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C'est, dans un domaine spé-\ncial, un maître incontesté. Une pareille récompense était motivée à tous égards.\nToujours heureuse de voir les honneurs aller à ceux qui les méritent, la\nRevue musicale offre à M. Hasselmans ses plus sincères félicitations.\nElle a été également très heureuse de la nomination de M. Dumonthier, qui\ncompte 2 2 ans de très bons services dans une partie très délicate et importante\nde VAdministration publique : le bureau des théâtres, au Sous-Secrétariat des\nBeaux-Arts. Administrateur des palais nationaux, très estimé de ses chefs,\nM. Dumonthier est en même temps un des collaborateurs les plus anciens et\nles plus précieux de la Revue musicale. Nous joignons de tout cœur les com-\npliments de l'amitié à la récompense officielle méritée par une si honorable-\ncarrière.\nIl y a d'autres noms, avons-nous besoin de le dire, que nous aurions été heu\nreux de trouver aussi dans la liste du 14 juillet. Le petit nombre des croix\ndisponibles n'a pas permis de rendre encore justice à tous les mérites, à ceux\nque désigne depuis asse\\ longtemps Vopinion unanime des musiciens. Prenons\npatience, et attendons pour eux les réparations prochaines!\nLa Revue musicale adresse ses meilleurs compliments à son collaborateur,\nE. Constant Pierre, qui vient d'obtenir un prix à Vlnstitut pour ses admira-\nbles travaux d'érudition sur la musique au temps de la Révolution, et à\nM. Mathis Lussy, dont un livre, sur /'Anacrouse, vient d'être couronné.\nMentionnons enfin la très honorable minorité de voix obtenue par M. Camille\nBellaigue aux dernières élections de l'Académie des Beaux-Arts. Nous ne\npratiquons pas la même méthode que M. Bellaigue en matière d'histoire musi-\ncale, et nous ne sommes pas d'accord avec lui sur plusieurs points ; mais aucun\ndes succès obtenus par les musiciens ne nous laisse indifférents."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c002", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "398", "page_fin": "398", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.2", "titre_corps": "Aux musiciens", "titre_sommaire": "Aux musiciens", "signature_source": "J. 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Paul Viar dot, nous\nle répétons, est un excellent musicien, et nous nous félicitons de voir que son\nconcours est assuré ; il est excellent aussi qu'on ait songé àM. Fauré. Mais\nle projet dont f avais saisi M. le Directeur des Beaux-Arts (au commencement\nde l'hiver dernier) est très différent de celui dont il s'agit dans la note du\nTemps. J'avais suggéré Vidée que les musiciens, exécutants et compositeurs\n(iaprès entente courtoise, bien entendu, avec les peintres), fussent autorisés à\ns\"*exposer, durant la période du Salon des Champs-Elysées, et que cette autori-\nsation leur fût donnée par le Ministre, au même titre qu elle est donnée aux\nautres artistes, de telle sorte que les musiciens seraient placés, en principe, au\nmême rang que les peintres, les sculpteur s, etc.. ; or, M. Viardot, au lieu de s'a-\ndresser à VAdministration supérieure, s'est adressé àla Société Nationale,\nde qui il dépendra : c'est la subordination de la musique aux arts plastiques,\nau lieu de son admission au partage de privilèges égaux. Nous aurons, en\nsomme, avec le projet Viardot, un concert de plus, peut-être une chapelle déplus ;\nnous n'avons pas encore l'organisation à laquelle j'avais songé. Au lieu d'un\njury régulièrement constitué, nommé en assemblée générale par V ensemble des\nmusiciens, et chargé désormais de les représenter officiellement, nous aurons un\njury, très autorisé sans doute s'il est présidé par M. Fauré, mais dépourvu de\ncaractère officiel, et analogue à celui que M. Cortot a constitué pour une\nentreprise personnelle. Quoi qu'il en soit, l'œuvre de M. Viardot, si elle se\nréalise (comme nous l'espérons bien), aura un très bon résultat pratique : elle\ndémontrera qu'une exposition musicale peut avoir lieu au Grand Palais, sans\ngêner l'exposition picturale qui l'encadrera, et, au contraire, en la servant. Il\nest de grande importance quecette démonstration soit d'abord faite : après quoi,\non pourra reparler d'un projet qui a pour but principal de creer et d'organiser\nune Société musicale d'après les mêmes principes que la Société des Artistes\nfrançais présidée par M. Tony Robert-Fleury, ou la Société Nationale, prési-\ndée par M. Roll. Ce sera aux virtuoses et compositeurs de se concerter pour\nfaire aboutir cette idée, qui les intéresse directement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c003", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "398", "page_fin": "399", "image_debut": 2, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.3", "titre_corps": "Le théâtre populaire et M. Bernheim", "titre_sommaire": "Le théâtre populaire et M. 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Récemment, on pouvait lire"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "399", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.3", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3218, "texte": "dans les journaux une noie dont voœi le résumé : la sous-commission estime\nque l'œuvre des Trente ans de théâtre réunit toutes les conditions qu'on peut\nexiger d'un théâtre populaire.\nCette œuvre des Trente ans de théâtre a été fondée par M. Bernheirn ; elle est\ntrès activement et très brillamment dirigée par lui. Expérimenté en matière\ndramatique, journaliste dont la manière rappelle un peu celle de Sarcey, Vho-\nnorable M. Bernheirn est ici hors de cause ; mais nous estimons que les Trente\nans de théâtre n'ont rien de commun avec ce qu'il s agit de fonder, et cela,pour\ntrois raisons :\ni° L'œuvre des Trente ans de théâtre fonctionne de la manière suivante :\nM. Bernheirn demande leur concours, aujourd'hui aux artistes de la Comédie-\nFrançaise, demain aux artistes de l'Opéra, et il se transporte avec eux, tantôt\ndans un quartier de Paris, tantôt dans un autre, pour faire goûter les chefs-\nd'œuvre du répertoire à un public qui, d'habitude, ne fréquente ni rue Riche-\nlieu ni place de l'Opéra. C'est fort bien. Mais cette façon de promener un peu\npartout le char de Thespis ne constitue nullement un théâtre. Ce n'est pas un\norgane, remplissant une fonction régulière et normalement constitué. C'est\nun simple déplacement de ce qui existe déjà, une sorte d'intérim destiné à\nfaire prendre patience, en attendant la création définitive. C'est du provisoire\ndont il y a lieu de se féliciter, mais ce n'est rien de plus. La fondation du\nthéâtre que nous attendons et espérons entraînera sans doute un nouvel esprit :\nun esprit vraiment populaire dans la conception des œuvres dramatiques. Ce\nsera même l'essentiel. Avec le système de M. Bernheirn, c'est impossible.\n2° L'œuvre des Trente ans de théâtre a pour objet de créer une caisse de\nsecours pour les artistes arrivés à la fin de leur carrière. Les représentations\npopulaires ne sont pour elle qu'un moyen d'alimenter cette caisse. Or, l'art\npopulaire et le souci de l'éducation populaire sont des choses beaucoup trop\nimportantes pour qu'on les subordonne à un autre dessein, quel qu'il soit. Ils\ndoivent être, pour employer le langage des philosophes, une fin, et non un\nmoyen. On les sert, on ne se sert pas d'eux.\n3° Voici une raison d'ordre plus délicat. M. Bernheirn est Commissaire du\ngouvernement près les théâtres subventionnés. Sa fonction est de veiller à\nl'observation du cahier des charges et à la bonne tenue de nos grandes scènes\nnationales. S'il est amené à demander leur concours, ordinairement gratuit,\nà la Comédie-Française ou à l'Opéra, M. Bernheirn reste-t-il, dans ces deux\nthéâtres, le « Commissaire » qui peut parler en maître? Ne devient-il pas leur\nobligé ? Comment gouverner les personnes à qui on demande des services pour\nune œuvre à côté ? N'y a-t-ilpas incompatibilité entre ceci et cela, et, d'une\npart ou de l'autre, n'y aur a-t-il pas quelque chose forcément en souffrance ?\nTels sont les motifs pour lesquels nous ne partageons pas l'avis exprimé par\nla sous-commission, Nous avons parlé ici même d'un projet de MM. Feine et\nHersscher, présenté au public par M. Alfred Croiset, et dont l'objet est de cons-\ntruire un théâtre populaire aux Tuileries. Puisse ce beau rêve se réaliser !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c004", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "400", "page_fin": "401", "image_debut": 4, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.4", "titre_corps": "Publications nouvelles. Notre Supplément.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles. 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Aujourd'hui, voici que l'excel-\nlent compositeur nous donne un recueil de\npièces instrumentales pour le piano dont le\nmérite n'est pas moindre et qui ne sera\npas assurément moins bien accueilli de tous\nceux qui cherchent dans les œuvres de\nmusique Vexpression d'une pensée sincère en une langue originale et raffinée (/).\nEsquisses d'après nature, tel est le titre de cette collection de cinq morceaux,\ntous de caractère très divers, mais dont ïinspiration décoide de la même source. Le\ntitre l'indique assez : ainsi que pour ses mélodies vocales, c est à l'art populaire que\nM. Bour gault-Ducoudray est allé demander ses modèles. Cette fois encore, les chants\nde sa terre natale, la Bretagne, ont eu ses préférences. Certes? ce n'est point que sa\ndocte fantaisie se soit complue à choisir quelques-uns des thèmes que redisent incons-\nciemment les voix de la foule, pour les traiter ensuite avec toutes les ressources\nmises àsa disposition par la technique moderne. Ses mélodies sont bien à lui. Au\ntravers des combinaisons les plus ingénieuses ou le compositeur s'est plu à les en-\ngager, elles gardent cependant une senteur de terroir, originale et forte, qui nen\nfait pas le moindre charme. Par l'étude assidue qu'il a faite des chants et des\ntraditions de sa race, par le culte qu'il leur a voué, le musicien est parvenu à recréer\nen quelque sorte en soi l'impersonnalité inspirée du chantre populaire, sans oublier\nsans doute ce qu'il doit à la discipline savante de l'école, à l'exemple, au commerce\ndes maîtres, à ses propres recherches. Mais c'est l ame vivante de la terre bretonne\nqui chante par sa bouche. Et son art ne s'emploie qu'à embellir son chant.\nDe telles mélodies ne sont pas toujours celles qui le plus aisément se prêtent au\ntravail symphonique : du moins si l'on tient à n'en point altérer essentiellement le\ncontour. Sans doute, il n'était pas dans l'intention de M. 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Elle serait sans\nimportance si lauteur s'était imposé volontairement cette recherche. Il suffit de lire\nla pièce, une des plus expressives et des plus sincères du recueil, pour voir qu'il n en\nest rien, et que la pensée du musicien a sans effort revêtu cette forme. Si l'art\nmoderne doit se renouveler par de semblables adaptations (et il serait à désirer qu'il\nle fît), elles ne sauront être fécondes que si elles deviennent, comme ici, inconscientes\nen quelque sorte à force de sincérité. Et M. 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Il est aussi demeuré fidèle aux anciennes tonalités,\nlongtemps étudiées en théoricien par lui : assez longtemps du moins pour qu'elles\nlui soient devenuesfamilières et que sa pensée s'y modèle sans effort et sans recherche\nérudite. Par une rencontre singulière, il est telle de ses pièces, la f (Dans la\nlande), qui, sans l'ien perdre de sa spontanéité, s'est trouvée composée tout entière\ndans un des modes périmés de l'ancienne musique. Un théoricien du XVIe ou du\nXVIIe siècle pourrait la citer comme un exemple du 2e mode (transposé un ton\nplus haut). Tout s'y retrouve :la gamme mineure avec la sixte majeure (ici la-fa\ndièse), /'ambitus de la mélodie suivant la division arithmétique de l'octave, les\nmodulations caractéristiques aux tons majeurs de la tierce (do) et de la quinte (mi),\npar quoi ce mode se distinguait de ceux que les hasards de la transposition pou-\nvaient avoir établi sur les mêmes cordes.\nCe n'est là assurément qu'une curiosité, encore que remarquable. Elle serait sans\nimportance si lauteur s'était imposé volontairement cette recherche. Il suffit de lire\nla pièce, une des plus expressives et des plus sincères du recueil, pour voir qu'il n en\nest rien, et que la pensée du musicien a sans effort revêtu cette forme. Si l'art\nmoderne doit se renouveler par de semblables adaptations (et il serait à désirer qu'il\nle fît), elles ne sauront être fécondes que si elles deviennent, comme ici, inconscientes\nen quelque sorte à force de sincérité. Et M. Bour gault-Ducoudray gardera l'honiieur\nd'avoir montré la route à suivre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c007", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "402", "page_fin": "403", "image_debut": 6, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.5", "titre_corps": "De quelques défauts de la virtuosité.", "titre_sommaire": "De quelques défauts de la virtuosité.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "402", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.6", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "De quelques défauts de la virtuosité.\nLE 3e CONCERTO POUR VIOLON DE SAINT-SAËNS ET LA 2e BALLADE DE CHOPIN\nPOUR PPIANO.\n(À propos des récents concours du Conservatoire.)\nNous ne voulons pas faire l'analyse technique de ces deux admirables com-\npositions, mais signaler simplement à nos lecteurs, avant de parler de qua-\nlités, qui sont sérieuses, quelques-uns des défauts graves dans lesquels tombent\ntrop souvent les virtuoses les plus habiles.\nPrimo :la manière, ou, si vous préféré%, l'abus des nuances, le fignolage\nintempestif. - Voici le début, « sotto voce », de la Ballade de Chopin :\nAvant d' exécuter cette page, il convient, évidemment, de se faire une idée\nprécise de sa signification musicale, et ceci est affaire de tempérament artis-\ntique; mais, le point de vue une fois choisi, il faut s'y tenir, £72 donner ingé-\nnument rimpression à l'auditeur, 72e £72 changer à tout instant, soms\nprétexte de a faire des nuances ». /?2£72 jp/ws fatigant pour l'oreille. Or,\ncertains virtuoses ef 72072 des moindres veulent mettre une foule d'inten-\ntions spéciales dans les phrases les plus simples. Ils détaillent trop ; il abusent\nde l'analyse. Ici, c'est un accent imprévu ; là, un rallentendo, un contraste\nd intensité... Résultat : l'auditeur n'y comprend plus rien ; le sens de l'ensemble\nlui échappe, dose dire que cette phrase de Chopin n'a un sens intéressant que\nsi toutes les notes sont émises, à très peu près, de façon égale —■ d'après une\nconception que l'artiste est libre de déterminer, très simplement. Vous êtes\nengagé sur une route : marche\\ ! marche\\ I ne vous arrête% pas pour faire des\ngrâces ou pour vous regarder dans un yniroir, Une ballade est un récit, et non\nune œuvre purement lyrique. La qualité d'un récit, c'est qu'il va droit au but.\nCes observations sur la manière d'exécuter s'appliquent aussi à cette phrase\nexquise de Saint-Saëns (3e Concerto pour violon) où semble avoir passé le\nsouffle de Beethoven, ou bien celui de Schumann :"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "403", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.7", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3501, "texte": "Ici, l 1 expression n'est plus objective ; elle est tout intérieure. Jamais le sen-\ntiment n'a parlé un langage plus émouvant et plus délicieux. En l'écoutant, il\nfaudrait ne plus être « homme », pour ne pas sentir vibrer et parler aussi, par\nsympathie, jïbre secrète que chacun porte en soi. Quel est ce sentiment ?\ntendresse ? amour profane ? supplication ? prière ? élan d'idéalisme ? C'est au\nvirtuose de choisir, avec son instinct musical. Il est même libre de ne voir là\naucune poésie d'ordre intime et humain, et de considérer cette belle phrase ins-\npirée comme une forme très élégante, très musicale, et rien de plus. Mais je le\nrépète: une fois sa conception établie, il doit l'indiquer franchement, avec unité,\nbriser à chaque instant l'allure de l'ensemble par des raffinements de\ndétail. Or, vous pas jusqu'où nos jeunes virtuoses poussent parfois\nVaffectation : sous leurs doigts, cette mélodie se pâme, sanglotte, s'arrête pour\nrespirer des sels, soupire voluptueusement, gémit, s'exclame, glisse, bondit,\nyinY /es yeux terribles et les yeux blancs, soupire et ordonne, s'étale et s'efface,\no?2 rae sait quoi encore... Rien de net ! c'est le plus grave de tous les défauts.\nOn ne joue que pour être entendu, c est-à-dire compris.\nDeuxième défaut : le grand bafouillage magistral dans la haute difficulté.\nIci nous pourrions prendre comme exemple l'Allégro con fuoco de /a 2e\nBallade de Chopin, ou l'Allégro de Concert, du même. Sans doute, il faut de\nl'énergie et delà vélocité pour jouer cela. Celui qui n'est pas maître de ses\ndoigts ne saurait se risquer en pareilles broussailles. Mais la force ne doit\npas être confondue avec la brutalité ; et prendre le mors aux dents n'est pas\nse montrer agile. Nous venons d'entendre quelques jeunes pianistes qui mécon-\nnaissent ces deux principes. Ils pressent le mouvement au delà de toute limite\npermise ; c'est comme un concours d'automobiles où il faut faire du 120 à\nl'heure. La main gauche, sous prétexte de se montrer indépendante, se déchaîne\navec furie et devient tyrannique. En avant la grosse artillerie ! C'est le bom-\nbardement de Port-Arthur, la bataille de Tsou-Shima... La pédale, dont on\nabuse, achève de brouiller tout cela dans un nuage de fumée. Où est-on ?où\nva-t-on ? Impossible de le dire. C'est une mêlée indescriptible, un écrasement\ngénéral. L'auditeur est ahuri. Il ressemble à un chien sur qui tombe une averse ;\nsa grande préoccupation est de secouer cette pluie incommode. —Absence de\nnetteté : c'est le même défaut sous une forme plus éblouissante.\nIl yen a d'autres. A certains violonistes, je pourrais reprocher d'abuser\ndu vibrato et de se mal tenir : de trop pencher la tête sur leur instrument,\ncomme le Silène antique portant Bacchus enfant dans ses bras ; d'écarter les\njambes, comme le Colosse de Rhodes, et de se balancer de droite à gauche,\ncomme Vert-vert sur son bâton, ou comme cet orateur latin qui avait Vair de\nparler dans une barque agitée par les flots. Le virtuose doit être calme et\ndroit comme un dieu. A certains chanteurs, je pourrais reprocher une respi-\nration trop courte et mal étudiée (ceux qui ont entendu Mme Krauss savent ce\nque je veux dire) et une articulation exagérée : « Que de laurrriers vos frrronts\nsoient courronés » (le Siège de Corinthe), ou bien : « s'incline avec hu-\nmi\\\\\\ité » (la Reine de Saba)... Mais la critique est aisée ;je me borne aux\nindications ci-dessus, que la Revue musicale recommande à ses lecteurs exé-\ncutants."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c010", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "404", "page_fin": "408", "image_debut": 8, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6", "titre_corps": "Concours du Conservatoire. (SALLE DE L'OPÉRA-COMIQUE)", "titre_sommaire": "Concours du Conservatoire. (SALLE DE L'OPÉRA-COMIQUE)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.8", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "Concours du Conservatoire.\n(SALLE DE L'OPÉRA-COMIQUE)\n\nL'ensemble a été tout à fait\nremarquable, et lait le plus grand\nhonneur à notre grande Ecole\nnationale de musique, justement\njalouse cle soutenir sa brillante\nréputation. Un incident équivoque,\ndont nous parlons plus loin et qui\na été mal éclairci, affaiblit à peine\ncette impression générale.\nsuffisante. Aucun sujet vraiment remarquable ne s'est révélé.\nContrebasse. Les 9 élèves de\nM. Charpentier ont exécuté un\nconcerto de Verrimst, peu inté-\nressant en soi, oeuvre purement\nscolaire et didactique, et déchiffré\nune courte leçon de M. Paul Vidal,\nd'un mouvement lent, bien plus\nmusicale que le concerto précé-\ndent. Un ier prix a été accordé à\nM. Subtil, solide musicien et exé-\ncutant vigoureux, un 2e prix à\nMM. Zibell et Boussagol, un ier\naccessit à M. Hardy. M. Gibier,\n2e prix en 1904, a échoué, malgré\ndes qualités, à cause de la mollesse\nde son jeu et d'une sonorité in-\n\nVioloncelle. 17 concurrents, dont pas une femme, ont interprété le bril-\nlant, très difficile et très banal allegro d'un concerto de Davidolf et lu un fort\njoli andante de M. Vidal. Concours sensiblement supérieur à celui de contre-\nbasse. MM. Doucet et Jamain obtiennent un premier prix ; M. Cruque, un\nenfant de 15 ans, 2e prix. MM. Verguet, Olivier, Delgrange, Dachurie et\nBenedetti se partagent les ier et 2e accessits. Les résultats eussent peut-être\nété différents si le morceau de lecture à vue avait eu plus d'importance ; car les\nnombreux traits du concerto de Davidoff sont de ces difficultés qu'on arrive à\nvaincre par le travail ; on ne prouve, en s'en tirant avec honneur, qu'un bon\nmécanisme, mais les qualités musicales de l'exécutant restent un peu trop dans\nl'ombre.\n\nAlto.\nA. L.\nteau a été déchiffrée convenablement, malgré de sérieuses difficultés.\nLa classe a été brillamment représentée par d'excellents élèves. Le\nvainqueur du tournoi est M. Maçon, dont le jeu a beaucoup de charme et de\ncorrection classique. Mlle Coudart, M. Vizentini, M. Jurgensen, M. Lefranc,\nMlle Jeanne Lefebvre, M. Ricardou, M. Rousseau, M. Monfeuillard, à des titres\ndivers, ont attiré et retenu l'attention. Une page très distinguée de M. Henry Mar-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3559, "texte": "Violon.\nP. A.\nIl est juste de reconnaître le degré élevé de technique auquel\natteignent les élèves des classes instrumentales au Conservatoire. Le concours\nde violon nous fit entendre vingt-six fois le premier morceau du 3e Concerto en\nsi mineur de C. Saint-Saëns. Il nous révéla chez les concurrents, en même\ntemps qu'une technique très forte, l'état exact de l'entendement musical pour\nchacun d'eux. Le mécanisme des premiers prix a-t-il été très supérieur à celui\nde tel concurrent malheureux ? C'est ce qui ne nous a point semblé, à part\nquelques accrocs d'exécution inévitables, et ceci est tout à l'éloge des classes du\nConservatoire. L'impression la plus désagréable que nous ayons à noter, c'est\nla fâcheuse tenue de plusieurs exécutants. Le reproche est mince, mais pourquoi\njustement nos violonistes se tiennent-ils le haut du corps penché en avant, les\nbras écartés et à la hauteur de la tête dans l'attitude classique, mais déplacée\nici, d'un Faune dansant }\nLe féminisme gagne les classes de violon : sur vingt-six concurrents il y avait\npresque moitié de jeunes filles. L'une d'elles, Mlle Baudot, second prix du\ndernier concours, harmonieuse à regarder et à entendre, nous avait paru un\npremier prix tout désigné. Mais le jury, composé de Th. Dubois, Pierné,\nColonne, J. Thibaud, Sechiari, Geloso, Marteau, Parent, Tracol, Touche et\nFernand Bourgeat, en a jugé autrement : comme premiers prix on a entendu\nproclamer M. Saury, véritablement, certes, digne de cet honneur par une exécu-\ntion parfaite dans un style excellent ; M. Cantrelle, qui oscille désagréablement\nde droite à gauche ;M. Bittar, dont le jeu nous a paru très classique et très\ndélicat ; enfin M. Bastide, chez qui la vigueur dégénère en dureté.\nMlles Billard et Morhange, MM. Matignon et Nauwinck, qui pour concourir\navait conservé son costume de zouave (et qui a, lui, une tenue parfaite), se sont\nretrouvés avec un commun second prix. Les accessits, quelques-uns inattendus,\nappartiennent d'abord à Mlle Sauvaistre et Augiéras, àM. Etchecopar, puis en\nseconde ligne à Mlle Hélène Wolff, à MM. Devaux, Caries, Michelon, Soudant\net Sufise.\n\nLe morceau de lecture, écrit par M. Gabriel Pierné dans un mouvement assez\nfuyant et dans une modalité archaïque, fut reporté à la fin du concours. Près\nd'une heure fut prise par la délibération du jury, et à sept heures chacun s'en\nfut dîner, emportant l'impression que dans toute cette jeunesse il y avait beau-\ncoup de travail et, pour certains, beaucoup d'espérances. Le succès a été considé-\nrable pour les classes de MM. Lefort, Parent, Rémy, Berthelier.\nHarpe chromatique. Le morceau d'exécution était de M. Reynaldo Hahn :\nPrélude, Valse et Rigaudon, formant un ensemble joli et délicat. Les quelques\nlignes de lecture véritable paquet de dièses et de bémols étaient du même.\nNous constatons avec plaisir que la classe dirigée avec tant d'autorité et de\ntalent par Mme Tassu-Spencer est en progrès très sensible sur l'année dernière.\nLe ier prix a été décerné à Mlle Lenars par le jury, et par un public enthou-\nsiaste ; Mlles Joffroy, Blot, Chariot, Goudeket, se sont partagé les autres récom-\npenses, après avoir montré des qualités peu sensiblement différentes. Sur six\nélèves présentées, cinq ont eu des couronnes. C'est un succès de bon augure.\nPourquoi donc parler de « bataille » entre ceci et cela ? Rien n'a été plus\npacifique que ce concours. Il y a place, au soleil de l'art, pour tous les talents et\ntoutes les spécialités. De grâce, ne mêlons pas de questions personnelles à la\nmusique !"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.10", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "La harpe chromatique n'a nullement pour but, comme on Ta dit à tort, de\njouer les compositions écrites pour piano ; elle peut le faire, mais ce n'est pas là\nsa raison cl être : elle est un exemple, un cas particulier de l'évolution qui a\ntransformé plusieurs instruments de l'orchestre en multipliant leurs ressources\nd expression. La grande faveur dont elle jouit dans les principaux Conservatoires\nde 1 Europe est un indice évident des services qu'elle rend, mais ne justifie en\nrien les alarmes de ceux qui semblent craindre qu'elle règne exclusivement.\nNe nous refusons aucun progrès, mais conservons tout ce que la tradition a\nde bon !\nTout d'abord, dans le dernier concours de harpe chromatique, j'avais regretté\nquelques notes trop sèches, sans velouté; mais j'ai constaté le même défaut\ndans le concours de harpe à pédales (surtout dans le morceau de déchiffrage).\nC est donc un défaut imputable aux exécutants, et non aux instruments. Quand\nc est Mme Wurmser-Delcourt ou Mme Tassu-Spencer qui jouent, il n'existe\nplus !\n\nHarpe (à pédales).\nS.\nLes excellents élèves de M. Hasselmans (que nous féli-\ncitons plus haut, bien sincèrement de son entrée dans la Légion d honneur) ont\nmaintenu la belle réputation de leur maître :M. Grandjang, Ml,cs Mauger,\nInghelbrecht, Molica, ont été classés premiers, pour leur aisance prodigieuse,\nleur étonnant mécanisme et leur goût ; Mlle Laskine(n ans !) mérita un second\nprix, et Mlle Janet le ier accessit. Le morceau d'exécution, écrit par Mlle Hen-\nriette Renié, était d'un h onnête classicisme.\n\nPiano. —On devine qu'avec des maîtres tels que MM. Diémer et Philipp, les\nélèves présentés avaient une sérieuse valeur Si quelques-uns d'entre eux se mé-\nfiaient du maniérisme et de l'abus des nuances (voir plus haut), ce serait parfait.\nQuelle somme de travail supposent de tels exercices ! La virtuosité fait chaque\njour des progrès, et on ne sait vraiment où elle s'arrêtera. Trois premiers prix\nont été justement attribués à MM. de Francmesnil, Dupré et Dumesnil ; un\nsecond prix à M. Dorival ; des accessits à MM. Gayraud, Lattes, Verd, Théroine\net Polleri.\n\nChant (hommes). Les bonnes voix sont rares ! j'entends les voix homogènes,\ndun bon métal solide, sans trous ni paille. Kt les morceaux de concours sont\nquelquefois bien ennuyeux ! La Fête d'Alexandre est, hélas ! dans ce cas.\nM. Petit a eu 1 heureuse idée de faire entendre un admirable fragment du Faust\nde Schumann. Le ler prix a été décerné à M Carbelly, qui a chanté, avec lar-\ngeur et autorité, un air du Dardanusde Rameau ; 2 seconds prix à MM. Petit et\nLucazeau (qui a dit, avec un peu trop de sanglots, les « Adieux à la forêt » de\nY Attaque du Moulin). Un premier accessit a récompensé M. Francell (air de\nLakmé, et un deuxième, MM. Domnier et Sarraillé.\n\nChant (femmes).\nP.\nJ'ai remarqué M\"e Lapeyrette(élève de M. Masson), dont le\nvisage rappelle vaguement celui de Mme Viardot jeune, et qui a dit, avec un con •\ntralto admirable, l'air du Prophète ; elle n'a obtenu qu'un second prix, ainsi que\nMl,e Lamare (air de Jules César) ; les premiers prix ont été pour Mlles Chenal,\nMancini (Alceste) et Mirai, qui, avec des tempéraments très différents, ont fait\nune assez vive impression. iers accessits à Mlles Alice Cornes, Bailac, Delimoges ;\n2es accessits à M\"e Allard et Tasso.\n\nOpéra-Comique. Le gros incident de la séance est l'échec de M. Petit, qui\navait dit exquisement quelques pages du Rêve d'A. Bruneau, et auquel le public,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.11", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "d'esprit plus libre que le jury, avait décerné le premier prix... Cette récompense\na été pour M. Lucazeau (Carmen) ; les autres lauréats sont MM. Domnier (Don\nPasquale), Francell (Carmen), Sarraillé. M. Th. Dubois adû lever la séance au\nmilieu d'un grand vacarme, sans proclamer immédiatement les résultats. Voici\nle classement des jeunes filles : Mlle Lassalle, vive et prenante, dans Carmen ;\nMlle Tasso, très bonne dans Manon ; Mlle Mathieu-Lutz, virtuose très brillante\ndans le Barbier ; MUe Tasso, fine et plaisante dans le Médecin malgré lui. Séance\ndont les résultats sont très vivement commentés et critiqués parle public I\n\nPiano (femmes). Le prélude de Bach dont nous avons donné une analyse\ndans la Revue musicale a été joué trop vite ; mais nous avons eu le plaisir de le\nvoir exécuté, au point de vue rythmique, comme nous le comprenions. Les\njeunes virtuoses distinguaient même si nettement les membres de phrase qu'elles\nallaient parfois jusqu'à transformer en dialogue ce qui n'est, en somme, qu'une\ncomposition monodique. Gardons-nous de tous les excès ! L'Allegro de concert\nde Chopin n'a pas été dit avec assez de panache romantique et de « bravoure »,\nmais a permis d'apprécier d'excellentes qualités de technique. Mlle Caffaret\n(onze ans ) a partagé l'honneur du premier prix avec Mlles Arnaud, Lamy,\nVeluardet Kastler (élèves de MM. Duvernoy et Marmontel). Mlles Vizentini,\nDebrie, Morillon et Aussenacont eu chacune un second prix. Neuf accessits ont\ncomplété cette ample distribution de récompenses.\n\nOpéra. Le meilleur concurrent, sans contredit, a été M. Corpait, qui\ndans la scène de Charles VI a montré une science réelle de composition. (Il est\nvrai que cette scène de folie est relativement facile à jouer.) Il a eu un premier\nprix, ainsi que M. Petit (scène du 2e acte d'Œdipe à Colonne, bien plus difficile),\ndans le succès duquel le public a cru voir une juste réparation. M. Carbelly a\nchanté admirablement la prière de Guillaume Tell, mais il est peu comédien : il\na besoin d'apprendre à marcher, et d'étudier l'art des gestes amples. Il a eu un\nsecond prix. Mlle Chenal a dit avec beaucoup d'art les imprécations d\"Armide,\nabandonnée par Renaud ; Mlle Mancini a été bonne chanteuse, et très émou-\nvante dans Patrie : elle a su tomber admirablement, sous le poignard justicier.\nUn premier prix a justement récompensé ces deux talents. Mlle Lapeyrette, qui\na montré une grande autorité dans le Prophète, et Mlle Lamarre (scène du Mi-\nserere, hélas ! dans le Trouvère) ont eu chacune un second prix. Un premier et\nsecond accessits ont été concédés à Mlles Bailac et Delalozière. Ce concours est un\ndes plus difficiles ; il n a pas été, en somme, fort brillant. Pas une seule voix bien\nhomogène (sauf celle de M. Carbelly > ! Les chanteurs forcent le son; presque\ntoutes les voix ontdes parties cotonneuses ; quelques-unes sont déjà fatiguées...\nDans le jeu, l'équilibre nécessaire entre l'action réaliste et le style est rarement\nobservé.\n\nInstruments à vent. Au concours de cor (exécution d'un charmant allegro écrit\npar M. Camille Chevillard), un premier prix a été décerné à M. Coquelet ; un\nsecond à MM. Jean Tournier et Lepitre ; un 2\" accessit à M. Thibault L épreuve\nn'a pas été fort brillante ; trop de notes d une justesse douteuse l'ont déparée !\nParmi les cornettistes, M. Mager a obtenu un second prix ; MM. Foveau, Nadal\net Body se sont partagé les accessits (exécution d'un Caprice, un peu banal, de\nM. Lévadé et déchiffrage d'une jolie esquisse de M. Georges Marty). M. Jean\nBernard a brillamment enlevé un premier prix de trompette, et M. Rochut un\npremier prix de trombone."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "408", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.12", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "Bois. Lauréats pour la flûte : MM. Joffroy et Laurent (ier prix) ;\nMM; Hérissé, Bergeon, Camus et Cléton (accessits). Hautbois : M. Pou-\ntier ( ier prix); MM. Serville et Rouzeré (2e prix); MM. Tournier, Lon-\ngatte et Riva (2e accessit). Clarinette : MM. Capelle, Moulin et Dubois\n(ier prix, tous très remarquables) ;M. Loterie (2e prix). Basson : MM. Pré et\nRogeau (2e prix) ;M. Raimbourg (ier accessit).\nNous ne voulons pas terminer ces notes rapides sans nous associer au public\net aux divers jurys qui, à maintes reprises ont manifesté à M. Th. Dubois leurs\nsentiments de vive sympathie pour le tact parfait avec lequel il a dirigé ces épreu-\nves délicates."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c011", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "404", "page_fin": "404", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.1", "titre_corps": "L'ensemble a été tout à fait", "titre_sommaire": "L'ensemble a été tout à fait", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.8", "debut_caractere": 82, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "L'ensemble a été tout à fait\nremarquable, et lait le plus grand\nhonneur à notre grande Ecole\nnationale de musique, justement\njalouse cle soutenir sa brillante\nréputation. Un incident équivoque,\ndont nous parlons plus loin et qui\na été mal éclairci, affaiblit à peine\ncette impression générale.\nsuffisante. Aucun sujet vraiment remarquable ne s'est révélé.\nContrebasse. Les 9 élèves de\nM. Charpentier ont exécuté un\nconcerto de Verrimst, peu inté-\nressant en soi, oeuvre purement\nscolaire et didactique, et déchiffré\nune courte leçon de M. Paul Vidal,\nd'un mouvement lent, bien plus\nmusicale que le concerto précé-\ndent. Un ier prix a été accordé à\nM. Subtil, solide musicien et exé-\ncutant vigoureux, un 2e prix à\nMM. Zibell et Boussagol, un ier\naccessit à M. Hardy. M. Gibier,\n2e prix en 1904, a échoué, malgré\ndes qualités, à cause de la mollesse\nde son jeu et d'une sonorité in-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c013", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "404", "page_fin": "404", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.2", "titre_corps": "Violoncelle. 17 concurrents, dont pas une femme, ont interprété le", "titre_sommaire": "Violoncelle. 17 concurrents, dont pas une femme, ont interprété le", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.8", "debut_caractere": 965, "fin_caractere_exclue": 1748, "texte": "Violoncelle. 17 concurrents, dont pas une femme, ont interprété le bril-\nlant, très difficile et très banal allegro d'un concerto de Davidolf et lu un fort\njoli andante de M. Vidal. Concours sensiblement supérieur à celui de contre-\nbasse. MM. Doucet et Jamain obtiennent un premier prix ; M. Cruque, un\nenfant de 15 ans, 2e prix. MM. Verguet, Olivier, Delgrange, Dachurie et\nBenedetti se partagent les ier et 2e accessits. Les résultats eussent peut-être\nété différents si le morceau de lecture à vue avait eu plus d'importance ; car les\nnombreux traits du concerto de Davidoff sont de ces difficultés qu'on arrive à\nvaincre par le travail ; on ne prouve, en s'en tirant avec honneur, qu'un bon\nmécanisme, mais les qualités musicales de l'exécutant restent un peu trop dans\nl'ombre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c014", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "404", "page_fin": "404", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.3", "titre_corps": "Alto.", "titre_sommaire": "Alto.", "signature_source": "A. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.8", "debut_caractere": 1750, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "Alto.\nA. L.\nteau a été déchiffrée convenablement, malgré de sérieuses difficultés.\nLa classe a été brillamment représentée par d'excellents élèves. Le\nvainqueur du tournoi est M. Maçon, dont le jeu a beaucoup de charme et de\ncorrection classique. Mlle Coudart, M. Vizentini, M. Jurgensen, M. Lefranc,\nMlle Jeanne Lefebvre, M. Ricardou, M. Rousseau, M. Monfeuillard, à des titres\ndivers, ont attiré et retenu l'attention. Une page très distinguée de M. Henry Mar-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c015", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "405", "page_fin": "405", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.4", "titre_corps": "Violon.", "titre_sommaire": "Violon.", "signature_source": "P. A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2149, "texte": "Violon.\nP. A.\nIl est juste de reconnaître le degré élevé de technique auquel\natteignent les élèves des classes instrumentales au Conservatoire. Le concours\nde violon nous fit entendre vingt-six fois le premier morceau du 3e Concerto en\nsi mineur de C. Saint-Saëns. Il nous révéla chez les concurrents, en même\ntemps qu'une technique très forte, l'état exact de l'entendement musical pour\nchacun d'eux. Le mécanisme des premiers prix a-t-il été très supérieur à celui\nde tel concurrent malheureux ? C'est ce qui ne nous a point semblé, à part\nquelques accrocs d'exécution inévitables, et ceci est tout à l'éloge des classes du\nConservatoire. L'impression la plus désagréable que nous ayons à noter, c'est\nla fâcheuse tenue de plusieurs exécutants. Le reproche est mince, mais pourquoi\njustement nos violonistes se tiennent-ils le haut du corps penché en avant, les\nbras écartés et à la hauteur de la tête dans l'attitude classique, mais déplacée\nici, d'un Faune dansant }\nLe féminisme gagne les classes de violon : sur vingt-six concurrents il y avait\npresque moitié de jeunes filles. L'une d'elles, Mlle Baudot, second prix du\ndernier concours, harmonieuse à regarder et à entendre, nous avait paru un\npremier prix tout désigné. Mais le jury, composé de Th. Dubois, Pierné,\nColonne, J. Thibaud, Sechiari, Geloso, Marteau, Parent, Tracol, Touche et\nFernand Bourgeat, en a jugé autrement : comme premiers prix on a entendu\nproclamer M. Saury, véritablement, certes, digne de cet honneur par une exécu-\ntion parfaite dans un style excellent ; M. Cantrelle, qui oscille désagréablement\nde droite à gauche ;M. Bittar, dont le jeu nous a paru très classique et très\ndélicat ; enfin M. Bastide, chez qui la vigueur dégénère en dureté.\nMlles Billard et Morhange, MM. Matignon et Nauwinck, qui pour concourir\navait conservé son costume de zouave (et qui a, lui, une tenue parfaite), se sont\nretrouvés avec un commun second prix. Les accessits, quelques-uns inattendus,\nappartiennent d'abord à Mlle Sauvaistre et Augiéras, àM. Etchecopar, puis en\nseconde ligne à Mlle Hélène Wolff, à MM. Devaux, Caries, Michelon, Soudant\net Sufise."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c016", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "405", "page_fin": "406", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.5", "titre_corps": "Le morceau de lecture, écrit par M. Gabriel Pierné dans un mouvement assez", "titre_sommaire": "Le morceau de lecture, écrit par M. Gabriel Pierné dans un mouvement assez", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.9", "debut_caractere": 2151, "fin_caractere_exclue": 3559, "texte": "Le morceau de lecture, écrit par M. Gabriel Pierné dans un mouvement assez\nfuyant et dans une modalité archaïque, fut reporté à la fin du concours. Près\nd'une heure fut prise par la délibération du jury, et à sept heures chacun s'en\nfut dîner, emportant l'impression que dans toute cette jeunesse il y avait beau-\ncoup de travail et, pour certains, beaucoup d'espérances. Le succès a été considé-\nrable pour les classes de MM. Lefort, Parent, Rémy, Berthelier.\nHarpe chromatique. Le morceau d'exécution était de M. Reynaldo Hahn :\nPrélude, Valse et Rigaudon, formant un ensemble joli et délicat. Les quelques\nlignes de lecture véritable paquet de dièses et de bémols étaient du même.\nNous constatons avec plaisir que la classe dirigée avec tant d'autorité et de\ntalent par Mme Tassu-Spencer est en progrès très sensible sur l'année dernière.\nLe ier prix a été décerné à Mlle Lenars par le jury, et par un public enthou-\nsiaste ; Mlles Joffroy, Blot, Chariot, Goudeket, se sont partagé les autres récom-\npenses, après avoir montré des qualités peu sensiblement différentes. Sur six\nélèves présentées, cinq ont eu des couronnes. C'est un succès de bon augure.\nPourquoi donc parler de « bataille » entre ceci et cela ? Rien n'a été plus\npacifique que ce concours. Il y a place, au soleil de l'art, pour tous les talents et\ntoutes les spécialités. De grâce, ne mêlons pas de questions personnelles à la\nmusique !"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.10", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1055, "texte": "La harpe chromatique n'a nullement pour but, comme on Ta dit à tort, de\njouer les compositions écrites pour piano ; elle peut le faire, mais ce n'est pas là\nsa raison cl être : elle est un exemple, un cas particulier de l'évolution qui a\ntransformé plusieurs instruments de l'orchestre en multipliant leurs ressources\nd expression. La grande faveur dont elle jouit dans les principaux Conservatoires\nde 1 Europe est un indice évident des services qu'elle rend, mais ne justifie en\nrien les alarmes de ceux qui semblent craindre qu'elle règne exclusivement.\nNe nous refusons aucun progrès, mais conservons tout ce que la tradition a\nde bon !\nTout d'abord, dans le dernier concours de harpe chromatique, j'avais regretté\nquelques notes trop sèches, sans velouté; mais j'ai constaté le même défaut\ndans le concours de harpe à pédales (surtout dans le morceau de déchiffrage).\nC est donc un défaut imputable aux exécutants, et non aux instruments. Quand\nc est Mme Wurmser-Delcourt ou Mme Tassu-Spencer qui jouent, il n'existe\nplus !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c017", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "406", "page_fin": "406", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.6", "titre_corps": "Harpe (à pédales).", "titre_sommaire": "Harpe (à pédales).", "signature_source": "S", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.10", "debut_caractere": 1057, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "Harpe (à pédales).\nS.\nLes excellents élèves de M. Hasselmans (que nous féli-\ncitons plus haut, bien sincèrement de son entrée dans la Légion d honneur) ont\nmaintenu la belle réputation de leur maître :M. Grandjang, Ml,cs Mauger,\nInghelbrecht, Molica, ont été classés premiers, pour leur aisance prodigieuse,\nleur étonnant mécanisme et leur goût ; Mlle Laskine(n ans !) mérita un second\nprix, et Mlle Janet le ier accessit. Le morceau d'exécution, écrit par Mlle Hen-\nriette Renié, était d'un h onnête classicisme."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c018", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "406", "page_fin": "406", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.7", "titre_corps": "Piano. —On devine qu'avec des maîtres tels que MM. Diémer et Philipp, les", "titre_sommaire": "Piano. —On devine qu'avec des maîtres tels que MM. Diémer et Philipp, les", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.10", "debut_caractere": 1572, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "Piano. —On devine qu'avec des maîtres tels que MM. Diémer et Philipp, les\nélèves présentés avaient une sérieuse valeur Si quelques-uns d'entre eux se mé-\nfiaient du maniérisme et de l'abus des nuances (voir plus haut), ce serait parfait.\nQuelle somme de travail supposent de tels exercices ! La virtuosité fait chaque\njour des progrès, et on ne sait vraiment où elle s'arrêtera. Trois premiers prix\nont été justement attribués à MM. de Francmesnil, Dupré et Dumesnil ; un\nsecond prix à M. Dorival ; des accessits à MM. Gayraud, Lattes, Verd, Théroine\net Polleri."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c019", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "406", "page_fin": "406", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.8", "titre_corps": "Chant (hommes). Les bonnes voix sont rares ! j'entends les voix homogènes,", "titre_sommaire": "Chant (hommes). Les bonnes voix sont rares ! j'entends les voix homogènes,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.10", "debut_caractere": 2136, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "Chant (hommes). Les bonnes voix sont rares ! j'entends les voix homogènes,\ndun bon métal solide, sans trous ni paille. Kt les morceaux de concours sont\nquelquefois bien ennuyeux ! La Fête d'Alexandre est, hélas ! dans ce cas.\nM. Petit a eu 1 heureuse idée de faire entendre un admirable fragment du Faust\nde Schumann. Le ler prix a été décerné à M Carbelly, qui a chanté, avec lar-\ngeur et autorité, un air du Dardanusde Rameau ; 2 seconds prix à MM. Petit et\nLucazeau (qui a dit, avec un peu trop de sanglots, les « Adieux à la forêt » de\nY Attaque du Moulin). Un premier accessit a récompensé M. Francell (air de\nLakmé, et un deuxième, MM. Domnier et Sarraillé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c020", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "406", "page_fin": "406", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.9", "titre_corps": "Chant (femmes).", "titre_sommaire": "Chant (femmes).", "signature_source": "P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.10", "debut_caractere": 2801, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "Chant (femmes).\nP.\nJ'ai remarqué M\"e Lapeyrette(élève de M. Masson), dont le\nvisage rappelle vaguement celui de Mme Viardot jeune, et qui a dit, avec un con •\ntralto admirable, l'air du Prophète ; elle n'a obtenu qu'un second prix, ainsi que\nMl,e Lamare (air de Jules César) ; les premiers prix ont été pour Mlles Chenal,\nMancini (Alceste) et Mirai, qui, avec des tempéraments très différents, ont fait\nune assez vive impression. iers accessits à Mlles Alice Cornes, Bailac, Delimoges ;\n2es accessits à M\"e Allard et Tasso."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c021", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "406", "page_fin": "407", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.10", "titre_corps": "Opéra-Comique. Le gros incident de la séance est l'échec de M. Petit, qui", "titre_sommaire": "Opéra-Comique. Le gros incident de la séance est l'échec de M. Petit, qui", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.10", "debut_caractere": 3326, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "Opéra-Comique. Le gros incident de la séance est l'échec de M. Petit, qui\navait dit exquisement quelques pages du Rêve d'A. Bruneau, et auquel le public,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.11", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 658, "texte": "d'esprit plus libre que le jury, avait décerné le premier prix... Cette récompense\na été pour M. Lucazeau (Carmen) ; les autres lauréats sont MM. Domnier (Don\nPasquale), Francell (Carmen), Sarraillé. M. Th. Dubois adû lever la séance au\nmilieu d'un grand vacarme, sans proclamer immédiatement les résultats. Voici\nle classement des jeunes filles : Mlle Lassalle, vive et prenante, dans Carmen ;\nMlle Tasso, très bonne dans Manon ; Mlle Mathieu-Lutz, virtuose très brillante\ndans le Barbier ; MUe Tasso, fine et plaisante dans le Médecin malgré lui. Séance\ndont les résultats sont très vivement commentés et critiqués parle public I"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c022", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "407", "page_fin": "407", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.11", "titre_corps": "Piano (femmes). Le prélude de Bach dont nous avons donné une analyse", "titre_sommaire": "Piano (femmes). Le prélude de Bach dont nous avons donné une analyse", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.11", "debut_caractere": 660, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "Piano (femmes). Le prélude de Bach dont nous avons donné une analyse\ndans la Revue musicale a été joué trop vite ; mais nous avons eu le plaisir de le\nvoir exécuté, au point de vue rythmique, comme nous le comprenions. Les\njeunes virtuoses distinguaient même si nettement les membres de phrase qu'elles\nallaient parfois jusqu'à transformer en dialogue ce qui n'est, en somme, qu'une\ncomposition monodique. Gardons-nous de tous les excès ! L'Allegro de concert\nde Chopin n'a pas été dit avec assez de panache romantique et de « bravoure »,\nmais a permis d'apprécier d'excellentes qualités de technique. Mlle Caffaret\n(onze ans ) a partagé l'honneur du premier prix avec Mlles Arnaud, Lamy,\nVeluardet Kastler (élèves de MM. Duvernoy et Marmontel). Mlles Vizentini,\nDebrie, Morillon et Aussenacont eu chacune un second prix. Neuf accessits ont\ncomplété cette ample distribution de récompenses."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c023", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "407", "page_fin": "407", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.12", "titre_corps": "Opéra. Le meilleur concurrent, sans contredit, a été M. Corpait, qui", "titre_sommaire": "Opéra. Le meilleur concurrent, sans contredit, a été M. Corpait, qui", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.11", "debut_caractere": 1552, "fin_caractere_exclue": 2998, "texte": "Opéra. Le meilleur concurrent, sans contredit, a été M. Corpait, qui\ndans la scène de Charles VI a montré une science réelle de composition. (Il est\nvrai que cette scène de folie est relativement facile à jouer.) Il a eu un premier\nprix, ainsi que M. Petit (scène du 2e acte d'Œdipe à Colonne, bien plus difficile),\ndans le succès duquel le public a cru voir une juste réparation. M. Carbelly a\nchanté admirablement la prière de Guillaume Tell, mais il est peu comédien : il\na besoin d'apprendre à marcher, et d'étudier l'art des gestes amples. Il a eu un\nsecond prix. Mlle Chenal a dit avec beaucoup d'art les imprécations d\"Armide,\nabandonnée par Renaud ; Mlle Mancini a été bonne chanteuse, et très émou-\nvante dans Patrie : elle a su tomber admirablement, sous le poignard justicier.\nUn premier prix a justement récompensé ces deux talents. Mlle Lapeyrette, qui\na montré une grande autorité dans le Prophète, et Mlle Lamarre (scène du Mi-\nserere, hélas ! dans le Trouvère) ont eu chacune un second prix. Un premier et\nsecond accessits ont été concédés à Mlles Bailac et Delalozière. Ce concours est un\ndes plus difficiles ; il n a pas été, en somme, fort brillant. Pas une seule voix bien\nhomogène (sauf celle de M. Carbelly > ! Les chanteurs forcent le son; presque\ntoutes les voix ontdes parties cotonneuses ; quelques-unes sont déjà fatiguées...\nDans le jeu, l'équilibre nécessaire entre l'action réaliste et le style est rarement\nobservé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c024", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "407", "page_fin": "407", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.13", "titre_corps": "Instruments à vent. Au concours de cor (exécution d'un charmant allegro écrit", "titre_sommaire": "Instruments à vent. Au concours de cor (exécution d'un charmant allegro écrit", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.11", "debut_caractere": 3000, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "Instruments à vent. Au concours de cor (exécution d'un charmant allegro écrit\npar M. Camille Chevillard), un premier prix a été décerné à M. Coquelet ; un\nsecond à MM. Jean Tournier et Lepitre ; un 2\" accessit à M. Thibault L épreuve\nn'a pas été fort brillante ; trop de notes d une justesse douteuse l'ont déparée !\nParmi les cornettistes, M. Mager a obtenu un second prix ; MM. Foveau, Nadal\net Body se sont partagé les accessits (exécution d'un Caprice, un peu banal, de\nM. Lévadé et déchiffrage d'une jolie esquisse de M. Georges Marty). M. Jean\nBernard a brillamment enlevé un premier prix de trompette, et M. Rochut un\npremier prix de trombone."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c025", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "408", "page_fin": "408", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.6.14", "titre_corps": "Bois. Lauréats pour la flûte : MM. Joffroy et Laurent (ier prix) ;", "titre_sommaire": "Bois. Lauréats pour la flûte : MM. Joffroy et Laurent (ier prix) ;", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "408", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.12", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "Bois. Lauréats pour la flûte : MM. Joffroy et Laurent (ier prix) ;\nMM; Hérissé, Bergeon, Camus et Cléton (accessits). Hautbois : M. Pou-\ntier ( ier prix); MM. Serville et Rouzeré (2e prix); MM. Tournier, Lon-\ngatte et Riva (2e accessit). Clarinette : MM. Capelle, Moulin et Dubois\n(ier prix, tous très remarquables) ;M. Loterie (2e prix). Basson : MM. Pré et\nRogeau (2e prix) ;M. Raimbourg (ier accessit).\nNous ne voulons pas terminer ces notes rapides sans nous associer au public\net aux divers jurys qui, à maintes reprises ont manifesté à M. Th. Dubois leurs\nsentiments de vive sympathie pour le tact parfait avec lequel il a dirigé ces épreu-\nves délicates."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c027", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "409", "page_fin": "416", "image_debut": 13, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.7", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nINTRODUCTION A L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA\nMUSIQUE. — XI.\nLA MUSIQUE ET LA MAGIE.\n\n(D'après la sténographie de M. Flachat, à Montreuil-sous-Bois.)\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nJ'arrive aujourd'hui à la troisième partie de cette Introduction. Dans la pre-\nmière partie, j'ai essayé de définir la musique considérée en elle-même ; dans\nla seconde, j'ai marqué sa place dans la nature ; dans la troisième, qui paraît la\nplus difficile, j'ai à étudier sa fonction sociale. J'aurai à exposer et à discuter\nles systèmes d'un certain nombre de penseurs (Darwin, Spencer, Bûcher) qui\ncroient avoir résolu le plus difficile et le plus obscur des problèmes, celui des\norigines. Mais, comme cette discussion sera assez longue, je commence par\ndonner tout de suite mon opinion personnelle ; les trois thèses que j'exami-\nnerai plus tard seront présentées comme un complément de celle que je vais\nexposer et comme une contribution partielle à la vérité très complexe que nous\ncherchons. Aucune de ces curieuses thèses, en effet, ne doit être repoussée\nentièrement.\nCe sujet singulier que j'entreprends de traiter, m'étonne un peu moi-\nmême, bien que je l'étudié depuis assez longtemps et l'aborde en ce moment\naprès mûre réflexion, avec un esprit de libre recherche scientifique. Dans cette\npremière leçon, j'en tracerai seulement les grandes lignes, car il est très vaste. Il\nme sera certainement impossible de produire tous les documents que j'ai réunis ;\nje devrai me borner à les indiquer par catégories, et citer les plus caractéris-\ntiques. En accouplant ces deux mots de musique et de magie, pour la première\nfois peut-être rapprochés l'un de l'autre par un historien, je demande à ceux qui\nvoudront bien me suivre d'avoir présente à l'esprit l'idée de la méthode qui doit\nêtre ici la nôtre. Il y a une façon de concevoir l'histoire musicale, qui consiste à\nprendre les premiers compositeurs et les premières œuvres connues, puis à\nconsacrer aux uns des biographies mêlées d'anecdotes, aux autres des ana-\nlyses techniques et, au besoin, des exécutions. Cette méthode est très bonne\nen soi, et nous l'emploierons à son heure ; mais elle ne saurait présentement\nnous suffire. Il faut d'abord ouvrir toutes grandes les fenêtres, pour faire péné-\ntrer l'air et la lumière dans nos études. Quand nous avons cherché à définir\nla musique, nous avons bien pu trouver en elle des caractères spéciaux, qui\nconstituent son originalité, qui semblent même l'isoler de tout le reste ; mais\nquand nous examinons ses conditions d'existence, son mode de développement,\nles influences sociologiques qu'elle a subies, nous trouvons qu'elle est insépa-\nrable d'une multitude de choses qui, à première vue, semblaient n'avoir rien de\nmusical. Cette connexité, il arrivera sans doute un moment où il faudra la per-\ndre de vue pour s'adonner à des travaux très particuliers ; mais, en commençant\nsurtout, il convient de ne pas la négliger : c'est elle qui fait vraiment la dignité,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "410", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3820, "texte": "l'agrément et l'intérêt d'une étude sérieuse, en plaçant la préoccupation de l'en-\nsemble avant celle du détail. Il ne faut donc pas s'étonner que ces considérations\npréliminaires nous engagent dans des voies qui paraissent un peu détournées\nmais qui sont un acheminement nécessaire vers un but nettement défini.\nPrévenons d'abord une objection. En général, la préoccupation des théori-\nciens a été de remonter au fait premier et générateur de la musique, à celui\nqui peut être considéré comme la source d'où tout est sorti par voie d'évolution\net qui suffit à expliquer la série dont il est le principe. Un tel fait nous échappe\nnécessairement ; nous ne pouvons l'atteindre que par des conjectures, dont\nla première consiste à admettre que ce fait isolé existe. Il est probable qu'il n'y\nen a pas un, mais plusieurs, d'importance inégale, formant un groupe où tout\nse tient, et que les origines delà musique sont comparables aux racines d'un\narbre, racines multiples, dirigées clans des sens différents et prenant la sève de\ntous côtés. Cet aveu d'ignorance touchant la cause initiale ne nous dispense pas de\nremonter aussi haut que possible dans le passé ; mais il nouspermet de changer\nun peu la question. Au lieu de dire : Voici le fait d'où la musique est sortie, nous\ndirons : « D'après les documents que nous possédons et d'après leur interprétation\nlégitime, voici quelle a été la première fonction sociale de la musique. La musique\na été l élément principal des cérémonies magiques primitives. La musique\ninstrumentale vient du chant ; et la première forme du chant a été l'incantation.\nVoilà ce que, preuves en mains, nous pouvons affirmer. » Ainsi comprise, la\nquestion est à la fois restreinte et transposée : elle est restreinte, puisque nous\nla débarrassons d'une recherche trop ambitieuse et chimérique ; elle est transpo-\nsée, puisque nous abandonnons le domaine de la théorie pour celui de l'histoire\nproprement dite. A vrai dire, nous sommes en ce moment sur la limite qui la\nsépare des régions où règne l esprit de système.\nPour comprendre ce qu'a été la musique des tout premiers âges, il faudrait,\nselon l'exemple de l'historien latin, se faire un esprit « antique », et dépouiller\nl'esprit du civilisé. « L'homme est un être raisonnable. » Ce sont les philo-\nsophes qui disent cela ! Si on considère la place qu'elle occupe dans la vie pra-\ntique, la raison apparaît (ainsi que la liberté) comme une conquête tardive, un\nidéal dont on se rapproche lentement ; mais l'historien ne peut pas la poser\ncomme un fait initial. L'homme primitif est surtout un croyant (cela ne veut pas\ndire, d'ailleurs, qu'il soit religieux, au sens élevé du mot). Par des témoigna-\nges comme les tablettes assyriennes toutes chargées d'incantations et de recettes\nde sorcellerie, par les monuments égyptiens relatifs aux cérémonies funèbres,\npar les Grecs eux-mêmes, pourtant si avancés en civilisation, nous pouvons avoir\nune idée de ce qu'a été le primitif. Il ne fait pas « le plus beau rêve de la vie »,\nselon le mot de Goethe appréciant en artiste les mythes antiques. Pour lui,\nl'existence est plutôt un cauchemar. Il se croit environné d'ennemis invisibles ;\npartout il voit des pièges, des forces hostiles, des êtres cachés et cruels ; à la\npeur qu'entretiennent en lui la forêt, la nuit, le mystère de chaque chose, s'a-\njoute une angoisse : celle de la faim. Comme les fauves, il est presque toujours\nen chasse. Manger, voilà pour lui l'affaire qui domine toutes les autres (i).\n\n(1) Aujourd'hui encore, si chaque homme mettait dans un plateau les actes de sa vie quoti-\ndienne qui sont inspirés par la raison pure, et dans un autre plateau ceux qui ont eu pour cause\net pour objet la satisfaction des appétits (plus ou moins déguisés), de quel côté verrait-on\npencher la balance r1"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "Cette grandiose idylle de paix et de lumière que Victor Hugo a placée en tête\nde sa Légende des siècles est une fin idéale plutôt qu'un commencement. De\nquelles ressources l'homme dispose-t-il pour saisir une proie? Il n'a que l'agilité\nde ses jambes, la force de ses muscles, quelques pierres taillées. Son refuge,\nc'est la magie.\nPar la magie, il croit, sans avoir besoin de la force ou du contact direct,\nposséder un pouvoir supérieur sur la nature et sur les êtres vivants. Par elle, il\nconjure les esprits malfaisants, et, en premier lieu, il prépare sa victoire sur le\ngibier nécessaire. Il s'attribue à lui-même le privilège dont, plus tard, il in-\nvestira des dieux distincts de la nature et de l'homme. Cette superstition a des\nracines tellement profondes, qu'elle continuera à régner à côté des religions\nconstituées, et qu'elle leur survivra. La magie, que Hegel appelait la « religion\nspontanée » et qu'il mettait en tête d'une classification des formes de la croyance,\nest le fait capital de la vie sociale, celui qui dans l'histoire de l'homme occupe\nla plus grande place. Elle a mis en usage si nous la considérons aux\népoques modernes bien des moyens : les breuvages, les philtres, les élé-\nments, les miroirs, la puissance du regard, etc... ; mais je n'ai pas à recher-\ncher ici tout ce qui a pu remplir le chaudron de Canidie ou des sorcières de\nMacbeth. Je me bornerai à montrer comment le chant a pu être l'arme pré-\nférée des magiciens ; pour cela, je dois d abord mentionner - parce qu'elle\nm'a suggéré cette série de leçons l'hypothèse qui a été faite sur le dessin\nmagique ; je montrerai ensuite que cette hypothèse s'applique avec une\nexactitude de plus en plus grande à la danse, enfin au chant ; et que si ces\ntrois arts ont eu un rôle social très important, c'est à cause d'un caractère qui\nleur est commun et que la théorie classique aimait à mettre en lumière quand\nelle disait : Toute œuvre d'art est une imitation. Cette théorie de Yimitation\nva nous apparaître sous un aspect nouveau.\nI\nC'est M. Salomon Reinach qui, au cours cTune séance de l'Académie des Ins-\ncriptions et Belles-Lettres (mai 1903) et dans un article publié par la revue L'An-\nthropologie (mai-juin de la même année), a expliqué les origines du dessin en les\nrattachant aux pratiques de la magie, et a ainsi ouvert la voie dans laquelle\nnous entrons. Voici comment.\nNous connaissons aujourd'hui, surtout dans le Périgord et dans la région\npyrénéenne, un assez grand nombre de dessins remontant à l'époque préhis-\ntorique et gravés sur les parois des cavernes. La plupart d'entre eux représentent\ndes animaux, mais particularité importante des animaux qui tous sont\ncomestibles : les grands félins, le lion et le tigre, la hyène, le chacal, le loup,\nles diverses variétés de serpents, etc..., n'y figurent point. Cela ne peut être un\neffet du hasard. Le choix qui a dirigé l'activité des artistes primitifs implique des\nraisons précises. M. Reinach a cru les trouver dans certaines idées d'ordre géné-\nral qui sont communes à l'ensemble de l'humanité. La plus répandue est celle-ci :\nl'image d'un être ou d'un objet donne à l'auteur ou au possesseur de l'image\nun pouvoir d'influence sur l'objet lui-même. Bien entendu, il s'agit d'un pouvoir\nd'ordre magique, relevant d'une croyance. Cette idée, que le semblable donne"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.16", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3305, "texte": "prise sur le semblable, se retrouve fréquemment dans l'époque moderne. L'o-\npération de benvoûtement, si fréquente au moyen âge, qui consiste à briser ou\ntranspercer un portrait pour nuire à l'original ou le faire périr, l'usage de pen-\ndre certains criminels « en effigie », en sont des exemples. Ainsi peut-on expli-\nquer que le judaïsme ait interdit de représenter la figure humaine, et que dans\ncertains pays d'Orient il soit aujourd'hui défendu de faire le portrait du souve-\nrain. « On croit qu'entre les êtres et leurs effigies il y a un réseau de liens invi-\nsibles, et qu'en altérant celles-ci, on peut nuire à ceux-là. » Les dessins des\ncavernes préhistoriques prennent une signification très claire, si on les examine\nà la lumière de cette idée. L'exclusion des carnassiers s'explique très naturelle-\nment. Le dessinateur primitif n'est nullement préoccupé de plaire ; il appar-\ntient àun clan ou à une tribu qui vivent de chasse, et il dessine des animaux\ncomestibles parce qu'il croit, et parce qu'on croit autour de lui, qu'en dessinant\ntel animal, on le met déjà, dans une certaine mesure, sous la dépendance du\nchasseur. Il est vraisemblable de supposer que ces dessins étaient exécutés au\ncours d'une cérémonie spéciale— on n'ose dire religieuse— ayant lieu à l'in-\ntérieur de la caverne.\nTelle est, dans ses grandes lignes la thèse originale proposée par M. Salomon\nReinach.\nSi, par voie d'analogie ou d'extension, nous l'appliquons à des domaines\nvoisins, nousconstatons qu'elle permet d'abord d'expliquer un premier ensemble\nde faits appartenant à l'histoire de la musique : les danses des primitifs.\nII\nToutes ces danses sont mimétiques. On s'attache à y reproduire les allures et\nles mœurs des animaux. Pourquoi? On a dit que « l'instinct d'imitation est\nnaturel aux primitifs » ; que les danses « permettaient d'initier les novices à la\nconnaissance des mœurs d'un animal dont la chasse est une nécessité ». Ces\nexplications sont insuffisantes; il y en a une autre, bien plus conforme à l'idée\nqu'il faut se faire de ces époques lointaines, antérieures à la civilisation, où\nla grande affaire, pour l'homme, est de satisfaire sa faim. Chez les tribus\nà l'état sauvage, les danses mimétiques sont une sorte de dessin en action, une\ngravure ou une sculpture avec la vie et le mouvement en plus ; elles ont pour\nbut de conférer aux danseurs un pouvoir magique sur le gibier dont ils imitent\nles mouvements. Ainsi s'expliquent, chez les Australiens, la danse du kangou-\nrou, si souvent décrite, comme aussi la danse du dingo, de bémou, de la gre-\nnouille, du papillon. Ce n'est pas, comme dit Grosse, « le plaisir qu'on éprouve\nà faire des mouvements violents et rythmiques, à décharger ses sentiments, etc. »,\nqui est le principe de ces exercices, ni le désir de produire « un effet purement\nesthétique ». Au moins ces raisons ne sont-elles pas les seules. Il y a là une\nsorte de « magie homœopathique » créant un pouvoir imaginaire sur un objet,\npar la reproduction de cet objet. Comme les autres superstitions magiques,\nces sortes de danses ont été ou sont en usage chez le plupart des primitifs. Ne\nnous étonnons plus d'entendre dire que chez les Esquimos, les danseurs « sont\nsouvent affublés de têtes d'ours, de loups, d'autres animaux comme la loutre,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3942, "texte": "l'hermine, le faucon, le corbeau » (1) ; il faut se garder de voir là une sorte de\nmascarade de carnaval !\nVoici comment le Dr Pallas décrit les danses des Ostiaks. « Les hommes et\nles jeunes garçons sont les seuls qui dansent. Ces danses... représentent par les\ndiverses positions, par les pas et les gestes du danseur, les allures des différents\noiseaux et animaux lorsqu'on les chasse, et les mouvements de certains poissons\nlors de la pêche. J'ai vu représenter la chasse de la zibeline, les allures de la\ngrue et du renne, le vol de la boudrée et la manière dont elle saisit sa proie... L'i-\nmitation de l'allure de la grue m'a paru la danse là plus pénible ; le danseur, se\ntenant tout accroupi, est caché sous une fourrure après en avoir lié la pointe à un\nlong bâton au bout duquel il a planté la tête de l'animal. Dans cette position, il\nsaute sur ses talons ; il imite, en dansant et au moyen du bâton, tous les mou-\nvements de la bête. Quand on veut représenter l'allure du renne, il faut que la\nmusique varie selon les différents mouvements de l'animal, pour exprimer son\npas, son trot, son galop, et marquer lorsqu'il s'arrête afin de s'assurer de la\ndirection qu'il tient avec le chasseur qui le poursuit (2). » Avec la théorie de\nM. Salomon Reinach, ces exercices ont une signification parfaitement claire.\nLe but utilitaire et la superstition qui sert de principe à la danse expliquent\npourquoi les femmes n'y prennent point part. La mission Mac Donald a donné\nle renseignement suivant sur les indigènes des contrées baignées par le Niger et\nle Bénué : « La danse de chasse existe également [chez eux] ; elle a lieu à l'oc-\ncasion d'une réjouissance nationale et n'est dansée que par ceux qui ont pris part\nà la chasse ; en aucune circonstance les lemmes ne sont autorisées à s'y join-\ndre. Cette danse est accompagnée seulement par le tambour et par le chant.\nLes danseurs imitent les attitudes des animaux (3). » Cette description suggère\nl'idée d'une civilisation relativement avancée où ce qui était d'abord utile et pra-\ntique est devenu objet d'agrément (comme chez les Grecs classiques, dont toutes\nles danses sont mimétiques, sans doute par survivance d'anciens usages) ; mais\nle caractère initial d'une telle danse transparaît dans sa forme moderne. Le\ndernier voyageur que je viens de citer distingue, comme on le fait habituelle-\nment, la danse de chasse de toutes les autres. C'est une distinction superficielle.\nCe qui vient d'être dit semble pouvoir s'appliquer à toutes les danses sans excep-\ntion : à la danse guerrière, qui imite le courage pour le créer et qui veut assurer\nla défaite réelle de l'ennemi par sa défaite simulée ; à la danse religieuse, qui,\npour désarmer un dieu hostile, le met matériellement, sous forme d'idole, dans la\ndépendance de l'homme (4). Les danses dites gymnastiques, caractérisées par des\nmouvements sans objet pratique, sont postérieures à tout cela. Ce sont des\ndanses mimétiques désappropriées, - analogues à la musique instrumentale,\nqui n'est autre chose qu'un chant dépourvu de paroles et transposé. La danse et\nle chant ont eu la même évolution : ils sont devenus de plus en plus abstraits.\n\n(1) Les Esquimos, par le marquis de Nadaillac, dans VAnthropologie (XIII, 1902, p. 101).\n(2) Voyages diL Dr M. P. S. Pallas, docteur eu médecine, en différentes provinces de Vempire de\nRussie et dans l'Asie septentrionale, traduit de l'allemand par M. Gauthier de la Peyronie,\ncommis des affaires étrangères. (4 vol. Paris, 1789-93, chez Maradan, t IV, p. 85 et suiv.)\n(3) Up the Niger, Narrative of major Claude Macdonald's Mission to the Niger and Benne\nRivers, West Africa, by Captain A. F. Mockler-Ferryman, etc.., London, 1892, chez G. Philip,\nP. 273.\n(4) Voir la danse australienne (décrite par Parker et citée par GrossQ, Les débuts de l'art,\np. 171 de la traduction française) destinée à implorer l'aide d'un démon très redouté, Mindi"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "414", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.18", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": "Ainsi donc, le dessin et la danse —identiques au fond— sont considérés\npar les primitifs comme créant un symbolisme irrésistible ; ils permettent de\ndominer le semblable par le sembable. La croyance qui leur attribue ce pouvoir\nest essentielle à la magie. La théorie classique de Yimitation, base de tous\nles arts, apparaît ainsi avec un caractère moins artistique, sans doute, que dans\nles analyses d'un Aristote, mais elle prend quelque chose de plus humain, elle a\ndes racines profondes dans une croyance qui, nous le verrons, peut être regardée\ncomme universelle. —A tout cela comment pouvons-nous rattacher la musique?\nEntre le chant et le dessin ou le mimétisme en action, y a-t-il un hiatus infran-\nchissable } oubien verrons-nous clairement jusqu'au bout l'application du même\nprincipe ?\nIII\nPour montrer comment le chant a pu jouer, à l'origine, le même rôle que le\ndessin ou la danse, j'appellerai votre attention sur deux faits d'ordre très général.\ni° La musique n'a pas de modèle dans la nature visible ; et, pour ce motif, il\nsemble qu'elle devrait avoir une fonction tout autre que celle du dessin ou de la\ndanse mimétique. Mais si elle est impuissante à reproduire la ligne, le relief et\nla couleur, n'a-t-elle pas au plus haut point le don d' « imiter » les sentiments,\nles passions, en un mot le dedans des choses ? pour cette raison, ne doit-elle\npas être la ressource préférée de la magie ?\nNous verrons plus tard la théorie des Grecs sur le pouvoir expressif de la mu-\nsique. Pour eux, la musique passe par-dessus les réalités sensibles ; elle saisit,\nelle exprime l'âme. «Dans les compositions musicales, dit Aristote, il y a repro-\nduction des états affectifs. » Cette doctrine a été professée par les Chinois. J ai\nsous les yeux une traduction française de quelques pages du Li-Ki (i) et j'en\nextrais les lignes suivantes : « Tout air prend sa source dans le cœur de Vhomme.\nLa musique est intimement liée avec les rapports essentiels des êtres. Aussi, con-\nnaître les sons, mais ne pas savoir les airs, c est le propre des oiseaux et des bêtes\nbrutes ; savoir les airs, mais ne pas savoir la musique, c est le propre du vulgaire : au\nsage seul, il est réservé de comprendre la musique. C'est pourquoi on étudie les sons\npour savoir les airs ; on étudie les airs pour savoir la musique ; et oit étudie la musique\npour savoir gouverner. » Paroles admirables, parties sans doute du pinceau d'un\n« lettré » moderne, mais que je cite comme témoignage des vieilles croyances\ninstinctives! On lit plus loin (ibid.) : Le pouvoir j des rites et] de la musique\natteint jusqu'au cielet remplit toute la terre ; il passe à travers [les principes) IN et lAN\net établit des rapports avec les âmes et les esprits ; il atteint la plus grande élévation,\nil arrive à l'extrême de l éloignement et sonde les plus impérieuses profondeurs.\nNous retrouverions de semblables idées chez les peuples les plus opposés, aux\nâges les plus différents : « la voix du chanteur, dit Balzac, fait mouvoir les\nprincipes de nos sensations » (2).\n\n(1) Edition du Li-Ki ou Mémorial des rites, Paris-Turin, 1853, in-40. Exemplaire de l'Ecole\nspéciale des langues orientales vivantes, U, 11, 39, traduction de J.-M Callery, p. 82-113 (textes\ncommuniqués par M. Pierre Aubry).\n(2) Balzac, M assimilla Doni, t. XV des Œuvres complètes, p. 430 (cité par MM. Gevaert et\nVollgrafF, Les problèmes musicaux d'Aristote, p. 321, à la note)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.19", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3667, "texte": "Or, les primitifs voient partout des forces morales, des passions, des « es-\nprits » hostiles ou bienfaisants. Pour eux, le moindre phénomène représente\nune personne et un état affectif. Dans le tonnerre qui gronde, dans le flot qui se\nsoulève ou dans l'arbre qui frissonne, dans la maladie, dans la disette ou l'abon-\ndance, dans le minéral lui-même, il y a quelqu'un. (Là se trouve en germe la\npoésie que les Homère, les Virgile et les Lamartine dégageront plus tard.)\nLes vieilles mythologies, dans lesquelles les premières croyances de l'homme\nont pris corps, en sont un témoignage surabondant. Il y a donc une relation\nétroite et directe entre le pouvoir de la musique et les phénomènes naturels.\nPuisque chacun de ces phénomènes n'est pas autre chose qu'une apparence\nderrière laquelle se cache un sentiment (colère, haine, sympathie, jalousie,\ncruauté, etc...), et que, d'autre part, la musique a précisément pour caractère\nde traduire tous les sentiments, ne s'ensuit-il pas que la musique a le pouvoir,\nnon seulement d'exprimer la nature, mais d'agir sur elle ? Les deux privilèges :\nexpression et influence, ne vont-ils pas ensemble ? « Les imitations effectuées\nau moyen des sons, disaient les Grecs, conduisent à Vaction », et Aristote sug-\ngérait cette explication : « Les rythmes et les successions mélodiques sont\ndes mouvements, tout comme les actions (2). » La magie musicale (pour\nrésumer ces premières observations) est l'application anticipée, obscure, instinc-\ntive, de la doctrine de Schopenhauer et des grands métaphysiciens allemands :\nil y a une âme vivante cfans la nature, et la musique peut la saisir directement.\nComme l'âme de la nature, la musique est un souffle, anima. De cette identité\nrésulte l'idée d'un pouvoir à exercer par le semblable sur le semblable.\n20 Une autre raison explique le rôle capital dévolu au chant dans les cérémo-\nnies magiques : c'est le caractère mystérieux qui, presque à toutes les époques,\na été attribué au langage. Si quelques philosophes modernes, d'une instruction\nraffinée, ont considéré le langage comme transmis à l'homme par une révélation\ndivine, il ne faut point s'étonner que les primitifs, incapables de comprendre le\nmécanisme de la parole, aient été particulièrement portés à en exagérer le pou-\nvoir. Ils ne sont pas loin de penser que les paroles valent des actes (2). Pour\neux, le mot est l'équivalent de la chose, son image sonore ;il est la chose elle-\nmême. N'avoir pas de nom, c'est ne pas exister. Lorsqu'ils veulent dire, dans\nle poème de la création, que le ciel et la terre n existaient pas encore, ils disent\nquils n étaient pas nommés. Par suite, connaître ou prononcer le nom d'un être\nvivant ou d'un objet, c'est l'évoquer ou le posséder. De là le soin que prenaient\nles Assyriens de ne jamais révéler le nom d'une ville sacrée; de là la répugnance\ndes sauvages et de nos madrés paysans à parler de leurs affaires ou même à\ndire leur nom ; delà l'usage, chez les Latins, quand on parlait d'un événement\nfâcheux, de prononcer une formule analogue à celle-ci : Quod omen dii avertant !\nQue les dieux détournent ce présage ! Aujourd'hui encore, ne disons nous\npas souvent : « Ne parlez plus de cela ! ça porte malheur 1 »\nSuivons les conséquences de cette opinion.\nSi l'énoncé d'un fait équivaut au fait lui-même, a fortiori une prière, une invi-\ntation, enfin un ordre, formulés dans de certaines conditions et en termes con-\n\n(1) Problèmes (dans Gevaert, libro cit.. p. 73).\n(2) Beaucoup de modernes ne sont-ils pas (( primitifs »en cela ? Amiel disait des Français :\n« Leur défaut est de croire que quand les choses sont dites, elles sont faites »."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.20", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2156, "texte": "venables, ne peuvent-ils rester sans effet ; et si on va jusqu'au chant, le résultat\nsera plus sûr encore, puisque le chant élève la parole à sa plus haute puissance.\nNous arrivons donc à cette double conclusion : Le chant pur et le chant sur une\nformule ont une action spéciale et directe sur les choses réelles. Ils permettent à\nl'homme d'atteindre l'âme des objets et des êtres, de saisir le principe de la vie\nobjective, d'entrer en communication avec les forces latentes de la nature. L'in-\ncantation suppose une sorte de métaphysique inconsciente et profonde. Il y a\ndonc, d'après ce qui vient d'être dit, trois sortes d'opérations magiques : i° le\ndessin ; 20 la danse ; 3°le chant, Toutes les trois ont le même principe, Y imitation,\net appartiennent à ce qu'on a appelé la magie « homœopathique ». Nous verrons\ncependant que les rites employant la parole et le rythme peuvent être considé-\nrés, pour des raisons bien simples, comme antérieurs aux autres, et même comme\nleur ayant conféré leur vertu.\nComme vous vous en êtes aperçus sans doute, cette conception historique\ndu chant, de sa nature et de son rôle, ne contredit en rien ce que j'ai avancé,\ndès le début, sur l'originalité de la musique, et sur la (( pensée » spéciale,\ntout intellectuelle, irréductible à nos concepts et à nos vocables habituels,\nqui la constitue. Bien au contraire, nous allons trouver dans l'histoire positive\nune confirmation et une mise en œuvre de nos idées. Le chanteur-magicien des\népoques primitives est, à sa manière, un métaphysicien, un poète, un senti-\nmental convaincu que la passion dirige le monde, que la nature a une âme\ncomme lui, et que la musique est toute-puissante, parce que l'âme est son\ndomaine.\nTelles sont les premières explications que peut fournir l'esprit d'analyse.\nElles sont commodes pour la clarté de l'exposition; elles ne sont nullement né-\ncessaires. En somme, nous pourrions nous borner à prendre les faits tels qu'ils\nsont, et nous dispenser de les expliquer ; sont-ils suffisamment nombreux et\nprécis pour établir notre thèse ? C'est ce que nous verrons dans les pro-\nchaines leçons.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c028", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "409", "page_fin": "416", "image_debut": 13, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.7.1", "titre_corps": "INTRODUCTION A L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE. — XI. LA MUSIQUE ET LA MAGIE.", "titre_sommaire": "INTRODUCTION A L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE. — XI. LA MUSIQUE ET LA MAGIE.", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2973, "texte": "INTRODUCTION A L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA\nMUSIQUE. — XI.\nLA MUSIQUE ET LA MAGIE.\n\n(D'après la sténographie de M. Flachat, à Montreuil-sous-Bois.)\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nJ'arrive aujourd'hui à la troisième partie de cette Introduction. Dans la pre-\nmière partie, j'ai essayé de définir la musique considérée en elle-même ; dans\nla seconde, j'ai marqué sa place dans la nature ; dans la troisième, qui paraît la\nplus difficile, j'ai à étudier sa fonction sociale. J'aurai à exposer et à discuter\nles systèmes d'un certain nombre de penseurs (Darwin, Spencer, Bûcher) qui\ncroient avoir résolu le plus difficile et le plus obscur des problèmes, celui des\norigines. Mais, comme cette discussion sera assez longue, je commence par\ndonner tout de suite mon opinion personnelle ; les trois thèses que j'exami-\nnerai plus tard seront présentées comme un complément de celle que je vais\nexposer et comme une contribution partielle à la vérité très complexe que nous\ncherchons. Aucune de ces curieuses thèses, en effet, ne doit être repoussée\nentièrement.\nCe sujet singulier que j'entreprends de traiter, m'étonne un peu moi-\nmême, bien que je l'étudié depuis assez longtemps et l'aborde en ce moment\naprès mûre réflexion, avec un esprit de libre recherche scientifique. Dans cette\npremière leçon, j'en tracerai seulement les grandes lignes, car il est très vaste. Il\nme sera certainement impossible de produire tous les documents que j'ai réunis ;\nje devrai me borner à les indiquer par catégories, et citer les plus caractéris-\ntiques. En accouplant ces deux mots de musique et de magie, pour la première\nfois peut-être rapprochés l'un de l'autre par un historien, je demande à ceux qui\nvoudront bien me suivre d'avoir présente à l'esprit l'idée de la méthode qui doit\nêtre ici la nôtre. Il y a une façon de concevoir l'histoire musicale, qui consiste à\nprendre les premiers compositeurs et les premières œuvres connues, puis à\nconsacrer aux uns des biographies mêlées d'anecdotes, aux autres des ana-\nlyses techniques et, au besoin, des exécutions. Cette méthode est très bonne\nen soi, et nous l'emploierons à son heure ; mais elle ne saurait présentement\nnous suffire. Il faut d'abord ouvrir toutes grandes les fenêtres, pour faire péné-\ntrer l'air et la lumière dans nos études. Quand nous avons cherché à définir\nla musique, nous avons bien pu trouver en elle des caractères spéciaux, qui\nconstituent son originalité, qui semblent même l'isoler de tout le reste ; mais\nquand nous examinons ses conditions d'existence, son mode de développement,\nles influences sociologiques qu'elle a subies, nous trouvons qu'elle est insépa-\nrable d'une multitude de choses qui, à première vue, semblaient n'avoir rien de\nmusical. Cette connexité, il arrivera sans doute un moment où il faudra la per-\ndre de vue pour s'adonner à des travaux très particuliers ; mais, en commençant\nsurtout, il convient de ne pas la négliger : c'est elle qui fait vraiment la dignité,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "410", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3820, "texte": "l'agrément et l'intérêt d'une étude sérieuse, en plaçant la préoccupation de l'en-\nsemble avant celle du détail. Il ne faut donc pas s'étonner que ces considérations\npréliminaires nous engagent dans des voies qui paraissent un peu détournées\nmais qui sont un acheminement nécessaire vers un but nettement défini.\nPrévenons d'abord une objection. En général, la préoccupation des théori-\nciens a été de remonter au fait premier et générateur de la musique, à celui\nqui peut être considéré comme la source d'où tout est sorti par voie d'évolution\net qui suffit à expliquer la série dont il est le principe. Un tel fait nous échappe\nnécessairement ; nous ne pouvons l'atteindre que par des conjectures, dont\nla première consiste à admettre que ce fait isolé existe. Il est probable qu'il n'y\nen a pas un, mais plusieurs, d'importance inégale, formant un groupe où tout\nse tient, et que les origines delà musique sont comparables aux racines d'un\narbre, racines multiples, dirigées clans des sens différents et prenant la sève de\ntous côtés. Cet aveu d'ignorance touchant la cause initiale ne nous dispense pas de\nremonter aussi haut que possible dans le passé ; mais il nouspermet de changer\nun peu la question. Au lieu de dire : Voici le fait d'où la musique est sortie, nous\ndirons : « D'après les documents que nous possédons et d'après leur interprétation\nlégitime, voici quelle a été la première fonction sociale de la musique. La musique\na été l élément principal des cérémonies magiques primitives. La musique\ninstrumentale vient du chant ; et la première forme du chant a été l'incantation.\nVoilà ce que, preuves en mains, nous pouvons affirmer. » Ainsi comprise, la\nquestion est à la fois restreinte et transposée : elle est restreinte, puisque nous\nla débarrassons d'une recherche trop ambitieuse et chimérique ; elle est transpo-\nsée, puisque nous abandonnons le domaine de la théorie pour celui de l'histoire\nproprement dite. A vrai dire, nous sommes en ce moment sur la limite qui la\nsépare des régions où règne l esprit de système.\nPour comprendre ce qu'a été la musique des tout premiers âges, il faudrait,\nselon l'exemple de l'historien latin, se faire un esprit « antique », et dépouiller\nl'esprit du civilisé. « L'homme est un être raisonnable. » Ce sont les philo-\nsophes qui disent cela ! Si on considère la place qu'elle occupe dans la vie pra-\ntique, la raison apparaît (ainsi que la liberté) comme une conquête tardive, un\nidéal dont on se rapproche lentement ; mais l'historien ne peut pas la poser\ncomme un fait initial. L'homme primitif est surtout un croyant (cela ne veut pas\ndire, d'ailleurs, qu'il soit religieux, au sens élevé du mot). Par des témoigna-\nges comme les tablettes assyriennes toutes chargées d'incantations et de recettes\nde sorcellerie, par les monuments égyptiens relatifs aux cérémonies funèbres,\npar les Grecs eux-mêmes, pourtant si avancés en civilisation, nous pouvons avoir\nune idée de ce qu'a été le primitif. Il ne fait pas « le plus beau rêve de la vie »,\nselon le mot de Goethe appréciant en artiste les mythes antiques. Pour lui,\nl'existence est plutôt un cauchemar. Il se croit environné d'ennemis invisibles ;\npartout il voit des pièges, des forces hostiles, des êtres cachés et cruels ; à la\npeur qu'entretiennent en lui la forêt, la nuit, le mystère de chaque chose, s'a-\njoute une angoisse : celle de la faim. Comme les fauves, il est presque toujours\nen chasse. Manger, voilà pour lui l'affaire qui domine toutes les autres (i).\n\n(1) Aujourd'hui encore, si chaque homme mettait dans un plateau les actes de sa vie quoti-\ndienne qui sont inspirés par la raison pure, et dans un autre plateau ceux qui ont eu pour cause\net pour objet la satisfaction des appétits (plus ou moins déguisés), de quel côté verrait-on\npencher la balance r1"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "Cette grandiose idylle de paix et de lumière que Victor Hugo a placée en tête\nde sa Légende des siècles est une fin idéale plutôt qu'un commencement. De\nquelles ressources l'homme dispose-t-il pour saisir une proie? Il n'a que l'agilité\nde ses jambes, la force de ses muscles, quelques pierres taillées. Son refuge,\nc'est la magie.\nPar la magie, il croit, sans avoir besoin de la force ou du contact direct,\nposséder un pouvoir supérieur sur la nature et sur les êtres vivants. Par elle, il\nconjure les esprits malfaisants, et, en premier lieu, il prépare sa victoire sur le\ngibier nécessaire. Il s'attribue à lui-même le privilège dont, plus tard, il in-\nvestira des dieux distincts de la nature et de l'homme. Cette superstition a des\nracines tellement profondes, qu'elle continuera à régner à côté des religions\nconstituées, et qu'elle leur survivra. La magie, que Hegel appelait la « religion\nspontanée » et qu'il mettait en tête d'une classification des formes de la croyance,\nest le fait capital de la vie sociale, celui qui dans l'histoire de l'homme occupe\nla plus grande place. Elle a mis en usage si nous la considérons aux\népoques modernes bien des moyens : les breuvages, les philtres, les élé-\nments, les miroirs, la puissance du regard, etc... ; mais je n'ai pas à recher-\ncher ici tout ce qui a pu remplir le chaudron de Canidie ou des sorcières de\nMacbeth. Je me bornerai à montrer comment le chant a pu être l'arme pré-\nférée des magiciens ; pour cela, je dois d abord mentionner - parce qu'elle\nm'a suggéré cette série de leçons l'hypothèse qui a été faite sur le dessin\nmagique ; je montrerai ensuite que cette hypothèse s'applique avec une\nexactitude de plus en plus grande à la danse, enfin au chant ; et que si ces\ntrois arts ont eu un rôle social très important, c'est à cause d'un caractère qui\nleur est commun et que la théorie classique aimait à mettre en lumière quand\nelle disait : Toute œuvre d'art est une imitation. Cette théorie de Yimitation\nva nous apparaître sous un aspect nouveau.\nI\nC'est M. Salomon Reinach qui, au cours cTune séance de l'Académie des Ins-\ncriptions et Belles-Lettres (mai 1903) et dans un article publié par la revue L'An-\nthropologie (mai-juin de la même année), a expliqué les origines du dessin en les\nrattachant aux pratiques de la magie, et a ainsi ouvert la voie dans laquelle\nnous entrons. Voici comment.\nNous connaissons aujourd'hui, surtout dans le Périgord et dans la région\npyrénéenne, un assez grand nombre de dessins remontant à l'époque préhis-\ntorique et gravés sur les parois des cavernes. La plupart d'entre eux représentent\ndes animaux, mais particularité importante des animaux qui tous sont\ncomestibles : les grands félins, le lion et le tigre, la hyène, le chacal, le loup,\nles diverses variétés de serpents, etc..., n'y figurent point. Cela ne peut être un\neffet du hasard. Le choix qui a dirigé l'activité des artistes primitifs implique des\nraisons précises. M. Reinach a cru les trouver dans certaines idées d'ordre géné-\nral qui sont communes à l'ensemble de l'humanité. La plus répandue est celle-ci :\nl'image d'un être ou d'un objet donne à l'auteur ou au possesseur de l'image\nun pouvoir d'influence sur l'objet lui-même. Bien entendu, il s'agit d'un pouvoir\nd'ordre magique, relevant d'une croyance. Cette idée, que le semblable donne"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.16", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3305, "texte": "prise sur le semblable, se retrouve fréquemment dans l'époque moderne. L'o-\npération de benvoûtement, si fréquente au moyen âge, qui consiste à briser ou\ntranspercer un portrait pour nuire à l'original ou le faire périr, l'usage de pen-\ndre certains criminels « en effigie », en sont des exemples. Ainsi peut-on expli-\nquer que le judaïsme ait interdit de représenter la figure humaine, et que dans\ncertains pays d'Orient il soit aujourd'hui défendu de faire le portrait du souve-\nrain. « On croit qu'entre les êtres et leurs effigies il y a un réseau de liens invi-\nsibles, et qu'en altérant celles-ci, on peut nuire à ceux-là. » Les dessins des\ncavernes préhistoriques prennent une signification très claire, si on les examine\nà la lumière de cette idée. L'exclusion des carnassiers s'explique très naturelle-\nment. Le dessinateur primitif n'est nullement préoccupé de plaire ; il appar-\ntient àun clan ou à une tribu qui vivent de chasse, et il dessine des animaux\ncomestibles parce qu'il croit, et parce qu'on croit autour de lui, qu'en dessinant\ntel animal, on le met déjà, dans une certaine mesure, sous la dépendance du\nchasseur. Il est vraisemblable de supposer que ces dessins étaient exécutés au\ncours d'une cérémonie spéciale— on n'ose dire religieuse— ayant lieu à l'in-\ntérieur de la caverne.\nTelle est, dans ses grandes lignes la thèse originale proposée par M. Salomon\nReinach.\nSi, par voie d'analogie ou d'extension, nous l'appliquons à des domaines\nvoisins, nousconstatons qu'elle permet d'abord d'expliquer un premier ensemble\nde faits appartenant à l'histoire de la musique : les danses des primitifs.\nII\nToutes ces danses sont mimétiques. On s'attache à y reproduire les allures et\nles mœurs des animaux. Pourquoi? On a dit que « l'instinct d'imitation est\nnaturel aux primitifs » ; que les danses « permettaient d'initier les novices à la\nconnaissance des mœurs d'un animal dont la chasse est une nécessité ». Ces\nexplications sont insuffisantes; il y en a une autre, bien plus conforme à l'idée\nqu'il faut se faire de ces époques lointaines, antérieures à la civilisation, où\nla grande affaire, pour l'homme, est de satisfaire sa faim. Chez les tribus\nà l'état sauvage, les danses mimétiques sont une sorte de dessin en action, une\ngravure ou une sculpture avec la vie et le mouvement en plus ; elles ont pour\nbut de conférer aux danseurs un pouvoir magique sur le gibier dont ils imitent\nles mouvements. Ainsi s'expliquent, chez les Australiens, la danse du kangou-\nrou, si souvent décrite, comme aussi la danse du dingo, de bémou, de la gre-\nnouille, du papillon. Ce n'est pas, comme dit Grosse, « le plaisir qu'on éprouve\nà faire des mouvements violents et rythmiques, à décharger ses sentiments, etc. »,\nqui est le principe de ces exercices, ni le désir de produire « un effet purement\nesthétique ». Au moins ces raisons ne sont-elles pas les seules. Il y a là une\nsorte de « magie homœopathique » créant un pouvoir imaginaire sur un objet,\npar la reproduction de cet objet. Comme les autres superstitions magiques,\nces sortes de danses ont été ou sont en usage chez le plupart des primitifs. Ne\nnous étonnons plus d'entendre dire que chez les Esquimos, les danseurs « sont\nsouvent affublés de têtes d'ours, de loups, d'autres animaux comme la loutre,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3942, "texte": "l'hermine, le faucon, le corbeau » (1) ; il faut se garder de voir là une sorte de\nmascarade de carnaval !\nVoici comment le Dr Pallas décrit les danses des Ostiaks. « Les hommes et\nles jeunes garçons sont les seuls qui dansent. Ces danses... représentent par les\ndiverses positions, par les pas et les gestes du danseur, les allures des différents\noiseaux et animaux lorsqu'on les chasse, et les mouvements de certains poissons\nlors de la pêche. J'ai vu représenter la chasse de la zibeline, les allures de la\ngrue et du renne, le vol de la boudrée et la manière dont elle saisit sa proie... L'i-\nmitation de l'allure de la grue m'a paru la danse là plus pénible ; le danseur, se\ntenant tout accroupi, est caché sous une fourrure après en avoir lié la pointe à un\nlong bâton au bout duquel il a planté la tête de l'animal. Dans cette position, il\nsaute sur ses talons ; il imite, en dansant et au moyen du bâton, tous les mou-\nvements de la bête. Quand on veut représenter l'allure du renne, il faut que la\nmusique varie selon les différents mouvements de l'animal, pour exprimer son\npas, son trot, son galop, et marquer lorsqu'il s'arrête afin de s'assurer de la\ndirection qu'il tient avec le chasseur qui le poursuit (2). » Avec la théorie de\nM. Salomon Reinach, ces exercices ont une signification parfaitement claire.\nLe but utilitaire et la superstition qui sert de principe à la danse expliquent\npourquoi les femmes n'y prennent point part. La mission Mac Donald a donné\nle renseignement suivant sur les indigènes des contrées baignées par le Niger et\nle Bénué : « La danse de chasse existe également [chez eux] ; elle a lieu à l'oc-\ncasion d'une réjouissance nationale et n'est dansée que par ceux qui ont pris part\nà la chasse ; en aucune circonstance les lemmes ne sont autorisées à s'y join-\ndre. Cette danse est accompagnée seulement par le tambour et par le chant.\nLes danseurs imitent les attitudes des animaux (3). » Cette description suggère\nl'idée d'une civilisation relativement avancée où ce qui était d'abord utile et pra-\ntique est devenu objet d'agrément (comme chez les Grecs classiques, dont toutes\nles danses sont mimétiques, sans doute par survivance d'anciens usages) ; mais\nle caractère initial d'une telle danse transparaît dans sa forme moderne. Le\ndernier voyageur que je viens de citer distingue, comme on le fait habituelle-\nment, la danse de chasse de toutes les autres. C'est une distinction superficielle.\nCe qui vient d'être dit semble pouvoir s'appliquer à toutes les danses sans excep-\ntion : à la danse guerrière, qui imite le courage pour le créer et qui veut assurer\nla défaite réelle de l'ennemi par sa défaite simulée ; à la danse religieuse, qui,\npour désarmer un dieu hostile, le met matériellement, sous forme d'idole, dans la\ndépendance de l'homme (4). Les danses dites gymnastiques, caractérisées par des\nmouvements sans objet pratique, sont postérieures à tout cela. Ce sont des\ndanses mimétiques désappropriées, - analogues à la musique instrumentale,\nqui n'est autre chose qu'un chant dépourvu de paroles et transposé. La danse et\nle chant ont eu la même évolution : ils sont devenus de plus en plus abstraits.\n\n(1) Les Esquimos, par le marquis de Nadaillac, dans VAnthropologie (XIII, 1902, p. 101).\n(2) Voyages diL Dr M. P. S. Pallas, docteur eu médecine, en différentes provinces de Vempire de\nRussie et dans l'Asie septentrionale, traduit de l'allemand par M. Gauthier de la Peyronie,\ncommis des affaires étrangères. (4 vol. Paris, 1789-93, chez Maradan, t IV, p. 85 et suiv.)\n(3) Up the Niger, Narrative of major Claude Macdonald's Mission to the Niger and Benne\nRivers, West Africa, by Captain A. F. Mockler-Ferryman, etc.., London, 1892, chez G. Philip,\nP. 273.\n(4) Voir la danse australienne (décrite par Parker et citée par GrossQ, Les débuts de l'art,\np. 171 de la traduction française) destinée à implorer l'aide d'un démon très redouté, Mindi"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "414", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.18", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": "Ainsi donc, le dessin et la danse —identiques au fond— sont considérés\npar les primitifs comme créant un symbolisme irrésistible ; ils permettent de\ndominer le semblable par le sembable. La croyance qui leur attribue ce pouvoir\nest essentielle à la magie. La théorie classique de Yimitation, base de tous\nles arts, apparaît ainsi avec un caractère moins artistique, sans doute, que dans\nles analyses d'un Aristote, mais elle prend quelque chose de plus humain, elle a\ndes racines profondes dans une croyance qui, nous le verrons, peut être regardée\ncomme universelle. —A tout cela comment pouvons-nous rattacher la musique?\nEntre le chant et le dessin ou le mimétisme en action, y a-t-il un hiatus infran-\nchissable } oubien verrons-nous clairement jusqu'au bout l'application du même\nprincipe ?\nIII\nPour montrer comment le chant a pu jouer, à l'origine, le même rôle que le\ndessin ou la danse, j'appellerai votre attention sur deux faits d'ordre très général.\ni° La musique n'a pas de modèle dans la nature visible ; et, pour ce motif, il\nsemble qu'elle devrait avoir une fonction tout autre que celle du dessin ou de la\ndanse mimétique. Mais si elle est impuissante à reproduire la ligne, le relief et\nla couleur, n'a-t-elle pas au plus haut point le don d' « imiter » les sentiments,\nles passions, en un mot le dedans des choses ? pour cette raison, ne doit-elle\npas être la ressource préférée de la magie ?\nNous verrons plus tard la théorie des Grecs sur le pouvoir expressif de la mu-\nsique. Pour eux, la musique passe par-dessus les réalités sensibles ; elle saisit,\nelle exprime l'âme. «Dans les compositions musicales, dit Aristote, il y a repro-\nduction des états affectifs. » Cette doctrine a été professée par les Chinois. J ai\nsous les yeux une traduction française de quelques pages du Li-Ki (i) et j'en\nextrais les lignes suivantes : « Tout air prend sa source dans le cœur de Vhomme.\nLa musique est intimement liée avec les rapports essentiels des êtres. Aussi, con-\nnaître les sons, mais ne pas savoir les airs, c est le propre des oiseaux et des bêtes\nbrutes ; savoir les airs, mais ne pas savoir la musique, c est le propre du vulgaire : au\nsage seul, il est réservé de comprendre la musique. C'est pourquoi on étudie les sons\npour savoir les airs ; on étudie les airs pour savoir la musique ; et oit étudie la musique\npour savoir gouverner. » Paroles admirables, parties sans doute du pinceau d'un\n« lettré » moderne, mais que je cite comme témoignage des vieilles croyances\ninstinctives! On lit plus loin (ibid.) : Le pouvoir j des rites et] de la musique\natteint jusqu'au cielet remplit toute la terre ; il passe à travers [les principes) IN et lAN\net établit des rapports avec les âmes et les esprits ; il atteint la plus grande élévation,\nil arrive à l'extrême de l éloignement et sonde les plus impérieuses profondeurs.\nNous retrouverions de semblables idées chez les peuples les plus opposés, aux\nâges les plus différents : « la voix du chanteur, dit Balzac, fait mouvoir les\nprincipes de nos sensations » (2).\n\n(1) Edition du Li-Ki ou Mémorial des rites, Paris-Turin, 1853, in-40. Exemplaire de l'Ecole\nspéciale des langues orientales vivantes, U, 11, 39, traduction de J.-M Callery, p. 82-113 (textes\ncommuniqués par M. Pierre Aubry).\n(2) Balzac, M assimilla Doni, t. XV des Œuvres complètes, p. 430 (cité par MM. Gevaert et\nVollgrafF, Les problèmes musicaux d'Aristote, p. 321, à la note)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.19", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3667, "texte": "Or, les primitifs voient partout des forces morales, des passions, des « es-\nprits » hostiles ou bienfaisants. Pour eux, le moindre phénomène représente\nune personne et un état affectif. Dans le tonnerre qui gronde, dans le flot qui se\nsoulève ou dans l'arbre qui frissonne, dans la maladie, dans la disette ou l'abon-\ndance, dans le minéral lui-même, il y a quelqu'un. (Là se trouve en germe la\npoésie que les Homère, les Virgile et les Lamartine dégageront plus tard.)\nLes vieilles mythologies, dans lesquelles les premières croyances de l'homme\nont pris corps, en sont un témoignage surabondant. Il y a donc une relation\nétroite et directe entre le pouvoir de la musique et les phénomènes naturels.\nPuisque chacun de ces phénomènes n'est pas autre chose qu'une apparence\nderrière laquelle se cache un sentiment (colère, haine, sympathie, jalousie,\ncruauté, etc...), et que, d'autre part, la musique a précisément pour caractère\nde traduire tous les sentiments, ne s'ensuit-il pas que la musique a le pouvoir,\nnon seulement d'exprimer la nature, mais d'agir sur elle ? Les deux privilèges :\nexpression et influence, ne vont-ils pas ensemble ? « Les imitations effectuées\nau moyen des sons, disaient les Grecs, conduisent à Vaction », et Aristote sug-\ngérait cette explication : « Les rythmes et les successions mélodiques sont\ndes mouvements, tout comme les actions (2). » La magie musicale (pour\nrésumer ces premières observations) est l'application anticipée, obscure, instinc-\ntive, de la doctrine de Schopenhauer et des grands métaphysiciens allemands :\nil y a une âme vivante cfans la nature, et la musique peut la saisir directement.\nComme l'âme de la nature, la musique est un souffle, anima. De cette identité\nrésulte l'idée d'un pouvoir à exercer par le semblable sur le semblable.\n20 Une autre raison explique le rôle capital dévolu au chant dans les cérémo-\nnies magiques : c'est le caractère mystérieux qui, presque à toutes les époques,\na été attribué au langage. Si quelques philosophes modernes, d'une instruction\nraffinée, ont considéré le langage comme transmis à l'homme par une révélation\ndivine, il ne faut point s'étonner que les primitifs, incapables de comprendre le\nmécanisme de la parole, aient été particulièrement portés à en exagérer le pou-\nvoir. Ils ne sont pas loin de penser que les paroles valent des actes (2). Pour\neux, le mot est l'équivalent de la chose, son image sonore ;il est la chose elle-\nmême. N'avoir pas de nom, c'est ne pas exister. Lorsqu'ils veulent dire, dans\nle poème de la création, que le ciel et la terre n existaient pas encore, ils disent\nquils n étaient pas nommés. Par suite, connaître ou prononcer le nom d'un être\nvivant ou d'un objet, c'est l'évoquer ou le posséder. De là le soin que prenaient\nles Assyriens de ne jamais révéler le nom d'une ville sacrée; de là la répugnance\ndes sauvages et de nos madrés paysans à parler de leurs affaires ou même à\ndire leur nom ; delà l'usage, chez les Latins, quand on parlait d'un événement\nfâcheux, de prononcer une formule analogue à celle-ci : Quod omen dii avertant !\nQue les dieux détournent ce présage ! Aujourd'hui encore, ne disons nous\npas souvent : « Ne parlez plus de cela ! ça porte malheur 1 »\nSuivons les conséquences de cette opinion.\nSi l'énoncé d'un fait équivaut au fait lui-même, a fortiori une prière, une invi-\ntation, enfin un ordre, formulés dans de certaines conditions et en termes con-\n\n(1) Problèmes (dans Gevaert, libro cit.. p. 73).\n(2) Beaucoup de modernes ne sont-ils pas (( primitifs »en cela ? Amiel disait des Français :\n« Leur défaut est de croire que quand les choses sont dites, elles sont faites »."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.20", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2156, "texte": "venables, ne peuvent-ils rester sans effet ; et si on va jusqu'au chant, le résultat\nsera plus sûr encore, puisque le chant élève la parole à sa plus haute puissance.\nNous arrivons donc à cette double conclusion : Le chant pur et le chant sur une\nformule ont une action spéciale et directe sur les choses réelles. Ils permettent à\nl'homme d'atteindre l'âme des objets et des êtres, de saisir le principe de la vie\nobjective, d'entrer en communication avec les forces latentes de la nature. L'in-\ncantation suppose une sorte de métaphysique inconsciente et profonde. Il y a\ndonc, d'après ce qui vient d'être dit, trois sortes d'opérations magiques : i° le\ndessin ; 20 la danse ; 3°le chant, Toutes les trois ont le même principe, Y imitation,\net appartiennent à ce qu'on a appelé la magie « homœopathique ». Nous verrons\ncependant que les rites employant la parole et le rythme peuvent être considé-\nrés, pour des raisons bien simples, comme antérieurs aux autres, et même comme\nleur ayant conféré leur vertu.\nComme vous vous en êtes aperçus sans doute, cette conception historique\ndu chant, de sa nature et de son rôle, ne contredit en rien ce que j'ai avancé,\ndès le début, sur l'originalité de la musique, et sur la (( pensée » spéciale,\ntout intellectuelle, irréductible à nos concepts et à nos vocables habituels,\nqui la constitue. Bien au contraire, nous allons trouver dans l'histoire positive\nune confirmation et une mise en œuvre de nos idées. Le chanteur-magicien des\népoques primitives est, à sa manière, un métaphysicien, un poète, un senti-\nmental convaincu que la passion dirige le monde, que la nature a une âme\ncomme lui, et que la musique est toute-puissante, parce que l'âme est son\ndomaine.\nTelles sont les premières explications que peut fournir l'esprit d'analyse.\nElles sont commodes pour la clarté de l'exposition; elles ne sont nullement né-\ncessaires. En somme, nous pourrions nous borner à prendre les faits tels qu'ils\nsont, et nous dispenser de les expliquer ; sont-ils suffisamment nombreux et\nprécis pour établir notre thèse ? C'est ce que nous verrons dans les pro-\nchaines leçons.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c029", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "416", "page_fin": "418", "image_debut": 20, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.8", "titre_corps": "Quelques lettres inédites.", "titre_sommaire": "Quelques lettres inédites.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.20", "debut_caractere": 2158, "fin_caractere_exclue": 3024, "texte": "Quelques lettres inédites.\nM. Louis Mors, ingénieur, veut bien nous permettre de puiser quelques documents dans sa\nsplendide collection de gravures musicales et d'autographes. Nous en détachons aujourd'hui trois\nlettres qui sont de véritables portraits. On remarquera la haute distinction de Liszt et sa grandi-\nloquence (accumulation des épithètes) jusque dans les entretiens intimes ; la bonhomie char-\nmante de Chabrier, qui semble avoir le privilège de tout dire, sans choquer; l'accent ému, le ton\ntrès distingué, justement amer, de Lalo :\nLETTRE DE LISZT.\nBerlin, 2 décembre 1855.\nNon certes, mon cher Litolf, je n'ai rien contre vous et, tout au contraire,\nje garde beaucoup de choses et des meilleures pour vous.\nVos dernières lignes me sont parvenues à Weymar au moment de mon\ndépart et si je ne vous ai pas écrit plus tôt, c est que réellement les journées"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "417", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.21", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "sont beaucoup trop courtes pour tout ce que je dois faire. Votre excellente,\nparfaite, très spirituelle, noble et flatteuse lettre dans le Correspondant de\nHambourg m'a été remise hier soir par quelqu'un qui aeu le plaisir de vous\nvoir à Brunswick vendredi, et je vous remercie de cœur et d'amitié de cette\nnouvelle preuve de votre sympathie.\nQuoique vous m'aye% dit quelquefois que je n'aimais que les ingrats, j'espère\nvous convaincre que je sais aussi faire un plus simple emploi de mes sentiments\nen pratiquant une loyale réciprocité envers ceux qui se montrent si bien,\ncomme vous le faites, mes véritables amis.\nS'il vous est possible de vous absenter un jour ou deux de Brunswick, je vous\nengagerais beaucoup à venir ici pour le concert de jeudi prochain (6 décembre),\ncar j'aurais d'abord un très grand plaisir à vous revoir à cette occasion et\npuis je pense que vous serez satisfait de la belle exécution à laquelle j'ai tout\nlieu de m'attendre, après les répétitions très consciencieuses et même chaleu-\nreuses que nous sommes en train de faire.\nComme vous m'avie\\ quasi promis de m'honorer de votre présence à ce pre-\nmier essai en gros de mes compositions, je ne me fais pas scrupule d'insister et\nvous réserve votre billet en vous attendant. Tâche\\ de m'envoyer le concerto\nsymphonique avant la fin du mois à Weimar [où je serai de retour le 12 ou 15)\nafin que je puisse en faire un usage judicieux avant un départ pour Vienne, où\nje serai obligé de me rendre vers le 1 o janvier pour y diriger le festival en\nl'honneur du centième anniversaire de la naissance de Mozart [2 7 janvier).\nA vous revoir, donc, mon cher Litolf, et bien tout à vous de franche et non\ningrate amitié,\nJ. LISZT.\n[Hôtel Brandeburg.)\nLETTRE D'EMMANUEL CHABRIER (à Gouzien).\nBruxelles, dimanche 18 avril.\nEt naturellement, tout ce qu'il y a de plus confidentiel ! Le succès de\nGwendoline été considérable, vous le et la deuxième a été plus chaude\nencore que la première ; c'est ce soir que l'on donne la troisième ; or il faudrait\nbattre le fer, et je viens vous supplier de voir Gailhard le plus tôt possible et\nde lui parler de mon affaire. Je vous assure qu'avec un bon ballet en deux actes\nderrière, c'est un spectacle tout trouvé, et cet ouvrage bien mis en scène [ici\nc'est déplorable), bien chanté, doit faire, j'en ai la certitude, une certaine im-\npression. Il vous reste à voir les articles de Joncières et de Reyer, ils seront\nplus que bienveillants ; donc on est unanime à trouver que c'est bien : alors\nquand entrerai-je, nom de Dieu, dans cette boîte à Juive ? Jamais ?Eh bien si !\nJe veux gueuler là-dedans des chants nouveaux. Je veux que ça pète pour moi\ncomme pour les autres ! Oui, ça peut faire beaucoup d'effet et me caser, me\nclasser même. Vous deve\\ avoir déjà la partition, n'est-ce pas ? J'arrive à\nParis, jeudi dans la soirée ; vendredi j'irai causer avec vous ; mais si d'ici\nlà vous pouviez joindre Pedro, vous rendriez à ce sacré Chabrier un fier ser-\nvice. Mais quel métier ! quel enfer ! Berardi rentre à Paris le 3 mai ; il sait\n[pas très musicalement, mais enfin) il sait le rôle ; c'est toujours ça ; enfin\nnous en recauserons. Ecriveymoi donc un mot que je recevrai mardi matin,\net qui mettra quelque baume sur les légitimes convulsions [44 ans) de mon\nimpatience. Puis un agréable rabattage che\\ l'homme au faux col, la rue\nFavart? qu'en dites-vous ?Ah I c'est bien du tintouin que je vous donne, cher\nami, mais vous pas que tout seul, je ne puis quasi rien, et si je"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "418", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "m'enhardis ainsi cest que j'ai la plus intime conviction que vous ne me lâche-\nrez pas !\nA bientôt donc ; nous envoyons à Mme Gou\\ien nos plus empressés hommages,\net moi j'embrasse la petite jolie qui se porte à merveille, je suppose, et a repris\nsûrement ses leçons de piano.\nA vous, EMMANUEL.\nLETTRE D'E LALO.\nParis, 30 octobre 79.\nMon cher Gou\\ien,\nJe viens de lire à l'instant votre article si bienveillant, et je m'empresse de\nvous envoyer mes bien sincères remerciements. Hélas ! que ne puis-je entrer\nà l'Opéra par une autre porte que celle de la danse ! J'ai passé ma vie à étudier\nla musique dramatique, j'ai un grand opéra écrit avec toute ma conscience\nd'artiste, et l'on me demande un ballet, genre dont j'ignore les premières\nnotions. C'est insensé! mais il parait cependant que je dois m estimer très\nheureux de pouvoir me glisser dans le Temple en me courbant pour passer sous\nles jupons des vestales de l'endroit. Cela prouve une fois de plus que le seul\nthéâtre nécessaire pour la production nationale, c'est un théâtre lyrique avec\nune large subvention. Merci de nouveau, et croyez à mes sentiments les plus\nsympathiques. E. LALO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c030", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "418", "page_fin": "420", "image_debut": 22, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.9", "titre_corps": "Actes officiels et Informations.", "titre_sommaire": "Actes officiels et Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "418", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.22", "debut_caractere": 1164, "fin_caractere_exclue": 3137, "texte": "Actes officiels et Informations.\n\nCe\nm'est un vif plaisir d'avoir à parler aujourd'hui de M. Victor Gallois, le prix\nde Rome de cette année-ci, dont j'ai pu apprécier le talent naissant alors que\nnous suivions ensemble le cours d'harmonie de M. Xavier Leroux. Ce temps,\nbien qu'assez éloigné, est encore très présent à ma mémoire. Je me souviens\ndes charmantes leçons d'harmonie que Gallois apportait alors et où l'on\nprévoyait déjà l'étoffe d'un musicien délicat et sentimental. Il recherchait déjà\nl'expression dans les moindres détails, au point que parfois M. Leroux le repre-\nnait sur l'abus de Vappogiature mêlé à ce style scolastique que ces sortes\nd'exercices comportaient...\nMais l'excès même de ce procédé était déjà la révélation de sa manière\ntendre et expressive qu'il n'a fait qu'affirmer depuis, tout en gardant le carac-\ntère pondéré de l'enseignement du Conservatoire.\nAujourd'hui que M. Gallois se trouve libéré de toute préoccupation de\ndiplômes, il est probable qu'il s'abandonnera complètement à son sentiment de\nmusicien, sans se préoccuper des formules trop rigoureuses de l'Ecole, et que\nson aspiration prendra son essor vers la libre Beauté où aspire tout vrai artiste.\nM. Victor Gallois est né à Douai en 1880 et a commencé ses études musicales\nà l'Ecole nationale de sa ville natale, où il remporta tous les premiers prix.\nC'est alors qu'il vint à Paris, où il continua ses études dans la classe d'harmonie\nde M. Leroux en 1896 et où il obtint un prix d'harmonie en 1858. De là il\nentra chez M. Lenepveu, où il remporta en 1902 le premier prix de fugue et où il\nvient d'obtenir le grand prix de Rome de cette année. M. Lenepveu, maître\naussi paternel qu'éminent, a l'habitude de voir triompher ainsi tous ses élèves.\nM. Gallois, au milieu de ses travaux d'école, a trouvé le loisir d'écrire plu-\nsieurs compositions fort originales qui ont paru chez l'éditeur Lemoine. Nous\n\nLe grand prix de Rome pour la composition musicale : M. Victor Gallois."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "419", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "citerons entre autres : Pensée grise pour flûte et piano, une Pièce pour violon-\ncelle et une Sérénade qui a été appréciée à différentes reprises dans plusieurs\nconcerts symphoniques. Toutes ces compositions sont d'un joli sentiment et\nempreintes d'une élégance d'écriture recherchée, par instants même elles font\npenser à la manière primesautière et fantaisiste de Delibes et de Bizet.\nMaintenant que M. Gallois ne dépend plus d'aucune institution musicale,\nqu'il n'a plus à subir aucune influence de milieu, nous attendons de lui une\nœuvre intéressante oû se révélera toute sa personnalité, et nous ne croyons pas\nexagérer en prédisant qu'il nous donnera des compositions d'une saveur et\nd'une fraîcheur très originales.\n\nA. M.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 20 juin au 19 juillet 1905.\n\nII. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 20 juin au 19 juillet 1909.\n\nLa Musique au Collège. —Le collège de Semur-en-Auxois a donné, cette\nannée, une série de concerts et causeries auxquel assistaient tous les élèves.\nCes manifestations ont pour but de développer le goût artistique des jeunes au -\nditeurs, en leur faisant entendre et en leur expliquant les maîtres : Schubert,\nWeber, Mendelssohn. On ne saurait trop louer une si heureuse initiative, dont\n1 honneur revient à M. Savey-Cazard, principal du collège"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "420", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 3697, "texte": "- Douai. Par arrêté préfectoral du 7 juillet courant, M. Gillet Henri est\nnommé, à titre définitif, professeur de basson et de saxophone à l'Ecole nationale\nde musique de Douai.\n\nLes fêtes d'Orange. Trois représentations de gala au Théâtre Antique. Les\n5, 6et 7 août, auront lieu à Orange trois représentations d'un éclat unique où\nseront interprétés : les Troyens de Berlioz, le Mefistofele de Boïto, Œdipe-\nRoi de Sophocle, et Jules César de Shakespeare.\nC'est à la Société des Grandes Auditions Musicales de France qu'est due cette\nréalisation héroïque ; on ne pouvait guère l'attendre que d'elle, l'énorme labeur\nqu'elle a réalisé pour l'art en ce pays lui enjoignant de faire toujours plus et\nmieux. L'initiative, toujours inquiète du beau, dont témoigne à l'envi sa prési-\ndente Mme la comtesse Greffulhe se reconnaît dans ces solennités qui, si l'on se\nsouvient du décor de pierres et d'âpres végétations où elles s'accompliront, vont\nprésenter ce caractère de fêtes civiques et religieuses que les poètes antiques assi-\ngnaient au théâtre. Il n'est pas de cadre plus merveilleux et en même temps plus\nrationnel. L'auguste amoncellement de la pierre et une nature chaleureuse en\nconstituent tout le faste, un ciel clément en caresse les aspects immuables.\nUn tel théâtre ne saurait servir de cadre à de petites œuvres. Seul le geste des\nhéros n'y est point déplacé. C'est pourquoi l'on trouve l'empreinte de bhéroïsme\net de la fatalité sur tous les chefs-d'œuvres qui vont y être représentés les 5,\n6 et 7 août parles soins de la Société dss Grandes Auditions Musicales de\nFrance à laquelle s'ajoute un Comité d'honneur, composé de MM. Rouvier, pré-\nsident du Conseil des Ministres ; Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux\nBeaux-Arts ; Guérin, vice-président du Sénat ; Maurice Faure, sénateur ; Jules\nRoche, député ; Dr Loque, député; Lacour, maire d'Orange ; A. Réal, délégué\nde la municipalité ; Paul Mariéton, chancelier du Félibrige, etc., etc.\nLa Direction générale de toutes ces représentations a été confiée à M. Raoul\nGunsbourg.\nPour la partie vocale, les artistes les plus célèbres de la troupe incomparable\ndu théâtre de Monte-Carlo ont été engagés, et un véritable esprit de magnificence\nmarquera les représentations d'Orange et en assurera l'éclat. Au pupitre de chef\nd'orchestre est M. Edouard Colonne ; et quand on voit au programme un chef-\nd'œuvre de Berlioz, on convient qu'il appartenait à M. Edouard Colonne plus\nqu'à tout autre de diriger ces trois représentations de gala. C'est maintenant, en\neffet, comme une tradition nationale que le nom d Edouard Colonne soit accouplé\nâ celui d'Hector Berlioz, ce compositeur si longtemps méconnu n'ayant jamais\neu de prêtre plus fidèle. L'orchestre et les chœurs que M. Colonne a si excellem-\nment formés prêteront, bien entendu, leur concours aux trois représentations.\n\nConcert de M. Lombard. Au château de Trèvano, Suisse, a été donné, le\n18 juillet, un très beau concert, sous la direction de M. Louis Lombard, en\nl'honneur du comte et de la comtesse Luchesi Palli. Au programme, Dvorak,\nGrieg, Saint-Saëns, Haendel, Bach, Massenet, L. Lombard.\n\nNOTRE CONCOURS MUSICAL. Nous avons reçu les chœurs portant les devises\nsuivantes : Ai-je mieux réussi ? Lutter pour vaincre. Spiritus fiât übi vult.\nCelui qui ne va pas en mesure ressemble àun homme ivre. Araignée du soir.—\nMusica me juvat. Ce qui se conçoit bien s énonce clairement. Beethoven. —Au\ncommencement était le rythme. - ABC.- Chantons pour enchanter. 378692.\nLe mal temps passe et retourne de bon.\nNous comptons donner le résultat dans notre numéro de septembre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-08-05-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-08-05_01#c031", "volume": "bmtnabj_1905-08-05_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "418", "page_fin": "419", "image_debut": 22, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.2.9.1", "titre_corps": "Le grand prix de Rome pour la composition musicale : M. Victor Gallois.", "titre_sommaire": "Le grand prix de Rome pour la composition musicale : M. Victor Gallois.", "signature_source": "A. 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Leroux le repre-\nnait sur l'abus de Vappogiature mêlé à ce style scolastique que ces sortes\nd'exercices comportaient...\nMais l'excès même de ce procédé était déjà la révélation de sa manière\ntendre et expressive qu'il n'a fait qu'affirmer depuis, tout en gardant le carac-\ntère pondéré de l'enseignement du Conservatoire.\nAujourd'hui que M. Gallois se trouve libéré de toute préoccupation de\ndiplômes, il est probable qu'il s'abandonnera complètement à son sentiment de\nmusicien, sans se préoccuper des formules trop rigoureuses de l'Ecole, et que\nson aspiration prendra son essor vers la libre Beauté où aspire tout vrai artiste.\nM. Victor Gallois est né à Douai en 1880 et a commencé ses études musicales\nà l'Ecole nationale de sa ville natale, où il remporta tous les premiers prix.\nC'est alors qu'il vint à Paris, où il continua ses études dans la classe d'harmonie\nde M. Leroux en 1896 et où il obtint un prix d'harmonie en 1858. De là il\nentra chez M. Lenepveu, où il remporta en 1902 le premier prix de fugue et où il\nvient d'obtenir le grand prix de Rome de cette année. M. Lenepveu, maître\naussi paternel qu'éminent, a l'habitude de voir triompher ainsi tous ses élèves.\nM. Gallois, au milieu de ses travaux d'école, a trouvé le loisir d'écrire plu-\nsieurs compositions fort originales qui ont paru chez l'éditeur Lemoine. Nous\n\nLe grand prix de Rome pour la composition musicale : M. Victor Gallois."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "419", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "citerons entre autres : Pensée grise pour flûte et piano, une Pièce pour violon-\ncelle et une Sérénade qui a été appréciée à différentes reprises dans plusieurs\nconcerts symphoniques. 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L'initiative, toujours inquiète du beau, dont témoigne à l'envi sa prési-\ndente Mme la comtesse Greffulhe se reconnaît dans ces solennités qui, si l'on se\nsouvient du décor de pierres et d'âpres végétations où elles s'accompliront, vont\nprésenter ce caractère de fêtes civiques et religieuses que les poètes antiques assi-\ngnaient au théâtre. Il n'est pas de cadre plus merveilleux et en même temps plus\nrationnel. L'auguste amoncellement de la pierre et une nature chaleureuse en\nconstituent tout le faste, un ciel clément en caresse les aspects immuables.\nUn tel théâtre ne saurait servir de cadre à de petites œuvres. Seul le geste des\nhéros n'y est point déplacé. C'est pourquoi l'on trouve l'empreinte de bhéroïsme\net de la fatalité sur tous les chefs-d'œuvres qui vont y être représentés les 5,\n6 et 7 août parles soins de la Société dss Grandes Auditions Musicales de\nFrance à laquelle s'ajoute un Comité d'honneur, composé de MM. Rouvier, pré-\nsident du Conseil des Ministres ; Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux\nBeaux-Arts ; Guérin, vice-président du Sénat ; Maurice Faure, sénateur ; Jules\nRoche, député ; Dr Loque, député; Lacour, maire d'Orange ; A. Réal, délégué\nde la municipalité ; Paul Mariéton, chancelier du Félibrige, etc., etc.\nLa Direction générale de toutes ces représentations a été confiée à M. Raoul\nGunsbourg.\nPour la partie vocale, les artistes les plus célèbres de la troupe incomparable\ndu théâtre de Monte-Carlo ont été engagés, et un véritable esprit de magnificence\nmarquera les représentations d'Orange et en assurera l'éclat. Au pupitre de chef\nd'orchestre est M. Edouard Colonne ; et quand on voit au programme un chef-\nd'œuvre de Berlioz, on convient qu'il appartenait à M. Edouard Colonne plus\nqu'à tout autre de diriger ces trois représentations de gala. 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Beethoven. —Au\ncommencement était le rythme. - ABC.- Chantons pour enchanter. 378692.\nLe mal temps passe et retourne de bon.\nNous comptons donner le résultat dans notre numéro de septembre."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "397", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nNo 15 (cinquième année)\n5 Août\n1905.\nR. M.\n3o\n\nLégion d'honneur. Distinctions académiques.\nTous les musiciens applaudiront à ïheureuse décision de M. Bienvenu-Mar-\ntin, Ministre de Vlnstruction publique, qui vient de nommer chevalier de la\nLégion d'honneur M. Hasselmans. Né à Liège le 5 mars 1845, Professeur de\nharpe au Conservatoire depuis le i 5 mai 1884, Officier de f Instruction publi-\nque depuis 1891, Alphonse-Jean Hasselmans, à la fois par l'autorité de son\nenseignement, par son exceptionnel talent de virtuose, et par des compositions\ntrès estimées, s est acquis une brillante renommée. C'est, dans un domaine spé-\ncial, un maître incontesté. Une pareille récompense était motivée à tous égards.\nToujours heureuse de voir les honneurs aller à ceux qui les méritent, la\nRevue musicale offre à M. Hasselmans ses plus sincères félicitations.\nElle a été également très heureuse de la nomination de M. Dumonthier, qui\ncompte 2 2 ans de très bons services dans une partie très délicate et importante\nde VAdministration publique : le bureau des théâtres, au Sous-Secrétariat des\nBeaux-Arts. Administrateur des palais nationaux, très estimé de ses chefs,\nM. Dumonthier est en même temps un des collaborateurs les plus anciens et\nles plus précieux de la Revue musicale. Nous joignons de tout cœur les com-\npliments de l'amitié à la récompense officielle méritée par une si honorable-\ncarrière.\nIl y a d'autres noms, avons-nous besoin de le dire, que nous aurions été heu\nreux de trouver aussi dans la liste du 14 juillet. Le petit nombre des croix\ndisponibles n'a pas permis de rendre encore justice à tous les mérites, à ceux\nque désigne depuis asse\\ longtemps Vopinion unanime des musiciens. Prenons\npatience, et attendons pour eux les réparations prochaines!\nLa Revue musicale adresse ses meilleurs compliments à son collaborateur,\nE. Constant Pierre, qui vient d'obtenir un prix à Vlnstitut pour ses admira-\nbles travaux d'érudition sur la musique au temps de la Révolution, et à\nM. Mathis Lussy, dont un livre, sur /'Anacrouse, vient d'être couronné.\nMentionnons enfin la très honorable minorité de voix obtenue par M. Camille\nBellaigue aux dernières élections de l'Académie des Beaux-Arts. Nous ne\npratiquons pas la même méthode que M. Bellaigue en matière d'histoire musi-\ncale, et nous ne sommes pas d'accord avec lui sur plusieurs points ; mais aucun\ndes succès obtenus par les musiciens ne nous laisse indifférents."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "398", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.2", "texte": "AUX MUSICIENS\n\nAux musiciens\nJ. C.\nComme suite à la lettre que nous avons publiée dans notre dernier numéro,\nle Temps du 8 juillet publiait la note suivante : a Le vœu que M. Jules Comba-\nrieu appuyait dans une lettre récente a été entendu : M. Paul Viardot vient d'ê-\ntre chargé par la Société Nationale d'organiser des concerts, au Salon de pein-\nture de igo 6, dans une salle du reyde-chaussée,au palais des Champs-Elysées. »\nLa même note nous apprenait que, pour le choix des œuvres musicales à exé-\ncuter, le jury serait présidé par M. Gabriel Fauré. —M. Paul Viar dot, nous\nle répétons, est un excellent musicien, et nous nous félicitons de voir que son\nconcours est assuré ; il est excellent aussi qu'on ait songé àM. Fauré. Mais\nle projet dont f avais saisi M. le Directeur des Beaux-Arts (au commencement\nde l'hiver dernier) est très différent de celui dont il s'agit dans la note du\nTemps. J'avais suggéré Vidée que les musiciens, exécutants et compositeurs\n(iaprès entente courtoise, bien entendu, avec les peintres), fussent autorisés à\ns\"*exposer, durant la période du Salon des Champs-Elysées, et que cette autori-\nsation leur fût donnée par le Ministre, au même titre qu elle est donnée aux\nautres artistes, de telle sorte que les musiciens seraient placés, en principe, au\nmême rang que les peintres, les sculpteur s, etc.. ; or, M. Viardot, au lieu de s'a-\ndresser à VAdministration supérieure, s'est adressé àla Société Nationale,\nde qui il dépendra : c'est la subordination de la musique aux arts plastiques,\nau lieu de son admission au partage de privilèges égaux. Nous aurons, en\nsomme, avec le projet Viardot, un concert de plus, peut-être une chapelle déplus ;\nnous n'avons pas encore l'organisation à laquelle j'avais songé. Au lieu d'un\njury régulièrement constitué, nommé en assemblée générale par V ensemble des\nmusiciens, et chargé désormais de les représenter officiellement, nous aurons un\njury, très autorisé sans doute s'il est présidé par M. Fauré, mais dépourvu de\ncaractère officiel, et analogue à celui que M. Cortot a constitué pour une\nentreprise personnelle. Quoi qu'il en soit, l'œuvre de M. Viardot, si elle se\nréalise (comme nous l'espérons bien), aura un très bon résultat pratique : elle\ndémontrera qu'une exposition musicale peut avoir lieu au Grand Palais, sans\ngêner l'exposition picturale qui l'encadrera, et, au contraire, en la servant. Il\nest de grande importance quecette démonstration soit d'abord faite : après quoi,\non pourra reparler d'un projet qui a pour but principal de creer et d'organiser\nune Société musicale d'après les mêmes principes que la Société des Artistes\nfrançais présidée par M. Tony Robert-Fleury, ou la Société Nationale, prési-\ndée par M. Roll. Ce sera aux virtuoses et compositeurs de se concerter pour\nfaire aboutir cette idée, qui les intéresse directement.\n\nLe théâtre populaire et M. Bernheim\nOn sait que M. Du Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts,\na institué une sorte de Conseil, composé de personnes qualifiées par leur com-\npétence, pour examiner les moyens, vœux, propositions, etc..., tendant à la\ncréation d'un théâtre lyrique populaire à Paris. Récemment, on pouvait lire"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "399", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.3", "texte": "LE THÉÂTRE POPULAIRE ÈT M. BERNHEIM\n\ndans les journaux une noie dont voœi le résumé : la sous-commission estime\nque l'œuvre des Trente ans de théâtre réunit toutes les conditions qu'on peut\nexiger d'un théâtre populaire.\nCette œuvre des Trente ans de théâtre a été fondée par M. Bernheirn ; elle est\ntrès activement et très brillamment dirigée par lui. Expérimenté en matière\ndramatique, journaliste dont la manière rappelle un peu celle de Sarcey, Vho-\nnorable M. Bernheirn est ici hors de cause ; mais nous estimons que les Trente\nans de théâtre n'ont rien de commun avec ce qu'il s agit de fonder, et cela,pour\ntrois raisons :\ni° L'œuvre des Trente ans de théâtre fonctionne de la manière suivante :\nM. Bernheirn demande leur concours, aujourd'hui aux artistes de la Comédie-\nFrançaise, demain aux artistes de l'Opéra, et il se transporte avec eux, tantôt\ndans un quartier de Paris, tantôt dans un autre, pour faire goûter les chefs-\nd'œuvre du répertoire à un public qui, d'habitude, ne fréquente ni rue Riche-\nlieu ni place de l'Opéra. C'est fort bien. Mais cette façon de promener un peu\npartout le char de Thespis ne constitue nullement un théâtre. Ce n'est pas un\norgane, remplissant une fonction régulière et normalement constitué. C'est\nun simple déplacement de ce qui existe déjà, une sorte d'intérim destiné à\nfaire prendre patience, en attendant la création définitive. C'est du provisoire\ndont il y a lieu de se féliciter, mais ce n'est rien de plus. La fondation du\nthéâtre que nous attendons et espérons entraînera sans doute un nouvel esprit :\nun esprit vraiment populaire dans la conception des œuvres dramatiques. Ce\nsera même l'essentiel. Avec le système de M. Bernheirn, c'est impossible.\n2° L'œuvre des Trente ans de théâtre a pour objet de créer une caisse de\nsecours pour les artistes arrivés à la fin de leur carrière. Les représentations\npopulaires ne sont pour elle qu'un moyen d'alimenter cette caisse. Or, l'art\npopulaire et le souci de l'éducation populaire sont des choses beaucoup trop\nimportantes pour qu'on les subordonne à un autre dessein, quel qu'il soit. Ils\ndoivent être, pour employer le langage des philosophes, une fin, et non un\nmoyen. On les sert, on ne se sert pas d'eux.\n3° Voici une raison d'ordre plus délicat. M. Bernheirn est Commissaire du\ngouvernement près les théâtres subventionnés. Sa fonction est de veiller à\nl'observation du cahier des charges et à la bonne tenue de nos grandes scènes\nnationales. S'il est amené à demander leur concours, ordinairement gratuit,\nà la Comédie-Française ou à l'Opéra, M. Bernheirn reste-t-il, dans ces deux\nthéâtres, le « Commissaire » qui peut parler en maître? Ne devient-il pas leur\nobligé ? Comment gouverner les personnes à qui on demande des services pour\nune œuvre à côté ? N'y a-t-ilpas incompatibilité entre ceci et cela, et, d'une\npart ou de l'autre, n'y aur a-t-il pas quelque chose forcément en souffrance ?\nTels sont les motifs pour lesquels nous ne partageons pas l'avis exprimé par\nla sous-commission, Nous avons parlé ici même d'un projet de MM. Feine et\nHersscher, présenté au public par M. Alfred Croiset, et dont l'objet est de cons-\ntruire un théâtre populaire aux Tuileries. Puisse ce beau rêve se réaliser !"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "400", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.4", "texte": "NOTRE SUPPLÉMENT\n\nPublications nouvelles. Notre Supplément.\n\nM. BOURGAULT-DUCOUDRAY.\nEn son numéro du ier mai dernier, la\nRevue musicale n avait point manqué de\nrecommander à Vattention des musiciens\nl'exquise Chanson de la Bretagne que\nM. Bourgault-Ducoudray venait de faire\nparaître. Aujourd'hui, voici que l'excel-\nlent compositeur nous donne un recueil de\npièces instrumentales pour le piano dont le\nmérite n'est pas moindre et qui ne sera\npas assurément moins bien accueilli de tous\nceux qui cherchent dans les œuvres de\nmusique Vexpression d'une pensée sincère en une langue originale et raffinée (/).\nEsquisses d'après nature, tel est le titre de cette collection de cinq morceaux,\ntous de caractère très divers, mais dont ïinspiration décoide de la même source. Le\ntitre l'indique assez : ainsi que pour ses mélodies vocales, c est à l'art populaire que\nM. Bour gault-Ducoudray est allé demander ses modèles. Cette fois encore, les chants\nde sa terre natale, la Bretagne, ont eu ses préférences. Certes? ce n'est point que sa\ndocte fantaisie se soit complue à choisir quelques-uns des thèmes que redisent incons-\nciemment les voix de la foule, pour les traiter ensuite avec toutes les ressources\nmises àsa disposition par la technique moderne. Ses mélodies sont bien à lui. Au\ntravers des combinaisons les plus ingénieuses ou le compositeur s'est plu à les en-\ngager, elles gardent cependant une senteur de terroir, originale et forte, qui nen\nfait pas le moindre charme. Par l'étude assidue qu'il a faite des chants et des\ntraditions de sa race, par le culte qu'il leur a voué, le musicien est parvenu à recréer\nen quelque sorte en soi l'impersonnalité inspirée du chantre populaire, sans oublier\nsans doute ce qu'il doit à la discipline savante de l'école, à l'exemple, au commerce\ndes maîtres, à ses propres recherches. Mais c'est l ame vivante de la terre bretonne\nqui chante par sa bouche. Et son art ne s'emploie qu'à embellir son chant.\nDe telles mélodies ne sont pas toujours celles qui le plus aisément se prêtent au\ntravail symphonique : du moins si l'on tient à n'en point altérer essentiellement le\ncontour. Sans doute, il n'était pas dans l'intention de M. Bour gault-Ducoudray\nd'édifier sur ces bases un peu frêles de vastes architectures sonores, des pièces\namplement développées suivant la formule classique ou celle plus libre de l'art\ncontemporain. Peut-être faut-il l'en louer, car diverses tentatives récentes d'oeuvres\nde longue haleine, procédant d'un thème populaire, ont plutôt montré, à mon sens,\nles difficultés presque insurmontables de ce parti pris, que ses avantages.\nCes Esquisses d'après nature ne sont donc que des esquisses : quelques pages à\npeine ou un thème caractéristique s'expose, sans jamais se transformer ni s'étendre.\nMusiques pittoresques, expressives pittoresques surtout, dans le goût des Pièces\npittoresques d'Emm. Chabrier ; notations très précises et très brèves d'une sen-\nsibilité délicate et pénétrante. Celle de ces esquisses que la Revue musicale publie\n\nFl. Esquisses d'après nature: i° A Saint-Herbot ; 20 Danse rustique; y 0 Dans la lande ;40 En\nchasse; 50 Contemplation sidérale ; pour piano. Alphonse Leduc, éditeur-, q, rue de Grammont."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "401", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.5", "texte": "NOTRE SUPPLÉMENT\n\naujourd'hui : « A Saint-Herbot », est un excellent exemple de la manière dont ces\npièces ont été conçues. Une phrase unique, mélancolique et calme, d'un tour archaï-\nque et d'un sentiment profond indéfinissable avec des mots, comme tout ce qui est\nvraiment musical, s'y expose diversement accompagnée, sans jamais s'éloigner de\nla tonalité primitive.\nUne ordonnance si simple risquerait peut-être d'engendrer quelque monotonie\nsans l'extrême originalité dont les phrases mélodiques se parent et surtout sans\nl'extrême liberté rythmique avec quoi elles se déroulent. Cette musique est a franchie\ndu joug de la carrure symétrique. Mais si elle en ignore la régularité tyrannique, elle\nn'en est pas moins organiquement composée. Au contraire de beaucoup de compo-\nsitions instrumentales modernes, elle n'ajfiecte point l'excessive liberté de forme qui\npeut convenir au récitatif dramatique (ou la musique se développe suivant les exi-\ngences extra-musicales d'un texte), mais qui 71e saurait bien se justifier ailleurs Ici,\nd'uniques raisons d'équilibre musical ont déterminé la coupe des membres de\nphrase et disposé à leur place les accents principaux. Cette place nest point celle\nque l'usage, la routine pour inieux dire, leur assigne d'ordinaire, même en l'œuvre\ndes plus excellents musiciens qui n'arrivent guère à la variété et à I originalité\nrythmique que par la superposition des voix diversement accentuées de la polyphonie.\nLes mélodies de ces Esquisses sont caractéristiques en leur rythme propre : fussent-\nelles exécutées saris l'harmonie qui leur fait cortège, elles n'en seraient ni moins\nlibres ni moins intéressantes.\nCette liberté est un des traits les plus saillants de l'art populaire qui s'est déve-\nloppé à une époque où la musique ignorait les entraves de la mesure régulière et de la\ndivision rigoureusement symétrique. L'art de M. Bourgault-Ducoudray a conservé\nou plutôt retrouvé ces traditions. Il est aussi demeuré fidèle aux anciennes tonalités,\nlongtemps étudiées en théoricien par lui : assez longtemps du moins pour qu'elles\nlui soient devenuesfamilières et que sa pensée s'y modèle sans effort et sans recherche\nérudite. Par une rencontre singulière, il est telle de ses pièces, la f (Dans la\nlande), qui, sans l'ien perdre de sa spontanéité, s'est trouvée composée tout entière\ndans un des modes périmés de l'ancienne musique. Un théoricien du XVIe ou du\nXVIIe siècle pourrait la citer comme un exemple du 2e mode (transposé un ton\nplus haut). Tout s'y retrouve :la gamme mineure avec la sixte majeure (ici la-fa\ndièse), /'ambitus de la mélodie suivant la division arithmétique de l'octave, les\nmodulations caractéristiques aux tons majeurs de la tierce (do) et de la quinte (mi),\npar quoi ce mode se distinguait de ceux que les hasards de la transposition pou-\nvaient avoir établi sur les mêmes cordes.\nCe n'est là assurément qu'une curiosité, encore que remarquable. Elle serait sans\nimportance si lauteur s'était imposé volontairement cette recherche. Il suffit de lire\nla pièce, une des plus expressives et des plus sincères du recueil, pour voir qu'il n en\nest rien, et que la pensée du musicien a sans effort revêtu cette forme. Si l'art\nmoderne doit se renouveler par de semblables adaptations (et il serait à désirer qu'il\nle fît), elles ne sauront être fécondes que si elles deviennent, comme ici, inconscientes\nen quelque sorte à force de sincérité. Et M. Bour gault-Ducoudray gardera l'honiieur\nd'avoir montré la route à suivre."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "402", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.6", "texte": "DE QUELQUES DÉFAUTS DE LA VIRTUOSITÉ\n\nDe quelques défauts de la virtuosité.\nLE 3e CONCERTO POUR VIOLON DE SAINT-SAËNS ET LA 2e BALLADE DE CHOPIN\nPOUR PPIANO.\n(À propos des récents concours du Conservatoire.)\nNous ne voulons pas faire l'analyse technique de ces deux admirables com-\npositions, mais signaler simplement à nos lecteurs, avant de parler de qua-\nlités, qui sont sérieuses, quelques-uns des défauts graves dans lesquels tombent\ntrop souvent les virtuoses les plus habiles.\nPrimo :la manière, ou, si vous préféré%, l'abus des nuances, le fignolage\nintempestif. - Voici le début, « sotto voce », de la Ballade de Chopin :\nAvant d' exécuter cette page, il convient, évidemment, de se faire une idée\nprécise de sa signification musicale, et ceci est affaire de tempérament artis-\ntique; mais, le point de vue une fois choisi, il faut s'y tenir, £72 donner ingé-\nnument rimpression à l'auditeur, 72e £72 changer à tout instant, soms\nprétexte de a faire des nuances ». /?2£72 jp/ws fatigant pour l'oreille. Or,\ncertains virtuoses ef 72072 des moindres veulent mettre une foule d'inten-\ntions spéciales dans les phrases les plus simples. Ils détaillent trop ; il abusent\nde l'analyse. Ici, c'est un accent imprévu ; là, un rallentendo, un contraste\nd intensité... Résultat : l'auditeur n'y comprend plus rien ; le sens de l'ensemble\nlui échappe, dose dire que cette phrase de Chopin n'a un sens intéressant que\nsi toutes les notes sont émises, à très peu près, de façon égale —■ d'après une\nconception que l'artiste est libre de déterminer, très simplement. Vous êtes\nengagé sur une route : marche\\ ! marche\\ I ne vous arrête% pas pour faire des\ngrâces ou pour vous regarder dans un yniroir, Une ballade est un récit, et non\nune œuvre purement lyrique. La qualité d'un récit, c'est qu'il va droit au but.\nCes observations sur la manière d'exécuter s'appliquent aussi à cette phrase\nexquise de Saint-Saëns (3e Concerto pour violon) où semble avoir passé le\nsouffle de Beethoven, ou bien celui de Schumann :"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "403", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.7", "texte": "DE QUELQUES DÉFAUTS DE LA VIRTUOSITÉ\n\nIci, l 1 expression n'est plus objective ; elle est tout intérieure. Jamais le sen-\ntiment n'a parlé un langage plus émouvant et plus délicieux. En l'écoutant, il\nfaudrait ne plus être « homme », pour ne pas sentir vibrer et parler aussi, par\nsympathie, jïbre secrète que chacun porte en soi. Quel est ce sentiment ?\ntendresse ? amour profane ? supplication ? prière ? élan d'idéalisme ? C'est au\nvirtuose de choisir, avec son instinct musical. Il est même libre de ne voir là\naucune poésie d'ordre intime et humain, et de considérer cette belle phrase ins-\npirée comme une forme très élégante, très musicale, et rien de plus. Mais je le\nrépète: une fois sa conception établie, il doit l'indiquer franchement, avec unité,\nbriser à chaque instant l'allure de l'ensemble par des raffinements de\ndétail. Or, vous pas jusqu'où nos jeunes virtuoses poussent parfois\nVaffectation : sous leurs doigts, cette mélodie se pâme, sanglotte, s'arrête pour\nrespirer des sels, soupire voluptueusement, gémit, s'exclame, glisse, bondit,\nyinY /es yeux terribles et les yeux blancs, soupire et ordonne, s'étale et s'efface,\no?2 rae sait quoi encore... Rien de net ! c'est le plus grave de tous les défauts.\nOn ne joue que pour être entendu, c est-à-dire compris.\nDeuxième défaut : le grand bafouillage magistral dans la haute difficulté.\nIci nous pourrions prendre comme exemple l'Allégro con fuoco de /a 2e\nBallade de Chopin, ou l'Allégro de Concert, du même. Sans doute, il faut de\nl'énergie et delà vélocité pour jouer cela. Celui qui n'est pas maître de ses\ndoigts ne saurait se risquer en pareilles broussailles. Mais la force ne doit\npas être confondue avec la brutalité ; et prendre le mors aux dents n'est pas\nse montrer agile. Nous venons d'entendre quelques jeunes pianistes qui mécon-\nnaissent ces deux principes. Ils pressent le mouvement au delà de toute limite\npermise ; c'est comme un concours d'automobiles où il faut faire du 120 à\nl'heure. La main gauche, sous prétexte de se montrer indépendante, se déchaîne\navec furie et devient tyrannique. En avant la grosse artillerie ! C'est le bom-\nbardement de Port-Arthur, la bataille de Tsou-Shima... La pédale, dont on\nabuse, achève de brouiller tout cela dans un nuage de fumée. Où est-on ?où\nva-t-on ? Impossible de le dire. C'est une mêlée indescriptible, un écrasement\ngénéral. L'auditeur est ahuri. Il ressemble à un chien sur qui tombe une averse ;\nsa grande préoccupation est de secouer cette pluie incommode. —Absence de\nnetteté : c'est le même défaut sous une forme plus éblouissante.\nIl yen a d'autres. A certains violonistes, je pourrais reprocher d'abuser\ndu vibrato et de se mal tenir : de trop pencher la tête sur leur instrument,\ncomme le Silène antique portant Bacchus enfant dans ses bras ; d'écarter les\njambes, comme le Colosse de Rhodes, et de se balancer de droite à gauche,\ncomme Vert-vert sur son bâton, ou comme cet orateur latin qui avait Vair de\nparler dans une barque agitée par les flots. Le virtuose doit être calme et\ndroit comme un dieu. A certains chanteurs, je pourrais reprocher une respi-\nration trop courte et mal étudiée (ceux qui ont entendu Mme Krauss savent ce\nque je veux dire) et une articulation exagérée : « Que de laurrriers vos frrronts\nsoient courronés » (le Siège de Corinthe), ou bien : « s'incline avec hu-\nmi\\\\\\ité » (la Reine de Saba)... Mais la critique est aisée ;je me borne aux\nindications ci-dessus, que la Revue musicale recommande à ses lecteurs exé-\ncutants."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.8", "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nConcours du Conservatoire.\n(SALLE DE L'OPÉRA-COMIQUE)\n\nL'ensemble a été tout à fait\nremarquable, et lait le plus grand\nhonneur à notre grande Ecole\nnationale de musique, justement\njalouse cle soutenir sa brillante\nréputation. Un incident équivoque,\ndont nous parlons plus loin et qui\na été mal éclairci, affaiblit à peine\ncette impression générale.\nsuffisante. Aucun sujet vraiment remarquable ne s'est révélé.\nContrebasse. Les 9 élèves de\nM. Charpentier ont exécuté un\nconcerto de Verrimst, peu inté-\nressant en soi, oeuvre purement\nscolaire et didactique, et déchiffré\nune courte leçon de M. Paul Vidal,\nd'un mouvement lent, bien plus\nmusicale que le concerto précé-\ndent. Un ier prix a été accordé à\nM. Subtil, solide musicien et exé-\ncutant vigoureux, un 2e prix à\nMM. Zibell et Boussagol, un ier\naccessit à M. Hardy. M. Gibier,\n2e prix en 1904, a échoué, malgré\ndes qualités, à cause de la mollesse\nde son jeu et d'une sonorité in-\n\nVioloncelle. 17 concurrents, dont pas une femme, ont interprété le bril-\nlant, très difficile et très banal allegro d'un concerto de Davidolf et lu un fort\njoli andante de M. Vidal. Concours sensiblement supérieur à celui de contre-\nbasse. MM. Doucet et Jamain obtiennent un premier prix ; M. Cruque, un\nenfant de 15 ans, 2e prix. MM. Verguet, Olivier, Delgrange, Dachurie et\nBenedetti se partagent les ier et 2e accessits. Les résultats eussent peut-être\nété différents si le morceau de lecture à vue avait eu plus d'importance ; car les\nnombreux traits du concerto de Davidoff sont de ces difficultés qu'on arrive à\nvaincre par le travail ; on ne prouve, en s'en tirant avec honneur, qu'un bon\nmécanisme, mais les qualités musicales de l'exécutant restent un peu trop dans\nl'ombre.\n\nAlto.\nA. L.\nteau a été déchiffrée convenablement, malgré de sérieuses difficultés.\nLa classe a été brillamment représentée par d'excellents élèves. Le\nvainqueur du tournoi est M. Maçon, dont le jeu a beaucoup de charme et de\ncorrection classique. Mlle Coudart, M. Vizentini, M. Jurgensen, M. Lefranc,\nMlle Jeanne Lefebvre, M. Ricardou, M. Rousseau, M. Monfeuillard, à des titres\ndivers, ont attiré et retenu l'attention. Une page très distinguée de M. Henry Mar-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.9", "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nViolon.\nP. A.\nIl est juste de reconnaître le degré élevé de technique auquel\natteignent les élèves des classes instrumentales au Conservatoire. Le concours\nde violon nous fit entendre vingt-six fois le premier morceau du 3e Concerto en\nsi mineur de C. Saint-Saëns. Il nous révéla chez les concurrents, en même\ntemps qu'une technique très forte, l'état exact de l'entendement musical pour\nchacun d'eux. Le mécanisme des premiers prix a-t-il été très supérieur à celui\nde tel concurrent malheureux ? C'est ce qui ne nous a point semblé, à part\nquelques accrocs d'exécution inévitables, et ceci est tout à l'éloge des classes du\nConservatoire. L'impression la plus désagréable que nous ayons à noter, c'est\nla fâcheuse tenue de plusieurs exécutants. Le reproche est mince, mais pourquoi\njustement nos violonistes se tiennent-ils le haut du corps penché en avant, les\nbras écartés et à la hauteur de la tête dans l'attitude classique, mais déplacée\nici, d'un Faune dansant }\nLe féminisme gagne les classes de violon : sur vingt-six concurrents il y avait\npresque moitié de jeunes filles. L'une d'elles, Mlle Baudot, second prix du\ndernier concours, harmonieuse à regarder et à entendre, nous avait paru un\npremier prix tout désigné. Mais le jury, composé de Th. Dubois, Pierné,\nColonne, J. Thibaud, Sechiari, Geloso, Marteau, Parent, Tracol, Touche et\nFernand Bourgeat, en a jugé autrement : comme premiers prix on a entendu\nproclamer M. Saury, véritablement, certes, digne de cet honneur par une exécu-\ntion parfaite dans un style excellent ; M. Cantrelle, qui oscille désagréablement\nde droite à gauche ;M. Bittar, dont le jeu nous a paru très classique et très\ndélicat ; enfin M. Bastide, chez qui la vigueur dégénère en dureté.\nMlles Billard et Morhange, MM. Matignon et Nauwinck, qui pour concourir\navait conservé son costume de zouave (et qui a, lui, une tenue parfaite), se sont\nretrouvés avec un commun second prix. Les accessits, quelques-uns inattendus,\nappartiennent d'abord à Mlle Sauvaistre et Augiéras, àM. Etchecopar, puis en\nseconde ligne à Mlle Hélène Wolff, à MM. Devaux, Caries, Michelon, Soudant\net Sufise.\n\nLe morceau de lecture, écrit par M. Gabriel Pierné dans un mouvement assez\nfuyant et dans une modalité archaïque, fut reporté à la fin du concours. Près\nd'une heure fut prise par la délibération du jury, et à sept heures chacun s'en\nfut dîner, emportant l'impression que dans toute cette jeunesse il y avait beau-\ncoup de travail et, pour certains, beaucoup d'espérances. Le succès a été considé-\nrable pour les classes de MM. Lefort, Parent, Rémy, Berthelier.\nHarpe chromatique. Le morceau d'exécution était de M. Reynaldo Hahn :\nPrélude, Valse et Rigaudon, formant un ensemble joli et délicat. Les quelques\nlignes de lecture véritable paquet de dièses et de bémols étaient du même.\nNous constatons avec plaisir que la classe dirigée avec tant d'autorité et de\ntalent par Mme Tassu-Spencer est en progrès très sensible sur l'année dernière.\nLe ier prix a été décerné à Mlle Lenars par le jury, et par un public enthou-\nsiaste ; Mlles Joffroy, Blot, Chariot, Goudeket, se sont partagé les autres récom-\npenses, après avoir montré des qualités peu sensiblement différentes. Sur six\nélèves présentées, cinq ont eu des couronnes. C'est un succès de bon augure.\nPourquoi donc parler de « bataille » entre ceci et cela ? Rien n'a été plus\npacifique que ce concours. Il y a place, au soleil de l'art, pour tous les talents et\ntoutes les spécialités. De grâce, ne mêlons pas de questions personnelles à la\nmusique !"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.10", "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nLa harpe chromatique n'a nullement pour but, comme on Ta dit à tort, de\njouer les compositions écrites pour piano ; elle peut le faire, mais ce n'est pas là\nsa raison cl être : elle est un exemple, un cas particulier de l'évolution qui a\ntransformé plusieurs instruments de l'orchestre en multipliant leurs ressources\nd expression. La grande faveur dont elle jouit dans les principaux Conservatoires\nde 1 Europe est un indice évident des services qu'elle rend, mais ne justifie en\nrien les alarmes de ceux qui semblent craindre qu'elle règne exclusivement.\nNe nous refusons aucun progrès, mais conservons tout ce que la tradition a\nde bon !\nTout d'abord, dans le dernier concours de harpe chromatique, j'avais regretté\nquelques notes trop sèches, sans velouté; mais j'ai constaté le même défaut\ndans le concours de harpe à pédales (surtout dans le morceau de déchiffrage).\nC est donc un défaut imputable aux exécutants, et non aux instruments. Quand\nc est Mme Wurmser-Delcourt ou Mme Tassu-Spencer qui jouent, il n'existe\nplus !\n\nHarpe (à pédales).\nS.\nLes excellents élèves de M. Hasselmans (que nous féli-\ncitons plus haut, bien sincèrement de son entrée dans la Légion d honneur) ont\nmaintenu la belle réputation de leur maître :M. Grandjang, Ml,cs Mauger,\nInghelbrecht, Molica, ont été classés premiers, pour leur aisance prodigieuse,\nleur étonnant mécanisme et leur goût ; Mlle Laskine(n ans !) mérita un second\nprix, et Mlle Janet le ier accessit. Le morceau d'exécution, écrit par Mlle Hen-\nriette Renié, était d'un h onnête classicisme.\n\nPiano. —On devine qu'avec des maîtres tels que MM. Diémer et Philipp, les\nélèves présentés avaient une sérieuse valeur Si quelques-uns d'entre eux se mé-\nfiaient du maniérisme et de l'abus des nuances (voir plus haut), ce serait parfait.\nQuelle somme de travail supposent de tels exercices ! La virtuosité fait chaque\njour des progrès, et on ne sait vraiment où elle s'arrêtera. Trois premiers prix\nont été justement attribués à MM. de Francmesnil, Dupré et Dumesnil ; un\nsecond prix à M. Dorival ; des accessits à MM. Gayraud, Lattes, Verd, Théroine\net Polleri.\n\nChant (hommes). Les bonnes voix sont rares ! j'entends les voix homogènes,\ndun bon métal solide, sans trous ni paille. Kt les morceaux de concours sont\nquelquefois bien ennuyeux ! La Fête d'Alexandre est, hélas ! dans ce cas.\nM. Petit a eu 1 heureuse idée de faire entendre un admirable fragment du Faust\nde Schumann. Le ler prix a été décerné à M Carbelly, qui a chanté, avec lar-\ngeur et autorité, un air du Dardanusde Rameau ; 2 seconds prix à MM. Petit et\nLucazeau (qui a dit, avec un peu trop de sanglots, les « Adieux à la forêt » de\nY Attaque du Moulin). Un premier accessit a récompensé M. Francell (air de\nLakmé, et un deuxième, MM. Domnier et Sarraillé.\n\nChant (femmes).\nP.\nJ'ai remarqué M\"e Lapeyrette(élève de M. Masson), dont le\nvisage rappelle vaguement celui de Mme Viardot jeune, et qui a dit, avec un con •\ntralto admirable, l'air du Prophète ; elle n'a obtenu qu'un second prix, ainsi que\nMl,e Lamare (air de Jules César) ; les premiers prix ont été pour Mlles Chenal,\nMancini (Alceste) et Mirai, qui, avec des tempéraments très différents, ont fait\nune assez vive impression. iers accessits à Mlles Alice Cornes, Bailac, Delimoges ;\n2es accessits à M\"e Allard et Tasso.\n\nOpéra-Comique. Le gros incident de la séance est l'échec de M. Petit, qui\navait dit exquisement quelques pages du Rêve d'A. Bruneau, et auquel le public,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.11", "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nd'esprit plus libre que le jury, avait décerné le premier prix... Cette récompense\na été pour M. Lucazeau (Carmen) ; les autres lauréats sont MM. Domnier (Don\nPasquale), Francell (Carmen), Sarraillé. M. Th. Dubois adû lever la séance au\nmilieu d'un grand vacarme, sans proclamer immédiatement les résultats. Voici\nle classement des jeunes filles : Mlle Lassalle, vive et prenante, dans Carmen ;\nMlle Tasso, très bonne dans Manon ; Mlle Mathieu-Lutz, virtuose très brillante\ndans le Barbier ; MUe Tasso, fine et plaisante dans le Médecin malgré lui. Séance\ndont les résultats sont très vivement commentés et critiqués parle public I\n\nPiano (femmes). Le prélude de Bach dont nous avons donné une analyse\ndans la Revue musicale a été joué trop vite ; mais nous avons eu le plaisir de le\nvoir exécuté, au point de vue rythmique, comme nous le comprenions. Les\njeunes virtuoses distinguaient même si nettement les membres de phrase qu'elles\nallaient parfois jusqu'à transformer en dialogue ce qui n'est, en somme, qu'une\ncomposition monodique. Gardons-nous de tous les excès ! L'Allegro de concert\nde Chopin n'a pas été dit avec assez de panache romantique et de « bravoure »,\nmais a permis d'apprécier d'excellentes qualités de technique. Mlle Caffaret\n(onze ans ) a partagé l'honneur du premier prix avec Mlles Arnaud, Lamy,\nVeluardet Kastler (élèves de MM. Duvernoy et Marmontel). Mlles Vizentini,\nDebrie, Morillon et Aussenacont eu chacune un second prix. Neuf accessits ont\ncomplété cette ample distribution de récompenses.\n\nOpéra. Le meilleur concurrent, sans contredit, a été M. Corpait, qui\ndans la scène de Charles VI a montré une science réelle de composition. (Il est\nvrai que cette scène de folie est relativement facile à jouer.) Il a eu un premier\nprix, ainsi que M. Petit (scène du 2e acte d'Œdipe à Colonne, bien plus difficile),\ndans le succès duquel le public a cru voir une juste réparation. M. Carbelly a\nchanté admirablement la prière de Guillaume Tell, mais il est peu comédien : il\na besoin d'apprendre à marcher, et d'étudier l'art des gestes amples. Il a eu un\nsecond prix. Mlle Chenal a dit avec beaucoup d'art les imprécations d\"Armide,\nabandonnée par Renaud ; Mlle Mancini a été bonne chanteuse, et très émou-\nvante dans Patrie : elle a su tomber admirablement, sous le poignard justicier.\nUn premier prix a justement récompensé ces deux talents. Mlle Lapeyrette, qui\na montré une grande autorité dans le Prophète, et Mlle Lamarre (scène du Mi-\nserere, hélas ! dans le Trouvère) ont eu chacune un second prix. Un premier et\nsecond accessits ont été concédés à Mlles Bailac et Delalozière. Ce concours est un\ndes plus difficiles ; il n a pas été, en somme, fort brillant. Pas une seule voix bien\nhomogène (sauf celle de M. Carbelly > ! Les chanteurs forcent le son; presque\ntoutes les voix ontdes parties cotonneuses ; quelques-unes sont déjà fatiguées...\nDans le jeu, l'équilibre nécessaire entre l'action réaliste et le style est rarement\nobservé.\n\nInstruments à vent. Au concours de cor (exécution d'un charmant allegro écrit\npar M. Camille Chevillard), un premier prix a été décerné à M. Coquelet ; un\nsecond à MM. Jean Tournier et Lepitre ; un 2\" accessit à M. Thibault L épreuve\nn'a pas été fort brillante ; trop de notes d une justesse douteuse l'ont déparée !\nParmi les cornettistes, M. Mager a obtenu un second prix ; MM. Foveau, Nadal\net Body se sont partagé les accessits (exécution d'un Caprice, un peu banal, de\nM. Lévadé et déchiffrage d'une jolie esquisse de M. Georges Marty). M. Jean\nBernard a brillamment enlevé un premier prix de trompette, et M. Rochut un\npremier prix de trombone."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "408", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.12", "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\n\nBois. Lauréats pour la flûte : MM. Joffroy et Laurent (ier prix) ;\nMM; Hérissé, Bergeon, Camus et Cléton (accessits). Hautbois : M. Pou-\ntier ( ier prix); MM. Serville et Rouzeré (2e prix); MM. Tournier, Lon-\ngatte et Riva (2e accessit). Clarinette : MM. Capelle, Moulin et Dubois\n(ier prix, tous très remarquables) ;M. Loterie (2e prix). Basson : MM. Pré et\nRogeau (2e prix) ;M. Raimbourg (ier accessit).\nNous ne voulons pas terminer ces notes rapides sans nous associer au public\net aux divers jurys qui, à maintes reprises ont manifesté à M. Th. Dubois leurs\nsentiments de vive sympathie pour le tact parfait avec lequel il a dirigé ces épreu-\nves délicates."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.13", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nINTRODUCTION A L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA\nMUSIQUE. — XI.\nLA MUSIQUE ET LA MAGIE.\n\n(D'après la sténographie de M. Flachat, à Montreuil-sous-Bois.)\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nJ'arrive aujourd'hui à la troisième partie de cette Introduction. Dans la pre-\nmière partie, j'ai essayé de définir la musique considérée en elle-même ; dans\nla seconde, j'ai marqué sa place dans la nature ; dans la troisième, qui paraît la\nplus difficile, j'ai à étudier sa fonction sociale. J'aurai à exposer et à discuter\nles systèmes d'un certain nombre de penseurs (Darwin, Spencer, Bûcher) qui\ncroient avoir résolu le plus difficile et le plus obscur des problèmes, celui des\norigines. Mais, comme cette discussion sera assez longue, je commence par\ndonner tout de suite mon opinion personnelle ; les trois thèses que j'exami-\nnerai plus tard seront présentées comme un complément de celle que je vais\nexposer et comme une contribution partielle à la vérité très complexe que nous\ncherchons. Aucune de ces curieuses thèses, en effet, ne doit être repoussée\nentièrement.\nCe sujet singulier que j'entreprends de traiter, m'étonne un peu moi-\nmême, bien que je l'étudié depuis assez longtemps et l'aborde en ce moment\naprès mûre réflexion, avec un esprit de libre recherche scientifique. Dans cette\npremière leçon, j'en tracerai seulement les grandes lignes, car il est très vaste. Il\nme sera certainement impossible de produire tous les documents que j'ai réunis ;\nje devrai me borner à les indiquer par catégories, et citer les plus caractéris-\ntiques. En accouplant ces deux mots de musique et de magie, pour la première\nfois peut-être rapprochés l'un de l'autre par un historien, je demande à ceux qui\nvoudront bien me suivre d'avoir présente à l'esprit l'idée de la méthode qui doit\nêtre ici la nôtre. Il y a une façon de concevoir l'histoire musicale, qui consiste à\nprendre les premiers compositeurs et les premières œuvres connues, puis à\nconsacrer aux uns des biographies mêlées d'anecdotes, aux autres des ana-\nlyses techniques et, au besoin, des exécutions. Cette méthode est très bonne\nen soi, et nous l'emploierons à son heure ; mais elle ne saurait présentement\nnous suffire. Il faut d'abord ouvrir toutes grandes les fenêtres, pour faire péné-\ntrer l'air et la lumière dans nos études. Quand nous avons cherché à définir\nla musique, nous avons bien pu trouver en elle des caractères spéciaux, qui\nconstituent son originalité, qui semblent même l'isoler de tout le reste ; mais\nquand nous examinons ses conditions d'existence, son mode de développement,\nles influences sociologiques qu'elle a subies, nous trouvons qu'elle est insépa-\nrable d'une multitude de choses qui, à première vue, semblaient n'avoir rien de\nmusical. Cette connexité, il arrivera sans doute un moment où il faudra la per-\ndre de vue pour s'adonner à des travaux très particuliers ; mais, en commençant\nsurtout, il convient de ne pas la négliger : c'est elle qui fait vraiment la dignité,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "410", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.14", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nl'agrément et l'intérêt d'une étude sérieuse, en plaçant la préoccupation de l'en-\nsemble avant celle du détail. Il ne faut donc pas s'étonner que ces considérations\npréliminaires nous engagent dans des voies qui paraissent un peu détournées\nmais qui sont un acheminement nécessaire vers un but nettement défini.\nPrévenons d'abord une objection. En général, la préoccupation des théori-\nciens a été de remonter au fait premier et générateur de la musique, à celui\nqui peut être considéré comme la source d'où tout est sorti par voie d'évolution\net qui suffit à expliquer la série dont il est le principe. Un tel fait nous échappe\nnécessairement ; nous ne pouvons l'atteindre que par des conjectures, dont\nla première consiste à admettre que ce fait isolé existe. Il est probable qu'il n'y\nen a pas un, mais plusieurs, d'importance inégale, formant un groupe où tout\nse tient, et que les origines delà musique sont comparables aux racines d'un\narbre, racines multiples, dirigées clans des sens différents et prenant la sève de\ntous côtés. Cet aveu d'ignorance touchant la cause initiale ne nous dispense pas de\nremonter aussi haut que possible dans le passé ; mais il nouspermet de changer\nun peu la question. Au lieu de dire : Voici le fait d'où la musique est sortie, nous\ndirons : « D'après les documents que nous possédons et d'après leur interprétation\nlégitime, voici quelle a été la première fonction sociale de la musique. La musique\na été l élément principal des cérémonies magiques primitives. La musique\ninstrumentale vient du chant ; et la première forme du chant a été l'incantation.\nVoilà ce que, preuves en mains, nous pouvons affirmer. » Ainsi comprise, la\nquestion est à la fois restreinte et transposée : elle est restreinte, puisque nous\nla débarrassons d'une recherche trop ambitieuse et chimérique ; elle est transpo-\nsée, puisque nous abandonnons le domaine de la théorie pour celui de l'histoire\nproprement dite. A vrai dire, nous sommes en ce moment sur la limite qui la\nsépare des régions où règne l esprit de système.\nPour comprendre ce qu'a été la musique des tout premiers âges, il faudrait,\nselon l'exemple de l'historien latin, se faire un esprit « antique », et dépouiller\nl'esprit du civilisé. « L'homme est un être raisonnable. » Ce sont les philo-\nsophes qui disent cela ! Si on considère la place qu'elle occupe dans la vie pra-\ntique, la raison apparaît (ainsi que la liberté) comme une conquête tardive, un\nidéal dont on se rapproche lentement ; mais l'historien ne peut pas la poser\ncomme un fait initial. L'homme primitif est surtout un croyant (cela ne veut pas\ndire, d'ailleurs, qu'il soit religieux, au sens élevé du mot). Par des témoigna-\nges comme les tablettes assyriennes toutes chargées d'incantations et de recettes\nde sorcellerie, par les monuments égyptiens relatifs aux cérémonies funèbres,\npar les Grecs eux-mêmes, pourtant si avancés en civilisation, nous pouvons avoir\nune idée de ce qu'a été le primitif. Il ne fait pas « le plus beau rêve de la vie »,\nselon le mot de Goethe appréciant en artiste les mythes antiques. Pour lui,\nl'existence est plutôt un cauchemar. Il se croit environné d'ennemis invisibles ;\npartout il voit des pièges, des forces hostiles, des êtres cachés et cruels ; à la\npeur qu'entretiennent en lui la forêt, la nuit, le mystère de chaque chose, s'a-\njoute une angoisse : celle de la faim. Comme les fauves, il est presque toujours\nen chasse. Manger, voilà pour lui l'affaire qui domine toutes les autres (i).\n\n(1) Aujourd'hui encore, si chaque homme mettait dans un plateau les actes de sa vie quoti-\ndienne qui sont inspirés par la raison pure, et dans un autre plateau ceux qui ont eu pour cause\net pour objet la satisfaction des appétits (plus ou moins déguisés), de quel côté verrait-on\npencher la balance r1"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.15", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nCette grandiose idylle de paix et de lumière que Victor Hugo a placée en tête\nde sa Légende des siècles est une fin idéale plutôt qu'un commencement. De\nquelles ressources l'homme dispose-t-il pour saisir une proie? Il n'a que l'agilité\nde ses jambes, la force de ses muscles, quelques pierres taillées. Son refuge,\nc'est la magie.\nPar la magie, il croit, sans avoir besoin de la force ou du contact direct,\nposséder un pouvoir supérieur sur la nature et sur les êtres vivants. Par elle, il\nconjure les esprits malfaisants, et, en premier lieu, il prépare sa victoire sur le\ngibier nécessaire. Il s'attribue à lui-même le privilège dont, plus tard, il in-\nvestira des dieux distincts de la nature et de l'homme. Cette superstition a des\nracines tellement profondes, qu'elle continuera à régner à côté des religions\nconstituées, et qu'elle leur survivra. La magie, que Hegel appelait la « religion\nspontanée » et qu'il mettait en tête d'une classification des formes de la croyance,\nest le fait capital de la vie sociale, celui qui dans l'histoire de l'homme occupe\nla plus grande place. Elle a mis en usage si nous la considérons aux\népoques modernes bien des moyens : les breuvages, les philtres, les élé-\nments, les miroirs, la puissance du regard, etc... ; mais je n'ai pas à recher-\ncher ici tout ce qui a pu remplir le chaudron de Canidie ou des sorcières de\nMacbeth. Je me bornerai à montrer comment le chant a pu être l'arme pré-\nférée des magiciens ; pour cela, je dois d abord mentionner - parce qu'elle\nm'a suggéré cette série de leçons l'hypothèse qui a été faite sur le dessin\nmagique ; je montrerai ensuite que cette hypothèse s'applique avec une\nexactitude de plus en plus grande à la danse, enfin au chant ; et que si ces\ntrois arts ont eu un rôle social très important, c'est à cause d'un caractère qui\nleur est commun et que la théorie classique aimait à mettre en lumière quand\nelle disait : Toute œuvre d'art est une imitation. Cette théorie de Yimitation\nva nous apparaître sous un aspect nouveau.\nI\nC'est M. Salomon Reinach qui, au cours cTune séance de l'Académie des Ins-\ncriptions et Belles-Lettres (mai 1903) et dans un article publié par la revue L'An-\nthropologie (mai-juin de la même année), a expliqué les origines du dessin en les\nrattachant aux pratiques de la magie, et a ainsi ouvert la voie dans laquelle\nnous entrons. Voici comment.\nNous connaissons aujourd'hui, surtout dans le Périgord et dans la région\npyrénéenne, un assez grand nombre de dessins remontant à l'époque préhis-\ntorique et gravés sur les parois des cavernes. La plupart d'entre eux représentent\ndes animaux, mais particularité importante des animaux qui tous sont\ncomestibles : les grands félins, le lion et le tigre, la hyène, le chacal, le loup,\nles diverses variétés de serpents, etc..., n'y figurent point. Cela ne peut être un\neffet du hasard. Le choix qui a dirigé l'activité des artistes primitifs implique des\nraisons précises. M. Reinach a cru les trouver dans certaines idées d'ordre géné-\nral qui sont communes à l'ensemble de l'humanité. La plus répandue est celle-ci :\nl'image d'un être ou d'un objet donne à l'auteur ou au possesseur de l'image\nun pouvoir d'influence sur l'objet lui-même. Bien entendu, il s'agit d'un pouvoir\nd'ordre magique, relevant d'une croyance. Cette idée, que le semblable donne"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.16", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nprise sur le semblable, se retrouve fréquemment dans l'époque moderne. L'o-\npération de benvoûtement, si fréquente au moyen âge, qui consiste à briser ou\ntranspercer un portrait pour nuire à l'original ou le faire périr, l'usage de pen-\ndre certains criminels « en effigie », en sont des exemples. Ainsi peut-on expli-\nquer que le judaïsme ait interdit de représenter la figure humaine, et que dans\ncertains pays d'Orient il soit aujourd'hui défendu de faire le portrait du souve-\nrain. « On croit qu'entre les êtres et leurs effigies il y a un réseau de liens invi-\nsibles, et qu'en altérant celles-ci, on peut nuire à ceux-là. » Les dessins des\ncavernes préhistoriques prennent une signification très claire, si on les examine\nà la lumière de cette idée. L'exclusion des carnassiers s'explique très naturelle-\nment. Le dessinateur primitif n'est nullement préoccupé de plaire ; il appar-\ntient àun clan ou à une tribu qui vivent de chasse, et il dessine des animaux\ncomestibles parce qu'il croit, et parce qu'on croit autour de lui, qu'en dessinant\ntel animal, on le met déjà, dans une certaine mesure, sous la dépendance du\nchasseur. Il est vraisemblable de supposer que ces dessins étaient exécutés au\ncours d'une cérémonie spéciale— on n'ose dire religieuse— ayant lieu à l'in-\ntérieur de la caverne.\nTelle est, dans ses grandes lignes la thèse originale proposée par M. Salomon\nReinach.\nSi, par voie d'analogie ou d'extension, nous l'appliquons à des domaines\nvoisins, nousconstatons qu'elle permet d'abord d'expliquer un premier ensemble\nde faits appartenant à l'histoire de la musique : les danses des primitifs.\nII\nToutes ces danses sont mimétiques. On s'attache à y reproduire les allures et\nles mœurs des animaux. Pourquoi? On a dit que « l'instinct d'imitation est\nnaturel aux primitifs » ; que les danses « permettaient d'initier les novices à la\nconnaissance des mœurs d'un animal dont la chasse est une nécessité ». Ces\nexplications sont insuffisantes; il y en a une autre, bien plus conforme à l'idée\nqu'il faut se faire de ces époques lointaines, antérieures à la civilisation, où\nla grande affaire, pour l'homme, est de satisfaire sa faim. Chez les tribus\nà l'état sauvage, les danses mimétiques sont une sorte de dessin en action, une\ngravure ou une sculpture avec la vie et le mouvement en plus ; elles ont pour\nbut de conférer aux danseurs un pouvoir magique sur le gibier dont ils imitent\nles mouvements. Ainsi s'expliquent, chez les Australiens, la danse du kangou-\nrou, si souvent décrite, comme aussi la danse du dingo, de bémou, de la gre-\nnouille, du papillon. Ce n'est pas, comme dit Grosse, « le plaisir qu'on éprouve\nà faire des mouvements violents et rythmiques, à décharger ses sentiments, etc. »,\nqui est le principe de ces exercices, ni le désir de produire « un effet purement\nesthétique ». Au moins ces raisons ne sont-elles pas les seules. Il y a là une\nsorte de « magie homœopathique » créant un pouvoir imaginaire sur un objet,\npar la reproduction de cet objet. Comme les autres superstitions magiques,\nces sortes de danses ont été ou sont en usage chez le plupart des primitifs. Ne\nnous étonnons plus d'entendre dire que chez les Esquimos, les danseurs « sont\nsouvent affublés de têtes d'ours, de loups, d'autres animaux comme la loutre,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.17", "texte": "COURS DU COLLEGE DE FRANCE\nR. M.\n3i\n\nl'hermine, le faucon, le corbeau » (1) ; il faut se garder de voir là une sorte de\nmascarade de carnaval !\nVoici comment le Dr Pallas décrit les danses des Ostiaks. « Les hommes et\nles jeunes garçons sont les seuls qui dansent. Ces danses... représentent par les\ndiverses positions, par les pas et les gestes du danseur, les allures des différents\noiseaux et animaux lorsqu'on les chasse, et les mouvements de certains poissons\nlors de la pêche. J'ai vu représenter la chasse de la zibeline, les allures de la\ngrue et du renne, le vol de la boudrée et la manière dont elle saisit sa proie... L'i-\nmitation de l'allure de la grue m'a paru la danse là plus pénible ; le danseur, se\ntenant tout accroupi, est caché sous une fourrure après en avoir lié la pointe à un\nlong bâton au bout duquel il a planté la tête de l'animal. Dans cette position, il\nsaute sur ses talons ; il imite, en dansant et au moyen du bâton, tous les mou-\nvements de la bête. Quand on veut représenter l'allure du renne, il faut que la\nmusique varie selon les différents mouvements de l'animal, pour exprimer son\npas, son trot, son galop, et marquer lorsqu'il s'arrête afin de s'assurer de la\ndirection qu'il tient avec le chasseur qui le poursuit (2). » Avec la théorie de\nM. Salomon Reinach, ces exercices ont une signification parfaitement claire.\nLe but utilitaire et la superstition qui sert de principe à la danse expliquent\npourquoi les femmes n'y prennent point part. La mission Mac Donald a donné\nle renseignement suivant sur les indigènes des contrées baignées par le Niger et\nle Bénué : « La danse de chasse existe également [chez eux] ; elle a lieu à l'oc-\ncasion d'une réjouissance nationale et n'est dansée que par ceux qui ont pris part\nà la chasse ; en aucune circonstance les lemmes ne sont autorisées à s'y join-\ndre. Cette danse est accompagnée seulement par le tambour et par le chant.\nLes danseurs imitent les attitudes des animaux (3). » Cette description suggère\nl'idée d'une civilisation relativement avancée où ce qui était d'abord utile et pra-\ntique est devenu objet d'agrément (comme chez les Grecs classiques, dont toutes\nles danses sont mimétiques, sans doute par survivance d'anciens usages) ; mais\nle caractère initial d'une telle danse transparaît dans sa forme moderne. Le\ndernier voyageur que je viens de citer distingue, comme on le fait habituelle-\nment, la danse de chasse de toutes les autres. C'est une distinction superficielle.\nCe qui vient d'être dit semble pouvoir s'appliquer à toutes les danses sans excep-\ntion : à la danse guerrière, qui imite le courage pour le créer et qui veut assurer\nla défaite réelle de l'ennemi par sa défaite simulée ; à la danse religieuse, qui,\npour désarmer un dieu hostile, le met matériellement, sous forme d'idole, dans la\ndépendance de l'homme (4). Les danses dites gymnastiques, caractérisées par des\nmouvements sans objet pratique, sont postérieures à tout cela. Ce sont des\ndanses mimétiques désappropriées, - analogues à la musique instrumentale,\nqui n'est autre chose qu'un chant dépourvu de paroles et transposé. La danse et\nle chant ont eu la même évolution : ils sont devenus de plus en plus abstraits.\n\n(1) Les Esquimos, par le marquis de Nadaillac, dans VAnthropologie (XIII, 1902, p. 101).\n(2) Voyages diL Dr M. P. S. Pallas, docteur eu médecine, en différentes provinces de Vempire de\nRussie et dans l'Asie septentrionale, traduit de l'allemand par M. Gauthier de la Peyronie,\ncommis des affaires étrangères. (4 vol. Paris, 1789-93, chez Maradan, t IV, p. 85 et suiv.)\n(3) Up the Niger, Narrative of major Claude Macdonald's Mission to the Niger and Benne\nRivers, West Africa, by Captain A. F. Mockler-Ferryman, etc.., London, 1892, chez G. Philip,\nP. 273.\n(4) Voir la danse australienne (décrite par Parker et citée par GrossQ, Les débuts de l'art,\np. 171 de la traduction française) destinée à implorer l'aide d'un démon très redouté, Mindi"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "414", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.18", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nAinsi donc, le dessin et la danse —identiques au fond— sont considérés\npar les primitifs comme créant un symbolisme irrésistible ; ils permettent de\ndominer le semblable par le sembable. La croyance qui leur attribue ce pouvoir\nest essentielle à la magie. La théorie classique de Yimitation, base de tous\nles arts, apparaît ainsi avec un caractère moins artistique, sans doute, que dans\nles analyses d'un Aristote, mais elle prend quelque chose de plus humain, elle a\ndes racines profondes dans une croyance qui, nous le verrons, peut être regardée\ncomme universelle. —A tout cela comment pouvons-nous rattacher la musique?\nEntre le chant et le dessin ou le mimétisme en action, y a-t-il un hiatus infran-\nchissable } oubien verrons-nous clairement jusqu'au bout l'application du même\nprincipe ?\nIII\nPour montrer comment le chant a pu jouer, à l'origine, le même rôle que le\ndessin ou la danse, j'appellerai votre attention sur deux faits d'ordre très général.\ni° La musique n'a pas de modèle dans la nature visible ; et, pour ce motif, il\nsemble qu'elle devrait avoir une fonction tout autre que celle du dessin ou de la\ndanse mimétique. Mais si elle est impuissante à reproduire la ligne, le relief et\nla couleur, n'a-t-elle pas au plus haut point le don d' « imiter » les sentiments,\nles passions, en un mot le dedans des choses ? pour cette raison, ne doit-elle\npas être la ressource préférée de la magie ?\nNous verrons plus tard la théorie des Grecs sur le pouvoir expressif de la mu-\nsique. Pour eux, la musique passe par-dessus les réalités sensibles ; elle saisit,\nelle exprime l'âme. «Dans les compositions musicales, dit Aristote, il y a repro-\nduction des états affectifs. » Cette doctrine a été professée par les Chinois. J ai\nsous les yeux une traduction française de quelques pages du Li-Ki (i) et j'en\nextrais les lignes suivantes : « Tout air prend sa source dans le cœur de Vhomme.\nLa musique est intimement liée avec les rapports essentiels des êtres. Aussi, con-\nnaître les sons, mais ne pas savoir les airs, c est le propre des oiseaux et des bêtes\nbrutes ; savoir les airs, mais ne pas savoir la musique, c est le propre du vulgaire : au\nsage seul, il est réservé de comprendre la musique. C'est pourquoi on étudie les sons\npour savoir les airs ; on étudie les airs pour savoir la musique ; et oit étudie la musique\npour savoir gouverner. » Paroles admirables, parties sans doute du pinceau d'un\n« lettré » moderne, mais que je cite comme témoignage des vieilles croyances\ninstinctives! On lit plus loin (ibid.) : Le pouvoir j des rites et] de la musique\natteint jusqu'au cielet remplit toute la terre ; il passe à travers [les principes) IN et lAN\net établit des rapports avec les âmes et les esprits ; il atteint la plus grande élévation,\nil arrive à l'extrême de l éloignement et sonde les plus impérieuses profondeurs.\nNous retrouverions de semblables idées chez les peuples les plus opposés, aux\nâges les plus différents : « la voix du chanteur, dit Balzac, fait mouvoir les\nprincipes de nos sensations » (2).\n\n(1) Edition du Li-Ki ou Mémorial des rites, Paris-Turin, 1853, in-40. Exemplaire de l'Ecole\nspéciale des langues orientales vivantes, U, 11, 39, traduction de J.-M Callery, p. 82-113 (textes\ncommuniqués par M. Pierre Aubry).\n(2) Balzac, M assimilla Doni, t. XV des Œuvres complètes, p. 430 (cité par MM. Gevaert et\nVollgrafF, Les problèmes musicaux d'Aristote, p. 321, à la note)."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.19", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nOr, les primitifs voient partout des forces morales, des passions, des « es-\nprits » hostiles ou bienfaisants. Pour eux, le moindre phénomène représente\nune personne et un état affectif. Dans le tonnerre qui gronde, dans le flot qui se\nsoulève ou dans l'arbre qui frissonne, dans la maladie, dans la disette ou l'abon-\ndance, dans le minéral lui-même, il y a quelqu'un. (Là se trouve en germe la\npoésie que les Homère, les Virgile et les Lamartine dégageront plus tard.)\nLes vieilles mythologies, dans lesquelles les premières croyances de l'homme\nont pris corps, en sont un témoignage surabondant. Il y a donc une relation\nétroite et directe entre le pouvoir de la musique et les phénomènes naturels.\nPuisque chacun de ces phénomènes n'est pas autre chose qu'une apparence\nderrière laquelle se cache un sentiment (colère, haine, sympathie, jalousie,\ncruauté, etc...), et que, d'autre part, la musique a précisément pour caractère\nde traduire tous les sentiments, ne s'ensuit-il pas que la musique a le pouvoir,\nnon seulement d'exprimer la nature, mais d'agir sur elle ? Les deux privilèges :\nexpression et influence, ne vont-ils pas ensemble ? « Les imitations effectuées\nau moyen des sons, disaient les Grecs, conduisent à Vaction », et Aristote sug-\ngérait cette explication : « Les rythmes et les successions mélodiques sont\ndes mouvements, tout comme les actions (2). » La magie musicale (pour\nrésumer ces premières observations) est l'application anticipée, obscure, instinc-\ntive, de la doctrine de Schopenhauer et des grands métaphysiciens allemands :\nil y a une âme vivante cfans la nature, et la musique peut la saisir directement.\nComme l'âme de la nature, la musique est un souffle, anima. De cette identité\nrésulte l'idée d'un pouvoir à exercer par le semblable sur le semblable.\n20 Une autre raison explique le rôle capital dévolu au chant dans les cérémo-\nnies magiques : c'est le caractère mystérieux qui, presque à toutes les époques,\na été attribué au langage. Si quelques philosophes modernes, d'une instruction\nraffinée, ont considéré le langage comme transmis à l'homme par une révélation\ndivine, il ne faut point s'étonner que les primitifs, incapables de comprendre le\nmécanisme de la parole, aient été particulièrement portés à en exagérer le pou-\nvoir. Ils ne sont pas loin de penser que les paroles valent des actes (2). Pour\neux, le mot est l'équivalent de la chose, son image sonore ;il est la chose elle-\nmême. N'avoir pas de nom, c'est ne pas exister. Lorsqu'ils veulent dire, dans\nle poème de la création, que le ciel et la terre n existaient pas encore, ils disent\nquils n étaient pas nommés. Par suite, connaître ou prononcer le nom d'un être\nvivant ou d'un objet, c'est l'évoquer ou le posséder. De là le soin que prenaient\nles Assyriens de ne jamais révéler le nom d'une ville sacrée; de là la répugnance\ndes sauvages et de nos madrés paysans à parler de leurs affaires ou même à\ndire leur nom ; delà l'usage, chez les Latins, quand on parlait d'un événement\nfâcheux, de prononcer une formule analogue à celle-ci : Quod omen dii avertant !\nQue les dieux détournent ce présage ! Aujourd'hui encore, ne disons nous\npas souvent : « Ne parlez plus de cela ! ça porte malheur 1 »\nSuivons les conséquences de cette opinion.\nSi l'énoncé d'un fait équivaut au fait lui-même, a fortiori une prière, une invi-\ntation, enfin un ordre, formulés dans de certaines conditions et en termes con-\n\n(1) Problèmes (dans Gevaert, libro cit.. p. 73).\n(2) Beaucoup de modernes ne sont-ils pas (( primitifs »en cela ? Amiel disait des Français :\n« Leur défaut est de croire que quand les choses sont dites, elles sont faites »."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.20", "texte": "QUELQUES LETTRES INÉDITES\n\nvenables, ne peuvent-ils rester sans effet ; et si on va jusqu'au chant, le résultat\nsera plus sûr encore, puisque le chant élève la parole à sa plus haute puissance.\nNous arrivons donc à cette double conclusion : Le chant pur et le chant sur une\nformule ont une action spéciale et directe sur les choses réelles. Ils permettent à\nl'homme d'atteindre l'âme des objets et des êtres, de saisir le principe de la vie\nobjective, d'entrer en communication avec les forces latentes de la nature. L'in-\ncantation suppose une sorte de métaphysique inconsciente et profonde. Il y a\ndonc, d'après ce qui vient d'être dit, trois sortes d'opérations magiques : i° le\ndessin ; 20 la danse ; 3°le chant, Toutes les trois ont le même principe, Y imitation,\net appartiennent à ce qu'on a appelé la magie « homœopathique ». Nous verrons\ncependant que les rites employant la parole et le rythme peuvent être considé-\nrés, pour des raisons bien simples, comme antérieurs aux autres, et même comme\nleur ayant conféré leur vertu.\nComme vous vous en êtes aperçus sans doute, cette conception historique\ndu chant, de sa nature et de son rôle, ne contredit en rien ce que j'ai avancé,\ndès le début, sur l'originalité de la musique, et sur la (( pensée » spéciale,\ntout intellectuelle, irréductible à nos concepts et à nos vocables habituels,\nqui la constitue. Bien au contraire, nous allons trouver dans l'histoire positive\nune confirmation et une mise en œuvre de nos idées. Le chanteur-magicien des\népoques primitives est, à sa manière, un métaphysicien, un poète, un senti-\nmental convaincu que la passion dirige le monde, que la nature a une âme\ncomme lui, et que la musique est toute-puissante, parce que l'âme est son\ndomaine.\nTelles sont les premières explications que peut fournir l'esprit d'analyse.\nElles sont commodes pour la clarté de l'exposition; elles ne sont nullement né-\ncessaires. En somme, nous pourrions nous borner à prendre les faits tels qu'ils\nsont, et nous dispenser de les expliquer ; sont-ils suffisamment nombreux et\nprécis pour établir notre thèse ? C'est ce que nous verrons dans les pro-\nchaines leçons.\n\nJULES COMBARIEU.\n\nQuelques lettres inédites.\nM. Louis Mors, ingénieur, veut bien nous permettre de puiser quelques documents dans sa\nsplendide collection de gravures musicales et d'autographes. Nous en détachons aujourd'hui trois\nlettres qui sont de véritables portraits. On remarquera la haute distinction de Liszt et sa grandi-\nloquence (accumulation des épithètes) jusque dans les entretiens intimes ; la bonhomie char-\nmante de Chabrier, qui semble avoir le privilège de tout dire, sans choquer; l'accent ému, le ton\ntrès distingué, justement amer, de Lalo :\nLETTRE DE LISZT.\nBerlin, 2 décembre 1855.\nNon certes, mon cher Litolf, je n'ai rien contre vous et, tout au contraire,\nje garde beaucoup de choses et des meilleures pour vous.\nVos dernières lignes me sont parvenues à Weymar au moment de mon\ndépart et si je ne vous ai pas écrit plus tôt, c est que réellement les journées"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "417", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.21", "texte": "QUELQUES LETTRES INÉDITES\n\nsont beaucoup trop courtes pour tout ce que je dois faire. Votre excellente,\nparfaite, très spirituelle, noble et flatteuse lettre dans le Correspondant de\nHambourg m'a été remise hier soir par quelqu'un qui aeu le plaisir de vous\nvoir à Brunswick vendredi, et je vous remercie de cœur et d'amitié de cette\nnouvelle preuve de votre sympathie.\nQuoique vous m'aye% dit quelquefois que je n'aimais que les ingrats, j'espère\nvous convaincre que je sais aussi faire un plus simple emploi de mes sentiments\nen pratiquant une loyale réciprocité envers ceux qui se montrent si bien,\ncomme vous le faites, mes véritables amis.\nS'il vous est possible de vous absenter un jour ou deux de Brunswick, je vous\nengagerais beaucoup à venir ici pour le concert de jeudi prochain (6 décembre),\ncar j'aurais d'abord un très grand plaisir à vous revoir à cette occasion et\npuis je pense que vous serez satisfait de la belle exécution à laquelle j'ai tout\nlieu de m'attendre, après les répétitions très consciencieuses et même chaleu-\nreuses que nous sommes en train de faire.\nComme vous m'avie\\ quasi promis de m'honorer de votre présence à ce pre-\nmier essai en gros de mes compositions, je ne me fais pas scrupule d'insister et\nvous réserve votre billet en vous attendant. Tâche\\ de m'envoyer le concerto\nsymphonique avant la fin du mois à Weimar [où je serai de retour le 12 ou 15)\nafin que je puisse en faire un usage judicieux avant un départ pour Vienne, où\nje serai obligé de me rendre vers le 1 o janvier pour y diriger le festival en\nl'honneur du centième anniversaire de la naissance de Mozart [2 7 janvier).\nA vous revoir, donc, mon cher Litolf, et bien tout à vous de franche et non\ningrate amitié,\nJ. LISZT.\n[Hôtel Brandeburg.)\nLETTRE D'EMMANUEL CHABRIER (à Gouzien).\nBruxelles, dimanche 18 avril.\nEt naturellement, tout ce qu'il y a de plus confidentiel ! Le succès de\nGwendoline été considérable, vous le et la deuxième a été plus chaude\nencore que la première ; c'est ce soir que l'on donne la troisième ; or il faudrait\nbattre le fer, et je viens vous supplier de voir Gailhard le plus tôt possible et\nde lui parler de mon affaire. Je vous assure qu'avec un bon ballet en deux actes\nderrière, c'est un spectacle tout trouvé, et cet ouvrage bien mis en scène [ici\nc'est déplorable), bien chanté, doit faire, j'en ai la certitude, une certaine im-\npression. Il vous reste à voir les articles de Joncières et de Reyer, ils seront\nplus que bienveillants ; donc on est unanime à trouver que c'est bien : alors\nquand entrerai-je, nom de Dieu, dans cette boîte à Juive ? Jamais ?Eh bien si !\nJe veux gueuler là-dedans des chants nouveaux. Je veux que ça pète pour moi\ncomme pour les autres ! Oui, ça peut faire beaucoup d'effet et me caser, me\nclasser même. Vous deve\\ avoir déjà la partition, n'est-ce pas ? J'arrive à\nParis, jeudi dans la soirée ; vendredi j'irai causer avec vous ; mais si d'ici\nlà vous pouviez joindre Pedro, vous rendriez à ce sacré Chabrier un fier ser-\nvice. Mais quel métier ! quel enfer ! Berardi rentre à Paris le 3 mai ; il sait\n[pas très musicalement, mais enfin) il sait le rôle ; c'est toujours ça ; enfin\nnous en recauserons. Ecriveymoi donc un mot que je recevrai mardi matin,\net qui mettra quelque baume sur les légitimes convulsions [44 ans) de mon\nimpatience. Puis un agréable rabattage che\\ l'homme au faux col, la rue\nFavart? qu'en dites-vous ?Ah I c'est bien du tintouin que je vous donne, cher\nami, mais vous pas que tout seul, je ne puis quasi rien, et si je"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "418", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.22", "texte": "INFORMATIONS\n\nm'enhardis ainsi cest que j'ai la plus intime conviction que vous ne me lâche-\nrez pas !\nA bientôt donc ; nous envoyons à Mme Gou\\ien nos plus empressés hommages,\net moi j'embrasse la petite jolie qui se porte à merveille, je suppose, et a repris\nsûrement ses leçons de piano.\nA vous, EMMANUEL.\nLETTRE D'E LALO.\nParis, 30 octobre 79.\nMon cher Gou\\ien,\nJe viens de lire à l'instant votre article si bienveillant, et je m'empresse de\nvous envoyer mes bien sincères remerciements. Hélas ! que ne puis-je entrer\nà l'Opéra par une autre porte que celle de la danse ! J'ai passé ma vie à étudier\nla musique dramatique, j'ai un grand opéra écrit avec toute ma conscience\nd'artiste, et l'on me demande un ballet, genre dont j'ignore les premières\nnotions. C'est insensé! mais il parait cependant que je dois m estimer très\nheureux de pouvoir me glisser dans le Temple en me courbant pour passer sous\nles jupons des vestales de l'endroit. Cela prouve une fois de plus que le seul\nthéâtre nécessaire pour la production nationale, c'est un théâtre lyrique avec\nune large subvention. Merci de nouveau, et croyez à mes sentiments les plus\nsympathiques. E. LALO.\n\nActes officiels et Informations.\n\nCe\nm'est un vif plaisir d'avoir à parler aujourd'hui de M. Victor Gallois, le prix\nde Rome de cette année-ci, dont j'ai pu apprécier le talent naissant alors que\nnous suivions ensemble le cours d'harmonie de M. Xavier Leroux. Ce temps,\nbien qu'assez éloigné, est encore très présent à ma mémoire. Je me souviens\ndes charmantes leçons d'harmonie que Gallois apportait alors et où l'on\nprévoyait déjà l'étoffe d'un musicien délicat et sentimental. Il recherchait déjà\nl'expression dans les moindres détails, au point que parfois M. Leroux le repre-\nnait sur l'abus de Vappogiature mêlé à ce style scolastique que ces sortes\nd'exercices comportaient...\nMais l'excès même de ce procédé était déjà la révélation de sa manière\ntendre et expressive qu'il n'a fait qu'affirmer depuis, tout en gardant le carac-\ntère pondéré de l'enseignement du Conservatoire.\nAujourd'hui que M. Gallois se trouve libéré de toute préoccupation de\ndiplômes, il est probable qu'il s'abandonnera complètement à son sentiment de\nmusicien, sans se préoccuper des formules trop rigoureuses de l'Ecole, et que\nson aspiration prendra son essor vers la libre Beauté où aspire tout vrai artiste.\nM. Victor Gallois est né à Douai en 1880 et a commencé ses études musicales\nà l'Ecole nationale de sa ville natale, où il remporta tous les premiers prix.\nC'est alors qu'il vint à Paris, où il continua ses études dans la classe d'harmonie\nde M. Leroux en 1896 et où il obtint un prix d'harmonie en 1858. De là il\nentra chez M. Lenepveu, où il remporta en 1902 le premier prix de fugue et où il\nvient d'obtenir le grand prix de Rome de cette année. M. Lenepveu, maître\naussi paternel qu'éminent, a l'habitude de voir triompher ainsi tous ses élèves.\nM. Gallois, au milieu de ses travaux d'école, a trouvé le loisir d'écrire plu-\nsieurs compositions fort originales qui ont paru chez l'éditeur Lemoine. Nous\n\nLe grand prix de Rome pour la composition musicale : M. Victor Gallois."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "419", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\nciterons entre autres : Pensée grise pour flûte et piano, une Pièce pour violon-\ncelle et une Sérénade qui a été appréciée à différentes reprises dans plusieurs\nconcerts symphoniques. Toutes ces compositions sont d'un joli sentiment et\nempreintes d'une élégance d'écriture recherchée, par instants même elles font\npenser à la manière primesautière et fantaisiste de Delibes et de Bizet.\nMaintenant que M. Gallois ne dépend plus d'aucune institution musicale,\nqu'il n'a plus à subir aucune influence de milieu, nous attendons de lui une\nœuvre intéressante oû se révélera toute sa personnalité, et nous ne croyons pas\nexagérer en prédisant qu'il nous donnera des compositions d'une saveur et\nd'une fraîcheur très originales.\n\nA. M.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 20 juin au 19 juillet 1905.\n\nII. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 20 juin au 19 juillet 1909.\n\nLa Musique au Collège. —Le collège de Semur-en-Auxois a donné, cette\nannée, une série de concerts et causeries auxquel assistaient tous les élèves.\nCes manifestations ont pour but de développer le goût artistique des jeunes au -\nditeurs, en leur faisant entendre et en leur expliquant les maîtres : Schubert,\nWeber, Mendelssohn. On ne saurait trop louer une si heureuse initiative, dont\n1 honneur revient à M. Savey-Cazard, principal du collège\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n2 I\nJuin\nTristan et Isolde.\nR. Wagner.\n15.969 76\n23\n—\nFaust.\nGounod.\n2 I .067 41\n2 6\n—\nArmide.\nGluck.\n18. F42 41\n28\n—\nLe Cid.\nMassenet.\n13.829 26\n3o\n—\nThaïs.\nMassenet.\nI 4.582 91\n3\nJuillet\nArmide.\nGluck.\n1 2.862 91\n5\n—\nFaust.\nGounod.\n17.782 76\n7\n—\nArmide.\nGluck.\n16.196 41\n10\n—-\nSigurd.\nReyer.\n14.068 41\n12\n—\nArmide.\nGluck.\n14.718 26\nReprésent, grat\n14\n—\nAida.\nVerdi.\n15\n—\nFaust.\nGounod.\n18.40.5 41\nr7\n—\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n15.404 41\n!9\nLa Valkyrie.\nR. Wagner.\n16.2 13 76\n\nDATES\nPIÈCES REPRESENTEES\nAUTEURS\nRECETTES\n20 Juin\nChérubin.\nMassenet.\n4.191 5o\n2 I —\nManon.\nMassenet.\n6.934 5o\n2 2 —\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n4-883 »\n23 —\nCarmen.\nBizet.\n6.720 »\n24 —\nCavalleria Rusticana. — Ché-\nrubin.\nMascagni. Massenet.\n5.3 5 1 »\n2 S- —\nMignon.\nA. Thomas.\n4.0 3 2 »\n26 —\nLe Vaisseau Fantôme.\nR. Wagner.\n4.245 5o\n27 —\nCarmen.\nBizet.\n7.I36 5O\n28 —\nLa Vie de Bohême.\nPuccini.\n5.58o 5o\n29 —\nAlceste.\nGluck.\n4.877 »\n3o —\nChérubin. — Cavalleria Rusti-\ncana.\nMassenet. Mascagni.\n7.835 5 0\nClôture annuelle."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "420", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050805-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\n- Douai. Par arrêté préfectoral du 7 juillet courant, M. Gillet Henri est\nnommé, à titre définitif, professeur de basson et de saxophone à l'Ecole nationale\nde musique de Douai.\n\nLes fêtes d'Orange. Trois représentations de gala au Théâtre Antique. Les\n5, 6et 7 août, auront lieu à Orange trois représentations d'un éclat unique où\nseront interprétés : les Troyens de Berlioz, le Mefistofele de Boïto, Œdipe-\nRoi de Sophocle, et Jules César de Shakespeare.\nC'est à la Société des Grandes Auditions Musicales de France qu'est due cette\nréalisation héroïque ; on ne pouvait guère l'attendre que d'elle, l'énorme labeur\nqu'elle a réalisé pour l'art en ce pays lui enjoignant de faire toujours plus et\nmieux. L'initiative, toujours inquiète du beau, dont témoigne à l'envi sa prési-\ndente Mme la comtesse Greffulhe se reconnaît dans ces solennités qui, si l'on se\nsouvient du décor de pierres et d'âpres végétations où elles s'accompliront, vont\nprésenter ce caractère de fêtes civiques et religieuses que les poètes antiques assi-\ngnaient au théâtre. Il n'est pas de cadre plus merveilleux et en même temps plus\nrationnel. L'auguste amoncellement de la pierre et une nature chaleureuse en\nconstituent tout le faste, un ciel clément en caresse les aspects immuables.\nUn tel théâtre ne saurait servir de cadre à de petites œuvres. Seul le geste des\nhéros n'y est point déplacé. C'est pourquoi l'on trouve l'empreinte de bhéroïsme\net de la fatalité sur tous les chefs-d'œuvres qui vont y être représentés les 5,\n6 et 7 août parles soins de la Société dss Grandes Auditions Musicales de\nFrance à laquelle s'ajoute un Comité d'honneur, composé de MM. Rouvier, pré-\nsident du Conseil des Ministres ; Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux\nBeaux-Arts ; Guérin, vice-président du Sénat ; Maurice Faure, sénateur ; Jules\nRoche, député ; Dr Loque, député; Lacour, maire d'Orange ; A. Réal, délégué\nde la municipalité ; Paul Mariéton, chancelier du Félibrige, etc., etc.\nLa Direction générale de toutes ces représentations a été confiée à M. Raoul\nGunsbourg.\nPour la partie vocale, les artistes les plus célèbres de la troupe incomparable\ndu théâtre de Monte-Carlo ont été engagés, et un véritable esprit de magnificence\nmarquera les représentations d'Orange et en assurera l'éclat. Au pupitre de chef\nd'orchestre est M. Edouard Colonne ; et quand on voit au programme un chef-\nd'œuvre de Berlioz, on convient qu'il appartenait à M. Edouard Colonne plus\nqu'à tout autre de diriger ces trois représentations de gala. C'est maintenant, en\neffet, comme une tradition nationale que le nom d Edouard Colonne soit accouplé\nâ celui d'Hector Berlioz, ce compositeur si longtemps méconnu n'ayant jamais\neu de prêtre plus fidèle. L'orchestre et les chœurs que M. Colonne a si excellem-\nment formés prêteront, bien entendu, leur concours aux trois représentations.\n\nConcert de M. Lombard. Au château de Trèvano, Suisse, a été donné, le\n18 juillet, un très beau concert, sous la direction de M. Louis Lombard, en\nl'honneur du comte et de la comtesse Luchesi Palli. Au programme, Dvorak,\nGrieg, Saint-Saëns, Haendel, Bach, Massenet, L. Lombard.\n\nNOTRE CONCOURS MUSICAL. Nous avons reçu les chœurs portant les devises\nsuivantes : Ai-je mieux réussi ? Lutter pour vaincre. Spiritus fiât übi vult.\nCelui qui ne va pas en mesure ressemble àun homme ivre. Araignée du soir.—\nMusica me juvat. Ce qui se conçoit bien s énonce clairement. Beethoven. —Au\ncommencement était le rythme. - ABC.- Chantons pour enchanter. 378692.\nLe mal temps passe et retourne de bon.\nNous comptons donner le résultat dans notre numéro de septembre."}]}