{"numero_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_sha256": "9afa6700493a077b51ac879e5eb7d6b0b7967e3724df105628b87dc9aa576e72", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1905/01/01_01/bmtnabj_1905-01-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1905/01/01_01/bmtnabj_1905-01-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "2", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.1", "titre_corps": "J.-B. LULLI (1633-1687)", "titre_sommaire": "J.-B. LULLI (1633-1687)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "J.-B. LULLI (1633-1687)\nJean-Baptiste Lulli, né à Florence, fut amené à Paris en 1646, par le che-\nvalier de Guise, et entra au service de A/lle de Montpensier. Il apprit la\nmusique avec Metru, Roberdet et Gigault, organistes de Saint-Nicolas-des-\nChamps, e/ entra dans la bande des grands violons du roi. En 1672, il se fit\nattribuer le privilège accordé en 166g à Perrin et Cambertpour la fondation\nd'une Académie dé opéra, et devint surintendant de la musique du roi. Le pre-\nmier opéra de Lulli, les Festes de l'Amour et de Bacchus, fut représenté le\n15 novembre 1672. Molière, Benserade et Quinault avaient écrit les paroles.\nPlus tard, Quinault devint le librettiste attitré de Lulli. Leurs opéras eurent le\n1dus grand succès, et répondaient bien au goût ie l'époque, solennel et galant\nà la fois. Lulli d'ailleurs était un musicien de race; son inspiration est\nnoble, son style très pur ; et il peint avec une délicatesse presque racinienne\nles nuances du sentiment."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "3", "page_fin": "23", "image_debut": 3, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.2", "titre_corps": "COURS D'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "COURS D'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "COURS D'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE\nAVANT-PROPOS.\nLeçon d'ouverture, faite le 1 g décembre , Collège de ,\npar M. Jules ,\ndocteur es lettres, Directeur de Revue musicale.\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nPour la première fois, aujourd'hui, l'Histoire générale de l'art musical\nest officiellement introduite dans renseignement supérieur et vient\noccuper une place dans cette illustre maison, à côté des plus belles\nétudes traditionnelles. Je me propose de vous dire les raisons princi-\npales, — raisons d'ordre artistique et scientifique, raisons d'ordre social\naussi, — qui justifient cette innovation. Auparavant, j'ai à m'acquitte!'\nd'un très agréable devoir, en offrant un hommage de gratitude à\nM. Chaumié, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, à\nM. l'Administrateur du Collège de France, et au musicien éclairé sans\nla libéralité duquel je n'aurais pas en ce moment l'honneur de vous\nentretenir. Il y a des remerciements dont il serait superflu de prouver\nla sincérité. Permettez-moi cependant de rappeler quelques souvenirs\npersonnels. En 1894, dans une thèse de doctorat qui eut au moins le\nmérite d'inaugurer une série, je formulais les doléances suivantes, ins-\npirées alors par des préoccupations désintéressées :\nPour quelles raisons la musique ne figure-t-elle pas dans les programmes de nos\n« Universités »? A l'autre extrémité de l'Instruction publique, sous une forme très\nspéciale, il est vrai, elle a déjà conquis une place. Depuis la loi du i5 mars i85o,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3372, "texte": "qui mettait le chant (avec la gymnastique) au rang des connaissances que peut com-\nprendre l'enseignement primaire, d'heureuses tentatives de progrès ont été faites.\nL'enseignement secondaire moderne, plus heureux que son frère aîné, a vu récem-\nment son programme s'enrichir aussi de quelques lignes consacrées àla musique»\nMais ces hardiesses tardives sont-elles suffisantes ? Persisterons-nous longtemps à\nconsidérer la musique, en dehors des écoles spéciales, comme chose d'agrément ou\nd'exception, timidement reliée, quand l'occasion s'en présente, à d'autres études qui\nla dominent ?En distribuant ses subventions, — fastueuses d'un côté, nulles de\nl'autre, — l'État voudra-t-il toujours ignorer que, si elle est un art appartenant aux\nartistes, et auquel on peut demander, avec des jouissances raffinées, une parure pour\nnotre orgueil, la musique est aussi une science ? qu'au seul point de vue de son\nhistoire, elle mérite de figurer dans l'éducation nationale au même titre que toutes les\nbranches de la philologie ? et que ce n'est point par la voie primaire ou secondaire\nmoderne qu'il conviendrait de la faire pénétrer dans les études, mais par celle de\nl'Enseignement supérieur, qui doit donner l'impulsion pédagogique à tout le\nreste? Certes, il nous manque bien des choses, en France, au point de vue musical :\nil nous manque une Revue ayant un caractère scientifique, dans le genre de celle qui\nse publie, à Leipzig, sous la direction de MM. Chrysander, Spitta et Adler ; il nous\nmanque l'habitude d'analyser thématiquement les opéras et les symphonies dont\nnous faisons le compte rendu et de montrer clairement leur structure par des cita-\ntions abondantes, en intercalant le plus possible le texte musical dans le texte litté-\nraire ; il nous manque une histoire largement traitée de la musique ; il nous manque\nun dictionnaire dans le genre du Lexicon de Mendel, un répertoire bibliographique\ndes œuvres religieuses et profanes... mais il nous manque surtout, au Collège de\nFrance ou à la Sorbonne, un enseignement historique et théorique de i'art musical\ntel qu'on le donne chez nos voisins (i).\nEn parlant ainsi, j'étais sous l'influence d'un séjour assez prolongé\nen Allemagne où, parmi les enseignements que nous appelons « classi-\nques », j'avais vu et suivi l'enseignement musical donné par un maître de\ngrande autorité. Quand ma pensée se reporte à seize ans en arrière, vers\nun temps de jeunesse et d'apprentissage, je me retrouve dans une salle en\ngradins de l'Université de Berlin qui rappelait les modestes classes de\nnos vieux lycées et dont le seul ornement était un piano droit rarement\nouvert ; je revois la tête à la fois vénérable et douce de Philipp\nSpitta, l'homme d'Allemagne qui connaissait le mieux la vie et les\nœuvres de J.-S. Bach, et qui, très simplement, après avoir accroché\nprès de sa chaire un chapeau mou à larges bords et tiré de sa poche\nun cahier manuscrit, exposait à un groupe d'étudiants cosmopolite\nl'histoire de l'oratorio. Non loin de lui, M. Ernst Gurtius parlait\nde l'art attique, et M. Furtwangler, des vases peints ; M. Vahlen\nexpliquait une comédie d'Aristophane, M. Grimm étudiait la vie de\nGœthe... et cet ensemble harmonieux donnait bien l'impression de ce\nque les Grecs appelaient l'éducation « musicale », celle qui satisfait\n\n(i) Les Rapports de la musique et de la poésie (Alcan édit., 1894, préface)."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "d'une façon complète tous les besoins de l'esprit. A mon retour\nen France, je ne retrouvai pas ce genre de satisfaction. Quand\nj'essayais d'intéresser un de nos maîtres universitaires à ce qui m'in-\ntéressait moi-même, j'obtenais cette réponse invariable : « J'adore\nla musique; mais je suis un profane ! ... » Depuis cette époque, toutes\nles fois que l'occasion s'en est présentée, j'ai demandé que l'histoire\nde l'art musical fût jointe, dans nos Universités, à celle des arts\nplastiques. Je ne comprenais pas que dans une démocratie, le seul\nart populaire n'eût pas encore dans le haut enseignement la place qui\nlui convient, et que ni l'exemple des peuples étrangers, ni les progrès\ndu goût public, ni les exigences évidentes des études historiques ne\nfussent prises en considération. J'aurais mauvaise grâce à insister sur\ndes difficultés qui sont aujourd'hui aplanies ; je me bornerai à rappeler\nles deux objections principales qui m'étaient faites. La première, c'est\nqu'on ne voyait pas très bien comment on pourrait donner satisfaction\nà ce vœu, sans transformer une salle de conférences, nécessairement un\npeu grave, en salle de concert ; la seconde consistait à dire que l'histoire\nmusicale est déjà enseignée au Conservatoire, et qu'il n'y avait pas par\nconséquent de lacune à combler. A la première de ces objections, c'est\nce cours tout entier qui, dans la mesure de mes forces, essaiera de don-\nner une réponse. J'aurai un piano dont je me servirai discrètement\npour préciser mes citations ; un autre instrument, pour faire connaître\ncertaines pièces avec une garantie d'authenticité rigoureuse; un tableau\nnoir avec une portée, et, un peu plus tard, une lampe à lumière oxhy-\ndrique pour projeter, sur la toile, des photographies de monuments ei\nde manuscrits. Cet outillage aura toujours un but scientifique, et ne\ngênera personne. Quant à la seconde objection, je la considérais comme\ninadmissible, pour bien des raisons. Certes, l'histoire de la musique est\nenseignée au Conservatoire par un maître éminent, M. Bourgault-Ducou-\ndray, auquel j'ai tenu à déclarer il y a quelques mois (permettez-moi\ncette parenthèse) que s'il consentait à poser sa candidature pour la\nchaire qu'on voulait créer, je serais heureux de m'effacer derrière lui ( i).\nMais ce qu'on doit faire ici en matière musicale est très différent de ce\nqu'on fait rue du Faubourg-Poissonnière ; c'est quelque chose de moins,\npuisque nous ne cherchons pas à instruire un public de praticiens et\nde virtuoses, et quelque chose de plus, car nous devons nous appliquer\ndavantage à la théorie, aux questions d'origine, à la discussion des\nsystèmes, à l'histoire proprement dite, en un mot à la philosophie de\n\n(i) Déclaration que j'ai renouvelée à M. Pierre Aubry, auteur de si remarquables\ntravaux sur la musique du moyen âge."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "la musique. D'ailleurs, n'avons-nous pas vu certains enseignements\ndonnés en même temps à la Sorbonne, à l'Ecole normale, à l'Ecole des\nHautes Etudes, à l'Ecole des Chartes ?\nEn 1901, M. le Ministre de l'Instruction publique se montra sensible\nà ces arguments ', comme suite à une série de mesures libérales qu'il\navait déjà prises en faveur des Beaux-Arts, telles que l'admission des\nfemmes au grand concours de composition, le nouveau règlement de\nl'Ecole française de Rome, la création d'Ecoles d'architecture dans nos\nprovinces, il voulut ajouter une annexe à la chaire d'esthétique et\nd'histoire de l'art créée au Collège de France par le décret du 26 mars\n1878, et successivement occupée par des maîtres tels que Charles Blanc,\nM. Guillaume, M. Lafenestre. Mais l'état des finances publiques, qui\nétait celui d'un convalescent ayant besoin de ménagements, ne lui\npermit pas de réaliser son dessein c'est alors que l'initiative privée\nvint à l'aide de l'initiative officielle.\nMessieurs, l'amateur éclairé qui, comme contribution au développe-\nment d'un art ou d'une science, apporte son goût, sa sympathie\nréfléchie, et des encouragements pratiques, rend à son pays des services\naussi précieux que l'artiste ou le savant de profession ; et il double la\nreconnaissance, quand, par un scrupule dont l'amitié voudrait s'af-\nfranchir, il nous impose l'obligation de réduire les hommages qui lui\nsont dus à une discrète allusion...\nUn dernier mot, Messieurs, pour terminer ce préambule. Ce n'est\npas seulement en mon nom personnel, que j'exprime ces sentiments;\nc'est au nom de ceux qui dans ces dernières années ont consacré leur\ntalent et leurs efforts à répandre le goût de l'histoire musicale. Il\nm'arrivera souvent de les citer, de m'appuyer sur leur autorité ; ce sera\njustice, car je sais tout ce que je dois à leurs travaux, que je contribuerai\nà faire connaître, et, indirectement, à l'état d'opinion qu'ils ont créé.\nPuissent-ils songer sans amertume que, par suite de circonstances\nspéciales, le mérite de tout un groupe a tourné au profit d'un seul, et se\nconsoler, s'il était nécessaire, en songeant que le rocher de Sisyphe\nsous lequel nous avons peiné ensemble, est à l'abri des rechutes.\nI\nQuand on est sur le seuil de l'enseignement que nous commençons et\nqu'on mesure du regard le domaine où on va entrer, on est comme\nébloui par la richesse des questions à traiter. On voit s'ouvrir partout\ndes perspectives d'enchantement, dans chacune desquelles les sujets les"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "plus intéressants pourraient occuper un spécialiste. Veut-on examiner\nla théorie musicale ?On est en présence de systèmes très différents dont\nla bibliographie, à elle seule, est considérable. Veut-on aborder tout de\nsuite l'histoire de la composition ? Les faits à classer sont presque in-\nnombrables, si on veut essayer d'être complet, et la méthode à suivre n'a\npas encore été déterminée, au moins pour l'ensemble. La paléographie\nnous offre des milliers de documents où se raconte, pour ainsi dire d'elle-\nmême, l'histoire de la notation et des formes qu'elle a fixées ; la philolo-\ngie adonnée à la science du langage et du rythme, l'archéologie qui\nétudie les monuments figurés, le folklorisme, l'histoire des institutions\nd'art, semblent imposer à un programme déjà très vaste, des annexes\nindispensables. Veut-on simplifier en distinguant les genres ? Ils sont\ntrès nombreux : la musique religieuse à elle seule, depuis les mélo-\ndies grégoriennes à l'unisson jusqu'aux messes de Bach et de Beetho-\nven, est un monde admirable, singulièrement séduisant pour l'acti-\nvité d'un explorateur courageux et bien armé ', la musique profane a\ndes formes plus nombreuses encore, depuis la chanson populaire ou\nla chanson savante à plusieurs parties jusqu'à la polyphonie de l'or-\nchestre contemporain ', et chacune d'elles, déjà si intéressante à décrire,\nqu'elle appartienne au chant, à la symphonie pure, ou à une combi-\nnaison des deux comme l'opéra, donne lieu à des études distinctes,\nselon qu'on l'examine dans ses rapports avec tel ou tel instrument, ou\nbien dans tel siècle ou dans tel pays. Remarquez, Messieurs, que dans\nl'enseignement de la poésie, qui avec la musique et l'orchestique forme\nla triade des arts du rythme, le principe de la division du travail est\nappliqué depuis longtemps avec le plus grand soin. C'est une province\noù le morcellement de la propriété semble être en raison directe de\nl'excellence de l'outillage, de la sûreté des traditions, de l'habileté et du\nnombre des cultivateurs. Tel maître qui s'occupe de poésie antique, se\ndéclarera incompétent si on lui parle de la poésie française du xvie siècle,,\net, à plus forte raison, de poésie anglaise, allemande ou italienne. Bien\nplus, dans la littérature grecque elle-même, il mettra des frontières\nentre des terres voisines, comme la grammaire et la métrique, non peut-\nêtre sans une certaine coquetterie qui circonscrit nettement un domaine\npour mieux en marquer l'importance et l'indépendance. Dans la phi-\nlosophie, dans l'histoire, même distinction des spécialités. Ici, rien de\nsemblable ; dans cette prise de possession d'un pays nouveau, nous nous\ntrouvons comme en présence d'une richesse trop grande pour être\ndénombrée. Aucune limite ne s'impose à nos recherches, et peut-être à\nnos obligations. Cette situation, heureuse pour l'inlassable curiosité"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "de l'esprit, ne laisse pas d'être inquiétante, car la compétence d'un\nseul homme ne peut s'étendre à tout ; mais elle est favorable aux vues\nd'ensemble, et j'en profiterai pour vous présenter quelques idées géné-\nrales qui formeront la préface de mon cours.\nLe célèbre physicien Helmholtz a écrit ceci : « Toutes\" les recherches\nesthétiques, malgré les conquêtes de tout genre qu'elles font chaque\njour, sont condamnées à rester vagues et incertaines tant qu'il leur\nmanquera le vrai point de départ, le principe fondamental, la base\nscientifique ». Rien n'est plus vrai, et voici comment nous nous confor-\nmerons à ce jugement. Notre point de départ, qui sera aussi notre point\nd'arrivée après des excursions plus ou moins longues à travers les âges,\nc'est le sentiment musical lui-même, créé en nous et affiné chaque jour\npar des chefs-d'œuvre consacrés. C'est produite par la musique\net non l'idée de certaines spéculations qui peuvent l'accompagner, ou de\ncertains faits qu'elle suppose *, c'est en un mot l'état d'esprit où se trouve\nun auditeur moyen et suffisamment doué, soit au théâtre, soit au con-\ncert, devant une symphonie de Beethoven, de Schumann, de Berlioz\nou de C. Franck, un opéra de Bizet ou de Wagner, un lied de Schu-\nmann, une sonate de Chopin (je ne cite pas les vivants), une de ces\nœuvres enfin qui, selon une image des écrivains d'autrefois, font à\nl'âme une pénétrante blessure de pleine volupté et laissent l'aiguillon\ndans la blessure. Pour goûter ce genre de beauté, pour le faire passer\nen soi par la sympathie et l'admiration, il n'est besoin ni de suivre des\ncours, ni de lire des journaux, ni de se livrer à des travaux d'érudition.\nVous savez ce qu'on a dit d'un grand poète : Lamartine ignorant qui ne\nsait que son âme.Cette ignorance peut être celle du musicien-auditeur\nsans compromettre en rien son plaisir, et — j'irai jusque-là —elle\ndoit être aussi, au moins à un certain moment de sa vie, celle du com-\npositeur lui-même. Elle sera d'abord la nôtre. La musique est la fête\net le triomphe de l'âme. Elle s'adresse à tous ; elle ne demande pour\nêtre sentie, que des cœurs ouverts et des esprits libres. Avant de\nl'étudier, il faut l'aimer, s'abandonner naïvement à son charme, et\nsuivre la grande règle qui est la sienne : sincérité vis-à-vis de soi-\nmême. Afin de mettre cette idée en lumière, je vous signalerai un fait\nqui me paraît caractéristique. Il n'y a pas d'ironie en musique. L'ironie\nest le triste privilège des hommes de lettres. Vous connaissez l'admi-\nrable page de SamsonetDalila, de M. C. Saint-Saêns :\nMon cœur s'ouvre à ta voix, comme s'ouvrent les fleurs,\nAux baisers de l'aurore...\nD'après la situation indiquée par le livret, cette mélodie devrait être"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "ironique, car Dalila cherche à séduire Samson en affectant des senti-\nments qu'elle n'éprouve pas ; or. le compositeur n'a pas fait cela; il a\nécrit une mélodie qui est une des expressions les plus troublantes de la\ntendresse et de l'amour vrais. Pourquoi ? — Parce qu'il a été dominé\npar la loi même de son art qui répugne au mensonge ; parce que l'iro-\nnie est un masque, une grimace, une comédie réservée à certaines\nformes du langage verbal, tandis que la musique ne peut vivre que de\nsincérité.\nMaintenant, Messieurs, voici plusieurs voies qui s'ouvrent devant nous,\net à l'entrée desquelles j'ai à vous convier. Si nous songeons que la con-\nnaissance, quand elle s'ajoute à l'émotion, peut la fortifier ; qu'il\nn'y a pas, de plus grand plaisir que de chercher les causes de son plai-\nsir et de l'analyser ; si nous songeons que l'esprit est naturellement\ncurieux et porté à se rendre compte de lui-même, nous ne nous étonne-\nrons pas en premier lieu, qu'il y ait une science de l'émotion musicale,\net, en second lieu, que cette science ait à parcourir un programme très\n•étendu. Les phénomènes qui nous paraissent les plus simples ont\nun mécanisme très complexe. Celui qui nous semble le plus naturel\nde tous, puisqu'il commence avant la naissance, c'est le phénomène\nde la respiration. Or, un professeur du Collège de France a pu consa-\ncrer tout un cours à étudier les conditions de ce phénomène, et à exa-\nminer les théories diverses qui ont essayé de l'expliquer. La mu-\nsique est un souffle qui passe ; mais pour expliquer ses lois et ses\neffets, plusieurs sciences interviennent à la fois.\nJe vais les indiquer très rapidement, en les présentant dans un ordre\n•qui ne correspond pas à celui de l'histoire, mais qui est créé par l'es-\nprit lui-même, et par l'enchaînement des problèmes qu'il est obligé\nde se poser pour tâcher d'arriver à une explication satisfaisante et défini-\ntive. Cet ordre est en même temps celui que je suivrai dans les pre-\nmières leçons de ce cours. J'ai à faire ici de l'histoire, mais l'histoire\ndoit être éclairée par une doctrine et vivifiée par une foi très nette en\n•certains principes.\nII\nPuisque le sentiment musical est notre point de départ, il est évident\nque l'étude de la musique doit débuter par l'observation intérieure, et\npar la psychologie. La psychologie musicale n'a pas pour rôle d'ouvrir\n•d'interminables et vagues discussions d'esthétique, trop souvent sans\nissue, mais de constater des faits positifs. Le plus important est ce-\nlui-ci."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "La musique a enrichi l'intelligence humaine d'un pouvoir nouveau,,\nqui n'existerait pas sans elle. Le compositeur pense avec des sons,\ncomme le littérateur pense avec des mots. Il exprime le sentiment,\nmais il le pénètre d'une logique spéciale. Il pourait dire, lui aussi :\ncogito, ergo s uni.\nPenser sans concepts et sans images ; s'affranchir — à volonté —\nde toutes les sollicitations de la vie extérieure, matérielle et ba-\nnale ; dissoudre cette personnalité superficielle, toujours divertie\nau dehors ou asservie à des formules, qui recouvre et nous cache\nnotre personnalité foncière ; revenir à l'état de nature, à la libre\ndisposition de soi, au jeu àla fois ingénu et savant de nos forces mo-\nrales ; intellectualiser finement la sensibilité et mettre dans l'intelli-\ngence une émotion diffuse ; refaire en nous l'harmonie intérieure et\nprimordiale ; avec ces deux puissances :1e sentiment et la raison, asso-\nciées à la fantaisie et dirigées par un proprium quid qui nous échappe,\ncréer des mondes de « possibles », organiser un univers sans matière\noù s'ordonnent les formes impondérables d'un incessant devenir ; et en\nmême temps doter la pensée d'un pouvoir supérieur, parfois peut-\nêtre la transformer en cette intuition sublime qui, supprimant tous\nles intermédiaires de la dialectique verbale, va droit à son objet idéal :\nvoilà ce que les grands compositeurs ont fait de leur art ; voilà ce qu'un\nBeethoven, par exemple, a fait dans ses quatuors voilà, en un mot, l'o-\nriginalité de la musique, son privilège puissant et délicat ; le principe\nque je tiens à bien marquerait frontispice de ces leçons et que je ne\nperdrai jamais de vue.\nA vrai dire, la musique réunit des pouvoirs qui semblent contradic\ntoires, mais dont la variété ne doit pas plus nous étonner chez le com-\npositeur que chez le poète. Elle est l'interprète des voix intérieures ;\nelle est le langage embelli de la passion ; elle est aussi une peinture,\nune série d'images réalisées, un effort pour trouver l'équivalent des-\nsensations visuelles. Grâce à d'instinctives associations d'idées, elle\npeut faire de l'ombre, de la lumière, du clair-obscur. Depuis que l'or-\nchestre moderne est créé et qu'il y a un art de l'instrumentation, elle\na ses Titiens et ses Rembrandts, ses Corots et ses Henners. Elle est\ncapable de couleur et de dessin, puisqu'on lui doit la « Chevauchée des\nValkyries », « les Murmures de la forêt », les « Pèlerins chantant la\nprière du soir » dans Harold en Italie, les premières pages de la Dam-\nnation de Faust. Le plus souvent, elle excelle à pénétrer l'un par l'autre\nle spectacle et le spectateur, et à trouver ces grandes consonances du\nmonde physique et du monde moral qui, en nous et hors de nous,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "éveillent des harmoniques sans fin ; elle fait tomber alors les barrières\noù se circonscrit notre moi, elle rend indécise et flottante la limite de\nla conscience individuelle, et, l'objet de l'émotion étant devenu indis-\ncernable de l'émotion elle-même, elle fond nos puissances d'égoïsme\ndans cette immense caresse, qui, des profondeurs de la nature, monte\njusqu'à l'homme pour bercer sa misère, envelopper sa tendresse ou\nconspirer avec son rêve. Oui, la Musique est capable de tout cela.\nMais quelle que soit sa fantaisie, qu'elle se réfugie dans une méta-\nphysique sonore, qu'elle exprime la passion la plus libre et la plus\nforte, ou qu'elle s'ingénie à trouver les combinaisons de rythmes et\nde timbres qui peuvent représenter les formes matérielles, elle a tou-\njours, il faut qu'elle ait un sens spécial, un sens sui generis, inac-\ncessible à nos vocables littéraires, et qui peut bien s'enrichir de valeurs\naccessoires, mais auquel rien ne saurait suppléer. Là est sa loi.\nLa pensée ordinaire, toujours plus ou moins imprégnée de maté-\nrialisme et traînant après soi les souvenirs du monde physique, ale\nvol plus lourd et moins rapide, moins dégagé, que celle du composi-\nteur.La pensée musicaleest comme une fine émanation de l'intelligence.\nEntre elle et la pensée verbale il y a la même différence qu'entre le pur\néther où glisse, dans l'infini, la lumière des astres, et l'air de nos\ngrandes villes, chargé de poussières et de fumées. J'ai déjà soutenu\ncette thèse, il y a douze ans, devant l'aréopage du doctorat, à la\nSorbonne, qui l'a acceptée ; si je rappelle ce souvenir, c'est pour\nmontrer que je n'exprime pas en ce moment une opinon de circon-\nstance, mais une conviction ancienne que l'expérience et la réflexion\nn'ont fait que fortifier; et si je me sers d'une image pour me faire\nentendre, ce n'est pas que j'aie le secret dessein de me dispenser d'une\ndémonstration précise. J'insisterai sur cet important sujet, sur cette\nidée sans laquelle l'esthétique musicale n'est que chaos, ou dissertation\nà côté ; j'aurai à cœur de vous montrer que tous les travaux qu'on peut\nfaire dans les laboratoires, avec des instruments de physique, sur les\nimpressions sonores, n'aboutissent pas à des conclusions plus solides\nque celle qui affirme l'existence d'une pensée propre au musicien, et\nqu'enfin cette conception de l'art musical que je viens d'indiquer, ne\ns'applique pas seulement aux meilleurs compositeurs des trois derniers\nsiècles, mais doit éclairer l'histoire musicale tout entière, depuis les\norigines.\nRemarquez, Messieurs, que les œuvres créées par la pensée musicale\nconstituent le seul type de beauté que nous pouvons, nous modernes,\nopposer triomphalement aux chefs-d'œuvre que les anciens nous ont"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "légués.- Pour la poésie épique, lyrique et dramatique, pour l'éloquence,\npour la sculpture, et, si l'on veut aussi, pour l'architecture (bien que\ncette dernière opinion soit contestable), les Grecs sont nos maîtres ;\ncomme 011 l'a dit souvent, ils occupent cette cime de notre horizon d'où\nl'idée du beau, suivant la pente insensible des siècles, est arrivée jusqu'à\nnous. M ais il y a un domaine où, autant que nous en puissions juger\npar les documents, ils n'ont été que des apprentis ; un poème comme\nl'Adagio de la ixe symphonie correspond à une manière de penser qu'ils\nn'ont pas connue, malgré leur souplesse et leur incroyable faculté\nd'analyse; un adagio de ce genre, c'est une limite dans l'activité de\nla raison, tout comme une statue de Phidias est une limite dans la réa-\nlisation de la beauté plastique. Chez les Grecs, l'esprit métaphysique,\nquand il a été formé par l'habitude de l'abstraction, s'est retourné\ncontre les beaux-arts ; il a dédaigné leur application à reproduire ce qui\nest changeant, éphémère, et il a voulu bannir les artistes de la répu-\nblique ; chez nous, l'esprit métaphysique, au contraire, a pénétré l'art,\net de cette pénétration est sortie notre musique.\nUne « base scientifique », c'est un fait bien constaté, directement\naccessible à l'expérience, et ayant en outre un tel caractère de généra-\nlité qu'il apparaît comme nécessaire parmi les autres phénomènes\nqu'on veut étudier. Or la pensée musicale remplit toutes ces conditions.\nIl n'y ade musique que là où il y a un sens spécial, intraduisible avec\ndes mots, constitué par la mélodie. Le musicien vraiment digne d'être\nécouté est celui qui se sert du langage des sons pour exprimer le senti-\nment, et du sentiment pour créer une pensée. Le reste ne compte pas,\nou n'a qu'une valeur secondaire, fragile, provisoire.\nVoilà le premier moment de notre enquête; voici comment se succé-\nderontles autres.\nL'homme n'est pas un pur esprit, et ici comme partout ailleurs,\nla psychologie ne suffit pas ; elle appelle à son aide d'autres sciences\nqui lui sont indispensables, bien que, à mesure qu'on s'écarte de\nl'observation intérieure, la certitude aille en décroissant. Les éléments\ndont la pensée musicale est faite sont des sensations sonores détermi-\nnées par la constitution de notre oreille ; et l'étude du mécanisme de\nces sensations, — sans gêner en rien les idées que j'indiquais tout\nà l'heure, — est très importante. Elle nous apprend qu'il y a\ndes sons qui s'attirent et des sons qui se repoussent. Elle essaie\nd expliquer la consonance et la dissonance, elle fixe les bases de\nl'harmonie élémentaire ; c'est la théorie physiologique et acoustique\nfondée par les savants français du xvuh siècle, Sauveur, Rameau, et, à"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "leur suite, par Helmholtz. On l'appelle souvent, dans les discussions,\nthéorie de la parenté des sons. — Cette théorie nous fait même con-\nnaître une parenté beaucoup plus étendue : en nous rappelant que,\ndans le monde physique, tout est produit par des vibrations, elle nous\namène à concevoir la musique objectivement, et à la situer dans la\nsérie des 55 octaves formées par les phénomènes périodiques, série à\nl'aide de laquelle les physiciens se flattent d'expliquer tous les phéno-\nmènes de l'univers, depuis la plus simple sensation de bruit —en pas-\nsant par l'électricité, la chaleur et la lumière—jusqu'aux rayons N de\nM. Blondlot ; et elle peut nous montrer que pour la lumière, placée\npresque à la fin de la série, comme pour la musique, placée presque au\ndébut, les lois principales sont les mêmes.\nLa parenté n'est pas un principe auquel la curiosité de l'esprit\npuisse s'arrêter; ce n'est pas une cause, c'est un effet ; il faut l'expli-\nquer; elle nous oblige donc à remonter plus haut. De la physio-\nlogie et de l'acoustique, il faut passer à la théorie qui a voulu cher-\ncher dans la nature de certains nombres et de leurs rapports, les\npremiers fondements de la grammaire musicale : c'est la théorie\nmathématique qui, après l'Ecole Pythagoricienne, a préoccupé Des-\ncartes, Euler, Leibnitz. —Est-ce tout? L'étude des nombres contient-\nelle le secret de l'art musical ?\nAu VIP livre de sa République, Platon se moque des musiciens\nqui s'arrêtent à l'arithmétique, sans se préoccuper des idées qui\nla dominent. Il esquisse un programme qui, comme l'avoue Glaucon,ne\npourrait être réalisé que par un dieu npây L'étude de la\nparenté des nombres lui paraît être le premier degré de la Dialectique,\nc'est-à-dire de la recherche des concepts dont le plus haut est l'idée du\nBien : il arrive ainsi* au seuil du mysticisme que ses continuateurs\ndevaient tirer de sa doctrine. A ces paroles de Platon, il convient peut-\nêtre de rattacher tout ce que les grands métaphysiciens allemands, les\nHegel, les Schelling, les Schopenhauer, ont dit de l'art musical ; leur\ndoctrine a paru souvent trop hardie, extravagante même, et je ne ré-\nponds pas qu'elle n'ait pas quelquefois mérité ce reproche ; je crois\ncependant qu'il faudra, sinon discuter, au moins connaître cet idéa-\nlisme grandiose et splendide qui leur faisait attribuer à la musique\nle pouvoir d'exprimer les choses éternelles, l'absolu, l'Etre du\nmonde, parce que ces philosophes allemands appartiennent à un\npays qui a produit les plus admirables musiciens ; ils avaient tous\nun sentiment musical profond, et, en faisant de la métaphysique, ils\ntransposaient peut-être à leur insu, dans le dogmatisme verbal, en"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "essayant d'arriver à des idées claires et distinctes, ce que les grands\ncompositeurs avaient dit spontanément à leur manière, avec le lan-\ngage des sons.\nAinsi donc, Messieurs, voilà quatre sciences qui se succèdent pour\nexpliquer la musique : la psychologie, qui constate l'existence de la\npensée musicale, ses effets, son retentissement sur tout l'être intérieur,\net quelques-unes de ses modalités', la physiologie et l'acoustique, qui\nfournissent les règles élémentaires du langage dans lequel cette pensée\ns'exprime ; les mathématiques, qui essayent d'expliquer ces règles ;\nla métaphysique enfin, qui entreprend de saisir à la fois l'origine objec-\ntive et la fin la plus haute de l'expression musicale. Il serait vraiment\nimpossible de rester indifférent à des recherches qui sollicitent l'esprit\ncritique dans de telles directions. On a dit de certaines sciences qu'elles\nétaient un carrefour. Il en est de même de la science musicale. En elle,\nautour d'elle, s'ouvrent des mondes de merveilles où apparaissent, avec\nles phénomènes les plus curieux, des théoriciens et des penseurs qui\nsont l'honneur de l'humanité. Je ne ferai certainement pas dans cha-\ncun des domaines dont je viens de parler, une longue étude de détail ;\nune telle entreprise est inutile pour le but que nous poursuivons : elle\nexcéderait à la fois les limites de mon progamme et celles de ma com-\npétence. Mais je me considérerai comme tenu d'exposer et d'examiner\navec précision les principaux systèmes qui prétendent répondre à cette\nquestion : qu'est-ce que la musique? — Après cela, nous aborderons\nnos études d'histoire proprement dite. C'est ainsi qu'après avoir fait\nconnaissance avec une personne et défini son caractère, on peut se\ndemander quel est son crédit dans le monde, quelles sont ses relations,\nla suivredans ses démarches et composersa biographie. Dès maintenant,\nj'ai à vous montrer que la musique occupe nécessairement une place\ndans l'histoire de l'art et par conséquent dans celle de la civilisation\ngénérale ; et cette tâche est facile. Ce qui serait malaisé, ce serait de\ntrouver des arguments non pas pour introduire la musique dans un\nplan d'études historiques, mais pour l'en exclure.\nIII\nJ e citerai le témoignage d'un écrivain qui n'est peut-être pas considéré\naujourd'hui comme le premier de nos historiens, mais qui aeu certaine-\nment l'idée la plus nette et le sentiment le plus vif de ce que doit être\nl'histoire : c'est Michelet. Dans son Histoire de France (Préface de\n1869), Michelet a écrit ceci : « La vie a une condition bien souveraine"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "€t bien exigeante; elle n'est véritablement la vie qu'autant qu'elle\nest complète. Ses organes sont tous solidaires et ils n'agissent que\nd'ensemble. Nos fonctions se lient, se supposent l'une l'autre. Qu'une\nseule manque, et rien ne vit plus. On croyait autrefois pouvoir, par\nle scalpel, isoler, suivre à part chacun de nos systèmes ; cela ne se peut\npas, car tout influe sur tout. » Ces fortes paroles rappellent le mot cé-\nlèbre de Cl. Bernard : « L'organisme tout entier retentit sur la cellule et\nla cellule retentitsur tout l'organisme. »—« Ainsi, continueMichelet, ou\ntout, ou rien. Pour retrouver la vie historique, il faudrait patiemment\nla suivre en toutes ses voies, toutes ses formes, tous ses éléments. » De\nlà est sortie la formule célèbre : Lhistoire est la résurrection de la vie in-\ntégrale. Ce programme, il faut bien le dire, est quelque peu chimérique ;\nil est y réalisable, et il n'est même pas à souhaiter qu'on le réalise\ncomplètement. S'il y a des choses, dans le passé, qu'il faut éclairer, il y\nen a d'autres qu'on peut laisser dans l'ombre sans aucun inconvénient.\nMais il fixe un idéal dont il faut se rapprocher, et il contient une\nrègle excellente.\nQue la musique soit d'abord une pièce nécessaire de l'histoire des\nBeaux-Arts, c'est ce qui me paraît évident, et n'aurait pas besoin d'être\ndit, si on ne l'oubliait parfois. Bacon qui, le premier, a montré l'impor-\ntance de l'histoire littéraire, a dit que sanscelle de l'esprit humain, etdela\nlittérature où il se reflète, l'histoire du monde n'aurait qu'un œil, comme\nPolyphème. On peut en dire autant de toute Histoire de l'art qui n'at-\ntacherait d'importance qu'aux arts du dessin. Si l'historien ne veut pas\ns'arrêter à des surfaces, s'il veut réellement, comme il le dit souvent, res-\nsaisir « l'âme des siècles passés » et si c'est là autre chose qu'une for-\nmule oratoire, la musique ne peut être négligée par lui puisque, par dé-\nfinition, elle est précisément le langage direct de l'âme. J'ajoute qu'elle\na parfois, comme document, une valeur très supérieure à celle des arts\nvoisins. Il y a eu des âges privilégiés où tous les arts brillaient à la fois\ndu même éclat. C'est ce qui s'est produit à l'époque de la Renaissance\nitalienne et de la Renaissance française ; c'est ce qu'on a vu aussi en 183o,\nau moment où le Romantisme était représenté par Y. Hugo, par Dela-\ncroix, par Berlioz... Mais il y a eu d'autres âges où la musique a régné\nen souveraine et où tout est pâle autour d'elle. Tout le monde ici\nconnaît les noms de Bach, de Haendel, de Mozart, de Beethoven; qui\nd'entre nous connaît les sculpteurs et les architectes qui furent leurs\ncontemporains? qui pourrait citer leurs noms ?... De cette ignorance\nà leur égard où sont les gens instruits, — même en Allemagne, — j'ai\nle droit de conclure qu'ils n'ont pas de caractère « représentatif » et que"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "si nous voulons avoir des documents sur « l'art » allemand, ou mieux\nencore sur le génie allemand à telle époque déterminée, c'est à la musique\nqu'il faut les demander.\nVoici maintenant, Messieurs, les considérations générales que l'on\npeut ajouter à ce raisonnement etàces constatations pour montrer dans\nquelle très large mesure l'histoire musicale peut contribuer à cette\n« résurrection de la vie » dont parlait notre grand historien.\nLa musique n'est pas, dans l'histoire générale, un fait exceptionnel\nou d'apparition intermittente, un auxiliaire donné par hasard aux céré-\nmonies religieuses, une expression passagère de la joie, de la tristesse\nou de la rêverie, un art de luxe, un divertissement imaginé par des\nhommes de loisir. Elle est un fait naturel et universel comme le langage;\ncaractérisé d'abord, comme lui, par de grossières ébauches, mais ap-\nparaissant partout où il y a des hommes, et pouvant être rattaché, si\nl'on considère les formes dans lesquelles il s'exprime, aux lois pro-\nfondes et permanentes de la viesociale. Il y a des peuples plus ou moins\nbien doués pour le chant, comme il y en a qui sont plus ou moins\nartistes, plus ou moins belliqueux, mais il n'y en a point qui, sau-\nvage ou civilisé, ne connaisse le chant et le rythme en même temps\nque la parole, ne fît-il usage que de quelques notes de la gamme. Le\nchamp de l'histoire musicale s'étend à perte de vue. Très souvent, quand\non fait l'histoire de l'art, on commence par les Grecs, et on ne fait in-\ntervenir l'Orient que dans la mesure où il prépare et explique la Grèce.\nC'est ià une conception un peu étroite et qu'il faut élargir ; les Grecs\nsont trop intelligents et trop élégants : ils empêchent de voir l'huma-\nnité. Le document musical le plus ancien que nous possédions, est un\nbas-relief chaldéen représentant un joueur de harpe et trouvé par M. de\nSarzec au palais de Tello, sur la rive gauche du canal qui relie le Tigre\net l'Euphrate : de bons juges, comme M. Pottier, le font remonter à\ntrente siècles environ avant l'ère chrétienne. Il n'y a aucun paradoxe à\naffirmer que la musique est plus ancienne que la poésie, et qu'elle a\ndonné à la poésie ses lois constitutives. Nous avons des renseigne-\nments précis sur l'art musical, non seulement dans les plus antiques\ncivilisations de l'Orient et de l'Occident, mais aussi chez les peuplades\nprimitives de l'Afrique, de la Polynésie et de l'Amérique, où la musique\nest régulièrement associée à certains actes de la vie commune, comme\nnous l'apprennent les récits des voyageurs depuis deux siècles, et,,\nmieux encore, les airs qu'on s'est mis à recueillir, depuis quelque\ntemps, à l'aide du gramophone.\nLes faits si nombreux qui s'offrent à l'attention de l'historien forment-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2802, "texte": "ils une simple succession de curiosités ne donnant lieu qu'à une nomen-\nclature ? Sont-ils incohérents, juxtaposés uniquement parla fantaisie et\nles caprices de la mode ? ou bien sont-ils reliés l'un à l'autre par une\nlogique et peut-on les grouper en systèmes? C'est une question très\nimportante, qui, je crois, ne comporte pas encore de réponse ferme et\nabsolue. La musique ressemble à beaucoup d'institutions sociales. Je\nveux dire qu'il est impossible de croire qu'elle ait été constituée, à\nl'origine, par un acte isolé, déterminant toute la série des faits qui se\nsont produits après lui ; elle a été créée simultanément, et dans des\nconditions diftérentes sur plusieurs points qui sont devenus les centres\nde mondes distincts, parfois impénétrables l'un à l'autre, et incapables\nde se comprendre ', si bien que quand on dépasse une certaine période\ndans les recherches historiques, on se croit en présence d'un véritable\nchaos. Le besoin d'unité, inhérent à toutes les études sérieuses, ne\ntrouve pas toujours à se satisfaire, et, parfois, il faut savoir y renoncer.\nMais pour cette portion de l'histoire qui nous touche le plus parce\nqu'elle nous parle de nos origines les plus directes, et parce que nous\nla connaissons le mieux, on commence à entrevoir la méthode selon\nlaquelle il conviendrait de coordonner tant de faits épars, et la voici en\ndeux mots. Elle consisterait à procéder pour la musique, là où c'est pos-\nsible, comme on procède pour 1 étude du langage. Vous savez que si\nl'on veut faire une analyse un peu raisonnée du français que nous\nparlons aujourd'hui, il faut remonter aux langues romanes, d'où le\nfrançais est sorti : le roman, à son tour, s'explique par le latin, dont\nil est une transformation, et le latin lui-même conduit insensible-\nment à l'étude du grec, lequel n'est pas la limite à laquelle s'arrête le\nlinguiste. Dans la musique, si l'on prend le même point de départ dans\nle temps, apparaît d'une façon analogue cette nécessité d'une régression\nprolongée, renouant les anneaux ininterrompus d'une même chaîne.\nL'étude du système musical actuel, restreint à l'usage de deux modes,\nnous oblige à remonter, par delà les compositions de la Renaissance,\njusqu'au plain-chant du moyen âge d'où il est sorti et dont il est, à cer-\ntains égards, une simplification. Le plain-chant, avec ce qu'on a appelé\nses quatre « dialectes », n'est pas plus un point terminus que les\nlangues romanes; il apparaît comme le continuateur et l'héritier delà\nmusique grecque, laquelle, nous le savons avec certitude, a beaucoup\nemprunté à l'Orient dont elle faisait d'ailleurs partie. Ainsi l'histoire\nmusicale, au moins dans cet espace restreint, peut être autre chose\nqu un répertoire de faits, de noms et de dates : la logique peut y jouer\nun rôle autant que la simple observation."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "IV\nIl y a une objection qu'on fera peut-être, alors même que l'on con-\ncéderait tout ce qui vient d'être dit. Cette objection m a été faite il y a\nquelques années, par un collègue dont j estime beaucoup le sens\ncritique ; elle m'est restée dans l'esprit parce qu'elle touche un point\nd'une très grande importance, et je tiens à la reproduire pour la\nréfuter :\nL'œuvre musicale, me disait-on, n'exprime, en somme, que le mu-\nsicien qui l'a écrite ; elle est toute personnelle et par conséquent n'offre\nqu'un intérêt assez mince : quelle différence avec la littérature qui\nexprime des idées générales et a, par conséquent, un intérêt universel !\nJe pourrais prouver d'abord, en acceptant le principe de l'objection,\nque plus un artiste s'applique à étudier sa propre personnalité, à la\ncreuser à de grandes profondeurs et à l'exprimer avec intensité, plus\nil a chance d'arriver à exprimer quelque chose qui le dépasse et à faire\nune œuvre humaine, dans le sens le plus large du mot. C est ce qui est\narrivé àde grands écrivains comme Montaigne dans ses Essais, Rous-\nseau dans ses Confessions, et c'est le cas de Berlioz, dans sa Symphonie\nfantastique. Je pourrais dire aussi que la musique, parce qu'elle est à\nla fois très expressive et de signification très générale, —ce que per-\nsonne ne conteste — est plus humaine que les autres arts, à tel\npoint que de sérieux esprits, comme M. Gevaert, l'ont considérée\ncomme une langue universelle possible. Si elle crée la sympathie, c'est\nen nous révélant l'identité foncière de notre nature. Mais, pour ne pas\nm'égarer hors de mon sujet, je me bornerai à dire que l'art musical (et\npar la je n'entends pas seulement la pensée musicale, mais les formes\nde composition, le matériel d'exécution et jusqu'aux signes d'écriture\ndont elle use), l'art musical, dis-je, est un phénomène sociologique,\nc'est-à-dire que, partout où il apparaît, il suppose et exprime une société\nsans laquelle il n'existerait pas.\nLa musique est un art essentiellement transpositeur ; avec des sen-\nsations, des cris, des mouvements instinctifs d'origine individuelle ou\nsociale, elle construit de sonores palais d'idées, dont la valeur est dans\nle plan, accessible seulement à l'intelligence : si bien qu'elle apparaît\ncomme affranchie de tout réalisme, si l'on considère le résultat de la\ntransposition elle-même, et comme très réaliste au contraire, si l'on\nsonge à la matière transposée.\nElle est d'abord le seul art populaire. Pour des raisons qu'il"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2835, "texte": "est inutile d'énumérer, il n'y a ni sculpture ni peinture populaires.\nL'architecture, qu'on a souvent comparée à la musique, ne l'est pas\ndavantage. C'est un art trop compliqué, trop chargé de connaissances\ntechniques et d'archéologie, trop soumis à des préoccupations de luxe\nou à des nécessités de services spéciaux, pour pouvoir être l'œuvre di-\nrecte et spontanée d'une collectivité. Certes, il ne peut se passer du\npeuple ; mais il fait appel à la collaboration de ses bras pour l'exé-\ncution et non à celle de sa pensée pour la conception. L'ordre des\nfaits est l'inverse de ce qui se produit dans la musique. Un architecte\nconçoit un plan, puis il le fait exécuter par des hommes du peuple ;\nmais ces hommes, lorsqu'ils sont sur le chantier de travail, ressem-\nblent un peu aux soldats sur le champ de bataille : le plus souvent,\nils ignorent le plan de la campagne et l'idée qui coordonne leur activité.\nEn musique, c'est tout le contraire : le grand créateur, celui qui d'abord\nconçoit et invente, c'est le peuple ; pour trouver des mélodies exquises\net des rythmes originaux, il n'a besoin que de sa voix et de son cœur.\nL'artiste instruit et conscient de lui-même ne vient qu'après ; il emprunte\nau peuple ses idées, les façonne, les imite, les développe, et les lui\nrenvoie sous forme d'oeuvres définitives. On peut affirmer que le musi-\ncien qui aurait absolument perdu contact avec l'art du peuple risquerait\nfort d'écrire une musique vaine, et que l'effort des plus grands com-\npositeurs a été de se replacer dans le courant de la tradition populaire.\nEn second lieu, la musique, telle qu'elle apparaît dans l'histoire, a\ntoujours été liée aux manifestations de la vie sociale, ou, plus exacte-\nment, au fonctionnement de ses organes essentiels. Elle n'a jamais été\nune « fin en soi », comme disent les philosophes ; on l'a toujours subor-\ndonnée à un acte important de la vie publique. Aujourd'hui, nous nous\nrendons dans un théâtre ou une salle de concert sans autre but que\ncelui d'entendre un bel opéra, une belle symphonie, et de goûter un\nplaisir tout désintéressé ; les chanteurs et les exécutants ne se rattachent\nen rien à notre politique ou à nos affaires privées, et nous leur deman-\nderions plutôt de nous les faire oublier. La musique accompagne bien,\nassez souvent, certaines cérémonies solennelles, mais c'est par survi-\nvance d'usages anciens, ou pour jouer un rôle facultatif de parure et\nd'agrément, comme les objets que nous mettons dans un salon, pour\nl'orner. Autrefois, il en était tout autrement. La musique était asso-\nciée, comme élément organique et nécessaire, aux actes de la vie reli-\ngieuse et de la vie profane, de la guerre et de la paix. La forme la plus\nancienne du chant — comme permettent de l'affirmer des centaines\nde témoignages — c'est Yincantation, la formule magique à l'aide de"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "laquelle l'homme primitif, dans son ignoranee et son effroi devant la\nnature, essayait de se défendre contre la maladie, contre la mort, ou\ncontre des dieux cruels. La religion et le langage sont les phénomènes\nsociologiques par excellence, et la musique en est d'abord inséparable.\nDans les monuments figurés, le musicien n'est jamais représenté\nseul; il est toujours partie et fonction d'un groupe accomplissant une\ncérémonie déterminée. Cet usage s'est perpétué très longtemps ; et\nnous devons ne pas le perdre de vue si nous voulons comprendre\ncertains grands compositeurs qui brillaient dans la première moitié\ndu xvme siècle. Ce n'est guère que dans les « Académies musi-\ncales » ou dans certaines sociétés bourgeoises, que la musique, dans\nune certaine mesure, était cultivée pour elle-même. Un musicien\ncomme Bach a toujours mis son génie, sauf quelques cas assez\nrares, au service d'une communauté ; il en est de même de Htendel ;\net ces concerti grossi que l'auteur écrivait pour lui-même sont une\nexception. C'est pour ce motif que, sous l'ancien régime, la critique\nmusicale, telle que nous l'entendons à présent, n'existait pas. On ne\nsongeait pas à analyser une messe, une cantate, un motet, un ora-\ntorio, et à les caractériser par un jugement esthétique, parce que de\ntelles œuvres faisaient corps avec les actes d'une communauté, et que\nces actes étaient la chose principale.\nCe que je dis de la musique, je pourrais le dire aussi bien de la danse.\n« La danse, dit Robertson (i ), est une occupation sérieuse et impor-\ntante qui se mêle à tous les actes de la vie publique ou privée. Si des\nrelations deviennent nécessaires entre deux tribus américaines, les\nambassadeurs de l'une s'approchent en exécutant une danse solennelle\net présentent le calumet ou symbole de la paix; les sachems de l'autre\ntribu les reçoivent avec la même cérémonie. S'ils déclarent la guerre à\nun ennemi, c'est au moyen d'une danse qui exprime le ressentiment\nqu'ils éprouvent et la vengeance qu'ils méditent. S'il s'agit d'apaiser la\ncolère des dieux ou de se réjouir de leurs bienfaits, de célébrer la\nnaissance d'un enfant ou de pleurer la mort d'un ami, ils ont des danses\nappropriées a chacune de ces situations et exprimant les différents sen-\ntiments qui les animent. Si un homme est indisposé, on lui prescrit la\ndanse comme le meilleur moyen de recouvrer la santé ; et s'il ne peut\nsupporter la fatigue d'un tel exercice, le médecin, ou magicien, l'exécute\nen son nom, comme si la vertu de son activité pouvait se communi-\nquer à son malade ».\nQuand nous étudions la musique, nous sommes donc forcément\n\n(i) Cité part. Lubbock, Origines de la civilisation, p. 252. (V. aussi les références.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "amenés à la replacer dans son cadre social et à la rattacher à des senti-\nments collectifs. Et il n'est donc pas vrai de dire qu'elle n'exprime\nqu'une émotion individuelle; elle ne ressemble pas à une bulle de savon\nque s'amuserait à souffler un grand enfant et qui passerait sur la vie\nréelle en reflétant, comme les couleurs du prisme, de jolis caprices ;\nelle ressemble plutôt à la plante qui vit par le sol où plongent ses\nracines, par l'atmosphère spéciale où respirent ses feuilles, et qui n'est\npas la même sous toutes les latitudes. Songeons en effet que chaque\npays, chaque race, aun art différent. Comment du reste pourrait-il en\nêtre autrement ? Ce qu'il y aurait de vraiment difficile et même d'im-\npossible à expliquer, ce serait un art placé tout à fait en dehors de la\nvie sociale et n'ayant aucune attache avec elle. Un poète seul, comme\nMusset, a pu dire que la musique nous venait d'Italie, et que l'Italie\nl'avait reçue des deux.\nIl n'est pas un genre de composition qui ne puisse et ne doive être\nsoumis à cette méthode, si l'on veut expliquer la genèse et le caractère\ndes œuvres qu'il a produites. Des opéras comme la de M. Gus-\ntave Charpentier, ou le Messidor, de M. Alfred Bruneau, auraient été\nimpossibles sous Louis XIV, non seulement en ce qui concerne le\nlivret, mais aussi en ce qui concerne la musique, et cette impossibilité\ntient à des motifs d'ordre social ; par contre, des opéras comme le\nBellérophon de Lulli, ou le Zoroastrede Rameau, ne seraient pas\npossibles aujourd'hui, sauf devant une élite d'archéologues, pour des\nmotifs de même nature. Tout cela est vraiment trop clair pour qu'il\nsoit besoin d'insister.\nIl est une forme de composition qui semble isolée dans une haute et\nhère indépendance, inaccessible à l'analyse : c'est la symphonie. Je\nm'attacherai à vous montrer que la symphonie classique, œuvre admi-\nrablement une si on considère l'inspiration qui l'anime, est, pour la\nforme, une juxtaposition de cadres très différents et que chacune de ses\nparties a des origines sociologiques, dont on peut déterminer l'histoire\nd'une manière précise. Quand on regarde un monument comme l'église\nSaint-Marc de Venise, on sent très bien que tous les matériaux dont\nl'œuvre est faite n'ont pas une origine unique ; on voit des pierres, des\nbronzes, des marbres, qui viennent de pays différents, qui ont été\nincorporés à l'ensemble dans des circonstances particulières, à la suite\nde certains grands événements, et sur chacun desquels on pourrait\npresque écrire une monographie. La symphonie d'un Haydn, d'un\nMozart, d'un Beethoven, est dans un cas analogue ; elle est une syn-\nthèse de matériaux brillants et très différents entre lesquels le génie"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "du musicien a fait l'harmonie et dont l'analyse peut rendre compte.\nDe tout cela il résulte que l'histoire de la musique ne doit pas se\nborner à des catalogues, à des biographies et à des anecdotes, mais\npeut présenter l'intérêt qui s'attache à une histoire largement conçue\net vivante. On a fait, au xixe siècle, d'excellentes études sur des\noeuvres et des compositeurs particuliers ; récemment, en Angleterre,\non a publié une très bonne histoire qui a pour principe la distinction\ndes genres. Ce qui reste à faire, c'est une histoire de l'art qui, en sui-\nvant les humbles commencements et l'évolution de la pensée musicale,\nexplique ses formes en les rattachant à la vie sociale et en montrant,\ncomme disait Michelet, qu'on ne peut rien isoler.\nJe termine ici, Messieurs, ces considérations préliminaires, forcé-\nment un peu abstraites. Puissé-je, dans cette manière de prélude,\nvous avoir indiqué avec une netteté suffisante les idées principales que\nje suivrai, et que j'aurai bientôt à préciser et à compléter, en vous\nmontrant qu'elles ne sont pas contradictoires. Les études d'histoire\nmusicale doivent débuter par le sentiment de l'exquise spiritualité\nde la musique, et par un acte de foi dans les chefs-d'œuvre où se\nrévèle sa beauté originale; mais elles n'obligent nullement l'historien\nà marcher sur des nuages ou à vivre dans le pur « éther » de la\npensée ; elles offrent à l'esprit critique un champ d'investigation\ntrès vaste et très précis, où l'agrément naît de la diversité, et où les\nquestions les plus arides deviennent attrayantes, quand on emporte\navec soi, comme viatique, le sentiment du beau. Ainsi, tout ce qui\ntouche de près ou de loin à un être aimé, apparaît comme un prolonge-\nment et un rayonnement de sa personne. Par beauté musicale, je n'ai\npas entendu cette Idée platonicienne qui serait suspendue au-dessus\nde nous, et avec laquelle certains hommes privilégiés entreraient en\ncommunication par des voies mystérieuses, mais une beauté concrète,\nvivante, constituée par les chefs-d'œuvre que nous connaissons bien,\nrattachée par des liens multiples à toutes les sources de l'Histoire,\ncomme la fleur à la racine de la plante ; une beauté qui n'est ni celle\ndu poète, du peintre, du sculpteur ou de l'architecte, mais qui est\nspéciale au musicien, que nous ne devons qu'à lui, parce que c'est lui\nqui la crée, et dont les formes très diverses nous ramènent à l'étude de\nce qu'il y a eu de plus réel et de plus profond dans la vie sociale.\nJ'ai tracé à dessein un plan très large, parce que la nécessité d'ap-\nporter une doctrine sur certains points essentiels ne doit pas nuire à\nl'esprit de libre recherche et engager l'avenir. Avant d'examiner les\n:premiers documents que nous possédons sur l'histoire de l'art, j'étu-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1593, "texte": "dierai d'abord, tous les lundis, les systèmes les plus importants à l'aide\ndesquels on a essayé de définir la musique, d'expliquer sa genèse, ses\nlois et son rôle dans la civilisation. Le jeudi, j'examinerai rapidement\nce qui a été fait chez nous, au xixe siècle, en vue d'organiser les\nétudes d'histoire musicale, et j'établirai la bibliographie critique de\nmon sujet.\nCette Introduction me paraît nécessaire, et aura un avantage : comme\nla valeur d'une théorie doit être jugée d'après sa conformité avec les\nchefs-d'œuvre des maîtres, je serai amené presque à chaque instant à\nparler des grands compositeurs, et, ainsi, la partie vraiment intéressante\ndu cours ne sera pas trop reculée, comme cela aurait lieu si je suivais\nimmédiatement l'ordre chronologique des faits. Ma méthode sera, au-\ntant que je le pourrai, celle qui est depuis longtemps en honneur dans\nl'Université pour toutes les études de philologie : en chaque question,\nremonter aux sources ; rester toujours sur le terrain solide de l'expé-\nrience \", chercher avant tout à être clair et démonstratif ; intéresser\nl'auditeur d'instruction moyenne qui, ayant déjà des connaissances\nélémentaires, veut étendre son horizon et a le goût de ce qu'on a si\njustement appelé « les ouvrages de l'esprit ».\nLa tâche qui m'a été confiée fait peser sur moi, je le sais, une très\nlourde responsabilité; mais j'ai le plus vif désir de faire quelque chose\nd'utile, et j'espère y arriver, si, en me faisant un peu crédit au début\nd'un enseignement qui n'a pas encore de traditions, vous voulez bien\nme continuer votre bienveillante attention."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "25", "image_debut": 24, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.3", "titre_corps": "Théâtre national de l'Opéra. PREMIÈRE REPRÉSENTATION DE « TRISTAN ET ISOLDE » (14 décembre).", "titre_sommaire": "Théâtre national de l'Opéra. PREMIÈRE REPRÉSENTATION DE « TRISTAN ET ISOLDE » (14 décembre).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.24", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3439, "texte": "Théâtre national de l'Opéra.\nPREMIÈRE REPRÉSENTATION DE « TRISTAN ET ISOLDE » (14 décembre).\n\nPour la troisième fois, le drame musical de Wagner a été joué à Paris, cette fois\nsur une scène officielle et subventionnée (i). Le succès a été fort grand, et de\nlongues acclamations ont salué, à la fin de chaque acte, les interprètes et\nM. Taffanel lui-même, que l'on aeu raison de ne point oublier. Quant à moi,\nj'ai rapporté de là, comme toujours, des impressions confuses et contradictoires.\nJe n'ai été pleinement satisfait qu'une fois de l'interprétation de Tristan :\nc'était à Karlsruhe, sous la direction véhémente de Mottl. Partout ailleurs,\nj'ai eu des moments de lassitude et de malaise ; et Wagner avait prévu cet\neffet, puisqu'il indique lui-même des coupures possibles, dans une œuvre qu'il\nsent trop lourde et touffue. Avec cela, des beautés merveilleuses, magiques,\nensorcelantes, qui retournent l'âme et donnent envie de mourir. La fin du pre-\nmier acte, la deuxième moitié du second acte et le troisième tout entier, sont\ntout ce qu'on peut rêver de plus saisissant, de plus douloureux et de plus\nsublime. J'ai été moins ému, en revanche, par les dialogues du premier acte,\nchargés d'allusions à des événements étranges et obscurs, véritables assauts\nd'énigmes où la déclamation elle-même est laborieuse et contournée. Et la pre-\nmière partie du duo d'amour m'a, comme, presque toujours, paru quelque peu\nembarrassée ; il y a là des pages et des pages, où le jour impur est opposé à la\nchaste nuit ; oh ! les singuliers amoureux, qui, sitôt réunis, raffinent ainsi sur\nles symboles ! Et je sais bien que cette manière d'aimer était probablement\ncelle même (ou une de celles) de Wagner ; mais justement je me plains de\nreconnaître trop l'auteur ici ; ses personnages ne sont que des ombres vaines,\net par leurs bouches d'ombres Wagner crie les angoisses de son âme empoison-\nnée d'amour et de métaphysique.\nAu fond, Tristan ni Isolde n'ont même un semblant de caractère ; ils sont\nTAmour, et cet Amour est presque exactement pareil en chacun d'eux. Tristan\nn'a été créé que pour mourir d'aimer ; Isolde, sitôt son amour déclaré, ne se\nsouvient plus ni de Morold ni du roiMarke. Et les deux héros ne meurent que\nde l'excès même de leur amour, qui ne peut se réaliser sur terre. Pourquoi >\nPour être contraire, non seulement à l'honneur et à la foi jurée, mais aux lois\nmême de la vie, qui n'admet pas de telles abnégations de soi. L'amour déme-\nsuré est, par cela même, désespéré. Telle est l'idée dont Tristan et Isolde est\nle développement lyrique. Il ne faut donc pas y voir un drame, au sens où\nnous prenons ce mot, avec lutte de volontés, action et dénouement, mais\nplutôt une sorte de poème musical, et comme la Cantate de l'Amour maudit.\nJ'ai peu de chose à dire de la mise en scène, qui a été convenable, et pouvait\nêtre meilleure ; mais dans une œuvre de cette nature, la mise en scène a si\npeu d'importance ! Quant aux paroles, je les entendais fort mal au cinquième\nrang de l'orchestre, et plus loin, paraît-il, on ne les entendait point , si bien que\nje ne puis apprécier les mérites de la traduction. Mlle Grandjean est une Isolde\nsuffisante : sa voix est forte et fraîche, sinon très nuancée. Quant à M. 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Constant Zakone pulvérise unarticle publié par Eugène\nde Solenière dans la Strassburger Post, article où, prétend votre collaborateur, «percent à chaque\nligne la haine et le mépris »du défunt pour la musique française.\nIl faut bien mal connaître la pauvre Solenière pour le croire capable de haine ou de mépris 1\nSans partager toutes les opinions artistiques de ce bon et loyal garçon dont la mort prématurée a\nnavré bien des gens, on peut s'étonner que M. Zakone lui reproche d'estimer le substantif Wahn\n« intraduisible ». C'était aussi l'avis d'Alfred Ernst, qui m'a souvent parlé des difficultés qu'il\néprouvait à trouver un équivalent à peu près tolérable de ce mot, alors qu'il terminait la traduc-\ntion des Maîtres Chanteurs.\nAutre reproche : Solenière aurait eu le tort inexpiable d'écrire : « Le Belge César Franck ». Ce\nn'est pourtant pas sa faute si l'auteur des Béatitudes est né à Liège! Libre àM. Zakone de quali-\nfier la Belgique :(( la vraie France du Nord ». C'est une opinion toute personnelle — contre la-\nquelle, d'ailleurs, protesteraient avec ensemble nos voisins d'outre-Quiévrain — et que l'on ne\nsaurait faire un crime à Solenière d'avoir ignorée.\nEnfin les imprimeurs de la Strassburger Post sont seuls responsables de cette ânerie: « Debussy\na imité Moszkowsky ». Comment M. Zakone n'a-t-il pas compris qu'il s'agissait du Russe cher au\nmusicien de Pelléas, le pénétrant Moussorgski ? Hélas ! les typos parisiens ne le cèdent en rien à\nleurs collègues d'Alsace : hier, dans l'Echo de Paris, ils me faisaient citer, parmi les commentateurs\nde la légende de Tristan, à côté de Gaston Paris, «Francisque Sarcey », alors que j'avais écrit\nFrancisque Michel. Et ce soir, un article de Robert de Fiers sur 1 QKrach des Huîtres paraît, dans\nla Liberté, sous ce titre que le spirituel chroniqueur n'avait certes pas prévu :le Krach des Théâtres.\nSolenière, mépriser la musique française! Lui qui l'adorait avec une trop éclectique ferveur,\nlui qui a consacré un gros bouquin àla gloire deMassenet, lui qui a publié un excellent « Leit-\nfaden », tout fleuri d'éloges, pour guider les admirateurs du Fils de VEtoile, lui qui a exalté, dans\nses conférences, tant de musiciens français dont quelques-uns, entre nous, ne valaient pas tri-\npette.\n\nCONSTANT ZAKONE.\nOn me communique, à la dernière heure, cette intéressante lettre et je ne puis\nque féliciter celui qui l'a écrite de son zèle à défendre la mémoire d'un ami. De\nmon côté, je me serais bien gardé d'attaquer Eugène de Solenière si j'avais\ndeviné qui! ne pourrait plus me répondre. Je sais de combien d'éloges\net de commentaires la musique française lui est redevable; et c'est justement\npour cela que l'article de la Strassburger Post m'avait surpris. Il me surprend\nencore : si le mot Wahn est en effet difficile à traduire (1), si la Belgique n'est pas\nla France (2), si (( Moszkowsky )) ne prouve que la maladresse d'un typo stras-\nbourgeois (3), il n'en reste pas moins vrai que le ton général est celui du pané-\ngyrique, en ce qui concerne l'Allemagne, et du dénigrement pour la France.\nJ'ai reçu, d'autre part, une longue lettre du Dr Niemann qui sera publiée clans\nle prochain numéro de la Revue.\n(1) Ce qui ne prouve pas que les Français ne soient pas musiciens.\n(2) Fallait-il l'aller dire à Strasbourg ?\n(3) Est-ce bien sûr r"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "25", "page_fin": "25", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.4.1", "titre_corps": "Monsieur le Rédacteur,", "titre_sommaire": "Monsieur le Rédacteur,", "signature_source": "WLLLY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.25", "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "WLLLY.\nMonsieur le Rédacteur,\nEn votre numéro du ier décembre, M. Constant Zakone pulvérise unarticle publié par Eugène\nde Solenière dans la Strassburger Post, article où, prétend votre collaborateur, «percent à chaque\nligne la haine et le mépris »du défunt pour la musique française.\nIl faut bien mal connaître la pauvre Solenière pour le croire capable de haine ou de mépris 1\nSans partager toutes les opinions artistiques de ce bon et loyal garçon dont la mort prématurée a\nnavré bien des gens, on peut s'étonner que M. Zakone lui reproche d'estimer le substantif Wahn\n« intraduisible ». C'était aussi l'avis d'Alfred Ernst, qui m'a souvent parlé des difficultés qu'il\néprouvait à trouver un équivalent à peu près tolérable de ce mot, alors qu'il terminait la traduc-\ntion des Maîtres Chanteurs.\nAutre reproche : Solenière aurait eu le tort inexpiable d'écrire : « Le Belge César Franck ». Ce\nn'est pourtant pas sa faute si l'auteur des Béatitudes est né à Liège! Libre àM. Zakone de quali-\nfier la Belgique :(( la vraie France du Nord ». C'est une opinion toute personnelle — contre la-\nquelle, d'ailleurs, protesteraient avec ensemble nos voisins d'outre-Quiévrain — et que l'on ne\nsaurait faire un crime à Solenière d'avoir ignorée.\nEnfin les imprimeurs de la Strassburger Post sont seuls responsables de cette ânerie: « Debussy\na imité Moszkowsky ». Comment M. Zakone n'a-t-il pas compris qu'il s'agissait du Russe cher au\nmusicien de Pelléas, le pénétrant Moussorgski ? Hélas ! les typos parisiens ne le cèdent en rien à\nleurs collègues d'Alsace : hier, dans l'Echo de Paris, ils me faisaient citer, parmi les commentateurs\nde la légende de Tristan, à côté de Gaston Paris, «Francisque Sarcey », alors que j'avais écrit\nFrancisque Michel. Et ce soir, un article de Robert de Fiers sur 1 QKrach des Huîtres paraît, dans\nla Liberté, sous ce titre que le spirituel chroniqueur n'avait certes pas prévu :le Krach des Théâtres.\nSolenière, mépriser la musique française! Lui qui l'adorait avec une trop éclectique ferveur,\nlui qui a consacré un gros bouquin àla gloire deMassenet, lui qui a publié un excellent « Leit-\nfaden », tout fleuri d'éloges, pour guider les admirateurs du Fils de VEtoile, lui qui a exalté, dans\nses conférences, tant de musiciens français dont quelques-uns, entre nous, ne valaient pas tri-\npette."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "25", "page_fin": "25", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.4.2", "titre_corps": "On me communique, à la dernière heure, cette intéressante lettre et je ne puis", "titre_sommaire": "On me communique, à la dernière heure, cette intéressante lettre et je ne puis", "signature_source": "CONSTANT ZAKONE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.25", "debut_caractere": 2810, "fin_caractere_exclue": 3860, "texte": "CONSTANT ZAKONE.\nOn me communique, à la dernière heure, cette intéressante lettre et je ne puis\nque féliciter celui qui l'a écrite de son zèle à défendre la mémoire d'un ami. De\nmon côté, je me serais bien gardé d'attaquer Eugène de Solenière si j'avais\ndeviné qui! ne pourrait plus me répondre. Je sais de combien d'éloges\net de commentaires la musique française lui est redevable; et c'est justement\npour cela que l'article de la Strassburger Post m'avait surpris. Il me surprend\nencore : si le mot Wahn est en effet difficile à traduire (1), si la Belgique n'est pas\nla France (2), si (( Moszkowsky )) ne prouve que la maladresse d'un typo stras-\nbourgeois (3), il n'en reste pas moins vrai que le ton général est celui du pané-\ngyrique, en ce qui concerne l'Allemagne, et du dénigrement pour la France.\nJ'ai reçu, d'autre part, une longue lettre du Dr Niemann qui sera publiée clans\nle prochain numéro de la Revue.\n(1) Ce qui ne prouve pas que les Français ne soient pas musiciens.\n(2) Fallait-il l'aller dire à Strasbourg ?\n(3) Est-ce bien sûr r"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "26", "page_fin": "30", "image_debut": 26, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.5", "titre_corps": "Le « chartreux anonyme » de De Coussemaker.", "titre_sommaire": "Le « chartreux anonyme » de De Coussemaker.", "signature_source": "G. ALLIX. 26 novembre 1903", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.26", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3282, "texte": "Le « chartreux anonyme » de De Coussemaker.\n\nOn n'ouvre, le plus souvent,la précieuse collection des Scnptores de musica medii\nœvi publiée par E. De Coussemaker (1864-1876) que pour compulser en parti-\nculier tel ou tel des quelque quatre-vingts traités qu'elle renferme. Il peut ce-\npendant y avoir intérêt à lire d'affilée les quatre volumes grand in-40 dont elle\nse compose ; cela conduit à certains rapprochements qui pourraient échapper à\nun lecteur d'occasion.\nOn sait qu'il est arrivé à De Coussemaker de publier deux fois le même traité\nsans s'en apercevoir : l'Anonyme I du tome III n'est autre chose que le dernier\ndes Quatuor principalia musicœ de Simon de Tunstead (1), insérés au complet\ndans le tome IV. Je veux signaler un autre double emploi que je ne me flatte\ncertes pas d'avoir constaté le premier, mais dont je n'ai rencontré jusqu'ici\naucune mention. C'est encore Simon de Tunstead qui est en cause.\nAu tome II (pp. 434-483), sous le n° VIII et sous le titre de Cujusdam Carthu-\nsiensis monachi Tractatus de musica plana, se trouvent divers extraits, tirés\nd'un manuscrit de Gand ; De Coussemaker les considère comme formant un\nouvrage unique, bien qu'il ait cru devoir les classer sous huit rubriques.\n« Le tout, ainsi que l'auteur le dit lui-même, n'est qu'une compilation ;\n<( mais c'est une compilation très bienfaite, à laquelle l'écrivain a ajouté ses pro-\n« près idées, ce qui constitue un ensemble où se trouvent des renseignements\n« sur certains points de doctrine et de pratique qu'on chercherait vainement\n« ailleurs. » Nous verrons bientôt qu'il n'est pas nécessaire de les chercher\nbien loin ! j\n« Voici maintenant les divisions que nous avons adoptées, les intitulés de\n« chacune de ces divisions, et les explications dont il nous a paru utile de les\n« accompagner.\n(( i° Traité de la nature et de la distinction des tons\n(( 20 L art T entonner, selon les règles enseignées par les maîtres de fart Après\n« l'Explicit, l'auteur déclare que la doctrine qu'il vient d'exposer est extraite de\n(( divers ouvrages sur l'art musical, mais il n'en nomme pas les auteurs.\n(( 30 Fragments divers\no\n« 40 Fo rmation et origine du monocorde. La figure du monocorde donnée par\n« l'auteur n'est pas la même que celle qu'indiquent Guido d'Arezzo et Jean de\n« Mûris. Elle a durapport avec quelques-uns des nombreux instruments à cordes\n<( pincées en usage au xve siècle. [Trompeuse apparence !] Quant à la division\n« des intervalles, elle est facile et claire. Toutefois, il est à regretter que le copiste\n« n'ait pas reproduit les exemples donnés par l'auteur. [On va voir que ce regret\n« est superflu. ]\n« C'est dans cet opuscule qu'on trouve un renvoi qui se rapporte au cha-\n« pitre xix du traité intitulé De arte musices, inséré dans le même manuscrit, et\n<( d où résulte la preuve que ce traité et celui que nous éditons sous le n° VIII\n« sont du même auteur. [Conclusion trop hâtive, et téméraire !]\n(( 50 Ceci se rapporte au traité de la distinction des tons\n\n(1) Ce mot étant un nom de lieu qui existe encore (près de Norwich), il convient, me semble-\nt-il, de lui donner sa forme actuelle, et d'appeler l'auteur présumé des Quatuor principalia Simon,\nde Tunstead, plutôt que Simon Tunstede ou Dunstede, comme on le fait d'ordinaire."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.27", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3525, "texte": "« 6° Des tous et de ce qui s y rattache (1 ).....\n« 70 Instruction courte et utile pour le plain-chant\n« 8° Stet protestatio istafacta supra folio LXVI. Ce renvoi semble se rapporter\n« à une partie du petit traité sur le monocorde. »\nDe Coussemaker déclare ensuite qu'il n'a pu découvrir l'auteur. Pourtant,\n« ce qui est certain, c'est que le traité a pour auteur le Chartreux qui a composé\n« le traité qui, dans le même manuscrit, est intitulé De arte musices. S'il fallait\n<( s en rapporter exclusivement à quelques passages, à quelques renvois, au style\n« général et à certaines expressions particulières, on y trouverait des éléments\n<( suffisants pour justifier cette attribution » [??]•.. La preuve est fournie par la\nconcordance entre le renvoi du traité du monocorde (n° 4) et le traité De arte\nmusices.\nQuant à ce Chartreux, le rédacteur du catalogue de la Bibliothèque de l'Uni-\nversité de Gand « a cru y reconnaître le célèbre Denys de Lewis, natif deRyckel\n<( au pays de Liège, chartreux à Ruremonde au xne siècle (2) .. Mais toutes les\n« recherches que nous avons pufaire... n'ontpu avoir pour résultat la confirmation\n« du fait... Jusqu'à nouvelle découverte, il faut clone se contenter de la preuve\n« qui donne pour auteur un Chartreux. »\nLes citations précédentes sont tirées de la préface française du tome II ; plus\naffirmatif dans celle du tome IV, De Coussemaker y déclare expressément que\nl'ouvrage dont il s'agit « est un traité de Jean de Richel, moine chartreux de\nRuremonde (3} ». Sans rechercher comment Denys de Lewis, natif de Ryckel,\nest devenu Jean de Richel, nous découvrons dans ce même tome IV que l'auteur\nprincipal n'est point un chartreux liégeois du xve siècle, mais un franciscain\nanglais du xive.\nLe compilateur est sans cloute le scribe qui a signé sa copie à Gand, le 8 no-\nvembre 1303 (tome II, p. 483) :\n« Explicit liber cle musica scriptus Gandavi per me M. Anthonium de Aggere\n<( Sancti Martini, AnnoDominiM. Ve. III. mensi novembri, die VIII. »Où a-t-il\npris les deux premières sections (4). Tractatus de natura et distinctione octo\ntonorum musice et Ars intonandi secundum régulas ab institutoribus mu si ce ira-\nditas, émaillées d'aphorismes en vers? Je ne puis le dire.\nLa troisième, Quœdam varia, est un bouquet cle courtes notes sur les noms des\nmuses, etc. L'une d'elles nous présente, dans sa rubrique, un nom d'auteur ;\n« Musica ex Francisci Nigri volumine. »\nTout le reste (sections 4e à 8e, pp. 462-483) est simplement emprunté au traité\nde Simon de Tunstead, Quatuor princ'ipalia musicœ7 daté de 1351, publié par De\nCoussemaker, tome IV, pp. 200-298.\n\n(1) De tonis et quibusdam ad eos pertinentibus. Ce titre, cle la façon de 1 éditeur, est inscrit à\nla table ; mais dans le cours de l'ouvrage, la section VI a pour rubrique : Quare modu-s dicitur\ntonus et de nominibus octo tonorum.\n(2) Sic ! Cette indication ; « au xne siècle », ne se trouve pas dans la préface latine.\nEn réalité Denys le Chartreux vivait au xv° siècle (1394-1471) ; je trouve ces dates dans La-\nrousse et les donne sous toutes réserves.\n(3) Note de la page xn. Il n'y a rien de semblable dans la préface latine.\n(4) Ce fragmenta été utilisé par M. G. Jacobsthal (Die chromatische Altération in liturgischen\nGesang der abendldndischen Iiirched Le savant professeur de Strasbourg (ceci m'avait d'abord\néchappé) note, p. 61, l'analogie entre le surplus du traité et 1 ouvrage de Simon, mais sans y\ninsister et sans signaler le manuscrit de G and comme une évidente compilation."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.28", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3382, "texte": "Le compilateur ne s'en cache pas :à la fin delà section 8e, immédiatement\navant l'Explicit que je viens de citer, on lit : « Hec ex libro qui intitulatur Quatuor\n« principalia, in 2° principali, cap0 230 ,etc. » Et cette référence est parfaitement\nexacte.\nEntrons dans quelques détails. Les sections 4e et 8e sont tirées du IIe Princi-\npale, De inventione (musicse) et ejus proportionibus ; — les sections 5e, 6e et 7%\ndu IIIe, De piano cantu et ejusdem modis.\nLe titre de la section 4e, Qualiterjaciendum est monocordum et qualiter inve-\nnitur, est le titre même du chapitre 6du IIe Principale, dont cette section ren-\nferme les chapitres 6 à 9 en entier, la fin clu chapitre 10, puis les chapitres 16 à\n19 (moins la première phrase de ce dernier.) La figure du monocorde est la\nmême des deux parts ; les exemples qui manquent dans le manuscrit de Gand\nsont dans Simon.\nAla fin du chapitre 10 (Quare monocordi spatia non sunt equalia), le compilateur\najoute une observation de son cru :\n« Sed sive a summo deorsum augmentaveris numéros in monocordo, sive ab-\n« imo sursum semper eedem venient consonantie et proportiones eedem ; secu-\n« rius tamen videtur mihia summo deorsumipsos numéros in monocordo augmen-\n« tare quam e contra, ut scilicet eadem maneat denominatio ut si sciere velim in*\n« qua proportione stent qUia hec sunt duo extrema vocum monocordi. —\n« De quo vide longum supra, folio XX. »\nC'est le renvoi au traité De arte musices qui a attiré l'attention de De Cousse-\nmaker et d'où il serait tout au plus permis de conclure que cette observation, toute-\nseule, pourrait être de l'auteur dudit traité.\nA la suite du chapitre 19 se lisent encore vingt et une lignes ajoutées (p. 446) :\n« Et nota, secundum Boetium, lib° 20, 190, quocl in minoribus numeris major\n<( semper proportio invenitur... », etc. La remarque est celle-ci ;le rapport x k-\nest d'autant plus petit que x est plus grand, k restant constant.\nLa section 8e, Stet protestatio ista facta supra folio LXVJ reproduit le cha-\npitre 23 du IIe Principale et le termine par la référence précise citée plus haut..\nLen°5, Istud pertinet ad tractation de distinctione tonorum est le chapitre 19\ndu IIIe Principale, amputé de ses neuf premières lignes. De Coussemaker écrit\nen note (p. 466) : « Cuinam loco tractatus supra editi (p. 434) annectenda sunt\n« haec addita, haudclare apparet. » Rien d'étonnant à cela, puisque le chapitre\nde Simon ne se rapporte point au traité qui forme la section Ier. L'en-tête Istud\npertinet... adû être mis au jugé par un scribe qui ignorait la provenance de ce\nfra gment.\nLa rubrique de la section 6e, Quare modus dicitur tonus et de nominibus octo\ntonorum, est le titre du chapitre 20 du IIIe Principale. Suivent les chapitres 20 à\n54, dont le compilateur conserve les titres (sauf pour le chapitre 38), mais non les\nnuméros ; il supprime aussi les exemples des huit tons, notés dans les chapitres\n38 a 43, et se contente de ce renvoi : « Exempla videbis in tonali », qu'il faut cher-\ncher àla suite de la section 7e, pp. 478-483, où il a réuni tous les exemples :il\nest intéressant de comparer sa manière de les noter avec celle de Simon.\nEnfin il modifie le tableau qui termine le chapitre 54.\nLe titre du chapitre 55 est reproduit en tête de la section 7e : Brevis et utilis\ninformatio modulandiplanum cantum. Cette section, qui s'enchaîne ainsi, d'une"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.29", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "seule pièce, avec les deux précédentes, comprend les chapitres 55, 56 et 57 du IIIe\nPrincipale ; le chapitre 58° et dernier manque.\nDans le seul chapitre 56 il y a deux renvois, Yun au Ier Principale, chap. 10,\nl'autre au IIe, chap. 15 : le compilateur a remplacé ces indications précises par\n« ut supra dictum est », « ut supra patuit », qui ne correspondent à rien dans\nsa copie incomplète.\nC'est donc Simon de Tunstead, et non un Chartreux anonyme, qui recom-\nmande par exemple de chanter juste, et de ne pas faire entendre un demi-ton\npour un ton ou réciproquement. « Ce défaut est fréquent aujourd'hui ; beaucoup,\n« lorsqu'ils chantent ré-fa-sol en montant, laissent à peine un demi-ton entre\n« fa et sol. En solfiant sol-fa-sol ou ré-ut-ré, ils remplacent le ton par un demi-\n« ton, corrompent ainsi le genre diatonique et falsifient le plain-chant. Leur\n<( demande-t-on pourquoi, ils allèguent pour autorité les chantres des chapelles\n« des grands : ceux-ci, disent-ils, étant des artistes éminents, ne chanteraient\n« pas ainsi sans raison. Et voilà comment, trompés par l'exemple d'autrui, les\n« uns après les autres s'égarent dans l'erreur.\n« D'autres prétendent que cette manière d'exécuter le plain-chant est plus\n« douce, et plus agréable à entendre, partant, qu'il faut la tenir pour bonne.\n« A ceux-là, Boèce a répondu d'avance que ce n'est pas l'oreille mais la raison\n« qui doit juger : car l'ouïe a ses erreurs, comme la vue, ainsi qu'on l'a dit\n« au Iev Principale, chapitre 10 ( 1). L'oreille se trompe : témoin les chasseurs,\n« qui se plaisent mieux à entendre aboyer les chiens au bois que chanter l'office\n« de Dieu à l'église (2)... »\nC'est encore Simon qui, dans le chapitre 57> De gestu corporis in canendo,\ndonne des conseils bien connus sur la tenue à observer en chantant. Peut-être\nne sera-t-il pas sans intérêt de les reproduire encore ici, ne fût-ce qu'à titre de\ncuriosité archéologique ; car les chanteurs des deux sexes donnent aujourd'hui,\ncomme chacun sait, l'exemple de la modestie la plus édifiante.\n« PraetereaQ) incantando talem modum quisquis habeat, ut corpus aut mem-\n« brum hinc incle non moveat, exceptis manibus libris tangentibus (4), sed sit\n« devotus, humilis et erectus veluti imago depicta. Quidam enim dum cantant\n« extendunt se et hinc inde se flectunt [ac si febribus essent vexati], quod valde\n« inhonestum est ; quidam etiam [sunt ut] dum cantant, hinc inde se vertunt et\n« respiciunt si quis eos non videat, affectantes tantum modo laudes homi-\n« num (5). Amen dico vobis, Christo testante, qui est veritas, quia ex nunc rece-\n« perunt merceclem suam (6). »\nC'est-à-dire, si 1 on veut bien excuser cet essai de traduction :\n« Quiconque chante doit éviter de mouvoir le corps ou les membres çà et là,\nsauf les mains qui touchent le livre ; mais se tenir dévotement, avec modestie,\net droit comme une image peinte.\n\n(1) Ce passage cite le phénomène de la réfraction, qui brise l'image d'un bâton trempé dans\nl'eau. « De même arrive-t-il qu'un chant agréable à l'oreille est jugé mal sonnant par la raison. »\n(2) IIIe Principale, chap . 56. De Couss,, IV, p 250, et II, p. q77.\n(3) Prenant pour base le texte de Simon, je mets entre crochets les mots retranchés, en italique\nles mots ajoutés par le compilateur.\n(4) Gand : librum tractcintibus. - - -\n(5) Gand: laudes hominum affectantes. ' ;'j ' ;A\n(6) IIP Principale, chapitre 57 (en entier). De Couss., IV, p. 251, et II, pp. 477-478.\nr -■ - «'• ••• . •' - - ' -- • - -•. ' -"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.30", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 455, "texte": "« Certains chanteurs s'étirent et se penchent de-çà de-là comme s'ils avaient la\nfièvre, ce qui est fort inconvenant. Il y en a même qui, tout en chantant, se tour-\nnent à droite et à gauche pour regarder si on les voit, soucieux uniquement d'être\nloués. En vérité, je vous le dis, et le Christ m'en est garant, ceux-là ont reçu\nleur récompense. »\nCombien les mœurs ont changé depuis 1351 !\n\nG. ALLIX.\n26 novembre 1903."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "30", "page_fin": "31", "image_debut": 30, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.6", "titre_corps": "Essai sur le contrepoint mélodique.", "titre_sommaire": "Essai sur le contrepoint mélodique.", "signature_source": "AUGUSTE SÉRIEYX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.30", "debut_caractere": 457, "fin_caractere_exclue": 2935, "texte": "Essai sur le contrepoint mélodique.\n\nINTRODUCTION.\nL'ensemble des procédés en usage pour faire entendre simultanément des-\nparties mélodiques de rythme différent ou contrarié constitue ce qu'on appelle\ncommunément de nos jours le contrepoint.\nCorollaire inséparable de toute superposition polyphonique, le contrepoint est\neffectivement contemporain des premières tentatives de cet ordre, faites à une\népoque qu'il est malaisé de déterminer exactement, mais qui n'est certainement\npas postérieure au xe siècle.\nDepuis, les procédés d'écriture musicale à plusieurs parties ont obéi lentement\nà la loi générale d'évolution, et, si bien des usages ont survécu qui remontent\naux premiers contrapontistes, tant d'autres se sont implantés peu à peu, soit pour\nles compléter, soit même pour les infirmer, qu'une refonte logique de ces élé-\nments paraîtrait désirable.\nBien que le contrepoint soit antérieur à tout système harmonique, une habi-\ntude d'école aujourd'hui généralisée place son étude après celle de l'harmonie,,\net donne aux règles souvent arbitraires édictées par cette dernière une autorité\nprépondérante dans le domaine du contrepoint, qui fut pourtant son aîné de\nplusieurs siècles.\nVouloir la réconciliation de ces « frères ennemis », soit par reconnaissance\nauthentique de cette substitution du droit d'aînesse, soit par rétablissement de\nl'ordre chronologique dans les études, serait à la fois puéril et prématuré.\nAdmettons provisoirement, si Ton veut, que les titres à la priorité sont iden-\ntiques, mais qu'harmonie et contrepoint doivent être assez grands pour se\npasser, jusqu'à une certaine limite, l'un de l'autre : nous laisserons aux harmo-\nnistes purs le soin d'utiliser comme il appartiendra ce régime de séparation mo-\nmentanée, et nous nous contenterons de nous adresser aux musiciens purs\ndépouillés, ou supposés tels, de toute connaissance harmonique, afin de leur\ndétailler le plus clairement qu'il sera possible le fonctionnement de l'art con-\ntrapontique seul, contenant et comportant la seule étude des lois de la mélodie,\nde la cadence et de la tonalité.\nQue si les spécialistes de l'harmonie-science nous objectaient quelque jour\nqu'à faire des superpositions de trois et quatre parties différentes, nous recon-\nstituons les accords dont ils revendiquent le monopole, nous pourrions peut-\nêtre justifier de droits au moins égaux aux leurs sur ces superpositions d'un\nusage très antérieur à leurs groupements théoriques d'accords. Car, si l'on ne"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.31", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "peut nier que plusieurs sons simultanés forment ce qu'on est convenu d'appeler\ndans certains cas un accord, on ne peut contester non plus que ces sons ne\nsoient l'effet, plus ou moins transitoire, inhérent au mouvement mélodique. Et\ncomme c est à la même notion mécanique de mouvement (ou de repos) qu'il faut\nrapporter les phénomènes connus sous le nom de dissonance (ou de conso-\nnance), rigoureusement équivalents, pour nous comme pour bien des harmo-\nnistes, à ceux d'équilibre instable (ou stable), il semble qu'aucun doute ne doive\nsubsister sur la Légitimité de leur présence dans l'étude du contrepoint mélodique.\nEntendus dans ce sens large, les principes purement mélodiques doivent donc\nseuls servir de base à cet essai sur les usages du contrepoint.\nNous diviserons ce travail en quatre parties :\nA. — Dans la première, consacrée au contrepoint note contre note, nous exami-\nnerons :\ni° Les lois générales de rythme, de tonalité et de cadence dans la monodie des-\ntinée à servir cle thème, ou, suivant l'expression vulgaire, de « chant donné »\npour le travail du contrepoint ;\n2° Les effets de ces lois dans le contrepoint dit note contre note, lequel doit\noffrir les mêmes qualités que la monodie, et contribuer en outre au renforcement\nde sa tonalité, par simple application des phénomènes de la résonance naturelle ;\n3° Les usages pratiques du contrepoint note contre note.\nB. —Dans la seconde partie, consacrée au contrepoint à plusieurs notes contre\nune, ou étudiera :\n4° Les relations dynamiques entre les notes consécutives de la mélodie, et le\nrôle variable qui en résulte pour chacune d'elles par rapport à ses voisines ;\n5° Les effets de ces relations, ajoutés à ceux de la résonance naturelle, dans le\ncontrepoint à plusieurs notes contre une ;\n6° Les usages pratiques du contrepoint à deux, trois, quatre notes contre une,\net plus.\nC. — Dans la troisième partie, consacrée au contrepoint syncopé, nous obser-\nverons :\n7° Le déplacement expressif des points d'appui mélodiques, entraînant le retard\nde certaines parties par rapport aux autres ;\n8o Les effets de ce déplacement, ajoutés à ceux de la résonance naturelle,\ndans le contrepoint syncopé ;\n9° Les usages pratiques du contrepoint syncopé.\nD. — Enfin, la dernière partie montrera sommairement les extensions diverses\nauxquelles doivent aboutir les études précédentes, c'est-à-dire :\nio° Les contrepoints à plus de deux parties, les mélanges d'espèces différentes,\nleur utilité et leurs usages principaux ;\n11° L'ornement expressif dans la mélodie ; son rôle et ses effets dans le contre-\npoint Jleuri simple et renversable ;\n12° L'imitation, ses différentes formes et ses applications à la polyphonie\ncontrapontique.\n(.A suivre.)\n\nAUGUSTE SÉRIEYX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "35", "image_debut": 32, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7", "titre_corps": "Concerts.", "titre_sommaire": "Concerts.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.32", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "Concerts.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE.\nM.-D. C.\n— 11-\n18 décembre. —Entre la Symphonie Ita-\nlienne de Mendelssohn et la Rhapsodie\nNorvégienne de Lalo (exécution presti-\ngieuse ; le public, oubliant que ce n'est\npoint M. Sarasate qui joue, ponctue les\ncadences de petits chœurs pâmés),\nM. Marty nous offre la première partie\ndu CJiristus de Liszt, inédit en France. Il\nfaudrait beaucoup de place pour parler de\ncette œuvre comme il convient. Rapide-\nment je dirai qu'elle a de quoi surprendre\nbon nombre des détracteurs de Liszt, et aussi peut-être quelques-uns de ses admi-\nrateurs. On n'y trouve ni cette grandiloquence, ni cette impétuosité qui souvent,\nchez l'auteur de la Faust-Symphonie, déconcertent d'évidentes bonnes volontés.\nElle est la plupart du temps naïve et paisible comme ces groupes de santons en\nterre peinte que bon dispose, pour Noël, autour des crèches en cire et en mous-\nseline rose. Elle est parfois délicieusement agreste, et fait par endroits songer\naux archaïsmes factices et charmants de Y Enfance du Christ. On y trouve des\npages symphoniques d'une sublime envolée. En ce qui concerne un sujet intéres-\nsant, celui de l'influence de Liszt sur Wagner, elle fournit un document précieux,\nen ce sens que parfois, en l'écoutant, on songe à Lohengrin, qui est antérieur, et\nparfois à Parsijal, qui ne fut écrit qu'après. Plutôt donc que de s'amuser à cette\ninutile recherche de larcins, mieux vaut constater le quasi absolu parallélisme\nde l'effort de chacun des deux maîtres. Pour ce qui est des longueurs que l'on\nreproche fréquemment à Liszt, qu'on me permette une réflexion : je ne vois pas\npour ma part que même le Christus soit plus démesuré dans ses proportions que\ntel autre chef-d'œuvre qu'on pourrait citer. Mais de même que « les œuvres que\ntout le monde admire sont celles que personne n'examine » (Anatole France),\nde même les compositions de Liszt, qui nous arrivent sans avoir été consacrées\npar l'unanime admiration de la génération précédente, sont de celles pour les-\nquelles on a une tendance à être, je crois, trop sévère. Renonçons enfin, s'il est\npossible, à avoir deux poids et deux mesures. Et, si notre déférence ou peut-\nêtre une compréhension spéciale qui nous vient de nos pères nous interdit l'in-\nvestigation trop critique des œuvres plus anciennes, ayons du moins, en face\nd'inspirations aussi nobles que celles de Franz Liszt, la même déférence et la\nvolonté d'une exacte compréhension.\nJ'espère que la Société des concerts me donnera bientôt l'occasion de parler\ndes deux autres parties de l'œuvre, où l'on trouve infiniment plus de variété et\nqui sont tout aussi dignes d'être connues.\n\nCONCERTS COLONNE.\n\n— 11 décembre. — M. Pierné dirige correctement, mais\nsans finesse et sans assez de chaleur, la Symphonie en la. La Cantate pour tous\nles temps, de J.-S. Bach, est un merveilleux poème de foi tour à tour inquiète et"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.33", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "confiante ; il y a là, en particulier, un dialogue entre Dieu et l'âme du fidèle (duo\npour soprano et basse), du mysticisme le plus tendre et le plus hardi. Seul\nparmi les chanteurs, M. Daraux a été àla hauteur de son rôle. Le concert com-\nprenait en outre deux œuvres nouvelles : l'une,Etude symphonique, deM. Kœchlin,\navec des pages charmantes, est trop cherchée pour me plaire complètement ;\n1 autre, la Suite d'orchestre, de M. Enesco, est fort simple comme écriture, mais\nles pensées en sont banales. J aimais mieux le Poème roumain du même auteur.\nLe programme nous apprend que l'œuvre nouvelle, digne pendant de ce Poème,\nnéanmoins lui diffère. Est-ce un roumanisme ? Quant à moi, je dirais volontiers\nqu'elle m indiffère.\n\nL. L.\n\nCONCERTS CHEVILLARD.\nL. L\n— q décembre. — J aime mieux ne point parler des\nTrois Préludes de Mme R. Strohl, que j'eusse mieux aimé ne pas entendre. —-\n\nA. LEMOINE.\n— 11 décembre. — Rien de nouveau au programme. La 3e Symphonie de Brahms\nest une œuvre savante, d'une belle unité, bien équilibrée, malheureusement sans\nchaleur. L'instrumentation est intéressante, parfois originale et colorée, princi-\npalement dans les passages où dominent les bois ; mais les thèmes manquent\nde caractère, le développement languit, les mêmes phrases se répètent à satiété\ndun instrument à 1 autre ;et l'émotion est toujours absente. Le ier Allegro rap-\npelle visiblement dans un docte mélange Beethoven, Schumann et même Weber;\nje ne saurais aimer cette espèce de valse lente qui dépare la noblesse de ce mor-\nceau. L'Andante est banal, mou et interminable. Le motif de l'Allegretto est char-\nmant, mais 1 auteur en abuse ; la 4e partie a de la vigueur et de la verve, et, dans\n1 apaisement delà conclusion, ramène d'une façon saisissante le thème initial.\nCette Symphonie a été accueillie sans enthousiasme.\nLes Fragments de Wagner ont réveillé la salle. Ouverture des Maîtres Chan-\nteurs, aux puissantes sonorités, admirablement exécutée. Dans plusieurs scènes,\nsurtout dans celle de la Forge, M. Van Dyck, applaudi par ses nombreux fana-\ntiques, a montré « les restes d'une voix qui tombe et une ardeur qui ne s'éteint\npas ».\n\nCONCERTS CORTOT.\n\n— Lecture publique du 15 décembre. — Tout en félicitant\npleinement M. Cortot de son intelligente initiative, il importe de faire observer\nque des lectures d'orchestre comme celle qui fut donnée le 15 décembre sont\nextrêmement rebutantes pour le public, et dures à suivre même pour des muci-\nsiens. Mais, comme tout ce qui peut contribuer à aider les jeunes compositeurs\net à répandre leurs œuvres est excellent et mérite d'être encouragé, je ne doute\npas que tous ceux qui aiment la musique n'aient à cœur de suivre M. Cortot dans\nson entreprise si utile, si nouvelle, si désintéressée surtout.\nJ'ai de mon mieux essayé de me faire une idée des quatre œuvres lues l'autre\njour. Celle de M. Ladmirault, Ronde, ne m'a laissé qu'une impression fort indé-\nterminée. J y ai reconnu, je crois, des thèmes bretons. Quand donc fïnira-t-on (ce\nn est pas au seul M. Ladmirault que je pense) d'employer des thèmes bretons\ndans toute sorte de musique ? Les trois Chevaliers, de M. Sporck, me semblent\nune œuvre honnête, mais sans grande richesse, et qu'on voudrait plus originale.\nSoir d Eté, de M. Albert Roussel, m'est au contraire apparu comme une œuvre\ntrès personnelle, construite avec soin et joliment colorée Une complainte popu-\nlaire, harmonisée et orchestrée par M. Vinée, ne m'a pas intéressé."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.34", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3409, "texte": "Mais toutes les critiques ci-dessus, je ne les fais que sous les plus expresses\nréserves, étant données les conditions spéciales de cette audition.\n\nM.-D. C.\n\nCHAPELLE DE LA SORBONNE.\nC. Z.\n— 18 décembre.— Fort beau concert spirituel, donné\npar la Société musicale de la Sorbonne. Cette Société, dirigée par M. Paul de\nSaunières, arrive aujourd'hui à des exécutions vraiment remarquables. Le Can-\ntique de VAvent, de Schumann, a produit grande impression : une direction éner-\ngique et bien nuancée a su animer cette orchestration un peu lourde, et en déga-\nger les belles lignes mélodiques. UOratorio de Noël, de Saint-Saëns, qui faisait\nsuite, est une musique d'un tout autre caractère : précise, élégante et mesurée.\nM. de Saunières lui a donné l'interprétation qu'il fallait ; pas une note n'a été per-\ndue. Mmes Mathieu d'Ancy, Gorska, P. de Saunières, MM. Sayeta et Massicot\n(fort belle voix) ont chanté expressivement les soli.\n\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.\nM.-D. C.\n— 13 décembre. —- MM. Harold Bauer et Casais exé-\ncutent la Sonate en fa majeur (piano et violoncelle) de Brahms. Malgré toute\nl'attention avec laquelle j'ai écouté, malgré mon vif désir de comprendre et d'être\nému, je n'ai vu dans cette œuvre que l'épanchement imperturbable et glacial\nd'une rhétorique vaine autant qu'avertie. A peine si, dans le troisième mouve-\nment, quelques lueurs de vie, bien timides, se décèlent au cours d'un creux déve-\nloppement. Combien par contre l'admirable Suite, pour violoncelle seul, de Bach,\nest vivante, jeune, passionnée, et que M. Casais la joue simplement, puissam-\nment ! Ce fut pour tout l'auditoire une intense émotion. Et cela prouve une fois\nde plus qu'il n'y a rien au-dessus d'un bel artiste jouant de véritables chefs-\nd'œuvre, que toute concession à la stérile virtuosité restera stérile, comme\nd'ailleurs toute mise au premier plan d'œuvres médiocres. M. Casais, artiste in-\ncomparable, en exécutant cette Suite d'une si sublime beauté, a obtenu le succès\nle plus complet qu'on pouvait rêver.\nM. Bauer a donné une interprétation bonne, sans plus, de la Fantaisie (op. 17)\nde Schumann. La technique de l'artiste est excellente, comme bien on le\nsait, et il a d'appréciables qualités de style. Pourtant, il n'a fait ressortir ni\nla poésie intime du premier mouvement de l'œuvre de Schumann, ni l'inten-\nsité lyrique du finale. Le mouvement médian, au contraire, a été admirablement\njoué.\nMlle Metcalfe. dont la voix est jolie et bien dirigée, a beaucoup plu. Mais, sauf\nYAmarilli de Caccini, qu'elle a donc chanté d'assommantes choses îAu pro-\ngramme, enfin, la Sonate (op. 69) de Beethoven.\n\n20 décembre. — La Sonate en sol de Brahms (piano etviolon), moins diffuse que\nla précédente, me laisse une impression analogue. L'art méthodique, sans im-\nprévu, du compositeur hambourgeois ne saurait décidément me toucher, encore\nque j'en reconnaisse l'incontestable sincérité et la tenue parfois vraiment très\nnoble. MM. Consolo et Kreisler, qui jouèrent cette œuvre, sont d intéressants\nartistes. Le premier, dans une Rhapsodie pour piano de Brahms, dans une Fantai-\nsie et Fugue d'orgue de Bach transcrite par Liszt, dans un Capriccio de Scarlatti,\nfit apprécier une impeccable technique, un beau style et une remarquable sono-\nrité. Le second, s'il a, comme beaucoup de violonistes allemands, une sonorité\nparfois insuffisamment moelleuse, possède de très hautes qualités de style et"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.35", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "interpréta très admirablement une Suite et une Fugue de Bach, ainsi que des\npièces de Beethoven, de Leclair, etc.\nM.Charles Clark, dont on ne saurait trop louer la superbe voix et l'art im-\npeccable, obtint, lui aussi, un très grand succès avec des lieder de Brahms, de\nSchubert et de Schumann.\n\nM.-D. C.\n\nRECITALS.\nM.-D. C.\n— MM3 Marie Olénine. —12 décembre. — Comme d'habitude, un\nprogramme d'un très haut intérêt, intelligemment composé. Des lieder d'Hugo\nWolff, dont les uns, comme Anakreons Grab, m'ont assez plu, tandis que d autres\nm'ont paru mélodramatiques, vides ou même incompréhensibles (le Chant\ncophte par exemple). Il importe pourtant de suspendre tout jugement sur Wolff,\n— à l'œuvre duquel plus d'un musicien de mérite s intéresse, — jusqu au moment\noù ses compositions seront mieux connues de nous.\nQuatre versions dun même texte de Gœthe (Qui n a trempe son pain de\npleurs...) permettent au public de comparer entre elles 1 inspiration de Schubert,\ncelle de Schumann, celle de Liszt et celle de H. Wolff. Est-il bien nécessaire de\ndire que des quatre, ma préférée est celle de Schubert ?\nMme Olénine chante encore l'exquise Violette de Mozart, un lied de Liszt,\nUeber allen Gipfeln ist Ruh, àla couleur curieusement « parsifalesque », le Roi\ndes Aulnes, Marguerite au Rouet, qu'elle interprète de façon profondément im-\npressionnante, puis, comme le précédent lundi, des œuvres de Moussorgsky,\nneuves, hardies, émouvantes et admirables. En résumé, programme substantiel\net succès bien mérité.\n\nM.-D. CALVOCORESSI.\nM.Joseph Joachim Nin.— 19 décembre. — Tout ce qu'on pourrait dire d'un\npareil concert sera insuffisant ou superflu. Le jeune artiste, encore inconnu des\nParisiens (sauf de ceux qui fréquentent la Schola Cantorum, où il s'est fait en-\ntendre avec un très vif succès), a entrepris de retracer à ses auditeurs, par des\nexemples choisis, toute l'histoire de la musique de clavier. Pour cela il a fouillé,\navec autant d'érudition que de tact, dans les éditions savantes, et il a composé un\npremier programme, où furent représentés : Cabezon, un compositeur espagnol\nantérieur même aux virginalistes anglais (il vécut; de 1510 à 1566); Byrd, Pur-\ncell, puis Frescobaldi, D. Scarlatti -, les clavecinistes français ; Kuhnau, l'admi-\nrable inventeur du poème symphonique instrumental ; Matheson, et enfin\nJ.-S. Bach. Tous les musiciens sentiront l'intérêt qu'offrait une telle séance, au\nsujet de laquelle il serait possible d'aborder la plupart des questions historiques\nou esthétiques qui s'offrent aux musicographes. Et on m excusera, je pense, si\nje me borne à signaler une telle possibilité et à constater que M. Nin s est montré\nentièrement digne de la neuve et lourde tâche qu'il avait assumée, tant par\nson excellente technique que par la simplicité et la souplesse de son style. Je\nsouhaite que les séances suivantes, durant lesquelles l'excellent pianiste nous\nconduira jusqu'à l'époque actuelle, provoquent le même mouvement d intérêt\nque cette « première », sur laquelle je me réserve de revenir un peu plus en détail\ndans le numéro suivant."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "32", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.1", "titre_corps": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE.", "titre_sommaire": "CONCERTS DU CONSERVATOIRE.", "signature_source": "M.-D. 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Pour ce qui est des longueurs que l'on\nreproche fréquemment à Liszt, qu'on me permette une réflexion : je ne vois pas\npour ma part que même le Christus soit plus démesuré dans ses proportions que\ntel autre chef-d'œuvre qu'on pourrait citer. Mais de même que « les œuvres que\ntout le monde admire sont celles que personne n'examine » (Anatole France),\nde même les compositions de Liszt, qui nous arrivent sans avoir été consacrées\npar l'unanime admiration de la génération précédente, sont de celles pour les-\nquelles on a une tendance à être, je crois, trop sévère. Renonçons enfin, s'il est\npossible, à avoir deux poids et deux mesures. Et, si notre déférence ou peut-\nêtre une compréhension spéciale qui nous vient de nos pères nous interdit l'in-\nvestigation trop critique des œuvres plus anciennes, ayons du moins, en face\nd'inspirations aussi nobles que celles de Franz Liszt, la même déférence et la\nvolonté d'une exacte compréhension.\nJ'espère que la Société des concerts me donnera bientôt l'occasion de parler\ndes deux autres parties de l'œuvre, où l'on trouve infiniment plus de variété et\nqui sont tout aussi dignes d'être connues."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c016", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "33", "image_debut": 32, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.2", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE.", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE.", "signature_source": "L. 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Le concert com-\nprenait en outre deux œuvres nouvelles : l'une,Etude symphonique, deM. Kœchlin,\navec des pages charmantes, est trop cherchée pour me plaire complètement ;\n1 autre, la Suite d'orchestre, de M. Enesco, est fort simple comme écriture, mais\nles pensées en sont banales. J aimais mieux le Poème roumain du même auteur.\nLe programme nous apprend que l'œuvre nouvelle, digne pendant de ce Poème,\nnéanmoins lui diffère. Est-ce un roumanisme ? Quant à moi, je dirais volontiers\nqu'elle m indiffère.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "33", "page_fin": "33", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.3", "titre_corps": "CONCERTS CHEVILLARD.", "titre_sommaire": "CONCERTS CHEVILLARD.", "signature_source": "L. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.33", "debut_caractere": 756, "fin_caractere_exclue": 906, "texte": "CONCERTS CHEVILLARD.\nL. L\n— q décembre. — J aime mieux ne point parler des\nTrois Préludes de Mme R. Strohl, que j'eusse mieux aimé ne pas entendre. —-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "33", "page_fin": "33", "image_debut": 33, "image_fin": 33, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.4", "titre_corps": "— 11 décembre. — Rien de nouveau au programme. La 3e Symphonie de Brahms", "titre_sommaire": "— 11 décembre. — Rien de nouveau au programme. La 3e Symphonie de Brahms", "signature_source": "A. LEMOINE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.33", "debut_caractere": 908, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "A. LEMOINE.\n— 11 décembre. — Rien de nouveau au programme. La 3e Symphonie de Brahms\nest une œuvre savante, d'une belle unité, bien équilibrée, malheureusement sans\nchaleur. L'instrumentation est intéressante, parfois originale et colorée, princi-\npalement dans les passages où dominent les bois ; mais les thèmes manquent\nde caractère, le développement languit, les mêmes phrases se répètent à satiété\ndun instrument à 1 autre ;et l'émotion est toujours absente. Le ier Allegro rap-\npelle visiblement dans un docte mélange Beethoven, Schumann et même Weber;\nje ne saurais aimer cette espèce de valse lente qui dépare la noblesse de ce mor-\nceau. L'Andante est banal, mou et interminable. Le motif de l'Allegretto est char-\nmant, mais 1 auteur en abuse ; la 4e partie a de la vigueur et de la verve, et, dans\n1 apaisement delà conclusion, ramène d'une façon saisissante le thème initial.\nCette Symphonie a été accueillie sans enthousiasme.\nLes Fragments de Wagner ont réveillé la salle. Ouverture des Maîtres Chan-\nteurs, aux puissantes sonorités, admirablement exécutée. Dans plusieurs scènes,\nsurtout dans celle de la Forge, M. Van Dyck, applaudi par ses nombreux fana-\ntiques, a montré « les restes d'une voix qui tombe et une ardeur qui ne s'éteint\npas »."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c019", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "33", "page_fin": "34", "image_debut": 33, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.5", "titre_corps": "CONCERTS CORTOT.", "titre_sommaire": "CONCERTS CORTOT.", "signature_source": "M.-D. 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Cortot dans\nson entreprise si utile, si nouvelle, si désintéressée surtout.\nJ'ai de mon mieux essayé de me faire une idée des quatre œuvres lues l'autre\njour. Celle de M. Ladmirault, Ronde, ne m'a laissé qu'une impression fort indé-\nterminée. J y ai reconnu, je crois, des thèmes bretons. Quand donc fïnira-t-on (ce\nn est pas au seul M. Ladmirault que je pense) d'employer des thèmes bretons\ndans toute sorte de musique ? Les trois Chevaliers, de M. Sporck, me semblent\nune œuvre honnête, mais sans grande richesse, et qu'on voudrait plus originale.\nSoir d Eté, de M. Albert Roussel, m'est au contraire apparu comme une œuvre\ntrès personnelle, construite avec soin et joliment colorée Une complainte popu-\nlaire, harmonisée et orchestrée par M. Vinée, ne m'a pas intéressé."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.34", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 167, "texte": "Mais toutes les critiques ci-dessus, je ne les fais que sous les plus expresses\nréserves, étant données les conditions spéciales de cette audition.\n\nM.-D. 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Mmes Mathieu d'Ancy, Gorska, P. de Saunières, MM. Sayeta et Massicot\n(fort belle voix) ont chanté expressivement les soli."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c021", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "34", "page_fin": "34", "image_debut": 34, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.7", "titre_corps": "SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.", "signature_source": "M.-D. 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Ce fut pour tout l'auditoire une intense émotion. Et cela prouve une fois\nde plus qu'il n'y a rien au-dessus d'un bel artiste jouant de véritables chefs-\nd'œuvre, que toute concession à la stérile virtuosité restera stérile, comme\nd'ailleurs toute mise au premier plan d'œuvres médiocres. M. Casais, artiste in-\ncomparable, en exécutant cette Suite d'une si sublime beauté, a obtenu le succès\nle plus complet qu'on pouvait rêver.\nM. Bauer a donné une interprétation bonne, sans plus, de la Fantaisie (op. 17)\nde Schumann. La technique de l'artiste est excellente, comme bien on le\nsait, et il a d'appréciables qualités de style. Pourtant, il n'a fait ressortir ni\nla poésie intime du premier mouvement de l'œuvre de Schumann, ni l'inten-\nsité lyrique du finale. Le mouvement médian, au contraire, a été admirablement\njoué.\nMlle Metcalfe. dont la voix est jolie et bien dirigée, a beaucoup plu. Mais, sauf\nYAmarilli de Caccini, qu'elle a donc chanté d'assommantes choses îAu pro-\ngramme, enfin, la Sonate (op. 69) de Beethoven."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c022", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "34", "page_fin": "35", "image_debut": 34, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.8", "titre_corps": "20 décembre. — La Sonate en sol de Brahms (piano etviolon), moins diffuse que", "titre_sommaire": "20 décembre. — La Sonate en sol de Brahms (piano etviolon), moins diffuse que", "signature_source": "M.-D. 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Le second, s'il a, comme beaucoup de violonistes allemands, une sonorité\nparfois insuffisamment moelleuse, possède de très hautes qualités de style et"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.35", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 314, "texte": "interpréta très admirablement une Suite et une Fugue de Bach, ainsi que des\npièces de Beethoven, de Leclair, etc.\nM.Charles Clark, dont on ne saurait trop louer la superbe voix et l'art im-\npeccable, obtint, lui aussi, un très grand succès avec des lieder de Brahms, de\nSchubert et de Schumann.\n\nM.-D. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c023", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "35", "page_fin": "35", "image_debut": 35, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.9", "titre_corps": "RECITALS.", "titre_sommaire": "RECITALS.", "signature_source": "M.-D. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.35", "debut_caractere": 316, "fin_caractere_exclue": 1521, "texte": "RECITALS.\nM.-D. C.\n— MM3 Marie Olénine. —12 décembre. — Comme d'habitude, un\nprogramme d'un très haut intérêt, intelligemment composé. Des lieder d'Hugo\nWolff, dont les uns, comme Anakreons Grab, m'ont assez plu, tandis que d autres\nm'ont paru mélodramatiques, vides ou même incompréhensibles (le Chant\ncophte par exemple). Il importe pourtant de suspendre tout jugement sur Wolff,\n— à l'œuvre duquel plus d'un musicien de mérite s intéresse, — jusqu au moment\noù ses compositions seront mieux connues de nous.\nQuatre versions dun même texte de Gœthe (Qui n a trempe son pain de\npleurs...) permettent au public de comparer entre elles 1 inspiration de Schubert,\ncelle de Schumann, celle de Liszt et celle de H. Wolff. Est-il bien nécessaire de\ndire que des quatre, ma préférée est celle de Schubert ?\nMme Olénine chante encore l'exquise Violette de Mozart, un lied de Liszt,\nUeber allen Gipfeln ist Ruh, àla couleur curieusement « parsifalesque », le Roi\ndes Aulnes, Marguerite au Rouet, qu'elle interprète de façon profondément im-\npressionnante, puis, comme le précédent lundi, des œuvres de Moussorgsky,\nneuves, hardies, émouvantes et admirables. En résumé, programme substantiel\net succès bien mérité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c024", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "35", "page_fin": "35", "image_debut": 35, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.7.10", "titre_corps": "M.Joseph Joachim Nin.— 19 décembre. — Tout ce qu'on pourrait dire d'un", "titre_sommaire": "M.Joseph Joachim Nin.— 19 décembre. — Tout ce qu'on pourrait dire d'un", "signature_source": "M.-D. CALVOCORESSI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.35", "debut_caractere": 1523, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "M.-D. CALVOCORESSI.\nM.Joseph Joachim Nin.— 19 décembre. — Tout ce qu'on pourrait dire d'un\npareil concert sera insuffisant ou superflu. Le jeune artiste, encore inconnu des\nParisiens (sauf de ceux qui fréquentent la Schola Cantorum, où il s'est fait en-\ntendre avec un très vif succès), a entrepris de retracer à ses auditeurs, par des\nexemples choisis, toute l'histoire de la musique de clavier. Pour cela il a fouillé,\navec autant d'érudition que de tact, dans les éditions savantes, et il a composé un\npremier programme, où furent représentés : Cabezon, un compositeur espagnol\nantérieur même aux virginalistes anglais (il vécut; de 1510 à 1566); Byrd, Pur-\ncell, puis Frescobaldi, D. Scarlatti -, les clavecinistes français ; Kuhnau, l'admi-\nrable inventeur du poème symphonique instrumental ; Matheson, et enfin\nJ.-S. Bach. Tous les musiciens sentiront l'intérêt qu'offrait une telle séance, au\nsujet de laquelle il serait possible d'aborder la plupart des questions historiques\nou esthétiques qui s'offrent aux musicographes. Et on m excusera, je pense, si\nje me borne à signaler une telle possibilité et à constater que M. Nin s est montré\nentièrement digne de la neuve et lourde tâche qu'il avait assumée, tant par\nson excellente technique que par la simplicité et la souplesse de son style. Je\nsouhaite que les séances suivantes, durant lesquelles l'excellent pianiste nous\nconduira jusqu'à l'époque actuelle, provoquent le même mouvement d intérêt\nque cette « première », sur laquelle je me réserve de revenir un peu plus en détail\ndans le numéro suivant."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c025", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "36", "page_fin": "40", "image_debut": 36, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8", "titre_corps": "Actes officiels et Informations,", "titre_sommaire": "Actes officiels et Informations,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.36", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "Actes officiels et Informations,\n\nCONSERVATOIRE. — Par arrêté ministériel du 22 novembre, Mme Vizentini,\nMM. Vernaelde, Sujol et Auzende, répétiteurs au Conservatoire national, sont\nmaintenus dans leur emploi pour une nouvelle période de trois années sco-\nlaires.\n\nROUBAIX. Par arrêté du 26 novembre de M. le Préfet du Nord, M. Albert\nDuhamel, professeur delà 2e classe de violon (hommes) à l'Ecole de musique,\nsuccursale du Conservatoire national, à Roubaix, est nommé professeur de la\nclasse de violon (femmes) à ladite école (création d'emploi) ;\nM. Arthur Vandervelden est nommé professeur de la 2e classe de violon\n(hommes), en remplacement de M. Duhamel.\n\nBOULOGNE-SUR-MER. — Par arrêté du 19 novembre du Préfet du Pas-de-Calais,\nM. Andreu Fernaudenet Amat (Gustave) sont nommés : le premier, professeur\nde violoncelle; le second, professeur de haubois, à l'Ecole nationale de musique.\n\nDIJON. — Par arrêté du 16 novembre du Préfet de la Côte-d'Or, M. Diétrich\n(Adolphe) est nommé professeur de la classe de solfège supérieur (hommes) à\nl'Ecole de musique, succursale du Conservatoire, en remplacement de M.Lau-\nrent, décédé.\n\nTOURS. — Par arrêté préfectoral du 30 novembre, M. Thévenin (Victor-\nCamille) est nommé professeur de flûte à l'Ecole nationale de musique, en rem-\nplacement de M. Abault, décédé.\n\nOPÉRA-COMIQUE. — En l'honneur de la 1000e de Carmen, le théâtre de\nl'Opéra-Comique donnera dans les derniers jours de décembre une représenta-\ntion de gala.\nLe prix des places disponibles sera, à cette occasion, de :\nires loges, baignoires, fauteuils d'orchestre et de balcon 100 fr.\nDeuxième étage 20 »\nTroisième étage 10 »\nQuatrième étage 5 »\n\nANGERS. -— 20 novembre. —La Direction des Concerts populaires a une fois de\nplus témoigné de son goût dans le choix des morceaux en offrant aux applaudis-\nsements du public angevin une Symphonie d'Hermann Goetz — un compositeur\njadis célèbre au delà du Rhin et insuffisamment connu en France. Mais le gros\nsuccès de la matinée est allé aux Préludes de Y Ouragan, d'Alfred Bruneau. Il faut\négalement rendre un juste hommage à la belle voix de M. Ch Battaille, et à la\nvirtuosité de M. Becker, un jeune violoncelliste qui nous vient de Liège, oû il fut\ntrois fois lauréat du Conservatoire, et qui figure depuis un mois à l'orchestre.\n\n4 décembre. — Cette fois, nous sommes revenus à Haendel, avec un Concerto\ngrosso où se retrouvent, avec des passages adorablement vieillots, le pathé-\ntique et la souplesse d'expression que nous avions déjà remarqués dans un pré-\ncédent concert. Les œuvres de cette époque sont toujours très g'oûtées ici.\nA l'actif de cette journée, dont le programme fut des plus heureusement variés,\nsignalons particulièrement les Variations symphoniques, pour orchestre etpia.no,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.37", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "sui un thème dans le mode éolien, de M, Rhené Bâton — le pianiste était\nM. Armand Ferté— et l'interprétation d'un morceau du Wallenstein, de M. Vin-\ncent d'Indy, le Camp. La musique de M. Rhené Bâton, et M. Rhené Bâton\nlui-même, qui dirigeait l'orchestre, ont été fougueusement applaudis. J'ai cru\nremarquer que le pittoresque si intelligent de M. d'Indy causait quelque surprise»\n\nA. DUPOUY.\n\nECOLE DE CHANT CHORAL. — Une deuxième section de l'Ecole de Chant choral,\nla section Adolphe Sax, est ouverte 84, rue Myrha, près le boulevard Barbès.\nLes cours de Chant et de Solfège ont lieu, pour les élèves hommes, les lundi,\nmercredi et jeudi ; pour les élèves femmes, les mardi et samedi ; pour les en-\nfants, le jeudi après midi.\nIls sont professés par Mlle Thiauzat, de la Société des Concerts du Conserva-\ntoire ; Mme Trignard-Milhet, des Concerts Colonne ; Mlle Mancini, Mlle Buffet ;\nMM. Mauduit, M. Lapeyrre, Leboucher.\nOn peut s'inscrire à ces cours gratuits, tous les soirs, au siège de la section,\net le dimanche matin au palais du Trocadéro.\n\nSOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE. — Dans sa dernière séance, le Comité\na élu comme président M. G. Pfeiffer, en remplacement du regretté Samuel\nRousseau, et comme vice-président M. Arthur Coquarcl.\n\nBORDEAUX.\nJos. GRIMO.\n— La création, à Bordeaux, du Jongleur de Notre-Dame vient\nd'obtenir un immense succès. La dernière mise au point, réglée par le maître Mas-\nsenet lui-même, n'a pas peu contribué à présenter aux Bordelais une des meil-\nleures pièces lyriques du répertoire moderne. M. F. Boyer, directeur du Grand-\nThéâtre, a créé le rôle du moine agronome dans l'art culinaire et a recueilli, au\nsecondacte surtout, les acclamations enthousiastes d'une salle composée de l'élite\nmusicale bordelaise. MM. Leclerc (le Jongleur) et Blancard ont aussi largement\ncontribué au succès de cette première; aussi M. Massenet leur a-t-il témoigné sa\nsatisfaction en leur adressant un message de félicitations et de reconnaissance,\nsans en oublier le maître Montagné, qui a dirigé l'orchestre avec sa maestria\nhabituelle.\n\nLILLE : CONCERTS POPULAIRES.\n\n— Le programme du concert du 4 décembre\nétait plus intéressant que d'habitude : ceci tenait à la présence des frères Hille-\nmacher, qui étaient venus diriger leurs œuvres.\nLe prélude de Loreley, la fantaisie pour violon et orchestre, et des mélodies\nchantées par Mme Couteaux, qu'accompagnait au pianoL. Hillemacher, formaient\nl'appoint de ces deux compositeurs au talent si moderne et si personnel.\nM. Albert Rieu, le très distingué professeur du Conservatoire cle Lille, remporta\nun succès très vif dans son exécution brillante de la Fantaisie. Cet artiste remar-\nquable honore 1 Ecole de musique qui a la chance de le posséder, et son arrivée\nà Lille fut heureuse pour l'avenir de l'enseignement supérieur de violon en\ncette ville. M. Rieu s'est fait encore entendre dans la transcription par Sarasate\ndu Nocturne en si bémol de Chopin et dans une Polonaise de Laub, deux pièces\nque nous considérons comme indignes du beau talent de ces artistes. Mme Cou-\nteaux est une cantatrice bien remarquable et qui fut très remarquée.\nLe concert avait débuté par la Symphonie écossaise de Mendelssohn, de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.38", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3306, "texte": "laquelle un mouvement trop rapide ôtait toute couleur et tout charme, et finis-\nsait par des fragments de la musique de scène de Struensée.\nLe dimanche précédent, sous les auspices de la Société de Musique de Lille,\nPugno donnait devant une salle absolument comble un récital de piano où l'on\nadmirait ce superbe artiste. De la chanteuse qui eut la chance d'être accompa-\ngnée par lui, nous ne dirons rien, car elle ne brillait par aucune qualité qui la\ndésignât spécialement aux applaudissements du public.\n\nDR H. GAUDIER.\n\nGENÈVE.\nP. FERRARIS.\n—Un journal genevois, la Suisse, ayant organisé un plébiscite\nentre ses lecteurs pour connaître leurs préférences en opéras comiques et opé-\nrettes, a reçu 2571 réponses. Les œuvres les plus souvent citées ont été Faust,\n2015 ; Manon, 1792 ; Carmen, 1756; la Vie de Bohême, 1646 ; Mignon, 1256 ;la\nMascotte, 1754 ; Mani zelle Nitouche, 1692; Miss Helyett, 1665; les Vingt-Huit\njours de Clairette, 1139 ; les Cloches de Corneville, 1405.\nA part la Bohême de Pucini, ce sont donc toutes des œuvres françaises qui\nont obtenu les suffrages de cet intéressant concours.\nGrand succès au dernier Concert d'abonnement pour la magnifique Sympho-\nnie deDukas.\n\nLAUSANNERécital Edouard Bernard. — La surabondance de jouissances\nmusicales a fait tort au concert de M. Ed. Bernard. C'est regrettable, car hier\nmieux encore que mercredi dernier on a pu appréciera leur juste valeur les\nqualités diverses qui distinguent le jeu du brillant artiste parisien.\nTrois grandes compositions: la Sonate appassionnata de Beethoven, le Prélude,\nAi àa et Finale de César Franck, les Etudes symphoniques de Schumann, consti-\ntuaient le centre du récital. De Tune à l'autre de ces trois œuvres capitales l'in-\ntérêt est allé en grandissant. Excellent dans la Sonate de Beethoven, surtout\ndans la 3e partie, superbe dans le morceau de Franck, à l'exécution duquel il a\ndonné beaucoup de force et de grandeur, M. Bernard s'es montré virtuose ac-\ncompli en même temps que fort bon musicien dans les Variations de Schumann;\nla dernière, en ré bémol majeur, a été enlevée avec une bravoure et une sû-\nreté remarquables.\nImpossible de tout citer ; mentionnons seulement l'extrême finesse avec la-\nquelle le jeune pianiste a joué VArabesque de Debussy.\nCe qu'il faut aussi louer chez M. Bernard, c'est la sobriété avec laquelle il\nexécute les œuvres des maîtres : rien dans son jeu qui soit pour jeter de la pou-\ndre aux yeux ; tout dans la manière de se présenter et dans la manière de jouer\nde l'artiste français est la simplicité même ; c'est une qualité trop rare pour\nqu'on ne la mentionne pas quand elle se rencontre unie à un talent de premier\nordre.\n\nLONDRES.\n\n— Les Anglais ne sont pas musiciens. Chacun sait cela. Il ne fau-\ndrait cependant pas pousser cette affirmation trop loin, et dire qu'ils n'ont pas de\ncompositeurs parce que nous ne voyons jamais d'opéra anglais à Covent-Gar-\nden. Si la grande musique est inconnue de ce côté-ci de la Manche, la musique\nlégère y est très florissante sous le nom d opérette ou (( musical comedy )). En\nce moment trois tiennent l'affiche depuis longtemps et ne sont pas près de la\nquitter, ce sont î The Earl and the Girl, The Cingalee, Sergeant Brue.\nCeci vous prouve le penchant de la société londonnienne pour l'opérette. Mais"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.39", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "à ce propos je voudrais vous parler d'un jeune compositeur sur lequel le monde\nmusical anglais fonde de grandes espérances, et qu'on considère déjà comme le\nrégénérateur de la musique nationale anglo-saxonne. Son nom est Edward Ger-\nman.\nIl a pris la succession de Sir Arthur Sullivan, mort il y a quelques années. On\nconnaît assez ce dernier, auteur de tant d'airs populaires, d'opérettes qui virent\nplus de mille fois le feu de la rampe (//. Af. S. Pinajore), pour que je ne m'ap-\npesantisse pas plus longtemps sur lui.\nEdward German, fils d'un organiste de Whitchurch, commença d'abord par\nétudier à la Royal Academy et à jouer le soir, comme deuxième violon, au Savoy\nTheatre, les morceaux de celui auquel il devait succéder.\nSes débuts comme compositeur furent peu ordinaires. En 1889, M. Mansfield\navait besoin d'un chef d'orchestre pour sa saison théâtrale. Un jour qu'il descen-\ndait le grand escalier de l'Académie de Musique, il fut à demi renversé par un\njeune homme qui dégringolait les marches quatre à quatre : « Halte-là I\ns'écria-t-il en prenant German par le bras. Savez-vous conduire un orchestre ?\n— Oui, répondit le jeune musicien. — C'est bien, je vous prends. »\nSa fortune était faite. Il écrivit une musique d'accompagnement de Ri-\nchard III. Elle était si bien d'accord avec le sentiment anglais, qu'Irving, vou-\nlant représenter Henry VIII, fit appel au talent de German. Ce dernier composa\nentre autres Three Dances qui eurent un succès éclatant et qui le consacrè-\nrent comme compositeur national. Peu de temps après, Sullivan mourut, laissant\nun opéra mystique inachevé, The Emerald Isle. L'auteur de Three Dances fut\ndésigné pour l'achever. Il écrivit ensuite Merrie En gland, sujet patriotique qui\nflatta ses auditeurs, et enfin une récente Welsh Rhapsody, qui mérite une men-\ntion spéciale parce qu'elle est typique.\nLe pays de Galles, avec ses bardes et ses chansons populaires si originales,\noffrait à German une matière admirablement appropriée à son talent celte. Il sut\nréunir ces mélodies en une composition étrange — air des Men of Harlech —\nqui, question de sentiment à part, nous donne une idée intéressante de la vraie\nmusique anglo-saxonne.\nIl est en train d'achever un nouvel opéra comique. Inutile de dire qu'on l'at-\ntend avec impatience.\n\nMAURICE TESSIER.\n\nTOURS. — Le mois écoulé a été privilégié pour les amateurs de musique\nde notre ville. Tout d'abord, le 5 novembre, c'était le Ier Concert de ïAssociation\nartistique de Tours — que nous avions annoncé ici même —et qui obtint, avec le\nconcours de M. Albert Houfflack, le violoniste réputé, et de Mlle Hélène Demel-\nlier, soliste des Concerts Colonne, un succès bien mérité.\nCe fut ensuite un concert donné par Raoul Pugno avec Mlle Marthe Doerken ;\npuis la première soirée de la Société des Amis des Arts, où se firent entendre les\ntrois frères Thibaud. Vanter le talent de ces différents artistes, universellement\nconnus, serait superflu. Disons seulement qu'une fois de plus chacun d'eux y\nremporta un triomphe.\nLa manifestation artistique réellement intéressante du mois, est le 2e concert\ndonné le 10 décembre par l'Association artistique de Tours. Cette jeune Société,\ntout à fait nouveau-née, avait composé son programme avec un éclectisme fort\nheureux."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.40", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "L'orchestre, qui, dès son premier concert, s'était affirmé d'une bonne homogé-\nnéité, très discipliné, docile à la baguette de son chef —un artiste expérimenté,\nM. Emile Etesse, — a pleinement tenu ce qu'on attendait de lui. Que ce soit dans\nla Symphonie en ut majeur de Mozart, dans l'ouverture de Frithiof ou dans l'ac-\ncompagnement des solistes, il s'est montré à son avantage. On pourrait regret-\nter une certaine pénurie de violons, mais c'est un défaut auquel il sera facile de\nremédier. Association artistique compte d'ailleurs d'excellents artistes. On en\na pu juger par l'interprétation que donna l'un d'eux, M. Masson, du concerto de\nLalo pour violoncelle.\nComme solistes, Y Association artistique faisait entendre cette fois une canta-\ntrice, Mme Herman, des Concerts Lamoureux, dont le réel talent a été vivement\napprécié, et un pianiste tout à fait remarquable, M. Alejandro Ribô.\nM. Alejandro Ribô, de nationalité espagnole, est un tout jeune homme ; mais\nil justifie le vers de Corneille :.« Aux âmes bien nées. . » Certes on peut prédire\nà cet artiste le plus brillant avenir.\nM. Ribô débuta hier avec le Concerto en si bémol mineur de Tchaïkowski,\nextrêmement brillant, d'une facture si puissante, d'une orchestration originale,\nvéritable symphonie, pourrait-on dire, pour piano et orchestre, et qui a produit\navec un aussi merveilleux interprète un colossal effet.\nSeufiensuite, M. Ribô a jouéla Berceuse de-Chopin avec une délicatesse exquise,\nun charme délicieux, tels que le'souvenir de cette même Berceuse par Pugno lui-\nmême, trois semaines à peine auparavant, n'a pu affaiblir son succès. Dans la\nPolonaise en mi de Liszt, les qualités de virtuosité du jeune artiste se sont affir-\nmées victorieusement.\nAjoutons que — sur deux pianos Steinway — avec M. Ribô, un autre pianiste,\nM. Mockers, journaliste tourangeau qui joue fort bien du piano, a exécuté avec\nbrio les variations écrites par Saint-Saëns sur un thème de Beethoven et la\nTarentelle de Rubinstein.\nLe public fit fête à tous les artistes entendus dans ce concert, qui consacre la\nvaleur des soirées de l'Association artistique de Tours.\n\nHIM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c026", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "36", "page_fin": "36", "image_debut": 36, "image_fin": 36, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.1", "titre_corps": "CONSERVATOIRE. — Par arrêté ministériel du 22 novembre, Mme Vizentini,", "titre_sommaire": "CONSERVATOIRE. — Par arrêté ministériel du 22 novembre, Mme Vizentini,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.36", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 277, "texte": "CONSERVATOIRE. — Par arrêté ministériel du 22 novembre, Mme Vizentini,\nMM. 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Mais le gros\nsuccès de la matinée est allé aux Préludes de Y Ouragan, d'Alfred Bruneau. Il faut\négalement rendre un juste hommage à la belle voix de M. Ch Battaille, et à la\nvirtuosité de M. Becker, un jeune violoncelliste qui nous vient de Liège, oû il fut\ntrois fois lauréat du Conservatoire, et qui figure depuis un mois à l'orchestre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c033", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "36", "page_fin": "37", "image_debut": 36, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.8", "titre_corps": "4 décembre. — Cette fois, nous sommes revenus à Haendel, avec un Concerto", "titre_sommaire": "4 décembre. — Cette fois, nous sommes revenus à Haendel, avec un Concerto", "signature_source": "A. DUPOUY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.36", "debut_caractere": 2307, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "4 décembre. — Cette fois, nous sommes revenus à Haendel, avec un Concerto\ngrosso où se retrouvent, avec des passages adorablement vieillots, le pathé-\ntique et la souplesse d'expression que nous avions déjà remarqués dans un pré-\ncédent concert. Les œuvres de cette époque sont toujours très g'oûtées ici.\nA l'actif de cette journée, dont le programme fut des plus heureusement variés,\nsignalons particulièrement les Variations symphoniques, pour orchestre etpia.no,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.37", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 406, "texte": "sui un thème dans le mode éolien, de M, Rhené Bâton — le pianiste était\nM. Armand Ferté— et l'interprétation d'un morceau du Wallenstein, de M. Vin-\ncent d'Indy, le Camp. La musique de M. Rhené Bâton, et M. Rhené Bâton\nlui-même, qui dirigeait l'orchestre, ont été fougueusement applaudis. J'ai cru\nremarquer que le pittoresque si intelligent de M. d'Indy causait quelque surprise»\n\nA. DUPOUY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c034", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "37", "page_fin": "37", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.9", "titre_corps": "ECOLE DE CHANT CHORAL. — Une deuxième section de l'Ecole de Chant choral,", "titre_sommaire": "ECOLE DE CHANT CHORAL. — Une deuxième section de l'Ecole de Chant choral,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.37", "debut_caractere": 408, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "ECOLE DE CHANT CHORAL. — Une deuxième section de l'Ecole de Chant choral,\nla section Adolphe Sax, est ouverte 84, rue Myrha, près le boulevard Barbès.\nLes cours de Chant et de Solfège ont lieu, pour les élèves hommes, les lundi,\nmercredi et jeudi ; pour les élèves femmes, les mardi et samedi ; pour les en-\nfants, le jeudi après midi.\nIls sont professés par Mlle Thiauzat, de la Société des Concerts du Conserva-\ntoire ; Mme Trignard-Milhet, des Concerts Colonne ; Mlle Mancini, Mlle Buffet ;\nMM. Mauduit, M. Lapeyrre, Leboucher.\nOn peut s'inscrire à ces cours gratuits, tous les soirs, au siège de la section,\net le dimanche matin au palais du Trocadéro."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c035", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "37", "page_fin": "37", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.10", "titre_corps": "SOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE. — Dans sa dernière séance, le Comité", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE. — Dans sa dernière séance, le Comité", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.37", "debut_caractere": 1066, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "SOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE. — Dans sa dernière séance, le Comité\na élu comme président M. G. Pfeiffer, en remplacement du regretté Samuel\nRousseau, et comme vice-président M. Arthur Coquarcl."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c036", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "37", "page_fin": "37", "image_debut": 37, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.11", "titre_corps": "BORDEAUX.", "titre_sommaire": "BORDEAUX.", "signature_source": "Jos. GRIMO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.37", "debut_caractere": 1268, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "BORDEAUX.\nJos. GRIMO.\n— La création, à Bordeaux, du Jongleur de Notre-Dame vient\nd'obtenir un immense succès. La dernière mise au point, réglée par le maître Mas-\nsenet lui-même, n'a pas peu contribué à présenter aux Bordelais une des meil-\nleures pièces lyriques du répertoire moderne. M. F. Boyer, directeur du Grand-\nThéâtre, a créé le rôle du moine agronome dans l'art culinaire et a recueilli, au\nsecondacte surtout, les acclamations enthousiastes d'une salle composée de l'élite\nmusicale bordelaise. MM. Leclerc (le Jongleur) et Blancard ont aussi largement\ncontribué au succès de cette première; aussi M. Massenet leur a-t-il témoigné sa\nsatisfaction en leur adressant un message de félicitations et de reconnaissance,\nsans en oublier le maître Montagné, qui a dirigé l'orchestre avec sa maestria\nhabituelle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c037", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "37", "page_fin": "38", "image_debut": 37, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.12", "titre_corps": "LILLE : CONCERTS POPULAIRES.", "titre_sommaire": "LILLE : CONCERTS POPULAIRES.", "signature_source": "DR H. GAUDIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.37", "debut_caractere": 2085, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "LILLE : CONCERTS POPULAIRES.\n\n— Le programme du concert du 4 décembre\nétait plus intéressant que d'habitude : ceci tenait à la présence des frères Hille-\nmacher, qui étaient venus diriger leurs œuvres.\nLe prélude de Loreley, la fantaisie pour violon et orchestre, et des mélodies\nchantées par Mme Couteaux, qu'accompagnait au pianoL. Hillemacher, formaient\nl'appoint de ces deux compositeurs au talent si moderne et si personnel.\nM. Albert Rieu, le très distingué professeur du Conservatoire cle Lille, remporta\nun succès très vif dans son exécution brillante de la Fantaisie. Cet artiste remar-\nquable honore 1 Ecole de musique qui a la chance de le posséder, et son arrivée\nà Lille fut heureuse pour l'avenir de l'enseignement supérieur de violon en\ncette ville. M. Rieu s'est fait encore entendre dans la transcription par Sarasate\ndu Nocturne en si bémol de Chopin et dans une Polonaise de Laub, deux pièces\nque nous considérons comme indignes du beau talent de ces artistes. Mme Cou-\nteaux est une cantatrice bien remarquable et qui fut très remarquée.\nLe concert avait débuté par la Symphonie écossaise de Mendelssohn, de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.38", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 537, "texte": "laquelle un mouvement trop rapide ôtait toute couleur et tout charme, et finis-\nsait par des fragments de la musique de scène de Struensée.\nLe dimanche précédent, sous les auspices de la Société de Musique de Lille,\nPugno donnait devant une salle absolument comble un récital de piano où l'on\nadmirait ce superbe artiste. De la chanteuse qui eut la chance d'être accompa-\ngnée par lui, nous ne dirons rien, car elle ne brillait par aucune qualité qui la\ndésignât spécialement aux applaudissements du public.\n\nDR H. GAUDIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c038", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "38", "page_fin": "38", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.13", "titre_corps": "GENÈVE.", "titre_sommaire": "GENÈVE.", "signature_source": "P. FERRARIS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.38", "debut_caractere": 539, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "GENÈVE.\nP. FERRARIS.\n—Un journal genevois, la Suisse, ayant organisé un plébiscite\nentre ses lecteurs pour connaître leurs préférences en opéras comiques et opé-\nrettes, a reçu 2571 réponses. Les œuvres les plus souvent citées ont été Faust,\n2015 ; Manon, 1792 ; Carmen, 1756; la Vie de Bohême, 1646 ; Mignon, 1256 ;la\nMascotte, 1754 ; Mani zelle Nitouche, 1692; Miss Helyett, 1665; les Vingt-Huit\njours de Clairette, 1139 ; les Cloches de Corneville, 1405.\nA part la Bohême de Pucini, ce sont donc toutes des œuvres françaises qui\nont obtenu les suffrages de cet intéressant concours.\nGrand succès au dernier Concert d'abonnement pour la magnifique Sympho-\nnie deDukas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c039", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "38", "page_fin": "38", "image_debut": 38, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.14", "titre_corps": "LAUSANNERécital Edouard Bernard. — La surabondance de jouissances", "titre_sommaire": "LAUSANNERécital Edouard Bernard. — La surabondance de jouissances", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.38", "debut_caractere": 1211, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "LAUSANNERécital Edouard Bernard. — La surabondance de jouissances\nmusicales a fait tort au concert de M. Ed. Bernard. C'est regrettable, car hier\nmieux encore que mercredi dernier on a pu appréciera leur juste valeur les\nqualités diverses qui distinguent le jeu du brillant artiste parisien.\nTrois grandes compositions: la Sonate appassionnata de Beethoven, le Prélude,\nAi àa et Finale de César Franck, les Etudes symphoniques de Schumann, consti-\ntuaient le centre du récital. De Tune à l'autre de ces trois œuvres capitales l'in-\ntérêt est allé en grandissant. Excellent dans la Sonate de Beethoven, surtout\ndans la 3e partie, superbe dans le morceau de Franck, à l'exécution duquel il a\ndonné beaucoup de force et de grandeur, M. Bernard s'es montré virtuose ac-\ncompli en même temps que fort bon musicien dans les Variations de Schumann;\nla dernière, en ré bémol majeur, a été enlevée avec une bravoure et une sû-\nreté remarquables.\nImpossible de tout citer ; mentionnons seulement l'extrême finesse avec la-\nquelle le jeune pianiste a joué VArabesque de Debussy.\nCe qu'il faut aussi louer chez M. Bernard, c'est la sobriété avec laquelle il\nexécute les œuvres des maîtres : rien dans son jeu qui soit pour jeter de la pou-\ndre aux yeux ; tout dans la manière de se présenter et dans la manière de jouer\nde l'artiste français est la simplicité même ; c'est une qualité trop rare pour\nqu'on ne la mentionne pas quand elle se rencontre unie à un talent de premier\nordre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c040", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "38", "page_fin": "39", "image_debut": 38, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.15", "titre_corps": "LONDRES.", "titre_sommaire": "LONDRES.", "signature_source": "MAURICE TESSIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.38", "debut_caractere": 2685, "fin_caractere_exclue": 3306, "texte": "LONDRES.\n\n— Les Anglais ne sont pas musiciens. Chacun sait cela. Il ne fau-\ndrait cependant pas pousser cette affirmation trop loin, et dire qu'ils n'ont pas de\ncompositeurs parce que nous ne voyons jamais d'opéra anglais à Covent-Gar-\nden. Si la grande musique est inconnue de ce côté-ci de la Manche, la musique\nlégère y est très florissante sous le nom d opérette ou (( musical comedy )). En\nce moment trois tiennent l'affiche depuis longtemps et ne sont pas près de la\nquitter, ce sont î The Earl and the Girl, The Cingalee, Sergeant Brue.\nCeci vous prouve le penchant de la société londonnienne pour l'opérette. Mais"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.39", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "à ce propos je voudrais vous parler d'un jeune compositeur sur lequel le monde\nmusical anglais fonde de grandes espérances, et qu'on considère déjà comme le\nrégénérateur de la musique nationale anglo-saxonne. Son nom est Edward Ger-\nman.\nIl a pris la succession de Sir Arthur Sullivan, mort il y a quelques années. On\nconnaît assez ce dernier, auteur de tant d'airs populaires, d'opérettes qui virent\nplus de mille fois le feu de la rampe (//. Af. S. Pinajore), pour que je ne m'ap-\npesantisse pas plus longtemps sur lui.\nEdward German, fils d'un organiste de Whitchurch, commença d'abord par\nétudier à la Royal Academy et à jouer le soir, comme deuxième violon, au Savoy\nTheatre, les morceaux de celui auquel il devait succéder.\nSes débuts comme compositeur furent peu ordinaires. En 1889, M. Mansfield\navait besoin d'un chef d'orchestre pour sa saison théâtrale. Un jour qu'il descen-\ndait le grand escalier de l'Académie de Musique, il fut à demi renversé par un\njeune homme qui dégringolait les marches quatre à quatre : « Halte-là I\ns'écria-t-il en prenant German par le bras. Savez-vous conduire un orchestre ?\n— Oui, répondit le jeune musicien. — C'est bien, je vous prends. »\nSa fortune était faite. Il écrivit une musique d'accompagnement de Ri-\nchard III. Elle était si bien d'accord avec le sentiment anglais, qu'Irving, vou-\nlant représenter Henry VIII, fit appel au talent de German. Ce dernier composa\nentre autres Three Dances qui eurent un succès éclatant et qui le consacrè-\nrent comme compositeur national. Peu de temps après, Sullivan mourut, laissant\nun opéra mystique inachevé, The Emerald Isle. L'auteur de Three Dances fut\ndésigné pour l'achever. Il écrivit ensuite Merrie En gland, sujet patriotique qui\nflatta ses auditeurs, et enfin une récente Welsh Rhapsody, qui mérite une men-\ntion spéciale parce qu'elle est typique.\nLe pays de Galles, avec ses bardes et ses chansons populaires si originales,\noffrait à German une matière admirablement appropriée à son talent celte. Il sut\nréunir ces mélodies en une composition étrange — air des Men of Harlech —\nqui, question de sentiment à part, nous donne une idée intéressante de la vraie\nmusique anglo-saxonne.\nIl est en train d'achever un nouvel opéra comique. Inutile de dire qu'on l'at-\ntend avec impatience.\n\nMAURICE TESSIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-01-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-01_01#c041", "volume": "bmtnabj_1905-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "39", "page_fin": "40", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.2.8.16", "titre_corps": "TOURS. — Le mois écoulé a été privilégié pour les amateurs de musique", "titre_sommaire": "TOURS. — Le mois écoulé a été privilégié pour les amateurs de musique", "signature_source": "HIM", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.39", "debut_caractere": 2317, "fin_caractere_exclue": 3274, "texte": "TOURS. — Le mois écoulé a été privilégié pour les amateurs de musique\nde notre ville. Tout d'abord, le 5 novembre, c'était le Ier Concert de ïAssociation\nartistique de Tours — que nous avions annoncé ici même —et qui obtint, avec le\nconcours de M. Albert Houfflack, le violoniste réputé, et de Mlle Hélène Demel-\nlier, soliste des Concerts Colonne, un succès bien mérité.\nCe fut ensuite un concert donné par Raoul Pugno avec Mlle Marthe Doerken ;\npuis la première soirée de la Société des Amis des Arts, où se firent entendre les\ntrois frères Thibaud. Vanter le talent de ces différents artistes, universellement\nconnus, serait superflu. Disons seulement qu'une fois de plus chacun d'eux y\nremporta un triomphe.\nLa manifestation artistique réellement intéressante du mois, est le 2e concert\ndonné le 10 décembre par l'Association artistique de Tours. Cette jeune Société,\ntout à fait nouveau-née, avait composé son programme avec un éclectisme fort\nheureux."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.40", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "L'orchestre, qui, dès son premier concert, s'était affirmé d'une bonne homogé-\nnéité, très discipliné, docile à la baguette de son chef —un artiste expérimenté,\nM. Emile Etesse, — a pleinement tenu ce qu'on attendait de lui. Que ce soit dans\nla Symphonie en ut majeur de Mozart, dans l'ouverture de Frithiof ou dans l'ac-\ncompagnement des solistes, il s'est montré à son avantage. On pourrait regret-\nter une certaine pénurie de violons, mais c'est un défaut auquel il sera facile de\nremédier. Association artistique compte d'ailleurs d'excellents artistes. On en\na pu juger par l'interprétation que donna l'un d'eux, M. Masson, du concerto de\nLalo pour violoncelle.\nComme solistes, Y Association artistique faisait entendre cette fois une canta-\ntrice, Mme Herman, des Concerts Lamoureux, dont le réel talent a été vivement\napprécié, et un pianiste tout à fait remarquable, M. Alejandro Ribô.\nM. Alejandro Ribô, de nationalité espagnole, est un tout jeune homme ; mais\nil justifie le vers de Corneille :.« Aux âmes bien nées. . » Certes on peut prédire\nà cet artiste le plus brillant avenir.\nM. Ribô débuta hier avec le Concerto en si bémol mineur de Tchaïkowski,\nextrêmement brillant, d'une facture si puissante, d'une orchestration originale,\nvéritable symphonie, pourrait-on dire, pour piano et orchestre, et qui a produit\navec un aussi merveilleux interprète un colossal effet.\nSeufiensuite, M. Ribô a jouéla Berceuse de-Chopin avec une délicatesse exquise,\nun charme délicieux, tels que le'souvenir de cette même Berceuse par Pugno lui-\nmême, trois semaines à peine auparavant, n'a pu affaiblir son succès. Dans la\nPolonaise en mi de Liszt, les qualités de virtuosité du jeune artiste se sont affir-\nmées victorieusement.\nAjoutons que — sur deux pianos Steinway — avec M. Ribô, un autre pianiste,\nM. Mockers, journaliste tourangeau qui joue fort bien du piano, a exécuté avec\nbrio les variations écrites par Saint-Saëns sur un thème de Beethoven et la\nTarentelle de Rubinstein.\nLe public fit fête à tous les artistes entendus dans ce concert, qui consacre la\nvaleur des soirées de l'Association artistique de Tours.\n\nHIM."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nN° 1 (cinquième année)\n1er Janvier\n1905,\nR. M.\nr"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.2", "texte": "J.-B. LULLI (1633-1687)\nJean-Baptiste Lulli, né à Florence, fut amené à Paris en 1646, par le che-\nvalier de Guise, et entra au service de A/lle de Montpensier. Il apprit la\nmusique avec Metru, Roberdet et Gigault, organistes de Saint-Nicolas-des-\nChamps, e/ entra dans la bande des grands violons du roi. En 1672, il se fit\nattribuer le privilège accordé en 166g à Perrin et Cambertpour la fondation\nd'une Académie dé opéra, et devint surintendant de la musique du roi. Le pre-\nmier opéra de Lulli, les Festes de l'Amour et de Bacchus, fut représenté le\n15 novembre 1672. Molière, Benserade et Quinault avaient écrit les paroles.\nPlus tard, Quinault devint le librettiste attitré de Lulli. Leurs opéras eurent le\n1dus grand succès, et répondaient bien au goût ie l'époque, solennel et galant\nà la fois. Lulli d'ailleurs était un musicien de race; son inspiration est\nnoble, son style très pur ; et il peint avec une délicatesse presque racinienne\nles nuances du sentiment."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.3", "texte": "COURS D'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE\nAVANT-PROPOS.\nLeçon d'ouverture, faite le 1 g décembre , Collège de ,\npar M. Jules ,\ndocteur es lettres, Directeur de Revue musicale.\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nPour la première fois, aujourd'hui, l'Histoire générale de l'art musical\nest officiellement introduite dans renseignement supérieur et vient\noccuper une place dans cette illustre maison, à côté des plus belles\nétudes traditionnelles. Je me propose de vous dire les raisons princi-\npales, — raisons d'ordre artistique et scientifique, raisons d'ordre social\naussi, — qui justifient cette innovation. Auparavant, j'ai à m'acquitte!'\nd'un très agréable devoir, en offrant un hommage de gratitude à\nM. Chaumié, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, à\nM. l'Administrateur du Collège de France, et au musicien éclairé sans\nla libéralité duquel je n'aurais pas en ce moment l'honneur de vous\nentretenir. Il y a des remerciements dont il serait superflu de prouver\nla sincérité. Permettez-moi cependant de rappeler quelques souvenirs\npersonnels. En 1894, dans une thèse de doctorat qui eut au moins le\nmérite d'inaugurer une série, je formulais les doléances suivantes, ins-\npirées alors par des préoccupations désintéressées :\nPour quelles raisons la musique ne figure-t-elle pas dans les programmes de nos\n« Universités »? A l'autre extrémité de l'Instruction publique, sous une forme très\nspéciale, il est vrai, elle a déjà conquis une place. Depuis la loi du i5 mars i85o,"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.4", "texte": "qui mettait le chant (avec la gymnastique) au rang des connaissances que peut com-\nprendre l'enseignement primaire, d'heureuses tentatives de progrès ont été faites.\nL'enseignement secondaire moderne, plus heureux que son frère aîné, a vu récem-\nment son programme s'enrichir aussi de quelques lignes consacrées àla musique»\nMais ces hardiesses tardives sont-elles suffisantes ? Persisterons-nous longtemps à\nconsidérer la musique, en dehors des écoles spéciales, comme chose d'agrément ou\nd'exception, timidement reliée, quand l'occasion s'en présente, à d'autres études qui\nla dominent ?En distribuant ses subventions, — fastueuses d'un côté, nulles de\nl'autre, — l'État voudra-t-il toujours ignorer que, si elle est un art appartenant aux\nartistes, et auquel on peut demander, avec des jouissances raffinées, une parure pour\nnotre orgueil, la musique est aussi une science ? qu'au seul point de vue de son\nhistoire, elle mérite de figurer dans l'éducation nationale au même titre que toutes les\nbranches de la philologie ? et que ce n'est point par la voie primaire ou secondaire\nmoderne qu'il conviendrait de la faire pénétrer dans les études, mais par celle de\nl'Enseignement supérieur, qui doit donner l'impulsion pédagogique à tout le\nreste? Certes, il nous manque bien des choses, en France, au point de vue musical :\nil nous manque une Revue ayant un caractère scientifique, dans le genre de celle qui\nse publie, à Leipzig, sous la direction de MM. Chrysander, Spitta et Adler ; il nous\nmanque l'habitude d'analyser thématiquement les opéras et les symphonies dont\nnous faisons le compte rendu et de montrer clairement leur structure par des cita-\ntions abondantes, en intercalant le plus possible le texte musical dans le texte litté-\nraire ; il nous manque une histoire largement traitée de la musique ; il nous manque\nun dictionnaire dans le genre du Lexicon de Mendel, un répertoire bibliographique\ndes œuvres religieuses et profanes... mais il nous manque surtout, au Collège de\nFrance ou à la Sorbonne, un enseignement historique et théorique de i'art musical\ntel qu'on le donne chez nos voisins (i).\nEn parlant ainsi, j'étais sous l'influence d'un séjour assez prolongé\nen Allemagne où, parmi les enseignements que nous appelons « classi-\nques », j'avais vu et suivi l'enseignement musical donné par un maître de\ngrande autorité. Quand ma pensée se reporte à seize ans en arrière, vers\nun temps de jeunesse et d'apprentissage, je me retrouve dans une salle en\ngradins de l'Université de Berlin qui rappelait les modestes classes de\nnos vieux lycées et dont le seul ornement était un piano droit rarement\nouvert ; je revois la tête à la fois vénérable et douce de Philipp\nSpitta, l'homme d'Allemagne qui connaissait le mieux la vie et les\nœuvres de J.-S. Bach, et qui, très simplement, après avoir accroché\nprès de sa chaire un chapeau mou à larges bords et tiré de sa poche\nun cahier manuscrit, exposait à un groupe d'étudiants cosmopolite\nl'histoire de l'oratorio. Non loin de lui, M. Ernst Gurtius parlait\nde l'art attique, et M. Furtwangler, des vases peints ; M. Vahlen\nexpliquait une comédie d'Aristophane, M. Grimm étudiait la vie de\nGœthe... et cet ensemble harmonieux donnait bien l'impression de ce\nque les Grecs appelaient l'éducation « musicale », celle qui satisfait\n\n(i) Les Rapports de la musique et de la poésie (Alcan édit., 1894, préface)."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.5", "texte": "d'une façon complète tous les besoins de l'esprit. A mon retour\nen France, je ne retrouvai pas ce genre de satisfaction. Quand\nj'essayais d'intéresser un de nos maîtres universitaires à ce qui m'in-\ntéressait moi-même, j'obtenais cette réponse invariable : « J'adore\nla musique; mais je suis un profane ! ... » Depuis cette époque, toutes\nles fois que l'occasion s'en est présentée, j'ai demandé que l'histoire\nde l'art musical fût jointe, dans nos Universités, à celle des arts\nplastiques. Je ne comprenais pas que dans une démocratie, le seul\nart populaire n'eût pas encore dans le haut enseignement la place qui\nlui convient, et que ni l'exemple des peuples étrangers, ni les progrès\ndu goût public, ni les exigences évidentes des études historiques ne\nfussent prises en considération. J'aurais mauvaise grâce à insister sur\ndes difficultés qui sont aujourd'hui aplanies ; je me bornerai à rappeler\nles deux objections principales qui m'étaient faites. La première, c'est\nqu'on ne voyait pas très bien comment on pourrait donner satisfaction\nà ce vœu, sans transformer une salle de conférences, nécessairement un\npeu grave, en salle de concert ; la seconde consistait à dire que l'histoire\nmusicale est déjà enseignée au Conservatoire, et qu'il n'y avait pas par\nconséquent de lacune à combler. A la première de ces objections, c'est\nce cours tout entier qui, dans la mesure de mes forces, essaiera de don-\nner une réponse. J'aurai un piano dont je me servirai discrètement\npour préciser mes citations ; un autre instrument, pour faire connaître\ncertaines pièces avec une garantie d'authenticité rigoureuse; un tableau\nnoir avec une portée, et, un peu plus tard, une lampe à lumière oxhy-\ndrique pour projeter, sur la toile, des photographies de monuments ei\nde manuscrits. Cet outillage aura toujours un but scientifique, et ne\ngênera personne. Quant à la seconde objection, je la considérais comme\ninadmissible, pour bien des raisons. Certes, l'histoire de la musique est\nenseignée au Conservatoire par un maître éminent, M. Bourgault-Ducou-\ndray, auquel j'ai tenu à déclarer il y a quelques mois (permettez-moi\ncette parenthèse) que s'il consentait à poser sa candidature pour la\nchaire qu'on voulait créer, je serais heureux de m'effacer derrière lui ( i).\nMais ce qu'on doit faire ici en matière musicale est très différent de ce\nqu'on fait rue du Faubourg-Poissonnière ; c'est quelque chose de moins,\npuisque nous ne cherchons pas à instruire un public de praticiens et\nde virtuoses, et quelque chose de plus, car nous devons nous appliquer\ndavantage à la théorie, aux questions d'origine, à la discussion des\nsystèmes, à l'histoire proprement dite, en un mot à la philosophie de\n\n(i) Déclaration que j'ai renouvelée à M. Pierre Aubry, auteur de si remarquables\ntravaux sur la musique du moyen âge."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.6", "texte": "la musique. D'ailleurs, n'avons-nous pas vu certains enseignements\ndonnés en même temps à la Sorbonne, à l'Ecole normale, à l'Ecole des\nHautes Etudes, à l'Ecole des Chartes ?\nEn 1901, M. le Ministre de l'Instruction publique se montra sensible\nà ces arguments ', comme suite à une série de mesures libérales qu'il\navait déjà prises en faveur des Beaux-Arts, telles que l'admission des\nfemmes au grand concours de composition, le nouveau règlement de\nl'Ecole française de Rome, la création d'Ecoles d'architecture dans nos\nprovinces, il voulut ajouter une annexe à la chaire d'esthétique et\nd'histoire de l'art créée au Collège de France par le décret du 26 mars\n1878, et successivement occupée par des maîtres tels que Charles Blanc,\nM. Guillaume, M. Lafenestre. Mais l'état des finances publiques, qui\nétait celui d'un convalescent ayant besoin de ménagements, ne lui\npermit pas de réaliser son dessein c'est alors que l'initiative privée\nvint à l'aide de l'initiative officielle.\nMessieurs, l'amateur éclairé qui, comme contribution au développe-\nment d'un art ou d'une science, apporte son goût, sa sympathie\nréfléchie, et des encouragements pratiques, rend à son pays des services\naussi précieux que l'artiste ou le savant de profession ; et il double la\nreconnaissance, quand, par un scrupule dont l'amitié voudrait s'af-\nfranchir, il nous impose l'obligation de réduire les hommages qui lui\nsont dus à une discrète allusion...\nUn dernier mot, Messieurs, pour terminer ce préambule. Ce n'est\npas seulement en mon nom personnel, que j'exprime ces sentiments;\nc'est au nom de ceux qui dans ces dernières années ont consacré leur\ntalent et leurs efforts à répandre le goût de l'histoire musicale. Il\nm'arrivera souvent de les citer, de m'appuyer sur leur autorité ; ce sera\njustice, car je sais tout ce que je dois à leurs travaux, que je contribuerai\nà faire connaître, et, indirectement, à l'état d'opinion qu'ils ont créé.\nPuissent-ils songer sans amertume que, par suite de circonstances\nspéciales, le mérite de tout un groupe a tourné au profit d'un seul, et se\nconsoler, s'il était nécessaire, en songeant que le rocher de Sisyphe\nsous lequel nous avons peiné ensemble, est à l'abri des rechutes.\nI\nQuand on est sur le seuil de l'enseignement que nous commençons et\nqu'on mesure du regard le domaine où on va entrer, on est comme\nébloui par la richesse des questions à traiter. On voit s'ouvrir partout\ndes perspectives d'enchantement, dans chacune desquelles les sujets les"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.7", "texte": "plus intéressants pourraient occuper un spécialiste. Veut-on examiner\nla théorie musicale ?On est en présence de systèmes très différents dont\nla bibliographie, à elle seule, est considérable. Veut-on aborder tout de\nsuite l'histoire de la composition ? Les faits à classer sont presque in-\nnombrables, si on veut essayer d'être complet, et la méthode à suivre n'a\npas encore été déterminée, au moins pour l'ensemble. La paléographie\nnous offre des milliers de documents où se raconte, pour ainsi dire d'elle-\nmême, l'histoire de la notation et des formes qu'elle a fixées ; la philolo-\ngie adonnée à la science du langage et du rythme, l'archéologie qui\nétudie les monuments figurés, le folklorisme, l'histoire des institutions\nd'art, semblent imposer à un programme déjà très vaste, des annexes\nindispensables. Veut-on simplifier en distinguant les genres ? Ils sont\ntrès nombreux : la musique religieuse à elle seule, depuis les mélo-\ndies grégoriennes à l'unisson jusqu'aux messes de Bach et de Beetho-\nven, est un monde admirable, singulièrement séduisant pour l'acti-\nvité d'un explorateur courageux et bien armé ', la musique profane a\ndes formes plus nombreuses encore, depuis la chanson populaire ou\nla chanson savante à plusieurs parties jusqu'à la polyphonie de l'or-\nchestre contemporain ', et chacune d'elles, déjà si intéressante à décrire,\nqu'elle appartienne au chant, à la symphonie pure, ou à une combi-\nnaison des deux comme l'opéra, donne lieu à des études distinctes,\nselon qu'on l'examine dans ses rapports avec tel ou tel instrument, ou\nbien dans tel siècle ou dans tel pays. Remarquez, Messieurs, que dans\nl'enseignement de la poésie, qui avec la musique et l'orchestique forme\nla triade des arts du rythme, le principe de la division du travail est\nappliqué depuis longtemps avec le plus grand soin. C'est une province\noù le morcellement de la propriété semble être en raison directe de\nl'excellence de l'outillage, de la sûreté des traditions, de l'habileté et du\nnombre des cultivateurs. Tel maître qui s'occupe de poésie antique, se\ndéclarera incompétent si on lui parle de la poésie française du xvie siècle,,\net, à plus forte raison, de poésie anglaise, allemande ou italienne. Bien\nplus, dans la littérature grecque elle-même, il mettra des frontières\nentre des terres voisines, comme la grammaire et la métrique, non peut-\nêtre sans une certaine coquetterie qui circonscrit nettement un domaine\npour mieux en marquer l'importance et l'indépendance. Dans la phi-\nlosophie, dans l'histoire, même distinction des spécialités. Ici, rien de\nsemblable ; dans cette prise de possession d'un pays nouveau, nous nous\ntrouvons comme en présence d'une richesse trop grande pour être\ndénombrée. Aucune limite ne s'impose à nos recherches, et peut-être à\nnos obligations. Cette situation, heureuse pour l'inlassable curiosité"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.8", "texte": "de l'esprit, ne laisse pas d'être inquiétante, car la compétence d'un\nseul homme ne peut s'étendre à tout ; mais elle est favorable aux vues\nd'ensemble, et j'en profiterai pour vous présenter quelques idées géné-\nrales qui formeront la préface de mon cours.\nLe célèbre physicien Helmholtz a écrit ceci : « Toutes\" les recherches\nesthétiques, malgré les conquêtes de tout genre qu'elles font chaque\njour, sont condamnées à rester vagues et incertaines tant qu'il leur\nmanquera le vrai point de départ, le principe fondamental, la base\nscientifique ». Rien n'est plus vrai, et voici comment nous nous confor-\nmerons à ce jugement. Notre point de départ, qui sera aussi notre point\nd'arrivée après des excursions plus ou moins longues à travers les âges,\nc'est le sentiment musical lui-même, créé en nous et affiné chaque jour\npar des chefs-d'œuvre consacrés. C'est produite par la musique\net non l'idée de certaines spéculations qui peuvent l'accompagner, ou de\ncertains faits qu'elle suppose *, c'est en un mot l'état d'esprit où se trouve\nun auditeur moyen et suffisamment doué, soit au théâtre, soit au con-\ncert, devant une symphonie de Beethoven, de Schumann, de Berlioz\nou de C. Franck, un opéra de Bizet ou de Wagner, un lied de Schu-\nmann, une sonate de Chopin (je ne cite pas les vivants), une de ces\nœuvres enfin qui, selon une image des écrivains d'autrefois, font à\nl'âme une pénétrante blessure de pleine volupté et laissent l'aiguillon\ndans la blessure. Pour goûter ce genre de beauté, pour le faire passer\nen soi par la sympathie et l'admiration, il n'est besoin ni de suivre des\ncours, ni de lire des journaux, ni de se livrer à des travaux d'érudition.\nVous savez ce qu'on a dit d'un grand poète : Lamartine ignorant qui ne\nsait que son âme.Cette ignorance peut être celle du musicien-auditeur\nsans compromettre en rien son plaisir, et — j'irai jusque-là —elle\ndoit être aussi, au moins à un certain moment de sa vie, celle du com-\npositeur lui-même. Elle sera d'abord la nôtre. La musique est la fête\net le triomphe de l'âme. Elle s'adresse à tous ; elle ne demande pour\nêtre sentie, que des cœurs ouverts et des esprits libres. Avant de\nl'étudier, il faut l'aimer, s'abandonner naïvement à son charme, et\nsuivre la grande règle qui est la sienne : sincérité vis-à-vis de soi-\nmême. Afin de mettre cette idée en lumière, je vous signalerai un fait\nqui me paraît caractéristique. Il n'y a pas d'ironie en musique. L'ironie\nest le triste privilège des hommes de lettres. Vous connaissez l'admi-\nrable page de SamsonetDalila, de M. C. Saint-Saêns :\nMon cœur s'ouvre à ta voix, comme s'ouvrent les fleurs,\nAux baisers de l'aurore...\nD'après la situation indiquée par le livret, cette mélodie devrait être"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.9", "texte": "ironique, car Dalila cherche à séduire Samson en affectant des senti-\nments qu'elle n'éprouve pas ; or. le compositeur n'a pas fait cela; il a\nécrit une mélodie qui est une des expressions les plus troublantes de la\ntendresse et de l'amour vrais. Pourquoi ? — Parce qu'il a été dominé\npar la loi même de son art qui répugne au mensonge ; parce que l'iro-\nnie est un masque, une grimace, une comédie réservée à certaines\nformes du langage verbal, tandis que la musique ne peut vivre que de\nsincérité.\nMaintenant, Messieurs, voici plusieurs voies qui s'ouvrent devant nous,\net à l'entrée desquelles j'ai à vous convier. Si nous songeons que la con-\nnaissance, quand elle s'ajoute à l'émotion, peut la fortifier ; qu'il\nn'y a pas, de plus grand plaisir que de chercher les causes de son plai-\nsir et de l'analyser ; si nous songeons que l'esprit est naturellement\ncurieux et porté à se rendre compte de lui-même, nous ne nous étonne-\nrons pas en premier lieu, qu'il y ait une science de l'émotion musicale,\net, en second lieu, que cette science ait à parcourir un programme très\n•étendu. Les phénomènes qui nous paraissent les plus simples ont\nun mécanisme très complexe. Celui qui nous semble le plus naturel\nde tous, puisqu'il commence avant la naissance, c'est le phénomène\nde la respiration. Or, un professeur du Collège de France a pu consa-\ncrer tout un cours à étudier les conditions de ce phénomène, et à exa-\nminer les théories diverses qui ont essayé de l'expliquer. La mu-\nsique est un souffle qui passe ; mais pour expliquer ses lois et ses\neffets, plusieurs sciences interviennent à la fois.\nJe vais les indiquer très rapidement, en les présentant dans un ordre\n•qui ne correspond pas à celui de l'histoire, mais qui est créé par l'es-\nprit lui-même, et par l'enchaînement des problèmes qu'il est obligé\nde se poser pour tâcher d'arriver à une explication satisfaisante et défini-\ntive. Cet ordre est en même temps celui que je suivrai dans les pre-\nmières leçons de ce cours. J'ai à faire ici de l'histoire, mais l'histoire\ndoit être éclairée par une doctrine et vivifiée par une foi très nette en\n•certains principes.\nII\nPuisque le sentiment musical est notre point de départ, il est évident\nque l'étude de la musique doit débuter par l'observation intérieure, et\npar la psychologie. La psychologie musicale n'a pas pour rôle d'ouvrir\n•d'interminables et vagues discussions d'esthétique, trop souvent sans\nissue, mais de constater des faits positifs. Le plus important est ce-\nlui-ci."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.10", "texte": "La musique a enrichi l'intelligence humaine d'un pouvoir nouveau,,\nqui n'existerait pas sans elle. Le compositeur pense avec des sons,\ncomme le littérateur pense avec des mots. Il exprime le sentiment,\nmais il le pénètre d'une logique spéciale. Il pourait dire, lui aussi :\ncogito, ergo s uni.\nPenser sans concepts et sans images ; s'affranchir — à volonté —\nde toutes les sollicitations de la vie extérieure, matérielle et ba-\nnale ; dissoudre cette personnalité superficielle, toujours divertie\nau dehors ou asservie à des formules, qui recouvre et nous cache\nnotre personnalité foncière ; revenir à l'état de nature, à la libre\ndisposition de soi, au jeu àla fois ingénu et savant de nos forces mo-\nrales ; intellectualiser finement la sensibilité et mettre dans l'intelli-\ngence une émotion diffuse ; refaire en nous l'harmonie intérieure et\nprimordiale ; avec ces deux puissances :1e sentiment et la raison, asso-\nciées à la fantaisie et dirigées par un proprium quid qui nous échappe,\ncréer des mondes de « possibles », organiser un univers sans matière\noù s'ordonnent les formes impondérables d'un incessant devenir ; et en\nmême temps doter la pensée d'un pouvoir supérieur, parfois peut-\nêtre la transformer en cette intuition sublime qui, supprimant tous\nles intermédiaires de la dialectique verbale, va droit à son objet idéal :\nvoilà ce que les grands compositeurs ont fait de leur art ; voilà ce qu'un\nBeethoven, par exemple, a fait dans ses quatuors voilà, en un mot, l'o-\nriginalité de la musique, son privilège puissant et délicat ; le principe\nque je tiens à bien marquerait frontispice de ces leçons et que je ne\nperdrai jamais de vue.\nA vrai dire, la musique réunit des pouvoirs qui semblent contradic\ntoires, mais dont la variété ne doit pas plus nous étonner chez le com-\npositeur que chez le poète. Elle est l'interprète des voix intérieures ;\nelle est le langage embelli de la passion ; elle est aussi une peinture,\nune série d'images réalisées, un effort pour trouver l'équivalent des-\nsensations visuelles. Grâce à d'instinctives associations d'idées, elle\npeut faire de l'ombre, de la lumière, du clair-obscur. Depuis que l'or-\nchestre moderne est créé et qu'il y a un art de l'instrumentation, elle\na ses Titiens et ses Rembrandts, ses Corots et ses Henners. Elle est\ncapable de couleur et de dessin, puisqu'on lui doit la « Chevauchée des\nValkyries », « les Murmures de la forêt », les « Pèlerins chantant la\nprière du soir » dans Harold en Italie, les premières pages de la Dam-\nnation de Faust. Le plus souvent, elle excelle à pénétrer l'un par l'autre\nle spectacle et le spectateur, et à trouver ces grandes consonances du\nmonde physique et du monde moral qui, en nous et hors de nous,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.11", "texte": "éveillent des harmoniques sans fin ; elle fait tomber alors les barrières\noù se circonscrit notre moi, elle rend indécise et flottante la limite de\nla conscience individuelle, et, l'objet de l'émotion étant devenu indis-\ncernable de l'émotion elle-même, elle fond nos puissances d'égoïsme\ndans cette immense caresse, qui, des profondeurs de la nature, monte\njusqu'à l'homme pour bercer sa misère, envelopper sa tendresse ou\nconspirer avec son rêve. Oui, la Musique est capable de tout cela.\nMais quelle que soit sa fantaisie, qu'elle se réfugie dans une méta-\nphysique sonore, qu'elle exprime la passion la plus libre et la plus\nforte, ou qu'elle s'ingénie à trouver les combinaisons de rythmes et\nde timbres qui peuvent représenter les formes matérielles, elle a tou-\njours, il faut qu'elle ait un sens spécial, un sens sui generis, inac-\ncessible à nos vocables littéraires, et qui peut bien s'enrichir de valeurs\naccessoires, mais auquel rien ne saurait suppléer. Là est sa loi.\nLa pensée ordinaire, toujours plus ou moins imprégnée de maté-\nrialisme et traînant après soi les souvenirs du monde physique, ale\nvol plus lourd et moins rapide, moins dégagé, que celle du composi-\nteur.La pensée musicaleest comme une fine émanation de l'intelligence.\nEntre elle et la pensée verbale il y a la même différence qu'entre le pur\néther où glisse, dans l'infini, la lumière des astres, et l'air de nos\ngrandes villes, chargé de poussières et de fumées. J'ai déjà soutenu\ncette thèse, il y a douze ans, devant l'aréopage du doctorat, à la\nSorbonne, qui l'a acceptée ; si je rappelle ce souvenir, c'est pour\nmontrer que je n'exprime pas en ce moment une opinon de circon-\nstance, mais une conviction ancienne que l'expérience et la réflexion\nn'ont fait que fortifier; et si je me sers d'une image pour me faire\nentendre, ce n'est pas que j'aie le secret dessein de me dispenser d'une\ndémonstration précise. J'insisterai sur cet important sujet, sur cette\nidée sans laquelle l'esthétique musicale n'est que chaos, ou dissertation\nà côté ; j'aurai à cœur de vous montrer que tous les travaux qu'on peut\nfaire dans les laboratoires, avec des instruments de physique, sur les\nimpressions sonores, n'aboutissent pas à des conclusions plus solides\nque celle qui affirme l'existence d'une pensée propre au musicien, et\nqu'enfin cette conception de l'art musical que je viens d'indiquer, ne\ns'applique pas seulement aux meilleurs compositeurs des trois derniers\nsiècles, mais doit éclairer l'histoire musicale tout entière, depuis les\norigines.\nRemarquez, Messieurs, que les œuvres créées par la pensée musicale\nconstituent le seul type de beauté que nous pouvons, nous modernes,\nopposer triomphalement aux chefs-d'œuvre que les anciens nous ont"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.12", "texte": "légués.- Pour la poésie épique, lyrique et dramatique, pour l'éloquence,\npour la sculpture, et, si l'on veut aussi, pour l'architecture (bien que\ncette dernière opinion soit contestable), les Grecs sont nos maîtres ;\ncomme 011 l'a dit souvent, ils occupent cette cime de notre horizon d'où\nl'idée du beau, suivant la pente insensible des siècles, est arrivée jusqu'à\nnous. M ais il y a un domaine où, autant que nous en puissions juger\npar les documents, ils n'ont été que des apprentis ; un poème comme\nl'Adagio de la ixe symphonie correspond à une manière de penser qu'ils\nn'ont pas connue, malgré leur souplesse et leur incroyable faculté\nd'analyse; un adagio de ce genre, c'est une limite dans l'activité de\nla raison, tout comme une statue de Phidias est une limite dans la réa-\nlisation de la beauté plastique. Chez les Grecs, l'esprit métaphysique,\nquand il a été formé par l'habitude de l'abstraction, s'est retourné\ncontre les beaux-arts ; il a dédaigné leur application à reproduire ce qui\nest changeant, éphémère, et il a voulu bannir les artistes de la répu-\nblique ; chez nous, l'esprit métaphysique, au contraire, a pénétré l'art,\net de cette pénétration est sortie notre musique.\nUne « base scientifique », c'est un fait bien constaté, directement\naccessible à l'expérience, et ayant en outre un tel caractère de généra-\nlité qu'il apparaît comme nécessaire parmi les autres phénomènes\nqu'on veut étudier. Or la pensée musicale remplit toutes ces conditions.\nIl n'y ade musique que là où il y a un sens spécial, intraduisible avec\ndes mots, constitué par la mélodie. Le musicien vraiment digne d'être\nécouté est celui qui se sert du langage des sons pour exprimer le senti-\nment, et du sentiment pour créer une pensée. Le reste ne compte pas,\nou n'a qu'une valeur secondaire, fragile, provisoire.\nVoilà le premier moment de notre enquête; voici comment se succé-\nderontles autres.\nL'homme n'est pas un pur esprit, et ici comme partout ailleurs,\nla psychologie ne suffit pas ; elle appelle à son aide d'autres sciences\nqui lui sont indispensables, bien que, à mesure qu'on s'écarte de\nl'observation intérieure, la certitude aille en décroissant. Les éléments\ndont la pensée musicale est faite sont des sensations sonores détermi-\nnées par la constitution de notre oreille ; et l'étude du mécanisme de\nces sensations, — sans gêner en rien les idées que j'indiquais tout\nà l'heure, — est très importante. Elle nous apprend qu'il y a\ndes sons qui s'attirent et des sons qui se repoussent. Elle essaie\nd expliquer la consonance et la dissonance, elle fixe les bases de\nl'harmonie élémentaire ; c'est la théorie physiologique et acoustique\nfondée par les savants français du xvuh siècle, Sauveur, Rameau, et, à"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.13", "texte": "leur suite, par Helmholtz. On l'appelle souvent, dans les discussions,\nthéorie de la parenté des sons. — Cette théorie nous fait même con-\nnaître une parenté beaucoup plus étendue : en nous rappelant que,\ndans le monde physique, tout est produit par des vibrations, elle nous\namène à concevoir la musique objectivement, et à la situer dans la\nsérie des 55 octaves formées par les phénomènes périodiques, série à\nl'aide de laquelle les physiciens se flattent d'expliquer tous les phéno-\nmènes de l'univers, depuis la plus simple sensation de bruit —en pas-\nsant par l'électricité, la chaleur et la lumière—jusqu'aux rayons N de\nM. Blondlot ; et elle peut nous montrer que pour la lumière, placée\npresque à la fin de la série, comme pour la musique, placée presque au\ndébut, les lois principales sont les mêmes.\nLa parenté n'est pas un principe auquel la curiosité de l'esprit\npuisse s'arrêter; ce n'est pas une cause, c'est un effet ; il faut l'expli-\nquer; elle nous oblige donc à remonter plus haut. De la physio-\nlogie et de l'acoustique, il faut passer à la théorie qui a voulu cher-\ncher dans la nature de certains nombres et de leurs rapports, les\npremiers fondements de la grammaire musicale : c'est la théorie\nmathématique qui, après l'Ecole Pythagoricienne, a préoccupé Des-\ncartes, Euler, Leibnitz. —Est-ce tout? L'étude des nombres contient-\nelle le secret de l'art musical ?\nAu VIP livre de sa République, Platon se moque des musiciens\nqui s'arrêtent à l'arithmétique, sans se préoccuper des idées qui\nla dominent. Il esquisse un programme qui, comme l'avoue Glaucon,ne\npourrait être réalisé que par un dieu npây L'étude de la\nparenté des nombres lui paraît être le premier degré de la Dialectique,\nc'est-à-dire de la recherche des concepts dont le plus haut est l'idée du\nBien : il arrive ainsi* au seuil du mysticisme que ses continuateurs\ndevaient tirer de sa doctrine. A ces paroles de Platon, il convient peut-\nêtre de rattacher tout ce que les grands métaphysiciens allemands, les\nHegel, les Schelling, les Schopenhauer, ont dit de l'art musical ; leur\ndoctrine a paru souvent trop hardie, extravagante même, et je ne ré-\nponds pas qu'elle n'ait pas quelquefois mérité ce reproche ; je crois\ncependant qu'il faudra, sinon discuter, au moins connaître cet idéa-\nlisme grandiose et splendide qui leur faisait attribuer à la musique\nle pouvoir d'exprimer les choses éternelles, l'absolu, l'Etre du\nmonde, parce que ces philosophes allemands appartiennent à un\npays qui a produit les plus admirables musiciens ; ils avaient tous\nun sentiment musical profond, et, en faisant de la métaphysique, ils\ntransposaient peut-être à leur insu, dans le dogmatisme verbal, en"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.14", "texte": "essayant d'arriver à des idées claires et distinctes, ce que les grands\ncompositeurs avaient dit spontanément à leur manière, avec le lan-\ngage des sons.\nAinsi donc, Messieurs, voilà quatre sciences qui se succèdent pour\nexpliquer la musique : la psychologie, qui constate l'existence de la\npensée musicale, ses effets, son retentissement sur tout l'être intérieur,\net quelques-unes de ses modalités', la physiologie et l'acoustique, qui\nfournissent les règles élémentaires du langage dans lequel cette pensée\ns'exprime ; les mathématiques, qui essayent d'expliquer ces règles ;\nla métaphysique enfin, qui entreprend de saisir à la fois l'origine objec-\ntive et la fin la plus haute de l'expression musicale. Il serait vraiment\nimpossible de rester indifférent à des recherches qui sollicitent l'esprit\ncritique dans de telles directions. On a dit de certaines sciences qu'elles\nétaient un carrefour. Il en est de même de la science musicale. En elle,\nautour d'elle, s'ouvrent des mondes de merveilles où apparaissent, avec\nles phénomènes les plus curieux, des théoriciens et des penseurs qui\nsont l'honneur de l'humanité. Je ne ferai certainement pas dans cha-\ncun des domaines dont je viens de parler, une longue étude de détail ;\nune telle entreprise est inutile pour le but que nous poursuivons : elle\nexcéderait à la fois les limites de mon progamme et celles de ma com-\npétence. Mais je me considérerai comme tenu d'exposer et d'examiner\navec précision les principaux systèmes qui prétendent répondre à cette\nquestion : qu'est-ce que la musique? — Après cela, nous aborderons\nnos études d'histoire proprement dite. C'est ainsi qu'après avoir fait\nconnaissance avec une personne et défini son caractère, on peut se\ndemander quel est son crédit dans le monde, quelles sont ses relations,\nla suivredans ses démarches et composersa biographie. Dès maintenant,\nj'ai à vous montrer que la musique occupe nécessairement une place\ndans l'histoire de l'art et par conséquent dans celle de la civilisation\ngénérale ; et cette tâche est facile. Ce qui serait malaisé, ce serait de\ntrouver des arguments non pas pour introduire la musique dans un\nplan d'études historiques, mais pour l'en exclure.\nIII\nJ e citerai le témoignage d'un écrivain qui n'est peut-être pas considéré\naujourd'hui comme le premier de nos historiens, mais qui aeu certaine-\nment l'idée la plus nette et le sentiment le plus vif de ce que doit être\nl'histoire : c'est Michelet. Dans son Histoire de France (Préface de\n1869), Michelet a écrit ceci : « La vie a une condition bien souveraine"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.15", "texte": "€t bien exigeante; elle n'est véritablement la vie qu'autant qu'elle\nest complète. Ses organes sont tous solidaires et ils n'agissent que\nd'ensemble. Nos fonctions se lient, se supposent l'une l'autre. Qu'une\nseule manque, et rien ne vit plus. On croyait autrefois pouvoir, par\nle scalpel, isoler, suivre à part chacun de nos systèmes ; cela ne se peut\npas, car tout influe sur tout. » Ces fortes paroles rappellent le mot cé-\nlèbre de Cl. Bernard : « L'organisme tout entier retentit sur la cellule et\nla cellule retentitsur tout l'organisme. »—« Ainsi, continueMichelet, ou\ntout, ou rien. Pour retrouver la vie historique, il faudrait patiemment\nla suivre en toutes ses voies, toutes ses formes, tous ses éléments. » De\nlà est sortie la formule célèbre : Lhistoire est la résurrection de la vie in-\ntégrale. Ce programme, il faut bien le dire, est quelque peu chimérique ;\nil est y réalisable, et il n'est même pas à souhaiter qu'on le réalise\ncomplètement. S'il y a des choses, dans le passé, qu'il faut éclairer, il y\nen a d'autres qu'on peut laisser dans l'ombre sans aucun inconvénient.\nMais il fixe un idéal dont il faut se rapprocher, et il contient une\nrègle excellente.\nQue la musique soit d'abord une pièce nécessaire de l'histoire des\nBeaux-Arts, c'est ce qui me paraît évident, et n'aurait pas besoin d'être\ndit, si on ne l'oubliait parfois. Bacon qui, le premier, a montré l'impor-\ntance de l'histoire littéraire, a dit que sanscelle de l'esprit humain, etdela\nlittérature où il se reflète, l'histoire du monde n'aurait qu'un œil, comme\nPolyphème. On peut en dire autant de toute Histoire de l'art qui n'at-\ntacherait d'importance qu'aux arts du dessin. Si l'historien ne veut pas\ns'arrêter à des surfaces, s'il veut réellement, comme il le dit souvent, res-\nsaisir « l'âme des siècles passés » et si c'est là autre chose qu'une for-\nmule oratoire, la musique ne peut être négligée par lui puisque, par dé-\nfinition, elle est précisément le langage direct de l'âme. J'ajoute qu'elle\na parfois, comme document, une valeur très supérieure à celle des arts\nvoisins. Il y a eu des âges privilégiés où tous les arts brillaient à la fois\ndu même éclat. C'est ce qui s'est produit à l'époque de la Renaissance\nitalienne et de la Renaissance française ; c'est ce qu'on a vu aussi en 183o,\nau moment où le Romantisme était représenté par Y. Hugo, par Dela-\ncroix, par Berlioz... Mais il y a eu d'autres âges où la musique a régné\nen souveraine et où tout est pâle autour d'elle. Tout le monde ici\nconnaît les noms de Bach, de Haendel, de Mozart, de Beethoven; qui\nd'entre nous connaît les sculpteurs et les architectes qui furent leurs\ncontemporains? qui pourrait citer leurs noms ?... De cette ignorance\nà leur égard où sont les gens instruits, — même en Allemagne, — j'ai\nle droit de conclure qu'ils n'ont pas de caractère « représentatif » et que"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.16", "texte": "si nous voulons avoir des documents sur « l'art » allemand, ou mieux\nencore sur le génie allemand à telle époque déterminée, c'est à la musique\nqu'il faut les demander.\nVoici maintenant, Messieurs, les considérations générales que l'on\npeut ajouter à ce raisonnement etàces constatations pour montrer dans\nquelle très large mesure l'histoire musicale peut contribuer à cette\n« résurrection de la vie » dont parlait notre grand historien.\nLa musique n'est pas, dans l'histoire générale, un fait exceptionnel\nou d'apparition intermittente, un auxiliaire donné par hasard aux céré-\nmonies religieuses, une expression passagère de la joie, de la tristesse\nou de la rêverie, un art de luxe, un divertissement imaginé par des\nhommes de loisir. Elle est un fait naturel et universel comme le langage;\ncaractérisé d'abord, comme lui, par de grossières ébauches, mais ap-\nparaissant partout où il y a des hommes, et pouvant être rattaché, si\nl'on considère les formes dans lesquelles il s'exprime, aux lois pro-\nfondes et permanentes de la viesociale. Il y a des peuples plus ou moins\nbien doués pour le chant, comme il y en a qui sont plus ou moins\nartistes, plus ou moins belliqueux, mais il n'y en a point qui, sau-\nvage ou civilisé, ne connaisse le chant et le rythme en même temps\nque la parole, ne fît-il usage que de quelques notes de la gamme. Le\nchamp de l'histoire musicale s'étend à perte de vue. Très souvent, quand\non fait l'histoire de l'art, on commence par les Grecs, et on ne fait in-\ntervenir l'Orient que dans la mesure où il prépare et explique la Grèce.\nC'est ià une conception un peu étroite et qu'il faut élargir ; les Grecs\nsont trop intelligents et trop élégants : ils empêchent de voir l'huma-\nnité. Le document musical le plus ancien que nous possédions, est un\nbas-relief chaldéen représentant un joueur de harpe et trouvé par M. de\nSarzec au palais de Tello, sur la rive gauche du canal qui relie le Tigre\net l'Euphrate : de bons juges, comme M. Pottier, le font remonter à\ntrente siècles environ avant l'ère chrétienne. Il n'y a aucun paradoxe à\naffirmer que la musique est plus ancienne que la poésie, et qu'elle a\ndonné à la poésie ses lois constitutives. Nous avons des renseigne-\nments précis sur l'art musical, non seulement dans les plus antiques\ncivilisations de l'Orient et de l'Occident, mais aussi chez les peuplades\nprimitives de l'Afrique, de la Polynésie et de l'Amérique, où la musique\nest régulièrement associée à certains actes de la vie commune, comme\nnous l'apprennent les récits des voyageurs depuis deux siècles, et,,\nmieux encore, les airs qu'on s'est mis à recueillir, depuis quelque\ntemps, à l'aide du gramophone.\nLes faits si nombreux qui s'offrent à l'attention de l'historien forment-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.17", "texte": "ils une simple succession de curiosités ne donnant lieu qu'à une nomen-\nclature ? Sont-ils incohérents, juxtaposés uniquement parla fantaisie et\nles caprices de la mode ? ou bien sont-ils reliés l'un à l'autre par une\nlogique et peut-on les grouper en systèmes? C'est une question très\nimportante, qui, je crois, ne comporte pas encore de réponse ferme et\nabsolue. La musique ressemble à beaucoup d'institutions sociales. Je\nveux dire qu'il est impossible de croire qu'elle ait été constituée, à\nl'origine, par un acte isolé, déterminant toute la série des faits qui se\nsont produits après lui ; elle a été créée simultanément, et dans des\nconditions diftérentes sur plusieurs points qui sont devenus les centres\nde mondes distincts, parfois impénétrables l'un à l'autre, et incapables\nde se comprendre ', si bien que quand on dépasse une certaine période\ndans les recherches historiques, on se croit en présence d'un véritable\nchaos. Le besoin d'unité, inhérent à toutes les études sérieuses, ne\ntrouve pas toujours à se satisfaire, et, parfois, il faut savoir y renoncer.\nMais pour cette portion de l'histoire qui nous touche le plus parce\nqu'elle nous parle de nos origines les plus directes, et parce que nous\nla connaissons le mieux, on commence à entrevoir la méthode selon\nlaquelle il conviendrait de coordonner tant de faits épars, et la voici en\ndeux mots. Elle consisterait à procéder pour la musique, là où c'est pos-\nsible, comme on procède pour 1 étude du langage. Vous savez que si\nl'on veut faire une analyse un peu raisonnée du français que nous\nparlons aujourd'hui, il faut remonter aux langues romanes, d'où le\nfrançais est sorti : le roman, à son tour, s'explique par le latin, dont\nil est une transformation, et le latin lui-même conduit insensible-\nment à l'étude du grec, lequel n'est pas la limite à laquelle s'arrête le\nlinguiste. Dans la musique, si l'on prend le même point de départ dans\nle temps, apparaît d'une façon analogue cette nécessité d'une régression\nprolongée, renouant les anneaux ininterrompus d'une même chaîne.\nL'étude du système musical actuel, restreint à l'usage de deux modes,\nnous oblige à remonter, par delà les compositions de la Renaissance,\njusqu'au plain-chant du moyen âge d'où il est sorti et dont il est, à cer-\ntains égards, une simplification. Le plain-chant, avec ce qu'on a appelé\nses quatre « dialectes », n'est pas plus un point terminus que les\nlangues romanes; il apparaît comme le continuateur et l'héritier delà\nmusique grecque, laquelle, nous le savons avec certitude, a beaucoup\nemprunté à l'Orient dont elle faisait d'ailleurs partie. Ainsi l'histoire\nmusicale, au moins dans cet espace restreint, peut être autre chose\nqu un répertoire de faits, de noms et de dates : la logique peut y jouer\nun rôle autant que la simple observation.\n\nR. M.\n2"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.18", "texte": "IV\nIl y a une objection qu'on fera peut-être, alors même que l'on con-\ncéderait tout ce qui vient d'être dit. Cette objection m a été faite il y a\nquelques années, par un collègue dont j estime beaucoup le sens\ncritique ; elle m'est restée dans l'esprit parce qu'elle touche un point\nd'une très grande importance, et je tiens à la reproduire pour la\nréfuter :\nL'œuvre musicale, me disait-on, n'exprime, en somme, que le mu-\nsicien qui l'a écrite ; elle est toute personnelle et par conséquent n'offre\nqu'un intérêt assez mince : quelle différence avec la littérature qui\nexprime des idées générales et a, par conséquent, un intérêt universel !\nJe pourrais prouver d'abord, en acceptant le principe de l'objection,\nque plus un artiste s'applique à étudier sa propre personnalité, à la\ncreuser à de grandes profondeurs et à l'exprimer avec intensité, plus\nil a chance d'arriver à exprimer quelque chose qui le dépasse et à faire\nune œuvre humaine, dans le sens le plus large du mot. C est ce qui est\narrivé àde grands écrivains comme Montaigne dans ses Essais, Rous-\nseau dans ses Confessions, et c'est le cas de Berlioz, dans sa Symphonie\nfantastique. Je pourrais dire aussi que la musique, parce qu'elle est à\nla fois très expressive et de signification très générale, —ce que per-\nsonne ne conteste — est plus humaine que les autres arts, à tel\npoint que de sérieux esprits, comme M. Gevaert, l'ont considérée\ncomme une langue universelle possible. Si elle crée la sympathie, c'est\nen nous révélant l'identité foncière de notre nature. Mais, pour ne pas\nm'égarer hors de mon sujet, je me bornerai à dire que l'art musical (et\npar la je n'entends pas seulement la pensée musicale, mais les formes\nde composition, le matériel d'exécution et jusqu'aux signes d'écriture\ndont elle use), l'art musical, dis-je, est un phénomène sociologique,\nc'est-à-dire que, partout où il apparaît, il suppose et exprime une société\nsans laquelle il n'existerait pas.\nLa musique est un art essentiellement transpositeur ; avec des sen-\nsations, des cris, des mouvements instinctifs d'origine individuelle ou\nsociale, elle construit de sonores palais d'idées, dont la valeur est dans\nle plan, accessible seulement à l'intelligence : si bien qu'elle apparaît\ncomme affranchie de tout réalisme, si l'on considère le résultat de la\ntransposition elle-même, et comme très réaliste au contraire, si l'on\nsonge à la matière transposée.\nElle est d'abord le seul art populaire. Pour des raisons qu'il"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.19", "texte": "est inutile d'énumérer, il n'y a ni sculpture ni peinture populaires.\nL'architecture, qu'on a souvent comparée à la musique, ne l'est pas\ndavantage. C'est un art trop compliqué, trop chargé de connaissances\ntechniques et d'archéologie, trop soumis à des préoccupations de luxe\nou à des nécessités de services spéciaux, pour pouvoir être l'œuvre di-\nrecte et spontanée d'une collectivité. Certes, il ne peut se passer du\npeuple ; mais il fait appel à la collaboration de ses bras pour l'exé-\ncution et non à celle de sa pensée pour la conception. L'ordre des\nfaits est l'inverse de ce qui se produit dans la musique. Un architecte\nconçoit un plan, puis il le fait exécuter par des hommes du peuple ;\nmais ces hommes, lorsqu'ils sont sur le chantier de travail, ressem-\nblent un peu aux soldats sur le champ de bataille : le plus souvent,\nils ignorent le plan de la campagne et l'idée qui coordonne leur activité.\nEn musique, c'est tout le contraire : le grand créateur, celui qui d'abord\nconçoit et invente, c'est le peuple ; pour trouver des mélodies exquises\net des rythmes originaux, il n'a besoin que de sa voix et de son cœur.\nL'artiste instruit et conscient de lui-même ne vient qu'après ; il emprunte\nau peuple ses idées, les façonne, les imite, les développe, et les lui\nrenvoie sous forme d'oeuvres définitives. On peut affirmer que le musi-\ncien qui aurait absolument perdu contact avec l'art du peuple risquerait\nfort d'écrire une musique vaine, et que l'effort des plus grands com-\npositeurs a été de se replacer dans le courant de la tradition populaire.\nEn second lieu, la musique, telle qu'elle apparaît dans l'histoire, a\ntoujours été liée aux manifestations de la vie sociale, ou, plus exacte-\nment, au fonctionnement de ses organes essentiels. Elle n'a jamais été\nune « fin en soi », comme disent les philosophes ; on l'a toujours subor-\ndonnée à un acte important de la vie publique. Aujourd'hui, nous nous\nrendons dans un théâtre ou une salle de concert sans autre but que\ncelui d'entendre un bel opéra, une belle symphonie, et de goûter un\nplaisir tout désintéressé ; les chanteurs et les exécutants ne se rattachent\nen rien à notre politique ou à nos affaires privées, et nous leur deman-\nderions plutôt de nous les faire oublier. La musique accompagne bien,\nassez souvent, certaines cérémonies solennelles, mais c'est par survi-\nvance d'usages anciens, ou pour jouer un rôle facultatif de parure et\nd'agrément, comme les objets que nous mettons dans un salon, pour\nl'orner. Autrefois, il en était tout autrement. La musique était asso-\nciée, comme élément organique et nécessaire, aux actes de la vie reli-\ngieuse et de la vie profane, de la guerre et de la paix. La forme la plus\nancienne du chant — comme permettent de l'affirmer des centaines\nde témoignages — c'est Yincantation, la formule magique à l'aide de"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.20", "texte": "laquelle l'homme primitif, dans son ignoranee et son effroi devant la\nnature, essayait de se défendre contre la maladie, contre la mort, ou\ncontre des dieux cruels. La religion et le langage sont les phénomènes\nsociologiques par excellence, et la musique en est d'abord inséparable.\nDans les monuments figurés, le musicien n'est jamais représenté\nseul; il est toujours partie et fonction d'un groupe accomplissant une\ncérémonie déterminée. Cet usage s'est perpétué très longtemps ; et\nnous devons ne pas le perdre de vue si nous voulons comprendre\ncertains grands compositeurs qui brillaient dans la première moitié\ndu xvme siècle. Ce n'est guère que dans les « Académies musi-\ncales » ou dans certaines sociétés bourgeoises, que la musique, dans\nune certaine mesure, était cultivée pour elle-même. Un musicien\ncomme Bach a toujours mis son génie, sauf quelques cas assez\nrares, au service d'une communauté ; il en est de même de Htendel ;\net ces concerti grossi que l'auteur écrivait pour lui-même sont une\nexception. C'est pour ce motif que, sous l'ancien régime, la critique\nmusicale, telle que nous l'entendons à présent, n'existait pas. On ne\nsongeait pas à analyser une messe, une cantate, un motet, un ora-\ntorio, et à les caractériser par un jugement esthétique, parce que de\ntelles œuvres faisaient corps avec les actes d'une communauté, et que\nces actes étaient la chose principale.\nCe que je dis de la musique, je pourrais le dire aussi bien de la danse.\n« La danse, dit Robertson (i ), est une occupation sérieuse et impor-\ntante qui se mêle à tous les actes de la vie publique ou privée. Si des\nrelations deviennent nécessaires entre deux tribus américaines, les\nambassadeurs de l'une s'approchent en exécutant une danse solennelle\net présentent le calumet ou symbole de la paix; les sachems de l'autre\ntribu les reçoivent avec la même cérémonie. S'ils déclarent la guerre à\nun ennemi, c'est au moyen d'une danse qui exprime le ressentiment\nqu'ils éprouvent et la vengeance qu'ils méditent. S'il s'agit d'apaiser la\ncolère des dieux ou de se réjouir de leurs bienfaits, de célébrer la\nnaissance d'un enfant ou de pleurer la mort d'un ami, ils ont des danses\nappropriées a chacune de ces situations et exprimant les différents sen-\ntiments qui les animent. Si un homme est indisposé, on lui prescrit la\ndanse comme le meilleur moyen de recouvrer la santé ; et s'il ne peut\nsupporter la fatigue d'un tel exercice, le médecin, ou magicien, l'exécute\nen son nom, comme si la vertu de son activité pouvait se communi-\nquer à son malade ».\nQuand nous étudions la musique, nous sommes donc forcément\n\n(i) Cité part. Lubbock, Origines de la civilisation, p. 252. (V. aussi les références.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.21", "texte": "amenés à la replacer dans son cadre social et à la rattacher à des senti-\nments collectifs. Et il n'est donc pas vrai de dire qu'elle n'exprime\nqu'une émotion individuelle; elle ne ressemble pas à une bulle de savon\nque s'amuserait à souffler un grand enfant et qui passerait sur la vie\nréelle en reflétant, comme les couleurs du prisme, de jolis caprices ;\nelle ressemble plutôt à la plante qui vit par le sol où plongent ses\nracines, par l'atmosphère spéciale où respirent ses feuilles, et qui n'est\npas la même sous toutes les latitudes. Songeons en effet que chaque\npays, chaque race, aun art différent. Comment du reste pourrait-il en\nêtre autrement ? Ce qu'il y aurait de vraiment difficile et même d'im-\npossible à expliquer, ce serait un art placé tout à fait en dehors de la\nvie sociale et n'ayant aucune attache avec elle. Un poète seul, comme\nMusset, a pu dire que la musique nous venait d'Italie, et que l'Italie\nl'avait reçue des deux.\nIl n'est pas un genre de composition qui ne puisse et ne doive être\nsoumis à cette méthode, si l'on veut expliquer la genèse et le caractère\ndes œuvres qu'il a produites. Des opéras comme la de M. Gus-\ntave Charpentier, ou le Messidor, de M. Alfred Bruneau, auraient été\nimpossibles sous Louis XIV, non seulement en ce qui concerne le\nlivret, mais aussi en ce qui concerne la musique, et cette impossibilité\ntient à des motifs d'ordre social ; par contre, des opéras comme le\nBellérophon de Lulli, ou le Zoroastrede Rameau, ne seraient pas\npossibles aujourd'hui, sauf devant une élite d'archéologues, pour des\nmotifs de même nature. Tout cela est vraiment trop clair pour qu'il\nsoit besoin d'insister.\nIl est une forme de composition qui semble isolée dans une haute et\nhère indépendance, inaccessible à l'analyse : c'est la symphonie. Je\nm'attacherai à vous montrer que la symphonie classique, œuvre admi-\nrablement une si on considère l'inspiration qui l'anime, est, pour la\nforme, une juxtaposition de cadres très différents et que chacune de ses\nparties a des origines sociologiques, dont on peut déterminer l'histoire\nd'une manière précise. Quand on regarde un monument comme l'église\nSaint-Marc de Venise, on sent très bien que tous les matériaux dont\nl'œuvre est faite n'ont pas une origine unique ; on voit des pierres, des\nbronzes, des marbres, qui viennent de pays différents, qui ont été\nincorporés à l'ensemble dans des circonstances particulières, à la suite\nde certains grands événements, et sur chacun desquels on pourrait\npresque écrire une monographie. La symphonie d'un Haydn, d'un\nMozart, d'un Beethoven, est dans un cas analogue ; elle est une syn-\nthèse de matériaux brillants et très différents entre lesquels le génie"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.22", "texte": "du musicien a fait l'harmonie et dont l'analyse peut rendre compte.\nDe tout cela il résulte que l'histoire de la musique ne doit pas se\nborner à des catalogues, à des biographies et à des anecdotes, mais\npeut présenter l'intérêt qui s'attache à une histoire largement conçue\net vivante. On a fait, au xixe siècle, d'excellentes études sur des\noeuvres et des compositeurs particuliers ; récemment, en Angleterre,\non a publié une très bonne histoire qui a pour principe la distinction\ndes genres. Ce qui reste à faire, c'est une histoire de l'art qui, en sui-\nvant les humbles commencements et l'évolution de la pensée musicale,\nexplique ses formes en les rattachant à la vie sociale et en montrant,\ncomme disait Michelet, qu'on ne peut rien isoler.\nJe termine ici, Messieurs, ces considérations préliminaires, forcé-\nment un peu abstraites. Puissé-je, dans cette manière de prélude,\nvous avoir indiqué avec une netteté suffisante les idées principales que\nje suivrai, et que j'aurai bientôt à préciser et à compléter, en vous\nmontrant qu'elles ne sont pas contradictoires. Les études d'histoire\nmusicale doivent débuter par le sentiment de l'exquise spiritualité\nde la musique, et par un acte de foi dans les chefs-d'œuvre où se\nrévèle sa beauté originale; mais elles n'obligent nullement l'historien\nà marcher sur des nuages ou à vivre dans le pur « éther » de la\npensée ; elles offrent à l'esprit critique un champ d'investigation\ntrès vaste et très précis, où l'agrément naît de la diversité, et où les\nquestions les plus arides deviennent attrayantes, quand on emporte\navec soi, comme viatique, le sentiment du beau. Ainsi, tout ce qui\ntouche de près ou de loin à un être aimé, apparaît comme un prolonge-\nment et un rayonnement de sa personne. Par beauté musicale, je n'ai\npas entendu cette Idée platonicienne qui serait suspendue au-dessus\nde nous, et avec laquelle certains hommes privilégiés entreraient en\ncommunication par des voies mystérieuses, mais une beauté concrète,\nvivante, constituée par les chefs-d'œuvre que nous connaissons bien,\nrattachée par des liens multiples à toutes les sources de l'Histoire,\ncomme la fleur à la racine de la plante ; une beauté qui n'est ni celle\ndu poète, du peintre, du sculpteur ou de l'architecte, mais qui est\nspéciale au musicien, que nous ne devons qu'à lui, parce que c'est lui\nqui la crée, et dont les formes très diverses nous ramènent à l'étude de\nce qu'il y a eu de plus réel et de plus profond dans la vie sociale.\nJ'ai tracé à dessein un plan très large, parce que la nécessité d'ap-\nporter une doctrine sur certains points essentiels ne doit pas nuire à\nl'esprit de libre recherche et engager l'avenir. Avant d'examiner les\n:premiers documents que nous possédons sur l'histoire de l'art, j'étu-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.23", "texte": "dierai d'abord, tous les lundis, les systèmes les plus importants à l'aide\ndesquels on a essayé de définir la musique, d'expliquer sa genèse, ses\nlois et son rôle dans la civilisation. Le jeudi, j'examinerai rapidement\nce qui a été fait chez nous, au xixe siècle, en vue d'organiser les\nétudes d'histoire musicale, et j'établirai la bibliographie critique de\nmon sujet.\nCette Introduction me paraît nécessaire, et aura un avantage : comme\nla valeur d'une théorie doit être jugée d'après sa conformité avec les\nchefs-d'œuvre des maîtres, je serai amené presque à chaque instant à\nparler des grands compositeurs, et, ainsi, la partie vraiment intéressante\ndu cours ne sera pas trop reculée, comme cela aurait lieu si je suivais\nimmédiatement l'ordre chronologique des faits. Ma méthode sera, au-\ntant que je le pourrai, celle qui est depuis longtemps en honneur dans\nl'Université pour toutes les études de philologie : en chaque question,\nremonter aux sources ; rester toujours sur le terrain solide de l'expé-\nrience \", chercher avant tout à être clair et démonstratif ; intéresser\nl'auditeur d'instruction moyenne qui, ayant déjà des connaissances\nélémentaires, veut étendre son horizon et a le goût de ce qu'on a si\njustement appelé « les ouvrages de l'esprit ».\nLa tâche qui m'a été confiée fait peser sur moi, je le sais, une très\nlourde responsabilité; mais j'ai le plus vif désir de faire quelque chose\nd'utile, et j'espère y arriver, si, en me faisant un peu crédit au début\nd'un enseignement qui n'a pas encore de traditions, vous voulez bien\nme continuer votre bienveillante attention."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.24", "texte": "THÉÂTRE NATIONAL DE L'OPÉRA\n\nThéâtre national de l'Opéra.\nPREMIÈRE REPRÉSENTATION DE « TRISTAN ET ISOLDE » (14 décembre).\n\nPour la troisième fois, le drame musical de Wagner a été joué à Paris, cette fois\nsur une scène officielle et subventionnée (i). Le succès a été fort grand, et de\nlongues acclamations ont salué, à la fin de chaque acte, les interprètes et\nM. Taffanel lui-même, que l'on aeu raison de ne point oublier. Quant à moi,\nj'ai rapporté de là, comme toujours, des impressions confuses et contradictoires.\nJe n'ai été pleinement satisfait qu'une fois de l'interprétation de Tristan :\nc'était à Karlsruhe, sous la direction véhémente de Mottl. Partout ailleurs,\nj'ai eu des moments de lassitude et de malaise ; et Wagner avait prévu cet\neffet, puisqu'il indique lui-même des coupures possibles, dans une œuvre qu'il\nsent trop lourde et touffue. Avec cela, des beautés merveilleuses, magiques,\nensorcelantes, qui retournent l'âme et donnent envie de mourir. La fin du pre-\nmier acte, la deuxième moitié du second acte et le troisième tout entier, sont\ntout ce qu'on peut rêver de plus saisissant, de plus douloureux et de plus\nsublime. J'ai été moins ému, en revanche, par les dialogues du premier acte,\nchargés d'allusions à des événements étranges et obscurs, véritables assauts\nd'énigmes où la déclamation elle-même est laborieuse et contournée. Et la pre-\nmière partie du duo d'amour m'a, comme, presque toujours, paru quelque peu\nembarrassée ; il y a là des pages et des pages, où le jour impur est opposé à la\nchaste nuit ; oh ! les singuliers amoureux, qui, sitôt réunis, raffinent ainsi sur\nles symboles ! Et je sais bien que cette manière d'aimer était probablement\ncelle même (ou une de celles) de Wagner ; mais justement je me plains de\nreconnaître trop l'auteur ici ; ses personnages ne sont que des ombres vaines,\net par leurs bouches d'ombres Wagner crie les angoisses de son âme empoison-\nnée d'amour et de métaphysique.\nAu fond, Tristan ni Isolde n'ont même un semblant de caractère ; ils sont\nTAmour, et cet Amour est presque exactement pareil en chacun d'eux. Tristan\nn'a été créé que pour mourir d'aimer ; Isolde, sitôt son amour déclaré, ne se\nsouvient plus ni de Morold ni du roiMarke. Et les deux héros ne meurent que\nde l'excès même de leur amour, qui ne peut se réaliser sur terre. Pourquoi >\nPour être contraire, non seulement à l'honneur et à la foi jurée, mais aux lois\nmême de la vie, qui n'admet pas de telles abnégations de soi. L'amour déme-\nsuré est, par cela même, désespéré. Telle est l'idée dont Tristan et Isolde est\nle développement lyrique. Il ne faut donc pas y voir un drame, au sens où\nnous prenons ce mot, avec lutte de volontés, action et dénouement, mais\nplutôt une sorte de poème musical, et comme la Cantate de l'Amour maudit.\nJ'ai peu de chose à dire de la mise en scène, qui a été convenable, et pouvait\nêtre meilleure ; mais dans une œuvre de cette nature, la mise en scène a si\npeu d'importance ! Quant aux paroles, je les entendais fort mal au cinquième\nrang de l'orchestre, et plus loin, paraît-il, on ne les entendait point , si bien que\nje ne puis apprécier les mérites de la traduction. Mlle Grandjean est une Isolde\nsuffisante : sa voix est forte et fraîche, sinon très nuancée. Quant à M. Alvarez,\n\n(1) La première audition intégrale avait été donnée au Nouveau Théâtre le 28 octobre 1899,\npar Ch. Lamoureux, la seconde au Château-d'Eau, le ier juin 1902, par A. Cortot."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.25", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nj'ai eu, au premier acte, l'impression qu'il se ménageait pour le second ;au\nsecond, qu'il se ménageait pour le troisième ;et au troisième, qu'il avait pris\nl'habitude de se ménager. M. Delmas est un Kurwenaal intéressant, un peu\ntrop intéressant, et M. Gresse un excellent roi Marke. L'orchestre, un peu mou\net brouillé, s'est cependant bien acquitté de sa tâche :je n'ai pas tout entendu,\nmais j'ai deviné ce que je n'entendais pas.\n\nLOUIS LALOY.\n\nCorrespondance.\n\nWLLLY.\nMonsieur le Rédacteur,\nEn votre numéro du ier décembre, M. Constant Zakone pulvérise unarticle publié par Eugène\nde Solenière dans la Strassburger Post, article où, prétend votre collaborateur, «percent à chaque\nligne la haine et le mépris »du défunt pour la musique française.\nIl faut bien mal connaître la pauvre Solenière pour le croire capable de haine ou de mépris 1\nSans partager toutes les opinions artistiques de ce bon et loyal garçon dont la mort prématurée a\nnavré bien des gens, on peut s'étonner que M. Zakone lui reproche d'estimer le substantif Wahn\n« intraduisible ». C'était aussi l'avis d'Alfred Ernst, qui m'a souvent parlé des difficultés qu'il\néprouvait à trouver un équivalent à peu près tolérable de ce mot, alors qu'il terminait la traduc-\ntion des Maîtres Chanteurs.\nAutre reproche : Solenière aurait eu le tort inexpiable d'écrire : « Le Belge César Franck ». Ce\nn'est pourtant pas sa faute si l'auteur des Béatitudes est né à Liège! Libre àM. Zakone de quali-\nfier la Belgique :(( la vraie France du Nord ». C'est une opinion toute personnelle — contre la-\nquelle, d'ailleurs, protesteraient avec ensemble nos voisins d'outre-Quiévrain — et que l'on ne\nsaurait faire un crime à Solenière d'avoir ignorée.\nEnfin les imprimeurs de la Strassburger Post sont seuls responsables de cette ânerie: « Debussy\na imité Moszkowsky ». Comment M. Zakone n'a-t-il pas compris qu'il s'agissait du Russe cher au\nmusicien de Pelléas, le pénétrant Moussorgski ? Hélas ! les typos parisiens ne le cèdent en rien à\nleurs collègues d'Alsace : hier, dans l'Echo de Paris, ils me faisaient citer, parmi les commentateurs\nde la légende de Tristan, à côté de Gaston Paris, «Francisque Sarcey », alors que j'avais écrit\nFrancisque Michel. Et ce soir, un article de Robert de Fiers sur 1 QKrach des Huîtres paraît, dans\nla Liberté, sous ce titre que le spirituel chroniqueur n'avait certes pas prévu :le Krach des Théâtres.\nSolenière, mépriser la musique française! Lui qui l'adorait avec une trop éclectique ferveur,\nlui qui a consacré un gros bouquin àla gloire deMassenet, lui qui a publié un excellent « Leit-\nfaden », tout fleuri d'éloges, pour guider les admirateurs du Fils de VEtoile, lui qui a exalté, dans\nses conférences, tant de musiciens français dont quelques-uns, entre nous, ne valaient pas tri-\npette.\n\nCONSTANT ZAKONE.\nOn me communique, à la dernière heure, cette intéressante lettre et je ne puis\nque féliciter celui qui l'a écrite de son zèle à défendre la mémoire d'un ami. De\nmon côté, je me serais bien gardé d'attaquer Eugène de Solenière si j'avais\ndeviné qui! ne pourrait plus me répondre. Je sais de combien d'éloges\net de commentaires la musique française lui est redevable; et c'est justement\npour cela que l'article de la Strassburger Post m'avait surpris. Il me surprend\nencore : si le mot Wahn est en effet difficile à traduire (1), si la Belgique n'est pas\nla France (2), si (( Moszkowsky )) ne prouve que la maladresse d'un typo stras-\nbourgeois (3), il n'en reste pas moins vrai que le ton général est celui du pané-\ngyrique, en ce qui concerne l'Allemagne, et du dénigrement pour la France.\nJ'ai reçu, d'autre part, une longue lettre du Dr Niemann qui sera publiée clans\nle prochain numéro de la Revue.\n(1) Ce qui ne prouve pas que les Français ne soient pas musiciens.\n(2) Fallait-il l'aller dire à Strasbourg ?\n(3) Est-ce bien sûr r"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.26", "texte": "LE CHARTREUX ANONYME\n\nLe « chartreux anonyme » de De Coussemaker.\n\nOn n'ouvre, le plus souvent,la précieuse collection des Scnptores de musica medii\nœvi publiée par E. De Coussemaker (1864-1876) que pour compulser en parti-\nculier tel ou tel des quelque quatre-vingts traités qu'elle renferme. Il peut ce-\npendant y avoir intérêt à lire d'affilée les quatre volumes grand in-40 dont elle\nse compose ; cela conduit à certains rapprochements qui pourraient échapper à\nun lecteur d'occasion.\nOn sait qu'il est arrivé à De Coussemaker de publier deux fois le même traité\nsans s'en apercevoir : l'Anonyme I du tome III n'est autre chose que le dernier\ndes Quatuor principalia musicœ de Simon de Tunstead (1), insérés au complet\ndans le tome IV. Je veux signaler un autre double emploi que je ne me flatte\ncertes pas d'avoir constaté le premier, mais dont je n'ai rencontré jusqu'ici\naucune mention. C'est encore Simon de Tunstead qui est en cause.\nAu tome II (pp. 434-483), sous le n° VIII et sous le titre de Cujusdam Carthu-\nsiensis monachi Tractatus de musica plana, se trouvent divers extraits, tirés\nd'un manuscrit de Gand ; De Coussemaker les considère comme formant un\nouvrage unique, bien qu'il ait cru devoir les classer sous huit rubriques.\n« Le tout, ainsi que l'auteur le dit lui-même, n'est qu'une compilation ;\n<( mais c'est une compilation très bienfaite, à laquelle l'écrivain a ajouté ses pro-\n« près idées, ce qui constitue un ensemble où se trouvent des renseignements\n« sur certains points de doctrine et de pratique qu'on chercherait vainement\n« ailleurs. » Nous verrons bientôt qu'il n'est pas nécessaire de les chercher\nbien loin ! j\n« Voici maintenant les divisions que nous avons adoptées, les intitulés de\n« chacune de ces divisions, et les explications dont il nous a paru utile de les\n« accompagner.\n(( i° Traité de la nature et de la distinction des tons\n(( 20 L art T entonner, selon les règles enseignées par les maîtres de fart Après\n« l'Explicit, l'auteur déclare que la doctrine qu'il vient d'exposer est extraite de\n(( divers ouvrages sur l'art musical, mais il n'en nomme pas les auteurs.\n(( 30 Fragments divers\no\n« 40 Fo rmation et origine du monocorde. La figure du monocorde donnée par\n« l'auteur n'est pas la même que celle qu'indiquent Guido d'Arezzo et Jean de\n« Mûris. Elle a durapport avec quelques-uns des nombreux instruments à cordes\n<( pincées en usage au xve siècle. [Trompeuse apparence !] Quant à la division\n« des intervalles, elle est facile et claire. Toutefois, il est à regretter que le copiste\n« n'ait pas reproduit les exemples donnés par l'auteur. [On va voir que ce regret\n« est superflu. ]\n« C'est dans cet opuscule qu'on trouve un renvoi qui se rapporte au cha-\n« pitre xix du traité intitulé De arte musices, inséré dans le même manuscrit, et\n<( d où résulte la preuve que ce traité et celui que nous éditons sous le n° VIII\n« sont du même auteur. [Conclusion trop hâtive, et téméraire !]\n(( 50 Ceci se rapporte au traité de la distinction des tons\n\n(1) Ce mot étant un nom de lieu qui existe encore (près de Norwich), il convient, me semble-\nt-il, de lui donner sa forme actuelle, et d'appeler l'auteur présumé des Quatuor principalia Simon,\nde Tunstead, plutôt que Simon Tunstede ou Dunstede, comme on le fait d'ordinaire."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.27", "texte": "LE CHARTREUX ANONYME\n\n« 6° Des tous et de ce qui s y rattache (1 ).....\n« 70 Instruction courte et utile pour le plain-chant\n« 8° Stet protestatio istafacta supra folio LXVI. Ce renvoi semble se rapporter\n« à une partie du petit traité sur le monocorde. »\nDe Coussemaker déclare ensuite qu'il n'a pu découvrir l'auteur. Pourtant,\n« ce qui est certain, c'est que le traité a pour auteur le Chartreux qui a composé\n« le traité qui, dans le même manuscrit, est intitulé De arte musices. S'il fallait\n<( s en rapporter exclusivement à quelques passages, à quelques renvois, au style\n« général et à certaines expressions particulières, on y trouverait des éléments\n<( suffisants pour justifier cette attribution » [??]•.. La preuve est fournie par la\nconcordance entre le renvoi du traité du monocorde (n° 4) et le traité De arte\nmusices.\nQuant à ce Chartreux, le rédacteur du catalogue de la Bibliothèque de l'Uni-\nversité de Gand « a cru y reconnaître le célèbre Denys de Lewis, natif deRyckel\n<( au pays de Liège, chartreux à Ruremonde au xne siècle (2) .. Mais toutes les\n« recherches que nous avons pufaire... n'ontpu avoir pour résultat la confirmation\n« du fait... Jusqu'à nouvelle découverte, il faut clone se contenter de la preuve\n« qui donne pour auteur un Chartreux. »\nLes citations précédentes sont tirées de la préface française du tome II ; plus\naffirmatif dans celle du tome IV, De Coussemaker y déclare expressément que\nl'ouvrage dont il s'agit « est un traité de Jean de Richel, moine chartreux de\nRuremonde (3} ». Sans rechercher comment Denys de Lewis, natif de Ryckel,\nest devenu Jean de Richel, nous découvrons dans ce même tome IV que l'auteur\nprincipal n'est point un chartreux liégeois du xve siècle, mais un franciscain\nanglais du xive.\nLe compilateur est sans cloute le scribe qui a signé sa copie à Gand, le 8 no-\nvembre 1303 (tome II, p. 483) :\n« Explicit liber cle musica scriptus Gandavi per me M. Anthonium de Aggere\n<( Sancti Martini, AnnoDominiM. Ve. III. mensi novembri, die VIII. »Où a-t-il\npris les deux premières sections (4). Tractatus de natura et distinctione octo\ntonorum musice et Ars intonandi secundum régulas ab institutoribus mu si ce ira-\nditas, émaillées d'aphorismes en vers? Je ne puis le dire.\nLa troisième, Quœdam varia, est un bouquet cle courtes notes sur les noms des\nmuses, etc. L'une d'elles nous présente, dans sa rubrique, un nom d'auteur ;\n« Musica ex Francisci Nigri volumine. »\nTout le reste (sections 4e à 8e, pp. 462-483) est simplement emprunté au traité\nde Simon de Tunstead, Quatuor princ'ipalia musicœ7 daté de 1351, publié par De\nCoussemaker, tome IV, pp. 200-298.\n\n(1) De tonis et quibusdam ad eos pertinentibus. Ce titre, cle la façon de 1 éditeur, est inscrit à\nla table ; mais dans le cours de l'ouvrage, la section VI a pour rubrique : Quare modu-s dicitur\ntonus et de nominibus octo tonorum.\n(2) Sic ! Cette indication ; « au xne siècle », ne se trouve pas dans la préface latine.\nEn réalité Denys le Chartreux vivait au xv° siècle (1394-1471) ; je trouve ces dates dans La-\nrousse et les donne sous toutes réserves.\n(3) Note de la page xn. Il n'y a rien de semblable dans la préface latine.\n(4) Ce fragmenta été utilisé par M. G. Jacobsthal (Die chromatische Altération in liturgischen\nGesang der abendldndischen Iiirched Le savant professeur de Strasbourg (ceci m'avait d'abord\néchappé) note, p. 61, l'analogie entre le surplus du traité et 1 ouvrage de Simon, mais sans y\ninsister et sans signaler le manuscrit de G and comme une évidente compilation."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.28", "texte": "LE CHARTREUX ANONYME\n\nLe compilateur ne s'en cache pas :à la fin delà section 8e, immédiatement\navant l'Explicit que je viens de citer, on lit : « Hec ex libro qui intitulatur Quatuor\n« principalia, in 2° principali, cap0 230 ,etc. » Et cette référence est parfaitement\nexacte.\nEntrons dans quelques détails. Les sections 4e et 8e sont tirées du IIe Princi-\npale, De inventione (musicse) et ejus proportionibus ; — les sections 5e, 6e et 7%\ndu IIIe, De piano cantu et ejusdem modis.\nLe titre de la section 4e, Qualiterjaciendum est monocordum et qualiter inve-\nnitur, est le titre même du chapitre 6du IIe Principale, dont cette section ren-\nferme les chapitres 6 à 9 en entier, la fin clu chapitre 10, puis les chapitres 16 à\n19 (moins la première phrase de ce dernier.) La figure du monocorde est la\nmême des deux parts ; les exemples qui manquent dans le manuscrit de Gand\nsont dans Simon.\nAla fin du chapitre 10 (Quare monocordi spatia non sunt equalia), le compilateur\najoute une observation de son cru :\n« Sed sive a summo deorsum augmentaveris numéros in monocordo, sive ab-\n« imo sursum semper eedem venient consonantie et proportiones eedem ; secu-\n« rius tamen videtur mihia summo deorsumipsos numéros in monocordo augmen-\n« tare quam e contra, ut scilicet eadem maneat denominatio ut si sciere velim in*\n« qua proportione stent qUia hec sunt duo extrema vocum monocordi. —\n« De quo vide longum supra, folio XX. »\nC'est le renvoi au traité De arte musices qui a attiré l'attention de De Cousse-\nmaker et d'où il serait tout au plus permis de conclure que cette observation, toute-\nseule, pourrait être de l'auteur dudit traité.\nA la suite du chapitre 19 se lisent encore vingt et une lignes ajoutées (p. 446) :\n« Et nota, secundum Boetium, lib° 20, 190, quocl in minoribus numeris major\n<( semper proportio invenitur... », etc. La remarque est celle-ci ;le rapport x k-\nest d'autant plus petit que x est plus grand, k restant constant.\nLa section 8e, Stet protestatio ista facta supra folio LXVJ reproduit le cha-\npitre 23 du IIe Principale et le termine par la référence précise citée plus haut..\nLen°5, Istud pertinet ad tractation de distinctione tonorum est le chapitre 19\ndu IIIe Principale, amputé de ses neuf premières lignes. De Coussemaker écrit\nen note (p. 466) : « Cuinam loco tractatus supra editi (p. 434) annectenda sunt\n« haec addita, haudclare apparet. » Rien d'étonnant à cela, puisque le chapitre\nde Simon ne se rapporte point au traité qui forme la section Ier. L'en-tête Istud\npertinet... adû être mis au jugé par un scribe qui ignorait la provenance de ce\nfra gment.\nLa rubrique de la section 6e, Quare modus dicitur tonus et de nominibus octo\ntonorum, est le titre du chapitre 20 du IIIe Principale. Suivent les chapitres 20 à\n54, dont le compilateur conserve les titres (sauf pour le chapitre 38), mais non les\nnuméros ; il supprime aussi les exemples des huit tons, notés dans les chapitres\n38 a 43, et se contente de ce renvoi : « Exempla videbis in tonali », qu'il faut cher-\ncher àla suite de la section 7e, pp. 478-483, où il a réuni tous les exemples :il\nest intéressant de comparer sa manière de les noter avec celle de Simon.\nEnfin il modifie le tableau qui termine le chapitre 54.\nLe titre du chapitre 55 est reproduit en tête de la section 7e : Brevis et utilis\ninformatio modulandiplanum cantum. Cette section, qui s'enchaîne ainsi, d'une"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.29", "texte": "LE CHARTREUX ANONYME\n\nseule pièce, avec les deux précédentes, comprend les chapitres 55, 56 et 57 du IIIe\nPrincipale ; le chapitre 58° et dernier manque.\nDans le seul chapitre 56 il y a deux renvois, Yun au Ier Principale, chap. 10,\nl'autre au IIe, chap. 15 : le compilateur a remplacé ces indications précises par\n« ut supra dictum est », « ut supra patuit », qui ne correspondent à rien dans\nsa copie incomplète.\nC'est donc Simon de Tunstead, et non un Chartreux anonyme, qui recom-\nmande par exemple de chanter juste, et de ne pas faire entendre un demi-ton\npour un ton ou réciproquement. « Ce défaut est fréquent aujourd'hui ; beaucoup,\n« lorsqu'ils chantent ré-fa-sol en montant, laissent à peine un demi-ton entre\n« fa et sol. En solfiant sol-fa-sol ou ré-ut-ré, ils remplacent le ton par un demi-\n« ton, corrompent ainsi le genre diatonique et falsifient le plain-chant. Leur\n<( demande-t-on pourquoi, ils allèguent pour autorité les chantres des chapelles\n« des grands : ceux-ci, disent-ils, étant des artistes éminents, ne chanteraient\n« pas ainsi sans raison. Et voilà comment, trompés par l'exemple d'autrui, les\n« uns après les autres s'égarent dans l'erreur.\n« D'autres prétendent que cette manière d'exécuter le plain-chant est plus\n« douce, et plus agréable à entendre, partant, qu'il faut la tenir pour bonne.\n« A ceux-là, Boèce a répondu d'avance que ce n'est pas l'oreille mais la raison\n« qui doit juger : car l'ouïe a ses erreurs, comme la vue, ainsi qu'on l'a dit\n« au Iev Principale, chapitre 10 ( 1). L'oreille se trompe : témoin les chasseurs,\n« qui se plaisent mieux à entendre aboyer les chiens au bois que chanter l'office\n« de Dieu à l'église (2)... »\nC'est encore Simon qui, dans le chapitre 57> De gestu corporis in canendo,\ndonne des conseils bien connus sur la tenue à observer en chantant. Peut-être\nne sera-t-il pas sans intérêt de les reproduire encore ici, ne fût-ce qu'à titre de\ncuriosité archéologique ; car les chanteurs des deux sexes donnent aujourd'hui,\ncomme chacun sait, l'exemple de la modestie la plus édifiante.\n« PraetereaQ) incantando talem modum quisquis habeat, ut corpus aut mem-\n« brum hinc incle non moveat, exceptis manibus libris tangentibus (4), sed sit\n« devotus, humilis et erectus veluti imago depicta. Quidam enim dum cantant\n« extendunt se et hinc inde se flectunt [ac si febribus essent vexati], quod valde\n« inhonestum est ; quidam etiam [sunt ut] dum cantant, hinc inde se vertunt et\n« respiciunt si quis eos non videat, affectantes tantum modo laudes homi-\n« num (5). Amen dico vobis, Christo testante, qui est veritas, quia ex nunc rece-\n« perunt merceclem suam (6). »\nC'est-à-dire, si 1 on veut bien excuser cet essai de traduction :\n« Quiconque chante doit éviter de mouvoir le corps ou les membres çà et là,\nsauf les mains qui touchent le livre ; mais se tenir dévotement, avec modestie,\net droit comme une image peinte.\n\n(1) Ce passage cite le phénomène de la réfraction, qui brise l'image d'un bâton trempé dans\nl'eau. « De même arrive-t-il qu'un chant agréable à l'oreille est jugé mal sonnant par la raison. »\n(2) IIIe Principale, chap . 56. De Couss,, IV, p 250, et II, p. q77.\n(3) Prenant pour base le texte de Simon, je mets entre crochets les mots retranchés, en italique\nles mots ajoutés par le compilateur.\n(4) Gand : librum tractcintibus. - - -\n(5) Gand: laudes hominum affectantes. ' ;'j ' ;A\n(6) IIP Principale, chapitre 57 (en entier). De Couss., IV, p. 251, et II, pp. 477-478.\nr -■ - «'• ••• . •' - - ' -- • - -•. ' -"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.30", "texte": "ESSAI SUR LE CONTREPOINT MÉLODIQUE\n\n« Certains chanteurs s'étirent et se penchent de-çà de-là comme s'ils avaient la\nfièvre, ce qui est fort inconvenant. Il y en a même qui, tout en chantant, se tour-\nnent à droite et à gauche pour regarder si on les voit, soucieux uniquement d'être\nloués. En vérité, je vous le dis, et le Christ m'en est garant, ceux-là ont reçu\nleur récompense. »\nCombien les mœurs ont changé depuis 1351 !\n\nG. ALLIX.\n26 novembre 1903.\n\nEssai sur le contrepoint mélodique.\n\nINTRODUCTION.\nL'ensemble des procédés en usage pour faire entendre simultanément des-\nparties mélodiques de rythme différent ou contrarié constitue ce qu'on appelle\ncommunément de nos jours le contrepoint.\nCorollaire inséparable de toute superposition polyphonique, le contrepoint est\neffectivement contemporain des premières tentatives de cet ordre, faites à une\népoque qu'il est malaisé de déterminer exactement, mais qui n'est certainement\npas postérieure au xe siècle.\nDepuis, les procédés d'écriture musicale à plusieurs parties ont obéi lentement\nà la loi générale d'évolution, et, si bien des usages ont survécu qui remontent\naux premiers contrapontistes, tant d'autres se sont implantés peu à peu, soit pour\nles compléter, soit même pour les infirmer, qu'une refonte logique de ces élé-\nments paraîtrait désirable.\nBien que le contrepoint soit antérieur à tout système harmonique, une habi-\ntude d'école aujourd'hui généralisée place son étude après celle de l'harmonie,,\net donne aux règles souvent arbitraires édictées par cette dernière une autorité\nprépondérante dans le domaine du contrepoint, qui fut pourtant son aîné de\nplusieurs siècles.\nVouloir la réconciliation de ces « frères ennemis », soit par reconnaissance\nauthentique de cette substitution du droit d'aînesse, soit par rétablissement de\nl'ordre chronologique dans les études, serait à la fois puéril et prématuré.\nAdmettons provisoirement, si Ton veut, que les titres à la priorité sont iden-\ntiques, mais qu'harmonie et contrepoint doivent être assez grands pour se\npasser, jusqu'à une certaine limite, l'un de l'autre : nous laisserons aux harmo-\nnistes purs le soin d'utiliser comme il appartiendra ce régime de séparation mo-\nmentanée, et nous nous contenterons de nous adresser aux musiciens purs\ndépouillés, ou supposés tels, de toute connaissance harmonique, afin de leur\ndétailler le plus clairement qu'il sera possible le fonctionnement de l'art con-\ntrapontique seul, contenant et comportant la seule étude des lois de la mélodie,\nde la cadence et de la tonalité.\nQue si les spécialistes de l'harmonie-science nous objectaient quelque jour\nqu'à faire des superpositions de trois et quatre parties différentes, nous recon-\nstituons les accords dont ils revendiquent le monopole, nous pourrions peut-\nêtre justifier de droits au moins égaux aux leurs sur ces superpositions d'un\nusage très antérieur à leurs groupements théoriques d'accords. Car, si l'on ne"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.31", "texte": "ESSAI SUR LE CONTREPOINT MÉLODIQUE\n\npeut nier que plusieurs sons simultanés forment ce qu'on est convenu d'appeler\ndans certains cas un accord, on ne peut contester non plus que ces sons ne\nsoient l'effet, plus ou moins transitoire, inhérent au mouvement mélodique. Et\ncomme c est à la même notion mécanique de mouvement (ou de repos) qu'il faut\nrapporter les phénomènes connus sous le nom de dissonance (ou de conso-\nnance), rigoureusement équivalents, pour nous comme pour bien des harmo-\nnistes, à ceux d'équilibre instable (ou stable), il semble qu'aucun doute ne doive\nsubsister sur la Légitimité de leur présence dans l'étude du contrepoint mélodique.\nEntendus dans ce sens large, les principes purement mélodiques doivent donc\nseuls servir de base à cet essai sur les usages du contrepoint.\nNous diviserons ce travail en quatre parties :\nA. — Dans la première, consacrée au contrepoint note contre note, nous exami-\nnerons :\ni° Les lois générales de rythme, de tonalité et de cadence dans la monodie des-\ntinée à servir cle thème, ou, suivant l'expression vulgaire, de « chant donné »\npour le travail du contrepoint ;\n2° Les effets de ces lois dans le contrepoint dit note contre note, lequel doit\noffrir les mêmes qualités que la monodie, et contribuer en outre au renforcement\nde sa tonalité, par simple application des phénomènes de la résonance naturelle ;\n3° Les usages pratiques du contrepoint note contre note.\nB. —Dans la seconde partie, consacrée au contrepoint à plusieurs notes contre\nune, ou étudiera :\n4° Les relations dynamiques entre les notes consécutives de la mélodie, et le\nrôle variable qui en résulte pour chacune d'elles par rapport à ses voisines ;\n5° Les effets de ces relations, ajoutés à ceux de la résonance naturelle, dans le\ncontrepoint à plusieurs notes contre une ;\n6° Les usages pratiques du contrepoint à deux, trois, quatre notes contre une,\net plus.\nC. — Dans la troisième partie, consacrée au contrepoint syncopé, nous obser-\nverons :\n7° Le déplacement expressif des points d'appui mélodiques, entraînant le retard\nde certaines parties par rapport aux autres ;\n8o Les effets de ce déplacement, ajoutés à ceux de la résonance naturelle,\ndans le contrepoint syncopé ;\n9° Les usages pratiques du contrepoint syncopé.\nD. — Enfin, la dernière partie montrera sommairement les extensions diverses\nauxquelles doivent aboutir les études précédentes, c'est-à-dire :\nio° Les contrepoints à plus de deux parties, les mélanges d'espèces différentes,\nleur utilité et leurs usages principaux ;\n11° L'ornement expressif dans la mélodie ; son rôle et ses effets dans le contre-\npoint Jleuri simple et renversable ;\n12° L'imitation, ses différentes formes et ses applications à la polyphonie\ncontrapontique.\n(.A suivre.)\n\nAUGUSTE SÉRIEYX."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.32", "texte": "CONCERTS\n\nConcerts.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE.\nM.-D. C.\n— 11-\n18 décembre. —Entre la Symphonie Ita-\nlienne de Mendelssohn et la Rhapsodie\nNorvégienne de Lalo (exécution presti-\ngieuse ; le public, oubliant que ce n'est\npoint M. Sarasate qui joue, ponctue les\ncadences de petits chœurs pâmés),\nM. Marty nous offre la première partie\ndu CJiristus de Liszt, inédit en France. Il\nfaudrait beaucoup de place pour parler de\ncette œuvre comme il convient. Rapide-\nment je dirai qu'elle a de quoi surprendre\nbon nombre des détracteurs de Liszt, et aussi peut-être quelques-uns de ses admi-\nrateurs. On n'y trouve ni cette grandiloquence, ni cette impétuosité qui souvent,\nchez l'auteur de la Faust-Symphonie, déconcertent d'évidentes bonnes volontés.\nElle est la plupart du temps naïve et paisible comme ces groupes de santons en\nterre peinte que bon dispose, pour Noël, autour des crèches en cire et en mous-\nseline rose. Elle est parfois délicieusement agreste, et fait par endroits songer\naux archaïsmes factices et charmants de Y Enfance du Christ. On y trouve des\npages symphoniques d'une sublime envolée. En ce qui concerne un sujet intéres-\nsant, celui de l'influence de Liszt sur Wagner, elle fournit un document précieux,\nen ce sens que parfois, en l'écoutant, on songe à Lohengrin, qui est antérieur, et\nparfois à Parsijal, qui ne fut écrit qu'après. Plutôt donc que de s'amuser à cette\ninutile recherche de larcins, mieux vaut constater le quasi absolu parallélisme\nde l'effort de chacun des deux maîtres. Pour ce qui est des longueurs que l'on\nreproche fréquemment à Liszt, qu'on me permette une réflexion : je ne vois pas\npour ma part que même le Christus soit plus démesuré dans ses proportions que\ntel autre chef-d'œuvre qu'on pourrait citer. Mais de même que « les œuvres que\ntout le monde admire sont celles que personne n'examine » (Anatole France),\nde même les compositions de Liszt, qui nous arrivent sans avoir été consacrées\npar l'unanime admiration de la génération précédente, sont de celles pour les-\nquelles on a une tendance à être, je crois, trop sévère. Renonçons enfin, s'il est\npossible, à avoir deux poids et deux mesures. Et, si notre déférence ou peut-\nêtre une compréhension spéciale qui nous vient de nos pères nous interdit l'in-\nvestigation trop critique des œuvres plus anciennes, ayons du moins, en face\nd'inspirations aussi nobles que celles de Franz Liszt, la même déférence et la\nvolonté d'une exacte compréhension.\nJ'espère que la Société des concerts me donnera bientôt l'occasion de parler\ndes deux autres parties de l'œuvre, où l'on trouve infiniment plus de variété et\nqui sont tout aussi dignes d'être connues.\n\nCONCERTS COLONNE.\n\n— 11 décembre. — M. Pierné dirige correctement, mais\nsans finesse et sans assez de chaleur, la Symphonie en la. La Cantate pour tous\nles temps, de J.-S. Bach, est un merveilleux poème de foi tour à tour inquiète et"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.33", "texte": "CONCERTS\nR. M.\n3\n\nconfiante ; il y a là, en particulier, un dialogue entre Dieu et l'âme du fidèle (duo\npour soprano et basse), du mysticisme le plus tendre et le plus hardi. Seul\nparmi les chanteurs, M. Daraux a été àla hauteur de son rôle. Le concert com-\nprenait en outre deux œuvres nouvelles : l'une,Etude symphonique, deM. Kœchlin,\navec des pages charmantes, est trop cherchée pour me plaire complètement ;\n1 autre, la Suite d'orchestre, de M. Enesco, est fort simple comme écriture, mais\nles pensées en sont banales. J aimais mieux le Poème roumain du même auteur.\nLe programme nous apprend que l'œuvre nouvelle, digne pendant de ce Poème,\nnéanmoins lui diffère. Est-ce un roumanisme ? Quant à moi, je dirais volontiers\nqu'elle m indiffère.\n\nL. L.\n\nCONCERTS CHEVILLARD.\nL. L\n— q décembre. — J aime mieux ne point parler des\nTrois Préludes de Mme R. Strohl, que j'eusse mieux aimé ne pas entendre. —-\n\nA. LEMOINE.\n— 11 décembre. — Rien de nouveau au programme. La 3e Symphonie de Brahms\nest une œuvre savante, d'une belle unité, bien équilibrée, malheureusement sans\nchaleur. L'instrumentation est intéressante, parfois originale et colorée, princi-\npalement dans les passages où dominent les bois ; mais les thèmes manquent\nde caractère, le développement languit, les mêmes phrases se répètent à satiété\ndun instrument à 1 autre ;et l'émotion est toujours absente. Le ier Allegro rap-\npelle visiblement dans un docte mélange Beethoven, Schumann et même Weber;\nje ne saurais aimer cette espèce de valse lente qui dépare la noblesse de ce mor-\nceau. L'Andante est banal, mou et interminable. Le motif de l'Allegretto est char-\nmant, mais 1 auteur en abuse ; la 4e partie a de la vigueur et de la verve, et, dans\n1 apaisement delà conclusion, ramène d'une façon saisissante le thème initial.\nCette Symphonie a été accueillie sans enthousiasme.\nLes Fragments de Wagner ont réveillé la salle. Ouverture des Maîtres Chan-\nteurs, aux puissantes sonorités, admirablement exécutée. Dans plusieurs scènes,\nsurtout dans celle de la Forge, M. Van Dyck, applaudi par ses nombreux fana-\ntiques, a montré « les restes d'une voix qui tombe et une ardeur qui ne s'éteint\npas ».\n\nCONCERTS CORTOT.\n\n— Lecture publique du 15 décembre. — Tout en félicitant\npleinement M. Cortot de son intelligente initiative, il importe de faire observer\nque des lectures d'orchestre comme celle qui fut donnée le 15 décembre sont\nextrêmement rebutantes pour le public, et dures à suivre même pour des muci-\nsiens. Mais, comme tout ce qui peut contribuer à aider les jeunes compositeurs\net à répandre leurs œuvres est excellent et mérite d'être encouragé, je ne doute\npas que tous ceux qui aiment la musique n'aient à cœur de suivre M. Cortot dans\nson entreprise si utile, si nouvelle, si désintéressée surtout.\nJ'ai de mon mieux essayé de me faire une idée des quatre œuvres lues l'autre\njour. Celle de M. Ladmirault, Ronde, ne m'a laissé qu'une impression fort indé-\nterminée. J y ai reconnu, je crois, des thèmes bretons. Quand donc fïnira-t-on (ce\nn est pas au seul M. Ladmirault que je pense) d'employer des thèmes bretons\ndans toute sorte de musique ? Les trois Chevaliers, de M. Sporck, me semblent\nune œuvre honnête, mais sans grande richesse, et qu'on voudrait plus originale.\nSoir d Eté, de M. Albert Roussel, m'est au contraire apparu comme une œuvre\ntrès personnelle, construite avec soin et joliment colorée Une complainte popu-\nlaire, harmonisée et orchestrée par M. Vinée, ne m'a pas intéressé."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.34", "texte": "CONCERTS\n\nMais toutes les critiques ci-dessus, je ne les fais que sous les plus expresses\nréserves, étant données les conditions spéciales de cette audition.\n\nM.-D. C.\n\nCHAPELLE DE LA SORBONNE.\nC. Z.\n— 18 décembre.— Fort beau concert spirituel, donné\npar la Société musicale de la Sorbonne. Cette Société, dirigée par M. Paul de\nSaunières, arrive aujourd'hui à des exécutions vraiment remarquables. Le Can-\ntique de VAvent, de Schumann, a produit grande impression : une direction éner-\ngique et bien nuancée a su animer cette orchestration un peu lourde, et en déga-\nger les belles lignes mélodiques. UOratorio de Noël, de Saint-Saëns, qui faisait\nsuite, est une musique d'un tout autre caractère : précise, élégante et mesurée.\nM. de Saunières lui a donné l'interprétation qu'il fallait ; pas une note n'a été per-\ndue. Mmes Mathieu d'Ancy, Gorska, P. de Saunières, MM. Sayeta et Massicot\n(fort belle voix) ont chanté expressivement les soli.\n\nSOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE.\nM.-D. C.\n— 13 décembre. —- MM. Harold Bauer et Casais exé-\ncutent la Sonate en fa majeur (piano et violoncelle) de Brahms. Malgré toute\nl'attention avec laquelle j'ai écouté, malgré mon vif désir de comprendre et d'être\nému, je n'ai vu dans cette œuvre que l'épanchement imperturbable et glacial\nd'une rhétorique vaine autant qu'avertie. A peine si, dans le troisième mouve-\nment, quelques lueurs de vie, bien timides, se décèlent au cours d'un creux déve-\nloppement. Combien par contre l'admirable Suite, pour violoncelle seul, de Bach,\nest vivante, jeune, passionnée, et que M. Casais la joue simplement, puissam-\nment ! Ce fut pour tout l'auditoire une intense émotion. Et cela prouve une fois\nde plus qu'il n'y a rien au-dessus d'un bel artiste jouant de véritables chefs-\nd'œuvre, que toute concession à la stérile virtuosité restera stérile, comme\nd'ailleurs toute mise au premier plan d'œuvres médiocres. M. Casais, artiste in-\ncomparable, en exécutant cette Suite d'une si sublime beauté, a obtenu le succès\nle plus complet qu'on pouvait rêver.\nM. Bauer a donné une interprétation bonne, sans plus, de la Fantaisie (op. 17)\nde Schumann. La technique de l'artiste est excellente, comme bien on le\nsait, et il a d'appréciables qualités de style. Pourtant, il n'a fait ressortir ni\nla poésie intime du premier mouvement de l'œuvre de Schumann, ni l'inten-\nsité lyrique du finale. Le mouvement médian, au contraire, a été admirablement\njoué.\nMlle Metcalfe. dont la voix est jolie et bien dirigée, a beaucoup plu. Mais, sauf\nYAmarilli de Caccini, qu'elle a donc chanté d'assommantes choses îAu pro-\ngramme, enfin, la Sonate (op. 69) de Beethoven.\n\n20 décembre. — La Sonate en sol de Brahms (piano etviolon), moins diffuse que\nla précédente, me laisse une impression analogue. L'art méthodique, sans im-\nprévu, du compositeur hambourgeois ne saurait décidément me toucher, encore\nque j'en reconnaisse l'incontestable sincérité et la tenue parfois vraiment très\nnoble. MM. Consolo et Kreisler, qui jouèrent cette œuvre, sont d intéressants\nartistes. Le premier, dans une Rhapsodie pour piano de Brahms, dans une Fantai-\nsie et Fugue d'orgue de Bach transcrite par Liszt, dans un Capriccio de Scarlatti,\nfit apprécier une impeccable technique, un beau style et une remarquable sono-\nrité. Le second, s'il a, comme beaucoup de violonistes allemands, une sonorité\nparfois insuffisamment moelleuse, possède de très hautes qualités de style et"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.35", "texte": "CONCERTS\n\ninterpréta très admirablement une Suite et une Fugue de Bach, ainsi que des\npièces de Beethoven, de Leclair, etc.\nM.Charles Clark, dont on ne saurait trop louer la superbe voix et l'art im-\npeccable, obtint, lui aussi, un très grand succès avec des lieder de Brahms, de\nSchubert et de Schumann.\n\nM.-D. C.\n\nRECITALS.\nM.-D. C.\n— MM3 Marie Olénine. —12 décembre. — Comme d'habitude, un\nprogramme d'un très haut intérêt, intelligemment composé. Des lieder d'Hugo\nWolff, dont les uns, comme Anakreons Grab, m'ont assez plu, tandis que d autres\nm'ont paru mélodramatiques, vides ou même incompréhensibles (le Chant\ncophte par exemple). Il importe pourtant de suspendre tout jugement sur Wolff,\n— à l'œuvre duquel plus d'un musicien de mérite s intéresse, — jusqu au moment\noù ses compositions seront mieux connues de nous.\nQuatre versions dun même texte de Gœthe (Qui n a trempe son pain de\npleurs...) permettent au public de comparer entre elles 1 inspiration de Schubert,\ncelle de Schumann, celle de Liszt et celle de H. Wolff. Est-il bien nécessaire de\ndire que des quatre, ma préférée est celle de Schubert ?\nMme Olénine chante encore l'exquise Violette de Mozart, un lied de Liszt,\nUeber allen Gipfeln ist Ruh, àla couleur curieusement « parsifalesque », le Roi\ndes Aulnes, Marguerite au Rouet, qu'elle interprète de façon profondément im-\npressionnante, puis, comme le précédent lundi, des œuvres de Moussorgsky,\nneuves, hardies, émouvantes et admirables. En résumé, programme substantiel\net succès bien mérité.\n\nM.-D. CALVOCORESSI.\nM.Joseph Joachim Nin.— 19 décembre. — Tout ce qu'on pourrait dire d'un\npareil concert sera insuffisant ou superflu. Le jeune artiste, encore inconnu des\nParisiens (sauf de ceux qui fréquentent la Schola Cantorum, où il s'est fait en-\ntendre avec un très vif succès), a entrepris de retracer à ses auditeurs, par des\nexemples choisis, toute l'histoire de la musique de clavier. Pour cela il a fouillé,\navec autant d'érudition que de tact, dans les éditions savantes, et il a composé un\npremier programme, où furent représentés : Cabezon, un compositeur espagnol\nantérieur même aux virginalistes anglais (il vécut; de 1510 à 1566); Byrd, Pur-\ncell, puis Frescobaldi, D. Scarlatti -, les clavecinistes français ; Kuhnau, l'admi-\nrable inventeur du poème symphonique instrumental ; Matheson, et enfin\nJ.-S. Bach. Tous les musiciens sentiront l'intérêt qu'offrait une telle séance, au\nsujet de laquelle il serait possible d'aborder la plupart des questions historiques\nou esthétiques qui s'offrent aux musicographes. Et on m excusera, je pense, si\nje me borne à signaler une telle possibilité et à constater que M. Nin s est montré\nentièrement digne de la neuve et lourde tâche qu'il avait assumée, tant par\nson excellente technique que par la simplicité et la souplesse de son style. Je\nsouhaite que les séances suivantes, durant lesquelles l'excellent pianiste nous\nconduira jusqu'à l'époque actuelle, provoquent le même mouvement d intérêt\nque cette « première », sur laquelle je me réserve de revenir un peu plus en détail\ndans le numéro suivant."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.36", "texte": "INFORMATIONS\n\nActes officiels et Informations,\n\nCONSERVATOIRE. — Par arrêté ministériel du 22 novembre, Mme Vizentini,\nMM. Vernaelde, Sujol et Auzende, répétiteurs au Conservatoire national, sont\nmaintenus dans leur emploi pour une nouvelle période de trois années sco-\nlaires.\n\nROUBAIX. Par arrêté du 26 novembre de M. le Préfet du Nord, M. Albert\nDuhamel, professeur delà 2e classe de violon (hommes) à l'Ecole de musique,\nsuccursale du Conservatoire national, à Roubaix, est nommé professeur de la\nclasse de violon (femmes) à ladite école (création d'emploi) ;\nM. Arthur Vandervelden est nommé professeur de la 2e classe de violon\n(hommes), en remplacement de M. Duhamel.\n\nBOULOGNE-SUR-MER. — Par arrêté du 19 novembre du Préfet du Pas-de-Calais,\nM. Andreu Fernaudenet Amat (Gustave) sont nommés : le premier, professeur\nde violoncelle; le second, professeur de haubois, à l'Ecole nationale de musique.\n\nDIJON. — Par arrêté du 16 novembre du Préfet de la Côte-d'Or, M. Diétrich\n(Adolphe) est nommé professeur de la classe de solfège supérieur (hommes) à\nl'Ecole de musique, succursale du Conservatoire, en remplacement de M.Lau-\nrent, décédé.\n\nTOURS. — Par arrêté préfectoral du 30 novembre, M. Thévenin (Victor-\nCamille) est nommé professeur de flûte à l'Ecole nationale de musique, en rem-\nplacement de M. Abault, décédé.\n\nOPÉRA-COMIQUE. — En l'honneur de la 1000e de Carmen, le théâtre de\nl'Opéra-Comique donnera dans les derniers jours de décembre une représenta-\ntion de gala.\nLe prix des places disponibles sera, à cette occasion, de :\nires loges, baignoires, fauteuils d'orchestre et de balcon 100 fr.\nDeuxième étage 20 »\nTroisième étage 10 »\nQuatrième étage 5 »\n\nANGERS. -— 20 novembre. —La Direction des Concerts populaires a une fois de\nplus témoigné de son goût dans le choix des morceaux en offrant aux applaudis-\nsements du public angevin une Symphonie d'Hermann Goetz — un compositeur\njadis célèbre au delà du Rhin et insuffisamment connu en France. Mais le gros\nsuccès de la matinée est allé aux Préludes de Y Ouragan, d'Alfred Bruneau. Il faut\négalement rendre un juste hommage à la belle voix de M. Ch Battaille, et à la\nvirtuosité de M. Becker, un jeune violoncelliste qui nous vient de Liège, oû il fut\ntrois fois lauréat du Conservatoire, et qui figure depuis un mois à l'orchestre.\n\n4 décembre. — Cette fois, nous sommes revenus à Haendel, avec un Concerto\ngrosso où se retrouvent, avec des passages adorablement vieillots, le pathé-\ntique et la souplesse d'expression que nous avions déjà remarqués dans un pré-\ncédent concert. Les œuvres de cette époque sont toujours très g'oûtées ici.\nA l'actif de cette journée, dont le programme fut des plus heureusement variés,\nsignalons particulièrement les Variations symphoniques, pour orchestre etpia.no,"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.37", "texte": "INFORMATIONS\n\nsui un thème dans le mode éolien, de M, Rhené Bâton — le pianiste était\nM. Armand Ferté— et l'interprétation d'un morceau du Wallenstein, de M. Vin-\ncent d'Indy, le Camp. La musique de M. Rhené Bâton, et M. Rhené Bâton\nlui-même, qui dirigeait l'orchestre, ont été fougueusement applaudis. J'ai cru\nremarquer que le pittoresque si intelligent de M. d'Indy causait quelque surprise»\n\nA. DUPOUY.\n\nECOLE DE CHANT CHORAL. — Une deuxième section de l'Ecole de Chant choral,\nla section Adolphe Sax, est ouverte 84, rue Myrha, près le boulevard Barbès.\nLes cours de Chant et de Solfège ont lieu, pour les élèves hommes, les lundi,\nmercredi et jeudi ; pour les élèves femmes, les mardi et samedi ; pour les en-\nfants, le jeudi après midi.\nIls sont professés par Mlle Thiauzat, de la Société des Concerts du Conserva-\ntoire ; Mme Trignard-Milhet, des Concerts Colonne ; Mlle Mancini, Mlle Buffet ;\nMM. Mauduit, M. Lapeyrre, Leboucher.\nOn peut s'inscrire à ces cours gratuits, tous les soirs, au siège de la section,\net le dimanche matin au palais du Trocadéro.\n\nSOCIÉTÉ DES COMPOSITEURS DE MUSIQUE. — Dans sa dernière séance, le Comité\na élu comme président M. G. Pfeiffer, en remplacement du regretté Samuel\nRousseau, et comme vice-président M. Arthur Coquarcl.\n\nBORDEAUX.\nJos. GRIMO.\n— La création, à Bordeaux, du Jongleur de Notre-Dame vient\nd'obtenir un immense succès. La dernière mise au point, réglée par le maître Mas-\nsenet lui-même, n'a pas peu contribué à présenter aux Bordelais une des meil-\nleures pièces lyriques du répertoire moderne. M. F. Boyer, directeur du Grand-\nThéâtre, a créé le rôle du moine agronome dans l'art culinaire et a recueilli, au\nsecondacte surtout, les acclamations enthousiastes d'une salle composée de l'élite\nmusicale bordelaise. MM. Leclerc (le Jongleur) et Blancard ont aussi largement\ncontribué au succès de cette première; aussi M. Massenet leur a-t-il témoigné sa\nsatisfaction en leur adressant un message de félicitations et de reconnaissance,\nsans en oublier le maître Montagné, qui a dirigé l'orchestre avec sa maestria\nhabituelle.\n\nLILLE : CONCERTS POPULAIRES.\n\n— Le programme du concert du 4 décembre\nétait plus intéressant que d'habitude : ceci tenait à la présence des frères Hille-\nmacher, qui étaient venus diriger leurs œuvres.\nLe prélude de Loreley, la fantaisie pour violon et orchestre, et des mélodies\nchantées par Mme Couteaux, qu'accompagnait au pianoL. Hillemacher, formaient\nl'appoint de ces deux compositeurs au talent si moderne et si personnel.\nM. Albert Rieu, le très distingué professeur du Conservatoire cle Lille, remporta\nun succès très vif dans son exécution brillante de la Fantaisie. Cet artiste remar-\nquable honore 1 Ecole de musique qui a la chance de le posséder, et son arrivée\nà Lille fut heureuse pour l'avenir de l'enseignement supérieur de violon en\ncette ville. M. Rieu s'est fait encore entendre dans la transcription par Sarasate\ndu Nocturne en si bémol de Chopin et dans une Polonaise de Laub, deux pièces\nque nous considérons comme indignes du beau talent de ces artistes. Mme Cou-\nteaux est une cantatrice bien remarquable et qui fut très remarquée.\nLe concert avait débuté par la Symphonie écossaise de Mendelssohn, de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.38", "texte": "INFORMATIONS\n\nlaquelle un mouvement trop rapide ôtait toute couleur et tout charme, et finis-\nsait par des fragments de la musique de scène de Struensée.\nLe dimanche précédent, sous les auspices de la Société de Musique de Lille,\nPugno donnait devant une salle absolument comble un récital de piano où l'on\nadmirait ce superbe artiste. De la chanteuse qui eut la chance d'être accompa-\ngnée par lui, nous ne dirons rien, car elle ne brillait par aucune qualité qui la\ndésignât spécialement aux applaudissements du public.\n\nDR H. GAUDIER.\n\nGENÈVE.\nP. FERRARIS.\n—Un journal genevois, la Suisse, ayant organisé un plébiscite\nentre ses lecteurs pour connaître leurs préférences en opéras comiques et opé-\nrettes, a reçu 2571 réponses. Les œuvres les plus souvent citées ont été Faust,\n2015 ; Manon, 1792 ; Carmen, 1756; la Vie de Bohême, 1646 ; Mignon, 1256 ;la\nMascotte, 1754 ; Mani zelle Nitouche, 1692; Miss Helyett, 1665; les Vingt-Huit\njours de Clairette, 1139 ; les Cloches de Corneville, 1405.\nA part la Bohême de Pucini, ce sont donc toutes des œuvres françaises qui\nont obtenu les suffrages de cet intéressant concours.\nGrand succès au dernier Concert d'abonnement pour la magnifique Sympho-\nnie deDukas.\n\nLAUSANNERécital Edouard Bernard. — La surabondance de jouissances\nmusicales a fait tort au concert de M. Ed. Bernard. C'est regrettable, car hier\nmieux encore que mercredi dernier on a pu appréciera leur juste valeur les\nqualités diverses qui distinguent le jeu du brillant artiste parisien.\nTrois grandes compositions: la Sonate appassionnata de Beethoven, le Prélude,\nAi àa et Finale de César Franck, les Etudes symphoniques de Schumann, consti-\ntuaient le centre du récital. De Tune à l'autre de ces trois œuvres capitales l'in-\ntérêt est allé en grandissant. Excellent dans la Sonate de Beethoven, surtout\ndans la 3e partie, superbe dans le morceau de Franck, à l'exécution duquel il a\ndonné beaucoup de force et de grandeur, M. Bernard s'es montré virtuose ac-\ncompli en même temps que fort bon musicien dans les Variations de Schumann;\nla dernière, en ré bémol majeur, a été enlevée avec une bravoure et une sû-\nreté remarquables.\nImpossible de tout citer ; mentionnons seulement l'extrême finesse avec la-\nquelle le jeune pianiste a joué VArabesque de Debussy.\nCe qu'il faut aussi louer chez M. Bernard, c'est la sobriété avec laquelle il\nexécute les œuvres des maîtres : rien dans son jeu qui soit pour jeter de la pou-\ndre aux yeux ; tout dans la manière de se présenter et dans la manière de jouer\nde l'artiste français est la simplicité même ; c'est une qualité trop rare pour\nqu'on ne la mentionne pas quand elle se rencontre unie à un talent de premier\nordre.\n\nLONDRES.\n\n— Les Anglais ne sont pas musiciens. Chacun sait cela. Il ne fau-\ndrait cependant pas pousser cette affirmation trop loin, et dire qu'ils n'ont pas de\ncompositeurs parce que nous ne voyons jamais d'opéra anglais à Covent-Gar-\nden. Si la grande musique est inconnue de ce côté-ci de la Manche, la musique\nlégère y est très florissante sous le nom d opérette ou (( musical comedy )). En\nce moment trois tiennent l'affiche depuis longtemps et ne sont pas près de la\nquitter, ce sont î The Earl and the Girl, The Cingalee, Sergeant Brue.\nCeci vous prouve le penchant de la société londonnienne pour l'opérette. Mais"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.39", "texte": "INFORMATIONS\n\nà ce propos je voudrais vous parler d'un jeune compositeur sur lequel le monde\nmusical anglais fonde de grandes espérances, et qu'on considère déjà comme le\nrégénérateur de la musique nationale anglo-saxonne. Son nom est Edward Ger-\nman.\nIl a pris la succession de Sir Arthur Sullivan, mort il y a quelques années. On\nconnaît assez ce dernier, auteur de tant d'airs populaires, d'opérettes qui virent\nplus de mille fois le feu de la rampe (//. Af. S. Pinajore), pour que je ne m'ap-\npesantisse pas plus longtemps sur lui.\nEdward German, fils d'un organiste de Whitchurch, commença d'abord par\nétudier à la Royal Academy et à jouer le soir, comme deuxième violon, au Savoy\nTheatre, les morceaux de celui auquel il devait succéder.\nSes débuts comme compositeur furent peu ordinaires. En 1889, M. Mansfield\navait besoin d'un chef d'orchestre pour sa saison théâtrale. Un jour qu'il descen-\ndait le grand escalier de l'Académie de Musique, il fut à demi renversé par un\njeune homme qui dégringolait les marches quatre à quatre : « Halte-là I\ns'écria-t-il en prenant German par le bras. Savez-vous conduire un orchestre ?\n— Oui, répondit le jeune musicien. — C'est bien, je vous prends. »\nSa fortune était faite. Il écrivit une musique d'accompagnement de Ri-\nchard III. Elle était si bien d'accord avec le sentiment anglais, qu'Irving, vou-\nlant représenter Henry VIII, fit appel au talent de German. Ce dernier composa\nentre autres Three Dances qui eurent un succès éclatant et qui le consacrè-\nrent comme compositeur national. Peu de temps après, Sullivan mourut, laissant\nun opéra mystique inachevé, The Emerald Isle. L'auteur de Three Dances fut\ndésigné pour l'achever. Il écrivit ensuite Merrie En gland, sujet patriotique qui\nflatta ses auditeurs, et enfin une récente Welsh Rhapsody, qui mérite une men-\ntion spéciale parce qu'elle est typique.\nLe pays de Galles, avec ses bardes et ses chansons populaires si originales,\noffrait à German une matière admirablement appropriée à son talent celte. Il sut\nréunir ces mélodies en une composition étrange — air des Men of Harlech —\nqui, question de sentiment à part, nous donne une idée intéressante de la vraie\nmusique anglo-saxonne.\nIl est en train d'achever un nouvel opéra comique. Inutile de dire qu'on l'at-\ntend avec impatience.\n\nMAURICE TESSIER.\n\nTOURS. — Le mois écoulé a été privilégié pour les amateurs de musique\nde notre ville. Tout d'abord, le 5 novembre, c'était le Ier Concert de ïAssociation\nartistique de Tours — que nous avions annoncé ici même —et qui obtint, avec le\nconcours de M. Albert Houfflack, le violoniste réputé, et de Mlle Hélène Demel-\nlier, soliste des Concerts Colonne, un succès bien mérité.\nCe fut ensuite un concert donné par Raoul Pugno avec Mlle Marthe Doerken ;\npuis la première soirée de la Société des Amis des Arts, où se firent entendre les\ntrois frères Thibaud. Vanter le talent de ces différents artistes, universellement\nconnus, serait superflu. Disons seulement qu'une fois de plus chacun d'eux y\nremporta un triomphe.\nLa manifestation artistique réellement intéressante du mois, est le 2e concert\ndonné le 10 décembre par l'Association artistique de Tours. Cette jeune Société,\ntout à fait nouveau-née, avait composé son programme avec un éclectisme fort\nheureux."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050101-01.1.40", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de Librairie.\n\nL'orchestre, qui, dès son premier concert, s'était affirmé d'une bonne homogé-\nnéité, très discipliné, docile à la baguette de son chef —un artiste expérimenté,\nM. Emile Etesse, — a pleinement tenu ce qu'on attendait de lui. Que ce soit dans\nla Symphonie en ut majeur de Mozart, dans l'ouverture de Frithiof ou dans l'ac-\ncompagnement des solistes, il s'est montré à son avantage. On pourrait regret-\nter une certaine pénurie de violons, mais c'est un défaut auquel il sera facile de\nremédier. Association artistique compte d'ailleurs d'excellents artistes. On en\na pu juger par l'interprétation que donna l'un d'eux, M. Masson, du concerto de\nLalo pour violoncelle.\nComme solistes, Y Association artistique faisait entendre cette fois une canta-\ntrice, Mme Herman, des Concerts Lamoureux, dont le réel talent a été vivement\napprécié, et un pianiste tout à fait remarquable, M. Alejandro Ribô.\nM. Alejandro Ribô, de nationalité espagnole, est un tout jeune homme ; mais\nil justifie le vers de Corneille :.« Aux âmes bien nées. . » Certes on peut prédire\nà cet artiste le plus brillant avenir.\nM. Ribô débuta hier avec le Concerto en si bémol mineur de Tchaïkowski,\nextrêmement brillant, d'une facture si puissante, d'une orchestration originale,\nvéritable symphonie, pourrait-on dire, pour piano et orchestre, et qui a produit\navec un aussi merveilleux interprète un colossal effet.\nSeufiensuite, M. Ribô a jouéla Berceuse de-Chopin avec une délicatesse exquise,\nun charme délicieux, tels que le'souvenir de cette même Berceuse par Pugno lui-\nmême, trois semaines à peine auparavant, n'a pu affaiblir son succès. Dans la\nPolonaise en mi de Liszt, les qualités de virtuosité du jeune artiste se sont affir-\nmées victorieusement.\nAjoutons que — sur deux pianos Steinway — avec M. Ribô, un autre pianiste,\nM. Mockers, journaliste tourangeau qui joue fort bien du piano, a exécuté avec\nbrio les variations écrites par Saint-Saëns sur un thème de Beethoven et la\nTarentelle de Rubinstein.\nLe public fit fête à tous les artistes entendus dans ce concert, qui consacre la\nvaleur des soirées de l'Association artistique de Tours.\n\nHIM."}]}