{"numero_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_sha256": "ca43672e9639450a593f1d08da2ea4a3577202fbee3acde3ebbfaef2fe72ae7b", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1905/01/15_01/bmtnabj_1905-01-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1905/01/15_01/bmtnabj_1905-01-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "41", "page_fin": "48", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.1", "titre_corps": "EDWARD ELGAR", "titre_sommaire": "EDWARD ELGAR", "signature_source": "M.-D. CALVOCORESSI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2882, "texte": "EDWARD ELGAR\n\nL'Angleterre est un des pays où la musique fut le plus anciennement honorée.\nElle donna naissance à Dunstable, l'inventeur de la polyphonie, à Byrd, l'ancêtre\nde la musique de clavecin, à John Munclay, qui le premier écrivit de la musique\nà programme, etc. Jusqu'à la mort de Purcell (1695) on peut même dire que\nl'école anglaise a pu, sinon rivaliser avec celles des autres pays, du moins sou-\ntenir la comparaison sans trop de désavantage (1): Mais, à partir de la fin clu\nxviie siècle, et jusqu'à nos jours, on serait bien en peine de signaler un seul\ncompositeur qui ait produit des œuvres d'un intérêt tant soit peu général. Quelle\nest la cause de cet arrêt si brusquement survenu ? Ce n est point le lieu de le\nrechercher ici. Par quel phénomène encore, après ce long silence, voit-on subi-\ntement, dans les dernières années clu xixe siècle, surgir un compositeur, et un\nseul, qui, à force de travail et de ténacité, parvient à produire des œuvres\nappréciées d'abord en Angleterre, puis au dehors, et à conquérir d'emblée, sinon\ndes admirations indiscutées, du moins l'attention et l'intérêt de tous ? Peut-\nêtre le recherchera-t-on quand M. Elgar sera entré dans l'histoire. Pour le\nmoment, il suffît de retracer ici, brièvement, la biographie de l'artiste, et de parler\nquelque peu de ses œuvres.\nLa vie de M Elgar, simple autant que laborieuse, commande l'intérêt et la\nsympathie. Edouard-Guillaume Elgar est né à Broadheath, près de Worcester,\nle 2 juin 1857. Son père, après avoir été employé dans une maison d'éditions\nmusicales de Londres, s'établit lui-même comme éditeur de musique à Worcester.\nEn même temps il était attaché à l'église (catholique) de Saint-Georges en\nqualité d'organiste. Il occupa ce poste pendant trente-sept ans ; il fut également,\nparaît-il, un remarquable violoniste. Le milieu où naquit et grandit notre\ncompositeur était, on le voit, on ne peut plus favorable au développement de ses\nfacultés artistiques.\nM. Edward Elgar manifesta de bonne heure ses dispositions musicales en\napprenant, seul ou il ne s'en faut guère, le piano, l'orgue, le violon, le violon-\ncelle et le basson (2). Il fit partie d'un quintette d instruments à vent, pour lequel\nil composa nombre de pièces. Néanmoins il avait été, ses classes achevées,\ndirigé vers les études juridiques, au régime desquelles il ne résista guère plus\nd'une année. Il commença sa véritable carrière comme instrumentiste dans divers\norchestres régionaux, voire comme soliste, puis comme pianiste et conducteur de\nl'orchestre et des chœurs du Worcester Glee Club. En 1879, il devient chef\n\n(1) On trouvera dans le premier volume de Y Histoire de la Musique, Iles Britanniques, de\nM. Albert Soubies, un excellent résumé de cette période de l'art musical en Angleterre.\n(2) Il apprit également la langue allemande, dans l'espoir d'aller achever à Leipzig son éduca-\ntion musicale."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.3", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "attitré d'un orchestre local (qui donnait des concerts à l'asile des aliénés) et\nécrit pour cet orchestre des marches, des valses, des quadrilles. Plus tard nous\nle trouvons professeur de violon dans un institut d'aveugles, puis membre d'un\norchestre important à Birmingham. C'est là qu'en 1883 fut exécutée sa première\nœuvre sérieuse, un Intermezzo d'orchestre.\nLa personnalité de M. Elgar n est pas, à proprement parler, révolutionnaire.\nCe qui la caractérise, c est, plutôt que l'originalité de la matière, un esprit assez\nspécial de sérénité, de mysticisme et de tendresse. C'est là une tendance par\nlaquelle 1 auteur du Rêve de Gérontius s'apparente aux plus significatifs produc-\nteurs de l'époque actuelle. Une réaction, en effet, n'a-t-elle pas commencé à se\nproduire vers le calme, la joie, 1 ingénuité ? Plus de simplicité, moins de heurts,\nmoins de douleurs, une vie claire et libre, en un mot cette Joie, divinement belle,\nvers laquelle Beethoven avait clamé du plus profond de son désespoir, tel est\n1 idéal vers lequel s'efforcent les conquérants d'aujourd'hui comme ceux de\ndemain. Telle aussi nous apparaît la conception qui dut guider M. Elgar dans\nses dernières grandes œuvres.\nAvec de telles caractéristiques, l'art du compositeur s'affirme comme suffisam-\nment personnel, malgré la part très grande d'influences traditionnelles qu'on y\nobserve. Ces influences même sont surtout générales ; on les sent, mais le plus\nsouvent à 1 état de substratum, pour ainsi dire, et elles ne se traduisent que très\nrarement par des réminiscences directes. Certes, Bach, Haendel, Mendelssohn\nmême et avec lui Schumann, Liszt et Wagner aussi, ont contribué à former\nla pensée musicale de M. Elgar. Il a dû étudier très profondément les œuvres\nde César Franck. M. Richard Strauss également a pu exercer une influence\nsur lui, mais assez indirecte, et qui se traduit presque exclusivement par certains\nparallélismes de conception. Ainsi, on peut se demander si l'idée première des\nVariations, idée qu on lira plus loin, ne décèle pas une tournure d'esprit assez\nsemblable à celle de l'auteur de Zarathustra et de la Vie d'un Héros. Le pian du\nRêve de Gérontius n'est pas sans analogie avec celui de Mort et Transfiguration.\nMais, en somme, on ne trouvera nulle part, chez M. Elgar, d'asservissement à\naucune de ces influences. L'auteur doit aux études qu'il fit des œuvres de ses\ndevanciers son éducation générale, ses tendances, son « métier ». Mais en\nmême temps il manifeste, par la façon dont il a su profiter de cet enseignement,\nune personnalité artistique indiscutable. Ajoutons, à l'éloge de M. Elgar, qu'il\nn'a jamais reçu d'autre enseignement que celui-là. Aucun conservatoire, aucun\nmaître, aucun livre, n'ont contribué à orienter le compositeur : c'est exclusive-\nment dans les chefs-d'œuvre de toutes les époques qu'il a voulu trouver les\nprincipes de la beauté. Il tenta bien dans sa jeunesse, raconte-t-il (1), d'ouvrir\nles rébarbatifs traités de Catel et de Chérubini, ainsi que ceux de théoriciens\nanglais, mais comprit bientôt que l'étude directe des chefs-d'œuvre était la seule\nprofitable : « Mozart, dit-il, est le musicien de qui chacun devrait apprendre\nla forme. J ai une fois préparé du papier réglé pour un orchestre pareil à celui\nde la Symphonie en sol mineur, et écrit une Symphonie d'un égal nombre de\nmesures, en m'appliquant à employer des dessins thématiques analogues et les\nmêmes modulations... » M. Elgar étudia également, avec assiduité, les partitions\nd orchestre des symphonies de Beethoven, et en général toutes celles qui tom-\n\n(1) Dans une interview récemment publiée par le Strand Magasine."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.4", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "baient entre ses mains. Ce n'est que tout récemment, paraît-il (en 1900), qu'il lui\nfut donné de connaître celles de Wagner.\nUne aussi excellente méthode de travail, cette assimilation directe de la « sub-\nstantifîque moelle » des maîtres, à l'exclusion de tout procédé d'école, explique à\nla fois l'aspect franchement classique de la musique de M. Elgar et son indé-\npendance très réelle.\nM. Elgar reste avant tout un compositeur d'oratorios et de cantates, et plus\nspécialement de musique sacrée. Il n'a rien produit pour la scène, et publié rela-\ntivement peu d'oeuvres instrumentales ou même profanes. Celles de ces der-\nnières que j'ai pu connaître sont d'ailleurs moins significatives que les œuvres\nreligieuses, et il est même à remarquer que la pensée de M. Elgar semble ne\npouvoir s'épanouir et prendre toute son envergure que grâce àun texte. Telle\npage instrumentale pourra paraître d'une inspiration quelque peu courte ; mais\nil en est tout autrement dès que les voix interviennent surtout par grandes\nmasses, mais isolément même, et ne fût-ce que sous forme de simple récit.\nL'inspiration religieuse aussi semble la plus favorable à l'auteur du Rêve de\nGérontius et des Apôtres. Soutenue par une pensée d'adoration, sa musique de-\nvient plus expressive, plus éloquente, plus libre, et cela d'autant plus qu'elle\nest plus uniquement adorante et mystique. Ainsi, le Rêve de Gérontius, où l'ac-\ntion, la péripétie, en un mot l'élément extérieur, se réduit au minimum possible,\nest l'œuvre la plus parfaite, à mon sens, du compositeur, la plus une et la plus\npuissante. C'est donc bien, je crois, en obéissant à l'impulsion la plus spontanée\nde sa nature, et non point par occasion, que M. Elgar s'est consacré presque\nexclusivement aux grandes compositions religieuses.\nAvant pourtant de parler des oratorios de M. Elgar, il faut dire quelques mots\nd'une de ses œuvres orchestrales, assez importante matériellement et qui a no-\ntablement contribué à faire connaître à l'étranger le nom du compositeur, j'en-\ntends les Variations sur un thème original (op. 36). La pensée première en est\ncurieuse : d'abord, la dédicace nous apprend que les amis de l'auteur y sont\ndépeints. Le thème en est intitulé Enigme, et chaque variation porte en manière\nde titre soit des initiales, soit un prénom. L'une porte même des astérisques. Or,\nvoici les explications que donne l'auteur : «... j'ai esquissé dans ces Variations les\nportraits de mes amis (c'est, je crois, une idée nouvelle), ou plutôt, dans chaque\nVariation, j'ai cherché à voir le thème à travers la personnalité d'un de ces amis.\nJe ne sais pas si ce n'est point là une idée trop intime pour être publiée, mais c'est\nbien amusant (1). » Il paraît aussi que le titre A Enigme se justifie par le fait\nqu'au thème tel qu'il est écrit on peut superposer un autre thème, bien connu,\nmais qui n'est pas exprimé ici, et dont le compositeur a conservé le secret.\nEn 1882, M. Elgar devient directeur d'une société instrumentale d'amateurs,\nà Worcester ; en 188$ il succède à son père comme organiste de l'église Saint-\nGeorges et occupa ce poste pendant quatre ans. Depuis 1889 il s'est uniquement\nconsacré à la composition, et ne quitte ses travaux que pour diriger l'orchestre\nde la Société Philharmonique du Worcestershire, fondée en 1898, et qui compte\nà l'heure actuelle plus de 300 membres.\nLes premières grandes œuvres que M. Elgar publia et fit exécuter sont :\nl'ouverture de Froissart (op. 19, 1890), une cantate, le Chevalier Noir, poème\n\n(1) D'après le Musical Times du ier octobre 1900."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.5", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3669, "texte": "cTUhland traduit par Longfellow (op. 25, 1893), des scènes des Alpes de Bavière\npour chœurs et orchestre (op. 27, 1896), etc. Mais ce n est guère que par sa grande\ncantate Le roi Olaf(op. 30), exécutée au festival de Hanley en 1896, qu'il com-\nmença à être célèbre. Depuis, Caractacus (op. 35, 1899),1es Variations sur un thème\noriginal (op. 36, 1899), et surtout le Rêve de Gérontius (op. 38, 1900) ainsi que les\nApôtres (op. 49, 1903) ont répandu, non seulement en Angleterre, mais en Alle-\nmagne et en Amérique, la renommée de M. Elgar. A 1 heure actuelle, 1 oeuvie\ndu compositeur compte cinquante numéros, dont le dernier, publié il y a deux\nmois à peine, est l'ouverture d'orchestre intitulée In the South [Dans le Sud).\nAvec un bagage aussi considérable, il est étonnant que M. Elgar soit resté\njusqu'à présent aussi totalement inconnu du public français. Non seulement\nson œuvre représente un effort artistique des plus considérables, mais encoie\nil contient mieux que des tentatives. Qu'au milieu de l'inertie musicale de\ntoute une grande nationalité il se soit trouvé un seul aitiste capable d affii\nmer une volonté de produire et d être personnel, que cet artiste ait réussi,\nnon seulement à être prophète en son pays, mais encore à s imposer à\nl'Allemagne, si sceptique à l'égard de toute production du dehors, cela seul eût\ndû suffire à attirer et à retenir l'attention de tous. Mais, de plus, il est impossible\nde prendre connaissance, même superficiellement, des œuvres de M. Elgar sans\nêtre frappé par les qualités qui souvent s y manifestent, et sans se sentir poussé\nà les étudier de plus près.\nCertes, toutes ne sont pas également belles ; peut être aucune n est-elle par-\nfaite. Mais en toutes on sent un grand amour pour la musique (qualité plus rare\nqu'on ne le pense chez bien des compositeurs de n impoi te quel pays), une sensi\nbilité très réelle et point vulgaire, un don mélodique abondant en général,\njoint le plus souvent à une incontestable élégance d écriture, et enfin 1 horieur\nabsolue de tout pédantisme comme des effets faciles. Toutes qualités qui,\nréunies, constituent celle que 1 on doit par-dessus tout aimer chez un musicien .\nla sincérité.\nLes Variations qui ont été exécutées (avec succès) en divers pays le seiont cet\nhiver à Paris. Aussi ne convient-il pas de se livrer ici à une appréciationcritique,\navant la lettre, de l'œuvre que le public pourra bientôt jugei lui-même.\nPeu après, M. Elgar faisait paraître son Rêve de Gérontius, écrit sur un très\nadmirable poème du cardinal Newman. Si les précédentes cantates du compo\nsiteur, sacrées ou profanes, ne nous offraient guère autre chose que les élé-\nments quelque peu conventionnels et indifférents, académiques pourrait-on dire,\nqui sont l'habituel apanage du genre, il est juste au contraire de dire que cette\ndernière œuvre est singulièrement vivante et hardie.\nVivante, elle l'est par la beauté intrinsèque du poème, par la liberté de l'expres-\nsion musicale, par l'harmonieuse réalisation de 1 ensemble, par 1 émotion sur\ntout. Hardie, elle l'est par le mysticisme ingénu et souvent profond dont elle\nest pleine. On sent que l'auteur y a laissé parler librement son cœur. Aucune\npréoccupation étrangère àla pensée maîtresse, aucune recherche suitout des\nvains effets ne vient perturber ni sophistiquer la franche effusion de ce cœur.\nVoici, très résumée, la conduite du poème : Gérontius est près de mourir, et il\nprie. Autour de lui, le prêtre et les assistants répètent ses prières. Or, soudain il\nsemble à Gérontius que son âme enfin dégagée voyage, guidée par un ange,\nvers les régions éternelles... Au loin on entend des chœurs ironiques de démons,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.6", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "puis les chants des bienheureux, et l'âme réconfortée de Gérontius arrive devant\nle Juge, au milieu des chœurs de glorification.\nComme on le voit, c'est là une donnée exclusivement lyrique, où il n'y a pas\nd'action au sens habituel du mot, mais par contre une progression continue de\nl'intensité émotionnelle ; nul poème mieux que celui-là ne pouvait convenir à un\nmusicien. Mais il est d'une beauté si rare, que la tâche d'y associer de la musique\nqui en fût digne était fort ardue. M. Elgar, dont la muse ici s'est montrée vérita-\nblement sœur d'élection de celle du poète, est sorti vainqueur de l'épreuve. On\npourra peut-être faire sur son œuvre quelques réserves de détail, mais on ne\nméconnaîtra jamais la haute valeur, la réelle noblesse de l'ensemble.\nLe prélude (i) en est de coupe assez simple. Diverses idées musicales qui dans\nle cours de l'œuvre auront un rôle très important et formeront de véritables leit-\nmotifs y sont exposées tour à tour. La première, qui est très belle, nous trans-\nporte immédiatement dans une atmosphère mystérieuse et solennelle :\nUn peu plus loin, on trouve ce passage :\nd'une grâce incontestable, mais dont l'allure quelque peu banale contraste avec\nl'austérité du début.\nEntre ces deux thèmes se place un dessin qui exprime assez heureusement,\nme semble-t-il, l'élan de l'âme vers l'au delà :\n\n(i) Reproduit dans le Supplément musical de ce numéro."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.7", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "et qui est suivi d'une figure dont on remarquera la curieuse et jolie harmonisa-\ntion :\nM. Elgar adopte volontiers des thèmes très courts et très simples. A titre\nd'exemple, je signalerai encore celui-ci, auquel est associée l'idée de mal, et qui\nest utilisé dans la scène où interviennent les démons :\nD'une façon générale, on peut remarquer que de tels thèmes surtout dans\nle développement musical d'une œuvreoù manque l'élément scénique —ne seront\nde véritables et efficaces leitmotifs que s'ils sont très caractéristiques en eux-\nmêmes et présentés d'une façon qui les mette bien en relief. Dans le cas con-\ntraire, ils n'apparaîtront plus que comme des fragments de la trame sympho-\nnique, sans vie propre, et on s'en expliquera insuffisamment l'intervention con-\ntinuelle. Ici, on n'est pas trop tenté de formuler une telle critique. D'abord les\nthèmes sont en nombre restreint ; puis l'ensemble de l'œuvre est assez harmo-\nnieux, l'unité assez grande pour que tous les éléments se fondent, se complètent,\nparticipent à la vie de l'ensemble. M. Elgar fait volontiers entrer les voix en\nimitations canoniques, mais s'abstient en général de combinaisons polypho-\nniques trop ardues. Je mentionnerai le très admirable récitatif de l'ange (pp. 93\net s. de la réduction piano et chant) avec le chœur qui suit, et où la voix de l'ange\nforme ripieno. Dans la scène finale se retrouve une disposition chorale analogue,\nd'un effet plus colossal encore, et dont la lecture est à recommander fpp. 165 et s.).\nLes Apôtres sont une œuvre infiniment plus complexe. La donnée n'en offre\npas la même unité, et de plus il y a une diversité de décors, et surtout de péri-\npéties qui semblent en principe peu compatibles avec le raccourci inévitable\nd'interprétation que comporte la forme oratorio. Aussi faut-il tenir largement\ncompte de la difficulté que le compositeur avait à vaincre.\nVoici le plan de l'œuvre, dont le texte a été écrit par M. Elgar lui-même. Le\ncompositeur nous apprend d'abord (dans l'interview déjà citée) qu'il a voulu"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.8", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3160, "texte": "décrire la naissance du christianisme, et particulièrement montrer les premiers\ndisciples du Christ sous un aspect plus simplement humain que celui qui leur\nest généralement attribué. Les premières scènes sont surtout lyriques. Des\nchœurs, puis l'ange Gabriel, louent le Seigneur ; l'orchestre évoque l'aurore qui\nluit sur le temple de Jérusalem. Dans le sanctuaire retentissent des actions de\ngrâces, puis les apôtres élus s'inclinent devant Jésus. La scène suivante est un\ncommentaire du début du sermon sur la Montagne (Les Béatitudes). Puis le réci-\ntant nous dit le voyage sur la mer de Galilée. Dans la tour de Magdala, Marie-\nMadeleine prie. La tempête se lève et s'apaise ; Jésus marche sur les flots.\nEnsuite nous sommes transportés à Césarée, puis à Capernaum, où nous\nvoyons grandir l'autorité de Jésus sur tous ceux qui l'approchent.\nLa deuxième partie décrit la trahison de Judas, Gethsémani, le Golgotha,\nl'ensevelissement et enfin l'Ascension. Mais toutes ces descriptions sont très\nsobrement réalisées : en général, l'auteur se borne à un court récit, à quelques\nfragments de scènes, ou encore à un commentaire confié aux spectateurs, ce qui\nlui permet d'éviter l interprétation trop directe, trop théâtrale, de son sujet.\nMais ce sujet n'en reste pas moins énorme de proportions, et on a l'impression\nque M. Elgar en a laissé dans l'ombre bien des côtés, que son œuvre, littéraire-\nment, reste incomplète. Ceci n'est pas pour faciliter l'appréciation de la musi-\nque ; de la lecture de la partition on garde malaisément une impression d'en-\nsemble, et on voudrait avoir entendu plus d'une fois les Apôtres avant de for-\nmuler un jugement quelconque. Les qualités manifestées dans le Rêve de Géron-\ntius apparaissent bien ici encore. Mais tout est plus touffu, plus scientifique,\nsemble-t-il. Les motifs sont nombreux ; ils sont très courts, reviennent très sou-\nvent, et ne paraissent pas toujours suffisamment typiques. L'auteur cède volon-\ntiers à la tentation de les présenter sous forme de progressions harmoniques, ou\nencore de les faire reparaître dans le même ordre de succession dans les mêmes\ntons, avec les mêmes harmonies. Ceci donne àla lecture une certaine impres-\nsion de monotonie : l'invention semble courte, on se prend parfois à souhaiter\ndes développements moins sommaires, moins prévus surtout. Mais, comme il a\nété dit plus haut, si la matière de ces partitions n'est pas toujours bien neuve,\nl'esprit en reste le plus souvent très personnel, et on y trouve de beaux accents.\nD'ailleurs, comme une lecture, si consciencieuse qu'elle soit, ne peut jamais rem-\nplacer l'audition des œuvres, je ne veux formuler que sous toutes réserves les\nappréciations que l'on vient de lire. Il est à souhaiter que bientôt des exécutions\nen France des oratorios de M. Elgar permettent au public de connaître ceux-ci\nmieux que par les présentes notes, qui ne prétendent qu'à donner quelques in-\ndications sur la curieuse et intéressante figure du compositeur encore ignoré en\nFrance.\nLes œuvres de M. Elgar sont publiées chez MM. Novello and C°, à Londres,\nqui me les ont très courtoisement communiquées.\n\nM.-D. CALVOCORESSI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c008", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "49", "page_fin": "52", "image_debut": 9, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.2", "titre_corps": "Cours élémentaire de Contrepoint", "titre_sommaire": "Cours élémentaire de Contrepoint", "signature_source": "AUGUSTE SÉRIEYX", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.9", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3189, "texte": "Cours élémentaire de Contrepoint\n\n(i).\nI. - LE RYTHME ET LA TONALITÉ DANS LA MONODIE.\n(Des qualités que doit avoir un « chant donné ».)\nLa définition du contrepoint précédemment énoncée subordonne cette étude\naux notions de rythme et de mélodie.\nLe rythme, ordination proportionnelle des phénomènes sonores dans le temps,\nsuppose une comparaison possible entre ces phénomènes et a pour base par con-\nséquent toute différence appréciable entre deux ou plusieurs sons consécutifs. Des\nsons inégaux, soit endurée, soit en intensité, soit en acuité, sont susceptibles de\nconstituer un rythme dès que cette inégalité se reproduit périodiquement. Ils\nconstituent une mélodie lorsqu'ils présentent une inégalité déterminée et portant\nà la fois sur leur durée, sur leur intensité et sur leur acuité relatives.\nCette dernière relation (acuité, gravité des sons) est usuellement considérée\ncomme la relation mélodique par excellence, parce qu'elle joue en effet dans la\nmélodie un rôle capital qui nous intéresse plus spécialement encore au point de\nvue contrapontique. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'elle ne saurait en aucun\ncas être isolée des relations tout aussi nécessaires de durée et d'intensité.\nLe simple chant en rondes vulgairement appelé « chant donné » est assurément\nconstitué par des notes d'intonation différente ; mais il présente aussi des varia-\ntions d'intensité s'il est proféré par la voix avec son caractère expressif propre,\net des variations de durée au moins dans les arrêts provisoires qui séparent ses\nfragments ou périodes.\nUne période isolée, en effet, ne saurait à aucun titre constituer le chant musical,\nle seul qui puisse et doive servir au travail du contrepoint, pas plus qu'une note\nisolée ne saurait constituer de la musique. Deux périodes, deux fragments distincts\nsont un minimum nécessaire pour qu'un thème, digne de ce nom, présente le\nsigne expressif de tendance et d'accomplissement, d'action et de réaction insépa-\nrable de toute manifestation vitale, de même que la relation musicale ne se peut\nétablir avec moins de deux termes, c'est-à-dire de deux notes.\nDisons ici bien haut que nous entendons nous séparer totalement de cette pra-\ntique d'enseignement qui consiste à proposer à l'élève, sous prétexte d'exercice,\nune succession de notes improprement appelée chant et calculée seulement en\nvue d'appliquer une règle édictée, sans nul souci de la beauté mélodique et de\nl'intelligibilité musicale inhérentes à toute réalisation d'ordre artistique, si élé-\nmentaire et didactique qu'on la suppose.\nIl convient toutefois de distinguer deux catégories parmi ces successions inin-\nterrompues de rondes, qui fourmillent dans les traités de toutes sortes : les unes\nsont purement absurdes et antimusicales ; on voudra bien nous dispenser d en\nfournir ici des spécimens, dont le choix seul prêterait à une interprétation cri-\ntique incompatible avec le but et l'intention du présent essai ; quant aux autres,\nl'observation, même la plus superficielle, y révèle sur certains points un arrêt,\nune chute, une cadence possible et souvent nécessaire : ce ne sont donc en réa-\n\n(i) Suite. Voir la Revue du ier janvier igos."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.10", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "lité que des juxtapositions plus ou moins conscientes de périodes diverses,\nséparables sinon séparées.\nUn chant comme celui-ci, par exemple,\nbien que l'auteur un professeur instruit et expérimenté Tait proposé à ses\nélèves en un seul contexte), présente cependant deux périodes distinctes, complé-\nmentaires l'une de l'autre par leur tendance tonale et par leui durée respective :\nune cadence suspensive à la dominante y apparaît à peu près nécessairement\navant la huitième note.\nEliminant ainsi toute succession mono-périodique de sons, nous appellerons\nthème (ou chant donné) une mélodie expressive complète, c'est-à-dire composée\nde sons consécutifs inégaux en durée, en intensité et en acuité, et groupés par\npériodes logiquement enchaînées dans une tonalité déterminée. Nous ne pour-\nrions citer d'exemple plus parfait que le théine du choral sur lequel Jean-Sébas-\ntien Bach écrivit sa dernière œuvre (1) :\nAu point de vue rythmique général, cet admirable thème se décompose en cinq\npériodes d'égale durée, présentant une symétrie réelle, dont l'accentuation ex-\npressive vient rompre perpétuellement la régularité, comme on peut le constater\npar la place différente des points d'appui ( ) nécessaires à l'exécution vocale,\ndans chaque fragment (2).\nLa répétition, indiquée par l'auteur pour les deux premières périodes, porte\n\ntiefer noth schreï ich zu dir ». OEuvres pour orgue de J.-S. Bach. Edition Peters,\nvol. VI, n° 13, p. 36-37.\n(2) La place de ces points d'appui, indiqués par des traits, n'est pas rigoureusement détermina-\nble, et nous n'aurions garde de proposer notre accentuation comme la seule bonne. Mais elle\nsuffit, croyons-nous, à confirmer que toute exécution, consistant à s appuyer sur les premiers\ntemps de chaque mesure de ce chant, serait inintelligente et ridicule. Ceci, du reste, ne saurait\nêtre mis en doute par aucun musicien."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3515, "texte": "leur total à sept, nombre symbolique choisi très probablement à dessein. Au\nsurplus, cette répétition est justifiée par le caractère de ces deux périodes [A et B)\nqui se suffisent à elles-mêmes et forment un tout complet, sorte de synthèse de\nl'œuvre.\nAu point de vue spécialement mélodique (relations d'acuité des sons), nous ne\nsaurions trop insister sur la proportion, constamment maintenue dans ce thème,\nentre les intervalles conjoints et disjoints, entre les formules ascendantes et des-\ncendantes.\nDe cette proportion, de cet équilibre, résulte principalement la beauté mélodi-\nque, laquelle ne saurait pas plus consister en successions ininterrompues de\nnotes voisines diatoniquement (ou chromatiquement), qu'en déplacements perpé-\ntuels de tierce, quarte ou intervalles plus grands, détruisant toute cohésion entre\nles sons.\n\"Enfin, au point de vue tonal, la tendance distincte et complémentaire de cha-\ncune des périodes de ce choral suffirait à le classer au premier rang parmi les\nmélodies de ce genre : la première période (A) marque une suspension, par une\nvéritable cadence mélodique vers la dominante, complétée par un retour conclu-\nsif sur la tonique à la fin de la deuxième (B).\nLes autres périodes, sorte de paraphrase explicative des précédentes, aboutis-\nsent : la troisième (C) à la sous-dominante (i), la quatrième (D) au relatif\nmajeur, et la dernière (E) au ton principal pour conclure définitivement.\nCe serait une erreur d'attribuer à ces déterminations tonales un caractère har-\nmonique, car le thème entendu seul, monodiquement, les comporte par lui-même:\nil affirme nettement dès ses premières notes les fonctions de dominante et cle\ntonique qui permettront d'apprécier l'ordre et le sens de toutes les évolutions qui\nsuivront. Etc'est, au contraire, par suite de certaines considérations relatives aux\nlois naturelles, que nous constaterons ultérieurement la possibilité de modifier\nles déterminations primordiales mélodiques, ici établies.\nNi la notion de tonalité en effet, ni celle de cadence qui en découle, ne sont\nl'apanage exclusif de l'harmonie: la tonalité n'est autre chose que l'ensemble des\nrelations musicales que nous apprécions par comparaison directe avec un point\nde repère invariable, ou supposé tel, appelé la tonique ; la cadence n'est qu'une\nformule destinée à marquer la convergence ou la divergence par rapport à ce\npoint fixe qu'est la tonique. Rien de tout ceci n'exige la simultanéité des sons.\nAinsi examiné dans ses éléments constitutifs, le thème du choral de Bach nous\napparaît comme une synthèse des plus hautes qualités mélodiques, comme une\nmagistrale application des principales lois qui doivent guider l'effort du contra-\npontiste, lorsqu'il tentera de construire une autre mélodie, aussi parfaite, s'il se\npeut, quoique différente, et susceptible en outre d'être entendue simultanément\navec celle-ci.\nDans une forme plus générale, ces lois peuvent être résumées ainsi :\nEquilibre dans la construction rythmique des diverses périodes ;\n\n(1) Il s'agit ici de la dominante et de la sous-dominante vulgaires, et non réelles. On sait en\neffet qu'en vertu de la symétrie des modes, ces fonctions sont réellement inversées dans le mode\nmineur :le la serait donc ici dominante (ou quinte grave), et le si sous-dominante (ou quinte\naiguë). Toutefois, comme l'explication de ce phénomène, d'ailleurs connu, ne saurait trouver\nplace dans ce travail, nous avons conservé les dénominations usuelles, en mineur comme en\nmajeur."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.12", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 621, "texte": "Variété dans la distance et le degré des points d'appui mélodiques, comme dans\nla succession des intervalles conjoints et disjoints ;\nUnité de l'ensemble, résultant d'une compensation perpétuelle entre la ten-\ndance tonale de chaque période et la tendance opposée ou complémentaire de\ncelle qui la suit ou la précède.\nAvant d'étudier les effets de ces lois dans le contrepoint auquel le « chant\ndonné » doit servir de guide et de modèle, il n'était sans doute pas inutile\nd'examiner dans ce chant lui-même leur mode d'application et leur fonctionne-\nment .\n(.A suivre.)\n\nAUGUSTE SÉRIEYX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c011", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "52", "page_fin": "52", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.3", "titre_corps": "Moussorgski ou Moszkowsky?", "titre_sommaire": "Moussorgski ou Moszkowsky?", "signature_source": "CONSTANT ZAKONE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.12", "debut_caractere": 623, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "Moussorgski ou Moszkowsky?\nCONSTANT ZAKONE.\nJe répondrai clans le prochain numéro de la Revue à la lettre que le\nDrNiemann m'a écrite au sujet de mon article : Ce qu'on sait en Allemagne de\nla musique française. L'espace me manque aujourd'hui. Et je dois aller d'abord\nau plus pressé.\nJ ai été tancé assez vertement par Willy (i) pour avoir cru E. de Solenière\ncapable de voir en Debussy un imitateur deMoszkowsky. ((Comment M. Zakone\nn'a-t-il pas compris qu'il s'agissait du Russe cher au musicien de Pelléas, le\npénétrant Moussorgski ?»Or je lis dans le Mercure de France du lerIer janvier 1905,\npage 165, cette sommaire appréciation:\nDans le courant de décembre fut joué en entier (à Monte-Carlo) un poème symphonique,\nJeanne d'Arc, de Moszkowsky, un Polonais né à Berlin*, déjà connu par des Danses espagnoles\npour piano, d'une inspiration exquise. Jeanne d'Arc est une œuvre austère et pompeuse, où l'on\nremarque la subtilité de sonorités étranges qui font déjà pressentir les hardiesses harmoniques\nde M. Claude Debussy.\nC'est peut-être bien là, comme le veut Willy, une « ânerie ». Mais si elle\ns'étale dans une revue aussi sérieuse et bien rédigée que le Mercure de France,\npourquoi n'aurait-elie pas figuré avec honneur dans un feuilleton de la Stras-\nburger Post ?\n(1) Revue musicale du ler janvier 1905, p. 25."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c013", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "53", "page_fin": "66", "image_debut": 13, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.4", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nLA PENSÉE MUSICALE\n\nI. — LA MUSIQUE ET LE LANGAGE DU SENTIMENT (du CoUrS du lundi).\nDeuxième leçon.\nVoici le programme que je compte parcourir et dont les grandes\nlignes ont été indiquées dans la première leçon.\nI. - INTRODUCTION (cours du lundi).\nA. - Introduction philosophique.\nDéfinition de la musique :\ni° La musique et le sentiment. La musique est-elle le langage immédiat\net adéquat de l'émotion? Discussion de la thèse d'Aristote et des mo-\ndernes qui l'ont adoptée ;\n2° La musique et l'imagination. Le langage musical use-t-il d'« images »,\ncomme le langage poétique, pour traduire l'émotion?\n3° La musique et la raison. La pensée musicale. Comment elle est\npossible et comment elle s'est formée. Essai d'analyse. Réponse aux\nobjections.\nLa musique considérée objectivement :\ni° Place de la musique parmi les 55 gammes représentant les phéno-\nmènes périodiques.\n2° Théorie physiologique : a) l'école de James ; b) Helmholtz.\n3° Lois acoustiques. Les principes élémentaires de l'harmonie."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "4° Théorie mathématique. La gamme et ses diverses formes.\n5° La musique d'après le témoignage des grands musiciens. — D'après\nles philosophes allemands.\nSystèmes divers sur les origines de l'art musical :\ni° Système de Darwin. La musique est-elle un développement du\nchant ou des manifestations vocales par lesquelles, dans les espèces\nanimales inférieures et spécialement chez les oiseaux, le mâle cherche\nà séduire la femelle ?\n2° Système d'Herbert Spencer. La musique est-elle le développement\ndu cri et de tous les éléments instinctifs contenus dans le langage\nverbal?\n3° Système du Dr Bûcher. La musique et le travail social.\n4° Essai d'une explication nouvelle : la musique et la magie : a) rôle\nde l'incantation dans les sociétés primitives. La musique et les plus\nvieilles superstitions de l'humanité. Légendes populaires où un rôle\nmerveilleux est attribué à la musique, b) Pouvoir attribué à la musique\nde délivrer l'homme des mauvais esprits, d'attirer les esprits bienfaisants,\nde guérir les maladies, de conjurer les maléfices, d'évoquer les âmes,\nd'imposer certains sentiments, de rendre l'homme maître de certains\nphénomènes extérieurs ou de certains êtres, etc.\nB. — Introduction philologique (cours du jeudi).\ni° Organisation des études d'histoire musicale, en France, au\nxixe siècle.\na) Le Comité des Travaux historiques, créé par Guizot en 1834; le\nComité des Arts et Monuments (1837) et son programme d'histoire\nmusicale : instructions de Bottée de Toulmont pour l'étude de la musique\nreligieuse ; d'Ampère et de Vincent pour l'étude des mélodies populaires ;\nde De Coussemaker pour une histoire générale de la musique (projet\nde bibliographie par Ch. de Courcelles).\nb) Ce qui a été fait pour l'enseignement de la musique, durant le\nxixe siècle, dans les enseignements primaire, secondaire, supérieur. —\nL'histoire de la musique au Conservatoire.\nc)Progrès du goût public : transformation des concerts et introduction\nde l'esprit historique dans leurs programmes.\nd) Sociétés particulières ayant eu un programme d'histoire musicale.\ne) Principales publications relatives à l'histoire de la musique. Recueils\nd'anciens textes et travaux critiques. Ce qui a été fait pour musique\ngrecque, le plain-chant, Iancienne musique , la chanson popu-\nlaire."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "20 Bibliographie critique et méthode.\na) Dictionnaires, encyclopédies, répertoires.\nb)Bibliographie critique de l'histoire générale de la musique en France,\nen Allemagne, en Angleterre et en Italie.\nc) Principes de critique musicale. , justification du plan\nadopté.\nII. - HISTOIRE.\nLes faits musicaux, leurs caractères intrinsèques, leur représentation\npar les monuments figurés, leurs rapports avec la vie sociale et l'histoire\ngénérale, seront étudiés dans un cours, qui, conventionnellement, sera\ndivisé en cinq périodes :\na) Les primitifs. - Monuments qui nous font connaître le rôle de\nla musique dans les plus anciennes civilisations. —• Les Orientaux.\nLa musique chez les Grecs et les Latins, jusqu'à la fin de l'Empire\nromain.\nb) Le moyen âge (musique religieuse et musique profane), jusqu'à la\nfin de la première école néerlandaise (1450).\nc)La Renaissance (jusqu'à la fin du xvne siècle).\nd) La musique moderne, de Bach et Htendel à la fin du xixe siècle.\nQu'est-ce que la musique ? Quelles sont ses origines ? Pourquoi\nl'homme est-il devenu musicien? Telles sont les questions que je crois\ndevoir traiter comme Introduction à l'histoire générale de l'art musical.\nAinsi que je l'ai annoncé déjà, je me propose de montrer que la\nmusique se différencie spécifiquement des autres arts par une manière\nde penser qui lui est propre et qui est aussi variée que celle du poète,\nsans pouvoir cependant être traduite avec des mots. Mais avant de cher-\ncher à établir cette thèse, je dois me débarrasser de celle qui croit\ndéfinir l'art musical en disant qu'il est « le langage du sentiment ».\nLa musique, avons-nous dit, est le langage direct de l'âme. Mais cette\nformule comprend bien autre chose que l'idée des émotions et de leurs\ninnombrables nuances. En réalité, dans toute composition qui n'est\npas un pur exercice d'école, le psychologue peut constater et distinguer\ntrois choses : 10 un état affectif (joie, tristesse, piété, etc...) ', 20 une oeuvre\nd'imagination consistant à chercher les symboles ou les images, qui,\npar association d'idées, peuvent représenter cet état, en éveiller, chez\nl'auditeur, le souvenir et le lui imposer ; 3° un acte spécial de la raison,\nune pensée. J'étudierai ces trois éléments dont l'oeuvre musicale est\nfaite, et, après les avoir analysés, j'essaierai de montrer le rôle très"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "inégal de chacun d'eux. Pour le moment, il s'agit de prouver que le\npremier n'a pas le caractère et l'importance que, d'habitude, on lui\nattribue.\nLe musicien doit être ému pour faire une belle œuvre d'art, cela\nn'est pas douteux ; Beethoven affirmait que tous les sentiments,\nla colère,peuvent être des sources d'inspiration. On le plaisantait sur ce\nmot; on disait que sa gouvernante, qui était d'humeur acariâtre, devrait,\nen ce cas, toucher des droits d'auteur ! Mais, de ce que l'émotion est\nun point de départ nécessaire, il ne suit pas qu'elle trouve son expres-\nsion adéquate, en vertu d'une sorte de loi, dans les combinaisons so-\nnores qui constituent une symphonie. Une telle opinion est une chimère\nou ne peut résulter que d'un malentendu. Nier, ou restreindre à un\nminimum le privilège qu'on attribue à l'art musical d'exprimer directe-\nment l'émotion, c'est aller contre une croyance qui est généralement\nrépandue chez les amateurs, chez les professionnels eux-mêmes, et qui\ns'appuie sur de grandes autorités ; mais peu nous importe. On a dit\nque les livres que tout le monde s'accorde à admirer sont ceux que\npersonne ne lit plus ; peut-être aussi y a-t-il des idées que tout le monde\naccepte comme justes, parce que très peu de gens les discutent. Si,\navant de présenter des considérations qui paraîtront peut-être pa-\nradoxales, j'avais besoin de m'appuyer sur une grande autorité, j'in-\nvoquerais celle de Beethoven. Beethoven, attentif à « ce que YE\nlui inspirait et lui disait d'achever » (i), dit un jour à Gœthe que son\nplus vif désir n'était nullement de produire chez l'auditeur un état\nd'émotion plus ou moins trouble, mais de toucher son intelligence et\nd'être compris par lui. Il résume cet entretien dans une lettre à Bettina\nd'Arnim, et il ajoute : « L'émotion n'est bonne que pour les femmes\n(pardonne-moi) ; pour l'homme, il faut que la musique tire du feu\nde l'esprit(2). » Ces quelques lignes n'ont pas un poids inférieur à\ncelui de l'opinion que je vais examiner et essayer de réfuter.\nAristote l'a formulée avec le plus de netteté, et le fait que son opinion\nest celle de l'antiquité tout entière constitue, il faut le reconnaître, une\nobjection très sérieuse. Si nous démontrons, ou si nous croyons avoir\ndémontré qu'il y a là une erreur, nous serons évidemment tenus d'expli-\nquer comment une erreur aussi accréditée a pu se produire.\nVoici, en quelques mots, la doctrine d'Aristote. Comme tous les\nanciens, depuis Pythagore jusqu'à Boèce, il croit que la musique peut\n\n(1) Lettre à Schott, 17 septembre 1824,\n(2) Traduction de M. Jean Chantavoine [Con~espondance de Beethoven, Paris,\nGalmann-Lévy)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2804, "texte": "jouer un rôle très efficace dans l'éducation, non pas parce qu'elle est\nun art d'agrément indispensable, comme nous le croyons aujourd'hui,\nà la culture d'un « honnête homme », mais parce qu'elle exprime et\nimpose à l'auditeur certains états d'âme, et que, par là, elle peut former\nYhabitus intérieur des jeunes gens, et même les pousser aux actions qui\nsont la conséquence de cet habitas. Les impressions du toucher, du\ngoût, de l'odorat, n'ont rien de commun avec les affections morales, et\nc'est pour cela qu'elles n'ont pas produit des arts distincts. Il en est\ntout autrement des impressions de l'oreille. Dans une œuvre musicale,\non trouve la reproduction d'un état d'âme. « Il y a des mélodies qui\nexpriment la colère, la bravoure, la continence, et, généralement, tous\nles caractères éthiques. » Ce n'est pas une expression obtenue à l'aide\nde signes plus ou moins conventionnels (ai mais une reproduction\nréelle et directe (piprim ç)(i) ; et, chose curieuse, un exemple cité par\nAristote à l'appui de ses idées est la musique d'Olympos, qui était\npurement instrumentale.\nDe telles idées, qu'on retrouve chez les Chinois, sont pour nous un\nobjet d'étonnement. Comment les Grecs ont-ils pu attribuer à la mu-\nsique une si grande exactitude dans l'expression morale, et, par consé-\nquent, un si grand rôle dans l'éducation pratique ? Avaient-ils une\nsensibilité plus fine et moins blasée que la nôtre? Le rythme de leurs\nmélodies ajoutait-il aux modes employés une vertu que nous ignorons ?\nVeulent-ils seulement parler d'effets très généraux ? Faut-il ne pas\nattacher plus d'importance à leurs affirmations qu'à celle des mo-\ndernes disant que le mode mineur exprime la tristesse et que le mode\nmajeur est plutôt gai? Ce qui m'inclinerait (outre cette dernière ana-\nlogie) à ne pas exagérer la valeur de textes pourtant très nets, c'est\nqu'il s'agit d'éducation. Nous-mêmes, aujourd'hui, quand nous rédi-\ngeons des « programmes », quand nous disons que tel exercice péda-\ngogique a une grande influence sur la formation du caractère, que l'étude\nde tels chefs-d'œuvre classiques est indispensable au développement\nde la conscience chez les enfants, que la littérature antique a une\nfonction moralisatrice, qu'elle est une source certaine de consolations\ndans les épreuves de la vie, etc..., nous disons des choses auxquelles nous\ncroyons sans doute et qui, certainement, ne sont pas inexactes, mais\ndes choses qu'il faut entendre d'une certaine façon, sans esprit géomé-\ntrique, parce que ce sont des demi-vérités, et qu'il faut y voir un vœu\n\n(i) Poétique, i ; Politique, viii, 5; Cf. Platon, Rép., ni, p. 401 ; Lois, 111, p. 673;\nPlut arque, De mus., 26... Cf. Gevaert et Vollgraff, Les problèmes musicaux <T Aris-\ntote (Gand, 1903), section H, p. 315 et suiv., où sont indiqués tous les textes."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "généreux, un idéal entrevu, plus que des faits d'observation... N'oublions\npas cependant qu'Aristote ne parle jamais par peu près !\nQuoi qu'il en soit, pour faire l'examen critique de cette doctrine, nous\nsommes obligés de considérer comme non existante la musique grecque,\nfaute de documents. J'ajoute que si nous possédions les œuvres mêmes\ndes musiciens grecs, nous ne serions guère plus avancés. Si nous avions\ndes mélodies nombreuses et intactes, il faudrait savoir comment elles\nétaient chantées et de quelles évolutions, de quelle mimique on les\naccompagnait. Si nous avions des instruments authentiques, il faudrait\nsavoir comment on en jouait.\nHeureusement pour la discussion, la thèse d'Aristote a été reprise\npar les modernes. D'abord, les théoriciens du moyen âge reproduisent\npresque tous avec tranquillité, sans l'ombre d'une préoccupation cri-\ntique, les anecdotes relatives aux effets merveilleux et traditionnels de\nla musique, et, par là, semblent affirmer, implicitement, son pouvoir\nd'expression. (Voir surtout, dans les Scriptores de Gerbert, au t. 11, p.\n392, le témoignage d'Egidius de Zamora, et au t. 111, p. 334, celui\nd'Adam de Fulda). Mais il ne s'agit pas de savoir si la musique peut\nproduire des émotions. Nous trouverons plus de prise sur une idée qui\nest souvent formulée avec intransigeance par plusieurs écrivains alle-\nmands (1) et qui est passée en quelque sorte à l'état de lieu commun.\n« L'organe du cœur, dit R.Wagner, est le son; le langage artistique et\nconscientoùle cœur s'exprime,c'est la musique. » Ambros ditqu'« autant\nle musicien est incapable de peindre un objet matériel, autant il excelle\nà exprimer les états psychiques » (Seelerrpustànde). Schiller, par une\nerreur évidente, va encore plus loin: il dit que le poète exprime l'intel-\nligence ( Geist), mais que « Polyhymnie » seule exprime Les Alle-\nmands se servent assez souvent d'un mot qui est la tra-\nduction littérale du mot pay/jcnç employé par Aristote. Nous pouvons\ndonc sans inconvénients transporter cette opinion dans le domaine de\nl'art moderne et la soumettre à l'épreuve d'une confrontation avec des\nœuvres qui nous sont familières.\nJe signalerai d'abord comme caractéristique le mélange de hardiesse\net d'imprécision que l'on trouve assez souvent dans l'exposé de ces idées\nqu'on peut rattacher aux théoriciens grecs, ou plutôt dans l'affirmation\npure et simple qui, communément, les résume.\nL'impossibilité où l'on est de montrer une ressemblance réelle entre\nun sentiment et un son a donné lieu à une terminologie vague, contra-\n\n(1) Les philosophes de l'Ecole de Hegel, ceux qui représentent ce qu'on appelle\n1' « inhaltliche Musikâsthetik », les adversaires de Hanslick, etc."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "dictoire, que les écrivains les meilleurs emploient sans embarras, comme\ns'ils s'entendaient eux-mêmes, mais qui trahit une lacune manifeste et\nune grande impuissance à la combler. En français, on dit que la mu-\nsique exprime, traduit, représente le sentiment, et chacun de ces mots,\ntrop négligemment admis, aurait besoin de longs éclaircissements, car\nil n'y a rien de plus vague que le mot « expression » en matière d'art.\nChez les esthéticiens allemands, c'est bien pis ; et je n'ai pas cru sans\nintérêt, en les lisant, de noter les termes dont ils se servent pour\nrésoudre ou pour éluder la difficulté précise que je signale.\nLa musique est le langage des émotions (Kant), 1 du sentiment\n(Hegel). Tour à tour elle représente ( ), elle saisit (erjasst), elle\nrévèle [kundthuet),elle proclame (verkundet), elle appelle au dehors,\n(hlervorruft), elle exprime (sie driickt ), elle parle de ( v0n...),\nelle reflète (iviederspiegelt), elle répète en écho ( ), elle peint\n(abbildet), elle éclaire ( offenbart), elle raconte elle rend\ngiebt), elle désigne [geichnet]la vie sentimentale. Helmholtz lui-même,\nnous le verrons plus loin, n'est pas plus clair. Il y a là un certain\npathos.\nDans le sujet qui nous occupe, la musique de théâtre doit être laissée\nde côté. Les opéras semblent offrir un répertoire extrêmement riche à\ncelui qui veut étudier l'expression des états affectifs, puisqu'ils ont à\ntraduire les sentiments les plus vifs et les plus variés ; mais comme le\nlangage des sons y est toujours uni au langage des mots, il faut prendre\ngarde, dans l'interprétation de la mélodie et de l'orchestre, de céder à\nl'influence de ce qui est purement verbal, de voir la musique à travers\nle livret et de prendre des idées littéraires pour des idées musicales.\nVoici un exemple de ces confusions. J'ai dit qu'il n'y a pas d'ironie en\nmusique. Plusieurs personnes, dont deux compositeurs dont j'estime\ntrès haut le talent et l'autorité (i), m'ont fait l'honneur de m'écrire en\nm'objectant l'accompagnement de la sérénade de Don , certaines\npages du rôle de Méphistophélès dans , etc... Bien que l'objection\nsoit faite par des musiciens professionnels, je ne crois pas pouvoir l'ad-\nmettre. L'accompagnement de la sérénade de Don Juan, considéré en\nlui-même, comprend au début: i° un dessin qui est l'analyse de l'accord\nparfait de ré H majeur ; 2° la reproduction de ce dessin à la sous-domi-\nnante ; 3° un troisième dessin qui analyse l'accord de septième de\ndominante et l'accord parfait de tonique sur lequel il fait sa résolution.\nRien n'est plus normal, je dirai même plus franc. Aucune malice en\ntout cela ! Que reste-t-il qui puisse éveiller l'idée d'« ironie »? Le piqué\n\n(i) M. Alfred Bruneau, M. Arthur Coquard."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "des. notes ?... Mais, pour l'interpréter ainsi, il faut faire intervenir l'idée\ndu caractère de Don Juan, imaginer entre l'air et l'accompagnement une\nopposition de sens, etc... Et c'est là une vue de critique littéraire.\nDégageons-nous donc de toute influence étrangère, pour rechercher\nsi l'art musical peut réellement traduire l'émotion, et dans quelle\nmesure il la traduit.\nOn est allé jusqu'à dire qu'à chaque sentiment correspond un son\n(vocal) qui lui est propre, et que la musique fait sien. Il y aurait donc,\nsi cette opinion est vraie, une sorte de pour la représentation\ndu sentiment, comme il y en a un pour la représentation des objets\nmatériels, et ce trompe-l'œil serait la musique ? Le musicien aurait,\nen son genre, et grâce aux moyens qui lui sont propres, une exactitude\net une précision analogues à celles du photographe ? Cette conception\nn'est pas artistique. Elle supprime tout ce qui, dans l'art de combiner\nles sons et les mélodies, est inventé, original, intéressant ; elle rend\nmême l'art inutile. Peut-être même le rend-elle déplaisant. Je remarque\nqu'au théâtre, les chanteurs qui s'efforcent de jouer leurs rôles en rap-\nprochant l'opéra le plus possible du drame ou de la comédie, et qui\nemploient tous les procédés pouvant donner l'illusion de l'émotion\nvraie (attaque de la note en-dessous, ports de voix, mépris delà mesure,\nsubstitution du cri à la note musicale, hoquet, respiration haletante, etc.),\ndonnent une impression désagréable, pénible, antimusicale. Ces procé-\ndés les rapprochent pourtant de l'émotion réelle ; le bel , le « style »\nles en éloigne. Je remarque en outre que la plupart des genres direc-\ntement imitatifs (le mime, l'atellane, la farce, etc...) n'ont pu devenir\ndes œuvres d'art qu'en se transformant.\nSi la musique se bornait à traduire, avec l'exactitude qu'on lui prête,\nles sentiments vrais, tels qu'ils sont, elle ne produirait nullement cette\naction profonde et troublante qui est la sienne. Nous reconnaîtrions\nsimplement, dans son langage, des choses qui nous sont familières et qui\nne nous apprendraient rien de nouveau. Ainsi deviendrait impossible\nà expliquer l'état d'esprit spécial que nous lui devons et qui est Y admi-\nration, au sens classique du mot. Comparez l'attitude du public dans\nun musée de peinture, et celle du public dans une salle de concert où\non exécute une symphonie de Beethoven. Devant des tableaux, des\nportraits, des paysages, des scènes tirées de la vie bourgeoise ou popu-\nlaire, le public est parfaitement à son aise : il se trouve chez lui, il saisit\nsans effort l'effet que l'artiste a voulu produire; il discute avec une\ncompétence très suffisante la ressemblance des images, la vérité des\nphysionomies, des costumes et des gestes, l'exactitude du dessin et\nde la couleur. Comment se comporte-t-il en entendant une grande"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "symphonie ou un quatuor? Son attitude devrait être la même, si la\ndoctrine que je discute est juste, puisque, par hypothèse, la musique\nexprime, répète, reproduit « en écho », traduit au dehors, etc., des\nsentiments que nous avons déjà éprouvés. Or, il n'en est pas ainsi.\nLe public ne perçoit que d'une façon vague et très confuse le rapport\nde ce qu'il entend avec ce qu'il ressent habituellement ; il est touché,\nremué, intéressé, mais il est loin de se reconnaître dans ce qu'on lui\ndit : il cherche à établir un lien d'analogie entre la mélodie ou les timbres\nde l'orchestre et ses états psychiques antérieurs, mais il n'y arrive\nqu'imparfaitement et par intermittence ; encore y arrive-t-il par un\nacte de sa fantaisie propre et variable, non en vertu d'une loi de per-\nception. Il flotte dans un monde indécis de sensations, de souvenirs,\nde tendances sympathiques, d'associations d'idées, où la curiosité de\nl'intelligence désireuse de se rendre compte joue un bien plus grand\nrôle que la mémoire. Il se sent en présence d'une énigme à déchiffrer.\nEn un mot il est étonné. Cela vient de ce que la musique lui apporte\nquelque chose de nouveau, qui dépasse et déroute son expérience.\nEt on ne conçoit pas qu'il puisse en être autrement. Le compositeur\nlui-même est souvent étonné de ce qu'il vient d'écrire. Il lui arrive de\nprendre, comme point de départ de son travail, l'idée d'un effet esthé-\ntique possible, et de n'apercevoir qu'après coup le rapport exact de la\nformule trouvée avec tel sentiment. J'aurai occasion de le montrer par\nquelques fragments des lettres de Wagner à Mathilde Wesendonck.\nUn critique est allé jusqu'à dire que « les lois du sentiment sont aussi\ncelles de la musique » (i). Personne n'en sait rien, attendu que les lois\ndu sentiment sont très imparfaitement et très incomplètement connues.\nQuel rapport d'analogie y a-t-il entre l'émotion et les coupes d'une com-\nposition classique? la carrure des phrases? la symétrie des périodes?\nle choix des divertissements formant transition entre les idées princi-\npales ? Quelle analogie entre l'émotion et le développement d'un thème ?\nla simple reproduction, à la quinte supérieure, d'un sujet? l'imitation,\nle renversement, ou la reprise à rebours d'une partie ? Comment expli-\nquer, par le sentiment seul, qu'une des lois les plus générales de l'écri-\nture musicale soit la marche simultanée de plusieurs parties par mou-\nvement contraire? Quelle loi delà sensibilité se trouve appliquée dans\nla construction d'une fugue ou d'un canon ?dans l'emploi de la gamme?\ndans celui de la mesure et des notes de durée précise?\nToute œuvre musicale est une construction; et toute construction\nsuppose une méthode, un plan, une logique. Or, le sentiment pur, s'il\n\ni) Ferdinand Hand, Aesthetik der Tonkunst (i 837), I, p. 88."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "est considéré en dehors de la pensée, répugne, par nature, à tout cela,\npuisqu'il est étranger à la logique. C'est, par rapport à la méthode et à\nl'idée de plan, un élément d'incohérence et un dissolvant. Dire, comme\nl'a fait Hand, que la musique trouve là son modèle ( Vorbild), c'est dire\nun non-sens musical.\nLa musique n'est pas un miroir où se reflète un sentiment banal ;\nelle est l'acte d'un esprit spécial, intervenant avec un pouvoir inat-\ntendu, étrange, presque miraculeux, pour créer une manière de sentir\nqui, sans elle, n'existerait pas. C'est ce qui fait qu'il y a tant de gens\nqui se déclarent « profanes » en matière musicale, alors que si peu de\ngens se récusent pour juger la valeur d'un portrait peint à l'huile, ou\npour apprécier le talent d'un mime. C'est ce qui fait aussi que certaines\npersonnes, nullement dépourvues de sensibilité, sont absolument fer-\nmées à la musique; car il y a des hommes et des femmes, il faut bien\nle reconnaître, pour qui l'exécution d'une sonate ou d'une fugue, celle\nmême des œuvres les plus faciles, n'est qu'un bruit plus ou moins\nintense, accompagné d'un mouvement des doigts plus ou moins ra-\npide.\nSi la musique ne faisait qu' « imiter le sentiment », il suffirait d'être\ndoué de sensibilité et de faire quelques études techniques pour devenir\nnon seulement un auditeur compétent, mais un excellent compositeur.\nOr, tout le monde a connu des amateurs qui ne pouvaient arriver ni\nà écrire une page passable, ni même à être des exécutants corrects, et\nqui cependant poussaient la sensibilité jusqu'à ne pouvoir entendre une\nphrase de Mozart sans verser des pleurs d'attendrissement. Il y a, dans\nl'histoire, un exemple typique de ce cas: c'est celui de J.-J. Rousseau.\nRousseau était l'homme sensible par excellence. Sur ses contemporains\net sur ses disciples il a exercé, par le sentiment, une influence que je\nn'ai pas à rappeler. Il semble que les larmes qu'il a versées, sous le coup\nde l'émotion produite en lui par certains spectacles ou certaines idées,\naient ruisselé sur la fin du xvme siècle et sur tout le xixe pour y\ncréer un de ces « grands courants » dont parle M. Brandès ! Il a aimé la\nmusique avec obstination, il a voulu composer. Il n'a jamais pu être un\nvrai musicien. Il était prisonnier de sa sensibilité. Il lui était impos-\nsible de s'en dégager et de la dominer. Sa grande erreur fut de croire\nqu'il était musicien parce qu'il avait l'émotion de la musique, de même\nqu'il se crut vertueux parce qu'il avait l'émotion de la vertu. Berlioz\nétait bien plus sensible que Bach et que Haendel ; il n'est cependant pas\nleur égal comme compositeur.\nEnfin, si la musique se bornait à traduire les états affectiis, on ne\nvoit pas ce qui la distinguerait des autres arts, et surtout de la poésie."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "En rapportant tout au sentiment, accumulez, pour le plus grand éloge\nde la musique, les propriétés et les fonctions les plus expressives, les plus\ndélicates, les plus énergiques, les plus étendues au point de vue social;\nrappelez que la musique est maîtresse de notre sensibilité et de toute\nnotre vie intérieure ; qu'elle n'est pas seulement une créatrice, mais\nune interprète fidèle d'états psychiques, pouvant exercer une influence\ndangereuse ou très bienfaisante sur les moeurs : il n'est pas un seul de\nces titres d'honneur que le poète n'ait le droit de revendiquer. En quoi\nle compositeur sera-t-il distinct du littérateur? Bien plus, les arts plas-\ntiques eux-mêmes pourront se reconnaître dans le portrait ainsi tracé\ndu musicien. Le sculpteur avec le marbre, le peintre avec les couleurs,\nnous révèlent très bien le sentiment. Un portrait de Van Eyck ou de\nTitien, une Niobéantique, comme une de Musset, paraissent être,\npour l'expression du sentiment, aussi bien que pour la beauté, des\nlimites. Nous n'aboutirons donc nullement, par cette voie, à isoler\nl'objet de nos études.\nTels sont les premiers arguments que tirent le bon sens et l'observa-\ntion d'une analyse très sommaire des éléments essentiels de l'oeuvre\nmusicale. Il en est d'autres, plus décisifs, que fournit l'analyse du\nsentiment lui-même.\nSelon une remarque de Darwin,qui a étudié la question avec une admi-\nrable impartialité, les sentiments exprimables en musique d'une façon\nnette et reconnaissable sont en réalité très peu nombreux. Ils se ramè-\nnent tous à quelques types assez indistincts. Un célèbre critique vien-\nnois, Hanslick, a donné, comme explication de ce fait, que le sentiment\nest toujours lié à un concept, et que la musique, ne pouvant pas expri-\nmer le concept, est par conséquent incapable d'exprimer le sentiment.\nCette raison n'est pas la bonne, car il y a des états affectifs purs, indé-\npendants, autonomes (i). C'est ailleurs qu'il faut chercher de vrais\narguments de principe.\nIl y a quatre domaines où l'on peut étudier l'émotion et qui consti-\ntuent une série allant du très compliqué au très simple. Le premier,\nc'est celui où travaillent le poète épique, l'historien, le romancier (romans\nd'aventures), appliqués à étudier les effets (crimes, guerres, actions hé-\nroïques, etc.) de l'émotion. La matière est presque infinie. Elle se\nrestreint un peu, si de l'étude des actes on passe à celle des manifesta-\ntions instinctives. Cependant, le dessinateur, le caricaturiste, le peintre\nqui veulent étudier et « reproduire » les perturbations provoquées\n\n(i) V. Ribot, Psychologie des émotions, p. 7."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "dans l'habitus extérieur du sujet par l'émotion, se trouvent en présence\nd'une grande variété de formes : ils n'ont qu'à se transporter, avec un\nappareil de photographie instantanée, dans une maison d'aliénés, dans\ndes hospices et des asiles spéciaux, pour glaner sur l'expression faciale\ndes sentiments, des documents variés, précis, très nombreux. Si, de\nl'habitus extérieur, on passe à l'observation des phénomènes organiques\net profonds produits par l'émotion, tout se simplifie (relativement) ; on\nconstate que les effets du sentiment se traduisent surtout par des varia-\ntions quantitatives dans chacune des fonctions normales : le cœur bat\nplus ou moins vite, les vaisseaux se resserrent ou se relâchent, les sé-\ncrétions s'exagèrent ou se tarissent. A l'aide d'appareils ingénieux (appa-\nreils enregistreurs de Marey, de François Franck, de Potain, de Hallion-\nComte), on peut préciser chacune des variations du pouls, du cœur, de\nla respiration, et tous les troubles circulatoires : on mesure la pression\nartérielle, qui, lorsqu'elle augmente, est liée à un surcroît d'apport\nsanguin et d'activité dans le cerveau, et qui, lorsqu'elle s'abaisse, est liée\nà des phénomènes contraires (1). —Si enfin, des troubles organiques, on\npasse à l'observation psychologique, on se trouve en présence de phéno-\nmènes beaucoup plus simples encore : ce sont des faits de conscience\nqu'aucun appareil ne peut mesurer et qu'on ne peut connaître que par\nla conscience elle-même. En tout cela, où peut prendre place la\nmusique ?\nQue trouve-t-elle à « imiter » ?\nSimplement ceci :\nL'accélération, le ralentissement ou l'équilibre, l'état moyen d'acti-\nvité que l'émotion produit en nous. Notre force vitale et morale est\nassimilée, par les physiologistes, à une sorte de capital intérieur qui est\nen état de rénovation perpétuelle et qui, sous l'influence du sentiment,\nsubit des pertes ou fait des recettes. Un état affectif, quel qu'il soit\n(qu'il s'agisse d'une névralgie ou de la douleur qu'exprime Michel-\nAnge dans ses Sonnets), se ramène à une exaltation ou à une dépres-\nsion de l'énergie. C'est surtout cela que la musique peut « rendre », par\nl'intensité des sons, et surtout par le choix des mouvements ; et les\nseuls caractères vraiment expressifs ou « imitatifs » au sens réaliste\ndu mot d'une symphonie, sont peut-être ceux qu'indiquent les divi-\nsions mêmes de l'œuvre : Adagio, Allegro, Andante, Vivace (2) Il\n\n(1) Ch.-A. François-Franck, Cours du Collège de France (Paris, Doin, 1904),\np. 46-58.\n(2) Beethoven, je le sais, trouvait absurdes ces dénominations ; mais il voulait les\nremplacer par des indications de métronome (Lettre au Conseiller v. Mossely 1817)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "semble bien que les musiciens classiques de l'ancien régime aient ainsi\ncompris leur art. Aujourd'hui, les compositeurs aiment à multiplier\nles indications de nuances; ils en accumulent quelquefois quatre ou\ncinq sur une même mesure et ils enrichissent chaque jour leur vocabu-\nlaire de nouveaux termes pour désigner le sentiment qu'ils ont voulu\ntraduire. C'est là un signe caractéristique des œuvres modernes ; et\nje crois que cette tendance, si elle s'accentuait, finirait par entraîner\nla musique dans un domaine qui n'est plus le sien et par l'y dissoudre.\nAutrefois, rien de semblable. Dans les manuscrits de J.-S. Bach, on ne\ntrouve d'autres indications que celle du « temps ». Les maîtres de\njadis semblent s'en être tenus à la vieille définition : est\nbene modulandi.\nEt c'est peut-être ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus musical.\nQuitter ce point de vue très général pour chercher des précisions, c'est\ntomber dans un système de critique où les considérations purement lit-\ntéraires viennent jouer un rôle inadmissible.\nOn connaît la prière de Guillaume Tell, quand il embrasse son fils\npour la « dernière fois » ; on connait aussi la belle phrase que chante\nEscamillo à Carmen avant d'entrer dans le cirque :\nCe sont deux groupes de formules qui, au point de vue purement\nmusical, offrent certaines analogies, mais où le sentiment n'est pas de\nmême qualité : si on les entendait toutes les deux sans les paroles, sans\ntenir compte des personnages, de la situation, du sujet de la pièce, serait-\non en état, comme le veut la doctrine aristotélicienne, de distinguer\nl'amour d'un père pour son fils, et l'amour d'un toréador pour une\ncigarière?\nAu début du 2e acte de Lohengrin, R. Wagner nous montre deux\ncriminels, Ortrude et Frédéric, dont l'ambition vient d'être démasquée,\net qui sont comme abîmés dans la honte et le désespoir. Au point de\nvue mélodique et instrumental, la formule employée par le composi-\nteur a plusieurs analogies avec celle dont s'est servi Berlioz pour ex-\nprimer l'ennui de Faust dans son cabinet de travail. Et pourtant, quelle\ndifférence de qualité entre les deux sentiments !\nVoici la charmante ouverture de la Flûte enchantée. Quel sentiment\ndevons-nous reconnaître dans la fugue qu'elle contient? l'irritation de\nmarchands qui se disputent ? un bavardage de commères parlant\ntoutes à la fois? une libre expansion de joie dans un jeu d'adresse?"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "J'indiquerai en terminant des opinions un peu différentes de celles\nque je viens d'examiner, et qui vont nous servir de transition pour la\nseconde partie de cette étude.\nQuelques esthéticiens ont pris un biais et attribué à la musique le\npouvoir d'exprimer, non pas l'émotion réelle, mais ses « analogues »\n(Riemann, Wundt); ils ont dit qu'elle traduisait des sentiments fictifs,\nScheingefiïhle (Ed. de Hartmann), des sentiments d'imitation,\nmungsgefuhle(Karl Groos). D'après cette dernière doctrine, la musique\nne nous donnerait pas la réalité, mais la contrefaçon du sentiment; une\nsorte de vie psychique en simili...\nPour préciser la différence qui sépare les sentiments fictifs ou d'appa-\nrence (,Scheingefiïhle)et les sentiments réels, on nous propose l'exemple\nsuivant. Vous lisez un roman qui provoque en vous certaines émotions.\nCes émotions sont, en quelque sorte, abstraites ; elles n'ont ni la pro-\nfondeur, ni la durée, ni l'intensité de celles qu'on éprouverait, dans la\nvie réelle, devant les objets correspondants. Ce sont des Scheingefiïhle\n(Hegel, de Hartmann) ; ils constituent le domaine de la musique.\nMalgré l'autorité de M. Hartmann, qui a développé cette thèse, je ne\ncrois pas qu'elle soit plus acceptable que l'autre et qu'elle échappe aux\nmêmes objections. Entre les deux catégories d'émotion, il n'y a qu'une\ndifférence de degré ; qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre, la difficulté\nreste la même.\nLes considérations qui précèdent semblent avoir frappé certains cri-\ntiques, mais les ont conduits à une conclusion qui n'est nullement la\nnôtre. C'est, j'imagine, en désespoir de cause, et par une conséquence\ndu point de vue trop étroit où ils s'étaient placés, qu'obligés de con-\nclure, après une série d'éliminations nécessaires, les uns ont dit : « la\nmusique est un systèmes <Xarabesques » (Hanslick) ; les autres : « elle\nest un jeu », ou, plus radicalement encore : « elle est la succession pure »\n(Siebeck). Etrange idée ! une « succession pure » peut-elle être autre\nchose qu'une abstraction vide de sens et d'intérêt ?\nii y a un autre aspect de l'art musical qu'il faut mettre en lumière. Il\ny a un autre principe qui permet de retrouver la vie de la musique, sa\ngrande puissance d'expression et d'émotion. La musique n'est pas,\nne peut pas être, le langage adéquat du sentiment ; mais elle traduit le\nsentiment par une voie infiniment plus belle, plus riche en ressources\net plus intéressante que celle de l'im directe; c'est ce que j'es-\nsaierai de montrer dans la prochaine leçon.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c014", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "53", "page_fin": "66", "image_debut": 13, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.4.1", "titre_corps": "LA PENSÉE MUSICALE", "titre_sommaire": "LA PENSÉE MUSICALE", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "LA PENSÉE MUSICALE\n\nI. — LA MUSIQUE ET LE LANGAGE DU SENTIMENT (du CoUrS du lundi).\nDeuxième leçon.\nVoici le programme que je compte parcourir et dont les grandes\nlignes ont été indiquées dans la première leçon.\nI. - INTRODUCTION (cours du lundi).\nA. - Introduction philosophique.\nDéfinition de la musique :\ni° La musique et le sentiment. La musique est-elle le langage immédiat\net adéquat de l'émotion? Discussion de la thèse d'Aristote et des mo-\ndernes qui l'ont adoptée ;\n2° La musique et l'imagination. Le langage musical use-t-il d'« images »,\ncomme le langage poétique, pour traduire l'émotion?\n3° La musique et la raison. La pensée musicale. Comment elle est\npossible et comment elle s'est formée. Essai d'analyse. Réponse aux\nobjections.\nLa musique considérée objectivement :\ni° Place de la musique parmi les 55 gammes représentant les phéno-\nmènes périodiques.\n2° Théorie physiologique : a) l'école de James ; b) Helmholtz.\n3° Lois acoustiques. Les principes élémentaires de l'harmonie."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "4° Théorie mathématique. La gamme et ses diverses formes.\n5° La musique d'après le témoignage des grands musiciens. — D'après\nles philosophes allemands.\nSystèmes divers sur les origines de l'art musical :\ni° Système de Darwin. La musique est-elle un développement du\nchant ou des manifestations vocales par lesquelles, dans les espèces\nanimales inférieures et spécialement chez les oiseaux, le mâle cherche\nà séduire la femelle ?\n2° Système d'Herbert Spencer. La musique est-elle le développement\ndu cri et de tous les éléments instinctifs contenus dans le langage\nverbal?\n3° Système du Dr Bûcher. La musique et le travail social.\n4° Essai d'une explication nouvelle : la musique et la magie : a) rôle\nde l'incantation dans les sociétés primitives. La musique et les plus\nvieilles superstitions de l'humanité. Légendes populaires où un rôle\nmerveilleux est attribué à la musique, b) Pouvoir attribué à la musique\nde délivrer l'homme des mauvais esprits, d'attirer les esprits bienfaisants,\nde guérir les maladies, de conjurer les maléfices, d'évoquer les âmes,\nd'imposer certains sentiments, de rendre l'homme maître de certains\nphénomènes extérieurs ou de certains êtres, etc.\nB. — Introduction philologique (cours du jeudi).\ni° Organisation des études d'histoire musicale, en France, au\nxixe siècle.\na) Le Comité des Travaux historiques, créé par Guizot en 1834; le\nComité des Arts et Monuments (1837) et son programme d'histoire\nmusicale : instructions de Bottée de Toulmont pour l'étude de la musique\nreligieuse ; d'Ampère et de Vincent pour l'étude des mélodies populaires ;\nde De Coussemaker pour une histoire générale de la musique (projet\nde bibliographie par Ch. de Courcelles).\nb) Ce qui a été fait pour l'enseignement de la musique, durant le\nxixe siècle, dans les enseignements primaire, secondaire, supérieur. —\nL'histoire de la musique au Conservatoire.\nc)Progrès du goût public : transformation des concerts et introduction\nde l'esprit historique dans leurs programmes.\nd) Sociétés particulières ayant eu un programme d'histoire musicale.\ne) Principales publications relatives à l'histoire de la musique. Recueils\nd'anciens textes et travaux critiques. Ce qui a été fait pour musique\ngrecque, le plain-chant, Iancienne musique , la chanson popu-\nlaire."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "20 Bibliographie critique et méthode.\na) Dictionnaires, encyclopédies, répertoires.\nb)Bibliographie critique de l'histoire générale de la musique en France,\nen Allemagne, en Angleterre et en Italie.\nc) Principes de critique musicale. , justification du plan\nadopté.\nII. - HISTOIRE.\nLes faits musicaux, leurs caractères intrinsèques, leur représentation\npar les monuments figurés, leurs rapports avec la vie sociale et l'histoire\ngénérale, seront étudiés dans un cours, qui, conventionnellement, sera\ndivisé en cinq périodes :\na) Les primitifs. - Monuments qui nous font connaître le rôle de\nla musique dans les plus anciennes civilisations. —• Les Orientaux.\nLa musique chez les Grecs et les Latins, jusqu'à la fin de l'Empire\nromain.\nb) Le moyen âge (musique religieuse et musique profane), jusqu'à la\nfin de la première école néerlandaise (1450).\nc)La Renaissance (jusqu'à la fin du xvne siècle).\nd) La musique moderne, de Bach et Htendel à la fin du xixe siècle.\nQu'est-ce que la musique ? Quelles sont ses origines ? Pourquoi\nl'homme est-il devenu musicien? Telles sont les questions que je crois\ndevoir traiter comme Introduction à l'histoire générale de l'art musical.\nAinsi que je l'ai annoncé déjà, je me propose de montrer que la\nmusique se différencie spécifiquement des autres arts par une manière\nde penser qui lui est propre et qui est aussi variée que celle du poète,\nsans pouvoir cependant être traduite avec des mots. Mais avant de cher-\ncher à établir cette thèse, je dois me débarrasser de celle qui croit\ndéfinir l'art musical en disant qu'il est « le langage du sentiment ».\nLa musique, avons-nous dit, est le langage direct de l'âme. Mais cette\nformule comprend bien autre chose que l'idée des émotions et de leurs\ninnombrables nuances. En réalité, dans toute composition qui n'est\npas un pur exercice d'école, le psychologue peut constater et distinguer\ntrois choses : 10 un état affectif (joie, tristesse, piété, etc...) ', 20 une oeuvre\nd'imagination consistant à chercher les symboles ou les images, qui,\npar association d'idées, peuvent représenter cet état, en éveiller, chez\nl'auditeur, le souvenir et le lui imposer ; 3° un acte spécial de la raison,\nune pensée. J'étudierai ces trois éléments dont l'oeuvre musicale est\nfaite, et, après les avoir analysés, j'essaierai de montrer le rôle très"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "inégal de chacun d'eux. Pour le moment, il s'agit de prouver que le\npremier n'a pas le caractère et l'importance que, d'habitude, on lui\nattribue.\nLe musicien doit être ému pour faire une belle œuvre d'art, cela\nn'est pas douteux ; Beethoven affirmait que tous les sentiments,\nla colère,peuvent être des sources d'inspiration. On le plaisantait sur ce\nmot; on disait que sa gouvernante, qui était d'humeur acariâtre, devrait,\nen ce cas, toucher des droits d'auteur ! Mais, de ce que l'émotion est\nun point de départ nécessaire, il ne suit pas qu'elle trouve son expres-\nsion adéquate, en vertu d'une sorte de loi, dans les combinaisons so-\nnores qui constituent une symphonie. Une telle opinion est une chimère\nou ne peut résulter que d'un malentendu. Nier, ou restreindre à un\nminimum le privilège qu'on attribue à l'art musical d'exprimer directe-\nment l'émotion, c'est aller contre une croyance qui est généralement\nrépandue chez les amateurs, chez les professionnels eux-mêmes, et qui\ns'appuie sur de grandes autorités ; mais peu nous importe. On a dit\nque les livres que tout le monde s'accorde à admirer sont ceux que\npersonne ne lit plus ; peut-être aussi y a-t-il des idées que tout le monde\naccepte comme justes, parce que très peu de gens les discutent. Si,\navant de présenter des considérations qui paraîtront peut-être pa-\nradoxales, j'avais besoin de m'appuyer sur une grande autorité, j'in-\nvoquerais celle de Beethoven. Beethoven, attentif à « ce que YE\nlui inspirait et lui disait d'achever » (i), dit un jour à Gœthe que son\nplus vif désir n'était nullement de produire chez l'auditeur un état\nd'émotion plus ou moins trouble, mais de toucher son intelligence et\nd'être compris par lui. Il résume cet entretien dans une lettre à Bettina\nd'Arnim, et il ajoute : « L'émotion n'est bonne que pour les femmes\n(pardonne-moi) ; pour l'homme, il faut que la musique tire du feu\nde l'esprit(2). » Ces quelques lignes n'ont pas un poids inférieur à\ncelui de l'opinion que je vais examiner et essayer de réfuter.\nAristote l'a formulée avec le plus de netteté, et le fait que son opinion\nest celle de l'antiquité tout entière constitue, il faut le reconnaître, une\nobjection très sérieuse. Si nous démontrons, ou si nous croyons avoir\ndémontré qu'il y a là une erreur, nous serons évidemment tenus d'expli-\nquer comment une erreur aussi accréditée a pu se produire.\nVoici, en quelques mots, la doctrine d'Aristote. Comme tous les\nanciens, depuis Pythagore jusqu'à Boèce, il croit que la musique peut\n\n(1) Lettre à Schott, 17 septembre 1824,\n(2) Traduction de M. Jean Chantavoine [Con~espondance de Beethoven, Paris,\nGalmann-Lévy)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2804, "texte": "jouer un rôle très efficace dans l'éducation, non pas parce qu'elle est\nun art d'agrément indispensable, comme nous le croyons aujourd'hui,\nà la culture d'un « honnête homme », mais parce qu'elle exprime et\nimpose à l'auditeur certains états d'âme, et que, par là, elle peut former\nYhabitus intérieur des jeunes gens, et même les pousser aux actions qui\nsont la conséquence de cet habitas. Les impressions du toucher, du\ngoût, de l'odorat, n'ont rien de commun avec les affections morales, et\nc'est pour cela qu'elles n'ont pas produit des arts distincts. Il en est\ntout autrement des impressions de l'oreille. Dans une œuvre musicale,\non trouve la reproduction d'un état d'âme. « Il y a des mélodies qui\nexpriment la colère, la bravoure, la continence, et, généralement, tous\nles caractères éthiques. » Ce n'est pas une expression obtenue à l'aide\nde signes plus ou moins conventionnels (ai mais une reproduction\nréelle et directe (piprim ç)(i) ; et, chose curieuse, un exemple cité par\nAristote à l'appui de ses idées est la musique d'Olympos, qui était\npurement instrumentale.\nDe telles idées, qu'on retrouve chez les Chinois, sont pour nous un\nobjet d'étonnement. Comment les Grecs ont-ils pu attribuer à la mu-\nsique une si grande exactitude dans l'expression morale, et, par consé-\nquent, un si grand rôle dans l'éducation pratique ? Avaient-ils une\nsensibilité plus fine et moins blasée que la nôtre? Le rythme de leurs\nmélodies ajoutait-il aux modes employés une vertu que nous ignorons ?\nVeulent-ils seulement parler d'effets très généraux ? Faut-il ne pas\nattacher plus d'importance à leurs affirmations qu'à celle des mo-\ndernes disant que le mode mineur exprime la tristesse et que le mode\nmajeur est plutôt gai? Ce qui m'inclinerait (outre cette dernière ana-\nlogie) à ne pas exagérer la valeur de textes pourtant très nets, c'est\nqu'il s'agit d'éducation. Nous-mêmes, aujourd'hui, quand nous rédi-\ngeons des « programmes », quand nous disons que tel exercice péda-\ngogique a une grande influence sur la formation du caractère, que l'étude\nde tels chefs-d'œuvre classiques est indispensable au développement\nde la conscience chez les enfants, que la littérature antique a une\nfonction moralisatrice, qu'elle est une source certaine de consolations\ndans les épreuves de la vie, etc..., nous disons des choses auxquelles nous\ncroyons sans doute et qui, certainement, ne sont pas inexactes, mais\ndes choses qu'il faut entendre d'une certaine façon, sans esprit géomé-\ntrique, parce que ce sont des demi-vérités, et qu'il faut y voir un vœu\n\n(i) Poétique, i ; Politique, viii, 5; Cf. Platon, Rép., ni, p. 401 ; Lois, 111, p. 673;\nPlut arque, De mus., 26... Cf. Gevaert et Vollgraff, Les problèmes musicaux <T Aris-\ntote (Gand, 1903), section H, p. 315 et suiv., où sont indiqués tous les textes."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "généreux, un idéal entrevu, plus que des faits d'observation... N'oublions\npas cependant qu'Aristote ne parle jamais par peu près !\nQuoi qu'il en soit, pour faire l'examen critique de cette doctrine, nous\nsommes obligés de considérer comme non existante la musique grecque,\nfaute de documents. J'ajoute que si nous possédions les œuvres mêmes\ndes musiciens grecs, nous ne serions guère plus avancés. Si nous avions\ndes mélodies nombreuses et intactes, il faudrait savoir comment elles\nétaient chantées et de quelles évolutions, de quelle mimique on les\naccompagnait. Si nous avions des instruments authentiques, il faudrait\nsavoir comment on en jouait.\nHeureusement pour la discussion, la thèse d'Aristote a été reprise\npar les modernes. D'abord, les théoriciens du moyen âge reproduisent\npresque tous avec tranquillité, sans l'ombre d'une préoccupation cri-\ntique, les anecdotes relatives aux effets merveilleux et traditionnels de\nla musique, et, par là, semblent affirmer, implicitement, son pouvoir\nd'expression. (Voir surtout, dans les Scriptores de Gerbert, au t. 11, p.\n392, le témoignage d'Egidius de Zamora, et au t. 111, p. 334, celui\nd'Adam de Fulda). Mais il ne s'agit pas de savoir si la musique peut\nproduire des émotions. Nous trouverons plus de prise sur une idée qui\nest souvent formulée avec intransigeance par plusieurs écrivains alle-\nmands (1) et qui est passée en quelque sorte à l'état de lieu commun.\n« L'organe du cœur, dit R.Wagner, est le son; le langage artistique et\nconscientoùle cœur s'exprime,c'est la musique. » Ambros ditqu'« autant\nle musicien est incapable de peindre un objet matériel, autant il excelle\nà exprimer les états psychiques » (Seelerrpustànde). Schiller, par une\nerreur évidente, va encore plus loin: il dit que le poète exprime l'intel-\nligence ( Geist), mais que « Polyhymnie » seule exprime Les Alle-\nmands se servent assez souvent d'un mot qui est la tra-\nduction littérale du mot pay/jcnç employé par Aristote. Nous pouvons\ndonc sans inconvénients transporter cette opinion dans le domaine de\nl'art moderne et la soumettre à l'épreuve d'une confrontation avec des\nœuvres qui nous sont familières.\nJe signalerai d'abord comme caractéristique le mélange de hardiesse\net d'imprécision que l'on trouve assez souvent dans l'exposé de ces idées\nqu'on peut rattacher aux théoriciens grecs, ou plutôt dans l'affirmation\npure et simple qui, communément, les résume.\nL'impossibilité où l'on est de montrer une ressemblance réelle entre\nun sentiment et un son a donné lieu à une terminologie vague, contra-\n\n(1) Les philosophes de l'Ecole de Hegel, ceux qui représentent ce qu'on appelle\n1' « inhaltliche Musikâsthetik », les adversaires de Hanslick, etc."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "dictoire, que les écrivains les meilleurs emploient sans embarras, comme\ns'ils s'entendaient eux-mêmes, mais qui trahit une lacune manifeste et\nune grande impuissance à la combler. En français, on dit que la mu-\nsique exprime, traduit, représente le sentiment, et chacun de ces mots,\ntrop négligemment admis, aurait besoin de longs éclaircissements, car\nil n'y a rien de plus vague que le mot « expression » en matière d'art.\nChez les esthéticiens allemands, c'est bien pis ; et je n'ai pas cru sans\nintérêt, en les lisant, de noter les termes dont ils se servent pour\nrésoudre ou pour éluder la difficulté précise que je signale.\nLa musique est le langage des émotions (Kant), 1 du sentiment\n(Hegel). Tour à tour elle représente ( ), elle saisit (erjasst), elle\nrévèle [kundthuet),elle proclame (verkundet), elle appelle au dehors,\n(hlervorruft), elle exprime (sie driickt ), elle parle de ( v0n...),\nelle reflète (iviederspiegelt), elle répète en écho ( ), elle peint\n(abbildet), elle éclaire ( offenbart), elle raconte elle rend\ngiebt), elle désigne [geichnet]la vie sentimentale. Helmholtz lui-même,\nnous le verrons plus loin, n'est pas plus clair. Il y a là un certain\npathos.\nDans le sujet qui nous occupe, la musique de théâtre doit être laissée\nde côté. Les opéras semblent offrir un répertoire extrêmement riche à\ncelui qui veut étudier l'expression des états affectifs, puisqu'ils ont à\ntraduire les sentiments les plus vifs et les plus variés ; mais comme le\nlangage des sons y est toujours uni au langage des mots, il faut prendre\ngarde, dans l'interprétation de la mélodie et de l'orchestre, de céder à\nl'influence de ce qui est purement verbal, de voir la musique à travers\nle livret et de prendre des idées littéraires pour des idées musicales.\nVoici un exemple de ces confusions. J'ai dit qu'il n'y a pas d'ironie en\nmusique. Plusieurs personnes, dont deux compositeurs dont j'estime\ntrès haut le talent et l'autorité (i), m'ont fait l'honneur de m'écrire en\nm'objectant l'accompagnement de la sérénade de Don , certaines\npages du rôle de Méphistophélès dans , etc... Bien que l'objection\nsoit faite par des musiciens professionnels, je ne crois pas pouvoir l'ad-\nmettre. L'accompagnement de la sérénade de Don Juan, considéré en\nlui-même, comprend au début: i° un dessin qui est l'analyse de l'accord\nparfait de ré H majeur ; 2° la reproduction de ce dessin à la sous-domi-\nnante ; 3° un troisième dessin qui analyse l'accord de septième de\ndominante et l'accord parfait de tonique sur lequel il fait sa résolution.\nRien n'est plus normal, je dirai même plus franc. Aucune malice en\ntout cela ! Que reste-t-il qui puisse éveiller l'idée d'« ironie »? Le piqué\n\n(i) M. Alfred Bruneau, M. Arthur Coquard."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "des. notes ?... Mais, pour l'interpréter ainsi, il faut faire intervenir l'idée\ndu caractère de Don Juan, imaginer entre l'air et l'accompagnement une\nopposition de sens, etc... Et c'est là une vue de critique littéraire.\nDégageons-nous donc de toute influence étrangère, pour rechercher\nsi l'art musical peut réellement traduire l'émotion, et dans quelle\nmesure il la traduit.\nOn est allé jusqu'à dire qu'à chaque sentiment correspond un son\n(vocal) qui lui est propre, et que la musique fait sien. Il y aurait donc,\nsi cette opinion est vraie, une sorte de pour la représentation\ndu sentiment, comme il y en a un pour la représentation des objets\nmatériels, et ce trompe-l'œil serait la musique ? Le musicien aurait,\nen son genre, et grâce aux moyens qui lui sont propres, une exactitude\net une précision analogues à celles du photographe ? Cette conception\nn'est pas artistique. Elle supprime tout ce qui, dans l'art de combiner\nles sons et les mélodies, est inventé, original, intéressant ; elle rend\nmême l'art inutile. Peut-être même le rend-elle déplaisant. Je remarque\nqu'au théâtre, les chanteurs qui s'efforcent de jouer leurs rôles en rap-\nprochant l'opéra le plus possible du drame ou de la comédie, et qui\nemploient tous les procédés pouvant donner l'illusion de l'émotion\nvraie (attaque de la note en-dessous, ports de voix, mépris delà mesure,\nsubstitution du cri à la note musicale, hoquet, respiration haletante, etc.),\ndonnent une impression désagréable, pénible, antimusicale. Ces procé-\ndés les rapprochent pourtant de l'émotion réelle ; le bel , le « style »\nles en éloigne. Je remarque en outre que la plupart des genres direc-\ntement imitatifs (le mime, l'atellane, la farce, etc...) n'ont pu devenir\ndes œuvres d'art qu'en se transformant.\nSi la musique se bornait à traduire, avec l'exactitude qu'on lui prête,\nles sentiments vrais, tels qu'ils sont, elle ne produirait nullement cette\naction profonde et troublante qui est la sienne. Nous reconnaîtrions\nsimplement, dans son langage, des choses qui nous sont familières et qui\nne nous apprendraient rien de nouveau. Ainsi deviendrait impossible\nà expliquer l'état d'esprit spécial que nous lui devons et qui est Y admi-\nration, au sens classique du mot. Comparez l'attitude du public dans\nun musée de peinture, et celle du public dans une salle de concert où\non exécute une symphonie de Beethoven. Devant des tableaux, des\nportraits, des paysages, des scènes tirées de la vie bourgeoise ou popu-\nlaire, le public est parfaitement à son aise : il se trouve chez lui, il saisit\nsans effort l'effet que l'artiste a voulu produire; il discute avec une\ncompétence très suffisante la ressemblance des images, la vérité des\nphysionomies, des costumes et des gestes, l'exactitude du dessin et\nde la couleur. Comment se comporte-t-il en entendant une grande"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "symphonie ou un quatuor? Son attitude devrait être la même, si la\ndoctrine que je discute est juste, puisque, par hypothèse, la musique\nexprime, répète, reproduit « en écho », traduit au dehors, etc., des\nsentiments que nous avons déjà éprouvés. Or, il n'en est pas ainsi.\nLe public ne perçoit que d'une façon vague et très confuse le rapport\nde ce qu'il entend avec ce qu'il ressent habituellement ; il est touché,\nremué, intéressé, mais il est loin de se reconnaître dans ce qu'on lui\ndit : il cherche à établir un lien d'analogie entre la mélodie ou les timbres\nde l'orchestre et ses états psychiques antérieurs, mais il n'y arrive\nqu'imparfaitement et par intermittence ; encore y arrive-t-il par un\nacte de sa fantaisie propre et variable, non en vertu d'une loi de per-\nception. Il flotte dans un monde indécis de sensations, de souvenirs,\nde tendances sympathiques, d'associations d'idées, où la curiosité de\nl'intelligence désireuse de se rendre compte joue un bien plus grand\nrôle que la mémoire. Il se sent en présence d'une énigme à déchiffrer.\nEn un mot il est étonné. Cela vient de ce que la musique lui apporte\nquelque chose de nouveau, qui dépasse et déroute son expérience.\nEt on ne conçoit pas qu'il puisse en être autrement. Le compositeur\nlui-même est souvent étonné de ce qu'il vient d'écrire. Il lui arrive de\nprendre, comme point de départ de son travail, l'idée d'un effet esthé-\ntique possible, et de n'apercevoir qu'après coup le rapport exact de la\nformule trouvée avec tel sentiment. J'aurai occasion de le montrer par\nquelques fragments des lettres de Wagner à Mathilde Wesendonck.\nUn critique est allé jusqu'à dire que « les lois du sentiment sont aussi\ncelles de la musique » (i). Personne n'en sait rien, attendu que les lois\ndu sentiment sont très imparfaitement et très incomplètement connues.\nQuel rapport d'analogie y a-t-il entre l'émotion et les coupes d'une com-\nposition classique? la carrure des phrases? la symétrie des périodes?\nle choix des divertissements formant transition entre les idées princi-\npales ? Quelle analogie entre l'émotion et le développement d'un thème ?\nla simple reproduction, à la quinte supérieure, d'un sujet? l'imitation,\nle renversement, ou la reprise à rebours d'une partie ? Comment expli-\nquer, par le sentiment seul, qu'une des lois les plus générales de l'écri-\nture musicale soit la marche simultanée de plusieurs parties par mou-\nvement contraire? Quelle loi delà sensibilité se trouve appliquée dans\nla construction d'une fugue ou d'un canon ?dans l'emploi de la gamme?\ndans celui de la mesure et des notes de durée précise?\nToute œuvre musicale est une construction; et toute construction\nsuppose une méthode, un plan, une logique. Or, le sentiment pur, s'il\n\ni) Ferdinand Hand, Aesthetik der Tonkunst (i 837), I, p. 88."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "est considéré en dehors de la pensée, répugne, par nature, à tout cela,\npuisqu'il est étranger à la logique. C'est, par rapport à la méthode et à\nl'idée de plan, un élément d'incohérence et un dissolvant. Dire, comme\nl'a fait Hand, que la musique trouve là son modèle ( Vorbild), c'est dire\nun non-sens musical.\nLa musique n'est pas un miroir où se reflète un sentiment banal ;\nelle est l'acte d'un esprit spécial, intervenant avec un pouvoir inat-\ntendu, étrange, presque miraculeux, pour créer une manière de sentir\nqui, sans elle, n'existerait pas. C'est ce qui fait qu'il y a tant de gens\nqui se déclarent « profanes » en matière musicale, alors que si peu de\ngens se récusent pour juger la valeur d'un portrait peint à l'huile, ou\npour apprécier le talent d'un mime. C'est ce qui fait aussi que certaines\npersonnes, nullement dépourvues de sensibilité, sont absolument fer-\nmées à la musique; car il y a des hommes et des femmes, il faut bien\nle reconnaître, pour qui l'exécution d'une sonate ou d'une fugue, celle\nmême des œuvres les plus faciles, n'est qu'un bruit plus ou moins\nintense, accompagné d'un mouvement des doigts plus ou moins ra-\npide.\nSi la musique ne faisait qu' « imiter le sentiment », il suffirait d'être\ndoué de sensibilité et de faire quelques études techniques pour devenir\nnon seulement un auditeur compétent, mais un excellent compositeur.\nOr, tout le monde a connu des amateurs qui ne pouvaient arriver ni\nà écrire une page passable, ni même à être des exécutants corrects, et\nqui cependant poussaient la sensibilité jusqu'à ne pouvoir entendre une\nphrase de Mozart sans verser des pleurs d'attendrissement. Il y a, dans\nl'histoire, un exemple typique de ce cas: c'est celui de J.-J. Rousseau.\nRousseau était l'homme sensible par excellence. Sur ses contemporains\net sur ses disciples il a exercé, par le sentiment, une influence que je\nn'ai pas à rappeler. Il semble que les larmes qu'il a versées, sous le coup\nde l'émotion produite en lui par certains spectacles ou certaines idées,\naient ruisselé sur la fin du xvme siècle et sur tout le xixe pour y\ncréer un de ces « grands courants » dont parle M. Brandès ! Il a aimé la\nmusique avec obstination, il a voulu composer. Il n'a jamais pu être un\nvrai musicien. Il était prisonnier de sa sensibilité. Il lui était impos-\nsible de s'en dégager et de la dominer. Sa grande erreur fut de croire\nqu'il était musicien parce qu'il avait l'émotion de la musique, de même\nqu'il se crut vertueux parce qu'il avait l'émotion de la vertu. Berlioz\nétait bien plus sensible que Bach et que Haendel ; il n'est cependant pas\nleur égal comme compositeur.\nEnfin, si la musique se bornait à traduire les états affectiis, on ne\nvoit pas ce qui la distinguerait des autres arts, et surtout de la poésie."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "En rapportant tout au sentiment, accumulez, pour le plus grand éloge\nde la musique, les propriétés et les fonctions les plus expressives, les plus\ndélicates, les plus énergiques, les plus étendues au point de vue social;\nrappelez que la musique est maîtresse de notre sensibilité et de toute\nnotre vie intérieure ; qu'elle n'est pas seulement une créatrice, mais\nune interprète fidèle d'états psychiques, pouvant exercer une influence\ndangereuse ou très bienfaisante sur les moeurs : il n'est pas un seul de\nces titres d'honneur que le poète n'ait le droit de revendiquer. En quoi\nle compositeur sera-t-il distinct du littérateur? Bien plus, les arts plas-\ntiques eux-mêmes pourront se reconnaître dans le portrait ainsi tracé\ndu musicien. Le sculpteur avec le marbre, le peintre avec les couleurs,\nnous révèlent très bien le sentiment. Un portrait de Van Eyck ou de\nTitien, une Niobéantique, comme une de Musset, paraissent être,\npour l'expression du sentiment, aussi bien que pour la beauté, des\nlimites. Nous n'aboutirons donc nullement, par cette voie, à isoler\nl'objet de nos études.\nTels sont les premiers arguments que tirent le bon sens et l'observa-\ntion d'une analyse très sommaire des éléments essentiels de l'oeuvre\nmusicale. Il en est d'autres, plus décisifs, que fournit l'analyse du\nsentiment lui-même.\nSelon une remarque de Darwin,qui a étudié la question avec une admi-\nrable impartialité, les sentiments exprimables en musique d'une façon\nnette et reconnaissable sont en réalité très peu nombreux. Ils se ramè-\nnent tous à quelques types assez indistincts. Un célèbre critique vien-\nnois, Hanslick, a donné, comme explication de ce fait, que le sentiment\nest toujours lié à un concept, et que la musique, ne pouvant pas expri-\nmer le concept, est par conséquent incapable d'exprimer le sentiment.\nCette raison n'est pas la bonne, car il y a des états affectifs purs, indé-\npendants, autonomes (i). C'est ailleurs qu'il faut chercher de vrais\narguments de principe.\nIl y a quatre domaines où l'on peut étudier l'émotion et qui consti-\ntuent une série allant du très compliqué au très simple. Le premier,\nc'est celui où travaillent le poète épique, l'historien, le romancier (romans\nd'aventures), appliqués à étudier les effets (crimes, guerres, actions hé-\nroïques, etc.) de l'émotion. La matière est presque infinie. Elle se\nrestreint un peu, si de l'étude des actes on passe à celle des manifesta-\ntions instinctives. Cependant, le dessinateur, le caricaturiste, le peintre\nqui veulent étudier et « reproduire » les perturbations provoquées\n\n(i) V. Ribot, Psychologie des émotions, p. 7."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "dans l'habitus extérieur du sujet par l'émotion, se trouvent en présence\nd'une grande variété de formes : ils n'ont qu'à se transporter, avec un\nappareil de photographie instantanée, dans une maison d'aliénés, dans\ndes hospices et des asiles spéciaux, pour glaner sur l'expression faciale\ndes sentiments, des documents variés, précis, très nombreux. Si, de\nl'habitus extérieur, on passe à l'observation des phénomènes organiques\net profonds produits par l'émotion, tout se simplifie (relativement) ; on\nconstate que les effets du sentiment se traduisent surtout par des varia-\ntions quantitatives dans chacune des fonctions normales : le cœur bat\nplus ou moins vite, les vaisseaux se resserrent ou se relâchent, les sé-\ncrétions s'exagèrent ou se tarissent. A l'aide d'appareils ingénieux (appa-\nreils enregistreurs de Marey, de François Franck, de Potain, de Hallion-\nComte), on peut préciser chacune des variations du pouls, du cœur, de\nla respiration, et tous les troubles circulatoires : on mesure la pression\nartérielle, qui, lorsqu'elle augmente, est liée à un surcroît d'apport\nsanguin et d'activité dans le cerveau, et qui, lorsqu'elle s'abaisse, est liée\nà des phénomènes contraires (1). —Si enfin, des troubles organiques, on\npasse à l'observation psychologique, on se trouve en présence de phéno-\nmènes beaucoup plus simples encore : ce sont des faits de conscience\nqu'aucun appareil ne peut mesurer et qu'on ne peut connaître que par\nla conscience elle-même. En tout cela, où peut prendre place la\nmusique ?\nQue trouve-t-elle à « imiter » ?\nSimplement ceci :\nL'accélération, le ralentissement ou l'équilibre, l'état moyen d'acti-\nvité que l'émotion produit en nous. Notre force vitale et morale est\nassimilée, par les physiologistes, à une sorte de capital intérieur qui est\nen état de rénovation perpétuelle et qui, sous l'influence du sentiment,\nsubit des pertes ou fait des recettes. Un état affectif, quel qu'il soit\n(qu'il s'agisse d'une névralgie ou de la douleur qu'exprime Michel-\nAnge dans ses Sonnets), se ramène à une exaltation ou à une dépres-\nsion de l'énergie. C'est surtout cela que la musique peut « rendre », par\nl'intensité des sons, et surtout par le choix des mouvements ; et les\nseuls caractères vraiment expressifs ou « imitatifs » au sens réaliste\ndu mot d'une symphonie, sont peut-être ceux qu'indiquent les divi-\nsions mêmes de l'œuvre : Adagio, Allegro, Andante, Vivace (2) Il\n\n(1) Ch.-A. François-Franck, Cours du Collège de France (Paris, Doin, 1904),\np. 46-58.\n(2) Beethoven, je le sais, trouvait absurdes ces dénominations ; mais il voulait les\nremplacer par des indications de métronome (Lettre au Conseiller v. Mossely 1817)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "semble bien que les musiciens classiques de l'ancien régime aient ainsi\ncompris leur art. Aujourd'hui, les compositeurs aiment à multiplier\nles indications de nuances; ils en accumulent quelquefois quatre ou\ncinq sur une même mesure et ils enrichissent chaque jour leur vocabu-\nlaire de nouveaux termes pour désigner le sentiment qu'ils ont voulu\ntraduire. C'est là un signe caractéristique des œuvres modernes ; et\nje crois que cette tendance, si elle s'accentuait, finirait par entraîner\nla musique dans un domaine qui n'est plus le sien et par l'y dissoudre.\nAutrefois, rien de semblable. Dans les manuscrits de J.-S. Bach, on ne\ntrouve d'autres indications que celle du « temps ». Les maîtres de\njadis semblent s'en être tenus à la vieille définition : est\nbene modulandi.\nEt c'est peut-être ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus musical.\nQuitter ce point de vue très général pour chercher des précisions, c'est\ntomber dans un système de critique où les considérations purement lit-\ntéraires viennent jouer un rôle inadmissible.\nOn connaît la prière de Guillaume Tell, quand il embrasse son fils\npour la « dernière fois » ; on connait aussi la belle phrase que chante\nEscamillo à Carmen avant d'entrer dans le cirque :\nCe sont deux groupes de formules qui, au point de vue purement\nmusical, offrent certaines analogies, mais où le sentiment n'est pas de\nmême qualité : si on les entendait toutes les deux sans les paroles, sans\ntenir compte des personnages, de la situation, du sujet de la pièce, serait-\non en état, comme le veut la doctrine aristotélicienne, de distinguer\nl'amour d'un père pour son fils, et l'amour d'un toréador pour une\ncigarière?\nAu début du 2e acte de Lohengrin, R. Wagner nous montre deux\ncriminels, Ortrude et Frédéric, dont l'ambition vient d'être démasquée,\net qui sont comme abîmés dans la honte et le désespoir. Au point de\nvue mélodique et instrumental, la formule employée par le composi-\nteur a plusieurs analogies avec celle dont s'est servi Berlioz pour ex-\nprimer l'ennui de Faust dans son cabinet de travail. Et pourtant, quelle\ndifférence de qualité entre les deux sentiments !\nVoici la charmante ouverture de la Flûte enchantée. Quel sentiment\ndevons-nous reconnaître dans la fugue qu'elle contient? l'irritation de\nmarchands qui se disputent ? un bavardage de commères parlant\ntoutes à la fois? une libre expansion de joie dans un jeu d'adresse?"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "J'indiquerai en terminant des opinions un peu différentes de celles\nque je viens d'examiner, et qui vont nous servir de transition pour la\nseconde partie de cette étude.\nQuelques esthéticiens ont pris un biais et attribué à la musique le\npouvoir d'exprimer, non pas l'émotion réelle, mais ses « analogues »\n(Riemann, Wundt); ils ont dit qu'elle traduisait des sentiments fictifs,\nScheingefiïhle (Ed. de Hartmann), des sentiments d'imitation,\nmungsgefuhle(Karl Groos). D'après cette dernière doctrine, la musique\nne nous donnerait pas la réalité, mais la contrefaçon du sentiment; une\nsorte de vie psychique en simili...\nPour préciser la différence qui sépare les sentiments fictifs ou d'appa-\nrence (,Scheingefiïhle)et les sentiments réels, on nous propose l'exemple\nsuivant. Vous lisez un roman qui provoque en vous certaines émotions.\nCes émotions sont, en quelque sorte, abstraites ; elles n'ont ni la pro-\nfondeur, ni la durée, ni l'intensité de celles qu'on éprouverait, dans la\nvie réelle, devant les objets correspondants. Ce sont des Scheingefiïhle\n(Hegel, de Hartmann) ; ils constituent le domaine de la musique.\nMalgré l'autorité de M. Hartmann, qui a développé cette thèse, je ne\ncrois pas qu'elle soit plus acceptable que l'autre et qu'elle échappe aux\nmêmes objections. Entre les deux catégories d'émotion, il n'y a qu'une\ndifférence de degré ; qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre, la difficulté\nreste la même.\nLes considérations qui précèdent semblent avoir frappé certains cri-\ntiques, mais les ont conduits à une conclusion qui n'est nullement la\nnôtre. C'est, j'imagine, en désespoir de cause, et par une conséquence\ndu point de vue trop étroit où ils s'étaient placés, qu'obligés de con-\nclure, après une série d'éliminations nécessaires, les uns ont dit : « la\nmusique est un systèmes <Xarabesques » (Hanslick) ; les autres : « elle\nest un jeu », ou, plus radicalement encore : « elle est la succession pure »\n(Siebeck). Etrange idée ! une « succession pure » peut-elle être autre\nchose qu'une abstraction vide de sens et d'intérêt ?\nii y a un autre aspect de l'art musical qu'il faut mettre en lumière. Il\ny a un autre principe qui permet de retrouver la vie de la musique, sa\ngrande puissance d'expression et d'émotion. La musique n'est pas,\nne peut pas être, le langage adéquat du sentiment ; mais elle traduit le\nsentiment par une voie infiniment plus belle, plus riche en ressources\net plus intéressante que celle de l'im directe; c'est ce que j'es-\nsaierai de montrer dans la prochaine leçon.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c016", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "67", "page_fin": "72", "image_debut": 27, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5", "titre_corps": "Concerts et Théâtres.", "titre_sommaire": "Concerts et Théâtres.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.27", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "Concerts et Théâtres.\n\nCONCERTS CHEVILLARD.\nC. Z.\n— 18 décembre.\nAprès la gracieuse ouverture de la\nFiancée de Messine, de Schumann, l'éner-\ngique Wallenstein de V. d'lndy a relevé les\nattentions somnolentes. Que d'animation,\nde couleur et d'esprit dans ce Camp de\nWallenstein ! L'épisode sentimental de\nThécla joue le rôle d'andante, entre ce\nbrillant premier mouvement et le sombre\nfinale, la Mort de Wallenstein. Exécution\nmerveilleuse, par la précision et la finesse,\nde cette musique éclatante de jeunesse et\nde santé. Le Concerto en ré mineur de Haendel, pour instruments à cordes, est\naussi remarquablement interprété. Mme Bressler Gianoli chante honnêtement un\nair de Pamde ed Elena, de Gluck, et deux mélodies de Saint-Saëns.\n\nMAURICE FOURRIER.\n25 décembre. Le programme de M. C. Chevillard nous permit d'applau-\ndir la Symphonie en sol mineur (le premier mouvement me semble avoir été pris\navec une lenteur contraire à l'esprit de ce morceau), Y Adagio et Fugue (pour le\nQuatuor à cordes), les ouvertures de Don Juan, des Noces de Figaro et de la\nFlûte enchantée, excellemment exécutés par l'orchestre ;le Concerto enmi bémol à\ndeux pianos, où MM. Louis Diémer et Lazare Lévy montrèrent leur habituelle\net impeccable correction ; les airs de Dona Anna et de la Comtesse des Noces de\nbigaro, adorablement chantés par Mlle Jeanne Raunav, une de nos rares can-\ntatrices dont le talent soit assez expressif pour pouvoir aborder avec succès\nl'interprétation du lied ;et enfin le Larghetto, extrait du Quintette pour clari-\nnette et instruments à cordes. Le clarinettiste M. Lefebvre fut longuement accla-\nmé, et c'était justice. Impossible de jouer cette page délicieuse avec un son et dans\nun style plus exquis.\n\n/erjanvier. Concert Beethoven.\n8 janvier. Mort et Transfiguration (Tod und Verkloerung), de Richard\nStrauss, est probablement son chef-d'oeuvre. Le sujet, qui est le mythe de la\ndélivrance de l'âme après la mort, donne un plan beaucoup plus simple que celui\nde Till VEspiègle ou de Zarathustra ; et la virtuosité qui dépare un peu la Vie du\nHéros ne se rencontre pas ici. Dès le début, on devine une œuvre sérieuse et sin-\ncère, à ce rythme étouffé, haletant, comme la respiration d'un malade, que suit\nun chant de clarinette, si simple en sa tristesse. Après une lutte où s'acharne le\nsombre motif de la Mort, le calme revient, un thème très doux évoque les sou-\nvenirs d'enfance, puis s'affirme, devient fier comme un héros qui marche à la\nconquête de la vie. Mais la Mort interrompt ce rêve, d'un coup de gong- sinistre\nque suit une courte déploration funèbre. Et alors s'élève, en une ascension pai-\nsible et sûre, un admirable motif d'apothéose, que l'on croit voir planer dans\nla lumière blonde. Telle est l'œuvre ; on sent que l'auteur y a mis toute sa foi,\net nul ne peut n'en être pas ému. La mélodie a une intensité d'expression digne"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.28", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3565, "texte": "de Berlioz, et l'harmonie une rondeur que Berlioz n'a jamais connue; l'orchestre,\nplein et nourri, n'est pas coloré à l'excès ; tout est sobre et bien mesuré, tout\nrespire le sérieux, la conviction, la force. Cette œuvre est vraiment grande.\nL'orchestre de M. Chevillard l'a assez bien interprétée. Dans la Symphonie\nPastorale, qui commençait le concert, quelques détails m'ont déplu : pourquoi\ndonner tant de vigueur aux trilles de violon qui, dans Yandante, viennent se\nposer au-dessus du chant ? Pourquoi écraser ainsi ces petites touches de cou-\nleur ? L'JEtude symplionique de M. Fl. Schmitt est un envoi de Rome, et ne vaut\npas mieux que d'autres envois de Rome :de très petits fragments de mélodie,\naccommodés à la sauce moderne : trompettes, harpes et quintes augmentées.\nM. Harold Bauer joue avec une délicatesse parfois exagérée le Concerto en la de\nSchumann.\n\nL. L.\n\nCONCERTS COLONNE.\nA. L.\n—lB décembre. IRE audition de deux pièces de M. Ph.\nGaubert, qui a mis en musique le Poème de mai, d'Armand Silvestre, et Contem-\nplationy de Victor Hugo. Les douze vers insignifiants du Poème de mai, parmi\nlesquels je cueille cette ligne d'une prose substantielle : « Nous mettrons, si tu\nveux, en commun notre joie », ont beaucoup gagné à passer par le gosier de\nMlle Lindsay, en vertu de ce principe que ce qui ne vaut pas la peine d'être dit,\non le chante. La musique de M. Gaubert est remarquable par la tendresse et la\nchaleur ; le style est un peu trop théâtral, et l'originalité de l'auteur ne se dégage\npas assez de l'influence de Massenet. Ces deux charmantes mélodies ont été fort\nbien accueillies. - M. Pugno, entraîné et excité par le beau Concerto de Schu-\nmann, qu'il a joué comme un dieu, a semblé se surpasser lui-même dans les\nVariations symphoniques de Franck ; l'orchestre, de son côté, rivalisait d'ardeur,\nsi bien que le piano et les instruments, se prêtant un mutuel concours, ont\natteint ce point de perfection si difficilement accessible dans l'art. Malgré la\nlongueur du programme, le public a bissé le Prélude de Messidor de M. A.\nBruneau, aux magnifiques harmonies. La scène des Sauvages extraite du ballet\nhéroïque de Rameau les Indes galantes m'a semblé inférieure à beaucoup d'autres\ncompositions du grand musicien. Il y a dans ce fragment de la sécheresse, delà\nfroideur, des répétitions plutôt que du développement, abus de la trompette dont\nla partie fut d'ailleurs excellemment tenue par M. Alex. Petit; je n'y retrouve pas\ncette ingéniosité et cette variété de rythmes qui nous charment ailleurs dans\nRameau. La 8e Symphonie de Beethoven et la Fête chez Capulet de Berlioz ont\nété rendues avec toutes les qualités d'exécution désirables.\n\n8 janvier. —M. Arthur Nikisch anime la musique avec une perfection telle\nqu'on pourrait, sans entendre l'orchestre, dire à quel endroit de la partition on se\ntrouve. Sa main gauche plane, papillonne et semble pétrir la mélodie, puis tout\nà coup elle tombe en zig-zag, comme la foudre, sur les premiers violons, qu'elle\nélectrise. Il est impossible à l'orchestre de résister à une fougue aussi entraî-\nnante. Il part avec elle et sort aussi quelquefois avec elle, je crois, de l'inter-\nprétation voulue par l'auteur.\nIl en résulte une exécution colorée, vibrante, inégale, mais toujours saisissante.\nNos chefs d'orchestre sont moins fantaisistes, mais ils rendent mieux l'esprit\nque les auteurs ont enfermé dans leurs ouvrages.\nL'exécution de Y Ouverture dEgmont ne s'est pas trop éloignée de la manière\nque nous avons 1 habitude d'entendre. C est surtout dans la 2e Symphonie de"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.29", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "Brahms que la fantaisie de M. Nikisch s'est donné carrière. Par ses oppositions\net ses rythmes savamment nuancés, il a mis en relief toute la finesse de Y allegro\net du scherzo qui rappellent un peu la manière de Mendelssohn. J'ai moins goûté\nY adagio, où se développe une sorte de rêverie monotone et sans caractère.\nPourquoi M. Richard Strauss a-t-il intitulé son poème symphonique Don\nJuan ? L'audition ne m'en a pas révélé le motif.\nAu début, il semble que le démon de Berlioz voltige au milieu de l'orchestre ;\nles timbres, le rythme, les motifs, tout m'a paru cherché, travaillé volontairement\nbizarre et fait pour étonner le paisible musicien bourgeois. L'auteur lui fait\nensuite l'aumône d'un agréable motif de hautbois, qui rappelle la Tristesse de\nRoméo; puis la sarabande recommence. Mais cette sarabande est pleine de vie,\nde sonorités puissantes et imprévues. A l'entendre, on est d'abord abasourdi\npuis subjugué par tant d'audace et de force juvénile.\nEn somme, ce poème symphonique est une œuvre très intéressante, admi-\nrablement mise en valeur par les qualités et les défauts de M. Arthur Nikisch.\n\nC. Z.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE.\nM.-D. C\n— 8 janvier. — Le Concerto de piano (op. 30) de\nM. Rimsky-Korsakow, dont la Société des Concerts a donné aujourd'hui la pre-\nmière audition en France, devrait depuis longtemps être connu, et même popu-\nlaire : pas une longueur, toujours de fort jolie musique, chatoyante et sobre à la\nfois, structure claire et solide, développements ingénieux et séduisants, orches-\ntration admirable — ceci, quand on parle de M. Rimsky-Korsakow, devient\npresque un pléonasme.\nLa partie de piano n'y a pas pour but cette vaine exhibition de virtuosité que\npublic et solistes recherchent le plus souvent dans les concertos, mais fait corps\navec l'ensemble. A cet égard, l'œuvre peut être rapprochée des Djinns et des\nVariations symphoniques de Franck ou de la Symphonie cévenole de M. d'Indy.\nNul n était mieux qualifié que M. Ricardo Vifiès pour la présenter ici. Outre\nqu'il se classe au tout premier rang par sa très parfaite technique, son jeu pré-\ncis, coloré, expressif, et surtout par une rare intelligence musicale grâce à\nlaquelle il sait interpréter toute œuvre dans le style qu'il faut, le jeune artiste\ns'est toujours signalé — seul ou à peu près entre tous les virtuoses — en mettant\nson magnifique talent au service des œuvres nouvelles. C'est, je crois bien, la\npremière fois que M. Vinès se faisait entendre à un des grands concerts du diman-\nche : il ne pouvait le faire en de meilleures circonstances qu au milieu de cet\nincomparable orchestre, ni d'ailleurs avec un plus complet succès.\nParler de la Jeanne d'Arc de M. Lenepveu n'est guère facile : en adoptant le\nmode ironique, on encourrait le reproche d'irrévérence, départi pris ; et, à être\nsérieux, on semblerait partir en guerre contre de vieux moulins à vent, vermou-\nlus et qui, si j'ose dire, ne battent même plus d'une aile. Le programme nous\napprend que l'œuvre « fut exécutée à Rouen le juur anniversaire du supplice de\nJeanne d'Arc ». Les récents événements que l'on sait auraient-ils motivé 1 exécu-\ntion d'aujourd'hui ?\nJ'énumère hâtivement les autres numéros : Symphonie en mi bémol de Schu-\nmann (les deux premiers mouvements joués, m'a-t-il semblé, avec quelque lour-\ndeur) ; le Rouet d'Omphale de M. Saint-Saëns, très bien exécuté ; le Gloria\nPatri de Palestrina, presque trop joliment chanté, et Y Ave verum de Mozart, une\npage admirable, admirablement rendue, enfin l'Ouverture d'Egmont."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.30", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "PREMIER CONCERT DE M. RISLER.\nM.-D. C.\n5 janvier. Trois œuvres en formaient le\nprogramme : la considérable Sonate de M. Paul Dukas ;la Sonate op. 106 de\nBeethoven, que M. Risler a jouée avec intelligence et avec puissance, mais\navec parfois quelque rudesse dans les attaques et de fort violents contrastes ;et\nenfin, la Sonate de Franz Liszt, dont il a donné une interprétation quelque peu\ndéconcertante, pas toujours bien exacte, m'a-t-il semblé, et que je n'ai pas aimée\nle moins du monde.\n\nLE CONCERT DE M. J.-J. NIN.\n\nDans le précédent numéro j'avais dû, pour\ndes raisons uniquement matérielles, ne parler que trop brièvement de cette\nséance. La place m'avait manqué pour insister comme il le fallait sur l'intérêt\ntout particulier de l'entreprise de M. Nin, et sur la belle audace dont celui-ci a\nfait preuve en choisissant, pour matière du premier concert qu'il donnait à Paris,\ndes œuvres certes très attachantes au point de vue musical, mais qu'on aurait pu\ncroire ingrates pour le public. L'expérience a prouvé que M. Nin avait eu rai-\nson, et un vif succès a récompensé sa tentative. Il faut dire aussi qu'il a su don-\nner, des diverses pièces qu'il nous fit entendre, une interprétation toujours intel-\nligente et juste, toujours vivante et expressive surtout. Telles des œuvres exécu-\ntées par lui ont été de véritables révélations : par exemple, le Tiento (Prélude)\nd'Antonio de Cabezon, une des plus anciennes compositions de clavier que\nl'on connaisse (i), une intéressante fugue de Frescobaldi, et une des superbes\nSonates bibliques de Johann Kuhnau.\nJe ne saurais passer sous silence une grave question que soulèvent de telles\nauditions de musique ancienne : peut-on et doit-on exécuter au piano comme\nl'a fait M. Nin des œuvres écrites pour virginale, pour clavecin et pourclavi-\ncorde ? Pour ma part, j'incline assez en principe vers l'affirmative : c'est là un\ngoût personnel. Mais, d'autre part, je reconnais sans peine que théoriquement\nle contraire seul est vrai. Et d'ailleurs, je fais exception en ce qui concerne les\npièces, très ornementées, de certains clavecinistes (et non des moindres) qui, si\non les joue comme elles sont écrites, deviennent fort laides au piano. Or, on doit\njouer toute œuvre telle qu'elle est écrite, et non autrement. On objecte que les\nornements ont été inventés pour suppléer à la sécheresse des sons du clavecin,\nce qui est partiellement vrai. Mais il y a des ornements qui ont une raison d'être\nmusicale n'en trouvons-nous pas même dans la musique de piano actuelle r—\net il est extrêmement délicat de faire un choix. Et d'ailleurs, les exigences de la\ntechnique instrumentale ont toujours contribué à former le style musical. Qui\noserait modifier les parties de trompette ou de cor d'une symphonie de Mozart ou\nde Beethoven, sous prétexte qu'elles furent écrites pour des instruments très\nimparfaits quant à l'étendue ? Dépouillée du fragile et minutieux appareil de son\nornementation, telle gracieuse pièce de clavecin perdra forcément quelque chose\nde son caractère, tout comme une belle du temps jadis à qui on aurait retiré ses\nmouches, sa poudre et ses paniers.\nMais je ne veux pas discuter ici l'opportunité théorique de telles transcriptions\npour piano d'oeuvres de clavecin. Si l'on devait ne jamais exécuter sur un piano\nles compositions de Couperin, de Rameau et de tant d'autres, nous aurions trop\nrarement l'occasion de les entendre. Et, en fin de compte, M. Nin avait convié son\n\n(1) Les œuvres de Cabezon ont été publiées, grâce à M. Pedrell, l éminent musicographe et\ncompositeur espagnol."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.31", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "auditoire à un concert de piano. Ce concert fut très beau et plein d'intérêt. C'est\nlà le principal.\n\nM.-D. CALVOCORESSI.\n\nCONSERVATOIRE.\nL. L.\n22 décembre. Audition des envois de Rome de M. d'Ollone,\ngrand prix de iBgy. Ce sont d'abord quatre mélodies, où le chant s'accom-\npagne d'amples développements d'orchestre. Pourquoi ?Je n'en sais rien ; car\nil y avait en chacune d'elles de quoi écrire deux pages agréables pour le piano.\nSuivent les fragments de la Terre promise, drame lyrique dont le sujet m'a paru\nétrange, les paroles malheureuses et la musique dépourvue de couleur et de\ncaractère. Une interprétation de premier ordre (Mlle Demougeot, MM. Engel,\nBeyle etDaraux) ne parvient pas à animer cette froide musique, écrite, àce qu'il\nsemble, par devoir, et non par plaisir.\n\nSOCIÉTÉ NATIONALE.\nC. Z.\n7 janvier. —La Sonate pour piano et alto de M. Labey\ncommence bien, par une introduction lente, d'accent sincère ; puis cela se com-\nplique, et, peut-être, se dessèche ; mais il faut entendre plus d'une fois une telle\nœuvre pour la juger. Les deux pièces pour deux pianos de P. Ladmirault ont\ndes sonorités charmantes qui, en se répétant, finissent par devenir monotones.\nDes trois Mélodies de Ropartz, les deux premières ont été chantées trop lentement,\nà ce qu'il me semble; la dernière (Lever d'Aube) est gracieuse. L'lmpromptu pour\nharpe, de G. Fauré, est bien construit, agréable à entendre ; mais, comme il\narrive toujours, ce déluge de notes fatigue bientôt. Trois pièces de piano fort\njolies, de G. Fauré, et l'admirable Quintette de Franck (Mlle Boutet de Monvel,\nMM. Parent, Loiseau, Vieux, Fournier), complétaient cet intéressant pro-\ngramme.\n\nSCHOLA CANTORUM.\nL. L.\n2 y décembre. Les trois dernières parties de l'Oratorio\nde Noël sont moins connues que les trois premières ; elles offrent cependant des\nbeautés égales, comme ce délicieux air avec écho de la quatrième partie (em-\nprunté par Bach à sa Cantate A Hercule), ou ces duos de la basse et du soprano\nen prières, ou ces chœurs éclatants de joie. Mais que penser d'un compositeur\nqui confie à la trompette des traits de violon comme celui-ci :\nFaut-il reconnaître là toute l'audace du génie, ou simplement l'inexpérience\nd'un âge où l'on ne savait pas encore traiter chaque instrument selon ses moyens\net ses ressources? Quoi qu'il en soit, l'orchestre s'est fort bien acquitté de sa\ntâche difficile. Parmi les chanteurs, il faut citer particulièrement Mlle d'Hotto,\nune nouvelle venue, dont la voix d'alto, facile et bien timbrée, fera merveille\nlorsque l'accent sera devenu meilleur.\n\nNOUVEAU-THÉATRE.\n\nig décembre. Concert avec orchestre donné par Arthur\nRubinstein. —Ce nom et tant de jeunesse n'ont pas été la moindre séduction. Il y\naurait de la mauvaise grâce à y résister, peut-être aussi à vouloir davantage.\nL'aisance et la facilité d'un jeu expansif plus qu'expressif avait un certain charme\nspontané qu'il faut se garder d'analyser. Le troisième mouvement du concerto\nen sol mineur de Saint-Saéns nous fait d'ailleurs bien augurer du jeune artiste"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.32", "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "qui a pu triompher de telles difficultés avec un piano fatigué et obstinément\nmuet.\nMlle Marie Garden a dit avec un art infiniment discret trois « ariettes oubliées »\nde Debussy, où tant de nuances changeantes glissent et frissonnent, phrases\némues que Ton suit comme un doux regard.\n\nJ. TRILLAT.\n\nOPÉRA-COMIQUE: le Vaisseau-fantôme. — Wagnerlui-même (Gesam. Schr., IV,\n267)\nM.\nappréciait sévèrement le livret de cet opéra, tissu d'invraisemblances\nromantiques où pas un caractère — ni celui de Senta, cbErik, de Daland, ni\ncelui du Hollandais — n'est précis et observé. Quant à la musique, il faut, pour\nla juger équitablement, se replacer dans l'état d'esprit des compositeurs de 1840.\nSi on commence par entendre Tristan et si on la juge de ce point de vue, on est\nétonné, dès la seconde partie du premier acte, d'y trouver un italianisme aimant\nencore et pratiquant tous les procédés de la vieille école ; mais si on prend\nRienzi (1838) comme point de départ, on admire au contraire la hardiesse d'un\ngénie musical en voie de formation, et peu éloigné du moment où il trouvera\nsa vraie formule. Wagner est ici un peu dominé par Meyerbeer, et même par\nRossini, mais il a déjà rompu, çà et là, quelques-uns des liens de servitude qui\nretardent son prochain essor ; il est puissant, fougueux, maître de la tradition\nqu'il n'a pas répudiée. Le chef-d'œuvre de la partition, c'est l'ouverture, mer-\nveille de couleur, de mélodie, de fougue, de composition bien équilibrée. (Mal-\nheureusement, certaine section de violons, qui sont très beaux, se trouvent\nnoyés, annihilés dans le mouvement très vif de l'ensemble ; je n'en ai pas\nperçu une note.) Le célèbre chœur des fîleuses est une page exquise où appa-\nraît l'art classique le plus pur ; et c'est une des caractéristiques de cet opéra,\nqu'on en pourrait détacher plusieurs (( morceaux )). M. Luigini en a conduit\nl'exécution avec une maestria que le public a particulièrement applaudie ; et\nM. Carré en a soigné, comme d'habitude, la mise en scène. Au second acte,\nle rideau se lève sur un intérieur qui, par l'aspect sombre des boiseries et la\nlumière d'or qui l'éclairé, est un tableau de maître hollandais. (J'ai moins aimé,\nau début, la barque un peu mesquine où paraît Daland.) M. Renaud, comédien\nséduisant, mais dont la voix est parfois inquiétante, a apporté une sérieuse con-\ntribution personnelle au succès. Mlle Friché (Senta) est bonne.\n\nCONGERTS ANNONCÉS. Grande Salle Pleyel. - Le 19, à 9 H., MM. Cossira et\nCasella ; ~le 20, Mlle Gaudefroy : le 21, Société Nationale de musique ; le\n23, M. Maurice Marcus ; le 24, Mme G. Sauvage ; le 26, Société des Compo-\nsiteurs de musique ; le 27, Mme Lebrun-Lagravier ; le 28, M. G. Willaume ;\n—le 30, Mme C. Laennec ; le 31, Mlle Emma Grégoire. Salle des Qua-\ntuors : le 18, quatuor Calliat-Choinet.\nSchola Cantorum. —Le 8 février, à 8 h. 3/4, Concert donné par Mme C.\nFourrier, avec le concours de MM. Hayot, André, Denayer, Salmon, Lacha-\nnaud, Barrère, Million et Delacroix. OEuvres de V. dlndy, C. Debussy, Mous-\nsorgski et J.-S. Bach."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c017", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "67", "page_fin": "67", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.1", "titre_corps": "CONCERTS CHEVILLARD.", "titre_sommaire": "CONCERTS CHEVILLARD.", "signature_source": "C. Z", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.27", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 744, "texte": "CONCERTS CHEVILLARD.\nC. Z.\n— 18 décembre.\nAprès la gracieuse ouverture de la\nFiancée de Messine, de Schumann, l'éner-\ngique Wallenstein de V. d'lndy a relevé les\nattentions somnolentes. Que d'animation,\nde couleur et d'esprit dans ce Camp de\nWallenstein ! L'épisode sentimental de\nThécla joue le rôle d'andante, entre ce\nbrillant premier mouvement et le sombre\nfinale, la Mort de Wallenstein. Exécution\nmerveilleuse, par la précision et la finesse,\nde cette musique éclatante de jeunesse et\nde santé. Le Concerto en ré mineur de Haendel, pour instruments à cordes, est\naussi remarquablement interprété. Mme Bressler Gianoli chante honnêtement un\nair de Pamde ed Elena, de Gluck, et deux mélodies de Saint-Saëns."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c019", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "67", "page_fin": "67", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.2", "titre_corps": "25 décembre. Le programme de M. C. Chevillard nous permit", "titre_sommaire": "25 décembre. Le programme de M. C. 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Louis Diémer et Lazare Lévy montrèrent leur habituelle\net impeccable correction ; les airs de Dona Anna et de la Comtesse des Noces de\nbigaro, adorablement chantés par Mlle Jeanne Raunav, une de nos rares can-\ntatrices dont le talent soit assez expressif pour pouvoir aborder avec succès\nl'interprétation du lied ;et enfin le Larghetto, extrait du Quintette pour clari-\nnette et instruments à cordes. Le clarinettiste M. Lefebvre fut longuement accla-\nmé, et c'était justice. Impossible de jouer cette page délicieuse avec un son et dans\nun style plus exquis."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c020", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "67", "page_fin": "68", "image_debut": 27, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.3", "titre_corps": "/erjanvier. Concert Beethoven.", "titre_sommaire": "/erjanvier. Concert Beethoven.", "signature_source": "L. 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Après une lutte où s'acharne le\nsombre motif de la Mort, le calme revient, un thème très doux évoque les sou-\nvenirs d'enfance, puis s'affirme, devient fier comme un héros qui marche à la\nconquête de la vie. Mais la Mort interrompt ce rêve, d'un coup de gong- sinistre\nque suit une courte déploration funèbre. Et alors s'élève, en une ascension pai-\nsible et sûre, un admirable motif d'apothéose, que l'on croit voir planer dans\nla lumière blonde. Telle est l'œuvre ; on sent que l'auteur y a mis toute sa foi,\net nul ne peut n'en être pas ému. La mélodie a une intensité d'expression digne"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.28", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 886, "texte": "de Berlioz, et l'harmonie une rondeur que Berlioz n'a jamais connue; l'orchestre,\nplein et nourri, n'est pas coloré à l'excès ; tout est sobre et bien mesuré, tout\nrespire le sérieux, la conviction, la force. Cette œuvre est vraiment grande.\nL'orchestre de M. Chevillard l'a assez bien interprétée. Dans la Symphonie\nPastorale, qui commençait le concert, quelques détails m'ont déplu : pourquoi\ndonner tant de vigueur aux trilles de violon qui, dans Yandante, viennent se\nposer au-dessus du chant ? Pourquoi écraser ainsi ces petites touches de cou-\nleur ? L'JEtude symplionique de M. Fl. Schmitt est un envoi de Rome, et ne vaut\npas mieux que d'autres envois de Rome :de très petits fragments de mélodie,\naccommodés à la sauce moderne : trompettes, harpes et quintes augmentées.\nM. Harold Bauer joue avec une délicatesse parfois exagérée le Concerto en la de\nSchumann.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c021", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "68", "page_fin": "68", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.4", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE.", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE.", "signature_source": "A. 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Gaubert est remarquable par la tendresse et la\nchaleur ; le style est un peu trop théâtral, et l'originalité de l'auteur ne se dégage\npas assez de l'influence de Massenet. Ces deux charmantes mélodies ont été fort\nbien accueillies. - M. Pugno, entraîné et excité par le beau Concerto de Schu-\nmann, qu'il a joué comme un dieu, a semblé se surpasser lui-même dans les\nVariations symphoniques de Franck ; l'orchestre, de son côté, rivalisait d'ardeur,\nsi bien que le piano et les instruments, se prêtant un mutuel concours, ont\natteint ce point de perfection si difficilement accessible dans l'art. Malgré la\nlongueur du programme, le public a bissé le Prélude de Messidor de M. A.\nBruneau, aux magnifiques harmonies. La scène des Sauvages extraite du ballet\nhéroïque de Rameau les Indes galantes m'a semblé inférieure à beaucoup d'autres\ncompositions du grand musicien. Il y a dans ce fragment de la sécheresse, delà\nfroideur, des répétitions plutôt que du développement, abus de la trompette dont\nla partie fut d'ailleurs excellemment tenue par M. Alex. Petit; je n'y retrouve pas\ncette ingéniosité et cette variété de rythmes qui nous charment ailleurs dans\nRameau. La 8e Symphonie de Beethoven et la Fête chez Capulet de Berlioz ont\nété rendues avec toutes les qualités d'exécution désirables."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c022", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "68", "page_fin": "69", "image_debut": 28, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.5", "titre_corps": "8 janvier. —M. Arthur Nikisch anime la musique avec une perfection telle", "titre_sommaire": "8 janvier. —M. Arthur Nikisch anime la musique avec une perfection telle", "signature_source": "C. 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Il part avec elle et sort aussi quelquefois avec elle, je crois, de l'inter-\nprétation voulue par l'auteur.\nIl en résulte une exécution colorée, vibrante, inégale, mais toujours saisissante.\nNos chefs d'orchestre sont moins fantaisistes, mais ils rendent mieux l'esprit\nque les auteurs ont enfermé dans leurs ouvrages.\nL'exécution de Y Ouverture dEgmont ne s'est pas trop éloignée de la manière\nque nous avons 1 habitude d'entendre. C est surtout dans la 2e Symphonie de"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.29", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1131, "texte": "Brahms que la fantaisie de M. Nikisch s'est donné carrière. Par ses oppositions\net ses rythmes savamment nuancés, il a mis en relief toute la finesse de Y allegro\net du scherzo qui rappellent un peu la manière de Mendelssohn. J'ai moins goûté\nY adagio, où se développe une sorte de rêverie monotone et sans caractère.\nPourquoi M. Richard Strauss a-t-il intitulé son poème symphonique Don\nJuan ? L'audition ne m'en a pas révélé le motif.\nAu début, il semble que le démon de Berlioz voltige au milieu de l'orchestre ;\nles timbres, le rythme, les motifs, tout m'a paru cherché, travaillé volontairement\nbizarre et fait pour étonner le paisible musicien bourgeois. L'auteur lui fait\nensuite l'aumône d'un agréable motif de hautbois, qui rappelle la Tristesse de\nRoméo; puis la sarabande recommence. Mais cette sarabande est pleine de vie,\nde sonorités puissantes et imprévues. A l'entendre, on est d'abord abasourdi\npuis subjugué par tant d'audace et de force juvénile.\nEn somme, ce poème symphonique est une œuvre très intéressante, admi-\nrablement mise en valeur par les qualités et les défauts de M. Arthur Nikisch.\n\nC. 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Rimsky-Korsakow, devient\npresque un pléonasme.\nLa partie de piano n'y a pas pour but cette vaine exhibition de virtuosité que\npublic et solistes recherchent le plus souvent dans les concertos, mais fait corps\navec l'ensemble. A cet égard, l'œuvre peut être rapprochée des Djinns et des\nVariations symphoniques de Franck ou de la Symphonie cévenole de M. d'Indy.\nNul n était mieux qualifié que M. Ricardo Vifiès pour la présenter ici. Outre\nqu'il se classe au tout premier rang par sa très parfaite technique, son jeu pré-\ncis, coloré, expressif, et surtout par une rare intelligence musicale grâce à\nlaquelle il sait interpréter toute œuvre dans le style qu'il faut, le jeune artiste\ns'est toujours signalé — seul ou à peu près entre tous les virtuoses — en mettant\nson magnifique talent au service des œuvres nouvelles. C'est, je crois bien, la\npremière fois que M. Vinès se faisait entendre à un des grands concerts du diman-\nche : il ne pouvait le faire en de meilleures circonstances qu au milieu de cet\nincomparable orchestre, ni d'ailleurs avec un plus complet succès.\nParler de la Jeanne d'Arc de M. Lenepveu n'est guère facile : en adoptant le\nmode ironique, on encourrait le reproche d'irrévérence, départi pris ; et, à être\nsérieux, on semblerait partir en guerre contre de vieux moulins à vent, vermou-\nlus et qui, si j'ose dire, ne battent même plus d'une aile. Le programme nous\napprend que l'œuvre « fut exécutée à Rouen le juur anniversaire du supplice de\nJeanne d'Arc ». Les récents événements que l'on sait auraient-ils motivé 1 exécu-\ntion d'aujourd'hui ?\nJ'énumère hâtivement les autres numéros : Symphonie en mi bémol de Schu-\nmann (les deux premiers mouvements joués, m'a-t-il semblé, avec quelque lour-\ndeur) ; le Rouet d'Omphale de M. Saint-Saëns, très bien exécuté ; le Gloria\nPatri de Palestrina, presque trop joliment chanté, et Y Ave verum de Mozart, une\npage admirable, admirablement rendue, enfin l'Ouverture d'Egmont."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c024", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "70", "page_fin": "70", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.7", "titre_corps": "PREMIER CONCERT DE M. RISLER.", "titre_sommaire": "PREMIER CONCERT DE M. RISLER.", "signature_source": "M.-D. 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Risler a jouée avec intelligence et avec puissance, mais\navec parfois quelque rudesse dans les attaques et de fort violents contrastes ;et\nenfin, la Sonate de Franz Liszt, dont il a donné une interprétation quelque peu\ndéconcertante, pas toujours bien exacte, m'a-t-il semblé, et que je n'ai pas aimée\nle moins du monde."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c025", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "70", "page_fin": "71", "image_debut": 30, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.8", "titre_corps": "LE CONCERT DE M. J.-J. NIN.", "titre_sommaire": "LE CONCERT DE M. J.-J. NIN.", "signature_source": "M.-D. CALVOCORESSI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.30", "debut_caractere": 503, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "LE CONCERT DE M. J.-J. NIN.\n\nDans le précédent numéro j'avais dû, pour\ndes raisons uniquement matérielles, ne parler que trop brièvement de cette\nséance. La place m'avait manqué pour insister comme il le fallait sur l'intérêt\ntout particulier de l'entreprise de M. Nin, et sur la belle audace dont celui-ci a\nfait preuve en choisissant, pour matière du premier concert qu'il donnait à Paris,\ndes œuvres certes très attachantes au point de vue musical, mais qu'on aurait pu\ncroire ingrates pour le public. L'expérience a prouvé que M. Nin avait eu rai-\nson, et un vif succès a récompensé sa tentative. Il faut dire aussi qu'il a su don-\nner, des diverses pièces qu'il nous fit entendre, une interprétation toujours intel-\nligente et juste, toujours vivante et expressive surtout. Telles des œuvres exécu-\ntées par lui ont été de véritables révélations : par exemple, le Tiento (Prélude)\nd'Antonio de Cabezon, une des plus anciennes compositions de clavier que\nl'on connaisse (i), une intéressante fugue de Frescobaldi, et une des superbes\nSonates bibliques de Johann Kuhnau.\nJe ne saurais passer sous silence une grave question que soulèvent de telles\nauditions de musique ancienne : peut-on et doit-on exécuter au piano comme\nl'a fait M. Nin des œuvres écrites pour virginale, pour clavecin et pourclavi-\ncorde ? Pour ma part, j'incline assez en principe vers l'affirmative : c'est là un\ngoût personnel. Mais, d'autre part, je reconnais sans peine que théoriquement\nle contraire seul est vrai. Et d'ailleurs, je fais exception en ce qui concerne les\npièces, très ornementées, de certains clavecinistes (et non des moindres) qui, si\non les joue comme elles sont écrites, deviennent fort laides au piano. Or, on doit\njouer toute œuvre telle qu'elle est écrite, et non autrement. On objecte que les\nornements ont été inventés pour suppléer à la sécheresse des sons du clavecin,\nce qui est partiellement vrai. Mais il y a des ornements qui ont une raison d'être\nmusicale n'en trouvons-nous pas même dans la musique de piano actuelle r—\net il est extrêmement délicat de faire un choix. Et d'ailleurs, les exigences de la\ntechnique instrumentale ont toujours contribué à former le style musical. Qui\noserait modifier les parties de trompette ou de cor d'une symphonie de Mozart ou\nde Beethoven, sous prétexte qu'elles furent écrites pour des instruments très\nimparfaits quant à l'étendue ? Dépouillée du fragile et minutieux appareil de son\nornementation, telle gracieuse pièce de clavecin perdra forcément quelque chose\nde son caractère, tout comme une belle du temps jadis à qui on aurait retiré ses\nmouches, sa poudre et ses paniers.\nMais je ne veux pas discuter ici l'opportunité théorique de telles transcriptions\npour piano d'oeuvres de clavecin. Si l'on devait ne jamais exécuter sur un piano\nles compositions de Couperin, de Rameau et de tant d'autres, nous aurions trop\nrarement l'occasion de les entendre. Et, en fin de compte, M. Nin avait convié son\n\n(1) Les œuvres de Cabezon ont été publiées, grâce à M. Pedrell, l éminent musicographe et\ncompositeur espagnol."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.31", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 131, "texte": "auditoire à un concert de piano. Ce concert fut très beau et plein d'intérêt. C'est\nlà le principal.\n\nM.-D. CALVOCORESSI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c026", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "71", "page_fin": "71", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.9", "titre_corps": "CONSERVATOIRE.", "titre_sommaire": "CONSERVATOIRE.", "signature_source": "L. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.31", "debut_caractere": 133, "fin_caractere_exclue": 793, "texte": "CONSERVATOIRE.\nL. L.\n22 décembre. Audition des envois de Rome de M. d'Ollone,\ngrand prix de iBgy. Ce sont d'abord quatre mélodies, où le chant s'accom-\npagne d'amples développements d'orchestre. Pourquoi ?Je n'en sais rien ; car\nil y avait en chacune d'elles de quoi écrire deux pages agréables pour le piano.\nSuivent les fragments de la Terre promise, drame lyrique dont le sujet m'a paru\nétrange, les paroles malheureuses et la musique dépourvue de couleur et de\ncaractère. Une interprétation de premier ordre (Mlle Demougeot, MM. Engel,\nBeyle etDaraux) ne parvient pas à animer cette froide musique, écrite, àce qu'il\nsemble, par devoir, et non par plaisir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c027", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "71", "page_fin": "71", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.10", "titre_corps": "SOCIÉTÉ NATIONALE.", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ NATIONALE.", "signature_source": "C. Z", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.31", "debut_caractere": 795, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "SOCIÉTÉ NATIONALE.\nC. Z.\n7 janvier. —La Sonate pour piano et alto de M. Labey\ncommence bien, par une introduction lente, d'accent sincère ; puis cela se com-\nplique, et, peut-être, se dessèche ; mais il faut entendre plus d'une fois une telle\nœuvre pour la juger. Les deux pièces pour deux pianos de P. Ladmirault ont\ndes sonorités charmantes qui, en se répétant, finissent par devenir monotones.\nDes trois Mélodies de Ropartz, les deux premières ont été chantées trop lentement,\nà ce qu'il me semble; la dernière (Lever d'Aube) est gracieuse. L'lmpromptu pour\nharpe, de G. Fauré, est bien construit, agréable à entendre ; mais, comme il\narrive toujours, ce déluge de notes fatigue bientôt. Trois pièces de piano fort\njolies, de G. Fauré, et l'admirable Quintette de Franck (Mlle Boutet de Monvel,\nMM. Parent, Loiseau, Vieux, Fournier), complétaient cet intéressant pro-\ngramme."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c028", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "71", "page_fin": "71", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.11", "titre_corps": "SCHOLA CANTORUM.", "titre_sommaire": "SCHOLA CANTORUM.", "signature_source": "L. 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Quoi qu'il en soit, l'orchestre s'est fort bien acquitté de sa\ntâche difficile. Parmi les chanteurs, il faut citer particulièrement Mlle d'Hotto,\nune nouvelle venue, dont la voix d'alto, facile et bien timbrée, fera merveille\nlorsque l'accent sera devenu meilleur."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c030", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "71", "page_fin": "72", "image_debut": 31, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.12", "titre_corps": "NOUVEAU-THÉATRE.", "titre_sommaire": "NOUVEAU-THÉATRE.", "signature_source": "J. TRILLAT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.31", "debut_caractere": 2576, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "NOUVEAU-THÉATRE.\n\nig décembre. Concert avec orchestre donné par Arthur\nRubinstein. —Ce nom et tant de jeunesse n'ont pas été la moindre séduction. Il y\naurait de la mauvaise grâce à y résister, peut-être aussi à vouloir davantage.\nL'aisance et la facilité d'un jeu expansif plus qu'expressif avait un certain charme\nspontané qu'il faut se garder d'analyser. Le troisième mouvement du concerto\nen sol mineur de Saint-Saéns nous fait d'ailleurs bien augurer du jeune artiste"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.32", "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "qui a pu triompher de telles difficultés avec un piano fatigué et obstinément\nmuet.\nMlle Marie Garden a dit avec un art infiniment discret trois « ariettes oubliées »\nde Debussy, où tant de nuances changeantes glissent et frissonnent, phrases\némues que Ton suit comme un doux regard.\n\nJ. TRILLAT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c031", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "72", "page_fin": "72", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.13", "titre_corps": "OPÉRA-COMIQUE: le Vaisseau-fantôme. — Wagnerlui-même (Gesam. Schr., IV, 267)", "titre_sommaire": "OPÉRA-COMIQUE: le Vaisseau-fantôme. — Wagnerlui-même (Gesam. 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Quant à la musique, il faut, pour\nla juger équitablement, se replacer dans l'état d'esprit des compositeurs de 1840.\nSi on commence par entendre Tristan et si on la juge de ce point de vue, on est\nétonné, dès la seconde partie du premier acte, d'y trouver un italianisme aimant\nencore et pratiquant tous les procédés de la vieille école ; mais si on prend\nRienzi (1838) comme point de départ, on admire au contraire la hardiesse d'un\ngénie musical en voie de formation, et peu éloigné du moment où il trouvera\nsa vraie formule. Wagner est ici un peu dominé par Meyerbeer, et même par\nRossini, mais il a déjà rompu, çà et là, quelques-uns des liens de servitude qui\nretardent son prochain essor ; il est puissant, fougueux, maître de la tradition\nqu'il n'a pas répudiée. Le chef-d'œuvre de la partition, c'est l'ouverture, mer-\nveille de couleur, de mélodie, de fougue, de composition bien équilibrée. (Mal-\nheureusement, certaine section de violons, qui sont très beaux, se trouvent\nnoyés, annihilés dans le mouvement très vif de l'ensemble ; je n'en ai pas\nperçu une note.) Le célèbre chœur des fîleuses est une page exquise où appa-\nraît l'art classique le plus pur ; et c'est une des caractéristiques de cet opéra,\nqu'on en pourrait détacher plusieurs (( morceaux )). M. Luigini en a conduit\nl'exécution avec une maestria que le public a particulièrement applaudie ; et\nM. Carré en a soigné, comme d'habitude, la mise en scène. Au second acte,\nle rideau se lève sur un intérieur qui, par l'aspect sombre des boiseries et la\nlumière d'or qui l'éclairé, est un tableau de maître hollandais. (J'ai moins aimé,\nau début, la barque un peu mesquine où paraît Daland.) M. Renaud, comédien\nséduisant, mais dont la voix est parfois inquiétante, a apporté une sérieuse con-\ntribution personnelle au succès. Mlle Friché (Senta) est bonne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-01-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-01-15_01#c032", "volume": "bmtnabj_1905-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "72", "page_fin": "72", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.2.5.14", "titre_corps": "CONGERTS ANNONCÉS. Grande Salle Pleyel. - Le 19, à 9 H., MM. Cossira et", "titre_sommaire": "CONGERTS ANNONCÉS. Grande Salle Pleyel. - Le 19, à 9 H., MM. Cossira et", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.32", "debut_caractere": 2496, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "CONGERTS ANNONCÉS. Grande Salle Pleyel. - Le 19, à 9 H., MM. Cossira et\nCasella ; ~le 20, Mlle Gaudefroy : le 21, Société Nationale de musique ; le\n23, M. Maurice Marcus ; le 24, Mme G. Sauvage ; le 26, Société des Compo-\nsiteurs de musique ; le 27, Mme Lebrun-Lagravier ; le 28, M. G. Willaume ;\n—le 30, Mme C. Laennec ; le 31, Mlle Emma Grégoire. Salle des Qua-\ntuors : le 18, quatuor Calliat-Choinet.\nSchola Cantorum. —Le 8 février, à 8 h. 3/4, Concert donné par Mme C.\nFourrier, avec le concours de MM. Hayot, André, Denayer, Salmon, Lacha-\nnaud, Barrère, Million et Delacroix. OEuvres de V. dlndy, C. Debussy, Mous-\nsorgski et J.-S. Bach."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\nNo 2 (cinquième année)\n15 Janvier\n1905.\nR. M.\n4"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.2", "texte": "EDWARD ELGAR\n\nL'Angleterre est un des pays où la musique fut le plus anciennement honorée.\nElle donna naissance à Dunstable, l'inventeur de la polyphonie, à Byrd, l'ancêtre\nde la musique de clavecin, à John Munclay, qui le premier écrivit de la musique\nà programme, etc. Jusqu'à la mort de Purcell (1695) on peut même dire que\nl'école anglaise a pu, sinon rivaliser avec celles des autres pays, du moins sou-\ntenir la comparaison sans trop de désavantage (1): Mais, à partir de la fin clu\nxviie siècle, et jusqu'à nos jours, on serait bien en peine de signaler un seul\ncompositeur qui ait produit des œuvres d'un intérêt tant soit peu général. Quelle\nest la cause de cet arrêt si brusquement survenu ? Ce n est point le lieu de le\nrechercher ici. Par quel phénomène encore, après ce long silence, voit-on subi-\ntement, dans les dernières années clu xixe siècle, surgir un compositeur, et un\nseul, qui, à force de travail et de ténacité, parvient à produire des œuvres\nappréciées d'abord en Angleterre, puis au dehors, et à conquérir d'emblée, sinon\ndes admirations indiscutées, du moins l'attention et l'intérêt de tous ? Peut-\nêtre le recherchera-t-on quand M. Elgar sera entré dans l'histoire. Pour le\nmoment, il suffît de retracer ici, brièvement, la biographie de l'artiste, et de parler\nquelque peu de ses œuvres.\nLa vie de M Elgar, simple autant que laborieuse, commande l'intérêt et la\nsympathie. Edouard-Guillaume Elgar est né à Broadheath, près de Worcester,\nle 2 juin 1857. Son père, après avoir été employé dans une maison d'éditions\nmusicales de Londres, s'établit lui-même comme éditeur de musique à Worcester.\nEn même temps il était attaché à l'église (catholique) de Saint-Georges en\nqualité d'organiste. Il occupa ce poste pendant trente-sept ans ; il fut également,\nparaît-il, un remarquable violoniste. Le milieu où naquit et grandit notre\ncompositeur était, on le voit, on ne peut plus favorable au développement de ses\nfacultés artistiques.\nM. Edward Elgar manifesta de bonne heure ses dispositions musicales en\napprenant, seul ou il ne s'en faut guère, le piano, l'orgue, le violon, le violon-\ncelle et le basson (2). Il fit partie d'un quintette d instruments à vent, pour lequel\nil composa nombre de pièces. Néanmoins il avait été, ses classes achevées,\ndirigé vers les études juridiques, au régime desquelles il ne résista guère plus\nd'une année. Il commença sa véritable carrière comme instrumentiste dans divers\norchestres régionaux, voire comme soliste, puis comme pianiste et conducteur de\nl'orchestre et des chœurs du Worcester Glee Club. En 1879, il devient chef\n\n(1) On trouvera dans le premier volume de Y Histoire de la Musique, Iles Britanniques, de\nM. Albert Soubies, un excellent résumé de cette période de l'art musical en Angleterre.\n(2) Il apprit également la langue allemande, dans l'espoir d'aller achever à Leipzig son éduca-\ntion musicale."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.3", "texte": "EDWARD ELGAR\n\nattitré d'un orchestre local (qui donnait des concerts à l'asile des aliénés) et\nécrit pour cet orchestre des marches, des valses, des quadrilles. Plus tard nous\nle trouvons professeur de violon dans un institut d'aveugles, puis membre d'un\norchestre important à Birmingham. C'est là qu'en 1883 fut exécutée sa première\nœuvre sérieuse, un Intermezzo d'orchestre.\nLa personnalité de M. Elgar n est pas, à proprement parler, révolutionnaire.\nCe qui la caractérise, c est, plutôt que l'originalité de la matière, un esprit assez\nspécial de sérénité, de mysticisme et de tendresse. C'est là une tendance par\nlaquelle 1 auteur du Rêve de Gérontius s'apparente aux plus significatifs produc-\nteurs de l'époque actuelle. Une réaction, en effet, n'a-t-elle pas commencé à se\nproduire vers le calme, la joie, 1 ingénuité ? Plus de simplicité, moins de heurts,\nmoins de douleurs, une vie claire et libre, en un mot cette Joie, divinement belle,\nvers laquelle Beethoven avait clamé du plus profond de son désespoir, tel est\n1 idéal vers lequel s'efforcent les conquérants d'aujourd'hui comme ceux de\ndemain. Telle aussi nous apparaît la conception qui dut guider M. Elgar dans\nses dernières grandes œuvres.\nAvec de telles caractéristiques, l'art du compositeur s'affirme comme suffisam-\nment personnel, malgré la part très grande d'influences traditionnelles qu'on y\nobserve. Ces influences même sont surtout générales ; on les sent, mais le plus\nsouvent à 1 état de substratum, pour ainsi dire, et elles ne se traduisent que très\nrarement par des réminiscences directes. Certes, Bach, Haendel, Mendelssohn\nmême et avec lui Schumann, Liszt et Wagner aussi, ont contribué à former\nla pensée musicale de M. Elgar. Il a dû étudier très profondément les œuvres\nde César Franck. M. Richard Strauss également a pu exercer une influence\nsur lui, mais assez indirecte, et qui se traduit presque exclusivement par certains\nparallélismes de conception. Ainsi, on peut se demander si l'idée première des\nVariations, idée qu on lira plus loin, ne décèle pas une tournure d'esprit assez\nsemblable à celle de l'auteur de Zarathustra et de la Vie d'un Héros. Le pian du\nRêve de Gérontius n'est pas sans analogie avec celui de Mort et Transfiguration.\nMais, en somme, on ne trouvera nulle part, chez M. Elgar, d'asservissement à\naucune de ces influences. L'auteur doit aux études qu'il fit des œuvres de ses\ndevanciers son éducation générale, ses tendances, son « métier ». Mais en\nmême temps il manifeste, par la façon dont il a su profiter de cet enseignement,\nune personnalité artistique indiscutable. Ajoutons, à l'éloge de M. Elgar, qu'il\nn'a jamais reçu d'autre enseignement que celui-là. Aucun conservatoire, aucun\nmaître, aucun livre, n'ont contribué à orienter le compositeur : c'est exclusive-\nment dans les chefs-d'œuvre de toutes les époques qu'il a voulu trouver les\nprincipes de la beauté. Il tenta bien dans sa jeunesse, raconte-t-il (1), d'ouvrir\nles rébarbatifs traités de Catel et de Chérubini, ainsi que ceux de théoriciens\nanglais, mais comprit bientôt que l'étude directe des chefs-d'œuvre était la seule\nprofitable : « Mozart, dit-il, est le musicien de qui chacun devrait apprendre\nla forme. J ai une fois préparé du papier réglé pour un orchestre pareil à celui\nde la Symphonie en sol mineur, et écrit une Symphonie d'un égal nombre de\nmesures, en m'appliquant à employer des dessins thématiques analogues et les\nmêmes modulations... » M. Elgar étudia également, avec assiduité, les partitions\nd orchestre des symphonies de Beethoven, et en général toutes celles qui tom-\n\n(1) Dans une interview récemment publiée par le Strand Magasine."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.4", "texte": "EDWARD ELGAR\n\nbaient entre ses mains. Ce n'est que tout récemment, paraît-il (en 1900), qu'il lui\nfut donné de connaître celles de Wagner.\nUne aussi excellente méthode de travail, cette assimilation directe de la « sub-\nstantifîque moelle » des maîtres, à l'exclusion de tout procédé d'école, explique à\nla fois l'aspect franchement classique de la musique de M. Elgar et son indé-\npendance très réelle.\nM. Elgar reste avant tout un compositeur d'oratorios et de cantates, et plus\nspécialement de musique sacrée. Il n'a rien produit pour la scène, et publié rela-\ntivement peu d'oeuvres instrumentales ou même profanes. Celles de ces der-\nnières que j'ai pu connaître sont d'ailleurs moins significatives que les œuvres\nreligieuses, et il est même à remarquer que la pensée de M. Elgar semble ne\npouvoir s'épanouir et prendre toute son envergure que grâce àun texte. Telle\npage instrumentale pourra paraître d'une inspiration quelque peu courte ; mais\nil en est tout autrement dès que les voix interviennent surtout par grandes\nmasses, mais isolément même, et ne fût-ce que sous forme de simple récit.\nL'inspiration religieuse aussi semble la plus favorable à l'auteur du Rêve de\nGérontius et des Apôtres. Soutenue par une pensée d'adoration, sa musique de-\nvient plus expressive, plus éloquente, plus libre, et cela d'autant plus qu'elle\nest plus uniquement adorante et mystique. Ainsi, le Rêve de Gérontius, où l'ac-\ntion, la péripétie, en un mot l'élément extérieur, se réduit au minimum possible,\nest l'œuvre la plus parfaite, à mon sens, du compositeur, la plus une et la plus\npuissante. C'est donc bien, je crois, en obéissant à l'impulsion la plus spontanée\nde sa nature, et non point par occasion, que M. Elgar s'est consacré presque\nexclusivement aux grandes compositions religieuses.\nAvant pourtant de parler des oratorios de M. Elgar, il faut dire quelques mots\nd'une de ses œuvres orchestrales, assez importante matériellement et qui a no-\ntablement contribué à faire connaître à l'étranger le nom du compositeur, j'en-\ntends les Variations sur un thème original (op. 36). La pensée première en est\ncurieuse : d'abord, la dédicace nous apprend que les amis de l'auteur y sont\ndépeints. Le thème en est intitulé Enigme, et chaque variation porte en manière\nde titre soit des initiales, soit un prénom. L'une porte même des astérisques. Or,\nvoici les explications que donne l'auteur : «... j'ai esquissé dans ces Variations les\nportraits de mes amis (c'est, je crois, une idée nouvelle), ou plutôt, dans chaque\nVariation, j'ai cherché à voir le thème à travers la personnalité d'un de ces amis.\nJe ne sais pas si ce n'est point là une idée trop intime pour être publiée, mais c'est\nbien amusant (1). » Il paraît aussi que le titre A Enigme se justifie par le fait\nqu'au thème tel qu'il est écrit on peut superposer un autre thème, bien connu,\nmais qui n'est pas exprimé ici, et dont le compositeur a conservé le secret.\nEn 1882, M. Elgar devient directeur d'une société instrumentale d'amateurs,\nà Worcester ; en 188$ il succède à son père comme organiste de l'église Saint-\nGeorges et occupa ce poste pendant quatre ans. Depuis 1889 il s'est uniquement\nconsacré à la composition, et ne quitte ses travaux que pour diriger l'orchestre\nde la Société Philharmonique du Worcestershire, fondée en 1898, et qui compte\nà l'heure actuelle plus de 300 membres.\nLes premières grandes œuvres que M. Elgar publia et fit exécuter sont :\nl'ouverture de Froissart (op. 19, 1890), une cantate, le Chevalier Noir, poème\n\n(1) D'après le Musical Times du ier octobre 1900."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.5", "texte": "EDWARD ELGAR\n\ncTUhland traduit par Longfellow (op. 25, 1893), des scènes des Alpes de Bavière\npour chœurs et orchestre (op. 27, 1896), etc. Mais ce n est guère que par sa grande\ncantate Le roi Olaf(op. 30), exécutée au festival de Hanley en 1896, qu'il com-\nmença à être célèbre. Depuis, Caractacus (op. 35, 1899),1es Variations sur un thème\noriginal (op. 36, 1899), et surtout le Rêve de Gérontius (op. 38, 1900) ainsi que les\nApôtres (op. 49, 1903) ont répandu, non seulement en Angleterre, mais en Alle-\nmagne et en Amérique, la renommée de M. Elgar. A 1 heure actuelle, 1 oeuvie\ndu compositeur compte cinquante numéros, dont le dernier, publié il y a deux\nmois à peine, est l'ouverture d'orchestre intitulée In the South [Dans le Sud).\nAvec un bagage aussi considérable, il est étonnant que M. Elgar soit resté\njusqu'à présent aussi totalement inconnu du public français. Non seulement\nson œuvre représente un effort artistique des plus considérables, mais encoie\nil contient mieux que des tentatives. Qu'au milieu de l'inertie musicale de\ntoute une grande nationalité il se soit trouvé un seul aitiste capable d affii\nmer une volonté de produire et d être personnel, que cet artiste ait réussi,\nnon seulement à être prophète en son pays, mais encore à s imposer à\nl'Allemagne, si sceptique à l'égard de toute production du dehors, cela seul eût\ndû suffire à attirer et à retenir l'attention de tous. Mais, de plus, il est impossible\nde prendre connaissance, même superficiellement, des œuvres de M. Elgar sans\nêtre frappé par les qualités qui souvent s y manifestent, et sans se sentir poussé\nà les étudier de plus près.\nCertes, toutes ne sont pas également belles ; peut être aucune n est-elle par-\nfaite. Mais en toutes on sent un grand amour pour la musique (qualité plus rare\nqu'on ne le pense chez bien des compositeurs de n impoi te quel pays), une sensi\nbilité très réelle et point vulgaire, un don mélodique abondant en général,\njoint le plus souvent à une incontestable élégance d écriture, et enfin 1 horieur\nabsolue de tout pédantisme comme des effets faciles. Toutes qualités qui,\nréunies, constituent celle que 1 on doit par-dessus tout aimer chez un musicien .\nla sincérité.\nLes Variations qui ont été exécutées (avec succès) en divers pays le seiont cet\nhiver à Paris. Aussi ne convient-il pas de se livrer ici à une appréciationcritique,\navant la lettre, de l'œuvre que le public pourra bientôt jugei lui-même.\nPeu après, M. Elgar faisait paraître son Rêve de Gérontius, écrit sur un très\nadmirable poème du cardinal Newman. Si les précédentes cantates du compo\nsiteur, sacrées ou profanes, ne nous offraient guère autre chose que les élé-\nments quelque peu conventionnels et indifférents, académiques pourrait-on dire,\nqui sont l'habituel apanage du genre, il est juste au contraire de dire que cette\ndernière œuvre est singulièrement vivante et hardie.\nVivante, elle l'est par la beauté intrinsèque du poème, par la liberté de l'expres-\nsion musicale, par l'harmonieuse réalisation de 1 ensemble, par 1 émotion sur\ntout. Hardie, elle l'est par le mysticisme ingénu et souvent profond dont elle\nest pleine. On sent que l'auteur y a laissé parler librement son cœur. Aucune\npréoccupation étrangère àla pensée maîtresse, aucune recherche suitout des\nvains effets ne vient perturber ni sophistiquer la franche effusion de ce cœur.\nVoici, très résumée, la conduite du poème : Gérontius est près de mourir, et il\nprie. Autour de lui, le prêtre et les assistants répètent ses prières. Or, soudain il\nsemble à Gérontius que son âme enfin dégagée voyage, guidée par un ange,\nvers les régions éternelles... Au loin on entend des chœurs ironiques de démons,"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.6", "texte": "EDWARD ELGAR\n\npuis les chants des bienheureux, et l'âme réconfortée de Gérontius arrive devant\nle Juge, au milieu des chœurs de glorification.\nComme on le voit, c'est là une donnée exclusivement lyrique, où il n'y a pas\nd'action au sens habituel du mot, mais par contre une progression continue de\nl'intensité émotionnelle ; nul poème mieux que celui-là ne pouvait convenir à un\nmusicien. Mais il est d'une beauté si rare, que la tâche d'y associer de la musique\nqui en fût digne était fort ardue. M. Elgar, dont la muse ici s'est montrée vérita-\nblement sœur d'élection de celle du poète, est sorti vainqueur de l'épreuve. On\npourra peut-être faire sur son œuvre quelques réserves de détail, mais on ne\nméconnaîtra jamais la haute valeur, la réelle noblesse de l'ensemble.\nLe prélude (i) en est de coupe assez simple. Diverses idées musicales qui dans\nle cours de l'œuvre auront un rôle très important et formeront de véritables leit-\nmotifs y sont exposées tour à tour. La première, qui est très belle, nous trans-\nporte immédiatement dans une atmosphère mystérieuse et solennelle :\nUn peu plus loin, on trouve ce passage :\nd'une grâce incontestable, mais dont l'allure quelque peu banale contraste avec\nl'austérité du début.\nEntre ces deux thèmes se place un dessin qui exprime assez heureusement,\nme semble-t-il, l'élan de l'âme vers l'au delà :\n\n(i) Reproduit dans le Supplément musical de ce numéro."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.7", "texte": "EDWARD ELGAR\n\net qui est suivi d'une figure dont on remarquera la curieuse et jolie harmonisa-\ntion :\nM. Elgar adopte volontiers des thèmes très courts et très simples. A titre\nd'exemple, je signalerai encore celui-ci, auquel est associée l'idée de mal, et qui\nest utilisé dans la scène où interviennent les démons :\nD'une façon générale, on peut remarquer que de tels thèmes surtout dans\nle développement musical d'une œuvreoù manque l'élément scénique —ne seront\nde véritables et efficaces leitmotifs que s'ils sont très caractéristiques en eux-\nmêmes et présentés d'une façon qui les mette bien en relief. Dans le cas con-\ntraire, ils n'apparaîtront plus que comme des fragments de la trame sympho-\nnique, sans vie propre, et on s'en expliquera insuffisamment l'intervention con-\ntinuelle. Ici, on n'est pas trop tenté de formuler une telle critique. D'abord les\nthèmes sont en nombre restreint ; puis l'ensemble de l'œuvre est assez harmo-\nnieux, l'unité assez grande pour que tous les éléments se fondent, se complètent,\nparticipent à la vie de l'ensemble. M. Elgar fait volontiers entrer les voix en\nimitations canoniques, mais s'abstient en général de combinaisons polypho-\nniques trop ardues. Je mentionnerai le très admirable récitatif de l'ange (pp. 93\net s. de la réduction piano et chant) avec le chœur qui suit, et où la voix de l'ange\nforme ripieno. Dans la scène finale se retrouve une disposition chorale analogue,\nd'un effet plus colossal encore, et dont la lecture est à recommander fpp. 165 et s.).\nLes Apôtres sont une œuvre infiniment plus complexe. La donnée n'en offre\npas la même unité, et de plus il y a une diversité de décors, et surtout de péri-\npéties qui semblent en principe peu compatibles avec le raccourci inévitable\nd'interprétation que comporte la forme oratorio. Aussi faut-il tenir largement\ncompte de la difficulté que le compositeur avait à vaincre.\nVoici le plan de l'œuvre, dont le texte a été écrit par M. Elgar lui-même. Le\ncompositeur nous apprend d'abord (dans l'interview déjà citée) qu'il a voulu"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.8", "texte": "EDWARD ELGAR\n\ndécrire la naissance du christianisme, et particulièrement montrer les premiers\ndisciples du Christ sous un aspect plus simplement humain que celui qui leur\nest généralement attribué. Les premières scènes sont surtout lyriques. Des\nchœurs, puis l'ange Gabriel, louent le Seigneur ; l'orchestre évoque l'aurore qui\nluit sur le temple de Jérusalem. Dans le sanctuaire retentissent des actions de\ngrâces, puis les apôtres élus s'inclinent devant Jésus. La scène suivante est un\ncommentaire du début du sermon sur la Montagne (Les Béatitudes). Puis le réci-\ntant nous dit le voyage sur la mer de Galilée. Dans la tour de Magdala, Marie-\nMadeleine prie. La tempête se lève et s'apaise ; Jésus marche sur les flots.\nEnsuite nous sommes transportés à Césarée, puis à Capernaum, où nous\nvoyons grandir l'autorité de Jésus sur tous ceux qui l'approchent.\nLa deuxième partie décrit la trahison de Judas, Gethsémani, le Golgotha,\nl'ensevelissement et enfin l'Ascension. Mais toutes ces descriptions sont très\nsobrement réalisées : en général, l'auteur se borne à un court récit, à quelques\nfragments de scènes, ou encore à un commentaire confié aux spectateurs, ce qui\nlui permet d'éviter l interprétation trop directe, trop théâtrale, de son sujet.\nMais ce sujet n'en reste pas moins énorme de proportions, et on a l'impression\nque M. Elgar en a laissé dans l'ombre bien des côtés, que son œuvre, littéraire-\nment, reste incomplète. Ceci n'est pas pour faciliter l'appréciation de la musi-\nque ; de la lecture de la partition on garde malaisément une impression d'en-\nsemble, et on voudrait avoir entendu plus d'une fois les Apôtres avant de for-\nmuler un jugement quelconque. Les qualités manifestées dans le Rêve de Géron-\ntius apparaissent bien ici encore. Mais tout est plus touffu, plus scientifique,\nsemble-t-il. Les motifs sont nombreux ; ils sont très courts, reviennent très sou-\nvent, et ne paraissent pas toujours suffisamment typiques. L'auteur cède volon-\ntiers à la tentation de les présenter sous forme de progressions harmoniques, ou\nencore de les faire reparaître dans le même ordre de succession dans les mêmes\ntons, avec les mêmes harmonies. Ceci donne àla lecture une certaine impres-\nsion de monotonie : l'invention semble courte, on se prend parfois à souhaiter\ndes développements moins sommaires, moins prévus surtout. Mais, comme il a\nété dit plus haut, si la matière de ces partitions n'est pas toujours bien neuve,\nl'esprit en reste le plus souvent très personnel, et on y trouve de beaux accents.\nD'ailleurs, comme une lecture, si consciencieuse qu'elle soit, ne peut jamais rem-\nplacer l'audition des œuvres, je ne veux formuler que sous toutes réserves les\nappréciations que l'on vient de lire. Il est à souhaiter que bientôt des exécutions\nen France des oratorios de M. Elgar permettent au public de connaître ceux-ci\nmieux que par les présentes notes, qui ne prétendent qu'à donner quelques in-\ndications sur la curieuse et intéressante figure du compositeur encore ignoré en\nFrance.\nLes œuvres de M. Elgar sont publiées chez MM. Novello and C°, à Londres,\nqui me les ont très courtoisement communiquées.\n\nM.-D. CALVOCORESSI."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.9", "texte": "COURS ÉLÉMENTAIRE DE CONTREPOINT\n\nCours élémentaire de Contrepoint\n\n(i).\nI. - LE RYTHME ET LA TONALITÉ DANS LA MONODIE.\n(Des qualités que doit avoir un « chant donné ».)\nLa définition du contrepoint précédemment énoncée subordonne cette étude\naux notions de rythme et de mélodie.\nLe rythme, ordination proportionnelle des phénomènes sonores dans le temps,\nsuppose une comparaison possible entre ces phénomènes et a pour base par con-\nséquent toute différence appréciable entre deux ou plusieurs sons consécutifs. Des\nsons inégaux, soit endurée, soit en intensité, soit en acuité, sont susceptibles de\nconstituer un rythme dès que cette inégalité se reproduit périodiquement. Ils\nconstituent une mélodie lorsqu'ils présentent une inégalité déterminée et portant\nà la fois sur leur durée, sur leur intensité et sur leur acuité relatives.\nCette dernière relation (acuité, gravité des sons) est usuellement considérée\ncomme la relation mélodique par excellence, parce qu'elle joue en effet dans la\nmélodie un rôle capital qui nous intéresse plus spécialement encore au point de\nvue contrapontique. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'elle ne saurait en aucun\ncas être isolée des relations tout aussi nécessaires de durée et d'intensité.\nLe simple chant en rondes vulgairement appelé « chant donné » est assurément\nconstitué par des notes d'intonation différente ; mais il présente aussi des varia-\ntions d'intensité s'il est proféré par la voix avec son caractère expressif propre,\net des variations de durée au moins dans les arrêts provisoires qui séparent ses\nfragments ou périodes.\nUne période isolée, en effet, ne saurait à aucun titre constituer le chant musical,\nle seul qui puisse et doive servir au travail du contrepoint, pas plus qu'une note\nisolée ne saurait constituer de la musique. Deux périodes, deux fragments distincts\nsont un minimum nécessaire pour qu'un thème, digne de ce nom, présente le\nsigne expressif de tendance et d'accomplissement, d'action et de réaction insépa-\nrable de toute manifestation vitale, de même que la relation musicale ne se peut\nétablir avec moins de deux termes, c'est-à-dire de deux notes.\nDisons ici bien haut que nous entendons nous séparer totalement de cette pra-\ntique d'enseignement qui consiste à proposer à l'élève, sous prétexte d'exercice,\nune succession de notes improprement appelée chant et calculée seulement en\nvue d'appliquer une règle édictée, sans nul souci de la beauté mélodique et de\nl'intelligibilité musicale inhérentes à toute réalisation d'ordre artistique, si élé-\nmentaire et didactique qu'on la suppose.\nIl convient toutefois de distinguer deux catégories parmi ces successions inin-\nterrompues de rondes, qui fourmillent dans les traités de toutes sortes : les unes\nsont purement absurdes et antimusicales ; on voudra bien nous dispenser d en\nfournir ici des spécimens, dont le choix seul prêterait à une interprétation cri-\ntique incompatible avec le but et l'intention du présent essai ; quant aux autres,\nl'observation, même la plus superficielle, y révèle sur certains points un arrêt,\nune chute, une cadence possible et souvent nécessaire : ce ne sont donc en réa-\n\n(i) Suite. Voir la Revue du ier janvier igos."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.10", "texte": "COURS ÉLÉMENTAIRE DE CONTREPOINT\n\nlité que des juxtapositions plus ou moins conscientes de périodes diverses,\nséparables sinon séparées.\nUn chant comme celui-ci, par exemple,\nbien que l'auteur un professeur instruit et expérimenté Tait proposé à ses\nélèves en un seul contexte), présente cependant deux périodes distinctes, complé-\nmentaires l'une de l'autre par leur tendance tonale et par leui durée respective :\nune cadence suspensive à la dominante y apparaît à peu près nécessairement\navant la huitième note.\nEliminant ainsi toute succession mono-périodique de sons, nous appellerons\nthème (ou chant donné) une mélodie expressive complète, c'est-à-dire composée\nde sons consécutifs inégaux en durée, en intensité et en acuité, et groupés par\npériodes logiquement enchaînées dans une tonalité déterminée. Nous ne pour-\nrions citer d'exemple plus parfait que le théine du choral sur lequel Jean-Sébas-\ntien Bach écrivit sa dernière œuvre (1) :\nAu point de vue rythmique général, cet admirable thème se décompose en cinq\npériodes d'égale durée, présentant une symétrie réelle, dont l'accentuation ex-\npressive vient rompre perpétuellement la régularité, comme on peut le constater\npar la place différente des points d'appui ( ) nécessaires à l'exécution vocale,\ndans chaque fragment (2).\nLa répétition, indiquée par l'auteur pour les deux premières périodes, porte\n\ntiefer noth schreï ich zu dir ». OEuvres pour orgue de J.-S. Bach. Edition Peters,\nvol. VI, n° 13, p. 36-37.\n(2) La place de ces points d'appui, indiqués par des traits, n'est pas rigoureusement détermina-\nble, et nous n'aurions garde de proposer notre accentuation comme la seule bonne. Mais elle\nsuffit, croyons-nous, à confirmer que toute exécution, consistant à s appuyer sur les premiers\ntemps de chaque mesure de ce chant, serait inintelligente et ridicule. Ceci, du reste, ne saurait\nêtre mis en doute par aucun musicien."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.11", "texte": "COURS ÉLÉMENTAIRE DE CONTREPOINT\n\nleur total à sept, nombre symbolique choisi très probablement à dessein. Au\nsurplus, cette répétition est justifiée par le caractère de ces deux périodes [A et B)\nqui se suffisent à elles-mêmes et forment un tout complet, sorte de synthèse de\nl'œuvre.\nAu point de vue spécialement mélodique (relations d'acuité des sons), nous ne\nsaurions trop insister sur la proportion, constamment maintenue dans ce thème,\nentre les intervalles conjoints et disjoints, entre les formules ascendantes et des-\ncendantes.\nDe cette proportion, de cet équilibre, résulte principalement la beauté mélodi-\nque, laquelle ne saurait pas plus consister en successions ininterrompues de\nnotes voisines diatoniquement (ou chromatiquement), qu'en déplacements perpé-\ntuels de tierce, quarte ou intervalles plus grands, détruisant toute cohésion entre\nles sons.\n\"Enfin, au point de vue tonal, la tendance distincte et complémentaire de cha-\ncune des périodes de ce choral suffirait à le classer au premier rang parmi les\nmélodies de ce genre : la première période (A) marque une suspension, par une\nvéritable cadence mélodique vers la dominante, complétée par un retour conclu-\nsif sur la tonique à la fin de la deuxième (B).\nLes autres périodes, sorte de paraphrase explicative des précédentes, aboutis-\nsent : la troisième (C) à la sous-dominante (i), la quatrième (D) au relatif\nmajeur, et la dernière (E) au ton principal pour conclure définitivement.\nCe serait une erreur d'attribuer à ces déterminations tonales un caractère har-\nmonique, car le thème entendu seul, monodiquement, les comporte par lui-même:\nil affirme nettement dès ses premières notes les fonctions de dominante et cle\ntonique qui permettront d'apprécier l'ordre et le sens de toutes les évolutions qui\nsuivront. Etc'est, au contraire, par suite de certaines considérations relatives aux\nlois naturelles, que nous constaterons ultérieurement la possibilité de modifier\nles déterminations primordiales mélodiques, ici établies.\nNi la notion de tonalité en effet, ni celle de cadence qui en découle, ne sont\nl'apanage exclusif de l'harmonie: la tonalité n'est autre chose que l'ensemble des\nrelations musicales que nous apprécions par comparaison directe avec un point\nde repère invariable, ou supposé tel, appelé la tonique ; la cadence n'est qu'une\nformule destinée à marquer la convergence ou la divergence par rapport à ce\npoint fixe qu'est la tonique. Rien de tout ceci n'exige la simultanéité des sons.\nAinsi examiné dans ses éléments constitutifs, le thème du choral de Bach nous\napparaît comme une synthèse des plus hautes qualités mélodiques, comme une\nmagistrale application des principales lois qui doivent guider l'effort du contra-\npontiste, lorsqu'il tentera de construire une autre mélodie, aussi parfaite, s'il se\npeut, quoique différente, et susceptible en outre d'être entendue simultanément\navec celle-ci.\nDans une forme plus générale, ces lois peuvent être résumées ainsi :\nEquilibre dans la construction rythmique des diverses périodes ;\n\n(1) Il s'agit ici de la dominante et de la sous-dominante vulgaires, et non réelles. On sait en\neffet qu'en vertu de la symétrie des modes, ces fonctions sont réellement inversées dans le mode\nmineur :le la serait donc ici dominante (ou quinte grave), et le si sous-dominante (ou quinte\naiguë). Toutefois, comme l'explication de ce phénomène, d'ailleurs connu, ne saurait trouver\nplace dans ce travail, nous avons conservé les dénominations usuelles, en mineur comme en\nmajeur."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.12", "texte": "COURS ÉLÉMENTAIRE DE CONTREPOINT\n\nVariété dans la distance et le degré des points d'appui mélodiques, comme dans\nla succession des intervalles conjoints et disjoints ;\nUnité de l'ensemble, résultant d'une compensation perpétuelle entre la ten-\ndance tonale de chaque période et la tendance opposée ou complémentaire de\ncelle qui la suit ou la précède.\nAvant d'étudier les effets de ces lois dans le contrepoint auquel le « chant\ndonné » doit servir de guide et de modèle, il n'était sans doute pas inutile\nd'examiner dans ce chant lui-même leur mode d'application et leur fonctionne-\nment .\n(.A suivre.)\n\nAUGUSTE SÉRIEYX.\n\nMoussorgski ou Moszkowsky?\nCONSTANT ZAKONE.\nJe répondrai clans le prochain numéro de la Revue à la lettre que le\nDrNiemann m'a écrite au sujet de mon article : Ce qu'on sait en Allemagne de\nla musique française. L'espace me manque aujourd'hui. Et je dois aller d'abord\nau plus pressé.\nJ ai été tancé assez vertement par Willy (i) pour avoir cru E. de Solenière\ncapable de voir en Debussy un imitateur deMoszkowsky. ((Comment M. Zakone\nn'a-t-il pas compris qu'il s'agissait du Russe cher au musicien de Pelléas, le\npénétrant Moussorgski ?»Or je lis dans le Mercure de France du lerIer janvier 1905,\npage 165, cette sommaire appréciation:\nDans le courant de décembre fut joué en entier (à Monte-Carlo) un poème symphonique,\nJeanne d'Arc, de Moszkowsky, un Polonais né à Berlin*, déjà connu par des Danses espagnoles\npour piano, d'une inspiration exquise. Jeanne d'Arc est une œuvre austère et pompeuse, où l'on\nremarque la subtilité de sonorités étranges qui font déjà pressentir les hardiesses harmoniques\nde M. Claude Debussy.\nC'est peut-être bien là, comme le veut Willy, une « ânerie ». Mais si elle\ns'étale dans une revue aussi sérieuse et bien rédigée que le Mercure de France,\npourquoi n'aurait-elie pas figuré avec honneur dans un feuilleton de la Stras-\nburger Post ?\n(1) Revue musicale du ler janvier 1905, p. 25."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.13", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nLA PENSÉE MUSICALE\n\nI. — LA MUSIQUE ET LE LANGAGE DU SENTIMENT (du CoUrS du lundi).\nDeuxième leçon.\nVoici le programme que je compte parcourir et dont les grandes\nlignes ont été indiquées dans la première leçon.\nI. - INTRODUCTION (cours du lundi).\nA. - Introduction philosophique.\nDéfinition de la musique :\ni° La musique et le sentiment. La musique est-elle le langage immédiat\net adéquat de l'émotion? Discussion de la thèse d'Aristote et des mo-\ndernes qui l'ont adoptée ;\n2° La musique et l'imagination. Le langage musical use-t-il d'« images »,\ncomme le langage poétique, pour traduire l'émotion?\n3° La musique et la raison. La pensée musicale. Comment elle est\npossible et comment elle s'est formée. Essai d'analyse. Réponse aux\nobjections.\nLa musique considérée objectivement :\ni° Place de la musique parmi les 55 gammes représentant les phéno-\nmènes périodiques.\n2° Théorie physiologique : a) l'école de James ; b) Helmholtz.\n3° Lois acoustiques. Les principes élémentaires de l'harmonie."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.14", "texte": "4° Théorie mathématique. La gamme et ses diverses formes.\n5° La musique d'après le témoignage des grands musiciens. — D'après\nles philosophes allemands.\nSystèmes divers sur les origines de l'art musical :\ni° Système de Darwin. La musique est-elle un développement du\nchant ou des manifestations vocales par lesquelles, dans les espèces\nanimales inférieures et spécialement chez les oiseaux, le mâle cherche\nà séduire la femelle ?\n2° Système d'Herbert Spencer. La musique est-elle le développement\ndu cri et de tous les éléments instinctifs contenus dans le langage\nverbal?\n3° Système du Dr Bûcher. La musique et le travail social.\n4° Essai d'une explication nouvelle : la musique et la magie : a) rôle\nde l'incantation dans les sociétés primitives. La musique et les plus\nvieilles superstitions de l'humanité. Légendes populaires où un rôle\nmerveilleux est attribué à la musique, b) Pouvoir attribué à la musique\nde délivrer l'homme des mauvais esprits, d'attirer les esprits bienfaisants,\nde guérir les maladies, de conjurer les maléfices, d'évoquer les âmes,\nd'imposer certains sentiments, de rendre l'homme maître de certains\nphénomènes extérieurs ou de certains êtres, etc.\nB. — Introduction philologique (cours du jeudi).\ni° Organisation des études d'histoire musicale, en France, au\nxixe siècle.\na) Le Comité des Travaux historiques, créé par Guizot en 1834; le\nComité des Arts et Monuments (1837) et son programme d'histoire\nmusicale : instructions de Bottée de Toulmont pour l'étude de la musique\nreligieuse ; d'Ampère et de Vincent pour l'étude des mélodies populaires ;\nde De Coussemaker pour une histoire générale de la musique (projet\nde bibliographie par Ch. de Courcelles).\nb) Ce qui a été fait pour l'enseignement de la musique, durant le\nxixe siècle, dans les enseignements primaire, secondaire, supérieur. —\nL'histoire de la musique au Conservatoire.\nc)Progrès du goût public : transformation des concerts et introduction\nde l'esprit historique dans leurs programmes.\nd) Sociétés particulières ayant eu un programme d'histoire musicale.\ne) Principales publications relatives à l'histoire de la musique. Recueils\nd'anciens textes et travaux critiques. Ce qui a été fait pour musique\ngrecque, le plain-chant, Iancienne musique , la chanson popu-\nlaire."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.15", "texte": "20 Bibliographie critique et méthode.\na) Dictionnaires, encyclopédies, répertoires.\nb)Bibliographie critique de l'histoire générale de la musique en France,\nen Allemagne, en Angleterre et en Italie.\nc) Principes de critique musicale. , justification du plan\nadopté.\nII. - HISTOIRE.\nLes faits musicaux, leurs caractères intrinsèques, leur représentation\npar les monuments figurés, leurs rapports avec la vie sociale et l'histoire\ngénérale, seront étudiés dans un cours, qui, conventionnellement, sera\ndivisé en cinq périodes :\na) Les primitifs. - Monuments qui nous font connaître le rôle de\nla musique dans les plus anciennes civilisations. —• Les Orientaux.\nLa musique chez les Grecs et les Latins, jusqu'à la fin de l'Empire\nromain.\nb) Le moyen âge (musique religieuse et musique profane), jusqu'à la\nfin de la première école néerlandaise (1450).\nc)La Renaissance (jusqu'à la fin du xvne siècle).\nd) La musique moderne, de Bach et Htendel à la fin du xixe siècle.\nQu'est-ce que la musique ? Quelles sont ses origines ? Pourquoi\nl'homme est-il devenu musicien? Telles sont les questions que je crois\ndevoir traiter comme Introduction à l'histoire générale de l'art musical.\nAinsi que je l'ai annoncé déjà, je me propose de montrer que la\nmusique se différencie spécifiquement des autres arts par une manière\nde penser qui lui est propre et qui est aussi variée que celle du poète,\nsans pouvoir cependant être traduite avec des mots. Mais avant de cher-\ncher à établir cette thèse, je dois me débarrasser de celle qui croit\ndéfinir l'art musical en disant qu'il est « le langage du sentiment ».\nLa musique, avons-nous dit, est le langage direct de l'âme. Mais cette\nformule comprend bien autre chose que l'idée des émotions et de leurs\ninnombrables nuances. En réalité, dans toute composition qui n'est\npas un pur exercice d'école, le psychologue peut constater et distinguer\ntrois choses : 10 un état affectif (joie, tristesse, piété, etc...) ', 20 une oeuvre\nd'imagination consistant à chercher les symboles ou les images, qui,\npar association d'idées, peuvent représenter cet état, en éveiller, chez\nl'auditeur, le souvenir et le lui imposer ; 3° un acte spécial de la raison,\nune pensée. J'étudierai ces trois éléments dont l'oeuvre musicale est\nfaite, et, après les avoir analysés, j'essaierai de montrer le rôle très"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.16", "texte": "inégal de chacun d'eux. Pour le moment, il s'agit de prouver que le\npremier n'a pas le caractère et l'importance que, d'habitude, on lui\nattribue.\nLe musicien doit être ému pour faire une belle œuvre d'art, cela\nn'est pas douteux ; Beethoven affirmait que tous les sentiments,\nla colère,peuvent être des sources d'inspiration. On le plaisantait sur ce\nmot; on disait que sa gouvernante, qui était d'humeur acariâtre, devrait,\nen ce cas, toucher des droits d'auteur ! Mais, de ce que l'émotion est\nun point de départ nécessaire, il ne suit pas qu'elle trouve son expres-\nsion adéquate, en vertu d'une sorte de loi, dans les combinaisons so-\nnores qui constituent une symphonie. Une telle opinion est une chimère\nou ne peut résulter que d'un malentendu. Nier, ou restreindre à un\nminimum le privilège qu'on attribue à l'art musical d'exprimer directe-\nment l'émotion, c'est aller contre une croyance qui est généralement\nrépandue chez les amateurs, chez les professionnels eux-mêmes, et qui\ns'appuie sur de grandes autorités ; mais peu nous importe. On a dit\nque les livres que tout le monde s'accorde à admirer sont ceux que\npersonne ne lit plus ; peut-être aussi y a-t-il des idées que tout le monde\naccepte comme justes, parce que très peu de gens les discutent. Si,\navant de présenter des considérations qui paraîtront peut-être pa-\nradoxales, j'avais besoin de m'appuyer sur une grande autorité, j'in-\nvoquerais celle de Beethoven. Beethoven, attentif à « ce que YE\nlui inspirait et lui disait d'achever » (i), dit un jour à Gœthe que son\nplus vif désir n'était nullement de produire chez l'auditeur un état\nd'émotion plus ou moins trouble, mais de toucher son intelligence et\nd'être compris par lui. Il résume cet entretien dans une lettre à Bettina\nd'Arnim, et il ajoute : « L'émotion n'est bonne que pour les femmes\n(pardonne-moi) ; pour l'homme, il faut que la musique tire du feu\nde l'esprit(2). » Ces quelques lignes n'ont pas un poids inférieur à\ncelui de l'opinion que je vais examiner et essayer de réfuter.\nAristote l'a formulée avec le plus de netteté, et le fait que son opinion\nest celle de l'antiquité tout entière constitue, il faut le reconnaître, une\nobjection très sérieuse. Si nous démontrons, ou si nous croyons avoir\ndémontré qu'il y a là une erreur, nous serons évidemment tenus d'expli-\nquer comment une erreur aussi accréditée a pu se produire.\nVoici, en quelques mots, la doctrine d'Aristote. Comme tous les\nanciens, depuis Pythagore jusqu'à Boèce, il croit que la musique peut\n\n(1) Lettre à Schott, 17 septembre 1824,\n(2) Traduction de M. Jean Chantavoine [Con~espondance de Beethoven, Paris,\nGalmann-Lévy)."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.17", "texte": "jouer un rôle très efficace dans l'éducation, non pas parce qu'elle est\nun art d'agrément indispensable, comme nous le croyons aujourd'hui,\nà la culture d'un « honnête homme », mais parce qu'elle exprime et\nimpose à l'auditeur certains états d'âme, et que, par là, elle peut former\nYhabitus intérieur des jeunes gens, et même les pousser aux actions qui\nsont la conséquence de cet habitas. Les impressions du toucher, du\ngoût, de l'odorat, n'ont rien de commun avec les affections morales, et\nc'est pour cela qu'elles n'ont pas produit des arts distincts. Il en est\ntout autrement des impressions de l'oreille. Dans une œuvre musicale,\non trouve la reproduction d'un état d'âme. « Il y a des mélodies qui\nexpriment la colère, la bravoure, la continence, et, généralement, tous\nles caractères éthiques. » Ce n'est pas une expression obtenue à l'aide\nde signes plus ou moins conventionnels (ai mais une reproduction\nréelle et directe (piprim ç)(i) ; et, chose curieuse, un exemple cité par\nAristote à l'appui de ses idées est la musique d'Olympos, qui était\npurement instrumentale.\nDe telles idées, qu'on retrouve chez les Chinois, sont pour nous un\nobjet d'étonnement. Comment les Grecs ont-ils pu attribuer à la mu-\nsique une si grande exactitude dans l'expression morale, et, par consé-\nquent, un si grand rôle dans l'éducation pratique ? Avaient-ils une\nsensibilité plus fine et moins blasée que la nôtre? Le rythme de leurs\nmélodies ajoutait-il aux modes employés une vertu que nous ignorons ?\nVeulent-ils seulement parler d'effets très généraux ? Faut-il ne pas\nattacher plus d'importance à leurs affirmations qu'à celle des mo-\ndernes disant que le mode mineur exprime la tristesse et que le mode\nmajeur est plutôt gai? Ce qui m'inclinerait (outre cette dernière ana-\nlogie) à ne pas exagérer la valeur de textes pourtant très nets, c'est\nqu'il s'agit d'éducation. Nous-mêmes, aujourd'hui, quand nous rédi-\ngeons des « programmes », quand nous disons que tel exercice péda-\ngogique a une grande influence sur la formation du caractère, que l'étude\nde tels chefs-d'œuvre classiques est indispensable au développement\nde la conscience chez les enfants, que la littérature antique a une\nfonction moralisatrice, qu'elle est une source certaine de consolations\ndans les épreuves de la vie, etc..., nous disons des choses auxquelles nous\ncroyons sans doute et qui, certainement, ne sont pas inexactes, mais\ndes choses qu'il faut entendre d'une certaine façon, sans esprit géomé-\ntrique, parce que ce sont des demi-vérités, et qu'il faut y voir un vœu\n\n(i) Poétique, i ; Politique, viii, 5; Cf. Platon, Rép., ni, p. 401 ; Lois, 111, p. 673;\nPlut arque, De mus., 26... Cf. Gevaert et Vollgraff, Les problèmes musicaux <T Aris-\ntote (Gand, 1903), section H, p. 315 et suiv., où sont indiqués tous les textes.\n\nR. M.\n5"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.18", "texte": "généreux, un idéal entrevu, plus que des faits d'observation... N'oublions\npas cependant qu'Aristote ne parle jamais par peu près !\nQuoi qu'il en soit, pour faire l'examen critique de cette doctrine, nous\nsommes obligés de considérer comme non existante la musique grecque,\nfaute de documents. J'ajoute que si nous possédions les œuvres mêmes\ndes musiciens grecs, nous ne serions guère plus avancés. Si nous avions\ndes mélodies nombreuses et intactes, il faudrait savoir comment elles\nétaient chantées et de quelles évolutions, de quelle mimique on les\naccompagnait. Si nous avions des instruments authentiques, il faudrait\nsavoir comment on en jouait.\nHeureusement pour la discussion, la thèse d'Aristote a été reprise\npar les modernes. D'abord, les théoriciens du moyen âge reproduisent\npresque tous avec tranquillité, sans l'ombre d'une préoccupation cri-\ntique, les anecdotes relatives aux effets merveilleux et traditionnels de\nla musique, et, par là, semblent affirmer, implicitement, son pouvoir\nd'expression. (Voir surtout, dans les Scriptores de Gerbert, au t. 11, p.\n392, le témoignage d'Egidius de Zamora, et au t. 111, p. 334, celui\nd'Adam de Fulda). Mais il ne s'agit pas de savoir si la musique peut\nproduire des émotions. Nous trouverons plus de prise sur une idée qui\nest souvent formulée avec intransigeance par plusieurs écrivains alle-\nmands (1) et qui est passée en quelque sorte à l'état de lieu commun.\n« L'organe du cœur, dit R.Wagner, est le son; le langage artistique et\nconscientoùle cœur s'exprime,c'est la musique. » Ambros ditqu'« autant\nle musicien est incapable de peindre un objet matériel, autant il excelle\nà exprimer les états psychiques » (Seelerrpustànde). Schiller, par une\nerreur évidente, va encore plus loin: il dit que le poète exprime l'intel-\nligence ( Geist), mais que « Polyhymnie » seule exprime Les Alle-\nmands se servent assez souvent d'un mot qui est la tra-\nduction littérale du mot pay/jcnç employé par Aristote. Nous pouvons\ndonc sans inconvénients transporter cette opinion dans le domaine de\nl'art moderne et la soumettre à l'épreuve d'une confrontation avec des\nœuvres qui nous sont familières.\nJe signalerai d'abord comme caractéristique le mélange de hardiesse\net d'imprécision que l'on trouve assez souvent dans l'exposé de ces idées\nqu'on peut rattacher aux théoriciens grecs, ou plutôt dans l'affirmation\npure et simple qui, communément, les résume.\nL'impossibilité où l'on est de montrer une ressemblance réelle entre\nun sentiment et un son a donné lieu à une terminologie vague, contra-\n\n(1) Les philosophes de l'Ecole de Hegel, ceux qui représentent ce qu'on appelle\n1' « inhaltliche Musikâsthetik », les adversaires de Hanslick, etc."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.19", "texte": "dictoire, que les écrivains les meilleurs emploient sans embarras, comme\ns'ils s'entendaient eux-mêmes, mais qui trahit une lacune manifeste et\nune grande impuissance à la combler. En français, on dit que la mu-\nsique exprime, traduit, représente le sentiment, et chacun de ces mots,\ntrop négligemment admis, aurait besoin de longs éclaircissements, car\nil n'y a rien de plus vague que le mot « expression » en matière d'art.\nChez les esthéticiens allemands, c'est bien pis ; et je n'ai pas cru sans\nintérêt, en les lisant, de noter les termes dont ils se servent pour\nrésoudre ou pour éluder la difficulté précise que je signale.\nLa musique est le langage des émotions (Kant), 1 du sentiment\n(Hegel). Tour à tour elle représente ( ), elle saisit (erjasst), elle\nrévèle [kundthuet),elle proclame (verkundet), elle appelle au dehors,\n(hlervorruft), elle exprime (sie driickt ), elle parle de ( v0n...),\nelle reflète (iviederspiegelt), elle répète en écho ( ), elle peint\n(abbildet), elle éclaire ( offenbart), elle raconte elle rend\ngiebt), elle désigne [geichnet]la vie sentimentale. Helmholtz lui-même,\nnous le verrons plus loin, n'est pas plus clair. Il y a là un certain\npathos.\nDans le sujet qui nous occupe, la musique de théâtre doit être laissée\nde côté. Les opéras semblent offrir un répertoire extrêmement riche à\ncelui qui veut étudier l'expression des états affectifs, puisqu'ils ont à\ntraduire les sentiments les plus vifs et les plus variés ; mais comme le\nlangage des sons y est toujours uni au langage des mots, il faut prendre\ngarde, dans l'interprétation de la mélodie et de l'orchestre, de céder à\nl'influence de ce qui est purement verbal, de voir la musique à travers\nle livret et de prendre des idées littéraires pour des idées musicales.\nVoici un exemple de ces confusions. J'ai dit qu'il n'y a pas d'ironie en\nmusique. Plusieurs personnes, dont deux compositeurs dont j'estime\ntrès haut le talent et l'autorité (i), m'ont fait l'honneur de m'écrire en\nm'objectant l'accompagnement de la sérénade de Don , certaines\npages du rôle de Méphistophélès dans , etc... Bien que l'objection\nsoit faite par des musiciens professionnels, je ne crois pas pouvoir l'ad-\nmettre. L'accompagnement de la sérénade de Don Juan, considéré en\nlui-même, comprend au début: i° un dessin qui est l'analyse de l'accord\nparfait de ré H majeur ; 2° la reproduction de ce dessin à la sous-domi-\nnante ; 3° un troisième dessin qui analyse l'accord de septième de\ndominante et l'accord parfait de tonique sur lequel il fait sa résolution.\nRien n'est plus normal, je dirai même plus franc. Aucune malice en\ntout cela ! Que reste-t-il qui puisse éveiller l'idée d'« ironie »? Le piqué\n\n(i) M. Alfred Bruneau, M. Arthur Coquard."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.20", "texte": "des. notes ?... Mais, pour l'interpréter ainsi, il faut faire intervenir l'idée\ndu caractère de Don Juan, imaginer entre l'air et l'accompagnement une\nopposition de sens, etc... Et c'est là une vue de critique littéraire.\nDégageons-nous donc de toute influence étrangère, pour rechercher\nsi l'art musical peut réellement traduire l'émotion, et dans quelle\nmesure il la traduit.\nOn est allé jusqu'à dire qu'à chaque sentiment correspond un son\n(vocal) qui lui est propre, et que la musique fait sien. Il y aurait donc,\nsi cette opinion est vraie, une sorte de pour la représentation\ndu sentiment, comme il y en a un pour la représentation des objets\nmatériels, et ce trompe-l'œil serait la musique ? Le musicien aurait,\nen son genre, et grâce aux moyens qui lui sont propres, une exactitude\net une précision analogues à celles du photographe ? Cette conception\nn'est pas artistique. Elle supprime tout ce qui, dans l'art de combiner\nles sons et les mélodies, est inventé, original, intéressant ; elle rend\nmême l'art inutile. Peut-être même le rend-elle déplaisant. Je remarque\nqu'au théâtre, les chanteurs qui s'efforcent de jouer leurs rôles en rap-\nprochant l'opéra le plus possible du drame ou de la comédie, et qui\nemploient tous les procédés pouvant donner l'illusion de l'émotion\nvraie (attaque de la note en-dessous, ports de voix, mépris delà mesure,\nsubstitution du cri à la note musicale, hoquet, respiration haletante, etc.),\ndonnent une impression désagréable, pénible, antimusicale. Ces procé-\ndés les rapprochent pourtant de l'émotion réelle ; le bel , le « style »\nles en éloigne. Je remarque en outre que la plupart des genres direc-\ntement imitatifs (le mime, l'atellane, la farce, etc...) n'ont pu devenir\ndes œuvres d'art qu'en se transformant.\nSi la musique se bornait à traduire, avec l'exactitude qu'on lui prête,\nles sentiments vrais, tels qu'ils sont, elle ne produirait nullement cette\naction profonde et troublante qui est la sienne. Nous reconnaîtrions\nsimplement, dans son langage, des choses qui nous sont familières et qui\nne nous apprendraient rien de nouveau. Ainsi deviendrait impossible\nà expliquer l'état d'esprit spécial que nous lui devons et qui est Y admi-\nration, au sens classique du mot. Comparez l'attitude du public dans\nun musée de peinture, et celle du public dans une salle de concert où\non exécute une symphonie de Beethoven. Devant des tableaux, des\nportraits, des paysages, des scènes tirées de la vie bourgeoise ou popu-\nlaire, le public est parfaitement à son aise : il se trouve chez lui, il saisit\nsans effort l'effet que l'artiste a voulu produire; il discute avec une\ncompétence très suffisante la ressemblance des images, la vérité des\nphysionomies, des costumes et des gestes, l'exactitude du dessin et\nde la couleur. Comment se comporte-t-il en entendant une grande"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.21", "texte": "symphonie ou un quatuor? Son attitude devrait être la même, si la\ndoctrine que je discute est juste, puisque, par hypothèse, la musique\nexprime, répète, reproduit « en écho », traduit au dehors, etc., des\nsentiments que nous avons déjà éprouvés. Or, il n'en est pas ainsi.\nLe public ne perçoit que d'une façon vague et très confuse le rapport\nde ce qu'il entend avec ce qu'il ressent habituellement ; il est touché,\nremué, intéressé, mais il est loin de se reconnaître dans ce qu'on lui\ndit : il cherche à établir un lien d'analogie entre la mélodie ou les timbres\nde l'orchestre et ses états psychiques antérieurs, mais il n'y arrive\nqu'imparfaitement et par intermittence ; encore y arrive-t-il par un\nacte de sa fantaisie propre et variable, non en vertu d'une loi de per-\nception. Il flotte dans un monde indécis de sensations, de souvenirs,\nde tendances sympathiques, d'associations d'idées, où la curiosité de\nl'intelligence désireuse de se rendre compte joue un bien plus grand\nrôle que la mémoire. Il se sent en présence d'une énigme à déchiffrer.\nEn un mot il est étonné. Cela vient de ce que la musique lui apporte\nquelque chose de nouveau, qui dépasse et déroute son expérience.\nEt on ne conçoit pas qu'il puisse en être autrement. Le compositeur\nlui-même est souvent étonné de ce qu'il vient d'écrire. Il lui arrive de\nprendre, comme point de départ de son travail, l'idée d'un effet esthé-\ntique possible, et de n'apercevoir qu'après coup le rapport exact de la\nformule trouvée avec tel sentiment. J'aurai occasion de le montrer par\nquelques fragments des lettres de Wagner à Mathilde Wesendonck.\nUn critique est allé jusqu'à dire que « les lois du sentiment sont aussi\ncelles de la musique » (i). Personne n'en sait rien, attendu que les lois\ndu sentiment sont très imparfaitement et très incomplètement connues.\nQuel rapport d'analogie y a-t-il entre l'émotion et les coupes d'une com-\nposition classique? la carrure des phrases? la symétrie des périodes?\nle choix des divertissements formant transition entre les idées princi-\npales ? Quelle analogie entre l'émotion et le développement d'un thème ?\nla simple reproduction, à la quinte supérieure, d'un sujet? l'imitation,\nle renversement, ou la reprise à rebours d'une partie ? Comment expli-\nquer, par le sentiment seul, qu'une des lois les plus générales de l'écri-\nture musicale soit la marche simultanée de plusieurs parties par mou-\nvement contraire? Quelle loi delà sensibilité se trouve appliquée dans\nla construction d'une fugue ou d'un canon ?dans l'emploi de la gamme?\ndans celui de la mesure et des notes de durée précise?\nToute œuvre musicale est une construction; et toute construction\nsuppose une méthode, un plan, une logique. Or, le sentiment pur, s'il\n\ni) Ferdinand Hand, Aesthetik der Tonkunst (i 837), I, p. 88."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.22", "texte": "est considéré en dehors de la pensée, répugne, par nature, à tout cela,\npuisqu'il est étranger à la logique. C'est, par rapport à la méthode et à\nl'idée de plan, un élément d'incohérence et un dissolvant. Dire, comme\nl'a fait Hand, que la musique trouve là son modèle ( Vorbild), c'est dire\nun non-sens musical.\nLa musique n'est pas un miroir où se reflète un sentiment banal ;\nelle est l'acte d'un esprit spécial, intervenant avec un pouvoir inat-\ntendu, étrange, presque miraculeux, pour créer une manière de sentir\nqui, sans elle, n'existerait pas. C'est ce qui fait qu'il y a tant de gens\nqui se déclarent « profanes » en matière musicale, alors que si peu de\ngens se récusent pour juger la valeur d'un portrait peint à l'huile, ou\npour apprécier le talent d'un mime. C'est ce qui fait aussi que certaines\npersonnes, nullement dépourvues de sensibilité, sont absolument fer-\nmées à la musique; car il y a des hommes et des femmes, il faut bien\nle reconnaître, pour qui l'exécution d'une sonate ou d'une fugue, celle\nmême des œuvres les plus faciles, n'est qu'un bruit plus ou moins\nintense, accompagné d'un mouvement des doigts plus ou moins ra-\npide.\nSi la musique ne faisait qu' « imiter le sentiment », il suffirait d'être\ndoué de sensibilité et de faire quelques études techniques pour devenir\nnon seulement un auditeur compétent, mais un excellent compositeur.\nOr, tout le monde a connu des amateurs qui ne pouvaient arriver ni\nà écrire une page passable, ni même à être des exécutants corrects, et\nqui cependant poussaient la sensibilité jusqu'à ne pouvoir entendre une\nphrase de Mozart sans verser des pleurs d'attendrissement. Il y a, dans\nl'histoire, un exemple typique de ce cas: c'est celui de J.-J. Rousseau.\nRousseau était l'homme sensible par excellence. Sur ses contemporains\net sur ses disciples il a exercé, par le sentiment, une influence que je\nn'ai pas à rappeler. Il semble que les larmes qu'il a versées, sous le coup\nde l'émotion produite en lui par certains spectacles ou certaines idées,\naient ruisselé sur la fin du xvme siècle et sur tout le xixe pour y\ncréer un de ces « grands courants » dont parle M. Brandès ! Il a aimé la\nmusique avec obstination, il a voulu composer. Il n'a jamais pu être un\nvrai musicien. Il était prisonnier de sa sensibilité. Il lui était impos-\nsible de s'en dégager et de la dominer. Sa grande erreur fut de croire\nqu'il était musicien parce qu'il avait l'émotion de la musique, de même\nqu'il se crut vertueux parce qu'il avait l'émotion de la vertu. Berlioz\nétait bien plus sensible que Bach et que Haendel ; il n'est cependant pas\nleur égal comme compositeur.\nEnfin, si la musique se bornait à traduire les états affectiis, on ne\nvoit pas ce qui la distinguerait des autres arts, et surtout de la poésie."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.23", "texte": "En rapportant tout au sentiment, accumulez, pour le plus grand éloge\nde la musique, les propriétés et les fonctions les plus expressives, les plus\ndélicates, les plus énergiques, les plus étendues au point de vue social;\nrappelez que la musique est maîtresse de notre sensibilité et de toute\nnotre vie intérieure ; qu'elle n'est pas seulement une créatrice, mais\nune interprète fidèle d'états psychiques, pouvant exercer une influence\ndangereuse ou très bienfaisante sur les moeurs : il n'est pas un seul de\nces titres d'honneur que le poète n'ait le droit de revendiquer. En quoi\nle compositeur sera-t-il distinct du littérateur? Bien plus, les arts plas-\ntiques eux-mêmes pourront se reconnaître dans le portrait ainsi tracé\ndu musicien. Le sculpteur avec le marbre, le peintre avec les couleurs,\nnous révèlent très bien le sentiment. Un portrait de Van Eyck ou de\nTitien, une Niobéantique, comme une de Musset, paraissent être,\npour l'expression du sentiment, aussi bien que pour la beauté, des\nlimites. Nous n'aboutirons donc nullement, par cette voie, à isoler\nl'objet de nos études.\nTels sont les premiers arguments que tirent le bon sens et l'observa-\ntion d'une analyse très sommaire des éléments essentiels de l'oeuvre\nmusicale. Il en est d'autres, plus décisifs, que fournit l'analyse du\nsentiment lui-même.\nSelon une remarque de Darwin,qui a étudié la question avec une admi-\nrable impartialité, les sentiments exprimables en musique d'une façon\nnette et reconnaissable sont en réalité très peu nombreux. Ils se ramè-\nnent tous à quelques types assez indistincts. Un célèbre critique vien-\nnois, Hanslick, a donné, comme explication de ce fait, que le sentiment\nest toujours lié à un concept, et que la musique, ne pouvant pas expri-\nmer le concept, est par conséquent incapable d'exprimer le sentiment.\nCette raison n'est pas la bonne, car il y a des états affectifs purs, indé-\npendants, autonomes (i). C'est ailleurs qu'il faut chercher de vrais\narguments de principe.\nIl y a quatre domaines où l'on peut étudier l'émotion et qui consti-\ntuent une série allant du très compliqué au très simple. Le premier,\nc'est celui où travaillent le poète épique, l'historien, le romancier (romans\nd'aventures), appliqués à étudier les effets (crimes, guerres, actions hé-\nroïques, etc.) de l'émotion. La matière est presque infinie. Elle se\nrestreint un peu, si de l'étude des actes on passe à celle des manifesta-\ntions instinctives. Cependant, le dessinateur, le caricaturiste, le peintre\nqui veulent étudier et « reproduire » les perturbations provoquées\n\n(i) V. Ribot, Psychologie des émotions, p. 7."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.24", "texte": "dans l'habitus extérieur du sujet par l'émotion, se trouvent en présence\nd'une grande variété de formes : ils n'ont qu'à se transporter, avec un\nappareil de photographie instantanée, dans une maison d'aliénés, dans\ndes hospices et des asiles spéciaux, pour glaner sur l'expression faciale\ndes sentiments, des documents variés, précis, très nombreux. Si, de\nl'habitus extérieur, on passe à l'observation des phénomènes organiques\net profonds produits par l'émotion, tout se simplifie (relativement) ; on\nconstate que les effets du sentiment se traduisent surtout par des varia-\ntions quantitatives dans chacune des fonctions normales : le cœur bat\nplus ou moins vite, les vaisseaux se resserrent ou se relâchent, les sé-\ncrétions s'exagèrent ou se tarissent. A l'aide d'appareils ingénieux (appa-\nreils enregistreurs de Marey, de François Franck, de Potain, de Hallion-\nComte), on peut préciser chacune des variations du pouls, du cœur, de\nla respiration, et tous les troubles circulatoires : on mesure la pression\nartérielle, qui, lorsqu'elle augmente, est liée à un surcroît d'apport\nsanguin et d'activité dans le cerveau, et qui, lorsqu'elle s'abaisse, est liée\nà des phénomènes contraires (1). —Si enfin, des troubles organiques, on\npasse à l'observation psychologique, on se trouve en présence de phéno-\nmènes beaucoup plus simples encore : ce sont des faits de conscience\nqu'aucun appareil ne peut mesurer et qu'on ne peut connaître que par\nla conscience elle-même. En tout cela, où peut prendre place la\nmusique ?\nQue trouve-t-elle à « imiter » ?\nSimplement ceci :\nL'accélération, le ralentissement ou l'équilibre, l'état moyen d'acti-\nvité que l'émotion produit en nous. Notre force vitale et morale est\nassimilée, par les physiologistes, à une sorte de capital intérieur qui est\nen état de rénovation perpétuelle et qui, sous l'influence du sentiment,\nsubit des pertes ou fait des recettes. Un état affectif, quel qu'il soit\n(qu'il s'agisse d'une névralgie ou de la douleur qu'exprime Michel-\nAnge dans ses Sonnets), se ramène à une exaltation ou à une dépres-\nsion de l'énergie. C'est surtout cela que la musique peut « rendre », par\nl'intensité des sons, et surtout par le choix des mouvements ; et les\nseuls caractères vraiment expressifs ou « imitatifs » au sens réaliste\ndu mot d'une symphonie, sont peut-être ceux qu'indiquent les divi-\nsions mêmes de l'œuvre : Adagio, Allegro, Andante, Vivace (2) Il\n\n(1) Ch.-A. François-Franck, Cours du Collège de France (Paris, Doin, 1904),\np. 46-58.\n(2) Beethoven, je le sais, trouvait absurdes ces dénominations ; mais il voulait les\nremplacer par des indications de métronome (Lettre au Conseiller v. Mossely 1817)."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.25", "texte": "semble bien que les musiciens classiques de l'ancien régime aient ainsi\ncompris leur art. Aujourd'hui, les compositeurs aiment à multiplier\nles indications de nuances; ils en accumulent quelquefois quatre ou\ncinq sur une même mesure et ils enrichissent chaque jour leur vocabu-\nlaire de nouveaux termes pour désigner le sentiment qu'ils ont voulu\ntraduire. C'est là un signe caractéristique des œuvres modernes ; et\nje crois que cette tendance, si elle s'accentuait, finirait par entraîner\nla musique dans un domaine qui n'est plus le sien et par l'y dissoudre.\nAutrefois, rien de semblable. Dans les manuscrits de J.-S. Bach, on ne\ntrouve d'autres indications que celle du « temps ». Les maîtres de\njadis semblent s'en être tenus à la vieille définition : est\nbene modulandi.\nEt c'est peut-être ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus musical.\nQuitter ce point de vue très général pour chercher des précisions, c'est\ntomber dans un système de critique où les considérations purement lit-\ntéraires viennent jouer un rôle inadmissible.\nOn connaît la prière de Guillaume Tell, quand il embrasse son fils\npour la « dernière fois » ; on connait aussi la belle phrase que chante\nEscamillo à Carmen avant d'entrer dans le cirque :\nCe sont deux groupes de formules qui, au point de vue purement\nmusical, offrent certaines analogies, mais où le sentiment n'est pas de\nmême qualité : si on les entendait toutes les deux sans les paroles, sans\ntenir compte des personnages, de la situation, du sujet de la pièce, serait-\non en état, comme le veut la doctrine aristotélicienne, de distinguer\nl'amour d'un père pour son fils, et l'amour d'un toréador pour une\ncigarière?\nAu début du 2e acte de Lohengrin, R. Wagner nous montre deux\ncriminels, Ortrude et Frédéric, dont l'ambition vient d'être démasquée,\net qui sont comme abîmés dans la honte et le désespoir. Au point de\nvue mélodique et instrumental, la formule employée par le composi-\nteur a plusieurs analogies avec celle dont s'est servi Berlioz pour ex-\nprimer l'ennui de Faust dans son cabinet de travail. Et pourtant, quelle\ndifférence de qualité entre les deux sentiments !\nVoici la charmante ouverture de la Flûte enchantée. Quel sentiment\ndevons-nous reconnaître dans la fugue qu'elle contient? l'irritation de\nmarchands qui se disputent ? un bavardage de commères parlant\ntoutes à la fois? une libre expansion de joie dans un jeu d'adresse?"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.26", "texte": "J'indiquerai en terminant des opinions un peu différentes de celles\nque je viens d'examiner, et qui vont nous servir de transition pour la\nseconde partie de cette étude.\nQuelques esthéticiens ont pris un biais et attribué à la musique le\npouvoir d'exprimer, non pas l'émotion réelle, mais ses « analogues »\n(Riemann, Wundt); ils ont dit qu'elle traduisait des sentiments fictifs,\nScheingefiïhle (Ed. de Hartmann), des sentiments d'imitation,\nmungsgefuhle(Karl Groos). D'après cette dernière doctrine, la musique\nne nous donnerait pas la réalité, mais la contrefaçon du sentiment; une\nsorte de vie psychique en simili...\nPour préciser la différence qui sépare les sentiments fictifs ou d'appa-\nrence (,Scheingefiïhle)et les sentiments réels, on nous propose l'exemple\nsuivant. Vous lisez un roman qui provoque en vous certaines émotions.\nCes émotions sont, en quelque sorte, abstraites ; elles n'ont ni la pro-\nfondeur, ni la durée, ni l'intensité de celles qu'on éprouverait, dans la\nvie réelle, devant les objets correspondants. Ce sont des Scheingefiïhle\n(Hegel, de Hartmann) ; ils constituent le domaine de la musique.\nMalgré l'autorité de M. Hartmann, qui a développé cette thèse, je ne\ncrois pas qu'elle soit plus acceptable que l'autre et qu'elle échappe aux\nmêmes objections. Entre les deux catégories d'émotion, il n'y a qu'une\ndifférence de degré ; qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre, la difficulté\nreste la même.\nLes considérations qui précèdent semblent avoir frappé certains cri-\ntiques, mais les ont conduits à une conclusion qui n'est nullement la\nnôtre. C'est, j'imagine, en désespoir de cause, et par une conséquence\ndu point de vue trop étroit où ils s'étaient placés, qu'obligés de con-\nclure, après une série d'éliminations nécessaires, les uns ont dit : « la\nmusique est un systèmes <Xarabesques » (Hanslick) ; les autres : « elle\nest un jeu », ou, plus radicalement encore : « elle est la succession pure »\n(Siebeck). Etrange idée ! une « succession pure » peut-elle être autre\nchose qu'une abstraction vide de sens et d'intérêt ?\nii y a un autre aspect de l'art musical qu'il faut mettre en lumière. Il\ny a un autre principe qui permet de retrouver la vie de la musique, sa\ngrande puissance d'expression et d'émotion. La musique n'est pas,\nne peut pas être, le langage adéquat du sentiment ; mais elle traduit le\nsentiment par une voie infiniment plus belle, plus riche en ressources\net plus intéressante que celle de l'im directe; c'est ce que j'es-\nsaierai de montrer dans la prochaine leçon.\n\nJULES COMBARIEU."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.27", "texte": "CONCERTS\n\nConcerts et Théâtres.\n\nCONCERTS CHEVILLARD.\nC. Z.\n— 18 décembre.\nAprès la gracieuse ouverture de la\nFiancée de Messine, de Schumann, l'éner-\ngique Wallenstein de V. d'lndy a relevé les\nattentions somnolentes. Que d'animation,\nde couleur et d'esprit dans ce Camp de\nWallenstein ! L'épisode sentimental de\nThécla joue le rôle d'andante, entre ce\nbrillant premier mouvement et le sombre\nfinale, la Mort de Wallenstein. Exécution\nmerveilleuse, par la précision et la finesse,\nde cette musique éclatante de jeunesse et\nde santé. Le Concerto en ré mineur de Haendel, pour instruments à cordes, est\naussi remarquablement interprété. Mme Bressler Gianoli chante honnêtement un\nair de Pamde ed Elena, de Gluck, et deux mélodies de Saint-Saëns.\n\nMAURICE FOURRIER.\n25 décembre. Le programme de M. C. Chevillard nous permit d'applau-\ndir la Symphonie en sol mineur (le premier mouvement me semble avoir été pris\navec une lenteur contraire à l'esprit de ce morceau), Y Adagio et Fugue (pour le\nQuatuor à cordes), les ouvertures de Don Juan, des Noces de Figaro et de la\nFlûte enchantée, excellemment exécutés par l'orchestre ;le Concerto enmi bémol à\ndeux pianos, où MM. Louis Diémer et Lazare Lévy montrèrent leur habituelle\net impeccable correction ; les airs de Dona Anna et de la Comtesse des Noces de\nbigaro, adorablement chantés par Mlle Jeanne Raunav, une de nos rares can-\ntatrices dont le talent soit assez expressif pour pouvoir aborder avec succès\nl'interprétation du lied ;et enfin le Larghetto, extrait du Quintette pour clari-\nnette et instruments à cordes. Le clarinettiste M. Lefebvre fut longuement accla-\nmé, et c'était justice. Impossible de jouer cette page délicieuse avec un son et dans\nun style plus exquis.\n\n/erjanvier. Concert Beethoven.\n8 janvier. Mort et Transfiguration (Tod und Verkloerung), de Richard\nStrauss, est probablement son chef-d'oeuvre. Le sujet, qui est le mythe de la\ndélivrance de l'âme après la mort, donne un plan beaucoup plus simple que celui\nde Till VEspiègle ou de Zarathustra ; et la virtuosité qui dépare un peu la Vie du\nHéros ne se rencontre pas ici. Dès le début, on devine une œuvre sérieuse et sin-\ncère, à ce rythme étouffé, haletant, comme la respiration d'un malade, que suit\nun chant de clarinette, si simple en sa tristesse. Après une lutte où s'acharne le\nsombre motif de la Mort, le calme revient, un thème très doux évoque les sou-\nvenirs d'enfance, puis s'affirme, devient fier comme un héros qui marche à la\nconquête de la vie. Mais la Mort interrompt ce rêve, d'un coup de gong- sinistre\nque suit une courte déploration funèbre. Et alors s'élève, en une ascension pai-\nsible et sûre, un admirable motif d'apothéose, que l'on croit voir planer dans\nla lumière blonde. Telle est l'œuvre ; on sent que l'auteur y a mis toute sa foi,\net nul ne peut n'en être pas ému. La mélodie a une intensité d'expression digne"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.28", "texte": "CONCERTS\n\nde Berlioz, et l'harmonie une rondeur que Berlioz n'a jamais connue; l'orchestre,\nplein et nourri, n'est pas coloré à l'excès ; tout est sobre et bien mesuré, tout\nrespire le sérieux, la conviction, la force. Cette œuvre est vraiment grande.\nL'orchestre de M. Chevillard l'a assez bien interprétée. Dans la Symphonie\nPastorale, qui commençait le concert, quelques détails m'ont déplu : pourquoi\ndonner tant de vigueur aux trilles de violon qui, dans Yandante, viennent se\nposer au-dessus du chant ? Pourquoi écraser ainsi ces petites touches de cou-\nleur ? L'JEtude symplionique de M. Fl. Schmitt est un envoi de Rome, et ne vaut\npas mieux que d'autres envois de Rome :de très petits fragments de mélodie,\naccommodés à la sauce moderne : trompettes, harpes et quintes augmentées.\nM. Harold Bauer joue avec une délicatesse parfois exagérée le Concerto en la de\nSchumann.\n\nL. L.\n\nCONCERTS COLONNE.\nA. L.\n—lB décembre. IRE audition de deux pièces de M. Ph.\nGaubert, qui a mis en musique le Poème de mai, d'Armand Silvestre, et Contem-\nplationy de Victor Hugo. Les douze vers insignifiants du Poème de mai, parmi\nlesquels je cueille cette ligne d'une prose substantielle : « Nous mettrons, si tu\nveux, en commun notre joie », ont beaucoup gagné à passer par le gosier de\nMlle Lindsay, en vertu de ce principe que ce qui ne vaut pas la peine d'être dit,\non le chante. La musique de M. Gaubert est remarquable par la tendresse et la\nchaleur ; le style est un peu trop théâtral, et l'originalité de l'auteur ne se dégage\npas assez de l'influence de Massenet. Ces deux charmantes mélodies ont été fort\nbien accueillies. - M. Pugno, entraîné et excité par le beau Concerto de Schu-\nmann, qu'il a joué comme un dieu, a semblé se surpasser lui-même dans les\nVariations symphoniques de Franck ; l'orchestre, de son côté, rivalisait d'ardeur,\nsi bien que le piano et les instruments, se prêtant un mutuel concours, ont\natteint ce point de perfection si difficilement accessible dans l'art. Malgré la\nlongueur du programme, le public a bissé le Prélude de Messidor de M. A.\nBruneau, aux magnifiques harmonies. La scène des Sauvages extraite du ballet\nhéroïque de Rameau les Indes galantes m'a semblé inférieure à beaucoup d'autres\ncompositions du grand musicien. Il y a dans ce fragment de la sécheresse, delà\nfroideur, des répétitions plutôt que du développement, abus de la trompette dont\nla partie fut d'ailleurs excellemment tenue par M. Alex. Petit; je n'y retrouve pas\ncette ingéniosité et cette variété de rythmes qui nous charment ailleurs dans\nRameau. La 8e Symphonie de Beethoven et la Fête chez Capulet de Berlioz ont\nété rendues avec toutes les qualités d'exécution désirables.\n\n8 janvier. —M. Arthur Nikisch anime la musique avec une perfection telle\nqu'on pourrait, sans entendre l'orchestre, dire à quel endroit de la partition on se\ntrouve. Sa main gauche plane, papillonne et semble pétrir la mélodie, puis tout\nà coup elle tombe en zig-zag, comme la foudre, sur les premiers violons, qu'elle\nélectrise. Il est impossible à l'orchestre de résister à une fougue aussi entraî-\nnante. Il part avec elle et sort aussi quelquefois avec elle, je crois, de l'inter-\nprétation voulue par l'auteur.\nIl en résulte une exécution colorée, vibrante, inégale, mais toujours saisissante.\nNos chefs d'orchestre sont moins fantaisistes, mais ils rendent mieux l'esprit\nque les auteurs ont enfermé dans leurs ouvrages.\nL'exécution de Y Ouverture dEgmont ne s'est pas trop éloignée de la manière\nque nous avons 1 habitude d'entendre. C est surtout dans la 2e Symphonie de"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.29", "texte": "CONCERTS\n\nBrahms que la fantaisie de M. Nikisch s'est donné carrière. Par ses oppositions\net ses rythmes savamment nuancés, il a mis en relief toute la finesse de Y allegro\net du scherzo qui rappellent un peu la manière de Mendelssohn. J'ai moins goûté\nY adagio, où se développe une sorte de rêverie monotone et sans caractère.\nPourquoi M. Richard Strauss a-t-il intitulé son poème symphonique Don\nJuan ? L'audition ne m'en a pas révélé le motif.\nAu début, il semble que le démon de Berlioz voltige au milieu de l'orchestre ;\nles timbres, le rythme, les motifs, tout m'a paru cherché, travaillé volontairement\nbizarre et fait pour étonner le paisible musicien bourgeois. L'auteur lui fait\nensuite l'aumône d'un agréable motif de hautbois, qui rappelle la Tristesse de\nRoméo; puis la sarabande recommence. Mais cette sarabande est pleine de vie,\nde sonorités puissantes et imprévues. A l'entendre, on est d'abord abasourdi\npuis subjugué par tant d'audace et de force juvénile.\nEn somme, ce poème symphonique est une œuvre très intéressante, admi-\nrablement mise en valeur par les qualités et les défauts de M. Arthur Nikisch.\n\nC. Z.\n\nCONCERTS DU CONSERVATOIRE.\nM.-D. C\n— 8 janvier. — Le Concerto de piano (op. 30) de\nM. Rimsky-Korsakow, dont la Société des Concerts a donné aujourd'hui la pre-\nmière audition en France, devrait depuis longtemps être connu, et même popu-\nlaire : pas une longueur, toujours de fort jolie musique, chatoyante et sobre à la\nfois, structure claire et solide, développements ingénieux et séduisants, orches-\ntration admirable — ceci, quand on parle de M. Rimsky-Korsakow, devient\npresque un pléonasme.\nLa partie de piano n'y a pas pour but cette vaine exhibition de virtuosité que\npublic et solistes recherchent le plus souvent dans les concertos, mais fait corps\navec l'ensemble. A cet égard, l'œuvre peut être rapprochée des Djinns et des\nVariations symphoniques de Franck ou de la Symphonie cévenole de M. d'Indy.\nNul n était mieux qualifié que M. Ricardo Vifiès pour la présenter ici. Outre\nqu'il se classe au tout premier rang par sa très parfaite technique, son jeu pré-\ncis, coloré, expressif, et surtout par une rare intelligence musicale grâce à\nlaquelle il sait interpréter toute œuvre dans le style qu'il faut, le jeune artiste\ns'est toujours signalé — seul ou à peu près entre tous les virtuoses — en mettant\nson magnifique talent au service des œuvres nouvelles. C'est, je crois bien, la\npremière fois que M. Vinès se faisait entendre à un des grands concerts du diman-\nche : il ne pouvait le faire en de meilleures circonstances qu au milieu de cet\nincomparable orchestre, ni d'ailleurs avec un plus complet succès.\nParler de la Jeanne d'Arc de M. Lenepveu n'est guère facile : en adoptant le\nmode ironique, on encourrait le reproche d'irrévérence, départi pris ; et, à être\nsérieux, on semblerait partir en guerre contre de vieux moulins à vent, vermou-\nlus et qui, si j'ose dire, ne battent même plus d'une aile. Le programme nous\napprend que l'œuvre « fut exécutée à Rouen le juur anniversaire du supplice de\nJeanne d'Arc ». Les récents événements que l'on sait auraient-ils motivé 1 exécu-\ntion d'aujourd'hui ?\nJ'énumère hâtivement les autres numéros : Symphonie en mi bémol de Schu-\nmann (les deux premiers mouvements joués, m'a-t-il semblé, avec quelque lour-\ndeur) ; le Rouet d'Omphale de M. Saint-Saëns, très bien exécuté ; le Gloria\nPatri de Palestrina, presque trop joliment chanté, et Y Ave verum de Mozart, une\npage admirable, admirablement rendue, enfin l'Ouverture d'Egmont."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.30", "texte": "CONCERTS\n\nPREMIER CONCERT DE M. RISLER.\nM.-D. C.\n5 janvier. Trois œuvres en formaient le\nprogramme : la considérable Sonate de M. Paul Dukas ;la Sonate op. 106 de\nBeethoven, que M. Risler a jouée avec intelligence et avec puissance, mais\navec parfois quelque rudesse dans les attaques et de fort violents contrastes ;et\nenfin, la Sonate de Franz Liszt, dont il a donné une interprétation quelque peu\ndéconcertante, pas toujours bien exacte, m'a-t-il semblé, et que je n'ai pas aimée\nle moins du monde.\n\nLE CONCERT DE M. J.-J. NIN.\n\nDans le précédent numéro j'avais dû, pour\ndes raisons uniquement matérielles, ne parler que trop brièvement de cette\nséance. La place m'avait manqué pour insister comme il le fallait sur l'intérêt\ntout particulier de l'entreprise de M. Nin, et sur la belle audace dont celui-ci a\nfait preuve en choisissant, pour matière du premier concert qu'il donnait à Paris,\ndes œuvres certes très attachantes au point de vue musical, mais qu'on aurait pu\ncroire ingrates pour le public. L'expérience a prouvé que M. Nin avait eu rai-\nson, et un vif succès a récompensé sa tentative. Il faut dire aussi qu'il a su don-\nner, des diverses pièces qu'il nous fit entendre, une interprétation toujours intel-\nligente et juste, toujours vivante et expressive surtout. Telles des œuvres exécu-\ntées par lui ont été de véritables révélations : par exemple, le Tiento (Prélude)\nd'Antonio de Cabezon, une des plus anciennes compositions de clavier que\nl'on connaisse (i), une intéressante fugue de Frescobaldi, et une des superbes\nSonates bibliques de Johann Kuhnau.\nJe ne saurais passer sous silence une grave question que soulèvent de telles\nauditions de musique ancienne : peut-on et doit-on exécuter au piano comme\nl'a fait M. Nin des œuvres écrites pour virginale, pour clavecin et pourclavi-\ncorde ? Pour ma part, j'incline assez en principe vers l'affirmative : c'est là un\ngoût personnel. Mais, d'autre part, je reconnais sans peine que théoriquement\nle contraire seul est vrai. Et d'ailleurs, je fais exception en ce qui concerne les\npièces, très ornementées, de certains clavecinistes (et non des moindres) qui, si\non les joue comme elles sont écrites, deviennent fort laides au piano. Or, on doit\njouer toute œuvre telle qu'elle est écrite, et non autrement. On objecte que les\nornements ont été inventés pour suppléer à la sécheresse des sons du clavecin,\nce qui est partiellement vrai. Mais il y a des ornements qui ont une raison d'être\nmusicale n'en trouvons-nous pas même dans la musique de piano actuelle r—\net il est extrêmement délicat de faire un choix. Et d'ailleurs, les exigences de la\ntechnique instrumentale ont toujours contribué à former le style musical. Qui\noserait modifier les parties de trompette ou de cor d'une symphonie de Mozart ou\nde Beethoven, sous prétexte qu'elles furent écrites pour des instruments très\nimparfaits quant à l'étendue ? Dépouillée du fragile et minutieux appareil de son\nornementation, telle gracieuse pièce de clavecin perdra forcément quelque chose\nde son caractère, tout comme une belle du temps jadis à qui on aurait retiré ses\nmouches, sa poudre et ses paniers.\nMais je ne veux pas discuter ici l'opportunité théorique de telles transcriptions\npour piano d'oeuvres de clavecin. Si l'on devait ne jamais exécuter sur un piano\nles compositions de Couperin, de Rameau et de tant d'autres, nous aurions trop\nrarement l'occasion de les entendre. Et, en fin de compte, M. Nin avait convié son\n\n(1) Les œuvres de Cabezon ont été publiées, grâce à M. Pedrell, l éminent musicographe et\ncompositeur espagnol."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.31", "texte": "CONCERTS\n\nauditoire à un concert de piano. Ce concert fut très beau et plein d'intérêt. C'est\nlà le principal.\n\nM.-D. CALVOCORESSI.\n\nCONSERVATOIRE.\nL. L.\n22 décembre. Audition des envois de Rome de M. d'Ollone,\ngrand prix de iBgy. Ce sont d'abord quatre mélodies, où le chant s'accom-\npagne d'amples développements d'orchestre. Pourquoi ?Je n'en sais rien ; car\nil y avait en chacune d'elles de quoi écrire deux pages agréables pour le piano.\nSuivent les fragments de la Terre promise, drame lyrique dont le sujet m'a paru\nétrange, les paroles malheureuses et la musique dépourvue de couleur et de\ncaractère. Une interprétation de premier ordre (Mlle Demougeot, MM. Engel,\nBeyle etDaraux) ne parvient pas à animer cette froide musique, écrite, àce qu'il\nsemble, par devoir, et non par plaisir.\n\nSOCIÉTÉ NATIONALE.\nC. Z.\n7 janvier. —La Sonate pour piano et alto de M. Labey\ncommence bien, par une introduction lente, d'accent sincère ; puis cela se com-\nplique, et, peut-être, se dessèche ; mais il faut entendre plus d'une fois une telle\nœuvre pour la juger. Les deux pièces pour deux pianos de P. Ladmirault ont\ndes sonorités charmantes qui, en se répétant, finissent par devenir monotones.\nDes trois Mélodies de Ropartz, les deux premières ont été chantées trop lentement,\nà ce qu'il me semble; la dernière (Lever d'Aube) est gracieuse. L'lmpromptu pour\nharpe, de G. Fauré, est bien construit, agréable à entendre ; mais, comme il\narrive toujours, ce déluge de notes fatigue bientôt. Trois pièces de piano fort\njolies, de G. Fauré, et l'admirable Quintette de Franck (Mlle Boutet de Monvel,\nMM. Parent, Loiseau, Vieux, Fournier), complétaient cet intéressant pro-\ngramme.\n\nSCHOLA CANTORUM.\nL. L.\n2 y décembre. Les trois dernières parties de l'Oratorio\nde Noël sont moins connues que les trois premières ; elles offrent cependant des\nbeautés égales, comme ce délicieux air avec écho de la quatrième partie (em-\nprunté par Bach à sa Cantate A Hercule), ou ces duos de la basse et du soprano\nen prières, ou ces chœurs éclatants de joie. Mais que penser d'un compositeur\nqui confie à la trompette des traits de violon comme celui-ci :\nFaut-il reconnaître là toute l'audace du génie, ou simplement l'inexpérience\nd'un âge où l'on ne savait pas encore traiter chaque instrument selon ses moyens\net ses ressources? Quoi qu'il en soit, l'orchestre s'est fort bien acquitté de sa\ntâche difficile. Parmi les chanteurs, il faut citer particulièrement Mlle d'Hotto,\nune nouvelle venue, dont la voix d'alto, facile et bien timbrée, fera merveille\nlorsque l'accent sera devenu meilleur.\n\nNOUVEAU-THÉATRE.\n\nig décembre. Concert avec orchestre donné par Arthur\nRubinstein. —Ce nom et tant de jeunesse n'ont pas été la moindre séduction. Il y\naurait de la mauvaise grâce à y résister, peut-être aussi à vouloir davantage.\nL'aisance et la facilité d'un jeu expansif plus qu'expressif avait un certain charme\nspontané qu'il faut se garder d'analyser. Le troisième mouvement du concerto\nen sol mineur de Saint-Saéns nous fait d'ailleurs bien augurer du jeune artiste"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050115-01.1.32", "texte": "CONCERTS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nqui a pu triompher de telles difficultés avec un piano fatigué et obstinément\nmuet.\nMlle Marie Garden a dit avec un art infiniment discret trois « ariettes oubliées »\nde Debussy, où tant de nuances changeantes glissent et frissonnent, phrases\némues que Ton suit comme un doux regard.\n\nJ. TRILLAT.\n\nOPÉRA-COMIQUE: le Vaisseau-fantôme. — Wagnerlui-même (Gesam. Schr., IV,\n267)\nM.\nappréciait sévèrement le livret de cet opéra, tissu d'invraisemblances\nromantiques où pas un caractère — ni celui de Senta, cbErik, de Daland, ni\ncelui du Hollandais — n'est précis et observé. Quant à la musique, il faut, pour\nla juger équitablement, se replacer dans l'état d'esprit des compositeurs de 1840.\nSi on commence par entendre Tristan et si on la juge de ce point de vue, on est\nétonné, dès la seconde partie du premier acte, d'y trouver un italianisme aimant\nencore et pratiquant tous les procédés de la vieille école ; mais si on prend\nRienzi (1838) comme point de départ, on admire au contraire la hardiesse d'un\ngénie musical en voie de formation, et peu éloigné du moment où il trouvera\nsa vraie formule. Wagner est ici un peu dominé par Meyerbeer, et même par\nRossini, mais il a déjà rompu, çà et là, quelques-uns des liens de servitude qui\nretardent son prochain essor ; il est puissant, fougueux, maître de la tradition\nqu'il n'a pas répudiée. Le chef-d'œuvre de la partition, c'est l'ouverture, mer-\nveille de couleur, de mélodie, de fougue, de composition bien équilibrée. (Mal-\nheureusement, certaine section de violons, qui sont très beaux, se trouvent\nnoyés, annihilés dans le mouvement très vif de l'ensemble ; je n'en ai pas\nperçu une note.) Le célèbre chœur des fîleuses est une page exquise où appa-\nraît l'art classique le plus pur ; et c'est une des caractéristiques de cet opéra,\nqu'on en pourrait détacher plusieurs (( morceaux )). M. Luigini en a conduit\nl'exécution avec une maestria que le public a particulièrement applaudie ; et\nM. Carré en a soigné, comme d'habitude, la mise en scène. Au second acte,\nle rideau se lève sur un intérieur qui, par l'aspect sombre des boiseries et la\nlumière d'or qui l'éclairé, est un tableau de maître hollandais. (J'ai moins aimé,\nau début, la barque un peu mesquine où paraît Daland.) M. Renaud, comédien\nséduisant, mais dont la voix est parfois inquiétante, a apporté une sérieuse con-\ntribution personnelle au succès. Mlle Friché (Senta) est bonne.\n\nCONGERTS ANNONCÉS. Grande Salle Pleyel. - Le 19, à 9 H., MM. Cossira et\nCasella ; ~le 20, Mlle Gaudefroy : le 21, Société Nationale de musique ; le\n23, M. Maurice Marcus ; le 24, Mme G. Sauvage ; le 26, Société des Compo-\nsiteurs de musique ; le 27, Mme Lebrun-Lagravier ; le 28, M. G. Willaume ;\n—le 30, Mme C. Laennec ; le 31, Mlle Emma Grégoire. Salle des Qua-\ntuors : le 18, quatuor Calliat-Choinet.\nSchola Cantorum. —Le 8 février, à 8 h. 3/4, Concert donné par Mme C.\nFourrier, avec le concours de MM. Hayot, André, Denayer, Salmon, Lacha-\nnaud, Barrère, Million et Delacroix. OEuvres de V. dlndy, C. Debussy, Mous-\nsorgski et J.-S. Bach."}]}