{"numero_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_sha256": "e2bd3b507969d53d7b16f521afcdfe5e3bdf71a0b519796349e8c6d29d6763dd", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1905/09/01_01/bmtnabj_1905-09-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1905/09/01_01/bmtnabj_1905-09-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "421", "page_fin": "421", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.1", "titre_corps": "Concours de la REVUE MUSICALE. — Prix Osiris.", "titre_sommaire": "Concours de la REVUE MUSICALE. — Prix Osiris.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "421", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.1", "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "Concours de la REVUE MUSICALE. — Prix Osiris.\nUn jour, un de nos abonnés et amis voulut bien envoyer à la Revue Musicale\npour un usage ad libitum une certaine somme d'argent : c est M. Daniel Osiris,\nle philanthrope bien connu, qui a créé à Vlnstitut un prix de cent mille francs 3 donné\nà 1 Etat le domaine de la Malmaison, et dont nous ne pouvons énumérer ici toutes\nles œuvres grandioses. La Revue Musicale étant une publication désintéressée, non\ncommerciale, uniquement désireuse d'éclairer le public musical et d'être utile aux\nartistes? nous avons voulu consacrer la somme généreusement offerte par M. Osiris à\nouvrir un concours parmi nos abonnés compositeurs /M. Osiris nous a approuvé en\nnous laissant carte blanche, et nous avons donné le programme de ce concours dans\nnoire numéro du i mars igoq. Nous demandions un chœur à voix mixtes suscep-\ntible d'être exécuté par les élèves de nos lycées. Une somme de qoo francs étant ré-\nservée pour les paroles, nous avons offert un prix de 600 francs pour la musique.\nCe sérieux concours, dont nous rendons compte plus loin, donne lieu à une obser-\nvation générale : c est que /' écriture franchement chorale devient de plus en plus\nétrangère aux artistes d'aujourd'hui."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "421", "page_fin": "421", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.2", "titre_corps": "Le salon en musique.", "titre_sommaire": "Le salon en musique.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "421", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.1", "debut_caractere": 1372, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "Le salon en musique.\nJ. C\nNous avons exposé, dans le dernier numéro de la Revue Musicale, notre projet\nd'un Salon avec une exposition de musique (exécution et composition). Ce projet a\neu un écho favorable dans la presse quotidienne. Après les articles du Temps et du\nFigaro, un rédacteur de /'Eclair est venu nous interviewer sur cette question ( Voir\nUn salon de musique au Grand Palais, dans /'Eclair du mardi IJ août). Nous\nn avons pu que lui confirmer ce que nous avons déjà dit ici, en ajoutant que l'idée\nétait en bonne voie. Mais c'est aux musiciens professionnels, virtuoses et composi-\nteurs, qu'il appartient de la réaliser. Ce qu'il faut avant tout, c'est que la Musique\npuisse se faire représenter, devant les Pouvoirs publics, par un Bureau, ou un Jury,\nrégulièrement élu. Pour le moment, enregistrons, en les remerciant, le concours\nque nous apportent nos confrères politiques."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "422", "page_fin": "423", "image_debut": 2, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.3", "titre_corps": "La Farandole", "titre_sommaire": "La Farandole", "signature_source": "G. BEAUCAIRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "422", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.2", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "La Farandole\n\nLa farandole, telle qu'elle se pratique en Provence et plus particulièrement\ndans le pays d'Arles, n'a qu'un lointain rapport avec la danse que l'on connaît\ncommunément sous ce nom. Ni comme mouvement, ni comme allure, ni comme\npas, ni par conséquent comme musique, elle ne ressemble au monôme accéléré\nqui la remplace habituellement à la scène ou en fin de quadrille, dans les salons.\nPas plus Gounod dans Mireille que Bizet dans Y Artésienne ne se sont conformés\nà la mesure et à la cadence que comportent les véritables pas de caractère con-\nstituant la farandole.\nLa farandole n'est jamais à 2/4, mais à 6/8. Elle se joue allegro moderato et\nnon vivace, se divise en cinq figures composées chacune de pas différents, inter-\nrompus eux-mêmes par des temps de repos, pendant lesquels les danseurs mar-\nchent en cadence, la musique continuant. Ils entrent d'ailleurs en scène en mar-\nchant et terminent en saluant. Chacun de ces pas se compose d'entrechats et de\nchassés extrêmement compliqués et qui seraient d'une exécution impossible à\nune allure rapide ; enfin, les bras et les mains jouent eux-mêmes un rôle, pendant\nles repos où ils se balancent en un gracieux va-et-vient.\nAu reste, voici le détail des figures et des pas :\nire figure :La farandole s'élance en zigzag, les danseurs s'avançant sur le pas particulier de\ncette danse\n2e fig. Retour en ligne droite.\n3e fig. La farandole repart :le meneur et sa cavalière font volte-face, entraînant les danseurs qui\npassent sous les bras des deux premiers.\n4e fig. Semblable à la première :la marche en zigzag n'a lieu qu'à la tête de la chaîne. Retour\nparallèle.\n5e fig. Nouvel élan : le meneur, suivi des autres, passe sous les bras levés en retournant sur ses\npas.\n6e fig. Semblable à la première. Puis la chaîne des danseurs décrit une spirale. Ensuite, tou-\njours en dansant, le meneur et sa cavalière se retournent, la spirale se rompt, les couples se\nséparent et terminent par un rigaudon général.\nQuant au canevas musical partout adopté, il peut être représenté par cet\nexemple :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "423", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.3", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "Trois thèmes le composent, indéfiniment répétés jusqu'à épuisement des\nfigures, sinon des danseurs. Il serait à désirer que des compositeurs de profession\nintercalassent dans un ouvrage lyrique dont l'action se passerait en Provence\nune danse au rythme calqué sur les motifs généralement en usage ; l'œil et l'o-\nreille des spectateurs auraient une impression plus vraie que celle qui se dégage\ndes œuvres connues.\nLes lecteurs de la Revue Musicale prendront sans doute quelque intérêt a une\nfarandole de ce type classique, qui fut exécutée l'an passé aux Arènes d'Arles, à\nl'occasion de la fête de la Ligue de l'Enseignement. Vingt-deux garçonset fillettes\nen costume l'exécutèrent, à la grande joie des 15.000 assistants qui l'applaudi-\nfent et la bissèrent d'enthousiasme. C'était là une véritable innovation : car jus-\nqu'à ce jour, seuls les adultes pratiquaient cette chorégraphie, en raison même\nde sa difficulté. L'honneur de la réussite de cette tentative revient en grande\npartie au directeur de Y Etoile provençale, société de farandoleurs qu'il dirige\navec autant de compétence que d'habileté.\nIl existe aussi une autre farandole plus rudimentaire, pratiquée dans les\nvillages par ceux qui ne peuvent, ne savent ou ne veulent se plier aux compli-\ncations et aux délicatesses de la véritable farandole. Elle est d'allure plus dé-\ngingandée et demande certainement une musique plus allègre. Plus simple et\nplus facile, elle a pu se répandre hors de Provence et se substituer à la faran-\ndole académique, dont elle n'est qu'une vulgarisation. Ainsi s'expliquerait la\ndivergence qui existe entre les compositions des maîtres et les thèmes tradition-\nnels du Midi, beaucoup plus mesurés, quoique toujours légers et gracieux.\nIl m'a semblé utile de dissiper les erreurs généralement répandues sur une\ndanse populaire aussi ancienne en donnant pour les fervents du culte de Terp-\nsichore les quelques aperçus qu'on vient de lire. Car il existe des préjugés en\nmusique comme en bien d'autres matières. Sarabande est dans le langage cou-\nrant synonyme de Bacchanale. Rien de plus faux : il suffit d'exécuter la vieille\ndanse de cour en usage au temps jadis, pour se rendre compte combien peu elle\nrépond à l'idée que l'on s'en fait le plus souvent. Il en est de même de la faran-\ndole : c'était là un point à rectifier.\n\nG. BEAUCAIRE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "423", "page_fin": "435", "image_debut": 3, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.4", "titre_corps": "La chanson bretonne.", "titre_sommaire": "La chanson bretonne.", "signature_source": "ANATOLE LE BRAZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "423", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.3", "debut_caractere": 2360, "fin_caractere_exclue": 3158, "texte": "La chanson bretonne.\n\nI\nLes peuples celtiques furent autrefois renommés pour leurs aptitudes musi-\ncales. Au moyen âge, les jongleurs celtes firent les délices de l'Occident, et ce fut,\non le sait, au charme captivant des airs sur lesquels ils étaient chantés que les\nlais bretons durent tout d'abord la faveur dont ils bénéficièrent dans l'Europe\ndu xiie siècle. On commença par écouter le joueur de « hrote )> pour la suavité\ndes sons qu'il excellait à tirer de son instrument, puis on désira de connaître le\nsens des paroles qu'il chantait. Ainsi furent semés en quelque sorte à tous les\nvents les germes de cette littérature arthurienne qui, fécondée par l'imagination\nde Chrestien de Troyes et de ses émules, devait bientôt couvrir un champ si\nvaste, atteindre un développement si prestigieux."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "424", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.4", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "Mais la richesse même de cette luxuriante frondaison poétique fut cause que\nl'on perdit de vue les humbles chanteurs gallois ou armoricains qui l'avaient\nprovoquée. Ils se dispersèrent au hasard des routes ou regagnèrent leurs forêts\nnatales. Après avoir eu son heure de gloire européenne, la mélodie celtique\nrentra dans l'obscurité. Elle se confina désormais dans les îles et les presqu'îles\norageuses où vivaient, isolés du monde, les peuples chez lesquels elle était née.\nEt elle ne chanta plus que pour eux seuls, mais elle continua de chanter. Nous\nen avons une preuve dans le culte passionné que professent encore pour leurs\nvieux airs nationaux les Gallois et les Irlandais d'aujourd'hui.\nTous les ans, l'lrlande organise dans les différentes régions de son territoire\ndes feis ou fêtes dont les concours de musique sont un des principaux éléments.\nIl y a des concours pour les joueurs de cornemuse, il y en a pour les sonneurs\nd'un instrument spécial qui n'est autre que l'ancienne trompette de guerre irlan-\ndaise ; il yen a aussi pour les chanteurs et il y en a même pour les siffleurs, car\nles Irlandais sont passés maîtres dans l'art de siffler, élevé par eux, en effet, à la\nhauteur d'un art véritable. Le programme des concours est annoncé plusieurs\nmois à l'avance, de façon à permettre aux intéressés de s'y préparer de longue\ndate. L'affluence des concurrents est telle qu'à la feis du Connaught, tenue à\nGalway, en août 1903, les auditions, qui se faisaient dans une des salles du\nTown-hall de neuf heures du matin à midi et de deux heures à cinq heures du\nsoir, exigèrent plusieurs journées durant lesquelles l'attentiondes juges ne faiblit\npas un instant : ni non plus l'enthousiasme du public, venu en foule de toutes les\nparties de la province pour assister à ces joutes musicales et en acclamer les\nvainqueurs (1).\nIl en est des eisteddfod galloises comme des feis irlandaises, si même elles ne\nprésentent un caractère encore plus saisissant. Là aussi c'est la musique qui\ntrône en maîtresse et plus royalement peut-être qu'en aucun autre lieu du\nmonde. J'assistai en 1898 à YEisteddfod nationale qui, cette année-là, se tenait à\nCardiff. Les séances musicales se donnaient dans un immense baraquement en\nplanches, édifié tout exprès. Pas d'autre mobilier dans ce « pavillon », comme\non disait, qu'une estrade, des chaises et des bancs. Mais sur cette estrade se\nfirent entendre d'admirables chœurs de cinq à six cents voix, tant féminines\nque masculines, chantant à l'unisson ; et sur ces chaises, sur ces bancs, vint\njournellement s'asseoir un public de près de vingt mille auditeurs. Toute une\nsemaine durant, le hall ne désemplit pas Quand on entonnait l'antique marche\nguerrière des « Hommes de Harlech », le public, électrisé, joignait ses vingt\nmille voix à celles des chœurs, et une fois de plus se justifiait l'adage kymrique :\n(( Notre vieille Galles est une mer de chant ! ))\nII\nLa Bretagne armoricaine n'a jamais rien connu de comparable à ces impo-\nsantes manifestations musicales, car la petite association de poètes bretons col-\nportant eux-mêmes leurs œuvres, qui s'est fondée récemment sous le nom de Ty\n\n(1) Je dois ce renseignement à l'obligeance de mon ami M. Lebrou, qui assistait à cette feis\nde Galway."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.5", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3207, "texte": "Kaniri Breiz, n'est pas pour rappeler, fût-ce de très loin, les feis d'lrlande ou les\neisteddfod du pays de Galles. Mais ce n'est pas que le poète breton soit demeuré\nmoins fidèle que les congénères d'outre-Manche au poétique héritage de ses\nancêtres. Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir la riche moisson de chants\nqu'il nous a légués.\nDès 1794, un Lorientais, Cambry, alors président du district de Quimperlé,\navait déjà été si frappé au cours d'une mission dans le Finistère de la\nbeauté singulièrement originale de ces chants qu'il ne dédaigna pas d'en don-\nner quelques traductions dans le rapport qu'il adressait au Directoire sur l'état\nmatériel et moral des populations du département. Plus tard, le chevalier de Fré-\nminville, dans ses Antiquités de la Bretagne, et surtout Souvestre, dans ses\nDerniers Bretons, leur consacrèrent des pages qui n'ont pas trop vieilli. Mais le\npremier recueil important, et qui devait faire époque, ce fut, en 1839, le Barzaz-\nBi eiz du vicomte Hersart de la Villemarqué. Les pièces en étaient si parfaites\nque l'on cria au miracle. Puis cette perfection même, dans des œuvres soi-disant\npopulaires, éveilla des doutes. D'autres chercheurs, en croyant s'élancer sur les\ntraces du vicomte de la Villemarqué, découvrirent, contre leur attente, que la\nplupart des chants publiés par lui comme authentiques n'existaient point dans la\nmémoire du peuple, tels du moins qu'il les avait édités. Il fut bientôt avéré qu'il\nen avait fabriqué quelques-uns et fortement retouché les autres, renouvelant\nainsi pour la Bretagne ce que Macpherson avait accompli pour l'Ecosse. C'est à\nLuzel que revient l'honneur d'avoir rendu à la muse populaire bretonne ses véri-\ntables traits d'abord par la publication des Gwerqiou en 1868 et 1874, puis par\ncelle des Sonion en 1890. Ces quatre volumes constituent ce que l'on pourrait\nappeler sans aucune exagération la Somme poétique de la Bretagne. Qui voudra\nconnaître l'inspiration bretonne en ce qu'elle a produit de plus sincère et de plus\noriginal, c'est là et nulle part ailleurs qu'il la devra prendre.\nLes noms de gwerziou et de sonniou les seuls usités dans le vocabulaire\ndu peuple auquel le nom de barzaz, inventé par le vicomte de la Villemarqué,\nest totalement inconnu désignent deux catégories de chants bien distinctes,\nde mètres fort différents, et que les poètes populaires ne confondent jamais. La\ngwerz, c'est le chant tragique, ou complainte, relatant soit un événement sur-\nnaturel, soit une mort violente, soit un assassinat. Le mètre généralement adopté\nest le vers de huit syllabes, à rime plate. Les plus anciennes de ces gwerziou,\nqui sont aussi les plus belles, ne remontent guère au delà du xvie siècle. On\npourra se faire une idée du genre par la ballade suivante que je choisis, non\nparmi les plus significatives, mais parmi les plus courtes :\nYVES PRIGENT.\nI\nYves Prigent est allé à la mine d'or :\nJamais Tréguier ne sera pauvre.\nA moins qu'à son retour il ne soit dévalisé\nPar La Villaudry et ses gars.\nUne vieille petite sorcière esta La Villaudry\nQui grimpe tous les jours sur le colombier,\nEt voit à sept lieues en avant d'elle\nAvec une longue-vue qu'elle porte."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.6", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "II\nLa vieille petite sorcière disait\nA La Villaudry, un jour fut :\nJe vois venir Yves Prigent\nAvec des charretiers de Guingamp.\nSur le cheval devant il y a un perroquet\nQui sait le latin, le français,\nQui sait le latin, le français,\nAussi bien qu'il sait le breton.\nLa Villaudry, quand il a entendu,\nAu bout de l'avenue est allé ;\nIl a pris le cheval de devant par la tête,\nIl a salué Yves Prigent :\nDescendez, Yves, entrez dans la maison,\nMettez vos chevaux à 1 écurie.\nYves Prigent disait\nA La Villaudry, là, alors :\nPoint ne descendrai, point n'entrerai dans la maison,\nNi ne mettrai mes chevaux à l'écurie ;\nAujourd hui\nJe ne déchargerai mon cheval blanc\nQue lorsque je dînerai à Tréguier,\nQue lorsque je dînerai à Tréguier\nEn la compagnie de ma sœur aînée.\nLe vieux La Villaudry disait\nA Yves Prigent, là, alors :\nEntre Saint-Malo et Tréguier\nSe trouvaient les voleurs hier soir,\nSe trouvaient les voleurs hier midi;\nYves, prenez garde à eux 1\nYves Prigent, quand il a entendu,\nA bas de son cheval a sauté,\n- i\nA bas de son cheval a sauté ;\nAvec La Villaudry il est allé.\nIl a rencontré la gouvernante,\nIl lui a donné son perroquet,\nIl lui a donné son perroquet,\nLa prenant pour la dame.\nIII\nLa fille de La Villaudry disait\nAu vieux La Villaudry, cette nuit-là :\nIl montre plus de respect aux domestiques\nQu'à vous-même et qu'à moi...\nIl eût fallu entendre Yves Prigent\nSonner avec sa flûte d'argent !\nLes vieilles gens, en haut, dansaient,\nEt les jeunes, en bas, en faisaient autant.\nIl joue de la flûte si vaillamment\nQu'il débauche le cœur de la jeune fille,\nQu'il débauche le cœur de la jeune fille.\nDe l'avoir pour époux elle a envie."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.7", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1719, "texte": "Le vieux La Villaudry demandait\nA Yves Prigent, cette nuit-là :\nYves Prigent, dites-moi,\nAvez-vous jamais été marié ï\nSi Yves Prigent avait voulu dire\nQu'il n'avait jamais été marié,\nIl aurait eu la vie sauve\nEt sauves aussi ses richesses.\nMais c'est le contraire qu'il a dit ;\nIl a dit qu'il était marié :\nIl y a aujourd'hui trois ans depuis mes noces ;\nJe n ai été que trois jours avec ma femme.\nLe vieux La Villaudry disait\nA Yves Prigent, là, alors :\nSi vous aviez voulu, Yves, dire\nQue vous n'aviez jamais été marié,\nVoire vie n'eût couru aucun risque\nNi non plus vos richesses.\nIV\nLes gars de la Villaudry sont venus,\nIls ont arrêté Yves Prigent,\nIls ont arrêté Yves Prigent\nEt sur l'aire de la salle ils l'ont abattu.\nYves Prigent disait\nA La Villaudry, là, alors :\nSeigneur de la Villaudry, si vous m'aimez,\nSur l'aire de votre salle vous ne me tuerez point.\nVous ne me tuerez point sur l'aire de votre salle.\nMon sang est pour moitié du sang royal.\nLe vieux La Villaudry disait\nA Yves Prigent, là, alors :\nJ'ai des chiens et des lévriers\nQui laperont ton sang à mesure que tu le répandras\nSeigneur de La Villaudry, si vous m'en croyez,\nVous ne me tuerez pas dans votre maison :\nConduisez-moi au seuil de l'écurie,\nQue je voie mon cheval avant de mourir !\nV\nYves Prigent disait,\nAu seuil de l'écurie quand il arrivait :\nSeigneur Dieu, mon cheval chéri,\nC'est donc ici que nous perdrons la vie !...\nLe petit cheval blanc ne l'a pas plus tôt entendu\nQu'il a rompu son attache ;\nIl a brisé quatre chaînes,\nSur le vieux La Villaudry il s'est rué.\nIl a tué sept des La Villaudry,\nMais, quand il est arrivé au huitième,\nMais quand il est arrivé au huitième,\nHélas I celui-là l'a tué."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.8", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "Celui-là a tué le cheval,\nGrâce à la cuirasse qu'il avait revêtue.\nYves Prigent et ses richesses,\nTout est resté sur la place (1).\nChaque gwerz forme ainsi une sorte d épopée fruste et fragmentaire ou, si\nl'on veut, de petit drame en raccourci, moitié conté, moitié dialogué. La son, au\ncontraire, est tantôt lyrique, tantôt satirique. Elle dit les joies et les tourments\nde l'amour, elle se plaît aux aventures sentimentales, heureuses ou malheu-\nreuses, elle plaint l'amante délaissée ou venge l'amant trahi. Plus généralement\nencore, c'est le poète rustique lui-même qui nous y fait ses confidences, qui y\nchante ses espoirs ou y pleure ses désillusions, qui y épanche, en un mot, son\ncœur.\nLes soniou sont la poésie personnelle de la Bretagne, comme les gwerziou\nen sont la poésie impersonnelle. Elles diffèrent encore de celles-ci, en ce qu'elles\nadmettent toutes les variétés de vers, depuis le vers de cinq jusqu'au vers de\ntreize syllabes, et qu'elles comportent à l'ordinaire un refrain.\nLa langue, peu imagée, est souvent médiocre et plate, mais l'accent ne laisse\npas d'être profond. L'on en jugera par ces trois types.\nLES SECRETS DU CLERC.\nToutes les nuits, toutes les nuits, quand au lit je vais,\nAu lieu de dormir, je ne fais que pleurer,\nAu lieu de dormir, je ne fais que pleurer,\nEn pensant à celle que j'aime.\nJe vais tous les jours à la forêt du Bois d'Amour,\nDans l'espérance de vous voir aller chercher de l'eau.\nQuand je vous vois venir à travers les bois,\nAux feuilles des arbres je confie mes secrets.\nA fragile confident vous contez vos secrets,\nSi vous les contez aux feuilles, dans les bois.\nQu'il vienne pluie, ou vent, ou tourmente,\nVoilà vos secrets emportés, jeune homme !\nMieux vaudrait les écrire dans mon cœur ;\nLà ils demeureraient, gentil clerc, profondément gravés (2).\nPERRINE COAT.\nS'il vous plaît, vous écouterez\nUne son nouvellement composée\nDiguedon ma dondaine\nié, ié,\nDiguedon ma dondé !\nUne chanson nouvellement composée,\nA une jeune fille elle est faite ;\nA une jeune fille elle est faite :\nPerrine Coat on la nomme.\nPerrine Coat certes pleurait,\nElle ne trouvait personne pour la consoler ;\nElle ne trouvait personne pour la consoler,\nSi ce n'est Tersec : celui-là le faisait.\n\n(1) Soniou Breiz-Izel, I, p 170.\n(2) Soniou Breiz-Izel, I, p. 194- !95-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.9", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "Taisez-vous, Perrine, ne pleurez pas,\nJe vous ferai marier quand il vous plaira.\nPerrine Coat, de Buhulien,\nPlus claire de teint que de l'eau dans un verre,\nA un tablier bleu à son giron,\nUn châle de mérinos sur les épaules,\nUn collier d'or autour du cou,\nEt c'est Tersec qui a payé le tout !\nQuand va Perrine dans les recoins caches,\nTersec est derrière qui la tire par la jupe,\nTersec est derrière qui la tire par la jupe :\nPerrine, il est temps de s'aller reposer :\nDe la Tour d'Auvergne, on la voit\nAller avec lui coucher dans sa chambre;\nSi bien que l'on crie après Tersec :\nTu es à coup sûr le coq des filles !\nTaisez-vous, Perrine, ne pleurez pas,\nJe vous épouserai quand il vous plaira !\nLes voilà fiancés et mariés\nEt allés dans un lit coucher (i) !\nNi PRÊTRE NI MOINE.\nEntre le labour et le pré\nIl y a un pont, je sais bien,\nEt personne n'y peut passer\nA cause d'une troupe d'écoliers...\nA la grand'messe quand je vais,\nPater ni Ave je ne dis,\nJe ne fais que regarder par-dessus mon épaule\nUne jeune fille qui fait toute ma joie.\nJe vois ma douce au milieu de l'église\nAussi belle qu'or ou fleur de lis.\nUne coiffe de batiste est sur sa tête\nQui a coûté six écus l'aune ;\nUne petite coiffe est par-dessous\nEn dentelle de la plus belle sorte.\nLe cotillon qu'elle a sous sa jupe\nEst bordé d'un double galon d'argent.\nSa robe rouge descend jusqu'à terre...\nDu plus profond de mon cœur je l'aime !\nGarnissez d'argent votre poche\nEt allez à l'école à Tréguier ;\nEt allez à l'école à Tréguier,\nEt soyez prêtre avant de revenir à la maison.\nGardez votre argent en votre bourse !\nJe ne serai ni prêtre ni moine.\nJetez mes livres dans le feu\nOu donnez-les à mon jeune frère ;\nOu donnez-les à qui vous voudrez,\nCar, pour prêtre, je ne le serai point !\n\n(1 ) Soniou Breiz-Izel, p. 150 152."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.10", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": "Je ne serai ni prêtre, ni moine !\nMon cœur veut une fille,\nUne jeune fille jolie, de Cornouaille,\nA l'œil bleu, aux cheveux blonds.\nEt, si je ne l'ai pas,\nPréparez l'extrême-onction pour moi (i) !\nIII\nTelles sont les deux grandes catégories de chants où l'inspiration bretonne\ns'est plus particulièrement donné carrière. Leurs auteurs nous sont pour la plu-\npart inconnus. Il est très rare, en effet, que le poète se nomme dans ses vers.\nC'est tout au plus si, parfois, dans le couplet final, il glisse une discrète allusion\nsoit au métier qu'il exerce, soit au pays où il habite II dit par exemple : « Celui\nqui a fait la chanson demeure à Lannion, au bout de la halle : vous l'y trouverez\nà un endroit ou à l'autre ». Ou encore : « Cette chanson a été faite par un jeune\nmeunier, pendant que son moulin moulait, une nuit qu'il ne pouvait dormir ». A\ncela se bornent les renseignements que ces « rimeurs », comme ils s'intitulent,\nnous fournissent sur leur personnalité. Mais ce qu'ils ont omis ou dédaigné de\nnous apprendre, leurs œuvres le proclament. A la manière plutôt rude dont les\nseigneurs sont traités dans les gwerziou, comme aux façons de sentir dont\ntémoignent les soniou, il est aisé de voir que, citadins ou paysans, les auteurs de\nces compositions étaient tous des gens du peuple. Le breton ne fut jamais\naussi haut du moins qu'il soit permis de remonter dans son histoire que la\nlangue des classes inférieures ; la seule littérature qu'il ait produite jusqu'à\nla fin du xvme siècle est une littérature d'origine populaire ou fabriquée à\nl'usage du peuple. Ce peuple, le plus souvent, ne savait ni lire ni écrire. Gwer-\nziou et soniou sont, pour une très grande part, des élucubrations d'illettrés. Les\nhumbles poètes à qui nous les devons n'étaient point des professionnels de la\npoésie. Ils rimaient par occasion ou, pour employer une de leurs expressions\nfavorites, par « passe-temps ». La poésie était pour eux une chose de circon-\nstance à laquelle ils ne vaquaient qu'à leur loisir. Dans le train coutumier de la\nvie ils étaient de pauvres hères, laboureurs courbés sur la glèbe, tisserands atte-\nlés à leurs métiers, meuniers piquant leurs meules, tailleurs poussant leur\naiguille, cordiers tressant leur chanvre, à l'écart des autres hommes, dans les\nvieux chemins abandonnés. Quand la muse les visitait, c'était aux heures de\nrepos ou durant les flâneries d'âme que l'occupation manuelle encourage et\nféconde chez les races qui savent rêver. Des chants leur venaient qu ils se chan-\ntaient longtemps à eux-mêmes, que l'oreille de leur entourage recueillait aux\nveillées, que sa lèvre répétait de proche en proche, et que la mémoire des géné-\nrations perpétuait à travers les siècles Ainsi s'est fait au jour le jour ce mul-\ntiple poème non écrit où s'est exprimé le meilleur et le plus pur de l'antique\ngénie de la Bretagne.\nIl serait toutefois excessif de prétendre que tous les vieux chants bretons sont\nl'œuvre de gens sans lettres; il convient même de faire à cet égard une impor-\ntante exception pour les chansons dites « chansons de clercs » (soniou cloarec).\n\n(1) Paris, Calmann Lévy."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.11", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3719, "texte": "On désignait, on désigne encore en Bretagne par ce nom de « clercs » les fils de\ncultivateurs aisés qui avaient séjourné quelque temps au collège, dans l'inten-\ntion de se destiner à la prêtrise, puis, soit manque de vocation, soit insuffisance\nd'aptitudes, étaient rentrés aux champs paternels, vaguement frottés d'un peu\nd'histoire religieuse et de latin d'église. Dans un milieu voué à l'ignorance, ils\npassaient pour instruits. D'avoir pris l'air des choses intellectuelles, ils gardaient\ndans les manières et dans la mine quelque chose de distingué qui les faisait res-\npecter du commun, d'autant qu'ils s'appliquaient à émailler leur langage de mots\nfrançais incompris du peuple. Volontiers ils enchâssaient dans leurs discours\ndes noms mythologiques dont on s'ébahissait autour d'eux. Les jeunes filles les\naimaient avec trouble: ils avaient une façon à eux de « conter fleurette », ils\nétaient moins rustres, moins balourds dans l'expression de leurs sentiments, et\nils savaient l'art de célébrer leurs « douces» en des vers où abondaient les méta-\nphores. Les chansons d'amour qu'ils nous ont léguées sont parmi les plus atta-\nchantes, quand elles ne sont pas gâtées par une grotesque pédanterie. On en a\nvu plus haut un spécimen assez caractéristique dans la son intitulée : Ni prêtre\nni moine.\nIllettrés ou demi-savants, tout le monde, avons-nous dit, chantait uniquement\npar occasion et pour le seul plaisir de chanter. N'y eut-il pas, cependant, des\nécoles non point de bardes, car le mot a depuis longtemps cessé d'avoir cours\nen Bretagne, parmi le peuple, mais de chanteurs de profession, continuateurs\ndégénérés des harpeurs bretons du moyen âge, mais animés encore de leur\nesprit, héritiers de quelques-unes de leurs traditions et vivant comme eux du\nproduit de leur art ? Les documents font défaut pour l'affirmer avec certitude.\nLe passé ne nous a transmis aucun nom. Mais on s'expliquerait difficilement\nque le système compliqué de l'ancienne versification bretonne eût subsisté\nintact jusque vers le milieu du xvne siècle, si les procédés n'en avaient été\nmaintenus par une discipline orale, à défaut d'un enseignement écrit. Il est donc\ninfiniment probable qu'il y a eu en Bretagne, de tout temps, des corporations\nd'aèdes villageois, d' « Homères en sabots », comme dit Luzel, parcourant les\nfoires et les pardons pour y exhiber leur talent et faisant métier de poésie. C'est\nune espèce, en tout cas, dont le xixe avu paraître plusieurs types. Deux d'entre\neux furent réputés par leurs semblables pour des maîtres et acquirent une\nmanière de célébrité dans les campagnes du Trégor, du Léon, voire de la\nCornouaille finistérienne.\nLe premier en date avait nom Yann ar Gwenn. II habitait, sur la rive gauche\nde l'estuaire de Tréguier, près du hameau marin de la Roche-Jaune, dans l'anse\nde Crec'h-Suliet, une chaumine que l'on montre encore en passant. L'hiver, il\ns'y enfermait, en compagnie de sa femme. Marie Petibon, et restait tout le long\ndu jour assis au coin de l'âtre, les paupières closes sur ses prunelles mortes, car\nil était aveugle. Son corps ne remuait point, mais sa pensée travaillait active-\nment. Il composait de tête ses chansons. Sur ses genoux il y avait un morceau\nde bois où, le couplet trouvé, il taillait une coche. Il s'arrangeait pour que le\nnombre des couplets ne fût jamais le même d'une chanson à l'autre, afin de pou-\nvoir distinguer chaque chanson par le nombre de coches taillées dans le morceau\nde bois correspondant. Le printemps venu, l'ère des pardons ouverte, Yann ar\nGwenn quittait son escabeau et, guidé par Marie Petibon, se mettait en route\npour Morlaix, où le libraire Lédan copiait ses vers sous sa dictée, puis les lui"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.12", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3817, "texte": "imprimait sur feuilles volantes. Muni d'un stock de chansons imprimées, Yann\ncommençait alors ses pérégrinations à travers les trois évêchés, d'après un itiné-\nraire déterminé par les dates de célébration des fêtes locales. Dès qu'il avait\npris place sous l'if du cimetière, les danses s'arrêtaient, un auditoire attentif se\npressait autour de lui, les mains se disputaient les feuilles à deux sous, et, le soir,\ndans les chemins creux, les couples attardés se renvoyaient à travers le silence\ndes campagnes les strophes rustiques de Yann ar Gwenn. On les chante encore.\nQuand il mourut, les actes de décès de Plougniel, sa commune natale, le quali-\nfièrent « poète ». Il laissait un disciple, un autre Yann, deuxième du nom, qui\nfut Yann ar Minous.\nDe celui-ci j'ai parlé longuement dans le volume intitulé : Au Pays des Par-\ndons, auquel on me permettra d emprunter ces quelques extraits : « Yann vint\nau monde à Lézardrieux. Son père passait pour très instruit parce qu'il savait\nlire et joignait à ses occupations de tisserand les fonctions de maître d'école. Sa\ntâche du jour terminée, il réunissait chez lui une dizaine de galopins du voisi-\nnage, il leur faisait la classe, c'est-à-dire leur enseignait le catéchisme, leur\napprenait à reconnaître la place de chaque office dans le paroissien, et leur\nbourrait la mémoire de vieilles complaintes... Yann fit de si rapides progrès que\nson père, rêvant pour lui les hautes destinées du sacerdoce, l'envoya étudier à\nPleumeur, où il y avait un instituteur en titre... Yann fut ainsi initié au français\net même quelque peu au latin. Mais il en eut tout de suite assez. On ne chantait\npas assez de chansons bretonnes à l'école de Pleumeur : il la déserta... On le\nloua àun fermier de Saint-Drien... Il fut censé surveiller les vaches, les taureaux\net les génisses dans les pacages illimités. En réalité, il passait le temps, assis\nentre deux touffes d'ajonc, à écouter un oiseau mystérieux qui s'était mis à siffler\ndans sa tête... C'est là, dans la paix des landes mélancoliques, que, pour la pre-\nmière fois, l'Esprit de la poésie primitive le vint visiter. Il n'avait, en effet, que\ndouze ans lorsqu'il composa sa pièce de début, celle-là même qui, refondue et\nremaniée, s'est appelée plus tard «La Confession de Jean Gamin » (Covizion\nYann Grennard)... Le fond d'indiscipline qui était en lui, il ne s'en défit jamais...\nIl conserva jusqu'à sa mort le tempérament inquiet et aventureux d'un sauvage. »\nAyant pris femme, il essaya cependant de s'astreindre à une besogne fixe et fut\nquelque temps broyeur de lin. Mais la perte d'une fille qu'il adorait le rendit à\nla vie vagabonde. Il résolut de ne vivre plus que deses chansons. Yann ar Gwenn,\nvieux et perclus, lui donna l'accolade, heureux de se découvrir en lui un conti-\nnuateur. (( Cette consécration fut pour beaucoup dans les nobles illusions dont\nYann se berça, tant qu'il vécut, sur la qualité de son talent... Les ouvriers de\nl'ancienne imprimerie Le Goffic, à Lannion, n'ont pas oublié de quel air de\ncondescendance et de supériorité ce barde équipé en mendiant disposait sur le\nmarbre ses extraordinaires manuscrits. )) C'est par blocs de dix, vingt mille\nexemplaires qufil faisait imprimer ses chansons, et il ne lui en restait jamais d'in-\nvendus. « Il n'eût tenu qu'à lui d'amasser ainsi une modeste aisance... Mais il\nétait trop de son pays et de sa race pour avoir le sens de l'économie. Il fût mort\nde misère sur les routes, comme un chemineau, si les infirmités de la vieillesse,\nparalysant en lui l'instinct nomade, ne l avaient ramené au foyer de famille pour\ny finir ses jours à l'abri du besoin. »\nAvec lui semble s'être éteinte la grande lignée des chanteurs ambulants de la\nBretagne. Ceux qui errent encore de-ci de-là ne méritent même pas d'être appe-"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.13", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "lés la monnaie des «deux Yann ». Si la chanson populaire bretonne n'a pas\ncomplètement émigré de la place publique, elle n'y compte plus guère, en tout\ncas, que de fort médiocres représentants.\nIV\nAussi bien n'est-ce pas là qu'il faut chercher ses dévots les plus fidèles ni ses\ninterprètes les plus autorisés. Les vrais dépositaires de la poésie et de la musi-\nque, comme de toute l'ancienne tradition bretonne, ce sont les femmes, j'entends\nles femmes sans culture, que l'humilité de leur condition voue à des besognes\nprécaires ou serviles. Telles les filles de ferme, les ramasseuses de varech, les\nfileuses, les couturières à la journée, les pèlerines par procuration. C'est surtout\nde leurbouche queLuzel a recueilli sa moisson poétique, et Bourgault-Ducoudray\nsa moisson musicale.\nAmes délicieuses et surannées, riches du trésor de songes de toute une race!\nEn présenterai-je ici quelques-unes, de celles que j'ai hantées au temps précisé-\nment où je travaillais sous les auspices de Luzel à compléter le recueil des So-\nnt on ? Voici, par exemple, la veuve Penlite, de Kerbors. Elle gagne péniblement\nsa vie à corder des étoupes avec lesquelles elle fabrique des mèches pour les\nchandelles de résine dont se servent les paysans. C'est une chanteuse émérite.\nAux veillées d'hiver, les gens d'alentour se donnent rendez-vous chez elle pour\nl'entendre. « Ce n'est pas que j aie le cœur gai, Monsieur: je ne suis qu'une pau-\nvresse et mon mari est mort en mer. Mais, de chanter, cela fait paraître les\njours moins longs et la destinée moins mauvaise. » Cette autre, la femme Mao,\nde Pleudaniel, a encore son mari, qui est cordonnier. Elle l'aide dans son état\nen ravaudant les vieilles chaussures. Fine et nerveuse, tout vibre en elle quand\nelle chante : elle a des gestes qui miment merveilleusement. Parmi les chansons\nqu'elle me dicta figurait la son d'une fileuse se peignant à l'avance sa félicité, le\njour où son fils serait prêtre. C'était la fileuse elle-même qui 1 avait « rimée »,\nparaît-il, au bruit de son rouet, en caressant son rêve de mère bretonne. Elle\ns'appelait Nann Boënz, de Lézardrieux. Françoise Mao, qui l'avait connue, tout\nenfant, avait retenu d'elle cette courte et exquise improvisation. Pour me la\nchanter, elle imitait, de la tête et de la main, l'attitude de la vieille Nann , et\nreproduisait jusqu'au chevrotement flûté de sa voix. Cette autre, Lise Bellec, de\nPort-Blanc, est couturière à la journée dans la semaine, et marchande de fruits\nou de gâteaux, devant l'entrée du cimetière, le dimanche. Sa mémoire est un\nmonde. Elle chante comme on prie, les yeux baissés, les mains jointes, et d'un\naccent doux et posé qui a quelque chose de séraphique. Cette autre... Mais il\nfaudrait des pages pour énumérer seulement les noms. Contentons-nous de dire\nqu'ils pâlissent tous à côté de celui de Marguerite Philippe, plus communément\ndésignée par son diminutif de Godic.\nLe pays de Pluzunet, où elle habite, a été longtemps le centre peut-être le\nplus actif de la culture armoricaine. De simples laboureurs, comme Claude Le\nBihan, des fourniers de village, comme Jean Le Ménager, des propres à tout\nne réussissant à rien, comme cet original de Lestic, y consacraient jadis leurs\nsoirées à transcrire d'une plume pieuse les manuscrits de nos mystères, et leurs\nsaisons de chômage à les représenter. Nul terroir n'est plus fécond en légendes,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.14", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3376, "texte": "en fictions, en superstitions de toute espèce. Ces antiques superstitions locales,\nMarguerite Philippe en vit moralement, matériellement aussi. Le peu d'argent\nnécessaire à sa subsistance, c'est moins son métier de fileuse que sa réputation\nde « pèlerine » qui le lui rapporte. Son principal gain consiste, en effet, à accom-\nplir des pèlerinages pour autrui. Voyageant sans cesse de sanctuaire en sanc-\ntuaire, elle ne laisse pas échapper une occasion de s instruire en chemin.\nElle déjeune dans une ferme, couche dans une autre, s'entretient avec les\ngens qui passent, interroge, se fait répéter jusqu'à ce qu'elle ait retenu, et\nconstamment se renseigne. L'effroyable quantité de choses qu'elle a ainsi\nentassées pêle-mêle dans son obscur cerveau est au-dessus de toute imagination.\nCe n'est plus une femme, c'est la tradition incarnée. Elle se compare elle-\nmême au bahut miraculeux de saint Yves : plus on en tire, plus il en reste.\nLuzel, qui Fallait voir tous les ans, désespérait chaque fois, en la quittant son\ncarnet plein, de la vider jamais. J'ai refait la même expérience pour mon\npropre compte Nombre d'autres peuvent la recommencer après moi : tant que\nMarguerite Philippe sera de ce monde, les traditionnistes se lasseront plus\ntôt de la questionner que sa mémoire de fournir.\nPour ce qui est des chants, toutefois, je ne pense pas qu'elle en ait beaucoup\nd'inconnus en réserve. De ce côté, le meilleur du travail est fait, du moins quant\naux paroles. Mais que sont les paroles sans la mélodie qui les anime? Rendre\nau corps son âme, fixer la musique des chants bretons comme on en a fixé le\ntexte, voilà la grande tâche qui reste à remplir.\nV\nCe n'est point que cette tâche n'ait déjà trouvé des ouvriers. 11 y a beau temps\nque certains airs bretons, comme Ann hini goz et « Je suis natif du rinistère »,\nont fait le tour delà France et même le tour du mcnde. D'autre part, le vicomte\ndelà Villemarqué a eu le bon esprit d'en publier quelques-uns à la suite du\nBarzaz-Breiz. M. Quellien a procédé de même dans le volume intitulé : Chansons\net Danses des Bretons armoricains. Enfin, qui ne connaît les belles et profondes\nmélodies recueillies par M. Bourgault-Ducoudray, au cours de ses diverses mis-\nsions en Bretagne ? L'initiative de ce maître, si passionné pour tout ce qui touche\nsa province natale, a suscité de nombreux imitateurs. Qu il me suffise de nom-\nmer M. François Vallée à Saint Brieuc, M. l'abbé Buléon à Vannes, MM. René\nSaïb et Loeiz Herrieu à Lorient. Je suis enfin bien placé pour savoir que la\nfaculté des lettres de Rennes possède une abondante collection d airs bretons,\nfixés par son éminent doyen, M. Loth, avec l'aide du phonographe, et n atten-\ndant, pour être notés, qu'un musicien qui sera, nous en avons la promesse,\nM. Bourgault-Ducoudray lui-même.\nL'œuvre de sauvetage des mélodies populaires de la Bretagne est donc plus\nque commencée. Mais il est fort à désirer qu'on la pousse activement II y a\nurgence Les vieilles chanteuses, dernières conservatrices du passé breton, s'en\nvont une à une, « comme se détachent les feuilles à l'automne », selon la poé-\ntique expression de l'une d'elles. Elles seront bientôt une espèce éteinte et qui\ntout le fait craindre n'aura pas de renouvellement. Les jeunes filles désap-\nprennent de jour en jour les chansons de leur pays pour les remplacer par des"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.15", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 729, "texte": "chansons françaises et non pas les meilleures, hélas ! Une pauvresse de\nPuault, à qui mon père demandait de chanter, lui répondit en improvisant ce\nquatrain :\nSiouaz ! ma lienou\n'Zo êt da liboudennou,\nHa ma c'hanaouennou\nDa huanadennou !\n« Hélas ! mes langes s'en sont allés en guenilles et mes chansonnettes en\nsoupirs! » Le temps n'est peut-être pas si éloigné où ces vers mélancoliques\nseront applicables à toute la Bretagne d'autrefois. Il importe donc de recueillir\nau plus vite les suprêmes accents d'une race dont Renan a pu dire que, « dans\nle grand concert de l'espèce humaine, aucune famille n'égala celle-ci pour les\nsons pénétrants qui vont au cœur ».\n\nANATOLE LE BRAZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "435", "page_fin": "443", "image_debut": 15, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.5", "titre_corps": "La musique en Italie, du XIVe au XVIIIe siècle, D'APRÈS UNE PUBLICATION RÉCENTE.", "titre_sommaire": "La musique en Italie, du XIVe au XVIIIe siècle, D'APRÈS UNE PUBLICATION RÉCENTE.", "signature_source": "ROMAIN ROLLAND", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.15", "debut_caractere": 731, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "La musique en Italie, du XIVe au XVIIIe siècle,\nD'APRÈS UNE PUBLICATION RÉCENTE.\n\nM. Luigi Torchi, dont nous avons eu déjà l'occasion de signaler aux lecteurs\nde cette Revue le remarquable livre sur la Musique instrumentale en Italie, aux\nXVIe, XVIh et XVIIIe siècles, a entrepris, depuis environ dix ans, une œuvre mo-\nnumentale, consacrée à la gloire de la musique italienne. Cette œuvre, intitulée :\nïArte musicale in Itaha, est une « publication nationale des plus importantes\nœuvres italiennes, du xive au xvme siècle, extraites des manuscrits anciens et\ndes éditions primitives, transcrites en notation moderne, mises en partition,\nharmonisées et annotées (1). » Cinq volumes ont déjà paru. Cette belle publica-\ntion, éditée avec l'élégance et la clarté habituelles aux éditions Ricordi, fait à la\nfois l'honneur du savant qui l a entreprise, et de la maison qui l'a accueillie Elle\nest le fruit d'un grand amour pour la patrie italienne et pour son art d'autrefois.\nOn ne saurait trop louer cette piété qui s'efforce de rappeler à l'ltalie moderne,\ntrop insouciante et oublieuse, les chefs-d'œuvre de son passé.\nChaque peuple, en travaillant à accroître ou à conserver sa grandeur, travaille\npour l'humanité tout entière, dont il augmente ainsi le trésor de pensée En ce\nsens, il est bien vrai que « la voix de l'ltalie est celle du monde », comme le\ndit M. Torchi II convient toutefois Je ne pas exagérer ; et peut-être M. Torchi\nest-il entraîné un peu loin par son patriotisme, lorsqu'il écrit que « la musique\nitalienne a engendré la musique de tous les autres peuples d'Europe » (2). Sans\n\n(1) Luigi Torchi. UArte musicale in ltalia(XlV s. al XVIII).\nI. Secoli XIV, XV, XVI : Compositions sacrées et profanes à plusieurs voix.\n11. XVI sec. : Compos. sacrées et profanes à plusieurs voix.\n111. Sec. XVI, XVII, XVIII : Compos. pour orgue ou cembalo.\nIV. Sec. XP7/ : Compos. à plusieurs voix. Sonate à plusieurs instruments.\nV. Sec XVII : Compos. à une et plusieurs voix.\n(2) Exactement : « La musique instrumentale italienne, comme celle de tout autre genre, est la\ngénératrice de la musique instrumentale artistique de tous les autres peuples d Europe. » (Pré-\nface du tome III.)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.16", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "doute, il n'y a guère de nations à qui l'art doive plus qu'à l'ltalie ; et je n'ai\ncessé, pour ma part, de le rappeler, toutes les fois que je l'ai pu Mais il n'y a\naucune raison pour attribuer àun peuple, à l'exclusion des autres, une sorte de\nsuprématie artistique qu'il n'a pas. Je sais trop que c'est l'habitude des historiens\nde toutes les nations : il n'est guère d'histoire de la musique, écrite en Italie, en\nAllemagne, en Angleterre, ou en France, où cette question de prééminence ne\nsoit tranchée avec la même sûreté imperturbable en faveur de l'ltalie, ou de\nl'Allemagne, ou de l'Angleterre, ou de la France ; et il n'y a pas beaucoup plus\nde raisons dans un cas que dans l'autre. Rien de plus vain que cet exclusivisme,\nqui fait tort aux plus beaux travaux, en rétrécissant leur champ d'observation,\net en faussant l'intelligence des savants les plus consciencieux. Aux Italiens en\nparticulier, je me permettrai de rappeler le mot de ce grand Italien, Mazzini,\nproclamant, il y a plus de cinquante ans, « qu il n'y a plus ni hommes-rois, ni\npeuples-rois, que 1 initiative n'est pas dans une seule race, qu'elle est dans\ntoutes les races, et que le progrès humain est l'œuvre de leurs communs\nefforts » (i). Le temps n'est plus, où l'on faisait dater la musique de Palestrina.\nIl n'est plus un seul musicien sérieux en Europe qui ne sache, à présent, que\nPalestrina, loin d'être un commencement, est le terme d'une longue et glorieuse\névolution, qui n'est pas proprement italienne : tant s'en faut. Chacun sait, ou\ndoit savoir à présent que l'art franco-flamand a régné sur l Europe, pendant\ntout le xve et une partie de xvic siècle, qu'il dominait à Rome, au temps de\nLéon X ; et le Livre des Messes de Brumel, de la Rue, etc. (2), publiées par M. Henry\nExpert, est là pour montrer la fausseté des anciens lieux communs, d'après les-\nquels cet art eût été un art primitif, archaïque et barbare, où l'ltalie introduisit\nla beauté et la vie : en réalité, ce sont là des chefs-d'œuvre, d'une beauté aussi\nparfaite que ceux de l'époque palestrinienne, et d'une vie bien plus libre ; vous\naurez de la peine à trouver dans tout l'art italien du xvie siècle l'équivalent de la\nfougue, de l'exubérance et de la beauté raffinée des Jannequin, des Josquin, des\nRoland de Lassus, des Costeley, ou des Claude le Jeune. Dans la musique\ninstrumentale, l'Angleterre règne, àla fin du xvie siècle et au commencement\ndu xviie ; et les Italiens sont bien loin du charme, de la fantaisie et de la liberté\nd'un Byrd, d'un John Bull, ou d'un Orlando Gibbons. Enfin le xvne siècle\nallemand a dans la polyphonie vocale et instrumentale une puissance et une\nplénitude, dont l'ltalie n'approche pas de bien loin. Pourquoi donc se fermer\nles oreilles, de parti pris, à ces vérités évidentes, et qu'est-ce que la gloire ita-\nlienne a à gagner à ces négations ou ces oublis, dont aucun musicien instruit\nne saurait plus être dupe ? S'il est vrai que Bach et Haendel se sont nourris d'art\nitalien (et je l'ai dit et répété moi-même, à maintes reprises, de même que je\nn'ai jamais laissé passer une occasion de montrer ce que tous les musiciens alle-\nmands, jusqu'à Gluck et Mozart, doivent aux Italiens) est-il permis de laisser\ncroire que ces génies encyclopédiques, ces puissants créateurs procédaient\nd'une école étrangère, et qu'ils ne trouvaient pas chez eux, autour d'eux, des\nexemples égaux et supérieurs à ceux de l'ltalie ? Quels noms l'ltalie du xvie siècle\npeut-elle comparer, depuis la mort de Frescobaldi, à Schutz, à Kuhnau, à\n\n(1) G. Mazzini, L'initiative révolutionnaire. 1835.\n(2) Liber quindecim missarum electarum quœ fier excellentissimos musicos composites fuerunt.\nRome, 1516. Ces 15 messes sont toutes de maîtres flamands et français."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.17", "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 3778, "texte": "Pachelbel, à Buxtehude ? Je sais bien que le sujet de M. Torchi était l'Art\nmusical en Italie seulement. Mais outre qu'il n'est plus guère possible aujour-\nd'hui de bien comprendre l'art d'un peuple en jl'abstrayant de l'ensemble du\nmouvement artistique européen, certaines assertions de M. Torchi, qui tendent\nà revendiquer pour l'art italien le privilège d'avoir devancé et surpassé l'art des\nautres peuples, appellent cette rectification : l'art italien n'a ni devancé, ni\nsurpassé l'art des autres nations dans la polyphonie vocale, où l'art franco-\nflamand fut le premier à tous égards. Dans la musique instrumentale (tout au\nmoins pour orgue et pour clavecin), il a partagé la suprématie artistique avec\nl'Allemagne et l'Angleterre. Il n'a été vraiment un initiateur et un maître que\ndans une province de la musique qu'il découvrit : la musique récitative, l'opéra ;\net c'est par là qu'il régna sur l'Europe du xvne siècle. Ces distinctions ne me\nsemblent pas faites dans la publication de M. Torchi, où d'ailleurs la musique\ndramatique italienne est, jusqu'à présent, insuffisamment représentée.\nAu reste, il y ade sérieuses critiques à faire au plan de l'ouvrage. Tout\nd'abord, est-ce une publication savante, ou une œuvre de vulgarisation artis-\ntique ? Je ne vois pas que M. Torchi ait su prendre parti dans cette alternative. Il\nne cesse de se défendre de faire œuvre d'érudition (en quoi il a bien tort ; car\nce serait rendre service à tous). On croirait, à l'entendre, qu'il ne vaille pas la\npeine de s'expliquer sur la technique de l'art ancien, et que les éclaircissements\nde ce genre soient des lieux communs de la critique. En est-il si assuré ?\nTous ceux qui ont entrepris l'étude de l'histoire musicale savent quelles en sont\nles difficultés, et le peu que nous savons encore, à 1 heure actuelle ; et ils ne cher-\nchent pas àen esquiver les problèmes, sous prétexte que la solution n'en est un\nsecret pour personne. A tout le moins, des renseignements historiques ou\nbiographiques n'eussent pas été superflus pour nous présenter ces auteurs, dont\nune bonne partie sont à demi obscurs, même pour les historiens de profession.\nEnfin, sans parler de certaines transcriptions inquiétantes ou douteuses, il\nétait indispensable de nous indiquer l'origine de chaque œuvre, et le dépôt d'où\nelle a été tirée. L histoire d'aujourd'hui veut pouvoir exercer constamment un\ncontrôle ; elle exige une précision scientifique ; et le meilleur travail, s'il en est\ndépourvu, est bâti sur des bases fragiles.\nMais, dit M. Torchi, ce n'est là pas une œuvre de science et d'histoire, maisd'art\net de vulgarisation. En ce cas, la publication, pas assez savante pour des savants,\nl'est beaucoup trop pour ceux qui ne le sont point. Le parti généralement adopté\npar M. Torchi de conserver les clefs anciennes, et de ne joindre à la partition\naucune réduction au piano, fait que les premiers volumes resteront lettre morte\npour l'immense majorité des musiciens. (C'était déjà l'écueil où se heurtèrent chez\nnous les Maîtres musiciens de la Renaissance française,Q&Y M. Henry Expert, quoi-\nqu'ils fussent beaucoupplus accessibles à tous.) Mais surtout le choix qui a été\nfait des œuvres est trop évidemment guidé par des raisons plus historiques\nqu'artistiques. Une quantité de ces œuvres ne se recommandent par aucun mé-\nrite spécial de forme ou d'expression, et n'ont qu'un intérêt purement documen-\ntaire. En revanche, les plus belles œuvres de l'époque manquent à la collection,\nsous prétexte qu'elles sont trop connues. Ainsi les noms de Palestrina et des plus\ncélèbres compositeurs de son école sont absents des volumes consacrés au\nxvie siècle ;et l'opéra du xvne siècle n'est, jusqu'à présent, représenté que par quel-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "438", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.18", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3553, "texte": "ques fragments de Stefano Landi.M. Torchi nous fera-t-il croire que les chefs-\nd œuvre de Palestrina, Vittoria, Monteverdi, Péri, Domenico Mazzocchi, Jacopo\nMelani, Provenzale, etc., sont connus du grand public musicien ? Il sait bien\nle contraire. Il est donc clair que sa publication ne s'adresse, en réalité, qu'à\nl'élite de ce public, aux historiens ; et par suite, elle devait avoir un caractère\nscientifique et historique qu'elle n'a point.\nJe suis fâché d'avoir à faire ces critiques à une œuvre qui représente un grand\nlabeur et une grande foi. Mais comment n'être pas choqué par son caractère\nhâtif et désordonné ? Il est impossible de comprendre comment et pourquoi ces\nfragments musicaux sont compilés les uns sur les autres, sans lien, sans suite, en\ndépit des dates et de toute raison historique ou artistique. Après les audacieuses\nToccate de Michelangelo Rossi, qui sont de 1657, vous voyez'venir les Ricercari\narchaïques de Adriano Banchieri, qui sont des premières années du siècle. Ber-\nnardo Pasquini précède Tarquinio Merula et Michelangelo Rossi. Fabrizio Fon-\ntana (1677) précède Frescobaldi (1637) Un air de Francesca Caccini, qui est de\n1620, suit des airs de Luigi Rossi, qui sontdu temps de Mazarin. Péri vient après\nLandi. Les componimentiper organode Jio. Maria Trabaci, qui sont de 1603,\nsont immédiatement suivis des sonates de Domenico Zipoli, qui sont de 1716.\nSupposez une anthologie de la poésie française, où Voltaireferait immédiatement\nsuite à Malherbe, et où Racine précéderait Corneille. Cette compilation de mor-\nceaux semble parfois l'œuvre du hasard , et je crains qu'elle ne soit faite pour\njeter bien du trouble dans l'esprit de ceux qu'elle prétend instruire. Je ne con-\nçois pas cette négligence chez un savant de la valeur de M Torchi, qui possède,\nà un si haut degré, le souci de l'éducation artistique de son peuple. Qu'il m'excuse\nde le critiquer. C'est mon devoir de lui signaler de graves erreurs de plan et de\ncomposition, qu'il lui sera facile d'éviter ou de corriger, soit dans ses volumes\nsuivants, soit dans une réédition des premiers. Je n'insisterais pas tant sur ces\nfautes, si je n'appréciais hautement l'importance de cette œuvre, et la valeur his-\ntorique de la quantité des documents qui s'y trouvent jetés pêle-mêle.\nCes documents sont d'ailleurs de valeur extrêmement inégale.\nLes deux premiers volumes sont consacrés aux Compositions religieuses et\nprofanes à plusieurs voix des XIVe, XVe et e siècles. Ils ne comptent à vrai\ndire que trois ou quatre fragments antérieurs au xvie siècle, dont une composi-\ntion à trois voix de Jacobo da Bologna (xive siècle), d'après la partition qu'en\nfit autrefois Coussemaker. C'est déjà une déception pour le lecteur, qui s'atten-\ndait à trouver là quelques œuvres au moins de la première Renaissance italienne\n(il en existe pourtant). Voilà une grave atteinte àla théorie de l'auteur, qui veut\nvoir dans l'ltalie le berceau des autres musiques de l Europe.\nParmi les œuvres du xvie siècle, je note surtout, dans le premier volume, un\nmotet de Costanzo Festa (1518, un fragment de Lamenlazione en style chromati-\nque, de Nicola Vicentino(lsss), des Villaneet alla napolitana de\nBaldassare Donato (1556), de gracieux madrigaux d'ilnnibale Zoilo (1585), de\nPietro Vinci (1573), de Bell' Haver (1590), et des motets à trois chœurs\nd'Ascanio Trombetti (1589).\nDans le second volume dominent quelques grands noms : Gio. Maria\nda Vallerano, clair, élégant, avec de belles lignes, mais un peu vide ; surtout"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.19", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3626, "texte": "les Gabneli : Andréa Gabrieli, dont un fragment des Sacrae Cantiones de 1584,\nCor rneum conturbatum est in me, à 5 voix, est d'une grande beauté, expressive et\nprofonde. Du même, une Bataille à 8 voix (1587), gaie et sonnant bien. Giovanni\nGabrieli est représenté par de somptueux madrigaux à 12 voix : Angélus ad pas-\ntores ait (1587), qui est monumental, triomphal, et conserve pourtant un cer-\ntain souffle populaire. - Des madrigaux élégants, mais conventionnels et froids,\nde Luca Marenzio. Des Ballets à 5 voix, pour chanter, jouer et danser (1591), de\nGiacomo Gastoldi ; des Canzonette joviales, simples, bon enfant, pas très origi-\nnales, de Horatio Vecchi, et, du même, des motets qui tiennent déjà du cantique\njésuite au xvne siècle. Un amusant Jeu de ï Oie à 6 voix, de Giovanni Croce\n(1596), assez vivant et assez spirituel. Un motet et un psaume graves et im-\nposants de Ruggero Giovanelli (1607) ; et un joli madrigal à 5 voix de Leone\nLeoni : « Dimmi Clori gentil )) (1602), avec (( un rossignol au loin, et la réponse\nen écho du rossignol caché » : page très poétique et pittoresque, qui finit de\nfaçon originale par les deux chants d'oiseau, sans accompagnement.\nLe troisième volume est le plus intéressant; à mon sens, le plus riche et le\nmieux choisi. Il comprend des Compositions pour orgue et pour cembalo du XVIe,\ndu XVIIe et du commencement du XVIII• siècle.\nAprès des Ricercari et un peu vides de Gerolamo Cavazzoni ( 1542) et\nde Antonio Valente (1580), qui sont des transcriptions de la musique vocale, on\nest tout surpris et charmé de rencontrer les aimables Canzoni per organo alla\nfrancese de Vincenzo Pellegrini (1599). On a pu récemment apprécier, à la Schola\nCantorum de Paris, grâce à M. Guilmant, le charme capricieux et la grâce un\npeu raide de l'une de ces pièces : la Serpentina. Elle semble d'un Frescobaldi\narchaïque. Viennent après les Toccate et Ricercari de Andréa Gabrieli, où\nTon sent un essai bien gauche de pittoresque, - les Toccate de Claudio Merulo\n(1604), insupportables bavardages, où des thèmes, qui parfois ne manquent\npas d'élégante mélancolie, sont étouffés sous les broderies lourdes et banales.\nIl en est de même chez une dizaine de musiciens qui suivent : Cima, Luzzaschi,\nAntegnati, Quagliati, etc. Agostino Soderini tâche d'introduire un peu d'anima-\ntion dans sa canzone : la Scaramuccia (1608) ; mais il est loin de retrouver la\ngrâce de Pellegrini. Jiovanni Cavaccio réagit contre cette rhétorique pédan-\ntesque dans ses œuvres, naïvement appelées : Sueurs musicales (Sudorimusicali,\n1626), dont le sérieux incontestable est bien pesant et bien morne.\nEt c'est soudain, parmi cette scolastique, le beauté parfaite et libre de Giro-\nlamo Frescobaldi. Ses courantes, ses ballets, ses passacailles (1637), ont une grâce\ndélicieuse, des rythmes alertes, souples et fins ; un sourire d'une tendresse et\nd'une mélancolie ineffable les illumine. Et quel grand style dans de petites\nchoses, quelle noblesse et quelle hardiesse ! Les représentants du grand art, au\ntemps de Frescobaldi, méprisaient cette musiquette, ces danses. Et pourtant\nc'est par elles que la vie rentra dans l'art pédant. Nulle musique plus sobre, plus\nachevée : l'idéal de l'art aristocratique, issu de Tasse. Et c'est, dans ses Canzoni\nper cembalo, dans son Capriccio pastorale per organo, une rêverie exquise,\nlibre et fluide, une poésie souriante, un peu pâle, une curiosité délicate de timbre\net d'harmonies, et des rythmes légers. Les Fugues, plus connues, ont un élan,\nune vigueur, une netteté de dessin, une tenue de développement, et, dans leur"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "440", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.20", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "conclusion, une plénitude digne de Haendel. De musiciens de cette taille,\nl'ltalie ne retrouvera plus un seul dans la suite de son histoire. Gelui-là est le\nplus grand de l'ancienne musique intrumentale italienne.\nIl est suivi d'une foule de petits maîtres charmants, mais de second ordre;\nTarquinio Merula, expressif et raffiné ; surtout Michelangelo Rossi, un des\nplus intéressants de cette période. Les 10 Toccate e correnti d9intavolatura d'or-\ngano e cimbalo de ce dernier (1657) présentent un mélange singulier d'ar-\nchaïsme et d'esprit nouveau. Peu d'idées, et mal liées, médiocrement dévelop-\npées, incohérentes en somme, mais une recherche surprenante et heureuse\nd'harmonies imprévues, une oreille d'artiste décadent, qui se plaît aux succes-\nsions d'accords les plus rares et les plus audacieuses, indépendamment de tout\nsens. On a pu très bien en juger, àun des derniers concerts de la Schola, où\nM. Guilmant a joué la plus caractéristique, je crois, de ces œuvres : la 7e Toc-\ncata en ré mineur, dont la conclusion annonce, avec plus de hardiesse encore,\ncertaines fantaisies ou préludes de J.-S. Bach. Les Courantes de Rossi sont\nmoins intéressantes ; on n'y trouve plus la grâce légère de Frescobaldi, mais un\néclat joyeux et un peu d'apparat qui fait penser aux fêtes galantes de Campra.\nBernardo Pasquini est un parfait musicien, chez qui on commence à trouver\nle style clair et lumineux de Haendel, qui est véritablement le style d'un demi-\nsiècle de musique. Sa Pastorale per or gano est d'une ravissante composition,\navec de jolis effets pittoresques : imitations d'instruments champêtres, échos,\nmusettes, etc., elle a seulement le défaut d'être un peu trop développée, et de\ntraîner vers la fin.\nDomenico Zipoli est d'une beauté classique. Ses Sonate d'intavolatura per\nor gano e cimbalo de 1716 (et particulièrement la suite en si mineur : Prélude,\nCourante, Aria et Gavotte) sont des plus belles pièces de clavecin que l'ltalie\npuisse opposer à l'Allemagne. On y voit combien l'art des deux peuples avait\nalors de parenté. Une forme simple et pure, un mouvement aisé, de fraîches mé-\nlodies, des rythmes harmonieux, une verve et une abondance bienheureuses.\nEnfin le volume se termine par de remarquables Sonates de Bencini, des\nPensieri per or gano de Giovammaria Casini (1714), d'une belle écriture, d'un\nstyle sévère et assez hardi, et par une fugue magnifique de Nicola Porpora,\nce maître admirable, qu'on aimerait à voir plus richement représenté dans ce\nrecueil.\nLe quatrième volume est d'une composition bizarre. Il comprend, d'après le\ntitre, des œuvres à plusieurs voix du XVIP siècle : Madrigaux dramatiques, Comé-\ndies harmoniques, Pastorales, Intermèdes, et des Sonates à plusieurs instruments.\nEn réalité, les madrigaux dramatiques seuls y occupent une place importante.\nM. Torchi a publié in extenso les trois principales œuvres de ce genre, trois co-\nmédies chantées par des chœurs sans accompagnement, suivant l'essai curieux\nde la fin du xvie siècle : I fidi Amanti, Javola pastorale, de Guasparro Torelli, de\nBorgo San Sepolchro (1600) ; ï Amjiparnaso, comedia harmonica, de Horatio\nVecchi, deModène (1597) ; et la Paajfa senile, ragionamenti vaghi e dilettevoli,\nde Adriano Banchieri, de Bologne (1607). J'ai eu si longuement à parler de ces\nœuvres, dans des études antérieures sur l'ancien opéra italien, que je n'y reviens\npas aujourd'hui. Je dois dire que, malgré l'émotion et la verve de Horatio Vec-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.21", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3452, "texte": "chi, je suis loin maintenant de partager l'enthousiasme de M. Torchi pour ces\ncompositions, qui sont bien lourdes, bien massives, je dirais presque bien\narchaïques, auprès des madrigaux pittoresques du xvie siècle franco-flamand,\ndejannequin à Claude le Jeune, qui leur sont antérieurs de vingt, trente,\nsoixante ans, et plus. Je ne les aurais pas louées moi-même, autant que je l'ai\nfait, si j'avais, à l'époque où je les étudiai pour la première fois, connu davan-\ntage la polyphonie vocale de France et de Flandre au xvie siècle.\nLes madrigaux du prince de Venosa sont intéressants par leur raffinement un\npeu âpre et raboteux, leurs contrastes brusques, leur mélange d'archaïsme et\nd'émotion vivante, et la prédominance affirmée du poète sur le musicien, qui va\nbouleverser l'édifice conventionnel et raide de l'ancien madrigal italien. De\nMarco da Gagliano, voici un assez curieux morceau bachique à 5 voix « Evoè\npadre Lieo )), da concertarsi col bicchiero (à concerter avec les verres). —~ Je\nne sais trop pourquoi est publié là un sonnet musical de Pietro Eredia : proba-\nblement parce que le poète en est un pape, Urbain VIII ; l'œuvrette ne manque\npas de charme d'ailleurs ; mais on est un peu surpris de la trouver, au milieu\ndes grands noms de Gagliano et de Monteverdi, et parmi des oeuvres qui lui\nsont antérieures de 20 à 30 ans.\nLe morceau capital de ce quatrième volume est une sonate à plusieurs instru-\nments de Claudio Monteverdi : Sonata sopra Sancta Maria, pour 2 cornetti,\n2 violini, 2 tromboni, viola da braqgo, trombone doppio, et canto (1610). Elle\nn'a rien de religieux ; mais elle est remarquable par cette qualité, que les con-\ntemporains s'accordaient à reconnaître à Monteverdi : la vie, l'animation joyeuse,\nbrillante, une sorte d'enivrement de mouvement, de lumière et de couleur. Après\nun assez long prélude d'orchestre, à 4 temps, puis à 3/2, et de nouveau à 4,\navec des cascades de petites notes, des descentes, des montées, des glissades en\ntout sens, comme de petits flots jaillissants, sans nulle valeur expressive, de\npurs jeux instrumentaux, le chant s'élève : c'est une litanie populaire, très\nsimple, assez touchante, sur les paroles indéfiniment répétées : Sancta Maria,\nora pro nobis ! Elle disparaît aussitôt sous la petite pluie dénotés, l'abondance\ndes joyeux ornements. Les rythmes changent à tout instant et finissent par\nprendre le caractère de vrais mouvements de danse, de ronde tourbillonnante.\nEnfin l'agitation s'apaise, et la voix finit avec l'orchestre, largement. On sent\ncombien Monteverdi est plus à son aise dans ces compositions d'orchestre avec\nchant, que dans la pure polyphonie vocale. Les madrigaux à 5 voix, que\nM. Torchi donne aussi de lui, bien que datant de 1615, sont très froids et encore\narchaïques.\nLe cinquième volume, le dernier paru de la collection, embrasse les Compo-\nsitions à une et plusieurs voix du XVIIe siècle ; musique sacrée, oratorio, Aria da\ncaméra, Aria teatrale con basse continuo, Aria di stile recitativo drammatico, Can-\ntate profane à plusieurs voix, Aria à une voix, avec instruments.\nque la matière en est bien diffuse, et ne peut être traitée que d'une façon assez\nincomplète.\nUne des curiosités du livre est la publication du Kyrie, Gloria et Credo\nd'une Messe inédite à 8 voix de Giacomo Carissimi, dont le manuscrit est à la\nbibliothèque du Liceo Musicale de Bologne. Le Gloria a été exécuté plusieurs"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "442", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.22", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "fois, avec grand succès, dans ces dernières années, à Bologne et à Milan, sous\nla direction de Martucci. L'œuvre a de 1 ampleur et de grandes lignes majes-\ntueuses. On ne sait trop comment elle se trouve associée ici aux premiers essais\nd'opéra : de beaux fragments, trop courts, du San Alessio de Stefano Pandi\n(1634) : entre autres, une arietta à 2 voix, qui est un des plus anciens modèles\nde style comique au théâtre Un air récitatif de Jacopo Péri : « Uccidimi,\ndolore », qui est assez touchant, avec des modulations parfois très expressives ;\nmais il paraît fatigant et monotone, à la longue, comme presque tout cet\nancien art récitatif, par la continuité du procédé. Un air de Francesca Cac-\ncini,\nLandi, la floraison de l'opéra italien, dans la première moitié du xvne siècle.\nVoici du moins un oratorio inédit et anonyme : Daniele. Il est assez intéressant,\net a quelques jolies pages, surtout un air de Daniel : Non a tanfherbe il\nprato, qui est gracieux, souriant, harmonieusement balancé, et auquel s'enchaîne\nun beau quintette d'actions de grâces à Dieu, plein de fervente tendresse. Mais\nd'où vient cet oratorio ? A quelle époque, à quelle école le rattacher ? M. Torchi\nse garde bien de répondre. On aimerait au moins qu'il nous dît dans quelle\nbibliothèque gîte ce manuscrit mystérieux.\nQuelques cantates pour 2, 3 ou 4 soprani, avec basse continue ; la Civetta de\nVirgilio Mazzocchi, la Piva, de Carlo Mannelli, il Ciarlatano, de Carissimi. Ce\nsont de petites scènes de comédies madrigalesques. Elles sont bien lourdes et\nmonotones, en général ; et bien qu'elles datent du milieu du xvne siècle, elles\nsont fort inférieures encore aux madrigaux de Jannequin, cent fois plus alertes\net plus complexes. On est particulièrement surpris de la médiocrité de la cantate\nde Carissimi : pâles récitatifs, sans ingéniosité, sans expression, comme un\ninterminable ronronnement, coupé de loin en loin par de creuses roulades ; les\nairs, assez agréables, sont fades, et jetés dans le moule de l'éternel air à 3 temps,\nl'air dansant et pompeux dont on a voulu rendre responsable l'opéra français de\nLouis XIV, et dont il faut restituer la propriété à l'art italien, de 1630 à 1660.\nLa meilleure de ces cantates est la Piva {la Musette) de Mannelli, qui est une\nagréable pastorale, avec de gracieuses alternances de rythmes. (Le sentiment\npoétique et mondain de la campagne, la pastorale à la façon de Tasse, a été une\ndes meilleures sources d'inspiration de la musique italienne du xvne siècle.)\nIl faut signaler aussi une Aria a strofe per y soprani, con basso continuo, de\nCarlo Caprioli : « Navicella, cKa vento », le morceau de cette collection qui, par\nla grâce souple de ses rythmes et l'ingéniosité de son développement, rappelle\nle plus l'art de la polyphonie vocale de la fin du xvie siècle français.\nEnfin, le livre se termine par un air à une voix, avec 2 violons et basse,\nOmbre opache, d Alessandro Scarlatti, bien étonné de se trouver ici, perdu, au\nmilieu de ces œuvres et de ces genres archaïques. Air admirable, majestueux,\nprofond, et tel qu'on n'en saurait trouver chez Haendel d'un art plus souverain. I!\nfait regretter que l'on n'ait pas publié la cantate tout entière, d'où cet air est tiré !\nEspérons que M. Torchi fera, dans son prochain volume, une place digne de\nlui à ce maître incomparable, ce fleuve de musique, ce Haendel italien, chez qui\nla création est quelque chose de si naturel et de si joyeux, qui écrit comme on\nrespire, et ne saurait rien écrire que de parfaitement beau. Nous voici arrivés à\nl'époque de l'épanouissement de la musique italienne. Que M. Torchi s'attarde\nlonguement sur ces heureuses années, et qu'il nous permette de respirer à loisir"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.23", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "le parfum enivrant de ce magnifique jardin de musique qu'est l'ltalie de la pre-\nmière moitié du xvme siècle, surtout qu'il ne manque pas de nous faire connaître\nces œuvres instrumentales italiennes, dont il nous parlait récemment avec une\nadmiration communicative. et où il voyait les modèles des classiques allemands\nde la fin du xvme siècle. C est surtout cette période qu'il nous importe de con-\nnaître. Car c'est en Italie que se sont essayées les formes instrumentales que\nHaydn, Mozart, Beethoven, ont ensuite fait régner sur le monde. Et de telles\nœuvres trouveront un public non seulement parmi les curieux de l'histoire, mais\nchez tous ceux qui aiment la musique Que M. Torchi poursuive donc son œuvre,\nsans hâte, et qu'il la mène jusqu'au seuil du xixe siècle. S'il y introduit seulement\nun peu plus d'ordre et un esprit plus scientifique, il aura bien mérité, non seu-\nlement de l'ltalie musicale, mais de tous les musiciens.\n\nROMAIN ROLLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "443", "page_fin": "445", "image_debut": 23, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.6", "titre_corps": "L'air à voix seule. Ses origines.", "titre_sommaire": "L'air à voix seule. Ses origines.", "signature_source": "HENRI QUITTARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.23", "debut_caractere": 990, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "L'air à voix seule. Ses origines.\n\nAujourd'hui que des rééditions excellentes et de fréquentes auditions nous ont\nrendu l'art du xvie siècle familier, il est assez difficile de concevoir, si l'on y\nréfléchit, comment une époque si riche de musique puisse sembler s'interdire la\nforme de toutes la plus simple et la plus naturelle : le cha nt à voix seule. Accom-\npagné ou non, en effet, il paraît au témoignage apparent des faits inconnu\nà cette génération d'artistes Leurs plus grandes œuvres d'église comme\nles plus légères pièces de chambre requièrent toujours les voix multiples du\nchœur : les livres imprimés attestent que les compositeurs n'ont rien livré de\nleurs pensées qu'à travers l'appareil complet delà polyphonie vocale.\nCette richesse constante, certes, n'était pas inutileaux compositions de longue\nhaleine. Les procédés du contrepoint étaient une base solide pour le déve-\nloppement. Il est donc naturel que l'art religieux soit longtemps resté fidèle à\nces habitudes. Au contraire, le siècle est à peine écoulé que la musique de cham-\nbre ou de concert, du moins en France, a renoncé déjà aux ressources de l'an-\ncienne technique. Telle qu'elle se révèle en des recueils innombrables (i), la\nforme adoptée dès les premières années du xvne siècle sera précisément la plus\néloignée qu'il se puisse de la précédente. Aux chansons à quatre ou cinq parties,\noù le thème ne se fait entendre qu'engagé dans les plus ingénieuses combinai-\nsons, ont succédé des Airs : une seule voix exposant une mélodie qui se suffit à\nsoi-même, soutenue discrètement des accords d'un luth.\nVoilà un changement considérable et cependant que n'opéra point la volonté\nd'un artiste novateur. Notre histoire musicale n'a gardé le souvenir d'aucun\neffort révolutionnaire, tel que celui des Florentins du cénacle de Bardi, lesquels,\nvers le même temps, s'essaient au récitatif dramatique. Il faut donc se résigner\n\n(1) Les plus connus de ces recueils et les plus utiles à consulter, parce qu'ils renferment des airs\nde la plupart des auteurs du temps, sont les livres d'Airs de cour de différents ciutheurs mis en\ntablature de Luth, publiés chez Ballard de 1602 à 1620 environ. Tous ces airs sont à voix seule\navec accompagnement de luth. Ces accompagnements sont faits d'ordinaire par les musiciens\neux mêmes. Cependant plusieurs recueils indiquent que les chansons ont été mises en tablature\npar Gabriel Bataille, un des maîtres les plus connus de cet art spécial."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3721, "texte": "à l'admettre, encore que cela choque bien des idées préconçues - l'air de coui\naccompagné, si différent qu'il semble, au premier abord, de l'ancienne chanson\nfrançaise, en dérive directement. Indiquer les étapes de cette évolution ne sera\npas inutile, avant de passer à l'étude d'un art trop négligé jusqu'à présent et\nqui n'en a pas moins ses titres de noblesse. UAir de cour marque peut-être un\nrecul —au moins apparent - de la technique Mais la faveur presque exclusive\ndont il a joui, pendant cinquante ans et plus, a puissamment servi les intérêts de\nla musique expressive. Il a aidé à préciser, à étendre le sentiment musical : il a\ntracé aussi la première esquisse de la langue que va parler plus tard l'opéra\nfrançais.\nEn définissant les caractères de la musique au xvie siècle, nous sommes\ntrop portés à en exagérer quelques-uns pour généraliser à l'excès, et le peu\nd'exactitude de notre langue musicale ne va pas sans faciliter ces erreurs. Il est de\nprincipe de dire que cet art, exclusivement polyphonique, ne connaît que le con-\ntrepoint vocal. Mais « polyphonie » et « contrepoint » ont dans la pratique mo-\nderne un sens trop spécial. Une musique polyphonique, pour nous, c'est celle où\nles parties conservent leur personnalité, leurs mouvements s'opposant assez\npour être perçus à part. L'intérêt de la pièce résulte justement de ces oppositions\net du contraste des voix, et le contrepoint c'est l'art, justement, de fairemarcher\nensemble ces parties indépendantes.\nAu xvie siècle —et même plus tard le mot garde encore sa signification éty-\nmologique. Il désigne un ensemble de règles pour la superposition de deux ou\nplusieurs sons devant être simultanément entendus. Le contrepointiste apprend\nà mettre des notes contre des notes : peu importe la façon dont elles seront dis-\nposées. Toute musique qui n'est pas simple chant monodique se rattache à son\nart : un simple faux-bourdon en accords plaqués ni plus ni moins qu'une pièce\nfuguée ou un chœur en imitations (1).\nIl est très vrai que les pièces les plus significatives des maîtres d'alors sont\nbien polyphoniques au sens moderne. Les thèmes y circulent librement à toutes\nles parties dans un enchaînement savant, suivant des alternances régulières. Les\nimitations à différents intervalles, les canons, les artifices les plus recherchés y\nsont d'usage constant— jusqu'à l'abus parfois.\nCependant regardons d'un peu près le détail. Il n'est peut-être pas une seule\nde ces compositions où ce style ne cède parfois la place à des formes plus sim-\nples : à desimpies harmonies note contre note où, par un effet naturel, s'impose\nla prédominance de la partie supérieure. Ces passages, qui ne sont à vrai dire\nqu'une façon de chant accompagné, sont assez rares dans les messes ou les mo-\ntets. Ils n'y paraissent qu'à titre d'épisodes. Mais les morceaux profanes, les\nchansons surtout, procèdent bien plus souvent de cette sorte. On peut presque\ndire que c'est là leur style ordinaire (2).\nPrenons au hasard un recueil de chansons, même de date ancienne : par\n\n(1) Par conséquent, pour un théoricien de ce temps-là, toute la musique moderne, qui ne prati-\nque plus la mélodie sans accompagnement, serait du contrepoint. La notion relativement moderne\nde l'harmonie nous a fait restreindre le sens du mot, bien que son extension soit rigoureusement\nexacte par définition.\n(2) On peut dépouiller le plus grand nombre possible de chansons françaises du xvie siècle ; on\nverra qu'il n'y en a qu'un assez pet t nombre qui soient en écriture véritablement figurée. Ce sont\nles plus développées: leur forme n'est plus celle de la véritable chanson, à deux reprises, avec\nplusieurs couplets toujours relativement assez courts."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1110, "texte": "exemple ce volume imprimé par Attaignant en 1529, édité par M. H. Expert dans\nla 5e livraison des Maîtres de la Renaissance française. On y verra du premier\ncoup d'œil combien l'écriture de ces gracieux morceaux s'éloigne en général de\ncelle des ouvrages pour l'église et quel emploi extrêmement limité les composi-\nteurs y ont fait des procédés savants.\nIl se peut qu'ils aient d'abord songé à faciliter l'exécution d'une musique des-\ntinée surtout aux amateurs. Mais il faut aussi ne pas perdre de vue que ces\nchansons sont écrites sur des thèmes populaires, ou sur des mélodies originales\nde caractère tout pareil. Le charme du thème, autant que l'art du musicien, fai-\nsait ici l'agrément de la pièce. On le laissait donc assez en dehors, sans risquer\nde le dénaturer au cours de combinaisons trop compliquées. En définitive, hor-\nmis le cas, assez rare, où la chanson complètement intriguée ne met en œuvre\nqu'une formule mélodique très courte circulant à toutes les voix, ce sont là ce\nqu'en termes d'école on appelle des compositions sur chant donné.\n(A suivre.)\n\nHENRI QUITTARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "447", "image_debut": 25, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.7", "titre_corps": "Publications nouvelles", "titre_sommaire": "Publications nouvelles", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.25", "debut_caractere": 1112, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "Publications nouvelles\n\nGEORG CAPELLEN : Musique exotique en\nmineur, pour piano (cahiers I et 11,\nLeipzig, chez Breitkopf, 2 fr. 50). Ce\nrecueil est une collection d'airs orientaux,\nintéressante pour les pianistes plus que\npour les savants, car ces airs sont « ar-\nrangés », d'ailleurs avec talent.\nDR. FR. X. MATHIAS : Plain-chant har-\nmonisé. A l'occasion du dernier con-\ngrès de Strasbourg, M. Mathias, le cé-\nlèbre organiste, publie avec une bro-\nchure érudite et très claire, disant tout l'essentiel l'harmonisation de chants\nvariés : Séquences, Introïts, Alléluias, etc..., où la mélodie est rythmée d'après les\nprincipes de la Paléographie musicale des Bénédictins de Solesmes (Orgelbe-\ngleitung... zusammengestellten Varii Cantus, i br. in-40, 40 p., Ratisbonne, chez\nPustet).\n\nALBERT SCHWEITZER ; J.-S. Bach, le musicien-poète, préface de CH.-M WIDOR\n(Leipzig, chez Breitkopf, I vol., 454 p.).\n\n— Un livre sur Bach, sérieux, précis,\ntrès compétent et écrit en français, est une bonne fortune pour quiconque ne\npeut lire l'admirable mais coûteuse et difficile monographie consacrée au grand\ncompositeur par Philipp Spitta. Ceux qui ne sont pas familiers avec l'auteur de\nla messe en si mineur apprendront beaucoup dans cet ouvrage ; nous le leur\nrecommandons. Malheureusement, quelques réserves s'imposent. M. Widor,\nqui était mieux qualifié que personne pour en écrire la préface, présente le livre\nde M. Schweitzer comme le « couronnement » des travaux antérieurs ;il y voit le\n« monument » définitif, dont les autres critiques (y compris Spitta) n'ont donné\nque les fondements ou les matériaux. Il y a là sans doute un excès de bienveil-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "lance dont l'éminent organiste de Saint-Sulpice n'est pas dupe. i° M. Schweitzer\nn'étudie nulle part le contrepoint de Bach ;20 il n'étudie pas les modes (anciens)\ndont Bach a fait souvent usage ; 30 il ne donne, au point de vue technique, au-\ncune idée de ce qu est le « Clavecin bien tempéré » (1722), sur lequel nous vivons\nencore, et qu'il appelle lui-même une « oeuvre révolutionnaire » (p. 192) ;40 aux\nœuvres de musique de chambre, il consacre à peine quelques mots (p. 204-209) ;\n50 en parlant des chorals, dont il s'occupe surtout, il ne dit rien d'une question\ntrès délicate : la façon de traiter les points d'orgue, etc. M. Schweitzer voit, en\nBach un coloriste-symboliste, un peintre. Ce jugement paraît bien contestable.\nEnfin le livre est maladroitement composé :il débute par un parallèle entre\nBach et Hândel ; et il faut aller à la p. 105 pour lire : « Bach naquit à Eisenach\nle 21 mars 1685, etc... » L'erreur a été de vouloir (probablement après coup)\ntransformer une bonne étude particulière sur les chorals, en étude générale, et\nsurtout de nous dire que cette œuvre « couronne » toutes les autres. Cette étude\nn'en est pas moins très estimable.\n\nJ. C.\n\nPIERRE AUBRY : Les plus anciens monuments de la musique française (Paris,\nWelter, édit. Un vol. Prix: 30 fr.).\n\n— Volume très soigné (qu'il a fallu imprimer\nchez Breitkopf, à Leipzig, pour reproduire avec exactitude les vieilles notations) ;\ntravail de haute et élégante érudition, où notre collaborateur et ami, selon son\nhabitude, se montre, par sa concision, un peu trop dédaigneux du profane II\nest vrai qu'une telle publication intéresse plus les bibliophiles, les philologues\net les historiens, que les musiciens préoccupés d'art pratique. M. Aubry, qui ne\ntravaille que sur des documents authentiques examinés directement, et qui veut\npermettre au lecteur de suivre son exemple, donne les photographies de XXIII\npages de manuscrits (xie siècle — fin du xve), en les accompagnant de leur\ndouble traduction, littéraire et musicale : chansons de croisade, pastourelles, ron-\ndeaux, fragments de « Passion », etc... Le Canon ènigmatique du chansonnier de\nChantilly (xve siècle) est reproduit, avec une résolution de M. Riemann. M. Aubry\na traduit les autres textes musicaux en suivant les règles traditionnelles expo-\nsées dans les traités du moyen âge ; il se sépare nettement (cf. p. 11) de l'école\nde M. Riemann, qui ne tient aucun compte de ces règles, en alléguant qu'elles\nont été faites pour la composition à plusieurs parties et non pour la monodie.\nNous croyons que M. Aubry est dans le vrai. Une des raisons nombreuses qui\nrendent suspecte la thèse allemande, c'est qu'elle aboutit à d'étranges consé-\nquences. M. Riemann est obligé, avec son système, de considérer comme «notes\nd'agrément » les notes qui, d après toutes les apparences, ont une valeur rythmique\nréelle ; il arrive, par exemple, — lui qui pourtant est aussi artiste quesavant, — à\ndonner (dans sa Grosse Compositions lehre, Stuttgart, chez Spemann, 1902,\np. 247) des traductions comme celle-ci (tirée du Chansonnier de Saint-Germain,\nxi 11e siècle) :"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.27", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "Cette charmante mélodie (mode dorien antique, modulant sur le lydien et le\nphrygien) paraît singulière, ainsi comprise ! mais il y alà une grave question,\nque nous ne prétendons pas traiter en quelques lignes.\n\nJ. C.\n\nD. HUGUES GAISSER : Les « Heirmoi » de Pâques dans /'Office grec, étude rythmi-\nque et musicale. (Un vol. in-8° de xi-108 pages, dont 24 de musique, avec un\ntableau de neumes grecs et deux fac-similés de mss. de musique byzantine.\nRome, Imprimerie polyglotte de la S C. de Propaganda Fide. Prix : 4 fr.).\nLe but de l'auteur est de montrer, à l'aide de ces hymmes attribuées au lERIER ?\nmode ecclésiastique grec :i° que ce mode (ré gàré g, avec mi set si a une tona-\nlité dorienne ; 20 que le rythme del'hymnographie grecque est strictement mesuré,\nfondé, selon lui, non seulement sur le nombre des syllabes et sur l'accent tonique,\nmais encore sur la durée musicale des syllabes.\nAprès une courte introduction sur le rôle de heirmos (strophe-type servant de\nmodèle aux autres strophes de la composition) dans l'hymnodie grecque,\nD. Hugues Gaïsser reproduit en notation musicale les huit odes de Pâques\nd'après trois manuscrits grecs d'époques différentes, en donnant pour la première\nspécialement trois versions conservées par tradition orale et deux autres récem-\nment éditées. Il expose la nature du rythme de l'hymnographie grecque en gé-\nnéral ; il étudie ensuite la structure rythmique particulière de chacun de ces huit\n<( heirmoi » et en fixe le schéma rythmique. L'étude de chaque ode est accom-\npagnée de la liste des anomalies qui se rencontrent dans les diverses strophes\ncomposées sur le même modèle, anomalies que l'auteur essaie de rectifier à l'aide\ndes manuscrits. Cette étude se termine par un essai de restauration rythmique\net musicale des huit odes.\nL'examen critique des textes, de même que la solution absolument neuve du\nproblème de la rythmique ecclésiastique grecque, assurent à ce travail un intérêt\nparticulier, comme la science bien connue du savant bénédictin, professeur au\nCollège grec de Rome, en garantit la haute valeur scientifique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "445", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.7.1", "titre_corps": "GEORG CAPELLEN : Musique exotique en", "titre_sommaire": "GEORG CAPELLEN : Musique exotique en", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.25", "debut_caractere": 1136, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "GEORG CAPELLEN : Musique exotique en\nmineur, pour piano (cahiers I et 11,\nLeipzig, chez Breitkopf, 2 fr. 50). Ce\nrecueil est une collection d'airs orientaux,\nintéressante pour les pianistes plus que\npour les savants, car ces airs sont « ar-\nrangés », d'ailleurs avec talent.\nDR. FR. X. MATHIAS : Plain-chant har-\nmonisé. A l'occasion du dernier con-\ngrès de Strasbourg, M. Mathias, le cé-\nlèbre organiste, publie avec une bro-\nchure érudite et très claire, disant tout l'essentiel l'harmonisation de chants\nvariés : Séquences, Introïts, Alléluias, etc..., où la mélodie est rythmée d'après les\nprincipes de la Paléographie musicale des Bénédictins de Solesmes (Orgelbe-\ngleitung... zusammengestellten Varii Cantus, i br. in-40, 40 p., Ratisbonne, chez\nPustet)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "446", "image_debut": 25, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.7.2", "titre_corps": "ALBERT SCHWEITZER ; J.-S. Bach, le musicien-poète, préface de CH.-M WIDOR (Leipzig, chez Breitkopf, I vol., 454 p.).", "titre_sommaire": "ALBERT SCHWEITZER ; J.-S. Bach, le musicien-poète, préface de CH.-M WIDOR (Leipzig, chez Breitkopf, I vol., 454 p.).", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.25", "debut_caractere": 1898, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "ALBERT SCHWEITZER ; J.-S. Bach, le musicien-poète, préface de CH.-M WIDOR\n(Leipzig, chez Breitkopf, I vol., 454 p.).\n\n— Un livre sur Bach, sérieux, précis,\ntrès compétent et écrit en français, est une bonne fortune pour quiconque ne\npeut lire l'admirable mais coûteuse et difficile monographie consacrée au grand\ncompositeur par Philipp Spitta. Ceux qui ne sont pas familiers avec l'auteur de\nla messe en si mineur apprendront beaucoup dans cet ouvrage ; nous le leur\nrecommandons. Malheureusement, quelques réserves s'imposent. M. Widor,\nqui était mieux qualifié que personne pour en écrire la préface, présente le livre\nde M. Schweitzer comme le « couronnement » des travaux antérieurs ;il y voit le\n« monument » définitif, dont les autres critiques (y compris Spitta) n'ont donné\nque les fondements ou les matériaux. Il y a là sans doute un excès de bienveil-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1197, "texte": "lance dont l'éminent organiste de Saint-Sulpice n'est pas dupe. i° M. Schweitzer\nn'étudie nulle part le contrepoint de Bach ;20 il n'étudie pas les modes (anciens)\ndont Bach a fait souvent usage ; 30 il ne donne, au point de vue technique, au-\ncune idée de ce qu est le « Clavecin bien tempéré » (1722), sur lequel nous vivons\nencore, et qu'il appelle lui-même une « oeuvre révolutionnaire » (p. 192) ;40 aux\nœuvres de musique de chambre, il consacre à peine quelques mots (p. 204-209) ;\n50 en parlant des chorals, dont il s'occupe surtout, il ne dit rien d'une question\ntrès délicate : la façon de traiter les points d'orgue, etc. M. Schweitzer voit, en\nBach un coloriste-symboliste, un peintre. Ce jugement paraît bien contestable.\nEnfin le livre est maladroitement composé :il débute par un parallèle entre\nBach et Hândel ; et il faut aller à la p. 105 pour lire : « Bach naquit à Eisenach\nle 21 mars 1685, etc... » L'erreur a été de vouloir (probablement après coup)\ntransformer une bonne étude particulière sur les chorals, en étude générale, et\nsurtout de nous dire que cette œuvre « couronne » toutes les autres. Cette étude\nn'en est pas moins très estimable.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "446", "page_fin": "447", "image_debut": 26, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.7.3", "titre_corps": "PIERRE AUBRY : Les plus anciens monuments de la musique française (Paris, Welter, édit. Un vol. Prix: 30 fr.).", "titre_sommaire": "PIERRE AUBRY : Les plus anciens monuments de la musique française (Paris, Welter, édit. Un vol. Prix: 30 fr.).", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.26", "debut_caractere": 1199, "fin_caractere_exclue": 3129, "texte": "PIERRE AUBRY : Les plus anciens monuments de la musique française (Paris,\nWelter, édit. Un vol. Prix: 30 fr.).\n\n— Volume très soigné (qu'il a fallu imprimer\nchez Breitkopf, à Leipzig, pour reproduire avec exactitude les vieilles notations) ;\ntravail de haute et élégante érudition, où notre collaborateur et ami, selon son\nhabitude, se montre, par sa concision, un peu trop dédaigneux du profane II\nest vrai qu'une telle publication intéresse plus les bibliophiles, les philologues\net les historiens, que les musiciens préoccupés d'art pratique. M. Aubry, qui ne\ntravaille que sur des documents authentiques examinés directement, et qui veut\npermettre au lecteur de suivre son exemple, donne les photographies de XXIII\npages de manuscrits (xie siècle — fin du xve), en les accompagnant de leur\ndouble traduction, littéraire et musicale : chansons de croisade, pastourelles, ron-\ndeaux, fragments de « Passion », etc... Le Canon ènigmatique du chansonnier de\nChantilly (xve siècle) est reproduit, avec une résolution de M. Riemann. M. Aubry\na traduit les autres textes musicaux en suivant les règles traditionnelles expo-\nsées dans les traités du moyen âge ; il se sépare nettement (cf. p. 11) de l'école\nde M. Riemann, qui ne tient aucun compte de ces règles, en alléguant qu'elles\nont été faites pour la composition à plusieurs parties et non pour la monodie.\nNous croyons que M. Aubry est dans le vrai. Une des raisons nombreuses qui\nrendent suspecte la thèse allemande, c'est qu'elle aboutit à d'étranges consé-\nquences. M. Riemann est obligé, avec son système, de considérer comme «notes\nd'agrément » les notes qui, d après toutes les apparences, ont une valeur rythmique\nréelle ; il arrive, par exemple, — lui qui pourtant est aussi artiste quesavant, — à\ndonner (dans sa Grosse Compositions lehre, Stuttgart, chez Spemann, 1902,\np. 247) des traductions comme celle-ci (tirée du Chansonnier de Saint-Germain,\nxi 11e siècle) :"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.27", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "Cette charmante mélodie (mode dorien antique, modulant sur le lydien et le\nphrygien) paraît singulière, ainsi comprise ! mais il y alà une grave question,\nque nous ne prétendons pas traiter en quelques lignes.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "447", "page_fin": "447", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.7.4", "titre_corps": "D. HUGUES GAISSER : Les « Heirmoi » de Pâques dans /'Office grec, étude", "titre_sommaire": "D. HUGUES GAISSER : Les « Heirmoi » de Pâques dans /'Office grec, étude", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.27", "debut_caractere": 234, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "D. HUGUES GAISSER : Les « Heirmoi » de Pâques dans /'Office grec, étude rythmi-\nque et musicale. (Un vol. in-8° de xi-108 pages, dont 24 de musique, avec un\ntableau de neumes grecs et deux fac-similés de mss. de musique byzantine.\nRome, Imprimerie polyglotte de la S C. de Propaganda Fide. Prix : 4 fr.).\nLe but de l'auteur est de montrer, à l'aide de ces hymmes attribuées au lERIER ?\nmode ecclésiastique grec :i° que ce mode (ré gàré g, avec mi set si a une tona-\nlité dorienne ; 20 que le rythme del'hymnographie grecque est strictement mesuré,\nfondé, selon lui, non seulement sur le nombre des syllabes et sur l'accent tonique,\nmais encore sur la durée musicale des syllabes.\nAprès une courte introduction sur le rôle de heirmos (strophe-type servant de\nmodèle aux autres strophes de la composition) dans l'hymnodie grecque,\nD. Hugues Gaïsser reproduit en notation musicale les huit odes de Pâques\nd'après trois manuscrits grecs d'époques différentes, en donnant pour la première\nspécialement trois versions conservées par tradition orale et deux autres récem-\nment éditées. Il expose la nature du rythme de l'hymnographie grecque en gé-\nnéral ; il étudie ensuite la structure rythmique particulière de chacun de ces huit\n<( heirmoi » et en fixe le schéma rythmique. L'étude de chaque ode est accom-\npagnée de la liste des anomalies qui se rencontrent dans les diverses strophes\ncomposées sur le même modèle, anomalies que l'auteur essaie de rectifier à l'aide\ndes manuscrits. Cette étude se termine par un essai de restauration rythmique\net musicale des huit odes.\nL'examen critique des textes, de même que la solution absolument neuve du\nproblème de la rythmique ecclésiastique grecque, assurent à ce travail un intérêt\nparticulier, comme la science bien connue du savant bénédictin, professeur au\nCollège grec de Rome, en garantit la haute valeur scientifique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "447", "page_fin": "450", "image_debut": 27, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.8", "titre_corps": "Notre Concours", "titre_sommaire": "Notre Concours", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.27", "debut_caractere": 2103, "fin_caractere_exclue": 3266, "texte": "Notre Concours\nVingt-trois compositions nous ont été envoyées. Sept ont été éliminées, soit\nqu'elles aient dénoté une inexpérience trop manifeste (Musica me juvat Celui\nqui ne va pas en mesure ressemble àun homme ivre) ou que la pensée musicale\nait paru trop vulgaire (775692), soit enfin qu'elles nous aient été remises après\nle délai fixé (C an tus pro patria Sursum corda A vaincre sans péril). Quatre\nautres n'ont pu être classées, parce qu'elles ne remplissaient pas les conditions ;\nce sont : Dites, la jeune belle, où voulez-vous aller r Aima mater. Qui vivra\nverra (compositions déposées les 27 et 28 juillet). Quant aux autres, nous allons\nrendre compte d'abord des meilleures : dans l'ordre tout fortuit où nous\nles avons examinées, de façon à faire assister pour ainsi dire le lecteur à notre\npropre travail. Nous donnerons ensuite le résultat.\nNous ignorons et voulons ignorer encore les personnes. Nous étions à\nla recherche du talent. Voici, en toute sincérité, le résultat de notre enquête.\nParmi les pièces envoyées, il en est plusieurs d'un mérite solide et qui ne\npeuvent être parties que de la plume de musiciens habiles et instruits. Néanmoins"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "448", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.28", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3407, "texte": "toutes ou presque toutes témoignent d'une gêne réelle. Le style en est\nsouvent bien plus instrumental que vocal, au grand détriment de la facilité\nd'exécution. D'inutiles recherches y viennent parfois obscurcir la pensée, trop\nsouvent faible et sans couleur. Le développement, malgré les artifices les plus\ningénieux, ne procède pas toujours avec aisance II est visible que les musiciens,\na qui l opéra moderne ne fournit plus l'occasion de chœurs formant un tout\ncomplet, s'y trouvent un peu dépaysés dès qu'ils ne se satisfont point de la vul-\ngarité monotone des effets de presque tous les « morceaux d'orphéon ». Ceci,\nau grand détriment de l'art.\nIl faut donc espérer et la Revue musicale s'y emploiera de toute sa force\nqu'aboutiront les efforts tentés pour infuser une vie nouvelle à la musique cho-\nrale, pour en faire naître le goût parmi la jeunesse des établissements publics\nd'instruction et pour créer partout des sociétés sérieuses et musicalement diri-\ngées. Une fois assurés de bons exécutants et d'un public intelligent, les artistes\nreviendront vite à un genre aussi naturel, aussi populaire, et qui a compté tant\nde chefs-d'œuvre.\nPour aujourd'hui, en renouvelant nos remerciements à M. Daniel Osiris, nous\nfélicitons nos deux lauréats, les cinq compositeurs qui ont mérité une mention\ntrès honorable, et nous les prions, pour surcroît de régularité, de nous envoyer\neux-mêmes les noms correspondant aux devises. Nous les publierons dans notre\nprochain numéro avec les compositions couronnées.\nLA REVUE MUSICALE.\nVoici maintenant les pièces retenues :\nEn attendant mieux. Composition fort estimable, d une écriture correcte, mais\nd'un style un peu terne. Les oppositions entre le premier et le second couplet du\ntexte n'ont pas été rendues. Tout est écrit d'un même rythme et dans le même\nsentiment. Quelques gaucheries de réalisation dans le divertissement. Enfin les\nidées musicales sont sans relief suffisant, sauf peut-être le premier thème « Vivat,\nvivat » assez bien venu. Elles sont aussi trop écourtées, et aucun développement\nn'est même esquissé. La pièce paraît ainsi monotone-\nAi-je mieux réussi ? Quoique mieux venue et plus musicale, cette pièce mé-\nrite à peu près les mêmes critiques que la précédente. L'auteur a mieux rendu\nle sens des paroles et usé à propos de rythmes plus variés. Les développements\nrestent encore insuffisants et l'entrée fuguée du divertissement syllabique Tra la\n1a... est faible. Ces deux compositions sont encore, à peu de chose près du moins,\nde la « musique d'orphéon » très honorable.\nLutter pour vaincre. Ce chœur se présente accompagné, bien que l'accom-\npagnement n'y soit rien de plus que la transcription au piano des voix. Cette\nfois les idées, suffisamment variées, correctement présentées, sont développées ;\npeut-être même un peu trop, car le morceau est bien long sans que l'intérêt pro-\ngresse ! Malheureusement ces idées ont peu de relief, et l'écriture est bien peu\npolyphonique. Un style plus intrigué eût été pourtant nécessaire en une pièce\nd'aussi grandes dimensions. La seconde partie surtout, où s'expose un thème\nassez expressif « Vers la montagne ou vers la plage » a d'inutiles répétitions. Le\nfugato du divertissement est peu dans le style qu'il faudrait. Enfin on peut signa-\nler quelques fautes de prosodie assez choquantes. Cependant ce travail, malgré\nses imperfections, témoigne d'un effort sérieux."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3688, "texte": "Vivat ! Voici les vacances. Encore un chœur accompagné, cette fois dans\nle véritable sens. Le style en est élégant et facile. C'est l'œuvre d'un artiste,mais\nun peu trop superficiel. Le tort principal du morceau, c'est qu'il n'est pas assez\nchoral. Presque tout le temps les voix alternent, exposant monodiquement le\nthème, et l'accompagnement de piano réalise seul l'harmonie. Il y a là l'excès\nd'une louable intention. C'est un procédé bon au théâtre et ce chœur ferait\nen effet un très joli chœur d'opéra comique mais il convenait assez peu ici. Le\nsecond couplet est spirituellement traité et la fugue du divertissement est une\nbonne fugue de Conservatoire, d'un effet probablement piquant à l'exécution.\nL'œuvre est gracieuse en somme, quoiqu'elle manque de force et d'ampleur.\nSpiritns Jiat übi vult. Composition curieuse et de valeur réelle, gâtée\nmalheureusement par d'inutiles complications. Pourquoi cette mesure à cinq\ntemps qui ne répond guère au rythme des phrases et qui n'est conservée qu'au\nprix d'efforts trop visibles? L'auteur a fait preuve d'un sentiment harmonique\nremarquable, encore qu'un peu trop directement emprunté à l'art de M. Debussy.\nMais il se complaît à des hardiesses difficilement admissibles dans un chœur\nà voix seules. L'accord de seconde (sz, do, mi, sol) par lequel il débute est pres-\nque inexécutable, ainsi présenté fortissimo, sans préparation. Tant pour le rythme\nque pour l'intonation, ce morceau présenterait d'extrêmes difficultés : il ne serait\naccessible qu'à des chorales de premier ordre. Il paraît aussi de proportions\ntrop restreintes Ce qui s'explique, puisque l'auteur s'interdit toute répétition de\nparoles et que le caractère beaucoup plus harmonique que mélodique de ses\nthèmes rend le développement musical difficile. Cependant la phrase, à peine\nesquissée et si bien venue pourtant, du second couplet, eût pu sans peine être\nétendue davantage. Malgré ces partis pris et ces défauts, cette composition reste\nextrêmement intéressante.\nLe mal temps passe et retourne le bon. Celle-ci est très supérieure, et s'est\nplacée du premier coup, au-dessus des précédentes. C'est l'œuvre d'un musi-\ncien maître de sa technique et à qui cette pleine possession du métier n'enlève\nrien de sa spontanéité ni de sa vigueur. Ici aucune recherche de l'effet pour l'effet,\nni de la difficulté pour elle-même. Il y a sans doute des passages malaisés à bien\nrendre encore qu'aucun ne soit au-dessus des forces d une chorale exercée •\n- mais on voit qu'il n'en pouvait être autrement sans diminuer le bon effet de\nl'ensemble. Presque tout est à louer dans le détail. Le « Vivat » du début est\nénergique, brillant et tumultueux comme il convient : la phrase expressive du\nsecond couplet, originale et pénétrante, s'unit délicieusement aux harmonies fines\net recherchées qui la soutiennent en un ensemble mouvementé d'une charmante\ncouleur. Tout le divertissement, traité à deux chœurs, est très ingénieux : le\nthème, franchement vocal, s'accompagne de son propre renversement et se com -\nbine de façon très variée avec les traits en tierce du second chœur. Ce même\nthème se superpose, pour la conclusion, avec les accords du « Vivat » du début ;\nle tout forme un finale mouvementé, très vivant et certainement d'un excellent\neffet.\nIl est inutile de poursuivre l'examen détaillé de cette composition de très grand\nmérite. Ce qu'il faut faire ressortir cependant, c'est l'équilibre de l'ensemble,\nl'exacte proportion des parties, la variété et l'originalité des motifs, mais plus\nencore peut-être la très bonne écriture polyphonique, grâce à quoi les combinai-\nsons en apparence les plus complexes se présentent avec une aisance et une"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "clarté parfaites. Assurément l'auteur s'est rendu familiers les maîtres du contre-\npoint vocal du xvie et du xvne siècle. Il use de leurs procédés les plus raffinés\nsans aucunement pasticher leur style. Son œuvre montre tout le parti qu'un\nartiste moderne en peut tirer, tout en demeurant original.\nBeethoven. Composition très sérieuse et de haute valeur, témoignant d'une\ngrande expérience de la composition musicale et d'une habileté technique peu\ncommune. Les idées mélodiques sont de très bonne qualité, l'écriture ferme,\nl'ensemble bien équilibré. L'emploi de la formule de début « Vivat ! voici les\nvacances! » comme une sorte de leit-motiv est du plus agréable effet. Le diver-\ntissement est traité avec science et avec esprit. Dans la dernière partie, réminis-\ncence d'ailleurs légitime de Bizet. Ce travail considérable (26 pages) con-\ntient un accompagnement visiblement destiné à l'orchestre. L'exécution de la\npartie vocale serait un peu difficile pour les élèves de nos lycées.\nAraignée du soir. Travail intéressant et de réel mérite; malheureusement,\nil n'a pas l'ampleur et l'originalité qu il faudrait pour que nous puissions le pro-\nposer à l'Administration universitaire pour des exécutions officielles.\nAprès long examen, il nous a paru équitable de nous arrêter à la décision\nsuivante :\nPREMIER PRIX (600 francs) :\nA partager entre les auteurs des deux compositions portant les devises sui-\nvantes : 10 Le mal temps passe et retourne le bon \\ 20 Beethoven.\nMENTIONS TRÈS HONORABLES :\ni° Vivat! Voici les vacances !\n2° Ai-je mieux réussi ?\n30 Spiritus flat übi vult.\n40 En attendant mieux.\n50 Araignée du soir.\n6° Lutter pour vaincre.\nLes concurrents n'étant pas de ceux à qui on donne des encouragements pour\nun devoir d'écolier fait avec application, nous n'avons pas jugé utile d'établir d'au-\ntres catégories de mention. Nous publierons les noms, et un premier chœur,\ndans notre prochain numéro."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c016", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "450", "page_fin": "452", "image_debut": 30, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.9", "titre_corps": "Actes officiels et Informations.", "titre_sommaire": "Actes officiels et Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.30", "debut_caractere": 1934, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "Actes officiels et Informations.\n\nOpéra. — M. le Directeur du Théâtre national de l'Opéra vient d'être autorisé\npar l'administration des Beaux-Arts à engager Mlle Chenal, élève du Conserva-\ntoire national, ier prix de chant et ier prix d'opéra au concours de 1905.\n\nOpéra-Comique. — M. 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La ville de Brest, agissant au nom de la Bre-\ntagne tout entière, vient d'avoir l'excellente idée d'organiser un festival Bour-\ngault-Ducoudray. Dans une soirée des plus brillantes, avec un succès très grand\net très mérité, on a fait entendre la Chanson de Bretagne, la Rapsodie cambod-\ngienne?, le Carnaval d\" Athènes, le prélude du 3e actede Thamara... Cette manifes-\ntation artistique a fait honneur à l'orchestre et aux chœurs de la ville de Brest.\n\nM. Pierre Séchiari. De Pavlosk (gouvernement de Saint-Pétersbourg), qui\nest « une sorte de Saint-Germain à côté de la capitale russe », nous recevons\nune lettre disant le très gros succès obtenu en ce moment par notre compatriote\net ami Pierre Séchiari, premier violon solo des concerts Lamoureux. Pavlosk\nparaît bien loin de Porstmouth !\n\nGabriel Soulacroix. Très vif a été pour nous le regret de sa mort ; Gabriel\nSoulacroix était un chanteur exceptionnellement doué : très étendue dans le re-\ngistre aigu, sa voix fraîche et facile avait été longtemps applaudie au théâtre de\nla Monnaie, à l'Opéra-Comique, à la Gaîté (rôle de Rip)\\ à Monte-Carlo. Le\ncomédien et l'homme étaient aussi charmants que le chanteur !\n\nDigne. Par arrêté préfectoral du 31 juillet, M. Fabre (Edouard) a été nommé\nprofesseur de solfège et de clarinette à l'Ecole nationale de musique, en rempla-\ncement de M. Gouven, démissionnaire.\n\nLa musique aux fêtes d'Orange.\n\n— Les représentations organisées par les soins\nde la Société des Grandes Auditions musicales de France ont eu lieu avec grand\nsuccès au Théâtre antique d'Orange. Il est à regretter seulement, en ce qui\nconcerne la partie musicale de ces fêtes, qu'une fâcheuse circonstance soit venue\nfaire perdre à la représentation des Troyens de Berlioz son caractère véritable.\nUne indisposition du ténor chargé du rôle d'Enée a entraîné, au cours de la\npièce, la suppression de tous les épisodes où figure le héros troyen dans la\ndernière partie de l'œuvre.\nIl est inutile d'insister sur le résultat de cette mutilation, peut-être forcée, mais\nà coup sûr déplorable. Ce n'était plus les Troyens, mais une sélection, des\nfragments de l'opéra que le public était convié à écouter. Et l'économie du drame\ntout entière se trouvait faussée d'autant plus que, pour ceux qui ne le connais-\nsaient point et qui n'étaient pas avertis des coupures, tout, ou presque, devenait\ndifficile à comprendre.\nCes réserves faites, il convient de louer l'excellence de l'exécution musicale.\nM. 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Le style violent,\nbrutal et conventionnel de cet opéra trop célèbre, son emphase et sa trivialité,\nson romantisme démodé et puéril, jurent avec la majesté du lieu. La vogue in-\ntermittente mais prolongée de cette musique médiocre a de quoi surprendre. A\nOrange il n'a pas paru qu'elle ait plu grandement. Le talent des interprètes, de\nMme Cavalieri, Marguerite un peu plus gracieuse qu'il n'était nécessaire, et de\nM Chaliapine, Méphistophélès étonnant, en fit tout le succès. Mais M. Chaliapine\nest un chanteur et un comédien si merveilleux, il joue ce rôle avec une telle\npuissance et une telle grandeur qu'il arrive presque à transformer la musique.\nBeaucoup penseront qu'il n'est pas possible de lui décerner un plus bel éloge.\n\nX.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 20 juillet au 19 août 1905.\n\nN. B. 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Le style violent,\nbrutal et conventionnel de cet opéra trop célèbre, son emphase et sa trivialité,\nson romantisme démodé et puéril, jurent avec la majesté du lieu. La vogue in-\ntermittente mais prolongée de cette musique médiocre a de quoi surprendre. A\nOrange il n'a pas paru qu'elle ait plu grandement. Le talent des interprètes, de\nMme Cavalieri, Marguerite un peu plus gracieuse qu'il n'était nécessaire, et de\nM Chaliapine, Méphistophélès étonnant, en fit tout le succès. Mais M. Chaliapine\nest un chanteur et un comédien si merveilleux, il joue ce rôle avec une telle\npuissance et une telle grandeur qu'il arrive presque à transformer la musique.\nBeaucoup penseront qu'il n'est pas possible de lui décerner un plus bel éloge.\n\nX."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c025", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "452", "page_fin": "452", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.9.9", "titre_corps": "LE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra. Recettes détaillées du 20 juillet au 19 août 1905.", "titre_sommaire": "LE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra. 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L. Delibes.\nGounod.\nMeyerbeer.\nWagner.\nRossini.\nMeyerbeer.\nGounod.\nGounod.\nWagner.\nMeyerbeer.\nGounod.\n17.938 41\n16.162 41\nI5.O59 76\n18.076 41\n14.582 41\n14.783 76\n1 5.375 41\n14.826 41\n17.818 26\n16.576 91\n18.024 41\n14.599 26\n18.837 5°\n1"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-09-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-09-01_01#c027", "volume": "bmtnabj_1905-09-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "452", "page_fin": "452", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.2.9.10", "titre_corps": "N. B. H abondance des matières nous obligea renvoyer ait prochain numéro la", "titre_sommaire": "N. B. H abondance des matières nous obligea renvoyer ait prochain numéro la", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.32", "debut_caractere": 2045, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "N. B. H abondance des matières nous obligea renvoyer ait prochain numéro la\nsuite des cours du Collège de France (Introduction à l'histoire de la musique) et\nune très remarquable étude de notre collaborateur Michel Brenet."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "421", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nNos 16-47 (cinquième année)\nler Septembre\n1905.\nR. M.\n32\n\nConcours de la REVUE MUSICALE. — Prix Osiris.\nUn jour, un de nos abonnés et amis voulut bien envoyer à la Revue Musicale\npour un usage ad libitum une certaine somme d'argent : c est M. Daniel Osiris,\nle philanthrope bien connu, qui a créé à Vlnstitut un prix de cent mille francs 3 donné\nà 1 Etat le domaine de la Malmaison, et dont nous ne pouvons énumérer ici toutes\nles œuvres grandioses. La Revue Musicale étant une publication désintéressée, non\ncommerciale, uniquement désireuse d'éclairer le public musical et d'être utile aux\nartistes? nous avons voulu consacrer la somme généreusement offerte par M. Osiris à\nouvrir un concours parmi nos abonnés compositeurs /M. Osiris nous a approuvé en\nnous laissant carte blanche, et nous avons donné le programme de ce concours dans\nnoire numéro du i mars igoq. Nous demandions un chœur à voix mixtes suscep-\ntible d'être exécuté par les élèves de nos lycées. Une somme de qoo francs étant ré-\nservée pour les paroles, nous avons offert un prix de 600 francs pour la musique.\nCe sérieux concours, dont nous rendons compte plus loin, donne lieu à une obser-\nvation générale : c est que /' écriture franchement chorale devient de plus en plus\nétrangère aux artistes d'aujourd'hui.\n\nLe salon en musique.\nJ. C\nNous avons exposé, dans le dernier numéro de la Revue Musicale, notre projet\nd'un Salon avec une exposition de musique (exécution et composition). Ce projet a\neu un écho favorable dans la presse quotidienne. Après les articles du Temps et du\nFigaro, un rédacteur de /'Eclair est venu nous interviewer sur cette question ( Voir\nUn salon de musique au Grand Palais, dans /'Eclair du mardi IJ août). Nous\nn avons pu que lui confirmer ce que nous avons déjà dit ici, en ajoutant que l'idée\nétait en bonne voie. Mais c'est aux musiciens professionnels, virtuoses et composi-\nteurs, qu'il appartient de la réaliser. Ce qu'il faut avant tout, c'est que la Musique\npuisse se faire représenter, devant les Pouvoirs publics, par un Bureau, ou un Jury,\nrégulièrement élu. Pour le moment, enregistrons, en les remerciant, le concours\nque nous apportent nos confrères politiques."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "422", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.2", "texte": "LA FARANDOLE\n\nLa Farandole\n\nLa farandole, telle qu'elle se pratique en Provence et plus particulièrement\ndans le pays d'Arles, n'a qu'un lointain rapport avec la danse que l'on connaît\ncommunément sous ce nom. Ni comme mouvement, ni comme allure, ni comme\npas, ni par conséquent comme musique, elle ne ressemble au monôme accéléré\nqui la remplace habituellement à la scène ou en fin de quadrille, dans les salons.\nPas plus Gounod dans Mireille que Bizet dans Y Artésienne ne se sont conformés\nà la mesure et à la cadence que comportent les véritables pas de caractère con-\nstituant la farandole.\nLa farandole n'est jamais à 2/4, mais à 6/8. Elle se joue allegro moderato et\nnon vivace, se divise en cinq figures composées chacune de pas différents, inter-\nrompus eux-mêmes par des temps de repos, pendant lesquels les danseurs mar-\nchent en cadence, la musique continuant. Ils entrent d'ailleurs en scène en mar-\nchant et terminent en saluant. Chacun de ces pas se compose d'entrechats et de\nchassés extrêmement compliqués et qui seraient d'une exécution impossible à\nune allure rapide ; enfin, les bras et les mains jouent eux-mêmes un rôle, pendant\nles repos où ils se balancent en un gracieux va-et-vient.\nAu reste, voici le détail des figures et des pas :\nire figure :La farandole s'élance en zigzag, les danseurs s'avançant sur le pas particulier de\ncette danse\n2e fig. Retour en ligne droite.\n3e fig. La farandole repart :le meneur et sa cavalière font volte-face, entraînant les danseurs qui\npassent sous les bras des deux premiers.\n4e fig. Semblable à la première :la marche en zigzag n'a lieu qu'à la tête de la chaîne. Retour\nparallèle.\n5e fig. Nouvel élan : le meneur, suivi des autres, passe sous les bras levés en retournant sur ses\npas.\n6e fig. Semblable à la première. Puis la chaîne des danseurs décrit une spirale. Ensuite, tou-\njours en dansant, le meneur et sa cavalière se retournent, la spirale se rompt, les couples se\nséparent et terminent par un rigaudon général.\nQuant au canevas musical partout adopté, il peut être représenté par cet\nexemple :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "423", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.3", "texte": "LA CHANSON BRETONNE\n\nTrois thèmes le composent, indéfiniment répétés jusqu'à épuisement des\nfigures, sinon des danseurs. Il serait à désirer que des compositeurs de profession\nintercalassent dans un ouvrage lyrique dont l'action se passerait en Provence\nune danse au rythme calqué sur les motifs généralement en usage ; l'œil et l'o-\nreille des spectateurs auraient une impression plus vraie que celle qui se dégage\ndes œuvres connues.\nLes lecteurs de la Revue Musicale prendront sans doute quelque intérêt a une\nfarandole de ce type classique, qui fut exécutée l'an passé aux Arènes d'Arles, à\nl'occasion de la fête de la Ligue de l'Enseignement. Vingt-deux garçonset fillettes\nen costume l'exécutèrent, à la grande joie des 15.000 assistants qui l'applaudi-\nfent et la bissèrent d'enthousiasme. C'était là une véritable innovation : car jus-\nqu'à ce jour, seuls les adultes pratiquaient cette chorégraphie, en raison même\nde sa difficulté. L'honneur de la réussite de cette tentative revient en grande\npartie au directeur de Y Etoile provençale, société de farandoleurs qu'il dirige\navec autant de compétence que d'habileté.\nIl existe aussi une autre farandole plus rudimentaire, pratiquée dans les\nvillages par ceux qui ne peuvent, ne savent ou ne veulent se plier aux compli-\ncations et aux délicatesses de la véritable farandole. Elle est d'allure plus dé-\ngingandée et demande certainement une musique plus allègre. Plus simple et\nplus facile, elle a pu se répandre hors de Provence et se substituer à la faran-\ndole académique, dont elle n'est qu'une vulgarisation. Ainsi s'expliquerait la\ndivergence qui existe entre les compositions des maîtres et les thèmes tradition-\nnels du Midi, beaucoup plus mesurés, quoique toujours légers et gracieux.\nIl m'a semblé utile de dissiper les erreurs généralement répandues sur une\ndanse populaire aussi ancienne en donnant pour les fervents du culte de Terp-\nsichore les quelques aperçus qu'on vient de lire. Car il existe des préjugés en\nmusique comme en bien d'autres matières. Sarabande est dans le langage cou-\nrant synonyme de Bacchanale. Rien de plus faux : il suffit d'exécuter la vieille\ndanse de cour en usage au temps jadis, pour se rendre compte combien peu elle\nrépond à l'idée que l'on s'en fait le plus souvent. Il en est de même de la faran-\ndole : c'était là un point à rectifier.\n\nG. BEAUCAIRE.\n\nLa chanson bretonne.\n\nI\nLes peuples celtiques furent autrefois renommés pour leurs aptitudes musi-\ncales. Au moyen âge, les jongleurs celtes firent les délices de l'Occident, et ce fut,\non le sait, au charme captivant des airs sur lesquels ils étaient chantés que les\nlais bretons durent tout d'abord la faveur dont ils bénéficièrent dans l'Europe\ndu xiie siècle. On commença par écouter le joueur de « hrote )> pour la suavité\ndes sons qu'il excellait à tirer de son instrument, puis on désira de connaître le\nsens des paroles qu'il chantait. Ainsi furent semés en quelque sorte à tous les\nvents les germes de cette littérature arthurienne qui, fécondée par l'imagination\nde Chrestien de Troyes et de ses émules, devait bientôt couvrir un champ si\nvaste, atteindre un développement si prestigieux."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "424", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.4", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nMais la richesse même de cette luxuriante frondaison poétique fut cause que\nl'on perdit de vue les humbles chanteurs gallois ou armoricains qui l'avaient\nprovoquée. Ils se dispersèrent au hasard des routes ou regagnèrent leurs forêts\nnatales. Après avoir eu son heure de gloire européenne, la mélodie celtique\nrentra dans l'obscurité. Elle se confina désormais dans les îles et les presqu'îles\norageuses où vivaient, isolés du monde, les peuples chez lesquels elle était née.\nEt elle ne chanta plus que pour eux seuls, mais elle continua de chanter. Nous\nen avons une preuve dans le culte passionné que professent encore pour leurs\nvieux airs nationaux les Gallois et les Irlandais d'aujourd'hui.\nTous les ans, l'lrlande organise dans les différentes régions de son territoire\ndes feis ou fêtes dont les concours de musique sont un des principaux éléments.\nIl y a des concours pour les joueurs de cornemuse, il y en a pour les sonneurs\nd'un instrument spécial qui n'est autre que l'ancienne trompette de guerre irlan-\ndaise ; il yen a aussi pour les chanteurs et il y en a même pour les siffleurs, car\nles Irlandais sont passés maîtres dans l'art de siffler, élevé par eux, en effet, à la\nhauteur d'un art véritable. Le programme des concours est annoncé plusieurs\nmois à l'avance, de façon à permettre aux intéressés de s'y préparer de longue\ndate. L'affluence des concurrents est telle qu'à la feis du Connaught, tenue à\nGalway, en août 1903, les auditions, qui se faisaient dans une des salles du\nTown-hall de neuf heures du matin à midi et de deux heures à cinq heures du\nsoir, exigèrent plusieurs journées durant lesquelles l'attentiondes juges ne faiblit\npas un instant : ni non plus l'enthousiasme du public, venu en foule de toutes les\nparties de la province pour assister à ces joutes musicales et en acclamer les\nvainqueurs (1).\nIl en est des eisteddfod galloises comme des feis irlandaises, si même elles ne\nprésentent un caractère encore plus saisissant. Là aussi c'est la musique qui\ntrône en maîtresse et plus royalement peut-être qu'en aucun autre lieu du\nmonde. J'assistai en 1898 à YEisteddfod nationale qui, cette année-là, se tenait à\nCardiff. Les séances musicales se donnaient dans un immense baraquement en\nplanches, édifié tout exprès. Pas d'autre mobilier dans ce « pavillon », comme\non disait, qu'une estrade, des chaises et des bancs. Mais sur cette estrade se\nfirent entendre d'admirables chœurs de cinq à six cents voix, tant féminines\nque masculines, chantant à l'unisson ; et sur ces chaises, sur ces bancs, vint\njournellement s'asseoir un public de près de vingt mille auditeurs. Toute une\nsemaine durant, le hall ne désemplit pas Quand on entonnait l'antique marche\nguerrière des « Hommes de Harlech », le public, électrisé, joignait ses vingt\nmille voix à celles des chœurs, et une fois de plus se justifiait l'adage kymrique :\n(( Notre vieille Galles est une mer de chant ! ))\nII\nLa Bretagne armoricaine n'a jamais rien connu de comparable à ces impo-\nsantes manifestations musicales, car la petite association de poètes bretons col-\nportant eux-mêmes leurs œuvres, qui s'est fondée récemment sous le nom de Ty\n\n(1) Je dois ce renseignement à l'obligeance de mon ami M. Lebrou, qui assistait à cette feis\nde Galway."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.5", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nKaniri Breiz, n'est pas pour rappeler, fût-ce de très loin, les feis d'lrlande ou les\neisteddfod du pays de Galles. Mais ce n'est pas que le poète breton soit demeuré\nmoins fidèle que les congénères d'outre-Manche au poétique héritage de ses\nancêtres. Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir la riche moisson de chants\nqu'il nous a légués.\nDès 1794, un Lorientais, Cambry, alors président du district de Quimperlé,\navait déjà été si frappé au cours d'une mission dans le Finistère de la\nbeauté singulièrement originale de ces chants qu'il ne dédaigna pas d'en don-\nner quelques traductions dans le rapport qu'il adressait au Directoire sur l'état\nmatériel et moral des populations du département. Plus tard, le chevalier de Fré-\nminville, dans ses Antiquités de la Bretagne, et surtout Souvestre, dans ses\nDerniers Bretons, leur consacrèrent des pages qui n'ont pas trop vieilli. Mais le\npremier recueil important, et qui devait faire époque, ce fut, en 1839, le Barzaz-\nBi eiz du vicomte Hersart de la Villemarqué. Les pièces en étaient si parfaites\nque l'on cria au miracle. Puis cette perfection même, dans des œuvres soi-disant\npopulaires, éveilla des doutes. D'autres chercheurs, en croyant s'élancer sur les\ntraces du vicomte de la Villemarqué, découvrirent, contre leur attente, que la\nplupart des chants publiés par lui comme authentiques n'existaient point dans la\nmémoire du peuple, tels du moins qu'il les avait édités. Il fut bientôt avéré qu'il\nen avait fabriqué quelques-uns et fortement retouché les autres, renouvelant\nainsi pour la Bretagne ce que Macpherson avait accompli pour l'Ecosse. C'est à\nLuzel que revient l'honneur d'avoir rendu à la muse populaire bretonne ses véri-\ntables traits d'abord par la publication des Gwerqiou en 1868 et 1874, puis par\ncelle des Sonion en 1890. Ces quatre volumes constituent ce que l'on pourrait\nappeler sans aucune exagération la Somme poétique de la Bretagne. Qui voudra\nconnaître l'inspiration bretonne en ce qu'elle a produit de plus sincère et de plus\noriginal, c'est là et nulle part ailleurs qu'il la devra prendre.\nLes noms de gwerziou et de sonniou les seuls usités dans le vocabulaire\ndu peuple auquel le nom de barzaz, inventé par le vicomte de la Villemarqué,\nest totalement inconnu désignent deux catégories de chants bien distinctes,\nde mètres fort différents, et que les poètes populaires ne confondent jamais. La\ngwerz, c'est le chant tragique, ou complainte, relatant soit un événement sur-\nnaturel, soit une mort violente, soit un assassinat. Le mètre généralement adopté\nest le vers de huit syllabes, à rime plate. Les plus anciennes de ces gwerziou,\nqui sont aussi les plus belles, ne remontent guère au delà du xvie siècle. On\npourra se faire une idée du genre par la ballade suivante que je choisis, non\nparmi les plus significatives, mais parmi les plus courtes :\nYVES PRIGENT.\nI\nYves Prigent est allé à la mine d'or :\nJamais Tréguier ne sera pauvre.\nA moins qu'à son retour il ne soit dévalisé\nPar La Villaudry et ses gars.\nUne vieille petite sorcière esta La Villaudry\nQui grimpe tous les jours sur le colombier,\nEt voit à sept lieues en avant d'elle\nAvec une longue-vue qu'elle porte."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.6", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nII\nLa vieille petite sorcière disait\nA La Villaudry, un jour fut :\nJe vois venir Yves Prigent\nAvec des charretiers de Guingamp.\nSur le cheval devant il y a un perroquet\nQui sait le latin, le français,\nQui sait le latin, le français,\nAussi bien qu'il sait le breton.\nLa Villaudry, quand il a entendu,\nAu bout de l'avenue est allé ;\nIl a pris le cheval de devant par la tête,\nIl a salué Yves Prigent :\nDescendez, Yves, entrez dans la maison,\nMettez vos chevaux à 1 écurie.\nYves Prigent disait\nA La Villaudry, là, alors :\nPoint ne descendrai, point n'entrerai dans la maison,\nNi ne mettrai mes chevaux à l'écurie ;\nAujourd hui\nJe ne déchargerai mon cheval blanc\nQue lorsque je dînerai à Tréguier,\nQue lorsque je dînerai à Tréguier\nEn la compagnie de ma sœur aînée.\nLe vieux La Villaudry disait\nA Yves Prigent, là, alors :\nEntre Saint-Malo et Tréguier\nSe trouvaient les voleurs hier soir,\nSe trouvaient les voleurs hier midi;\nYves, prenez garde à eux 1\nYves Prigent, quand il a entendu,\nA bas de son cheval a sauté,\n- i\nA bas de son cheval a sauté ;\nAvec La Villaudry il est allé.\nIl a rencontré la gouvernante,\nIl lui a donné son perroquet,\nIl lui a donné son perroquet,\nLa prenant pour la dame.\nIII\nLa fille de La Villaudry disait\nAu vieux La Villaudry, cette nuit-là :\nIl montre plus de respect aux domestiques\nQu'à vous-même et qu'à moi...\nIl eût fallu entendre Yves Prigent\nSonner avec sa flûte d'argent !\nLes vieilles gens, en haut, dansaient,\nEt les jeunes, en bas, en faisaient autant.\nIl joue de la flûte si vaillamment\nQu'il débauche le cœur de la jeune fille,\nQu'il débauche le cœur de la jeune fille.\nDe l'avoir pour époux elle a envie."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.7", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nLe vieux La Villaudry demandait\nA Yves Prigent, cette nuit-là :\nYves Prigent, dites-moi,\nAvez-vous jamais été marié ï\nSi Yves Prigent avait voulu dire\nQu'il n'avait jamais été marié,\nIl aurait eu la vie sauve\nEt sauves aussi ses richesses.\nMais c'est le contraire qu'il a dit ;\nIl a dit qu'il était marié :\nIl y a aujourd'hui trois ans depuis mes noces ;\nJe n ai été que trois jours avec ma femme.\nLe vieux La Villaudry disait\nA Yves Prigent, là, alors :\nSi vous aviez voulu, Yves, dire\nQue vous n'aviez jamais été marié,\nVoire vie n'eût couru aucun risque\nNi non plus vos richesses.\nIV\nLes gars de la Villaudry sont venus,\nIls ont arrêté Yves Prigent,\nIls ont arrêté Yves Prigent\nEt sur l'aire de la salle ils l'ont abattu.\nYves Prigent disait\nA La Villaudry, là, alors :\nSeigneur de la Villaudry, si vous m'aimez,\nSur l'aire de votre salle vous ne me tuerez point.\nVous ne me tuerez point sur l'aire de votre salle.\nMon sang est pour moitié du sang royal.\nLe vieux La Villaudry disait\nA Yves Prigent, là, alors :\nJ'ai des chiens et des lévriers\nQui laperont ton sang à mesure que tu le répandras\nSeigneur de La Villaudry, si vous m'en croyez,\nVous ne me tuerez pas dans votre maison :\nConduisez-moi au seuil de l'écurie,\nQue je voie mon cheval avant de mourir !\nV\nYves Prigent disait,\nAu seuil de l'écurie quand il arrivait :\nSeigneur Dieu, mon cheval chéri,\nC'est donc ici que nous perdrons la vie !...\nLe petit cheval blanc ne l'a pas plus tôt entendu\nQu'il a rompu son attache ;\nIl a brisé quatre chaînes,\nSur le vieux La Villaudry il s'est rué.\nIl a tué sept des La Villaudry,\nMais, quand il est arrivé au huitième,\nMais quand il est arrivé au huitième,\nHélas I celui-là l'a tué."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.8", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nCelui-là a tué le cheval,\nGrâce à la cuirasse qu'il avait revêtue.\nYves Prigent et ses richesses,\nTout est resté sur la place (1).\nChaque gwerz forme ainsi une sorte d épopée fruste et fragmentaire ou, si\nl'on veut, de petit drame en raccourci, moitié conté, moitié dialogué. La son, au\ncontraire, est tantôt lyrique, tantôt satirique. Elle dit les joies et les tourments\nde l'amour, elle se plaît aux aventures sentimentales, heureuses ou malheu-\nreuses, elle plaint l'amante délaissée ou venge l'amant trahi. Plus généralement\nencore, c'est le poète rustique lui-même qui nous y fait ses confidences, qui y\nchante ses espoirs ou y pleure ses désillusions, qui y épanche, en un mot, son\ncœur.\nLes soniou sont la poésie personnelle de la Bretagne, comme les gwerziou\nen sont la poésie impersonnelle. Elles diffèrent encore de celles-ci, en ce qu'elles\nadmettent toutes les variétés de vers, depuis le vers de cinq jusqu'au vers de\ntreize syllabes, et qu'elles comportent à l'ordinaire un refrain.\nLa langue, peu imagée, est souvent médiocre et plate, mais l'accent ne laisse\npas d'être profond. L'on en jugera par ces trois types.\nLES SECRETS DU CLERC.\nToutes les nuits, toutes les nuits, quand au lit je vais,\nAu lieu de dormir, je ne fais que pleurer,\nAu lieu de dormir, je ne fais que pleurer,\nEn pensant à celle que j'aime.\nJe vais tous les jours à la forêt du Bois d'Amour,\nDans l'espérance de vous voir aller chercher de l'eau.\nQuand je vous vois venir à travers les bois,\nAux feuilles des arbres je confie mes secrets.\nA fragile confident vous contez vos secrets,\nSi vous les contez aux feuilles, dans les bois.\nQu'il vienne pluie, ou vent, ou tourmente,\nVoilà vos secrets emportés, jeune homme !\nMieux vaudrait les écrire dans mon cœur ;\nLà ils demeureraient, gentil clerc, profondément gravés (2).\nPERRINE COAT.\nS'il vous plaît, vous écouterez\nUne son nouvellement composée\nDiguedon ma dondaine\nié, ié,\nDiguedon ma dondé !\nUne chanson nouvellement composée,\nA une jeune fille elle est faite ;\nA une jeune fille elle est faite :\nPerrine Coat on la nomme.\nPerrine Coat certes pleurait,\nElle ne trouvait personne pour la consoler ;\nElle ne trouvait personne pour la consoler,\nSi ce n'est Tersec : celui-là le faisait.\n\n(1) Soniou Breiz-Izel, I, p 170.\n(2) Soniou Breiz-Izel, I, p. 194- !95-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.9", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nTaisez-vous, Perrine, ne pleurez pas,\nJe vous ferai marier quand il vous plaira.\nPerrine Coat, de Buhulien,\nPlus claire de teint que de l'eau dans un verre,\nA un tablier bleu à son giron,\nUn châle de mérinos sur les épaules,\nUn collier d'or autour du cou,\nEt c'est Tersec qui a payé le tout !\nQuand va Perrine dans les recoins caches,\nTersec est derrière qui la tire par la jupe,\nTersec est derrière qui la tire par la jupe :\nPerrine, il est temps de s'aller reposer :\nDe la Tour d'Auvergne, on la voit\nAller avec lui coucher dans sa chambre;\nSi bien que l'on crie après Tersec :\nTu es à coup sûr le coq des filles !\nTaisez-vous, Perrine, ne pleurez pas,\nJe vous épouserai quand il vous plaira !\nLes voilà fiancés et mariés\nEt allés dans un lit coucher (i) !\nNi PRÊTRE NI MOINE.\nEntre le labour et le pré\nIl y a un pont, je sais bien,\nEt personne n'y peut passer\nA cause d'une troupe d'écoliers...\nA la grand'messe quand je vais,\nPater ni Ave je ne dis,\nJe ne fais que regarder par-dessus mon épaule\nUne jeune fille qui fait toute ma joie.\nJe vois ma douce au milieu de l'église\nAussi belle qu'or ou fleur de lis.\nUne coiffe de batiste est sur sa tête\nQui a coûté six écus l'aune ;\nUne petite coiffe est par-dessous\nEn dentelle de la plus belle sorte.\nLe cotillon qu'elle a sous sa jupe\nEst bordé d'un double galon d'argent.\nSa robe rouge descend jusqu'à terre...\nDu plus profond de mon cœur je l'aime !\nGarnissez d'argent votre poche\nEt allez à l'école à Tréguier ;\nEt allez à l'école à Tréguier,\nEt soyez prêtre avant de revenir à la maison.\nGardez votre argent en votre bourse !\nJe ne serai ni prêtre ni moine.\nJetez mes livres dans le feu\nOu donnez-les à mon jeune frère ;\nOu donnez-les à qui vous voudrez,\nCar, pour prêtre, je ne le serai point !\n\n(1 ) Soniou Breiz-Izel, p. 150 152."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.10", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nJe ne serai ni prêtre, ni moine !\nMon cœur veut une fille,\nUne jeune fille jolie, de Cornouaille,\nA l'œil bleu, aux cheveux blonds.\nEt, si je ne l'ai pas,\nPréparez l'extrême-onction pour moi (i) !\nIII\nTelles sont les deux grandes catégories de chants où l'inspiration bretonne\ns'est plus particulièrement donné carrière. Leurs auteurs nous sont pour la plu-\npart inconnus. Il est très rare, en effet, que le poète se nomme dans ses vers.\nC'est tout au plus si, parfois, dans le couplet final, il glisse une discrète allusion\nsoit au métier qu'il exerce, soit au pays où il habite II dit par exemple : « Celui\nqui a fait la chanson demeure à Lannion, au bout de la halle : vous l'y trouverez\nà un endroit ou à l'autre ». Ou encore : « Cette chanson a été faite par un jeune\nmeunier, pendant que son moulin moulait, une nuit qu'il ne pouvait dormir ». A\ncela se bornent les renseignements que ces « rimeurs », comme ils s'intitulent,\nnous fournissent sur leur personnalité. Mais ce qu'ils ont omis ou dédaigné de\nnous apprendre, leurs œuvres le proclament. A la manière plutôt rude dont les\nseigneurs sont traités dans les gwerziou, comme aux façons de sentir dont\ntémoignent les soniou, il est aisé de voir que, citadins ou paysans, les auteurs de\nces compositions étaient tous des gens du peuple. Le breton ne fut jamais\naussi haut du moins qu'il soit permis de remonter dans son histoire que la\nlangue des classes inférieures ; la seule littérature qu'il ait produite jusqu'à\nla fin du xvme siècle est une littérature d'origine populaire ou fabriquée à\nl'usage du peuple. Ce peuple, le plus souvent, ne savait ni lire ni écrire. Gwer-\nziou et soniou sont, pour une très grande part, des élucubrations d'illettrés. Les\nhumbles poètes à qui nous les devons n'étaient point des professionnels de la\npoésie. Ils rimaient par occasion ou, pour employer une de leurs expressions\nfavorites, par « passe-temps ». La poésie était pour eux une chose de circon-\nstance à laquelle ils ne vaquaient qu'à leur loisir. Dans le train coutumier de la\nvie ils étaient de pauvres hères, laboureurs courbés sur la glèbe, tisserands atte-\nlés à leurs métiers, meuniers piquant leurs meules, tailleurs poussant leur\naiguille, cordiers tressant leur chanvre, à l'écart des autres hommes, dans les\nvieux chemins abandonnés. Quand la muse les visitait, c'était aux heures de\nrepos ou durant les flâneries d'âme que l'occupation manuelle encourage et\nféconde chez les races qui savent rêver. Des chants leur venaient qu ils se chan-\ntaient longtemps à eux-mêmes, que l'oreille de leur entourage recueillait aux\nveillées, que sa lèvre répétait de proche en proche, et que la mémoire des géné-\nrations perpétuait à travers les siècles Ainsi s'est fait au jour le jour ce mul-\ntiple poème non écrit où s'est exprimé le meilleur et le plus pur de l'antique\ngénie de la Bretagne.\nIl serait toutefois excessif de prétendre que tous les vieux chants bretons sont\nl'œuvre de gens sans lettres; il convient même de faire à cet égard une impor-\ntante exception pour les chansons dites « chansons de clercs » (soniou cloarec).\n\n(1) Paris, Calmann Lévy."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.11", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nOn désignait, on désigne encore en Bretagne par ce nom de « clercs » les fils de\ncultivateurs aisés qui avaient séjourné quelque temps au collège, dans l'inten-\ntion de se destiner à la prêtrise, puis, soit manque de vocation, soit insuffisance\nd'aptitudes, étaient rentrés aux champs paternels, vaguement frottés d'un peu\nd'histoire religieuse et de latin d'église. Dans un milieu voué à l'ignorance, ils\npassaient pour instruits. D'avoir pris l'air des choses intellectuelles, ils gardaient\ndans les manières et dans la mine quelque chose de distingué qui les faisait res-\npecter du commun, d'autant qu'ils s'appliquaient à émailler leur langage de mots\nfrançais incompris du peuple. Volontiers ils enchâssaient dans leurs discours\ndes noms mythologiques dont on s'ébahissait autour d'eux. Les jeunes filles les\naimaient avec trouble: ils avaient une façon à eux de « conter fleurette », ils\nétaient moins rustres, moins balourds dans l'expression de leurs sentiments, et\nils savaient l'art de célébrer leurs « douces» en des vers où abondaient les méta-\nphores. Les chansons d'amour qu'ils nous ont léguées sont parmi les plus atta-\nchantes, quand elles ne sont pas gâtées par une grotesque pédanterie. On en a\nvu plus haut un spécimen assez caractéristique dans la son intitulée : Ni prêtre\nni moine.\nIllettrés ou demi-savants, tout le monde, avons-nous dit, chantait uniquement\npar occasion et pour le seul plaisir de chanter. N'y eut-il pas, cependant, des\nécoles non point de bardes, car le mot a depuis longtemps cessé d'avoir cours\nen Bretagne, parmi le peuple, mais de chanteurs de profession, continuateurs\ndégénérés des harpeurs bretons du moyen âge, mais animés encore de leur\nesprit, héritiers de quelques-unes de leurs traditions et vivant comme eux du\nproduit de leur art ? Les documents font défaut pour l'affirmer avec certitude.\nLe passé ne nous a transmis aucun nom. Mais on s'expliquerait difficilement\nque le système compliqué de l'ancienne versification bretonne eût subsisté\nintact jusque vers le milieu du xvne siècle, si les procédés n'en avaient été\nmaintenus par une discipline orale, à défaut d'un enseignement écrit. Il est donc\ninfiniment probable qu'il y a eu en Bretagne, de tout temps, des corporations\nd'aèdes villageois, d' « Homères en sabots », comme dit Luzel, parcourant les\nfoires et les pardons pour y exhiber leur talent et faisant métier de poésie. C'est\nune espèce, en tout cas, dont le xixe avu paraître plusieurs types. Deux d'entre\neux furent réputés par leurs semblables pour des maîtres et acquirent une\nmanière de célébrité dans les campagnes du Trégor, du Léon, voire de la\nCornouaille finistérienne.\nLe premier en date avait nom Yann ar Gwenn. II habitait, sur la rive gauche\nde l'estuaire de Tréguier, près du hameau marin de la Roche-Jaune, dans l'anse\nde Crec'h-Suliet, une chaumine que l'on montre encore en passant. L'hiver, il\ns'y enfermait, en compagnie de sa femme. Marie Petibon, et restait tout le long\ndu jour assis au coin de l'âtre, les paupières closes sur ses prunelles mortes, car\nil était aveugle. Son corps ne remuait point, mais sa pensée travaillait active-\nment. Il composait de tête ses chansons. Sur ses genoux il y avait un morceau\nde bois où, le couplet trouvé, il taillait une coche. Il s'arrangeait pour que le\nnombre des couplets ne fût jamais le même d'une chanson à l'autre, afin de pou-\nvoir distinguer chaque chanson par le nombre de coches taillées dans le morceau\nde bois correspondant. Le printemps venu, l'ère des pardons ouverte, Yann ar\nGwenn quittait son escabeau et, guidé par Marie Petibon, se mettait en route\npour Morlaix, où le libraire Lédan copiait ses vers sous sa dictée, puis les lui"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.12", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nimprimait sur feuilles volantes. Muni d'un stock de chansons imprimées, Yann\ncommençait alors ses pérégrinations à travers les trois évêchés, d'après un itiné-\nraire déterminé par les dates de célébration des fêtes locales. Dès qu'il avait\npris place sous l'if du cimetière, les danses s'arrêtaient, un auditoire attentif se\npressait autour de lui, les mains se disputaient les feuilles à deux sous, et, le soir,\ndans les chemins creux, les couples attardés se renvoyaient à travers le silence\ndes campagnes les strophes rustiques de Yann ar Gwenn. On les chante encore.\nQuand il mourut, les actes de décès de Plougniel, sa commune natale, le quali-\nfièrent « poète ». Il laissait un disciple, un autre Yann, deuxième du nom, qui\nfut Yann ar Minous.\nDe celui-ci j'ai parlé longuement dans le volume intitulé : Au Pays des Par-\ndons, auquel on me permettra d emprunter ces quelques extraits : « Yann vint\nau monde à Lézardrieux. Son père passait pour très instruit parce qu'il savait\nlire et joignait à ses occupations de tisserand les fonctions de maître d'école. Sa\ntâche du jour terminée, il réunissait chez lui une dizaine de galopins du voisi-\nnage, il leur faisait la classe, c'est-à-dire leur enseignait le catéchisme, leur\napprenait à reconnaître la place de chaque office dans le paroissien, et leur\nbourrait la mémoire de vieilles complaintes... Yann fit de si rapides progrès que\nson père, rêvant pour lui les hautes destinées du sacerdoce, l'envoya étudier à\nPleumeur, où il y avait un instituteur en titre... Yann fut ainsi initié au français\net même quelque peu au latin. Mais il en eut tout de suite assez. On ne chantait\npas assez de chansons bretonnes à l'école de Pleumeur : il la déserta... On le\nloua àun fermier de Saint-Drien... Il fut censé surveiller les vaches, les taureaux\net les génisses dans les pacages illimités. En réalité, il passait le temps, assis\nentre deux touffes d'ajonc, à écouter un oiseau mystérieux qui s'était mis à siffler\ndans sa tête... C'est là, dans la paix des landes mélancoliques, que, pour la pre-\nmière fois, l'Esprit de la poésie primitive le vint visiter. Il n'avait, en effet, que\ndouze ans lorsqu'il composa sa pièce de début, celle-là même qui, refondue et\nremaniée, s'est appelée plus tard «La Confession de Jean Gamin » (Covizion\nYann Grennard)... Le fond d'indiscipline qui était en lui, il ne s'en défit jamais...\nIl conserva jusqu'à sa mort le tempérament inquiet et aventureux d'un sauvage. »\nAyant pris femme, il essaya cependant de s'astreindre à une besogne fixe et fut\nquelque temps broyeur de lin. Mais la perte d'une fille qu'il adorait le rendit à\nla vie vagabonde. Il résolut de ne vivre plus que deses chansons. Yann ar Gwenn,\nvieux et perclus, lui donna l'accolade, heureux de se découvrir en lui un conti-\nnuateur. (( Cette consécration fut pour beaucoup dans les nobles illusions dont\nYann se berça, tant qu'il vécut, sur la qualité de son talent... Les ouvriers de\nl'ancienne imprimerie Le Goffic, à Lannion, n'ont pas oublié de quel air de\ncondescendance et de supériorité ce barde équipé en mendiant disposait sur le\nmarbre ses extraordinaires manuscrits. )) C'est par blocs de dix, vingt mille\nexemplaires qufil faisait imprimer ses chansons, et il ne lui en restait jamais d'in-\nvendus. « Il n'eût tenu qu'à lui d'amasser ainsi une modeste aisance... Mais il\nétait trop de son pays et de sa race pour avoir le sens de l'économie. Il fût mort\nde misère sur les routes, comme un chemineau, si les infirmités de la vieillesse,\nparalysant en lui l'instinct nomade, ne l avaient ramené au foyer de famille pour\ny finir ses jours à l'abri du besoin. »\nAvec lui semble s'être éteinte la grande lignée des chanteurs ambulants de la\nBretagne. Ceux qui errent encore de-ci de-là ne méritent même pas d'être appe-"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.13", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nlés la monnaie des «deux Yann ». Si la chanson populaire bretonne n'a pas\ncomplètement émigré de la place publique, elle n'y compte plus guère, en tout\ncas, que de fort médiocres représentants.\nIV\nAussi bien n'est-ce pas là qu'il faut chercher ses dévots les plus fidèles ni ses\ninterprètes les plus autorisés. Les vrais dépositaires de la poésie et de la musi-\nque, comme de toute l'ancienne tradition bretonne, ce sont les femmes, j'entends\nles femmes sans culture, que l'humilité de leur condition voue à des besognes\nprécaires ou serviles. Telles les filles de ferme, les ramasseuses de varech, les\nfileuses, les couturières à la journée, les pèlerines par procuration. C'est surtout\nde leurbouche queLuzel a recueilli sa moisson poétique, et Bourgault-Ducoudray\nsa moisson musicale.\nAmes délicieuses et surannées, riches du trésor de songes de toute une race!\nEn présenterai-je ici quelques-unes, de celles que j'ai hantées au temps précisé-\nment où je travaillais sous les auspices de Luzel à compléter le recueil des So-\nnt on ? Voici, par exemple, la veuve Penlite, de Kerbors. Elle gagne péniblement\nsa vie à corder des étoupes avec lesquelles elle fabrique des mèches pour les\nchandelles de résine dont se servent les paysans. C'est une chanteuse émérite.\nAux veillées d'hiver, les gens d'alentour se donnent rendez-vous chez elle pour\nl'entendre. « Ce n'est pas que j aie le cœur gai, Monsieur: je ne suis qu'une pau-\nvresse et mon mari est mort en mer. Mais, de chanter, cela fait paraître les\njours moins longs et la destinée moins mauvaise. » Cette autre, la femme Mao,\nde Pleudaniel, a encore son mari, qui est cordonnier. Elle l'aide dans son état\nen ravaudant les vieilles chaussures. Fine et nerveuse, tout vibre en elle quand\nelle chante : elle a des gestes qui miment merveilleusement. Parmi les chansons\nqu'elle me dicta figurait la son d'une fileuse se peignant à l'avance sa félicité, le\njour où son fils serait prêtre. C'était la fileuse elle-même qui 1 avait « rimée »,\nparaît-il, au bruit de son rouet, en caressant son rêve de mère bretonne. Elle\ns'appelait Nann Boënz, de Lézardrieux. Françoise Mao, qui l'avait connue, tout\nenfant, avait retenu d'elle cette courte et exquise improvisation. Pour me la\nchanter, elle imitait, de la tête et de la main, l'attitude de la vieille Nann , et\nreproduisait jusqu'au chevrotement flûté de sa voix. Cette autre, Lise Bellec, de\nPort-Blanc, est couturière à la journée dans la semaine, et marchande de fruits\nou de gâteaux, devant l'entrée du cimetière, le dimanche. Sa mémoire est un\nmonde. Elle chante comme on prie, les yeux baissés, les mains jointes, et d'un\naccent doux et posé qui a quelque chose de séraphique. Cette autre... Mais il\nfaudrait des pages pour énumérer seulement les noms. Contentons-nous de dire\nqu'ils pâlissent tous à côté de celui de Marguerite Philippe, plus communément\ndésignée par son diminutif de Godic.\nLe pays de Pluzunet, où elle habite, a été longtemps le centre peut-être le\nplus actif de la culture armoricaine. De simples laboureurs, comme Claude Le\nBihan, des fourniers de village, comme Jean Le Ménager, des propres à tout\nne réussissant à rien, comme cet original de Lestic, y consacraient jadis leurs\nsoirées à transcrire d'une plume pieuse les manuscrits de nos mystères, et leurs\nsaisons de chômage à les représenter. Nul terroir n'est plus fécond en légendes,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.14", "texte": "LA CHANSON POPULAIRE EN BRETAGNE\n\nen fictions, en superstitions de toute espèce. Ces antiques superstitions locales,\nMarguerite Philippe en vit moralement, matériellement aussi. Le peu d'argent\nnécessaire à sa subsistance, c'est moins son métier de fileuse que sa réputation\nde « pèlerine » qui le lui rapporte. Son principal gain consiste, en effet, à accom-\nplir des pèlerinages pour autrui. Voyageant sans cesse de sanctuaire en sanc-\ntuaire, elle ne laisse pas échapper une occasion de s instruire en chemin.\nElle déjeune dans une ferme, couche dans une autre, s'entretient avec les\ngens qui passent, interroge, se fait répéter jusqu'à ce qu'elle ait retenu, et\nconstamment se renseigne. L'effroyable quantité de choses qu'elle a ainsi\nentassées pêle-mêle dans son obscur cerveau est au-dessus de toute imagination.\nCe n'est plus une femme, c'est la tradition incarnée. Elle se compare elle-\nmême au bahut miraculeux de saint Yves : plus on en tire, plus il en reste.\nLuzel, qui Fallait voir tous les ans, désespérait chaque fois, en la quittant son\ncarnet plein, de la vider jamais. J'ai refait la même expérience pour mon\npropre compte Nombre d'autres peuvent la recommencer après moi : tant que\nMarguerite Philippe sera de ce monde, les traditionnistes se lasseront plus\ntôt de la questionner que sa mémoire de fournir.\nPour ce qui est des chants, toutefois, je ne pense pas qu'elle en ait beaucoup\nd'inconnus en réserve. De ce côté, le meilleur du travail est fait, du moins quant\naux paroles. Mais que sont les paroles sans la mélodie qui les anime? Rendre\nau corps son âme, fixer la musique des chants bretons comme on en a fixé le\ntexte, voilà la grande tâche qui reste à remplir.\nV\nCe n'est point que cette tâche n'ait déjà trouvé des ouvriers. 11 y a beau temps\nque certains airs bretons, comme Ann hini goz et « Je suis natif du rinistère »,\nont fait le tour delà France et même le tour du mcnde. D'autre part, le vicomte\ndelà Villemarqué a eu le bon esprit d'en publier quelques-uns à la suite du\nBarzaz-Breiz. M. Quellien a procédé de même dans le volume intitulé : Chansons\net Danses des Bretons armoricains. Enfin, qui ne connaît les belles et profondes\nmélodies recueillies par M. Bourgault-Ducoudray, au cours de ses diverses mis-\nsions en Bretagne ? L'initiative de ce maître, si passionné pour tout ce qui touche\nsa province natale, a suscité de nombreux imitateurs. Qu il me suffise de nom-\nmer M. François Vallée à Saint Brieuc, M. l'abbé Buléon à Vannes, MM. René\nSaïb et Loeiz Herrieu à Lorient. Je suis enfin bien placé pour savoir que la\nfaculté des lettres de Rennes possède une abondante collection d airs bretons,\nfixés par son éminent doyen, M. Loth, avec l'aide du phonographe, et n atten-\ndant, pour être notés, qu'un musicien qui sera, nous en avons la promesse,\nM. Bourgault-Ducoudray lui-même.\nL'œuvre de sauvetage des mélodies populaires de la Bretagne est donc plus\nque commencée. Mais il est fort à désirer qu'on la pousse activement II y a\nurgence Les vieilles chanteuses, dernières conservatrices du passé breton, s'en\nvont une à une, « comme se détachent les feuilles à l'automne », selon la poé-\ntique expression de l'une d'elles. Elles seront bientôt une espèce éteinte et qui\ntout le fait craindre n'aura pas de renouvellement. Les jeunes filles désap-\nprennent de jour en jour les chansons de leur pays pour les remplacer par des"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.15", "texte": "LA MUSIQUE EN ITALIE, DU Xive AU XVIIIe SIÈCLE\n\nchansons françaises et non pas les meilleures, hélas ! Une pauvresse de\nPuault, à qui mon père demandait de chanter, lui répondit en improvisant ce\nquatrain :\nSiouaz ! ma lienou\n'Zo êt da liboudennou,\nHa ma c'hanaouennou\nDa huanadennou !\n« Hélas ! mes langes s'en sont allés en guenilles et mes chansonnettes en\nsoupirs! » Le temps n'est peut-être pas si éloigné où ces vers mélancoliques\nseront applicables à toute la Bretagne d'autrefois. Il importe donc de recueillir\nau plus vite les suprêmes accents d'une race dont Renan a pu dire que, « dans\nle grand concert de l'espèce humaine, aucune famille n'égala celle-ci pour les\nsons pénétrants qui vont au cœur ».\n\nANATOLE LE BRAZ.\n\nLa musique en Italie, du XIVe au XVIIIe siècle,\nD'APRÈS UNE PUBLICATION RÉCENTE.\n\nM. Luigi Torchi, dont nous avons eu déjà l'occasion de signaler aux lecteurs\nde cette Revue le remarquable livre sur la Musique instrumentale en Italie, aux\nXVIe, XVIh et XVIIIe siècles, a entrepris, depuis environ dix ans, une œuvre mo-\nnumentale, consacrée à la gloire de la musique italienne. Cette œuvre, intitulée :\nïArte musicale in Itaha, est une « publication nationale des plus importantes\nœuvres italiennes, du xive au xvme siècle, extraites des manuscrits anciens et\ndes éditions primitives, transcrites en notation moderne, mises en partition,\nharmonisées et annotées (1). » Cinq volumes ont déjà paru. Cette belle publica-\ntion, éditée avec l'élégance et la clarté habituelles aux éditions Ricordi, fait à la\nfois l'honneur du savant qui l a entreprise, et de la maison qui l'a accueillie Elle\nest le fruit d'un grand amour pour la patrie italienne et pour son art d'autrefois.\nOn ne saurait trop louer cette piété qui s'efforce de rappeler à l'ltalie moderne,\ntrop insouciante et oublieuse, les chefs-d'œuvre de son passé.\nChaque peuple, en travaillant à accroître ou à conserver sa grandeur, travaille\npour l'humanité tout entière, dont il augmente ainsi le trésor de pensée En ce\nsens, il est bien vrai que « la voix de l'ltalie est celle du monde », comme le\ndit M. Torchi II convient toutefois Je ne pas exagérer ; et peut-être M. Torchi\nest-il entraîné un peu loin par son patriotisme, lorsqu'il écrit que « la musique\nitalienne a engendré la musique de tous les autres peuples d'Europe » (2). Sans\n\n(1) Luigi Torchi. UArte musicale in ltalia(XlV s. al XVIII).\nI. Secoli XIV, XV, XVI : Compositions sacrées et profanes à plusieurs voix.\n11. XVI sec. : Compos. sacrées et profanes à plusieurs voix.\n111. Sec. XVI, XVII, XVIII : Compos. pour orgue ou cembalo.\nIV. Sec. XP7/ : Compos. à plusieurs voix. Sonate à plusieurs instruments.\nV. Sec XVII : Compos. à une et plusieurs voix.\n(2) Exactement : « La musique instrumentale italienne, comme celle de tout autre genre, est la\ngénératrice de la musique instrumentale artistique de tous les autres peuples d Europe. » (Pré-\nface du tome III.)"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.16", "texte": "LA MUSIQUE EN ITALIE, DU XIVe AU XVIIIe SIÈCLE\n\ndoute, il n'y a guère de nations à qui l'art doive plus qu'à l'ltalie ; et je n'ai\ncessé, pour ma part, de le rappeler, toutes les fois que je l'ai pu Mais il n'y a\naucune raison pour attribuer àun peuple, à l'exclusion des autres, une sorte de\nsuprématie artistique qu'il n'a pas. Je sais trop que c'est l'habitude des historiens\nde toutes les nations : il n'est guère d'histoire de la musique, écrite en Italie, en\nAllemagne, en Angleterre, ou en France, où cette question de prééminence ne\nsoit tranchée avec la même sûreté imperturbable en faveur de l'ltalie, ou de\nl'Allemagne, ou de l'Angleterre, ou de la France ; et il n'y a pas beaucoup plus\nde raisons dans un cas que dans l'autre. Rien de plus vain que cet exclusivisme,\nqui fait tort aux plus beaux travaux, en rétrécissant leur champ d'observation,\net en faussant l'intelligence des savants les plus consciencieux. Aux Italiens en\nparticulier, je me permettrai de rappeler le mot de ce grand Italien, Mazzini,\nproclamant, il y a plus de cinquante ans, « qu il n'y a plus ni hommes-rois, ni\npeuples-rois, que 1 initiative n'est pas dans une seule race, qu'elle est dans\ntoutes les races, et que le progrès humain est l'œuvre de leurs communs\nefforts » (i). Le temps n'est plus, où l'on faisait dater la musique de Palestrina.\nIl n'est plus un seul musicien sérieux en Europe qui ne sache, à présent, que\nPalestrina, loin d'être un commencement, est le terme d'une longue et glorieuse\névolution, qui n'est pas proprement italienne : tant s'en faut. Chacun sait, ou\ndoit savoir à présent que l'art franco-flamand a régné sur l Europe, pendant\ntout le xve et une partie de xvic siècle, qu'il dominait à Rome, au temps de\nLéon X ; et le Livre des Messes de Brumel, de la Rue, etc. (2), publiées par M. Henry\nExpert, est là pour montrer la fausseté des anciens lieux communs, d'après les-\nquels cet art eût été un art primitif, archaïque et barbare, où l'ltalie introduisit\nla beauté et la vie : en réalité, ce sont là des chefs-d'œuvre, d'une beauté aussi\nparfaite que ceux de l'époque palestrinienne, et d'une vie bien plus libre ; vous\naurez de la peine à trouver dans tout l'art italien du xvie siècle l'équivalent de la\nfougue, de l'exubérance et de la beauté raffinée des Jannequin, des Josquin, des\nRoland de Lassus, des Costeley, ou des Claude le Jeune. Dans la musique\ninstrumentale, l'Angleterre règne, àla fin du xvie siècle et au commencement\ndu xviie ; et les Italiens sont bien loin du charme, de la fantaisie et de la liberté\nd'un Byrd, d'un John Bull, ou d'un Orlando Gibbons. Enfin le xvne siècle\nallemand a dans la polyphonie vocale et instrumentale une puissance et une\nplénitude, dont l'ltalie n'approche pas de bien loin. Pourquoi donc se fermer\nles oreilles, de parti pris, à ces vérités évidentes, et qu'est-ce que la gloire ita-\nlienne a à gagner à ces négations ou ces oublis, dont aucun musicien instruit\nne saurait plus être dupe ? S'il est vrai que Bach et Haendel se sont nourris d'art\nitalien (et je l'ai dit et répété moi-même, à maintes reprises, de même que je\nn'ai jamais laissé passer une occasion de montrer ce que tous les musiciens alle-\nmands, jusqu'à Gluck et Mozart, doivent aux Italiens) est-il permis de laisser\ncroire que ces génies encyclopédiques, ces puissants créateurs procédaient\nd'une école étrangère, et qu'ils ne trouvaient pas chez eux, autour d'eux, des\nexemples égaux et supérieurs à ceux de l'ltalie ? Quels noms l'ltalie du xvie siècle\npeut-elle comparer, depuis la mort de Frescobaldi, à Schutz, à Kuhnau, à\n\n(1) G. Mazzini, L'initiative révolutionnaire. 1835.\n(2) Liber quindecim missarum electarum quœ fier excellentissimos musicos composites fuerunt.\nRome, 1516. Ces 15 messes sont toutes de maîtres flamands et français."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.17", "texte": "LA MUSIQUE EN ITALIE, DU XIVe AU XVIIIe SIÈCLE\nK. M.\n33\n\nPachelbel, à Buxtehude ? Je sais bien que le sujet de M. Torchi était l'Art\nmusical en Italie seulement. Mais outre qu'il n'est plus guère possible aujour-\nd'hui de bien comprendre l'art d'un peuple en jl'abstrayant de l'ensemble du\nmouvement artistique européen, certaines assertions de M. Torchi, qui tendent\nà revendiquer pour l'art italien le privilège d'avoir devancé et surpassé l'art des\nautres peuples, appellent cette rectification : l'art italien n'a ni devancé, ni\nsurpassé l'art des autres nations dans la polyphonie vocale, où l'art franco-\nflamand fut le premier à tous égards. Dans la musique instrumentale (tout au\nmoins pour orgue et pour clavecin), il a partagé la suprématie artistique avec\nl'Allemagne et l'Angleterre. Il n'a été vraiment un initiateur et un maître que\ndans une province de la musique qu'il découvrit : la musique récitative, l'opéra ;\net c'est par là qu'il régna sur l'Europe du xvne siècle. Ces distinctions ne me\nsemblent pas faites dans la publication de M. Torchi, où d'ailleurs la musique\ndramatique italienne est, jusqu'à présent, insuffisamment représentée.\nAu reste, il y ade sérieuses critiques à faire au plan de l'ouvrage. Tout\nd'abord, est-ce une publication savante, ou une œuvre de vulgarisation artis-\ntique ? Je ne vois pas que M. Torchi ait su prendre parti dans cette alternative. Il\nne cesse de se défendre de faire œuvre d'érudition (en quoi il a bien tort ; car\nce serait rendre service à tous). On croirait, à l'entendre, qu'il ne vaille pas la\npeine de s'expliquer sur la technique de l'art ancien, et que les éclaircissements\nde ce genre soient des lieux communs de la critique. En est-il si assuré ?\nTous ceux qui ont entrepris l'étude de l'histoire musicale savent quelles en sont\nles difficultés, et le peu que nous savons encore, à 1 heure actuelle ; et ils ne cher-\nchent pas àen esquiver les problèmes, sous prétexte que la solution n'en est un\nsecret pour personne. A tout le moins, des renseignements historiques ou\nbiographiques n'eussent pas été superflus pour nous présenter ces auteurs, dont\nune bonne partie sont à demi obscurs, même pour les historiens de profession.\nEnfin, sans parler de certaines transcriptions inquiétantes ou douteuses, il\nétait indispensable de nous indiquer l'origine de chaque œuvre, et le dépôt d'où\nelle a été tirée. L histoire d'aujourd'hui veut pouvoir exercer constamment un\ncontrôle ; elle exige une précision scientifique ; et le meilleur travail, s'il en est\ndépourvu, est bâti sur des bases fragiles.\nMais, dit M. Torchi, ce n'est là pas une œuvre de science et d'histoire, maisd'art\net de vulgarisation. En ce cas, la publication, pas assez savante pour des savants,\nl'est beaucoup trop pour ceux qui ne le sont point. Le parti généralement adopté\npar M. Torchi de conserver les clefs anciennes, et de ne joindre à la partition\naucune réduction au piano, fait que les premiers volumes resteront lettre morte\npour l'immense majorité des musiciens. (C'était déjà l'écueil où se heurtèrent chez\nnous les Maîtres musiciens de la Renaissance française,Q&Y M. Henry Expert, quoi-\nqu'ils fussent beaucoupplus accessibles à tous.) Mais surtout le choix qui a été\nfait des œuvres est trop évidemment guidé par des raisons plus historiques\nqu'artistiques. Une quantité de ces œuvres ne se recommandent par aucun mé-\nrite spécial de forme ou d'expression, et n'ont qu'un intérêt purement documen-\ntaire. En revanche, les plus belles œuvres de l'époque manquent à la collection,\nsous prétexte qu'elles sont trop connues. Ainsi les noms de Palestrina et des plus\ncélèbres compositeurs de son école sont absents des volumes consacrés au\nxvie siècle ;et l'opéra du xvne siècle n'est, jusqu'à présent, représenté que par quel-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "438", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.18", "texte": "LA MUSIQUE EN ITALIE, DU XIVe AU XVIIIe SIÈCLE\n\nques fragments de Stefano Landi.M. Torchi nous fera-t-il croire que les chefs-\nd œuvre de Palestrina, Vittoria, Monteverdi, Péri, Domenico Mazzocchi, Jacopo\nMelani, Provenzale, etc., sont connus du grand public musicien ? Il sait bien\nle contraire. Il est donc clair que sa publication ne s'adresse, en réalité, qu'à\nl'élite de ce public, aux historiens ; et par suite, elle devait avoir un caractère\nscientifique et historique qu'elle n'a point.\nJe suis fâché d'avoir à faire ces critiques à une œuvre qui représente un grand\nlabeur et une grande foi. Mais comment n'être pas choqué par son caractère\nhâtif et désordonné ? Il est impossible de comprendre comment et pourquoi ces\nfragments musicaux sont compilés les uns sur les autres, sans lien, sans suite, en\ndépit des dates et de toute raison historique ou artistique. Après les audacieuses\nToccate de Michelangelo Rossi, qui sont de 1657, vous voyez'venir les Ricercari\narchaïques de Adriano Banchieri, qui sont des premières années du siècle. Ber-\nnardo Pasquini précède Tarquinio Merula et Michelangelo Rossi. Fabrizio Fon-\ntana (1677) précède Frescobaldi (1637) Un air de Francesca Caccini, qui est de\n1620, suit des airs de Luigi Rossi, qui sontdu temps de Mazarin. Péri vient après\nLandi. Les componimentiper organode Jio. Maria Trabaci, qui sont de 1603,\nsont immédiatement suivis des sonates de Domenico Zipoli, qui sont de 1716.\nSupposez une anthologie de la poésie française, où Voltaireferait immédiatement\nsuite à Malherbe, et où Racine précéderait Corneille. Cette compilation de mor-\nceaux semble parfois l'œuvre du hasard , et je crains qu'elle ne soit faite pour\njeter bien du trouble dans l'esprit de ceux qu'elle prétend instruire. Je ne con-\nçois pas cette négligence chez un savant de la valeur de M Torchi, qui possède,\nà un si haut degré, le souci de l'éducation artistique de son peuple. Qu'il m'excuse\nde le critiquer. C'est mon devoir de lui signaler de graves erreurs de plan et de\ncomposition, qu'il lui sera facile d'éviter ou de corriger, soit dans ses volumes\nsuivants, soit dans une réédition des premiers. Je n'insisterais pas tant sur ces\nfautes, si je n'appréciais hautement l'importance de cette œuvre, et la valeur his-\ntorique de la quantité des documents qui s'y trouvent jetés pêle-mêle.\nCes documents sont d'ailleurs de valeur extrêmement inégale.\nLes deux premiers volumes sont consacrés aux Compositions religieuses et\nprofanes à plusieurs voix des XIVe, XVe et e siècles. Ils ne comptent à vrai\ndire que trois ou quatre fragments antérieurs au xvie siècle, dont une composi-\ntion à trois voix de Jacobo da Bologna (xive siècle), d'après la partition qu'en\nfit autrefois Coussemaker. C'est déjà une déception pour le lecteur, qui s'atten-\ndait à trouver là quelques œuvres au moins de la première Renaissance italienne\n(il en existe pourtant). Voilà une grave atteinte àla théorie de l'auteur, qui veut\nvoir dans l'ltalie le berceau des autres musiques de l Europe.\nParmi les œuvres du xvie siècle, je note surtout, dans le premier volume, un\nmotet de Costanzo Festa (1518, un fragment de Lamenlazione en style chromati-\nque, de Nicola Vicentino(lsss), des Villaneet alla napolitana de\nBaldassare Donato (1556), de gracieux madrigaux d'ilnnibale Zoilo (1585), de\nPietro Vinci (1573), de Bell' Haver (1590), et des motets à trois chœurs\nd'Ascanio Trombetti (1589).\nDans le second volume dominent quelques grands noms : Gio. Maria\nda Vallerano, clair, élégant, avec de belles lignes, mais un peu vide ; surtout"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.19", "texte": "LA MUSIQUE EN ITALIE, DU XIVe AU XVIIIe SIÈCLE\n\nles Gabneli : Andréa Gabrieli, dont un fragment des Sacrae Cantiones de 1584,\nCor rneum conturbatum est in me, à 5 voix, est d'une grande beauté, expressive et\nprofonde. Du même, une Bataille à 8 voix (1587), gaie et sonnant bien. Giovanni\nGabrieli est représenté par de somptueux madrigaux à 12 voix : Angélus ad pas-\ntores ait (1587), qui est monumental, triomphal, et conserve pourtant un cer-\ntain souffle populaire. - Des madrigaux élégants, mais conventionnels et froids,\nde Luca Marenzio. Des Ballets à 5 voix, pour chanter, jouer et danser (1591), de\nGiacomo Gastoldi ; des Canzonette joviales, simples, bon enfant, pas très origi-\nnales, de Horatio Vecchi, et, du même, des motets qui tiennent déjà du cantique\njésuite au xvne siècle. Un amusant Jeu de ï Oie à 6 voix, de Giovanni Croce\n(1596), assez vivant et assez spirituel. Un motet et un psaume graves et im-\nposants de Ruggero Giovanelli (1607) ; et un joli madrigal à 5 voix de Leone\nLeoni : « Dimmi Clori gentil )) (1602), avec (( un rossignol au loin, et la réponse\nen écho du rossignol caché » : page très poétique et pittoresque, qui finit de\nfaçon originale par les deux chants d'oiseau, sans accompagnement.\nLe troisième volume est le plus intéressant; à mon sens, le plus riche et le\nmieux choisi. Il comprend des Compositions pour orgue et pour cembalo du XVIe,\ndu XVIIe et du commencement du XVIII• siècle.\nAprès des Ricercari et un peu vides de Gerolamo Cavazzoni ( 1542) et\nde Antonio Valente (1580), qui sont des transcriptions de la musique vocale, on\nest tout surpris et charmé de rencontrer les aimables Canzoni per organo alla\nfrancese de Vincenzo Pellegrini (1599). On a pu récemment apprécier, à la Schola\nCantorum de Paris, grâce à M. Guilmant, le charme capricieux et la grâce un\npeu raide de l'une de ces pièces : la Serpentina. Elle semble d'un Frescobaldi\narchaïque. Viennent après les Toccate et Ricercari de Andréa Gabrieli, où\nTon sent un essai bien gauche de pittoresque, - les Toccate de Claudio Merulo\n(1604), insupportables bavardages, où des thèmes, qui parfois ne manquent\npas d'élégante mélancolie, sont étouffés sous les broderies lourdes et banales.\nIl en est de même chez une dizaine de musiciens qui suivent : Cima, Luzzaschi,\nAntegnati, Quagliati, etc. Agostino Soderini tâche d'introduire un peu d'anima-\ntion dans sa canzone : la Scaramuccia (1608) ; mais il est loin de retrouver la\ngrâce de Pellegrini. Jiovanni Cavaccio réagit contre cette rhétorique pédan-\ntesque dans ses œuvres, naïvement appelées : Sueurs musicales (Sudorimusicali,\n1626), dont le sérieux incontestable est bien pesant et bien morne.\nEt c'est soudain, parmi cette scolastique, le beauté parfaite et libre de Giro-\nlamo Frescobaldi. Ses courantes, ses ballets, ses passacailles (1637), ont une grâce\ndélicieuse, des rythmes alertes, souples et fins ; un sourire d'une tendresse et\nd'une mélancolie ineffable les illumine. Et quel grand style dans de petites\nchoses, quelle noblesse et quelle hardiesse ! Les représentants du grand art, au\ntemps de Frescobaldi, méprisaient cette musiquette, ces danses. Et pourtant\nc'est par elles que la vie rentra dans l'art pédant. Nulle musique plus sobre, plus\nachevée : l'idéal de l'art aristocratique, issu de Tasse. Et c'est, dans ses Canzoni\nper cembalo, dans son Capriccio pastorale per organo, une rêverie exquise,\nlibre et fluide, une poésie souriante, un peu pâle, une curiosité délicate de timbre\net d'harmonies, et des rythmes légers. Les Fugues, plus connues, ont un élan,\nune vigueur, une netteté de dessin, une tenue de développement, et, dans leur"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "440", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.20", "texte": "LA MUSIQUE EN ITALIE, DU XIVe AU XVIIIe SIÈCLE\n\nconclusion, une plénitude digne de Haendel. De musiciens de cette taille,\nl'ltalie ne retrouvera plus un seul dans la suite de son histoire. Gelui-là est le\nplus grand de l'ancienne musique intrumentale italienne.\nIl est suivi d'une foule de petits maîtres charmants, mais de second ordre;\nTarquinio Merula, expressif et raffiné ; surtout Michelangelo Rossi, un des\nplus intéressants de cette période. Les 10 Toccate e correnti d9intavolatura d'or-\ngano e cimbalo de ce dernier (1657) présentent un mélange singulier d'ar-\nchaïsme et d'esprit nouveau. Peu d'idées, et mal liées, médiocrement dévelop-\npées, incohérentes en somme, mais une recherche surprenante et heureuse\nd'harmonies imprévues, une oreille d'artiste décadent, qui se plaît aux succes-\nsions d'accords les plus rares et les plus audacieuses, indépendamment de tout\nsens. On a pu très bien en juger, àun des derniers concerts de la Schola, où\nM. Guilmant a joué la plus caractéristique, je crois, de ces œuvres : la 7e Toc-\ncata en ré mineur, dont la conclusion annonce, avec plus de hardiesse encore,\ncertaines fantaisies ou préludes de J.-S. Bach. Les Courantes de Rossi sont\nmoins intéressantes ; on n'y trouve plus la grâce légère de Frescobaldi, mais un\néclat joyeux et un peu d'apparat qui fait penser aux fêtes galantes de Campra.\nBernardo Pasquini est un parfait musicien, chez qui on commence à trouver\nle style clair et lumineux de Haendel, qui est véritablement le style d'un demi-\nsiècle de musique. Sa Pastorale per or gano est d'une ravissante composition,\navec de jolis effets pittoresques : imitations d'instruments champêtres, échos,\nmusettes, etc., elle a seulement le défaut d'être un peu trop développée, et de\ntraîner vers la fin.\nDomenico Zipoli est d'une beauté classique. Ses Sonate d'intavolatura per\nor gano e cimbalo de 1716 (et particulièrement la suite en si mineur : Prélude,\nCourante, Aria et Gavotte) sont des plus belles pièces de clavecin que l'ltalie\npuisse opposer à l'Allemagne. On y voit combien l'art des deux peuples avait\nalors de parenté. Une forme simple et pure, un mouvement aisé, de fraîches mé-\nlodies, des rythmes harmonieux, une verve et une abondance bienheureuses.\nEnfin le volume se termine par de remarquables Sonates de Bencini, des\nPensieri per or gano de Giovammaria Casini (1714), d'une belle écriture, d'un\nstyle sévère et assez hardi, et par une fugue magnifique de Nicola Porpora,\nce maître admirable, qu'on aimerait à voir plus richement représenté dans ce\nrecueil.\nLe quatrième volume est d'une composition bizarre. Il comprend, d'après le\ntitre, des œuvres à plusieurs voix du XVIP siècle : Madrigaux dramatiques, Comé-\ndies harmoniques, Pastorales, Intermèdes, et des Sonates à plusieurs instruments.\nEn réalité, les madrigaux dramatiques seuls y occupent une place importante.\nM. Torchi a publié in extenso les trois principales œuvres de ce genre, trois co-\nmédies chantées par des chœurs sans accompagnement, suivant l'essai curieux\nde la fin du xvie siècle : I fidi Amanti, Javola pastorale, de Guasparro Torelli, de\nBorgo San Sepolchro (1600) ; ï Amjiparnaso, comedia harmonica, de Horatio\nVecchi, deModène (1597) ; et la Paajfa senile, ragionamenti vaghi e dilettevoli,\nde Adriano Banchieri, de Bologne (1607). J'ai eu si longuement à parler de ces\nœuvres, dans des études antérieures sur l'ancien opéra italien, que je n'y reviens\npas aujourd'hui. Je dois dire que, malgré l'émotion et la verve de Horatio Vec-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.21", "texte": "LA MUSIQUE EN ITALIE, DU XIVe AU XVIIIe SIÈCLE\n\nchi, je suis loin maintenant de partager l'enthousiasme de M. Torchi pour ces\ncompositions, qui sont bien lourdes, bien massives, je dirais presque bien\narchaïques, auprès des madrigaux pittoresques du xvie siècle franco-flamand,\ndejannequin à Claude le Jeune, qui leur sont antérieurs de vingt, trente,\nsoixante ans, et plus. Je ne les aurais pas louées moi-même, autant que je l'ai\nfait, si j'avais, à l'époque où je les étudiai pour la première fois, connu davan-\ntage la polyphonie vocale de France et de Flandre au xvie siècle.\nLes madrigaux du prince de Venosa sont intéressants par leur raffinement un\npeu âpre et raboteux, leurs contrastes brusques, leur mélange d'archaïsme et\nd'émotion vivante, et la prédominance affirmée du poète sur le musicien, qui va\nbouleverser l'édifice conventionnel et raide de l'ancien madrigal italien. De\nMarco da Gagliano, voici un assez curieux morceau bachique à 5 voix « Evoè\npadre Lieo )), da concertarsi col bicchiero (à concerter avec les verres). —~ Je\nne sais trop pourquoi est publié là un sonnet musical de Pietro Eredia : proba-\nblement parce que le poète en est un pape, Urbain VIII ; l'œuvrette ne manque\npas de charme d'ailleurs ; mais on est un peu surpris de la trouver, au milieu\ndes grands noms de Gagliano et de Monteverdi, et parmi des oeuvres qui lui\nsont antérieures de 20 à 30 ans.\nLe morceau capital de ce quatrième volume est une sonate à plusieurs instru-\nments de Claudio Monteverdi : Sonata sopra Sancta Maria, pour 2 cornetti,\n2 violini, 2 tromboni, viola da braqgo, trombone doppio, et canto (1610). Elle\nn'a rien de religieux ; mais elle est remarquable par cette qualité, que les con-\ntemporains s'accordaient à reconnaître à Monteverdi : la vie, l'animation joyeuse,\nbrillante, une sorte d'enivrement de mouvement, de lumière et de couleur. Après\nun assez long prélude d'orchestre, à 4 temps, puis à 3/2, et de nouveau à 4,\navec des cascades de petites notes, des descentes, des montées, des glissades en\ntout sens, comme de petits flots jaillissants, sans nulle valeur expressive, de\npurs jeux instrumentaux, le chant s'élève : c'est une litanie populaire, très\nsimple, assez touchante, sur les paroles indéfiniment répétées : Sancta Maria,\nora pro nobis ! Elle disparaît aussitôt sous la petite pluie dénotés, l'abondance\ndes joyeux ornements. Les rythmes changent à tout instant et finissent par\nprendre le caractère de vrais mouvements de danse, de ronde tourbillonnante.\nEnfin l'agitation s'apaise, et la voix finit avec l'orchestre, largement. On sent\ncombien Monteverdi est plus à son aise dans ces compositions d'orchestre avec\nchant, que dans la pure polyphonie vocale. Les madrigaux à 5 voix, que\nM. Torchi donne aussi de lui, bien que datant de 1615, sont très froids et encore\narchaïques.\nLe cinquième volume, le dernier paru de la collection, embrasse les Compo-\nsitions à une et plusieurs voix du XVIIe siècle ; musique sacrée, oratorio, Aria da\ncaméra, Aria teatrale con basse continuo, Aria di stile recitativo drammatico, Can-\ntate profane à plusieurs voix, Aria à une voix, avec instruments.\nque la matière en est bien diffuse, et ne peut être traitée que d'une façon assez\nincomplète.\nUne des curiosités du livre est la publication du Kyrie, Gloria et Credo\nd'une Messe inédite à 8 voix de Giacomo Carissimi, dont le manuscrit est à la\nbibliothèque du Liceo Musicale de Bologne. Le Gloria a été exécuté plusieurs"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "442", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.22", "texte": "LA MUSIQUE EN ITALIE, DU XIVe AU XVIIIe SIÈCLE\n\nfois, avec grand succès, dans ces dernières années, à Bologne et à Milan, sous\nla direction de Martucci. L'œuvre a de 1 ampleur et de grandes lignes majes-\ntueuses. On ne sait trop comment elle se trouve associée ici aux premiers essais\nd'opéra : de beaux fragments, trop courts, du San Alessio de Stefano Pandi\n(1634) : entre autres, une arietta à 2 voix, qui est un des plus anciens modèles\nde style comique au théâtre Un air récitatif de Jacopo Péri : « Uccidimi,\ndolore », qui est assez touchant, avec des modulations parfois très expressives ;\nmais il paraît fatigant et monotone, à la longue, comme presque tout cet\nancien art récitatif, par la continuité du procédé. Un air de Francesca Cac-\ncini,\nLandi, la floraison de l'opéra italien, dans la première moitié du xvne siècle.\nVoici du moins un oratorio inédit et anonyme : Daniele. Il est assez intéressant,\net a quelques jolies pages, surtout un air de Daniel : Non a tanfherbe il\nprato, qui est gracieux, souriant, harmonieusement balancé, et auquel s'enchaîne\nun beau quintette d'actions de grâces à Dieu, plein de fervente tendresse. Mais\nd'où vient cet oratorio ? A quelle époque, à quelle école le rattacher ? M. Torchi\nse garde bien de répondre. On aimerait au moins qu'il nous dît dans quelle\nbibliothèque gîte ce manuscrit mystérieux.\nQuelques cantates pour 2, 3 ou 4 soprani, avec basse continue ; la Civetta de\nVirgilio Mazzocchi, la Piva, de Carlo Mannelli, il Ciarlatano, de Carissimi. Ce\nsont de petites scènes de comédies madrigalesques. Elles sont bien lourdes et\nmonotones, en général ; et bien qu'elles datent du milieu du xvne siècle, elles\nsont fort inférieures encore aux madrigaux de Jannequin, cent fois plus alertes\net plus complexes. On est particulièrement surpris de la médiocrité de la cantate\nde Carissimi : pâles récitatifs, sans ingéniosité, sans expression, comme un\ninterminable ronronnement, coupé de loin en loin par de creuses roulades ; les\nairs, assez agréables, sont fades, et jetés dans le moule de l'éternel air à 3 temps,\nl'air dansant et pompeux dont on a voulu rendre responsable l'opéra français de\nLouis XIV, et dont il faut restituer la propriété à l'art italien, de 1630 à 1660.\nLa meilleure de ces cantates est la Piva {la Musette) de Mannelli, qui est une\nagréable pastorale, avec de gracieuses alternances de rythmes. (Le sentiment\npoétique et mondain de la campagne, la pastorale à la façon de Tasse, a été une\ndes meilleures sources d'inspiration de la musique italienne du xvne siècle.)\nIl faut signaler aussi une Aria a strofe per y soprani, con basso continuo, de\nCarlo Caprioli : « Navicella, cKa vento », le morceau de cette collection qui, par\nla grâce souple de ses rythmes et l'ingéniosité de son développement, rappelle\nle plus l'art de la polyphonie vocale de la fin du xvie siècle français.\nEnfin, le livre se termine par un air à une voix, avec 2 violons et basse,\nOmbre opache, d Alessandro Scarlatti, bien étonné de se trouver ici, perdu, au\nmilieu de ces œuvres et de ces genres archaïques. Air admirable, majestueux,\nprofond, et tel qu'on n'en saurait trouver chez Haendel d'un art plus souverain. I!\nfait regretter que l'on n'ait pas publié la cantate tout entière, d'où cet air est tiré !\nEspérons que M. Torchi fera, dans son prochain volume, une place digne de\nlui à ce maître incomparable, ce fleuve de musique, ce Haendel italien, chez qui\nla création est quelque chose de si naturel et de si joyeux, qui écrit comme on\nrespire, et ne saurait rien écrire que de parfaitement beau. Nous voici arrivés à\nl'époque de l'épanouissement de la musique italienne. Que M. Torchi s'attarde\nlonguement sur ces heureuses années, et qu'il nous permette de respirer à loisir"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.23", "texte": "L AIR A VOIX SEULE. SES ORIGINES\n\nle parfum enivrant de ce magnifique jardin de musique qu'est l'ltalie de la pre-\nmière moitié du xvme siècle, surtout qu'il ne manque pas de nous faire connaître\nces œuvres instrumentales italiennes, dont il nous parlait récemment avec une\nadmiration communicative. et où il voyait les modèles des classiques allemands\nde la fin du xvme siècle. C est surtout cette période qu'il nous importe de con-\nnaître. Car c'est en Italie que se sont essayées les formes instrumentales que\nHaydn, Mozart, Beethoven, ont ensuite fait régner sur le monde. Et de telles\nœuvres trouveront un public non seulement parmi les curieux de l'histoire, mais\nchez tous ceux qui aiment la musique Que M. Torchi poursuive donc son œuvre,\nsans hâte, et qu'il la mène jusqu'au seuil du xixe siècle. S'il y introduit seulement\nun peu plus d'ordre et un esprit plus scientifique, il aura bien mérité, non seu-\nlement de l'ltalie musicale, mais de tous les musiciens.\n\nROMAIN ROLLAND.\n\nL'air à voix seule. Ses origines.\n\nAujourd'hui que des rééditions excellentes et de fréquentes auditions nous ont\nrendu l'art du xvie siècle familier, il est assez difficile de concevoir, si l'on y\nréfléchit, comment une époque si riche de musique puisse sembler s'interdire la\nforme de toutes la plus simple et la plus naturelle : le cha nt à voix seule. Accom-\npagné ou non, en effet, il paraît au témoignage apparent des faits inconnu\nà cette génération d'artistes Leurs plus grandes œuvres d'église comme\nles plus légères pièces de chambre requièrent toujours les voix multiples du\nchœur : les livres imprimés attestent que les compositeurs n'ont rien livré de\nleurs pensées qu'à travers l'appareil complet delà polyphonie vocale.\nCette richesse constante, certes, n'était pas inutileaux compositions de longue\nhaleine. Les procédés du contrepoint étaient une base solide pour le déve-\nloppement. Il est donc naturel que l'art religieux soit longtemps resté fidèle à\nces habitudes. Au contraire, le siècle est à peine écoulé que la musique de cham-\nbre ou de concert, du moins en France, a renoncé déjà aux ressources de l'an-\ncienne technique. Telle qu'elle se révèle en des recueils innombrables (i), la\nforme adoptée dès les premières années du xvne siècle sera précisément la plus\néloignée qu'il se puisse de la précédente. Aux chansons à quatre ou cinq parties,\noù le thème ne se fait entendre qu'engagé dans les plus ingénieuses combinai-\nsons, ont succédé des Airs : une seule voix exposant une mélodie qui se suffit à\nsoi-même, soutenue discrètement des accords d'un luth.\nVoilà un changement considérable et cependant que n'opéra point la volonté\nd'un artiste novateur. Notre histoire musicale n'a gardé le souvenir d'aucun\neffort révolutionnaire, tel que celui des Florentins du cénacle de Bardi, lesquels,\nvers le même temps, s'essaient au récitatif dramatique. Il faut donc se résigner\n\n(1) Les plus connus de ces recueils et les plus utiles à consulter, parce qu'ils renferment des airs\nde la plupart des auteurs du temps, sont les livres d'Airs de cour de différents ciutheurs mis en\ntablature de Luth, publiés chez Ballard de 1602 à 1620 environ. Tous ces airs sont à voix seule\navec accompagnement de luth. Ces accompagnements sont faits d'ordinaire par les musiciens\neux mêmes. Cependant plusieurs recueils indiquent que les chansons ont été mises en tablature\npar Gabriel Bataille, un des maîtres les plus connus de cet art spécial."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.24", "texte": "L'AIR A VOIX SEULE. SES ORIGINES\n\nà l'admettre, encore que cela choque bien des idées préconçues - l'air de coui\naccompagné, si différent qu'il semble, au premier abord, de l'ancienne chanson\nfrançaise, en dérive directement. Indiquer les étapes de cette évolution ne sera\npas inutile, avant de passer à l'étude d'un art trop négligé jusqu'à présent et\nqui n'en a pas moins ses titres de noblesse. UAir de cour marque peut-être un\nrecul —au moins apparent - de la technique Mais la faveur presque exclusive\ndont il a joui, pendant cinquante ans et plus, a puissamment servi les intérêts de\nla musique expressive. Il a aidé à préciser, à étendre le sentiment musical : il a\ntracé aussi la première esquisse de la langue que va parler plus tard l'opéra\nfrançais.\nEn définissant les caractères de la musique au xvie siècle, nous sommes\ntrop portés à en exagérer quelques-uns pour généraliser à l'excès, et le peu\nd'exactitude de notre langue musicale ne va pas sans faciliter ces erreurs. Il est de\nprincipe de dire que cet art, exclusivement polyphonique, ne connaît que le con-\ntrepoint vocal. Mais « polyphonie » et « contrepoint » ont dans la pratique mo-\nderne un sens trop spécial. Une musique polyphonique, pour nous, c'est celle où\nles parties conservent leur personnalité, leurs mouvements s'opposant assez\npour être perçus à part. L'intérêt de la pièce résulte justement de ces oppositions\net du contraste des voix, et le contrepoint c'est l'art, justement, de fairemarcher\nensemble ces parties indépendantes.\nAu xvie siècle —et même plus tard le mot garde encore sa signification éty-\nmologique. Il désigne un ensemble de règles pour la superposition de deux ou\nplusieurs sons devant être simultanément entendus. Le contrepointiste apprend\nà mettre des notes contre des notes : peu importe la façon dont elles seront dis-\nposées. Toute musique qui n'est pas simple chant monodique se rattache à son\nart : un simple faux-bourdon en accords plaqués ni plus ni moins qu'une pièce\nfuguée ou un chœur en imitations (1).\nIl est très vrai que les pièces les plus significatives des maîtres d'alors sont\nbien polyphoniques au sens moderne. Les thèmes y circulent librement à toutes\nles parties dans un enchaînement savant, suivant des alternances régulières. Les\nimitations à différents intervalles, les canons, les artifices les plus recherchés y\nsont d'usage constant— jusqu'à l'abus parfois.\nCependant regardons d'un peu près le détail. Il n'est peut-être pas une seule\nde ces compositions où ce style ne cède parfois la place à des formes plus sim-\nples : à desimpies harmonies note contre note où, par un effet naturel, s'impose\nla prédominance de la partie supérieure. Ces passages, qui ne sont à vrai dire\nqu'une façon de chant accompagné, sont assez rares dans les messes ou les mo-\ntets. Ils n'y paraissent qu'à titre d'épisodes. Mais les morceaux profanes, les\nchansons surtout, procèdent bien plus souvent de cette sorte. On peut presque\ndire que c'est là leur style ordinaire (2).\nPrenons au hasard un recueil de chansons, même de date ancienne : par\n\n(1) Par conséquent, pour un théoricien de ce temps-là, toute la musique moderne, qui ne prati-\nque plus la mélodie sans accompagnement, serait du contrepoint. La notion relativement moderne\nde l'harmonie nous a fait restreindre le sens du mot, bien que son extension soit rigoureusement\nexacte par définition.\n(2) On peut dépouiller le plus grand nombre possible de chansons françaises du xvie siècle ; on\nverra qu'il n'y en a qu'un assez pet t nombre qui soient en écriture véritablement figurée. Ce sont\nles plus développées: leur forme n'est plus celle de la véritable chanson, à deux reprises, avec\nplusieurs couplets toujours relativement assez courts."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.25", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nexemple ce volume imprimé par Attaignant en 1529, édité par M. H. Expert dans\nla 5e livraison des Maîtres de la Renaissance française. On y verra du premier\ncoup d'œil combien l'écriture de ces gracieux morceaux s'éloigne en général de\ncelle des ouvrages pour l'église et quel emploi extrêmement limité les composi-\nteurs y ont fait des procédés savants.\nIl se peut qu'ils aient d'abord songé à faciliter l'exécution d'une musique des-\ntinée surtout aux amateurs. Mais il faut aussi ne pas perdre de vue que ces\nchansons sont écrites sur des thèmes populaires, ou sur des mélodies originales\nde caractère tout pareil. Le charme du thème, autant que l'art du musicien, fai-\nsait ici l'agrément de la pièce. On le laissait donc assez en dehors, sans risquer\nde le dénaturer au cours de combinaisons trop compliquées. En définitive, hor-\nmis le cas, assez rare, où la chanson complètement intriguée ne met en œuvre\nqu'une formule mélodique très courte circulant à toutes les voix, ce sont là ce\nqu'en termes d'école on appelle des compositions sur chant donné.\n(A suivre.)\n\nHENRI QUITTARD.\n\nPublications nouvelles\n\nGEORG CAPELLEN : Musique exotique en\nmineur, pour piano (cahiers I et 11,\nLeipzig, chez Breitkopf, 2 fr. 50). Ce\nrecueil est une collection d'airs orientaux,\nintéressante pour les pianistes plus que\npour les savants, car ces airs sont « ar-\nrangés », d'ailleurs avec talent.\nDR. FR. X. MATHIAS : Plain-chant har-\nmonisé. A l'occasion du dernier con-\ngrès de Strasbourg, M. Mathias, le cé-\nlèbre organiste, publie avec une bro-\nchure érudite et très claire, disant tout l'essentiel l'harmonisation de chants\nvariés : Séquences, Introïts, Alléluias, etc..., où la mélodie est rythmée d'après les\nprincipes de la Paléographie musicale des Bénédictins de Solesmes (Orgelbe-\ngleitung... zusammengestellten Varii Cantus, i br. in-40, 40 p., Ratisbonne, chez\nPustet).\n\nALBERT SCHWEITZER ; J.-S. Bach, le musicien-poète, préface de CH.-M WIDOR\n(Leipzig, chez Breitkopf, I vol., 454 p.).\n\n— Un livre sur Bach, sérieux, précis,\ntrès compétent et écrit en français, est une bonne fortune pour quiconque ne\npeut lire l'admirable mais coûteuse et difficile monographie consacrée au grand\ncompositeur par Philipp Spitta. Ceux qui ne sont pas familiers avec l'auteur de\nla messe en si mineur apprendront beaucoup dans cet ouvrage ; nous le leur\nrecommandons. Malheureusement, quelques réserves s'imposent. M. Widor,\nqui était mieux qualifié que personne pour en écrire la préface, présente le livre\nde M. Schweitzer comme le « couronnement » des travaux antérieurs ;il y voit le\n« monument » définitif, dont les autres critiques (y compris Spitta) n'ont donné\nque les fondements ou les matériaux. Il y a là sans doute un excès de bienveil-"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.26", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nlance dont l'éminent organiste de Saint-Sulpice n'est pas dupe. i° M. Schweitzer\nn'étudie nulle part le contrepoint de Bach ;20 il n'étudie pas les modes (anciens)\ndont Bach a fait souvent usage ; 30 il ne donne, au point de vue technique, au-\ncune idée de ce qu est le « Clavecin bien tempéré » (1722), sur lequel nous vivons\nencore, et qu'il appelle lui-même une « oeuvre révolutionnaire » (p. 192) ;40 aux\nœuvres de musique de chambre, il consacre à peine quelques mots (p. 204-209) ;\n50 en parlant des chorals, dont il s'occupe surtout, il ne dit rien d'une question\ntrès délicate : la façon de traiter les points d'orgue, etc. M. Schweitzer voit, en\nBach un coloriste-symboliste, un peintre. Ce jugement paraît bien contestable.\nEnfin le livre est maladroitement composé :il débute par un parallèle entre\nBach et Hândel ; et il faut aller à la p. 105 pour lire : « Bach naquit à Eisenach\nle 21 mars 1685, etc... » L'erreur a été de vouloir (probablement après coup)\ntransformer une bonne étude particulière sur les chorals, en étude générale, et\nsurtout de nous dire que cette œuvre « couronne » toutes les autres. Cette étude\nn'en est pas moins très estimable.\n\nJ. C.\n\nPIERRE AUBRY : Les plus anciens monuments de la musique française (Paris,\nWelter, édit. Un vol. Prix: 30 fr.).\n\n— Volume très soigné (qu'il a fallu imprimer\nchez Breitkopf, à Leipzig, pour reproduire avec exactitude les vieilles notations) ;\ntravail de haute et élégante érudition, où notre collaborateur et ami, selon son\nhabitude, se montre, par sa concision, un peu trop dédaigneux du profane II\nest vrai qu'une telle publication intéresse plus les bibliophiles, les philologues\net les historiens, que les musiciens préoccupés d'art pratique. M. Aubry, qui ne\ntravaille que sur des documents authentiques examinés directement, et qui veut\npermettre au lecteur de suivre son exemple, donne les photographies de XXIII\npages de manuscrits (xie siècle — fin du xve), en les accompagnant de leur\ndouble traduction, littéraire et musicale : chansons de croisade, pastourelles, ron-\ndeaux, fragments de « Passion », etc... Le Canon ènigmatique du chansonnier de\nChantilly (xve siècle) est reproduit, avec une résolution de M. Riemann. M. Aubry\na traduit les autres textes musicaux en suivant les règles traditionnelles expo-\nsées dans les traités du moyen âge ; il se sépare nettement (cf. p. 11) de l'école\nde M. Riemann, qui ne tient aucun compte de ces règles, en alléguant qu'elles\nont été faites pour la composition à plusieurs parties et non pour la monodie.\nNous croyons que M. Aubry est dans le vrai. Une des raisons nombreuses qui\nrendent suspecte la thèse allemande, c'est qu'elle aboutit à d'étranges consé-\nquences. M. Riemann est obligé, avec son système, de considérer comme «notes\nd'agrément » les notes qui, d après toutes les apparences, ont une valeur rythmique\nréelle ; il arrive, par exemple, — lui qui pourtant est aussi artiste quesavant, — à\ndonner (dans sa Grosse Compositions lehre, Stuttgart, chez Spemann, 1902,\np. 247) des traductions comme celle-ci (tirée du Chansonnier de Saint-Germain,\nxi 11e siècle) :"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.27", "texte": "NOTRE CONCOURS\n\nCette charmante mélodie (mode dorien antique, modulant sur le lydien et le\nphrygien) paraît singulière, ainsi comprise ! mais il y alà une grave question,\nque nous ne prétendons pas traiter en quelques lignes.\n\nJ. C.\n\nD. HUGUES GAISSER : Les « Heirmoi » de Pâques dans /'Office grec, étude rythmi-\nque et musicale. (Un vol. in-8° de xi-108 pages, dont 24 de musique, avec un\ntableau de neumes grecs et deux fac-similés de mss. de musique byzantine.\nRome, Imprimerie polyglotte de la S C. de Propaganda Fide. Prix : 4 fr.).\nLe but de l'auteur est de montrer, à l'aide de ces hymmes attribuées au lERIER ?\nmode ecclésiastique grec :i° que ce mode (ré gàré g, avec mi set si a une tona-\nlité dorienne ; 20 que le rythme del'hymnographie grecque est strictement mesuré,\nfondé, selon lui, non seulement sur le nombre des syllabes et sur l'accent tonique,\nmais encore sur la durée musicale des syllabes.\nAprès une courte introduction sur le rôle de heirmos (strophe-type servant de\nmodèle aux autres strophes de la composition) dans l'hymnodie grecque,\nD. Hugues Gaïsser reproduit en notation musicale les huit odes de Pâques\nd'après trois manuscrits grecs d'époques différentes, en donnant pour la première\nspécialement trois versions conservées par tradition orale et deux autres récem-\nment éditées. Il expose la nature du rythme de l'hymnographie grecque en gé-\nnéral ; il étudie ensuite la structure rythmique particulière de chacun de ces huit\n<( heirmoi » et en fixe le schéma rythmique. L'étude de chaque ode est accom-\npagnée de la liste des anomalies qui se rencontrent dans les diverses strophes\ncomposées sur le même modèle, anomalies que l'auteur essaie de rectifier à l'aide\ndes manuscrits. Cette étude se termine par un essai de restauration rythmique\net musicale des huit odes.\nL'examen critique des textes, de même que la solution absolument neuve du\nproblème de la rythmique ecclésiastique grecque, assurent à ce travail un intérêt\nparticulier, comme la science bien connue du savant bénédictin, professeur au\nCollège grec de Rome, en garantit la haute valeur scientifique.\n\nNotre Concours\nVingt-trois compositions nous ont été envoyées. Sept ont été éliminées, soit\nqu'elles aient dénoté une inexpérience trop manifeste (Musica me juvat Celui\nqui ne va pas en mesure ressemble àun homme ivre) ou que la pensée musicale\nait paru trop vulgaire (775692), soit enfin qu'elles nous aient été remises après\nle délai fixé (C an tus pro patria Sursum corda A vaincre sans péril). Quatre\nautres n'ont pu être classées, parce qu'elles ne remplissaient pas les conditions ;\nce sont : Dites, la jeune belle, où voulez-vous aller r Aima mater. Qui vivra\nverra (compositions déposées les 27 et 28 juillet). Quant aux autres, nous allons\nrendre compte d'abord des meilleures : dans l'ordre tout fortuit où nous\nles avons examinées, de façon à faire assister pour ainsi dire le lecteur à notre\npropre travail. Nous donnerons ensuite le résultat.\nNous ignorons et voulons ignorer encore les personnes. Nous étions à\nla recherche du talent. Voici, en toute sincérité, le résultat de notre enquête.\nParmi les pièces envoyées, il en est plusieurs d'un mérite solide et qui ne\npeuvent être parties que de la plume de musiciens habiles et instruits. Néanmoins"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "448", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.28", "texte": "NOTRE CONCOURS\n\ntoutes ou presque toutes témoignent d'une gêne réelle. Le style en est\nsouvent bien plus instrumental que vocal, au grand détriment de la facilité\nd'exécution. D'inutiles recherches y viennent parfois obscurcir la pensée, trop\nsouvent faible et sans couleur. Le développement, malgré les artifices les plus\ningénieux, ne procède pas toujours avec aisance II est visible que les musiciens,\na qui l opéra moderne ne fournit plus l'occasion de chœurs formant un tout\ncomplet, s'y trouvent un peu dépaysés dès qu'ils ne se satisfont point de la vul-\ngarité monotone des effets de presque tous les « morceaux d'orphéon ». Ceci,\nau grand détriment de l'art.\nIl faut donc espérer et la Revue musicale s'y emploiera de toute sa force\nqu'aboutiront les efforts tentés pour infuser une vie nouvelle à la musique cho-\nrale, pour en faire naître le goût parmi la jeunesse des établissements publics\nd'instruction et pour créer partout des sociétés sérieuses et musicalement diri-\ngées. Une fois assurés de bons exécutants et d'un public intelligent, les artistes\nreviendront vite à un genre aussi naturel, aussi populaire, et qui a compté tant\nde chefs-d'œuvre.\nPour aujourd'hui, en renouvelant nos remerciements à M. Daniel Osiris, nous\nfélicitons nos deux lauréats, les cinq compositeurs qui ont mérité une mention\ntrès honorable, et nous les prions, pour surcroît de régularité, de nous envoyer\neux-mêmes les noms correspondant aux devises. Nous les publierons dans notre\nprochain numéro avec les compositions couronnées.\nLA REVUE MUSICALE.\nVoici maintenant les pièces retenues :\nEn attendant mieux. Composition fort estimable, d une écriture correcte, mais\nd'un style un peu terne. Les oppositions entre le premier et le second couplet du\ntexte n'ont pas été rendues. Tout est écrit d'un même rythme et dans le même\nsentiment. Quelques gaucheries de réalisation dans le divertissement. Enfin les\nidées musicales sont sans relief suffisant, sauf peut-être le premier thème « Vivat,\nvivat » assez bien venu. Elles sont aussi trop écourtées, et aucun développement\nn'est même esquissé. La pièce paraît ainsi monotone-\nAi-je mieux réussi ? Quoique mieux venue et plus musicale, cette pièce mé-\nrite à peu près les mêmes critiques que la précédente. L'auteur a mieux rendu\nle sens des paroles et usé à propos de rythmes plus variés. Les développements\nrestent encore insuffisants et l'entrée fuguée du divertissement syllabique Tra la\n1a... est faible. Ces deux compositions sont encore, à peu de chose près du moins,\nde la « musique d'orphéon » très honorable.\nLutter pour vaincre. Ce chœur se présente accompagné, bien que l'accom-\npagnement n'y soit rien de plus que la transcription au piano des voix. Cette\nfois les idées, suffisamment variées, correctement présentées, sont développées ;\npeut-être même un peu trop, car le morceau est bien long sans que l'intérêt pro-\ngresse ! Malheureusement ces idées ont peu de relief, et l'écriture est bien peu\npolyphonique. Un style plus intrigué eût été pourtant nécessaire en une pièce\nd'aussi grandes dimensions. La seconde partie surtout, où s'expose un thème\nassez expressif « Vers la montagne ou vers la plage » a d'inutiles répétitions. Le\nfugato du divertissement est peu dans le style qu'il faudrait. Enfin on peut signa-\nler quelques fautes de prosodie assez choquantes. Cependant ce travail, malgré\nses imperfections, témoigne d'un effort sérieux."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.29", "texte": "NOTRE CONCOURS\n\nVivat ! Voici les vacances. Encore un chœur accompagné, cette fois dans\nle véritable sens. Le style en est élégant et facile. C'est l'œuvre d'un artiste,mais\nun peu trop superficiel. Le tort principal du morceau, c'est qu'il n'est pas assez\nchoral. Presque tout le temps les voix alternent, exposant monodiquement le\nthème, et l'accompagnement de piano réalise seul l'harmonie. Il y a là l'excès\nd'une louable intention. C'est un procédé bon au théâtre et ce chœur ferait\nen effet un très joli chœur d'opéra comique mais il convenait assez peu ici. Le\nsecond couplet est spirituellement traité et la fugue du divertissement est une\nbonne fugue de Conservatoire, d'un effet probablement piquant à l'exécution.\nL'œuvre est gracieuse en somme, quoiqu'elle manque de force et d'ampleur.\nSpiritns Jiat übi vult. Composition curieuse et de valeur réelle, gâtée\nmalheureusement par d'inutiles complications. Pourquoi cette mesure à cinq\ntemps qui ne répond guère au rythme des phrases et qui n'est conservée qu'au\nprix d'efforts trop visibles? L'auteur a fait preuve d'un sentiment harmonique\nremarquable, encore qu'un peu trop directement emprunté à l'art de M. Debussy.\nMais il se complaît à des hardiesses difficilement admissibles dans un chœur\nà voix seules. L'accord de seconde (sz, do, mi, sol) par lequel il débute est pres-\nque inexécutable, ainsi présenté fortissimo, sans préparation. Tant pour le rythme\nque pour l'intonation, ce morceau présenterait d'extrêmes difficultés : il ne serait\naccessible qu'à des chorales de premier ordre. Il paraît aussi de proportions\ntrop restreintes Ce qui s'explique, puisque l'auteur s'interdit toute répétition de\nparoles et que le caractère beaucoup plus harmonique que mélodique de ses\nthèmes rend le développement musical difficile. Cependant la phrase, à peine\nesquissée et si bien venue pourtant, du second couplet, eût pu sans peine être\nétendue davantage. Malgré ces partis pris et ces défauts, cette composition reste\nextrêmement intéressante.\nLe mal temps passe et retourne le bon. Celle-ci est très supérieure, et s'est\nplacée du premier coup, au-dessus des précédentes. C'est l'œuvre d'un musi-\ncien maître de sa technique et à qui cette pleine possession du métier n'enlève\nrien de sa spontanéité ni de sa vigueur. Ici aucune recherche de l'effet pour l'effet,\nni de la difficulté pour elle-même. Il y a sans doute des passages malaisés à bien\nrendre encore qu'aucun ne soit au-dessus des forces d une chorale exercée •\n- mais on voit qu'il n'en pouvait être autrement sans diminuer le bon effet de\nl'ensemble. Presque tout est à louer dans le détail. Le « Vivat » du début est\nénergique, brillant et tumultueux comme il convient : la phrase expressive du\nsecond couplet, originale et pénétrante, s'unit délicieusement aux harmonies fines\net recherchées qui la soutiennent en un ensemble mouvementé d'une charmante\ncouleur. Tout le divertissement, traité à deux chœurs, est très ingénieux : le\nthème, franchement vocal, s'accompagne de son propre renversement et se com -\nbine de façon très variée avec les traits en tierce du second chœur. Ce même\nthème se superpose, pour la conclusion, avec les accords du « Vivat » du début ;\nle tout forme un finale mouvementé, très vivant et certainement d'un excellent\neffet.\nIl est inutile de poursuivre l'examen détaillé de cette composition de très grand\nmérite. Ce qu'il faut faire ressortir cependant, c'est l'équilibre de l'ensemble,\nl'exacte proportion des parties, la variété et l'originalité des motifs, mais plus\nencore peut-être la très bonne écriture polyphonique, grâce à quoi les combinai-\nsons en apparence les plus complexes se présentent avec une aisance et une"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.30", "texte": "INFORMATIONS\n\nclarté parfaites. Assurément l'auteur s'est rendu familiers les maîtres du contre-\npoint vocal du xvie et du xvne siècle. Il use de leurs procédés les plus raffinés\nsans aucunement pasticher leur style. Son œuvre montre tout le parti qu'un\nartiste moderne en peut tirer, tout en demeurant original.\nBeethoven. Composition très sérieuse et de haute valeur, témoignant d'une\ngrande expérience de la composition musicale et d'une habileté technique peu\ncommune. Les idées mélodiques sont de très bonne qualité, l'écriture ferme,\nl'ensemble bien équilibré. L'emploi de la formule de début « Vivat ! voici les\nvacances! » comme une sorte de leit-motiv est du plus agréable effet. Le diver-\ntissement est traité avec science et avec esprit. Dans la dernière partie, réminis-\ncence d'ailleurs légitime de Bizet. Ce travail considérable (26 pages) con-\ntient un accompagnement visiblement destiné à l'orchestre. L'exécution de la\npartie vocale serait un peu difficile pour les élèves de nos lycées.\nAraignée du soir. Travail intéressant et de réel mérite; malheureusement,\nil n'a pas l'ampleur et l'originalité qu il faudrait pour que nous puissions le pro-\nposer à l'Administration universitaire pour des exécutions officielles.\nAprès long examen, il nous a paru équitable de nous arrêter à la décision\nsuivante :\nPREMIER PRIX (600 francs) :\nA partager entre les auteurs des deux compositions portant les devises sui-\nvantes : 10 Le mal temps passe et retourne le bon \\ 20 Beethoven.\nMENTIONS TRÈS HONORABLES :\ni° Vivat! Voici les vacances !\n2° Ai-je mieux réussi ?\n30 Spiritus flat übi vult.\n40 En attendant mieux.\n50 Araignée du soir.\n6° Lutter pour vaincre.\nLes concurrents n'étant pas de ceux à qui on donne des encouragements pour\nun devoir d'écolier fait avec application, nous n'avons pas jugé utile d'établir d'au-\ntres catégories de mention. Nous publierons les noms, et un premier chœur,\ndans notre prochain numéro.\n\nActes officiels et Informations.\n\nOpéra. — M. le Directeur du Théâtre national de l'Opéra vient d'être autorisé\npar l'administration des Beaux-Arts à engager Mlle Chenal, élève du Conserva-\ntoire national, ier prix de chant et ier prix d'opéra au concours de 1905.\n\nOpéra-Comique. — M. A. Carré a été également autorisé à engager les lauréats\ndu Conservatoire national ci-après :\nM.Lucazeau, ier prix d'opéra comique ;\nMlle Mirai, ier prix de chant, 2e prix d'opéra comique ;\nMlle Mathieu-Lutz, 2° prix d'opéra comique.\n\nConservatoire. — La distribution des prix aux lauréats du Conservatoire na-\ntional a eu lieu le 3 août, sous la présidence de M. Dujardin-Beaumetz."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.31", "texte": "INFORMATIONS\n\nA cette occasion, les distinctions suivantes ont été décernées aux professeurs\nde cet établissement, savoir :\nCroix de chevalier de la Légion d'honneur : M. Hasselmans, professeur de\nharpe ;\nRosette d'officier de l'lnstruction publique : MM. Rémy, professeur de violon,\nLœb, professeur de violoncelle, et MmeVinot, professeur de solfège.\n\nFestival Bourgault-Ducoudray. La ville de Brest, agissant au nom de la Bre-\ntagne tout entière, vient d'avoir l'excellente idée d'organiser un festival Bour-\ngault-Ducoudray. Dans une soirée des plus brillantes, avec un succès très grand\net très mérité, on a fait entendre la Chanson de Bretagne, la Rapsodie cambod-\ngienne?, le Carnaval d\" Athènes, le prélude du 3e actede Thamara... Cette manifes-\ntation artistique a fait honneur à l'orchestre et aux chœurs de la ville de Brest.\n\nM. Pierre Séchiari. De Pavlosk (gouvernement de Saint-Pétersbourg), qui\nest « une sorte de Saint-Germain à côté de la capitale russe », nous recevons\nune lettre disant le très gros succès obtenu en ce moment par notre compatriote\net ami Pierre Séchiari, premier violon solo des concerts Lamoureux. Pavlosk\nparaît bien loin de Porstmouth !\n\nGabriel Soulacroix. Très vif a été pour nous le regret de sa mort ; Gabriel\nSoulacroix était un chanteur exceptionnellement doué : très étendue dans le re-\ngistre aigu, sa voix fraîche et facile avait été longtemps applaudie au théâtre de\nla Monnaie, à l'Opéra-Comique, à la Gaîté (rôle de Rip)\\ à Monte-Carlo. Le\ncomédien et l'homme étaient aussi charmants que le chanteur !\n\nDigne. Par arrêté préfectoral du 31 juillet, M. Fabre (Edouard) a été nommé\nprofesseur de solfège et de clarinette à l'Ecole nationale de musique, en rempla-\ncement de M. Gouven, démissionnaire.\n\nLa musique aux fêtes d'Orange.\n\n— Les représentations organisées par les soins\nde la Société des Grandes Auditions musicales de France ont eu lieu avec grand\nsuccès au Théâtre antique d'Orange. Il est à regretter seulement, en ce qui\nconcerne la partie musicale de ces fêtes, qu'une fâcheuse circonstance soit venue\nfaire perdre à la représentation des Troyens de Berlioz son caractère véritable.\nUne indisposition du ténor chargé du rôle d'Enée a entraîné, au cours de la\npièce, la suppression de tous les épisodes où figure le héros troyen dans la\ndernière partie de l'œuvre.\nIl est inutile d'insister sur le résultat de cette mutilation, peut-être forcée, mais\nà coup sûr déplorable. Ce n'était plus les Troyens, mais une sélection, des\nfragments de l'opéra que le public était convié à écouter. Et l'économie du drame\ntout entière se trouvait faussée d'autant plus que, pour ceux qui ne le connais-\nsaient point et qui n'étaient pas avertis des coupures, tout, ou presque, devenait\ndifficile à comprendre.\nCes réserves faites, il convient de louer l'excellence de l'exécution musicale.\nM. Ed Colonne l'a dirigée comme il le sait faire, avec cette intelligence profonde\net pénétrante du génie du maître dont il a restauré le culte en France. Mme Lit-\nvinne fut, dans le rôle de Didon, pleine de vaillance et de style. Les autres rôles\nne furent pas indignes d'une telle protagoniste. Les chœurs et l'orchestre se\nmontrèrent précis, robustes et expressifs à souhait."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19050901-01.1.32", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nLa mise en scène, confiée aux soins de M. Raoul Gunsbourg, fut fort belle,\nmalgré les difficultés qui résultent de la représentation sur une scène telle que\ncelle du Théâtre antique. Il est certain que les chefs-d'œuvre du théâtre mu-\nsical moderne ne sont pas parfaitement à leur place devant le mur illustre et\ngigantesque d'Orange.\nDestitués de leurs décors, bien des scènes deviennent d'une signification peu\nprécise, d'autant moins précise que l'auteur s'est efforcé de joindre plus indisso-\nlublement la musique au drame.\nEnfin l'acoustique, excellente pourtant, du monument n'est pas parfaitement\nconvenable à la musique, à celle-ci surtout, d'expression intense et de réalisation\nminutieuse et fouillée. Cet orchestre merveilleux de Berlioz donnait parfois l'im-\npression qu'il sonnait en plein air, et bien des effets délicats et importants ont été\nobscurcis plus qu'il n'eût fallu. En somme, si le théâtre d'Orange doit s'ouvrir\nà la musique, il conviendrait que cette musique fût faite pour lui. C'est un art\nqu'il appartient à nos maîtres de créer.\nLe Mefistofele de Boïto ne viendra pas aider à leur recherche. Le style violent,\nbrutal et conventionnel de cet opéra trop célèbre, son emphase et sa trivialité,\nson romantisme démodé et puéril, jurent avec la majesté du lieu. La vogue in-\ntermittente mais prolongée de cette musique médiocre a de quoi surprendre. A\nOrange il n'a pas paru qu'elle ait plu grandement. Le talent des interprètes, de\nMme Cavalieri, Marguerite un peu plus gracieuse qu'il n'était nécessaire, et de\nM Chaliapine, Méphistophélès étonnant, en fit tout le succès. Mais M. Chaliapine\nest un chanteur et un comédien si merveilleux, il joue ce rôle avec une telle\npuissance et une telle grandeur qu'il arrive presque à transformer la musique.\nBeaucoup penseront qu'il n'est pas possible de lui décerner un plus bel éloge.\n\nX.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 20 juillet au 19 août 1905.\n\nN. B. H abondance des matières nous obligea renvoyer ait prochain numéro la\nsuite des cours du Collège de France (Introduction à l'histoire de la musique) et\nune très remarquable étude de notre collaborateur Michel Brenet.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n21 juillet\n24 —\n26 —\n28 —\n31 —\n2 août\n4 —\n7 —\n9\n1 1 —\n14 —\n16 —\n18 —\nLes Huguenots.\nAida.\nLe Trouvère. — Coppélia.\nFaust.\nLes Huguenots.\nTannh'duser.\nGuillaume Tell.\nLes Huguenots.\nFaust.\nRoméo et Juliette.\nTannhauser.\nLes Huguenots,\nFaust.\nMeyerbeer.\nVerdi.\nVerdi. L. Delibes.\nGounod.\nMeyerbeer.\nWagner.\nRossini.\nMeyerbeer.\nGounod.\nGounod.\nWagner.\nMeyerbeer.\nGounod.\n17.938 41\n16.162 41\nI5.O59 76\n18.076 41\n14.582 41\n14.783 76\n1 5.375 41\n14.826 41\n17.818 26\n16.576 91\n18.024 41\n14.599 26\n18.837 5°\n1"}]}