{"numero_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_sha256": "888cdffac5260dc48a718914bd21e924a0ea177c3e566729015526cc72aefcfd", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1903/09/01_01/bmtnabj_1903-09-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1903/09/01_01/bmtnabj_1903-09-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "449", "page_fin": "450", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.1", "titre_corps": "ALEXANDRE GUILMANT", "titre_sommaire": "ALEXANDRE GUILMANT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.2", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "ALEXANDRE GUILMANT\n\nM. Félix-Alexandre Guillïiant (né à Boulogne-sur-Mer, le 12 mars 1837)\nest célèbre dans le monde musical à la fois comme organiste virtuose, comme com-\npositeur et comme érudit.\nElève de G. Carulli (qui était lui-même élève de Paër) pour Vharmonie, le con-\ntrepoint et la fugue, et de J. Lemmens pour V orgue, il fut nommé, à Y âge de seize\nans, organiste à Y église Saint-Joseph de Boulogne, inaugura les grandes orgues\nd'Arras en 186 r, de Saint-Sulpice en 1862, de Notre-Dame le 6 mars 1868, succéda\nen 1871 à Chauvet (Eglise de la Trinité) et entra en 1876 à la Société des Concerts\ndu Conservatoire. En 1878, il prit pour ainsi dire possession de Y orgue du Troca-\ndéro, et devint professeur au Conservatoire en 1896. Pour compléter son enseigne-\nment officiel, déjà illustré par tant d'inoubliables concerts, M. Guilmant donne au\nTrocadéro, depuis 1901, et chez lui, pour une élite d'élèves ou d'amateurs, des audi-\ntions gratuites, au cours desquelles il a déjà passé en revue la plupart des com-\npositeurs des écoles française, allemande, italienne, danoise, espagnole, belge,\nhollandaise. Parmi les organistes de Y ancienne école française dont il a interprété\nadmirablement les œuvres et dont nous lui devons la notion directe, je citerai :\nJ. Titelouqe (1563-1638), du Caurroy ( 1549-1609), Clèrambault (1676-1739),\ndY Anglebert (1628-1691 ), Marchand (1669-1732), d'Aquin ( 1693-1772), Rober-\nday, Raison (XVIB siècle), de Grigny, Gigault, F. Couperin (XVIIe siècle),\nBoëly (1785-1858).,. Guilmant est également célèbre à Y étranger : en Amérique,\nou il a formé de brillants élèves pendant Y Exposition de Chicago ; en Espagne, où\nil accompagna, en 1896, le conservatoire libre la Scola Cantorum, où il est éga-\nlement professeur ;en Russie, où il a donné (à Riga) de très beaux concerts ;en\nAngleterre et en Italie.\nToutes les compositions de M. Guilmant 11e sauraient être mentionnées ici. Je\nrappellerai seulement : 18 livraisons de Pièces dans différents styles, sept Sonates,\nune Symphonie, deux Marches funèbres, une Méditation sur le « Stabat », un très\ngrand' nombre de pièces religieuses. C'est là une ènumèration qui ne vise nulle-\nment à être complète. M. Guilmant est un compositeur de haute valeur, qui a beau-\ncoup écrit pour le grand orgue ou Y harmonium, pour le piano, Y orchestre et le\nchant.\nComme érudit, il a fourni de précieux matériaux à l histoire musicale en publiant\nles Archives des maîtres de l'orgue aux XVIà, X VIE et XVIIIe siècles (chez\nDurand), avec la collaboration de M. Pirro pour les notices.\nDans sa charmante et hospitalière villa de Meudon, où il a fait installer un grand\norgue construit, sous sa direction, par M. Mutin, M. Alexandre Guilmant, sans\nrenoncer à son haut enseignement, goûte le repos du sage. Il est entouré d'une\naffection et d'un respect qu il doit à ses rares qualités d'homme et de grand artiste."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "449", "page_fin": "449", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.1.1", "titre_corps": "Alexandre GUILMANT Compositeur de musique, professeur au Conservatoire.", "titre_sommaire": "Alexandre GUILMANT Compositeur de musique, professeur au Conservatoire.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.1", "debut_caractere": 73, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "Alexandre GUILMANT\nCompositeur de musique, professeur au Conservatoire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "451", "page_fin": "455", "image_debut": 3, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.2", "titre_corps": "Promenades et visites musicales. MASSENET INTIME: SOUVENIRS DE MONTE-CARLO.", "titre_sommaire": "Promenades et visites musicales. 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Il reçoit\nles éloges inévitables\navec une modestie d'a-\ndolescent ; c'est char-\nmant! Sur son visage\nsouriant et bon, le\ntemps n'a pas laissé\ntrace de son passage.\nUn tel décor, Maî-\ntre, ne vous inspire-t-il\npas des mélodies nou-\nvelles ?...\nJe pose cette ques-\ntion en admirant des\nfleurs de cactus qui,\ndisposées inégalement\nsur leurs branches,\nme font songer à des\nnotes sur une portée.\nNon, interrompt Massenet ; ici, c'est le repos absolu ; je passe mon temps a\nprendre des bains de soleil, sur ces terrasses d'enchantement et de féerie. Je\nchante peut-être malgré moi, intérieurement, mais je n'écris rien ; nia seule\noccupation est de regarder ces admirables montagnes qui servent de fond au\ntableau, les taches de lumière que font, sous le grand soleil, les maisons"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.4", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "blanches de Monte-Carlo dans la verdure, la mer bleue et profonde qui met une\nfrange d'argent au pied de ce roc fleuri sur lequel nous sommes... De ma fenêtre,\nje vois une petite forêt d'orangers qui émerge d'une pelouse très fraîche, et je\nreçois le délicieux arôme de poésie que m'envoie un champ de violettes : voilà\ntout mon travail !...\n... Le Prince a offert son bras à la Princesse R.., qui est en villégiature au palais\ndepuis quelques jours avec son mari (ainsi que la baronne S .., le général alle-\nmand H... avec sa femme et sa fille revenant de Rome, où ils ont entendu\nles musiques du jeune abbé Perosi), et nous voici réunis autour d'une table\nd élégance raffinée, encadrée par des laquais somptueux, dans cette intimité\nrelative, tempérée par l'étiquette, que crée nécessairement, au bout de quelques\njours, la double réunion quotidienne du déjeuner et du dîner, la communauté\ndes impressions, et l'influence continue de ce pays de rêve qui maintient les\nesprits dans une atmosphère de paix et de cordialité.\nMassenet (à qui je viens d'apprendre la mort de son regretté confrère de l'ln-\nstitut) nous dit que c'est Gaston Paris lui-même qui lui avait indiqué, comme sujet\nd'opéra, la légende du Jongleur de Notre-Dame. Collaboration précieuse et qui\ndevrait servir d'exemple ? n'est-ce pas, aux (( romanisants )), c'est-à-dire à ceux\nqui connaissent le mieux notre histoire nationale, à indiquer aux musiciens les\nsujets à traiter, les sources où il faut puiser. Après eux doit intervenir le\nlibrettiste, l'homme qui n'est pas philologue, mais expert en matière de fourni-\nture théâtrale, et qui construit un poème avec les matériaux qu'on lui a fournis ;\nenfin apparaîtrait le compositeur pour s assimiler cette tranche du passé qu'on\nlui a préparée, la faire revivre, la généraliser, et en dégager toute l'humanité\nqu elle contient\nMassenet s'informe, avec beaucoup de sollicitude, de l'accueil fait par le public\nparisien à la Statue de Reyer, qu'il loue sans réserves. Il évoque le souvenir de\nl'artiste Montrose, qui jadisfaisait merveille, paraît-il, dans ce (( chef-d'œuvre )).\nInsensiblement, il en vient à citer quelques mots un peu féroces de Reyer.\nUn de ses amis annonce un jour à 1 auteur de Salammbô que sa femme vient de\nmettre au monde deux jumeaux :\nFort bien, répond le maestro ; et lequel de ces jumeaux conservez-vous?\n(absolument comme s'il s agissait de petits chats ou de petits chiens encom-\nbrants ! !)\nPuis, ramené par nous sur lui-même, Massenet parle de son propre théâtre :\n((... Je termine en ce moment, nous apprend-il, l'opéra que j'aurai eu certaine-\nment, dans toute ma vie, le plus de plaisir à écrire... il est intitulé : Chérubin. Il\nfait une suite au délicieux personnage qu'a peint Beaumarchais. C'est de Croisset\net Cain qui m'ont fait les paroles... J'en suis ravi!... Mais comme je regrette\nd'avoir fini ma série de Monte-Carlo ! Ici, c'est merveilleux : on n'a qu'à expri-\nmer un désir; on est aussitôt obéi :\n(( Il me faut un interprète. Vous l'aurez !\n(( lime faut tel décor. Nous le commandons immédiatement!\n(( Et ainsi de suite... ))\nTour à tour, selon les hasards de l'entretien, Massenet parle des élèves qu'il a\nformés et qui sont aujourd'hui au premier rang de l'école française : Xavier Le-\nroux, G. Pierné, Alfred Bruneau, Gustave Charpentier (pour lequel il paraît avoir\nune tendresse), bien d'autres encore : (( Ce sont tous mes enfants ! )) Il dit les"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.5", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "vains efforts qu'il fait auprès d'un grand directeur de Paris, non pas pour qu'il\njoue ses œuvres, mais pour qu'il les lui rende, et lui laisse le droit de les faire\nreprésenter ailleurs... Il nous apprend qu'à la campagne,où il aime à composer,\nle piano reste invariablement fermé et demeure interdit... Incidemment, il avoue\nque, dès la première heure, il a compris et admiré le colosse R. Wagner, mais\nqu'il commence aujourd'hui seulement à comprendre pleinement Mozart, et à\nl'admirer comme il convient...\nPuis, ce sont des mots amusants, qui, très innocemment, reviennent à sa\nmémoire.\n(( Meyerbeer disait un jour à Rossini : Je ne me sens pas bien du tout; j'ai des\nmaux de tète, et je crois que je vais faire une grave maladie ..\nNon, répond l'ltalien, vous n'êtes pas malade : seulement, vous vous écoutez\ntrop ! ))\nA propos d'un conflit de préséance né entre deux musiciens inégaux :\n(( Après le déluge, l'éléphant sort de l'arche de Noé ; soudain il se retourne, et\ndit à la puce : Ne poussez donc pas comme ça! ))...\nComment arrive-t-il à parler de l'ancien corniste de l'orchestre Pasdeloup,\nlequel faisait parfois des couacs, bien qu'il mangeât du cresson parce que le\ncresson est la santé du corps?... (humj!\nLe calembour, voire l'approximation, ne lui répugnent pas. Dans le Cid, il\navait représenté des femmes dansant autour d'un brasero. Quelqu'un remarque\naussitôt :\nLa chaleur ri atteint pas le nombril des aimées !...\nTandis que la conversation effleure mille sujets, comme il sied chez un prince\nàla fois artiste et savant, je viens de former un complot avec la princesse R...\ndont je suis le voisin habituel. La table autour de laquelle nous devisons est\nornée de fleurs dressées, qu'on renouvelle à chaque repas, mais qui sont toujours\ndu même ton. Hier, c'était des renoncules d'un beau rouge sang de bœuf, tran-\nchant sur les blancheurs glacées de la nappe, l'argent, les cristaux et la clarté de\ntout le décor environnant. Aujourd'hui, sur des vases de vieux saxe, se dressent,\nsymétriquement, douze bouquets d'orchidées, tous d'un blanc rose-chair, très\ndoux à l'œil. Et la (( colle )) que nous voulons pousser au Maître, en l'attaquant\ndans ses retranchements les plus intimes, est la suivante : Si vous aviez à donner,\npar la musique, une impression analogue à celle de ces fleurs, quelle tonalité\nchoisiriez-volts ?... (La réponse sera décisive pour notre amour-propre ; car, au\npréalable, nous sommes convenus que c'est le ton de fa dièse majeur qui con-\nviendrait, et si cette solution du problème n'est pas homologuée par le Maître, il\nest évident que, pour juger la concordance du son et de la couleur, je ne suis qu'un\nimbécile).\nTrès intéressant ! répond Massenet sans hésiter; la tonalité que je choisi-\nrais ici est celle de sol naturel majeur...\nOn essaye de se défendre; on objecte que beaucoup de compositions de carac-\ntère très tendre et très doux (tel nocturne de Chopin, le début d'une sonate\ndédiée par Beethoven à une princesse qu'il aimait, une célèbre romance sans\nparoles de Schumann, etc...) sont précisément écrites dans le ton de fa dièse\nmajeur... Mais comment avoir raison, en matière musicale, contre un Massenet?"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.6", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "Die Waffen nieder ! (A bas les armes!) dit la baronne S..., auteur d'un très\néloquent plaidoyer pour la paix, écrit en français (et récemment paru chez\nFasquelle).\n... Dans le beau salon féodal où nous venons de passer, Massenet veut bien\nconsentir à se mettre au piano. Il joue—avec l'expression juste qu'on devine\nsans peine le prélude d'Hérodiade, la méditation de Thaïs, qu'on ne se lasse\npas d'entendre ; il chante Ouvre tes yeux bleus ma mignonne, et l'exquise, l'ado-\nrable scène de Werther : (( Il faut nous séparer !... j'ignore s'il est jour, j'ignore\ns'il est nuit... )) C'est vraiment délicieux d'être à pareil régal, et, dans ce cadre\nunique, de voir les enchantements de l'art s'ajouter aux enchantements de la na-\nture. Rien d'ailleurs, dans cette petite séance qui sente le (( pontife ». Soudain,\nMassenet demande un journal, le met dans la poche de sa redingote, et annonce\nqu'il va évoquer deux silhouettes de chefs d'orchestre.\nPour la première, il s'avance lentement jusqu'au piano, s'assied avec précau-\ntion, rectifie son pupitre, se retourne à demi comme pour échanger quelques\nmots avec un abonné familier placé derrière lui, prend une lorgnette pour recon-\nnaître, de-ci de-là, quelques jolies femmes, envoie de la tête un salut lointain\nà quelques personnages, tire ses manchettes, étend les bras solennellement\npour annoncer quelque chose de grandiose ou de terrible, et après trois minutes\nde silence menaçant, arrache à ses musiciens cet exorde :\nc'est le chef d'orchestre de l'Opéra...\nPour le second, il arrive précipitamment, comme s'il était en retard, à son\npupitre ; à peine assis, il s'empare de son bâton, frappe deux coups, et, subito,\nd'un air las et indifférent, rythme ce début :\nAprès huit mesures de cette musique de quadrille, il presse le bouton, s'arrête\nbrusquement, et, tirant le journal de sa poche, s'absorbe dans sa lecture. C'est\nle chef d orchestre d'un petit théâtre.\nCette petite scène est d'un réel comique. Massenet sait amuser, à l'occasion,\nautant qu'émouvoir et charmer. Comme on le voit, il ne vit pas sur un piédes-\ntal. Au cours d'une promenade dans des allées fleuries, propres comme le parquet\nd'un salon, il me parle avec chaleur des bêtes qu'on lui tient en réserve, à la\ncampagne, pour la saison d'été, et qu'il aime passionnément : « On ne sait pas,\nsoyez-en certain, ce que c'est qu'un mouton, ou un dindon..., on ne se doute\npas de leur caractère et de leurs ressources ! ))"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.7", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 283, "texte": "Quand, accompagné de sa charmante femme qu il entoure d une sollicitude\ntouchante, Massenet quitte le pays du soleil pour aller passer quelques jours à\nMarseille, il laisse derrière lui une impression de grâce, d'esprit et de charme\ninoubliables...\nMonaco (mars).\n\nX..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "455", "page_fin": "455", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.2.2", "titre_corps": "Monte-Carlo.", "titre_sommaire": "Monte-Carlo.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.7", "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 297, "texte": "Monte-Carlo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "455", "page_fin": "458", "image_debut": 7, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.3", "titre_corps": "Souvenirs personnels.", "titre_sommaire": "Souvenirs personnels.", "signature_source": "César Franck ; VINCENT D'INDY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.7", "debut_caractere": 299, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "Souvenirs personnels.\nCésar Franck\n\nCésar Franck fut pour toute la génération qui eut le bonheur de se nourrir de\nses sains et solides principes, non point seulement un éducateur clairvoyant et sur,\nmais un père, et je ne crains pas de me servir de ce mot pour caractériser celui\nqui donna le jour à l'école symphonique française, car nous tous, ses élèves,\naussi bien que les artistes qui l'ont approché, nous l'avons toujours nommé\ninstinctivement et d un accord unanime, quoique non concerté : le père Franck.\nMais aussi, quel admirable professeur de composition fut César Franck !\nQuelle sincérité, quelle intégrité, quelle conscience il apportait dans l'examen\ndes esquisses que nous lui présentions ! Impitoyable pour les vices de constitution,\nil mettait sans hésiter le doigt sur la plaie, et lorsqu'il en arrivait, dans la correc-\ntion, aux passages que nous considérions nous-mêmes comme douteux, bien\nque nous n'eussions garde de l'en prévenir, instantanément, sa large bouche\ndevenait sérieuse, son front se plissait, son attitude exprimait une souffrance\nréelle, et, après avoir joué deux ou trois fois le passage au piano, il se tournait\nvers nous en laissant échapper, comme à regret, le fatal : « Je n'aime pas ! » arrêt\nredouté d'un tribunal sans appel. 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Après avoir terminé mon cours d harmonie et\navoir aligné quelques pénibles contrepoints selon l école, je me figurais être assez\ninstruit pour pouvoir écrire et ayant, à grand'peine. couché sur clu papier à\nmusique un volumineux quintette pour piano et instruments à cordes, je de-\nmandai à mon ami Henri Duparc, l'un des plus anciens é'èves du maître, de me\nprésenter à lui, bien persuadé en mon for intérieur que mon œuvre ne pourrait\nquem'attirer les félicitations du grand artiste que je révérais sans le connaître\nencore.\nLorsque j'eus exécuté devant lui ce fameux quintette, il resta un moment si-\nlencieux, puis, me regardant d'un air triste, il prononça ces paroles que je\nn'ai pu oublier, car elles eurent une action décisive sur ma vie : (( Il y a quelques\nbonnes choses... les idées ne seraient pas mauvaises ; mais... vous ne\ndu tout ! » Puis, me voyant très mortifié de ce jugement auquel je ne m'atten-\ndais guère, il ajouta, dans une intention corrective : (( Si vous voulez que nous\ntravaillions ensemble, je pourrai vous apprendre la composition. ))\nEn revenant chez moi, dans la nuit, car cette première entrevue avait eu lieu un\nsoir, assez tard, je me disais en ma vanité blessée : (( Certainement, ce Franck\nest un esprit arriéré, il n'a rien compris aux beautés de mon œuvre.. )) Néan-\nmoins, le lendemain, plus calme, je me mis à relire ce malheureux quintette et à\nme rappeler les observations que le maître m'avait faites en soulignant ses paro-\nles, selon son habitude, de multiples arabesques au crayon sur le manuscrit, et\nalors je fus bien forcé de convenir avec moi-même qu'il avait absolument raison :\nje ne savais rien.\nJ'allai donc, presque en tremblant, le prier de vouloir bien m'accepter comme\nélève et il m'admit à la classe d'orgue du Conservatoire, dont il venait d'être\nnommé professeur. Cette classe d orgue, dont je conserve toujours un souvenir\nému, fut pendant longtemps le véritable centre des études de composition du\nConservatoire.\nA cette époque -je parle des années 1872 à 1876, les trois cours dits :(( de\nhaute composition musicale )), étaient donnés par trois professeurs bien peu faits\npour cet enseignement; l'un, Victor Massé, compositeur de faciles opéras comi-\nques, sans nulle entente delà symphonie, et qui, constamment malade, se faisait\nremplacer dans ses fonctions par un de ses élèves ; 1 autre, Henri Reber, musi-\ncien vieillot, au jugement étroit et autoritaire; le troisième enfin, François Bazin,\ndont j'ai déjà parlé ici (1) et dont le plus haut titre de gloire est d'avoir été\nle compositeur du Voyage en Chine. Il n'est donc point étonnant que le noble\nenseignement de César Franck, fondé sur Bach et Beethoven, mais admettant\naussi tous les élans, toutes les aspirations nouvelles et généreuse, ait, dès cette\népoque, attiré à lui les jeunes esprits doués d'idées élevées et véritablement épris\nde leur Art. C'est ainsi que, sans s'en douter lui-même, le maître draina, pour\nainsi dire, toutes les forces sincèrement artistiques qui étaient éparses dans les\n\n(i) Voir les Revues du ier juin et du ier juillet 1903."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.9", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "diverses classes du Conservatoire de musique, sans parler des élèves du dehors\nqui allaient prendre la leçon dans son tranquille salon du boulevard Saint-Michel,\ndont les hautes fenêtres donnaient sur un jardin plein d'ombre, chose rare à\nParis.\nC'est là que nous nous rendions, une fois par semaine, car le père Franck,\nnon content de nous instruire dans la science du contrepoint, de la fugue et de\nl'improvisation à sa classe du Conservatoire, faisait venir chez lui ceux de ses\nélèves qui lui paraissaient mériter un enseignement particulier, et cela d'une façon\nabsolument désintéressée, ce qui n'est pas toujours le fait des professeurs de\nl'établissement officiel dans lequel l'instruction gratuite, inscrite au règlement,\nest bien loin, hélas! d'être une réalité.\nLorsqu'on avait terminé avec Franck l'étude du contrepoint, qu'il voulait\ntoujours intelligent et mélodique, et celle de la fugue, dans laquelle il laissait à\nl'élève une grande liberté expressive, alors seulement on entreprenait l'étude de\nla composition, entièrement fondée, d'après lui, sur la construction tonale.\nAucun art, en effet, n'a plus de rapport avec la musique que l'architecture.\nPour élever un édifice, il faut tout d'abord que les matériaux soient choisis et de\nbonne qualité ; il en est de même pour les idées musicales, sur le choix desquelles\nle compositeur doit se montrer très difficile, s'il veut faire une œuvre durable.\nMais il n'est pas suffisant, pour construire, d'avoir de beaux matériaux, encore\nfaut-il savoir les disposer de façon qu'ils s'agencent en un tout puissant et har-\nmonieux ; des pierres de taille, si attentivement façonnées et sculptées qu'elles\npuissent être, ne constitueront jamais un monument si elles sont simplement jux-\ntaposées sans ordre ni méthode; de même, des idées musicales, si belles qu'elles\nsoient, ne constitueront jamais un morceau de musique si leur place et leur\nenchaînement ne sont réglés par une logique et sûre ordonnance ; à ce prix\nseulement, le monument existera, et, si les éléments en sont beaux, si l'ordre\nsynthétique y est harmonieusement combiné, l'œuvre sera solide et pourra\ndéfier l'action du temps.\nLa composition musicale n'est point autre chose. C'est ce que Franck, et lui\nseul à cette époque, savait admirablement faire comprendre à ses disciples. Aussi,\nalors que, pendant les trois premiers quarts du xixe siècle, la production sym-\nphonique fut, en France, absolument nulle, on vit s'élever tout à coup, grâce au\ngénial enseignement du maître, une nouvelle école française pleine de sève créa-\ntrice et d'audace juvénile, experte en l'art symphonique et en la musique de\nchambre, on vit naître une phalange de jeunes compositeurs dépassant en portée\nartistique, par la clarté de la forme, la solidité de la construction et même la\nvaleur des idées, tous les symphonistes allemands d'alors, qui, eux, se traînaient\nencore clans 1 ornière creusée par Mendelssohn. Cette bienfaisante influence de\n1 enseignement du père Franck ne s'étendit point seulement sur les musiciens qui\ntravaillaient spécialement avec lui, elle se fit encore sentir sur ceux des élèves du\nConservatoire qui reçurent ses avis à la classe d'orgue, par exemple : Samuel\nRousseau, Gabriel Pierné, Auguste Chapuis, Paul Vidal, Georges Marty, Dallier,\nDutacq, Galeotti, et aussi sur les virtuoses qui eurent la bonne fortune de vivre\nquelque temps dans son intimité, parmi lesquels je citerai notre illustre ami\nEugène Ysaye, qui dut bien un peu de son génie interprétateur à l'amitié du père\nFranck, lequel voulut lui dédier la célèbre Sonate de violon. On retrouve enfin\ndes traces très nettes de cette influence chez des artistes qui, bien que n'ayant"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.10", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "pas été précisément ses élèves, subirent à son contact l'ascendant de sa probité\net de sa sincérité artistiques ; pour n'en citer que quelques-uns : Gabriel Fauré,\nle célèbre organiste Guilmant, Paul Dukas et Emmanuel Chabrier, qui prononça,\nau nom de la Société nationale de Musique, dont Franck était président, une\nallocution vraiment émue sur la tombe du maître.\nLes principaux disciples qui eurent le bonheur de recevoir directement ce\nprécieux enseignement furent, par ordre chronologique : Henri Duparc, le con-\ntinuateur de Schumann au point de vue du Lied, Arthur Coquard, Alexis de\nCastillon, mort en 1873, à l'âge de 35 ans, lequel, après avoir subi pendant\nplusieurs années les leçons de Victor Massé, qui semblait prendre à tâche\nd'annihiler les dons naturels de ce beau tempérament d'artiste, eut le courage\nde recommencer avec Franck toute son éducation musicale et, ayant anéanti ses\nessais précédents, écrivit, par suite, un grand nombre d œuvres symphoniques\net de musique de chambre de tout premier ordre.\nViennent ensuite : celui qui écrit ces lignes, puis Camille Benoît, Mme Augusta\nHolmès, Ernest Chausson, l'auteur du Roi Arthus, qui fut si prématurément\nenlevé, en 1899, à l'affection de ses amis, le délicat ciseleur Pierre de Breville,\nPaul de Wailly, Henri Kunkelmann, Louis de Serres, Charles Bordes, le jeune\net déjà illustre chef des Chanteurs de Saint-Gervais, Guy Ropartz, l'audacieux\ndirecteur du Conservatoire de Nancy, et enfin, ce pauvre Guillaume Lekeu,\nmort à 24 ans, laissant derrière lui un bagage considérable de compositions\nd'une poignante intensité expressive.\nC est en grande partie dans l'intention de perpétuer cet enseignement que\ntrois des élèves ou admirateurs du maître regretté, Alexandre Guilmant, Charles\nBordes et moi-même, avons fondé, il y a six ans déjà, la Schola Cantorum, école\nde musique dont les principes sont uniquement l'amour et le respect de l'Art,\nsans autre préoccupation ; mais, quand bien même il ne se fût pas trouvé de\npieux amis pour continuer l'œuvre d'enseignement, rien n'aurait pu empêcher\nla pure et honnête doctrine de Franck de se répandre de proche en proche, parce\nqu'elle est la vérité artistique.\nDe même, rien n'empêchera ce génie musical de vivre éternellement, et, tan-\ndis que les noms de maints compositeurs connus, uniquement préoccupés de\ngloire ou d'argent, commencent dès maintenant à entrer dans l'ombre pour\nn'en plus sortir jamais, la figure séraphique de l'auteur des Béatitudes, qui sut\naimer l'Art vrai, plane de plus en plus haut dans la lumière vers laquelle, sans\ndéfaillance ni compromissions, il s'est dirigé toute sa vie.\n\nVINCENT D'INDY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "459", "page_fin": "464", "image_debut": 11, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.4", "titre_corps": "Esthétique musicale : les origines de la symphonie LA SONATE DE J.-S. BACH EN la MINEUR", "titre_sommaire": "Esthétique musicale : les origines de la symphonie LA SONATE DE J.-S. BACH EN la MINEUR", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.11", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 4120, "texte": "Esthétique musicale : les origines de la symphonie\nLA SONATE DE J.-S. BACH EN la MINEUR\n\n[suite].\nLa religion, le langage et le chant, la danse, sont des faits\n« sociologiques », c'est-à-dire que chacun d'eux suppose\nl'existence d'une société.\n(Voir la Revue musicale du ier avril 1903.)\nOuvrons le recueil des sonates (1) pour piano de J.-S. Bach et, en commençant\npar le n° 1, en la mineur, suivons l'ordre de nos impressions.\nCette sonate se compose de quatre parties t\ni° Un adagio (forme libre, style non périodique) ;\n20 Un allegro (fugue à 3 voix) ;\n20 Un adagio (de même étendue et de même forme que le premier) ;\n4° Un allegro moderato (allemande) suivi d'un allegro (courante), d'un andan-\ntino (sarabande), et d'un allegro (gigue).\nIl suffit d'avoir les connaissances les plus élémentaires de l'histoire musicale\npour constater qu'ici nous sommes en présence, non d'un monument unique,\nmais de deux monuments coordonnés, juxtaposés. Dans cette œuvre extrême-\nment complexe, ramenée à l'unité par le rythme binaire des mouvements (ada-\ngio, allegro, adagio, allegro, etc...), par 1 uniformité tonale et par une certaine\nunité thématique, Bach a réuni deux genres qui sont la création du xvne siècle,\net dont chacun est lui-même une synthèse : c'est la sonate d'église (sonata da\nchiesa) représentée ici par les deux premières pièces (adagio et fugue) — et la\nsonate profane [sonata da caméra) représentée par tout le reste.\n\n(i) Une dernière explication — au sujet de ce mot sonate — pour compléter les titres significa-\ntifs d'ouvrages que j'ai déjà cités dans mon dernier article, et pour caractériser encore, en me bor-\nnant à citer des faits d'un intérêt capital, cette période transitoire, un peu trouble, mais d'une\njeunesse si vivante ! où toutes les formes des arts du rythme semblent s'attirer, s'unir, se fondre\nen un creuset d'où sortira plus tard, après deux siècles d'élaboration, la pure symphonie de Haydn\net de Mozart :\nPendant tout le xvne siècle, le mot (( sonate )) n a pas été nettement distingué du mot (( sym-\nphonie )), qui apparaît à la fin du xvie siècle dans le recueil suivant (titre en latin) : Symphonies\nsacrées de Giov. Gabrieli, organiste de la sèrènissime république de Venise en Véglise Saint-Marc, à\n7, 8, 10, 12, 74, /y et 16 voix ou instruments. Venise, chez Angelo Gardani, 1597.\nEn second'lieu, le mot (( sonate )) apparaît, à l'origine, à côté du mot (( canzone », pour dési-\ngner quelque chose de plus instrumental, peut-être, et de moins vocal que ce dernier. « Can\\oni\net Sonate... », ainsi commence, on le sait, le titre du recueil des compositions de Giov. Gabrieli\npublié à Venise en 1615 ; mais c'est une question encore controversée dans la critique musicale,\nde savoir au juste en quoi diffèrent les deux genres désignés par ces deux mots. Winterfeld, qui\nfait autorité en pareille question, écrit dans son ouvrage sur Gabrieli (II, p. 1 1 1) : « En 1644 et\n1651, Massimiliano Neri emploie déjà l'un pour l'autre les termes sonata et canzone ; tous deux\ndésignent pour lui ce que Gabrieli appelait canzone. » C'est après. Neri, organiste de l'église Saint-\nMarc à Venise \\ milieu du xvne siècle), que le mot canzone est remplacé définitivement par le mot\nsonata, c'est-à-dire que la composition instrumentale encore sous la dépendance du chant finit\npar s'absorber dans la composition instrumentale pure.\nRemarquons enfin que les danses (qui vont jouer un si grand rôle dans la genèse de la sympho-\nnie classique) sont primitivement écrites sur des airs à chanter, et souvent même accompagnées\nde paroles. Le compositeur italien Gastaldi a publié en 1591, à Venise, des « Balleti a cinque (à\n5 voix) con li suoi versi (avec leurs vers) per cantare, suonare et ballare » ; au compositeur anglais\nThomas Morley on doit des « Ballets for five voices » (ballets pour 6 voix, Londres, 1595,\nréédités, il y a une trentaine d'années, par Rimbault) ; et du compositeur allemand Valentin Hauss-\nmann, il y a un recueil de 37 pavanes et gaillardes (Nuremberg, 1604), dont les dix premières\nsont accompagnées de paroles érotiques."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.12", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2581, "texte": "Un texte, d'abord, pour justifier cette première analyse. On lit dans le Dic-\ntionnaire de musique de Sébastien Brossard (Paris, 1703) !\n(( Il y en a (des sonates) pour ainsi dire d'une infinité de manières, mais les\n(( Italiens les réduisent ordinairement sous deux genres. Le premier comprend\n(( les sonates da chiesa, c'est-à-dire propres pour l'Église, qui commencent ordi-\n(( nairement par un mouvement grave et majestueux, proportionné à la dignité\n(( et sainteté du lieu; ensuite duquel on prend quelque fugue gaye et animée...\n(( Le second genre comprend les sonates qu'ils appellent da caméra, c'est-à-dire\n(( propres pour la chambre Ce sont proprement des suites de plusieurs petites\n(( pièces propres à faire danser. ))\nOccupons-nous donc d'abord de la première partie de l'œuvre de Bach dont\nnous pouvons dire dès maintenant, pour le plus grand profit de la thèse socio-\nlogique, qu'elle a des origines religieuses et italiennes.\nI. D'après un témoignage de Fétis reproduit par Wasilewski (1), il y avait à\nVenise, dans l'église Saint-Marc, pendant le xvne siècle, un orchestre ainsi\ncomposé : 8 violons, 11 petits violons pour les deuxième et troisième voix,\n3 grosses violes de gambe, 4 théorbes, 2 cornets, 1 hautbois et 3 trombones.\nD'après Otto Jahn (2), à Salzbourg (ville à moitié italienne), entre l'épître et\nl'évangile, on jouait une sonate (Mozart en a composé 17 dans ce but) que l'ar-\nchevêque Hiéronymus, en 1783, remplaça parle graduel.\nEn Italie, l'église est un musée pour les arts plastiques, et une salle de concert\npour la musique. La cause en doit être cherchée dans la sensualité de la race,\ndans son goût pour tout ce qui est brillant, extérieur, démonstratif, et aussi\ndans l'altération du culte catholique, qui, après avoir combattu l'esprit profane,\nse laisse pénétrer par lui. Les pages que Taine a écrites sur la vie voluptueuse\ndes Italiens pour expliquer les chefs-d'œuvre de leurs grands peintres valent\naussi pour expliquer leur musique. Voici des faits plus précis montrant l'in-\nfluence méridionale exercée sur l'esprit de Bach.\nLe prélude de sa sonate débute ainsi :\nÉvidemment, ce style n'est pas celui du piano. C'est celui du violon.\nLes œuvres instrumentales composées, au xvi° siècle, dans le nord de l'ltalie,\npar les organistes et virtuoses de Venise (Gabrieli, Banchieri, Neri, Grani,\nMonteverde, Marini, Fontana, Legrenzi, etc...), parles membres des Académies\n\n(1) Wasilewski, le Violon au xvne siècle (1874), p. 17.\n(2) Otto Jahn, Mozart (t. I, chap. sur la musique instrumentale)."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.13", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 4581, "texte": "de Bologne (Vitali, Mazzolini... ) ou enfin par l'École romaine, à la tète de\nlaquelle est placé Corelli, offrent toutes cette particularité: le violon y joue le\nprincipal rôle. Sans aucun doute, cela vient de ce que, de tous les instruments,\nle violon est celui qui est le plus capable d'imiter la voix humaine, de chanter.\nAussi lui confie-t-on habituellement la première voix, la (( voix de dessus ».\nRemarquez que, dans les quatre mesures que j'ai citées, on pourrait retrouver,\nsi on laissait de côté les ornements, un chant initial :\nSi les compositeurs brodent sur de telles mélodies, c'est peut-être par imita-\ntion des chanteurs virtuoses qui surchargent un thème donné de vocalises et de\nnotes d'agrément.\nEn adoptant le violon (i), l'Eglise l'avait universalisé. Une école de mu-\n\n(i) C'est pour ce motif que la sonate pour piano apparaît bien plus tard que la sonate pour vio-\nlon (environ un siècle et demi après cette dernière, avec Kuhnau et Dom. Scarlatti, vers la fin\ndu xvne siècle).\nEn écrivant une sonate comme celle dont nous parlons en ce moment, et quelques autres com-\npositions pour violon seul, Bach a évidemment subi l'influence d'un état d'esprit extérieur à lui et\nbeaucoup plus général que le sien ; car, malgré l'exemple qu'il avait reçu de son père, malgré sa\ncompétence technique (on sait qu'il est l'inventeur de la viola pomposa, tenant le milieu entre\nl'alto et le violoncelle) et malgré les fonctions qu'il exerça à Weimar, d'abord publiquement, puis,\npendant neuf ans, dans la chapelle privée du grand-duc, il n'était rien moins que virtuose ; il\njouait .du violon comme Haendel, ou comme Weber et Beethoven jouèrent plus tard du piano :\navec une habileté non dépourvue de lacunes. Comme nous recherchons ici les caractères\nsociologiques de l'art musical, je donnerai, subsidiairement, les détails suivants que je dois à une\nobligeante communication de M. Jacquot, l'excellent maître luthier de Nancy, chevalier de la\nLégion d'honneur :\nLe violon ordinaire ou fin est fait par un seul et même ouvrier (il n'est pas question ici du\nviolon fabriqué mécaniquement), mais un ouvrier qui fait appel à un grand nombre de corps de\nmétiers, car le violon se compose de 69 parties quand la table et le fond sont d'une seule pièce,\net de 71 quand ils sont en deux parties.\nLe luthier a besoin : i° de la fourniture des bois suivants : érable de Suisse ou de Bohême\npour le fond, les éclisses ou côtés, le manche, la tête et le chevalet; de tilleul ou de sapin pour\nles tasseaux ; de sapin (de Suisse, de préférence), pour la table, l'âme, la barre, les taquets ; cYébène\npour la touche, le cordier, le bouton ; les sillets du même bois ou de palissandre pour les che-\nvilles, et encore de l'ébène ou de bois teint en noir assemblé avec de Yalisier de préférence pour le\nbois blanc formant les filets ;\n2° Des vernis qui sont des plus variés, depuis ceux à l'esprit de vin, à la gomme, à la colle,\njusqu'à ceux à l'huile, dits vernis gras ; des pinceaux et des brosses;\n30 La colle, servant à assembler toutes les parties du violon, et qui doit être choisie dans celle\nspéciale, appelée colle de Cologne, fabriquée dans cette ville et ayant la propriété, en étant très\nraide, de faire le moins d'épaisseur entre les parties assemblées ;\n40 Les outils, qui sont à peu près semblables à ceux des menuisiers ; l'établi, les valets, les\nrabots en fer, unis et à dents, les varlopes, le villebrequin, les mèches, les scies, les ciseaux,\nles gouges, les bédanes, le trousquin, les canifs, le compas d'épaisseur, les règles, l'équerre,\nle traçoir, les ratissoires, le papier de verre, les limes, la meule, la pierre à effiler, le fer à polir,\nl'âmier, les happes, les vis à coller, les pinces à barre, les pincettes ou becquettes...\n5° Les cordes comprennent des cordes en boyau pour le mi ou chanterelle, le la, le ré et l'attache\ndu cordier reliée par du fil et brûlée à l'extrémité. Enfin, la corde du sol, entourée de soie ou d'un\nfil métallique appelé cannetille, d'argent, de cuivre blanchi ou de bronze, afin d'en retarder la\nvibration, lui donnant par là, avec une moindre grosseur et moindre longueur, un timbre plus\ngrave. Les cordes de boyau sont faites avec des boyaux de mouton, appelés aussi intestins grêles,\nvidés aussitôt après la mort de l'animal, raclés avec un roseau fendu et taillé en biseau. Il n'est\nconservé que la membrane musculaire. La corde est ensuite filée sur de petits métiers ou rouets.\nCertains facteurs les passent à la vapeur de soufre pour les blanchir. Elles sont ensuite dégrais-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.14", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 4010, "texte": "sique ou une Académie comme celles de Bologne n'attire à elle qu'une élite.\nLa première œuvre spécialement écrite pour le violon qui soit connue (une\nromanesca de Marini, à la fin d'un recueil paru à Venise en 1520) est dédiée « au\nseigneur Gian Battista Magni Gionanetto, à cause de son talent exceptionnel\nsur le violon )). Au contraire, les cérémonies du culte catholique s adressent à\ntoutes les classes de la société ; c'est ainsi que la (( Sonata da chiesa » popularisa\nle violon. Bach a fait glisser le style du violon sur le piano.\nEt voyez comme le contenu des formes d'art a une évolution indépendante,\ncomme les sentiments changent et se substituent l'un à l'autre, dans des cadres\nd'expression ou de composition qui ont une certaine fixité ! Un critique musical\nqui, d'habitude, ne pèche pas par excès de sentimentalité, Philipp Spitta,\ncommente ainsi le Prélude de Bach dont j'ai reproduit quelques mesures : (( Cet\nadagio d'introduction est de même origine que l'arrangement pour piano de la\nsonate en ut majeur, mais le sentiment est d'un caractère beaucoup plus sombre :\nl'émotion profonde et pénible qu'il exprime est celle qui pénètre le cœur, aux\njours d'automne, quand les feuilles vermeilles et dorées tombent lentement dans\nla forêt silencieuse, quand les oiseaux sont muets, et que les rayons du soleil\ncouchant se jouent avec mélancolie sur les troncs moussus ou dans les branches\nà moitié dépouillées (1). ))\nMaintenant, pourquoi, avant la fugue, un (( Prélude )) de forme libre ? Il ne faut\nrappeler ici ni Yexorde de l'orateur parlant à des hommes assemblés, ni Yintrata,\nni Youverture, ni le récitatif précédant 1' (( air », ni Yintroit liturgique, ni toutes\nles formes d'introduction et de préparation qui annoncent quelque chose d'impor-\ntant et de rythmé. C'est dans le choral d'église que nous trouvons, le plus sim-\nplement du monde, la loi qui enchaîne les deux parties de notre sonate.\nL Église, avons-nous dit, fait appel à toutes les classes de la société. Tous\nles fidèles qu'elle assemble doivent prendre part à ses chants. Or, les fidèles ne\nsont pas des musiciens de profession : de là la nécessité, toutes les fois qu'il faut\nexécuter un choral, de rapprocher (artistiquement) les chanteurs, de leur donner\nle ton, de les mettre au point ; de là, en un mot, le prélude d'orgue.\nLes deux premières parties de la sonate de Bach ne sont pas autre chose qu'un\nprélude (dont la forme est une réminiscence des fonctions de l'orgue), suivi d'un\nchoral.\nLa fugue qui vient après est bien, en effet, un choral. Dans la période moderne\n\nsées ; on appelle cette opération ètrichage ; les cordes sont alors polies, à l'exception de la chan-\nterelle ou mi. Cette dernière corde est généralement composée de trois ou quatre fi1 s ou brins,\nles la en ont le même nombre plus forts, et les ré, six ou sept.\nLa chanterelle, pour le violon, accordée au mi normal, doit supporter une tension de 7 kgr. 500;\nle la, de 8 kgr. ; le ré, de 7 kgr. 500 ; et le sol, de 7 kgr. 25.\n6° L'archet se compose d'une baguette faite de préférence en bois des îles, bois de fer, d'une\nplaque d'ivoire ou dos qui en recouvre une en bois noir ou d'ébène, de deux toquets en bois\nblanc, servant à fixer les crins, d'une mèche de crins liés par un cordonnet de soie ; ces crins ont\nleurs extrémités trempées dans de la colophane en poudre, chauffée légèrement à la flamme.\nIl se compose aussi d'une hausse en bois noir ou d'ébène garni généralement d'une bague ou\npassant en métal, d'une coulisse, d'une plaque de talon de hausse en même métal, puis d'un\nrecouvrement ou feuillet d'ébène recouvert d'une plaquette en nacre ; enfin une vis en acier et un\nécrou en laiton taraudés. La vis est terminée par un bouton d'os ou d'ébène garni de métal et\nportant souvent une pastille de nacre pareille à celles qui, d'habitude, ornent les faces latérales\nde la hausse.\nL'archet est courbé au feu, poli au racloir et au papier de verre, puis verni.\n(1) S. Bach (I, p. 692)."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.15", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3318, "texte": "de l'histoire de la musique, on distingue la fugue instrumentale (où Bach a\nexcellé) et la fugue vocale (dont Haendel est le maître), mais, en réalité, il n'y a\nqu'une sorte de fugue : la fugue vocale. On ne dit pas : une fugue à 3 parties,\nmais : une fugue à trois voix. Ces voix sont exactement disposées comme dans\nles compositions destinées au chant. Mais si le prélude est d'origine religieuse,\nla fugue est d'origine profane. L'art de faire marcher ensemble plusieurs mélodies\n(soumises à la loi de la périodicité dans 1 imitation et dans le rythme) s'est formé\nchez les Néerlandais (xve-xvie siècles), dans ces pays du Nord où l'esprit d'associa-\ntion était aussi fort que l'esprit musical. Il s'est développé dans l'ltalie du Nord\nbien avant Bach grâce à des circonstances spéciales. A Venise, par exemple,\nles assemblées sont fréquentes, nombreuses, pleines de pompe aristocratique ; la\nmusique, en y jouant presque toujours un rôle, s'efforce de répondre à l'éclat de\nces assemblées et d'en refléter les éléments très divers par la mise en ordre et la\nmultiplicité des parties vocales : de là ces compositions d'un Gabrieli ( 1597, 1615)\nqui sont écrites pour 3 chœurs et jusqu'à 22 voix.\nBach a recueilli cet héritage, et s'est borné le plus souvent, au point de vue de\nla forme, a le simplifier.\n11. La deuxième partie de l'œuvre de Bach est une nouvelle sonate juxtapo-\nsée à la précédente : une sonate de chambre.\nComme la première, elle débute par un adagio dont nous avons déjà expliqué\nles origines. Quant aux pièces qui forment une (( Suite » (allemande, courante,\nsarabande, gigue), je pourrais me borner à constater que ce sont des danses.\nVoici, d'après Ph. Spitta, comment la Suite s'est formée, et les phases succes-\nsives que présente sa genèse:\ni° On danse d'abord avec un chant qui sert d'accompagnement ;\n20 Ce chant est doublé par un instrument ;\n30 Le chant disparaît, et l'instrument reste seul ;\n40 On a l'idée de faire entendre le chant (devenu purement instrumental) en\ndehors des réunions où l'on danse;\n50 Les musiciens voyageurs colportent les airs de danse de ville en ville et de\npays en pays. Vers 1600, les pavanes et romanesques ou gaillardes italiennes sont\ntrès répandues (pour des raisons qu'il faudrait évidemment chercher dans\nl'histoire politique générale et spéciale) ; ce qui le prouve ce sont les recueils\npubliés en 1610 et 1611 par Johann Moller, organiste de la courde Darmstadt ;\n6° En présentant les airs de danse, on les range dans un ordre où l'agrément\ndoit naître du contraste des rythmes lents ou vifs, des mesures ternaires' ou\nbinaires ;\n70 On a enfin l'idée de les réunir en un tout artistique, appelé Suite.\nNous savons à quelle époque on imagina de réunir en une seule composition\nles danses-types des peuples civilisés de l Europe : c'est pendant la guerre de\nTrente ans ( 1618-1648), où Italiens, Espagnols, Français, Suédois, Danois, Polo-\nnais, rapprochèrent leurs mœurs en même temps que leurs armes. Selon toute\nprobabilité, c'est un musicien de l'école de Sweelinck (hollandais mort en 1621)\nqui créa la (( Suite pour piano ».\nL'Allemande a un nom qui indique suffisamment son origine.\nLa Courante est d'origine italienne.\nLa Sarabande est d'origine espagnole.\nLa Gigue est, je crois, d'origine anglaise."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.16", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 846, "texte": "Religion, vie profane, chant, musique de violon, musique d'orgue, danses de\nquatre pays différents, tels sont les principaux éléments qui ont formé cette\nchose extrêmement complexe qu'est la sonate de Bach en la mineur. L'œuvre\nmusicale ne tombe pas du ciel ; elle ressemble] à un arbuste que termine une\nfleur délicate, mais qui tire sa vie d'en bas, de racines dirigées en tous sens, et\ndes souffles d'air que respirent ses feuilles. Comment le compositeur ramène-t-il\nà l'unité tant de matériaux divers? Un de ses moyens, c'est l'analogie thématique.\nJ'ai déjà cité le début de l'adagio ; voici celui de la fugue :\nLe lecteur n'aura certainement aucune peine à constater que ces diverses mé-\nlodies sont la mise en œuvre et 1' « arrangement )) d'un même et unique thème.\n{A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "465", "page_fin": "468", "image_debut": 17, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.5", "titre_corps": "Les ressources de l'orgue moderne", "titre_sommaire": "Les ressources de l'orgue moderne", "signature_source": "EUG. DE BRICQUEVILLE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.17", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 3535, "texte": "Les ressources de l'orgue moderne\n\nLes dernières années du xixe siècle auront vu dans le domaine de la musique\nl'heureux effondrement de théories erronées qui, trop longtemps, ont retardé\nles progrès de Fart. Telle la prétention de reléguer l'orgue dans la tribune de\nl'église catholique, et d'en faire un instrument voué de la façon la plus stricte\nau service du culte religieux. Tout le monde a présent au souvenir un fragment\ndes Harmonies qui servent inéluctablement d'épigraphe aux dissertations sur\nl'orgue et de texte aux discours d'inauguration :\nOn n'entend pas sa voix profonde et solitaire\nSe mêler, hors du temple, aux vains bruits de la terre ;\nLes vierges, à ses sons, n'enchaînent point leur pas,\nEt le profond écho ne les répète pas.\nMais il élève à Dieu, dans l'ombre de l'église,\nSa grande voix qui s'enfle et court comme une brise\nEt porte en saints élans à la Divinité\nL'hymne de la nature et de l'humanité.\nIl a suffi de citer cette délicieuse et poétique phraséologie pendant cinquante\nans pour retarder les progrès de facture d'un instrument qui devait rester hié-\nratique par essence et rituel par destination.\nLe clergé, il est vrai, tenait l'organiste dans un état de domesticité peu\nhonorable, réglé par un décret de 1809 concernant les conseils de fabriques.\nIl y est dit à l'article 33 : (( La nomination et la révocation de l'organiste, des\nsonneurs, des bedeaux, suisses ou autres serviteurs de l'église appartiennent\naux marguilliers. )) Que voulez-vous, que pouvez-vous exiger d'un malheureux\nmusicien assimilé à un bedeau, à un suisse, à un sonneur de cloches et dont les\ntitres artistiques sont examinés par des marguilliers !\nLes organistes ont été longtemps considérés comme le rebut des pianistes.\nL'orgue étant un instrument sur lequel il suffisait de plaquer des accords,\noffrait une ressource aux musiciens dont les doigts inexpérimentés se refu-\nsaient à exécuter les traits exigés par la musique de piano.\nLe Conservatoire lui-même a consacré l'erreur et prolongé le malentendu en\ndispensant les concurrents de la classe d'orgue des épreuves ordinaires de virtuo-\nsité et de lecture à vue, par où passent les élèves des différentes classes d'exécu-\ntion. Installée la dernière de toutes (1) et considérée aujourd'hui encore comme\nune classe de composition pratique, l'étude de la fugue et du plain-chant y\nprédominé. Dans cette situation mal définie elle est arrivée, sous la direction de\nl'illustre César Franck, à briller d'un vif éclat ; mais on ne saurait nier que la\nvirtuosité y était assez négligée et j'ajouterai un peu dédaignée par les remar-\nquables élèves, devenus aujourd'hui des maîtres, qui suivirent la classe d'orgue\nde 1872 à 1890.\nOr, qu'est-il arrivé? C'est que l'Eglise, tout en voulant accaparer le monopole\nde l'orgue, ne se gêna pas pour aller chercher dans l'orchestre des éléments d'at-\ntraction destinés à relever la pompe des cérémonies de mariage ou d'enterre-\n\nD) Il résulte des recherches faites par M. Constant Pierre que la classe d'orgue fut bien\ninscrite sur le document qui fixa, sous le titre de Loi organique du 16 thermidor an 111, le pro-\ngramme des études du Conservatoire. Le titulaire était Séjan, organiste de Saint-Sulpice, qui,\nfaute d'orgue, faisait sa classe sur un clavecin. Plus tard on commanda un harmonium à Grenié,\nqui ne livra jamais l'instrument. C'est seulement vers la fin de la Restauration que la classe\nd'« orgue et improvisation » fonctionna régulièrement, sous la direction de Benoist."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.18", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "ment. Elle engagea des violons, des violoncelles, des contrebasses, des trom-\nbones, des cors, des harpes; le piano lui-même trouva sa place dans le chœur.\nLamartine n'était plus consulté, et Meyerbeer, Halévy, Verdi, Gounod et beau-\ncoup d'autres réservaient dans leurs partitions deux lignes à la partie d'orgue.\nDès ce moment, le prestige sacerdotal de l'orgue a subi une atteinte sérieuse.\nPuisque le Stabat de Rossini se passait de ses services, l'instrument avait mau-\nvaise grâce à refuser les avances de Robert le Diable, la Juive, le Trouvère, de\nFaust. Mais ce changement de situation n'allait pas sans une modification radi-\ncale de ses moyens d'expression. Le théâtre, prenant l'orgue pour représenter\nscéniquement un épisode religieux,se contentait des effets auxquels le destinait\nson cadre original; il en exagérait même le caractère ; mais il était aisé de pré-\nvoir que, sorti de l'église, l'orgue ne se bornerait pas au rôle d'accessoire dans\nles scènes religieuses. Il devait figurer au concert, faire entendre sa voix puis-\nsante dans la masse symphonique et même se prêter au solo. D'autre part, deux\nou trois organistes hautement musiciens, impatients de voir le plus complet des\ninstruments déployer toutes ses ressources, s'essayaient dans un genre de mu-\nsique tout à fait différent de ce que pouvait exiger l'idéal d'un marguillier de\n1809. Les huit premières Symphonies de M. Widor,par exemple, sont faites pour\nle concert, et, à part quelques fragments, ne sauraient trouver place dans aucune\ndes parties de l'office catholique. Il faut donc observer que l'orgue s'est mo-\ndernisé, non pas pour provoquer un genre de musique moderne, mais bien\nparce que les aspirations modernes de la musique réclamaient cette transfor-\nmation.\nPour arriver au résultat rêvé, il était inutile de songer à modifier la sonorité\nde l'instrument. Si l'on excepte les jeux dits de mutation qui tenaient autrefois\nune place beaucoup trop considérable, on peut remarquer que l'orgue ancien\navait à peu près les mêmes éléments que l'orgue moderne. Son caractère sonore\nn\"a pu être détruit par l'adjonction d'un ou deux jeux à anches libres, d'une uti-\nlité d'ailleurs contestable ; mais c'est la partie mécanique, absolument défec-\ntueuse autrefois, qui sollicitait l'attention des facteurs.\nDeux inventions, l'une scientifique, le levier pneumatique de Barker, l'autre\nsimplement ingénieuse, la boîte expressive, ont révolutionné la facture et le jeu\nde l'orgue. Par la première, la docilité des claviers est devenue parfaite, quel\nque soit le nombre des jeux tirés et des accouplements opérés.\nPar la seconde, on est arrivé à « nuancer )) la musique. Entendons-nous tou-\ntefois sur ce mot « expression )), au point de vue où nous nous sommes\nplacé.\nL'expression sur un violon dépend du frottement de l'archet; sur un instru-\nment à vent, de l'action du souffle humain ; sur un piano, de l'attaque des doigts.\nL'expression, dans ces trois applications, est produite par le sentiment musical\nde l'exécutant: elle reflète l'idée que le virtuose se fait de la phrase musicale,\nmais encore faut-il que l'instrument, par ses détails de construction, se prête à\ndes inflexions différentes.\nDans l'orgue, rien de pareil : l'attaque ne peut être modifiée au gré de l'orga-\nniste, et ce n'est pas (( expressionner )) que d'ajouter, de retrancher des jeux,\nde passer d'un clavier à l'autre, seules ressources offertes par les instruments du\nXVIII6 siècle et du commencement du xixe. Le réservoir qui tient l'air aspiré par\nles pompes le transmet aux sommiers dffine manière égale avec une pression que\nrien ne peut modifier sous peine de détruire la justesse du son*"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.19", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "D'autre part, les essais de S. Erard, en vue d'obtenir une graduation de sono-\nrité par l'enfoncement plus ou moins sensible des touches, n'avaient pas produit\nle résultat cherché. Comment donc l'orgue est-il devenu expressif ? C'est bien\nsimple. Les tuyaux composant les différents jeux du clavier supérieur, appelé\nrécit, ont été enfermés dans une sorte de grande boîte hermétiquement close,\nmais dont la partie antérieure est composée de lames mobiles sur un pivot clans\nle sens vertical et que la pression du pied sur une pédale ad hoc fait ouvrir ou\nfermer progressivement.\nGrétry, vers la fin du xvine siècle, estimait que l'expression dans l'orgue était\nla pierre philosophale en musique. Les écrivains ecclésiastiques du siècle sui-\nvant se montrèrent moins enthousiastes. Ils s'élevèrent contre l'innovation, la\njugèrent dangereuse et la qualifièrent de « compressive et irréligieuse » ; l'un\nd'eux même la traita de « peste )), et en cela il n'avait pas tout à fait tort. La\npédale d'expression, au début, n'avait pas de crans d'arrêt. Mal placée à l'extré-\nmité du clavier de pédales, elle était comprimée par un ressort et tellement sen-\nsible, qu'un léger mouvement du pied l'amenait à ouvrir brusquement les jalou-\nsies. En outre, les organistes encore inexpérimentés— un trop grand nombre\nd'entre eux n'ont pas acquis l'expérience au moment où paraissent ces lignes\nen usaient sans discernement, de manière à produire d'horribles effets d'accor-\ndéons poussifs. A cette défectueuse pédale dite « à cuiller » succéda plus tard\nune semelle aménagée au milieu de la rangée des appels de combinaisons ; on la\nfît non plus à ressort, mais basculant sur un axe et avec une inclinaison réglable\nà un centimètre près.\nDès lors, son emploi fut nettement établi. Ce n'était plus un agent d'expres-\nsion, mot vide de sens, mais une facilité d'obtenir des degrés de force dans la\nsonorité, d'arriver au crescendo ; en un mot, de nuancer la musique. Ainsi com-\nprise, la pédale dite d\"expression modifie complètement le caractère de l'orgue ;\net certes, si, sous le pied de certains organistes, elle produit l'effet d'un odieux\nbâillement, ce n'est pas la faute de l'homme ingénieux qui l'inventa et des\nfacteurs qui l'appliquent à tous leurs instruments. On en est arrivé, comme dans\nl'orgue de la salle Humbert de Romans, édifié par la maison Abbey de Versailles,\nà rendre les trois claviers expressifs. Cette'combinaison, prônée par quelques\nartistes de la plus haute valeur, notamment par Saint-Saëns, complique singu-\nlièrement la construction de l'instrument ; mais, en retour, elle offre à l'exécu-\ntant, surtout dans l'improvisation, des ressources infinies.\nQuant au levier pneumatique imaginé par Barker et dont nous n'avons pas à\nfaire ici la description, il a l'avantage de neutraliser la résistance forcément\nimposée au clavier par un nombre souvent très considérable de soupapes à\nouvrir. Il autorise les traits, les trilles, les arpèges, les répétitions dénotés les\nplus rapides.\nLà encore, un danger apparaissait. L'organiste, ayant à sa disposition un\nclavier plus léger encore que celui du piano, n'allait-il pas modifier complète-\nment le rôle de l'instrument dénommé par un éminent critique, Joseph d'Arti-\ngue, (( sacré et sacerdotal )) r Certes, l'abus était à craindre en ce qui concerne\nla fonction religieuse de l'orgue. Mais, de ce que les muscles de la jambe de\nl'homme permettent le pas de course, s'ensuit-il que nous ne puissions marcher\nqu'à l'allure accélérée ? pourquoi interdire la vélocité aux jeux de l'orgue ?\nComme on dit en langage trivial, qui peut le plus peut le moins; et n'est-il\npas admirable, cet instrument moderne qui permet d'exécuter tour à tour le"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "468", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.20", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "solennel Prélude en ut mineur de Bach et l'étincelante Sinfonia de la 29e can-\n-9\ntate, l'impressionnante Absoute d'Ambroise Thomas et Y Ouverture de la Flûte\nenchantée, si ingénieusement transcrite par l'Anglais Best ?\nA l'église, et remplissant son rôle liturgique, l'orgue se prête au style serré,\naux successions d'accords grandioses, et pas un orchestre, si nombreux, si puis-\nsant soit-il, ne saurait le suppléer; mais, au concert, il fournit à la virtuosité la\nplus exigeante tous les éléments désirables. C'est, sans jeu de mots, affaire de\ntact pour l'organiste de régler son jeu d'après les circonstances qui sollicitent\nson concours. Profiter de la docilité actuelle des claviers de l'orgue pour faire\ndes traits rapides pendant l'offertoire ou l'élévation équivaut à l'acte d'un mal\nappris qui se mettrait à califourchon sur un prie-Dieu. N'empêche que cette\nposture, si négligée qu'elle soit, pourra se faire accepter dans l'intimité du\nfumoir.\nEt maintenant, une question se pose ; L'orgue est-il un orchestre ? Plusieurs\norganistes contemporains le pensent, et j 'en connais qui passent pour maîtres\ndans l'art d' (( orchestrer )) leurs improvisations. A leur tête je placerai\nM. H. Dallier, l'éminent artiste de Saint-Eustache.\nAu premier abord, l'idée paraît juste ; mais, en y réfléchissant, l'assimilation\nn'est pas possible. L'orchestre est la réunion de timbres différents ayant sur\nl'échelle harmonique des situations variées, tandis que les sonorités de l'orgue,\nde natures tout à fait spéciales, et de productions identiques, se résolvent en un\ntimbre unique.\nLe malheur a voulu que les premiers facteurs donnassent à leurs combinai-\nsons de tuyaux des dénominations qui ont pu égarer l'opinion.\nLes mots de flûte, trompette, cromorne, hautbois, violon, gambe, contre-\nbasse, inscrits sur les boutons de registres, n'ont rien qui rappelle les instru-\nments de mêmes noms qui composent une partition. Les jeux de l'orgue se\ndivisent en jeux doux (flûtes), voilés (bourdons), éclatants (montres et anches),\ntranchants (gambes), composés (mixtures et voix célestes) ; mais le mode d'é-\nbranlement de l'air ne varie pas et l'apparente diversité des timbres repose sur\ndes tuyaux de métal ou de bois de formes différentes, il est vrai, mais régis par\nles mêmes lois d'acoustique. Dans la sonorité de l'orchestre, il y a amalgame des\ntimbres ; dans la sonorité de l'orgue, il y a fusion complète, et aucun jeune peut\nprédominer au gré du compositeur ou de l'exécutant. Dans la masse de l'or-\nchestre, l'oreille la moins exercée peut distinguer la partie des violons, celle des\ncuivres ou même une tenue de clarinette; dans l'ensemble des jeux de l'orgue,\non perçoit à peine la distinction entre les deux groupes des jeux à bouche et\ndes jeux d'anches : et tout l'art des harmonistes consiste à obtenir la fusion\ndes timbres. Toute assimilation semble donc théoriquement impossible entre\nune machine inconsciente et une réunion d'hommes se sentant maîtres de leur\ninstrument.\nLaissons à l'orgue ses qualités propres. Tel qu'il existe à notre époque, il a\natteint la perfection ; sa partie mécanique ne laisse plus rien à désirer. C'est à\nl'imagination des acousticiens de trouver dans l'accouplement, dans la forme,\ndans la disposition des tuyaux, des timbres nouveaux. C'est aux artistes d'étu-\ndier attentivement les ressources de l'orgue en vue de réaliser des effets de\nsonorité en rapport avec le caractère spécial et bien défini de l'instrument.\n\nEUG. DE BRICQUEVILLE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "469", "page_fin": "471", "image_debut": 21, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.6", "titre_corps": "Trompette marine et Violes.", "titre_sommaire": "Trompette marine et Violes.", "signature_source": "PAUL VIARDOT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "469", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.21", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "Trompette marine et Violes.\n\n(( Apprenez-moi la Trompette marine », dit le Bourgeois gentilhomme à son\nmaître de musique, et le public se tord de rire à la pensée de M. Jourdain changé\nen une sorte de Triton soufflant à pleines joues dans une conque, comme Rubens\nen a reproduit autour de la glorification de Marie de Médicis.\nLe désir du brave homme est beaucoup plus simple, il ne pense à nulle mise\nen scène, et 1 idée de fatiguer ses poumons dans l'eau écumante n'entre pas dans\nsa modeste cervelle, un instant congestionnée par des idées de grandeur. Il\ndevait savoir que la Trompette marine était, de tous les instruments de l'époque,\nle plus rudimentaire, le plus facile à apprendre, un peu encombrant cependant,\nmais privé de tout pavillon triomphal et de tout éclat de cuivre. Elle se compo-\nsait de trois simples planches de cinq pieds de long, d'une corde tendue plus\nou moins sur un chevalet, d'une cheville et d'une plaque de verre placée sous la\ntouche. Un archet grossier, recourbé en arc, frottait cette unique corde sans\nrythme et sans aucun art. Le tout avait la forme d'une pyramide triangulaire\nallongée, posée sur une toute petite base.\nCet instrument cher à M. Jourdain était employé, paraît-il, dans la Grande\nEcurie de Louis XIV, où avaient lieu des sortes de concerts. L'instrumentiste\nchargé du rôle de trompette marin tournait de la main gauche les pages à ses\ncollègues voisins, tandis que la droite raclait sans relâche, et rendait un bruit\ncontinuel, sorte de pédale reliant entre elles les sonorités plutôt sèches des in-\nstruments pincés : luths, théorbes, etc.\nL'instrument rendait un son de crécelle douce, causé par la disposition du\nchevalet, dont un pied seulement était fixé à la table, tandis que l'autre, libre,\neffleurait le bois à chaque vibration occasionnée par l'ébranlement de la corde.\nLa trompette marine avait eu cependant son époque de gloire. Selon Bonanni,\ndans son Cabinetto harmonico, elle aurait été employée au XIIIc siècle sur les\nvaisseaux, mais elle avait alors deux et même trois cordes, un manche à six\ntouches séparé du corps de l'instrument; c'était, en somme, une sorte de con-\ntrebasse, ou plutôt de basse de viole à sonorité grinçance.\nElle eut aussi sa vogue en Allemagne, au moyen âge, où elle fut très popu-\nlaire sous le nom de Trommelscheit ou Trompeten-geige ; en Hongrie, elle était\nconnue sous le nom de Tympanischitza ; un auteur allemand, Glettle, composa\nmême trente-six petits morceaux pour deux trompettes marines (!) publiés à\nAugsbourg. Ils font partie d'un recueil intitulé musica genialis latino-germa-\nnica.\nCe pauvre instrument, délaissé, déclassé, eut pourtant de glorieux ancêtres :\nles célèbres gigues, de la grande famille des VIOLES (les prédécesseurs de notre\nquatuor à cordes actuel), au son doux, au corps large ainsi que le manche et la\ntouche, instruments aux variétés infinies, aux formes les plus diverses.\nLa viole fut le seul instrument à archet employé par les anciens maîtres. Elle\nvint d'abord modestement s'ajouter aux instruments à cordes pincées, avec\nlesquels elle forma les véritables orchestres primitifs.\nPeu à peu son rôle devint prépondérant, elle finit par envahir tout. Les violes\nexpulsèrent les premiers occupants, pour être expulsées à leur tour quelques\nsiècles plus tard parles violons, altos et violoncelles, triomphateurs actuels."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "470", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.22", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3624, "texte": "Lorsque les antiques chifonies à roues furent uniformément baptisées\nvielles ou vièles, ce nom finit petit à petit par désigner tous les instruments à\ncordes frottées mécaniquement ou à l'aide d'un archet. Italianisé, comme tout\nce qui touchait à la musique, le mot devint viola, ou viole en français.\nLa famille des VIOLES comporte deux branches principales : i° celle des\nvioles proprement dites, innombrables, de toutes dimensions, depuis la grande\nviole ou contrebasse de viole représentée par Paul Véronèse dans son tableau\ncélèbre, les Noces de Cana, jusqu'à la toute petite pochette que le maître de\ndanse glissait sous son jabot dans une poche de son habit de soie, en passant\npar la viole moyenne que Raphaël met entre les mains d'Apollon dans son\nParnasse ; 2° celle des gigues, représentée aussi par un nombre considérable de\nspécimens différents.\nCes gigues furent principalement employées en Allemagne, elles donnèrent\nleur nom au violon actuel, appelé en allemand : geige.\nAgricola, le savant auteur de la Musica instrumentalis germanica, parue\nà Wittemberg en 1545, en compte quatre espèces, depuis la Bassgeige da brac-\nchio, pareille à un petit violoncelle à manche court, faisant partie du corps de\nl'instrument (ce qui distingue la gigue de la viole), jusqu'à la Discantgeige>\nqui subsista seule quelque temps et finit par se fondre avec le petit rebec en\ndevenant le soprano de violon, appelé aussi sourdine à cause du peu de bruit\nqu elle produisait.\nLa trompette marine est la descendante, la parente pauvre de la gigiae.\nLa viole, jouée aussi en Allemagne, devint l'instrument préféré de l'ltalie et de\nla France ; son existence fut infiniment plus longue ; elle était encore en faveur\nau milieu clu xvme siècle. D'abord très simple de facture, la viole devint bien-\ntôt un objet de luxe. Au fur et à mesure que les exécutants devenaient plus\nhabiles, elle se compliquait, le nombre des cordes augmentait ; on en faisait de\ntoutes manières, avec ou sans échancrures, ornées d'une ou de plusieurs rosaces\nà jour finement sculptées, avec ou sans chevalet ; des touches décoraient les\nmanches, des têtes de femmes ou d'animaux s'ajoutaient aux coquilles ; enfin des\nincrustations et des arabesques d'argent, d'ivoire ou de bois précieux, faisaient de\nla viole une merveille de goût et de luxe. La lutherie s'affina, les artistes en con-\nfection de violes cherchèrent sans trêve les formes compatibles avec la meilleure\nsonorité, de sorte que les violes célèbres de Gaspard da Salo devinrent souvent\nplus tard des violoncelles, employés et très recherchés de nos jours.\nLa virtuosité, en augmentant, exigea aussi une réforme complète dans la po-\nsition employée par les exécutants. La viole se jouait en général sur les genoux,\nl'archet renversé ; beaucoup de saintes Céciles et d'anges de l'école italienne nous\nmontrent encore cette façon incommode d'en jouer, mais avec le temps l'instru-\nment monta vers l'épaule ou se glissa entre les genoux.\nLe nom même donné à 1 instrument indique la position définitivement adoptée :\nviola di gamba, viola da spalla, viola di bracchio ; on retrouve l'exacte reproduc-\ntion de cette dernière dans le manuscrit allemand des Minnesânger. Le vieux\nmanuscrit français les Echecs amoureux nous montre encore des violes jouées\nsur les genoux. De cette nombreuse famille, la dernière disparue fut le pardessus\nde viole, jouée d'après Lavoix jusqu'en 1757 par une célèbre virtuose, Mlle Lévy.\nLes violes di gamba étaient, avant d'être perfectionnées par Gaspard da Salo,\ndes instruments moins complets que leurs sœurs aux voix plus élevées. Les"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "471", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.23", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3273, "texte": "basses étaient très faibles, leur sonorité molle ; on en fit de toute taille, mais\nsans résultat appréciable. Les exécutants étaient du reste d'une faiblesse exces-\nsive, ils ne connaissaient guère que la première position, et le démanché leur était\ninconnu ou représentait une difficulté invincible. J.-S. Bach tenta de remédier à\ncet état de choses en inventant en 1720 la viola pomposa, sorte de grand alto à\ncinq cordes. Il espérait ainsi renforcer les notes élevées de la basse ; mais ce ne\nfut qu'une tentative qui n'eut pas de suite. On essaya aussi de donner plus de\nvigueur au son en ajoutant des cordes extérieures, de façon à former une sorte\nde bourdon à la quarte. Ces cordes extérieures n'étaient, du reste, pas une nou-\nveauté, car on en trouve adaptées au crouth, le vieil ancêtre saxon employé\naux ixe et xe siècles.\nLa lyre doit aussi être comptée dans la famille des violes, quoique n'ayant\navec elles aucun rapport au point de vue de la forme. Il y en avait de\nplusieurs dimensions, depuis la grande lyre italienne à quinze cordes, accordées\nà volonté, jusqu à la petite lira di bracchio.\nLa viole d 1 amour diffère des autres violes par des cordes en boyau ou en métal,\ncordes résonnant sympathiquement, placées en dessous des cordes frottées, en\nmême nombre et accordées à l'unisson.\nL'alto de viole d'amour ou ténor n'avait que sept cordes supérieures et autant\nd'inférieures, mais la basse de viole d'amour possédait un nombre de cordes sup-\nplémentaires variant entre seize et vingt. Cet instrument était la passion du\nprince Esterhazy, qui fît composer à Haydn 163 œuvres pour cet instrument. Sa\nsonorité spéciale le fit souvent employer au théâtre ; Meyerbeer s'en servit dans les\nHuguenots avec le succès que l'on sait. D'autres compositeurs moins célèbres\nécrivirent pour cette basse de viole ou baryton des œuvres considérables : Karl\nFrantz, le virtuose Krumlowski, Anton Lidl, Hoffmann ; Wenzel, organiste à\nAuerbach, composa un concert pour viole d'amour, luths concertants, flûtes\ndouces, deux cors, violon et basse.\nLe rebecchino, petit dessus de viole d'amour, n'eut qu'une existence éphémère.\nLes instruments à cordes actuels ne sont en somme que le perfectionnement\nde ces différentes violes. Il y a loin de la trompette marine, employée à la fin\nde son existence dans quelques couvents de femmes, tombée entre les mains des\nmendiants, et le violoncelle sorti de l'atelier de Stradivarius ! Çe sont les luthiers\nitaliens, toujours à la recherche d'une meilleure sonorité, qui changèrent peu à\npeu la forme primitive du rebec en celle des différents instruments employés\nencore à notre époque. Pendant longtemps on ne sut comment utiliser les nou-\nveaux venus Heur voix était trop puissante pour les oreilles et les habitudes\nmusicales de l'époque, ils ne purent trouver place ni dans la musique dramatique\nni dans les concerts ; jusqu'à la moitié du xvne siècle ils restèrent presque\ninconnus. L'archet subit, de son côté, une transformation complète ; la célèbre\nfamille Tourte fît de ce morceau de bois recourbé, de cette baguette, une œuvre\nd'art, en lui assurant la force et l'élasticité ; enfin Corelli, en associant les deux\nperfections à son génie, commença l'ère triomphale du violon.\n\nPAUL VIARDOT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "472", "page_fin": "473", "image_debut": 24, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.7", "titre_corps": "Informations", "titre_sommaire": "Informations", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "472", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.24", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2992, "texte": "Informations\n\nUn de nos amis qui, au cours d'un voyage en Italie, en avril dernier, a pu\nvoir et entretenir celui qui est aujourd'hui le pape Pie X, nous affirme : « Il est\nvraiment téméraire de prétendre que le pape actuel se soit prononcé entre les\ndeux écoles, ou plutôt les deux éditions de plain-chant qui, pendant quelques\nannées, se sont disputé l'influence sur le monde catholique . celle de Ratisbonne\net celle de Solesmes. La cour romaine est trop prudente, trop souple en pareille\nmatière), et, pour tout dire, trop incompétente en matière d'archéologie musicale,\npour condamner nettement ceci ou cela... et croyez bien qu'elle ne le fera ja-\nmais. La seule chose vraie, c'est que le pape d'aujourd'hui a catégoriquement\nflétri l'esprit mondain dans la musique d'église; ce qu'il a voulu répudier, c'est\nla juxtaposition du profane et du sacré dans la liturgie, c'est l intrusion de compo-\nsiteurs qui ne voient, à l'église, qu'une occasion de briller ou un moyen de par-\nvenir. En cela d'ailleurs, le prélat de Venise se montrait conforme à la vraie\ntradition, l'Eglise n'ayant jamais cessé, depuis Jean XXII, de protester, par la\nvoix de ses princes les plus autorisés, contre l'exploitation de ses cérémonies par\ndes artistes étrangers à son esprit. ))\n\nVALENCE | Espagne]. Au concours international des sociétés musicales\norganisé à Valence, le premier prix, de 8.000 pesetas, a été remporté par le\n2e régiment du Génie, de Montpellier.\n\nMÉDAILLES ET SUBVENTIONS. M. le ministre de l'instruction publique et des\nbeaux-arts a accordé une médaille d'argent (grand module) pour être décernée,\ncomme prix, à l'une des sociétés musicales qui prendront part aux concours or-\nganisés, en 1903, dans les villes suivantes : Melle, Boulogne-sur-Seine, Ville-\nneuve-sur-Yonne, Mantes, Brie Comte-Robert, Vanves, Cette.\nUne subvention de 250 fr. a été accordée, à titre d'encouragement, à la Société\nnationale de musique de la manufacture de Sèvres.\n\nCONSERVATOIRE NATIONAL. Prix Nicodami. Les arrérages du prix\nNicodami, institué au Conservatoire pour récompenser les meilleurs élèves de\ncet établissement, ont été répartis, cette année, par moitié entre MM. Gaubert,\nier prix de contrepoint et fugue, et Mercier, lERIER prix de hautbois.\nPi ix Meunié. Le prix Meunié, consistant en un don d'une harpe neuve\nd'Erard à décerner à la meilleure élève de la classe, a été attribué, cette année,\nà Mlle Pestre, première nommée.\nArmentières. On annonce la prochaine transformation de l'Ecole muni-\ncipale de musique d'Armentières en Ecole nationale.\n\nECOLE DE MUSIQUE CLASSIQUE. Une 1/2 bourse à l'Ecole Niedermeyer\n(Boulogne-sur-Seine) a été accordée par le ministre de l'instruction publique et\ndes beaux-arts au jeune Quignard (René), fils d'un professeur de musique au\ncollège de Nogent-le-Rotrou.\nDroits d'auteurs. A la suite de leur récent vovage en Russie, MM. Capus et\nMarcel Prévost ont publié un intéressant rapport sur la protection des œuvres\nfrançaises dans cet Etat."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "473", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1540, "texte": "Le Domino noir, que M. 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Les deux principales (( époques ))\ndans l'histoire du violon sont, dans ce siècle :\ni° Le 3e recueil de Marini (Airs, Madrigaux et Danses) paru à Venise en 15 20.\nEn voici le titre exact:\n(( Ane, Madrigali et Correnti ai. 2. y. di Biagio Marini, maestro di Capella in\nSanta Eufemia & Capo delta Musica de gli Signori Academia Erranti in Brescia.\nOpéra terza, dedicata al molto Illustre et eccellm 0 Signor Ludovico Baitello. Stampa\ndel Gardano in Venezia. MDCXX. Apresso Bartolomeo Magni. ))\nCe recueil se compose de 17 chants et de 6 pièces de musique instrumentale\n(danses). Pour les 5 premières de ces pièces, aucun instrument n'est spécialement\nindiqué; mais la dernière a le titre suivant, qui, pour la première fois, indique\nune œuvre écrite pour violon seul :\n(( Romanesca PER VIOLINO SOLO e Basso se Piace : Al Signor Gian Battista Magni\nO C>\nGiouanetto di molto aspettazione nel Violino. ))\nCette danse se compose de quatre fragments, dont chacun se divise en deux\nparties de 6 et 5 mesures. La partie de violon est très mélodique ; la basse est\nécrite en contrepoint très simple. (La (( romanesca », appelée aussi en Italie\nSaltallero, est une danse rapide et sautée, analogue à la « gaillarde » française.)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "474", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "20 Le 5e recueil de Bassani, publié à Bologne en 1683, En voici le titre\nexact :\n(f Sinfome a due o tre instrumente, con il Basso continuo per borgano, consacrate\nail'lllustrissimo et excellentissimo Signore Co. Alessandro Sanvitali, Conte di Fon-\nmarchese di Bel for te, do Gio. Battista Bassani, Academico Filarmo-\nnico, opéra quinta. In Bologna, per Giacomo Monti. i 683. ))\nLes 12 pièces de ce recueil sont des sonates d'église (comme le prouve la\npartie d'orgue).\nL'originalité importante de ce recueil, c'est qu'on y trouve le premier exemple\nde travail thématique, c'est-à-dire que, pour la première fois, on voit l'auteur\ndécomposer un thème en un certain nombre de parties qu'il modifie par augmen-\ntation ou diminution de valeur et qui lui servent de base pour construire le\nmorceau.\nLe premier facteurde violons connu est Gaspard Duiffoprucgar, qui vivait à\nBologne au commencement du xvie siècle. On a trois violons de lui, 'propriété\nde M. Niederheitmann à Aix-la-Chapelle , qui sont datés de 1511, 1517 et 1519.\nDuiffoprucgar fut appelé à Paris par François lerIer et vécut ensuite à Lyon. Pierre\nWoeïriot, le célèbre graveur lorrain, nous a laissé un très beau portrait de lui,\nentouré de curieux instruments. Le musée du Conservatoire de Bruxelles pos-\nsède une très belle et très précieuse basse de viole de Duiffoprucgar, avec, au\ndos, le plan de Paris au xvi\" siècle en marqueterie.\nAux premières sonates pour piano sont indissolublement attachés les noms de\nJohann Kuhnau et deDom. Scarlatti.\nJ. Kuhnau, né en Saxe le 6 avril 1660, fut le prédécesseur de J.-S. Bach,\ncomme cantor de l'église Saint-Thomas, à Leipzig. Il a écrit pour le piano, entre\nautres compositions, Sept Sonates (1696) et les Histoires bibliques (1700), aux-\nquelles la Revue musicale a consacré une étude dans son numéro de février 1902.\nLes œuvres de ce compositeur, dont l'importance est capitale pour l'histoire de\nla musique de piano, ont été publiées par M. Karl Pasler dans les Monuments de\nla musique allemande, publication monumentale d'une haute valeur critique\n(4e vol.).\nDominique Scarlatti, fils d'Alexandre Scarlatti, le célèbre fondateur de\nl'Ecole napolitaine, est né à Naples en 1685, la même année que Bach. Rival\nde Hàndel comme claveciniste et organiste, il a publié un très grand nombre\ndécompositions, parmi lesquelles on peut citer : 60 sonates pour piano éditées\nchez Breitkopf, à Leipzig, et dont Clara Schumann a édité 20 numéros choisis);\nle recueil de Czerny (200 morceaux). 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Observations sur la communication de M. Houdard 113\nG. HOUDARD. La notation neumatique considérée dans son sens matériel extérieur. . 116\nMGR B. GRASSI LANDI. Observations relatives à l'interprétation des notes neumatiques\ndu chant grégorien 124\nDOM HUGUES GAISSER L'origine du « Tonus peregrinus » . 127\nLIBORIO SACCHETTI. Léchant religieux de l'Église orthodoxe russe 133\nB. MUSIQUE PROFANE\nP. AUBRY. La légende dorée du jongleur 155\nMICHEL BRENET. Un poète musicien du xve siècle : Eloy d'Amerval 165"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "476", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "IV\nMUSIQUE MODERNE\nJ. TIERSOT. Des transformations de la tonalité et du rôle du dièse et du bémol depuis le\nmoyen âge jusqu'au xvir siècle ( Résumé) 175\nDre O. CHILESOTTÏ. Musiciens français : Jean-Baptiste Besard et les luthistes du xvie siè-\ncle 179\nROMAIN ROLLAND. 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La nomenclature des sons. . 276\nEDOUARD GARIEL. De la nécessité de méthodiser l'enseignement de la musique en lui ap-\npliquant une base scientifique 281\nMILE H ORTENSE PARENT. De l'enseignement élémentaire du piano en France au point de\nvue çle la vulgarisation de la musique 289\nLIONEL DAURIAC. La Pensée musicale 296\nJULES COMBARIEU. Le vandalisme musical. 29$\nConcert historique donné à l'occasion du Congrès de musique le samedi 28 juillet 1900 en\nl'hôtel de S.A. le prince Roland Bonaparte. . 306\nCollection d'autographes musicaux. . 309\nVœux du Congrès 311\nListe et adresses des Membres du Congrès 3 13\n(Nombreuses planches de musique ancienne et moderne dans le texte.)\nPrix de l'ouvrage, port compris : iofr. 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Pour les 5 premières de ces pièces, aucun instrument n'est spécialement\nindiqué; mais la dernière a le titre suivant, qui, pour la première fois, indique\nune œuvre écrite pour violon seul :\n(( Romanesca PER VIOLINO SOLO e Basso se Piace : Al Signor Gian Battista Magni\nO C>\nGiouanetto di molto aspettazione nel Violino. ))\nCette danse se compose de quatre fragments, dont chacun se divise en deux\nparties de 6 et 5 mesures. La partie de violon est très mélodique ; la basse est\nécrite en contrepoint très simple. (La (( romanesca », appelée aussi en Italie\nSaltallero, est une danse rapide et sautée, analogue à la « gaillarde » française.)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "474", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "20 Le 5e recueil de Bassani, publié à Bologne en 1683, En voici le titre\nexact :\n(f Sinfome a due o tre instrumente, con il Basso continuo per borgano, consacrate\nail'lllustrissimo et excellentissimo Signore Co. Alessandro Sanvitali, Conte di Fon-\nmarchese di Bel for te, do Gio. Battista Bassani, Academico Filarmo-\nnico, opéra quinta. In Bologna, per Giacomo Monti. i 683. ))\nLes 12 pièces de ce recueil sont des sonates d'église (comme le prouve la\npartie d'orgue).\nL'originalité importante de ce recueil, c'est qu'on y trouve le premier exemple\nde travail thématique, c'est-à-dire que, pour la première fois, on voit l'auteur\ndécomposer un thème en un certain nombre de parties qu'il modifie par augmen-\ntation ou diminution de valeur et qui lui servent de base pour construire le\nmorceau.\nLe premier facteurde violons connu est Gaspard Duiffoprucgar, qui vivait à\nBologne au commencement du xvie siècle. On a trois violons de lui, 'propriété\nde M. Niederheitmann à Aix-la-Chapelle , qui sont datés de 1511, 1517 et 1519.\nDuiffoprucgar fut appelé à Paris par François lerIer et vécut ensuite à Lyon. Pierre\nWoeïriot, le célèbre graveur lorrain, nous a laissé un très beau portrait de lui,\nentouré de curieux instruments. 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Cepen-\ndant je ne résiste pas à t'en parler : c'est à savoir si tu voudrais bien jouer avec\nmoi l'adagio et le final de la symphonie en la de Beethoven, chez Erard, le\nsamedi soir, ier mars.\nC'est cet arrangement à 8 m. que nous avons dit il y a 5 ou 6 ans chez papa [?1,\net je proposerais cette année les deux autres parties à Pixis et à Zimmerman,\nsi tu y consentais. Si tu n'y consens pas, je ne veux pas même que tu me passes\ndes excuses, la première fois que j'irai te voir, car c'est sur un morceau de papier\nque tu mettras oui ou non à mon adresse.\nD'ici là, comme après, toujours le même.\nC -V. 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M. Stockhausen a rappelé à Chopin que lui (App.)\ndésirerait savoir qui Chopin lui recommande comme maître de musique ; Cho-\npin a indiqué Reber. Il le prie donc de lui donner son adresse, ainsi que le prix\nde ses leçons.\n(Date : (( Jeudi, le 27 octobre », donc 1836; adr. Ch.-d'Ant.)\nLe COMTE RODOLPHE APPONY (1 ) écrit que la princesse Grassalkowich, née\nEsterhazy, désire faire la connaissance de Mme Dudevant (G. Sand) ; il prie donc\nChopin de leur faciliter une rencontre. (Adr. rue de Provence, n° 57 ?)\nTHÉRÈSE APPONY-NOGAROLA recommande à Chopin une jeune pianiste de\nVienne, très douée, M1Ie Millier, qui est venue à Paris dans l'unique but d'enten-\ndre Chopin et de devenir son élève. Elle prie Chopin de lui indiquer l'heure où\nMlle Muller pourrait se présenter. (Adr. Ch.-d'Ant )\nEMM[ÀNUEL] ARAGO envoie à Chopin un autographe de son père."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c027", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "477", "page_fin": "478", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.2", "titre_corps": "ARTOT", "titre_sommaire": "ARTOT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "477", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.29", "debut_caractere": 1776, "fin_caractere_exclue": 1781, "texte": "ARTOT"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c028", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "477", "page_fin": "478", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.2.1", "titre_corps": "Monsieur, Monsieur Chopin,", "titre_sommaire": "Monsieur, Monsieur Chopin,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "477", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.29", "debut_caractere": 1783, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "Monsieur, Monsieur Chopin,\n5, rue Tronchet, près la Madeleine,\nParis.\nMON CHER CHOPIN,\nSavez-vous que vous me donnez de la jalousie en diable? Partout où on arrive,\ntout ce qui porte nom de femme vous parle de Chopin: Connaissez-vous Cho-\n(1) Le comte Appony était ambassadeur d'Autriche à Paris."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "478", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.30", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 812, "texte": "pin? Dieu! que je voudrais faire la connaissance de Chopin ! C'est encore l'at-\ntrait de votre nom pyramidal qui me fait vous écrire ces quelques lignes.\nMlle Kologrivoff va à Paris pour entendre de la bonne musique et faire quel-\nques études ; bonne musicienne elle-même et ayant un fort joli talent, elle sera à\nmême de pouvoir vous apprécier et profiter de vos excellents conseils. Veuillez\ndonc être assez bon pour l'aider un peu de votre influence, et l'accueillir comme\nvous savez le faire. Je n'ai pas besoin de vous dire que c'est à charge de revan-\nche ; mais en attendant que vous m'en donniez l'occasion, je vous prie d'en rece-\nvoir mes sincères remercîments, ainsi que l'assurance de tous mes sentiments les\nplus dévoués et bien affectueux.\nJ ARTOT.\nMoscou 10 mai, 1841."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c029", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "478", "page_fin": "478", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.2.2", "titre_corps": "MME BARTHÉLÉMY, NÉE NOURRIT, prie Chopin de lui accorder un don pour les", "titre_sommaire": "MME BARTHÉLÉMY, NÉE NOURRIT, prie Chopin de lui accorder un don pour les", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "478", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.30", "debut_caractere": 814, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": "MME BARTHÉLÉMY, NÉE NOURRIT, prie Chopin de lui accorder un don pour les\npauvres de la paroisse de Saint-Séverin.\nLe GÉNÉRAL J BEM (clans une lettre du 14 111 1835, écrite en polonais)\napprend à Chopin qu'un grand nombre de Polonais veulent créer une Société\npolytechnique, dont le but sera de faciliter aux travailleurs l'entrée des établisse-\nments spéciaux, d'aider à l'écoulement des objets travaillés, de trouver des com-\nmandes pour l'ouvrage, de chercher des places à ceux qui peuvent donner des\nleçons, enfin de placer les artisans dans les fabriques. Il prie Chopin d'assister\nà l'assemblée, et dans ce cas de faire partie de la Société.\nUne seconde lettre, écrite sur formulaire imprimé : (( Société polytechnique\npolonaise )) (Paris, 5 XII 1835), et commençant par ces mots : (( Cher Chopi.\nnet )), contient la prière d'envoyer le dû des 14 billets envoyés, ainsi que des\n6 nouveaux (?), car la Société a besoin d argent.\nDans une troisième lettre (dat. 6 VII 1536), commençant aussi par les mots:\n(( Cher Chopinet », le général Bem écrit que, comme Chopin n'a pas voulu ap-\npartenir à (( la grande association )), il lui demande d entrer dans la (( petite )) (?),\net le prie de s'inscrire sur la liste qu il joint à sa lettre, ajoutant que Chopin,\n(( étant un des plus riches Polonais )), doit y contribuer pour une somme plus\ngrande que celle de tous les autres. La lettre se termine par ces mots : « Il ne\nvous convient pas de donner moins de 200 francs, mais vous pouvez en donner\ndavantage. 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BERLIOZ.\nP. S. Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de Mme Sand et mettez à ses\npieds mes plus violentes admirations. 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BERLIOZ ».\nBon pour deux personnes.\n* Marche funèbre, Hymne d'adieu, Apothéose."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c037", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "480", "page_fin": "480", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.3.4", "titre_corps": "LETTRE IV", "titre_sommaire": "LETTRE IV", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "480", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.32", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "LETTRE IV"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c038", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "480", "page_fin": "480", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.3.4.1", "titre_corps": "Mon cher Chopinetto, nous projetons de faire une excursion hors la ville, à", "titre_sommaire": "Mon cher Chopinetto, nous projetons de faire une excursion hors la ville, à", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "480", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.32", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 256, "texte": "Mon cher Chopinetto, nous projetons de faire une excursion hors la ville, à\nMontmartre, rue Saint-Denis, n° 10 ; j'ai l'espoir que Miller, Liszt et Devigny\nseront accompagnés de Chopin.\nEnorme bêtise.\nTant pis.\nH. 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Il porte lui-même ce billet\nà Chopin, au cas où il ne le trouverait pas II demande de lui indiquer les heures\nde leçons.\nD. PRINCESSE DE CHARTELLEUX remercie pour les leçons données à sa fille\n(Adr. : r. d. Montb.)\nCÉCILE T. CHÉRUBINI (veuve du célèbre compositeur) se rappelle au souvenir\nde Chopin et lui parle d'une certaine pianiste qui doit jouer, au concours du\nConservatoire, une composition de Chopin ; elle désire ses conseils pour la jeune\nfille. (28 VI 1847.)\nMME R. CHEVALLIER demande quand elle pourra trouver Chopin chez lui, afin\nd'apprendre s'il consent à accepter sa fille comme élève.\nEDMOND CHOJECKI écrit en vers (Adr. rue Saint-Lazare, cité d'Orléans, n° 9)\npour une invitation à dîner.\nMME CAMILLE DE COURBONNE prie Chopin, en l'appelant (( charmant sylphe )),\nde lui apprendre ce qui concerne sa santé, car elle a entendu dire qu'il est souf-\nfrant. (Adr. C. d'Orl )\nDans une seconde lettre, elle parle d'un jeune Allemand de Stuttgart qui, ébloui\npar le jeu de Chopin, rêve de devenir son élève.\nDans une troisième (dat. 7 II 1846), elle remercie Chopin d avoir pensé à\nelle et lui exprime toute son admiration.\nLa PRINCESSE DE CRAON envoie un billet pour un concert de musique reli-\ngieuse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c040", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "481", "page_fin": "482", "image_debut": 33, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.4", "titre_corps": "AD. CRÉMIEUX (avocat aux Conseils du Roi et à la Cour de cassation).", "titre_sommaire": "AD. 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Pardon, mon cher Monsieur, soyez assez bon pour lire\njeudi au lieu de mardi dans le billet de ma femme ; je vous prie en grâce de ne\npas être pris ailleurs pour ce nouveau jour. Nous comptons sur vous et nous fai-\nsons une grande joie de vous recevoir.\nVous connaissez toute mon estime et tout mon dévouement ; recevez-en la bien\nsincère expression.\nAD. 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Mon bon ami Liszt se charge de vous remet-\ntre ce billet ; il me promet en votre nom que vous viendrez avec lui. J'espère bien\nque ma femme et moi nous ne serons pas privés d'un plaisir qui nous est une\nfête.\nVotre dévoué serviteur,\nAD. 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A 6 heures j'espère vous voir.\nA. 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Voilà tout ce que je voulais vous dire\navec mille amitiés.\nA. 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J ai d'ailleurs mille choses à vous dire de Londres, qui, je crois, vous\nseront agréables. Nous sommes presque seuls et vous auriez pleine liberté. Vous\nsavez d'ailleurs le plaisir que j'ai toujours à vous voir ; Ignace se joint à moi\npour vous déterminer, et je vous renouvelle l'assurance d'une discrétion à toute\népreuve, car je veux avant tout que vous vous trouviez bien chez moi.\nRecevez, Monsieur, l'assurance de mes bien sincères sentiments.\nA. 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Vous savez que vous êtes le seul qui\npuissiez venir au hasard ici, étant sûr d'y faire toujours plaisir ; une fois pour\ntoutes, ne demandez donc jamais si vous pouvez venir et arrivez quand bon\nvous semble. Si vous venez mercredi, vous devriez rester quelques jours, sinon\nquelques heures, enfin, ce que vous voudrez ; mais venez. Vous m'avez fait faire\nune scène ?] de mon livre, venez pour me tirer d'une ornière où je suis tombé et\nd'où je ne puis sortir sans vos inspirations. Jouez-nous ce que vous avez fait de\nnouveau et improvisez-nous ce que vous ferez. Mais surtout ne vous croyez\nobligé à rien, qu'à m'aimer, mais c'est justement là le difficile!!!.. Il m'est si\nfacile d'aimer, moi, que le bon Dieu aurait dû joindre à cette faculté malheureuse\ncelle de me faire aimer ; mais c'est précisément le contraire qui arrive ; ce qui fait\ndire à Mme Gay, que l'amour est une lèpre et que malheureusement celle-là ne se\ngagne pas.\nNous avons vu Mme de Girardin, qui est d'une tristesse à fendre le cœur.\nElle part pour le Berry : et vous? Mystérieux génie que vous êtes, pourquoi me\ntraitez-vous comme le monde à qui vous ne dites rien ?\nJ ai reçu hier une lettre charmante de Jules Janin. Il est au moins bon enfant,\ncelui-là. C'est que son génie est une immense dose d'esprit, et que l'esprit natu-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "484", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.36", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 757, "texte": "rel est toujours bon homme. Voilà pourquoi vous l'êtes quand on vous tient. Je\nsuis sûr qu'à l'heure qu'il est vous êtes très bon homme quelque part ; pourquoi\nn'est-ce pas ici ? A mercredi, j'espère ;je ne crois pas que Mme Pleyel soit libre ce\njour-là ; vous devriez lui donner rendez-vous ici pour dimanche et venir passer\nles fêtes de juillet ici ; Paris ne sera pas tenable pendant ce temps-là.\nAmitié.\nA. DE C.\nSaint-Gratien, ce dimanche.\nSavez-vous qu'il y a pour Saint-Gratien même deux voitures par jour? L'une\npart à 10 heures du matin, l'autre à quatre heures du soir, rue du 8.-G. Saint-\nDenis, n° 25. Je vous indique ce moyen parce qu'une fois ici, je vous ferais man-\nquer l'heure et vous seriez obligé de coucher."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c053", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "484", "page_fin": "484", "image_debut": 36, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.6", "titre_corps": "LETTRE V", "titre_sommaire": "LETTRE V", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "484", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.36", "debut_caractere": 759, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "LETTRE V"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c054", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "484", "page_fin": "484", "image_debut": 36, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.6.1", "titre_corps": "Quoi. le sylphe du piano doit se faire entendre, et j'en suis averti par le", "titre_sommaire": "Quoi. le sylphe du piano doit se faire entendre, et j'en suis averti par le", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "484", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.36", "debut_caractere": 769, "fin_caractere_exclue": 1157, "texte": "Quoi. le sylphe du piano doit se faire entendre, et j'en suis averti par le pu-\nblic ? 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Je vous ai retrouvé tout entier, et encore perfec-\ntionné, agrandi ; le temps, aidé de l'influence du génie, a fait de vous tout ce que\nvous pouvez être ; cette maturité dans la jeunesse est sublime : c'est 1 art dans sa\nperfection : peut-être l'effet surprenant que vous avez produit sur moi tient-il\nà votre longue absence..• je ne vous avais pas oublié; pourtant je vous retrouve\navec une sorte d'étonnement que je me reproche : j'aurais donc été ingrat dans\nmon souvenir. . Cependant je me croyais une qualité, et c'est vous surtout qui\nl'avez développée en moi : c'est la reconnaissance que m'inspirent les jouissances\nde l'art. Quand, une fois dans sa vie, un homme de génie m'a fait tout le plaisir\nque produit une oeuvre parfaite dans quelque genre que ce soit, devînt-il man-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "485", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.37", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "chot, bègue, imbécile, j'éprouverais le çnême plaisir chaque fois que je penserais\nà lui Jugez, d'après cela, quelle est ma gratitude envers vous!\nJe n'ai pas un mot à joindre au secret que je vous confie ; j'avais le cœur plein,\nil fallait parler, malgré Je dégoût que vous m'inspirez pour la parole qui...\nhélas !... est mon instrument à moi. N'avez-vous pas été quelquefois tenté de\nbriser vos pianos ? C'est ce que j'éprouve quand vous me donnez l'envie de\nme couper la langue et de jeter ma plume au feu.\nMille amitiés! A jeudi.\nA. 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Au premier moment de liberté, j'irai vous voir et vous proposer-\nun projet que j'ai formé pour le temps que vous viendrez, j'espère, passer à Saint-\nGratien. Nous voulons employer quelques-uns des jours que vous nous donnerez\nà parcourir les environs de Paris, pour voir Ermenonville, Mortefontaine, Chan-\ntilly, et nous pensons que cette course vous sera salutaire, autant qu'elle nous\nserait agréable à faire avec vous. Je désire que le projet vous plaise autant qu'à\nmoi, et en attendant le beau temps, agréez de nouveaux remerciements pour le\nplaisir que vous m'avez fait, ainsi que l'assurance de ma considération la plus\ndistinguée.\nA. DE CUSTINE.\nCe 18 mars. Rue de La Rochefoucauli, n°-6."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c059", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "485", "page_fin": "485", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.9", "titre_corps": "LETTRE VIII", "titre_sommaire": "LETTRE VIII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "485", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.37", "debut_caractere": 1485, "fin_caractere_exclue": 1496, "texte": "LETTRE VIII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c060", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "485", "page_fin": "485", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.9.1", "titre_corps": "Vous avez gagné en souffrance, en poésie; la mélancolie de vos compositions", "titre_sommaire": "Vous avez gagné en souffrance, en poésie; la mélancolie de vos compositions", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "485", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.37", "debut_caractere": 1498, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "Vous avez gagné en souffrance, en poésie; la mélancolie de vos compositions\npénètre plus avant dans les cœurs : on est seul avec vous-même au milieu de la\nfoule ; ce n'est pas un piano, c'est une âme, et quelle âme ! Conservez-vous pour\nvos amis : c'est une consolation que de pouvoir vous entendre quelquefois ; dans\nles rudes jours qui nous menacent, l'art comme vous le sentez pourra seul réunir\nles hommes divisés par le positif de la vie ; on s'aime, on s'entend dans Chopin.\nVous avez fait du public un cercle d'amis : enfin vous êtes égal à vous-même;\nc'est tout dire, Pensez à moi : je ne puis penser qu'à vous.\nToujours le même.\nA. 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Ce désappointement ne la décourage pas, elle vous demande in-\nstamment de ne pas l'abandonner à son vague instinct musical ; d'autant, et c'est\nmoi qui ajoute ceci, qu'elle a déjà un joli talent : vous serez content d'une telle\nécolière ; quant à moi, je me trouverais bien heureux d'avoir quelque chose à lui\nenseigner. L'heureux homme que vous êtes !...\nMerci de votre bonne et aimable et rare visite d'hier ; j'ai besoin que mes amis\npensent à moi, car en voici un bien ancien à l'agonie.\nA. DE CUSTINE.\nLiszt veut donner des leçons à Mme de Contades, et elle veut en prendre de\nvous : ceci ressemble tout à fait aux amours croisés du Pastor Fido."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c063", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "486", "page_fin": "487", "image_debut": 38, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.11", "titre_corps": "LETTRE X", "titre_sommaire": "LETTRE X", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "486", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.38", "debut_caractere": 884, "fin_caractere_exclue": 892, "texte": "LETTRE X"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c064", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c064", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "486", "page_fin": "487", "image_debut": 38, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.11.1", "titre_corps": "MON CHER CHOPIN,", "titre_sommaire": "MON CHER CHOPIN,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "486", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.38", "debut_caractere": 894, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "MON CHER CHOPIN,\nYrous m'avez rendu le souvenir de mes plus beaux jours de Saint-Gratien et de\nParis ; je vous ai retrouvé et avec vous le piano sans ses inconvénients, sans\nnotes pour des notes, avec des pensées que vous exprimez malgré l'instrument,\ncar ce n'est pas du piano que vous jouez, c'est de l'âme. Vous m'avez ravi comme\ndans notre meilleur temps. Je voudrais être mourant ; vous me ressusciteriez ;\ncar alors vous viendriez, j'ai encore cette confiance !... .\nParlez-moi des amis comme vous ! on n'a pas de peine à les servir et leur\nsuccès va tout seul : on envoie un article pour eux à un journal qui vous\nfait dire : c'est vous; mais nous avons mieux; on dit à toutes ses connais-\nsances : allez au concert de Chopin ; et chacun vous répond : nous avons des bil-\nlets depuis huit jours et nous en demandons en vain pour des amis ; on n'en\ndonne plus !...\nLa Pologne n'est malheureuse qu'en masse, chacun de ses enfants a une étoile\nparticulière qui le dédommage des malheurs publics.\nJe pars pour bien longtemps, et pour aller bien loin, et je ne me consolerais\npasde cette nouvelle absence, si j'avais souvent l'espoir de vous entendre comme\nce soir. Vous avez attiré par le charme de votre élégance tout ce qu'il y avait\nd'amateurs vrais et d'élégants à Paris : la composition de l'auditoire était mer-\nveilleuse ; mais moi, quand je vous écoute, je me crois toujours seul avec vous,\net peut-être avec mieux que vous encore! ou du moins avec ce qu'il y a de mieux\nen vous."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "487", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.39", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 432, "texte": "Pardon de tout ce bavardage ; mais ce sont des choses que je voulais vous dire,\net en face je n'oserais pas.\nVous savez que vous faites de moi tout ce que vous voulez, mais vous ne vou-\nliez pas croire que vous aviez le même pouvoir sur beaucoup de monde ; je suis\nfâché pour moi et bien aise pour vous de voir à quel point vous étiez injuste pour\nle public.\nA. DE CUSTINE.\nCe mardi matin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c065", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "487", "page_fin": "487", "image_debut": 39, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.12", "titre_corps": "LETTRE XI", "titre_sommaire": "LETTRE XI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "487", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.39", "debut_caractere": 434, "fin_caractere_exclue": 443, "texte": "LETTRE XI"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c066", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "487", "page_fin": "487", "image_debut": 39, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.12.1", "titre_corps": "MONSIEUR,", "titre_sommaire": "MONSIEUR,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "487", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.39", "debut_caractere": 445, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "MONSIEUR,\nMonsieur Chopin,\nRue Tronchet, n° 5 ou 7.\nVous pensez, j'espère, cher Chopinet, que votre nom m'a donné bien des\nregrets hier chez moi! C'est un guignon, mais au premier jour de liberté réci-\nproque, je vous demanderai de vous souvenir de votre promesse qui fait le\nbonheur démon avenir, au milieu de ce gouffre de soucis qu on appelle ici des\nplaisirs.\nJe vous réunirai, j'espère, à quelques amis, cinq ou six personnes, dont la\nprésence vous empêchera de regretter votre bonne volonté pour moi. Vous voyez\ncomme je deviens modeste : c'est un peu votre faute. A bientôt, j'espère, et\nl'amitié reste ce qu'elle était, malgré vos absences volontaires et autres.\nA. DE CUSTINE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c067", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "487", "page_fin": "488", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.13", "titre_corps": "LETTRE XII", "titre_sommaire": "LETTRE XII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "487", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.39", "debut_caractere": 1132, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "LETTRE XII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c068", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "487", "page_fin": "488", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.13.1", "titre_corps": "MONSIEUR,", "titre_sommaire": "MONSIEUR,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "487", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.39", "debut_caractere": 1144, "fin_caractere_exclue": 1770, "texte": "MONSIEUR,\nMonsieur Chopin,\nRue Tronchet, n° 5 ou 7.\nCHER CHOPINET,\nJ'arrive du bout du monde, et vous de plus loin encore, car on voyage plus\npar le cœur et par l'imagination que par la poste. Pour l'honneur de la Pologne,\nj'espère vous retrouver le même ; vous êtes incapable de confirmer les calomnies\nde ces ennemis qui disent qu'avec les hommes de ce pays-là les absents ont tou-\njours tort. Je viens vous mettre à l'épreuve en vous envoyant par Ignace un billet\nd'Opéra italien ; quoique je reste à la campagne pour me reposer de mes courses\nen Sibérie, j'irai demain dans ma loge avec l'espoir de vous y voir, et de vous"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "488", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.40", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 738, "texte": "accabler de la constance bien connue des sentiments français. Ignace vous dira\nque vous êtes obligé de m'adorer, et de me protéger : il vous dira pourquoi vous\navez cette charge. Cependant je renoncerai même à ce que je désire le plus, c'est-\nà-dire à vous faire plaisir, si vous prenez cela pour une peine. Enfin, jamais\namitié ne fut plus fidèle et moins confiante que la mienne Vous sauverez toutes\nces dissonnances avec votre talent ordinaire, si vous voulez vous souvenir de moi,\nsans me confondre avec le flot d'importuns qui vous obsèdent sans doute, puis-\nque vous êtes déjà depuis longtemps à Paris sans même vous être informé de\nvos meilleurs amis.\nA. 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Aussitôt que je les ai aperçus, j'ai pensé à vous. Je\nvous les envoie avec les vœux d'un cœur vraiment ami Comme je pressens l'âge\ndu rabâchage, je m'attache plus que jamais aux vieilles coutumes, et en com-\nmençant l'année, je me rapproche de ce que j'aime.\nJe ne voudrais pas mêler un reproche au témoignage de mon attachement : je\nsais la brièveté des jours à Paris, même quand ils prennent sur les nuits, mais je\nsais aussi la brièveté de la vie, et il est dur de reconnaître tous les jours davan-\ntage le vide et le faux des paroles, quand on sait où est la source de la poésie,\nc'est-à-dire du vrai, quand on se dit qu'elle est là tout près et plus abondante que\njamais, et qu'on n'y peut puiser ! Quelque absorbé qu'on soit par un sentiment\ndominant, quelque émietté que soit le temps des gens à la mode, on trouve tou-\njours une heure, une matinée, une soirée, une inspiration pour un vieil ami,\nd'autant moins exigeant que peu de souvenirs suffisent à nourrir son imagination\npour une année.\nJe confie ces réflexions à votre cœur, si tant est qu'un poète ait du cœur\nhors de l'amour passionné, et de l'inspiration.\nMoi qui me suis cru un peu poète quelquefois, je commence à douter de tout,\ndepuis que je reconnais l'inutilité des attachements désintéressés. Voilà ce que\nje voulais éviter : voilà des reproches : c'est que je suis insatiable de ce qui me\nplaît et me touche, et que vous me mettez à une diète par trop sévère : quand on\nest ce que vous êtes, on se doit un peu à qui vous apprécie et vous comprend.\nAdieu, mauvaise année 1839 ! et vous, sylphe inconstant, promettez m'en une\nmeilleure ! Voilà tout ce que je me souhaite à moi même : quant à ce que je puis\nsouhaiter pour vous, il ne dépend pas de moi de vous le donner; mais à force\nde vertus, je me réjouis du fond du cœur en pensant que vous l'avez trouvé, et\nje m'en réjouirais moins tristement si, malgré tout votre bonheur, vous me\ncomptiez encore pour quelque chose.\nAdieu, Polonniaiseur.\nA. 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C'est un devoir que\nde vivre, quand on a une source de vie et de poésie, comme vous l'avez ; ne per-\ndez pas ce trésor et ne traitez pas légèrement le bon Dieu en faisant fi de ses dons\nles plus précieux. Voilà le crime irrémissible, car Dieu lui-même ne vous rendra\npas le passé perdu volontairement par vous.\nPour le conserver ce passé si plein d'avenir, vous n'avez qu'un parti à pren-\ndre : vous laisser traiter comme un enfant et comme un malade ! Vous persuader\nque vous n'avez qu'une affaire : votre santé : le reste reviendra de soi-même. J'ai\nassez d'amitié pour vous pour que vous me permettiez d'aller au fond des choses.\nEst-ce l'argent qui vous retient à Paris ? Si c'est cela, je puis vous en prêter,\nvous me le rendrez plus tard, mais vous vous reposerez trois mois !!! Si 1 amour\nvous manque, laissez au moins faire l'amitié ; vivez pour vous, pour nous ; il\nsera temps alors de vous enrichir. Trois mois de repos et de traitement raisonné,\nsuivi, suffiront pour arrêter le mal ; mais il faut cela! L'inquiétude de 1 esprit\nvous poursuivra dans la solitude : c'est vrai; mais le repos du corps finira par\ngagner Pâme, et les ailes du talent vous emporteront dans un monde qui console\nde celui-ci. Ne restez pas dans la routine de vos journées de Paris : vous avez\nchez moi une occasion difficile à retrouver : un mois cle campagne et de bon\nrégime, puis le voyage jusqu'aux bords du Rhin. Ignace doit aller jusqu à Stras-\nbourg avec mes chevaux ; si cette manière de voyager vous est trop lente, nous\nen trouverons une autre; mais une fois sur le Rhin, vous êtes à Ems, et de là\nvous êtes partout, car Ems, bien pris et bien appliqué, c'est la santé! ..\nJe vous ai déjà dit tout cela : mais mon amitié m'a paru m'obliger à vous le\nrépéter. Ne me répondez pas, si ce n'est en venant vous établir mardi ou mer-\ncredi de l'autre semaine à Saint-Gratien, où vous serez aussi libre que moi et\nplus, puisque vous n'aurez pas même à remplir les petits devoirs du maître de la\nmaison. Voici la dernière fois que je vous importune, mais cette importunité n'a\npas besoin d'excuse, n'est-ce pas ? Mme Merlin est revenue pour vous entendre;\nmais elle a compris et regretté la cause de votre départ.\nA. DE CuSTINE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c073", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c073", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "491", "page_fin": "492", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.5.15.2", "titre_corps": "LE PRINCE CZARTORYSKI invite à venir prendre le thé. (Ecrit en polonais. Adr.", "titre_sommaire": "LE PRINCE CZARTORYSKI invite à venir prendre le thé. (Ecrit en polonais. 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(Il est difficile de comprendre ici\nde quoi il est question.)\nEnsuite voici un formulaire imprimé :\n« Le Prince et la Princesse Czartoryski ont l'honneur d'inviter M. Frédéric\nChopin à venir chez eux,\naux soirées,\nles samedis,\nà 9 heures.\nLe 8 décembre 1846.\nParis, 2, rue Saint-Louis-en-l'lsle.\nHôtel Lambert. (Adr. C. d'Orl.) »\nDANTAN écrit dans une lettre du 3 II 1842, que, pour éviter la fatigue à Chopin,\nil envoie chercher par sa servante les 200 fr. que M. Quesnel a donnés pour la\nfonte en bronze des deux bustes de Chopin.\nDans une seconde lettre du 8 111 1848, il envoie le compte, s'élevant à 110 fr.,\nd un buste en bronze et de deux en plâtre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c074", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c074", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "492", "page_fin": "496", "image_debut": 44, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6", "titre_corps": "E. DELACROIX", "titre_sommaire": "E. 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Ma fièvre m'a quitté, mais j'ai été repris de malaises pour\nêtre sorti et mon médecin ciaint le moindre froid comme pouvant ramener les\naccès : sans cette prescription j'aurais été vous embrasser et vous demander des\nnouvelles des habitants de Nohant.\nAdieu, cher, recevez mes bien sincères tendresses.\nEUG. DELACROIX.\nCe samedi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c077", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "493", "page_fin": "493", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.2", "titre_corps": "LETTRE II", "titre_sommaire": "LETTRE II", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "493", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.45", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 67, "texte": "LETTRE II"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c078", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "493", "page_fin": "493", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.2.1", "titre_corps": "Monsieur F. 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Je comptais vous les envoyer chez vous rue\nTronchet, mais ce matin je vous les envoie rue Pigalle.\nRecevez mille vœux, non pas comme tout le monde les fait : ceux d'un cœur\nqui vous aime bien, bien, bien.\nJ'espère vous voir ce soir ; mais ce moment est capable de me faire devenir\nfou.\nAdieu, bon ami.\nEUG. DELACROIX.\nJe ne suis pas content des gravures. Elles ne sont pas belles d'apparence,\nmais elles seront utiles. J'aurais voulu avoir le temps de courir chez plusieurs\nmarchands.\nMes vœux à Mme Sand, en attendant que j'aille les lui dire moi-même."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c081", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c081", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "493", "page_fin": "494", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.4", "titre_corps": "LETTRE IV", "titre_sommaire": "LETTRE IV", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "493", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.45", "debut_caractere": 1263, "fin_caractere_exclue": 1272, "texte": "LETTRE IV"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c082", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "493", "page_fin": "494", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.4.1", "titre_corps": "CHER AMI,", "titre_sommaire": "CHER AMI,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "493", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.45", "debut_caractere": 1274, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "CHER AMI,\nj'ai oublié de vous demander comme une faveur hier de vouloir bien écrire\nvous-même un petit mot au sieur Brown, le bottier, pour le prier de venir me\ntrouver un de ces matins vers 9 heures (rue Notre-Dame-de-Lorette, 54). Il"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.46", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 401, "texte": "daignera peut-être, sur votre recommandation, me faire des bottes. Je lui ai écrit\ninutilement et j'ai résolu de vous demander ce service avant votre départ.\nQuel malheur de passer la vie sans se voir ! Je vous aime bien véritablement et\nvous respecte comme un de ceux qui honorent le plus notre triste espèce.\nA vous du fond du cœur, mon cher ami.\nEu G. 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Il a\nl'habitude de les faire rondes, comme celles des Anglais.\nConservez-vous bien, cher ami, et recevez les tendresses et les vœux d'un\nhomme qui vous aime autant qu'il vous admire.\nEUG. DELACROIX.\nCe lundi.\nDemandez au bottier des chaussures d'hiver, comme celles qu'il fait à M. Ar-\nrowsmith. Semelle très épaisse et très légère."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c085", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c085", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "494", "page_fin": "496", "image_debut": 46, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.6", "titre_corps": "LETTRE VI", "titre_sommaire": "LETTRE VI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.46", "debut_caractere": 882, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "LETTRE VI"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c086", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c086", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "494", "page_fin": "494", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.6.1", "titre_corps": "CHER CHOPIN,", "titre_sommaire": "CHER CHOPIN,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.46", "debut_caractere": 893, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "CHER CHOPIN,\nJe vous envoie à la minute des places que je crois bonnes pour ce soir pour\nAgnès de Méranie. Je fais des vœux pour que ce temps froid ne vous effraie pas\ntrop. Peut-êtreGrzymala pourrait-il vous y accompagner, et vous saurez peut-être\noù le prendre. Je fais bien des vœux pour votre santé et pour que vous vous\nconserviez bien.\nA vous de cœur.\nEUG. DELACROIX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c087", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "494", "page_fin": "495", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.6.2", "titre_corps": "Le 29 décembre, à 2 heures.", "titre_sommaire": "Le 29 décembre, à 2 heures.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.46", "debut_caractere": 1268, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "Le 29 décembre, à 2 heures.\nJOSEPH DESSAUER, dans un billet écrit en allemand, prie Chopin d'envoyer le\ngroom, porteur de ce billet, chez les Perthuis qui lui ont promis un billet pour\nle concert symphonique.\nDans une lettre écrite en français, il lui apprend que Miss Kemble a été très"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.47", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "heureuse de son bouquet, elle-même lui écrira en le remerciant. Elle prie Chopin,\nen l'appelant (( mon cher Chip-chip )), de vouloir passer chez elle pour un mo-\nment. (Adr. r. Pig.)\nMme DILLER écrit de Heidelberg que Chopin, en venant de Leipzig pour se\nrendre à Strasbourg, ne s'écartera pas beaucoup de son chemin sil s'arrête à\nUeiclelberg. Elle le prie de venir les consoler toutes deux et d'accorder quelques\ninstants de bonheur à la pauvre Catherine.\nCette lettre renferme aussi quelques mots de MME CATHERINE PEREIRE-DILLER,\nqui répète à Chopin l'invitation de venir à Heidelberg ; elle ajoute que la pensée\nde le voir est sa seule consolation dans ces temps de tristesse et de regrets dou-\nloureux (son beau-père est mourant). Dat. 14 IX [1835 •\nDans une seconde lettre, Mmi Diller lui apprend qu'elles sont toutes deux à\nHeidelberg, et que, incertaine s'il a reçu les lettres qu elle lui a envoyées aupa-\nravant, elle le supplie de venir au moins pour deux jours, ou même pour un seul,\npar égard pour la pauvre Catherine.\nDans une troisième, elle salue sincèrement Chopin et l'invite à déjeuner, si\ntoutefois il s'est déjà reposé de son voyage. Sinon, elle le prie de lui faire savoir\nquand elles pourront le voir. Signé :\nCATHERINE PEREIRE et la vieille sœur DILLER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c088", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c088", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "495", "page_fin": "495", "image_debut": 47, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.6.3", "titre_corps": "JOSEPH ELSNER et DAMSE (I) à Chopin [en polonais dans l'original].", "titre_sommaire": "JOSEPH ELSNER et DAMSE (I) à Chopin [en polonais dans l'original].", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.47", "debut_caractere": 1322, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "JOSEPH ELSNER et DAMSE (I) à Chopin [en polonais dans l'original].\nMON CHER CHOPIN,\nCeux qui te remettront cette lettre sont Constance et Roman Turczynowicz,\ndanseurs de notre théâtre, enfants de M. Damse que tu as connu, cet artiste\ndramatique et compositeur très utile et fécond pour notre scène. Il me prie de\nlui donner pour ses enfants cette lettre de recommandation adressée à ton bon\ncœur, etc., et qui pourra leur servir pendant leur séjour à Paris ; ils l'attendent\nen ce moment près de moi, dans ma chambre. Je l'écris avec plaisir, parce qu'ils\nsont dignes de ton amitié, et aussi parce que je peux te répéter que je t'aime et\nque j'apprécie ta chère personne plus que n'importe qui. Fais-moi le plaisir\nd'accepter cette assurance avec laquelle je suis et serai toujours\nTon vrai serviteur et ami,\nJOSEPH ELSNER.\n(r) Joseph Dcimse, né en 1768, mort en 1852; artiste dramatique et compositeur polonais. Son\nopérette, le Contrebandierf lui valut son plus grand succès (1844)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c089", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c089", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "495", "page_fin": "496", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.6.4", "titre_corps": "Varsovie, le 2 juin 1842.", "titre_sommaire": "Varsovie, le 2 juin 1842.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.47", "debut_caractere": 2308, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "Varsovie, le 2 juin 1842.\nJe t'envoie, comme preuve de ce que j'avance, mon Ave Maria.\nBIEN HONORABLE MR PTÉDÉRIC,\nMalgré la célébrité dont vous a couvert toute l'Europe, je suis certain que\nvotre cœur a gardé le souvenir de vos anciennes connaissances, parmi lesquelles"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "496", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.48", "debut_caractere": 112, "fin_caractere_exclue": 858, "texte": "j'ai aussi le bonheur de me compter. Notre digne recteur Elsner a bien voulu\nvous écrire, et je suis dans sa chambre, attendant sa lettre à laquelle j'ajoute\nquelques mots pour vous prier de bien vouloir être à Paris le tuteur et le mentor\nde mes enfants, les Turczynowicz ; peut-être que, grâce à votre protection,\nMr Frédéric, ils danseront là-bas et vous rappelleront les danses et les mélodies\ndu pays qui vous a vu naître et qui s'enorgueillit de vous.\nVotre véritable serviteur et ami,\nJ. DAMSE.\nMa fille cadette me réjouit souvent en me jouant vos nocturnes (i).\n(i) La réponse de Chopin à cette lettre, datée du 8 XII 1842, a été publiée par F. Hoesick\ndans les Préludes sur Chopin (Echo muzyczne, n° 3 (851) du 20 janvier IQOO, page 20)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1903-09-01-01-c090", "article_bluemountain": "bmtnabj_1903-09-01_01#c090", "volume": "bmtnabj_1903-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "496", "page_fin": "496", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.2.9.6.6.5", "titre_corps": "JENIKE (2) et ELSNER à Chopin.", "titre_sommaire": "JENIKE (2) et ELSNER à Chopin.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "496", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.48", "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "JENIKE (2) et ELSNER à Chopin.\nVarsovie, le 12 mai 1847.\nHONORABLE MAÎTRE,\nDu fond de la terre natale, un disciple de l'art, qui commence sa carrière,\ns adresse d une voix timide, mais pleine d'admiration, à vous, qui avez été et\nserez toujours pour lui l'ldéal inaccessible.\nDaignez, estimable Maître, agréer la dédicace d'un de mes premiers ouvrages,\net veuillez jeter dessus un œil indulgent. Sans doute il n'est pas digne d'être\norné de votre nom, que le monde entier répète avec admiration et enthousiasme,\nmais que ce nom soit pour lui l'égide dont il puisse hardiment se couvrir pour se\nlancer dans le monde ; qu'il l'entoure de la puissance de sa gloire et soit un\nencouragement pour votre élève, dont les forces sont faibles, mais dont l'en-\nthousiasme est ardent.\nQue les quelques phrases écrites ci-dessous par le vénéré Nestor des musi-\nciens de Varsovie parlent pour moi et appuient une prière peut-être trop hardie;\nj ose vous rappeler que je suis votre compatriote, que j'ai été l'élève de votre\npère et que, aujourd hui, malgré l'éloignement, je suis aussi le vôtre : puissent\nces qualités parler également pour moi, qui suis,\nAvec admiration et un profond respect,\nVotre serviteur,\nEMILE JENIKE.\n(2) Emile jenike, compositeur, né à Varsovie en 181 5, mort dans cette ville en 1852 II a com-\nposé entre autres une marche funèbre sur la mort de Chopin."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nN° 11 (troisième année)\nler Septembre\n1903.\nR. M.\n2 9\n\nAlexandre GUILMANT\nCompositeur de musique, professeur au Conservatoire."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.2", "texte": "ALEXANDRE GUILMANT\n\nALEXANDRE GUILMANT\n\nM. Félix-Alexandre Guillïiant (né à Boulogne-sur-Mer, le 12 mars 1837)\nest célèbre dans le monde musical à la fois comme organiste virtuose, comme com-\npositeur et comme érudit.\nElève de G. Carulli (qui était lui-même élève de Paër) pour Vharmonie, le con-\ntrepoint et la fugue, et de J. Lemmens pour V orgue, il fut nommé, à Y âge de seize\nans, organiste à Y église Saint-Joseph de Boulogne, inaugura les grandes orgues\nd'Arras en 186 r, de Saint-Sulpice en 1862, de Notre-Dame le 6 mars 1868, succéda\nen 1871 à Chauvet (Eglise de la Trinité) et entra en 1876 à la Société des Concerts\ndu Conservatoire. En 1878, il prit pour ainsi dire possession de Y orgue du Troca-\ndéro, et devint professeur au Conservatoire en 1896. Pour compléter son enseigne-\nment officiel, déjà illustré par tant d'inoubliables concerts, M. Guilmant donne au\nTrocadéro, depuis 1901, et chez lui, pour une élite d'élèves ou d'amateurs, des audi-\ntions gratuites, au cours desquelles il a déjà passé en revue la plupart des com-\npositeurs des écoles française, allemande, italienne, danoise, espagnole, belge,\nhollandaise. Parmi les organistes de Y ancienne école française dont il a interprété\nadmirablement les œuvres et dont nous lui devons la notion directe, je citerai :\nJ. Titelouqe (1563-1638), du Caurroy ( 1549-1609), Clèrambault (1676-1739),\ndY Anglebert (1628-1691 ), Marchand (1669-1732), d'Aquin ( 1693-1772), Rober-\nday, Raison (XVIB siècle), de Grigny, Gigault, F. Couperin (XVIIe siècle),\nBoëly (1785-1858).,. Guilmant est également célèbre à Y étranger : en Amérique,\nou il a formé de brillants élèves pendant Y Exposition de Chicago ; en Espagne, où\nil accompagna, en 1896, le conservatoire libre la Scola Cantorum, où il est éga-\nlement professeur ;en Russie, où il a donné (à Riga) de très beaux concerts ;en\nAngleterre et en Italie.\nToutes les compositions de M. Guilmant 11e sauraient être mentionnées ici. Je\nrappellerai seulement : 18 livraisons de Pièces dans différents styles, sept Sonates,\nune Symphonie, deux Marches funèbres, une Méditation sur le « Stabat », un très\ngrand' nombre de pièces religieuses. C'est là une ènumèration qui ne vise nulle-\nment à être complète. M. Guilmant est un compositeur de haute valeur, qui a beau-\ncoup écrit pour le grand orgue ou Y harmonium, pour le piano, Y orchestre et le\nchant.\nComme érudit, il a fourni de précieux matériaux à l histoire musicale en publiant\nles Archives des maîtres de l'orgue aux XVIà, X VIE et XVIIIe siècles (chez\nDurand), avec la collaboration de M. Pirro pour les notices.\nDans sa charmante et hospitalière villa de Meudon, où il a fait installer un grand\norgue construit, sous sa direction, par M. Mutin, M. Alexandre Guilmant, sans\nrenoncer à son haut enseignement, goûte le repos du sage. Il est entouré d'une\naffection et d'un respect qu il doit à ses rares qualités d'homme et de grand artiste."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.3", "texte": "MASSENET INTIME\n\nPromenades et visites musicales.\nMASSENET INTIME: SOUVENIRS DE MONTE-CARLO.\n\nCe pays est vraiment singulier : quand on voit les choses que nous avons\nlà, sous les yeux, et que nous pourrions toucher du doigt, on croit lire une de ces\ndescriptions de roman qui font dire au lecteur: « C'est fort bien!... mais l'ima-\ngination du romancier a idéalisé tout cela !... il est impossible que la réalité soit\naussi belle !... » Devant ces jardins, cette mer bleue et ce ciel, on croit être la\ndupe d'une illusion, on se demande si on est éveillé ou si on rêve !... »\nAinsi me parle, dans le salon clair et ensoleillé où on se réunit, au second\ncoup de cloche, pour attendre le Prince avant de se mettre à table, l'auteur\nde Manon et d'Eselarmonde.\nIl n'a plus vingt ans, il est le seul à s'en apercevoir! mais il est resté\njeune et séduisant, ressemblant, toujours épris de grâce et d'élégance, très vif\ndans toutes ses impressions, attentif à ne rien dire que de fort aimable pour\ntout le monde, à la fois\nprotocolaire et simple,\nne dédaignant pas de\nmettre dans ses propos\ncette pointe de libre\nesprit que peuvent\nseuls se permettre des\ncompositeurs aussi cé-\nlèbres que lui. Il reçoit\nles éloges inévitables\navec une modestie d'a-\ndolescent ; c'est char-\nmant! Sur son visage\nsouriant et bon, le\ntemps n'a pas laissé\ntrace de son passage.\nUn tel décor, Maî-\ntre, ne vous inspire-t-il\npas des mélodies nou-\nvelles ?...\nJe pose cette ques-\ntion en admirant des\nfleurs de cactus qui,\ndisposées inégalement\nsur leurs branches,\nme font songer à des\nnotes sur une portée.\nNon, interrompt Massenet ; ici, c'est le repos absolu ; je passe mon temps a\nprendre des bains de soleil, sur ces terrasses d'enchantement et de féerie. Je\nchante peut-être malgré moi, intérieurement, mais je n'écris rien ; nia seule\noccupation est de regarder ces admirables montagnes qui servent de fond au\ntableau, les taches de lumière que font, sous le grand soleil, les maisons"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.4", "texte": "MASSENET INTIME\n\nblanches de Monte-Carlo dans la verdure, la mer bleue et profonde qui met une\nfrange d'argent au pied de ce roc fleuri sur lequel nous sommes... De ma fenêtre,\nje vois une petite forêt d'orangers qui émerge d'une pelouse très fraîche, et je\nreçois le délicieux arôme de poésie que m'envoie un champ de violettes : voilà\ntout mon travail !...\n... Le Prince a offert son bras à la Princesse R.., qui est en villégiature au palais\ndepuis quelques jours avec son mari (ainsi que la baronne S .., le général alle-\nmand H... avec sa femme et sa fille revenant de Rome, où ils ont entendu\nles musiques du jeune abbé Perosi), et nous voici réunis autour d'une table\nd élégance raffinée, encadrée par des laquais somptueux, dans cette intimité\nrelative, tempérée par l'étiquette, que crée nécessairement, au bout de quelques\njours, la double réunion quotidienne du déjeuner et du dîner, la communauté\ndes impressions, et l'influence continue de ce pays de rêve qui maintient les\nesprits dans une atmosphère de paix et de cordialité.\nMassenet (à qui je viens d'apprendre la mort de son regretté confrère de l'ln-\nstitut) nous dit que c'est Gaston Paris lui-même qui lui avait indiqué, comme sujet\nd'opéra, la légende du Jongleur de Notre-Dame. Collaboration précieuse et qui\ndevrait servir d'exemple ? n'est-ce pas, aux (( romanisants )), c'est-à-dire à ceux\nqui connaissent le mieux notre histoire nationale, à indiquer aux musiciens les\nsujets à traiter, les sources où il faut puiser. Après eux doit intervenir le\nlibrettiste, l'homme qui n'est pas philologue, mais expert en matière de fourni-\nture théâtrale, et qui construit un poème avec les matériaux qu'on lui a fournis ;\nenfin apparaîtrait le compositeur pour s assimiler cette tranche du passé qu'on\nlui a préparée, la faire revivre, la généraliser, et en dégager toute l'humanité\nqu elle contient\nMassenet s'informe, avec beaucoup de sollicitude, de l'accueil fait par le public\nparisien à la Statue de Reyer, qu'il loue sans réserves. Il évoque le souvenir de\nl'artiste Montrose, qui jadisfaisait merveille, paraît-il, dans ce (( chef-d'œuvre )).\nInsensiblement, il en vient à citer quelques mots un peu féroces de Reyer.\nUn de ses amis annonce un jour à 1 auteur de Salammbô que sa femme vient de\nmettre au monde deux jumeaux :\nFort bien, répond le maestro ; et lequel de ces jumeaux conservez-vous?\n(absolument comme s'il s agissait de petits chats ou de petits chiens encom-\nbrants ! !)\nPuis, ramené par nous sur lui-même, Massenet parle de son propre théâtre :\n((... Je termine en ce moment, nous apprend-il, l'opéra que j'aurai eu certaine-\nment, dans toute ma vie, le plus de plaisir à écrire... il est intitulé : Chérubin. Il\nfait une suite au délicieux personnage qu'a peint Beaumarchais. C'est de Croisset\net Cain qui m'ont fait les paroles... J'en suis ravi!... Mais comme je regrette\nd'avoir fini ma série de Monte-Carlo ! Ici, c'est merveilleux : on n'a qu'à expri-\nmer un désir; on est aussitôt obéi :\n(( Il me faut un interprète. Vous l'aurez !\n(( lime faut tel décor. Nous le commandons immédiatement!\n(( Et ainsi de suite... ))\nTour à tour, selon les hasards de l'entretien, Massenet parle des élèves qu'il a\nformés et qui sont aujourd'hui au premier rang de l'école française : Xavier Le-\nroux, G. Pierné, Alfred Bruneau, Gustave Charpentier (pour lequel il paraît avoir\nune tendresse), bien d'autres encore : (( Ce sont tous mes enfants ! )) Il dit les"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.5", "texte": "MASSENET INTIME\n\nvains efforts qu'il fait auprès d'un grand directeur de Paris, non pas pour qu'il\njoue ses œuvres, mais pour qu'il les lui rende, et lui laisse le droit de les faire\nreprésenter ailleurs... Il nous apprend qu'à la campagne,où il aime à composer,\nle piano reste invariablement fermé et demeure interdit... Incidemment, il avoue\nque, dès la première heure, il a compris et admiré le colosse R. Wagner, mais\nqu'il commence aujourd'hui seulement à comprendre pleinement Mozart, et à\nl'admirer comme il convient...\nPuis, ce sont des mots amusants, qui, très innocemment, reviennent à sa\nmémoire.\n(( Meyerbeer disait un jour à Rossini : Je ne me sens pas bien du tout; j'ai des\nmaux de tète, et je crois que je vais faire une grave maladie ..\nNon, répond l'ltalien, vous n'êtes pas malade : seulement, vous vous écoutez\ntrop ! ))\nA propos d'un conflit de préséance né entre deux musiciens inégaux :\n(( Après le déluge, l'éléphant sort de l'arche de Noé ; soudain il se retourne, et\ndit à la puce : Ne poussez donc pas comme ça! ))...\nComment arrive-t-il à parler de l'ancien corniste de l'orchestre Pasdeloup,\nlequel faisait parfois des couacs, bien qu'il mangeât du cresson parce que le\ncresson est la santé du corps?... (humj!\nLe calembour, voire l'approximation, ne lui répugnent pas. Dans le Cid, il\navait représenté des femmes dansant autour d'un brasero. Quelqu'un remarque\naussitôt :\nLa chaleur ri atteint pas le nombril des aimées !...\nTandis que la conversation effleure mille sujets, comme il sied chez un prince\nàla fois artiste et savant, je viens de former un complot avec la princesse R...\ndont je suis le voisin habituel. La table autour de laquelle nous devisons est\nornée de fleurs dressées, qu'on renouvelle à chaque repas, mais qui sont toujours\ndu même ton. Hier, c'était des renoncules d'un beau rouge sang de bœuf, tran-\nchant sur les blancheurs glacées de la nappe, l'argent, les cristaux et la clarté de\ntout le décor environnant. Aujourd'hui, sur des vases de vieux saxe, se dressent,\nsymétriquement, douze bouquets d'orchidées, tous d'un blanc rose-chair, très\ndoux à l'œil. Et la (( colle )) que nous voulons pousser au Maître, en l'attaquant\ndans ses retranchements les plus intimes, est la suivante : Si vous aviez à donner,\npar la musique, une impression analogue à celle de ces fleurs, quelle tonalité\nchoisiriez-volts ?... (La réponse sera décisive pour notre amour-propre ; car, au\npréalable, nous sommes convenus que c'est le ton de fa dièse majeur qui con-\nviendrait, et si cette solution du problème n'est pas homologuée par le Maître, il\nest évident que, pour juger la concordance du son et de la couleur, je ne suis qu'un\nimbécile).\nTrès intéressant ! répond Massenet sans hésiter; la tonalité que je choisi-\nrais ici est celle de sol naturel majeur...\nOn essaye de se défendre; on objecte que beaucoup de compositions de carac-\ntère très tendre et très doux (tel nocturne de Chopin, le début d'une sonate\ndédiée par Beethoven à une princesse qu'il aimait, une célèbre romance sans\nparoles de Schumann, etc...) sont précisément écrites dans le ton de fa dièse\nmajeur... Mais comment avoir raison, en matière musicale, contre un Massenet?"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.6", "texte": "MASSENET INTIME\n\nDie Waffen nieder ! (A bas les armes!) dit la baronne S..., auteur d'un très\néloquent plaidoyer pour la paix, écrit en français (et récemment paru chez\nFasquelle).\n... Dans le beau salon féodal où nous venons de passer, Massenet veut bien\nconsentir à se mettre au piano. Il joue—avec l'expression juste qu'on devine\nsans peine le prélude d'Hérodiade, la méditation de Thaïs, qu'on ne se lasse\npas d'entendre ; il chante Ouvre tes yeux bleus ma mignonne, et l'exquise, l'ado-\nrable scène de Werther : (( Il faut nous séparer !... j'ignore s'il est jour, j'ignore\ns'il est nuit... )) C'est vraiment délicieux d'être à pareil régal, et, dans ce cadre\nunique, de voir les enchantements de l'art s'ajouter aux enchantements de la na-\nture. Rien d'ailleurs, dans cette petite séance qui sente le (( pontife ». Soudain,\nMassenet demande un journal, le met dans la poche de sa redingote, et annonce\nqu'il va évoquer deux silhouettes de chefs d'orchestre.\nPour la première, il s'avance lentement jusqu'au piano, s'assied avec précau-\ntion, rectifie son pupitre, se retourne à demi comme pour échanger quelques\nmots avec un abonné familier placé derrière lui, prend une lorgnette pour recon-\nnaître, de-ci de-là, quelques jolies femmes, envoie de la tête un salut lointain\nà quelques personnages, tire ses manchettes, étend les bras solennellement\npour annoncer quelque chose de grandiose ou de terrible, et après trois minutes\nde silence menaçant, arrache à ses musiciens cet exorde :\nc'est le chef d'orchestre de l'Opéra...\nPour le second, il arrive précipitamment, comme s'il était en retard, à son\npupitre ; à peine assis, il s'empare de son bâton, frappe deux coups, et, subito,\nd'un air las et indifférent, rythme ce début :\nAprès huit mesures de cette musique de quadrille, il presse le bouton, s'arrête\nbrusquement, et, tirant le journal de sa poche, s'absorbe dans sa lecture. C'est\nle chef d orchestre d'un petit théâtre.\nCette petite scène est d'un réel comique. Massenet sait amuser, à l'occasion,\nautant qu'émouvoir et charmer. Comme on le voit, il ne vit pas sur un piédes-\ntal. Au cours d'une promenade dans des allées fleuries, propres comme le parquet\nd'un salon, il me parle avec chaleur des bêtes qu'on lui tient en réserve, à la\ncampagne, pour la saison d'été, et qu'il aime passionnément : « On ne sait pas,\nsoyez-en certain, ce que c'est qu'un mouton, ou un dindon..., on ne se doute\npas de leur caractère et de leurs ressources ! ))"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.7", "texte": "CÉSAR FRANCK\n\nQuand, accompagné de sa charmante femme qu il entoure d une sollicitude\ntouchante, Massenet quitte le pays du soleil pour aller passer quelques jours à\nMarseille, il laisse derrière lui une impression de grâce, d'esprit et de charme\ninoubliables...\nMonaco (mars).\n\nX...\n\nMonte-Carlo.\n\nSouvenirs personnels.\nCésar Franck\n\nCésar Franck fut pour toute la génération qui eut le bonheur de se nourrir de\nses sains et solides principes, non point seulement un éducateur clairvoyant et sur,\nmais un père, et je ne crains pas de me servir de ce mot pour caractériser celui\nqui donna le jour à l'école symphonique française, car nous tous, ses élèves,\naussi bien que les artistes qui l'ont approché, nous l'avons toujours nommé\ninstinctivement et d un accord unanime, quoique non concerté : le père Franck.\nMais aussi, quel admirable professeur de composition fut César Franck !\nQuelle sincérité, quelle intégrité, quelle conscience il apportait dans l'examen\ndes esquisses que nous lui présentions ! Impitoyable pour les vices de constitution,\nil mettait sans hésiter le doigt sur la plaie, et lorsqu'il en arrivait, dans la correc-\ntion, aux passages que nous considérions nous-mêmes comme douteux, bien\nque nous n'eussions garde de l'en prévenir, instantanément, sa large bouche\ndevenait sérieuse, son front se plissait, son attitude exprimait une souffrance\nréelle, et, après avoir joué deux ou trois fois le passage au piano, il se tournait\nvers nous en laissant échapper, comme à regret, le fatal : « Je n'aime pas ! » arrêt\nredouté d'un tribunal sans appel. Mais si, par hasard, nous avions trouvé dans"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "456", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.8", "texte": "CÉSAR FRANCK\n\nnos balbutiements de commençants quelque harmonie neuve et logiquement\namenée, quelque essai de formes intéressant, alors, satisfait et souriant, il se\npenchait vers nous en murmurant : (( J'aime! j'aime! )) et il était aussi heureux\nde nous donner cette approbation que nous-mêmes de bavoir méritée.\nQu'on me permette une anecdote personnelle relative à la façon dont je fis\nconnaissance avec le père Franck. Après avoir terminé mon cours d harmonie et\navoir aligné quelques pénibles contrepoints selon l école, je me figurais être assez\ninstruit pour pouvoir écrire et ayant, à grand'peine. couché sur clu papier à\nmusique un volumineux quintette pour piano et instruments à cordes, je de-\nmandai à mon ami Henri Duparc, l'un des plus anciens é'èves du maître, de me\nprésenter à lui, bien persuadé en mon for intérieur que mon œuvre ne pourrait\nquem'attirer les félicitations du grand artiste que je révérais sans le connaître\nencore.\nLorsque j'eus exécuté devant lui ce fameux quintette, il resta un moment si-\nlencieux, puis, me regardant d'un air triste, il prononça ces paroles que je\nn'ai pu oublier, car elles eurent une action décisive sur ma vie : (( Il y a quelques\nbonnes choses... les idées ne seraient pas mauvaises ; mais... vous ne\ndu tout ! » Puis, me voyant très mortifié de ce jugement auquel je ne m'atten-\ndais guère, il ajouta, dans une intention corrective : (( Si vous voulez que nous\ntravaillions ensemble, je pourrai vous apprendre la composition. ))\nEn revenant chez moi, dans la nuit, car cette première entrevue avait eu lieu un\nsoir, assez tard, je me disais en ma vanité blessée : (( Certainement, ce Franck\nest un esprit arriéré, il n'a rien compris aux beautés de mon œuvre.. )) Néan-\nmoins, le lendemain, plus calme, je me mis à relire ce malheureux quintette et à\nme rappeler les observations que le maître m'avait faites en soulignant ses paro-\nles, selon son habitude, de multiples arabesques au crayon sur le manuscrit, et\nalors je fus bien forcé de convenir avec moi-même qu'il avait absolument raison :\nje ne savais rien.\nJ'allai donc, presque en tremblant, le prier de vouloir bien m'accepter comme\nélève et il m'admit à la classe d'orgue du Conservatoire, dont il venait d'être\nnommé professeur. Cette classe d orgue, dont je conserve toujours un souvenir\nému, fut pendant longtemps le véritable centre des études de composition du\nConservatoire.\nA cette époque -je parle des années 1872 à 1876, les trois cours dits :(( de\nhaute composition musicale )), étaient donnés par trois professeurs bien peu faits\npour cet enseignement; l'un, Victor Massé, compositeur de faciles opéras comi-\nques, sans nulle entente delà symphonie, et qui, constamment malade, se faisait\nremplacer dans ses fonctions par un de ses élèves ; 1 autre, Henri Reber, musi-\ncien vieillot, au jugement étroit et autoritaire; le troisième enfin, François Bazin,\ndont j'ai déjà parlé ici (1) et dont le plus haut titre de gloire est d'avoir été\nle compositeur du Voyage en Chine. Il n'est donc point étonnant que le noble\nenseignement de César Franck, fondé sur Bach et Beethoven, mais admettant\naussi tous les élans, toutes les aspirations nouvelles et généreuse, ait, dès cette\népoque, attiré à lui les jeunes esprits doués d'idées élevées et véritablement épris\nde leur Art. C'est ainsi que, sans s'en douter lui-même, le maître draina, pour\nainsi dire, toutes les forces sincèrement artistiques qui étaient éparses dans les\n\n(i) Voir les Revues du ier juin et du ier juillet 1903."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.9", "texte": "CÉSAR FRANCK\n\ndiverses classes du Conservatoire de musique, sans parler des élèves du dehors\nqui allaient prendre la leçon dans son tranquille salon du boulevard Saint-Michel,\ndont les hautes fenêtres donnaient sur un jardin plein d'ombre, chose rare à\nParis.\nC'est là que nous nous rendions, une fois par semaine, car le père Franck,\nnon content de nous instruire dans la science du contrepoint, de la fugue et de\nl'improvisation à sa classe du Conservatoire, faisait venir chez lui ceux de ses\nélèves qui lui paraissaient mériter un enseignement particulier, et cela d'une façon\nabsolument désintéressée, ce qui n'est pas toujours le fait des professeurs de\nl'établissement officiel dans lequel l'instruction gratuite, inscrite au règlement,\nest bien loin, hélas! d'être une réalité.\nLorsqu'on avait terminé avec Franck l'étude du contrepoint, qu'il voulait\ntoujours intelligent et mélodique, et celle de la fugue, dans laquelle il laissait à\nl'élève une grande liberté expressive, alors seulement on entreprenait l'étude de\nla composition, entièrement fondée, d'après lui, sur la construction tonale.\nAucun art, en effet, n'a plus de rapport avec la musique que l'architecture.\nPour élever un édifice, il faut tout d'abord que les matériaux soient choisis et de\nbonne qualité ; il en est de même pour les idées musicales, sur le choix desquelles\nle compositeur doit se montrer très difficile, s'il veut faire une œuvre durable.\nMais il n'est pas suffisant, pour construire, d'avoir de beaux matériaux, encore\nfaut-il savoir les disposer de façon qu'ils s'agencent en un tout puissant et har-\nmonieux ; des pierres de taille, si attentivement façonnées et sculptées qu'elles\npuissent être, ne constitueront jamais un monument si elles sont simplement jux-\ntaposées sans ordre ni méthode; de même, des idées musicales, si belles qu'elles\nsoient, ne constitueront jamais un morceau de musique si leur place et leur\nenchaînement ne sont réglés par une logique et sûre ordonnance ; à ce prix\nseulement, le monument existera, et, si les éléments en sont beaux, si l'ordre\nsynthétique y est harmonieusement combiné, l'œuvre sera solide et pourra\ndéfier l'action du temps.\nLa composition musicale n'est point autre chose. C'est ce que Franck, et lui\nseul à cette époque, savait admirablement faire comprendre à ses disciples. Aussi,\nalors que, pendant les trois premiers quarts du xixe siècle, la production sym-\nphonique fut, en France, absolument nulle, on vit s'élever tout à coup, grâce au\ngénial enseignement du maître, une nouvelle école française pleine de sève créa-\ntrice et d'audace juvénile, experte en l'art symphonique et en la musique de\nchambre, on vit naître une phalange de jeunes compositeurs dépassant en portée\nartistique, par la clarté de la forme, la solidité de la construction et même la\nvaleur des idées, tous les symphonistes allemands d'alors, qui, eux, se traînaient\nencore clans 1 ornière creusée par Mendelssohn. Cette bienfaisante influence de\n1 enseignement du père Franck ne s'étendit point seulement sur les musiciens qui\ntravaillaient spécialement avec lui, elle se fit encore sentir sur ceux des élèves du\nConservatoire qui reçurent ses avis à la classe d'orgue, par exemple : Samuel\nRousseau, Gabriel Pierné, Auguste Chapuis, Paul Vidal, Georges Marty, Dallier,\nDutacq, Galeotti, et aussi sur les virtuoses qui eurent la bonne fortune de vivre\nquelque temps dans son intimité, parmi lesquels je citerai notre illustre ami\nEugène Ysaye, qui dut bien un peu de son génie interprétateur à l'amitié du père\nFranck, lequel voulut lui dédier la célèbre Sonate de violon. On retrouve enfin\ndes traces très nettes de cette influence chez des artistes qui, bien que n'ayant"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.10", "texte": "CÉSAR FRANCK\n\npas été précisément ses élèves, subirent à son contact l'ascendant de sa probité\net de sa sincérité artistiques ; pour n'en citer que quelques-uns : Gabriel Fauré,\nle célèbre organiste Guilmant, Paul Dukas et Emmanuel Chabrier, qui prononça,\nau nom de la Société nationale de Musique, dont Franck était président, une\nallocution vraiment émue sur la tombe du maître.\nLes principaux disciples qui eurent le bonheur de recevoir directement ce\nprécieux enseignement furent, par ordre chronologique : Henri Duparc, le con-\ntinuateur de Schumann au point de vue du Lied, Arthur Coquard, Alexis de\nCastillon, mort en 1873, à l'âge de 35 ans, lequel, après avoir subi pendant\nplusieurs années les leçons de Victor Massé, qui semblait prendre à tâche\nd'annihiler les dons naturels de ce beau tempérament d'artiste, eut le courage\nde recommencer avec Franck toute son éducation musicale et, ayant anéanti ses\nessais précédents, écrivit, par suite, un grand nombre d œuvres symphoniques\net de musique de chambre de tout premier ordre.\nViennent ensuite : celui qui écrit ces lignes, puis Camille Benoît, Mme Augusta\nHolmès, Ernest Chausson, l'auteur du Roi Arthus, qui fut si prématurément\nenlevé, en 1899, à l'affection de ses amis, le délicat ciseleur Pierre de Breville,\nPaul de Wailly, Henri Kunkelmann, Louis de Serres, Charles Bordes, le jeune\net déjà illustre chef des Chanteurs de Saint-Gervais, Guy Ropartz, l'audacieux\ndirecteur du Conservatoire de Nancy, et enfin, ce pauvre Guillaume Lekeu,\nmort à 24 ans, laissant derrière lui un bagage considérable de compositions\nd'une poignante intensité expressive.\nC est en grande partie dans l'intention de perpétuer cet enseignement que\ntrois des élèves ou admirateurs du maître regretté, Alexandre Guilmant, Charles\nBordes et moi-même, avons fondé, il y a six ans déjà, la Schola Cantorum, école\nde musique dont les principes sont uniquement l'amour et le respect de l'Art,\nsans autre préoccupation ; mais, quand bien même il ne se fût pas trouvé de\npieux amis pour continuer l'œuvre d'enseignement, rien n'aurait pu empêcher\nla pure et honnête doctrine de Franck de se répandre de proche en proche, parce\nqu'elle est la vérité artistique.\nDe même, rien n'empêchera ce génie musical de vivre éternellement, et, tan-\ndis que les noms de maints compositeurs connus, uniquement préoccupés de\ngloire ou d'argent, commencent dès maintenant à entrer dans l'ombre pour\nn'en plus sortir jamais, la figure séraphique de l'auteur des Béatitudes, qui sut\naimer l'Art vrai, plane de plus en plus haut dans la lumière vers laquelle, sans\ndéfaillance ni compromissions, il s'est dirigé toute sa vie.\n\nVINCENT D'INDY."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.11", "texte": "ESTHÉTIQUE MUSICALE I UNE SONATE DE BACH\n\nEsthétique musicale : les origines de la symphonie\nLA SONATE DE J.-S. BACH EN la MINEUR\n\n[suite].\nLa religion, le langage et le chant, la danse, sont des faits\n« sociologiques », c'est-à-dire que chacun d'eux suppose\nl'existence d'une société.\n(Voir la Revue musicale du ier avril 1903.)\nOuvrons le recueil des sonates (1) pour piano de J.-S. Bach et, en commençant\npar le n° 1, en la mineur, suivons l'ordre de nos impressions.\nCette sonate se compose de quatre parties t\ni° Un adagio (forme libre, style non périodique) ;\n20 Un allegro (fugue à 3 voix) ;\n20 Un adagio (de même étendue et de même forme que le premier) ;\n4° Un allegro moderato (allemande) suivi d'un allegro (courante), d'un andan-\ntino (sarabande), et d'un allegro (gigue).\nIl suffit d'avoir les connaissances les plus élémentaires de l'histoire musicale\npour constater qu'ici nous sommes en présence, non d'un monument unique,\nmais de deux monuments coordonnés, juxtaposés. Dans cette œuvre extrême-\nment complexe, ramenée à l'unité par le rythme binaire des mouvements (ada-\ngio, allegro, adagio, allegro, etc...), par 1 uniformité tonale et par une certaine\nunité thématique, Bach a réuni deux genres qui sont la création du xvne siècle,\net dont chacun est lui-même une synthèse : c'est la sonate d'église (sonata da\nchiesa) représentée ici par les deux premières pièces (adagio et fugue) — et la\nsonate profane [sonata da caméra) représentée par tout le reste.\n\n(i) Une dernière explication — au sujet de ce mot sonate — pour compléter les titres significa-\ntifs d'ouvrages que j'ai déjà cités dans mon dernier article, et pour caractériser encore, en me bor-\nnant à citer des faits d'un intérêt capital, cette période transitoire, un peu trouble, mais d'une\njeunesse si vivante ! où toutes les formes des arts du rythme semblent s'attirer, s'unir, se fondre\nen un creuset d'où sortira plus tard, après deux siècles d'élaboration, la pure symphonie de Haydn\net de Mozart :\nPendant tout le xvne siècle, le mot (( sonate )) n a pas été nettement distingué du mot (( sym-\nphonie )), qui apparaît à la fin du xvie siècle dans le recueil suivant (titre en latin) : Symphonies\nsacrées de Giov. Gabrieli, organiste de la sèrènissime république de Venise en Véglise Saint-Marc, à\n7, 8, 10, 12, 74, /y et 16 voix ou instruments. Venise, chez Angelo Gardani, 1597.\nEn second'lieu, le mot (( sonate )) apparaît, à l'origine, à côté du mot (( canzone », pour dési-\ngner quelque chose de plus instrumental, peut-être, et de moins vocal que ce dernier. « Can\\oni\net Sonate... », ainsi commence, on le sait, le titre du recueil des compositions de Giov. Gabrieli\npublié à Venise en 1615 ; mais c'est une question encore controversée dans la critique musicale,\nde savoir au juste en quoi diffèrent les deux genres désignés par ces deux mots. Winterfeld, qui\nfait autorité en pareille question, écrit dans son ouvrage sur Gabrieli (II, p. 1 1 1) : « En 1644 et\n1651, Massimiliano Neri emploie déjà l'un pour l'autre les termes sonata et canzone ; tous deux\ndésignent pour lui ce que Gabrieli appelait canzone. » C'est après. Neri, organiste de l'église Saint-\nMarc à Venise \\ milieu du xvne siècle), que le mot canzone est remplacé définitivement par le mot\nsonata, c'est-à-dire que la composition instrumentale encore sous la dépendance du chant finit\npar s'absorber dans la composition instrumentale pure.\nRemarquons enfin que les danses (qui vont jouer un si grand rôle dans la genèse de la sympho-\nnie classique) sont primitivement écrites sur des airs à chanter, et souvent même accompagnées\nde paroles. Le compositeur italien Gastaldi a publié en 1591, à Venise, des « Balleti a cinque (à\n5 voix) con li suoi versi (avec leurs vers) per cantare, suonare et ballare » ; au compositeur anglais\nThomas Morley on doit des « Ballets for five voices » (ballets pour 6 voix, Londres, 1595,\nréédités, il y a une trentaine d'années, par Rimbault) ; et du compositeur allemand Valentin Hauss-\nmann, il y a un recueil de 37 pavanes et gaillardes (Nuremberg, 1604), dont les dix premières\nsont accompagnées de paroles érotiques."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.12", "texte": "ESTHÉTIQUE MUSICALE : UNE SONATE DE BACH\n\nUn texte, d'abord, pour justifier cette première analyse. On lit dans le Dic-\ntionnaire de musique de Sébastien Brossard (Paris, 1703) !\n(( Il y en a (des sonates) pour ainsi dire d'une infinité de manières, mais les\n(( Italiens les réduisent ordinairement sous deux genres. Le premier comprend\n(( les sonates da chiesa, c'est-à-dire propres pour l'Église, qui commencent ordi-\n(( nairement par un mouvement grave et majestueux, proportionné à la dignité\n(( et sainteté du lieu; ensuite duquel on prend quelque fugue gaye et animée...\n(( Le second genre comprend les sonates qu'ils appellent da caméra, c'est-à-dire\n(( propres pour la chambre Ce sont proprement des suites de plusieurs petites\n(( pièces propres à faire danser. ))\nOccupons-nous donc d'abord de la première partie de l'œuvre de Bach dont\nnous pouvons dire dès maintenant, pour le plus grand profit de la thèse socio-\nlogique, qu'elle a des origines religieuses et italiennes.\nI. D'après un témoignage de Fétis reproduit par Wasilewski (1), il y avait à\nVenise, dans l'église Saint-Marc, pendant le xvne siècle, un orchestre ainsi\ncomposé : 8 violons, 11 petits violons pour les deuxième et troisième voix,\n3 grosses violes de gambe, 4 théorbes, 2 cornets, 1 hautbois et 3 trombones.\nD'après Otto Jahn (2), à Salzbourg (ville à moitié italienne), entre l'épître et\nl'évangile, on jouait une sonate (Mozart en a composé 17 dans ce but) que l'ar-\nchevêque Hiéronymus, en 1783, remplaça parle graduel.\nEn Italie, l'église est un musée pour les arts plastiques, et une salle de concert\npour la musique. La cause en doit être cherchée dans la sensualité de la race,\ndans son goût pour tout ce qui est brillant, extérieur, démonstratif, et aussi\ndans l'altération du culte catholique, qui, après avoir combattu l'esprit profane,\nse laisse pénétrer par lui. Les pages que Taine a écrites sur la vie voluptueuse\ndes Italiens pour expliquer les chefs-d'œuvre de leurs grands peintres valent\naussi pour expliquer leur musique. Voici des faits plus précis montrant l'in-\nfluence méridionale exercée sur l'esprit de Bach.\nLe prélude de sa sonate débute ainsi :\nÉvidemment, ce style n'est pas celui du piano. C'est celui du violon.\nLes œuvres instrumentales composées, au xvi° siècle, dans le nord de l'ltalie,\npar les organistes et virtuoses de Venise (Gabrieli, Banchieri, Neri, Grani,\nMonteverde, Marini, Fontana, Legrenzi, etc...), parles membres des Académies\n\n(1) Wasilewski, le Violon au xvne siècle (1874), p. 17.\n(2) Otto Jahn, Mozart (t. I, chap. sur la musique instrumentale)."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.13", "texte": "ESTHÉTIQUE MUSICALE : UNE SONATE DE BACH\n\nde Bologne (Vitali, Mazzolini... ) ou enfin par l'École romaine, à la tète de\nlaquelle est placé Corelli, offrent toutes cette particularité: le violon y joue le\nprincipal rôle. Sans aucun doute, cela vient de ce que, de tous les instruments,\nle violon est celui qui est le plus capable d'imiter la voix humaine, de chanter.\nAussi lui confie-t-on habituellement la première voix, la (( voix de dessus ».\nRemarquez que, dans les quatre mesures que j'ai citées, on pourrait retrouver,\nsi on laissait de côté les ornements, un chant initial :\nSi les compositeurs brodent sur de telles mélodies, c'est peut-être par imita-\ntion des chanteurs virtuoses qui surchargent un thème donné de vocalises et de\nnotes d'agrément.\nEn adoptant le violon (i), l'Eglise l'avait universalisé. Une école de mu-\n\n(i) C'est pour ce motif que la sonate pour piano apparaît bien plus tard que la sonate pour vio-\nlon (environ un siècle et demi après cette dernière, avec Kuhnau et Dom. Scarlatti, vers la fin\ndu xvne siècle).\nEn écrivant une sonate comme celle dont nous parlons en ce moment, et quelques autres com-\npositions pour violon seul, Bach a évidemment subi l'influence d'un état d'esprit extérieur à lui et\nbeaucoup plus général que le sien ; car, malgré l'exemple qu'il avait reçu de son père, malgré sa\ncompétence technique (on sait qu'il est l'inventeur de la viola pomposa, tenant le milieu entre\nl'alto et le violoncelle) et malgré les fonctions qu'il exerça à Weimar, d'abord publiquement, puis,\npendant neuf ans, dans la chapelle privée du grand-duc, il n'était rien moins que virtuose ; il\njouait .du violon comme Haendel, ou comme Weber et Beethoven jouèrent plus tard du piano :\navec une habileté non dépourvue de lacunes. Comme nous recherchons ici les caractères\nsociologiques de l'art musical, je donnerai, subsidiairement, les détails suivants que je dois à une\nobligeante communication de M. Jacquot, l'excellent maître luthier de Nancy, chevalier de la\nLégion d'honneur :\nLe violon ordinaire ou fin est fait par un seul et même ouvrier (il n'est pas question ici du\nviolon fabriqué mécaniquement), mais un ouvrier qui fait appel à un grand nombre de corps de\nmétiers, car le violon se compose de 69 parties quand la table et le fond sont d'une seule pièce,\net de 71 quand ils sont en deux parties.\nLe luthier a besoin : i° de la fourniture des bois suivants : érable de Suisse ou de Bohême\npour le fond, les éclisses ou côtés, le manche, la tête et le chevalet; de tilleul ou de sapin pour\nles tasseaux ; de sapin (de Suisse, de préférence), pour la table, l'âme, la barre, les taquets ; cYébène\npour la touche, le cordier, le bouton ; les sillets du même bois ou de palissandre pour les che-\nvilles, et encore de l'ébène ou de bois teint en noir assemblé avec de Yalisier de préférence pour le\nbois blanc formant les filets ;\n2° Des vernis qui sont des plus variés, depuis ceux à l'esprit de vin, à la gomme, à la colle,\njusqu'à ceux à l'huile, dits vernis gras ; des pinceaux et des brosses;\n30 La colle, servant à assembler toutes les parties du violon, et qui doit être choisie dans celle\nspéciale, appelée colle de Cologne, fabriquée dans cette ville et ayant la propriété, en étant très\nraide, de faire le moins d'épaisseur entre les parties assemblées ;\n40 Les outils, qui sont à peu près semblables à ceux des menuisiers ; l'établi, les valets, les\nrabots en fer, unis et à dents, les varlopes, le villebrequin, les mèches, les scies, les ciseaux,\nles gouges, les bédanes, le trousquin, les canifs, le compas d'épaisseur, les règles, l'équerre,\nle traçoir, les ratissoires, le papier de verre, les limes, la meule, la pierre à effiler, le fer à polir,\nl'âmier, les happes, les vis à coller, les pinces à barre, les pincettes ou becquettes...\n5° Les cordes comprennent des cordes en boyau pour le mi ou chanterelle, le la, le ré et l'attache\ndu cordier reliée par du fil et brûlée à l'extrémité. Enfin, la corde du sol, entourée de soie ou d'un\nfil métallique appelé cannetille, d'argent, de cuivre blanchi ou de bronze, afin d'en retarder la\nvibration, lui donnant par là, avec une moindre grosseur et moindre longueur, un timbre plus\ngrave. Les cordes de boyau sont faites avec des boyaux de mouton, appelés aussi intestins grêles,\nvidés aussitôt après la mort de l'animal, raclés avec un roseau fendu et taillé en biseau. Il n'est\nconservé que la membrane musculaire. La corde est ensuite filée sur de petits métiers ou rouets.\nCertains facteurs les passent à la vapeur de soufre pour les blanchir. Elles sont ensuite dégrais-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.14", "texte": "ESTHÉTIQUE MUSICALE ! UNE SONATE DE BACH\n\nsique ou une Académie comme celles de Bologne n'attire à elle qu'une élite.\nLa première œuvre spécialement écrite pour le violon qui soit connue (une\nromanesca de Marini, à la fin d'un recueil paru à Venise en 1520) est dédiée « au\nseigneur Gian Battista Magni Gionanetto, à cause de son talent exceptionnel\nsur le violon )). Au contraire, les cérémonies du culte catholique s adressent à\ntoutes les classes de la société ; c'est ainsi que la (( Sonata da chiesa » popularisa\nle violon. Bach a fait glisser le style du violon sur le piano.\nEt voyez comme le contenu des formes d'art a une évolution indépendante,\ncomme les sentiments changent et se substituent l'un à l'autre, dans des cadres\nd'expression ou de composition qui ont une certaine fixité ! Un critique musical\nqui, d'habitude, ne pèche pas par excès de sentimentalité, Philipp Spitta,\ncommente ainsi le Prélude de Bach dont j'ai reproduit quelques mesures : (( Cet\nadagio d'introduction est de même origine que l'arrangement pour piano de la\nsonate en ut majeur, mais le sentiment est d'un caractère beaucoup plus sombre :\nl'émotion profonde et pénible qu'il exprime est celle qui pénètre le cœur, aux\njours d'automne, quand les feuilles vermeilles et dorées tombent lentement dans\nla forêt silencieuse, quand les oiseaux sont muets, et que les rayons du soleil\ncouchant se jouent avec mélancolie sur les troncs moussus ou dans les branches\nà moitié dépouillées (1). ))\nMaintenant, pourquoi, avant la fugue, un (( Prélude )) de forme libre ? Il ne faut\nrappeler ici ni Yexorde de l'orateur parlant à des hommes assemblés, ni Yintrata,\nni Youverture, ni le récitatif précédant 1' (( air », ni Yintroit liturgique, ni toutes\nles formes d'introduction et de préparation qui annoncent quelque chose d'impor-\ntant et de rythmé. C'est dans le choral d'église que nous trouvons, le plus sim-\nplement du monde, la loi qui enchaîne les deux parties de notre sonate.\nL Église, avons-nous dit, fait appel à toutes les classes de la société. Tous\nles fidèles qu'elle assemble doivent prendre part à ses chants. Or, les fidèles ne\nsont pas des musiciens de profession : de là la nécessité, toutes les fois qu'il faut\nexécuter un choral, de rapprocher (artistiquement) les chanteurs, de leur donner\nle ton, de les mettre au point ; de là, en un mot, le prélude d'orgue.\nLes deux premières parties de la sonate de Bach ne sont pas autre chose qu'un\nprélude (dont la forme est une réminiscence des fonctions de l'orgue), suivi d'un\nchoral.\nLa fugue qui vient après est bien, en effet, un choral. Dans la période moderne\n\nsées ; on appelle cette opération ètrichage ; les cordes sont alors polies, à l'exception de la chan-\nterelle ou mi. Cette dernière corde est généralement composée de trois ou quatre fi1 s ou brins,\nles la en ont le même nombre plus forts, et les ré, six ou sept.\nLa chanterelle, pour le violon, accordée au mi normal, doit supporter une tension de 7 kgr. 500;\nle la, de 8 kgr. ; le ré, de 7 kgr. 500 ; et le sol, de 7 kgr. 25.\n6° L'archet se compose d'une baguette faite de préférence en bois des îles, bois de fer, d'une\nplaque d'ivoire ou dos qui en recouvre une en bois noir ou d'ébène, de deux toquets en bois\nblanc, servant à fixer les crins, d'une mèche de crins liés par un cordonnet de soie ; ces crins ont\nleurs extrémités trempées dans de la colophane en poudre, chauffée légèrement à la flamme.\nIl se compose aussi d'une hausse en bois noir ou d'ébène garni généralement d'une bague ou\npassant en métal, d'une coulisse, d'une plaque de talon de hausse en même métal, puis d'un\nrecouvrement ou feuillet d'ébène recouvert d'une plaquette en nacre ; enfin une vis en acier et un\nécrou en laiton taraudés. La vis est terminée par un bouton d'os ou d'ébène garni de métal et\nportant souvent une pastille de nacre pareille à celles qui, d'habitude, ornent les faces latérales\nde la hausse.\nL'archet est courbé au feu, poli au racloir et au papier de verre, puis verni.\n(1) S. Bach (I, p. 692)."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.15", "texte": "ESTHÉTIQUE MUSICALE : UNE SONATE DE BACH\n\nde l'histoire de la musique, on distingue la fugue instrumentale (où Bach a\nexcellé) et la fugue vocale (dont Haendel est le maître), mais, en réalité, il n'y a\nqu'une sorte de fugue : la fugue vocale. On ne dit pas : une fugue à 3 parties,\nmais : une fugue à trois voix. Ces voix sont exactement disposées comme dans\nles compositions destinées au chant. Mais si le prélude est d'origine religieuse,\nla fugue est d'origine profane. L'art de faire marcher ensemble plusieurs mélodies\n(soumises à la loi de la périodicité dans 1 imitation et dans le rythme) s'est formé\nchez les Néerlandais (xve-xvie siècles), dans ces pays du Nord où l'esprit d'associa-\ntion était aussi fort que l'esprit musical. Il s'est développé dans l'ltalie du Nord\nbien avant Bach grâce à des circonstances spéciales. A Venise, par exemple,\nles assemblées sont fréquentes, nombreuses, pleines de pompe aristocratique ; la\nmusique, en y jouant presque toujours un rôle, s'efforce de répondre à l'éclat de\nces assemblées et d'en refléter les éléments très divers par la mise en ordre et la\nmultiplicité des parties vocales : de là ces compositions d'un Gabrieli ( 1597, 1615)\nqui sont écrites pour 3 chœurs et jusqu'à 22 voix.\nBach a recueilli cet héritage, et s'est borné le plus souvent, au point de vue de\nla forme, a le simplifier.\n11. La deuxième partie de l'œuvre de Bach est une nouvelle sonate juxtapo-\nsée à la précédente : une sonate de chambre.\nComme la première, elle débute par un adagio dont nous avons déjà expliqué\nles origines. Quant aux pièces qui forment une (( Suite » (allemande, courante,\nsarabande, gigue), je pourrais me borner à constater que ce sont des danses.\nVoici, d'après Ph. Spitta, comment la Suite s'est formée, et les phases succes-\nsives que présente sa genèse:\ni° On danse d'abord avec un chant qui sert d'accompagnement ;\n20 Ce chant est doublé par un instrument ;\n30 Le chant disparaît, et l'instrument reste seul ;\n40 On a l'idée de faire entendre le chant (devenu purement instrumental) en\ndehors des réunions où l'on danse;\n50 Les musiciens voyageurs colportent les airs de danse de ville en ville et de\npays en pays. Vers 1600, les pavanes et romanesques ou gaillardes italiennes sont\ntrès répandues (pour des raisons qu'il faudrait évidemment chercher dans\nl'histoire politique générale et spéciale) ; ce qui le prouve ce sont les recueils\npubliés en 1610 et 1611 par Johann Moller, organiste de la courde Darmstadt ;\n6° En présentant les airs de danse, on les range dans un ordre où l'agrément\ndoit naître du contraste des rythmes lents ou vifs, des mesures ternaires' ou\nbinaires ;\n70 On a enfin l'idée de les réunir en un tout artistique, appelé Suite.\nNous savons à quelle époque on imagina de réunir en une seule composition\nles danses-types des peuples civilisés de l Europe : c'est pendant la guerre de\nTrente ans ( 1618-1648), où Italiens, Espagnols, Français, Suédois, Danois, Polo-\nnais, rapprochèrent leurs mœurs en même temps que leurs armes. Selon toute\nprobabilité, c'est un musicien de l'école de Sweelinck (hollandais mort en 1621)\nqui créa la (( Suite pour piano ».\nL'Allemande a un nom qui indique suffisamment son origine.\nLa Courante est d'origine italienne.\nLa Sarabande est d'origine espagnole.\nLa Gigue est, je crois, d'origine anglaise."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.16", "texte": "ESTHÉTIQUE MUSICALE .* UNE SONATE DE BACH\n\nReligion, vie profane, chant, musique de violon, musique d'orgue, danses de\nquatre pays différents, tels sont les principaux éléments qui ont formé cette\nchose extrêmement complexe qu'est la sonate de Bach en la mineur. L'œuvre\nmusicale ne tombe pas du ciel ; elle ressemble] à un arbuste que termine une\nfleur délicate, mais qui tire sa vie d'en bas, de racines dirigées en tous sens, et\ndes souffles d'air que respirent ses feuilles. Comment le compositeur ramène-t-il\nà l'unité tant de matériaux divers? Un de ses moyens, c'est l'analogie thématique.\nJ'ai déjà cité le début de l'adagio ; voici celui de la fugue :\nLe lecteur n'aura certainement aucune peine à constater que ces diverses mé-\nlodies sont la mise en œuvre et 1' « arrangement )) d'un même et unique thème.\n{A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.17", "texte": "LES RESSOURCES DE L'ORGUE MODERNE\nR. M.\n3°\n\nLes ressources de l'orgue moderne\n\nLes dernières années du xixe siècle auront vu dans le domaine de la musique\nl'heureux effondrement de théories erronées qui, trop longtemps, ont retardé\nles progrès de Fart. Telle la prétention de reléguer l'orgue dans la tribune de\nl'église catholique, et d'en faire un instrument voué de la façon la plus stricte\nau service du culte religieux. Tout le monde a présent au souvenir un fragment\ndes Harmonies qui servent inéluctablement d'épigraphe aux dissertations sur\nl'orgue et de texte aux discours d'inauguration :\nOn n'entend pas sa voix profonde et solitaire\nSe mêler, hors du temple, aux vains bruits de la terre ;\nLes vierges, à ses sons, n'enchaînent point leur pas,\nEt le profond écho ne les répète pas.\nMais il élève à Dieu, dans l'ombre de l'église,\nSa grande voix qui s'enfle et court comme une brise\nEt porte en saints élans à la Divinité\nL'hymne de la nature et de l'humanité.\nIl a suffi de citer cette délicieuse et poétique phraséologie pendant cinquante\nans pour retarder les progrès de facture d'un instrument qui devait rester hié-\nratique par essence et rituel par destination.\nLe clergé, il est vrai, tenait l'organiste dans un état de domesticité peu\nhonorable, réglé par un décret de 1809 concernant les conseils de fabriques.\nIl y est dit à l'article 33 : (( La nomination et la révocation de l'organiste, des\nsonneurs, des bedeaux, suisses ou autres serviteurs de l'église appartiennent\naux marguilliers. )) Que voulez-vous, que pouvez-vous exiger d'un malheureux\nmusicien assimilé à un bedeau, à un suisse, à un sonneur de cloches et dont les\ntitres artistiques sont examinés par des marguilliers !\nLes organistes ont été longtemps considérés comme le rebut des pianistes.\nL'orgue étant un instrument sur lequel il suffisait de plaquer des accords,\noffrait une ressource aux musiciens dont les doigts inexpérimentés se refu-\nsaient à exécuter les traits exigés par la musique de piano.\nLe Conservatoire lui-même a consacré l'erreur et prolongé le malentendu en\ndispensant les concurrents de la classe d'orgue des épreuves ordinaires de virtuo-\nsité et de lecture à vue, par où passent les élèves des différentes classes d'exécu-\ntion. Installée la dernière de toutes (1) et considérée aujourd'hui encore comme\nune classe de composition pratique, l'étude de la fugue et du plain-chant y\nprédominé. Dans cette situation mal définie elle est arrivée, sous la direction de\nl'illustre César Franck, à briller d'un vif éclat ; mais on ne saurait nier que la\nvirtuosité y était assez négligée et j'ajouterai un peu dédaignée par les remar-\nquables élèves, devenus aujourd'hui des maîtres, qui suivirent la classe d'orgue\nde 1872 à 1890.\nOr, qu'est-il arrivé? C'est que l'Eglise, tout en voulant accaparer le monopole\nde l'orgue, ne se gêna pas pour aller chercher dans l'orchestre des éléments d'at-\ntraction destinés à relever la pompe des cérémonies de mariage ou d'enterre-\n\nD) Il résulte des recherches faites par M. Constant Pierre que la classe d'orgue fut bien\ninscrite sur le document qui fixa, sous le titre de Loi organique du 16 thermidor an 111, le pro-\ngramme des études du Conservatoire. Le titulaire était Séjan, organiste de Saint-Sulpice, qui,\nfaute d'orgue, faisait sa classe sur un clavecin. Plus tard on commanda un harmonium à Grenié,\nqui ne livra jamais l'instrument. C'est seulement vers la fin de la Restauration que la classe\nd'« orgue et improvisation » fonctionna régulièrement, sous la direction de Benoist."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.18", "texte": "LES RESSOURCES DE L'ÛRGUE MODERNE\n\nment. Elle engagea des violons, des violoncelles, des contrebasses, des trom-\nbones, des cors, des harpes; le piano lui-même trouva sa place dans le chœur.\nLamartine n'était plus consulté, et Meyerbeer, Halévy, Verdi, Gounod et beau-\ncoup d'autres réservaient dans leurs partitions deux lignes à la partie d'orgue.\nDès ce moment, le prestige sacerdotal de l'orgue a subi une atteinte sérieuse.\nPuisque le Stabat de Rossini se passait de ses services, l'instrument avait mau-\nvaise grâce à refuser les avances de Robert le Diable, la Juive, le Trouvère, de\nFaust. Mais ce changement de situation n'allait pas sans une modification radi-\ncale de ses moyens d'expression. Le théâtre, prenant l'orgue pour représenter\nscéniquement un épisode religieux,se contentait des effets auxquels le destinait\nson cadre original; il en exagérait même le caractère ; mais il était aisé de pré-\nvoir que, sorti de l'église, l'orgue ne se bornerait pas au rôle d'accessoire dans\nles scènes religieuses. Il devait figurer au concert, faire entendre sa voix puis-\nsante dans la masse symphonique et même se prêter au solo. D'autre part, deux\nou trois organistes hautement musiciens, impatients de voir le plus complet des\ninstruments déployer toutes ses ressources, s'essayaient dans un genre de mu-\nsique tout à fait différent de ce que pouvait exiger l'idéal d'un marguillier de\n1809. Les huit premières Symphonies de M. Widor,par exemple, sont faites pour\nle concert, et, à part quelques fragments, ne sauraient trouver place dans aucune\ndes parties de l'office catholique. Il faut donc observer que l'orgue s'est mo-\ndernisé, non pas pour provoquer un genre de musique moderne, mais bien\nparce que les aspirations modernes de la musique réclamaient cette transfor-\nmation.\nPour arriver au résultat rêvé, il était inutile de songer à modifier la sonorité\nde l'instrument. Si l'on excepte les jeux dits de mutation qui tenaient autrefois\nune place beaucoup trop considérable, on peut remarquer que l'orgue ancien\navait à peu près les mêmes éléments que l'orgue moderne. Son caractère sonore\nn\"a pu être détruit par l'adjonction d'un ou deux jeux à anches libres, d'une uti-\nlité d'ailleurs contestable ; mais c'est la partie mécanique, absolument défec-\ntueuse autrefois, qui sollicitait l'attention des facteurs.\nDeux inventions, l'une scientifique, le levier pneumatique de Barker, l'autre\nsimplement ingénieuse, la boîte expressive, ont révolutionné la facture et le jeu\nde l'orgue. Par la première, la docilité des claviers est devenue parfaite, quel\nque soit le nombre des jeux tirés et des accouplements opérés.\nPar la seconde, on est arrivé à « nuancer )) la musique. Entendons-nous tou-\ntefois sur ce mot « expression )), au point de vue où nous nous sommes\nplacé.\nL'expression sur un violon dépend du frottement de l'archet; sur un instru-\nment à vent, de l'action du souffle humain ; sur un piano, de l'attaque des doigts.\nL'expression, dans ces trois applications, est produite par le sentiment musical\nde l'exécutant: elle reflète l'idée que le virtuose se fait de la phrase musicale,\nmais encore faut-il que l'instrument, par ses détails de construction, se prête à\ndes inflexions différentes.\nDans l'orgue, rien de pareil : l'attaque ne peut être modifiée au gré de l'orga-\nniste, et ce n'est pas (( expressionner )) que d'ajouter, de retrancher des jeux,\nde passer d'un clavier à l'autre, seules ressources offertes par les instruments du\nXVIII6 siècle et du commencement du xixe. Le réservoir qui tient l'air aspiré par\nles pompes le transmet aux sommiers dffine manière égale avec une pression que\nrien ne peut modifier sous peine de détruire la justesse du son*"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.19", "texte": "LES RESSOURCES DE L ORGUE MODERNE\n\nD'autre part, les essais de S. Erard, en vue d'obtenir une graduation de sono-\nrité par l'enfoncement plus ou moins sensible des touches, n'avaient pas produit\nle résultat cherché. Comment donc l'orgue est-il devenu expressif ? C'est bien\nsimple. Les tuyaux composant les différents jeux du clavier supérieur, appelé\nrécit, ont été enfermés dans une sorte de grande boîte hermétiquement close,\nmais dont la partie antérieure est composée de lames mobiles sur un pivot clans\nle sens vertical et que la pression du pied sur une pédale ad hoc fait ouvrir ou\nfermer progressivement.\nGrétry, vers la fin du xvine siècle, estimait que l'expression dans l'orgue était\nla pierre philosophale en musique. Les écrivains ecclésiastiques du siècle sui-\nvant se montrèrent moins enthousiastes. Ils s'élevèrent contre l'innovation, la\njugèrent dangereuse et la qualifièrent de « compressive et irréligieuse » ; l'un\nd'eux même la traita de « peste )), et en cela il n'avait pas tout à fait tort. La\npédale d'expression, au début, n'avait pas de crans d'arrêt. Mal placée à l'extré-\nmité du clavier de pédales, elle était comprimée par un ressort et tellement sen-\nsible, qu'un léger mouvement du pied l'amenait à ouvrir brusquement les jalou-\nsies. En outre, les organistes encore inexpérimentés— un trop grand nombre\nd'entre eux n'ont pas acquis l'expérience au moment où paraissent ces lignes\nen usaient sans discernement, de manière à produire d'horribles effets d'accor-\ndéons poussifs. A cette défectueuse pédale dite « à cuiller » succéda plus tard\nune semelle aménagée au milieu de la rangée des appels de combinaisons ; on la\nfît non plus à ressort, mais basculant sur un axe et avec une inclinaison réglable\nà un centimètre près.\nDès lors, son emploi fut nettement établi. Ce n'était plus un agent d'expres-\nsion, mot vide de sens, mais une facilité d'obtenir des degrés de force dans la\nsonorité, d'arriver au crescendo ; en un mot, de nuancer la musique. Ainsi com-\nprise, la pédale dite d\"expression modifie complètement le caractère de l'orgue ;\net certes, si, sous le pied de certains organistes, elle produit l'effet d'un odieux\nbâillement, ce n'est pas la faute de l'homme ingénieux qui l'inventa et des\nfacteurs qui l'appliquent à tous leurs instruments. On en est arrivé, comme dans\nl'orgue de la salle Humbert de Romans, édifié par la maison Abbey de Versailles,\nà rendre les trois claviers expressifs. Cette'combinaison, prônée par quelques\nartistes de la plus haute valeur, notamment par Saint-Saëns, complique singu-\nlièrement la construction de l'instrument ; mais, en retour, elle offre à l'exécu-\ntant, surtout dans l'improvisation, des ressources infinies.\nQuant au levier pneumatique imaginé par Barker et dont nous n'avons pas à\nfaire ici la description, il a l'avantage de neutraliser la résistance forcément\nimposée au clavier par un nombre souvent très considérable de soupapes à\nouvrir. Il autorise les traits, les trilles, les arpèges, les répétitions dénotés les\nplus rapides.\nLà encore, un danger apparaissait. L'organiste, ayant à sa disposition un\nclavier plus léger encore que celui du piano, n'allait-il pas modifier complète-\nment le rôle de l'instrument dénommé par un éminent critique, Joseph d'Arti-\ngue, (( sacré et sacerdotal )) r Certes, l'abus était à craindre en ce qui concerne\nla fonction religieuse de l'orgue. Mais, de ce que les muscles de la jambe de\nl'homme permettent le pas de course, s'ensuit-il que nous ne puissions marcher\nqu'à l'allure accélérée ? pourquoi interdire la vélocité aux jeux de l'orgue ?\nComme on dit en langage trivial, qui peut le plus peut le moins; et n'est-il\npas admirable, cet instrument moderne qui permet d'exécuter tour à tour le"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "468", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.20", "texte": "LES RESSOURCES DE L ORGUE MODERNE\n\nsolennel Prélude en ut mineur de Bach et l'étincelante Sinfonia de la 29e can-\n-9\ntate, l'impressionnante Absoute d'Ambroise Thomas et Y Ouverture de la Flûte\nenchantée, si ingénieusement transcrite par l'Anglais Best ?\nA l'église, et remplissant son rôle liturgique, l'orgue se prête au style serré,\naux successions d'accords grandioses, et pas un orchestre, si nombreux, si puis-\nsant soit-il, ne saurait le suppléer; mais, au concert, il fournit à la virtuosité la\nplus exigeante tous les éléments désirables. C'est, sans jeu de mots, affaire de\ntact pour l'organiste de régler son jeu d'après les circonstances qui sollicitent\nson concours. Profiter de la docilité actuelle des claviers de l'orgue pour faire\ndes traits rapides pendant l'offertoire ou l'élévation équivaut à l'acte d'un mal\nappris qui se mettrait à califourchon sur un prie-Dieu. N'empêche que cette\nposture, si négligée qu'elle soit, pourra se faire accepter dans l'intimité du\nfumoir.\nEt maintenant, une question se pose ; L'orgue est-il un orchestre ? Plusieurs\norganistes contemporains le pensent, et j 'en connais qui passent pour maîtres\ndans l'art d' (( orchestrer )) leurs improvisations. A leur tête je placerai\nM. H. Dallier, l'éminent artiste de Saint-Eustache.\nAu premier abord, l'idée paraît juste ; mais, en y réfléchissant, l'assimilation\nn'est pas possible. L'orchestre est la réunion de timbres différents ayant sur\nl'échelle harmonique des situations variées, tandis que les sonorités de l'orgue,\nde natures tout à fait spéciales, et de productions identiques, se résolvent en un\ntimbre unique.\nLe malheur a voulu que les premiers facteurs donnassent à leurs combinai-\nsons de tuyaux des dénominations qui ont pu égarer l'opinion.\nLes mots de flûte, trompette, cromorne, hautbois, violon, gambe, contre-\nbasse, inscrits sur les boutons de registres, n'ont rien qui rappelle les instru-\nments de mêmes noms qui composent une partition. Les jeux de l'orgue se\ndivisent en jeux doux (flûtes), voilés (bourdons), éclatants (montres et anches),\ntranchants (gambes), composés (mixtures et voix célestes) ; mais le mode d'é-\nbranlement de l'air ne varie pas et l'apparente diversité des timbres repose sur\ndes tuyaux de métal ou de bois de formes différentes, il est vrai, mais régis par\nles mêmes lois d'acoustique. Dans la sonorité de l'orchestre, il y a amalgame des\ntimbres ; dans la sonorité de l'orgue, il y a fusion complète, et aucun jeune peut\nprédominer au gré du compositeur ou de l'exécutant. Dans la masse de l'or-\nchestre, l'oreille la moins exercée peut distinguer la partie des violons, celle des\ncuivres ou même une tenue de clarinette; dans l'ensemble des jeux de l'orgue,\non perçoit à peine la distinction entre les deux groupes des jeux à bouche et\ndes jeux d'anches : et tout l'art des harmonistes consiste à obtenir la fusion\ndes timbres. Toute assimilation semble donc théoriquement impossible entre\nune machine inconsciente et une réunion d'hommes se sentant maîtres de leur\ninstrument.\nLaissons à l'orgue ses qualités propres. Tel qu'il existe à notre époque, il a\natteint la perfection ; sa partie mécanique ne laisse plus rien à désirer. C'est à\nl'imagination des acousticiens de trouver dans l'accouplement, dans la forme,\ndans la disposition des tuyaux, des timbres nouveaux. C'est aux artistes d'étu-\ndier attentivement les ressources de l'orgue en vue de réaliser des effets de\nsonorité en rapport avec le caractère spécial et bien défini de l'instrument.\n\nEUG. DE BRICQUEVILLE."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "469", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.21", "texte": "TROMPETTE MARINE ET VIOLES\nR. M.\n31\n\nTrompette marine et Violes.\n\n(( Apprenez-moi la Trompette marine », dit le Bourgeois gentilhomme à son\nmaître de musique, et le public se tord de rire à la pensée de M. Jourdain changé\nen une sorte de Triton soufflant à pleines joues dans une conque, comme Rubens\nen a reproduit autour de la glorification de Marie de Médicis.\nLe désir du brave homme est beaucoup plus simple, il ne pense à nulle mise\nen scène, et 1 idée de fatiguer ses poumons dans l'eau écumante n'entre pas dans\nsa modeste cervelle, un instant congestionnée par des idées de grandeur. Il\ndevait savoir que la Trompette marine était, de tous les instruments de l'époque,\nle plus rudimentaire, le plus facile à apprendre, un peu encombrant cependant,\nmais privé de tout pavillon triomphal et de tout éclat de cuivre. Elle se compo-\nsait de trois simples planches de cinq pieds de long, d'une corde tendue plus\nou moins sur un chevalet, d'une cheville et d'une plaque de verre placée sous la\ntouche. Un archet grossier, recourbé en arc, frottait cette unique corde sans\nrythme et sans aucun art. Le tout avait la forme d'une pyramide triangulaire\nallongée, posée sur une toute petite base.\nCet instrument cher à M. Jourdain était employé, paraît-il, dans la Grande\nEcurie de Louis XIV, où avaient lieu des sortes de concerts. L'instrumentiste\nchargé du rôle de trompette marin tournait de la main gauche les pages à ses\ncollègues voisins, tandis que la droite raclait sans relâche, et rendait un bruit\ncontinuel, sorte de pédale reliant entre elles les sonorités plutôt sèches des in-\nstruments pincés : luths, théorbes, etc.\nL'instrument rendait un son de crécelle douce, causé par la disposition du\nchevalet, dont un pied seulement était fixé à la table, tandis que l'autre, libre,\neffleurait le bois à chaque vibration occasionnée par l'ébranlement de la corde.\nLa trompette marine avait eu cependant son époque de gloire. Selon Bonanni,\ndans son Cabinetto harmonico, elle aurait été employée au XIIIc siècle sur les\nvaisseaux, mais elle avait alors deux et même trois cordes, un manche à six\ntouches séparé du corps de l'instrument; c'était, en somme, une sorte de con-\ntrebasse, ou plutôt de basse de viole à sonorité grinçance.\nElle eut aussi sa vogue en Allemagne, au moyen âge, où elle fut très popu-\nlaire sous le nom de Trommelscheit ou Trompeten-geige ; en Hongrie, elle était\nconnue sous le nom de Tympanischitza ; un auteur allemand, Glettle, composa\nmême trente-six petits morceaux pour deux trompettes marines (!) publiés à\nAugsbourg. Ils font partie d'un recueil intitulé musica genialis latino-germa-\nnica.\nCe pauvre instrument, délaissé, déclassé, eut pourtant de glorieux ancêtres :\nles célèbres gigues, de la grande famille des VIOLES (les prédécesseurs de notre\nquatuor à cordes actuel), au son doux, au corps large ainsi que le manche et la\ntouche, instruments aux variétés infinies, aux formes les plus diverses.\nLa viole fut le seul instrument à archet employé par les anciens maîtres. Elle\nvint d'abord modestement s'ajouter aux instruments à cordes pincées, avec\nlesquels elle forma les véritables orchestres primitifs.\nPeu à peu son rôle devint prépondérant, elle finit par envahir tout. Les violes\nexpulsèrent les premiers occupants, pour être expulsées à leur tour quelques\nsiècles plus tard parles violons, altos et violoncelles, triomphateurs actuels."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "470", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.22", "texte": "TROMPETTE MARINE ET VIOLES\n\nLorsque les antiques chifonies à roues furent uniformément baptisées\nvielles ou vièles, ce nom finit petit à petit par désigner tous les instruments à\ncordes frottées mécaniquement ou à l'aide d'un archet. Italianisé, comme tout\nce qui touchait à la musique, le mot devint viola, ou viole en français.\nLa famille des VIOLES comporte deux branches principales : i° celle des\nvioles proprement dites, innombrables, de toutes dimensions, depuis la grande\nviole ou contrebasse de viole représentée par Paul Véronèse dans son tableau\ncélèbre, les Noces de Cana, jusqu'à la toute petite pochette que le maître de\ndanse glissait sous son jabot dans une poche de son habit de soie, en passant\npar la viole moyenne que Raphaël met entre les mains d'Apollon dans son\nParnasse ; 2° celle des gigues, représentée aussi par un nombre considérable de\nspécimens différents.\nCes gigues furent principalement employées en Allemagne, elles donnèrent\nleur nom au violon actuel, appelé en allemand : geige.\nAgricola, le savant auteur de la Musica instrumentalis germanica, parue\nà Wittemberg en 1545, en compte quatre espèces, depuis la Bassgeige da brac-\nchio, pareille à un petit violoncelle à manche court, faisant partie du corps de\nl'instrument (ce qui distingue la gigue de la viole), jusqu'à la Discantgeige>\nqui subsista seule quelque temps et finit par se fondre avec le petit rebec en\ndevenant le soprano de violon, appelé aussi sourdine à cause du peu de bruit\nqu elle produisait.\nLa trompette marine est la descendante, la parente pauvre de la gigiae.\nLa viole, jouée aussi en Allemagne, devint l'instrument préféré de l'ltalie et de\nla France ; son existence fut infiniment plus longue ; elle était encore en faveur\nau milieu clu xvme siècle. D'abord très simple de facture, la viole devint bien-\ntôt un objet de luxe. Au fur et à mesure que les exécutants devenaient plus\nhabiles, elle se compliquait, le nombre des cordes augmentait ; on en faisait de\ntoutes manières, avec ou sans échancrures, ornées d'une ou de plusieurs rosaces\nà jour finement sculptées, avec ou sans chevalet ; des touches décoraient les\nmanches, des têtes de femmes ou d'animaux s'ajoutaient aux coquilles ; enfin des\nincrustations et des arabesques d'argent, d'ivoire ou de bois précieux, faisaient de\nla viole une merveille de goût et de luxe. La lutherie s'affina, les artistes en con-\nfection de violes cherchèrent sans trêve les formes compatibles avec la meilleure\nsonorité, de sorte que les violes célèbres de Gaspard da Salo devinrent souvent\nplus tard des violoncelles, employés et très recherchés de nos jours.\nLa virtuosité, en augmentant, exigea aussi une réforme complète dans la po-\nsition employée par les exécutants. La viole se jouait en général sur les genoux,\nl'archet renversé ; beaucoup de saintes Céciles et d'anges de l'école italienne nous\nmontrent encore cette façon incommode d'en jouer, mais avec le temps l'instru-\nment monta vers l'épaule ou se glissa entre les genoux.\nLe nom même donné à 1 instrument indique la position définitivement adoptée :\nviola di gamba, viola da spalla, viola di bracchio ; on retrouve l'exacte reproduc-\ntion de cette dernière dans le manuscrit allemand des Minnesânger. Le vieux\nmanuscrit français les Echecs amoureux nous montre encore des violes jouées\nsur les genoux. De cette nombreuse famille, la dernière disparue fut le pardessus\nde viole, jouée d'après Lavoix jusqu'en 1757 par une célèbre virtuose, Mlle Lévy.\nLes violes di gamba étaient, avant d'être perfectionnées par Gaspard da Salo,\ndes instruments moins complets que leurs sœurs aux voix plus élevées. Les"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "471", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.23", "texte": "TROMPETTE MARINE ET VIOLES\n\nbasses étaient très faibles, leur sonorité molle ; on en fit de toute taille, mais\nsans résultat appréciable. Les exécutants étaient du reste d'une faiblesse exces-\nsive, ils ne connaissaient guère que la première position, et le démanché leur était\ninconnu ou représentait une difficulté invincible. J.-S. Bach tenta de remédier à\ncet état de choses en inventant en 1720 la viola pomposa, sorte de grand alto à\ncinq cordes. Il espérait ainsi renforcer les notes élevées de la basse ; mais ce ne\nfut qu'une tentative qui n'eut pas de suite. On essaya aussi de donner plus de\nvigueur au son en ajoutant des cordes extérieures, de façon à former une sorte\nde bourdon à la quarte. Ces cordes extérieures n'étaient, du reste, pas une nou-\nveauté, car on en trouve adaptées au crouth, le vieil ancêtre saxon employé\naux ixe et xe siècles.\nLa lyre doit aussi être comptée dans la famille des violes, quoique n'ayant\navec elles aucun rapport au point de vue de la forme. Il y en avait de\nplusieurs dimensions, depuis la grande lyre italienne à quinze cordes, accordées\nà volonté, jusqu à la petite lira di bracchio.\nLa viole d 1 amour diffère des autres violes par des cordes en boyau ou en métal,\ncordes résonnant sympathiquement, placées en dessous des cordes frottées, en\nmême nombre et accordées à l'unisson.\nL'alto de viole d'amour ou ténor n'avait que sept cordes supérieures et autant\nd'inférieures, mais la basse de viole d'amour possédait un nombre de cordes sup-\nplémentaires variant entre seize et vingt. Cet instrument était la passion du\nprince Esterhazy, qui fît composer à Haydn 163 œuvres pour cet instrument. Sa\nsonorité spéciale le fit souvent employer au théâtre ; Meyerbeer s'en servit dans les\nHuguenots avec le succès que l'on sait. D'autres compositeurs moins célèbres\nécrivirent pour cette basse de viole ou baryton des œuvres considérables : Karl\nFrantz, le virtuose Krumlowski, Anton Lidl, Hoffmann ; Wenzel, organiste à\nAuerbach, composa un concert pour viole d'amour, luths concertants, flûtes\ndouces, deux cors, violon et basse.\nLe rebecchino, petit dessus de viole d'amour, n'eut qu'une existence éphémère.\nLes instruments à cordes actuels ne sont en somme que le perfectionnement\nde ces différentes violes. Il y a loin de la trompette marine, employée à la fin\nde son existence dans quelques couvents de femmes, tombée entre les mains des\nmendiants, et le violoncelle sorti de l'atelier de Stradivarius ! Çe sont les luthiers\nitaliens, toujours à la recherche d'une meilleure sonorité, qui changèrent peu à\npeu la forme primitive du rebec en celle des différents instruments employés\nencore à notre époque. Pendant longtemps on ne sut comment utiliser les nou-\nveaux venus Heur voix était trop puissante pour les oreilles et les habitudes\nmusicales de l'époque, ils ne purent trouver place ni dans la musique dramatique\nni dans les concerts ; jusqu'à la moitié du xvne siècle ils restèrent presque\ninconnus. L'archet subit, de son côté, une transformation complète ; la célèbre\nfamille Tourte fît de ce morceau de bois recourbé, de cette baguette, une œuvre\nd'art, en lui assurant la force et l'élasticité ; enfin Corelli, en associant les deux\nperfections à son génie, commença l'ère triomphale du violon.\n\nPAUL VIARDOT."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "472", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\n\nInformations\n\nUn de nos amis qui, au cours d'un voyage en Italie, en avril dernier, a pu\nvoir et entretenir celui qui est aujourd'hui le pape Pie X, nous affirme : « Il est\nvraiment téméraire de prétendre que le pape actuel se soit prononcé entre les\ndeux écoles, ou plutôt les deux éditions de plain-chant qui, pendant quelques\nannées, se sont disputé l'influence sur le monde catholique . celle de Ratisbonne\net celle de Solesmes. La cour romaine est trop prudente, trop souple en pareille\nmatière), et, pour tout dire, trop incompétente en matière d'archéologie musicale,\npour condamner nettement ceci ou cela... et croyez bien qu'elle ne le fera ja-\nmais. La seule chose vraie, c'est que le pape d'aujourd'hui a catégoriquement\nflétri l'esprit mondain dans la musique d'église; ce qu'il a voulu répudier, c'est\nla juxtaposition du profane et du sacré dans la liturgie, c'est l intrusion de compo-\nsiteurs qui ne voient, à l'église, qu'une occasion de briller ou un moyen de par-\nvenir. En cela d'ailleurs, le prélat de Venise se montrait conforme à la vraie\ntradition, l'Eglise n'ayant jamais cessé, depuis Jean XXII, de protester, par la\nvoix de ses princes les plus autorisés, contre l'exploitation de ses cérémonies par\ndes artistes étrangers à son esprit. ))\n\nVALENCE | Espagne]. Au concours international des sociétés musicales\norganisé à Valence, le premier prix, de 8.000 pesetas, a été remporté par le\n2e régiment du Génie, de Montpellier.\n\nMÉDAILLES ET SUBVENTIONS. M. le ministre de l'instruction publique et des\nbeaux-arts a accordé une médaille d'argent (grand module) pour être décernée,\ncomme prix, à l'une des sociétés musicales qui prendront part aux concours or-\nganisés, en 1903, dans les villes suivantes : Melle, Boulogne-sur-Seine, Ville-\nneuve-sur-Yonne, Mantes, Brie Comte-Robert, Vanves, Cette.\nUne subvention de 250 fr. a été accordée, à titre d'encouragement, à la Société\nnationale de musique de la manufacture de Sèvres.\n\nCONSERVATOIRE NATIONAL. Prix Nicodami. Les arrérages du prix\nNicodami, institué au Conservatoire pour récompenser les meilleurs élèves de\ncet établissement, ont été répartis, cette année, par moitié entre MM. Gaubert,\nier prix de contrepoint et fugue, et Mercier, lERIER prix de hautbois.\nPi ix Meunié. Le prix Meunié, consistant en un don d'une harpe neuve\nd'Erard à décerner à la meilleure élève de la classe, a été attribué, cette année,\nà Mlle Pestre, première nommée.\nArmentières. On annonce la prochaine transformation de l'Ecole muni-\ncipale de musique d'Armentières en Ecole nationale.\n\nECOLE DE MUSIQUE CLASSIQUE. Une 1/2 bourse à l'Ecole Niedermeyer\n(Boulogne-sur-Seine) a été accordée par le ministre de l'instruction publique et\ndes beaux-arts au jeune Quignard (René), fils d'un professeur de musique au\ncollège de Nogent-le-Rotrou.\nDroits d'auteurs. A la suite de leur récent vovage en Russie, MM. Capus et\nMarcel Prévost ont publié un intéressant rapport sur la protection des œuvres\nfrançaises dans cet Etat."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "473", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.25", "texte": "NOTES BIBLIOGRAPHIQUES\n\nLe Domino noir, que M. Albert Carré fait annoncer pour la nouvelle saison\nde TOpéra-Comique, a besoin, pour ne pas déplaire, d'artistes de premier ordre ;\naussi sera-ce une joie d'entendre MUe Korsoff, qui ala voix la plus agile et la\nplus pure qu'on puisse désirer. Nous avons encore dans l'oreille « la chanson\nde l'oiseau » qu'elle chanta dans la Parysatis de Saint-Saëns, à Béziers. Ce\ntriomphe de la vocalise fut pour tous un enchantement.\nLe Domino noir doit inaugurer, le lundi 7 septembre, les (( lundis populaires »\nque va créer M. Carré, en attendant le vrai « théâtre populaire » qu'on désire\ntoujours, et depuis si longtemps, à Paris.\nM. Leichner, président du comité pour le monument Wagner, a invité\nM. Chaumié, ministre de l'instruction publique, à assister au festival de Berlin\nou à s'y faire représenter. Un ministre ne peut examiner une invitation de ce\ngenre que quand le festival est officiel, c'est-à-dire organisé parle gouvernement\ndu pays où il a lieu, et quand l'invitation est transmise par voie diplomatique.\nTel est le sens de la réponse qui a été faite à M. Leichner.\nLa Norddeutsche Allegemeine Zeitung (23 août) vient de reproduire, en les\nempruntant à la Revue musicale, les lettres de Marie Wodzinska à son fiancé\nFr. Chopin que nous avons publiées pour la première fois le ier août.\nNous apprenons la formation d'une nouvelle et importante Société musi-\ncale :le (( Quintette vocal de Paris », composé de MMlles J. Leclerc, H. Subain,\nA. Deville, MM. Ch. Fuchs et L.-Ch. Battaille.\n\nNotes bibliographiques\n\nComme suite à l'article publié plus haut sur la musique instrumentale au\nxvie siècle, je donnerai les indications suivantes. Les deux principales (( époques ))\ndans l'histoire du violon sont, dans ce siècle :\ni° Le 3e recueil de Marini (Airs, Madrigaux et Danses) paru à Venise en 15 20.\nEn voici le titre exact:\n(( Ane, Madrigali et Correnti ai. 2. y. di Biagio Marini, maestro di Capella in\nSanta Eufemia & Capo delta Musica de gli Signori Academia Erranti in Brescia.\nOpéra terza, dedicata al molto Illustre et eccellm 0 Signor Ludovico Baitello. Stampa\ndel Gardano in Venezia. MDCXX. Apresso Bartolomeo Magni. ))\nCe recueil se compose de 17 chants et de 6 pièces de musique instrumentale\n(danses). Pour les 5 premières de ces pièces, aucun instrument n'est spécialement\nindiqué; mais la dernière a le titre suivant, qui, pour la première fois, indique\nune œuvre écrite pour violon seul :\n(( Romanesca PER VIOLINO SOLO e Basso se Piace : Al Signor Gian Battista Magni\nO C>\nGiouanetto di molto aspettazione nel Violino. ))\nCette danse se compose de quatre fragments, dont chacun se divise en deux\nparties de 6 et 5 mesures. La partie de violon est très mélodique ; la basse est\nécrite en contrepoint très simple. (La (( romanesca », appelée aussi en Italie\nSaltallero, est une danse rapide et sautée, analogue à la « gaillarde » française.)"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "474", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.26", "texte": "NOTES BIBLIOGRAPHIQUES\n\n20 Le 5e recueil de Bassani, publié à Bologne en 1683, En voici le titre\nexact :\n(f Sinfome a due o tre instrumente, con il Basso continuo per borgano, consacrate\nail'lllustrissimo et excellentissimo Signore Co. Alessandro Sanvitali, Conte di Fon-\nmarchese di Bel for te, do Gio. Battista Bassani, Academico Filarmo-\nnico, opéra quinta. In Bologna, per Giacomo Monti. i 683. ))\nLes 12 pièces de ce recueil sont des sonates d'église (comme le prouve la\npartie d'orgue).\nL'originalité importante de ce recueil, c'est qu'on y trouve le premier exemple\nde travail thématique, c'est-à-dire que, pour la première fois, on voit l'auteur\ndécomposer un thème en un certain nombre de parties qu'il modifie par augmen-\ntation ou diminution de valeur et qui lui servent de base pour construire le\nmorceau.\nLe premier facteurde violons connu est Gaspard Duiffoprucgar, qui vivait à\nBologne au commencement du xvie siècle. On a trois violons de lui, 'propriété\nde M. Niederheitmann à Aix-la-Chapelle , qui sont datés de 1511, 1517 et 1519.\nDuiffoprucgar fut appelé à Paris par François lerIer et vécut ensuite à Lyon. Pierre\nWoeïriot, le célèbre graveur lorrain, nous a laissé un très beau portrait de lui,\nentouré de curieux instruments. Le musée du Conservatoire de Bruxelles pos-\nsède une très belle et très précieuse basse de viole de Duiffoprucgar, avec, au\ndos, le plan de Paris au xvi\" siècle en marqueterie.\nAux premières sonates pour piano sont indissolublement attachés les noms de\nJohann Kuhnau et deDom. Scarlatti.\nJ. Kuhnau, né en Saxe le 6 avril 1660, fut le prédécesseur de J.-S. Bach,\ncomme cantor de l'église Saint-Thomas, à Leipzig. Il a écrit pour le piano, entre\nautres compositions, Sept Sonates (1696) et les Histoires bibliques (1700), aux-\nquelles la Revue musicale a consacré une étude dans son numéro de février 1902.\nLes œuvres de ce compositeur, dont l'importance est capitale pour l'histoire de\nla musique de piano, ont été publiées par M. Karl Pasler dans les Monuments de\nla musique allemande, publication monumentale d'une haute valeur critique\n(4e vol.).\nDominique Scarlatti, fils d'Alexandre Scarlatti, le célèbre fondateur de\nl'Ecole napolitaine, est né à Naples en 1685, la même année que Bach. Rival\nde Hàndel comme claveciniste et organiste, il a publié un très grand nombre\ndécompositions, parmi lesquelles on peut citer : 60 sonates pour piano éditées\nchez Breitkopf, à Leipzig, et dont Clara Schumann a édité 20 numéros choisis);\nle recueil de Czerny (200 morceaux). Des sélections des œuvres de Scarlatti ont\nété publiées par Kohler (12 sonates et fugues), Tausig (3 sonates), Mans de\nBiïlow (18 sonates ; travail peu exact), par Schletterer, par Farrenc dans le\nTrésor des pianistes, par Pauer dans le recueil intitulé les Vieux Maîtres."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "475", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.27", "texte": "La Revue musicale, 51, rue de Paradis, tient àla disposition de ses lecteurs\nl'important ouvrage suivant, d'une valeur et d'un intérêt uniques :\nCongrès international d Histoire de la Musique tenu à Paris\n(Bibliothèque de l'Opéra) du 23 au 29 juillet 1900. Documents, Mémoires lus au\nCongrès, Vœux. Fort et beau volume imprimé par les Bénédictins, à Solesmes.\nNous en donnerons une idée exacte en reproduisant la table des matières :\nPages.\nDiscours prononcé par M. BOURGAULT-DUCOUDRAY à l'ouverture du Congrès. . . 7\nI\nMUSIQUE GRECQUE\nE. RUELLE. Le Chant gnostico-magique des sept voyelles grecques. ....... 15\nELIE POIRÉE. Chant des sept voyelles. Analyse musicale 28\nL. LALOY. Le genre enharmonique des Grecs. 39\nMGR B, GRASSI LANDI. Observations sur le genre enharmonique. . . .... 57\nTu. REINACH. L'harmonie des sphères 60\nJ. TIERSOT. Le premier hymne delphique 63\nTii. REINACH. Sur la transcription du premier hymne delphique 65\nËLIE POIRÉE. Une nouvelle interprétation rythmique du second hymne à Apollon. . . 70\nII\nMUSIQUE BYZANTINE\nR. P. THIBAUT. Assimilation des « Échoi » byzantins et des modes latins avec les an-\nciens tropes grecs »... . . * 73\nR. P. THIBAUT. Les notations byzantines. ................. 86\nDom HUGUES GAISSER. L'origine et la vraie nature du mode dit « Chromatique orien-\ntal ». ; 93\nIII\nMUSIQUE DU MOYEN AGE\nA. MUSIQUE RELIGIEUSE\nG. BOUDARD. La notation neumatique 103\nDOM HUGUES GAISSER. Observations sur la communication de M. Houdard 113\nG. HOUDARD. La notation neumatique considérée dans son sens matériel extérieur. . 116\nMGR B. GRASSI LANDI. Observations relatives à l'interprétation des notes neumatiques\ndu chant grégorien 124\nDOM HUGUES GAISSER L'origine du « Tonus peregrinus » . 127\nLIBORIO SACCHETTI. Léchant religieux de l'Église orthodoxe russe 133\nB. MUSIQUE PROFANE\nP. AUBRY. La légende dorée du jongleur 155\nMICHEL BRENET. Un poète musicien du xve siècle : Eloy d'Amerval 165"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "476", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.28", "texte": "IV\nMUSIQUE MODERNE\nJ. TIERSOT. Des transformations de la tonalité et du rôle du dièse et du bémol depuis le\nmoyen âge jusqu'au xvir siècle ( Résumé) 175\nDre O. CHILESOTTÏ. Musiciens français : Jean-Baptiste Besard et les luthistes du xvie siè-\ncle 179\nROMAIN ROLLAND. Notes sur 1' « Orfeo » de Luigi Rossi et sur les musiciens italiens,\nà Paris, sous Mazarin 191\nSHEDLOCK. Purcell et Bach (Traduit de l'anglais par Mlle FERNANDE SALZEDO). . . 210\nALEXANDRE LONGO. Observations sur la valeur historique des compositions pour clavecin\nde Dominique Scarlatti 213\nADOLF LINDGREN. Contribution à l'histoire de la cc Polonaise» 215\nGEORGES HUMBERT. Les principes naturels de l'évolution musicale 221\nARNALDO BONAVENTURA Progrès et nationalité dans la musique 226\nILMARI KROHN. De la mesure à 5 temps dans la musique finnoise 241\nP. LANDORMY. Des moyens d organiser en France une ligue pour la protection & le dé-\nveloppement de l'art musical 246\nTH. GEROLD. De la valeur des petites notes d'agrément & d'expression 251\nV\nVARIA\nCommunication de M, CAMILLE SAINT-SAENS (réformes de l'écriture musicale) ... 261\nHELOUIN. Histoire du métronome en France 264\nMEERENS. Réforme du système musical 270\nJULIAN CARILLO. La nomenclature des sons. . 276\nEDOUARD GARIEL. De la nécessité de méthodiser l'enseignement de la musique en lui ap-\npliquant une base scientifique 281\nMILE H ORTENSE PARENT. De l'enseignement élémentaire du piano en France au point de\nvue çle la vulgarisation de la musique 289\nLIONEL DAURIAC. La Pensée musicale 296\nJULES COMBARIEU. Le vandalisme musical. 29$\nConcert historique donné à l'occasion du Congrès de musique le samedi 28 juillet 1900 en\nl'hôtel de S.A. le prince Roland Bonaparte. . 306\nCollection d'autographes musicaux. . 309\nVœux du Congrès 311\nListe et adresses des Membres du Congrès 3 13\n(Nombreuses planches de musique ancienne et moderne dans le texte.)\nPrix de l'ouvrage, port compris : iofr. (au lieu de 15).\nAux bureaux de la Revue Musicale, 51, rue de Paradis, Paris, contre mandat-poste."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "477", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.29", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\n( Suite )\nJe viens te faire de la peine, mon cher Chopin, car je viens te demander une\nchose qui te coûtera à m'accorder comme elle te coûtera à me refuser. Cepen-\ndant je ne résiste pas à t'en parler : c'est à savoir si tu voudrais bien jouer avec\nmoi l'adagio et le final de la symphonie en la de Beethoven, chez Erard, le\nsamedi soir, ier mars.\nC'est cet arrangement à 8 m. que nous avons dit il y a 5 ou 6 ans chez papa [?1,\net je proposerais cette année les deux autres parties à Pixis et à Zimmerman,\nsi tu y consentais. Si tu n'y consens pas, je ne veux pas même que tu me passes\ndes excuses, la première fois que j'irai te voir, car c'est sur un morceau de papier\nque tu mettras oui ou non à mon adresse.\nD'ici là, comme après, toujours le même.\nC -V. ALKAN.\nLundi.\n\nC.-V. ALKAN\n(1836)\n\nLe COMTE JULES APPONY écrit qu'il ne vient pas lui-même chez Chopin dans\nla crainte de le déranger. M. Stockhausen a rappelé à Chopin que lui (App.)\ndésirerait savoir qui Chopin lui recommande comme maître de musique ; Cho-\npin a indiqué Reber. Il le prie donc de lui donner son adresse, ainsi que le prix\nde ses leçons.\n(Date : (( Jeudi, le 27 octobre », donc 1836; adr. Ch.-d'Ant.)\nLe COMTE RODOLPHE APPONY (1 ) écrit que la princesse Grassalkowich, née\nEsterhazy, désire faire la connaissance de Mme Dudevant (G. Sand) ; il prie donc\nChopin de leur faciliter une rencontre. (Adr. rue de Provence, n° 57 ?)\nTHÉRÈSE APPONY-NOGAROLA recommande à Chopin une jeune pianiste de\nVienne, très douée, M1Ie Millier, qui est venue à Paris dans l'unique but d'enten-\ndre Chopin et de devenir son élève. Elle prie Chopin de lui indiquer l'heure où\nMlle Muller pourrait se présenter. (Adr. Ch.-d'Ant )\nEMM[ÀNUEL] ARAGO envoie à Chopin un autographe de son père.\n\nARTOT\n\nMonsieur, Monsieur Chopin,\n5, rue Tronchet, près la Madeleine,\nParis.\nMON CHER CHOPIN,\nSavez-vous que vous me donnez de la jalousie en diable? Partout où on arrive,\ntout ce qui porte nom de femme vous parle de Chopin: Connaissez-vous Cho-\n(1) Le comte Appony était ambassadeur d'Autriche à Paris.\n\nR. M\n3 2"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "478", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.30", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\npin? Dieu! que je voudrais faire la connaissance de Chopin ! C'est encore l'at-\ntrait de votre nom pyramidal qui me fait vous écrire ces quelques lignes.\nMlle Kologrivoff va à Paris pour entendre de la bonne musique et faire quel-\nques études ; bonne musicienne elle-même et ayant un fort joli talent, elle sera à\nmême de pouvoir vous apprécier et profiter de vos excellents conseils. Veuillez\ndonc être assez bon pour l'aider un peu de votre influence, et l'accueillir comme\nvous savez le faire. Je n'ai pas besoin de vous dire que c'est à charge de revan-\nche ; mais en attendant que vous m'en donniez l'occasion, je vous prie d'en rece-\nvoir mes sincères remercîments, ainsi que l'assurance de tous mes sentiments les\nplus dévoués et bien affectueux.\nJ ARTOT.\nMoscou 10 mai, 1841.\n\nMME BARTHÉLÉMY, NÉE NOURRIT, prie Chopin de lui accorder un don pour les\npauvres de la paroisse de Saint-Séverin.\nLe GÉNÉRAL J BEM (clans une lettre du 14 111 1835, écrite en polonais)\napprend à Chopin qu'un grand nombre de Polonais veulent créer une Société\npolytechnique, dont le but sera de faciliter aux travailleurs l'entrée des établisse-\nments spéciaux, d'aider à l'écoulement des objets travaillés, de trouver des com-\nmandes pour l'ouvrage, de chercher des places à ceux qui peuvent donner des\nleçons, enfin de placer les artisans dans les fabriques. Il prie Chopin d'assister\nà l'assemblée, et dans ce cas de faire partie de la Société.\nUne seconde lettre, écrite sur formulaire imprimé : (( Société polytechnique\npolonaise )) (Paris, 5 XII 1835), et commençant par ces mots : (( Cher Chopi.\nnet )), contient la prière d'envoyer le dû des 14 billets envoyés, ainsi que des\n6 nouveaux (?), car la Société a besoin d argent.\nDans une troisième lettre (dat. 6 VII 1536), commençant aussi par les mots:\n(( Cher Chopinet », le général Bem écrit que, comme Chopin n'a pas voulu ap-\npartenir à (( la grande association )), il lui demande d entrer dans la (( petite )) (?),\net le prie de s'inscrire sur la liste qu il joint à sa lettre, ajoutant que Chopin,\n(( étant un des plus riches Polonais )), doit y contribuer pour une somme plus\ngrande que celle de tous les autres. La lettre se termine par ces mots : « Il ne\nvous convient pas de donner moins de 200 francs, mais vous pouvez en donner\ndavantage. La somme avancée en ce moment vous sera rendue doublée Nous\naurons ensuite de quoi nous payer un bon petit dîner. Je vous embrasse\nsincèrement ))."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "479", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.31", "texte": "LETTRES DE DIFFÉRENTES PERSONNES A CHOPIN\n\nHECTOR BERLIOZ\n\nLETTRE I\n\nMonsieur, Monsieur Chopin,\nà Marseille.\n[1839]\nMON CHER CHOPIN,\nLes uns me disent que vous allez bien, les autres que vous souffrez davantage,\nd'autres enfin qu'ils n'ont point de vos nouvelles ; pour en finir, soyez assez bon\npour m'écrire quatre lignes et me dire comment vous vous trouvez et quand vous\nnous revenez.\nMille amitiés.\nH. BERLIOZ.\nP. S. Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de Mme Sand et mettez à ses\npieds mes plus violentes admirations. Nous venons d'éprouver un rude opéra\nd'Auber.\n\nLETTRE II\n\nMON CHER CHOPIN,\nExcusez-moi auprès de Liszt et de ces Messieurs ; je ne pourrai pas me trou-\nver ce soir à votre dîner ; j'ai trop à travailler.\nJe vous verrai, je pense, après demain, ainsi que Liszt, dans la matinée.\nTout à vous.\nH. BERLIOZ.\n\nLETTRE III\n\nJe viens de voir Vidal ; j'aurais voulu vous parler. Severini est prévenu, allez\nle plus tôt possible vous arranger avec lui.\nH. BERLIOZ.\n|Le billet suivant était joint à cette lettre :]\nDimanche, 26 juillet, à onze heures et demie,\nSalle des concerts de la rue Neuve-Vivienne,\nRépétition générale de la symphonie militaire *,\nComposée par M. H. Berlioz,\nPour la fête funèbre du 28 juillet.\n(( H. BERLIOZ ».\nBon pour deux personnes.\n* Marche funèbre, Hymne d'adieu, Apothéose."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "480", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.32", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nLETTRE IV\n\nMon cher Chopinetto, nous projetons de faire une excursion hors la ville, à\nMontmartre, rue Saint-Denis, n° 10 ; j'ai l'espoir que Miller, Liszt et Devigny\nseront accompagnés de Chopin.\nEnorme bêtise.\nTant pis.\nH. B.\n\nJ.-L. BLAHETKA apprend que le concert de sa fille est remis, et n'aura pas lieu\nle 18 avril.\nIl demande que Chopin vienne les voir.\n(Dat. 11 IV 1832.)\nMME BOBIÉ, NÉE JAcQuEM 1 N 0 T , prie d'indiquer des heures de leçons pour sa\nfille.\n(Adr. : Ch.-d'Ant.)\nMME BRZOZOWSKA invite Chopin à dîner.\n(Adr. : Ch -cl'Ant.)\nHENRY LYTTON BULWER invite à dîner.\nLe COMTE G. DE CARAMAN remercie Chopin pour les précieuses indications\ndonnées à sa fille et le prie de lui continuer ses leçons. Il porte lui-même ce billet\nà Chopin, au cas où il ne le trouverait pas II demande de lui indiquer les heures\nde leçons.\nD. PRINCESSE DE CHARTELLEUX remercie pour les leçons données à sa fille\n(Adr. : r. d. Montb.)\nCÉCILE T. CHÉRUBINI (veuve du célèbre compositeur) se rappelle au souvenir\nde Chopin et lui parle d'une certaine pianiste qui doit jouer, au concours du\nConservatoire, une composition de Chopin ; elle désire ses conseils pour la jeune\nfille. (28 VI 1847.)\nMME R. CHEVALLIER demande quand elle pourra trouver Chopin chez lui, afin\nd'apprendre s'il consent à accepter sa fille comme élève.\nEDMOND CHOJECKI écrit en vers (Adr. rue Saint-Lazare, cité d'Orléans, n° 9)\npour une invitation à dîner.\nMME CAMILLE DE COURBONNE prie Chopin, en l'appelant (( charmant sylphe )),\nde lui apprendre ce qui concerne sa santé, car elle a entendu dire qu'il est souf-\nfrant. (Adr. C. d'Orl )\nDans une seconde lettre, elle parle d'un jeune Allemand de Stuttgart qui, ébloui\npar le jeu de Chopin, rêve de devenir son élève.\nDans une troisième (dat. 7 II 1846), elle remercie Chopin d avoir pensé à\nelle et lui exprime toute son admiration.\nLa PRINCESSE DE CRAON envoie un billet pour un concert de musique reli-\ngieuse."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "481", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.33", "texte": "LETTRES DE DIFFÉRENTES PERSONNES A CHOPIN\n\nAD. CRÉMIEUX\n(avocat aux Conseils du Roi et à la Cour de cassation).\n\nLETTRE I\n\nMonsieur Chopin,\nSquare d'Orléans, 40, rue Saint-Lazare.\nMONSIEUR,\nUne erreur de jour s'est glissée sous la plume de ma femme ; elle vous a prié\nde vouloir bien venir dîner avec nous mardi ; c'est jeudi qu'elle voulait dire, ou\nplutôt elle n'a pas songé que jeudi ma parole est engagée par une réunion politi-\nque à 7 heures du soir. Pardon, mon cher Monsieur, soyez assez bon pour lire\njeudi au lieu de mardi dans le billet de ma femme ; je vous prie en grâce de ne\npas être pris ailleurs pour ce nouveau jour. Nous comptons sur vous et nous fai-\nsons une grande joie de vous recevoir.\nVous connaissez toute mon estime et tout mon dévouement ; recevez-en la bien\nsincère expression.\nAD. CRÉMIEUX.\nSamedi matin.\n\nLETTRE II\n\nA Monsieur Chopin,\nParis, le 13 février 1834.\nVoudrez-vous bien, Monsieur, accepter pour jeudi prochain 20 février un\npetit dîner de famille, qui nous permette enfin de vous voir de plus près et de\npasser quelques heures avec vous? Mon bon ami Liszt se charge de vous remet-\ntre ce billet ; il me promet en votre nom que vous viendrez avec lui. J'espère bien\nque ma femme et moi nous ne serons pas privés d'un plaisir qui nous est une\nfête.\nVotre dévoué serviteur,\nAD. CRÉMIEUX.\n\nLETTRE III\n\nCHER AMI,\nJ'ai une jeune nièce de 13 ans qui nous semble destinée à prendre une bonne\nplace parmi les artistes, et nous lui ouvrons avec plaisir les portes de la carrière.\nDepuis longtemps déjà, toute son ambition est d'être votre élève, mais vous la"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "482", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.34", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nprésenter avant qu'elle fût en état de vous comprendre, c'est ce que je n'aurais\njamais voulu. Aujourd'hui je crois qu'elle ne serait pas indigne d'être accueillie\npar vous ; mais pourrez-vous l'accueillir? Je ne vous demande pas si vous le vou-\ndrez, j'ai dans votre amitié toute confiance, le pourrez-vous? Là est la question\nJe vous demande en grâce, mon cher Chopin, de recevoir comme votre élève ma\nnièce, qui est aussi la nièce de Mme Eugénie Beer ; vous nous direz bientôt avec\ntoute franchise si elle peut nous donner des espérances, et alors, s'il en est ainsi,\nvous nous comblerez de joie en l'inspirant de vos conseils, en la formant de vos\nleçons.\nSa mère, ma belle-sœur, vous porte cette lettre et vous conduit sa fille. Puisse-\nt-elle m'apporter réponse favorable !\nA vous d'estime et d'affection,\nAD. CRÉMIEUX.\n13 novembre 43.\n\nA. DE CUSTINE\n\nLETTRE I\nMONSIEUR,\nMonsieur Chopin,\nRue de la Chaussée-d'Antin, n° 18.\nJe crois la nature polonaise si volatile, que je ne puis m'empêcher, Monsieur,\nde craindre que vous n'ayez oublié notre dîner d'aujourd'hui, et je m'empresse de\nvous rappeler votre promesse en vous renouvelant mes remerciements pour le\nplaisir que vous avez fait l'autre jour à tout ce qui était chez moi, et surtout à\nmoi, qui sens et apprécie votre talent comme peu de gens le font.\nMille compliments. A 6 heures j'espère vous voir.\nA. DE CuSTINE.\nCe jeudi.\n\nLETTRE II\nMONSIEUR,\nMonsieur Chopin,\nRue du Mont-Blanc, n° 5.\n[Timbre de poste: 30 juin 1836.]\nVous êtes la seule personne à qui je donne l'autorisation de venir à Saint-Gra-\ntien quand elle veut et sans m'en prévenir. Voilà tout ce que je voulais vous dire\navec mille amitiés.\nA. DE CuSTINE."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "483", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.35", "texte": "LETTRES DE DIFFÉRENTES PERSONNES A CHOPIN\n\nLETTRE III\nMONSIEUR,\nMonsieur Chopin,\nRue du Mont-Blanc, n# 5.\nVous avez été à Enghien et on m'assure que vous y reviendrez : j'espère que\nvous ne me ferez pas l'injure de prendre une chambre ailleurs que chez moi.\nVous pouvez prendre les eaux de Saint-Gratien aussi bien que d'Enghien, et je\nvous ferais conduire aux bains tous les matins; ils sont à un quart d'heure de\nchez moi. J ai d'ailleurs mille choses à vous dire de Londres, qui, je crois, vous\nseront agréables. Nous sommes presque seuls et vous auriez pleine liberté. Vous\nsavez d'ailleurs le plaisir que j'ai toujours à vous voir ; Ignace se joint à moi\npour vous déterminer, et je vous renouvelle l'assurance d'une discrétion à toute\népreuve, car je veux avant tout que vous vous trouviez bien chez moi.\nRecevez, Monsieur, l'assurance de mes bien sincères sentiments.\nA. DE CuSTINE.\nSaint-Gratien, ce 18 juin.\nOn m'écrit à Paris, rue de La Rochefoucauld, n° 6, mais j'espère bien que vous\nm'arriverez ici sans écrire.\n\nLETTRE IV\nIgnace médit, cher Chopinet, que vous ne pouvez venir aujourd'hui diman-\nche, mais que vous viendrez mercredi. Vous savez que vous êtes le seul qui\npuissiez venir au hasard ici, étant sûr d'y faire toujours plaisir ; une fois pour\ntoutes, ne demandez donc jamais si vous pouvez venir et arrivez quand bon\nvous semble. Si vous venez mercredi, vous devriez rester quelques jours, sinon\nquelques heures, enfin, ce que vous voudrez ; mais venez. Vous m'avez fait faire\nune scène ?] de mon livre, venez pour me tirer d'une ornière où je suis tombé et\nd'où je ne puis sortir sans vos inspirations. Jouez-nous ce que vous avez fait de\nnouveau et improvisez-nous ce que vous ferez. Mais surtout ne vous croyez\nobligé à rien, qu'à m'aimer, mais c'est justement là le difficile!!!.. Il m'est si\nfacile d'aimer, moi, que le bon Dieu aurait dû joindre à cette faculté malheureuse\ncelle de me faire aimer ; mais c'est précisément le contraire qui arrive ; ce qui fait\ndire à Mme Gay, que l'amour est une lèpre et que malheureusement celle-là ne se\ngagne pas.\nNous avons vu Mme de Girardin, qui est d'une tristesse à fendre le cœur.\nElle part pour le Berry : et vous? Mystérieux génie que vous êtes, pourquoi me\ntraitez-vous comme le monde à qui vous ne dites rien ?\nJ ai reçu hier une lettre charmante de Jules Janin. Il est au moins bon enfant,\ncelui-là. C'est que son génie est une immense dose d'esprit, et que l'esprit natu-"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "484", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.36", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nrel est toujours bon homme. Voilà pourquoi vous l'êtes quand on vous tient. Je\nsuis sûr qu'à l'heure qu'il est vous êtes très bon homme quelque part ; pourquoi\nn'est-ce pas ici ? A mercredi, j'espère ;je ne crois pas que Mme Pleyel soit libre ce\njour-là ; vous devriez lui donner rendez-vous ici pour dimanche et venir passer\nles fêtes de juillet ici ; Paris ne sera pas tenable pendant ce temps-là.\nAmitié.\nA. DE C.\nSaint-Gratien, ce dimanche.\nSavez-vous qu'il y a pour Saint-Gratien même deux voitures par jour? L'une\npart à 10 heures du matin, l'autre à quatre heures du soir, rue du 8.-G. Saint-\nDenis, n° 25. Je vous indique ce moyen parce qu'une fois ici, je vous ferais man-\nquer l'heure et vous seriez obligé de coucher.\n\nLETTRE V\n\nQuoi. le sylphe du piano doit se faire entendre, et j'en suis averti par le pu-\nblic ? C'est mal; connaissez-moi et jugez-vous! Voulez-vous m'envoyer deux\nbillets ? J'aurais bien désiré vous en demander davantage, mais je suis hors du\nmonde et de tout.\nMille vieilles amitiés et cent mille nouvelles rancunes.\nA. DE CUSTINE.\nQue veut dire ce départ qu'on nous annonce? où allez-vous donc?\n\nLETTRE VI\n\nCHER CHOPIN,\nQuoique vous soyez habitué à mes éloges, qui sont le cri de la vérité, je ne\npuis me lever après une nuit d'insomnie sans vous dire le souvenir passionné\nque me laissera la soirée d'hier. Je vous ai retrouvé tout entier, et encore perfec-\ntionné, agrandi ; le temps, aidé de l'influence du génie, a fait de vous tout ce que\nvous pouvez être ; cette maturité dans la jeunesse est sublime : c'est 1 art dans sa\nperfection : peut-être l'effet surprenant que vous avez produit sur moi tient-il\nà votre longue absence..• je ne vous avais pas oublié; pourtant je vous retrouve\navec une sorte d'étonnement que je me reproche : j'aurais donc été ingrat dans\nmon souvenir. . Cependant je me croyais une qualité, et c'est vous surtout qui\nl'avez développée en moi : c'est la reconnaissance que m'inspirent les jouissances\nde l'art. Quand, une fois dans sa vie, un homme de génie m'a fait tout le plaisir\nque produit une oeuvre parfaite dans quelque genre que ce soit, devînt-il man-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "485", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.37", "texte": "LETTRES DE DIFFÉRENTES PERSONNES A CHOPIN\n\nchot, bègue, imbécile, j'éprouverais le çnême plaisir chaque fois que je penserais\nà lui Jugez, d'après cela, quelle est ma gratitude envers vous!\nJe n'ai pas un mot à joindre au secret que je vous confie ; j'avais le cœur plein,\nil fallait parler, malgré Je dégoût que vous m'inspirez pour la parole qui...\nhélas !... est mon instrument à moi. N'avez-vous pas été quelquefois tenté de\nbriser vos pianos ? C'est ce que j'éprouve quand vous me donnez l'envie de\nme couper la langue et de jeter ma plume au feu.\nMille amitiés! A jeudi.\nA. DE CUSTINE.\nSaint-Gratien, ce dimanche matin.\n\nLETTRE VII\n\nMONSIEUR,\nMonsieur Chopin,\nRue du Mont-Blanc, n° 5.\nVous aimez les gravures, et je vous envoie, Monsieur, les plus gracieuses que\nj'aie pu trouver. Au premier moment de liberté, j'irai vous voir et vous proposer-\nun projet que j'ai formé pour le temps que vous viendrez, j'espère, passer à Saint-\nGratien. Nous voulons employer quelques-uns des jours que vous nous donnerez\nà parcourir les environs de Paris, pour voir Ermenonville, Mortefontaine, Chan-\ntilly, et nous pensons que cette course vous sera salutaire, autant qu'elle nous\nserait agréable à faire avec vous. Je désire que le projet vous plaise autant qu'à\nmoi, et en attendant le beau temps, agréez de nouveaux remerciements pour le\nplaisir que vous m'avez fait, ainsi que l'assurance de ma considération la plus\ndistinguée.\nA. DE CUSTINE.\nCe 18 mars. Rue de La Rochefoucauli, n°-6.\n\nLETTRE VIII\n\nVous avez gagné en souffrance, en poésie; la mélancolie de vos compositions\npénètre plus avant dans les cœurs : on est seul avec vous-même au milieu de la\nfoule ; ce n'est pas un piano, c'est une âme, et quelle âme ! Conservez-vous pour\nvos amis : c'est une consolation que de pouvoir vous entendre quelquefois ; dans\nles rudes jours qui nous menacent, l'art comme vous le sentez pourra seul réunir\nles hommes divisés par le positif de la vie ; on s'aime, on s'entend dans Chopin.\nVous avez fait du public un cercle d'amis : enfin vous êtes égal à vous-même;\nc'est tout dire, Pensez à moi : je ne puis penser qu'à vous.\nToujours le même.\nA. DE CUSTINE."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "486", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.38", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nLETTRE IX\n\nCHER CHOPIN,\nJ'ai fait une horreur, j'ai mal compris la lettre de Mme de Castellane ;sa fille est\nallée chez vous sans elle, et elle a trouvé relâche, sans comparaison, comme hier\nà Don Juan. Ce désappointement ne la décourage pas, elle vous demande in-\nstamment de ne pas l'abandonner à son vague instinct musical ; d'autant, et c'est\nmoi qui ajoute ceci, qu'elle a déjà un joli talent : vous serez content d'une telle\nécolière ; quant à moi, je me trouverais bien heureux d'avoir quelque chose à lui\nenseigner. L'heureux homme que vous êtes !...\nMerci de votre bonne et aimable et rare visite d'hier ; j'ai besoin que mes amis\npensent à moi, car en voici un bien ancien à l'agonie.\nA. DE CUSTINE.\nLiszt veut donner des leçons à Mme de Contades, et elle veut en prendre de\nvous : ceci ressemble tout à fait aux amours croisés du Pastor Fido.\n\nLETTRE X\n\nMON CHER CHOPIN,\nYrous m'avez rendu le souvenir de mes plus beaux jours de Saint-Gratien et de\nParis ; je vous ai retrouvé et avec vous le piano sans ses inconvénients, sans\nnotes pour des notes, avec des pensées que vous exprimez malgré l'instrument,\ncar ce n'est pas du piano que vous jouez, c'est de l'âme. Vous m'avez ravi comme\ndans notre meilleur temps. Je voudrais être mourant ; vous me ressusciteriez ;\ncar alors vous viendriez, j'ai encore cette confiance !... .\nParlez-moi des amis comme vous ! on n'a pas de peine à les servir et leur\nsuccès va tout seul : on envoie un article pour eux à un journal qui vous\nfait dire : c'est vous; mais nous avons mieux; on dit à toutes ses connais-\nsances : allez au concert de Chopin ; et chacun vous répond : nous avons des bil-\nlets depuis huit jours et nous en demandons en vain pour des amis ; on n'en\ndonne plus !...\nLa Pologne n'est malheureuse qu'en masse, chacun de ses enfants a une étoile\nparticulière qui le dédommage des malheurs publics.\nJe pars pour bien longtemps, et pour aller bien loin, et je ne me consolerais\npasde cette nouvelle absence, si j'avais souvent l'espoir de vous entendre comme\nce soir. Vous avez attiré par le charme de votre élégance tout ce qu'il y avait\nd'amateurs vrais et d'élégants à Paris : la composition de l'auditoire était mer-\nveilleuse ; mais moi, quand je vous écoute, je me crois toujours seul avec vous,\net peut-être avec mieux que vous encore! ou du moins avec ce qu'il y a de mieux\nen vous."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "487", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.39", "texte": "LETTRES DE DIFFÉRENTES PERSONNES A CHOPIN\n\nPardon de tout ce bavardage ; mais ce sont des choses que je voulais vous dire,\net en face je n'oserais pas.\nVous savez que vous faites de moi tout ce que vous voulez, mais vous ne vou-\nliez pas croire que vous aviez le même pouvoir sur beaucoup de monde ; je suis\nfâché pour moi et bien aise pour vous de voir à quel point vous étiez injuste pour\nle public.\nA. DE CUSTINE.\nCe mardi matin.\n\nLETTRE XI\n\nMONSIEUR,\nMonsieur Chopin,\nRue Tronchet, n° 5 ou 7.\nVous pensez, j'espère, cher Chopinet, que votre nom m'a donné bien des\nregrets hier chez moi! C'est un guignon, mais au premier jour de liberté réci-\nproque, je vous demanderai de vous souvenir de votre promesse qui fait le\nbonheur démon avenir, au milieu de ce gouffre de soucis qu on appelle ici des\nplaisirs.\nJe vous réunirai, j'espère, à quelques amis, cinq ou six personnes, dont la\nprésence vous empêchera de regretter votre bonne volonté pour moi. Vous voyez\ncomme je deviens modeste : c'est un peu votre faute. A bientôt, j'espère, et\nl'amitié reste ce qu'elle était, malgré vos absences volontaires et autres.\nA. DE CUSTINE.\n\nLETTRE XII\n\nMONSIEUR,\nMonsieur Chopin,\nRue Tronchet, n° 5 ou 7.\nCHER CHOPINET,\nJ'arrive du bout du monde, et vous de plus loin encore, car on voyage plus\npar le cœur et par l'imagination que par la poste. Pour l'honneur de la Pologne,\nj'espère vous retrouver le même ; vous êtes incapable de confirmer les calomnies\nde ces ennemis qui disent qu'avec les hommes de ce pays-là les absents ont tou-\njours tort. Je viens vous mettre à l'épreuve en vous envoyant par Ignace un billet\nd'Opéra italien ; quoique je reste à la campagne pour me reposer de mes courses\nen Sibérie, j'irai demain dans ma loge avec l'espoir de vous y voir, et de vous"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "488", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.40", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\naccabler de la constance bien connue des sentiments français. Ignace vous dira\nque vous êtes obligé de m'adorer, et de me protéger : il vous dira pourquoi vous\navez cette charge. Cependant je renoncerai même à ce que je désire le plus, c'est-\nà-dire à vous faire plaisir, si vous prenez cela pour une peine. Enfin, jamais\namitié ne fut plus fidèle et moins confiante que la mienne Vous sauverez toutes\nces dissonnances avec votre talent ordinaire, si vous voulez vous souvenir de moi,\nsans me confondre avec le flot d'importuns qui vous obsèdent sans doute, puis-\nque vous êtes déjà depuis longtemps à Paris sans même vous être informé de\nvos meilleurs amis.\nA. DE CUSTINE.\nSaint-Gratien, ce vendredi, 15 nov.\n\nLETTRE XIII\n\nN'est-il pas vrai, cher Chopin, que voici le véritable encrier et la vraie plume\nd'un homme qui n'écrit pas? Aussitôt que je les ai aperçus, j'ai pensé à vous. Je\nvous les envoie avec les vœux d'un cœur vraiment ami Comme je pressens l'âge\ndu rabâchage, je m'attache plus que jamais aux vieilles coutumes, et en com-\nmençant l'année, je me rapproche de ce que j'aime.\nJe ne voudrais pas mêler un reproche au témoignage de mon attachement : je\nsais la brièveté des jours à Paris, même quand ils prennent sur les nuits, mais je\nsais aussi la brièveté de la vie, et il est dur de reconnaître tous les jours davan-\ntage le vide et le faux des paroles, quand on sait où est la source de la poésie,\nc'est-à-dire du vrai, quand on se dit qu'elle est là tout près et plus abondante que\njamais, et qu'on n'y peut puiser ! Quelque absorbé qu'on soit par un sentiment\ndominant, quelque émietté que soit le temps des gens à la mode, on trouve tou-\njours une heure, une matinée, une soirée, une inspiration pour un vieil ami,\nd'autant moins exigeant que peu de souvenirs suffisent à nourrir son imagination\npour une année.\nJe confie ces réflexions à votre cœur, si tant est qu'un poète ait du cœur\nhors de l'amour passionné, et de l'inspiration.\nMoi qui me suis cru un peu poète quelquefois, je commence à douter de tout,\ndepuis que je reconnais l'inutilité des attachements désintéressés. Voilà ce que\nje voulais éviter : voilà des reproches : c'est que je suis insatiable de ce qui me\nplaît et me touche, et que vous me mettez à une diète par trop sévère : quand on\nest ce que vous êtes, on se doit un peu à qui vous apprécie et vous comprend.\nAdieu, mauvaise année 1839 ! et vous, sylphe inconstant, promettez m'en une\nmeilleure ! Voilà tout ce que je me souhaite à moi même : quant à ce que je puis\nsouhaiter pour vous, il ne dépend pas de moi de vous le donner; mais à force\nde vertus, je me réjouis du fond du cœur en pensant que vous l'avez trouvé, et\nje m'en réjouirais moins tristement si, malgré tout votre bonheur, vous me\ncomptiez encore pour quelque chose.\nAdieu, Polonniaiseur.\nA. DE CUSTINE."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "489", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.41", "texte": "CHOPIN SUR SON LIT DE MORT\nesquisse au crayon de Kwiatkowski"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "491", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.43", "texte": "LETTRES DE DIFFÉRENTES PERSONNES A CHOPIN\n\nLETTRE XIV\n\nCHER CHOPIN,\nCroyez moi, malgré les apparences, quand je vous dis que je vous aime pour\nvous plus que pour moi ; je viens vous le prouver, car je ne crains pas\nde vous importuner encore ; à la vérité, c'est la dernière fois que j'insisterai pour\nvous faire suivre mes conseils.\nVous êtes malade ; vous pourriez surtout le devenir bien plus sérieusement.\nVous êtes sur la limite des chagrins de l'âme et des maux du corps : quand les\npeines du coeur se transforment en maladies, nous sommes perdus ; c'est ce que\nje veux éviter pour vous, je n'essaie pas de vous consoler, je respecte vos senti-\nments, que d'ailleurs je ne fais qu'entrevoir; mais je veux qu'ils restent senti-\nments et qu'ils ne deviennent pas des douleurs physiques. C'est un devoir que\nde vivre, quand on a une source de vie et de poésie, comme vous l'avez ; ne per-\ndez pas ce trésor et ne traitez pas légèrement le bon Dieu en faisant fi de ses dons\nles plus précieux. Voilà le crime irrémissible, car Dieu lui-même ne vous rendra\npas le passé perdu volontairement par vous.\nPour le conserver ce passé si plein d'avenir, vous n'avez qu'un parti à pren-\ndre : vous laisser traiter comme un enfant et comme un malade ! Vous persuader\nque vous n'avez qu'une affaire : votre santé : le reste reviendra de soi-même. J'ai\nassez d'amitié pour vous pour que vous me permettiez d'aller au fond des choses.\nEst-ce l'argent qui vous retient à Paris ? Si c'est cela, je puis vous en prêter,\nvous me le rendrez plus tard, mais vous vous reposerez trois mois !!! Si 1 amour\nvous manque, laissez au moins faire l'amitié ; vivez pour vous, pour nous ; il\nsera temps alors de vous enrichir. Trois mois de repos et de traitement raisonné,\nsuivi, suffiront pour arrêter le mal ; mais il faut cela! L'inquiétude de 1 esprit\nvous poursuivra dans la solitude : c'est vrai; mais le repos du corps finira par\ngagner Pâme, et les ailes du talent vous emporteront dans un monde qui console\nde celui-ci. Ne restez pas dans la routine de vos journées de Paris : vous avez\nchez moi une occasion difficile à retrouver : un mois cle campagne et de bon\nrégime, puis le voyage jusqu'aux bords du Rhin. Ignace doit aller jusqu à Stras-\nbourg avec mes chevaux ; si cette manière de voyager vous est trop lente, nous\nen trouverons une autre; mais une fois sur le Rhin, vous êtes à Ems, et de là\nvous êtes partout, car Ems, bien pris et bien appliqué, c'est la santé! ..\nJe vous ai déjà dit tout cela : mais mon amitié m'a paru m'obliger à vous le\nrépéter. Ne me répondez pas, si ce n'est en venant vous établir mardi ou mer-\ncredi de l'autre semaine à Saint-Gratien, où vous serez aussi libre que moi et\nplus, puisque vous n'aurez pas même à remplir les petits devoirs du maître de la\nmaison. Voici la dernière fois que je vous importune, mais cette importunité n'a\npas besoin d'excuse, n'est-ce pas ? Mme Merlin est revenue pour vous entendre;\nmais elle a compris et regretté la cause de votre départ.\nA. DE CuSTINE.\n\nLE PRINCE CZARTORYSKI invite à venir prendre le thé. (Ecrit en polonais. Adr.\nCit. Berg.)"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "492", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.44", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\nLa PRINCESSE A CZARTORYSKA (belle-mère de la princesse Marcelline) fait\nsavoir à Chopin qu elle a appris par hasard qu'il ne veut pas tenir la parole\ndonnée ; elle ne peut cependant supposer qu'il en soit ainsi, car elle sait qu'il ne\ns'intéresse pas moins qu'elle à cette entreprise. (Il est difficile de comprendre ici\nde quoi il est question.)\nEnsuite voici un formulaire imprimé :\n« Le Prince et la Princesse Czartoryski ont l'honneur d'inviter M. Frédéric\nChopin à venir chez eux,\naux soirées,\nles samedis,\nà 9 heures.\nLe 8 décembre 1846.\nParis, 2, rue Saint-Louis-en-l'lsle.\nHôtel Lambert. (Adr. C. d'Orl.) »\nDANTAN écrit dans une lettre du 3 II 1842, que, pour éviter la fatigue à Chopin,\nil envoie chercher par sa servante les 200 fr. que M. Quesnel a donnés pour la\nfonte en bronze des deux bustes de Chopin.\nDans une seconde lettre du 8 111 1848, il envoie le compte, s'élevant à 110 fr.,\nd un buste en bronze et de deux en plâtre.\n\nE. DELACROIX\n\nLETTRE I\n\nCHER CHOPIN,\nJe vous envoie deux petits livres que M, Clericetti m'a donnés pour vous et\nque vous accueillerez avec bonté en pensant au plaisir que vous faites à ce\npauvre homme.\nJe ne sais s'il y aura demain les quatuors et quintettes pour lesquels vous\naviez la bonté de me garder une place : mais je serai assez malheureux pour ne\npouvoir en profiter. Ma fièvre m'a quitté, mais j'ai été repris de malaises pour\nêtre sorti et mon médecin ciaint le moindre froid comme pouvant ramener les\naccès : sans cette prescription j'aurais été vous embrasser et vous demander des\nnouvelles des habitants de Nohant.\nAdieu, cher, recevez mes bien sincères tendresses.\nEUG. DELACROIX.\nCe samedi."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "493", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.45", "texte": "LETTRES DE DIFFÉRENTES PERSONNES A CHOPIN\nR. M.\nn ->\n? >\n\nLETTRE II\n\nMonsieur F. Chopin.\nCHER CHOPIN,\nMille remercîments de votre aimable attention. On m'avait parlé de cela, mais\nje ne l'avais point vu ; j'aperçois en courant que c'est bien beaucoup de choses.\nEmbrassez pour moi tout le monde autour de vous. Soignez-vous bien. J'irai\nprier M\"\"6 Sand de remercier pour moi Charles Blanc qui n'a jamais cessé d'être\naimable pour moi. A bientôt, vous qui méritez des autels et un hôtel que je nous\nsouhaite à tous deux.\nMille tendresses, cher ami.\nEUG. DELACROIX.\n\nLETTRE III\n\nCHER BON CHOPIN,\nPardonnez-moi, si vous n'avez pas eu les estampes hier soir : on m'a manqué\nde parole et j'en ai été bien ennuyé. Je comptais vous les envoyer chez vous rue\nTronchet, mais ce matin je vous les envoie rue Pigalle.\nRecevez mille vœux, non pas comme tout le monde les fait : ceux d'un cœur\nqui vous aime bien, bien, bien.\nJ'espère vous voir ce soir ; mais ce moment est capable de me faire devenir\nfou.\nAdieu, bon ami.\nEUG. DELACROIX.\nJe ne suis pas content des gravures. Elles ne sont pas belles d'apparence,\nmais elles seront utiles. J'aurais voulu avoir le temps de courir chez plusieurs\nmarchands.\nMes vœux à Mme Sand, en attendant que j'aille les lui dire moi-même.\n\nLETTRE IV\n\nCHER AMI,\nj'ai oublié de vous demander comme une faveur hier de vouloir bien écrire\nvous-même un petit mot au sieur Brown, le bottier, pour le prier de venir me\ntrouver un de ces matins vers 9 heures (rue Notre-Dame-de-Lorette, 54). Il"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.46", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\n\ndaignera peut-être, sur votre recommandation, me faire des bottes. Je lui ai écrit\ninutilement et j'ai résolu de vous demander ce service avant votre départ.\nQuel malheur de passer la vie sans se voir ! Je vous aime bien véritablement et\nvous respecte comme un de ceux qui honorent le plus notre triste espèce.\nA vous du fond du cœur, mon cher ami.\nEu G. DELACROIX.\nJeudi.\n\nLETTRE V\n\nBIEN CHER CHOPIN,\nL'adresse du bottier est :\nRapp, rue Feydeau, ig.\nRecommandez-lui la forme que vous voulez à vos bottes par le bout. Il a\nl'habitude de les faire rondes, comme celles des Anglais.\nConservez-vous bien, cher ami, et recevez les tendresses et les vœux d'un\nhomme qui vous aime autant qu'il vous admire.\nEUG. DELACROIX.\nCe lundi.\nDemandez au bottier des chaussures d'hiver, comme celles qu'il fait à M. Ar-\nrowsmith. Semelle très épaisse et très légère.\n\nLETTRE VI\n\nCHER CHOPIN,\nJe vous envoie à la minute des places que je crois bonnes pour ce soir pour\nAgnès de Méranie. Je fais des vœux pour que ce temps froid ne vous effraie pas\ntrop. Peut-êtreGrzymala pourrait-il vous y accompagner, et vous saurez peut-être\noù le prendre. Je fais bien des vœux pour votre santé et pour que vous vous\nconserviez bien.\nA vous de cœur.\nEUG. DELACROIX.\n\nLe 29 décembre, à 2 heures.\nJOSEPH DESSAUER, dans un billet écrit en allemand, prie Chopin d'envoyer le\ngroom, porteur de ce billet, chez les Perthuis qui lui ont promis un billet pour\nle concert symphonique.\nDans une lettre écrite en français, il lui apprend que Miss Kemble a été très"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.47", "texte": "LETTRES DE DIFFÉRENTES PERSONNES A CHOPIN\n\nheureuse de son bouquet, elle-même lui écrira en le remerciant. Elle prie Chopin,\nen l'appelant (( mon cher Chip-chip )), de vouloir passer chez elle pour un mo-\nment. (Adr. r. Pig.)\nMme DILLER écrit de Heidelberg que Chopin, en venant de Leipzig pour se\nrendre à Strasbourg, ne s'écartera pas beaucoup de son chemin sil s'arrête à\nUeiclelberg. Elle le prie de venir les consoler toutes deux et d'accorder quelques\ninstants de bonheur à la pauvre Catherine.\nCette lettre renferme aussi quelques mots de MME CATHERINE PEREIRE-DILLER,\nqui répète à Chopin l'invitation de venir à Heidelberg ; elle ajoute que la pensée\nde le voir est sa seule consolation dans ces temps de tristesse et de regrets dou-\nloureux (son beau-père est mourant). Dat. 14 IX [1835 •\nDans une seconde lettre, Mmi Diller lui apprend qu'elles sont toutes deux à\nHeidelberg, et que, incertaine s'il a reçu les lettres qu elle lui a envoyées aupa-\nravant, elle le supplie de venir au moins pour deux jours, ou même pour un seul,\npar égard pour la pauvre Catherine.\nDans une troisième, elle salue sincèrement Chopin et l'invite à déjeuner, si\ntoutefois il s'est déjà reposé de son voyage. Sinon, elle le prie de lui faire savoir\nquand elles pourront le voir. Signé :\nCATHERINE PEREIRE et la vieille sœur DILLER.\n\nJOSEPH ELSNER et DAMSE (I) à Chopin [en polonais dans l'original].\nMON CHER CHOPIN,\nCeux qui te remettront cette lettre sont Constance et Roman Turczynowicz,\ndanseurs de notre théâtre, enfants de M. Damse que tu as connu, cet artiste\ndramatique et compositeur très utile et fécond pour notre scène. Il me prie de\nlui donner pour ses enfants cette lettre de recommandation adressée à ton bon\ncœur, etc., et qui pourra leur servir pendant leur séjour à Paris ; ils l'attendent\nen ce moment près de moi, dans ma chambre. Je l'écris avec plaisir, parce qu'ils\nsont dignes de ton amitié, et aussi parce que je peux te répéter que je t'aime et\nque j'apprécie ta chère personne plus que n'importe qui. Fais-moi le plaisir\nd'accepter cette assurance avec laquelle je suis et serai toujours\nTon vrai serviteur et ami,\nJOSEPH ELSNER.\n(r) Joseph Dcimse, né en 1768, mort en 1852; artiste dramatique et compositeur polonais. Son\nopérette, le Contrebandierf lui valut son plus grand succès (1844).\n\nVarsovie, le 2 juin 1842.\nJe t'envoie, comme preuve de ce que j'avance, mon Ave Maria.\nBIEN HONORABLE MR PTÉDÉRIC,\nMalgré la célébrité dont vous a couvert toute l'Europe, je suis certain que\nvotre cœur a gardé le souvenir de vos anciennes connaissances, parmi lesquelles"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "496", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19030901-01.1.48", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE CHOPIN\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nj'ai aussi le bonheur de me compter. Notre digne recteur Elsner a bien voulu\nvous écrire, et je suis dans sa chambre, attendant sa lettre à laquelle j'ajoute\nquelques mots pour vous prier de bien vouloir être à Paris le tuteur et le mentor\nde mes enfants, les Turczynowicz ; peut-être que, grâce à votre protection,\nMr Frédéric, ils danseront là-bas et vous rappelleront les danses et les mélodies\ndu pays qui vous a vu naître et qui s'enorgueillit de vous.\nVotre véritable serviteur et ami,\nJ. DAMSE.\nMa fille cadette me réjouit souvent en me jouant vos nocturnes (i).\n(i) La réponse de Chopin à cette lettre, datée du 8 XII 1842, a été publiée par F. Hoesick\ndans les Préludes sur Chopin (Echo muzyczne, n° 3 (851) du 20 janvier IQOO, page 20).\n\nJENIKE (2) et ELSNER à Chopin.\nVarsovie, le 12 mai 1847.\nHONORABLE MAÎTRE,\nDu fond de la terre natale, un disciple de l'art, qui commence sa carrière,\ns adresse d une voix timide, mais pleine d'admiration, à vous, qui avez été et\nserez toujours pour lui l'ldéal inaccessible.\nDaignez, estimable Maître, agréer la dédicace d'un de mes premiers ouvrages,\net veuillez jeter dessus un œil indulgent. Sans doute il n'est pas digne d'être\norné de votre nom, que le monde entier répète avec admiration et enthousiasme,\nmais que ce nom soit pour lui l'égide dont il puisse hardiment se couvrir pour se\nlancer dans le monde ; qu'il l'entoure de la puissance de sa gloire et soit un\nencouragement pour votre élève, dont les forces sont faibles, mais dont l'en-\nthousiasme est ardent.\nQue les quelques phrases écrites ci-dessous par le vénéré Nestor des musi-\nciens de Varsovie parlent pour moi et appuient une prière peut-être trop hardie;\nj ose vous rappeler que je suis votre compatriote, que j'ai été l'élève de votre\npère et que, aujourd hui, malgré l'éloignement, je suis aussi le vôtre : puissent\nces qualités parler également pour moi, qui suis,\nAvec admiration et un profond respect,\nVotre serviteur,\nEMILE JENIKE.\n(2) Emile jenike, compositeur, né à Varsovie en 181 5, mort dans cette ville en 1852 II a com-\nposé entre autres une marche funèbre sur la mort de Chopin."}]}