{"numero_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_sha256": "d558cce84f7ab2329ad423328f77f607b7127c0e1b4e6bc6816d3f99ba8a85c6", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1905/11/01_01/bmtnabj_1905-11-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1905/11/01_01/bmtnabj_1905-11-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "497", "page_fin": "497", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.1", "titre_corps": "GEORGES LOTH.", "titre_sommaire": "GEORGES LOTH.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "497", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.1", "debut_caractere": 144, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "GEORGES LOTH.\nQuelques noies biographiques sur M. Georges Loth, lauréat du dernier concours\nde composition ouvert par la Revue Musicale :\nGeorges Loin, né à Louviers [hure) le q juin 1880, commença de bonne heure\nde sérieuses études musicales\nsous la direction de son père,\norganiste de Véglise Notre-\nDame, fit partie à l'âge de dix\nans de la Maîtrise de la Cathé-\ndrale de Rouen, où, sous la\nhaute direction de M. Ch. Le-\nnepveu, il travailla l'orgue, le\npiano et l'harmonie avec M. fu-\nies Haelling et fut initié à la\nscience chorale par M. l'abbé\nBourdon. A vingt ans, après\navoir obtenu son grade de\nbachelier ès lettres, il fut l'élève\nde M. Alex. Guilmant et de\nM. Vincent d'lndy à la Schola\nCantorum de Paris. Georges\nLoth est depuis deux ans maî-\ntre de chapelle de la Basilique\nde Montmartre. Son œuvre\nmusicale, encore peu impor-\ntante au point de vue du nombre\ndes publications, se compose de plusieurs motets « a cappella », une suite pour piano,\nune suite pour piano et violoncelle, etc...\nNous sommes heureux a avoir eu à parler ici du jeune et brillant compositeur pour\nla première fois, pas pour la dernière."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "498", "page_fin": "498", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.2", "titre_corps": "Grammaire musicale.", "titre_sommaire": "Grammaire musicale.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "498", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.2", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "Grammaire musicale.\nNous pensons intéresser nos lecteurs en leur annonçant que la Revue musicale\npubliera in extenso, d'après la sténographie, le cours que son directeur, M. Jules\nCombarieu, doit faire cette année au Collège de France, dès le commencement de\nVhiver, et qui sera une Introduction grammaticale et technique à l'Histoire géné-\nrale de l'Art musical. M. Combarieu se propose d'étudier Les formes de la compo-\nsition. Voici le sujet des principales leçons :\nI. Idée générale des formes musicales. Indication des éléments qui les con-\nstituent. Plan du cours. Nécessité de notions d'harmonie pour l'ana-\nlyse d'une mélodie.\nIL La gamme primitive. Ses diverses formes.\n111. Le mode « majeur » [actuel). Ses origines historiques.\nIV. Relations et fonctions variables des notes. Les accords.\nV. Le mode a mineur » [actuel).\nVI. Vaccord de neuvième.\nVIL Des accords dits « altérés ».\nVIII. Mécanisme et principe de la modulation.\nIX. L e mode dorien et le mode hypodorien ; étude analytique de leur mécanisme.\nX. Le mode phrygien et le mode hypophrygien.\nXL Le mode lydien et le mode hypolydien.\nXII. Le mode mixolydieu et le mode hypomixolydien.\nXIII. Le mode éolien et le mode hypoèolien.\nXIV. Le mode ionien et le mode liypoionien.\nXV. Digression. Coup d'oeil sur l'histoire de la théorie musicale.\nXVI. La mélodie et ses éléments constitutifs.\nXVII. Le motif. Comment on traite un motif en musique.\nXVIII. Les membres de phrase et leur enchaînement.\nXIX. La phrase et la période.\nXX. L'air populaire [chanté). Air avec trio.\nXXL Formes de composition instrumentale qui procèdent de l'air populaire.\nXXII. Les combinaisons de phrases. —Le Rondo et ses cinq formes.\nEtc., etc.\nUn choix de textes musicaux, servant de base à la démonstration, sera joint à\nchaque leçon ç ces textes, que nous publierons ici, seront tous empruntés soit aux\nRecueils de chansons populaires les plus autorisés, soit aux œuvres des grands clas-\nsiques : HcendefJ.-S. Bach, Beethoven, Mozart, Rameau, Weber, Chopin, Bizet,\nR. Wagner, etc... Cette publication commencera le 75 décembre.\nPour le moment, nous achevons de publier la première introduction, d'un carac-\ntère philosophique et sociologique, à laquelle M. Combarieu a consacré son cours\nde lan dernier. Après La musique et la magie, sur laquelle nous n'insisterons pas\ndavantage, nous publierons les leçons suivantes : La musique et l'amour [critique\ndu système de Darwin) ; La musique et le langage (critique du système de Spencer) ;\nLa musique et le travail social [critique du système de Karl Bûcher). Entre\ntemps probablement dans un numéro spécial la Revue musicale donnera la\n« Bibliographie de l'Histoire générale de la musique », à laquelle M. Combarieu a\nconsacré son cours du jeudi en 1904-1905."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "499", "page_fin": "499", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.3", "titre_corps": "Notre Supplément musical : Philidor.", "titre_sommaire": "Notre Supplément musical : Philidor.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "499", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.3", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1391, "texte": "Notre Supplément musical : Philidor.\nFrançois-André-Danican PHILIDOR, le membre le plus connu d'une famille vouée\nau service musical de la cour sous Vancien régime, est né à Dreux le 7 septem-\nbre 1726 ; à dix ans, il était page de la musique royale à Versailles et célèbre par son\nextraordinaire habileté au jeu des échecs ;il développa plus tard ce talent, en particu-\nlier au fameux café de la Régence, et Diderot crut devoir le mentionner dans son\nEncyclopédie. Comme musicien, c'est un des fondateurs de l'opéra comique fran-\nçais, On a de lui, entre autres œuvres faciles : l'Huître et les Plaideurs (7759), le\nQuiproquo, le Soldat magicien (7760) ; le Jardinier et son Seigneur (7767) ; le\nMaréchal (7767), Sancho Pança (7762), le Bûcheron [iqôq), le Sorcier (7764),\nqui, avec Tom Jones (même année), est son meilleur ouvrage et représente sa période\nde maturité, plus une douzaine d'opéras aujourd'hui oubliés. L'ouverture, inédite\npour piano, que nous donnons, est antérieure de 29 ans à Don Juan ; c est de beau\nclaire, mais vive, courante, et de source. Dans Varrangement de notre excellent col-\nlaborateur M. Testard, on trouvera un exemple typique de ce qu'on entendait, au\nmilieu du xvme siècle, par comédie lyrique. De la verve, de Vaisance, un badi-\nnage aimable et superfi ciel, une pointe de sentiment et d'esprit : on ne voulait pas\nautre chose."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "499", "page_fin": "501", "image_debut": 3, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.4", "titre_corps": "Quelques lettres inédites. Emmanuel Chabrier ; Léo Delibes. (AUTOGRAPHES COMMUNIQUÉS PAR M. LOUIS MORS, INGÉNIEUR).", "titre_sommaire": "Quelques lettres inédites. Emmanuel Chabrier ; Léo Delibes. (AUTOGRAPHES COMMUNIQUÉS PAR M. 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Ace sujeL nous donnons\nun billet inédit de Léo Delibes. Que les impatients méditent sur 1 exemple de Chabrierî\nCher ami,\nLe temps passe, il ne fait que ça, et mes ouvrages ne passent pas ; ils ne font\naussi que ça. Je viens vous demander à nouveau un de ces coups d'épaule dont vous\navez le secret et que jamais vous ne me refusâtes ! Homme bienveillant et dans le\nmouvement ! Oest simple et de bon goût ; il s agirait purement de repasser, sans en\navoir 1 air, à cet excell. Op. comde revoir Léon (ne confondez point avec celui de\nla rue Daunou !) et de lut dire :Eh bien !ce sacré Chabrier... /'avez-vous revu ? oit\nça en est-il ? une démarche de vous en vaut dix des miennes. Il ma conté votre\nentrevue par le menu ;il se tordait ! Depuis f y suis retourné :il avait des rhuma-\ntismes, Gaudenard ne fumait pas, cest dire qu'il était également malade; on se\ncroyait à Lariboisière. Il n'y a que Delibes qui était gai ;il venait tranquillement\nde faire la dernière répétition de son joli petit Roi Ta dit et il partait, pimpant, fai-\nsant sa sauterelle, souriant et distrait ; ce pendant le garçon de bureau, grave,\nallumait sa vieille lampe. Tout ça, c est très bien, mais ce n'est pas assez. J'es-\npère donc, cher ami, que vous voudreq bien encore me rendre ce petit service.\nAinsi que je vous l'ai dit, Verdhurt are envie de moi. Je lui expédie ce soir les\nparties de chœur de Gwendoline ; quand il me convoquera, je filerai ; pas avant ! Et\nce sera très bien joué, ou ne le sera pas du tout. Toutefois, j'ai eu à trimer ces\njours derniers, à cause de cette histoire qui revient sur l'eau; c'est pour cela que je\nn'ai pu, à mon tour, vous convoquer tous les deux pour vous hurler l'affaire de l'Op."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "500", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.4", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3716, "texte": "comique, dont je tiens à vous donner une petite idée. C'est drôle ; enfin vous verrez.\nPrévenez-moi après Ventrevue, je vous prie.\nPrésentez mes hommages à Madame Gouzien et embrassez pour moi la petite jolie.\nVotre reconnaissant et dévoué, Emmanuel CHABRIER.\nParis, 75 mai 1886.\nJe reverrai donc ma petite jolie ! voilà pour le cri de cœur. Donc merci, ne m'en\nveuillez plus! ma sacrée part de lutte à la vie est déjà bien assez compliquée !... Nous\nsommes ravis, ma femme et moi, de votre affectueuse invite : nous viendrons, elle avec\nsa gente robe noire, quelques fleurs au corsage, et f inaugurer ai, moi, un complet que\nle Palais de cristal méfait lancer. Vous, je nai pas besoin de vous pour bOp.\ncom., ça va tout seul, je ne tiens pas à déranger sans utilité votre amitié bien-\nveillante : c'est pour l'Opéra, pour ce salaud d'Opéra que je vous veux, qu'il me\nvous faut ; et cest le lendemain de la reprise de Henry VIII, c est-à-dire jeudi, quil\nsera opportun de croiser le fer. C'est alors, mon bon ami, que vous verrez que je ne\nvous oublie pas. Je vous dirai jeudi ce que je compte faire en y mois {car\nIl veut me mettre en répétition le lERIER septembre) pour lOp. coin. Je désirais\naller chez vous au moment où Catulle Mendès ma présenté chez M. G. à MadQ\nLockroy, mais vous étiez absent de Paris. Enfin nous recauserons de tout cela.\nTout à la joie d'aller tous deux chez vous jeudi, présentez d'ici là mes hommages à\nMadame Gouzien ainsi que le plus sympathique souvenir de ma femme et\nvotre bien affectionné, Emmanuel CHABRIER.\nCher ami,\nJ'ai tellement ri en pensant à la soirée inouïe que nous avons passée chez vous il y\na juste aujourd'hui le nommé 8 jours, que j'en ai fait éclater trois de mes meilleures\nsouventrières ! Rire comme nous l'avons fait à 7, de 7 h. à 2 h. du matin, c'est\ntout bonnement prodigieux. Ces L. sont tout ce qu'il y ade plus aimable et je ne\nconnaissais pas le duo Gouzjen sous ce jour étonnant. Ah ! c'était plus drôle qu'à\nla Juive ! Enfin merci ! et de tout cœur.\nJe confectionne mon opéra comique fin juin, j'irai vous en jouer. Avez-vous de\nbons discours pour concours musicaux ? Je préside dans trois semaines celui de\nClermont, il faudra parler, et je sens que je vais être idiot devant tout ce monde et\nce qui est plus grave, devant des compatriotes. Non ? alors, vous improvisez ?ça\nvous vient tout naturellement ? C'est égal. ce jour-là fi arroserai peut-être ma sou-\nventrière, mais je garantis qu'elle 11' éclatera pas. Mille compliments affectueux de\nménage à ménage. Votre Emmanuel CHABRIER.\n16 mars (Bruxelles).\nEh ! Eh ! ça marche, ça vient petit à petit, mon bon ami ! J'ai Berardi, Eu gel et\nThuringer ; c'est vraiment une bonne distribution ; chaque jour je fais travailler\ntout le monde et je trouve en eux des artistes dévoués et convaincus. Bref, jusqu'à\nprésent je suis on ne peut plus satisfait. Jeudi je répète à orch. -et les chœurs des-\ncendront en scène dès samedi ; nous passerons vraisemblablement du y au 5 avril,\net je vous veux. —Je rencontre ici une bienveillance absolue sur toute la ligne et\nje crois que l'on trouve cela bien. —Je m'imaginais qu'à la fin d'une saison, je\nserais reçu ici comme plusieurs chiens dans un jeu de (fui lie s / il n'en est rien et je\ntrime gaiement, en brave homme qui fait de son mieux son petit bougre de\ndevoir. Ecrivez-moi, camarade ! J'ai tout mon lERIER acte à corriger parties d'orch,\npour jeudi midi. A jeudi midi! pour moi, dites un léger ave ; brrr ! quand\ntout le monde arrive, je ne suis pas brillant !...\nEt adieu, et à bientôt. Dites àla chère Madame Gouzien que je serais heureux\nsi elle pouvait vous accompagner au concert du mois prochain et embrassez pour moi"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "501", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.5", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 656, "texte": "ma petite jolie dont vous devriez bien m? envoyer la photographie ; je ne troiive rien\nd'amusant comme cette figure-là.\nEt à vous cordialement, Emmanuel CHABRIER.\nMon cher Gouqien,\nGille me fait part de vos impressions sur le grand ensemble « Amour sacré y>.Je\nlui réponds que cette orchestration est chargée jusqu'à la gueule [je vous montrerai\ncette orgie de trompettes, pistons, trombones, tambours. etc..)', mais pour quelle\néclate, il faut mettre le feu aux poudres I et voilà ce que nous allons demander à\nAltès et je suis sûr que, le soir, nous aurons ce fameux feu sacré qui vous a manqué,\nMille amitiés. Léo DELIBES,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "501", "page_fin": "502", "image_debut": 5, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.5", "titre_corps": "Notes sur la musique exotique.", "titre_sommaire": "Notes sur la musique exotique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "501", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.5", "debut_caractere": 658, "fin_caractere_exclue": 1095, "texte": "Notes sur la musique exotique.\n\nL'abondance des matières ne nous permet pas de reproduire dans ce numéro\ntoutes les correspondances que nous avons reçues, et dont l'étendue, la valeur aussi\n{car un envoi d instruments indigènes suivait beaucoup de letti esf dépassent toutes\nles espérances que nous avions fondées sur l obligeance de nos amis. Poui aujoin -\nd'hui, nous nous bornons à donner la photographie d'un instrument dont personne"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "502", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.6", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 432, "texte": "il a encore parlé, sauf M. I abbé Trille, missionnaire, dans la lettre qu'il a bien\nvoulu nous écrire d Abanga (Congo français) et que nous avons insérée. C'est\n1 Anzang, ou piano portatif (tocadores, disent les Portugais) des nègres du pays\nFang. Nous devons cette communication d'autant plus agréable quelle a été\nspontanée à Mgr le Directeur de la maison des missions apostoliques [Paris)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "501", "page_fin": "501", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.5.1", "titre_corps": "Piano portatif des nègres du pays Fang (Afrique).", "titre_sommaire": "Piano portatif des nègres du pays Fang (Afrique).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "501", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.5", "debut_caractere": 1097, "fin_caractere_exclue": 1146, "texte": "Piano portatif des nègres du pays Fang (Afrique)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "502", "page_fin": "504", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.6", "titre_corps": "Folklore musical : le Chasseur sauvage. 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On en a fixé la date à la vieille\népoque païenne où Wuotan (ou Odinq le dieu principal de la mythologie ger-\nmanique, présente déjà les caractères communément attribués au « Chasseur\nsauvage ». Mais la tradition est tout aussi bien récente qu'ancienne : le lecteur\nle reconnaîtra peut-être d'après sa propre expérience, si jamais il s'est trouvé\nseul, par une nuit orageuse qu'éclaire la lune, dans une forêt de Bohême ou\nd'Allemagne. En tout cas, il peut être sûr que ce n'est pas une plaisanterie de\ntraverser par une telle nuit une forêt qui s'étend en offrant toujours presque le\nmême aspect. Pendant quelque temps toute chose conserve le silence de la tombe.\nLe voyageur solitaire suit quelque vieux sentier qui ne marque qu'à peine la\nbonne direction ; l'obscurité se fait soudainement quand un nuage voile la\nlune ; la clarté même est lugubre, quand un nuage vient de dépasser la lune et\nprojette une ombre qui, semblable à un spectre, file rapidement sur les fourrés\navec toutes sortes d'aspects étranges. L'imagination est excitée par des sons\nlointains qu'on n'entend pas en plein jour : glapissements de renards, hurlements\nde loups, grognements de sangliers, cris affreux de détresse jetés par un oiseau\ntombé en proie à quelque carnassier... un bruit terrible ressemble au galop\nd'une chevauchée : c'est une harde de cerfs qui courent à toute vitesse; la\nchevauchée semble venir droit sur le voyageur : mais bientôt le bruit décroît, et\nrapidement meurt au loin.\nPuis c'est un coup de vent qui passe sur la forêt, secoue violemment la cime\ndes arbres ; d'abord gémissant et plaintif, il éclate bientôt en un hurlement\nhorrifique, et. passant furieusement par-dessus la tête du spectateur involontaire,\neffraye nombre de hiboux dans leurs cachettes et leur arrache des cris étranges.\nEt lorsque le tourbillon a passé outre, il y a d'autres bruits et d'autres visions\nqui vont assurément se produire. Bref, notre voyageur solitaire, aussi fin obser-\nvateur de la nature qu'il puisse être, se sentira très probablement le cœur\nsoulagé d'un lourd fardeau quand il aura laissé la forêt derrière lui ; bientôt,\nayant atteint le terme de son voyage, il mettra ses pantoufles avec la bonne sen-\nsation de bien-être que 1 on éprouve infailliblement après avoir échappé à un\ngrand danger.\nCe qui vient d'être dit empêchera le lecteur de s'étonner si les témoins qui\ndéclarent avoir rencontré le Chasseur sauvage font des rapports qui se contre-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "503", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.7", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "disent en bien des points : en grande partie, ces rapports sont évidemment\ndéterminés par la nature du lieu où se montre l'apparition mystérieuse. En\nquelques endroits de l'Allemagne on donne une importance toute spéciale au\ncharme et à la douceur de la musique qui raccompagne : c'est une idée qui peut\navoir été imaginée dans les forêts de sapins, où les arbres ont des feuilles en\nforme d'aiguilles fines qui vibrent au vent comme les cordes d'une harpe\néolienne. Toutefois le son que le chasseur tire de son cor semble être un accom-\npagnement indispensable de la chasse enragée. Dans le Mecklembourg et dans\nquelques autres provinces de l'Allemagne septentrionale, les paysans disent, en\nentendant le bruit mystérieux de la forêt ; « de Wode tût » (Odin est en train de\nsonner du cor), désignant ainsi une suite de sons sans rythme plutôt qu'une\nsuccession ayant un caractère mélodique de notes du cor : en fait, ces sons\nrappellent tout à fait le cri du hibou. En outre, une opinion générale veut qu'une\nespèce de hibou, appelé par les paysans Tutosel, accompagne toujours le Chas-\nseur sauvage et sa suite enragée.\nIl faut naturellement préférer le récit d'un événement extraordinaire fait par\nun témoin sincère au procès-verbal du même événement qu'on ne possède que\nd'après des on-dit, et la déposition du témoin mérite parfaitement d'être retenue\ns'il se montre observateur intelligent et pénétrant. Voici le récit d'un Allemand,\nle baron Reibnitz, qui en avait donné communication à la Société philosophique\nde Gorlitz, en Silésie :\n« La tradition populaire du Chasseur sauvage, commune en beaucoup de\nlieux, règne aujourd'hui encore dans mon village de Zilmsdorf. Dès mes pre-\nmières années, j'étais familier avec elle, mais par ouï-dire seulement; une fois\nentré en possession de l'héritage et du château paternels, je donnai l'ordre\nle plus strict, spécialement au guetteur, de me prévenir aussitôt, à n'importe\nquelle heure de la nuit, au cas où cet événement arriverait.\n« Il y a environ trente ans, sur le coup de onze heures, par une claire nuit de\nmai, j'entendis frapper à ma fenêtre :\n« Gracieux baron, criait mon guetteur, le Chasseur sauvage ! enhaut, dans le\nbois de Templitz ! »\n« ]e fis aussitôt réveiller Stâglich, mon garde-chasse, qui à cette époque\nj'étais alors jeune homme était mon palefrenier, mon garde-chasse, mon\nintendant —en un mot mon factotum ; il était d'ailleurs exactement de mon âge,\net faisait à coup sûr un excellent garde forestier.\n« Allons, amenez les chevaux ! Dépêchez !Ne perdez pas votre temps à les\nseller— rien que la housse ;le Chasseur sauvage est en forêt ; nous allons lui\ndire bonjour ! »\n« C'était la grande affaire pour Stâglich. En moins de dix minutes, nous étions\nà cheval, bien armés, et nous filions à travers prairies et terres labourées, vers\nl'endroit où nous entendions le son des cors et les aboiements des chiens. A\npeine avions-nous atteint la bruyère que le bruit cessa. Nous restâmes sans\nbouger. Soudain, nous entendîmes tout près de nous un aboiement tout à fait\npareil à celui du limier qui vient de retrouver la piste perdue.\n« Les aboiements des chiens grands et petits, le son des corsgrossissaient rapi-\ndement; alors commença une chasse réellement enragée, qui s'avançait vers le\ncœur de la forêt, où l'on entendait aussi d'autres cors de chasse sonner d'une façon\neffrayante. Nous piquâmes nos chevaux et nous nous lançâmes en avant. Un"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "504", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.8", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "fourré impénétrable nous força à changer de route et à passer clans une partie\nde la forêt où il n'y avait que de la petite futaie, mais où régnait, malgré la belle\nnuit pleine d'étoiles, une telle obscurité, que, suivant le proverbe, les arbres\nnous empêchaient de voir la forêt. Les chevaux, qui sont, comme on sait, plus\nnerveux la nuit que les hommes, prirent peur à plusieurs reprises.\n« Soudain la chasse sauvage sembla venir droit sur nous, avec des cris si\nterribles qu'en atteignant le haut de la colline où s'élèvent les plus hauts arbres\nnous nous écriâmes l'un à l'autre : « A eux, maintenant ! »\n(( Comme un tourbillon, la chasse nous dépassa dans son élan, avec une musi-\nque épouvantable de voix et d'instruments, à une distance de moins de quarante\npas ; les chevaux s'ébrouaient, prenaient peur : celui de mon garde-chasse se cabra\net se renversa en arrière. «Le ciel ait pitié de nous et nous protège! » criâmes-\nnous tous deux. Je me hâtai d'aller l'aider, mais il était déjà debout, et bientôt\nil fut de nouveau à côté de moi. Nerveusement, nos chevaux se pressaient l'un\ncontre l'autre. La chasse sauvage semblait passée, quand, peu de temps après,\nnous l'entendîmes recommencer à une grande distance et en rase campagne.\nSans perdre de temps, nous filons dans la direction et atteignons bientôt les\nchamps.\n« Les étoiles brillaient, claires et joyeuses. Alors la chasse sauvage passa\ndevant nous; mais, comme nous approchions, elle s'éloigna peu à peu en ligne\ncourte. Au son des cors, aux aboiements des chiens, avec le bruit des chevaux,\nbientôt elle fut loin, au fond de la bruyère...\n« Nous piquâmes vers le château, où le veilleur, qui nous attendait anxieuse-\nment, commençait à se demander si nous reviendrions jamais. Il était plus d'une\nheure du matin. »\n(D'après Karl Haupt, Sagenbuch der Lausitz, Leipzig, 1862, p. 124 et suiv. ; et Karl Engel,\nMusical myths andJacts, 1876, 2 vol.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "505", "page_fin": "507", "image_debut": 9, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.7", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "505", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4143, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nLA MUSIQUE ET LA MAGIE (1) (Suite). — XIV.\nLes anciens ont considéré le chant magique comme une arme défensive et\noffensive. Ils lui ont attribué une force surnaturelle ; ils ont cru que, par lui,\nils pouvaient tout. En voici quelques preuves.\nI .—Le chant magique, employé pour écarter la souffrance ou attirer un bien.\nPlaute (Miles gloriosus, 3, i, 690) cite parmi les parasites à qui il convient de jfaire\ndes cadeaux une sorte de magicienne, « prœcantatrix », dont la fonction doit être\nd'attirer la prospérité sur la maison ou la préserver des dangers. Catulle (XC) parle\ndes hymnes des mages pour se concilier la Divinité, « ut accepto veneretur carminé\nDivos ». Horace (Carm. I, 2) emploie le mot « carmen » pour signifier les prières\ndestinées à conjurer les prodiges funestes et malheurs publics : « minus audientem\nCarmina Vestam. » De même (Epist. 11, 2) : « Carminé Dî superi placantur, carminé\nmânes ». Ovide (Méîamorph. VII, 25 1) : « Quos übique placavit precibusque et mur-\nmure longo ».— Manilius (Astronomicon, 11, 142): «Et gaudente sui mundo per car-\nmina vatis. » Lucain (VI, 52 3) : « Nec cantu supplice numen Auxiliare vocat. »\nDans l'Hymne homérique à Déméter, la déesse promet de protéger par un philtre et\nune incantation l'enfant de Métanire contre toute néfaste influence : « Oik' àp STUTQXOŒIT)\ncrs-cat, OUTS TOgalov... Oiôa 8' TCOXOTT^JJLOVOÇ ècrOXôv Spuarptôv. » (llpoç A^g.,227).\nHérodote (I, i 32) dit que chez les Perses la « théogonie » (mélodie magique)\n« oTiqv 8r) êxetvot XsYOocn slvat ty)v stcaotôirjv », que chantait un mage pendant tout\nsacrifice, le rendait seul efficace. Strabon (XV, 3, 14) dit aussi que les mages\npendant les sacrifices font entendre de longs chants magiques « zi/.ç o'iirtyoàç Troioovxat,\n7roXuv ypovov ». Diodore de Sicile (Biblioth. Histor., 11, 29) confirme le fait, assu-\nrant que les mages chaldéens se vantaient, « xwv 8è oo<rtai<; TWV 8' aXXatç Ttatv èTutpSatç »,\nde détourner les maux et de rendre les événements favorables. Philostrate {Vie\nd'Apollonius de Tyane, V, 12) parle de ce pouvoir du chant et des rites magiques,\n« Ot 0 lç TO siracrou -et fj jjisTaTuotsTv cpacit va stpappiva ». - Athénée (Deipnoso-\nphistœ, XIV, 17) cite au contraire le comique Antiphane qui tourne en ridicule cette\ncroyance : « ETE oux ETutpSouç epaatv Lyostv tivsc ». Héliodore (JEthiopica, 111, 19)\nparle d'exorciser, « sTcaSsiv », pour détruire l'effet d'un sort. Clément d'Alexandrie\n(Cohortatio ad gentes, p. 32) cite les chants magiques dont les superstitieux atten-\ndaient une protection.« -àç enaotoàç wç arwriQ.piooç... »\nTibulle (I, 8, 17 sq.) parle des maléfices des sorcières : « Num te carminibus... Devo-\nvit tacito tempore noctis anus ?... Quid queror, heu, misero carmen nocuisse !... »\nCicéron (.Brutus, 60) cite un de ses adversaires, Curion, qui, sous l'influence d'un\nchant magique, se trouve avoir oublié toute sa plaidoirie : « id que veneficiis et can-\ntionib.us Titiniae factum esse dicebat. » Titinia était la partie contre qui il avait à\nplaider. Horace (Ep. v) note qu'on pouvait, par un autre enchantement, échapper\naux mauvais desseins du magicien: « Solutus ambulat veneficae Scientioris car-\nmine... ». Il décrit plus loin (.Serin. I, 8) une sorte d'envoûtement : « Hecaten vocat\naltéra... quo pacto alterna loquentes Umbra eu m Sagana resonarent triste et\nacutum. » La magicienne porte des bracelets enchantés : « incantata lacertis Vin-\ncula... ». Virgile (Ecl. VII, 71) parle des maléfices de Circé : « Carminibus Circe\nsocios mutavit Ulixi. » Il décrit les sacrifices magiques où on chante (EEneis, IV, 437) :\n(( IFer centum tonat ore Deos, Erebumque Chaosque Tergeminamque Hecaten...\nNocturnisque Hecate triviis ululata per urbes ». - Ovide {Amor, I, Eleg. xiv, 39)\n\n(1) Voir les derniers numéros de la Revue musicale. Le sténographe n'ayant pu prendre\ncette leçon à cause des termes spéciaux qu'elle contenait, nous en donnons l'essentiel, c'est-\nà-dire les textes ayant servi de base à une démonstration. Les références qui ne se trouve-\nraient pas ici à côté de certains textes, ont été données dans les précédentes leçons."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "506", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.10", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4666, "texte": "parle des herbes enchantées qu'emploient les courtisanes : « Non te cantatœ lœserunt\npellicis herbae ». (Ibid, 111, Eleg. VII, 28 sq.) Il décrit uh envoûtement et les char-\nmes qui rendent la terre stérile et l'homme impuissant... : « Num misero carmen et\nherba nocent Sagave punicea defixit numina cera Et médium tenues in jecur egit\nacus ? Carminé lnesa Geres stériles vanescit in herbam... Quid vetat et nervos ma-\ngicas torpere per artes ? » L'accouchement d'Alcmène est empêché par un chant :\n«... Tacita quoque carmina voce Dixit et inceptos tenuerunt carmina partus. »\n(Metamorph., IX, 3oo.) Enchantements et malices de Gircé (Ibid., xiv, by sq.);\n« Ter novies carmen magico demurmurat ore »... « carmen Ore move sacro... »,\n« carminé quumtantum, tantum quum gramine possim ». Les compagnons d'Ulysse\nracontent qu'ils reprennent leur première forme, grâce à la vertu d'un chant : « Quo\nmagis ilia canit, magis hoc tellure levati Erigimur... ». La déesse magicienne dédai-\ngnée par Picusle transforme en pivert par un moyen analogue (Ibid., 3 sy) : «... Verba\nvenefica dixit Ignotosque Deos ignoto carminé adorat... ; Ter juvenem baculo tetigit,\ntria carmina dixit... ». Sénèque (Quœst. nat.9 4, 7) rappelle la loi des XII Tables et\najoute: « Rudis adhuc antiquitas credebat et attrahi imbres cantibus etrepelli...» Il rit\nde ces croyances. (Lucain VI, soy sq.) parle des maléfices, «diras carmina gentis »,\ndes sorcières de Thessalie : « Illa magis magicis que Deis incognita verba Tentabat\ncarmenque novos fingebat in usus. » Celle-ci exerce son art sur les champs de Phi-\nlippes « pollutos cantu ». Pline (VII, 2, 8) parle, d'après Isigonus et Nymphodo-\nrus, de tribus de magiciens vivant en Afrique : « Quorum laudatione intereant pro-\nbata, arescant arbores, emoriantur infantes. » Il rappelle (XXVIII, 2) la tradition\npar laquelle certaine formule des vestales arrêtait les esclaves fugitifs : « ... mancipia\nfugitiva nondum agressa urbe retinere in loco precatione... » Apulée (Apologie) :\n« magicamaleficia..., vis cantionum... » Lampride (In Juliano) rappelle les prati-\nques des maléfices: « carmina incantare. » Aimoin (Hist. Franc., 52) rapporte\nquedesfemmes furent livrées aux supplices pour s'être servies de chants homicides:\n« quae se fatebantur carminibus multos interemisse innocentes ».\nr Héliodore (Mthiopica, 111, 16) reconnaît (comme Platon) deux sortes de magie.\nA côté de la magie divine, il en est une autre populaire et basse spyojjiévrj),\nvouée aux œuvres néfastes et usant du chant, ETuwSalç çTcavsyouara,\nCheq les Egyptiens :\nLe Livre des Morts (DAS XEgyptische Todtenbuch der XVIII bis XX Dynastie,\nedit. Maville), dont les exemplaires constituent les neuf dixièmes des papyrus\négyptiens connus, n'est presque qu'un recueil d'incantations magiques destinées,\ndans l'autre monde, à préserver le mort des dangers de la route qu'il doit suivre pour\nrejoindre Osiris. 11 est nécessaire que le mort sache proférer ces incantations « d'une\nvoix juste », avec une intonation rythmique et musicale. Les ch. XVIII, XIX, XX,\nXXI, XXII, XXIV, contiennent les formules propres « à lui donner la bouche », « à\nlui ouvrir la bouche », à le rendre apte à user des formules qui suivent. Le reste con-\ntient celles qui le préserveront des périls de son voyage mystique: incantation contre\nles crocodiles et les reptiles qui viennent l'assaillir (ch. XXXI, XXXII ; XXXVI-XL),\nserpents cachés dans leurs trous, scarabées venimeux, vipères, etc... Un voyage\nmystique du dieu Râ (Lefébure : Tombeau de Séti, IV, pl. XLII 1) ne peut s'accom-\nplir que grâce « aux incantations d'lsis et de Samson-Toth »: les charmes de ce der-\nnier mettent en pièces le serpent Apôpi. Le Papyrus magique Harris, traduit\npar Ghabas, est une collection d'enchantements pour écarter les dangers que peut\ncauser le voyage par eau, entremêlé d'hymnes et de litanies. La ire partie, « Livre\ndes chants efficaces pour repousser l'habitant des eaux », contient notamment un\ncharme contre les crocodiles. Le texte indique que ces chants doivent être rythmi-\nquement et mélodiquement dits, étant sur le bateau : «... On dit cette incantation\nsur un œuf placé dans la main d un homme sur le devant de la cabine. Si quelque\nanimal voulait sortir de 1 eau, il serait forcé d y rester. » Beaucoup de ces formules\ncontiennent des mots inintelligibles. Plus loin sont des incantations pour le séjour\nà la campagne «... Que soit close la gueule des lions et des hyènes!... qu'ils s'é-\nloignent!... qu'ils cessent d'entendre!... » ; pour une garde parfaite, pourles chiens\nde garde, pour assurer les clôtures : ((.,. Je mets ma confiance dans l'effet du livre"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "507", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "efficace par qui m'est donné un pouvoir... Ayant dit : salut, le salut opère. » Le pa-\npyrus finit par une liste de mots magiques incompréhensibles, résidu de chants\nprimitifs.\nLes magiciens qui se vantaient de posséder les incantations de Thôt se servent de\nleur science pour engager des maléfices. Ils envoient des songes terrifiants et trom-\npeurs (Papyrus du Louvre 3229, dans Maspero, Mémoire sur quelques Papyrus du\nLouvre ; Papyrus gnostique de Leyde, dans Leemans, Monuments égyptiens, I, pl.\n1-14, et Papyri grœci, 11, p. 16 sq ) ou le harcèlent d'apparitions. Ils le livrent aux\nmaladies, aux esprits,aux spectres errants (Sharpe, Egypiian Inscriptions, i,pl. xii) :\n« ... Que nul mort ni morte n'entrent en lui. que l'ombre de nul mâne ne le hante ! »\nLe papyrus 38q de Leyde contient des incantations pour frapper d'insomnie. Le\n65 de la même collection renferme des formules de deprécation : « Je t'invoque,\nSeth, j'accomplis tes enchantements, car je t'invoque par tes propres noms (suivent\ndes mots inintelligibles)... Viens à moi !... » L'envoûtement était pratiqué. Il fut\npratiqué contre Ramsès 111 au cours d'une conspiration d'un de ses fils, Pentaoui-\nrit. Un magicien s'était servi de philtres et figures de cire et surtout d'incantations\n(Ghabas, Pap. magique Harris, et Devéria, Pap. judiciaire de Turin), Des ta-\nblettes, « tabulse devotionis », de la nécropole d'Hadrumète contiennent une formule\nlatine (en caractères grecs) d'obsécration contre un personnage qui n'est pas'nommé.\nOn y lit une suite de mots incompréhensibles: « A 6ap (3ap6apos sXoss SaêoccoO\nIIoOtTT£{AI »;à la fin : «\nencore il semble qu'on soit en présence d'un résidu de chant très ancien.\nChep les Assyriens :\nLes formules 1, 2, 18, 19, 21, 22, 26, des tablettes de Koyoundjik (Cuneiforms ins-\ncriptions of Western Asia, II) contiennent des incantations contre les divers démons\nque l'on peut rencontrer et qui se glissent dans la maison; les formules 6, 18 sont\ndirigées contre les enchantements funestes ; les 16, 17, 27, 28, sont destinées à s'as-\nsurer la bienveillance de génies favorables (Cf. Lenormand, La Magie che% les\nChaldéens, et Oppert, appendice à VHistoire d'lsraël deLedrain). Les invocations du\ntome IV des Cuneiforms Inscr. of W. A. contiennent des textes du même genre. La\npremière division, intitulée: « Les mauvais esprits », est composée de charmes pro-\ntecteurs ; la troisième est composée d'hymnes à chanter à certains dieux ou génies\npour se les rendre favorables.\nChef les Finnois :\nDans le Kalevala (Runo 10), Wâinâmoinen fait monter sur un sapin enchanté le\nforgeron Ilmarinen, puis «il éleva la voix, il entonna un chant magique : il évoqua\nun vent violent, tourbillon d'orage... L'arbre et le forgeron sont emportés dans des\nrégions lointaines. » (Runo 12) : L'ennemi Kainem se trouve dans une assemblée\nhostile : « ... Il se mit à vociférer ses runo sauvages. Le feu jaillit de ses vêtements,\nla flamme s'élance de ses yeux. « Il force les meilleurs chanteurs à balbutier et à se\ntaire... » llmarinen, « déroulant ses chants d'une voix désespérée », transforme\nen mouette son épouse infidèle. Un magicien lance contre le navire qui conduit\nWâinâmoinen ses plus terribles enchantements. A sa voix surgit un épais brouillard,\npuis naît un monstre marin gigantesque ; une horrible tempête éclate (Runo 12).\nKalevala (Runo 14) : formule de chant magique pour se rendre favorables les divi-\nnités qui président àla chasse. (Runo 32) : Incantation contre les dangers qui pour-\nraient menacer les troupeaux aux pâturages. Le héros Lemmi Kâinen, faute de\nconnaître l'incantation convenable pour détruire un serpent lancé contre lui par un\nmagicien Lapon son rival, est frappé par l'animal (Runo 14)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "505", "page_fin": "507", "image_debut": 9, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.7.1", "titre_corps": "LA MUSIQUE ET LA MAGIE (1) (Suite). — XIV.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE ET LA MAGIE (1) (Suite). — XIV.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "505", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4143, "texte": "LA MUSIQUE ET LA MAGIE (1) (Suite). — XIV.\nLes anciens ont considéré le chant magique comme une arme défensive et\noffensive. 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VII, 25 1) : « Quos übique placavit precibusque et mur-\nmure longo ».— Manilius (Astronomicon, 11, 142): «Et gaudente sui mundo per car-\nmina vatis. » Lucain (VI, 52 3) : « Nec cantu supplice numen Auxiliare vocat. »\nDans l'Hymne homérique à Déméter, la déesse promet de protéger par un philtre et\nune incantation l'enfant de Métanire contre toute néfaste influence : « Oik' àp STUTQXOŒIT)\ncrs-cat, OUTS TOgalov... Oiôa 8' TCOXOTT^JJLOVOÇ ècrOXôv Spuarptôv. » (llpoç A^g.,227).\nHérodote (I, i 32) dit que chez les Perses la « théogonie » (mélodie magique)\n« oTiqv 8r) êxetvot XsYOocn slvat ty)v stcaotôirjv », que chantait un mage pendant tout\nsacrifice, le rendait seul efficace. Strabon (XV, 3, 14) dit aussi que les mages\npendant les sacrifices font entendre de longs chants magiques « zi/.ç o'iirtyoàç Troioovxat,\n7roXuv ypovov ». Diodore de Sicile (Biblioth. Histor., 11, 29) confirme le fait, assu-\nrant que les mages chaldéens se vantaient, « xwv 8è oo<rtai<; TWV 8' aXXatç Ttatv èTutpSatç »,\nde détourner les maux et de rendre les événements favorables. Philostrate {Vie\nd'Apollonius de Tyane, V, 12) parle de ce pouvoir du chant et des rites magiques,\n« Ot 0 lç TO siracrou -et fj jjisTaTuotsTv cpacit va stpappiva ». - Athénée (Deipnoso-\nphistœ, XIV, 17) cite au contraire le comique Antiphane qui tourne en ridicule cette\ncroyance : « ETE oux ETutpSouç epaatv Lyostv tivsc ». Héliodore (JEthiopica, 111, 19)\nparle d'exorciser, « sTcaSsiv », pour détruire l'effet d'un sort. Clément d'Alexandrie\n(Cohortatio ad gentes, p. 32) cite les chants magiques dont les superstitieux atten-\ndaient une protection.« -àç enaotoàç wç arwriQ.piooç... »\nTibulle (I, 8, 17 sq.) parle des maléfices des sorcières : « Num te carminibus... Devo-\nvit tacito tempore noctis anus ?... Quid queror, heu, misero carmen nocuisse !... »\nCicéron (.Brutus, 60) cite un de ses adversaires, Curion, qui, sous l'influence d'un\nchant magique, se trouve avoir oublié toute sa plaidoirie : « id que veneficiis et can-\ntionib.us Titiniae factum esse dicebat. » Titinia était la partie contre qui il avait à\nplaider. Horace (Ep. v) note qu'on pouvait, par un autre enchantement, échapper\naux mauvais desseins du magicien: « Solutus ambulat veneficae Scientioris car-\nmine... ». Il décrit plus loin (.Serin. I, 8) une sorte d'envoûtement : « Hecaten vocat\naltéra... quo pacto alterna loquentes Umbra eu m Sagana resonarent triste et\nacutum. » La magicienne porte des bracelets enchantés : « incantata lacertis Vin-\ncula... ». Virgile (Ecl. VII, 71) parle des maléfices de Circé : « Carminibus Circe\nsocios mutavit Ulixi. » Il décrit les sacrifices magiques où on chante (EEneis, IV, 437) :\n(( IFer centum tonat ore Deos, Erebumque Chaosque Tergeminamque Hecaten...\nNocturnisque Hecate triviis ululata per urbes ». - Ovide {Amor, I, Eleg. xiv, 39)\n\n(1) Voir les derniers numéros de la Revue musicale. Le sténographe n'ayant pu prendre\ncette leçon à cause des termes spéciaux qu'elle contenait, nous en donnons l'essentiel, c'est-\nà-dire les textes ayant servi de base à une démonstration. Les références qui ne se trouve-\nraient pas ici à côté de certains textes, ont été données dans les précédentes leçons."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "506", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.10", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4666, "texte": "parle des herbes enchantées qu'emploient les courtisanes : « Non te cantatœ lœserunt\npellicis herbae ». (Ibid, 111, Eleg. VII, 28 sq.) Il décrit uh envoûtement et les char-\nmes qui rendent la terre stérile et l'homme impuissant... : « Num misero carmen et\nherba nocent Sagave punicea defixit numina cera Et médium tenues in jecur egit\nacus ? Carminé lnesa Geres stériles vanescit in herbam... Quid vetat et nervos ma-\ngicas torpere per artes ? » L'accouchement d'Alcmène est empêché par un chant :\n«... Tacita quoque carmina voce Dixit et inceptos tenuerunt carmina partus. »\n(Metamorph., IX, 3oo.) Enchantements et malices de Gircé (Ibid., xiv, by sq.);\n« Ter novies carmen magico demurmurat ore »... « carmen Ore move sacro... »,\n« carminé quumtantum, tantum quum gramine possim ». Les compagnons d'Ulysse\nracontent qu'ils reprennent leur première forme, grâce à la vertu d'un chant : « Quo\nmagis ilia canit, magis hoc tellure levati Erigimur... ». La déesse magicienne dédai-\ngnée par Picusle transforme en pivert par un moyen analogue (Ibid., 3 sy) : «... Verba\nvenefica dixit Ignotosque Deos ignoto carminé adorat... ; Ter juvenem baculo tetigit,\ntria carmina dixit... ». Sénèque (Quœst. nat.9 4, 7) rappelle la loi des XII Tables et\najoute: « Rudis adhuc antiquitas credebat et attrahi imbres cantibus etrepelli...» Il rit\nde ces croyances. (Lucain VI, soy sq.) parle des maléfices, «diras carmina gentis »,\ndes sorcières de Thessalie : « Illa magis magicis que Deis incognita verba Tentabat\ncarmenque novos fingebat in usus. » Celle-ci exerce son art sur les champs de Phi-\nlippes « pollutos cantu ». Pline (VII, 2, 8) parle, d'après Isigonus et Nymphodo-\nrus, de tribus de magiciens vivant en Afrique : « Quorum laudatione intereant pro-\nbata, arescant arbores, emoriantur infantes. » Il rappelle (XXVIII, 2) la tradition\npar laquelle certaine formule des vestales arrêtait les esclaves fugitifs : « ... mancipia\nfugitiva nondum agressa urbe retinere in loco precatione... » Apulée (Apologie) :\n« magicamaleficia..., vis cantionum... » Lampride (In Juliano) rappelle les prati-\nques des maléfices: « carmina incantare. » Aimoin (Hist. Franc., 52) rapporte\nquedesfemmes furent livrées aux supplices pour s'être servies de chants homicides:\n« quae se fatebantur carminibus multos interemisse innocentes ».\nr Héliodore (Mthiopica, 111, 16) reconnaît (comme Platon) deux sortes de magie.\nA côté de la magie divine, il en est une autre populaire et basse spyojjiévrj),\nvouée aux œuvres néfastes et usant du chant, ETuwSalç çTcavsyouara,\nCheq les Egyptiens :\nLe Livre des Morts (DAS XEgyptische Todtenbuch der XVIII bis XX Dynastie,\nedit. Maville), dont les exemplaires constituent les neuf dixièmes des papyrus\négyptiens connus, n'est presque qu'un recueil d'incantations magiques destinées,\ndans l'autre monde, à préserver le mort des dangers de la route qu'il doit suivre pour\nrejoindre Osiris. 11 est nécessaire que le mort sache proférer ces incantations « d'une\nvoix juste », avec une intonation rythmique et musicale. Les ch. XVIII, XIX, XX,\nXXI, XXII, XXIV, contiennent les formules propres « à lui donner la bouche », « à\nlui ouvrir la bouche », à le rendre apte à user des formules qui suivent. Le reste con-\ntient celles qui le préserveront des périls de son voyage mystique: incantation contre\nles crocodiles et les reptiles qui viennent l'assaillir (ch. XXXI, XXXII ; XXXVI-XL),\nserpents cachés dans leurs trous, scarabées venimeux, vipères, etc... Un voyage\nmystique du dieu Râ (Lefébure : Tombeau de Séti, IV, pl. XLII 1) ne peut s'accom-\nplir que grâce « aux incantations d'lsis et de Samson-Toth »: les charmes de ce der-\nnier mettent en pièces le serpent Apôpi. Le Papyrus magique Harris, traduit\npar Ghabas, est une collection d'enchantements pour écarter les dangers que peut\ncauser le voyage par eau, entremêlé d'hymnes et de litanies. La ire partie, « Livre\ndes chants efficaces pour repousser l'habitant des eaux », contient notamment un\ncharme contre les crocodiles. Le texte indique que ces chants doivent être rythmi-\nquement et mélodiquement dits, étant sur le bateau : «... On dit cette incantation\nsur un œuf placé dans la main d un homme sur le devant de la cabine. Si quelque\nanimal voulait sortir de 1 eau, il serait forcé d y rester. » Beaucoup de ces formules\ncontiennent des mots inintelligibles. Plus loin sont des incantations pour le séjour\nà la campagne «... Que soit close la gueule des lions et des hyènes!... qu'ils s'é-\nloignent!... qu'ils cessent d'entendre!... » ; pour une garde parfaite, pourles chiens\nde garde, pour assurer les clôtures : ((.,. Je mets ma confiance dans l'effet du livre"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "507", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "efficace par qui m'est donné un pouvoir... Ayant dit : salut, le salut opère. » Le pa-\npyrus finit par une liste de mots magiques incompréhensibles, résidu de chants\nprimitifs.\nLes magiciens qui se vantaient de posséder les incantations de Thôt se servent de\nleur science pour engager des maléfices. Ils envoient des songes terrifiants et trom-\npeurs (Papyrus du Louvre 3229, dans Maspero, Mémoire sur quelques Papyrus du\nLouvre ; Papyrus gnostique de Leyde, dans Leemans, Monuments égyptiens, I, pl.\n1-14, et Papyri grœci, 11, p. 16 sq ) ou le harcèlent d'apparitions. Ils le livrent aux\nmaladies, aux esprits,aux spectres errants (Sharpe, Egypiian Inscriptions, i,pl. xii) :\n« ... Que nul mort ni morte n'entrent en lui. que l'ombre de nul mâne ne le hante ! »\nLe papyrus 38q de Leyde contient des incantations pour frapper d'insomnie. Le\n65 de la même collection renferme des formules de deprécation : « Je t'invoque,\nSeth, j'accomplis tes enchantements, car je t'invoque par tes propres noms (suivent\ndes mots inintelligibles)... Viens à moi !... » L'envoûtement était pratiqué. Il fut\npratiqué contre Ramsès 111 au cours d'une conspiration d'un de ses fils, Pentaoui-\nrit. Un magicien s'était servi de philtres et figures de cire et surtout d'incantations\n(Ghabas, Pap. magique Harris, et Devéria, Pap. judiciaire de Turin), Des ta-\nblettes, « tabulse devotionis », de la nécropole d'Hadrumète contiennent une formule\nlatine (en caractères grecs) d'obsécration contre un personnage qui n'est pas'nommé.\nOn y lit une suite de mots incompréhensibles: « A 6ap (3ap6apos sXoss SaêoccoO\nIIoOtTT£{AI »;à la fin : «\nencore il semble qu'on soit en présence d'un résidu de chant très ancien.\nChep les Assyriens :\nLes formules 1, 2, 18, 19, 21, 22, 26, des tablettes de Koyoundjik (Cuneiforms ins-\ncriptions of Western Asia, II) contiennent des incantations contre les divers démons\nque l'on peut rencontrer et qui se glissent dans la maison; les formules 6, 18 sont\ndirigées contre les enchantements funestes ; les 16, 17, 27, 28, sont destinées à s'as-\nsurer la bienveillance de génies favorables (Cf. Lenormand, La Magie che% les\nChaldéens, et Oppert, appendice à VHistoire d'lsraël deLedrain). Les invocations du\ntome IV des Cuneiforms Inscr. of W. A. contiennent des textes du même genre. La\npremière division, intitulée: « Les mauvais esprits », est composée de charmes pro-\ntecteurs ; la troisième est composée d'hymnes à chanter à certains dieux ou génies\npour se les rendre favorables.\nChef les Finnois :\nDans le Kalevala (Runo 10), Wâinâmoinen fait monter sur un sapin enchanté le\nforgeron Ilmarinen, puis «il éleva la voix, il entonna un chant magique : il évoqua\nun vent violent, tourbillon d'orage... L'arbre et le forgeron sont emportés dans des\nrégions lointaines. » (Runo 12) : L'ennemi Kainem se trouve dans une assemblée\nhostile : « ... Il se mit à vociférer ses runo sauvages. Le feu jaillit de ses vêtements,\nla flamme s'élance de ses yeux. « Il force les meilleurs chanteurs à balbutier et à se\ntaire... » llmarinen, « déroulant ses chants d'une voix désespérée », transforme\nen mouette son épouse infidèle. Un magicien lance contre le navire qui conduit\nWâinâmoinen ses plus terribles enchantements. A sa voix surgit un épais brouillard,\npuis naît un monstre marin gigantesque ; une horrible tempête éclate (Runo 12).\nKalevala (Runo 14) : formule de chant magique pour se rendre favorables les divi-\nnités qui président àla chasse. (Runo 32) : Incantation contre les dangers qui pour-\nraient menacer les troupeaux aux pâturages. Le héros Lemmi Kâinen, faute de\nconnaître l'incantation convenable pour détruire un serpent lancé contre lui par un\nmagicien Lapon son rival, est frappé par l'animal (Runo 14)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "508", "page_fin": "511", "image_debut": 12, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.8", "titre_corps": "La théorie musicale et les sons harmoniques.", "titre_sommaire": "La théorie musicale et les sons harmoniques.", "signature_source": "J. DADOR, Chef de musique au 125e d'infanterie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "508", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.12", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 3585, "texte": "La théorie musicale et les sons harmoniques.\n\nM. Dador, chef de musique de ire classe au 125e régiment d'infanterie, nous envoie la note\nsuivante, où Ton trouvera des observations à la fois très simples et neuves, sur un sujet qui\nparaissait épuisé.\nOn admet généralement que notre système musical s'appuie sur le phénomène\nbien connu des sons harmoniques. Introduite par des parrains illustres, cette\nthéorie a eu la bonne fortune d'éviter les contradicteurs persévérants, et il semble\ndifficile, à l'heure actuelle, de revenir sur une notion en quelque sorte classique.\nNéanmoins, il faut le reconnaître, les musiciens ont accepté sans enthousiasme\nl'origine physique des accords fondamentaux; l'un des plus lus, H. Reber,\ndéclare : « Que les données qui servent de base au système musical moderne\nsoient naturelles ou conventionnelles, il faut les accepter comme on accepte une\nrévélation ; notre sentiment et nos habitudes musicales en sont la conséquence ;\nle raisonnement ne les modifiera pas.... » Voilà qui en dit long sur le crédit\naccordé aux propriétés du corps sonore par les principaux intéressés : aussi ne\nsera-t-il peut-être pas superflu d'examiner de près une théorie vraisemblable\nsans doute, mais dont on n'a donné jusqu'ici aucune raison décisive.\nLe phénomène des sons harmoniques a été interprété, semble-t-il, pour les\nbesoins delà cause musicale. Ce son fondamental, générateur dune série d'har-\nmoniques, est l'image fidèle de la tonique et des principaux éléments de la\ngamme ; mais il s'en faut que la vibration complexe d'un corps sonore com-\nporte une pareille analogie. Entre le son total d'un corps en vibration et ses sons\npartiels quand ils se produisent il y a simplement une relation de cause à\neffet sans la moindre organisation hiérarchique. A chaque vibration simple, la\nforce de tension fait équilibre, pour un instant, à la force d'ébranlement et\ndétermine des points momentanés de résistance qui ne diffèrent pas, en prin-\ncipe, des points fixes entre lesquels se produit l'ébranlement total. Les parties\nvibrantes qui en résultent ne sont pas limitées par la vibration d'ensemble, mais\nseulement par la forme et la constitution intime de la matière sonore, ou par\nson mode d'ébranlement. Elles présentent, il est vrai, certaines proportions\nrégulières dans les corps sonores utilisés comme instruments de musique, mais\nceux-ci ont été choisis précisément d'après notre sentiment musical? c'est-à-dire\nen vertu de principes étrangers à l'expérience des sons harmoniques. Dans\ntous les cas la vibration totale est simplement la cause mécanique des vibrations\npartielles sans qu'il en résulte aucune supériorité de hune sur les autres.\nLe caractère harmonique des sons partiels n'est pas mieux établi. L'harmonie\ndes sons repose sur la représentation auditive de rapports mathématiques cons-\ntants, et nous venons de voir que les vibrations partielles peuvent varier infini-\nment avec la constitution des corps sonores. Un violoniste qui d'un coup d'ar-\nchet ébranle, à la fois, les quatre cordes cle son instrument reproduit essentielle-\nment le phénomène de la vibration multiple: pourtant il n'obtiendra la conso-\nnance de quinte que s'il a préalablement tendu les cordes jusqu'à un certain\ndegré connu de lui. On ne peut déduire le principe d'harmonie d'une expérience\nqui suppose connues les lois de cette harmonie. L'emploi presque exclusif des\ninstruments à cordes et à vent (harmoniques consonants) dans la musique mo-\nderne et l'abandon correspondant des instruments à percussion (harmoniques"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "509", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.13", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 3799, "texte": "dissonants), indique bien que le principe d'harmonie est indépendant des parti-\ncularités de la vibration sonore et s'est affirmé peu à peu en dépit d'expériences\ninitiales plutôt défavorables.\nLe fait objectif des harmoniques est sans utilité pour la théorie musicale. Tout\nce qu'on a pu en extraire, avec quelque vraisemblance, se réduit à l'agrégation\nappelée accord par fait majeur ; or, la série des sons harmoniques ne fournit pas\ncet accord, tel, du moins, que le conçoivent les théoriciens : base, tierce et quinte.\nPour l'obtenir, on doit se livrer à une petite opération sur laquelle les harmo-\nnistes glissent prudemment, et pour cause : il s'agit d'identifier des sons à inter-\nvalles d'octaves. En effet, l'accord majeur se rapporte aux harmoniques i, 3, 5,\n(base, douzième, dix-septième), et pour ramener ces sons aux distances base,\ntierce et quinte, il faut supposer l'identité des sons 1, 2, 4. Que le son 2 ressemble\nbeaucoup au son 1, tout le monde l'admettra ; mais que ces deux sons soient\nidentiques, voilà un point difficile à établir ; autant poser l'égalité 2=l. L'iden-\ntité de tous les sons s'explique lorsqu'on envisage exclusivement leur cause\npremière, la vibration sonore; on dit, par exemple, le son des cloches, la voix de\nl'orgue ; mais dès qu'on a en vue des différences entre les nombres de vibrations,\nil ne peut être question d'identité. Lors même que les sons 1 et 2 seraient iden-\ntiques, comment pourrions-nous le savoir, sinon à la suite d'une comparaison\nauditive ? Voici donc un fait subjectif sans lequel le fait objectif des harmoniques\nest incapable de déterminer l'accord majeur. Mais encore, si on admet l'identité\ndes octaves, les sons 1 et 2 doivent cependant nous donner une impression quel-\nconque. Est-ce celle du son 1 ? Alors nous entendrons toujours l'intervalle de\ndouzième entre les sons 1 et 3. L'oreille a-t-elle, au contraire, l'impression du\nson 2 ? Dans ce cas notre accord manquera de son de base. Les mêmes difficultés\nsurgissent pour établir les relations 2-3, 4-5. En définitive, on ne peut obtenir\nles éléments de l'accord majeur dans une série de comparaisons auditives, et\nalors il est parfaitement inutile d'avoir recours à une catégorie de sons à peu\nprès imperceptibles : les sons primaires remplissent bien mieux cet office.\nD'autant que les sons partiels se présentent dans les conditions de compa-\nraison les plus défavorables avec le son total. Pour comparer les surfaces de\ndeux cercles on n'aura pas l'idée de peindre l'un en blanc et l'autre en noir ;\nl'inégalité des caractères non soumis à l'examen serait ici une cause d'erreur\ncertaine. Lorsqu'un chef d'orchestre accorde ses instrumentistes, il fait entendre\nfaiblement la note convenue et demande en retour un son de même intensité afin\nque la comparaison en hauteur ne soit pas troublée. Un son fort paraît toujours\nplus grave que le même son faible ; or, le son total est considérablement plus\nintense que les sons partiels : dans ces conditions, l'évaluation d'un intervalle\nserait sûrement erronée.\nLes éléments de l'accord parfait majeur ne coïncident pas avec les sons har-\nmoniques qui prétendent les représenter ; la tierce, notamment, élément carac-\ntéristique de l'accord, n'est pas le rapport 5/4. Si on divise du regard une lon-\ngueur donnée en deux parties égales une règle, par exemple, il est probable\nqu'on commettra une légère erreur provenant de causes diverses : vision impar-\nfaite, position oblique de l'œil par rapport à la règle, etc. ; néanmoins, pour\nl'observateur, les deux parties de la règle paraîtront égales. Au contraire, si la\ndivision est obtenue par un procédé mathématique, le point trouvé sera rigou-\nreusement le milieu de la règle et, quelle que soit notre appréciation visuelle,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "510", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.14", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 3590, "texte": "nous devrons le considérer comme tel. De même, l'audition des harmoniques\n4 et 5 doit nous donner d'office l'impression de la tierce majeure ; or, cela n'est\npas ; nous concevons la tierce toujours un peu plus grande que le rapport 5/4,\njamais plus petite. Comme dans la division visuelle de la règle, cet intervalle\nest la résultante de causes multiples parmi lesquelles il faut ranger l'antago-\nnisme entre les tierce majeure et mineure. La simple constatation d'un rapport\nmathématique est plutôt destructive de l'harmonie des sons et les ramène à\nl'identité.\nL'importance des sons harmoniques ne va pas au delà d'une expérience de\nlaboratoire ; le développement historique de l'harmonie indique suffisamment\nque ce phénomène n'a pas eu d'influence appréciable sur les progrès de l'art\nmusical. Les harpes antiques produisaient, sans doute, des sons partiels com-\nparables à ceux qu'on peut étudier sur nos instruments modernes ; cependant\nles harmonies d'octaves et de quintes ont été seules en usage pendant des siècles.\nLa tierce, produit dissonant de la série des quintes (tierce pythagoricienne), n'est\ndevenue consonante que vers le xvie siècle. De nos jours encore nous entendons\nfort bien le 7e harmonique ; pourtant l'intervalle de septième est toujours une\ndissonance produite par la superposition des tierces. Les différentes phases de\nl'art harmonique n'auraient pas existé si, à l'origine, l'oreille avait été efficace-\nment impressionnée par la masse des sons partiels.\nLes harmoniques ne sont pas pratiquement perceptibles ; s'ils l'étaient, toute\nmusique serait par ce fait même impossible, puisque cet art est fondé, en grande\npartie, sur la possibilité de faire varier à volonté les fonctions diverses attribuées\naux sons. Dès que les sons harmoniques acquièrent une influence sensible, le jeu\nmusical est entravé. Le maniement des registres de fourniture de l'orgue exige\nde grandes précautions, chacun des sons de la gamme présentant, dans ce cas,\nune égale raideur tonale souvent incompatible avec sa signification mélodique.\nSur le piano les fonctions multiples des sons doivent être soulignées par des\naccompagnements énergiques, afin de contrebalancer la précision tonale inhé-\nrente à chaque note. Au contraire, les instruments de musique qui manquent à\npeu près complètement de sons harmoniques, comme la flûte, se prêtent natu-\nrellement aux développements mélodiques les plus délicats, car alors la fonction\nvoulue de chaque élément sonore n'est en rien gênée par des influences\nétrangères.\nDans le phénomène des sons harmoniques on a pris l'effet pour la cause.\nL'harmonie des sons ne provient pas de quelques particularités de la vibration\ndes cordes ou des tuyaux, mais plutôt un son est dit « harmonieux » lorsqu'il\nest accompagné de sons partiels distribués conformément au principe d harmo-\nnie. Actuellement les facteurs de pianos s'efforcent, avec raison, de neutraliser\nle 7e harmonique ; il y a quelques siècles, ils auraient dû éliminer également\nle se.5e.\nLa vibration composée n'est pas le seul fait objectif qui ait été mis en avant\npour asseoir quelque point de la théorie musicale ; on a tour à tour assuré qu'il\nfallait voir les générateurs du rythme dans les battements du pouls, les mouve-\nments respiratoires, la marche ; les modulations de la voix parlée nous offri-\nraient le modèle des cadences harmoniques, etc. On pourrait multiplier ces\nobservations et voir, par exemple, dans la gamme chromatique, une simple\nimitation des sifflements du vent ; le chant de certain oiseau entendu dans la"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "511", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.15", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 581, "texte": "Symphonie pastorale nous aurait suggéré 1 intervalle de tierce majeure ! La\nmusique résulterait ainsi d'une vaste enquête sur les phénomènes de la nature\npouvant intéresser l'oreille ; cet « art divin » serait tout uniment l'application\nd'un certain nombre de faits d'expériences, comme le thermomètre est né de la\ndilatation des liquides par la chaleur. Une conception aussi étroite de la musique\nn'est peut-être pas le moindre argument qu'on puisse invoquer contre la théorie\ndes sons harmoniques.\n\nJ. DADOR,\nChef de musique au 125e d'infanterie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "511", "page_fin": "517", "image_debut": 15, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.9", "titre_corps": "L'air de cour : Pierre Guesdron. UN COMPOSITEUR CHEF D'ÉCOLE, A LA FIN DU XVIe SIÈCLE.", "titre_sommaire": "L'air de cour : Pierre Guesdron. 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Eux-mêmes, ses confrères n'ont pas refusé d'avouer sa supé-\nriorité. Ils se font honneur d'imiter sa manière : ils lui font hommage de leurs\nœuvres, sollicitent son approbation et son patronage (1). Pendant le règne de\nHenri IV et les premières années de Louis XIII, il demeure le chef incontesté de\ncette école et sa gloire franchit même les limites du royaume.\nOn ne connaît de Guesdron que ses seuls airs de cour, et personne de son temps\nne témoigne qu'il se soit exercé en d'autres compositions. Cependant son édu-\ncation musicale l'aurait pu préparer à la pratique d'un style plus savant et plus\ncomplexe. Ce n'est pas en qualité de « page de musique », ainsi que l'on disait\nalors, c'est-à-dire comme sopraniste servant dans les concerts privés de quelque\ngrand personnage, qu'il s'est formé à son art. Enfant de chœur de la chapelle\ndu cardinal de Guise, il dut se familiariser de bonne heure avec les formes du\ncontrepoint traditionnel que la musique religieuse conservait encore. Sans doute\nil n'eut point d'autre maître que celui qui dirigeait cette chapelle. Nous ne sau-\nrions dire s'il en fit partie jusqu'à la mort du cardinal, assassiné en 1588 en\nmême temps que le duc son frère. Du moins, cinq ans auparavant, en 1583, est-\nil cité avec les autres chantres ses confrères dans un des procès-verbaux des\nconcours du Puy de musique d'Evreux. Il était alors à l'âge de la mue de la\nvoix, et cependant, remarque le rédacteur, il ne laissa point d'y chanter parfaite-\nment la partie de haute-contre (2). Félix s'est servi de ce détail pour fixer, avec\nassez de vraisemblance, la date de sa naissance aux environs de l'an 1565.\n\n(1) Cf. la dédidace des Airs de différents autheurs'imis en tablature de luth par Gabriel Ba-\ntaille (1668) : « Ce petit mélodieux scadron vous va saluer et rendre hommâgé ; la pluspart porte\nsur le front le glorieux titre d'estre de vos enfans (le recueil renferme en effet beaucoup d'airs de\nGuesdron)... l'assistance que leur font quelques autres, tant de divers autheurs que des miens,\nassemblez seulement pour les accompagner et honorer, espere toute bienveillance et faveur..< »\n(2) BONNIN, Le Puy de musique d'Evreux."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "512", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.16", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4167, "texte": "Du service du cardinal, Guesdron passe à celui du roi, et de la chapelle au con-\ncert. Dès 1590, il figure au nombre des chantres de la Chambre. Il est assez\nprobable qu'en ces années de guerres civiles, les musiciens du roi n'avaient que\nrarement l'occasion d'exercer effectivement leurs fonctions et que leur corps cou-\nrait grand risque de déchoir par les chancesd'un recrutement de hasard. Nicolas-\nAlexandre de Bonnières, le surintendant de la musique qui exerça cette charge\nplus de vingt ans, paraît avoir été un musicien de valeur fort médiocre. Venu\nde Navarre àla suite du Béarnais, il a fait très peu parler de lui. Son nom ne\nfigure point parmi ceux des compositeurs ordinaires des grands ballets de cour.\nD'Aubigné est peut-être seul à le mentionner, et ce n'est guère que pour signa-\nler son abjuration (1).\nCette abstention laissait le champ libre à ses subordonnés. Guesdron paraît en\navoir profité. Rapidement, sa réputation s'établit et il franchit successivement\ntous les degrés de la hiérarchie. En 1601, après la mort de Claude Lejeune, il\nobtient le poste de « compositeur de la musique ». En 1603, l'acte de baptême\nd'un de ses fils lui reconnaît le titre de valet de chambre du roi et de maître des\nenfants de la musique. Vers ce temps-là peut-être a-t-il quitté la cour pour quel-\nque voyage à l'étranger. Du moins si l'on veut en croire là-dessus le Grand\nCyru roman dans lequel il figure sous le nom de Crysile, «un Tyrien qui sçavoit\nla musique admirablement ». Mlle de Scudéry l'y dépeint comme un « fort hon-\nneste homme et connu de toute la cour ». Et sous une allégorie transparente,\nelle le représente organisant devant le roi la représentation du grand ballet\nd'Avion où la belle Angélique Paulet, son élève, représenta le personnage du\nchantre de Méthymne avec un talent et une grâce inimitables. « Crysile, ajoute\nle roman, en lui apprenant à chanter, apprit à soupirer pour elle, et il l'aima avec\ntant d'ardeur qu'il ne voulut jamais enseigner qu'à elle ce qu'il sçavoit de la mu-\nsique, afin qu'elle fût seule à chanter parfaitement... (2) ».\nNe prenons point trop au sérieux cet épisode romanesque de la carrière du\ncompositeur. Mais il faut conclure de ce récit qu'en 1609 (c'est la date du ballet)\nle rôle de Guesdron était déjà prépondérant dans les divertissements de la cour.\nEn bien d'autres ballets du même temps sa musique occupe la première place (3).\nIl faisait déjà fonction de surintendant sans en avoir le titre. Quand il l'obtient\nentre 1615 et 1617, sa collaboration ne se ralentit point, bien que d'autres musi-\n\n(1) ... cettuy-là, je l'advoue, car il a mieux aimé chanter la palinodie que de perdre la surinten-\ndance des chanteurs... )) (Confession catholique du sY de Sancy, OEUVRES, éd. Réaume et de Caus-\nsade, 11, 3 14).\nAlexandre de Bonnières lut peut-être pendant un certain temps seul surintendant en titre.\nCependant cette charge paraît avoir été aussi de son temps remplie par semestre, suivant l'usage\nordinaire. Son collègue, que nous retrouverons collègue deGuesdron à la surintendance dans un\ncompte de 1619 (Ms. Clairambault, 308), est un certain Michel Fabry, ancien chantre de la cha-\npelle particulière de Catherine de Médicis et passé par la suite au service du roi. Fabry, bien\nqu'ayant obtenu des prix au Puy de musique d'Evreux en 1577 et 1581, ne paraît pas avoir été\ncompté par les contemporains au nombre des musiciens du premier rang.\n(2) Le Grand Cyrus, vol. VI, Histoire d'Elise, p. 225.\n(3) Fétis en cite un certain nombre. Malheureusement la plupart de ces compositions ne nous\nsont pas parvenues, même sous la simple forme d'un livret détaillé sans musique. Pour la plupart,\non trouve seulement quelques airs détachés dans les recueils du temps. Ces ballets semblent avoir\nété d'importance fort différente. Il en est qui, outre les airs, comprenaient des scènes, chœurs,\ndialogues d'une certaine complication.\nCitons parmi ceux-ci le Ballet de Madame (1615), le Grand Ballet du Roy (1617), dont là mu-\nsique subsiste, celui de la Reyne (16.18) et de Psyché ( 1619). Après 1620, le nom de Guesdron ne\nparaît guère plus parmi ceux des compositeurs."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "513", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.17", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3827, "texte": "ciens se fassent à ses côtés leur place. Antoine Boesset, lequel vers 1610 épou-\nsait sa fille Jeanne et lui avait succédé comme maître de la musique de la\nChambre, est un des plus actifs et des plus en faveur. Guesdron avait obtenu\npour son gendre la survivance de sa charge de surintendant.\nSur le titre de son quatrième livre d'Ans de Cour à quatre et cinq parties,\nBoesset a le titre d' « Intendant de la musique du roy et de la reyne ». On pour-\nrait en conclure qu'à cette date Guesdron avait déjà cessé de vivre. Il est vrai\nque les survivanciers prenaient assez volontiers leur titre avant le décès du titu-\nlaire véritable quand ils exerçaient effectivement sa charge. On remarquera en\noutre que Boesset se qualifie seulement d'« intendant delà musique ». Ce n'est\nque sur son neuvième livre, en 1642, qu'il se dit « surintendant » (1). Toutefois,\ns'il nous est impossible de donner la date exacte de la mort du vieux maître, il\nconvient de noter que son nom ne figure guère parmi ceux des compositeurs des\nballets royaux plus tard que 1620. Vers ce temps-là sa carrière musicale se trou-\nvait virtuellement achevée.\nL'œuvre de Guesdron ne nous est parvenue qu'en partie et extrêmement dis-\npersée. Beaucoup de ses airs, tirés des ballets ou composés simplement pour\nla chambre, ont trouvé place dans les recueils de Ballard : Airs de Cour de diffé-\nrents autheurs, Airs de Cour mis en tablature de luth, tous publiés de 1602 à 1620.\nEn ces volumes, le nom des musiciens est souvent omis. Il serait donc difficile\nou du moins fort long d'identifier exactement tous ceux qui appartiennent à\nnotre compositeur. Les airs sont publiés toujours à voix seule, avec l'accom-\npagnement noté en tablature cfe luth. Cette forme, nous le savons, est la mieux\npropre à faire valoir leur mérite et leur charme : elle était aussi la plus courante\net celle sous laquelle ces petites pièces apparaissaient dans les concerts solennels\nou les ballets royaux, à moins que par hasard la situation dramatique ou le\ncaractère des personnages chantants n'exigeassent l'exécution en chœur.\nCependant les traditions de l'art polyphonique demeuraient toujours assez\nvivantes pour que les musiciens n'aient estimé leurs œuvres parfaites que dis-\nposées à quatre ou cinq voix. Ils leur donnaient ainsi une manière de perfection\ntout abstraite, assez inutile puisque la plupart de ces airs avaient déjà paru en\npublic sous l'aspect plus simple de l'air accompagné. Néanmoins, tous les ar-\ntistes de ce temps, publiant sous leur nom un recueil de leurs airs, les ont donnés\ntoujours sous la forme polyphone. Et Guesdron s'est là-dessus conformé à\nl'usage.\nAu surplus, à croire son éditeur, il se serait assez peu soucié de faire impri-\nmer ses ouvrages. «...Son humeur, du tout esloignée du désir d'une vaine louange,\nnous raconte Ballard en un Avis au lecteur, fait qu'il n'a en ses compositions\nautre but que de servir Leurs Majestés et de complaire à ses amis. » Ce dédain\nde la gloire ne l'a point empêché de donner, de 1615 à 1618, quatre livres A Airs\nde Cour à quatre et cinq parties, les deux derniers parus la même année (1618).\n\n(i) Un acte de 1628, cité par |al (Dictionnaire de biographie et d'histoire), donne cependant à\nËoesset le titre de surintendant, et un état de 1631 (Arch. Nation. Z1 a 472) lui reconnaît la\nmême qualité. Je ne crois pas d'ailleurs qu'il convienne de faire état du changement d'appella-\ntion, le titre de ces fonctions n'étant pas encore fort exactement déterminé.\nA noter qu'en la dédicace de ce 9e livre, Boesset prie le roi de lui permettre de désigner un\nsurvivancier, son fils : «... Comme feu M. Guédron me substitua en son aage plus avancé, ainsi\nje donne à Vostre Majesté un autre moy-mesme que j'ay instruit et façonné avec toute la dili-\ngence possible... »"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "514", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.18", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "La plupart de ces pièces avaient déjà figuré dans les recueils à voix seule. Il est\ndonc possible de les comparer sous les deux aspects. La comparaison est inté-\nressante et il en résulte clairement que la forme chorale ne saurait être la primi-\ntive (1). Elle a presque partout le caractère d'un arrangement que l'habileté du\ns'est appliqué à rendre agréable. Il y parvient d'ordinaire, mais sans\navoir pu dissimuler (et peut-être s'en souciait-il fort peu) ce qu'il y avait de\nfactice en ce travail.\nC'est que, quelques airs de ballet d'expression un peu générale mis à part, ces\nairs n'ont rien à gagner au concours des diverses voix. Leur signification n'en\nest point accrue. Certes l'écriture de Guesdron y paraît toujours facile et même\nextrêmement élégante. La trame harmonique y demeure d'une transparence et\nd'une fluidité remarquables. Visiblement préoccupé d'alléger ce que pourrait\navoir de trop compact ce contrepoint note contre note qui s'interdit toute com-\nbinaison tant soit peu complexe, il évite les accords trop remplis. Fort souvent,\nles parties accessoires se taisent, et c'est alors à peine soutenue d'une voix ou\ndeux que la mélodie se fait entendre.\nLe chœur complet se réserve pour le refrain de chaque couplet ou pour la con-\nclusion des phrases. L'oreille n'est donc jamais choquée de convenances trop\nmassives. Au reste, la liberté des exécutions au xvne siècle laisse supposer qu'en\npratique on allégeait encore maintes fois les harmonies vocales jusqu'à y substi-\ntuer en beaucoup d'endroits l'accompagnement pur et simple du luth. Il est\nassez souvent question de chansons rendues de la sorte : un couplet dit par un\nseul chanteur accompagné, un autre couplet ou le refrain par plusieurs par\nexemple, ou toute autre alternance analogue (2).\nQuoi qu'il en soit, beaucoup de ces petites pièces devenues polyphones sem-\nblent un peu dénaturées. Elles perdent de leur finesse et de leur légèreté pour se\nparer d'une sorte de solennité que ne comportent ni les paroles ni le sens\nexpressif delà mélodie. Les poésies sur quoi les musiciens travaillent, bien que\nsouvent assez médiocres (3), sont au moins d'une forme toute nouvelle, dont la\nmusique doit tenir compte. Au lyrisme presque toujours impersonnel des Ron-\nsard et des Baïf, elles ont substitué un accent plus vivant, surtout plus personnel.\nCe n'est plus un poète qui parle, décrivant en beaux vers des passions qu'il ana-\nlyse plus qu'il n'éprouve. Le personnage mis en scène prend lui-même la parole\npour exprimer ce qu'il sent. Et tout l'artifice de cette galanterie sentimentale\ndisparaît presque par la sincérité de l'accent musical. Ce lyrisme, si le mot n'est\npas trop ambitieux pour ces bluettes, est devenu presque dramatique. Quelque\ndiscrètement distribuée qu'elle soit, la polyphonie ne peut ici atténuer la vérité\nexpressive. Elle n'est vraiment plus à sa place.\nLes contemporains ne s'y sont point trompés. En dehors des ballets où ils\nsavent admirer la belle harmonie de certains airs chantés par des chœurs relati-\n\n(i ) Ce qui suffirait à le prouver jusqu'à 1 évidence, c'est qu'on retrouve à 4 ou 5 voix clans ces\nlivres cles récits de ballet tirés du rôle d'un des personnages de 1 action et par suite faits néces-\nsairement pour être dits en solo.\n(2) Cf. par exemple Y Histoire comique de Francion (1622). Le héros du roman au milieu cl une\ntroupe de musiciens chante un air « que les musiciens reprenaient sur leurs luths après que Fran-\ncion en avait récité un couplet... »\n(3) Il est à remarquer que très souvent Guesdron a écrit lui-même les poésies des récits de ses\nballets. Sans cloute aussi un certain nombre de celles faites pour les airs de chambre."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "515", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.19", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4139, "texte": "vement importants soutenus des accords des instruments (1), ils ont surtout\nloué chez Guesdron la beauté de la ligne mélodique des airs (2) et les grâces\nqu'y ajoutait l'art du chanteur; surtout leur convenance aux paroles. En effet,\ncette musique est constamment expressive et avec des procédés d'expression qui\nsont déjà ceux de l'art moderne. Assurément, Guesdron est resté étranger à tout\nsouci de déclamation verbale. Aucun musicien de ce temps n'a rien soupçonné de\nl'intensité d'effet qui résulte de la coïncidence des syllabes toniques avec les\naccents principaux de la phrase musicale. Leur musique, à notre sens, semble\naussi mal prosodiée qu'il est possible. Cela s'explique, puisque, outre que rien\nqui ressemblât au récitatif dramatique n'était encore seulement pressenti,\nl'Académie de Baïf avait égaré la curiosité des musiciens à la poursuite d'une\nrythmique contraire au génie de la langue (3).\nMais l'indifférence aux éléments sonores de la phrase parlée n'empêche pas\nGuesdron d'en traduire la signification générale et les diverses nuances. Sa\nmélodie flexible, pour mieux rendre la pensée du poète, sait se modeler sur la\ncoupe des périodes. Elle met en relief les moindres intentions, souligne les\noppositions de sentiments même indiqués à peine, et, suivant la signification\ndu vers, s'anime, se calme, s'irrite ou s'alanguit tour à tour.\nTout cela réalisé à la manière moderne. D'insensibles modifications du dessin,\nde la tonalité, du mouvement, y suffisent. Guesdron s'est partout abstenu de ces\nrecherches d'imitation verbale si chères à la génération précédente (4) et dont un\ncertain nombre de musiciens conservaient encore la tradition. Dans des pièces\nd'assez longues dimensions, les madrigalistes et les compositeurs de motets\navaient bien pu se servir de tels procédés d'expression ; l'unité de mélodie im-\nportait peu à leurs ouvrages, dont l'intérêt principal résultait d'effets diffé-\nrents. Appliqués à rendre le sens d'un texte de chanson, ils auraient constam-\nment entravé l'essor de la phrase chantante.\nOr, Guesdron est avant tout un grand mélodiste. Comme Claude Lejeune, de\nqui, directement, il procède pour la nature et la qualité de l'inspiration, il paraît\n\n(1) Dans le Ballet du Rov de 1617 (l.a Délivrance de Renaud) paraissent en « deux concerts de\nmusique» qui s'unissent à la fin 92 voix et 45 instruments (violes et luths). La musique en est\nconservée. Une scène, dialogue entre l'ermite et les soldats de l'armée de Godefroid, annonce\ncertaines intentions dramatiques, quoique restant très simple et dans le style de l'air.\nLe Ballet de Madame sœur aisnée du roy ( 1615) emploie aussi un assez grand nombre dechan-\nteurs. Deux choeurs, l'un formé de la musique de la Chambre, l'autre de celle de la Chapelle, y\ndialoguent entre eux assez longuement. A la fin du ballet, toutes les voix, une musique de luths\net celle des vingt-quatre violons s'unissent en un grand ensemble. Ce ballet est d'ailleurs riche de\nmusiques diverses, concerts de hautbois, de luths, de musettes. Mais ce n'est sans doute point\nGuesdron qui eut à composer ces symphonies. Au surplus, il ne reste de tout cela qu'un livret\ndétaillé, sans musique.\n(2)... le sieur Guedron véritablement inimitable en ses sciences, mais particulièrement admiré\npour l'invention de ses beaux airs... [Discours au vray du ballet dansé par le Roy, le 29e jour de\njanvier 16 1 7.)\n(3) L'influence des théories de Baïf et son école sur la quantité est très sensible chez tous les\nmusiciens français du début du xvne siècle. Bien longtemps après qu'on a renoncé à écrire des\nvers mesurés, ils observent encore la différence des longues et des brèves. Et une longue chez\neux reçoit presque toujours l'accent musical au détriment de 1 accent tonique du mot, complè-\ntement méconnu par les théoriciens et les artistes qui arrivent à se persuader de sa non-exis-\ntence.\n(4) Particulièrement des vocalises imitatives et des figures musicales qui visent à être en quel-\nque sorte une représentation plastique de l'objet exprimé par le mot, dont M. Schùtz est encore\nsi prodigue en Allemagne vers ce temps-là."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "516", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.20", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3929, "texte": "surtout un merveilleux inventeur de formules et de rythmes nouveaux. A la\nmélodie encore un peu flottante de leur siècle, ces deux maîtres tendent à substi-\ntuer des thèmes aux contours arrêtés, très variés, parfaitement caractérisés tou-\njours. Recherche surtout visible chez Guesdron, qui, venu le second, a naturelle-\nment profité de tout ce que son prédécesseur avait essayé dans cette voie.\nL'élégance et la grâce de ses chants, alors même qu'ils n'expriment aucun sen-\ntiment précis, restent incomparables. Nous en pouvons toujours goûter le charme\nnaïf et savant à la fois, tandis que leur liberté singulière, presque moderne, garde\nparfois de quoi nous surprendre. Sans doute nos préférences iront aux pièces\nvraiment expressives, où l'artiste, sans rien sacrifier pourtant des beautés de la\nforme, s'est appliqué à traduire musicalement les sentiments que son texte lui\nsuggérait.\nIl n'est pas sûr que les contemporains aient distingué celles-ci des autres. Ils\nfurent surtout frappés de ce que cette musique de nouveauté avec elle\nCet art agit profondément sur leur sensibilité. Inspiré en apparence de la sim-\nplicité de l'art populaire, il était fait pour rendre excellemment ce qu'il y avait de\nfruste et de raffiné tout ensemble dans l'âme de ce temps.\nMieux que la littérature, que le culte de l'antiquité allait retenir un peu en\ndehors delà vie réelle, un tel art pouvait être populaire. Il le fut en effet, et dans\nle sens le plus large.\nLes chansons de Guesdron ont charmé la cour et fait les délices des ruelles.\nLes princes italiens les font rechercher dès leur apparition et les musiciens de\nla cour d'Angleterre s'occupent à les traduire en leur langue (1). Mais le peuple\nde Paris, sur le Pont-Neuf, ne prend pas moins de plaisir à les entendre dire\naux chantres en plein vent de la Samaritaine (2). Pour les savants, comme pour\nles simples, Guesdron, pendant le premier tiers du siècle, demeure un maître sans\nrival.\nDe longues années s'écouleront avant que la réputation de ceux qui vinrent\naprès lui ait fait oublier la sienne. Quarante ans après sa mort, Bacilly constate\nqu'il était encore des amateurs pour préférer ses airs à ceux des musiciens du\njour. Sa vanité de virtuose et de compositeur s'irrite d'une gloire si durable.\n11 raille aigrement le vieux maître et ses derniers admirateurs (3), mais en attes-\n\n(1) Le duc de Mantoue, Vincent Gonzague, se faisait envoyer les chansons de Guesdron dès\nleur apparition (Cf. un article cl A. Baschet dans la Gazette des Beaux-Arts du ier mai 1866;. Ce\nprince, beau frère de Henri IV, avait pu connaître cette musique en France, où il fut reçu en 1608\npar le roi à Fontainebleau.\nPour la popularité de Guesdron en Angleterre, un recueil choisi de ses airs paru en 1629 en\nest la preuve. En voici le titre : French Court-Ayres with their duties englished of 4 and 5 paris ;\ncollected, translated and published by Edw. Filmer Gentl. Dedicated to the Queen. 1629, Lon-\ndres, f#.\n(2) Au témoignage de Dassoucy (Les avantures de Monsieur Dassoucy, 1677), cl fait affirmer\nà l'un de ces chanteurs populaires, l'lllustre Savoyard : « Il est vrây, dit ce personnage, que feu\nmon père à qui Dieu fasse paix a chanté mille fois des chansons de Guedron et de feu Boesset...\nmais c'est qu'en ce temps-là les poètes parloient chrétien... oultre cela je vous diray que les\nAirs de ces doctes Amphions estoient si doux, si finis et si achevez que la beauté du chant excusoit\nauprès du peuple la force peu entendue des paroles... »\n(3) « Ceux qui vont jusqu'aux Airs de M. Guesdron, ce sont d'ordinaire certains vieillards qui\npour l'honneur de leur caducité sont ravis de citer les ouvrages de leur temps et de [les] en-\ntendre débiter dans le monde, si mesme ils ne s'émancipent jusqu à les vouloir chanter et fre-\ndonner de leur ton lugubre, moitié menton, moitié mâchoire... » (Remarques curieuses sur Vart de\nbien chanter, 1668.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "517", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.21", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "tant au moins qu'en 1668, ces œuvres gracieuses et légères n'étaient pas encore\ndélaissées tout à fait.\nAu surplus, il n'importait guère. L'opéra français allait paraître. Il s'était\nfait déjà pressentir avec la Pastorale d'lssy, de R. Cambert, en 1659. Et qu'est-\nce que cette Pastorale sinon, au témoignage de l'auteur lui-même, un essai\ndramatique dont toutes les scènes sont si propres à chanter qu'il n'en est point\ndont on ne puisse faire une chanson ou un dialogue » (1) ? Cambert n'avait\npas fait autre chose, et c'est donc la chanson qui a fourni à l'opéra français sa\nlangue la plus ordinaire et la plus caractéristique. Assurément, non pas la chan-\nson tout à fait telle que Guesdron l avait entendue. Mais quand ses successeurs\nimmédiats, A. Boesset et Lambert, en particulier, auront développé ce qu'il\nn'avait fait qu'esquisser, il ne restera que bien peu à ajouter à leur technique.\nCe n'est pas le moindre titre de gloire de ces vieux maîtres, ni de Guesdron leur\nprécurseur à tous, que d'avoir préparé la venue de Lully et d'avoir rendu son\nœuvre possible.\n\nHENRI QUITTARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "517", "page_fin": "523", "image_debut": 21, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.10", "titre_corps": "«Contre la Musique»", "titre_sommaire": "«Contre la Musique»", "signature_source": "CHARLES LALO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "517", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.21", "debut_caractere": 1111, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "«Contre la Musique»\n\nVictor de Laprade publia, voilà un quart de siècle, un livre dont le titre veut\nêtre méchant : Contre la Musique. 11 y soutient, en passant, une polémique d'ail-\nleurs assez anodine avec M. de Falloux, célèbre à d'autres titres, et qui l'avait\npris au sérieux. L'ouvrage est curieux, surtout comme représentation d'un cer-\ntain niveau d'idées très commun hélas ! en. tous les temps.\nDe Laprade, poète et académicien— et même poète académique, ce qui est\nplus grave, - personnifie assez bien ce que nous appellerions volontiers Vhon-\nnête homme bien pensant. Connaissez-vous le type ? Il avoue ingénument\nqu'il n'a jamais reçu d'éducation musicale, que certes beaucoup de choses lui\néchappent dans une grande œuvre; mais il la sent, l'aime et la comprend au-\ntant, et aussi, pense-t-il, de la même façon qu'un vrai musicien ; ce qui est\ncontestable En somme, il n'est pas sourd, et il sait à l'occasion se pâmer autant\nque tout autre. Voilà qui compense bien des insuffisances techniques, n'est-ce\npas ? Notre brave poète nous représente le type de la critique incompétente,\nc'est-à-dire spiritualiste et mystique. Hélas! ce genre-là n'est pas mort !\nAjoutons que, chemin faisant, de Laprade ne négligepas de nous laisser en-\ntrevoir quel fut son idéal politique : c'est le gouvernement libéral de S. M. Louis-\nPhilippe, conçu comme le continuateur de la Restauration. Nous voilà fixés.\nNous avons là les opinions très caractéristiques dun de ces lettrés délicats,\nmais d'idéal médiocre et borné, qui ont formé l'opinion publique en France pen-\ndant presque tout le xixe siècle.\nI\nDe Laprade prétend exercer ses droits d'amateur intelligent. Si ce n'est pas\nêtre un ennemi de la musique que de lui dire ses vérités, alors le poète n'est\n\n(1) Lettre de P. Perrin au cardinal de la Rovère, archevêque de Turin, à propos de la repré-\nsentation de la Pastorale. Cette lettre est datée du 30 avril 1659 et sert de préface aux Œuvres de\nPoésie de l'auteur, livre paru en 1661."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "518", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.22", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3653, "texte": "vraiment pas « contre la musique » ; il s'efforce tout simplement de la remettre\nà sa véritable place ; il se trouve que ce n'est pas la première, voilà tout. Mais\nles exigences outrancières des mélomanes ont, malgré lui, « imposé à cette mo-\ndeste et impartiale étude, son vilain titre ».\nAccessoirement un deuxième but sera atteint : « Ce que je hais dans la mu-\nsique, dans la France et partout , c'est l'état révolutionnaire ; et nous sommes\nen plein 93 musical » (sic). C'est donc la musique telle qu'on l'entend depuis\nquelques années, et spécialement en France, contre laquelle ce paisible bour-\ngeois, qui rêve de Louis-Philippe, amasse des haines vigoureuses.\nDe Laprade veut être impartial ; il reconnaît donc une certaine valeur à la\nmusique : elle satisfait ce besoin impérieux d'émotion sans objet, que tout\nhomme ressent à de certaines heures, besoin profond, mystérieux, instinctif ;\némotions confuses et qui ne sont nullement des idées. Tous les esthéticiens\nne sont-ils pas d'accord sur ce point ? Les musiciens non seulement l'avouent,\nmais s'en font gloire.\nOr, cette extrême puissance delà musique a elle-même ses inconvénients.\n« Les arts en général, la poésie elle-même, dégradent les âmes dès qu'ils ces-\nsent de les ennoblir : corruptio optimi pessima. Cela est particulièrement vrai de\nla musique. »\nIl y a d'abord des dangers extérieurs, mais étroitement associés à elle : elle a\ndes alliés naturels, comme la danse, qui n'ont jamais été en odeur cle sainteté\net qui la prennent pour prétexte. On achevait la construction de l'Opéra quand\nde Laprade esquissait son livre ; /'Opéra, c est la cathédrale du matérialisme !\nSuperbe formule, mais qu'on craint de retrouver dans les cahiers de M. José ph\nPrudhomme, s'il écrit encore... Allons plus bas :la musique est une ivresse,\net comme telle elle va fort bien avec toutes les autres ivresses : témoin le café\nchantant î lci la critique s'élève jusqu'à l'injure :ne répondons pas. Même\nil est un certain aspect inesthétique de l'exécution qui choque la sensibilité ex-\nquise de notre poète : il ne peut se représenter sans rire « un homme d'Etat au\nbout d'une flûte ». Quel est donc ce Grec raffiné qui n'apprit pas la flûte\nparce qu'elle déforme les lèvres ? De Laprade renchérit sur lui.\nMais allons à des reproches plus graves : ceux qui atteignent la musique en\nelle-même, la « musique absolue »; car —et ici l'idée est juste— « c'est d'aprèß\nla symphonie qu'on doit juger la valeur morale de la musique ». Or les lois de\nla production et de la jouissance musicales pures sont presque mécaniques fatales\nen quelque sorte, « comme une cristallisation ». Et voilà le grand reproche ! la\nmusique, activité demi-instinctive et animale par un côté, demi-géométrique\net intellectuelle par l'autre, ne se prête pas à exprimer l'essence profonde de notre\nêtre, notre liberté intime : ce qui nous fait être nous-mêmes.\nCette absence de vraie liberté la prédispose à plaire tout spécialement à deux\nsortes d'êtres, dont l'accouplement, si l'on ose dire, a quelque chose de para-\ndoxal: les femmes et les géomètres ! Ce qui leur est commun, c'est « la faiblesse de la\nraison théorique et pratique, et l'absence de liberté d'esprit ». « La musique est\ndonc incapable d'exprimer ce qu'il y a de propre à l'homme dans la création, la\nliberté; c'est-à-dire qu'en réalité, et si étrange que cette proposition paraisse,\nla musique est le moins humain de tous les arts. » Elle est divine si l'on veut, elle\nn'est pas humaine. « C est de la nature, du monde extra-humain, ce n est pas de\nnous-mêmes que nous entretient la musique » (!). « Il n'est pas d'art qui ne soitintel-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "519", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.23", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "lectuel ; mais s'il en était un seul, la musique serait celui-là. » «La musique\nignore le bien et le mal elle excite l'un et l'autre sans la moindre conscience\nde ses actes. » « La musique, en un mot, n'a pas sa racine dans le sens moral,\ndans la conscience, mais dans le sentiment de la nature. »\nVoilà pour l'individu. Que va-t-il résulter de cette sorte d'activité dans la so-\nciété ?\n« La musique est un dissolvant. » On parle d'union, et même de communion\ndes âmes en elle. Bien au contraire : « au bout d'une symphonie, les imaginations\ndes assistants se sont envolées à mille lieues les unes des autres » : elle disperse,\nau lieu d'unir. La vue d'un tableau fait penser toute une foule à la même chose !\nl'audition d'une sonate, à mille choses différentes.\nNous pouvons juger maintenant l'état social actuel: il a la musique qu'il mérite !\n« La musique est l'art de notre temps : il y a unanimité sur ce point entre\nles penseurs les plus divergents » : témoin les subventions exorbitantes qu'on lui\naccorde, et qui sont supérieures partout à celles que reçoivent tous les établisse-\nments scientifiques et littéraires ensemble. Or « c'est l'art de prédilection des\npeuples asservis ; elle s'est développée dans le sommeil de l'Allemagne et dans\nla corruption de l'ltalie » (?!). « C'est, insiste l'auteur, le délassement corrupteur\ndes peuples corrompus » ; «la complice de tous les abus politiques » (??).\nEt la France ? —«Après l'ltalie, l'Allemagne se couvre d'exécutants, La\nFrance, que son génie actif et militant devait préserver jusqu'à nos jours de\nl'empire de la musique [ceci est un éloge !■], eut peur de cette invasion. Nos pères\navaient imaginé un singulier moyen d'endiguement de cet art. On exigeait des\nmusiciens, avant de leur accorder le droit d'exercer librement, qu'ils se fissent\nrecevoir maîtres à danser. Les temps sont-ils assez changés? »\n« Ainsi : avènement de la musique, avènement des sciences naturelles, avène-\nment de la démocratie, trois faits contemporains et connexes. » Bien entendu,\nn'allez pas croire que c'est justement là un progrès : c'est une décadence. La\nmusique porte le dernier coup aux derniers « salons où l'on cause», c'est-à-dire\nà la société polie : « un piano tient lieu d'esprit ». Après un morceau de musique,\ntoute conversation se réduit naturellement à des « oh ! » et des « ah ! » : c'est-à-\n--dire aux interjections élémentaires du plaisir et de la douleur.\nNous pouvons enfin faire à la musique sa juste place. Cette conclusion posi-\ntive se réduit à deux points. D'abord la musique est historiquement et mora-\nlement H la suite des quatre grands arts : comparez l'activité intellectuelle d'un\nMozart ou d'un Beethoven à la culture d'un Michel-Ange ou d'un Vinci ! —En-\nsuite la musique vraiment éducative et saine se réduit àla musique vocale, à\nl'exclusion de la musique instrumentale, comme l'avaient bien compris les Grecs.\nCelle-là seule n'est pas corruptrice : elle est la poésie vivante ; vivante, c'est-\nà-dire chantée. « Tout homme, concède notre poète, peut et doit savoir chanter\ndans un chœur. »\nTelle est, dans toute son insuffisance, la conclusion du livre.\nII\nM. de Falloux répond à de Laprade ; et il est piquant de rapprocher l'attaque\net la riposte, car toutes les deux proviennent de la même école et expriment le\nmême état d'esprit."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "520", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.24", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "i° Sans doute une symphonie peut n'avoir pas d'autre titre, c'est-à-dire ne pas\nexprimer d'autre idée définie, que detre une symphonie en /a, ou en ut mineur ;\nmais on peut quelquefois lui donner d'autres noms plus précis : la preuve, c'est\nque Beethoven à lui seul en a trouvé deux !! Et M. de Falloux entreprend une\nfort pompeuse description des grands sentiments à objets définis qu'il découvre\ndans deux genres inégalement éminents : la musique religieuse et la musique\nmilitaire.\n2° La musique n'est pas l'art des peuples corrompus ou asservis : par exemple\nen Allemagne, c'est la Suisse et le Tyrol qui sont le mieux doués pour la mu-\nsique (?) : c'est-à-dire les parties les plus libres, les plus énergiques et les plus\npures. Le progrès actuel de la musique est venu avec ceux de l'industrie : « la mu-\nsique n'y figure ni plus ni moins que tout le reste » !\n3° Il faut l'avouer : « le nouvel Opéra, je le crains, sera le temple de ceux qui\nn'en ont pas d'autre ». Mais à côté de cela, et plus positivement, la musique « est\nun ingénieux ennemi de l'oisiveté ». « Quel temps bien employé que celui des\norphéons de ville ou de village ! » (On n'est pas plus aimable. On dit aussi,\nn'est-ce pas? mais d'une façon plus vulgaire : « Cela vaut toujours mieux que\nd'aller au café... »)\n4° D'ailleurs, la musique est la vraie langue universelle; « et c'est une langue\ndans laquelle on ne peut pas écrire de mauvais livres ». De là cet éloge vraiment\nextraordinaire : il n'y a pas une seule des plus belles scènes de l'opéra, depuis\nLui!i jusqu'à Meyerbeer, qu'on ne pourrait transformer, pourvu qu'on en ôte les\nparoles, en musique religieuse Et sans doute la réciproque serait-elle vraie?\nCeci est dit sans aucune ironie. On reste confondu. C'est le pavé de l'ours, et\nl'ours est de taihe. Ce disant, M de Falloux entend-il faire l éloge de la musi-\nque dramatique, ou de la musique d'église ? ou si ce serait des deux ?\n5° Enfin, pour conclure et pour résumer, M de Falloux s'excuse académique-\nment d'« entrer dans la rhétorique des professeurs de M. Jourdain »; et il pro-\nfesse que « les mots empruntés à la musique sont synonymes d un bienfait lors-\nqu'on les transporte dans l'ordre politique ou social ». Et gravement 1 homme\nd'Etat nous jette pour dernier argument ces trois ou quatre expressions irrésis-\ntibles : « concert entre les peuples», « harmonie entre les rois », « organisation »,\n<( tempérament... » Ici le calembour confine au burlesque ;eton se demande\navec quelque ahurissement si le solennel orateur plaisante encore quand il\najoute à tous ces bienfaits « les mœurs les plus graves !» Il y a des arguments\ndont il vaut mieu x ne pas abuser...\nDéfense piteuse, contre une attaque qui ne vautpastoujours mieux... Le poète\net l'homme d'Etat ne représentent-ils pas brillamment le niveau ordinaire de ce\nque nous avons appelé « la critique incompétente » ?\nIII\nLes critiques de de Lapracle sont fort inégales. Les unes n'ont d'autre raison\nd'être que l'hostilité de certains poètes modernes contre la musique : ces\ngens-là ne pourront jamais se consoler de ce qu'on peut faire du bruit sans\neux ! Parmi les grands poètes modernes, Musset fait presque seul exception :\nexception qui confirme la règle, car son génie est tout « féminin » De Laprade"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "521", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.25", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3155, "texte": "renchérit encore en rappelant avec orgueil que c'est un poète qui a proposé au\nSénat un impôt sur les pianos, lequel eût rapporté 10 millions ; d'aucuns\ndisent que cet impôt ne serait pas tant que cela contre la vraie musique !...\nD'autres attaques viennent, chez de Laprade, du moraliste. Et quel moraliste\nmorose ! Les temps présents le comblent de chagrin. Physique, musique et\nsuffrage universel contristent sa muse. Mais, si. le développement de notre\nart est dans le courant cle l'évolution, cela ne sera pas pour nous inquiéter, au\ncontraire !\nLaissons donc de côté ces reproches tout extérieurs. Même, sachons gré à de\nLaprade de n'avoir pas réédité contre la musique ce vieil argument, qui consiste\nà prétendre qu'elle est l'art « viager » par excellence, c'est-à-dire le plus vite\ndémodé, ce qu'on justifie aussitôt avec beaucoup de logique, selon la remarque\nde Saint-Saëns, en montrant qu'il n'y a de bonne musique que chez les anciens\nmaîtres ! Surprenant effet des caprices de la mode !\nRestons donc dans le domaine esthétique. Mais ici l'argument essentiel vaut\nla peine d'être retenu. Nous le retrouvons avec toute sa force dans la Sonate à\nKreutzer, qu'il faudrait rapprocher de certaines pages de Quest-ce que F Art ?\n« Elle est épouvantable, cette sonate ! s'écrie le héros de Tolstoï. Et le presto\nen est la partie la plus terrible. Toute la musique d'ailleurs est épouvantable.\nQu'est-ce donc que la musique? Pourquoi produit-elle ces effets ?\n« On prétend qu'elle élève l'âme en l'émouvant. Stupidité ! Mensonge ! Son\neffet est puissant, certes, mais je parle pour moi il n'élève nullement\nl'âme : il ne l'élève ni l'avilit ; il l'excite !... Une marche fait marcher, une danse\nfait danser, la musique sacrée nous conduit à l'autel, tout cela a un résultat...\nIci, excitation, excitation pure, sans but. C'est de là que viennent les dangers de\nia musique et ses conséquences parfois épouvantables.\n« En Chine, la musique est un monopole du gouvernement, et c'est ainsi qu il\ndevrait en être partout. Est-ce qu'il devrait être permis qu'une personne pût en\nhypnotiser tant d'autres, et en obtenir ensuite tout ce qu'elle voudra?,..\nAujourd hui c'est une puissance terrible entre les mains de chacun... Il est per-\nnicieux au premier chef de provoquer des sentiments qui ne peuvent et ne doi-\nvent se traduire en rien. »\nLa conclusion pratique se trouve formulée dans Qu est-ce que F Art : il ne\nreste, selon Tolstoï, dans toute l'œuvre de Beethoven, de vraie musique ou de\ngrand art que la IXe Symphonie, et encore est-ce douteux. Jugez par là des\nautres !\nIV\nLaissons là cet ascétisme musical, phénomène curieux, mais pathologique.\nLe principe garde sa valeur en lui-même :de Laprade et Tolstoï pourraient\nbien avoir raison... contre la critique musicale telle qu'on la conçoit ordi-\nnairement.\nC'est une critique qui n'est pas, qui ne veut pas être technique. Elle se con-\ndamne donc àne rien dire. Fétis débitait déjà en brochures La musique mise\nà la portée de tout .le monde, ou exposé succinct de tout ce qui est nécessaire pour\njuger de cet art et pour en parler sans Favoir étudié. Ne croyez-vous pas que ce"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "522", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.26", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3514, "texte": "livre a fait école ? Rappelez-vous le jargon habituel à tant de nos esthètes. Ils\nremplacent toute idée sûre par.des sentimentalités vagues. La musique n'y est\nplus qu'un prétexte à lieux communs. Chez quel critique musical qui se res-\npecte pourrez-vous lire aujourd'hui trois pages sans trouver dix fois l'infini\net l'indéfini, le fonds et le tréfonds de notre être intime, l'extase par delà l'amour,\npar delà l'amour l'extase, les quintessences de l'hypnose, et le reste encore ?\nToutes choses qui ont une affinité évidente avec les modes majeur et mineur, les\nlois de la fugue et les mystères de la modulation. Infini, que de sottises on\ndébite en ton nom !\nC'est ici que le livre de de Laprade porte sa leçon en lui-même : il nous fait\ntoucher du doigt combien dans ce domaine des idées confuses il est aisé de\ndébiter en oracle les opinions les plus contradictoires. La musique nous\nentretient de ce qui est hors de nous, dit de Laprade ; car l'ivresse n'est pas\nl'idéal, et l'instinct n'est pas nous-même. Admirez comme on dit tous les\njours le contraire ! C'est le pain quotidien de la critique incompétente dite\nsérieuse ; celle, par exemple, de la Revue des Deux-Mondes, si je puis nommer\nquelqu'un.\nEt ne répète-t-on pas usuellement que la musique est un moyen d'union, plus\nque cela, de communion entre les hommes? M. Bellaigue a développé longue-\nment cette idée, àla suite de Guyau, en des pages délicates :la musique est\nl'art le plus social et le pins sociable parce que lie est le plus sentimental. C'est\nelle qui nous fait le plus diverger, reprend de Laprade, parce que, lie est le plus\nsensuel (car il profère ce gros mot)\nLequel a raison ? Décide qui voudra. J'admire seulement comme il est facile à\nchacun cle pêcher dans l'eau trouble : on en retire toujours quelque chose ;\nquelque chose de trouble aussi. Je ne sais où j'ai entendu prononcer cette sen-\ntence un peu dure : « Quand on n'a aucune compétence particulière, on peut\ntoujours se faire critique musical. »\nOseriez-vous faire le compte des pages de critique musicale je dis la plus\nautorisée - où, après avoir tout lu, vous ne savez rien de l'œuvre? Oh ! des\n5 . . ' %\naccessoires, de l'état d âme plus ou moins extatique et mystérieux de l'auteur,\nou des interprètes, vous savez tout ce qu'on en peut raisonnablement savoir, et\nmême peut-être quelque chose de plus... Mais de la musique rien.\nIl serait temps de s'aviser qu'un critique musical parle avant tout à des musi-\nciens, et qu'il leur doit de leur parler musique ; que ceux qui n'entendent pas ce\nlangage n'ont qu'à s'en abstenir; mais que l'esthétique musicale ne consiste pas\nà construire, pour chaque symphonie, une mystique appropriée.\nLaissons ces vieux accessoires démodés. La critique doit cesser de supposer à\ntout prix un auditeur incompétent. —Onne la lira plus! direz-vous. Pas\ntout de suite peut-être ; mais elle se fera un public. La Revue musicale ne tra-\nvaille-t-elle pas à former un public? un public accessible à la critique sérieuse,\nc'est-à-dire technique ?\nFaisons remonter l'honneur de cette innovation à qui de droit. C'est, croyons-\nnous, au célèbre critique viennois Hanslick qu'il doit revenir. Hanslick soutient\ncontre le mysticisme musical une polémique fameuse. Il refusa de sacrifier au\ndieu sentiment, et voulut voir dans la musique, avant le sentiment, et au-dessus,\nla forme. Une partie de son œuvre reste caduque : dans sa négation du senti-\nment peut-être exagéra-t-il quelque peu. D'autre part, il se trouva que son"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "523", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "idéal d'idées claires s'appelait alors Brahms, et l'idéal de l'esthétique mystique et\nnébuleuse, l'idéal des idées confuses était l'école wagnérienne. Donc il défendit\nBrahms et attaqua Wagner. Mais peu importe ici Le mérite de Hanslick est\nd avoir nettement dit au public profane et aux esthéticiens mystiques :« Si\nen croyant parler musique vous parlez seulement sentiment, c'est que vous ne\ncomprenez pas la musique. »\nDe Lapracle et Tolstoï n'ont pas lu Hanslick. Ils attaquent la musique par les\nmêmes armes qu'emploie la critique vulgaire àla défendre. Ils ont le droit de le\nfaire : ils empruntent simplement son langage et ses idées, et les retournent\ncontre elle. Et contre elle, ils ont raison. Car ils ont raison ! Restez au point\nde vue du mysticisme courant et pour ainsi dire classique, et vous ne trouverez\nrien à leur répondre.\nEn revanche, contre la critique technique, celle qui sait découvrir et analyser,\npar delà les sentiments confus, une pensée musicale qui a son évolution, son\nhistoire et ses lois, contre cette conception-là de la musique, les attaques ne\nportent pas. Elles perdent tout sens.\nLaissez la musique aux musiciens. Ne la compromettez pas parmi les tenta-\ntives de toutes les incompétences. Telle est la leçon qui se dégage de ce livre\noublié.\n\nCHARLES LALO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c016", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "523", "page_fin": "524", "image_debut": 27, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.11", "titre_corps": "Publications nouvelles.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "523", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.27", "debut_caractere": 1322, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "Publications nouvelles.\n\nLouis LAMBERT\nS.\n: Chants et chansons\npopulaires du Languedoc, recueillis et pu-\nbliés avec la musique notée et la traduction\nfrançaise, 2 vol. in-8° de vi 11-385 et 345\np., Welter, éditeur, Paris. Ce qu'il y\na peut-être de plus ancien dans la mu-\nsique, ce sont les berceuses populaires.\nC'est dans le mouvement des bras mater-\nnels endormant le nouveau-né qu'on pour-\nrait, sans paradoxe, chercher l'origine du\nrythme. M. Lambert a publié, en 1874-75\n[Revue des langues romanes), un certain nombre de « chants du berceau ». Ils\nforment la ire partie de la présente collection, enrichie de beaucoup d'autres\ngenres. Je n'y vois pas de chansons de travail. Est-ce l'effet d'un hasard, ou\nbien une lacune réelle ? Un grand nombre de ces chansons, qui toutes ont une\ngrande saveur, étaient destinées à accompagner des danses. Dans quelques-\nunes (dont le petit nombre surprend), on a plaisir à retrouver les modes qu'une\ncritique superficielle a appelés « anciens », et qui sont toujours vivants dans\nla musique populaire ; ainsi (n° xvi, t. I, Marion), la mélodie, qui ne dépasse\npas la dominante, est écrite de la Ûàla H, sans accidents: c'est le mode\n« éolien » officiellement pourvu du droit de cité en 1547, par Glaréan. Le ton\nchoisi pour la notation est parfois un peu trop élevé. L'auteur accompagne\nplusieurs pièces d'un bref commentaire ;il ne donne pas de variantes : c'est\nregrettable, car il y en a certainement."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "524", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.28", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "F. LAMPERTI : Guide théorique pratique élémentaire pour Tétude du chant, traduc-\ntion française, avec préface sur /'évolutiori vocale, par J. Bressoles, gr. in-40 de 85 p.,\ntexte et musique, chez Ricordi, Milan et Paris. — Cet ouvrage, recommandé\npar le nom de Francesco Lamperti, qui fut un excellent maître, contient une\ncurieuse préface sur les « causes de la décadence du chant », et se termine par\nun appendice de Julie Bressolles où certaines erreurs du professorat, en matière\nde chant, sont vivement critiquées. Çà et là, quelques lapsus: la filiation des\nsons (p. 83, en parlant des sons filés). Le traducteur félicite Lamperti d'avoir\nménagé les voix, de n'avoir jamais forcé le son: quelques chanteurs actuels, en\nItalie, devraient bien né pas oublier ce principe !\n\nANDRÉ GÉDALGE: 4 préludes et fugues pour piano (chez Ricordi). —M. Gédalge\nn'aime pas qu'on lui dise qu'il est un spécialiste du contre-point et de la fugue ;\nnous serions néanmoins tentés de lui attribuer ce titre, en lisant ces fugues à\n3 parties, si nettes, si agréables et si bien construites !\n\nPIERRE AUBRY ET EMILE DACIER\nS.\n• Les caractères de la Danse, Histoire d'un di-\nvertissement pendant la ire moitié du XVIII6 siècle (chez Champion, Paris). C'est\nle tiré à part de la remarquable étude déjà publiée par la Revue musicale. Cette\nbrochure de luxe contient deux dessins reproduits de Watteau, et un beau\nportrait en héliogravure de Mlle Prévost. Un détail important a été ajouté (p. 6) ;\nc'est la date de la mort du compositeur Rebel : 2 janvier 1747. date prise dans les\nAffiches de Paris, et reconstituée à un ou deux jours près..."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "524", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.28", "debut_caractere": 2340, "fin_caractere_exclue": 3354, "texte": "J.-S. 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Ce qu'il y\na peut-être de plus ancien dans la mu-\nsique, ce sont les berceuses populaires.\nC'est dans le mouvement des bras mater-\nnels endormant le nouveau-né qu'on pour-\nrait, sans paradoxe, chercher l'origine du\nrythme. M. Lambert a publié, en 1874-75\n[Revue des langues romanes), un certain nombre de « chants du berceau ». Ils\nforment la ire partie de la présente collection, enrichie de beaucoup d'autres\ngenres. Je n'y vois pas de chansons de travail. Est-ce l'effet d'un hasard, ou\nbien une lacune réelle ? Un grand nombre de ces chansons, qui toutes ont une\ngrande saveur, étaient destinées à accompagner des danses. Dans quelques-\nunes (dont le petit nombre surprend), on a plaisir à retrouver les modes qu'une\ncritique superficielle a appelés « anciens », et qui sont toujours vivants dans\nla musique populaire ; ainsi (n° xvi, t. I, Marion), la mélodie, qui ne dépasse\npas la dominante, est écrite de la Ûàla H, sans accidents: c'est le mode\n« éolien » officiellement pourvu du droit de cité en 1547, par Glaréan. Le ton\nchoisi pour la notation est parfois un peu trop élevé. L'auteur accompagne\nplusieurs pièces d'un bref commentaire ;il ne donne pas de variantes : c'est\nregrettable, car il y en a certainement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c019", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "524", "page_fin": "524", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.11.2", "titre_corps": "J.-S. BACH.", "titre_sommaire": "J.-S. 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Le 15 octobre, M. Ed. Colonne\na reparu devant une salle comble, et les applaudissements qui ont salué son en-\ntrée lui ont montré que le public, fidèle au souvenir de tant de services rendus à\nl'art musical, était prêt à suivre l'éminent chef d'orchestre et ses excellents socié-\ntaires dans leur nouvelle campagne. Le programme était tout entier consacré à\nR. Wagner. 11 y a vingt ans, c'eût été un acte hardi, presque révolutionnaire ;\naujourd'hui c'est un acte normal, presque conservateur. Les auditeurs, aussi bien\nque les exécutants, sont en possession de cette musique, dont toutes les notes"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "525", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.29", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3555, "texte": "leur sont familières. Autrefois, on chantait Wagner en français, et on\nprotestait ; hier, on l'a chanté en allemand, et tout le monde applaudissait.\nDans la Walkyrie, Mme Litvinne a été parfaite. La voix est d'une puissance et\nd'une pureté admirables. En ce qui concerne M. Van Rooy, que certains jour-\nnaux ont présenté comme «le meilleur Wotan de l'Allemagne », je suis obligé\nde mêler une réserve aux éloges. M. Van Rooy aun style excellent, une diction\ntrès nette, une tenue irréprochable, un organe homogène (ce qui est rare !) ; mais\nsa voix a peu de volume ; défaut plus grave : elle manque de timbre. —A la\nfin de l'ouverture de Tannhcinser, M. Colonne n'a pas fait ressortir le dessin de\ncor avec la même force que Nikisch ; mais en cela, il a été peut-être plus correct\net plus exact, moins paradoxal.\nConcert du 22 octobre. La 2e Symphonie de Brahms m a paru bien vide,\nlongue, lourde et froide entre le Roid'Ys et les Troyens. Je me demande si ce n'est\npas sans ironie que des gens compétents ont appelé Brahms le successeur de\nBeethoven : mais, après tout, succéder à quelqu'un n'est pas l'égaler. Tous\nles symphonistes modernes sont peu ou prou les héritiers de Beethoven, comme\ntout le peuple l'héritier d'un certain roi oriental. La part de Brahms àce grand\nhéritage est assez mince : je crois voir ce qu'il doit à son maître, mais je vois encore\nmieux tout ce que son maître a gardé pour lui. A part un ingénieux badinage (alle-\ngro grazioso), du reste de cette symphonie se dégage un morne ennui :ce sont\ndes exercices d'école qui ne prouvent que l'habileté technique du compositeur.\nL'exécution de l'Ouverture du Roi d'Ys a été admirable defougueet d'ardeur :\net M. Baretti a droit à une mention spéciale pour son beau solo de violoncelle.\nDans les Troyens à Carthage de Berlioz (encore un héritier, celui-là, et très vo-\nrace, car il l'est àla fois de Beethoven et de Gluck), il faut tout d'abord rendre\njustice à l'orchestre et à Mme Litvinne. On ne peut représenter la reine de Car-\nthage avec plus de noblesse, plus de fierté, plus de tragique et plus d'émotion\nque cette grande artiste. M. Colonne et ses musiciens se sont acquittés de leur\ntâche comme d'habitude, c'est dire qu'ils ont joué Berlioz d'une façon\nidéale.\nTrès brillant aussi, quoique tout autre par les tendances du programme, a été\nle concert du 15, donné par M. Camille Chevillard, qui partage à juste titre, avec\nM Colonne, la grande faveur du public. Nous avons été heureux de réentendre\nla très belle symphonie pour piano et orchestre de M.V. d'indy— œuvre sicolorée,\nsi originale, d'une imagination souple et charmante et d'applaudir le virtuose\nqu'est M. Risler. Le clou du concert était le Poème de la mer, le Dialogue du\nvent et des flots de M. Debussy. Nous n'avons jamais ménagé l'éloge à l'auteur\nde Pelléas et nous avons bien souvent rendu hommage à la note nouvelle qu'il a\nintroduite dans l'art musical ; mais nous estimons que ses qualités, exquises en\ncertains genres, sont, ailleurs, visiblement insuffisantes. Il y a une préciosité de\nfacture qui ne sied pas aux grands sujets. M. Debussy excelle dans l'expression\nde la grâce ; je regrette qu'il reste précieux, joli, très appliqué aux guillochages,\nlà où il faudrait de la grandeur et de la puissance. On ne fait pas de la musique\navec des sensations pures, aussi fines qu'elles soient. Il ne suffit même pas d'être\nému ; il faut penser, il faut construire ; et on n'exprime pas la grande poésie\nde la mer quand on s'attache à peindre les couleurs du prisme sur une bulle de\nsavon.\n\nX."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "526", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 567, "texte": "Au concert du 22, avec une seconde audition de la Mer qui n a point changé\nnotre première impression et la quatrième Béatitude du grand César Franck,\nM. Chevillard a très brillamment exécuté la Jeunesse d Hercule, pour fêter un\nanniversaire de M. Camille Saint-Saëns, qui a aujourd hui un peu plus de trois\nfois vingt ans Tout le public s'est associé à l'hommage rendu à un Maître pour\nqui la vie ne fut pas facile dès le début, mais qui a la satisfaction de se voir\ndepuis longtemps compris, fêté, aimé, en possession du premier rang.\nADALBERT MERCIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c024", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "526", "page_fin": "528", "image_debut": 30, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.13", "titre_corps": "Actes officiels et Informations.", "titre_sommaire": "Actes officiels et Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "526", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.30", "debut_caractere": 569, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": "Actes officiels et Informations.\n\nJos. GRIMO.\nBordeaux. Graod-Théâtre. —La Traviata, qui a servi de débuts à MM. Morati et\nBrialmont et à Mlle Rolland, nous a montré avec quels soins méticuleux M. Frédé-\nric Boyer, notre excellent directeur, a su grouper autour de lui une troupe d'élite.\nOn annonce officiellement que c'est M. Fournets, du théâtre national de\nl'Opéra, et Mlle Ranflaur, du théâtre Royal de Bucharest, qui doivent créer cet\nhiver les deux principaux rôles de Y Anniversaire, le drame musical de M. Adal-\nbert Mercier, collaborateur de la Revue musicale.\n\nMontpellier. Par arrêté préfectoral en date du 13 octobre, M. Forestier (Xa-\nvier), professeur du Cours préparatoire de solfège à l'Ecole nationale, succursale\ndu Conservatoire national, a été nommé professeur titulaire du Cours supérieur\nde solfège.\n\nCaen. Par arrêté du 14 octobre de M. le Préfet du Calvados, M. Fontaine\n(André) a été nommé professeur de cor à l'Ecole nationale de musique, en rem-\nplacement de M. Leroux, démissionnaire.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 20 septembre au 19 octobre 1905."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "527", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.31", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1058, "texte": "II. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 20 septembre au 19 octobre 1905.\n\nAcadémie nationale de musique. —Le FREISCUÛTZ. Bien qu'il soit du 18\njuin 1821 (date de la première représentation à Berlin), l'opéra de Weber n'a pas\nvieilli. La reprise qui vient de nous en être donnée a été un vif succès, tout d'a-\nbord pour M. Taffanel qui a conduit l'orchestre, le soir de la répétition géné-\nrale, avec beaucoup de sentiment artistique, et a dû s incliner devant les accla-\nmations du public Quant aux interprètes chanteurs, ils ont été très bons sans\ndoute ; mais plusieurs fois la justesse a laissé à désirer. M. Gailhard, qui a l'o\nreille très fine, est certainement de notre avis. Au 2e acte (tableau II), dans la\nscène de la fonte des balles qui est le point culminant de l'œuvre, il est dommage\nque la « chasse fantastique » soit représentée par des figurants immobiles ; pour-\nquoi, selon l'usage, ne se sert-on pas d'une lanterne qui, sur la toile de fond,\nprojetterait des images appropriées et des chevauchées éperdues ?... La soirée"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "528", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.32", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "commençait par l'audition d'une pièce symphonique, Le jugement de Paris,\nde M. Edmond Malherbe. C'est une œuvre de grand talent et d'un métier extra-\nordinaire, mais le résultat d'une erreur. M. Malherbe a eu l'ambition de re-\nproduire, avec l'orchestreseul, la composition peinte de Baudry qui est au foyer\nde l'Opéra.C'est une tentative vaine. Le public a fait un accueil plutôt tiède. S.\n\nSociété J.-S. Bach.— Le premier concert, avec orchestre, de la saison, aura lieu :\nSalle de l'Union, 14, rue de Trévise, le mercredi 22 novembre à 9 h. (Répétition\ngénérale le mardi 21 à 4 h.). Au programme : les deux concertos pour trois pia-\nnos et orchestre (MM. Louis Diémer, Lazare Lévy, Georges de Launay) ; la can-\ntate nuptiale (O Holder Tag, ô jour heureux !) avec Mlle Eléonore Blanc, et une\nCantate sacrée (.Liebster Jesu mein Verlangen, Jésus, mon bien-aimé !) avec\nMlle Moinel et M. Jean Reder. Orchestre sous la direction de M. G. Bret. Le 29\nnovembre, premier concert d'orgue et de musique de chambre, avec le concours\nde M. Pablo Gazais, qui jouera une suite pour violoncelle seul; de Mlle Boutet\ndeMonvel, de M. Henri Dallier, organiste de la Madeleine, etc.. Rappelons que\nla Société Bach donne douze concerts par an. Prix des places par abonnement\naux douze concerts et aux répétitions générales : 50 fr., 40 fr. et 35 fr. Cotisa-\ntion de membre honoraire : 25 fr. Pour tous renseignements, s'adresser à\nM. Daniel Hermann, directeur adjoint de la Société Bach, 9 bis, rue Méchain,\nParis."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c025", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "526", "page_fin": "526", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.13.1", "titre_corps": "Bordeaux. Graod-Théâtre. —La Traviata, qui a servi de débuts à MM. Morati et", "titre_sommaire": "Bordeaux. Graod-Théâtre. —La Traviata, qui a servi de débuts à MM. 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Vidal.\n21.744 41\n2 5 —\nLe Cid.\nMassenet.\n18.404 41\n27 —\nFaust.\nGounod.\n2 I .756 76\n29 —\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndeita,\nSaint-Saëns. Vidal.\n2 2.011 41\n[cr oct.\nLes Huguenots.\nMeverbeer.\nRep. gratuite\n2 —\nArmide.\nGluck.\n19.110 91\n4 —\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n1 9.226 76\n6\nFaust.\nGounod.\n22.081 41\n7 —\nArmide.\nGluck.\n14.368 »\n9 ~\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\n20.593 41\n1 1 —\nArmide.\nGluck.\n17.289 76\n13 —\nLe Cid.\nMassenet.\nib.on 4.1\nr 4 —\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\n13.443 »\ni6 —\nFa ust.\nGounod.\n20.743 41\n18 —\nTannhduser.\nR. 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Au 2e acte (tableau II), dans la\nscène de la fonte des balles qui est le point culminant de l'œuvre, il est dommage\nque la « chasse fantastique » soit représentée par des figurants immobiles ; pour-\nquoi, selon l'usage, ne se sert-on pas d'une lanterne qui, sur la toile de fond,\nprojetterait des images appropriées et des chevauchées éperdues ?... La soirée"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "528", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.32", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 487, "texte": "commençait par l'audition d'une pièce symphonique, Le jugement de Paris,\nde M. Edmond Malherbe. C'est une œuvre de grand talent et d'un métier extra-\nordinaire, mais le résultat d'une erreur. M. Malherbe a eu l'ambition de re-\nproduire, avec l'orchestreseul, la composition peinte de Baudry qui est au foyer\nde l'Opéra.C'est une tentative vaine. Le public a fait un accueil plutôt tiède. 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Le 29\nnovembre, premier concert d'orgue et de musique de chambre, avec le concours\nde M. Pablo Gazais, qui jouera une suite pour violoncelle seul; de Mlle Boutet\ndeMonvel, de M. Henri Dallier, organiste de la Madeleine, etc.. Rappelons que\nla Société Bach donne douze concerts par an. Prix des places par abonnement\naux douze concerts et aux répétitions générales : 50 fr., 40 fr. et 35 fr. Cotisa-\ntion de membre honoraire : 25 fr. Pour tous renseignements, s'adresser à\nM. Daniel Hermann, directeur adjoint de la Société Bach, 9 bis, rue Méchain,\nParis."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c034", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "528", "page_fin": "528", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.14", "titre_corps": "Errata", "titre_sommaire": "Errata", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "528", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.32", "debut_caractere": 1597, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "Errata\nQuelques erreurs de gravure se sont glissées dans le chœur de M. 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Rien ne nous dit que la femelle per-\nçoive léchant du rossignol, comme mélodie, et non comme simple appel. Nous\nlui attribuons peut-être sans raison notre propre sens esthétique. Le chant est\nd'ailleurs sensiblement le même chez les individus de même espèce : il paraît\nêtre un signe par lequel les mâles manifestent leur présence, et rien de plus ;\nl'instinct fait le reste.\nb) Il faut ajouter que les oiseaux ne se bornent pas à chanter pendant la saison\ndes amours ;il serait même exact de dire que c'est à l'approche d'un danger\nqu'ils font entendre leur voix, l'« appel » de l'oiseau ayant peut-être pour ori-\ngine le cri de détresse.\nc) En outre, peut-on raisonnablement admettre que l'état d'infériorité rela-\ntive où se trouve telle espèce est dû à la maladresse initiale d'un oiseau qui\naurait manqué sa chanson ? Le bon sens ne veut pas qu'on dise : La supériorité\nde certains chanteurs sur les autres a créé des espèces différentes, mais plutôt :\nce sont les différences d'espèces qui créent les différences de chant.\nd) Le chant des oiseaux, malgré tout ce que les poètes en ont dit, n'a rien de\nmusical. La preuve en est dans cette simple observation de Westphal. Plusieurs\noiseaux qui chantent ensemble nous paraissent très agréables ; mais plusieurs\npersonnes qui chantent en même temps sans s'être accordées nous paraissent\ninsupportables (1). Les lois ne sont donc pas du tout les mêmes.\n20 En ce qui concerne l'homme :\na) Il est peu probable que l'homme primitif ait jamais considéré le chant des\noiseaux comme un modèle à suivre, attendu que, pour voir dans ce chant une\nmélodie, il aurait fallu être déjà musicien, et même musicien assez raffiné.\nVoici d'autres faits dont il est difficile de ne pas tenir compte.\nb) Les Australiens connaissent le chant et la musique, et cependant ils ont\ntrès peu d'oiseaux chanteurs dans leur pays.\nc) Le chant des oiseaux est très difficile à fixer par la notation, parce qu'il\nest étranger à tout système musical.\nIl ne figure, dans quelques compositions célèbres, qu'à titre exceptionnel,\ncomme une sorte de citation. Quand il est d'un réalisme très exact, il dégénère\nfacilement en curiosité de café-concert, destinée à étonner plus qu'à émouvoir.\nSi on veut le mettre en harmonie avec le caractère habituel d'une œuvre sérieuse,\non est obligé de l'altérer, de le traiter très librement; encore rabaisse-t-il la\nvaleur d'une composition et gêne-t-il la pensée musicale (2).\nd) D'après la doctrine du naturaliste anglais, puisque le chant est un moyen de\nvictoire et sert, par là, au progrès de l'espèce, il devrait y avoir coïncidence ou\nparallélisme entre les progrès du chant et la hiérarchie des espèces vivantes\njusqu'à l'homme. Le singe devrait être plus musicien que le rossignol. Pourquoi\nn'en est-il pas ainsi ? Chez les mammifères, les manifestations bruyantes de la\nvoix (on ne peut les appeler autrement) sont de simples phénomènes d'inspira-\n\n(1) Salinas, musicien du xvi° siècle [De mus., 1577, lib. I, ch. 1, p. 1), dit que les oiseaux ne\nsont pas musiciens parce qu'ils ne font entendre ni consonance ni dissonance, et que si l'on dit\nqu'ils chantent, c'est par métaphore, comme quand on dit : prata rident (cité par Dom Caffiaux) î\n(2) Cf. le brillant morceau deHeendel dans le poème II allegretto, il pensieroso, il moderato."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "546", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.34", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "tion et d'expiration, et il ne suffit pas que certain gibbon puisse pousser une note\nénergique (Darwin) pour qu'on le considère comme musicien.\nBrehms (dans Tierleben, Vie des animaux) analyse complaisamment les mani-\nfestations vocales de certain singe où il croit trouver une gamme chromatique\ncomplète, émise régulièrement, avec sûreté et agilité, et où il voit même des\n« retards ». Stumpf a nié avec raison la valeur musicale de cette observation et\ndéclaré que la seule chose à en retenir, c'est que la musique n'a rien de commun\navec les cris des animaux (1 ). P. Moos raille agréablement ces « retards » chez les\nsinges (2). Avec raison aussi, A. Weismann ajoute qu'il est impossible\ndéfaire dériver le sens musical de la sélection sexuelle, attendu que le dévelop-\npement de la musique ne repose nullement sur « une modification de notre\nnature physique innée (3) ».\ne) Dans l'espèce humaine, il y a aussi des faits que l'on devrait pouvoir constater\ncomme conséquence de la doctrine darwinienne, et qui font défaut. Si c'est un\nlangage d'amour, transmis par hérédité et par évolution, qui a créé la musique,\nles peuples primitifs devraient attester la continuité de la progression par le\ncaractère de leur art. On devrait trouver chez eux une musique sentimentale,\nd'autant plus expressive et tendre qu'elle est plus voisine de la nature et sous la\ndépendance plus immédiate de l'hérédité. Or, il n'en est pas ainsi. D'après un\ntémoignage du prince de Wied reproduit par Grosse, voici en quoi consiste le\nchant des Botocudos : le chant des hommes ressemble à un rugissement inarti-\nculé, qui oscille entre deux ou trois sons, tantôt élevés, tantôt profonds. Ils\nrespirent profondément, mettent leur bras gauche sur leur tête, quelquefois un\ndoigt dans chaque oreille, surtout s'ils ont un public, en ouvrant toute grande\nune bouche déformée par le bottock. Je ne crois pas que personne soit tenté de\nvoir là un spécimen de l'art de plaire.\nComme l'affirme un excellent juge (4), le sauvage ne connaît que l'accouple-\nment. « Les Indiens Tinné dans l'Amérique du Nord, écrit Lubbock (5), ne\npossèdent pas de mot pour exprimer cher ou bien-aimé, et le langage des Algon-\nquins (Peaux-Rouges aux environs du lac Michighan) n'a pas de verbe signifiant\naimer... Bien que les chants des sauvages parlent ordinairement de chasse, de\nguerre, de femme, il est fort rare qu'on puisse leur appliquer le titre de chant\nd'amour... (Ni chez les Osages (Indiens delà région centrale des Etats-Unis), ni\nchez les Cherokees, on ne pourrait trouver une seule expression musicale ou poé-\ntique fondée sur une passion tendre entre les deux sexes... Bien qu'on le leur ait\n... J\ndemandé souvent, ils n'ont jamais produit un chant d'amour. » On n'a pas\ntrouvé une seule chanson d'amour chez les Australiens, les Mincopies et les\nBotocudos ; Rink, qui a le mieux étudié les Esquimaux, dit de ces derniers\nqu'ils connaissent à peine le sentiment d'amour (6).\n/) Autre point de vue : si elle a son origine dans l'instinct sexuel, pourquoi\nune des premières fonctions de la musique, chez presque tous les peuples, est-\n\n(1) Stumpf, Musikpsychologie in England, dans le ier vol. de la Vierteljahrsschrift f. Mu-\nsikwissenschaft, 1885. - -\n(2) P. Moos, Modem Musikœstheiik in Deutschland, 1902, p. 442.\n(3) A. Weismann, Gedanken ùber Musik bei Thieren und bei Menschen (61e vol. de la Deutsche\nRundschau, 1889, p. 50-79).\n(4) Grosse, ibid.9 p. 213.\n(5) V. Lubbock, Origine de la civilisation (Mariageù\n(6) Ibidp. 68 (traduction française). Cf. Grosse, ibid., p. 185.\nî . 1"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "547", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.35", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3434, "texte": "elle d'ordre religieux ? D'où viennent les chants de guerre, qui sont la négation\nde 1 amour ? Comment se fait-il que les Australiens (et beaucoup d'autres\nhommes) chantent presque toujours lorsqu'ils sont seuls{i )? Pourquoi, l'instinct\nsexuel étant général, certains peuples (comme les Allemands) sont-ils plus musi-\nciens que d'autres peuples, qui sont pourtant leurs parents (comme les Anglais) >\nLes Allemands peuvent être considérés comme les rois de la musique, puisqu'ils\nont produit un Bach, un Haendel, un Beethoven, un Weber, un Schumann : y\na-t-il une corrélation entre cette supériorité incontestable et (par hypothèse) une\nautre supériorité innée chez nos voisins dans l'art de plaire et de séduire? Y a-t-il\naussi une corrélation exacte entre les dons naturels de séduction qu'on a toujours\nattribués aux Français et leur génie musical? Voici une observation de Hseckel\nqui contredit la théorie de Darwin : « Alors que, chez les oiseaux, c'est généra-\nlement le mâle qui chante, c'est, dans l'espèce humaine, la femme qui a une\nvoix supérieure et qui est la mieux armée pour séduire. » On a constaté cette su-\npériorité du chant de la femme chez les sauvages eux-mêmes. Si, par la doctrine\nde l'hérédité, on explique la transmission d'un instinct de mâle en mâle, comment\nexplique-t-on que ce même instinct soit passé d'un sexe à un autre ? (Il faut\nd'ailleurs reconnaître qu'en disant que la femme est mieux armée pour plaire,\nnous nous plaçons au point de vue masculin qui n'est pas absolu A\ng) Enfin est-il vraisemblable que l'homme primitif ait développé un moyen\nde séduction purement artistique, alors qu'il avait à sa disposition, pour arriver\nau même but, un moyen bien autrement pratique et positif : le langage articulé?\nIII\nLes objections, comme vous le voyez, sont assez nombreuses ; cependant, je\nne m'en exagère pas l'importance. Je devrais peut-être m'arrêter sur un point\nd'interrogation; j'aime mieux incliner vers une conclusion moins sceptique.\nLa doctrine de Darwin, en dépit de tout ce qu'on peut lui objecter, a quelque\nchose de profond et de séduisant. Elle échappe à toute vérification expérimen-\ntale, c'est entendu; mais elle a pour base de belles idées et un sentiment pro-\nfond de la vie : elle est fondée sur la croyance à l'unité des êtres vivants, et au\nprogrès. Comme elle est extrêmement générale, en dehors de l'art pratique, et\npermet de réserver toutes les questions précises et techniques, c'est-à-dire les\nquestions qui, pour nous, seront les plus importantes, il n'y a aucune nécessité\nde la rejeter complètement.\nCette théorie n'est pas en somme très éloignée de celle des grands métaphy-\nsiciens allemands, de Schopenhauer par exemple, qui attribue à la mu-\nsique le privilège d'exprimer ce qu'il y a de plus fondamental dans notre être\nintime. Or, le fond de notre être, c'est l'amour de la vie, le désir de la prolonger\net de la perpétuer en la rendant meilleure et plus brillante. 11 y a là une loi qui\nsemble universelle : les faits qu'on peut lui opposer sont peut-être des faits très\nexceptionnels, ou mal observés, ou mal interprétés. Cette loi paraît la même\npour l'homme que pour l'animal. Que la musique en'soit fonction, au moins\nà l'origine, cela n'aurait rien d'étonnant. Et c'est parce qu'elle traduit ce qu'il\n\n(1) V. Grosse, les Débuts de VArt * « les Australiens chantent presque toujours quand ils sont\nseuls » (tr. fr.,p. 226). - -"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "548", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.36", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "y a de plus intime dans les êtres, que la musique a été considérée comme ayant\nun pouvoir magique. (Sur ce passage de l'idée cTexpression à celle cTaction\nefficace et pratique, je me suis déjà expliqué.)\nEncore une fois, ce n'est pas par des moyens d'érudition, par de petits argu-\nments de détail, qu'on établit ou qu'on ruine une thèse comme celle que je\nviens d'exposer. Dans son récit de voyage En Guinée, M. Claudius Madrolle\nparle de la frénésie avec laquelle les nègres cultivent la musique et la danse, et\nil ajoute : « Dès le coucher du soleil, l'Afrique tout entière est en fête et retentit\ndes sons du tamtam. » C'est quelque chose d'analogue au concert assourdis-\nsant, éperdu, que, les soirs d'été, des bête de toute sorte font entendre dans\nles champs ; ce concert, à la fois grandiose et rude, que nous avons tous entendu\nà la campagne, a une raison d'être, une signification : c'est en le comprenant\nqu'on a quelque chance de comprendre l'âme de la nature ; il semble être le\nson que rend le « devenir » des choses, l'appel inconscient de la nature à des\nformes nouvelles et plus belles. Avec les premières ombres de la nuit, comme\navec les premiers souffles du printemps, semble descendre sur les êtres un\nirrésistible besoin de donner plus d'intensité à la vie et de la perpétuer en cher-\nchant le mieux. L'amour, qui est le grand agent du progrès, enveloppe le\nmonde; et la musique est seule capable de l'exprimer.\nDarwin a donc raison. —à une condition: c'est qu'on admette entre les cris ou\nles chants des animaux et la musique de l'homme, la même différence qu'entre\nl'instinct aveugle des uns et l'instinct de l'autre, enrichi de tout ce que la pensée\nconsciente, la culture et la vie sociale peuvent lui donner de nouveau, de délicat,\nde puissant et de divers.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c041", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "548", "page_fin": "555", "image_debut": 36, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.16", "titre_corps": "Un grand violoniste de l'ancien régime. Les deux Jean Baptiste Anet.", "titre_sommaire": "Un grand violoniste de l'ancien régime. Les deux Jean Baptiste Anet.", "signature_source": "LIONEL DE LA LAURENCIE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "548", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.36", "debut_caractere": 1844, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "Un grand violoniste de l'ancien régime.\nLes deux Jean Baptiste Anet.\n\nUn musicien que ses contemporains appelaient Baptiste tout court, et qui,\nen réalité, se nommait Jean-Baptiste Anet, a laissé une réputation extrême-\nment brillante au début du xvme siècle ; on le considérait alors en France\ncomme le premier violoniste de son temps. « Baptiste, écrit Ancelet, a été le\npremier violon de son temps ; il avait le tact excellent, de la justesse et de l'ar-\nchet (1). » Daquin l'appelle « le plus grand violon qui ait jamais existé» (2).\n« Il avait, assure Pluche, Y expression ; et le son qu'il tirait de son instrument\nétait le plus beau dont l'oreille humaine pût être frappée (3). » Ses qualités de\ntechnicien atteignaient, au dire de ses contemporains, à un degré que l'on qua-\nlifiait de prodigieux, et Baptiste devait servir de terme de comparaison à l'é-\ngard des instrumentistes d'une autre génération, tels que Graviniès par exemple :\n« Quels sons vous entendez ! déclare Daquin à propos de cet artiste, quel coup\nd'archet ! que de force ! que de grâce ! C'est Baptiste lui-même (4) ! »\n\n(1) Ancelet. Observations sur la Musique et les Musiciens, 1757, pp. 12-13.\n(2) Daquin, Lettres sur les hommes célèbres dans les sciences, etc..., sous le règne de Louis XV,\n1752, p. 130.\n(3) Pluche, Spectacle de la Nature, t. VII, p. 103.\n(4) Daquin, loc. cit.y I, p. 139."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "549", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.37", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "Comme tous les violonistes des premières années du xvuie siècle, Anet a été\nproclamé l'inventeur de la double corde, honneur qui revient à Du Val et à Jean-\nFerry Rebel. (( Je n'ignore pas, écrit Carbasus, que l'on ne puisse exécuter deux\ndessus ensemble; mais, pour le faire parfaitement, il faut être aussi habile que\nBaptiste ( 1 ). »\nJusqu'à présent la généalogie du célèbre « Baptiste » est demeurée assez\nconfuse ;on a voulu faire de lui le fils dun autre violoniste portant les mêmes\nprénoms, mais dont le rôle artistique paraît avoir été beaucoup plus effacé. Nous\nverrons ce qu'il faut penser de cette manière devoir et, en attendant, nous dési-\ngnerons les deux musiciens qui font l'objet de cette étude par les dénominations\nde Jean-Baptiste I et Jean-Baptiste 11. Après la biographie, nous étudierons les\nœuvres.\nI\nLe nom des deux Jean-Baptiste a reçu diverses orthographes : Anet, Annet,\nAnnette, et Hanet. Peut-être ce nom est-il celui de quelque protecteur auprès\nduquel un membre de la famille de nos musiciens aurait trouvé une situation\navantageuse ; nombre de grands seigneurs et même de hobereaux possédaient\nalors des instrumentistes à gages qui prenaient le nom de la maison à laquelle\nleurs appointements les attachaient, et il y a des Anet à Paris, des Annet, des\nAnnette, et des Hanet en Lorraine et dans l'Orléanais (2). Peut-être aussi le\nnom d'Anet appartient-il en propre à cette dynastie de musiciens: ce qui ten-\ndrait à le faire croire, c'est que nous relevons trace, au xvne siècle, de person-\nnages de condition modeste répondant à la même désignation patronymique\net habitant dans la région parisienne. Un vigneron parisien appelé Jean Hanet\nvend en 1666 un immeuble àun sr Carron, tailleur à Asnières '3). Quoi qu'il\nen soit, ce Jean Hanet avait pour contemporain un joueur d'instruments, du nom\nde Claude Anet, dont le fils Jean-Baptiste se marie à Saint-Sulpice le 21 août\n1673, ainsi qu'en témoigne son acte de mariage qui nous apprend sa qualité\n« d'officier delà Chambre de Mgr le Ducd'Orléans », son âge, 22 ans, et le nom\nde sa femme, Jeanne Vincent, âgée de 19 ans, fille de Marin Vincent Tapissier (4).\nLa naissance de Jean-Baptiste I remonte donc à l'année 1651 ; retenons cette\ndate qui nous sera fort utile lorsqu'il s'agira d'élucider le degré de parenté des\ndeux homonymes. Ainsi, dès 1673, Jean-Baptiste I fait partie de la musique de\nMonsieur, et nous le trouvons encore en 1694 parmi les 9 violons de ce prince ;\nil signe, à cette époque, sur une quittance de 1800 livres pour gages et nourriture\nde ces instrumentistes, et son nom « Baptiste », tracé d'une écriture lourde et ma-\nladroite, figureà côté de ceux de Jacques Duvivier, J.-B. Prieur, JacquesNivelon,\nEdme Dumont, Pierre Marchand et Guillaume Dufresne (5). Jean-Baptiste I se\n\n(1) Lettre cle M. l'abbé Carbasus àM. de XXX, Auteur du Temple du Goust, sur la mode des\nInstruments de Musique, Paris, 1739.\n(2) Bibl. nat. Cabinet des titres, Pièces originales, nos 59, 74, 1473.\n(3) Ibid. Vente d'une maison faite à Estienne Carron par Jean Hanet, vigneron à Paris, et sa\nfemme Marguerite Lestorsan, le 14 octobre 1666. N° 1473.\n(4) M. Vidal, dans son ouvrage sur les Instruments à archet, a publié l'acte de mariage de Jean-\nBaptiste I, acte extrait des registres de la paroisse Saint-Sulpice. (Tome 11, p. 247 )\n(5) Vidal, loc.cit., t. 11, p. 247, en note. Cette pièce est tirée de la Collection de M. le marquis\nde Saint-Hilaire."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "550", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.38", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3427, "texte": "livrait aussi au professorat : le Livre commode des adresses de Paris pour\n76901 e signale comme « maître pour le dessus de violon » entre Verdier, rue du\nChantre, et du Bois, rue des Fossés-Saint-Germain; il demeure alors rue du\nCloître-Saint Honoré (1). C'est encore lui qui, sous la dénomination de Baptiste\nHanet, est inscrit dans la première classe du Rôle de capitation pour la commu-\nnauté des maîtres à danser et joueurs d'instruments de musique de Paris pour\nl'année 1695. Il paie 12 livres avec la mention suivante: (( Ayant payé ailleurs,\ndéchargé», mention qui semble indiquer une certaine mobilité d'existence que,\nmalheureusement, nous ne pouvons contrôler (2). En 1699, il entre aux 24 vio-\nlons et remplace dans cette compagnie François Marillet de Bonnefond, dé-\ncédé (3). Le 9 mars 1699, une ordonnance de décharge, signée à Versailles, pres-\ncrit au trésorier des Menus de payer « à Jean-Baptiste Anette, violon, les gages\ndu sr Bonnefond, àla place duquel il a été pourvu depuis la mort dudit Bonne-\nfond jusques au 8 février 1699 » (4L\nLe 2 avril 1700, le sr Aubert, syndic de la communauté des Maîtres à danser,\nlui délivre la quittance suivante :\n<( Je soussigné sindicq de La Communauté des maistres à danser et L'un des\n24 violions du rov, recognois avoir receu du sr Babtiste nostre camarade La\nSomme de 72 livres qu'il avoit receue du trésorier de Monsieur pour les Es-\ntrennes du icr janvier de la présente année, de laquelle somme je tiens quitteLed1\nsr Baptiste et promets Lemployer au payement de La Salle de Saint-\nJulien où nous faisons nos concerts suivant l'intention de la compagnie des 24,\net d'en rendre compte à ladte compagnie toutes fois et quante. fait à paris\nce deux avril 1700. Signé : Aubert (3). »\n; En dépit de la soumission que le sr Jean Aubert semblait afficher à lé-\ngard des « intentions de la compagnie des 24 )), il ne se faisait pourtant pas faute\nd'affirmerde temps en temps son indépendance, et nous en avons la preuve dans\nla protestation que la compagnie rédige en juillet 1700 au sujet des agissements\nd'Aubert, qui s'obstine à vouloir jouer « le dessus » alors qu'on lui a prescrit de\njouer « la quinte». Baptiste signe cette protestation en même temps que Se-\nnattie le père (6).\n. Nous pouvons suivre Jean-Baptiste I depuis son entrée (1699) à la musique de\nla Chambre, jusqu'à sa mort. L'Etat de la France de 1702 le mentionne au nom-\nbre des <( dessus de violon » (7) ; les registres de la Cour des Aides l'inscrivent\nen 1706 pour des gages de 365 livres (8), et les comptes des Menus-Plaisirs\nn'oublient pas Jean-Baptiste Anette en 1707 et 1708 (9). Le violoniste meurt en\n\n(1) Le Livre commode des adresses de Paiis pour 7692, par Abraham du Pradel (Nicolas de\nBlegny), t. I, pp. 210, 211.\n(2) Arch. nat. Z'h 657.\n(3)Arch. nat. O1 33, f° 53. Ordonnance de Versailles du 8 février 1699 : Retenue de joueur de\nviolon de la chambre pour Jean-Baptiste Annette.\n(4) Arch. nat. 01 43, 1° 82. J -\n(5) Arch. nat. O1 842' L Jean Aubert était titulaire depuis 1691, avec Thomas Duchesne, Vin-\ncent Pesant et Jean Godefroy, d'un des 4 offices de jurés syndics institués par Louis XIV en rem-\nplacement des jurés élus de là communauté des maîtres à danser et joueurs d'instruments de\nParis.\n(6) D* O1 84 2 L\n(\") Etat de la France pour 1702, t. I, p. 230.\n(8) Arch. nat. Zla 486.\n(9) KK 2 1 -, f° 27 ( 1 707) et KK 216 f° 26 (1708)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "551", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.39", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3405, "texte": "possession de sa charge le 26 avril 1710, à l'âge de 59 ans, et on peut lire sur les\nRegistres du Secrétariat de la Maison du Roi pour cette année la note ci-\naprès :\n« Ordonnance de décharge à Louis Francœur joueur de violon de la chambre,\npourvu à la place de Jean-Baptiste Anette pour toucher les gages de ladite charge\ndepuis le 26e avril, jour de son décez, nonobstant qu'il n'aist été pourvu que le\n26e May 1710(1). »\nJean-Baptiste I laissait une veuve, à laquelle une ordonnance royale, datée de\nVersailles le 4 octobre 1711, prescrivait de payer les gages de la charge du dé-\nfunt depuis le ier janvier 1710 jusqu'au jour de sa mort (2). Cette veuve n'était\npas Jeanne Vincent ; Anet s'était remarié après la mort de celle-ci, et avaitépousé\nen secondes noces Louise Chaulet, dont le testament, qui porte la date du 7 août\n1738, proclame la santé précaire et la condition voisine de l'indigence. Grâce à\ncet acte, nous savons que Louise Chaulet, « veuve de Jean-Baptiste Hanet, dit\nBaptiste, l'un des 24 violons de la chambre et musique ordinaire du Roy », habi-\ntait à Paris, rue Carpentier, paroisse Saint-Sulpice, dans une maison apparte-\nnant à la succession de M. Montorcy : elle était atteinte de paralysie et dans l'im-\npossibilité absolue de signer. Elle désignait Mme cle Montorcy pour son exécu-\ntrice testamentaire, et lui demandait de faire vendre son modeste mobilier et de\ndistribuer aux pauvres le produit de la vente, après prélèvement des frais funé-\nraires (3). h: b\nLa vie de Jean-Baptiste I s'écoula obscurément, partagée qu'elle fut entre des\ndevoirs officiels et les labeurs du professorat. Le musicien n'a point laissé d'oeu-\nvres, tandis que son prédécesseur aux 24 violons Bonnefond figure parmi les au-\nteurs dont le vol. 26, aujourd'hui disparu, de la Collection Philidor renfermait\nles compositions. D'après le Mercure, Jean-Baptiste l,que le journal désigne sous\nle nom de Baptiste père, aurait été élève de Lulli avec Verdier, Joubert, Mar-\nchand, Rebel et Lalande (4). Cette information a été reproduite par Dure'y de\nNoinville, dans son Histoire de VOpéra (5).\nII\nVenons-en maintenant à Jean-Baptiste 11. La note du Mercure que nous\ncitons ci-dessus a été, sans doute, l'origine de la thèse qui veut que cet autre\nAnet ait été le fils du premier, thèse à laquelle nous ne pouvons souscrire en rai-\nson des documents que nous allons faire connaître (6).\nOn lit, en effet, dans le Journal manuscrit de Durival, conservé à la Biblio-\nthèque publique de Nancy, l'indication suivante, à la date du 14 août 1755 :\n« Le même jour (14 août 1755), mourut à Lunéville, à ïâge de plus de 95 ans,\nJean-Baptiste Anet, violon célèbre connu sous le nom de Baptiste. Il y avait\n\n(i) 0154 f° 87. Ordonnance de Versailles du 8 juin 1810). Retenue du 26 mai 1710. 0154f°77.\n2) 0*54 f° 155 verso (Ordonnance du 4 octobre 1711b\n(3) Testament Chaulet, veuve Hanet, passé devant Me Duport, notaire au Châtelet. et son con-\nfrère. Minutes de Me Meunié, notaire à Paris. Insinué le 13 août 1738. (Archives de la Seine.)\n(4) Mercure de France, août 1738, p. 1726.\n(5) Durey de Noinville, Histoire de l'Opéra, t. 1,. p. 34. (Edition de 1757.)\n(6) Cette thèse, présentée par M. Vidal dans son livre précité, a été adoptée par M. Pougin\n(Ménestrel, 1896, n° 12, p. 91), et par M. Michel Brenet (Les Concerts en France sous l'ancien\nrégime, 1900, p. 125)."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "552", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.40", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 4117, "texte": "longtemps qu'il était dans la musique du roy de Pologne (1). » Nous avonscher-\nché à vérifier l'assertion de Durival, et nous avons pu retrouver à Lunéville\nl'acte de décès de Jean-Baptiste 11. Le voici, dans son texte intégral :\n« L'an 1755 Ie quatorzième aoust, à quatre heures et demie du soir est décédé\nen cette paroisse le sieur Jean-Baptiste Anet dit Baptiste, garçon majeur, premier\nviolon de la Musique du Roi, âgé de quatre-vingt-quatorze ans, après avoir été\nconfessé et avoir reçu le St Viatique et l'Extrême-Onction. Son corps a été\ninhumé le lendemain dans le cimetière de cette paroisse avec les prières ordi-\nnaires, en présence des témoins soussignés :\n« Signé : J. Vautier ; Claude François Gray ; G. G. Le Roy ; Ch. Reg,curé (2). »\nIl résulte de ce document que le renseignement de Durival est exact, sauf en ce\nqui concerne l'âge du défunt. Déjà, M. Jacquot, dans son livre La Musique en\nLorraine, avait indiqué que Jean-Baptiste II était mort à Lunéville en 1755 (3). Il\navait puisé cette information dans la Biographie de Lorraine de Michel (4), où on\npeut lire : « Anet est mort à Lunéville en 1755. » A l'époque où xM. Jacquot écri-\nvit son ouvrage (1882), la Bibliothèque de Nancy ne possédait pas encore le\nms. de Durival ; depuis il paraît avoir eu connaissance de ce ms., comme le\nprouve la note qu'il a publiée sur Jean-Baptiste II en 1903 (5). Il ressort évidem-\nment de la pièce transcrite ci-dessus que Jean-Baptiste 11, mort en 1755 à 94 ans,\net né par conséquent en 1661, ne peut pas être le fils de Jean-Baptiste I, qui na-\nquit seulement 10 ans auparavant, en 1651. Jean-Baptiste II est vraisemblable-\nment le frère cadet de son homonyme, et ceci explique pourquoi ses contempo-\nrains l'appelaient le jeune Baptiste, voulant par là le distinguer de son aîné. La\nqualification de Baptiste le père, attribuée à Jean-Baptiste I, ne doit pas nous arrê-\nter, car rien n'empêche que celui-ci, qui s'était marié deux fois, ait eu un fils du\nnom de Baptiste, fils sur le compte duquel nous ne possédons aucun renseigne-\nment. Ce qu'ily a de certain, c'est que Jean-Baptiste 11, le célèbre Baptiste, n'est\npas le fils de celui dont nous avons esquissé plus haut labiographie. On pourra\nopposer plusieurs textes à notre manièrede voir ; on pourra faire étatd'une citation\ndu Mercure galant de 1701 que nous reproduisons plus loin et dans laquelle Jean-\nBaptiste II est désigné sous le nom du jeune Baptiste ;on relèvera l'expres-\nsion dont se sert Lecerf de la Viéville à l'endroit de notre violoniste, qu'il traite\nde petit Baptiste (6). Ces objections, outre qu'elles ne subsistent pas en fait de-\nvant le document décisif de Lunéville, sont néanmoins susceptibles d'être vic-\ntorieusement combattues ; car il suffit d'interpréter l'expression « Le jeune\n\n(1) Journal de Durival, t. VI, f° 16 verso. N° 13 13 du catalogue des mss. de la Bibliothèque\npublique de Nancy, t. XLII du catalogue général des Bibliothèques publiques de France. Nous\ndevons ce renseignement à l'obligeance de MM. Favier, conservateur de la Bibliothèque de\nNancy, et Duvernoy, archiviste de Meurthe-et-Moselle, auxquels nous exprimons ici toute notre\ngratitude. Le Journal de Durival, qui comprend les nos 1310 à 1323 du catalogue des mss de\nNancy, se compose de 12 cahiers assez épais, de format in-40, contenant le journal météorologique\ndes années 1737 à 1795 inclusivement et diverses anecdotes relatives à l'histoire de Lorraine,\ntant en vers qu'en prose, rédigés par M. Durival l'aîné, de son vivant lieutenant général de\npolice à Nancy et retraité à Heillecourt.\n(2) Registres de la paroisse Saint-Joseph à Lunéville, 49e feuillet, p. 97.\n(3) Albert Jacquot, La Musique en Loraine, 2e édition, Paris, 1882, p. 160.\n(4) Michel, Biographie historique et généalogique des hommes marquants de Vancienne province\nde Lorraine, Nancy, 1829, p. 18 (Bibl. nat., L 20. 76).\n(5) Voir : Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des Départements en igoj, p. 680.\n(6) Lecerf de la Viéville, Parallèle entre les Italiens et les Français en ce qui concerne la musique)\n1702, t. 11, p. 118."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "553", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.41", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3774, "texte": "Baptiste » dans le sens de « Baptiste le jeune», «Baptiste le cadet ». Jean-\nBaptiste II avait 40 ans en 1701, et on pourrait, à bon droit, se montrer surpris\nde voir traiter un homme de cet âge comme un tout jeune adolescent ; mais\nrien n'empêche, selon nous, de donner à la qualification du Mercure un sens très\ndifférent de celui qui ressort du texte à première lecture. Nous ferons la même\nobservation à propos de l'expression employée par Lecerf en 1702, expression\nqui peut avoir une signification rétrospective. Des exemples analogues ne man-\nquent pas dans notre histoire musicale, et nous citerons en particulier les deux\nLeclair, dont le cadet s'appelait Leclair le jeune ou «le jeune Leclair ». Bien\nplus, il nous est loisible de procéder à une contre-épreuve de la validité de notre\nhypothèse, cardans le cas d'un père et d'un fils portant les mêmes prénoms, cas\nqui se présente pour les deux Jean-Baptiste Sénallé, le fils est toujours désigné\nsous le nom de Jean-Baptiste Senallé le fils. Nous nous croyons donc en droit\nde conclure que Jean-Baptiste II est le frère cadet de Jean-Baptiste I (1).\nSur son enfance, les documents précis font défaut ; les auteurs contemporains\nassurent qu'il voyagea en Allemagne, en Pologne et en Italie, et qu'il reçut à\nRome les leçons de Corelli. Lecerf l'appelle « le fils adoptifde Corelli » (2), et\nl'abbé Pluche prétend que le maître italien, émerveillé de la précocité de son\ntalent, lui fit don de son archet (3). L'histoire des voyages de Jean-Baptiste II\nreste à écrire : toujours est-il que, comme nous le verrons plus loin, son œuvre\nreflète, à n'en pas douter, l'influence de Corelli, et que nous le trouvons à Paris\nen 1701, dans une circonstance qui semble devoir faire suspecter l'exactitude de\nl'anecdote rapportée par Fétis au sujet du peu de succès que Baptiste aurait\nremporté auprès de Louis XIV. Tout le monde connaît cette anecdote. Or voici\nce qu'on lit dans le Mercure galant de 1701, sous la rubrique « Journal de Fon-\ntainebleau » : « Le 23 octobre, le roi entendit après son souper un concert\nexquis d'airs italiens exécutés par les Srs Couperin, Forcroy, et le jeune Baptiste\nqui est à M. le Duc d'Orléans, pour le violon. Le roi parut surpris de l'excel-\nlence de ce dernier qu'il n'avait pas encore entendu (4). » Il eût été piquant que\nLouis XIV, qui ne manquait pas d'esprit, se fût amusé à opposer Jean-Baptiste I,\nordinaire de sa chambre et dépositaire de « son goût à lui », à son cadet.\nLes archives permettent de suivre la carrière de notre musicien à partir de 1717.\nLes Etats des Menus-Plaisirs de cette année-là nomment J. -B. Annette parmi\nles symphonistes qui touchent 850 livres pour leur nourritureet leur entretien (5).\nC'est à la musique de la chapelle royale que compte le violoniste, ainsi que nous\nle constatons sur Y Etat de la France de 7722 (6). En février 1726, le Mercure le\ncite comme ayant pris part aux concerts de janvier à Marly (7), et nous le retrou-\nvons sur Y Etat de la France de 1717 au nombre des 26 symphonistes de la cha-\npelle, à côté de François Rebel, le fils de Jean-Ferry, de Charles-Henri Le Roux,\net d'Antoine Forcroix (8). A cette époque, la cour et la ville portaient Baptiste\n\n(1) M. A. Pougin cite une assertion de Castil-Blaze qui confirmerait notre thèse. Castil-Blaze\nsignale en effet, parmi les symphonistes que Lulli dirigeait en 1673 et 1674 : Baptiste aîné et\nBaptiste cadet. (Ménestrel, loc. cit., p. 91.)\n(2) Lecerf, loc. cit., t. 11, p. 118.\n(3) Pluche, Spectacle de la Nature, t. VII, p. 103.\n(4) Mercure galant, novembre 1701, p. 207.\n(5) Arch. nat. O 1 2846, f° 22.\n(6) Etat de la France pour 1722, t. I, p. 156.\n(7) Mercure, février 1726, p. 389.\n(8) Etat de la France pour 1727, t. I, p. 186."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "554", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.42", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3808, "texte": "au pinacle, il avait pour élève un prince de sang royal, Louis Charles de Bour-\nbon, comte d'Eu, auquel il enseignait le violon, c'est lui-même qui nous le dit :\n«Je suis redevable à V. A. S. de l'approbation qu'elle a bien voulu donner\njusqu'à présenta mes compositions, et du plaisir qu'elle a témoigné prendre à\nles entendre exécuter, et je suis encore plus sensible à l'honneur qu'elle m'a\nfait en daignant prendre de mes leçons sur la musique instrumentale que je\nprofesse, et pour laquelle Elle a reçu de la nature des dispositions si heu-\nreuses qu'Elle a acquis en peu de temps la théorie et la pratique de cet art\ndans un degré de perfection où peu de personnes parviennent après une étude\nde beaucoup d'années (1). »\nAussi, en fondant le Concert spirituel, Philidor eut-il garde de se priver du\nconcours du célèbre virtuose : « Ce qu'il y a de bien piquant dans ce concert,\ndéclare le Mercure, c'est une espèce d'assaut entre les srs Baptiste français\net Guignon piémontais, qu on regarde comme les deux meilleurs joueurs de\nviolon qui soient au monde » (2).\nQuantz, qui passa huit mois à Paris, d'août 1726 à mars 1727, parle avec éloge\ndesdeux rivaux : « le premier, dit-il, jouait dans le goût français, le deuxième dans\nle goût welche». On s'arrachait le violoniste, et Marpurg enregistre l'enthou-\nsiasme qu'il provoquait, en nous racontant une anecdote assez comique, qui,\nchose étrange, a échappé à Fétis. Il s'agit d'un certain marquis, grand admira-\nteur de Baptiste, mais dont les sollicitations auprès du musicien demeurent\nvaines; de guerre lasse, le marquis se décide à l'aller quérir à son domicile,\net le trouve en train de surveiller minutieusement la cuisson d'une superbe\nvolaille ; vaincu enfin, le violoniste accepte d'aller jouer chez son persécuteur,\n\"mais a la condition expresse que celui-ci, durant son absence, continuera la\nbesogne du rôtisseur. Tout penaud, notre marquis s'installe auprès de la bro-\nche ; mais aussitôt que Baptiste a tourné les talons, il saute en voiture et, arrivé\n'chez lui, se cache derrière un paravent, afin de prendre incognito sa part du\nconcert. Dès que le violoniste, une fois son morceau terminé, fait mine de\nremiser son instrument le. marquis , regagne.- sa-voiture-afin de.retourner au.\nplus vite à sa faction culinaire (3). On ne nous dit pas si le rôti fut brûlé et si\n(Anet s'aperçut de la supercherie.\nNous n'aurions pas, du reste, besoin de ce trait pour nous convaincre qu'il\nétait d'humeur joriale et bon vivant. A l'encontre de son aîné, qui se montra\nfanatique du mariage, Jean-Baptiste II demeura célibataire (4), ce qui ne\nl'empêcha pas d'atteindre à une extraordinaire longévité. Il avait de l'enjouement\n\"et même de l'esprit, et la dédicace de son œuvre de Musette qu'il adressa à son\n\"ami Colin Charpentier, nous est une preuve de ses dispositions malicieuses (5).\n\n(1) Lettre dédicatoire de l'œuvre ler,Ier, 1724.\n(2) Mercure, avril 1725, p. 836. Le journal ajoute que les 2 musiciens jouèrent tour à tour des\npièces de symphonies seulement accompagnées d'un basson et d'une basse de viole et qu'ils fu-\nrent tous deux extraordinairement applaudis.\n(3) Marpurg, Beitrage Nachricht von franzôsichen Violinisten, p. 467-368.\n(4) Son acte de décès porte en effet la mention : garçon majeur.\n(5) « Ne viens pas me dire, avec ta modestie ordinaire, que je ferais beaucoup mieux d'imité1'\nceux de mes confrères qui mettent de grands noms à la tête de leurs ouvrages pour servir de pa-\nrapets (sic) contre la critique : car je te répondrai là-dessus que ton nom fera plus d'honneur à mes\npièces que ne luy en pourroit faire celuy du Grand Mogol même... Veut on des qualités person-\nnelles ? N'es-tu pas ce qu'on appelle un joli garçon ?... ». etc. (Lettre dédicatoire de l'œuvre 11, 1726.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "555", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.43", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "En 1729, la présence d'Anet à Paris nous est certifiée parles Comptes des\nMenus sur lesquels il touche 42 livres pour 7 concerts donnés à Marly en\nfévrier (1). A cette époque, Baptiste avait trouvé un autre protecteur en la per-\nsonne du fameux comte de Clermont, dont les tendances littéraires et artistiques\ns'étaient déjà manifestées par la fondation, dans son hôtel, d'une sorte d'aca-\ndémie ; ce prince « aimait en enragé la musique et les ballets » ; il était lui-\nmême, rapporte M. Cousin, un « musicien agréable dans les salons » (2).\nBaptiste lui dédiait en termes fort courtisanesques, en dépit de la belle\nprofession de foi adressée à Charpentier, son œuvre 111 (1729). Nous revoyons\nnotre violoniste au Concert spirituel en 1732 :« Le Sieur Batiste, dit Mer-\ncure, excellent symphoniste, s'y est distingué (le 30 mars) et a joué sur le\nviolon différentes pièces de sa composition avec beaucoup d'applaudisse-\nments (3). » Il avait habité successivement, place du Manège, vis-à-vis l'hôtel\nd'Armagnac (1724), et rue d'Argenteuil, vis-à-vis la fausse porte Saint-Roch\n(de 1726 à 1729) (4). Sur son œuvre V, publiée à Paris en 1734, il s'intitule\ntoujours : « Ordinaire de la Musique du Roi », ce qui laisse supposer qu'il\nn'avait point encore quitté la capitale ; mais l'Etat de la France de 1736 ne porte\nplus son nom. et il est probable que Baptiste se rendit à cette époque auprès\nde la cour de Lorraine. On voit par là ce qu'il faut penser des assertions de\nWasielewski, aux termes desquelles Anet, découragé de se sentir méconnu à\nParis, se serait enfui vers une Pologne aussi chimérique qu'hospitalière aux\nartistes (5). En 1736, Baptiste supportait le poids de 75 printemps, c'est-à-dire\nl'âge bien sonné de la retraite, et, si nous entrons dans les vues plus que ten-\ndancieuses de l'historien allemand, force nous est de reconnaître que le musi-\ncien aurait eu vraiment le découragement bien tardif. Nous ne serions pas\néloigné d'admettre que l'insinuation de Wasielewski provient d'une confusion\nétablie entre Jean-Baptiste II et un artiste allemand signalé par Choron et\nFayolle sous le nom de Louis-Albert-Frédéric-Baptiste et qui, ne trouvant pas\nla musique de Paris à son goût, se serait dirigé en 1721 vers l'ltalie (6).\n(A suivre.)\n\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\n\n(1) Arch. nat., Ol 2858, f° 305.\n(2) J. Cousin, Le Comte de Clermont, t. I, p. 108, p. 15. Il ne paraît pas que Baptiste se soit\njamais rendu à l'Abbaye et à Berny.\n(3) Mercure, avril 1732, p 798. J\n(qà Indications portées sur les œuvres I, II et 111.\n(5) Wasielewski, Die Violine und seine Meister ( 1893), p. 303. Signalons, cependant, un entre-\nlilet du Mercure de juin 1738 qui semble indiquer que Baptiste habitait encore Paris cette\nannée-là (p. 1116).\n(6) Choron et Fayolle, Dictionnaire historique des musiciens, t. I, p. 49-50."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c043", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "556", "page_fin": "556", "image_debut": 44, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.17", "titre_corps": "Publications nouvelles.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "556", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.44", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "Publications nouvelles.\n\nCONSTANT PIERRE :\nS.\nLes Hymnes et Chan-\nsons de la Révolution, aperçu général et\ncatalogue avec notices historiques, analy-\ntiques et bibliographiques, par Constant\nPierre (Publications de la Ville de Paris\nrelatives à la Révolution française, Impri-\nmerie Nationale, un vol. in-f° de 1036 p.).\nCet ouvrage fait suite aux 2 volumes\nque Fauteur a publiés dans les mêmes\nconditions, en 1899 : Musique des fêtes et\ncérémonies de la Révolution française.\nM. Constant Pierre, qui est un de nos collaborateurs et qui a publié ici même les\nbonnes pages de ce livre, a mis sa conscience et sa science habituelles dans cet\nénorme travail, d'un caractère vraiment national, où il a donné le résultat de\ntrès longues recherches, faites avec le soin le plus minutieux. La période de la\nRévolution française (comme, d'ailleurs, toutes les grandes périodes de l'his-\ntoire humaine) a été extraordinairement féconde en musique. M. Constant\nPierre a réuni et classé tous les documents qui ont survécu, non en simple éru-\ndit, mais avec un esprit critique. On trouvera dans son livre une excellente\nétude sur la Marseillaise, tour à tour attribuée à Navoigille et à Grison. 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Quelle\ngrande époque d'enthousiasme et de poussée artistique que celle où Robes-\npierre, pour fêter l'Etre suprême, faisait appel aux musiciens du pays, et où\n120 œuvres, comme suite à cet appel, étaient adressées au Comité du Salut\npublic !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c046", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "556", "page_fin": "557", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.18", "titre_corps": "Les théâtres.", "titre_sommaire": "Les théâtres.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "556", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.44", "debut_caractere": 1440, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "Les théâtres.\n\nLA MISE EN SCÈNE DU FREISCHUTZ A L'OPÉRA ; — MIARKA, DE\nM. ALEXANDRE GEORGES, A L'OPÉRA-COMIQUE.\n\nAu sujet du Freischutz, qu'ill\nfaut féliciter M. Gailhard de nous avoir rendu, j'ai déjà fait une réserve concer-\nnant la mise en scène. Au 2e acte, une chasse sauvage et fantastique doit traver-\nser le théâtre. Dans une œuvre romantique, ce n'est pas un détail négligeable.\nOr, à l'Opéra, cette chasse sauvage est représentée par des figurants qui s'avan-\ncent sur le pont traversant la « Gorge du Loup », et qui sont à peu près\nimmobiles. Ce qu'il faudrait (et plusieurs anciens abonnés ont été de mon avis,\nen invoquant la tradition), c'est une lanterne qui, sur la toile de fond, projetterait\ndes images à succession très rapide. J'insiste sur cette remarque ; il serait très\nfacile à MM. Gailhard et Capoul d'en tenir compte, si, après réflexion, elle leur\nparaissait juste. 11 me semble aussi qu'ils ne tirent pas suffisamment parti des\neffets qu'on peut produire en variant l'éclairage du décor. Il me semble enfin\nque dans la mise en scène générale de l'œuvre, ils auraient pu mettre plus d'é-\nclat et de richesse... Miles Grandjean et Hatto, MM. Delmas et Rousselière\nobtiennent, avec des qualités différentes, un succès mérité. J'ai à faire une"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "557", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.45", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "autre réserve, que l'on devine : l'addition, à un opéra de Weber, de Y Invitation à\nla Valse, n'est pas justifiée, artistiquement. La Revue musicale a trop insisté sur\nle respect dû aux chefs-d'œuvre, pour que je ne signale pas cette excessive\nliberté, qu'on voudrait, au moins, entourée de certaines garanties. Vlnvitation à\nla valse est une œuvre de salon et non de plein air; elle débute et se termine par\nun cérémonial qui est en contradiction évidente avec le caractère peuple du\nFreischùtz, et constitue ici un véritable contresens.\nA l'Opéra-Comique, Miarka était attendue avec grande curiosité. M. Alexandre\nGeorges, par la publication d'un recueil de mélodies déjà célèbre, avait la\nréputation d'un talent personnel et fort, éloigné des formules banales. Est-il\ncapable de construire un drame lyrique ? La question peut être encore posée,\ncar Miarka n'est pas autre chose qu'une adaptation à la scène, quelquefois une\nsorte de « tiré à part », des Chansons de Miarka, reliées par des transitions. On\ntire parfois un drame d'un roman ; M. Georges a fait moins que cela :il a mis sur\npied un semblant d'opéra, avec un recueil de mélodies, d'ailleurs très belles.\nEntre ces mélodies très connues, très justement appréciées, et les épisodes copieu-\nsement instrumentés qui s'y trouvent joints, il y a une disparate visible. L'opéra\ncomique était autrefois une suite de chansons ; l'œuvre de M. Alexandre Georges\nest bien cela, mais avec un certain nombre de pages très colorées, très libres,\npleines de dissonances, dans le goût « avancé » du jour. L'auteur n'en reste pas\nmoins un musicien de premier ordre. C'est surtout et jusqu'à nouvelle expé-\nrience un imaginatif et un descriptif, plus qu'un psychologue. Son œuvre a\nun caractère kaléidoscopique. Il excelle à faire de la couleur, à trouver des\nrythmes originaux. C'est un élève de Bizet. présentement à l'école de M. Riche-\npin, qui a trouvé un excellent interprète de sa pensée personnelle et de son art\noriginal. Mme Héglon, dont la voix exceptionnellement étendue a été empruntée\npour la circonstance, tient son rôle, qu'elle dessine à merveille, avec beaucoup\nd'éclat, et Mme Carré a son charme habituel. La mise en scène (en particulier celle\ndu rêve de Miarka) est très brillante, et le succès paraît assuré.\n\nC."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c047", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "556", "page_fin": "557", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.18.1", "titre_corps": "LA MISE EN SCÈNE DU FREISCHUTZ A L'OPÉRA ; — MIARKA, DE M. 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Pierre Kunc (ire audi-\ntion). « Impressions du pays de Languedoc », dit le programme :je n'ai eu pour\nma part que des impressions du Midi, et le rythme persistant de la farandole a\nplutôt éveillé en moi des images de Provence. Tout cela n'est pas assez caractérisé.\nLe premier morceau, An matin, rappelle les Maîtres Chanteurs et Lakmè ;le\nsecond est une danse aux lanternes, très animée, coupée par une sorte de rêve-\nrie douce où sonne tendrement le cor. Musique bien faite, agréable à entendre,\nvive et légère, mais trop dénuée d'originalité. M. Chevillard a dirigé par\ncœur, avec une souveraine maîtrise, la 4e Symphonie de Schumann : belle\nœuvre sans doute, mais d'une instrumentation lourde et maladroite qui étouffe\ndes dessins charmants, si bien que cette œuvre, relativement courte et jouée sans\ninterruption, m'a paru longue. 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Heureusement les Maîtres Chanteurs nous ont\nramenés à la lumière, à la vie, à la musique enfin !\n\nAMÉDÉE LEMOINE.\n\nL.\n5 novembre. —Programme supérieurement composé de chefs-d'œuvre appar-\ntenant aux écoles les plus diverses ! Un Concerto de Haendel pour deux violons,\nvioloncelles et instruments à cordes, qui est une pure merveille de grâce ryth-\nmée, de simplicité dans la grandeur et de belle construction ; de Rimsky-Korsa-\nkow, un « Caprice espagnol » étourdissant de verve, de couleur, de fantaisie,\nde richesse dans l'invention des idées mélodiques, extraordinairement amusant\npar les rythmes, les combinaisons de timbres et les contrastes, rhapsodie\npleine de soleil, de vie, de mouvement ; de Sibelius, une élégie finnoise, d une\nbeauté mélancolique et un peu froide, mais de grande distinction ; d'Emmanuel\nChabrier, la Bourrée auvergnate, orchestrée par Mottl ! Au milieu de ces pièces\nde haut goût, une nouveauté : La Chevauchée de la Chimère, par M. Carraud..\nC'est une œuvre de valeur, mais qui a semblé un peu pâle, et lente, à côté du\nreste. Pour peindre « un cheval de gloire qui se lève dans l'aube, avec la griffe\nd'une Chimère dans ses flancs », il faudrait plus d'élan et de flamme. La sym-\nphonie de M. Carraud m'a paru dépourvue d'enthousiasme, et surtout trop inco-\nhérente, à la fois pour le développement et pour l'orchestration. Le concert\ndébutait par l'ouverture de Tannhauser, que M. Chevillard dirige avec grande\nautorité, mais en exagérant un peu la lenteur ou la rapidité dans certains mou\"\nvements. Dans ce dernier cas (2e partie de l'ouverture), il y a eu des dessins de\nviolons qu'on saisissait à peine... En somme, admirable concert !\n\nCONCERTS COLONNE. 29 octobre. 011 serait parfois tenté de demander\ngrâce à M. Colonne : la quantité et la beauté de ce qu'il nous donne a quelque\nchose d'accablant. Après l'ouverture du Roi dYs (redemandée), les Troyens à\nCarthage de Berlioz (dont le septuor, chanté au bord de la mer, par une nuit\nétoilée, n'a pas été assez doux et assez fondu. Certaines entrées avaient trop de\nrelief. Tout cela doit être en demi-teinte !). Et après les Troyens, tout le 3e acte\nde Siegfried, d'une richesse, d'une puissance, d'une grandeur toujours éton-\nnantes ! M. Burgstaller, qui remplaçait M. Van Rooy, est un beau spécimen\ndu chanteur allemand. Il possède Wagner ; il le chante non seulement avec une\ngrande autorité, mais avec une aisance parfaite. Avant Siegfried, il a obtenu\nun énorme succès dans le chant d'amour de la Walkyrie. Il a dit ce chant déli-\ncieux comme en se jouant, sans le moindre effort visible, avec une grâce simple\net une absence d'affectation qui est rarissime. La voix n'a pas un aussi grand\nvolume que celle de M. Saléza (qu'on a fort applaudi dans les Troyens), mais\nelle est homogène, non gutturale, et conduite avec un goût très sûr. M. Plamon-\ndon, avec des qualités bien différentes, est un ténorino plein de charme. Quant\nà; M 1?2 Litvinne, elle est parfaite. Que n'est-elle engagée par M. Gailhard, à"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "559", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.47", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3328, "texte": "l'Opéra ? Elle aussi, elle soutient les rôles les plus lourds avec une aisance sin-\ngulière. La voix a une.pureté admirable.\n\nM.\n5 novembre /905. —M. Colonne semble vouloir nous faire entendre une série\nd'ouvertures dramatiques de maîtres français : c'était aujourd'hui celle de\nSigurd de M. Reyer, et le Prélude de l'Enfant-Roi, de M. Bruneau. Ce beau\nprélude, bâti sur des thèmes qui s'opposent, l'un évoquant la vie fiévreuse de\nParis, l'autre peignant la tendresse conjugale, un troisième, celui de l'enfant,\ndoux et calme, avait été enrichi, pour le concert, d'un développement qui est\ncomme la glorification du motif cle 1 Enfant. On l'a chaleureusement applaudi ;\nil est animé tout entier d'un souffle large et puissant. La Revue musicale l'a\ni.\npublié intégralement dans un de ses derniers numéros, et nous avons été\nheureux de le voir si vivement apprécié. L'intermède symphonique de\nRédemption terminait la ire partie. La 2e était consacrée à Beethoven, dont nous\navons entendu les deux premières symphonies avec des fragments d\"Egmont.\nMlle Kutscherra adû recommencer son lied du 3e acte, qu'elle a dit avec beau-\ncoup d'art, mettant un sentiment profond dans la plainte, une vive gaîté dans\nles phrases où s'exprime la joie. Elle avait déjà chanté avec un grand succès\nle Roi des Aulnes de Schubert. L'orchestre s'est montré supérieur dans l'exé-\ncution des symphonies ; j'ai admiré particulièrement sa finesse et sa légèreté\ndans le finale de chacune d'elles. Une voix d'en haut ayant réclamé plus d'en-\nsemble et de mesure, l'écho répondit « bravo », et ce fut un triomphe pour\nM. Colonne.\nNous avons annoncé clans notre dernier numéro les beaux concerts\ndonnés à la salle Pleyel par M. Edouard Risler et consacrés aux 32 sonates de\nBeethoven. Le grand pianiste se fera entendre les 18, 25 novembre et 2, 9,\n23 décembre. Billets chez Durand. Le 22 novembre (salle Pleyel), concert\ndonné par Léon Moreau, avec le concours de Cossica et Charlotte Lormont.\nMlle Elisabeth Dalthez, qui a donné son premier concert le 13 novembre,\ndonnera le second (salle Pleyel) le 22 novembre avec le concours de M. Jean\nTen-H ave. Au programme, Bach, Wagner, Pauré, Liszt, R. Strauss, Saint-\nSaëns, Popper, A. Coquard, Duparc, Borodine, E. Chabrier.\n\nLondres.\n\nLa saison d'automne a été ouverte le 5 octobre au Covent Garden\nRoyal Opéra par une représentation de la Bohême, avec Mme Melba,\nMlle Trentini, MM. Gorgini, Didur et Sammarco. Un Ballo in Maschera et\nRigoletto ont été ensuite inclus dans le programme, qui s'annonce comme des\nplus intéressants, grâce à une direction aussi habile qu'artistique. Nous devons\nà M. Neil Forsyth les représentations de là compagnie « San Carlo » de Naples,\nqui jouit auprès du grand public londonien d une faveur très légitime. M. Fritz\nKreisler a été applaudi dans le ier concert du Queen's Hall. Le grand violoniste\ndoit paraître avec Mme Adelina Patti le 10 novembre prochain au Royal Albert\nHall. A l'hEolian Hall, les Broadwood concerts comporteront douze séances au\ncours desquelles seront interprétés des quatuors de Sir Charles Stanford et de\nM. Cyrill Scott. Au Croydon Grand Theatre, la Royal Cari Rosa Opéra,\ncompagnie à sa 35e année de fondation, vient de terminer une longue suite de\nsuccès. Parmi les interprètes de Faust, Tannhciuser, Rigoletto, Pagliacci, Lohen-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "560", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.48", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "grin, Carmen, Cavalleria Rusticana, nous avons remarqué : Miss Hanna Mara\n(du Royal Opéra de Breslau), Miss Doris Woodall et MM. Julien Walth,\nCharles Victor et Arthur Winckworth.\nAu Daly's Theatre, l'opérette de M. André Messager : Les Petites Michu,\nadaptée à la scène anglaise par M. Henry Hamilton, constitue un des gros suc-\ncès de la saison actuelle, et les qualités scéniques de Mlle Adeline Genée ajoutent\nun intérêt spécial à ces représentations.\nDans un décor somptueux, les directeurs du Coliseum ont présenté la scène du\nMiserere du Trouvère avec Mme Alice Esty. L'accompagnement des choristes\nplacés sur les estrades monumentales à droite et à gauche de la scène donne\nà l'ensemble un cachet artistique des plus heureux.\n\nA. R.\n\nConservatoire. M. Pierre Lalo, critique musical, a été nommé membre du\nconseil supérieur des études. MM. Saint-Saëns et Th. Dubois ont donné leur\ndémission.\n\nSOIRÉE SAINT-SAENS-MARTHE. —Le 10 novembre, très belle soirée donnée\npar M. Marthe, le professeur de violoncelle si estimé, en l'hôtel de M. Parent,\net consacrée tout entière aux oeuvres de M. Saint-Saëns, qui occupait lui-même\nle piano. Au programme : le Deuxième trio, les Cloches de la mer (dont les\nparoles sont aussi de Saint-Saëns), le Concertstuck pour violon, la Deuxième\nSonate (piano et violoncelle), Clair de lune, le Sommeil des fleurs, la Feuille de\npeuplier (mélodies) et le Quintette. Mme Clément-Coulon, de l'Opéra-Comique,\nMM. Marcel Chailley, Louis Gravrand, Georges Drouet, ont été fort applaudis.\nM. Marthe, qui a tant d'autorité, s'est surpassé par la netteté, la force expres-\nsive et la correction classique de son jeu. Quant au maître, que nous avions la\nbonne fortune d'entendre exécuter lui-même ses propres œuvres, il nous suffi-\nrait de le nommer. Nous avons pris un plaisir extrême, particulièrement au trio\net au quintette, compositions singulièrement originales et amusantes, d'une\nfacture toujours grande, où tous les styles depuis la valse jusqu'à l'adagio\nbeethovenien et à la fugue sont librement employés, avec une fantaisie inta-\nrissable et éblouissante.\n\nL abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro les recettes\nofficielles des théâtres lyriques, diverses informations et correspondances."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c049", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "557", "page_fin": "558", "image_debut": 45, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.19.1", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX.", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX.", "signature_source": "AMÉDÉE LEMOINE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "557", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.45", "debut_caractere": 2311, "fin_caractere_exclue": 3393, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX.\n\n—29 octobre.— Nous avons entendu une suite pour\norchestre, VEté pastoral, composée de 2 numéros, de M. Pierre Kunc (ire audi-\ntion). « Impressions du pays de Languedoc », dit le programme :je n'ai eu pour\nma part que des impressions du Midi, et le rythme persistant de la farandole a\nplutôt éveillé en moi des images de Provence. Tout cela n'est pas assez caractérisé.\nLe premier morceau, An matin, rappelle les Maîtres Chanteurs et Lakmè ;le\nsecond est une danse aux lanternes, très animée, coupée par une sorte de rêve-\nrie douce où sonne tendrement le cor. Musique bien faite, agréable à entendre,\nvive et légère, mais trop dénuée d'originalité. M. Chevillard a dirigé par\ncœur, avec une souveraine maîtrise, la 4e Symphonie de Schumann : belle\nœuvre sans doute, mais d'une instrumentation lourde et maladroite qui étouffe\ndes dessins charmants, si bien que cette œuvre, relativement courte et jouée sans\ninterruption, m'a paru longue. 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Heureusement les Maîtres Chanteurs nous ont\nramenés à la lumière, à la vie, à la musique enfin !\n\nAMÉDÉE LEMOINE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c050", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "558", "page_fin": "558", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.19.2", "titre_corps": "5 novembre. —Programme supérieurement composé de chefs-d'œuvre", "titre_sommaire": "5 novembre. —Programme supérieurement composé de chefs-d'œuvre", "signature_source": "L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "558", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.46", "debut_caractere": 716, "fin_caractere_exclue": 2272, "texte": "L.\n5 novembre. —Programme supérieurement composé de chefs-d'œuvre appar-\ntenant aux écoles les plus diverses ! Un Concerto de Haendel pour deux violons,\nvioloncelles et instruments à cordes, qui est une pure merveille de grâce ryth-\nmée, de simplicité dans la grandeur et de belle construction ; de Rimsky-Korsa-\nkow, un « Caprice espagnol » étourdissant de verve, de couleur, de fantaisie,\nde richesse dans l'invention des idées mélodiques, extraordinairement amusant\npar les rythmes, les combinaisons de timbres et les contrastes, rhapsodie\npleine de soleil, de vie, de mouvement ; de Sibelius, une élégie finnoise, d une\nbeauté mélancolique et un peu froide, mais de grande distinction ; d'Emmanuel\nChabrier, la Bourrée auvergnate, orchestrée par Mottl ! Au milieu de ces pièces\nde haut goût, une nouveauté : La Chevauchée de la Chimère, par M. Carraud..\nC'est une œuvre de valeur, mais qui a semblé un peu pâle, et lente, à côté du\nreste. Pour peindre « un cheval de gloire qui se lève dans l'aube, avec la griffe\nd'une Chimère dans ses flancs », il faudrait plus d'élan et de flamme. La sym-\nphonie de M. Carraud m'a paru dépourvue d'enthousiasme, et surtout trop inco-\nhérente, à la fois pour le développement et pour l'orchestration. Le concert\ndébutait par l'ouverture de Tannhauser, que M. Chevillard dirige avec grande\nautorité, mais en exagérant un peu la lenteur ou la rapidité dans certains mou\"\nvements. Dans ce dernier cas (2e partie de l'ouverture), il y a eu des dessins de\nviolons qu'on saisissait à peine... En somme, admirable concert !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c051", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "558", "page_fin": "559", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.19.3", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE. 29 octobre. 011 serait parfois tenté de demander", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE. 29 octobre. 011 serait parfois tenté de demander", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "558", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.46", "debut_caractere": 2274, "fin_caractere_exclue": 3601, "texte": "CONCERTS COLONNE. 29 octobre. 011 serait parfois tenté de demander\ngrâce à M. Colonne : la quantité et la beauté de ce qu'il nous donne a quelque\nchose d'accablant. Après l'ouverture du Roi dYs (redemandée), les Troyens à\nCarthage de Berlioz (dont le septuor, chanté au bord de la mer, par une nuit\nétoilée, n'a pas été assez doux et assez fondu. Certaines entrées avaient trop de\nrelief. Tout cela doit être en demi-teinte !). Et après les Troyens, tout le 3e acte\nde Siegfried, d'une richesse, d'une puissance, d'une grandeur toujours éton-\nnantes ! M. Burgstaller, qui remplaçait M. Van Rooy, est un beau spécimen\ndu chanteur allemand. Il possède Wagner ; il le chante non seulement avec une\ngrande autorité, mais avec une aisance parfaite. Avant Siegfried, il a obtenu\nun énorme succès dans le chant d'amour de la Walkyrie. Il a dit ce chant déli-\ncieux comme en se jouant, sans le moindre effort visible, avec une grâce simple\net une absence d'affectation qui est rarissime. La voix n'a pas un aussi grand\nvolume que celle de M. Saléza (qu'on a fort applaudi dans les Troyens), mais\nelle est homogène, non gutturale, et conduite avec un goût très sûr. M. Plamon-\ndon, avec des qualités bien différentes, est un ténorino plein de charme. Quant\nà; M 1?2 Litvinne, elle est parfaite. Que n'est-elle engagée par M. Gailhard, à"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "559", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.47", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "l'Opéra ? Elle aussi, elle soutient les rôles les plus lourds avec une aisance sin-\ngulière. 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Colonne semble vouloir nous faire entendre une série", "signature_source": "M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "559", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.47", "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "M.\n5 novembre /905. —M. Colonne semble vouloir nous faire entendre une série\nd'ouvertures dramatiques de maîtres français : c'était aujourd'hui celle de\nSigurd de M. Reyer, et le Prélude de l'Enfant-Roi, de M. Bruneau. Ce beau\nprélude, bâti sur des thèmes qui s'opposent, l'un évoquant la vie fiévreuse de\nParis, l'autre peignant la tendresse conjugale, un troisième, celui de l'enfant,\ndoux et calme, avait été enrichi, pour le concert, d'un développement qui est\ncomme la glorification du motif cle 1 Enfant. On l'a chaleureusement applaudi ;\nil est animé tout entier d'un souffle large et puissant. La Revue musicale l'a\ni.\npublié intégralement dans un de ses derniers numéros, et nous avons été\nheureux de le voir si vivement apprécié. L'intermède symphonique de\nRédemption terminait la ire partie. La 2e était consacrée à Beethoven, dont nous\navons entendu les deux premières symphonies avec des fragments d\"Egmont.\nMlle Kutscherra adû recommencer son lied du 3e acte, qu'elle a dit avec beau-\ncoup d'art, mettant un sentiment profond dans la plainte, une vive gaîté dans\nles phrases où s'exprime la joie. Elle avait déjà chanté avec un grand succès\nle Roi des Aulnes de Schubert. L'orchestre s'est montré supérieur dans l'exé-\ncution des symphonies ; j'ai admiré particulièrement sa finesse et sa légèreté\ndans le finale de chacune d'elles. Une voix d'en haut ayant réclamé plus d'en-\nsemble et de mesure, l'écho répondit « bravo », et ce fut un triomphe pour\nM. Colonne.\nNous avons annoncé clans notre dernier numéro les beaux concerts\ndonnés à la salle Pleyel par M. Edouard Risler et consacrés aux 32 sonates de\nBeethoven. Le grand pianiste se fera entendre les 18, 25 novembre et 2, 9,\n23 décembre. Billets chez Durand. Le 22 novembre (salle Pleyel), concert\ndonné par Léon Moreau, avec le concours de Cossica et Charlotte Lormont.\nMlle Elisabeth Dalthez, qui a donné son premier concert le 13 novembre,\ndonnera le second (salle Pleyel) le 22 novembre avec le concours de M. Jean\nTen-H ave. Au programme, Bach, Wagner, Pauré, Liszt, R. Strauss, Saint-\nSaëns, Popper, A. Coquard, Duparc, Borodine, E. Chabrier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c053", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "559", "page_fin": "560", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.19.5", "titre_corps": "Londres.", "titre_sommaire": "Londres.", "signature_source": "A. 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Le grand violoniste\ndoit paraître avec Mme Adelina Patti le 10 novembre prochain au Royal Albert\nHall. A l'hEolian Hall, les Broadwood concerts comporteront douze séances au\ncours desquelles seront interprétés des quatuors de Sir Charles Stanford et de\nM. Cyrill Scott. Au Croydon Grand Theatre, la Royal Cari Rosa Opéra,\ncompagnie à sa 35e année de fondation, vient de terminer une longue suite de\nsuccès. Parmi les interprètes de Faust, Tannhciuser, Rigoletto, Pagliacci, Lohen-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "560", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.48", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "grin, Carmen, Cavalleria Rusticana, nous avons remarqué : Miss Hanna Mara\n(du Royal Opéra de Breslau), Miss Doris Woodall et MM. Julien Walth,\nCharles Victor et Arthur Winckworth.\nAu Daly's Theatre, l'opérette de M. André Messager : Les Petites Michu,\nadaptée à la scène anglaise par M. Henry Hamilton, constitue un des gros suc-\ncès de la saison actuelle, et les qualités scéniques de Mlle Adeline Genée ajoutent\nun intérêt spécial à ces représentations.\nDans un décor somptueux, les directeurs du Coliseum ont présenté la scène du\nMiserere du Trouvère avec Mme Alice Esty. L'accompagnement des choristes\nplacés sur les estrades monumentales à droite et à gauche de la scène donne\nà l'ensemble un cachet artistique des plus heureux.\n\nA. R."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c054", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "560", "page_fin": "560", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.19.6", "titre_corps": "Conservatoire. M. Pierre Lalo, critique musical, a été nommé membre du", "titre_sommaire": "Conservatoire. M. Pierre Lalo, critique musical, a été nommé membre du", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "560", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.48", "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "Conservatoire. M. Pierre Lalo, critique musical, a été nommé membre du\nconseil supérieur des études. MM. Saint-Saëns et Th. Dubois ont donné leur\ndémission."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-01-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-01_01#c055", "volume": "bmtnabj_1905-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "560", "page_fin": "560", "image_debut": 48, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.2.19.7", "titre_corps": "SOIRÉE SAINT-SAENS-MARTHE. —Le 10 novembre, très belle soirée donnée", "titre_sommaire": "SOIRÉE SAINT-SAENS-MARTHE. —Le 10 novembre, très belle soirée donnée", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "560", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.48", "debut_caractere": 997, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "SOIRÉE SAINT-SAENS-MARTHE. —Le 10 novembre, très belle soirée donnée\npar M. Marthe, le professeur de violoncelle si estimé, en l'hôtel de M. Parent,\net consacrée tout entière aux oeuvres de M. Saint-Saëns, qui occupait lui-même\nle piano. Au programme : le Deuxième trio, les Cloches de la mer (dont les\nparoles sont aussi de Saint-Saëns), le Concertstuck pour violon, la Deuxième\nSonate (piano et violoncelle), Clair de lune, le Sommeil des fleurs, la Feuille de\npeuplier (mélodies) et le Quintette. Mme Clément-Coulon, de l'Opéra-Comique,\nMM. Marcel Chailley, Louis Gravrand, Georges Drouet, ont été fort applaudis.\nM. Marthe, qui a tant d'autorité, s'est surpassé par la netteté, la force expres-\nsive et la correction classique de son jeu. Quant au maître, que nous avions la\nbonne fortune d'entendre exécuter lui-même ses propres œuvres, il nous suffi-\nrait de le nommer. 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M.\n} /\n\nGEORGES LOTH.\nQuelques noies biographiques sur M. Georges Loth, lauréat du dernier concours\nde composition ouvert par la Revue Musicale :\nGeorges Loin, né à Louviers [hure) le q juin 1880, commença de bonne heure\nde sérieuses études musicales\nsous la direction de son père,\norganiste de Véglise Notre-\nDame, fit partie à l'âge de dix\nans de la Maîtrise de la Cathé-\ndrale de Rouen, où, sous la\nhaute direction de M. Ch. Le-\nnepveu, il travailla l'orgue, le\npiano et l'harmonie avec M. fu-\nies Haelling et fut initié à la\nscience chorale par M. l'abbé\nBourdon. A vingt ans, après\navoir obtenu son grade de\nbachelier ès lettres, il fut l'élève\nde M. Alex. Guilmant et de\nM. Vincent d'lndy à la Schola\nCantorum de Paris. Georges\nLoth est depuis deux ans maî-\ntre de chapelle de la Basilique\nde Montmartre. Son œuvre\nmusicale, encore peu impor-\ntante au point de vue du nombre\ndes publications, se compose de plusieurs motets « a cappella », une suite pour piano,\nune suite pour piano et violoncelle, etc...\nNous sommes heureux a avoir eu à parler ici du jeune et brillant compositeur pour\nla première fois, pas pour la dernière."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "498", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.2", "texte": "GRAMMAIRE MUSICALE\n\nGrammaire musicale.\nNous pensons intéresser nos lecteurs en leur annonçant que la Revue musicale\npubliera in extenso, d'après la sténographie, le cours que son directeur, M. Jules\nCombarieu, doit faire cette année au Collège de France, dès le commencement de\nVhiver, et qui sera une Introduction grammaticale et technique à l'Histoire géné-\nrale de l'Art musical. M. Combarieu se propose d'étudier Les formes de la compo-\nsition. Voici le sujet des principales leçons :\nI. Idée générale des formes musicales. Indication des éléments qui les con-\nstituent. Plan du cours. Nécessité de notions d'harmonie pour l'ana-\nlyse d'une mélodie.\nIL La gamme primitive. Ses diverses formes.\n111. Le mode « majeur » [actuel). Ses origines historiques.\nIV. Relations et fonctions variables des notes. Les accords.\nV. Le mode a mineur » [actuel).\nVI. Vaccord de neuvième.\nVIL Des accords dits « altérés ».\nVIII. Mécanisme et principe de la modulation.\nIX. L e mode dorien et le mode hypodorien ; étude analytique de leur mécanisme.\nX. Le mode phrygien et le mode hypophrygien.\nXL Le mode lydien et le mode hypolydien.\nXII. Le mode mixolydieu et le mode hypomixolydien.\nXIII. Le mode éolien et le mode hypoèolien.\nXIV. Le mode ionien et le mode liypoionien.\nXV. Digression. Coup d'oeil sur l'histoire de la théorie musicale.\nXVI. La mélodie et ses éléments constitutifs.\nXVII. Le motif. Comment on traite un motif en musique.\nXVIII. Les membres de phrase et leur enchaînement.\nXIX. La phrase et la période.\nXX. L'air populaire [chanté). Air avec trio.\nXXL Formes de composition instrumentale qui procèdent de l'air populaire.\nXXII. Les combinaisons de phrases. —Le Rondo et ses cinq formes.\nEtc., etc.\nUn choix de textes musicaux, servant de base à la démonstration, sera joint à\nchaque leçon ç ces textes, que nous publierons ici, seront tous empruntés soit aux\nRecueils de chansons populaires les plus autorisés, soit aux œuvres des grands clas-\nsiques : HcendefJ.-S. Bach, Beethoven, Mozart, Rameau, Weber, Chopin, Bizet,\nR. Wagner, etc... Cette publication commencera le 75 décembre.\nPour le moment, nous achevons de publier la première introduction, d'un carac-\ntère philosophique et sociologique, à laquelle M. Combarieu a consacré son cours\nde lan dernier. Après La musique et la magie, sur laquelle nous n'insisterons pas\ndavantage, nous publierons les leçons suivantes : La musique et l'amour [critique\ndu système de Darwin) ; La musique et le langage (critique du système de Spencer) ;\nLa musique et le travail social [critique du système de Karl Bûcher). Entre\ntemps probablement dans un numéro spécial la Revue musicale donnera la\n« Bibliographie de l'Histoire générale de la musique », à laquelle M. Combarieu a\nconsacré son cours du jeudi en 1904-1905."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "499", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.3", "texte": "QUÉLQUES LEfTKES INÉDITES\n\nNotre Supplément musical : Philidor.\nFrançois-André-Danican PHILIDOR, le membre le plus connu d'une famille vouée\nau service musical de la cour sous Vancien régime, est né à Dreux le 7 septem-\nbre 1726 ; à dix ans, il était page de la musique royale à Versailles et célèbre par son\nextraordinaire habileté au jeu des échecs ;il développa plus tard ce talent, en particu-\nlier au fameux café de la Régence, et Diderot crut devoir le mentionner dans son\nEncyclopédie. Comme musicien, c'est un des fondateurs de l'opéra comique fran-\nçais, On a de lui, entre autres œuvres faciles : l'Huître et les Plaideurs (7759), le\nQuiproquo, le Soldat magicien (7760) ; le Jardinier et son Seigneur (7767) ; le\nMaréchal (7767), Sancho Pança (7762), le Bûcheron [iqôq), le Sorcier (7764),\nqui, avec Tom Jones (même année), est son meilleur ouvrage et représente sa période\nde maturité, plus une douzaine d'opéras aujourd'hui oubliés. L'ouverture, inédite\npour piano, que nous donnons, est antérieure de 29 ans à Don Juan ; c est de beau\nclaire, mais vive, courante, et de source. Dans Varrangement de notre excellent col-\nlaborateur M. Testard, on trouvera un exemple typique de ce qu'on entendait, au\nmilieu du xvme siècle, par comédie lyrique. De la verve, de Vaisance, un badi-\nnage aimable et superfi ciel, une pointe de sentiment et d'esprit : on ne voulait pas\nautre chose.\n\nQuelques lettres inédites. Emmanuel Chabrier ; Léo Delibes.\n(AUTOGRAPHES COMMUNIQUÉS PAR M. LOUIS MORS, INGÉNIEUR).\nLa Gwendoline de Chabrier (3 livret de Catulle Mendès) a été jouée pour la première fois\nà Bruxelles le 10 avril 1886. Aux concerts du dimanche, on en a souvent exécuté l'Ouverture, qui\nest une des œuvres symphonîques les plus originalement compliquées et les plus verveuses. Les\nlettres, toujours si amusantes, de l'auteur sont un portrait de son esprit charmant et prime sautier.\nLe Roi Va dit, dont il est question dans la ire lettre, est du 24 mai 1873. Ace sujeL nous donnons\nun billet inédit de Léo Delibes. Que les impatients méditent sur 1 exemple de Chabrierî\nCher ami,\nLe temps passe, il ne fait que ça, et mes ouvrages ne passent pas ; ils ne font\naussi que ça. Je viens vous demander à nouveau un de ces coups d'épaule dont vous\navez le secret et que jamais vous ne me refusâtes ! Homme bienveillant et dans le\nmouvement ! Oest simple et de bon goût ; il s agirait purement de repasser, sans en\navoir 1 air, à cet excell. Op. comde revoir Léon (ne confondez point avec celui de\nla rue Daunou !) et de lut dire :Eh bien !ce sacré Chabrier... /'avez-vous revu ? oit\nça en est-il ? une démarche de vous en vaut dix des miennes. Il ma conté votre\nentrevue par le menu ;il se tordait ! Depuis f y suis retourné :il avait des rhuma-\ntismes, Gaudenard ne fumait pas, cest dire qu'il était également malade; on se\ncroyait à Lariboisière. Il n'y a que Delibes qui était gai ;il venait tranquillement\nde faire la dernière répétition de son joli petit Roi Ta dit et il partait, pimpant, fai-\nsant sa sauterelle, souriant et distrait ; ce pendant le garçon de bureau, grave,\nallumait sa vieille lampe. Tout ça, c est très bien, mais ce n'est pas assez. J'es-\npère donc, cher ami, que vous voudreq bien encore me rendre ce petit service.\nAinsi que je vous l'ai dit, Verdhurt are envie de moi. Je lui expédie ce soir les\nparties de chœur de Gwendoline ; quand il me convoquera, je filerai ; pas avant ! Et\nce sera très bien joué, ou ne le sera pas du tout. Toutefois, j'ai eu à trimer ces\njours derniers, à cause de cette histoire qui revient sur l'eau; c'est pour cela que je\nn'ai pu, à mon tour, vous convoquer tous les deux pour vous hurler l'affaire de l'Op."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "500", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.4", "texte": "QUELQUES LETTRES INÉDITES\n\ncomique, dont je tiens à vous donner une petite idée. C'est drôle ; enfin vous verrez.\nPrévenez-moi après Ventrevue, je vous prie.\nPrésentez mes hommages à Madame Gouzien et embrassez pour moi la petite jolie.\nVotre reconnaissant et dévoué, Emmanuel CHABRIER.\nParis, 75 mai 1886.\nJe reverrai donc ma petite jolie ! voilà pour le cri de cœur. Donc merci, ne m'en\nveuillez plus! ma sacrée part de lutte à la vie est déjà bien assez compliquée !... Nous\nsommes ravis, ma femme et moi, de votre affectueuse invite : nous viendrons, elle avec\nsa gente robe noire, quelques fleurs au corsage, et f inaugurer ai, moi, un complet que\nle Palais de cristal méfait lancer. Vous, je nai pas besoin de vous pour bOp.\ncom., ça va tout seul, je ne tiens pas à déranger sans utilité votre amitié bien-\nveillante : c'est pour l'Opéra, pour ce salaud d'Opéra que je vous veux, qu'il me\nvous faut ; et cest le lendemain de la reprise de Henry VIII, c est-à-dire jeudi, quil\nsera opportun de croiser le fer. C'est alors, mon bon ami, que vous verrez que je ne\nvous oublie pas. Je vous dirai jeudi ce que je compte faire en y mois {car\nIl veut me mettre en répétition le lERIER septembre) pour lOp. coin. Je désirais\naller chez vous au moment où Catulle Mendès ma présenté chez M. G. à MadQ\nLockroy, mais vous étiez absent de Paris. Enfin nous recauserons de tout cela.\nTout à la joie d'aller tous deux chez vous jeudi, présentez d'ici là mes hommages à\nMadame Gouzien ainsi que le plus sympathique souvenir de ma femme et\nvotre bien affectionné, Emmanuel CHABRIER.\nCher ami,\nJ'ai tellement ri en pensant à la soirée inouïe que nous avons passée chez vous il y\na juste aujourd'hui le nommé 8 jours, que j'en ai fait éclater trois de mes meilleures\nsouventrières ! Rire comme nous l'avons fait à 7, de 7 h. à 2 h. du matin, c'est\ntout bonnement prodigieux. Ces L. sont tout ce qu'il y ade plus aimable et je ne\nconnaissais pas le duo Gouzjen sous ce jour étonnant. Ah ! c'était plus drôle qu'à\nla Juive ! Enfin merci ! et de tout cœur.\nJe confectionne mon opéra comique fin juin, j'irai vous en jouer. Avez-vous de\nbons discours pour concours musicaux ? Je préside dans trois semaines celui de\nClermont, il faudra parler, et je sens que je vais être idiot devant tout ce monde et\nce qui est plus grave, devant des compatriotes. Non ? alors, vous improvisez ?ça\nvous vient tout naturellement ? C'est égal. ce jour-là fi arroserai peut-être ma sou-\nventrière, mais je garantis qu'elle 11' éclatera pas. Mille compliments affectueux de\nménage à ménage. Votre Emmanuel CHABRIER.\n16 mars (Bruxelles).\nEh ! Eh ! ça marche, ça vient petit à petit, mon bon ami ! J'ai Berardi, Eu gel et\nThuringer ; c'est vraiment une bonne distribution ; chaque jour je fais travailler\ntout le monde et je trouve en eux des artistes dévoués et convaincus. Bref, jusqu'à\nprésent je suis on ne peut plus satisfait. Jeudi je répète à orch. -et les chœurs des-\ncendront en scène dès samedi ; nous passerons vraisemblablement du y au 5 avril,\net je vous veux. —Je rencontre ici une bienveillance absolue sur toute la ligne et\nje crois que l'on trouve cela bien. —Je m'imaginais qu'à la fin d'une saison, je\nserais reçu ici comme plusieurs chiens dans un jeu de (fui lie s / il n'en est rien et je\ntrime gaiement, en brave homme qui fait de son mieux son petit bougre de\ndevoir. Ecrivez-moi, camarade ! J'ai tout mon lERIER acte à corriger parties d'orch,\npour jeudi midi. A jeudi midi! pour moi, dites un léger ave ; brrr ! quand\ntout le monde arrive, je ne suis pas brillant !...\nEt adieu, et à bientôt. Dites àla chère Madame Gouzien que je serais heureux\nsi elle pouvait vous accompagner au concert du mois prochain et embrassez pour moi"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "501", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.5", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE EXOTIQUE\n\nma petite jolie dont vous devriez bien m? envoyer la photographie ; je ne troiive rien\nd'amusant comme cette figure-là.\nEt à vous cordialement, Emmanuel CHABRIER.\nMon cher Gouqien,\nGille me fait part de vos impressions sur le grand ensemble « Amour sacré y>.Je\nlui réponds que cette orchestration est chargée jusqu'à la gueule [je vous montrerai\ncette orgie de trompettes, pistons, trombones, tambours. etc..)', mais pour quelle\néclate, il faut mettre le feu aux poudres I et voilà ce que nous allons demander à\nAltès et je suis sûr que, le soir, nous aurons ce fameux feu sacré qui vous a manqué,\nMille amitiés. Léo DELIBES,\n\nNotes sur la musique exotique.\n\nL'abondance des matières ne nous permet pas de reproduire dans ce numéro\ntoutes les correspondances que nous avons reçues, et dont l'étendue, la valeur aussi\n{car un envoi d instruments indigènes suivait beaucoup de letti esf dépassent toutes\nles espérances que nous avions fondées sur l obligeance de nos amis. Poui aujoin -\nd'hui, nous nous bornons à donner la photographie d'un instrument dont personne\n\nPiano portatif des nègres du pays Fang (Afrique)."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "502", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.6", "texte": "FOLKLORE MUSICAL : LE CHASSEUR SAUVAGE\n\nil a encore parlé, sauf M. I abbé Trille, missionnaire, dans la lettre qu'il a bien\nvoulu nous écrire d Abanga (Congo français) et que nous avons insérée. C'est\n1 Anzang, ou piano portatif (tocadores, disent les Portugais) des nègres du pays\nFang. Nous devons cette communication d'autant plus agréable quelle a été\nspontanée à Mgr le Directeur de la maison des missions apostoliques [Paris).\n\nFolklore musical : le Chasseur sauvage.\nA PROPOS DE LA REPRISE DU Freischütz.\n(2e Tableau de l'Acte II)\nTrès répandue est la tradition d'après laquelle un chasseur merveilleux court\nla foret, la nuit, avec une suite bruyante - chevaux, chiens et cors faisant un\nbruit sauvage, mêlé de cris et d'appels effrayants. On en a fixé la date à la vieille\népoque païenne où Wuotan (ou Odinq le dieu principal de la mythologie ger-\nmanique, présente déjà les caractères communément attribués au « Chasseur\nsauvage ». Mais la tradition est tout aussi bien récente qu'ancienne : le lecteur\nle reconnaîtra peut-être d'après sa propre expérience, si jamais il s'est trouvé\nseul, par une nuit orageuse qu'éclaire la lune, dans une forêt de Bohême ou\nd'Allemagne. En tout cas, il peut être sûr que ce n'est pas une plaisanterie de\ntraverser par une telle nuit une forêt qui s'étend en offrant toujours presque le\nmême aspect. Pendant quelque temps toute chose conserve le silence de la tombe.\nLe voyageur solitaire suit quelque vieux sentier qui ne marque qu'à peine la\nbonne direction ; l'obscurité se fait soudainement quand un nuage voile la\nlune ; la clarté même est lugubre, quand un nuage vient de dépasser la lune et\nprojette une ombre qui, semblable à un spectre, file rapidement sur les fourrés\navec toutes sortes d'aspects étranges. L'imagination est excitée par des sons\nlointains qu'on n'entend pas en plein jour : glapissements de renards, hurlements\nde loups, grognements de sangliers, cris affreux de détresse jetés par un oiseau\ntombé en proie à quelque carnassier... un bruit terrible ressemble au galop\nd'une chevauchée : c'est une harde de cerfs qui courent à toute vitesse; la\nchevauchée semble venir droit sur le voyageur : mais bientôt le bruit décroît, et\nrapidement meurt au loin.\nPuis c'est un coup de vent qui passe sur la forêt, secoue violemment la cime\ndes arbres ; d'abord gémissant et plaintif, il éclate bientôt en un hurlement\nhorrifique, et. passant furieusement par-dessus la tête du spectateur involontaire,\neffraye nombre de hiboux dans leurs cachettes et leur arrache des cris étranges.\nEt lorsque le tourbillon a passé outre, il y a d'autres bruits et d'autres visions\nqui vont assurément se produire. Bref, notre voyageur solitaire, aussi fin obser-\nvateur de la nature qu'il puisse être, se sentira très probablement le cœur\nsoulagé d'un lourd fardeau quand il aura laissé la forêt derrière lui ; bientôt,\nayant atteint le terme de son voyage, il mettra ses pantoufles avec la bonne sen-\nsation de bien-être que 1 on éprouve infailliblement après avoir échappé à un\ngrand danger.\nCe qui vient d'être dit empêchera le lecteur de s'étonner si les témoins qui\ndéclarent avoir rencontré le Chasseur sauvage font des rapports qui se contre-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "503", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.7", "texte": "FOLKLORE MUSICAL ! LE CHASSEUR SAUVAGE\n\ndisent en bien des points : en grande partie, ces rapports sont évidemment\ndéterminés par la nature du lieu où se montre l'apparition mystérieuse. En\nquelques endroits de l'Allemagne on donne une importance toute spéciale au\ncharme et à la douceur de la musique qui raccompagne : c'est une idée qui peut\navoir été imaginée dans les forêts de sapins, où les arbres ont des feuilles en\nforme d'aiguilles fines qui vibrent au vent comme les cordes d'une harpe\néolienne. Toutefois le son que le chasseur tire de son cor semble être un accom-\npagnement indispensable de la chasse enragée. Dans le Mecklembourg et dans\nquelques autres provinces de l'Allemagne septentrionale, les paysans disent, en\nentendant le bruit mystérieux de la forêt ; « de Wode tût » (Odin est en train de\nsonner du cor), désignant ainsi une suite de sons sans rythme plutôt qu'une\nsuccession ayant un caractère mélodique de notes du cor : en fait, ces sons\nrappellent tout à fait le cri du hibou. En outre, une opinion générale veut qu'une\nespèce de hibou, appelé par les paysans Tutosel, accompagne toujours le Chas-\nseur sauvage et sa suite enragée.\nIl faut naturellement préférer le récit d'un événement extraordinaire fait par\nun témoin sincère au procès-verbal du même événement qu'on ne possède que\nd'après des on-dit, et la déposition du témoin mérite parfaitement d'être retenue\ns'il se montre observateur intelligent et pénétrant. Voici le récit d'un Allemand,\nle baron Reibnitz, qui en avait donné communication à la Société philosophique\nde Gorlitz, en Silésie :\n« La tradition populaire du Chasseur sauvage, commune en beaucoup de\nlieux, règne aujourd'hui encore dans mon village de Zilmsdorf. Dès mes pre-\nmières années, j'étais familier avec elle, mais par ouï-dire seulement; une fois\nentré en possession de l'héritage et du château paternels, je donnai l'ordre\nle plus strict, spécialement au guetteur, de me prévenir aussitôt, à n'importe\nquelle heure de la nuit, au cas où cet événement arriverait.\n« Il y a environ trente ans, sur le coup de onze heures, par une claire nuit de\nmai, j'entendis frapper à ma fenêtre :\n« Gracieux baron, criait mon guetteur, le Chasseur sauvage ! enhaut, dans le\nbois de Templitz ! »\n« ]e fis aussitôt réveiller Stâglich, mon garde-chasse, qui à cette époque\nj'étais alors jeune homme était mon palefrenier, mon garde-chasse, mon\nintendant —en un mot mon factotum ; il était d'ailleurs exactement de mon âge,\net faisait à coup sûr un excellent garde forestier.\n« Allons, amenez les chevaux ! Dépêchez !Ne perdez pas votre temps à les\nseller— rien que la housse ;le Chasseur sauvage est en forêt ; nous allons lui\ndire bonjour ! »\n« C'était la grande affaire pour Stâglich. En moins de dix minutes, nous étions\nà cheval, bien armés, et nous filions à travers prairies et terres labourées, vers\nl'endroit où nous entendions le son des cors et les aboiements des chiens. A\npeine avions-nous atteint la bruyère que le bruit cessa. Nous restâmes sans\nbouger. Soudain, nous entendîmes tout près de nous un aboiement tout à fait\npareil à celui du limier qui vient de retrouver la piste perdue.\n« Les aboiements des chiens grands et petits, le son des corsgrossissaient rapi-\ndement; alors commença une chasse réellement enragée, qui s'avançait vers le\ncœur de la forêt, où l'on entendait aussi d'autres cors de chasse sonner d'une façon\neffrayante. Nous piquâmes nos chevaux et nous nous lançâmes en avant. Un"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "504", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.8", "texte": "FOLKLORE MUSICAL ! LE CHASSEUR SAUVAGE\n\nfourré impénétrable nous força à changer de route et à passer clans une partie\nde la forêt où il n'y avait que de la petite futaie, mais où régnait, malgré la belle\nnuit pleine d'étoiles, une telle obscurité, que, suivant le proverbe, les arbres\nnous empêchaient de voir la forêt. Les chevaux, qui sont, comme on sait, plus\nnerveux la nuit que les hommes, prirent peur à plusieurs reprises.\n« Soudain la chasse sauvage sembla venir droit sur nous, avec des cris si\nterribles qu'en atteignant le haut de la colline où s'élèvent les plus hauts arbres\nnous nous écriâmes l'un à l'autre : « A eux, maintenant ! »\n(( Comme un tourbillon, la chasse nous dépassa dans son élan, avec une musi-\nque épouvantable de voix et d'instruments, à une distance de moins de quarante\npas ; les chevaux s'ébrouaient, prenaient peur : celui de mon garde-chasse se cabra\net se renversa en arrière. «Le ciel ait pitié de nous et nous protège! » criâmes-\nnous tous deux. Je me hâtai d'aller l'aider, mais il était déjà debout, et bientôt\nil fut de nouveau à côté de moi. Nerveusement, nos chevaux se pressaient l'un\ncontre l'autre. La chasse sauvage semblait passée, quand, peu de temps après,\nnous l'entendîmes recommencer à une grande distance et en rase campagne.\nSans perdre de temps, nous filons dans la direction et atteignons bientôt les\nchamps.\n« Les étoiles brillaient, claires et joyeuses. Alors la chasse sauvage passa\ndevant nous; mais, comme nous approchions, elle s'éloigna peu à peu en ligne\ncourte. Au son des cors, aux aboiements des chiens, avec le bruit des chevaux,\nbientôt elle fut loin, au fond de la bruyère...\n« Nous piquâmes vers le château, où le veilleur, qui nous attendait anxieuse-\nment, commençait à se demander si nous reviendrions jamais. Il était plus d'une\nheure du matin. »\n(D'après Karl Haupt, Sagenbuch der Lausitz, Leipzig, 1862, p. 124 et suiv. ; et Karl Engel,\nMusical myths andJacts, 1876, 2 vol.)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "505", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.9", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nLA MUSIQUE ET LA MAGIE (1) (Suite). — XIV.\nLes anciens ont considéré le chant magique comme une arme défensive et\noffensive. Ils lui ont attribué une force surnaturelle ; ils ont cru que, par lui,\nils pouvaient tout. En voici quelques preuves.\nI .—Le chant magique, employé pour écarter la souffrance ou attirer un bien.\nPlaute (Miles gloriosus, 3, i, 690) cite parmi les parasites à qui il convient de jfaire\ndes cadeaux une sorte de magicienne, « prœcantatrix », dont la fonction doit être\nd'attirer la prospérité sur la maison ou la préserver des dangers. Catulle (XC) parle\ndes hymnes des mages pour se concilier la Divinité, « ut accepto veneretur carminé\nDivos ». Horace (Carm. I, 2) emploie le mot « carmen » pour signifier les prières\ndestinées à conjurer les prodiges funestes et malheurs publics : « minus audientem\nCarmina Vestam. » De même (Epist. 11, 2) : « Carminé Dî superi placantur, carminé\nmânes ». Ovide (Méîamorph. VII, 25 1) : « Quos übique placavit precibusque et mur-\nmure longo ».— Manilius (Astronomicon, 11, 142): «Et gaudente sui mundo per car-\nmina vatis. » Lucain (VI, 52 3) : « Nec cantu supplice numen Auxiliare vocat. »\nDans l'Hymne homérique à Déméter, la déesse promet de protéger par un philtre et\nune incantation l'enfant de Métanire contre toute néfaste influence : « Oik' àp STUTQXOŒIT)\ncrs-cat, OUTS TOgalov... Oiôa 8' TCOXOTT^JJLOVOÇ ècrOXôv Spuarptôv. » (llpoç A^g.,227).\nHérodote (I, i 32) dit que chez les Perses la « théogonie » (mélodie magique)\n« oTiqv 8r) êxetvot XsYOocn slvat ty)v stcaotôirjv », que chantait un mage pendant tout\nsacrifice, le rendait seul efficace. Strabon (XV, 3, 14) dit aussi que les mages\npendant les sacrifices font entendre de longs chants magiques « zi/.ç o'iirtyoàç Troioovxat,\n7roXuv ypovov ». Diodore de Sicile (Biblioth. Histor., 11, 29) confirme le fait, assu-\nrant que les mages chaldéens se vantaient, « xwv 8è oo<rtai<; TWV 8' aXXatç Ttatv èTutpSatç »,\nde détourner les maux et de rendre les événements favorables. Philostrate {Vie\nd'Apollonius de Tyane, V, 12) parle de ce pouvoir du chant et des rites magiques,\n« Ot 0 lç TO siracrou -et fj jjisTaTuotsTv cpacit va stpappiva ». - Athénée (Deipnoso-\nphistœ, XIV, 17) cite au contraire le comique Antiphane qui tourne en ridicule cette\ncroyance : « ETE oux ETutpSouç epaatv Lyostv tivsc ». Héliodore (JEthiopica, 111, 19)\nparle d'exorciser, « sTcaSsiv », pour détruire l'effet d'un sort. Clément d'Alexandrie\n(Cohortatio ad gentes, p. 32) cite les chants magiques dont les superstitieux atten-\ndaient une protection.« -àç enaotoàç wç arwriQ.piooç... »\nTibulle (I, 8, 17 sq.) parle des maléfices des sorcières : « Num te carminibus... Devo-\nvit tacito tempore noctis anus ?... Quid queror, heu, misero carmen nocuisse !... »\nCicéron (.Brutus, 60) cite un de ses adversaires, Curion, qui, sous l'influence d'un\nchant magique, se trouve avoir oublié toute sa plaidoirie : « id que veneficiis et can-\ntionib.us Titiniae factum esse dicebat. » Titinia était la partie contre qui il avait à\nplaider. Horace (Ep. v) note qu'on pouvait, par un autre enchantement, échapper\naux mauvais desseins du magicien: « Solutus ambulat veneficae Scientioris car-\nmine... ». Il décrit plus loin (.Serin. I, 8) une sorte d'envoûtement : « Hecaten vocat\naltéra... quo pacto alterna loquentes Umbra eu m Sagana resonarent triste et\nacutum. » La magicienne porte des bracelets enchantés : « incantata lacertis Vin-\ncula... ». Virgile (Ecl. VII, 71) parle des maléfices de Circé : « Carminibus Circe\nsocios mutavit Ulixi. » Il décrit les sacrifices magiques où on chante (EEneis, IV, 437) :\n(( IFer centum tonat ore Deos, Erebumque Chaosque Tergeminamque Hecaten...\nNocturnisque Hecate triviis ululata per urbes ». - Ovide {Amor, I, Eleg. xiv, 39)\n\n(1) Voir les derniers numéros de la Revue musicale. Le sténographe n'ayant pu prendre\ncette leçon à cause des termes spéciaux qu'elle contenait, nous en donnons l'essentiel, c'est-\nà-dire les textes ayant servi de base à une démonstration. Les références qui ne se trouve-\nraient pas ici à côté de certains textes, ont été données dans les précédentes leçons."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "506", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.10", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nparle des herbes enchantées qu'emploient les courtisanes : « Non te cantatœ lœserunt\npellicis herbae ». (Ibid, 111, Eleg. VII, 28 sq.) Il décrit uh envoûtement et les char-\nmes qui rendent la terre stérile et l'homme impuissant... : « Num misero carmen et\nherba nocent Sagave punicea defixit numina cera Et médium tenues in jecur egit\nacus ? Carminé lnesa Geres stériles vanescit in herbam... Quid vetat et nervos ma-\ngicas torpere per artes ? » L'accouchement d'Alcmène est empêché par un chant :\n«... Tacita quoque carmina voce Dixit et inceptos tenuerunt carmina partus. »\n(Metamorph., IX, 3oo.) Enchantements et malices de Gircé (Ibid., xiv, by sq.);\n« Ter novies carmen magico demurmurat ore »... « carmen Ore move sacro... »,\n« carminé quumtantum, tantum quum gramine possim ». Les compagnons d'Ulysse\nracontent qu'ils reprennent leur première forme, grâce à la vertu d'un chant : « Quo\nmagis ilia canit, magis hoc tellure levati Erigimur... ». La déesse magicienne dédai-\ngnée par Picusle transforme en pivert par un moyen analogue (Ibid., 3 sy) : «... Verba\nvenefica dixit Ignotosque Deos ignoto carminé adorat... ; Ter juvenem baculo tetigit,\ntria carmina dixit... ». Sénèque (Quœst. nat.9 4, 7) rappelle la loi des XII Tables et\najoute: « Rudis adhuc antiquitas credebat et attrahi imbres cantibus etrepelli...» Il rit\nde ces croyances. (Lucain VI, soy sq.) parle des maléfices, «diras carmina gentis »,\ndes sorcières de Thessalie : « Illa magis magicis que Deis incognita verba Tentabat\ncarmenque novos fingebat in usus. » Celle-ci exerce son art sur les champs de Phi-\nlippes « pollutos cantu ». Pline (VII, 2, 8) parle, d'après Isigonus et Nymphodo-\nrus, de tribus de magiciens vivant en Afrique : « Quorum laudatione intereant pro-\nbata, arescant arbores, emoriantur infantes. » Il rappelle (XXVIII, 2) la tradition\npar laquelle certaine formule des vestales arrêtait les esclaves fugitifs : « ... mancipia\nfugitiva nondum agressa urbe retinere in loco precatione... » Apulée (Apologie) :\n« magicamaleficia..., vis cantionum... » Lampride (In Juliano) rappelle les prati-\nques des maléfices: « carmina incantare. » Aimoin (Hist. Franc., 52) rapporte\nquedesfemmes furent livrées aux supplices pour s'être servies de chants homicides:\n« quae se fatebantur carminibus multos interemisse innocentes ».\nr Héliodore (Mthiopica, 111, 16) reconnaît (comme Platon) deux sortes de magie.\nA côté de la magie divine, il en est une autre populaire et basse spyojjiévrj),\nvouée aux œuvres néfastes et usant du chant, ETuwSalç çTcavsyouara,\nCheq les Egyptiens :\nLe Livre des Morts (DAS XEgyptische Todtenbuch der XVIII bis XX Dynastie,\nedit. Maville), dont les exemplaires constituent les neuf dixièmes des papyrus\négyptiens connus, n'est presque qu'un recueil d'incantations magiques destinées,\ndans l'autre monde, à préserver le mort des dangers de la route qu'il doit suivre pour\nrejoindre Osiris. 11 est nécessaire que le mort sache proférer ces incantations « d'une\nvoix juste », avec une intonation rythmique et musicale. Les ch. XVIII, XIX, XX,\nXXI, XXII, XXIV, contiennent les formules propres « à lui donner la bouche », « à\nlui ouvrir la bouche », à le rendre apte à user des formules qui suivent. Le reste con-\ntient celles qui le préserveront des périls de son voyage mystique: incantation contre\nles crocodiles et les reptiles qui viennent l'assaillir (ch. XXXI, XXXII ; XXXVI-XL),\nserpents cachés dans leurs trous, scarabées venimeux, vipères, etc... Un voyage\nmystique du dieu Râ (Lefébure : Tombeau de Séti, IV, pl. XLII 1) ne peut s'accom-\nplir que grâce « aux incantations d'lsis et de Samson-Toth »: les charmes de ce der-\nnier mettent en pièces le serpent Apôpi. Le Papyrus magique Harris, traduit\npar Ghabas, est une collection d'enchantements pour écarter les dangers que peut\ncauser le voyage par eau, entremêlé d'hymnes et de litanies. La ire partie, « Livre\ndes chants efficaces pour repousser l'habitant des eaux », contient notamment un\ncharme contre les crocodiles. Le texte indique que ces chants doivent être rythmi-\nquement et mélodiquement dits, étant sur le bateau : «... On dit cette incantation\nsur un œuf placé dans la main d un homme sur le devant de la cabine. Si quelque\nanimal voulait sortir de 1 eau, il serait forcé d y rester. » Beaucoup de ces formules\ncontiennent des mots inintelligibles. Plus loin sont des incantations pour le séjour\nà la campagne «... Que soit close la gueule des lions et des hyènes!... qu'ils s'é-\nloignent!... qu'ils cessent d'entendre!... » ; pour une garde parfaite, pourles chiens\nde garde, pour assurer les clôtures : ((.,. Je mets ma confiance dans l'effet du livre"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "507", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.11", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nefficace par qui m'est donné un pouvoir... Ayant dit : salut, le salut opère. » Le pa-\npyrus finit par une liste de mots magiques incompréhensibles, résidu de chants\nprimitifs.\nLes magiciens qui se vantaient de posséder les incantations de Thôt se servent de\nleur science pour engager des maléfices. Ils envoient des songes terrifiants et trom-\npeurs (Papyrus du Louvre 3229, dans Maspero, Mémoire sur quelques Papyrus du\nLouvre ; Papyrus gnostique de Leyde, dans Leemans, Monuments égyptiens, I, pl.\n1-14, et Papyri grœci, 11, p. 16 sq ) ou le harcèlent d'apparitions. Ils le livrent aux\nmaladies, aux esprits,aux spectres errants (Sharpe, Egypiian Inscriptions, i,pl. xii) :\n« ... Que nul mort ni morte n'entrent en lui. que l'ombre de nul mâne ne le hante ! »\nLe papyrus 38q de Leyde contient des incantations pour frapper d'insomnie. Le\n65 de la même collection renferme des formules de deprécation : « Je t'invoque,\nSeth, j'accomplis tes enchantements, car je t'invoque par tes propres noms (suivent\ndes mots inintelligibles)... Viens à moi !... » L'envoûtement était pratiqué. Il fut\npratiqué contre Ramsès 111 au cours d'une conspiration d'un de ses fils, Pentaoui-\nrit. Un magicien s'était servi de philtres et figures de cire et surtout d'incantations\n(Ghabas, Pap. magique Harris, et Devéria, Pap. judiciaire de Turin), Des ta-\nblettes, « tabulse devotionis », de la nécropole d'Hadrumète contiennent une formule\nlatine (en caractères grecs) d'obsécration contre un personnage qui n'est pas'nommé.\nOn y lit une suite de mots incompréhensibles: « A 6ap (3ap6apos sXoss SaêoccoO\nIIoOtTT£{AI »;à la fin : «\nencore il semble qu'on soit en présence d'un résidu de chant très ancien.\nChep les Assyriens :\nLes formules 1, 2, 18, 19, 21, 22, 26, des tablettes de Koyoundjik (Cuneiforms ins-\ncriptions of Western Asia, II) contiennent des incantations contre les divers démons\nque l'on peut rencontrer et qui se glissent dans la maison; les formules 6, 18 sont\ndirigées contre les enchantements funestes ; les 16, 17, 27, 28, sont destinées à s'as-\nsurer la bienveillance de génies favorables (Cf. Lenormand, La Magie che% les\nChaldéens, et Oppert, appendice à VHistoire d'lsraël deLedrain). Les invocations du\ntome IV des Cuneiforms Inscr. of W. A. contiennent des textes du même genre. La\npremière division, intitulée: « Les mauvais esprits », est composée de charmes pro-\ntecteurs ; la troisième est composée d'hymnes à chanter à certains dieux ou génies\npour se les rendre favorables.\nChef les Finnois :\nDans le Kalevala (Runo 10), Wâinâmoinen fait monter sur un sapin enchanté le\nforgeron Ilmarinen, puis «il éleva la voix, il entonna un chant magique : il évoqua\nun vent violent, tourbillon d'orage... L'arbre et le forgeron sont emportés dans des\nrégions lointaines. » (Runo 12) : L'ennemi Kainem se trouve dans une assemblée\nhostile : « ... Il se mit à vociférer ses runo sauvages. Le feu jaillit de ses vêtements,\nla flamme s'élance de ses yeux. « Il force les meilleurs chanteurs à balbutier et à se\ntaire... » llmarinen, « déroulant ses chants d'une voix désespérée », transforme\nen mouette son épouse infidèle. Un magicien lance contre le navire qui conduit\nWâinâmoinen ses plus terribles enchantements. A sa voix surgit un épais brouillard,\npuis naît un monstre marin gigantesque ; une horrible tempête éclate (Runo 12).\nKalevala (Runo 14) : formule de chant magique pour se rendre favorables les divi-\nnités qui président àla chasse. (Runo 32) : Incantation contre les dangers qui pour-\nraient menacer les troupeaux aux pâturages. Le héros Lemmi Kâinen, faute de\nconnaître l'incantation convenable pour détruire un serpent lancé contre lui par un\nmagicien Lapon son rival, est frappé par l'animal (Runo 14)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "508", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.12", "texte": "LA THÉORIE MUSICALE ET LES SONS HARMONIQUES\n\nLa théorie musicale et les sons harmoniques.\n\nM. Dador, chef de musique de ire classe au 125e régiment d'infanterie, nous envoie la note\nsuivante, où Ton trouvera des observations à la fois très simples et neuves, sur un sujet qui\nparaissait épuisé.\nOn admet généralement que notre système musical s'appuie sur le phénomène\nbien connu des sons harmoniques. Introduite par des parrains illustres, cette\nthéorie a eu la bonne fortune d'éviter les contradicteurs persévérants, et il semble\ndifficile, à l'heure actuelle, de revenir sur une notion en quelque sorte classique.\nNéanmoins, il faut le reconnaître, les musiciens ont accepté sans enthousiasme\nl'origine physique des accords fondamentaux; l'un des plus lus, H. Reber,\ndéclare : « Que les données qui servent de base au système musical moderne\nsoient naturelles ou conventionnelles, il faut les accepter comme on accepte une\nrévélation ; notre sentiment et nos habitudes musicales en sont la conséquence ;\nle raisonnement ne les modifiera pas.... » Voilà qui en dit long sur le crédit\naccordé aux propriétés du corps sonore par les principaux intéressés : aussi ne\nsera-t-il peut-être pas superflu d'examiner de près une théorie vraisemblable\nsans doute, mais dont on n'a donné jusqu'ici aucune raison décisive.\nLe phénomène des sons harmoniques a été interprété, semble-t-il, pour les\nbesoins delà cause musicale. Ce son fondamental, générateur dune série d'har-\nmoniques, est l'image fidèle de la tonique et des principaux éléments de la\ngamme ; mais il s'en faut que la vibration complexe d'un corps sonore com-\nporte une pareille analogie. Entre le son total d'un corps en vibration et ses sons\npartiels quand ils se produisent il y a simplement une relation de cause à\neffet sans la moindre organisation hiérarchique. A chaque vibration simple, la\nforce de tension fait équilibre, pour un instant, à la force d'ébranlement et\ndétermine des points momentanés de résistance qui ne diffèrent pas, en prin-\ncipe, des points fixes entre lesquels se produit l'ébranlement total. Les parties\nvibrantes qui en résultent ne sont pas limitées par la vibration d'ensemble, mais\nseulement par la forme et la constitution intime de la matière sonore, ou par\nson mode d'ébranlement. Elles présentent, il est vrai, certaines proportions\nrégulières dans les corps sonores utilisés comme instruments de musique, mais\nceux-ci ont été choisis précisément d'après notre sentiment musical? c'est-à-dire\nen vertu de principes étrangers à l'expérience des sons harmoniques. Dans\ntous les cas la vibration totale est simplement la cause mécanique des vibrations\npartielles sans qu'il en résulte aucune supériorité de hune sur les autres.\nLe caractère harmonique des sons partiels n'est pas mieux établi. L'harmonie\ndes sons repose sur la représentation auditive de rapports mathématiques cons-\ntants, et nous venons de voir que les vibrations partielles peuvent varier infini-\nment avec la constitution des corps sonores. Un violoniste qui d'un coup d'ar-\nchet ébranle, à la fois, les quatre cordes cle son instrument reproduit essentielle-\nment le phénomène de la vibration multiple: pourtant il n'obtiendra la conso-\nnance de quinte que s'il a préalablement tendu les cordes jusqu'à un certain\ndegré connu de lui. On ne peut déduire le principe d'harmonie d'une expérience\nqui suppose connues les lois de cette harmonie. L'emploi presque exclusif des\ninstruments à cordes et à vent (harmoniques consonants) dans la musique mo-\nderne et l'abandon correspondant des instruments à percussion (harmoniques"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "509", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.13", "texte": "LA THEORIE MUSICALE ET LES SONS HARMONIQUES\n\ndissonants), indique bien que le principe d'harmonie est indépendant des parti-\ncularités de la vibration sonore et s'est affirmé peu à peu en dépit d'expériences\ninitiales plutôt défavorables.\nLe fait objectif des harmoniques est sans utilité pour la théorie musicale. Tout\nce qu'on a pu en extraire, avec quelque vraisemblance, se réduit à l'agrégation\nappelée accord par fait majeur ; or, la série des sons harmoniques ne fournit pas\ncet accord, tel, du moins, que le conçoivent les théoriciens : base, tierce et quinte.\nPour l'obtenir, on doit se livrer à une petite opération sur laquelle les harmo-\nnistes glissent prudemment, et pour cause : il s'agit d'identifier des sons à inter-\nvalles d'octaves. En effet, l'accord majeur se rapporte aux harmoniques i, 3, 5,\n(base, douzième, dix-septième), et pour ramener ces sons aux distances base,\ntierce et quinte, il faut supposer l'identité des sons 1, 2, 4. Que le son 2 ressemble\nbeaucoup au son 1, tout le monde l'admettra ; mais que ces deux sons soient\nidentiques, voilà un point difficile à établir ; autant poser l'égalité 2=l. L'iden-\ntité de tous les sons s'explique lorsqu'on envisage exclusivement leur cause\npremière, la vibration sonore; on dit, par exemple, le son des cloches, la voix de\nl'orgue ; mais dès qu'on a en vue des différences entre les nombres de vibrations,\nil ne peut être question d'identité. Lors même que les sons 1 et 2 seraient iden-\ntiques, comment pourrions-nous le savoir, sinon à la suite d'une comparaison\nauditive ? Voici donc un fait subjectif sans lequel le fait objectif des harmoniques\nest incapable de déterminer l'accord majeur. Mais encore, si on admet l'identité\ndes octaves, les sons 1 et 2 doivent cependant nous donner une impression quel-\nconque. Est-ce celle du son 1 ? Alors nous entendrons toujours l'intervalle de\ndouzième entre les sons 1 et 3. L'oreille a-t-elle, au contraire, l'impression du\nson 2 ? Dans ce cas notre accord manquera de son de base. Les mêmes difficultés\nsurgissent pour établir les relations 2-3, 4-5. En définitive, on ne peut obtenir\nles éléments de l'accord majeur dans une série de comparaisons auditives, et\nalors il est parfaitement inutile d'avoir recours à une catégorie de sons à peu\nprès imperceptibles : les sons primaires remplissent bien mieux cet office.\nD'autant que les sons partiels se présentent dans les conditions de compa-\nraison les plus défavorables avec le son total. Pour comparer les surfaces de\ndeux cercles on n'aura pas l'idée de peindre l'un en blanc et l'autre en noir ;\nl'inégalité des caractères non soumis à l'examen serait ici une cause d'erreur\ncertaine. Lorsqu'un chef d'orchestre accorde ses instrumentistes, il fait entendre\nfaiblement la note convenue et demande en retour un son de même intensité afin\nque la comparaison en hauteur ne soit pas troublée. Un son fort paraît toujours\nplus grave que le même son faible ; or, le son total est considérablement plus\nintense que les sons partiels : dans ces conditions, l'évaluation d'un intervalle\nserait sûrement erronée.\nLes éléments de l'accord parfait majeur ne coïncident pas avec les sons har-\nmoniques qui prétendent les représenter ; la tierce, notamment, élément carac-\ntéristique de l'accord, n'est pas le rapport 5/4. Si on divise du regard une lon-\ngueur donnée en deux parties égales une règle, par exemple, il est probable\nqu'on commettra une légère erreur provenant de causes diverses : vision impar-\nfaite, position oblique de l'œil par rapport à la règle, etc. ; néanmoins, pour\nl'observateur, les deux parties de la règle paraîtront égales. Au contraire, si la\ndivision est obtenue par un procédé mathématique, le point trouvé sera rigou-\nreusement le milieu de la règle et, quelle que soit notre appréciation visuelle,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "510", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.14", "texte": "LA THEORIE MUSICALE ET LES SONS HARMONIQUES\n\nnous devrons le considérer comme tel. De même, l'audition des harmoniques\n4 et 5 doit nous donner d'office l'impression de la tierce majeure ; or, cela n'est\npas ; nous concevons la tierce toujours un peu plus grande que le rapport 5/4,\njamais plus petite. Comme dans la division visuelle de la règle, cet intervalle\nest la résultante de causes multiples parmi lesquelles il faut ranger l'antago-\nnisme entre les tierce majeure et mineure. La simple constatation d'un rapport\nmathématique est plutôt destructive de l'harmonie des sons et les ramène à\nl'identité.\nL'importance des sons harmoniques ne va pas au delà d'une expérience de\nlaboratoire ; le développement historique de l'harmonie indique suffisamment\nque ce phénomène n'a pas eu d'influence appréciable sur les progrès de l'art\nmusical. Les harpes antiques produisaient, sans doute, des sons partiels com-\nparables à ceux qu'on peut étudier sur nos instruments modernes ; cependant\nles harmonies d'octaves et de quintes ont été seules en usage pendant des siècles.\nLa tierce, produit dissonant de la série des quintes (tierce pythagoricienne), n'est\ndevenue consonante que vers le xvie siècle. De nos jours encore nous entendons\nfort bien le 7e harmonique ; pourtant l'intervalle de septième est toujours une\ndissonance produite par la superposition des tierces. Les différentes phases de\nl'art harmonique n'auraient pas existé si, à l'origine, l'oreille avait été efficace-\nment impressionnée par la masse des sons partiels.\nLes harmoniques ne sont pas pratiquement perceptibles ; s'ils l'étaient, toute\nmusique serait par ce fait même impossible, puisque cet art est fondé, en grande\npartie, sur la possibilité de faire varier à volonté les fonctions diverses attribuées\naux sons. Dès que les sons harmoniques acquièrent une influence sensible, le jeu\nmusical est entravé. Le maniement des registres de fourniture de l'orgue exige\nde grandes précautions, chacun des sons de la gamme présentant, dans ce cas,\nune égale raideur tonale souvent incompatible avec sa signification mélodique.\nSur le piano les fonctions multiples des sons doivent être soulignées par des\naccompagnements énergiques, afin de contrebalancer la précision tonale inhé-\nrente à chaque note. Au contraire, les instruments de musique qui manquent à\npeu près complètement de sons harmoniques, comme la flûte, se prêtent natu-\nrellement aux développements mélodiques les plus délicats, car alors la fonction\nvoulue de chaque élément sonore n'est en rien gênée par des influences\nétrangères.\nDans le phénomène des sons harmoniques on a pris l'effet pour la cause.\nL'harmonie des sons ne provient pas de quelques particularités de la vibration\ndes cordes ou des tuyaux, mais plutôt un son est dit « harmonieux » lorsqu'il\nest accompagné de sons partiels distribués conformément au principe d harmo-\nnie. Actuellement les facteurs de pianos s'efforcent, avec raison, de neutraliser\nle 7e harmonique ; il y a quelques siècles, ils auraient dû éliminer également\nle se.5e.\nLa vibration composée n'est pas le seul fait objectif qui ait été mis en avant\npour asseoir quelque point de la théorie musicale ; on a tour à tour assuré qu'il\nfallait voir les générateurs du rythme dans les battements du pouls, les mouve-\nments respiratoires, la marche ; les modulations de la voix parlée nous offri-\nraient le modèle des cadences harmoniques, etc. On pourrait multiplier ces\nobservations et voir, par exemple, dans la gamme chromatique, une simple\nimitation des sifflements du vent ; le chant de certain oiseau entendu dans la"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "511", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.15", "texte": "L AIR DE COUR ! PIERRE GUESDRON\n\nSymphonie pastorale nous aurait suggéré 1 intervalle de tierce majeure ! La\nmusique résulterait ainsi d'une vaste enquête sur les phénomènes de la nature\npouvant intéresser l'oreille ; cet « art divin » serait tout uniment l'application\nd'un certain nombre de faits d'expériences, comme le thermomètre est né de la\ndilatation des liquides par la chaleur. Une conception aussi étroite de la musique\nn'est peut-être pas le moindre argument qu'on puisse invoquer contre la théorie\ndes sons harmoniques.\n\nJ. DADOR,\nChef de musique au 125e d'infanterie.\n\nL'air de cour : Pierre Guesdron.\nUN COMPOSITEUR CHEF D'ÉCOLE, A LA FIN DU XVIe SIÈCLE.\n\nDe tous les musiciens qui, dans les dernières années duxvi6 siècle, se sont\nconsacrés au genre de l'air de cour, Pierre Guesdron paraît le premier qui ait\nacquis la réputation d'un maître de haute valeur, en même temps qu'une renom-\nmée durable. Sur le mérite de ses chants, ses contemporains ne tarissent point,\nqu'ils fussent composés en vue de rehausser la splendeur des grands ballets\nroyaux ou, plus simplement, pour charmer les amateurs en l'intimité des con-\ncerts de chambre. Eux-mêmes, ses confrères n'ont pas refusé d'avouer sa supé-\nriorité. Ils se font honneur d'imiter sa manière : ils lui font hommage de leurs\nœuvres, sollicitent son approbation et son patronage (1). Pendant le règne de\nHenri IV et les premières années de Louis XIII, il demeure le chef incontesté de\ncette école et sa gloire franchit même les limites du royaume.\nOn ne connaît de Guesdron que ses seuls airs de cour, et personne de son temps\nne témoigne qu'il se soit exercé en d'autres compositions. Cependant son édu-\ncation musicale l'aurait pu préparer à la pratique d'un style plus savant et plus\ncomplexe. Ce n'est pas en qualité de « page de musique », ainsi que l'on disait\nalors, c'est-à-dire comme sopraniste servant dans les concerts privés de quelque\ngrand personnage, qu'il s'est formé à son art. Enfant de chœur de la chapelle\ndu cardinal de Guise, il dut se familiariser de bonne heure avec les formes du\ncontrepoint traditionnel que la musique religieuse conservait encore. Sans doute\nil n'eut point d'autre maître que celui qui dirigeait cette chapelle. Nous ne sau-\nrions dire s'il en fit partie jusqu'à la mort du cardinal, assassiné en 1588 en\nmême temps que le duc son frère. Du moins, cinq ans auparavant, en 1583, est-\nil cité avec les autres chantres ses confrères dans un des procès-verbaux des\nconcours du Puy de musique d'Evreux. Il était alors à l'âge de la mue de la\nvoix, et cependant, remarque le rédacteur, il ne laissa point d'y chanter parfaite-\nment la partie de haute-contre (2). Félix s'est servi de ce détail pour fixer, avec\nassez de vraisemblance, la date de sa naissance aux environs de l'an 1565.\n\n(1) Cf. la dédidace des Airs de différents autheurs'imis en tablature de luth par Gabriel Ba-\ntaille (1668) : « Ce petit mélodieux scadron vous va saluer et rendre hommâgé ; la pluspart porte\nsur le front le glorieux titre d'estre de vos enfans (le recueil renferme en effet beaucoup d'airs de\nGuesdron)... l'assistance que leur font quelques autres, tant de divers autheurs que des miens,\nassemblez seulement pour les accompagner et honorer, espere toute bienveillance et faveur..< »\n(2) BONNIN, Le Puy de musique d'Evreux."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "512", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.16", "texte": "L'AIR DE COUR : PIERRE GUESDRON\n\nDu service du cardinal, Guesdron passe à celui du roi, et de la chapelle au con-\ncert. Dès 1590, il figure au nombre des chantres de la Chambre. Il est assez\nprobable qu'en ces années de guerres civiles, les musiciens du roi n'avaient que\nrarement l'occasion d'exercer effectivement leurs fonctions et que leur corps cou-\nrait grand risque de déchoir par les chancesd'un recrutement de hasard. Nicolas-\nAlexandre de Bonnières, le surintendant de la musique qui exerça cette charge\nplus de vingt ans, paraît avoir été un musicien de valeur fort médiocre. Venu\nde Navarre àla suite du Béarnais, il a fait très peu parler de lui. Son nom ne\nfigure point parmi ceux des compositeurs ordinaires des grands ballets de cour.\nD'Aubigné est peut-être seul à le mentionner, et ce n'est guère que pour signa-\nler son abjuration (1).\nCette abstention laissait le champ libre à ses subordonnés. Guesdron paraît en\navoir profité. Rapidement, sa réputation s'établit et il franchit successivement\ntous les degrés de la hiérarchie. En 1601, après la mort de Claude Lejeune, il\nobtient le poste de « compositeur de la musique ». En 1603, l'acte de baptême\nd'un de ses fils lui reconnaît le titre de valet de chambre du roi et de maître des\nenfants de la musique. Vers ce temps-là peut-être a-t-il quitté la cour pour quel-\nque voyage à l'étranger. Du moins si l'on veut en croire là-dessus le Grand\nCyru roman dans lequel il figure sous le nom de Crysile, «un Tyrien qui sçavoit\nla musique admirablement ». Mlle de Scudéry l'y dépeint comme un « fort hon-\nneste homme et connu de toute la cour ». Et sous une allégorie transparente,\nelle le représente organisant devant le roi la représentation du grand ballet\nd'Avion où la belle Angélique Paulet, son élève, représenta le personnage du\nchantre de Méthymne avec un talent et une grâce inimitables. « Crysile, ajoute\nle roman, en lui apprenant à chanter, apprit à soupirer pour elle, et il l'aima avec\ntant d'ardeur qu'il ne voulut jamais enseigner qu'à elle ce qu'il sçavoit de la mu-\nsique, afin qu'elle fût seule à chanter parfaitement... (2) ».\nNe prenons point trop au sérieux cet épisode romanesque de la carrière du\ncompositeur. Mais il faut conclure de ce récit qu'en 1609 (c'est la date du ballet)\nle rôle de Guesdron était déjà prépondérant dans les divertissements de la cour.\nEn bien d'autres ballets du même temps sa musique occupe la première place (3).\nIl faisait déjà fonction de surintendant sans en avoir le titre. Quand il l'obtient\nentre 1615 et 1617, sa collaboration ne se ralentit point, bien que d'autres musi-\n\n(1) ... cettuy-là, je l'advoue, car il a mieux aimé chanter la palinodie que de perdre la surinten-\ndance des chanteurs... )) (Confession catholique du sY de Sancy, OEUVRES, éd. Réaume et de Caus-\nsade, 11, 3 14).\nAlexandre de Bonnières lut peut-être pendant un certain temps seul surintendant en titre.\nCependant cette charge paraît avoir été aussi de son temps remplie par semestre, suivant l'usage\nordinaire. Son collègue, que nous retrouverons collègue deGuesdron à la surintendance dans un\ncompte de 1619 (Ms. Clairambault, 308), est un certain Michel Fabry, ancien chantre de la cha-\npelle particulière de Catherine de Médicis et passé par la suite au service du roi. Fabry, bien\nqu'ayant obtenu des prix au Puy de musique d'Evreux en 1577 et 1581, ne paraît pas avoir été\ncompté par les contemporains au nombre des musiciens du premier rang.\n(2) Le Grand Cyrus, vol. VI, Histoire d'Elise, p. 225.\n(3) Fétis en cite un certain nombre. Malheureusement la plupart de ces compositions ne nous\nsont pas parvenues, même sous la simple forme d'un livret détaillé sans musique. Pour la plupart,\non trouve seulement quelques airs détachés dans les recueils du temps. Ces ballets semblent avoir\nété d'importance fort différente. Il en est qui, outre les airs, comprenaient des scènes, chœurs,\ndialogues d'une certaine complication.\nCitons parmi ceux-ci le Ballet de Madame (1615), le Grand Ballet du Roy (1617), dont là mu-\nsique subsiste, celui de la Reyne (16.18) et de Psyché ( 1619). Après 1620, le nom de Guesdron ne\nparaît guère plus parmi ceux des compositeurs."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "513", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.17", "texte": "L'AIR DE COUR ; PIERRE GUESDRON\nH. M.\n38\n\nciens se fassent à ses côtés leur place. Antoine Boesset, lequel vers 1610 épou-\nsait sa fille Jeanne et lui avait succédé comme maître de la musique de la\nChambre, est un des plus actifs et des plus en faveur. Guesdron avait obtenu\npour son gendre la survivance de sa charge de surintendant.\nSur le titre de son quatrième livre d'Ans de Cour à quatre et cinq parties,\nBoesset a le titre d' « Intendant de la musique du roy et de la reyne ». On pour-\nrait en conclure qu'à cette date Guesdron avait déjà cessé de vivre. Il est vrai\nque les survivanciers prenaient assez volontiers leur titre avant le décès du titu-\nlaire véritable quand ils exerçaient effectivement sa charge. On remarquera en\noutre que Boesset se qualifie seulement d'« intendant delà musique ». Ce n'est\nque sur son neuvième livre, en 1642, qu'il se dit « surintendant » (1). Toutefois,\ns'il nous est impossible de donner la date exacte de la mort du vieux maître, il\nconvient de noter que son nom ne figure guère parmi ceux des compositeurs des\nballets royaux plus tard que 1620. Vers ce temps-là sa carrière musicale se trou-\nvait virtuellement achevée.\nL'œuvre de Guesdron ne nous est parvenue qu'en partie et extrêmement dis-\npersée. Beaucoup de ses airs, tirés des ballets ou composés simplement pour\nla chambre, ont trouvé place dans les recueils de Ballard : Airs de Cour de diffé-\nrents autheurs, Airs de Cour mis en tablature de luth, tous publiés de 1602 à 1620.\nEn ces volumes, le nom des musiciens est souvent omis. Il serait donc difficile\nou du moins fort long d'identifier exactement tous ceux qui appartiennent à\nnotre compositeur. Les airs sont publiés toujours à voix seule, avec l'accom-\npagnement noté en tablature cfe luth. Cette forme, nous le savons, est la mieux\npropre à faire valoir leur mérite et leur charme : elle était aussi la plus courante\net celle sous laquelle ces petites pièces apparaissaient dans les concerts solennels\nou les ballets royaux, à moins que par hasard la situation dramatique ou le\ncaractère des personnages chantants n'exigeassent l'exécution en chœur.\nCependant les traditions de l'art polyphonique demeuraient toujours assez\nvivantes pour que les musiciens n'aient estimé leurs œuvres parfaites que dis-\nposées à quatre ou cinq voix. Ils leur donnaient ainsi une manière de perfection\ntout abstraite, assez inutile puisque la plupart de ces airs avaient déjà paru en\npublic sous l'aspect plus simple de l'air accompagné. Néanmoins, tous les ar-\ntistes de ce temps, publiant sous leur nom un recueil de leurs airs, les ont donnés\ntoujours sous la forme polyphone. Et Guesdron s'est là-dessus conformé à\nl'usage.\nAu surplus, à croire son éditeur, il se serait assez peu soucié de faire impri-\nmer ses ouvrages. «...Son humeur, du tout esloignée du désir d'une vaine louange,\nnous raconte Ballard en un Avis au lecteur, fait qu'il n'a en ses compositions\nautre but que de servir Leurs Majestés et de complaire à ses amis. » Ce dédain\nde la gloire ne l'a point empêché de donner, de 1615 à 1618, quatre livres A Airs\nde Cour à quatre et cinq parties, les deux derniers parus la même année (1618).\n\n(i) Un acte de 1628, cité par |al (Dictionnaire de biographie et d'histoire), donne cependant à\nËoesset le titre de surintendant, et un état de 1631 (Arch. Nation. Z1 a 472) lui reconnaît la\nmême qualité. Je ne crois pas d'ailleurs qu'il convienne de faire état du changement d'appella-\ntion, le titre de ces fonctions n'étant pas encore fort exactement déterminé.\nA noter qu'en la dédicace de ce 9e livre, Boesset prie le roi de lui permettre de désigner un\nsurvivancier, son fils : «... Comme feu M. Guédron me substitua en son aage plus avancé, ainsi\nje donne à Vostre Majesté un autre moy-mesme que j'ay instruit et façonné avec toute la dili-\ngence possible... »"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "514", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.18", "texte": "L'AIR DE COUR: PIERRE GUESDRON\n\nLa plupart de ces pièces avaient déjà figuré dans les recueils à voix seule. Il est\ndonc possible de les comparer sous les deux aspects. La comparaison est inté-\nressante et il en résulte clairement que la forme chorale ne saurait être la primi-\ntive (1). Elle a presque partout le caractère d'un arrangement que l'habileté du\ns'est appliqué à rendre agréable. Il y parvient d'ordinaire, mais sans\navoir pu dissimuler (et peut-être s'en souciait-il fort peu) ce qu'il y avait de\nfactice en ce travail.\nC'est que, quelques airs de ballet d'expression un peu générale mis à part, ces\nairs n'ont rien à gagner au concours des diverses voix. Leur signification n'en\nest point accrue. Certes l'écriture de Guesdron y paraît toujours facile et même\nextrêmement élégante. La trame harmonique y demeure d'une transparence et\nd'une fluidité remarquables. Visiblement préoccupé d'alléger ce que pourrait\navoir de trop compact ce contrepoint note contre note qui s'interdit toute com-\nbinaison tant soit peu complexe, il évite les accords trop remplis. Fort souvent,\nles parties accessoires se taisent, et c'est alors à peine soutenue d'une voix ou\ndeux que la mélodie se fait entendre.\nLe chœur complet se réserve pour le refrain de chaque couplet ou pour la con-\nclusion des phrases. L'oreille n'est donc jamais choquée de convenances trop\nmassives. Au reste, la liberté des exécutions au xvne siècle laisse supposer qu'en\npratique on allégeait encore maintes fois les harmonies vocales jusqu'à y substi-\ntuer en beaucoup d'endroits l'accompagnement pur et simple du luth. Il est\nassez souvent question de chansons rendues de la sorte : un couplet dit par un\nseul chanteur accompagné, un autre couplet ou le refrain par plusieurs par\nexemple, ou toute autre alternance analogue (2).\nQuoi qu'il en soit, beaucoup de ces petites pièces devenues polyphones sem-\nblent un peu dénaturées. Elles perdent de leur finesse et de leur légèreté pour se\nparer d'une sorte de solennité que ne comportent ni les paroles ni le sens\nexpressif delà mélodie. Les poésies sur quoi les musiciens travaillent, bien que\nsouvent assez médiocres (3), sont au moins d'une forme toute nouvelle, dont la\nmusique doit tenir compte. Au lyrisme presque toujours impersonnel des Ron-\nsard et des Baïf, elles ont substitué un accent plus vivant, surtout plus personnel.\nCe n'est plus un poète qui parle, décrivant en beaux vers des passions qu'il ana-\nlyse plus qu'il n'éprouve. Le personnage mis en scène prend lui-même la parole\npour exprimer ce qu'il sent. Et tout l'artifice de cette galanterie sentimentale\ndisparaît presque par la sincérité de l'accent musical. Ce lyrisme, si le mot n'est\npas trop ambitieux pour ces bluettes, est devenu presque dramatique. Quelque\ndiscrètement distribuée qu'elle soit, la polyphonie ne peut ici atténuer la vérité\nexpressive. Elle n'est vraiment plus à sa place.\nLes contemporains ne s'y sont point trompés. En dehors des ballets où ils\nsavent admirer la belle harmonie de certains airs chantés par des chœurs relati-\n\n(i ) Ce qui suffirait à le prouver jusqu'à 1 évidence, c'est qu'on retrouve à 4 ou 5 voix clans ces\nlivres cles récits de ballet tirés du rôle d'un des personnages de 1 action et par suite faits néces-\nsairement pour être dits en solo.\n(2) Cf. par exemple Y Histoire comique de Francion (1622). Le héros du roman au milieu cl une\ntroupe de musiciens chante un air « que les musiciens reprenaient sur leurs luths après que Fran-\ncion en avait récité un couplet... »\n(3) Il est à remarquer que très souvent Guesdron a écrit lui-même les poésies des récits de ses\nballets. Sans cloute aussi un certain nombre de celles faites pour les airs de chambre."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "515", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.19", "texte": "L AIR DE COUR : PIERRE GUESDRON\n\nvement importants soutenus des accords des instruments (1), ils ont surtout\nloué chez Guesdron la beauté de la ligne mélodique des airs (2) et les grâces\nqu'y ajoutait l'art du chanteur; surtout leur convenance aux paroles. En effet,\ncette musique est constamment expressive et avec des procédés d'expression qui\nsont déjà ceux de l'art moderne. Assurément, Guesdron est resté étranger à tout\nsouci de déclamation verbale. Aucun musicien de ce temps n'a rien soupçonné de\nl'intensité d'effet qui résulte de la coïncidence des syllabes toniques avec les\naccents principaux de la phrase musicale. Leur musique, à notre sens, semble\naussi mal prosodiée qu'il est possible. Cela s'explique, puisque, outre que rien\nqui ressemblât au récitatif dramatique n'était encore seulement pressenti,\nl'Académie de Baïf avait égaré la curiosité des musiciens à la poursuite d'une\nrythmique contraire au génie de la langue (3).\nMais l'indifférence aux éléments sonores de la phrase parlée n'empêche pas\nGuesdron d'en traduire la signification générale et les diverses nuances. Sa\nmélodie flexible, pour mieux rendre la pensée du poète, sait se modeler sur la\ncoupe des périodes. Elle met en relief les moindres intentions, souligne les\noppositions de sentiments même indiqués à peine, et, suivant la signification\ndu vers, s'anime, se calme, s'irrite ou s'alanguit tour à tour.\nTout cela réalisé à la manière moderne. D'insensibles modifications du dessin,\nde la tonalité, du mouvement, y suffisent. Guesdron s'est partout abstenu de ces\nrecherches d'imitation verbale si chères à la génération précédente (4) et dont un\ncertain nombre de musiciens conservaient encore la tradition. Dans des pièces\nd'assez longues dimensions, les madrigalistes et les compositeurs de motets\navaient bien pu se servir de tels procédés d'expression ; l'unité de mélodie im-\nportait peu à leurs ouvrages, dont l'intérêt principal résultait d'effets diffé-\nrents. Appliqués à rendre le sens d'un texte de chanson, ils auraient constam-\nment entravé l'essor de la phrase chantante.\nOr, Guesdron est avant tout un grand mélodiste. Comme Claude Lejeune, de\nqui, directement, il procède pour la nature et la qualité de l'inspiration, il paraît\n\n(1) Dans le Ballet du Rov de 1617 (l.a Délivrance de Renaud) paraissent en « deux concerts de\nmusique» qui s'unissent à la fin 92 voix et 45 instruments (violes et luths). La musique en est\nconservée. Une scène, dialogue entre l'ermite et les soldats de l'armée de Godefroid, annonce\ncertaines intentions dramatiques, quoique restant très simple et dans le style de l'air.\nLe Ballet de Madame sœur aisnée du roy ( 1615) emploie aussi un assez grand nombre dechan-\nteurs. Deux choeurs, l'un formé de la musique de la Chambre, l'autre de celle de la Chapelle, y\ndialoguent entre eux assez longuement. A la fin du ballet, toutes les voix, une musique de luths\net celle des vingt-quatre violons s'unissent en un grand ensemble. Ce ballet est d'ailleurs riche de\nmusiques diverses, concerts de hautbois, de luths, de musettes. Mais ce n'est sans doute point\nGuesdron qui eut à composer ces symphonies. Au surplus, il ne reste de tout cela qu'un livret\ndétaillé, sans musique.\n(2)... le sieur Guedron véritablement inimitable en ses sciences, mais particulièrement admiré\npour l'invention de ses beaux airs... [Discours au vray du ballet dansé par le Roy, le 29e jour de\njanvier 16 1 7.)\n(3) L'influence des théories de Baïf et son école sur la quantité est très sensible chez tous les\nmusiciens français du début du xvne siècle. Bien longtemps après qu'on a renoncé à écrire des\nvers mesurés, ils observent encore la différence des longues et des brèves. Et une longue chez\neux reçoit presque toujours l'accent musical au détriment de 1 accent tonique du mot, complè-\ntement méconnu par les théoriciens et les artistes qui arrivent à se persuader de sa non-exis-\ntence.\n(4) Particulièrement des vocalises imitatives et des figures musicales qui visent à être en quel-\nque sorte une représentation plastique de l'objet exprimé par le mot, dont M. Schùtz est encore\nsi prodigue en Allemagne vers ce temps-là."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "516", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.20", "texte": "L'AIR DE COUR : PIERRE GUESDRON\n\nsurtout un merveilleux inventeur de formules et de rythmes nouveaux. A la\nmélodie encore un peu flottante de leur siècle, ces deux maîtres tendent à substi-\ntuer des thèmes aux contours arrêtés, très variés, parfaitement caractérisés tou-\njours. Recherche surtout visible chez Guesdron, qui, venu le second, a naturelle-\nment profité de tout ce que son prédécesseur avait essayé dans cette voie.\nL'élégance et la grâce de ses chants, alors même qu'ils n'expriment aucun sen-\ntiment précis, restent incomparables. Nous en pouvons toujours goûter le charme\nnaïf et savant à la fois, tandis que leur liberté singulière, presque moderne, garde\nparfois de quoi nous surprendre. Sans doute nos préférences iront aux pièces\nvraiment expressives, où l'artiste, sans rien sacrifier pourtant des beautés de la\nforme, s'est appliqué à traduire musicalement les sentiments que son texte lui\nsuggérait.\nIl n'est pas sûr que les contemporains aient distingué celles-ci des autres. Ils\nfurent surtout frappés de ce que cette musique de nouveauté avec elle\nCet art agit profondément sur leur sensibilité. Inspiré en apparence de la sim-\nplicité de l'art populaire, il était fait pour rendre excellemment ce qu'il y avait de\nfruste et de raffiné tout ensemble dans l'âme de ce temps.\nMieux que la littérature, que le culte de l'antiquité allait retenir un peu en\ndehors delà vie réelle, un tel art pouvait être populaire. Il le fut en effet, et dans\nle sens le plus large.\nLes chansons de Guesdron ont charmé la cour et fait les délices des ruelles.\nLes princes italiens les font rechercher dès leur apparition et les musiciens de\nla cour d'Angleterre s'occupent à les traduire en leur langue (1). Mais le peuple\nde Paris, sur le Pont-Neuf, ne prend pas moins de plaisir à les entendre dire\naux chantres en plein vent de la Samaritaine (2). Pour les savants, comme pour\nles simples, Guesdron, pendant le premier tiers du siècle, demeure un maître sans\nrival.\nDe longues années s'écouleront avant que la réputation de ceux qui vinrent\naprès lui ait fait oublier la sienne. Quarante ans après sa mort, Bacilly constate\nqu'il était encore des amateurs pour préférer ses airs à ceux des musiciens du\njour. Sa vanité de virtuose et de compositeur s'irrite d'une gloire si durable.\n11 raille aigrement le vieux maître et ses derniers admirateurs (3), mais en attes-\n\n(1) Le duc de Mantoue, Vincent Gonzague, se faisait envoyer les chansons de Guesdron dès\nleur apparition (Cf. un article cl A. Baschet dans la Gazette des Beaux-Arts du ier mai 1866;. Ce\nprince, beau frère de Henri IV, avait pu connaître cette musique en France, où il fut reçu en 1608\npar le roi à Fontainebleau.\nPour la popularité de Guesdron en Angleterre, un recueil choisi de ses airs paru en 1629 en\nest la preuve. En voici le titre : French Court-Ayres with their duties englished of 4 and 5 paris ;\ncollected, translated and published by Edw. Filmer Gentl. Dedicated to the Queen. 1629, Lon-\ndres, f#.\n(2) Au témoignage de Dassoucy (Les avantures de Monsieur Dassoucy, 1677), cl fait affirmer\nà l'un de ces chanteurs populaires, l'lllustre Savoyard : « Il est vrây, dit ce personnage, que feu\nmon père à qui Dieu fasse paix a chanté mille fois des chansons de Guedron et de feu Boesset...\nmais c'est qu'en ce temps-là les poètes parloient chrétien... oultre cela je vous diray que les\nAirs de ces doctes Amphions estoient si doux, si finis et si achevez que la beauté du chant excusoit\nauprès du peuple la force peu entendue des paroles... »\n(3) « Ceux qui vont jusqu'aux Airs de M. Guesdron, ce sont d'ordinaire certains vieillards qui\npour l'honneur de leur caducité sont ravis de citer les ouvrages de leur temps et de [les] en-\ntendre débiter dans le monde, si mesme ils ne s'émancipent jusqu à les vouloir chanter et fre-\ndonner de leur ton lugubre, moitié menton, moitié mâchoire... » (Remarques curieuses sur Vart de\nbien chanter, 1668.)"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "517", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.21", "texte": "CONTRE LA MUSIQUE\n\ntant au moins qu'en 1668, ces œuvres gracieuses et légères n'étaient pas encore\ndélaissées tout à fait.\nAu surplus, il n'importait guère. L'opéra français allait paraître. Il s'était\nfait déjà pressentir avec la Pastorale d'lssy, de R. Cambert, en 1659. Et qu'est-\nce que cette Pastorale sinon, au témoignage de l'auteur lui-même, un essai\ndramatique dont toutes les scènes sont si propres à chanter qu'il n'en est point\ndont on ne puisse faire une chanson ou un dialogue » (1) ? Cambert n'avait\npas fait autre chose, et c'est donc la chanson qui a fourni à l'opéra français sa\nlangue la plus ordinaire et la plus caractéristique. Assurément, non pas la chan-\nson tout à fait telle que Guesdron l avait entendue. Mais quand ses successeurs\nimmédiats, A. Boesset et Lambert, en particulier, auront développé ce qu'il\nn'avait fait qu'esquisser, il ne restera que bien peu à ajouter à leur technique.\nCe n'est pas le moindre titre de gloire de ces vieux maîtres, ni de Guesdron leur\nprécurseur à tous, que d'avoir préparé la venue de Lully et d'avoir rendu son\nœuvre possible.\n\nHENRI QUITTARD.\n\n«Contre la Musique»\n\nVictor de Laprade publia, voilà un quart de siècle, un livre dont le titre veut\nêtre méchant : Contre la Musique. 11 y soutient, en passant, une polémique d'ail-\nleurs assez anodine avec M. de Falloux, célèbre à d'autres titres, et qui l'avait\npris au sérieux. L'ouvrage est curieux, surtout comme représentation d'un cer-\ntain niveau d'idées très commun hélas ! en. tous les temps.\nDe Laprade, poète et académicien— et même poète académique, ce qui est\nplus grave, - personnifie assez bien ce que nous appellerions volontiers Vhon-\nnête homme bien pensant. Connaissez-vous le type ? Il avoue ingénument\nqu'il n'a jamais reçu d'éducation musicale, que certes beaucoup de choses lui\néchappent dans une grande œuvre; mais il la sent, l'aime et la comprend au-\ntant, et aussi, pense-t-il, de la même façon qu'un vrai musicien ; ce qui est\ncontestable En somme, il n'est pas sourd, et il sait à l'occasion se pâmer autant\nque tout autre. Voilà qui compense bien des insuffisances techniques, n'est-ce\npas ? Notre brave poète nous représente le type de la critique incompétente,\nc'est-à-dire spiritualiste et mystique. Hélas! ce genre-là n'est pas mort !\nAjoutons que, chemin faisant, de Laprade ne négligepas de nous laisser en-\ntrevoir quel fut son idéal politique : c'est le gouvernement libéral de S. M. Louis-\nPhilippe, conçu comme le continuateur de la Restauration. Nous voilà fixés.\nNous avons là les opinions très caractéristiques dun de ces lettrés délicats,\nmais d'idéal médiocre et borné, qui ont formé l'opinion publique en France pen-\ndant presque tout le xixe siècle.\nI\nDe Laprade prétend exercer ses droits d'amateur intelligent. Si ce n'est pas\nêtre un ennemi de la musique que de lui dire ses vérités, alors le poète n'est\n\n(1) Lettre de P. Perrin au cardinal de la Rovère, archevêque de Turin, à propos de la repré-\nsentation de la Pastorale. Cette lettre est datée du 30 avril 1659 et sert de préface aux Œuvres de\nPoésie de l'auteur, livre paru en 1661."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "518", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.22", "texte": "CONTRE LA MUSIQUE\n\nvraiment pas « contre la musique » ; il s'efforce tout simplement de la remettre\nà sa véritable place ; il se trouve que ce n'est pas la première, voilà tout. Mais\nles exigences outrancières des mélomanes ont, malgré lui, « imposé à cette mo-\ndeste et impartiale étude, son vilain titre ».\nAccessoirement un deuxième but sera atteint : « Ce que je hais dans la mu-\nsique, dans la France et partout , c'est l'état révolutionnaire ; et nous sommes\nen plein 93 musical » (sic). C'est donc la musique telle qu'on l'entend depuis\nquelques années, et spécialement en France, contre laquelle ce paisible bour-\ngeois, qui rêve de Louis-Philippe, amasse des haines vigoureuses.\nDe Laprade veut être impartial ; il reconnaît donc une certaine valeur à la\nmusique : elle satisfait ce besoin impérieux d'émotion sans objet, que tout\nhomme ressent à de certaines heures, besoin profond, mystérieux, instinctif ;\némotions confuses et qui ne sont nullement des idées. Tous les esthéticiens\nne sont-ils pas d'accord sur ce point ? Les musiciens non seulement l'avouent,\nmais s'en font gloire.\nOr, cette extrême puissance delà musique a elle-même ses inconvénients.\n« Les arts en général, la poésie elle-même, dégradent les âmes dès qu'ils ces-\nsent de les ennoblir : corruptio optimi pessima. Cela est particulièrement vrai de\nla musique. »\nIl y a d'abord des dangers extérieurs, mais étroitement associés à elle : elle a\ndes alliés naturels, comme la danse, qui n'ont jamais été en odeur cle sainteté\net qui la prennent pour prétexte. On achevait la construction de l'Opéra quand\nde Laprade esquissait son livre ; /'Opéra, c est la cathédrale du matérialisme !\nSuperbe formule, mais qu'on craint de retrouver dans les cahiers de M. José ph\nPrudhomme, s'il écrit encore... Allons plus bas :la musique est une ivresse,\net comme telle elle va fort bien avec toutes les autres ivresses : témoin le café\nchantant î lci la critique s'élève jusqu'à l'injure :ne répondons pas. Même\nil est un certain aspect inesthétique de l'exécution qui choque la sensibilité ex-\nquise de notre poète : il ne peut se représenter sans rire « un homme d'Etat au\nbout d'une flûte ». Quel est donc ce Grec raffiné qui n'apprit pas la flûte\nparce qu'elle déforme les lèvres ? De Laprade renchérit sur lui.\nMais allons à des reproches plus graves : ceux qui atteignent la musique en\nelle-même, la « musique absolue »; car —et ici l'idée est juste— « c'est d'aprèß\nla symphonie qu'on doit juger la valeur morale de la musique ». Or les lois de\nla production et de la jouissance musicales pures sont presque mécaniques fatales\nen quelque sorte, « comme une cristallisation ». Et voilà le grand reproche ! la\nmusique, activité demi-instinctive et animale par un côté, demi-géométrique\net intellectuelle par l'autre, ne se prête pas à exprimer l'essence profonde de notre\nêtre, notre liberté intime : ce qui nous fait être nous-mêmes.\nCette absence de vraie liberté la prédispose à plaire tout spécialement à deux\nsortes d'êtres, dont l'accouplement, si l'on ose dire, a quelque chose de para-\ndoxal: les femmes et les géomètres ! Ce qui leur est commun, c'est « la faiblesse de la\nraison théorique et pratique, et l'absence de liberté d'esprit ». « La musique est\ndonc incapable d'exprimer ce qu'il y a de propre à l'homme dans la création, la\nliberté; c'est-à-dire qu'en réalité, et si étrange que cette proposition paraisse,\nla musique est le moins humain de tous les arts. » Elle est divine si l'on veut, elle\nn'est pas humaine. « C est de la nature, du monde extra-humain, ce n est pas de\nnous-mêmes que nous entretient la musique » (!). « Il n'est pas d'art qui ne soitintel-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "519", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.23", "texte": "CONTRE LA MUSIQUE\n\nlectuel ; mais s'il en était un seul, la musique serait celui-là. » «La musique\nignore le bien et le mal elle excite l'un et l'autre sans la moindre conscience\nde ses actes. » « La musique, en un mot, n'a pas sa racine dans le sens moral,\ndans la conscience, mais dans le sentiment de la nature. »\nVoilà pour l'individu. Que va-t-il résulter de cette sorte d'activité dans la so-\nciété ?\n« La musique est un dissolvant. » On parle d'union, et même de communion\ndes âmes en elle. Bien au contraire : « au bout d'une symphonie, les imaginations\ndes assistants se sont envolées à mille lieues les unes des autres » : elle disperse,\nau lieu d'unir. La vue d'un tableau fait penser toute une foule à la même chose !\nl'audition d'une sonate, à mille choses différentes.\nNous pouvons juger maintenant l'état social actuel: il a la musique qu'il mérite !\n« La musique est l'art de notre temps : il y a unanimité sur ce point entre\nles penseurs les plus divergents » : témoin les subventions exorbitantes qu'on lui\naccorde, et qui sont supérieures partout à celles que reçoivent tous les établisse-\nments scientifiques et littéraires ensemble. Or « c'est l'art de prédilection des\npeuples asservis ; elle s'est développée dans le sommeil de l'Allemagne et dans\nla corruption de l'ltalie » (?!). « C'est, insiste l'auteur, le délassement corrupteur\ndes peuples corrompus » ; «la complice de tous les abus politiques » (??).\nEt la France ? —«Après l'ltalie, l'Allemagne se couvre d'exécutants, La\nFrance, que son génie actif et militant devait préserver jusqu'à nos jours de\nl'empire de la musique [ceci est un éloge !■], eut peur de cette invasion. Nos pères\navaient imaginé un singulier moyen d'endiguement de cet art. On exigeait des\nmusiciens, avant de leur accorder le droit d'exercer librement, qu'ils se fissent\nrecevoir maîtres à danser. Les temps sont-ils assez changés? »\n« Ainsi : avènement de la musique, avènement des sciences naturelles, avène-\nment de la démocratie, trois faits contemporains et connexes. » Bien entendu,\nn'allez pas croire que c'est justement là un progrès : c'est une décadence. La\nmusique porte le dernier coup aux derniers « salons où l'on cause», c'est-à-dire\nà la société polie : « un piano tient lieu d'esprit ». Après un morceau de musique,\ntoute conversation se réduit naturellement à des « oh ! » et des « ah ! » : c'est-à-\n--dire aux interjections élémentaires du plaisir et de la douleur.\nNous pouvons enfin faire à la musique sa juste place. Cette conclusion posi-\ntive se réduit à deux points. D'abord la musique est historiquement et mora-\nlement H la suite des quatre grands arts : comparez l'activité intellectuelle d'un\nMozart ou d'un Beethoven à la culture d'un Michel-Ange ou d'un Vinci ! —En-\nsuite la musique vraiment éducative et saine se réduit àla musique vocale, à\nl'exclusion de la musique instrumentale, comme l'avaient bien compris les Grecs.\nCelle-là seule n'est pas corruptrice : elle est la poésie vivante ; vivante, c'est-\nà-dire chantée. « Tout homme, concède notre poète, peut et doit savoir chanter\ndans un chœur. »\nTelle est, dans toute son insuffisance, la conclusion du livre.\nII\nM. de Falloux répond à de Laprade ; et il est piquant de rapprocher l'attaque\net la riposte, car toutes les deux proviennent de la même école et expriment le\nmême état d'esprit."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "520", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.24", "texte": "CONTRE LA MUSIQUE\n\ni° Sans doute une symphonie peut n'avoir pas d'autre titre, c'est-à-dire ne pas\nexprimer d'autre idée définie, que detre une symphonie en /a, ou en ut mineur ;\nmais on peut quelquefois lui donner d'autres noms plus précis : la preuve, c'est\nque Beethoven à lui seul en a trouvé deux !! Et M. de Falloux entreprend une\nfort pompeuse description des grands sentiments à objets définis qu'il découvre\ndans deux genres inégalement éminents : la musique religieuse et la musique\nmilitaire.\n2° La musique n'est pas l'art des peuples corrompus ou asservis : par exemple\nen Allemagne, c'est la Suisse et le Tyrol qui sont le mieux doués pour la mu-\nsique (?) : c'est-à-dire les parties les plus libres, les plus énergiques et les plus\npures. Le progrès actuel de la musique est venu avec ceux de l'industrie : « la mu-\nsique n'y figure ni plus ni moins que tout le reste » !\n3° Il faut l'avouer : « le nouvel Opéra, je le crains, sera le temple de ceux qui\nn'en ont pas d'autre ». Mais à côté de cela, et plus positivement, la musique « est\nun ingénieux ennemi de l'oisiveté ». « Quel temps bien employé que celui des\norphéons de ville ou de village ! » (On n'est pas plus aimable. On dit aussi,\nn'est-ce pas? mais d'une façon plus vulgaire : « Cela vaut toujours mieux que\nd'aller au café... »)\n4° D'ailleurs, la musique est la vraie langue universelle; « et c'est une langue\ndans laquelle on ne peut pas écrire de mauvais livres ». De là cet éloge vraiment\nextraordinaire : il n'y a pas une seule des plus belles scènes de l'opéra, depuis\nLui!i jusqu'à Meyerbeer, qu'on ne pourrait transformer, pourvu qu'on en ôte les\nparoles, en musique religieuse Et sans doute la réciproque serait-elle vraie?\nCeci est dit sans aucune ironie. On reste confondu. C'est le pavé de l'ours, et\nl'ours est de taihe. Ce disant, M de Falloux entend-il faire l éloge de la musi-\nque dramatique, ou de la musique d'église ? ou si ce serait des deux ?\n5° Enfin, pour conclure et pour résumer, M de Falloux s'excuse académique-\nment d'« entrer dans la rhétorique des professeurs de M. Jourdain »; et il pro-\nfesse que « les mots empruntés à la musique sont synonymes d un bienfait lors-\nqu'on les transporte dans l'ordre politique ou social ». Et gravement 1 homme\nd'Etat nous jette pour dernier argument ces trois ou quatre expressions irrésis-\ntibles : « concert entre les peuples», « harmonie entre les rois », « organisation »,\n<( tempérament... » Ici le calembour confine au burlesque ;eton se demande\navec quelque ahurissement si le solennel orateur plaisante encore quand il\najoute à tous ces bienfaits « les mœurs les plus graves !» Il y a des arguments\ndont il vaut mieu x ne pas abuser...\nDéfense piteuse, contre une attaque qui ne vautpastoujours mieux... Le poète\net l'homme d'Etat ne représentent-ils pas brillamment le niveau ordinaire de ce\nque nous avons appelé « la critique incompétente » ?\nIII\nLes critiques de de Lapracle sont fort inégales. Les unes n'ont d'autre raison\nd'être que l'hostilité de certains poètes modernes contre la musique : ces\ngens-là ne pourront jamais se consoler de ce qu'on peut faire du bruit sans\neux ! Parmi les grands poètes modernes, Musset fait presque seul exception :\nexception qui confirme la règle, car son génie est tout « féminin » De Laprade"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "521", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.25", "texte": "CONTRE LA MUSIQUE\n\nrenchérit encore en rappelant avec orgueil que c'est un poète qui a proposé au\nSénat un impôt sur les pianos, lequel eût rapporté 10 millions ; d'aucuns\ndisent que cet impôt ne serait pas tant que cela contre la vraie musique !...\nD'autres attaques viennent, chez de Laprade, du moraliste. Et quel moraliste\nmorose ! Les temps présents le comblent de chagrin. Physique, musique et\nsuffrage universel contristent sa muse. Mais, si. le développement de notre\nart est dans le courant cle l'évolution, cela ne sera pas pour nous inquiéter, au\ncontraire !\nLaissons donc de côté ces reproches tout extérieurs. Même, sachons gré à de\nLaprade de n'avoir pas réédité contre la musique ce vieil argument, qui consiste\nà prétendre qu'elle est l'art « viager » par excellence, c'est-à-dire le plus vite\ndémodé, ce qu'on justifie aussitôt avec beaucoup de logique, selon la remarque\nde Saint-Saëns, en montrant qu'il n'y a de bonne musique que chez les anciens\nmaîtres ! Surprenant effet des caprices de la mode !\nRestons donc dans le domaine esthétique. Mais ici l'argument essentiel vaut\nla peine d'être retenu. Nous le retrouvons avec toute sa force dans la Sonate à\nKreutzer, qu'il faudrait rapprocher de certaines pages de Quest-ce que F Art ?\n« Elle est épouvantable, cette sonate ! s'écrie le héros de Tolstoï. Et le presto\nen est la partie la plus terrible. Toute la musique d'ailleurs est épouvantable.\nQu'est-ce donc que la musique? Pourquoi produit-elle ces effets ?\n« On prétend qu'elle élève l'âme en l'émouvant. Stupidité ! Mensonge ! Son\neffet est puissant, certes, mais je parle pour moi il n'élève nullement\nl'âme : il ne l'élève ni l'avilit ; il l'excite !... Une marche fait marcher, une danse\nfait danser, la musique sacrée nous conduit à l'autel, tout cela a un résultat...\nIci, excitation, excitation pure, sans but. C'est de là que viennent les dangers de\nia musique et ses conséquences parfois épouvantables.\n« En Chine, la musique est un monopole du gouvernement, et c'est ainsi qu il\ndevrait en être partout. Est-ce qu'il devrait être permis qu'une personne pût en\nhypnotiser tant d'autres, et en obtenir ensuite tout ce qu'elle voudra?,..\nAujourd hui c'est une puissance terrible entre les mains de chacun... Il est per-\nnicieux au premier chef de provoquer des sentiments qui ne peuvent et ne doi-\nvent se traduire en rien. »\nLa conclusion pratique se trouve formulée dans Qu est-ce que F Art : il ne\nreste, selon Tolstoï, dans toute l'œuvre de Beethoven, de vraie musique ou de\ngrand art que la IXe Symphonie, et encore est-ce douteux. Jugez par là des\nautres !\nIV\nLaissons là cet ascétisme musical, phénomène curieux, mais pathologique.\nLe principe garde sa valeur en lui-même :de Laprade et Tolstoï pourraient\nbien avoir raison... contre la critique musicale telle qu'on la conçoit ordi-\nnairement.\nC'est une critique qui n'est pas, qui ne veut pas être technique. Elle se con-\ndamne donc àne rien dire. Fétis débitait déjà en brochures La musique mise\nà la portée de tout .le monde, ou exposé succinct de tout ce qui est nécessaire pour\njuger de cet art et pour en parler sans Favoir étudié. Ne croyez-vous pas que ce"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "522", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.26", "texte": "CONTRE LA MUSIQUE\n\nlivre a fait école ? Rappelez-vous le jargon habituel à tant de nos esthètes. Ils\nremplacent toute idée sûre par.des sentimentalités vagues. La musique n'y est\nplus qu'un prétexte à lieux communs. Chez quel critique musical qui se res-\npecte pourrez-vous lire aujourd'hui trois pages sans trouver dix fois l'infini\net l'indéfini, le fonds et le tréfonds de notre être intime, l'extase par delà l'amour,\npar delà l'amour l'extase, les quintessences de l'hypnose, et le reste encore ?\nToutes choses qui ont une affinité évidente avec les modes majeur et mineur, les\nlois de la fugue et les mystères de la modulation. Infini, que de sottises on\ndébite en ton nom !\nC'est ici que le livre de de Laprade porte sa leçon en lui-même : il nous fait\ntoucher du doigt combien dans ce domaine des idées confuses il est aisé de\ndébiter en oracle les opinions les plus contradictoires. La musique nous\nentretient de ce qui est hors de nous, dit de Laprade ; car l'ivresse n'est pas\nl'idéal, et l'instinct n'est pas nous-même. Admirez comme on dit tous les\njours le contraire ! C'est le pain quotidien de la critique incompétente dite\nsérieuse ; celle, par exemple, de la Revue des Deux-Mondes, si je puis nommer\nquelqu'un.\nEt ne répète-t-on pas usuellement que la musique est un moyen d'union, plus\nque cela, de communion entre les hommes? M. Bellaigue a développé longue-\nment cette idée, àla suite de Guyau, en des pages délicates :la musique est\nl'art le plus social et le pins sociable parce que lie est le plus sentimental. C'est\nelle qui nous fait le plus diverger, reprend de Laprade, parce que, lie est le plus\nsensuel (car il profère ce gros mot)\nLequel a raison ? Décide qui voudra. J'admire seulement comme il est facile à\nchacun cle pêcher dans l'eau trouble : on en retire toujours quelque chose ;\nquelque chose de trouble aussi. Je ne sais où j'ai entendu prononcer cette sen-\ntence un peu dure : « Quand on n'a aucune compétence particulière, on peut\ntoujours se faire critique musical. »\nOseriez-vous faire le compte des pages de critique musicale je dis la plus\nautorisée - où, après avoir tout lu, vous ne savez rien de l'œuvre? Oh ! des\n5 . . ' %\naccessoires, de l'état d âme plus ou moins extatique et mystérieux de l'auteur,\nou des interprètes, vous savez tout ce qu'on en peut raisonnablement savoir, et\nmême peut-être quelque chose de plus... Mais de la musique rien.\nIl serait temps de s'aviser qu'un critique musical parle avant tout à des musi-\nciens, et qu'il leur doit de leur parler musique ; que ceux qui n'entendent pas ce\nlangage n'ont qu'à s'en abstenir; mais que l'esthétique musicale ne consiste pas\nà construire, pour chaque symphonie, une mystique appropriée.\nLaissons ces vieux accessoires démodés. La critique doit cesser de supposer à\ntout prix un auditeur incompétent. —Onne la lira plus! direz-vous. Pas\ntout de suite peut-être ; mais elle se fera un public. La Revue musicale ne tra-\nvaille-t-elle pas à former un public? un public accessible à la critique sérieuse,\nc'est-à-dire technique ?\nFaisons remonter l'honneur de cette innovation à qui de droit. C'est, croyons-\nnous, au célèbre critique viennois Hanslick qu'il doit revenir. Hanslick soutient\ncontre le mysticisme musical une polémique fameuse. Il refusa de sacrifier au\ndieu sentiment, et voulut voir dans la musique, avant le sentiment, et au-dessus,\nla forme. Une partie de son œuvre reste caduque : dans sa négation du senti-\nment peut-être exagéra-t-il quelque peu. D'autre part, il se trouva que son"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "523", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.27", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nidéal d'idées claires s'appelait alors Brahms, et l'idéal de l'esthétique mystique et\nnébuleuse, l'idéal des idées confuses était l'école wagnérienne. Donc il défendit\nBrahms et attaqua Wagner. Mais peu importe ici Le mérite de Hanslick est\nd avoir nettement dit au public profane et aux esthéticiens mystiques :« Si\nen croyant parler musique vous parlez seulement sentiment, c'est que vous ne\ncomprenez pas la musique. »\nDe Lapracle et Tolstoï n'ont pas lu Hanslick. Ils attaquent la musique par les\nmêmes armes qu'emploie la critique vulgaire àla défendre. Ils ont le droit de le\nfaire : ils empruntent simplement son langage et ses idées, et les retournent\ncontre elle. Et contre elle, ils ont raison. Car ils ont raison ! Restez au point\nde vue du mysticisme courant et pour ainsi dire classique, et vous ne trouverez\nrien à leur répondre.\nEn revanche, contre la critique technique, celle qui sait découvrir et analyser,\npar delà les sentiments confus, une pensée musicale qui a son évolution, son\nhistoire et ses lois, contre cette conception-là de la musique, les attaques ne\nportent pas. Elles perdent tout sens.\nLaissez la musique aux musiciens. Ne la compromettez pas parmi les tenta-\ntives de toutes les incompétences. Telle est la leçon qui se dégage de ce livre\noublié.\n\nCHARLES LALO.\n\nPublications nouvelles.\n\nLouis LAMBERT\nS.\n: Chants et chansons\npopulaires du Languedoc, recueillis et pu-\nbliés avec la musique notée et la traduction\nfrançaise, 2 vol. in-8° de vi 11-385 et 345\np., Welter, éditeur, Paris. Ce qu'il y\na peut-être de plus ancien dans la mu-\nsique, ce sont les berceuses populaires.\nC'est dans le mouvement des bras mater-\nnels endormant le nouveau-né qu'on pour-\nrait, sans paradoxe, chercher l'origine du\nrythme. M. Lambert a publié, en 1874-75\n[Revue des langues romanes), un certain nombre de « chants du berceau ». Ils\nforment la ire partie de la présente collection, enrichie de beaucoup d'autres\ngenres. Je n'y vois pas de chansons de travail. Est-ce l'effet d'un hasard, ou\nbien une lacune réelle ? Un grand nombre de ces chansons, qui toutes ont une\ngrande saveur, étaient destinées à accompagner des danses. Dans quelques-\nunes (dont le petit nombre surprend), on a plaisir à retrouver les modes qu'une\ncritique superficielle a appelés « anciens », et qui sont toujours vivants dans\nla musique populaire ; ainsi (n° xvi, t. I, Marion), la mélodie, qui ne dépasse\npas la dominante, est écrite de la Ûàla H, sans accidents: c'est le mode\n« éolien » officiellement pourvu du droit de cité en 1547, par Glaréan. Le ton\nchoisi pour la notation est parfois un peu trop élevé. L'auteur accompagne\nplusieurs pièces d'un bref commentaire ;il ne donne pas de variantes : c'est\nregrettable, car il y en a certainement."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "524", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.28", "texte": "CONCERTS\n\nF. LAMPERTI : Guide théorique pratique élémentaire pour Tétude du chant, traduc-\ntion française, avec préface sur /'évolutiori vocale, par J. Bressoles, gr. in-40 de 85 p.,\ntexte et musique, chez Ricordi, Milan et Paris. — Cet ouvrage, recommandé\npar le nom de Francesco Lamperti, qui fut un excellent maître, contient une\ncurieuse préface sur les « causes de la décadence du chant », et se termine par\nun appendice de Julie Bressolles où certaines erreurs du professorat, en matière\nde chant, sont vivement critiquées. Çà et là, quelques lapsus: la filiation des\nsons (p. 83, en parlant des sons filés). Le traducteur félicite Lamperti d'avoir\nménagé les voix, de n'avoir jamais forcé le son: quelques chanteurs actuels, en\nItalie, devraient bien né pas oublier ce principe !\n\nANDRÉ GÉDALGE: 4 préludes et fugues pour piano (chez Ricordi). —M. Gédalge\nn'aime pas qu'on lui dise qu'il est un spécialiste du contre-point et de la fugue ;\nnous serions néanmoins tentés de lui attribuer ce titre, en lisant ces fugues à\n3 parties, si nettes, si agréables et si bien construites !\n\nPIERRE AUBRY ET EMILE DACIER\nS.\n• Les caractères de la Danse, Histoire d'un di-\nvertissement pendant la ire moitié du XVIII6 siècle (chez Champion, Paris). C'est\nle tiré à part de la remarquable étude déjà publiée par la Revue musicale. Cette\nbrochure de luxe contient deux dessins reproduits de Watteau, et un beau\nportrait en héliogravure de Mlle Prévost. Un détail important a été ajouté (p. 6) ;\nc'est la date de la mort du compositeur Rebel : 2 janvier 1747. date prise dans les\nAffiches de Paris, et reconstituée à un ou deux jours près...\n\nLes Concerts : Wagner, Brahms, V. d'Indy, Saint-Saëns,\nDebussy.\n\nCONCERTS COLONNE ET CONCERTS LAMOUREUX. Le 15 octobre, M. Ed. Colonne\na reparu devant une salle comble, et les applaudissements qui ont salué son en-\ntrée lui ont montré que le public, fidèle au souvenir de tant de services rendus à\nl'art musical, était prêt à suivre l'éminent chef d'orchestre et ses excellents socié-\ntaires dans leur nouvelle campagne. Le programme était tout entier consacré à\nR. Wagner. 11 y a vingt ans, c'eût été un acte hardi, presque révolutionnaire ;\naujourd'hui c'est un acte normal, presque conservateur. Les auditeurs, aussi bien\nque les exécutants, sont en possession de cette musique, dont toutes les notes\n\nJ.-S. BACH.\nS.\n. Ont paru récemment chez Ricordi (Paris, boulevard Males-\nherbes) : les Œuvres d'orgue de J -S. Bach, transcrites à 2 pianos (4 mains) par\nJ. Philippe professeur au Conservatoire de Paris. Dans ces 11 cahiers (prix 2fr.) on\ntrouve :la célèbre Toccata en fa (écrite entre 1717 et 1723) ; les Prélude et fugue\nen sol mineur, écrits pendant la période de virtuosité, à la manière dePachelbel\net de Buxtehude, dans les premières années du séjour à Weimar ; la fugue pour\nviolon solo, que Bach lui-même avait transcrite pour orgue ; la sonate en ut\nmineur; dont le finale est d'une forme si puissante ; le beau choral Allein Gott in\nder Hohe sei Eltr, que Bach a traité sous tant de formes, etc... Une préface de\nM. Ch.-xM. Widor augmente 1 intérêt de cette publication. Pourquoi l'éminent vir-\ntuose, parlant de la composition en ut majeur dont nous avons publié une partie\nici même, dans un de nos suppléments, Tappelle-t-il « une suite » ? Elle se com-\npose d'une toccata, d'un adagio et d'une fugue."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "525", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.29", "texte": "CONCERTS\n\nleur sont familières. Autrefois, on chantait Wagner en français, et on\nprotestait ; hier, on l'a chanté en allemand, et tout le monde applaudissait.\nDans la Walkyrie, Mme Litvinne a été parfaite. La voix est d'une puissance et\nd'une pureté admirables. En ce qui concerne M. Van Rooy, que certains jour-\nnaux ont présenté comme «le meilleur Wotan de l'Allemagne », je suis obligé\nde mêler une réserve aux éloges. M. Van Rooy aun style excellent, une diction\ntrès nette, une tenue irréprochable, un organe homogène (ce qui est rare !) ; mais\nsa voix a peu de volume ; défaut plus grave : elle manque de timbre. —A la\nfin de l'ouverture de Tannhcinser, M. Colonne n'a pas fait ressortir le dessin de\ncor avec la même force que Nikisch ; mais en cela, il a été peut-être plus correct\net plus exact, moins paradoxal.\nConcert du 22 octobre. La 2e Symphonie de Brahms m a paru bien vide,\nlongue, lourde et froide entre le Roid'Ys et les Troyens. Je me demande si ce n'est\npas sans ironie que des gens compétents ont appelé Brahms le successeur de\nBeethoven : mais, après tout, succéder à quelqu'un n'est pas l'égaler. Tous\nles symphonistes modernes sont peu ou prou les héritiers de Beethoven, comme\ntout le peuple l'héritier d'un certain roi oriental. La part de Brahms àce grand\nhéritage est assez mince : je crois voir ce qu'il doit à son maître, mais je vois encore\nmieux tout ce que son maître a gardé pour lui. A part un ingénieux badinage (alle-\ngro grazioso), du reste de cette symphonie se dégage un morne ennui :ce sont\ndes exercices d'école qui ne prouvent que l'habileté technique du compositeur.\nL'exécution de l'Ouverture du Roi d'Ys a été admirable defougueet d'ardeur :\net M. Baretti a droit à une mention spéciale pour son beau solo de violoncelle.\nDans les Troyens à Carthage de Berlioz (encore un héritier, celui-là, et très vo-\nrace, car il l'est àla fois de Beethoven et de Gluck), il faut tout d'abord rendre\njustice à l'orchestre et à Mme Litvinne. On ne peut représenter la reine de Car-\nthage avec plus de noblesse, plus de fierté, plus de tragique et plus d'émotion\nque cette grande artiste. M. Colonne et ses musiciens se sont acquittés de leur\ntâche comme d'habitude, c'est dire qu'ils ont joué Berlioz d'une façon\nidéale.\nTrès brillant aussi, quoique tout autre par les tendances du programme, a été\nle concert du 15, donné par M. Camille Chevillard, qui partage à juste titre, avec\nM Colonne, la grande faveur du public. Nous avons été heureux de réentendre\nla très belle symphonie pour piano et orchestre de M.V. d'indy— œuvre sicolorée,\nsi originale, d'une imagination souple et charmante et d'applaudir le virtuose\nqu'est M. Risler. Le clou du concert était le Poème de la mer, le Dialogue du\nvent et des flots de M. Debussy. Nous n'avons jamais ménagé l'éloge à l'auteur\nde Pelléas et nous avons bien souvent rendu hommage à la note nouvelle qu'il a\nintroduite dans l'art musical ; mais nous estimons que ses qualités, exquises en\ncertains genres, sont, ailleurs, visiblement insuffisantes. Il y a une préciosité de\nfacture qui ne sied pas aux grands sujets. M. Debussy excelle dans l'expression\nde la grâce ; je regrette qu'il reste précieux, joli, très appliqué aux guillochages,\nlà où il faudrait de la grandeur et de la puissance. On ne fait pas de la musique\navec des sensations pures, aussi fines qu'elles soient. Il ne suffit même pas d'être\nému ; il faut penser, il faut construire ; et on n'exprime pas la grande poésie\nde la mer quand on s'attache à peindre les couleurs du prisme sur une bulle de\nsavon.\n\nX."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "526", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.30", "texte": "INFORMATIONS\n\nAu concert du 22, avec une seconde audition de la Mer qui n a point changé\nnotre première impression et la quatrième Béatitude du grand César Franck,\nM. Chevillard a très brillamment exécuté la Jeunesse d Hercule, pour fêter un\nanniversaire de M. Camille Saint-Saëns, qui a aujourd hui un peu plus de trois\nfois vingt ans Tout le public s'est associé à l'hommage rendu à un Maître pour\nqui la vie ne fut pas facile dès le début, mais qui a la satisfaction de se voir\ndepuis longtemps compris, fêté, aimé, en possession du premier rang.\nADALBERT MERCIER.\n\nActes officiels et Informations.\n\nJos. GRIMO.\nBordeaux. Graod-Théâtre. —La Traviata, qui a servi de débuts à MM. Morati et\nBrialmont et à Mlle Rolland, nous a montré avec quels soins méticuleux M. Frédé-\nric Boyer, notre excellent directeur, a su grouper autour de lui une troupe d'élite.\nOn annonce officiellement que c'est M. Fournets, du théâtre national de\nl'Opéra, et Mlle Ranflaur, du théâtre Royal de Bucharest, qui doivent créer cet\nhiver les deux principaux rôles de Y Anniversaire, le drame musical de M. Adal-\nbert Mercier, collaborateur de la Revue musicale.\n\nMontpellier. Par arrêté préfectoral en date du 13 octobre, M. Forestier (Xa-\nvier), professeur du Cours préparatoire de solfège à l'Ecole nationale, succursale\ndu Conservatoire national, a été nommé professeur titulaire du Cours supérieur\nde solfège.\n\nCaen. Par arrêté du 14 octobre de M. le Préfet du Calvados, M. Fontaine\n(André) a été nommé professeur de cor à l'Ecole nationale de musique, en rem-\nplacement de M. Leroux, démissionnaire.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 20 septembre au 19 octobre 1905.\n\nDATES\nPIECES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n20 sept.\nLa Valkyrie.\nR Wagner.\n16.267 26\n2 2 —\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\n21.744 41\n2 5 —\nLe Cid.\nMassenet.\n18.404 41\n27 —\nFaust.\nGounod.\n2 I .756 76\n29 —\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndeita,\nSaint-Saëns. Vidal.\n2 2.011 41\n[cr oct.\nLes Huguenots.\nMeverbeer.\nRep. gratuite\n2 —\nArmide.\nGluck.\n19.110 91\n4 —\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n1 9.226 76\n6\nFaust.\nGounod.\n22.081 41\n7 —\nArmide.\nGluck.\n14.368 »\n9 ~\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\n20.593 41\n1 1 —\nArmide.\nGluck.\n17.289 76\n13 —\nLe Cid.\nMassenet.\nib.on 4.1\nr 4 —\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\n13.443 »\ni6 —\nFa ust.\nGounod.\n20.743 41\n18 —\nTannhduser.\nR. Wagner.\n20.018 76"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "527", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.31", "texte": "INFORMATIONS\n\nII. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 20 septembre au 19 octobre 1905.\n\nAcadémie nationale de musique. —Le FREISCUÛTZ. Bien qu'il soit du 18\njuin 1821 (date de la première représentation à Berlin), l'opéra de Weber n'a pas\nvieilli. La reprise qui vient de nous en être donnée a été un vif succès, tout d'a-\nbord pour M. Taffanel qui a conduit l'orchestre, le soir de la répétition géné-\nrale, avec beaucoup de sentiment artistique, et a dû s incliner devant les accla-\nmations du public Quant aux interprètes chanteurs, ils ont été très bons sans\ndoute ; mais plusieurs fois la justesse a laissé à désirer. M. Gailhard, qui a l'o\nreille très fine, est certainement de notre avis. Au 2e acte (tableau II), dans la\nscène de la fonte des balles qui est le point culminant de l'œuvre, il est dommage\nque la « chasse fantastique » soit représentée par des figurants immobiles ; pour-\nquoi, selon l'usage, ne se sert-on pas d'une lanterne qui, sur la toile de fond,\nprojetterait des images appropriées et des chevauchées éperdues ?... La soirée\n\n1\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\n|\nRECETTES !\n20 sept.\nLe Chalet. — Le Barbier de\nSéville.\nAdam. Rossini.\n7.973 5o\n2 I —\nManon.\nM assenet.\n8.682 5o\n2 2 —\nLa Vie de Bohême.\nPuccini.\n8.254 »\no\nID —\nGrisélidis.\nMassenet.\n7.776 «\n5.676 5o\n24 — matinée\nCarmen.\nBizet.\n*4 — soirée\nLakmé.— Les Rendez-vous bour-\n25 —\ngeois.\nL. Delibes. Nicolo.\n5.744 5o\nMireille.\nGounod.\n4.538 5o\n26 —\nWerther.\nMassenet.\n9.339 )>\n27 —\nLe Chalet. — Le Barbier de\n28 —\nSéville.\nAdam. Rossini.\n8.179 5o\nManon.\nM assenet.\n8.5oi 5o\n29 —\nGrisélidis.\nMassenet.\n5.778 »\n3o —\nLouise.\nG. Charpentier.\n00\nG •\n4- '\nm\nLN\nO\nier oct. mat.\nLakmé. — La Fille du Régiment.\nL. Delibes. Donizetti.\n5.969 5o\nicr — soirée\nMignon.\nA. Thomas.\n7.116 5o\n2 —\nLa Traviala.\nVerdi.\n4 597 »\n0\n0 —\nManon.\nMassenet.\n8.740 5o\n4 ~\nCarmen.\nBizet.\n9.I33 5o\n5 —\nWerther.\nMassenet.\n8.762 5o\n6 -\nLe Chalet. — Le Barbier de\nSéville.\nAdam. Puccini.\n7.294 »\n7 ~\nManon.\nMassenet.\n9.229 5o\n8 — matinée\nM ignon.\nA. Thomas.\nB.879 5o\n8 — soirée\nCarmen.\nBizet.\n7.984 5o\n9 —\nLe Ma ître de Chapelle.—Lakmé.\nPaer. L Delibes.\n4-635 5o\n10 -—\nCavalleria Rusticana. — Le\nBarbier de Séville.\nMascagni. Rossini.\n8.698 5o\n11 —\nLe Roi d'Ys.\nLalo.\n5.716 5o\n12 —\nCarmen.\nBizet.\n8.108 5o\ni3 —\nWerther.\nMassenet.\n6.860 5o\n■ 4 —\nMignon.\nA. Thomas.\n8.112 5o\ni5 —matinée\nLa Traviata. — Cavallc ria Rus-\nticana.\nVerdi. Mascagni.\n00\n0\n0\nV\nr 5 — soirée\nManon.\nMassenet.\n9.017 5o\n(6 -\nLes Dragons de Villars.\nMaillart.\n4.382 »\n[ 7 ~\nLa Vie de Bohême.\nPuccini.\n6.739 »\n18 —\nLouise.\nG. Charpentier.\n7.792 5o\n1 9 \"\nMignon.\nA. Thomas.\n4.986 5o"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "528", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.32", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ,\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de Librairie.\n\ncommençait par l'audition d'une pièce symphonique, Le jugement de Paris,\nde M. Edmond Malherbe. C'est une œuvre de grand talent et d'un métier extra-\nordinaire, mais le résultat d'une erreur. M. Malherbe a eu l'ambition de re-\nproduire, avec l'orchestreseul, la composition peinte de Baudry qui est au foyer\nde l'Opéra.C'est une tentative vaine. Le public a fait un accueil plutôt tiède. S.\n\nSociété J.-S. Bach.— Le premier concert, avec orchestre, de la saison, aura lieu :\nSalle de l'Union, 14, rue de Trévise, le mercredi 22 novembre à 9 h. (Répétition\ngénérale le mardi 21 à 4 h.). Au programme : les deux concertos pour trois pia-\nnos et orchestre (MM. Louis Diémer, Lazare Lévy, Georges de Launay) ; la can-\ntate nuptiale (O Holder Tag, ô jour heureux !) avec Mlle Eléonore Blanc, et une\nCantate sacrée (.Liebster Jesu mein Verlangen, Jésus, mon bien-aimé !) avec\nMlle Moinel et M. Jean Reder. Orchestre sous la direction de M. G. Bret. Le 29\nnovembre, premier concert d'orgue et de musique de chambre, avec le concours\nde M. Pablo Gazais, qui jouera une suite pour violoncelle seul; de Mlle Boutet\ndeMonvel, de M. Henri Dallier, organiste de la Madeleine, etc.. Rappelons que\nla Société Bach donne douze concerts par an. Prix des places par abonnement\naux douze concerts et aux répétitions générales : 50 fr., 40 fr. et 35 fr. Cotisa-\ntion de membre honoraire : 25 fr. Pour tous renseignements, s'adresser à\nM. Daniel Hermann, directeur adjoint de la Société Bach, 9 bis, rue Méchain,\nParis.\n\nErrata\nQuelques erreurs de gravure se sont glissées dans le chœur de M. Georges Lolh\nque nous avons publié ; nous prions nos lecteurs de les rectifier ainsi :\nPage 281, ligne y, mesure /, Ténor : «#» au ré.\nPage 287, ligne 2, mesure <4, Basse : lire\nPage 289, ligne y, mesure /, A//o : lire\nMême page, ligne y, mesure 2, /re Basse : lire\nPage 291, ligne 1, mesure 1, Soprano : lire\nMême pagey ligne /, mesure 2, Soprano : lire"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "545", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.33", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\nK. M.\n4o\n\neffets du chant à un certain sens musical, osera-t-on attribuer ceux du plumage\net de la couleur à une certaine disposition, innée chez la femelle, pour la pein-\nture ?Il le faudrait, pour être logique. Rien ne nous dit que la femelle per-\nçoive léchant du rossignol, comme mélodie, et non comme simple appel. Nous\nlui attribuons peut-être sans raison notre propre sens esthétique. Le chant est\nd'ailleurs sensiblement le même chez les individus de même espèce : il paraît\nêtre un signe par lequel les mâles manifestent leur présence, et rien de plus ;\nl'instinct fait le reste.\nb) Il faut ajouter que les oiseaux ne se bornent pas à chanter pendant la saison\ndes amours ;il serait même exact de dire que c'est à l'approche d'un danger\nqu'ils font entendre leur voix, l'« appel » de l'oiseau ayant peut-être pour ori-\ngine le cri de détresse.\nc) En outre, peut-on raisonnablement admettre que l'état d'infériorité rela-\ntive où se trouve telle espèce est dû à la maladresse initiale d'un oiseau qui\naurait manqué sa chanson ? Le bon sens ne veut pas qu'on dise : La supériorité\nde certains chanteurs sur les autres a créé des espèces différentes, mais plutôt :\nce sont les différences d'espèces qui créent les différences de chant.\nd) Le chant des oiseaux, malgré tout ce que les poètes en ont dit, n'a rien de\nmusical. La preuve en est dans cette simple observation de Westphal. Plusieurs\noiseaux qui chantent ensemble nous paraissent très agréables ; mais plusieurs\npersonnes qui chantent en même temps sans s'être accordées nous paraissent\ninsupportables (1). Les lois ne sont donc pas du tout les mêmes.\n20 En ce qui concerne l'homme :\na) Il est peu probable que l'homme primitif ait jamais considéré le chant des\noiseaux comme un modèle à suivre, attendu que, pour voir dans ce chant une\nmélodie, il aurait fallu être déjà musicien, et même musicien assez raffiné.\nVoici d'autres faits dont il est difficile de ne pas tenir compte.\nb) Les Australiens connaissent le chant et la musique, et cependant ils ont\ntrès peu d'oiseaux chanteurs dans leur pays.\nc) Le chant des oiseaux est très difficile à fixer par la notation, parce qu'il\nest étranger à tout système musical.\nIl ne figure, dans quelques compositions célèbres, qu'à titre exceptionnel,\ncomme une sorte de citation. Quand il est d'un réalisme très exact, il dégénère\nfacilement en curiosité de café-concert, destinée à étonner plus qu'à émouvoir.\nSi on veut le mettre en harmonie avec le caractère habituel d'une œuvre sérieuse,\non est obligé de l'altérer, de le traiter très librement; encore rabaisse-t-il la\nvaleur d'une composition et gêne-t-il la pensée musicale (2).\nd) D'après la doctrine du naturaliste anglais, puisque le chant est un moyen de\nvictoire et sert, par là, au progrès de l'espèce, il devrait y avoir coïncidence ou\nparallélisme entre les progrès du chant et la hiérarchie des espèces vivantes\njusqu'à l'homme. Le singe devrait être plus musicien que le rossignol. Pourquoi\nn'en est-il pas ainsi ? Chez les mammifères, les manifestations bruyantes de la\nvoix (on ne peut les appeler autrement) sont de simples phénomènes d'inspira-\n\n(1) Salinas, musicien du xvi° siècle [De mus., 1577, lib. I, ch. 1, p. 1), dit que les oiseaux ne\nsont pas musiciens parce qu'ils ne font entendre ni consonance ni dissonance, et que si l'on dit\nqu'ils chantent, c'est par métaphore, comme quand on dit : prata rident (cité par Dom Caffiaux) î\n(2) Cf. le brillant morceau deHeendel dans le poème II allegretto, il pensieroso, il moderato."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "546", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.34", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ntion et d'expiration, et il ne suffit pas que certain gibbon puisse pousser une note\nénergique (Darwin) pour qu'on le considère comme musicien.\nBrehms (dans Tierleben, Vie des animaux) analyse complaisamment les mani-\nfestations vocales de certain singe où il croit trouver une gamme chromatique\ncomplète, émise régulièrement, avec sûreté et agilité, et où il voit même des\n« retards ». Stumpf a nié avec raison la valeur musicale de cette observation et\ndéclaré que la seule chose à en retenir, c'est que la musique n'a rien de commun\navec les cris des animaux (1 ). P. Moos raille agréablement ces « retards » chez les\nsinges (2). Avec raison aussi, A. Weismann ajoute qu'il est impossible\ndéfaire dériver le sens musical de la sélection sexuelle, attendu que le dévelop-\npement de la musique ne repose nullement sur « une modification de notre\nnature physique innée (3) ».\ne) Dans l'espèce humaine, il y a aussi des faits que l'on devrait pouvoir constater\ncomme conséquence de la doctrine darwinienne, et qui font défaut. Si c'est un\nlangage d'amour, transmis par hérédité et par évolution, qui a créé la musique,\nles peuples primitifs devraient attester la continuité de la progression par le\ncaractère de leur art. On devrait trouver chez eux une musique sentimentale,\nd'autant plus expressive et tendre qu'elle est plus voisine de la nature et sous la\ndépendance plus immédiate de l'hérédité. Or, il n'en est pas ainsi. D'après un\ntémoignage du prince de Wied reproduit par Grosse, voici en quoi consiste le\nchant des Botocudos : le chant des hommes ressemble à un rugissement inarti-\nculé, qui oscille entre deux ou trois sons, tantôt élevés, tantôt profonds. Ils\nrespirent profondément, mettent leur bras gauche sur leur tête, quelquefois un\ndoigt dans chaque oreille, surtout s'ils ont un public, en ouvrant toute grande\nune bouche déformée par le bottock. Je ne crois pas que personne soit tenté de\nvoir là un spécimen de l'art de plaire.\nComme l'affirme un excellent juge (4), le sauvage ne connaît que l'accouple-\nment. « Les Indiens Tinné dans l'Amérique du Nord, écrit Lubbock (5), ne\npossèdent pas de mot pour exprimer cher ou bien-aimé, et le langage des Algon-\nquins (Peaux-Rouges aux environs du lac Michighan) n'a pas de verbe signifiant\naimer... Bien que les chants des sauvages parlent ordinairement de chasse, de\nguerre, de femme, il est fort rare qu'on puisse leur appliquer le titre de chant\nd'amour... (Ni chez les Osages (Indiens delà région centrale des Etats-Unis), ni\nchez les Cherokees, on ne pourrait trouver une seule expression musicale ou poé-\ntique fondée sur une passion tendre entre les deux sexes... Bien qu'on le leur ait\n... J\ndemandé souvent, ils n'ont jamais produit un chant d'amour. » On n'a pas\ntrouvé une seule chanson d'amour chez les Australiens, les Mincopies et les\nBotocudos ; Rink, qui a le mieux étudié les Esquimaux, dit de ces derniers\nqu'ils connaissent à peine le sentiment d'amour (6).\n/) Autre point de vue : si elle a son origine dans l'instinct sexuel, pourquoi\nune des premières fonctions de la musique, chez presque tous les peuples, est-\n\n(1) Stumpf, Musikpsychologie in England, dans le ier vol. de la Vierteljahrsschrift f. Mu-\nsikwissenschaft, 1885. - -\n(2) P. Moos, Modem Musikœstheiik in Deutschland, 1902, p. 442.\n(3) A. Weismann, Gedanken ùber Musik bei Thieren und bei Menschen (61e vol. de la Deutsche\nRundschau, 1889, p. 50-79).\n(4) Grosse, ibid.9 p. 213.\n(5) V. Lubbock, Origine de la civilisation (Mariageù\n(6) Ibidp. 68 (traduction française). Cf. Grosse, ibid., p. 185.\nî . 1"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "547", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.35", "texte": "COURS DÛ COLLÈGE DE FRANCE\n\nelle d'ordre religieux ? D'où viennent les chants de guerre, qui sont la négation\nde 1 amour ? Comment se fait-il que les Australiens (et beaucoup d'autres\nhommes) chantent presque toujours lorsqu'ils sont seuls{i )? Pourquoi, l'instinct\nsexuel étant général, certains peuples (comme les Allemands) sont-ils plus musi-\nciens que d'autres peuples, qui sont pourtant leurs parents (comme les Anglais) >\nLes Allemands peuvent être considérés comme les rois de la musique, puisqu'ils\nont produit un Bach, un Haendel, un Beethoven, un Weber, un Schumann : y\na-t-il une corrélation entre cette supériorité incontestable et (par hypothèse) une\nautre supériorité innée chez nos voisins dans l'art de plaire et de séduire? Y a-t-il\naussi une corrélation exacte entre les dons naturels de séduction qu'on a toujours\nattribués aux Français et leur génie musical? Voici une observation de Hseckel\nqui contredit la théorie de Darwin : « Alors que, chez les oiseaux, c'est généra-\nlement le mâle qui chante, c'est, dans l'espèce humaine, la femme qui a une\nvoix supérieure et qui est la mieux armée pour séduire. » On a constaté cette su-\npériorité du chant de la femme chez les sauvages eux-mêmes. Si, par la doctrine\nde l'hérédité, on explique la transmission d'un instinct de mâle en mâle, comment\nexplique-t-on que ce même instinct soit passé d'un sexe à un autre ? (Il faut\nd'ailleurs reconnaître qu'en disant que la femme est mieux armée pour plaire,\nnous nous plaçons au point de vue masculin qui n'est pas absolu A\ng) Enfin est-il vraisemblable que l'homme primitif ait développé un moyen\nde séduction purement artistique, alors qu'il avait à sa disposition, pour arriver\nau même but, un moyen bien autrement pratique et positif : le langage articulé?\nIII\nLes objections, comme vous le voyez, sont assez nombreuses ; cependant, je\nne m'en exagère pas l'importance. Je devrais peut-être m'arrêter sur un point\nd'interrogation; j'aime mieux incliner vers une conclusion moins sceptique.\nLa doctrine de Darwin, en dépit de tout ce qu'on peut lui objecter, a quelque\nchose de profond et de séduisant. Elle échappe à toute vérification expérimen-\ntale, c'est entendu; mais elle a pour base de belles idées et un sentiment pro-\nfond de la vie : elle est fondée sur la croyance à l'unité des êtres vivants, et au\nprogrès. Comme elle est extrêmement générale, en dehors de l'art pratique, et\npermet de réserver toutes les questions précises et techniques, c'est-à-dire les\nquestions qui, pour nous, seront les plus importantes, il n'y a aucune nécessité\nde la rejeter complètement.\nCette théorie n'est pas en somme très éloignée de celle des grands métaphy-\nsiciens allemands, de Schopenhauer par exemple, qui attribue à la mu-\nsique le privilège d'exprimer ce qu'il y a de plus fondamental dans notre être\nintime. Or, le fond de notre être, c'est l'amour de la vie, le désir de la prolonger\net de la perpétuer en la rendant meilleure et plus brillante. 11 y a là une loi qui\nsemble universelle : les faits qu'on peut lui opposer sont peut-être des faits très\nexceptionnels, ou mal observés, ou mal interprétés. Cette loi paraît la même\npour l'homme que pour l'animal. Que la musique en'soit fonction, au moins\nà l'origine, cela n'aurait rien d'étonnant. Et c'est parce qu'elle traduit ce qu'il\n\n(1) V. Grosse, les Débuts de VArt * « les Australiens chantent presque toujours quand ils sont\nseuls » (tr. fr.,p. 226). - -"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "548", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.36", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L ANCIEN RÉGIME\n\ny a de plus intime dans les êtres, que la musique a été considérée comme ayant\nun pouvoir magique. (Sur ce passage de l'idée cTexpression à celle cTaction\nefficace et pratique, je me suis déjà expliqué.)\nEncore une fois, ce n'est pas par des moyens d'érudition, par de petits argu-\nments de détail, qu'on établit ou qu'on ruine une thèse comme celle que je\nviens d'exposer. Dans son récit de voyage En Guinée, M. Claudius Madrolle\nparle de la frénésie avec laquelle les nègres cultivent la musique et la danse, et\nil ajoute : « Dès le coucher du soleil, l'Afrique tout entière est en fête et retentit\ndes sons du tamtam. » C'est quelque chose d'analogue au concert assourdis-\nsant, éperdu, que, les soirs d'été, des bête de toute sorte font entendre dans\nles champs ; ce concert, à la fois grandiose et rude, que nous avons tous entendu\nà la campagne, a une raison d'être, une signification : c'est en le comprenant\nqu'on a quelque chance de comprendre l'âme de la nature ; il semble être le\nson que rend le « devenir » des choses, l'appel inconscient de la nature à des\nformes nouvelles et plus belles. Avec les premières ombres de la nuit, comme\navec les premiers souffles du printemps, semble descendre sur les êtres un\nirrésistible besoin de donner plus d'intensité à la vie et de la perpétuer en cher-\nchant le mieux. L'amour, qui est le grand agent du progrès, enveloppe le\nmonde; et la musique est seule capable de l'exprimer.\nDarwin a donc raison. —à une condition: c'est qu'on admette entre les cris ou\nles chants des animaux et la musique de l'homme, la même différence qu'entre\nl'instinct aveugle des uns et l'instinct de l'autre, enrichi de tout ce que la pensée\nconsciente, la culture et la vie sociale peuvent lui donner de nouveau, de délicat,\nde puissant et de divers.\n\nJULES COMBARIEU.\n\nUn grand violoniste de l'ancien régime.\nLes deux Jean Baptiste Anet.\n\nUn musicien que ses contemporains appelaient Baptiste tout court, et qui,\nen réalité, se nommait Jean-Baptiste Anet, a laissé une réputation extrême-\nment brillante au début du xvme siècle ; on le considérait alors en France\ncomme le premier violoniste de son temps. « Baptiste, écrit Ancelet, a été le\npremier violon de son temps ; il avait le tact excellent, de la justesse et de l'ar-\nchet (1). » Daquin l'appelle « le plus grand violon qui ait jamais existé» (2).\n« Il avait, assure Pluche, Y expression ; et le son qu'il tirait de son instrument\nétait le plus beau dont l'oreille humaine pût être frappée (3). » Ses qualités de\ntechnicien atteignaient, au dire de ses contemporains, à un degré que l'on qua-\nlifiait de prodigieux, et Baptiste devait servir de terme de comparaison à l'é-\ngard des instrumentistes d'une autre génération, tels que Graviniès par exemple :\n« Quels sons vous entendez ! déclare Daquin à propos de cet artiste, quel coup\nd'archet ! que de force ! que de grâce ! C'est Baptiste lui-même (4) ! »\n\n(1) Ancelet. Observations sur la Musique et les Musiciens, 1757, pp. 12-13.\n(2) Daquin, Lettres sur les hommes célèbres dans les sciences, etc..., sous le règne de Louis XV,\n1752, p. 130.\n(3) Pluche, Spectacle de la Nature, t. VII, p. 103.\n(4) Daquin, loc. cit.y I, p. 139."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "549", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.37", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nComme tous les violonistes des premières années du xvuie siècle, Anet a été\nproclamé l'inventeur de la double corde, honneur qui revient à Du Val et à Jean-\nFerry Rebel. (( Je n'ignore pas, écrit Carbasus, que l'on ne puisse exécuter deux\ndessus ensemble; mais, pour le faire parfaitement, il faut être aussi habile que\nBaptiste ( 1 ). »\nJusqu'à présent la généalogie du célèbre « Baptiste » est demeurée assez\nconfuse ;on a voulu faire de lui le fils dun autre violoniste portant les mêmes\nprénoms, mais dont le rôle artistique paraît avoir été beaucoup plus effacé. Nous\nverrons ce qu'il faut penser de cette manière devoir et, en attendant, nous dési-\ngnerons les deux musiciens qui font l'objet de cette étude par les dénominations\nde Jean-Baptiste I et Jean-Baptiste 11. Après la biographie, nous étudierons les\nœuvres.\nI\nLe nom des deux Jean-Baptiste a reçu diverses orthographes : Anet, Annet,\nAnnette, et Hanet. Peut-être ce nom est-il celui de quelque protecteur auprès\nduquel un membre de la famille de nos musiciens aurait trouvé une situation\navantageuse ; nombre de grands seigneurs et même de hobereaux possédaient\nalors des instrumentistes à gages qui prenaient le nom de la maison à laquelle\nleurs appointements les attachaient, et il y a des Anet à Paris, des Annet, des\nAnnette, et des Hanet en Lorraine et dans l'Orléanais (2). Peut-être aussi le\nnom d'Anet appartient-il en propre à cette dynastie de musiciens: ce qui ten-\ndrait à le faire croire, c'est que nous relevons trace, au xvne siècle, de person-\nnages de condition modeste répondant à la même désignation patronymique\net habitant dans la région parisienne. Un vigneron parisien appelé Jean Hanet\nvend en 1666 un immeuble àun sr Carron, tailleur à Asnières '3). Quoi qu'il\nen soit, ce Jean Hanet avait pour contemporain un joueur d'instruments, du nom\nde Claude Anet, dont le fils Jean-Baptiste se marie à Saint-Sulpice le 21 août\n1673, ainsi qu'en témoigne son acte de mariage qui nous apprend sa qualité\n« d'officier delà Chambre de Mgr le Ducd'Orléans », son âge, 22 ans, et le nom\nde sa femme, Jeanne Vincent, âgée de 19 ans, fille de Marin Vincent Tapissier (4).\nLa naissance de Jean-Baptiste I remonte donc à l'année 1651 ; retenons cette\ndate qui nous sera fort utile lorsqu'il s'agira d'élucider le degré de parenté des\ndeux homonymes. Ainsi, dès 1673, Jean-Baptiste I fait partie de la musique de\nMonsieur, et nous le trouvons encore en 1694 parmi les 9 violons de ce prince ;\nil signe, à cette époque, sur une quittance de 1800 livres pour gages et nourriture\nde ces instrumentistes, et son nom « Baptiste », tracé d'une écriture lourde et ma-\nladroite, figureà côté de ceux de Jacques Duvivier, J.-B. Prieur, JacquesNivelon,\nEdme Dumont, Pierre Marchand et Guillaume Dufresne (5). Jean-Baptiste I se\n\n(1) Lettre cle M. l'abbé Carbasus àM. de XXX, Auteur du Temple du Goust, sur la mode des\nInstruments de Musique, Paris, 1739.\n(2) Bibl. nat. Cabinet des titres, Pièces originales, nos 59, 74, 1473.\n(3) Ibid. Vente d'une maison faite à Estienne Carron par Jean Hanet, vigneron à Paris, et sa\nfemme Marguerite Lestorsan, le 14 octobre 1666. N° 1473.\n(4) M. Vidal, dans son ouvrage sur les Instruments à archet, a publié l'acte de mariage de Jean-\nBaptiste I, acte extrait des registres de la paroisse Saint-Sulpice. (Tome 11, p. 247 )\n(5) Vidal, loc.cit., t. 11, p. 247, en note. Cette pièce est tirée de la Collection de M. le marquis\nde Saint-Hilaire."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "550", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.38", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nlivrait aussi au professorat : le Livre commode des adresses de Paris pour\n76901 e signale comme « maître pour le dessus de violon » entre Verdier, rue du\nChantre, et du Bois, rue des Fossés-Saint-Germain; il demeure alors rue du\nCloître-Saint Honoré (1). C'est encore lui qui, sous la dénomination de Baptiste\nHanet, est inscrit dans la première classe du Rôle de capitation pour la commu-\nnauté des maîtres à danser et joueurs d'instruments de musique de Paris pour\nl'année 1695. Il paie 12 livres avec la mention suivante: (( Ayant payé ailleurs,\ndéchargé», mention qui semble indiquer une certaine mobilité d'existence que,\nmalheureusement, nous ne pouvons contrôler (2). En 1699, il entre aux 24 vio-\nlons et remplace dans cette compagnie François Marillet de Bonnefond, dé-\ncédé (3). Le 9 mars 1699, une ordonnance de décharge, signée à Versailles, pres-\ncrit au trésorier des Menus de payer « à Jean-Baptiste Anette, violon, les gages\ndu sr Bonnefond, àla place duquel il a été pourvu depuis la mort dudit Bonne-\nfond jusques au 8 février 1699 » (4L\nLe 2 avril 1700, le sr Aubert, syndic de la communauté des Maîtres à danser,\nlui délivre la quittance suivante :\n<( Je soussigné sindicq de La Communauté des maistres à danser et L'un des\n24 violions du rov, recognois avoir receu du sr Babtiste nostre camarade La\nSomme de 72 livres qu'il avoit receue du trésorier de Monsieur pour les Es-\ntrennes du icr janvier de la présente année, de laquelle somme je tiens quitteLed1\nsr Baptiste et promets Lemployer au payement de La Salle de Saint-\nJulien où nous faisons nos concerts suivant l'intention de la compagnie des 24,\net d'en rendre compte à ladte compagnie toutes fois et quante. fait à paris\nce deux avril 1700. Signé : Aubert (3). »\n; En dépit de la soumission que le sr Jean Aubert semblait afficher à lé-\ngard des « intentions de la compagnie des 24 )), il ne se faisait pourtant pas faute\nd'affirmerde temps en temps son indépendance, et nous en avons la preuve dans\nla protestation que la compagnie rédige en juillet 1700 au sujet des agissements\nd'Aubert, qui s'obstine à vouloir jouer « le dessus » alors qu'on lui a prescrit de\njouer « la quinte». Baptiste signe cette protestation en même temps que Se-\nnattie le père (6).\n. Nous pouvons suivre Jean-Baptiste I depuis son entrée (1699) à la musique de\nla Chambre, jusqu'à sa mort. L'Etat de la France de 1702 le mentionne au nom-\nbre des <( dessus de violon » (7) ; les registres de la Cour des Aides l'inscrivent\nen 1706 pour des gages de 365 livres (8), et les comptes des Menus-Plaisirs\nn'oublient pas Jean-Baptiste Anette en 1707 et 1708 (9). Le violoniste meurt en\n\n(1) Le Livre commode des adresses de Paiis pour 7692, par Abraham du Pradel (Nicolas de\nBlegny), t. I, pp. 210, 211.\n(2) Arch. nat. Z'h 657.\n(3)Arch. nat. O1 33, f° 53. Ordonnance de Versailles du 8 février 1699 : Retenue de joueur de\nviolon de la chambre pour Jean-Baptiste Annette.\n(4) Arch. nat. 01 43, 1° 82. J -\n(5) Arch. nat. O1 842' L Jean Aubert était titulaire depuis 1691, avec Thomas Duchesne, Vin-\ncent Pesant et Jean Godefroy, d'un des 4 offices de jurés syndics institués par Louis XIV en rem-\nplacement des jurés élus de là communauté des maîtres à danser et joueurs d'instruments de\nParis.\n(6) D* O1 84 2 L\n(\") Etat de la France pour 1702, t. I, p. 230.\n(8) Arch. nat. Zla 486.\n(9) KK 2 1 -, f° 27 ( 1 707) et KK 216 f° 26 (1708)."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "551", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.39", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L ANCIEN RÉGIME\n\npossession de sa charge le 26 avril 1710, à l'âge de 59 ans, et on peut lire sur les\nRegistres du Secrétariat de la Maison du Roi pour cette année la note ci-\naprès :\n« Ordonnance de décharge à Louis Francœur joueur de violon de la chambre,\npourvu à la place de Jean-Baptiste Anette pour toucher les gages de ladite charge\ndepuis le 26e avril, jour de son décez, nonobstant qu'il n'aist été pourvu que le\n26e May 1710(1). »\nJean-Baptiste I laissait une veuve, à laquelle une ordonnance royale, datée de\nVersailles le 4 octobre 1711, prescrivait de payer les gages de la charge du dé-\nfunt depuis le ier janvier 1710 jusqu'au jour de sa mort (2). Cette veuve n'était\npas Jeanne Vincent ; Anet s'était remarié après la mort de celle-ci, et avaitépousé\nen secondes noces Louise Chaulet, dont le testament, qui porte la date du 7 août\n1738, proclame la santé précaire et la condition voisine de l'indigence. Grâce à\ncet acte, nous savons que Louise Chaulet, « veuve de Jean-Baptiste Hanet, dit\nBaptiste, l'un des 24 violons de la chambre et musique ordinaire du Roy », habi-\ntait à Paris, rue Carpentier, paroisse Saint-Sulpice, dans une maison apparte-\nnant à la succession de M. Montorcy : elle était atteinte de paralysie et dans l'im-\npossibilité absolue de signer. Elle désignait Mme cle Montorcy pour son exécu-\ntrice testamentaire, et lui demandait de faire vendre son modeste mobilier et de\ndistribuer aux pauvres le produit de la vente, après prélèvement des frais funé-\nraires (3). h: b\nLa vie de Jean-Baptiste I s'écoula obscurément, partagée qu'elle fut entre des\ndevoirs officiels et les labeurs du professorat. Le musicien n'a point laissé d'oeu-\nvres, tandis que son prédécesseur aux 24 violons Bonnefond figure parmi les au-\nteurs dont le vol. 26, aujourd'hui disparu, de la Collection Philidor renfermait\nles compositions. D'après le Mercure, Jean-Baptiste l,que le journal désigne sous\nle nom de Baptiste père, aurait été élève de Lulli avec Verdier, Joubert, Mar-\nchand, Rebel et Lalande (4). Cette information a été reproduite par Dure'y de\nNoinville, dans son Histoire de VOpéra (5).\nII\nVenons-en maintenant à Jean-Baptiste 11. La note du Mercure que nous\ncitons ci-dessus a été, sans doute, l'origine de la thèse qui veut que cet autre\nAnet ait été le fils du premier, thèse à laquelle nous ne pouvons souscrire en rai-\nson des documents que nous allons faire connaître (6).\nOn lit, en effet, dans le Journal manuscrit de Durival, conservé à la Biblio-\nthèque publique de Nancy, l'indication suivante, à la date du 14 août 1755 :\n« Le même jour (14 août 1755), mourut à Lunéville, à ïâge de plus de 95 ans,\nJean-Baptiste Anet, violon célèbre connu sous le nom de Baptiste. Il y avait\n\n(i) 0154 f° 87. Ordonnance de Versailles du 8 juin 1810). Retenue du 26 mai 1710. 0154f°77.\n2) 0*54 f° 155 verso (Ordonnance du 4 octobre 1711b\n(3) Testament Chaulet, veuve Hanet, passé devant Me Duport, notaire au Châtelet. et son con-\nfrère. Minutes de Me Meunié, notaire à Paris. Insinué le 13 août 1738. (Archives de la Seine.)\n(4) Mercure de France, août 1738, p. 1726.\n(5) Durey de Noinville, Histoire de l'Opéra, t. 1,. p. 34. (Edition de 1757.)\n(6) Cette thèse, présentée par M. Vidal dans son livre précité, a été adoptée par M. Pougin\n(Ménestrel, 1896, n° 12, p. 91), et par M. Michel Brenet (Les Concerts en France sous l'ancien\nrégime, 1900, p. 125)."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "552", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.40", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nlongtemps qu'il était dans la musique du roy de Pologne (1). » Nous avonscher-\nché à vérifier l'assertion de Durival, et nous avons pu retrouver à Lunéville\nl'acte de décès de Jean-Baptiste 11. Le voici, dans son texte intégral :\n« L'an 1755 Ie quatorzième aoust, à quatre heures et demie du soir est décédé\nen cette paroisse le sieur Jean-Baptiste Anet dit Baptiste, garçon majeur, premier\nviolon de la Musique du Roi, âgé de quatre-vingt-quatorze ans, après avoir été\nconfessé et avoir reçu le St Viatique et l'Extrême-Onction. Son corps a été\ninhumé le lendemain dans le cimetière de cette paroisse avec les prières ordi-\nnaires, en présence des témoins soussignés :\n« Signé : J. Vautier ; Claude François Gray ; G. G. Le Roy ; Ch. Reg,curé (2). »\nIl résulte de ce document que le renseignement de Durival est exact, sauf en ce\nqui concerne l'âge du défunt. Déjà, M. Jacquot, dans son livre La Musique en\nLorraine, avait indiqué que Jean-Baptiste II était mort à Lunéville en 1755 (3). Il\navait puisé cette information dans la Biographie de Lorraine de Michel (4), où on\npeut lire : « Anet est mort à Lunéville en 1755. » A l'époque où xM. Jacquot écri-\nvit son ouvrage (1882), la Bibliothèque de Nancy ne possédait pas encore le\nms. de Durival ; depuis il paraît avoir eu connaissance de ce ms., comme le\nprouve la note qu'il a publiée sur Jean-Baptiste II en 1903 (5). Il ressort évidem-\nment de la pièce transcrite ci-dessus que Jean-Baptiste 11, mort en 1755 à 94 ans,\net né par conséquent en 1661, ne peut pas être le fils de Jean-Baptiste I, qui na-\nquit seulement 10 ans auparavant, en 1651. Jean-Baptiste II est vraisemblable-\nment le frère cadet de son homonyme, et ceci explique pourquoi ses contempo-\nrains l'appelaient le jeune Baptiste, voulant par là le distinguer de son aîné. La\nqualification de Baptiste le père, attribuée à Jean-Baptiste I, ne doit pas nous arrê-\nter, car rien n'empêche que celui-ci, qui s'était marié deux fois, ait eu un fils du\nnom de Baptiste, fils sur le compte duquel nous ne possédons aucun renseigne-\nment. Ce qu'ily a de certain, c'est que Jean-Baptiste 11, le célèbre Baptiste, n'est\npas le fils de celui dont nous avons esquissé plus haut labiographie. On pourra\nopposer plusieurs textes à notre manièrede voir ; on pourra faire étatd'une citation\ndu Mercure galant de 1701 que nous reproduisons plus loin et dans laquelle Jean-\nBaptiste II est désigné sous le nom du jeune Baptiste ;on relèvera l'expres-\nsion dont se sert Lecerf de la Viéville à l'endroit de notre violoniste, qu'il traite\nde petit Baptiste (6). Ces objections, outre qu'elles ne subsistent pas en fait de-\nvant le document décisif de Lunéville, sont néanmoins susceptibles d'être vic-\ntorieusement combattues ; car il suffit d'interpréter l'expression « Le jeune\n\n(1) Journal de Durival, t. VI, f° 16 verso. N° 13 13 du catalogue des mss. de la Bibliothèque\npublique de Nancy, t. XLII du catalogue général des Bibliothèques publiques de France. Nous\ndevons ce renseignement à l'obligeance de MM. Favier, conservateur de la Bibliothèque de\nNancy, et Duvernoy, archiviste de Meurthe-et-Moselle, auxquels nous exprimons ici toute notre\ngratitude. Le Journal de Durival, qui comprend les nos 1310 à 1323 du catalogue des mss de\nNancy, se compose de 12 cahiers assez épais, de format in-40, contenant le journal météorologique\ndes années 1737 à 1795 inclusivement et diverses anecdotes relatives à l'histoire de Lorraine,\ntant en vers qu'en prose, rédigés par M. Durival l'aîné, de son vivant lieutenant général de\npolice à Nancy et retraité à Heillecourt.\n(2) Registres de la paroisse Saint-Joseph à Lunéville, 49e feuillet, p. 97.\n(3) Albert Jacquot, La Musique en Loraine, 2e édition, Paris, 1882, p. 160.\n(4) Michel, Biographie historique et généalogique des hommes marquants de Vancienne province\nde Lorraine, Nancy, 1829, p. 18 (Bibl. nat., L 20. 76).\n(5) Voir : Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des Départements en igoj, p. 680.\n(6) Lecerf de la Viéville, Parallèle entre les Italiens et les Français en ce qui concerne la musique)\n1702, t. 11, p. 118."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "553", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.41", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nBaptiste » dans le sens de « Baptiste le jeune», «Baptiste le cadet ». Jean-\nBaptiste II avait 40 ans en 1701, et on pourrait, à bon droit, se montrer surpris\nde voir traiter un homme de cet âge comme un tout jeune adolescent ; mais\nrien n'empêche, selon nous, de donner à la qualification du Mercure un sens très\ndifférent de celui qui ressort du texte à première lecture. Nous ferons la même\nobservation à propos de l'expression employée par Lecerf en 1702, expression\nqui peut avoir une signification rétrospective. Des exemples analogues ne man-\nquent pas dans notre histoire musicale, et nous citerons en particulier les deux\nLeclair, dont le cadet s'appelait Leclair le jeune ou «le jeune Leclair ». Bien\nplus, il nous est loisible de procéder à une contre-épreuve de la validité de notre\nhypothèse, cardans le cas d'un père et d'un fils portant les mêmes prénoms, cas\nqui se présente pour les deux Jean-Baptiste Sénallé, le fils est toujours désigné\nsous le nom de Jean-Baptiste Senallé le fils. Nous nous croyons donc en droit\nde conclure que Jean-Baptiste II est le frère cadet de Jean-Baptiste I (1).\nSur son enfance, les documents précis font défaut ; les auteurs contemporains\nassurent qu'il voyagea en Allemagne, en Pologne et en Italie, et qu'il reçut à\nRome les leçons de Corelli. Lecerf l'appelle « le fils adoptifde Corelli » (2), et\nl'abbé Pluche prétend que le maître italien, émerveillé de la précocité de son\ntalent, lui fit don de son archet (3). L'histoire des voyages de Jean-Baptiste II\nreste à écrire : toujours est-il que, comme nous le verrons plus loin, son œuvre\nreflète, à n'en pas douter, l'influence de Corelli, et que nous le trouvons à Paris\nen 1701, dans une circonstance qui semble devoir faire suspecter l'exactitude de\nl'anecdote rapportée par Fétis au sujet du peu de succès que Baptiste aurait\nremporté auprès de Louis XIV. Tout le monde connaît cette anecdote. Or voici\nce qu'on lit dans le Mercure galant de 1701, sous la rubrique « Journal de Fon-\ntainebleau » : « Le 23 octobre, le roi entendit après son souper un concert\nexquis d'airs italiens exécutés par les Srs Couperin, Forcroy, et le jeune Baptiste\nqui est à M. le Duc d'Orléans, pour le violon. Le roi parut surpris de l'excel-\nlence de ce dernier qu'il n'avait pas encore entendu (4). » Il eût été piquant que\nLouis XIV, qui ne manquait pas d'esprit, se fût amusé à opposer Jean-Baptiste I,\nordinaire de sa chambre et dépositaire de « son goût à lui », à son cadet.\nLes archives permettent de suivre la carrière de notre musicien à partir de 1717.\nLes Etats des Menus-Plaisirs de cette année-là nomment J. -B. Annette parmi\nles symphonistes qui touchent 850 livres pour leur nourritureet leur entretien (5).\nC'est à la musique de la chapelle royale que compte le violoniste, ainsi que nous\nle constatons sur Y Etat de la France de 7722 (6). En février 1726, le Mercure le\ncite comme ayant pris part aux concerts de janvier à Marly (7), et nous le retrou-\nvons sur Y Etat de la France de 1717 au nombre des 26 symphonistes de la cha-\npelle, à côté de François Rebel, le fils de Jean-Ferry, de Charles-Henri Le Roux,\net d'Antoine Forcroix (8). A cette époque, la cour et la ville portaient Baptiste\n\n(1) M. A. Pougin cite une assertion de Castil-Blaze qui confirmerait notre thèse. Castil-Blaze\nsignale en effet, parmi les symphonistes que Lulli dirigeait en 1673 et 1674 : Baptiste aîné et\nBaptiste cadet. (Ménestrel, loc. cit., p. 91.)\n(2) Lecerf, loc. cit., t. 11, p. 118.\n(3) Pluche, Spectacle de la Nature, t. VII, p. 103.\n(4) Mercure galant, novembre 1701, p. 207.\n(5) Arch. nat. O 1 2846, f° 22.\n(6) Etat de la France pour 1722, t. I, p. 156.\n(7) Mercure, février 1726, p. 389.\n(8) Etat de la France pour 1727, t. I, p. 186."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "554", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.42", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L ANCIEN RÉGIME\n\nau pinacle, il avait pour élève un prince de sang royal, Louis Charles de Bour-\nbon, comte d'Eu, auquel il enseignait le violon, c'est lui-même qui nous le dit :\n«Je suis redevable à V. A. S. de l'approbation qu'elle a bien voulu donner\njusqu'à présenta mes compositions, et du plaisir qu'elle a témoigné prendre à\nles entendre exécuter, et je suis encore plus sensible à l'honneur qu'elle m'a\nfait en daignant prendre de mes leçons sur la musique instrumentale que je\nprofesse, et pour laquelle Elle a reçu de la nature des dispositions si heu-\nreuses qu'Elle a acquis en peu de temps la théorie et la pratique de cet art\ndans un degré de perfection où peu de personnes parviennent après une étude\nde beaucoup d'années (1). »\nAussi, en fondant le Concert spirituel, Philidor eut-il garde de se priver du\nconcours du célèbre virtuose : « Ce qu'il y a de bien piquant dans ce concert,\ndéclare le Mercure, c'est une espèce d'assaut entre les srs Baptiste français\net Guignon piémontais, qu on regarde comme les deux meilleurs joueurs de\nviolon qui soient au monde » (2).\nQuantz, qui passa huit mois à Paris, d'août 1726 à mars 1727, parle avec éloge\ndesdeux rivaux : « le premier, dit-il, jouait dans le goût français, le deuxième dans\nle goût welche». On s'arrachait le violoniste, et Marpurg enregistre l'enthou-\nsiasme qu'il provoquait, en nous racontant une anecdote assez comique, qui,\nchose étrange, a échappé à Fétis. Il s'agit d'un certain marquis, grand admira-\nteur de Baptiste, mais dont les sollicitations auprès du musicien demeurent\nvaines; de guerre lasse, le marquis se décide à l'aller quérir à son domicile,\net le trouve en train de surveiller minutieusement la cuisson d'une superbe\nvolaille ; vaincu enfin, le violoniste accepte d'aller jouer chez son persécuteur,\n\"mais a la condition expresse que celui-ci, durant son absence, continuera la\nbesogne du rôtisseur. Tout penaud, notre marquis s'installe auprès de la bro-\nche ; mais aussitôt que Baptiste a tourné les talons, il saute en voiture et, arrivé\n'chez lui, se cache derrière un paravent, afin de prendre incognito sa part du\nconcert. Dès que le violoniste, une fois son morceau terminé, fait mine de\nremiser son instrument le. marquis , regagne.- sa-voiture-afin de.retourner au.\nplus vite à sa faction culinaire (3). On ne nous dit pas si le rôti fut brûlé et si\n(Anet s'aperçut de la supercherie.\nNous n'aurions pas, du reste, besoin de ce trait pour nous convaincre qu'il\nétait d'humeur joriale et bon vivant. A l'encontre de son aîné, qui se montra\nfanatique du mariage, Jean-Baptiste II demeura célibataire (4), ce qui ne\nl'empêcha pas d'atteindre à une extraordinaire longévité. Il avait de l'enjouement\n\"et même de l'esprit, et la dédicace de son œuvre de Musette qu'il adressa à son\n\"ami Colin Charpentier, nous est une preuve de ses dispositions malicieuses (5).\n\n(1) Lettre dédicatoire de l'œuvre ler,Ier, 1724.\n(2) Mercure, avril 1725, p. 836. Le journal ajoute que les 2 musiciens jouèrent tour à tour des\npièces de symphonies seulement accompagnées d'un basson et d'une basse de viole et qu'ils fu-\nrent tous deux extraordinairement applaudis.\n(3) Marpurg, Beitrage Nachricht von franzôsichen Violinisten, p. 467-368.\n(4) Son acte de décès porte en effet la mention : garçon majeur.\n(5) « Ne viens pas me dire, avec ta modestie ordinaire, que je ferais beaucoup mieux d'imité1'\nceux de mes confrères qui mettent de grands noms à la tête de leurs ouvrages pour servir de pa-\nrapets (sic) contre la critique : car je te répondrai là-dessus que ton nom fera plus d'honneur à mes\npièces que ne luy en pourroit faire celuy du Grand Mogol même... Veut on des qualités person-\nnelles ? N'es-tu pas ce qu'on appelle un joli garçon ?... ». etc. (Lettre dédicatoire de l'œuvre 11, 1726.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "555", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.43", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nEn 1729, la présence d'Anet à Paris nous est certifiée parles Comptes des\nMenus sur lesquels il touche 42 livres pour 7 concerts donnés à Marly en\nfévrier (1). A cette époque, Baptiste avait trouvé un autre protecteur en la per-\nsonne du fameux comte de Clermont, dont les tendances littéraires et artistiques\ns'étaient déjà manifestées par la fondation, dans son hôtel, d'une sorte d'aca-\ndémie ; ce prince « aimait en enragé la musique et les ballets » ; il était lui-\nmême, rapporte M. Cousin, un « musicien agréable dans les salons » (2).\nBaptiste lui dédiait en termes fort courtisanesques, en dépit de la belle\nprofession de foi adressée à Charpentier, son œuvre 111 (1729). Nous revoyons\nnotre violoniste au Concert spirituel en 1732 :« Le Sieur Batiste, dit Mer-\ncure, excellent symphoniste, s'y est distingué (le 30 mars) et a joué sur le\nviolon différentes pièces de sa composition avec beaucoup d'applaudisse-\nments (3). » Il avait habité successivement, place du Manège, vis-à-vis l'hôtel\nd'Armagnac (1724), et rue d'Argenteuil, vis-à-vis la fausse porte Saint-Roch\n(de 1726 à 1729) (4). Sur son œuvre V, publiée à Paris en 1734, il s'intitule\ntoujours : « Ordinaire de la Musique du Roi », ce qui laisse supposer qu'il\nn'avait point encore quitté la capitale ; mais l'Etat de la France de 1736 ne porte\nplus son nom. et il est probable que Baptiste se rendit à cette époque auprès\nde la cour de Lorraine. On voit par là ce qu'il faut penser des assertions de\nWasielewski, aux termes desquelles Anet, découragé de se sentir méconnu à\nParis, se serait enfui vers une Pologne aussi chimérique qu'hospitalière aux\nartistes (5). En 1736, Baptiste supportait le poids de 75 printemps, c'est-à-dire\nl'âge bien sonné de la retraite, et, si nous entrons dans les vues plus que ten-\ndancieuses de l'historien allemand, force nous est de reconnaître que le musi-\ncien aurait eu vraiment le découragement bien tardif. Nous ne serions pas\néloigné d'admettre que l'insinuation de Wasielewski provient d'une confusion\nétablie entre Jean-Baptiste II et un artiste allemand signalé par Choron et\nFayolle sous le nom de Louis-Albert-Frédéric-Baptiste et qui, ne trouvant pas\nla musique de Paris à son goût, se serait dirigé en 1721 vers l'ltalie (6).\n(A suivre.)\n\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\n\n(1) Arch. nat., Ol 2858, f° 305.\n(2) J. Cousin, Le Comte de Clermont, t. I, p. 108, p. 15. Il ne paraît pas que Baptiste se soit\njamais rendu à l'Abbaye et à Berny.\n(3) Mercure, avril 1732, p 798. J\n(qà Indications portées sur les œuvres I, II et 111.\n(5) Wasielewski, Die Violine und seine Meister ( 1893), p. 303. Signalons, cependant, un entre-\nlilet du Mercure de juin 1738 qui semble indiquer que Baptiste habitait encore Paris cette\nannée-là (p. 1116).\n(6) Choron et Fayolle, Dictionnaire historique des musiciens, t. I, p. 49-50."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "556", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.44", "texte": "LES THEATRES\n\nPublications nouvelles.\n\nCONSTANT PIERRE :\nS.\nLes Hymnes et Chan-\nsons de la Révolution, aperçu général et\ncatalogue avec notices historiques, analy-\ntiques et bibliographiques, par Constant\nPierre (Publications de la Ville de Paris\nrelatives à la Révolution française, Impri-\nmerie Nationale, un vol. in-f° de 1036 p.).\nCet ouvrage fait suite aux 2 volumes\nque Fauteur a publiés dans les mêmes\nconditions, en 1899 : Musique des fêtes et\ncérémonies de la Révolution française.\nM. Constant Pierre, qui est un de nos collaborateurs et qui a publié ici même les\nbonnes pages de ce livre, a mis sa conscience et sa science habituelles dans cet\nénorme travail, d'un caractère vraiment national, où il a donné le résultat de\ntrès longues recherches, faites avec le soin le plus minutieux. La période de la\nRévolution française (comme, d'ailleurs, toutes les grandes périodes de l'his-\ntoire humaine) a été extraordinairement féconde en musique. M. Constant\nPierre a réuni et classé tous les documents qui ont survécu, non en simple éru-\ndit, mais avec un esprit critique. On trouvera dans son livre une excellente\nétude sur la Marseillaise, tour à tour attribuée à Navoigille et à Grison. Quelle\ngrande époque d'enthousiasme et de poussée artistique que celle où Robes-\npierre, pour fêter l'Etre suprême, faisait appel aux musiciens du pays, et où\n120 œuvres, comme suite à cet appel, étaient adressées au Comité du Salut\npublic !\n\nLes théâtres.\n\nLA MISE EN SCÈNE DU FREISCHUTZ A L'OPÉRA ; — MIARKA, DE\nM. ALEXANDRE GEORGES, A L'OPÉRA-COMIQUE.\n\nAu sujet du Freischutz, qu'ill\nfaut féliciter M. Gailhard de nous avoir rendu, j'ai déjà fait une réserve concer-\nnant la mise en scène. Au 2e acte, une chasse sauvage et fantastique doit traver-\nser le théâtre. Dans une œuvre romantique, ce n'est pas un détail négligeable.\nOr, à l'Opéra, cette chasse sauvage est représentée par des figurants qui s'avan-\ncent sur le pont traversant la « Gorge du Loup », et qui sont à peu près\nimmobiles. Ce qu'il faudrait (et plusieurs anciens abonnés ont été de mon avis,\nen invoquant la tradition), c'est une lanterne qui, sur la toile de fond, projetterait\ndes images à succession très rapide. J'insiste sur cette remarque ; il serait très\nfacile à MM. Gailhard et Capoul d'en tenir compte, si, après réflexion, elle leur\nparaissait juste. 11 me semble aussi qu'ils ne tirent pas suffisamment parti des\neffets qu'on peut produire en variant l'éclairage du décor. Il me semble enfin\nque dans la mise en scène générale de l'œuvre, ils auraient pu mettre plus d'é-\nclat et de richesse... Miles Grandjean et Hatto, MM. Delmas et Rousselière\nobtiennent, avec des qualités différentes, un succès mérité. J'ai à faire une"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "557", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.45", "texte": "LES CONCERTS\n\nautre réserve, que l'on devine : l'addition, à un opéra de Weber, de Y Invitation à\nla Valse, n'est pas justifiée, artistiquement. La Revue musicale a trop insisté sur\nle respect dû aux chefs-d'œuvre, pour que je ne signale pas cette excessive\nliberté, qu'on voudrait, au moins, entourée de certaines garanties. Vlnvitation à\nla valse est une œuvre de salon et non de plein air; elle débute et se termine par\nun cérémonial qui est en contradiction évidente avec le caractère peuple du\nFreischùtz, et constitue ici un véritable contresens.\nA l'Opéra-Comique, Miarka était attendue avec grande curiosité. M. Alexandre\nGeorges, par la publication d'un recueil de mélodies déjà célèbre, avait la\nréputation d'un talent personnel et fort, éloigné des formules banales. Est-il\ncapable de construire un drame lyrique ? La question peut être encore posée,\ncar Miarka n'est pas autre chose qu'une adaptation à la scène, quelquefois une\nsorte de « tiré à part », des Chansons de Miarka, reliées par des transitions. On\ntire parfois un drame d'un roman ; M. Georges a fait moins que cela :il a mis sur\npied un semblant d'opéra, avec un recueil de mélodies, d'ailleurs très belles.\nEntre ces mélodies très connues, très justement appréciées, et les épisodes copieu-\nsement instrumentés qui s'y trouvent joints, il y a une disparate visible. L'opéra\ncomique était autrefois une suite de chansons ; l'œuvre de M. Alexandre Georges\nest bien cela, mais avec un certain nombre de pages très colorées, très libres,\npleines de dissonances, dans le goût « avancé » du jour. L'auteur n'en reste pas\nmoins un musicien de premier ordre. C'est surtout et jusqu'à nouvelle expé-\nrience un imaginatif et un descriptif, plus qu'un psychologue. Son œuvre a\nun caractère kaléidoscopique. Il excelle à faire de la couleur, à trouver des\nrythmes originaux. C'est un élève de Bizet. présentement à l'école de M. Riche-\npin, qui a trouvé un excellent interprète de sa pensée personnelle et de son art\noriginal. Mme Héglon, dont la voix exceptionnellement étendue a été empruntée\npour la circonstance, tient son rôle, qu'elle dessine à merveille, avec beaucoup\nd'éclat, et Mme Carré a son charme habituel. La mise en scène (en particulier celle\ndu rêve de Miarka) est très brillante, et le succès paraît assuré.\n\nC.\n\nLes Concerts\n\nCONCERTS LAMOUREUX.\n\n—29 octobre.— Nous avons entendu une suite pour\norchestre, VEté pastoral, composée de 2 numéros, de M. Pierre Kunc (ire audi-\ntion). « Impressions du pays de Languedoc », dit le programme :je n'ai eu pour\nma part que des impressions du Midi, et le rythme persistant de la farandole a\nplutôt éveillé en moi des images de Provence. Tout cela n'est pas assez caractérisé.\nLe premier morceau, An matin, rappelle les Maîtres Chanteurs et Lakmè ;le\nsecond est une danse aux lanternes, très animée, coupée par une sorte de rêve-\nrie douce où sonne tendrement le cor. Musique bien faite, agréable à entendre,\nvive et légère, mais trop dénuée d'originalité. M. Chevillard a dirigé par\ncœur, avec une souveraine maîtrise, la 4e Symphonie de Schumann : belle\nœuvre sans doute, mais d'une instrumentation lourde et maladroite qui étouffe\ndes dessins charmants, si bien que cette œuvre, relativement courte et jouée sans\ninterruption, m'a paru longue. L'ouverture de Phèdre, si souvent exécutée, m'a\nplu moins que jamais ; l'adagio du début est d'une passion poignante, mais"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "558", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.46", "texte": "LES CONCERTS\n\ncomme l'allégro est vulgaire, emphatique et superficiel !Le Tasso, cle Liszt,\ndécousu, incohérent, tantôt grandiose, tantôt forain, est une brillante et bruyante\nmusique d'hippodrome. Avec le Concerto pour violon de Brahms, nous sommes\ndans la musique dite « grave ». M. Lucien Capet a mérité son grand succès par\nune étonnante virtuosité ; mais s'il a vaincu les énormes difficultés de cet inter-\nminable concerto, il n'a pu vaincre l'ennui qui envahissait nombre d'auditeurs :\ntrilles à satiété, accords, arpèges, gammes vertigineuses, tout cela à l'aigu, et\npresque jamais de chant ! Heureusement les Maîtres Chanteurs nous ont\nramenés à la lumière, à la vie, à la musique enfin !\n\nAMÉDÉE LEMOINE.\n\nL.\n5 novembre. —Programme supérieurement composé de chefs-d'œuvre appar-\ntenant aux écoles les plus diverses ! Un Concerto de Haendel pour deux violons,\nvioloncelles et instruments à cordes, qui est une pure merveille de grâce ryth-\nmée, de simplicité dans la grandeur et de belle construction ; de Rimsky-Korsa-\nkow, un « Caprice espagnol » étourdissant de verve, de couleur, de fantaisie,\nde richesse dans l'invention des idées mélodiques, extraordinairement amusant\npar les rythmes, les combinaisons de timbres et les contrastes, rhapsodie\npleine de soleil, de vie, de mouvement ; de Sibelius, une élégie finnoise, d une\nbeauté mélancolique et un peu froide, mais de grande distinction ; d'Emmanuel\nChabrier, la Bourrée auvergnate, orchestrée par Mottl ! Au milieu de ces pièces\nde haut goût, une nouveauté : La Chevauchée de la Chimère, par M. Carraud..\nC'est une œuvre de valeur, mais qui a semblé un peu pâle, et lente, à côté du\nreste. Pour peindre « un cheval de gloire qui se lève dans l'aube, avec la griffe\nd'une Chimère dans ses flancs », il faudrait plus d'élan et de flamme. La sym-\nphonie de M. Carraud m'a paru dépourvue d'enthousiasme, et surtout trop inco-\nhérente, à la fois pour le développement et pour l'orchestration. Le concert\ndébutait par l'ouverture de Tannhauser, que M. Chevillard dirige avec grande\nautorité, mais en exagérant un peu la lenteur ou la rapidité dans certains mou\"\nvements. Dans ce dernier cas (2e partie de l'ouverture), il y a eu des dessins de\nviolons qu'on saisissait à peine... En somme, admirable concert !\n\nCONCERTS COLONNE. 29 octobre. 011 serait parfois tenté de demander\ngrâce à M. Colonne : la quantité et la beauté de ce qu'il nous donne a quelque\nchose d'accablant. Après l'ouverture du Roi dYs (redemandée), les Troyens à\nCarthage de Berlioz (dont le septuor, chanté au bord de la mer, par une nuit\nétoilée, n'a pas été assez doux et assez fondu. Certaines entrées avaient trop de\nrelief. Tout cela doit être en demi-teinte !). Et après les Troyens, tout le 3e acte\nde Siegfried, d'une richesse, d'une puissance, d'une grandeur toujours éton-\nnantes ! M. Burgstaller, qui remplaçait M. Van Rooy, est un beau spécimen\ndu chanteur allemand. Il possède Wagner ; il le chante non seulement avec une\ngrande autorité, mais avec une aisance parfaite. Avant Siegfried, il a obtenu\nun énorme succès dans le chant d'amour de la Walkyrie. Il a dit ce chant déli-\ncieux comme en se jouant, sans le moindre effort visible, avec une grâce simple\net une absence d'affectation qui est rarissime. La voix n'a pas un aussi grand\nvolume que celle de M. Saléza (qu'on a fort applaudi dans les Troyens), mais\nelle est homogène, non gutturale, et conduite avec un goût très sûr. M. Plamon-\ndon, avec des qualités bien différentes, est un ténorino plein de charme. Quant\nà; M 1?2 Litvinne, elle est parfaite. Que n'est-elle engagée par M. Gailhard, à"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "559", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.47", "texte": "LES CONCERTS\n\nl'Opéra ? Elle aussi, elle soutient les rôles les plus lourds avec une aisance sin-\ngulière. La voix a une.pureté admirable.\n\nM.\n5 novembre /905. —M. Colonne semble vouloir nous faire entendre une série\nd'ouvertures dramatiques de maîtres français : c'était aujourd'hui celle de\nSigurd de M. Reyer, et le Prélude de l'Enfant-Roi, de M. Bruneau. Ce beau\nprélude, bâti sur des thèmes qui s'opposent, l'un évoquant la vie fiévreuse de\nParis, l'autre peignant la tendresse conjugale, un troisième, celui de l'enfant,\ndoux et calme, avait été enrichi, pour le concert, d'un développement qui est\ncomme la glorification du motif cle 1 Enfant. On l'a chaleureusement applaudi ;\nil est animé tout entier d'un souffle large et puissant. La Revue musicale l'a\ni.\npublié intégralement dans un de ses derniers numéros, et nous avons été\nheureux de le voir si vivement apprécié. L'intermède symphonique de\nRédemption terminait la ire partie. La 2e était consacrée à Beethoven, dont nous\navons entendu les deux premières symphonies avec des fragments d\"Egmont.\nMlle Kutscherra adû recommencer son lied du 3e acte, qu'elle a dit avec beau-\ncoup d'art, mettant un sentiment profond dans la plainte, une vive gaîté dans\nles phrases où s'exprime la joie. Elle avait déjà chanté avec un grand succès\nle Roi des Aulnes de Schubert. L'orchestre s'est montré supérieur dans l'exé-\ncution des symphonies ; j'ai admiré particulièrement sa finesse et sa légèreté\ndans le finale de chacune d'elles. Une voix d'en haut ayant réclamé plus d'en-\nsemble et de mesure, l'écho répondit « bravo », et ce fut un triomphe pour\nM. Colonne.\nNous avons annoncé clans notre dernier numéro les beaux concerts\ndonnés à la salle Pleyel par M. Edouard Risler et consacrés aux 32 sonates de\nBeethoven. Le grand pianiste se fera entendre les 18, 25 novembre et 2, 9,\n23 décembre. Billets chez Durand. Le 22 novembre (salle Pleyel), concert\ndonné par Léon Moreau, avec le concours de Cossica et Charlotte Lormont.\nMlle Elisabeth Dalthez, qui a donné son premier concert le 13 novembre,\ndonnera le second (salle Pleyel) le 22 novembre avec le concours de M. Jean\nTen-H ave. Au programme, Bach, Wagner, Pauré, Liszt, R. Strauss, Saint-\nSaëns, Popper, A. Coquard, Duparc, Borodine, E. Chabrier.\n\nLondres.\n\nLa saison d'automne a été ouverte le 5 octobre au Covent Garden\nRoyal Opéra par une représentation de la Bohême, avec Mme Melba,\nMlle Trentini, MM. Gorgini, Didur et Sammarco. Un Ballo in Maschera et\nRigoletto ont été ensuite inclus dans le programme, qui s'annonce comme des\nplus intéressants, grâce à une direction aussi habile qu'artistique. Nous devons\nà M. Neil Forsyth les représentations de là compagnie « San Carlo » de Naples,\nqui jouit auprès du grand public londonien d une faveur très légitime. M. Fritz\nKreisler a été applaudi dans le ier concert du Queen's Hall. Le grand violoniste\ndoit paraître avec Mme Adelina Patti le 10 novembre prochain au Royal Albert\nHall. A l'hEolian Hall, les Broadwood concerts comporteront douze séances au\ncours desquelles seront interprétés des quatuors de Sir Charles Stanford et de\nM. Cyrill Scott. Au Croydon Grand Theatre, la Royal Cari Rosa Opéra,\ncompagnie à sa 35e année de fondation, vient de terminer une longue suite de\nsuccès. Parmi les interprètes de Faust, Tannhciuser, Rigoletto, Pagliacci, Lohen-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "560", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051101-01.1.48", "texte": "LES CONCERTS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\ngrin, Carmen, Cavalleria Rusticana, nous avons remarqué : Miss Hanna Mara\n(du Royal Opéra de Breslau), Miss Doris Woodall et MM. Julien Walth,\nCharles Victor et Arthur Winckworth.\nAu Daly's Theatre, l'opérette de M. André Messager : Les Petites Michu,\nadaptée à la scène anglaise par M. Henry Hamilton, constitue un des gros suc-\ncès de la saison actuelle, et les qualités scéniques de Mlle Adeline Genée ajoutent\nun intérêt spécial à ces représentations.\nDans un décor somptueux, les directeurs du Coliseum ont présenté la scène du\nMiserere du Trouvère avec Mme Alice Esty. L'accompagnement des choristes\nplacés sur les estrades monumentales à droite et à gauche de la scène donne\nà l'ensemble un cachet artistique des plus heureux.\n\nA. R.\n\nConservatoire. M. Pierre Lalo, critique musical, a été nommé membre du\nconseil supérieur des études. MM. Saint-Saëns et Th. Dubois ont donné leur\ndémission.\n\nSOIRÉE SAINT-SAENS-MARTHE. —Le 10 novembre, très belle soirée donnée\npar M. Marthe, le professeur de violoncelle si estimé, en l'hôtel de M. Parent,\net consacrée tout entière aux oeuvres de M. Saint-Saëns, qui occupait lui-même\nle piano. Au programme : le Deuxième trio, les Cloches de la mer (dont les\nparoles sont aussi de Saint-Saëns), le Concertstuck pour violon, la Deuxième\nSonate (piano et violoncelle), Clair de lune, le Sommeil des fleurs, la Feuille de\npeuplier (mélodies) et le Quintette. Mme Clément-Coulon, de l'Opéra-Comique,\nMM. Marcel Chailley, Louis Gravrand, Georges Drouet, ont été fort applaudis.\nM. Marthe, qui a tant d'autorité, s'est surpassé par la netteté, la force expres-\nsive et la correction classique de son jeu. Quant au maître, que nous avions la\nbonne fortune d'entendre exécuter lui-même ses propres œuvres, il nous suffi-\nrait de le nommer. Nous avons pris un plaisir extrême, particulièrement au trio\net au quintette, compositions singulièrement originales et amusantes, d'une\nfacture toujours grande, où tous les styles depuis la valse jusqu'à l'adagio\nbeethovenien et à la fugue sont librement employés, avec une fantaisie inta-\nrissable et éblouissante.\n\nL abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro les recettes\nofficielles des théâtres lyriques, diverses informations et correspondances."}]}