer le tiroir de ce meuble affreusement délabré et dont j'ignorais complète-\nment la provenance. Et alors, quel affligeant inventaire ! Jamais le Sunt\nlacrymœ rerum du poète ne reçut, en raccourci, plus navrante application. Des\nbonnets d'enfant, des hochets brisés, des mèches de cheveux soigneusement en-\nveloppées, puis des liasses de notes ménagères, et des papiers insignifiants re-\nlatifs à la vie courante, gisaient là, pêle-mêle, depuis des années. C'était l'atti-\nrail lamentable de la mort et de l'oubli... quand tout à coup ce chaos s'éclaira\ndes noms lumineux de Berlioz et de Desmarets. Détail touchant : sur ces lettres,\nen guise de presse-papiers funèbre, dormaient pieusement, comme l'armure d'un\npreux tombé au champ d'honneur, la grande et belle médaille personnelle de\nDesmarets, « sociétaire des Concerts du Conservatoire », et—- couché dans sa boîte\noblongue comme dans un cercueil ce diapason fameux (...) qui tant de fois\navait sonné le la dans les brises et les trombes harmonieuses de l'orchestre.\nParmi ces reliques, se trouvaient les lettres qu'on va lire, et que j'analyserai\nbrièvement pour montrer leur intérêt.\nJ'ai lu, npn sans étonnement, l'affirmation cent fois répétée que Berlioz, de son\nvivant, fut abominablement méconnu. Si je m'en rapporte à l'ensemble de ce qui\na été dit ou écrit, l'auteur de tant d'oeuvres originales et puissantes ne connut\njamais aucune joie. Il lutta perpétuellement « contre le public, contre la vocalise,\n(( contre la gêne )), si je m'en réfère à M. Raymond Bouyer. —Nous devons « nous\nincliner devant son œuvre avec la ferveur pieuse de pécheurs repentants )), si\nnous nous associons à la pensée de M. Massenet. Et enfin, selon M. Jules Corn-\nbarieu, le Prince de Monaco (( a donné le signal de la réparation qui était due au\ngrand musicien ))."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.11", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "Il m'a semblé que dans ces paroles il y avait quelque chose d'exagéré.\nJe sais bien que le père de Berlioz, officier de santé, voulait que son fils devînt\nmédecin et protestait contre sa passion pour la musique. Berlioz n'est pas le seul\nqui ait eu à lutter contre les idées paternelles, et sa lutte me touche d'autant\nmoins qu'elle fut courte, puisque, devenu élève de Lesueur, il faisait exécuter à\nSaint-Roch une messe de sa composition, avant d'avoir atteint sa vingt-cin-\nquième année. L'hostilité de Cherubini ? Cette hostilité a peut-être retardé\nl'attribution du prix de Rome ; mais Berlioz ne le conquit pas moins. Et il n'avait\npas trente ans !\nSuccessivement, de 1833 à 1840, on lui confie le feuilleton des Débats ;\ndeux ministres lui commandent un Requiem et une Symphonie funèbre et\ntriomphale qui sont exécutés avec des masses inusitées de choristes et d'instru-\nmentistes. Lui aurait-on donné de pareilles preuves de haute estime s'il avait été\naussi dédaigné qu'on veut nous le faire croire ?\nN'a-t-on pas le droit de supposer que ce sont précisément ces hommages indis-\ncutables qui ont répandu sa renommée au point que, de 1840 à 1848, de tous\ncôtés, en Belgique, en Allemagne, en Russie, en Angleterre, on s'arrache le\ngrand musicien français ?\nBerlioz n'a pas été méconnu, parce qu'il n'a jamais trouvé un public indif-\nférent. Il a été attaqué, comme presque tous les hommes supérieurs ; il a eu des\nhostilités et des dédains d'interprètes comme la plupart des artistes que la\nnature de leur art ne met pas en contact direct avec la foule ; il n'a pas enfin\nconquis, en France, du premier coup, l'oreille de la foule, parce que cette oreille\nn'avait pas été ouverte et préparée, comme elle le fut plus tard, par des audi-\ntions graduées aux concerts Pasdeloup, Colonne et Lamoureux.\nMais Berlioz avait pour lui une élite qui suivait ses efforts et les ap-\npréciait, élite dont l'opinion avait tant de poids aux yeux de l'étranger (plus\navisé que nous musicalement), que les œuvres discutées en France étaient accla-\nmées partout ailleurs. Stephen Heller, son ami, en fait foi.\nIl ne me paraît pas juste ni exact, historiquement, de voir en Berlioz un de\nces êtres qu'une justice partiale et aveugle aurait condamnés aux pires supplices\net dont l'innocence éclaterait tout à coup aux yeux de l'entière humanité. Ce qui\nme paraît, hélas I incontestable, c'est le caractère difficile de cette grande indivi-\ndualité, c'est le tourment perpétuel d'une âme rarement satisfaite, constamment\ninquiète, avide d'une sérénité qui l'eût rapidement lassée en l'abaissant à un état\nmoyen où elle n'est, heureusement pour l'art, jamais descendue ; c'est aussi...\nla maladie d'estomac qu il soignait si mal !\nDans ce poète byronesque, qui passe de l'idylle au drame, de la tendresse à la\nrage, de l'amour à la haine avec une incroyable facilité, il y a aussi l'enfant\ngâté, presque un gavroche, qui fait un pied de nez ou qui pleure parce qu'on ne\nlui a pas donné tout de suite sa chimère.\nQuand il prétend s'imposer, faire œuvre neuve, renverser des idoles de mau-\nvais aloi, heurter de front l'opinion courante et montrer à nu, sans fard, sa\nforte personnalité, je ne puis que l'admirer et m'associer à sa noble bataille.\nC'est un héros (au sens que Carlyle donne à ce mot), que je me plais à suivre\navec respect. Mais le moindre orage qui trouble son cœur lui fait perdre la\ntête, si bien qu'il est incapable, du haut de sa réputation européenne, escorté de\nl'admiration d'une élite, de mépriser les ignorances excusables de la foule et\nles mesquines morsures de quelques aboyeurs. Gluck, Beethoven, Bach, Schu-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.12", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "Mann, Hérold, Bizet, César Franck, Saint-Saëns, Keyer, Wagner, en ont vu\nbien d'autres...\n... L'enveloppe jaunie contenait quatre lettres : deux, signées d'Hector Berlioz,\nune de Mlle Recio, l'autre de L. Jonnart.\n(( Elles sont inédites, proclamait mon ami, et superbes... Il faut que le public\nles connaisse et que l'histoire de la musique les enregistre ! ))\nJ'ai lu ces lettres avec curiosité ; elles me semblent, en effet, un complément\nprécieux pour ce que l'on sait déjà du maître ; et je crois, après avoir consulté\nsur ce point des confrères autorisés, qu'elles sont inédites. Toutes les quatre\nsont adressées au célèbre contrebassiste Desmarets.\nPour procéder chronologiquement, c'est la lettre de L. Jonnart que nous\ndonnons tout d'abord. Le paragraphe consacré à Duprez montre péremptoire-\nment que la principale cause de l'abandon de Benvenuto fut la trahison, le mot\nn'est pas trop fort, d'un interprète qui avait pourtant contracté vis-à vis de\nl'auteur une dette sacrée et prouve de quelle petitesse, de quelle ingratitude\nun incomparable chanteur peut être capable (1).\nDans cette lettre, L. Jonnart est un véritable précurseur inspiré ; il lit couram-\nment dans l'avenir, prêche la persévérance et prédit avec autorité le triomphe\ncertain de Berlioz.\n(1) On veut bien me faire remarquer qu'on peut contrôler cette affirmation, si dure pour\nDuprez, en consultant l'opuscule de ce dernier: Souvenirs d?un Chanteur (Paris, Caïman\nLévy, 1880) où deux pages (153-4) sont consacrées à Benvenuto. Duprez raconte qu'à la 3e re-\nprésentation il perdit la tête en apprenant, sur la scène, l'heureux accouchement de sa femme ;\net il ajoute : « Lorsqu on s'embrouille dans cette musique compliquée et savante telle que la\ncomposait Berlioz, il n'est pas facile de se retrouver. Je me tirai assez mal de cette aventure. Là\nne fut pourtant pas la cause du peu de succès de Benvenuto, dont l'auteur me rendit responsable\net me garda toujours rancune. Le fait est que Duponchel se lassa de donner un ouvrage qui,\ndans sa nouveauté, faisait moins (d'argent) que les pièces anciennes, et que Benvenuto rentra\ndans les cartons pour n'en plus sortir. »\nLe chef-d'œuvre de Berlioz, on le sait, eut au contraire un très grand succès à Weimar, où il\nfut joué grâce à Liszt en 1855, et à Hanovre où il fut joué grâce à Bulow en 1879.\n\nLETTRE INÉDITE DE L. JONNART A DESMARETS.\n\nGodel, 24 sept. 1838:\nQue de remerciemens je vous dois, mon cher M. Desmarest ! aussi je ne veux pas\nvous les faire attendre. Grâce à vous, je sais maintenant à quoi m'en tenir : depuis\ntantôt quinze longs jours, fêtais dans Vinquiétude de Vattente ; aucun bruit du\ndehors n'arrive jusqu'à ma solitude et depuis mon départ de Paris je ne sais rien\ndes choses de ce monde... mais, hélas ! f avais espéré d'autres nouvelles! Je remercie\nmaintenant le ciel qu'un obstacle imprévu ait retardé de huit jours la /re représenta-\ntion de Benvenuto ; cette inexplicable chute m'eût fait trop de peine à voir et j'aime\nmieux apprendre de loin que connaître de près toutes les infamies dont vous me par-\nlez. Que le poème de ce pauvre Barbier soit mauvais, comme on le dit, cela est\npossible ;je n'y ai guère fait attention et ne le connais pas : mais, après tout, qu'im-\nporte le canevas sur lequel un chef-d'œuvre est brodé ? Demande-t-on compte à\nRaphaël de la toile sur laquelle il a peint ses madones ; à Canova, du marbre dont\nil a fait ses statues ? Mais il fallait bien que la ?nalveillance trouvât à mordre\nquelque part ;ne pouvant s'en prendre àla musique, elle s est attaquée au libretto,\nhélas! avec trop de succès. Et ce succès, je /' avoue, fai peine encore àle comprendre ;\nune chose surtout me passe, c'est la réception qu'on a faite au final du premier acte."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.13", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "Cela est impossible à croire. Que le public n ait pas compris tout ce quil y a dans\ncet opéra de fin et de senti, de délicat et de spirituel, cela se concevrait encore ; mats\nce sublime final, cette large et imposante conception qui me semblait l'accord de\ncent mille voix distinctes et isolées d'abord, puis se mêlant et se confondant dans\nune magnifique harmonie à faire frémir les oreilles les plus vulgaires, les organi-\nsations les plus malheureuses ! Non, encore une fois non, cela est impossible. —Je\nne suis pas artiste ;je ne suis pas même, malheureusement, musicien, et cependant,\nà la répétition générale, en entendant ce final, je suais à grosses gouttes, je frémis-\nsais sur mon banc, de surprise et d'enthousiasme... Qui pourrait maintenant me faire\ncroire que ce qui produisait sur moi, ignorant, un tel effet n'est qu'une musique insi-\ngnifiante et sans portée ! l'opinion de tout le public, les sifflets de toute une salle ne\nme persuaderont pas que je me suis aussi grossièrement trompé : il n'y a rien au\nmonde qui puisse lutter avec avantage contre une opinion basée tout entière sur le\nsentiment et rémotion.\nQuelque chose me surprend plus encore peut-être et m'indigne, c'est la conduite\nde Duprez. Qu'il eût été beau cependant pour lui, fort de son talent et de son cou-\nrage,, de prêter un généreux appui au chef-d'oeuvre dédaigné, de lutter contre la\nmalveillance et l'ignorance du parterre, de forcer le public à écouter et à applaudir,\net, fier, heureux d'un succès qu'il aurait contribué à fonder, venir déposer aux pieds\nde Berlioz les bravos et les couronnes d'une salle entière ! Oh ! c'eût été, ce me\nsemble, une grande et noble tâche ! Duprez n'en a pas voulu ; Duprez a oublié qu'il\ny a à peine un an, lin aussi était en cause, lui aussi paraissait, inquiet et tremblant,\ndevant un public qui allait le juger et dont la sentence était pour lui un arrêt de vie\nou de mort ; il a oublié qu'alors il aurait mendié à deux genoux l'éclatant appui\nque Berlioz lui a si généreusement accordé : il l'a oublié, malheur à lui ! Le vent de\nla faveur populaire est changeant et il se trouvera certainement de par le monde bien\ndes gens de conscience et de cœur qui maudissent Vin gratitude et la lâcheté partout\noù ils la rencontrent et qui éprouveront ce que j'éprouve en ce moment : de la colère\net de l'indignation ; chez lesquels enfin le mépris pour l'homme affaiblira singuliè-\nrement l'ancienne sympathie pour le chanteur !\nJe ne sais si mes souvenirs me trompent et si je me laisse entraîner à l'erreur par le\ndésir du parallèle, mais il me semble qu'il y avait en Allemagne un homme dont les\nsymphonies, qu'on écoute aujourd'hui â genoux, passèrent, de son vivant, pour\nl'œuvre d'un cerveau malade et d'une imagination en délire, et que le pauvre musicien,\ntué par son génie et l'indifférence de son siècle, mourut incompris et méconnu !...\nDites â Berlioz que cet homme-là s'appelait Beethoven !\nAgréez de nouveau, je vous prie, mon cher M. Desmarest, avec mes remerciements\nbien sincères, l'assurance de mon inaltérable attachement.\n\nL. JONNART.\n\nMille affectueux compliments de la part de ma famille.\nLa lettre suivante est de Berlioz. La Correspondance inédite ne contenant pas\nune seule lettre adressée à Desmarets, dont le nom est mentionné seulement\ndans une lettre collective écrite de Nice à MM. Gounet, Girard, Hiller, Desma-\nrets, etc., le 6 mai 1831, j'estime (avec M. Julien Tiersot) qu'elle est également\ninédite. En outre, une des lettres du premier voyage en Allemagne (Mémoires)\nest adressée de Berlin, « à M. Desmarets)). Mais on n'en connaît pas encore qui\nfût adressée personnellement à cet ami.\nVoici le fac-similé de la quatrième page de cette fort amusante épître."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.15", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3278, "texte": "Rien de curieux comme ces lignes incohérentes où, dans un tohu bohu char-\nmant, s'amalgament et s'équilibrent la fantaisie des détails et la précision du but\nvisé. A travers ce brio étincelant, la note du tailleur nous a paru particulière-\nment piquante !\n\nLETTRE INÉDITE D'H. BERLIOZ A DESMAREST.\n\nFischhof stadt 5,15.\nVienne 16 décembre\nAutriche : 1845.\nMON CHER DESMAREST,\nAvant tout, les bonnes nouvelles ; vous les savez pourtant déjà, très probablement.\nGrandissime succès ici ! rappels, bis (ter même). Il yaeu un morceau, l'ouverture\ndu Carnaval, dans un concert que je ne conduisais pas, que le public a voulu en-\ntendre trois jois de suite ; banquets, discours, portraits, couronnes, bâton de chef\nd'orchestre en vermeil offert par les 40 principaux artistes et amateurs de Vienne,\nenfin succès ébourriffant !Et tout cela est dû presque entièrement à notre pauvre\nSymphonie fantastique : la scène aux champs et la marche au supplice ont retourné\nles entrailles autrichiennes ; quant au Carnaval et à la marche des Pèlerins, ce sont des\nmorceaux populaires. On fait maintenant ici jusqu'à des pâtés qui portent mon\nnom. J'ai des musiciens excellents ; un jeune orchestre mi-partie bohème et viennois\nque j'ai formé, car il est constitué depuis deux mois seulement, et qui va maintenant\ncomme un lion. Ce matin j'ai dirigé pour la ire fois Vorchestre du Kernathor (le\npremier orchestre de l'Allemagne), qui est fort contrarié que les choses se soient\narrangées de façon à ce que je donne mes concerts dans un autre théâtre que le sien ;\nc'est à la répétition du concert de Dreyschok, qui ma demandé deux morceaux.\nTremblement d'applaudissemens !... J'espère donc encore un succès chaleureux pour\ndemain dans la salle du Conservatoire.\nLe yo de ce mois, je donne mon quatrième concert au théâtre de Vienne avec\nl'orchestre et les chœurs presque doublés, pour Roméo et Juliette, en entier. Ah !\nj'ai une basse solide et belle pour le père de Laurence ! STANDIGL. Voilà un musi-\ncien !... Voilà une voix ! Il y a après cela d'autres projets en l'air. Mais assez de\nnouvelles pour aujourd'hui. Au reçu de cette lettre soyez assez bon pour aller chez\nBernard Latte et lui dire que :\nJ'ai vendu à Haslinger, ici, la propriété pour VAllemagne du Boléro (Zaïde)\ndont je lui avais parlé. Veut-il toujours me l'acheter pour la France au prix de mes\nautres Romances : 200 fr. ?Je vous enverrai ce petit morceau par la poste sous peu\nde jours. Dans le cas ou il voudrait m'en donner ce prix-là, vous le prieriez de le\nfaire graver tout de suite et de m'indiquer quel jour il le mettra en vente, pour\nqu' Haslinger attende jusqu'à ce jour là ; sans quoi, il perdrait la propriété en France\nou Haslinger la perdrait pour l'Allemagne. S'il ne veut pas l'acheter, donnez-le vous-\nmême à Devienne, le graveur, qui le gravera pour mon compte, le déposera à la di-\nrection et remplira les formalités nécessaires pour m'en assurer la propriété, tou-\njours en m'indiquant le jour ou il devra être déposé. Je veux qu Haslinger, d'un\nautre côté, profite de la vogue que pourra avoir en ce moment ce Boléro que je viens\nd'instrumenter et qui a plu beaucoup à mon troisième concert.\nAprès cela, passez, je vous prie, chez mon tailleur, rue Richelieu, g 6, et demandez-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.16", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "lui si le billet que je lui ai fait et qui échoit fin janvier est de 294 fr. ou de 394 fr.\nJe ne men souviens plus. Vous me répondrez tout de suite sur ces deux questions,\npuis je vous enverrai plus tard le montant du billet que je vous prierai d'aller retirer\navant ïéchéance, car Osterman Va gardé.\nAdieu, amusez-vous bien avec Balfe ; moi je vais me coucher, car je suis un peu\nlas de ma répétition d'aujourd'hui, et il faut que je sois dispos pour demain. Je vous\ndonnerai des nouvelles de ï exécution de Roméo. Cela doit aller, on répète déjà les\nchœurs tous les jours, et nous ferons cinq répétitions d'orchestre.\nAdieu, adieu, je vous serre la main. Votre toujours dévoué et sincère ami,\n\nH. BERLIOZ.\n\nMarie vous dit mille choses ; elle est, comme vous penseradieuse de tout ce\ntapage. Dites bonjour de ma part à Dietsch et à Morel qui, je l'espère, se réjouiront\navec vous de cet événement, car c'en es/ nn pour moi, e/ rfe haute importance. Adieu\nencore.\nP. S. Si Bernard ne veut pas terminer, Ri chaut et Sclilesinger au même\nprix ; 1 acquéreur vous fera un billet à quelques mois de date s'il ne veut pas payer\ntout de suite. Je ne leur demande pas de graver la grande partition. Haslinger la\ngrave, et cela me suffit.\nMardi à 4 heures. Je nai pas encore envoyé ma lettre et j'y ajoute ces deux\nlignes pour vous dire que le résultat du concert de Dreyschok a été plus beau encore\npour moi que je n espérais. On fait répéter l'ouverture, qui a été dite les deux fois\navec une perfection merveilleuse. Ce soir, j'ai répétition des chœurs de Roméo.\nHaslinger, que je viens de voir, va arranger le Boléro pour le piano, et il vous\nl'adressera tout de suite sous bande. N'oublie£ pas mon tailleur.\nPardon de toutes ces courses et de cet embarras pour si peu de chose.\nBerlioz ne perdait point de vue ses intérêts au bruit des applaudissements. Il\ntenait avec raison àce que on boléro fût gravé. Le billet qu'il adresse trois\njours après à Desmarets en témoigne nettement.\n\nBILLET INÉDIT D'H. BERLIOZ A DESMAREST.\nBERLIOZ.\n19 décembre.\nMon cher Desmarest,\nVoilà notre affaire. Peut-être sera-t-il encore temps pour Bernard de la publier\navant le jour de l'an. Tâchez, si c'est lui qui la publie, que Morel et vous corrigiez\nles épreuves et qu'il n'y ait pas de fautes.\nEt qitil fasse un joli titre ! _\nMille amitiés.\nVotre tout dévoué,\n\nLa bibliothèque du Conservatoire possède un exemplaire du boléro Zaïde. Il\nprovient du dépôt légal, porte la mention gravée : « Propriété de M. Berlioz,\nrue de Provence, 48 », et l'inscription à la plume : « Dépôt 1845, décembre,\nn° 1307. Le nom de Bernard Latte n'y figure pas."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "417", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.17", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2990, "texte": "La lettre de Ml,e Recio(i) s'était glissée subrepticement, par une délicate\nI ouerie, sous la propre enveloppe de la lettre de Berlioz datée du 16 décembre.\nElle rentre dans le genre (( potins )) ; mais elle caractérise les relations de Berlioz\navec Félicien David. Berlioz avait écrit peu auparavant, à 1 époque de la\npiemièie audition du Désert, un article hyperbolique dont il ne retrouva plus\nd analogue pour aucune des œuvres postérieures de David.\nMlle Recio n'a pas dû s'interposer pour ramener Berlioz à ses premiers senti-\nments sur son confrère. Elle daube sur David avec une orthographe imparfaite,\nmais une visible satisfaction.\n(i) C'est ainsi que se fit appeler Mlle Martin, devenue la seconde femme de Berlioz\n\nLETTRE INÉDITE DE Mlle RECIO (s. d.)\nRaoul de SAINT-ARROMAN.\nJe vous écris ces quelques mots sans rien dire à Hector, mais je veux que vous\nsachiez comment s est conduit David pour le remercier. Lorsqu'il était encore à\nMunich, on lui avait écrit deux fois en lui conseillant de ne pas venir ici tant que\nBerlioz donnerait concert ; sa réponse a été (( quil en était bien fâché, mais qu'il\nII avait pas le temps d'attendre et quil viendrait tout de même )). Cependant, en\narrivant ici, il parait que tout le monde lui a dit qu'il avait grandement tort, et on\nh a engagé à aller à Pesth et à Prague. Il a de suite fait arrangement dans le même\nthéâtre et en retenant le ier jour libre après le 2e concert d'Hector .Partout, depuis ce\nmoment, il cherche à lui monter sur les talons. Enfin, il se conduit vraiment comme\nun homme sans cœur, et, au reste, il s'est fait ici â cause de cela le plus grand tort\ndans F opinion publique ! La presse entière lui a été contraire, et son succès a été en\ndiminuant â chaque concert.\nJe vous avoue que je ne me serais jamais attendu â cela de la part de David ; mais\nen ce moment il ne voit que l'argent. Hector lui fait bon visage, mais moi qui n'ai\npas les mêmes raisons, je suis bien aise que vous le sachiez et le disiez à Morel et\nautres de nos amis, et je serais bien contente si Morel en faisait dire quelques mots.\nTe suppose que les Escudier ont fait grand bruit du succès du Désert, mais je puis\nvous assurer quil n'en est rien et que je m'attendais d mieux que celui qu'il a eu. J'au-\nrais voulu que vous fussiez lâ tout â l'heure pour voir celui d'Hector au concert de\nDreyschok, et la mine de David. Croyez-vous qu'il n est venu nous voir qu'une fois\net encore parce qu'un Monsieur que nous connaissons lui a fait observer qu'il était\nmalhonnête, Berlioz étant allé le voir pendant quelques jours qu'il a été malade ?\nDécidément, je crois que la reconnaissance est chose rare. Adieu, mille choses ami-\ncales ainsi quâ nos amis.\n*\n* *\nTels sont les documents que d'heureuses circonstances m'ont permis de publier.\nSi les conclusions que j'en ai tirées paraissent un peu hardies, je les soumets\navec confiance, pour un jugement définitif, aux spécialistes de l'histoire musi-\ncale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c009", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "410", "page_fin": "412", "image_debut": 10, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.4.1", "titre_corps": "T.ES HASARDS DUNE VENTE APRÈS DÉCÈS. UNE CHUTE DE « BENVENUTO » !", "titre_sommaire": "T.ES HASARDS DUNE VENTE APRÈS DÉCÈS. 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Son allure, habituellement dé-\nbonnaire, marquait une animation extrême : (( Voici qu'on célèbre Berlioz, me\ndit-il ; je vous apporte une pierre pour l'édifice de gloire et de justice qu'on lui\nérige! )) Et en me tendant une enveloppe jaunie par le temps, il me conta ceci :\n(( J'habitais, il y a une douzaine d'années, un hameau des environs d'Argen-\nteuil. Un jour, passant devant une auberge de la localité, mon attention fut at-\ntirée par le vacarme d'une vente publique après décès. A peine entré dans la salle,\nmes regards tombèrent sur une vieille table en acajou, avec dessus de marbre,\nmunie d'un couvercle à deux faces, qui avait dû servir alternativement de bureau\nà écrire etde tapis à jouer. Je l'achetai.\n■— « Monsieur, me fit remarquer le commissaire priseur en adjugeant l'objet, il\nmanque une clé à l'un des tiroirs ; mais vous le ferez ouvrir : et, ma foi, ajouta-\nt-il en riant, si vous y trouvez quelque chose, tant mieux pour vous ! » Il ne\ncroyait pas si bien dire ! C'est seulement plusieurs mois après que je songeai à\nforcer le tiroir de ce meuble affreusement délabré et dont j'ignorais complète-\nment la provenance. Et alors, quel affligeant inventaire ! Jamais le Sunt\nlacrymœ rerum du poète ne reçut, en raccourci, plus navrante application. Des\nbonnets d'enfant, des hochets brisés, des mèches de cheveux soigneusement en-\nveloppées, puis des liasses de notes ménagères, et des papiers insignifiants re-\nlatifs à la vie courante, gisaient là, pêle-mêle, depuis des années. C'était l'atti-\nrail lamentable de la mort et de l'oubli... quand tout à coup ce chaos s'éclaira\ndes noms lumineux de Berlioz et de Desmarets. Détail touchant : sur ces lettres,\nen guise de presse-papiers funèbre, dormaient pieusement, comme l'armure d'un\npreux tombé au champ d'honneur, la grande et belle médaille personnelle de\nDesmarets, « sociétaire des Concerts du Conservatoire », et—- couché dans sa boîte\noblongue comme dans un cercueil ce diapason fameux (...) qui tant de fois\navait sonné le la dans les brises et les trombes harmonieuses de l'orchestre.\nParmi ces reliques, se trouvaient les lettres qu'on va lire, et que j'analyserai\nbrièvement pour montrer leur intérêt.\nJ'ai lu, npn sans étonnement, l'affirmation cent fois répétée que Berlioz, de son\nvivant, fut abominablement méconnu. Si je m'en rapporte à l'ensemble de ce qui\na été dit ou écrit, l'auteur de tant d'oeuvres originales et puissantes ne connut\njamais aucune joie. Il lutta perpétuellement « contre le public, contre la vocalise,\n(( contre la gêne )), si je m'en réfère à M. Raymond Bouyer. —Nous devons « nous\nincliner devant son œuvre avec la ferveur pieuse de pécheurs repentants )), si\nnous nous associons à la pensée de M. Massenet. Et enfin, selon M. Jules Corn-\nbarieu, le Prince de Monaco (( a donné le signal de la réparation qui était due au\ngrand musicien ))."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.11", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "Il m'a semblé que dans ces paroles il y avait quelque chose d'exagéré.\nJe sais bien que le père de Berlioz, officier de santé, voulait que son fils devînt\nmédecin et protestait contre sa passion pour la musique. Berlioz n'est pas le seul\nqui ait eu à lutter contre les idées paternelles, et sa lutte me touche d'autant\nmoins qu'elle fut courte, puisque, devenu élève de Lesueur, il faisait exécuter à\nSaint-Roch une messe de sa composition, avant d'avoir atteint sa vingt-cin-\nquième année. L'hostilité de Cherubini ? Cette hostilité a peut-être retardé\nl'attribution du prix de Rome ; mais Berlioz ne le conquit pas moins. Et il n'avait\npas trente ans !\nSuccessivement, de 1833 à 1840, on lui confie le feuilleton des Débats ;\ndeux ministres lui commandent un Requiem et une Symphonie funèbre et\ntriomphale qui sont exécutés avec des masses inusitées de choristes et d'instru-\nmentistes. Lui aurait-on donné de pareilles preuves de haute estime s'il avait été\naussi dédaigné qu'on veut nous le faire croire ?\nN'a-t-on pas le droit de supposer que ce sont précisément ces hommages indis-\ncutables qui ont répandu sa renommée au point que, de 1840 à 1848, de tous\ncôtés, en Belgique, en Allemagne, en Russie, en Angleterre, on s'arrache le\ngrand musicien français ?\nBerlioz n'a pas été méconnu, parce qu'il n'a jamais trouvé un public indif-\nférent. Il a été attaqué, comme presque tous les hommes supérieurs ; il a eu des\nhostilités et des dédains d'interprètes comme la plupart des artistes que la\nnature de leur art ne met pas en contact direct avec la foule ; il n'a pas enfin\nconquis, en France, du premier coup, l'oreille de la foule, parce que cette oreille\nn'avait pas été ouverte et préparée, comme elle le fut plus tard, par des audi-\ntions graduées aux concerts Pasdeloup, Colonne et Lamoureux.\nMais Berlioz avait pour lui une élite qui suivait ses efforts et les ap-\npréciait, élite dont l'opinion avait tant de poids aux yeux de l'étranger (plus\navisé que nous musicalement), que les œuvres discutées en France étaient accla-\nmées partout ailleurs. Stephen Heller, son ami, en fait foi.\nIl ne me paraît pas juste ni exact, historiquement, de voir en Berlioz un de\nces êtres qu'une justice partiale et aveugle aurait condamnés aux pires supplices\net dont l'innocence éclaterait tout à coup aux yeux de l'entière humanité. Ce qui\nme paraît, hélas I incontestable, c'est le caractère difficile de cette grande indivi-\ndualité, c'est le tourment perpétuel d'une âme rarement satisfaite, constamment\ninquiète, avide d'une sérénité qui l'eût rapidement lassée en l'abaissant à un état\nmoyen où elle n'est, heureusement pour l'art, jamais descendue ; c'est aussi...\nla maladie d'estomac qu il soignait si mal !\nDans ce poète byronesque, qui passe de l'idylle au drame, de la tendresse à la\nrage, de l'amour à la haine avec une incroyable facilité, il y a aussi l'enfant\ngâté, presque un gavroche, qui fait un pied de nez ou qui pleure parce qu'on ne\nlui a pas donné tout de suite sa chimère.\nQuand il prétend s'imposer, faire œuvre neuve, renverser des idoles de mau-\nvais aloi, heurter de front l'opinion courante et montrer à nu, sans fard, sa\nforte personnalité, je ne puis que l'admirer et m'associer à sa noble bataille.\nC'est un héros (au sens que Carlyle donne à ce mot), que je me plais à suivre\navec respect. Mais le moindre orage qui trouble son cœur lui fait perdre la\ntête, si bien qu'il est incapable, du haut de sa réputation européenne, escorté de\nl'admiration d'une élite, de mépriser les ignorances excusables de la foule et\nles mesquines morsures de quelques aboyeurs. Gluck, Beethoven, Bach, Schu-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.12", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "Mann, Hérold, Bizet, César Franck, Saint-Saëns, Keyer, Wagner, en ont vu\nbien d'autres...\n... L'enveloppe jaunie contenait quatre lettres : deux, signées d'Hector Berlioz,\nune de Mlle Recio, l'autre de L. Jonnart.\n(( Elles sont inédites, proclamait mon ami, et superbes... Il faut que le public\nles connaisse et que l'histoire de la musique les enregistre ! ))\nJ'ai lu ces lettres avec curiosité ; elles me semblent, en effet, un complément\nprécieux pour ce que l'on sait déjà du maître ; et je crois, après avoir consulté\nsur ce point des confrères autorisés, qu'elles sont inédites. Toutes les quatre\nsont adressées au célèbre contrebassiste Desmarets.\nPour procéder chronologiquement, c'est la lettre de L. Jonnart que nous\ndonnons tout d'abord. Le paragraphe consacré à Duprez montre péremptoire-\nment que la principale cause de l'abandon de Benvenuto fut la trahison, le mot\nn'est pas trop fort, d'un interprète qui avait pourtant contracté vis-à vis de\nl'auteur une dette sacrée et prouve de quelle petitesse, de quelle ingratitude\nun incomparable chanteur peut être capable (1).\nDans cette lettre, L. Jonnart est un véritable précurseur inspiré ; il lit couram-\nment dans l'avenir, prêche la persévérance et prédit avec autorité le triomphe\ncertain de Berlioz.\n(1) On veut bien me faire remarquer qu'on peut contrôler cette affirmation, si dure pour\nDuprez, en consultant l'opuscule de ce dernier: Souvenirs d?un Chanteur (Paris, Caïman\nLévy, 1880) où deux pages (153-4) sont consacrées à Benvenuto. Duprez raconte qu'à la 3e re-\nprésentation il perdit la tête en apprenant, sur la scène, l'heureux accouchement de sa femme ;\net il ajoute : « Lorsqu on s'embrouille dans cette musique compliquée et savante telle que la\ncomposait Berlioz, il n'est pas facile de se retrouver. Je me tirai assez mal de cette aventure. Là\nne fut pourtant pas la cause du peu de succès de Benvenuto, dont l'auteur me rendit responsable\net me garda toujours rancune. Le fait est que Duponchel se lassa de donner un ouvrage qui,\ndans sa nouveauté, faisait moins (d'argent) que les pièces anciennes, et que Benvenuto rentra\ndans les cartons pour n'en plus sortir. »\nLe chef-d'œuvre de Berlioz, on le sait, eut au contraire un très grand succès à Weimar, où il\nfut joué grâce à Liszt en 1855, et à Hanovre où il fut joué grâce à Bulow en 1879."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c010", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "412", "page_fin": "413", "image_debut": 12, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.4.2", "titre_corps": "LETTRE INÉDITE DE L. 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Je remercie\nmaintenant le ciel qu'un obstacle imprévu ait retardé de huit jours la /re représenta-\ntion de Benvenuto ; cette inexplicable chute m'eût fait trop de peine à voir et j'aime\nmieux apprendre de loin que connaître de près toutes les infamies dont vous me par-\nlez. Que le poème de ce pauvre Barbier soit mauvais, comme on le dit, cela est\npossible ;je n'y ai guère fait attention et ne le connais pas : mais, après tout, qu'im-\nporte le canevas sur lequel un chef-d'œuvre est brodé ? Demande-t-on compte à\nRaphaël de la toile sur laquelle il a peint ses madones ; à Canova, du marbre dont\nil a fait ses statues ? Mais il fallait bien que la ?nalveillance trouvât à mordre\nquelque part ;ne pouvant s'en prendre àla musique, elle s est attaquée au libretto,\nhélas! avec trop de succès. Et ce succès, je /' avoue, fai peine encore àle comprendre ;\nune chose surtout me passe, c'est la réception qu'on a faite au final du premier acte."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.13", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "Cela est impossible à croire. Que le public n ait pas compris tout ce quil y a dans\ncet opéra de fin et de senti, de délicat et de spirituel, cela se concevrait encore ; mats\nce sublime final, cette large et imposante conception qui me semblait l'accord de\ncent mille voix distinctes et isolées d'abord, puis se mêlant et se confondant dans\nune magnifique harmonie à faire frémir les oreilles les plus vulgaires, les organi-\nsations les plus malheureuses ! Non, encore une fois non, cela est impossible. —Je\nne suis pas artiste ;je ne suis pas même, malheureusement, musicien, et cependant,\nà la répétition générale, en entendant ce final, je suais à grosses gouttes, je frémis-\nsais sur mon banc, de surprise et d'enthousiasme... Qui pourrait maintenant me faire\ncroire que ce qui produisait sur moi, ignorant, un tel effet n'est qu'une musique insi-\ngnifiante et sans portée ! l'opinion de tout le public, les sifflets de toute une salle ne\nme persuaderont pas que je me suis aussi grossièrement trompé : il n'y a rien au\nmonde qui puisse lutter avec avantage contre une opinion basée tout entière sur le\nsentiment et rémotion.\nQuelque chose me surprend plus encore peut-être et m'indigne, c'est la conduite\nde Duprez. Qu'il eût été beau cependant pour lui, fort de son talent et de son cou-\nrage,, de prêter un généreux appui au chef-d'oeuvre dédaigné, de lutter contre la\nmalveillance et l'ignorance du parterre, de forcer le public à écouter et à applaudir,\net, fier, heureux d'un succès qu'il aurait contribué à fonder, venir déposer aux pieds\nde Berlioz les bravos et les couronnes d'une salle entière ! Oh ! c'eût été, ce me\nsemble, une grande et noble tâche ! Duprez n'en a pas voulu ; Duprez a oublié qu'il\ny a à peine un an, lin aussi était en cause, lui aussi paraissait, inquiet et tremblant,\ndevant un public qui allait le juger et dont la sentence était pour lui un arrêt de vie\nou de mort ; il a oublié qu'alors il aurait mendié à deux genoux l'éclatant appui\nque Berlioz lui a si généreusement accordé : il l'a oublié, malheur à lui ! Le vent de\nla faveur populaire est changeant et il se trouvera certainement de par le monde bien\ndes gens de conscience et de cœur qui maudissent Vin gratitude et la lâcheté partout\noù ils la rencontrent et qui éprouveront ce que j'éprouve en ce moment : de la colère\net de l'indignation ; chez lesquels enfin le mépris pour l'homme affaiblira singuliè-\nrement l'ancienne sympathie pour le chanteur !\nJe ne sais si mes souvenirs me trompent et si je me laisse entraîner à l'erreur par le\ndésir du parallèle, mais il me semble qu'il y avait en Allemagne un homme dont les\nsymphonies, qu'on écoute aujourd'hui â genoux, passèrent, de son vivant, pour\nl'œuvre d'un cerveau malade et d'une imagination en délire, et que le pauvre musicien,\ntué par son génie et l'indifférence de son siècle, mourut incompris et méconnu !...\nDites â Berlioz que cet homme-là s'appelait Beethoven !\nAgréez de nouveau, je vous prie, mon cher M. Desmarest, avec mes remerciements\nbien sincères, l'assurance de mon inaltérable attachement.\n\nL. JONNART."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c011", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "413", "page_fin": "415", "image_debut": 13, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.4.3", "titre_corps": "Mille affectueux compliments de la part de ma famille.", "titre_sommaire": "Mille affectueux compliments de la part de ma famille.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.13", "debut_caractere": 3107, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "Mille affectueux compliments de la part de ma famille.\nLa lettre suivante est de Berlioz. La Correspondance inédite ne contenant pas\nune seule lettre adressée à Desmarets, dont le nom est mentionné seulement\ndans une lettre collective écrite de Nice à MM. Gounet, Girard, Hiller, Desma-\nrets, etc., le 6 mai 1831, j'estime (avec M. Julien Tiersot) qu'elle est également\ninédite. En outre, une des lettres du premier voyage en Allemagne (Mémoires)\nest adressée de Berlin, « à M. Desmarets)). Mais on n'en connaît pas encore qui\nfût adressée personnellement à cet ami.\nVoici le fac-similé de la quatrième page de cette fort amusante épître."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.15", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "Rien de curieux comme ces lignes incohérentes où, dans un tohu bohu char-\nmant, s'amalgament et s'équilibrent la fantaisie des détails et la précision du but\nvisé. A travers ce brio étincelant, la note du tailleur nous a paru particulière-\nment piquante !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c013", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "415", "page_fin": "416", "image_debut": 15, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.4.4", "titre_corps": "LETTRE INÉDITE D'H. BERLIOZ A DESMAREST.", "titre_sommaire": "LETTRE INÉDITE D'H. BERLIOZ A DESMAREST.", "signature_source": "H. 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Il yaeu un morceau, l'ouverture\ndu Carnaval, dans un concert que je ne conduisais pas, que le public a voulu en-\ntendre trois jois de suite ; banquets, discours, portraits, couronnes, bâton de chef\nd'orchestre en vermeil offert par les 40 principaux artistes et amateurs de Vienne,\nenfin succès ébourriffant !Et tout cela est dû presque entièrement à notre pauvre\nSymphonie fantastique : la scène aux champs et la marche au supplice ont retourné\nles entrailles autrichiennes ; quant au Carnaval et à la marche des Pèlerins, ce sont des\nmorceaux populaires. On fait maintenant ici jusqu'à des pâtés qui portent mon\nnom. J'ai des musiciens excellents ; un jeune orchestre mi-partie bohème et viennois\nque j'ai formé, car il est constitué depuis deux mois seulement, et qui va maintenant\ncomme un lion. Ce matin j'ai dirigé pour la ire fois Vorchestre du Kernathor (le\npremier orchestre de l'Allemagne), qui est fort contrarié que les choses se soient\narrangées de façon à ce que je donne mes concerts dans un autre théâtre que le sien ;\nc'est à la répétition du concert de Dreyschok, qui ma demandé deux morceaux.\nTremblement d'applaudissemens !... J'espère donc encore un succès chaleureux pour\ndemain dans la salle du Conservatoire.\nLe yo de ce mois, je donne mon quatrième concert au théâtre de Vienne avec\nl'orchestre et les chœurs presque doublés, pour Roméo et Juliette, en entier. Ah !\nj'ai une basse solide et belle pour le père de Laurence ! STANDIGL. Voilà un musi-\ncien !... Voilà une voix ! Il y a après cela d'autres projets en l'air. Mais assez de\nnouvelles pour aujourd'hui. Au reçu de cette lettre soyez assez bon pour aller chez\nBernard Latte et lui dire que :\nJ'ai vendu à Haslinger, ici, la propriété pour VAllemagne du Boléro (Zaïde)\ndont je lui avais parlé. Veut-il toujours me l'acheter pour la France au prix de mes\nautres Romances : 200 fr. ?Je vous enverrai ce petit morceau par la poste sous peu\nde jours. Dans le cas ou il voudrait m'en donner ce prix-là, vous le prieriez de le\nfaire graver tout de suite et de m'indiquer quel jour il le mettra en vente, pour\nqu' Haslinger attende jusqu'à ce jour là ; sans quoi, il perdrait la propriété en France\nou Haslinger la perdrait pour l'Allemagne. S'il ne veut pas l'acheter, donnez-le vous-\nmême à Devienne, le graveur, qui le gravera pour mon compte, le déposera à la di-\nrection et remplira les formalités nécessaires pour m'en assurer la propriété, tou-\njours en m'indiquant le jour ou il devra être déposé. Je veux qu Haslinger, d'un\nautre côté, profite de la vogue que pourra avoir en ce moment ce Boléro que je viens\nd'instrumenter et qui a plu beaucoup à mon troisième concert.\nAprès cela, passez, je vous prie, chez mon tailleur, rue Richelieu, g 6, et demandez-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.16", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 734, "texte": "lui si le billet que je lui ai fait et qui échoit fin janvier est de 294 fr. ou de 394 fr.\nJe ne men souviens plus. Vous me répondrez tout de suite sur ces deux questions,\npuis je vous enverrai plus tard le montant du billet que je vous prierai d'aller retirer\navant ïéchéance, car Osterman Va gardé.\nAdieu, amusez-vous bien avec Balfe ; moi je vais me coucher, car je suis un peu\nlas de ma répétition d'aujourd'hui, et il faut que je sois dispos pour demain. Je vous\ndonnerai des nouvelles de ï exécution de Roméo. Cela doit aller, on répète déjà les\nchœurs tous les jours, et nous ferons cinq répétitions d'orchestre.\nAdieu, adieu, je vous serre la main. Votre toujours dévoué et sincère ami,\n\nH. BERLIOZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c014", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "416", "page_fin": "416", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.4.5", "titre_corps": "Marie vous dit mille choses ; elle est, comme vous penseradieuse de tout ce", "titre_sommaire": "Marie vous dit mille choses ; elle est, comme vous penseradieuse de tout ce", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.16", "debut_caractere": 736, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "Marie vous dit mille choses ; elle est, comme vous penseradieuse de tout ce\ntapage. Dites bonjour de ma part à Dietsch et à Morel qui, je l'espère, se réjouiront\navec vous de cet événement, car c'en es/ nn pour moi, e/ rfe haute importance. Adieu\nencore.\nP. S. Si Bernard ne veut pas terminer, Ri chaut et Sclilesinger au même\nprix ; 1 acquéreur vous fera un billet à quelques mois de date s'il ne veut pas payer\ntout de suite. Je ne leur demande pas de graver la grande partition. Haslinger la\ngrave, et cela me suffit.\nMardi à 4 heures. Je nai pas encore envoyé ma lettre et j'y ajoute ces deux\nlignes pour vous dire que le résultat du concert de Dreyschok a été plus beau encore\npour moi que je n espérais. On fait répéter l'ouverture, qui a été dite les deux fois\navec une perfection merveilleuse. Ce soir, j'ai répétition des chœurs de Roméo.\nHaslinger, que je viens de voir, va arranger le Boléro pour le piano, et il vous\nl'adressera tout de suite sous bande. N'oublie£ pas mon tailleur.\nPardon de toutes ces courses et de cet embarras pour si peu de chose.\nBerlioz ne perdait point de vue ses intérêts au bruit des applaudissements. Il\ntenait avec raison àce que on boléro fût gravé. Le billet qu'il adresse trois\njours après à Desmarets en témoigne nettement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c015", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "416", "page_fin": "416", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.4.6", "titre_corps": "BILLET INÉDIT D'H. BERLIOZ A DESMAREST.", "titre_sommaire": "BILLET INÉDIT D'H. BERLIOZ A DESMAREST.", "signature_source": "BERLIOZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.16", "debut_caractere": 2006, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "BILLET INÉDIT D'H. BERLIOZ A DESMAREST.\nBERLIOZ.\n19 décembre.\nMon cher Desmarest,\nVoilà notre affaire. Peut-être sera-t-il encore temps pour Bernard de la publier\navant le jour de l'an. Tâchez, si c'est lui qui la publie, que Morel et vous corrigiez\nles épreuves et qu'il n'y ait pas de fautes.\nEt qitil fasse un joli titre ! _\nMille amitiés.\nVotre tout dévoué,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c016", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "416", "page_fin": "417", "image_debut": 16, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.4.7", "titre_corps": "La bibliothèque du Conservatoire possède un exemplaire du boléro Zaïde. Il", "titre_sommaire": "La bibliothèque du Conservatoire possède un exemplaire du boléro Zaïde. Il", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.16", "debut_caractere": 2369, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "La bibliothèque du Conservatoire possède un exemplaire du boléro Zaïde. Il\nprovient du dépôt légal, porte la mention gravée : « Propriété de M. Berlioz,\nrue de Provence, 48 », et l'inscription à la plume : « Dépôt 1845, décembre,\nn° 1307. Le nom de Bernard Latte n'y figure pas."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "417", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.17", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 760, "texte": "La lettre de Ml,e Recio(i) s'était glissée subrepticement, par une délicate\nI ouerie, sous la propre enveloppe de la lettre de Berlioz datée du 16 décembre.\nElle rentre dans le genre (( potins )) ; mais elle caractérise les relations de Berlioz\navec Félicien David. Berlioz avait écrit peu auparavant, à 1 époque de la\npiemièie audition du Désert, un article hyperbolique dont il ne retrouva plus\nd analogue pour aucune des œuvres postérieures de David.\nMlle Recio n'a pas dû s'interposer pour ramener Berlioz à ses premiers senti-\nments sur son confrère. Elle daube sur David avec une orthographe imparfaite,\nmais une visible satisfaction.\n(i) C'est ainsi que se fit appeler Mlle Martin, devenue la seconde femme de Berlioz"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c017", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "417", "page_fin": "417", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.4.8", "titre_corps": "LETTRE INÉDITE DE Mlle RECIO (s. d.)", "titre_sommaire": "LETTRE INÉDITE DE Mlle RECIO (s. d.)", "signature_source": "Raoul de SAINT-ARROMAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "417", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.17", "debut_caractere": 762, "fin_caractere_exclue": 2990, "texte": "LETTRE INÉDITE DE Mlle RECIO (s. d.)\nRaoul de SAINT-ARROMAN.\nJe vous écris ces quelques mots sans rien dire à Hector, mais je veux que vous\nsachiez comment s est conduit David pour le remercier. Lorsqu'il était encore à\nMunich, on lui avait écrit deux fois en lui conseillant de ne pas venir ici tant que\nBerlioz donnerait concert ; sa réponse a été (( quil en était bien fâché, mais qu'il\nII avait pas le temps d'attendre et quil viendrait tout de même )). Cependant, en\narrivant ici, il parait que tout le monde lui a dit qu'il avait grandement tort, et on\nh a engagé à aller à Pesth et à Prague. Il a de suite fait arrangement dans le même\nthéâtre et en retenant le ier jour libre après le 2e concert d'Hector .Partout, depuis ce\nmoment, il cherche à lui monter sur les talons. Enfin, il se conduit vraiment comme\nun homme sans cœur, et, au reste, il s'est fait ici â cause de cela le plus grand tort\ndans F opinion publique ! La presse entière lui a été contraire, et son succès a été en\ndiminuant â chaque concert.\nJe vous avoue que je ne me serais jamais attendu â cela de la part de David ; mais\nen ce moment il ne voit que l'argent. Hector lui fait bon visage, mais moi qui n'ai\npas les mêmes raisons, je suis bien aise que vous le sachiez et le disiez à Morel et\nautres de nos amis, et je serais bien contente si Morel en faisait dire quelques mots.\nTe suppose que les Escudier ont fait grand bruit du succès du Désert, mais je puis\nvous assurer quil n'en est rien et que je m'attendais d mieux que celui qu'il a eu. J'au-\nrais voulu que vous fussiez lâ tout â l'heure pour voir celui d'Hector au concert de\nDreyschok, et la mine de David. Croyez-vous qu'il n est venu nous voir qu'une fois\net encore parce qu'un Monsieur que nous connaissons lui a fait observer qu'il était\nmalhonnête, Berlioz étant allé le voir pendant quelques jours qu'il a été malade ?\nDécidément, je crois que la reconnaissance est chose rare. Adieu, mille choses ami-\ncales ainsi quâ nos amis.\n*\n* *\nTels sont les documents que d'heureuses circonstances m'ont permis de publier.\nSi les conclusions que j'en ai tirées paraissent un peu hardies, je les soumets\navec confiance, pour un jugement définitif, aux spécialistes de l'histoire musi-\ncale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c018", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "418", "page_fin": "421", "image_debut": 18, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.5", "titre_corps": "Henriette Smithson. UNE IDYLLE TRAGIQUE RACONTÉE PAR LES DOCUMENTS.", "titre_sommaire": "Henriette Smithson. UNE IDYLLE TRAGIQUE RACONTÉE PAR LES DOCUMENTS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "418", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.18", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "Henriette Smithson.\nUNE IDYLLE TRAGIQUE RACONTÉE PAR LES DOCUMENTS.\n\n(( Mais, a-t-elle dit, sil m'aime véritablement, si son amour n'est pas de la\nnature de ceux qu'il est de mon devoir de mépriser, ce ne sera pas quelques\nmois d'attente qui pourront lasser sa constance.\nOh ! Dieu ! si je l'aime véritablement !\n... Comment! je parviendrais à être aimé d'Ophélie, ou du moins mon\namour la flatterait, lui plairait?... Mon cœur se gonfle et mon imagination fait\ndes efforts terribles pour comprendre cette immensité de bonheur sans y réussir.\nComment ! Je vivrais donc? j'écrirais donc? j'ouvrirais mes ailes? o dear\nfriend ! o my heart ! o life ! Love! ail! ail ! ))\n(Tiré d'une lettre d H. Berlioz à Ferrand, 2 février 182 g.)\n« Oui, mon pauvre et cher ami, mon cœur est le foyer d'un horrible incendie ;\nc'est une forêt vierge que la foudre a embrasée; de temps en temps, le feu\nsemble assoupi, puis un coup de vent un éclat nouveau le cri des arbres\ns'abîmant révèlent l'épouvantable puissance du fléau dévastateur. ))\n(.Du même ait même, 21 août 1829.)\n(( Je ne sais ce que je vous avais écrit de ma séparation d'avec cette pauvre\nHenriette, mais elle n'a pas encore eu lieu, elle ne l'a pas voulu. Depuis lors,\nles scènes sont devenues plus violentes ; il y a eu un commencement de mariage,\nun acte civil que son exécrable sœur a déchiré; il y a eu des désespoirs de sa\npart ; il y a eu un reproche de ne pas l'aimer ; là-dessus je lui ai répondu, de\nguerre lasse, en m'empoisonnant à ses yeux. Cris affreux d'Henriette !... déses-\npoir sublime !... rire atroce de ma part !... désir de revivre en voyant ses ter-\nribles protestations d'amour!... émétique!... ipécacuana ! vomissements de\ndeux heures!... il n'est resté que deux grains d'opium ; j'ai été malade trois\njours et j'ai survécu. Henriette, désespérée, a voulu réparer tout le mal qu'elle\nvenait de me faire, m'a demandé quelles actions je voulais lui dicter, quelle\nmarche elle devait suivre pour fixer enfin notre sort ; je le lui ai indiqué. Elle\na bien commencé, et à présent, depuis trois jours, elle hésite encore, ébranlée\npar les instigations de sa sœur et par la crainte que lui cause notre misérable\nsituation de fortune. Elle n'a rien et je l'aime, et elle n'ose me confier son\nsort... »\n(Du même au yo août iByy.)\nII\n(( L'an mil huit cent trente-quatre, le vendredi quinze août, à onze heures du\nmatin, par-devant nous maire et officier de l'état civil de la commune de Mont-\nmartre, est comparu le sieur Louis Hector Berlioz, âgé de trente un ans et"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "421", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "demi, compositeur de musique, demeurant en cette commune n° 10, lequel nous a\nprésenté un enfant que nous avons reconnu être du sexe masculin, né au dit heu\nà onze heures du matin, de lui déclarant et de Henriette Constance Smithson,\nson épouse, artiste dramatique, et auquel enfant il déclare vouloir donner le\nprénom de Louis, etc... ».\n(Préfecture du Département de la Seine. Extrait des minutes des actes de\nnaissance.)\n(( Mon cher ami, je suis marié ! enfin ! après mille et mille peines, oppositions\nterribles des deux parts, je suis venu à bout de ce chef-d'œuvre d'amour et de\npersévérance. Henriette m'a expliqué depuis les mille et une calomnies ridicules\nqu'on avait employées pour la détourner de moi et qui avaient causé ses fré-\nquentes indécisions. Une, entre autres, lui avait fait concevoir d'horribles craintes:\non lui avait assuré que j'avais des attaques d'épilepsie. Puis on lui a écrit de\nLondres que j'étais fou. que tout Paris le savait, qu'elle était perdue si elle m'é-\npousait, etc... »\n(.Lettre à Ferrand du 11 octobre iSyj.)\n(( ... Mon fils grandit et devient beau de jour en jour ; ma femme en perd la\ntête. Pardonnez-moi de vous dire cela. Je sens que j'ai tort. »\n[Au même, 2 octobre 18y5.)\nIII\n(( SMITH s ON.\n(( Ancienne commune de Montmartre, année 1854. Etat civil.\n(( L'an mil huit cent cinquante-quatre, le trois mars, est décédée à Montmartre\n(Seine), Henriette Constance Smithson, sans profession, âgée de cinquante-trois\nanb née à Ennis (Irlande), épouse d'Hector Berlioz, compositeur de musique.\nLe membre de la Commission. Signé : Barroux. Pour copie conforme, Paris, le\nsecrétaire général de la Préfecture, etc. ))"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c019", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "419", "page_fin": "419", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.5.1", "titre_corps": "Henriette SMITHSON D'après un dessin de Dévéria, conservé à la Bibliothèque nationale.", "titre_sommaire": "Henriette SMITHSON D'après un dessin de Dévéria, conservé à la Bibliothèque nationale.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "419", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 86, "texte": "Henriette SMITHSON\nD'après un dessin de Dévéria, conservé à la Bibliothèque nationale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c021", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "421", "page_fin": "426", "image_debut": 21, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.6", "titre_corps": "Anecdotes sur Berlioz racontées par Stephen Heller et M. 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BACH.\n\n(1) Tiré d'une lettre de Stephen Heller à Hanslick, lettre publiée dans la Neuefreie Presse et\ndatée de Paris ier février 1879. (Reproduite dans le Guide musical du 20 février de la même\nannée.)\n(2) Tiré du recueil Souvenirs et portraits (épuisé)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "422", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.22", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "vous voulez trop, vous voulez tout. Vous faites fi du grand public, et vous\nexigez cependant de lui qu'il vous admire. Vous méprisez, c'est votre droit d ar-\ntiste grand et original, les applaudissements de la masse, et vous souffrez de\nne pas les obtenir. Vous prétendez à être un novateur, un artiste créateur, et\nvous demandez que tout le monde vous comprenne et que chacun vous rende\njustice. Vous ne voulez plaire qu'aux esprits d'élite et aux plus forts, et la froi-\ndeur, l'indifférence, l'inintelligence des faibles vous irritent. Vous voudriez être\nisolé, inabordable et pauvre comme Beethoven et en même temps entouré des\npetits et des grands de ce monde, comblé de tous les biens et de tous les titres,\nemplois et honneurs. Vous avez atteint tout ce que la nature de votre talent et\nvotre personnalité vous permettent d'atteindre. Vous n'avez pas pour vous la ma-\njorité, mais une minorité intelligente s'emploie à vous maintenir et à vous encou-\nrager. Vous vous êtes fait une place tout à part clans le monde de l'art, vous avez\nbeaucoup d'amis dévoués et enthousiastes, même il ne vous manque pas,\ngrâce à Dieu, quelques ennemis sérieux, qui tiennent en éveil l'amitié de vos\npartisans. Votre existence matérielle est depuis quelques années assurée, et\nvous pouvez enfin compter aujourd'hui avec une quasi-certitude sur ce qui a\nfait de tout temps l'ambition des gens d'esprit et de cœur : la consécration de\nl'avenir. »\nJ'ai pu souvent ainsi le ramener à une plus juste appréciation des choses,\nce qu'il avouait volontiers en me témoignant une sincère reconnaissance.\nJe me rappelle toujours avec joie un succès de ce genre que je remportai sur\nlui, un soir, chez un ami commun. C'était chez l'excellent B. Damcke et sa\nfemme dont Berlioz dans ses Mémoires a rappelé en termes émus la bonté\nde cœur et l'hospitalité pleine de charme. Nous nous y rencontrions presque\ntous les soirs, Berlioz, J. d'Ortigue, un savant musicien et musicographe,\nLéon Kreutzer, et quelques autres. On y causait, on y critiquait, on y faisait\nde la musique en toute franchise et liberté. La mort a depuis fait bien des vides\ndans ce petit cercle : dans les dernières années Berlioz et moi nous allions seuls\nchez Damcke.\nUn soir donc, Berlioz venaitde reprendre son antique et habituelle complainte.\nJ y répondis à peu près dans le sens de ce que j'ai rapporté plus haut. Mon\nsermon terminé, onze heures venaient de sonner. C'était par une nuit froide de\ndécembre et une triste obscurité régnait au dehors. Fatigué et mécontent,\nj'allumai un cigare. Berlioz se leva vivement et presque juvénilement du sofa\noù il avait l'habitude de s'étendre tout de son long, avec ses bottines couvertes de\nboue, au désespoir silencieux de Damcke, la propreté et l'ordre en per-\nsonne.\na Ah ! s'écrie Berlioz, Heller a raison ! Il a toujours raison. Il est bon, il est\nintelligent, il est juste et sage. Je veux l'embrasser il m'embrasse sur les deux\njoues et je veux proposer une folie au sage. Je veux aller souper avec lui chez\nBignon. J ai peu dîné et son sermon m'a mis en appétit d'immortalité et\nd'huîtres.\nParfait, dis-je. Nous boirons à la mémoire de Beethoven et de Lucullus.\nNoyons nos peines de cœur dans les plus généreux vins de France; enfouis-\nsons-les sous des tas de pâtés de foie gras.\nNotre hôte, reprend Berlioz, peut rester chez lui; il a une femme charmante.\nNous qui sommes célibataires, nous allons au restaurant."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "423", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "Et pas de réplique ! C'est une affaire faite. »\nLe Berlioz plein de feu des anciens jours s'était réveillé. Et bras dessus bras\ndessous, nous voilà nous dirigeant par la longue rue Blanche, riants et joyeux,\nvers la chaussée d'Antin.\nEnfin nous arrivons chez Bignon, dont les salles sont resplendissantes de lu-\nmière. Onze heures et demie sonnaient.il n'y avait que peu de monde C'est ce que\nnous désirions. Nous demandons des huîtres, du pâté defoie gras de Strasbourg,\ndu poulet froid, de la salade, des fruits, de bon bordeaux, enfin du Champagne,\nce qu'il y avait de mieux.\nBerlioz et moi, d'ordinaire très sobres, nous n'en étions ce soir-là que mieux\ndisposés à faire honneur à cet excellent menu. A une heure, on commença à\néteindre le gaz. Les garçons se traînaient ennuyés et bâillant autour de nous.\nNous restions seuls. Tous les autres consommateurs avaient quitté l'établisse-\nment. On ferma les portes, puis on nous apporta des bougies.\n(( Garçon ! s'écrie Berlioz,vous voulez nous faire accroire par vos pantomimes\nqu'il est tard. Apportez donc deux demi-tasses de café et des havanes. ))\nA deux heures nous étions encore là.\n(( Il est temps de partir, dit alors Berlioz ; à cette heure ma belle-mère doit être\ndans son premier sommeil, et je puis espérer de la réveiller. »\nPendant le souper nous avions causé de nos auteurs favoris, Beethoven,\nShakspeare, Byron, Heine, Gluck. La conversation continua pendant la\nlongue et lente route jusqu'à son appartement, situé non loin du mien.\nCette soirée a été la dernière soirée animée, vivante et gaie que j'aie passée\navec Berlioz. C'était en 1867 ou en 1868, je ne sais plus au juste.\nA la même époque, Berlioz avait une sorte de passion : c'était de lire\nShakspeare dans la traduction française à ses amis. On se réunissait le soir vers\n8 heures. Il nous lisait alors plusieurs pièces par soirée.\nIl lisait bien, en général, quoiqu'il se laissât souvent emporter par son émo-\ntion. Aux beaux endroits, les larmes lui coulaient le long des joues Mais il con-\ntinuait à lire, essuyant à la hâte les larmes, pour ne pas interrompre la lecture.\nDamcke et deux ou trois amis assistaient seuls à ces lectures. Un de ces amis, un\nancien et fidèle camarade de Berlioz, mais dont l'éducation littéraire laissait\nbeaucoup à désirer, s'était attribué, dans ce petit cercle, le rôle de claqueur.\nIl écoutait avec une attention soutenue et semblait épier sur les traits de Ber-\nlioz ou de ses auditeurs le moment de manifester son enthousiasme. N'osant\napplaudir, il avait trouvé une manière originale tout au moins d'exprimer sa\nsatisfaction. Chaque passage qu'il entendait déclamer avec feu et mouvement,\nil le soulignait de jurons dont se servent les classes populaires et usités dans les\nateliers. Après les scènes les plus émouvantes partaient des : (( Nom d'un nom!\nnom d'une pipe ! sacré mâtin ! )) d'un irrésistible effet. Notre enthousiaste, un\nsoir, en avait bien placé une douzaine, lorsque tout à coup Berlioz, exaspéré, et\ninterrompant la lecture d'un vers, se leva ivre de colère : (( Ah çà î voulez-vous\nbien nous f le camp avec vos noms d'une pipe !)) Et tandis que l'autre s'en-\nfuyait, pâle comme la mort, Berlioz reprenait avec le calme le plus absolu sa\nlecture interrompue de la scène du balcon de Roméo et Juliette.\nCe que je vous ai dit un jour au sujet du peu de mémoire de Berlioz, s'applique\nà la musique moderne qu'il connaissait peu. Mais la musique qu'il avait étudiée\nlui était toujours présente à l'esprit, particulièrement les œuvres orchestrales de"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "424", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "Beethoven (il connaissait moins les quatuors et les œuvres pour piano), les opé-\nras de Gluck, Spontini, Grétry, Méhul, Dalayrac etMonsigny.\nMalgré sa haine pour Pvossini, il était un admirateur très sincère de deux par-\ntitions de ce maître : le Comte Ory et le Barbier de Séville. Berlioz était en\nsomme un véritable artiste qu'aucune œuvre parfaite en son genre ne laissait in-\ndifférent et dont l'émotion allait jusqu'aux larmes. C'est ainsi qu'à la première\nreprésentation de la Patti dans le Barbier, à laquelle j'étais avec lui, et vous\nm'en croirez, si je vous l'assure, j'ai vu ses yeux se mouiller d'abondantes\nlarmes à l'audition des morceaux les plus gais et les plus aimables de cette par-\ntition. Et que dire d'une représentation de la Flûte enchantée à laquelle j'assistai\nen sa compagnie ! Berlioz avait une sorte d'irritation naïve et enfantine contre ce\nqu'il appelait « les concessions de Mozart )). Il faisait allusion à l'air de Don\nOttavio à l'air de Dona Anna en fa et aux fameux passages de l'air de la Reine\nde la Nuit. Rien ne pouvait le désarmer à l'égard de ces morceaux, qui, malgré\nleur moindre importance au point de vue dramatique, ne sont pas moins su-\nperbes.\nMais combien j'ai été moi-même ému de voir l'impression profonde que cet\nopéra avait faite sur lui ! Il l'avait souvent entendu ; mais soit disposition d'es-\nprit plus favorable, soit supériorité de l'interprétation, jamais, me disait Berlioz\nlui-même, il ne lui avait été si droit au cœur. L'expression de sa joie, par mo-\nments, était tellement bruyante que nos voisins du parquet, occupés à manier\nleurs cure-dents et faisant leur sieste, protestaient contre cet enthousiasme\n(( indiscret )).\nUn soir, nous entendîmes ensemble, dans une société de quatuors, le grand\nquatuor en mi bémol de Beethoven. Moi, j'éprouvais en écoutant cette œuvre mer-\nveilleuse un sentiment analogue à celui d'un catholique sincère et croyant qui\nentend la messe ; c'était de la ferveur, de la piété, une piété calme et réfléchie.\nBerlioz, au contraire, semblait à mes côtés un novice attardé. A sa pieuse atten-\ntion se mêlait une sorte de frayeur joyeuse provoquée par la vue du doux et\nsaint mystère qui se révélait à lui. Il était rayonnant à Y adagio, il venait de\nsubir une transformation complète.\nAprès Beethoven on devait jouer d'autres œuvres de maîtres. Mais nous quit-\ntâmes la salle, et je l'accompagnai chez lui. Pas une parole ne fut échangée en\nroute. 1C adagio continuait à prier en nous.\nLorsque je pris congé de lui, il me saisit la main et me dit : (( Cet homme avait\ntout... et nous n'avons rien. ))\nTelle était l'impression cle foudroyante grandeur qu'avait laissée en lui la\ngigantesque apparition de 1' (( homme )). Pour finir, une petite anecdote encore.\nTout près de la maison qu'habitait Damcke, rue Mansard, se trouvait encastrée\ndans le trottoir une grande pierre blanche. Chaque soir, quand il rentrait, Ber-\nlioz se plaçait sur cette pierre pour me dire bonsoir quand nous arrivions de la\nrue Mansard. Un soir (c'était peu de temps avant sa dernière maladie), nous\nnous étions séparés àla hâte. Il faisait froid et un épais brouillard mouillait les\nrues. Nous étions déjà loin l'un de l'autre, lorsque la voix de Berlioz me rappela\nà travers l'obscurité : « Heller ! Heller ! où êtes-vous ? Revenez, je vous en prie.\nJe ne vous ai pas dit bonsoir sur la pierre blanche. )) Nous nous retrouvons, puis\nnous nous mettons à chercher dans l'obscurité la pierre blanche. Cette pierre\nétait du reste remarquable aussi par sa forme. Je tire ma boîte à allumettes ; elles"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "ne prennent pas par l'humidité qu'il fait, et nous voilà tous deux rampant et\ntâtonnant sur le trottoir à la découverte de cette pierre fatidique. Enfin nous la\ntrouvons. Berlioz alors y pose solennellement le pied, et avec le plus profond\nsérieux, me dit :(( Dieu soit loué ! j'y suis, et maintenant bonsoir !))\n\nStephen HELLER.\n\nCamille SAINT-SAENS.\nBerlioz n'est pas mort, comme on l'a dit, de l'injustice des hommes, mais\nd'une gastralgie causée par son obstination à ne suivre en rien les conseils de\nses médecins, les règles d'une hygiène bien entendue. Je vis cela clairement\ndans un voyage artistique que j'eus l'honneur de faire avec lui. (( Il m'arrive une\nchose extraordinaire, me dit-il un matin : je ne souffre pas ! )) Et il me conte ses\ndouleurs, des crampes d'estomac continuelles, et la défense qui lui est faite de\nprendre aucun excitant, de s écarter d'un régime prescrit, sous peine de souf-\nfrances atroces qui iraient toujours en s'aggravant. Or il ne suivait aucun régime\net prenait tout ce qui lui plaisait sans s'inquiéter du lendemain. Le soir de ce\njour, nous assistions à un banquet. Placé près de lui, je fis tout mon possible\npour m opposer au café, au Champagne, aux cigares de la Havane ; ce fut en\nvain : et le lendemain, le pauvre grand homme se tordait dans ses souffrances\naccoutumées.\n... Le passé n'existait pas pour lui ; il ne comprenait pas les maîtres anciens\nqu'il n'avait pu connaître que par la lecture. S'il a tant admiré Gluck et\nSpontini. c'est que dans sa jeunesse il avait vu représenter leurs œuvres à l'Opéra,\ninterprétées par Mme Branchu, la dernière qui en ait conservé les traditions. Il\ndisait pis que pendre de Lulli, de la Servante maîtresse cle Pergolèse : (( Voir\nreprendre cet ouvrage, a-t-il dit ironiquement, assister à sa première représen-\ntation, serait un plaisir digne de l'Olympe ! ))\nJ'ai toujours présents à la mémoire son étonnement et son ravissement à l'au-\ndition d'un chœur de Sébastien Bach, que je lui fis connaître un jour ; il n'en\nrevenait pas, que le grand Sébastien eût écrit des choses pareilles ; et il m'avoua\nqu'il l'avait toujours pris pour une sorte de colossal fort en thème, fabricant de\nfugues très savantes, mais dénué de charme-et de poésie. A vrai dire, il ne le\nconnaissait pas (1).\n(i) Nous n'extrayons des Souvenirs et portraits que ces lignes anecdotiques ; mais il est bien\nentendu (on le verra d'ailleurs plus loin) que M. Camille Saint-Saëns, dans le même volume,\nrend à Berlioz et à son génie musical un hommage complet.\n\n«Nicolo PAGANINI.»\nUn dimanche, le 16 décembre 1838, Berlioz, riche de gloire mais pauvre d'ar-\ngent, donnait au Conservatoire la symphonie cVHarold et la Symphonie fantas-\ntique. Paganini assistait au Concert ; deux jours après il écrivait à Berlioz ;\n(( Mon cher ami, Beethoven mort, il n'y avait que Berlioz qui pût le faire\nrevivre ; et moi qui ai goûté vos divines compositions dignes d'un génie tel que\nvous, je crois de mon devoir de vous prier de vouloir bien accepter, comme\nhommage de ma part, vingt mille francs qui vous seront remis sur la présenta-\ntion de l'incluse. Croyez-moi toujours votre affectionné,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.26", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 422, "texte": "«H. 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Vous voudriez être\nisolé, inabordable et pauvre comme Beethoven et en même temps entouré des\npetits et des grands de ce monde, comblé de tous les biens et de tous les titres,\nemplois et honneurs. Vous avez atteint tout ce que la nature de votre talent et\nvotre personnalité vous permettent d'atteindre. Vous n'avez pas pour vous la ma-\njorité, mais une minorité intelligente s'emploie à vous maintenir et à vous encou-\nrager. Vous vous êtes fait une place tout à part clans le monde de l'art, vous avez\nbeaucoup d'amis dévoués et enthousiastes, même il ne vous manque pas,\ngrâce à Dieu, quelques ennemis sérieux, qui tiennent en éveil l'amitié de vos\npartisans. Votre existence matérielle est depuis quelques années assurée, et\nvous pouvez enfin compter aujourd'hui avec une quasi-certitude sur ce qui a\nfait de tout temps l'ambition des gens d'esprit et de cœur : la consécration de\nl'avenir. »\nJ'ai pu souvent ainsi le ramener à une plus juste appréciation des choses,\nce qu'il avouait volontiers en me témoignant une sincère reconnaissance.\nJe me rappelle toujours avec joie un succès de ce genre que je remportai sur\nlui, un soir, chez un ami commun. C'était chez l'excellent B. Damcke et sa\nfemme dont Berlioz dans ses Mémoires a rappelé en termes émus la bonté\nde cœur et l'hospitalité pleine de charme. Nous nous y rencontrions presque\ntous les soirs, Berlioz, J. d'Ortigue, un savant musicien et musicographe,\nLéon Kreutzer, et quelques autres. On y causait, on y critiquait, on y faisait\nde la musique en toute franchise et liberté. La mort a depuis fait bien des vides\ndans ce petit cercle : dans les dernières années Berlioz et moi nous allions seuls\nchez Damcke.\nUn soir donc, Berlioz venaitde reprendre son antique et habituelle complainte.\nJ y répondis à peu près dans le sens de ce que j'ai rapporté plus haut. Mon\nsermon terminé, onze heures venaient de sonner. C'était par une nuit froide de\ndécembre et une triste obscurité régnait au dehors. Fatigué et mécontent,\nj'allumai un cigare. Berlioz se leva vivement et presque juvénilement du sofa\noù il avait l'habitude de s'étendre tout de son long, avec ses bottines couvertes de\nboue, au désespoir silencieux de Damcke, la propreté et l'ordre en per-\nsonne.\na Ah ! s'écrie Berlioz, Heller a raison ! Il a toujours raison. Il est bon, il est\nintelligent, il est juste et sage. Je veux l'embrasser il m'embrasse sur les deux\njoues et je veux proposer une folie au sage. Je veux aller souper avec lui chez\nBignon. J ai peu dîné et son sermon m'a mis en appétit d'immortalité et\nd'huîtres.\nParfait, dis-je. Nous boirons à la mémoire de Beethoven et de Lucullus.\nNoyons nos peines de cœur dans les plus généreux vins de France; enfouis-\nsons-les sous des tas de pâtés de foie gras.\nNotre hôte, reprend Berlioz, peut rester chez lui; il a une femme charmante.\nNous qui sommes célibataires, nous allons au restaurant."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "423", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "Et pas de réplique ! C'est une affaire faite. »\nLe Berlioz plein de feu des anciens jours s'était réveillé. Et bras dessus bras\ndessous, nous voilà nous dirigeant par la longue rue Blanche, riants et joyeux,\nvers la chaussée d'Antin.\nEnfin nous arrivons chez Bignon, dont les salles sont resplendissantes de lu-\nmière. Onze heures et demie sonnaient.il n'y avait que peu de monde C'est ce que\nnous désirions. Nous demandons des huîtres, du pâté defoie gras de Strasbourg,\ndu poulet froid, de la salade, des fruits, de bon bordeaux, enfin du Champagne,\nce qu'il y avait de mieux.\nBerlioz et moi, d'ordinaire très sobres, nous n'en étions ce soir-là que mieux\ndisposés à faire honneur à cet excellent menu. A une heure, on commença à\néteindre le gaz. Les garçons se traînaient ennuyés et bâillant autour de nous.\nNous restions seuls. Tous les autres consommateurs avaient quitté l'établisse-\nment. On ferma les portes, puis on nous apporta des bougies.\n(( Garçon ! s'écrie Berlioz,vous voulez nous faire accroire par vos pantomimes\nqu'il est tard. Apportez donc deux demi-tasses de café et des havanes. ))\nA deux heures nous étions encore là.\n(( Il est temps de partir, dit alors Berlioz ; à cette heure ma belle-mère doit être\ndans son premier sommeil, et je puis espérer de la réveiller. »\nPendant le souper nous avions causé de nos auteurs favoris, Beethoven,\nShakspeare, Byron, Heine, Gluck. La conversation continua pendant la\nlongue et lente route jusqu'à son appartement, situé non loin du mien.\nCette soirée a été la dernière soirée animée, vivante et gaie que j'aie passée\navec Berlioz. C'était en 1867 ou en 1868, je ne sais plus au juste.\nA la même époque, Berlioz avait une sorte de passion : c'était de lire\nShakspeare dans la traduction française à ses amis. On se réunissait le soir vers\n8 heures. Il nous lisait alors plusieurs pièces par soirée.\nIl lisait bien, en général, quoiqu'il se laissât souvent emporter par son émo-\ntion. Aux beaux endroits, les larmes lui coulaient le long des joues Mais il con-\ntinuait à lire, essuyant à la hâte les larmes, pour ne pas interrompre la lecture.\nDamcke et deux ou trois amis assistaient seuls à ces lectures. Un de ces amis, un\nancien et fidèle camarade de Berlioz, mais dont l'éducation littéraire laissait\nbeaucoup à désirer, s'était attribué, dans ce petit cercle, le rôle de claqueur.\nIl écoutait avec une attention soutenue et semblait épier sur les traits de Ber-\nlioz ou de ses auditeurs le moment de manifester son enthousiasme. N'osant\napplaudir, il avait trouvé une manière originale tout au moins d'exprimer sa\nsatisfaction. Chaque passage qu'il entendait déclamer avec feu et mouvement,\nil le soulignait de jurons dont se servent les classes populaires et usités dans les\nateliers. Après les scènes les plus émouvantes partaient des : (( Nom d'un nom!\nnom d'une pipe ! sacré mâtin ! )) d'un irrésistible effet. Notre enthousiaste, un\nsoir, en avait bien placé une douzaine, lorsque tout à coup Berlioz, exaspéré, et\ninterrompant la lecture d'un vers, se leva ivre de colère : (( Ah çà î voulez-vous\nbien nous f le camp avec vos noms d'une pipe !)) Et tandis que l'autre s'en-\nfuyait, pâle comme la mort, Berlioz reprenait avec le calme le plus absolu sa\nlecture interrompue de la scène du balcon de Roméo et Juliette.\nCe que je vous ai dit un jour au sujet du peu de mémoire de Berlioz, s'applique\nà la musique moderne qu'il connaissait peu. Mais la musique qu'il avait étudiée\nlui était toujours présente à l'esprit, particulièrement les œuvres orchestrales de"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "424", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "Beethoven (il connaissait moins les quatuors et les œuvres pour piano), les opé-\nras de Gluck, Spontini, Grétry, Méhul, Dalayrac etMonsigny.\nMalgré sa haine pour Pvossini, il était un admirateur très sincère de deux par-\ntitions de ce maître : le Comte Ory et le Barbier de Séville. Berlioz était en\nsomme un véritable artiste qu'aucune œuvre parfaite en son genre ne laissait in-\ndifférent et dont l'émotion allait jusqu'aux larmes. C'est ainsi qu'à la première\nreprésentation de la Patti dans le Barbier, à laquelle j'étais avec lui, et vous\nm'en croirez, si je vous l'assure, j'ai vu ses yeux se mouiller d'abondantes\nlarmes à l'audition des morceaux les plus gais et les plus aimables de cette par-\ntition. Et que dire d'une représentation de la Flûte enchantée à laquelle j'assistai\nen sa compagnie ! Berlioz avait une sorte d'irritation naïve et enfantine contre ce\nqu'il appelait « les concessions de Mozart )). Il faisait allusion à l'air de Don\nOttavio à l'air de Dona Anna en fa et aux fameux passages de l'air de la Reine\nde la Nuit. Rien ne pouvait le désarmer à l'égard de ces morceaux, qui, malgré\nleur moindre importance au point de vue dramatique, ne sont pas moins su-\nperbes.\nMais combien j'ai été moi-même ému de voir l'impression profonde que cet\nopéra avait faite sur lui ! Il l'avait souvent entendu ; mais soit disposition d'es-\nprit plus favorable, soit supériorité de l'interprétation, jamais, me disait Berlioz\nlui-même, il ne lui avait été si droit au cœur. L'expression de sa joie, par mo-\nments, était tellement bruyante que nos voisins du parquet, occupés à manier\nleurs cure-dents et faisant leur sieste, protestaient contre cet enthousiasme\n(( indiscret )).\nUn soir, nous entendîmes ensemble, dans une société de quatuors, le grand\nquatuor en mi bémol de Beethoven. Moi, j'éprouvais en écoutant cette œuvre mer-\nveilleuse un sentiment analogue à celui d'un catholique sincère et croyant qui\nentend la messe ; c'était de la ferveur, de la piété, une piété calme et réfléchie.\nBerlioz, au contraire, semblait à mes côtés un novice attardé. A sa pieuse atten-\ntion se mêlait une sorte de frayeur joyeuse provoquée par la vue du doux et\nsaint mystère qui se révélait à lui. Il était rayonnant à Y adagio, il venait de\nsubir une transformation complète.\nAprès Beethoven on devait jouer d'autres œuvres de maîtres. Mais nous quit-\ntâmes la salle, et je l'accompagnai chez lui. Pas une parole ne fut échangée en\nroute. 1C adagio continuait à prier en nous.\nLorsque je pris congé de lui, il me saisit la main et me dit : (( Cet homme avait\ntout... et nous n'avons rien. ))\nTelle était l'impression cle foudroyante grandeur qu'avait laissée en lui la\ngigantesque apparition de 1' (( homme )). Pour finir, une petite anecdote encore.\nTout près de la maison qu'habitait Damcke, rue Mansard, se trouvait encastrée\ndans le trottoir une grande pierre blanche. Chaque soir, quand il rentrait, Ber-\nlioz se plaçait sur cette pierre pour me dire bonsoir quand nous arrivions de la\nrue Mansard. Un soir (c'était peu de temps avant sa dernière maladie), nous\nnous étions séparés àla hâte. Il faisait froid et un épais brouillard mouillait les\nrues. Nous étions déjà loin l'un de l'autre, lorsque la voix de Berlioz me rappela\nà travers l'obscurité : « Heller ! Heller ! où êtes-vous ? Revenez, je vous en prie.\nJe ne vous ai pas dit bonsoir sur la pierre blanche. )) Nous nous retrouvons, puis\nnous nous mettons à chercher dans l'obscurité la pierre blanche. Cette pierre\nétait du reste remarquable aussi par sa forme. Je tire ma boîte à allumettes ; elles"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 352, "texte": "ne prennent pas par l'humidité qu'il fait, et nous voilà tous deux rampant et\ntâtonnant sur le trottoir à la découverte de cette pierre fatidique. Enfin nous la\ntrouvons. Berlioz alors y pose solennellement le pied, et avec le plus profond\nsérieux, me dit :(( Dieu soit loué ! j'y suis, et maintenant bonsoir !))\n\nStephen HELLER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c023", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "425", "page_fin": "425", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.6.2", "titre_corps": "Berlioz n'est pas mort, comme on l'a dit, de l'injustice des hommes, mais", "titre_sommaire": "Berlioz n'est pas mort, comme on l'a dit, de l'injustice des hommes, mais", "signature_source": "Camille SAINT-SAENS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.25", "debut_caractere": 354, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "Camille SAINT-SAENS.\nBerlioz n'est pas mort, comme on l'a dit, de l'injustice des hommes, mais\nd'une gastralgie causée par son obstination à ne suivre en rien les conseils de\nses médecins, les règles d'une hygiène bien entendue. Je vis cela clairement\ndans un voyage artistique que j'eus l'honneur de faire avec lui. (( Il m'arrive une\nchose extraordinaire, me dit-il un matin : je ne souffre pas ! )) Et il me conte ses\ndouleurs, des crampes d'estomac continuelles, et la défense qui lui est faite de\nprendre aucun excitant, de s écarter d'un régime prescrit, sous peine de souf-\nfrances atroces qui iraient toujours en s'aggravant. Or il ne suivait aucun régime\net prenait tout ce qui lui plaisait sans s'inquiéter du lendemain. Le soir de ce\njour, nous assistions à un banquet. Placé près de lui, je fis tout mon possible\npour m opposer au café, au Champagne, aux cigares de la Havane ; ce fut en\nvain : et le lendemain, le pauvre grand homme se tordait dans ses souffrances\naccoutumées.\n... Le passé n'existait pas pour lui ; il ne comprenait pas les maîtres anciens\nqu'il n'avait pu connaître que par la lecture. S'il a tant admiré Gluck et\nSpontini. c'est que dans sa jeunesse il avait vu représenter leurs œuvres à l'Opéra,\ninterprétées par Mme Branchu, la dernière qui en ait conservé les traditions. Il\ndisait pis que pendre de Lulli, de la Servante maîtresse cle Pergolèse : (( Voir\nreprendre cet ouvrage, a-t-il dit ironiquement, assister à sa première représen-\ntation, serait un plaisir digne de l'Olympe ! ))\nJ'ai toujours présents à la mémoire son étonnement et son ravissement à l'au-\ndition d'un chœur de Sébastien Bach, que je lui fis connaître un jour ; il n'en\nrevenait pas, que le grand Sébastien eût écrit des choses pareilles ; et il m'avoua\nqu'il l'avait toujours pris pour une sorte de colossal fort en thème, fabricant de\nfugues très savantes, mais dénué de charme-et de poésie. A vrai dire, il ne le\nconnaissait pas (1).\n(i) Nous n'extrayons des Souvenirs et portraits que ces lignes anecdotiques ; mais il est bien\nentendu (on le verra d'ailleurs plus loin) que M. Camille Saint-Saëns, dans le même volume,\nrend à Berlioz et à son génie musical un hommage complet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c024", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "425", "page_fin": "425", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.6.3", "titre_corps": "Un dimanche, le 16 décembre 1838, Berlioz, riche de gloire mais pauvre", "titre_sommaire": "Un dimanche, le 16 décembre 1838, Berlioz, riche de gloire mais pauvre", "signature_source": "«Nicolo PAGANINI. »", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.25", "debut_caractere": 2548, "fin_caractere_exclue": 3167, "texte": "«Nicolo PAGANINI.»\nUn dimanche, le 16 décembre 1838, Berlioz, riche de gloire mais pauvre d'ar-\ngent, donnait au Conservatoire la symphonie cVHarold et la Symphonie fantas-\ntique. 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Sans\nvous je n'aurais jamais pu vaincre les difficultés qui m'ont été suscitées de toutes\nparts. Il me serait difficile de vous peindre ma reconnaissance ; puissé-je prouver un\njour que je n étais pas indigne de la protection dont vous m'avez honoré ; c'est le\nvœu le plus ardent de mon cœur !\nJai l honneur d être, Monsieur le Vicomte, avec le plus profond respect,\nVotre dévoué serviteur,\n\n(Bibliothèque du Conservatoire, Autographes).\nLe premier concert de Berlioz dont il est question dans cette lettre eut lieu au\nConservatoire le 26 mai 1828.\n\nAU MÊME.\n\nParis, ce 3 mars 1829.\nMonsieur le Vicomte,\n]e publie en ce moment la partition de 8 scènes du Faust de Goethe dont j'ai com-\nposé la musique ; c'est le premier ouvrage que je livre à l'impression; veuilleq,\nMonsieur le Vicomte, me faire l'honneur d'en accepter la dédicace."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.27", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "Je vous dois beaucoup et je serai bien heureux si vous daignez recevoir cet hom-\nmage de mon jaible talent comme un témoignage de ma vive reconnaissance.\nJ'ai Vhonneur d'être, Monsieur le Vicomte, avec le plus profond respect,\nVotre dévoué serviteur,\n\nHector BERLIOZ.\n\nRue de Richelieu, n°9Ô.\nBibliothèque du Conservatoire — Cf. Lettres intimes, p. 34\n(du 9 avril 1829) :(( Je vous envoie Faust, dédié à M. de la Rochefoucault ; ce\nn'était pas pour lui !... ))\n\nA MEYERBEER.\nH. BERLIOZ.\n23 décembre 1843.\nCher Maître,\nVoici l exemplaire destiné à VAcadémie de Berlin avec une lettre de présentation\nde Vouvrage, j'en ajoute une autre que je vous prie de bien vouloir accepter. C'est\nune dette que j acquitte, vos œuvres m ayant fourni tant de beaux exemples dont j'ai\nprofité de toutes manières.\nL exemplaire du Roi vous sera remis par M. Land, qui sen est chargé.\nMille amitiés et complimens et renierciemens,\n\nMonsieurMeyeerbeer, Hôtel de l'Empire (le nom de Meyerbeer a été gratté et\ndéchiré sur la suscription).\nCollection Ch. Malherbe.\nL'ouvrage dont il est question ici est le Traité d'instrumentation. Il ne fau-\ndrait pas tirer des conséquences excessives du compliment contenu à la fin du\npremier paragraphe : les (( beaux exemples )) dont Berlioz a (( profité )) sont sim-\nplement des fragments de Robert le Diable et des Huguenots qu il a insérés dans\nson traité comme (( exemples )) d'écriture orchestrale.\n\nA FERDINAND DAVID.\n\nParis, 7 janvier 1854.\nMon cher David,\nJe suis vraiment tourmenté de ne pas avoir de vos nouvelles ; prenez donc un quart\nd'heure pour ni écrire, vous m'obligerez beaucoup. Je vous ai envoyé le 22 ou le\n2q décembre dernier mon Requiem et Sara la Baigneuse avec texte allemand, plus\nune lettre. Avez-vous reçu le tout ? Ou en est la gravure de la Fuite en Egypte cheq\nKistner ?\nQu'ont dit les journaux de Leipzig sur mon concert ?\nA-t-on publié dans le Leipziger Tageblatt ma lettre du Journal des Débats en\nréponse à l'insolent mensonge de l avocat du directeur de l'Opéra qui ni attribuait les\nmutilations du Freischùtz ?\nCette stupide affaire me donne un chagrin et une indignation que vous deveq\ncomprendre. J'ai passé quinqe ans de ma vie de critique à combattre les correcteurs,"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.28", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "les coupeurs, les mutilateurs ; j'ai empêché, quand on mit le Freischùtz en scène à\nV Opéra il y a douqe ans, qu'on en supprimât une note; je suis parvenu à le faire re-\nprésenter, pour la première fois en France, intégralement ; et l'on m'accuse de l'avoir\nmutilé moi-même, quand les coupures dont on se plaint ont été faites en mon absence\nde France et sans que j'en aie été informé, et par un directeur avec lequel j'étais\nbrouillé !\nJ'avais envoyé ma lettre à M. Gleich du Tageblatt en le priant de la traduire.\nNéanmoins je reçois hier une lettre incroyable d'un étudiant en droit, M. Whist-\nling, qui m'écrit, dit-il, au nom et de la part de ses collègues de l'Académie pour\nme reprocher en termes très ofjensans mon méfait sur Weber. Je viens de lui répon-\ndre. Mais veuilleq savoir de M. Langer, le directeur de l'Académie des étudiants,\ns'il est vrai que ces messieurs qui m'ont montré tant de bienveillance se soient,\ncomme M. Wliisling me l'écrit, tournés contre moi, et Vaient chargé, lui, de mé-\ncrire en leur nom une pareille lettre ; et s'il leur a, en tout cas, communiqué ma\nréponse. Tout cela est révoltant d'injustice et d'absurdité.\nJe vous en prie, écrivez-moi et n'oublieq rien.\nVous rendrez un vrai service à\nVotre tout dévoué et affectionné,\n\nHector BERLIOZ.\n\nCette lettre, ainsi que celle qui va suivre, nous a été obligeamment communi-\nquée par Madame J. Talayrach, née d'Eckardt, petite-fille de Ferdinand David;\nce dernier, Concertmeister au Gewandhaus de Leipzig, de 1836 à 1873, entretint\ndes relations cordiales avec Berlioz, qui parle de lui avec éloges dans plusieurs\nendroits de ses écrits.\n\nA MADAME VIARDOT.\n\nParis, 13 septembre 1859.\nChère Madame Viardot,\nd\"avance dans mon travail de mosaïste (1), j'aurai fini le ier acte samedi prochain\net préparé une partie du second pour mon copiste. En conséquence j'irai dimanche\nvous porter ce qui sera terminé, et vous demander l'hospitalité pour quelques heures.\nJe partirai par le convoi de midi [dimanche). Cela se peut-il ? ne vous dèrangerai-je\npoint ? un autre jour vous conviendrait-il mieux ?\nJ'ai enfin reçu la visite de Carvalho. Nous sommes d'accord, il renonce à ses\nidées de pots-pourris, d'ouverture oTlphigénie, de chœur rf'Armide, etc. Il engagera\npour le chœur quatorze femmes du théâtre Italien qui sont nécessaires pour équilibrer\nles parties de sa masse vocale. Il cherchera les deux artistes mimes dont je lui ai\nappris la nécessité, l'un pour le grand Démon qui subit l'émotion musicale le premier\n(rôle dans lequel Milon excellait à l'Opéra) et l'autre pour l'ombre souffrante qui\nne veut pas être consolée dans le ballet des Champs Elysées.\nIl a trouvé une Eurydice nommée Sasse et qui sort d'un café chantant des autres\nChamps-Elysées... M[[q Marimon sera chargée du rôle de l'Amour. Enfin il paraît\nêtre dans les plus excellentes intentions. Son enfer en sera pavé.\n\n(1) La transcription d'Orphée de Gluck en vue de la reprise qui eut lieu au Théâtre lyrique à la\nfin de l'année."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.29", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "Le spectacle commencerait par les Deux Avares de Grétry.\nLa presse continue à nous être favorable au sujet du concert de Bade (i) ;je vous\napporterai tout cela.\nUn seul journal (l'Opinion), qui vient de naître, atout d'abord débuté par me don-\nner un coup de hure ou de grouin, signé Braine Ce monsieur prétend que je dois\navoir beaucoup d amis, puisqu'on me permet d'aller tous les ans faire des émeutes\nmusicales en Allemagne, et d'y produire impunément mes extravagantes élucubra-\ntions.\nJ'oubliais de vous dire que dans votre air à roulades qui termine le ier acte, il\nfaut absolument faire une cadenza mirobolante au dernier point d'orgue. C'est in-\ndiqué. Ainsi compose£ là un joli panache de vocalises pour enlever la salle à votre\nsortie de scène.\nMa sœur et ma nièce sont parties ce matin, et ma femme les a accompagnées à\nFontainebleau où elles resteront deux jours. Je suis seul sous mon toit, comme le\nmoineau de F Evangile l'était sur le sien. Il faut que je travaille beaucoup pour\néchapper aux griffes de l'ennui le plus profond et le plus féroce que j'aie ressenti de\nma vie. Ne vous effrayez pas, je vous promets de laisser mon visage ennuyé à Paris\net d'être chez vous d'une gaîté raisonnable.\no\nMille compliments affectueux.\nVotre dévoué, très dévoué, plus que dévoué,\n\nH. BERLIOZ.\n\nParis, mardi 13 sept.\nP. S. —M. Viardot s'est inutilement donné la peine de traduire le ier récitatif\nqui précède la romance ; il existe dans la grande partition française que vous n'avez\npas. Il a seulement cinq mesures de plus que dans l'opéra italien.\nCette lettre, ainsi que les deux suivantes, nous a été obligeamment communi-\nquée parMmo Pauline Viardot.\n\nSeptembre 1859.\nChère Madame Viardot,\nVous savez l'histoire du soldat condamné à être fusillé et qui se traînait aux ge-\nnoux du caporal chargé de commander le feu. Le caporal lui répondit : ((Mais, mon\npauvre ami, demandez-moi ma bourse, demandez-moi ma montre, demandez-moi\ntout ce que je possède, mais ne me demandez pas la vie. ))\nComment voulez-vous que je me permette d'instrumenter le morceau de Gluck,\nmoi qui ai tant de fois exterminé les gens qui prenaient de telles libertés ?... D'ail-\nleurs, les instruments qu on ajouterait ne feraient rien; l'air est ridicule, F orchestre\nqui F accompagne est risible, et les basses en sont cocasses, le tout resterait grotesque.\nCependant votre chant sauvera tout ; à ce sujet sans inquiétude. Stockausen\na bien eu au Conservatoire, le jour du concert de Littoljf, un succès pyramidal en\nchantant un air de H 'dndel orchestré dans le même goût.\nJe viens de voir tous les journaux de dimanche pour lire le fait dont vous m'avez\nparlé et qui aurait trait à une nouvelle Didon pour Mm& Vestvali. Je n'ai rien trouvé\n\n(i) Mrae Viardot avait chanté àce concert des fragments de la Prise de Troie."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.30", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "Les Escudier n'ont pas entendu parler de celci, et ils sont foi t loin dy ci on e La\nprincesse Wittgenstein vient d'arriver, elle restera trois jours à Paris. Elle vous\nverra sans doute. Je dîne ce soir avec elle. Tout mon monde est chez Roger. En\nrevenant de che\\ la princesse f irai vous demander une tasse de thé, mais ne reste.i\npas àla maison pour moi, je vous en conjure, si vous aviez 1 intention de sortir.\nVotre tout dévoué,\n\nH. BERLIOZ.\nJeudi, 5 heures.\n\nA LA MÊME.\nH. BERLIOZ.\n(Vers le 22 novembre 1859.)\nCher Orphée, chère Mme Viardot,\nOui, reposez-vous sur vos lauriers !\nCombien de choses f aurais à vous dire de la part de mes amis, et même de celle\ndes indifférents que vous avez passionnés !... Mais trêve de dithyrambes, laissons les\nodes... Je chanterais bien plutôt une élégie. Je suis mortellement triste... Voilà le\nfeuilleton ; puisse-t-il vous sembler passable !\nJ'irai vous voir ce soir Guérissez-vous avant tout.\nS'il vous faut ne pas parler, renvoyez-moi !\n\nLa première représentation E Orphée au Théâtre lyrique eut lieu le 18 novem-\nbre 1859; le feuilleton de Berlioz dans les Débats parut le 22 : c'est sans doute le\nmême jour qu'il écrivit cette lettre, laquelle ne porte pas de date.\n\nA ERNEST LEGOUVÉ.\nH. BERLIOZ.\nParis, 18 août 1864.\nMon cher ami,\nMerci de votre lettre. J'ai été heureux de voir dans le Moniteur mon nom à côté\ndu vôtre, et aussi de songer qu'en iBq6, je crois, je fus nommé chevalier en même\ntemps que Bordogni et Duponchel... Le temps a marché, convenez-en !Je vous serre\nla main avec toute l'affection que vous me connaissez pour vous.\n\nCommuniqué par M. Paladilhe.\nBerlioz avait été fait officier de la Légion d'honneur le 15 août 1864. A ce pro-\npos, nous devons rectifier une assertion que nous avons rapportée dans un précé-\ndent numéro de la Revue Musicale {juillet 1902) en citant, d'après la Revue et Ga-\nlette Musicale du même temps, la lettre que le maréchal Vaillant avait écrite à\nBerlioz pour lui faire connaître cette distinction: il félicitait « l'intelligent compo-\nsiteur et le savant critique )), et cette formule avait pu, légitimement sans doute,\nprovoquer quelques ironies. Elle est inexacte, contenant une faute d'impression\ndont Berlioz s'est plaint par ailleurs, en disant que la Gazette avait (( gâté )) la\nlettre du maréchal. En effet, nous avons trouvé récemment une autre reproduc-\ntion du même texte contenant cette formule, plus recommandable : (( L'illustre\ncompositeur et le savant critique )) Dont acte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c027", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "426", "page_fin": "426", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.1", "titre_corps": "Recueillies par Julien Tiersot. Au Vicomte Sosthène de La Rochefoucault, Directeur des Beaux-Arts.", "titre_sommaire": "Recueillies par Julien Tiersot. 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Sans\nvous je n'aurais jamais pu vaincre les difficultés qui m'ont été suscitées de toutes\nparts. Il me serait difficile de vous peindre ma reconnaissance ; puissé-je prouver un\njour que je n étais pas indigne de la protection dont vous m'avez honoré ; c'est le\nvœu le plus ardent de mon cœur !\nJai l honneur d être, Monsieur le Vicomte, avec le plus profond respect,\nVotre dévoué serviteur,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c028", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "426", "page_fin": "426", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.2", "titre_corps": "(Bibliothèque du Conservatoire, Autographes).", "titre_sommaire": "(Bibliothèque du Conservatoire, Autographes).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.26", "debut_caractere": 1512, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "(Bibliothèque du Conservatoire, Autographes).\nLe premier concert de Berlioz dont il est question dans cette lettre eut lieu au\nConservatoire le 26 mai 1828."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c029", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "426", "page_fin": "427", "image_debut": 26, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.3", "titre_corps": "AU MÊME.", "titre_sommaire": "AU MÊME.", "signature_source": "Hector BERLIOZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.26", "debut_caractere": 1670, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "AU MÊME.\n\nParis, ce 3 mars 1829.\nMonsieur le Vicomte,\n]e publie en ce moment la partition de 8 scènes du Faust de Goethe dont j'ai com-\nposé la musique ; c'est le premier ouvrage que je livre à l'impression; veuilleq,\nMonsieur le Vicomte, me faire l'honneur d'en accepter la dédicace."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.27", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 296, "texte": "Je vous dois beaucoup et je serai bien heureux si vous daignez recevoir cet hom-\nmage de mon jaible talent comme un témoignage de ma vive reconnaissance.\nJ'ai Vhonneur d'être, Monsieur le Vicomte, avec le plus profond respect,\nVotre dévoué serviteur,\n\nHector BERLIOZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c030", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "427", "page_fin": "427", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.4", "titre_corps": "Rue de Richelieu, n°9Ô.", "titre_sommaire": "Rue de Richelieu, n°9Ô.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.27", "debut_caractere": 298, "fin_caractere_exclue": 489, "texte": "Rue de Richelieu, n°9Ô.\nBibliothèque du Conservatoire — Cf. 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Malherbe.\nL'ouvrage dont il est question ici est le Traité d'instrumentation. Il ne fau-\ndrait pas tirer des conséquences excessives du compliment contenu à la fin du\npremier paragraphe : les (( beaux exemples )) dont Berlioz a (( profité )) sont sim-\nplement des fragments de Robert le Diable et des Huguenots qu il a insérés dans\nson traité comme (( exemples )) d'écriture orchestrale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c033", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "427", "page_fin": "428", "image_debut": 27, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.7", "titre_corps": "A FERDINAND DAVID.", "titre_sommaire": "A FERDINAND DAVID.", "signature_source": "Hector BERLIOZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.27", "debut_caractere": 1449, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "A FERDINAND DAVID.\n\nParis, 7 janvier 1854.\nMon cher David,\nJe suis vraiment tourmenté de ne pas avoir de vos nouvelles ; prenez donc un quart\nd'heure pour ni écrire, vous m'obligerez beaucoup. Je vous ai envoyé le 22 ou le\n2q décembre dernier mon Requiem et Sara la Baigneuse avec texte allemand, plus\nune lettre. Avez-vous reçu le tout ? Ou en est la gravure de la Fuite en Egypte cheq\nKistner ?\nQu'ont dit les journaux de Leipzig sur mon concert ?\nA-t-on publié dans le Leipziger Tageblatt ma lettre du Journal des Débats en\nréponse à l'insolent mensonge de l avocat du directeur de l'Opéra qui ni attribuait les\nmutilations du Freischùtz ?\nCette stupide affaire me donne un chagrin et une indignation que vous deveq\ncomprendre. 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Whist-\nling, qui m'écrit, dit-il, au nom et de la part de ses collègues de l'Académie pour\nme reprocher en termes très ofjensans mon méfait sur Weber. Je viens de lui répon-\ndre. Mais veuilleq savoir de M. Langer, le directeur de l'Académie des étudiants,\ns'il est vrai que ces messieurs qui m'ont montré tant de bienveillance se soient,\ncomme M. Wliisling me l'écrit, tournés contre moi, et Vaient chargé, lui, de mé-\ncrire en leur nom une pareille lettre ; et s'il leur a, en tout cas, communiqué ma\nréponse. 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BERLIOZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.28", "debut_caractere": 1655, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "A MADAME VIARDOT.\n\nParis, 13 septembre 1859.\nChère Madame Viardot,\nd\"avance dans mon travail de mosaïste (1), j'aurai fini le ier acte samedi prochain\net préparé une partie du second pour mon copiste. En conséquence j'irai dimanche\nvous porter ce qui sera terminé, et vous demander l'hospitalité pour quelques heures.\nJe partirai par le convoi de midi [dimanche). Cela se peut-il ? ne vous dèrangerai-je\npoint ? un autre jour vous conviendrait-il mieux ?\nJ'ai enfin reçu la visite de Carvalho. Nous sommes d'accord, il renonce à ses\nidées de pots-pourris, d'ouverture oTlphigénie, de chœur rf'Armide, etc. Il engagera\npour le chœur quatorze femmes du théâtre Italien qui sont nécessaires pour équilibrer\nles parties de sa masse vocale. Il cherchera les deux artistes mimes dont je lui ai\nappris la nécessité, l'un pour le grand Démon qui subit l'émotion musicale le premier\n(rôle dans lequel Milon excellait à l'Opéra) et l'autre pour l'ombre souffrante qui\nne veut pas être consolée dans le ballet des Champs Elysées.\nIl a trouvé une Eurydice nommée Sasse et qui sort d'un café chantant des autres\nChamps-Elysées... M[[q Marimon sera chargée du rôle de l'Amour. Enfin il paraît\nêtre dans les plus excellentes intentions. Son enfer en sera pavé.\n\n(1) La transcription d'Orphée de Gluck en vue de la reprise qui eut lieu au Théâtre lyrique à la\nfin de l'année."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.29", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1329, "texte": "Le spectacle commencerait par les Deux Avares de Grétry.\nLa presse continue à nous être favorable au sujet du concert de Bade (i) ;je vous\napporterai tout cela.\nUn seul journal (l'Opinion), qui vient de naître, atout d'abord débuté par me don-\nner un coup de hure ou de grouin, signé Braine Ce monsieur prétend que je dois\navoir beaucoup d amis, puisqu'on me permet d'aller tous les ans faire des émeutes\nmusicales en Allemagne, et d'y produire impunément mes extravagantes élucubra-\ntions.\nJ'oubliais de vous dire que dans votre air à roulades qui termine le ier acte, il\nfaut absolument faire une cadenza mirobolante au dernier point d'orgue. C'est in-\ndiqué. Ainsi compose£ là un joli panache de vocalises pour enlever la salle à votre\nsortie de scène.\nMa sœur et ma nièce sont parties ce matin, et ma femme les a accompagnées à\nFontainebleau où elles resteront deux jours. Je suis seul sous mon toit, comme le\nmoineau de F Evangile l'était sur le sien. Il faut que je travaille beaucoup pour\néchapper aux griffes de l'ennui le plus profond et le plus féroce que j'aie ressenti de\nma vie. Ne vous effrayez pas, je vous promets de laisser mon visage ennuyé à Paris\net d'être chez vous d'une gaîté raisonnable.\no\nMille compliments affectueux.\nVotre dévoué, très dévoué, plus que dévoué,\n\nH. BERLIOZ."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.29", "debut_caractere": 2757, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "(i) Mrae Viardot avait chanté àce concert des fragments de la Prise de Troie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c036", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "429", "page_fin": "429", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.10", "titre_corps": "Paris, mardi 13 sept.", "titre_sommaire": "Paris, mardi 13 sept.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.29", "debut_caractere": 1331, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "Paris, mardi 13 sept.\nP. S. —M. Viardot s'est inutilement donné la peine de traduire le ier récitatif\nqui précède la romance ; il existe dans la grande partition française que vous n'avez\npas. Il a seulement cinq mesures de plus que dans l'opéra italien.\nCette lettre, ainsi que les deux suivantes, nous a été obligeamment communi-\nquée parMmo Pauline Viardot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c037", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "429", "page_fin": "430", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.11", "titre_corps": "Septembre 1859.", "titre_sommaire": "Septembre 1859.", "signature_source": "H. BERLIOZ. Jeudi, 5 heures", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.29", "debut_caractere": 1693, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "Septembre 1859.\nChère Madame Viardot,\nVous savez l'histoire du soldat condamné à être fusillé et qui se traînait aux ge-\nnoux du caporal chargé de commander le feu. Le caporal lui répondit : ((Mais, mon\npauvre ami, demandez-moi ma bourse, demandez-moi ma montre, demandez-moi\ntout ce que je possède, mais ne me demandez pas la vie. ))\nComment voulez-vous que je me permette d'instrumenter le morceau de Gluck,\nmoi qui ai tant de fois exterminé les gens qui prenaient de telles libertés ?... D'ail-\nleurs, les instruments qu on ajouterait ne feraient rien; l'air est ridicule, F orchestre\nqui F accompagne est risible, et les basses en sont cocasses, le tout resterait grotesque.\nCependant votre chant sauvera tout ; à ce sujet sans inquiétude. Stockausen\na bien eu au Conservatoire, le jour du concert de Littoljf, un succès pyramidal en\nchantant un air de H 'dndel orchestré dans le même goût.\nJe viens de voir tous les journaux de dimanche pour lire le fait dont vous m'avez\nparlé et qui aurait trait à une nouvelle Didon pour Mm& Vestvali. Je n'ai rien trouvé"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.30", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "Les Escudier n'ont pas entendu parler de celci, et ils sont foi t loin dy ci on e La\nprincesse Wittgenstein vient d'arriver, elle restera trois jours à Paris. Elle vous\nverra sans doute. Je dîne ce soir avec elle. Tout mon monde est chez Roger. En\nrevenant de che\\ la princesse f irai vous demander une tasse de thé, mais ne reste.i\npas àla maison pour moi, je vous en conjure, si vous aviez 1 intention de sortir.\nVotre tout dévoué,\n\nH. BERLIOZ.\nJeudi, 5 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c038", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "430", "page_fin": "430", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.12", "titre_corps": "A LA MÊME.", "titre_sommaire": "A LA MÊME.", "signature_source": "H. BERLIOZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.30", "debut_caractere": 494, "fin_caractere_exclue": 1012, "texte": "A LA MÊME.\nH. BERLIOZ.\n(Vers le 22 novembre 1859.)\nCher Orphée, chère Mme Viardot,\nOui, reposez-vous sur vos lauriers !\nCombien de choses f aurais à vous dire de la part de mes amis, et même de celle\ndes indifférents que vous avez passionnés !... Mais trêve de dithyrambes, laissons les\nodes... Je chanterais bien plutôt une élégie. Je suis mortellement triste... Voilà le\nfeuilleton ; puisse-t-il vous sembler passable !\nJ'irai vous voir ce soir Guérissez-vous avant tout.\nS'il vous faut ne pas parler, renvoyez-moi !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c039", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "430", "page_fin": "430", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.13", "titre_corps": "La première représentation E Orphée au Théâtre lyrique eut lieu le 18", "titre_sommaire": "La première représentation E Orphée au Théâtre lyrique eut lieu le 18", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.30", "debut_caractere": 1014, "fin_caractere_exclue": 1244, "texte": "La première représentation E Orphée au Théâtre lyrique eut lieu le 18 novem-\nbre 1859; le feuilleton de Berlioz dans les Débats parut le 22 : c'est sans doute le\nmême jour qu'il écrivit cette lettre, laquelle ne porte pas de date."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c040", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "430", "page_fin": "430", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.14", "titre_corps": "A ERNEST LEGOUVÉ.", "titre_sommaire": "A ERNEST LEGOUVÉ.", "signature_source": "H. 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Le temps a marché, convenez-en !Je vous serre\nla main avec toute l'affection que vous me connaissez pour vous."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c041", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "430", "page_fin": "430", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.7.15", "titre_corps": "Communiqué par M. Paladilhe.", "titre_sommaire": "Communiqué par M. Paladilhe.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.30", "debut_caractere": 1620, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "Communiqué par M. Paladilhe.\nBerlioz avait été fait officier de la Légion d'honneur le 15 août 1864. A ce pro-\npos, nous devons rectifier une assertion que nous avons rapportée dans un précé-\ndent numéro de la Revue Musicale {juillet 1902) en citant, d'après la Revue et Ga-\nlette Musicale du même temps, la lettre que le maréchal Vaillant avait écrite à\nBerlioz pour lui faire connaître cette distinction: il félicitait « l'intelligent compo-\nsiteur et le savant critique )), et cette formule avait pu, légitimement sans doute,\nprovoquer quelques ironies. Elle est inexacte, contenant une faute d'impression\ndont Berlioz s'est plaint par ailleurs, en disant que la Gazette avait (( gâté )) la\nlettre du maréchal. En effet, nous avons trouvé récemment une autre reproduc-\ntion du même texte contenant cette formule, plus recommandable : (( L'illustre\ncompositeur et le savant critique )) Dont acte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c042", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "431", "page_fin": "431", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.8", "titre_corps": "Berlioz jugé par M. Camille Saint-Saëns", "titre_sommaire": "Berlioz jugé par M. Camille Saint-Saëns", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.31", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1767, "texte": "Berlioz jugé par M. Camille Saint-Saëns\n(1).\nSil est une qualité qu'on ne peut refuser à Berlioz, que les adversaires\nles plus acharnés ne lui ont jamais contestée, c'est le coloris prodigieux de l'in-\nstrumentation. Quand on l'étudié en cherchant à se rendre compte des procédés\nde l'auteur, on marche d'étonnements en étonnements. Celui qui lit ses parti-\ntions sans les avoir entendues ne peut s'en faire aucune idée ; les instruments\nparaissent disposés en dépit du sens commun ; il semblerait, pour employer\nl'argot du métier, que cela ne dût pas sonner ; et cela sonne merveilleusement.\nS'il y a peut-être, çà et là, des obscurités dans le style, il n'y en a pas dans l'or-\nchestre ; la lumière l'inonde et s'y joue comme dans les facettes d'un diamant.\nEn cela, Berlioz était guidé par un instinct mystérieux, et ses procédés échap-\npent à l'analyse, par la raison qu'il n'en avait pas. Il l'avoue lui-même dans son\nT? -aité d'instrumentation, quand, après avoir décrit en détail tous les instruments,\nénuméré leurs ressources et leurs propriétés, il déclare que leur groupement est\nle secret du génie et qu'il est impossible de l'enseigner. Il allait trop loin ; le\nmonde est plein de musiciens qui, sans le moindre génie, par des procédés\nsûrs et commodes, écrivent fort bien pour l'orchestre.\n(i) Extrait d'une étude parue dans la Lecture (fascicule du 25 sept. 1890, n° 78, p. 604-611) et\nreproduite en tête du livre Portraits et Souvenirs (publié par la Société d'Education artistique,\nfévr. 1900). Comme ce livre est aujourd'hui épuisé, nous croyons utile de donner quelques\nlignes de l'étude de M. Saint-Saëns, qui esttrès impartiale, et témoigne d'une sincère admiration\ndu premier maître pour le second."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c043", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "431", "page_fin": "433", "image_debut": 31, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.9", "titre_corps": "Berlioz jugé par Richard Wagner.", "titre_sommaire": "Berlioz jugé par Richard Wagner.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.31", "debut_caractere": 1769, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "Berlioz jugé par Richard Wagner.\nNous donnons, surtout à titre de documents, les textes suivants qui n'ont pas\nencore été traduits en français. Wagner considère Berlioz comme un descendant\ndégénéré de Beethoven et s'obstine tout en rendant parfois hommage à son\ngénie à ne voir dans ses symphonies qu'un formalisme artificiel et pénible :\n(( Dans les efforts qu'il faisait pour noter les images étranges de son imagination\natrocement échauffée et pour les rendre précises, compréhensibles au monde\nincrédule et béotien de son milieu parisien, Berlioz poussa son intelligence\nmusicale énorme jusqu'à un pouvoir technique dont jusqu'alors on n'avait pas\nidée. Ce qu'il voulait dire aux gens était si étrange, si inaccoutumé, si contre\nnature, qu'il ne le pouvait exprimer bonnement, en mots naturels et simples : il\nlui fallait un appareil énorme de machines très compliquées pour notifier, à\nl'aide d'un mécanisme aux rouages d'une finesse infinie et d'une extrême rareté,\npournotifier, dis-je, ce qu'un organe simplement humain ne saurait absolument\npas exprimer, par la bonne raison que c'est quelque chose de tout à fait inhu-\nmain. L'orchestre de Berlioz est en vérité une merveille de mécanique. Tout ce\nque ce mécanisme a dans ses ressorts, Berlioz l'a étudié à tel point qu'il est\nparvenu à faire preuve d'une connaissance vraiment stupéfiante.\n(( Certainement, au début de sa carrière d'artiste, ce n'était pas la gloire\nd'un inventeur purement mécanique qui stimulait Berlioz : il y avait bien en lui\nune réelle poussée artistique, et cette poussée était de nature brûlante et dévo-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.32", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "rante. Pour satisfaire cette ardeur, il fut entraîné par des éléments malsains,\ninhumains. . ))\n(Wagner, Œuvres complètes, édition ail., 111, p. 348, 349,349, 350, 352;\nX, p. 236.)\nOPINION DE WAGNER SUR LA (( SYMPHONIE FANTASTIQUE )).\nDe l'Allemagne, l'esprit de Beethoven a soufflé vers Berlioz, et certainement\nil y a eu des heures où Berlioz a souhaité être Allemand ; ce fut à ces heures\nque son génie le poussait à écrire comme écrivait le grand maître, à exprimer\nce qu'il sentait exprimé dans ses œuvres. Mais clés qu'il saisissait la plume, se\nproduisait l'émotion naturelle du sang français, de ce sang qui bouillonna dans\nles veines d'Auber lorsqu'il écrivit le dernier acte volcanique de sa (( Muette »...\nHeureux Auber ! il ne connut pas les Symphonies de Beethoven !\nMais Berlioz les connaissait ; il y a plus, il les comprenait, elles l'avaient inspiré,\nelles avaient enivré son esprit. Il sentit alors qu'il nepouvait devenir Beethoven,\nmais il eut aussi la sensation qu'il nepouvait pas écrire comme Auber. Il devint Ber-\nlioz et écrivit sa Sinfonie fantastique, œuvre qui eût fait sourire Beethoven, tout\ncomme elle a fait sourire Auber, mais qui était capable de plonger Paganini dans\nl'extase la plus fiévreuse et de gagnerà son auteur un parti qui ne veut entendre\nd'autre musique au monde que la Sinfonie fantastique de Berlioz. Quicon-\nque entend cette Symphonie ici à Paris, exécutée par l'orchestre de Berlioz, croit\ncertainement entendre une merveille qu il n'a jamais encore entendue. Une\nrichesse intime énorme, une imagination vigoureuse fait jaillir comme d'un cra-\ntère tout un bourbier de passions ; ce que nous apercevons, ce sont des nuages de\nfumée aux proportions colossales, que partagent seulement les éclairs, et des\nbandes de feu modelées en formes fugitives. Tout est énorme, hardi, mais infini-\nment douloureux.\nOn n'y rencontre nulle part la beauté delà forme, nulle part ce fleuve ma-\njestueusement tranquille, à la marche sûre, auquel nous voudrions, pleins d es-\npoirs, nous fier. La première phrase de la Symphonie en ut mineur de\nBeethoven eût été pour moi un pur bienfait après la Sinfonie fantastique.\n(.Bayreuther Blàtter, 1884, p. 65 et 66, écrites en 1841.)\nOPINION DE WAGNER SUR LA SYMPHONIE DE (( ROMÉO ET JULIETTE ».\nL'audition de sa symphonie Roméo et Juliette me remplit l'âme d'une grande\ntristesse. A côté des trouvailles les plus géniales, on constate dans cette œuvre\ntantde manque de goût et un usage si défectueux des procédés d'art que je ne pus\nm'empêcherde désirer que, avant l'exécution, Berlioz eût présenté cette compo-\nsition à un homme tel que Chérubini, qui, certainement, sans causer le moindre\ntort à l'œuvre originale, aurait su la décharger d'une forte quantité de passages\nqui ne sont pas beaux et qui la gâtent. Mais, avec sa susceptibilité excessive, son\nami le plus intime n'eût point osé lui faire une telle proposition.\n(.Bayreuther Blàtter, p. 84, 67, 1841. Œuvres complètes, V, 250 51, 1857.)\nOPINION DE WAGNER SUR (( BENVENUTO CELLINI ».\nJe regrette que Berlioz veuille ou doive remanier son Cellini ! Si je ne me\ntrompe, cette œuvre a déjà plus de 10 ans : est-ce donc que Berlioz depuis le"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.33", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 732, "texte": "temps n a point continué à se développer pour entreprendre quelque chose\nd autre r Quelle pau\\ie confiance en soi-même que de se voir forcé de revenir à\nun travail si antérieur ! Les défauts de Cellini résident dans le poème et dans la\nsituation contre nature où sévit poussé le musicien qui, par des inventions pu-\nrement musicales, devait dissimuler un vide que seul le poète peut remplir. Or,\nBerlioz ne pourra jamais remettre debout ce Cellini ; mais, qui est-ce qui nous\nimporte le plus, Cellini —ou Berlioz ? Pour moi, il y a je ne sais quoi d'af-\nfreux à contempler ces essais galvaniques de résurrection !\n[Correspondance. 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Kastner\n(1 AlsacienKastner, né à Strasbourg en 1810, le pâle classique, auteur de la\nlîciipe d Soie, des Sll èues, etc... et constructeur d un nouvel instrument, le pyro-\nphone). C'est un rapprochement singulier. Il souscrit ensuite à ce jugement d'un\nmusicien d'ailleurs excellent, M. H. Kretzschmar, sur Berlioz et son école :\n(( Là où les passions extrêmes, les états psychologiques très violents, les événe-\nments dun caiactère inouï, le supeilatif de la fantaisie doit être atteint, ces\ncompositeurs bâtissent, comme les Cvclopes, avec des blocs non taillés. Ils lais-\nsent agn la force élémentaiie et biutale du son, du rythme brut, et accordent\nune grande impoi tance à 1 élément physique de 1 art musical. De là les périodes\nbâties sur des harmonies dissonantes, le chromatisme bruissant, et ces motifs\nque la musique artistique repousse comme trop vulgaires » (1). Un peu plus loin,\nM. Riemann cite l'opinion suivante, du même: (( Berlioz chercha et trouva le\nmoyen de rendre plus intelligibles les larges formes de la symphonie beethove-\nnienne ». M. Riemann déclare qu'il ne comprend pas cette comparaison : la mu-\nsique de Berlioz est pour lui une œuvre de rapiéçage (Flickwesen), un habit\nd Arlequin. Il conclut . (( Berlioz est le phénomène le plus extravagant de la\npéiiode romantique Victoi hluoo. Ses luttes maladives pour réaliser d énormes\nprojets le condamnaient à un échec. ))\nOn a le regret de le dire en parlant d'un écrivain comme M. le professeur Rie-\nmann, qui a îendu tant de services à 1 histoire et à la critique musicales : tout\nsonne faux dans ce qu il dit de Berlioz, tout est inexact ou à côté.\n(1) Kretzschmar, Fiihrer durch den I, 267."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c045", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "434", "page_fin": "437", "image_debut": 34, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.11", "titre_corps": "Les idées de Berlioz sur la musique. — Sa profession de foi.", "titre_sommaire": "Les idées de Berlioz sur la musique. — Sa profession de foi.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.34", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "Les idées de Berlioz sur la musique. — Sa profession de foi.\n\nLA ROUTINE ET LE PROGRÈS MUSICAL. - CORIOLAN. - ANDROMÈDE ET PERSÉE. — OPINION DE BERLIOZ SUR RICHARD WAGNER.\n\nLa profession de foi de Berlioz se trouve presque à chaque page de ses\nœuvres littéraires ; quelques documents, néanmoins, présentent un intérêt spé-\ncial. Le premier est une sorte d'interview qu'un publiciste compositeur im-\nposa au maître en 1852. Berlioz venait de faire triompher, à Weimar, son\nBenvenuto Cellini ainsi que Roméo et Juliette. L'enthousiasme était grand. C'est\nalors que C. Lobe demanda à Berlioz de mettre par écrit les idées les plus im-\nportantes qu'il lui avait entendu défendre en matière d'esthétique, et obtint une\njettre qui fut publiée dans les Fhegende Blàtter fur Musik. En voici les passages\nles plus importants :\n(( MONSIEUR,\n(( C'est tout simplement une profession de foi authentique que vous me som-\nmez de publier ?\n(( Ainsi agissent les vertueux électeurs à l'égard des candidats qui briguent\nles honneurs de la représentation nationale. Or, je n'ai pas la moindre ambi-\ntion de représenter : je ne veux être ni député, ni sénateur, ni consul, ni même\nbourgmestre.\n(( D'ailleurs, si j'aspirais à la dignité consulaire, je n'aurais, cerne semble,\nrien de mieux à faire pour obtenir les suffrages, non du peuple, mais des pa-\ntriciens de l'art, que d'imiter Marins Coriolanus, de me rendre au Forum et,\ndécouvrant ma poitrine, de montrer les blessures que j'ai reçues pour la dé-\nfense de la patrie.\n(( Ma profession de foi n'est-elle pas dans tout ce que j'ai eu le malheur d'é-\ncrire, dans ce que j'ai fait, dans ce que je n'ai pas fait ?\n(( Comme musicien, il me sera, je l'espère, beaucoup pardonné, parce que\nj'ai beaucoup aimé. Comme critique, j'ai été, je suis et je serai cruellement puni,\nparce que j'ai eu, parce que j'ai et j'aurai toute ma vie des haines cruelles et\nd'incommensurables mépris (i ). C'est juste. Mais ces amours, ces haines, ces\nmépris, sont sans doute aussi les vôtres ; qu'ai-je besoin de vous en signaler\nles objets ?\n(( La musique est le plus poétique, le plus puissant, le plus vivant de tous\nles arts. Elle devrait en être aussi le plus libre ; elle ne Test pourtant pas encore.\nDelà nos douleurs d'artistes, nos obscurs dévouements, nos lassitudes, nos dé-\nsespoirs, nos aspirations à la mort. La musique moderne, la Musique (je ne\nparle pas de la courtisane de ce nom qu'on rencontre partout), sous quelques\n\n(i) Dans la lettre à Hanslick, dont nous parlons ailleurs, Stephen Heller s'exprime ainsi : « Ses\nœuvres, ses discours, toute sa manière d'être, lui donnaient l'air d'un révolutionnaire vis-à-vis de\nl'« ancien régime » dans la musique. Je ne sais s'il fut girondin ou terroriste,mais je crois qu'il eût\nvolontiers déclaré traîtres à 1 art et condamné Rossini, Cherubini, Auber, Hérold, Boïeldieu, etc..,\nces (( Pitts » et ces « Cobourgs » de la corruption musicale d'alors »."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.35", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "rapports, c'est l'Andromède antique, divinement belle et nue, dont les regards\nde flamme se décomposent en rayons multicolores en passant au travers du\nprisme cle ses pleurs. Enchaînée sur un roc au bord de la mer immense dont\nles flots viennent battre sans cesse et couvrir cle limon ses beaux pieds, elle\nattend le Persée vainqueur qui doit briser sa chaîne et mettre en pièces la\nchimère appelée Routine, dont la gueule la menace en lançant des tourbillons\nde fumée empestée.\n(( Pourtant, je le crois, le monstre se fait vieux, ses mouvements n'ont plus\nleur énergie première, ses dents sont en débris, ses ongles émoussés, ses\nlourdes pattes glissent en se possant sur le bord du rocher d'Andromède, il\ncommence à reconnaître l'inutilité de ses efforts pour y gravir, il va retomber\nà l'abîme, déjà parfois on entend son râle d'agonie.\n(( Et quand la bête sera morte de sa laide mort, que restera-t-il à faire à l'a-\nmant dévoué de la sublime captive, sinon de nager jusqu'à elle, de rompre ses\nliens, et, l'emportant éperdue à travers les flots, de la rendre à la Grèce, au\nrisque même de voir Andromède payer tant de passion par l'indifférence et la\nfroideur ? Vainement les Satyres des cavernes voisines riront-ils de son ardeur à\nla délivrer, vainement lui crieront-ils de leur voix de bouc : Mais, laisse-lui donc\nses chaînes ! Sais tu si, libre, elle voudra se donner à toi ? Nue et enchaînée, la\nmajesté de son malheur n'en est que moins inviolable. )) L'amant qui aime a hor-\nreur d'un tel crime ; il veut recevoir et non arracher. Non seulement il sauvera\nchastement Andromède, mais après avoir baigné de larmes d'amour ses pieds\nmeurtris d'une si longue étreinte, il lui donnerait, s'il était possible, des ailes\nencore pour accroître sa liberté.\n(( Voilà, Monsieur, toute la profession de foi que je puis vous faire, et je la\nfais uniquement pour prouver que j'ai une foi.Tant cle professeurs en manquent !\nMalheureusement oui, j'en ai une, je l'ai trop longtemps professée sur les\ntoits, obéissant pieusement au précepte évangélique. Et grand est le tort du\nproverbe : (( Il n'y a que la foi qui sauve )>. Il n'y a que la foi qui perd, au con-\ntraire ; c'est elle qui me perdra. Telle est ma conclusion ; j'ajouterai seulement\ncomme fait mon Galiléen ami Griepenkerl,. au bas de toutes ses lettres : e pur si\nmuove ! —Ne me dénoncez pas àla sainte Inquisition.\n\n«Hector BERLIOZ.»\n\nCette lettre brillante et hautaine, plus littéraire que musicale, n'est pas exempte\ncle rhétorique, d apprêt, et même cle bel esprit. La métaphore y est conduite\navec une virtuosité particulière : nouvel exemple d'une contradiction assez\npiquante du romantisme qui, au moment même où il veut anéantir le monstre\nClassicisme (dont la gueule vomit une fumée empestée, etc.), emprunte à ce der-\nnier ses cadres de développements, ses symboles consacrés et tout son matériel\noratoire.— Comme expression de caractère, la lettre nous fait voir un homme\ndont l'imagination grossit toutes choses, qui est dupe de son imagination, et en\ntire constamment des motifs de souffrance, par suite de l'inévitable dispropor-\ntion qui s'établit entre les fantômes dont il est obsédé, et la réalité. Ne con-\nfondez pas cette souffrance avec celle dun Beethoven ou d'un Weber. Berlioz\ns'est rendu lui-même malheureux, cela est évident ; il a méconnu l'antique\nprécepte de Pythagore : ne ronge point ton cœur ! De plus, on dirait qu'il tient"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.36", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "à ce mal intérieur qu'il renouvelle à tout instant même en plein succès\ncomme à un privilège sublime, un signe d'élection qui s'accorde avec sa fierté et\nle distingue de la tourbe des Philistins. Il se blesse de sa propre main et ne\nrépugne pas à montrer, d'un geste tragique, ses cicatrices. 11 a souffert, et il\nproclame avec énergie qu'il souffrira encore...\nQuant à ses doléances sur les servitudes étroites que la tradition impose à\nj'art musical, elles sont, est-il besoin de le dire ? injustifiées. Le musicien\nmoderne peut bien s'accommoder de disciplines qui n'ont gêné ni Bach, ni\nBeethoven, lesquels d'ailleurs de l'aveu même fait par Berlioz dans d'autres\nopuscules ont fait tout ce qu'ils ont voulu.\nII.— Comme second document, nous n'avons qu'à rappeler les pages sui-\nvantes à\"A travers chants. On n'a jamais parlé avec plus de bon sens et de jus-\ntesse. C'est là que Berlioz mérite le beau titre que lui a décerné M. Camille\nSaint-Saens quand il a dit que l'auteur des Troyens avait été le premier critique\nde son temps.\n(( Si l'école de l'avenir dit ceci :\n(( La musique, aujourd'hui dans la force de sa jeunesse, est émancipée, libre ;\nelle fait ce qu'elle veut.\n(( Beaucoup de vieilles règles n'ont plus cours; elles furent faites par des ob-\nservateurs inattentifs ou par des esprits routiniers, pour d'autres esprits routi-\nniers.\n(( De nouveaux besoins de l'esprit, du cœur et du sens de l'ouïe, imposent de\nnouvelles tentatives, et même dans certains cas l'infraction des anciennes lois.\n(( Diverses formes sont par trop usées pour être encore admises.\n(( Tout est bon d'ailleurs, ou tout est mauvais, suivant l'usage qu'on en fait et la\nraison qui en amène l'usage.\n(( Dans son union avec le drame, ou seulement avec la parole chantée, la mu-\nsique doit toujours être en rapport direct avec le sentiment exprimé par la parole,\navec le caractère du personnage qui chante, souvent même avec l'accent et les\ninflexions vocales que bon sent devoir être les plus naturels du langage parlé.\n(( Les opéras ne doivent pas être écrits pour des chanteurs ; les chanteurs, au\ncontraire, doivent être formés pour les opéras.\n(( Les œuvres écrites uniquement pour faire briller les talents de certains vir-\ntuoses ne peuvent être que des compositions d'un ordre secondaire et d'assez peu\nde valeur.\n(( Les exécutants ne sont que des instruments plus ou moins intelligents desti-\nnés à mettre en lumière la forme et le sens intime des œuvres : leur despotisme\nest fini ;\n(( Le maître reste le maître ; c'est à lui de commander.\n(( Le son et la sonorité sont au-dessous de l'idée.\n(( L'idée est au-dessous du sentiment et de la passion.\n(( Les longues vocalisations rapides, les ornements du chant, le trille vocal,\nune multitude de rythmes, sont inconciliables avec l'expression de la plupart\ndes sentiments sérieux, nobles et profonds.\n« Il est en conséquence insensé d'écrire pour un Kyrie eleison (la prière la plus"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.37", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "humble de l'Église catholique) des traits qui ressemblent à s'y méprendre aux\nvociférations d'une troupe d'ivrognes attablés dans un cabaret.\n(( Il ne l'est peut-être pas moins d'appliquer la même musique à une invocation\nà Baal par des idolâtres et à la prière adressée à Jehovah par les enfants d'lsraël.\n(( Il est plus odieux encore de prendre une créature idéale, fille du plus grand\ndes poètes, un ange de pureté et d'amour, et de la faire chanter comme une fille\nde joie, etc., etc.\n(( Si tel est le code musical de l'école de l'avenir, nous sommes de cette école,\nnous lui appartenons corps et âme, avec la conviction la plus profonde et les plus\nchaleureuses sympathies.\n(( Mais si elle vient nous dire :\n(( Il faut faire le contraire de ce qu'enseignent les règles.\n(( On est las de la mélodie ; on est las des dessins mélodiques ; on est las des\nairs, des duos, des trios, des morceaux dont le thème se développe régulière-\nment ; on est rassasié des harmonies consonantes, des dissonances simples,\npréparées et résolues, des modulations naturelles et ménagées avec art.\n(( Il ne faut tenir compte que de l'idée, ne pas faire le moindre cas de la sensa-\ntion.\n(( Il faut mépriser l'oreille, cette guenille, la brutaliser pour la dompter : la mu-\nsique n'a pas pour objet de lui être agréable. Il faut qu'elle s'accoutume à tout,\naux séries de septièmes diminuées ascendantes ou descendantes, semblables à\nune troupe de serpents qui se tordent et s'entre-déchirent en sifflant; aux triples\ndissonances sans préparation ni résolution ; aux parties intermédiaires qu'on\nforce de marcher ensemble sans qu'elles s'accordent ni par l'harmonie ni par\nle rythme, et qui s'écorchent mutuellement ; aux modulations atroces, qui in-\ntroduisent une tonalité dans un coin de l'orchestre avant que, dans l'autre, la\nprécédente soit sortie.\n(( Il ne faut accorder aucune estime à l'art du chant, ne songer ni à sa nature\nni à ses exigences.\n(( Il faut, dans un opéra, se borner à noter la déclamation, dût-on employer les\nintervalles les plus inchantables, les plus saugrenus, les plus laids.\n(( 11 n'y a point de différence à établir entre la musique destinée à être lue par\nun musicien tranquillement assis devant son pupitre et celle qui doit être chantée\npar coeur, en scène, par un artiste obligé de se préoccuper en même temps de\nson action dramatique et de celle des autres acteurs.\n(( Il ne faut jamais s'inquiéter des possibilités de l'exécution.\n(( Si les chanteurs éprouvent à retenir un rôle, à se le mettre dans la voix, au-\ntant de peine qu'à apprendre par cœur une page de sanscrit ou à avaler une poi-\ngnée de coquilles de noix, tant pis pour eux ; on les paye pour travailler : ce sont\ndes esclaves.\n(( Les sorcières de Macbeth ont raison : le beau est horrible, l'horrible est\nbeau. ))\n(( Si telle est cette religion, très nouvelle en effet, je suis fort loin de la pro-\nfesser ; je n'en ai jamais été, je n'en suis pas, je n'en serai jamais.\n(( Je lève la main et je le jure : Non credo. »\n\nHector BERLIOZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c046", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "434", "page_fin": "435", "image_debut": 34, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.11.1", "titre_corps": "LA ROUTINE ET LE PROGRÈS MUSICAL. – CORIOLAN. – ANDROMÈDE ET PERSÉE. — OPINION DE BERLIOZ SUR RICHARD WAGNER.", "titre_sommaire": "LA ROUTINE ET LE PROGRÈS MUSICAL. – CORIOLAN. – ANDROMÈDE ET PERSÉE. — OPINION DE BERLIOZ SUR RICHARD WAGNER.", "signature_source": "«Hector BERLIOZ. »", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.34", "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "LA ROUTINE ET LE PROGRÈS MUSICAL. - CORIOLAN. - ANDROMÈDE ET PERSÉE. — OPINION DE BERLIOZ SUR RICHARD WAGNER.\n\nLa profession de foi de Berlioz se trouve presque à chaque page de ses\nœuvres littéraires ; quelques documents, néanmoins, présentent un intérêt spé-\ncial. 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Vainement les Satyres des cavernes voisines riront-ils de son ardeur à\nla délivrer, vainement lui crieront-ils de leur voix de bouc : Mais, laisse-lui donc\nses chaînes ! Sais tu si, libre, elle voudra se donner à toi ? Nue et enchaînée, la\nmajesté de son malheur n'en est que moins inviolable. )) L'amant qui aime a hor-\nreur d'un tel crime ; il veut recevoir et non arracher. Non seulement il sauvera\nchastement Andromède, mais après avoir baigné de larmes d'amour ses pieds\nmeurtris d'une si longue étreinte, il lui donnerait, s'il était possible, des ailes\nencore pour accroître sa liberté.\n(( Voilà, Monsieur, toute la profession de foi que je puis vous faire, et je la\nfais uniquement pour prouver que j'ai une foi.Tant cle professeurs en manquent !\nMalheureusement oui, j'en ai une, je l'ai trop longtemps professée sur les\ntoits, obéissant pieusement au précepte évangélique. Et grand est le tort du\nproverbe : (( Il n'y a que la foi qui sauve )>. Il n'y a que la foi qui perd, au con-\ntraire ; c'est elle qui me perdra. Telle est ma conclusion ; j'ajouterai seulement\ncomme fait mon Galiléen ami Griepenkerl,. au bas de toutes ses lettres : e pur si\nmuove ! —Ne me dénoncez pas àla sainte Inquisition.\n\n«Hector BERLIOZ.»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c047", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "435", "page_fin": "437", "image_debut": 35, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.11.2", "titre_corps": "Cette lettre brillante et hautaine, plus littéraire que musicale, n'est pas exempte", "titre_sommaire": "Cette lettre brillante et hautaine, plus littéraire que musicale, n'est pas exempte", "signature_source": "Hector BERLIOZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.35", "debut_caractere": 2434, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "Cette lettre brillante et hautaine, plus littéraire que musicale, n'est pas exempte\ncle rhétorique, d apprêt, et même cle bel esprit. La métaphore y est conduite\navec une virtuosité particulière : nouvel exemple d'une contradiction assez\npiquante du romantisme qui, au moment même où il veut anéantir le monstre\nClassicisme (dont la gueule vomit une fumée empestée, etc.), emprunte à ce der-\nnier ses cadres de développements, ses symboles consacrés et tout son matériel\noratoire.— Comme expression de caractère, la lettre nous fait voir un homme\ndont l'imagination grossit toutes choses, qui est dupe de son imagination, et en\ntire constamment des motifs de souffrance, par suite de l'inévitable dispropor-\ntion qui s'établit entre les fantômes dont il est obsédé, et la réalité. Ne con-\nfondez pas cette souffrance avec celle dun Beethoven ou d'un Weber. Berlioz\ns'est rendu lui-même malheureux, cela est évident ; il a méconnu l'antique\nprécepte de Pythagore : ne ronge point ton cœur ! De plus, on dirait qu'il tient"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.36", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "à ce mal intérieur qu'il renouvelle à tout instant même en plein succès\ncomme à un privilège sublime, un signe d'élection qui s'accorde avec sa fierté et\nle distingue de la tourbe des Philistins. Il se blesse de sa propre main et ne\nrépugne pas à montrer, d'un geste tragique, ses cicatrices. 11 a souffert, et il\nproclame avec énergie qu'il souffrira encore...\nQuant à ses doléances sur les servitudes étroites que la tradition impose à\nj'art musical, elles sont, est-il besoin de le dire ? injustifiées. Le musicien\nmoderne peut bien s'accommoder de disciplines qui n'ont gêné ni Bach, ni\nBeethoven, lesquels d'ailleurs de l'aveu même fait par Berlioz dans d'autres\nopuscules ont fait tout ce qu'ils ont voulu.\nII.— Comme second document, nous n'avons qu'à rappeler les pages sui-\nvantes à\"A travers chants. On n'a jamais parlé avec plus de bon sens et de jus-\ntesse. C'est là que Berlioz mérite le beau titre que lui a décerné M. Camille\nSaint-Saens quand il a dit que l'auteur des Troyens avait été le premier critique\nde son temps.\n(( Si l'école de l'avenir dit ceci :\n(( La musique, aujourd'hui dans la force de sa jeunesse, est émancipée, libre ;\nelle fait ce qu'elle veut.\n(( Beaucoup de vieilles règles n'ont plus cours; elles furent faites par des ob-\nservateurs inattentifs ou par des esprits routiniers, pour d'autres esprits routi-\nniers.\n(( De nouveaux besoins de l'esprit, du cœur et du sens de l'ouïe, imposent de\nnouvelles tentatives, et même dans certains cas l'infraction des anciennes lois.\n(( Diverses formes sont par trop usées pour être encore admises.\n(( Tout est bon d'ailleurs, ou tout est mauvais, suivant l'usage qu'on en fait et la\nraison qui en amène l'usage.\n(( Dans son union avec le drame, ou seulement avec la parole chantée, la mu-\nsique doit toujours être en rapport direct avec le sentiment exprimé par la parole,\navec le caractère du personnage qui chante, souvent même avec l'accent et les\ninflexions vocales que bon sent devoir être les plus naturels du langage parlé.\n(( Les opéras ne doivent pas être écrits pour des chanteurs ; les chanteurs, au\ncontraire, doivent être formés pour les opéras.\n(( Les œuvres écrites uniquement pour faire briller les talents de certains vir-\ntuoses ne peuvent être que des compositions d'un ordre secondaire et d'assez peu\nde valeur.\n(( Les exécutants ne sont que des instruments plus ou moins intelligents desti-\nnés à mettre en lumière la forme et le sens intime des œuvres : leur despotisme\nest fini ;\n(( Le maître reste le maître ; c'est à lui de commander.\n(( Le son et la sonorité sont au-dessous de l'idée.\n(( L'idée est au-dessous du sentiment et de la passion.\n(( Les longues vocalisations rapides, les ornements du chant, le trille vocal,\nune multitude de rythmes, sont inconciliables avec l'expression de la plupart\ndes sentiments sérieux, nobles et profonds.\n« Il est en conséquence insensé d'écrire pour un Kyrie eleison (la prière la plus"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.37", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "humble de l'Église catholique) des traits qui ressemblent à s'y méprendre aux\nvociférations d'une troupe d'ivrognes attablés dans un cabaret.\n(( Il ne l'est peut-être pas moins d'appliquer la même musique à une invocation\nà Baal par des idolâtres et à la prière adressée à Jehovah par les enfants d'lsraël.\n(( Il est plus odieux encore de prendre une créature idéale, fille du plus grand\ndes poètes, un ange de pureté et d'amour, et de la faire chanter comme une fille\nde joie, etc., etc.\n(( Si tel est le code musical de l'école de l'avenir, nous sommes de cette école,\nnous lui appartenons corps et âme, avec la conviction la plus profonde et les plus\nchaleureuses sympathies.\n(( Mais si elle vient nous dire :\n(( Il faut faire le contraire de ce qu'enseignent les règles.\n(( On est las de la mélodie ; on est las des dessins mélodiques ; on est las des\nairs, des duos, des trios, des morceaux dont le thème se développe régulière-\nment ; on est rassasié des harmonies consonantes, des dissonances simples,\npréparées et résolues, des modulations naturelles et ménagées avec art.\n(( Il ne faut tenir compte que de l'idée, ne pas faire le moindre cas de la sensa-\ntion.\n(( Il faut mépriser l'oreille, cette guenille, la brutaliser pour la dompter : la mu-\nsique n'a pas pour objet de lui être agréable. Il faut qu'elle s'accoutume à tout,\naux séries de septièmes diminuées ascendantes ou descendantes, semblables à\nune troupe de serpents qui se tordent et s'entre-déchirent en sifflant; aux triples\ndissonances sans préparation ni résolution ; aux parties intermédiaires qu'on\nforce de marcher ensemble sans qu'elles s'accordent ni par l'harmonie ni par\nle rythme, et qui s'écorchent mutuellement ; aux modulations atroces, qui in-\ntroduisent une tonalité dans un coin de l'orchestre avant que, dans l'autre, la\nprécédente soit sortie.\n(( Il ne faut accorder aucune estime à l'art du chant, ne songer ni à sa nature\nni à ses exigences.\n(( Il faut, dans un opéra, se borner à noter la déclamation, dût-on employer les\nintervalles les plus inchantables, les plus saugrenus, les plus laids.\n(( 11 n'y a point de différence à établir entre la musique destinée à être lue par\nun musicien tranquillement assis devant son pupitre et celle qui doit être chantée\npar coeur, en scène, par un artiste obligé de se préoccuper en même temps de\nson action dramatique et de celle des autres acteurs.\n(( Il ne faut jamais s'inquiéter des possibilités de l'exécution.\n(( Si les chanteurs éprouvent à retenir un rôle, à se le mettre dans la voix, au-\ntant de peine qu'à apprendre par cœur une page de sanscrit ou à avaler une poi-\ngnée de coquilles de noix, tant pis pour eux ; on les paye pour travailler : ce sont\ndes esclaves.\n(( Les sorcières de Macbeth ont raison : le beau est horrible, l'horrible est\nbeau. ))\n(( Si telle est cette religion, très nouvelle en effet, je suis fort loin de la pro-\nfesser ; je n'en ai jamais été, je n'en suis pas, je n'en serai jamais.\n(( Je lève la main et je le jure : Non credo. »\n\nHector BERLIOZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c048", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "438", "page_fin": "443", "image_debut": 38, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.12", "titre_corps": "Berlioz critique et écrivain, à propos de deux publications récentes.", "titre_sommaire": "Berlioz critique et écrivain, à propos de deux publications récentes.", "signature_source": "Louis LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "438", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.38", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3367, "texte": "Berlioz critique et écrivain, à propos de deux publications\nrécentes.\n\nL'INDULGENCE DE BERLIOZ. SON OPINION SUR LE RÔLE DU CRITIQUE MUSI-\nCAL. SES HAINES ARTISTIQUES. BERLIOZ ET LES GRANDS COMPOSITEURS\nÉCRIVAINS. UNE IDYLLE EN DAUPHINÉ. LES LIVRETS DE BERLIOZ.\nM. André Hallays a réuni en volume quelques-uns des feuilletons publiés par\nBerlioz dans le Journal des Débats de 1835 'd *863 (1 )• Mozart, Cherubini, Auber,\nLesueur, Meyerbeer, Herold, Donizetti, Halévy, Bellini, Adam, Glinka, Féli-\ncien David, Ambroise Thomas, Gounod, Littolff, Offenbach, Reyeret Bizet, tels\nsont les musiciens sur lesquels Berlioz est appelé, dans ce volume, à donner\nson opinion. Une première surprise, c'est que cette opinion est presque toujours\nfavorable. Je ne parle pas de Mozart, que Berlioz défend avec ardeur contre le\nmauvais goût du siècle et les crimes des arrangeurs ; mais Meyerbeer est porté\naux nues, Halévy est loué pour son abondance et son originalité, Adam pour sa\nfinesse, et les flons-flons des Diamants de la Couronne sont déclarés (( indignes\nde M. Auber». Tant d'aménité nous déroute quelque peu; nous attendions\ndes jugements plus sévères, d'abord parce que Berlioz est un compositeur, et\nensuite parce qu'il est Berlioz. Qu'a-t-il donc fait de cette âcreté furieuse qui\nest presque le fait dominant de son style dans les Mémoires, les Lettres, les\nSoirées de V Orchestre, les Grotesques de la Musique ? —-Il n'écrit donc plus avec\ndu vitriol ? Hélas! c'est que Berlioz parle ici de contemporains qu'il est appelé\nà rencontrer le lendemain, et qu'il doit ménager s'il ne veut pas renoncer pour\nlui-même à toute ambition terrestre. (( La violence que je me fais pour louer\ncertains ouvrages est telle que la vérité suinte à travers mes lignes, comme,\ndans les efforts extraordinaires de la presse hydraulique, l'eau suinte à travers\nle fer de l'instrument.» Une fois de plus, Alceste est contraint de louer le\nsonnet d'Oronte ; mais ici on ne songe plus à rire, car on se souvient de la\nDamnation de Faust incomprise, des Troyens refusés par l'Opéra, et l'on sait\nquelle torture ce dut etre pour le pauvre homme de génie d'assister au succès\nde ses rivaux, avec mission d'y applaudir. Mais la vérité (( suinte » en effet,\net M. Hallays relève finement les lignes obscures où Berlioz dépose, avec quelle\nprudence, quelle retenue et quels détours ! les critiques qu'il ne peut faire au\ngrand jour. De tout cela résulte un ensemble assez équivoque : il est fort diffi-\ncile de discerner la véritable pensée de l'auteur, à travers tant d'atténuations ;\non croit voir un homme gêné aux entournures par un habit trop étroit. L'habit\ndu feuilletoniste n'était pas fait pour Berlioz, et il le sentait bien :\nTrop misérables critiques ! Pour eux l'hiver n'a point de feux, l'été n'a point de\nglaces. Toujours transir, toujours brûlér. Toujours écouter, toujours subir, tou-\njours exécuter ensuite la danse des œufs, en tremblant d'en casser quelques-uns,\nsoit avec le pied de l'éloge, soit avec celui du blâme, quand ils auraient envie, de\ntrépigner des deux pieds sur cet amas d'œufs de chats-huants et de dindons, sans\ngrand danger pour les œufs de rossignols, tant ils sont rares aujourd'hui (2).\n\n(1) HECTOR BERLIOZ, Les Musiciens et la Musique. Introduction par André Hallays, Paris, Cal-\nmann-Lévy.\n(2) Les Grotesques de la Musique."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.39", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3480, "texte": "En ce moment Halévy, Scribe et Saint-Georges dorment du sommeil réparateur\ndes femmes en couches, et me voilà avec leur enfant sur les bras, obligé de cajoler\nsa nourrice pour qu'elle lui donne le sein, de le laver, de le bichonner, de dire à\ntout le monde comme il est joli, comme il ressemble à son père, de tirer son\nhoroscope et de lui prédire une longue vie (i).\nBerlioz a souffert de cette contrainte en écrivant la plupart de ses feuilletons.\nIl a cependant soigné le style ; il a peigné ses phrases à la mode du temps.\n(( Berlioz journaliste, dit à ce sujet M. André Hallays, était parfois de cette\n(( école parisienne qu'il haïssait avec tant de force, dès qu'il était question de\n(( musique. Et comment y eût-il échappé? Il écrivait aux Débats, à côté de\n(( Jules Janin, le mai tre incontesté dont tous les feuilletonistes, tous les criti-\n(( ques, tous les chroniqueurs imitaient de leur mieux la désinvolture sautil-\n(( lante, le bavardage laborieusement décousu, les digressions ahurissantes et\n(( les ironies sans fin. Ajoutez le lyrisme de pacotille que les romantiques avaient\n(( introduit jusque dans le journalisme, le manie de la grandiloquence, des\n(( interjections et des apostrophes. C'était la manière de Lousteau et de Lucien\n(( de Rubenpré Ce fut quelquefois la manière de Berlioz. )) Et cette préoccupa-\ntion du bien dire le hante à tel point qu'elle alourdit encore jusqu'aux pages où,\nrejetant enfin les voiles dont il enveloppe habituellement sa pensée, il laisse\néclater son indignation devant la Zampa d'Hérold, la Fille du Régiment de Doni-\nzetti, le Barkant d'Offenbach.\nA bien prendre, tout en participant un peu des trois écoles allemande, italienne\net française, Hérold, sans avoir un style à lui, n'est cependant ni Italien, ni Fran-\nçais, ni Allemand. Sa musique ressemble fort à ces produits industriels confection-\nnés à Paris, d'après des procédés inventés ailleurs et légèrement modifiés ; c'est de la\nmusique parisienne.\nLe feuilleton est décidément une dangereuse épreuve pour l'écrivain. Le\nrecueil cle M. Hallays n'en est pas moins d'un haut intérêt.\nBerlioz mérite bien le titre d'écrivain ; il ne faut, pour s'en convaincre, que\nlire l'excellente étude que M. Paul Morillot vient de faire paraître à l'occasion\ndu Centenaire (2). Sans doute, beaucoup de musiciens ont écrit ; mais un petit\nnombre seulement mérite décompter dans l'histoire littéraire. César Franck ne\nsemble avoir eu aucun sentiment du style : sans quoi il ne se fût peut-être pas\ncontenté, pour les Béatitudes et la Rédemption, des paroles que l'on sait.\nBeethoven a écrit de fort belles pages, mais dont la beauté tient à l'âme qui s'y\ndécouvre, par de brusques échappées pareilles à des déchirures : la maladresse\nmême de la main ajoute ici à notre saisissement. Au contraire, Schumann,\nWagner et Berlioz ont laissé des ouvrages que l'on peut lire pour eux-mêmes,\net qui garderaient encore de l'intérêt, si leurs auteurs n'avaient pas été en même\ntemps des musiciens de génie. Schumann est un critique et un polémiste plein\nd'enjouement et de sensibilité. Wagner est un grand poète-philosophe ; Ber-\nlioz est un poète aussi, mais d'une tout autre manière. Cet enfant du Dauphiné a\ngardé toute sa vie devant les yeux des paysages précis, des plaines ensoleillées\nbornées par des montagnes ombreuses aux fins contours, des bouquets d'arbres,\n\n(1) Les Soirées de l'Orchestre, XVIII.\n(2) PAUL MORILLOT. écrivain. Grenoble, Allier, 1903."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "440", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.40", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "des blés ondulants, des frais ruisseaux, toute une nature variée, amicale et douce,\ndouce à pleurer. Mais il n'a jamais pénétré dans la forêt infinie où Siegfried rêve\nsous le demi-jour que font les hêtres. Témoin ce souvenir de sa seizième\nannée (ij ;\nPar une belle matinée de mai, j'étais assis dans une prairie, à hombre d'un groupe\nde grands chênes, lisant un roman de Montjoie... Tout entier àma lecture, j'en fus\ndistrait cependant par des chants doux et tristes, s'épandant par la plaine à inter-\nvalles réguliers. La procession des Rogations passait dans le voisinage, et j'enten-\ndais la voix des paysans qui psalmodiaient les Litanies des Saints. Le cortège\ns'arrêta au pied d'une croix de bois ornée de feuillage :je le vis s'agenouiller pen-\ndant que le prêtre bénissait la campagne, et il reprit sa marche lente en continuant\nsa mélancolique psalmodie. La voix affaiblie de notre vieux curé se distinguait seule\navec des fragments de phrase. Et la foule pieuse s'éloignait, s'éloignait toujours ;\nDecrescendo ;\nSancte Barnaba,\nOra pro nobis...\nPerdendo :\nSancta Magdalena,\nOra pro\nSancta Maria,\nOra\nSancta\nnobis !\nSilence... léger frémissement des blés en fleurs, ondoyant sous la molle pression\nde Pair du matin... cri des cailles amoureuses appelant leur compagne...— l'ortolan,\nplein de joie, chantant sur la pointe d'un peuplier... calme profond .. une feuille\nmorte tombant lentement d'un chêne... coups sourds dans mon cœur. Évidem-\nment la vie était hors de moi, très 10in... A l'horizon, les glaciers des Alpes, frappés\npar le soleil levant, réfléchissaient d'immenses faisceaux de lumière. C'est de ce\ncôté qu'est Meylan (2).\nCe tableau où les impressions musicales se mêlent si étroitement aux impres-\nsions pittoresques, où le calme du paysage pénètre et trouble le cœur, n'annonce-\nt-il pas déjà la Scène aux Champs de la Symphonie ? On retrouve dans la mu-\nsique de Berlioz la même pureté de lignes, la même fraîcheur, la même noblesse,\njointes à une palpitation intérieure, une sensibilité exaspérée, une violence dou-\nloureuse qui ne se contient pas toujours. Par une anomalie dont il fut le premier\nà souffrir, Berlioz, tout classique par son goût et sa culture première, avait reçu\nen partage une âme passionnée, faite pour vivre dans un paroxysme perpétuel.\nC'est à Meylan qu'il connut ses premiers désespoirs ; il avait alors douze ans,\net sa jeune voisine de campagne, qui s'appelait Estelle, lui semblait une di-\nvinité :\n\n(1) Mémoires, cité par M. Morillot, p. 23.\n(2) C'est à Meylan que Berlioz passait ses vacances."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.41", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 596, "texte": "En l'apercevant... je l'aimai, c'est tout dire. Je n'espérais rien, je ne savais rien...\nmais j'éprouvais au cœur une douleur profonde. Je passais des nuits entières à me\ndésoler. Je me cachais le jour dans les champs de maïs, dans les réduits secrets du\njardin de mon grand-père, comme un oiseau blessé, muet et souffrant...\nBerlioz revit Estelle dix-sept ans plus tard, en 1833, puis en 1848 ; enfin en\n1864, veuf pour la deuxième fois, las de vivre et malade, il retourne à Meylan,\net s'exalte encore aux souvenirs du passé ; il court à Lyon où il retrouve l'amie"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "442", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.42", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2907, "texte": "de son enfance devenue grand'mère, et il l'aime encore ; il lui envoie de brûlantes\net timides déclarations, accueillies avec une indulgence souriante ; telle fut la\ngrande passion de Berlioz, restée inaltérable au milieu des troubles de son exis-\ntence, et qui adoucit ses derniers jours : « Mon ciel n'est plus vide... Stella !\nStella ! je pourrai maintenant mourir sans amertume et sans colère. »\nLa colère avait souvent possédé Berlioz, en effet. La vie lui fut amère ; il\nignora parfois les triomphes rêvés et mérités ; son mariage avec la char-\nmante Henriette Smithson ne fut pas heureux ; le ménage était pauvre, il\nfallut travailler pour vivre, écrire des feuilleton, louer les compositeurs en\nvogue, alors que Berlioz ne pouvait faire entendre ses œuvres qu'à la condition\nd'organiser et de diriger lui-même le concert. Son état ordinaire fut l'exaspéra-\ntion :de là les saillies de son style, ses mots féroces, ses accès de colère, ses\nironies diaboliques. Les Soirées de ïOrchestre et les Grotesques de la Musique sont\ndes œuvres de révolte et de malédiction, dont la fantaisie étincelante est comme\nfouettée de fureur ; c'est une course à l'abîme, une galopade éperdue qui jette\nà 1 enfer les mauvais auteurs, les mauvais chanteurs, les mauvais chefs d'or-\nchestre, le sot public et les amateurs imbéciles. Joignez à cela le goût clu ma-\ncabre, commun à tous les romantiques, et des plaisanteries d'amphithéâtre, sou-\nvenir de lointaines études cle médecine, et vous aurez une idée de cette prose\npassionnée et brillante, riche de traits, d'un mouvement irrésistible.\nMais il ne faut pas croire que Berlioz soit là tout entier, pas plus qu'il n'est\ntout entier dans la Marche au supplice ou la Scène infernale. Nul n'a mieux com-\npris que lui la grâce et la tendresse, où se désaltérait avidement son âme ardente.\nIl rêva toute sa vie cle calme, d'harmonie, d'émotions profondes et suivies : il\nadorait Gluck et Virgile. A tous moments son génie naturel l'écartait de cet\nidéal classique; mais à force d'amour et d'efforts, il l'atteignit pourtant, en bien\ndes pages delà Damnation, de l'Enfance du Christ et des Troyens. Alors, par la\ngrâce de la musique, son style s'apaise aussi, devient lié et soutenu. Le livret de\nl'Enfance du Christ est d'une naïveté voulue et charmante :\nVoyez ce beau tapis d'herbe douce et fleurie,\nLe Seigneur pour mon fils au désert l'étendit.\nAllez dormir, bon père ;\nBien reposez,\nMal ne songez.\nCette chanson d'un marin phrygien, clans les Troyens, est bien joliment\nrythmée :\nVallon sonore\nOù dès l'aurore\nJe m'en allais chantant, hélas !\nSous tes grands bois chantera-t-il encore,\nLe pauvre Hylas?\nBerce mollement sur ton sein sublime,\nO puissante mer, l'enfant de Didyme !\nLe marin breton de Tristan et Iseult chante, lui aussi, une chanson d'adieu\nmélancolique et grave ; que de grâce, au contraire, et de raffinement ici ! Avec"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.43", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "Wagner, nous entrons dans un sombre drame, un vrai chant populaire allemand\nrepensé par un maître de la musique ; avec Berlioz, nous voyons sourire la\nmer aux rayons du soleil. De même Y Invocation à la nature de Berlioz n'a rien du\nfervent panthéisme que l'on trouve dans Gœthe. Au lieu de s'absorber dans\nles choses, la pensée les contemple et les dessine avec précision : on retrouve le\nLatin, né sous un ciel limpide, et toujours conscient de sa personnalité. Et enfin\nla plainte de Marguerite, si elle ne vaut pas la chanson allemande, d'une si\némouvante simplicité, n'est pas indigne non plus de la musique que Berlioz a\nécrite sur ses vers :\nD'amour l'ardente flamme\nConsume mes beaux jours.\nAh ! la paix de mon âme\nA fini pour toujours.\nNe sent-on pas là comme un reflet affaibli de cette mélodie si belle, qui des-\ncend jusqu'au fond de l'âme pour en rejaillir ensuite chargée de désespoir?\nC est avec grande raison que M. Morillot cite ces différents passages ; et les\nlivrets de Berlioz méritent d'être étudiés, aujourd'hui surtout que la mode s'éta-\nblit, parmi nos compositeurs, d'écrire eux-mêmes les paroles qu'ils mettront\nensuite en musique; même s'ils renoncent à la rime, qu'ils tachent d'imiter cette\nfermeté de rythme et cette précision ! leur musique même y gagnera. On voit\nque Berlioz est loin d'être un écrivain négligeable. Alors que d'autres n'ont\nà leur disposition que la langue des sons, Berlioz peut encore exprimer sa\npensée avec des mots. Et sans doute, c'est dans sa musique qu'il a mis le\nmeilleur de lui-même ; mais son style ressemble à sa musique, et la suit comme\nl'ombre suit le nuage. On yretrouve cette recherche de l'effet qui déplaisait tant\nà Wagner, et aussi cette nervosité, cette vivacité, et d'autres fois cette pureté et\ncette douceur qui font les beaux contrastes de l'œuvre de Berlioz. Chez lui, le\nstyle, c'est le musicien ; et réciproquement, si l'on suit, à le lire, la mélodie tou-\njours prête à s'élancer; si, comme le veut M. Hallays, on peut mettre en tête\nd une page de Berlioz : allegro, andante ou scherzo, chacune de ses pages sym-\nphoniques évoque aussi des images, des formes harmonieuses ou grimaçantes,\ndes paysages, des caractères, des sentiments clairs et définis. Ce musicien est\nun poète. Et c'est pourquoi sa musique va droit au cœur.\n\nLouis LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c049", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "441", "page_fin": "441", "image_debut": 41, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.12.1", "titre_corps": "Hector BERLIOZ (Monument de Monte-Carlo).", "titre_sommaire": "Hector BERLIOZ (Monument de Monte-Carlo).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.41", "debut_caractere": 598, "fin_caractere_exclue": 639, "texte": "Hector BERLIOZ\n(Monument de Monte-Carlo)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c051", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "444", "page_fin": "448", "image_debut": 44, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13", "titre_corps": "Notes bibliographiques sur Berlioz.", "titre_sommaire": "Notes bibliographiques sur Berlioz.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.44", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "Notes bibliographiques sur Berlioz.\n\nLa liste complète des œuvres musicales, théoriques et critiques de Berlioz ne com-\nprendrait pas moins d'une dizaine de pages de cette Revue. Je me bornerai ici à\nquelques notes sur les œuvres les plus célèbres.\n\nŒuvres symphoniques :\nHUIT SCÈNES DE FAUST, tragédie de Gœthe traduite par Gérard de Nerval, mu-\nsique dédiée à M. le Vicomte de Larochefoucault, aide de camp du Roi, directeur\ngénéral des Beaux-Arts,et composée par Hector Berlioq. Grande partition. Œuvre I.\nPrix : 30 fr. A Paris, chez Schlesinger, rue de Richelieu, n°97.1829. La couverture\nporte deux épigraphes : la première extraite de Faust : « Je me consacre au\ntumulte, aux jouissances les plus douloureuses, à l'amour qui sent la haine, à la\npaix qui sent le désespoir. )) L'autre est une citation en anglais, tirée des Mélo-\ndies irlandaises de Thomas Moore.\n\nLA DAMNATION DE FAUST, légende dramatique en quatre parties, grande par-\ntition avec texte français et allemand. Quelques morceaux du livret sont em-\npruntés à la traduction française du Faust de Gœthe, par Gérard de Nerval; une\npartie des scènes 1, 4, 6 et 7 est de M. Gandonnière, le reste des paroles est de\nBerlioz. Traduction allemande par Minslaff. Prix : 60 fr. net. Paris, G. Richault,\nboulevard Poissonnière, 16, op. 24. Dédiée à Franz Liszt (1854). C'est le 6 dé-\ncembre 1846, dans l'après-midi, que la Damnation avait été exécutée pour la\npremière fois dans la salle de TOpéra-Comique, sous la direction de Berlioz lui-\nmême, avec Roger (Faust), Hermann Léon (Méphistophélès), Henri (Brander),\nMme Duflot-Maillard (Marguerite). La 2e audition eut lieu le 13 décembre\n(Salle Favart). V. le Journal des Débats du 27 novembre 1846 et la Revue et Ga-\n7hette musicale de Paris, 27 décembre et 1855, p. 28. Rappelons que\nBerlioz écrivait à Ferrand, le 2 février 1829 : cc Ecoutez-moi bien, Ferrand ; si\njamais je réussis, je sens, à n'en pouvoir douter, que je deviendrai un colosse en\nmusique ; j ai dans la tête depuis longtemps une Symphonie descriptive de Faust\nqui fermente ; quand je lui donneraila liberté, je veux qu'elleépouvante le monde\nmusical ». (Lettres intimes.) —Il y a une version italienne de la Damnation par\nEttore Gentili (Milan, Sonzogno, 1893, in-16).\n\nROMÉO ET JULIETTE, symphonie dramatique avec chœurs et solo, paroles\nd'Emile Deschamps, texte allemand par Emma Klingenfeld, et anglais par John\nBernhoff, 1859, op. 17. (De toutes les symphonies de Berlioz, c'est celle que\nM. Camille Saint-Saëns, dans ses Portraits et Souvenirs, déclare la plus belle.)\nDédiée par Berlioz à son bienfaiteur Paganini.\n\nL'ENFANCE DU CHRIST, trilogie biblique, paroles de Berlioz, 1854, op. 25.\nTraduite en allemand par Peter Cornélius et Félix Weingartner, en anglais par\nBernhoff. Réduction au piano par Balakirew. Le premier morceau de ce poème\n(chœur de bergers de Bethléem chantant leurs adieux à l'enfant Jésus au mo-\nment du départ de la sainte Famille pour l'Égypte) fut exécuté sous le pseudo-\nnyme de « PierreDucré, organiste de la Sainte-Chapelle au xviie siècle )), comme\nle raconte Berlioz dans une lettre à M. Ella, directeur de la (( Musical Union )),"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.45", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "qui fut publiée en Angleterre en 1852. Il avait pris le nom de son ami, l'archi-\ntecte Duc, en y ajoutant la note ré. Supercherie analogue fut tentée, le 6 juin\n1877, par Duprez pour un opéra (La Pazza délia Regina), mais sans succès.\n\nLa SYMPHONIE FANTASTIQUE, (( épisode de la vie d'une artiste », op. 14. Berlioz\nécrit à Ferrand, le 19 nov. 1830 : (( Je cours toute la soirée pour une répétition de\nma symphonie que je veux faire après-demain. Je donne le 5 décembre, à 2 h.,\nau Conservatoire, un immense concert dans lequel on exécutera l'ouverture des\nF; 'ancs Chant sacré et le Chant guerrier (des Mélodies), la scène de Sarda-\nnapale avec cent musiciens pour I'INCENDIE, et enfin la Symphonie fantastique »\n(Lettres intimes) ;etle 7 déc. :(( J'ai eu un succès furieux. La Symphonie fant asti que\na été accueillie avec cris et trépignements ; on a redemandé la Marche au supplice \\\nle Sabbat a tout abîmé d'effet satanique » (ibid.). On sait que le sujet de ce\npoème était l'amour du compositeur pour Henriette Smithson.\n\nHAROLD EN ITALIE, exécuté pour la IRD fois le 23 nov. 1833 au Conservatoire\n(avec Girard comme chef d'orchestre et Chrétien Urhan comme alto principal).\n\nSYMPHONIE FUNÈBRE ET TRIOMPHALE, écrite d'abord pour orchestre d'instru-\nments à vent et entendue sous cette forme, aux concerts Vivienne en 1840, puis\nenrichie d'instruments à cordes et d'un chœur sur des paroles d'Emile\nDeschamps.\n\nREQUIEM, messe commandée par M. de Gasparin en 1836 pour célébrer la\nmémoire des combattants de Juillet. (Berlioz accusa Habeneck, chef d'orches-\ntre, d'avoir, au début du Tuba mirum, posé tranquillement sa baguette\npour prendre une prise de tabac !!). Réduction au piano par Scharwenka.\n\nTE DEUM, à triple chœur, avec orchestre et orgue (op. 22). Edit. pour piano\npar Otto Taubmann.\n\nOpéras :\nBENVENUTO CELLINI (1838), opéra en 3 actes, paroles de Barbier et de\nWailly, trad allem. de Peter Cornélius (voir plus haut des renseignements sur\nla chute de cette œuvre). Le Carnaval romain lui sert de (( seconde ouverture ».\nBÉATRICE ET BÉNÉDICT (Bade, 1862). LES TROYENS, tragédie lyrique en\n2 parties : La prise de Troie, 3 a. et 4 tabl. (Karlsruhe, 1890) et Les Troyens à\nCartilage, (Paris 1863).\n\nOuvertures :\nWAVERLEY (op. 16), LES FRANCS JUGES (op. 3), LE ROI LEAR (op. 4).\nLE CORSAIRE (op. 21), ROB-ROY.\n(Chez Breitkopf et Martel, à Leipzig, édition critique, en xn vol. des œuvres\ncomplètes de Berlioz. Le vol. vi est consacré aux petites œuvres instrumen-\ntales).\n★\n¥ *\n\nŒuvres littéraires :\nTraité d instrumentation et Torchestration modernes (1844). « Toute ma géné-\nration a été formée par ce traité » (Camille Saint-Saëns)."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.46", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "Les Grotesques de la musique, par H. Berlioz (Paris, Libi airie Nouvelle, 1859,\nin-18, 308 p. avec musique\\\nLettres intimes de B. (avec préface de Gounod), Paris, C. Lévy, 1882, in-18.\n/\nLes Instruments de musique (tome 111, 2e partie, des Travaux de la Commission\nfr. sur l'industrie, Exposition Univ. de 1851), par H. Berlioz (Paris, 1855, in-8°).\nMémoires (comprenant ses voyages en Italie, en Allemagne, Russie, Angleterre,\n1803-1865, avec portrait), Paris, Michel Lévy, 1870, gr. in-8° (autres éditions du\nmêmQ,ibid., 1878 et 1881).\nLe Retour à la vie, monologue faisant suite àla Symphonie fantastique (Paris,\nM. Schlesinger, 1832, in-8° de 20 p.).\nLes Soirées de b Orchestre (Paris, Michel Lévy, 1852, in 18 de 429 p.); 2e éd. en\n1854, 3e en 1878, ibid.).\nVoyage musical en Allemagne et en Italie, études sur Beethoven, Gluck et Weber,\nmélanges et nouvelles (Paris, J. Labitte, 1844, 2 vol. in-8°).\n(Plus les Lettres intimes et la Correspondance inédite qui, avec les Mémoires,\nsont des publications posthumes).\nSur Berlioz :\nDiscours prononcé aux funérailles de Berlioz par M. Guillaume, Président de\nl'Académie des Beaux-Arts, le jeudi 11 mars 1869 (Paris, impr. Didot, 1869,\nin-40).\nNotice sur H. Berlioz, lue par Félicien David dans la séance du 30 juillet 1870\nde l'Académie des Beaux Arts (Paris, ibid., 1870, in-40).\nBerlioson œuvre, par Georges de Massougnes (Paris, Dentu, 1870, in-8°).\nBerlioz,sa vie et ses œuvres, par Léon Degeorge(Bruxelles, impr de Callewaert,\n1879, in-8°) (écrit à l'occasion de la ire exécution complète de la Damnation en\nBelgique, Bruxelles, 14 avril 1879).\nLa Symphonie lIAROLD et l'importance artistique de Berlio£, par Hermannßitter\n(en ail.), conférences faites à l'Ecole de musique de Wurzbourg (Oppeln, G.\nMaske, 1899, in 8°).\nLe Cycle Berlio£, par J.-G. Prod'homme La Damnation (1896), Y Enfance du\nChrist (1898), Paris, éditions du Mercure de France, 2 vol.in-12.\nHector Berlioz, sa vie et ses œuvres, par Adolphe Jullien (Paris, librairie de\nl'Art, 1888, in 40 de 384 p. avec illustrations de Fantin-Latour).\nBerlio1 et son temps, par Edmond Hippeau (Paris, Ollendoiff, 1892, in-18).\nDeux pages de la vie de Berlioz, par Michel Brenet (Paris, Vanier, 1889).\n(Les Souvenirs de M. E. Legouvé ont été traduits en ail. par S. Brautigam,\net M. La Mara a publié les lettres de Berlioz à la princesse Caroline Sayn-\nWittgenstein, Breitkopf, 1902)."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "La Revue musicale, 51, rue de Paradis, tient à la disposition de ses lecteurs\nl'important ouvrage suivant, d'une valeur et d'un intérêt uniques :\n\nCongrès international d Histoire de la Musique tenu à Paris\n(Bibliothèque de l'Opéra), du 23 au 29 juillet 1900. Documents, Mémoires lus\nau Congrès, Vœux. Fort et beau volume imprimé parles Bénédictins, à Solesmes.\nNous en donnerons une idée exacte en reproduisant la table des matières :\nPages.\nDiscours prononcé par M. BOURGAULT-DUCOUDRAY à l'ouverture du Congrès. . . 7\nI\nMUSIQUE GRECQUE\nE. RUELLE. Le Chant gnostico-magique des sept voyelles grecques 15\nELIE POIRÉE. Chant des sept voyelles. Analyse musicale 28\nL. LALOY. Le genre enharmonique des Grecs 39\nMGRB.GRASSI LANDI. Observations sur le genre enharmonique 57\nTII. REINACH. L'harmonie des sphères 60\nJ. TIERSOT. Le premier hymne delphique 63\nTH. REINACH. Sur la transcription du premier hymne delphique. 65\nËLIE POIRÉE. Une nouvelle interprétation rythmique du second hymne à Apollon. . . 70\nII\nMUSIQUE BYZANTINE\nR. P. THIBAUT. Assimilation des « Échoi » byzantins & des modes latins avec les an-\nciens tropes grecs 73\nR. P. THIBAUT. Les notations byzantines , 86\nDom HUGUES GAÏSSER. L'origine et la vraie nature du mode dit « Chromatique orien-\ntal )) , 93\nIII\nMUSIQUE DU MOYEN AGE\nA. MUSIQUE RELIGIEUSE\nG HOUDARD. La notation neumatique * 103\nDom HUGUES GAÏSSER. Observations sur la communication de M. Houclard 113\nG. HOUDARD. La notation neumatique considérée dans son sens matériel extérieur. . 116\nMGR B. GRASSI LANDI. Observations relatives à 1 interprétation des notes neumatiques\ndu chant grégorien 124\nDom HUGUES GAÏSSER. L'origine du « Tonus peregrinus )) 127\nLIBORIO SACCHETTI. Le chant religieux de l'Église orthodoxe russe 134\nB. MUSIQUE PROFANE\nP AUBRY. La légende dorée du jongleur 155\nMICHEL BRENET Un poète musicien du xve siècle : Eloy dWmerval 165"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "448", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "IV\nMUSIQUE MODERNE\nJ. TIERSOT. Des transformations de la tonalité & du rôle du dièse et du bémol depuis le\nmoyen âge jusqu'au xvne siècle {Résumé) 175\nDre O. CHILESOTTI. Musiciens français : Jean-Baptiste Besard & les luthistes du\nxvie siècle 179\nROMAIN ROLLAND. Notes sur 1' « Orfeo x> de Luigi Rossi & sur les musiciens italiens\nà Paris, sous Mazarin 191\nSHEDLOCK. Purcell et Bach (Traduit de l'anglais par Mlle FERNANDE SALZEDO). . . . 210\nALEXANDRE LONGO. Observations sur la valeur historique des compositions pour clavecin\nde Dominique Scarlatti 213\nADÔLF LINDGREN. Contribution à l'histoire de la « Polonaise » 215\nGEORGES HUMBERT. Les principes naturels de l'évolution musicale 221\nARNALDO BONAVENTURA. Progrès & nationalité dans la musique 226\nILMARI KROHN. De la mesure à 5 temps dans la musique finnoise 241\nP. LANDORMY. Des moyens d'organiser en France une ligue pour la protection & le\ndéveloppement de l'art musical 246\nTH. GEROLD. De la valeur des petites notes d'agrément & d'expression 251\nV\nVARIA\nCommunication de M. CAMILLE SAINT-SAENS (réformes de l'écriture musicale). . 261\nHÉLOUIN Histoire du métronome en France 264\nMEERENS. Réforme du système musical 270\nJULIAN CARILLO. La nomenclature des sons 276\nÉDOUARD GARIEL. De la nécessité de méthodiser l'enseignement de la musique en lui ap-\npliquant une base scientifique . 281\nMlle HORTENSE PARENT. De l'enseignement élémentaire du piano en France au point de\nvue de la vulgarisation de la musique 289\nLIONEL DAURIAC La Pensée musicale 296\nJULES COMBARIEU. Le vandalisme musical 298\nConcert historique donné à l'occasion du Congrès de musique le samedi 28 juillet 1900 en\nl'hôtel de S. A. le prince Roland Bonaparte 306\nCollection d'autographes musicaux 309\nVœux du Congrès 311\nListe & adresses des Membres du Congrès. 313\n(Nombreuses planches de musique ancienne et moderne dans le texte.)\nPrix de l'ouvrage, port compris : 10 fr. (au lieu de 15).\nAux bureaux de la Revue Musicale, 51, rue de Paradis, Paris, contre mandat-poste."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c052", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "444", "page_fin": "444", "image_debut": 44, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.1", "titre_corps": "La liste complète des œuvres musicales, théoriques et critiques de Berlioz ne", "titre_sommaire": "La liste complète des œuvres musicales, théoriques et critiques de Berlioz ne", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.44", "debut_caractere": 73, "fin_caractere_exclue": 284, "texte": "La liste complète des œuvres musicales, théoriques et critiques de Berlioz ne com-\nprendrait pas moins d'une dizaine de pages de cette Revue. 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Quelques morceaux du livret sont em-\npruntés à la traduction française du Faust de Gœthe, par Gérard de Nerval; une\npartie des scènes 1, 4, 6 et 7 est de M. Gandonnière, le reste des paroles est de\nBerlioz. Traduction allemande par Minslaff. Prix : 60 fr. net. Paris, G. Richault,\nboulevard Poissonnière, 16, op. 24. Dédiée à Franz Liszt (1854). C'est le 6 dé-\ncembre 1846, dans l'après-midi, que la Damnation avait été exécutée pour la\npremière fois dans la salle de TOpéra-Comique, sous la direction de Berlioz lui-\nmême, avec Roger (Faust), Hermann Léon (Méphistophélès), Henri (Brander),\nMme Duflot-Maillard (Marguerite). La 2e audition eut lieu le 13 décembre\n(Salle Favart). V. le Journal des Débats du 27 novembre 1846 et la Revue et Ga-\n7hette musicale de Paris, 27 décembre et 1855, p. 28. Rappelons que\nBerlioz écrivait à Ferrand, le 2 février 1829 : cc Ecoutez-moi bien, Ferrand ; si\njamais je réussis, je sens, à n'en pouvoir douter, que je deviendrai un colosse en\nmusique ; j ai dans la tête depuis longtemps une Symphonie descriptive de Faust\nqui fermente ; quand je lui donneraila liberté, je veux qu'elleépouvante le monde\nmusical ». (Lettres intimes.) —Il y a une version italienne de la Damnation par\nEttore Gentili (Milan, Sonzogno, 1893, in-16)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c055", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "444", "page_fin": "444", "image_debut": 44, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.4", "titre_corps": "ROMÉO ET JULIETTE, symphonie dramatique avec chœurs et solo, paroles", "titre_sommaire": "ROMÉO ET JULIETTE, symphonie dramatique avec chœurs et solo, paroles", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.44", "debut_caractere": 2287, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "ROMÉO ET JULIETTE, symphonie dramatique avec chœurs et solo, paroles\nd'Emile Deschamps, texte allemand par Emma Klingenfeld, et anglais par John\nBernhoff, 1859, op. 17. (De toutes les symphonies de Berlioz, c'est celle que\nM. Camille Saint-Saëns, dans ses Portraits et Souvenirs, déclare la plus belle.)\nDédiée par Berlioz à son bienfaiteur Paganini."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c056", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "444", "page_fin": "445", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.5", "titre_corps": "L'ENFANCE DU CHRIST, trilogie biblique, paroles de Berlioz, 1854, op. 25.", "titre_sommaire": "L'ENFANCE DU CHRIST, trilogie biblique, paroles de Berlioz, 1854, op. 25.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.44", "debut_caractere": 2639, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "L'ENFANCE DU CHRIST, trilogie biblique, paroles de Berlioz, 1854, op. 25.\nTraduite en allemand par Peter Cornélius et Félix Weingartner, en anglais par\nBernhoff. Réduction au piano par Balakirew. Le premier morceau de ce poème\n(chœur de bergers de Bethléem chantant leurs adieux à l'enfant Jésus au mo-\nment du départ de la sainte Famille pour l'Égypte) fut exécuté sous le pseudo-\nnyme de « PierreDucré, organiste de la Sainte-Chapelle au xviie siècle )), comme\nle raconte Berlioz dans une lettre à M. Ella, directeur de la (( Musical Union )),"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.45", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 270, "texte": "qui fut publiée en Angleterre en 1852. Il avait pris le nom de son ami, l'archi-\ntecte Duc, en y ajoutant la note ré. Supercherie analogue fut tentée, le 6 juin\n1877, par Duprez pour un opéra (La Pazza délia Regina), mais sans succès."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c057", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "445", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.6", "titre_corps": "La SYMPHONIE FANTASTIQUE, (( épisode de la vie d'une artiste », op. 14. Berlioz", "titre_sommaire": "La SYMPHONIE FANTASTIQUE, (( épisode de la vie d'une artiste », op. 14. 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La Symphonie fant asti que\na été accueillie avec cris et trépignements ; on a redemandé la Marche au supplice \\\nle Sabbat a tout abîmé d'effet satanique » (ibid.). On sait que le sujet de ce\npoème était l'amour du compositeur pour Henriette Smithson."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c058", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "445", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.7", "titre_corps": "HAROLD EN ITALIE, exécuté pour la IRD fois le 23 nov. 1833 au Conservatoire", "titre_sommaire": "HAROLD EN ITALIE, exécuté pour la IRD fois le 23 nov. 1833 au Conservatoire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.45", "debut_caractere": 1064, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "HAROLD EN ITALIE, exécuté pour la IRD fois le 23 nov. 1833 au Conservatoire\n(avec Girard comme chef d'orchestre et Chrétien Urhan comme alto principal)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c059", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "445", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.8", "titre_corps": "SYMPHONIE FUNÈBRE ET TRIOMPHALE, écrite d'abord pour orchestre", "titre_sommaire": "SYMPHONIE FUNÈBRE ET TRIOMPHALE, écrite d'abord pour orchestre", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.45", "debut_caractere": 1218, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "SYMPHONIE FUNÈBRE ET TRIOMPHALE, écrite d'abord pour orchestre d'instru-\nments à vent et entendue sous cette forme, aux concerts Vivienne en 1840, puis\nenrichie d'instruments à cordes et d'un chœur sur des paroles d'Emile\nDeschamps."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c060", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "445", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.9", "titre_corps": "REQUIEM, messe commandée par M. de Gasparin en 1836 pour célébrer la", "titre_sommaire": "REQUIEM, messe commandée par M. de Gasparin en 1836 pour célébrer la", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.45", "debut_caractere": 1452, "fin_caractere_exclue": 1739, "texte": "REQUIEM, messe commandée par M. de Gasparin en 1836 pour célébrer la\nmémoire des combattants de Juillet. (Berlioz accusa Habeneck, chef d'orches-\ntre, d'avoir, au début du Tuba mirum, posé tranquillement sa baguette\npour prendre une prise de tabac !!). Réduction au piano par Scharwenka."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c061", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "445", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.10", "titre_corps": "TE DEUM, à triple chœur, avec orchestre et orgue (op. 22). Edit. pour piano", "titre_sommaire": "TE DEUM, à triple chœur, avec orchestre et orgue (op. 22). 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Edit. pour piano\npar Otto Taubmann."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c062", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "445", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.11", "titre_corps": "Opéras :", "titre_sommaire": "Opéras :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.45", "debut_caractere": 1837, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "Opéras :\nBENVENUTO CELLINI (1838), opéra en 3 actes, paroles de Barbier et de\nWailly, trad allem. de Peter Cornélius (voir plus haut des renseignements sur\nla chute de cette œuvre). Le Carnaval romain lui sert de (( seconde ouverture ».\nBÉATRICE ET BÉNÉDICT (Bade, 1862). LES TROYENS, tragédie lyrique en\n2 parties : La prise de Troie, 3 a. et 4 tabl. (Karlsruhe, 1890) et Les Troyens à\nCartilage, (Paris 1863)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c063", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "445", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.12", "titre_corps": "Ouvertures :", "titre_sommaire": "Ouvertures :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.45", "debut_caractere": 2250, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "Ouvertures :\nWAVERLEY (op. 16), LES FRANCS JUGES (op. 3), LE ROI LEAR (op. 4).\nLE CORSAIRE (op. 21), ROB-ROY.\n(Chez Breitkopf et Martel, à Leipzig, édition critique, en xn vol. des œuvres\ncomplètes de Berlioz. 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Berlioz (Paris, Libi airie Nouvelle, 1859,\nin-18, 308 p. avec musique\\\nLettres intimes de B. (avec préface de Gounod), Paris, C. Lévy, 1882, in-18.\n/\nLes Instruments de musique (tome 111, 2e partie, des Travaux de la Commission\nfr. sur l'industrie, Exposition Univ. de 1851), par H. Berlioz (Paris, 1855, in-8°).\nMémoires (comprenant ses voyages en Italie, en Allemagne, Russie, Angleterre,\n1803-1865, avec portrait), Paris, Michel Lévy, 1870, gr. in-8° (autres éditions du\nmêmQ,ibid., 1878 et 1881).\nLe Retour à la vie, monologue faisant suite àla Symphonie fantastique (Paris,\nM. Schlesinger, 1832, in-8° de 20 p.).\nLes Soirées de b Orchestre (Paris, Michel Lévy, 1852, in 18 de 429 p.); 2e éd. en\n1854, 3e en 1878, ibid.).\nVoyage musical en Allemagne et en Italie, études sur Beethoven, Gluck et Weber,\nmélanges et nouvelles (Paris, J. Labitte, 1844, 2 vol. in-8°).\n(Plus les Lettres intimes et la Correspondance inédite qui, avec les Mémoires,\nsont des publications posthumes).\nSur Berlioz :\nDiscours prononcé aux funérailles de Berlioz par M. Guillaume, Président de\nl'Académie des Beaux-Arts, le jeudi 11 mars 1869 (Paris, impr. Didot, 1869,\nin-40).\nNotice sur H. Berlioz, lue par Félicien David dans la séance du 30 juillet 1870\nde l'Académie des Beaux Arts (Paris, ibid., 1870, in-40).\nBerlioson œuvre, par Georges de Massougnes (Paris, Dentu, 1870, in-8°).\nBerlioz,sa vie et ses œuvres, par Léon Degeorge(Bruxelles, impr de Callewaert,\n1879, in-8°) (écrit à l'occasion de la ire exécution complète de la Damnation en\nBelgique, Bruxelles, 14 avril 1879).\nLa Symphonie lIAROLD et l'importance artistique de Berlio£, par Hermannßitter\n(en ail.), conférences faites à l'Ecole de musique de Wurzbourg (Oppeln, G.\nMaske, 1899, in 8°).\nLe Cycle Berlio£, par J.-G. Prod'homme La Damnation (1896), Y Enfance du\nChrist (1898), Paris, éditions du Mercure de France, 2 vol.in-12.\nHector Berlioz, sa vie et ses œuvres, par Adolphe Jullien (Paris, librairie de\nl'Art, 1888, in 40 de 384 p. avec illustrations de Fantin-Latour).\nBerlio1 et son temps, par Edmond Hippeau (Paris, Ollendoiff, 1892, in-18).\nDeux pages de la vie de Berlioz, par Michel Brenet (Paris, Vanier, 1889).\n(Les Souvenirs de M. E. Legouvé ont été traduits en ail. par S. Brautigam,\net M. La Mara a publié les lettres de Berlioz à la princesse Caroline Sayn-\nWittgenstein, Breitkopf, 1902)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c065", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "447", "page_fin": "447", "image_debut": 47, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.14", "titre_corps": "La Revue musicale, 51, rue de Paradis, tient à la disposition de ses lecteurs", "titre_sommaire": "La Revue musicale, 51, rue de Paradis, tient à la disposition de ses lecteurs", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 145, "texte": "La Revue musicale, 51, rue de Paradis, tient à la disposition de ses lecteurs\nl'important ouvrage suivant, d'une valeur et d'un intérêt uniques :"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-08-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-08-15_01#c066", "volume": "bmtnabj_1903-08-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "447", "page_fin": "448", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.2.13.15", "titre_corps": "Congrès international d Histoire de la Musique tenu à Paris", "titre_sommaire": "Congrès international d Histoire de la Musique tenu à Paris", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.47", "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "Congrès international d Histoire de la Musique tenu à Paris\n(Bibliothèque de l'Opéra), du 23 au 29 juillet 1900. Documents, Mémoires lus\nau Congrès, Vœux. Fort et beau volume imprimé parles Bénédictins, à Solesmes.\nNous en donnerons une idée exacte en reproduisant la table des matières :\nPages.\nDiscours prononcé par M. BOURGAULT-DUCOUDRAY à l'ouverture du Congrès. . . 7\nI\nMUSIQUE GRECQUE\nE. RUELLE. Le Chant gnostico-magique des sept voyelles grecques 15\nELIE POIRÉE. Chant des sept voyelles. Analyse musicale 28\nL. LALOY. Le genre enharmonique des Grecs 39\nMGRB.GRASSI LANDI. Observations sur le genre enharmonique 57\nTII. REINACH. L'harmonie des sphères 60\nJ. TIERSOT. Le premier hymne delphique 63\nTH. REINACH. Sur la transcription du premier hymne delphique. 65\nËLIE POIRÉE. Une nouvelle interprétation rythmique du second hymne à Apollon. . . 70\nII\nMUSIQUE BYZANTINE\nR. P. THIBAUT. Assimilation des « Échoi » byzantins & des modes latins avec les an-\nciens tropes grecs 73\nR. P. THIBAUT. Les notations byzantines , 86\nDom HUGUES GAÏSSER. L'origine et la vraie nature du mode dit « Chromatique orien-\ntal )) , 93\nIII\nMUSIQUE DU MOYEN AGE\nA. MUSIQUE RELIGIEUSE\nG HOUDARD. La notation neumatique * 103\nDom HUGUES GAÏSSER. Observations sur la communication de M. Houclard 113\nG. HOUDARD. La notation neumatique considérée dans son sens matériel extérieur. . 116\nMGR B. GRASSI LANDI. Observations relatives à 1 interprétation des notes neumatiques\ndu chant grégorien 124\nDom HUGUES GAÏSSER. L'origine du « Tonus peregrinus )) 127\nLIBORIO SACCHETTI. Le chant religieux de l'Église orthodoxe russe 134\nB. MUSIQUE PROFANE\nP AUBRY. La légende dorée du jongleur 155\nMICHEL BRENET Un poète musicien du xve siècle : Eloy dWmerval 165"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "448", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "IV\nMUSIQUE MODERNE\nJ. TIERSOT. Des transformations de la tonalité & du rôle du dièse et du bémol depuis le\nmoyen âge jusqu'au xvne siècle {Résumé) 175\nDre O. CHILESOTTI. Musiciens français : Jean-Baptiste Besard & les luthistes du\nxvie siècle 179\nROMAIN ROLLAND. Notes sur 1' « Orfeo x> de Luigi Rossi & sur les musiciens italiens\nà Paris, sous Mazarin 191\nSHEDLOCK. Purcell et Bach (Traduit de l'anglais par Mlle FERNANDE SALZEDO). . . . 210\nALEXANDRE LONGO. Observations sur la valeur historique des compositions pour clavecin\nde Dominique Scarlatti 213\nADÔLF LINDGREN. Contribution à l'histoire de la « Polonaise » 215\nGEORGES HUMBERT. Les principes naturels de l'évolution musicale 221\nARNALDO BONAVENTURA. Progrès & nationalité dans la musique 226\nILMARI KROHN. De la mesure à 5 temps dans la musique finnoise 241\nP. LANDORMY. Des moyens d'organiser en France une ligue pour la protection & le\ndéveloppement de l'art musical 246\nTH. GEROLD. De la valeur des petites notes d'agrément & d'expression 251\nV\nVARIA\nCommunication de M. CAMILLE SAINT-SAENS (réformes de l'écriture musicale). . 261\nHÉLOUIN Histoire du métronome en France 264\nMEERENS. Réforme du système musical 270\nJULIAN CARILLO. La nomenclature des sons 276\nÉDOUARD GARIEL. De la nécessité de méthodiser l'enseignement de la musique en lui ap-\npliquant une base scientifique . 281\nMlle HORTENSE PARENT. De l'enseignement élémentaire du piano en France au point de\nvue de la vulgarisation de la musique 289\nLIONEL DAURIAC La Pensée musicale 296\nJULES COMBARIEU. Le vandalisme musical 298\nConcert historique donné à l'occasion du Congrès de musique le samedi 28 juillet 1900 en\nl'hôtel de S. A. le prince Roland Bonaparte 306\nCollection d'autographes musicaux 309\nVœux du Congrès 311\nListe & adresses des Membres du Congrès. 313\n(Nombreuses planches de musique ancienne et moderne dans le texte.)\nPrix de l'ouvrage, port compris : 10 fr. (au lieu de 15).\nAux bureaux de la Revue Musicale, 51, rue de Paradis, Paris, contre mandat-poste."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "[401]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nN° 10 (troisième année)\n15 Août\n1903.\nR. M.\n26\n\nHector BERLIOZ\nD'après une estampe conservée à la Bibliothèque nationale."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "403", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.3", "texte": "HECTOR BERLIOZ\n\nHECTOR BERLIOZ\n\nDans une liste de personnes enrôlées pour assurer le succès d'Hernani, en\n1830, on trouve les noms suivants : Th. Gautier, Petrus Borel, Balzac, Berlioz,\nCabat, Préault, Bouchardy, Gigoux, etc. L'auteur de la Damnation méritait\nbien un poste d'honneur et de combat au moment où la poésie enthousiaste de\nla jeune Ecole allait triompher de la tradition ; car il a été plus que roman-\ntique : il fut le Romantisme personnifié. Mais la phalange que je viens de rappe-\nler est un peu pâle pour lui servir de cadre ; c'est ailleurs et plus haut qu'on doit\nchercher ses pairs.\nSongez à 1 auteur de la Barque du Dante, qui fit dans la peinture, et presque\nau même moment, une révolution semblable à celle de V. Hugo en poésie. Avec\nsa chevelure en crinière de lion posée sur un corps malingre, Delacroix, cravaté\njusqu au menton, serait digne d être placé, dans un rapprochement d'apothéose,\nà la droite de notre musicien. Élève comme lui d'un classique raffiné Guérin\nest de la famille des Lesueur,— il fit, comme lui, une guerre sans merci au poncif\nacadémique, adora Goethe et Shakespeare en même temps que les Anciens, fut\nmordu par l'envie, (( livré aux bêtes )), systématiquement exclu de l'lnstitut, et\nvécut dans la fièvre, soutenu par un feu intérieur qui finit par le dévorer. Voici\nune analogie plus précise. On sait que, dessinateur contestable, Delacroix fut un\ndécorateur splendide, un coloriste créateur; à l'inverse d'lngres et de David, qui\ndessinaient d'abord et peignaient ensuite (toutes les études qui nous sont restées\nde l'école classique sont des recherches de lignes et non de couleur), Delacroix,\nselon l'excellente remarque de Ch. Blanc, (( inventait son dessin pour sa couleur)).\nTous ces traits ne semblent-ils pas caractériser Berlioz lui-même ? Dans\ndes scènes comme les Pèlerins chantant la prière du soir> la Course à Vabime, la\nScène aux champs, la Fête Capidet, tant d'autres !... il a peint avec des sons;\net par des combinaisons de timbres analogues à celles des tons sur la palette,\nil a obtenu des effets prodigieux. Il semble que la pensée musicale se présentait\nà lui sous la forme d'un coloris instrumental, et non avec la sécheresse d'une\nligne mélodique. Il est le digne descendant de Weber. La scène de la fonte des\nballes, dans le Freischutz, est la source du romantisme orchestral.\nIl y a un autre héros du romantisme qu'on aimerait à placer à ses côtés :\nc'est Byron. Par cet individualisme exaspéré qui n'a jamais peint que soi sous\ndes noms différents (Manfred, Harold, etc.), Byron est aussi berliozien que\nBerlioz est byronesque, avec cette réserve pourtant que s'il y a chez tous les\ndeux même fougue, même flamme, même aspiration inquiète vers d'impossibles\nbuts, il y a chez l'un plus de tendresse que chez l'autre. Remarquons aussi que\nle romantisme littéraire a beaucoup plus vieilli que le romantisme musical...\nComme Byron, Berlioz fut un lyrique.\nComme Delacroix, il fut un flamboyant.\nOn se représente volontiers ces trois grands artistes dans une atmosphère de\ntempête déchirée par d'incessantes fulgurations.\nQue recouvre cette étiquette de romantique ?"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.4", "texte": "HECTOR BERLIOZ\n\nPour mériter d'être placé si haut aujourd'hui, Berlioz eut les deux qualités\nsans lesquelles il n'y a pas de grand musicien. La première, c'est la « person-\nnalité )). Nul, plus que lui, ne fut quelqu'un. Rarement chez un homme, les\ncaractères individuels eurent cette intensité suraiguë : imagination passionnée,\naptitude singulière à sentir et à souffrir en musique, goût du grandiose, inquié-\ntude d'un cœur profond qui connut l'extrême tendresse et l'extrême souffrance,\net se tourmenta lui-même, non sans une amère fierté! D'autres hommes, sans\ndoute, ont éprouvé cela ; ainsi, avec sa sensibilité fébrile toujours prête aux\nlarmes, son imagination (et cette maladie d'estomac qui explique tant de\nchoses!), Berlioz fait songer à l'auteur des Confessions : c'est un Rousseau sur-\nchauffé qui, musicalement, se dénoue et aboutit; mais qui ne le distinguerait\nentre tous ? 11 semble avoir concentré dans son cœur, pour une originalité dou-\nloureuse et unique, toute la puissance d'aimer, de rêver, de souffrir, qui est\néparse dans les autres cœurs. La seconde qualité (intéressante seulement\nquand elle s ajoute à celle que je viens de dire), c'est que Berlioz fut un sincère.\nAu lieu de s'amuser à des jeux de surface ou à de petites constructions bien\néquilibrées, comme fît la gentille école de Boïeldieu, il se mit tout entier, au\nrisque de bousculer bien des choses et de scandaliser bien des gens, dans ce\nqu'il écrivait. M. Massenet l'a comparé à un Prométhée apportant le feu à la\nmusique française ; cette flamme, c'est en lui-même que Berlioz la prit Et nous\narrivons ici à l'idée capitale qui résume toute l'esthétique des vrais artistes. Ber-\nlioz a obtenu la récompense réservée à ceux qui sont sincères : à force de vivre\nson œuvre, d'être soi et de n'exprimer que soi, il est arrivé à exprimer l'humanité.\nVoilà bien la raison des fêtes qu'on célèbre en son honneur. Grâce à lui, la\nmusique n est plus une élégance de salon, un jeu de virtuosité ou de savoir\ntechnique : elle est humaine, humaine comme la poésie de Musset ou de Vir-\ngile. Sa fonction est la même (l'instinct du public ne s y trompe pas) que celle de\nla grande littérature où se reflètent le monde de la nature et le monde de l'âme :\nelle est la vie, le diame profond que chacun a plus ou moins vécu, la traduction\npathétique, éblouissante, parfaitement nette, de la réalité morale et de son\ncadre pittoresque. Ce qu'on pourrait considérer comme une de ses faiblesses, au\npoint de vue purement musical, tourne même à son avantage. Berlioz n'est pas\nun penseur à la manière de Beethoven et de Bach ; il ne s'est pas élevé à ces\nhauteurs de la symphonie pure où la musique est affranchie de toutes les contin-\ngences, si bien qu'elle subsisterait (comme aiment à le dire les esthéticiens de\nl'école de Hégel) alors même que le monde physique s'évanouirait. L'auteur de\nla Symphonie fantastique, de Roméo et Juliette, des Tvoyens, est toujours resté\nplus près de nous; au lieu de s'évader, par la puissance de la pensée musicale,\ndu monde des passions, il s'y est enfermé avec une volupté pleine d'angoisses ; il\nest resté homme ; il a même été, si l'on veut, une sorte de musicien littérateur qui\npleurait en lisant les premiers livres de Y Enéide avant de les chanter avec l'or-\nchestre , mais il a fait ainsi une conquête sûre quoique tardive : la sympathie.\nPar là, également, Berlioz se distingue de deux autres maîtres qui furent les\nprotagonistes de l'art musical au xixe siècle : Liszt et Wagner. Inférieur au pre-\nmier pour la fécondité (il a produit à peine 30 œuvres) et au second pour la\npuissance créatrice, il est supérieur à tous les deux par l'humanité profonde de\nsa musique. Liszt parfois sublime, presque toujours chevaleresque aime\ntrop souvent les grands gestes vains, les paraphes ronflants, le fracas inutile."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.5", "texte": "DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES\n\nC'est un admirable tambour-major qui passe dans la rue en faisant des effets de\ncanne. Wagner est trop encombré (pour nous) de mythologie ; songez que, parmi\nles personnages de sa Tétralogie, il n'y a pas un seul homme (ce qui ne l'a pas\nempêché d'accuser Berlioz d'être en dehors de l'humanité). Berlioz, malgré sa\ntendance à l'énormité, étonne moins, mais il émeut, il charme, il est homme : et\nvoilà pourquoi nous lui rendons hommage.\n\nJULES COMBARIEU.\n\nDocuments biographiques sur Hector Berlioz. — Une lettre\ninédite du compositeur.\nPour établir avec précision et certitude les bases d une biographie, il faut con-\nsulter les registres de 1 état civil.\nPlusieurs ouvrages excellents sur la vie d'Hector Berlioz existent. On y\ntrouve, relativement à la généalogie du compositeur, des indications nom-\nbreuses (1). Cependant les textes mêmes des pièces authentiques concernant\ncette généalogie n'ont pas encore été publiés, du moins à notre connais-\nsance. Afin de combler cette lacune, la Revue Musicale reproduit aujourd'hui\ndans leur intégralité les actes (paraissant les plus intéressants) qu'il a été pos-\nsible de retrouver dans les dépôts publics.\nVoici d'abord la désignation sommaire de ces documents :\ni° Naissance et baptême (à la Cote-Saint-André, le 9 juin 1776) du père du\ncompositeur ;\n20 Naissance (à la Cote-Saint-André, le 19 frimaire an XII, 11 décembre\n1803) du compositeur ;\n30 Premier mariage (à l'Ambassade d'Angleterre à Paris, le 3 octobre 1833)\ndu compositeur avec Henriette-Constance Smithson ;\n4° Naissance (à Montmartre, Seine, le 14 août 1834) du fils unique du com-\npositeur, issu de son premier mariage (2) ;\n50 Décès (à Montmartre, le 3 mars 18=54) de la première femme du compositeur;\n6° Deuxième mariage (à Paris, le 19 octobre 1854) du compositeur avec\nM,le Martin, dite Recio ;\n70 Décès (à Saint-Germain-en-Laye, le 13 juin 1862) de la seconde femme\ndu compositeur ;\n8° Décès (à Paris, le 8 mars 1869) du compositeur.\nVoici maintenant le texte des documents eux-mêmes (sauf l'acte de décès\nd'Henriette Smithson, qu'on lira dans une autre partie de cette Revue) :\nI° NAISSANCE ET BAPTÊME DE BERLIOZ LOUIS-JOSEPH, PÈRE D'HECTOR.— 1776\n« EXTRAIT des registres des actes de Y état civil de la commune Cote St André\npour Vannée mil sept cent soixante déposés au greffe du tribunal de première\ninstance de Vienne [lsère).\n« Louis Joseph Berlioz, fils légitime à M M* Louis Joseph Berlioz avocat en la\n\n(1) Voir, par exemple, Hector Berlioz, sa vie et ses oeuvres, par M. Adolphe Jullien (Paris,\nlibrairie de l'Art, 1888), —et Berlioz 'intime, par M. Edmond Hippeau (Paris, Dentu, 1889).\nDans ce dernier ouvrage, consulter notamment le chapitre intitulé : La famille Berlioz^.\n(2) Mort à la Havane en 1867. Nous n'avons pu nous procurer l'acte de son décès."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.6", "texte": "DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES\n\nCour et à dame Thérèze Espérance Robert son épouse est né et a été baptisé ce neuf\njuin 1776 dont le parrain a été Sr Joseph Rerlioz grand-père audit enfant et la\nmarraine demoiselle Catherine Julie Berlioz. Ainsi je le certifie avec les soussi-\ngnés. » (Suivent les signatures.)\n20 NAISSANCE DE BERLIOZ LOUIS HECTOR. AN XII DE LA RÉPUBLIQUE.\n« EXTRAIT des registres des actes de VEtat civil de la commune de la Cote Saint-\nAndré pour Vannée mil huit cent trois, etc.\n« Mairie de la Cote Saint-André.\n« Arrondissement communal de Vienne.\n« Du lundy vingtième jour du mois de Frimaire à onze heures du matin. L'an\ndouze de la République Française.\n« Acte de naissance de Louis Hector Berlioz né hier dimanche dix-neuf de ce\nmois à cinq heures du soir, fils légitime du citoyen Louis Joseph Berlioz officier de\nsanté domicilié àla Cote St André et de Marie Antoinette Joséphine Marmion\nmariés.\n« Premier témoin : le citoyen Auguste Buisson, âgé de trente-trois ans, proprié-\ntaire, domicilié àla Cote Saint-André. Second témoin le citoyen Jean François\nRecourdon âgé de quarante ans, receveur des contributions, domicilié au même\nlieu. Sur la réquisition à moi faite par le citoyen Louis Joseph Berlioz père de l'en-\nfant. Et ont signé.\n« Signé : L. Berlioz, Buisson, Recourdon.\n« Constaté suivantlaloi par moi Joseph Louis Marie de Buffevent, maire de la Cote\nSaint-André faisant les fonctions d'officier public de l'Etat civil.\n« Signé : Buffevent. »\n30 MARIAGE D'HECTOR BERLIOZ ET D'HENRIETTE SMITHSON.\n« Marriages solennized in the House of Her Britannic Majesty's Embassy at\nParis,\nin the year 1833.\n«Mr Louis Hector Berlioz, of the Town of Cote Saint-André, in the Departemt of\nIsère, France, Bachelor(i),\n« and Harriett Constance Smithson, of the Parishof Ennis,inthe County of Clare,\nIreland, Spinster (2) were married in this House this third day of October, in the\nyear one thousand eight hundred and thirty three\nby me, M. H. Luscombe, Chaplain\n« This marriage was solemnized between us -\n0 I H. C. Smithson\n/ Bertha Stritch\n. , r ) Robert Cooper\n« in the presence of < T T T ....\nr / Jacques Henry (?)\n\\ F. Liszt\nNo 359.\nSuit la certification, par le consul général d'Angleterre à Paris, de l'exacti-\ntude de la copie d'acte qu'on vient de lire (3).\n40 NAISSANCE DU FILS D'HECTOR BERLIOZ.\n« Préfecture du département de la Seine. EXTRAIT des minutes des actes de nais-\nsance reconstitués en vertu de la loi du 12 février 1872.\n« Ancienne commune de Montmartre (Seine), année 1884.\n« L'an mil huit cent trente quatre, le vendredi quinze août, à onze heures du ma-\n\n(1) Célibataire.\n(2) Demoiselle. Il a paru superflu de traduire en français toute la pièce.\n(3) Dans l'acte original que nous avons examiné à l'Ambassade d'Anglerre à Paris ne figurent\nni les adresses des conjoints, ni celles des témoins. Parmi ces derniers, le nom de « Henry » est\nune conjecture, le texte étant peu net. On lit aussi bien « Henne » ou « Henner »."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.7", "texte": "DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES\n\ntin, par-devant nous,, Maire et officier de l'état civil de la commune de Montmartre,\nest comparu le sieur Louis Hector Berlioz, âgé de trente ans et demi, compositeur\nde musique demeurant en cette commune rue St-Denis n<> 10, lequel nous a pré-\nsenté un enfant que nous avons reconnu être du sexe masculin né audit lieu, hier,\nà onze heures du matin, de lui déclarant et de Henriette Constance Smithson, son\népouse, âgée de trente deux ans et demi, artiste dramatique, même demeure, et au-\nquel enfant il déclare donner les prénoms de Louis, etc. »\n50 DÉCÈS D'HENRIETTE CONSTANCE SMITHSON.\nEXTRAIT des minutes des actes de décès.\n« Ancienne commune de Montmartre, année 1854.\n« L'an mil huit cent cinquante quatre, le trois mars, est décédée à Montmartre\n(Seine), Henriette Constance Smithson, sans profession, âgée de cinquante-trois ans,\nnée à Ernuis (Irlande), épouse d'Hector Berlioz, compositeur de musique, etc. »\n(Acte reconstitué.)\n6° SECOND MARIAGE D'HECTOR BERLIOZ.\n« Préfecture du département de la Seine. EXTRAIT des minutes des actes de\nmariage.\n« Ancien Paris. Année 1854.\n« L'an mil huit cent cinquante quatre, le dix-neuf octobre à Paris. Acte de mariage\nde Hector Berlioz demeurant rue Boursault 19, veuf de Henriette Constance\nSmithson, fils de Joseph Louis Berlioz et de Joséphine Marmion, son épouse, et de\nMarie Geneviève Martin, demeurant rue Boursault no 19, fille de Joseph Martin,\ndécédé et de Sotera de Vilas, son épouse, etc. »\n(Acte reconstitué.)\n70 DÉCÈS DE LA SECONDE FEMME DE BERLIOZ 1862\nEXTRAIT du registre des actes de décès de la commune de Saint-Germain en Laye,\ndéposé au greffe du tribunal civil de Versailles pour Vannée mil huit cent soixante\ndeux.\n« Acte de décès du treize juin mil huit cent soixante deux, cinq heures et demie\ndu soir. Aujourd'hui à midi est décédée à Saint-Germain rue de Versailles no 26\ndame Marie Geneviève Martin, sans profession, âgée de quarante huit ans, née à\nChatenay (Seine), épouse de M. Louis Hector Berlioz, membre de l'lnstitut de\nFrance, \"domiciliés à Paris rue de Calais no 4, constaté par nous Jules Xavier Sa-\nguez de Brumery, maire de cette ville, officier de l'état civil, etc... »\n8° DÉCÈS DE LOUIS-HECTOR BERLIOZ 9 mars 1869.\n« Préfecture du département de la Seine. EXTRAIT des minutes des actes de décès\ndu arrondissement de Paris.\n« Du mardi neuf mars mil huit cent soixante-neuf, une heure et demie de relevée.\nActe de décès de : Louis-Hector Berlioz, compositeur de musique, membre de\nl'lnstitut, officier de la Légion d'honneur, âgé de soixante cinq ans, né ala Cote\nSaint-André (Isère), décédé hier à midi et demi en son domicile, rue de Calais n° 4.\nVeuf en premier mariage de Henriette Smithson et aussi veuf en second mariage\nde : Marie Geneviève Martin. Le dit acte dressé en présence et sur la déclaration\nde MM. Louis Maurant, propriétaire, âgé de cinquante deux ans, et Jean Ladonne,\nemployé, âgé de cinquante trois ans, demeurant tous deux à Paris rue Saint-Marc\nn° 22. Témoins qui ont signé avec nous Léon Ohnet, adjoint au maire, chevalier\nde la Légion d'Honneur, etc. »\n★\n-¥ ¥\nAu sujet de la Damnation de Faust, l'œuvre la plus populaire de Berlioz, nous\npossédons l'original de la lettre suivante, inédite jusqu'ici, adressée par le com-\npositeur à feu Gasperini (i).\n\n(i) A. de Gasperini, critique musical français très apprécié, mort en 1868."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "408", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.8", "texte": "LETTRE INÉDITE DE BERLIOZ A GASPERINI\n\nLettre inédite de Berlioz à Gasperini.\n\nH. BERLIOZ.\nVienne, 77 décembre.\nMON CHER GASPERINI,\nHier on a donné la Damnation de Faust dans la Salle des Redoutes devant un\nauditoire immense, et au milieu de transports comme jamais de ma vie je n'en ai vu.\nOn m 1 a rappelé plus de dix fois, il y a eu des applaudissements interminables et des\nbis qui eussent été encore plus nombreux si Vœuvre n eût pas été si longue.\nJ'avais 400 exécutans et ce qu'il y a de mieux en chanteurs à l'Opéra ; entre autres\nla charmante MUe Bettlein (Marguerite) et Walter (Faust), un délicieux Ténor. Leur\nDuo d'amour a été interrompu trois fois par les applaudissements, et Walter a supé-\nrieurement dit son air Dans la chambre de Marguerite. Et la Marguerite aban-\ndonnée !! Ah! Les chœurs bien instruits par Herbeck, un fameux chef d'orchestre,\nont chanté avec un ensemble et des nuances incomparables.\nIl y a déjà ce matin un fort bel article dans le Wanderer, on m'annonce une\néreintade de M. Hanslick, et au contraire une grande admirative critique de M. S belle\ndans la Presse Ancienne pour après-demain.\nC'est le plus grand succès de ma vie, laissez-moi vous le dire. Je sais que cela\nvous fera plaisir. Il était venu des auditeurs de Munich et de Leipzig. On me donne\nune grande fête ce soir ; il faut que je m'habille pour y aller. Ma chambre ne désem-\nplit pas de complimenteurs, d'embrasseurs. Le concert a fini à q heures, et le public\nest resté jusqu àla dernière mesure ; quand il a passé 2 h., ordinairement il s'en\nva. On a beaucoup remarqué cela.\nAdieu, adieu, je suis très heureux de cette adoption des Viennois.\n\nCette lettre rte porte pas de millésime, mais elle est sûrement de 1866 ; on a vu\nqu'elle fut écrite le lendemain même de la première exécution à Vienne de la Dam-\nnation de Faust (1).\nSur cette exécution, qui eut lieu le 16 décembre 1866, on peut voir les rensei-\ngnements très détaillés donnés par M. Adolphe Jullien (Hector Berliosa vie et\nses œuvres, p. 302) et les pièces inédites publiées un peu plus loin dans le nu-\nméro de cette Revue.\n\n(i) On peut rapprocher de ce document :\ni° La lettre de Berlioz adressée à Ernest Reyer (17 décembre 1866) et commençant par ces\nmots : « Je me lève aujourd'hui lundi à quatre heures. J'ai dû rester au lit depuis hier ; je n'en\npouvais plus. La Damnation de Faust a été exécutée hier dans la vaste salle de la Redoute avec\nun succès foudroyant. » (Correspondance inédite de Berlioz publiée par Daniel Bernard, Paris,\nCalmann-Lévy, 1888, p. 333-35.)\n20 La lettre du même à Humbert Ferrand (30 déc. 1866) et commençant par ces mots : « Me\nvoilà de retour à Vienne et je vous écris trois lignes pour vous en informer. Je ne sais si VUnion\nvous a parlé du succès furieux de la Damnation de Faust en Autriche. )) (V. Lettres intimes d'H.\nBerlioz, ibid., 1882, p. 300-i.j"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.9", "texte": "LETTRE INÉDITE DE BERLIOZ A GASPÉRINI\n\nCertaines inexactitudes d'orthographe du texte original ont été, par scrupule,\nconservées dans notre reproduction : Mlle Bettlein (au lieu de Bettelheim) et\nM. Shelle (au lieu de Schelle).\nLes renseignements communiqués à Berlioz et non visés dans sa lettre à\nGasperini, sur les dispositions défavorables de M. Hanslick, n'étaient pas\ninexacts.\nA titre de curiosité, voici quelques passages de l'article du critique viennois.\nNous reproduisons la traduction française qu'en a donnée M. Michel Brenet,\naux pages 23-24 de sa brochure : Deux pages de la vie de Berlio1 (Paris, Va-\nnier, 1889) :\n« Après une audition de l'oeuvre entière, à Vienne, en 1866, M. Edouard\nHanslick en porta un jugement qui n'était guère plus favorable (1) ; jusque-là,\nl'éminent critique autrichien, en faisant toutes ses réserves sur le principe fon-\ndamental des descriptions orchestrales de Berlioz, avait cependant accordé à\nson talent de fréquents éloges. Ici, après s'être exprimé à son tour en ternies\nsévères sur la « mutilation arbitraire et choquante » du poème de Faust, pas-\nsable pour les Français, mais inadmissible pour « tout Allemand qui connaît\n« et qui aime son Gœthe »,M. Hanslick déclare que, de tous les grands ouvrages\nde Berlioz, celui-ci lui paraît le plus faible : « Malgré ses grandes dimensions,\nla nouvelle œuvre est musicalement plus pauvre que les précédentes... Dans\nFaust, Berlioz a abandonné le terrain dont il tire toute sa force, et s'est adonné\nà un élément qui lui est toujours contraire et défavorable. Dès que Berlioz\nécrit pour le chant, sa musique baille et de débat comme un poisson sur le\nsable chaud. Sa lutte pour porter la musique purement instrumentale à une\nsignification précise avait quelque chose de grand ; au contraire, ses efforts\npour trouver une expression mélodique adaptée aux paroles les plus simples\nexcitent la pitié... Rien dans ces chants interminables ne parvient à une mélodie\nbelle et mûre. A peine existe-t-il des choses plus inchantables, des mélodies\nplus pitoyables, que celles de Marguerite, de Faust, de Méphisto et de Brander...\nLe compositeur met en œuvre tous les moyens, les rythmes et les modulations\nles plus aventures, l'expression dramatique la plus violente, les plus puissantes\nsonorités orchestrales : mais, sous l'impression de la surexcitation et du mons-\ntrueux, l'oreille se fatigue et le cœur se glace. Nous sommes comme dans\nune maison glacée, où tous les poêles fument... »\nBien entendu, ce texte est cité ici à titre de document historique.\n\n(1) Allusion à un article d'Otto lahn, sur la Damnation de Faust.\n\nA. LASCOUX."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "410", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.10", "texte": "A PROPOS D'HECTOR BERLIOZ\n\nA PROPOS D'HECTOR BERLIOZ\nQuatre lettres inédites.\n\nT.ES HASARDS DUNE VENTE APRÈS DÉCÈS. UNE CHUTE DE « BENVENUTO » !\nL'ATTITUDE DU CHANTEUR DUPREZ. LES CONCERTS ET LA POPULARITÉ DE\nBERLIOZ A VIENNE. LE BOLÉRO « ZAÏDE ». FÉLICIEN DAVID ET BERLIOZ.\nIl y a quelques semaines, un de nos confrères, un vieux camarade de plus de\ntrente années fit irruption dans mon cabinet. Son allure, habituellement dé-\nbonnaire, marquait une animation extrême : (( Voici qu'on célèbre Berlioz, me\ndit-il ; je vous apporte une pierre pour l'édifice de gloire et de justice qu'on lui\nérige! )) Et en me tendant une enveloppe jaunie par le temps, il me conta ceci :\n(( J'habitais, il y a une douzaine d'années, un hameau des environs d'Argen-\nteuil. Un jour, passant devant une auberge de la localité, mon attention fut at-\ntirée par le vacarme d'une vente publique après décès. A peine entré dans la salle,\nmes regards tombèrent sur une vieille table en acajou, avec dessus de marbre,\nmunie d'un couvercle à deux faces, qui avait dû servir alternativement de bureau\nà écrire etde tapis à jouer. Je l'achetai.\n■— « Monsieur, me fit remarquer le commissaire priseur en adjugeant l'objet, il\nmanque une clé à l'un des tiroirs ; mais vous le ferez ouvrir : et, ma foi, ajouta-\nt-il en riant, si vous y trouvez quelque chose, tant mieux pour vous ! » Il ne\ncroyait pas si bien dire ! C'est seulement plusieurs mois après que je songeai à\nforcer le tiroir de ce meuble affreusement délabré et dont j'ignorais complète-\nment la provenance. Et alors, quel affligeant inventaire ! Jamais le Sunt\nlacrymœ rerum du poète ne reçut, en raccourci, plus navrante application. Des\nbonnets d'enfant, des hochets brisés, des mèches de cheveux soigneusement en-\nveloppées, puis des liasses de notes ménagères, et des papiers insignifiants re-\nlatifs à la vie courante, gisaient là, pêle-mêle, depuis des années. C'était l'atti-\nrail lamentable de la mort et de l'oubli... quand tout à coup ce chaos s'éclaira\ndes noms lumineux de Berlioz et de Desmarets. Détail touchant : sur ces lettres,\nen guise de presse-papiers funèbre, dormaient pieusement, comme l'armure d'un\npreux tombé au champ d'honneur, la grande et belle médaille personnelle de\nDesmarets, « sociétaire des Concerts du Conservatoire », et—- couché dans sa boîte\noblongue comme dans un cercueil ce diapason fameux (...) qui tant de fois\navait sonné le la dans les brises et les trombes harmonieuses de l'orchestre.\nParmi ces reliques, se trouvaient les lettres qu'on va lire, et que j'analyserai\nbrièvement pour montrer leur intérêt.\nJ'ai lu, npn sans étonnement, l'affirmation cent fois répétée que Berlioz, de son\nvivant, fut abominablement méconnu. Si je m'en rapporte à l'ensemble de ce qui\na été dit ou écrit, l'auteur de tant d'oeuvres originales et puissantes ne connut\njamais aucune joie. Il lutta perpétuellement « contre le public, contre la vocalise,\n(( contre la gêne )), si je m'en réfère à M. Raymond Bouyer. —Nous devons « nous\nincliner devant son œuvre avec la ferveur pieuse de pécheurs repentants )), si\nnous nous associons à la pensée de M. Massenet. Et enfin, selon M. Jules Corn-\nbarieu, le Prince de Monaco (( a donné le signal de la réparation qui était due au\ngrand musicien ))."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.11", "texte": "A PROPOS D'HECTOR BERLIOZ\n\nIl m'a semblé que dans ces paroles il y avait quelque chose d'exagéré.\nJe sais bien que le père de Berlioz, officier de santé, voulait que son fils devînt\nmédecin et protestait contre sa passion pour la musique. Berlioz n'est pas le seul\nqui ait eu à lutter contre les idées paternelles, et sa lutte me touche d'autant\nmoins qu'elle fut courte, puisque, devenu élève de Lesueur, il faisait exécuter à\nSaint-Roch une messe de sa composition, avant d'avoir atteint sa vingt-cin-\nquième année. L'hostilité de Cherubini ? Cette hostilité a peut-être retardé\nl'attribution du prix de Rome ; mais Berlioz ne le conquit pas moins. Et il n'avait\npas trente ans !\nSuccessivement, de 1833 à 1840, on lui confie le feuilleton des Débats ;\ndeux ministres lui commandent un Requiem et une Symphonie funèbre et\ntriomphale qui sont exécutés avec des masses inusitées de choristes et d'instru-\nmentistes. Lui aurait-on donné de pareilles preuves de haute estime s'il avait été\naussi dédaigné qu'on veut nous le faire croire ?\nN'a-t-on pas le droit de supposer que ce sont précisément ces hommages indis-\ncutables qui ont répandu sa renommée au point que, de 1840 à 1848, de tous\ncôtés, en Belgique, en Allemagne, en Russie, en Angleterre, on s'arrache le\ngrand musicien français ?\nBerlioz n'a pas été méconnu, parce qu'il n'a jamais trouvé un public indif-\nférent. Il a été attaqué, comme presque tous les hommes supérieurs ; il a eu des\nhostilités et des dédains d'interprètes comme la plupart des artistes que la\nnature de leur art ne met pas en contact direct avec la foule ; il n'a pas enfin\nconquis, en France, du premier coup, l'oreille de la foule, parce que cette oreille\nn'avait pas été ouverte et préparée, comme elle le fut plus tard, par des audi-\ntions graduées aux concerts Pasdeloup, Colonne et Lamoureux.\nMais Berlioz avait pour lui une élite qui suivait ses efforts et les ap-\npréciait, élite dont l'opinion avait tant de poids aux yeux de l'étranger (plus\navisé que nous musicalement), que les œuvres discutées en France étaient accla-\nmées partout ailleurs. Stephen Heller, son ami, en fait foi.\nIl ne me paraît pas juste ni exact, historiquement, de voir en Berlioz un de\nces êtres qu'une justice partiale et aveugle aurait condamnés aux pires supplices\net dont l'innocence éclaterait tout à coup aux yeux de l'entière humanité. Ce qui\nme paraît, hélas I incontestable, c'est le caractère difficile de cette grande indivi-\ndualité, c'est le tourment perpétuel d'une âme rarement satisfaite, constamment\ninquiète, avide d'une sérénité qui l'eût rapidement lassée en l'abaissant à un état\nmoyen où elle n'est, heureusement pour l'art, jamais descendue ; c'est aussi...\nla maladie d'estomac qu il soignait si mal !\nDans ce poète byronesque, qui passe de l'idylle au drame, de la tendresse à la\nrage, de l'amour à la haine avec une incroyable facilité, il y a aussi l'enfant\ngâté, presque un gavroche, qui fait un pied de nez ou qui pleure parce qu'on ne\nlui a pas donné tout de suite sa chimère.\nQuand il prétend s'imposer, faire œuvre neuve, renverser des idoles de mau-\nvais aloi, heurter de front l'opinion courante et montrer à nu, sans fard, sa\nforte personnalité, je ne puis que l'admirer et m'associer à sa noble bataille.\nC'est un héros (au sens que Carlyle donne à ce mot), que je me plais à suivre\navec respect. Mais le moindre orage qui trouble son cœur lui fait perdre la\ntête, si bien qu'il est incapable, du haut de sa réputation européenne, escorté de\nl'admiration d'une élite, de mépriser les ignorances excusables de la foule et\nles mesquines morsures de quelques aboyeurs. Gluck, Beethoven, Bach, Schu-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.12", "texte": "A PROPOS D'HECTOR BERLIOZ\n\nMann, Hérold, Bizet, César Franck, Saint-Saëns, Keyer, Wagner, en ont vu\nbien d'autres...\n... L'enveloppe jaunie contenait quatre lettres : deux, signées d'Hector Berlioz,\nune de Mlle Recio, l'autre de L. Jonnart.\n(( Elles sont inédites, proclamait mon ami, et superbes... Il faut que le public\nles connaisse et que l'histoire de la musique les enregistre ! ))\nJ'ai lu ces lettres avec curiosité ; elles me semblent, en effet, un complément\nprécieux pour ce que l'on sait déjà du maître ; et je crois, après avoir consulté\nsur ce point des confrères autorisés, qu'elles sont inédites. Toutes les quatre\nsont adressées au célèbre contrebassiste Desmarets.\nPour procéder chronologiquement, c'est la lettre de L. Jonnart que nous\ndonnons tout d'abord. Le paragraphe consacré à Duprez montre péremptoire-\nment que la principale cause de l'abandon de Benvenuto fut la trahison, le mot\nn'est pas trop fort, d'un interprète qui avait pourtant contracté vis-à vis de\nl'auteur une dette sacrée et prouve de quelle petitesse, de quelle ingratitude\nun incomparable chanteur peut être capable (1).\nDans cette lettre, L. Jonnart est un véritable précurseur inspiré ; il lit couram-\nment dans l'avenir, prêche la persévérance et prédit avec autorité le triomphe\ncertain de Berlioz.\n(1) On veut bien me faire remarquer qu'on peut contrôler cette affirmation, si dure pour\nDuprez, en consultant l'opuscule de ce dernier: Souvenirs d?un Chanteur (Paris, Caïman\nLévy, 1880) où deux pages (153-4) sont consacrées à Benvenuto. Duprez raconte qu'à la 3e re-\nprésentation il perdit la tête en apprenant, sur la scène, l'heureux accouchement de sa femme ;\net il ajoute : « Lorsqu on s'embrouille dans cette musique compliquée et savante telle que la\ncomposait Berlioz, il n'est pas facile de se retrouver. Je me tirai assez mal de cette aventure. Là\nne fut pourtant pas la cause du peu de succès de Benvenuto, dont l'auteur me rendit responsable\net me garda toujours rancune. Le fait est que Duponchel se lassa de donner un ouvrage qui,\ndans sa nouveauté, faisait moins (d'argent) que les pièces anciennes, et que Benvenuto rentra\ndans les cartons pour n'en plus sortir. »\nLe chef-d'œuvre de Berlioz, on le sait, eut au contraire un très grand succès à Weimar, où il\nfut joué grâce à Liszt en 1855, et à Hanovre où il fut joué grâce à Bulow en 1879.\n\nLETTRE INÉDITE DE L. JONNART A DESMARETS.\n\nGodel, 24 sept. 1838:\nQue de remerciemens je vous dois, mon cher M. Desmarest ! aussi je ne veux pas\nvous les faire attendre. Grâce à vous, je sais maintenant à quoi m'en tenir : depuis\ntantôt quinze longs jours, fêtais dans Vinquiétude de Vattente ; aucun bruit du\ndehors n'arrive jusqu'à ma solitude et depuis mon départ de Paris je ne sais rien\ndes choses de ce monde... mais, hélas ! f avais espéré d'autres nouvelles! Je remercie\nmaintenant le ciel qu'un obstacle imprévu ait retardé de huit jours la /re représenta-\ntion de Benvenuto ; cette inexplicable chute m'eût fait trop de peine à voir et j'aime\nmieux apprendre de loin que connaître de près toutes les infamies dont vous me par-\nlez. Que le poème de ce pauvre Barbier soit mauvais, comme on le dit, cela est\npossible ;je n'y ai guère fait attention et ne le connais pas : mais, après tout, qu'im-\nporte le canevas sur lequel un chef-d'œuvre est brodé ? Demande-t-on compte à\nRaphaël de la toile sur laquelle il a peint ses madones ; à Canova, du marbre dont\nil a fait ses statues ? Mais il fallait bien que la ?nalveillance trouvât à mordre\nquelque part ;ne pouvant s'en prendre àla musique, elle s est attaquée au libretto,\nhélas! avec trop de succès. Et ce succès, je /' avoue, fai peine encore àle comprendre ;\nune chose surtout me passe, c'est la réception qu'on a faite au final du premier acte."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.13", "texte": "A PROPOS D'HECTOR BERLIOZ\n\nCela est impossible à croire. Que le public n ait pas compris tout ce quil y a dans\ncet opéra de fin et de senti, de délicat et de spirituel, cela se concevrait encore ; mats\nce sublime final, cette large et imposante conception qui me semblait l'accord de\ncent mille voix distinctes et isolées d'abord, puis se mêlant et se confondant dans\nune magnifique harmonie à faire frémir les oreilles les plus vulgaires, les organi-\nsations les plus malheureuses ! Non, encore une fois non, cela est impossible. —Je\nne suis pas artiste ;je ne suis pas même, malheureusement, musicien, et cependant,\nà la répétition générale, en entendant ce final, je suais à grosses gouttes, je frémis-\nsais sur mon banc, de surprise et d'enthousiasme... Qui pourrait maintenant me faire\ncroire que ce qui produisait sur moi, ignorant, un tel effet n'est qu'une musique insi-\ngnifiante et sans portée ! l'opinion de tout le public, les sifflets de toute une salle ne\nme persuaderont pas que je me suis aussi grossièrement trompé : il n'y a rien au\nmonde qui puisse lutter avec avantage contre une opinion basée tout entière sur le\nsentiment et rémotion.\nQuelque chose me surprend plus encore peut-être et m'indigne, c'est la conduite\nde Duprez. Qu'il eût été beau cependant pour lui, fort de son talent et de son cou-\nrage,, de prêter un généreux appui au chef-d'oeuvre dédaigné, de lutter contre la\nmalveillance et l'ignorance du parterre, de forcer le public à écouter et à applaudir,\net, fier, heureux d'un succès qu'il aurait contribué à fonder, venir déposer aux pieds\nde Berlioz les bravos et les couronnes d'une salle entière ! Oh ! c'eût été, ce me\nsemble, une grande et noble tâche ! Duprez n'en a pas voulu ; Duprez a oublié qu'il\ny a à peine un an, lin aussi était en cause, lui aussi paraissait, inquiet et tremblant,\ndevant un public qui allait le juger et dont la sentence était pour lui un arrêt de vie\nou de mort ; il a oublié qu'alors il aurait mendié à deux genoux l'éclatant appui\nque Berlioz lui a si généreusement accordé : il l'a oublié, malheur à lui ! Le vent de\nla faveur populaire est changeant et il se trouvera certainement de par le monde bien\ndes gens de conscience et de cœur qui maudissent Vin gratitude et la lâcheté partout\noù ils la rencontrent et qui éprouveront ce que j'éprouve en ce moment : de la colère\net de l'indignation ; chez lesquels enfin le mépris pour l'homme affaiblira singuliè-\nrement l'ancienne sympathie pour le chanteur !\nJe ne sais si mes souvenirs me trompent et si je me laisse entraîner à l'erreur par le\ndésir du parallèle, mais il me semble qu'il y avait en Allemagne un homme dont les\nsymphonies, qu'on écoute aujourd'hui â genoux, passèrent, de son vivant, pour\nl'œuvre d'un cerveau malade et d'une imagination en délire, et que le pauvre musicien,\ntué par son génie et l'indifférence de son siècle, mourut incompris et méconnu !...\nDites â Berlioz que cet homme-là s'appelait Beethoven !\nAgréez de nouveau, je vous prie, mon cher M. Desmarest, avec mes remerciements\nbien sincères, l'assurance de mon inaltérable attachement.\n\nL. JONNART.\n\nMille affectueux compliments de la part de ma famille.\nLa lettre suivante est de Berlioz. La Correspondance inédite ne contenant pas\nune seule lettre adressée à Desmarets, dont le nom est mentionné seulement\ndans une lettre collective écrite de Nice à MM. Gounet, Girard, Hiller, Desma-\nrets, etc., le 6 mai 1831, j'estime (avec M. Julien Tiersot) qu'elle est également\ninédite. En outre, une des lettres du premier voyage en Allemagne (Mémoires)\nest adressée de Berlin, « à M. Desmarets)). Mais on n'en connaît pas encore qui\nfût adressée personnellement à cet ami.\nVoici le fac-similé de la quatrième page de cette fort amusante épître."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "414", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.14", "texte": "A PROPOS D'HECTOR BERLIOZ"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.15", "texte": "A PROPOS D'HECTOR BERLIOZ\n\nRien de curieux comme ces lignes incohérentes où, dans un tohu bohu char-\nmant, s'amalgament et s'équilibrent la fantaisie des détails et la précision du but\nvisé. A travers ce brio étincelant, la note du tailleur nous a paru particulière-\nment piquante !\n\nLETTRE INÉDITE D'H. BERLIOZ A DESMAREST.\n\nFischhof stadt 5,15.\nVienne 16 décembre\nAutriche : 1845.\nMON CHER DESMAREST,\nAvant tout, les bonnes nouvelles ; vous les savez pourtant déjà, très probablement.\nGrandissime succès ici ! rappels, bis (ter même). Il yaeu un morceau, l'ouverture\ndu Carnaval, dans un concert que je ne conduisais pas, que le public a voulu en-\ntendre trois jois de suite ; banquets, discours, portraits, couronnes, bâton de chef\nd'orchestre en vermeil offert par les 40 principaux artistes et amateurs de Vienne,\nenfin succès ébourriffant !Et tout cela est dû presque entièrement à notre pauvre\nSymphonie fantastique : la scène aux champs et la marche au supplice ont retourné\nles entrailles autrichiennes ; quant au Carnaval et à la marche des Pèlerins, ce sont des\nmorceaux populaires. On fait maintenant ici jusqu'à des pâtés qui portent mon\nnom. J'ai des musiciens excellents ; un jeune orchestre mi-partie bohème et viennois\nque j'ai formé, car il est constitué depuis deux mois seulement, et qui va maintenant\ncomme un lion. Ce matin j'ai dirigé pour la ire fois Vorchestre du Kernathor (le\npremier orchestre de l'Allemagne), qui est fort contrarié que les choses se soient\narrangées de façon à ce que je donne mes concerts dans un autre théâtre que le sien ;\nc'est à la répétition du concert de Dreyschok, qui ma demandé deux morceaux.\nTremblement d'applaudissemens !... J'espère donc encore un succès chaleureux pour\ndemain dans la salle du Conservatoire.\nLe yo de ce mois, je donne mon quatrième concert au théâtre de Vienne avec\nl'orchestre et les chœurs presque doublés, pour Roméo et Juliette, en entier. Ah !\nj'ai une basse solide et belle pour le père de Laurence ! STANDIGL. Voilà un musi-\ncien !... Voilà une voix ! Il y a après cela d'autres projets en l'air. Mais assez de\nnouvelles pour aujourd'hui. Au reçu de cette lettre soyez assez bon pour aller chez\nBernard Latte et lui dire que :\nJ'ai vendu à Haslinger, ici, la propriété pour VAllemagne du Boléro (Zaïde)\ndont je lui avais parlé. Veut-il toujours me l'acheter pour la France au prix de mes\nautres Romances : 200 fr. ?Je vous enverrai ce petit morceau par la poste sous peu\nde jours. Dans le cas ou il voudrait m'en donner ce prix-là, vous le prieriez de le\nfaire graver tout de suite et de m'indiquer quel jour il le mettra en vente, pour\nqu' Haslinger attende jusqu'à ce jour là ; sans quoi, il perdrait la propriété en France\nou Haslinger la perdrait pour l'Allemagne. S'il ne veut pas l'acheter, donnez-le vous-\nmême à Devienne, le graveur, qui le gravera pour mon compte, le déposera à la di-\nrection et remplira les formalités nécessaires pour m'en assurer la propriété, tou-\njours en m'indiquant le jour ou il devra être déposé. Je veux qu Haslinger, d'un\nautre côté, profite de la vogue que pourra avoir en ce moment ce Boléro que je viens\nd'instrumenter et qui a plu beaucoup à mon troisième concert.\nAprès cela, passez, je vous prie, chez mon tailleur, rue Richelieu, g 6, et demandez-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.16", "texte": "A PROPOS D HECTOR BERLIOZ\n\nlui si le billet que je lui ai fait et qui échoit fin janvier est de 294 fr. ou de 394 fr.\nJe ne men souviens plus. Vous me répondrez tout de suite sur ces deux questions,\npuis je vous enverrai plus tard le montant du billet que je vous prierai d'aller retirer\navant ïéchéance, car Osterman Va gardé.\nAdieu, amusez-vous bien avec Balfe ; moi je vais me coucher, car je suis un peu\nlas de ma répétition d'aujourd'hui, et il faut que je sois dispos pour demain. Je vous\ndonnerai des nouvelles de ï exécution de Roméo. Cela doit aller, on répète déjà les\nchœurs tous les jours, et nous ferons cinq répétitions d'orchestre.\nAdieu, adieu, je vous serre la main. Votre toujours dévoué et sincère ami,\n\nH. BERLIOZ.\n\nMarie vous dit mille choses ; elle est, comme vous penseradieuse de tout ce\ntapage. Dites bonjour de ma part à Dietsch et à Morel qui, je l'espère, se réjouiront\navec vous de cet événement, car c'en es/ nn pour moi, e/ rfe haute importance. Adieu\nencore.\nP. S. Si Bernard ne veut pas terminer, Ri chaut et Sclilesinger au même\nprix ; 1 acquéreur vous fera un billet à quelques mois de date s'il ne veut pas payer\ntout de suite. Je ne leur demande pas de graver la grande partition. Haslinger la\ngrave, et cela me suffit.\nMardi à 4 heures. Je nai pas encore envoyé ma lettre et j'y ajoute ces deux\nlignes pour vous dire que le résultat du concert de Dreyschok a été plus beau encore\npour moi que je n espérais. On fait répéter l'ouverture, qui a été dite les deux fois\navec une perfection merveilleuse. Ce soir, j'ai répétition des chœurs de Roméo.\nHaslinger, que je viens de voir, va arranger le Boléro pour le piano, et il vous\nl'adressera tout de suite sous bande. N'oublie£ pas mon tailleur.\nPardon de toutes ces courses et de cet embarras pour si peu de chose.\nBerlioz ne perdait point de vue ses intérêts au bruit des applaudissements. Il\ntenait avec raison àce que on boléro fût gravé. Le billet qu'il adresse trois\njours après à Desmarets en témoigne nettement.\n\nBILLET INÉDIT D'H. BERLIOZ A DESMAREST.\nBERLIOZ.\n19 décembre.\nMon cher Desmarest,\nVoilà notre affaire. Peut-être sera-t-il encore temps pour Bernard de la publier\navant le jour de l'an. Tâchez, si c'est lui qui la publie, que Morel et vous corrigiez\nles épreuves et qu'il n'y ait pas de fautes.\nEt qitil fasse un joli titre ! _\nMille amitiés.\nVotre tout dévoué,\n\nLa bibliothèque du Conservatoire possède un exemplaire du boléro Zaïde. Il\nprovient du dépôt légal, porte la mention gravée : « Propriété de M. Berlioz,\nrue de Provence, 48 », et l'inscription à la plume : « Dépôt 1845, décembre,\nn° 1307. Le nom de Bernard Latte n'y figure pas."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "417", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.17", "texte": "A PROPOS D'HECTOR BERLIOZ\nR. M.\n27\n\nLa lettre de Ml,e Recio(i) s'était glissée subrepticement, par une délicate\nI ouerie, sous la propre enveloppe de la lettre de Berlioz datée du 16 décembre.\nElle rentre dans le genre (( potins )) ; mais elle caractérise les relations de Berlioz\navec Félicien David. Berlioz avait écrit peu auparavant, à 1 époque de la\npiemièie audition du Désert, un article hyperbolique dont il ne retrouva plus\nd analogue pour aucune des œuvres postérieures de David.\nMlle Recio n'a pas dû s'interposer pour ramener Berlioz à ses premiers senti-\nments sur son confrère. Elle daube sur David avec une orthographe imparfaite,\nmais une visible satisfaction.\n(i) C'est ainsi que se fit appeler Mlle Martin, devenue la seconde femme de Berlioz\n\nLETTRE INÉDITE DE Mlle RECIO (s. d.)\nRaoul de SAINT-ARROMAN.\nJe vous écris ces quelques mots sans rien dire à Hector, mais je veux que vous\nsachiez comment s est conduit David pour le remercier. Lorsqu'il était encore à\nMunich, on lui avait écrit deux fois en lui conseillant de ne pas venir ici tant que\nBerlioz donnerait concert ; sa réponse a été (( quil en était bien fâché, mais qu'il\nII avait pas le temps d'attendre et quil viendrait tout de même )). Cependant, en\narrivant ici, il parait que tout le monde lui a dit qu'il avait grandement tort, et on\nh a engagé à aller à Pesth et à Prague. Il a de suite fait arrangement dans le même\nthéâtre et en retenant le ier jour libre après le 2e concert d'Hector .Partout, depuis ce\nmoment, il cherche à lui monter sur les talons. Enfin, il se conduit vraiment comme\nun homme sans cœur, et, au reste, il s'est fait ici â cause de cela le plus grand tort\ndans F opinion publique ! La presse entière lui a été contraire, et son succès a été en\ndiminuant â chaque concert.\nJe vous avoue que je ne me serais jamais attendu â cela de la part de David ; mais\nen ce moment il ne voit que l'argent. Hector lui fait bon visage, mais moi qui n'ai\npas les mêmes raisons, je suis bien aise que vous le sachiez et le disiez à Morel et\nautres de nos amis, et je serais bien contente si Morel en faisait dire quelques mots.\nTe suppose que les Escudier ont fait grand bruit du succès du Désert, mais je puis\nvous assurer quil n'en est rien et que je m'attendais d mieux que celui qu'il a eu. J'au-\nrais voulu que vous fussiez lâ tout â l'heure pour voir celui d'Hector au concert de\nDreyschok, et la mine de David. Croyez-vous qu'il n est venu nous voir qu'une fois\net encore parce qu'un Monsieur que nous connaissons lui a fait observer qu'il était\nmalhonnête, Berlioz étant allé le voir pendant quelques jours qu'il a été malade ?\nDécidément, je crois que la reconnaissance est chose rare. Adieu, mille choses ami-\ncales ainsi quâ nos amis.\n*\n* *\nTels sont les documents que d'heureuses circonstances m'ont permis de publier.\nSi les conclusions que j'en ai tirées paraissent un peu hardies, je les soumets\navec confiance, pour un jugement définitif, aux spécialistes de l'histoire musi-\ncale."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "418", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.18", "texte": "HENRIETTE SMITHSON\n\nHenriette Smithson.\nUNE IDYLLE TRAGIQUE RACONTÉE PAR LES DOCUMENTS.\n\n(( Mais, a-t-elle dit, sil m'aime véritablement, si son amour n'est pas de la\nnature de ceux qu'il est de mon devoir de mépriser, ce ne sera pas quelques\nmois d'attente qui pourront lasser sa constance.\nOh ! Dieu ! si je l'aime véritablement !\n... Comment! je parviendrais à être aimé d'Ophélie, ou du moins mon\namour la flatterait, lui plairait?... Mon cœur se gonfle et mon imagination fait\ndes efforts terribles pour comprendre cette immensité de bonheur sans y réussir.\nComment ! Je vivrais donc? j'écrirais donc? j'ouvrirais mes ailes? o dear\nfriend ! o my heart ! o life ! Love! ail! ail ! ))\n(Tiré d'une lettre d H. Berlioz à Ferrand, 2 février 182 g.)\n« Oui, mon pauvre et cher ami, mon cœur est le foyer d'un horrible incendie ;\nc'est une forêt vierge que la foudre a embrasée; de temps en temps, le feu\nsemble assoupi, puis un coup de vent un éclat nouveau le cri des arbres\ns'abîmant révèlent l'épouvantable puissance du fléau dévastateur. ))\n(.Du même ait même, 21 août 1829.)\n(( Je ne sais ce que je vous avais écrit de ma séparation d'avec cette pauvre\nHenriette, mais elle n'a pas encore eu lieu, elle ne l'a pas voulu. Depuis lors,\nles scènes sont devenues plus violentes ; il y a eu un commencement de mariage,\nun acte civil que son exécrable sœur a déchiré; il y a eu des désespoirs de sa\npart ; il y a eu un reproche de ne pas l'aimer ; là-dessus je lui ai répondu, de\nguerre lasse, en m'empoisonnant à ses yeux. Cris affreux d'Henriette !... déses-\npoir sublime !... rire atroce de ma part !... désir de revivre en voyant ses ter-\nribles protestations d'amour!... émétique!... ipécacuana ! vomissements de\ndeux heures!... il n'est resté que deux grains d'opium ; j'ai été malade trois\njours et j'ai survécu. Henriette, désespérée, a voulu réparer tout le mal qu'elle\nvenait de me faire, m'a demandé quelles actions je voulais lui dicter, quelle\nmarche elle devait suivre pour fixer enfin notre sort ; je le lui ai indiqué. Elle\na bien commencé, et à présent, depuis trois jours, elle hésite encore, ébranlée\npar les instigations de sa sœur et par la crainte que lui cause notre misérable\nsituation de fortune. Elle n'a rien et je l'aime, et elle n'ose me confier son\nsort... »\n(Du même au yo août iByy.)\nII\n(( L'an mil huit cent trente-quatre, le vendredi quinze août, à onze heures du\nmatin, par-devant nous maire et officier de l'état civil de la commune de Mont-\nmartre, est comparu le sieur Louis Hector Berlioz, âgé de trente un ans et"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "419", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.19", "texte": "Henriette SMITHSON\nD'après un dessin de Dévéria, conservé à la Bibliothèque nationale."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "421", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.21", "texte": "ANECDOTES SUR BERI.IOZ\n\ndemi, compositeur de musique, demeurant en cette commune n° 10, lequel nous a\nprésenté un enfant que nous avons reconnu être du sexe masculin, né au dit heu\nà onze heures du matin, de lui déclarant et de Henriette Constance Smithson,\nson épouse, artiste dramatique, et auquel enfant il déclare vouloir donner le\nprénom de Louis, etc... ».\n(Préfecture du Département de la Seine. Extrait des minutes des actes de\nnaissance.)\n(( Mon cher ami, je suis marié ! enfin ! après mille et mille peines, oppositions\nterribles des deux parts, je suis venu à bout de ce chef-d'œuvre d'amour et de\npersévérance. Henriette m'a expliqué depuis les mille et une calomnies ridicules\nqu'on avait employées pour la détourner de moi et qui avaient causé ses fré-\nquentes indécisions. Une, entre autres, lui avait fait concevoir d'horribles craintes:\non lui avait assuré que j'avais des attaques d'épilepsie. Puis on lui a écrit de\nLondres que j'étais fou. que tout Paris le savait, qu'elle était perdue si elle m'é-\npousait, etc... »\n(.Lettre à Ferrand du 11 octobre iSyj.)\n(( ... Mon fils grandit et devient beau de jour en jour ; ma femme en perd la\ntête. Pardonnez-moi de vous dire cela. Je sens que j'ai tort. »\n[Au même, 2 octobre 18y5.)\nIII\n(( SMITH s ON.\n(( Ancienne commune de Montmartre, année 1854. Etat civil.\n(( L'an mil huit cent cinquante-quatre, le trois mars, est décédée à Montmartre\n(Seine), Henriette Constance Smithson, sans profession, âgée de cinquante-trois\nanb née à Ennis (Irlande), épouse d'Hector Berlioz, compositeur de musique.\nLe membre de la Commission. Signé : Barroux. Pour copie conforme, Paris, le\nsecrétaire général de la Préfecture, etc. ))\n\nAnecdotes sur Berlioz racontées par Stephen Heller\net M. Camille Saint-Saëns\n\n'(1),\n(2).\nQuand Berlioz se plaignait avec amertume et comparait ses maigres succès\nà ceux des compositeurs de théâtre alors en vogue, je lui disais : (( Cher ami,\n\nLES ADMIRATEURS DE BERLIOZ DANS L'ECOLE ROMANTIQUE. — UN SOUPER CHEZ\nBIGNON EN 1867. — LECTURE DES DRAMES DE SHAKSPEARE. — LE QUATUOR EN\nMI b DE BEETHOVEN.— LA PIERRE BLANCHE. — BERLIOZ ET LES MÉDECINS.\nVOYAGE ARTISTIQUE AVEC CAMILLE SAINT-SAENS. — BERLIOZ ET J.-S. BACH.\n\n(1) Tiré d'une lettre de Stephen Heller à Hanslick, lettre publiée dans la Neuefreie Presse et\ndatée de Paris ier février 1879. (Reproduite dans le Guide musical du 20 février de la même\nannée.)\n(2) Tiré du recueil Souvenirs et portraits (épuisé)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "422", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.22", "texte": "ANECDOTES SUR BERLIOZ\n\nvous voulez trop, vous voulez tout. Vous faites fi du grand public, et vous\nexigez cependant de lui qu'il vous admire. Vous méprisez, c'est votre droit d ar-\ntiste grand et original, les applaudissements de la masse, et vous souffrez de\nne pas les obtenir. Vous prétendez à être un novateur, un artiste créateur, et\nvous demandez que tout le monde vous comprenne et que chacun vous rende\njustice. Vous ne voulez plaire qu'aux esprits d'élite et aux plus forts, et la froi-\ndeur, l'indifférence, l'inintelligence des faibles vous irritent. Vous voudriez être\nisolé, inabordable et pauvre comme Beethoven et en même temps entouré des\npetits et des grands de ce monde, comblé de tous les biens et de tous les titres,\nemplois et honneurs. Vous avez atteint tout ce que la nature de votre talent et\nvotre personnalité vous permettent d'atteindre. Vous n'avez pas pour vous la ma-\njorité, mais une minorité intelligente s'emploie à vous maintenir et à vous encou-\nrager. Vous vous êtes fait une place tout à part clans le monde de l'art, vous avez\nbeaucoup d'amis dévoués et enthousiastes, même il ne vous manque pas,\ngrâce à Dieu, quelques ennemis sérieux, qui tiennent en éveil l'amitié de vos\npartisans. Votre existence matérielle est depuis quelques années assurée, et\nvous pouvez enfin compter aujourd'hui avec une quasi-certitude sur ce qui a\nfait de tout temps l'ambition des gens d'esprit et de cœur : la consécration de\nl'avenir. »\nJ'ai pu souvent ainsi le ramener à une plus juste appréciation des choses,\nce qu'il avouait volontiers en me témoignant une sincère reconnaissance.\nJe me rappelle toujours avec joie un succès de ce genre que je remportai sur\nlui, un soir, chez un ami commun. C'était chez l'excellent B. Damcke et sa\nfemme dont Berlioz dans ses Mémoires a rappelé en termes émus la bonté\nde cœur et l'hospitalité pleine de charme. Nous nous y rencontrions presque\ntous les soirs, Berlioz, J. d'Ortigue, un savant musicien et musicographe,\nLéon Kreutzer, et quelques autres. On y causait, on y critiquait, on y faisait\nde la musique en toute franchise et liberté. La mort a depuis fait bien des vides\ndans ce petit cercle : dans les dernières années Berlioz et moi nous allions seuls\nchez Damcke.\nUn soir donc, Berlioz venaitde reprendre son antique et habituelle complainte.\nJ y répondis à peu près dans le sens de ce que j'ai rapporté plus haut. Mon\nsermon terminé, onze heures venaient de sonner. C'était par une nuit froide de\ndécembre et une triste obscurité régnait au dehors. Fatigué et mécontent,\nj'allumai un cigare. Berlioz se leva vivement et presque juvénilement du sofa\noù il avait l'habitude de s'étendre tout de son long, avec ses bottines couvertes de\nboue, au désespoir silencieux de Damcke, la propreté et l'ordre en per-\nsonne.\na Ah ! s'écrie Berlioz, Heller a raison ! Il a toujours raison. Il est bon, il est\nintelligent, il est juste et sage. Je veux l'embrasser il m'embrasse sur les deux\njoues et je veux proposer une folie au sage. Je veux aller souper avec lui chez\nBignon. J ai peu dîné et son sermon m'a mis en appétit d'immortalité et\nd'huîtres.\nParfait, dis-je. Nous boirons à la mémoire de Beethoven et de Lucullus.\nNoyons nos peines de cœur dans les plus généreux vins de France; enfouis-\nsons-les sous des tas de pâtés de foie gras.\nNotre hôte, reprend Berlioz, peut rester chez lui; il a une femme charmante.\nNous qui sommes célibataires, nous allons au restaurant."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "423", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.23", "texte": "ANECDOTES SUR BERLIOZ\n\nEt pas de réplique ! C'est une affaire faite. »\nLe Berlioz plein de feu des anciens jours s'était réveillé. Et bras dessus bras\ndessous, nous voilà nous dirigeant par la longue rue Blanche, riants et joyeux,\nvers la chaussée d'Antin.\nEnfin nous arrivons chez Bignon, dont les salles sont resplendissantes de lu-\nmière. Onze heures et demie sonnaient.il n'y avait que peu de monde C'est ce que\nnous désirions. Nous demandons des huîtres, du pâté defoie gras de Strasbourg,\ndu poulet froid, de la salade, des fruits, de bon bordeaux, enfin du Champagne,\nce qu'il y avait de mieux.\nBerlioz et moi, d'ordinaire très sobres, nous n'en étions ce soir-là que mieux\ndisposés à faire honneur à cet excellent menu. A une heure, on commença à\néteindre le gaz. Les garçons se traînaient ennuyés et bâillant autour de nous.\nNous restions seuls. Tous les autres consommateurs avaient quitté l'établisse-\nment. On ferma les portes, puis on nous apporta des bougies.\n(( Garçon ! s'écrie Berlioz,vous voulez nous faire accroire par vos pantomimes\nqu'il est tard. Apportez donc deux demi-tasses de café et des havanes. ))\nA deux heures nous étions encore là.\n(( Il est temps de partir, dit alors Berlioz ; à cette heure ma belle-mère doit être\ndans son premier sommeil, et je puis espérer de la réveiller. »\nPendant le souper nous avions causé de nos auteurs favoris, Beethoven,\nShakspeare, Byron, Heine, Gluck. La conversation continua pendant la\nlongue et lente route jusqu'à son appartement, situé non loin du mien.\nCette soirée a été la dernière soirée animée, vivante et gaie que j'aie passée\navec Berlioz. C'était en 1867 ou en 1868, je ne sais plus au juste.\nA la même époque, Berlioz avait une sorte de passion : c'était de lire\nShakspeare dans la traduction française à ses amis. On se réunissait le soir vers\n8 heures. Il nous lisait alors plusieurs pièces par soirée.\nIl lisait bien, en général, quoiqu'il se laissât souvent emporter par son émo-\ntion. Aux beaux endroits, les larmes lui coulaient le long des joues Mais il con-\ntinuait à lire, essuyant à la hâte les larmes, pour ne pas interrompre la lecture.\nDamcke et deux ou trois amis assistaient seuls à ces lectures. Un de ces amis, un\nancien et fidèle camarade de Berlioz, mais dont l'éducation littéraire laissait\nbeaucoup à désirer, s'était attribué, dans ce petit cercle, le rôle de claqueur.\nIl écoutait avec une attention soutenue et semblait épier sur les traits de Ber-\nlioz ou de ses auditeurs le moment de manifester son enthousiasme. N'osant\napplaudir, il avait trouvé une manière originale tout au moins d'exprimer sa\nsatisfaction. Chaque passage qu'il entendait déclamer avec feu et mouvement,\nil le soulignait de jurons dont se servent les classes populaires et usités dans les\nateliers. Après les scènes les plus émouvantes partaient des : (( Nom d'un nom!\nnom d'une pipe ! sacré mâtin ! )) d'un irrésistible effet. Notre enthousiaste, un\nsoir, en avait bien placé une douzaine, lorsque tout à coup Berlioz, exaspéré, et\ninterrompant la lecture d'un vers, se leva ivre de colère : (( Ah çà î voulez-vous\nbien nous f le camp avec vos noms d'une pipe !)) Et tandis que l'autre s'en-\nfuyait, pâle comme la mort, Berlioz reprenait avec le calme le plus absolu sa\nlecture interrompue de la scène du balcon de Roméo et Juliette.\nCe que je vous ai dit un jour au sujet du peu de mémoire de Berlioz, s'applique\nà la musique moderne qu'il connaissait peu. Mais la musique qu'il avait étudiée\nlui était toujours présente à l'esprit, particulièrement les œuvres orchestrales de"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "424", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.24", "texte": "ANECDOTES SUR BERLIOZ\n\nBeethoven (il connaissait moins les quatuors et les œuvres pour piano), les opé-\nras de Gluck, Spontini, Grétry, Méhul, Dalayrac etMonsigny.\nMalgré sa haine pour Pvossini, il était un admirateur très sincère de deux par-\ntitions de ce maître : le Comte Ory et le Barbier de Séville. Berlioz était en\nsomme un véritable artiste qu'aucune œuvre parfaite en son genre ne laissait in-\ndifférent et dont l'émotion allait jusqu'aux larmes. C'est ainsi qu'à la première\nreprésentation de la Patti dans le Barbier, à laquelle j'étais avec lui, et vous\nm'en croirez, si je vous l'assure, j'ai vu ses yeux se mouiller d'abondantes\nlarmes à l'audition des morceaux les plus gais et les plus aimables de cette par-\ntition. Et que dire d'une représentation de la Flûte enchantée à laquelle j'assistai\nen sa compagnie ! Berlioz avait une sorte d'irritation naïve et enfantine contre ce\nqu'il appelait « les concessions de Mozart )). Il faisait allusion à l'air de Don\nOttavio à l'air de Dona Anna en fa et aux fameux passages de l'air de la Reine\nde la Nuit. Rien ne pouvait le désarmer à l'égard de ces morceaux, qui, malgré\nleur moindre importance au point de vue dramatique, ne sont pas moins su-\nperbes.\nMais combien j'ai été moi-même ému de voir l'impression profonde que cet\nopéra avait faite sur lui ! Il l'avait souvent entendu ; mais soit disposition d'es-\nprit plus favorable, soit supériorité de l'interprétation, jamais, me disait Berlioz\nlui-même, il ne lui avait été si droit au cœur. L'expression de sa joie, par mo-\nments, était tellement bruyante que nos voisins du parquet, occupés à manier\nleurs cure-dents et faisant leur sieste, protestaient contre cet enthousiasme\n(( indiscret )).\nUn soir, nous entendîmes ensemble, dans une société de quatuors, le grand\nquatuor en mi bémol de Beethoven. Moi, j'éprouvais en écoutant cette œuvre mer-\nveilleuse un sentiment analogue à celui d'un catholique sincère et croyant qui\nentend la messe ; c'était de la ferveur, de la piété, une piété calme et réfléchie.\nBerlioz, au contraire, semblait à mes côtés un novice attardé. A sa pieuse atten-\ntion se mêlait une sorte de frayeur joyeuse provoquée par la vue du doux et\nsaint mystère qui se révélait à lui. Il était rayonnant à Y adagio, il venait de\nsubir une transformation complète.\nAprès Beethoven on devait jouer d'autres œuvres de maîtres. Mais nous quit-\ntâmes la salle, et je l'accompagnai chez lui. Pas une parole ne fut échangée en\nroute. 1C adagio continuait à prier en nous.\nLorsque je pris congé de lui, il me saisit la main et me dit : (( Cet homme avait\ntout... et nous n'avons rien. ))\nTelle était l'impression cle foudroyante grandeur qu'avait laissée en lui la\ngigantesque apparition de 1' (( homme )). Pour finir, une petite anecdote encore.\nTout près de la maison qu'habitait Damcke, rue Mansard, se trouvait encastrée\ndans le trottoir une grande pierre blanche. Chaque soir, quand il rentrait, Ber-\nlioz se plaçait sur cette pierre pour me dire bonsoir quand nous arrivions de la\nrue Mansard. Un soir (c'était peu de temps avant sa dernière maladie), nous\nnous étions séparés àla hâte. Il faisait froid et un épais brouillard mouillait les\nrues. Nous étions déjà loin l'un de l'autre, lorsque la voix de Berlioz me rappela\nà travers l'obscurité : « Heller ! Heller ! où êtes-vous ? Revenez, je vous en prie.\nJe ne vous ai pas dit bonsoir sur la pierre blanche. )) Nous nous retrouvons, puis\nnous nous mettons à chercher dans l'obscurité la pierre blanche. Cette pierre\nétait du reste remarquable aussi par sa forme. Je tire ma boîte à allumettes ; elles"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.25", "texte": "ANECDOTES SUR BERLIOZ\n\nne prennent pas par l'humidité qu'il fait, et nous voilà tous deux rampant et\ntâtonnant sur le trottoir à la découverte de cette pierre fatidique. Enfin nous la\ntrouvons. Berlioz alors y pose solennellement le pied, et avec le plus profond\nsérieux, me dit :(( Dieu soit loué ! j'y suis, et maintenant bonsoir !))\n\nStephen HELLER.\n\nCamille SAINT-SAENS.\nBerlioz n'est pas mort, comme on l'a dit, de l'injustice des hommes, mais\nd'une gastralgie causée par son obstination à ne suivre en rien les conseils de\nses médecins, les règles d'une hygiène bien entendue. Je vis cela clairement\ndans un voyage artistique que j'eus l'honneur de faire avec lui. (( Il m'arrive une\nchose extraordinaire, me dit-il un matin : je ne souffre pas ! )) Et il me conte ses\ndouleurs, des crampes d'estomac continuelles, et la défense qui lui est faite de\nprendre aucun excitant, de s écarter d'un régime prescrit, sous peine de souf-\nfrances atroces qui iraient toujours en s'aggravant. Or il ne suivait aucun régime\net prenait tout ce qui lui plaisait sans s'inquiéter du lendemain. Le soir de ce\njour, nous assistions à un banquet. Placé près de lui, je fis tout mon possible\npour m opposer au café, au Champagne, aux cigares de la Havane ; ce fut en\nvain : et le lendemain, le pauvre grand homme se tordait dans ses souffrances\naccoutumées.\n... Le passé n'existait pas pour lui ; il ne comprenait pas les maîtres anciens\nqu'il n'avait pu connaître que par la lecture. S'il a tant admiré Gluck et\nSpontini. c'est que dans sa jeunesse il avait vu représenter leurs œuvres à l'Opéra,\ninterprétées par Mme Branchu, la dernière qui en ait conservé les traditions. Il\ndisait pis que pendre de Lulli, de la Servante maîtresse cle Pergolèse : (( Voir\nreprendre cet ouvrage, a-t-il dit ironiquement, assister à sa première représen-\ntation, serait un plaisir digne de l'Olympe ! ))\nJ'ai toujours présents à la mémoire son étonnement et son ravissement à l'au-\ndition d'un chœur de Sébastien Bach, que je lui fis connaître un jour ; il n'en\nrevenait pas, que le grand Sébastien eût écrit des choses pareilles ; et il m'avoua\nqu'il l'avait toujours pris pour une sorte de colossal fort en thème, fabricant de\nfugues très savantes, mais dénué de charme-et de poésie. A vrai dire, il ne le\nconnaissait pas (1).\n(i) Nous n'extrayons des Souvenirs et portraits que ces lignes anecdotiques ; mais il est bien\nentendu (on le verra d'ailleurs plus loin) que M. Camille Saint-Saëns, dans le même volume,\nrend à Berlioz et à son génie musical un hommage complet.\n\n«Nicolo PAGANINI.»\nUn dimanche, le 16 décembre 1838, Berlioz, riche de gloire mais pauvre d'ar-\ngent, donnait au Conservatoire la symphonie cVHarold et la Symphonie fantas-\ntique. Paganini assistait au Concert ; deux jours après il écrivait à Berlioz ;\n(( Mon cher ami, Beethoven mort, il n'y avait que Berlioz qui pût le faire\nrevivre ; et moi qui ai goûté vos divines compositions dignes d'un génie tel que\nvous, je crois de mon devoir de vous prier de vouloir bien accepter, comme\nhommage de ma part, vingt mille francs qui vous seront remis sur la présenta-\ntion de l'incluse. Croyez-moi toujours votre affectionné,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.26", "texte": "LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\n«H. BERLIOZ.»\nRéponse de Berlioz :\n(( O digne et grand artiste,\n(( Comment vous exprimer ma reconnaissance !! ! Je ne suis pas riche, mais,\ncroyez-moi, le suffrage d'un homme de génie tel que vous me touche mille\nfois plus que la générosité royale de votre présent.\n(( Les paroles me manquent, je courrai vous embrasser dès que je pourrai\nquitter mon lit, où je suis encore retenu aujourd'hui.\n\nLettres inédites de Berlioz\n\nRecueillies par Julien Tiersot.\nAu Vicomte Sosthène de La Rochefoucault,\nDirecteur des Beaux-Arts.\nHector BERLIOZ.\nParis, ce 24 mai 1828.\nMonsieur le Vicomte,\nA tant de bontés oserai-je vous prier de joindre encore celle de venir m entendre^\nD'après la dernière répétition qui a lieu aujourd'hui, j espère que je serai bien\nexécuté; mais à quoi me servirait même un grand succès si je ne l'obtiens pas sous\nvos yeux ?\nC est votre suffrage que je désire le plus vi vement obtenir ; c'est de vous seul que\ndépend le sort des artistes en général, mais plus particulièrement des compositeurs.\nJe vous prie donc instamment, Monsieur le Vicomte, d'assister à rnon concert. Sans\nvous je n'aurais jamais pu vaincre les difficultés qui m'ont été suscitées de toutes\nparts. Il me serait difficile de vous peindre ma reconnaissance ; puissé-je prouver un\njour que je n étais pas indigne de la protection dont vous m'avez honoré ; c'est le\nvœu le plus ardent de mon cœur !\nJai l honneur d être, Monsieur le Vicomte, avec le plus profond respect,\nVotre dévoué serviteur,\n\n(Bibliothèque du Conservatoire, Autographes).\nLe premier concert de Berlioz dont il est question dans cette lettre eut lieu au\nConservatoire le 26 mai 1828.\n\nAU MÊME.\n\nParis, ce 3 mars 1829.\nMonsieur le Vicomte,\n]e publie en ce moment la partition de 8 scènes du Faust de Goethe dont j'ai com-\nposé la musique ; c'est le premier ouvrage que je livre à l'impression; veuilleq,\nMonsieur le Vicomte, me faire l'honneur d'en accepter la dédicace."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.27", "texte": "LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\nJe vous dois beaucoup et je serai bien heureux si vous daignez recevoir cet hom-\nmage de mon jaible talent comme un témoignage de ma vive reconnaissance.\nJ'ai Vhonneur d'être, Monsieur le Vicomte, avec le plus profond respect,\nVotre dévoué serviteur,\n\nHector BERLIOZ.\n\nRue de Richelieu, n°9Ô.\nBibliothèque du Conservatoire — Cf. Lettres intimes, p. 34\n(du 9 avril 1829) :(( Je vous envoie Faust, dédié à M. de la Rochefoucault ; ce\nn'était pas pour lui !... ))\n\nA MEYERBEER.\nH. BERLIOZ.\n23 décembre 1843.\nCher Maître,\nVoici l exemplaire destiné à VAcadémie de Berlin avec une lettre de présentation\nde Vouvrage, j'en ajoute une autre que je vous prie de bien vouloir accepter. C'est\nune dette que j acquitte, vos œuvres m ayant fourni tant de beaux exemples dont j'ai\nprofité de toutes manières.\nL exemplaire du Roi vous sera remis par M. Land, qui sen est chargé.\nMille amitiés et complimens et renierciemens,\n\nMonsieurMeyeerbeer, Hôtel de l'Empire (le nom de Meyerbeer a été gratté et\ndéchiré sur la suscription).\nCollection Ch. Malherbe.\nL'ouvrage dont il est question ici est le Traité d'instrumentation. Il ne fau-\ndrait pas tirer des conséquences excessives du compliment contenu à la fin du\npremier paragraphe : les (( beaux exemples )) dont Berlioz a (( profité )) sont sim-\nplement des fragments de Robert le Diable et des Huguenots qu il a insérés dans\nson traité comme (( exemples )) d'écriture orchestrale.\n\nA FERDINAND DAVID.\n\nParis, 7 janvier 1854.\nMon cher David,\nJe suis vraiment tourmenté de ne pas avoir de vos nouvelles ; prenez donc un quart\nd'heure pour ni écrire, vous m'obligerez beaucoup. Je vous ai envoyé le 22 ou le\n2q décembre dernier mon Requiem et Sara la Baigneuse avec texte allemand, plus\nune lettre. Avez-vous reçu le tout ? Ou en est la gravure de la Fuite en Egypte cheq\nKistner ?\nQu'ont dit les journaux de Leipzig sur mon concert ?\nA-t-on publié dans le Leipziger Tageblatt ma lettre du Journal des Débats en\nréponse à l'insolent mensonge de l avocat du directeur de l'Opéra qui ni attribuait les\nmutilations du Freischùtz ?\nCette stupide affaire me donne un chagrin et une indignation que vous deveq\ncomprendre. J'ai passé quinqe ans de ma vie de critique à combattre les correcteurs,"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.28", "texte": "LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\nles coupeurs, les mutilateurs ; j'ai empêché, quand on mit le Freischùtz en scène à\nV Opéra il y a douqe ans, qu'on en supprimât une note; je suis parvenu à le faire re-\nprésenter, pour la première fois en France, intégralement ; et l'on m'accuse de l'avoir\nmutilé moi-même, quand les coupures dont on se plaint ont été faites en mon absence\nde France et sans que j'en aie été informé, et par un directeur avec lequel j'étais\nbrouillé !\nJ'avais envoyé ma lettre à M. Gleich du Tageblatt en le priant de la traduire.\nNéanmoins je reçois hier une lettre incroyable d'un étudiant en droit, M. Whist-\nling, qui m'écrit, dit-il, au nom et de la part de ses collègues de l'Académie pour\nme reprocher en termes très ofjensans mon méfait sur Weber. Je viens de lui répon-\ndre. Mais veuilleq savoir de M. Langer, le directeur de l'Académie des étudiants,\ns'il est vrai que ces messieurs qui m'ont montré tant de bienveillance se soient,\ncomme M. Wliisling me l'écrit, tournés contre moi, et Vaient chargé, lui, de mé-\ncrire en leur nom une pareille lettre ; et s'il leur a, en tout cas, communiqué ma\nréponse. Tout cela est révoltant d'injustice et d'absurdité.\nJe vous en prie, écrivez-moi et n'oublieq rien.\nVous rendrez un vrai service à\nVotre tout dévoué et affectionné,\n\nHector BERLIOZ.\n\nCette lettre, ainsi que celle qui va suivre, nous a été obligeamment communi-\nquée par Madame J. Talayrach, née d'Eckardt, petite-fille de Ferdinand David;\nce dernier, Concertmeister au Gewandhaus de Leipzig, de 1836 à 1873, entretint\ndes relations cordiales avec Berlioz, qui parle de lui avec éloges dans plusieurs\nendroits de ses écrits.\n\nA MADAME VIARDOT.\n\nParis, 13 septembre 1859.\nChère Madame Viardot,\nd\"avance dans mon travail de mosaïste (1), j'aurai fini le ier acte samedi prochain\net préparé une partie du second pour mon copiste. En conséquence j'irai dimanche\nvous porter ce qui sera terminé, et vous demander l'hospitalité pour quelques heures.\nJe partirai par le convoi de midi [dimanche). Cela se peut-il ? ne vous dèrangerai-je\npoint ? un autre jour vous conviendrait-il mieux ?\nJ'ai enfin reçu la visite de Carvalho. Nous sommes d'accord, il renonce à ses\nidées de pots-pourris, d'ouverture oTlphigénie, de chœur rf'Armide, etc. Il engagera\npour le chœur quatorze femmes du théâtre Italien qui sont nécessaires pour équilibrer\nles parties de sa masse vocale. Il cherchera les deux artistes mimes dont je lui ai\nappris la nécessité, l'un pour le grand Démon qui subit l'émotion musicale le premier\n(rôle dans lequel Milon excellait à l'Opéra) et l'autre pour l'ombre souffrante qui\nne veut pas être consolée dans le ballet des Champs Elysées.\nIl a trouvé une Eurydice nommée Sasse et qui sort d'un café chantant des autres\nChamps-Elysées... M[[q Marimon sera chargée du rôle de l'Amour. Enfin il paraît\nêtre dans les plus excellentes intentions. Son enfer en sera pavé.\n\n(1) La transcription d'Orphée de Gluck en vue de la reprise qui eut lieu au Théâtre lyrique à la\nfin de l'année."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.29", "texte": "LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\nLe spectacle commencerait par les Deux Avares de Grétry.\nLa presse continue à nous être favorable au sujet du concert de Bade (i) ;je vous\napporterai tout cela.\nUn seul journal (l'Opinion), qui vient de naître, atout d'abord débuté par me don-\nner un coup de hure ou de grouin, signé Braine Ce monsieur prétend que je dois\navoir beaucoup d amis, puisqu'on me permet d'aller tous les ans faire des émeutes\nmusicales en Allemagne, et d'y produire impunément mes extravagantes élucubra-\ntions.\nJ'oubliais de vous dire que dans votre air à roulades qui termine le ier acte, il\nfaut absolument faire une cadenza mirobolante au dernier point d'orgue. C'est in-\ndiqué. Ainsi compose£ là un joli panache de vocalises pour enlever la salle à votre\nsortie de scène.\nMa sœur et ma nièce sont parties ce matin, et ma femme les a accompagnées à\nFontainebleau où elles resteront deux jours. Je suis seul sous mon toit, comme le\nmoineau de F Evangile l'était sur le sien. Il faut que je travaille beaucoup pour\néchapper aux griffes de l'ennui le plus profond et le plus féroce que j'aie ressenti de\nma vie. Ne vous effrayez pas, je vous promets de laisser mon visage ennuyé à Paris\net d'être chez vous d'une gaîté raisonnable.\no\nMille compliments affectueux.\nVotre dévoué, très dévoué, plus que dévoué,\n\nH. BERLIOZ.\n\nParis, mardi 13 sept.\nP. S. —M. Viardot s'est inutilement donné la peine de traduire le ier récitatif\nqui précède la romance ; il existe dans la grande partition française que vous n'avez\npas. Il a seulement cinq mesures de plus que dans l'opéra italien.\nCette lettre, ainsi que les deux suivantes, nous a été obligeamment communi-\nquée parMmo Pauline Viardot.\n\nSeptembre 1859.\nChère Madame Viardot,\nVous savez l'histoire du soldat condamné à être fusillé et qui se traînait aux ge-\nnoux du caporal chargé de commander le feu. Le caporal lui répondit : ((Mais, mon\npauvre ami, demandez-moi ma bourse, demandez-moi ma montre, demandez-moi\ntout ce que je possède, mais ne me demandez pas la vie. ))\nComment voulez-vous que je me permette d'instrumenter le morceau de Gluck,\nmoi qui ai tant de fois exterminé les gens qui prenaient de telles libertés ?... D'ail-\nleurs, les instruments qu on ajouterait ne feraient rien; l'air est ridicule, F orchestre\nqui F accompagne est risible, et les basses en sont cocasses, le tout resterait grotesque.\nCependant votre chant sauvera tout ; à ce sujet sans inquiétude. Stockausen\na bien eu au Conservatoire, le jour du concert de Littoljf, un succès pyramidal en\nchantant un air de H 'dndel orchestré dans le même goût.\nJe viens de voir tous les journaux de dimanche pour lire le fait dont vous m'avez\nparlé et qui aurait trait à une nouvelle Didon pour Mm& Vestvali. Je n'ai rien trouvé\n\n(i) Mrae Viardot avait chanté àce concert des fragments de la Prise de Troie."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.30", "texte": "LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\nLes Escudier n'ont pas entendu parler de celci, et ils sont foi t loin dy ci on e La\nprincesse Wittgenstein vient d'arriver, elle restera trois jours à Paris. Elle vous\nverra sans doute. Je dîne ce soir avec elle. Tout mon monde est chez Roger. En\nrevenant de che\\ la princesse f irai vous demander une tasse de thé, mais ne reste.i\npas àla maison pour moi, je vous en conjure, si vous aviez 1 intention de sortir.\nVotre tout dévoué,\n\nH. BERLIOZ.\nJeudi, 5 heures.\n\nA LA MÊME.\nH. BERLIOZ.\n(Vers le 22 novembre 1859.)\nCher Orphée, chère Mme Viardot,\nOui, reposez-vous sur vos lauriers !\nCombien de choses f aurais à vous dire de la part de mes amis, et même de celle\ndes indifférents que vous avez passionnés !... Mais trêve de dithyrambes, laissons les\nodes... Je chanterais bien plutôt une élégie. Je suis mortellement triste... Voilà le\nfeuilleton ; puisse-t-il vous sembler passable !\nJ'irai vous voir ce soir Guérissez-vous avant tout.\nS'il vous faut ne pas parler, renvoyez-moi !\n\nLa première représentation E Orphée au Théâtre lyrique eut lieu le 18 novem-\nbre 1859; le feuilleton de Berlioz dans les Débats parut le 22 : c'est sans doute le\nmême jour qu'il écrivit cette lettre, laquelle ne porte pas de date.\n\nA ERNEST LEGOUVÉ.\nH. BERLIOZ.\nParis, 18 août 1864.\nMon cher ami,\nMerci de votre lettre. J'ai été heureux de voir dans le Moniteur mon nom à côté\ndu vôtre, et aussi de songer qu'en iBq6, je crois, je fus nommé chevalier en même\ntemps que Bordogni et Duponchel... Le temps a marché, convenez-en !Je vous serre\nla main avec toute l'affection que vous me connaissez pour vous.\n\nCommuniqué par M. Paladilhe.\nBerlioz avait été fait officier de la Légion d'honneur le 15 août 1864. A ce pro-\npos, nous devons rectifier une assertion que nous avons rapportée dans un précé-\ndent numéro de la Revue Musicale {juillet 1902) en citant, d'après la Revue et Ga-\nlette Musicale du même temps, la lettre que le maréchal Vaillant avait écrite à\nBerlioz pour lui faire connaître cette distinction: il félicitait « l'intelligent compo-\nsiteur et le savant critique )), et cette formule avait pu, légitimement sans doute,\nprovoquer quelques ironies. Elle est inexacte, contenant une faute d'impression\ndont Berlioz s'est plaint par ailleurs, en disant que la Gazette avait (( gâté )) la\nlettre du maréchal. En effet, nous avons trouvé récemment une autre reproduc-\ntion du même texte contenant cette formule, plus recommandable : (( L'illustre\ncompositeur et le savant critique )) Dont acte."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.31", "texte": "BERLIOZ JUGÉ PAR SAINT-SAENS ET RICHARD WAGNER\n\nBerlioz jugé par M. Camille Saint-Saëns\n(1).\nSil est une qualité qu'on ne peut refuser à Berlioz, que les adversaires\nles plus acharnés ne lui ont jamais contestée, c'est le coloris prodigieux de l'in-\nstrumentation. Quand on l'étudié en cherchant à se rendre compte des procédés\nde l'auteur, on marche d'étonnements en étonnements. Celui qui lit ses parti-\ntions sans les avoir entendues ne peut s'en faire aucune idée ; les instruments\nparaissent disposés en dépit du sens commun ; il semblerait, pour employer\nl'argot du métier, que cela ne dût pas sonner ; et cela sonne merveilleusement.\nS'il y a peut-être, çà et là, des obscurités dans le style, il n'y en a pas dans l'or-\nchestre ; la lumière l'inonde et s'y joue comme dans les facettes d'un diamant.\nEn cela, Berlioz était guidé par un instinct mystérieux, et ses procédés échap-\npent à l'analyse, par la raison qu'il n'en avait pas. Il l'avoue lui-même dans son\nT? -aité d'instrumentation, quand, après avoir décrit en détail tous les instruments,\nénuméré leurs ressources et leurs propriétés, il déclare que leur groupement est\nle secret du génie et qu'il est impossible de l'enseigner. Il allait trop loin ; le\nmonde est plein de musiciens qui, sans le moindre génie, par des procédés\nsûrs et commodes, écrivent fort bien pour l'orchestre.\n(i) Extrait d'une étude parue dans la Lecture (fascicule du 25 sept. 1890, n° 78, p. 604-611) et\nreproduite en tête du livre Portraits et Souvenirs (publié par la Société d'Education artistique,\nfévr. 1900). Comme ce livre est aujourd'hui épuisé, nous croyons utile de donner quelques\nlignes de l'étude de M. Saint-Saëns, qui esttrès impartiale, et témoigne d'une sincère admiration\ndu premier maître pour le second.\n\nBerlioz jugé par Richard Wagner.\nNous donnons, surtout à titre de documents, les textes suivants qui n'ont pas\nencore été traduits en français. Wagner considère Berlioz comme un descendant\ndégénéré de Beethoven et s'obstine tout en rendant parfois hommage à son\ngénie à ne voir dans ses symphonies qu'un formalisme artificiel et pénible :\n(( Dans les efforts qu'il faisait pour noter les images étranges de son imagination\natrocement échauffée et pour les rendre précises, compréhensibles au monde\nincrédule et béotien de son milieu parisien, Berlioz poussa son intelligence\nmusicale énorme jusqu'à un pouvoir technique dont jusqu'alors on n'avait pas\nidée. Ce qu'il voulait dire aux gens était si étrange, si inaccoutumé, si contre\nnature, qu'il ne le pouvait exprimer bonnement, en mots naturels et simples : il\nlui fallait un appareil énorme de machines très compliquées pour notifier, à\nl'aide d'un mécanisme aux rouages d'une finesse infinie et d'une extrême rareté,\npournotifier, dis-je, ce qu'un organe simplement humain ne saurait absolument\npas exprimer, par la bonne raison que c'est quelque chose de tout à fait inhu-\nmain. L'orchestre de Berlioz est en vérité une merveille de mécanique. Tout ce\nque ce mécanisme a dans ses ressorts, Berlioz l'a étudié à tel point qu'il est\nparvenu à faire preuve d'une connaissance vraiment stupéfiante.\n(( Certainement, au début de sa carrière d'artiste, ce n'était pas la gloire\nd'un inventeur purement mécanique qui stimulait Berlioz : il y avait bien en lui\nune réelle poussée artistique, et cette poussée était de nature brûlante et dévo-"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.32", "texte": "BERLIOZ JUGÉ PAR RICHARD WAGNER\n\nrante. Pour satisfaire cette ardeur, il fut entraîné par des éléments malsains,\ninhumains. . ))\n(Wagner, Œuvres complètes, édition ail., 111, p. 348, 349,349, 350, 352;\nX, p. 236.)\nOPINION DE WAGNER SUR LA (( SYMPHONIE FANTASTIQUE )).\nDe l'Allemagne, l'esprit de Beethoven a soufflé vers Berlioz, et certainement\nil y a eu des heures où Berlioz a souhaité être Allemand ; ce fut à ces heures\nque son génie le poussait à écrire comme écrivait le grand maître, à exprimer\nce qu'il sentait exprimé dans ses œuvres. Mais clés qu'il saisissait la plume, se\nproduisait l'émotion naturelle du sang français, de ce sang qui bouillonna dans\nles veines d'Auber lorsqu'il écrivit le dernier acte volcanique de sa (( Muette »...\nHeureux Auber ! il ne connut pas les Symphonies de Beethoven !\nMais Berlioz les connaissait ; il y a plus, il les comprenait, elles l'avaient inspiré,\nelles avaient enivré son esprit. Il sentit alors qu'il nepouvait devenir Beethoven,\nmais il eut aussi la sensation qu'il nepouvait pas écrire comme Auber. Il devint Ber-\nlioz et écrivit sa Sinfonie fantastique, œuvre qui eût fait sourire Beethoven, tout\ncomme elle a fait sourire Auber, mais qui était capable de plonger Paganini dans\nl'extase la plus fiévreuse et de gagnerà son auteur un parti qui ne veut entendre\nd'autre musique au monde que la Sinfonie fantastique de Berlioz. Quicon-\nque entend cette Symphonie ici à Paris, exécutée par l'orchestre de Berlioz, croit\ncertainement entendre une merveille qu il n'a jamais encore entendue. Une\nrichesse intime énorme, une imagination vigoureuse fait jaillir comme d'un cra-\ntère tout un bourbier de passions ; ce que nous apercevons, ce sont des nuages de\nfumée aux proportions colossales, que partagent seulement les éclairs, et des\nbandes de feu modelées en formes fugitives. Tout est énorme, hardi, mais infini-\nment douloureux.\nOn n'y rencontre nulle part la beauté delà forme, nulle part ce fleuve ma-\njestueusement tranquille, à la marche sûre, auquel nous voudrions, pleins d es-\npoirs, nous fier. La première phrase de la Symphonie en ut mineur de\nBeethoven eût été pour moi un pur bienfait après la Sinfonie fantastique.\n(.Bayreuther Blàtter, 1884, p. 65 et 66, écrites en 1841.)\nOPINION DE WAGNER SUR LA SYMPHONIE DE (( ROMÉO ET JULIETTE ».\nL'audition de sa symphonie Roméo et Juliette me remplit l'âme d'une grande\ntristesse. A côté des trouvailles les plus géniales, on constate dans cette œuvre\ntantde manque de goût et un usage si défectueux des procédés d'art que je ne pus\nm'empêcherde désirer que, avant l'exécution, Berlioz eût présenté cette compo-\nsition à un homme tel que Chérubini, qui, certainement, sans causer le moindre\ntort à l'œuvre originale, aurait su la décharger d'une forte quantité de passages\nqui ne sont pas beaux et qui la gâtent. Mais, avec sa susceptibilité excessive, son\nami le plus intime n'eût point osé lui faire une telle proposition.\n(.Bayreuther Blàtter, p. 84, 67, 1841. Œuvres complètes, V, 250 51, 1857.)\nOPINION DE WAGNER SUR (( BENVENUTO CELLINI ».\nJe regrette que Berlioz veuille ou doive remanier son Cellini ! Si je ne me\ntrompe, cette œuvre a déjà plus de 10 ans : est-ce donc que Berlioz depuis le"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.33", "texte": "BERLIOZ JUGÉ PAR M. HUGO RIEMANN\nR. M.\n28\n\ntemps n a point continué à se développer pour entreprendre quelque chose\nd autre r Quelle pau\\ie confiance en soi-même que de se voir forcé de revenir à\nun travail si antérieur ! Les défauts de Cellini résident dans le poème et dans la\nsituation contre nature où sévit poussé le musicien qui, par des inventions pu-\nrement musicales, devait dissimuler un vide que seul le poète peut remplir. Or,\nBerlioz ne pourra jamais remettre debout ce Cellini ; mais, qui est-ce qui nous\nimporte le plus, Cellini —ou Berlioz ? Pour moi, il y a je ne sais quoi d'af-\nfreux à contempler ces essais galvaniques de résurrection !\n[Correspondance. Lettres à Lizt, à Uhlig, à Fischer et Heine, I, p 187\n188)\n\nBerlioz jugé par M. Hugo Riemann.\nM. Ilugo Riemann est un des « professeurs » les plus considérables, les plus\nsavants et les plus autorisés en matière musicale que possède l'Allemagne.\nDans son Histon c de Ici musique depuis Beethoven, iSoo—içoOy il consacre un chu—\npitre (le io° de la 3e partie) à Berlioz, au coloris musical et à la musique à pro-\ngramme. A vrai dire, son opinion sur le grand musicien français mérite d'être\ncitée plutôt à titre de curiosité que de jugement exact et sûr.\nM. Riemann rattache d'abord le (( coloris » de Berlioz à celui de... Kastner\n(1 AlsacienKastner, né à Strasbourg en 1810, le pâle classique, auteur de la\nlîciipe d Soie, des Sll èues, etc... et constructeur d un nouvel instrument, le pyro-\nphone). C'est un rapprochement singulier. Il souscrit ensuite à ce jugement d'un\nmusicien d'ailleurs excellent, M. H. Kretzschmar, sur Berlioz et son école :\n(( Là où les passions extrêmes, les états psychologiques très violents, les événe-\nments dun caiactère inouï, le supeilatif de la fantaisie doit être atteint, ces\ncompositeurs bâtissent, comme les Cvclopes, avec des blocs non taillés. Ils lais-\nsent agn la force élémentaiie et biutale du son, du rythme brut, et accordent\nune grande impoi tance à 1 élément physique de 1 art musical. De là les périodes\nbâties sur des harmonies dissonantes, le chromatisme bruissant, et ces motifs\nque la musique artistique repousse comme trop vulgaires » (1). Un peu plus loin,\nM. Riemann cite l'opinion suivante, du même: (( Berlioz chercha et trouva le\nmoyen de rendre plus intelligibles les larges formes de la symphonie beethove-\nnienne ». M. Riemann déclare qu'il ne comprend pas cette comparaison : la mu-\nsique de Berlioz est pour lui une œuvre de rapiéçage (Flickwesen), un habit\nd Arlequin. Il conclut . (( Berlioz est le phénomène le plus extravagant de la\npéiiode romantique Victoi hluoo. Ses luttes maladives pour réaliser d énormes\nprojets le condamnaient à un échec. ))\nOn a le regret de le dire en parlant d'un écrivain comme M. le professeur Rie-\nmann, qui a îendu tant de services à 1 histoire et à la critique musicales : tout\nsonne faux dans ce qu il dit de Berlioz, tout est inexact ou à côté.\n(1) Kretzschmar, Fiihrer durch den I, 267."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.34", "texte": "LES IDÉES DE BERLIOZ SUR LA MUSIQUE\n\nLes idées de Berlioz sur la musique. — Sa profession de foi.\n\nLA ROUTINE ET LE PROGRÈS MUSICAL. - CORIOLAN. - ANDROMÈDE ET PERSÉE. — OPINION DE BERLIOZ SUR RICHARD WAGNER.\n\nLa profession de foi de Berlioz se trouve presque à chaque page de ses\nœuvres littéraires ; quelques documents, néanmoins, présentent un intérêt spé-\ncial. Le premier est une sorte d'interview qu'un publiciste compositeur im-\nposa au maître en 1852. Berlioz venait de faire triompher, à Weimar, son\nBenvenuto Cellini ainsi que Roméo et Juliette. L'enthousiasme était grand. C'est\nalors que C. Lobe demanda à Berlioz de mettre par écrit les idées les plus im-\nportantes qu'il lui avait entendu défendre en matière d'esthétique, et obtint une\njettre qui fut publiée dans les Fhegende Blàtter fur Musik. En voici les passages\nles plus importants :\n(( MONSIEUR,\n(( C'est tout simplement une profession de foi authentique que vous me som-\nmez de publier ?\n(( Ainsi agissent les vertueux électeurs à l'égard des candidats qui briguent\nles honneurs de la représentation nationale. Or, je n'ai pas la moindre ambi-\ntion de représenter : je ne veux être ni député, ni sénateur, ni consul, ni même\nbourgmestre.\n(( D'ailleurs, si j'aspirais à la dignité consulaire, je n'aurais, cerne semble,\nrien de mieux à faire pour obtenir les suffrages, non du peuple, mais des pa-\ntriciens de l'art, que d'imiter Marins Coriolanus, de me rendre au Forum et,\ndécouvrant ma poitrine, de montrer les blessures que j'ai reçues pour la dé-\nfense de la patrie.\n(( Ma profession de foi n'est-elle pas dans tout ce que j'ai eu le malheur d'é-\ncrire, dans ce que j'ai fait, dans ce que je n'ai pas fait ?\n(( Comme musicien, il me sera, je l'espère, beaucoup pardonné, parce que\nj'ai beaucoup aimé. Comme critique, j'ai été, je suis et je serai cruellement puni,\nparce que j'ai eu, parce que j'ai et j'aurai toute ma vie des haines cruelles et\nd'incommensurables mépris (i ). C'est juste. Mais ces amours, ces haines, ces\nmépris, sont sans doute aussi les vôtres ; qu'ai-je besoin de vous en signaler\nles objets ?\n(( La musique est le plus poétique, le plus puissant, le plus vivant de tous\nles arts. Elle devrait en être aussi le plus libre ; elle ne Test pourtant pas encore.\nDelà nos douleurs d'artistes, nos obscurs dévouements, nos lassitudes, nos dé-\nsespoirs, nos aspirations à la mort. La musique moderne, la Musique (je ne\nparle pas de la courtisane de ce nom qu'on rencontre partout), sous quelques\n\n(i) Dans la lettre à Hanslick, dont nous parlons ailleurs, Stephen Heller s'exprime ainsi : « Ses\nœuvres, ses discours, toute sa manière d'être, lui donnaient l'air d'un révolutionnaire vis-à-vis de\nl'« ancien régime » dans la musique. Je ne sais s'il fut girondin ou terroriste,mais je crois qu'il eût\nvolontiers déclaré traîtres à 1 art et condamné Rossini, Cherubini, Auber, Hérold, Boïeldieu, etc..,\nces (( Pitts » et ces « Cobourgs » de la corruption musicale d'alors »."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.35", "texte": "LES IDÉES DE BERLIOZ SUR LA MUSIQUE\n\nrapports, c'est l'Andromède antique, divinement belle et nue, dont les regards\nde flamme se décomposent en rayons multicolores en passant au travers du\nprisme cle ses pleurs. Enchaînée sur un roc au bord de la mer immense dont\nles flots viennent battre sans cesse et couvrir cle limon ses beaux pieds, elle\nattend le Persée vainqueur qui doit briser sa chaîne et mettre en pièces la\nchimère appelée Routine, dont la gueule la menace en lançant des tourbillons\nde fumée empestée.\n(( Pourtant, je le crois, le monstre se fait vieux, ses mouvements n'ont plus\nleur énergie première, ses dents sont en débris, ses ongles émoussés, ses\nlourdes pattes glissent en se possant sur le bord du rocher d'Andromède, il\ncommence à reconnaître l'inutilité de ses efforts pour y gravir, il va retomber\nà l'abîme, déjà parfois on entend son râle d'agonie.\n(( Et quand la bête sera morte de sa laide mort, que restera-t-il à faire à l'a-\nmant dévoué de la sublime captive, sinon de nager jusqu'à elle, de rompre ses\nliens, et, l'emportant éperdue à travers les flots, de la rendre à la Grèce, au\nrisque même de voir Andromède payer tant de passion par l'indifférence et la\nfroideur ? Vainement les Satyres des cavernes voisines riront-ils de son ardeur à\nla délivrer, vainement lui crieront-ils de leur voix de bouc : Mais, laisse-lui donc\nses chaînes ! Sais tu si, libre, elle voudra se donner à toi ? Nue et enchaînée, la\nmajesté de son malheur n'en est que moins inviolable. )) L'amant qui aime a hor-\nreur d'un tel crime ; il veut recevoir et non arracher. Non seulement il sauvera\nchastement Andromède, mais après avoir baigné de larmes d'amour ses pieds\nmeurtris d'une si longue étreinte, il lui donnerait, s'il était possible, des ailes\nencore pour accroître sa liberté.\n(( Voilà, Monsieur, toute la profession de foi que je puis vous faire, et je la\nfais uniquement pour prouver que j'ai une foi.Tant cle professeurs en manquent !\nMalheureusement oui, j'en ai une, je l'ai trop longtemps professée sur les\ntoits, obéissant pieusement au précepte évangélique. Et grand est le tort du\nproverbe : (( Il n'y a que la foi qui sauve )>. Il n'y a que la foi qui perd, au con-\ntraire ; c'est elle qui me perdra. Telle est ma conclusion ; j'ajouterai seulement\ncomme fait mon Galiléen ami Griepenkerl,. au bas de toutes ses lettres : e pur si\nmuove ! —Ne me dénoncez pas àla sainte Inquisition.\n\n«Hector BERLIOZ.»\n\nCette lettre brillante et hautaine, plus littéraire que musicale, n'est pas exempte\ncle rhétorique, d apprêt, et même cle bel esprit. La métaphore y est conduite\navec une virtuosité particulière : nouvel exemple d'une contradiction assez\npiquante du romantisme qui, au moment même où il veut anéantir le monstre\nClassicisme (dont la gueule vomit une fumée empestée, etc.), emprunte à ce der-\nnier ses cadres de développements, ses symboles consacrés et tout son matériel\noratoire.— Comme expression de caractère, la lettre nous fait voir un homme\ndont l'imagination grossit toutes choses, qui est dupe de son imagination, et en\ntire constamment des motifs de souffrance, par suite de l'inévitable dispropor-\ntion qui s'établit entre les fantômes dont il est obsédé, et la réalité. Ne con-\nfondez pas cette souffrance avec celle dun Beethoven ou d'un Weber. Berlioz\ns'est rendu lui-même malheureux, cela est évident ; il a méconnu l'antique\nprécepte de Pythagore : ne ronge point ton cœur ! De plus, on dirait qu'il tient"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.36", "texte": "LES IDÉES DE BERLIOZ SUR LA MUSIQUE\n\nà ce mal intérieur qu'il renouvelle à tout instant même en plein succès\ncomme à un privilège sublime, un signe d'élection qui s'accorde avec sa fierté et\nle distingue de la tourbe des Philistins. Il se blesse de sa propre main et ne\nrépugne pas à montrer, d'un geste tragique, ses cicatrices. 11 a souffert, et il\nproclame avec énergie qu'il souffrira encore...\nQuant à ses doléances sur les servitudes étroites que la tradition impose à\nj'art musical, elles sont, est-il besoin de le dire ? injustifiées. Le musicien\nmoderne peut bien s'accommoder de disciplines qui n'ont gêné ni Bach, ni\nBeethoven, lesquels d'ailleurs de l'aveu même fait par Berlioz dans d'autres\nopuscules ont fait tout ce qu'ils ont voulu.\nII.— Comme second document, nous n'avons qu'à rappeler les pages sui-\nvantes à\"A travers chants. On n'a jamais parlé avec plus de bon sens et de jus-\ntesse. C'est là que Berlioz mérite le beau titre que lui a décerné M. Camille\nSaint-Saens quand il a dit que l'auteur des Troyens avait été le premier critique\nde son temps.\n(( Si l'école de l'avenir dit ceci :\n(( La musique, aujourd'hui dans la force de sa jeunesse, est émancipée, libre ;\nelle fait ce qu'elle veut.\n(( Beaucoup de vieilles règles n'ont plus cours; elles furent faites par des ob-\nservateurs inattentifs ou par des esprits routiniers, pour d'autres esprits routi-\nniers.\n(( De nouveaux besoins de l'esprit, du cœur et du sens de l'ouïe, imposent de\nnouvelles tentatives, et même dans certains cas l'infraction des anciennes lois.\n(( Diverses formes sont par trop usées pour être encore admises.\n(( Tout est bon d'ailleurs, ou tout est mauvais, suivant l'usage qu'on en fait et la\nraison qui en amène l'usage.\n(( Dans son union avec le drame, ou seulement avec la parole chantée, la mu-\nsique doit toujours être en rapport direct avec le sentiment exprimé par la parole,\navec le caractère du personnage qui chante, souvent même avec l'accent et les\ninflexions vocales que bon sent devoir être les plus naturels du langage parlé.\n(( Les opéras ne doivent pas être écrits pour des chanteurs ; les chanteurs, au\ncontraire, doivent être formés pour les opéras.\n(( Les œuvres écrites uniquement pour faire briller les talents de certains vir-\ntuoses ne peuvent être que des compositions d'un ordre secondaire et d'assez peu\nde valeur.\n(( Les exécutants ne sont que des instruments plus ou moins intelligents desti-\nnés à mettre en lumière la forme et le sens intime des œuvres : leur despotisme\nest fini ;\n(( Le maître reste le maître ; c'est à lui de commander.\n(( Le son et la sonorité sont au-dessous de l'idée.\n(( L'idée est au-dessous du sentiment et de la passion.\n(( Les longues vocalisations rapides, les ornements du chant, le trille vocal,\nune multitude de rythmes, sont inconciliables avec l'expression de la plupart\ndes sentiments sérieux, nobles et profonds.\n« Il est en conséquence insensé d'écrire pour un Kyrie eleison (la prière la plus"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.37", "texte": "LES IDÉES DE BERLIOZ SUR LA MUSIQUE\n\nhumble de l'Église catholique) des traits qui ressemblent à s'y méprendre aux\nvociférations d'une troupe d'ivrognes attablés dans un cabaret.\n(( Il ne l'est peut-être pas moins d'appliquer la même musique à une invocation\nà Baal par des idolâtres et à la prière adressée à Jehovah par les enfants d'lsraël.\n(( Il est plus odieux encore de prendre une créature idéale, fille du plus grand\ndes poètes, un ange de pureté et d'amour, et de la faire chanter comme une fille\nde joie, etc., etc.\n(( Si tel est le code musical de l'école de l'avenir, nous sommes de cette école,\nnous lui appartenons corps et âme, avec la conviction la plus profonde et les plus\nchaleureuses sympathies.\n(( Mais si elle vient nous dire :\n(( Il faut faire le contraire de ce qu'enseignent les règles.\n(( On est las de la mélodie ; on est las des dessins mélodiques ; on est las des\nairs, des duos, des trios, des morceaux dont le thème se développe régulière-\nment ; on est rassasié des harmonies consonantes, des dissonances simples,\npréparées et résolues, des modulations naturelles et ménagées avec art.\n(( Il ne faut tenir compte que de l'idée, ne pas faire le moindre cas de la sensa-\ntion.\n(( Il faut mépriser l'oreille, cette guenille, la brutaliser pour la dompter : la mu-\nsique n'a pas pour objet de lui être agréable. Il faut qu'elle s'accoutume à tout,\naux séries de septièmes diminuées ascendantes ou descendantes, semblables à\nune troupe de serpents qui se tordent et s'entre-déchirent en sifflant; aux triples\ndissonances sans préparation ni résolution ; aux parties intermédiaires qu'on\nforce de marcher ensemble sans qu'elles s'accordent ni par l'harmonie ni par\nle rythme, et qui s'écorchent mutuellement ; aux modulations atroces, qui in-\ntroduisent une tonalité dans un coin de l'orchestre avant que, dans l'autre, la\nprécédente soit sortie.\n(( Il ne faut accorder aucune estime à l'art du chant, ne songer ni à sa nature\nni à ses exigences.\n(( Il faut, dans un opéra, se borner à noter la déclamation, dût-on employer les\nintervalles les plus inchantables, les plus saugrenus, les plus laids.\n(( 11 n'y a point de différence à établir entre la musique destinée à être lue par\nun musicien tranquillement assis devant son pupitre et celle qui doit être chantée\npar coeur, en scène, par un artiste obligé de se préoccuper en même temps de\nson action dramatique et de celle des autres acteurs.\n(( Il ne faut jamais s'inquiéter des possibilités de l'exécution.\n(( Si les chanteurs éprouvent à retenir un rôle, à se le mettre dans la voix, au-\ntant de peine qu'à apprendre par cœur une page de sanscrit ou à avaler une poi-\ngnée de coquilles de noix, tant pis pour eux ; on les paye pour travailler : ce sont\ndes esclaves.\n(( Les sorcières de Macbeth ont raison : le beau est horrible, l'horrible est\nbeau. ))\n(( Si telle est cette religion, très nouvelle en effet, je suis fort loin de la pro-\nfesser ; je n'en ai jamais été, je n'en suis pas, je n'en serai jamais.\n(( Je lève la main et je le jure : Non credo. »\n\nHector BERLIOZ."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "438", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.38", "texte": "BERLIOZ CRITIQUE ET ÉCRIVAIN\n\nBerlioz critique et écrivain, à propos de deux publications\nrécentes.\n\nL'INDULGENCE DE BERLIOZ. SON OPINION SUR LE RÔLE DU CRITIQUE MUSI-\nCAL. SES HAINES ARTISTIQUES. BERLIOZ ET LES GRANDS COMPOSITEURS\nÉCRIVAINS. UNE IDYLLE EN DAUPHINÉ. LES LIVRETS DE BERLIOZ.\nM. André Hallays a réuni en volume quelques-uns des feuilletons publiés par\nBerlioz dans le Journal des Débats de 1835 'd *863 (1 )• Mozart, Cherubini, Auber,\nLesueur, Meyerbeer, Herold, Donizetti, Halévy, Bellini, Adam, Glinka, Féli-\ncien David, Ambroise Thomas, Gounod, Littolff, Offenbach, Reyeret Bizet, tels\nsont les musiciens sur lesquels Berlioz est appelé, dans ce volume, à donner\nson opinion. Une première surprise, c'est que cette opinion est presque toujours\nfavorable. Je ne parle pas de Mozart, que Berlioz défend avec ardeur contre le\nmauvais goût du siècle et les crimes des arrangeurs ; mais Meyerbeer est porté\naux nues, Halévy est loué pour son abondance et son originalité, Adam pour sa\nfinesse, et les flons-flons des Diamants de la Couronne sont déclarés (( indignes\nde M. Auber». Tant d'aménité nous déroute quelque peu; nous attendions\ndes jugements plus sévères, d'abord parce que Berlioz est un compositeur, et\nensuite parce qu'il est Berlioz. Qu'a-t-il donc fait de cette âcreté furieuse qui\nest presque le fait dominant de son style dans les Mémoires, les Lettres, les\nSoirées de V Orchestre, les Grotesques de la Musique ? —-Il n'écrit donc plus avec\ndu vitriol ? Hélas! c'est que Berlioz parle ici de contemporains qu'il est appelé\nà rencontrer le lendemain, et qu'il doit ménager s'il ne veut pas renoncer pour\nlui-même à toute ambition terrestre. (( La violence que je me fais pour louer\ncertains ouvrages est telle que la vérité suinte à travers mes lignes, comme,\ndans les efforts extraordinaires de la presse hydraulique, l'eau suinte à travers\nle fer de l'instrument.» Une fois de plus, Alceste est contraint de louer le\nsonnet d'Oronte ; mais ici on ne songe plus à rire, car on se souvient de la\nDamnation de Faust incomprise, des Troyens refusés par l'Opéra, et l'on sait\nquelle torture ce dut etre pour le pauvre homme de génie d'assister au succès\nde ses rivaux, avec mission d'y applaudir. Mais la vérité (( suinte » en effet,\net M. Hallays relève finement les lignes obscures où Berlioz dépose, avec quelle\nprudence, quelle retenue et quels détours ! les critiques qu'il ne peut faire au\ngrand jour. De tout cela résulte un ensemble assez équivoque : il est fort diffi-\ncile de discerner la véritable pensée de l'auteur, à travers tant d'atténuations ;\non croit voir un homme gêné aux entournures par un habit trop étroit. L'habit\ndu feuilletoniste n'était pas fait pour Berlioz, et il le sentait bien :\nTrop misérables critiques ! Pour eux l'hiver n'a point de feux, l'été n'a point de\nglaces. Toujours transir, toujours brûlér. Toujours écouter, toujours subir, tou-\njours exécuter ensuite la danse des œufs, en tremblant d'en casser quelques-uns,\nsoit avec le pied de l'éloge, soit avec celui du blâme, quand ils auraient envie, de\ntrépigner des deux pieds sur cet amas d'œufs de chats-huants et de dindons, sans\ngrand danger pour les œufs de rossignols, tant ils sont rares aujourd'hui (2).\n\n(1) HECTOR BERLIOZ, Les Musiciens et la Musique. Introduction par André Hallays, Paris, Cal-\nmann-Lévy.\n(2) Les Grotesques de la Musique."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.39", "texte": "BERLIOZ CRITIQUE ET ÉCRIVAIN\n\nEn ce moment Halévy, Scribe et Saint-Georges dorment du sommeil réparateur\ndes femmes en couches, et me voilà avec leur enfant sur les bras, obligé de cajoler\nsa nourrice pour qu'elle lui donne le sein, de le laver, de le bichonner, de dire à\ntout le monde comme il est joli, comme il ressemble à son père, de tirer son\nhoroscope et de lui prédire une longue vie (i).\nBerlioz a souffert de cette contrainte en écrivant la plupart de ses feuilletons.\nIl a cependant soigné le style ; il a peigné ses phrases à la mode du temps.\n(( Berlioz journaliste, dit à ce sujet M. André Hallays, était parfois de cette\n(( école parisienne qu'il haïssait avec tant de force, dès qu'il était question de\n(( musique. Et comment y eût-il échappé? Il écrivait aux Débats, à côté de\n(( Jules Janin, le mai tre incontesté dont tous les feuilletonistes, tous les criti-\n(( ques, tous les chroniqueurs imitaient de leur mieux la désinvolture sautil-\n(( lante, le bavardage laborieusement décousu, les digressions ahurissantes et\n(( les ironies sans fin. Ajoutez le lyrisme de pacotille que les romantiques avaient\n(( introduit jusque dans le journalisme, le manie de la grandiloquence, des\n(( interjections et des apostrophes. C'était la manière de Lousteau et de Lucien\n(( de Rubenpré Ce fut quelquefois la manière de Berlioz. )) Et cette préoccupa-\ntion du bien dire le hante à tel point qu'elle alourdit encore jusqu'aux pages où,\nrejetant enfin les voiles dont il enveloppe habituellement sa pensée, il laisse\néclater son indignation devant la Zampa d'Hérold, la Fille du Régiment de Doni-\nzetti, le Barkant d'Offenbach.\nA bien prendre, tout en participant un peu des trois écoles allemande, italienne\net française, Hérold, sans avoir un style à lui, n'est cependant ni Italien, ni Fran-\nçais, ni Allemand. Sa musique ressemble fort à ces produits industriels confection-\nnés à Paris, d'après des procédés inventés ailleurs et légèrement modifiés ; c'est de la\nmusique parisienne.\nLe feuilleton est décidément une dangereuse épreuve pour l'écrivain. Le\nrecueil cle M. Hallays n'en est pas moins d'un haut intérêt.\nBerlioz mérite bien le titre d'écrivain ; il ne faut, pour s'en convaincre, que\nlire l'excellente étude que M. Paul Morillot vient de faire paraître à l'occasion\ndu Centenaire (2). Sans doute, beaucoup de musiciens ont écrit ; mais un petit\nnombre seulement mérite décompter dans l'histoire littéraire. César Franck ne\nsemble avoir eu aucun sentiment du style : sans quoi il ne se fût peut-être pas\ncontenté, pour les Béatitudes et la Rédemption, des paroles que l'on sait.\nBeethoven a écrit de fort belles pages, mais dont la beauté tient à l'âme qui s'y\ndécouvre, par de brusques échappées pareilles à des déchirures : la maladresse\nmême de la main ajoute ici à notre saisissement. Au contraire, Schumann,\nWagner et Berlioz ont laissé des ouvrages que l'on peut lire pour eux-mêmes,\net qui garderaient encore de l'intérêt, si leurs auteurs n'avaient pas été en même\ntemps des musiciens de génie. Schumann est un critique et un polémiste plein\nd'enjouement et de sensibilité. Wagner est un grand poète-philosophe ; Ber-\nlioz est un poète aussi, mais d'une tout autre manière. Cet enfant du Dauphiné a\ngardé toute sa vie devant les yeux des paysages précis, des plaines ensoleillées\nbornées par des montagnes ombreuses aux fins contours, des bouquets d'arbres,\n\n(1) Les Soirées de l'Orchestre, XVIII.\n(2) PAUL MORILLOT. écrivain. Grenoble, Allier, 1903."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "440", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.40", "texte": "BERLIOZ CRITIQUE ET ÉCRIVAIN\n\ndes blés ondulants, des frais ruisseaux, toute une nature variée, amicale et douce,\ndouce à pleurer. Mais il n'a jamais pénétré dans la forêt infinie où Siegfried rêve\nsous le demi-jour que font les hêtres. Témoin ce souvenir de sa seizième\nannée (ij ;\nPar une belle matinée de mai, j'étais assis dans une prairie, à hombre d'un groupe\nde grands chênes, lisant un roman de Montjoie... Tout entier àma lecture, j'en fus\ndistrait cependant par des chants doux et tristes, s'épandant par la plaine à inter-\nvalles réguliers. La procession des Rogations passait dans le voisinage, et j'enten-\ndais la voix des paysans qui psalmodiaient les Litanies des Saints. Le cortège\ns'arrêta au pied d'une croix de bois ornée de feuillage :je le vis s'agenouiller pen-\ndant que le prêtre bénissait la campagne, et il reprit sa marche lente en continuant\nsa mélancolique psalmodie. La voix affaiblie de notre vieux curé se distinguait seule\navec des fragments de phrase. Et la foule pieuse s'éloignait, s'éloignait toujours ;\nDecrescendo ;\nSancte Barnaba,\nOra pro nobis...\nPerdendo :\nSancta Magdalena,\nOra pro\nSancta Maria,\nOra\nSancta\nnobis !\nSilence... léger frémissement des blés en fleurs, ondoyant sous la molle pression\nde Pair du matin... cri des cailles amoureuses appelant leur compagne...— l'ortolan,\nplein de joie, chantant sur la pointe d'un peuplier... calme profond .. une feuille\nmorte tombant lentement d'un chêne... coups sourds dans mon cœur. Évidem-\nment la vie était hors de moi, très 10in... A l'horizon, les glaciers des Alpes, frappés\npar le soleil levant, réfléchissaient d'immenses faisceaux de lumière. C'est de ce\ncôté qu'est Meylan (2).\nCe tableau où les impressions musicales se mêlent si étroitement aux impres-\nsions pittoresques, où le calme du paysage pénètre et trouble le cœur, n'annonce-\nt-il pas déjà la Scène aux Champs de la Symphonie ? On retrouve dans la mu-\nsique de Berlioz la même pureté de lignes, la même fraîcheur, la même noblesse,\njointes à une palpitation intérieure, une sensibilité exaspérée, une violence dou-\nloureuse qui ne se contient pas toujours. Par une anomalie dont il fut le premier\nà souffrir, Berlioz, tout classique par son goût et sa culture première, avait reçu\nen partage une âme passionnée, faite pour vivre dans un paroxysme perpétuel.\nC'est à Meylan qu'il connut ses premiers désespoirs ; il avait alors douze ans,\net sa jeune voisine de campagne, qui s'appelait Estelle, lui semblait une di-\nvinité :\n\n(1) Mémoires, cité par M. Morillot, p. 23.\n(2) C'est à Meylan que Berlioz passait ses vacances."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.41", "texte": "BERLIOZ CRITIQUE ET ÉCRIVAIN\n\nEn l'apercevant... je l'aimai, c'est tout dire. Je n'espérais rien, je ne savais rien...\nmais j'éprouvais au cœur une douleur profonde. Je passais des nuits entières à me\ndésoler. Je me cachais le jour dans les champs de maïs, dans les réduits secrets du\njardin de mon grand-père, comme un oiseau blessé, muet et souffrant...\nBerlioz revit Estelle dix-sept ans plus tard, en 1833, puis en 1848 ; enfin en\n1864, veuf pour la deuxième fois, las de vivre et malade, il retourne à Meylan,\net s'exalte encore aux souvenirs du passé ; il court à Lyon où il retrouve l'amie\n\nHector BERLIOZ\n(Monument de Monte-Carlo)."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "442", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.42", "texte": "BERLIOZ CRITIQUE ET ÉCRIVAIN\n\nde son enfance devenue grand'mère, et il l'aime encore ; il lui envoie de brûlantes\net timides déclarations, accueillies avec une indulgence souriante ; telle fut la\ngrande passion de Berlioz, restée inaltérable au milieu des troubles de son exis-\ntence, et qui adoucit ses derniers jours : « Mon ciel n'est plus vide... Stella !\nStella ! je pourrai maintenant mourir sans amertume et sans colère. »\nLa colère avait souvent possédé Berlioz, en effet. La vie lui fut amère ; il\nignora parfois les triomphes rêvés et mérités ; son mariage avec la char-\nmante Henriette Smithson ne fut pas heureux ; le ménage était pauvre, il\nfallut travailler pour vivre, écrire des feuilleton, louer les compositeurs en\nvogue, alors que Berlioz ne pouvait faire entendre ses œuvres qu'à la condition\nd'organiser et de diriger lui-même le concert. Son état ordinaire fut l'exaspéra-\ntion :de là les saillies de son style, ses mots féroces, ses accès de colère, ses\nironies diaboliques. Les Soirées de ïOrchestre et les Grotesques de la Musique sont\ndes œuvres de révolte et de malédiction, dont la fantaisie étincelante est comme\nfouettée de fureur ; c'est une course à l'abîme, une galopade éperdue qui jette\nà 1 enfer les mauvais auteurs, les mauvais chanteurs, les mauvais chefs d'or-\nchestre, le sot public et les amateurs imbéciles. Joignez à cela le goût clu ma-\ncabre, commun à tous les romantiques, et des plaisanteries d'amphithéâtre, sou-\nvenir de lointaines études cle médecine, et vous aurez une idée de cette prose\npassionnée et brillante, riche de traits, d'un mouvement irrésistible.\nMais il ne faut pas croire que Berlioz soit là tout entier, pas plus qu'il n'est\ntout entier dans la Marche au supplice ou la Scène infernale. Nul n'a mieux com-\npris que lui la grâce et la tendresse, où se désaltérait avidement son âme ardente.\nIl rêva toute sa vie cle calme, d'harmonie, d'émotions profondes et suivies : il\nadorait Gluck et Virgile. A tous moments son génie naturel l'écartait de cet\nidéal classique; mais à force d'amour et d'efforts, il l'atteignit pourtant, en bien\ndes pages delà Damnation, de l'Enfance du Christ et des Troyens. Alors, par la\ngrâce de la musique, son style s'apaise aussi, devient lié et soutenu. Le livret de\nl'Enfance du Christ est d'une naïveté voulue et charmante :\nVoyez ce beau tapis d'herbe douce et fleurie,\nLe Seigneur pour mon fils au désert l'étendit.\nAllez dormir, bon père ;\nBien reposez,\nMal ne songez.\nCette chanson d'un marin phrygien, clans les Troyens, est bien joliment\nrythmée :\nVallon sonore\nOù dès l'aurore\nJe m'en allais chantant, hélas !\nSous tes grands bois chantera-t-il encore,\nLe pauvre Hylas?\nBerce mollement sur ton sein sublime,\nO puissante mer, l'enfant de Didyme !\nLe marin breton de Tristan et Iseult chante, lui aussi, une chanson d'adieu\nmélancolique et grave ; que de grâce, au contraire, et de raffinement ici ! Avec"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.43", "texte": "BERLIOZ CRITIQUE ET ÉCRIVAIN\n\nWagner, nous entrons dans un sombre drame, un vrai chant populaire allemand\nrepensé par un maître de la musique ; avec Berlioz, nous voyons sourire la\nmer aux rayons du soleil. De même Y Invocation à la nature de Berlioz n'a rien du\nfervent panthéisme que l'on trouve dans Gœthe. Au lieu de s'absorber dans\nles choses, la pensée les contemple et les dessine avec précision : on retrouve le\nLatin, né sous un ciel limpide, et toujours conscient de sa personnalité. Et enfin\nla plainte de Marguerite, si elle ne vaut pas la chanson allemande, d'une si\némouvante simplicité, n'est pas indigne non plus de la musique que Berlioz a\nécrite sur ses vers :\nD'amour l'ardente flamme\nConsume mes beaux jours.\nAh ! la paix de mon âme\nA fini pour toujours.\nNe sent-on pas là comme un reflet affaibli de cette mélodie si belle, qui des-\ncend jusqu'au fond de l'âme pour en rejaillir ensuite chargée de désespoir?\nC est avec grande raison que M. Morillot cite ces différents passages ; et les\nlivrets de Berlioz méritent d'être étudiés, aujourd'hui surtout que la mode s'éta-\nblit, parmi nos compositeurs, d'écrire eux-mêmes les paroles qu'ils mettront\nensuite en musique; même s'ils renoncent à la rime, qu'ils tachent d'imiter cette\nfermeté de rythme et cette précision ! leur musique même y gagnera. On voit\nque Berlioz est loin d'être un écrivain négligeable. Alors que d'autres n'ont\nà leur disposition que la langue des sons, Berlioz peut encore exprimer sa\npensée avec des mots. Et sans doute, c'est dans sa musique qu'il a mis le\nmeilleur de lui-même ; mais son style ressemble à sa musique, et la suit comme\nl'ombre suit le nuage. On yretrouve cette recherche de l'effet qui déplaisait tant\nà Wagner, et aussi cette nervosité, cette vivacité, et d'autres fois cette pureté et\ncette douceur qui font les beaux contrastes de l'œuvre de Berlioz. Chez lui, le\nstyle, c'est le musicien ; et réciproquement, si l'on suit, à le lire, la mélodie tou-\njours prête à s'élancer; si, comme le veut M. Hallays, on peut mettre en tête\nd une page de Berlioz : allegro, andante ou scherzo, chacune de ses pages sym-\nphoniques évoque aussi des images, des formes harmonieuses ou grimaçantes,\ndes paysages, des caractères, des sentiments clairs et définis. Ce musicien est\nun poète. Et c'est pourquoi sa musique va droit au cœur.\n\nLouis LALOY."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.44", "texte": "NOTES BIBLIOGRAPHIQUES SUR BERLIOZ\n\nNotes bibliographiques sur Berlioz.\n\nLa liste complète des œuvres musicales, théoriques et critiques de Berlioz ne com-\nprendrait pas moins d'une dizaine de pages de cette Revue. Je me bornerai ici à\nquelques notes sur les œuvres les plus célèbres.\n\nŒuvres symphoniques :\nHUIT SCÈNES DE FAUST, tragédie de Gœthe traduite par Gérard de Nerval, mu-\nsique dédiée à M. le Vicomte de Larochefoucault, aide de camp du Roi, directeur\ngénéral des Beaux-Arts,et composée par Hector Berlioq. Grande partition. Œuvre I.\nPrix : 30 fr. A Paris, chez Schlesinger, rue de Richelieu, n°97.1829. La couverture\nporte deux épigraphes : la première extraite de Faust : « Je me consacre au\ntumulte, aux jouissances les plus douloureuses, à l'amour qui sent la haine, à la\npaix qui sent le désespoir. )) L'autre est une citation en anglais, tirée des Mélo-\ndies irlandaises de Thomas Moore.\n\nLA DAMNATION DE FAUST, légende dramatique en quatre parties, grande par-\ntition avec texte français et allemand. Quelques morceaux du livret sont em-\npruntés à la traduction française du Faust de Gœthe, par Gérard de Nerval; une\npartie des scènes 1, 4, 6 et 7 est de M. Gandonnière, le reste des paroles est de\nBerlioz. Traduction allemande par Minslaff. Prix : 60 fr. net. Paris, G. Richault,\nboulevard Poissonnière, 16, op. 24. Dédiée à Franz Liszt (1854). C'est le 6 dé-\ncembre 1846, dans l'après-midi, que la Damnation avait été exécutée pour la\npremière fois dans la salle de TOpéra-Comique, sous la direction de Berlioz lui-\nmême, avec Roger (Faust), Hermann Léon (Méphistophélès), Henri (Brander),\nMme Duflot-Maillard (Marguerite). La 2e audition eut lieu le 13 décembre\n(Salle Favart). V. le Journal des Débats du 27 novembre 1846 et la Revue et Ga-\n7hette musicale de Paris, 27 décembre et 1855, p. 28. Rappelons que\nBerlioz écrivait à Ferrand, le 2 février 1829 : cc Ecoutez-moi bien, Ferrand ; si\njamais je réussis, je sens, à n'en pouvoir douter, que je deviendrai un colosse en\nmusique ; j ai dans la tête depuis longtemps une Symphonie descriptive de Faust\nqui fermente ; quand je lui donneraila liberté, je veux qu'elleépouvante le monde\nmusical ». (Lettres intimes.) —Il y a une version italienne de la Damnation par\nEttore Gentili (Milan, Sonzogno, 1893, in-16).\n\nROMÉO ET JULIETTE, symphonie dramatique avec chœurs et solo, paroles\nd'Emile Deschamps, texte allemand par Emma Klingenfeld, et anglais par John\nBernhoff, 1859, op. 17. (De toutes les symphonies de Berlioz, c'est celle que\nM. Camille Saint-Saëns, dans ses Portraits et Souvenirs, déclare la plus belle.)\nDédiée par Berlioz à son bienfaiteur Paganini.\n\nL'ENFANCE DU CHRIST, trilogie biblique, paroles de Berlioz, 1854, op. 25.\nTraduite en allemand par Peter Cornélius et Félix Weingartner, en anglais par\nBernhoff. Réduction au piano par Balakirew. Le premier morceau de ce poème\n(chœur de bergers de Bethléem chantant leurs adieux à l'enfant Jésus au mo-\nment du départ de la sainte Famille pour l'Égypte) fut exécuté sous le pseudo-\nnyme de « PierreDucré, organiste de la Sainte-Chapelle au xviie siècle )), comme\nle raconte Berlioz dans une lettre à M. Ella, directeur de la (( Musical Union )),"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.45", "texte": "NOTES BIBLIOGRAPHIQUES SUR BERLIOZ\n\nqui fut publiée en Angleterre en 1852. Il avait pris le nom de son ami, l'archi-\ntecte Duc, en y ajoutant la note ré. Supercherie analogue fut tentée, le 6 juin\n1877, par Duprez pour un opéra (La Pazza délia Regina), mais sans succès.\n\nLa SYMPHONIE FANTASTIQUE, (( épisode de la vie d'une artiste », op. 14. Berlioz\nécrit à Ferrand, le 19 nov. 1830 : (( Je cours toute la soirée pour une répétition de\nma symphonie que je veux faire après-demain. Je donne le 5 décembre, à 2 h.,\nau Conservatoire, un immense concert dans lequel on exécutera l'ouverture des\nF; 'ancs Chant sacré et le Chant guerrier (des Mélodies), la scène de Sarda-\nnapale avec cent musiciens pour I'INCENDIE, et enfin la Symphonie fantastique »\n(Lettres intimes) ;etle 7 déc. :(( J'ai eu un succès furieux. La Symphonie fant asti que\na été accueillie avec cris et trépignements ; on a redemandé la Marche au supplice \\\nle Sabbat a tout abîmé d'effet satanique » (ibid.). On sait que le sujet de ce\npoème était l'amour du compositeur pour Henriette Smithson.\n\nHAROLD EN ITALIE, exécuté pour la IRD fois le 23 nov. 1833 au Conservatoire\n(avec Girard comme chef d'orchestre et Chrétien Urhan comme alto principal).\n\nSYMPHONIE FUNÈBRE ET TRIOMPHALE, écrite d'abord pour orchestre d'instru-\nments à vent et entendue sous cette forme, aux concerts Vivienne en 1840, puis\nenrichie d'instruments à cordes et d'un chœur sur des paroles d'Emile\nDeschamps.\n\nREQUIEM, messe commandée par M. de Gasparin en 1836 pour célébrer la\nmémoire des combattants de Juillet. (Berlioz accusa Habeneck, chef d'orches-\ntre, d'avoir, au début du Tuba mirum, posé tranquillement sa baguette\npour prendre une prise de tabac !!). Réduction au piano par Scharwenka.\n\nTE DEUM, à triple chœur, avec orchestre et orgue (op. 22). Edit. pour piano\npar Otto Taubmann.\n\nOpéras :\nBENVENUTO CELLINI (1838), opéra en 3 actes, paroles de Barbier et de\nWailly, trad allem. de Peter Cornélius (voir plus haut des renseignements sur\nla chute de cette œuvre). Le Carnaval romain lui sert de (( seconde ouverture ».\nBÉATRICE ET BÉNÉDICT (Bade, 1862). LES TROYENS, tragédie lyrique en\n2 parties : La prise de Troie, 3 a. et 4 tabl. (Karlsruhe, 1890) et Les Troyens à\nCartilage, (Paris 1863).\n\nOuvertures :\nWAVERLEY (op. 16), LES FRANCS JUGES (op. 3), LE ROI LEAR (op. 4).\nLE CORSAIRE (op. 21), ROB-ROY.\n(Chez Breitkopf et Martel, à Leipzig, édition critique, en xn vol. des œuvres\ncomplètes de Berlioz. Le vol. vi est consacré aux petites œuvres instrumen-\ntales).\n★\n¥ *\n\nŒuvres littéraires :\nTraité d instrumentation et Torchestration modernes (1844). « Toute ma géné-\nration a été formée par ce traité » (Camille Saint-Saëns)."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.46", "texte": "NOTES BIBLIOGRAPHIQUES SUR BERLIOZ\n\nLes Grotesques de la musique, par H. Berlioz (Paris, Libi airie Nouvelle, 1859,\nin-18, 308 p. avec musique\\\nLettres intimes de B. (avec préface de Gounod), Paris, C. Lévy, 1882, in-18.\n/\nLes Instruments de musique (tome 111, 2e partie, des Travaux de la Commission\nfr. sur l'industrie, Exposition Univ. de 1851), par H. Berlioz (Paris, 1855, in-8°).\nMémoires (comprenant ses voyages en Italie, en Allemagne, Russie, Angleterre,\n1803-1865, avec portrait), Paris, Michel Lévy, 1870, gr. in-8° (autres éditions du\nmêmQ,ibid., 1878 et 1881).\nLe Retour à la vie, monologue faisant suite àla Symphonie fantastique (Paris,\nM. Schlesinger, 1832, in-8° de 20 p.).\nLes Soirées de b Orchestre (Paris, Michel Lévy, 1852, in 18 de 429 p.); 2e éd. en\n1854, 3e en 1878, ibid.).\nVoyage musical en Allemagne et en Italie, études sur Beethoven, Gluck et Weber,\nmélanges et nouvelles (Paris, J. Labitte, 1844, 2 vol. in-8°).\n(Plus les Lettres intimes et la Correspondance inédite qui, avec les Mémoires,\nsont des publications posthumes).\nSur Berlioz :\nDiscours prononcé aux funérailles de Berlioz par M. Guillaume, Président de\nl'Académie des Beaux-Arts, le jeudi 11 mars 1869 (Paris, impr. Didot, 1869,\nin-40).\nNotice sur H. Berlioz, lue par Félicien David dans la séance du 30 juillet 1870\nde l'Académie des Beaux Arts (Paris, ibid., 1870, in-40).\nBerlioson œuvre, par Georges de Massougnes (Paris, Dentu, 1870, in-8°).\nBerlioz,sa vie et ses œuvres, par Léon Degeorge(Bruxelles, impr de Callewaert,\n1879, in-8°) (écrit à l'occasion de la ire exécution complète de la Damnation en\nBelgique, Bruxelles, 14 avril 1879).\nLa Symphonie lIAROLD et l'importance artistique de Berlio£, par Hermannßitter\n(en ail.), conférences faites à l'Ecole de musique de Wurzbourg (Oppeln, G.\nMaske, 1899, in 8°).\nLe Cycle Berlio£, par J.-G. Prod'homme La Damnation (1896), Y Enfance du\nChrist (1898), Paris, éditions du Mercure de France, 2 vol.in-12.\nHector Berlioz, sa vie et ses œuvres, par Adolphe Jullien (Paris, librairie de\nl'Art, 1888, in 40 de 384 p. avec illustrations de Fantin-Latour).\nBerlio1 et son temps, par Edmond Hippeau (Paris, Ollendoiff, 1892, in-18).\nDeux pages de la vie de Berlioz, par Michel Brenet (Paris, Vanier, 1889).\n(Les Souvenirs de M. E. Legouvé ont été traduits en ail. par S. Brautigam,\net M. La Mara a publié les lettres de Berlioz à la princesse Caroline Sayn-\nWittgenstein, Breitkopf, 1902)."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.47", "texte": "La Revue musicale, 51, rue de Paradis, tient à la disposition de ses lecteurs\nl'important ouvrage suivant, d'une valeur et d'un intérêt uniques :\n\nCongrès international d Histoire de la Musique tenu à Paris\n(Bibliothèque de l'Opéra), du 23 au 29 juillet 1900. Documents, Mémoires lus\nau Congrès, Vœux. Fort et beau volume imprimé parles Bénédictins, à Solesmes.\nNous en donnerons une idée exacte en reproduisant la table des matières :\nPages.\nDiscours prononcé par M. BOURGAULT-DUCOUDRAY à l'ouverture du Congrès. . . 7\nI\nMUSIQUE GRECQUE\nE. RUELLE. Le Chant gnostico-magique des sept voyelles grecques 15\nELIE POIRÉE. Chant des sept voyelles. Analyse musicale 28\nL. LALOY. Le genre enharmonique des Grecs 39\nMGRB.GRASSI LANDI. Observations sur le genre enharmonique 57\nTII. REINACH. L'harmonie des sphères 60\nJ. TIERSOT. Le premier hymne delphique 63\nTH. REINACH. Sur la transcription du premier hymne delphique. 65\nËLIE POIRÉE. Une nouvelle interprétation rythmique du second hymne à Apollon. . . 70\nII\nMUSIQUE BYZANTINE\nR. P. THIBAUT. Assimilation des « Échoi » byzantins & des modes latins avec les an-\nciens tropes grecs 73\nR. P. THIBAUT. Les notations byzantines , 86\nDom HUGUES GAÏSSER. L'origine et la vraie nature du mode dit « Chromatique orien-\ntal )) , 93\nIII\nMUSIQUE DU MOYEN AGE\nA. MUSIQUE RELIGIEUSE\nG HOUDARD. La notation neumatique * 103\nDom HUGUES GAÏSSER. Observations sur la communication de M. Houclard 113\nG. HOUDARD. La notation neumatique considérée dans son sens matériel extérieur. . 116\nMGR B. GRASSI LANDI. Observations relatives à 1 interprétation des notes neumatiques\ndu chant grégorien 124\nDom HUGUES GAÏSSER. L'origine du « Tonus peregrinus )) 127\nLIBORIO SACCHETTI. Le chant religieux de l'Église orthodoxe russe 134\nB. MUSIQUE PROFANE\nP AUBRY. La légende dorée du jongleur 155\nMICHEL BRENET Un poète musicien du xve siècle : Eloy dWmerval 165"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "448", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030815-01.1.48", "texte": "IV\nMUSIQUE MODERNE\nJ. TIERSOT. Des transformations de la tonalité & du rôle du dièse et du bémol depuis le\nmoyen âge jusqu'au xvne siècle {Résumé) 175\nDre O. CHILESOTTI. Musiciens français : Jean-Baptiste Besard & les luthistes du\nxvie siècle 179\nROMAIN ROLLAND. Notes sur 1' « Orfeo x> de Luigi Rossi & sur les musiciens italiens\nà Paris, sous Mazarin 191\nSHEDLOCK. Purcell et Bach (Traduit de l'anglais par Mlle FERNANDE SALZEDO). . . . 210\nALEXANDRE LONGO. Observations sur la valeur historique des compositions pour clavecin\nde Dominique Scarlatti 213\nADÔLF LINDGREN. Contribution à l'histoire de la « Polonaise » 215\nGEORGES HUMBERT. Les principes naturels de l'évolution musicale 221\nARNALDO BONAVENTURA. Progrès & nationalité dans la musique 226\nILMARI KROHN. De la mesure à 5 temps dans la musique finnoise 241\nP. LANDORMY. Des moyens d'organiser en France une ligue pour la protection & le\ndéveloppement de l'art musical 246\nTH. GEROLD. De la valeur des petites notes d'agrément & d'expression 251\nV\nVARIA\nCommunication de M. CAMILLE SAINT-SAENS (réformes de l'écriture musicale). . 261\nHÉLOUIN Histoire du métronome en France 264\nMEERENS. Réforme du système musical 270\nJULIAN CARILLO. La nomenclature des sons 276\nÉDOUARD GARIEL. De la nécessité de méthodiser l'enseignement de la musique en lui ap-\npliquant une base scientifique . 281\nMlle HORTENSE PARENT. De l'enseignement élémentaire du piano en France au point de\nvue de la vulgarisation de la musique 289\nLIONEL DAURIAC La Pensée musicale 296\nJULES COMBARIEU. Le vandalisme musical 298\nConcert historique donné à l'occasion du Congrès de musique le samedi 28 juillet 1900 en\nl'hôtel de S. A. le prince Roland Bonaparte 306\nCollection d'autographes musicaux 309\nVœux du Congrès 311\nListe & adresses des Membres du Congrès. 313\n(Nombreuses planches de musique ancienne et moderne dans le texte.)\nPrix de l'ouvrage, port compris : 10 fr. (au lieu de 15).\nAux bureaux de la Revue Musicale, 51, rue de Paradis, Paris, contre mandat-poste.\n\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie."}]}