{"numero_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_sha256": "cef022f2298b083bab68729123537853f5c94fabff25866bba9bd497939d8300", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1904/12/15_01/bmtnabj_1904-12-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1904/12/15_01/bmtnabj_1904-12-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "585", "page_fin": "593", "image_debut": 1, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.1", "titre_corps": "AU JARDIN DES CHANSONS", "titre_sommaire": "AU JARDIN DES CHANSONS", "signature_source": "LOUIS LALOY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "585", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.1", "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\nJe ne suis point un jardinier de ce jardin,\net le regrette, car ce doit être une charmante\nexistence que celle que l'on passe à rendre\nla vie aux vieilles chansons défaillantes, à\nles relever, à les greffer entre elles, enfin à\nles rassembler en merveilleux massifs. Qu'il\nme soit permis cependant d'y cueillir quel-\nques fleurs : et l'on comprendra alors pour-\nquoi j'aime tant à me promener au jardin\nque je n'ai point cultivé.\nLa Pernette (1) est une chanson fort an-\ncienne, la plus ancienne peut-être de toutes\ncelles que le peuple chante encore : on en\ntrouve une version, d'ailleurs déformée,\ndans un manuscrit de Namur du milieu du\nxve siècle. C'est aussi l'une des plus répan-\ndues. M. Doncieux (2) l'a rencontrée dans\ntout le midi de la France, l'ancien pays d'oc, et aussi en Poitou,en Bretagne, en\nNormandie, enfin en Catalogne et en Pié-\nmont : car ces deux pays sont tributaires de\nla France pour leur poésie populaire. Ces\ndernières versions se ressemblent entre\nelles, et diffèrent de celle du pays d'oc que\nM. Doncieux tient pour primitive.\nC'est une chanson de travail, toute proche\nparente de ces chansons de toile du moyen\nâge : elle a pour sujet, comme elles, une\ncourte et touchante histoire d'amour. L'air\nest donné par 30 versions traditionnelles; 25\nd'entre elles appartiennent au même type,\nqui semble bien être le type primitif : on re-\nconnaîtra, dans Yut dièse du refrain, un sou-\nvenir du si naturel du premier mode grégo-\nrien (de ré en ré). Il n'y a, entre ces 25 ver-\nsions, que des différences de développement;\nje choisis, avec M. Julien Tiersot, celle du\n\n(1) Supplément musical, I.\n(2) Romancero populaire de la France. Index musical par Julien Tiersot"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "586", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.2", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2916, "texte": "Dauphiné. Cette mélodie est une des plus belles, en sa mélancolie, que la chanson\npopulaire nous ait données ; et elle prête à des effets de voix magnifiques.\nQuant au texte, reconstitué par M. Doncieux, je le transcris en français mo-\nderne : ce sont des vers de douze syllabes (1 ), primitivement assonancés en 0 ;\nla traduction en français fait disparaître quelques-unes de ces assonances.\nLa Pernette se lèv' trois heures devant jour,\nEU'prend sa quenouillette avec son petit tour (2\\\nA chaque tourqu'ell' vir\\ fait un soupir d'amour.\nSa mère lui vient dir' : Pernette, qu'avez-vous ?\nAv'ous le mal de tête, ou bien le mal d'amour ?\n—N ai pas le mal de têt1, mais bien le mal d'amour.\nNe pleurez pas, Pernett', nous vous marierons (3),\nVous donnerons un prince, ou le fils d'un baron.\nJe ne veux pas un princ', ni le fils d'un baron,\nje veux mon ami Pierr', qu' est dedans la prison.\nTu n'auras mie Pierr\", nous le pendolerons (4).\nSi vous pendolez Pierr', pendolez moi itout.\nAu chemin de Saint-Jacques (5) enterrez-nous tous deux\nCouvrez Pierre deros's et moi de millefieurs.\nLes pèlerins qui pass'nt en prendront quelque brout,\nDiront : Dieu aye l'âm' des pauvres amoureux 1\nL'un pour l'amour de l'autre, ils sont morts tous les deux.\nLes Trois Princesses sont contemporaines de la Pernette (xve siècle) ; c'est une\nchanson d'amour encore ; mais il ne s'agit plus ici d amours tragiques et réelles.\nC'est un verger de rêve, ce sont trois princesses de contes de fées, qui devisent,\ndans l'aube incertaine, de l'ami qui part pour la guerre. Ce vaporeux paysage,\net le délicieux mot d'amour qui s'y encadre, sont de bien poétiques choses, que\nj'aime à croire, avec M. Doncieux, nées en Franche-Comté.\nDerrièr' chez mon père, y a-t-un un pommier doux.\nTrois jeunes princess's sont couché s dessous,\nÇà dit la premièr' : Je crois qu'il est jour.\nÇà, dit la deuxiem' : J'entends le tambour.\nÇà, dit la troisièm' : C'est mon ami doux.\nIl va-t-à la guerr', combattre pour nous.\nS'il gagne bataille, aura mesamours.\nQu'il perde ou qu'il gagn , les aura toujours.\nLa mélodie choisie par M. Tiersot est d'origine franc-comtoise; sa simplicité,\nson caractère mineur, en rendraient l'ancienneté vraisemblable, sans le chro-\nmatisme de la première mesure, qui m'inspire des doutes. L'autre version, franc-\ncomtoise aussi, et recueillie par Champfleury et Weckerlin, est beaucoup plus\ngracieuse ; c'est pourquoi je la donne ici (6), sans trop m'inquiéter de savoir si\nelle est, ou non, primitive.\nLa Belle Barbièrehia rien d'une princesse de légende : comme la belle Gan-\ntière ou la belle Heaumière, chantées par Villon, c'est une de ces artisanes de\n\nvi ) Suivant une règle constante de la poesie la césure est féminine Quand la ri me ou\nl'assonance est masculine.\n(2) Rouet.\n(3) Dans le texte primitif : maridarons.\n(4) Pendrons. Forme méridionale.\n(5) De Compostelle?\n(6) Supplément musical, 11."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "587", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.3", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2864, "texte": "Paris, qui surent jouer avec art de leur beauté, et virent affluer dans leur bou-\ntique poètes et gentilshommes :\nDans Paris y a une barbier' qui est plus belle que le jour.\nCe sont trois jeunes gentilshomm's qui voudraient lui faire l'amour.\nIls se disent les uns aux autr's : Las ! comment lui parlerons nous -\n!l faut lui donner une aubad' demain matin au point du jour.\nAussitôt 1 aubade joué', la barbière ouvre ses yeux doux,\nEli' met la tête à la fenêtr' : Beaux messieurs, que demandez-vous ?\nBien le bonjour, belle barbier', la barbe la nous feriez-vous r\nOui-da, l'ai faite au roi d'Espagn', qui valait bien autant que vous.\nEntrez, entrez, mes gentilshomm's, mes rasoirs sont tous prêts pour vous.\nSi elle appelle sa servant' : Marguerite, allons, levez-vous !\nApportez-moi mon beau plat dor', et mes rasoirs qui sont autour,\nAussi ma joli'serviett', qui est pliée au pli d'amour.\nLe premier que rase la bell\", trois fois a changé de coulour :\nSont-ce mes rasoirs qui vous bless'nt r Monsieur, que ne le dites-vous?1\nCe ne sont pas vos rasoirs, belT, c'est que je songe à vos amours.\nAh ! mes amours, mes amourett's, Monsieur, ell's ne sont pas pour vous.\nEll's sont embarqué's sur la Saôn', qui vont la nuit comme le jour.\nJe donne (1) deux des airs sur lesquels se chante cette chanson. Le premier,\nrecueilli en Franche-Comté, est probablement le plus ancien : d'ailleurs ce bate-\nlier de la Saône, à qui la belle Parisienne réserve son cœur, assigne à la\nchanson une telle origine (2). En se transmettant de pays en pays, la mélodie\ns'est ralentie, pour devenir enfin la complainte queJ.-A. Laurent de Ri lié\nrecueillait en Touraine (3). Une pareille déformation n'a rien d'invraisemblable\ndans une musique que la notation ne fixe pas. Nous en rencontrerons bientôt\nun autre exemple plus curieux encore.\nLa chanson du Mariage anglais a pu être datée avec précision. M. Doncieux\nmontre clairement qu'il s'agit du mariage d'Henriette de France avec Charles lerIer\n(1625). La haine de l'Angleterre, qui anime les six premiers couplets, est héré-\nditaire dans nos provinces du Nord-Ouest : c'est de là que partit sans doute la\nchanson. Rien de plus charmant et de plus malicieusement vrai que la conclusion\noù le courroux de la fière Française cède aux lois de nature :\nC'était la fille au Roi français\nQue l'on marie o (4) un Anglais :\nO mes chers frères, empêchez\nDe m'emmener,\nJ'aimerais mieux soldat français\nQue roi anglais.\nEt quand on vint pour épouser,\nDedans Paris fallut passer ;\nIl n'y a(voit)dame de Paris\nQui ne plorit\nDe voir partir la fille au Roi\nO un Anglais.\nEt quand ce vint pour embarquer,\nLes yeux lui a voulu bander (5) :\n\n(I) Supplément musical, 111.\n{2) Telle est du moins l'opinion de M. Doncieux.\n{3) E. ROLLAND, Recueil de chansons populaires, I, 212.\n(4) Avec.\n(5) Par crainte du mal de mer sans doute."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "588", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.4", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "Bande les tiens, et laisse-moi,\nMaudit Anglais !\nPuisque la mer me faut passer,\nJe la verrai.\nEt quand ce vint pour débarquer,\nTambours, violons, de tous côtés :\nRetirez-vous, ô tambourniers,\nEt violonniers !\nCe n'est pas le son des hautbois\nDu Roi françois.\nEt quand ce vint pour le souper,\nDu pain lui a voulu couper :\nCoupe pour toi, et non pour moi,\nMaudit Anglais !\nJe ne puis boire ni manger,\nQuand je te vé.\nEt quand ce vint pour le coucher,\nL'Anglais l'a voulu déchausser :\nDéchausse-toi, et laisse-moi,\nMaudit Anglais !\nJ'ai bien des gens de mon pays\nPour me servir.\nEt quand ce vint sur la minuit,\nLa belle n'est pas endormi' :\nRetourne-toi, embrasse-moi,\nMon cher Anglais !\nPuisque Dieu nous a assemblés,\nFaut nous aimer.\nJe choisis, avec M.Julien Tiersot, la mélodie de Saint-Valery-en-Caux (1), qui\na belle mine et fière allure.\nLe dragon qui enlève la jolie P'anchon est sans doute au service de Louis XIV.\nIl a un bel uniforme, la route sonne au pas des chevaux, et le roulement du tam-\nbour couvre les cris du vieux père. C est une chanson militaire, entraînante et\nmartiale. Je l'ai entendu chanter autrefois dans mon village de Rahon (Jura)\npar une vieille servante de mon grand-père, sur un fort bel air, différent de celui\nque donneßeauquier (2), et que je crois inédit (3; ; il peut remonter, lui aussi,\nàla fin du xvne siècle :\nFanchon, joli' Fanchon, veux-tu faire campagne ?\nNous partirons par un beau jour,\nMarcherons au son du tambour.\nTu en seras la bienheureuse.\nDragon, mon beau dragon, j'ai quéqu'chose à te dire,\nAsseyez-vous un moment-là ;\nTandis que papa dormira,\nNous passerons par la fenêtre.\nEntre onze heur's et minuit, 1' dragon va pour la prendre :\nFanchon, dépêch'-toi de venir,\nLe régiment s'en va partir,\nJe tiens mon cheval par la bride.\n\n(1) A. BERNARD, Revue des Traditions populaires, IV, 1889. Supplément musical, IV.\n(2) Chansons populaires recueillies en Franche-Comté, p. 109.\n(3) Supplément musical, V,"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "589", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.5", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "Le pèr1 montant là haut, de tout côté regarde.\nDe tout côté ayant r'gardé,\nPlus de Fanchon il n'a trouvé,\nElle est passé'par la fenêtre.\nTout d 1 suit' descend en bas, s'en va dire à sa femme:\nFemme, femme, dors-tu toujours ?\nN'entends tu pas 1' son du tambour\nQui emmène notre Fanchette ?\nLe pèr'courant après, criait: Tambour, arrête !\nArrêt', tambour du régiment,\nTu emmènes notre belle enfant,\nTu emmènes notre Fanchette.\nLe dragon, levant 1' bras, criait : Tambour, avance!\nAvanc', tambour du régiment,\nN'écoute point ce paysan,\nCar ma maîtresse est consentante.\nVoici une chanson d'un tout autre caractère, contemporaine de la précédente :\nc'est un noël, dont hauteur, un capucin de Besançon nommé Christin Prost, est\nmort en 1696. Ce n'est pas à proprement parler une chanson populaire, puis-\nqu'elle n'a pas pour auteur un homme du peuple. Il en est ainsi d'ailleurs de\ntous les noëls : composés par des poètes amateurs, chantés sur des airs connus,\nils sont cependant devenus populaires. On connaît l'histoire de la Marche des\nrois, que Bizet recueillit en Provence et fit entrer dans l'Artésienne, et qui n'est\nautre qu'un air de Lulli, conservé par la tradition. Les Noëls de Christin Prost,\nceux aussi du libraire François Gauthier (mort en 1730), ont été très populaires\nen Franche-Comté jusqu'à nos jours (1). Ils mettent en scène des gens du pays,\nartisans, bergers ou vignerons, qui vont à la Crèche et interpellent familière-\nment Jésus, Dame Marie et Sire Joseph, leur content leurs misères : mauvaises\nvendanges, guerres, gelées, maris ivrognes, femmes acariâtres. Toute la\nFranche-Comté de jadis revit ainsi devant nous, en sa rudesse joyeuse et sa\nbonhomie narquoise. J ignore l'origine de l'air alerte sur lequel se chante ce\nnoël (2).\nTEXTE (patois de Besançon).\nDé set sian, Dé vous adet,\nDaime Mairi', Sire Joueset,\nVous n'êtes pas troup à vouèthe (3) ase ;\nla ben pidhie (3) de ce poupon ;\nTeni, vouèqui in pouè de brase\nPou li rèchaura las tolons.\nJesu, lou bé lue que vouèqui !\nN'étes-vous pas tout èbèhi\nDévoué nâtre tant de marvoilles }\nLas anges y rèparayant,\nTout y relut, jusqu'ai lai peille,\nQu'ot dedans lou bré de l'Offant.\nTRADUCTION.\nDieu soit céans, Dieu vous aide,\nDame Marie, Sire Joseph,\nVous n'êtes pas trop à votre aise ;\nJ'ai bien pitié de ce poupon ;\nTenez, voici un peu de braise\nPour lui réchauffer les talons.\nJésus, le beau lieu que voici !\nN'êtes-vous pas tout ébahi\nDe voir naître tant de merveilles ?\nLes anges y resplendissent,\nTout y reluit, jusqu'à la paille\nQui est dans le berceau de l'Enfant.\n\n(I)Ces noëls ont été réédités par Th. Bélamy (Besançon, Marion, 1842) ; les mélodies,\nharmonisées pour piano ou orgue par le même auteur, forment un recueil séparé. (Besançon,\nGeorges, Henry successeur, 1860).\n(2) Supplément musical, VI.\n(3) Je représente ainsi le t et le d comtois, articulations particulières qui tiennent le milieu\nentre tch, dj, et ty, dy."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "590", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.6", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "I te dira ce qu'i penset :\nL'y fa ben bé, main l'i fa fret,\nTout ot au vent, tout ai lai bise ;\nI ne sai coume i n'ot geola,\nCe gaichenot qu'ot sans chemise,\nEt sai pouère Daim' sans soulas.\nSire Joueset, vous été touè :\nVous li beillerin ben la moue ;\nPourquoi fates vous de lai souèthe r\nA quoi sa d'âtre menuisie ?\nQue ne fâtes-vous ci des pouèthes ?\nNe sûtes vous pas lou methie ?\nJe te dirai ce que je pense :\nIl fait bien beau, mais il fait froid,\nTout est au vent, tout à la bise ;\nJe ne sais comme il n est pas gelé,\nCe garçonnet qui est sans chemise\nEt sa pauvre mère sans souliers.\nSire Joseph, vous avez tort :\nVous lui donneriez bien la mort ;\nPourquoi faites-vous de la sorte ?\nA quoi sert d'être menuisier ?\nQue ne faites-vous ici des portes ?\nNe savez-vous pas le métier ?\nLes bons compagnons vont se mettre à l'oeuvre, empoigner serpes et doloi-\nres, pour mettre des portes à la pauvre chaumière ; après quoi ils videront une\nbonne bouteille. Le point du jour est annoncé par ce couplet :\nVoi-te las chandelot's au temps,\nVoi coume le s'èpantayant ;\nCe n'ot pu que des ailemoutes ;\nOn n'entend pu pillie las chens,\nLas loups ant regaignie las coûtes :\nÇ'ot signe que lou jou revent.\nVois-tu les chandelles devant le ciel ;\nVois comme elles diminuent :\nCe ne sont plus que des allumettes (1).\nOn n'entend plus hurler les chiens,\nLes loups ont regagné les côtes,\nC'est signe que le jour revient.\nJe ne connais guère de plus jolie impression d'aube franc-comtoise.\nLe Déserteur est certainement beaucoup moins ancien. Je bai entendu chan-\nter, dans mon enfance, sur l'air de complainte que je donne ici (2), et avec les\nparoles suivantes :\n1\nJe me suis engagé pour l'amour d'une belle ;\nNon pour mon anneau d'or\nQu'à d'autr s elle a donné,\nMais àcaus' d'un baiser\nQu'elle m'a refusé.\n2\nJe me suis engagé dans V régiment de France.\nLà ousque j'ai logé,\nOn m'y a conseillé\nDe prendre mon congé\nPar-dessous mon soulier.\n3\nEn mon chemin faisant, j' rencontr' mon capitaine ;\nMon capitain' me dit :\nOù vas-tu sans souci ?\nJe vais dans ce vallon'\nRejoindr' mon bataillon .\n4\nSoldat, t'as du chagrin pour l'amour de ta belle,\nEU' n'est pas dign' de toi :\nLa preuve est à mon doigt,\nLa preuve assurément\nQue je suis son amant.\n\n(i; Bouts cl écoice de chanvre qui servent à allumer le feu. Les chandelles pâlissent devant la\nclarté du ciel.\n(2) Supplément musical, VIL"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "591", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "5\nJ ai du courage aussi sous mes galons de laine.\nJ'ai mis mon habit bas,\nMon sabre au bout d' mon bras,\nEt me suis battu là\nComme un vaillant soldat.\n6\nLà-bas, dans ces prés verts, j'ai tué mon capitaine,\nMon capitaine est mort.\nEt moi je vis encore ;\nMais dans deux ou trois jours\nCe sera-z à mon tour.\n7\nQui est-c' qui me tuera : Ce s'ra mon camarade.\nOn me band'ra les veux\nJ\nAvec un mouchoir bleu\nEt l'on m' fera mourir\nSans me faire souffrir.\n8\nQu'on env'loppe mon cœur dans un' serviette blanche\nPour le porter à ma mi'\nEn lui disant : Voici\nLe cœur d votr' serviteur\nQu'est mort au champ d'honneur.\n9\nSoldats qui m'écoutez, ne 1' dit's pas à ma mère ;\nxMais dites-lui plutôt\nQue je suis à Breslau\nPris par les Polonais,\nQu'elF me r'verra jamais.\nLe même texte est donné par Puymaigre {Chants populaires du pays messin),\navec quelques variantes insignifiantes, et par Max Buchon (zVoè'/s et chants popu-\nlaires de la Franche-Comté). La version de l'Ain (GUILLON, Chants populaires de\nVAin) supprime au contraire les couplets 1 et 4, qui font du caporal le rival de\nson capitaine. N'aurions-nous pas là une version primitive ? Il est à remarquer\nen effet que le couplet 1 est irrégulier, puisque les vers 2 et 3 n'y riment pas\nentre eux, et qu'en outre on ne comprend pas bien pourquoi le malheureux\ndéserte, si sa maîtresse lui est ravie par son officier. Par désespoir ? C'est\nlà un motif bien subtil pour un chansonnier populaire. Je crois donc que notre\nchanson est la chanson du déserteur, simplement, et non du déserteur par\namour: et le seul tort du capitaine est d'avoir voulu l'arrêter ; le premier vers\ndu 5e côuplet doit donc être restitué ainsi, conformément à la version lorraine :\nMon capitain' me dit : Ce n'est pas là ta route.\nComment le roman de la rivalité est-il venu se greffer sur cette simple\nhistoire ? Peut-être par l'influence d'une autre chanson, celle des 3 soldats qui,\neux, désertent bien par amour, comme le dragon de Carmen ( 1 ) :\n\n(I) E. ROLLAND, Recueil, IV, 34. —Supplément musical, VIII."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "592", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.8", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "Nous étions trois chasseurs du régiment d Angers,\nPour l'amour d'une brun' nous avons désalté.\nJen étais là de mes réflexions, lorsqu au mois d août dernier je passai\nquelques jours à Saint-Guénolé, près de Penmarc h (F inistère). La pèche était\nbonne, les bateaux revenaient avec quinze à vingt mille sardines, et l on tra-\nvaillait, dans les usines, presque toute la nuit. Assises deux par deux devant les\ncaisses où s'amassaient les têtes détachées d'un geste adroit, les bigoudennes\nchantaient, pour ne pas s'endormir. C'étaient d'interminables chansons à cou-\nplets, proposées d'abord par quelques voix timides, et continuées à tue-tète par\nle chœur entier des ouvrières. Or l'une de ces chansons était précisément la com-\nplainte du Déserteur, presque pareille à celle de mon enfance, sauf que le\nsoldat était devenu un marin, que certains détails manquaient de clarté, et que\nla conclusion était plus mélancolique et plus douce. 1) :\nJe me suis embarqué à cause de vous, maîtresse.\nCe n'est pas un ni deux qui m'ont déjà demandée. Ce n'estpas un ni deux que fai déjà refusés.\nHôtesse,logez-moi, et puis vous me direz : Touchez l argent du roi, et déserte% après. Touche%\nTargent de la nation, et avec-,\nQuand j'étais à déserter, je rencontre mon capitaine : Retourne, mon garçon, retourne au\nbataillon.\nEt moi, je lui obéis, je retourne à la caserne. Et je retire ma tunique, et j'empoigne mon sabre...\nDans mon malheur, fai tué mon capitaine. Le capitaine tué, le garçon est bien attristé ! Dans\ndeux ou trois jours, ce sera à mon tour.\nBandez-moi les deux yeux avec un mouchoir de coton bleu. Celui qui me tuera sera mon meil-\nleur ami.\nEt vous, gars de mon pays, vous ireq à la maison, et moi je n'irai pas. Vous direz à ma mère\nque je suis embarqué à bord de la Nation, que je ne reviendrai jamais.\nMa maîtresse, quand elle entendra cela, sûrement elle pleurera. Et ma mère la consolera, et le\ntemps passera, et tout le monde oubliera.\nCette chanson se chante sur deux airs (2). Le premier est une sorte de varia-\ntion sentimentale sur l'air français. Le second, beaucoup plus usité, ne lui\nressemble en rien, mais dérive, en revanche, de l'air de l'autre chanson française,\ncelle des trois chasseurs d'Angers. N'avais-je donc pas raison de croire à une\ninfluence de cette chanson sur la première, à qui son air même a été appliqué ?\nVoici enfin une chanson tout à fait moderne : elle date aujourd'hui d'un peu\nmoins de deux ans, et a trait à la distribution de secours qui eut lieu en\nBretagne dans l'hiver de 1902-1903 C'est une chanson satirique, où l'on raille\nl'empressement des riches à toucher les bons de pain. Je l'ai recueillie égale-\nment à Saint-Guénolé, dans un atelier de metteuses en boîtes ; il fallait voir le\nsourire des frais visages, sous la crête blanche, aux allusions à tel et tel acca-\npareur du Guilvinec, le port voisin (3) :\nDans Guilvinec il y a des gens fiers, qui ont de la peine dans leur cœur.\nIls ne sont pas tranquilles dans leur aisance, qu'ils n 'aient mangé le pain des pauvres gens.\nDevant le porche de l'église, il y a une foule de monde, à chercher du pain.\nEt devant la mairie, Test la même chose. Ils vont trouver le recteur, lui disent leurs raisons.\nIls écrivent à la mairie, qu'ils ont beaucoup de dettes sur leur maison.\n\n(1) Je dois des remerciements particuliers à M Berthe, Hortense et Marcelle Dupouy, ainsi\nqu'à Marie-Hélène Leberre : jamais, sans leur aide, je ne serais arrivé à établir ni surtout à\ntraduire ce texte difficile.\n(2) Supplément musical, IX.\n(3) Supplément musical, X."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "593", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3061, "texte": "Le seuil de la mairie, à chercher du pain, s'est usé.\nUne femme est auprès de- Véglise. Elle a honte de voir rougir sa figure.\nElle a envoyé voir sa sœur, on lui a refusé.\n« Ma bonne fille, retirez votre chaîne, pour aller mendier.\n« Ma bonne fille, retirez votre montre, pour aller chercher le pain des pauvres. ))\nEt quand sa montre a été retirée, on lui a donné le pain.\nQuand le bon est entré à la maison, sa mère lui a dit :\n« Buvons maintenant chacun un verre, puisque nous avons eu le pain pour rien. »\nA Ker-Istin, il ya un homme qui ne sait plus comment habiller sa fille (1) :\nEn bigoudenne ou en bourgeoise, ou àla mode des chiffonniers (2) ?\nPierre Juch\\ un homme riche, a donné mille francs à chacun de ses enfants.\nA son bout de garçon (3) il e7t donnera trois mille avec les bo7is de la mairie.\nLes malheureux pauvres, qua7id ils Vont vu, so7it restés èto7i7iés ;\nQua7id ils 07it vu UTI patron du Crei3; Ker (4) ava7icer so7i pa7iier pour recevoir, ferme sur ses\nambes.\nJe Vai bie7i vu Vautre jour, qui allait avec les autres.\nJ'ai cueilli mon bouquet ; il est bien mince, et ne répond guère à la prodi-\ngieuse richesse de notre sol. Mais du moins nous avons vu naître, d'âge en âge,\nles* fleurs nouvelles, variées de couleur et de parfum, toujours fraîches ; nous\nles avons vues aussi se propager, et changer de forme en changeant de terrain.\nLes plus anciennes sont les plus belles, mais il y a encore du charme dans\ncelles qui sont venues plus tard. La chanson populaire ne mourra pas ; elle se\nforme encore sous nos yeux. Souvent j'ai été agacé d'entendre retentir, dans\nl'un des quatre cabarets où se désaltèrent les 600 habitants de mon village, la\nfade Paimpolaise, et Y Internationale aux jours de grande liesse, ou encore quand\nle curé passait. Mais si ces chants se maintiennent dans la mémoire du peu-\nple (5), ils deviendront, par cela même, populaires, et sans doute s'émerveillera-\nt-on, dans deux à trois cents ans d'ici, de leur piquant archaïsme. Quant à\nmoi, je ne puis me placer au point de vue de la postérité ; je préfère à ces plati-\ntudes et à ces grossièretés les anciennes chansons tendres ou joyeuses, galantes\nou guerrières (6). Le peuple les oublie, et sans doute les méprise. Mais, depuis\ncinquante ans, les savants et les artistes ont recueilli son héritage. On pourra\nse convaincre, en lisant les articles qui suivent, que le jardin des chansons est\naujourd'hui en bonnes mains.\n\nLOUIS LALOY.\n\n(1) A force d'avoir fait de bonnes affaires avec les bons de la mairie.\n(2) C'est-à-dire, je pense, de chiffons multicolores.\n(3) En breton : mègo, mot d'importation parisienne.\n(4) Le centre du bourg.\n(5) Ce n'est pas certain : la Paimpolaise a été supplantée, ces derniers temps, par Viens\nPoupoule, qui disparaîtra à son tour, du moins je le souhaite.\n(6) Ces chansons étaient populaires dans toute l'Europe du xvine siècle ; et Burney dit que les\nFrançais continuent d'adapter à leurs airs populaires « les plus jolies paroles pour les plaisirs de\nla société de tous les peuples de la terre. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c005", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "594", "page_fin": "604", "image_debut": 10, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.2", "titre_corps": "La chanson populaire dans les textes musicaux du moyen âge,", "titre_sommaire": "La chanson populaire dans les textes musicaux du moyen âge,", "signature_source": "PIERRE AUBRY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "594", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.10", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "La chanson populaire dans les textes musicaux\ndu moyen âge,\n\nL'idée de recueillir les manifestations poétiques et musicales de 1 inspiration\npopulaire pour en faire un objet d'étude ou pour en assurer la conservation ne\ndevait appartenir qu'à une époque de civilisation artistique, assez affinée pour\nêtre à même de découvrir le charme secret qui se cache sous une forme parlois\nrude et brutale, assez libérale pour aller à la nature vraie au lieu de la façonner\nà son propre idéal, assez sûre d'elle-même pour goûter l'art populaire et rejeter\n1 élément populacier, qui est au premier ce qu'à un fruit sain est un fruit pourri.\nLe moyen âge n'a pas connu cette conception, qu'à vrai dire notre époque\nseule a réalisée. Au moyen âge certes, lepeuple a chanté et peut-être plus qu il ne\nfait de nos jours ; mais ceux qui composaient les recueils, auxquels nous devons\nde connaître les mélodies médiévales, n'ont point songé à réunir, en même\ntemps que les chants des troubadours et des trouvères, la chanson du marinier\nou celle du pâtre.\nSi à cette règle on pouvait faire une exception, nous serions assez disposé\navec M. Jeanroy à reconnaître que dans tous les chansonniers, tant provençaux\nque français, il y a peut-être une pièce vraiment populaire, la célèbre ballade\nA Ventrcida ciel teins clar (i), mais qu'il n'y a guère que celle-là. Elle est assez\ncharmante pour que nous la publiions au seuil de notre étude.\n\n(i, Le texte original de cette célèbre ballade est à la Bibliothèque nationale, ms. franc. 20050,\nfol. 82 V. Il a été publié plusieurs fois. Nous donnons ici le texte de K. BARTSCH,\npiovenç.ile. col. 111 et 112 (Eberfeld, 1880). Quant à notre version musicale, elle diffère sensible-\nment de celle du manuscrit, où l'on sent une certaine indécision à partir de l'endroit que nous\navons signalé par un astérisque. Ainsi que M. Tiersot dans son de la chanson populaire\nen France, nous avons transposé en clef d'ut la clef de fa du manuscrit.\nEn outre, la notation originale ne présente pas les signes de proportionnalité des autres mss\nchansonniers. Au lieu de la mesure ternaire habituelle aux mélodies mesurées du moyen âge, nous\nayons adopte un rythme binaire, qui nous semble mieux convenir à l'allure de cette danse :\nc est conc une interprétation toute personnelle et sans caractère scientifique, nous nous hâtons\nde le dire ici."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "595", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.11", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3083, "texte": "II\nEl' a fait per tôt mandar, eya,\nnon sia jusqu a la mar, eya,\npiucela ni bachalar, eya,\nque tuit non venguan dançar\nen la dansa jojoza.\nAlavia, etc.\nIII\nLo reis i ven d'autra part, eya,\nper la dansa destorbar, eya,\nque el es en cremetar, eya,\nque om no li voill emblar\nla regin' aurilloza.\nAlavia, etc.\nIV\nMais per nient lo vol far, eya,\nqu'ela n'a sonh de viellart, eya,\nmais d'un leugier bachalar, eya,\nqui ben sapcha solacar\nla domna savoroza.\nAlavia, etc.\nV\nQui donc la vezes dancar, eya,\ne son gent cors déportai*, eya,\nben pogra dir de vertat, eya,\nqu'el mont non aja sa par\nla regina jojoza,\nAlavia, etc.\nA aucun degré, certes, on ne saurait considérer comme productions populaires\nles œuvres de nos lyriques du xnc et du xine siècle : c'est de la poésie\ncourtoise et de la musique savante, composées toutes deux pour le divertissement\ndes cours, soit par de grands seigneurs, soit par leurs clients. Thibaut de Cham-\npagne ou Guillaume de Poitiers ne ressemblaient que fort peu au jongleur, dont\ns'amusaient les foules, et cependant, c'est dans leurs œuvres et dans celles de\nleurs confrères en lyrisme, que nous allons trouver les rares vestiges qui nous\nrestent du chant populaire au moyen âge.\nDéjà, au point de vue de l'histoire littéraire, la question a été posée. On s'est\ndemandé s'il ne serait pas possible de retrouver dans certains genres cultivés\npar les troubadours et les trouvères un écho de cette poésie populaire Diez 'i)et\nWackernagel (2) inclinent volontiers pour l'affirmative. Selon eux, certains\ngenres subjectifs, tels la romance, la pastourelle, les chansons de danse et de\nprintemps, trahissent assez clairement une origine populaire.\nEn revanche, M. Jeanroy, dans son bel ouvrage sur les origines de la poésie\nlyrique en France (3), estime que ces affirmations sont singulièrement hasardées ;\nque si, d'autre part, on a mauvaise grâce à nier absolument que telles formes de\nla poésie artistique aient des racines lointaines dans l'inspiration populaire, il\nimporte avant tout de contrôler ces hypothèses avec une critique prudente ; et\nqu'enfin, s'il est possible de retrouver quelques vestiges de ces productions dis-\nparues, on peut le faire en s'adressant à deux sources : les refrains et les imita-\ntions étrangères.\nLe débat n'est pas clos, et nous ne croyons guère qu'il le puisse jamais être,\ncar ce ne sont pas les constructions logiques qui pourront ici remplacer les faits\npositifs absents, à moins que, en envisageant la questiondu côté musical, on puisse\narriver à une précision plus grande, qui nous sorte du domaine des hypothèses.\nNous croyons donc qu'en plus des rares textes que nous avons signalés plus\nhaut, on peut retrouver des fragments mélodiques de la chanson populaire du\nmoyen âge :\ni° Dans les ténors des compositions harmoniques du xne, du xine et du\nxive siècle ;\n\n(1) DIEZ, Altromanische Sprctchdenkmcile, Bonn, 1846.\n(2) WACKERN\\GEL, Altfrcinzoesische Lieder und Leiche, Bâle, 1846.\n(3) JEANROY (ALFRED), Les origines de la poésie lyrique en France au moyen âge, Paris, 1899,.\nin-8\\"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "596", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.12", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 3012, "texte": "2° Dans les refrains ces mêmes refrains auxquels M. Jeanroy s est déjà\nattaché des pièces lyriques du même temps.\nAussi loin que les documents manuscrits nous permettent de remonter dans\nla connaissance de l'art harmonique, laissant, bien entendu, de côté la barbare\ndiaphonie antérieure à la musique mesurée, nous nous trouvons en présence\nd'un procédé de composition qui, s'il se diversifia souvent lui-même, nous appa-\nraît dès la fin du xne siècle pour arriver au temps de la Renaissance, avec les\nmaîtres du contrepoint vocal, à son complet épanouissement. Les procédés variè-\nrent, mais, le plus ordinairement, le musicien déchanteur— soit dit pour parler\nici la langue du moyen âge édifiait sa construction harmonique sur un\nchant donné, canius prius factus, qui recevait l'appellation de ténor et occupait\nrégulièrement la partie la plus grave. Quand sur le ténor le compositeur écrivait\nune seconde partie, on disait que le morceau était un duplum, un triplum, quand\nau-dessus de la seconde il y avait une troisième partie, un quadruplum, quand\nil y en avait ainsi une quatrième au-dessus des trois autres (i). Mais chacune\nde ces combinaisons se différenciait selon les procédés d'écriture et le mode de\ncomposition.\nLes formes les plus importants, selon nous, sont Yorganum, le conduit et le\nmotet. Nous ne disons rien ici de Yorganum, ni du conduit, renvoyant le lecteur\nau livre de De Coussemaker que nous venons de citer.\nCet auteur définit le motet en ces termes : « Au xme siècle, le motet était une\ncomposition harmonique à deux, trois ou quatre parties, le plus souvent à\ntrois, - ayant habituellement pour ténor un fragment de plain-chant, quel-\nquefois un air populaire avec lequel devaient s'harmoniser les autres par-\nties (2). » Chaque partie chantait des paroles différentes, soit religieuses,\nsoit profanes. De même, le ténor pouvait être formé soit d'un thème emprunté\nau chant liturgique, soit d'un thème populaire connu.\nLes premiers semblent avoir été de beaucoup les plus nombreux, mais un\nheureux hasard fait qu'un certain nombre de ces thèmes populaires nous a été\nconservé dans un manuscrit du plus haut intérêt pour l'histoire de la musique\nfrançaise (3).\nlels que ce manuscrit nous les fait connaître, ils sont vraisemblablement\nquelque peu déformés par le musicien déchanteur, qui a dû les plier aux exi-\ngences de l'ensemble; mais sous cet extérieur artificiel et fragile, on peut assez\nbien retrouver une forme originale, vivante et spontanée.\nVoici donc quelques ténors du manuscrit de Montpellier : le copiste n'a écrit\nque les premiers mots du texte, jugeant superflu de transcrire au long des paroles\n•qui étaient dans toutes les mémoires.\n\n(1) Nous ne saurions entrer ici dans des explications de détail, qui se trouvent tout au long\ndans l'ouvrage de DE COUSSEMAKER, /'Art harmonique aux XIIe et XIIIe siècles, Paris, 1865, in-40.\n(2) DE COUSSEMAKER, op. cit., p. 59.\n(3) Bibliothèque delà Faculté de médecine de Montpellier, H, 196."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "597", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.13", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "Au folio 301 du manuscrit de Montpellier, se trouve une indication de timbre :\nLis acm je sui amie, qui se répète un peu plus loin, au folio 314, mais cette fois\nsuivie du texte complet de la chanson. Ce dernier motet a été publié par De\nCoussemaker ( 1 ). Nous citons comme terme de comparaison le /énordu folio 301.\nIl est curieux cle constater que cette pièce se retrouve dans le chansonnier\nd Oxfoicl (21 . si son oiigine est populaire, la présence de cette pièce dans un re-\ncueil manuscrit ne manque pas d'intérêt. On sait déjà pourquoi.\nPoursuivons cette énumération.\nNous pensons avoir donné à ces fraîches inspirations mélodiques leur vrai\ncaractère, en réduisant le plus possible les valeurs de durée. Leur cachet popu-\nlaire apparaît mieux ainsi. Dans le manuscrit de Montpellier, les exigences de\nl'écriture donnent à la durée de chaque note une interminable valeur. A titre\ndocumentaire, nous présentons ici le début d'un de ces motets, qui permettra en\noutre de voir le parti que les musiciens déchanteurs tiraient de ces thèmes popu-\n-laires.\nPrenons par exemple au folio 277 v° de notre manuscrit le motet de trois voix\nqui a pour ténor une mélodie dont les premiers mots sont Bele Ysabelos... La\nnotation originale que voici :\n\n(1) DE COUSSF.MAKER, op. cit., troisième partie, p. LXXI et p. 86.\n(2) Oxford, Bibliothèque Bodléienne. Douce 308, Ballete 98. Cf. GASTON RAYNAUD, Dibl. des\nchansonniers français, n° 1105."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "598", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.14", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "peut aisément se traduire, en conformité avec les règles de la notation piopoi-\ntionnelle :\nM. Tiersot la comprend ainsi que nous : les valeurs relatives des notes sont\nscrupuleusement respectées et le caractère alerte de cette mélodie n'est entravé\npar rien. Or, voici ce qu'elle devient dans son rôle de ténor :\n3\nLes contemporains de saint Louis goûtaient sans doute cette terrible mix-\nture : le sentiment moderne s'accommode moins de ces procédés artistiques, qui\nmarquent trop les tendances de leur temps pour être vraiment humains et uni-\nversels. Mais ce que nous sentons encore, c'est l'humble mélodie populaire, qui\ncharmait les pauvres gens et sur laquelle, peut-être, on dansait dans quelque\ncampagne de l'lle-de- France, au soir d'un beau jour.\nOn a distingué non sans raison, dans les pièces lyriques d'origine courtoise\nque le moyen âge nous a laissées, les chansons à refrain et les chansons avec\ndes refrains.\n11 y a peu à dire sur les premières : à la fin de chaque strophe, une courte\nphrase de deux ou trois vers résume la pensée du poète en des termes qui restent\nles mêmes d'un bout à l'autre de la pièce et sur une mélodie qui est la conclu-\nsion du développement musical précédent. Le refrain est donc la répétition après\nchaque couplet d'une courte phrase sur une mélodie qui ne varie pas. Le pro-\ncédé, que la chanson moderne n'a point perdu, fut au xneet au xme siècle employé\ndans certains genres lyriques, comme la romance, la rotruenge, par exemple."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "599", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.15", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1658, "texte": "\\ eut-on un modèle de la chanson à refrain ? Nous l'empruntons au plus beau\nmanuscrit chansonnier que l'âge des trouvères nous ait laissé (1):\nROTRUENGE.\nAdès vois merci criant :\nAmors, aidiez vo servant ;\nN'ainc ni peu trover noiant\nDe secors.\nJ'ai a nom mescheans d'amors.\nHé ! trahitor mesdisant\nCom vos estes malparlant !\nTolu avez maint amant\nLor honors.\nJ'ai a nom mescheans d'amors.\nCertes, pierre d'aymant\nNe desirre pas fer tant\nCom je sui d'un douz samblant\nCovoitoz.\nJ'ai a nom mescheanz d'amors.\nL'esprit le moins prévenu ne saurait reconnaître dans cette pièce le moindre\nindice du sentiment populaire.\nEn revanche, notre moyen âge semble avoir eu en propre un usage assez\ncurieux dans l'histoire littéraire : celui d'intercaler à l'intérieur ou à la suite de\nchaque strophe de très courts morceaux, tout à fait indépendants du reste par le\nsens ainsi que par la mélodie, qui leur est particulière : ce sont ces fragments\nque l'on peut pour plusieurs raisons, après Bartsch et Wackernagel, attribuer à\nl'art populaire.\nA un point de vue tout subjectif, la seule lecture du texte littéraire donne sou-\nvent cette impression avec une grande netteté : ce sont de naïves maximes,\nNus ne set les maus s'il n'aime\nOu s'il n'a aîné (2).\ndes exclamations,\nMesdisant crèveront\nQuand il savront\nLa joie que j'ai ! (3)\n\n(1) Paris, Bibl. nat. fr. 844, fol. 174. Nous publions cette pièce dans notre recueil d'an-\nciens textes musicaux, qui va paraître prochainement sous ce titre : Les plus anciens monuments\nde la musique française. Paris, Welter, in-40.\n(2) Ms. de Montpellier, H. 196, fol. 243 v°.\n(3) Id., fol. 241 v°."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "600", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.16", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2256, "texte": "Haro ! je n'i puis durer !\nCi me tient li maus d'amer (i)\ncîes interjections bizarres sans préoccupation de sens, telles que\nZo frigandés zo, zo !\nZo frigandés zo ! (2)\nSadera, li duriau dureles,\nSadera li dure ! (3)\nEnsuite il faut remarquer que les trouvères, qui inséraient ces fragments dans-\nleurs compositions, les puisaient à un fonds commun. On retrouve ainsi le même\nvers emprunté en bon nombre de pièces lyriques. Prenons par exemple la cita-\ntion suivante,\nNe vous repentés mie\nDe loiaument amer,\nque nous lisons à la strophe 111 de la chanson Bele Aelis par le trouvère Baude\nde la Quarière (4). Ce refrain apparaît dans Bartsch, Romanzen\n111, 33 ; d ans le poème de Guillaume de Dole, V, 2361, 2364-5 ; dans La Cour de\nParadis, 270 ; dans-la chanson publiée par Dinaux, Trouvères, 111, 142. Ces courts\nfragments appartenaient donc au domaine public. Chaque trouvère pouvait se\nles approprier sans vergogne, parce que son emprunt était évident. Les vers et\nleur mélodie devaient être dans la mémoire de tous, et leur intercalation dans\nune poésie nouvelle avait pour l'auditeur cet agrément du motif connu, qui flatte\nle souvenir et délasse l'esprit.\nEnfin dans les manuscrits, les chansons avec des refrains ont un'aspect que\nles autres pièces lyriques ne présentent pas. La première strophe seule est ordi-\nnairement notée et, comme les couplets suivants reproduisent le schéma rythmi-\nque de celle-ci, on ne répète point la mélodie. Or, les intercalations de frag-\nments populaires dans les chansons avec des refrains dérangent cette symétrie.\nAlors, on ne répète pas à vrai dire la notation musicale pour les parties fixes de\nla strophe, mais, comme ces fragments portent avec eux leur mélodie, le copiste\nest bien forcé de la transcrire, quand elle se présente. Un exemple nous fera\ncomprendre. Une pièce que nous avons publiée précédemment (5.) comportait\ndes intercalations dans le corps et à la fin de la strophe. Nous en donnons ici\nune autre où, seule, la fin de la strophe reçoit de semblables additions.\n\n(1) Ms. de Montpellier, fol. 212 v°.\n(2) Id., fol. 205 v°.\n(3) Id., fol. 231 r°.\n(4) Paris, Bibl. nat. fr. 12.615\n(5) La chanson de Bele Aelis, dans la Tribune de Saint-Gervais, mai-juin 1904."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "601", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.17", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "II\nSi com il chantoit ensi\nde Marot la bele,\npar aventure l'oï\nune damoisele.\nSes chanz li plot, vers li torna\nsi l'esgarda et enama\nsi li dit : (( O ! dorlotin !\ndiva, Robin,\nmignot Robin,\ntes ex mar esgardai.\nIII\nQuant ele vint à Robin,\nmout est esmarie ;\nansdeus ses bras li tendi\net merci li crie.\nQue qu'ele plore, et cil c'en rit,\nde tôt son dit li est petit.\nCele a dit : « O î que ferai ?\nd'amer m orrai,\nja nen vivrai\nse toi nen ai que j'aim si bien.\nIV\nCele cui rienz ne li vaut\nchose quele face\nestent ses bras, vers lui saut,\npar le col l'embrace.\nVers soi l'estraint mout doucement :\ncil se desfent trop durement,\nsi a dit : (( O ! quel folor\nquant vostre amor\net vostre honor\nm'avez abandonée !"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "602", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.18", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "V\nQue que cele ensi Robin\nembrace et acole,\nes vos Marot au cuer tin\nqui se tient por foie\nHuchant s'en vait : « trahi, trahi ! »\nRobins l'oï, vers li sailli,\nsi l'a dit : (( O ! douce suer,\ntu as mon cuer,\nnel jeter puer :\nje t'aim sanz decevoir.\nVI\nCele l'ot qui bien l'entent,\nmais el n'en a cure ;\net Robins vers l'autre atant\ncort grant aleure.\nMais cele ne l'atendi pas :\nen es le pas li jete un gas,\nsi li dit : (t O ! folz Robirq\nlai ton chemin ;\npar cest matin\nsi va tes bestes guarder.\nVII\nQuant Robins s'ot ramprosner,\nsi respont par ire :\n« bele, laissiez moi ester,\nvostre vente empire.\nJa m'en proiastes vos avant,\nbien fis samblant n'en oi talant,\nn'encor n'ai, o ! retornez,\net se volez,\nm'amor avrez\ncuite vos claim atant.\nVIII\nCele respont sanz targier:\n« folz, ton gaber laisse ;\nfolie te fist cuidier\nque de cuer t'amaisse."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "603", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.19", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2908, "texte": "D'amer garçon noient ne sai,\nbien te gabai quant t'en proiai.\nOr i pert. O ! nonporquant\npor ton bel chant\nen oi talant,\no mais or changié m'ai.\nM. Jeanroy a démontré, dans ses Origines de la poésie lyrique en France, que ces\nrefrains intercalés dans les poésies de nos trouvères ne sont que des fragments\net supposent l'existence de pièces lyriques aujourd'hui perdues.\nLa question qui doit nous préoccuper ici est de savoir si ces morceaux sont,\ncomme tous les critiques ont incliné à le croire, comme nous aimerions nous-\nmême à le penser, de courts motifs appartenant à l'art populaire, ou si, au con-\ntraire, il ne faudrait pas supposer à ces fragments, texte et musique, une ori-\ngine artistique.\nAu premier examen, on est frappé par leur légèreté, leur grâce naïve, bien\ndifférentes du tour souvent embarrassé et de l'allure pédante de la chanson cour-\ntoise. On est assez disposé à y voir l'œuvre d'un artiste, musicien et poète tout\nensemble, resté avec le peuple dans une union assez intime pour traduire sa\npensée, de manière à être entendu et goûté par lui.\nMais, à y regarder de plus près, on fait peu à peu tomber ces belles illusions !\nIl semble tout d'abord que le plus grand nombre des refrains que nous possé-\ndons ont été écrits par la plume d'un poète de cour, car on y retrouve (( les lieux\ncommuns delà galanterie officielle, ses madrigaux les plus ordinaires, ses méta-\nphores les plus usitées et les plus usées » (2). La paysannerie y est voulue et\ncherchée comme un effet de l'art.\nEn second lieu, il nous est arrivé de rencontrer le même texte de refrain noté\nsur deux mélodies toutes différentes; ceci est inquiétant, car si le musicien a\npuisé dans la tradition populaire, il n'a pu, à quelques variantes près, que ren-\ncontrer une même version. Les quelques exemples que nous avons relevés de\nce cas jettent la suspicion sur les autres : avons-nous vraiment des mélodies\npopulaires sur ces fragments poétiques, que nous croyons à tort peut-être aussi\npopulaires ? ou sommes-nous en présence de créations artistiques?\nNotre sentiment est qu'un scepticisme exagéré serait aussi dangereux qu'une\nconfiance trop grande. Si poètes et musiciens comme aujourd'hui encore le\n\n(1) Cette pastourelle de Baude de la Quarière se trouve dans les deux ms. de la Bibl, nat.\nfr. 8-14, fol. 99 v°, et fr. 12.615, fol. 44 v°. Nous avons suivi le texte de K. BARTSCH, Romanzyn\nund Pastourellen, Leipsig, 1870, p. 303. Quant à la musique, nous avons adopté la version du\nms. fr, 12.61 5, sauf pour le refrain de la strophe VII, qui n'est pas noté dans ce ms. et que nous\navons pris au ms. 844. L'attribution de cette pièce à Baude de la Quarière existe seulement dans\nle ms. fr. 844. Or, le procédé de composition par intercalation de refrains est assez dans la ma\nnière de ce trouvère, pour que cette attribution nous semble exacte.\n(2) JEANROY, op. cit., p. 120."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "604", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.20", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "procédé subsiste ont cherché à imiter 1 art populaire, c est que cet ait a existé\nréellement, et que si dans les manuscrits il y a une foule de refrains créés de\ntoutes pièces par la fantaisie d'un poète de cour, il en est d'autres qui sont aussi\nles derniers vestiges de ce que (( les poètes populaires chantaient dans les champs\net les forêts, sur les places publiques et dans les rues )) (1).\nLe résultat plus général auquel nous sommes arrivé est que cette recherche\nde la mélodie populaire dans les monuments qui nous sont restés du moyen âge\ndemande une grande circonspection, et qu'avant de considérer comme un legs\nauthentique de l'art populaire médiéval les ténors de composition harmonique\nou les refrains de chansons, il faut les soumettre à une critique attentive. A vrai\ndire, la peine à prendre ne serait pas disproportionnée avec le résultat attendu.\n\nPIERRE AUBRY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c024", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "604", "page_fin": "617", "image_debut": 20, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.3", "titre_corps": "L'expansion de la chanson populaire française dans le temps et l espace.", "titre_sommaire": "L'expansion de la chanson populaire française dans le temps et l espace.", "signature_source": "JULIEN TIERSOT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "604", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.20", "debut_caractere": 914, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "L'expansion de la chanson populaire française\ndans le temps et l espace.\n\nLe phénomène le plus intéressant, disons mieux, le plus extraordinaire, que\nnous révèle l'étude comparée de la chanson populaire, est son inépuisable vita-\nlité, par l'effet de laquelle on la trouve identique à elle-même à des intervalles\nconsidérables dans le temps et dans l'espace. Plusieurs de nos plus belles chan-\nsons, chefs-d'œuvre de notre lyrique primitive, ont authentiquement traversé\ncinq ou six siècles à l'aide de la seule mémoire, sans le secours d'aucun artifice,\nmême celui qui nous paraît aujourd'hui le plus naturel et nécessaire, l'écriture.\nDemandons-nous ce qu'il serait advenu des chefs-d'œuvre de l'art s'ils\nn'avaient eu d'autre moyen de se perpétuer que la tradition ! L'oubli d'une seule\ngénération aurait, par là même, entraîné pour eux la destruction complète.\nCombien peu d'oeuvres du passé nous resteraient ainsi ! Prenons notre exemple\ndans le répertoire de l'Opéra de Paris. Le plus ancien ouvrage qui y ait été main-\ntenu sans discontinuité est Guillaume Tell, qui date de 1829. De Spontini, tout\naurait disparu avec la mort du dernier spectateur et du dernier interprète de la\nVestale et de Fernand Cortez : ce serait chose faite depuis longtemps. Rien ne\nsubsisterait des chefs-d'œuvre de Gluck; leur éclipse à partir de 1825 aurait suffi\nà plonger dans le néant Armide et les Iphigénies, et il n'est pas sûr que la fidélité\ndes souvenirs d'un Berlioz ait suffi pour faire revivre Orphée et A Iceste. De Berlioz\nlui-même, pas une note n'aurait survécu. Quant à Rameau ou Lulli, il n'en faut\npas parler : voilà cent cinquante ans qu'il ne serait plus question d'eux. De même\npour Bach, dont l'œuvre colossale n'a pu reprendre sa place au soleil que parce\nqu'on en a retrouvé des manuscrits qui dormaient depuis un siècle et plus : et\ncombien d'autres ont péri sans rémission ! Enfin les chefs-d'œuvre de la musique\npalestinienne, maintenus par la tradition de la chapelle papale jusque dans\nla première partie du xixc siècle, auraient également fait naufrage par suite de\nla décadence postérieure de cette chapelle.\nDonc, en l'absence de documents écrits, la tradition de la musique savante ne\nnous aurait pas laissé une seule œuvre aujourd'hui vieille de cent ans. Pour\nnous-mêmes, hommes du xxe siècle, les chefs-d'œuvre du xvni, à plus forte raison\n\n1) WACKERNAGEL, op. cit., p. 182."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "605", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "des deux précédents (et, sauf pour le chant grégorien, nous ne remontons\npas plus haut dans la pratique) ne peuvent revivre que par des efforts qui\nparticipent autant de l'archéologie que de l'art.\nIl en est tout différemment pour la chanson populaire. Sans tomber dans le\ntravers des auteurs qui aiment à attribuer aux objets de leur attention des anti-\nquités fabuleuses, nous pouvons être assurés de l'existence, dès le xve siècle,\nde certaines chansons retrouvées de nos jours dans la mémoire du peuple : et\nsans doute les vestiges que nous apportent les écrits de ce temps-là appar-\ntiennent, par leur origine, à une époque bien plus ancienne.\nQuant à la diffusion de la chanson populaire française à travers l'espace, elle\na donné lieu à des observations intéressantes, que Gaston Paris a résumées en\nces mots brefs et précis : « Le trésor de la poésie lyrico-épique que nous étudions\nest, plus ou moins complètement, dans sa forme et dans son fond, propre et\ncommun à la France, à la Catalogne et au Piémont. )) Par la France, le savant\nauteur entend toutes les régions où l'on parle français, aussi bien au dehors qu'à\nl'intérieur de nos frontières politiques. Ce vaste territoire, à l'exclusion de tous\nautres, possède un fonds commun de chansons traditionnelles de mêmes sujets\net de mêmes formes. (( Elles ne sont, dit-il encore, identiques de forme qu'en\nFrance, en Catalogne et en Piémont, et cette identité de forme, à quelque\népoque et de quelque manière qu'elle se soit produite, s'explique par l'étroite\nparenté, surtout au point de vue rythmique, des idiomes romans parlés dans\nces trois régions. Tous ont en commun la prédominance des désinences oxy-\ntoniques sur les paroxytoniques, en sorte qu'avec de légères modifications les\nvers composés dans un de ces parlers ont pu passer dans les autres et s y chanter\nsur le même air ou sur un air semblable (i). ))\nEnfin, si l'on s'en tient aux sujets des chansons, l'on retrouvera fréquemment\nles mêmes thèmes, traités parfois d'une manière étonnamment pareille, non\nseulement pour les faits, mais pour l'allure et le ton du récit et pour les détails\nles plus caractéristiques, en Espagne, en Bretagne, en Ecosse et Angleterre, en\nNéerlande, en Allemagne, en Scandinavie (surtout en Danemark), même en\nGrèce, dans les pays slaves ou en Hongrie Mais les formes des poésies sont\nici toutes différentes, et, conséquemment, les formes musicales aussi.\nNous voudrions, par quelques exemples caractéristiques, donner des preuves\ndes vérités ci-dessus énoncées.\nNous avons signalé, dans la bibliographie imprimée d'autre part, le Jeu de\nRobin et Marion comme renfermant des mélodies qui ne sont pas de la compo-\nsition d'Adam de la Halle, mais et cela nous est plus précieux encore des\nchansons populaires que le trouvère artésien a réunies dans son petit ouvrage\nscénique, transmettant ainsi à la postérité un recueil unique de chansons\npopulaires françaises du xme siècle, le plus ancien qui nous ait été conservé par\nl'écriture.\nRecherchons si quelques-uns de ces chants sont venus jusqu'à nous par la\ntradition orale.\nPlusieurs auteurs, Monmerqué, A. Dinaux, de Coussemaker, Chouquet et\n\n(1) GASTON PARIS, Les chants populaires du Piémont, extrait du Journal des Savants, septem-\nbre-novembre 1889, pp. 17, 19, 15."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "606", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.22", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1854, "texte": "M. Ernest Langlois assurent que la pastourelle initiale : « Robin m'aime », est\nrestée populaire parmi les paysans de l'Artois, du nord de la France et du llai-\nnaut. A la vérité, aucun folkloriste ne l'a jamais recueillie ; enregistrons\nnéanmoins la déclaration concordante des témoins ci-dessus. Le refrain de\nMa non : a l ié, Robin, si tu m aimes », à six-huit, très bien rythmé, ressemble de\ntrès près à certains refrains de rondes enfantines, et le Trairideluriau que Marion\nchante aux oreilles du chevalier a de grandes analogies avec tel de nos modernes\nchants de plein air, chansons de bergères ou de laboureurs. Pourtant nous ne\ntrouvons pas encore d'identité complète : cherchons donc plus loin.\nLa danse chantée de Robin et de Marion va nous fournir un premier rappro-\nchement intéressant. En voici le thème initial, répété deux fois, et suivi d'un\nsimple refrain de quatre mesures :\nUn livret publié au commencement du xvne siècle : Recueil des plus belles chan-\nsons des comédiens français, h Caen, Jacques Mangeant, 1615, donne une ver-\nsion de la chanson si populaire de la Maumariée, avec refrain d'une chanson à\nboire, sur l'air suivant :\nLa foi mule mélodique, on ie voit, est la même dans les deux notations, exé-\ncutées d'après la tradition populaire à quatre siècles d'intervalle.\nPlus loin, le beigei Gautier fait son entrée en chantant ainsi \\\nLe premier vers : « Hé, réveille-toi, Robin », a traversé les siècles, avec chan-\ngements du nom propre (Regnault ou Thomas, au lieu de Robin), et est devenu\nun refrain aujourd hui encore très populaire, notamment dans des chansons de\nmarche. Nous le voyons d'abord citer par Rabelais, qui le fait entonner par\nrrère Jean (( chantant à pleine voix la chanson :\nho, Regnault, resveille, veille,\nHo, Regnault, resveille toi (i) ».\n\n(i) Gargantua, chap. XLI."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "607", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.23", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": "Nous allons le retrouver, deux siècles plus tard, comme refrain d'une chanson,\nà danser (1) :\nOn a reconnu dans le dessin mélodique la forme, le rythme et la tonalité du\nchant du xi 11e siècle. Au xix% nous retrouvons le même refrain ainsi trans-\nformé (2): .\nNous avons d'autre part entendu maintes fois, dans des marches militaires, le\nrefrain conforme à la version du xvnie siècle, plus proche de celle d'Adam de la\nHalle; les soldats qui, pour tromper la fatigue de la route, le chantaient avec\nentrain (parfois en majeur, mais toujours sur le même rythme et la même ligne\nmélodique), ne se doutaient guère que leurs ancêtres d'il y a sept siècles faisaient\ndéjà comme eux.\nEnfin le Jeu de Robin et Marion se termine par une chanson de danse dont\nvoici le thème :\nEt une chanson flamande recueillie il y a quelque cinquante ans par de Cous-\nsemaker renferme le refrain suivant, qui n'en diffère que par quelques notes (3) :\nDonc, le seul Jeu d'Adam de la Halle (4), en nous révélant des identités pres-\nque parfaites entre plusieurs de ses chants et quelques autres dont le peuple\nd'aujourd'hui a conservé la mémoire, a suffi à nous apporter une preuve irrécu-\nsable de l'antiquité de notre fonds musical traditionnel.\n\n(1) Les Rondes, Chansons à danser, Ballard, 1724, 11, 67.\n(2) E. ROLLAND, Recueil de chansons populaires, 1883, I, 118, version des Ardennes.\n(3) DE COUSSEMAKER, Cnants populaires des Flamands de France, 341.\n(4) J'ai emprunté que'ques-unes des citations du Jeu de Robin et Marion à l'édition de M. Ernest\nLanglois, en attendant l'assignation que cet auteur m'a annoncée (mais que je nai pas encore\nreçue) d avoir à répondre du délit de contrefaçon et de plagiat, pour avoir lait représenter une-\nadaptation scénique de l'oeuvre d'Adam de la Halle, ce qu'il a, de son côté, tenté vainement."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "608", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.24", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "Les thèmes ci-dessus appartenaient à des chansons de danse ou de marche.\nConsidérons maintenant une autre formule mélodique dun caractère plus\nsévère.\nVoici le premier vers d'unechanson d'aventuriers duxvc siècle, dont le précieux\nrecueil de Gaston Paris et Gevaert donne le texte complet, et que le 2e livre de\nYOdhecaton, imprimé par Petrucci en 1501, présente sous la forme suivante (1) :\nUne chanson d'amour restée dans la tradition populaire commence ainsi (2) :\nDe même la célèbre chanson de Jean Renaud (3) :\nEnfin, voici un autre chant, rythmé différemment, ou pour mieux dire non\nrythmé, puisque c'est un plain-chant, où nous reconnaissons exactement les\nmêmes inflexions mélodiques et la même ligne':\nCe dernier, quant aux origines, nous ramène à une époque bien plus reculée\nencore que les chansons qui avaient donné lieu à la confrontation précédente.\nQue le thème liturgique ait ou non servi directement de modèle aux mélodies\nprofanes, c'est ce que nous ne saurions affirmer en toute certitude : en tout cas,\nil a suffi d'ajouter à ce chant, connu de tout le monde au moyen âge, le rythme\npropre au style populaire, pour en constituer plusieurs mélodies d'aspect nou-\nveau, dont il a, consciemment ou non, mais de façon effective, fourni la matière.\nMais ces exemples ne sont encore que des fragments mélodiques, empruntés\nà des chansons différentes par les poésies et le caractère. Essayons de trouver\ndes preuves plus significatives de la persistance de la chanson populaire à tra-\nvers les siècles en recherchant si certaines chansons entièrement constituées, avec\nleurs paroles et leur musique, recueillies de nos jours, étaient déjà connues\nautrefois. Voici, par exemple, une chanson de noce, d'un caractère très grave, qui\n\n(1) Chansons du xv° siècle, n° CXXXYIII. Harmonicœ musices Odhecaton, B f. 14.\n(2) V.JULIEN JIERSOT, Mélodies populaires des provinces de France, N° 17.\n(3) E., Histoire de la chanson populaire, p. 14."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "609", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.25", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "est populaire dans nos provinces de l'Ouest et du Centre, et dont, tout récemment\nencore, on a trouvé de nouvelles variantes (1) :\nLa même chanson est déjà dans le 3e livre de YOdhecaton, premier livre de\nmusique imprimé (3e partie, 1503). La mélodie a, en outre, servi de thème à\nmainte composition polyphonique, sacrée ou profane, de la même époque.\nSous cette forme, elle représente la tradition du xve siècle (2) :\nSans doute il y a eu des notes de changées; mais les principaux repères de la\nligne mélodique, à cinq siècles de distance, sont encore les mêmes. Quant aux\nrajeunissements de la mélodie, on ne saurait mieux les caractériser qu'en leur\nappliquant cette définition de M. Antoine Thomas au sujet de certains mots de\nla langue française, (( sur lesquels deux mille ans ont passé sans leur apporter\nd'autre modification qu'un allégement phonétique qui est moins un dommage\nqu'une toilette destinée à les faire paraître toujours jeunes (3) ».\nTout le monde a chanté, en ces dernières années, la ronde populaire : En\npassant par la Lorraine. Elle est généralement dite à six-huit ; mais l'instinct\npopulaire ne fait pas grande différence entre le mouvement binaire et le mouve-\nment ternaire, ne cherchant dans l'emploi de ce dernier qu'une accentuation du\ntemps fort. Bref, d'autres versions notées de la mélodie nous la montrent à deux\ntemps simples, par exemple celle-ci (4) :\nOuvrons maintenant un recueil de chansons en parties du xvie siècle, le Tiers\n\n(1) J'emprunte la version de mes Mélodies populaires. n° 40, recueillie en Normandie. Les ver-\nsions récentes dont il est question sont celles qui ont été communiquées, en certain nombre, au\nconcours de la Schola Cantorum, dont les oeuvres récompensées sont en cours d impression.\n(2) Harmonicas musices Odhecaion, Canti C, f° 62. Les paroles entre parenthèses ne sont pas\ndans le livre ancien, qui n'imprime jamais que les premiers mots de chaque chanson; mais on\nvoit que les paroles conservées par la tradition orale s'appliquent, parfaitement àla mélodie\nanciennement notée.\n(3) A. THOMAS, V Etymologie et la langue française, Revue des Deux-Mondes, du lEl'1E1' décembre 1902.\n(4) Bulletin de la Société d'archéologie lorraine, 1855, planches."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "610", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.26", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2865, "texte": "livre de chansons nouvellement composé..., chez Adrien le Roy et Robert Ballard,.\n1561 : nous y trouvons, avec les paroles des premiers couplets, le thème sui-\nvant (1) :\nC'est peu de chose certainement ; mais, ces trois mesures, c est le motif initial,\nle point de départ, la partie essentielle de la mélodie ; et cela sufht à nous assu-\nrer que la chanson, toujours jeune et fraîche, existait déjà il y a trois siècles et\ndemi.\nEn voilà assez pour faire connaître 1 ancienneté cle la chanson populaiie fian-\nçaise et ses pérégrinations à travers le temps. Observons-la maintenant à traveis\nl'espace.\nNous procéderons désormais exclusivement à 1 aide d exemples. Pienons donc\nla plus célèbre et la plus belle de nos chansons lyrico-épiques, celle de Jean\nRenaud (ou le Roi Renaud). Nous en avons reproduit déjà quelques mesures,\nprises à sa version la plus connue, qui provient de Normandie. Il est inutile de\nla rééditer une fois de plus 1 donnons donc une autie Aeision, piesque sem\nblable, recueillie de l'autre côté de la France, aux confins de la Lorraine (2) :\n(Test bien là le type mélodique de la chanson. Nous en trouvons des variantes\npresque semblables à tous les coins de la France : au centre et à l'ouest (Blésois,\nOrléanais, Angoumois, dans ROLLAND, Rec. de Ch. pop., III? pp. 34, 36, 37,39 ;\nIle-de-France (Seine-et-Oise) dans MÉLUSINE, I, 75 ) ; au nord, hors de France\n( Wallonia, 11, 22, pays de Liège, mélodie identique à celle de la version nor-\nmande ; dans les montagnes de Test et du midi Franche Comté, BEAUQUIER, 152 ;\nBresse, 2 versions recueillies par moi, Revue des traditions populaires, 1892, VII) ;\njusqu'au fond des vallées les plus reculées des Alpes de Savoie et du Dauphiné,\nà Cervières, dans le Briançonnais, et à Teignes, aux sources de l'lsère (voy. mes\nChansons populaires des Alpes françaises, 104). Nous en omettons beaucoup,\n\n(1) La chanson à quatre voix est d'Arcadelt. Mais personne, je pense, ne s'aviserait de soutenir\nque le thème est de la composition de ce musicien, étant donné ce que nous savons de l'usage\nconstant des maîtres du contrepoint vocal de prendre des chansons populaires pour thèmes de\nleurs compositions polyphoniques. Le premier vers, dans les versions soit anciennes (on en con-\nnaît plusieurs imprimées aux xvie et xvne siècles), soit modernes, se présente plus fréquemment\nsous la forme : (( En revenant de Lorraine », ou « En m'en revenant de Rennes », ou même « de la\nfontaine », que sous celle : (( En passant par... » Sur les 17 versions réunies par M. E. ROLLAND\n(.Recueil de chansons populaires, I, 235 et suiv.,et 11, 131 et suiv.), dix sont dans la première forme,\ntrois seulement dans la seconde, les quatre autres étant de formes variées.\n(2) Mèlusine, ire année, 1878, col. 75 : La Chanson de Renaud, recueillie à Vagney (Vosges),,\npar Xavier THIRIAT."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "611", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.27", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "cherchant seulement à donner les exemples les plus caractéristiques, et ne repro-\nduisons aucun des derniers mentionnés, qui ne sont pas inédits. Mais voici une\nversion nouvelle qui va nous transporter en plein midi aquitain : elle provient de\nl'Aveyron, d'où elle me fut communiquée par M. Joseph Fabre, sous la dictée\nduquel je 1 ai notée. On y retrouvera, à quelques inflexions près, tous les traits-\nessentiels des variantes précédentes.\nC'est comme une variation du thème primitif, mais sous laquelle le substratum\nconstitué par celui-ci est encore très facile à retrouver.\nAllons plus loin encore et pénétrons dans une région dont le parler auto-\nchtone est complètement étranger au français : le pays basque. Là, nous rencon-\ntrons encore notre chanson, traduite et adaptée sur le même rythme que l'ori-\nginal, et ayant visiblement encore emprunté à ce dernier sa mélodie (1).\nAvec tant de variations du chant primitif, on s'attend bien à trouver des modi-\nfications portant sur la modalité. Plusieurs variantes nous apporteront en effet\ndes sujets d'observations intéressants à cet égard. 11 est incontestable que lai\nmélodie type appartient au premier ton du plain-chant, échelle de ré avec si\nalternativement bémol et bécarre : dans la première moitié, qui évolue dans la\npartie haute de l'octave, le si est généralement naturel ; il devient bémol dans la\nseconde partie, dont le dessin tend à descendre à la tonique grave (la version\nlorraine notée ci-dessus confirme cette observation pour la première moitié ;\nquant à la seconde, le si n'y apparaît pas une seule fois ; mais la version sui-\nvante, dont la cadence finale est conforme à celle des meilleurs types, nous pré-\nsente, par ses derniers vers, l'exemple que nous cherchions).\nD'autres variantes mélodiques sont construites sur l'échelle purement diato-\n\n(I) La Musique populaire des Basques, étude de M. CHARLES BORDES dans la Tradition au Pays\nbasque, 1899, 316. M. Bordes a noté la mélodie à trois-huit ; d'autres la notent à trois-quatre, ou\nà six-quatre : cela est absolument indifférent ; c'est toujours le même rythme et la même coupe;\naussi, dans nos citations, nous écrivons uniformément à six-huit, afin de donner de l'unité à la\nnotation, et rendre la lecture plus facile. Nous connaissons une autre version basque de la\nchanson de Renaud : elle est notée dans les Souvenirs des Pyrénées de Mme de la Villéhélio (je\nl'ai reproduite dans la Revue des traditions populaires d'avril 18cS8). .Mais la musique, très ornée,,\nest d'un style tout différent de celui de la chanson française. Encore en peut-on reconnaître la:\nforme et la tonalité dans la seconde partie."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "612", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.28", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "nique, gamme mineure sans note sensible, hypodorien ou éolien antique. 1 el est\nle cas pour l'ensemble de notre version de 1 Ave) ion.\nLa mélodie basque, elle, est franchement mineure, en ré avec si bémol et ni\ndièse.\nD'autres vont s'éloigner encore davantage de la modalité primitive. Exami-\nnons-en quelques nouveaux spécimens : ils nous donneront 1 occasion de\nparcourir encore du pays.\nEn voici un qui nous vient de l'extrême nord de la France : M. le docteur\nE. Hamy nous 1 a apportée des environs de Boulogne sur-Mer, et j ai noté la mé-\nlodie sous sa dictée (1). Elle est en majeur. Particularité curieuse, ce changement\nde mode a entraîné une modification de rythme, le six-huit un peu languide de\nnos complaintes ayant fait place au mouvement binaire, plus franc. Pouitant,\nmalgré tant de transformations, personne n hésitera à reconnaître la mélodie\noriginale :\nTraversons maintenant la France entière dans sa plus grande longueur, et\npassons des côtes du Pas-de-Calais à celles des Alpes-Maritimes. C est des envi-\nrons de Vence que va nous venir la mélodie suivante, en dialecte du pays (2) :\nA vrai dire, le début (sauf la première note, qui fait partir la mélodie de la\ndominante au lieu de la tonique) est identique aux versions du premier ton ; mais\nà la fin, la tierce majeure change foncièrement la physionomie du mode, et nous\noblige à le considérer comme un septième ton, mode qui est, par le fait, le rela-\ntif majeur du premier ton.\nD'autres versions enfin semblent incomplètes, et ne nous donnent qu'une for-\nmule mélodique de deux vers qui se répètent indéfiniment, tandis que le chant\nentier doit se développer sur quatre vers. Mais ces débris, ces ruines de mélodie,\nsi l'on peut ainsi dire, se présentent parfois sous un aspect modal tout particu-\nlier et intéressant à observer. Voici, par exemple, une version du Limousin (3) :\n\n(1) La Chanson de Renaud, version du Boulonnais, par Ernest HAMY, clans la Revue des traditions\npopulaires d'avril 1888.\n(2) E. ROLLAND, Rec. de chansons populaires, 111, 45.\n(3) P. LAFOREST, Limoges au XVIIe siècle, 1862, 627."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "613", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.29", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "Au début, on croirait être dans le premier ton, avec Ini pour tonique, les notes\nde 1 accord parfait si-sol-mi, présentées successivement sur les temps forts, don-\nnant 1 impression de ce ton ; mais la cadence s'opère sur le quatrième degré, cas\nnon prévu par les règles, d'ailleurs fréquent dans les très anciennes mélodies.\nCette autre variante vient de Lorraine. C'est toujours le même rythme, le\nmême caractère, le même sentiment tonal ; mais la note fondamentale, celle du\ndébut et de la cadence finale, n est plus la tonique, c'est maintenant la domi-\nnante (1 ) :\nIl serait d'ailleurs imprudent de tirer des conclusions générales de ces dernières\nobservations, qui ne portent, nous le répétons, que sur des débris ; pourtant\nces menues remarques méritaient d'être faites au passage.\nNous voudrions considérer encore, à l'aide de la même chanson de Renaud, un\ndernier cas dont la chanson populaire nous offre de fréquents exemples. Encore\nqu'à une poésie appartienne le plus souvent un type mélodique particulier, il\nadvient souvent que cette poésie est chantée, non seulement sur des variantes\ntrès dissemblables de ce type, mais même sur des mélodies toutes différentes. De\nmême YArinide de Quinault lut mise en musique par Lulli, puis par Gluck ; telle\npoésie de Victor Hugo ou d'Alfred de Musset a servi de texte à des mélodies\nécrites par une quantité de musiciens différents. Il en va de même avec la poésie\npopulaire. Nous avons ci-dessus reproduit, eu tout ou partie, huit variantes du\nmême type mélodique de Renaud, et mentionné un bien plus grand nombre d'au-\ntres : mais nous connaissons aussi des versions de la même chanson qui se\nchantent différemment. Voilà donc un second type mélodique, dont nous pour-\nrions grouper aussi les spécimens : ceux-ci, connus seulement au nombre de\ntrois, appartiennent tous aux régions de l'ouest de la France, Angoumois, Ven-\ndée, Haute-Bretagne. Vuîd la version que j'ai notée dans cette dernière province :\nl'on pourra voir que, ni comme tonalité, ni comme forme, ni comme caractère,\nelle n'offre aucun rapport avec les précédentes mélodies (2) :\nDonc, une seule chanson nous a permis d'étudier toute une série de particu-\nlarités relatives à la constitution musicale de la chanson populaire. Nous multi-\n\n(J) DE PUYMAIGRE, Chansons populaires du pays messin, n° 1 des planches musicales.\n(2) Revue des traditions populaires, avril 1888.— Cf. BUJEAUD, Ch. pop. des provinces de l'Ouest,\n11, 218, et ROLLAND, Rec. de Ch. pop., iil, 40, version du pays de Retz, Vendée. Dans cette der-\nnière version comme dans celle de la Haute-Bretagne, le héros ne s'appelle plus Renaud, mais Louis\n(Léouis)."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "614", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.30", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "plierions les remarques analogues si nous abordions d'autres thèmes. C est ainsi\nqu à l'appui de la dernière observation nous pouvons rapprocher encore deux\nmélodies appliquées aux mêmes vers, mélodies non pas seulement difléientes,\nmais, en vérité, contradictoires. Voici la première, telle qu on 1 a îecueillie en\nNormandie (1) :\nLa poésie de cette complainte d'amour, qui n'est pas de celles qu'on a le plus\nsouvent notées, renferme des couplets d'une expression vraiment touchante en\nleur naïveté. C'est l'histoire d'un galant qui s'en va voir sa mie et la trouve\nmourante :\nEn entrant clans sa chambre il fit trois révérences ;\nIl fit trois tours à l'entour de son lit,\nCroyant pouvoir la réjouir.\n« Amant, mon cher amant, faites-moi faire un cierge ;\nAllumez-le à la tête du lit,\nCar à minuit je vais mourir. »\nQuand vint minuit sonné, la belle qui trépasse...\nElle a tiré sa main blanche du lit\nPour dire adieu à son ami.\n« Ma mère, apportez-moi mon habit de soie noire\nEt mon chapeau qui soit de noir bordé,\nLe deuil d'amour je veux porter. . »\nOr, dans le sud du Dauphiné presque déjà le midi, j'ai retrouvé le même\nmorceau, chanté sur une mélodie fraîche et riante, en contradiction formelle avec\nle sens des paroles, mais d'une charmante musicalité (2) :\nFaut-il montrer encore d'autres exemples des chansons qu'on retrouve, avec\nleurs mélodies, presque identiques d'un bout à l'autre de la France? En voici\nune, dont la poésie est toute charmante en sa fantaisie ailée, et dont on est resté\nlongtemps sans pouvoir déterminer avec certitude le type mélodique. Voyez\ncependant cette version de la Tarentaise (Savoie) (3) :\n\n(1) ED. MOULLÉ, Chants populaires recueillis dans la Haute-Normandie, 47.\n(2) JULIEN TIERSOT, Ch. pop. des Alpes françaises, 115.\n(4) JULIEN TIERSOT, Ch. pop. des Alpes françaises, 115."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "615", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.31", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "Et comparez cette variante tout récemment communiquée d'un pays où l'on a\nencore très peu recueilli, Saint-Pol, dans le Nord : ce n'est pas la notation à deux-\nquatre, au lieu de six-huit, qui aura suffi à altérer la ligne cle la mélodie (1) :\nNous voulons aller plus loin encore, et, en même temps, considérer un der-\nnier cas assez fréquent, celui d'une mélodie qui, spécialement attachée à un\nrefrain, s'applique à des poésies différentes, auxquelles elle impose l'obligation\ndudit refrain, et, par conséquent, de sa forme.\nVoici une chanson répandue par toute la France, et qui offre un amalgame\ntrès confus de deux sujets : celui du Plongeur, développé par Schiller en une\nballade célèbre, et celui de Y Enlèvement en mer, histoire d une fille attirée par le\nchant d'un marinier et emmenée au large par ses ravisseurs. La mélodie, qui a\nservi d'ailleurs à beaucoup cle chansons différentes, est caractérisée principale-\nment par sa ligne franche et par son refrain. En voici une version, que j'ai\nrecueillie dans les montagnes du Morvan, sur les paroles du Plongeur (2) :\n\n(1) Chanson communiquée au concours cle la Sckola Caniorum par M. Desmonts (inédite).\n(2) C'est par une erreur, excusable, j'espère, par l'extrême confusion des versions diverses, que,\ndans 1 index musical du Romancero populaire de la France de G. Doncieux, p. 51-$, j'ai dit avoir\nadopté pour type mélodique de VEmbarquement de la fille aux chansons la version champenoise\ndu recueil de Champfleury et Weckerlin, la mélodie notée dans cet ouvrage, de ligne d'ailleurs\ntoute semblable, étant en majeur : c'est la version morvandelle ci-dessus que j'avais donnée."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "616", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.32", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": "Allons maintenant jusque dans le Périgord : nous y retrouverons notre air et\nnotre refrain très reconnaissables, malgré le passage du six-huit au deux-quatre,\nl'état naturel du septième degré dans la gamme mineure, enfin, dans le refrain,\nun léger changement de paroles, et un développement de deux mesures menant\nà une cadence sur le deuxième degré (ces dernières particularités constituant une\nvisible altération de la ligne primitive). Les paroles, ici, sont une adaptation en\npatois local de la belle chanson de Germaine, qui dit l'histoire du retour de\nl'époux parti pour la guerre depuis sept ans passés (1) :\nVoici encore la même formule musicale mêlée aux paroles d'une sône bretonne,\ndont le sujet n'a plus le moindre rapport avec les précédents. Le refrain a dis-\nparu, et la mélodie a pris la forme quasi classique du thème dont les quatre\npremières mesures, exposées deux fois, sont reprises, comme conclusion finale,\nà la suite d'une période secondaire de même étendue. Or ces quatre mesures ne\nsont autres que la partie essentielle de la mélodie française (2) :\nMais jusqu'où notre mélodie n\"a-t-elle pas étendu le cours de ses pérégri-\nnations ? Voilà que nous la retrouvons une dernière fois au delà de l'Océan,\n\n(1) EM. CASSE et Eue. CHAMINADE, Vieilles chansons patoises du Périgord, dans la Revue de philo-\nlogie française, 1904, p. 100.\n(2) EMILE ERNAULT, Chansons populaires de la Basse-Bretagne : La Maîtresse pauvre, dans Mèlu-\nsine, 1886, 111, 260."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "617", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.33", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 747, "texte": "en Amérique, dans ce Canada qui a conservé fidèlement le souvenir de notre\nlangue, et où nos chansons jouissent d'autant de popularité que sur les côtes de\nFrance. La chanson de 1 Enlèvement en mer (ou Y Embarquement de la fille aux\nchansons) s y trouve combinée, comme dans un grand nombre de nos versions\ncontinentales, avec les couplets du Plongeur ; mais l'air tout entier et son refrain ,\nsaul les quelques modifications de notes qui sont inévitables avec la transmis-\nsion orale, s'y retrouvent dans toute leur pureté (1) :\nPouvions-nous souhaiter de fournir une démonstration plus concluante de\nl'expansion de nos chansons populaires françaises à travers le monde ?\n\nJULIEN TIERSOT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c057", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "617", "page_fin": "625", "image_debut": 33, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.4", "titre_corps": "Bibliographie de la chanson populaire française.", "titre_sommaire": "Bibliographie de la chanson populaire française.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "617", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.33", "debut_caractere": 749, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "Bibliographie de la chanson populaire française.\n\nLa chanson populaire, de nature essentiellement orale et traditionnelle, tant\npar son origine que par ses moyens de transmission, a, de ce fait même, laissé\npeu de traces dans les écrits anciens. Ces traces sont pourtant suffisantes pour\nnous permettre d'en connaître et suivre l'existence dès l'époque du moyen âge.\nVoici les principales sources auxquelles on en peut trouver les vestiges :\nPour l'ensemble de la période, voir GASTON RAYNAUD, Bibliographie des chan-\nsonniers français des XIIIe et XIVe siècles, 2 vol., Paris, 1884. Comprend toutes\nles chansons connues pour appartenir à ce temps-là, par conséquent les chan-\nsons populaires aussi bien que les chansons courtoises, ces dernières d'ailleurs\nen beaucoup plus grand nombre.\nKARL BARTSCH, Altfranz. Romanzen und Pastourellen des 12 u. 1 ? Jahrh. (An-\nciennes romances et pastourellesfrançaises du XIIe et du XIIIe siècle), Leipzig, 1870.\nComprend entre autres les poésies de plusieurs chansons de caractère populaire\net légendaire, dont les manuscrits originaux ont conservé quelquefois la nota-\ntion musicale, notamment le ms. de la Bibl. nat. fr. 20.050, dit Chansonnier de\nSaint-Germain-des-Prés, réédité en fac-similé par la Société des anciens textes\nfrançais. Quelques-unes de ces mélodies ont été transcrites en notation mo-\nderne dans JULIEN FIERSOT, Histoire de la chanson populaire en France (voir ci-\naprès). Les ouvrages annoncés par M. PIERRE AUBRY nous en feront sans doute\nconnaître un bien plus grand nombre.\nA défaut de pièces complètes, certaines poésies courtoises nous ont transmis\ndes fragments de chansons populaires intercalés en manière de refrains (le"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "618", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.34", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3540, "texte": "recueil de Bartsch en offre de fréquents exemples, ainsi que le Recueil de Motets\nfrançais des XIIe et XIIIe siècles de GASTON RAYNAUD, 2 vol., Paris, 1882-83, et\n(avec DE COUSSEMAKER, Iliston ede l llai morue au moyen Pans,\n1852 V\nDes refrains analoguesou chansons (populaires ou non) se retrouvent de même\ninsérés dans les œuvres purement littéraires, telles que des romans : Guillaume\nde Dole,la Violette, la Panthère dé amours, Mèhacin, etc voy GASTON PARIS, La\nLittérature française au moyen âge, § 67), ainsi que dans les romans satiriques\nde Renard le nouveau et de Fauvel.\nLe cas est pareil pour le Jeu de Robin et Marion, dont les parties chantées ne\nsont pas des compositions d'Adam de la Halle, mais des chansons populaires de\ngenres divers (pastourelles, chansons de danse, même un fragment de chanson\nde geste); on en a retrouvé plusieurs morceaux notés dans des manuscrits anté-\nrieurs, et certaines formules mélodiques et rythmiques sont de celles qu'on\nrencontre aujourd'hui dans le répertoire oral et traditionnel.\nUne autre source encore, la plus abondante est fournie par la musique poly-\nphonique. Dès l'origine de la diaphonie, la mélodie populaire, concurremment\navec le chant religieux ( les deux formes par excellence de la musique primitive),\na joué un grand rôle dans l'évolution de l'art musical : elle a servi de base et de\nmatière première à la construction harmonique L'usage de composer des messes\nsur des chansons profanes [lHomme armé, par exemple) s'est perpétué jusqu'aux\npremières années du xvnc siècle ; d'autre part, un très grand nombre de chansons\nen parties, depuis les premiers balbutiements de l'art harmonique jusqu'au\ntemps des Janequin, des Goudimel, des Lassus, ne sont que des harmonisations\nde chansons préexistantes. 11 suffira de détacher ces chants des ténors où ils ont\npris place pour constituer tout un répertoire, et des plus précieux, de mélodies\npopulaires françaises pendant une durée de cinq siècles. Ce travail à peine\nébauché, n'a pas encore été fait. Il nécessitera la connaissance la plus approfondie\ndes monuments de la musique harmonique, depuis ceux qu'a édités de Cous-\nsemaker dans VHarmonie au moyen âge déjà citée et CArt harmonique aux\nXIIe et XIIIesiècles, Paris, 1865, jusqu'aux productions des maîtres de la fin du\nxvie siècle.\nAux xve et xvie siècles, il s'écrit ou s'imprime un certain nombre de chanson-\nniers, composés généralement d'éléments assez disparates, mais où l'on peut\ntrouver un certain nombre de chansons populaires. Les plus notables sont :\nAla Bibl nat., le ms. fr. 12.744, imprimé dans la collection des anciens textes\nfrançais, sous le titre de Chansons du XVe siècle, par GASTON PARIS pour les poé-\nsies et M. GEVAERT pour la musique; Paris, 1875 ;\nLes ms. nouv. acq. 1.274, suppl. fr. 5.594. fr. 9.346, connus sous le nom de\nmanuscrits de Bayeux et de Vire, imprimés à Caen en 1866 par GASTÉ.\nPour cette période, on trouvera d'utiles indications bibliographiques dans\nJ. B. WECKERLIN, L Ancienne chanson populaire en France, Paris, 1887. Préface,\npp xv xxxix (quatre-vingts livres de chansons sont énumérés chronologique-\nment, de 1529 à 1703, plus quelques publications modernes).\nA partir du xvne siècle commencent à paraître des livres de chansons non\npolyphoniques, faisait une part plus ou moins large à l'élément populaire. La\nbibliographie en serait copieuse si nous voulions citer ceux qui ne donnent que\ndes paroles ; mais nous devons nous en tenir ici aux recueils contenant des nota-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "619", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.35", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3011, "texte": "lions musicales, et ceux-ci sont rares. Donc, à moins d'un motif spécial, nous\nnous bornerons désormais à en citer les titres sans commentaire.\nRecueil des plus beaux airs accompagnés de chansons à danser, ballets, chansons\nfolati es et bacchanales auti ement dites vaudevire, non encore imprimés. A Caen,\nchez jaques Mangeant, 1615. Ce chansonnier normand contient les paroles\net la musique de plusieurs des vaudevires autrefois attribués à Olivier Basselin.\nLe Recueil des plus belles chansons de dances de ce temps (même éditeur, même\ndate).\nRecueil des plus belles chansons des comédiens français (même éditeur, sans\ndate, mais de la même époque).\nChants des noëls anciens et nouveaux notez avec les basses (Paris, Ballarch\n1703).\nB1 unettes ou petits airs tendres, meslées de chansons à danser, 3 vol , Ballard,\n1703, 1704, 1711.\nLa Clef des chansonniers, ou recueil de Vaudevilles depuis cent ans et plus, 2 vol.\nBallard, 1717\nLes Rondes, chansons à danser, 2 vol., Ballard, 1724.\nLes recueils de Ballaid ne sont pas exclusivement formés de chansons popu-\nlanes, et 1 éditeur a piis soin de nous informer que beaucoup des morceaux qui\ny sont insérés ont subi de notables altérations. On y trouve cependant quel-\nques documents intéressants, principalement en ce qui concerne les chansons de\ndanse.\nEssai sui la musique LA\nrenferme \\ingt pages \\425 à 444' de chansons Périgourdines, Strasbourgeoises\net Auvergnates, et de Danses de la Basse Bretagne, paroles et musique.\nA dater de la première moitié du xixe siècle, l'attention publique se trouve\nattirée sur les chansons populaires par. des écrivains tels que Chateaubriand,\nLamaitine, Balzac, Georges Sand, Gérard de Nerval, Henri Murger, etc., qui\nen insèrent dans leurs œuvres des fragments plus ou moins importants, dont\nquelques-uns obtiennent dès l'abord un grand succès de curiosité. Dès lors, des\nchercheurs spéciaux s'occupent de réunir et de publier ces chansons, qu'il leur\nfaut aller recueillir dans les provinces, de la bouche des paysans.\nVoici l'énumération des principaux travaux exécutés dans cet ordre d'idées.\nACHILLE ALLIER, L'Ancien Bourbonnais, Moulins, 1837. La dernière partie cle\ncet ouvrage 1 enferme un chapitre donnant des textes de poésies populaires et\nune planche de musique où, sous le titre de Chansons Bourbonnaises, sont notés\nneuf mélodies et airs de danses.\nHERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Barzaz-Brei.7, Chants populaires de la Bretagne,\niie édition en 2 volumes, Paris, 1839 5 éditions postérieures en un volume. Textes\nbretons et traductions. Musique notée à la fin du livre ; les premières éditions\ndonnaient 46 mélodies, quelques-unes additionnées de fâcheux accompagne-\nments de piano ; ces accompagnements ont disparu des éditions les plus récentes,\noù le nombre des mélodies s'est élevé à 73.\nJ.-B. BOUILLET, Album auvergnat, Moulins, s. d. (vers 1848). Notations musi-\ncales d'un bout à l'autre du livre.\nRIVARÈS, Poésies béarnaises, 2 vol., Pau, 1852-60. Musique."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "620", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.36", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "En 1854, le Ministre de l'lnstruction publique, I lippolyte Fortoul, témoin de\nl'intérêt croissant qui s'attachait à la recherche des chansons populaires, prit\nl'initiative d'une vaste enquête, de caractère presque officiel. A cet eilet, il fit\nrédiger et insérer dans le Bulletin du Comité de la langue, de l histoire et des arts\nde la France des Instructions pour la recherche et la publication des poésies popu-\nlaires, par J.-J. AMPÈRE (1853 ; reproduit dans le Moniteur de la même année, et\ntiré à part).\nA cette publication préparatoire se rattache une série d'articles de RATHERY,\nsur le même sujet, parus en feuilleton dans le Moniteur universel de la même\nannée.\nCette enquête détermina l'envoi d'un nombre considérable de chansons popu-\nlaires, plus ou moins bien choisies et plus ou moins bien notées, le plus\ngrand nombre avec les seules poésies, quelques-unes pourtant avec la musique.\nL'ensemble était trop disparate pour être publié ; mais les documents manuscrits\nfurent déposés à la Bibliothèque Nationale, où ils ont été réunis en six énorme s\nvolumes in-folio sous le titre de Poésies populaires de la France, nouv. acq.\nfr. 3338 à 3342.\nPoursuivons notre énumération en revenant aux travaux individuels.\nEUGÈNE DE BEAUREPAIRE, Etude sur la poésie populaire en Normandie et spécia-\nlement dans VAvranchin, Avranches et Paris, 1856 ; textes bien choisis et bien\nédités; pas de musique.\nDE COUSSEMAKER, Chants populaires des Flamands de France, Gand, 1856. Im-\nportant recueil. Musique.\nDr FOUQUET, Légendes, contes et chansons populaires du Morbihan, Vannes,\n1857. 20 chansons; 8 airs notés à la fin.\nFRANCISQUE MICHEL, Le Pays Basque, sa population, sa langue, ses mœurs, sa\nlittérature et sa musique, Paris (Didot), 1857. Chap. xi, Poésies populaires des\nBasques ; xn, Musique Basque (pp. 209-440). 4 airs notés à la fin.\nChansons populaires des provinces de France, notices par CHAMPFLEURY, accom-\npagnement de piano par J.-B. WECKERLIN, Paris, 1860. Musique.\nDAMASE ARBAUD, Chants populaires de la Provence, 2 vol., Aix, 1862-1864.\nTextes provençaux, musique.\nP. TARBÉ, Romancero de Champagne, I et 11, 1863. Pas de musique.\nMAX BUCHON, Noëls et Chants populaires de la Franche-Comté, 1863. Pas de\nmusique. Plusieurs poésies non populaires.\nF. VIDAL, Lou Tambourin, Musique, poésies et proses provençales, Aix et Avi-\ngnon, 1864. Première partie, Histoire de l'instrument provençal ;2e partie,\nMéthodes du galoubet et du tambourin ; 3e partie, Airs nationaux de la Provence.\nMusique.\nERNEST GAGNON, Chansons populaires du Canada, Québec, 1865. Musique.\nIH. DE PUYMAIGRE, Chants populaires recueillis dans le Pays Messin, 1865 ;\n2e édition en 2 vol., 1881 (Champion). 33 mélodies notées àla fin.\nJÉRÔME BUJEAUD, Chants et chansons populaires des provinces de f Ouest, Poi-\ntou, Saintonge, Aunis et Angoumois, 2 vol., Niort (chez Clouzot), 1866 ; 2e édition\nen 1895. Musique.\nCÉNAC MONCAUT, Littérature populaire de la Gascogne, Paris, 1868; 21 airs\nnotés à la fin.\nF.-M. LUZEL, Gwerziou Breiz~lzel [Chansons populaires de la Basse-Bretagn e,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "621", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.37", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2954, "texte": "poésies narratives), 2 vol., 1868-187 ). Textes bretons et traduction. Pas de mu-\nsique.\nMME DE LA VILLEHÉLIO, Souvenirs des Pyrénées, 12 airs basques, s. d. (vers 1870).\nMusique (intéressante) avec accompagnements de piano (très médiocres).\nJ.-D. SALLABERRY, Chants populaires du Pays Basque, Bayonne, 1870. Textes,\ntraductions, musique.\nLouis JOUVE, Chansons en patois vosgien, Epinal et Remiremont, 1876.\n32 mélodies notées à la fin.\nJEAN-FRANÇOIS BLADÉ, Poésies populaires en langue française recueillies dans\nVArmagnac et VAgenais, Paris (Champion), 1879. 34 mélodies notées à la fin.\nMONTEL et LAMBERT, Chants populaires du Languedoc, Paris (Maisonneuve),\n1880. Premier volume d'une collection qui n'a pas été continuée. Entièrement\nconsacré aux Berceuses. Musique.\nPAUL SÉBILLOT, Littérature orale de la Haute-Bretagne (Maisonneuve), 1881.\n19 chansons, avec 8 airs notés.\nPHILIBERT LE DUC, Chansons et lettres patoises Bressanes, Bugeysiennes et Dom-\nbistes, Bourg, 1881. 27 airs notés à la fin.\nJ.-F. BLADÉ, Poésies populaires delà Gascogne (Maisonneuve), 3 vol. ISBI-\n- Quelques mélodies notées à la fin.\nJULIEN VINSON, Les Basques et le Pays Basque (Cerf), 1882.-Chapitre : Littéra-\nture et chansons, 3 airs notés.\nJEAN FLEURY, Littérature orale de la Basse-Normandie (Maisonneuve), 1883.\nDeuxième partie : Chansons, devinettes, proverbes. Musique notée.\nHENRY CARNOY, Littérature orale de la Picardie (Maisonneuve), 1883. Chansons;\npas de musique.\nE. ROLLAND, Rimes et jeux de /' enfance (Maisonneuve), 1883; musique.\nJ. VINSON, Le Folklore du Pays Basque (Maisonneuve), 1883. Musique. ;\nJ.-B. WECKERLIN, Chansons populaires de 1 Alsace (Maisonneuve), 2 vol.,\n1883. Textes, traductions, musique.\nCHARLES GUILLON, Chansons populaires de VAin, préface de GABRIEL VICAIRE,\nParis, 1883 . Quelques airs notés.\nE. ROLLAND, Recueil de chansons populaires, 6 vol. de 1883 à 1890 (le 5E recueilli\npar M*. Ad. ORAIN). Importante collection ; musique notée.\nLUCIEN DECOMBE, Chansons populaires recueillies dans le département d'llle-et-\nVilaine, Rennes, 1884 Musique notée à la fin.\nFRÉDÉRIC ORTOLI, Les Voceri de Iîle de Corse, Paris (Leroux), 1887. 3 airs\nnotés à la fin (les deux premiers par l'auteur de cette bibliographie).\nCOSTANTINO NIGRA, Canti popolari del Piemonte, Torino (Loescher), 1888.\n16 mélodies notées àla fin. Ce recueil, bien que non français, doit figurer\ndans cette bibliographie, à cause de l'analogie de la plupart des chansons qui\ny sont comprises avec le répertoire de la chanson populaire française, et\ndes intéressantes études comparées que l'auteur consacre à chacune de ces\nchansons.\nN. QUELLIEN, Chansons et danses des Bretons, Paris (Maisonneuve), 1889. Mu-\nsique de chansons et airs de danse notés à la fin.\nEM. SOLLEVILLE, Chants populaires du Bas-Quercy, Paris ( Champion), 1889.\nMusique.\nJ . DAYMARD, Vieux chants populaires recueillis en Quercy, 1889. Pas de musique."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "622", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.38", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "ALBERT MEYRAC, Traditions des Ardennes, Charleville, 1890. Livre 111 ; Rondes\net chansons, pp. 219 a 310 ; musique notée à la fin, pp. 529 à sS2.\nF.-M. LUZEL et A. LE BRAZ ,Soniou Breiz-Iqel [Chansons populaires delà Basse-\nBretagne, Poésies lyriques), 2 vol., Paris Bouillon), 1890. 1 extes bretons et tra-\nduction ; pas de musique.\nVINCENT D'INDY et JULIEN TIERSOT, Chansons populaires recueillies dans le\nVivarais et le Ver cor s, Paris (Heugel, Fischbacher), 1892. Musique.\nCHARLES BEAUQUIER, Chansons populaires recueillies en Franche-Comté, Paris\n(Lechevalier, Leroux', 1894. Pp. 17 à 246, 108 chansons avec musique; pp. 251\nà 357, 81 chansons sans musique.\nS. TRÉBUCQ, La Chanson populaire en Vendée, Paris (Lechevalier), 1896. Mu-\nsique.\nHENRY VASCIIALDE, Chansons populaires du Vivarais, Paris (Lechevalier), 1897.\nPas de musique, et beaucoup de poésies non populaires.\nCHARLES BORDES, Uskal Noelen Lilia, 12 Noëls basques anciens, Paris (Schola\nCantorum), 1897. Musique.\nDu même : Dix cantiques populaires basques en dialecte souletin, id., s. d.\n(Voir aux Périodiques un autre travail de M. Ch. Bordes sur la chanson\nbasque.)\nLes vieilles chansons patoises du Périgord, sans noms d'auteurs (abbés CASSE\net CHAMINADE), Périgueux, 1902. Musique. MM. Em Casse et Eug. Chami-\nnade ont donné une suite àce recueil en publiant de nouveaux textes de chan-\nsons du Périgord, paroles et musique, dans la Revue de philologie française,\n1903-04.\nJULIEN TIERSOT, Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises (Sa-\nvoie et Dauphiné), 1 vol. de XXVIII, xxx et p., Grenoble (Falque et Perrin)\net Moutiers (Ducloz), 1903. Rapport à M. le Ministre de l'lnstruction publique.\nMusique. Illustrations.\nA ces ouvrages édités, nous pouvons ajouter l'annonce de quelques nouveaux\nrecueils en préparation, ébauchant ainsi une bibliographie de l'avenir:\nDans le courant de 1904, un concours ayant été ouvert par la Schola Cantorum\npour la composition de plusieurs recueils de chansons populaires françaises, le\njury (ayant pour président l'auteur de cette bibliographie, et pour secrétaire\nM. Pierre Aubry) a décidé l'impression des recueils suivants, édités par la librai-\nrie Champion, dont le premier est actuellement sous presse :\nChansons populaires du Limousin, par MM. BRANCHET et PLANTADIS ;\nChansons patoises du Périgord, par M. CHAMINADE ;\nChansons populaires recueillies en Lorraine, par MM. SADOULET THIRION ;\nUn recueil breton formé par les envois de MM. GUILLERM et VALLÉE ;\nUn recueil de 1 Ouest formé avec des chansons prises dans les envois de\nMM. GRELAUD, SOREAU, PITROU, TETUEL, GUILLOT, RAULIN et TESTARD ;\nUn îecueil du Nord avec le recueil de M. LALISSE comme principale base, et\nquelques additions empruntées aux envois de MM. Pierre CAMUS et A. DEMONT.\nNOUS croyons enfin pouvoir annoncer encore la publication très prochaine\ndun important recueil de chansons populaires du Nivernais, recueillies par\nM. Ach. MILLIEN, avec musique notée par M. PÉNAVAIRE, ouvrage attendu\ndepuis longtemps, et dont quelques spécimens avaient paru dans des revues\nspéciales (Revue du Nivernais, Revue des traditions populaires, etc.)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "623", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.39", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "Nous n'avons compris dans l'énumération ci-dessus que les ouvrages de carac-\ntère spécialement documentaire, où la mélodie populaire est présentée dans sa\nnudité primitive, c'est-à-dire sans accompagnement ou, parfois, avec des\naccompagnements de piano que nous tenons volontiers pour négligeables et\nparfois même importuns. Mais il est quelques recueils de chansons populaires\nauxquels des musiciens, suffisamment qualifiés pour cette entreprise, ont voulu,\nsans rien leur retirer de leur valeur exacte, donner en même temps un caractère\nd art en revêtant les mélodies d harmonies destinées à en mieux mettre en valeur\nles contours Nous groupons ci-après les quelques recueils qui rentrent dans\ncette catégorie spécialement musicale :\nPASCAL LAMAZOU, Chants Pyrénéens (Béarnais, Basques, des Pyrénées-Orien-\ntales), accompagnements de piano par AUBER, FÉLICIEN DAVID, GOUNOD, LACOME\n(auteur de la préface), J. MASSENET, REBER, WECKERLIN, etc., Paris, Pau,\nRayonne, 1869; 2e édition, 1874.\nL.-A Bo URGAULT-DUCOUDRAY, Trente mélodies populaires de Basse Bretagne,\nrecueillies et harmonisées, traduction par FR. COPPÉE, Paris (Lemoine), 1885.\nJULIEN TIERSOT, Mélodies populaires des provinces de France, recueillies et har-\nmonisées. 3 séries (les 2 premières de 10 chansons, la 3e de 20). Paris (Heugel),\ns, d.\nDu même : Noëls français (20 numéros), Paris Heugel).\nDu même : Chants de la vieille France, mélodies et chansons du XIIIE au\nx VIIF siècle, Paris (Heugel). Comprend, à côté de chansons non populaires, des\nchansons populaires tirées de recueils manuscrits ou imprimés des xv% xvie et\nxvne siècles.\nLes plus jolies chansons du pays de France, choisies par CATULLE MENDÈS, notées\n(c'est-à-dire harmonisées) par EAUVIANUEL CIIABRIER et ARMAND COUZIEN (Pion),\ns. d. [lßß9].\nEDOUARD MOULLÉ, Cinquante chants populaires recueillis dans la Haute-Nor-\nmandie, Paris (Moullé), 1890.\nVINCENT D'INDY, Chansons populaires du Vivarais, Paris (Durand), s. d.\nComme œuvre de vulgarisation, mentionnons :\nChants populaires pour les Ecoles, poésies de MAURICE BOUCHOR, mélodies\nrecueillies (et harmonisées) par JULIEN TIERSOT (Hachette); 2 séries (1895 et\nsuiv.); une 3e en préparation.\nPÉRIODIQUES.\nMélusine, I, 1877; volumes suivants, 1884-1900. La première année comprend\nun certain nombre de chansons notées ; MM. Gevaerl et Bourgault-Ducoudray\nont donné quelque temps leurs soins à cette partie de la rédaction. Les volumes\nsuivants ont publié, notamment, des chansons de marins, et quelques séries de\nchansons de la Basse-Bretagne.\nRevue des traditions populaires, 1886 et suiv. La chanson populaire a tenu une\nlarge place dans ce périodique pendant les dix premières années environ de son\nexistence, par suite de la collaboration assidue cle l'auteur de cette bibliographie,\nqui non seulement y a fait un grand nombre de communications signées de son\nnom, mais encore y a noté les mélodies d'un grand nombre de chansons sous la\ndictée de MM. Gaston Paris, Hersart de la Villemarqué, de Quatrefages,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "624", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.40", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2938, "texte": "E. Hamy, Paul Sébillot, Gabriel Vicaire, Ortoli, Louis Farges, D 1 Janvier,\nd'Haïti, etc. D'autres chansons populaires, avec musique, y ont été publiées par\nMme Pauline Viardot, MM. Bourgault-Ducoudray, Vincent d'lndy, Ch. Bordes,\nCh. Lecoq, De Sivry, Fourcaud, Quellien, etc.\nLa Tradition, 1887 et suiv.\nRomani a, 1872, et suiv. Quelques textes de chansons populaires ont été publiés\ndans cette revue, notamment par M. Victor Smith : Chansons populaires du\nVelay et du Forez (1872-1881), et par M. E. Legrand, Chansons populaires\nrecueillies à Fontenay-le-Mannion [Calvados), 1881. Pas une note de musique.\nRevue savoisienne : Recherches sur les poésies en dialecte savoyard, par A Des-\npine, 1864 suiv.; Chansons populaires de la Haute-Savoie, par Ritz, 1896 et\nsuiv. Musique.\nSociété de géographie de 1 Ain (Bulletins), 1885 : Chants populaires et Le Pa-\ntois bressan, parCh.Janin. Textes de chansons ; pas de musique.\nMémoires de la Société d'Emulation de Montbéliard, 1897 : Vieilles chansons du\npays de Montbéliard, par J. Viénot. Musique.\nLa Tradition en Poitou et Charentes, 1897. —Noël, la chanson, la danse, par\nMM. Aug. Gaud, S. Trébucq, Léo Desaivre. Quelques airs notés.\nLa Tradition au Pays Basque, 1899. —Webster, Les pastorales basques; Salla-\nberry, Les mascarades souletines, avec airs notés; Charles Bordes, La musique\nj o fui aire des Basques, 54 chansons avec musique.\nEtudes romanes dédiées à Gaston Paris, 1890. Couraye du Parc, Chants\npopulaires de la Basse-Normandie.\nETUDES SUR LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE.\nBOTTÉE DE TOULMON, De la chanson musicale en France au moyen âge, 1 bro-\nchure de 20 p. (Crapelet), 1836. Musique.\nLE ROUX DE LINCY, Recueil de chants historiques français, 2 vol., 1842. Peu\nde chansons populaires proprement dites ; pas de musique.\nJ.-B. WECKERLIN, Opuscules sur la chanson populaire et la musique : Fêtes et\nchansons populaires du printemps et de l'été; La chanson de Jean de Nivelle, etc.,\nParis, 1874. Musique.\nANATOLE LOQUIN, Les mélodies populaires de la France, paroles, musique et\nhistoire. Paris, Bordeaux et Orléans, 1879. Cet ouvrage contient peu d'articles\nqui soient relatifs àla véritable chanson populaire. M. A. Loquin a publié\nen outre dans Mèlusine, II et suiv., une série d'articles sous le titre : Notes et\nnotules sur la chanson populaire.\nW. SCHEFFLER, Die franzôsische Volksdichtung und Sage, 2 vol., Leipzig,\n1885. Musique.\nJ.-B. WECKERLIN, La chanson populaire, Paris (Didot), 1886. Musique.\nJULIEN TIERSOT, Histoire de la chanson populaire en France, Paris Pion),\n1889. xMusique.\nALFRED JEANROY, Les origines de la poésie lyrique en France au moyen âge,\nParis (Hachette), 1889. Ne touche que par quelques points à la chanson popu-\nlaire. Pas de musique.\nGASTON PARIS, Les chants populaires du Piémont (d'après les Canti popolari\ndel Piemonte publicati da Costantino Aigra), extrait du Journal des Savants, 1890."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "625", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.41", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "GASTON PARIS, Les origines de la poésie lyrique en France au moyen âge (d'après\nle livre de M. A. Jeanroy, ci-dessus), extrait du Journal des Savants, 1892.\nJULIEN TIERSOT, Les types mélodiques dans la chanson populaire française,\nextrait de la Revue des traditions populaires (Sagot, Lechevalier), 1894. Musique.\nDu même : Sur le Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle (Fischbacher),\n1897.\nJ -~8. WECKERLIN, Chansons populaires du pays de France, avec notices et ac-\ncompagnements de piano. 2 vol. (Heugel), 1903. Musique.\nGEORGE DONCIEUX, Le Romancero populaire de la France, textes critiques avec\nun avant-propos et un index musical par JULIEN TIERSOT, Paris (Bouillon), 1904.\n\nJULIEN TIERSOT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c058", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "617", "page_fin": "625", "image_debut": 33, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.4.1", "titre_corps": "La chanson populaire, de nature essentiellement orale et traditionnelle, tant", "titre_sommaire": "La chanson populaire, de nature essentiellement orale et traditionnelle, tant", "signature_source": "JULIEN TIERSOT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "617", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.33", "debut_caractere": 799, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "La chanson populaire, de nature essentiellement orale et traditionnelle, tant\npar son origine que par ses moyens de transmission, a, de ce fait même, laissé\npeu de traces dans les écrits anciens. Ces traces sont pourtant suffisantes pour\nnous permettre d'en connaître et suivre l'existence dès l'époque du moyen âge.\nVoici les principales sources auxquelles on en peut trouver les vestiges :\nPour l'ensemble de la période, voir GASTON RAYNAUD, Bibliographie des chan-\nsonniers français des XIIIe et XIVe siècles, 2 vol., Paris, 1884. Comprend toutes\nles chansons connues pour appartenir à ce temps-là, par conséquent les chan-\nsons populaires aussi bien que les chansons courtoises, ces dernières d'ailleurs\nen beaucoup plus grand nombre.\nKARL BARTSCH, Altfranz. Romanzen und Pastourellen des 12 u. 1 ? Jahrh. (An-\nciennes romances et pastourellesfrançaises du XIIe et du XIIIe siècle), Leipzig, 1870.\nComprend entre autres les poésies de plusieurs chansons de caractère populaire\net légendaire, dont les manuscrits originaux ont conservé quelquefois la nota-\ntion musicale, notamment le ms. de la Bibl. nat. fr. 20.050, dit Chansonnier de\nSaint-Germain-des-Prés, réédité en fac-similé par la Société des anciens textes\nfrançais. Quelques-unes de ces mélodies ont été transcrites en notation mo-\nderne dans JULIEN FIERSOT, Histoire de la chanson populaire en France (voir ci-\naprès). Les ouvrages annoncés par M. PIERRE AUBRY nous en feront sans doute\nconnaître un bien plus grand nombre.\nA défaut de pièces complètes, certaines poésies courtoises nous ont transmis\ndes fragments de chansons populaires intercalés en manière de refrains (le"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "618", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.34", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3540, "texte": "recueil de Bartsch en offre de fréquents exemples, ainsi que le Recueil de Motets\nfrançais des XIIe et XIIIe siècles de GASTON RAYNAUD, 2 vol., Paris, 1882-83, et\n(avec DE COUSSEMAKER, Iliston ede l llai morue au moyen Pans,\n1852 V\nDes refrains analoguesou chansons (populaires ou non) se retrouvent de même\ninsérés dans les œuvres purement littéraires, telles que des romans : Guillaume\nde Dole,la Violette, la Panthère dé amours, Mèhacin, etc voy GASTON PARIS, La\nLittérature française au moyen âge, § 67), ainsi que dans les romans satiriques\nde Renard le nouveau et de Fauvel.\nLe cas est pareil pour le Jeu de Robin et Marion, dont les parties chantées ne\nsont pas des compositions d'Adam de la Halle, mais des chansons populaires de\ngenres divers (pastourelles, chansons de danse, même un fragment de chanson\nde geste); on en a retrouvé plusieurs morceaux notés dans des manuscrits anté-\nrieurs, et certaines formules mélodiques et rythmiques sont de celles qu'on\nrencontre aujourd'hui dans le répertoire oral et traditionnel.\nUne autre source encore, la plus abondante est fournie par la musique poly-\nphonique. Dès l'origine de la diaphonie, la mélodie populaire, concurremment\navec le chant religieux ( les deux formes par excellence de la musique primitive),\na joué un grand rôle dans l'évolution de l'art musical : elle a servi de base et de\nmatière première à la construction harmonique L'usage de composer des messes\nsur des chansons profanes [lHomme armé, par exemple) s'est perpétué jusqu'aux\npremières années du xvnc siècle ; d'autre part, un très grand nombre de chansons\nen parties, depuis les premiers balbutiements de l'art harmonique jusqu'au\ntemps des Janequin, des Goudimel, des Lassus, ne sont que des harmonisations\nde chansons préexistantes. 11 suffira de détacher ces chants des ténors où ils ont\npris place pour constituer tout un répertoire, et des plus précieux, de mélodies\npopulaires françaises pendant une durée de cinq siècles. Ce travail à peine\nébauché, n'a pas encore été fait. Il nécessitera la connaissance la plus approfondie\ndes monuments de la musique harmonique, depuis ceux qu'a édités de Cous-\nsemaker dans VHarmonie au moyen âge déjà citée et CArt harmonique aux\nXIIe et XIIIesiècles, Paris, 1865, jusqu'aux productions des maîtres de la fin du\nxvie siècle.\nAux xve et xvie siècles, il s'écrit ou s'imprime un certain nombre de chanson-\nniers, composés généralement d'éléments assez disparates, mais où l'on peut\ntrouver un certain nombre de chansons populaires. Les plus notables sont :\nAla Bibl nat., le ms. fr. 12.744, imprimé dans la collection des anciens textes\nfrançais, sous le titre de Chansons du XVe siècle, par GASTON PARIS pour les poé-\nsies et M. GEVAERT pour la musique; Paris, 1875 ;\nLes ms. nouv. acq. 1.274, suppl. fr. 5.594. fr. 9.346, connus sous le nom de\nmanuscrits de Bayeux et de Vire, imprimés à Caen en 1866 par GASTÉ.\nPour cette période, on trouvera d'utiles indications bibliographiques dans\nJ. B. WECKERLIN, L Ancienne chanson populaire en France, Paris, 1887. Préface,\npp xv xxxix (quatre-vingts livres de chansons sont énumérés chronologique-\nment, de 1529 à 1703, plus quelques publications modernes).\nA partir du xvne siècle commencent à paraître des livres de chansons non\npolyphoniques, faisait une part plus ou moins large à l'élément populaire. La\nbibliographie en serait copieuse si nous voulions citer ceux qui ne donnent que\ndes paroles ; mais nous devons nous en tenir ici aux recueils contenant des nota-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "619", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.35", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3011, "texte": "lions musicales, et ceux-ci sont rares. Donc, à moins d'un motif spécial, nous\nnous bornerons désormais à en citer les titres sans commentaire.\nRecueil des plus beaux airs accompagnés de chansons à danser, ballets, chansons\nfolati es et bacchanales auti ement dites vaudevire, non encore imprimés. A Caen,\nchez jaques Mangeant, 1615. Ce chansonnier normand contient les paroles\net la musique de plusieurs des vaudevires autrefois attribués à Olivier Basselin.\nLe Recueil des plus belles chansons de dances de ce temps (même éditeur, même\ndate).\nRecueil des plus belles chansons des comédiens français (même éditeur, sans\ndate, mais de la même époque).\nChants des noëls anciens et nouveaux notez avec les basses (Paris, Ballarch\n1703).\nB1 unettes ou petits airs tendres, meslées de chansons à danser, 3 vol , Ballard,\n1703, 1704, 1711.\nLa Clef des chansonniers, ou recueil de Vaudevilles depuis cent ans et plus, 2 vol.\nBallard, 1717\nLes Rondes, chansons à danser, 2 vol., Ballard, 1724.\nLes recueils de Ballaid ne sont pas exclusivement formés de chansons popu-\nlanes, et 1 éditeur a piis soin de nous informer que beaucoup des morceaux qui\ny sont insérés ont subi de notables altérations. On y trouve cependant quel-\nques documents intéressants, principalement en ce qui concerne les chansons de\ndanse.\nEssai sui la musique LA\nrenferme \\ingt pages \\425 à 444' de chansons Périgourdines, Strasbourgeoises\net Auvergnates, et de Danses de la Basse Bretagne, paroles et musique.\nA dater de la première moitié du xixe siècle, l'attention publique se trouve\nattirée sur les chansons populaires par. des écrivains tels que Chateaubriand,\nLamaitine, Balzac, Georges Sand, Gérard de Nerval, Henri Murger, etc., qui\nen insèrent dans leurs œuvres des fragments plus ou moins importants, dont\nquelques-uns obtiennent dès l'abord un grand succès de curiosité. Dès lors, des\nchercheurs spéciaux s'occupent de réunir et de publier ces chansons, qu'il leur\nfaut aller recueillir dans les provinces, de la bouche des paysans.\nVoici l'énumération des principaux travaux exécutés dans cet ordre d'idées.\nACHILLE ALLIER, L'Ancien Bourbonnais, Moulins, 1837. La dernière partie cle\ncet ouvrage 1 enferme un chapitre donnant des textes de poésies populaires et\nune planche de musique où, sous le titre de Chansons Bourbonnaises, sont notés\nneuf mélodies et airs de danses.\nHERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Barzaz-Brei.7, Chants populaires de la Bretagne,\niie édition en 2 volumes, Paris, 1839 5 éditions postérieures en un volume. Textes\nbretons et traductions. Musique notée à la fin du livre ; les premières éditions\ndonnaient 46 mélodies, quelques-unes additionnées de fâcheux accompagne-\nments de piano ; ces accompagnements ont disparu des éditions les plus récentes,\noù le nombre des mélodies s'est élevé à 73.\nJ.-B. BOUILLET, Album auvergnat, Moulins, s. d. (vers 1848). Notations musi-\ncales d'un bout à l'autre du livre.\nRIVARÈS, Poésies béarnaises, 2 vol., Pau, 1852-60. Musique."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "620", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.36", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "En 1854, le Ministre de l'lnstruction publique, I lippolyte Fortoul, témoin de\nl'intérêt croissant qui s'attachait à la recherche des chansons populaires, prit\nl'initiative d'une vaste enquête, de caractère presque officiel. A cet eilet, il fit\nrédiger et insérer dans le Bulletin du Comité de la langue, de l histoire et des arts\nde la France des Instructions pour la recherche et la publication des poésies popu-\nlaires, par J.-J. AMPÈRE (1853 ; reproduit dans le Moniteur de la même année, et\ntiré à part).\nA cette publication préparatoire se rattache une série d'articles de RATHERY,\nsur le même sujet, parus en feuilleton dans le Moniteur universel de la même\nannée.\nCette enquête détermina l'envoi d'un nombre considérable de chansons popu-\nlaires, plus ou moins bien choisies et plus ou moins bien notées, le plus\ngrand nombre avec les seules poésies, quelques-unes pourtant avec la musique.\nL'ensemble était trop disparate pour être publié ; mais les documents manuscrits\nfurent déposés à la Bibliothèque Nationale, où ils ont été réunis en six énorme s\nvolumes in-folio sous le titre de Poésies populaires de la France, nouv. acq.\nfr. 3338 à 3342.\nPoursuivons notre énumération en revenant aux travaux individuels.\nEUGÈNE DE BEAUREPAIRE, Etude sur la poésie populaire en Normandie et spécia-\nlement dans VAvranchin, Avranches et Paris, 1856 ; textes bien choisis et bien\nédités; pas de musique.\nDE COUSSEMAKER, Chants populaires des Flamands de France, Gand, 1856. Im-\nportant recueil. Musique.\nDr FOUQUET, Légendes, contes et chansons populaires du Morbihan, Vannes,\n1857. 20 chansons; 8 airs notés à la fin.\nFRANCISQUE MICHEL, Le Pays Basque, sa population, sa langue, ses mœurs, sa\nlittérature et sa musique, Paris (Didot), 1857. Chap. xi, Poésies populaires des\nBasques ; xn, Musique Basque (pp. 209-440). 4 airs notés à la fin.\nChansons populaires des provinces de France, notices par CHAMPFLEURY, accom-\npagnement de piano par J.-B. WECKERLIN, Paris, 1860. Musique.\nDAMASE ARBAUD, Chants populaires de la Provence, 2 vol., Aix, 1862-1864.\nTextes provençaux, musique.\nP. TARBÉ, Romancero de Champagne, I et 11, 1863. Pas de musique.\nMAX BUCHON, Noëls et Chants populaires de la Franche-Comté, 1863. Pas de\nmusique. Plusieurs poésies non populaires.\nF. VIDAL, Lou Tambourin, Musique, poésies et proses provençales, Aix et Avi-\ngnon, 1864. Première partie, Histoire de l'instrument provençal ;2e partie,\nMéthodes du galoubet et du tambourin ; 3e partie, Airs nationaux de la Provence.\nMusique.\nERNEST GAGNON, Chansons populaires du Canada, Québec, 1865. Musique.\nIH. DE PUYMAIGRE, Chants populaires recueillis dans le Pays Messin, 1865 ;\n2e édition en 2 vol., 1881 (Champion). 33 mélodies notées àla fin.\nJÉRÔME BUJEAUD, Chants et chansons populaires des provinces de f Ouest, Poi-\ntou, Saintonge, Aunis et Angoumois, 2 vol., Niort (chez Clouzot), 1866 ; 2e édition\nen 1895. Musique.\nCÉNAC MONCAUT, Littérature populaire de la Gascogne, Paris, 1868; 21 airs\nnotés à la fin.\nF.-M. LUZEL, Gwerziou Breiz~lzel [Chansons populaires de la Basse-Bretagn e,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "621", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.37", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2954, "texte": "poésies narratives), 2 vol., 1868-187 ). Textes bretons et traduction. Pas de mu-\nsique.\nMME DE LA VILLEHÉLIO, Souvenirs des Pyrénées, 12 airs basques, s. d. (vers 1870).\nMusique (intéressante) avec accompagnements de piano (très médiocres).\nJ.-D. SALLABERRY, Chants populaires du Pays Basque, Bayonne, 1870. Textes,\ntraductions, musique.\nLouis JOUVE, Chansons en patois vosgien, Epinal et Remiremont, 1876.\n32 mélodies notées à la fin.\nJEAN-FRANÇOIS BLADÉ, Poésies populaires en langue française recueillies dans\nVArmagnac et VAgenais, Paris (Champion), 1879. 34 mélodies notées à la fin.\nMONTEL et LAMBERT, Chants populaires du Languedoc, Paris (Maisonneuve),\n1880. Premier volume d'une collection qui n'a pas été continuée. Entièrement\nconsacré aux Berceuses. Musique.\nPAUL SÉBILLOT, Littérature orale de la Haute-Bretagne (Maisonneuve), 1881.\n19 chansons, avec 8 airs notés.\nPHILIBERT LE DUC, Chansons et lettres patoises Bressanes, Bugeysiennes et Dom-\nbistes, Bourg, 1881. 27 airs notés à la fin.\nJ.-F. BLADÉ, Poésies populaires delà Gascogne (Maisonneuve), 3 vol. ISBI-\n- Quelques mélodies notées à la fin.\nJULIEN VINSON, Les Basques et le Pays Basque (Cerf), 1882.-Chapitre : Littéra-\nture et chansons, 3 airs notés.\nJEAN FLEURY, Littérature orale de la Basse-Normandie (Maisonneuve), 1883.\nDeuxième partie : Chansons, devinettes, proverbes. Musique notée.\nHENRY CARNOY, Littérature orale de la Picardie (Maisonneuve), 1883. Chansons;\npas de musique.\nE. ROLLAND, Rimes et jeux de /' enfance (Maisonneuve), 1883; musique.\nJ. VINSON, Le Folklore du Pays Basque (Maisonneuve), 1883. Musique. ;\nJ.-B. WECKERLIN, Chansons populaires de 1 Alsace (Maisonneuve), 2 vol.,\n1883. Textes, traductions, musique.\nCHARLES GUILLON, Chansons populaires de VAin, préface de GABRIEL VICAIRE,\nParis, 1883 . Quelques airs notés.\nE. ROLLAND, Recueil de chansons populaires, 6 vol. de 1883 à 1890 (le 5E recueilli\npar M*. Ad. ORAIN). Importante collection ; musique notée.\nLUCIEN DECOMBE, Chansons populaires recueillies dans le département d'llle-et-\nVilaine, Rennes, 1884 Musique notée à la fin.\nFRÉDÉRIC ORTOLI, Les Voceri de Iîle de Corse, Paris (Leroux), 1887. 3 airs\nnotés à la fin (les deux premiers par l'auteur de cette bibliographie).\nCOSTANTINO NIGRA, Canti popolari del Piemonte, Torino (Loescher), 1888.\n16 mélodies notées àla fin. Ce recueil, bien que non français, doit figurer\ndans cette bibliographie, à cause de l'analogie de la plupart des chansons qui\ny sont comprises avec le répertoire de la chanson populaire française, et\ndes intéressantes études comparées que l'auteur consacre à chacune de ces\nchansons.\nN. QUELLIEN, Chansons et danses des Bretons, Paris (Maisonneuve), 1889. Mu-\nsique de chansons et airs de danse notés à la fin.\nEM. SOLLEVILLE, Chants populaires du Bas-Quercy, Paris ( Champion), 1889.\nMusique.\nJ . DAYMARD, Vieux chants populaires recueillis en Quercy, 1889. Pas de musique."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "622", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.38", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "ALBERT MEYRAC, Traditions des Ardennes, Charleville, 1890. Livre 111 ; Rondes\net chansons, pp. 219 a 310 ; musique notée à la fin, pp. 529 à sS2.\nF.-M. LUZEL et A. LE BRAZ ,Soniou Breiz-Iqel [Chansons populaires delà Basse-\nBretagne, Poésies lyriques), 2 vol., Paris Bouillon), 1890. 1 extes bretons et tra-\nduction ; pas de musique.\nVINCENT D'INDY et JULIEN TIERSOT, Chansons populaires recueillies dans le\nVivarais et le Ver cor s, Paris (Heugel, Fischbacher), 1892. Musique.\nCHARLES BEAUQUIER, Chansons populaires recueillies en Franche-Comté, Paris\n(Lechevalier, Leroux', 1894. Pp. 17 à 246, 108 chansons avec musique; pp. 251\nà 357, 81 chansons sans musique.\nS. TRÉBUCQ, La Chanson populaire en Vendée, Paris (Lechevalier), 1896. Mu-\nsique.\nHENRY VASCIIALDE, Chansons populaires du Vivarais, Paris (Lechevalier), 1897.\nPas de musique, et beaucoup de poésies non populaires.\nCHARLES BORDES, Uskal Noelen Lilia, 12 Noëls basques anciens, Paris (Schola\nCantorum), 1897. Musique.\nDu même : Dix cantiques populaires basques en dialecte souletin, id., s. d.\n(Voir aux Périodiques un autre travail de M. Ch. Bordes sur la chanson\nbasque.)\nLes vieilles chansons patoises du Périgord, sans noms d'auteurs (abbés CASSE\net CHAMINADE), Périgueux, 1902. Musique. MM. Em Casse et Eug. Chami-\nnade ont donné une suite àce recueil en publiant de nouveaux textes de chan-\nsons du Périgord, paroles et musique, dans la Revue de philologie française,\n1903-04.\nJULIEN TIERSOT, Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises (Sa-\nvoie et Dauphiné), 1 vol. de XXVIII, xxx et p., Grenoble (Falque et Perrin)\net Moutiers (Ducloz), 1903. Rapport à M. le Ministre de l'lnstruction publique.\nMusique. Illustrations.\nA ces ouvrages édités, nous pouvons ajouter l'annonce de quelques nouveaux\nrecueils en préparation, ébauchant ainsi une bibliographie de l'avenir:\nDans le courant de 1904, un concours ayant été ouvert par la Schola Cantorum\npour la composition de plusieurs recueils de chansons populaires françaises, le\njury (ayant pour président l'auteur de cette bibliographie, et pour secrétaire\nM. Pierre Aubry) a décidé l'impression des recueils suivants, édités par la librai-\nrie Champion, dont le premier est actuellement sous presse :\nChansons populaires du Limousin, par MM. BRANCHET et PLANTADIS ;\nChansons patoises du Périgord, par M. CHAMINADE ;\nChansons populaires recueillies en Lorraine, par MM. SADOULET THIRION ;\nUn recueil breton formé par les envois de MM. GUILLERM et VALLÉE ;\nUn recueil de 1 Ouest formé avec des chansons prises dans les envois de\nMM. GRELAUD, SOREAU, PITROU, TETUEL, GUILLOT, RAULIN et TESTARD ;\nUn îecueil du Nord avec le recueil de M. LALISSE comme principale base, et\nquelques additions empruntées aux envois de MM. Pierre CAMUS et A. DEMONT.\nNOUS croyons enfin pouvoir annoncer encore la publication très prochaine\ndun important recueil de chansons populaires du Nivernais, recueillies par\nM. Ach. MILLIEN, avec musique notée par M. PÉNAVAIRE, ouvrage attendu\ndepuis longtemps, et dont quelques spécimens avaient paru dans des revues\nspéciales (Revue du Nivernais, Revue des traditions populaires, etc.)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "623", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.39", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "Nous n'avons compris dans l'énumération ci-dessus que les ouvrages de carac-\ntère spécialement documentaire, où la mélodie populaire est présentée dans sa\nnudité primitive, c'est-à-dire sans accompagnement ou, parfois, avec des\naccompagnements de piano que nous tenons volontiers pour négligeables et\nparfois même importuns. Mais il est quelques recueils de chansons populaires\nauxquels des musiciens, suffisamment qualifiés pour cette entreprise, ont voulu,\nsans rien leur retirer de leur valeur exacte, donner en même temps un caractère\nd art en revêtant les mélodies d harmonies destinées à en mieux mettre en valeur\nles contours Nous groupons ci-après les quelques recueils qui rentrent dans\ncette catégorie spécialement musicale :\nPASCAL LAMAZOU, Chants Pyrénéens (Béarnais, Basques, des Pyrénées-Orien-\ntales), accompagnements de piano par AUBER, FÉLICIEN DAVID, GOUNOD, LACOME\n(auteur de la préface), J. MASSENET, REBER, WECKERLIN, etc., Paris, Pau,\nRayonne, 1869; 2e édition, 1874.\nL.-A Bo URGAULT-DUCOUDRAY, Trente mélodies populaires de Basse Bretagne,\nrecueillies et harmonisées, traduction par FR. COPPÉE, Paris (Lemoine), 1885.\nJULIEN TIERSOT, Mélodies populaires des provinces de France, recueillies et har-\nmonisées. 3 séries (les 2 premières de 10 chansons, la 3e de 20). Paris (Heugel),\ns, d.\nDu même : Noëls français (20 numéros), Paris Heugel).\nDu même : Chants de la vieille France, mélodies et chansons du XIIIE au\nx VIIF siècle, Paris (Heugel). Comprend, à côté de chansons non populaires, des\nchansons populaires tirées de recueils manuscrits ou imprimés des xv% xvie et\nxvne siècles.\nLes plus jolies chansons du pays de France, choisies par CATULLE MENDÈS, notées\n(c'est-à-dire harmonisées) par EAUVIANUEL CIIABRIER et ARMAND COUZIEN (Pion),\ns. d. [lßß9].\nEDOUARD MOULLÉ, Cinquante chants populaires recueillis dans la Haute-Nor-\nmandie, Paris (Moullé), 1890.\nVINCENT D'INDY, Chansons populaires du Vivarais, Paris (Durand), s. d.\nComme œuvre de vulgarisation, mentionnons :\nChants populaires pour les Ecoles, poésies de MAURICE BOUCHOR, mélodies\nrecueillies (et harmonisées) par JULIEN TIERSOT (Hachette); 2 séries (1895 et\nsuiv.); une 3e en préparation.\nPÉRIODIQUES.\nMélusine, I, 1877; volumes suivants, 1884-1900. La première année comprend\nun certain nombre de chansons notées ; MM. Gevaerl et Bourgault-Ducoudray\nont donné quelque temps leurs soins à cette partie de la rédaction. Les volumes\nsuivants ont publié, notamment, des chansons de marins, et quelques séries de\nchansons de la Basse-Bretagne.\nRevue des traditions populaires, 1886 et suiv. La chanson populaire a tenu une\nlarge place dans ce périodique pendant les dix premières années environ de son\nexistence, par suite de la collaboration assidue cle l'auteur de cette bibliographie,\nqui non seulement y a fait un grand nombre de communications signées de son\nnom, mais encore y a noté les mélodies d'un grand nombre de chansons sous la\ndictée de MM. Gaston Paris, Hersart de la Villemarqué, de Quatrefages,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "624", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.40", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2938, "texte": "E. Hamy, Paul Sébillot, Gabriel Vicaire, Ortoli, Louis Farges, D 1 Janvier,\nd'Haïti, etc. D'autres chansons populaires, avec musique, y ont été publiées par\nMme Pauline Viardot, MM. Bourgault-Ducoudray, Vincent d'lndy, Ch. Bordes,\nCh. Lecoq, De Sivry, Fourcaud, Quellien, etc.\nLa Tradition, 1887 et suiv.\nRomani a, 1872, et suiv. Quelques textes de chansons populaires ont été publiés\ndans cette revue, notamment par M. Victor Smith : Chansons populaires du\nVelay et du Forez (1872-1881), et par M. E. Legrand, Chansons populaires\nrecueillies à Fontenay-le-Mannion [Calvados), 1881. Pas une note de musique.\nRevue savoisienne : Recherches sur les poésies en dialecte savoyard, par A Des-\npine, 1864 suiv.; Chansons populaires de la Haute-Savoie, par Ritz, 1896 et\nsuiv. Musique.\nSociété de géographie de 1 Ain (Bulletins), 1885 : Chants populaires et Le Pa-\ntois bressan, parCh.Janin. Textes de chansons ; pas de musique.\nMémoires de la Société d'Emulation de Montbéliard, 1897 : Vieilles chansons du\npays de Montbéliard, par J. Viénot. Musique.\nLa Tradition en Poitou et Charentes, 1897. —Noël, la chanson, la danse, par\nMM. Aug. Gaud, S. Trébucq, Léo Desaivre. Quelques airs notés.\nLa Tradition au Pays Basque, 1899. —Webster, Les pastorales basques; Salla-\nberry, Les mascarades souletines, avec airs notés; Charles Bordes, La musique\nj o fui aire des Basques, 54 chansons avec musique.\nEtudes romanes dédiées à Gaston Paris, 1890. Couraye du Parc, Chants\npopulaires de la Basse-Normandie.\nETUDES SUR LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE.\nBOTTÉE DE TOULMON, De la chanson musicale en France au moyen âge, 1 bro-\nchure de 20 p. (Crapelet), 1836. Musique.\nLE ROUX DE LINCY, Recueil de chants historiques français, 2 vol., 1842. Peu\nde chansons populaires proprement dites ; pas de musique.\nJ.-B. WECKERLIN, Opuscules sur la chanson populaire et la musique : Fêtes et\nchansons populaires du printemps et de l'été; La chanson de Jean de Nivelle, etc.,\nParis, 1874. Musique.\nANATOLE LOQUIN, Les mélodies populaires de la France, paroles, musique et\nhistoire. Paris, Bordeaux et Orléans, 1879. Cet ouvrage contient peu d'articles\nqui soient relatifs àla véritable chanson populaire. M. A. Loquin a publié\nen outre dans Mèlusine, II et suiv., une série d'articles sous le titre : Notes et\nnotules sur la chanson populaire.\nW. SCHEFFLER, Die franzôsische Volksdichtung und Sage, 2 vol., Leipzig,\n1885. Musique.\nJ.-B. WECKERLIN, La chanson populaire, Paris (Didot), 1886. Musique.\nJULIEN TIERSOT, Histoire de la chanson populaire en France, Paris Pion),\n1889. xMusique.\nALFRED JEANROY, Les origines de la poésie lyrique en France au moyen âge,\nParis (Hachette), 1889. Ne touche que par quelques points à la chanson popu-\nlaire. Pas de musique.\nGASTON PARIS, Les chants populaires du Piémont (d'après les Canti popolari\ndel Piemonte publicati da Costantino Aigra), extrait du Journal des Savants, 1890."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "625", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.41", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "GASTON PARIS, Les origines de la poésie lyrique en France au moyen âge (d'après\nle livre de M. A. Jeanroy, ci-dessus), extrait du Journal des Savants, 1892.\nJULIEN TIERSOT, Les types mélodiques dans la chanson populaire française,\nextrait de la Revue des traditions populaires (Sagot, Lechevalier), 1894. Musique.\nDu même : Sur le Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle (Fischbacher),\n1897.\nJ -~8. WECKERLIN, Chansons populaires du pays de France, avec notices et ac-\ncompagnements de piano. 2 vol. (Heugel), 1903. Musique.\nGEORGE DONCIEUX, Le Romancero populaire de la France, textes critiques avec\nun avant-propos et un index musical par JULIEN TIERSOT, Paris (Bouillon), 1904.\n\nJULIEN TIERSOT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c059", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "625", "page_fin": "629", "image_debut": 41, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5", "titre_corps": "Concerts.", "titre_sommaire": "Concerts.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "625", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.41", "debut_caractere": 711, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "Concerts.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE. —27 novembre.\nL. L.\n— La Symphonie en la de Beetho-\nven est jouée avec de bons mouvements,\nsauf que 1allegretto se ralentit un peu à\nla reprise ; dans le finale, j'entends mal\nle trait des violons, qui est le motifprinci-\npal, pris entre les contrebasses et les trom -\npettes ; il y a là des sonorités à modérer.\nUn air admirable de la Cantate pour tous\nles temps de Bach, où la voix de soprano\nse marie au hautbois, et le duo mystique\nde la même Cantate sont chantés par\nMllc Mary GarnieretM. Clark sans précision, sans sûreté, sans aucun senti-\nment de la ligne mélodique. Le public applaudit à peine ;il est vrai que le même\npublic accoide quatre rappels àM. Jacques Thibaud, et quelques maigres\napplaudissements aux fragments de Gwendoline de Chabrier. Non, je ne vais pas\nmettre Chabrier au-dessus de Mozart, ces classements ne signifient rien d'ail-\nleurs. Mais ce Concerto en mi bémol, gracieux et mièvre, joué avec grâce et\nmièvrerie, méritait-il un tel enthousiasme ? Quant à moi, jene l'ai point partagé; et\ncette manie de jouer trop haut de presque un quart de ton, pour mieux ressortir,\na quelque chose d'offensant pour nos oreilles, que le public n'a point paru sen-\ntir. J'aurais compris qu'après avoir donné àla virtuosité sa légitime récompense,\non fût ému par la musique de Chabrier, si riche en mélodies expressives et\nsimples, si vivante, et si colorée qu'elle ressemble à l'un de ces tableaux mo-\ndernes, où le blanc, le gris et le noir sont des couleurs encore. Car ceci, enfin,\nc'est notre art, qui répond à nos manières de voir, d'entendre et de sentir. Et,\navec ses défauts, il a une telle puissance, que l Ouverture d'Obéron m'a fait\nl'effet, par comparaison, d'une vieille gravure allemande, au dessin un peu mou\net aux couleurs passées.\n\nCONCERTS CIIEVILLARD. — 27 novembre.\n\n— M. Chevillard dirige admirable-\nment et par cœur la deuxième Symphonie de Schumann. Je suis sûr que, comme"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "626", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.42", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "moi, il aime beaucoup cette œuvre, où les élans d un cœut aident et encoiejeune\nrépondent aux tristes mélancolies d'un corps malade et déjà vieux. La calme\nintroduction, où le quatuor se déroule triste et monotone sous de douces tenues\nde trompette, a été particulièrement bien interprétée. Après ces pages pleines de\nvie, de vraie vie vécue, nous avons écouté les Impressions pyrénéennes de\nM. Coquard. Ceci doit être, je pense, l'expression des « impressions » ressenties\npar hauteur dans les Pyrénées ; je m'étonne alors qu'il ait eu l'idée d'une marche\nfunèbre en se trouvant dans cet endroit grandiose auquel la légende a donné le\nnom de « brèche de Roland ». Ce n'est certes pas là une impression de nature.\nLe n° 2 est un solo de clarinette, et le n° 3 ne nous a pas donné en rythmes et en\ntimbres tout ce que semblait nous promettre une « danse », si près du pays\nbasque et de l'Espagne Mais l'événement attendu de ce concert était la\npremière audition du Conte féerique de M. Rimsky-Korsakow. Le maître russe\ntient ce « conte » d'un chat qui est (( suspendu à un arbre par une chaîne d or »\net qui « rôde à l'entour nuit et jour : quand il va à droite, il fredonne une\nchanson ; à gauche, il raconte une histoire ». Et cela, dans un pays fantastique\noù (( il y a des prodiges» et où les symboles les plus cabalistiques se trouvent\nréunis. Donc, le chat raconte son histoire : c'est d'abord sombre et mystérieux...\npays inconnu et profond... (le chat doit être assis sur son derrière, le corps en\nboule ; il regarde fixement de ses yeux glauques). Mais bientôt tout s'anime, et\nnous (( voyons » apparaître les animaux les plus étranges, les êtres les plus\nimpossibles ; ce sont les personnages du conte. La flore devient grotesque et\nfantastique. Il y a un moment de bataille... (je vois le chatseredresseretonduler\nson dos souple)... puis, viennent des accents de terreur ; puis, des rires d'oiseaux\ninconnus, des hurlements d'esprits rapaces... : toute une vie féerique enfin. Je\nn'ai jamais entendu narrer d histoire plus captivante, plus effrayante.\nM. Rimsky-Korsakow, en nous la rapportant fidèlement, nous force à croire que\ncertains chats sont passés maîtres en l'art de manier l'orchestre. Et le plus\nagréable en cela est que le souci de description (si j'ose dire !) n'a pas empêché\nl'expression.\nMme Lilian Blauvelt chante en bonne virtuose.\nSieg/ried-idyll et l'ouverture d'Euryanthe terminaient cet intéressant concert.\n\nG LOTH.\n\nCONCERTS COLONNE. — 27 novembre.\nAMÉDÉE LEMOINE.\n— M. Pierné est décidément en train\nde devenir un des meilleurs capellmeister et nous applaudissons à son succès.\nIl a magnifiquement conduit la Symphonie n° 5 de Beethoven et le Phaéton de\nM. Saint-Saëns ; il nous a donné de nouvelles raisons d admirer Beethoven, par\nson art de tirer d'une œuvre tout ce qu'elle peut contenir, par l'intensité de pathé-\ntique qu il sait en dégager ; j'ai particulièrement goûté la fermeté du rythme,\nla belle et puissante sonorité, la majesté et la noblesse du style dans le finale.\nire audition du Prélude, Choral et fugue de César Franck, chaleureuse ova-\ntion à M. Pierné, qui a en fait l'orchestration avec bien du talent. L'effet du\nchoial est giand, avec son chant de trompette, piano, dont chaque note est\namenée par un arpège de harpe, puis repris fortissimo par les trombones : le\nprélude m'a moins plu ; quant à la fugue, hélas ! les difficultés y abondent et\nl'ensemble m'a paru un peu confus.\n\n4 décembre.\n\nAudition intégrale de la Cantate pour tous les temps, de Bach."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "627", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.43", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "La partie vocale était un peu insuffisante (ténor et contralto) ;la difficulté de\nchanter convenablement ces airs écrasants est la meilleure des excuses. La\nscience et 1 inspiration de cette vieille musique sont surprenantes.\nM. Pierné a donné de la Symphonie pastorale une exécution très personnelle,\nparticulièrement dans 1 allegro du commencement, qu'il a pris dans un mouve-\nment plus lent que la plupart des chefs d'orchestre, et dans l'allégro de la danse\ndes paysans, où la lourdeur du rythme et la rusticité du thème sont si caractéris-\ntiques ; 1 orage a été admirablement rendu. Cette symphonie, la plus calme, la\nmoins dramatique d entre les grandes symphonies du maître, est, je ne sais\npourquoi, celle peut être qui m'empoigne le plus : elle laisse l'auditeur rêver\nà son aise et se livrer délicieusement aux impressions les plus vagues ; mais\nces impressions, quand elles viennent de Beethoven, sont profondes. Cette\nsymphonie, qui sait être pittoresque, est éminemment subjective et suggestive.\nLe 2e Concerto de Saint-Saëns a été très bien joué par un jeune pianiste de\ngrand talent, M. Victor Staub : l'auditoire, ému par une protestation solitaire\nmais bruyante, a couvert de ses bravos le gêneur qui n'aime pas le concerto.\nM. Staub a eu 1 intelligence de prendre pour lui les applaudissements qui lui\nétaient en effet destinés.\n\nAMÉDÉE LEMOINE.\n\nCONCERTS ALFRED CORTOT. Ier décembre.\nL. L\n-- Une nouvelle Société de Con-\ncerts nous est née, et son existence se justifie assez par les œuvres de Balakirev,\nMagnard, Moussorgsky, Debussy. Dukas et d Indy qu'elle promet de nous faire\nconnaître ou réentendre. L'Hymne à la Justice, d'Albéric Magnard, inaugure\nfort bien cette série : c'est de belle et généreuse musiqu e, où s'opposent ferme-\nment deux motifs, l'un de violence et d'oppression, l'autre de douceur et de ten -\ndresse ;et peu à peu le second domine et triomphe, aux appels des cors et des\ntrompettes, au frémissement des violons et des flûtes : le tout fort clair et solide ;\nje reviendrai bientôt sur cette œuvre, en même temps que sur la ye Symphonie\ndu même auteur. Les expressions de douceur et de tendresse, dont je me suis\nservi, ne répondent guère au titre. Telle est cependant mon interprétation :je\nsais que la Justice résume en elle toute douceur et toute tendresse, dans une cer-\ntaine religion à laquelle je n'appartiens pas; je ne puis comprendre qu'à ma\nfaçon. Ceci dit, pour éviter tout malentendu, et aussi pour montrer qu'une belle\nœuvre a toujours plus d'un sens.\nLe Poème de /'amour et de la Mer, de Chausson, entendu pour la première\nfois à la Société Nationale en avril 1893, est une œuvre délicate et poétique,\nencore teintée de wagnérisme par endroits. La voix de Mme Georgette Leblanc\nest l'une des plus désagréables que je connaisse, et son style n'est pas d'une\nmusicienne. Je n'ai que des éloges à faire de l'interprétation émue, soutenue,\nreligieuse, de Y Enchantement du Vendredi Saint de Parsifal et de la Symphonie\nsur Faust de Liszt, où l'on trouve des inspirations sublimes, à côté de longueurs\ninsupportables. Commencé à 9 heures, le concert finissait à minuit moins dix.\nC'est beaucoup, beaucoup de musique,et M. Cortot fera bien, à l'avenir, de nous\ndonner moins bonne mesure L'orchestre n'est pas encore parfait [un accident\nà noter dans le Poème de Chausson), mais se fera, nous 1 espérons.\n\nVERSAILLES. - 24 novembre.\n\nLe concert organisé par Y Association des\nArtistes musiciens (fondation Taylorj avait attiré un nombreux et élégant public\ndans la chapelle du château de Versailles. Les interprètes étaient, pour la partie"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "628", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.44", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3569, "texte": "vocale, Mmcs Lacarrière et Sulzbach, MM. Le Lubez et de Gabriac, pour la par-\ntie instrumentale, la Société La Couperin, fondée et dirigée par M. E. de Bric-\nq ueville. Cette Société a pour objet l'exécution delà musique ancienne sur des\ninstruments anciens authentiques; elle date de juin dernier, et se compose\npresque exclusivement d'amateurs. Mais elle est déjà capable de donner des\ni nterprétations sans reproche et profondément musicales. Cet air de Luili pour\npardessus de viole et théorbes a paru d'une beauté sobre et nette, majestueuse\net un peu nue, comme l'architecture de l'époque ; et c'était un charmant tableau,\nque ces quatre jeunes filles attentives à bien manier les antiques et gracieux\nin struments. Rameau était représenté par un air où la viole d amour soutenait\nd'accords pleins et serrés une mélodie émue. Un délicieux Andante pour viole\nd'amour, de Milandre, une amusante Sonatine de Spazmacher pour dessus de\nhautbois, une Sonate d église de Corelli pour quinton, orchestre et orgue, et\ndeux sonates de Haendel, l une pour flûte, l'autre pour viole de gambe, d'une\nbeauté aisée et puissante, complétaient le programme instrumental. J'ai trouvé\nun grand chaime à l'exécution de ces œuvres, que nous avons pu entendre\nenfin dans la sonorité voulue par leurs auteurs : une sonorité un peu voilée et\nmélancolique, sans rien du bril'ant et du mordant de nos violons et de nos\nvioloncelles ; je songe à ces concerts de musique hindoue, décrits par Pierre\nLoti dans un de ses derniers livres, concerts que l'on croirait faits de bruisse-\nments d'ailes et de frôlement d'ombres. Nos ancêtres étaient encore un peu\nHindous; leur oreille, que n'avaient point gâtée les tumultes du grand orchestre,\nsavait goûter une musique discrète et raffinée, qui aujourd'hui encore, après\nun premier effort d'attention, nous enchante et nous repose.\nDeux \"pièces d orgue, de Couperin et d'Albrechtsberger, ont été bien exécutées,\nmais sur un instrument moderne. J'ai moins d éloges à faire pour la partie\nvocale : il m'a que Bach, Couperin ou Clérambault étaient mal com-\npris. prenaient des airs de théâtre qui ne leur conviennent guère. Et je ne\npuis que protester contre 1 arrangement pour quatuor vocal et orgue du Tantum\nergo de Thoinot-Arbeau.\nEspérons réentendre bientôt La Couperin.\n\nL. L.\n\nSCHOLA CANTORUM. 25 novembre.\n\nCe deuxième acte de Castor et Polltix\nest charmant, et fait le plus heureux contraste avec les scènes funèbres ou dra-\nmatiques qui le précèdent. Pollux, entouré par les Grâces et les Plaisirs, comme\nParsifal au milieu des Filles-Fleurs, résiste aux charmes qui l'enveloppent ;\nmais ce sont des charmes selon le goût du xvme siècle, d une coquetterie exquise\net fuyante, et légèrement attendrie; la musique est, ici comme dans le premier\nacte, et dans presque tout Rameau, d'une originalité saisissante, et sans affecta-\ntion cependant. M. d'lndy a conduit l'orchestre avec beaucoup de vigueur et de\nprécision ; une ou deux fois seulement j'ai trouvé le mouvement un peu rapide.\nIl faut louer beaucoup Mlles Legrand et Pirronet, et un peu moins les chanteurs.\nQuant aux chœurs, ils m'ont paru beaucoup meilleurs que précédemment.\nM. Debroux nous a fait entendre, à ce même concert, une Sonate et un Con-\ncerto de Ledair, œuvres admirables, qui pour la profondeur des pensées et la\nsolidité de la construction font songer à Bach lui-même. Les difficultés y abon-\ndent, mais elles ne comptent pas pour 1 éminent artiste, qui joint à une technique\nincomparable une largeur de son et une pureté de style inconnues à plus d'un de"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "629", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.45", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3375, "texte": "ses émules. M. Debroux est un modeste et un convaincu ;il s'est voué exclusi-\nvement à ces œuvres anciennes, qu il admire et veut faire reconnaître. On ne\nsait pas assez que c'est un violoniste de tout premier ordre, l'égal des Sarasate\net des J. Thibaud.\n\nL. L.\n\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. — 29 novembre. — Ce fut une vraie joie d'en-\ntendre le Quatuor Russe, au jeu fin, souple et spirituel. Peut-être aurait-on pu\nsouhaiter par endroits plus d'énergie et de chaleur dans les forte, mais, à cette\npetite réserve près, on ne peut que louer pleinement.\nAprès un quatuor de Mozart, les excellents artistes exécutèrent le premier\nquatuor, en la majeur, de Borodine, œuvre merveilleuse tant par la variété des\ndéveloppements et la puissance des moyens d'expression que par la nouveauté et\nla perfection de l'écriture, et qu'on voudrait, avec le quatuor en du même\nauteur, voir figurer au répertoire de tous nos groupes d'instrumentistes.\nQuant aux Novelettes (op. 15) de M. Glazounow, bien qu'elles datent de la\npériode pendant laquelle ce compositeur manifesta le plus librement ses remar-\nquables qualités, elles n'offrent qu'un intérêt médiocre, et se recommandent sur-\ntout d'une fort grande élégance d'écriture. Sauf peut-être la troisième (interlu-\ndium in modo antiquo),elles restent extrêmement superficielles.\nM\"E Bréval, après nous avoir donné une interprétation assez inexpressive de la\nMarguerite au Rouet de Schubert a chanté avec un art infini et une grande\nintensité de sentiment la Chevelure, puis la Flûte de Pan de M. Debussy.\n\nRÉCITALS.\nM.-D. CALVOCORESSI.\n— La première séance donnée par Mme Olénine d Alheim fut con-\nsacrée aux œuvres de Schubert et de Moussorgski. J'aime l'interprétation ingé-\nnument passionnée, mobile et intelligente que la cantatrice nous donna de la\nBelle Meunière ; et pourtant je me demande si cette œuvre, dont le sentiment est\nsi franchement mélodique, ne devrait pas, afin qu'en ressortît mieux le caractère\ntrès profondément germanique, et par conséquent lyrique avant tout, être, non\npas mieux chantée, mais plus chantée Quant aux admirables pages de Mous-\nsorgski, du génial musicien dont elle est la seule ou à peu près à faire enten-\ndre les œuvres en France, je ne connais personne qui puisse, mieux que\nMmG Olénine, en exprimer toute la profondeur, toute la diversité, toute la pas-\nsion. Et, pour sa foi opiniâtre comme pour son magnifique talent d'interprète,\nelle mérite les plus grands, les plus complets éloges.\nJe regrette que le manque de place m'empêche de parler ici à loisir des deux\ntrès intéressantes soirées données salle vEolian par Mme Panthèset M.Johannès\nWolff, qui exécutèrent des sonates (piano et violon) de Mozart, de Beethoven,\nde MM. Gabriel F auré, Grieg, Richard Strauss et Théodore Dubois.\n\nCOMPIÈGNE. 20 novembre. Concert de musique instrumentale et vocale\norganisé par la section de propagande de la Schola Cantorum avec le concours\ndes Chanteurs de Saint-Ger vais) de Mllîe Camille Fourrier, de Mlle Blanche Selva\net de M. Henri Casadesus. Très intéressant programme de musique ancienne\net moderne. Salle archicomble et des plus élégantes. On a particulièrement\napplaudi Prélude, Choral et Fugue de C. Franck, magistralement exécuté par\nMlle Selva, et plusieurs mélodies de A. Debussy interprétées par Mme C. Four-\nrier avec l'art d'expression si juste et si profonde qu'on lui connaît."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c061", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "625", "page_fin": "625", "image_debut": 41, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5.2", "titre_corps": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE. —27 novembre.", "titre_sommaire": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE. —27 novembre.", "signature_source": "L. 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Le public applaudit à peine ;il est vrai que le même\npublic accoide quatre rappels àM. Jacques Thibaud, et quelques maigres\napplaudissements aux fragments de Gwendoline de Chabrier. Non, je ne vais pas\nmettre Chabrier au-dessus de Mozart, ces classements ne signifient rien d'ail-\nleurs. Mais ce Concerto en mi bémol, gracieux et mièvre, joué avec grâce et\nmièvrerie, méritait-il un tel enthousiasme ? Quant à moi, jene l'ai point partagé; et\ncette manie de jouer trop haut de presque un quart de ton, pour mieux ressortir,\na quelque chose d'offensant pour nos oreilles, que le public n'a point paru sen-\ntir. J'aurais compris qu'après avoir donné àla virtuosité sa légitime récompense,\non fût ému par la musique de Chabrier, si riche en mélodies expressives et\nsimples, si vivante, et si colorée qu'elle ressemble à l'un de ces tableaux mo-\ndernes, où le blanc, le gris et le noir sont des couleurs encore. Car ceci, enfin,\nc'est notre art, qui répond à nos manières de voir, d'entendre et de sentir. Et,\navec ses défauts, il a une telle puissance, que l Ouverture d'Obéron m'a fait\nl'effet, par comparaison, d'une vieille gravure allemande, au dessin un peu mou\net aux couleurs passées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c062", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "625", "page_fin": "626", "image_debut": 41, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5.3", "titre_corps": "CONCERTS CIIEVILLARD. — 27 novembre.", "titre_sommaire": "CONCERTS CIIEVILLARD. — 27 novembre.", "signature_source": "G LOTH", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "625", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.41", "debut_caractere": 2514, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "CONCERTS CIIEVILLARD. — 27 novembre.\n\n— M. 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Ce n'est certes pas là une impression de nature.\nLe n° 2 est un solo de clarinette, et le n° 3 ne nous a pas donné en rythmes et en\ntimbres tout ce que semblait nous promettre une « danse », si près du pays\nbasque et de l'Espagne Mais l'événement attendu de ce concert était la\npremière audition du Conte féerique de M. Rimsky-Korsakow. Le maître russe\ntient ce « conte » d'un chat qui est (( suspendu à un arbre par une chaîne d or »\net qui « rôde à l'entour nuit et jour : quand il va à droite, il fredonne une\nchanson ; à gauche, il raconte une histoire ». Et cela, dans un pays fantastique\noù (( il y a des prodiges» et où les symboles les plus cabalistiques se trouvent\nréunis. Donc, le chat raconte son histoire : c'est d'abord sombre et mystérieux...\npays inconnu et profond... (le chat doit être assis sur son derrière, le corps en\nboule ; il regarde fixement de ses yeux glauques). Mais bientôt tout s'anime, et\nnous (( voyons » apparaître les animaux les plus étranges, les êtres les plus\nimpossibles ; ce sont les personnages du conte. La flore devient grotesque et\nfantastique. Il y a un moment de bataille... (je vois le chatseredresseretonduler\nson dos souple)... puis, viennent des accents de terreur ; puis, des rires d'oiseaux\ninconnus, des hurlements d'esprits rapaces... : toute une vie féerique enfin. Je\nn'ai jamais entendu narrer d histoire plus captivante, plus effrayante.\nM. Rimsky-Korsakow, en nous la rapportant fidèlement, nous force à croire que\ncertains chats sont passés maîtres en l'art de manier l'orchestre. Et le plus\nagréable en cela est que le souci de description (si j'ose dire !) n'a pas empêché\nl'expression.\nMme Lilian Blauvelt chante en bonne virtuose.\nSieg/ried-idyll et l'ouverture d'Euryanthe terminaient cet intéressant concert.\n\nG LOTH."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c063", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "626", "page_fin": "626", "image_debut": 42, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5.4", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE. — 27 novembre.", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE. — 27 novembre.", "signature_source": "AMÉDÉE LEMOINE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "626", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.42", "debut_caractere": 2461, "fin_caractere_exclue": 3449, "texte": "CONCERTS COLONNE. — 27 novembre.\nAMÉDÉE LEMOINE.\n— M. Pierné est décidément en train\nde devenir un des meilleurs capellmeister et nous applaudissons à son succès.\nIl a magnifiquement conduit la Symphonie n° 5 de Beethoven et le Phaéton de\nM. Saint-Saëns ; il nous a donné de nouvelles raisons d admirer Beethoven, par\nson art de tirer d'une œuvre tout ce qu'elle peut contenir, par l'intensité de pathé-\ntique qu il sait en dégager ; j'ai particulièrement goûté la fermeté du rythme,\nla belle et puissante sonorité, la majesté et la noblesse du style dans le finale.\nire audition du Prélude, Choral et fugue de César Franck, chaleureuse ova-\ntion à M. Pierné, qui a en fait l'orchestration avec bien du talent. 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La\nscience et 1 inspiration de cette vieille musique sont surprenantes.\nM. Pierné a donné de la Symphonie pastorale une exécution très personnelle,\nparticulièrement dans 1 allegro du commencement, qu'il a pris dans un mouve-\nment plus lent que la plupart des chefs d'orchestre, et dans l'allégro de la danse\ndes paysans, où la lourdeur du rythme et la rusticité du thème sont si caractéris-\ntiques ; 1 orage a été admirablement rendu. Cette symphonie, la plus calme, la\nmoins dramatique d entre les grandes symphonies du maître, est, je ne sais\npourquoi, celle peut être qui m'empoigne le plus : elle laisse l'auditeur rêver\nà son aise et se livrer délicieusement aux impressions les plus vagues ; mais\nces impressions, quand elles viennent de Beethoven, sont profondes. Cette\nsymphonie, qui sait être pittoresque, est éminemment subjective et suggestive.\nLe 2e Concerto de Saint-Saëns a été très bien joué par un jeune pianiste de\ngrand talent, M. 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Ceci dit, pour éviter tout malentendu, et aussi pour montrer qu'une belle\nœuvre a toujours plus d'un sens.\nLe Poème de /'amour et de la Mer, de Chausson, entendu pour la première\nfois à la Société Nationale en avril 1893, est une œuvre délicate et poétique,\nencore teintée de wagnérisme par endroits. La voix de Mme Georgette Leblanc\nest l'une des plus désagréables que je connaisse, et son style n'est pas d'une\nmusicienne. Je n'ai que des éloges à faire de l'interprétation émue, soutenue,\nreligieuse, de Y Enchantement du Vendredi Saint de Parsifal et de la Symphonie\nsur Faust de Liszt, où l'on trouve des inspirations sublimes, à côté de longueurs\ninsupportables. Commencé à 9 heures, le concert finissait à minuit moins dix.\nC'est beaucoup, beaucoup de musique,et M. Cortot fera bien, à l'avenir, de nous\ndonner moins bonne mesure L'orchestre n'est pas encore parfait [un accident\nà noter dans le Poème de Chausson), mais se fera, nous 1 espérons."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c066", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "627", "page_fin": "628", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5.7", "titre_corps": "VERSAILLES. – 24 novembre.", "titre_sommaire": "VERSAILLES. – 24 novembre.", "signature_source": "L. 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Cette Société a pour objet l'exécution delà musique ancienne sur des\ninstruments anciens authentiques; elle date de juin dernier, et se compose\npresque exclusivement d'amateurs. Mais elle est déjà capable de donner des\ni nterprétations sans reproche et profondément musicales. Cet air de Luili pour\npardessus de viole et théorbes a paru d'une beauté sobre et nette, majestueuse\net un peu nue, comme l'architecture de l'époque ; et c'était un charmant tableau,\nque ces quatre jeunes filles attentives à bien manier les antiques et gracieux\nin struments. Rameau était représenté par un air où la viole d amour soutenait\nd'accords pleins et serrés une mélodie émue. Un délicieux Andante pour viole\nd'amour, de Milandre, une amusante Sonatine de Spazmacher pour dessus de\nhautbois, une Sonate d église de Corelli pour quinton, orchestre et orgue, et\ndeux sonates de Haendel, l une pour flûte, l'autre pour viole de gambe, d'une\nbeauté aisée et puissante, complétaient le programme instrumental. J'ai trouvé\nun grand chaime à l'exécution de ces œuvres, que nous avons pu entendre\nenfin dans la sonorité voulue par leurs auteurs : une sonorité un peu voilée et\nmélancolique, sans rien du bril'ant et du mordant de nos violons et de nos\nvioloncelles ; je songe à ces concerts de musique hindoue, décrits par Pierre\nLoti dans un de ses derniers livres, concerts que l'on croirait faits de bruisse-\nments d'ailes et de frôlement d'ombres. Nos ancêtres étaient encore un peu\nHindous; leur oreille, que n'avaient point gâtée les tumultes du grand orchestre,\nsavait goûter une musique discrète et raffinée, qui aujourd'hui encore, après\nun premier effort d'attention, nous enchante et nous repose.\nDeux \"pièces d orgue, de Couperin et d'Albrechtsberger, ont été bien exécutées,\nmais sur un instrument moderne. J'ai moins d éloges à faire pour la partie\nvocale : il m'a que Bach, Couperin ou Clérambault étaient mal com-\npris. prenaient des airs de théâtre qui ne leur conviennent guère. Et je ne\npuis que protester contre 1 arrangement pour quatuor vocal et orgue du Tantum\nergo de Thoinot-Arbeau.\nEspérons réentendre bientôt La Couperin.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c067", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "628", "page_fin": "629", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5.8", "titre_corps": "SCHOLA CANTORUM. 25 novembre.", "titre_sommaire": "SCHOLA CANTORUM. 25 novembre.", "signature_source": "L. 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M. d'lndy a conduit l'orchestre avec beaucoup de vigueur et de\nprécision ; une ou deux fois seulement j'ai trouvé le mouvement un peu rapide.\nIl faut louer beaucoup Mlles Legrand et Pirronet, et un peu moins les chanteurs.\nQuant aux chœurs, ils m'ont paru beaucoup meilleurs que précédemment.\nM. Debroux nous a fait entendre, à ce même concert, une Sonate et un Con-\ncerto de Ledair, œuvres admirables, qui pour la profondeur des pensées et la\nsolidité de la construction font songer à Bach lui-même. Les difficultés y abon-\ndent, mais elles ne comptent pas pour 1 éminent artiste, qui joint à une technique\nincomparable une largeur de son et une pureté de style inconnues à plus d'un de"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "629", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.45", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 272, "texte": "ses émules. M. Debroux est un modeste et un convaincu ;il s'est voué exclusi-\nvement à ces œuvres anciennes, qu il admire et veut faire reconnaître. On ne\nsait pas assez que c'est un violoniste de tout premier ordre, l'égal des Sarasate\net des J. Thibaud.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c068", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "629", "page_fin": "629", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5.9", "titre_corps": "SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. — 29 novembre. — Ce fut une vraie joie", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. — 29 novembre. — Ce fut une vraie joie", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "629", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.45", "debut_caractere": 274, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. — 29 novembre. — Ce fut une vraie joie d'en-\ntendre le Quatuor Russe, au jeu fin, souple et spirituel. Peut-être aurait-on pu\nsouhaiter par endroits plus d'énergie et de chaleur dans les forte, mais, à cette\npetite réserve près, on ne peut que louer pleinement.\nAprès un quatuor de Mozart, les excellents artistes exécutèrent le premier\nquatuor, en la majeur, de Borodine, œuvre merveilleuse tant par la variété des\ndéveloppements et la puissance des moyens d'expression que par la nouveauté et\nla perfection de l'écriture, et qu'on voudrait, avec le quatuor en du même\nauteur, voir figurer au répertoire de tous nos groupes d'instrumentistes.\nQuant aux Novelettes (op. 15) de M. Glazounow, bien qu'elles datent de la\npériode pendant laquelle ce compositeur manifesta le plus librement ses remar-\nquables qualités, elles n'offrent qu'un intérêt médiocre, et se recommandent sur-\ntout d'une fort grande élégance d'écriture. Sauf peut-être la troisième (interlu-\ndium in modo antiquo),elles restent extrêmement superficielles.\nM\"E Bréval, après nous avoir donné une interprétation assez inexpressive de la\nMarguerite au Rouet de Schubert a chanté avec un art infini et une grande\nintensité de sentiment la Chevelure, puis la Flûte de Pan de M. Debussy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c069", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "629", "page_fin": "629", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5.10", "titre_corps": "RÉCITALS.", "titre_sommaire": "RÉCITALS.", "signature_source": "M.-D. CALVOCORESSI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "629", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.45", "debut_caractere": 1550, "fin_caractere_exclue": 2775, "texte": "RÉCITALS.\nM.-D. CALVOCORESSI.\n— La première séance donnée par Mme Olénine d Alheim fut con-\nsacrée aux œuvres de Schubert et de Moussorgski. J'aime l'interprétation ingé-\nnument passionnée, mobile et intelligente que la cantatrice nous donna de la\nBelle Meunière ; et pourtant je me demande si cette œuvre, dont le sentiment est\nsi franchement mélodique, ne devrait pas, afin qu'en ressortît mieux le caractère\ntrès profondément germanique, et par conséquent lyrique avant tout, être, non\npas mieux chantée, mais plus chantée Quant aux admirables pages de Mous-\nsorgski, du génial musicien dont elle est la seule ou à peu près à faire enten-\ndre les œuvres en France, je ne connais personne qui puisse, mieux que\nMmG Olénine, en exprimer toute la profondeur, toute la diversité, toute la pas-\nsion. Et, pour sa foi opiniâtre comme pour son magnifique talent d'interprète,\nelle mérite les plus grands, les plus complets éloges.\nJe regrette que le manque de place m'empêche de parler ici à loisir des deux\ntrès intéressantes soirées données salle vEolian par Mme Panthèset M.Johannès\nWolff, qui exécutèrent des sonates (piano et violon) de Mozart, de Beethoven,\nde MM. Gabriel F auré, Grieg, Richard Strauss et Théodore Dubois."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c070", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "629", "page_fin": "629", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.5.11", "titre_corps": "COMPIÈGNE. 20 novembre. Concert de musique instrumentale et vocale", "titre_sommaire": "COMPIÈGNE. 20 novembre. Concert de musique instrumentale et vocale", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "629", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.45", "debut_caractere": 2777, "fin_caractere_exclue": 3375, "texte": "COMPIÈGNE. 20 novembre. Concert de musique instrumentale et vocale\norganisé par la section de propagande de la Schola Cantorum avec le concours\ndes Chanteurs de Saint-Ger vais) de Mllîe Camille Fourrier, de Mlle Blanche Selva\net de M. Henri Casadesus. Très intéressant programme de musique ancienne\net moderne. Salle archicomble et des plus élégantes. On a particulièrement\napplaudi Prélude, Choral et Fugue de C. Franck, magistralement exécuté par\nMlle Selva, et plusieurs mélodies de A. Debussy interprétées par Mme C. Four-\nrier avec l'art d'expression si juste et si profonde qu'on lui connaît."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1904-12-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabj_1904-12-15_01#c071", "volume": "bmtnabj_1904-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "630", "page_fin": "631", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.2.6", "titre_corps": "Correspondance", "titre_sommaire": "Correspondance", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "630", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.46", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "Correspondance\n\nAppuldurcombe House, Wroxall, Isle of YVight.\n19 octob*e 1904.\nMonsieur le Rédacteur en chef,\nLe numéro du 15 octobre de la Revue musicale, en annonçant d'une manière\ngracieuse le dernier fascicule de la Paléographie musicale, a cependant commis\nune erreur telle que je la dois relever. L'auteur de cet entrefilet ne signe pas, ce\nqui me met fart à l'aise.\nJe le cite : « A signaler dans la première page de cette feuille (l'avant-dernière,\nen phototypie, du manuscrit de Montpellier; la notation bizarre des mots Eripe\nme Domine :\n((Dans une édition de plain-chant, on sacrifierait sans remords quelques-unes\nde ces notes »\nEn effet, cette suite dénotés ainsi disposées est assez ridicule ; mais le manus-\ncrit de Montpellier ne donne ni la suite des notes, ni leur groupement, c'est-à-\n-dire ni la mélodie ni le rythme, tels que l'indique la transcription ci-dessus. La\ntraduction, sur lignes, des neumes in campo aperto était cependant facile, puisque\nla notation alphabétique se trouve au-dessous de chaque signe neumatique.\nVoici ce qu'elle nous donne :\nFelle est la restitution des notes et de leur groupement. Le codex de Montpel-\nlier est, sur ces deux points, d'accord avec les meilleurs manuscrits ; car il ne\nfaut pas se borner à l'étude d'un seul document pour la restitution d'une mélodie\nantique.\nCe n est pas tout ; il faut ajouter les retards de la voix morce vocis, exigés\nsur la dernière note de certains groupes par les lois rythmiques grégoriennes\nque je crois inopportun d'exposer ici.\nEn conséquence, l'établissement complet de ce texte musical serait le suivant :\nCe membre de phrase, ainsi restitué, au lieu de n'être qu'une suite désordo n-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "631", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.47", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 444, "texte": "née de notes, se divise en trois incises de six notes chacune, reliées entre elles\npar un léger crescendo qui atteint son maximum sur l'accent principal du second\nmembre {\\tja du porrectus), seconde protase de cette phrase ; car après ces deux\npremiers kola, en vient un troisième qui sert d'apodose.\nVeuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en chef, l'expression de mes senti-\nments les plus distingués.\n\nAndré MOCQUEREAU, O. 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A. Croiset, doyen de la Faculté\ndes Lettres, MM. Hauvette, Girard, Fougères etPuech, professeurs de littérature\ngrecque, et M. Romain Rolland, chargé d'un cours complémentaire de l'histoire\nde Tart ;M. Louis Laloy, rédacteur en chef de la Revue musicale, a soutenu ses\ndeux thèses pour le doctorat ès lettres : Aristoxène de Tarente et la musique dans\nVantiquité et Lexique de la langue dAristoxène (1). Je ne suis nullement gêné pour\ndire ici 1 impression rare qu'a laissée à tout le monde cette double épreuve. Ancien\nélève de l'Ecole normale supérieure et de 1 Ecole des Hautes Etudes, agrégé des\nLettres, élève de Vincent d'lndy pour le contrepoint, et, de plus, mathémati-\ncien, M. Laloy réunissait un ensemble de qualités qui n'ont été jamais associées\nchez un seul homme; et son succès a été très grand. Il a prouvé que les Grecs\navaient été incapables de faire une théorie mathématique de l'art musical (bien\nque cette théorie les ait toujours obsédés), et que d'ailleurs, l'entreprise était\nvaine. C'était là le point principal de son travail. M. Laloy a soustrait la musique\nà la tyrannie des nombres ; mais il l'a fait en parfaite connaissance de cause.\nOn n'a pas relevé dans son livre une seule erreur matérielle, et un de ses juges\nles plus autorisés est allé jusqu'à dire qu'il aimait mieux « être son élève que\nson contradicteur )). Dans la discussion, xM. Laloy a montré, avec une compé-\ntence exceptionnelle, une bonne grâce charmante, une parole très élégante et\nfacile, un savoir aimable et socratique. C'est un Maître, dans toute la force du\nterme. La Faculté lui a décerné le titre de docteur avec la plus haute mention\ndont elle disposât, et le public nombreux qui avait assisté à la soutenance a\nunanimement ratifié cette heureuse conclusion.\nM. Romain Rolland, chargé d'un cours d'histoire de la musique à la\nFaculté des Lettres, a pris pour sujet d'étude, cette année : Gluck, ses précur-\nseurs et 1 Europe musicale de son temps. Le cours a lieu à la Sorbonne, le jeudi, à\n4h. 1/2. La leçon d'ouverture a été faite le 15 novembre dernier.\nC'est le 19 décembre, à 4 h. 1/2, qu'aura lieu l'ouverture du cours de\nM. Combarieu au Collège de France (Histoire de la musique).\nLa section de musique de l'Ecole des Hautes Etudes Sociales, 16, rue de la\nSorbonne, a repris ses cours et conférences.\nLes lundis, à 4 h. 1/4, suite de cours sur 1 histoire de la musique par MM. Gas-\ntoué, Pierre xAubry, Pirro, Jean Chantavoine, Louis Laloy.\n\n(i) L'ouvrage est en vente àla Société française de Librairie, 15, rue de Cluny."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "632", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.48", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "Lesjeudis, à 8 h. 3/4 du soir, auditions de musique ancienne, avec conférences\nde MM. Vincent d'lndy, Henry Expert, Julien Tiersot, Paul Landormy, F. de La-\ncerda, Hellouin, Jean Chantavoine, Calvocoressi, Louis Laloy, Pirro, Romain\nRolland.\nLa Société musicale de la Sorbonne donneia, le 18 décembre, à 2 heures,\nsa seconde audition, sous la direction de M. P. de Saunières. Au programme :\nle Cantique de V Avent, de Schumann, et Y Oratorio de Noël, de Saint-Saëns.\n—Le samedi 17 décembre, à 9 h. précises, aura lieu, salle Cavaillé-Coll-\nMutin. 15, avenue du Maine, un concert d'orgue donné par M. Adam Ore, orga-\nniste de Riga (Russie), avec le concours de Mlle Lita de Klint et de M. Richard\nHammer.\n\nCONCERTS DE LA SALLE PLEYEL. I. Grande salle : le 16, M. E. Soro ; le 21,\nMlle G. Steiger ; le 22, M. René Jullien; le 28, Mlle Vovard Simon ;le 29,\nM. Éd. Risler. —\\\\. Salle des Quatuors :le 15, Mlle H. Collin ;le 16, M. Ch. Bou-\nvet ; le 18 après-midi, M. P. Hérard.\n\nLe numéro du /er janvier 1 gos contiendra la leçon d'ouverture du Cours de\nM. Combarieu au Collège de France, et le début du Cours élémentaire d'har-\nmonie et de contrepoint écrit spécialement par M. Sérieyx pour la Revue\nmusicale, selon le vœu d'un grand nombre de nos lecteurs. Ce numéro paraîtra\navant les fêtes de Noël. Le numéro du 15 janvier contiendra une étude de\nM. Calvocoressi sur Elgar\\ le compositeur anglais dont une œuvre va être\njouée aux Concerts Chevillard. 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A. Croiset, doyen de la Faculté\ndes Lettres, MM. Hauvette, Girard, Fougères etPuech, professeurs de littérature\ngrecque, et M. Romain Rolland, chargé d'un cours complémentaire de l'histoire\nde Tart ;M. Louis Laloy, rédacteur en chef de la Revue musicale, a soutenu ses\ndeux thèses pour le doctorat ès lettres : Aristoxène de Tarente et la musique dans\nVantiquité et Lexique de la langue dAristoxène (1). Je ne suis nullement gêné pour\ndire ici 1 impression rare qu'a laissée à tout le monde cette double épreuve. Ancien\nélève de l'Ecole normale supérieure et de 1 Ecole des Hautes Etudes, agrégé des\nLettres, élève de Vincent d'lndy pour le contrepoint, et, de plus, mathémati-\ncien, M. Laloy réunissait un ensemble de qualités qui n'ont été jamais associées\nchez un seul homme; et son succès a été très grand. Il a prouvé que les Grecs\navaient été incapables de faire une théorie mathématique de l'art musical (bien\nque cette théorie les ait toujours obsédés), et que d'ailleurs, l'entreprise était\nvaine. C'était là le point principal de son travail. M. Laloy a soustrait la musique\nà la tyrannie des nombres ; mais il l'a fait en parfaite connaissance de cause.\nOn n'a pas relevé dans son livre une seule erreur matérielle, et un de ses juges\nles plus autorisés est allé jusqu'à dire qu'il aimait mieux « être son élève que\nson contradicteur )). Dans la discussion, xM. Laloy a montré, avec une compé-\ntence exceptionnelle, une bonne grâce charmante, une parole très élégante et\nfacile, un savoir aimable et socratique. C'est un Maître, dans toute la force du\nterme. La Faculté lui a décerné le titre de docteur avec la plus haute mention\ndont elle disposât, et le public nombreux qui avait assisté à la soutenance a\nunanimement ratifié cette heureuse conclusion.\nM. Romain Rolland, chargé d'un cours d'histoire de la musique à la\nFaculté des Lettres, a pris pour sujet d'étude, cette année : Gluck, ses précur-\nseurs et 1 Europe musicale de son temps. Le cours a lieu à la Sorbonne, le jeudi, à\n4h. 1/2. La leçon d'ouverture a été faite le 15 novembre dernier.\nC'est le 19 décembre, à 4 h. 1/2, qu'aura lieu l'ouverture du cours de\nM. Combarieu au Collège de France (Histoire de la musique).\nLa section de musique de l'Ecole des Hautes Etudes Sociales, 16, rue de la\nSorbonne, a repris ses cours et conférences.\nLes lundis, à 4 h. 1/4, suite de cours sur 1 histoire de la musique par MM. 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M.\n45\n\nAU JARDIN DES CHANSONS\n\nJe ne suis point un jardinier de ce jardin,\net le regrette, car ce doit être une charmante\nexistence que celle que l'on passe à rendre\nla vie aux vieilles chansons défaillantes, à\nles relever, à les greffer entre elles, enfin à\nles rassembler en merveilleux massifs. Qu'il\nme soit permis cependant d'y cueillir quel-\nques fleurs : et l'on comprendra alors pour-\nquoi j'aime tant à me promener au jardin\nque je n'ai point cultivé.\nLa Pernette (1) est une chanson fort an-\ncienne, la plus ancienne peut-être de toutes\ncelles que le peuple chante encore : on en\ntrouve une version, d'ailleurs déformée,\ndans un manuscrit de Namur du milieu du\nxve siècle. C'est aussi l'une des plus répan-\ndues. M. Doncieux (2) l'a rencontrée dans\ntout le midi de la France, l'ancien pays d'oc, et aussi en Poitou,en Bretagne, en\nNormandie, enfin en Catalogne et en Pié-\nmont : car ces deux pays sont tributaires de\nla France pour leur poésie populaire. Ces\ndernières versions se ressemblent entre\nelles, et diffèrent de celle du pays d'oc que\nM. Doncieux tient pour primitive.\nC'est une chanson de travail, toute proche\nparente de ces chansons de toile du moyen\nâge : elle a pour sujet, comme elles, une\ncourte et touchante histoire d'amour. L'air\nest donné par 30 versions traditionnelles; 25\nd'entre elles appartiennent au même type,\nqui semble bien être le type primitif : on re-\nconnaîtra, dans Yut dièse du refrain, un sou-\nvenir du si naturel du premier mode grégo-\nrien (de ré en ré). Il n'y a, entre ces 25 ver-\nsions, que des différences de développement;\nje choisis, avec M. Julien Tiersot, celle du\n\n(1) Supplément musical, I.\n(2) Romancero populaire de la France. Index musical par Julien Tiersot"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "586", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.2", "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\nDauphiné. Cette mélodie est une des plus belles, en sa mélancolie, que la chanson\npopulaire nous ait données ; et elle prête à des effets de voix magnifiques.\nQuant au texte, reconstitué par M. Doncieux, je le transcris en français mo-\nderne : ce sont des vers de douze syllabes (1 ), primitivement assonancés en 0 ;\nla traduction en français fait disparaître quelques-unes de ces assonances.\nLa Pernette se lèv' trois heures devant jour,\nEU'prend sa quenouillette avec son petit tour (2\\\nA chaque tourqu'ell' vir\\ fait un soupir d'amour.\nSa mère lui vient dir' : Pernette, qu'avez-vous ?\nAv'ous le mal de tête, ou bien le mal d'amour ?\n—N ai pas le mal de têt1, mais bien le mal d'amour.\nNe pleurez pas, Pernett', nous vous marierons (3),\nVous donnerons un prince, ou le fils d'un baron.\nJe ne veux pas un princ', ni le fils d'un baron,\nje veux mon ami Pierr', qu' est dedans la prison.\nTu n'auras mie Pierr\", nous le pendolerons (4).\nSi vous pendolez Pierr', pendolez moi itout.\nAu chemin de Saint-Jacques (5) enterrez-nous tous deux\nCouvrez Pierre deros's et moi de millefieurs.\nLes pèlerins qui pass'nt en prendront quelque brout,\nDiront : Dieu aye l'âm' des pauvres amoureux 1\nL'un pour l'amour de l'autre, ils sont morts tous les deux.\nLes Trois Princesses sont contemporaines de la Pernette (xve siècle) ; c'est une\nchanson d'amour encore ; mais il ne s'agit plus ici d amours tragiques et réelles.\nC'est un verger de rêve, ce sont trois princesses de contes de fées, qui devisent,\ndans l'aube incertaine, de l'ami qui part pour la guerre. Ce vaporeux paysage,\net le délicieux mot d'amour qui s'y encadre, sont de bien poétiques choses, que\nj'aime à croire, avec M. Doncieux, nées en Franche-Comté.\nDerrièr' chez mon père, y a-t-un un pommier doux.\nTrois jeunes princess's sont couché s dessous,\nÇà dit la premièr' : Je crois qu'il est jour.\nÇà, dit la deuxiem' : J'entends le tambour.\nÇà, dit la troisièm' : C'est mon ami doux.\nIl va-t-à la guerr', combattre pour nous.\nS'il gagne bataille, aura mesamours.\nQu'il perde ou qu'il gagn , les aura toujours.\nLa mélodie choisie par M. Tiersot est d'origine franc-comtoise; sa simplicité,\nson caractère mineur, en rendraient l'ancienneté vraisemblable, sans le chro-\nmatisme de la première mesure, qui m'inspire des doutes. L'autre version, franc-\ncomtoise aussi, et recueillie par Champfleury et Weckerlin, est beaucoup plus\ngracieuse ; c'est pourquoi je la donne ici (6), sans trop m'inquiéter de savoir si\nelle est, ou non, primitive.\nLa Belle Barbièrehia rien d'une princesse de légende : comme la belle Gan-\ntière ou la belle Heaumière, chantées par Villon, c'est une de ces artisanes de\n\nvi ) Suivant une règle constante de la poesie la césure est féminine Quand la ri me ou\nl'assonance est masculine.\n(2) Rouet.\n(3) Dans le texte primitif : maridarons.\n(4) Pendrons. Forme méridionale.\n(5) De Compostelle?\n(6) Supplément musical, 11."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "587", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.3", "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\nParis, qui surent jouer avec art de leur beauté, et virent affluer dans leur bou-\ntique poètes et gentilshommes :\nDans Paris y a une barbier' qui est plus belle que le jour.\nCe sont trois jeunes gentilshomm's qui voudraient lui faire l'amour.\nIls se disent les uns aux autr's : Las ! comment lui parlerons nous -\n!l faut lui donner une aubad' demain matin au point du jour.\nAussitôt 1 aubade joué', la barbière ouvre ses yeux doux,\nEli' met la tête à la fenêtr' : Beaux messieurs, que demandez-vous ?\nBien le bonjour, belle barbier', la barbe la nous feriez-vous r\nOui-da, l'ai faite au roi d'Espagn', qui valait bien autant que vous.\nEntrez, entrez, mes gentilshomm's, mes rasoirs sont tous prêts pour vous.\nSi elle appelle sa servant' : Marguerite, allons, levez-vous !\nApportez-moi mon beau plat dor', et mes rasoirs qui sont autour,\nAussi ma joli'serviett', qui est pliée au pli d'amour.\nLe premier que rase la bell\", trois fois a changé de coulour :\nSont-ce mes rasoirs qui vous bless'nt r Monsieur, que ne le dites-vous?1\nCe ne sont pas vos rasoirs, belT, c'est que je songe à vos amours.\nAh ! mes amours, mes amourett's, Monsieur, ell's ne sont pas pour vous.\nEll's sont embarqué's sur la Saôn', qui vont la nuit comme le jour.\nJe donne (1) deux des airs sur lesquels se chante cette chanson. Le premier,\nrecueilli en Franche-Comté, est probablement le plus ancien : d'ailleurs ce bate-\nlier de la Saône, à qui la belle Parisienne réserve son cœur, assigne à la\nchanson une telle origine (2). En se transmettant de pays en pays, la mélodie\ns'est ralentie, pour devenir enfin la complainte queJ.-A. Laurent de Ri lié\nrecueillait en Touraine (3). Une pareille déformation n'a rien d'invraisemblable\ndans une musique que la notation ne fixe pas. Nous en rencontrerons bientôt\nun autre exemple plus curieux encore.\nLa chanson du Mariage anglais a pu être datée avec précision. M. Doncieux\nmontre clairement qu'il s'agit du mariage d'Henriette de France avec Charles lerIer\n(1625). La haine de l'Angleterre, qui anime les six premiers couplets, est héré-\nditaire dans nos provinces du Nord-Ouest : c'est de là que partit sans doute la\nchanson. Rien de plus charmant et de plus malicieusement vrai que la conclusion\noù le courroux de la fière Française cède aux lois de nature :\nC'était la fille au Roi français\nQue l'on marie o (4) un Anglais :\nO mes chers frères, empêchez\nDe m'emmener,\nJ'aimerais mieux soldat français\nQue roi anglais.\nEt quand on vint pour épouser,\nDedans Paris fallut passer ;\nIl n'y a(voit)dame de Paris\nQui ne plorit\nDe voir partir la fille au Roi\nO un Anglais.\nEt quand ce vint pour embarquer,\nLes yeux lui a voulu bander (5) :\n\n(I) Supplément musical, 111.\n{2) Telle est du moins l'opinion de M. Doncieux.\n{3) E. ROLLAND, Recueil de chansons populaires, I, 212.\n(4) Avec.\n(5) Par crainte du mal de mer sans doute."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "588", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.4", "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\nBande les tiens, et laisse-moi,\nMaudit Anglais !\nPuisque la mer me faut passer,\nJe la verrai.\nEt quand ce vint pour débarquer,\nTambours, violons, de tous côtés :\nRetirez-vous, ô tambourniers,\nEt violonniers !\nCe n'est pas le son des hautbois\nDu Roi françois.\nEt quand ce vint pour le souper,\nDu pain lui a voulu couper :\nCoupe pour toi, et non pour moi,\nMaudit Anglais !\nJe ne puis boire ni manger,\nQuand je te vé.\nEt quand ce vint pour le coucher,\nL'Anglais l'a voulu déchausser :\nDéchausse-toi, et laisse-moi,\nMaudit Anglais !\nJ'ai bien des gens de mon pays\nPour me servir.\nEt quand ce vint sur la minuit,\nLa belle n'est pas endormi' :\nRetourne-toi, embrasse-moi,\nMon cher Anglais !\nPuisque Dieu nous a assemblés,\nFaut nous aimer.\nJe choisis, avec M.Julien Tiersot, la mélodie de Saint-Valery-en-Caux (1), qui\na belle mine et fière allure.\nLe dragon qui enlève la jolie P'anchon est sans doute au service de Louis XIV.\nIl a un bel uniforme, la route sonne au pas des chevaux, et le roulement du tam-\nbour couvre les cris du vieux père. C est une chanson militaire, entraînante et\nmartiale. Je l'ai entendu chanter autrefois dans mon village de Rahon (Jura)\npar une vieille servante de mon grand-père, sur un fort bel air, différent de celui\nque donneßeauquier (2), et que je crois inédit (3; ; il peut remonter, lui aussi,\nàla fin du xvne siècle :\nFanchon, joli' Fanchon, veux-tu faire campagne ?\nNous partirons par un beau jour,\nMarcherons au son du tambour.\nTu en seras la bienheureuse.\nDragon, mon beau dragon, j'ai quéqu'chose à te dire,\nAsseyez-vous un moment-là ;\nTandis que papa dormira,\nNous passerons par la fenêtre.\nEntre onze heur's et minuit, 1' dragon va pour la prendre :\nFanchon, dépêch'-toi de venir,\nLe régiment s'en va partir,\nJe tiens mon cheval par la bride.\n\n(1) A. BERNARD, Revue des Traditions populaires, IV, 1889. Supplément musical, IV.\n(2) Chansons populaires recueillies en Franche-Comté, p. 109.\n(3) Supplément musical, V,"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "589", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.5", "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\nLe pèr1 montant là haut, de tout côté regarde.\nDe tout côté ayant r'gardé,\nPlus de Fanchon il n'a trouvé,\nElle est passé'par la fenêtre.\nTout d 1 suit' descend en bas, s'en va dire à sa femme:\nFemme, femme, dors-tu toujours ?\nN'entends tu pas 1' son du tambour\nQui emmène notre Fanchette ?\nLe pèr'courant après, criait: Tambour, arrête !\nArrêt', tambour du régiment,\nTu emmènes notre belle enfant,\nTu emmènes notre Fanchette.\nLe dragon, levant 1' bras, criait : Tambour, avance!\nAvanc', tambour du régiment,\nN'écoute point ce paysan,\nCar ma maîtresse est consentante.\nVoici une chanson d'un tout autre caractère, contemporaine de la précédente :\nc'est un noël, dont hauteur, un capucin de Besançon nommé Christin Prost, est\nmort en 1696. Ce n'est pas à proprement parler une chanson populaire, puis-\nqu'elle n'a pas pour auteur un homme du peuple. Il en est ainsi d'ailleurs de\ntous les noëls : composés par des poètes amateurs, chantés sur des airs connus,\nils sont cependant devenus populaires. On connaît l'histoire de la Marche des\nrois, que Bizet recueillit en Provence et fit entrer dans l'Artésienne, et qui n'est\nautre qu'un air de Lulli, conservé par la tradition. Les Noëls de Christin Prost,\nceux aussi du libraire François Gauthier (mort en 1730), ont été très populaires\nen Franche-Comté jusqu'à nos jours (1). Ils mettent en scène des gens du pays,\nartisans, bergers ou vignerons, qui vont à la Crèche et interpellent familière-\nment Jésus, Dame Marie et Sire Joseph, leur content leurs misères : mauvaises\nvendanges, guerres, gelées, maris ivrognes, femmes acariâtres. Toute la\nFranche-Comté de jadis revit ainsi devant nous, en sa rudesse joyeuse et sa\nbonhomie narquoise. J ignore l'origine de l'air alerte sur lequel se chante ce\nnoël (2).\nTEXTE (patois de Besançon).\nDé set sian, Dé vous adet,\nDaime Mairi', Sire Joueset,\nVous n'êtes pas troup à vouèthe (3) ase ;\nla ben pidhie (3) de ce poupon ;\nTeni, vouèqui in pouè de brase\nPou li rèchaura las tolons.\nJesu, lou bé lue que vouèqui !\nN'étes-vous pas tout èbèhi\nDévoué nâtre tant de marvoilles }\nLas anges y rèparayant,\nTout y relut, jusqu'ai lai peille,\nQu'ot dedans lou bré de l'Offant.\nTRADUCTION.\nDieu soit céans, Dieu vous aide,\nDame Marie, Sire Joseph,\nVous n'êtes pas trop à votre aise ;\nJ'ai bien pitié de ce poupon ;\nTenez, voici un peu de braise\nPour lui réchauffer les talons.\nJésus, le beau lieu que voici !\nN'êtes-vous pas tout ébahi\nDe voir naître tant de merveilles ?\nLes anges y resplendissent,\nTout y reluit, jusqu'à la paille\nQui est dans le berceau de l'Enfant.\n\n(I)Ces noëls ont été réédités par Th. Bélamy (Besançon, Marion, 1842) ; les mélodies,\nharmonisées pour piano ou orgue par le même auteur, forment un recueil séparé. (Besançon,\nGeorges, Henry successeur, 1860).\n(2) Supplément musical, VI.\n(3) Je représente ainsi le t et le d comtois, articulations particulières qui tiennent le milieu\nentre tch, dj, et ty, dy."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "590", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.6", "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\nI te dira ce qu'i penset :\nL'y fa ben bé, main l'i fa fret,\nTout ot au vent, tout ai lai bise ;\nI ne sai coume i n'ot geola,\nCe gaichenot qu'ot sans chemise,\nEt sai pouère Daim' sans soulas.\nSire Joueset, vous été touè :\nVous li beillerin ben la moue ;\nPourquoi fates vous de lai souèthe r\nA quoi sa d'âtre menuisie ?\nQue ne fâtes-vous ci des pouèthes ?\nNe sûtes vous pas lou methie ?\nJe te dirai ce que je pense :\nIl fait bien beau, mais il fait froid,\nTout est au vent, tout à la bise ;\nJe ne sais comme il n est pas gelé,\nCe garçonnet qui est sans chemise\nEt sa pauvre mère sans souliers.\nSire Joseph, vous avez tort :\nVous lui donneriez bien la mort ;\nPourquoi faites-vous de la sorte ?\nA quoi sert d'être menuisier ?\nQue ne faites-vous ici des portes ?\nNe savez-vous pas le métier ?\nLes bons compagnons vont se mettre à l'oeuvre, empoigner serpes et doloi-\nres, pour mettre des portes à la pauvre chaumière ; après quoi ils videront une\nbonne bouteille. Le point du jour est annoncé par ce couplet :\nVoi-te las chandelot's au temps,\nVoi coume le s'èpantayant ;\nCe n'ot pu que des ailemoutes ;\nOn n'entend pu pillie las chens,\nLas loups ant regaignie las coûtes :\nÇ'ot signe que lou jou revent.\nVois-tu les chandelles devant le ciel ;\nVois comme elles diminuent :\nCe ne sont plus que des allumettes (1).\nOn n'entend plus hurler les chiens,\nLes loups ont regagné les côtes,\nC'est signe que le jour revient.\nJe ne connais guère de plus jolie impression d'aube franc-comtoise.\nLe Déserteur est certainement beaucoup moins ancien. Je bai entendu chan-\nter, dans mon enfance, sur l'air de complainte que je donne ici (2), et avec les\nparoles suivantes :\n1\nJe me suis engagé pour l'amour d'une belle ;\nNon pour mon anneau d'or\nQu'à d'autr s elle a donné,\nMais àcaus' d'un baiser\nQu'elle m'a refusé.\n2\nJe me suis engagé dans V régiment de France.\nLà ousque j'ai logé,\nOn m'y a conseillé\nDe prendre mon congé\nPar-dessous mon soulier.\n3\nEn mon chemin faisant, j' rencontr' mon capitaine ;\nMon capitain' me dit :\nOù vas-tu sans souci ?\nJe vais dans ce vallon'\nRejoindr' mon bataillon .\n4\nSoldat, t'as du chagrin pour l'amour de ta belle,\nEU' n'est pas dign' de toi :\nLa preuve est à mon doigt,\nLa preuve assurément\nQue je suis son amant.\n\n(i; Bouts cl écoice de chanvre qui servent à allumer le feu. Les chandelles pâlissent devant la\nclarté du ciel.\n(2) Supplément musical, VIL"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "591", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.7", "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\n5\nJ ai du courage aussi sous mes galons de laine.\nJ'ai mis mon habit bas,\nMon sabre au bout d' mon bras,\nEt me suis battu là\nComme un vaillant soldat.\n6\nLà-bas, dans ces prés verts, j'ai tué mon capitaine,\nMon capitaine est mort.\nEt moi je vis encore ;\nMais dans deux ou trois jours\nCe sera-z à mon tour.\n7\nQui est-c' qui me tuera : Ce s'ra mon camarade.\nOn me band'ra les veux\nJ\nAvec un mouchoir bleu\nEt l'on m' fera mourir\nSans me faire souffrir.\n8\nQu'on env'loppe mon cœur dans un' serviette blanche\nPour le porter à ma mi'\nEn lui disant : Voici\nLe cœur d votr' serviteur\nQu'est mort au champ d'honneur.\n9\nSoldats qui m'écoutez, ne 1' dit's pas à ma mère ;\nxMais dites-lui plutôt\nQue je suis à Breslau\nPris par les Polonais,\nQu'elF me r'verra jamais.\nLe même texte est donné par Puymaigre {Chants populaires du pays messin),\navec quelques variantes insignifiantes, et par Max Buchon (zVoè'/s et chants popu-\nlaires de la Franche-Comté). La version de l'Ain (GUILLON, Chants populaires de\nVAin) supprime au contraire les couplets 1 et 4, qui font du caporal le rival de\nson capitaine. N'aurions-nous pas là une version primitive ? Il est à remarquer\nen effet que le couplet 1 est irrégulier, puisque les vers 2 et 3 n'y riment pas\nentre eux, et qu'en outre on ne comprend pas bien pourquoi le malheureux\ndéserte, si sa maîtresse lui est ravie par son officier. Par désespoir ? C'est\nlà un motif bien subtil pour un chansonnier populaire. Je crois donc que notre\nchanson est la chanson du déserteur, simplement, et non du déserteur par\namour: et le seul tort du capitaine est d'avoir voulu l'arrêter ; le premier vers\ndu 5e côuplet doit donc être restitué ainsi, conformément à la version lorraine :\nMon capitain' me dit : Ce n'est pas là ta route.\nComment le roman de la rivalité est-il venu se greffer sur cette simple\nhistoire ? Peut-être par l'influence d'une autre chanson, celle des 3 soldats qui,\neux, désertent bien par amour, comme le dragon de Carmen ( 1 ) :\n\n(I) E. ROLLAND, Recueil, IV, 34. —Supplément musical, VIII."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "592", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.8", "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\nNous étions trois chasseurs du régiment d Angers,\nPour l'amour d'une brun' nous avons désalté.\nJen étais là de mes réflexions, lorsqu au mois d août dernier je passai\nquelques jours à Saint-Guénolé, près de Penmarc h (F inistère). La pèche était\nbonne, les bateaux revenaient avec quinze à vingt mille sardines, et l on tra-\nvaillait, dans les usines, presque toute la nuit. Assises deux par deux devant les\ncaisses où s'amassaient les têtes détachées d'un geste adroit, les bigoudennes\nchantaient, pour ne pas s'endormir. C'étaient d'interminables chansons à cou-\nplets, proposées d'abord par quelques voix timides, et continuées à tue-tète par\nle chœur entier des ouvrières. Or l'une de ces chansons était précisément la com-\nplainte du Déserteur, presque pareille à celle de mon enfance, sauf que le\nsoldat était devenu un marin, que certains détails manquaient de clarté, et que\nla conclusion était plus mélancolique et plus douce. 1) :\nJe me suis embarqué à cause de vous, maîtresse.\nCe n'est pas un ni deux qui m'ont déjà demandée. Ce n'estpas un ni deux que fai déjà refusés.\nHôtesse,logez-moi, et puis vous me direz : Touchez l argent du roi, et déserte% après. Touche%\nTargent de la nation, et avec-,\nQuand j'étais à déserter, je rencontre mon capitaine : Retourne, mon garçon, retourne au\nbataillon.\nEt moi, je lui obéis, je retourne à la caserne. Et je retire ma tunique, et j'empoigne mon sabre...\nDans mon malheur, fai tué mon capitaine. Le capitaine tué, le garçon est bien attristé ! Dans\ndeux ou trois jours, ce sera à mon tour.\nBandez-moi les deux yeux avec un mouchoir de coton bleu. Celui qui me tuera sera mon meil-\nleur ami.\nEt vous, gars de mon pays, vous ireq à la maison, et moi je n'irai pas. Vous direz à ma mère\nque je suis embarqué à bord de la Nation, que je ne reviendrai jamais.\nMa maîtresse, quand elle entendra cela, sûrement elle pleurera. Et ma mère la consolera, et le\ntemps passera, et tout le monde oubliera.\nCette chanson se chante sur deux airs (2). Le premier est une sorte de varia-\ntion sentimentale sur l'air français. Le second, beaucoup plus usité, ne lui\nressemble en rien, mais dérive, en revanche, de l'air de l'autre chanson française,\ncelle des trois chasseurs d'Angers. N'avais-je donc pas raison de croire à une\ninfluence de cette chanson sur la première, à qui son air même a été appliqué ?\nVoici enfin une chanson tout à fait moderne : elle date aujourd'hui d'un peu\nmoins de deux ans, et a trait à la distribution de secours qui eut lieu en\nBretagne dans l'hiver de 1902-1903 C'est une chanson satirique, où l'on raille\nl'empressement des riches à toucher les bons de pain. Je l'ai recueillie égale-\nment à Saint-Guénolé, dans un atelier de metteuses en boîtes ; il fallait voir le\nsourire des frais visages, sous la crête blanche, aux allusions à tel et tel acca-\npareur du Guilvinec, le port voisin (3) :\nDans Guilvinec il y a des gens fiers, qui ont de la peine dans leur cœur.\nIls ne sont pas tranquilles dans leur aisance, qu'ils n 'aient mangé le pain des pauvres gens.\nDevant le porche de l'église, il y a une foule de monde, à chercher du pain.\nEt devant la mairie, Test la même chose. Ils vont trouver le recteur, lui disent leurs raisons.\nIls écrivent à la mairie, qu'ils ont beaucoup de dettes sur leur maison.\n\n(1) Je dois des remerciements particuliers à M Berthe, Hortense et Marcelle Dupouy, ainsi\nqu'à Marie-Hélène Leberre : jamais, sans leur aide, je ne serais arrivé à établir ni surtout à\ntraduire ce texte difficile.\n(2) Supplément musical, IX.\n(3) Supplément musical, X."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "593", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.9", "texte": "AU JARDIN DES CHANSONS\n\nLe seuil de la mairie, à chercher du pain, s'est usé.\nUne femme est auprès de- Véglise. Elle a honte de voir rougir sa figure.\nElle a envoyé voir sa sœur, on lui a refusé.\n« Ma bonne fille, retirez votre chaîne, pour aller mendier.\n« Ma bonne fille, retirez votre montre, pour aller chercher le pain des pauvres. ))\nEt quand sa montre a été retirée, on lui a donné le pain.\nQuand le bon est entré à la maison, sa mère lui a dit :\n« Buvons maintenant chacun un verre, puisque nous avons eu le pain pour rien. »\nA Ker-Istin, il ya un homme qui ne sait plus comment habiller sa fille (1) :\nEn bigoudenne ou en bourgeoise, ou àla mode des chiffonniers (2) ?\nPierre Juch\\ un homme riche, a donné mille francs à chacun de ses enfants.\nA son bout de garçon (3) il e7t donnera trois mille avec les bo7is de la mairie.\nLes malheureux pauvres, qua7id ils Vont vu, so7it restés èto7i7iés ;\nQua7id ils 07it vu UTI patron du Crei3; Ker (4) ava7icer so7i pa7iier pour recevoir, ferme sur ses\nambes.\nJe Vai bie7i vu Vautre jour, qui allait avec les autres.\nJ'ai cueilli mon bouquet ; il est bien mince, et ne répond guère à la prodi-\ngieuse richesse de notre sol. Mais du moins nous avons vu naître, d'âge en âge,\nles* fleurs nouvelles, variées de couleur et de parfum, toujours fraîches ; nous\nles avons vues aussi se propager, et changer de forme en changeant de terrain.\nLes plus anciennes sont les plus belles, mais il y a encore du charme dans\ncelles qui sont venues plus tard. La chanson populaire ne mourra pas ; elle se\nforme encore sous nos yeux. Souvent j'ai été agacé d'entendre retentir, dans\nl'un des quatre cabarets où se désaltèrent les 600 habitants de mon village, la\nfade Paimpolaise, et Y Internationale aux jours de grande liesse, ou encore quand\nle curé passait. Mais si ces chants se maintiennent dans la mémoire du peu-\nple (5), ils deviendront, par cela même, populaires, et sans doute s'émerveillera-\nt-on, dans deux à trois cents ans d'ici, de leur piquant archaïsme. Quant à\nmoi, je ne puis me placer au point de vue de la postérité ; je préfère à ces plati-\ntudes et à ces grossièretés les anciennes chansons tendres ou joyeuses, galantes\nou guerrières (6). Le peuple les oublie, et sans doute les méprise. Mais, depuis\ncinquante ans, les savants et les artistes ont recueilli son héritage. On pourra\nse convaincre, en lisant les articles qui suivent, que le jardin des chansons est\naujourd'hui en bonnes mains.\n\nLOUIS LALOY.\n\n(1) A force d'avoir fait de bonnes affaires avec les bons de la mairie.\n(2) C'est-à-dire, je pense, de chiffons multicolores.\n(3) En breton : mègo, mot d'importation parisienne.\n(4) Le centre du bourg.\n(5) Ce n'est pas certain : la Paimpolaise a été supplantée, ces derniers temps, par Viens\nPoupoule, qui disparaîtra à son tour, du moins je le souhaite.\n(6) Ces chansons étaient populaires dans toute l'Europe du xvine siècle ; et Burney dit que les\nFrançais continuent d'adapter à leurs airs populaires « les plus jolies paroles pour les plaisirs de\nla société de tous les peuples de la terre. »"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "594", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.10", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\nLa chanson populaire dans les textes musicaux\ndu moyen âge,\n\nL'idée de recueillir les manifestations poétiques et musicales de 1 inspiration\npopulaire pour en faire un objet d'étude ou pour en assurer la conservation ne\ndevait appartenir qu'à une époque de civilisation artistique, assez affinée pour\nêtre à même de découvrir le charme secret qui se cache sous une forme parlois\nrude et brutale, assez libérale pour aller à la nature vraie au lieu de la façonner\nà son propre idéal, assez sûre d'elle-même pour goûter l'art populaire et rejeter\n1 élément populacier, qui est au premier ce qu'à un fruit sain est un fruit pourri.\nLe moyen âge n'a pas connu cette conception, qu'à vrai dire notre époque\nseule a réalisée. Au moyen âge certes, lepeuple a chanté et peut-être plus qu il ne\nfait de nos jours ; mais ceux qui composaient les recueils, auxquels nous devons\nde connaître les mélodies médiévales, n'ont point songé à réunir, en même\ntemps que les chants des troubadours et des trouvères, la chanson du marinier\nou celle du pâtre.\nSi à cette règle on pouvait faire une exception, nous serions assez disposé\navec M. Jeanroy à reconnaître que dans tous les chansonniers, tant provençaux\nque français, il y a peut-être une pièce vraiment populaire, la célèbre ballade\nA Ventrcida ciel teins clar (i), mais qu'il n'y a guère que celle-là. Elle est assez\ncharmante pour que nous la publiions au seuil de notre étude.\n\n(i, Le texte original de cette célèbre ballade est à la Bibliothèque nationale, ms. franc. 20050,\nfol. 82 V. Il a été publié plusieurs fois. Nous donnons ici le texte de K. BARTSCH,\npiovenç.ile. col. 111 et 112 (Eberfeld, 1880). Quant à notre version musicale, elle diffère sensible-\nment de celle du manuscrit, où l'on sent une certaine indécision à partir de l'endroit que nous\navons signalé par un astérisque. Ainsi que M. Tiersot dans son de la chanson populaire\nen France, nous avons transposé en clef d'ut la clef de fa du manuscrit.\nEn outre, la notation originale ne présente pas les signes de proportionnalité des autres mss\nchansonniers. Au lieu de la mesure ternaire habituelle aux mélodies mesurées du moyen âge, nous\nayons adopte un rythme binaire, qui nous semble mieux convenir à l'allure de cette danse :\nc est conc une interprétation toute personnelle et sans caractère scientifique, nous nous hâtons\nde le dire ici."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "595", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.11", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\nII\nEl' a fait per tôt mandar, eya,\nnon sia jusqu a la mar, eya,\npiucela ni bachalar, eya,\nque tuit non venguan dançar\nen la dansa jojoza.\nAlavia, etc.\nIII\nLo reis i ven d'autra part, eya,\nper la dansa destorbar, eya,\nque el es en cremetar, eya,\nque om no li voill emblar\nla regin' aurilloza.\nAlavia, etc.\nIV\nMais per nient lo vol far, eya,\nqu'ela n'a sonh de viellart, eya,\nmais d'un leugier bachalar, eya,\nqui ben sapcha solacar\nla domna savoroza.\nAlavia, etc.\nV\nQui donc la vezes dancar, eya,\ne son gent cors déportai*, eya,\nben pogra dir de vertat, eya,\nqu'el mont non aja sa par\nla regina jojoza,\nAlavia, etc.\nA aucun degré, certes, on ne saurait considérer comme productions populaires\nles œuvres de nos lyriques du xnc et du xine siècle : c'est de la poésie\ncourtoise et de la musique savante, composées toutes deux pour le divertissement\ndes cours, soit par de grands seigneurs, soit par leurs clients. Thibaut de Cham-\npagne ou Guillaume de Poitiers ne ressemblaient que fort peu au jongleur, dont\ns'amusaient les foules, et cependant, c'est dans leurs œuvres et dans celles de\nleurs confrères en lyrisme, que nous allons trouver les rares vestiges qui nous\nrestent du chant populaire au moyen âge.\nDéjà, au point de vue de l'histoire littéraire, la question a été posée. On s'est\ndemandé s'il ne serait pas possible de retrouver dans certains genres cultivés\npar les troubadours et les trouvères un écho de cette poésie populaire Diez 'i)et\nWackernagel (2) inclinent volontiers pour l'affirmative. Selon eux, certains\ngenres subjectifs, tels la romance, la pastourelle, les chansons de danse et de\nprintemps, trahissent assez clairement une origine populaire.\nEn revanche, M. Jeanroy, dans son bel ouvrage sur les origines de la poésie\nlyrique en France (3), estime que ces affirmations sont singulièrement hasardées ;\nque si, d'autre part, on a mauvaise grâce à nier absolument que telles formes de\nla poésie artistique aient des racines lointaines dans l'inspiration populaire, il\nimporte avant tout de contrôler ces hypothèses avec une critique prudente ; et\nqu'enfin, s'il est possible de retrouver quelques vestiges de ces productions dis-\nparues, on peut le faire en s'adressant à deux sources : les refrains et les imita-\ntions étrangères.\nLe débat n'est pas clos, et nous ne croyons guère qu'il le puisse jamais être,\ncar ce ne sont pas les constructions logiques qui pourront ici remplacer les faits\npositifs absents, à moins que, en envisageant la questiondu côté musical, on puisse\narriver à une précision plus grande, qui nous sorte du domaine des hypothèses.\nNous croyons donc qu'en plus des rares textes que nous avons signalés plus\nhaut, on peut retrouver des fragments mélodiques de la chanson populaire du\nmoyen âge :\ni° Dans les ténors des compositions harmoniques du xne, du xine et du\nxive siècle ;\n\n(1) DIEZ, Altromanische Sprctchdenkmcile, Bonn, 1846.\n(2) WACKERN\\GEL, Altfrcinzoesische Lieder und Leiche, Bâle, 1846.\n(3) JEANROY (ALFRED), Les origines de la poésie lyrique en France au moyen âge, Paris, 1899,.\nin-8\\"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "596", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.12", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\n2° Dans les refrains ces mêmes refrains auxquels M. Jeanroy s est déjà\nattaché des pièces lyriques du même temps.\nAussi loin que les documents manuscrits nous permettent de remonter dans\nla connaissance de l'art harmonique, laissant, bien entendu, de côté la barbare\ndiaphonie antérieure à la musique mesurée, nous nous trouvons en présence\nd'un procédé de composition qui, s'il se diversifia souvent lui-même, nous appa-\nraît dès la fin du xne siècle pour arriver au temps de la Renaissance, avec les\nmaîtres du contrepoint vocal, à son complet épanouissement. Les procédés variè-\nrent, mais, le plus ordinairement, le musicien déchanteur— soit dit pour parler\nici la langue du moyen âge édifiait sa construction harmonique sur un\nchant donné, canius prius factus, qui recevait l'appellation de ténor et occupait\nrégulièrement la partie la plus grave. Quand sur le ténor le compositeur écrivait\nune seconde partie, on disait que le morceau était un duplum, un triplum, quand\nau-dessus de la seconde il y avait une troisième partie, un quadruplum, quand\nil y en avait ainsi une quatrième au-dessus des trois autres (i). Mais chacune\nde ces combinaisons se différenciait selon les procédés d'écriture et le mode de\ncomposition.\nLes formes les plus importants, selon nous, sont Yorganum, le conduit et le\nmotet. Nous ne disons rien ici de Yorganum, ni du conduit, renvoyant le lecteur\nau livre de De Coussemaker que nous venons de citer.\nCet auteur définit le motet en ces termes : « Au xme siècle, le motet était une\ncomposition harmonique à deux, trois ou quatre parties, le plus souvent à\ntrois, - ayant habituellement pour ténor un fragment de plain-chant, quel-\nquefois un air populaire avec lequel devaient s'harmoniser les autres par-\nties (2). » Chaque partie chantait des paroles différentes, soit religieuses,\nsoit profanes. De même, le ténor pouvait être formé soit d'un thème emprunté\nau chant liturgique, soit d'un thème populaire connu.\nLes premiers semblent avoir été de beaucoup les plus nombreux, mais un\nheureux hasard fait qu'un certain nombre de ces thèmes populaires nous a été\nconservé dans un manuscrit du plus haut intérêt pour l'histoire de la musique\nfrançaise (3).\nlels que ce manuscrit nous les fait connaître, ils sont vraisemblablement\nquelque peu déformés par le musicien déchanteur, qui a dû les plier aux exi-\ngences de l'ensemble; mais sous cet extérieur artificiel et fragile, on peut assez\nbien retrouver une forme originale, vivante et spontanée.\nVoici donc quelques ténors du manuscrit de Montpellier : le copiste n'a écrit\nque les premiers mots du texte, jugeant superflu de transcrire au long des paroles\n•qui étaient dans toutes les mémoires.\n\n(1) Nous ne saurions entrer ici dans des explications de détail, qui se trouvent tout au long\ndans l'ouvrage de DE COUSSEMAKER, /'Art harmonique aux XIIe et XIIIe siècles, Paris, 1865, in-40.\n(2) DE COUSSEMAKER, op. cit., p. 59.\n(3) Bibliothèque delà Faculté de médecine de Montpellier, H, 196."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "597", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.13", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\nAu folio 301 du manuscrit de Montpellier, se trouve une indication de timbre :\nLis acm je sui amie, qui se répète un peu plus loin, au folio 314, mais cette fois\nsuivie du texte complet de la chanson. Ce dernier motet a été publié par De\nCoussemaker ( 1 ). Nous citons comme terme de comparaison le /énordu folio 301.\nIl est curieux cle constater que cette pièce se retrouve dans le chansonnier\nd Oxfoicl (21 . si son oiigine est populaire, la présence de cette pièce dans un re-\ncueil manuscrit ne manque pas d'intérêt. On sait déjà pourquoi.\nPoursuivons cette énumération.\nNous pensons avoir donné à ces fraîches inspirations mélodiques leur vrai\ncaractère, en réduisant le plus possible les valeurs de durée. Leur cachet popu-\nlaire apparaît mieux ainsi. Dans le manuscrit de Montpellier, les exigences de\nl'écriture donnent à la durée de chaque note une interminable valeur. A titre\ndocumentaire, nous présentons ici le début d'un de ces motets, qui permettra en\noutre de voir le parti que les musiciens déchanteurs tiraient de ces thèmes popu-\n-laires.\nPrenons par exemple au folio 277 v° de notre manuscrit le motet de trois voix\nqui a pour ténor une mélodie dont les premiers mots sont Bele Ysabelos... La\nnotation originale que voici :\n\n(1) DE COUSSF.MAKER, op. cit., troisième partie, p. LXXI et p. 86.\n(2) Oxford, Bibliothèque Bodléienne. Douce 308, Ballete 98. Cf. GASTON RAYNAUD, Dibl. des\nchansonniers français, n° 1105."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "598", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.14", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\npeut aisément se traduire, en conformité avec les règles de la notation piopoi-\ntionnelle :\nM. Tiersot la comprend ainsi que nous : les valeurs relatives des notes sont\nscrupuleusement respectées et le caractère alerte de cette mélodie n'est entravé\npar rien. Or, voici ce qu'elle devient dans son rôle de ténor :\n3\nLes contemporains de saint Louis goûtaient sans doute cette terrible mix-\nture : le sentiment moderne s'accommode moins de ces procédés artistiques, qui\nmarquent trop les tendances de leur temps pour être vraiment humains et uni-\nversels. Mais ce que nous sentons encore, c'est l'humble mélodie populaire, qui\ncharmait les pauvres gens et sur laquelle, peut-être, on dansait dans quelque\ncampagne de l'lle-de- France, au soir d'un beau jour.\nOn a distingué non sans raison, dans les pièces lyriques d'origine courtoise\nque le moyen âge nous a laissées, les chansons à refrain et les chansons avec\ndes refrains.\n11 y a peu à dire sur les premières : à la fin de chaque strophe, une courte\nphrase de deux ou trois vers résume la pensée du poète en des termes qui restent\nles mêmes d'un bout à l'autre de la pièce et sur une mélodie qui est la conclu-\nsion du développement musical précédent. Le refrain est donc la répétition après\nchaque couplet d'une courte phrase sur une mélodie qui ne varie pas. Le pro-\ncédé, que la chanson moderne n'a point perdu, fut au xneet au xme siècle employé\ndans certains genres lyriques, comme la romance, la rotruenge, par exemple."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "599", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.15", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\n\\ eut-on un modèle de la chanson à refrain ? Nous l'empruntons au plus beau\nmanuscrit chansonnier que l'âge des trouvères nous ait laissé (1):\nROTRUENGE.\nAdès vois merci criant :\nAmors, aidiez vo servant ;\nN'ainc ni peu trover noiant\nDe secors.\nJ'ai a nom mescheans d'amors.\nHé ! trahitor mesdisant\nCom vos estes malparlant !\nTolu avez maint amant\nLor honors.\nJ'ai a nom mescheans d'amors.\nCertes, pierre d'aymant\nNe desirre pas fer tant\nCom je sui d'un douz samblant\nCovoitoz.\nJ'ai a nom mescheanz d'amors.\nL'esprit le moins prévenu ne saurait reconnaître dans cette pièce le moindre\nindice du sentiment populaire.\nEn revanche, notre moyen âge semble avoir eu en propre un usage assez\ncurieux dans l'histoire littéraire : celui d'intercaler à l'intérieur ou à la suite de\nchaque strophe de très courts morceaux, tout à fait indépendants du reste par le\nsens ainsi que par la mélodie, qui leur est particulière : ce sont ces fragments\nque l'on peut pour plusieurs raisons, après Bartsch et Wackernagel, attribuer à\nl'art populaire.\nA un point de vue tout subjectif, la seule lecture du texte littéraire donne sou-\nvent cette impression avec une grande netteté : ce sont de naïves maximes,\nNus ne set les maus s'il n'aime\nOu s'il n'a aîné (2).\ndes exclamations,\nMesdisant crèveront\nQuand il savront\nLa joie que j'ai ! (3)\n\n(1) Paris, Bibl. nat. fr. 844, fol. 174. Nous publions cette pièce dans notre recueil d'an-\nciens textes musicaux, qui va paraître prochainement sous ce titre : Les plus anciens monuments\nde la musique française. Paris, Welter, in-40.\n(2) Ms. de Montpellier, H. 196, fol. 243 v°.\n(3) Id., fol. 241 v°."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "600", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.16", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\nHaro ! je n'i puis durer !\nCi me tient li maus d'amer (i)\ncîes interjections bizarres sans préoccupation de sens, telles que\nZo frigandés zo, zo !\nZo frigandés zo ! (2)\nSadera, li duriau dureles,\nSadera li dure ! (3)\nEnsuite il faut remarquer que les trouvères, qui inséraient ces fragments dans-\nleurs compositions, les puisaient à un fonds commun. On retrouve ainsi le même\nvers emprunté en bon nombre de pièces lyriques. Prenons par exemple la cita-\ntion suivante,\nNe vous repentés mie\nDe loiaument amer,\nque nous lisons à la strophe 111 de la chanson Bele Aelis par le trouvère Baude\nde la Quarière (4). Ce refrain apparaît dans Bartsch, Romanzen\n111, 33 ; d ans le poème de Guillaume de Dole, V, 2361, 2364-5 ; dans La Cour de\nParadis, 270 ; dans-la chanson publiée par Dinaux, Trouvères, 111, 142. Ces courts\nfragments appartenaient donc au domaine public. Chaque trouvère pouvait se\nles approprier sans vergogne, parce que son emprunt était évident. Les vers et\nleur mélodie devaient être dans la mémoire de tous, et leur intercalation dans\nune poésie nouvelle avait pour l'auditeur cet agrément du motif connu, qui flatte\nle souvenir et délasse l'esprit.\nEnfin dans les manuscrits, les chansons avec des refrains ont un'aspect que\nles autres pièces lyriques ne présentent pas. La première strophe seule est ordi-\nnairement notée et, comme les couplets suivants reproduisent le schéma rythmi-\nque de celle-ci, on ne répète point la mélodie. Or, les intercalations de frag-\nments populaires dans les chansons avec des refrains dérangent cette symétrie.\nAlors, on ne répète pas à vrai dire la notation musicale pour les parties fixes de\nla strophe, mais, comme ces fragments portent avec eux leur mélodie, le copiste\nest bien forcé de la transcrire, quand elle se présente. Un exemple nous fera\ncomprendre. Une pièce que nous avons publiée précédemment (5.) comportait\ndes intercalations dans le corps et à la fin de la strophe. Nous en donnons ici\nune autre où, seule, la fin de la strophe reçoit de semblables additions.\n\n(1) Ms. de Montpellier, fol. 212 v°.\n(2) Id., fol. 205 v°.\n(3) Id., fol. 231 r°.\n(4) Paris, Bibl. nat. fr. 12.615\n(5) La chanson de Bele Aelis, dans la Tribune de Saint-Gervais, mai-juin 1904."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "601", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.17", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\nR. M.\n46\n\nII\nSi com il chantoit ensi\nde Marot la bele,\npar aventure l'oï\nune damoisele.\nSes chanz li plot, vers li torna\nsi l'esgarda et enama\nsi li dit : (( O ! dorlotin !\ndiva, Robin,\nmignot Robin,\ntes ex mar esgardai.\nIII\nQuant ele vint à Robin,\nmout est esmarie ;\nansdeus ses bras li tendi\net merci li crie.\nQue qu'ele plore, et cil c'en rit,\nde tôt son dit li est petit.\nCele a dit : « O î que ferai ?\nd'amer m orrai,\nja nen vivrai\nse toi nen ai que j'aim si bien.\nIV\nCele cui rienz ne li vaut\nchose quele face\nestent ses bras, vers lui saut,\npar le col l'embrace.\nVers soi l'estraint mout doucement :\ncil se desfent trop durement,\nsi a dit : (( O ! quel folor\nquant vostre amor\net vostre honor\nm'avez abandonée !"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "602", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.18", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\nV\nQue que cele ensi Robin\nembrace et acole,\nes vos Marot au cuer tin\nqui se tient por foie\nHuchant s'en vait : « trahi, trahi ! »\nRobins l'oï, vers li sailli,\nsi l'a dit : (( O ! douce suer,\ntu as mon cuer,\nnel jeter puer :\nje t'aim sanz decevoir.\nVI\nCele l'ot qui bien l'entent,\nmais el n'en a cure ;\net Robins vers l'autre atant\ncort grant aleure.\nMais cele ne l'atendi pas :\nen es le pas li jete un gas,\nsi li dit : (t O ! folz Robirq\nlai ton chemin ;\npar cest matin\nsi va tes bestes guarder.\nVII\nQuant Robins s'ot ramprosner,\nsi respont par ire :\n« bele, laissiez moi ester,\nvostre vente empire.\nJa m'en proiastes vos avant,\nbien fis samblant n'en oi talant,\nn'encor n'ai, o ! retornez,\net se volez,\nm'amor avrez\ncuite vos claim atant.\nVIII\nCele respont sanz targier:\n« folz, ton gaber laisse ;\nfolie te fist cuidier\nque de cuer t'amaisse."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "603", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.19", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE AU MOYEN AGE\n\nD'amer garçon noient ne sai,\nbien te gabai quant t'en proiai.\nOr i pert. O ! nonporquant\npor ton bel chant\nen oi talant,\no mais or changié m'ai.\nM. Jeanroy a démontré, dans ses Origines de la poésie lyrique en France, que ces\nrefrains intercalés dans les poésies de nos trouvères ne sont que des fragments\net supposent l'existence de pièces lyriques aujourd'hui perdues.\nLa question qui doit nous préoccuper ici est de savoir si ces morceaux sont,\ncomme tous les critiques ont incliné à le croire, comme nous aimerions nous-\nmême à le penser, de courts motifs appartenant à l'art populaire, ou si, au con-\ntraire, il ne faudrait pas supposer à ces fragments, texte et musique, une ori-\ngine artistique.\nAu premier examen, on est frappé par leur légèreté, leur grâce naïve, bien\ndifférentes du tour souvent embarrassé et de l'allure pédante de la chanson cour-\ntoise. On est assez disposé à y voir l'œuvre d'un artiste, musicien et poète tout\nensemble, resté avec le peuple dans une union assez intime pour traduire sa\npensée, de manière à être entendu et goûté par lui.\nMais, à y regarder de plus près, on fait peu à peu tomber ces belles illusions !\nIl semble tout d'abord que le plus grand nombre des refrains que nous possé-\ndons ont été écrits par la plume d'un poète de cour, car on y retrouve (( les lieux\ncommuns delà galanterie officielle, ses madrigaux les plus ordinaires, ses méta-\nphores les plus usitées et les plus usées » (2). La paysannerie y est voulue et\ncherchée comme un effet de l'art.\nEn second lieu, il nous est arrivé de rencontrer le même texte de refrain noté\nsur deux mélodies toutes différentes; ceci est inquiétant, car si le musicien a\npuisé dans la tradition populaire, il n'a pu, à quelques variantes près, que ren-\ncontrer une même version. Les quelques exemples que nous avons relevés de\nce cas jettent la suspicion sur les autres : avons-nous vraiment des mélodies\npopulaires sur ces fragments poétiques, que nous croyons à tort peut-être aussi\npopulaires ? ou sommes-nous en présence de créations artistiques?\nNotre sentiment est qu'un scepticisme exagéré serait aussi dangereux qu'une\nconfiance trop grande. Si poètes et musiciens comme aujourd'hui encore le\n\n(1) Cette pastourelle de Baude de la Quarière se trouve dans les deux ms. de la Bibl, nat.\nfr. 8-14, fol. 99 v°, et fr. 12.615, fol. 44 v°. Nous avons suivi le texte de K. BARTSCH, Romanzyn\nund Pastourellen, Leipsig, 1870, p. 303. Quant à la musique, nous avons adopté la version du\nms. fr, 12.61 5, sauf pour le refrain de la strophe VII, qui n'est pas noté dans ce ms. et que nous\navons pris au ms. 844. L'attribution de cette pièce à Baude de la Quarière existe seulement dans\nle ms. fr. 844. Or, le procédé de composition par intercalation de refrains est assez dans la ma\nnière de ce trouvère, pour que cette attribution nous semble exacte.\n(2) JEANROY, op. cit., p. 120."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "604", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.20", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nprocédé subsiste ont cherché à imiter 1 art populaire, c est que cet ait a existé\nréellement, et que si dans les manuscrits il y a une foule de refrains créés de\ntoutes pièces par la fantaisie d'un poète de cour, il en est d'autres qui sont aussi\nles derniers vestiges de ce que (( les poètes populaires chantaient dans les champs\net les forêts, sur les places publiques et dans les rues )) (1).\nLe résultat plus général auquel nous sommes arrivé est que cette recherche\nde la mélodie populaire dans les monuments qui nous sont restés du moyen âge\ndemande une grande circonspection, et qu'avant de considérer comme un legs\nauthentique de l'art populaire médiéval les ténors de composition harmonique\nou les refrains de chansons, il faut les soumettre à une critique attentive. A vrai\ndire, la peine à prendre ne serait pas disproportionnée avec le résultat attendu.\n\nPIERRE AUBRY.\n\nL'expansion de la chanson populaire française\ndans le temps et l espace.\n\nLe phénomène le plus intéressant, disons mieux, le plus extraordinaire, que\nnous révèle l'étude comparée de la chanson populaire, est son inépuisable vita-\nlité, par l'effet de laquelle on la trouve identique à elle-même à des intervalles\nconsidérables dans le temps et dans l'espace. Plusieurs de nos plus belles chan-\nsons, chefs-d'œuvre de notre lyrique primitive, ont authentiquement traversé\ncinq ou six siècles à l'aide de la seule mémoire, sans le secours d'aucun artifice,\nmême celui qui nous paraît aujourd'hui le plus naturel et nécessaire, l'écriture.\nDemandons-nous ce qu'il serait advenu des chefs-d'œuvre de l'art s'ils\nn'avaient eu d'autre moyen de se perpétuer que la tradition ! L'oubli d'une seule\ngénération aurait, par là même, entraîné pour eux la destruction complète.\nCombien peu d'oeuvres du passé nous resteraient ainsi ! Prenons notre exemple\ndans le répertoire de l'Opéra de Paris. Le plus ancien ouvrage qui y ait été main-\ntenu sans discontinuité est Guillaume Tell, qui date de 1829. De Spontini, tout\naurait disparu avec la mort du dernier spectateur et du dernier interprète de la\nVestale et de Fernand Cortez : ce serait chose faite depuis longtemps. Rien ne\nsubsisterait des chefs-d'œuvre de Gluck; leur éclipse à partir de 1825 aurait suffi\nà plonger dans le néant Armide et les Iphigénies, et il n'est pas sûr que la fidélité\ndes souvenirs d'un Berlioz ait suffi pour faire revivre Orphée et A Iceste. De Berlioz\nlui-même, pas une note n'aurait survécu. Quant à Rameau ou Lulli, il n'en faut\npas parler : voilà cent cinquante ans qu'il ne serait plus question d'eux. De même\npour Bach, dont l'œuvre colossale n'a pu reprendre sa place au soleil que parce\nqu'on en a retrouvé des manuscrits qui dormaient depuis un siècle et plus : et\ncombien d'autres ont péri sans rémission ! Enfin les chefs-d'œuvre de la musique\npalestinienne, maintenus par la tradition de la chapelle papale jusque dans\nla première partie du xixc siècle, auraient également fait naufrage par suite de\nla décadence postérieure de cette chapelle.\nDonc, en l'absence de documents écrits, la tradition de la musique savante ne\nnous aurait pas laissé une seule œuvre aujourd'hui vieille de cent ans. Pour\nnous-mêmes, hommes du xxe siècle, les chefs-d'œuvre du xvni, à plus forte raison\n\n1) WACKERNAGEL, op. cit., p. 182."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "605", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.21", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\ndes deux précédents (et, sauf pour le chant grégorien, nous ne remontons\npas plus haut dans la pratique) ne peuvent revivre que par des efforts qui\nparticipent autant de l'archéologie que de l'art.\nIl en est tout différemment pour la chanson populaire. Sans tomber dans le\ntravers des auteurs qui aiment à attribuer aux objets de leur attention des anti-\nquités fabuleuses, nous pouvons être assurés de l'existence, dès le xve siècle,\nde certaines chansons retrouvées de nos jours dans la mémoire du peuple : et\nsans doute les vestiges que nous apportent les écrits de ce temps-là appar-\ntiennent, par leur origine, à une époque bien plus ancienne.\nQuant à la diffusion de la chanson populaire française à travers l'espace, elle\na donné lieu à des observations intéressantes, que Gaston Paris a résumées en\nces mots brefs et précis : « Le trésor de la poésie lyrico-épique que nous étudions\nest, plus ou moins complètement, dans sa forme et dans son fond, propre et\ncommun à la France, à la Catalogne et au Piémont. )) Par la France, le savant\nauteur entend toutes les régions où l'on parle français, aussi bien au dehors qu'à\nl'intérieur de nos frontières politiques. Ce vaste territoire, à l'exclusion de tous\nautres, possède un fonds commun de chansons traditionnelles de mêmes sujets\net de mêmes formes. (( Elles ne sont, dit-il encore, identiques de forme qu'en\nFrance, en Catalogne et en Piémont, et cette identité de forme, à quelque\népoque et de quelque manière qu'elle se soit produite, s'explique par l'étroite\nparenté, surtout au point de vue rythmique, des idiomes romans parlés dans\nces trois régions. Tous ont en commun la prédominance des désinences oxy-\ntoniques sur les paroxytoniques, en sorte qu'avec de légères modifications les\nvers composés dans un de ces parlers ont pu passer dans les autres et s y chanter\nsur le même air ou sur un air semblable (i). ))\nEnfin, si l'on s'en tient aux sujets des chansons, l'on retrouvera fréquemment\nles mêmes thèmes, traités parfois d'une manière étonnamment pareille, non\nseulement pour les faits, mais pour l'allure et le ton du récit et pour les détails\nles plus caractéristiques, en Espagne, en Bretagne, en Ecosse et Angleterre, en\nNéerlande, en Allemagne, en Scandinavie (surtout en Danemark), même en\nGrèce, dans les pays slaves ou en Hongrie Mais les formes des poésies sont\nici toutes différentes, et, conséquemment, les formes musicales aussi.\nNous voudrions, par quelques exemples caractéristiques, donner des preuves\ndes vérités ci-dessus énoncées.\nNous avons signalé, dans la bibliographie imprimée d'autre part, le Jeu de\nRobin et Marion comme renfermant des mélodies qui ne sont pas de la compo-\nsition d'Adam de la Halle, mais et cela nous est plus précieux encore des\nchansons populaires que le trouvère artésien a réunies dans son petit ouvrage\nscénique, transmettant ainsi à la postérité un recueil unique de chansons\npopulaires françaises du xme siècle, le plus ancien qui nous ait été conservé par\nl'écriture.\nRecherchons si quelques-uns de ces chants sont venus jusqu'à nous par la\ntradition orale.\nPlusieurs auteurs, Monmerqué, A. Dinaux, de Coussemaker, Chouquet et\n\n(1) GASTON PARIS, Les chants populaires du Piémont, extrait du Journal des Savants, septem-\nbre-novembre 1889, pp. 17, 19, 15."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "606", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.22", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nM. Ernest Langlois assurent que la pastourelle initiale : « Robin m'aime », est\nrestée populaire parmi les paysans de l'Artois, du nord de la France et du llai-\nnaut. A la vérité, aucun folkloriste ne l'a jamais recueillie ; enregistrons\nnéanmoins la déclaration concordante des témoins ci-dessus. Le refrain de\nMa non : a l ié, Robin, si tu m aimes », à six-huit, très bien rythmé, ressemble de\ntrès près à certains refrains de rondes enfantines, et le Trairideluriau que Marion\nchante aux oreilles du chevalier a de grandes analogies avec tel de nos modernes\nchants de plein air, chansons de bergères ou de laboureurs. Pourtant nous ne\ntrouvons pas encore d'identité complète : cherchons donc plus loin.\nLa danse chantée de Robin et de Marion va nous fournir un premier rappro-\nchement intéressant. En voici le thème initial, répété deux fois, et suivi d'un\nsimple refrain de quatre mesures :\nUn livret publié au commencement du xvne siècle : Recueil des plus belles chan-\nsons des comédiens français, h Caen, Jacques Mangeant, 1615, donne une ver-\nsion de la chanson si populaire de la Maumariée, avec refrain d'une chanson à\nboire, sur l'air suivant :\nLa foi mule mélodique, on ie voit, est la même dans les deux notations, exé-\ncutées d'après la tradition populaire à quatre siècles d'intervalle.\nPlus loin, le beigei Gautier fait son entrée en chantant ainsi \\\nLe premier vers : « Hé, réveille-toi, Robin », a traversé les siècles, avec chan-\ngements du nom propre (Regnault ou Thomas, au lieu de Robin), et est devenu\nun refrain aujourd hui encore très populaire, notamment dans des chansons de\nmarche. Nous le voyons d'abord citer par Rabelais, qui le fait entonner par\nrrère Jean (( chantant à pleine voix la chanson :\nho, Regnault, resveille, veille,\nHo, Regnault, resveille toi (i) ».\n\n(i) Gargantua, chap. XLI."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "607", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.23", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nNous allons le retrouver, deux siècles plus tard, comme refrain d'une chanson,\nà danser (1) :\nOn a reconnu dans le dessin mélodique la forme, le rythme et la tonalité du\nchant du xi 11e siècle. Au xix% nous retrouvons le même refrain ainsi trans-\nformé (2): .\nNous avons d'autre part entendu maintes fois, dans des marches militaires, le\nrefrain conforme à la version du xvnie siècle, plus proche de celle d'Adam de la\nHalle; les soldats qui, pour tromper la fatigue de la route, le chantaient avec\nentrain (parfois en majeur, mais toujours sur le même rythme et la même ligne\nmélodique), ne se doutaient guère que leurs ancêtres d'il y a sept siècles faisaient\ndéjà comme eux.\nEnfin le Jeu de Robin et Marion se termine par une chanson de danse dont\nvoici le thème :\nEt une chanson flamande recueillie il y a quelque cinquante ans par de Cous-\nsemaker renferme le refrain suivant, qui n'en diffère que par quelques notes (3) :\nDonc, le seul Jeu d'Adam de la Halle (4), en nous révélant des identités pres-\nque parfaites entre plusieurs de ses chants et quelques autres dont le peuple\nd'aujourd'hui a conservé la mémoire, a suffi à nous apporter une preuve irrécu-\nsable de l'antiquité de notre fonds musical traditionnel.\n\n(1) Les Rondes, Chansons à danser, Ballard, 1724, 11, 67.\n(2) E. ROLLAND, Recueil de chansons populaires, 1883, I, 118, version des Ardennes.\n(3) DE COUSSEMAKER, Cnants populaires des Flamands de France, 341.\n(4) J'ai emprunté que'ques-unes des citations du Jeu de Robin et Marion à l'édition de M. Ernest\nLanglois, en attendant l'assignation que cet auteur m'a annoncée (mais que je nai pas encore\nreçue) d avoir à répondre du délit de contrefaçon et de plagiat, pour avoir lait représenter une-\nadaptation scénique de l'oeuvre d'Adam de la Halle, ce qu'il a, de son côté, tenté vainement."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "608", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.24", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nLes thèmes ci-dessus appartenaient à des chansons de danse ou de marche.\nConsidérons maintenant une autre formule mélodique dun caractère plus\nsévère.\nVoici le premier vers d'unechanson d'aventuriers duxvc siècle, dont le précieux\nrecueil de Gaston Paris et Gevaert donne le texte complet, et que le 2e livre de\nYOdhecaton, imprimé par Petrucci en 1501, présente sous la forme suivante (1) :\nUne chanson d'amour restée dans la tradition populaire commence ainsi (2) :\nDe même la célèbre chanson de Jean Renaud (3) :\nEnfin, voici un autre chant, rythmé différemment, ou pour mieux dire non\nrythmé, puisque c'est un plain-chant, où nous reconnaissons exactement les\nmêmes inflexions mélodiques et la même ligne':\nCe dernier, quant aux origines, nous ramène à une époque bien plus reculée\nencore que les chansons qui avaient donné lieu à la confrontation précédente.\nQue le thème liturgique ait ou non servi directement de modèle aux mélodies\nprofanes, c'est ce que nous ne saurions affirmer en toute certitude : en tout cas,\nil a suffi d'ajouter à ce chant, connu de tout le monde au moyen âge, le rythme\npropre au style populaire, pour en constituer plusieurs mélodies d'aspect nou-\nveau, dont il a, consciemment ou non, mais de façon effective, fourni la matière.\nMais ces exemples ne sont encore que des fragments mélodiques, empruntés\nà des chansons différentes par les poésies et le caractère. Essayons de trouver\ndes preuves plus significatives de la persistance de la chanson populaire à tra-\nvers les siècles en recherchant si certaines chansons entièrement constituées, avec\nleurs paroles et leur musique, recueillies de nos jours, étaient déjà connues\nautrefois. Voici, par exemple, une chanson de noce, d'un caractère très grave, qui\n\n(1) Chansons du xv° siècle, n° CXXXYIII. Harmonicœ musices Odhecaton, B f. 14.\n(2) V.JULIEN JIERSOT, Mélodies populaires des provinces de France, N° 17.\n(3) E., Histoire de la chanson populaire, p. 14."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "609", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.25", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nest populaire dans nos provinces de l'Ouest et du Centre, et dont, tout récemment\nencore, on a trouvé de nouvelles variantes (1) :\nLa même chanson est déjà dans le 3e livre de YOdhecaton, premier livre de\nmusique imprimé (3e partie, 1503). La mélodie a, en outre, servi de thème à\nmainte composition polyphonique, sacrée ou profane, de la même époque.\nSous cette forme, elle représente la tradition du xve siècle (2) :\nSans doute il y a eu des notes de changées; mais les principaux repères de la\nligne mélodique, à cinq siècles de distance, sont encore les mêmes. Quant aux\nrajeunissements de la mélodie, on ne saurait mieux les caractériser qu'en leur\nappliquant cette définition de M. Antoine Thomas au sujet de certains mots de\nla langue française, (( sur lesquels deux mille ans ont passé sans leur apporter\nd'autre modification qu'un allégement phonétique qui est moins un dommage\nqu'une toilette destinée à les faire paraître toujours jeunes (3) ».\nTout le monde a chanté, en ces dernières années, la ronde populaire : En\npassant par la Lorraine. Elle est généralement dite à six-huit ; mais l'instinct\npopulaire ne fait pas grande différence entre le mouvement binaire et le mouve-\nment ternaire, ne cherchant dans l'emploi de ce dernier qu'une accentuation du\ntemps fort. Bref, d'autres versions notées de la mélodie nous la montrent à deux\ntemps simples, par exemple celle-ci (4) :\nOuvrons maintenant un recueil de chansons en parties du xvie siècle, le Tiers\n\n(1) J'emprunte la version de mes Mélodies populaires. n° 40, recueillie en Normandie. Les ver-\nsions récentes dont il est question sont celles qui ont été communiquées, en certain nombre, au\nconcours de la Schola Cantorum, dont les oeuvres récompensées sont en cours d impression.\n(2) Harmonicas musices Odhecaion, Canti C, f° 62. Les paroles entre parenthèses ne sont pas\ndans le livre ancien, qui n'imprime jamais que les premiers mots de chaque chanson; mais on\nvoit que les paroles conservées par la tradition orale s'appliquent, parfaitement àla mélodie\nanciennement notée.\n(3) A. THOMAS, V Etymologie et la langue française, Revue des Deux-Mondes, du lEl'1E1' décembre 1902.\n(4) Bulletin de la Société d'archéologie lorraine, 1855, planches."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "610", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.26", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nlivre de chansons nouvellement composé..., chez Adrien le Roy et Robert Ballard,.\n1561 : nous y trouvons, avec les paroles des premiers couplets, le thème sui-\nvant (1) :\nC'est peu de chose certainement ; mais, ces trois mesures, c est le motif initial,\nle point de départ, la partie essentielle de la mélodie ; et cela sufht à nous assu-\nrer que la chanson, toujours jeune et fraîche, existait déjà il y a trois siècles et\ndemi.\nEn voilà assez pour faire connaître 1 ancienneté cle la chanson populaiie fian-\nçaise et ses pérégrinations à travers le temps. Observons-la maintenant à traveis\nl'espace.\nNous procéderons désormais exclusivement à 1 aide d exemples. Pienons donc\nla plus célèbre et la plus belle de nos chansons lyrico-épiques, celle de Jean\nRenaud (ou le Roi Renaud). Nous en avons reproduit déjà quelques mesures,\nprises à sa version la plus connue, qui provient de Normandie. Il est inutile de\nla rééditer une fois de plus 1 donnons donc une autie Aeision, piesque sem\nblable, recueillie de l'autre côté de la France, aux confins de la Lorraine (2) :\n(Test bien là le type mélodique de la chanson. Nous en trouvons des variantes\npresque semblables à tous les coins de la France : au centre et à l'ouest (Blésois,\nOrléanais, Angoumois, dans ROLLAND, Rec. de Ch. pop., III? pp. 34, 36, 37,39 ;\nIle-de-France (Seine-et-Oise) dans MÉLUSINE, I, 75 ) ; au nord, hors de France\n( Wallonia, 11, 22, pays de Liège, mélodie identique à celle de la version nor-\nmande ; dans les montagnes de Test et du midi Franche Comté, BEAUQUIER, 152 ;\nBresse, 2 versions recueillies par moi, Revue des traditions populaires, 1892, VII) ;\njusqu'au fond des vallées les plus reculées des Alpes de Savoie et du Dauphiné,\nà Cervières, dans le Briançonnais, et à Teignes, aux sources de l'lsère (voy. mes\nChansons populaires des Alpes françaises, 104). Nous en omettons beaucoup,\n\n(1) La chanson à quatre voix est d'Arcadelt. Mais personne, je pense, ne s'aviserait de soutenir\nque le thème est de la composition de ce musicien, étant donné ce que nous savons de l'usage\nconstant des maîtres du contrepoint vocal de prendre des chansons populaires pour thèmes de\nleurs compositions polyphoniques. Le premier vers, dans les versions soit anciennes (on en con-\nnaît plusieurs imprimées aux xvie et xvne siècles), soit modernes, se présente plus fréquemment\nsous la forme : (( En revenant de Lorraine », ou « En m'en revenant de Rennes », ou même « de la\nfontaine », que sous celle : (( En passant par... » Sur les 17 versions réunies par M. E. ROLLAND\n(.Recueil de chansons populaires, I, 235 et suiv.,et 11, 131 et suiv.), dix sont dans la première forme,\ntrois seulement dans la seconde, les quatre autres étant de formes variées.\n(2) Mèlusine, ire année, 1878, col. 75 : La Chanson de Renaud, recueillie à Vagney (Vosges),,\npar Xavier THIRIAT."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "611", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.27", "texte": "I A CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\ncherchant seulement à donner les exemples les plus caractéristiques, et ne repro-\nduisons aucun des derniers mentionnés, qui ne sont pas inédits. Mais voici une\nversion nouvelle qui va nous transporter en plein midi aquitain : elle provient de\nl'Aveyron, d'où elle me fut communiquée par M. Joseph Fabre, sous la dictée\nduquel je 1 ai notée. On y retrouvera, à quelques inflexions près, tous les traits-\nessentiels des variantes précédentes.\nC'est comme une variation du thème primitif, mais sous laquelle le substratum\nconstitué par celui-ci est encore très facile à retrouver.\nAllons plus loin encore et pénétrons dans une région dont le parler auto-\nchtone est complètement étranger au français : le pays basque. Là, nous rencon-\ntrons encore notre chanson, traduite et adaptée sur le même rythme que l'ori-\nginal, et ayant visiblement encore emprunté à ce dernier sa mélodie (1).\nAvec tant de variations du chant primitif, on s'attend bien à trouver des modi-\nfications portant sur la modalité. Plusieurs variantes nous apporteront en effet\ndes sujets d'observations intéressants à cet égard. 11 est incontestable que lai\nmélodie type appartient au premier ton du plain-chant, échelle de ré avec si\nalternativement bémol et bécarre : dans la première moitié, qui évolue dans la\npartie haute de l'octave, le si est généralement naturel ; il devient bémol dans la\nseconde partie, dont le dessin tend à descendre à la tonique grave (la version\nlorraine notée ci-dessus confirme cette observation pour la première moitié ;\nquant à la seconde, le si n'y apparaît pas une seule fois ; mais la version sui-\nvante, dont la cadence finale est conforme à celle des meilleurs types, nous pré-\nsente, par ses derniers vers, l'exemple que nous cherchions).\nD'autres variantes mélodiques sont construites sur l'échelle purement diato-\n\n(I) La Musique populaire des Basques, étude de M. CHARLES BORDES dans la Tradition au Pays\nbasque, 1899, 316. M. Bordes a noté la mélodie à trois-huit ; d'autres la notent à trois-quatre, ou\nà six-quatre : cela est absolument indifférent ; c'est toujours le même rythme et la même coupe;\naussi, dans nos citations, nous écrivons uniformément à six-huit, afin de donner de l'unité à la\nnotation, et rendre la lecture plus facile. Nous connaissons une autre version basque de la\nchanson de Renaud : elle est notée dans les Souvenirs des Pyrénées de Mme de la Villéhélio (je\nl'ai reproduite dans la Revue des traditions populaires d'avril 18cS8). .Mais la musique, très ornée,,\nest d'un style tout différent de celui de la chanson française. Encore en peut-on reconnaître la:\nforme et la tonalité dans la seconde partie."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "612", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.28", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nnique, gamme mineure sans note sensible, hypodorien ou éolien antique. 1 el est\nle cas pour l'ensemble de notre version de 1 Ave) ion.\nLa mélodie basque, elle, est franchement mineure, en ré avec si bémol et ni\ndièse.\nD'autres vont s'éloigner encore davantage de la modalité primitive. Exami-\nnons-en quelques nouveaux spécimens : ils nous donneront 1 occasion de\nparcourir encore du pays.\nEn voici un qui nous vient de l'extrême nord de la France : M. le docteur\nE. Hamy nous 1 a apportée des environs de Boulogne sur-Mer, et j ai noté la mé-\nlodie sous sa dictée (1). Elle est en majeur. Particularité curieuse, ce changement\nde mode a entraîné une modification de rythme, le six-huit un peu languide de\nnos complaintes ayant fait place au mouvement binaire, plus franc. Pouitant,\nmalgré tant de transformations, personne n hésitera à reconnaître la mélodie\noriginale :\nTraversons maintenant la France entière dans sa plus grande longueur, et\npassons des côtes du Pas-de-Calais à celles des Alpes-Maritimes. C est des envi-\nrons de Vence que va nous venir la mélodie suivante, en dialecte du pays (2) :\nA vrai dire, le début (sauf la première note, qui fait partir la mélodie de la\ndominante au lieu de la tonique) est identique aux versions du premier ton ; mais\nà la fin, la tierce majeure change foncièrement la physionomie du mode, et nous\noblige à le considérer comme un septième ton, mode qui est, par le fait, le rela-\ntif majeur du premier ton.\nD'autres versions enfin semblent incomplètes, et ne nous donnent qu'une for-\nmule mélodique de deux vers qui se répètent indéfiniment, tandis que le chant\nentier doit se développer sur quatre vers. Mais ces débris, ces ruines de mélodie,\nsi l'on peut ainsi dire, se présentent parfois sous un aspect modal tout particu-\nlier et intéressant à observer. Voici, par exemple, une version du Limousin (3) :\n\n(1) La Chanson de Renaud, version du Boulonnais, par Ernest HAMY, clans la Revue des traditions\npopulaires d'avril 1888.\n(2) E. ROLLAND, Rec. de chansons populaires, 111, 45.\n(3) P. LAFOREST, Limoges au XVIIe siècle, 1862, 627."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "613", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.29", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nAu début, on croirait être dans le premier ton, avec Ini pour tonique, les notes\nde 1 accord parfait si-sol-mi, présentées successivement sur les temps forts, don-\nnant 1 impression de ce ton ; mais la cadence s'opère sur le quatrième degré, cas\nnon prévu par les règles, d'ailleurs fréquent dans les très anciennes mélodies.\nCette autre variante vient de Lorraine. C'est toujours le même rythme, le\nmême caractère, le même sentiment tonal ; mais la note fondamentale, celle du\ndébut et de la cadence finale, n est plus la tonique, c'est maintenant la domi-\nnante (1 ) :\nIl serait d'ailleurs imprudent de tirer des conclusions générales de ces dernières\nobservations, qui ne portent, nous le répétons, que sur des débris ; pourtant\nces menues remarques méritaient d'être faites au passage.\nNous voudrions considérer encore, à l'aide de la même chanson de Renaud, un\ndernier cas dont la chanson populaire nous offre de fréquents exemples. Encore\nqu'à une poésie appartienne le plus souvent un type mélodique particulier, il\nadvient souvent que cette poésie est chantée, non seulement sur des variantes\ntrès dissemblables de ce type, mais même sur des mélodies toutes différentes. De\nmême YArinide de Quinault lut mise en musique par Lulli, puis par Gluck ; telle\npoésie de Victor Hugo ou d'Alfred de Musset a servi de texte à des mélodies\nécrites par une quantité de musiciens différents. Il en va de même avec la poésie\npopulaire. Nous avons ci-dessus reproduit, eu tout ou partie, huit variantes du\nmême type mélodique de Renaud, et mentionné un bien plus grand nombre d'au-\ntres : mais nous connaissons aussi des versions de la même chanson qui se\nchantent différemment. Voilà donc un second type mélodique, dont nous pour-\nrions grouper aussi les spécimens : ceux-ci, connus seulement au nombre de\ntrois, appartiennent tous aux régions de l'ouest de la France, Angoumois, Ven-\ndée, Haute-Bretagne. Vuîd la version que j'ai notée dans cette dernière province :\nl'on pourra voir que, ni comme tonalité, ni comme forme, ni comme caractère,\nelle n'offre aucun rapport avec les précédentes mélodies (2) :\nDonc, une seule chanson nous a permis d'étudier toute une série de particu-\nlarités relatives à la constitution musicale de la chanson populaire. Nous multi-\n\n(J) DE PUYMAIGRE, Chansons populaires du pays messin, n° 1 des planches musicales.\n(2) Revue des traditions populaires, avril 1888.— Cf. BUJEAUD, Ch. pop. des provinces de l'Ouest,\n11, 218, et ROLLAND, Rec. de Ch. pop., iil, 40, version du pays de Retz, Vendée. Dans cette der-\nnière version comme dans celle de la Haute-Bretagne, le héros ne s'appelle plus Renaud, mais Louis\n(Léouis)."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "614", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.30", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nplierions les remarques analogues si nous abordions d'autres thèmes. C est ainsi\nqu à l'appui de la dernière observation nous pouvons rapprocher encore deux\nmélodies appliquées aux mêmes vers, mélodies non pas seulement difléientes,\nmais, en vérité, contradictoires. Voici la première, telle qu on 1 a îecueillie en\nNormandie (1) :\nLa poésie de cette complainte d'amour, qui n'est pas de celles qu'on a le plus\nsouvent notées, renferme des couplets d'une expression vraiment touchante en\nleur naïveté. C'est l'histoire d'un galant qui s'en va voir sa mie et la trouve\nmourante :\nEn entrant clans sa chambre il fit trois révérences ;\nIl fit trois tours à l'entour de son lit,\nCroyant pouvoir la réjouir.\n« Amant, mon cher amant, faites-moi faire un cierge ;\nAllumez-le à la tête du lit,\nCar à minuit je vais mourir. »\nQuand vint minuit sonné, la belle qui trépasse...\nElle a tiré sa main blanche du lit\nPour dire adieu à son ami.\n« Ma mère, apportez-moi mon habit de soie noire\nEt mon chapeau qui soit de noir bordé,\nLe deuil d'amour je veux porter. . »\nOr, dans le sud du Dauphiné presque déjà le midi, j'ai retrouvé le même\nmorceau, chanté sur une mélodie fraîche et riante, en contradiction formelle avec\nle sens des paroles, mais d'une charmante musicalité (2) :\nFaut-il montrer encore d'autres exemples des chansons qu'on retrouve, avec\nleurs mélodies, presque identiques d'un bout à l'autre de la France? En voici\nune, dont la poésie est toute charmante en sa fantaisie ailée, et dont on est resté\nlongtemps sans pouvoir déterminer avec certitude le type mélodique. Voyez\ncependant cette version de la Tarentaise (Savoie) (3) :\n\n(1) ED. MOULLÉ, Chants populaires recueillis dans la Haute-Normandie, 47.\n(2) JULIEN TIERSOT, Ch. pop. des Alpes françaises, 115.\n(4) JULIEN TIERSOT, Ch. pop. des Alpes françaises, 115."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "615", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.31", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nEt comparez cette variante tout récemment communiquée d'un pays où l'on a\nencore très peu recueilli, Saint-Pol, dans le Nord : ce n'est pas la notation à deux-\nquatre, au lieu de six-huit, qui aura suffi à altérer la ligne cle la mélodie (1) :\nNous voulons aller plus loin encore, et, en même temps, considérer un der-\nnier cas assez fréquent, celui d'une mélodie qui, spécialement attachée à un\nrefrain, s'applique à des poésies différentes, auxquelles elle impose l'obligation\ndudit refrain, et, par conséquent, de sa forme.\nVoici une chanson répandue par toute la France, et qui offre un amalgame\ntrès confus de deux sujets : celui du Plongeur, développé par Schiller en une\nballade célèbre, et celui de Y Enlèvement en mer, histoire d une fille attirée par le\nchant d'un marinier et emmenée au large par ses ravisseurs. La mélodie, qui a\nservi d'ailleurs à beaucoup cle chansons différentes, est caractérisée principale-\nment par sa ligne franche et par son refrain. En voici une version, que j'ai\nrecueillie dans les montagnes du Morvan, sur les paroles du Plongeur (2) :\n\n(1) Chanson communiquée au concours cle la Sckola Caniorum par M. Desmonts (inédite).\n(2) C'est par une erreur, excusable, j'espère, par l'extrême confusion des versions diverses, que,\ndans 1 index musical du Romancero populaire de la France de G. Doncieux, p. 51-$, j'ai dit avoir\nadopté pour type mélodique de VEmbarquement de la fille aux chansons la version champenoise\ndu recueil de Champfleury et Weckerlin, la mélodie notée dans cet ouvrage, de ligne d'ailleurs\ntoute semblable, étant en majeur : c'est la version morvandelle ci-dessus que j'avais donnée."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "616", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.32", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nAllons maintenant jusque dans le Périgord : nous y retrouverons notre air et\nnotre refrain très reconnaissables, malgré le passage du six-huit au deux-quatre,\nl'état naturel du septième degré dans la gamme mineure, enfin, dans le refrain,\nun léger changement de paroles, et un développement de deux mesures menant\nà une cadence sur le deuxième degré (ces dernières particularités constituant une\nvisible altération de la ligne primitive). Les paroles, ici, sont une adaptation en\npatois local de la belle chanson de Germaine, qui dit l'histoire du retour de\nl'époux parti pour la guerre depuis sept ans passés (1) :\nVoici encore la même formule musicale mêlée aux paroles d'une sône bretonne,\ndont le sujet n'a plus le moindre rapport avec les précédents. Le refrain a dis-\nparu, et la mélodie a pris la forme quasi classique du thème dont les quatre\npremières mesures, exposées deux fois, sont reprises, comme conclusion finale,\nà la suite d'une période secondaire de même étendue. Or ces quatre mesures ne\nsont autres que la partie essentielle de la mélodie française (2) :\nMais jusqu'où notre mélodie n\"a-t-elle pas étendu le cours de ses pérégri-\nnations ? Voilà que nous la retrouvons une dernière fois au delà de l'Océan,\n\n(1) EM. CASSE et Eue. CHAMINADE, Vieilles chansons patoises du Périgord, dans la Revue de philo-\nlogie française, 1904, p. 100.\n(2) EMILE ERNAULT, Chansons populaires de la Basse-Bretagne : La Maîtresse pauvre, dans Mèlu-\nsine, 1886, 111, 260."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "617", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.33", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\nR. M.\n47\n\nen Amérique, dans ce Canada qui a conservé fidèlement le souvenir de notre\nlangue, et où nos chansons jouissent d'autant de popularité que sur les côtes de\nFrance. La chanson de 1 Enlèvement en mer (ou Y Embarquement de la fille aux\nchansons) s y trouve combinée, comme dans un grand nombre de nos versions\ncontinentales, avec les couplets du Plongeur ; mais l'air tout entier et son refrain ,\nsaul les quelques modifications de notes qui sont inévitables avec la transmis-\nsion orale, s'y retrouvent dans toute leur pureté (1) :\nPouvions-nous souhaiter de fournir une démonstration plus concluante de\nl'expansion de nos chansons populaires françaises à travers le monde ?\n\nJULIEN TIERSOT.\n\nBibliographie de la chanson populaire française.\n\nLa chanson populaire, de nature essentiellement orale et traditionnelle, tant\npar son origine que par ses moyens de transmission, a, de ce fait même, laissé\npeu de traces dans les écrits anciens. Ces traces sont pourtant suffisantes pour\nnous permettre d'en connaître et suivre l'existence dès l'époque du moyen âge.\nVoici les principales sources auxquelles on en peut trouver les vestiges :\nPour l'ensemble de la période, voir GASTON RAYNAUD, Bibliographie des chan-\nsonniers français des XIIIe et XIVe siècles, 2 vol., Paris, 1884. Comprend toutes\nles chansons connues pour appartenir à ce temps-là, par conséquent les chan-\nsons populaires aussi bien que les chansons courtoises, ces dernières d'ailleurs\nen beaucoup plus grand nombre.\nKARL BARTSCH, Altfranz. Romanzen und Pastourellen des 12 u. 1 ? Jahrh. (An-\nciennes romances et pastourellesfrançaises du XIIe et du XIIIe siècle), Leipzig, 1870.\nComprend entre autres les poésies de plusieurs chansons de caractère populaire\net légendaire, dont les manuscrits originaux ont conservé quelquefois la nota-\ntion musicale, notamment le ms. de la Bibl. nat. fr. 20.050, dit Chansonnier de\nSaint-Germain-des-Prés, réédité en fac-similé par la Société des anciens textes\nfrançais. Quelques-unes de ces mélodies ont été transcrites en notation mo-\nderne dans JULIEN FIERSOT, Histoire de la chanson populaire en France (voir ci-\naprès). Les ouvrages annoncés par M. PIERRE AUBRY nous en feront sans doute\nconnaître un bien plus grand nombre.\nA défaut de pièces complètes, certaines poésies courtoises nous ont transmis\ndes fragments de chansons populaires intercalés en manière de refrains (le"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "618", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.34", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nrecueil de Bartsch en offre de fréquents exemples, ainsi que le Recueil de Motets\nfrançais des XIIe et XIIIe siècles de GASTON RAYNAUD, 2 vol., Paris, 1882-83, et\n(avec DE COUSSEMAKER, Iliston ede l llai morue au moyen Pans,\n1852 V\nDes refrains analoguesou chansons (populaires ou non) se retrouvent de même\ninsérés dans les œuvres purement littéraires, telles que des romans : Guillaume\nde Dole,la Violette, la Panthère dé amours, Mèhacin, etc voy GASTON PARIS, La\nLittérature française au moyen âge, § 67), ainsi que dans les romans satiriques\nde Renard le nouveau et de Fauvel.\nLe cas est pareil pour le Jeu de Robin et Marion, dont les parties chantées ne\nsont pas des compositions d'Adam de la Halle, mais des chansons populaires de\ngenres divers (pastourelles, chansons de danse, même un fragment de chanson\nde geste); on en a retrouvé plusieurs morceaux notés dans des manuscrits anté-\nrieurs, et certaines formules mélodiques et rythmiques sont de celles qu'on\nrencontre aujourd'hui dans le répertoire oral et traditionnel.\nUne autre source encore, la plus abondante est fournie par la musique poly-\nphonique. Dès l'origine de la diaphonie, la mélodie populaire, concurremment\navec le chant religieux ( les deux formes par excellence de la musique primitive),\na joué un grand rôle dans l'évolution de l'art musical : elle a servi de base et de\nmatière première à la construction harmonique L'usage de composer des messes\nsur des chansons profanes [lHomme armé, par exemple) s'est perpétué jusqu'aux\npremières années du xvnc siècle ; d'autre part, un très grand nombre de chansons\nen parties, depuis les premiers balbutiements de l'art harmonique jusqu'au\ntemps des Janequin, des Goudimel, des Lassus, ne sont que des harmonisations\nde chansons préexistantes. 11 suffira de détacher ces chants des ténors où ils ont\npris place pour constituer tout un répertoire, et des plus précieux, de mélodies\npopulaires françaises pendant une durée de cinq siècles. Ce travail à peine\nébauché, n'a pas encore été fait. Il nécessitera la connaissance la plus approfondie\ndes monuments de la musique harmonique, depuis ceux qu'a édités de Cous-\nsemaker dans VHarmonie au moyen âge déjà citée et CArt harmonique aux\nXIIe et XIIIesiècles, Paris, 1865, jusqu'aux productions des maîtres de la fin du\nxvie siècle.\nAux xve et xvie siècles, il s'écrit ou s'imprime un certain nombre de chanson-\nniers, composés généralement d'éléments assez disparates, mais où l'on peut\ntrouver un certain nombre de chansons populaires. Les plus notables sont :\nAla Bibl nat., le ms. fr. 12.744, imprimé dans la collection des anciens textes\nfrançais, sous le titre de Chansons du XVe siècle, par GASTON PARIS pour les poé-\nsies et M. GEVAERT pour la musique; Paris, 1875 ;\nLes ms. nouv. acq. 1.274, suppl. fr. 5.594. fr. 9.346, connus sous le nom de\nmanuscrits de Bayeux et de Vire, imprimés à Caen en 1866 par GASTÉ.\nPour cette période, on trouvera d'utiles indications bibliographiques dans\nJ. B. WECKERLIN, L Ancienne chanson populaire en France, Paris, 1887. Préface,\npp xv xxxix (quatre-vingts livres de chansons sont énumérés chronologique-\nment, de 1529 à 1703, plus quelques publications modernes).\nA partir du xvne siècle commencent à paraître des livres de chansons non\npolyphoniques, faisait une part plus ou moins large à l'élément populaire. La\nbibliographie en serait copieuse si nous voulions citer ceux qui ne donnent que\ndes paroles ; mais nous devons nous en tenir ici aux recueils contenant des nota-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "619", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.35", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nlions musicales, et ceux-ci sont rares. Donc, à moins d'un motif spécial, nous\nnous bornerons désormais à en citer les titres sans commentaire.\nRecueil des plus beaux airs accompagnés de chansons à danser, ballets, chansons\nfolati es et bacchanales auti ement dites vaudevire, non encore imprimés. A Caen,\nchez jaques Mangeant, 1615. Ce chansonnier normand contient les paroles\net la musique de plusieurs des vaudevires autrefois attribués à Olivier Basselin.\nLe Recueil des plus belles chansons de dances de ce temps (même éditeur, même\ndate).\nRecueil des plus belles chansons des comédiens français (même éditeur, sans\ndate, mais de la même époque).\nChants des noëls anciens et nouveaux notez avec les basses (Paris, Ballarch\n1703).\nB1 unettes ou petits airs tendres, meslées de chansons à danser, 3 vol , Ballard,\n1703, 1704, 1711.\nLa Clef des chansonniers, ou recueil de Vaudevilles depuis cent ans et plus, 2 vol.\nBallard, 1717\nLes Rondes, chansons à danser, 2 vol., Ballard, 1724.\nLes recueils de Ballaid ne sont pas exclusivement formés de chansons popu-\nlanes, et 1 éditeur a piis soin de nous informer que beaucoup des morceaux qui\ny sont insérés ont subi de notables altérations. On y trouve cependant quel-\nques documents intéressants, principalement en ce qui concerne les chansons de\ndanse.\nEssai sui la musique LA\nrenferme \\ingt pages \\425 à 444' de chansons Périgourdines, Strasbourgeoises\net Auvergnates, et de Danses de la Basse Bretagne, paroles et musique.\nA dater de la première moitié du xixe siècle, l'attention publique se trouve\nattirée sur les chansons populaires par. des écrivains tels que Chateaubriand,\nLamaitine, Balzac, Georges Sand, Gérard de Nerval, Henri Murger, etc., qui\nen insèrent dans leurs œuvres des fragments plus ou moins importants, dont\nquelques-uns obtiennent dès l'abord un grand succès de curiosité. Dès lors, des\nchercheurs spéciaux s'occupent de réunir et de publier ces chansons, qu'il leur\nfaut aller recueillir dans les provinces, de la bouche des paysans.\nVoici l'énumération des principaux travaux exécutés dans cet ordre d'idées.\nACHILLE ALLIER, L'Ancien Bourbonnais, Moulins, 1837. La dernière partie cle\ncet ouvrage 1 enferme un chapitre donnant des textes de poésies populaires et\nune planche de musique où, sous le titre de Chansons Bourbonnaises, sont notés\nneuf mélodies et airs de danses.\nHERSART DE LA VILLEMARQUÉ, Barzaz-Brei.7, Chants populaires de la Bretagne,\niie édition en 2 volumes, Paris, 1839 5 éditions postérieures en un volume. Textes\nbretons et traductions. Musique notée à la fin du livre ; les premières éditions\ndonnaient 46 mélodies, quelques-unes additionnées de fâcheux accompagne-\nments de piano ; ces accompagnements ont disparu des éditions les plus récentes,\noù le nombre des mélodies s'est élevé à 73.\nJ.-B. BOUILLET, Album auvergnat, Moulins, s. d. (vers 1848). Notations musi-\ncales d'un bout à l'autre du livre.\nRIVARÈS, Poésies béarnaises, 2 vol., Pau, 1852-60. Musique."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "620", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.36", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nEn 1854, le Ministre de l'lnstruction publique, I lippolyte Fortoul, témoin de\nl'intérêt croissant qui s'attachait à la recherche des chansons populaires, prit\nl'initiative d'une vaste enquête, de caractère presque officiel. A cet eilet, il fit\nrédiger et insérer dans le Bulletin du Comité de la langue, de l histoire et des arts\nde la France des Instructions pour la recherche et la publication des poésies popu-\nlaires, par J.-J. AMPÈRE (1853 ; reproduit dans le Moniteur de la même année, et\ntiré à part).\nA cette publication préparatoire se rattache une série d'articles de RATHERY,\nsur le même sujet, parus en feuilleton dans le Moniteur universel de la même\nannée.\nCette enquête détermina l'envoi d'un nombre considérable de chansons popu-\nlaires, plus ou moins bien choisies et plus ou moins bien notées, le plus\ngrand nombre avec les seules poésies, quelques-unes pourtant avec la musique.\nL'ensemble était trop disparate pour être publié ; mais les documents manuscrits\nfurent déposés à la Bibliothèque Nationale, où ils ont été réunis en six énorme s\nvolumes in-folio sous le titre de Poésies populaires de la France, nouv. acq.\nfr. 3338 à 3342.\nPoursuivons notre énumération en revenant aux travaux individuels.\nEUGÈNE DE BEAUREPAIRE, Etude sur la poésie populaire en Normandie et spécia-\nlement dans VAvranchin, Avranches et Paris, 1856 ; textes bien choisis et bien\nédités; pas de musique.\nDE COUSSEMAKER, Chants populaires des Flamands de France, Gand, 1856. Im-\nportant recueil. Musique.\nDr FOUQUET, Légendes, contes et chansons populaires du Morbihan, Vannes,\n1857. 20 chansons; 8 airs notés à la fin.\nFRANCISQUE MICHEL, Le Pays Basque, sa population, sa langue, ses mœurs, sa\nlittérature et sa musique, Paris (Didot), 1857. Chap. xi, Poésies populaires des\nBasques ; xn, Musique Basque (pp. 209-440). 4 airs notés à la fin.\nChansons populaires des provinces de France, notices par CHAMPFLEURY, accom-\npagnement de piano par J.-B. WECKERLIN, Paris, 1860. Musique.\nDAMASE ARBAUD, Chants populaires de la Provence, 2 vol., Aix, 1862-1864.\nTextes provençaux, musique.\nP. TARBÉ, Romancero de Champagne, I et 11, 1863. Pas de musique.\nMAX BUCHON, Noëls et Chants populaires de la Franche-Comté, 1863. Pas de\nmusique. Plusieurs poésies non populaires.\nF. VIDAL, Lou Tambourin, Musique, poésies et proses provençales, Aix et Avi-\ngnon, 1864. Première partie, Histoire de l'instrument provençal ;2e partie,\nMéthodes du galoubet et du tambourin ; 3e partie, Airs nationaux de la Provence.\nMusique.\nERNEST GAGNON, Chansons populaires du Canada, Québec, 1865. Musique.\nIH. DE PUYMAIGRE, Chants populaires recueillis dans le Pays Messin, 1865 ;\n2e édition en 2 vol., 1881 (Champion). 33 mélodies notées àla fin.\nJÉRÔME BUJEAUD, Chants et chansons populaires des provinces de f Ouest, Poi-\ntou, Saintonge, Aunis et Angoumois, 2 vol., Niort (chez Clouzot), 1866 ; 2e édition\nen 1895. Musique.\nCÉNAC MONCAUT, Littérature populaire de la Gascogne, Paris, 1868; 21 airs\nnotés à la fin.\nF.-M. LUZEL, Gwerziou Breiz~lzel [Chansons populaires de la Basse-Bretagn e,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "621", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.37", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\npoésies narratives), 2 vol., 1868-187 ). Textes bretons et traduction. Pas de mu-\nsique.\nMME DE LA VILLEHÉLIO, Souvenirs des Pyrénées, 12 airs basques, s. d. (vers 1870).\nMusique (intéressante) avec accompagnements de piano (très médiocres).\nJ.-D. SALLABERRY, Chants populaires du Pays Basque, Bayonne, 1870. Textes,\ntraductions, musique.\nLouis JOUVE, Chansons en patois vosgien, Epinal et Remiremont, 1876.\n32 mélodies notées à la fin.\nJEAN-FRANÇOIS BLADÉ, Poésies populaires en langue française recueillies dans\nVArmagnac et VAgenais, Paris (Champion), 1879. 34 mélodies notées à la fin.\nMONTEL et LAMBERT, Chants populaires du Languedoc, Paris (Maisonneuve),\n1880. Premier volume d'une collection qui n'a pas été continuée. Entièrement\nconsacré aux Berceuses. Musique.\nPAUL SÉBILLOT, Littérature orale de la Haute-Bretagne (Maisonneuve), 1881.\n19 chansons, avec 8 airs notés.\nPHILIBERT LE DUC, Chansons et lettres patoises Bressanes, Bugeysiennes et Dom-\nbistes, Bourg, 1881. 27 airs notés à la fin.\nJ.-F. BLADÉ, Poésies populaires delà Gascogne (Maisonneuve), 3 vol. ISBI-\n- Quelques mélodies notées à la fin.\nJULIEN VINSON, Les Basques et le Pays Basque (Cerf), 1882.-Chapitre : Littéra-\nture et chansons, 3 airs notés.\nJEAN FLEURY, Littérature orale de la Basse-Normandie (Maisonneuve), 1883.\nDeuxième partie : Chansons, devinettes, proverbes. Musique notée.\nHENRY CARNOY, Littérature orale de la Picardie (Maisonneuve), 1883. Chansons;\npas de musique.\nE. ROLLAND, Rimes et jeux de /' enfance (Maisonneuve), 1883; musique.\nJ. VINSON, Le Folklore du Pays Basque (Maisonneuve), 1883. Musique. ;\nJ.-B. WECKERLIN, Chansons populaires de 1 Alsace (Maisonneuve), 2 vol.,\n1883. Textes, traductions, musique.\nCHARLES GUILLON, Chansons populaires de VAin, préface de GABRIEL VICAIRE,\nParis, 1883 . Quelques airs notés.\nE. ROLLAND, Recueil de chansons populaires, 6 vol. de 1883 à 1890 (le 5E recueilli\npar M*. Ad. ORAIN). Importante collection ; musique notée.\nLUCIEN DECOMBE, Chansons populaires recueillies dans le département d'llle-et-\nVilaine, Rennes, 1884 Musique notée à la fin.\nFRÉDÉRIC ORTOLI, Les Voceri de Iîle de Corse, Paris (Leroux), 1887. 3 airs\nnotés à la fin (les deux premiers par l'auteur de cette bibliographie).\nCOSTANTINO NIGRA, Canti popolari del Piemonte, Torino (Loescher), 1888.\n16 mélodies notées àla fin. Ce recueil, bien que non français, doit figurer\ndans cette bibliographie, à cause de l'analogie de la plupart des chansons qui\ny sont comprises avec le répertoire de la chanson populaire française, et\ndes intéressantes études comparées que l'auteur consacre à chacune de ces\nchansons.\nN. QUELLIEN, Chansons et danses des Bretons, Paris (Maisonneuve), 1889. Mu-\nsique de chansons et airs de danse notés à la fin.\nEM. SOLLEVILLE, Chants populaires du Bas-Quercy, Paris ( Champion), 1889.\nMusique.\nJ . DAYMARD, Vieux chants populaires recueillis en Quercy, 1889. Pas de musique."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "622", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.38", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nALBERT MEYRAC, Traditions des Ardennes, Charleville, 1890. Livre 111 ; Rondes\net chansons, pp. 219 a 310 ; musique notée à la fin, pp. 529 à sS2.\nF.-M. LUZEL et A. LE BRAZ ,Soniou Breiz-Iqel [Chansons populaires delà Basse-\nBretagne, Poésies lyriques), 2 vol., Paris Bouillon), 1890. 1 extes bretons et tra-\nduction ; pas de musique.\nVINCENT D'INDY et JULIEN TIERSOT, Chansons populaires recueillies dans le\nVivarais et le Ver cor s, Paris (Heugel, Fischbacher), 1892. Musique.\nCHARLES BEAUQUIER, Chansons populaires recueillies en Franche-Comté, Paris\n(Lechevalier, Leroux', 1894. Pp. 17 à 246, 108 chansons avec musique; pp. 251\nà 357, 81 chansons sans musique.\nS. TRÉBUCQ, La Chanson populaire en Vendée, Paris (Lechevalier), 1896. Mu-\nsique.\nHENRY VASCIIALDE, Chansons populaires du Vivarais, Paris (Lechevalier), 1897.\nPas de musique, et beaucoup de poésies non populaires.\nCHARLES BORDES, Uskal Noelen Lilia, 12 Noëls basques anciens, Paris (Schola\nCantorum), 1897. Musique.\nDu même : Dix cantiques populaires basques en dialecte souletin, id., s. d.\n(Voir aux Périodiques un autre travail de M. Ch. Bordes sur la chanson\nbasque.)\nLes vieilles chansons patoises du Périgord, sans noms d'auteurs (abbés CASSE\net CHAMINADE), Périgueux, 1902. Musique. MM. Em Casse et Eug. Chami-\nnade ont donné une suite àce recueil en publiant de nouveaux textes de chan-\nsons du Périgord, paroles et musique, dans la Revue de philologie française,\n1903-04.\nJULIEN TIERSOT, Chansons populaires recueillies dans les Alpes françaises (Sa-\nvoie et Dauphiné), 1 vol. de XXVIII, xxx et p., Grenoble (Falque et Perrin)\net Moutiers (Ducloz), 1903. Rapport à M. le Ministre de l'lnstruction publique.\nMusique. Illustrations.\nA ces ouvrages édités, nous pouvons ajouter l'annonce de quelques nouveaux\nrecueils en préparation, ébauchant ainsi une bibliographie de l'avenir:\nDans le courant de 1904, un concours ayant été ouvert par la Schola Cantorum\npour la composition de plusieurs recueils de chansons populaires françaises, le\njury (ayant pour président l'auteur de cette bibliographie, et pour secrétaire\nM. Pierre Aubry) a décidé l'impression des recueils suivants, édités par la librai-\nrie Champion, dont le premier est actuellement sous presse :\nChansons populaires du Limousin, par MM. BRANCHET et PLANTADIS ;\nChansons patoises du Périgord, par M. CHAMINADE ;\nChansons populaires recueillies en Lorraine, par MM. SADOULET THIRION ;\nUn recueil breton formé par les envois de MM. GUILLERM et VALLÉE ;\nUn recueil de 1 Ouest formé avec des chansons prises dans les envois de\nMM. GRELAUD, SOREAU, PITROU, TETUEL, GUILLOT, RAULIN et TESTARD ;\nUn îecueil du Nord avec le recueil de M. LALISSE comme principale base, et\nquelques additions empruntées aux envois de MM. Pierre CAMUS et A. DEMONT.\nNOUS croyons enfin pouvoir annoncer encore la publication très prochaine\ndun important recueil de chansons populaires du Nivernais, recueillies par\nM. Ach. MILLIEN, avec musique notée par M. PÉNAVAIRE, ouvrage attendu\ndepuis longtemps, et dont quelques spécimens avaient paru dans des revues\nspéciales (Revue du Nivernais, Revue des traditions populaires, etc.)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "623", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.39", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nNous n'avons compris dans l'énumération ci-dessus que les ouvrages de carac-\ntère spécialement documentaire, où la mélodie populaire est présentée dans sa\nnudité primitive, c'est-à-dire sans accompagnement ou, parfois, avec des\naccompagnements de piano que nous tenons volontiers pour négligeables et\nparfois même importuns. Mais il est quelques recueils de chansons populaires\nauxquels des musiciens, suffisamment qualifiés pour cette entreprise, ont voulu,\nsans rien leur retirer de leur valeur exacte, donner en même temps un caractère\nd art en revêtant les mélodies d harmonies destinées à en mieux mettre en valeur\nles contours Nous groupons ci-après les quelques recueils qui rentrent dans\ncette catégorie spécialement musicale :\nPASCAL LAMAZOU, Chants Pyrénéens (Béarnais, Basques, des Pyrénées-Orien-\ntales), accompagnements de piano par AUBER, FÉLICIEN DAVID, GOUNOD, LACOME\n(auteur de la préface), J. MASSENET, REBER, WECKERLIN, etc., Paris, Pau,\nRayonne, 1869; 2e édition, 1874.\nL.-A Bo URGAULT-DUCOUDRAY, Trente mélodies populaires de Basse Bretagne,\nrecueillies et harmonisées, traduction par FR. COPPÉE, Paris (Lemoine), 1885.\nJULIEN TIERSOT, Mélodies populaires des provinces de France, recueillies et har-\nmonisées. 3 séries (les 2 premières de 10 chansons, la 3e de 20). Paris (Heugel),\ns, d.\nDu même : Noëls français (20 numéros), Paris Heugel).\nDu même : Chants de la vieille France, mélodies et chansons du XIIIE au\nx VIIF siècle, Paris (Heugel). Comprend, à côté de chansons non populaires, des\nchansons populaires tirées de recueils manuscrits ou imprimés des xv% xvie et\nxvne siècles.\nLes plus jolies chansons du pays de France, choisies par CATULLE MENDÈS, notées\n(c'est-à-dire harmonisées) par EAUVIANUEL CIIABRIER et ARMAND COUZIEN (Pion),\ns. d. [lßß9].\nEDOUARD MOULLÉ, Cinquante chants populaires recueillis dans la Haute-Nor-\nmandie, Paris (Moullé), 1890.\nVINCENT D'INDY, Chansons populaires du Vivarais, Paris (Durand), s. d.\nComme œuvre de vulgarisation, mentionnons :\nChants populaires pour les Ecoles, poésies de MAURICE BOUCHOR, mélodies\nrecueillies (et harmonisées) par JULIEN TIERSOT (Hachette); 2 séries (1895 et\nsuiv.); une 3e en préparation.\nPÉRIODIQUES.\nMélusine, I, 1877; volumes suivants, 1884-1900. La première année comprend\nun certain nombre de chansons notées ; MM. Gevaerl et Bourgault-Ducoudray\nont donné quelque temps leurs soins à cette partie de la rédaction. Les volumes\nsuivants ont publié, notamment, des chansons de marins, et quelques séries de\nchansons de la Basse-Bretagne.\nRevue des traditions populaires, 1886 et suiv. La chanson populaire a tenu une\nlarge place dans ce périodique pendant les dix premières années environ de son\nexistence, par suite de la collaboration assidue cle l'auteur de cette bibliographie,\nqui non seulement y a fait un grand nombre de communications signées de son\nnom, mais encore y a noté les mélodies d'un grand nombre de chansons sous la\ndictée de MM. Gaston Paris, Hersart de la Villemarqué, de Quatrefages,"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "624", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.40", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE\n\nE. Hamy, Paul Sébillot, Gabriel Vicaire, Ortoli, Louis Farges, D 1 Janvier,\nd'Haïti, etc. D'autres chansons populaires, avec musique, y ont été publiées par\nMme Pauline Viardot, MM. Bourgault-Ducoudray, Vincent d'lndy, Ch. Bordes,\nCh. Lecoq, De Sivry, Fourcaud, Quellien, etc.\nLa Tradition, 1887 et suiv.\nRomani a, 1872, et suiv. Quelques textes de chansons populaires ont été publiés\ndans cette revue, notamment par M. Victor Smith : Chansons populaires du\nVelay et du Forez (1872-1881), et par M. E. Legrand, Chansons populaires\nrecueillies à Fontenay-le-Mannion [Calvados), 1881. Pas une note de musique.\nRevue savoisienne : Recherches sur les poésies en dialecte savoyard, par A Des-\npine, 1864 suiv.; Chansons populaires de la Haute-Savoie, par Ritz, 1896 et\nsuiv. Musique.\nSociété de géographie de 1 Ain (Bulletins), 1885 : Chants populaires et Le Pa-\ntois bressan, parCh.Janin. Textes de chansons ; pas de musique.\nMémoires de la Société d'Emulation de Montbéliard, 1897 : Vieilles chansons du\npays de Montbéliard, par J. Viénot. Musique.\nLa Tradition en Poitou et Charentes, 1897. —Noël, la chanson, la danse, par\nMM. Aug. Gaud, S. Trébucq, Léo Desaivre. Quelques airs notés.\nLa Tradition au Pays Basque, 1899. —Webster, Les pastorales basques; Salla-\nberry, Les mascarades souletines, avec airs notés; Charles Bordes, La musique\nj o fui aire des Basques, 54 chansons avec musique.\nEtudes romanes dédiées à Gaston Paris, 1890. Couraye du Parc, Chants\npopulaires de la Basse-Normandie.\nETUDES SUR LA CHANSON POPULAIRE FRANÇAISE.\nBOTTÉE DE TOULMON, De la chanson musicale en France au moyen âge, 1 bro-\nchure de 20 p. (Crapelet), 1836. Musique.\nLE ROUX DE LINCY, Recueil de chants historiques français, 2 vol., 1842. Peu\nde chansons populaires proprement dites ; pas de musique.\nJ.-B. WECKERLIN, Opuscules sur la chanson populaire et la musique : Fêtes et\nchansons populaires du printemps et de l'été; La chanson de Jean de Nivelle, etc.,\nParis, 1874. Musique.\nANATOLE LOQUIN, Les mélodies populaires de la France, paroles, musique et\nhistoire. Paris, Bordeaux et Orléans, 1879. Cet ouvrage contient peu d'articles\nqui soient relatifs àla véritable chanson populaire. M. A. Loquin a publié\nen outre dans Mèlusine, II et suiv., une série d'articles sous le titre : Notes et\nnotules sur la chanson populaire.\nW. SCHEFFLER, Die franzôsische Volksdichtung und Sage, 2 vol., Leipzig,\n1885. Musique.\nJ.-B. WECKERLIN, La chanson populaire, Paris (Didot), 1886. Musique.\nJULIEN TIERSOT, Histoire de la chanson populaire en France, Paris Pion),\n1889. xMusique.\nALFRED JEANROY, Les origines de la poésie lyrique en France au moyen âge,\nParis (Hachette), 1889. Ne touche que par quelques points à la chanson popu-\nlaire. Pas de musique.\nGASTON PARIS, Les chants populaires du Piémont (d'après les Canti popolari\ndel Piemonte publicati da Costantino Aigra), extrait du Journal des Savants, 1890."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "625", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.41", "texte": "CONCERTS\n\nGASTON PARIS, Les origines de la poésie lyrique en France au moyen âge (d'après\nle livre de M. A. Jeanroy, ci-dessus), extrait du Journal des Savants, 1892.\nJULIEN TIERSOT, Les types mélodiques dans la chanson populaire française,\nextrait de la Revue des traditions populaires (Sagot, Lechevalier), 1894. Musique.\nDu même : Sur le Jeu de Robin et Marion d'Adam de la Halle (Fischbacher),\n1897.\nJ -~8. WECKERLIN, Chansons populaires du pays de France, avec notices et ac-\ncompagnements de piano. 2 vol. (Heugel), 1903. Musique.\nGEORGE DONCIEUX, Le Romancero populaire de la France, textes critiques avec\nun avant-propos et un index musical par JULIEN TIERSOT, Paris (Bouillon), 1904.\n\nJULIEN TIERSOT.\n\nConcerts.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE. —27 novembre.\nL. L.\n— La Symphonie en la de Beetho-\nven est jouée avec de bons mouvements,\nsauf que 1allegretto se ralentit un peu à\nla reprise ; dans le finale, j'entends mal\nle trait des violons, qui est le motifprinci-\npal, pris entre les contrebasses et les trom -\npettes ; il y a là des sonorités à modérer.\nUn air admirable de la Cantate pour tous\nles temps de Bach, où la voix de soprano\nse marie au hautbois, et le duo mystique\nde la même Cantate sont chantés par\nMllc Mary GarnieretM. Clark sans précision, sans sûreté, sans aucun senti-\nment de la ligne mélodique. Le public applaudit à peine ;il est vrai que le même\npublic accoide quatre rappels àM. Jacques Thibaud, et quelques maigres\napplaudissements aux fragments de Gwendoline de Chabrier. Non, je ne vais pas\nmettre Chabrier au-dessus de Mozart, ces classements ne signifient rien d'ail-\nleurs. Mais ce Concerto en mi bémol, gracieux et mièvre, joué avec grâce et\nmièvrerie, méritait-il un tel enthousiasme ? Quant à moi, jene l'ai point partagé; et\ncette manie de jouer trop haut de presque un quart de ton, pour mieux ressortir,\na quelque chose d'offensant pour nos oreilles, que le public n'a point paru sen-\ntir. J'aurais compris qu'après avoir donné àla virtuosité sa légitime récompense,\non fût ému par la musique de Chabrier, si riche en mélodies expressives et\nsimples, si vivante, et si colorée qu'elle ressemble à l'un de ces tableaux mo-\ndernes, où le blanc, le gris et le noir sont des couleurs encore. Car ceci, enfin,\nc'est notre art, qui répond à nos manières de voir, d'entendre et de sentir. Et,\navec ses défauts, il a une telle puissance, que l Ouverture d'Obéron m'a fait\nl'effet, par comparaison, d'une vieille gravure allemande, au dessin un peu mou\net aux couleurs passées.\n\nCONCERTS CIIEVILLARD. — 27 novembre.\n\n— M. Chevillard dirige admirable-\nment et par cœur la deuxième Symphonie de Schumann. Je suis sûr que, comme"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "626", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.42", "texte": "CONCERTS\n\nmoi, il aime beaucoup cette œuvre, où les élans d un cœut aident et encoiejeune\nrépondent aux tristes mélancolies d'un corps malade et déjà vieux. La calme\nintroduction, où le quatuor se déroule triste et monotone sous de douces tenues\nde trompette, a été particulièrement bien interprétée. Après ces pages pleines de\nvie, de vraie vie vécue, nous avons écouté les Impressions pyrénéennes de\nM. Coquard. Ceci doit être, je pense, l'expression des « impressions » ressenties\npar hauteur dans les Pyrénées ; je m'étonne alors qu'il ait eu l'idée d'une marche\nfunèbre en se trouvant dans cet endroit grandiose auquel la légende a donné le\nnom de « brèche de Roland ». Ce n'est certes pas là une impression de nature.\nLe n° 2 est un solo de clarinette, et le n° 3 ne nous a pas donné en rythmes et en\ntimbres tout ce que semblait nous promettre une « danse », si près du pays\nbasque et de l'Espagne Mais l'événement attendu de ce concert était la\npremière audition du Conte féerique de M. Rimsky-Korsakow. Le maître russe\ntient ce « conte » d'un chat qui est (( suspendu à un arbre par une chaîne d or »\net qui « rôde à l'entour nuit et jour : quand il va à droite, il fredonne une\nchanson ; à gauche, il raconte une histoire ». Et cela, dans un pays fantastique\noù (( il y a des prodiges» et où les symboles les plus cabalistiques se trouvent\nréunis. Donc, le chat raconte son histoire : c'est d'abord sombre et mystérieux...\npays inconnu et profond... (le chat doit être assis sur son derrière, le corps en\nboule ; il regarde fixement de ses yeux glauques). Mais bientôt tout s'anime, et\nnous (( voyons » apparaître les animaux les plus étranges, les êtres les plus\nimpossibles ; ce sont les personnages du conte. La flore devient grotesque et\nfantastique. Il y a un moment de bataille... (je vois le chatseredresseretonduler\nson dos souple)... puis, viennent des accents de terreur ; puis, des rires d'oiseaux\ninconnus, des hurlements d'esprits rapaces... : toute une vie féerique enfin. Je\nn'ai jamais entendu narrer d histoire plus captivante, plus effrayante.\nM. Rimsky-Korsakow, en nous la rapportant fidèlement, nous force à croire que\ncertains chats sont passés maîtres en l'art de manier l'orchestre. Et le plus\nagréable en cela est que le souci de description (si j'ose dire !) n'a pas empêché\nl'expression.\nMme Lilian Blauvelt chante en bonne virtuose.\nSieg/ried-idyll et l'ouverture d'Euryanthe terminaient cet intéressant concert.\n\nG LOTH.\n\nCONCERTS COLONNE. — 27 novembre.\nAMÉDÉE LEMOINE.\n— M. Pierné est décidément en train\nde devenir un des meilleurs capellmeister et nous applaudissons à son succès.\nIl a magnifiquement conduit la Symphonie n° 5 de Beethoven et le Phaéton de\nM. Saint-Saëns ; il nous a donné de nouvelles raisons d admirer Beethoven, par\nson art de tirer d'une œuvre tout ce qu'elle peut contenir, par l'intensité de pathé-\ntique qu il sait en dégager ; j'ai particulièrement goûté la fermeté du rythme,\nla belle et puissante sonorité, la majesté et la noblesse du style dans le finale.\nire audition du Prélude, Choral et fugue de César Franck, chaleureuse ova-\ntion à M. Pierné, qui a en fait l'orchestration avec bien du talent. L'effet du\nchoial est giand, avec son chant de trompette, piano, dont chaque note est\namenée par un arpège de harpe, puis repris fortissimo par les trombones : le\nprélude m'a moins plu ; quant à la fugue, hélas ! les difficultés y abondent et\nl'ensemble m'a paru un peu confus.\n\n4 décembre.\n\nAudition intégrale de la Cantate pour tous les temps, de Bach."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "627", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.43", "texte": "CONCERTS\n\nLa partie vocale était un peu insuffisante (ténor et contralto) ;la difficulté de\nchanter convenablement ces airs écrasants est la meilleure des excuses. La\nscience et 1 inspiration de cette vieille musique sont surprenantes.\nM. Pierné a donné de la Symphonie pastorale une exécution très personnelle,\nparticulièrement dans 1 allegro du commencement, qu'il a pris dans un mouve-\nment plus lent que la plupart des chefs d'orchestre, et dans l'allégro de la danse\ndes paysans, où la lourdeur du rythme et la rusticité du thème sont si caractéris-\ntiques ; 1 orage a été admirablement rendu. Cette symphonie, la plus calme, la\nmoins dramatique d entre les grandes symphonies du maître, est, je ne sais\npourquoi, celle peut être qui m'empoigne le plus : elle laisse l'auditeur rêver\nà son aise et se livrer délicieusement aux impressions les plus vagues ; mais\nces impressions, quand elles viennent de Beethoven, sont profondes. Cette\nsymphonie, qui sait être pittoresque, est éminemment subjective et suggestive.\nLe 2e Concerto de Saint-Saëns a été très bien joué par un jeune pianiste de\ngrand talent, M. Victor Staub : l'auditoire, ému par une protestation solitaire\nmais bruyante, a couvert de ses bravos le gêneur qui n'aime pas le concerto.\nM. Staub a eu 1 intelligence de prendre pour lui les applaudissements qui lui\nétaient en effet destinés.\n\nAMÉDÉE LEMOINE.\n\nCONCERTS ALFRED CORTOT. Ier décembre.\nL. L\n-- Une nouvelle Société de Con-\ncerts nous est née, et son existence se justifie assez par les œuvres de Balakirev,\nMagnard, Moussorgsky, Debussy. Dukas et d Indy qu'elle promet de nous faire\nconnaître ou réentendre. L'Hymne à la Justice, d'Albéric Magnard, inaugure\nfort bien cette série : c'est de belle et généreuse musiqu e, où s'opposent ferme-\nment deux motifs, l'un de violence et d'oppression, l'autre de douceur et de ten -\ndresse ;et peu à peu le second domine et triomphe, aux appels des cors et des\ntrompettes, au frémissement des violons et des flûtes : le tout fort clair et solide ;\nje reviendrai bientôt sur cette œuvre, en même temps que sur la ye Symphonie\ndu même auteur. Les expressions de douceur et de tendresse, dont je me suis\nservi, ne répondent guère au titre. Telle est cependant mon interprétation :je\nsais que la Justice résume en elle toute douceur et toute tendresse, dans une cer-\ntaine religion à laquelle je n'appartiens pas; je ne puis comprendre qu'à ma\nfaçon. Ceci dit, pour éviter tout malentendu, et aussi pour montrer qu'une belle\nœuvre a toujours plus d'un sens.\nLe Poème de /'amour et de la Mer, de Chausson, entendu pour la première\nfois à la Société Nationale en avril 1893, est une œuvre délicate et poétique,\nencore teintée de wagnérisme par endroits. La voix de Mme Georgette Leblanc\nest l'une des plus désagréables que je connaisse, et son style n'est pas d'une\nmusicienne. Je n'ai que des éloges à faire de l'interprétation émue, soutenue,\nreligieuse, de Y Enchantement du Vendredi Saint de Parsifal et de la Symphonie\nsur Faust de Liszt, où l'on trouve des inspirations sublimes, à côté de longueurs\ninsupportables. Commencé à 9 heures, le concert finissait à minuit moins dix.\nC'est beaucoup, beaucoup de musique,et M. Cortot fera bien, à l'avenir, de nous\ndonner moins bonne mesure L'orchestre n'est pas encore parfait [un accident\nà noter dans le Poème de Chausson), mais se fera, nous 1 espérons.\n\nVERSAILLES. - 24 novembre.\n\nLe concert organisé par Y Association des\nArtistes musiciens (fondation Taylorj avait attiré un nombreux et élégant public\ndans la chapelle du château de Versailles. Les interprètes étaient, pour la partie"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "628", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.44", "texte": "CONCERTS\n\nvocale, Mmcs Lacarrière et Sulzbach, MM. Le Lubez et de Gabriac, pour la par-\ntie instrumentale, la Société La Couperin, fondée et dirigée par M. E. de Bric-\nq ueville. Cette Société a pour objet l'exécution delà musique ancienne sur des\ninstruments anciens authentiques; elle date de juin dernier, et se compose\npresque exclusivement d'amateurs. Mais elle est déjà capable de donner des\ni nterprétations sans reproche et profondément musicales. Cet air de Luili pour\npardessus de viole et théorbes a paru d'une beauté sobre et nette, majestueuse\net un peu nue, comme l'architecture de l'époque ; et c'était un charmant tableau,\nque ces quatre jeunes filles attentives à bien manier les antiques et gracieux\nin struments. Rameau était représenté par un air où la viole d amour soutenait\nd'accords pleins et serrés une mélodie émue. Un délicieux Andante pour viole\nd'amour, de Milandre, une amusante Sonatine de Spazmacher pour dessus de\nhautbois, une Sonate d église de Corelli pour quinton, orchestre et orgue, et\ndeux sonates de Haendel, l une pour flûte, l'autre pour viole de gambe, d'une\nbeauté aisée et puissante, complétaient le programme instrumental. J'ai trouvé\nun grand chaime à l'exécution de ces œuvres, que nous avons pu entendre\nenfin dans la sonorité voulue par leurs auteurs : une sonorité un peu voilée et\nmélancolique, sans rien du bril'ant et du mordant de nos violons et de nos\nvioloncelles ; je songe à ces concerts de musique hindoue, décrits par Pierre\nLoti dans un de ses derniers livres, concerts que l'on croirait faits de bruisse-\nments d'ailes et de frôlement d'ombres. Nos ancêtres étaient encore un peu\nHindous; leur oreille, que n'avaient point gâtée les tumultes du grand orchestre,\nsavait goûter une musique discrète et raffinée, qui aujourd'hui encore, après\nun premier effort d'attention, nous enchante et nous repose.\nDeux \"pièces d orgue, de Couperin et d'Albrechtsberger, ont été bien exécutées,\nmais sur un instrument moderne. J'ai moins d éloges à faire pour la partie\nvocale : il m'a que Bach, Couperin ou Clérambault étaient mal com-\npris. prenaient des airs de théâtre qui ne leur conviennent guère. Et je ne\npuis que protester contre 1 arrangement pour quatuor vocal et orgue du Tantum\nergo de Thoinot-Arbeau.\nEspérons réentendre bientôt La Couperin.\n\nL. L.\n\nSCHOLA CANTORUM. 25 novembre.\n\nCe deuxième acte de Castor et Polltix\nest charmant, et fait le plus heureux contraste avec les scènes funèbres ou dra-\nmatiques qui le précèdent. Pollux, entouré par les Grâces et les Plaisirs, comme\nParsifal au milieu des Filles-Fleurs, résiste aux charmes qui l'enveloppent ;\nmais ce sont des charmes selon le goût du xvme siècle, d une coquetterie exquise\net fuyante, et légèrement attendrie; la musique est, ici comme dans le premier\nacte, et dans presque tout Rameau, d'une originalité saisissante, et sans affecta-\ntion cependant. M. d'lndy a conduit l'orchestre avec beaucoup de vigueur et de\nprécision ; une ou deux fois seulement j'ai trouvé le mouvement un peu rapide.\nIl faut louer beaucoup Mlles Legrand et Pirronet, et un peu moins les chanteurs.\nQuant aux chœurs, ils m'ont paru beaucoup meilleurs que précédemment.\nM. Debroux nous a fait entendre, à ce même concert, une Sonate et un Con-\ncerto de Ledair, œuvres admirables, qui pour la profondeur des pensées et la\nsolidité de la construction font songer à Bach lui-même. Les difficultés y abon-\ndent, mais elles ne comptent pas pour 1 éminent artiste, qui joint à une technique\nincomparable une largeur de son et une pureté de style inconnues à plus d'un de"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "629", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.45", "texte": "CONCERTS\n\nses émules. M. Debroux est un modeste et un convaincu ;il s'est voué exclusi-\nvement à ces œuvres anciennes, qu il admire et veut faire reconnaître. On ne\nsait pas assez que c'est un violoniste de tout premier ordre, l'égal des Sarasate\net des J. Thibaud.\n\nL. L.\n\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE. — 29 novembre. — Ce fut une vraie joie d'en-\ntendre le Quatuor Russe, au jeu fin, souple et spirituel. Peut-être aurait-on pu\nsouhaiter par endroits plus d'énergie et de chaleur dans les forte, mais, à cette\npetite réserve près, on ne peut que louer pleinement.\nAprès un quatuor de Mozart, les excellents artistes exécutèrent le premier\nquatuor, en la majeur, de Borodine, œuvre merveilleuse tant par la variété des\ndéveloppements et la puissance des moyens d'expression que par la nouveauté et\nla perfection de l'écriture, et qu'on voudrait, avec le quatuor en du même\nauteur, voir figurer au répertoire de tous nos groupes d'instrumentistes.\nQuant aux Novelettes (op. 15) de M. Glazounow, bien qu'elles datent de la\npériode pendant laquelle ce compositeur manifesta le plus librement ses remar-\nquables qualités, elles n'offrent qu'un intérêt médiocre, et se recommandent sur-\ntout d'une fort grande élégance d'écriture. Sauf peut-être la troisième (interlu-\ndium in modo antiquo),elles restent extrêmement superficielles.\nM\"E Bréval, après nous avoir donné une interprétation assez inexpressive de la\nMarguerite au Rouet de Schubert a chanté avec un art infini et une grande\nintensité de sentiment la Chevelure, puis la Flûte de Pan de M. Debussy.\n\nRÉCITALS.\nM.-D. CALVOCORESSI.\n— La première séance donnée par Mme Olénine d Alheim fut con-\nsacrée aux œuvres de Schubert et de Moussorgski. J'aime l'interprétation ingé-\nnument passionnée, mobile et intelligente que la cantatrice nous donna de la\nBelle Meunière ; et pourtant je me demande si cette œuvre, dont le sentiment est\nsi franchement mélodique, ne devrait pas, afin qu'en ressortît mieux le caractère\ntrès profondément germanique, et par conséquent lyrique avant tout, être, non\npas mieux chantée, mais plus chantée Quant aux admirables pages de Mous-\nsorgski, du génial musicien dont elle est la seule ou à peu près à faire enten-\ndre les œuvres en France, je ne connais personne qui puisse, mieux que\nMmG Olénine, en exprimer toute la profondeur, toute la diversité, toute la pas-\nsion. Et, pour sa foi opiniâtre comme pour son magnifique talent d'interprète,\nelle mérite les plus grands, les plus complets éloges.\nJe regrette que le manque de place m'empêche de parler ici à loisir des deux\ntrès intéressantes soirées données salle vEolian par Mme Panthèset M.Johannès\nWolff, qui exécutèrent des sonates (piano et violon) de Mozart, de Beethoven,\nde MM. Gabriel F auré, Grieg, Richard Strauss et Théodore Dubois.\n\nCOMPIÈGNE. 20 novembre. Concert de musique instrumentale et vocale\norganisé par la section de propagande de la Schola Cantorum avec le concours\ndes Chanteurs de Saint-Ger vais) de Mllîe Camille Fourrier, de Mlle Blanche Selva\net de M. Henri Casadesus. Très intéressant programme de musique ancienne\net moderne. Salle archicomble et des plus élégantes. On a particulièrement\napplaudi Prélude, Choral et Fugue de C. Franck, magistralement exécuté par\nMlle Selva, et plusieurs mélodies de A. Debussy interprétées par Mme C. Four-\nrier avec l'art d'expression si juste et si profonde qu'on lui connaît."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "630", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.46", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nCorrespondance\n\nAppuldurcombe House, Wroxall, Isle of YVight.\n19 octob*e 1904.\nMonsieur le Rédacteur en chef,\nLe numéro du 15 octobre de la Revue musicale, en annonçant d'une manière\ngracieuse le dernier fascicule de la Paléographie musicale, a cependant commis\nune erreur telle que je la dois relever. L'auteur de cet entrefilet ne signe pas, ce\nqui me met fart à l'aise.\nJe le cite : « A signaler dans la première page de cette feuille (l'avant-dernière,\nen phototypie, du manuscrit de Montpellier; la notation bizarre des mots Eripe\nme Domine :\n((Dans une édition de plain-chant, on sacrifierait sans remords quelques-unes\nde ces notes »\nEn effet, cette suite dénotés ainsi disposées est assez ridicule ; mais le manus-\ncrit de Montpellier ne donne ni la suite des notes, ni leur groupement, c'est-à-\n-dire ni la mélodie ni le rythme, tels que l'indique la transcription ci-dessus. La\ntraduction, sur lignes, des neumes in campo aperto était cependant facile, puisque\nla notation alphabétique se trouve au-dessous de chaque signe neumatique.\nVoici ce qu'elle nous donne :\nFelle est la restitution des notes et de leur groupement. Le codex de Montpel-\nlier est, sur ces deux points, d'accord avec les meilleurs manuscrits ; car il ne\nfaut pas se borner à l'étude d'un seul document pour la restitution d'une mélodie\nantique.\nCe n est pas tout ; il faut ajouter les retards de la voix morce vocis, exigés\nsur la dernière note de certains groupes par les lois rythmiques grégoriennes\nque je crois inopportun d'exposer ici.\nEn conséquence, l'établissement complet de ce texte musical serait le suivant :\nCe membre de phrase, ainsi restitué, au lieu de n'être qu'une suite désordo n-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "631", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.47", "texte": "INFORMATIONS\n\nnée de notes, se divise en trois incises de six notes chacune, reliées entre elles\npar un léger crescendo qui atteint son maximum sur l'accent principal du second\nmembre {\\tja du porrectus), seconde protase de cette phrase ; car après ces deux\npremiers kola, en vient un troisième qui sert d'apodose.\nVeuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en chef, l'expression de mes senti-\nments les plus distingués.\n\nAndré MOCQUEREAU, O. S. B.\n\nInformations.\n\nSORBONNE.\nJULES COMBARIEU.\nLe mardi 6 décembre, devant M. A. Croiset, doyen de la Faculté\ndes Lettres, MM. Hauvette, Girard, Fougères etPuech, professeurs de littérature\ngrecque, et M. Romain Rolland, chargé d'un cours complémentaire de l'histoire\nde Tart ;M. Louis Laloy, rédacteur en chef de la Revue musicale, a soutenu ses\ndeux thèses pour le doctorat ès lettres : Aristoxène de Tarente et la musique dans\nVantiquité et Lexique de la langue dAristoxène (1). Je ne suis nullement gêné pour\ndire ici 1 impression rare qu'a laissée à tout le monde cette double épreuve. Ancien\nélève de l'Ecole normale supérieure et de 1 Ecole des Hautes Etudes, agrégé des\nLettres, élève de Vincent d'lndy pour le contrepoint, et, de plus, mathémati-\ncien, M. Laloy réunissait un ensemble de qualités qui n'ont été jamais associées\nchez un seul homme; et son succès a été très grand. Il a prouvé que les Grecs\navaient été incapables de faire une théorie mathématique de l'art musical (bien\nque cette théorie les ait toujours obsédés), et que d'ailleurs, l'entreprise était\nvaine. C'était là le point principal de son travail. M. Laloy a soustrait la musique\nà la tyrannie des nombres ; mais il l'a fait en parfaite connaissance de cause.\nOn n'a pas relevé dans son livre une seule erreur matérielle, et un de ses juges\nles plus autorisés est allé jusqu'à dire qu'il aimait mieux « être son élève que\nson contradicteur )). Dans la discussion, xM. Laloy a montré, avec une compé-\ntence exceptionnelle, une bonne grâce charmante, une parole très élégante et\nfacile, un savoir aimable et socratique. C'est un Maître, dans toute la force du\nterme. La Faculté lui a décerné le titre de docteur avec la plus haute mention\ndont elle disposât, et le public nombreux qui avait assisté à la soutenance a\nunanimement ratifié cette heureuse conclusion.\nM. Romain Rolland, chargé d'un cours d'histoire de la musique à la\nFaculté des Lettres, a pris pour sujet d'étude, cette année : Gluck, ses précur-\nseurs et 1 Europe musicale de son temps. Le cours a lieu à la Sorbonne, le jeudi, à\n4h. 1/2. La leçon d'ouverture a été faite le 15 novembre dernier.\nC'est le 19 décembre, à 4 h. 1/2, qu'aura lieu l'ouverture du cours de\nM. Combarieu au Collège de France (Histoire de la musique).\nLa section de musique de l'Ecole des Hautes Etudes Sociales, 16, rue de la\nSorbonne, a repris ses cours et conférences.\nLes lundis, à 4 h. 1/4, suite de cours sur 1 histoire de la musique par MM. Gas-\ntoué, Pierre xAubry, Pirro, Jean Chantavoine, Louis Laloy.\n\n(i) L'ouvrage est en vente àla Société française de Librairie, 15, rue de Cluny."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "632", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19041215-01.1.48", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Libràirie.\n\nLesjeudis, à 8 h. 3/4 du soir, auditions de musique ancienne, avec conférences\nde MM. Vincent d'lndy, Henry Expert, Julien Tiersot, Paul Landormy, F. de La-\ncerda, Hellouin, Jean Chantavoine, Calvocoressi, Louis Laloy, Pirro, Romain\nRolland.\nLa Société musicale de la Sorbonne donneia, le 18 décembre, à 2 heures,\nsa seconde audition, sous la direction de M. P. de Saunières. Au programme :\nle Cantique de V Avent, de Schumann, et Y Oratorio de Noël, de Saint-Saëns.\n—Le samedi 17 décembre, à 9 h. précises, aura lieu, salle Cavaillé-Coll-\nMutin. 15, avenue du Maine, un concert d'orgue donné par M. Adam Ore, orga-\nniste de Riga (Russie), avec le concours de Mlle Lita de Klint et de M. Richard\nHammer.\n\nCONCERTS DE LA SALLE PLEYEL. I. Grande salle : le 16, M. E. Soro ; le 21,\nMlle G. Steiger ; le 22, M. René Jullien; le 28, Mlle Vovard Simon ;le 29,\nM. Éd. Risler. —\\\\. Salle des Quatuors :le 15, Mlle H. Collin ;le 16, M. Ch. Bou-\nvet ; le 18 après-midi, M. P. Hérard.\n\nLe numéro du /er janvier 1 gos contiendra la leçon d'ouverture du Cours de\nM. Combarieu au Collège de France, et le début du Cours élémentaire d'har-\nmonie et de contrepoint écrit spécialement par M. Sérieyx pour la Revue\nmusicale, selon le vœu d'un grand nombre de nos lecteurs. Ce numéro paraîtra\navant les fêtes de Noël. Le numéro du 15 janvier contiendra une étude de\nM. Calvocoressi sur Elgar\\ le compositeur anglais dont une œuvre va être\njouée aux Concerts Chevillard. Un 2e numéro sur la chanson populaire\n(Etranger) paraîtra le i 5 février igos."}]}