{"numero_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_sha256": "d171d5ea2d93359481294a2d0f6a4c7dcb97e05eedfce2a1505402fcfb217428", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1904/06/15_01/bmtnabj_1904-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1904/06/15_01/bmtnabj_1904-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "297", "page_fin": "300", "image_debut": 1, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.1", "titre_corps": "ANTOINE DVORAK", "titre_sommaire": "ANTOINE DVORAK", "signature_source": "HENRI HANTICH", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4090, "texte": "ANTOINE DVORAK\n\n(i)\nIl n'est guère besoin d'être un musicien consommé et d'examiner à fond\nl'œuvre si riche et si variée de Dvorak pour découvrir que c'est dans la sympho-\nnie et la musique de chambre que le maître a donné sa vraie mesure.\nAu même titre que Smetana passe pour créateur de l'opéra tchèque, Dvorak\npeut être considéré comme le fondateur du quatuor, de la symphonie et de l'ora-\ntorio tchèques. Ce qu'il y a de neuf chez lui et mérite par conséquent d'être mis\nen lumière, ce n'est pas la forme, il a pris celle que Beethoven nous a léguée,\nmais bien ce qu'il fait entrer dans ce moule classique : la peinture nette, bril-\nlante du caractère slave, la manière de penser et de sentir particulière à sa race,\nles formes de l'idéal qu'elle poursuit. Pour saisir et traduire musicalement ces\ntraits caractéristiques, il trouve des trésors de rythmes, d'harmonies, de mélo-\ndies et de modulations absolument neuves et personnelles.Exempt de toute réflexion\net de toute imitation, il se contente de suivre les inspirations de son cœur et se\nfait le chantre par excellence du bonheur et de la joie idyllique que donne la\nvie simple, calme et heureuse.\nJeune, exubérant, plein de vigueur et d'une joie naïve de vivre, de sentir et\nd'aimer, il personnifie admirablement les qualités et les défauts de la race dont il est\nissu. Uneseulede sescinqsymphonies s'écartede cetteligne générale, la deuxième,\n\n(i) A. Dvorak, qui vient de mourir à Prague le ler mai 1904, naquit dans le bourg de Nela-\nhozeves, non loin de Prague, le 8 octobre 1841. Les extraordinaires dispositions que l'enfant ma-\nnifestait de très bonne heure pour la musique déterminèrent son père, un fermier pas trop for-\ntuné et grand amateur de musique, à laisser l'intelligent garçon suivre la voie à laquelle il sem-\nblait prédestiné.\nReçu à l'Ecole d'orgue de Prague, Dvorak se livra à l'étude avec une vraie passion. Pour sub-\nsister, il joua pendant quelque temps du violon dans un orchestre de la ville, et passa ensuite à\nl'orchestre du théâtre tchèque, auquel il resta attaché en qualité de simple violoniste jusqu'en\n1873.\nOn savait que le fougueux jeune homme, dont le cerveau roulait de grands projets, neselassait\npas d'écrire partitions sur partitions ; mainte composition de lui eut même 1 honneur d'être in-\nterprétée devant le public ; mais celui-ci restait sur la réserve, ne goûtant que médiocrement les\nprémices du jeune artiste\nCe ne fut donc qu'en 1873 °lue Dvorak remporta le premier succès de bon aloi avec son Hymne\npour grand chœur. Le renom de Dvorak ne dépassa cependant les frontières que deux années\naprès, lorsque, sur un mot du célèbre symphoniste Brahms, N. Simrock, grand éditeur de Berlin,\nconsentit à publier ses Duos moraves, suivis en 1878 de Danses slaves qui firent la fortune du\nmaître. C est depuis lors, en effet, qu il ne cessa plus d'être sollicité par les éditeurs de mu-\nsique.\nComme il avait plusieurs symphonies et autres compositions toutes prêtes, il put aussitôt s'exé-\ncuter et étonner le monde musical par sa prodigieuse fécondité. Ses premières œuvres lyriques\nétaient : Le Roi et le Charbonnier, les Têtus, Vanda,et 10. Malin Paysan ; affermi par 1 expérience,\nil écrivit plus tard les grands opéras Dimitri et Jacobin. Nommé, en 1892, directeur du Conser-\nvatoire national de New-York, il composa en Amérique trois grandes ouvertures : Dans la Na-\nture,, le Carnaval, et Othello, la symphonie en mi mineur du Nouveau Monde et un Concerto de\nvioloncelle. De retour «à Prague (1895), enseigne la composition au Conservatoire de Prague.\nIl donna plusieurs poèmes symphoniques, comme 1 Ondine, la Sorcière, le Rouet doré, le Pigeon-\nneau et le Chant héroïque, puis les opéras le Diable et la Luronne, et la Naïade, qui obtinrent un\nbrillant succès.\nEstimé, recherché, admiré, il fut appelé, peu avant d'avoir achevé sa soixantième année, à la\nChambre Haute. Directeur du Conservatoire de Prague, Docteur honoraire des Universités de\nCambridge et de Prague, il reçut, en 1889, l'Ordre de la Couronne de fer, et en 1898 la grande\nmédaille pour les Arts et les Sciences."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.3", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3431, "texte": "en ré mineur (n° 70), où Dvorak s'élève au pathétique, chantant les luttes hé-\nroïques de sa patrie.\nCette joie claironnante qui traverse les symphonies de Dvorak fait aussi un\ndes traits caractéristiques de ses autres compositions qui se rapprochent de la\nsymphonie, comme ses trois ouvertures, Dans la Mature, le Carnaval, Othello, sa\nsymphonie le Nouveau Monde et ses poèmes symphoniques : /'Ondine, la Sor-\ncière, le Rouet doré, le Pigeonneau (1) et le Chant héroïque.\nMaître dans 1 ait de 1 oichestration moderne, il manie le contrepoint comme\npas un, se plaît de temps en temps à écrire de la musique pour la vue, et se joue\ndans les formes et les styles avec une aisance et un brio inouïs.\nCette grande supériorité dont Dvorak fait montre dans la symphonie et dans\nla musique de chambre a fait un peu tort à ses compositions dramatiques, qui n'ont\njamais connu de succès franc, absolu. Il est vrai que sur ce terrain il se rencon-\ntrait avec un rival redoutable : Smetana, le génial créateur du drame musical\ntchèque.\nDieu sait poui tant sil s est appliqué à 1 emporter aussi dans le genre drama-\ntique, à preuve l'opiniâtreté qu'il mettait à remanier ses partitions. Son premier\nopéra, le Roi et le Charbonnier, a été trois fois repris d'un bout à l'autre. Il en a\nfait de même pour son Dimitri et son Jacobin, grands opéras dont il s'ingéniait à\nrelever l'expression dramatique.\nSi le grand genre lui a causé quelques désillusions, hâtons-nous de dire qu'il\na eu beaucoup plus de succès dans l'opéra comique. Ses Têtus et son Malin\nPaysan tiennent bonne place à côté de la Fiancée vendue de Smetana.\nLes deux dernières créations de Dvorak, le Diable et la Luronne et la Naïade,\nqui obtinrent un réel succès auprès du public, se placent à part, et marquent une\nnouvelle étape dans l'évolution du maître.\nAttentif aux progrès que la musique dramatique a faits ces temps derniers,\nDvorak s est modernisé, en ce sens qu'il a renoncé à l'ancienne forme de l'opéra\ndivisé en airs, duos et ensembles, sans cependant aller jusqu'à étouffer, comme\ntant d'imitateurs de Wagner, la mélodie du chant.\nIl eut 1 heureuse idée de choisir le conte qui, exempt par sa nature même de\ngrandes scènes dramatiques, laisse au compositeur entière liberté de suivre le fil\nde ses inspirations lyriques. Le reproche que la critique fait à la plupart des ou-\nvrages dramatiques de Dvorak, c'est de ne pas accuser assez les traits caractéris-\ntiques des personnages mis sur la scène. Le lyrisme dont toutes les compositions\nde Dvorak portent une si forte empreinte domine dans ses Chants. Les princi-\npales sources où il puise ses inspirations sont les chants populaires tchèques et\nmoraves. Il s est attaché à ces humbles thèmes nationaux, sortis de l'âme du\npeuple, et après s'être pénétré de leur esprit il en a fait, en les harmonisant à sa\nfaçon, de véritables bijoux d'art. C'est sous la forme de cette ingénieuse et très\nheureuse adaptation qu'il présenta au public ses Duos moraves, qui eurent tous\nles suffrages des pays slaves et charmèrent même l'étranger. Il applique le même\nprocédé et respecte avec autant de piété les motifs, les rythmes et le caractère\noriginal du chant national dans un style plus élevé, celui de la symphonie, dans\nlequel il composa ses Danses slaves, suivies dCSonates et de Rhapsodies slaves.\n\n(1 ) Les titres et les canevas de ces compositions sont empruntés aux poésies légendaires de\nI. Erben."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "300", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.4", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3319, "texte": "Chantre enthousiaste de la nature, il en célèbre la majestueuse beauté dans\nses chœurs : la Sumava, Dans la Nature et le Chant solennel.\nMais où il mit le meilleur de son cœur et de son intense lyrisme, c'est dans la\nmusique sacrée. Son Hymne, son Stahat, le Chant biblique, \\e Psaume, la Messe\nde Requiem et son dernier oratorio, Sainte Loudmila, sont des compositions de\nhaute inspiration qui ne pouvaient être conçues que par l'esprit pieux d'un fer-\nvent croyant dont l'âme émue pleine d'une foi ardente, s'envole vers l'infini.\nIci il est vraiment un musicien universel, égal aux plus élevés. On a de lui\naussi force pièces de piano de réelle valeur ; mais, par rapport à sesgrandes com-\npositions, ces bluettes, si gracieuses et si bien écloses fussent-elles, ne peuvent\najouter à la réputation du maître.\nCe sont, pour la plupart, des pensées lestement esquissées qui ont trouvé leur\ndéveloppement dans des compositions plus imposantes ou des réductions de\nces dernières. Font exception cependant : le Concerto de piano (n° 33), les Lé-\ngendes, la Suite des Danses slaves et les Humoresques (n° 101).\n11 se trouve qu'il y a entre lui et le grand symphoniste français Berlioz ce trait\ncommun que chacune de ses pensées à peine éclose paraît spontanément or-\nchestrée et dramatisée, ce qui fait qu'en écoutant les compositions que Dvorak\na écrites pour piano, on a comme 1 avant-goût de leur interprétation orches-\ntrale.\nEn résumé, on peut dire que, s'étant affirmé de toutes les façons, et qu'ayant\nécrit, dans chacun des genres où il s'est essayé, des pages qui eussent suffi à\nassurer sa réputation de grand musicien, il atteint l'apogée dans la musique pure,\noù son génie, n'étant plus gêné par le verbe, peut s'élever et évoluer librement\ndans des sphères magiques de mélodies, de rythmes et d'harmonies.\nL'impartialité nous impose d'avouer qu'au cours de sa carrière de composi-\nteur il n'a pu se défendre de diverses influences du dehors. Ce furent tantôt les\nbrillants modèles de la musique classique, tantôt la vogue des œuvres de Wa-\ngner, de Liszt ou de Brahms qui influèrent dans une certaine mesure sur les\nconceptions du maître tchèque, sans avoir cependant entravé l'essor de son\nindividualité artistique.\nSur la fin de sa vie, maître de son grand talent si souple et si divers, l'esprit\nouvert aux idées modernes, il s'est appliqué à ciseler consciencieusement cha-\ncune de ses nouvelles compositions, dont il n'est pas téméraire de dire qu'elles\nse rapprochent par la simplicité des moyens et leur facture thématique des plus\nbeaux modèles classiques.\nOn y trouve à la fois la pureté et la belle ordonnance de la phrase musicale,\nla clarté et la simplicité de l'expression et l'intensité de l'expansion, qualités que\nDvorak s'est appropriées par l'étude consciencieuse des anciens maîtres et qu'il\nmet en pleine valeur grâce aux ressources que lui offre l'instrumentation mo-\nderne.\nLa tendance marquée chez Dvorak de dégager le drame du fatras de l'opéra\nd'antan et de sacrifier au culte du progrès n'est pas, comme on pourrait penser,\nune concession qu'il s'est résigné à faire au goût du jour, mais bien le résultat de\nmûres réflexions d'un artiste qui, porté par le désir de marcher toujours de l'a-\nvant, a vu s'élargir devant lui les perspectives de son art.\n\nHENRI HANTICH."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "297", "page_fin": "297", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.1.1", "titre_corps": "Cliché de M. 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A la suite de la tragédie lyrique\nd'Euripide, on peut citer : Alceste ou le triomphe <ïAlcide, de Lulli (Paris, 1674, livret de Qui-\nnault) ; Y Alceste de Strungk (Hambourg, 1680), celle de Schurmann (ibid., 1719), celle de Lampu-\ngnani (Londres, 1745), celle de Gluck (Vienne, 26 déc. 1767, livret de Calzabigi, traduction\nfrançaise de du Rollet, exécution à Pans le 23 janv. 1776), celle de Schweizer ( 1773, à Weimar,\nlivret de Wieland), celle de Gresnick (Londres, 1786), celle de Draghi (Vienne, 1799); YAdmeto\nde Hândel (Londres, 1727); sans parler d'une cantate dramatique de Donizetti, etc.\nAprès les belles représentations à Iphi génie en Tauride, l'Opéra-Comique\nclôt clignement sa saison par une magistrale reprise de YAlceste, de Gluck, que\nnous ne connaissions plus que par des fragments interprétés dans les concerts.\nLe succès a été considérable. On aurait pu craindre qu'après l'effet si saisis-\nsant du lerIer acte, cbune beauté si achevée, si dramatique, avec ses airs fameux :\n(( Non, ce n'est pas un sacrifice ! », « Divinités du Styx ! » .. les deux autres ne\nparaissent un peu ternes. Il n'en a rien été, et l'émotion provoquée par les pre-\nmiers accents cl'Alceste s'est soutenue jusqu'à la fin, à travers les belles scènes\nde tendresse conjugale du 2e et du 3c acte.\nLe rôle d'Alceste avait été confié à Mmo F. Litvinne. Il a été supérieurement\ntenu. L'ampleur et la beauté de sa voix, ses accents si pathétiques, ses poses\nsculpturales ont été l'objet d'une ovation continue. Avec sa voix chaude, son\nbeau style, M. Beyle, chargé du rôle d'Admète, s'est montré le digne partenaire\nde Mme Litvinne.\nDans cette lutte si émouvante qui remplit le 2e acte et se poursuit, au 3°, à la\nporte des Enfers, il a obtenu à côté d'elle le plus vif succès. M. Dufranne prê-\ntait sa voix nette, mordante, bien posée, au rôle du grand prêtre. Il a remar-\nquablement interprété la belle scène du lerIer acte : « Déjà la mort s'apprête... )) Les\nrôles d'Evandre, d'Hercule, deCaron, très bien tenus par MM. Carbonne, Allard\net Guillamat, complétaient un ensemble tout à fait remarquable.\nLa mise en scène, ce qui n'étonnera pas de la part de M. A. Carré, avait été\nparticulièrement soignée. Les différentes parties du drame, devant le palais\nd'Admète, dans le temple d'Apollon, aux portes des Enfers, se déroulent dans le\ncadre de riches décors d'un beau caractère antique.\nDe gracieuses évolutions accompagnent et soutiennent le rythme de la marche\nreligieuse du lerIer acte et, au 3e tableau, des danses grecques, heureusement re-\nconstituées, ont été particulièrement goûtées. Enfin les chœurs, dont le rôle est\nimportant dans l'œuvre de Gluck, si expressifs et si variés, avec les voix fraîches\nde leurs coryphées, ont eu leur part du succès. Citons notamment un chœur\navec accompagnement de pizzicati. L'orchestre, sous 1 habile direction de\nM. Luigini, a donné la plus juste interprétation de cette grande œuvre. 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Grâce au miroir\nmagique dont Garcia fut le propa-\ngateur, la science intervient enfin,\nnon seulement pour les médecins\ndans l'art de guérir, mais encore\npour guider les artistes dans l'art\nde nous faire oublier par leurs\naccents les tristesses de la vie. Grâce à l'observation des lois physiologiques,\nune doctrine nouvelle va surgir, fondée sur les faits ; et, chose étrange, cette\ndoctrine ne donnera lieu à aucune controverse, et ne pourra succomber que\ndevant un progrès nouveau.\nLa science vocale n'empiétera pas sur le domaine des méthodes ; elle les\ndominera : parce que la vérité s'impose, même à ceux qui refusent d'entendre.\nExaminons la première méthode officielle en France, celle du Conservatoire.\nElle date du 23 nivôse an XI de la première République et fut inspirée par le\nchanteur Bernardo Mengozzi, membre du Conservatoire, qui mourut avant l'a-\ndoption de son œuvre. Garat, Cherubini, Méhul, faisaient partie de la com-\nmission, dans la mise au point de cette méthode ; Sarrette, comme Directeur du\nConservatoire, signa son acte de naissance et la donna comme base à l'ensei-\ngnement du chant au Conservatoire, c'est-à-dire dans toute la France.\nUn fait me frappe : c'est qu'il y a plus de cent ans, une commission tra-\nvaillait à unifier les méthodes, à donner une base à l'enseignement, à réunir\nen un seul faisceau les connaissances scientifiques acquises au siècle dernier.\nL'exemple serait bon à suivre, nous l'avons trop oublié ; car la méthode du\nConservatoire n'a pas été revisée, et ses errements, naturels en l'an XI, sont\nincompréhensibles aujourd'hui.\n\n(1) Revue musicale, 15 mai 1904."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.7", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3407, "texte": "La méthode du Conservatoire nous donne encore un exemple précieux en\ns'occupant, dès le début, du mécanisme vocal et de la respiration. Voici ce qu'elle\ndit de la respiration : (( On ne saurait trop recommander aux élèves de s'occu-\n(( per de la respiration ; elle est tout pour le chant. ))\nCette pensée est excellente, mais la théorie respiratoire qui la commente est\nsingulière ou pour le moins mal expliquée.\nJe cite ; (( Quand on respire pour parler ou pour renouveler simplement l'air\n(( des poumons, le premier mouvement est celui de l'aspiration ; alors le ventre\n(( se gonfle et sa partie supérieure s'avance un peu ; ensuite il s'affaisse, c'est\n« le second mouvement, celui de l'expiration : ces deux mouvements s'opèrent\n(( lentement lorsque le corps est dans son état naturel.\n(( Au contraire, dans l'action de respirer pour chanter en aspirant, il faut\n(( aplatir le ventre et le faire remonter avec promptitude en gonflant et en\n(( avançant la poitrine. ))\nDans le premier paragraphe, l'auteur nous décrit la respiration diaphragma-\ntique, qui est parfaitement applicable au chant comme à la parole ou au simple\nrenouvellement de l'air, avec des différences de rythme au second temps respira-\ntoire surtout.\nL'affaissement du ventre recommandé au second paragraphe est troublant.\nJe suppose cependant qu'il s'agit de la respiration claviculaire, qui actuellement a\npeu de défenseurs, et pour cause. Si la respiration est tout dans le chant, il serait\nbien nécessaire de fixer nettement les termes qui servent de phases aux malheu-\nreuses élèves depuis plus de cent ans.\nL'école italienne des Porpora et autres pratiquait probablement la respi-\nration diaphragmatique combinée avec le type latéral dans les grandes inspira-\ntions. Je cite encore une théorie un peu plus que vague à propos de l'émission du\nson : (( Si l'émission ne se fait pas avec promptitude, il devient guttural ; si le son\n(( est trop forcé vers la tête, il devient nasal. ))\nOn se demande avec étonnement ce que vient faire la promptitude à l'émission\ngutturale, qui dépend de causes matérielles très déterminées, et de quoi la tête se\nmêle, au lieu de laisser le voile du palais faire son office particulier quant au son\nnasal. Sur la question des registres (i), la méthode part de l'effet et néglige la\ncause; elle signale la résonance de la voix de tête ou de fausset dans les sinus\nfrontaux et les fosses nasales, mais ne donne pas le mécanisme de cette voix, ce\nqui du reste n'a rien d'étonnant à l'époque où la méthode fut composée. En fait\nde vocalisation, l'auteur ou les auteurs ne l'admettent que sur les voyelles a et e.\nSi la vocalisation est une bonne chose en elle-même, ce dont je doute, elle doit\ns'exercer sur toutes les voyelles, surtout sur les moins favorables au son pour les\nperfectionner.\nA signaler un bon chapitre à propos delà mue de la voix et de la position de\nl élève pendant les exercices de chant. Des données justes sur le coup de glotte\nqui portait alors modestement le nom de coup de gosier \\ on se contentait :\n(( d attaquer le son franc et juste, sans préparer et sans arriver à ce son par\n(( aucune traînée... le son doit être exécuté de manière à ne point faire entendre\n(( de coup de gosier. »\nVoilà qui est net, trop net peut-être. Nous emprunterons plus tard quelques\n\n(1) La méthode reconnaît 3 registres aux soprani et 2 aux autres voix."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "304", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.8", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "détails au Dr Mandl pour nous éclairer sur ce fameux coup de glotte dont il faut\nuser et non pas abuser. Dans 1 air de la Reine de la nuit de la Flûte enchantée de\nMozart, par exemple, il est justifié :\nIci la nécessité de jeter la note, et de 1 isoler du son qui précède et du son qui\nsuit, autorise, d'après moi, le coup de glotte qui est une fermeture plus prononcée\nde la glotte avec petite explosion d'air.\nLa méthode du Conservatoire déclare qu'il n'existe pas de règles propres à\ndéterminer 1 action des organes dans l'exécution du trille. Cependant elle proscrit\navec raison le martèlement sur la même note et avec moins de justesse l'étude\ndu trille par intervalles autres que le ton ou le demi-ton. La recommandation\nde ne remuer ni la langue, ni les lèvres, ni le menton, en exécutant le trille, a une\ncertaine importance, parce qu'elle détermine presque le lieu d'élection du trille\npar l'immobilité imposée à toutes les parties désignées ci-dessus. On conseille\négalement d'enfler et de diminuer les sons du trille. Il faudrait ajouter que cette\nprogression doit être faite en dernier lieu, puisque c'est une difficulté ajoutée à\ncelle du trille.\nLe chapitre qui traite du phrasé est juste, mais incomplet; celui qui traite de\nla prononciation, du grasseyement par exemple, laisse à désirer. L'auteur, d'autre\npart, saisit le rapport qui existe entre l'articulation et l'expression ; mais, tout en\ndésignant l'effet, il ne donne pas la raison des causes ; ce n'est pas méthodique.\nLe cantabile, que l'auteur de la méthode affectionne particulièrement et qu'il\nappelle le nec plus ultra du chant, en se plaignant que le genre en soit négligé,\ncontient d'après lui tout ce que l'on peut demander à un bon chanteur ; respi-\nration, mise de voix, exécution délicate des traits, moelleux du portamento;\nélégance, légèreté, expression. Voilà bien des qualités qui ne trouveront plus\nbeaucoup leur application, car les cantabile sont moins en vogue, mais qui pour-\nraient s'affirmer, si l'on remplaçait pour l'élève les fastidieuses vocalises par des\ncantabile de Gluck, Piccini, ou autres auteurs plus modernes. La chanson de\nVaiguille des Noces de Jeannette est un charmant cantabile. La question du\nportamento est fort bien traitée dans la méthode du Conservatoire.\nEn résumé, cette méthode manque de précision, de données positives dans la\npartie scientifique, de gradation dans certains exercices (mise de voix, trille gra-\ndués dès le début). Elle donne des règles insuffisantes sur le mécanisme des\nregistres, admet les vocalises et, ce qui aggrave la chose, sur deux voyelles seu-\nlement ; donne peu de règles pour l'expression dans ses rapports avec le méca-\nnisme musical ; en revanche, la méthode donne les conseils les plus sages à\npropos de la mue de la voix, du cantabile, du portamento et surtout à propos des\nconnaissances harmoniques et littéraires qu'un chanteur doit avoir :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "305", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.9", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "AIR DU Mariage de Figaro DE MOZART\n\nPour bien chanter cette période, il faut se rendre compte que la conclusion est\nà la douzième mesure seulement.\nLe chanteur a donc grand intérêt à avoir des notions d'harmonie pour bien\nphraser, mais il ne doit pas user de ses connaissances pour changer le textes\nsous prétexte de fioritures.\nRemaniée, cette œuvre très honnêteet très sérieuse rendrait encore de grands\nservices. Telle qu'elle est, mêlée d'idées fausses, elle peut induire les chanteurs\nen erreur, ou les rejeter à cent ans en arrière. Il est vrai que les méthodes de\nchant sont un peu comme la Belle au bois dormant: elles se réveillent au bout\nde cent ans. plus jeunes que leurs petites-filles !\nNous aurons à examiner plus tard si la méthode des méthodes n'existe pas\nvirtuellement à notre époque, si ses feuillets épars chez cinquante bons auteurs\nne s'envolent pas au vent de l'indifférence. Chaque méthode contient ou peut\ncontenir une perle. Toutes ces perles réunies formeraient à nos chanteurs et\nsurtout à nos chanteuses le plus merveilleux collier, à condition que ce collier\nsoit enchâssé dans 1 or pur de la science et fermé par l'émeraude sans pareille de\nla vérité.\n\nALIX LENOEL-ZEVORT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c007", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "305", "page_fin": "305", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.3.3", "titre_corps": "AIR DU Mariage de Figaro DE MOZART", "titre_sommaire": "AIR DU Mariage de Figaro DE MOZART", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "305", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.9", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 68, "texte": "AIR DU Mariage de Figaro DE MOZART"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c008", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "305", "page_fin": "311", "image_debut": 9, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.4", "titre_corps": "La musique de danse au moyen âge. 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Mais il arrive sou-\nvent qu'on a quelque peine à identifier les noms avec les instruments, et quand\non y est parvenu, c'est à peu près tout le résultat que l'on puisse espérer, car\nnous ne connaissons aucun texte de musique instrumentale pour le xne et\nle xme siècle, et nous ignorons tout du timbre et de l'accord des instruments :\nbref, nous les voyons et nous ne les entendons pas."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "306", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.10", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3778, "texte": "Même insuffisance de renseignements, même pauvreté, quand il s'agit de la\ndanse au moyen âge. Des sources indirectes nous permettent quelques aperçus\nsur ce qu'on appelle communément les caroles, terme dont l'étymologie est elle-\nmême inconnue. Pourtant on peut supposer, d'après les rares indications que\nnous fournissent des textes comme le poème de Guillaume de Dole (1), la Cour\nde Paradis, les Tournois de Chauvenci, comme les fragments lyriques con-\nservés dans les livres de Wôlf (2) et de M. A. Jeanroy (3), que les danses du\nmoyen âge devaient être une suite de mouvements lents, trois pas sans doute de\ndroite à gauche, exécutés par les danseurs qui se tiennent par la main (4). Mais\nque dansait-on ? Sur quelle musique dansait-on ? Voilà ce qu'il serait intéres-\nsant de savoir et ce que nous ne savons pas.\nPeut-être pourtant le texte que nous publions ici va-t-il nous fournir\nquelques indications. Cette chanson d'un troubadour provençal aurait peut-être\npassé sans attirer notre curiosité, si, d'aventure, elle n'avait eu une histoire, ce\nqui est rare, ce qui est même, croyons-nous, un cas unique. Le poète Rambaut de\nVaqueiras ( 1180-1207) était, au dire de ses biographes, fils d'un pauvre chevalier\ndu château de Vaqueiras (5) qui avait nom Peirol, et qui passait pour fou (6).\nAprès avoir été au service du prince d'Orange, Guillaume des Baux, sans\ndoute comme jongleur, Rambaut s'en fut à la cour de Boniface II de Montferrat,\noù, pour son malheur, il s'énamoura de la sœur du marquis, madame Béatrice,\nqui était mariée au seigneur de Savone. Elle l'aima, ils s'aimèrent d'un de ces\namours qui se traduisent en chansons pour la postérité, et tout allait au mieux\ndu monde, quand le bonheur des amants suscita l'envie des losengiers, ces mau-\nvaises langues de la littérature médiévale, qui s'en furent dire à madame Béa-\ntrice : (( Qui es aquest Raimbautz de Vaqueiras? Si tôt lo marques l'a fait cavalier,\nsapchatz que non vos es onors ni a vos ni al marques. Quel est donc ce\nRambaut de Vaqueiras ? Quoique le marquis votre frère ait fait de lui un che-\nvalier, sachez, Madame, qu'il n'est un honneur ni pour le marquis, ni pour\nvous. » Comme, au moyen âge, la discrétion était la première règle de l'amour\ncourtois, madame Béatrice crut que Rambaut s'était vanté et s'en offusqua : le\ngalant jongleur eut son congé. Alors, adieu, chansons ! adieu, belles nuits d'a-\nmour ! Rambaut est devenu taciturne et muet.\nIci, un des plus anciens manuscrits qui nous aient conservé la biographie de\nnotre poète (7) raconte l'épisode suivant. En ce temps vinrent à la cour du mar-\nquis deux jongleurs de France, qui savaient bien jouer de la viole. Et un jour,\nils jouèrent sur leurs instruments une estampida, qui plut fort au marquis, aux\n\n(1) Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole, publié d'après le manuscrit du Vatican, par\nG. Servois, dans la Société des anciens textes français. Paris, 1893, in\"&°-\n(2) WOLF (FERD.), Über Die Lais, Sequenzen und Leiche. Heidelberg, 1841, in-B°.\n(3) JEANROY (ALFRED), les Origines de la poésie lyrique en France au moyen âge. Paris, 1889,\nin-B°.\n(4) GASTON PARIS, les Origines de la poésie lyrique en France (art. du Journal des Savants,\n1 892).\n(5) Département de Vaucluse, arrondissement d'Orange, canton de Beaumes.\n6) Les biographies des Troubadours en langue provençale, publiées par Camille Chabaneau\n(Extrait du tome Xde Y Histoire générale du Languedoc). Toulouse, 1885, in-40. —On a con-\nservé de Rambaut de Vaqueiras environ trente cinq pièces lyriques de genres variés et trois\népîtres au marquis de Montferrat. Cf. pour la bibliographie, l'appendice à la publication de\nChabaneau.\n(7) Ms. P. de l'éd. Chabaneau. Bibl. Laurentienne Pluteus XLI, n° 42, à Florence.\nxive siècle"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "307", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "chevaliers et aux dames. Et sire Rambaut en manifesta si peu de joie que le mar-\nquis s'en aperçut. « Eh quoi ! seigneur Rambaut, lui dit-il, que ne chantez-vous,\nque n'êtes-vous plus joyeux, quand voici un bel air de viole et près de vous aussi\nbelle dame que ma sœur, qui vous tient à son service et est bien la plus valeu-\nreuse femme qui soit au monde? ))— Sur quoi Rambaut répondit qu il n'en\nferait rien. Le marquis, qui savait la chose, dit à sa sœur: « Madame Béatrice,\npar amour pour moi et pour tout l'entourage, vous plaise prier Rambaut qu'au\nnom de votre amour et de votre grâce, il ait à chanter et à retrouver sa gaité\nd'antan ! »\nEt madame Béatrice fut d'assez grande courtoisie et générosité pour prier\nRambaut de prendre reconfort et pour l'amour d'elle de montrer un visage\nmoins soucieux et de faire une nouvelle chanson. C'est alors que Rambaut,\npour la raison que vous venez d'ouïr, fit une estampida en ces termes, don Raim-\nbaut\\ per aquesta razon que vos avetz ausit, fetz la stampida que dis aisi :\nKalenda Maia,\nNi flor de faia,\nNi cant d'ausell...\nEt le biographe ajoute : (( Cette estampida fut faite sur l'air de Y estampida que\nles jongleurs avaient jouée sur leurs violes, aquesta 'stampida fo facha a las notas\ndelà Istampida queljoglar fasion en las violas (i). »\nVoilà donc 1 histoire : ce qu il faut retenir au point de vue musicologique,\nc'est que les paroles de la pièce Kalenda maia furent composées par Rambaut\nde Vaqueiras pour être adaptées sur une mélodie instrumentale.\nOn sait que les mélodies des troubadours nous ont été conservées en moins\ngrand nombre que celles des trouvères. Par bonheur, la mélodie de la chanson\nKalenda niaia est parvenue jusqu'à nous dans un chansonnier provençal de la\nBibliothèque Nationale de Paris (2). Nous la publions ici avec un texte critique\nde cette pièce, d'après l'édition qui en a été donnée par M. Appel dans sa Chres-\ntomathie provençale (3), et une traduction française,— car cette pièce est peu\nclaire, que nous devons à l obligeance de M. Jeanroy, professeur à la Faculté\ndes Lettres de Toulouse.\n\nTEXTE MUSICAL\n\n(1) CHABANEAU, op. cit., VI, 3, p. 87.\n(2) BibL Nat., franç. 22543, fol. 62.\n(3) APPEL, Chrestomathie provençale, p. 89, Leipzig, 1895, in B°."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "308", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 832, "texte": "LA MUSIQUE DE DANSE AU MOYEN AGE\n\nTRANSCRIPTION EN NOTATION MODERNE\n\nTEXTE PROVENÇAL\nI\nKalenda maya\nNi fuelhs de faya\nNi chanz d'auzelh ni flors de glaya\nNon es quem playa,\nPros domna guaya,\nTro qu'un ysnelh messatgier aya\nDel vostre belh cors, quem retraya\nPlazer novelh qu'Amors m'atraya,\nE jaya\nEm traya\nVas vos, domna veraya ;\nE chaya\nDe playa\nL'gelos, ans quem n'estraya.\n\nTRADUCTION DES PAROLES\nI\nNi le premier jour de mai, ni la [première]\nfeuille du hêtre, ni les chants des oiseaux, ni la\nfleur du glaïeul ne peuvent me réjouir, dame\nnoble et belle, tant que je ne verrai pas arriver\nun messager rapide, venu de votre part, m'ap-\nportant des nouvelles réconfortantes pour mon\namour, tant que je n'aurai pas été prosterné à\nvos pieds et que je n'aurai pas vu, avant de\nvous quitter, le jaloux tomber, foudroyé par la\ncolère."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "309", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.13", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "II\nMa belh' amia,\nPer Dieu no sia\nQue jal gelos de mon dan ria ;\nQue carvendria\nSa gelozia\nSi aitals dos amans partia ;\nQu'ieu ja joyos mais no séria\nNi joys ses vos pro nom tenria ;\nTal via\nFaria\nQu'om ja mais nom veiria.\nSelh dia\nMorria,\nDonna pros, qu'ieus perdria.\nIII\nQuo m'er perduda\nNi m'er renduda\nDona, s'enans non l'ai aguda ?\nQue drutz ni druda\nNon es per cuda ;\nMas quant amans en drut se muda,\nL'onors es grans queylh n'es creguda.\nEl belh semblans fai far tal bruda ;\nQue nuda\nTenguda\nNous ai ni d'als vencuda ;\nVolguda\nCrezuda\nVos ai ses autr' ajuda.\nIV\nTart m'esjauzira\nPus jam partira,\nBelhs Cavaliers, de vos ab ira ;\nQu'alhor nos vira\nMos cors, nim tira\nMes deziriers. qu'aïs non dezira ;\nQu'a lausengiers sai qu'abelhira,\nDonna, qu'estiers non lurgarira.\nTais vira\nSentira\nMos dans, quils vos grazira,\nQueus mira,\nConsira\nCuidans, don cors sospira.\nV\nDona grazida,\nQuecx lauz'e crida\nVostravalor qu es abelhida ;\nE quieus oblida,\nPauc li val vida.\nPer qu'ieus azor, domn' eyssernida !\nQuar per gensor vos ai chausida,\nE per melhor de pretz complida.\nBlandida\nServida\nGenses qil'Erecx Enida.\nBastida\nFenida,\nN'Engles, ai 1 estampida.\n\nII\nMa belle amie, veuille Dieu ne pas permettre\nque le jaloux se réjouisse de mon dommage ;\nsa jalousie pourrait lui coûter cher (?) si elle\nréussissait à séparer deux amants comme vous\net moi. Jamais plus je ne connaîtrais la joie ;\ndu moins aucune joie, sans vous, ne me serait\ndouce : je m'éloignerais, nul ne me verrait\nplus ; ou plutôt, noble dame, je mourrais ce\njour là même où je vous aurais perdue.\nIII\nMais comment pourrais-je perdre, comment\npourrais-je recouvrer une dame, qui n'aurait\njamais été mienne ? Ce n'est pas en imagination\nque l'on peut être amant et amante ; quand un\namoureux conquiert ce titre, c'est pour lui\ngrand honneur. La gracieuse façon dont vous\nm accueillîtes a pu faire croire que je l'avais\nmérité...; mais il n'en est rien : je vous ai cher-\nchée et voulue, sans jamais obtenir votre\ngrâce.\nIV\nNon, mon Beau Chevalier, je ne pourrais plus\nme réjouir, si le désespoir venait à me séparer\nde vous. Mon cœur ne forme pas d'autres vœux,\nne nourrit aucun autre désir. Cela, je le sais,\nplairait fort aux médisants ; ils seraient alors\nau comble de la joie. Tel, voyant ma perte, vous\nen saurait un gré infini, tel, dis-je, qui a l'ou-\ntrecuidance de porter les yeux sur vous, ce\ndont soupire mon cœur.\nV\nDame illustre, chacun célèbre et fait retentir\nvos mérites, reconnus de tous; que lui sert-il\nde vivre à celui qui vous ignore ? Et pourquoi\nsuis-je moi-même en adoration devant vous ?\nC est parce que j'ai reconnu en vous la plus\nnoble, la meilleure de toutes les femmes, ô\ndame adorée et servie de moi mieux que ne le\nfut Enide par Erec. J'ai construit, j'ai termi-\nné, sire Englès, mon estampida !"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "310", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.14", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "Un commentaire de cette estampida serait certes d'un haut intérêt: il faudrait\nmontrer combien est conforme à la tradition l'inspiration du poète, qui inscrit en\ntête de sa composition le souvenir de la kalenda maia et associe une fois de plus\nl'amour et le printemps. Pourtant cette digression vers les fêtes de mai et leur\ninfluence sur la poésie lyrique nous entraînerait fort loin, et nous devons, encore\nqu'à regret, négliger le côté littéraire.\nDe même, nous serons bref relativement à la mélodie de cette chanson, très\nmoderne quant à la tonalité et visiblement dégagée de toute influence ecclésias-\ntique. On remarquera que nous avons traduit la 4e note, le la de la syllabe ma\nde maya, et à la ligne suivante le même la sur pla dtplaya, par deux notes la-sol\ndans le rythme J : c'est que dans le manuscrit ily a uneplique, et momenta-\nnément nous manquons de signes typographiques pour reproduire cette valeur,\nque nous nous contentons dans la transcription de rendre par sa résolution.\nAjoutons qu'une transcription de cette estampida a déjà été proposée parM. An-\ntonio Restori (1) d'après le manuscrit R. dont nous nous sommes servi nous-\nmême. Nous ignorons sur quels principes M. Restori a fait ce travail de trans-\ncription, où il est bien difficile de reconnaître l'original. Qu'on en juge d'après\nle début !\nLes principes mensuralistes sont perpétuellement violés. Pourquoi cette dis-\ntinction en \\ et en J de la longa perfecta de l'original qui veut toujours une valeur\nternaire, soit J., soit J. ? Pourquoi traduire la plique par une petite note, alors\nqu'au dire des théoriciens ce signe se résout en deux sons dans le rapport de %\n| -f- ~ } Pourquoi le rythme essentiellement binaire que la musique mesu-\nrée des trouvères ignore formellement ? Ajoutons que le texte donné par\nM. Restori est également défectueux.\nMais il y a mieux à dire.\nComme Yestampida de Rambaut de Vaqueiras est la plus ancienne pièce qui\nnous soit parvenue à laquelle cette désignation ait été attachée, on pourrait\ncroire, sur la foi de l'anecdote que nous avons rapportée, que ce genre lyrique a\nété importé par les jongleurs du Nord dans la poésie provençale. Pourtant dans\nson travail sur les derniers troubadours de la Provence (2), M. Paul Meyer est\nd'un sentiment différent et pense qu'au même titre que le sirventés et la ballade\nY estampida est d'origine provençale.\n11 est vrai déjà que, chronologiquement, la pièce de Rambaut est plus ancienne\nqu'aucune des estampies françaises que nous connaissions : aussi nous pouvons\npenser que le jongleur, entendant à la cour de Boniface de Montferrat le rythme\nallègre et décidé que les joueurs de viole exécutaient sur leurs instruments, a\nété porté à l'assimiler au rythme de Y estampida, qu'il avait familier.\n\n(1) A. RESTORI, Perla storia musicale dei Trovatori provenzali, dans la Rivista musicale italiana,\nvol. 11, fasc. I, 1895.\n(2) PAUL MEYER, les Derniers 1 roubadours de la Provence, dans la Bibl. de l'Ecole des Chartes,\n6e série, V."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "311", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.15", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "Et de fait, le genre est bien originairement propre àla poésie provençale, car\nnous en avons la définition dans le traité didactique des Leys d!Amors : encaras\nhavem estampida et aqaesta a respieg cilcunas veiq quant al so d? esturmens, et adonx\nd'aquesta no curam. Et alcnnas vetz a respieg no tant solamen al so, ans oha al dic-\ntât qu om fa d?amors o de lauqors, a la maniera de vers ede chanso (1).\nC'est donc primitivement une composition musicale et aussi un genre de\npoésie qui a pour objet l'amour ou les louanges d'une dame : l'appellation de la\npièce lyrique a donc passé de la composition musicale aux paroles.\nDisons encore que si, au début du xme siècle, les genres à forme fixe n'ont\npoint encore apparu dans la lyrique française, Y estampida a pourtant des carac-\ntéristiques qui la différencient des autres types de la poésie courtoise. Il nous\nsemble en effet que si la symétrie des strophes n'a rien qui soit propre à l'es-\ncomme le croit M. Paul Meyer, en revanche la longueur de la strophe\net la brièveté du vers sont bien les caractéristiques du genre.\nIl en résulte une netteté de rythme qui nous donne à penser que la musique\nqui s'attache à cette forme poétique pourrait convenir aux mouvements de\ndanse, tels que le moyen âge les a compris. Le mot lui-même, estampida, est le\nparticipe d'un ancien verbe estamper ou estampir, frapper du pied.\nOr, nous voyons assez bien la mélodie que nous proposons comme traduction\ndu texte ancien accompagner une danse, où les danseurs, se tenant par la main\net formant une ronde, tantôt avancent de trois pas allant de droite à gauche, tan-\ntôt se balancent sur place, et toujours en marquant d'un appel de pied le temps\naccentué, comme aujourd'hui encore dans la bourrée et dans le rigaudon. L'al-\nternance de rythmes binaires et ternaires n'a d'ailleurs rien qui doive sur-\nprendre, et, si le présent peut servir à éclairer le passé, nous rappellerons que,\ndans son curieux recueil de Chansons populaires du Vivarais (2), Vincent d'lndy\nparle de bourrées montagnardes à 3/8 affectant parfois des rythmes assez spé-\nciaux à 6/8 + 2/8 et cite bon nombre de rondes (Dans la Cour du palais, n° 64 ;\nAu jardin de mon père, n° 65 ; Naoutra tçatfa faï treis ieous, n° 66, etc.) où les 3/4\nalternent avec les 2/4.\nL'estampida serait donc primitivement une danse où le temps accentué serait\nmarqué d'un appel du pied sur le sol frappé par tous les danseurs, et cette carac-\ntéristique aurait donné son nom à la danse.\nPeut-être l'étymologie que nous offrons de ce mot est-elle, en ce qui\nconcerne le sens, une hypothèse de songe-creux, que la philologie ne retiendra\njamais (3). Nous croyons pourtant qu'elle aura eu le mérite de faire mettre au\njour une mélodie charmante dont les philologues ne se fussent jamais avisés.\nC'est une revanche sans amertume.\n\nPIERRE AUBRY.\n\n(1) Leys dyAmors, I, 350, publiés par Gatien Arnoult dans les Monuments de la littérature\nromane. Paris et Toulouse, 3 vol. in-B°, s. d.\n(2) Vincent d'lndy, Chansons populaires du Vivaraisy op. 52.— Paris, Durand, in-B%'s. d.\n(3) Pourtant Diez, Etym. Wort., p. 576, la propose déjà. Id. 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Malgré l'heure un peu matinale, neuf heures,\nla grande nef est pleine ; à gauche, dans le transept, il me semble apercevoir un\ngroupe d'hommes et d'enfants sur une sorte de large balcon. La tribune de\nSaint-Gervais serait-elle ressuscitée ?\nA mon grand étonnement j'entends chanter, pour la première fois depuis\nlongtemps, l'antienne Vidi aquam, allègrement, joyeusement, d'une allure\nsouple et cadencée (version de Solesmes).\nAutre surprise : le Kyrie, puis le Gloria, sont chantés à cappella.\nLe graduel, Y offertoire et même le Credo du 5e ton, sont dits avec grâce et\nlégèreté.\nLa polyphonie reparaît avec le même charme au San dus et à VAgnus Dei. Il\nn'y a pas à s'y tromper : le hasard me fait entendre une messe de Palestrina.\nTous les détails de l'office sont soignés ; les plus simples répons sont dits avec\naccompagnement de faux-bourdons. L'orgue, dont le rôle est un peu effacé,\nest bien tenu, sans prétention ni complication inutiles\nA vêpres, mêmes observations générales que le matin. Je remarque, en avant\nde la tribune, une belle tête de chanteur dont la voix de baryton emplit la nef.\nIl lit, hélas ! avec ses doigts, le texte du psaume sur le psautier en relief des\naveugles. Je dois noter spécialement : un très intéressant Magnificat en\nforme de canon, un peu flottant par instants ; de délicieuses Antiennes à la Vierge\net un très beau Tu es Petrus, large et bien construit.\nLes voix des enfants avaient une tendance à détonner, dans le Regina cœli.\nIl est vrai qu'il est bien difficile d'obtenir d'eux une justesse soutenue. Mais le\ntimbre de ces voix est d'une pureté admirable.\nEn résumé, on fait d excellente musique à l'église Saint-François-Xavier et\nc'est peut-être une des causes de l'affluence des fidèles aux offices.\nLA MADELEINE. Une église sans clocher, sans cloches, installée dans un\ntemple grec érigé à la gloire des soldats de la Grande Armée, offre un cadre bien\npeu en rapport avec la musique religieuse. Bien plus, je remarque au\nmaître autel deux candélabres électriques. On éteint cette clarté, peut-être\nintempestivement, pendant le sermon. Nous sommes loin du temps où les\npremiers chrétiens estimaient que le fruit des abeilles chastes pouvait seul,\nen se consumant devant l'autel, symboliser leur humble prière! Mais\npassons.\nAprès un introït assez bien dit, on nous a donné une messe de Mozart, qui,\nsans doute, a peu contribué à la gloire du Maître. Au Kyrie, les diverses voix\nsemblent lancer alternativement des pointes vers les notes élevées. Cet artifice\ndonne au chant quelque chose de hérissé, sans lui apporter de chaleur. Le\nGloria a des soli inexpressifs et contournés. Seul VAgnus Dei est assez simple et\nd'un bon sentiment religieux.\nLes parties de la messe où le plain-chant a été employé ont été bien dites\npar la maîtrise, sauf le Credo de la Messe royale, chanté mollement et sans\n\n(1) Suite. Voir la Revue du lERIER juin"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "313", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.17", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1058, "texte": "accent. Inutile de dire que pour ce Credo, pourtant bien connu, pas une voix,\npas un souffle ne s'est fait entendre dans l'assistance.\nA l'élévation, on nous a donné un Panis angelicus : non pas celui de Franck,\nmais celui de M. Théodore Dubois.\nQuelques essais d'accompagnenient en faux-bourdon ont agrémenté ies\nvêpres, convenablement chantées.\nUn O salutaris, aussi de Mozart, laisse une assez bonne impression de reli-\ngiosité.\nJ'ai éprouvé un vif plaisir en écoutant un Tantum ergo simple et expressif,\nd'un maître de chapelle de la Madeleine, mort aujourd'hui, M. Cherion.\nJ'aimerais plus de fermeté et de précision dans le dessin des morceaux que\nl'orgue a exécutés seul. Toutefois, il faut louer l'organiste de ne pas verser dans\nle bruyant et le compliqué.\nLa Maîtrise de la Madeleine est composée de bons éléments, et, quand elle\nvoudra suivre l'édition liturgique de Solesmeset choisir mieux ses morceaux, on\naura plaisir à y entendre les offices, malgré les imperfections de l'édifice où\nils se déroulent.\n\nCONSTANT ZAKONE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c014", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "313", "page_fin": "315", "image_debut": 17, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.6", "titre_corps": "Concerts et Conférences.", "titre_sommaire": "Concerts et Conférences.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "313", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.17", "debut_caractere": 1060, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "Concerts et Conférences.\n\nSALONS MUSICAUX.\n\n.—Les concerts public s\nse font rares, mais Ton fait encore d'excel-\nlente musique, dans le privé. Le 30 mai,\ndans les salons de Mme Marie Cornélius,\non écoutait des mélodies de Borodine,\nBalakirev et Moussorgsky, chantées par\nMlle deKikina, qui est une artiste au sens\nvrai du mot, et M. J.-G. Cornélius, dont\nla voix de basse est magnifique. Je crois\nbien que les Russes sont aujourd'hui les\nmaîtres du lied ; Debussy seul peut leur\nêtre comparé. Ces belles mélodies,ardentes\nou rêveuses, ou douces « à fendre l'âme », ont fait grande impression. Le\nprogramme était complété par de charmantes fantaisies de Balakirev, Liadov,\nArensky, C. Cui, pour piano (M. Éd. Bernard) ou pour piano et violon (M. Zeitlin),\nqui valent un grand succès aux jeunes artistes. J'avais, en une courte causerie,\nessayé de dire le charme et la puissance de cet art russe si jeune, riche en même\ntemps de tout le passé de la race ; rien ne m'a été plus au coeur que 1 approbation\nde quelques Russes, qui se trouvaient mes auditeurs : on craint toujours de\nmal comprendre l'âme d'une nation étrangère; mais me voilà bien encouragé!\nLe 4 juin, chez M. Pierre Aubry, règne la musique française : c est le 5e et le\n6e concerto de Leclair, joués par M. Debroux avec tant d ampleur et de sûreté!\nŒuvres solides, d'ailleurs, et très mélodiques, très bien venues, qu il faut faire,\nconnaître. Et le lendemain je me retrouvais enfin dans ce salon deMmc la prin-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "314", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.18", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "cesse de Cystria, où fonsaitsi bien se taire pour écouter. 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Il était cette année consacré à l'intégrale\naudition d'Obéron, avec adjonction des importants et d'ailleurs très heureux\nrécitatifs composés par Wulner, directeur du Conservatoire de Cologne, pour\nremplacer le dialogue parlé qui, dans le texte original, sépare les différents mor-\nceaux de la partition: c'était la première fois qu'on donnait en France l'œuvre\nde Weber sous cette forme exclusivement lyrique, et l'exécution en fut de tous\npoints remarquable.\nLe rôle de Rézia avait été confié à MUe Borgho. Très redoutable, ce rôle qui\nveut une interprète unissant les qualités de la Falcon à celles d'une chanteuse\nlégère; la jeune étoile sut brillamment triompher de ses multiples difficultés, et\nl'on ne peut trop admirer la pureté, la souplesse, le charme exquis de sa voix,\nla perfection de son style. Les autres rôles étaient excellemment tenus par\nMme Carrère, délicieuse dans le personnage de Fatime, Mlle Royer, MM Laffitte,\nPlamandon et Delvoye. M. C. Chevillard c'est tout dire tenait le bâton\ndirecteur. Le pittoresque des décors, le luxe harmonieux des costumes, les effets\nd'éclairage, les détails de la mise en scène soigneusement étudiés et minutieuse-\nment réglés, tout contribua à faire de ces deux représentations une véritable\nfête d'art.\n\nLA SOURDINE.\n\n— Connaissez-vous la Sourdine ? C'est sous cette appellation —\npeu bruyante que se réunissent périodiquement les quartettistes Lederer, de\nBruyne, Michaux et Liégeois. Les séances ont lieu dans une salle fort coquette,\n38, rue des Mathurins, et l'on n'y est admis que sur invitation personnelle. —Le\ndernier concert était donné avec le concours du Quatuor vocal de Paris, composé\nde Mmes Vila, Mayrand, MM. Nansen et Reder. La fusion des deux quatuors\nse fit dans le Chant élégiaque de Beethoven. Soutenu par la belle voix de basse de\nM. A. Brody, le Quatuor vocal devenu quintette exécuta le quintette de\nCosi fan tutti, dont la grâce souveraine condensée en une page savoureuse fut\ntellement appréciée que le morceau dut être bissé. Un autre quintette de Mozart\ncordes et clarinette plus connu, celui-1à..., fut l'occasion d'un triomphe\npour M. Lefebvre. La séance comprenait des œuvres de musique de chambre de\nM. Ch. René, correctement écrites et diversement intéressantes ; un lied : le\nVent, fort bien chanté par M. Reder, vaut d'être signalé. Schumann et Schubert\ncomplétaient le programme."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "315", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.19", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1508, "texte": "M. ADALBERT MERCIER. —Le 3 juin, àla salle du Journal, très intéressant et\nbrillant concert réunissant une élite de jeunes maîtres, et dont le programme\navait seulement le défaut d'être trop long : Mlle Zielinska (harpe), M. Morel\n(violon), MM. Puvans et Grisard (flûte), M. Villard (trompette), M. Auguste\nBernard, M. Petit, Mlle Duchêne (chant), s'y sont fait entendre, sans compter\nMM. Garry et Siblot, de la Comédie-Française, le chansonnier Marcel Legay,\nM. Doua, de l'Eldorado, M. Maillefert, du théâtre Sarah Bernhardt, etc. etc...\nJ'ai fort goûté « pour Athènes )), scène grecque, en vers, de Jean Ferval, avec\nmusique de scène de M. Adalbert Mercier ; et, de ce dernier encore, deux\npièces délicates, d'un sentiment très personnel et d'une jolie couleur :\nPar les chemins et l'Heure blanche. —M. Adalbert Mercier est un compositeur\ntrès jeune et de sérieux avenir. Il a du sentiment, de l'élégance, du goût et du\ncharme. La romance sur le mendiant aveugle de Richepin {J'ai pu d'yeux... un\np'titsou ! etc...) est très bonne, comme expression sentimentale, mais ne rend\npeut-être pas assez le réalisme du poème. Il faudrait que la musique donnât\nl'impression, comme le texte littéraire, d'une mélodie absolument exempte de\nformule. Mais l'excès contraire est si commun aujourd hui, que cette concep-\ntion ne me déplaît pas. Honneur aux jeunes compositeurs qui, comme M. Mer-\ncier, respectent la musique en la cultivant, et dédaignent l'étrangeté pour arriver\nau succès.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c015", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "313", "page_fin": "314", "image_debut": 17, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.6.1", "titre_corps": "SALONS MUSICAUX.", "titre_sommaire": "SALONS MUSICAUX.", "signature_source": "L. 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Brody, le Quatuor vocal devenu quintette exécuta le quintette de\nCosi fan tutti, dont la grâce souveraine condensée en une page savoureuse fut\ntellement appréciée que le morceau dut être bissé. Un autre quintette de Mozart\ncordes et clarinette plus connu, celui-1à..., fut l'occasion d'un triomphe\npour M. Lefebvre. La séance comprenait des œuvres de musique de chambre de\nM. Ch. René, correctement écrites et diversement intéressantes ; un lied : le\nVent, fort bien chanté par M. Reder, vaut d'être signalé. Schumann et Schubert\ncomplétaient le programme."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "315", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.19", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1508, "texte": "M. ADALBERT MERCIER. —Le 3 juin, àla salle du Journal, très intéressant et\nbrillant concert réunissant une élite de jeunes maîtres, et dont le programme\navait seulement le défaut d'être trop long : Mlle Zielinska (harpe), M. Morel\n(violon), MM. Puvans et Grisard (flûte), M. Villard (trompette), M. Auguste\nBernard, M. Petit, Mlle Duchêne (chant), s'y sont fait entendre, sans compter\nMM. Garry et Siblot, de la Comédie-Française, le chansonnier Marcel Legay,\nM. Doua, de l'Eldorado, M. Maillefert, du théâtre Sarah Bernhardt, etc. etc...\nJ'ai fort goûté « pour Athènes )), scène grecque, en vers, de Jean Ferval, avec\nmusique de scène de M. Adalbert Mercier ; et, de ce dernier encore, deux\npièces délicates, d'un sentiment très personnel et d'une jolie couleur :\nPar les chemins et l'Heure blanche. —M. Adalbert Mercier est un compositeur\ntrès jeune et de sérieux avenir. Il a du sentiment, de l'élégance, du goût et du\ncharme. La romance sur le mendiant aveugle de Richepin {J'ai pu d'yeux... un\np'titsou ! etc...) est très bonne, comme expression sentimentale, mais ne rend\npeut-être pas assez le réalisme du poème. Il faudrait que la musique donnât\nl'impression, comme le texte littéraire, d'une mélodie absolument exempte de\nformule. Mais l'excès contraire est si commun aujourd hui, que cette concep-\ntion ne me déplaît pas. Honneur aux jeunes compositeurs qui, comme M. Mer-\ncier, respectent la musique en la cultivant, et dédaignent l'étrangeté pour arriver\nau succès.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c019", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "315", "page_fin": "315", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.6.3.1", "titre_corps": "CHANT ARMÉNIEN. 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DUBOIS : Trio pour piano, violon et\nvioloncelle. Paris, Ileugel.\nM. Th. Dubois a enrichi notre musique\nde chambre d'une œuvre agréable, inté-\nressante, et que l'absence de toute em-\nphase, l'élégance de l'écriture et la so-\nbriété du style rendent fort distinguée.\nCombien l'on apprécie la supériorité du\ngoût français, lorsqu'on joue une pareille\nœuvre après les productions de la mu-\nsique allemande moderne, les trios de\nBrahms, ceux de Schumann (Georg) ou\nde Franck (Richard) ! 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Et ce ne sont pas des Suites en effet, puisque le plus souvent\nnous n'y trouvons pas d'airs de danse (Sarabandes, Gavottes, Gigues, etc.),\nmais des morceaux de caractère, lointains ancêtres de nos poèmes sympho-\nniques. Les titres sont exquis : les Moissonneurs, les Bergeries, le Bavolet\nflottant, les Bagatelles... La musique ne l'est pas moins, tour à tour gracieu-\nsement tendre ou d'un enjouement délicat. Les Fastes de la grande et ancienne\nMcnestrandise sont une petite merveille d'esprit, et c'est un charme que les\nCharmes, et les Barricades mystérieuses sont d'une douceur enveloppante qui n'a\npoint d'égale. Les agréments ont été transcrits en notation moderne, ce qui\nsupprime bien des difficultés d'interprétation.\n\nHENRI MARÉCHAL: Rome, Souvenirs d'un musicien. Paris, Hachette et Cie.\n\nDans ce charmant volume que présente au public, en une exquise préface,\nM. Jules Claretie, M. Henri Maréchal, le compositeur si aimé du public, nous\nraconte ses souvenirs de jeunesse. Voici d'abord quel était, en 1866, l'état\ngénéral d'esprit des élèves qui occupaient, au Conservatoire, les quatre classes\nde composition :\nEn ces bruyantes agapes qui nous réunissaient tous les mois, les maîtres étaient vertement trai-\ntés ! Haydn, Mozart ? D'assommantes perruques ! Auber ? Un simple farceur ! Méhul, Hérold,\nHalévy r Quantités négligeables ! Berlioz r Un fou ! Mendelssohn ? Un pâle rêveur, au fond !\nBeethoven r lieu, Heu!... bien vieillot!., les quatuors cependant et la neuvième symphonie avaient\ndroit à quelque indulgence! Mais Schumann, en revanche, avait les honneur du : « Oh ! Oh ! » et\nmême du « Ah !Ah ! »en forme de superlatif ! Enfin, les malins qui commençaient à découvrir\nWagner en racontaient de si rares merveilles à ceux qui n'en connaissaient presque rien, que tout\nle monde finissait par tomber d'accord sur le ramage de l'oiseau rare !\nEh bien ! lorsque je me reporte à cette époque de discussions violentes, d'où semblait devoir\njaillir tant de lumière, je ne puis m'empêcher de songer que, sur ces trente-deux gladiateurs achar-\nnés, nous ne sommes guère plus de trois ou quatre ayant pu réussir à nouer quelques relations\navec le public ; nous nous rappelons le nom de quelques autres ; quant au reste, nous ne savons\nmême pas ce qu'il est devenu !\nM. Maréchal, qui récolte aujourd'hui après avoir pioché et semé son champ,\nraconte avec beaucoup d'humour les terribles épreuves du concours pour le\nprix de Rome :\n..... A la fin du vingt-troisième jour, j'avais terminé ma besogne ; j'employai une bonne partie\ndu suivant à la relire, et le soir même j'étais libre, mais ahuri de musique et littéralement sur-\nmené par ce régime de trois semaines à l'allure d'un travail journalier de 18 à 19 heures.\nC'est ici que commence un supplice oublié par les Chinois sur leur palette déjà riche! L'aspi-\nrant Romain doit, en quinze ou vingt jours qui le séparent du concours, chercher et même trou-\nver trois chanteurs de bonne volonté ayant assez de dévouement pour apprendre, répéter et venir\nchanter devant le jury une partition dont la durée est à peu près celle d'un acte d'opéra. Il faut"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "317", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4373, "texte": "frapper à vingt portes avant de réunir ce trio. Il y a d'abord les refus bien nets, ce sont les meil-\nleurs; puis il y a les « oui » conditionnels, ce sont les pires. Celui-ci demande une semaine, pour\nvoir si le rôle est dans sa voix ; cet autre est sous l'influence d'un rhume qui le fatigue encore; un\ntroisième s'attend à être père vers la date fixée et ne peut répondre de rien. On n'en finirait pas si\nl'on voulait énumérer toutes les raisons opposées à la demande du malheureux, qui tombe dans\nla vie de tous ces gens comme une pierre dans une mare! Il faut une patience, une diplomatie,\nune résignation dont on n'a pas l'idée quand on n'a pas passé par là ! Sans compter que les\ntranses se renouvellent chaque jour, et qu'au dernier moment le rôle est décidément trop haut,\nle rhume trop tenace, et l'héritier imminent ! Il faut alors tout recommencer avec de nouveaux\nchanteurs, froissés qu'on n'ait pas songé à eux d'abord... Horrible ! horrible ! horrible !\nEh bien, malgré cela, on s'en tire comme on se tire de tout, avec de la santé d'abord, du tra-\nvail et de la volonté ensuite.\nEnfin, après cent efforts, le matin du concours j'étais prêt à la lutte et me sentais bien défendu\npar trois excellents chanteurs que je tiens à remercier encore à cette place : c'était le ténor Bos-\nquin avec le baryton Caron, tous deux de l'Opéra ;et Mlle Daniele, de l'Opéra-Comique, qui a\nsans doute quitté le théâtre peu après, car je n'en ai jamais entendu reparler.\nC'était le 5 juillet. Il est des dates qu'on n'oublie jamais !\nPendant que défilaient le n° 1 et le n° 2, nous attendions, mes chanteurs et moi, dans le salon\ndu directeur, et nous ne causions guère ! Et ce sont de ces jours où l'on a la joue droite en feu,\net la joue gauche gelée ; où l'on répond aux gens à la manière des sourds, avec les dents serrées\net sans pouvoir maîtriser un tremblement nerveux qui vous secoue du haut en bas en vous apla-\ntissant la poitrine.\nLa porte s'ouvre.\n(( Le numéro 3 ?\nPrésent. »\nEt nous voilà introduits dans la salle du petit théâtre. Autour de la table en fer à cheval, le\njury toujours impassible ; sur la scène trois chaises pour les chanteurs ; derrière eux, un grand\npiano à queue.\nLa voix du président :\n« Commencez ! »\nUne dernière palpitation, et le premier accord tombe sur le clavier.\nUne fois l'exécution en cours, l'émotion semble s'évanouir. On se sent en eau profonde ; il\ns'agit de ne pas couler : aussi est-ce avec une lucidité parfaite qu'on surveille la moindre défail-\nlance des trois combattants. Ceux-ci sont un peu désorientés au début, car, malgré tous leurs\nefforts, le jury n'est pas comme le public habituel ; son devoir est de rester impénétrable et si-\nlencieux.\nCependant, avec cette sorte de divination qui résulte de l'ensemble des facultés tendues vers\nun même point, il est encore possible de discerner si le courant magnétique qui s'établit entre la\nscène et la table est favorable ou non.\nTout s'achève dans le même silence, et le n° 3 disparaît pour faire place au n° 4.\nEnfin, après trois bonnes heures, tout était terminé, et le jury, resté seul, délibéra. Quelques\nminutes étaient à peine écoulées, que la porte de la salle se rouvrit, et l'huissier m'appela.\nC'est un des plus jolis coups de poing dans l'estomac que j'aie reçus de ma vie !\nTrébuchant, avec des jambes en coton, dans l'impossibilité absolue d'articuler un son, je fus\nintroduit de nouveau dans la salle 011 nos juges étaient debout et, pour la première fois, avec\ndes visages souriants.\nAuber, président, se tenait au milieu d'eux et me dit en me tendant la main :\n« Monsieur, le jury vous a décerné le grand prix de Rome. »\nDeux sources jaillirent de mes yeux pendant que toutes les mains cherchaient les miennes.\nTout le volume est écrit de style sobre, alerte, coloré, très littéraire.\n\nJ.\n\nHEINRICH RIETSCH,\n\nprofesseur à l'Université allemande de Prague : Die\ndeutsche Liedzveise. Gr. in-8° de xi-256 p., chez Cari Fromme, Vienne et\nLeipzig, 1904.\nA la fois musicien et esthéticien, compositeur et philologue, M. H. Rietsch\npublie un excellent livre où l'étude du Lied allemand, surtout au xixe siècle,\ntient une grande place, mais où se trouvent réunies une multitude d'obser-\nvations intéressantes sur la musique vocale, savante ou populaire, de toutes\nles époques. Toutes les parties du sujet (rythme, mélodie, rapport de 1 air"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "318", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "et des paroles, etc...) sont traitées avec ampleur : Tinctoris est cité en même\ntemps que P. Corneille ; et dans le copieux appendice bibliographique (un peu\nincomplet, d'ailleurs) figurent des ouvrages spéciaux comme celui de Grosse\nsur les Commencements de Y art... C'est assez dire le grand profit qu'on peut\ntrouver à pareille lecture. Les citations musicales et les documents artistiques y\nsont très nombreux. Le principal consiste en extraits d'un manuscrit de Sterzing\n(Tyrol), xivc siècle, où se mêlent des notations de genres divers, qui ne sont pas\nde la même main. M. Rietsch aurait augmenté la valeur de son livre, en nous\ndonnant le fac-similé phototypique de quelques pages de ce manuscrit et une\ntraduction du texte musical en notes modernes.\nOUVRAGES REÇUS.\nJ .-Pu. RAMEAU : AZVS, tirés des Indes Galantes. Paris, Durand et fils.\nA. CHAPUIS : Hymne pour une fête de V enseignement. Paris, Durand et fils.\nCLAUDE DEBUSSY: Trois chansons de France. Paris, Durand et fils.\nCLAUDE DEBUSSY : Le Printemps, suite symphonique. Paris, Durand et fils.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c021", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "315", "page_fin": "316", "image_debut": 19, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.7.1", "titre_corps": "TI-I. DUBOIS : Trio pour piano, violon et", "titre_sommaire": "TI-I. 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Berlioz r Un fou ! Mendelssohn ? Un pâle rêveur, au fond !\nBeethoven r lieu, Heu!... bien vieillot!., les quatuors cependant et la neuvième symphonie avaient\ndroit à quelque indulgence! Mais Schumann, en revanche, avait les honneur du : « Oh ! Oh ! » et\nmême du « Ah !Ah ! »en forme de superlatif ! Enfin, les malins qui commençaient à découvrir\nWagner en racontaient de si rares merveilles à ceux qui n'en connaissaient presque rien, que tout\nle monde finissait par tomber d'accord sur le ramage de l'oiseau rare !\nEh bien ! lorsque je me reporte à cette époque de discussions violentes, d'où semblait devoir\njaillir tant de lumière, je ne puis m'empêcher de songer que, sur ces trente-deux gladiateurs achar-\nnés, nous ne sommes guère plus de trois ou quatre ayant pu réussir à nouer quelques relations\navec le public ; nous nous rappelons le nom de quelques autres ; quant au reste, nous ne savons\nmême pas ce qu'il est devenu !\nM. 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Il faut"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "317", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "frapper à vingt portes avant de réunir ce trio. Il y a d'abord les refus bien nets, ce sont les meil-\nleurs; puis il y a les « oui » conditionnels, ce sont les pires. Celui-ci demande une semaine, pour\nvoir si le rôle est dans sa voix ; cet autre est sous l'influence d'un rhume qui le fatigue encore; un\ntroisième s'attend à être père vers la date fixée et ne peut répondre de rien. On n'en finirait pas si\nl'on voulait énumérer toutes les raisons opposées à la demande du malheureux, qui tombe dans\nla vie de tous ces gens comme une pierre dans une mare! Il faut une patience, une diplomatie,\nune résignation dont on n'a pas l'idée quand on n'a pas passé par là ! Sans compter que les\ntranses se renouvellent chaque jour, et qu'au dernier moment le rôle est décidément trop haut,\nle rhume trop tenace, et l'héritier imminent ! Il faut alors tout recommencer avec de nouveaux\nchanteurs, froissés qu'on n'ait pas songé à eux d'abord... Horrible ! horrible ! horrible !\nEh bien, malgré cela, on s'en tire comme on se tire de tout, avec de la santé d'abord, du tra-\nvail et de la volonté ensuite.\nEnfin, après cent efforts, le matin du concours j'étais prêt à la lutte et me sentais bien défendu\npar trois excellents chanteurs que je tiens à remercier encore à cette place : c'était le ténor Bos-\nquin avec le baryton Caron, tous deux de l'Opéra ;et Mlle Daniele, de l'Opéra-Comique, qui a\nsans doute quitté le théâtre peu après, car je n'en ai jamais entendu reparler.\nC'était le 5 juillet. Il est des dates qu'on n'oublie jamais !\nPendant que défilaient le n° 1 et le n° 2, nous attendions, mes chanteurs et moi, dans le salon\ndu directeur, et nous ne causions guère ! Et ce sont de ces jours où l'on a la joue droite en feu,\net la joue gauche gelée ; où l'on répond aux gens à la manière des sourds, avec les dents serrées\net sans pouvoir maîtriser un tremblement nerveux qui vous secoue du haut en bas en vous apla-\ntissant la poitrine.\nLa porte s'ouvre.\n(( Le numéro 3 ?\nPrésent. »\nEt nous voilà introduits dans la salle du petit théâtre. Autour de la table en fer à cheval, le\njury toujours impassible ; sur la scène trois chaises pour les chanteurs ; derrière eux, un grand\npiano à queue.\nLa voix du président :\n« Commencez ! »\nUne dernière palpitation, et le premier accord tombe sur le clavier.\nUne fois l'exécution en cours, l'émotion semble s'évanouir. On se sent en eau profonde ; il\ns'agit de ne pas couler : aussi est-ce avec une lucidité parfaite qu'on surveille la moindre défail-\nlance des trois combattants. Ceux-ci sont un peu désorientés au début, car, malgré tous leurs\nefforts, le jury n'est pas comme le public habituel ; son devoir est de rester impénétrable et si-\nlencieux.\nCependant, avec cette sorte de divination qui résulte de l'ensemble des facultés tendues vers\nun même point, il est encore possible de discerner si le courant magnétique qui s'établit entre la\nscène et la table est favorable ou non.\nTout s'achève dans le même silence, et le n° 3 disparaît pour faire place au n° 4.\nEnfin, après trois bonnes heures, tout était terminé, et le jury, resté seul, délibéra. Quelques\nminutes étaient à peine écoulées, que la porte de la salle se rouvrit, et l'huissier m'appela.\nC'est un des plus jolis coups de poing dans l'estomac que j'aie reçus de ma vie !\nTrébuchant, avec des jambes en coton, dans l'impossibilité absolue d'articuler un son, je fus\nintroduit de nouveau dans la salle 011 nos juges étaient debout et, pour la première fois, avec\ndes visages souriants.\nAuber, président, se tenait au milieu d'eux et me dit en me tendant la main :\n« Monsieur, le jury vous a décerné le grand prix de Rome. »\nDeux sources jaillirent de mes yeux pendant que toutes les mains cherchaient les miennes.\nTout le volume est écrit de style sobre, alerte, coloré, très littéraire.\n\nJ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c025", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "317", "page_fin": "318", "image_debut": 21, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.7.4", "titre_corps": "HEINRICH RIETSCH,", "titre_sommaire": "HEINRICH RIETSCH,", "signature_source": "J. 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Rietsch aurait augmenté la valeur de son livre, en nous\ndonnant le fac-similé phototypique de quelques pages de ce manuscrit et une\ntraduction du texte musical en notes modernes.\nOUVRAGES REÇUS.\nJ .-Pu. RAMEAU : AZVS, tirés des Indes Galantes. Paris, Durand et fils.\nA. CHAPUIS : Hymne pour une fête de V enseignement. Paris, Durand et fils.\nCLAUDE DEBUSSY: Trois chansons de France. Paris, Durand et fils.\nCLAUDE DEBUSSY : Le Printemps, suite symphonique. Paris, Durand et fils.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c026", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "318", "page_fin": "320", "image_debut": 22, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.8", "titre_corps": "Actes officiels et Informations.", "titre_sommaire": "Actes officiels et Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "318", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.22", "debut_caractere": 1081, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "Actes officiels et Informations.\n\nLES DÉCORATIONS MUSICALES DU 14 JUILLET. — Quels sont les musiciens\nqui vont voir rougir leur boutonnière? Telle est la question qu'on nous\npose et à laquelle nous ne pouvons répondre que par des espérances et\ndes vœux personnels. Ceux qui sont dignes d'entrer dans la Légion d'hon-\nneur ne manquent pas. Pour nous en tenir à Paris, nous citerons (dans le\ndésordre alphabétique) : MM. Henry Expert, l'auteur de si belles publications\nsur (( les Maîtres musiciens de la Renaissance française »; M. Arthur Coquard,\ncompositeur, écrivain et conférencier de grand talent ; M. Ganne, auteur de\nplusieurs œuvres populaires ; M. Gédalge, prix de Rome ; M. Leborne, musi-\ncien de haute valeur ; M. Malherbe, archiviste de l'Opéra ; quelques autres\nencore dont le nom viendrait spontanément sous la plume ! Et il y a, en outre,\nen province, bien des musiciens éminents ayant rendu à l'art musical de\ntrès brillants services. Et c'est à peine, hélas ! si deux noms de musiciens,\ntrois au plus, figureront sur la liste du 14 juillet! C'est trop peu ; les peintres,\nstatuaires et sculpteurs sont vraiment mieux partagés.\n\nNANCY. — Un concours aura lieu, le jeudi 30 juin 1904, à Nancy, pour l'obten-\ntion d'une place de professeur de violon à l'Ecole de musique, succursale du\nConservatoire national.\nLes demandes des candidats seront reçues au Secrétariat de la Mairie de\nNancy jusqu'au samedi 18 juin inclus. 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Il recevra un traitement de 1.200 francs\ncomme professeur, plus un traitement de 1.200 francs comme chef de pupitre au\nthéâtre municipal, et une indemnité variable pour les concerts populaires.\nLes professeurs de l'Ecole de musique, succursale du Conservatoire à Nancy,\nsont nommés par le préfet de Meurthe-et-Moselle, sur une liste de présentation\ndressée parle maire.\n\nARRAS. —M. Théodore Dubois, directeur du Conservatoire national, a accepté\nla présidence du Congrès des Sociétés musicales françaises et étrangères qui\ns'est ouvert à Arras, le 5 juin courant, à l'occasion de l'Exposition du Nord de\nla France.\n\nCONCOURS DE MUSIQUE. Par arrêté du 26 mai, une médaille d'argent, grand\nmodule, est accordée, pour être décernée comme prix du Ministère de l'lnstruction\npublique et des Beaux-Arts, au concours de musique organisé à Créteil (Somme)\npour le 19 juin courant.\nPar arrêté du 30 mai, une médaille d'argent, grand module, est également\naccordée, pour être décernée au concours musical organisé à Gaillac (Tarn) pour\nles 26 et 27 juin.\n\nROUEN.\nGEO. MONTREUIL.\nDernièrement, le 26 mai, a été donnée en l'église Saint-Godard\nune audition de musique religieuse, organisée par M. Petiau, violoncelle solo du\nthéâtre des Arts, au profit des blessés russes. La Société chorale l'« Accord par-\nfait », que dirige avec tant de zèle M. Albert Dupré, prêtait son concours à ce con-\ncert. J'avais déjà entendu cette Société interpréter, l'année dernière, la Passion\nselon saint Jean de Bach, et je me souviens avoir goûté alors la vaillance et la\ncorrection dont elle avait fait preuve ; rarement les amateurs interprètent les\nchefs-d'œuvre avec un aussi bon style. Cette année, 1 (( Accord parfait )) m a sem-\nblé être encore en progrès. C'est en effet avec plus de cohésion que furent chantés\ndeux chœurs du Messie, le choral final de la Passion selon saint Jean et les trois\nchœurs d'Elie, l'oratorio de Mendelssohn.\nM. Vinche, notre ancienne basse noble du théâtre des Arts, dont la voix est tou-\njours aussi belle et aussi ample, se fît entendre dans l'O salutaris de Mozart et\nun Ave Maria de Dens.\nEnfin un orchestre dirigé par M. l'abbé Delaman, maître de chapelle de la\nMadeleine de Rouen, joua très correctement l'Andante de la 2U Symphonie de\nSvendsen et la Marche solennelle pour orgue et orchestre de Georges Sporck,\nd'une instrumentation toujours riche et intéressante."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "320", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "BRUXELLES. —Il vient de se fonder à Bruxelles, par l'initiative et sous la di-\nrection de MM. 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La Caméra donnera 4 concerts d'abonne-\nment pendant l'hiver, et dès maintenant un concert d'inauguration aura lieu le\n30 juin prochain et sera consacré uniquement aux œuvres de Bach, dont on exé-\ncutera la curieuse cantate sur l'abus du café, première exécution, croyons-nous,\nà Bruxelles.\nPour tous renseignements s'adresser à la maison BREITKOPF et HAERTEL, 45,\nMontagne de la Cour, à Bruxelles."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c027", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "318", "page_fin": "318", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.8.1", "titre_corps": "LES DÉCORATIONS MUSICALES DU 14 JUILLET. — Quels sont les musiciens", "titre_sommaire": "LES DÉCORATIONS MUSICALES DU 14 JUILLET. — Quels sont les musiciens", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "318", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.22", "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "LES DÉCORATIONS MUSICALES DU 14 JUILLET. — Quels sont les musiciens\nqui vont voir rougir leur boutonnière? 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Cette année, 1 (( Accord parfait )) m a sem-\nblé être encore en progrès. C'est en effet avec plus de cohésion que furent chantés\ndeux chœurs du Messie, le choral final de la Passion selon saint Jean et les trois\nchœurs d'Elie, l'oratorio de Mendelssohn.\nM. Vinche, notre ancienne basse noble du théâtre des Arts, dont la voix est tou-\njours aussi belle et aussi ample, se fît entendre dans l'O salutaris de Mozart et\nun Ave Maria de Dens.\nEnfin un orchestre dirigé par M. l'abbé Delaman, maître de chapelle de la\nMadeleine de Rouen, joua très correctement l'Andante de la 2U Symphonie de\nSvendsen et la Marche solennelle pour orgue et orchestre de Georges Sporck,\nd'une instrumentation toujours riche et intéressante."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-06-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-06-15_01#c032", "volume": "bmtnabj_1904-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "320", "page_fin": "320", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.2.8.6", "titre_corps": "BRUXELLES. —Il vient de se fonder à Bruxelles, par l'initiative et sous la", "titre_sommaire": "BRUXELLES. —Il vient de se fonder à Bruxelles, par l'initiative et sous la", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "320", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 916, "texte": "BRUXELLES. —Il vient de se fonder à Bruxelles, par l'initiative et sous la di-\nrection de MM. Charles BORDES, fondateur delà Schola Cantornm de Paris, et\nVictor VREULS, compositeur de musique, une Société de musique ancienne en\nconcert sous le titre de LA CAMÉRA, pour l'exécution de cantates de chapibre, de\ndivertissements pour divers instruments, chansons anciennes, concertos, musi-\nque vocale avec ou sans symphonie. La Caméra donnera 4 concerts d'abonne-\nment pendant l'hiver, et dès maintenant un concert d'inauguration aura lieu le\n30 juin prochain et sera consacré uniquement aux œuvres de Bach, dont on exé-\ncutera la curieuse cantate sur l'abus du café, première exécution, croyons-nous,\nà Bruxelles.\nPour tous renseignements s'adresser à la maison BREITKOPF et HAERTEL, 45,\nMontagne de la Cour, à Bruxelles."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "297", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nN° 12 (quatrième année)\n15 Juin\n1904.\nR. M.\n24\n\nCliché de M. Mojmir Urbanek, à Prague.\nAntoine DVORAK"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "298", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.2", "texte": "ANTOINE DVORAK\n\n(i)\nIl n'est guère besoin d'être un musicien consommé et d'examiner à fond\nl'œuvre si riche et si variée de Dvorak pour découvrir que c'est dans la sympho-\nnie et la musique de chambre que le maître a donné sa vraie mesure.\nAu même titre que Smetana passe pour créateur de l'opéra tchèque, Dvorak\npeut être considéré comme le fondateur du quatuor, de la symphonie et de l'ora-\ntorio tchèques. Ce qu'il y a de neuf chez lui et mérite par conséquent d'être mis\nen lumière, ce n'est pas la forme, il a pris celle que Beethoven nous a léguée,\nmais bien ce qu'il fait entrer dans ce moule classique : la peinture nette, bril-\nlante du caractère slave, la manière de penser et de sentir particulière à sa race,\nles formes de l'idéal qu'elle poursuit. Pour saisir et traduire musicalement ces\ntraits caractéristiques, il trouve des trésors de rythmes, d'harmonies, de mélo-\ndies et de modulations absolument neuves et personnelles.Exempt de toute réflexion\net de toute imitation, il se contente de suivre les inspirations de son cœur et se\nfait le chantre par excellence du bonheur et de la joie idyllique que donne la\nvie simple, calme et heureuse.\nJeune, exubérant, plein de vigueur et d'une joie naïve de vivre, de sentir et\nd'aimer, il personnifie admirablement les qualités et les défauts de la race dont il est\nissu. Uneseulede sescinqsymphonies s'écartede cetteligne générale, la deuxième,\n\n(i) A. Dvorak, qui vient de mourir à Prague le ler mai 1904, naquit dans le bourg de Nela-\nhozeves, non loin de Prague, le 8 octobre 1841. Les extraordinaires dispositions que l'enfant ma-\nnifestait de très bonne heure pour la musique déterminèrent son père, un fermier pas trop for-\ntuné et grand amateur de musique, à laisser l'intelligent garçon suivre la voie à laquelle il sem-\nblait prédestiné.\nReçu à l'Ecole d'orgue de Prague, Dvorak se livra à l'étude avec une vraie passion. Pour sub-\nsister, il joua pendant quelque temps du violon dans un orchestre de la ville, et passa ensuite à\nl'orchestre du théâtre tchèque, auquel il resta attaché en qualité de simple violoniste jusqu'en\n1873.\nOn savait que le fougueux jeune homme, dont le cerveau roulait de grands projets, neselassait\npas d'écrire partitions sur partitions ; mainte composition de lui eut même 1 honneur d'être in-\nterprétée devant le public ; mais celui-ci restait sur la réserve, ne goûtant que médiocrement les\nprémices du jeune artiste\nCe ne fut donc qu'en 1873 °lue Dvorak remporta le premier succès de bon aloi avec son Hymne\npour grand chœur. Le renom de Dvorak ne dépassa cependant les frontières que deux années\naprès, lorsque, sur un mot du célèbre symphoniste Brahms, N. Simrock, grand éditeur de Berlin,\nconsentit à publier ses Duos moraves, suivis en 1878 de Danses slaves qui firent la fortune du\nmaître. C est depuis lors, en effet, qu il ne cessa plus d'être sollicité par les éditeurs de mu-\nsique.\nComme il avait plusieurs symphonies et autres compositions toutes prêtes, il put aussitôt s'exé-\ncuter et étonner le monde musical par sa prodigieuse fécondité. Ses premières œuvres lyriques\nétaient : Le Roi et le Charbonnier, les Têtus, Vanda,et 10. Malin Paysan ; affermi par 1 expérience,\nil écrivit plus tard les grands opéras Dimitri et Jacobin. Nommé, en 1892, directeur du Conser-\nvatoire national de New-York, il composa en Amérique trois grandes ouvertures : Dans la Na-\nture,, le Carnaval, et Othello, la symphonie en mi mineur du Nouveau Monde et un Concerto de\nvioloncelle. De retour «à Prague (1895), enseigne la composition au Conservatoire de Prague.\nIl donna plusieurs poèmes symphoniques, comme 1 Ondine, la Sorcière, le Rouet doré, le Pigeon-\nneau et le Chant héroïque, puis les opéras le Diable et la Luronne, et la Naïade, qui obtinrent un\nbrillant succès.\nEstimé, recherché, admiré, il fut appelé, peu avant d'avoir achevé sa soixantième année, à la\nChambre Haute. Directeur du Conservatoire de Prague, Docteur honoraire des Universités de\nCambridge et de Prague, il reçut, en 1889, l'Ordre de la Couronne de fer, et en 1898 la grande\nmédaille pour les Arts et les Sciences."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "299", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.3", "texte": "ANTOINE DVORAK\n\nen ré mineur (n° 70), où Dvorak s'élève au pathétique, chantant les luttes hé-\nroïques de sa patrie.\nCette joie claironnante qui traverse les symphonies de Dvorak fait aussi un\ndes traits caractéristiques de ses autres compositions qui se rapprochent de la\nsymphonie, comme ses trois ouvertures, Dans la Mature, le Carnaval, Othello, sa\nsymphonie le Nouveau Monde et ses poèmes symphoniques : /'Ondine, la Sor-\ncière, le Rouet doré, le Pigeonneau (1) et le Chant héroïque.\nMaître dans 1 ait de 1 oichestration moderne, il manie le contrepoint comme\npas un, se plaît de temps en temps à écrire de la musique pour la vue, et se joue\ndans les formes et les styles avec une aisance et un brio inouïs.\nCette grande supériorité dont Dvorak fait montre dans la symphonie et dans\nla musique de chambre a fait un peu tort à ses compositions dramatiques, qui n'ont\njamais connu de succès franc, absolu. Il est vrai que sur ce terrain il se rencon-\ntrait avec un rival redoutable : Smetana, le génial créateur du drame musical\ntchèque.\nDieu sait poui tant sil s est appliqué à 1 emporter aussi dans le genre drama-\ntique, à preuve l'opiniâtreté qu'il mettait à remanier ses partitions. Son premier\nopéra, le Roi et le Charbonnier, a été trois fois repris d'un bout à l'autre. Il en a\nfait de même pour son Dimitri et son Jacobin, grands opéras dont il s'ingéniait à\nrelever l'expression dramatique.\nSi le grand genre lui a causé quelques désillusions, hâtons-nous de dire qu'il\na eu beaucoup plus de succès dans l'opéra comique. Ses Têtus et son Malin\nPaysan tiennent bonne place à côté de la Fiancée vendue de Smetana.\nLes deux dernières créations de Dvorak, le Diable et la Luronne et la Naïade,\nqui obtinrent un réel succès auprès du public, se placent à part, et marquent une\nnouvelle étape dans l'évolution du maître.\nAttentif aux progrès que la musique dramatique a faits ces temps derniers,\nDvorak s est modernisé, en ce sens qu'il a renoncé à l'ancienne forme de l'opéra\ndivisé en airs, duos et ensembles, sans cependant aller jusqu'à étouffer, comme\ntant d'imitateurs de Wagner, la mélodie du chant.\nIl eut 1 heureuse idée de choisir le conte qui, exempt par sa nature même de\ngrandes scènes dramatiques, laisse au compositeur entière liberté de suivre le fil\nde ses inspirations lyriques. Le reproche que la critique fait à la plupart des ou-\nvrages dramatiques de Dvorak, c'est de ne pas accuser assez les traits caractéris-\ntiques des personnages mis sur la scène. Le lyrisme dont toutes les compositions\nde Dvorak portent une si forte empreinte domine dans ses Chants. Les princi-\npales sources où il puise ses inspirations sont les chants populaires tchèques et\nmoraves. Il s est attaché à ces humbles thèmes nationaux, sortis de l'âme du\npeuple, et après s'être pénétré de leur esprit il en a fait, en les harmonisant à sa\nfaçon, de véritables bijoux d'art. C'est sous la forme de cette ingénieuse et très\nheureuse adaptation qu'il présenta au public ses Duos moraves, qui eurent tous\nles suffrages des pays slaves et charmèrent même l'étranger. Il applique le même\nprocédé et respecte avec autant de piété les motifs, les rythmes et le caractère\noriginal du chant national dans un style plus élevé, celui de la symphonie, dans\nlequel il composa ses Danses slaves, suivies dCSonates et de Rhapsodies slaves.\n\n(1 ) Les titres et les canevas de ces compositions sont empruntés aux poésies légendaires de\nI. Erben."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "300", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.4", "texte": "ANTOINE DVORAK\n\nChantre enthousiaste de la nature, il en célèbre la majestueuse beauté dans\nses chœurs : la Sumava, Dans la Nature et le Chant solennel.\nMais où il mit le meilleur de son cœur et de son intense lyrisme, c'est dans la\nmusique sacrée. Son Hymne, son Stahat, le Chant biblique, \\e Psaume, la Messe\nde Requiem et son dernier oratorio, Sainte Loudmila, sont des compositions de\nhaute inspiration qui ne pouvaient être conçues que par l'esprit pieux d'un fer-\nvent croyant dont l'âme émue pleine d'une foi ardente, s'envole vers l'infini.\nIci il est vraiment un musicien universel, égal aux plus élevés. On a de lui\naussi force pièces de piano de réelle valeur ; mais, par rapport à sesgrandes com-\npositions, ces bluettes, si gracieuses et si bien écloses fussent-elles, ne peuvent\najouter à la réputation du maître.\nCe sont, pour la plupart, des pensées lestement esquissées qui ont trouvé leur\ndéveloppement dans des compositions plus imposantes ou des réductions de\nces dernières. Font exception cependant : le Concerto de piano (n° 33), les Lé-\ngendes, la Suite des Danses slaves et les Humoresques (n° 101).\n11 se trouve qu'il y a entre lui et le grand symphoniste français Berlioz ce trait\ncommun que chacune de ses pensées à peine éclose paraît spontanément or-\nchestrée et dramatisée, ce qui fait qu'en écoutant les compositions que Dvorak\na écrites pour piano, on a comme 1 avant-goût de leur interprétation orches-\ntrale.\nEn résumé, on peut dire que, s'étant affirmé de toutes les façons, et qu'ayant\nécrit, dans chacun des genres où il s'est essayé, des pages qui eussent suffi à\nassurer sa réputation de grand musicien, il atteint l'apogée dans la musique pure,\noù son génie, n'étant plus gêné par le verbe, peut s'élever et évoluer librement\ndans des sphères magiques de mélodies, de rythmes et d'harmonies.\nL'impartialité nous impose d'avouer qu'au cours de sa carrière de composi-\nteur il n'a pu se défendre de diverses influences du dehors. Ce furent tantôt les\nbrillants modèles de la musique classique, tantôt la vogue des œuvres de Wa-\ngner, de Liszt ou de Brahms qui influèrent dans une certaine mesure sur les\nconceptions du maître tchèque, sans avoir cependant entravé l'essor de son\nindividualité artistique.\nSur la fin de sa vie, maître de son grand talent si souple et si divers, l'esprit\nouvert aux idées modernes, il s'est appliqué à ciseler consciencieusement cha-\ncune de ses nouvelles compositions, dont il n'est pas téméraire de dire qu'elles\nse rapprochent par la simplicité des moyens et leur facture thématique des plus\nbeaux modèles classiques.\nOn y trouve à la fois la pureté et la belle ordonnance de la phrase musicale,\nla clarté et la simplicité de l'expression et l'intensité de l'expansion, qualités que\nDvorak s'est appropriées par l'étude consciencieuse des anciens maîtres et qu'il\nmet en pleine valeur grâce aux ressources que lui offre l'instrumentation mo-\nderne.\nLa tendance marquée chez Dvorak de dégager le drame du fatras de l'opéra\nd'antan et de sacrifier au culte du progrès n'est pas, comme on pourrait penser,\nune concession qu'il s'est résigné à faire au goût du jour, mais bien le résultat de\nmûres réflexions d'un artiste qui, porté par le désir de marcher toujours de l'a-\nvant, a vu s'élargir devant lui les perspectives de son art.\n\nHENRI HANTICH."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "301", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.5", "texte": "« ALCESTE », DE GLUCK, A L'OPÉRA-COMIQUE\n\n«Alceste», de Gluck, à l'Opéra-Comique.\nL. G.\nAlceste consent à mourir à la place de son mari Admète, et se voit récompensée de son dévoue-\nment par Hercule (ou Alcide), qui l'arrache aux Enfers. Ce sujet où se trouve exalté, comme dans\nFidelio, l'amour conjugal, a séduit beaucoup de compositeurs. A la suite de la tragédie lyrique\nd'Euripide, on peut citer : Alceste ou le triomphe <ïAlcide, de Lulli (Paris, 1674, livret de Qui-\nnault) ; Y Alceste de Strungk (Hambourg, 1680), celle de Schurmann (ibid., 1719), celle de Lampu-\ngnani (Londres, 1745), celle de Gluck (Vienne, 26 déc. 1767, livret de Calzabigi, traduction\nfrançaise de du Rollet, exécution à Pans le 23 janv. 1776), celle de Schweizer ( 1773, à Weimar,\nlivret de Wieland), celle de Gresnick (Londres, 1786), celle de Draghi (Vienne, 1799); YAdmeto\nde Hândel (Londres, 1727); sans parler d'une cantate dramatique de Donizetti, etc.\nAprès les belles représentations à Iphi génie en Tauride, l'Opéra-Comique\nclôt clignement sa saison par une magistrale reprise de YAlceste, de Gluck, que\nnous ne connaissions plus que par des fragments interprétés dans les concerts.\nLe succès a été considérable. On aurait pu craindre qu'après l'effet si saisis-\nsant du lerIer acte, cbune beauté si achevée, si dramatique, avec ses airs fameux :\n(( Non, ce n'est pas un sacrifice ! », « Divinités du Styx ! » .. les deux autres ne\nparaissent un peu ternes. Il n'en a rien été, et l'émotion provoquée par les pre-\nmiers accents cl'Alceste s'est soutenue jusqu'à la fin, à travers les belles scènes\nde tendresse conjugale du 2e et du 3c acte.\nLe rôle d'Alceste avait été confié à Mmo F. Litvinne. Il a été supérieurement\ntenu. L'ampleur et la beauté de sa voix, ses accents si pathétiques, ses poses\nsculpturales ont été l'objet d'une ovation continue. Avec sa voix chaude, son\nbeau style, M. Beyle, chargé du rôle d'Admète, s'est montré le digne partenaire\nde Mme Litvinne.\nDans cette lutte si émouvante qui remplit le 2e acte et se poursuit, au 3°, à la\nporte des Enfers, il a obtenu à côté d'elle le plus vif succès. M. Dufranne prê-\ntait sa voix nette, mordante, bien posée, au rôle du grand prêtre. Il a remar-\nquablement interprété la belle scène du lerIer acte : « Déjà la mort s'apprête... )) Les\nrôles d'Evandre, d'Hercule, deCaron, très bien tenus par MM. Carbonne, Allard\net Guillamat, complétaient un ensemble tout à fait remarquable.\nLa mise en scène, ce qui n'étonnera pas de la part de M. A. Carré, avait été\nparticulièrement soignée. Les différentes parties du drame, devant le palais\nd'Admète, dans le temple d'Apollon, aux portes des Enfers, se déroulent dans le\ncadre de riches décors d'un beau caractère antique.\nDe gracieuses évolutions accompagnent et soutiennent le rythme de la marche\nreligieuse du lerIer acte et, au 3e tableau, des danses grecques, heureusement re-\nconstituées, ont été particulièrement goûtées. Enfin les chœurs, dont le rôle est\nimportant dans l'œuvre de Gluck, si expressifs et si variés, avec les voix fraîches\nde leurs coryphées, ont eu leur part du succès. Citons notamment un chœur\navec accompagnement de pizzicati. L'orchestre, sous 1 habile direction de\nM. Luigini, a donné la plus juste interprétation de cette grande œuvre. On a\nvivement applaudi, avec l'Ouverture, la belle Marche religieuse et un air de\nflûte dans le ballet."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "302", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.6", "texte": "L'ENSEIGNEMENT DU CHANT ET LES MÉTHODES\n\nL'Enseignement du chant et les méthodes\n\nDans un précédent article sur le\nchant et les méthodes (1), nous\navons remarqué que la plupart des\nméthodes, anciennes et nouvelles,\ndifféraient entre elles sur les points\nessentiels de l'enseignement : res-\npiration, mise de voix, registres,\ntimbres, etc., et que, par consé-\nquent, l'enseignement manquait\nd'unité à tous les degrés de l'échelle\nmusicale, tandis que le mécanisme\nvocal était livré à une variété d'in-\nterprétation sans limites.\nOr, ce mécanisme humain a ses\nlois générales, comme tous les\nmécanismes ; et les exceptions in-\ndividuelles confirment la règle, là\ncomme ailleurs. Grâce au miroir\nmagique dont Garcia fut le propa-\ngateur, la science intervient enfin,\nnon seulement pour les médecins\ndans l'art de guérir, mais encore\npour guider les artistes dans l'art\nde nous faire oublier par leurs\naccents les tristesses de la vie. Grâce à l'observation des lois physiologiques,\nune doctrine nouvelle va surgir, fondée sur les faits ; et, chose étrange, cette\ndoctrine ne donnera lieu à aucune controverse, et ne pourra succomber que\ndevant un progrès nouveau.\nLa science vocale n'empiétera pas sur le domaine des méthodes ; elle les\ndominera : parce que la vérité s'impose, même à ceux qui refusent d'entendre.\nExaminons la première méthode officielle en France, celle du Conservatoire.\nElle date du 23 nivôse an XI de la première République et fut inspirée par le\nchanteur Bernardo Mengozzi, membre du Conservatoire, qui mourut avant l'a-\ndoption de son œuvre. Garat, Cherubini, Méhul, faisaient partie de la com-\nmission, dans la mise au point de cette méthode ; Sarrette, comme Directeur du\nConservatoire, signa son acte de naissance et la donna comme base à l'ensei-\ngnement du chant au Conservatoire, c'est-à-dire dans toute la France.\nUn fait me frappe : c'est qu'il y a plus de cent ans, une commission tra-\nvaillait à unifier les méthodes, à donner une base à l'enseignement, à réunir\nen un seul faisceau les connaissances scientifiques acquises au siècle dernier.\nL'exemple serait bon à suivre, nous l'avons trop oublié ; car la méthode du\nConservatoire n'a pas été revisée, et ses errements, naturels en l'an XI, sont\nincompréhensibles aujourd'hui.\n\n(1) Revue musicale, 15 mai 1904."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "303", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.7", "texte": "L'ENSEIGNEMENT DU CHANT ET LES MÉTHODES\n\nLa méthode du Conservatoire nous donne encore un exemple précieux en\ns'occupant, dès le début, du mécanisme vocal et de la respiration. Voici ce qu'elle\ndit de la respiration : (( On ne saurait trop recommander aux élèves de s'occu-\n(( per de la respiration ; elle est tout pour le chant. ))\nCette pensée est excellente, mais la théorie respiratoire qui la commente est\nsingulière ou pour le moins mal expliquée.\nJe cite ; (( Quand on respire pour parler ou pour renouveler simplement l'air\n(( des poumons, le premier mouvement est celui de l'aspiration ; alors le ventre\n(( se gonfle et sa partie supérieure s'avance un peu ; ensuite il s'affaisse, c'est\n« le second mouvement, celui de l'expiration : ces deux mouvements s'opèrent\n(( lentement lorsque le corps est dans son état naturel.\n(( Au contraire, dans l'action de respirer pour chanter en aspirant, il faut\n(( aplatir le ventre et le faire remonter avec promptitude en gonflant et en\n(( avançant la poitrine. ))\nDans le premier paragraphe, l'auteur nous décrit la respiration diaphragma-\ntique, qui est parfaitement applicable au chant comme à la parole ou au simple\nrenouvellement de l'air, avec des différences de rythme au second temps respira-\ntoire surtout.\nL'affaissement du ventre recommandé au second paragraphe est troublant.\nJe suppose cependant qu'il s'agit de la respiration claviculaire, qui actuellement a\npeu de défenseurs, et pour cause. Si la respiration est tout dans le chant, il serait\nbien nécessaire de fixer nettement les termes qui servent de phases aux malheu-\nreuses élèves depuis plus de cent ans.\nL'école italienne des Porpora et autres pratiquait probablement la respi-\nration diaphragmatique combinée avec le type latéral dans les grandes inspira-\ntions. Je cite encore une théorie un peu plus que vague à propos de l'émission du\nson : (( Si l'émission ne se fait pas avec promptitude, il devient guttural ; si le son\n(( est trop forcé vers la tête, il devient nasal. ))\nOn se demande avec étonnement ce que vient faire la promptitude à l'émission\ngutturale, qui dépend de causes matérielles très déterminées, et de quoi la tête se\nmêle, au lieu de laisser le voile du palais faire son office particulier quant au son\nnasal. Sur la question des registres (i), la méthode part de l'effet et néglige la\ncause; elle signale la résonance de la voix de tête ou de fausset dans les sinus\nfrontaux et les fosses nasales, mais ne donne pas le mécanisme de cette voix, ce\nqui du reste n'a rien d'étonnant à l'époque où la méthode fut composée. En fait\nde vocalisation, l'auteur ou les auteurs ne l'admettent que sur les voyelles a et e.\nSi la vocalisation est une bonne chose en elle-même, ce dont je doute, elle doit\ns'exercer sur toutes les voyelles, surtout sur les moins favorables au son pour les\nperfectionner.\nA signaler un bon chapitre à propos delà mue de la voix et de la position de\nl élève pendant les exercices de chant. Des données justes sur le coup de glotte\nqui portait alors modestement le nom de coup de gosier \\ on se contentait :\n(( d attaquer le son franc et juste, sans préparer et sans arriver à ce son par\n(( aucune traînée... le son doit être exécuté de manière à ne point faire entendre\n(( de coup de gosier. »\nVoilà qui est net, trop net peut-être. Nous emprunterons plus tard quelques\n\n(1) La méthode reconnaît 3 registres aux soprani et 2 aux autres voix."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "304", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.8", "texte": "L'ENSEIGNEMENT DU CHANT ET LES MÉTHODES\n\ndétails au Dr Mandl pour nous éclairer sur ce fameux coup de glotte dont il faut\nuser et non pas abuser. Dans 1 air de la Reine de la nuit de la Flûte enchantée de\nMozart, par exemple, il est justifié :\nIci la nécessité de jeter la note, et de 1 isoler du son qui précède et du son qui\nsuit, autorise, d'après moi, le coup de glotte qui est une fermeture plus prononcée\nde la glotte avec petite explosion d'air.\nLa méthode du Conservatoire déclare qu'il n'existe pas de règles propres à\ndéterminer 1 action des organes dans l'exécution du trille. Cependant elle proscrit\navec raison le martèlement sur la même note et avec moins de justesse l'étude\ndu trille par intervalles autres que le ton ou le demi-ton. La recommandation\nde ne remuer ni la langue, ni les lèvres, ni le menton, en exécutant le trille, a une\ncertaine importance, parce qu'elle détermine presque le lieu d'élection du trille\npar l'immobilité imposée à toutes les parties désignées ci-dessus. On conseille\négalement d'enfler et de diminuer les sons du trille. Il faudrait ajouter que cette\nprogression doit être faite en dernier lieu, puisque c'est une difficulté ajoutée à\ncelle du trille.\nLe chapitre qui traite du phrasé est juste, mais incomplet; celui qui traite de\nla prononciation, du grasseyement par exemple, laisse à désirer. L'auteur, d'autre\npart, saisit le rapport qui existe entre l'articulation et l'expression ; mais, tout en\ndésignant l'effet, il ne donne pas la raison des causes ; ce n'est pas méthodique.\nLe cantabile, que l'auteur de la méthode affectionne particulièrement et qu'il\nappelle le nec plus ultra du chant, en se plaignant que le genre en soit négligé,\ncontient d'après lui tout ce que l'on peut demander à un bon chanteur ; respi-\nration, mise de voix, exécution délicate des traits, moelleux du portamento;\nélégance, légèreté, expression. Voilà bien des qualités qui ne trouveront plus\nbeaucoup leur application, car les cantabile sont moins en vogue, mais qui pour-\nraient s'affirmer, si l'on remplaçait pour l'élève les fastidieuses vocalises par des\ncantabile de Gluck, Piccini, ou autres auteurs plus modernes. La chanson de\nVaiguille des Noces de Jeannette est un charmant cantabile. La question du\nportamento est fort bien traitée dans la méthode du Conservatoire.\nEn résumé, cette méthode manque de précision, de données positives dans la\npartie scientifique, de gradation dans certains exercices (mise de voix, trille gra-\ndués dès le début). Elle donne des règles insuffisantes sur le mécanisme des\nregistres, admet les vocalises et, ce qui aggrave la chose, sur deux voyelles seu-\nlement ; donne peu de règles pour l'expression dans ses rapports avec le méca-\nnisme musical ; en revanche, la méthode donne les conseils les plus sages à\npropos de la mue de la voix, du cantabile, du portamento et surtout à propos des\nconnaissances harmoniques et littéraires qu'un chanteur doit avoir :"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "305", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.9", "texte": "LA MUSIQUE DE DANSE AU MOYEN AGE\n\nAIR DU Mariage de Figaro DE MOZART\n\nPour bien chanter cette période, il faut se rendre compte que la conclusion est\nà la douzième mesure seulement.\nLe chanteur a donc grand intérêt à avoir des notions d'harmonie pour bien\nphraser, mais il ne doit pas user de ses connaissances pour changer le textes\nsous prétexte de fioritures.\nRemaniée, cette œuvre très honnêteet très sérieuse rendrait encore de grands\nservices. Telle qu'elle est, mêlée d'idées fausses, elle peut induire les chanteurs\nen erreur, ou les rejeter à cent ans en arrière. Il est vrai que les méthodes de\nchant sont un peu comme la Belle au bois dormant: elles se réveillent au bout\nde cent ans. plus jeunes que leurs petites-filles !\nNous aurons à examiner plus tard si la méthode des méthodes n'existe pas\nvirtuellement à notre époque, si ses feuillets épars chez cinquante bons auteurs\nne s'envolent pas au vent de l'indifférence. Chaque méthode contient ou peut\ncontenir une perle. Toutes ces perles réunies formeraient à nos chanteurs et\nsurtout à nos chanteuses le plus merveilleux collier, à condition que ce collier\nsoit enchâssé dans 1 or pur de la science et fermé par l'émeraude sans pareille de\nla vérité.\n\nALIX LENOEL-ZEVORT.\n\nLa musique de danse au moyen âge.\nUNE «ESTAMPIDA» DE RAMBAUT DE VAQUEIRAS\n\nIl y a dans notre musique française du moyen âge, encore si imparfaitement\nconnue malgré les beaux travaux de De Coussemaker, deux chapitres sur les-\nquels nous sommes, faute de documents précis, particulièrement dépourvus : la\nmusique instrumentale et la musique de danse.\nEn ce qui concerne les instruments de musique du moyen âge, nous connais-\nsons des noms, qui nous ont été conservés par les textes littéraires et dont la\nnomenclature ne laisse point d'être abondante ; nous avons dans les miniatures\ndes manuscrits, dans les parties sculptées des cathédrales et dans bien d'autres\nlieux, des représentations figurées de ces mêmes instruments. Mais il arrive sou-\nvent qu'on a quelque peine à identifier les noms avec les instruments, et quand\non y est parvenu, c'est à peu près tout le résultat que l'on puisse espérer, car\nnous ne connaissons aucun texte de musique instrumentale pour le xne et\nle xme siècle, et nous ignorons tout du timbre et de l'accord des instruments :\nbref, nous les voyons et nous ne les entendons pas."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "306", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.10", "texte": "LA MUSIQUE DE DANSE AU MOYEN AGE\n\nMême insuffisance de renseignements, même pauvreté, quand il s'agit de la\ndanse au moyen âge. Des sources indirectes nous permettent quelques aperçus\nsur ce qu'on appelle communément les caroles, terme dont l'étymologie est elle-\nmême inconnue. Pourtant on peut supposer, d'après les rares indications que\nnous fournissent des textes comme le poème de Guillaume de Dole (1), la Cour\nde Paradis, les Tournois de Chauvenci, comme les fragments lyriques con-\nservés dans les livres de Wôlf (2) et de M. A. Jeanroy (3), que les danses du\nmoyen âge devaient être une suite de mouvements lents, trois pas sans doute de\ndroite à gauche, exécutés par les danseurs qui se tiennent par la main (4). Mais\nque dansait-on ? Sur quelle musique dansait-on ? Voilà ce qu'il serait intéres-\nsant de savoir et ce que nous ne savons pas.\nPeut-être pourtant le texte que nous publions ici va-t-il nous fournir\nquelques indications. Cette chanson d'un troubadour provençal aurait peut-être\npassé sans attirer notre curiosité, si, d'aventure, elle n'avait eu une histoire, ce\nqui est rare, ce qui est même, croyons-nous, un cas unique. Le poète Rambaut de\nVaqueiras ( 1180-1207) était, au dire de ses biographes, fils d'un pauvre chevalier\ndu château de Vaqueiras (5) qui avait nom Peirol, et qui passait pour fou (6).\nAprès avoir été au service du prince d'Orange, Guillaume des Baux, sans\ndoute comme jongleur, Rambaut s'en fut à la cour de Boniface II de Montferrat,\noù, pour son malheur, il s'énamoura de la sœur du marquis, madame Béatrice,\nqui était mariée au seigneur de Savone. Elle l'aima, ils s'aimèrent d'un de ces\namours qui se traduisent en chansons pour la postérité, et tout allait au mieux\ndu monde, quand le bonheur des amants suscita l'envie des losengiers, ces mau-\nvaises langues de la littérature médiévale, qui s'en furent dire à madame Béa-\ntrice : (( Qui es aquest Raimbautz de Vaqueiras? Si tôt lo marques l'a fait cavalier,\nsapchatz que non vos es onors ni a vos ni al marques. Quel est donc ce\nRambaut de Vaqueiras ? Quoique le marquis votre frère ait fait de lui un che-\nvalier, sachez, Madame, qu'il n'est un honneur ni pour le marquis, ni pour\nvous. » Comme, au moyen âge, la discrétion était la première règle de l'amour\ncourtois, madame Béatrice crut que Rambaut s'était vanté et s'en offusqua : le\ngalant jongleur eut son congé. Alors, adieu, chansons ! adieu, belles nuits d'a-\nmour ! Rambaut est devenu taciturne et muet.\nIci, un des plus anciens manuscrits qui nous aient conservé la biographie de\nnotre poète (7) raconte l'épisode suivant. En ce temps vinrent à la cour du mar-\nquis deux jongleurs de France, qui savaient bien jouer de la viole. Et un jour,\nils jouèrent sur leurs instruments une estampida, qui plut fort au marquis, aux\n\n(1) Le Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole, publié d'après le manuscrit du Vatican, par\nG. Servois, dans la Société des anciens textes français. Paris, 1893, in\"&°-\n(2) WOLF (FERD.), Über Die Lais, Sequenzen und Leiche. Heidelberg, 1841, in-B°.\n(3) JEANROY (ALFRED), les Origines de la poésie lyrique en France au moyen âge. Paris, 1889,\nin-B°.\n(4) GASTON PARIS, les Origines de la poésie lyrique en France (art. du Journal des Savants,\n1 892).\n(5) Département de Vaucluse, arrondissement d'Orange, canton de Beaumes.\n6) Les biographies des Troubadours en langue provençale, publiées par Camille Chabaneau\n(Extrait du tome Xde Y Histoire générale du Languedoc). Toulouse, 1885, in-40. —On a con-\nservé de Rambaut de Vaqueiras environ trente cinq pièces lyriques de genres variés et trois\népîtres au marquis de Montferrat. Cf. pour la bibliographie, l'appendice à la publication de\nChabaneau.\n(7) Ms. P. de l'éd. Chabaneau. Bibl. Laurentienne Pluteus XLI, n° 42, à Florence.\nxive siècle"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "307", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.11", "texte": "LA MUSIQUE DE DANSE AU MOYEN AGE\n\nchevaliers et aux dames. Et sire Rambaut en manifesta si peu de joie que le mar-\nquis s'en aperçut. « Eh quoi ! seigneur Rambaut, lui dit-il, que ne chantez-vous,\nque n'êtes-vous plus joyeux, quand voici un bel air de viole et près de vous aussi\nbelle dame que ma sœur, qui vous tient à son service et est bien la plus valeu-\nreuse femme qui soit au monde? ))— Sur quoi Rambaut répondit qu il n'en\nferait rien. Le marquis, qui savait la chose, dit à sa sœur: « Madame Béatrice,\npar amour pour moi et pour tout l'entourage, vous plaise prier Rambaut qu'au\nnom de votre amour et de votre grâce, il ait à chanter et à retrouver sa gaité\nd'antan ! »\nEt madame Béatrice fut d'assez grande courtoisie et générosité pour prier\nRambaut de prendre reconfort et pour l'amour d'elle de montrer un visage\nmoins soucieux et de faire une nouvelle chanson. C'est alors que Rambaut,\npour la raison que vous venez d'ouïr, fit une estampida en ces termes, don Raim-\nbaut\\ per aquesta razon que vos avetz ausit, fetz la stampida que dis aisi :\nKalenda Maia,\nNi flor de faia,\nNi cant d'ausell...\nEt le biographe ajoute : (( Cette estampida fut faite sur l'air de Y estampida que\nles jongleurs avaient jouée sur leurs violes, aquesta 'stampida fo facha a las notas\ndelà Istampida queljoglar fasion en las violas (i). »\nVoilà donc 1 histoire : ce qu il faut retenir au point de vue musicologique,\nc'est que les paroles de la pièce Kalenda maia furent composées par Rambaut\nde Vaqueiras pour être adaptées sur une mélodie instrumentale.\nOn sait que les mélodies des troubadours nous ont été conservées en moins\ngrand nombre que celles des trouvères. Par bonheur, la mélodie de la chanson\nKalenda niaia est parvenue jusqu'à nous dans un chansonnier provençal de la\nBibliothèque Nationale de Paris (2). Nous la publions ici avec un texte critique\nde cette pièce, d'après l'édition qui en a été donnée par M. Appel dans sa Chres-\ntomathie provençale (3), et une traduction française,— car cette pièce est peu\nclaire, que nous devons à l obligeance de M. Jeanroy, professeur à la Faculté\ndes Lettres de Toulouse.\n\nTEXTE MUSICAL\n\n(1) CHABANEAU, op. cit., VI, 3, p. 87.\n(2) BibL Nat., franç. 22543, fol. 62.\n(3) APPEL, Chrestomathie provençale, p. 89, Leipzig, 1895, in B°."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "308", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.12", "texte": "LA MUSIQUE DE DANSE AU MOYEN AGE\n\nTRANSCRIPTION EN NOTATION MODERNE\n\nTEXTE PROVENÇAL\nI\nKalenda maya\nNi fuelhs de faya\nNi chanz d'auzelh ni flors de glaya\nNon es quem playa,\nPros domna guaya,\nTro qu'un ysnelh messatgier aya\nDel vostre belh cors, quem retraya\nPlazer novelh qu'Amors m'atraya,\nE jaya\nEm traya\nVas vos, domna veraya ;\nE chaya\nDe playa\nL'gelos, ans quem n'estraya.\n\nTRADUCTION DES PAROLES\nI\nNi le premier jour de mai, ni la [première]\nfeuille du hêtre, ni les chants des oiseaux, ni la\nfleur du glaïeul ne peuvent me réjouir, dame\nnoble et belle, tant que je ne verrai pas arriver\nun messager rapide, venu de votre part, m'ap-\nportant des nouvelles réconfortantes pour mon\namour, tant que je n'aurai pas été prosterné à\nvos pieds et que je n'aurai pas vu, avant de\nvous quitter, le jaloux tomber, foudroyé par la\ncolère."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "309", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.13", "texte": "LA MUSIQUE DE DANSE AU MOYEN AGE\n\nII\nMa belh' amia,\nPer Dieu no sia\nQue jal gelos de mon dan ria ;\nQue carvendria\nSa gelozia\nSi aitals dos amans partia ;\nQu'ieu ja joyos mais no séria\nNi joys ses vos pro nom tenria ;\nTal via\nFaria\nQu'om ja mais nom veiria.\nSelh dia\nMorria,\nDonna pros, qu'ieus perdria.\nIII\nQuo m'er perduda\nNi m'er renduda\nDona, s'enans non l'ai aguda ?\nQue drutz ni druda\nNon es per cuda ;\nMas quant amans en drut se muda,\nL'onors es grans queylh n'es creguda.\nEl belh semblans fai far tal bruda ;\nQue nuda\nTenguda\nNous ai ni d'als vencuda ;\nVolguda\nCrezuda\nVos ai ses autr' ajuda.\nIV\nTart m'esjauzira\nPus jam partira,\nBelhs Cavaliers, de vos ab ira ;\nQu'alhor nos vira\nMos cors, nim tira\nMes deziriers. qu'aïs non dezira ;\nQu'a lausengiers sai qu'abelhira,\nDonna, qu'estiers non lurgarira.\nTais vira\nSentira\nMos dans, quils vos grazira,\nQueus mira,\nConsira\nCuidans, don cors sospira.\nV\nDona grazida,\nQuecx lauz'e crida\nVostravalor qu es abelhida ;\nE quieus oblida,\nPauc li val vida.\nPer qu'ieus azor, domn' eyssernida !\nQuar per gensor vos ai chausida,\nE per melhor de pretz complida.\nBlandida\nServida\nGenses qil'Erecx Enida.\nBastida\nFenida,\nN'Engles, ai 1 estampida.\n\nII\nMa belle amie, veuille Dieu ne pas permettre\nque le jaloux se réjouisse de mon dommage ;\nsa jalousie pourrait lui coûter cher (?) si elle\nréussissait à séparer deux amants comme vous\net moi. Jamais plus je ne connaîtrais la joie ;\ndu moins aucune joie, sans vous, ne me serait\ndouce : je m'éloignerais, nul ne me verrait\nplus ; ou plutôt, noble dame, je mourrais ce\njour là même où je vous aurais perdue.\nIII\nMais comment pourrais-je perdre, comment\npourrais-je recouvrer une dame, qui n'aurait\njamais été mienne ? Ce n'est pas en imagination\nque l'on peut être amant et amante ; quand un\namoureux conquiert ce titre, c'est pour lui\ngrand honneur. La gracieuse façon dont vous\nm accueillîtes a pu faire croire que je l'avais\nmérité...; mais il n'en est rien : je vous ai cher-\nchée et voulue, sans jamais obtenir votre\ngrâce.\nIV\nNon, mon Beau Chevalier, je ne pourrais plus\nme réjouir, si le désespoir venait à me séparer\nde vous. Mon cœur ne forme pas d'autres vœux,\nne nourrit aucun autre désir. Cela, je le sais,\nplairait fort aux médisants ; ils seraient alors\nau comble de la joie. Tel, voyant ma perte, vous\nen saurait un gré infini, tel, dis-je, qui a l'ou-\ntrecuidance de porter les yeux sur vous, ce\ndont soupire mon cœur.\nV\nDame illustre, chacun célèbre et fait retentir\nvos mérites, reconnus de tous; que lui sert-il\nde vivre à celui qui vous ignore ? Et pourquoi\nsuis-je moi-même en adoration devant vous ?\nC est parce que j'ai reconnu en vous la plus\nnoble, la meilleure de toutes les femmes, ô\ndame adorée et servie de moi mieux que ne le\nfut Enide par Erec. J'ai construit, j'ai termi-\nné, sire Englès, mon estampida !"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "310", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.14", "texte": "LA MUSIQUE DE DANSE AU MOYEN AGE\n\nUn commentaire de cette estampida serait certes d'un haut intérêt: il faudrait\nmontrer combien est conforme à la tradition l'inspiration du poète, qui inscrit en\ntête de sa composition le souvenir de la kalenda maia et associe une fois de plus\nl'amour et le printemps. Pourtant cette digression vers les fêtes de mai et leur\ninfluence sur la poésie lyrique nous entraînerait fort loin, et nous devons, encore\nqu'à regret, négliger le côté littéraire.\nDe même, nous serons bref relativement à la mélodie de cette chanson, très\nmoderne quant à la tonalité et visiblement dégagée de toute influence ecclésias-\ntique. On remarquera que nous avons traduit la 4e note, le la de la syllabe ma\nde maya, et à la ligne suivante le même la sur pla dtplaya, par deux notes la-sol\ndans le rythme J : c'est que dans le manuscrit ily a uneplique, et momenta-\nnément nous manquons de signes typographiques pour reproduire cette valeur,\nque nous nous contentons dans la transcription de rendre par sa résolution.\nAjoutons qu'une transcription de cette estampida a déjà été proposée parM. An-\ntonio Restori (1) d'après le manuscrit R. dont nous nous sommes servi nous-\nmême. Nous ignorons sur quels principes M. Restori a fait ce travail de trans-\ncription, où il est bien difficile de reconnaître l'original. Qu'on en juge d'après\nle début !\nLes principes mensuralistes sont perpétuellement violés. Pourquoi cette dis-\ntinction en \\ et en J de la longa perfecta de l'original qui veut toujours une valeur\nternaire, soit J., soit J. ? Pourquoi traduire la plique par une petite note, alors\nqu'au dire des théoriciens ce signe se résout en deux sons dans le rapport de %\n| -f- ~ } Pourquoi le rythme essentiellement binaire que la musique mesu-\nrée des trouvères ignore formellement ? Ajoutons que le texte donné par\nM. Restori est également défectueux.\nMais il y a mieux à dire.\nComme Yestampida de Rambaut de Vaqueiras est la plus ancienne pièce qui\nnous soit parvenue à laquelle cette désignation ait été attachée, on pourrait\ncroire, sur la foi de l'anecdote que nous avons rapportée, que ce genre lyrique a\nété importé par les jongleurs du Nord dans la poésie provençale. Pourtant dans\nson travail sur les derniers troubadours de la Provence (2), M. Paul Meyer est\nd'un sentiment différent et pense qu'au même titre que le sirventés et la ballade\nY estampida est d'origine provençale.\n11 est vrai déjà que, chronologiquement, la pièce de Rambaut est plus ancienne\nqu'aucune des estampies françaises que nous connaissions : aussi nous pouvons\npenser que le jongleur, entendant à la cour de Boniface de Montferrat le rythme\nallègre et décidé que les joueurs de viole exécutaient sur leurs instruments, a\nété porté à l'assimiler au rythme de Y estampida, qu'il avait familier.\n\n(1) A. RESTORI, Perla storia musicale dei Trovatori provenzali, dans la Rivista musicale italiana,\nvol. 11, fasc. I, 1895.\n(2) PAUL MEYER, les Derniers 1 roubadours de la Provence, dans la Bibl. de l'Ecole des Chartes,\n6e série, V."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "311", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.15", "texte": "LA MUSIQUE DE DANSE AU MOYEN AGE\n\nEt de fait, le genre est bien originairement propre àla poésie provençale, car\nnous en avons la définition dans le traité didactique des Leys d!Amors : encaras\nhavem estampida et aqaesta a respieg cilcunas veiq quant al so d? esturmens, et adonx\nd'aquesta no curam. Et alcnnas vetz a respieg no tant solamen al so, ans oha al dic-\ntât qu om fa d?amors o de lauqors, a la maniera de vers ede chanso (1).\nC'est donc primitivement une composition musicale et aussi un genre de\npoésie qui a pour objet l'amour ou les louanges d'une dame : l'appellation de la\npièce lyrique a donc passé de la composition musicale aux paroles.\nDisons encore que si, au début du xme siècle, les genres à forme fixe n'ont\npoint encore apparu dans la lyrique française, Y estampida a pourtant des carac-\ntéristiques qui la différencient des autres types de la poésie courtoise. Il nous\nsemble en effet que si la symétrie des strophes n'a rien qui soit propre à l'es-\ncomme le croit M. Paul Meyer, en revanche la longueur de la strophe\net la brièveté du vers sont bien les caractéristiques du genre.\nIl en résulte une netteté de rythme qui nous donne à penser que la musique\nqui s'attache à cette forme poétique pourrait convenir aux mouvements de\ndanse, tels que le moyen âge les a compris. Le mot lui-même, estampida, est le\nparticipe d'un ancien verbe estamper ou estampir, frapper du pied.\nOr, nous voyons assez bien la mélodie que nous proposons comme traduction\ndu texte ancien accompagner une danse, où les danseurs, se tenant par la main\net formant une ronde, tantôt avancent de trois pas allant de droite à gauche, tan-\ntôt se balancent sur place, et toujours en marquant d'un appel de pied le temps\naccentué, comme aujourd'hui encore dans la bourrée et dans le rigaudon. L'al-\nternance de rythmes binaires et ternaires n'a d'ailleurs rien qui doive sur-\nprendre, et, si le présent peut servir à éclairer le passé, nous rappellerons que,\ndans son curieux recueil de Chansons populaires du Vivarais (2), Vincent d'lndy\nparle de bourrées montagnardes à 3/8 affectant parfois des rythmes assez spé-\nciaux à 6/8 + 2/8 et cite bon nombre de rondes (Dans la Cour du palais, n° 64 ;\nAu jardin de mon père, n° 65 ; Naoutra tçatfa faï treis ieous, n° 66, etc.) où les 3/4\nalternent avec les 2/4.\nL'estampida serait donc primitivement une danse où le temps accentué serait\nmarqué d'un appel du pied sur le sol frappé par tous les danseurs, et cette carac-\ntéristique aurait donné son nom à la danse.\nPeut-être l'étymologie que nous offrons de ce mot est-elle, en ce qui\nconcerne le sens, une hypothèse de songe-creux, que la philologie ne retiendra\njamais (3). Nous croyons pourtant qu'elle aura eu le mérite de faire mettre au\njour une mélodie charmante dont les philologues ne se fussent jamais avisés.\nC'est une revanche sans amertume.\n\nPIERRE AUBRY.\n\n(1) Leys dyAmors, I, 350, publiés par Gatien Arnoult dans les Monuments de la littérature\nromane. Paris et Toulouse, 3 vol. in-B°, s. d.\n(2) Vincent d'lndy, Chansons populaires du Vivaraisy op. 52.— Paris, Durand, in-B%'s. d.\n(3) Pourtant Diez, Etym. Wort., p. 576, la propose déjà. Id. Kœrting, 20 id. n° 904 (Germa-\nnique-Stampon : Stampfen)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "312", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.16", "texte": "LE CHANT DANS LES ÉGLISES\n\nLe Chant dans les églises\n\n(i).\nSAINT-FRANÇOIS-XAVIER. Malgré l'heure un peu matinale, neuf heures,\nla grande nef est pleine ; à gauche, dans le transept, il me semble apercevoir un\ngroupe d'hommes et d'enfants sur une sorte de large balcon. La tribune de\nSaint-Gervais serait-elle ressuscitée ?\nA mon grand étonnement j'entends chanter, pour la première fois depuis\nlongtemps, l'antienne Vidi aquam, allègrement, joyeusement, d'une allure\nsouple et cadencée (version de Solesmes).\nAutre surprise : le Kyrie, puis le Gloria, sont chantés à cappella.\nLe graduel, Y offertoire et même le Credo du 5e ton, sont dits avec grâce et\nlégèreté.\nLa polyphonie reparaît avec le même charme au San dus et à VAgnus Dei. Il\nn'y a pas à s'y tromper : le hasard me fait entendre une messe de Palestrina.\nTous les détails de l'office sont soignés ; les plus simples répons sont dits avec\naccompagnement de faux-bourdons. L'orgue, dont le rôle est un peu effacé,\nest bien tenu, sans prétention ni complication inutiles\nA vêpres, mêmes observations générales que le matin. Je remarque, en avant\nde la tribune, une belle tête de chanteur dont la voix de baryton emplit la nef.\nIl lit, hélas ! avec ses doigts, le texte du psaume sur le psautier en relief des\naveugles. Je dois noter spécialement : un très intéressant Magnificat en\nforme de canon, un peu flottant par instants ; de délicieuses Antiennes à la Vierge\net un très beau Tu es Petrus, large et bien construit.\nLes voix des enfants avaient une tendance à détonner, dans le Regina cœli.\nIl est vrai qu'il est bien difficile d'obtenir d'eux une justesse soutenue. Mais le\ntimbre de ces voix est d'une pureté admirable.\nEn résumé, on fait d excellente musique à l'église Saint-François-Xavier et\nc'est peut-être une des causes de l'affluence des fidèles aux offices.\nLA MADELEINE. Une église sans clocher, sans cloches, installée dans un\ntemple grec érigé à la gloire des soldats de la Grande Armée, offre un cadre bien\npeu en rapport avec la musique religieuse. Bien plus, je remarque au\nmaître autel deux candélabres électriques. On éteint cette clarté, peut-être\nintempestivement, pendant le sermon. Nous sommes loin du temps où les\npremiers chrétiens estimaient que le fruit des abeilles chastes pouvait seul,\nen se consumant devant l'autel, symboliser leur humble prière! Mais\npassons.\nAprès un introït assez bien dit, on nous a donné une messe de Mozart, qui,\nsans doute, a peu contribué à la gloire du Maître. Au Kyrie, les diverses voix\nsemblent lancer alternativement des pointes vers les notes élevées. Cet artifice\ndonne au chant quelque chose de hérissé, sans lui apporter de chaleur. Le\nGloria a des soli inexpressifs et contournés. Seul VAgnus Dei est assez simple et\nd'un bon sentiment religieux.\nLes parties de la messe où le plain-chant a été employé ont été bien dites\npar la maîtrise, sauf le Credo de la Messe royale, chanté mollement et sans\n\n(1) Suite. Voir la Revue du lERIER juin"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "313", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.17", "texte": "LES CONCERTS\nR. M.\n25\n\naccent. Inutile de dire que pour ce Credo, pourtant bien connu, pas une voix,\npas un souffle ne s'est fait entendre dans l'assistance.\nA l'élévation, on nous a donné un Panis angelicus : non pas celui de Franck,\nmais celui de M. Théodore Dubois.\nQuelques essais d'accompagnenient en faux-bourdon ont agrémenté ies\nvêpres, convenablement chantées.\nUn O salutaris, aussi de Mozart, laisse une assez bonne impression de reli-\ngiosité.\nJ'ai éprouvé un vif plaisir en écoutant un Tantum ergo simple et expressif,\nd'un maître de chapelle de la Madeleine, mort aujourd'hui, M. Cherion.\nJ'aimerais plus de fermeté et de précision dans le dessin des morceaux que\nl'orgue a exécutés seul. Toutefois, il faut louer l'organiste de ne pas verser dans\nle bruyant et le compliqué.\nLa Maîtrise de la Madeleine est composée de bons éléments, et, quand elle\nvoudra suivre l'édition liturgique de Solesmeset choisir mieux ses morceaux, on\naura plaisir à y entendre les offices, malgré les imperfections de l'édifice où\nils se déroulent.\n\nCONSTANT ZAKONE.\n\nConcerts et Conférences.\n\nSALONS MUSICAUX.\n\n.—Les concerts public s\nse font rares, mais Ton fait encore d'excel-\nlente musique, dans le privé. Le 30 mai,\ndans les salons de Mme Marie Cornélius,\non écoutait des mélodies de Borodine,\nBalakirev et Moussorgsky, chantées par\nMlle deKikina, qui est une artiste au sens\nvrai du mot, et M. J.-G. Cornélius, dont\nla voix de basse est magnifique. Je crois\nbien que les Russes sont aujourd'hui les\nmaîtres du lied ; Debussy seul peut leur\nêtre comparé. Ces belles mélodies,ardentes\nou rêveuses, ou douces « à fendre l'âme », ont fait grande impression. Le\nprogramme était complété par de charmantes fantaisies de Balakirev, Liadov,\nArensky, C. Cui, pour piano (M. Éd. Bernard) ou pour piano et violon (M. Zeitlin),\nqui valent un grand succès aux jeunes artistes. J'avais, en une courte causerie,\nessayé de dire le charme et la puissance de cet art russe si jeune, riche en même\ntemps de tout le passé de la race ; rien ne m'a été plus au coeur que 1 approbation\nde quelques Russes, qui se trouvaient mes auditeurs : on craint toujours de\nmal comprendre l'âme d'une nation étrangère; mais me voilà bien encouragé!\nLe 4 juin, chez M. Pierre Aubry, règne la musique française : c est le 5e et le\n6e concerto de Leclair, joués par M. Debroux avec tant d ampleur et de sûreté!\nŒuvres solides, d'ailleurs, et très mélodiques, très bien venues, qu il faut faire,\nconnaître. Et le lendemain je me retrouvais enfin dans ce salon deMmc la prin-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "314", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.18", "texte": "LES CONCERTS\n\ncesse de Cystria, où fonsaitsi bien se taire pour écouter. Allle Lanrezac est bien\némouvante dans la Marguerite de Schubert, et détaille avec un beau style le Lied\nmaritime de d'lndy. M. Bernard et M. Zeitlin jouent de jolies pièces russes,\nentre autres les Mirlitons, de Tchaïkovsky, tandis que la pluie commence à\ntomber sur le jardin muet. Ce sont là de précieux instants.\n\nL. L.\n\nCERCLE DE L'ÉPATANT. - 2 et 5 juin.\nM. F.\n— Le festival qu'au mois de juin de\nchaque année le cercle de l'Epatant offre à ses membres est toujours une mani-\nfestation d'un haut goût artistique. Il était cette année consacré à l'intégrale\naudition d'Obéron, avec adjonction des importants et d'ailleurs très heureux\nrécitatifs composés par Wulner, directeur du Conservatoire de Cologne, pour\nremplacer le dialogue parlé qui, dans le texte original, sépare les différents mor-\nceaux de la partition: c'était la première fois qu'on donnait en France l'œuvre\nde Weber sous cette forme exclusivement lyrique, et l'exécution en fut de tous\npoints remarquable.\nLe rôle de Rézia avait été confié à MUe Borgho. Très redoutable, ce rôle qui\nveut une interprète unissant les qualités de la Falcon à celles d'une chanteuse\nlégère; la jeune étoile sut brillamment triompher de ses multiples difficultés, et\nl'on ne peut trop admirer la pureté, la souplesse, le charme exquis de sa voix,\nla perfection de son style. Les autres rôles étaient excellemment tenus par\nMme Carrère, délicieuse dans le personnage de Fatime, Mlle Royer, MM Laffitte,\nPlamandon et Delvoye. M. C. Chevillard c'est tout dire tenait le bâton\ndirecteur. Le pittoresque des décors, le luxe harmonieux des costumes, les effets\nd'éclairage, les détails de la mise en scène soigneusement étudiés et minutieuse-\nment réglés, tout contribua à faire de ces deux représentations une véritable\nfête d'art.\n\nLA SOURDINE.\n\n— Connaissez-vous la Sourdine ? C'est sous cette appellation —\npeu bruyante que se réunissent périodiquement les quartettistes Lederer, de\nBruyne, Michaux et Liégeois. Les séances ont lieu dans une salle fort coquette,\n38, rue des Mathurins, et l'on n'y est admis que sur invitation personnelle. —Le\ndernier concert était donné avec le concours du Quatuor vocal de Paris, composé\nde Mmes Vila, Mayrand, MM. Nansen et Reder. La fusion des deux quatuors\nse fit dans le Chant élégiaque de Beethoven. Soutenu par la belle voix de basse de\nM. A. Brody, le Quatuor vocal devenu quintette exécuta le quintette de\nCosi fan tutti, dont la grâce souveraine condensée en une page savoureuse fut\ntellement appréciée que le morceau dut être bissé. Un autre quintette de Mozart\ncordes et clarinette plus connu, celui-1à..., fut l'occasion d'un triomphe\npour M. Lefebvre. La séance comprenait des œuvres de musique de chambre de\nM. Ch. René, correctement écrites et diversement intéressantes ; un lied : le\nVent, fort bien chanté par M. Reder, vaut d'être signalé. Schumann et Schubert\ncomplétaient le programme."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "315", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.19", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nM. ADALBERT MERCIER. —Le 3 juin, àla salle du Journal, très intéressant et\nbrillant concert réunissant une élite de jeunes maîtres, et dont le programme\navait seulement le défaut d'être trop long : Mlle Zielinska (harpe), M. Morel\n(violon), MM. Puvans et Grisard (flûte), M. Villard (trompette), M. Auguste\nBernard, M. Petit, Mlle Duchêne (chant), s'y sont fait entendre, sans compter\nMM. Garry et Siblot, de la Comédie-Française, le chansonnier Marcel Legay,\nM. Doua, de l'Eldorado, M. Maillefert, du théâtre Sarah Bernhardt, etc. etc...\nJ'ai fort goûté « pour Athènes )), scène grecque, en vers, de Jean Ferval, avec\nmusique de scène de M. Adalbert Mercier ; et, de ce dernier encore, deux\npièces délicates, d'un sentiment très personnel et d'une jolie couleur :\nPar les chemins et l'Heure blanche. —M. Adalbert Mercier est un compositeur\ntrès jeune et de sérieux avenir. Il a du sentiment, de l'élégance, du goût et du\ncharme. La romance sur le mendiant aveugle de Richepin {J'ai pu d'yeux... un\np'titsou ! etc...) est très bonne, comme expression sentimentale, mais ne rend\npeut-être pas assez le réalisme du poème. Il faudrait que la musique donnât\nl'impression, comme le texte littéraire, d'une mélodie absolument exempte de\nformule. Mais l'excès contraire est si commun aujourd hui, que cette concep-\ntion ne me déplaît pas. Honneur aux jeunes compositeurs qui, comme M. Mer-\ncier, respectent la musique en la cultivant, et dédaignent l'étrangeté pour arriver\nau succès.\n\nJ. C.\n\nCHANT ARMÉNIEN. Le 9 juin, à la Bodinière, fort intéressante conférence de\nM. Proff Kalfaïan sur le rôle musical du peuple arménien. Nous y reviendrons.\n\nPublications nouvelles.\n\nTI-I. DUBOIS : Trio pour piano, violon et\nvioloncelle. Paris, Ileugel.\nM. Th. Dubois a enrichi notre musique\nde chambre d'une œuvre agréable, inté-\nressante, et que l'absence de toute em-\nphase, l'élégance de l'écriture et la so-\nbriété du style rendent fort distinguée.\nCombien l'on apprécie la supériorité du\ngoût français, lorsqu'on joue une pareille\nœuvre après les productions de la mu-\nsique allemande moderne, les trios de\nBrahms, ceux de Schumann (Georg) ou\nde Franck (Richard) ! Ici point d'emphase, point de sentimentalité vaine, un\nandante discret, un scherzo charmant, un premier mouvement dont la conclu-\nsion en pianissimo repose de certaines péroraisons à grand orchestre ; point"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "316", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.20", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nd'outrance, point de bravade ; le ton de la bonne compagnie, qui n'exclut pas\nl'émotion, loin de là, mais ne l'affiche pas. Ce trio est à recommander à tous\nles bons amateurs.\n\nFRANÇOIS COUPERIN:\nL. L.\n: Pièces de clavecin, transcrites par Louis Diémer. Livre 11.\nParis, Durand et fils.\nCe second recueil va du 6e au 12e Ordre : on sait que Couperin désigne ainsi\nces ensembles de morceaux qui chez ses contemporains portent généralement\nle nom de Suite. Et ce ne sont pas des Suites en effet, puisque le plus souvent\nnous n'y trouvons pas d'airs de danse (Sarabandes, Gavottes, Gigues, etc.),\nmais des morceaux de caractère, lointains ancêtres de nos poèmes sympho-\nniques. Les titres sont exquis : les Moissonneurs, les Bergeries, le Bavolet\nflottant, les Bagatelles... La musique ne l'est pas moins, tour à tour gracieu-\nsement tendre ou d'un enjouement délicat. Les Fastes de la grande et ancienne\nMcnestrandise sont une petite merveille d'esprit, et c'est un charme que les\nCharmes, et les Barricades mystérieuses sont d'une douceur enveloppante qui n'a\npoint d'égale. Les agréments ont été transcrits en notation moderne, ce qui\nsupprime bien des difficultés d'interprétation.\n\nHENRI MARÉCHAL: Rome, Souvenirs d'un musicien. Paris, Hachette et Cie.\n\nDans ce charmant volume que présente au public, en une exquise préface,\nM. Jules Claretie, M. Henri Maréchal, le compositeur si aimé du public, nous\nraconte ses souvenirs de jeunesse. Voici d'abord quel était, en 1866, l'état\ngénéral d'esprit des élèves qui occupaient, au Conservatoire, les quatre classes\nde composition :\nEn ces bruyantes agapes qui nous réunissaient tous les mois, les maîtres étaient vertement trai-\ntés ! Haydn, Mozart ? D'assommantes perruques ! Auber ? Un simple farceur ! Méhul, Hérold,\nHalévy r Quantités négligeables ! Berlioz r Un fou ! Mendelssohn ? Un pâle rêveur, au fond !\nBeethoven r lieu, Heu!... bien vieillot!., les quatuors cependant et la neuvième symphonie avaient\ndroit à quelque indulgence! Mais Schumann, en revanche, avait les honneur du : « Oh ! Oh ! » et\nmême du « Ah !Ah ! »en forme de superlatif ! Enfin, les malins qui commençaient à découvrir\nWagner en racontaient de si rares merveilles à ceux qui n'en connaissaient presque rien, que tout\nle monde finissait par tomber d'accord sur le ramage de l'oiseau rare !\nEh bien ! lorsque je me reporte à cette époque de discussions violentes, d'où semblait devoir\njaillir tant de lumière, je ne puis m'empêcher de songer que, sur ces trente-deux gladiateurs achar-\nnés, nous ne sommes guère plus de trois ou quatre ayant pu réussir à nouer quelques relations\navec le public ; nous nous rappelons le nom de quelques autres ; quant au reste, nous ne savons\nmême pas ce qu'il est devenu !\nM. Maréchal, qui récolte aujourd'hui après avoir pioché et semé son champ,\nraconte avec beaucoup d'humour les terribles épreuves du concours pour le\nprix de Rome :\n..... A la fin du vingt-troisième jour, j'avais terminé ma besogne ; j'employai une bonne partie\ndu suivant à la relire, et le soir même j'étais libre, mais ahuri de musique et littéralement sur-\nmené par ce régime de trois semaines à l'allure d'un travail journalier de 18 à 19 heures.\nC'est ici que commence un supplice oublié par les Chinois sur leur palette déjà riche! L'aspi-\nrant Romain doit, en quinze ou vingt jours qui le séparent du concours, chercher et même trou-\nver trois chanteurs de bonne volonté ayant assez de dévouement pour apprendre, répéter et venir\nchanter devant le jury une partition dont la durée est à peu près celle d'un acte d'opéra. Il faut"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "317", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.21", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nfrapper à vingt portes avant de réunir ce trio. Il y a d'abord les refus bien nets, ce sont les meil-\nleurs; puis il y a les « oui » conditionnels, ce sont les pires. Celui-ci demande une semaine, pour\nvoir si le rôle est dans sa voix ; cet autre est sous l'influence d'un rhume qui le fatigue encore; un\ntroisième s'attend à être père vers la date fixée et ne peut répondre de rien. On n'en finirait pas si\nl'on voulait énumérer toutes les raisons opposées à la demande du malheureux, qui tombe dans\nla vie de tous ces gens comme une pierre dans une mare! Il faut une patience, une diplomatie,\nune résignation dont on n'a pas l'idée quand on n'a pas passé par là ! Sans compter que les\ntranses se renouvellent chaque jour, et qu'au dernier moment le rôle est décidément trop haut,\nle rhume trop tenace, et l'héritier imminent ! Il faut alors tout recommencer avec de nouveaux\nchanteurs, froissés qu'on n'ait pas songé à eux d'abord... Horrible ! horrible ! horrible !\nEh bien, malgré cela, on s'en tire comme on se tire de tout, avec de la santé d'abord, du tra-\nvail et de la volonté ensuite.\nEnfin, après cent efforts, le matin du concours j'étais prêt à la lutte et me sentais bien défendu\npar trois excellents chanteurs que je tiens à remercier encore à cette place : c'était le ténor Bos-\nquin avec le baryton Caron, tous deux de l'Opéra ;et Mlle Daniele, de l'Opéra-Comique, qui a\nsans doute quitté le théâtre peu après, car je n'en ai jamais entendu reparler.\nC'était le 5 juillet. Il est des dates qu'on n'oublie jamais !\nPendant que défilaient le n° 1 et le n° 2, nous attendions, mes chanteurs et moi, dans le salon\ndu directeur, et nous ne causions guère ! Et ce sont de ces jours où l'on a la joue droite en feu,\net la joue gauche gelée ; où l'on répond aux gens à la manière des sourds, avec les dents serrées\net sans pouvoir maîtriser un tremblement nerveux qui vous secoue du haut en bas en vous apla-\ntissant la poitrine.\nLa porte s'ouvre.\n(( Le numéro 3 ?\nPrésent. »\nEt nous voilà introduits dans la salle du petit théâtre. Autour de la table en fer à cheval, le\njury toujours impassible ; sur la scène trois chaises pour les chanteurs ; derrière eux, un grand\npiano à queue.\nLa voix du président :\n« Commencez ! »\nUne dernière palpitation, et le premier accord tombe sur le clavier.\nUne fois l'exécution en cours, l'émotion semble s'évanouir. On se sent en eau profonde ; il\ns'agit de ne pas couler : aussi est-ce avec une lucidité parfaite qu'on surveille la moindre défail-\nlance des trois combattants. Ceux-ci sont un peu désorientés au début, car, malgré tous leurs\nefforts, le jury n'est pas comme le public habituel ; son devoir est de rester impénétrable et si-\nlencieux.\nCependant, avec cette sorte de divination qui résulte de l'ensemble des facultés tendues vers\nun même point, il est encore possible de discerner si le courant magnétique qui s'établit entre la\nscène et la table est favorable ou non.\nTout s'achève dans le même silence, et le n° 3 disparaît pour faire place au n° 4.\nEnfin, après trois bonnes heures, tout était terminé, et le jury, resté seul, délibéra. Quelques\nminutes étaient à peine écoulées, que la porte de la salle se rouvrit, et l'huissier m'appela.\nC'est un des plus jolis coups de poing dans l'estomac que j'aie reçus de ma vie !\nTrébuchant, avec des jambes en coton, dans l'impossibilité absolue d'articuler un son, je fus\nintroduit de nouveau dans la salle 011 nos juges étaient debout et, pour la première fois, avec\ndes visages souriants.\nAuber, président, se tenait au milieu d'eux et me dit en me tendant la main :\n« Monsieur, le jury vous a décerné le grand prix de Rome. »\nDeux sources jaillirent de mes yeux pendant que toutes les mains cherchaient les miennes.\nTout le volume est écrit de style sobre, alerte, coloré, très littéraire.\n\nJ.\n\nHEINRICH RIETSCH,\n\nprofesseur à l'Université allemande de Prague : Die\ndeutsche Liedzveise. Gr. in-8° de xi-256 p., chez Cari Fromme, Vienne et\nLeipzig, 1904.\nA la fois musicien et esthéticien, compositeur et philologue, M. H. Rietsch\npublie un excellent livre où l'étude du Lied allemand, surtout au xixe siècle,\ntient une grande place, mais où se trouvent réunies une multitude d'obser-\nvations intéressantes sur la musique vocale, savante ou populaire, de toutes\nles époques. Toutes les parties du sujet (rythme, mélodie, rapport de 1 air"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "318", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.22", "texte": "INFORMATIONS\n\net des paroles, etc...) sont traitées avec ampleur : Tinctoris est cité en même\ntemps que P. Corneille ; et dans le copieux appendice bibliographique (un peu\nincomplet, d'ailleurs) figurent des ouvrages spéciaux comme celui de Grosse\nsur les Commencements de Y art... C'est assez dire le grand profit qu'on peut\ntrouver à pareille lecture. Les citations musicales et les documents artistiques y\nsont très nombreux. Le principal consiste en extraits d'un manuscrit de Sterzing\n(Tyrol), xivc siècle, où se mêlent des notations de genres divers, qui ne sont pas\nde la même main. M. Rietsch aurait augmenté la valeur de son livre, en nous\ndonnant le fac-similé phototypique de quelques pages de ce manuscrit et une\ntraduction du texte musical en notes modernes.\nOUVRAGES REÇUS.\nJ .-Pu. RAMEAU : AZVS, tirés des Indes Galantes. Paris, Durand et fils.\nA. CHAPUIS : Hymne pour une fête de V enseignement. Paris, Durand et fils.\nCLAUDE DEBUSSY: Trois chansons de France. Paris, Durand et fils.\nCLAUDE DEBUSSY : Le Printemps, suite symphonique. Paris, Durand et fils.\n\nJ. C.\n\nActes officiels et Informations.\n\nLES DÉCORATIONS MUSICALES DU 14 JUILLET. — Quels sont les musiciens\nqui vont voir rougir leur boutonnière? Telle est la question qu'on nous\npose et à laquelle nous ne pouvons répondre que par des espérances et\ndes vœux personnels. Ceux qui sont dignes d'entrer dans la Légion d'hon-\nneur ne manquent pas. Pour nous en tenir à Paris, nous citerons (dans le\ndésordre alphabétique) : MM. Henry Expert, l'auteur de si belles publications\nsur (( les Maîtres musiciens de la Renaissance française »; M. Arthur Coquard,\ncompositeur, écrivain et conférencier de grand talent ; M. Ganne, auteur de\nplusieurs œuvres populaires ; M. Gédalge, prix de Rome ; M. Leborne, musi-\ncien de haute valeur ; M. Malherbe, archiviste de l'Opéra ; quelques autres\nencore dont le nom viendrait spontanément sous la plume ! Et il y a, en outre,\nen province, bien des musiciens éminents ayant rendu à l'art musical de\ntrès brillants services. Et c'est à peine, hélas ! si deux noms de musiciens,\ntrois au plus, figureront sur la liste du 14 juillet! C'est trop peu ; les peintres,\nstatuaires et sculpteurs sont vraiment mieux partagés.\n\nNANCY. — Un concours aura lieu, le jeudi 30 juin 1904, à Nancy, pour l'obten-\ntion d'une place de professeur de violon à l'Ecole de musique, succursale du\nConservatoire national.\nLes demandes des candidats seront reçues au Secrétariat de la Mairie de\nNancy jusqu'au samedi 18 juin inclus. Ils devront justifier de leur nationalité\nfrançaise au moment de leur entrée en fonctions."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "319", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\nLes conditions du concours sont les suivantes :\ni° Morceau imposé : musique classique (Concerto de Beethoven, ier morceau) ;\nmusique moderne (Sonate de César Franck) ;\n2° Morceau au choix ;\n3° Leçon technique de violon donnée à un élève de l'école.\nLe professeur prendra son service à la succursale du Conservatoire et au\nthéâtre municipal à la rentrée d'octobre. Il recevra un traitement de 1.200 francs\ncomme professeur, plus un traitement de 1.200 francs comme chef de pupitre au\nthéâtre municipal, et une indemnité variable pour les concerts populaires.\nLes professeurs de l'Ecole de musique, succursale du Conservatoire à Nancy,\nsont nommés par le préfet de Meurthe-et-Moselle, sur une liste de présentation\ndressée parle maire.\n\nARRAS. —M. Théodore Dubois, directeur du Conservatoire national, a accepté\nla présidence du Congrès des Sociétés musicales françaises et étrangères qui\ns'est ouvert à Arras, le 5 juin courant, à l'occasion de l'Exposition du Nord de\nla France.\n\nCONCOURS DE MUSIQUE. Par arrêté du 26 mai, une médaille d'argent, grand\nmodule, est accordée, pour être décernée comme prix du Ministère de l'lnstruction\npublique et des Beaux-Arts, au concours de musique organisé à Créteil (Somme)\npour le 19 juin courant.\nPar arrêté du 30 mai, une médaille d'argent, grand module, est également\naccordée, pour être décernée au concours musical organisé à Gaillac (Tarn) pour\nles 26 et 27 juin.\n\nROUEN.\nGEO. MONTREUIL.\nDernièrement, le 26 mai, a été donnée en l'église Saint-Godard\nune audition de musique religieuse, organisée par M. Petiau, violoncelle solo du\nthéâtre des Arts, au profit des blessés russes. La Société chorale l'« Accord par-\nfait », que dirige avec tant de zèle M. Albert Dupré, prêtait son concours à ce con-\ncert. J'avais déjà entendu cette Société interpréter, l'année dernière, la Passion\nselon saint Jean de Bach, et je me souviens avoir goûté alors la vaillance et la\ncorrection dont elle avait fait preuve ; rarement les amateurs interprètent les\nchefs-d'œuvre avec un aussi bon style. Cette année, 1 (( Accord parfait )) m a sem-\nblé être encore en progrès. C'est en effet avec plus de cohésion que furent chantés\ndeux chœurs du Messie, le choral final de la Passion selon saint Jean et les trois\nchœurs d'Elie, l'oratorio de Mendelssohn.\nM. Vinche, notre ancienne basse noble du théâtre des Arts, dont la voix est tou-\njours aussi belle et aussi ample, se fît entendre dans l'O salutaris de Mozart et\nun Ave Maria de Dens.\nEnfin un orchestre dirigé par M. l'abbé Delaman, maître de chapelle de la\nMadeleine de Rouen, joua très correctement l'Andante de la 2U Symphonie de\nSvendsen et la Marche solennelle pour orgue et orchestre de Georges Sporck,\nd'une instrumentation toujours riche et intéressante."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "320", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040615-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nBRUXELLES. —Il vient de se fonder à Bruxelles, par l'initiative et sous la di-\nrection de MM. Charles BORDES, fondateur delà Schola Cantornm de Paris, et\nVictor VREULS, compositeur de musique, une Société de musique ancienne en\nconcert sous le titre de LA CAMÉRA, pour l'exécution de cantates de chapibre, de\ndivertissements pour divers instruments, chansons anciennes, concertos, musi-\nque vocale avec ou sans symphonie. La Caméra donnera 4 concerts d'abonne-\nment pendant l'hiver, et dès maintenant un concert d'inauguration aura lieu le\n30 juin prochain et sera consacré uniquement aux œuvres de Bach, dont on exé-\ncutera la curieuse cantate sur l'abus du café, première exécution, croyons-nous,\nà Bruxelles.\nPour tous renseignements s'adresser à la maison BREITKOPF et HAERTEL, 45,\nMontagne de la Cour, à Bruxelles."}]}