{"numero_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_sha256": "1149b85372a3e868400804604a7a25869e12bf5ce0faecb42da5f8a37053c42a", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1904/06/01_01/bmtnabj_1904-06-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1904/06/01_01/bmtnabj_1904-06-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "273", "page_fin": "274", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.1", "titre_corps": "GEORGES ENESCO", "titre_sommaire": "GEORGES ENESCO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3102, "texte": "GEORGES ENESCO\n\nAla salle Erard, le 17 ma/, devant une salle très brillante qui entendit les élèves\nde Mne Berthe Kohi, applaudit Rousselière, e/ W/ Af. Rabaud diriger en personne\ntexécution de quelques scènes de la Fille de Roland, /e virtuose Enesco (que nous\navons retrouvé au Trocadéro pour le festival Saint-Saëns) obtenait un succès\nparticulier en jouant le Rondo capriccioso de Saint-Saëns, accompagné par\nVauteur lui-même. Nous saisissons cette occasion pour publier le portrait du\ncélèbre virtuose et lui consacrer une place dans notre galerie des maîtres musiciens.\nEnesco est tout jeune encore, mais il a déjà un nom. Son visage fait songer à un\nBeethoven adolescent. C'est plus qu'un instrumentiste à 1 archet très puissant et aux\ndoigts agiles, remarquable par la distinction et la grâce de son jeu : c'est un musi-\ncien exceptionnellement doué, qui, dans toutes les parties de l'art musical, montre\nun instinct sûr et une adresse incroyable. Il est excellent pianiste, sans avoir appris\nle piano ; et ceux qui, dans l'intimité, l'ont vu jouer par cœur [en imitant par la voix\nles principaux instruments de l'orchestre) telle partition de R. Wagner, ont été\nstupéfaits de sa mémoire. Ce qui vaut mieux encore, Enesco est un compositeur\noriginal, mais non sans avoir appris à très sérieuse école la composition. Il n'a\npas encore donné toute sa mesure, mais les succès acquis sont un garant des succès à\nvenir. Voici quelques notes sur sa biographie dont le premier chapitre seul pourrait\nêtre écrit, car il n'a pas 23» ans !\nNé à Dorohoiû, en Roumanie, le ig août 1881, il commence, dès l'âge de 4 ans,\nà apprendre le violon avec son père ; à 5 ans, il sait lire la musique, et à 7il\nentre au Conservatoire de Vienne, d'où il sort, à 11 ans, avec le ier prix de violon\net la (( Gesellschaftmedaille )), témoignage de succès dans toutes les branches d'é-\ntudes. Son maître pour la composition est d'abord Robert Fachs : à 1 q ans, Enesco\nentreauConservatoirede Paris, où il suit les leçons de Marsick, celles de M. Masse-\nnet et enfin celles de M. Gabriel Fauré. Il poursuit ses études de contrepoint sous\nla direction de M. Gédalge. En iBgg, il obtient le premier prix de violon. Parmi\nles meilleures œuvres d'Enesco, je citerai : Poème roumain ( Colonne, i8g8) ; Pasto-\nrale (ibid., iBgg) ; 2 Sonates piano et violon {petits Concerts Colonne, iBgB-g), des\nVariations à 2 pianos {ibid., iBgg) ; un octuor pour instruments à cordes ; une\nSymphonie concertante pour violoncelle et orchestre; 2 rhapsodies roumaines pour\norchestre... L'hiver prochain, les Concerts dominicaux nous fourniront très proba-\nblement l'occasion de voir mûrir ce jeune et très solide talent, qui a grandi jusqu'ici\nau milieu des plus vives sympathies. Un peu gâté par les salons parisiens et\nétrangers, qu'il charme par sa bonne grâce, sa parfaite éducation et sa complaisance\nartistique inépuisable, Georges Enesco passe quelques semaines, tous les étés,\nche1 la reine de Roumanie, pour faire de la musique. Puisse la virtuosité ne pas\nle détourner du grand art de la composition, pour lequel il est si bien doué !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "273", "page_fin": "273", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.1.1", "titre_corps": "Georges ENESCO", "titre_sommaire": "Georges ENESCO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.1", "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 84, "texte": "Georges ENESCO"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "275", "page_fin": "283", "image_debut": 3, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.2", "titre_corps": "Une composition française du XVIIe siècle à deux chœurs.", "titre_sommaire": "Une composition française du XVIIe siècle à deux chœurs.", "signature_source": "HENRI QUITTARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.3", "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 3851, "texte": "Une composition française du XVIIe siècle à deux chœurs.\n\nD après un catalogue de Ballard, imprimé à la suite de la messe Lcetitia sem-\npiternel de Mignon (1707), Nicolas Formé (1) aurait publié deux messes: l'une\n(( en contrepoint simple par B mol, à quatre parties )) ; l'autre « à deux chœurs,\nen parties séparées )). La première semble perdue. La bibliothèque Sainte-\nGeneviève conserve un exemplaire, sans doute unique, de la seconde. Voilà,\navec un recueil de Magnificat à quatre voix dans les huit tons de l'Église, manu-\nscrit transcrit pour le service de la Chapelle Royale (Bibl. Nat. Mss. Jr. I8Jo),\ntout ce que nous avons aujourd'hui à notre disposition (2).\nAvec cette Messe à deux chœurs, nous possédons unede ces compositionspar où\nil s'était révélé novateur aux yeux des contemporains. Sauvai, après lui avoir re-\nconnu, en termes un peu vagues, le mérite d'être allé plus loin qu'aucun de ses\nprédécesseurs (( pour le contrepoint et les belles inventions)), lui lait gloire d'une\ninnovation qu'il convient de retenir : « Lorsqu'il fut compositeur, écrit-il, il\ninventa les Motets à deux Chœurs que chacun estime et que les Maîtres de la\nmusique du Roi imitent et copient si souvent. )).\nL'art de ceux qu'on appelle les primitifs de la musique est aujourd'hui un peu\nmieux connu qu'il ne le pouvait être d'un Français du temps de Sauvai. Que l'on\nconteste donc à Formé, si l'on veut, la priorité d'une invention pratiquée à coup\nsûr avant lui. Il convient pourtant de remarquer que 1 écriture à deux ou plu-\nsieurs chœurs, avant le xvne siècle, demeure, sinon tout à fait inusitée, du moins\nassez exceptionnelle en dehors de l'école vénitienne desGabrieli. L'école française\nen particulier et celle des Pays-Bas ne paraissent pas avoir fait grand usage de\ncette architecture sonore, alors même que le nombre des voix mises en œuvre la\nleur rendait aisément praticable. En outre, notre peuple est alors trop franche-\nment nationaliste en musique, trop ignorant de tout art autre que le sien, pour\nqu'il s'avise de s'inquiéter de ce qu'on pouvait faire ou ne pas faire au delà des\nmonts. Que Formé ait le premier en France pratiqué ce style nouveau, et nous\nn'avons aucune raison d'en douter, —• cela doit suffire à sa gloire. Car ce n'est\ncertes pas l'usage des musiciens de Venise qui est venu lui en suggérer l'idée.\nAu surplus, si l'on veut parcourir son œuvre, on se convaincra vite que sa\nmanière n'a rien de commun avec la composition à deux chœurs conservée par\nla tradition classique. Au lieu de deux ensembles de voix d'importance égale,\nd'allure indépendante, mais combinés en vue d'être, le plus souvent, simultané-\nment entendus et pour que l'effet principal résulte plutôt de cette intime union\nque des dialogues qui la préparent, le compositeur français emploie deux\ngroupes nettement opposés l'un à l'autre, s'interrogeant, se répondant, sans se\nsuperposer jamais, sinon dans les cadences finales. Encore les deux chœurs se\ndoublent-ils alors presque exactement, partie par partie : une seule voix, deux\n\n(1) Voir, pour la biographie de Nicolas Formé ( i 565-1638), l'article de M. Henri Quittard dans\nla Revue du ier août 1903.\n(2) D'après Sauvai, les manuscrits de Formé, peu après la mort de Louis XIII, seraient tombés\nentre les mains de Jean Veillot, un des sous-maîtres de la Chapelle, lequel, « à ce qu'on tient, en\nfit assez bien son profit ». L'œuvre de Veillot est aussi trop maltraitée par le temps pour qu'on\npuisse savoir que penser de cette accusation. Maître de musique de Notre-Dame, ce n'est qu'en\n1643 qu'il vient au service du roi, et l'ouvrage le plus important qui nous reste de lui (deux\nmotets, avec violons, au Conservatoire) prépare plutôt les voies nouvelles où l'art va s'engager,\nbien loin d'être un pastiche de l'œuvre du vieux maître."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.4", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 4217, "texte": "tout au plus du premier conservent parfois un semblant d'indépendance. Dans\nla messe entière, on ne trouverait pas dix mesures écrites à huit voix réelles (1).\nCe souci d'opposition ne se concevrait point si les deux groupes étaient suscep-\ntibles de rendre les mêmes effets. Aussi, bien que comprenant les mêmes\nvoix (2), ils ne sont pas du tout disposés de même sorte, et visiblement, le musi-\ncien n'entendait pas leur assigner un rôle identique. Le deuxième chœur est\nd'une construction pleine et solide. Ses quatre parties s'y unissent en larges\naccords: il est bien rare que leurs entrées successives en viennent animer un\npeu le contrepoint, presque toujours note contre note. Ce genre ne nous est\npoint inconnu. C'est ainsi qu'écrivent la plupart des musiciens de ce temps quand\nils délaissent les procédés ordinaires de la composition figurée et les ressources\ndu style d'imitation, sans cependant vouloir s'adonner, avec du Caurroy, à la\nrecherche abstraite des combinaisons d'intervalles et d'accords où se complaît\nsouvent, en dehors de tout effort mélodique, la docte fantaisie de ce maître. 11\nest permis de soupçonner que les essais des musiciens humanistes, habitués\nde 1 Académie de Baïf, ont, beaucoup plus qu'on ne le pense communément,\ncontribué à faire prévaloir, au détriment de l'ancien contrepoint, cette\nconception nouvelle de l'art. Mauduit du moins, le plus convaincu, le plus dog-\nmatique de tous (et aussi celui qui nous est le mieux connu), ne compose guère\ndifféremment : surtout sur des paroles latines, où il a moins souci d'observer\ncurieusement l'exacte prosodie. Il se peut que la ligne mélodique de ses compo-\nsitions soit plus franche ou mieux dessinée (3). Mais chez Formé comme chez\nlui, une des parties supérieures, le Superius ordinairement, le Contra quelque-\nfois (4), s'impose toujours en affirmant sa prépondérance sur les autres. Avec\nl'un comme avec l'autre, l'écriture est devenue exclusivement harmonique : les\npassages d'imitation (Formé n'est pas sans en essayer quelquefois) étant toujours\nfort courts, presque sans importance.\nBeaucoup de phrases confiées au premier chœur restent conçues et réalisées\nde même sorte. Une variété plus sensible, un peu plus de liberté et de mouve-\nment en font toute la différence. Les parties y sont moins strictement asservies à\nla contrainte d'un rythme unique. Et, sans que l'esprit de cette musique relève\nen rien de la polyphonie véritable, il arrive par instants à l'auteur de se sou-\n\n(1) Du moins dans les parties de la messe où les deux chœurs sont à quatre voix. Dans YAgnus\nDei, le deuxième chœur est à cinq parties: à six dans le Domine salvum. Dans un motet assez\nlong qui sert de conclusion, le 2e chœur est encore à cinq. Ce motet, Ecce tu pulchra es, écrit sur\nun texte du Cantique des cantiques, s'exécutait sans doute à l'offertoire de la messe, ou plutôt en\nmanière de sortie, ainsi qu'une pièce d'orgue aujourd'hui.\n(2) Cependant le premier chœur est écrit plus haut que le second. Le Superius et le Contra\nsont l'un et l'autre destinés à des voix de dessus, et le Bassus, écrit en clef d'ut quatrième ligne,\nest un ténor grave plutôt qu'une vraie basse.\n(3) Nous n'avons pas d'ailleurs de messe de Mauduit, et justement les textes de la messe sont\nceux qui se prêtent le moins à s'associer à de véritables mélodies. Le fragment de son Requiem\nque Mersenne nous a conservé montre bien qu'en pareil cas ses thèmes, si le mot peut ici s'em-\nployer, devenaient forcément beaucoup moins définis qu'ils ne le sont en ses ouvrages profanes,\nses Chansonnettes par exemple, ou même ses compositions religieuses sur textes français dont il\nreste quelques-unes. M. Julien Tiersot a publié ce fragment du Requiem. Cf. Ronsard et la\nmusique de son temps.\n(4) Le Contra, autrement dit l'Alto, est ordinairement chargé de tenir la partie principale quand\nle 2e chœur répète une phrase exposée déjà par le premier. Ce choix paraîtra fort judicieux si\nl'on considère que cette partie était alors chantée par des Hautes-contre ou Ténors hauts,\ndans un registre très élevé où il était facile à la voix de donner toute sa puissance et de dominer\ndistinctement l'ensemble."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.5", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "venir très heureusement de certains artifices empruntés à la technique de l'ancien\ncontrepoint.\nMais, bien plus souvent, c'est d'un tout autre style que s'exprimeront les voix\nde ce premier chœur. Voyons le début du Kyrie: trois mesures, les premières,\nsuffiraient à montrer ce que Formé va apporter de formes encore inentendues.\nTrouverait-on quoi que ce soit, dans les maîtres antérieurs, qui fasse pressen-\ntir l'écriture de cette entrée en matière, par quoi s'annoncent si clairement les\neffets qui seront bientôt demandés aux voix en so/o, soutenues d'un simple\naccompagnement ? Et pour être ici laissée au chanteur, sans que les accords\nsous-entendus soient nulle part explicitement exprimés, la basse vocale\nencore n'a-t-elle point déjà le caractère véritable de la basse continue?\nDe tels passages sont fréquents : beaucoup sont bien plus développés que ce\nsimple verset du Kyrie et que ceux, tout pareils, qui lui font suite. Ce premier\nthème cependant, quelque court qu'il soit, a son importance. Il apparaît comme\nune sorte de motif fondamental de la messe, analogue à ces thèmes de plain-\nchant ou de chant populaire sur quoi l'usage est encore de bâtir l'édifice entier\nd'une composition. Au moins l'auteur a-t-il tenu à le répéter plusieurs fois, à le\nfaire passer d'un chœur à l'autre, à le reprendre, plus ou moins modifié, au\ncours de son œuvre. C'est donc que Formé préférait cette forme d'exposition,\njusque-là inusitée, assez pour l'estimer digne de revêtir ses idées les plus\ncaractéristiques. Elle lui a semblé la plus propre à les mettre pleinement en\nvaleur.\nCe solo accompagné est-il possible de voir autre chose qu'un accompagne-\nment dans la partie de basse? ce solo n'est pas toujours confié au Superius.\nSi la basse, de par son rôle harmonique, n'y a point accès, les deux autres voix\ns'y prêtent fort bien. Souvent aussi trois parties s'unissent en un trio véritable.\nJamais, par contre, une voix unique ne se fait entendre monodiquement, chose\npourtant fréquente au cours des polyphonies de l'école vénitienne et que cer-\ntains maîtres français du même temps pratiqueront volontiers. Nous n'y trou-\nverons pas davantage les deux voix supérieures chantant seules. La basse figure"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.6", "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 3641, "texte": "dans toutes les combinaisons (1), toujours avec sa qualité de déterminante de\nl'harmonie. Et c'est déjà là cette règle fidèlement observée des plus anciens\nmaîtres de la basse continue : que la basse, en tant que base du système\nd accords qui constitue toute musique, doit poursuivre sans interruption d'un\nbout à l'autre de la pièce, sans jamais s'éloigner des régions relativement graves\nde l'échelle.\nEn somme, rien n'est plus dissemblable que l'écriture de l'un et l'autre des\ndeux chœurs réunis par le compositeur. Le contrepoint compact, peut-être un\npeu massif, du second, ne nous montre rien que de déjà rencontré en la poly-\nphonie médiocrement figurée des œuvres de ce temps. Par contre, le style\nfranchement mélodique du premier est bien fait pour surprendre. Formé\ncréa-t-il de toutes pièces une forme aussi neuve? En avait-il, au contraire, trouvé\nles modèles ailleurs ? Cela se pourrait. Pour en décider, il faudrait connaître\nquelque peu tout un côté de 1 art du xvi° siècle sur quoi les livres imprimés qui\nsubsistent ne répandent aucune lumière. Si les chefs-d'œuvre de la polyphonie\nclassique nous sont familiers, nous ignorons tout, en revanche, d'une musique\nplus simple, plus populaire peut-être, qui se maintint toujours à côté des plus\nsomptueuses architectures sonores. Le chant à voix seule, accompagné ou non,\nmaints indices certains nous révèlent son existence et sa vogue ininterrompue\npendant tout ce siècle qui vit le triomphe de la musique complexe. Mais les\nœuvres fragiles de ces artistes improvisateurs ne visaient point à l'immortalité :\nnous les ignorerons vraisemblablement toujours.\nNe cherchons donc point à déterminer ce que Formé peut leur devoir. Ce qui\nest sûr, c'est que le style de ses mélodies ne rappelle en rien celui des composi-\ntions de son temps avec quoi la comparaison semble d'abord s'imposer. Que\nFormé, catholique à coup sûr assez tiède, vivant à la cour et d'une vie plus que\nlibre, eût transporté sans scrupules dans ses œuvres d'église les effets et les pro-\ncédés delà musique mondaine, cela n'aurait pas de quoi surprendre. D'autant\nmoins que nous savons qu'il fut lié avec un des maîtres de cet art à la mode,\nPaul Auger, musicien, puis surintendant de la Musique de la Chambre du\nroi (2). Il serait donc assez étonnant que Formé n'ait pas écrit à l'occasion quel-\nques chansons françaises. Mis à côté cependant de telles ou telles des pièces de ce\ngenre que nous possédons, et les collections en sont nombreuses, les thèmes\nde sa messe gardent toute leur originalité. Il est manifeste, à première vue, que\nnon seulement ils n'ont rien emprunté directement à ces airs de cour, mais\nqu ils procèdent de données toutes différentes. Prenons pour exemple un des\nversets où s'affirme le mieux la forme monodique accompagnée t\n\n(1) Quelquefois cependant le Ténor remplacera la Basse. Mais il se tient alors dans le bas de\nson registre, et sa partie prend tous les caractères d'une basse. Cette exception, assez rare\nd'ailleurs, à la règle, ne visait pas sans doute autre chose qu'une plus grande commodité d'exé-\ncution.\n(2) Le ier janvier 1633, Formé tient sur les fonts du baptême un fils de Paul Auger (Acte cité\npar JAL, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire). Par son testament du 15 décembre 1636,\nil choisit Auger pour son exécuteur testamentaire, et sa sœur, Elisabeth Formé, « vefve de feu\nAnthoine de la Croix vivant marchand bourgeois de Paris », légataire universelle de cette\nsuccession, en fait abandon au même personnage à certaines conditions. (Archives Nationales,\nInsinuations, Y, 178, f* 446 vo.}"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.7", "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "Voilà, certes, une mélodie bien caractérisée. Mais ni son libre rythme, ni sa\ncoupe affranchie de repos périodiquement imposés, n'ont rien de commun avec\nles formes déjà symétriques, souvent presque carrées, de celles des chansons\nde cour qui procèdent des refrains populaires ou s'inspirent de thèmes construits\npour la danse. Et celles-ci sont les plus nombreuses : celles aussi dont la vogue\nfut la plus franche et le succès le plus mérité, puisque leur grâce, en sa naïveté\napprêtée, sait encore nous séduire. Quant aux autres, estimées des doctes en\nleur temps, les compositeurs s'y sont essayés à l'expression par de savantes\ncombinaisons d'intervalles, d'imitations ou de valeurs. Ces recherches de traduc-\ntion littérale, héritage de l'art des maîtres polyphonistes, seule une minutieuse\nanalyse nous les rend aujourd'hui sensibles, sans nous en faire bien comprendre\nle charme. On ne trouverait rien qui y ressemble dans la ligne sobre et précise,\nencore qu'un peu sèche, des mélopées de notre Messe (i).\nC'est ailleurs qu'il faudrait chercher peut-être quelques rapprochements à\nétablir. Théoriquement composés en harmonie accompagnante à quatre voix,\nsouvent imprimés sous cette forme, les Airs de Cour s'exécutaient rarement de la\nsorte. Ainsi rendus, la plupart auraient perdu leur plus grand agrément. Une\nseule voix, avec un luth pour réaliser les accords résultant de l'ensemble des\nautres (tout au plus, en outre, une basse vocale pour donner plus d'importance\nà la base harmonique), c'était tout ce qu'il fallait. Le nombre est immense d'Airs\nainsi publiés avec le chant et la tablature de l'instrument. Or cette combinaison\nest bien proche de celle des soli de la messe ; tel celui plus haut cité.\nOn peut même poser la question de savoir si des passages comme celui-ci\nfurent jamais exécutés à deux voix seules et si quelque instrument, viole ou orgue,\nn'était point chargé de remplir cette harmonie seulement esquissée. Rien de plus\nadmissible. Surtout si l'on cessede s'attacher à cette idée fausse (quoique acceptée\npartout) que les instruments, jusqu'à la fin du xvne siècle, ont été systématique-\nment écartés de l'église et que l'art polyphonique classique, en particulier, s'est\n\n(i)Ne perdons point de vue toutefois que nous en sommes réduits à juger l'œuvre de Formé\nsur sa messe. Le texte de la messe se prête fort peu aux tentatives d'expression verbale précise.\nJe ne doute point que si nous possédions des motets de lui, nous n y puissions retrouver la\nmarque de recherches analogues à celles où s'efforçaient les musiciens profanes.\nOn peut voir, àce sujet, la controverse entre le P. Mersenne et le Hollandais A. Ban, à propos\nd'une chanson de Boesset. (Cf. JONGBLOED ET LAND, Correspondance et Œuvres musicales de\nC• Huygens.)"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.8", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 4077, "texte": "fait un principe essentiel de s'interdire leur emploi. Sans entrer dans ce débat,\non remarquera, à l'appui de cette hypothèse, que Formé s'écarte souvent des\nrègles traditionnelles du contrepoint à deux voix au cours de ces épisodes. Il ne\nse fait aucun scrupule, notamment, de passer à une consonance parfaite par mou-\nvement direct : là même où, ainsi qu'en les cadences, le passage est le mieux en\névidence. Un accompagnement instrumental rendrait à coup sûr ces licences,\ntolérées dans les compositions à plusieurs parties, beaucoup plus régulières.\nNous ne saurions rien affirmer à cet égard. Mais il demeure certain que toutes\nces phrases à deux ou trois voix n'ont jamais pu être confiées aux voix multiples\nd'un chœur (au sens moderne du mot). C'est l'évidence même La simple lecture\nsuffit assez à faire voir tout ce qu'elles perdraient, ainsi rendues, de leur significa-\ntion et de leur agrément. Lorsque les quatre voix du premier chœur s'unissent, le\nstyle de ces ensembles eux-mêmes se prêterait encore assez mal à l'exécution\ncollective. Ce premier chœur ne fut donc jamais qu'un groupe de quatre solistes\nrécitants (1), ayant à opposer ses effets de finesse et d'expression aux sonorités\nlarges et pleines du second chœur, réunissant une masse imposante de chanteurs.\nSi le témoignage de l'oeuvre ne suffisait point à rendre cette disposition certaine,\nquelques lignes d'une lettre du successeur de Formé à la Chapelle, Th. Gobert,\nlèveraient à cet égard tous les doutes: a Le grand Chœur qui est à cinq, écrit-il,\nest tousiours remply de quantité de voix : aux petits Chœurs, les voix y sont seu-\nles de chaque partie (2). » Il s'agit là d'un Magnificat à deux chœurs que Gobert,\nsur sa demande, envoyait à Constantyn Huygens avec quelques autres pièces de\nsa façon. Le tout destiné à donner à ce curieux amateur une idée exacte des\nœuvres défrayant le répertoire de la Chapelle et de ce que leur style et leurs pro-\ncédés offraient d'original.\nIl n'y a pas à douter rappelons-nous ce qu écrit Sauvai que ces composi-\ntions ne fussent modelées sur celles qu'avait laissées Formé et qui, si peu d'années\naprès lui, devaient être encore tenues en grand honneur. Cette conception de la\nmusique à deux chœurs, l'un de solistes, l'autre de masses vocales, est véritable-\nment neuve, et la technique en diffère assez de celle des maître de la polyphonie\nclassique pour qu'il soit juste de ne point refuser au musicien de la Chapelle de\nHenri IV et de Louis XIII le titre d'inventeur. Il est remarquable qu'il se soit\nfait une idée si précise du style qui convenait aux voix dans les deux façons de\nles traiter suivant le cas Avoir eu à ce point l'intuition des effets neufs qui\nrésulteraient de l'opposition de deux éléments systématiquement tenus pour\ndissemblables, avoir entrevu déjà quelles innombrables ressources allaient sur-\ngir de la combinaison d ensembles, de duos, de trios, de récits à voix seule,\ncela n'est point, à coup sûr, d'un esprit vulgaire.\n\n(1) En ce temps et longtemps encore après, le mot « Chœur » ne désigne pas autre chose qu'un\nensemble réalisant une harmonie homogène et complète. Il n'importe que chaque partie soit con-\nfiée à un ou plusieurs instrumentistes. Quand on parle d exécution chorale pour les œuvres\nanciennes, il ne faut pas oublier qu'au xvie et au xvne siècle les chapelles les plus réputées ne\ncomptaient qu'un très petit nombre de chanteurs. Sauf quelques rares exceptions, leur nombre\nne permet guère qu'ils soient plus de deux ou trois à chaque partie.\nCela pour l'église. En ce qui concerne les œuvres de chambre, chansons polyphoniques ou\nmadrigaux, il est bien certain qu'elles furent presque toujours dites par des solistes. Les exé-\ncutions modernes, où ces compositions délicates sont rendues par une masse de voix, ne peuvent\nqu'en donner une idée très imparfaite. Le goût moderne pour les sonorités volumineuses n'excuse\npas tout à fait cette infidélité de traduction.\n(2) Lettre du 17 octobre 1646. (Correspondance et Œuvres musicales de C. Huygens.)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.9", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 306, "texte": "Ni d'un musicien médiocre non plus, puisque la réalisation en est déjà presque\nparfaite. A défaut d'un morceau entier de la messe de Formé, il convient du moins\nd'en citer un fragment assez développé pour que le lecteur puisse directement en\njuger."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.10", "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "Quelle surprise et quelle admiration put exciter un style si libre et si person-\nnel, si différent des polyphonies un peu massives et du contrepoint rigoureuse-\nment observé des maîtres de la génération précédente, il est inutile de le dire. On\ncomprend la vogue de Formé et l'enthousiasme de ses admirateurs.\nEt aussi par quoi il s'attirait la réprobation de ces esprits chagrins « qui trou-\nvent des défauts, dit-il, en tout ce qui naist en ce siècle et ne se donnent point\nd'autre occupation que d'en médire ». Si l'on compare, en effet, ces œuvres avec\ncelles qui les ont immédiatement précédées, on trouvera, dans l'histoire de\nla musique, peu d'exemples d'une révolution aussi radicale dans les formes. Pour\nla première fois peut-être, en des compositions développées et de première im-\nportance, les auditeurs surpris assistaient à la mise en œuvre de ressources tout\nautres que celles qui jusqu'alors avaient pu sembler indispensables au grand art.\nA côté des combinaisons complexes, des nobles et savantes architectures de sons\nfamilières à l'admiration des musiciens, la voix seule ou presque réclamait\nsa place : non que les circonstances imposassent cette simplification, mais parce\nque l'intuition d'un maître avait pressenti tout ce que l'avenir en tirerait d'effets\nneufs et de beautés insoupçonnées.\nC'est en effet là, pour nous, le grand mérite de Formé et l'endroit par où il se\nrévèle tout à fait supérieur. De ses ouvrages, il nous est resté trop peu pour pou-\nvoir bien juger s'il a mérité vraiment les louanges dont ses contemporains l'ont\nhonoré II en subsiste assez pour que nous puissions nous rendre compte de ce\nque la musique lui doit. La forme du motet qu'il instaure sera celle qu'adopteront\ntous ses successeurs. Il leur suffira d'en agrandir les proportions en faisant de\nces courts épisodes à une ou deux voix, mêlés aux ensembles, autant de phrases\nmélodiques indépendantes d'abord l'art des Du Mont, des Lulli, des Robert\nmarque ce point d évolution, autant de morceaux complets plus tard c'est\nce qu'ont réalisé La Lande, Campra, Rameau et leurs imitateurs. Si Ton peut"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.11", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 611, "texte": "discuter, au point de vue religieux et strictement liturgique, l'opportunité et la\nconvenance de ces transformations, personne n'en contestera sérieusement l'in-\ntérêt musical. Toutes les magnificences expressives ou décoratives de l'œuvre de\nces maîtres de notre musique, c'est au vieux musicien de la Chapelle du roi\nqu'elles doivent d'être devenues possibles.\nL'importance historique cle ce rôle d'initiateur est assez grande pour que les\nhistoriens ne refusent plus désormais à Formé la justice qui lui est due et lui\naccordent libéralement un hommage amplement mérité.\n\nHENRI QUITTARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "283", "page_fin": "284", "image_debut": 11, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.3", "titre_corps": "L'art du pianiste : notes sur Stephen Heller", "titre_sommaire": "L'art du pianiste : notes sur Stephen Heller", "signature_source": "I. PH", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.11", "debut_caractere": 613, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "L'art du pianiste : notes sur Stephen Heller\n\nHeller disait : (( Pour jouer du piano, il faut trois qualités : la volonté, l'expres-\nsion, l'intelligence. Ces trois qualités donnent une individualité pianistique. ))\nMais, quoique la technique pure de l'instrument lui parût une conditio sine qua\nnon, il cherchait surtout à développer le sentiment et l'intelligence de l'élève.\n(( Jouez musicalement, disait-il. Travaillez avec la tête plus qu'avec les\ndoigts... »\nSes leçons étaient de charmantes causeries : souvent les heures se passaient\nsans que la fugue de Bach (on commençait toujours par du Bach\") fût suivie\nd'autre chose. Et c'étaient des souvenirs sur Mendelssohn, sur Schumann, sur\nChopin; c'étaient des jugements sur les modernes compositeurs et virtuoses.\nMalade à l'époque oû je l'ai connu et fréquenté (de 1882 à sa mort), il était souvent\ntriste, découragé, pessimiste. 11 lançait volontiers des sarcasmes lorsque le nom\nde Liszt, dont il admirait le génie sans pouvoir comprendre quelques travers,\nvenait sur ses lèvres.\nxMaintenant, voici au hasard quelques notes que je retrouve, remarques\ninscrites en marge de certains morceaux que j'ai eu le bonheur de travailler avec\nlui.\n« Mozart : fantaisie ut mineur, sonatela mineur, concerto ut majeur. Mozart\nétait presque un Italien.Même dans ses sonates règne le sentiment dramatique.\nNe les jouez pas avec une sonorité grêle, menue— n'imitez pas le clavecin.\n(( Travaillez beaucoup les concertos de Mozart ; jouez-les avec clarté, avec\nesprit, avec humour, et n'oubliez pas l'expression dramatique.\n« Beethoven, Sonates op. 26, op. 27 nos let 2.\n(( Op 27 n° 2. ler morceau. Senza sordini veut dire avec pédale.\n(( 2e morceau. Ne le jouez pas vite. Il doit être simple, naïf, doux. J'ai la rage\ndes titres : appelons le : Jleur solitaire (ij.\n(( La main gauche doit être un peu en dehors au commencement de la seconde\npartie— et la conclusion doit être très en mesure et simple, sans aucun retard.\n<( Op. 26. Jouez les variations avec calme. Phrasez respirez. La seconde\nvariation calme, n'en faites pas une page de virtuose. La troisième variation,\ntriste, en marche funèbre ; la quatrième vive, spirituelle, en scherzo. Jouez\norchestralement. Pensez à votre sonorité.\n\n(1) Liszt appelait ce morceau : une fleur entre deux abîmes."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.12", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 827, "texte": "(( Mendelssohn, op. 5. Capriccio, op. 14, op. 54.\n(( Mendelssohn était une âme noble. Délaissé aujourd'hui, il revivra, vous ver-\nrez, et vivra plus longtemps que ceux que l'on acclame aujourd'hui. Le scherzo\ndu Songe est un des chefs-d'œuvre de la musique et de l'esprit humain.\n« jouer Mendelssohn sans chercher :il a tout écrit, méticuleusement, comme il\nle voulait. Pensez à vos basses jouez, travaillez souvent la main gauche\nseule. Jouez avec rythme : le rythme c'est la vie. Lisez Heine, lisez Voltaire (sic). »\nJe ne retrouve pas, malheureusement (hors quelques mots sur ses œuvres),\nautre chose Mais les lignes précédentes suffisent pour indiquer que les leçons\nde Heller étaient d'admirables leçons de musique, et non de piano., Et voilà quel\ndevrait être l'idéal de tout professeur.\n\nI.PH."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "284", "page_fin": "285", "image_debut": 12, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.4", "titre_corps": "Le chant dans les églises", "titre_sommaire": "Le chant dans les églises", "signature_source": "CONSTANT ZAKONE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.12", "debut_caractere": 829, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "Le chant dans les églises\n\n(1).\nAu VILLAGE. —Dimanche, ier mai, je me trouve dans un village écarté, au\nfond de la province, et, bien que ce soit en dehors de la tâche que je me suis\nimposée, je ne résiste pas au désir de dire comment on y chante les offices.\nEt d'abord, on n'y trouve ni orgue ni aucun instrument pour soutenir le chant,\nou indiquer le ton. Heureusement, M. le curé a la voix juste, et, comme elle n'est\njamais influencée ni déviée par des modulations traîtresses, elle sort, pour\nainsi dire, spontanément, dans la tonalité qui lui est habituelle. Les chantres\nsuivent, et exécutent convenablement, sur une édition de Ratisbonne, avec\nquelques variantes locales, les parties essentielles de la messe. Il n'est pas besoin\nde dire qu'ils n'y ajoutent rien, ni fioritures ni morceaux à effet. Le rythme n'est\npas trop lent, les voix sont justes et ne détonnent pas sensiblement. Tout ce que\nl'église renferme d'enfants, de jeunes gens, de femmes et même d'hommes se\njoint au chœur. Toutefois, un certain nombre de ces derniers restent muets, soit\npar timidité, soit par la conscience de posséder une voix irrémédiablement fausse.\nJ'ai du reste remarqué, à la campagne, que les voix d'hommes sont beaucoup\nplus souvent mal posées que celles des femmes.\nL'ensemble choral, où les égarements de quelques-uns disparaissent, donne\nune sensation de contentement et de vie, tout à fait réconfortante.\nQuant aux parties de la messe qui varient chaque dimanche, comme l'lntroït,\nle Graduel et l'Offertoire, l'exécution en est abandonnée au plus compétent ou\nbien au plus hardi des chanteurs ; les autres se taisent. Celui-là, débarrassé du\nsouci de s'entendre avec ses voisins ou de rester dans une tonalité que lui rap-\npellerait sans relâche un instrument importun, se lance gaîment dans l'inconnu,\ncomme un nageur en pleine eau. Il ne connaît des notes que la position ascen-\ndante ou descendante, et il accommode les chants à sa façon, sur cette unique\ndonnée, tout en ayant soin de terminer par une des nombreuses cadences qu'il\nconnaît. Et voilà qui est fait.\nA vêpres, mêmes remarques, sauf que les fidèles prennent une part encore\nplus active au chant de l'office. Les petites filles surtout, impatientes comme de\njeunes pouliches, peuvent à peine attendre que M. le curé ait entonné le psaume ;\nmais après, c'est un véritable déchaînement. Chacun, dans ce petit monde, a l'air\n\n(1) Suite. Voir la Revue du 15 mai"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.13", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "ravi d entendre sa propre voix, celle de son voisin et l ensemble du chœur qui\nremplit 1 église. L alternance des voix n'est pas observée ; cela ferait perdre la\nmoitié du plaisir ; tout le monde chante tout.\nUne de ces ardentes fillettes était installée seule dans le banc familial, habi-\ntuellement inoccupé en cette saison. J'eus bien garde de l'effaroucher. Vêtue\nd une 1 obe bleue ajustée à sa petite taille carrée, elle glissa vers moi un regard\nde côté, mais ne bougea pas. Puis elle lança sa voix claire et douce dans le vaste\nensemble, lout alla bien au commencement, elle trouvait aisément les psaumes\nordinaires qu'on a coutume de chanter. Mais voilà qu'à la fin, en arrive un autre\n(ICredidi propter quod) qui n'est pas à la place habituelle. Elle feuillette son livre\nd un doigt nerveux. Vite à la table... rien. Enfin, découragée, elle ferme son\npsautier avec un gros soupir.\nJe suis sûr qu'il a manqué quelque chose à son bonheur, ce dimanche lerIer mai.\nComment cette participation ardente des fidèles aux offices a-t-elle pu être\nobtenue r M. le curé m'explique que, depuis plusieurs années, il réunit chaque\nsemaine à 1 église les enfants qui suivent le catéchisme et leur apprend machi-\nnalement à chanter. Ceux-ci grandissent et sont remplacés par d'autres, si bien\nqu à la fin il se trouve un certain nombre de personnes ayant quelques notions\nde chant, et y prenant plaisir.\nIl semble que cette manière de faire pourrait être utilement employée à Paris\net ailleurs.\n(A suivre.)\n\nCONSTANT ZAKONE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "285", "page_fin": "288", "image_debut": 13, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.5", "titre_corps": "Souvenirs d'une élève de Liszt", "titre_sommaire": "Souvenirs d'une élève de Liszt", "signature_source": "A. FAY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.13", "debut_caractere": 1551, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "Souvenirs d'une élève de Liszt\n\n(0\nWeimar, le 21 mai 1873.\nLiszt est si tourmenté et assiégé par les visiteurs que j'aurais couru le risque\nde ne pas être reçue, si je n'avais eu la lettre d'introduction de la baronne von\nSchleinitz, car il l'admire beaucoup et je crois qu'elle a une grande influence sur\nlui. Il dit que « les personnes défilent devant lui par douzaines » et (( semblent\ncroire qu il n'est là que pour donner des leçons )) Toutes celles qu'il donne sont\ngratuites, il ne se fait jamais rémunérer, son incomparable génie le rend trop\ngrand pour cela ; mais si quelqu'un a assez de talent ou lui plaît, il lui permet de\nvenir jouer devant lui. Je vais chez le Maître tous les deux jours, je ne joue pas\nplus de deux fois par semaine, mais j écoute les autres. Jusqu'à présent, nous ne\nsommes que quatre dans le cours et je suis la seule nouvelle élève. C'est de\nquatre à six l'après-midi que nous sommes reçus. La première fois que je suis\nallée je n'ai pas joué, mais j'ai entendu Urspruch et Leitert, les deux jeunes gens\nque j'ai rencontrés l'autre soir, qui ont étudié longtemps avec Liszt et qui jouent\nadmirablement bien. P'raulein Schultz et Miss Gaul (de Baltimore) sont égale-\nment des mieux douées.\nLorsque je suis entrée, Liszt est venu au-devant de moi et m'a saluée d'une\nmanière très amicale. Urspruch était en train de jouer les Etudes symphoniques\n\n(1) Suite. Voir la Revue du 15 mai."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.14", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3740, "texte": "de Schumann, qui exigent au moins une demi-heure d'exécution. Il les jouait si\nparfaitement que, pour mieux l'écouter, je retenais mon souffle, me disant que je\nne pourrais jamais arriver à ce degré d'habileté. Liszt était de très bonne humeur\net fît même quelques bons mots. Urspruch lui demanda quel titre il devait don-\nner àun morceau qu'il était-en train de composer. (( Per aspera ad astra »,\nrépondit Liszt... Je me mis à rire de cette bonne trouvaille, et Liszt sembla con-\ntent de me voir apprécier son petit sarcasme.\nJe n'ai pas joué cette fois, car je n'avais pas encore pu travailler, mais les jours\nsuivants j'ai étudié avec ardeur la Sonate en si mineur de Chopin, qui est une\ngrande composition et l'une de ses dernières. Lorsque je me suis crue capable\nde la jouer, je suis allée trouver Liszt. Ce n'était pas sans trembler et je ne peux\nvous dire ce qu'il m'en coûte de monter les escaliers qui conduisent chez lui ; je\nm'arrête presque toujours sur les marches pour rassembler tout mon courage\navant de me décider à ouvrir la porte et à entrer.\nJe me sentais encore plus impressionnée ce jour-là, car c'était la première fois\nque j'exécutais vraiment sérieusement devant lui, et il parle si indistinctement que\nje craignais de ne pas comprendre ses corrections et qu'il perdît patience avec\nmoi, vu qu'il ne supporte pas d'être obligé de donner des explications. Je crois\nqu'il n'aime pas se donner la peine de parler allemand, car il murmure ses mots\net n'achève pas la moitié de ses phrases ; il m'a parlé en français tout le temps\nhier, aux autres, en allemand c'est une de ses originalités, je suppose.\nAujourd'hui, quand je suis arrivée, les artistes Leitert et Urspruch, ainsi\nque le jeune compositeur Metzdorf, qui est toujours autour de Liszt, étaient\ndans le salon. D'abord Liszt se borna à me faire un salut et ne remarqua ma\nprésence que lorsque Metzdorf lui dit : « Maître, Miss Fay a apporté une\nsonate. Ah, c'est bien, écoutons-la, » répondit Liszt. Il quitta la chambre\npendant une minute, ce dont je profitai pour demander aux trois messieurs de\npartir et de me laisser jouer devant Liszt seul ; mais ils se mirent à rire et ne\nbougèrent pas d'un centimètre. Quand Liszt revint, ils lui dirent : « Croyez-\nvous, Maître, que Miss Fay veut nous renvoyer tous à la maison. » Je déclarai\nque je ne pourrais pas jouer devant d'aussi grands artistes, a C'est très bon pour\nvous, » répliqua Liszt, qui ajouta en souriant : « Vous avez un auditoire très\nchoisi, en ce moment. »\nJe ne sais s'il s'est rendu compte combien j'étais nerveuse, car au lieu de\nmarcher de long en large dans le salon, ainsi qu'il le fait souvent, il s'assit\nauprès de moi, comme tout autre professeur, et m'écouta jouer la première partie\nde la sonate. Elle était excessivement difficile, mais j'avais tant étudié que j'étais\nparvenue à la rendre assez bien. Rien ne peut égaler l'amabilité de Liszt, il se\ndonna beaucoup de peine, et au lieu de m effrayer, il m'inspira. Je n'ai jamais vu\nun professeur aussi charmant et c'est le premier que je trouve sympathique,\nvous vous sentez si libre avec lui ! Il développe en vous le véritable sentiment\nmusical, ne vous arrête pas à chaque instant, mais vous laisse à votre propre\ninspiration. De temps en temps il fait une critique, ou joue un passage, et vous\ndit quelques mots qui donnent à réfléchir pour le reste de la vie ; dans tout ce\nqu'il dit il y a quelque chose de délicat, de subtil. Il ne s'inquiète pas de votre\nméthode et vous laisse travailler vous-même le côté technique. Quand j'eus fini\nla première partie de la sonate, il s'écria (( bravo », comme toujours, puis, pre-\nnant mon siège, il fit quelques critiques, et me dit de jouer le reste."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.15", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "Je ne connaissais qu'à moitié les autres parties, car la première était si dif-\nficile que je lui avais consacré tout mon temps. Jouer à Liszt, c'est essayer de\nnourrir l'éléphant du jardin zoologique avec des morceaux de sucre ; il vous fait\nexécuter des passages entiers comme si ce n'était rien, puis... s'étend grave-\nment pour vous écouter encore ! Heureusement que l'un de mes doigts commença\nà saigner, car, à force de jouer, la peau s était soulevée, et j'eus ainsi une bonne\nexcuse pour m'arrêter. Je ne sais si cette preuve d'application lui plut, mais,\naprès avoir regardé mon doigt, il fit entendre un « oh »de compassion et joua\nles trois dernières parties, ce qui était beaucoup et montra toute sa force. Je\nl'entendais pour la première fois et je ne sais ce que j'ai trouvé le plus extraordi-\nnaire —le Scherzo, avec sa merveilleuse légèreté et rapidité, Y Adagio avec\nses basses pathétiques, ou la dernière partie, pendant laquelle le clavier semblait\n(( tonnerre et éclair )). Il y a une telle vie dans tout ce qu'il joue qu'on ne croit\nplus entendre de la musique, mais un être réel qui respire, qui parle, qui chante.\nIl me semble, quand j'écoute Liszt, que l'air est peuplé d'esprits. C'est un véri-\ntable magicien, aussi intéressant d'ailleurs à regarder qu'à entendre, car sa\nfigure change d'expression avec chaque modulation et semble refléter l'âme de\nson jeu. En plus, il a quelque chose d'extrêmement captivant, c'est comme une\nlueur de gaîté délicate qui vient éclairer de temps en temps sa figure et qui vous\nferait croire qu'un esprit joyeux cherche à jouer à cache-cache avec vous.\nLiszt est venu me voir vendredi et il a même joué sur mon piano. Pensez\nquel honneur ! Il m'a aussi priée d'aller lui jouer dans le courant de l'après-midi\net m'a invitée à une matinée qu'il a donnée dimanche pour une comtesse arri-\nvée ici depuis quelques jours.J'étais la seule élève invitée, et quand je suis entrée\ndans le salon il n'y avait que Liszt et trois personnes : le Grand-Duc, la comtesse\nvon M. (princesse russe de naissance) et la femme dun ministre russe. Ils se\ntenaient tous les quatre en cercle et parlaient français. Je n'avais aucune idée\nqui ils pouvaient être, car le Grand-Duc était en deuil et ne portait aucune décora-\ntion pouvant le faire distinguer. Je vis cependant que c'étaient tous des per-\nsonnes de situation élevée, aussi je ne leur ai pas adressé la parole, ce que je con-\nsidère comme une double chance. J'aurais fort bien pu le faire, en effet, pour\néviter la gaucherie de rester là comme un poteau, surtout ayant entendu dire que\nLiszt ne présentait jamais personne. Liszt me salua d'une façon très amicale et\nme présenta cependant à la comtesse, qui était si hautaine que tout ce que l'on\nput obtenir d'elle se réduisit à quelques paroles glaciales. Je fus heureuse de voir\nd'autres personnes arriver, ce qui me permit de me retirer dans un coin sans\nêtre remarquée, car je me trouvais dans une situation très embarrassante, res-\ntant ainsi debout, en étrangère, auprès de quatre personnages, sans oser leur\nparler, puisqu'ils ne s'adressaient pas à moi.\nQuand tout le monde fut là, nous nous trouvâmes au nombre de dix-huit,\npresque tous titrés ; j'étais la seule sans importance de la compagnie. Liszt a\nété des plus aimables, il est venu plusieurs fois me trouver à ma place pour\ncauser avec moi. et semblait vouloir me mettre à l'aise ; il m'a aussi promis un\nbillet pour un concert particulier où l'on n'exécutera que ses compositions.\nLiszt a joué cinq fois, mais pas de grand morceau, ce qui m'a désappointée, sur-\ntout parce que les trois dernières fois il a joué des duetti avec un des meilleurs\nartistes de Weimar, Lassen, qui était là.\nIl m'a fait aller tourner les feuilles. Mon Dieu ! Comment lit-il ? Il lit si loin"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.16", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2244, "texte": "en avant de ce qu'il joue qu'il est très difficile détourner les feuilles pour lui, il\nembrasse cinq mesures d'un coup d'oeil-, aussi il vous faut deviner quand ildésire\nqu'on tourne la page. Je l'ai fait trop tard une fois, trop tôt une autre fois, et il a\narraché le cahier de mes mains pour le remettre devant lui. Ce n'était pas une\nbonne situation pour moi qui suis si timide, n'est-ce pas ?\n21 mai. C'est aujourd'hui l'anniversaire de mon jour de naissance ; aussi,\npour le célébrer ai-je décidé d aller chez Liszt. Je n'étais vraiment pas bien pré-\nparée pour lui jouer, mais j'ai pris sa deuxième Ballade avec l'idée de lui poser\ndifférentes questions sur quelques passages difficiles. Quand je suis entrée, il\nparaissait indisposé, nerveux, et il y avait beaucoup d'artistes\nNous avons 1 habitude de poser notre musique sur la table, où il la prend, la\nregarde, et énonce le titre de celle qu il veut que l'on joue II remarqua la\nmienne et s'écria : « Qui joue cette grande et puissante de mes ballades ? )) Il me\nsemblait qu'il avait demandé : « Qui a tué Cock Robin ? » ( 1) et que j'étais le cou-\npable, seulement je ne me sentais pas disposée à avouer avec autant de facilité\nque le moineau, car Liszt paraissait de mauvaise humeur et avait malmené celle\nqui venait de jouer. Finalement, je rassemblai mon courage et dis : (( Moi »,\najoutant que je ne la savais pas parfaitement. (( Peu importe, répondit-il, jouez-\nla. » Je m'assis donc, pensant qu il allait m'arracher la tète ; mais, c'est étrange\nà dire, il parut très content et déclara que je l'avais (( tout à fait touché ».\nImaginez cela, de Liszt ! et surtout lorsqu'il s'agit d une de ses composi-\ntions !\nIl m'a accompagnée à la porte quand je suis sortie, a pris une de mes mains\ndans les deux siennes en me disant : (( Vous tvous êtes couverte de gloire,\naujourd hui. » Je lui ai répondu que je n'avais fait que commencer et que j'espé-\nrais qu'il me laisserait rejouer ma ballade quand je la saurais mieux. (( Ah !\ndit-il, vous voulez que je vous fasse encore un plus grand compliment, n'est-ce\npas ? Naturellement », répliquai-je !« Il faut vous gâter ? Oui », répondis-\nje encore, et il se mit à rire.\n(Traduit de /'anglais par JIVA.)\n\nA. FAY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "288", "page_fin": "289", "image_debut": 16, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.6", "titre_corps": "La Tétralogie à Lyon.", "titre_sommaire": "La Tétralogie à Lyon.", "signature_source": "PAUL ELNIS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.16", "debut_caractere": 2246, "fin_caractere_exclue": 3151, "texte": "La Tétralogie à Lyon.\n\n(Article qui nous est parvenu trop tard pour paraître dans notre dernier n°.)\nA la fin de la saison théâtrale, Y Anneau du Nibelung a été représenté à Lyon,\nen deux cycles consécutifs La direction a tenté cet effort en raison de la faveur\nmarquée que les Lyonnais attachent à l'œuvre de Wagner: le succès de la\nWalkyrie, montéeen 1894, avait ouvert la voie; en 1901, Siegfried,e n 1903, YOr\ndu Rhin avaient été suivis assidûment par un très grand nombre d'amateurs ;\nenfin, au début de cette année, le Grand-Théâtre créait le Crépuscule des Dieux\ndans des conditions exemptes de banalité. Aussi le public était-il impatient d'as-\nsister au développement complet du drame wagnérien.\nDe tous les éléments de l'exécution, l'orchestre est resté, à travers les quatre\nsoiréesde Y Anneau du Nibelung, le plus complet et le plus satisfaisant. Sous la\n\n(1) Allusion à une poésie américaine."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.17", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3110, "texte": "direction de son excellent chef, M. Philippe Flon, il a très bien fait ressortir les\nétapes du développement musical et les combinaisons si généralement variées\ndes motifs directeurs. En général cependant il couvrait trop les voix, il exagérait\nles effets sonores. Cela peut être imputé à la disposition des théâtres français, où\nles musiciens ne sont pas, comme à Bayreuth, placés au-dessous de la scène. En\noutre, les instruments à cordes, en nombre insuffisant, étaient trop souvent do-\nminés, écrasés par les cuivres. Néanmoins, plusieurs morceaux ont été conduits\nmagistralement : la Chevauchée, l'lncantation, le Prélude de YOr du Rhin, la\nRheinfahrt et le thème final de la Rédemption par l'Amour.\nPour l'interprétation vocale, deux artistes doivent être mis hors pair:\nMlle Janssen et M. Verdier. Mlle Janssen tenait les rôles de Brunnhilde dans le\nCrépuscule des Dieux et de Sieglinde dans la Walkyrie. Elève de la grande\nMaterna et chantant exclusivement au théâtre les œuvres de Wagner, cette artiste\npossède toutes les traditions de Bayreuth; sa voix est d'un timbre très pur, ses\ngestes et ses attitudes toujours amples, ses accents extraordinairement drama-\ntiques et expressifs.\nChargé du rôle écrasant de Siegfried dans les deux dernières soirées de chaque\ncycle, M. Verdier s'est classé parmi les premiers ténors wagnériens du moment,\nen dépit d'un organe défectueux et sourd dans le grave. C'est avec une autorité\nincontestable et une rare intelligence scénique qu'il a mis en relief le caractère\njeune, insouciant et héroïque de son personnage. Sa diction est d'une sûreté\nimpeccable. Quelle belle vaillance dans la scène delà forge ! Cependant nouspré-\nférons cet artiste en les passages de douceur et de finesse, tels les murmures de\nla forêt et le récitatif jamais trop long du Crépuscule.\nM. Sylvain dans le rôle du farouche Hagen, M. Cazeneuve danscelui de Loge,\nM. Vialas en Mime, M. Dangès dans l'Albérich de l'Or du Rhin ont fait preuve\nde beaucoup dégoût, d'art et de style. M. Seguin a présenté un superbe Wotan,\nmais à la voix bien fatiguée. Des autres interprètes nous ne dirons rien.\nNous ne nous attarderons pas davantage à signaler toutes les erreurs et les\nimperfections de la mise en scène: elles furent nombreuses cependant. Trop\nsouvent les détails précis indiqués avec soin parle maître furent négligés ou mal\ncompris ; trop souvent la direction a reculé devant des frais de machinisme, en\nsimplifiant plusieurs effets, entre autres pour le combatdu dragon dans Siegfried,\nla scène finale du Crépuscule, etc... En outre, bien que le public fût endroit\nd'attendre une exécution intégrale du Ring, on a pratiqué de larges coupures\ndans les quatre parties de l'œuvre.\nEn définitive, si la Tétralogie à Lyon est restée loin delà perfection, on ne\npeut se montrer trop sévère pour une tentative hardie, couronnée de succès, qui\na permis à bien des amateurs d'acquérir une vue d'ensemble de la grande\nœuvre wagnérienne. Il n'est pas à la portée de tout le monde d'accomplir le\npèlerinage de Bayreuth!.\nNos félicitations aux Lyonnais.\n\nPAUL ELNIS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "290", "page_fin": "292", "image_debut": 18, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.7", "titre_corps": "Concerts.", "titre_sommaire": "Concerts.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.18", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "Concerts.\n\nSOCIÉTÉ NATIONALE. 77 mai. Ce\n2e concert avec orchestre a été des plus\nintéressants. Nous avons entendu le Cho-\nral varié de Vincent d'lndy pour saxo-\nphone et orchestre (1); Mmo Élise Hall\njoue avec expression, et donne du charme\nà ce timbre qui n'est ni d'une flûte ni\nd'une clarinette, mais tient des deux à la\nfois ; M. Cortot répare avec une habileté\nextrême une petite erreur de mesure.\nJe l'aime mieux comme chef\nque comme compositeur, et les quatre\npetites pièces qu'il nous offre manquent à l'excès de chaleur et de personnalité.\nLe Prélude symphonique que M. Albert Roussel intitule Résurrection (d'après le\nroman de Tolstoï) est, au contraire, une œuvre forte, profondément pensée, et\nsimplement construite sur deux thèmes évocateurs des deux héros, que domine\nune idée rédemptrice : le tout d'une grande émotion et d'une belle couleur or-\nchestrale ; c'est la meilleure page d'orchestre que la Société nous ait fait entendre\ncette année. Les Pèlerins d*Emmaûs (2) de M. G. Bret, dont on nous a donné la\ndeuxième partie, sont de fort bonne musique religieuse, dont il faut louer le\nstyle aisé et pur, l'inspiration sincère et la fraîcheur mélodique. César Franck eût\naimé, je crois, ce chœur syllabique à l'unisson que soutient un accompagnement\ndélicat :\nQuant aux trois mélodies de M. Ravel sur des vers de Tristan Klingsor (Sché-\nhérazade), je ne puis cacher qu'elles me ravissent : la fantaisie de la Flûte enchan-\ntée, la beauté mélancolique de Vlndifférent, et le pittoresque spirituel de cette\nAsie de rêve sont rendus avec une finesse et une légèreté de touche si exquises,\nque chacun songe aussitôt à Debussy. Sans doute ce sont là des esprits de la\nmême famille, mais il ne faudrait point non plus exagérer l'analogie, ni surtout\njeter à M. Ravel la dédaigneuse épithète d'imitateur : sa musique n'est point une\nmusique d'imitation ; elle a un accent personnel et témoigne, en particulier, d'un\ngoût du détail pittoresque qu'on ne rencontre point chez M. Debussy. Que\nl'influence de ce dernier soit manifeste cependant, c'est ce qu'on ne saurait con-\ntester ; mais les plus grands génies ont commencé par avoir des maîtres et des\nmodèles, et on en pourrait choisir de plus mauvais.\n(1) Analysé ici même (Revue du 15 décembre 1903).\n{2) Partition pour piano et chant à la Société d\"Édition mutuelle, 269, rue Saint-Jacques."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.19", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3432, "texte": "M. RAYMOND MARTHE.\nL. L.\nCe concert, pour lequel M. 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Bouvet et Jemain nous ont fait connaître une\nSonate de Francœur (1698-1787) qui par son style sobre et nerveux, et cependant\nému, est une des œuvres les plus remarquables de notre xvme siècle.\n\nMme TASSU-SPENCER.— Ala salle Pleyel, le 19 mai, Mme Tassu-Spencer,\nprofesseur au Conservatoire, a donné une très curieuse audition de ses élèves\n(harpe chromatique). J'ai été vraiment stupéfait de- voir deux bambins de neuf\nans, les jeunes Mullot et Jamet, exécuter en perfection une pièce de Godard et la\nSonate (fort bien choisie) de Beethoven, op. 49, n° 2. Une autre artiste de\n14 ans, Mlle Lérvars, qui paraît être la plus forte du cours, a montré toutes les\nformes de virtuosité qu'on peut exiger d'une harpiste consommée. Les trilles, les\npianissimo, les traits les plus chargés d'accidents n'ont plus de secrets pour elle.\nJe citerai encore Mlles Renson, Turquetil, Blot ;M. Cantelou. Ces résultats très\nbrillants font honneur à Mme Tassu-Spencer, et àla harpe chromatique, si riche\nde ressources, si séduisante, et si accessible aux plus jeunes élèves. Détail que\nj'ai noté avec plaisir : les œuvres de M. Hasselmans figuraient cinq fois au pro-\ngramme, à côté de celles de Bizet, Chaminade, Th. Dubois, S. Rousseau, Pfeif-\nfer, Tchaïkowski, J.-S. Bach, Beethoven, etc. .\n\nMlle PEREZ DE BRAMBILLA. Le 31 mai, à la salle Pleyel, Mlle M. Perez de\nBrambilla, dont on connaît la haute compétence pour 1 enseignement théorique\net pratique, et M. A. Parent, font entendre quelques-unes de leurs élèves de\nleur cours de piano et d'accompagnement.\n\nCERCLE CATHOLIQUE. /y mai. Concert consacré aux compositeurs gens\ndu monde. M. de Fréchencourt, chargé de présenter les auteurs au public,\ns'acquitte élégamment de cette mission. Il faut mettre hors de pair les œuvres\nde Mme de Grandval et du baron Vidal de Léry, qui témoignent d études\nmusicales sérieuses et d'aspirations élevées, et surtout les mélodies orientales\nde Mme de Chabannes (A. de Polignac), écrites d'une main légère et sûre, et\nd'une orchestration charmante. La Société musicale de la Sorbonne, sous la\ndirection de M. Paul de Saunières, prêtait son concours à ce concert.\n\nMM. Ysaye et Raoul Pugno, merveilleuse-\nment assistés par Crickboom, Van Ilout et Gérardy, ont interprété comme des\ndieux les chefs-d'œuvre qui ont nom :le Quintette de Schumann et le Quintette\nde César Franck.\nOn attendait avec une certaine curiosité la Sonate à Kreutzer, qui, dans la même\n\nNOUVEAU THÉÂTRE.— 19 mai."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.20", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "salle, avait été donnée quelques jours auparavant par MM. 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Les trois\nartistes, avec une intelligence musicale, une puissance et une précision peu\ncommunes, ont interprété des œuvres très diverses de caractère et d'in-\nspiration, pianistiques et orchestrales, sans une minute de défaillance de leur\npart ni de lassitude de la part du public. Menu copieux, mais succès égal.\nM. Braud (que l'on regrette de ne pas entendre plus souvent) pourrait, si la\nmodestie ne lui fermait la bouche, dire en parlant de ses deux élèves, comme\nMontaigne de ses Essais : « Tout le monde me reconnaît en eux. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "290", "page_fin": "290", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.7.1", "titre_corps": "SOCIÉTÉ NATIONALE. 77 mai. Ce", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ NATIONALE. 77 mai. 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Paul de Saunières, prêtait son concours à ce concert."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c021", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "291", "page_fin": "292", "image_debut": 19, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.7.6", "titre_corps": "NOUVEAU THÉÂTRE.— 19 mai.", "titre_sommaire": "NOUVEAU THÉÂTRE.— 19 mai.", "signature_source": "M. 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Risler,\npersonne ne goûte plus vivement le charme incomparable de l'exquis talent de\nM. J. Thibaud ;je dois cependant reconnaître que l'exécution de MM. Ysaye et\nR. Pugno fut plus colorée, plus vivante, mieux harmonisée. La sensibilité de\nM. J. Thibaud semble, en effet, comme mal à l'aise à côté de l'impassibilité\nrisslérienne.\n\nM. F."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c022", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "292", "page_fin": "292", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.7.7", "titre_corps": "A LA SALLE ERARD : M. BRAUD. Récital à 2 pianos : Saint-Saëns, Boellmann,", "titre_sommaire": "A LA SALLE ERARD : M. BRAUD. Récital à 2 pianos : Saint-Saëns, Boellmann,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.20", "debut_caractere": 509, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "A LA SALLE ERARD : M. BRAUD. Récital à 2 pianos : Saint-Saëns, Boellmann,\nC. Franck (Eros et Psyché, transcription par M. Paul Braud), Duparc (Lènore),\nP. Vidal (ballet de la Bu rgonde, avec accompagnement de quatuor), etc., etc.\nM. Paul Braud, le maître éminent que guette le Conservatoire, avait fait appel\nau talent de ses deux anciens élèves, Mlll2 Dargier-Peltier et M. Garés. Les trois\nartistes, avec une intelligence musicale, une puissance et une précision peu\ncommunes, ont interprété des œuvres très diverses de caractère et d'in-\nspiration, pianistiques et orchestrales, sans une minute de défaillance de leur\npart ni de lassitude de la part du public. Menu copieux, mais succès égal.\nM. Braud (que l'on regrette de ne pas entendre plus souvent) pourrait, si la\nmodestie ne lui fermait la bouche, dire en parlant de ses deux élèves, comme\nMontaigne de ses Essais : « Tout le monde me reconnaît en eux. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c023", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "292", "page_fin": "293", "image_debut": 20, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.8", "titre_corps": "Publications nouvelles.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.20", "debut_caractere": 1425, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "Publications nouvelles.\n\nLIONEL DAURIAO : Essai sur l'esprit musical\n(Paris, Alcan, I vol. Bibl. de philosophie\ncontemporaine, prix 5 fr.).\n\nCe volume est un recueil d'études parues\ndans la Revue de mai 1893\nà novembre 1902, et probablement aussi\nde leçons faites par l'auteur, durant la\nmême période, dans ses cours libres de la\nSorbonne. Il y a dans cet ouvrage bien des\nidées fines, heureuses, justes, profondes\nmême ; ce que je lui reprocherai, c'est de\ntrop dédaigner la bibliographie et l'his-\ntoire, en certaines matières où l'une et l'autre sont indispensables. J'en citerai un\nexemple pris dans les premières pages. M. Dauriac examine cette question :\npourquoi l'homme a-t-il inventé la musique, si profondément distincte des autres\narts? Quelle est la vraie source initiale de l'invention musicale? Quand on pose\nun pareil problème, on est tenu d'exposer les diverses théories qui ont prétend u\nle résoudre, et d'examiner leurs arguments avant de les écarter. Or, M. Dauriac\nne mentionne que la vieille opinion de Lucrèce (reprise par Darwin sur une base\nbiologique), d'après laquelle l'homme aurait inventé la musique par imitation\ndu chant des oiseaux ; et, sur ce point, il ne paraît connaître ni les arguments\ntrès intéressants donnés par Engel [the Music of the most ancient nations), ni la\nréfutation déjà faite par Wallaschek {Primitive music). Ce n'est pas en deux ou\ntrois pages qu'on peut poser et résoudre (même négativement) le problème des ori-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.21", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "gines. D ailleurs, j accorderai volontiers à l'auteur que toute solution scientifique\nparaît impossible. « On ne peut pas aller au fond des choses, dit Grosse, parce\nque les choses n'ont pasde fond. » Un peu plus loin, lorsqu'il fait la psychologie\nde 1 amateur, de l'exécutant et du virtuose, M. Dauriac écrit : «( L'art de composer\nsuppose le goût, on peut même souvent aller jusqu'à dire : la passion de la\nmusique. )) Une pareille observation ne peut pas avoir une grande portée, car, en\nce qui concerne les origines, elle constitue un cercle vicieux. Dans son étude\nsur l'intelligence musicale, M. Dauriac oublie que tous les éléments constitutifs\nde la musique n'ont de valeur que par leurs rapports ; que la musique est la\nscience des relations et qu'elle suppose par conséquent, avec une mémoire spéciale,\nune faculté spéciale d'abstraction. Tout ce qui est dit (p. 90) sur le « continu\nmélodique », sur la quantité et la qualité est donc à côté, ou insuffisant, pour une\nthéorie de l'esprit musical. P. 98 et 99, on est heureux de trouver un correctif.\nLes questions examinées ou effleurées par l'auteur sont si nombreuses,\nque son livre échappe à l'analyse. La théorie esquissée p. 6et d'après laquelle\n(( le monde des sons musicaux dérive de deux principes :le nombre, et d'autre\npart, la dyade de l'aigu et du grave », cette théorie est-elle très sérieuse?...\nJe veux y voir granum salis. Bien que la méthode de travail suivie par M. Dau-\nriac ne soit pas la mienne, et que ses idées me paraissent incomplètes, ou insuf-\nfisamment coordonnées, je n'en ai pas moins lu son livre avec beaucoup de profit,\net je suis assuré qu'il plaira beaucoup au public.\n\nJ. 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Théodore Reinach vous a adressée au sujet de certain passage du ballet du\nFils de VEtoile.\nM.Théodore Reinach qui veut bien me donner des louanges infiniment déli-\ncates et trop flatteuses, dont je lui sais le plus grand gré— peut se rassurer en ce\nqui concerne le long morceau pour harpe et saxophone qui, dans la partition pour\npiano, occupe les pages 249 à 255. Je n ai jamais songé à dissimuler la source\nqui m'inspira ce morceau. Quant à la ((note )) qui, en effet,devrait figurer au bas\nde la page 249 : d'après deux hymnes delphiques recueillis par M. Théodore\nReinach, elle a toujours existé sur mon manuscrit. Seulement le graveur a\nnégligé de la transcrire, et je dois avouer que cette omission échappa au cor-\nrecteur. Je fus le premier à déplorer après le tirage définitif l'absence de cette\nnote que, bien avant la lettre revendicatrice du distingué archéologue, je me\npromis de faire figurer sur la prochaine édition de mon ouvrage. M. Reinach,\nd'ailleurs, ne tardera pas à recevoir entière satisfaction, la première édition du\nFils de l'Etoile étant à peu près épuisée.\nAgréez, etc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c027", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "293", "page_fin": "293", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.9.1", "titre_corps": "Paris, le 11 mai 1904.", "titre_sommaire": "Paris, le 11 mai 1904.", "signature_source": "CAMILLE ERLANGER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.21", "debut_caractere": 1707, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "CAMILLE ERLANGER.\nParis, le 11 mai 1904.\n9, rue du Commandant Marchand,\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nJe lis dans le dernier numéro de la Revue musicale (page 268) la lettre que\nM. Théodore Reinach vous a adressée au sujet de certain passage du ballet du\nFils de VEtoile.\nM.Théodore Reinach qui veut bien me donner des louanges infiniment déli-\ncates et trop flatteuses, dont je lui sais le plus grand gré— peut se rassurer en ce\nqui concerne le long morceau pour harpe et saxophone qui, dans la partition pour\npiano, occupe les pages 249 à 255. Je n ai jamais songé à dissimuler la source\nqui m'inspira ce morceau. Quant à la ((note )) qui, en effet,devrait figurer au bas\nde la page 249 : d'après deux hymnes delphiques recueillis par M. Théodore\nReinach, elle a toujours existé sur mon manuscrit. Seulement le graveur a\nnégligé de la transcrire, et je dois avouer que cette omission échappa au cor-\nrecteur. Je fus le premier à déplorer après le tirage définitif l'absence de cette\nnote que, bien avant la lettre revendicatrice du distingué archéologue, je me\npromis de faire figurer sur la prochaine édition de mon ouvrage. M. 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Par arrêté du 10 mai 1904, M. Crosti (Eugène-Charles-\nAntoine), professeur de chant au Conservatoire national de musique et de\ndéclamation, admis à faire valoir ses droits à une pension, est nommé profes-\nseur honoraire.\n\nPRIX DE ROME.\nM. P.\nLe concours d'essai du Grand Prix de Rome (composition\nmusicale), qui s'était ouvert au palais de Compiègne le samedi 7 mai courant, a\npris fin le vendredi 20 du même mois à neuf heures du matin.\nSur les 15 candidats qui ont pris part à ce concours, 6 ont été admis à subir\nles épreuves du concours définitif, savoir :\nM. Gallois (Victor-Léon) ;\nM. Gaubert (Philippe) ;\nM. Pech (Raymond-Jean) ;\nM. Saurat (Raymond-Casimir) ;\nMU© Fleury (Hélène-Gabrielle) ;\nM. Pierné (Paul-Marie-Joseph).\nNÎMES.— Le 17 mai, la Chambre musicale nous ménagea le vif plaisir de voir\ninterprétées parMMllesde la Rouvière et Marthe Legrand, et MM. David et Gé-\nbelin, de la Schola Ccintorum, quelques nobles œuvres des grands maîtres.\nAu programme s inscrivaient les noms glorieux de Bach, de Marc-Antoine\nCharpentier, de Heinrich Schùtz, de Gluck et de Beethoven. Entre autres pièces\nunanimement applaudies, l'admirable duetto de la cantate Jésus, du bist meine\nLiebe, de Bach, trouva àce concert de nombreux admirateurs. MMnes de la Rou-\nvière et Legrand le chantèrent avec une rayonnante allégresse. Le motet O\nAmor, ô Bonitas, ô Charitas, de M.-A. Charpentier, le Dialogus per la Pascua\nde Schùtz et le Chant élégiaque de Beethoven, furent aussi justement appréciés.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 20 avril au 19 mai 1904."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 271, "texte": "II. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 20 avril au 19 mai 1904.\n\nOPÉRA. 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Maillot, ancien professeur au Conservatoire.\nS'inspirant des célèbres représentations d'Oberammergau, M. Maillot, avec le\nconcours de 180 exécutants et en s'inspirant soit des tableaux célèbres, soit des\nscènes de la Passion, a fait représenter dans des décors vraiment remarquables\net avec des costumes et une mise en scène somptueuse les principales scènes de\nla Passion, le tout encadré par une partie musicale qu'il dirigeait lui-même,\nexécutée par un nombreux orchestre, des chœurs mixtes et quelques solistes\nchoisis.\nLa tentative n'était pas plus nouvelle à Lyon qu'à Paris ou ailleurs; mais où\nil faut louer sans réserve M. Maillot, c'est dans le choix et l'exécution de cette\npartie musicale qui comprenait des fragments des Passions de Bach, Hândel,\nSchùtz, Al. Georges, et des motets de Vittoria, Lassus, etc.\nL'ensemble, très religieux et très artistique, a fait le plus grand honneur à\ntous les artistes, et la presse tout entière a loué comme il convenait M. Maillot qui\navait monté cette œuvre et en avait dirigé toutes les études, aidé dans ce colos-\nsal travail par un jeune musicien d'avenir, M. Noyer, organiste delà Mouche.\n\nA céder, dans des conditions exceptionnellement avantageuses, un har-\nmonium de Debain en parfait état, acajou verni, ayant coûté 8000 fr. : 2 cla-\nviers, 8 jeux [plus 2 jeux au pédalier), 42 registres, 2 registres pour le pédalier,\n2 genouillères expressives, 1 talonnière. 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Massenet.\n7.639 5o\n24\nLouise.\nCharpentier.\n4.272 5o\n24\n— soirée\nCarmen.\nBizet.\n4.607 »\n25\n—\nLes Dragons de Villars.\nMaillart.\n4.276 5o\n26\n—\nLa Reine Fiammette.\nXavier Leroux.\n5.859 5o\n27\n—\nMignon.\nIphigénie en Tauride.\nLa Fille de Roland.\nA. Thomas.\n6 865 »\n28\n—\nGluck.\n7.767 »\n3.426 »\n29\n—\nRabaud.\n3o\n—\nFra Diavolo. — Le portrait de\nManon.\nAuber. Massenet.\n5.786 5o\nier Mai mat.\nMignon.\nA. Thomas.\n4.594 5o\n1\n— soiree\nManon.\nMassenet.\n3.533 »\n2\n—\nPhilémon et Baucis. — La Fille\ndu Régiment.\nGounod. Donizetti.\n4.5O3 5O\n3\n—\nLa Reine Fiammette.\nXavier Leroux.\n4.761 »\n4\n—\nCarmen.\nBizet.\n6.129 5o\n5\n—\nLe portrait de Manon. — Fra\nDiavolo.\nMassenet. Auber.\n5.392 »\n6\n—\nManon.\nMassenet.\n3.573 »\n7\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n8.678 5o\n8\n— matinée\nLa Fille de Roland.\nRabaud.\n3.53o »\n8\n— soirée\nLakmé. —Les rendez-vous bour-\ngeois.\nL. Delibes. Nicolo.\n3.833 5o\n9\n—\nMignon.\nA. 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T", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "LYON.\nP. T.\nParmi la série innombrable des concerts et des spectacles musi-\neaux qui se sont succédé à Lyon depuis quelque temps, un bien petit nombre\nmérite de retenir l'attention au point de vue artistique.\nIl en est un pourtant qui est à signaler, d'abord parce qu'il a eu un très grand\nsuccès, même pécuniaire, ensuite parce qu'il s'agit d'un effort artistique consi-\ndérable, je veux parler des représentations de la Passion, qui ont eu lieu à la\nMouche sous la direction d'un homme aussi désintéressé que dévoué aux ques-\ntions sociales et artistiques, M. Maillot, ancien professeur au Conservatoire.\nS'inspirant des célèbres représentations d'Oberammergau, M. Maillot, avec le\nconcours de 180 exécutants et en s'inspirant soit des tableaux célèbres, soit des\nscènes de la Passion, a fait représenter dans des décors vraiment remarquables\net avec des costumes et une mise en scène somptueuse les principales scènes de\nla Passion, le tout encadré par une partie musicale qu'il dirigeait lui-même,\nexécutée par un nombreux orchestre, des chœurs mixtes et quelques solistes\nchoisis.\nLa tentative n'était pas plus nouvelle à Lyon qu'à Paris ou ailleurs; mais où\nil faut louer sans réserve M. Maillot, c'est dans le choix et l'exécution de cette\npartie musicale qui comprenait des fragments des Passions de Bach, Hândel,\nSchùtz, Al. Georges, et des motets de Vittoria, Lassus, etc.\nL'ensemble, très religieux et très artistique, a fait le plus grand honneur à\ntous les artistes, et la presse tout entière a loué comme il convenait M. Maillot qui\navait monté cette œuvre et en avait dirigé toutes les études, aidé dans ce colos-\nsal travail par un jeune musicien d'avenir, M. Noyer, organiste delà Mouche."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-01_01#c037", "volume": "bmtnabj_1904-06-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "296", "page_fin": "296", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.2.10.7", "titre_corps": "A céder, dans des conditions exceptionnellement avantageuses, un", "titre_sommaire": "A céder, dans des conditions exceptionnellement avantageuses, un", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.24", "debut_caractere": 1804, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "A céder, dans des conditions exceptionnellement avantageuses, un har-\nmonium de Debain en parfait état, acajou verni, ayant coûté 8000 fr. : 2 cla-\nviers, 8 jeux [plus 2 jeux au pédalier), 42 registres, 2 registres pour le pédalier,\n2 genouillères expressives, 1 talonnière. S'adresser aux bureaux de la\nRevue musicale, 5/, rue de Paradis."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nN« 11 (quatrième année)\nler1er Juin\n1904.\nR. M.\n22\n\nGeorges ENESCO"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.2", "texte": "GEORGES ENESCO\n\nAla salle Erard, le 17 ma/, devant une salle très brillante qui entendit les élèves\nde Mne Berthe Kohi, applaudit Rousselière, e/ W/ Af. Rabaud diriger en personne\ntexécution de quelques scènes de la Fille de Roland, /e virtuose Enesco (que nous\navons retrouvé au Trocadéro pour le festival Saint-Saëns) obtenait un succès\nparticulier en jouant le Rondo capriccioso de Saint-Saëns, accompagné par\nVauteur lui-même. Nous saisissons cette occasion pour publier le portrait du\ncélèbre virtuose et lui consacrer une place dans notre galerie des maîtres musiciens.\nEnesco est tout jeune encore, mais il a déjà un nom. Son visage fait songer à un\nBeethoven adolescent. C'est plus qu'un instrumentiste à 1 archet très puissant et aux\ndoigts agiles, remarquable par la distinction et la grâce de son jeu : c'est un musi-\ncien exceptionnellement doué, qui, dans toutes les parties de l'art musical, montre\nun instinct sûr et une adresse incroyable. Il est excellent pianiste, sans avoir appris\nle piano ; et ceux qui, dans l'intimité, l'ont vu jouer par cœur [en imitant par la voix\nles principaux instruments de l'orchestre) telle partition de R. Wagner, ont été\nstupéfaits de sa mémoire. Ce qui vaut mieux encore, Enesco est un compositeur\noriginal, mais non sans avoir appris à très sérieuse école la composition. Il n'a\npas encore donné toute sa mesure, mais les succès acquis sont un garant des succès à\nvenir. Voici quelques notes sur sa biographie dont le premier chapitre seul pourrait\nêtre écrit, car il n'a pas 23» ans !\nNé à Dorohoiû, en Roumanie, le ig août 1881, il commence, dès l'âge de 4 ans,\nà apprendre le violon avec son père ; à 5 ans, il sait lire la musique, et à 7il\nentre au Conservatoire de Vienne, d'où il sort, à 11 ans, avec le ier prix de violon\net la (( Gesellschaftmedaille )), témoignage de succès dans toutes les branches d'é-\ntudes. Son maître pour la composition est d'abord Robert Fachs : à 1 q ans, Enesco\nentreauConservatoirede Paris, où il suit les leçons de Marsick, celles de M. Masse-\nnet et enfin celles de M. Gabriel Fauré. Il poursuit ses études de contrepoint sous\nla direction de M. Gédalge. En iBgg, il obtient le premier prix de violon. Parmi\nles meilleures œuvres d'Enesco, je citerai : Poème roumain ( Colonne, i8g8) ; Pasto-\nrale (ibid., iBgg) ; 2 Sonates piano et violon {petits Concerts Colonne, iBgB-g), des\nVariations à 2 pianos {ibid., iBgg) ; un octuor pour instruments à cordes ; une\nSymphonie concertante pour violoncelle et orchestre; 2 rhapsodies roumaines pour\norchestre... L'hiver prochain, les Concerts dominicaux nous fourniront très proba-\nblement l'occasion de voir mûrir ce jeune et très solide talent, qui a grandi jusqu'ici\nau milieu des plus vives sympathies. Un peu gâté par les salons parisiens et\nétrangers, qu'il charme par sa bonne grâce, sa parfaite éducation et sa complaisance\nartistique inépuisable, Georges Enesco passe quelques semaines, tous les étés,\nche1 la reine de Roumanie, pour faire de la musique. Puisse la virtuosité ne pas\nle détourner du grand art de la composition, pour lequel il est si bien doué !"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.3", "texte": "UNE COMPOSITION FRANÇAISE DU XVIIe SIÈCLE A DEUX CHŒURS\n\nUne composition française du XVIIe siècle à deux chœurs.\n\nD après un catalogue de Ballard, imprimé à la suite de la messe Lcetitia sem-\npiternel de Mignon (1707), Nicolas Formé (1) aurait publié deux messes: l'une\n(( en contrepoint simple par B mol, à quatre parties )) ; l'autre « à deux chœurs,\nen parties séparées )). La première semble perdue. La bibliothèque Sainte-\nGeneviève conserve un exemplaire, sans doute unique, de la seconde. Voilà,\navec un recueil de Magnificat à quatre voix dans les huit tons de l'Église, manu-\nscrit transcrit pour le service de la Chapelle Royale (Bibl. Nat. Mss. Jr. I8Jo),\ntout ce que nous avons aujourd'hui à notre disposition (2).\nAvec cette Messe à deux chœurs, nous possédons unede ces compositionspar où\nil s'était révélé novateur aux yeux des contemporains. Sauvai, après lui avoir re-\nconnu, en termes un peu vagues, le mérite d'être allé plus loin qu'aucun de ses\nprédécesseurs (( pour le contrepoint et les belles inventions)), lui lait gloire d'une\ninnovation qu'il convient de retenir : « Lorsqu'il fut compositeur, écrit-il, il\ninventa les Motets à deux Chœurs que chacun estime et que les Maîtres de la\nmusique du Roi imitent et copient si souvent. )).\nL'art de ceux qu'on appelle les primitifs de la musique est aujourd'hui un peu\nmieux connu qu'il ne le pouvait être d'un Français du temps de Sauvai. Que l'on\nconteste donc à Formé, si l'on veut, la priorité d'une invention pratiquée à coup\nsûr avant lui. Il convient pourtant de remarquer que 1 écriture à deux ou plu-\nsieurs chœurs, avant le xvne siècle, demeure, sinon tout à fait inusitée, du moins\nassez exceptionnelle en dehors de l'école vénitienne desGabrieli. L'école française\nen particulier et celle des Pays-Bas ne paraissent pas avoir fait grand usage de\ncette architecture sonore, alors même que le nombre des voix mises en œuvre la\nleur rendait aisément praticable. En outre, notre peuple est alors trop franche-\nment nationaliste en musique, trop ignorant de tout art autre que le sien, pour\nqu'il s'avise de s'inquiéter de ce qu'on pouvait faire ou ne pas faire au delà des\nmonts. Que Formé ait le premier en France pratiqué ce style nouveau, et nous\nn'avons aucune raison d'en douter, —• cela doit suffire à sa gloire. Car ce n'est\ncertes pas l'usage des musiciens de Venise qui est venu lui en suggérer l'idée.\nAu surplus, si l'on veut parcourir son œuvre, on se convaincra vite que sa\nmanière n'a rien de commun avec la composition à deux chœurs conservée par\nla tradition classique. Au lieu de deux ensembles de voix d'importance égale,\nd'allure indépendante, mais combinés en vue d'être, le plus souvent, simultané-\nment entendus et pour que l'effet principal résulte plutôt de cette intime union\nque des dialogues qui la préparent, le compositeur français emploie deux\ngroupes nettement opposés l'un à l'autre, s'interrogeant, se répondant, sans se\nsuperposer jamais, sinon dans les cadences finales. Encore les deux chœurs se\ndoublent-ils alors presque exactement, partie par partie : une seule voix, deux\n\n(1) Voir, pour la biographie de Nicolas Formé ( i 565-1638), l'article de M. Henri Quittard dans\nla Revue du ier août 1903.\n(2) D'après Sauvai, les manuscrits de Formé, peu après la mort de Louis XIII, seraient tombés\nentre les mains de Jean Veillot, un des sous-maîtres de la Chapelle, lequel, « à ce qu'on tient, en\nfit assez bien son profit ». L'œuvre de Veillot est aussi trop maltraitée par le temps pour qu'on\npuisse savoir que penser de cette accusation. Maître de musique de Notre-Dame, ce n'est qu'en\n1643 qu'il vient au service du roi, et l'ouvrage le plus important qui nous reste de lui (deux\nmotets, avec violons, au Conservatoire) prépare plutôt les voies nouvelles où l'art va s'engager,\nbien loin d'être un pastiche de l'œuvre du vieux maître."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.4", "texte": "UNE COMPOSITION FRANÇAISE DU XVIIe SIÈCLE A DEUX CHOEURS\n\ntout au plus du premier conservent parfois un semblant d'indépendance. Dans\nla messe entière, on ne trouverait pas dix mesures écrites à huit voix réelles (1).\nCe souci d'opposition ne se concevrait point si les deux groupes étaient suscep-\ntibles de rendre les mêmes effets. Aussi, bien que comprenant les mêmes\nvoix (2), ils ne sont pas du tout disposés de même sorte, et visiblement, le musi-\ncien n'entendait pas leur assigner un rôle identique. Le deuxième chœur est\nd'une construction pleine et solide. Ses quatre parties s'y unissent en larges\naccords: il est bien rare que leurs entrées successives en viennent animer un\npeu le contrepoint, presque toujours note contre note. Ce genre ne nous est\npoint inconnu. C'est ainsi qu'écrivent la plupart des musiciens de ce temps quand\nils délaissent les procédés ordinaires de la composition figurée et les ressources\ndu style d'imitation, sans cependant vouloir s'adonner, avec du Caurroy, à la\nrecherche abstraite des combinaisons d'intervalles et d'accords où se complaît\nsouvent, en dehors de tout effort mélodique, la docte fantaisie de ce maître. 11\nest permis de soupçonner que les essais des musiciens humanistes, habitués\nde 1 Académie de Baïf, ont, beaucoup plus qu'on ne le pense communément,\ncontribué à faire prévaloir, au détriment de l'ancien contrepoint, cette\nconception nouvelle de l'art. Mauduit du moins, le plus convaincu, le plus dog-\nmatique de tous (et aussi celui qui nous est le mieux connu), ne compose guère\ndifféremment : surtout sur des paroles latines, où il a moins souci d'observer\ncurieusement l'exacte prosodie. Il se peut que la ligne mélodique de ses compo-\nsitions soit plus franche ou mieux dessinée (3). Mais chez Formé comme chez\nlui, une des parties supérieures, le Superius ordinairement, le Contra quelque-\nfois (4), s'impose toujours en affirmant sa prépondérance sur les autres. Avec\nl'un comme avec l'autre, l'écriture est devenue exclusivement harmonique : les\npassages d'imitation (Formé n'est pas sans en essayer quelquefois) étant toujours\nfort courts, presque sans importance.\nBeaucoup de phrases confiées au premier chœur restent conçues et réalisées\nde même sorte. Une variété plus sensible, un peu plus de liberté et de mouve-\nment en font toute la différence. Les parties y sont moins strictement asservies à\nla contrainte d'un rythme unique. Et, sans que l'esprit de cette musique relève\nen rien de la polyphonie véritable, il arrive par instants à l'auteur de se sou-\n\n(1) Du moins dans les parties de la messe où les deux chœurs sont à quatre voix. Dans YAgnus\nDei, le deuxième chœur est à cinq parties: à six dans le Domine salvum. Dans un motet assez\nlong qui sert de conclusion, le 2e chœur est encore à cinq. Ce motet, Ecce tu pulchra es, écrit sur\nun texte du Cantique des cantiques, s'exécutait sans doute à l'offertoire de la messe, ou plutôt en\nmanière de sortie, ainsi qu'une pièce d'orgue aujourd'hui.\n(2) Cependant le premier chœur est écrit plus haut que le second. Le Superius et le Contra\nsont l'un et l'autre destinés à des voix de dessus, et le Bassus, écrit en clef d'ut quatrième ligne,\nest un ténor grave plutôt qu'une vraie basse.\n(3) Nous n'avons pas d'ailleurs de messe de Mauduit, et justement les textes de la messe sont\nceux qui se prêtent le moins à s'associer à de véritables mélodies. Le fragment de son Requiem\nque Mersenne nous a conservé montre bien qu'en pareil cas ses thèmes, si le mot peut ici s'em-\nployer, devenaient forcément beaucoup moins définis qu'ils ne le sont en ses ouvrages profanes,\nses Chansonnettes par exemple, ou même ses compositions religieuses sur textes français dont il\nreste quelques-unes. M. Julien Tiersot a publié ce fragment du Requiem. Cf. Ronsard et la\nmusique de son temps.\n(4) Le Contra, autrement dit l'Alto, est ordinairement chargé de tenir la partie principale quand\nle 2e chœur répète une phrase exposée déjà par le premier. Ce choix paraîtra fort judicieux si\nl'on considère que cette partie était alors chantée par des Hautes-contre ou Ténors hauts,\ndans un registre très élevé où il était facile à la voix de donner toute sa puissance et de dominer\ndistinctement l'ensemble."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.5", "texte": "UNE COMPOSITION FRANÇAISE DU XVIIe SIÈCLE A DEUX CHOEURS\n\nvenir très heureusement de certains artifices empruntés à la technique de l'ancien\ncontrepoint.\nMais, bien plus souvent, c'est d'un tout autre style que s'exprimeront les voix\nde ce premier chœur. Voyons le début du Kyrie: trois mesures, les premières,\nsuffiraient à montrer ce que Formé va apporter de formes encore inentendues.\nTrouverait-on quoi que ce soit, dans les maîtres antérieurs, qui fasse pressen-\ntir l'écriture de cette entrée en matière, par quoi s'annoncent si clairement les\neffets qui seront bientôt demandés aux voix en so/o, soutenues d'un simple\naccompagnement ? Et pour être ici laissée au chanteur, sans que les accords\nsous-entendus soient nulle part explicitement exprimés, la basse vocale\nencore n'a-t-elle point déjà le caractère véritable de la basse continue?\nDe tels passages sont fréquents : beaucoup sont bien plus développés que ce\nsimple verset du Kyrie et que ceux, tout pareils, qui lui font suite. Ce premier\nthème cependant, quelque court qu'il soit, a son importance. Il apparaît comme\nune sorte de motif fondamental de la messe, analogue à ces thèmes de plain-\nchant ou de chant populaire sur quoi l'usage est encore de bâtir l'édifice entier\nd'une composition. Au moins l'auteur a-t-il tenu à le répéter plusieurs fois, à le\nfaire passer d'un chœur à l'autre, à le reprendre, plus ou moins modifié, au\ncours de son œuvre. C'est donc que Formé préférait cette forme d'exposition,\njusque-là inusitée, assez pour l'estimer digne de revêtir ses idées les plus\ncaractéristiques. Elle lui a semblé la plus propre à les mettre pleinement en\nvaleur.\nCe solo accompagné est-il possible de voir autre chose qu'un accompagne-\nment dans la partie de basse? ce solo n'est pas toujours confié au Superius.\nSi la basse, de par son rôle harmonique, n'y a point accès, les deux autres voix\ns'y prêtent fort bien. Souvent aussi trois parties s'unissent en un trio véritable.\nJamais, par contre, une voix unique ne se fait entendre monodiquement, chose\npourtant fréquente au cours des polyphonies de l'école vénitienne et que cer-\ntains maîtres français du même temps pratiqueront volontiers. Nous n'y trou-\nverons pas davantage les deux voix supérieures chantant seules. La basse figure"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.6", "texte": "UNE COMPOSITION FRANÇAISE DU XVIIe SIÈCLE A DEUX CHŒURS\n\ndans toutes les combinaisons (1), toujours avec sa qualité de déterminante de\nl'harmonie. Et c'est déjà là cette règle fidèlement observée des plus anciens\nmaîtres de la basse continue : que la basse, en tant que base du système\nd accords qui constitue toute musique, doit poursuivre sans interruption d'un\nbout à l'autre de la pièce, sans jamais s'éloigner des régions relativement graves\nde l'échelle.\nEn somme, rien n'est plus dissemblable que l'écriture de l'un et l'autre des\ndeux chœurs réunis par le compositeur. Le contrepoint compact, peut-être un\npeu massif, du second, ne nous montre rien que de déjà rencontré en la poly-\nphonie médiocrement figurée des œuvres de ce temps. Par contre, le style\nfranchement mélodique du premier est bien fait pour surprendre. Formé\ncréa-t-il de toutes pièces une forme aussi neuve? En avait-il, au contraire, trouvé\nles modèles ailleurs ? Cela se pourrait. Pour en décider, il faudrait connaître\nquelque peu tout un côté de 1 art du xvi° siècle sur quoi les livres imprimés qui\nsubsistent ne répandent aucune lumière. Si les chefs-d'œuvre de la polyphonie\nclassique nous sont familiers, nous ignorons tout, en revanche, d'une musique\nplus simple, plus populaire peut-être, qui se maintint toujours à côté des plus\nsomptueuses architectures sonores. Le chant à voix seule, accompagné ou non,\nmaints indices certains nous révèlent son existence et sa vogue ininterrompue\npendant tout ce siècle qui vit le triomphe de la musique complexe. Mais les\nœuvres fragiles de ces artistes improvisateurs ne visaient point à l'immortalité :\nnous les ignorerons vraisemblablement toujours.\nNe cherchons donc point à déterminer ce que Formé peut leur devoir. Ce qui\nest sûr, c'est que le style de ses mélodies ne rappelle en rien celui des composi-\ntions de son temps avec quoi la comparaison semble d'abord s'imposer. Que\nFormé, catholique à coup sûr assez tiède, vivant à la cour et d'une vie plus que\nlibre, eût transporté sans scrupules dans ses œuvres d'église les effets et les pro-\ncédés delà musique mondaine, cela n'aurait pas de quoi surprendre. D'autant\nmoins que nous savons qu'il fut lié avec un des maîtres de cet art à la mode,\nPaul Auger, musicien, puis surintendant de la Musique de la Chambre du\nroi (2). Il serait donc assez étonnant que Formé n'ait pas écrit à l'occasion quel-\nques chansons françaises. Mis à côté cependant de telles ou telles des pièces de ce\ngenre que nous possédons, et les collections en sont nombreuses, les thèmes\nde sa messe gardent toute leur originalité. Il est manifeste, à première vue, que\nnon seulement ils n'ont rien emprunté directement à ces airs de cour, mais\nqu ils procèdent de données toutes différentes. Prenons pour exemple un des\nversets où s'affirme le mieux la forme monodique accompagnée t\n\n(1) Quelquefois cependant le Ténor remplacera la Basse. Mais il se tient alors dans le bas de\nson registre, et sa partie prend tous les caractères d'une basse. Cette exception, assez rare\nd'ailleurs, à la règle, ne visait pas sans doute autre chose qu'une plus grande commodité d'exé-\ncution.\n(2) Le ier janvier 1633, Formé tient sur les fonts du baptême un fils de Paul Auger (Acte cité\npar JAL, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire). Par son testament du 15 décembre 1636,\nil choisit Auger pour son exécuteur testamentaire, et sa sœur, Elisabeth Formé, « vefve de feu\nAnthoine de la Croix vivant marchand bourgeois de Paris », légataire universelle de cette\nsuccession, en fait abandon au même personnage à certaines conditions. (Archives Nationales,\nInsinuations, Y, 178, f* 446 vo.}"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.7", "texte": "UNE COMPOSITION FRANÇAISE DU XVIIe SIÈCLE A DEUX CHŒURS\n\nVoilà, certes, une mélodie bien caractérisée. Mais ni son libre rythme, ni sa\ncoupe affranchie de repos périodiquement imposés, n'ont rien de commun avec\nles formes déjà symétriques, souvent presque carrées, de celles des chansons\nde cour qui procèdent des refrains populaires ou s'inspirent de thèmes construits\npour la danse. Et celles-ci sont les plus nombreuses : celles aussi dont la vogue\nfut la plus franche et le succès le plus mérité, puisque leur grâce, en sa naïveté\napprêtée, sait encore nous séduire. Quant aux autres, estimées des doctes en\nleur temps, les compositeurs s'y sont essayés à l'expression par de savantes\ncombinaisons d'intervalles, d'imitations ou de valeurs. Ces recherches de traduc-\ntion littérale, héritage de l'art des maîtres polyphonistes, seule une minutieuse\nanalyse nous les rend aujourd'hui sensibles, sans nous en faire bien comprendre\nle charme. On ne trouverait rien qui y ressemble dans la ligne sobre et précise,\nencore qu'un peu sèche, des mélopées de notre Messe (i).\nC'est ailleurs qu'il faudrait chercher peut-être quelques rapprochements à\nétablir. Théoriquement composés en harmonie accompagnante à quatre voix,\nsouvent imprimés sous cette forme, les Airs de Cour s'exécutaient rarement de la\nsorte. Ainsi rendus, la plupart auraient perdu leur plus grand agrément. Une\nseule voix, avec un luth pour réaliser les accords résultant de l'ensemble des\nautres (tout au plus, en outre, une basse vocale pour donner plus d'importance\nà la base harmonique), c'était tout ce qu'il fallait. Le nombre est immense d'Airs\nainsi publiés avec le chant et la tablature de l'instrument. Or cette combinaison\nest bien proche de celle des soli de la messe ; tel celui plus haut cité.\nOn peut même poser la question de savoir si des passages comme celui-ci\nfurent jamais exécutés à deux voix seules et si quelque instrument, viole ou orgue,\nn'était point chargé de remplir cette harmonie seulement esquissée. Rien de plus\nadmissible. Surtout si l'on cessede s'attacher à cette idée fausse (quoique acceptée\npartout) que les instruments, jusqu'à la fin du xvne siècle, ont été systématique-\nment écartés de l'église et que l'art polyphonique classique, en particulier, s'est\n\n(i)Ne perdons point de vue toutefois que nous en sommes réduits à juger l'œuvre de Formé\nsur sa messe. Le texte de la messe se prête fort peu aux tentatives d'expression verbale précise.\nJe ne doute point que si nous possédions des motets de lui, nous n y puissions retrouver la\nmarque de recherches analogues à celles où s'efforçaient les musiciens profanes.\nOn peut voir, àce sujet, la controverse entre le P. Mersenne et le Hollandais A. Ban, à propos\nd'une chanson de Boesset. (Cf. JONGBLOED ET LAND, Correspondance et Œuvres musicales de\nC• Huygens.)"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.8", "texte": "UNE COMPOSITION FRANÇAISE DU XVIIe SIÈCLE A DEUX CHOEURS\n\nfait un principe essentiel de s'interdire leur emploi. Sans entrer dans ce débat,\non remarquera, à l'appui de cette hypothèse, que Formé s'écarte souvent des\nrègles traditionnelles du contrepoint à deux voix au cours de ces épisodes. Il ne\nse fait aucun scrupule, notamment, de passer à une consonance parfaite par mou-\nvement direct : là même où, ainsi qu'en les cadences, le passage est le mieux en\névidence. Un accompagnement instrumental rendrait à coup sûr ces licences,\ntolérées dans les compositions à plusieurs parties, beaucoup plus régulières.\nNous ne saurions rien affirmer à cet égard. Mais il demeure certain que toutes\nces phrases à deux ou trois voix n'ont jamais pu être confiées aux voix multiples\nd'un chœur (au sens moderne du mot). C'est l'évidence même La simple lecture\nsuffit assez à faire voir tout ce qu'elles perdraient, ainsi rendues, de leur significa-\ntion et de leur agrément. Lorsque les quatre voix du premier chœur s'unissent, le\nstyle de ces ensembles eux-mêmes se prêterait encore assez mal à l'exécution\ncollective. Ce premier chœur ne fut donc jamais qu'un groupe de quatre solistes\nrécitants (1), ayant à opposer ses effets de finesse et d'expression aux sonorités\nlarges et pleines du second chœur, réunissant une masse imposante de chanteurs.\nSi le témoignage de l'oeuvre ne suffisait point à rendre cette disposition certaine,\nquelques lignes d'une lettre du successeur de Formé à la Chapelle, Th. Gobert,\nlèveraient à cet égard tous les doutes: a Le grand Chœur qui est à cinq, écrit-il,\nest tousiours remply de quantité de voix : aux petits Chœurs, les voix y sont seu-\nles de chaque partie (2). » Il s'agit là d'un Magnificat à deux chœurs que Gobert,\nsur sa demande, envoyait à Constantyn Huygens avec quelques autres pièces de\nsa façon. Le tout destiné à donner à ce curieux amateur une idée exacte des\nœuvres défrayant le répertoire de la Chapelle et de ce que leur style et leurs pro-\ncédés offraient d'original.\nIl n'y a pas à douter rappelons-nous ce qu écrit Sauvai que ces composi-\ntions ne fussent modelées sur celles qu'avait laissées Formé et qui, si peu d'années\naprès lui, devaient être encore tenues en grand honneur. Cette conception de la\nmusique à deux chœurs, l'un de solistes, l'autre de masses vocales, est véritable-\nment neuve, et la technique en diffère assez de celle des maître de la polyphonie\nclassique pour qu'il soit juste de ne point refuser au musicien de la Chapelle de\nHenri IV et de Louis XIII le titre d'inventeur. Il est remarquable qu'il se soit\nfait une idée si précise du style qui convenait aux voix dans les deux façons de\nles traiter suivant le cas Avoir eu à ce point l'intuition des effets neufs qui\nrésulteraient de l'opposition de deux éléments systématiquement tenus pour\ndissemblables, avoir entrevu déjà quelles innombrables ressources allaient sur-\ngir de la combinaison d ensembles, de duos, de trios, de récits à voix seule,\ncela n'est point, à coup sûr, d'un esprit vulgaire.\n\n(1) En ce temps et longtemps encore après, le mot « Chœur » ne désigne pas autre chose qu'un\nensemble réalisant une harmonie homogène et complète. Il n'importe que chaque partie soit con-\nfiée à un ou plusieurs instrumentistes. Quand on parle d exécution chorale pour les œuvres\nanciennes, il ne faut pas oublier qu'au xvie et au xvne siècle les chapelles les plus réputées ne\ncomptaient qu'un très petit nombre de chanteurs. Sauf quelques rares exceptions, leur nombre\nne permet guère qu'ils soient plus de deux ou trois à chaque partie.\nCela pour l'église. En ce qui concerne les œuvres de chambre, chansons polyphoniques ou\nmadrigaux, il est bien certain qu'elles furent presque toujours dites par des solistes. Les exé-\ncutions modernes, où ces compositions délicates sont rendues par une masse de voix, ne peuvent\nqu'en donner une idée très imparfaite. Le goût moderne pour les sonorités volumineuses n'excuse\npas tout à fait cette infidélité de traduction.\n(2) Lettre du 17 octobre 1646. (Correspondance et Œuvres musicales de C. Huygens.)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.9", "texte": "UNE COMPOSITION FRANÇAISE DU XVIIE SIÈCLE A DEUX CHOEURS\n\nNi d'un musicien médiocre non plus, puisque la réalisation en est déjà presque\nparfaite. A défaut d'un morceau entier de la messe de Formé, il convient du moins\nd'en citer un fragment assez développé pour que le lecteur puisse directement en\njuger."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.10", "texte": "UNE COMPOSITION FRANÇAISE DU XVIIe SIÈCLE A DEUX CHŒURS\n\nQuelle surprise et quelle admiration put exciter un style si libre et si person-\nnel, si différent des polyphonies un peu massives et du contrepoint rigoureuse-\nment observé des maîtres de la génération précédente, il est inutile de le dire. On\ncomprend la vogue de Formé et l'enthousiasme de ses admirateurs.\nEt aussi par quoi il s'attirait la réprobation de ces esprits chagrins « qui trou-\nvent des défauts, dit-il, en tout ce qui naist en ce siècle et ne se donnent point\nd'autre occupation que d'en médire ». Si l'on compare, en effet, ces œuvres avec\ncelles qui les ont immédiatement précédées, on trouvera, dans l'histoire de\nla musique, peu d'exemples d'une révolution aussi radicale dans les formes. Pour\nla première fois peut-être, en des compositions développées et de première im-\nportance, les auditeurs surpris assistaient à la mise en œuvre de ressources tout\nautres que celles qui jusqu'alors avaient pu sembler indispensables au grand art.\nA côté des combinaisons complexes, des nobles et savantes architectures de sons\nfamilières à l'admiration des musiciens, la voix seule ou presque réclamait\nsa place : non que les circonstances imposassent cette simplification, mais parce\nque l'intuition d'un maître avait pressenti tout ce que l'avenir en tirerait d'effets\nneufs et de beautés insoupçonnées.\nC'est en effet là, pour nous, le grand mérite de Formé et l'endroit par où il se\nrévèle tout à fait supérieur. De ses ouvrages, il nous est resté trop peu pour pou-\nvoir bien juger s'il a mérité vraiment les louanges dont ses contemporains l'ont\nhonoré II en subsiste assez pour que nous puissions nous rendre compte de ce\nque la musique lui doit. La forme du motet qu'il instaure sera celle qu'adopteront\ntous ses successeurs. Il leur suffira d'en agrandir les proportions en faisant de\nces courts épisodes à une ou deux voix, mêlés aux ensembles, autant de phrases\nmélodiques indépendantes d'abord l'art des Du Mont, des Lulli, des Robert\nmarque ce point d évolution, autant de morceaux complets plus tard c'est\nce qu'ont réalisé La Lande, Campra, Rameau et leurs imitateurs. Si Ton peut"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.11", "texte": "L'ART DU PIANISTE .\n\ndiscuter, au point de vue religieux et strictement liturgique, l'opportunité et la\nconvenance de ces transformations, personne n'en contestera sérieusement l'in-\ntérêt musical. Toutes les magnificences expressives ou décoratives de l'œuvre de\nces maîtres de notre musique, c'est au vieux musicien de la Chapelle du roi\nqu'elles doivent d'être devenues possibles.\nL'importance historique cle ce rôle d'initiateur est assez grande pour que les\nhistoriens ne refusent plus désormais à Formé la justice qui lui est due et lui\naccordent libéralement un hommage amplement mérité.\n\nHENRI QUITTARD.\n\nL'art du pianiste : notes sur Stephen Heller\n\nHeller disait : (( Pour jouer du piano, il faut trois qualités : la volonté, l'expres-\nsion, l'intelligence. Ces trois qualités donnent une individualité pianistique. ))\nMais, quoique la technique pure de l'instrument lui parût une conditio sine qua\nnon, il cherchait surtout à développer le sentiment et l'intelligence de l'élève.\n(( Jouez musicalement, disait-il. Travaillez avec la tête plus qu'avec les\ndoigts... »\nSes leçons étaient de charmantes causeries : souvent les heures se passaient\nsans que la fugue de Bach (on commençait toujours par du Bach\") fût suivie\nd'autre chose. Et c'étaient des souvenirs sur Mendelssohn, sur Schumann, sur\nChopin; c'étaient des jugements sur les modernes compositeurs et virtuoses.\nMalade à l'époque oû je l'ai connu et fréquenté (de 1882 à sa mort), il était souvent\ntriste, découragé, pessimiste. 11 lançait volontiers des sarcasmes lorsque le nom\nde Liszt, dont il admirait le génie sans pouvoir comprendre quelques travers,\nvenait sur ses lèvres.\nxMaintenant, voici au hasard quelques notes que je retrouve, remarques\ninscrites en marge de certains morceaux que j'ai eu le bonheur de travailler avec\nlui.\n« Mozart : fantaisie ut mineur, sonatela mineur, concerto ut majeur. Mozart\nétait presque un Italien.Même dans ses sonates règne le sentiment dramatique.\nNe les jouez pas avec une sonorité grêle, menue— n'imitez pas le clavecin.\n(( Travaillez beaucoup les concertos de Mozart ; jouez-les avec clarté, avec\nesprit, avec humour, et n'oubliez pas l'expression dramatique.\n« Beethoven, Sonates op. 26, op. 27 nos let 2.\n(( Op 27 n° 2. ler morceau. Senza sordini veut dire avec pédale.\n(( 2e morceau. Ne le jouez pas vite. Il doit être simple, naïf, doux. J'ai la rage\ndes titres : appelons le : Jleur solitaire (ij.\n(( La main gauche doit être un peu en dehors au commencement de la seconde\npartie— et la conclusion doit être très en mesure et simple, sans aucun retard.\n<( Op. 26. Jouez les variations avec calme. Phrasez respirez. La seconde\nvariation calme, n'en faites pas une page de virtuose. La troisième variation,\ntriste, en marche funèbre ; la quatrième vive, spirituelle, en scherzo. Jouez\norchestralement. Pensez à votre sonorité.\n\n(1) Liszt appelait ce morceau : une fleur entre deux abîmes."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.12", "texte": "LE CHANT DANS LES ÉGLISES\n\n(( Mendelssohn, op. 5. Capriccio, op. 14, op. 54.\n(( Mendelssohn était une âme noble. Délaissé aujourd'hui, il revivra, vous ver-\nrez, et vivra plus longtemps que ceux que l'on acclame aujourd'hui. Le scherzo\ndu Songe est un des chefs-d'œuvre de la musique et de l'esprit humain.\n« jouer Mendelssohn sans chercher :il a tout écrit, méticuleusement, comme il\nle voulait. Pensez à vos basses jouez, travaillez souvent la main gauche\nseule. Jouez avec rythme : le rythme c'est la vie. Lisez Heine, lisez Voltaire (sic). »\nJe ne retrouve pas, malheureusement (hors quelques mots sur ses œuvres),\nautre chose Mais les lignes précédentes suffisent pour indiquer que les leçons\nde Heller étaient d'admirables leçons de musique, et non de piano., Et voilà quel\ndevrait être l'idéal de tout professeur.\n\nI.PH.\n\nLe chant dans les églises\n\n(1).\nAu VILLAGE. —Dimanche, ier mai, je me trouve dans un village écarté, au\nfond de la province, et, bien que ce soit en dehors de la tâche que je me suis\nimposée, je ne résiste pas au désir de dire comment on y chante les offices.\nEt d'abord, on n'y trouve ni orgue ni aucun instrument pour soutenir le chant,\nou indiquer le ton. Heureusement, M. le curé a la voix juste, et, comme elle n'est\njamais influencée ni déviée par des modulations traîtresses, elle sort, pour\nainsi dire, spontanément, dans la tonalité qui lui est habituelle. Les chantres\nsuivent, et exécutent convenablement, sur une édition de Ratisbonne, avec\nquelques variantes locales, les parties essentielles de la messe. Il n'est pas besoin\nde dire qu'ils n'y ajoutent rien, ni fioritures ni morceaux à effet. Le rythme n'est\npas trop lent, les voix sont justes et ne détonnent pas sensiblement. Tout ce que\nl'église renferme d'enfants, de jeunes gens, de femmes et même d'hommes se\njoint au chœur. Toutefois, un certain nombre de ces derniers restent muets, soit\npar timidité, soit par la conscience de posséder une voix irrémédiablement fausse.\nJ'ai du reste remarqué, à la campagne, que les voix d'hommes sont beaucoup\nplus souvent mal posées que celles des femmes.\nL'ensemble choral, où les égarements de quelques-uns disparaissent, donne\nune sensation de contentement et de vie, tout à fait réconfortante.\nQuant aux parties de la messe qui varient chaque dimanche, comme l'lntroït,\nle Graduel et l'Offertoire, l'exécution en est abandonnée au plus compétent ou\nbien au plus hardi des chanteurs ; les autres se taisent. Celui-là, débarrassé du\nsouci de s'entendre avec ses voisins ou de rester dans une tonalité que lui rap-\npellerait sans relâche un instrument importun, se lance gaîment dans l'inconnu,\ncomme un nageur en pleine eau. Il ne connaît des notes que la position ascen-\ndante ou descendante, et il accommode les chants à sa façon, sur cette unique\ndonnée, tout en ayant soin de terminer par une des nombreuses cadences qu'il\nconnaît. Et voilà qui est fait.\nA vêpres, mêmes remarques, sauf que les fidèles prennent une part encore\nplus active au chant de l'office. Les petites filles surtout, impatientes comme de\njeunes pouliches, peuvent à peine attendre que M. le curé ait entonné le psaume ;\nmais après, c'est un véritable déchaînement. Chacun, dans ce petit monde, a l'air\n\n(1) Suite. Voir la Revue du 15 mai"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "285", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.13", "texte": "SOUVENIRS D'UNE ÉLÈVE DE LISZT\n\nravi d entendre sa propre voix, celle de son voisin et l ensemble du chœur qui\nremplit 1 église. L alternance des voix n'est pas observée ; cela ferait perdre la\nmoitié du plaisir ; tout le monde chante tout.\nUne de ces ardentes fillettes était installée seule dans le banc familial, habi-\ntuellement inoccupé en cette saison. J'eus bien garde de l'effaroucher. Vêtue\nd une 1 obe bleue ajustée à sa petite taille carrée, elle glissa vers moi un regard\nde côté, mais ne bougea pas. Puis elle lança sa voix claire et douce dans le vaste\nensemble, lout alla bien au commencement, elle trouvait aisément les psaumes\nordinaires qu'on a coutume de chanter. Mais voilà qu'à la fin, en arrive un autre\n(ICredidi propter quod) qui n'est pas à la place habituelle. Elle feuillette son livre\nd un doigt nerveux. Vite à la table... rien. Enfin, découragée, elle ferme son\npsautier avec un gros soupir.\nJe suis sûr qu'il a manqué quelque chose à son bonheur, ce dimanche lerIer mai.\nComment cette participation ardente des fidèles aux offices a-t-elle pu être\nobtenue r M. le curé m'explique que, depuis plusieurs années, il réunit chaque\nsemaine à 1 église les enfants qui suivent le catéchisme et leur apprend machi-\nnalement à chanter. Ceux-ci grandissent et sont remplacés par d'autres, si bien\nqu à la fin il se trouve un certain nombre de personnes ayant quelques notions\nde chant, et y prenant plaisir.\nIl semble que cette manière de faire pourrait être utilement employée à Paris\net ailleurs.\n(A suivre.)\n\nCONSTANT ZAKONE.\n\nSouvenirs d'une élève de Liszt\n\n(0\nWeimar, le 21 mai 1873.\nLiszt est si tourmenté et assiégé par les visiteurs que j'aurais couru le risque\nde ne pas être reçue, si je n'avais eu la lettre d'introduction de la baronne von\nSchleinitz, car il l'admire beaucoup et je crois qu'elle a une grande influence sur\nlui. Il dit que « les personnes défilent devant lui par douzaines » et (( semblent\ncroire qu il n'est là que pour donner des leçons )) Toutes celles qu'il donne sont\ngratuites, il ne se fait jamais rémunérer, son incomparable génie le rend trop\ngrand pour cela ; mais si quelqu'un a assez de talent ou lui plaît, il lui permet de\nvenir jouer devant lui. Je vais chez le Maître tous les deux jours, je ne joue pas\nplus de deux fois par semaine, mais j écoute les autres. Jusqu'à présent, nous ne\nsommes que quatre dans le cours et je suis la seule nouvelle élève. C'est de\nquatre à six l'après-midi que nous sommes reçus. La première fois que je suis\nallée je n'ai pas joué, mais j'ai entendu Urspruch et Leitert, les deux jeunes gens\nque j'ai rencontrés l'autre soir, qui ont étudié longtemps avec Liszt et qui jouent\nadmirablement bien. P'raulein Schultz et Miss Gaul (de Baltimore) sont égale-\nment des mieux douées.\nLorsque je suis entrée, Liszt est venu au-devant de moi et m'a saluée d'une\nmanière très amicale. Urspruch était en train de jouer les Etudes symphoniques\n\n(1) Suite. Voir la Revue du 15 mai."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "286", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.14", "texte": "SOUVENIRS D'UNE ÉLÈVE DE LISZT\n\nde Schumann, qui exigent au moins une demi-heure d'exécution. Il les jouait si\nparfaitement que, pour mieux l'écouter, je retenais mon souffle, me disant que je\nne pourrais jamais arriver à ce degré d'habileté. Liszt était de très bonne humeur\net fît même quelques bons mots. Urspruch lui demanda quel titre il devait don-\nner àun morceau qu'il était-en train de composer. (( Per aspera ad astra »,\nrépondit Liszt... Je me mis à rire de cette bonne trouvaille, et Liszt sembla con-\ntent de me voir apprécier son petit sarcasme.\nJe n'ai pas joué cette fois, car je n'avais pas encore pu travailler, mais les jours\nsuivants j'ai étudié avec ardeur la Sonate en si mineur de Chopin, qui est une\ngrande composition et l'une de ses dernières. Lorsque je me suis crue capable\nde la jouer, je suis allée trouver Liszt. Ce n'était pas sans trembler et je ne peux\nvous dire ce qu'il m'en coûte de monter les escaliers qui conduisent chez lui ; je\nm'arrête presque toujours sur les marches pour rassembler tout mon courage\navant de me décider à ouvrir la porte et à entrer.\nJe me sentais encore plus impressionnée ce jour-là, car c'était la première fois\nque j'exécutais vraiment sérieusement devant lui, et il parle si indistinctement que\nje craignais de ne pas comprendre ses corrections et qu'il perdît patience avec\nmoi, vu qu'il ne supporte pas d'être obligé de donner des explications. Je crois\nqu'il n'aime pas se donner la peine de parler allemand, car il murmure ses mots\net n'achève pas la moitié de ses phrases ; il m'a parlé en français tout le temps\nhier, aux autres, en allemand c'est une de ses originalités, je suppose.\nAujourd'hui, quand je suis arrivée, les artistes Leitert et Urspruch, ainsi\nque le jeune compositeur Metzdorf, qui est toujours autour de Liszt, étaient\ndans le salon. D'abord Liszt se borna à me faire un salut et ne remarqua ma\nprésence que lorsque Metzdorf lui dit : « Maître, Miss Fay a apporté une\nsonate. Ah, c'est bien, écoutons-la, » répondit Liszt. Il quitta la chambre\npendant une minute, ce dont je profitai pour demander aux trois messieurs de\npartir et de me laisser jouer devant Liszt seul ; mais ils se mirent à rire et ne\nbougèrent pas d'un centimètre. Quand Liszt revint, ils lui dirent : « Croyez-\nvous, Maître, que Miss Fay veut nous renvoyer tous à la maison. » Je déclarai\nque je ne pourrais pas jouer devant d'aussi grands artistes, a C'est très bon pour\nvous, » répliqua Liszt, qui ajouta en souriant : « Vous avez un auditoire très\nchoisi, en ce moment. »\nJe ne sais s'il s'est rendu compte combien j'étais nerveuse, car au lieu de\nmarcher de long en large dans le salon, ainsi qu'il le fait souvent, il s'assit\nauprès de moi, comme tout autre professeur, et m'écouta jouer la première partie\nde la sonate. Elle était excessivement difficile, mais j'avais tant étudié que j'étais\nparvenue à la rendre assez bien. Rien ne peut égaler l'amabilité de Liszt, il se\ndonna beaucoup de peine, et au lieu de m effrayer, il m'inspira. Je n'ai jamais vu\nun professeur aussi charmant et c'est le premier que je trouve sympathique,\nvous vous sentez si libre avec lui ! Il développe en vous le véritable sentiment\nmusical, ne vous arrête pas à chaque instant, mais vous laisse à votre propre\ninspiration. De temps en temps il fait une critique, ou joue un passage, et vous\ndit quelques mots qui donnent à réfléchir pour le reste de la vie ; dans tout ce\nqu'il dit il y a quelque chose de délicat, de subtil. Il ne s'inquiète pas de votre\nméthode et vous laisse travailler vous-même le côté technique. Quand j'eus fini\nla première partie de la sonate, il s'écria (( bravo », comme toujours, puis, pre-\nnant mon siège, il fit quelques critiques, et me dit de jouer le reste."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "287", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.15", "texte": "SOUVENIRS D'UNE ÉLÈVE DE LISZT\n\nJe ne connaissais qu'à moitié les autres parties, car la première était si dif-\nficile que je lui avais consacré tout mon temps. Jouer à Liszt, c'est essayer de\nnourrir l'éléphant du jardin zoologique avec des morceaux de sucre ; il vous fait\nexécuter des passages entiers comme si ce n'était rien, puis... s'étend grave-\nment pour vous écouter encore ! Heureusement que l'un de mes doigts commença\nà saigner, car, à force de jouer, la peau s était soulevée, et j'eus ainsi une bonne\nexcuse pour m'arrêter. Je ne sais si cette preuve d'application lui plut, mais,\naprès avoir regardé mon doigt, il fit entendre un « oh »de compassion et joua\nles trois dernières parties, ce qui était beaucoup et montra toute sa force. Je\nl'entendais pour la première fois et je ne sais ce que j'ai trouvé le plus extraordi-\nnaire —le Scherzo, avec sa merveilleuse légèreté et rapidité, Y Adagio avec\nses basses pathétiques, ou la dernière partie, pendant laquelle le clavier semblait\n(( tonnerre et éclair )). Il y a une telle vie dans tout ce qu'il joue qu'on ne croit\nplus entendre de la musique, mais un être réel qui respire, qui parle, qui chante.\nIl me semble, quand j'écoute Liszt, que l'air est peuplé d'esprits. C'est un véri-\ntable magicien, aussi intéressant d'ailleurs à regarder qu'à entendre, car sa\nfigure change d'expression avec chaque modulation et semble refléter l'âme de\nson jeu. En plus, il a quelque chose d'extrêmement captivant, c'est comme une\nlueur de gaîté délicate qui vient éclairer de temps en temps sa figure et qui vous\nferait croire qu'un esprit joyeux cherche à jouer à cache-cache avec vous.\nLiszt est venu me voir vendredi et il a même joué sur mon piano. Pensez\nquel honneur ! Il m'a aussi priée d'aller lui jouer dans le courant de l'après-midi\net m'a invitée à une matinée qu'il a donnée dimanche pour une comtesse arri-\nvée ici depuis quelques jours.J'étais la seule élève invitée, et quand je suis entrée\ndans le salon il n'y avait que Liszt et trois personnes : le Grand-Duc, la comtesse\nvon M. (princesse russe de naissance) et la femme dun ministre russe. Ils se\ntenaient tous les quatre en cercle et parlaient français. Je n'avais aucune idée\nqui ils pouvaient être, car le Grand-Duc était en deuil et ne portait aucune décora-\ntion pouvant le faire distinguer. Je vis cependant que c'étaient tous des per-\nsonnes de situation élevée, aussi je ne leur ai pas adressé la parole, ce que je con-\nsidère comme une double chance. J'aurais fort bien pu le faire, en effet, pour\néviter la gaucherie de rester là comme un poteau, surtout ayant entendu dire que\nLiszt ne présentait jamais personne. Liszt me salua d'une façon très amicale et\nme présenta cependant à la comtesse, qui était si hautaine que tout ce que l'on\nput obtenir d'elle se réduisit à quelques paroles glaciales. Je fus heureuse de voir\nd'autres personnes arriver, ce qui me permit de me retirer dans un coin sans\nêtre remarquée, car je me trouvais dans une situation très embarrassante, res-\ntant ainsi debout, en étrangère, auprès de quatre personnages, sans oser leur\nparler, puisqu'ils ne s'adressaient pas à moi.\nQuand tout le monde fut là, nous nous trouvâmes au nombre de dix-huit,\npresque tous titrés ; j'étais la seule sans importance de la compagnie. Liszt a\nété des plus aimables, il est venu plusieurs fois me trouver à ma place pour\ncauser avec moi. et semblait vouloir me mettre à l'aise ; il m'a aussi promis un\nbillet pour un concert particulier où l'on n'exécutera que ses compositions.\nLiszt a joué cinq fois, mais pas de grand morceau, ce qui m'a désappointée, sur-\ntout parce que les trois dernières fois il a joué des duetti avec un des meilleurs\nartistes de Weimar, Lassen, qui était là.\nIl m'a fait aller tourner les feuilles. Mon Dieu ! Comment lit-il ? Il lit si loin"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "288", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.16", "texte": "LA TÉTRALOGIE A LYON\n\nen avant de ce qu'il joue qu'il est très difficile détourner les feuilles pour lui, il\nembrasse cinq mesures d'un coup d'oeil-, aussi il vous faut deviner quand ildésire\nqu'on tourne la page. Je l'ai fait trop tard une fois, trop tôt une autre fois, et il a\narraché le cahier de mes mains pour le remettre devant lui. Ce n'était pas une\nbonne situation pour moi qui suis si timide, n'est-ce pas ?\n21 mai. C'est aujourd'hui l'anniversaire de mon jour de naissance ; aussi,\npour le célébrer ai-je décidé d aller chez Liszt. Je n'étais vraiment pas bien pré-\nparée pour lui jouer, mais j'ai pris sa deuxième Ballade avec l'idée de lui poser\ndifférentes questions sur quelques passages difficiles. Quand je suis entrée, il\nparaissait indisposé, nerveux, et il y avait beaucoup d'artistes\nNous avons 1 habitude de poser notre musique sur la table, où il la prend, la\nregarde, et énonce le titre de celle qu il veut que l'on joue II remarqua la\nmienne et s'écria : « Qui joue cette grande et puissante de mes ballades ? )) Il me\nsemblait qu'il avait demandé : « Qui a tué Cock Robin ? » ( 1) et que j'étais le cou-\npable, seulement je ne me sentais pas disposée à avouer avec autant de facilité\nque le moineau, car Liszt paraissait de mauvaise humeur et avait malmené celle\nqui venait de jouer. Finalement, je rassemblai mon courage et dis : (( Moi »,\najoutant que je ne la savais pas parfaitement. (( Peu importe, répondit-il, jouez-\nla. » Je m'assis donc, pensant qu il allait m'arracher la tète ; mais, c'est étrange\nà dire, il parut très content et déclara que je l'avais (( tout à fait touché ».\nImaginez cela, de Liszt ! et surtout lorsqu'il s'agit d une de ses composi-\ntions !\nIl m'a accompagnée à la porte quand je suis sortie, a pris une de mes mains\ndans les deux siennes en me disant : (( Vous tvous êtes couverte de gloire,\naujourd hui. » Je lui ai répondu que je n'avais fait que commencer et que j'espé-\nrais qu'il me laisserait rejouer ma ballade quand je la saurais mieux. (( Ah !\ndit-il, vous voulez que je vous fasse encore un plus grand compliment, n'est-ce\npas ? Naturellement », répliquai-je !« Il faut vous gâter ? Oui », répondis-\nje encore, et il se mit à rire.\n(Traduit de /'anglais par JIVA.)\n\nA. FAY.\n\nLa Tétralogie à Lyon.\n\n(Article qui nous est parvenu trop tard pour paraître dans notre dernier n°.)\nA la fin de la saison théâtrale, Y Anneau du Nibelung a été représenté à Lyon,\nen deux cycles consécutifs La direction a tenté cet effort en raison de la faveur\nmarquée que les Lyonnais attachent à l'œuvre de Wagner: le succès de la\nWalkyrie, montéeen 1894, avait ouvert la voie; en 1901, Siegfried,e n 1903, YOr\ndu Rhin avaient été suivis assidûment par un très grand nombre d'amateurs ;\nenfin, au début de cette année, le Grand-Théâtre créait le Crépuscule des Dieux\ndans des conditions exemptes de banalité. Aussi le public était-il impatient d'as-\nsister au développement complet du drame wagnérien.\nDe tous les éléments de l'exécution, l'orchestre est resté, à travers les quatre\nsoiréesde Y Anneau du Nibelung, le plus complet et le plus satisfaisant. Sous la\n\n(1) Allusion à une poésie américaine."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "289", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.17", "texte": "LA TÉTRALOGIE A LYON\nK. M.\n23\n\ndirection de son excellent chef, M. Philippe Flon, il a très bien fait ressortir les\nétapes du développement musical et les combinaisons si généralement variées\ndes motifs directeurs. En général cependant il couvrait trop les voix, il exagérait\nles effets sonores. Cela peut être imputé à la disposition des théâtres français, où\nles musiciens ne sont pas, comme à Bayreuth, placés au-dessous de la scène. En\noutre, les instruments à cordes, en nombre insuffisant, étaient trop souvent do-\nminés, écrasés par les cuivres. Néanmoins, plusieurs morceaux ont été conduits\nmagistralement : la Chevauchée, l'lncantation, le Prélude de YOr du Rhin, la\nRheinfahrt et le thème final de la Rédemption par l'Amour.\nPour l'interprétation vocale, deux artistes doivent être mis hors pair:\nMlle Janssen et M. Verdier. Mlle Janssen tenait les rôles de Brunnhilde dans le\nCrépuscule des Dieux et de Sieglinde dans la Walkyrie. Elève de la grande\nMaterna et chantant exclusivement au théâtre les œuvres de Wagner, cette artiste\npossède toutes les traditions de Bayreuth; sa voix est d'un timbre très pur, ses\ngestes et ses attitudes toujours amples, ses accents extraordinairement drama-\ntiques et expressifs.\nChargé du rôle écrasant de Siegfried dans les deux dernières soirées de chaque\ncycle, M. Verdier s'est classé parmi les premiers ténors wagnériens du moment,\nen dépit d'un organe défectueux et sourd dans le grave. C'est avec une autorité\nincontestable et une rare intelligence scénique qu'il a mis en relief le caractère\njeune, insouciant et héroïque de son personnage. Sa diction est d'une sûreté\nimpeccable. Quelle belle vaillance dans la scène delà forge ! Cependant nouspré-\nférons cet artiste en les passages de douceur et de finesse, tels les murmures de\nla forêt et le récitatif jamais trop long du Crépuscule.\nM. Sylvain dans le rôle du farouche Hagen, M. Cazeneuve danscelui de Loge,\nM. Vialas en Mime, M. Dangès dans l'Albérich de l'Or du Rhin ont fait preuve\nde beaucoup dégoût, d'art et de style. M. Seguin a présenté un superbe Wotan,\nmais à la voix bien fatiguée. Des autres interprètes nous ne dirons rien.\nNous ne nous attarderons pas davantage à signaler toutes les erreurs et les\nimperfections de la mise en scène: elles furent nombreuses cependant. Trop\nsouvent les détails précis indiqués avec soin parle maître furent négligés ou mal\ncompris ; trop souvent la direction a reculé devant des frais de machinisme, en\nsimplifiant plusieurs effets, entre autres pour le combatdu dragon dans Siegfried,\nla scène finale du Crépuscule, etc... En outre, bien que le public fût endroit\nd'attendre une exécution intégrale du Ring, on a pratiqué de larges coupures\ndans les quatre parties de l'œuvre.\nEn définitive, si la Tétralogie à Lyon est restée loin delà perfection, on ne\npeut se montrer trop sévère pour une tentative hardie, couronnée de succès, qui\na permis à bien des amateurs d'acquérir une vue d'ensemble de la grande\nœuvre wagnérienne. Il n'est pas à la portée de tout le monde d'accomplir le\npèlerinage de Bayreuth!.\nNos félicitations aux Lyonnais.\n\nPAUL ELNIS."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "290", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.18", "texte": "LES CONCERTS\n\nConcerts.\n\nSOCIÉTÉ NATIONALE. 77 mai. Ce\n2e concert avec orchestre a été des plus\nintéressants. Nous avons entendu le Cho-\nral varié de Vincent d'lndy pour saxo-\nphone et orchestre (1); Mmo Élise Hall\njoue avec expression, et donne du charme\nà ce timbre qui n'est ni d'une flûte ni\nd'une clarinette, mais tient des deux à la\nfois ; M. Cortot répare avec une habileté\nextrême une petite erreur de mesure.\nJe l'aime mieux comme chef\nque comme compositeur, et les quatre\npetites pièces qu'il nous offre manquent à l'excès de chaleur et de personnalité.\nLe Prélude symphonique que M. Albert Roussel intitule Résurrection (d'après le\nroman de Tolstoï) est, au contraire, une œuvre forte, profondément pensée, et\nsimplement construite sur deux thèmes évocateurs des deux héros, que domine\nune idée rédemptrice : le tout d'une grande émotion et d'une belle couleur or-\nchestrale ; c'est la meilleure page d'orchestre que la Société nous ait fait entendre\ncette année. Les Pèlerins d*Emmaûs (2) de M. G. Bret, dont on nous a donné la\ndeuxième partie, sont de fort bonne musique religieuse, dont il faut louer le\nstyle aisé et pur, l'inspiration sincère et la fraîcheur mélodique. César Franck eût\naimé, je crois, ce chœur syllabique à l'unisson que soutient un accompagnement\ndélicat :\nQuant aux trois mélodies de M. Ravel sur des vers de Tristan Klingsor (Sché-\nhérazade), je ne puis cacher qu'elles me ravissent : la fantaisie de la Flûte enchan-\ntée, la beauté mélancolique de Vlndifférent, et le pittoresque spirituel de cette\nAsie de rêve sont rendus avec une finesse et une légèreté de touche si exquises,\nque chacun songe aussitôt à Debussy. Sans doute ce sont là des esprits de la\nmême famille, mais il ne faudrait point non plus exagérer l'analogie, ni surtout\njeter à M. Ravel la dédaigneuse épithète d'imitateur : sa musique n'est point une\nmusique d'imitation ; elle a un accent personnel et témoigne, en particulier, d'un\ngoût du détail pittoresque qu'on ne rencontre point chez M. Debussy. Que\nl'influence de ce dernier soit manifeste cependant, c'est ce qu'on ne saurait con-\ntester ; mais les plus grands génies ont commencé par avoir des maîtres et des\nmodèles, et on en pourrait choisir de plus mauvais.\n(1) Analysé ici même (Revue du 15 décembre 1903).\n{2) Partition pour piano et chant à la Société d\"Édition mutuelle, 269, rue Saint-Jacques."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "291", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.19", "texte": "LES CONCERTS\n\nM. RAYMOND MARTHE.\nL. L.\nCe concert, pour lequel M. Parent, l'architecte bien\nconnu, avait prêté ses beaux salons de l'avenue de Villars, commençait par le\nTrio en sol mineur de Schumann, joué avec une fougue incomparable par\nM. Marthe, M. Bouvet et un pianiste trop modeste dont il m'a été impossible de\ndeviner le nom. M. Marthe transporte l'auditoire par l'ampleur, la puissance et\n1 aisance de son jeu dans le Prélude, la Sarabande et la Bourrée de la Suite en\nut majeur de J.-S. Bach pour violoncelle seul ; quelle solidité inébranlable, et que\nde vie en même temps ! Après un très beau Nocturne de Th. Dubois et une pièce\nde Schumann, le iic Quatuor de Beethoven (MM. Bouvet, Gravrand, Drouet et\nMarthe) est rendu avec autant de grâce et de tendresse que de force et de\nprécision. Ace même concert Mlle Marie Lasne, dont la voix est fort agréable,\nchantait de jolies mélodies du xvne siècle, harmonisées par M. Périlhou, et de\nbeaux lieder de Schubert ; MM. Bouvet et Jemain nous ont fait connaître une\nSonate de Francœur (1698-1787) qui par son style sobre et nerveux, et cependant\nému, est une des œuvres les plus remarquables de notre xvme siècle.\n\nMme TASSU-SPENCER.— Ala salle Pleyel, le 19 mai, Mme Tassu-Spencer,\nprofesseur au Conservatoire, a donné une très curieuse audition de ses élèves\n(harpe chromatique). J'ai été vraiment stupéfait de- voir deux bambins de neuf\nans, les jeunes Mullot et Jamet, exécuter en perfection une pièce de Godard et la\nSonate (fort bien choisie) de Beethoven, op. 49, n° 2. Une autre artiste de\n14 ans, Mlle Lérvars, qui paraît être la plus forte du cours, a montré toutes les\nformes de virtuosité qu'on peut exiger d'une harpiste consommée. Les trilles, les\npianissimo, les traits les plus chargés d'accidents n'ont plus de secrets pour elle.\nJe citerai encore Mlles Renson, Turquetil, Blot ;M. Cantelou. Ces résultats très\nbrillants font honneur à Mme Tassu-Spencer, et àla harpe chromatique, si riche\nde ressources, si séduisante, et si accessible aux plus jeunes élèves. Détail que\nj'ai noté avec plaisir : les œuvres de M. Hasselmans figuraient cinq fois au pro-\ngramme, à côté de celles de Bizet, Chaminade, Th. Dubois, S. Rousseau, Pfeif-\nfer, Tchaïkowski, J.-S. Bach, Beethoven, etc. .\n\nMlle PEREZ DE BRAMBILLA. Le 31 mai, à la salle Pleyel, Mlle M. Perez de\nBrambilla, dont on connaît la haute compétence pour 1 enseignement théorique\net pratique, et M. A. Parent, font entendre quelques-unes de leurs élèves de\nleur cours de piano et d'accompagnement.\n\nCERCLE CATHOLIQUE. /y mai. Concert consacré aux compositeurs gens\ndu monde. M. de Fréchencourt, chargé de présenter les auteurs au public,\ns'acquitte élégamment de cette mission. Il faut mettre hors de pair les œuvres\nde Mme de Grandval et du baron Vidal de Léry, qui témoignent d études\nmusicales sérieuses et d'aspirations élevées, et surtout les mélodies orientales\nde Mme de Chabannes (A. de Polignac), écrites d'une main légère et sûre, et\nd'une orchestration charmante. La Société musicale de la Sorbonne, sous la\ndirection de M. Paul de Saunières, prêtait son concours à ce concert.\n\nMM. Ysaye et Raoul Pugno, merveilleuse-\nment assistés par Crickboom, Van Ilout et Gérardy, ont interprété comme des\ndieux les chefs-d'œuvre qui ont nom :le Quintette de Schumann et le Quintette\nde César Franck.\nOn attendait avec une certaine curiosité la Sonate à Kreutzer, qui, dans la même\n\nNOUVEAU THÉÂTRE.— 19 mai."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "292", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.20", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nsalle, avait été donnée quelques jours auparavant par MM. E. Risler et J. Thi-\nbaud. Personne plus que moi n'admire la souveraine virtuosité de M. Risler,\npersonne ne goûte plus vivement le charme incomparable de l'exquis talent de\nM. J. Thibaud ;je dois cependant reconnaître que l'exécution de MM. Ysaye et\nR. Pugno fut plus colorée, plus vivante, mieux harmonisée. La sensibilité de\nM. J. Thibaud semble, en effet, comme mal à l'aise à côté de l'impassibilité\nrisslérienne.\n\nM. F.\n\nA LA SALLE ERARD : M. BRAUD. Récital à 2 pianos : Saint-Saëns, Boellmann,\nC. Franck (Eros et Psyché, transcription par M. Paul Braud), Duparc (Lènore),\nP. Vidal (ballet de la Bu rgonde, avec accompagnement de quatuor), etc., etc.\nM. Paul Braud, le maître éminent que guette le Conservatoire, avait fait appel\nau talent de ses deux anciens élèves, Mlll2 Dargier-Peltier et M. Garés. Les trois\nartistes, avec une intelligence musicale, une puissance et une précision peu\ncommunes, ont interprété des œuvres très diverses de caractère et d'in-\nspiration, pianistiques et orchestrales, sans une minute de défaillance de leur\npart ni de lassitude de la part du public. Menu copieux, mais succès égal.\nM. Braud (que l'on regrette de ne pas entendre plus souvent) pourrait, si la\nmodestie ne lui fermait la bouche, dire en parlant de ses deux élèves, comme\nMontaigne de ses Essais : « Tout le monde me reconnaît en eux. »\n\nPublications nouvelles.\n\nLIONEL DAURIAO : Essai sur l'esprit musical\n(Paris, Alcan, I vol. Bibl. de philosophie\ncontemporaine, prix 5 fr.).\n\nCe volume est un recueil d'études parues\ndans la Revue de mai 1893\nà novembre 1902, et probablement aussi\nde leçons faites par l'auteur, durant la\nmême période, dans ses cours libres de la\nSorbonne. Il y a dans cet ouvrage bien des\nidées fines, heureuses, justes, profondes\nmême ; ce que je lui reprocherai, c'est de\ntrop dédaigner la bibliographie et l'his-\ntoire, en certaines matières où l'une et l'autre sont indispensables. J'en citerai un\nexemple pris dans les premières pages. M. Dauriac examine cette question :\npourquoi l'homme a-t-il inventé la musique, si profondément distincte des autres\narts? Quelle est la vraie source initiale de l'invention musicale? Quand on pose\nun pareil problème, on est tenu d'exposer les diverses théories qui ont prétend u\nle résoudre, et d'examiner leurs arguments avant de les écarter. Or, M. Dauriac\nne mentionne que la vieille opinion de Lucrèce (reprise par Darwin sur une base\nbiologique), d'après laquelle l'homme aurait inventé la musique par imitation\ndu chant des oiseaux ; et, sur ce point, il ne paraît connaître ni les arguments\ntrès intéressants donnés par Engel [the Music of the most ancient nations), ni la\nréfutation déjà faite par Wallaschek {Primitive music). Ce n'est pas en deux ou\ntrois pages qu'on peut poser et résoudre (même négativement) le problème des ori-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "293", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.21", "texte": "CORRESPONDANCE\n\ngines. D ailleurs, j accorderai volontiers à l'auteur que toute solution scientifique\nparaît impossible. « On ne peut pas aller au fond des choses, dit Grosse, parce\nque les choses n'ont pasde fond. » Un peu plus loin, lorsqu'il fait la psychologie\nde 1 amateur, de l'exécutant et du virtuose, M. Dauriac écrit : «( L'art de composer\nsuppose le goût, on peut même souvent aller jusqu'à dire : la passion de la\nmusique. )) Une pareille observation ne peut pas avoir une grande portée, car, en\nce qui concerne les origines, elle constitue un cercle vicieux. Dans son étude\nsur l'intelligence musicale, M. Dauriac oublie que tous les éléments constitutifs\nde la musique n'ont de valeur que par leurs rapports ; que la musique est la\nscience des relations et qu'elle suppose par conséquent, avec une mémoire spéciale,\nune faculté spéciale d'abstraction. Tout ce qui est dit (p. 90) sur le « continu\nmélodique », sur la quantité et la qualité est donc à côté, ou insuffisant, pour une\nthéorie de l'esprit musical. P. 98 et 99, on est heureux de trouver un correctif.\nLes questions examinées ou effleurées par l'auteur sont si nombreuses,\nque son livre échappe à l'analyse. La théorie esquissée p. 6et d'après laquelle\n(( le monde des sons musicaux dérive de deux principes :le nombre, et d'autre\npart, la dyade de l'aigu et du grave », cette théorie est-elle très sérieuse?...\nJe veux y voir granum salis. Bien que la méthode de travail suivie par M. Dau-\nriac ne soit pas la mienne, et que ses idées me paraissent incomplètes, ou insuf-\nfisamment coordonnées, je n'en ai pas moins lu son livre avec beaucoup de profit,\net je suis assuré qu'il plaira beaucoup au public.\n\nJ. C.\n\nCorrespondance.\n\nCAMILLE ERLANGER.\nParis, le 11 mai 1904.\n9, rue du Commandant Marchand,\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nJe lis dans le dernier numéro de la Revue musicale (page 268) la lettre que\nM. Théodore Reinach vous a adressée au sujet de certain passage du ballet du\nFils de VEtoile.\nM.Théodore Reinach qui veut bien me donner des louanges infiniment déli-\ncates et trop flatteuses, dont je lui sais le plus grand gré— peut se rassurer en ce\nqui concerne le long morceau pour harpe et saxophone qui, dans la partition pour\npiano, occupe les pages 249 à 255. Je n ai jamais songé à dissimuler la source\nqui m'inspira ce morceau. Quant à la ((note )) qui, en effet,devrait figurer au bas\nde la page 249 : d'après deux hymnes delphiques recueillis par M. Théodore\nReinach, elle a toujours existé sur mon manuscrit. Seulement le graveur a\nnégligé de la transcrire, et je dois avouer que cette omission échappa au cor-\nrecteur. Je fus le premier à déplorer après le tirage définitif l'absence de cette\nnote que, bien avant la lettre revendicatrice du distingué archéologue, je me\npromis de faire figurer sur la prochaine édition de mon ouvrage. M. Reinach,\nd'ailleurs, ne tardera pas à recevoir entière satisfaction, la première édition du\nFils de l'Etoile étant à peu près épuisée.\nAgréez, etc."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "294", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.22", "texte": "INFORMATIONS\n\nActes officiels et Informations.\n\nCONSERVATOIRE. Par arrêté du 10 mai 1904, M. Crosti (Eugène-Charles-\nAntoine), professeur de chant au Conservatoire national de musique et de\ndéclamation, admis à faire valoir ses droits à une pension, est nommé profes-\nseur honoraire.\n\nPRIX DE ROME.\nM. P.\nLe concours d'essai du Grand Prix de Rome (composition\nmusicale), qui s'était ouvert au palais de Compiègne le samedi 7 mai courant, a\npris fin le vendredi 20 du même mois à neuf heures du matin.\nSur les 15 candidats qui ont pris part à ce concours, 6 ont été admis à subir\nles épreuves du concours définitif, savoir :\nM. Gallois (Victor-Léon) ;\nM. Gaubert (Philippe) ;\nM. Pech (Raymond-Jean) ;\nM. Saurat (Raymond-Casimir) ;\nMU© Fleury (Hélène-Gabrielle) ;\nM. Pierné (Paul-Marie-Joseph).\nNÎMES.— Le 17 mai, la Chambre musicale nous ménagea le vif plaisir de voir\ninterprétées parMMllesde la Rouvière et Marthe Legrand, et MM. David et Gé-\nbelin, de la Schola Ccintorum, quelques nobles œuvres des grands maîtres.\nAu programme s inscrivaient les noms glorieux de Bach, de Marc-Antoine\nCharpentier, de Heinrich Schùtz, de Gluck et de Beethoven. Entre autres pièces\nunanimement applaudies, l'admirable duetto de la cantate Jésus, du bist meine\nLiebe, de Bach, trouva àce concert de nombreux admirateurs. MMnes de la Rou-\nvière et Legrand le chantèrent avec une rayonnante allégresse. Le motet O\nAmor, ô Bonitas, ô Charitas, de M.-A. Charpentier, le Dialogus per la Pascua\nde Schùtz et le Chant élégiaque de Beethoven, furent aussi justement appréciés.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 20 avril au 19 mai 1904.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n20\nAvril\nLe Fils de VEtoile.\nCamille Erlanger.\ni3.3o5 26\n22\n—\nLe Fils de VEtoile,\nCamille Erlanger.\n19.160 41\n0\n23\n—\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n13.570 »\n25\n—\nLe Fils de VEtoile.\nCamille Erlanger.\n20.797 41\n19.163 76\n27\n—\nTannh'duser.\nWagner.\n29\n—\nRigoletto. — La Maladetta.\nVerdi. — Vidal.\n17.265 91\n3o\n—\nLe Fils de l'Etoile.\nCamille Erlanger.\n13.169 ))\n2\nMai\nLe Fils de l'Etoile.\nCamille Erlanger.\n17.771 41\n4\n—\nFaust.\nGounod.\n17.873 76\n6\nRigoletto. — Paillasse.\nVerdi. — Léonca-\nvallo.\n17.580 91\n7\n—\nLe Fils de t Etoile.\nCamille Erlanger.\n13.628 »\n9\n—\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n16.046 41\n11\n—\nLe Fils de l'Etoile.\nCamille Erlanger.\n16.625 76\ni3\n—\nLe Fils de l'Etoile.\nCamille Erlanger.\n17.160 41\n14\n—\nLes Huguenots.\nMeyerbeer.\nI 2 . 3 I 2 »\n16\n—\nL'Etranger. — Rigoletto.\nV. d'Indy. — Verdi.\n14.752 91\n18\nLe Fils de l'Etoile.\nCamille Erlanger.\nl6.53 I 26"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "295", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\nII. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 20 avril au 19 mai 1904.\n\nOPÉRA. Le sculpteur Moncel, auteur du buste de l'Alboni qui décore le foyer\ndu théâtre national de l'Opéra, vient d'être autorisé à faire une réduction de son\nœuvre en biscuit de Sèvi-es.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n20\nAvril\nPelle as et Mélisande.\nDebussy.\n5.666 »\n21\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n8.828 #\n22\n—\nLa Reine Fiammette.\nXavier Leroux.\n5.573 5o\n23\n—\nFra Diavolo. — Le portrait de\n— matinée\nManon.\nAuber. Massenet.\n7.639 5o\n24\nLouise.\nCharpentier.\n4.272 5o\n24\n— soirée\nCarmen.\nBizet.\n4.607 »\n25\n—\nLes Dragons de Villars.\nMaillart.\n4.276 5o\n26\n—\nLa Reine Fiammette.\nXavier Leroux.\n5.859 5o\n27\n—\nMignon.\nIphigénie en Tauride.\nLa Fille de Roland.\nA. Thomas.\n6 865 »\n28\n—\nGluck.\n7.767 »\n3.426 »\n29\n—\nRabaud.\n3o\n—\nFra Diavolo. — Le portrait de\nManon.\nAuber. Massenet.\n5.786 5o\nier Mai mat.\nMignon.\nA. Thomas.\n4.594 5o\n1\n— soiree\nManon.\nMassenet.\n3.533 »\n2\n—\nPhilémon et Baucis. — La Fille\ndu Régiment.\nGounod. Donizetti.\n4.5O3 5O\n3\n—\nLa Reine Fiammette.\nXavier Leroux.\n4.761 »\n4\n—\nCarmen.\nBizet.\n6.129 5o\n5\n—\nLe portrait de Manon. — Fra\nDiavolo.\nMassenet. Auber.\n5.392 »\n6\n—\nManon.\nMassenet.\n3.573 »\n7\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n8.678 5o\n8\n— matinée\nLa Fille de Roland.\nRabaud.\n3.53o »\n8\n— soirée\nLakmé. —Les rendez-vous bour-\ngeois.\nL. Delibes. Nicolo.\n3.833 5o\n9\n—\nMignon.\nA. Thomas.\n4.559 5o\n10\n—\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nLe Cor fleuri.\nMassenet. Fernand\nHalphen.\ni.5o3 »\n11\n—\nLa Reine Fiammette.\nXavier Leroux.\n5.491 »\n12\n—\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nLe Cor fleuri.\nMassenet. Fernand\nHalphen.\nPuccini. Fernand\nHalphen.\n6.261 »\nI3\nLa Vie de Bohême. — Le Cor\nFleuri.\n5.415 »\n'4\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n8.215 »\n15\n— matinée\nManon.\nMassenet.\n4.609 »\n15\n— soirée\nFra Diavolo. — Les Noces de\nJeannette.\nAuber. Macé.\n3.ooi »\n16\n—\nPhilémon et Baucis. — La Fille\ndu Régiment.\nGounod. Donizetti.\n3.2 52 ))\n*7\n—\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nLe Cor fleuri.\nMassenet. Fernand\nHalphen.\n7.627 »\n18\n—\nCarmen.\nBizet.\n9.620 5o\n*9\n—\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nLe Cor fleuri.\nMassenet. Fernand\n8.585 »\nHalphen."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "296", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040601-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nLYON.\nP. T.\nParmi la série innombrable des concerts et des spectacles musi-\neaux qui se sont succédé à Lyon depuis quelque temps, un bien petit nombre\nmérite de retenir l'attention au point de vue artistique.\nIl en est un pourtant qui est à signaler, d'abord parce qu'il a eu un très grand\nsuccès, même pécuniaire, ensuite parce qu'il s'agit d'un effort artistique consi-\ndérable, je veux parler des représentations de la Passion, qui ont eu lieu à la\nMouche sous la direction d'un homme aussi désintéressé que dévoué aux ques-\ntions sociales et artistiques, M. Maillot, ancien professeur au Conservatoire.\nS'inspirant des célèbres représentations d'Oberammergau, M. Maillot, avec le\nconcours de 180 exécutants et en s'inspirant soit des tableaux célèbres, soit des\nscènes de la Passion, a fait représenter dans des décors vraiment remarquables\net avec des costumes et une mise en scène somptueuse les principales scènes de\nla Passion, le tout encadré par une partie musicale qu'il dirigeait lui-même,\nexécutée par un nombreux orchestre, des chœurs mixtes et quelques solistes\nchoisis.\nLa tentative n'était pas plus nouvelle à Lyon qu'à Paris ou ailleurs; mais où\nil faut louer sans réserve M. Maillot, c'est dans le choix et l'exécution de cette\npartie musicale qui comprenait des fragments des Passions de Bach, Hândel,\nSchùtz, Al. Georges, et des motets de Vittoria, Lassus, etc.\nL'ensemble, très religieux et très artistique, a fait le plus grand honneur à\ntous les artistes, et la presse tout entière a loué comme il convenait M. Maillot qui\navait monté cette œuvre et en avait dirigé toutes les études, aidé dans ce colos-\nsal travail par un jeune musicien d'avenir, M. Noyer, organiste delà Mouche.\n\nA céder, dans des conditions exceptionnellement avantageuses, un har-\nmonium de Debain en parfait état, acajou verni, ayant coûté 8000 fr. : 2 cla-\nviers, 8 jeux [plus 2 jeux au pédalier), 42 registres, 2 registres pour le pédalier,\n2 genouillères expressives, 1 talonnière. S'adresser aux bureaux de la\nRevue musicale, 5/, rue de Paradis."}]}