{"numero_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_sha256": "050cf705e97fdeb4b6bf7b8e6954ee63a1b6aec7a66d560c503562498a674a6e", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1904/05/15_01/bmtnabj_1904-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1904/05/15_01/bmtnabj_1904-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "249", "page_fin": "253", "image_debut": 1, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.1", "titre_corps": "ISADORA DUNGAN", "titre_sommaire": "ISADORA DUNGAN", "signature_source": "Louis LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "ISADORA DUNGAN\n\nIMPERIA : Ne me croyez pas frivole.\n(RENAN, Caliban, Acte II, se. ire.\nPour la troisième fois ( 1 ), une grande artiste a traversé Paris, et cette fois Paris\na compris : une foule se pressait dans la salle immense du Trocadéro, et des\nacclamations sans fin ont salué ces danses uniques au monde par leur grâce,\nleur harmonie, leur noblesse ingénue et leur puissance expressive. Et à la\nfin, après dix rappels, comme une partie des spectateurs, fatigués d'applaudir,\navaient pris le chemin du vestiaire et que nous n'étions plus dans la salle que\nquelques opiniâtres (six cents personnes au plus), Miss Isadora Duncan, très\némue, s'est avancée vers nous et nous a tenu à peu près le petit discours sui-\nvant :\n(( Très chers amis, lorsque l'année dernière j'ai passé par ici, quelques amis\nont bien voulu m'encouragerdéjà. J'ai bien travaillé depuis, et peut-être auront-\nils pu remarquer quelques progrès. Mais ce n'est rien encore : l'art de la danse\nest une très grande chose, et ce que je fais n'est qu'un petit commencement. C'est\ncomme une petite fille qui fait ses premiers pas. J'espère que cela ira mieux l'an-\nnée prochaine, et j'espère surtout former des élèves qui me dépasseront et réali-\nseront tout ce que j'entrevois (2) )).\nCette modestie touchante, cette noble ambition de se survivre en une lignée\nd'artistes, n'est-ce pas là la marque même du génie créateur? Le mot paraît trop\nfort, peut-être. Nous n'admettons pas qu'on parle de génie à propos de la danse,\nparce que nous songeons toujours à notre ballet moderne, si sec, si inexpressif,\ndont 1 idéal même est de tuer toute personnalité, pour aboutir à l'exécution pré-\ncise de quelques mouvements invariables : danse géométrique, où tout est réglé\nd'avance, danse gymnastique, où l'on prise surtout la difficulté vaincue, danse\nde soldats à la parade, dont la beauté suprême est l'uniformité (3). La danse de\nMiss Duncan est tout autre: elle est l'harmonie de son corps et l'expression plas-\ntique de sa pensée; c'est un art véritable, qui, comme les autres arts, nous ré-\nvèle les secrets les plus beaux de la vie ; c'est une musique muette et une sculp-\nture en mouvement.\n\ni) Miss Isadora Duncan a passé à Paris l'hiver de 1900-1 901 ; elle ne s'est montrée alors que\ndans des salons, surtout chez Mme la princesse Edmond de Polignac et M de Saint-Marceau.\nEn 1903, elle donnait au théâtre Sarah-Bernhardt ses premières séances publiques, dont le succès\nalla toujours croissant Mais cette année ce lut un triomphe. Miss Duncan est née à San-Francisco.\nSon père consacrait à l'art et à la littérature tous les loisirs que lui laissaient les affaires; il\nfonda même dans sa ville une école d'art très florissante [A rt association). Toute jeune, Miss Dun-\ncan put admirer chez elle des bas-reliefs antiques; elle dansait, pour son plaisir, dès l'âge de\n4 ans. Aujourd'hui son séjour favori est Athènes.\n(2) L'enthousiasme a été plus grand encore à la 2P représentation (7 mai); mais cette fois Miss\nDuncan, brisée d'émotion, n'a pu prononcer une parole.\n(3) Certes, je ne méconnais pas le mérite personnel de quelques-uns de nos « Sujets-Etoiles )) :\nMlk's R. Mauri, Sandrini, Zambelli, Mante, etc. Et même il faut que ce mérite soit singulier pour\nque la plus implacable des « théories » ne l'ait pas entièrement étouffé."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.3", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3703, "texte": "Sans doute on va me dire : « Qu'est-il besoin d'une musique silencieuse,\n(( lorsque chante à nos oreilles une musique véritable, la plus éloquente peut-\n(( être qui ait jamais existé? Et ne comprenions-nous pas Beethoven, sans ac-\nte compagnement d'entrechats et de jetés battus? » Cela est vrai,et la Symphonie\nen la est par elle-même une œuvre complète ; mais la danse de Miss Duncan est\nune œuvre d'art aussi ; réunies, les deux œuvres se soutiennent, se commentent\net s'embellissent mutuellement. Je dis : mutuellement, et je sais bien que plus\nd'un ami de Beethoven va protester, et crier au sacrilège. Mon témoignage n'est\nguère suspect cependant ; il est rare qu'une représentation matérielle me donne\nune émotion véritable ; une pièce me plaît mieux à la lecture qu à la scène ; je\ntrouve, avec mon excellent ami Romain Rolland (1), que l'écharpe d'Yseult fait\ntort à la puissance descriptive de la musique, et je suis de ceux qui, à Bayreuth,\nferment les yeux pour mieux voir. Ce n'est donc pas sans quelque appréhension\nque je me rendais au Trocadéro l'autre soir : je m'attendais à trouver, malgré\nmoi, pauvres et puériles, les évolutions de la danseuse, comparées à la somp-\ntueuse musique qu'elle voulait traduire. Il n'en a rien été, et l'intérêt de sa danse\ns'est soutenu, même en face d'un orchestre entier, et même (ce qui est plus sur-\nprenant encore), à côté des mélodies les plus profondes et les plus intimes, telles\nque Y Adagio de la Sonate pathétique ou le ier mouvement de la Sonate dite du\nClair de Lune : l'accablement d'une âme écrasée par le Destin, et qui implore la\nProvidence, ou bi en une rêveuse adoration de l'insaisissable Beauté, voilà ce\nque nous montrèrent de nobles attitudes, dont le langage, à l'égal de la musique,\nest digne de traduire les émotions humaines, parce qu'il ne les précise pas. Et\ncertes, on peut comprendre tout autrement ces deux morceaux : Miss Duncan\nnous le dit elle- même (2) : (( Une telle musique donne à chaque auditeur des im-\n(( pressions différentes;... mes danses n'expriment rien de plus que ce que\n(( j éprouve moi-même ;... mes mouvements répondent aux impulsions que la\n« musique éveille en moi. )) C'est justement ce qui en fait l'intérêt et la beauté:\nils sont personnels, ils n'ont point été enseignés, ils ne figurent dans aucune\ngrammaire, aucun code traditionnel de gestes (comme, par exemple, la main\nsur le cœur ou la couronne tracée autour delà tête, de nos ballets-pantomimes) ;\nils sont naturels et expressifs ; une âme s'y manifeste et s'y réalise devant nous.\nMiss Duncan ne souffrirait pas que je la compare au Génie qu'elle célèbre; mais\nje puis dire en toute sincérité qu'elle ne m'a point paru une prêtresse indigne\nde son Dieu : car elle a la piété, la pureté et l'élévation de la pensée.\nDe telles danses ne peuvent être que des danses d'attitude. Les danses de par-\ncours (3) sont plus belles encore, et surtout en rapport plus intime avec la mu-\nsique ; mélodie et mouvements sont ici comme les fleurs jumelles du rythme\nqui les supporte ; et l'on ne sait laquelle de ces fleurs a le plus de grâce et de\nparfum. Voyez, dans le Menuet, cette virginale figure, au tournoiement si doux,\nun peu timide, qui rappelle à la fois les jeunes filles du Parthénon et les Grâces\nde Botticelli ; ou la joie ailée de cet Allegretto ;ou bien, dans le 2e mouvement\nde la Symphonie, cette mystique pleureuse qui évoque à elle seule tout un cortège\nd'ombres tour à tour tristes et lassées, ou baignées de lumière élyséenne ; ou\n\n(i ) jRevue de Paris du 15 mars 1904, p. 341.\n(2) Programme explicatif de la soirée.\n(3) J'emprunte ces expressions commodes au vocabulaire de la danse moderne."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.4", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "cette ronde où Ton croit voir les Nymphes se chercher de la main ; ou enfin la\nséraphique bacchanale du dernier mouvement :\nCette phrase, je ne crains pas de le dire, m'avait toujours paru un peu triviale\net d'une lourde gaîté ; il a fallu la marche alerte et cadencée de Miss Duncan, et\nsurtout l'ineffable rebondissement du corps sur la note finale, pour mêler à cette\nmusique de nobles images de Nymphes dansantes aux fêtes de Dionysos (1).\nBeethoven y songeait-il ? Je n'en sais rien ; mais il pouvait y songer ; et lorsque\nje lis dans le plan de sa dixième Symphonie que Y adagio sera un (( mythe grec »,\nl'allegro une (( fête à Bacchus », je me demande s'il n'eût pas admis, et aimé,\nune telle interprétation, et je me demande si ce maître qui voulut toujours\nfaire de la musique une image plus riche et plus complète de la vie, et qui finit\npar mêler des choeurs chantants à une Symphonie, n'y eût pas ajouté aussi des\nchoeurs dansants, si cela lui eût paru possible (2) : l'art de la danse, tel qu'il\nexistait de son temps, ne permettait malheureusement pas un tel rêve. Mais\ncette réconciliation des arts du rythme, séparés depuis l'antiquité par un long\ndivorce, a été voulue par Wagner aussi ;et si les Filles Fleurs de Parsifal, les\nGrâces de Tannhduser ou l'écharpe d'Yseult, déjà nommée, n'ajoutent rien à la\nbeauté de la musique, et la déparent plutôt, la faute en est sans doute à la gau-\ncherie des interprètes et non à l'intention du poète ; on pourrait faire mieux :\nnous le verrons bien cette année, s'il est vrai, comme on le dit, que Miss Duncan\ndoive danser à Bayreuth. Il n'est point du tout démontré que nos danseurs,\nrevenus à des traditions plus saines et guéris de leur passion du tour de force, ne\npuissent égaler un jour nos musiciens. Et ce qui est certain dès aujourd'hui,\nc'est que nous avons eu sous les yeux, non pas l'ébauche, comme dit trop modes-\ntement la grande artiste, mais le modèle de cette danse future. « Si je pouvais\n« trouver dans mes danses quelques attitudes ou seulement une seule attitude\n« que le sculpteur pourrait transporter sur le marbre et immortaliser ainsi, mes\na efforts n'auraient pas été vains (3). )) Dès maintenant ces efforts ne sont pas\nvains ; ce n'est pas une attitude, c'est une chaîne ininterrompue d'attitudes qui\ntoutes réalisent à nos yeux la beauté sculpturale et se muent les unes dans les\nautres, souples et variées comme la vie ; ce que le sculpteur ou le peintre fixe\net résume en un instant unique se déroule ici sous nos yeux ; le monde idéal\ndont il soulève le voile pour le laisser retomber aussitôt se découvre à nous tout\nentier ; la statue s'anime, et nous pénétrons avec elle au séjour des Bienheureux,\noù toute forme est beauté, tout mouvement harmonie. Un art aussi parfait n'est-\nîl pas l'art suprême, et ne conçoit-on pas que la vie, sans la danse, paraisse à\nMiss Duncan indigne d'être vécue r Cet exemple sera suivi, cet enthousiasme\n\n(1) Je pense surtout àun admirable vase de figures rouges du Louvre, publié dans les Monu-\nments grecs, n° 17-18.\n(2) Il faut remarquer que l'orchestre moderne contient déjà — ou encore — un danseur : c'est le\nchef d'orchestre, dont les mouvements doivent traduire le rythme entier de la musique exécutée ;\nil est le coryphée dansant d'un chœur immobile. Mais il ne danse pas toujours bien.\n(3) ISADORA DUNCAN, La Danse de l'avenir. Texte anglais, accompagné d une Préface et d une\nexcellente traduction allemande par le Dr Federn. Leipzig, Diederichs, 1903."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.5", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 376, "texte": "portera ses fruits. Bientôt, nous l'espérons, une école sera créée, où l'on ensei-\ngnera, sans règles arrêtées et sans exercices à la barre, la Danse nouvelle,\nfondée sur la structure du corps et l'expression naturelle des émotions. Selon\nquels principes et par quels moyens ? C'est ce que nous essayerons de montrer\nprochainement.\n\nLouis LALOY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "249", "page_fin": "249", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.1.1", "titre_corps": "Isadora DUNCAN", "titre_sommaire": "Isadora DUNCAN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.1", "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 80, "texte": "Isadora DUNCAN"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c004", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "253", "page_fin": "254", "image_debut": 5, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.2", "titre_corps": "M. Massenet à l'Opéra-Comique.", "titre_sommaire": "M. Massenet à l'Opéra-Comique.", "signature_source": "J", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.5", "debut_caractere": 378, "fin_caractere_exclue": 3352, "texte": "M. Massenet à l'Opéra-Comique.\n\nLe Jongleur de Notre-Dame avait été donné pour la première fois à Monte-\nCarlo, le 18 février 1902. Voici le sujet du poème, d'après un résumé quasi offi-\nciel. (( Le Jongleur Jean, âme simple, sorte de Gringoire, cherche en vain à dis-\ntraire la foule indifférente à ses jongleries, lorsque l'apparition du prieur de\nl'abbaye de Cluny change la destinée du pauvre hère. Il renoncera à sa chère\nliberté et se consacrera au divin culte de la Vierge Marie — non sans avoir em-\nporté en cachette son bagage de jongleur. Au prieuré, Jean, hélas! ne peut rien\noffrir à la Vierge, dont c'est la fête, le jour de l'Assomption. Désespéré, il im-\nplore avec ferveur. Et, comme transfiguré, il quitte sa robe de moine, apparaît\nen costume de jongleur, avec sa vielle et sa besace, et offre à la Vierge ses\nmodestes talents de baladin.\n(( Mais, au beau milieu de ses exercices, le prieur et les moines surgissent. —\nSacrilège! On va chasser Jean, lorsque le miracle s'accomplit. La Vierge se\nmanifeste et bénit le jongleur. Les moines alors se précipitent aux genoux de Jean\net lui demandent sa bénédiction ! C'est trop de joie pour le pauvre histrion. Il\nmeurt dans son extase, et son âme s'en va rejoindre celle de tous les simples qui\npeuplent le Paradis. »\nSujet religieux, chaste et naïf, — ce qui constitue aujourd'hui une grande\noriginalité. Sur cette trame un peu mince, M. Massenet n'a pas eu de peine à\nbroder une musique charmante, déliée, spirituelle, archaïque à souhait quand il\nconvient, et où l'on reconnaît sa maîtrise habituelle. Le premier acte est déli-\ncieux : c'est un chef-d'œuvre, comme le premier acte de Manon. M. Massenet a\nune entente admirable du théâtre, et, en particulier, du style qui convient à\nl'opéra comique. Il fixe avec une sûreté parfaite les valeurs relatives des senti-\nments, des idées, des personnages, de tous les éléments de l'action, et il ne trans-\nforme jamais un divertissement en latigue. Ce premier acte est amusant ; il est\nfrais; il est jeune, épanoui, plein de grâce et de lumière, d'une verve et d'une\ninvention mélodique qui ne faiblissent pas ; et tout y est distribué, arrangé avec\nun goût parfait, selon les exigences du livret. La viole cl amour, qui annonce\nl'arrivée du jongleur, est toujours traitée de façon charmante. La scène de\nparade, au milieu des marchands et des bourgeois, a autant de mouvement que\nde couleur; et, en plus d'un endroit, elle a une réelle puissance. Les éloges que\nje pourrais accumuler tiennent en un mot : tout cela vit. Au théâtre, c'est l'essen-\ntiel ! Dans ce premier acte si clair et si joli, où règne une incroyable adresse, je\nregretterai tout au plus que la mélodie O liberté m amie, d'une inspiration d'ail-\nleurs très agréable, ait un peu trop l'allure et la coupe d'un morceau détaché. —\nDans les deux autres actes, il y a des pages de premier ordre et de facture très\nsoignée, mais l'intérêt faiblit un peu, par la faute du livret, qui manque d'ima-\nV"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.6", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "gination. J'y voudrais une peinture moins superficielle et plus complète de la\nvie monacale. Une suite de petits tableaux, et de menues choses sur lesquelles\ns'éparpille l'attention, occupent la scène sans la remplir. Ces moines ne sont ni\nassez mystiques, ni assez bons vivants, pour être pris au sérieux. Seul, Boniface\na du relief : il apparaît d'abord sur un âne, avec des fleurs et des provisions\nappétissantes qu'il rapporte du marché ; et il suffît de dire que Fugère remplit\nle rôle, pour faire deviner l'art et la force comique qu'il y déploie ! Les autres\nmoines sont quelconques. Les couplets sur la peinture, la sculpture et la poésie\nsont un peu pâles; instinctivement, le compositeur a donné au librettiste la mu-\nsique de son livret. La légende de la sauge sauve à peine la situation.\nLe troisième acte est précédé d'une pastorale religieuse en demi-teinte où est\nreprise l'idée principale de la pièce, le culte de la Vierge symbolisé par cet élé-\ngant dessin :\nDans cette phrase, qui est comme la signature de la partition, paraît la souple\nligne d'acanthe familière au maître, et qui, cette fois, se trouve ingénument asso-\nciée à l'idée d'un élan de prière, à celle des mains jointes et des regards tournés\nvers la Madone. Tout ce prélude, d'une touche délicate, est fait avec les tons les\nplus fins et les plus aimables de l'orchestre. C'est du Watteau ; Chérubin, en\nsurplis blanc, est entouré d'anges qui sourient et d'amours qui se recueillent.\nLa seconde parade du Jongleur m'a paru excellente, bien qu'en certains endroits\n(comme la Chanson de guerre où un effet trop facile est obtenu à l'aide des cuivres)\nle pittoresque ne soit pas (}) d'une note assez archaïque ou au moins assez ori-\nginale. D'autres fois, l'instrumentation se restreint un peu, s'amincit, remplace\nla tache de couleur par le simple trait. En somme, œuvre charmante, digne du\nmaître, infinimentagréable, et faisant un tableau de genre exquis.\nM. Maréchal a retrouvé son succès de Monte-Carlo ;M. Carbonne — dont\nj'aime particulièrement le timbre et le style, — MM. Allard, Huberdeau, Billot,\nGuillamat, méritent de sérieux éloges. Quant àla mise en scène, je ne lui repro-\ncherai qu'une statue de la Vierge rappelant fâcheusement certains coloriages\nqui caractérisent la rue Saint-Sulpice.\n— Le Cor fleuri de M. Halphen a été bien accueilli. Je regrette de ne pouvoir\nl'analyser, n'en ayant pas reçu la partition.\n\nJ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c006", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "254", "page_fin": "256", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.3", "titre_corps": "Souvenirs d'une élève de Liszt", "titre_sommaire": "Souvenirs d'une élève de Liszt", "signature_source": "A. FAY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.6", "debut_caractere": 2447, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "Souvenirs d'une élève de Liszt\n\n(i).\nWeimar, le 6 juin 1873.\nUn jour, cette semaine, Liszt était de si bonne humeur qu'il semblait avoir\nrajeuni de vingt ans. Un des étudiants du conservatoire de Stuttgard, appelé V.,\nparaissant excessivement nerveux, se mit à jouer un des concertos de Liszt, qui\n\n(1) Suite. Voir la Revue du ier mars 1904. Quelques lettres nouvelles nous ont été communi-\nquées : nous sommes heureux de les offrir à nos lecteurs, qui ont pu déjà apprécier tout l'intérêt\nde ces charmants Souvenirs."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.7", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3899, "texte": "ne cessa de lui envoyer ses petites salves de satire, mais d'un air tout à fait bon\nenfant. Si j'avais été à la place de V., je n'y aurais pas fait attention ; je crois que\ncela m'aurait plutôt inspirée, mais le pauvre V. ne savait plus s'il était sur sa\ntête ou sur ses pieds ! A un certain moment il joua trop faiblement un passage, et\nLiszt prit sa place en déclarant : « Quand je joue, je joue toujours pour les per-\nsonnes qui sont dans la galerie, afin que même ceux qui ne paient leur place que\nquelques centimes puissent entendre quelque chose » (En parlant delà galerie,\nLiszt faisait allusion au poulailler, où le peuple se rend et où les places ne coû-\ntent presque rien.) Puis il commença à jouer, et je voudrais que vous l'eussiez\nentendu ! Les sons n'étaient pas très forts, mais très pénétrants, de longue\nportée. Quand il eut fini, il leva une main en l'air, et il nous sembla voir paraître,\ncomme dans une vision, les gens de la (( galerie )) grisés par la mélodie. Voilà\nla manière dont Liszt enseigne ; il vous présente une idée qui prend possession\nde votre esprit et y demeure. Pour lui, la musique est une chose si réelle, si\nvisible, qu'il trouve toujours instantanément, dans le monde matériel, un sym-\nbole pour exprimer son idée. Un jour, je faisais, en jouant, une espèce de mou-\nvement rotatoire de la main fort difficile à éviter. « Gardez votre main tranquille,\nMademoiselle, dit Liszt, ne faites pas d'omelette. »Je ne pus m'empêcher de\nrire de cette façon amusante de me donner sur les doigts.\nLiszt est malheureusement beaucoup trop avare de son jeu et, ainsi que Tausig,\nne joue ordinairement que quelques mesures à la fois. On est toujours déçu lors-\nqu'il s'arrête, c'est juste au moment où vous êtes le plus captivé, mais il est si\nblasé qu'il ne tient pas à montrer son talent et n'aime pas qu'on lui fasse de\ncompliments; cela l'ennuie, même à la cour, où la grande-duchesse a recom-\nmandé de ne faire aucune manifestation d'enthousiasme lorsqu'il quitte le piano.\nIl y avait là, ce même jour pendant lequel Liszt était de si bonne humeur, une\ndame qui, avec son mari, avait fait un long voyage pour venir à Weimar dans\nl'espoir d'entendre jouer le Maître. Elle attendit longtemps et patiemment du-\nrant la leçon, et Liszt, ayant enfin pitié d elle, s'assit devant le piano en faisant sa\nremarque favorite, que (( les jeunes dames jouaient beaucoup mieux que lui,\nmais qu'il ferait tous ses efforts pour les imiter ». Il joua merveilleusement une\nde ses compositions et, lorsqu'il eut fini, nous restâmes toussilencieux, sentant que\nnous ne devions rien dire. Et lui, comme s'il craignait les éloges, se dirigea vers\nun de ses amis qui habitait une propriété près de Weimar et lui dit du ton le\nplus indifférent : (( A propos, et ces œufs, allez-vous m'en envoyer quelques-uns ? »\nJe me demande comment il peut nous écouter jouer ; nous devons lui déchirer\nles oreilles, et tout doit lui paraître dénué d'expression en comparaison de sa puis-\nsante interprétation. En effet, quelle que soit la perfection avec laquelle nous\njouons un morceau, si Liszt le rejoue aussitôt après nous, on peut à peine le\nreconnaître. Son toucher et sa façon d'employer la pédale sont deux des secrets\nde son jeu ; il semble plonger dans l'âme du compositeur et ramener à la surface\nses plus profondes pensées, où elles étincellent comme des étoiles. Plus je vois\net entends Liszt, plus je l'admire ! Toutes mes études musicales me semblent avoir\nété de simples exercices d'école, préparatoires pour jouer devant lui. Je pense\nsouvent à ce que Tausig m'a dit un jour : (( Nous autres artistes, comparés à\nLiszt, ne sommes tous que des lourdauds. »Je ne le croyais pas alors, mais j'ai\nvu depuis que c'est vrai, et, en étudiant le jeu de Liszt, je peux découvrir comment\nTausig obtenait plusieurs de ses merveilleuses originalités. Je trouve que, de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "toute l'armée qui a eu le privilège d'être instruite par Liszt, c'est lui qui s'en\nrapprochait le plus.\n— }\"ai commencé cette lettre dimanche, et nous sommes à mardi. Hier, je suis\nallée chez Liszt, où j ai appris que Bulow venait d'arriver. Par extraordinaire,\naucun élève n'était là. et je me disposais à partir, lorsque Liszt vint me demander\nd'entrer pendant un moment. Il me présenta à Bulow et je me trouvai ainsi\ntoute seule avec ces deux grands artistes. N'était-ce pas une situation ?Je ne\nrestai que quelques minutes, naturellement, bien que j'eusse aimé m'attarder\ndes heures, car notre conversation était excessivement amusante. Bulow venait\nd'achever une de ses grandes tournées de concerts et avait été à Londres pour la\npremière fois; il avait donné cent vingt concerts en quelques mois! Il est très\nattrayant, ainsi que tous ces maîtres artistes, mais, comme apparence, tout à fait\nl'opposé de Liszt, étant petit, vif, léger dans ses mouvements ; il a un front hardi\net orgueilleux et semble personnifier la force de volonté.\nLiszt contemplait son « Mans » (c'est ainsi qu'il appelle Bulow) avec un\norgueil affectueux et paraissait très heureux de son arrivée.\nM'appeler et me présenter à Bulow, au lieu de me laisser partir, témoigne bien\ndes manières courtoises de Liszt, qui savait que j'étais venue pour jouer et qui\nne voulait pas que je me sois dérangée pour rien ;... mais au fond, je crois qu'il\neût préféré me voir à Jéricho.\n(A suivre.)\n\nA. FAY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c007", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "256", "page_fin": "260", "image_debut": 8, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.4", "titre_corps": "Temps fort et temps faible : comment faut-il battre la mesure?", "titre_sommaire": "Temps fort et temps faible : comment faut-il battre la mesure?", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.8", "debut_caractere": 1501, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "Temps fort et temps faible : comment faut-il battre la mesure?\n\nLa Paléographie musicale, dirigée par le Bénédictin Dom André Mocquereau,\npublie, depuis déjà longtemps, une considérable et curieuse étude sur le rythme\nau sujet de laquelle je voudrais présenter ici quelques observations très simples.\nLa thèse soutenue par le savant musicien est à la fois très conservatrice et très\nrévolutionnaire: elle réintroduit, dans la terminologie rythmique, des termes\nqu on avait voulu en exclure comme équivoques ; mais elle renverse nos habi-\ntudes traditionnelles en nous affirmant que le premier temps de la mesure est\nfaible, et que le temps (( fort » se trouve, non au frappé, mais au levé. D'après la\nPaléographie.si 011 veut marquer correctement le rythme delà phrase suivante :\nave màris stélla, il ne faut pas'dire :\nen faisant coïncider la syllabe accentuée (temps fort) avec le début de la mesure,\nmais il faut dire :\nSur les syllabes initiales de ces mots (a, ma, stel), la main doit s élever (àpjtç) ;\nsur les syllabes ve, ris, la, qui coïncident avec le premier temps de la mesure,\nla main doit sabaisser (0£<jt;), comme à la fin d'un mouvement. C'est dans cette\nsuccession et cette disposition de levés et de frappés, d'élans et de repos, que\nconsiste le rythme."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3443, "texte": "L éminent théoricien me permettra-t-il, non pas de partir en guerre contre\nlui (l'autorité me manquerait pour une telle entreprise, et le directeur de la\nPaléographie musicale connaît mon admiration pour ses travaux antérieurs),\nmais de lui exposer, en toute sincérité, quelques doutes r Je n'ai pas en ce\nmoment sous les yeux tous les textes qu'il me faudrait pour justifier mes dires ;\nmon seul désir est de poser une ou deux questions.\nLaissons d'abord de côté, si vous le voulez bien, un premier argument sur\nla valeur duquel on s est, je crois, mépris. L'auteur de la théorie nouvelle (sen-\ntant peut-être que l'usage, en pareille matière, est un arbitre) a demandé à\nquelques maîtres contemporains si, d'après eux, le premier temps de la mesure\nest un temps fort. On a répondu négativement, et je ne m'en étonne pas. Mais\ncette réponse, je crois, signifie simplement qu'il serait absurde d'accentuer tou-\njours le premier temps de la mesure, et elle ne veut rien dire de plus. L'im-\nportant, pour les compositeurs (qui ne font pas de la musique de danse), ce\nsont les membres de phrase, les phrases, les périodes, les systèmes, et non les\nrythmes élémentaires qu'on marque avec le bout d une canne. (Voir, par exem-\nple, le prélude de Parsifal, qui est un modèle de construction rythmique et\noù les barres de mesure ne jouent pourtant aucun rôle au point de vue de la\nplace des temps forts et faibles.)\nIl y a aussi un autre argument, auquel je ne m'arrêterai pas. Des composi-\nteurs du xvie siècle, nous dit-on, et même de bons compositeurs contemporains,\ncomme M. Saint-Saëns, ont écrit : Dé- | us, et non \\ Déus. Ce nouveau genre de\nplébiscite ne me paraît pas plus concluant. Aux exemples favorables à la thèse,\non opposerait facilement d'autres exemples qui la contredisent. Je crois d'ail-\nleurs que la chose la plus importante, aux yeux d'un polyphoniste, c'est l'entrée\ndes parties : il fait entrer la phrase commençant par Déus au (( levé )), si cela\nfavorise son contrepoint ; il la fait* entrer au « frappé )) dans le cas con-\ntraire.\nJ'arrive à quelques points qui me paraissent plus sérieux.\ni° Et d'abord, une observation très générale. Le rythme musical est un phé-\nnomène que l'oreille seule doit juger, parce que c'est elle qui le crée avec la\nmémoire et qu'il n'existe que pour elle. Or, toutes les définitions du rythme\nque j'ai trouvées dans la Paléographie sont faites avec des images visuelles,\nd'ailleurs très brillantes. Le rythme est assimilé au mouvement d'une vague\nqui s'élève et s'abaisse, à celui d'un objet qui plane et vient de temps en temps\neffleurer ou (( toucher )) le sol, etc..., etc..\n2° L'auteur de la théorie croit avoir défini le rythme absolu et en soi, (( celui de\ntous les temps et de tous les pays ». En parlant ainsi, ne nous met-il pas sur la\nvoie des objections qu'on peut lui faire r\nLorsqu'il dirige, lui Bénédictin, un chœur liturgique, il se borne à élever et\nà baisser sa main, c'est-à dire à exécuter un mouvement pour les yeux des\nchanteurs ; ni lorsqu'elle est élevée, ni lorsqu'elle est abaissée, sa main ne pro-\nduit un son ou un bruit pour l'oreille. Mais il n'en était pas ainsi chez les\nanciens. Constatons d'abord ce fait , nous demanderons ensuite quelle conclu-\nsion il convient d'en tirer. *\nOn marquait et on marque encore le rythme dans beaucoup de pays en frap-\npant les mains par un mouvement horizontal«(et non vertical,ce qui rend impro-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.10", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "près les termes d'apcri; et OLi;, levé et baissé). Dans un bas-relief assyrien qui est\nau British Muséum et qu'on a bien souvent reproduit, un cortège de danseurs,\nde harpistes et de chanteuses est accompagné par des enfants qui frappent dans\nleurs mains. Au musée du Louvre (dans le couloir où M. Bénédite a réuni tout\nce qui est relatif à l'ancien empire égyptien), il y a une pierre où bon voit la\nscène suivante : une femme accroupie joue de la harpe ; devant elle un dan-\nseur ; derrière elle, quatre personnes qui frappent clans leurs mains (même\ndirection des mouvements que plus haut pour battre la mesure). Faut-il multi-\nplier ces exemples? (( Il existe, ditEngel, des tribus sauvages qui, bien qu'ayant\ndes chants, ignorent entièrement la musique instrumentale. Si elles accompa-\ngnent ces chants, c'est seulement avec le rythme qu'elles produisent en frappant\ndans leurs mains ou en entrechoquant des pièces de bois. )) ( The musicofthe most\nancient Nations, p. iob M. Elie Reclus, dans le Primitif Australien, nous apprend\nqu'en Extrême-Orient (( les femmes battent la mesure en se frappant sur les\ncuisses ». Un docteur allemand qui a passé sa thèse de doctorat sur ce sujet ori-\nginal :la musique des sauvages,M. Ilagen, nous dit : ((Quelques peuples prennent\ntant de plaisir au rythme qu'ils font consister toute leur musique dans le batte-\nment des mains ou la répétition du même son à l'aide d'objets frappés )). Quand\nce n'est pas sur les mains qu'on frappe pour battre la mesure, c'est souvent sur\nun tambour. Dans le répertoire de Caillaud (planche 40 A, des livraisons 15. 16\net 17) est reproduite une peinture de Thèbes où un tambourin est frappé de côté,\nà hauteur de la tête, pour marquer le rythme. Dautres fois, c'est un tambour\noblong, et un peu renflé vers le milieu, attaché àla ceinture, et touché toujours\nde côté. Ala Galerie des Offices, à Florence, il y a un ange (grand tabernacle\nd'Angelico) qui frappe, de côté, sur un tambourin tenu à la hauteur de sa tête, et\nqui m'a tout l'air de battre une mesure. Un autre ange batteur de mesure (pas\nde doute possible, je crois, sur celui-là ! ), c'est celui de Melozzo da Forli, qui est à\nla sacristie de Saint-Pierre, au Vatican : il tient un tambour qui, d'après sa\nforme, pourrait être frappé comme celui de nos fantassins, mais qu'il incline\ngentiment entre le visage et l'épaule, et sur lequel il frappe de côté.\nAutres manières de marquer le rythme : usitée chez les Espagnols et chez les\ncontemporains d'Horace, à en juger par ce vers '\nLegitimumque sonum digito callemus et aure.\nC'est le claquement des doigts. Les castagnettes et les crécelles sont une\nvariante du genre, j'ajouterai la gourde remplie de noyaux en usage chez les\nAbipones (Lubbock).\nAutre manière, consistant à battre de haut en bas : dans un monument\nassyrien qui est à Londres (et que M. l'abbé Vigouroux a reproduit dans son\nPsautier polyglotte), on voit un homme marquer le rythme en entrechoquant les\nbords de deux pièces de métàl ressemblant à deux entonnoirs renversés l'un sur\nl'autre. Chez les Grecs, on le sait, la mesure était battue avec le pied, — mais un\npied armé d'un appareil qui frappait le sol énergiquement.\nCes deux derniers faits sont les seuls qui justifient les locutions levé et baissé,\nen matière de rythme. (Je dois ajouter que le chef d'orchestre moderne termine\npresque toujours une symphonie en levant très haut son bâton sur le dernier\ntemps.)\nAcceptons cependant les idées de « levé )) et de « baissé ». Le seul fait que je"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "retienne, c est que, des deux mouvements qui servent à marquer le rythme\ndans les cas dont je viens de parler, il y en a un qui se fait sans bruit et un\nautre qui est accompagné de bruit. Je demande alors : Lequel des deux doit être\nraisonnablement considéré comme le temps fort ?\nDans un livre très estimé (Arbeit und Rythmus), M. le prof. Bûcher, de\nLeipzig, nous a montré que le rythme, chez les primitifs, est né de la nécessité\nde régler et d'alléger, au point de vue de l'effort, le travail social. Voici, par\nexemple, des hommes qui, régulièrement, abaissent une grosse pierre sur des\ngrains de blé qu'ils veulent écraser ou qui frappent le sol avec des fléaux. Où est\nle temps fort ? est-ce au moment où le fléau est en l'air ? — Voici un forgeron qui\nbat l'enclume in numerum, comme les cyclopes de Virgile ; où est le temps\nfaible ? est-ce celui où le marteau résonne sur l'enclume ?\nVoilà les faits réels où il faut chercher une image vraie du rythme musical pri-\nmitif. Ne sont-ils pas significatifs ? s'accordent-ils avec la théorie exposée dans la\nPaléographie ?\n3° Si, comme vous l'affirmez, les idées d'élévation et d'abaissement sont indispen-\nsables à la notion du rythme, et si — cela est de toute évidence - un (( levé )) et\nun (( baissé » ne peuvent être perçus que par les yeux, ne résulte-t-il pas de votre\nthéorie qu'un chant qu'on écouterait les yeux fermés serait nécessairement\ndépourvu de rythme ?\n4° Votre grande préoccupation paraît être de savoir où il faut mettre la barre\nde mesure (est-ce avant le mot Déus, ou dans l'intérieur du mot ?) — mais à\nquoi bon, puisqu'un des articles de votre Credo artistique, c'est qu'il n y a pas de\nbarres de mesure dans le plain-chant ? Les mélodies grégoriennes sont-elles\nincompréhensibles sans un bras et une main qui, à côté d elles, dessinent dans\nl'espace d'élégantes arabesques ? Est-ce au plain-chant seul ou à la musique tout\nentière que s'applique votre théorie ? — Il y a, dira-t-on, une question très\nimportante pour le plain-chant : c'est celle de l'accompagnement ; il convient de\nsavoir sur quelle syllabe du mot l'organiste doit placer son accord. — S'il en est\nainsi, que devient cet autre article de votre Credo musical, à savoir que le plain-\nchant est purement vocal r\nJ'ouvre mon Beethoven ; voici le début de la Sonate pathétique :\nEst-il vraiment possible de voir dans la première note de cette phrase un\ntemps faible, une « chute », un (( repos », un (( abaissement » (abaissement de\nquoi r), une (( fin » ?\n5° Avec M. le prof. Hugo Riemann (qui est sans doute un très savant homme,\nmais un théoricien parfois dangereux à suivre) vous arrivez à dire, après bien\ndes changements d'images et de vocables, que le premier temps de la mesure est\nune chute, un repos, enfin un temps lourd (opposé au levé, qui est léger).\nLe mot (( temps lourd » est il heureusement choisi ? De la lourdeur de quoi\nou de qui parlez vous ? n'oubliez-vous pas ici que les phénomènes musicaux,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.12", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 784, "texte": "sont purement acoustiques ? Après avoir, peut-être trop employé les images\nvisuelles, ne confondez-vous pas ici les impressions musculaires avec celles de\nl'oreille ? Est-ce autrement que par association d'idées qu'on peut introduire\nl'idée de lourdeur dans l'analyse d'une mélodie ? Ou bien —puisqu'il s agit ici\nde votre admirable plain-chant — parlez-vous d'une sorte de lourdeur théorique,\nabstraite, si je puis dire, et sans réalité ? Ou bien vous résignez-vous à dire\nqu'il faut prononcer (( lourdement » la dernière syllabe de chaque mot dans\na \\ ve ma | ris slel \\ la ? Votre oreille d'humaniste ne proteste-t-elle pas?\nTelles sont les questions que je pose et sur lesquelles je serais très heureux\nqu'on m'éclaira t.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c011", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "260", "page_fin": "263", "image_debut": 12, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.5", "titre_corps": "L'enseignement du chant et les méthodes", "titre_sommaire": "L'enseignement du chant et les méthodes", "signature_source": "ALIX LENOEL-ZEVORT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.12", "debut_caractere": 786, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "L'enseignement du chant et les méthodes\n\nLa méthode, bien comprise, est\nune excellente chose. Elle aide à\natteindre un but donné, par le che-\nmin le plus court et le meilleur.\nMalheureusement, les méthodes\nde chant ne répondent pas toujours\nà ce programme ; elles sont fort\nnombreuses et un peu diffuses,\ns'accordent entre elles comme les\nJaponais et les Russes, et domi-\nnent renseignement moderne à\ntous les degrés, qu'il soit libre ou\nofficiel, sans l'éclairer. Les indica-\ntions ne manquent pas ; elles\nabondent. Les bonnes volontés\nsurgissent de toutes parts ; mais\nelles se neutralisent, parce qu'elles\npréconisent, avec une égale auto-\nrité du reste, des moyens opposés.\nEn somme, tout le mécanisme\nvocal, d'après les grands maîtres\nitaliens et d'après le bon sens, est\ncontenu dans trois ou quatre\nformules fondamentales. La tra-\ndition nous a légué ces formules ; la science moderne du laryngoscope, si\nheureusement créée par Manuel Garcia, doit éclairer le fonctionnement de la\nglotte pendant l'exécution des traits. On conçoit mal, par exemple, que tel\nauteur donne un système pour l'exécution du trille (tremblement, mouvements\nde piston du larynx) et que tel autre, non moins autorisé, ramène le trille\nà l'émission normale, très accélérée. Il est si simple (au Conservatoire du\nmoins) de convoquer quelques spécialistes qui résoudront la question, et\nempêcheront des pratiques nuisibles, pratiques qui entraînent un chevro-\ntement en quelque sorte endémique. Il faut, en un mot, pour créer une"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.13", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3004, "texte": "méthode applicable, remonter à la source des mouvements, qui est la glotte,\net juger la gamme, ses secondes, tierces, quartes, etc., sur son propre théâtre,\nen activité. Il faut soumettre à cette discipline les points en litige du chant,\net iejetei des différentes méthodes ce qui aura été jugé faux. II serait néces-\nsaiie, par exemple, de fixer la question des registres, qui est confondue avec\ncelle des timbres ; cette question doit être réglée quant au mécanisme pur\n(mécanisme d'ensemble du larynx et local de la glotte) ; quant au timbre général,\nqui \\aiie a\\ ec la position, et, enfin, quant aux différentes couleurs des voyelles,\nqui se prêtent plus ou moins au mécanisme des différents registres, de même\nqu'elles se prêtent plus ou moins aux différentes hauteurs cle voix.\nCes questions résolues entraîneront des résultats pratiques considérables, et\nla réforme de certains systèmes trop absolus qui abusent du registre inférieur\net de la voix sombrée. Le résultat d'une bonne méthode, c'est d'amener un élève,\ndéjà musicien, et doué dune prononciation nette, à émettre la voix sans effort,\navec pureté et naturel, sans forcer ses moyens. La plupart des méthodes mettent\nla charrue avant les bœufs : par exemple, elles obligent 1 élève à filer et à gra-\nduer un son, dès le début des études ; or, ceci est un art dans un art, comme\n1 art de dire des vers est un art dans la lecture. Le mécanisme du son filé\nest beaucoup plus compliqué que celui de son égal ;il est donc néces-\nsaire de ne l'imposer au chanteur que quand la puissance d'expiration\net la contraction de la glotte se mettent en harmonie dans toutes les con-\nditions requises. Il serait nécessaire aussi d'abandonner en grande partie\nles vocalises, qui ont le grave défaut d'accumuler souvent les difficultés, sans\nles graduer, ou de les noyer, ce qui est une perte de temps pour l'élève. Un\nchant simple et bien choisi pourrait succéder immédiatement aux formules de\nmécanisme conduites sans errements, celui-ci par exemple i) :\nDans ces conditions, en admettant, comme nous l'avons dit, que l'élève soit\nbon diseur et bon musicien, il doit chanter purement en une année au plus.\nUne autre année pour former son goût, et nous aurons un artiste de premier\nordre qui pourra se diriger lui-même et surmonter les difficultés cle sa profession.\nLes méthodes les plus connues sont la méthode du Conservatoire, celles de\nPanseron, Garcia, Faure, Damoreau-Cinti, Dupré. Marchesi. Toutes ces\n\nLE PRÉ AUX CLERCS\n\n(i) Phrase de huit mesures. Suite de tons et demi-tons aux deux premières mesures, tierce liée,\nà la troisième ; léger portamento de quarte, de dominante en tonique àla septième mesure ; pour\nretomber par un triolet sur la tonique finale.\nCette charmante et très simple mélodie peut succéder immédiatement aux exercices de méca-\nnisme. Remarquer la tenue de son et la liaison de la quatrième mesure a la cinquième. Rien\nn empêche de vocaliser la mélodie avant d'y joindre les paroles."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.14", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3748, "texte": "méthodes, ou à peu près, ont droit de cité au Conservatoire ; toutes ont de\nbons côtés. Elles ont le tort de se contredire. Garcia seul a pénétré le mystère\nvocal, et pourtant il a pu se tromper sur le mécanisme de certains traits, tout en\nfixant de visu le point précis où le son prend naissance. C'est à la science à\ncréer un accord harmonieux entre les maîtres de chant ; accord qui ne s'établira\njamais de lui-même, et cela au grand préjudice des élèves. Il est très bon qu'il\ny ait des vues différentes sur le même sujet ; mais il faut, quand un exercice est\nphysiquement mauvais et mal compris, avoir le courage de le dire plutôt que de\nnuire à l'élève. Quelle belle méthode on ferait en supprimant une partie, une\ntrès grande partie des méthodes actuelles ! On prendrait le meilleur de chacune\nd elles, et le professeur serait tenu d'enseigner, non sa propre méthode exclusi-\nvement, mais la méthode des méthodes, contrôlée par les savants.\nIl serait bon aussi de marcher avec son temps ; l'abandon partiel de la musique\nornementale, la vogue toujours croissante du chant large et dramatique, les\ntendances wagnériennes, doivent fatalement introduire des changements dans\nles méthodes ; la pose de la voix, sa bonne sonorité, la connaissance des timbres\net de leurs ressources, deviennent de nécessité pratique ; tandis que l'agilité,\nsans être abandonnée, est reléguée au second plan, les tours de force vocaux que\nBerlioz appelait plaisamment (( l'Ecole du petit chien », devraient bien eux aussi\ndemeurer l'apanage de cet intéressant quadrupède. Qu'importe au public que\nMlle X. glapisse un fa suraigu ? Est-ce donc un avantage d'avoir le tympan\npercé par ces cris maladifs ? Et faut-il les encourager ? Une bonne méthode doit\nignorer les tours de force qui tuent la voix de l'artiste et déchirent l'oreille de\n1 auditeur. M. Bourgault-Ducoudray, dans un l'apport sur le chant, s'exprime\nainsi :\n(( La qualité du son vient cle la manière dont il est émis ; une voix mal posée se\n(( brise dans sa fleur. Quant à la respiration, elle a une importance capitale, non\n(( seulement au point de vue du chant, mais au point de vue cle la santé de l'é-\n(( lève ». On ne saurait mieux dire ; reste à savoir si, dans la pratique cle l'ensei-\ngnement, ces excellents conseils sont suivis : et surtout s'ils peuvent l'être. La\nrespiration vocale a ses lois que la pratique découvre après de longs tâtonne-\nments ? Or jusqu'à présent, le corps musical enseignant a peut-être la science\ninfuse, a certainement la science pratique, mais ne se rend pas suffisamment\ncompte de l'organisme vocal, au point de vue théorique. Or, pour diriger la voix\ndes autres, pour la réformer, il faut s'appuyer sur la nature ; et dans l'espèce, la\nconnaître dans sa manifestation primordiale : le souffle, le son, leurs ressources\net leur mécanisme. J'aimerais mieux un professeur qui donnerait un enseigne-\nment théorique pur sans jamais émettre un son qu'un de ces beaux chanteurs\nqui forment, à l'aide de vocalises sans fin, des élèves incapables de se diriger\neux-mêmes clans la voie musicale et artistique.\nJ ai nommé M. Manuel Garcia, l'inventeur du laryngoscope avec Czermak,\ncomme faisant la plus heureuse exception à ces errements. Il a en quelque sorte\nintroduit la méthode expérimentale dans l'art du chant : et s'il a pu se tromper\nlui-même, dans certaines de ses déductions, sa méthode d'investigation, elle,\nrestera infaillible et donnera la clef de tous les phénomènes vocaux, comme elle\na déjà donné aux médecins la clef d'un grand nombre de maladies du larynx.\nVoici un extrait du rapport de Garcia sur le laryngoscope, extrait traduit de\nl'anglais et que j'ai dû jadis à la bienveillance de M. Chamerot, éditeur."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.15", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "(( Je plaçai contre la luette le miroir qui avait été plongé dans l'eau chaude et\nsoigneusement essuyé , alors, dirigeant sur sa surface avec le miroir à main un\nrayon de soleil je \\ is immédiatement, à ma grande joie, la glotte grande ouverte..\n(( La manière dont la glotte s ouvrait silencieusement, se fermait et se mouvait\ndans 1 acte de la phonation, me remplit d etonnement. JDe tout ce que je vis je\nconclus alois sans peine quela théorie qui attribuait à la glotte seule le pouvoir\nd'engendrer les sons était absolument confirmée...\n(( Je commençai à étudier le mécanisme de la gamme ; ce mécanisme a deux\naspects : il présente un mouvement antérieur rendu visible par le miroir et un\nmouvement interne que hanatomie peut seule expliquer. »\nIl est impossible de passer en revue les méthodes actuelles ; leur nombre, et la\ntrès grande valeur de beaucoup d'entre elles au point de vue du choix et de la\ngradation des exercices, ou au point de vue de l'expression, peuvent donner lieu\nà de nombieuses remarques que je me propose de consigner successivement.\nMais nous sommes obligés de dire qu'elles pèchent en général par la base : au\nlieu de s'appuyer sur des données scientifiques, elles ne dépassent pas le domaine\ndes probabilités. Dès lors la divergence de ces méthodes, leurs contradictions\nsur les points essentiels de la Musique vocale, s'expliquent : les maîtres ex pro-\nfessa la traitent en amante chérie que tous croient connaître, car chacun lui\nattribue les qualités qu il prise le plus ; pendant qu'elle reste cette énigme\nindéchiffrable que l'amant de cœur seul, c'est-à-dire la science, est appelé à\ndévoiler.\nIl me pai aît donc évident que la divergence existe entre les maîtres sur presque\ntous les points de 1 enseignement, et que les élèves doivent accepter comme\narticles clefoi à Paris ce qui est nié à Rome, et réciproquement. C'est ainsi\nque dans 1 émission \\ ocale le coup de glotte (légère explosion de l'air à travers\nles lèv 1es pi essées puis rapidement ouvertes de la glotte) est prôné par les uns et\nlejetépai les auties. Peut-être serait-il plus sage d appliquer le coup de glotte\nà certains exercices, et de le rejeter dans certains autres ; mais ceci nous entraî-\nneiait tiop loin ; 1 examen direct des méthodes de chant particulières nous four-\nnira l'occasion de poser quelques règles fondées sur le mécanisme réel de la\nphonation. Nous aurons naturellement recours aux lumières de la Faculté. Notre\nsiècle a découvert trop de secrets pour ne pas nous livrer celui de la vocale. La\nscience ne suppléera ni au travail ni aux dispositions naturelles, mais elle leur\nou\\ 111a une aiène plus vaste, et surtout un champ d exploration plus sûr,\npuisque 1 artiste s'appuiera sur la cause pour produire l'effet.\n(.A suivre).\n\nALIX LENOEL-ZEVORT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c013", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "261", "page_fin": "261", "image_debut": 13, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.5.2", "titre_corps": "LE PRÉ AUX CLERCS", "titre_sommaire": "LE PRÉ AUX CLERCS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.13", "debut_caractere": 2501, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "LE PRÉ AUX CLERCS"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c014", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "263", "page_fin": "264", "image_debut": 15, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.6", "titre_corps": "Le chant dans les églises de Paris", "titre_sommaire": "Le chant dans les églises de Paris", "signature_source": "CONSTANT ZAKONE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.15", "debut_caractere": 2817, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "Le chant dans les églises de Paris\n\n(i).\nSAINT-SULPICE. — aq avril. — Grande église, d une architecture simple, inon-\ndée de clarté. Léchant sera-t-il, comme elle, grand, simple et clair?\nEcoutons :\nL antienne du début, Vidi aquam, est chantée, comme ailleurs, trop lentement\nà mon avis ; mais j'y remarque une particularité intéressante : la ponctuation\n\n(1) Suite. Voir la Revue du ier mai."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.16", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2806, "texte": "est marquée par un court silence. J'aime beaucoup cette innovation ; elle donne\nau récit une vérité ingénue et touchante.\nU Introït est donné correctement, toujours suivant l'ancienne notation (dite de\nRatisbonne), bien entendu. La même exactitude est à louer dans l'exécution de\nla messe du 6e ton ; mais pourquoi a-t-on écourtéle Kyrie ?Je remarque un peu\nplus de souplesse qu'ailleurs, dans le Graduel ; serait-ce un souffle précurseur\ncl'une évolution plus complète et prochaine ?\nA Y Off ertoire, un motif un peu anguleux et âpre, bien exposé par le grand\norgue, nous avait fait espérer un développement original et intéressant. Il n'en a\nrien été, les arêtes se sont émoussées et fondues dans un bain d'harmonie savante,\nje le veux bien, mais dépourvue d'intérêt.\nA la place du Sanctus liturgique, on nous a fait entendre un Sanctus moderne.\nJe reconnais son caractère religieux, qui peut excuser cette substitution. Mais je\npréfère quand même l'autre.\n}e n'en dirai pas autant de l'O Salutaris de l'élévation, trop brillant, visant\ntrop à l'effet. J'avoue que j'aimerais mieux, à ce moment, le silence complet,\nseul propice à la prière et au recueillement. Le morceau final du grand orgue,\npendant la sortie des fidèles, était-il une marche? une fugue? Impossible dy\nreconnaître un plan.\nAux Vêpres, la maîtrise tire tout l'effet possible du plain-chant actuellement\nen usage. Les psaumes sont accompagnés avec mesure, en faux-bourdon, en\nlaissant toujours émerger le chant principal. Trop de lenteur dans le Regina\ncœli. La joie, la vie, y éclatent et voudraient chanter encore. Voyez Y Alléluia\nfinal, qui se relève après avoir semblé s'arrêter et termine comme à regret.\nJ'aime mieux l'O Salutaris du plain-chant que celui qu'on nous a donné avant\nla bénédiction. Ce dernier a cependant de bonnes parties; je le trouve surtout\ntrop compliqué .\nLi Ave Maria qui a suivi a quelques passages expressifs qui peuvent être\nloués, mais il vise trop à l'effet, surtout la fin, qui semble écrite en vue de pro-\nvoquer les applaudissements. Quelle satisfaction d'entendre, à la suite de\ntoutes ces complications, un Cor Jesu rituel, simple et vigoureux !\nA la sortie, le grand orgue m'a vraiment réjoui par de très bonnes variations\nsur le thème du Laudate qui venait d'être chanté. C'était savant, sans doute,\nmais assez simple pour être compris de tous.\nEn résumé, on trouve à Saint-Sulpice des éléments pour y faire de bonne\nmusique. Le chœur des 150 séminaristes est unique à Paris ; l'orgue, au service\nd'un maître habile, peut exprimer aussi bien la douceur que la force. Quand les\nnouvelles méthodes de chant y auront été instituées, c'est certainement une\ndes églises de Paris où l'on aura le plus de plaisir à assister aux offices.\n(A suivre.)\n\nCONSTANT ZAKONE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c016", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "265", "page_fin": "267", "image_debut": 17, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.7", "titre_corps": "Les Concerts.", "titre_sommaire": "Les Concerts.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.17", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3123, "texte": "Les Concerts.\n\nSCIIOLA CANTORUAI. — 26 aviil. Le 2e\nCo ncerto pour piano et orchestre à cor-\ndes de J.-Chr. Bach (1735-1782) est une\nœuvre de transition : le solide contres-\npoint n'en fait plus la charpente, la mé-\nlodie s'essaye à marcher toute seule ; et\ncertes on ne trouve point encore là la\ngrâce de Mozart, mais il y a de la faci-\nlité, de l'entrain et de la bonne humeur.\nL'orchestre, sous la direction de M. de\nLacerda, a de vigoureuses oppositions,et\nM. J.-J. Nin mérite les plus grands éloges\npour la fermeté et la sûreté de son jeu, jointes, dans 1 andante, à une délicatesse\nexquise qui nous a charmés. M. A. Guilmant ressuscite, avec d'ingénieuses\nregistrations, une aimable Toccata de Pachelbel (1653-1706) et unQ Fugue en mi\nmineur de Buxtehude qui m a paru un peu indécise en son plan (elle semble finir\ntrois fois), mais contient de curieuses recherches d'harmonie, et le thème\nannonce déjà celui de la fugue en sol mineur de J.-S. Bach. Le duo de H. Schutz\n(Exauce-moi), où Mlles M. Pironnet et M. Le grand recueillent un succès mérité,\na, de son côté, la forme d'un air de Bach ; mais la musique en est plus sèche et\nnerveuse, fort expressive d'ailleurs, mais à la manière italienne (ancienne). La\nCantate pour le lundi de la Pentecôte (Also liât Gott) contient un air de soprano\ndélicieux (Mein glaubig Her7he), chanté par Mlle Pironnet ; Bach l'a tiré d'une\ncantate composée en 1716 sur les plaisirs de la chasse. Il en est de même de l'air\nde basse qui suit, et qu'accompagnent trois hautbois. Le chœur final est fort\nbeau, et a été admirablement exécuté. D'une façon générale, les chœurs m'ont paru\nsupérieurs à l'orchestre : ils ont été excellents de tout point.\n\nSOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS. — 21 avril. — Long programme, encombré d'inu-\ntilités. Le Trio de Tournemire ne nous offre que des ombres d'idées qui dispa-\nraissent aussitôt entrevues. Les Mélodies de P. Kunc sont froides ; celles\nd'A. Yinée malheureuses ; celles de P. Vidal sont meilleures : on peut les chanter\navec succès dans les salons. Seule la Suite pour piano et violon de M. Lefebvre,\nremarquablement exécutée par MM. A. Lefort et Ed. Bernard, sort de l'ordinaire ;\nc'est une œuvre d'un style élégant et sobre qu'on peut recommander aux ama-\nteurs.\n\n— Ce concert, entièrement\nconsacré à la musique française contemporaine, a été fort beau. Le Quatuor de\nDebussy a trouvé en MM. Luquin, Dumont, Rœlens et Dumas de dignes inter-\nprètes, dont la sincérité égale l'intelligence ; les mouvements étaient justes, le\nsentiment très pur, et je ne crois pas seul auditeur ait échappé au charme\ntout-puissant d une œuvre où la mélodie coule à pleins bords. M. R. Vinès joue\navec une élégance émue la Sarabande, et enlève de verve la fantasque Toccata.\nMlle Bl. Marot ose être simple, dans deux Chansons de Bilitis et la 2e Prose lyrique\n[De grève), et sa diction précise, sa voix fraîche, son naturel exquis, en font une\nremarquable interprète de ces petits chefs-d'œuvre. Mlle A. Vila chante avec\nforce le Temps des lilas et VOraison de Chausson ; Mme Mayrand aen par-\n\nÉCOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES. — 29 avril."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.18", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3554, "texte": "tage la Chanson triste et la Pliidylé de Duparc. M. Éd. Bernard donne tout leur-\nrelief aux Variations de P. Dukas sur un thème de Rameau, et cette œuvre\nsérieuse et fouillée obtient un vif succès. Enfin le beau Trio de V. d'Indy\npour piano, clarinette et violoncelle (MM. Vinès, Grisez et Dumas), triomphe\npar la hauteur de son inspiration, la richesse et l'ingéniosité de son orchestra-\ntion, la profondeur et la puissance du sentiment. Ainsi se trouvaient réunies\ndes œuvres d'un caractère bien différent, qui toutes témoignent cependant de\nla merveilleuse vitalité de la musique française contemporaine, et justifient les\néloges que je lui donnais, en une courte allocution, au début de ce concert.\n\nL. L.\n\nSALLE\nADAI.BERT MERCIER.\n—Le 26 avril, Mlle Monduit a donné son deuxième concert avec\nle concours du violoniste Marcel Chailley. Nous avons entendu dans cette séance\nplusieurs sonates pour piano et violon de MM. Menriques, Robert Kahn et Henri\nFévrier. Parmi ces œuvres, toutes nos préférences vont vers la Sonate en la\nmineur de M. Henri Février, si prenante et si intense de véritable émotion.\nM. Marcel Chailley, qui l'exécutait, a fait preuve d'un remarquable tempérament\nd'artiste et de virtuose. Il fut successivement emporté, tendre, délicat et pas-\nsionné. Mlle Monduit, qui l'accompagnait, a fait tous ses efforts pour soutenir\nvaillamment ce brillant virtuose.\n\nCONCERTS YSAYE ET PUGNO. — 4 mai. — Après un agréable Trio de Mozart,\nles deux artistes nous ont fait connaître la Sonate pour piano et violon de\nM. G. Samazeuiîh; cette œuvre est certainement parmi les meilleures qui aient\nparu cette année; elle est plaisante à entendre, ce qui, comme dit l'autre, ne\ngâte rien, et, par surcroît, devient aujourd'hui une qualité rare; la mélodie a de\nl'ampleur, de l'élégance, l'écriture est délicate; l'ensemble est bien venu, sans\neffort visible, sans complication vaine, d'une distinction aisée et naturelle. Nous\ny reviendrons bientôt avec plus de détail.\n\nSALLE LEMOINE. — 5 mai. — Concert de bienfaisance, où j'ai beaucoup à\nlouer la voix fraîche et le style de Mlle Goupil (Phidylé de Duparc, duo de\nSigurd), le jeu sobre et vigoureux de M. Edouard Bernard (œuvres de Liszt et\nde Chopin), l'élégance et la précision de M. Zeitlin [Mazurka de Zarzitzkv, So-\nnate de Fauré). Un chœur de M. Locard {VHiver) m'a paru bien écrit et expressif.\n\nSALLE PLEYEL. — 9 mai. — Grand succès pour Mme Diot et M,le Selva dans la\nSonate en fa mineur de J.-S. Bach et la Sonate de Franck, admirablement\ncomprises et rendues avec une ampleur saisissante : seuls, MM. Ysaye et Pugno\nnous avaient accoutumés jusqu'à présent, à de telles interprétations. La Suite en\nré majeur de Corelli (violon seul) est jouée avec aisance et noblesse, et Mlle Selva\ntire du Poème des Montagnes de V. d'Indy tout le charme pénétrant qui s'y trouve\nenfermé.\n\nSALLE DES MATHURINS. — 10 mai.\nL. L.\n— Mme C. Fourrier et Mlle Selva ont com-\nposé leur programme avec des œuvres de Schumann et de Debussy. Dans une\ncourte allocution, j'ai essayé de montrer que les deux maîtres, si différents\nd'ailleurs, ont l'un et l'autre le rare mérite d'une absolue, invincible sincérité.\nSincère aussi, l'interprétation de Mme Fourrier, et plus émouvante que je\nne puis dire ; tant de grâce et d'aisance, une voix si pleine et si souple, une\ndiction si parfaite, un style si pur : l intelligence unie à la beauté! Je ne crois\npas que Schumann ni Debussy aient pu rêver mieux. Mlle Selva joue bien déli-\ncatement, de son côté, diverses œuvres pour piano des deux auteurs."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.19", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 415, "texte": "M. 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Marot ose être simple, dans deux Chansons de Bilitis et la 2e Prose lyrique\n[De grève), et sa diction précise, sa voix fraîche, son naturel exquis, en font une\nremarquable interprète de ces petits chefs-d'œuvre. Mlle A. Vila chante avec\nforce le Temps des lilas et VOraison de Chausson ; Mme Mayrand aen par-\n\nÉCOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES. — 29 avril."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.18", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "tage la Chanson triste et la Pliidylé de Duparc. M. Éd. Bernard donne tout leur-\nrelief aux Variations de P. Dukas sur un thème de Rameau, et cette œuvre\nsérieuse et fouillée obtient un vif succès. Enfin le beau Trio de V. d'Indy\npour piano, clarinette et violoncelle (MM. Vinès, Grisez et Dumas), triomphe\npar la hauteur de son inspiration, la richesse et l'ingéniosité de son orchestra-\ntion, la profondeur et la puissance du sentiment. 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L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c021", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "266", "page_fin": "266", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.7.4", "titre_corps": "SALLE", "titre_sommaire": "SALLE", "signature_source": "ADAI.BERT MERCIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.18", "debut_caractere": 725, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "SALLE\nADAI.BERT MERCIER.\n—Le 26 avril, Mlle Monduit a donné son deuxième concert avec\nle concours du violoniste Marcel Chailley. Nous avons entendu dans cette séance\nplusieurs sonates pour piano et violon de MM. Menriques, Robert Kahn et Henri\nFévrier. Parmi ces œuvres, toutes nos préférences vont vers la Sonate en la\nmineur de M. Henri Février, si prenante et si intense de véritable émotion.\nM. Marcel Chailley, qui l'exécutait, a fait preuve d'un remarquable tempérament\nd'artiste et de virtuose. Il fut successivement emporté, tendre, délicat et pas-\nsionné. Mlle Monduit, qui l'accompagnait, a fait tous ses efforts pour soutenir\nvaillamment ce brillant virtuose."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c022", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "266", "page_fin": "266", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.7.5", "titre_corps": "CONCERTS YSAYE ET PUGNO. — 4 mai. — Après un agréable Trio de Mozart,", "titre_sommaire": "CONCERTS YSAYE ET PUGNO. — 4 mai. — Après un agréable Trio de Mozart,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.18", "debut_caractere": 1397, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "CONCERTS YSAYE ET PUGNO. — 4 mai. — Après un agréable Trio de Mozart,\nles deux artistes nous ont fait connaître la Sonate pour piano et violon de\nM. G. Samazeuiîh; cette œuvre est certainement parmi les meilleures qui aient\nparu cette année; elle est plaisante à entendre, ce qui, comme dit l'autre, ne\ngâte rien, et, par surcroît, devient aujourd'hui une qualité rare; la mélodie a de\nl'ampleur, de l'élégance, l'écriture est délicate; l'ensemble est bien venu, sans\neffort visible, sans complication vaine, d'une distinction aisée et naturelle. 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Edouard Bernard (œuvres de Liszt et\nde Chopin), l'élégance et la précision de M. Zeitlin [Mazurka de Zarzitzkv, So-\nnate de Fauré). Un chœur de M. Locard {VHiver) m'a paru bien écrit et expressif."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c024", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "266", "page_fin": "266", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.7.7", "titre_corps": "SALLE PLEYEL. — 9 mai. — Grand succès pour Mme Diot et M,le Selva dans la", "titre_sommaire": "SALLE PLEYEL. — 9 mai. — Grand succès pour Mme Diot et M,le Selva dans la", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.18", "debut_caractere": 2378, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "SALLE PLEYEL. — 9 mai. — Grand succès pour Mme Diot et M,le Selva dans la\nSonate en fa mineur de J.-S. Bach et la Sonate de Franck, admirablement\ncomprises et rendues avec une ampleur saisissante : seuls, MM. Ysaye et Pugno\nnous avaient accoutumés jusqu'à présent, à de telles interprétations. La Suite en\nré majeur de Corelli (violon seul) est jouée avec aisance et noblesse, et Mlle Selva\ntire du Poème des Montagnes de V. d'Indy tout le charme pénétrant qui s'y trouve\nenfermé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c025", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "266", "page_fin": "266", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.7.8", "titre_corps": "SALLE DES MATHURINS. — 10 mai.", "titre_sommaire": "SALLE DES MATHURINS. — 10 mai.", "signature_source": "L. 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Mlle Selva joue bien déli-\ncatement, de son côté, diverses œuvres pour piano des deux auteurs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c026", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "267", "page_fin": "267", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.7.9", "titre_corps": "M. ALEJANDRO RIBÔ. — A la salle nous avons eu le plaisir d'entendre", "titre_sommaire": "M. ALEJANDRO RIBÔ. — A la salle nous avons eu le plaisir d'entendre", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.19", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 415, "texte": "M. ALEJANDRO RIBÔ. — A la salle nous avons eu le plaisir d'entendre\nle pianiste espagnol Alejandro Ribô, qui a exécuté avec grand talent Vappassio-\nnata de Beethoven, des études et polonaises de Chopin, des pièces de Moszkowski,\nSchumann, et la 12e Rhapsodie de Liszt. M. Ribô a un jeu très remarquable, et\nnous sommes assurés que, pendant son séjour à Paris, il sera justement apprécié."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c027", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "267", "page_fin": "268", "image_debut": 19, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.8", "titre_corps": "Publications nouvelles.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.19", "debut_caractere": 417, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "Publications nouvelles.\n\nC. SAINT-SAENS, P. FAUCHEY, PAUL FOURNIER\n\n(0\nLiOffertoire pour la jële de la Toussaint-\npour chœur et orgue, de M. C. Saint-\nSaéns, est écrit comme toujours dans un\nlangage harmonique extrêmement pur.\nA cette qualité s'ajoute une simplicité de\nstyle un peu déconcertante, aujourd hui\nsurtout où nous sommes habitués à une\nécriture musicale tourmentée. M. Saint-\nSaéns ne s'en est pas embarrassé, et de\ncette simplicité est sortie une mélodie\ndes plus expressives. Ce chœur, con-\nstruit sur les paroles latines du Justorum\nauiurv, débute sur une pédale de tonique qui lui sert de basse instrumentale.\nLe second motif : Visi sunt oculis, est d'abord exposé par les ténors, repris\nensuite en entrée fuguée par les voix pour aboutir à un éclatant unisson pendant\nque l'accompagnement se déroule dans un ingénieux contrepoint. Après ce\nsecond motif, reparaît le chœur Juslorum animce, entendu cette fois sur une\npédale de dominante et agrémenté, à la partie des ténors, de la double pédale\nintérieure qui constitue, avecl harmonie, le plus heureux effet. Nous signalerons\naussi, dans les dernières mesures de cette composition, ces harmonies si expres-\nsives et si particulières au maître :\n—Le Libéra me Domine de M. Fauchey nous intéresse par son parti pris\nd'associer au chant liturgique les ressources modernes de l'harmonie. Le com-\npositeur, qui a conservé le rythme du plain-chanl, l'a rajeuni en le soulignant\npar des harmonies modernes. Je relèverai particulièrement celles qui accompa-\ngnent le ténor pendant la phrase : Tremens factus sum.\n\n(i) Chez Durand, 4, place de la Madeleine, à Paris."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.20", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "Cette succession d'accords (accord de .sixte et quinte qui se résoud sur celui\nde septième pour aboutir ensuite sur l'accord de sixte sensible) (1) est du plus\nagréable effet et se trouve encore accentué davantage par la note de passage\n(sol £ ) Celle-ci nous communique un sentiment de tendresse infinie.\nL'allure générale de cette pièce religieuse, outre l'expression sincère qu'elle\ndégage, doit être d'un grand effet à l'église. Mais nous craignons qu'elle n'arrive\ntrop tard, après le motu proprio de Pie X, et les encouragements donnés par\nlui tout récemment encore à la restauration de la musique grégorienne tentée par\nM. Bordes à la Schola Cantorum. Ace point de vue, il eût mieux valu moins\nd'agrémentation de style et un retour pur et simple à la mélodie primitive.\n— A notre avis, dans la mélodie Mandoline, M. Fournier s'est trop soucié de\nvouloir être moderne. Pourquoi n'est-il pas resté naturellement lui-même ? Il\neût alors évité des recherches qui manquent quelquefois d'originalité et qui\nsont souvent ennuyeuses pour l'auditeur. Malgré la parure dont le compositeur\nsemble vouloir habiller la ravissante poésie de Verlaine, ces artifices d écriture\nsont insuffisants pour nous communiquer une émotion que la musique ne ren-\nferme pas. Verlaine, ce poète raffiné, qui peut paraître à certains maniéré et\ncompliqué, n'était qu'un délicat à l'âme simple et sensible. Combien M. Four-\nnier eût gagné de faire cette distinction avant d'écrire sa mélodie !\n\nADALBERT MERCIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c028", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "267", "page_fin": "268", "image_debut": 19, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.8.1", "titre_corps": "C. SAINT-SAENS, P. FAUCHEY, PAUL FOURNIER", "titre_sommaire": "C. SAINT-SAENS, P. 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Erlanger, dans le ballet en question, a fait usage des\nmodes grecs. Il a fait plus que cela : le long morceau pour harpe et instruments à\nvent qui, dans la partition pour piano, occupe les pages 249 à 255, n'est pas autre\nchose qu un centon fort habile des deux hymnes delphiques à Apollon que j'ai\npubliés dans le temps, l'un en collaboration avec Gabriel Fauré (Bornemann,\néditeur), l'autre avec le regretté Léon Boëllmann (Leroux, éditeur). Non seule-\nment M. Erlanger a emprunté à ces deux airs leur rythme à 5/8, leur mode si\ncaractéristique (un mineur sans note sensible), leurs fines modulations chroma-\ntiques, mais encore il a transcrit littéralement le dessin mélodique d'un grand\nnombre de mesures, surtout du second hymne, le moins connu des deux. Il\nsuffira, je crois, des quelques exemples suivants pour convaincre vos lecteurs de\nla fidélité de cet emprunt (j'ai, pour faciliter la comparaison, ramené les deux\nmorceaux au même ton, celui de M. Erlanger) :\n\n(i) On pourrait aussi analyser de la façon suivante ces accords : en considérant ceux-ci comme\naccords de neuvième sans fondamentale (ier accord, 2e renversement de la 9e, sol, si, ré fa, la ;\n20 accord, i°r renversement de la 9e, ré, fat1 , la, do, mi)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "L'identité, on le voit, ne saurait être plus complète ; il n'y manque pas même\nle point d'orgue !\nLoin de moi défaire à M. Erlanger un reproche de ces emprunts ; j'ai été, au\ncontraire, charmé de voir danser avec tant de grâce par Mllc Zambelli ce qui\navait été chanté avec tant de style par Mlle Lita de Klint. Toutefois je crois que le\nlecteur curieux aurait su gré à M. Erlanger d'indiquer par un mot, au bas de la\npage, la source de son inspiration dans ces passages. Il aurait d'autant mieux\nfait de ne pas omettre cette précaution que si les notes antiques des hymnes\ndelphiques appartiennent évidemment à tout le monde, il n'en est pas tout à fait\nde même des notes qui, effacées ou brisées sur le marbre, ont été rétablies conjec-\nturalement par mes collaborateurs ou par moi-même. Or. M. Erlanger a transcrit\naussi consciencieusement les unes que les autres. C'est ainsi que, dans le dernier\nexemple cité, la mélodie des mesures 79 et 80 est tout entière de ma façon (1),\net M. Gevaert a bien voulu me donner son approbation dans une note de sa Mé-\nlopée antique (p. 465, note 2). C'est un bien petit détail, mais le brillant et savant\nauteur de Julien ïHospitalier est trop riche de son propre fonds pour avoir besoin\nde se parer, fût-ce pendant une minute, des plumes d'autrui. Et dans une par-\ntition où il y a tant de notes, on regrettera qu'il en manque une pour rendre à\nchacun ce qui lui est dû.\nAgréez, mon cher Directeur, l'assurance de mon dévouement.\n\nTHÉODORE REINACH"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.21", "debut_caractere": 2239, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "(1) M. E. 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Erlanger, dans le ballet en question, a fait usage des\nmodes grecs. Il a fait plus que cela : le long morceau pour harpe et instruments à\nvent qui, dans la partition pour piano, occupe les pages 249 à 255, n'est pas autre\nchose qu un centon fort habile des deux hymnes delphiques à Apollon que j'ai\npubliés dans le temps, l'un en collaboration avec Gabriel Fauré (Bornemann,\néditeur), l'autre avec le regretté Léon Boëllmann (Leroux, éditeur). Non seule-\nment M. Erlanger a emprunté à ces deux airs leur rythme à 5/8, leur mode si\ncaractéristique (un mineur sans note sensible), leurs fines modulations chroma-\ntiques, mais encore il a transcrit littéralement le dessin mélodique d'un grand\nnombre de mesures, surtout du second hymne, le moins connu des deux. Il\nsuffira, je crois, des quelques exemples suivants pour convaincre vos lecteurs de\nla fidélité de cet emprunt (j'ai, pour faciliter la comparaison, ramené les deux\nmorceaux au même ton, celui de M. Erlanger) :\n\n(i) On pourrait aussi analyser de la façon suivante ces accords : en considérant ceux-ci comme\naccords de neuvième sans fondamentale (ier accord, 2e renversement de la 9e, sol, si, ré fa, la ;\n20 accord, i°r renversement de la 9e, ré, fat1 , la, do, mi)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "L'identité, on le voit, ne saurait être plus complète ; il n'y manque pas même\nle point d'orgue !\nLoin de moi défaire à M. Erlanger un reproche de ces emprunts ; j'ai été, au\ncontraire, charmé de voir danser avec tant de grâce par Mllc Zambelli ce qui\navait été chanté avec tant de style par Mlle Lita de Klint. Toutefois je crois que le\nlecteur curieux aurait su gré à M. Erlanger d'indiquer par un mot, au bas de la\npage, la source de son inspiration dans ces passages. 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Royer-Dubail, professeur-compositeur de musique à Lorient,\nse propose de créer dans cette ville un Conservatoire de musique dont l'ensei-\ngnement serait gratuit, ainsi qu'une Société des Concerts constituée avec les\nélèves de ce Conservatoire.\n\nPRIX DE ROME. — Le concours d'essai du prix de Rome (composition musi-\ncale) s'est ouvert le samedi 7 mai 1903, au Palais de Compiègne."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "Prennent part à ce concours :\nMlle Fleury Hélène-Gabrielle ) Elèves de M. Widor, professeur\nM. Doyen Théophile-Albert ) au Conservatoire national.\nMM. Le Boucher Maurice-Georges-Eugène. \\\nDefosse I lenri-Emile-Jean-Baptiste. / Elèves de M. Fauré, professeur\nLadmirault Paul-Emile-Marie-Joseph. au Conservatoire national.\nSaurat Raymond Casimir j\nMM. 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Albert Carré est autorisé à fermer cette année le\nthéâtre de l'Opéra-Comique à partir du 19 juin, la réouverture devant avoir lieu\nle ier septembre.\n\n— Si la soirée d'adieux ne présente pas un\nintérêt artistique des plus grands, elle permet du moins de juger dans quelques\nheures l'impression produite par une saison assez mouvementée du reste, mais\nmenée à bonne fin par l'intelligent et zélé directeur, M. F. Boyer. Aussi j'ap-\nprouve sincèrement le renouvellement de son mandat pour trois nouvelles\nannées, malgré les sourdes protestations de certains pessimistes.\nExcès de prodigalité mis à part, comme c'est la tradition, pour certains sujets,\nles plus unanimes et sincères sympathies ont été pour MM. Domergue de la\nChaussée, qui quitte le fauteuil de chef d'orchestre, Montagné, chef de l'opéra\ncomique, L. David, Blancard, Séveilhac, Gibert, Dufriche, Chéret et Mmes Nady\nBlancarcl. Lina Pacary, Géraldi, Dupont, Pérès, etc... M. Boussa, indisposé\ndepuis quelques jours, n'a pu paraître, au grand regret de tous.\nParmi la gent ailée. Mlles Lovati, Régina Badel, Fabiani et tout le ballet,\neurent bientôt fait de transformer la scène en un massif somptueux de roses,\nmuguets et autres fleurs printanières, sans compter les œuvres d'art, agré-\nmentant ainsi très heureusement le ballet de Faust.\nLe programme était ainsi composé :\nOuverture des Maîtres Chanteurs, de Wagner ; Faust (Ier acte), de Gounod ;\nThamyris (3e tableau), de Nouguès ; Mireille (ier acte), de Gounod ;La femme de\nClaude (2e acte , de L. Cahen ; Cavalleria Rusticana, de Mascagni ; Ballet de\nFaust, de Gounod.\n\nBORDEAUX, GRAND- THÉÂTRE."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "Et maintenant, une tournée de Brasseur donnant le Voyage de Sujette prolon-\ngera de quelques jours la saison lyrique municipale.\n\nJos GRIMO.\n\nSALLE PLEYFL. — Se feront entendre dans la grande salle de la maison Pleyel :\nMlleCollin (16 mai) ;M. Wurmser et Mme Raunay (17) ; M1,e Elise Merlin (17) ;\nMme Roger-Miclos (i8);Mnie Wurmser-Delcourt (19) ;M. Ph. Courras '20);\nMlleSuzanne Percheron (21) ;M. C. de Mesquita (24) ; Mnie Reichenberg (25) ;\nM. Emile Nerini (26) ; MnieCopreaux (27) ;M. Vannereau (28) ; Mlle Marguerite\nBalutet (29) : élèves.\nDans la salle des Quatuors, à partir du 16 mai :M. et Mme Carembat (élèves);\nMlle Seeberger, Mme Feraut, M.Nocet, Mme Ducler-Benect (élèves), Mme Tassu-\nSpencer (élèves), Mme Vauchelet-Chenu (élèves), Mme Tarpet (élèves),\nMme Canal (élèves), Mlle Dupuy (élèves), MIle Gaetane-Vicq (élèves), Mme Bar-\nwôlf, Mlle Tuillier.\n\nM. KUBELIK A MARSEILLE.\nERNEST GUEYDON.\n— Le violoniste Jan Kubelik a donné, le 22 avril,\nau Grand-Théâtre de notre ville, un concert qui a été un véritable événement\nartistique. Ce concert avait lieu au profit de la caisse de secours du syndicat des\nartistes musiciens du Grand-Théâtre. A cette occasion, les musiciens de l'associa-\ntion des Concerts classiques s'étaient joints à leurs amis du Grand-Théâtre pour\ncollaborer à l'exécution de la partie symphonique. Le grand violoniste a exécuté\nle concerto en ré de Beethoven, un concerto de Paganini et le Carnaval russe de\nWieniawsky. Le succès de M. Jan Kubelik a été immense. Durant toute la soi-\nrée, les spectateurs acclamèrent l'artiste avec un enthousiasme indescriptible.\nLes notes biographiques suivantes sont très édifiantes sur ce prodige :\nNé le 5 juillet 1880 à Miehle-lez-Prague, J. Kubelik commença ses études de\nviolon dès l'âge de cinq ans, et ses progrès furent si rapides qu'à l'âge de huit\nans il fut capable de donner avec succès un grand concert à Prague, où il inter-\npréta des compositions d'Alard, Wieniawsky et Vieuxtemps.\nEn 1892 il entra au Conservatoire de Prague, qu'il quitta en 1898 avec le prix\nd'excellence. Kubelik se rendit alors à Vienne, muni de son violon « Mittenwald »,\noù il donna plusieurs auditions avec le plus grand succès. Richard Heuberger\ndit alors, à propos de lui, dans la Neue Freie Presse : Au moyen âge Kubelik\naurait été brûlé comme un sorcier, sans autre forme de procès ; et le conseiller\nWorz écrivait : « Donnez au jeune homme un bon violon, et le monde entier\nsera à ses genoux. » Peu de temps après, Friederich Brosch, fabricant à Vienne,\nlui fit cadeau d'un violon Joseph Guarnerius, et c'est alors qu'il entreprit une\ntournée glorieuse en Bohême.\nAu commencement de la saison 1899, il débuta à Budapest, avec un succès\ninouï. Kubelik donna, dans la capitale de la Hongrie, quatorze concerts, puis se\nfit entendre en Autriche-Hongrie, en Roumanie, en Italie, en France, en Angle-\nterre. La Philharmonie de Londres le nomma membre d'honneur et lui accorda\nen plus la grande médaille de Beethoven ; ainsi le jeune Kubelik, alors âgé de\nvingt et un ans, fut couronné de gloire partout, comme jamais personne ne le fut\nà cet âge-là. Les succès remportés par Kubelik en Amérique et en Russie\nfurent encore des plus glorieux. Depuis A. Rubinstein on n'avait plus vu succès\naussi enthousiaste."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "M. ÉD. COLONNE A TURIN. — La célèbre Société des concerts symphoniques de\nTurin avait appelé M. Edouard Colonne à l'honneur de diriger sa huitième\nséance. Le succès a pris les proportions d'un triomphe, et pour le chef d'or-\nchestre et pour la musique française qui figurait seule au programme : l'ouver-\nture d t Benvenoto Cellini, de Berlioz; la 2e Symphonie, de Saint-Saëns ; les Im-\npressions d'Italie, de G. Charpentier ; l'intermède de Rédemption, de César Franck,\net des fragments de la Damnation de Faust, dont le ballet des Sylphes, notam-\nment, fut bissé. Au reste, tous les morceaux étaient redemandés, et, si l'on avait\ntenu compte des désirs du public, c'est tout le concert qu'il eût fallu recom-\nmencer.\n\nLes journaux turinois, Gazette de Turin, la Stampa, H. Momento, Popolo, sont\nunanimes dans leur admiration pour M. Éd. Colonne, que leurs articles cha-\nleureux proclament un artiste vraiment (( génial )) et, par sa large compréhen-\nsion des œuvres, sa force expressive, son sens musical, son exécution si souple et\nsi variée, dépassant en mérite tous les chefs d'orchestre étrangers qui se sont\ndéjà produits à Turin. C'est une révélation, disent-ils, et une victoire sans pré-\ncédent.\n\nROUEN, — Concerts de la Schola Cantorum. — La Schola a consacré son der-\nnier concert de la saison aux classiques et aux modernes de l'école de César\nFranck. Donnée avec les concours de Mlles Selva, Sirbain, Védrenne et de\nMM. Van Waefelghem et Marcel Bâillon, cette audition a été, ainsi qu elle le\npromettait, très intéressante. Nous citerons, parmi les œuvres interprétées, le\nQuintette de Franck, le Quatuor (pour piano et instruments à cordes) de Cas-\ntillon, la Sonate à Kreutzer, la Chanson perpétuelle d'Ernest Chausson et les\npièces pour piano, — Partita en si bémol majeur de Bach, Helvetia nw 3 de\nd'indy, Bourrée fantasque de Chabrier —merveilleusement jouées par Mlle Selva."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c037", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "269", "page_fin": "269", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.10.1", "titre_corps": "LILLE. — Par arrêté du 30 avril 1904, M. le Ministre de l'Instruction publique", "titre_sommaire": "LILLE. — Par arrêté du 30 avril 1904, M. le Ministre de l'Instruction publique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.21", "debut_caractere": 1555, "fin_caractere_exclue": 1839, "texte": "LILLE. — Par arrêté du 30 avril 1904, M. le Ministre de l'Instruction publique\net des Beaux-Arts a accordé une subvention de 2.500 francs à la Société des\nConcerts populaires de Lille, dirigée par M. 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Alexandre Luigini comme premier chef d'or-\nchestre du théâtre national de l'Opéra-Comique, en remplacement de M. A. Bru-\nneau, démissionnaire.\nA la date du même jour, M. Albert Carré est autorisé à fermer cette année le\nthéâtre de l'Opéra-Comique à partir du 19 juin, la réouverture devant avoir lieu\nle ier septembre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c042", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "270", "page_fin": "271", "image_debut": 22, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.10.6", "titre_corps": "BORDEAUX, GRAND- THÉÂTRE.", "titre_sommaire": "BORDEAUX, GRAND- THÉÂTRE.", "signature_source": "Jos GRIMO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.22", "debut_caractere": 1288, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "— Si la soirée d'adieux ne présente pas un\nintérêt artistique des plus grands, elle permet du moins de juger dans quelques\nheures l'impression produite par une saison assez mouvementée du reste, mais\nmenée à bonne fin par l'intelligent et zélé directeur, M. F. Boyer. Aussi j'ap-\nprouve sincèrement le renouvellement de son mandat pour trois nouvelles\nannées, malgré les sourdes protestations de certains pessimistes.\nExcès de prodigalité mis à part, comme c'est la tradition, pour certains sujets,\nles plus unanimes et sincères sympathies ont été pour MM. Domergue de la\nChaussée, qui quitte le fauteuil de chef d'orchestre, Montagné, chef de l'opéra\ncomique, L. David, Blancard, Séveilhac, Gibert, Dufriche, Chéret et Mmes Nady\nBlancarcl. Lina Pacary, Géraldi, Dupont, Pérès, etc... M. Boussa, indisposé\ndepuis quelques jours, n'a pu paraître, au grand regret de tous.\nParmi la gent ailée. Mlles Lovati, Régina Badel, Fabiani et tout le ballet,\neurent bientôt fait de transformer la scène en un massif somptueux de roses,\nmuguets et autres fleurs printanières, sans compter les œuvres d'art, agré-\nmentant ainsi très heureusement le ballet de Faust.\nLe programme était ainsi composé :\nOuverture des Maîtres Chanteurs, de Wagner ; Faust (Ier acte), de Gounod ;\nThamyris (3e tableau), de Nouguès ; Mireille (ier acte), de Gounod ;La femme de\nClaude (2e acte , de L. Cahen ; Cavalleria Rusticana, de Mascagni ; Ballet de\nFaust, de Gounod.\n\nBORDEAUX, GRAND- THÉÂTRE."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 154, "texte": "Et maintenant, une tournée de Brasseur donnant le Voyage de Sujette prolon-\ngera de quelques jours la saison lyrique municipale.\n\nJos GRIMO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c043", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "271", "page_fin": "271", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.10.7", "titre_corps": "SALLE PLEYFL. — Se feront entendre dans la grande salle de la maison Pleyel :", "titre_sommaire": "SALLE PLEYFL. — Se feront entendre dans la grande salle de la maison Pleyel :", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.23", "debut_caractere": 156, "fin_caractere_exclue": 881, "texte": "SALLE PLEYFL. — Se feront entendre dans la grande salle de la maison Pleyel :\nMlleCollin (16 mai) ;M. Wurmser et Mme Raunay (17) ; M1,e Elise Merlin (17) ;\nMme Roger-Miclos (i8);Mnie Wurmser-Delcourt (19) ;M. Ph. Courras '20);\nMlleSuzanne Percheron (21) ;M. C. de Mesquita (24) ; Mnie Reichenberg (25) ;\nM. Emile Nerini (26) ; MnieCopreaux (27) ;M. Vannereau (28) ; Mlle Marguerite\nBalutet (29) : élèves.\nDans la salle des Quatuors, à partir du 16 mai :M. et Mme Carembat (élèves);\nMlle Seeberger, Mme Feraut, M.Nocet, Mme Ducler-Benect (élèves), Mme Tassu-\nSpencer (élèves), Mme Vauchelet-Chenu (élèves), Mme Tarpet (élèves),\nMme Canal (élèves), Mlle Dupuy (élèves), MIle Gaetane-Vicq (élèves), Mme Bar-\nwôlf, Mlle Tuillier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c044", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "271", "page_fin": "271", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.10.8", "titre_corps": "M. KUBELIK A MARSEILLE.", "titre_sommaire": "M. KUBELIK A MARSEILLE.", "signature_source": "ERNEST GUEYDON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.23", "debut_caractere": 883, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "M. KUBELIK A MARSEILLE.\nERNEST GUEYDON.\n— Le violoniste Jan Kubelik a donné, le 22 avril,\nau Grand-Théâtre de notre ville, un concert qui a été un véritable événement\nartistique. Ce concert avait lieu au profit de la caisse de secours du syndicat des\nartistes musiciens du Grand-Théâtre. A cette occasion, les musiciens de l'associa-\ntion des Concerts classiques s'étaient joints à leurs amis du Grand-Théâtre pour\ncollaborer à l'exécution de la partie symphonique. Le grand violoniste a exécuté\nle concerto en ré de Beethoven, un concerto de Paganini et le Carnaval russe de\nWieniawsky. Le succès de M. Jan Kubelik a été immense. Durant toute la soi-\nrée, les spectateurs acclamèrent l'artiste avec un enthousiasme indescriptible.\nLes notes biographiques suivantes sont très édifiantes sur ce prodige :\nNé le 5 juillet 1880 à Miehle-lez-Prague, J. Kubelik commença ses études de\nviolon dès l'âge de cinq ans, et ses progrès furent si rapides qu'à l'âge de huit\nans il fut capable de donner avec succès un grand concert à Prague, où il inter-\npréta des compositions d'Alard, Wieniawsky et Vieuxtemps.\nEn 1892 il entra au Conservatoire de Prague, qu'il quitta en 1898 avec le prix\nd'excellence. Kubelik se rendit alors à Vienne, muni de son violon « Mittenwald »,\noù il donna plusieurs auditions avec le plus grand succès. Richard Heuberger\ndit alors, à propos de lui, dans la Neue Freie Presse : Au moyen âge Kubelik\naurait été brûlé comme un sorcier, sans autre forme de procès ; et le conseiller\nWorz écrivait : « Donnez au jeune homme un bon violon, et le monde entier\nsera à ses genoux. » Peu de temps après, Friederich Brosch, fabricant à Vienne,\nlui fit cadeau d'un violon Joseph Guarnerius, et c'est alors qu'il entreprit une\ntournée glorieuse en Bohême.\nAu commencement de la saison 1899, il débuta à Budapest, avec un succès\ninouï. Kubelik donna, dans la capitale de la Hongrie, quatorze concerts, puis se\nfit entendre en Autriche-Hongrie, en Roumanie, en Italie, en France, en Angle-\nterre. La Philharmonie de Londres le nomma membre d'honneur et lui accorda\nen plus la grande médaille de Beethoven ; ainsi le jeune Kubelik, alors âgé de\nvingt et un ans, fut couronné de gloire partout, comme jamais personne ne le fut\nà cet âge-là. Les succès remportés par Kubelik en Amérique et en Russie\nfurent encore des plus glorieux. Depuis A. Rubinstein on n'avait plus vu succès\naussi enthousiaste."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c045", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "272", "page_fin": "272", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.10.9", "titre_corps": "M. ÉD. COLONNE A TURIN. — La célèbre Société des concerts symphoniques de", "titre_sommaire": "M. ÉD. COLONNE A TURIN. — La célèbre Société des concerts symphoniques de", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "M. ÉD. COLONNE A TURIN. — La célèbre Société des concerts symphoniques de\nTurin avait appelé M. Edouard Colonne à l'honneur de diriger sa huitième\nséance. Le succès a pris les proportions d'un triomphe, et pour le chef d'or-\nchestre et pour la musique française qui figurait seule au programme : l'ouver-\nture d t Benvenoto Cellini, de Berlioz; la 2e Symphonie, de Saint-Saëns ; les Im-\npressions d'Italie, de G. Charpentier ; l'intermède de Rédemption, de César Franck,\net des fragments de la Damnation de Faust, dont le ballet des Sylphes, notam-\nment, fut bissé. Au reste, tous les morceaux étaient redemandés, et, si l'on avait\ntenu compte des désirs du public, c'est tout le concert qu'il eût fallu recom-\nmencer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c046", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "272", "page_fin": "272", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.10.10", "titre_corps": "Les journaux turinois, Gazette de Turin, la Stampa, H. Momento, Popolo, sont", "titre_sommaire": "Les journaux turinois, Gazette de Turin, la Stampa, H. Momento, Popolo, sont", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.24", "debut_caractere": 817, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "Les journaux turinois, Gazette de Turin, la Stampa, H. Momento, Popolo, sont\nunanimes dans leur admiration pour M. Éd. Colonne, que leurs articles cha-\nleureux proclament un artiste vraiment (( génial )) et, par sa large compréhen-\nsion des œuvres, sa force expressive, son sens musical, son exécution si souple et\nsi variée, dépassant en mérite tous les chefs d'orchestre étrangers qui se sont\ndéjà produits à Turin. C'est une révélation, disent-ils, et une victoire sans pré-\ncédent."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-05-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-05-15_01#c047", "volume": "bmtnabj_1904-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "272", "page_fin": "272", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.2.10.11", "titre_corps": "ROUEN, — Concerts de la Schola Cantorum. — La Schola a consacré son", "titre_sommaire": "ROUEN, — Concerts de la Schola Cantorum. — La Schola a consacré son", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.24", "debut_caractere": 1304, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "ROUEN, — Concerts de la Schola Cantorum. — La Schola a consacré son der-\nnier concert de la saison aux classiques et aux modernes de l'école de César\nFranck. Donnée avec les concours de Mlles Selva, Sirbain, Védrenne et de\nMM. Van Waefelghem et Marcel Bâillon, cette audition a été, ainsi qu elle le\npromettait, très intéressante. Nous citerons, parmi les œuvres interprétées, le\nQuintette de Franck, le Quatuor (pour piano et instruments à cordes) de Cas-\ntillon, la Sonate à Kreutzer, la Chanson perpétuelle d'Ernest Chausson et les\npièces pour piano, — Partita en si bémol majeur de Bach, Helvetia nw 3 de\nd'indy, Bourrée fantasque de Chabrier —merveilleusement jouées par Mlle Selva."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nNo 10 (quatrième année)\n15 Mai\n1904.\nR. M.\n2 O\n\nIsadora DUNCAN"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.2", "texte": "ISADORA DUNGAN\n\nIMPERIA : Ne me croyez pas frivole.\n(RENAN, Caliban, Acte II, se. ire.\nPour la troisième fois ( 1 ), une grande artiste a traversé Paris, et cette fois Paris\na compris : une foule se pressait dans la salle immense du Trocadéro, et des\nacclamations sans fin ont salué ces danses uniques au monde par leur grâce,\nleur harmonie, leur noblesse ingénue et leur puissance expressive. Et à la\nfin, après dix rappels, comme une partie des spectateurs, fatigués d'applaudir,\navaient pris le chemin du vestiaire et que nous n'étions plus dans la salle que\nquelques opiniâtres (six cents personnes au plus), Miss Isadora Duncan, très\némue, s'est avancée vers nous et nous a tenu à peu près le petit discours sui-\nvant :\n(( Très chers amis, lorsque l'année dernière j'ai passé par ici, quelques amis\nont bien voulu m'encouragerdéjà. J'ai bien travaillé depuis, et peut-être auront-\nils pu remarquer quelques progrès. Mais ce n'est rien encore : l'art de la danse\nest une très grande chose, et ce que je fais n'est qu'un petit commencement. C'est\ncomme une petite fille qui fait ses premiers pas. J'espère que cela ira mieux l'an-\nnée prochaine, et j'espère surtout former des élèves qui me dépasseront et réali-\nseront tout ce que j'entrevois (2) )).\nCette modestie touchante, cette noble ambition de se survivre en une lignée\nd'artistes, n'est-ce pas là la marque même du génie créateur? Le mot paraît trop\nfort, peut-être. Nous n'admettons pas qu'on parle de génie à propos de la danse,\nparce que nous songeons toujours à notre ballet moderne, si sec, si inexpressif,\ndont 1 idéal même est de tuer toute personnalité, pour aboutir à l'exécution pré-\ncise de quelques mouvements invariables : danse géométrique, où tout est réglé\nd'avance, danse gymnastique, où l'on prise surtout la difficulté vaincue, danse\nde soldats à la parade, dont la beauté suprême est l'uniformité (3). La danse de\nMiss Duncan est tout autre: elle est l'harmonie de son corps et l'expression plas-\ntique de sa pensée; c'est un art véritable, qui, comme les autres arts, nous ré-\nvèle les secrets les plus beaux de la vie ; c'est une musique muette et une sculp-\nture en mouvement.\n\ni) Miss Isadora Duncan a passé à Paris l'hiver de 1900-1 901 ; elle ne s'est montrée alors que\ndans des salons, surtout chez Mme la princesse Edmond de Polignac et M de Saint-Marceau.\nEn 1903, elle donnait au théâtre Sarah-Bernhardt ses premières séances publiques, dont le succès\nalla toujours croissant Mais cette année ce lut un triomphe. Miss Duncan est née à San-Francisco.\nSon père consacrait à l'art et à la littérature tous les loisirs que lui laissaient les affaires; il\nfonda même dans sa ville une école d'art très florissante [A rt association). Toute jeune, Miss Dun-\ncan put admirer chez elle des bas-reliefs antiques; elle dansait, pour son plaisir, dès l'âge de\n4 ans. Aujourd'hui son séjour favori est Athènes.\n(2) L'enthousiasme a été plus grand encore à la 2P représentation (7 mai); mais cette fois Miss\nDuncan, brisée d'émotion, n'a pu prononcer une parole.\n(3) Certes, je ne méconnais pas le mérite personnel de quelques-uns de nos « Sujets-Etoiles )) :\nMlk's R. Mauri, Sandrini, Zambelli, Mante, etc. Et même il faut que ce mérite soit singulier pour\nque la plus implacable des « théories » ne l'ait pas entièrement étouffé."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.3", "texte": "ISADORA DUNCAN ET LA DANSE NOUVELLE\n\nSans doute on va me dire : « Qu'est-il besoin d'une musique silencieuse,\n(( lorsque chante à nos oreilles une musique véritable, la plus éloquente peut-\n(( être qui ait jamais existé? Et ne comprenions-nous pas Beethoven, sans ac-\nte compagnement d'entrechats et de jetés battus? » Cela est vrai,et la Symphonie\nen la est par elle-même une œuvre complète ; mais la danse de Miss Duncan est\nune œuvre d'art aussi ; réunies, les deux œuvres se soutiennent, se commentent\net s'embellissent mutuellement. Je dis : mutuellement, et je sais bien que plus\nd'un ami de Beethoven va protester, et crier au sacrilège. Mon témoignage n'est\nguère suspect cependant ; il est rare qu'une représentation matérielle me donne\nune émotion véritable ; une pièce me plaît mieux à la lecture qu à la scène ; je\ntrouve, avec mon excellent ami Romain Rolland (1), que l'écharpe d'Yseult fait\ntort à la puissance descriptive de la musique, et je suis de ceux qui, à Bayreuth,\nferment les yeux pour mieux voir. Ce n'est donc pas sans quelque appréhension\nque je me rendais au Trocadéro l'autre soir : je m'attendais à trouver, malgré\nmoi, pauvres et puériles, les évolutions de la danseuse, comparées à la somp-\ntueuse musique qu'elle voulait traduire. Il n'en a rien été, et l'intérêt de sa danse\ns'est soutenu, même en face d'un orchestre entier, et même (ce qui est plus sur-\nprenant encore), à côté des mélodies les plus profondes et les plus intimes, telles\nque Y Adagio de la Sonate pathétique ou le ier mouvement de la Sonate dite du\nClair de Lune : l'accablement d'une âme écrasée par le Destin, et qui implore la\nProvidence, ou bi en une rêveuse adoration de l'insaisissable Beauté, voilà ce\nque nous montrèrent de nobles attitudes, dont le langage, à l'égal de la musique,\nest digne de traduire les émotions humaines, parce qu'il ne les précise pas. Et\ncertes, on peut comprendre tout autrement ces deux morceaux : Miss Duncan\nnous le dit elle- même (2) : (( Une telle musique donne à chaque auditeur des im-\n(( pressions différentes;... mes danses n'expriment rien de plus que ce que\n(( j éprouve moi-même ;... mes mouvements répondent aux impulsions que la\n« musique éveille en moi. )) C'est justement ce qui en fait l'intérêt et la beauté:\nils sont personnels, ils n'ont point été enseignés, ils ne figurent dans aucune\ngrammaire, aucun code traditionnel de gestes (comme, par exemple, la main\nsur le cœur ou la couronne tracée autour delà tête, de nos ballets-pantomimes) ;\nils sont naturels et expressifs ; une âme s'y manifeste et s'y réalise devant nous.\nMiss Duncan ne souffrirait pas que je la compare au Génie qu'elle célèbre; mais\nje puis dire en toute sincérité qu'elle ne m'a point paru une prêtresse indigne\nde son Dieu : car elle a la piété, la pureté et l'élévation de la pensée.\nDe telles danses ne peuvent être que des danses d'attitude. Les danses de par-\ncours (3) sont plus belles encore, et surtout en rapport plus intime avec la mu-\nsique ; mélodie et mouvements sont ici comme les fleurs jumelles du rythme\nqui les supporte ; et l'on ne sait laquelle de ces fleurs a le plus de grâce et de\nparfum. Voyez, dans le Menuet, cette virginale figure, au tournoiement si doux,\nun peu timide, qui rappelle à la fois les jeunes filles du Parthénon et les Grâces\nde Botticelli ; ou la joie ailée de cet Allegretto ;ou bien, dans le 2e mouvement\nde la Symphonie, cette mystique pleureuse qui évoque à elle seule tout un cortège\nd'ombres tour à tour tristes et lassées, ou baignées de lumière élyséenne ; ou\n\n(i ) jRevue de Paris du 15 mars 1904, p. 341.\n(2) Programme explicatif de la soirée.\n(3) J'emprunte ces expressions commodes au vocabulaire de la danse moderne."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.4", "texte": "ISADORA DUNCAN ET LA DANSE NOUVELLE\n\ncette ronde où Ton croit voir les Nymphes se chercher de la main ; ou enfin la\nséraphique bacchanale du dernier mouvement :\nCette phrase, je ne crains pas de le dire, m'avait toujours paru un peu triviale\net d'une lourde gaîté ; il a fallu la marche alerte et cadencée de Miss Duncan, et\nsurtout l'ineffable rebondissement du corps sur la note finale, pour mêler à cette\nmusique de nobles images de Nymphes dansantes aux fêtes de Dionysos (1).\nBeethoven y songeait-il ? Je n'en sais rien ; mais il pouvait y songer ; et lorsque\nje lis dans le plan de sa dixième Symphonie que Y adagio sera un (( mythe grec »,\nl'allegro une (( fête à Bacchus », je me demande s'il n'eût pas admis, et aimé,\nune telle interprétation, et je me demande si ce maître qui voulut toujours\nfaire de la musique une image plus riche et plus complète de la vie, et qui finit\npar mêler des choeurs chantants à une Symphonie, n'y eût pas ajouté aussi des\nchoeurs dansants, si cela lui eût paru possible (2) : l'art de la danse, tel qu'il\nexistait de son temps, ne permettait malheureusement pas un tel rêve. Mais\ncette réconciliation des arts du rythme, séparés depuis l'antiquité par un long\ndivorce, a été voulue par Wagner aussi ;et si les Filles Fleurs de Parsifal, les\nGrâces de Tannhduser ou l'écharpe d'Yseult, déjà nommée, n'ajoutent rien à la\nbeauté de la musique, et la déparent plutôt, la faute en est sans doute à la gau-\ncherie des interprètes et non à l'intention du poète ; on pourrait faire mieux :\nnous le verrons bien cette année, s'il est vrai, comme on le dit, que Miss Duncan\ndoive danser à Bayreuth. Il n'est point du tout démontré que nos danseurs,\nrevenus à des traditions plus saines et guéris de leur passion du tour de force, ne\npuissent égaler un jour nos musiciens. Et ce qui est certain dès aujourd'hui,\nc'est que nous avons eu sous les yeux, non pas l'ébauche, comme dit trop modes-\ntement la grande artiste, mais le modèle de cette danse future. « Si je pouvais\n« trouver dans mes danses quelques attitudes ou seulement une seule attitude\n« que le sculpteur pourrait transporter sur le marbre et immortaliser ainsi, mes\na efforts n'auraient pas été vains (3). )) Dès maintenant ces efforts ne sont pas\nvains ; ce n'est pas une attitude, c'est une chaîne ininterrompue d'attitudes qui\ntoutes réalisent à nos yeux la beauté sculpturale et se muent les unes dans les\nautres, souples et variées comme la vie ; ce que le sculpteur ou le peintre fixe\net résume en un instant unique se déroule ici sous nos yeux ; le monde idéal\ndont il soulève le voile pour le laisser retomber aussitôt se découvre à nous tout\nentier ; la statue s'anime, et nous pénétrons avec elle au séjour des Bienheureux,\noù toute forme est beauté, tout mouvement harmonie. Un art aussi parfait n'est-\nîl pas l'art suprême, et ne conçoit-on pas que la vie, sans la danse, paraisse à\nMiss Duncan indigne d'être vécue r Cet exemple sera suivi, cet enthousiasme\n\n(1) Je pense surtout àun admirable vase de figures rouges du Louvre, publié dans les Monu-\nments grecs, n° 17-18.\n(2) Il faut remarquer que l'orchestre moderne contient déjà — ou encore — un danseur : c'est le\nchef d'orchestre, dont les mouvements doivent traduire le rythme entier de la musique exécutée ;\nil est le coryphée dansant d'un chœur immobile. Mais il ne danse pas toujours bien.\n(3) ISADORA DUNCAN, La Danse de l'avenir. Texte anglais, accompagné d une Préface et d une\nexcellente traduction allemande par le Dr Federn. Leipzig, Diederichs, 1903."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.5", "texte": "M. MASSENET A L'OPÉRA-COMIQUE\n\nportera ses fruits. Bientôt, nous l'espérons, une école sera créée, où l'on ensei-\ngnera, sans règles arrêtées et sans exercices à la barre, la Danse nouvelle,\nfondée sur la structure du corps et l'expression naturelle des émotions. Selon\nquels principes et par quels moyens ? C'est ce que nous essayerons de montrer\nprochainement.\n\nLouis LALOY.\n\nM. Massenet à l'Opéra-Comique.\n\nLe Jongleur de Notre-Dame avait été donné pour la première fois à Monte-\nCarlo, le 18 février 1902. Voici le sujet du poème, d'après un résumé quasi offi-\nciel. (( Le Jongleur Jean, âme simple, sorte de Gringoire, cherche en vain à dis-\ntraire la foule indifférente à ses jongleries, lorsque l'apparition du prieur de\nl'abbaye de Cluny change la destinée du pauvre hère. Il renoncera à sa chère\nliberté et se consacrera au divin culte de la Vierge Marie — non sans avoir em-\nporté en cachette son bagage de jongleur. Au prieuré, Jean, hélas! ne peut rien\noffrir à la Vierge, dont c'est la fête, le jour de l'Assomption. Désespéré, il im-\nplore avec ferveur. Et, comme transfiguré, il quitte sa robe de moine, apparaît\nen costume de jongleur, avec sa vielle et sa besace, et offre à la Vierge ses\nmodestes talents de baladin.\n(( Mais, au beau milieu de ses exercices, le prieur et les moines surgissent. —\nSacrilège! On va chasser Jean, lorsque le miracle s'accomplit. La Vierge se\nmanifeste et bénit le jongleur. Les moines alors se précipitent aux genoux de Jean\net lui demandent sa bénédiction ! C'est trop de joie pour le pauvre histrion. Il\nmeurt dans son extase, et son âme s'en va rejoindre celle de tous les simples qui\npeuplent le Paradis. »\nSujet religieux, chaste et naïf, — ce qui constitue aujourd'hui une grande\noriginalité. Sur cette trame un peu mince, M. Massenet n'a pas eu de peine à\nbroder une musique charmante, déliée, spirituelle, archaïque à souhait quand il\nconvient, et où l'on reconnaît sa maîtrise habituelle. Le premier acte est déli-\ncieux : c'est un chef-d'œuvre, comme le premier acte de Manon. M. Massenet a\nune entente admirable du théâtre, et, en particulier, du style qui convient à\nl'opéra comique. Il fixe avec une sûreté parfaite les valeurs relatives des senti-\nments, des idées, des personnages, de tous les éléments de l'action, et il ne trans-\nforme jamais un divertissement en latigue. Ce premier acte est amusant ; il est\nfrais; il est jeune, épanoui, plein de grâce et de lumière, d'une verve et d'une\ninvention mélodique qui ne faiblissent pas ; et tout y est distribué, arrangé avec\nun goût parfait, selon les exigences du livret. La viole cl amour, qui annonce\nl'arrivée du jongleur, est toujours traitée de façon charmante. La scène de\nparade, au milieu des marchands et des bourgeois, a autant de mouvement que\nde couleur; et, en plus d'un endroit, elle a une réelle puissance. Les éloges que\nje pourrais accumuler tiennent en un mot : tout cela vit. Au théâtre, c'est l'essen-\ntiel ! Dans ce premier acte si clair et si joli, où règne une incroyable adresse, je\nregretterai tout au plus que la mélodie O liberté m amie, d'une inspiration d'ail-\nleurs très agréable, ait un peu trop l'allure et la coupe d'un morceau détaché. —\nDans les deux autres actes, il y a des pages de premier ordre et de facture très\nsoignée, mais l'intérêt faiblit un peu, par la faute du livret, qui manque d'ima-\nV"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.6", "texte": "SOUVENIRS D'UNE ÉLÈVE DE LISZT\n\ngination. J'y voudrais une peinture moins superficielle et plus complète de la\nvie monacale. Une suite de petits tableaux, et de menues choses sur lesquelles\ns'éparpille l'attention, occupent la scène sans la remplir. Ces moines ne sont ni\nassez mystiques, ni assez bons vivants, pour être pris au sérieux. Seul, Boniface\na du relief : il apparaît d'abord sur un âne, avec des fleurs et des provisions\nappétissantes qu'il rapporte du marché ; et il suffît de dire que Fugère remplit\nle rôle, pour faire deviner l'art et la force comique qu'il y déploie ! Les autres\nmoines sont quelconques. Les couplets sur la peinture, la sculpture et la poésie\nsont un peu pâles; instinctivement, le compositeur a donné au librettiste la mu-\nsique de son livret. La légende de la sauge sauve à peine la situation.\nLe troisième acte est précédé d'une pastorale religieuse en demi-teinte où est\nreprise l'idée principale de la pièce, le culte de la Vierge symbolisé par cet élé-\ngant dessin :\nDans cette phrase, qui est comme la signature de la partition, paraît la souple\nligne d'acanthe familière au maître, et qui, cette fois, se trouve ingénument asso-\nciée à l'idée d'un élan de prière, à celle des mains jointes et des regards tournés\nvers la Madone. Tout ce prélude, d'une touche délicate, est fait avec les tons les\nplus fins et les plus aimables de l'orchestre. C'est du Watteau ; Chérubin, en\nsurplis blanc, est entouré d'anges qui sourient et d'amours qui se recueillent.\nLa seconde parade du Jongleur m'a paru excellente, bien qu'en certains endroits\n(comme la Chanson de guerre où un effet trop facile est obtenu à l'aide des cuivres)\nle pittoresque ne soit pas (}) d'une note assez archaïque ou au moins assez ori-\nginale. D'autres fois, l'instrumentation se restreint un peu, s'amincit, remplace\nla tache de couleur par le simple trait. En somme, œuvre charmante, digne du\nmaître, infinimentagréable, et faisant un tableau de genre exquis.\nM. Maréchal a retrouvé son succès de Monte-Carlo ;M. Carbonne — dont\nj'aime particulièrement le timbre et le style, — MM. Allard, Huberdeau, Billot,\nGuillamat, méritent de sérieux éloges. Quant àla mise en scène, je ne lui repro-\ncherai qu'une statue de la Vierge rappelant fâcheusement certains coloriages\nqui caractérisent la rue Saint-Sulpice.\n— Le Cor fleuri de M. Halphen a été bien accueilli. Je regrette de ne pouvoir\nl'analyser, n'en ayant pas reçu la partition.\n\nJ.\n\nSouvenirs d'une élève de Liszt\n\n(i).\nWeimar, le 6 juin 1873.\nUn jour, cette semaine, Liszt était de si bonne humeur qu'il semblait avoir\nrajeuni de vingt ans. Un des étudiants du conservatoire de Stuttgard, appelé V.,\nparaissant excessivement nerveux, se mit à jouer un des concertos de Liszt, qui\n\n(1) Suite. Voir la Revue du ier mars 1904. Quelques lettres nouvelles nous ont été communi-\nquées : nous sommes heureux de les offrir à nos lecteurs, qui ont pu déjà apprécier tout l'intérêt\nde ces charmants Souvenirs."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.7", "texte": "SOUVENIRS D'UNE ÉLÈVE DE LISZT\n\nne cessa de lui envoyer ses petites salves de satire, mais d'un air tout à fait bon\nenfant. Si j'avais été à la place de V., je n'y aurais pas fait attention ; je crois que\ncela m'aurait plutôt inspirée, mais le pauvre V. ne savait plus s'il était sur sa\ntête ou sur ses pieds ! A un certain moment il joua trop faiblement un passage, et\nLiszt prit sa place en déclarant : « Quand je joue, je joue toujours pour les per-\nsonnes qui sont dans la galerie, afin que même ceux qui ne paient leur place que\nquelques centimes puissent entendre quelque chose » (En parlant delà galerie,\nLiszt faisait allusion au poulailler, où le peuple se rend et où les places ne coû-\ntent presque rien.) Puis il commença à jouer, et je voudrais que vous l'eussiez\nentendu ! Les sons n'étaient pas très forts, mais très pénétrants, de longue\nportée. Quand il eut fini, il leva une main en l'air, et il nous sembla voir paraître,\ncomme dans une vision, les gens de la (( galerie )) grisés par la mélodie. Voilà\nla manière dont Liszt enseigne ; il vous présente une idée qui prend possession\nde votre esprit et y demeure. Pour lui, la musique est une chose si réelle, si\nvisible, qu'il trouve toujours instantanément, dans le monde matériel, un sym-\nbole pour exprimer son idée. Un jour, je faisais, en jouant, une espèce de mou-\nvement rotatoire de la main fort difficile à éviter. « Gardez votre main tranquille,\nMademoiselle, dit Liszt, ne faites pas d'omelette. »Je ne pus m'empêcher de\nrire de cette façon amusante de me donner sur les doigts.\nLiszt est malheureusement beaucoup trop avare de son jeu et, ainsi que Tausig,\nne joue ordinairement que quelques mesures à la fois. On est toujours déçu lors-\nqu'il s'arrête, c'est juste au moment où vous êtes le plus captivé, mais il est si\nblasé qu'il ne tient pas à montrer son talent et n'aime pas qu'on lui fasse de\ncompliments; cela l'ennuie, même à la cour, où la grande-duchesse a recom-\nmandé de ne faire aucune manifestation d'enthousiasme lorsqu'il quitte le piano.\nIl y avait là, ce même jour pendant lequel Liszt était de si bonne humeur, une\ndame qui, avec son mari, avait fait un long voyage pour venir à Weimar dans\nl'espoir d'entendre jouer le Maître. Elle attendit longtemps et patiemment du-\nrant la leçon, et Liszt, ayant enfin pitié d elle, s'assit devant le piano en faisant sa\nremarque favorite, que (( les jeunes dames jouaient beaucoup mieux que lui,\nmais qu'il ferait tous ses efforts pour les imiter ». Il joua merveilleusement une\nde ses compositions et, lorsqu'il eut fini, nous restâmes toussilencieux, sentant que\nnous ne devions rien dire. Et lui, comme s'il craignait les éloges, se dirigea vers\nun de ses amis qui habitait une propriété près de Weimar et lui dit du ton le\nplus indifférent : (( A propos, et ces œufs, allez-vous m'en envoyer quelques-uns ? »\nJe me demande comment il peut nous écouter jouer ; nous devons lui déchirer\nles oreilles, et tout doit lui paraître dénué d'expression en comparaison de sa puis-\nsante interprétation. En effet, quelle que soit la perfection avec laquelle nous\njouons un morceau, si Liszt le rejoue aussitôt après nous, on peut à peine le\nreconnaître. Son toucher et sa façon d'employer la pédale sont deux des secrets\nde son jeu ; il semble plonger dans l'âme du compositeur et ramener à la surface\nses plus profondes pensées, où elles étincellent comme des étoiles. Plus je vois\net entends Liszt, plus je l'admire ! Toutes mes études musicales me semblent avoir\nété de simples exercices d'école, préparatoires pour jouer devant lui. Je pense\nsouvent à ce que Tausig m'a dit un jour : (( Nous autres artistes, comparés à\nLiszt, ne sommes tous que des lourdauds. »Je ne le croyais pas alors, mais j'ai\nvu depuis que c'est vrai, et, en étudiant le jeu de Liszt, je peux découvrir comment\nTausig obtenait plusieurs de ses merveilleuses originalités. Je trouve que, de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.8", "texte": "TEMPS FORT ET TEMPS FAIBLE\n\ntoute l'armée qui a eu le privilège d'être instruite par Liszt, c'est lui qui s'en\nrapprochait le plus.\n— }\"ai commencé cette lettre dimanche, et nous sommes à mardi. Hier, je suis\nallée chez Liszt, où j ai appris que Bulow venait d'arriver. Par extraordinaire,\naucun élève n'était là. et je me disposais à partir, lorsque Liszt vint me demander\nd'entrer pendant un moment. Il me présenta à Bulow et je me trouvai ainsi\ntoute seule avec ces deux grands artistes. N'était-ce pas une situation ?Je ne\nrestai que quelques minutes, naturellement, bien que j'eusse aimé m'attarder\ndes heures, car notre conversation était excessivement amusante. Bulow venait\nd'achever une de ses grandes tournées de concerts et avait été à Londres pour la\npremière fois; il avait donné cent vingt concerts en quelques mois! Il est très\nattrayant, ainsi que tous ces maîtres artistes, mais, comme apparence, tout à fait\nl'opposé de Liszt, étant petit, vif, léger dans ses mouvements ; il a un front hardi\net orgueilleux et semble personnifier la force de volonté.\nLiszt contemplait son « Mans » (c'est ainsi qu'il appelle Bulow) avec un\norgueil affectueux et paraissait très heureux de son arrivée.\nM'appeler et me présenter à Bulow, au lieu de me laisser partir, témoigne bien\ndes manières courtoises de Liszt, qui savait que j'étais venue pour jouer et qui\nne voulait pas que je me sois dérangée pour rien ;... mais au fond, je crois qu'il\neût préféré me voir à Jéricho.\n(A suivre.)\n\nA. FAY.\n\nTemps fort et temps faible : comment faut-il battre la mesure?\n\nLa Paléographie musicale, dirigée par le Bénédictin Dom André Mocquereau,\npublie, depuis déjà longtemps, une considérable et curieuse étude sur le rythme\nau sujet de laquelle je voudrais présenter ici quelques observations très simples.\nLa thèse soutenue par le savant musicien est à la fois très conservatrice et très\nrévolutionnaire: elle réintroduit, dans la terminologie rythmique, des termes\nqu on avait voulu en exclure comme équivoques ; mais elle renverse nos habi-\ntudes traditionnelles en nous affirmant que le premier temps de la mesure est\nfaible, et que le temps (( fort » se trouve, non au frappé, mais au levé. D'après la\nPaléographie.si 011 veut marquer correctement le rythme delà phrase suivante :\nave màris stélla, il ne faut pas'dire :\nen faisant coïncider la syllabe accentuée (temps fort) avec le début de la mesure,\nmais il faut dire :\nSur les syllabes initiales de ces mots (a, ma, stel), la main doit s élever (àpjtç) ;\nsur les syllabes ve, ris, la, qui coïncident avec le premier temps de la mesure,\nla main doit sabaisser (0£<jt;), comme à la fin d'un mouvement. C'est dans cette\nsuccession et cette disposition de levés et de frappés, d'élans et de repos, que\nconsiste le rythme."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.9", "texte": "TEMPS FORT ET TEMPS FAIBLE\n\nL éminent théoricien me permettra-t-il, non pas de partir en guerre contre\nlui (l'autorité me manquerait pour une telle entreprise, et le directeur de la\nPaléographie musicale connaît mon admiration pour ses travaux antérieurs),\nmais de lui exposer, en toute sincérité, quelques doutes r Je n'ai pas en ce\nmoment sous les yeux tous les textes qu'il me faudrait pour justifier mes dires ;\nmon seul désir est de poser une ou deux questions.\nLaissons d'abord de côté, si vous le voulez bien, un premier argument sur\nla valeur duquel on s est, je crois, mépris. L'auteur de la théorie nouvelle (sen-\ntant peut-être que l'usage, en pareille matière, est un arbitre) a demandé à\nquelques maîtres contemporains si, d'après eux, le premier temps de la mesure\nest un temps fort. On a répondu négativement, et je ne m'en étonne pas. Mais\ncette réponse, je crois, signifie simplement qu'il serait absurde d'accentuer tou-\njours le premier temps de la mesure, et elle ne veut rien dire de plus. L'im-\nportant, pour les compositeurs (qui ne font pas de la musique de danse), ce\nsont les membres de phrase, les phrases, les périodes, les systèmes, et non les\nrythmes élémentaires qu'on marque avec le bout d une canne. (Voir, par exem-\nple, le prélude de Parsifal, qui est un modèle de construction rythmique et\noù les barres de mesure ne jouent pourtant aucun rôle au point de vue de la\nplace des temps forts et faibles.)\nIl y a aussi un autre argument, auquel je ne m'arrêterai pas. Des composi-\nteurs du xvie siècle, nous dit-on, et même de bons compositeurs contemporains,\ncomme M. Saint-Saëns, ont écrit : Dé- | us, et non \\ Déus. Ce nouveau genre de\nplébiscite ne me paraît pas plus concluant. Aux exemples favorables à la thèse,\non opposerait facilement d'autres exemples qui la contredisent. Je crois d'ail-\nleurs que la chose la plus importante, aux yeux d'un polyphoniste, c'est l'entrée\ndes parties : il fait entrer la phrase commençant par Déus au (( levé )), si cela\nfavorise son contrepoint ; il la fait* entrer au « frappé )) dans le cas con-\ntraire.\nJ'arrive à quelques points qui me paraissent plus sérieux.\ni° Et d'abord, une observation très générale. Le rythme musical est un phé-\nnomène que l'oreille seule doit juger, parce que c'est elle qui le crée avec la\nmémoire et qu'il n'existe que pour elle. Or, toutes les définitions du rythme\nque j'ai trouvées dans la Paléographie sont faites avec des images visuelles,\nd'ailleurs très brillantes. Le rythme est assimilé au mouvement d'une vague\nqui s'élève et s'abaisse, à celui d'un objet qui plane et vient de temps en temps\neffleurer ou (( toucher )) le sol, etc..., etc..\n2° L'auteur de la théorie croit avoir défini le rythme absolu et en soi, (( celui de\ntous les temps et de tous les pays ». En parlant ainsi, ne nous met-il pas sur la\nvoie des objections qu'on peut lui faire r\nLorsqu'il dirige, lui Bénédictin, un chœur liturgique, il se borne à élever et\nà baisser sa main, c'est-à dire à exécuter un mouvement pour les yeux des\nchanteurs ; ni lorsqu'elle est élevée, ni lorsqu'elle est abaissée, sa main ne pro-\nduit un son ou un bruit pour l'oreille. Mais il n'en était pas ainsi chez les\nanciens. Constatons d'abord ce fait , nous demanderons ensuite quelle conclu-\nsion il convient d'en tirer. *\nOn marquait et on marque encore le rythme dans beaucoup de pays en frap-\npant les mains par un mouvement horizontal«(et non vertical,ce qui rend impro-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.10", "texte": "TEMPS FORT ET TEMPS FAIBLE\n\nprès les termes d'apcri; et OLi;, levé et baissé). Dans un bas-relief assyrien qui est\nau British Muséum et qu'on a bien souvent reproduit, un cortège de danseurs,\nde harpistes et de chanteuses est accompagné par des enfants qui frappent dans\nleurs mains. Au musée du Louvre (dans le couloir où M. Bénédite a réuni tout\nce qui est relatif à l'ancien empire égyptien), il y a une pierre où bon voit la\nscène suivante : une femme accroupie joue de la harpe ; devant elle un dan-\nseur ; derrière elle, quatre personnes qui frappent clans leurs mains (même\ndirection des mouvements que plus haut pour battre la mesure). Faut-il multi-\nplier ces exemples? (( Il existe, ditEngel, des tribus sauvages qui, bien qu'ayant\ndes chants, ignorent entièrement la musique instrumentale. Si elles accompa-\ngnent ces chants, c'est seulement avec le rythme qu'elles produisent en frappant\ndans leurs mains ou en entrechoquant des pièces de bois. )) ( The musicofthe most\nancient Nations, p. iob M. Elie Reclus, dans le Primitif Australien, nous apprend\nqu'en Extrême-Orient (( les femmes battent la mesure en se frappant sur les\ncuisses ». Un docteur allemand qui a passé sa thèse de doctorat sur ce sujet ori-\nginal :la musique des sauvages,M. Ilagen, nous dit : ((Quelques peuples prennent\ntant de plaisir au rythme qu'ils font consister toute leur musique dans le batte-\nment des mains ou la répétition du même son à l'aide d'objets frappés )). Quand\nce n'est pas sur les mains qu'on frappe pour battre la mesure, c'est souvent sur\nun tambour. Dans le répertoire de Caillaud (planche 40 A, des livraisons 15. 16\net 17) est reproduite une peinture de Thèbes où un tambourin est frappé de côté,\nà hauteur de la tête, pour marquer le rythme. Dautres fois, c'est un tambour\noblong, et un peu renflé vers le milieu, attaché àla ceinture, et touché toujours\nde côté. Ala Galerie des Offices, à Florence, il y a un ange (grand tabernacle\nd'Angelico) qui frappe, de côté, sur un tambourin tenu à la hauteur de sa tête, et\nqui m'a tout l'air de battre une mesure. Un autre ange batteur de mesure (pas\nde doute possible, je crois, sur celui-là ! ), c'est celui de Melozzo da Forli, qui est à\nla sacristie de Saint-Pierre, au Vatican : il tient un tambour qui, d'après sa\nforme, pourrait être frappé comme celui de nos fantassins, mais qu'il incline\ngentiment entre le visage et l'épaule, et sur lequel il frappe de côté.\nAutres manières de marquer le rythme : usitée chez les Espagnols et chez les\ncontemporains d'Horace, à en juger par ce vers '\nLegitimumque sonum digito callemus et aure.\nC'est le claquement des doigts. Les castagnettes et les crécelles sont une\nvariante du genre, j'ajouterai la gourde remplie de noyaux en usage chez les\nAbipones (Lubbock).\nAutre manière, consistant à battre de haut en bas : dans un monument\nassyrien qui est à Londres (et que M. l'abbé Vigouroux a reproduit dans son\nPsautier polyglotte), on voit un homme marquer le rythme en entrechoquant les\nbords de deux pièces de métàl ressemblant à deux entonnoirs renversés l'un sur\nl'autre. Chez les Grecs, on le sait, la mesure était battue avec le pied, — mais un\npied armé d'un appareil qui frappait le sol énergiquement.\nCes deux derniers faits sont les seuls qui justifient les locutions levé et baissé,\nen matière de rythme. (Je dois ajouter que le chef d'orchestre moderne termine\npresque toujours une symphonie en levant très haut son bâton sur le dernier\ntemps.)\nAcceptons cependant les idées de « levé )) et de « baissé ». Le seul fait que je"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.11", "texte": "TEMPS FORT ET TEMPS FAIBLE\n\nretienne, c est que, des deux mouvements qui servent à marquer le rythme\ndans les cas dont je viens de parler, il y en a un qui se fait sans bruit et un\nautre qui est accompagné de bruit. Je demande alors : Lequel des deux doit être\nraisonnablement considéré comme le temps fort ?\nDans un livre très estimé (Arbeit und Rythmus), M. le prof. Bûcher, de\nLeipzig, nous a montré que le rythme, chez les primitifs, est né de la nécessité\nde régler et d'alléger, au point de vue de l'effort, le travail social. Voici, par\nexemple, des hommes qui, régulièrement, abaissent une grosse pierre sur des\ngrains de blé qu'ils veulent écraser ou qui frappent le sol avec des fléaux. Où est\nle temps fort ? est-ce au moment où le fléau est en l'air ? — Voici un forgeron qui\nbat l'enclume in numerum, comme les cyclopes de Virgile ; où est le temps\nfaible ? est-ce celui où le marteau résonne sur l'enclume ?\nVoilà les faits réels où il faut chercher une image vraie du rythme musical pri-\nmitif. Ne sont-ils pas significatifs ? s'accordent-ils avec la théorie exposée dans la\nPaléographie ?\n3° Si, comme vous l'affirmez, les idées d'élévation et d'abaissement sont indispen-\nsables à la notion du rythme, et si — cela est de toute évidence - un (( levé )) et\nun (( baissé » ne peuvent être perçus que par les yeux, ne résulte-t-il pas de votre\nthéorie qu'un chant qu'on écouterait les yeux fermés serait nécessairement\ndépourvu de rythme ?\n4° Votre grande préoccupation paraît être de savoir où il faut mettre la barre\nde mesure (est-ce avant le mot Déus, ou dans l'intérieur du mot ?) — mais à\nquoi bon, puisqu'un des articles de votre Credo artistique, c'est qu'il n y a pas de\nbarres de mesure dans le plain-chant ? Les mélodies grégoriennes sont-elles\nincompréhensibles sans un bras et une main qui, à côté d elles, dessinent dans\nl'espace d'élégantes arabesques ? Est-ce au plain-chant seul ou à la musique tout\nentière que s'applique votre théorie ? — Il y a, dira-t-on, une question très\nimportante pour le plain-chant : c'est celle de l'accompagnement ; il convient de\nsavoir sur quelle syllabe du mot l'organiste doit placer son accord. — S'il en est\nainsi, que devient cet autre article de votre Credo musical, à savoir que le plain-\nchant est purement vocal r\nJ'ouvre mon Beethoven ; voici le début de la Sonate pathétique :\nEst-il vraiment possible de voir dans la première note de cette phrase un\ntemps faible, une « chute », un (( repos », un (( abaissement » (abaissement de\nquoi r), une (( fin » ?\n5° Avec M. le prof. Hugo Riemann (qui est sans doute un très savant homme,\nmais un théoricien parfois dangereux à suivre) vous arrivez à dire, après bien\ndes changements d'images et de vocables, que le premier temps de la mesure est\nune chute, un repos, enfin un temps lourd (opposé au levé, qui est léger).\nLe mot (( temps lourd » est il heureusement choisi ? De la lourdeur de quoi\nou de qui parlez vous ? n'oubliez-vous pas ici que les phénomènes musicaux,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.12", "texte": "L'ENSEIGNEMENT DU CHANT ET LES MÉTHODES\n\nsont purement acoustiques ? Après avoir, peut-être trop employé les images\nvisuelles, ne confondez-vous pas ici les impressions musculaires avec celles de\nl'oreille ? Est-ce autrement que par association d'idées qu'on peut introduire\nl'idée de lourdeur dans l'analyse d'une mélodie ? Ou bien —puisqu'il s agit ici\nde votre admirable plain-chant — parlez-vous d'une sorte de lourdeur théorique,\nabstraite, si je puis dire, et sans réalité ? Ou bien vous résignez-vous à dire\nqu'il faut prononcer (( lourdement » la dernière syllabe de chaque mot dans\na \\ ve ma | ris slel \\ la ? Votre oreille d'humaniste ne proteste-t-elle pas?\nTelles sont les questions que je pose et sur lesquelles je serais très heureux\nqu'on m'éclaira t.\n\nJULES COMBARIEU.\n\nL'enseignement du chant et les méthodes\n\nLa méthode, bien comprise, est\nune excellente chose. Elle aide à\natteindre un but donné, par le che-\nmin le plus court et le meilleur.\nMalheureusement, les méthodes\nde chant ne répondent pas toujours\nà ce programme ; elles sont fort\nnombreuses et un peu diffuses,\ns'accordent entre elles comme les\nJaponais et les Russes, et domi-\nnent renseignement moderne à\ntous les degrés, qu'il soit libre ou\nofficiel, sans l'éclairer. Les indica-\ntions ne manquent pas ; elles\nabondent. Les bonnes volontés\nsurgissent de toutes parts ; mais\nelles se neutralisent, parce qu'elles\npréconisent, avec une égale auto-\nrité du reste, des moyens opposés.\nEn somme, tout le mécanisme\nvocal, d'après les grands maîtres\nitaliens et d'après le bon sens, est\ncontenu dans trois ou quatre\nformules fondamentales. La tra-\ndition nous a légué ces formules ; la science moderne du laryngoscope, si\nheureusement créée par Manuel Garcia, doit éclairer le fonctionnement de la\nglotte pendant l'exécution des traits. On conçoit mal, par exemple, que tel\nauteur donne un système pour l'exécution du trille (tremblement, mouvements\nde piston du larynx) et que tel autre, non moins autorisé, ramène le trille\nà l'émission normale, très accélérée. Il est si simple (au Conservatoire du\nmoins) de convoquer quelques spécialistes qui résoudront la question, et\nempêcheront des pratiques nuisibles, pratiques qui entraînent un chevro-\ntement en quelque sorte endémique. Il faut, en un mot, pour créer une"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.13", "texte": "L ENSEIGNEMENT DU CHANT ET LES MÉTHODES\n\nméthode applicable, remonter à la source des mouvements, qui est la glotte,\net juger la gamme, ses secondes, tierces, quartes, etc., sur son propre théâtre,\nen activité. Il faut soumettre à cette discipline les points en litige du chant,\net iejetei des différentes méthodes ce qui aura été jugé faux. II serait néces-\nsaiie, par exemple, de fixer la question des registres, qui est confondue avec\ncelle des timbres ; cette question doit être réglée quant au mécanisme pur\n(mécanisme d'ensemble du larynx et local de la glotte) ; quant au timbre général,\nqui \\aiie a\\ ec la position, et, enfin, quant aux différentes couleurs des voyelles,\nqui se prêtent plus ou moins au mécanisme des différents registres, de même\nqu'elles se prêtent plus ou moins aux différentes hauteurs cle voix.\nCes questions résolues entraîneront des résultats pratiques considérables, et\nla réforme de certains systèmes trop absolus qui abusent du registre inférieur\net de la voix sombrée. Le résultat d'une bonne méthode, c'est d'amener un élève,\ndéjà musicien, et doué dune prononciation nette, à émettre la voix sans effort,\navec pureté et naturel, sans forcer ses moyens. La plupart des méthodes mettent\nla charrue avant les bœufs : par exemple, elles obligent 1 élève à filer et à gra-\nduer un son, dès le début des études ; or, ceci est un art dans un art, comme\n1 art de dire des vers est un art dans la lecture. Le mécanisme du son filé\nest beaucoup plus compliqué que celui de son égal ;il est donc néces-\nsaire de ne l'imposer au chanteur que quand la puissance d'expiration\net la contraction de la glotte se mettent en harmonie dans toutes les con-\nditions requises. Il serait nécessaire aussi d'abandonner en grande partie\nles vocalises, qui ont le grave défaut d'accumuler souvent les difficultés, sans\nles graduer, ou de les noyer, ce qui est une perte de temps pour l'élève. Un\nchant simple et bien choisi pourrait succéder immédiatement aux formules de\nmécanisme conduites sans errements, celui-ci par exemple i) :\nDans ces conditions, en admettant, comme nous l'avons dit, que l'élève soit\nbon diseur et bon musicien, il doit chanter purement en une année au plus.\nUne autre année pour former son goût, et nous aurons un artiste de premier\nordre qui pourra se diriger lui-même et surmonter les difficultés cle sa profession.\nLes méthodes les plus connues sont la méthode du Conservatoire, celles de\nPanseron, Garcia, Faure, Damoreau-Cinti, Dupré. Marchesi. Toutes ces\n\nLE PRÉ AUX CLERCS\n\n(i) Phrase de huit mesures. Suite de tons et demi-tons aux deux premières mesures, tierce liée,\nà la troisième ; léger portamento de quarte, de dominante en tonique àla septième mesure ; pour\nretomber par un triolet sur la tonique finale.\nCette charmante et très simple mélodie peut succéder immédiatement aux exercices de méca-\nnisme. Remarquer la tenue de son et la liaison de la quatrième mesure a la cinquième. Rien\nn empêche de vocaliser la mélodie avant d'y joindre les paroles."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.14", "texte": "L'ENSEIGNEMENT DU CHANT ET LES MÉTHODES\n\nméthodes, ou à peu près, ont droit de cité au Conservatoire ; toutes ont de\nbons côtés. Elles ont le tort de se contredire. Garcia seul a pénétré le mystère\nvocal, et pourtant il a pu se tromper sur le mécanisme de certains traits, tout en\nfixant de visu le point précis où le son prend naissance. C'est à la science à\ncréer un accord harmonieux entre les maîtres de chant ; accord qui ne s'établira\njamais de lui-même, et cela au grand préjudice des élèves. Il est très bon qu'il\ny ait des vues différentes sur le même sujet ; mais il faut, quand un exercice est\nphysiquement mauvais et mal compris, avoir le courage de le dire plutôt que de\nnuire à l'élève. Quelle belle méthode on ferait en supprimant une partie, une\ntrès grande partie des méthodes actuelles ! On prendrait le meilleur de chacune\nd elles, et le professeur serait tenu d'enseigner, non sa propre méthode exclusi-\nvement, mais la méthode des méthodes, contrôlée par les savants.\nIl serait bon aussi de marcher avec son temps ; l'abandon partiel de la musique\nornementale, la vogue toujours croissante du chant large et dramatique, les\ntendances wagnériennes, doivent fatalement introduire des changements dans\nles méthodes ; la pose de la voix, sa bonne sonorité, la connaissance des timbres\net de leurs ressources, deviennent de nécessité pratique ; tandis que l'agilité,\nsans être abandonnée, est reléguée au second plan, les tours de force vocaux que\nBerlioz appelait plaisamment (( l'Ecole du petit chien », devraient bien eux aussi\ndemeurer l'apanage de cet intéressant quadrupède. Qu'importe au public que\nMlle X. glapisse un fa suraigu ? Est-ce donc un avantage d'avoir le tympan\npercé par ces cris maladifs ? Et faut-il les encourager ? Une bonne méthode doit\nignorer les tours de force qui tuent la voix de l'artiste et déchirent l'oreille de\n1 auditeur. M. Bourgault-Ducoudray, dans un l'apport sur le chant, s'exprime\nainsi :\n(( La qualité du son vient cle la manière dont il est émis ; une voix mal posée se\n(( brise dans sa fleur. Quant à la respiration, elle a une importance capitale, non\n(( seulement au point de vue du chant, mais au point de vue cle la santé de l'é-\n(( lève ». On ne saurait mieux dire ; reste à savoir si, dans la pratique cle l'ensei-\ngnement, ces excellents conseils sont suivis : et surtout s'ils peuvent l'être. La\nrespiration vocale a ses lois que la pratique découvre après de longs tâtonne-\nments ? Or jusqu'à présent, le corps musical enseignant a peut-être la science\ninfuse, a certainement la science pratique, mais ne se rend pas suffisamment\ncompte de l'organisme vocal, au point de vue théorique. Or, pour diriger la voix\ndes autres, pour la réformer, il faut s'appuyer sur la nature ; et dans l'espèce, la\nconnaître dans sa manifestation primordiale : le souffle, le son, leurs ressources\net leur mécanisme. J'aimerais mieux un professeur qui donnerait un enseigne-\nment théorique pur sans jamais émettre un son qu'un de ces beaux chanteurs\nqui forment, à l'aide de vocalises sans fin, des élèves incapables de se diriger\neux-mêmes clans la voie musicale et artistique.\nJ ai nommé M. Manuel Garcia, l'inventeur du laryngoscope avec Czermak,\ncomme faisant la plus heureuse exception à ces errements. Il a en quelque sorte\nintroduit la méthode expérimentale dans l'art du chant : et s'il a pu se tromper\nlui-même, dans certaines de ses déductions, sa méthode d'investigation, elle,\nrestera infaillible et donnera la clef de tous les phénomènes vocaux, comme elle\na déjà donné aux médecins la clef d'un grand nombre de maladies du larynx.\nVoici un extrait du rapport de Garcia sur le laryngoscope, extrait traduit de\nl'anglais et que j'ai dû jadis à la bienveillance de M. Chamerot, éditeur."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.15", "texte": "LE CHANT DANS LES ÉGLISES DE PARIS\n\n(( Je plaçai contre la luette le miroir qui avait été plongé dans l'eau chaude et\nsoigneusement essuyé , alors, dirigeant sur sa surface avec le miroir à main un\nrayon de soleil je \\ is immédiatement, à ma grande joie, la glotte grande ouverte..\n(( La manière dont la glotte s ouvrait silencieusement, se fermait et se mouvait\ndans 1 acte de la phonation, me remplit d etonnement. JDe tout ce que je vis je\nconclus alois sans peine quela théorie qui attribuait à la glotte seule le pouvoir\nd'engendrer les sons était absolument confirmée...\n(( Je commençai à étudier le mécanisme de la gamme ; ce mécanisme a deux\naspects : il présente un mouvement antérieur rendu visible par le miroir et un\nmouvement interne que hanatomie peut seule expliquer. »\nIl est impossible de passer en revue les méthodes actuelles ; leur nombre, et la\ntrès grande valeur de beaucoup d'entre elles au point de vue du choix et de la\ngradation des exercices, ou au point de vue de l'expression, peuvent donner lieu\nà de nombieuses remarques que je me propose de consigner successivement.\nMais nous sommes obligés de dire qu'elles pèchent en général par la base : au\nlieu de s'appuyer sur des données scientifiques, elles ne dépassent pas le domaine\ndes probabilités. Dès lors la divergence de ces méthodes, leurs contradictions\nsur les points essentiels de la Musique vocale, s'expliquent : les maîtres ex pro-\nfessa la traitent en amante chérie que tous croient connaître, car chacun lui\nattribue les qualités qu il prise le plus ; pendant qu'elle reste cette énigme\nindéchiffrable que l'amant de cœur seul, c'est-à-dire la science, est appelé à\ndévoiler.\nIl me pai aît donc évident que la divergence existe entre les maîtres sur presque\ntous les points de 1 enseignement, et que les élèves doivent accepter comme\narticles clefoi à Paris ce qui est nié à Rome, et réciproquement. C'est ainsi\nque dans 1 émission \\ ocale le coup de glotte (légère explosion de l'air à travers\nles lèv 1es pi essées puis rapidement ouvertes de la glotte) est prôné par les uns et\nlejetépai les auties. Peut-être serait-il plus sage d appliquer le coup de glotte\nà certains exercices, et de le rejeter dans certains autres ; mais ceci nous entraî-\nneiait tiop loin ; 1 examen direct des méthodes de chant particulières nous four-\nnira l'occasion de poser quelques règles fondées sur le mécanisme réel de la\nphonation. Nous aurons naturellement recours aux lumières de la Faculté. Notre\nsiècle a découvert trop de secrets pour ne pas nous livrer celui de la vocale. La\nscience ne suppléera ni au travail ni aux dispositions naturelles, mais elle leur\nou\\ 111a une aiène plus vaste, et surtout un champ d exploration plus sûr,\npuisque 1 artiste s'appuiera sur la cause pour produire l'effet.\n(.A suivre).\n\nALIX LENOEL-ZEVORT.\n\nLe chant dans les églises de Paris\n\n(i).\nSAINT-SULPICE. — aq avril. — Grande église, d une architecture simple, inon-\ndée de clarté. Léchant sera-t-il, comme elle, grand, simple et clair?\nEcoutons :\nL antienne du début, Vidi aquam, est chantée, comme ailleurs, trop lentement\nà mon avis ; mais j'y remarque une particularité intéressante : la ponctuation\n\n(1) Suite. Voir la Revue du ier mai."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.16", "texte": "LE CHANT DANS LES ÉGLISES DE PARIS\n\nest marquée par un court silence. J'aime beaucoup cette innovation ; elle donne\nau récit une vérité ingénue et touchante.\nU Introït est donné correctement, toujours suivant l'ancienne notation (dite de\nRatisbonne), bien entendu. La même exactitude est à louer dans l'exécution de\nla messe du 6e ton ; mais pourquoi a-t-on écourtéle Kyrie ?Je remarque un peu\nplus de souplesse qu'ailleurs, dans le Graduel ; serait-ce un souffle précurseur\ncl'une évolution plus complète et prochaine ?\nA Y Off ertoire, un motif un peu anguleux et âpre, bien exposé par le grand\norgue, nous avait fait espérer un développement original et intéressant. Il n'en a\nrien été, les arêtes se sont émoussées et fondues dans un bain d'harmonie savante,\nje le veux bien, mais dépourvue d'intérêt.\nA la place du Sanctus liturgique, on nous a fait entendre un Sanctus moderne.\nJe reconnais son caractère religieux, qui peut excuser cette substitution. Mais je\npréfère quand même l'autre.\n}e n'en dirai pas autant de l'O Salutaris de l'élévation, trop brillant, visant\ntrop à l'effet. J'avoue que j'aimerais mieux, à ce moment, le silence complet,\nseul propice à la prière et au recueillement. Le morceau final du grand orgue,\npendant la sortie des fidèles, était-il une marche? une fugue? Impossible dy\nreconnaître un plan.\nAux Vêpres, la maîtrise tire tout l'effet possible du plain-chant actuellement\nen usage. Les psaumes sont accompagnés avec mesure, en faux-bourdon, en\nlaissant toujours émerger le chant principal. Trop de lenteur dans le Regina\ncœli. La joie, la vie, y éclatent et voudraient chanter encore. Voyez Y Alléluia\nfinal, qui se relève après avoir semblé s'arrêter et termine comme à regret.\nJ'aime mieux l'O Salutaris du plain-chant que celui qu'on nous a donné avant\nla bénédiction. Ce dernier a cependant de bonnes parties; je le trouve surtout\ntrop compliqué .\nLi Ave Maria qui a suivi a quelques passages expressifs qui peuvent être\nloués, mais il vise trop à l'effet, surtout la fin, qui semble écrite en vue de pro-\nvoquer les applaudissements. Quelle satisfaction d'entendre, à la suite de\ntoutes ces complications, un Cor Jesu rituel, simple et vigoureux !\nA la sortie, le grand orgue m'a vraiment réjoui par de très bonnes variations\nsur le thème du Laudate qui venait d'être chanté. C'était savant, sans doute,\nmais assez simple pour être compris de tous.\nEn résumé, on trouve à Saint-Sulpice des éléments pour y faire de bonne\nmusique. Le chœur des 150 séminaristes est unique à Paris ; l'orgue, au service\nd'un maître habile, peut exprimer aussi bien la douceur que la force. Quand les\nnouvelles méthodes de chant y auront été instituées, c'est certainement une\ndes églises de Paris où l'on aura le plus de plaisir à assister aux offices.\n(A suivre.)\n\nCONSTANT ZAKONE."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.17", "texte": "LES CONCERTS\nR. M.\n21\n\nLes Concerts.\n\nSCIIOLA CANTORUAI. — 26 aviil. Le 2e\nCo ncerto pour piano et orchestre à cor-\ndes de J.-Chr. Bach (1735-1782) est une\nœuvre de transition : le solide contres-\npoint n'en fait plus la charpente, la mé-\nlodie s'essaye à marcher toute seule ; et\ncertes on ne trouve point encore là la\ngrâce de Mozart, mais il y a de la faci-\nlité, de l'entrain et de la bonne humeur.\nL'orchestre, sous la direction de M. de\nLacerda, a de vigoureuses oppositions,et\nM. J.-J. Nin mérite les plus grands éloges\npour la fermeté et la sûreté de son jeu, jointes, dans 1 andante, à une délicatesse\nexquise qui nous a charmés. M. A. Guilmant ressuscite, avec d'ingénieuses\nregistrations, une aimable Toccata de Pachelbel (1653-1706) et unQ Fugue en mi\nmineur de Buxtehude qui m a paru un peu indécise en son plan (elle semble finir\ntrois fois), mais contient de curieuses recherches d'harmonie, et le thème\nannonce déjà celui de la fugue en sol mineur de J.-S. Bach. Le duo de H. Schutz\n(Exauce-moi), où Mlles M. Pironnet et M. Le grand recueillent un succès mérité,\na, de son côté, la forme d'un air de Bach ; mais la musique en est plus sèche et\nnerveuse, fort expressive d'ailleurs, mais à la manière italienne (ancienne). La\nCantate pour le lundi de la Pentecôte (Also liât Gott) contient un air de soprano\ndélicieux (Mein glaubig Her7he), chanté par Mlle Pironnet ; Bach l'a tiré d'une\ncantate composée en 1716 sur les plaisirs de la chasse. Il en est de même de l'air\nde basse qui suit, et qu'accompagnent trois hautbois. Le chœur final est fort\nbeau, et a été admirablement exécuté. D'une façon générale, les chœurs m'ont paru\nsupérieurs à l'orchestre : ils ont été excellents de tout point.\n\nSOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS. — 21 avril. — Long programme, encombré d'inu-\ntilités. Le Trio de Tournemire ne nous offre que des ombres d'idées qui dispa-\nraissent aussitôt entrevues. Les Mélodies de P. Kunc sont froides ; celles\nd'A. Yinée malheureuses ; celles de P. Vidal sont meilleures : on peut les chanter\navec succès dans les salons. Seule la Suite pour piano et violon de M. Lefebvre,\nremarquablement exécutée par MM. A. Lefort et Ed. Bernard, sort de l'ordinaire ;\nc'est une œuvre d'un style élégant et sobre qu'on peut recommander aux ama-\nteurs.\n\n— Ce concert, entièrement\nconsacré à la musique française contemporaine, a été fort beau. Le Quatuor de\nDebussy a trouvé en MM. Luquin, Dumont, Rœlens et Dumas de dignes inter-\nprètes, dont la sincérité égale l'intelligence ; les mouvements étaient justes, le\nsentiment très pur, et je ne crois pas seul auditeur ait échappé au charme\ntout-puissant d une œuvre où la mélodie coule à pleins bords. M. R. Vinès joue\navec une élégance émue la Sarabande, et enlève de verve la fantasque Toccata.\nMlle Bl. Marot ose être simple, dans deux Chansons de Bilitis et la 2e Prose lyrique\n[De grève), et sa diction précise, sa voix fraîche, son naturel exquis, en font une\nremarquable interprète de ces petits chefs-d'œuvre. Mlle A. Vila chante avec\nforce le Temps des lilas et VOraison de Chausson ; Mme Mayrand aen par-\n\nÉCOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES. — 29 avril."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.18", "texte": "LES CONCERTS\n\ntage la Chanson triste et la Pliidylé de Duparc. M. Éd. Bernard donne tout leur-\nrelief aux Variations de P. Dukas sur un thème de Rameau, et cette œuvre\nsérieuse et fouillée obtient un vif succès. Enfin le beau Trio de V. d'Indy\npour piano, clarinette et violoncelle (MM. Vinès, Grisez et Dumas), triomphe\npar la hauteur de son inspiration, la richesse et l'ingéniosité de son orchestra-\ntion, la profondeur et la puissance du sentiment. Ainsi se trouvaient réunies\ndes œuvres d'un caractère bien différent, qui toutes témoignent cependant de\nla merveilleuse vitalité de la musique française contemporaine, et justifient les\néloges que je lui donnais, en une courte allocution, au début de ce concert.\n\nL. L.\n\nSALLE\nADAI.BERT MERCIER.\n—Le 26 avril, Mlle Monduit a donné son deuxième concert avec\nle concours du violoniste Marcel Chailley. Nous avons entendu dans cette séance\nplusieurs sonates pour piano et violon de MM. Menriques, Robert Kahn et Henri\nFévrier. Parmi ces œuvres, toutes nos préférences vont vers la Sonate en la\nmineur de M. Henri Février, si prenante et si intense de véritable émotion.\nM. Marcel Chailley, qui l'exécutait, a fait preuve d'un remarquable tempérament\nd'artiste et de virtuose. Il fut successivement emporté, tendre, délicat et pas-\nsionné. Mlle Monduit, qui l'accompagnait, a fait tous ses efforts pour soutenir\nvaillamment ce brillant virtuose.\n\nCONCERTS YSAYE ET PUGNO. — 4 mai. — Après un agréable Trio de Mozart,\nles deux artistes nous ont fait connaître la Sonate pour piano et violon de\nM. G. Samazeuiîh; cette œuvre est certainement parmi les meilleures qui aient\nparu cette année; elle est plaisante à entendre, ce qui, comme dit l'autre, ne\ngâte rien, et, par surcroît, devient aujourd'hui une qualité rare; la mélodie a de\nl'ampleur, de l'élégance, l'écriture est délicate; l'ensemble est bien venu, sans\neffort visible, sans complication vaine, d'une distinction aisée et naturelle. Nous\ny reviendrons bientôt avec plus de détail.\n\nSALLE LEMOINE. — 5 mai. — Concert de bienfaisance, où j'ai beaucoup à\nlouer la voix fraîche et le style de Mlle Goupil (Phidylé de Duparc, duo de\nSigurd), le jeu sobre et vigoureux de M. Edouard Bernard (œuvres de Liszt et\nde Chopin), l'élégance et la précision de M. Zeitlin [Mazurka de Zarzitzkv, So-\nnate de Fauré). Un chœur de M. Locard {VHiver) m'a paru bien écrit et expressif.\n\nSALLE PLEYEL. — 9 mai. — Grand succès pour Mme Diot et M,le Selva dans la\nSonate en fa mineur de J.-S. Bach et la Sonate de Franck, admirablement\ncomprises et rendues avec une ampleur saisissante : seuls, MM. Ysaye et Pugno\nnous avaient accoutumés jusqu'à présent, à de telles interprétations. La Suite en\nré majeur de Corelli (violon seul) est jouée avec aisance et noblesse, et Mlle Selva\ntire du Poème des Montagnes de V. d'Indy tout le charme pénétrant qui s'y trouve\nenfermé.\n\nSALLE DES MATHURINS. — 10 mai.\nL. L.\n— Mme C. Fourrier et Mlle Selva ont com-\nposé leur programme avec des œuvres de Schumann et de Debussy. Dans une\ncourte allocution, j'ai essayé de montrer que les deux maîtres, si différents\nd'ailleurs, ont l'un et l'autre le rare mérite d'une absolue, invincible sincérité.\nSincère aussi, l'interprétation de Mme Fourrier, et plus émouvante que je\nne puis dire ; tant de grâce et d'aisance, une voix si pleine et si souple, une\ndiction si parfaite, un style si pur : l intelligence unie à la beauté! Je ne crois\npas que Schumann ni Debussy aient pu rêver mieux. Mlle Selva joue bien déli-\ncatement, de son côté, diverses œuvres pour piano des deux auteurs."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.19", "texte": "PU BL1 CATION S iNOUVELLES\n\nM. ALEJANDRO RIBÔ. — A la salle nous avons eu le plaisir d'entendre\nle pianiste espagnol Alejandro Ribô, qui a exécuté avec grand talent Vappassio-\nnata de Beethoven, des études et polonaises de Chopin, des pièces de Moszkowski,\nSchumann, et la 12e Rhapsodie de Liszt. M. Ribô a un jeu très remarquable, et\nnous sommes assurés que, pendant son séjour à Paris, il sera justement apprécié.\n\nPublications nouvelles.\n\nC. SAINT-SAENS, P. FAUCHEY, PAUL FOURNIER\n\n(0\nLiOffertoire pour la jële de la Toussaint-\npour chœur et orgue, de M. C. Saint-\nSaéns, est écrit comme toujours dans un\nlangage harmonique extrêmement pur.\nA cette qualité s'ajoute une simplicité de\nstyle un peu déconcertante, aujourd hui\nsurtout où nous sommes habitués à une\nécriture musicale tourmentée. M. Saint-\nSaéns ne s'en est pas embarrassé, et de\ncette simplicité est sortie une mélodie\ndes plus expressives. Ce chœur, con-\nstruit sur les paroles latines du Justorum\nauiurv, débute sur une pédale de tonique qui lui sert de basse instrumentale.\nLe second motif : Visi sunt oculis, est d'abord exposé par les ténors, repris\nensuite en entrée fuguée par les voix pour aboutir à un éclatant unisson pendant\nque l'accompagnement se déroule dans un ingénieux contrepoint. Après ce\nsecond motif, reparaît le chœur Juslorum animce, entendu cette fois sur une\npédale de dominante et agrémenté, à la partie des ténors, de la double pédale\nintérieure qui constitue, avecl harmonie, le plus heureux effet. Nous signalerons\naussi, dans les dernières mesures de cette composition, ces harmonies si expres-\nsives et si particulières au maître :\n—Le Libéra me Domine de M. Fauchey nous intéresse par son parti pris\nd'associer au chant liturgique les ressources modernes de l'harmonie. Le com-\npositeur, qui a conservé le rythme du plain-chanl, l'a rajeuni en le soulignant\npar des harmonies modernes. Je relèverai particulièrement celles qui accompa-\ngnent le ténor pendant la phrase : Tremens factus sum.\n\n(i) Chez Durand, 4, place de la Madeleine, à Paris."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.20", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nCette succession d'accords (accord de .sixte et quinte qui se résoud sur celui\nde septième pour aboutir ensuite sur l'accord de sixte sensible) (1) est du plus\nagréable effet et se trouve encore accentué davantage par la note de passage\n(sol £ ) Celle-ci nous communique un sentiment de tendresse infinie.\nL'allure générale de cette pièce religieuse, outre l'expression sincère qu'elle\ndégage, doit être d'un grand effet à l'église. Mais nous craignons qu'elle n'arrive\ntrop tard, après le motu proprio de Pie X, et les encouragements donnés par\nlui tout récemment encore à la restauration de la musique grégorienne tentée par\nM. Bordes à la Schola Cantorum. Ace point de vue, il eût mieux valu moins\nd'agrémentation de style et un retour pur et simple à la mélodie primitive.\n— A notre avis, dans la mélodie Mandoline, M. Fournier s'est trop soucié de\nvouloir être moderne. Pourquoi n'est-il pas resté naturellement lui-même ? Il\neût alors évité des recherches qui manquent quelquefois d'originalité et qui\nsont souvent ennuyeuses pour l'auditeur. Malgré la parure dont le compositeur\nsemble vouloir habiller la ravissante poésie de Verlaine, ces artifices d écriture\nsont insuffisants pour nous communiquer une émotion que la musique ne ren-\nferme pas. Verlaine, ce poète raffiné, qui peut paraître à certains maniéré et\ncompliqué, n'était qu'un délicat à l'âme simple et sensible. Combien M. Four-\nnier eût gagné de faire cette distinction avant d'écrire sa mélodie !\n\nADALBERT MERCIER.\n\nCorrespondance.\n\nMON CHER DIRECTEUR,\nDans le dernier numéro de la Revue p. 227), vous citez avec un sourire l'opi-\nnion d'un critique qui aurait reconnu dans le ballet du Fils de l'Etoile « des modes\ngrecs, autrement dit des gammes par tons entiers »>. 11 est certain qu'il n'existe\npas de gammes grecques procédantexclusivement par « tons entiers », mais il est\nnon moins certain que M. Erlanger, dans le ballet en question, a fait usage des\nmodes grecs. Il a fait plus que cela : le long morceau pour harpe et instruments à\nvent qui, dans la partition pour piano, occupe les pages 249 à 255, n'est pas autre\nchose qu un centon fort habile des deux hymnes delphiques à Apollon que j'ai\npubliés dans le temps, l'un en collaboration avec Gabriel Fauré (Bornemann,\néditeur), l'autre avec le regretté Léon Boëllmann (Leroux, éditeur). Non seule-\nment M. Erlanger a emprunté à ces deux airs leur rythme à 5/8, leur mode si\ncaractéristique (un mineur sans note sensible), leurs fines modulations chroma-\ntiques, mais encore il a transcrit littéralement le dessin mélodique d'un grand\nnombre de mesures, surtout du second hymne, le moins connu des deux. Il\nsuffira, je crois, des quelques exemples suivants pour convaincre vos lecteurs de\nla fidélité de cet emprunt (j'ai, pour faciliter la comparaison, ramené les deux\nmorceaux au même ton, celui de M. Erlanger) :\n\n(i) On pourrait aussi analyser de la façon suivante ces accords : en considérant ceux-ci comme\naccords de neuvième sans fondamentale (ier accord, 2e renversement de la 9e, sol, si, ré fa, la ;\n20 accord, i°r renversement de la 9e, ré, fat1 , la, do, mi)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.21", "texte": "INFORMATIONS\n\nL'identité, on le voit, ne saurait être plus complète ; il n'y manque pas même\nle point d'orgue !\nLoin de moi défaire à M. Erlanger un reproche de ces emprunts ; j'ai été, au\ncontraire, charmé de voir danser avec tant de grâce par Mllc Zambelli ce qui\navait été chanté avec tant de style par Mlle Lita de Klint. Toutefois je crois que le\nlecteur curieux aurait su gré à M. Erlanger d'indiquer par un mot, au bas de la\npage, la source de son inspiration dans ces passages. Il aurait d'autant mieux\nfait de ne pas omettre cette précaution que si les notes antiques des hymnes\ndelphiques appartiennent évidemment à tout le monde, il n'en est pas tout à fait\nde même des notes qui, effacées ou brisées sur le marbre, ont été rétablies conjec-\nturalement par mes collaborateurs ou par moi-même. Or. M. Erlanger a transcrit\naussi consciencieusement les unes que les autres. C'est ainsi que, dans le dernier\nexemple cité, la mélodie des mesures 79 et 80 est tout entière de ma façon (1),\net M. Gevaert a bien voulu me donner son approbation dans une note de sa Mé-\nlopée antique (p. 465, note 2). C'est un bien petit détail, mais le brillant et savant\nauteur de Julien ïHospitalier est trop riche de son propre fonds pour avoir besoin\nde se parer, fût-ce pendant une minute, des plumes d'autrui. Et dans une par-\ntition où il y a tant de notes, on regrettera qu'il en manque une pour rendre à\nchacun ce qui lui est dû.\nAgréez, mon cher Directeur, l'assurance de mon dévouement.\n\nTHÉODORE REINACH\n\nActes officiels. Informations et Correspondances.\n\nLILLE. — Par arrêté du 30 avril 1904, M. le Ministre de l'Instruction publique\net des Beaux-Arts a accordé une subvention de 2.500 francs à la Société des\nConcerts populaires de Lille, dirigée par M. Ratez, directeur de l'Ecole de\nmusique, succursale du Conservatoire, de cette ville.\n\nLORIENT. — M.J. Royer-Dubail, professeur-compositeur de musique à Lorient,\nse propose de créer dans cette ville un Conservatoire de musique dont l'ensei-\ngnement serait gratuit, ainsi qu'une Société des Concerts constituée avec les\nélèves de ce Conservatoire.\n\nPRIX DE ROME. — Le concours d'essai du prix de Rome (composition musi-\ncale) s'est ouvert le samedi 7 mai 1903, au Palais de Compiègne.\n\n(1) M. E. (ou l'érudit qui l'a conseillé) ne pouvait pas ignorer ce fait, puisque les notes resti-\ntuées sont placées entre parenthèses dans mon édition du 2e hymne."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.22", "texte": "INFORMATIONS\n\nPrennent part à ce concours :\nMlle Fleury Hélène-Gabrielle ) Elèves de M. Widor, professeur\nM. Doyen Théophile-Albert ) au Conservatoire national.\nMM. Le Boucher Maurice-Georges-Eugène. \\\nDefosse I lenri-Emile-Jean-Baptiste. / Elèves de M. Fauré, professeur\nLadmirault Paul-Emile-Marie-Joseph. au Conservatoire national.\nSaurat Raymond Casimir j\nMM. Dumas Louis-Charles\nPierné Paul-Marie-Joseph\nPech Raymond-Jean I\nEstyle Abel-César / Elèves de M. Lenepveu, mem-\nGaubert Philippe > bre de 1 Institut, professeur\nGallois Victor-Léon i au Conservatoire national.\nGoupil Emile-Alphonse \\\nRousseau Marcel-Auguste-Louis. . !\nLanglois Pierre-Paul-Artus.\n\nTROCADÉRO. —La grande salle des fêtes du Trocadéro est mise àla disposi-\ntion de M. A. Roubaud, directeur des Concerts modernes, pour y organiser, le\ndimanche 30 octobre prochain, un concert, en matinée.\n\nOPÉRA-COMIQUE. — A la date du 4 mai 1904, le Ministre des Beaux-Arts a\napprouvé la nomination de M. Alexandre Luigini comme premier chef d'or-\nchestre du théâtre national de l'Opéra-Comique, en remplacement de M. A. Bru-\nneau, démissionnaire.\nA la date du même jour, M. Albert Carré est autorisé à fermer cette année le\nthéâtre de l'Opéra-Comique à partir du 19 juin, la réouverture devant avoir lieu\nle ier septembre.\n\n— Si la soirée d'adieux ne présente pas un\nintérêt artistique des plus grands, elle permet du moins de juger dans quelques\nheures l'impression produite par une saison assez mouvementée du reste, mais\nmenée à bonne fin par l'intelligent et zélé directeur, M. F. Boyer. Aussi j'ap-\nprouve sincèrement le renouvellement de son mandat pour trois nouvelles\nannées, malgré les sourdes protestations de certains pessimistes.\nExcès de prodigalité mis à part, comme c'est la tradition, pour certains sujets,\nles plus unanimes et sincères sympathies ont été pour MM. Domergue de la\nChaussée, qui quitte le fauteuil de chef d'orchestre, Montagné, chef de l'opéra\ncomique, L. David, Blancard, Séveilhac, Gibert, Dufriche, Chéret et Mmes Nady\nBlancarcl. Lina Pacary, Géraldi, Dupont, Pérès, etc... M. Boussa, indisposé\ndepuis quelques jours, n'a pu paraître, au grand regret de tous.\nParmi la gent ailée. Mlles Lovati, Régina Badel, Fabiani et tout le ballet,\neurent bientôt fait de transformer la scène en un massif somptueux de roses,\nmuguets et autres fleurs printanières, sans compter les œuvres d'art, agré-\nmentant ainsi très heureusement le ballet de Faust.\nLe programme était ainsi composé :\nOuverture des Maîtres Chanteurs, de Wagner ; Faust (Ier acte), de Gounod ;\nThamyris (3e tableau), de Nouguès ; Mireille (ier acte), de Gounod ;La femme de\nClaude (2e acte , de L. Cahen ; Cavalleria Rusticana, de Mascagni ; Ballet de\nFaust, de Gounod.\n\nBORDEAUX, GRAND- THÉÂTRE."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\nEt maintenant, une tournée de Brasseur donnant le Voyage de Sujette prolon-\ngera de quelques jours la saison lyrique municipale.\n\nJos GRIMO.\n\nSALLE PLEYFL. — Se feront entendre dans la grande salle de la maison Pleyel :\nMlleCollin (16 mai) ;M. Wurmser et Mme Raunay (17) ; M1,e Elise Merlin (17) ;\nMme Roger-Miclos (i8);Mnie Wurmser-Delcourt (19) ;M. Ph. Courras '20);\nMlleSuzanne Percheron (21) ;M. C. de Mesquita (24) ; Mnie Reichenberg (25) ;\nM. Emile Nerini (26) ; MnieCopreaux (27) ;M. Vannereau (28) ; Mlle Marguerite\nBalutet (29) : élèves.\nDans la salle des Quatuors, à partir du 16 mai :M. et Mme Carembat (élèves);\nMlle Seeberger, Mme Feraut, M.Nocet, Mme Ducler-Benect (élèves), Mme Tassu-\nSpencer (élèves), Mme Vauchelet-Chenu (élèves), Mme Tarpet (élèves),\nMme Canal (élèves), Mlle Dupuy (élèves), MIle Gaetane-Vicq (élèves), Mme Bar-\nwôlf, Mlle Tuillier.\n\nM. KUBELIK A MARSEILLE.\nERNEST GUEYDON.\n— Le violoniste Jan Kubelik a donné, le 22 avril,\nau Grand-Théâtre de notre ville, un concert qui a été un véritable événement\nartistique. Ce concert avait lieu au profit de la caisse de secours du syndicat des\nartistes musiciens du Grand-Théâtre. A cette occasion, les musiciens de l'associa-\ntion des Concerts classiques s'étaient joints à leurs amis du Grand-Théâtre pour\ncollaborer à l'exécution de la partie symphonique. Le grand violoniste a exécuté\nle concerto en ré de Beethoven, un concerto de Paganini et le Carnaval russe de\nWieniawsky. Le succès de M. Jan Kubelik a été immense. Durant toute la soi-\nrée, les spectateurs acclamèrent l'artiste avec un enthousiasme indescriptible.\nLes notes biographiques suivantes sont très édifiantes sur ce prodige :\nNé le 5 juillet 1880 à Miehle-lez-Prague, J. Kubelik commença ses études de\nviolon dès l'âge de cinq ans, et ses progrès furent si rapides qu'à l'âge de huit\nans il fut capable de donner avec succès un grand concert à Prague, où il inter-\npréta des compositions d'Alard, Wieniawsky et Vieuxtemps.\nEn 1892 il entra au Conservatoire de Prague, qu'il quitta en 1898 avec le prix\nd'excellence. Kubelik se rendit alors à Vienne, muni de son violon « Mittenwald »,\noù il donna plusieurs auditions avec le plus grand succès. Richard Heuberger\ndit alors, à propos de lui, dans la Neue Freie Presse : Au moyen âge Kubelik\naurait été brûlé comme un sorcier, sans autre forme de procès ; et le conseiller\nWorz écrivait : « Donnez au jeune homme un bon violon, et le monde entier\nsera à ses genoux. » Peu de temps après, Friederich Brosch, fabricant à Vienne,\nlui fit cadeau d'un violon Joseph Guarnerius, et c'est alors qu'il entreprit une\ntournée glorieuse en Bohême.\nAu commencement de la saison 1899, il débuta à Budapest, avec un succès\ninouï. Kubelik donna, dans la capitale de la Hongrie, quatorze concerts, puis se\nfit entendre en Autriche-Hongrie, en Roumanie, en Italie, en France, en Angle-\nterre. La Philharmonie de Londres le nomma membre d'honneur et lui accorda\nen plus la grande médaille de Beethoven ; ainsi le jeune Kubelik, alors âgé de\nvingt et un ans, fut couronné de gloire partout, comme jamais personne ne le fut\nà cet âge-là. Les succès remportés par Kubelik en Amérique et en Russie\nfurent encore des plus glorieux. Depuis A. Rubinstein on n'avait plus vu succès\naussi enthousiaste."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040515-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'Imprimerie et de Librairie.\n\nM. ÉD. COLONNE A TURIN. — La célèbre Société des concerts symphoniques de\nTurin avait appelé M. Edouard Colonne à l'honneur de diriger sa huitième\nséance. Le succès a pris les proportions d'un triomphe, et pour le chef d'or-\nchestre et pour la musique française qui figurait seule au programme : l'ouver-\nture d t Benvenoto Cellini, de Berlioz; la 2e Symphonie, de Saint-Saëns ; les Im-\npressions d'Italie, de G. Charpentier ; l'intermède de Rédemption, de César Franck,\net des fragments de la Damnation de Faust, dont le ballet des Sylphes, notam-\nment, fut bissé. Au reste, tous les morceaux étaient redemandés, et, si l'on avait\ntenu compte des désirs du public, c'est tout le concert qu'il eût fallu recom-\nmencer.\n\nLes journaux turinois, Gazette de Turin, la Stampa, H. Momento, Popolo, sont\nunanimes dans leur admiration pour M. Éd. Colonne, que leurs articles cha-\nleureux proclament un artiste vraiment (( génial )) et, par sa large compréhen-\nsion des œuvres, sa force expressive, son sens musical, son exécution si souple et\nsi variée, dépassant en mérite tous les chefs d'orchestre étrangers qui se sont\ndéjà produits à Turin. C'est une révélation, disent-ils, et une victoire sans pré-\ncédent.\n\nROUEN, — Concerts de la Schola Cantorum. — La Schola a consacré son der-\nnier concert de la saison aux classiques et aux modernes de l'école de César\nFranck. Donnée avec les concours de Mlles Selva, Sirbain, Védrenne et de\nMM. Van Waefelghem et Marcel Bâillon, cette audition a été, ainsi qu elle le\npromettait, très intéressante. Nous citerons, parmi les œuvres interprétées, le\nQuintette de Franck, le Quatuor (pour piano et instruments à cordes) de Cas-\ntillon, la Sonate à Kreutzer, la Chanson perpétuelle d'Ernest Chausson et les\npièces pour piano, — Partita en si bémol majeur de Bach, Helvetia nw 3 de\nd'indy, Bourrée fantasque de Chabrier —merveilleusement jouées par Mlle Selva."}]}