{"numero_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_sha256": "c1509a79b347b17d20e03c88b4ac0656e47b9cfa249052cd2fae13ac5038a4d1", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1904/07/15_01/bmtnabj_1904-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1904/07/15_01/bmtnabj_1904-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "345", "page_fin": "347", "image_debut": 1, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.1", "titre_corps": "THÉODORE DUBOIS", "titre_sommaire": "THÉODORE DUBOIS", "signature_source": "J. 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Dans sa jeunesse, avant la série des grandes compositions, il ob-\ntint successivement : au Conservatoire, le premier prix d'harmonie (1856); le\npremier prix d'orgue (1859}, le premier prix de fugue et de contrepoint (1857) ;\nenfin le premier grand prix de Rome en 1859. Organiste aux Invalides (1855), à\nSainte-Clotilde (1858), à la Madeleine (1869-1896), professeur d'harmonie et de\ncomposition, puis directeur du Conservatoire comme successeur d'A. Thomas,\nmembre de l'lnstitut, il a parcouru jusqu'au bout, escorté par l'estime de tous, le\ncursus honorum le plus complet et le plus justifié. Comme professeur, il est unique\nparle savoir, la compétence et le goût. (( Nous l'appelions, nous disait Francis\nPlanté il y a quelque temps, l'arbitre des cas difficiles en matière d harmonie ».\nComme compositeur, Th. Dubois a beaucoup produit; son œuvre, de très solide\nvaleur et de caractère très français, n'a pas l'audace agressive et l'esprit para-\ndoxal qui trop souvent, aux yeux de la foule, passent pour un signe de supério-\nrité ; mais elle retient l'attention du critique impartial par son élégance et son\ncharme, sa variété, sa pureté de style et de sentiment, en un mot, par un ensemble\nde qualités qui la placent dans la. ligne et comme dans la perspective des meil-\nleures traditions de notre génie national II ne faut pas oublier qu'au théâtre\nTh. Dubois a été un précurseur, tout comme les Bruneau et les Charpentier, en\ndonnant Xaviere (opéra comique, 1895), œuvre excellente, où les idées abondent\ncomme les oiseaux dans les grands arbres, et à laquelle je ne reprocherai préci-\nsément qu un peu de surabondance mélodique, c est-à-dire un excès de richesse.\nDans sa musique religieuse et symphonique, dans sa musique de chambre (plus\nde 200 pièces !), Th. Dubois s'est sans doute montré un peu inégal, comme tous\nceux qui produisent beaucoup, mais 011 a de lui des compositions classées, et qui\nresteront. Ses Etudes Virgiliennes sont dignes de l'eurythmie et de la netteté\nantiques. Dans son dernier trio, il y a des pages que Mendelssohn et même\nSchumann auraient pu signer. Je connais de lui un Canon pour flûte, hautbois\net piano, qui est la perfection dans la grâce simple et le sentiment juste ..\nDans un livre célèbre *sur la Vie du langage, l'Américain Withney dit que\nl'état d'une langue, à un moment quelconque de son évolution, est caractérisé\npar une sorte d'équilibre entre les forces révolutionnaires et les forces conserva-\ntrices. Il en est de même pour l'art musical et pour la langue musicale. L'équi-\nlibre est nécessaire. A côté de ceux qui ont l'ambition très légitime de tout chan-\nger, et qui veulent faire du 100 à l'heure, comme les chauffeurs dans des voies"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "347", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.3", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1121, "texte": "inexplorées, il faut qu'il y ait des maîtres qui maintiennent la tradition. Il faut\nqu'il y ait un Conservatoire, au milieu de ceux qui voudraient ne rien conserver;\net à sa tête, il faut un sage comme Théodore Dubois. Gardez-vous de croire\ncependant que le Directeur de notre grande Ecole nationale soit le défenseur in-\ntransigeant d'un art chauvin et suranné : nul n'est plus ouvert que lui aux idées\nnouvelles, quand elles sont bonnes; nul ne juge avec plus de sympathie les\nœuvres originales et sincères. Au reste, tous les « révolutionnaires ))du jour sont\nd'anciens élèves du Conservatoire, lequel, à l'occasion, sait renouveler son ensei-\ngnement comme la couleur de ses murs.\nAdministrateur, Théodore Dubois remplit avec une correction et un tact par-\nfait des fonctions très difficiles. C'est, comme disent les Anglais, The right mari\nin the right place. Il n'y a pas un de ses collaborateurs qui ne rende hommage à\nson esprit de justice et à sa droiture ; il est par surcroît, très bienveillant, ce qui\naugmente le respect et 1 affection de tous ceux qui l'entourent.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "345", "page_fin": "345", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.1.1", "titre_corps": "Th. DUBOIS", "titre_sommaire": "Th. DUBOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "345", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.1", "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 79, "texte": "Th. 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CONRAT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "347", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.3", "debut_caractere": 1123, "fin_caractere_exclue": 3243, "texte": "La musique à Paris il y a cent ans,\nd'après les «Lettres confidentielles» de J.-F. Reichardt.\nUN MUSICIEN OUBLIÉ: LES «LIEDER» DE REICHARDT. — REICHARDTET GOETHE. - ANNÉES\nDE VOYAGE. — REICHARDT A PARIS. — GOSSEC, CHERUBINI, LES ERARD,\nMONSIGNY, GRÉTRY. - REPRÉSENTATIONS DES OPÉRAS DE GLUCK: NOURRIT.\n\nParmi les noms de ceux qui, au siècle dernier, tinrent une place glorieuse dans\nl'histoire de l'art allemand, se distingue celui de Jean-Frédéric Reichardt. Ce fut\nun des meilleurs d'entre les virtuoses et les compositeurs de son temps ; écrivain\nloyal, habile et fort instruit, d'une culture étendue, il était doué d'un sens très\nfin pour les arts, pour les lettres, enfin pour tout ce qui peut favoriser la vie de\nsociété. Mais son nom était presque inconnu à notre époque ; la génération\nactuelle, agitée, toujours en quête de nouveau, l'avait oublié, quand, à l'occasion\nde son cent cinquantième anniversaire, il y a à peu près un an et demi (il est né\nle 25 novembre 1752 à Kœnigsberg, en Prusse), quelques articles de journaux\nattirèrent en passant l'attention sur lui. Nous allons nous servir ici d'une de ses\nœuvres littéraires (1) pour nous représenter 1 état du théâtre et de la musique il\ny a tout juste cent ans : mais nous donnerons auparavant une esquisse rapide de\nla vie et du caractère de l'auteur.\nLa vie très agitée de cet homme, qui se trouva en contact avec toutes les gran-\ndes personnalités de son temps, qui voyagea beaucoup et eut toujours à souffrir\nde la calomnie, est aussi intéressante qu instructive. De condition modeste —•\nc'était le fils d'un « musicien de ville » qui des bords du Rhin était allé s établir\nau nord-ouest de l'Allemagne, on le destinait à faire des études de droit ; mais\nil montra dès sa jeunesse des dispositions extraordinaires pour la musique ; ses\nproductions furent vite remarquées, et ce chercheur entreprenant et ambitieux\narriva aux places les plus élevées et les plus en vue. 11 acquit comme chel cl or-\n\n(i) J F. Reichardt s Vertraute Briefe aus Paris, geschrieben in denjahren 1802 und 1803\nHamburg, 1804, chez 8.-G. Hoffmann, 3 parties. 1320 pages in-B°."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "348", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.4", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3804, "texte": "chestre et comme compositeur une influence prépondérante ainsi qu'une très\ngrande renommée. Mais son caractère impatient et violent, il était quelque\npeu porté à s'exagérer son mérite, ses paroles vives et indiscrètes surtout, ses\njugements cassants et sans retenue sur les hommes et les choses, quels qu'ils fus-\nsent, lui créèrent de tous les côtés des adversaires exaspérés, finirent par lui\nfaire perdre une place qui lui rapportait, avec l'honneur, de bons appointements,\net le forcèrent à quitter prématurément une carrière où il aurait pu rendre encore\nde grands services. Mais ori a beau juger Reichardt aussi durement qu'il est pos-\nsible, il faut reconnaître que c'était un musicien plein de culture et d'instruction ,\nqui chercha toujours à faire mieux, un novateur même en beaucoup de choses,\nun homme d'honneur et un patriote au meilleur sens du terme. Il se peut que la\nnature lui ait refusé le génie, et qu'il nous apparaisse plutôt comme un talent\nréfléchi ; mais, tout en empruntant et en imitant, il ne tomba jamais dans une\nimitation servile. Ses grandes œuvres (opéras, symphonies, oratorios, etc. ) prou-\nvent une complète possession des moyens, une facture artistique ; on est frappé\net quelquefois même surpris de la façon dont ce musicien distingué sait rendre\nmusicalement des caractères ou peindre des tableaux grandioses et simples ;\nmais c'est en vain qu'on y cherchera beaucoup d'imagination et d'invention, et\nl'on tombe plus souvent qu'on ne le voudrait sur un pathétique qui sonne creux.\nIl ne réussit jamais à dépasser ses grands modèles, Graun et surtout G/zzc/q ni\nmême à les atteindre ou à en approcher ; mais, en un autre sens, c'est un des rares\nmusiciens à qui les tentatives les plus difficiles réussissent le mieux. Je veux dire\npar là la composition d'un simple lied et surtout la mise en musique des poésies\nde Goethe. Reichardt c'était un des traits les plus caractéristiques de son carac-\ntère— aimait et recherchait la fréquentation d'hommes célèbres et de person-\nnages haut placés ; mais plus que par tout autre, il se sentait attiré par Goethe, et\ncet homme, plein du sentiment très vif de sa propre valeur, s'inclinait pourtant\ndevant la grandeur et la puissance du plus riche et du plus universel des poètes.\n11 a écrit pour plusieurs centaines de poésies de Goethe des mélodies charmantes ;\nil y a mis toute sa force, et l'on voit avec quel amour il y a travaillé. Et si plusieurs\nmusiciensde génie comme Beethoven, Schubert, Mendelssohn se sont attaqués de\npréférence à des poésies de Gœthe, s'ils ont réussi mieux que lui des pièces iso-\nlées, il n'en est pas un qui ait compris le génie de ce poète avec plus de profon-\ndeur chaleureuse et plus d'enthousiasme ; et personne n'a rendu musicalement\nun plus grand nombre de ses pièces et les plus variées. Mais la personne\nmême de Gœthe l'attirait autant que son œuvre, et bientôt l'amitié la plus\nadmirable pour celui-ci, qui était à peu près du même âge que Reichardt, rem-\nplaça dans son cœur son ardent enthousiasme. Gœthe, dit-il, a bien mérité de\ntous les arts, mais surtout de la musique. Et l'on trouve dans ses écrits des\npréceptes excellents qui stimulent, guident, élèvent et forment un artiste à tous\nles moments de sa vie, de l'heure de 1 initiation à celle de la mort.\nL'Olympien Gœthe accepta les hommages de Reichardt avec l'amabilité encou-\nrageante qui lui était propre. Il était au comble de ses vœux : il avait ainsi sous\nla main un compositeur de bonne volonté, dont les lieder contribueraient à ré-\npandre ses œuvres. Nous savons la façon digne et amicale dont il acceptait hom-\nmages et sacrifices ; mais il lui arrivait aussi, sans aucun autre motif, de tourner\nle dos à un ami, s'il s'apercevait qu'il n'avait plus aucun profit à tirer de sa"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "349", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.5", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "collaboration ou de ses études. Les lettres qu'il échangeait avec Reicharclt\ntémoignent des bonnes relations qu'il y eut entre ces deux hommes jusqu'au début\nde 1796 ; mais elles se relâchèrent bientôt, sans que la poésie ou la musique y\naient en rien contribué. Son entrée dans la vie politique, ses idées nettement\ndémocratiques, l'amitié qu'il portait à plusieurs des chefs de la révolution, enfin\nla conduite de son beau-fils, qui fit scandale il avait secrètement quitté Berlin\npour Paris, où il se joignit aux tentatives révolutionnaires les plus violentes,\nle séparèrent peu à peu de Goethe, exaspéré au point de ne plus pouvoir entendre\nses lieder mis en musique par Reichardt. Le passage suivant des Annales\ncaractérise leurs relations et nous apprend ce que Goethe pensait sur son\ncompte ;\n(( J'étais en bonne intelligence avec Reichardt, bien qu'il fût importun, par con-\n(( sidération pour son remarquable talent. Il fut le premier à s'appliquer sérieu-\n(( sement et avec suite à mettre mes poésies lyriques en musique et à les\n« répandre ainsi dans le public ; il est d'ailleurs dans mon tempérament de sup-\n(( porter, par reconnaissance, des hommes incommodes, tant qu'ils ne sont pas\n(( trop encombrants quitte ensuite à rompre brusquement toutes relations.\n(( Reichardt s'était mis impétueusement et furieusement du côté des révolu-\n« tionnaires ; mais moi, considérant les suites terribles et qu'on ne pourrait\n(( arrêter d'un état de choses violemment dissous, voyant aussi une pareille agi-\n(( tation naître secrètement dans mon pays, je m'en tins au régime existant, que\n(( j'avais contribué toute ma vie, consciemment et inconsciemment, à améliorer\n(( et à diriger dans la voie de la sagesse et de la raison, et je ne pouvais ni ne\n(f voulais dissimuler mon sentiment. ))\nC'est avec intention que j'ai étudié avec quelque détail les relations de Reichardt\navec le plus grand d'entre les plus grands, car elles me semblent caractériser\nl'homme. Plein d'esprit, adroit, richement doué, trop richement peut-être, il semble\nqu'il lui manque le talent d'exercer une profession déterminée. Son caractère\nétait impatient ; il s'occupait de tout sans se tenir à rien, sans aller jusqu'au\nbout dans la voie choisie ; il vieillissait et faisait toujours des tentatives nouvelles.\nMusicien, écrivain, esthéticien, homme politique ardent, portraitiste habile, com-\npositeur et chef d'orchestre, il fut partout remarquable, mais ne réussit nulle part\nà atteindre un résultat parfait ou à connaître le repos dans une situation agréable.\nEt toujours nous le voyons errer parle monde, toujours dans 1 incertitude. Mais\nces courses vagabondes ont eu pour la postérité des résultats magnifiques. Les\nlettres de son voyage à Vienne (1808-1809) et à Paris (1802-1803) sont des\nsources inappréciables pour qui veut connaître la vie des villes capitales à cette\népoque ; et non pas seulement au point de vue politique. Cet homme du Nord,\ndont le caractère ardent, emporté et violent n'avait rien de la froideur et de\nla tranquillité de sa ville natale, qu'on se plaît à appeler (( la ville de la raison\npure )), aimait les voyages ; il avait cette passion dans le sang. Dès sa jeunesse,\nnous le voyons (1771-1774) parcourir l'Allemagne sans but précis, simplement\npour étudier le pays et les habitants, car à cette époque il ne suivit que très irré-\ngulièrement les cours des universités de Leipzig et de Berlin ; mais vers l'âge de\nvingt-trois ans. en 1775, il réussit à obtenir la place de maître de chapelle à la\ncour de Frédéric le Grand. Il s'acquitta de ses fonctions avec circonspection et\nhabileté, non sans trouver de la résistance chez les anciens membres du théâtre,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.6", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3878, "texte": "qui s'efforcèrent d'accumuler les obstacles sur la route d'un jeune chef d'orchestre\npar trop zélé. Mais il était infatigable dans ses innovations et ses réformes ;\nc'est alors qu'il fonda les « Concerts spirituels )) pour l'audition d'oeuvres nou-\nvelles, introduisant dans les programmes l'analyse des morceaux exécutés. En\n1782 il fait un court voyage en Italie, il obtient un congé et passe l'année 1785\nà Londres et à Paris. L'Opéra lui commande deux pièces : Tamerlan et\nPanthèe. Il revint à Paris, Tamerlan achevé, en 1786, mais la mort du roi le\nforce à retourner à Berlin, et la représentation n'a pas lieu. Sous le gouverne-\nment du nouveau roi, Frédéric-Guillaume 11, amateur éclairé et bon violoncel-\nliste, la vie musicale se développe et prend une activité nouvelle à la ville comme\nà la cour ; l'orchestre est renforcé, Reichardt envoyé en Italie pour engager de\nnouveaux artistes pour l'Opéra, etc. Mais ses ennemis il en comptait un assez\ngrand nombre profitèrent de ses sympathies pour la Révolution française et\nen firent des armes contre lui; sa position devint intenable ; on lui accorda un\ncongé de trois ans qu'il passa en Angleterre, en France et en Suède. De retour\nà Berlin en 1794, il est congédié pour avoir publié une brochure où il exposait\nses idées révolutionnaires. Le voilà encore en voyage ; mais il se fixe bientôt à\nAltona (près de Hambourg), où il publie un journal politique, la France. Ce-\npendant, les esprits étant mieux disposés envers lui, on songe à pourvoir cet\nhomme de mérite et on lui donne la place d'inspecteur des salines à Halle. A\nla mort du roi en 1797, il reparaît à Berlin sous son successeur Frédéric-Guil-\nlaume 111, le mari de la reine Louise, et reprend son activité musicale publique.\nL'occupation française (1806) le chasse vers la frontière est, à Kœnigsberg ; mais\nJérôme Napoléon l'oblige à partir, sous peine de conhscation de sa fortune et de\nses biens, et l'envoie à Cassel en qualité de chef d'orchestre. Il avait là de bril-\nlants appointements; il y trouva un bon orchestre et des artistes excellents, un\nopéra français, italien et allemand, enfin un ballet composé des plus jolies dan-\nseuses, et parmi elles Taglioni. Un grand nombre d'amateurs distingués s'étaient\nalors donné rendez-vous dans cette ville,résidence royale où l'on vivait gaiement\ndans 1 ivresse de fêtes continuelles. Mais cet homme sévère, que la destinée\nn'avait pas épargné et qui souffrait de voir la honte de sa patrie, tombée sous le\njoug de l'étranger, faisait triste figure au carnaval de Cassel. Son caractère vio-\nlent et emporté lui faisait prendre tout le monde à partie ; de l'autre côté, on ne\nmanquait pas de lui chercher chicane, et on finit par lui accorder un congé pour\naller à Vienne recruter des chanteurs pour une troupe d'opéra bouffe qu'on vou-\nlait fonder. Il y vécut de 1808 à 1809, et s'efforça d'y faire représenter un de ses\nopéras, mais en vain. Il se retira en TBIO dans sa propriété de Giebichenstein\nprès de Halle, où il mourut le 30 mai 1814, à l'âge de 62 ans, occupé jusqu'à ses\nderniers jours de projets de compositions patriotiques.\nCette esquisse rapide de la vie de Reichardt montre qu'on pourrait lui appli-\nquer à bon droit la parole que la tradition prête à Dieu, maudissant Caïn, meur-\ntrier de son frère : (( Tu seras vagabond et fugitif sur la terre» (Genes., iv, 12).\nMais ce n'était pas pour lui une bien grande douleur d'être forcé de résider si\nsouvent à l'étranger ; et ses écrits nous montrent plutôt que c'était un besoin de\nsa nature agitée de vivre ainsi sans foyer. Il n'en faut pourtant pas conclure qu'il\nfut malheureux en ménage ; il se maria deux fois, eut une nombreuse famille et\nune maison où l'on pratiquait une hospitalité cordiale. Mais il sentait l'oppres-\nsion d'en haut et du dehors, et le manque d'indépendance pesait à cet homme,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "351", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.7", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3675, "texte": "qui aurait pu dire avec le marquis de Posa, dans le Don Carlos de Schiller : (( Je\nne puis pas être le serviteur des rois. )) C est ainsi que nous le voyons toujours\nde bonne humeur en voyage, et d'une réceptivité qui étonne. Dans son désir\npresque insatiable de joindre 1 utile à l'agréable, c est-à-dire de s amuser royale-\nment tout en rassemblant des documents pour son livre, il nous rappelle le baron\nsuédois dont évidemment il a pris la devise : (( Je veux m'en fourrer jusque-là ! »\npendant les cinq mois de son séjour à Paris (novembre 1802-avril 1803).\nIl lui fallait quelques jours pour présenter ses lettres de recommandation et\nchercher de vieux amis *, dès le premier soir il va en soirée chez 1 ambas-\nsadeur de Prusse, le marquis de Luchescui, où se réunissait tout ce que Paris\ncomptait de notoriétés, de notabilités et de beautés. Tout le corps diplomatique\nétait là. Il est surtout intéressé par le vieux et puissant ministre Fox, qui joue\nau whist avec quelques ambassadeurs, jusqu'au matin. (( Le haut de son visage\nest intelligent et puissant, une forêt de sourcils noirs ombrage des yeux ardents\net profonds ; mais le bas de sa figure est large, épais, et prouve la plus grande\nsensualité ; la bouche pourtant a quelque chose d'agréable et de prenant. »\nLes théâtres attirent particulièrement Reichardt. (( Dès le premier jour, j ai\ncommencé à mettre en pratique mon projet d'aller chaque soir au théâtre. Dès\nles quatre premiers jours j ai été aux P rançais, à 1 Opéi a, à 1 Opéra Italien et au\nVaudeville; je n'ai vu nulle part des pièces spécialement intéressantes et je ne\npourrais partant pas en conter quelque chose de bien réjouissant. )) Mais quel-\nques jours plus tard il entend Semiramide à l'Opéra. Il écrit : (( La musique de\nCatel, un jeune homme encore élève au Conservatoire de Paris, prouve de bonnes\nintentions ; quelques parties de détail sont réussies ; mais dans l'ensemble,\nc'est une œuvre faible, pleine de réminiscences de Gluck et Sacchini. » Ces allé-\ngations méritent d'être corrigées. Catel (Charles-Simon) est né en 1773 ot était\npar conséquent, lorsque Reichardt écrit ces lignes, un homme de trente ans , au\nsurplus il était déjà, depuis 1799, nonpasélève, mais professeur auConservatoire.\nC'était un des musiciens français les plus instruits ; son 71 aité d Haï moine est\nune œuvre remarquable, et l'auteur, qui écrivit beaucoup pour le théâtre, sans\nréussir à s'affirmer vraiment, devait à son honnêteté et à son bon caractère une\nrenommée excellente.\nOn a toujours le sentiment, quand on s occupe de Reichardt, qu on a affaire\nà un homme du monde. 11 a les manières les plus distinguées, non pas\nseulement à l'extérieur, comme un dandy, mais comme un homme qui a\ntoujours fréquenté les plus hautes sphères de la société. Je connais bien peu de\nmusiciens je n'entends parler ici que du temps passé qui àce point de\nvue puissent lui être comparés avantageusement. La réunion dans une même\npersonne de l'aristocratie des manières et d un sentiment démocratique a quel-\nque chose d'unique. Il a fait trop de visites d'introduction, et les nombreuses\nvisites qu'il reçoit lui ravissent un temps précieux à Paris plus encore\nqu'ailleurs. « Les dîners où je suis prié ne commencent jamais avant, et au\nplus tôt à six heures, mais souvent après sept. La plupart du temps trop d in\\i-\n— c'est incommode, —et l'on manque la moitié du spectacle ce qui est\ntrès désagréable. )) Il regrette que sa position ne lui permette pas de retenir une\nloge, car il trouve gênant de prendre à huit ou neuf heures une place pour une\npièce qui a commencé à sept. Mais il reste conséquent avec lui-même ! « Mon"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.8", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3580, "texte": "intention reste toujours cTaller chaque soir au moins à un théâtre, ne serait-ce\nqu'au petit. ))\nOn lui rend ses visites : les musiciens d'abord. Paisiello, qu'il a vu pour la\npremière fois à Naples, il y a douze ans. Il a maintenant tout juste soixante ans.\nmais paraît moins, grâce a sa belle prestance et à sa tournure virile. L'embon-\npoint donne à sa haute taille quelque chose de colossal qui ne trahit, non plus\nque ses yeux noirs pleins de feu et son épaisse chevelure brune, le compositeur-\nagréable, charmant et gracieux qu'il est. « Il y a seulement un an que le pre-\nmier consul l'a fait venir de Naples pour composer ici un grand opéra français.\nIl a trois mille livres d'appointements par mois, logement, service et équipage ;\nil compose et dirige la messe privée du consul. Il s'occupe de la composition\nd'un vieux poème de Quinault, Proserpine. Maintenant apparaît un autre\nvieil ami de Reichardt, Gossec (1), un petit homme de soixante dix-ans, dodu,\naimable et blond, comme il le dépeint. Il est toujours, comme autrefois,\naffectueux et plein de cœur. Inspecteur au Conservatoire de musique, remplis-\nsant ses fonctions avec zèle, il fondait des espérances sur plusieurs jeunes gens\nde talent qui y étudiaient alors. Cherubini ne se fit pas attendre non plus.\nReichardt se souvient encore du premier jour où il l'a vu ; c'était dix-sept ans au-\nparavant, en 1788 ; il arrivait à Paris pour s'y établir définitivement. C'était au\nConcert spirituel et à l'excellent Concert d*amateurs, à la Loge olympique, où le\nFlorentin, âgé alorsde vingt-huit ans, entendait pour la première une symphonie\nde Haydn. Il était là tout étonné et enchanté, pâle et comme pétrifié, incapable\nde dire un mot. Ce moment admirable aeu sur son goût et sur son style une\ninfluence décisive. Il fut alors le premier compositeur italien qui sacrifia les voix\nà 1 accompagnement orchestral ; et il est encore le premier et le seul de ses\ncompatriotes a avoir produit certains effets d'orchestre spéciaux et à avoir créé\nun genre artistique qui lui appartient en propre. Mais quel effort pour\naller contre ses dispositions aimables pour le chant abandonné à la libre\nfantaisie, et marcher sur un autre chemin au pas de Haydn ! Son visage en\nporte la trace. Ce n'est plus la jeunesse fraîche, aimable et enjouée qui me sur-\nprit si agréablement autrefois; il a l'air faible, maladif et mélancolique. Cela ne\nl'enlaidit pas, mais le rend plutôt intéressant. L'injustice et 1 ingratitude avec\nlesquelles on traite ici cet artiste si rare y ont certainement contribué. Depuis\nqu'il est à Paris, il n a pas encore réussi à faire jouer une de ses œuvres à\n1 Opéra. Toutes ces jolies choses que nous admirons en Allemagne, il les a\nfaites pour le petit Théâtre Feydeau. C'est aussi le cas de Méhul, inspecteur et\nprofesseur au Conservatoire de musique, comme Cherubini. Cet établissement\ncommence à fournir à l'Opéra des voix un peu meilleures. Mais vraiment, s'il n'y\navait pas un avantage pécuniaire important à faire représenter un grand opéra\navec succès, je m'étonnerais que ces hommes puissent avoir seulement la pensée\nde composer pour ces criardes. Car les vieilles ne se laissent pas enlever les\npremiers rôles, et il faut qu'un mot d'en haut ce fut le cas pour Paisiello\nvienne leur faire lâcher prise.» Reichardt ne nous dit pas que l'antipathie person-\nnelle de Napoléon pour Cherubini était ce qui faisait surtout du tort à ce musi-\n\n(i) Mozart le dépeint dans une lettre à son pere datée du 5 avril 1778 : « C'est un très bon\nami et un homme sec »."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.9", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "cien. Leur première rencontre avait eu quelque chose de désagréable. Lors-\nqu'en 1797 le général Bonaparte était revenu d'ltalie, il fut reçu triomphale-\nment par la capitale, qui fêtait ainsi la fin glorieuse cle la campagne d'ltalie. Le\nConservatoire lui aussi voulut célébrer le jeune héros, et, sur sa demande, on\nexécuta une composition médiocre de Paisiello, une marche triomphale. Les\ninspecteurs du Conservatoire profitèrent de la présence du général-héros pour\nfaire entendre deux œuvres de Cherubini, une cantate et une marche funèbre\ndédiée à la mémoire du général Hoche. Soit que Bonaparte fût mécontent qu'on\nait, sans lui rien demander, allongé le programme, soit qu'iln'ait pas goûté qu'on\ncélébrât en même temps que lui un autre héros, il était de mauvaise humeur.\nAprès le concert il s'approcha de Cherubini, ne lui dit pas un mot de ses œuvres\nqui venaient d'être exécutées, et se contenta d'élever aux nues Paisiello et Zin-\ngarelli, qu'il déclarait les plus grands musiciens de l'époque. A quoi Cherubini\nne put s'empêcher derépliquer : « Passeencore pour Paisiello, mais Zingarelli ! »\nAprès l'attentat du 3 nivôse, le premier consul reçut aux Tuileries des députa\"\ntions de tous les corps constitués et des administrations d'établissements\npublics. Le Conservatoire envoya la sienne. Cherubini s'y trouvait avec les\nautres inspecteurs de cette école ; mais il se tenait caché derrière ses collègues\npour échapper à une autre entrevue qu'il savait ne pouvoir lui être agréable.\n« Je ne vois pas M. Cherubini », dit le premier consul, affectant de prononcer ce\nnom à la française ; l'artiste fut obligé de se montrer ; mais il ne dit pas un mot.\nQuelques jours après, il reçut une invitation à dîner. Après le repas, Napoléon,\nmarchant à grands pas dans le salon, entama avec Cherubini, qui le suivait du\nmieux qu'il pouvait, une conversation sur la musique, dans laquelle il passait\nalternativement de la langue italienne à la langue française. Le premier consul\nrevint encore sur sa préférence pour la musique de Paisiello et de Zingarelli.\nPoussé à bout par le grand artiste, il s'écria tout à coup : « Je vous dis que j'aime\nbeaucoup la musique de Paisiello ; elle est douce et tranquille. Vous avez beau-\ncoup de talent, mais vos accompagnements sont trop forts. Citoyen consul,\nje me suis conformé au goût des Français. Votre musique fait trop de bruit :\nparlez-moi de celle de Paisiello ; c'est celle-là qui me berce doucement. J'en-\ntends, répliqua le compositeur, vous aimez la musique qui ne vous empêche\npas de songer aux affaires de l'Etat. Cette réponse spirituelle fit froncer\nle sourcil du maître, qui n'aimait pas ces libertés de langage : il ne la par-\ndonna jamais.\nL'établissement des frères Erard fit grande impression sur notre voyageur,\nL'établissement occupe de grandes maisons dans un des plus beaux quartiers de\nParis. Tout ce qui entre dans la fabrication de ces instruments, jusqu'aux orne-\nments, est fait et travaillé dans la maison même. Il n'y a pas seulement là un\natelier pour la fabrication proprement dite de l'instrument, oû menuisiers, ser-\nruriers, ouvriers en acier trouvent une installation confortable ; mais bronzeurs,\npeintres, vernisseurs, ébénistes, céramistes, trêfileurs, ont des ateliers spacieux\net commodes. Reichardt fut aussi introduit dans la famille Erard. A un dîner il\nrencontra un grand nombre de musiciens, Alsaciens pour la plupart, comme les\nmaîtres de la maison. C'est là qu'il fait la connaissance de Jean-Louis Adam (le\npère d'Adophe Adam), du Strasbourgeois Pfenffiger et d'autres encore.\nIl se plaint qu'en général, en dehors du théâtre, on entende très peu de bonne\nmusique. Autrefois, il en était autrement : presque tous les après-midi ou"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.10", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "pouvait entendre des quatuors; presque tous les soirs il y avait, en quelque salle,\nun petit, voire même un grand concert. Le c!ioix était parfois embarrassant entre\nle bon et le meilleur. Mais il se réjouit devoir les directeurs du Conservatoire lui\nenvoyer, avec un mot très aimable, des places pour les concerts que les élèves\ndonnaient, tous les dimanches, de i heure à 4 heures, dans la salle du Conser-\nvatoire. Gossec et Cherubini l'invitèrent dans la loge des inspecteurs, et lui\ndonnèrent parmi eux la place d'honneur. (( Je fis dans cette loge la connaissance\nd'un homme intéressant, un vieil et brave homme, Monsigny. Par considération\npour son grand talent, et pour le dédommager de la situation précaire où 1 avait\nmis la Révolution, on l avait nommé lui aussi inspecteur, bien que son âge\nl'empêchât d'exercer ces fonctions d'une fonction active. )) Cette remarque n est\npas tout à fait juste, car Pierre-Alexandre Monsigny n'était plus inspecteur\ndepuis l'année précédente. Lorsque Reichardt le vit, il avait déjà 74 ans, il est\nvrai, mais il vécut encore 14 ans, puisqu'il n'est mort qu'en 1817, trois ans après\nlui. (( Le concert était d'autant plus intéressant que 1 orchestre n'était composé\nque d'élèves, le chef d'orchestre y compris. Aucun des professeurs n'y prenait\nune part active, et pourtant ils exécutèrent une Symphonie de Haydn et une\nOuverture très difficile de Cherubini beaucoup mieux qu'on n eût pu 1 atten-\ndre. » Il nous parle encore d'un concert d élèves du Conservatoire où on exé-\ncuta un quatuor pour instruments à vents (flûte, clarinette, hautbois et cor) et\nse montre enchanté de la tranquillité et de la sûreté dont font preuve ces jeunes\nartistes en exécutant devant le grand public les morceaux les plus difficiles. Les\nélèves exécutèrent aussi des morceaux de chant avec grand succès.\nUn plus grand musicien que Monsigny, Grétry, eut le même sort que lui et fut\naussi réduit à la pauvreté par la Révolution. Reichardt fut invité chez lui à un\n(( tout petit déjeuner familial et bourgeois. Je sais sur quel pied il vivait aupa-\nravant ; son appartement est encore grand et bien rangé, mais sa vie est aussi\nsimple que celle du petit bourgeois de Paris. Il a tout perdu pendant la Révo-\nlution et vit uniquement du produit de ses droits d'auteur ; mais ses opéras et\nses opérettes ne sont pas joués bien souvent, étant passés de mode. Lui, philo-\nsophiquement, s'est arrangé de son changement de situation, et je trouvai son\ncaractère plus enjoué et plus libre qu'auparavant, sans avoir rien perdu de sa\nfinesse. Il possède la petite maison de Montmorency, où vécut et mourut Rous-\nseau ; il y passe la belle saison dans un calme philosophique. C'est là qu'il a\nécrit une œuvre assez importante : De la Vérité (en 3 volumes in-8°) qui\ntémoigne tout au moins d'un grand effort dans l'étude de 1 homme et la\nrecherche d'une méthode d'éducation. ))\nReichardt eut aussi l'occasion d'entendre différentes œuvres de son ami\nGrétry, mais il ne s'en montre pas précisément enchanté. 11 avoue s'être mor-\ntellement ennuyé à Anacréon, (( une sorte de compromis entre l'opéra et\nl'opérette. » Jamais il n'aurait cru Grétry capable d écrire avec autant de séche-\nresse et aussi peu de couleur. Il n'y avait pas vingt mesures de musique accep-\ntable ; rien de l'esprit et du sel de ses petites œuvres d'autrefois. Sauf une ro-\nmance qui lui parut vieillie, tout était gris sur gris. Reichardt entreprend alors\nun parallèle entre cette pièce et un opéra de Rodolphe Kreutzer, qu'il entendit\ndans le même temps. Kreutzer, à qui ses études de violon ont acquis l'immorta-\nlité, à qui Beethoven dédiait la plus grande de toutes ses sonates, était à cette\népoque « Concertmeister », c'est-à-dire violon solo à l'Opéra, où il devint chef"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.11", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 3120, "texte": "d orchestre en 1817. Voici ce que dit Reichardt : (( Dans Anacréon, il y a trop\npeu de musique ; dans Astyanax, il y en a trop, surtout dans la partie instru-\nmentale, qui est très riche et très bonne, parfois remarquable, mais couvre trop\nle chant. )) Il est, par contre, ravi du jeu de ce virtuose;\nmagnifique ballet de Télémaque qui fut donné ensuite ; il unit la puissance la\nplus grande à la virtuosité la plus complète. »\nIl est particulièrement joyeux d'enregistrer une semaine d'opéra avec un\nrépertoire magnifique. On donna un soir Iphi génie en Aulide de Gluck\net le grand ballet-pantomime Psyché, un autre jour Alceste de Gluck et le\nballet La Pensionnaire. Il se réjouit de réentendre cette musique admirable,\nmais l'exécution ne lui permettait pas de se laisser ravir et charmer, comme\nautrefois. Il croit en effet et il le dit crûment, sans ambages, àsa manière\nque les orages révolutionnaires n'avaient pas eu sur les arts une influence favo-\nrable. Mais les cris que poussent les chanteurs l'excèdent surtout, et il en parle\navec détail : (( Lainez passa toutes les bornes, pour atteindre la plus grande élé-\nvation de la plus grande hauteur, et c'est un vrai bonheur qu'il ne m'ait pas\nbrisé le tympan. La Maillard s'épargnait au commencement, et j'étais près de\nme réconcilier avec elle. Mais vers la fin elle retomba dans sa déplorable ma-\nnière, et malheureusement les spectateurs l'applaudirent de toutes leurs forces. ))\nSauf pour les solistes, il ne trouve que des louanges : « Le tout fut donné avec\nla dignité ancienne et un grand ensemble pittoresque. Les chœurs sont meilleurs\nqu'autrefois, et l'orchestre donne toujours une bonne et belle exécution. L'admi-\nrable ouverture fut jouée avec une force qui entraînait tout. » Mais, pour être\ncomplet, il m'est impossible de passer sous silence une proposition de Reichardt\nque je donnerai sans commentaires : « Je n'ai pu m'empêcher de reprendre mon\nancien vœu : on devrait passer purement et simplement la petite introduction à\ndeux voix, en ut mineur, qui est très artificielle, et commencer tout de suite par\nl'imposante phrase en ut majeur. Il y a au fond, comme partout dans les\nœuvres de Gluck, une idée originale, mais qui, dans l'exécution, ne produit aucun\neffet. )) —Le grand admirateur de Gluck ne peut naturellement pas laisser\npasser une exécution d\"Armide sans y assister ; mais l'ensemble lui fait alors une\nmoins bonne impression. Ce qui l'intéresse le plus, c'est (( un nouveau chanteur\ndont ce sont les premiers débuts. Il s'appelle Nourrit et obtient dans le rôle de\nRenaud un très grand succès. Il me fit aussi plaisir, car il ne crie pas, mais\nchante, et parfois très agréablement. Mais sa voix, sa diction, non plus que sa\ntaille et ses gestes, ne promettent un chanteur pour l'Opéra. )) Il faut remarquer\nqu'il est ici question de Nourrit père (1780-1831). Le fait que Nourrit, débutant\nà l'époque où Reichardt l'entendit, devint dix ans plus tard un des favoris du\npublic parisien et un des soutiens de l'Opéra ne suffit pas à prouver que Rei-\nchardt avait tort.\n(A suivre.)\n\nH. CONRAT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c004", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "356", "page_fin": "357", "image_debut": 12, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.3", "titre_corps": "Le chant dans les églises", "titre_sommaire": "Le chant dans les églises", "signature_source": "CONSTANT ZAKONE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.12", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "Le chant dans les églises\n\n(1).\nSAINTE-CLOTIL.DE. Vue dans son ensemble, surtout de l'intérieur, cette\néglise pourrait passer pour un monument gothique du xme siècle. Cependant\nelle date de 1857 seulement. Mais la pierre a déjà pris le ton gris des vieilles\nmurailles saupoudrées d une fine poussière.\nOn l'appelle basilique, je ne sais pourquoi, car elle n'a pas de suprématie\nmarquée sur les autres églises de Paris, ni par ses dimensions, ni par l'impor-\ntance de sa paroisse : 15.000 âmes.\nA l'encontre de ce que j'ai observé jusqu'ici, c'est la partie d'orgue qui m'a\nle plus intéressé à Sainte-Clotilde, au détriment du chant de la maîtrise.\nCelle-ci a débuté par un Asperges me lent et lourd, si lent et si lourd, que les\nchanteurs perdent le souffle au milieu d'un motet disent : et super nivem deal\nbabor.\nIls ne répètent pas l'antienne : Asperges me, dénaturant ainsi le carac-\ntère de ce morceau, comme je l'ai déjà fait remarquer précédemment.\nEn revanche, le Kyrie du 5e ton a été bien chanté, d'une bonne allure, et dis-\ncrètement accompagné de faux-bourdons.\nMais quel est ce Gloria défiguré où je reconnais à peine quelques traces de\ncelui du 5e ton et qui, cependant, n'est pas tout à fait en dehors du rituel >\nRenseignement pris, c'est un Gloria local, qui pourrait être appelé de Sainte-\nClotilde et qui n'est chanté nulle part ailleurs. Plusieurs maîtres de chapelle\nou organistes, même César Franck, ont contribué à l'arrangement de cette\nmosaïque, que je n'ai pas beaucoup goûtée, bien qu elle ait été bien dite par la\nmaîtrise.\nAu graduel, même économie de temps qu'au début de la messe ; on en sup-\nprime la moitié. Le reste est correctement chanté, comme le Credo qui suit\n(édition de Rastibonne) ; mais personne, dans l'église, n'a l'air de se douter\nqu'il pourrait prendre part à ces chants.\nA Y offertoire j'ai entendu avec grand plaisir le choral pour orgue de Bach,\nn° 44 : Nunfreut euch lieben Christen. C'était pour moi une jouissance rare et\nprécieuse d'écouter la basse développer posément et clairement le motif princi-\npal, tandis que la main droite dessinait ses arpèges dans les notes élevées,\ncomme une frise ajourée au sommet d'un édifice.\nA Y élévation, on nous a chanté, en solo, un O salut aris débile et froid. L'au-\nteur a paru se rendre compte lui-même de la faiblesse de sa composition, car\nil répète cinq ou six fois cette invocation: da robur, da robur... En effet, c'est la\nforce et la santé qui manquent dans ce morceau.\nUne autre œuvre de Bach, prélude et fugue n° 5, a clôturé cette messe inégale\nmais intéressante malgré ses faiblesses.\nA vêpres, la maîtrise, riche en voix d'enfants, m'a fait plaisir dans le chant\ndes psaumes, qu'elle accompagnait parfois de faux-bourdons mesurés et har-\nmonieux .\nAvant la bénédiction une belle voix de baryton a dit, en solo, un Ecce panis\n\n(1) Suite. Voir la Revue du ier juillet."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.13", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "Angelorum meilleur que 10 salutaris de la messe, mais encore un peu théâ-\ntral.\nQuand l'orgue répond au chœur, en substituant son jeu sans paroles aux\nstrophes qui devraient être chantées par un autre chœur, comme il arrive pour\nune hymne ou pour le chant du Magnificat, vaut-il mieux que l'organiste se\nmaintienne en contact, pour ainsi dire, avec le chant liturgique, ou que, s'en\nécartant tout à fait, il nous donne des échantillons intéressants des morceaux\nqu'il préfère, parfois même de ses propres compositions?\nC'est àce dernier parti que l'organiste de Sainte-Clotilde s'est arrêté. Les\nauditeurs n'ont pas eu à s'en plaindre. M. Tournemire est très maître de son\ninstrument; son jeu est original et distingué, et les morceaux qu'il nous a fait\nentendre étaient bien choisis L'effet de l'un d'eux a été compromis par le déclen-\nchement sec et la sonnerie de l horloge placée au-dessus de l'orgue. On pour-\nrait peut-être trouver un autre endroit pour cet instrument, utile, sans doute,\nmême dans une église, mais à condition de n'y pas faire trop de bruit.\nPour moi, j'aurais préféré, je l'avoue, l'autre manière. Il me semble qu'il\nne serait pas impossible à nos jeunes organistes, si savants, d'imaginer quatre\nou cinq variations différentes sur un même thème. De cette façon, nous reste-\nrions dans le sujet.\nA la fin des vêpres, j ai suivi avec le plus vif intérêt le troisième choral de\nFranck, qui fait un contraste frappant avec celui de Bach dont j'ai parlé plus\nhaut Autant ce dernier est simple et facile à suivre, autant celui de Franck est\ntouffu, rempli d'idées et comme emporté par un souffle âpre et puissant.\nM. Tournemire a rendu avec beaucoup de talent le caractère de cette œuvre\ndifficile et mouvementée.\n\nCONSTANT ZAKONE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c005", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "357", "page_fin": "361", "image_debut": 13, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.4", "titre_corps": "Publications nouvelles.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.13", "debut_caractere": 1777, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "Publications nouvelles.\n\nALFRED WOTQUENNE.\n\n— Catalogue thé-\no\nviatique des œuvres de Chr.-W.- \\ . Gluck\n(iqiq-iqSq). — Breitkopf, 1904.\nAu lendemain des belles représentations\nd Wlcesle et d Iphi génie en Tain 1 de à\nrOpéra-Comique, la nouvelle publication\nde M. Alfred Wotquenne sera particuliè-\nrement précieuse aux admirateurs fran-\nçais de Gluck. M. Wotquenne a dressé\navec une patience et un soin scrupuleux :\ni° le catalogue thématique de tous les\nmorceaux connus appartenant aux\nœuvres de Gluck; 20 l'énumération par ordre chronologique de la totalité de\nces œuvres, accompagnée de renseignements bibliographiques (1 ).\n\n(1) J'exprimerai le seul regret que la bibliographie des ouvrages concernant Gluck et des\néditions modernes soit très réduite et assez incomplète."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3594, "texte": "Cet ouvrage rectifie un grand nombre de dates erronées ; il fait connaître\ncertains fragments d'œuvres, restés inconnus jusqu'alors. Mais surtout il est\ndu plus haut intérêt par la possibilité qu'il fournit de contrôler la façon de\ntravailler de Gluck, et en particulier les emprunts qu'il faisait constamment\nd'une œuvre à 1 autre. Cette question des emprunts de Gluck est une des plus\ngrosses que soulève l'étude de sa musique ; et on n'y a guère apporté jusqu'à\nprésent d'impartialité, ni de connaissances suffisantes. Je voudrais dire en quel-\nques mots à quels premiers résultats amène, sur ce point, la lecture du catalogue\nde M. Wotquenne.\nTout d'abord, il faut noter que Gluck a écrit 50 opéras, ballets ou pièces de\ncirconstance. Il n'y a donc pas trop à s'étonner qu'il ait repris plus d'une fois\nles mêmes inspirations. C'était dans les habitudes du temps ; et Haendel, son\nmaître préféré, n'agissait pas autrement. C'est chez Gluck un usage qui date de\nses débuts mêmes. Dès son septième opéra, Y Ipermnestra de 1744, Gluck fait des\nemprunts à une de ses précédentes œuvres, le Demofoonte de 1742 ; et ses deux\nopéras de Londres, la Caduta de Giganti et YArtamene de 1746, sont deux pas-\ntiches, deux véritables pots-pourris d'airs de tous ses opéras antérieurs. On ra-\nconte d'ailleurs que le mauvais effet de ces essais, trop conformes au goût de\nl'époque, contribua à éclairer Gluck sur le pouvoir expressif de la musique.\nLes airs les plus célèbres de ses opéras de la fin apparaissent de très bonne\nheure dans ses œuvres italiennes. Le duo d'Armide et d Hidraot, et la scène de\nla Maine, s'annoncent presque tout de suite dès la Sofonisba de 1744; et ils\nreviennent constamment depuis, ils flottent dans son esprit, de Ylppolito de\n1745 aux Nozze dYErcole e d'FJbe de 1747, de la Clemenza diTito de 1752 à Y Ivrogne\ncorrigé de 1760 et au Telemacco de 1765. Le grand air d'Orphée aux Champs\nElysées se montre dans YEzio de 1750. L'air fameux A Iphigènie en Tauride :\n(( O malheureuse Iphigènie ! )) provient, comme on sait, de la Clemenza di Tito\nde 1752. L'ouverture même A'lphigènie en Tauride n'est autre que celle de File\nde Merlin de 1758. L'air magnifique d'Agamemnon, au début du premier acte\nd Iphigènie en Aulide, est repris au Telemacco de 1765, ainsi que l'ouverture\nd'Armide, etc., etc.\nMalgré cette abondance d'emprunts, il faut pourtant se garder de reprocher à\nGluck, trop à la légère, de se copier lui-même au mépris de ses théories drama-\ntiques. A étudier les choses d'un peu plus près, on reconnaîtra :\ni°Que l'œuvrecapitalepour lui, son drame vraiment révolutionnaire, YAlceste\nitalienne de 1767, n'a fait aucun emprunt aux œuvres antérieures ;\n20 Que, dans Orphée, Iphigènie en Aulide et Y Alceste française, ces emprunts se\nramènent, soit —et c'est la majorité à des airs de danse et chœurs dansés\n(dans la proportion de 10 sur 12 emprunts dans Iphigènie en Aulide, de 5 sur 8\ndans Orphée, de 4 sur 5 dans Y A Iceste française), soit à d'admirables airs, que\nGluck a retravaillés, et parfaitement adaptés à la situation nouvelle, pour la-\nquelle ils semblaient d'ailleurs faits d'avance, cemme l'air d'Agamemnon, et le\ngrand air d'Orphée aux Champs Elysées, que j.e signalais tout à l'heure. 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Il y a plus, et il ne\nserait pas difficile de montrer combien Beethoven connaissait Gluck, et com-\nbien il est imprégné de sa pensée dans ses lieder et sa musique vocale.\nMais ce n'est pas ici le heu de discuter ces questions; et j'ai voulu montrer\nseulement combien de problèmes historiques soulève, et parfois permet de\nrésoudre, le livre de M. Wotquenne, d'une valeur documentaire de premier\nordre.\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nDIETRICH BUXTEHUDE.\n\nAbendmusiken und Kirchenkantaten, publiées par MAX\nSEIFFERT. {Denkm'dler deutscher Tonkunst, t. XIV.) Breitkopf, 1903.\nTous les musiciens connaissent au moins quelques unes des fugues magni-\nfiques de Dietrich Buxtehude, le vieux maître d'Elseneur, organiste à Lubeck,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.16", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "àla fin du xvne siècle, qui fut le maître de prédilection de J.-S. Bach. 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Heute triomphieret Gottes Sohn\n(Aujourd'hui triomphe le Fils de Dieu), pour 5 voix, 2 violons, 2 violes, vio-\nloncelle, 2 clarini, basse continue et orgue.\nEn vérité, si J.-S. Bach et Haendel dominent, en toute justice, l'ancien art alle-\nmand, on peut trouver que cet art a été trop complètement et exclusivement\npersonnifié en eux ; et plus on s'éloigne d'eux, plus l'on voit s'élever, comme\nau-dessus d'un hautain rideau de montagnes, d'autres cimes qu'elles cachaient,\ntout un massif puissant, dont elles n'étaient que les derniers contreforts. Impos-\nsible de séparer maintenant un Kuhnau, un Buxtehude, tant d'autres en-\ncore, de J.-S. Bach. Ils sont indissolublement liés. A distance, les individualités\nde J.-S. Bach et de Haendel commencent à s'atténuer et à se fondre; et c'est\nune sorte de personnalité collective qui surgit, l'âme héroïque d'un siècle de\nmusique, le plus viril, le plus profond, le plus serein, de toute l'histoire alle-\nmande.\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nOUVRAGES REÇUS\nVINCENT D'INDY. Deuxième Symphonie. Piano à 4 mains. Paris, Durand et fils.\nGUILLAUME COSTELEY. Musique, 2e fascicule ( 18e Livraison des Maîtres musi-\nciens de la Renaissance française, publiés par HENRI EXPERT). Paris, Alphonse\nLeduc. —MARIE JAELL: l'intelligence et le rythme dans les mouvements artistiques.\nParis. Alcan. 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Cette question des emprunts de Gluck est une des plus\ngrosses que soulève l'étude de sa musique ; et on n'y a guère apporté jusqu'à\nprésent d'impartialité, ni de connaissances suffisantes. Je voudrais dire en quel-\nques mots à quels premiers résultats amène, sur ce point, la lecture du catalogue\nde M. Wotquenne.\nTout d'abord, il faut noter que Gluck a écrit 50 opéras, ballets ou pièces de\ncirconstance. Il n'y a donc pas trop à s'étonner qu'il ait repris plus d'une fois\nles mêmes inspirations. C'était dans les habitudes du temps ; et Haendel, son\nmaître préféré, n'agissait pas autrement. C'est chez Gluck un usage qui date de\nses débuts mêmes. Dès son septième opéra, Y Ipermnestra de 1744, Gluck fait des\nemprunts à une de ses précédentes œuvres, le Demofoonte de 1742 ; et ses deux\nopéras de Londres, la Caduta de Giganti et YArtamene de 1746, sont deux pas-\ntiches, deux véritables pots-pourris d'airs de tous ses opéras antérieurs. 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Nous en avons\ndeux spécimens dans le recueil de Max Seiffert : Eins bitte ich vom Herrn, pour\n5 voix et 10 instruments (2 flûtes, 4 violons, 2 violes, violoncelle, orgue , où de\npetites sonatines d'un style assez profane, des sortes de petits divertissements à\nla fois pompeux et naïfs, àla Kuhnau, se mêlent à des airs strophiques, dont le\ncaractère balancé et dansant rappelle le style des airs d'opéra de Lulli ; et :\nIhr lieben Christen, freut euch mir, pour 5 voix, 3 violons, 2 violes, 3 trombones,\n3 cometti, 2 trompettes, clarini, fagotto, et orgue, d'un caractère pompeux,\ntriomphal et joyeux, à la Ilaendel.\nPlus remarquables encore sont les cantates proprement dites t Wo soll ich\nfliehen hin ; Ailes was ihr tut mit Worteil oder mit Werken ; et Gott hilj\nmir. Ces deux dernièressont d'une grande beauté. La phrase mélodique en est\ntoujours très heureusement trouvée, émue et sincère. Il y a tout particulière-\nment dans la belle phrase initiale de la cantate : Ailes was ihr tut, beaucoup de\ngrandeur et de bonté. Mais le chef-d'œuvre du recueil est la cantate I Gott\nhilfmir, pour 6 voix et 5 instruments. Nulle autre n'est plus près de J.-S.\nBach. Elle s ouvre par une grave et pathétique introduction instrumentale adagio.\nPuis, sur un trémolo sombre des violons, et sur des tenues de l'orgue, s élève un\nadmirable chant de basse : Gott, gott, hilj mir (Dieu, Dieu, aide-moi !),\ncomme un appel angoissé, auquel répondent ou se mêlent les traits agités et\nfiévreux de l'orchestre. Ce chant se développe en vocalises tragiques et pas-\nsionnées et se termine par des cris désespérés : Hilf, hilj, hilj, hilj mir ! (A\n1 aide ! A l'aide ! A l'aide ! )). Dieu lui répond (2 soprani, alto, ténor et basse) :\nFiirchte dich niclit ! (Ne crains point !), sur un rythme à 3/2, un peu berceur,\netdans une belle phrase apaisante, qui semble se pencher sur l'homme pour le\nrassurer ; cet air prend ensuite un rythme à 4 temps, adagio, et une allure épique"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "361", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.17", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "pour traduire ces paroles : Demi ich bin der Herr, dein Gott (Car je suis le\nSeigneur, todi Dieu). Puis, un nouvel air de basse à 6/4, allegro : Israël, hojje\nauf den Herrn (Israël, espère dans le Seigneur), un chœur figuré sur un\ncantusfirmus joué à l'unisson par les violons et les violes: Wer hofft in Gott\n(Qui espère en Dieu) ; une Aria à 3 strophes, morceau concertant pour\n2 sopranos, basse et orchestre: Ach, ja, ach, ja, mein Gott, ich hoffe (Ah ! oui,\nah ! oui, mon Dieu, j'espère) : enfin, comme conclusion, un chœur d'un ca-\nractère jubilatoire et grandiose, sur le motif du second air de basse 1 Israël,\nIsraël, hoffe auf den Herrn ! (Israël, Israël, espère dans le Seigneur !) Une\ntelle œuvre marque l'apogée de la cantate d'église avant J.-S. Bach; et l'on ne\ntrouvera chez ce dernier rien de plus beau et de plus fort que les premières\npages.\nIl faut joindre à ces œuvres un Alleluja, que M. Seiffert a détaché d'une\ngrande cantate, et dont la magnificence monumentale et la puissante allégresse\nrappellent Haendel de la façon la plus frappante. Heute triomphieret Gottes Sohn\n(Aujourd'hui triomphe le Fils de Dieu), pour 5 voix, 2 violons, 2 violes, vio-\nloncelle, 2 clarini, basse continue et orgue.\nEn vérité, si J.-S. Bach et Haendel dominent, en toute justice, l'ancien art alle-\nmand, on peut trouver que cet art a été trop complètement et exclusivement\npersonnifié en eux ; et plus on s'éloigne d'eux, plus l'on voit s'élever, comme\nau-dessus d'un hautain rideau de montagnes, d'autres cimes qu'elles cachaient,\ntout un massif puissant, dont elles n'étaient que les derniers contreforts. Impos-\nsible de séparer maintenant un Kuhnau, un Buxtehude, tant d'autres en-\ncore, de J.-S. Bach. Ils sont indissolublement liés. A distance, les individualités\nde J.-S. Bach et de Haendel commencent à s'atténuer et à se fondre; et c'est\nune sorte de personnalité collective qui surgit, l'âme héroïque d'un siècle de\nmusique, le plus viril, le plus profond, le plus serein, de toute l'histoire alle-\nmande.\n\nROMAIN ROLLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c009", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "361", "page_fin": "361", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.4.3", "titre_corps": "OUVRAGES REÇUS", "titre_sommaire": "OUVRAGES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "361", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.17", "debut_caractere": 2070, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "OUVRAGES REÇUS\nVINCENT D'INDY. Deuxième Symphonie. Piano à 4 mains. Paris, Durand et fils.\nGUILLAUME COSTELEY. Musique, 2e fascicule ( 18e Livraison des Maîtres musi-\nciens de la Renaissance française, publiés par HENRI EXPERT). Paris, Alphonse\nLeduc. —MARIE JAELL: l'intelligence et le rythme dans les mouvements artistiques.\nParis. Alcan. HUGO GOLDSCHMIDT: Etudes sur VOpéra italien au XVIE siècle.\nLeipzig, Breitkopf et Martel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c011", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "362", "page_fin": "363", "image_debut": 18, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.5", "titre_corps": "Le plus grand orgue du monde.", "titre_sommaire": "Le plus grand orgue du monde.", "signature_source": "G. 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Placé dans une salle qui mesure 196 pieds 1/2\nde profondeur sur 85 pieds de large, 65 pieds de hauteur, et qui peut contenir\n6.000 personnes, il a coûté £. 16.000(400.000 fr.), et se trouve pourvu de toutes\nles ressources qu'on peut donner à un instrument de ce genre. C'est un monstre\nharmonieux et majestueux !\nIl a 5 claviers, dont 3 complètement expressifs (sauf les 3 jeux à forte pres-\nsion du solo, le tuba 8, le clairon 4 et le contre-tuba de 16 pieds). Le récit, le\npositif et le solo sont manœuvrés par 3 pédales à bascule. Ces 5 claviers à main\nont 61 notes chacun, un pédalier de 30 notes, 128 jeux parlants, 14 accouple-\nments par la main, 2 par la pédale, 8.800 tuyaux et cloches. La soufflerie est\nmanœuvrée par une machine à gaz de la force de 8 chevaux. Un jeu qui fait\nde l'orgue de Sydney un instrument unique au monde est le contre-trombone\n[en bois) dont le premier tuyau a 64 pieds de hauteur. Dans l'accompagnement\nd'un grand chœur, ou dans une marche instrumentale, il produit un effet gran-\ndiose. 1\nVoici, par ordre de grandeur, la liste des 35 orgues les plus célèbres du\nmonde :\n\nClaviers et pédalier\nJeux\nConstructeurs\ni Sydney (Town Hall),\n5\n1 28\nHill and Son (Londres).\n2 Riga (Cathédrale)\n>\n1 24\n— —\n3 St. Sulpice, Paris\n5\n118\nCavaillé-Coll (Paris).\n4 Albert Hall, Londres\n4\n1 14\nWillis (Londres).\n5 Notre-Dame, Paris\n5\n1 10\nCavaillé-Coll (Paris).\n6 Auditorium, Chicago\n4\n109\nRoosevelt (New-York).\n7 St. George's, Liverpool\n4\n100\nWillis (Londres).\n8 Doncaster Parish Church\n5\n94\n— —\n9 Tow Hall, Leeds\n4\n93\nGray Davison (Londres).\nio Cathédrale d'Anvers\n4\n90\nPierre Shyven (Bruxelles).\n11 Alexandra Palace, Londres\n4\n88\nWillis (London).\n12 Armley, près de Leeds\n4\n70\nSchulze.\n13 Crystal Palace, Londres\n4\n68\nGray Davison (Londres).\n14 Town Hall, Birmingham\n4\n68\nHill and Son (Londres).\n15 Fribourg (Suisse)\n4\n68\n— —\n16 Palais du Trocadéro, Paris\n4\n66\nCavaillé-Coll (Paris).\n17 Brooklyn, Amérique\n4\n66\nGeorge Jardine and Son.\n18 Melbourne (Town Hall)\n4\n66\nHill and Son (Londres).\n19 Albert Hall, Sheffied\n4\n64\nCavaillé-Coll (Paris).\n20 St. Mary's, Bradford\n4\n60\nAnneessens et Fils (France).\n21 Portsmouth (Town Hall)\n4\n53\nGray Davison (Londres).\n22 Boston (A.), Tremont Temple\n4\n52\nHock and Hasting (Amérique)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "363", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.19", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "L'artiste chargé de manier l'orgue de l'Hôtel de Ville de Sydney est M. Au-\nguste Wiegand, né à Liège le 16 octobre 1849, qui a étudié sous la direction du\ncélèbre Lemmens, de Malines, maître des Guilmant, des Widor, des Trillat,\ndes Mailly, des Tilborgs, des Callaerts, et de tant d'autres. Son 500e concert\n(en 12 ans) fut donné en 1889 sur l'orgue de l'Albert Hall, de Londres. C'est\nun grand virtuose, très aimé de notre public.\nVous trouverez certainement très heureuse l'idée d'avoir placé au cœur de\nSydney, dans la (( maison commune )), un orgue gigantesque destiné à rehaus-\nser de grandes solennités civiques. Malheureusement, un instrument aussi\nénorme n'est pas sans inconvénients : le principal est la difficulté de lé bien\naccorder.\nVeuillez agréer, etc...\n\nG. EWALD."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "363", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.19", "debut_caractere": 2206, "fin_caractere_exclue": 3039, "texte": "Claviers\net pédalier\nJeux\nConstructeurs\n23 St Peter's Italian Church,\nLondres\n4\n52\nAnneessens et Fils (France).\n24 New Cross, Londres, Great Hall\n4\n51\nAbbott and Smith(Angleterre).\n25 St. Joseph'sCathedral, Hartford, A\n4\n5i\nHock andHastings(Amérique).\n26 The Kinnaird Hall, Dundee\n4\n49\nHock and Hastings.\n27 Holy Trinity, Chelsea\n4\n48\nT. W.Walkeret Son (Londres)'\n28 Marylebone Church, Londres\n4\n48\nGray Davison (Londres).\n29 Adelaide TownHall\n4\n48\nHill and Son (Londres).\n30 Palais de l'Industrie, Amsterdam\n3\n46\nCavaillé-Coll (Paris)\n31 St. Paneras Church, London\n4\n46\nGray Davison (Londres).\n32 Conservatoire Royal de Musique,\nBruxelles\n3\n45\nCavaillé-Coll (Paris).\n33 Brisbane (Exhibition)\n4\n45\nWillis (Londres).\n34 Town Hall, Manchester\n3\n43\nCavaillé-Coll (Paris).\n35 Bridlington (Priory Church)\n3\n41\nAnneessens et Fils (France)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c012", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "362", "page_fin": "362", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.5.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "362", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.18", "debut_caractere": 1638, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "Claviers et pédalier\nJeux\nConstructeurs\ni Sydney (Town Hall),\n5\n1 28\nHill and Son (Londres).\n2 Riga (Cathédrale)\n>\n1 24\n— —\n3 St. Sulpice, Paris\n5\n118\nCavaillé-Coll (Paris).\n4 Albert Hall, Londres\n4\n1 14\nWillis (Londres).\n5 Notre-Dame, Paris\n5\n1 10\nCavaillé-Coll (Paris).\n6 Auditorium, Chicago\n4\n109\nRoosevelt (New-York).\n7 St. George's, Liverpool\n4\n100\nWillis (Londres).\n8 Doncaster Parish Church\n5\n94\n— —\n9 Tow Hall, Leeds\n4\n93\nGray Davison (Londres).\nio Cathédrale d'Anvers\n4\n90\nPierre Shyven (Bruxelles).\n11 Alexandra Palace, Londres\n4\n88\nWillis (London).\n12 Armley, près de Leeds\n4\n70\nSchulze.\n13 Crystal Palace, Londres\n4\n68\nGray Davison (Londres).\n14 Town Hall, Birmingham\n4\n68\nHill and Son (Londres).\n15 Fribourg (Suisse)\n4\n68\n— —\n16 Palais du Trocadéro, Paris\n4\n66\nCavaillé-Coll (Paris).\n17 Brooklyn, Amérique\n4\n66\nGeorge Jardine and Son.\n18 Melbourne (Town Hall)\n4\n66\nHill and Son (Londres).\n19 Albert Hall, Sheffied\n4\n64\nCavaillé-Coll (Paris).\n20 St. Mary's, Bradford\n4\n60\nAnneessens et Fils (France).\n21 Portsmouth (Town Hall)\n4\n53\nGray Davison (Londres).\n22 Boston (A.), Tremont Temple\n4\n52\nHock and Hasting (Amérique)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c013", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "363", "page_fin": "363", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.5.2", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "363", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.19", "debut_caractere": 2206, "fin_caractere_exclue": 3039, "texte": "Claviers\net pédalier\nJeux\nConstructeurs\n23 St Peter's Italian Church,\nLondres\n4\n52\nAnneessens et Fils (France).\n24 New Cross, Londres, Great Hall\n4\n51\nAbbott and Smith(Angleterre).\n25 St. Joseph'sCathedral, Hartford, A\n4\n5i\nHock andHastings(Amérique).\n26 The Kinnaird Hall, Dundee\n4\n49\nHock and Hastings.\n27 Holy Trinity, Chelsea\n4\n48\nT. 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Réunir en vue d'un classement méthodique les pièces et documents épars\nau Conservatoire, au musée Guimet, à la Bibliothèque Nationale (pour ne citer\nque ces trois établissements) et dans un certain nombre de collections particu-\nlières, serait une œuvre fort intéressante. Peut-être aurons-nous l'occasion de\nrevenir sur ce sujet!\nL'Exposition présentement organisée, à Londres (Fishmongers'Hall, London-\nbridge), a pour objet de célébrer le 3e centenaire de la Worshipful Company of\nmusicians, qui reçut du roi James, en 1604, sa « Charter of Incorporation ». Elle\ncomprend près de 2,000 numéros et 200 exposants. Elle a été solennellement inau-\ngurée par le roi d'Angleterre, exposant lui-même. On y trouve des livres rares\nsur l'histoire de la musique, des compositions manuscrites, des autographes"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "364", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.20", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "littéraires, des instruments de tout genre et de toute époque, enfin des portraits.\nMM. 8.-A. Littleton, R. Stainer, Blaikley, E. Clarke, F.-W. Galpin, T.-L.\nSouthgate, F.-G. Edwards les présentent au public avec une réelle compétence.\nParmi les livres, les ouvrages italiens et anglo-saxons sont les plus nombreux;\nla France est représentée, avec un unique missel (de 1485), par le « Quart livre\nde Claude Gervaise, contenant XXVI chansons musicales à troys parties, Attaignant\net Théodore de Beze, avec nouvelle et facile méthode pour chanter chacun couplet\ndes Pseaumes sans recours au premier, Lyon 1560 )> (propriété de M. A.-H. Little-\nton). Un peu plus loin, le « Ballet comique de la Reyne )) 1582, de Beaujoyeulx;\nT « Amadis de Grèce )>, d'André Destouches, opéra de 1799. Le département des\nmanuscrits, très riche, exhibe une perle : la partition autographe du Messie de\nHaendel. Les autres pièces sont du xne et du XIIIC siècle, principalement, fort\nintéressantes pour l'histoire de la notation. Pour l'histoire de l'harmonie, il faut\nciter un (( Hymne )) à deux parties, écrit vers l'an 1300, et envoyé par l'Arche-\nvêque de Canterbury. Parmi les instruments, je n'ai pas remarqué de pièce\nabsolument nouvelle. Ce qui étonne, c'est la pénurie d'instruments orientaux,\ndans un pays qui a tant de colonies et des rapports si nombreux avec l'Orient.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c015", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "364", "page_fin": "366", "image_debut": 20, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.7", "titre_corps": "Mme Wurmser-Delcourt et la harpe chromatique en Allemagne.", "titre_sommaire": "Mme Wurmser-Delcourt et la harpe chromatique en Allemagne.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "364", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.20", "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "Mme Wurmser-Delcourt et la harpe chromatique\nen Allemagne.\n\nTraduction du journal Kœlnische\nZeitung, Cologne, 17 juin 1904.\nLe second concert de symphonie\nd'été nous a donné une jolie série\ndes œuvres de Mozart exécutées\navec soin, dans le style concertant.\nLa harpiste-virtuose, MmeWurm-\nser-Delcourt, de Paris, y prêtait son\nconcourspar l'exécutiondu Concerto\npour harpe et flûte avec M. Wehse-\nner. Mme Wurmser-Delcourt est une\nvirtuose de tout premier ordre.\nCette jeune femme a joué, en plus\ndu concerto, encore trois soli où\nelle a montré une technique infailli-\nBle, laquelle nous enchantait par des trilles d une rondeur surprenante et par un\njeu de passage dans un mouvement des plus rapides. L'exécution nous montrait\nun style mûr et parfait avec une elégance que nul ne peut égaler.\nLes Français, dans l'interprétation des œuvres de Mozart, ont un certain (( je\nne sais quoi )) qui leur est propre. Le parfum de rococo qui les anime (s*c), l'élé-\ngance parfaite et la pureté qui déjà forment la meilleure moitié des effets d'exé-\ncution, sont leurs secrets. Mme Wurmser aeu un très grand succès après chaque\nmorceau."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "365", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.21", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3267, "texte": "Elle se servait d'une harpe chromatique construite par M. Lyon, directeur de\nla fabrique de pianos et de la maison Plevel, à Paris. Nous avons déjà parlé à\nnos lecteurs de cette harpe.\nL'ancienne harpe ne possède comme cordes que la gamme en majeur ; pour\nchaque corde existe une pédale, laquelle fait monter la note d'un 1/2 ton, ou,\nen plus, d'un autre 1/2 ton. Foutes ces pédales très incommodes et qui exigent,\npar exemple dans la Chevauchée de la Walkyne, une gymnastique des pieds\ntrès dangereuse, sont supprimées à la nouvelle harpe ; elle a obtenu, comme le\npiano, les 1/2 tons. Il est facile de voir que, par le système chromatique, tous les\nobstacles de l'ancienne harpe sont supprimés.\nSur la nouvelle harpe, il n'y a plus rien qui soit impossible.\nL'instrument a fait aussi sensation parmi les harpistes et amateurs lors du\nfestival de Francfort-sur-Mein.\nTraduction du journal Aachener Post, Aix-la-Chapelle, 16 juin 1904. Quoi-\nque le programme du concert symphonique d'hier fût pour les amis de la mu-\nsique déjà très intéressant, l'attraction était encore augmentée par le concours\nde Mme Wurmser-Delcourt, de Paris.\nElle a joué sur une nouvelle harpe sans pédales. La satisfaction en a été très\ngrande. La harpiste-virtuose nous a surtout donné l'interprétation du Concerto\npour flûte et harpe de Mozart, une œuvre dont les phrases très compréhensibles\nforçaient pour ainsi dire l'attention. L'esprit de Mozart, avec toute sa fraîcheur,\ny paraissait comme un rayon de soleil.\nMme Wurmser manipulait son magnifique instrument, d'une belle sonorité,\nmagistralement, et adonné une exécution pleine de poésie.\nLa harpe Pleyel se distingue de l'ancienne harpe par les cordes croisées qui\nsont chromatiques, comme les touches noires et blanches du piano. Cette con-\nstruction donne à cet instrument une meilleure sonorité et une plus grande\nexpression.\nMme Wurmser nous a encore plus enthousiasmés dans l'exécution des trois\nmorceaux soli, oû ellê a fait ressortir la belle sonorité de l'instrument, ainsi que\nl'art de son exécution.\nTraduction du journal Kœlner Tageblatt, 14 juin 1904. Le second con-\ncert de Symphonie avait un charme tout particulier par le concours de la har-\npiste-virtuose, Mme Wurmser, de Paris.\nCette artiste joue la nouvelle harpe chromatique inventée par M. Lyon, direc-\nteur de la fabrique de pianos Pleyel. Au point de vue technique, les avantages\nde cette harpe sur la harpe Erard sont tellement grands que la harpe chroma-\ntique s'introduirait très vite si les harpistes ne devaient pas recommencer leurs\nétudes et peut-être aussi si la sonorité n'était pas un peu plus petite que sur\nl'autre harpe.\nLa harpe chromatique n'a plus besoin des pédales, elle a obtenu par les cordes\nqui se croisent et forment la gamme chromatique, tous les tons, elle est donc\nidentique à la division du piano. L'exécutant peut surmonter toutes les difficul-\ntés qui se présentent sur le clavier du piano. Comme les deux mains se partagent\ncontinuellement la besogne, il est presque impossible d'exécuter les passages\nde tierce ou de sixte par des mouvements très rapides. Par contre, il n'y a pas\nde difficultés pour exécuter des figures chromatiques très rapides, si la basse\nn'est pas en même temps trop souvent occupée."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "366", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1630, "texte": "En tous cas, la nouvelle harpe produit de tout nouveaux effets et il y a beau-\ncoup d'avenir pour cet instrument par son emploi dans l'orchestre moderne. La\nnouvelle harpe est bien meilleur marché que la harpe à pédales.\nMme Wurmserest une virtuose tout à fait hors ligne sur cette nouvelle harpe ;\nelle nous l'a montré aussi bien dans l'exécution du Concerto de Mozart, joué\navec la plus grande finesse, que dans les 3 morceaux des solis de Holy, Wurmser\net Ciarlone, d'où elle a su produire des effets de sonorité par un véritable enchan-\ntement.\nNous avons aussi apprécié son grand talent de compositeur dans un Noc-\nturne. Mme Wurmser a été rappelée plusieurs fois par de grands applaudisse-\nments bien mérités.\nTraduction du journal Politisches Tageblatt, Aix-la-Chapelle, 15 juin 1904.\nUne rare et vraiment agréable surprise nous a été faite par le concours de\nMme Wurmser-Delcourt, de Paris, au Symphonie-Concert.\nCette jeune femme jouait une nouvelle harpe sans pédales et exécutait les mor-\nceaux avec une grande vélocité, une sûreté parfaite et beaucoup de couleur.\nToutes ces bonnes qualités d'artiste ressortaient surtout dans le Concerto de\nMozart exécuté avec un caractère libre, une expression d'âme chaude et cor-\ndiale.\nMme Wurmser jouait encore trois morceaux de Holy (Idylle), Wurmser\n(Nocturne) et Ciarlone (Impromptu), où nous avons remarqué un beau son avec\nbeaucoup de charme et surtout, ce qui est si agréable, une grande richesse de\nnuances. 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Il\nentra à lorchestre du Théâtre-Italien en 1872 ; à lOpéra-Comique en 1878 ; à la\nSociété des Concerts et à l'Opéra en 1897. Depuis 1881, il est professeur au Con-\nservatoire, dans la classe qu occupèrent successivement Delcambre (1797-1800),\nSchneitzhoffer (1800-2), Sallantin (1797-1816), Vogt (1816-1877), Verroust\n(1877-1867), Triebert (1867-1867), Barthélémy (1867-8), Colin (1868-188/).\nLoin du bal, la seule composition de ! artiste que le public connaisse bien, n'est\nsans doute pas un de ces chefs-d'oeuvre qui font époque dans l'histoire d'un art. On\nn'y trouve pas la profondeur que Berlio\\ a donnée à la tristesse de son Roméo, loin\nde la Fête chez Capulet; c'est une aimable et gentille fleurette qui suffit à préserver\nde l'oubli le nom d'un bon musicien."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c018", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "367", "page_fin": "368", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.9", "titre_corps": "Informations.", "titre_sommaire": "Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "367", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "Informations.\n\nOPÉRA. — A la suite du concours qui a eu lieu à l'Opéra le 30 juin dernier,\nM. Vieux, artiste du quatuor Parent, a été nommé à un emploi d'alto à l'orchestre\nde ce théâtre.\n\nTROCADÉRO. —• S. Exc. sir Edmond Monson, ambassadeur d'Angleterre\nà Paris, vient de charger M. Walter Behrens d'organiser, avec le concours\nde la fanfare anglaise (( Besses of the Barn », des concerts qui seraient donnés\ndans le courant de juillet, au Palais du Trocadéro, au profit d'œuvres de bien-\nfaisance françaises.\n\nPRIX DE ROME. — Le concours définitif du'grand prix de composition musicale,\nen 1904, a pris fin au Palais de Compiègne le 20 juin dernier.\nA la suite du jugement définitif rendu le samedi 2 juillet, les récompenses\nsuivantes ont été décernées :\n/er grand prix. — M. Pech (Raymond-Jean), élève de M. Lenepveu, membre\nde l'Institut, professeur au Conservatoire national.\n161 second grand prix. — M. Pierné (Paul-Marie-Joseph), élève du même\nprofesseur.\n2e second grand prix. — Mlle Fleury (Hélène-Gabrielle), élève de M. Widor,\nprofesseur au Conservatoire national.\n\nSAINT-ETIENNE. — Par arrêté du 28 juin dernier, une médaille de vermeil,\npetit module, est accordée, pour être décernée comme prix du Ministère de l'In-\nstruction publique et des Beaux-Arts, à l'une des écoles qui ont pris part au\nconcours organisé, le 3 juillet, par la Fédération musicale des écoles communales\nde l'arrondissement de Saint-Etienne (Loire).\n\nLE « GRAND CONCOURS » MUSICAL. — Il n'est question depuis quelques jours,\ndans le monde des musiciens, que du grand concours de composition, en faveur\nduquel de généreux amis de l'art ont disposé d'une somme de cent mille\nfrancs.\nCe concours, organisé par la « Société Musicale », est patronné par S. A. S. le\nprince Albert de Monaco, par la Société des Grandes Auditions musicales, dont\nla présidente est Mme la comtesse Greffiilhe, et par M. Henry Deutsch (de la\nMeurthe).\nOutre les prix très importants qui seront affectés aux diverses matières du\nconcours (opéra, opéra comique, symphonie, ballet et opérette), la Société Musi-\ncale inaugurera une ère nouvelle pour les compositeurs : celui de la (( prime »\nobligatoire et de la participation aux bénéfices. Ce qui veut dire, pour les pro-\nfanes, que les auteurs resteront co-propriétaires de leurs œuvres et toucheront\nun tant pour cent sur les partitions et morceaux séparés et sur les locations et\nventes des matériels de théâtre, en France et à l'étranger.\nLe comité d'organisation ne décidera qu'ultérieurement les conditions défini-\ntives du concours, mais nous croyons pouvoir dire qu'il sera national, en ce qui\nconcerne la musique chantée, et peut-être international, en ce qui touche le ballet\net la symphonie. Ceci sous toutes réserves.\nFaisons remarquer, en passant, que c'est la première fois que, dans un con-\ncours de ce genre, il est fait une place importante à la musique pure."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "368", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "M. Adalbert Mercier, l'auteur de la musique de scène du Roi Candaule et du\nMaître de Palmyre, pièces qui furent jouées au théâtre de (( l'OEuvre )), achève\nd'écrire la partition d un drame lyrique en un acte : VAnniversaire, sur un livret\nde MM. Jean Harold et Jean Ferval, qui doit être représenté, à la rentrée, sur la\nscène d'un de nos théâtres subventionnés.\nM. Xavier Leroux met la dernière main à un opéra sensationnel, Théodora.\nM. Bruneau fera jouer l'hiver prochain, au théâtre Antoine, La faute de\nl'abbé Mouret, avec musique de scène ; il corrige en ce moment les épreuves\nd'une comédie lyrique, Y Enfant-Roi.\nOn annonce la représentation de Soléa, de M. Isidore de Lara, pour l'hiver\nprochain, à l'Opéra.\n\nLONDRES.\nHUGO CONRAT.\nLa « season )) de Londres touche à sa fin ; quelques concerts\nsont cependant annoncés. Le plus intéressant de tous est celui donné pour les\ndébuts d'un enfant prodige, Florizel von Reuter, âgé de 12 ans, protégé de\nCarmen Sylva, reine de Roumanie. Non seulement le jeune von Reuter est\nun excellent violoniste, mais c'est un compositeur et un chef d'orchestre. Il a\ndirigé l'orchestre qui a exécuté sa Symphonie Royale, que plus d'un compositeur\nd'un âge mûr serait fier d'avoir écrite. Sa prochaine composition sera un opéra\ndont le libretto est de Carmen Sylva. Il a confié à un interviewer que son opéra\nsera dans le style de Wagner, qu'il considère être la seule base d'un opéra mo-\nderne. M. Runciman, dans son article du Saturday Review, ne partage pas\ncette opinion, car sous le titre « Bach to Mozart », il explique que le wagnérisme\nest un art du passé.\nLe Syndicat de Covent Gardena donné une excellente représentation d'Hélène\nde Saint-Saëns, et une reprise de La Navarraise de Massenet.\n\nARRAS.\nL. L.\nLe 18 juin, à la soirée de gala donnée au théâtre par la Société\nla Betterave et les Rosati d'Arras, on a pu entendre, au début d'un vaste pro-\ngramme que terminait un ballet de M. Massenet, le Jeu de Robin et Marion\nd'Adam de la Halle (xiii0 siècle). M. Emile Blémont avait mis en français moderne\nles paroles du vieux trouvère artésien ; M. Julien Tiersot s'était chargé d'harmo-\nniser la musique. Il était tout désigné pour cela, puisqu'il semble bien que les\nairs insérés dans cette parole soient des chansons populaires. Des confrères\nrigoristes se sont montrés choqués de la modernité de l'harmonie ;je ne partage\npas leur vertueuse indignation. De deux choses l'une : on donne les textes tels\nqu'ils sont, ou on les accommode aux exigences de l'oreille moderne. Dans le\nsecond cas, il faut revêtir une mélodie archaïque d'harmonies qui nous satis-\nfassent : c'est ce que M. Tiersot a fait, avec beaucoup de délicatesse et de discré-\ntion d'ailleurs. Le public a fait le meilleur accueil à ce petit opéra comique,\ndont la partition paraîtra prochainement chez Fromont.\n\nLe prochain numéro de la Revue musicale (15-/6) paraîtra le 5 août igop; le\nnuméro suivant (17-18) le 10 septembre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c019", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "367", "page_fin": "367", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.9.1", "titre_corps": "OPÉRA. — A la suite du concours qui a eu lieu à l'Opéra le 30 juin dernier,", "titre_sommaire": "OPÉRA. — A la suite du concours qui a eu lieu à l'Opéra le 30 juin dernier,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "367", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.23", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 201, "texte": "OPÉRA. — A la suite du concours qui a eu lieu à l'Opéra le 30 juin dernier,\nM. 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Ceci sous toutes réserves.\nFaisons remarquer, en passant, que c'est la première fois que, dans un con-\ncours de ce genre, il est fait une place importante à la musique pure."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "368", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 813, "texte": "M. Adalbert Mercier, l'auteur de la musique de scène du Roi Candaule et du\nMaître de Palmyre, pièces qui furent jouées au théâtre de (( l'OEuvre )), achève\nd'écrire la partition d un drame lyrique en un acte : VAnniversaire, sur un livret\nde MM. Jean Harold et Jean Ferval, qui doit être représenté, à la rentrée, sur la\nscène d'un de nos théâtres subventionnés.\nM. Xavier Leroux met la dernière main à un opéra sensationnel, Théodora.\nM. Bruneau fera jouer l'hiver prochain, au théâtre Antoine, La faute de\nl'abbé Mouret, avec musique de scène ; il corrige en ce moment les épreuves\nd'une comédie lyrique, Y Enfant-Roi.\nOn annonce la représentation de Soléa, de M. Isidore de Lara, pour l'hiver\nprochain, à l'Opéra."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c024", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "368", "page_fin": "368", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.9.6", "titre_corps": "LONDRES.", "titre_sommaire": "LONDRES.", "signature_source": "HUGO CONRAT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "368", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.24", "debut_caractere": 815, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "LONDRES.\nHUGO CONRAT.\nLa « season )) de Londres touche à sa fin ; quelques concerts\nsont cependant annoncés. Le plus intéressant de tous est celui donné pour les\ndébuts d'un enfant prodige, Florizel von Reuter, âgé de 12 ans, protégé de\nCarmen Sylva, reine de Roumanie. Non seulement le jeune von Reuter est\nun excellent violoniste, mais c'est un compositeur et un chef d'orchestre. Il a\ndirigé l'orchestre qui a exécuté sa Symphonie Royale, que plus d'un compositeur\nd'un âge mûr serait fier d'avoir écrite. Sa prochaine composition sera un opéra\ndont le libretto est de Carmen Sylva. Il a confié à un interviewer que son opéra\nsera dans le style de Wagner, qu'il considère être la seule base d'un opéra mo-\nderne. M. Runciman, dans son article du Saturday Review, ne partage pas\ncette opinion, car sous le titre « Bach to Mozart », il explique que le wagnérisme\nest un art du passé.\nLe Syndicat de Covent Gardena donné une excellente représentation d'Hélène\nde Saint-Saëns, et une reprise de La Navarraise de Massenet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c025", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "368", "page_fin": "368", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.9.7", "titre_corps": "ARRAS.", "titre_sommaire": "ARRAS.", "signature_source": "L. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "368", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.24", "debut_caractere": 1837, "fin_caractere_exclue": 2924, "texte": "ARRAS.\nL. L.\nLe 18 juin, à la soirée de gala donnée au théâtre par la Société\nla Betterave et les Rosati d'Arras, on a pu entendre, au début d'un vaste pro-\ngramme que terminait un ballet de M. Massenet, le Jeu de Robin et Marion\nd'Adam de la Halle (xiii0 siècle). M. Emile Blémont avait mis en français moderne\nles paroles du vieux trouvère artésien ; M. Julien Tiersot s'était chargé d'harmo-\nniser la musique. Il était tout désigné pour cela, puisqu'il semble bien que les\nairs insérés dans cette parole soient des chansons populaires. Des confrères\nrigoristes se sont montrés choqués de la modernité de l'harmonie ;je ne partage\npas leur vertueuse indignation. De deux choses l'une : on donne les textes tels\nqu'ils sont, ou on les accommode aux exigences de l'oreille moderne. Dans le\nsecond cas, il faut revêtir une mélodie archaïque d'harmonies qui nous satis-\nfassent : c'est ce que M. Tiersot a fait, avec beaucoup de délicatesse et de discré-\ntion d'ailleurs. Le public a fait le meilleur accueil à ce petit opéra comique,\ndont la partition paraîtra prochainement chez Fromont."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-07-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-07-15_01#c026", "volume": "bmtnabj_1904-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "368", "page_fin": "368", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.2.9.8", "titre_corps": "Le prochain numéro de la Revue musicale (15-/6) paraîtra le 5 août igop; le", "titre_sommaire": "Le prochain numéro de la Revue musicale (15-/6) paraîtra le 5 août igop; le", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "368", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.24", "debut_caractere": 2926, "fin_caractere_exclue": 3041, "texte": "Le prochain numéro de la Revue musicale (15-/6) paraîtra le 5 août igop; le\nnuméro suivant (17-18) le 10 septembre."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "345", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nN° 14 (quatrième année)\n15 Juillet\n1904.\nR. M.\n2S\n\nTh. DUBOIS"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "346", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.2", "texte": "THÉODORE DUBOIS\n\nAu moment d'entrer dans cette période d'épreuves musicales qui est, chaque\nannée, une des plus charmantes de la vie parisienne, nous publions le portrait\nde celui qui, par son talent, son caractère et son autorité, est la personnification\nde notre Conservatoire national.\nThéodore Dubois est un maître éprouvé, ressemblant à ces généraux dont la\npoitrine est constellée de toutes les médailles qui peuvent récompenser la bra-\nvoure ou les loyaux services du bon soldat, et rehausser le prestige de l'uniforme :\nil a obtenu, dans tous les genres, tous les succès que peut ambitionner un musi-\ncien; il ne lui a même pas manqué d'éveiller parfois ces jalousies mesquines et\nimprudentes, ces attaques inconsidérées qui sont la vraie consécration d'une\npersonnalité. Dans sa jeunesse, avant la série des grandes compositions, il ob-\ntint successivement : au Conservatoire, le premier prix d'harmonie (1856); le\npremier prix d'orgue (1859}, le premier prix de fugue et de contrepoint (1857) ;\nenfin le premier grand prix de Rome en 1859. Organiste aux Invalides (1855), à\nSainte-Clotilde (1858), à la Madeleine (1869-1896), professeur d'harmonie et de\ncomposition, puis directeur du Conservatoire comme successeur d'A. Thomas,\nmembre de l'lnstitut, il a parcouru jusqu'au bout, escorté par l'estime de tous, le\ncursus honorum le plus complet et le plus justifié. Comme professeur, il est unique\nparle savoir, la compétence et le goût. (( Nous l'appelions, nous disait Francis\nPlanté il y a quelque temps, l'arbitre des cas difficiles en matière d harmonie ».\nComme compositeur, Th. Dubois a beaucoup produit; son œuvre, de très solide\nvaleur et de caractère très français, n'a pas l'audace agressive et l'esprit para-\ndoxal qui trop souvent, aux yeux de la foule, passent pour un signe de supério-\nrité ; mais elle retient l'attention du critique impartial par son élégance et son\ncharme, sa variété, sa pureté de style et de sentiment, en un mot, par un ensemble\nde qualités qui la placent dans la. ligne et comme dans la perspective des meil-\nleures traditions de notre génie national II ne faut pas oublier qu'au théâtre\nTh. Dubois a été un précurseur, tout comme les Bruneau et les Charpentier, en\ndonnant Xaviere (opéra comique, 1895), œuvre excellente, où les idées abondent\ncomme les oiseaux dans les grands arbres, et à laquelle je ne reprocherai préci-\nsément qu un peu de surabondance mélodique, c est-à-dire un excès de richesse.\nDans sa musique religieuse et symphonique, dans sa musique de chambre (plus\nde 200 pièces !), Th. Dubois s'est sans doute montré un peu inégal, comme tous\nceux qui produisent beaucoup, mais 011 a de lui des compositions classées, et qui\nresteront. Ses Etudes Virgiliennes sont dignes de l'eurythmie et de la netteté\nantiques. Dans son dernier trio, il y a des pages que Mendelssohn et même\nSchumann auraient pu signer. Je connais de lui un Canon pour flûte, hautbois\net piano, qui est la perfection dans la grâce simple et le sentiment juste ..\nDans un livre célèbre *sur la Vie du langage, l'Américain Withney dit que\nl'état d'une langue, à un moment quelconque de son évolution, est caractérisé\npar une sorte d'équilibre entre les forces révolutionnaires et les forces conserva-\ntrices. Il en est de même pour l'art musical et pour la langue musicale. L'équi-\nlibre est nécessaire. A côté de ceux qui ont l'ambition très légitime de tout chan-\nger, et qui veulent faire du 100 à l'heure, comme les chauffeurs dans des voies"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "347", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.3", "texte": "LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\ninexplorées, il faut qu'il y ait des maîtres qui maintiennent la tradition. Il faut\nqu'il y ait un Conservatoire, au milieu de ceux qui voudraient ne rien conserver;\net à sa tête, il faut un sage comme Théodore Dubois. Gardez-vous de croire\ncependant que le Directeur de notre grande Ecole nationale soit le défenseur in-\ntransigeant d'un art chauvin et suranné : nul n'est plus ouvert que lui aux idées\nnouvelles, quand elles sont bonnes; nul ne juge avec plus de sympathie les\nœuvres originales et sincères. Au reste, tous les « révolutionnaires ))du jour sont\nd'anciens élèves du Conservatoire, lequel, à l'occasion, sait renouveler son ensei-\ngnement comme la couleur de ses murs.\nAdministrateur, Théodore Dubois remplit avec une correction et un tact par-\nfait des fonctions très difficiles. C'est, comme disent les Anglais, The right mari\nin the right place. Il n'y a pas un de ses collaborateurs qui ne rende hommage à\nson esprit de justice et à sa droiture ; il est par surcroît, très bienveillant, ce qui\naugmente le respect et 1 affection de tous ceux qui l'entourent.\n\nJ. C.\n\nLa musique à Paris il y a cent ans,\nd'après les «Lettres confidentielles» de J.-F. Reichardt.\nUN MUSICIEN OUBLIÉ: LES «LIEDER» DE REICHARDT. — REICHARDTET GOETHE. - ANNÉES\nDE VOYAGE. — REICHARDT A PARIS. — GOSSEC, CHERUBINI, LES ERARD,\nMONSIGNY, GRÉTRY. - REPRÉSENTATIONS DES OPÉRAS DE GLUCK: NOURRIT.\n\nParmi les noms de ceux qui, au siècle dernier, tinrent une place glorieuse dans\nl'histoire de l'art allemand, se distingue celui de Jean-Frédéric Reichardt. Ce fut\nun des meilleurs d'entre les virtuoses et les compositeurs de son temps ; écrivain\nloyal, habile et fort instruit, d'une culture étendue, il était doué d'un sens très\nfin pour les arts, pour les lettres, enfin pour tout ce qui peut favoriser la vie de\nsociété. Mais son nom était presque inconnu à notre époque ; la génération\nactuelle, agitée, toujours en quête de nouveau, l'avait oublié, quand, à l'occasion\nde son cent cinquantième anniversaire, il y a à peu près un an et demi (il est né\nle 25 novembre 1752 à Kœnigsberg, en Prusse), quelques articles de journaux\nattirèrent en passant l'attention sur lui. Nous allons nous servir ici d'une de ses\nœuvres littéraires (1) pour nous représenter 1 état du théâtre et de la musique il\ny a tout juste cent ans : mais nous donnerons auparavant une esquisse rapide de\nla vie et du caractère de l'auteur.\nLa vie très agitée de cet homme, qui se trouva en contact avec toutes les gran-\ndes personnalités de son temps, qui voyagea beaucoup et eut toujours à souffrir\nde la calomnie, est aussi intéressante qu instructive. De condition modeste —•\nc'était le fils d'un « musicien de ville » qui des bords du Rhin était allé s établir\nau nord-ouest de l'Allemagne, on le destinait à faire des études de droit ; mais\nil montra dès sa jeunesse des dispositions extraordinaires pour la musique ; ses\nproductions furent vite remarquées, et ce chercheur entreprenant et ambitieux\narriva aux places les plus élevées et les plus en vue. 11 acquit comme chel cl or-\n\n(i) J F. Reichardt s Vertraute Briefe aus Paris, geschrieben in denjahren 1802 und 1803\nHamburg, 1804, chez 8.-G. Hoffmann, 3 parties. 1320 pages in-B°."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "348", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.4", "texte": "LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\nchestre et comme compositeur une influence prépondérante ainsi qu'une très\ngrande renommée. Mais son caractère impatient et violent, il était quelque\npeu porté à s'exagérer son mérite, ses paroles vives et indiscrètes surtout, ses\njugements cassants et sans retenue sur les hommes et les choses, quels qu'ils fus-\nsent, lui créèrent de tous les côtés des adversaires exaspérés, finirent par lui\nfaire perdre une place qui lui rapportait, avec l'honneur, de bons appointements,\net le forcèrent à quitter prématurément une carrière où il aurait pu rendre encore\nde grands services. Mais ori a beau juger Reichardt aussi durement qu'il est pos-\nsible, il faut reconnaître que c'était un musicien plein de culture et d'instruction ,\nqui chercha toujours à faire mieux, un novateur même en beaucoup de choses,\nun homme d'honneur et un patriote au meilleur sens du terme. Il se peut que la\nnature lui ait refusé le génie, et qu'il nous apparaisse plutôt comme un talent\nréfléchi ; mais, tout en empruntant et en imitant, il ne tomba jamais dans une\nimitation servile. Ses grandes œuvres (opéras, symphonies, oratorios, etc. ) prou-\nvent une complète possession des moyens, une facture artistique ; on est frappé\net quelquefois même surpris de la façon dont ce musicien distingué sait rendre\nmusicalement des caractères ou peindre des tableaux grandioses et simples ;\nmais c'est en vain qu'on y cherchera beaucoup d'imagination et d'invention, et\nl'on tombe plus souvent qu'on ne le voudrait sur un pathétique qui sonne creux.\nIl ne réussit jamais à dépasser ses grands modèles, Graun et surtout G/zzc/q ni\nmême à les atteindre ou à en approcher ; mais, en un autre sens, c'est un des rares\nmusiciens à qui les tentatives les plus difficiles réussissent le mieux. Je veux dire\npar là la composition d'un simple lied et surtout la mise en musique des poésies\nde Goethe. Reichardt c'était un des traits les plus caractéristiques de son carac-\ntère— aimait et recherchait la fréquentation d'hommes célèbres et de person-\nnages haut placés ; mais plus que par tout autre, il se sentait attiré par Goethe, et\ncet homme, plein du sentiment très vif de sa propre valeur, s'inclinait pourtant\ndevant la grandeur et la puissance du plus riche et du plus universel des poètes.\n11 a écrit pour plusieurs centaines de poésies de Goethe des mélodies charmantes ;\nil y a mis toute sa force, et l'on voit avec quel amour il y a travaillé. Et si plusieurs\nmusiciensde génie comme Beethoven, Schubert, Mendelssohn se sont attaqués de\npréférence à des poésies de Gœthe, s'ils ont réussi mieux que lui des pièces iso-\nlées, il n'en est pas un qui ait compris le génie de ce poète avec plus de profon-\ndeur chaleureuse et plus d'enthousiasme ; et personne n'a rendu musicalement\nun plus grand nombre de ses pièces et les plus variées. Mais la personne\nmême de Gœthe l'attirait autant que son œuvre, et bientôt l'amitié la plus\nadmirable pour celui-ci, qui était à peu près du même âge que Reichardt, rem-\nplaça dans son cœur son ardent enthousiasme. Gœthe, dit-il, a bien mérité de\ntous les arts, mais surtout de la musique. Et l'on trouve dans ses écrits des\npréceptes excellents qui stimulent, guident, élèvent et forment un artiste à tous\nles moments de sa vie, de l'heure de 1 initiation à celle de la mort.\nL'Olympien Gœthe accepta les hommages de Reichardt avec l'amabilité encou-\nrageante qui lui était propre. Il était au comble de ses vœux : il avait ainsi sous\nla main un compositeur de bonne volonté, dont les lieder contribueraient à ré-\npandre ses œuvres. Nous savons la façon digne et amicale dont il acceptait hom-\nmages et sacrifices ; mais il lui arrivait aussi, sans aucun autre motif, de tourner\nle dos à un ami, s'il s'apercevait qu'il n'avait plus aucun profit à tirer de sa"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "349", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.5", "texte": "LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\ncollaboration ou de ses études. Les lettres qu'il échangeait avec Reicharclt\ntémoignent des bonnes relations qu'il y eut entre ces deux hommes jusqu'au début\nde 1796 ; mais elles se relâchèrent bientôt, sans que la poésie ou la musique y\naient en rien contribué. Son entrée dans la vie politique, ses idées nettement\ndémocratiques, l'amitié qu'il portait à plusieurs des chefs de la révolution, enfin\nla conduite de son beau-fils, qui fit scandale il avait secrètement quitté Berlin\npour Paris, où il se joignit aux tentatives révolutionnaires les plus violentes,\nle séparèrent peu à peu de Goethe, exaspéré au point de ne plus pouvoir entendre\nses lieder mis en musique par Reichardt. Le passage suivant des Annales\ncaractérise leurs relations et nous apprend ce que Goethe pensait sur son\ncompte ;\n(( J'étais en bonne intelligence avec Reichardt, bien qu'il fût importun, par con-\n(( sidération pour son remarquable talent. Il fut le premier à s'appliquer sérieu-\n(( sement et avec suite à mettre mes poésies lyriques en musique et à les\n« répandre ainsi dans le public ; il est d'ailleurs dans mon tempérament de sup-\n(( porter, par reconnaissance, des hommes incommodes, tant qu'ils ne sont pas\n(( trop encombrants quitte ensuite à rompre brusquement toutes relations.\n(( Reichardt s'était mis impétueusement et furieusement du côté des révolu-\n« tionnaires ; mais moi, considérant les suites terribles et qu'on ne pourrait\n(( arrêter d'un état de choses violemment dissous, voyant aussi une pareille agi-\n(( tation naître secrètement dans mon pays, je m'en tins au régime existant, que\n(( j'avais contribué toute ma vie, consciemment et inconsciemment, à améliorer\n(( et à diriger dans la voie de la sagesse et de la raison, et je ne pouvais ni ne\n(f voulais dissimuler mon sentiment. ))\nC'est avec intention que j'ai étudié avec quelque détail les relations de Reichardt\navec le plus grand d'entre les plus grands, car elles me semblent caractériser\nl'homme. Plein d'esprit, adroit, richement doué, trop richement peut-être, il semble\nqu'il lui manque le talent d'exercer une profession déterminée. Son caractère\nétait impatient ; il s'occupait de tout sans se tenir à rien, sans aller jusqu'au\nbout dans la voie choisie ; il vieillissait et faisait toujours des tentatives nouvelles.\nMusicien, écrivain, esthéticien, homme politique ardent, portraitiste habile, com-\npositeur et chef d'orchestre, il fut partout remarquable, mais ne réussit nulle part\nà atteindre un résultat parfait ou à connaître le repos dans une situation agréable.\nEt toujours nous le voyons errer parle monde, toujours dans 1 incertitude. Mais\nces courses vagabondes ont eu pour la postérité des résultats magnifiques. Les\nlettres de son voyage à Vienne (1808-1809) et à Paris (1802-1803) sont des\nsources inappréciables pour qui veut connaître la vie des villes capitales à cette\népoque ; et non pas seulement au point de vue politique. Cet homme du Nord,\ndont le caractère ardent, emporté et violent n'avait rien de la froideur et de\nla tranquillité de sa ville natale, qu'on se plaît à appeler (( la ville de la raison\npure )), aimait les voyages ; il avait cette passion dans le sang. Dès sa jeunesse,\nnous le voyons (1771-1774) parcourir l'Allemagne sans but précis, simplement\npour étudier le pays et les habitants, car à cette époque il ne suivit que très irré-\ngulièrement les cours des universités de Leipzig et de Berlin ; mais vers l'âge de\nvingt-trois ans. en 1775, il réussit à obtenir la place de maître de chapelle à la\ncour de Frédéric le Grand. Il s'acquitta de ses fonctions avec circonspection et\nhabileté, non sans trouver de la résistance chez les anciens membres du théâtre,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.6", "texte": "LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\nqui s'efforcèrent d'accumuler les obstacles sur la route d'un jeune chef d'orchestre\npar trop zélé. Mais il était infatigable dans ses innovations et ses réformes ;\nc'est alors qu'il fonda les « Concerts spirituels )) pour l'audition d'oeuvres nou-\nvelles, introduisant dans les programmes l'analyse des morceaux exécutés. En\n1782 il fait un court voyage en Italie, il obtient un congé et passe l'année 1785\nà Londres et à Paris. L'Opéra lui commande deux pièces : Tamerlan et\nPanthèe. Il revint à Paris, Tamerlan achevé, en 1786, mais la mort du roi le\nforce à retourner à Berlin, et la représentation n'a pas lieu. Sous le gouverne-\nment du nouveau roi, Frédéric-Guillaume 11, amateur éclairé et bon violoncel-\nliste, la vie musicale se développe et prend une activité nouvelle à la ville comme\nà la cour ; l'orchestre est renforcé, Reichardt envoyé en Italie pour engager de\nnouveaux artistes pour l'Opéra, etc. Mais ses ennemis il en comptait un assez\ngrand nombre profitèrent de ses sympathies pour la Révolution française et\nen firent des armes contre lui; sa position devint intenable ; on lui accorda un\ncongé de trois ans qu'il passa en Angleterre, en France et en Suède. De retour\nà Berlin en 1794, il est congédié pour avoir publié une brochure où il exposait\nses idées révolutionnaires. Le voilà encore en voyage ; mais il se fixe bientôt à\nAltona (près de Hambourg), où il publie un journal politique, la France. Ce-\npendant, les esprits étant mieux disposés envers lui, on songe à pourvoir cet\nhomme de mérite et on lui donne la place d'inspecteur des salines à Halle. A\nla mort du roi en 1797, il reparaît à Berlin sous son successeur Frédéric-Guil-\nlaume 111, le mari de la reine Louise, et reprend son activité musicale publique.\nL'occupation française (1806) le chasse vers la frontière est, à Kœnigsberg ; mais\nJérôme Napoléon l'oblige à partir, sous peine de conhscation de sa fortune et de\nses biens, et l'envoie à Cassel en qualité de chef d'orchestre. Il avait là de bril-\nlants appointements; il y trouva un bon orchestre et des artistes excellents, un\nopéra français, italien et allemand, enfin un ballet composé des plus jolies dan-\nseuses, et parmi elles Taglioni. Un grand nombre d'amateurs distingués s'étaient\nalors donné rendez-vous dans cette ville,résidence royale où l'on vivait gaiement\ndans 1 ivresse de fêtes continuelles. Mais cet homme sévère, que la destinée\nn'avait pas épargné et qui souffrait de voir la honte de sa patrie, tombée sous le\njoug de l'étranger, faisait triste figure au carnaval de Cassel. Son caractère vio-\nlent et emporté lui faisait prendre tout le monde à partie ; de l'autre côté, on ne\nmanquait pas de lui chercher chicane, et on finit par lui accorder un congé pour\naller à Vienne recruter des chanteurs pour une troupe d'opéra bouffe qu'on vou-\nlait fonder. Il y vécut de 1808 à 1809, et s'efforça d'y faire représenter un de ses\nopéras, mais en vain. Il se retira en TBIO dans sa propriété de Giebichenstein\nprès de Halle, où il mourut le 30 mai 1814, à l'âge de 62 ans, occupé jusqu'à ses\nderniers jours de projets de compositions patriotiques.\nCette esquisse rapide de la vie de Reichardt montre qu'on pourrait lui appli-\nquer à bon droit la parole que la tradition prête à Dieu, maudissant Caïn, meur-\ntrier de son frère : (( Tu seras vagabond et fugitif sur la terre» (Genes., iv, 12).\nMais ce n'était pas pour lui une bien grande douleur d'être forcé de résider si\nsouvent à l'étranger ; et ses écrits nous montrent plutôt que c'était un besoin de\nsa nature agitée de vivre ainsi sans foyer. Il n'en faut pourtant pas conclure qu'il\nfut malheureux en ménage ; il se maria deux fois, eut une nombreuse famille et\nune maison où l'on pratiquait une hospitalité cordiale. Mais il sentait l'oppres-\nsion d'en haut et du dehors, et le manque d'indépendance pesait à cet homme,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "351", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.7", "texte": "LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\nqui aurait pu dire avec le marquis de Posa, dans le Don Carlos de Schiller : (( Je\nne puis pas être le serviteur des rois. )) C est ainsi que nous le voyons toujours\nde bonne humeur en voyage, et d'une réceptivité qui étonne. Dans son désir\npresque insatiable de joindre 1 utile à l'agréable, c est-à-dire de s amuser royale-\nment tout en rassemblant des documents pour son livre, il nous rappelle le baron\nsuédois dont évidemment il a pris la devise : (( Je veux m'en fourrer jusque-là ! »\npendant les cinq mois de son séjour à Paris (novembre 1802-avril 1803).\nIl lui fallait quelques jours pour présenter ses lettres de recommandation et\nchercher de vieux amis *, dès le premier soir il va en soirée chez 1 ambas-\nsadeur de Prusse, le marquis de Luchescui, où se réunissait tout ce que Paris\ncomptait de notoriétés, de notabilités et de beautés. Tout le corps diplomatique\nétait là. Il est surtout intéressé par le vieux et puissant ministre Fox, qui joue\nau whist avec quelques ambassadeurs, jusqu'au matin. (( Le haut de son visage\nest intelligent et puissant, une forêt de sourcils noirs ombrage des yeux ardents\net profonds ; mais le bas de sa figure est large, épais, et prouve la plus grande\nsensualité ; la bouche pourtant a quelque chose d'agréable et de prenant. »\nLes théâtres attirent particulièrement Reichardt. (( Dès le premier jour, j ai\ncommencé à mettre en pratique mon projet d'aller chaque soir au théâtre. Dès\nles quatre premiers jours j ai été aux P rançais, à 1 Opéi a, à 1 Opéra Italien et au\nVaudeville; je n'ai vu nulle part des pièces spécialement intéressantes et je ne\npourrais partant pas en conter quelque chose de bien réjouissant. )) Mais quel-\nques jours plus tard il entend Semiramide à l'Opéra. Il écrit : (( La musique de\nCatel, un jeune homme encore élève au Conservatoire de Paris, prouve de bonnes\nintentions ; quelques parties de détail sont réussies ; mais dans l'ensemble,\nc'est une œuvre faible, pleine de réminiscences de Gluck et Sacchini. » Ces allé-\ngations méritent d'être corrigées. Catel (Charles-Simon) est né en 1773 ot était\npar conséquent, lorsque Reichardt écrit ces lignes, un homme de trente ans , au\nsurplus il était déjà, depuis 1799, nonpasélève, mais professeur auConservatoire.\nC'était un des musiciens français les plus instruits ; son 71 aité d Haï moine est\nune œuvre remarquable, et l'auteur, qui écrivit beaucoup pour le théâtre, sans\nréussir à s'affirmer vraiment, devait à son honnêteté et à son bon caractère une\nrenommée excellente.\nOn a toujours le sentiment, quand on s occupe de Reichardt, qu on a affaire\nà un homme du monde. 11 a les manières les plus distinguées, non pas\nseulement à l'extérieur, comme un dandy, mais comme un homme qui a\ntoujours fréquenté les plus hautes sphères de la société. Je connais bien peu de\nmusiciens je n'entends parler ici que du temps passé qui àce point de\nvue puissent lui être comparés avantageusement. La réunion dans une même\npersonne de l'aristocratie des manières et d un sentiment démocratique a quel-\nque chose d'unique. Il a fait trop de visites d'introduction, et les nombreuses\nvisites qu'il reçoit lui ravissent un temps précieux à Paris plus encore\nqu'ailleurs. « Les dîners où je suis prié ne commencent jamais avant, et au\nplus tôt à six heures, mais souvent après sept. La plupart du temps trop d in\\i-\n— c'est incommode, —et l'on manque la moitié du spectacle ce qui est\ntrès désagréable. )) Il regrette que sa position ne lui permette pas de retenir une\nloge, car il trouve gênant de prendre à huit ou neuf heures une place pour une\npièce qui a commencé à sept. Mais il reste conséquent avec lui-même ! « Mon"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.8", "texte": "LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\nintention reste toujours cTaller chaque soir au moins à un théâtre, ne serait-ce\nqu'au petit. ))\nOn lui rend ses visites : les musiciens d'abord. Paisiello, qu'il a vu pour la\npremière fois à Naples, il y a douze ans. Il a maintenant tout juste soixante ans.\nmais paraît moins, grâce a sa belle prestance et à sa tournure virile. L'embon-\npoint donne à sa haute taille quelque chose de colossal qui ne trahit, non plus\nque ses yeux noirs pleins de feu et son épaisse chevelure brune, le compositeur-\nagréable, charmant et gracieux qu'il est. « Il y a seulement un an que le pre-\nmier consul l'a fait venir de Naples pour composer ici un grand opéra français.\nIl a trois mille livres d'appointements par mois, logement, service et équipage ;\nil compose et dirige la messe privée du consul. Il s'occupe de la composition\nd'un vieux poème de Quinault, Proserpine. Maintenant apparaît un autre\nvieil ami de Reichardt, Gossec (1), un petit homme de soixante dix-ans, dodu,\naimable et blond, comme il le dépeint. Il est toujours, comme autrefois,\naffectueux et plein de cœur. Inspecteur au Conservatoire de musique, remplis-\nsant ses fonctions avec zèle, il fondait des espérances sur plusieurs jeunes gens\nde talent qui y étudiaient alors. Cherubini ne se fit pas attendre non plus.\nReichardt se souvient encore du premier jour où il l'a vu ; c'était dix-sept ans au-\nparavant, en 1788 ; il arrivait à Paris pour s'y établir définitivement. C'était au\nConcert spirituel et à l'excellent Concert d*amateurs, à la Loge olympique, où le\nFlorentin, âgé alorsde vingt-huit ans, entendait pour la première une symphonie\nde Haydn. Il était là tout étonné et enchanté, pâle et comme pétrifié, incapable\nde dire un mot. Ce moment admirable aeu sur son goût et sur son style une\ninfluence décisive. Il fut alors le premier compositeur italien qui sacrifia les voix\nà 1 accompagnement orchestral ; et il est encore le premier et le seul de ses\ncompatriotes a avoir produit certains effets d'orchestre spéciaux et à avoir créé\nun genre artistique qui lui appartient en propre. Mais quel effort pour\naller contre ses dispositions aimables pour le chant abandonné à la libre\nfantaisie, et marcher sur un autre chemin au pas de Haydn ! Son visage en\nporte la trace. Ce n'est plus la jeunesse fraîche, aimable et enjouée qui me sur-\nprit si agréablement autrefois; il a l'air faible, maladif et mélancolique. Cela ne\nl'enlaidit pas, mais le rend plutôt intéressant. L'injustice et 1 ingratitude avec\nlesquelles on traite ici cet artiste si rare y ont certainement contribué. Depuis\nqu'il est à Paris, il n a pas encore réussi à faire jouer une de ses œuvres à\n1 Opéra. Toutes ces jolies choses que nous admirons en Allemagne, il les a\nfaites pour le petit Théâtre Feydeau. C'est aussi le cas de Méhul, inspecteur et\nprofesseur au Conservatoire de musique, comme Cherubini. Cet établissement\ncommence à fournir à l'Opéra des voix un peu meilleures. Mais vraiment, s'il n'y\navait pas un avantage pécuniaire important à faire représenter un grand opéra\navec succès, je m'étonnerais que ces hommes puissent avoir seulement la pensée\nde composer pour ces criardes. Car les vieilles ne se laissent pas enlever les\npremiers rôles, et il faut qu'un mot d'en haut ce fut le cas pour Paisiello\nvienne leur faire lâcher prise.» Reichardt ne nous dit pas que l'antipathie person-\nnelle de Napoléon pour Cherubini était ce qui faisait surtout du tort à ce musi-\n\n(i) Mozart le dépeint dans une lettre à son pere datée du 5 avril 1778 : « C'est un très bon\nami et un homme sec »."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.9", "texte": "LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\ncien. Leur première rencontre avait eu quelque chose de désagréable. Lors-\nqu'en 1797 le général Bonaparte était revenu d'ltalie, il fut reçu triomphale-\nment par la capitale, qui fêtait ainsi la fin glorieuse cle la campagne d'ltalie. Le\nConservatoire lui aussi voulut célébrer le jeune héros, et, sur sa demande, on\nexécuta une composition médiocre de Paisiello, une marche triomphale. Les\ninspecteurs du Conservatoire profitèrent de la présence du général-héros pour\nfaire entendre deux œuvres de Cherubini, une cantate et une marche funèbre\ndédiée à la mémoire du général Hoche. Soit que Bonaparte fût mécontent qu'on\nait, sans lui rien demander, allongé le programme, soit qu'iln'ait pas goûté qu'on\ncélébrât en même temps que lui un autre héros, il était de mauvaise humeur.\nAprès le concert il s'approcha de Cherubini, ne lui dit pas un mot de ses œuvres\nqui venaient d'être exécutées, et se contenta d'élever aux nues Paisiello et Zin-\ngarelli, qu'il déclarait les plus grands musiciens de l'époque. A quoi Cherubini\nne put s'empêcher derépliquer : « Passeencore pour Paisiello, mais Zingarelli ! »\nAprès l'attentat du 3 nivôse, le premier consul reçut aux Tuileries des députa\"\ntions de tous les corps constitués et des administrations d'établissements\npublics. Le Conservatoire envoya la sienne. Cherubini s'y trouvait avec les\nautres inspecteurs de cette école ; mais il se tenait caché derrière ses collègues\npour échapper à une autre entrevue qu'il savait ne pouvoir lui être agréable.\n« Je ne vois pas M. Cherubini », dit le premier consul, affectant de prononcer ce\nnom à la française ; l'artiste fut obligé de se montrer ; mais il ne dit pas un mot.\nQuelques jours après, il reçut une invitation à dîner. Après le repas, Napoléon,\nmarchant à grands pas dans le salon, entama avec Cherubini, qui le suivait du\nmieux qu'il pouvait, une conversation sur la musique, dans laquelle il passait\nalternativement de la langue italienne à la langue française. Le premier consul\nrevint encore sur sa préférence pour la musique de Paisiello et de Zingarelli.\nPoussé à bout par le grand artiste, il s'écria tout à coup : « Je vous dis que j'aime\nbeaucoup la musique de Paisiello ; elle est douce et tranquille. Vous avez beau-\ncoup de talent, mais vos accompagnements sont trop forts. Citoyen consul,\nje me suis conformé au goût des Français. Votre musique fait trop de bruit :\nparlez-moi de celle de Paisiello ; c'est celle-là qui me berce doucement. J'en-\ntends, répliqua le compositeur, vous aimez la musique qui ne vous empêche\npas de songer aux affaires de l'Etat. Cette réponse spirituelle fit froncer\nle sourcil du maître, qui n'aimait pas ces libertés de langage : il ne la par-\ndonna jamais.\nL'établissement des frères Erard fit grande impression sur notre voyageur,\nL'établissement occupe de grandes maisons dans un des plus beaux quartiers de\nParis. Tout ce qui entre dans la fabrication de ces instruments, jusqu'aux orne-\nments, est fait et travaillé dans la maison même. Il n'y a pas seulement là un\natelier pour la fabrication proprement dite de l'instrument, oû menuisiers, ser-\nruriers, ouvriers en acier trouvent une installation confortable ; mais bronzeurs,\npeintres, vernisseurs, ébénistes, céramistes, trêfileurs, ont des ateliers spacieux\net commodes. Reichardt fut aussi introduit dans la famille Erard. A un dîner il\nrencontra un grand nombre de musiciens, Alsaciens pour la plupart, comme les\nmaîtres de la maison. C'est là qu'il fait la connaissance de Jean-Louis Adam (le\npère d'Adophe Adam), du Strasbourgeois Pfenffiger et d'autres encore.\nIl se plaint qu'en général, en dehors du théâtre, on entende très peu de bonne\nmusique. Autrefois, il en était autrement : presque tous les après-midi ou"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.10", "texte": "' LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\npouvait entendre des quatuors; presque tous les soirs il y avait, en quelque salle,\nun petit, voire même un grand concert. Le c!ioix était parfois embarrassant entre\nle bon et le meilleur. Mais il se réjouit devoir les directeurs du Conservatoire lui\nenvoyer, avec un mot très aimable, des places pour les concerts que les élèves\ndonnaient, tous les dimanches, de i heure à 4 heures, dans la salle du Conser-\nvatoire. Gossec et Cherubini l'invitèrent dans la loge des inspecteurs, et lui\ndonnèrent parmi eux la place d'honneur. (( Je fis dans cette loge la connaissance\nd'un homme intéressant, un vieil et brave homme, Monsigny. Par considération\npour son grand talent, et pour le dédommager de la situation précaire où 1 avait\nmis la Révolution, on l avait nommé lui aussi inspecteur, bien que son âge\nl'empêchât d'exercer ces fonctions d'une fonction active. )) Cette remarque n est\npas tout à fait juste, car Pierre-Alexandre Monsigny n'était plus inspecteur\ndepuis l'année précédente. Lorsque Reichardt le vit, il avait déjà 74 ans, il est\nvrai, mais il vécut encore 14 ans, puisqu'il n'est mort qu'en 1817, trois ans après\nlui. (( Le concert était d'autant plus intéressant que 1 orchestre n'était composé\nque d'élèves, le chef d'orchestre y compris. Aucun des professeurs n'y prenait\nune part active, et pourtant ils exécutèrent une Symphonie de Haydn et une\nOuverture très difficile de Cherubini beaucoup mieux qu'on n eût pu 1 atten-\ndre. » Il nous parle encore d'un concert d élèves du Conservatoire où on exé-\ncuta un quatuor pour instruments à vents (flûte, clarinette, hautbois et cor) et\nse montre enchanté de la tranquillité et de la sûreté dont font preuve ces jeunes\nartistes en exécutant devant le grand public les morceaux les plus difficiles. Les\nélèves exécutèrent aussi des morceaux de chant avec grand succès.\nUn plus grand musicien que Monsigny, Grétry, eut le même sort que lui et fut\naussi réduit à la pauvreté par la Révolution. Reichardt fut invité chez lui à un\n(( tout petit déjeuner familial et bourgeois. Je sais sur quel pied il vivait aupa-\nravant ; son appartement est encore grand et bien rangé, mais sa vie est aussi\nsimple que celle du petit bourgeois de Paris. Il a tout perdu pendant la Révo-\nlution et vit uniquement du produit de ses droits d'auteur ; mais ses opéras et\nses opérettes ne sont pas joués bien souvent, étant passés de mode. Lui, philo-\nsophiquement, s'est arrangé de son changement de situation, et je trouvai son\ncaractère plus enjoué et plus libre qu'auparavant, sans avoir rien perdu de sa\nfinesse. Il possède la petite maison de Montmorency, où vécut et mourut Rous-\nseau ; il y passe la belle saison dans un calme philosophique. C'est là qu'il a\nécrit une œuvre assez importante : De la Vérité (en 3 volumes in-8°) qui\ntémoigne tout au moins d'un grand effort dans l'étude de 1 homme et la\nrecherche d'une méthode d'éducation. ))\nReichardt eut aussi l'occasion d'entendre différentes œuvres de son ami\nGrétry, mais il ne s'en montre pas précisément enchanté. 11 avoue s'être mor-\ntellement ennuyé à Anacréon, (( une sorte de compromis entre l'opéra et\nl'opérette. » Jamais il n'aurait cru Grétry capable d écrire avec autant de séche-\nresse et aussi peu de couleur. Il n'y avait pas vingt mesures de musique accep-\ntable ; rien de l'esprit et du sel de ses petites œuvres d'autrefois. Sauf une ro-\nmance qui lui parut vieillie, tout était gris sur gris. Reichardt entreprend alors\nun parallèle entre cette pièce et un opéra de Rodolphe Kreutzer, qu'il entendit\ndans le même temps. Kreutzer, à qui ses études de violon ont acquis l'immorta-\nlité, à qui Beethoven dédiait la plus grande de toutes ses sonates, était à cette\népoque « Concertmeister », c'est-à-dire violon solo à l'Opéra, où il devint chef"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.11", "texte": "LA MUSIQUE A PARIS IL Y A CENT ANS\n\nd orchestre en 1817. Voici ce que dit Reichardt : (( Dans Anacréon, il y a trop\npeu de musique ; dans Astyanax, il y en a trop, surtout dans la partie instru-\nmentale, qui est très riche et très bonne, parfois remarquable, mais couvre trop\nle chant. )) Il est, par contre, ravi du jeu de ce virtuose;\nmagnifique ballet de Télémaque qui fut donné ensuite ; il unit la puissance la\nplus grande à la virtuosité la plus complète. »\nIl est particulièrement joyeux d'enregistrer une semaine d'opéra avec un\nrépertoire magnifique. On donna un soir Iphi génie en Aulide de Gluck\net le grand ballet-pantomime Psyché, un autre jour Alceste de Gluck et le\nballet La Pensionnaire. Il se réjouit de réentendre cette musique admirable,\nmais l'exécution ne lui permettait pas de se laisser ravir et charmer, comme\nautrefois. Il croit en effet et il le dit crûment, sans ambages, àsa manière\nque les orages révolutionnaires n'avaient pas eu sur les arts une influence favo-\nrable. Mais les cris que poussent les chanteurs l'excèdent surtout, et il en parle\navec détail : (( Lainez passa toutes les bornes, pour atteindre la plus grande élé-\nvation de la plus grande hauteur, et c'est un vrai bonheur qu'il ne m'ait pas\nbrisé le tympan. La Maillard s'épargnait au commencement, et j'étais près de\nme réconcilier avec elle. Mais vers la fin elle retomba dans sa déplorable ma-\nnière, et malheureusement les spectateurs l'applaudirent de toutes leurs forces. ))\nSauf pour les solistes, il ne trouve que des louanges : « Le tout fut donné avec\nla dignité ancienne et un grand ensemble pittoresque. Les chœurs sont meilleurs\nqu'autrefois, et l'orchestre donne toujours une bonne et belle exécution. L'admi-\nrable ouverture fut jouée avec une force qui entraînait tout. » Mais, pour être\ncomplet, il m'est impossible de passer sous silence une proposition de Reichardt\nque je donnerai sans commentaires : « Je n'ai pu m'empêcher de reprendre mon\nancien vœu : on devrait passer purement et simplement la petite introduction à\ndeux voix, en ut mineur, qui est très artificielle, et commencer tout de suite par\nl'imposante phrase en ut majeur. Il y a au fond, comme partout dans les\nœuvres de Gluck, une idée originale, mais qui, dans l'exécution, ne produit aucun\neffet. )) —Le grand admirateur de Gluck ne peut naturellement pas laisser\npasser une exécution d\"Armide sans y assister ; mais l'ensemble lui fait alors une\nmoins bonne impression. Ce qui l'intéresse le plus, c'est (( un nouveau chanteur\ndont ce sont les premiers débuts. Il s'appelle Nourrit et obtient dans le rôle de\nRenaud un très grand succès. Il me fit aussi plaisir, car il ne crie pas, mais\nchante, et parfois très agréablement. Mais sa voix, sa diction, non plus que sa\ntaille et ses gestes, ne promettent un chanteur pour l'Opéra. )) Il faut remarquer\nqu'il est ici question de Nourrit père (1780-1831). Le fait que Nourrit, débutant\nà l'époque où Reichardt l'entendit, devint dix ans plus tard un des favoris du\npublic parisien et un des soutiens de l'Opéra ne suffit pas à prouver que Rei-\nchardt avait tort.\n(A suivre.)\n\nH. CONRAT."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.12", "texte": "LE CHANT DANS LES ÉGLISES\n\nLe chant dans les églises\n\n(1).\nSAINTE-CLOTIL.DE. Vue dans son ensemble, surtout de l'intérieur, cette\néglise pourrait passer pour un monument gothique du xme siècle. Cependant\nelle date de 1857 seulement. Mais la pierre a déjà pris le ton gris des vieilles\nmurailles saupoudrées d une fine poussière.\nOn l'appelle basilique, je ne sais pourquoi, car elle n'a pas de suprématie\nmarquée sur les autres églises de Paris, ni par ses dimensions, ni par l'impor-\ntance de sa paroisse : 15.000 âmes.\nA l'encontre de ce que j'ai observé jusqu'ici, c'est la partie d'orgue qui m'a\nle plus intéressé à Sainte-Clotilde, au détriment du chant de la maîtrise.\nCelle-ci a débuté par un Asperges me lent et lourd, si lent et si lourd, que les\nchanteurs perdent le souffle au milieu d'un motet disent : et super nivem deal\nbabor.\nIls ne répètent pas l'antienne : Asperges me, dénaturant ainsi le carac-\ntère de ce morceau, comme je l'ai déjà fait remarquer précédemment.\nEn revanche, le Kyrie du 5e ton a été bien chanté, d'une bonne allure, et dis-\ncrètement accompagné de faux-bourdons.\nMais quel est ce Gloria défiguré où je reconnais à peine quelques traces de\ncelui du 5e ton et qui, cependant, n'est pas tout à fait en dehors du rituel >\nRenseignement pris, c'est un Gloria local, qui pourrait être appelé de Sainte-\nClotilde et qui n'est chanté nulle part ailleurs. Plusieurs maîtres de chapelle\nou organistes, même César Franck, ont contribué à l'arrangement de cette\nmosaïque, que je n'ai pas beaucoup goûtée, bien qu elle ait été bien dite par la\nmaîtrise.\nAu graduel, même économie de temps qu'au début de la messe ; on en sup-\nprime la moitié. Le reste est correctement chanté, comme le Credo qui suit\n(édition de Rastibonne) ; mais personne, dans l'église, n'a l'air de se douter\nqu'il pourrait prendre part à ces chants.\nA Y offertoire j'ai entendu avec grand plaisir le choral pour orgue de Bach,\nn° 44 : Nunfreut euch lieben Christen. C'était pour moi une jouissance rare et\nprécieuse d'écouter la basse développer posément et clairement le motif princi-\npal, tandis que la main droite dessinait ses arpèges dans les notes élevées,\ncomme une frise ajourée au sommet d'un édifice.\nA Y élévation, on nous a chanté, en solo, un O salut aris débile et froid. L'au-\nteur a paru se rendre compte lui-même de la faiblesse de sa composition, car\nil répète cinq ou six fois cette invocation: da robur, da robur... En effet, c'est la\nforce et la santé qui manquent dans ce morceau.\nUne autre œuvre de Bach, prélude et fugue n° 5, a clôturé cette messe inégale\nmais intéressante malgré ses faiblesses.\nA vêpres, la maîtrise, riche en voix d'enfants, m'a fait plaisir dans le chant\ndes psaumes, qu'elle accompagnait parfois de faux-bourdons mesurés et har-\nmonieux .\nAvant la bénédiction une belle voix de baryton a dit, en solo, un Ecce panis\n\n(1) Suite. Voir la Revue du ier juillet."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.13", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nAngelorum meilleur que 10 salutaris de la messe, mais encore un peu théâ-\ntral.\nQuand l'orgue répond au chœur, en substituant son jeu sans paroles aux\nstrophes qui devraient être chantées par un autre chœur, comme il arrive pour\nune hymne ou pour le chant du Magnificat, vaut-il mieux que l'organiste se\nmaintienne en contact, pour ainsi dire, avec le chant liturgique, ou que, s'en\nécartant tout à fait, il nous donne des échantillons intéressants des morceaux\nqu'il préfère, parfois même de ses propres compositions?\nC'est àce dernier parti que l'organiste de Sainte-Clotilde s'est arrêté. Les\nauditeurs n'ont pas eu à s'en plaindre. M. Tournemire est très maître de son\ninstrument; son jeu est original et distingué, et les morceaux qu'il nous a fait\nentendre étaient bien choisis L'effet de l'un d'eux a été compromis par le déclen-\nchement sec et la sonnerie de l horloge placée au-dessus de l'orgue. On pour-\nrait peut-être trouver un autre endroit pour cet instrument, utile, sans doute,\nmême dans une église, mais à condition de n'y pas faire trop de bruit.\nPour moi, j'aurais préféré, je l'avoue, l'autre manière. Il me semble qu'il\nne serait pas impossible à nos jeunes organistes, si savants, d'imaginer quatre\nou cinq variations différentes sur un même thème. De cette façon, nous reste-\nrions dans le sujet.\nA la fin des vêpres, j ai suivi avec le plus vif intérêt le troisième choral de\nFranck, qui fait un contraste frappant avec celui de Bach dont j'ai parlé plus\nhaut Autant ce dernier est simple et facile à suivre, autant celui de Franck est\ntouffu, rempli d'idées et comme emporté par un souffle âpre et puissant.\nM. Tournemire a rendu avec beaucoup de talent le caractère de cette œuvre\ndifficile et mouvementée.\n\nCONSTANT ZAKONE.\n\nPublications nouvelles.\n\nALFRED WOTQUENNE.\n\n— Catalogue thé-\no\nviatique des œuvres de Chr.-W.- \\ . Gluck\n(iqiq-iqSq). — Breitkopf, 1904.\nAu lendemain des belles représentations\nd Wlcesle et d Iphi génie en Tain 1 de à\nrOpéra-Comique, la nouvelle publication\nde M. Alfred Wotquenne sera particuliè-\nrement précieuse aux admirateurs fran-\nçais de Gluck. M. Wotquenne a dressé\navec une patience et un soin scrupuleux :\ni° le catalogue thématique de tous les\nmorceaux connus appartenant aux\nœuvres de Gluck; 20 l'énumération par ordre chronologique de la totalité de\nces œuvres, accompagnée de renseignements bibliographiques (1 ).\n\n(1) J'exprimerai le seul regret que la bibliographie des ouvrages concernant Gluck et des\néditions modernes soit très réduite et assez incomplète."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.14", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nCet ouvrage rectifie un grand nombre de dates erronées ; il fait connaître\ncertains fragments d'œuvres, restés inconnus jusqu'alors. Mais surtout il est\ndu plus haut intérêt par la possibilité qu'il fournit de contrôler la façon de\ntravailler de Gluck, et en particulier les emprunts qu'il faisait constamment\nd'une œuvre à 1 autre. Cette question des emprunts de Gluck est une des plus\ngrosses que soulève l'étude de sa musique ; et on n'y a guère apporté jusqu'à\nprésent d'impartialité, ni de connaissances suffisantes. Je voudrais dire en quel-\nques mots à quels premiers résultats amène, sur ce point, la lecture du catalogue\nde M. Wotquenne.\nTout d'abord, il faut noter que Gluck a écrit 50 opéras, ballets ou pièces de\ncirconstance. Il n'y a donc pas trop à s'étonner qu'il ait repris plus d'une fois\nles mêmes inspirations. C'était dans les habitudes du temps ; et Haendel, son\nmaître préféré, n'agissait pas autrement. C'est chez Gluck un usage qui date de\nses débuts mêmes. Dès son septième opéra, Y Ipermnestra de 1744, Gluck fait des\nemprunts à une de ses précédentes œuvres, le Demofoonte de 1742 ; et ses deux\nopéras de Londres, la Caduta de Giganti et YArtamene de 1746, sont deux pas-\ntiches, deux véritables pots-pourris d'airs de tous ses opéras antérieurs. On ra-\nconte d'ailleurs que le mauvais effet de ces essais, trop conformes au goût de\nl'époque, contribua à éclairer Gluck sur le pouvoir expressif de la musique.\nLes airs les plus célèbres de ses opéras de la fin apparaissent de très bonne\nheure dans ses œuvres italiennes. Le duo d'Armide et d Hidraot, et la scène de\nla Maine, s'annoncent presque tout de suite dès la Sofonisba de 1744; et ils\nreviennent constamment depuis, ils flottent dans son esprit, de Ylppolito de\n1745 aux Nozze dYErcole e d'FJbe de 1747, de la Clemenza diTito de 1752 à Y Ivrogne\ncorrigé de 1760 et au Telemacco de 1765. Le grand air d'Orphée aux Champs\nElysées se montre dans YEzio de 1750. L'air fameux A Iphigènie en Tauride :\n(( O malheureuse Iphigènie ! )) provient, comme on sait, de la Clemenza di Tito\nde 1752. L'ouverture même A'lphigènie en Tauride n'est autre que celle de File\nde Merlin de 1758. L'air magnifique d'Agamemnon, au début du premier acte\nd Iphigènie en Aulide, est repris au Telemacco de 1765, ainsi que l'ouverture\nd'Armide, etc., etc.\nMalgré cette abondance d'emprunts, il faut pourtant se garder de reprocher à\nGluck, trop à la légère, de se copier lui-même au mépris de ses théories drama-\ntiques. A étudier les choses d'un peu plus près, on reconnaîtra :\ni°Que l'œuvrecapitalepour lui, son drame vraiment révolutionnaire, YAlceste\nitalienne de 1767, n'a fait aucun emprunt aux œuvres antérieures ;\n20 Que, dans Orphée, Iphigènie en Aulide et Y Alceste française, ces emprunts se\nramènent, soit —et c'est la majorité à des airs de danse et chœurs dansés\n(dans la proportion de 10 sur 12 emprunts dans Iphigènie en Aulide, de 5 sur 8\ndans Orphée, de 4 sur 5 dans Y A Iceste française), soit à d'admirables airs, que\nGluck a retravaillés, et parfaitement adaptés à la situation nouvelle, pour la-\nquelle ils semblaient d'ailleurs faits d'avance, cemme l'air d'Agamemnon, et le\ngrand air d'Orphée aux Champs Elysées, que j.e signalais tout à l'heure. Que\nl'on voie avec quelle intelligence et quel soin Gluck a varié la déclamation des\nplus beaux airs de Y Alceste italienne, pour la scène française, au point de leur\ndonner un caractère tout différent, leur communiquant, au lieu de l'abandon\nélégiaque qu'ils avaient parfois dans l'original, la majesté pompeuse de la tra-\ngédie française."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.15", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\n3° Restent Arimde et Iphigéme en Tauride, qui sont des dernières années de\nGluck, et où les emprunts sont nombreux. Encore y a-t-il lieu de remarquer\nque Gluck n'y a recours d'une façon paresseuse que dans Iphigénie en Tauride,\nla dernière de ses grandes œuvres, qui est d'une époque où la fatigue de l'âge\npèse décidément sur lui. Dans Armide, qui est, dans l'ensemble, d'une abondance\net d'un charme mélodique supérieurs à ses autres opéras, rien n'est plus intéres-\nsant que d'étudier comment il a refondu une quantité d'éléments anciens, de fa-\nçon à en faire un tout absolument original et nouveau. Nul exemple plus frap-\npant de cette manière de travailler, que la scène de la Maine, bâtie entièrement\nsur des fragments d'Artamene, de 1 Innocenta giustificata, ATppolito, des Feste\ndé Appollo, de Don Juan, de Felemacco, de Ylvrogne corrigé et de Parideed Elena.\nM. Gevaert dit avec juste raison, dans ses belles études sur Gluck, que Gluck\nconsidérait ses anciennes œuvres italiennes comme (( des ébauches, des études\nd'atelier », qu'il avait le droit de reprendre, en les transformant, pour un tableau\nplus achevé. Ayant l'intention de les détruire, ou de les laisser disparaître, il en\nsauvait seulement ce qui lui paraissait digne de vivre II est bien caractéristique\nque le premier ouvrage dramatique de Gluck, publié de son vivant, ait été\nVOrfeo de 1762, son trentième opéra.\nNous n'avons pas d'ailleurs à être aussi sévères que Gluck pour ses œuvres\nitaliennes ; et il serait fort à souhaiter qu'une partie d'entre elles revînt à la\nlumière : il en est de fort belles ; et M. Wotquenne attire particulièrement\n' attention sur le charmant ballet de Don Juan de 1761, où se trouvent quelques-\nuns des plus beaux airs d'Or/eo et d'Armide, sur les Feste d'Appollo de 1769 et\nsur le Telemacco de 1765, qui paraît bien être une des meilleures œuvres de\nGluck. J'ajouterai que j'ai pris, pour ma part, un plaisir extrême à ses opéras\ncomiques français (une dizaine, de 1758 à 1764), et qu'il m'a semblé, par\nl'accueil fait cet hiver à des fragments de la Rencontre imprévue ou les Pèlerins\nde la Mecque, que le public partageait mon sentiment. Il est étonnant de voir\navec quelle aisance Gluck a su prendre, dès son premier essai, Vile de Merlin, le\nstyle de l'opéra comique français. Sauf quelques fautes de prosodie, il manie ce\ngenre avec un naturel parfait; et ces petites œuvres, pleines de gaieté, de clarté,\nde santé riante, de joviale bonne humeur, avec une ombre de sentimentalité, et\nparfois de charmantes éclaircies poétiques, n'ont pas peu servi à Grétry et à\nMozart. Au reste, plus j'étudie Gluck plus je suis frappé de tout ce que Mozart\nlui doit, aussi bien dansla forme que dansle sentiment, dans ses airs, seschœurs,\nson style religieux, ou antique, ou tragique, ou comique. Il y a plus, et il ne\nserait pas difficile de montrer combien Beethoven connaissait Gluck, et com-\nbien il est imprégné de sa pensée dans ses lieder et sa musique vocale.\nMais ce n'est pas ici le heu de discuter ces questions; et j'ai voulu montrer\nseulement combien de problèmes historiques soulève, et parfois permet de\nrésoudre, le livre de M. Wotquenne, d'une valeur documentaire de premier\nordre.\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nDIETRICH BUXTEHUDE.\n\nAbendmusiken und Kirchenkantaten, publiées par MAX\nSEIFFERT. {Denkm'dler deutscher Tonkunst, t. XIV.) Breitkopf, 1903.\nTous les musiciens connaissent au moins quelques unes des fugues magni-\nfiques de Dietrich Buxtehude, le vieux maître d'Elseneur, organiste à Lubeck,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.16", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nàla fin du xvne siècle, qui fut le maître de prédilection de J.-S. Bach. Mais,\njusqu'à présent, son œuvre vocale était à peu près inconnue du grand public,\nmalgré quelques publications de Robert Eitner, dans les Monatshefte de 1884-6.\nCette œuvre est considérable : environ 150 cantates, conservées dans les biblio-\nthèques de Liibeck, Upsal, Berlin, Wolfenbiittel et Bruxelles. M. Max Seiffert\nvient d'en choisir huit, des plus caractéristiques, et de les publier dans l'admi\"\nrable édition critique des Denkmaler deutscher Tonkunst.\nElles sont fort différentes, comme style, des œuvres pour orgue, mais dignes\nde tout point, comme elles, de la haute renommée de Buxtehude. Les œuvres\npour orgue, et surtout les fugues, se distinguent par une abondance d'invention,\nune fantaisie exubérante, une liberté de développement et de rythme extrêmes,\net ne sauraient être comparées qu'à J.-S. Bach, qu'elles annoncent et préparent.\nLes œuvres vocales sont d'une forme beaucoup plus simple, plus claire, lumi-\nneuse et harmonieuse, qui rappelle plutôt Ilaendel, et parfois les maîtres italiens.\nRien de surprenant, si l'on songe que le beau-père de Buxtehude, et son pré-\ndécesseur à l'orgue de la Marienkirche de Lùbeck, Franz Tunder, avait été\nélève de Frescobaldi à Rome.\nUn certain nombre de ces œuvres sont des Abendmusiken (des Musiques du\nsoir). On nommait ainsi de grands concerts de musique d'église, que Buxtehude\navait organisés pour la première fois en 1673 ; ils avaient lieu après le culte de\nl'après-midi.\nBuxtehude y disposait d'assez grandes ressources vocales et instrumentales;\net la forme en est plus riche que celle de cantates ordinaires. Nous en avons\ndeux spécimens dans le recueil de Max Seiffert : Eins bitte ich vom Herrn, pour\n5 voix et 10 instruments (2 flûtes, 4 violons, 2 violes, violoncelle, orgue , où de\npetites sonatines d'un style assez profane, des sortes de petits divertissements à\nla fois pompeux et naïfs, àla Kuhnau, se mêlent à des airs strophiques, dont le\ncaractère balancé et dansant rappelle le style des airs d'opéra de Lulli ; et :\nIhr lieben Christen, freut euch mir, pour 5 voix, 3 violons, 2 violes, 3 trombones,\n3 cometti, 2 trompettes, clarini, fagotto, et orgue, d'un caractère pompeux,\ntriomphal et joyeux, à la Ilaendel.\nPlus remarquables encore sont les cantates proprement dites t Wo soll ich\nfliehen hin ; Ailes was ihr tut mit Worteil oder mit Werken ; et Gott hilj\nmir. Ces deux dernièressont d'une grande beauté. La phrase mélodique en est\ntoujours très heureusement trouvée, émue et sincère. Il y a tout particulière-\nment dans la belle phrase initiale de la cantate : Ailes was ihr tut, beaucoup de\ngrandeur et de bonté. Mais le chef-d'œuvre du recueil est la cantate I Gott\nhilfmir, pour 6 voix et 5 instruments. Nulle autre n'est plus près de J.-S.\nBach. Elle s ouvre par une grave et pathétique introduction instrumentale adagio.\nPuis, sur un trémolo sombre des violons, et sur des tenues de l'orgue, s élève un\nadmirable chant de basse : Gott, gott, hilj mir (Dieu, Dieu, aide-moi !),\ncomme un appel angoissé, auquel répondent ou se mêlent les traits agités et\nfiévreux de l'orchestre. Ce chant se développe en vocalises tragiques et pas-\nsionnées et se termine par des cris désespérés : Hilf, hilj, hilj, hilj mir ! (A\n1 aide ! A l'aide ! A l'aide ! )). Dieu lui répond (2 soprani, alto, ténor et basse) :\nFiirchte dich niclit ! (Ne crains point !), sur un rythme à 3/2, un peu berceur,\netdans une belle phrase apaisante, qui semble se pencher sur l'homme pour le\nrassurer ; cet air prend ensuite un rythme à 4 temps, adagio, et une allure épique"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "361", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.17", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\nR. M.\n39\n\npour traduire ces paroles : Demi ich bin der Herr, dein Gott (Car je suis le\nSeigneur, todi Dieu). Puis, un nouvel air de basse à 6/4, allegro : Israël, hojje\nauf den Herrn (Israël, espère dans le Seigneur), un chœur figuré sur un\ncantusfirmus joué à l'unisson par les violons et les violes: Wer hofft in Gott\n(Qui espère en Dieu) ; une Aria à 3 strophes, morceau concertant pour\n2 sopranos, basse et orchestre: Ach, ja, ach, ja, mein Gott, ich hoffe (Ah ! oui,\nah ! oui, mon Dieu, j'espère) : enfin, comme conclusion, un chœur d'un ca-\nractère jubilatoire et grandiose, sur le motif du second air de basse 1 Israël,\nIsraël, hoffe auf den Herrn ! (Israël, Israël, espère dans le Seigneur !) Une\ntelle œuvre marque l'apogée de la cantate d'église avant J.-S. Bach; et l'on ne\ntrouvera chez ce dernier rien de plus beau et de plus fort que les premières\npages.\nIl faut joindre à ces œuvres un Alleluja, que M. Seiffert a détaché d'une\ngrande cantate, et dont la magnificence monumentale et la puissante allégresse\nrappellent Haendel de la façon la plus frappante. Heute triomphieret Gottes Sohn\n(Aujourd'hui triomphe le Fils de Dieu), pour 5 voix, 2 violons, 2 violes, vio-\nloncelle, 2 clarini, basse continue et orgue.\nEn vérité, si J.-S. Bach et Haendel dominent, en toute justice, l'ancien art alle-\nmand, on peut trouver que cet art a été trop complètement et exclusivement\npersonnifié en eux ; et plus on s'éloigne d'eux, plus l'on voit s'élever, comme\nau-dessus d'un hautain rideau de montagnes, d'autres cimes qu'elles cachaient,\ntout un massif puissant, dont elles n'étaient que les derniers contreforts. Impos-\nsible de séparer maintenant un Kuhnau, un Buxtehude, tant d'autres en-\ncore, de J.-S. Bach. Ils sont indissolublement liés. A distance, les individualités\nde J.-S. Bach et de Haendel commencent à s'atténuer et à se fondre; et c'est\nune sorte de personnalité collective qui surgit, l'âme héroïque d'un siècle de\nmusique, le plus viril, le plus profond, le plus serein, de toute l'histoire alle-\nmande.\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nOUVRAGES REÇUS\nVINCENT D'INDY. Deuxième Symphonie. Piano à 4 mains. Paris, Durand et fils.\nGUILLAUME COSTELEY. Musique, 2e fascicule ( 18e Livraison des Maîtres musi-\nciens de la Renaissance française, publiés par HENRI EXPERT). Paris, Alphonse\nLeduc. —MARIE JAELL: l'intelligence et le rythme dans les mouvements artistiques.\nParis. Alcan. HUGO GOLDSCHMIDT: Etudes sur VOpéra italien au XVIE siècle.\nLeipzig, Breitkopf et Martel."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "362", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.18", "texte": "LE PLUS GRAND ORGUE DU MONDE\n\nLe plus grand orgue du monde.\n\nNous recevons la lettre suivante :\nSydney, 15 juin 1904.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nVous avez bien voulu, il y a quelque temps, me demander des renseigne-\nments sur l'orgue de Sydney, réputé le plus grand du monde. Voici quelques\nindications, qui, je l'espère, pourront vous intéresser.\nL'orgue installé à l'Hôtel de Ville de Sydney a été construit par MM. Hill and\nSon (Angleterre), et perfectionné par MM. Wiegand et Wood. Il est, actuelle-\nment, le plus grand du monde. Placé dans une salle qui mesure 196 pieds 1/2\nde profondeur sur 85 pieds de large, 65 pieds de hauteur, et qui peut contenir\n6.000 personnes, il a coûté £. 16.000(400.000 fr.), et se trouve pourvu de toutes\nles ressources qu'on peut donner à un instrument de ce genre. C'est un monstre\nharmonieux et majestueux !\nIl a 5 claviers, dont 3 complètement expressifs (sauf les 3 jeux à forte pres-\nsion du solo, le tuba 8, le clairon 4 et le contre-tuba de 16 pieds). Le récit, le\npositif et le solo sont manœuvrés par 3 pédales à bascule. Ces 5 claviers à main\nont 61 notes chacun, un pédalier de 30 notes, 128 jeux parlants, 14 accouple-\nments par la main, 2 par la pédale, 8.800 tuyaux et cloches. La soufflerie est\nmanœuvrée par une machine à gaz de la force de 8 chevaux. Un jeu qui fait\nde l'orgue de Sydney un instrument unique au monde est le contre-trombone\n[en bois) dont le premier tuyau a 64 pieds de hauteur. Dans l'accompagnement\nd'un grand chœur, ou dans une marche instrumentale, il produit un effet gran-\ndiose. 1\nVoici, par ordre de grandeur, la liste des 35 orgues les plus célèbres du\nmonde :\n\nClaviers et pédalier\nJeux\nConstructeurs\ni Sydney (Town Hall),\n5\n1 28\nHill and Son (Londres).\n2 Riga (Cathédrale)\n>\n1 24\n— —\n3 St. Sulpice, Paris\n5\n118\nCavaillé-Coll (Paris).\n4 Albert Hall, Londres\n4\n1 14\nWillis (Londres).\n5 Notre-Dame, Paris\n5\n1 10\nCavaillé-Coll (Paris).\n6 Auditorium, Chicago\n4\n109\nRoosevelt (New-York).\n7 St. George's, Liverpool\n4\n100\nWillis (Londres).\n8 Doncaster Parish Church\n5\n94\n— —\n9 Tow Hall, Leeds\n4\n93\nGray Davison (Londres).\nio Cathédrale d'Anvers\n4\n90\nPierre Shyven (Bruxelles).\n11 Alexandra Palace, Londres\n4\n88\nWillis (London).\n12 Armley, près de Leeds\n4\n70\nSchulze.\n13 Crystal Palace, Londres\n4\n68\nGray Davison (Londres).\n14 Town Hall, Birmingham\n4\n68\nHill and Son (Londres).\n15 Fribourg (Suisse)\n4\n68\n— —\n16 Palais du Trocadéro, Paris\n4\n66\nCavaillé-Coll (Paris).\n17 Brooklyn, Amérique\n4\n66\nGeorge Jardine and Son.\n18 Melbourne (Town Hall)\n4\n66\nHill and Son (Londres).\n19 Albert Hall, Sheffied\n4\n64\nCavaillé-Coll (Paris).\n20 St. Mary's, Bradford\n4\n60\nAnneessens et Fils (France).\n21 Portsmouth (Town Hall)\n4\n53\nGray Davison (Londres).\n22 Boston (A.), Tremont Temple\n4\n52\nHock and Hasting (Amérique)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "363", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.19", "texte": "L'EXPOSITION MUSICALE DE LONDRES\n\nL'artiste chargé de manier l'orgue de l'Hôtel de Ville de Sydney est M. Au-\nguste Wiegand, né à Liège le 16 octobre 1849, qui a étudié sous la direction du\ncélèbre Lemmens, de Malines, maître des Guilmant, des Widor, des Trillat,\ndes Mailly, des Tilborgs, des Callaerts, et de tant d'autres. Son 500e concert\n(en 12 ans) fut donné en 1889 sur l'orgue de l'Albert Hall, de Londres. C'est\nun grand virtuose, très aimé de notre public.\nVous trouverez certainement très heureuse l'idée d'avoir placé au cœur de\nSydney, dans la (( maison commune )), un orgue gigantesque destiné à rehaus-\nser de grandes solennités civiques. Malheureusement, un instrument aussi\nénorme n'est pas sans inconvénients : le principal est la difficulté de lé bien\naccorder.\nVeuillez agréer, etc...\n\nG. EWALD.\n\nL'Exposition musicale de Londres.\n\nCe sont les Anglais qui, les premiers, eurent l'idée d'organiser une Exposition\nde musique. La première du genre eut lieu en 1872, au South Kensington Mu-\nséum ; elle fut suivie des Expositions de 1881 à Milan, de 1888 à Bologne et à\nBruxelles, de 1892 à Vienne, de 1900 au Crystal Palace. Paris», on le voit,\nmanque encore à cette série. C'est dommage, et ce serait une lacune facile à\ncombler. Les richesses ne nous font pas défaut. Notre Directeur des Beaux-Arts,\nM. Marcel, est un excellent musicien dont le concours, certainement, serait\nassuré. Réunir en vue d'un classement méthodique les pièces et documents épars\nau Conservatoire, au musée Guimet, à la Bibliothèque Nationale (pour ne citer\nque ces trois établissements) et dans un certain nombre de collections particu-\nlières, serait une œuvre fort intéressante. Peut-être aurons-nous l'occasion de\nrevenir sur ce sujet!\nL'Exposition présentement organisée, à Londres (Fishmongers'Hall, London-\nbridge), a pour objet de célébrer le 3e centenaire de la Worshipful Company of\nmusicians, qui reçut du roi James, en 1604, sa « Charter of Incorporation ». Elle\ncomprend près de 2,000 numéros et 200 exposants. Elle a été solennellement inau-\ngurée par le roi d'Angleterre, exposant lui-même. On y trouve des livres rares\nsur l'histoire de la musique, des compositions manuscrites, des autographes\n\nClaviers\net pédalier\nJeux\nConstructeurs\n23 St Peter's Italian Church,\nLondres\n4\n52\nAnneessens et Fils (France).\n24 New Cross, Londres, Great Hall\n4\n51\nAbbott and Smith(Angleterre).\n25 St. Joseph'sCathedral, Hartford, A\n4\n5i\nHock andHastings(Amérique).\n26 The Kinnaird Hall, Dundee\n4\n49\nHock and Hastings.\n27 Holy Trinity, Chelsea\n4\n48\nT. W.Walkeret Son (Londres)'\n28 Marylebone Church, Londres\n4\n48\nGray Davison (Londres).\n29 Adelaide TownHall\n4\n48\nHill and Son (Londres).\n30 Palais de l'Industrie, Amsterdam\n3\n46\nCavaillé-Coll (Paris)\n31 St. Paneras Church, London\n4\n46\nGray Davison (Londres).\n32 Conservatoire Royal de Musique,\nBruxelles\n3\n45\nCavaillé-Coll (Paris).\n33 Brisbane (Exhibition)\n4\n45\nWillis (Londres).\n34 Town Hall, Manchester\n3\n43\nCavaillé-Coll (Paris).\n35 Bridlington (Priory Church)\n3\n41\nAnneessens et Fils (France)."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "364", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.20", "texte": "LA HARPE CHROMATIQUE\n\nlittéraires, des instruments de tout genre et de toute époque, enfin des portraits.\nMM. 8.-A. Littleton, R. Stainer, Blaikley, E. Clarke, F.-W. Galpin, T.-L.\nSouthgate, F.-G. Edwards les présentent au public avec une réelle compétence.\nParmi les livres, les ouvrages italiens et anglo-saxons sont les plus nombreux;\nla France est représentée, avec un unique missel (de 1485), par le « Quart livre\nde Claude Gervaise, contenant XXVI chansons musicales à troys parties, Attaignant\net Théodore de Beze, avec nouvelle et facile méthode pour chanter chacun couplet\ndes Pseaumes sans recours au premier, Lyon 1560 )> (propriété de M. A.-H. Little-\nton). Un peu plus loin, le « Ballet comique de la Reyne )) 1582, de Beaujoyeulx;\nT « Amadis de Grèce )>, d'André Destouches, opéra de 1799. Le département des\nmanuscrits, très riche, exhibe une perle : la partition autographe du Messie de\nHaendel. Les autres pièces sont du xne et du XIIIC siècle, principalement, fort\nintéressantes pour l'histoire de la notation. Pour l'histoire de l'harmonie, il faut\nciter un (( Hymne )) à deux parties, écrit vers l'an 1300, et envoyé par l'Arche-\nvêque de Canterbury. Parmi les instruments, je n'ai pas remarqué de pièce\nabsolument nouvelle. Ce qui étonne, c'est la pénurie d'instruments orientaux,\ndans un pays qui a tant de colonies et des rapports si nombreux avec l'Orient.\n\nJ. C.\n\nMme Wurmser-Delcourt et la harpe chromatique\nen Allemagne.\n\nTraduction du journal Kœlnische\nZeitung, Cologne, 17 juin 1904.\nLe second concert de symphonie\nd'été nous a donné une jolie série\ndes œuvres de Mozart exécutées\navec soin, dans le style concertant.\nLa harpiste-virtuose, MmeWurm-\nser-Delcourt, de Paris, y prêtait son\nconcourspar l'exécutiondu Concerto\npour harpe et flûte avec M. Wehse-\nner. Mme Wurmser-Delcourt est une\nvirtuose de tout premier ordre.\nCette jeune femme a joué, en plus\ndu concerto, encore trois soli où\nelle a montré une technique infailli-\nBle, laquelle nous enchantait par des trilles d une rondeur surprenante et par un\njeu de passage dans un mouvement des plus rapides. L'exécution nous montrait\nun style mûr et parfait avec une elégance que nul ne peut égaler.\nLes Français, dans l'interprétation des œuvres de Mozart, ont un certain (( je\nne sais quoi )) qui leur est propre. Le parfum de rococo qui les anime (s*c), l'élé-\ngance parfaite et la pureté qui déjà forment la meilleure moitié des effets d'exé-\ncution, sont leurs secrets. Mme Wurmser aeu un très grand succès après chaque\nmorceau.\n\nMme Wurmser-Delcourt."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "365", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.21", "texte": "LA HARPE CHROMATIQUE\n\nElle se servait d'une harpe chromatique construite par M. Lyon, directeur de\nla fabrique de pianos et de la maison Plevel, à Paris. Nous avons déjà parlé à\nnos lecteurs de cette harpe.\nL'ancienne harpe ne possède comme cordes que la gamme en majeur ; pour\nchaque corde existe une pédale, laquelle fait monter la note d'un 1/2 ton, ou,\nen plus, d'un autre 1/2 ton. Foutes ces pédales très incommodes et qui exigent,\npar exemple dans la Chevauchée de la Walkyne, une gymnastique des pieds\ntrès dangereuse, sont supprimées à la nouvelle harpe ; elle a obtenu, comme le\npiano, les 1/2 tons. Il est facile de voir que, par le système chromatique, tous les\nobstacles de l'ancienne harpe sont supprimés.\nSur la nouvelle harpe, il n'y a plus rien qui soit impossible.\nL'instrument a fait aussi sensation parmi les harpistes et amateurs lors du\nfestival de Francfort-sur-Mein.\nTraduction du journal Aachener Post, Aix-la-Chapelle, 16 juin 1904. Quoi-\nque le programme du concert symphonique d'hier fût pour les amis de la mu-\nsique déjà très intéressant, l'attraction était encore augmentée par le concours\nde Mme Wurmser-Delcourt, de Paris.\nElle a joué sur une nouvelle harpe sans pédales. La satisfaction en a été très\ngrande. La harpiste-virtuose nous a surtout donné l'interprétation du Concerto\npour flûte et harpe de Mozart, une œuvre dont les phrases très compréhensibles\nforçaient pour ainsi dire l'attention. L'esprit de Mozart, avec toute sa fraîcheur,\ny paraissait comme un rayon de soleil.\nMme Wurmser manipulait son magnifique instrument, d'une belle sonorité,\nmagistralement, et adonné une exécution pleine de poésie.\nLa harpe Pleyel se distingue de l'ancienne harpe par les cordes croisées qui\nsont chromatiques, comme les touches noires et blanches du piano. Cette con-\nstruction donne à cet instrument une meilleure sonorité et une plus grande\nexpression.\nMme Wurmser nous a encore plus enthousiasmés dans l'exécution des trois\nmorceaux soli, oû ellê a fait ressortir la belle sonorité de l'instrument, ainsi que\nl'art de son exécution.\nTraduction du journal Kœlner Tageblatt, 14 juin 1904. Le second con-\ncert de Symphonie avait un charme tout particulier par le concours de la har-\npiste-virtuose, Mme Wurmser, de Paris.\nCette artiste joue la nouvelle harpe chromatique inventée par M. Lyon, direc-\nteur de la fabrique de pianos Pleyel. Au point de vue technique, les avantages\nde cette harpe sur la harpe Erard sont tellement grands que la harpe chroma-\ntique s'introduirait très vite si les harpistes ne devaient pas recommencer leurs\nétudes et peut-être aussi si la sonorité n'était pas un peu plus petite que sur\nl'autre harpe.\nLa harpe chromatique n'a plus besoin des pédales, elle a obtenu par les cordes\nqui se croisent et forment la gamme chromatique, tous les tons, elle est donc\nidentique à la division du piano. L'exécutant peut surmonter toutes les difficul-\ntés qui se présentent sur le clavier du piano. Comme les deux mains se partagent\ncontinuellement la besogne, il est presque impossible d'exécuter les passages\nde tierce ou de sixte par des mouvements très rapides. Par contre, il n'y a pas\nde difficultés pour exécuter des figures chromatiques très rapides, si la basse\nn'est pas en même temps trop souvent occupée."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "366", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.22", "texte": "MUSICIENS FRANÇAIS : M. GILLET\n\nEn tous cas, la nouvelle harpe produit de tout nouveaux effets et il y a beau-\ncoup d'avenir pour cet instrument par son emploi dans l'orchestre moderne. La\nnouvelle harpe est bien meilleur marché que la harpe à pédales.\nMme Wurmserest une virtuose tout à fait hors ligne sur cette nouvelle harpe ;\nelle nous l'a montré aussi bien dans l'exécution du Concerto de Mozart, joué\navec la plus grande finesse, que dans les 3 morceaux des solis de Holy, Wurmser\net Ciarlone, d'où elle a su produire des effets de sonorité par un véritable enchan-\ntement.\nNous avons aussi apprécié son grand talent de compositeur dans un Noc-\nturne. Mme Wurmser a été rappelée plusieurs fois par de grands applaudisse-\nments bien mérités.\nTraduction du journal Politisches Tageblatt, Aix-la-Chapelle, 15 juin 1904.\nUne rare et vraiment agréable surprise nous a été faite par le concours de\nMme Wurmser-Delcourt, de Paris, au Symphonie-Concert.\nCette jeune femme jouait une nouvelle harpe sans pédales et exécutait les mor-\nceaux avec une grande vélocité, une sûreté parfaite et beaucoup de couleur.\nToutes ces bonnes qualités d'artiste ressortaient surtout dans le Concerto de\nMozart exécuté avec un caractère libre, une expression d'âme chaude et cor-\ndiale.\nMme Wurmser jouait encore trois morceaux de Holy (Idylle), Wurmser\n(Nocturne) et Ciarlone (Impromptu), où nous avons remarqué un beau son avec\nbeaucoup de charme et surtout, ce qui est si agréable, une grande richesse de\nnuances. On était vraiment transporté par l'effet du pianissimo diminué si\nfinement.\nLe public acclama l'artiste avec un grand enthousiasme.\n\nMusiciens français : M. Gillet.\nVoici un charmant et très honorable musicien qui a formé un grand nombre de\nbons élèves et qui, au moins par une jolie pièce fort réussie (Loin du bal), a fait\nconnaître et apprécier son nom en France et à l'étranger.\nNé à Louviers [Eure) le 17 mai 1854, G. Gillet obtint au Conservatoire, en 1869,\nle premier prix de hautbois. (Ses concurrents étaient Bour, Eybert, Hausser, Brou-\nchier, Rousselot, Richard ; et le morceau de concours était le 2e solo de Colin.) Il\nentra à lorchestre du Théâtre-Italien en 1872 ; à lOpéra-Comique en 1878 ; à la\nSociété des Concerts et à l'Opéra en 1897. Depuis 1881, il est professeur au Con-\nservatoire, dans la classe qu occupèrent successivement Delcambre (1797-1800),\nSchneitzhoffer (1800-2), Sallantin (1797-1816), Vogt (1816-1877), Verroust\n(1877-1867), Triebert (1867-1867), Barthélémy (1867-8), Colin (1868-188/).\nLoin du bal, la seule composition de ! artiste que le public connaisse bien, n'est\nsans doute pas un de ces chefs-d'oeuvre qui font époque dans l'histoire d'un art. On\nn'y trouve pas la profondeur que Berlio\\ a donnée à la tristesse de son Roméo, loin\nde la Fête chez Capulet; c'est une aimable et gentille fleurette qui suffit à préserver\nde l'oubli le nom d'un bon musicien."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "367", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\nInformations.\n\nOPÉRA. — A la suite du concours qui a eu lieu à l'Opéra le 30 juin dernier,\nM. Vieux, artiste du quatuor Parent, a été nommé à un emploi d'alto à l'orchestre\nde ce théâtre.\n\nTROCADÉRO. —• S. Exc. sir Edmond Monson, ambassadeur d'Angleterre\nà Paris, vient de charger M. Walter Behrens d'organiser, avec le concours\nde la fanfare anglaise (( Besses of the Barn », des concerts qui seraient donnés\ndans le courant de juillet, au Palais du Trocadéro, au profit d'œuvres de bien-\nfaisance françaises.\n\nPRIX DE ROME. — Le concours définitif du'grand prix de composition musicale,\nen 1904, a pris fin au Palais de Compiègne le 20 juin dernier.\nA la suite du jugement définitif rendu le samedi 2 juillet, les récompenses\nsuivantes ont été décernées :\n/er grand prix. — M. Pech (Raymond-Jean), élève de M. Lenepveu, membre\nde l'Institut, professeur au Conservatoire national.\n161 second grand prix. — M. Pierné (Paul-Marie-Joseph), élève du même\nprofesseur.\n2e second grand prix. — Mlle Fleury (Hélène-Gabrielle), élève de M. Widor,\nprofesseur au Conservatoire national.\n\nSAINT-ETIENNE. — Par arrêté du 28 juin dernier, une médaille de vermeil,\npetit module, est accordée, pour être décernée comme prix du Ministère de l'In-\nstruction publique et des Beaux-Arts, à l'une des écoles qui ont pris part au\nconcours organisé, le 3 juillet, par la Fédération musicale des écoles communales\nde l'arrondissement de Saint-Etienne (Loire).\n\nLE « GRAND CONCOURS » MUSICAL. — Il n'est question depuis quelques jours,\ndans le monde des musiciens, que du grand concours de composition, en faveur\nduquel de généreux amis de l'art ont disposé d'une somme de cent mille\nfrancs.\nCe concours, organisé par la « Société Musicale », est patronné par S. A. S. le\nprince Albert de Monaco, par la Société des Grandes Auditions musicales, dont\nla présidente est Mme la comtesse Greffiilhe, et par M. Henry Deutsch (de la\nMeurthe).\nOutre les prix très importants qui seront affectés aux diverses matières du\nconcours (opéra, opéra comique, symphonie, ballet et opérette), la Société Musi-\ncale inaugurera une ère nouvelle pour les compositeurs : celui de la (( prime »\nobligatoire et de la participation aux bénéfices. Ce qui veut dire, pour les pro-\nfanes, que les auteurs resteront co-propriétaires de leurs œuvres et toucheront\nun tant pour cent sur les partitions et morceaux séparés et sur les locations et\nventes des matériels de théâtre, en France et à l'étranger.\nLe comité d'organisation ne décidera qu'ultérieurement les conditions défini-\ntives du concours, mais nous croyons pouvoir dire qu'il sera national, en ce qui\nconcerne la musique chantée, et peut-être international, en ce qui touche le ballet\net la symphonie. Ceci sous toutes réserves.\nFaisons remarquer, en passant, que c'est la première fois que, dans un con-\ncours de ce genre, il est fait une place importante à la musique pure."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "368", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19040715-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nM. Adalbert Mercier, l'auteur de la musique de scène du Roi Candaule et du\nMaître de Palmyre, pièces qui furent jouées au théâtre de (( l'OEuvre )), achève\nd'écrire la partition d un drame lyrique en un acte : VAnniversaire, sur un livret\nde MM. Jean Harold et Jean Ferval, qui doit être représenté, à la rentrée, sur la\nscène d'un de nos théâtres subventionnés.\nM. Xavier Leroux met la dernière main à un opéra sensationnel, Théodora.\nM. Bruneau fera jouer l'hiver prochain, au théâtre Antoine, La faute de\nl'abbé Mouret, avec musique de scène ; il corrige en ce moment les épreuves\nd'une comédie lyrique, Y Enfant-Roi.\nOn annonce la représentation de Soléa, de M. Isidore de Lara, pour l'hiver\nprochain, à l'Opéra.\n\nLONDRES.\nHUGO CONRAT.\nLa « season )) de Londres touche à sa fin ; quelques concerts\nsont cependant annoncés. Le plus intéressant de tous est celui donné pour les\ndébuts d'un enfant prodige, Florizel von Reuter, âgé de 12 ans, protégé de\nCarmen Sylva, reine de Roumanie. Non seulement le jeune von Reuter est\nun excellent violoniste, mais c'est un compositeur et un chef d'orchestre. Il a\ndirigé l'orchestre qui a exécuté sa Symphonie Royale, que plus d'un compositeur\nd'un âge mûr serait fier d'avoir écrite. Sa prochaine composition sera un opéra\ndont le libretto est de Carmen Sylva. Il a confié à un interviewer que son opéra\nsera dans le style de Wagner, qu'il considère être la seule base d'un opéra mo-\nderne. M. Runciman, dans son article du Saturday Review, ne partage pas\ncette opinion, car sous le titre « Bach to Mozart », il explique que le wagnérisme\nest un art du passé.\nLe Syndicat de Covent Gardena donné une excellente représentation d'Hélène\nde Saint-Saëns, et une reprise de La Navarraise de Massenet.\n\nARRAS.\nL. L.\nLe 18 juin, à la soirée de gala donnée au théâtre par la Société\nla Betterave et les Rosati d'Arras, on a pu entendre, au début d'un vaste pro-\ngramme que terminait un ballet de M. Massenet, le Jeu de Robin et Marion\nd'Adam de la Halle (xiii0 siècle). M. Emile Blémont avait mis en français moderne\nles paroles du vieux trouvère artésien ; M. Julien Tiersot s'était chargé d'harmo-\nniser la musique. Il était tout désigné pour cela, puisqu'il semble bien que les\nairs insérés dans cette parole soient des chansons populaires. Des confrères\nrigoristes se sont montrés choqués de la modernité de l'harmonie ;je ne partage\npas leur vertueuse indignation. De deux choses l'une : on donne les textes tels\nqu'ils sont, ou on les accommode aux exigences de l'oreille moderne. Dans le\nsecond cas, il faut revêtir une mélodie archaïque d'harmonies qui nous satis-\nfassent : c'est ce que M. Tiersot a fait, avec beaucoup de délicatesse et de discré-\ntion d'ailleurs. Le public a fait le meilleur accueil à ce petit opéra comique,\ndont la partition paraîtra prochainement chez Fromont.\n\nLe prochain numéro de la Revue musicale (15-/6) paraîtra le 5 août igop; le\nnuméro suivant (17-18) le 10 septembre."}]}