{"numero_id": "bm-bmtnabj-1905-11-15-01", "volume": "bmtnabj_1905-11-15_01", "ocr_sha256": "2726031a94a3af6ce4919fab0150be80e226ff8381a73b367045ffe7cbe47248", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1905/11/15_01/bmtnabj_1905-11-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1905/11/15_01/bmtnabj_1905-11-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "529", "page_fin": "530", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.2.1", "titre_corps": "Notre Supplément musical : M. 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Entré au\nConservatoire dans les classes de piano et de solfège, il n'y fit qu'un court séjour pour se\nconsacrer exclusivement a la composition sous la direction de Henry Maréchal. C esta\nMontmartre qu'il débuta, dans des « pièces d'ombres ». De la Butte il descendit aux\nBoulevards, où son Dante fut représenté au théâtre des Capucines avec Mme Caristie\nMartel. Il est fauteur d'un ballet, le Violon magique, en collaboration avec Louis\nSchneider ; de la musique de scène de la Montansier, donnée au Coronet Theatre\nà Londres ;et de nombreuses romances pour chant, notamment des mélodies sur les\nparoles de Maurice Maeterlinck, chantées par Mme Georgette Leblanc. Parmi ses\nœuvres pour orchestre, on veut citer : Trois Danses Idylles, écrites spécialement"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "530", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.2", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "pour Miss Isadora Duncan, dont nous reproduisons aujourd'hui la première, ainsi\nque la Bourrée Sous Louis XVI, de la Montansier, réduites pour piano. Il vient de\nterminer une pantomime en collaboration avec F. Kinsey-Peile. qui sera donnée\nprochainement à Londres.\nDans les deux pièces que nous publions on trouvera, avec une grande netteté\nd'idées, une élégance aimable, facile et de bon aloi. Donnei plus d intensité et de\nrelief àsa personnalité, <( jiocher son moi », comme disait Stendhaly sei a ceitaine-\nment le but de M. Kayser. En même temps, /zews donnons une danse suisse\n(icanton d'Appcnzell), empruntée au rccent recueil ae 7obier dont nous avons déjà\nparlé, et qui a la saveur, la grâce charmante des (bonnes) compositions populaires."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "529", "page_fin": "530", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.2.1.1", "titre_corps": "La Revue musicale, entre antres préoccupations, a celle d'être utile] aux jeunes", "titre_sommaire": "La Revue musicale, entre antres préoccupations, a celle d'être utile] aux jeunes", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "529", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.1", "debut_caractere": 183, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "La Revue musicale, entre antres préoccupations, a celle d'être utile] aux jeunes\ncompositeurs aui ont du talent et qui commencent le rude apprentissage d'une car-\nrière où il ne suffit pas toujours a avoir du mérite pour réussir ; aussi a-t-elle\naccueilli avec empressement les compositions que veut bien lui envoyer un musicien\nfrançais d'éducation, sinon d origine.\nLouis Kayser, né à Londres en iBjj, a fait ses études musicales à Paris. 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Pour aujourd'hui, nous posons à nos lecteurs les questions sui\nvantes, au sujet desquelles nous serions heureux d'obtenir quelques réponses :\ni° Au 2e acte du Freischûtz 'scène delà Gorge du Loup), Weber écrit ceci. qui\nest d'un grand effet :\nConnaissez-vous, z/azzs les œuvres des compositeurs anciens ou modernes, <ies pas-\nsades analogues, où le changement enharmonique ait lieu, zzozz afazzs zzzze même\nC!> ' <*>\nvoix, mais dans des voix différentes (gcz sol b contre la î? )?\n2° Connaissez-vous des exemples de la modulation suivante (ut naturel majeur à\nsol bémol majeur), produit, au moins comme transition, un si bel efet, quand\nelle est confiée aux cuivres :"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-15_01#c007", "volume": "bmtnabj_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "531", "page_fin": "531", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.2.3", "titre_corps": "Quelques lettres inédites de compositeurs", "titre_sommaire": "Quelques lettres inédites de compositeurs", "signature_source": "HECTOR BERLIOZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "531", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2190, "texte": "Quelques lettres inédites de compositeurs\nHECTOR BERLIOZ.\n(suite).\nDe toutes les lettres inédites que aous avons publiées (lettres de Chopin, Meyerbeer, Chabrier,\nLalo, Delibes, etc...), celle ci est peut-être la plus curieuse.Nous n'hésitons pas à dire que c est le\ndocument le plus important, sur Berlioz, qu'on ait fait connaître depuis sa mort. A qui était-elle\nadressée? C'est ce qu'il est impossible de dire. La date même est incomplète. Elle paraît être\nune réponse à une demande d'interview.\nMonsieur,\n26 février.\nVous voulez bien me demander mon opinion sur le romantisme et m interroger\nsur mes principes, mon credo, etc... Je pourrais vous répondre quil ne m appar-\ntient pas de me tirer ci moi-même la bonne aventure, que les quelques ouvrages\nque je suis parvenu ci faire entendre au public disent assez ce que j'aime, et que je\nsuis peut-être un mauvais interprète, autrement quavec les violons, de ce que je\npense. Mais votre lettre est infiniment trop flatteuse pour que son seul résultat soit\nde me faire paraître incivil; je vais donc vous satisfaire.\nJe suis un classique. Romantique ? je ne sais pas ce que cela signifie.\nPar art classique f entends un art jeune, vigoureux et sincère, réfléchi, passionné,\naimant les belles formes, parfaitement libre. Et parce mot classique, je désigne tout\nce qui a été fait cl original, de grand, de hardi. Gluck et Beethoven sont des classi-\nques ; ils ne se sont jamais gênés pour dire ce qu'ils voulaient, comme ils voulaient,\nau mépris de certaines règles. Virgile et Shakspeare sont des classiques. La seule\nchose que je méprise, cest l imitation plate, sans flamme et sans volonté. Ma maison\nil est pas une chapelle ; mais j'en encadrerais volontiers la porte, comme Cacus,avec\nles têtes de certains « classiques » qu'on a gratifiés d'une étiquette menteuse, en tes\nconsidérant comme les continuateurs des plus grands. Etant classique, je vis souvent\navec les dieux, quelquefois avec les brigands et les démons, jamais avec les singes.\nJe souhaite, Monsieur, que ces quelques lignes vous renseignent suffisamment, et\nvous prie de me croire, avec une parfaite estime,\nVotre bien dévoué serviteur,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-15_01#c008", "volume": "bmtnabj_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "531", "page_fin": "537", "image_debut": 3, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.2.4", "titre_corps": "Notes sur la musique orientale LES ARABES ET L'HARMONIE. — EN PALESTINE. — LES HINDOUS.", "titre_sommaire": "Notes sur la musique orientale LES ARABES ET L'HARMONIE. — EN PALESTINE. — LES HINDOUS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "531", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.3", "debut_caractere": 2192, "fin_caractere_exclue": 3285, "texte": "(suite).\nPlusieurs de nos correspondants ont bien voulu nous envoyer des extraits d'ouvrages déjà\nanciens (ainsi Mllc F., de Saint-Etienne, nous communique quelques pages, d'ailleurs intéressantes,\nde Castellan, dans ses Mœurs des Othomans, éd. de 1812, sur la musique et les instruments turcs).\nTout en les remerciant vivement, nous leur rappelons que nous avons pour règle de n'insérer\nici que des documents de première main, des témoignages authentiques fournis par des personnes\nqui vivent actuellement au milieu des indigènes dont elles parlent. C'est le seul moyen de faire à\nla fois œuvre scientifique et œuvre pittoresque. Nous prions aussi nos correspondants d'écrire très\nlisiblement, l'envoi des épreuves étant le plus souvent impossible à cause de la distance.\nAlger, le 22 octobre 1905.\nMonsieur le Directeur de la Revue musicale,\nDans la lettre qu'il vous a écrite au sujet des réserves précédemment formulées dans\nla Revue musicale sur les théories de son livre, Harmonisation des mélodies\n\nNotes sur la musique orientale\nLES ARABES ET L'HARMONIE. — EN PALESTINE. — LES HINDOUS."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "532", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.4", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3605, "texte": "orientales, M. Polak, de Rotterdam, a bien voulu emprunter quelques citations à\nmon article sur la chanson populaire arabe en Algérie et les faire servir à sa thèse\ndes « tonalités mal comprises ».\nJe nai pas le dessein de discuter ici la question de principe, bien qu'il parût\nlogique de la considérer comme préjudicielle. Car on pourrait se demander avant\ntout si les peuples orientaux, ceux du moins qui sont restés immuablement fidèles à\nleurs traditions musicales séculaires et n admettent encore aujourd'hui d'autres sons\nconcomitants que les unissons et les octaves, on pourrait, dis Je, se demander si\nces peuples sont susceptibles de fournir le moindre élément à la théorie des inten-\ntions musicales universelles. Et je devrais affirmer une fois de plus, avec tous les\nmusiciens qui ont parcouru le Maghreb [je ne parle que des pays que je connais),\nque les Arabes ignorent, méconnaissent, réprouvent l'harmonie. La tierce, si facile à\nsaisir et dont on trouve le sentiment très précis cheq beaucoup d'illettrés musicaux,\nla quinte, la sixte, les accords les plus simples et ceux que la théorie appelle accords\nnaturels? les Arabes ne les sentent pas et ne les admettent pas. Le contrepoint le plus\nfleuri leur paraît une hérésie ; Vharmonie la plus suave [pour nous) est dure à leur\noreille. Dès que l'unisson cesse, ils vous diront : Ya, Khaï chaklala, « O Vami ! quel\nvacarme ! », et nos musiciens jouant des parties différentes dans un même morceau\nsont pour eux « une troupe d'amis qui ont trop bu d'anisette et qui titubent\nchacun de son côté. »\nMais il y a là un problème d'esthétique arabe et de physiologie musicale que je ne\nveux pas aborder, et ou de plus compétents que moi ne manqueront pas, à la Revue\nmusicale, de reconnaître un des plus manifestes défauts de la théorie de M. Polak.\nJe veux rester sur les mélodies empruntées aux chansons populaires arabes et\npour lesquelles M. Polak déclare que les tonalités ont été « mal comprises ».\nMal comprises par qui ?\nPar les Arabes qui me les ont chantées ?ou par moi qui les ai transcrites en nota-\ntion moderne sous la dictée directe des exécutants indigènes ?\n<x>\nM. Polak a écrit [p. 463) que la Kadria dil écrite avec l'armure de la tonalité de\nsol est réellement en ut .*\n« Le chanteur, dit-il, doit avoir mal fait ressortir la différence d'intonation entre\nses fa îf montants et ses fa 5 descendants » ; et corrigeant aussi le texte, M. Polak\nentend cette chanson en ut.\nJ'ai appelé mes chanteurs et je leur ai joué d'abord au piano la Kadria comme\nl'entend M. Polak. A chaque fa B descendant, ils avaient un soubresaut et faisaient\nla grimace, me criant : Khuredj essenaâ : « Tu sors du mode ! »Je recommençai,\nexécutant conformément à l'écriture publiée dans mon étude : Brabo alik, « C'est\nparfait ! » me disaient ces musiciens, et leur face réjouie s'épanouissait (1).\nMais le piano fa cause du tempérament de sa gamme, pouvait ne pas donner à l'ex-\npérience toute sa valeur concluante. J'ai pris un violon, une kouitra, un rebeb ;\nseul le fa # bien accusé donnait satisfaction d ces indigènes.\nJ'ai continué l'épreuve sur un kanoun, dont les cordes sont accordées trois par\ntrois avec la gamme de sol majeur. La note fa H n'existe donc pas à vide, et pour la\nfaire fi' exécutant doit appuyer la tranche du pouce de la main gauche près de la clef\nde la corde mi pour la raccourcir et lui donner la longueur correspondante au fa H .\n\n(i) Voir cette pièce dans le Répertoire de musique arabe et maure publié, sous notre direction,\npar M. Yafil, éditeur, 16, rue Bruce, à Alger. Fascicule n° 8."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "533", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.5", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "Dans Vexécution de la kadria, jamais le kanouniste n'a usé de ce doigt ; il a tou-\njours fait ses traits en descendant comme en montant avec le fa à vide.\nCette expérience, fai voulu la répéter avec les plus habiles de nos messemaât, nos\nchanteuses indigènes dont la spécialité est précisément Vexécution des kadriat et des\nzendani. L'effet a constamment été le même ; si je jouais fa H, elles me criaient, fort\nen colère sur ma maladresse : Hadi machi dil, « Ceci n'est plus du dil ! »\nVoilà le mot du problème. Les chansons incriminées par M. Polak ne sont pas\nplus en ut, comme il l'affirme après les avoir déformées, qu elles ne sont en sol,\ncomme paraît le laisser croire le fa î£ mis pour la seule commodité de Vexécution à\nl'armure. Elles sont en dil, et c'est tout. Il est inutile de se tourmenter l'esprit et de\nprendre la loupe pour leur demander plus que ce qu'elles contiennent. Chercher à\nassimiler leur tonalité à une tonalité moderne, c'est ne pas savoir s'affranchir de la\nsuggestion harmonique.\nDès quil entend une mélodie, M. Polak, instinctivement et conformément à son\néducation artistique, sous-entend Venveloppement harmonique. Il va même un peu\nloin dans ce procédé et il ressemble à la petite dame qui déclarait : « Quand\nje joue un morceau, s'il y a plus de trois bémols, je gratte les autres. » Si le\nfa Jf le gêne pour sentir la tonalité d'ut, il le supprime en déclarant que le chanteur\na dû se tromper. C'est simple comme bonjour.\nLa théorie est dangereuse / car voyez oit elle a conduit M. Polak. Pages 464 et\n464, il reproduit l'air traditionnel arabe Rana djinak que j'ai publié dans la Revue\nmusicale du ier mars 1904 et déclare que cette piece est en ut, et non en sol. Or la\npièce finit ainsi (1 ) :\nSi M. Polah trouve dans cette conclusion les points d\"*appui nécessaires pour\ndéterminer la tonalité d'ut, c est qu'il a une subtilité d'oreille extraordinaire.\nCette pièce n est pas plus en ut qu elle n est en sol; elle est en remel maïa\ndont voici la gamme :\nSans doute, quand on étudie la musique orientale, non pas dans les recueils dont\nles sources sont douteuses, mazs a!a/zs /es milieux indigènes, z7 faut en quelque sorte\noublier nos traditions tonales et habituer notre oreille à des tonalités qui tout da-\nbord Voffusquent et lui échappent. Mais il faut surtout respecter ces idiotismes musi-\ncaux et nous garder d'un daltonisme auditif qui nous fait entendre cette musique à\ntravers notre éducation musicale.\nQue dirions-nous d'un musicien qui prétendrait refaire une oeuvre de Lulli, de\n\n(1) Voir Répertoire de musique arabe et maure, icr Recueil de Zendani, fascicule n° 15."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "534", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.6", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "Rameau ou de Gluck sous le prétexte qu'il en entend Vharmonie autrement que ces\nmaîtres anciens ? Que penserions-nous d'un restaurateur de tableaux qui nous retou-\ncherait les Primitifs, Jean van Eyck, par exemple, sous le prétexte que leur dessin est\ngauche et quils n'avaient pas le même sentiment de la couleur que nous ?\nC'est pour cela que nous devons repousser comme une hérésie toute harmonisation,\nsi savante soit-elle, des mélodies orientales ; leur musique est à une seule dimension,\npurement linéaire, et toute tentative dé enrichissement harmonique peut, en principe,\nêtre conzidérée comme un anachronisme inutile quand il n'est pas dangereux. Je\ndis « dangereux » parce qu'il expose le musicien moderne à déformer la mélodie\npour les besoins de sa cause.\nJ'en trouve une nouvelle preuve dans le prétendu « chant d'amour » d'Alger que\ncite M. Polak d'après l'ouvrage de M. Georges Capellen. Ce chant d'amour n'est\nautre qu un Zendani populaire que chantent les femmes d'Alger et qui a pour titre\nYa Zaouet bali {O joie de ma pensée), ou encore Chebbou Chebbane (Jeunesse des\njeunesses). M. Polak, M. Capellen et, avant eux, Salvador Daniel, dans son recueil\nfantaisiste de Chansons arabes et kabyles, l'ont harmonisé en fa mineur et, pour\nles besoins de cette tonalité, ont introduit le mi a . Or voici comment Yanina ben\nel Hadj Mohammed el Haadj Maadi, la première des chanteuses de l'Algérie, celle\ndont les versions font autorité dans tout le pays, chante cette chanson, ainsi qu'on\npeut s'en rendre compte avec le cylindre n° io-iqB de la collection d'airs arabes de\nla maison Pathé frères de Paris :\nIci encore nous ne sommes ni en fa mineur, ni en si bémol, ce que semblerait indi-\n\nCHEBBOU CHEBBANE\n\n(i) Sur cette ariette populaire on chante des petits quatrains qui n'ont entre eux aucun lien.\nEx. : Jeunesse des jeunesses ! Sa lèvre est petite et rouge comme du corail, par Dieu ! par\nDieu ! Par Dieu, par Dieu, ô mon joli brun Celui qui s'éprend de toi ne peut plus attendre.\nO joie de ma pensée. La nuit est bien longue, Mais mon ami se montre de plus en plus\ntendre, par ma foi !\nLes notes de la ligne supérieure sont frappées sur les petites cymbales de cuivre insérées\nsur la monture du tambour de basque. Les notes de la ligne inférieure sont frappées sur la\npeau de l'instrument."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "535", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.7", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "que?' Varmure mise pour la commodité de la lecture : nous sommes en remei maïa\n(voir plus haut) joué sur la tonique fa.\nSa?is doute de telles tonalités paraissent irrégulières à nos oreilles européennes\nqui ont Vaccoutumance de notre majeur et de ?iotre mineur et mesurent toutes les\ngammes à lune de ces deux échelles. Ces tonalités n'en sont pas moins la principale\noriginalité de la musique orientale. Pourquoi vouloir len dépouiller ? En avons-\nnous d'ailleurs le droit ? et ne devons-nous pas au contraire étudier cet art archaï-\nque, cet art de simples et de primitifs, dans ses formes propres qui répondent admi-\nrablement au sentiment esthétique des Arabes puisqu elles ont triomphé du temps et\nont résisté pendant des siècles au contact et à la pénétration de la musique moderne ?\nJULES ROUANET.\nM. Georges Outrey, consul général de la France à Jérusalem, a bien voulu nous adresser la\nlettre suivante :\nJérusalem, le 21 octobre 1905.\nMONSIEUR,\nJ'ai ïhonneur de vous envoyer une note sur les instruments employés à Jérusalem\net dans le pays environnant \\jy joins des photographies ou figure chacun d eux avec\nle n° correspondant à celui quindique la présente note.\nN°l. —Tamboura! Espèce de petit violon dont la boîte est en forme de demi-melon,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "536", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.8", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "en bois et recouverte d'une peau de gaqelle. Un assemblage de crins de cheval tient\nlieu de cordes. Un morceau de bois également muni de crins sert d'archet.\nN° 11. Djanah : Espèce de guitare à quatre cordes.\nN° 111. —Rababé : Sorte de violon, composé d'un cadre en bois tendu sur ses\ndeux faces d'une peau de gazelle. Au lieu de cordes, un faisceau de crins de cheval\ntendus à plat ; l'archet est en bois de chêne courbé.\nN° IV. Dourbaké : Sorte de vase en terre cuite ouvert des deux côtés. L'orifice\nsupérieur est de beaucoup le plus large.\nC'est une sorte de tambour très sonore.\nN° V. Nayé '.Flageolet constitué par deux roseaux juxtaposés, de longueur\négale on différente, percés de six trous chacun et munis eux-mêmes de deux autres\n<\nroseaux beaucoup plus minces servant d'embouchure.\nN° VI. -4- Daff : Tambourin. Cadre rond en bois de noyer couvert d'un seul côté\nd'une peau de gazelle et muni, comme celui des tambourins de basque, de petites cym-\nbales de cuivre.\nN° VII. Aoud : Sorte de grande guitare très renflée de forme, dont l'extrémité\nest recourbée en angle presque droit et plus longue que le reste du manche.\nN° VIII. Canoun : Instrument plat à corde r tendues 49 X 90 centimètres ;\népaisseur, 5 centimètres. On se sert, pour en jouer, de deux anneaux, munis chacun\nd'un petit morceau de baleine. On met ces anneaux sur l index de chaque main.\nL'instrument a 24 cordes triples qui s'enroulent d'un côté sur des chevilles en bois et\nsont fixées à Vextrémité opposée.\nCet instrument s'accorde avec une clé comme le piano.\nagréer, etc...\nG. OUTREY,\nconsul général."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "537", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.9", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "Nous avons reçu la lettre suivante, qui, datée de Tlndet rançaise 19 octobre, nous est parvenue\nle 3 novembre au soir.\nChandernagor, 19 octobre 1905.\nMONSIEUR,\nMon ami M. Bourgoin ma communiqué les numéros de la Revue musicale.\nBien que j'aie laissé à Pondichéry tout le dossier que j'ai établi dans le sud de\nl'lnde, il me sera possible de vous envoyer, d'ici même, quelques notes importantes.\nVous voudrez bien me faire crédit de quelques semaines : nous sommes en pleine période\nde pujas et fêtes religieuses hindoues. D'un autre côté, le maharadjah S. M\nTagore, dont j'ai l'intention de photographier la collection d'instruments, ne sera\nguère abordable que lorsque les fêtes seront terminées.\nJe vous enverrai donc, pour commencer, des photographies accompagnées de des-\ncriptions aussi complètes que possible des instruments, ainsi que quelques râgas\n(mélodies) choisies. Vers la fin de l'année, je ferai un résumé de mes notes en pui-\nsant dans ma collection de râgas inédites ( j'en ai environ six cents). Puisque vous\nvoulez bien m'offrir l'hospitalité de la Revue musicale, j'espère intéresser vos lec-\nteurs.\nDe toute façon, je serai heureux de continuer avec vous des conversations musi-\ncales qui m'intéressent au plus haut point.\nVeuillez agréer, Monsieur, Vassurance de ma haute considération,\nDE BARRIGUE DE FONTAINIEN,\nchargé de mission,\nde passage à Chandernagor (Bengale)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-15_01#c014", "volume": "bmtnabj_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "534", "page_fin": "534", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.2.4.6", "titre_corps": "CHEBBOU CHEBBANE", "titre_sommaire": "CHEBBOU CHEBBANE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "534", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.6", "debut_caractere": 1734, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "CHEBBOU CHEBBANE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-15_01#c015", "volume": "bmtnabj_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "538", "page_fin": "540", "image_debut": 10, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.2.5", "titre_corps": "A M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts.", "titre_sommaire": "A M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts.", "signature_source": "GEORGES PFEIFFER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "538", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.10", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "A M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat\naux beaux-arts.\n\nM. Georges Pleiffer, Président de la Société des compositeurs, nous communique les deux\ndocuments suivants; à l'unanimité, la Commission du Théâtre populaire a pris en considération\nles vœux qu'ils expriment.\nL Nécessité de reconstituer le Théâtre-Lyrique, par Léon Gastinel.\n11. Moyens d'englober le Théâtre-Lyrique dans un grand théâtre populaire,\nsans subvention spéciale, par Georges Pfeijfer.\nMONSIEUR LE MINISTRE,\nIl y a vingt ans, Paris possédait 4 scènes lyriques : le Grand-Opéra, YOpéra-\nComique, le Théâtre-Italien et le Lyrique. Aujourd'hui, il compte plus de deux\nmillions d'habitants ; le nombre des compositeurs a beaucoup augmenté ; l'art\nmusical a pris des proportions considérables ; cependant, Paris n'a plus que\ndeux scènes lyriques : le Grand-Oùéra et Y Opéra-Comique. Au moment où,\ngrâce à votre initiative, la question des théâtres populaires vient d'être remise\nà l'ordre du jour, permettez-moi, Monsieur le Ministre, de m'adresser à vous\npour la défense d'une cause que je soutiens depuis tant d'années, en faveur\ndu Théâtre-Lyrique; qui a été le- théâtre musical populaire par excellence et\ndoit l'être encore.\nPar 1 éclat qu'il a jeté pendant plus de 50 ans, les services qu'il a rendus à\na musique dramatique, on peut dire qu'il était devenu une institution nationale.\nDernier venu dans la carrière, c'est lui qui, par son initiative et son activité,\na fait connaître les œuvres suivantes, œuvres qui font honneur à la France :\nFaust, Roméo et Juliette, Mireille, Philémon et Baucis, le Médecin malgré lui,\nde GOUNOD ; la Perle du Brésil, de FÉLICIEN DAVID; Jaguarita, d'HALÉvy ; Gasti-\nbelqa, les Dragons de Villars, les Pécheurs de Catane, de MAILLART ; le Bijou\nperdu, Si j'étais Roi, le Roi des Halles, d'ADAM ; Paul et Virginie, la Reine\nTopaze, la Fée Carabosse, de VICTOR MASSÉ ; la Fanchonnette, la Promise, de\nCLAPISSON ; les Amours du Diable, la Chatte merveilleuse, DEGRISAR; les Troyens,\nde BERLIOZ ; les Pêcheurs de perles, de BIZET ; Maître Wolfram, la Statue, de\nREYER.\nPendant la période qui s'est écoulée depuis sa fondation, le Théâtre-Lyrique\na donné l'hospitalité à plus de 90 compositeurs ; il a représenté 500 actes;\ninfatigable, il a fait connaître à la génération d'alors les chefs-d'œuvre de\nnos grands maîtres : Don Juan, les Noces de Figaro, la Flûte enchantée, la\nRévolte au Sérail, de MOZART ; Obèron, Préciosa, Euryanthe, de WEBER ; Orphée,\nde GLUCK, magnifiquement interprété par MMC Viardot.\nJe viens de nommer cette artiste remarquable : je dois citer ceux qui, avec elle,\ncontribuèrent puissamment à la prospérité et au succès du Lyrique ; ce sont\nMmcs Cabel, Carvalho, Nilson, Ugalde, Rossi-Caccia, Duez, Heilbronn,\nDevriès, Faivre, Borghèze, Engalli ; MM. Capoul, Monjauze, Michot, Engel\nBalanqué, Meillet, Bosquin, Hermann-Léon, Dulaurens, Puget, Achard,\nTroy, Bussine. La plupart de ces artistes, après avoir débuté au Lyrique, s'y\nêtre fait une réputation, accrurent, par la suite, la gloire de l'Opéra et de\nl'Opéra-Comique.\nRécemment, Monsieur le Ministre, vous avez nommé une commission"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "539", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.11", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 3218, "texte": "spéciale chargée d'examiner les projets présentés. Elle se livre en ce mo-\nment à des études sérieuses et persistantes ; bientôt elle vous présentera les\nrésultats de ses travaux.\nQu'il nous soit permis, à mon ami et confrère Pfeiffer et à moi, d'espérer\nque vous voudrez bien prendre en considération les idées et les réflexions que\nl'expérience nous inspire et prendre une décision favorable à l'art musical, aux\ncompositeurs français et à nos classes populaires de Paris.\nVeuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma respectueuse\nconsidération.\nLÉ ON GASTINEL.\nII. - Des moyens d'englober le Théâtre-Lyrique dans un projet de Grand-Théâtre\npopulaire sans subvention spéciale.\nMon confrère Gastinel a étudié le glorieux passé du Théâtre-Lyrique et prouvé\nl'impérieuse nécessité pour les compositeurs français de le voir renaître dans\nl'avenir le plus proche. Je voudrais, à mon tour, essayer de démontrer la possi-\nbilité de réaliser ce vœu sans imposer à 1 Etat de nouveaux sacrifices.\nAu moment où tant de projets s'élaborent, non seulement pour favoriser les\nreprésentations populaires dans nos faubourgs parisiens, mais aussi pour doter\nla capitale d'un grand théâtre central construit dans la même intention, il me\nsemble urgent de montrer que, loin d'êcre un obstacle à la réalisation de cette\ngrande scène, le Théâtre-Lyrique lui viendrait puissamment en aide sans en aug-\nmenter les frais\nEn effet, pourquoi les derniers essais de ce genre ont-ils tous lamentablement\néchoué ? C'est que chacun d'eux, malgré de grands succès comme Paul et Virgi-\nnie àz Massé, des efforts très artistiques comme Iphi génie en Tauride, de char-\nmantes œuvres comme Mme Chrysanthème, ils se heurtaient tous aux difficultés\nde payer les frais des lendemains avec un répertoire d'ouvrages connus et consa-\ncrés. La dernière tentative ne prolongea son éphémère existence que grâce à Si\nfêtais Roi, d'Adolphe Adam.\nToutes ces entreprises ne purent obtenir ni de l'Opéra ni de l'Opéra-Comique,\nqui y voyaient une concurrence appelée à devenir redoutable, aucun des ou-\nvrages, même abandonnés par eux, appartenant à leur répertoire : La Muette, le\nComte Or y, Robert le Diable, Les Mousquetaires de la Reine, l'Etoile du Nord,\nCinq-Mars, et tant d'autres que l'on pourrait citer, eussent amplement suffi à ali-\nmenter le Théâtre-Lyrique et à attirer le public, surtout le public populaire dont\non s'occupe en ce moment.\nMais si le public aristocratique, avide de nouveautés, force les directeurs de\nl'Opéra et de l'Opéra-Comique à négliger ces richesses, ceux-ci auraient tout\nintérêt âne plus les refuser au nouveau théâtrepopulaire, théâtre qui serait, dans\nma pensée, placé sous leur patronage et leur haute direction, avec le secours de\nleurs jeunes artistes et la participation légitime aux bénéfices.\nDéjàen 1(898, lorsque \\zFigaro fitunepetiteenquêteauprèsdescompositeurs, leur\ndemandant leur avis sur ce que devaient être l'Opéra-Comique etle Théâtre-Lyri-\nque, j'y exprimais la même opinion en ces termes: Il faudrait autoriser le direc-\nteur de l'Opéra-Comique à utiliser la partie disponible de sa troupe à exploiter\nle Théâtre-Lyrique d'essai, sur une scène moindre et sans luxe exagéré."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "540", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.12", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1095, "texte": "M. Carré a réalisé déjà en partie ce programme, on sait avec quel succès, en\nemployant ses artistes aux représentations populaires dans nos faubourgs.\nIl suffirait donc d'ajouter au cahier des charges du nouveau grand théâtre po-\npulaire, l'obligation de créer chaque année un certain nombre d'ouvrages nou-\nveaux.\nIl y aurait là encore, en plus de l'éducation populaire par le répertoire, l'at-\ntrait d'entendre des nouveautés, choisies parmi celles plus accessibles aux goûts\nde la foule que les œuvres d'avant-garde réservées aux raffinés de l'art.\nDonc, à la création d'un grand théâtre populaire s'adjoindrait un théâtre\nlyrique sans difficulté ni grands frais, tandis que, jusqu'ici, le Théâtre-Lyrique,\nseul, n'a pu vivre, faute d'obtenir le répertoire.\nJ'espère que M. le sous-secrétaire d'Etat verra dans les réflexions qui\nprécèdent la possibilité de réaliser notre vœu, vœu partagé par tous les compo-\nsiteurs français et que mon confrère L. Gastinelet moi présentons avec confiance\nà sa haute critique et à sa bienveillante approbation.\n\nGEORGES PFEIFFER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-11-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-11-15_01#c016", "volume": "bmtnabj_1905-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "540", "page_fin": "544", "image_debut": 12, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.2.6", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "540", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.12", "debut_caractere": 1097, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nLES ORIGINES DE LA MUSIQUE\nET LE LANGAGE DE L'AMOUR CHEZ LES OISEAUX\nD'APRÈS DARWIN. — XV (d'après la sténographie)\n« Un esprit vraiment philosophique est celui qui se préoccupe des origines. »\nAinsi parle E. Renan dans son Histoire d'lsraël. On pourrait aussi bien dire :\n(( Un esprit vraiment philosophique est celui qui ne se préoccupe pas des ori-\ngines. » H y a, en effet, des questions insolubles, ne pouvant donner lieu qu'à\ndes hypothèses et qu'on devrait, semble-t-il, laisser de côté. Pour l'art musical\ncomme pour le reste, chimérique est l'espérance de remonter à un fait initial\nbien établi, d'où pourrait être déduite, par voie d'enchaînement logique, toute\nla série des autres faits. L'Histoire est comme les eaux très profondes : la région\nsupérieure est éclairée ; tout en bas, il y a la nuit.\nJ'ai pourtant essayé, au risque de me contredire, de faire accepter une opinion\npersonnelle sur les origines de la musique. J'ai à examiner maintenant quelques\nsystèmes très différents de celui que j'ai défendu. Je suis très éloigné d'en\naborder l'étude avec la préoccupation de les rabaisser et de les réfuter. Il y a\nsans doute beaucoup d'objections qu'il est facile de leur faire ; la discussion d'un\nsystème est un exercice, presque un jeu d'école, où il ne faut pas ajouter une\ntrès grande importance aux petites preuves qu'on accumule, pour ou contre.\nLe critérium du vrai, en certaines matières, est plutôt dans le sentiment que\ndans la dialectique... Après les avoir discutées consciencieusement, je me préoc-\ncuperai surtout de dégager des diverses théories que je vais étudier une part de\nvérité, et de concilier cette part de vérité avec ce qui a été dit dans les précé-\ndentes leçons."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "541", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "I\nLe premier système dont j'ai à parler est celui de Darwin. Au lieu de ratta-\ncher la musique à des origines supérieures et même divines, comme on l'a fait si\nsouvent, Darwin croiten apercevoir le principe aux antipodes de la raison cultivée\net de la pensée consciente, dans la région confuse où apparaissent les premiers\ninstincts des espèces animales. C'est un système à la fois brutal et grandiose,\nun peu choquant pour certains esprits, mais non exempt de poésie. Le transfor-\nmisme (i) soutient que l'homme n'a pas été l'objet d'une création spéciale, mais\nqu'il descend comme les autres espèces d'une souche commune, d'où\ntous les êtres sont sortis en se différenciant de plus en plus, par suite de la sélec-\ntion naturelle, qui est elle-même une conséquence de la lutte pour la vie.\nLe seul chapitre de cette doctrine dont j'aie à m'occuper ici se trouve dans le\nlivre célèbre, The Descent of Man, 1871, t. 11, p. 333 et suiv. (traduction fran-\nçaise de Barbier, Paris, 1881, 3e édit., p. 623 et suiv.). Darwin y montre une\nparfaite impartialité d'esprit, une bonne foi, une prudence dans l'affirmation,\nqui font de son livre une école admirable. Je ne saurais trop en recommander\nla lecture à ceux qui veulent s'affranchir de la tyrannie des mots et s'habituer\nà voir les choses sans préjugés. Très sensible (au moins dans cette période de\nla vie) au charme de l'art, Darwin veut expliquer pourquoi la musique a un\npouvoir d'émotion si troublant, si mystérieux, un sens si profond, dont nous\nsubissons le charme sans pouvoir en rendre compte. Voilà pour lui le problème.\nPour le résoudre il fait trois observations préliminaires :\ni° Notre musique n'exprime jamais très bien certains sentiments violents, tels\nque la peur, la haine, l'épouvante, la rage ; mais elle excelle à exprimer l'amour\net la joie du triomphe ; 20 les animaux font entendre des sons, ils ébauchent un\nchant à l'époque des amours ; 30 entre les animaux et l'homme, il y a transmis-\nsion héréditaire. Ceci posé, il ajoute :\n... Tous les faits relatifs à la profonde expression de la musique deviennent jusqu'à\nun certain point compréhensibles, si nous pouvons admettre que les sons musicaux\net le rythme étaient employés par les ancêtres semi-humains de l'homme pendant\nla saison de l'accouplement, alors que tous les animaux sont entraînés par l'amour\net la jalousie, la rivalité ou le triomphe. Dans ce cas, d'après le principe des asso-\nciations héréditaires, les sons musicaux pourraient réveiller en nous, d'une manière\nvague et indéterminée, les fortes émotions d'un âge reculé.\n... Le fait que beaucoup d'insectes, d'araignées, d'amphibies et d'oiseaux font\nentendre des sons pendant la saison des amours, nous autorise à conclure qu'ils\névoquent un sentiment de plaisir chez les animaux ; en effet, il faudrait croire, ce\nqui est impossible, que les efforts persévérants du mâle et les organes complexes\nqu'il possède souvent pour produire ces sons sont absolument inutiles, si l'on n'ad-\nmettait que les femelles sont capables de les apprécier, et de se laisser exciter et\nséduire par eux. (The Descent of Man.)\nDarwin insiste sur les oiseaux. Les mâles, qui cherchent à séduire les femelles,\ndéploient toutes les ressources qui leur permettent de briller : ils étalent la\n\n(1) Exposé pour la première fois; avant Darwin, par le savant français Lamarck (1744-1829)\ndans la Philosophie zoologique (1809)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "542", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "richesse de leur plumage ; surtout ils chantent. Les rossignols font de véritables\nconcours de vocalises pour séduire et conquérir une compagne. Celui qui triom-\nphe, c'est le plus artiste. Il devient le fondateur d'une descendance plus belle,\npuisque, par son triomphe, il a éliminé les individus moins bien doués que lui;\net comme la descendance elle-même est soumise à la même sélection, dans les\nmêmes circonstances et pour les mêmes causes, il arrive qu'elle se transforme\npeu à peu, et, avec le temps, produit des espèces nouvelles. Que de choses\nil y aurait, vous le voyez, dans la chanson d'un oiseau : c'est tout l'avenir en\ngerme qui chanterait dans sa voix !\nSi donc l'on admet que la musique de l'homme n'est que le développement\ndu chant ou du cri de l'animal lorsqu'il est poussé par l'instinct sexuel, on arrive\nà expliquer deux choses : l'aptitude particulière de notre musique à exprimer\nles sentiments tendres ; le caractère troublant et obscur de l'expression musicale,\nqui, tout en étant aujourd'hui désappropriée de sa fin immédiate, réveille en nous\nles instincts accumulés par une très longue hérédité.\nLes mélodies les plus charmantes de nos compositeurs ne seraient pas autre\nchose que le prolongement épanoui, 1 idéalisation consciente, mais aussi, aux\nyeux du savant, la survivance d'un fait initial, lié à un des instincts les plus\nforts de la nature (1).\nTelle est la thèse dans ses grandes lignes.\nSi nous la considérons avec un esprit critique, nous voyons qu'il ne manque\npas de raisons pour la recommander à notre attention. 11 n'en manque pas aussi\npour la contredire. Je dois examiner les unes et les autres, et puis conclure.\nII\nEn premier lieu, il semble (mais nous aurons à examiner la valeur exacte de\ncette impression) qu'on ne puisse refuser aux oiseaux le titre de chanteurs : tous\nles poètes anciens le leur ont accordé. Les naturalistes sont du même avis.\nDans un livre très documenté, les Jeux des Animaux, par K. Groos (2), on trou-\nvera l'analyse précise des chants du rossignol, du coq de bruyère, etc. :\n« Placé sur une solide branche basse, ce dernier dresse les longues plumes de\nson cou, fait la roue, laisse pendre ses ailes, gonfle son plumage, piétine, tourne\nles yeux de façon très drôle, comme un homme ivre, puis il émet des sons cli-\nquetants et claquetants, d'abord lents et séparés, puis plus rapides et plus sou-\ntenus ; il continue par un clac très fort, que suit toute une série de sons à la fois\nstridents et musicaux... ; ils finissent par un son soutenu, et en même temps le\ncoq ferme les yeux comme enivré de jouissance .. »\nEn second lieu, dans le langage des anciens et des primitifs, peut-être même\ndans certaines musiques, il y a des preuves que l'homme a non seulement\nobservé le chant des oiseaux, mais cherché à le reproduire, comme le pensait\nLucrèce. Les Grecs paraissent avoir été très frappés par le chant du rossignol ;\nmais, chose curieuse, ils le trouvaient surtout triste et mélancolique ! Ils l'expli-\nquaient par une légende (3). Ils voyaient en lui la plainte chune ancienne prin-\n\n(1) Cf. Konrad Lange (Réflexions pour une esthétique fondée sur le principe du développement\nhistorique, dans le 14e vol. de la Zeitschrift f. Psychologie und Physiologie des Sinnesorganes,\np. 242-273).\n(2) Trad. franç. par A. Dirr et Van Gennep (Alcan, 1902, ch. iv, par. IV).\n(3) Odyssée, XIX, 518 et suiv."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "543", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "cesse métamorphosée par sa douleur, et qui pleurait toujours la perte d'un fils\nchéri : Il us ! Itus ! onomatopée des premières notes du rossignol. Il ne manque\npas de traces des idées de Lucrèce dans les traditions populaires. Une chanson\npopulaire du Languedoc débute ainsi :\nRoussignoulet du bois,\nRoussignoulet salvage,\nApf rends-moi ton langage.\nA titre de simple curiosité, on peut mentionner ici le témoignage d'Athénée\ndisant que le poète Alcman n'a pas eu d'autre maître (?) que les perdrix, et que\nc'est pour ce motif qu'il a intitulé « Chanson des Caccabides », ou des perdrix, une\npièce de chant. Pleyel a écrit une composition du genre le plus élevé en prenant\npour motif le chant de la perdrix. L'auteur d'un petit livre sur XOrigine dit lan-\ngage, M. Zaborowski, a réuni le nom de certains oiseaux dans les langues et\nles dialectes les plus divers, chez les sauvages comme chez les civilisés, et on\nvoit que tous ces noms contiennent une harmonie imitative (1). On sait que\nles sauvages sont très imitateurs : on a remarqué que dans leurs danses ils\nimitaient parfois les mouvements et les bonds de certains animaux ; de là à\nsupposer qu'ils ont imité aussi les oiseaux chanteurs, il n'y a pas loin.\nVoici quelques faits plus spéciaux et plus intéressants pour le musicien. Dans\nla matière qui nous occupe, il faut avoir recours le plus possible aux observa-\ntions faites sur les sauvages, car c'est chez eux que l'on a quelque chance de cons-\ntater le passage de l'animalité à l'humanité. Les indigènes du Kamtchatka ont\nune mélodie (Aangitsch) qui tire à la fois son nom et son origine d'un oiseau\nsauvage (Anas glacialis), lequel à une saison déterminée, apparaît dans le pays\npar grandes bandes. Les notes qu'il fait entendre sont à peu près celles-ci :\nTous ces oiseaux, dit Engel (2), ne donnent pas exactement la même note ;\nchez les uns le son est plus élevé, chez les autres plus bas; et on imagine par-\nfaitement la musique variée que doit produire une troupe de pareils oiseaux. »\nLe même Engel (3), examinant une syrinx rapportée de l'île Tonga (île d'Ams-\nterdam de l'océan Pacifique) par le capitaine F'ourneaux, émet l'opinion que les\n\n(1) Les mots suivants désignent le coq : kukko, en finnois ; kukkuta, en sanscrit ; kuku, en zulu ;\nkoklo, en yoruba ; okako, en ibo ; peewit désigne le vanneau en anglais ; rol-rol, l'alouette en\nyakama ; pi-pi ! tiet-tiet ! le poulet, chez les Australiens ; kciuter-kaut, le dindon, en patois souabe ;\ngôr, le corbeau, en patois quercytain ; kcih-kcth, un oiseau analogue dans la Colombie anglaise;\nagasse, la pie, en patois provençal, etc... Tous ces mots, on le voit, sont des onomatopées fondées\nsur l'imitation.\n(2) The music oj the most ancient Mettions, p. 21.\n(3) Engel, ibid., p. 14. Des observations sur le chant musical de certains oiseauxsont con-\nsignées dans l'ouvrage de Guessfeldt, Falkenstein et Peschiiel-Lœsche [Die Locingo-Expedition,\nLeipzig, 1879, 111, p. 263-270) ; Cf. Spencer (Mind, oct. 1890), Byam(L« vie sauvage dans l'inté-\nrieur derAmérique centrale, p. 159, Londres, 1849) ; Westphal (Musikalische Rhythmik,Nachworthy\np. XLVII, à la note) ; G Lausing Raymond, dans Rhythm and Harmony in Poetry and Music,\nLondres, 1895, ch. VIII. etc. ; à titre de curiosité, cf. la Musurgia Universalis du P. Kircher (Rome,\n1650), I, liv. I, § 3-6. 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Clément Jannequin, le célèbre musicien français (ou\nbelge) du xvie siècle, a écrit une symphonie descriptive très connue, intitulée le\nCaquet des Oiseaux ; Haydn, dans le finale de son xxe quatuor, a imité le glousse-\nment de la poule :\nimité aussi par Mozart etßossini ; Beethoven, dans bandante de sa Symphonie\npastorale, n'a pas dédaigné de reproduire le chant du coucou. Bien d'autres,\ndont la liste serait longue, ont été plus hardis encore !\nVoilà quelques faits qui semblent s'accorder avec la thèse de Darwin. La\nplupart d'entre eux, il faut bien l'avouer, ont un intérêt assez mince, et sont un\nobjet cle curiosité. On n'en peut pas tirer grand'chose. Par contre, au point de\nvue artistique et musical, on peut faire les remarques suivantes, qui sont plus\nimportantes et tendent à des conclusions opposées.\nJe les diviserai en deux groupes.\nIII\ni° En ce qui concerne les animaux :\na) Le coloris et la richesse du plumage, nous dit-on, caractérisent l'oiseau\nmâle, aux yeux de la femelle, autant que le chant. Soit. Mais si on attribue les\n\n(1) La mélodie à l'aide de laquelle, dans Siegfried, Wagner a noté le chant de l'oiseau a une\nclausule analogue :\n(2) Livre des Métiers, Etienne Boileau, publié par Depping, p. 287 (Paris, Imp. Nat.).\n(3) Dans le recueil Miscellaneci Lipsiensia (Lips., 1718, 111, p. 683) se trouve une dissertation\nde Geamoenus où il est dit que les oiseaux nous ont donné les premières leçons de chant (naturel\nhominiper ctviiim concentum prœ cimente). Dom Caffiaux déclareau contraire que, pour le chant,\nles oiseaux sont les élèves de l'homme, ce qui est tout aussi excessif!\n(4) Cf. 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Renan dans son Histoire d'lsraël. On pourrait aussi bien dire :\n(( Un esprit vraiment philosophique est celui qui ne se préoccupe pas des ori-\ngines. » H y a, en effet, des questions insolubles, ne pouvant donner lieu qu'à\ndes hypothèses et qu'on devrait, semble-t-il, laisser de côté. Pour l'art musical\ncomme pour le reste, chimérique est l'espérance de remonter à un fait initial\nbien établi, d'où pourrait être déduite, par voie d'enchaînement logique, toute\nla série des autres faits. L'Histoire est comme les eaux très profondes : la région\nsupérieure est éclairée ; tout en bas, il y a la nuit.\nJ'ai pourtant essayé, au risque de me contredire, de faire accepter une opinion\npersonnelle sur les origines de la musique. J'ai à examiner maintenant quelques\nsystèmes très différents de celui que j'ai défendu. Je suis très éloigné d'en\naborder l'étude avec la préoccupation de les rabaisser et de les réfuter. Il y a\nsans doute beaucoup d'objections qu'il est facile de leur faire ; la discussion d'un\nsystème est un exercice, presque un jeu d'école, où il ne faut pas ajouter une\ntrès grande importance aux petites preuves qu'on accumule, pour ou contre.\nLe critérium du vrai, en certaines matières, est plutôt dans le sentiment que\ndans la dialectique... Après les avoir discutées consciencieusement, je me préoc-\ncuperai surtout de dégager des diverses théories que je vais étudier une part de\nvérité, et de concilier cette part de vérité avec ce qui a été dit dans les précé-\ndentes leçons."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "541", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "I\nLe premier système dont j'ai à parler est celui de Darwin. Au lieu de ratta-\ncher la musique à des origines supérieures et même divines, comme on l'a fait si\nsouvent, Darwin croiten apercevoir le principe aux antipodes de la raison cultivée\net de la pensée consciente, dans la région confuse où apparaissent les premiers\ninstincts des espèces animales. C'est un système à la fois brutal et grandiose,\nun peu choquant pour certains esprits, mais non exempt de poésie. Le transfor-\nmisme (i) soutient que l'homme n'a pas été l'objet d'une création spéciale, mais\nqu'il descend comme les autres espèces d'une souche commune, d'où\ntous les êtres sont sortis en se différenciant de plus en plus, par suite de la sélec-\ntion naturelle, qui est elle-même une conséquence de la lutte pour la vie.\nLe seul chapitre de cette doctrine dont j'aie à m'occuper ici se trouve dans le\nlivre célèbre, The Descent of Man, 1871, t. 11, p. 333 et suiv. (traduction fran-\nçaise de Barbier, Paris, 1881, 3e édit., p. 623 et suiv.). Darwin y montre une\nparfaite impartialité d'esprit, une bonne foi, une prudence dans l'affirmation,\nqui font de son livre une école admirable. Je ne saurais trop en recommander\nla lecture à ceux qui veulent s'affranchir de la tyrannie des mots et s'habituer\nà voir les choses sans préjugés. Très sensible (au moins dans cette période de\nla vie) au charme de l'art, Darwin veut expliquer pourquoi la musique a un\npouvoir d'émotion si troublant, si mystérieux, un sens si profond, dont nous\nsubissons le charme sans pouvoir en rendre compte. Voilà pour lui le problème.\nPour le résoudre il fait trois observations préliminaires :\ni° Notre musique n'exprime jamais très bien certains sentiments violents, tels\nque la peur, la haine, l'épouvante, la rage ; mais elle excelle à exprimer l'amour\net la joie du triomphe ; 20 les animaux font entendre des sons, ils ébauchent un\nchant à l'époque des amours ; 30 entre les animaux et l'homme, il y a transmis-\nsion héréditaire. Ceci posé, il ajoute :\n... Tous les faits relatifs à la profonde expression de la musique deviennent jusqu'à\nun certain point compréhensibles, si nous pouvons admettre que les sons musicaux\net le rythme étaient employés par les ancêtres semi-humains de l'homme pendant\nla saison de l'accouplement, alors que tous les animaux sont entraînés par l'amour\net la jalousie, la rivalité ou le triomphe. Dans ce cas, d'après le principe des asso-\nciations héréditaires, les sons musicaux pourraient réveiller en nous, d'une manière\nvague et indéterminée, les fortes émotions d'un âge reculé.\n... Le fait que beaucoup d'insectes, d'araignées, d'amphibies et d'oiseaux font\nentendre des sons pendant la saison des amours, nous autorise à conclure qu'ils\névoquent un sentiment de plaisir chez les animaux ; en effet, il faudrait croire, ce\nqui est impossible, que les efforts persévérants du mâle et les organes complexes\nqu'il possède souvent pour produire ces sons sont absolument inutiles, si l'on n'ad-\nmettait que les femelles sont capables de les apprécier, et de se laisser exciter et\nséduire par eux. (The Descent of Man.)\nDarwin insiste sur les oiseaux. Les mâles, qui cherchent à séduire les femelles,\ndéploient toutes les ressources qui leur permettent de briller : ils étalent la\n\n(1) Exposé pour la première fois; avant Darwin, par le savant français Lamarck (1744-1829)\ndans la Philosophie zoologique (1809)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "542", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "richesse de leur plumage ; surtout ils chantent. Les rossignols font de véritables\nconcours de vocalises pour séduire et conquérir une compagne. Celui qui triom-\nphe, c'est le plus artiste. Il devient le fondateur d'une descendance plus belle,\npuisque, par son triomphe, il a éliminé les individus moins bien doués que lui;\net comme la descendance elle-même est soumise à la même sélection, dans les\nmêmes circonstances et pour les mêmes causes, il arrive qu'elle se transforme\npeu à peu, et, avec le temps, produit des espèces nouvelles. Que de choses\nil y aurait, vous le voyez, dans la chanson d'un oiseau : c'est tout l'avenir en\ngerme qui chanterait dans sa voix !\nSi donc l'on admet que la musique de l'homme n'est que le développement\ndu chant ou du cri de l'animal lorsqu'il est poussé par l'instinct sexuel, on arrive\nà expliquer deux choses : l'aptitude particulière de notre musique à exprimer\nles sentiments tendres ; le caractère troublant et obscur de l'expression musicale,\nqui, tout en étant aujourd'hui désappropriée de sa fin immédiate, réveille en nous\nles instincts accumulés par une très longue hérédité.\nLes mélodies les plus charmantes de nos compositeurs ne seraient pas autre\nchose que le prolongement épanoui, 1 idéalisation consciente, mais aussi, aux\nyeux du savant, la survivance d'un fait initial, lié à un des instincts les plus\nforts de la nature (1).\nTelle est la thèse dans ses grandes lignes.\nSi nous la considérons avec un esprit critique, nous voyons qu'il ne manque\npas de raisons pour la recommander à notre attention. 11 n'en manque pas aussi\npour la contredire. Je dois examiner les unes et les autres, et puis conclure.\nII\nEn premier lieu, il semble (mais nous aurons à examiner la valeur exacte de\ncette impression) qu'on ne puisse refuser aux oiseaux le titre de chanteurs : tous\nles poètes anciens le leur ont accordé. Les naturalistes sont du même avis.\nDans un livre très documenté, les Jeux des Animaux, par K. Groos (2), on trou-\nvera l'analyse précise des chants du rossignol, du coq de bruyère, etc. :\n« Placé sur une solide branche basse, ce dernier dresse les longues plumes de\nson cou, fait la roue, laisse pendre ses ailes, gonfle son plumage, piétine, tourne\nles yeux de façon très drôle, comme un homme ivre, puis il émet des sons cli-\nquetants et claquetants, d'abord lents et séparés, puis plus rapides et plus sou-\ntenus ; il continue par un clac très fort, que suit toute une série de sons à la fois\nstridents et musicaux... ; ils finissent par un son soutenu, et en même temps le\ncoq ferme les yeux comme enivré de jouissance .. »\nEn second lieu, dans le langage des anciens et des primitifs, peut-être même\ndans certaines musiques, il y a des preuves que l'homme a non seulement\nobservé le chant des oiseaux, mais cherché à le reproduire, comme le pensait\nLucrèce. Les Grecs paraissent avoir été très frappés par le chant du rossignol ;\nmais, chose curieuse, ils le trouvaient surtout triste et mélancolique ! Ils l'expli-\nquaient par une légende (3). Ils voyaient en lui la plainte chune ancienne prin-\n\n(1) Cf. Konrad Lange (Réflexions pour une esthétique fondée sur le principe du développement\nhistorique, dans le 14e vol. de la Zeitschrift f. Psychologie und Physiologie des Sinnesorganes,\np. 242-273).\n(2) Trad. franç. par A. Dirr et Van Gennep (Alcan, 1902, ch. iv, par. IV).\n(3) Odyssée, XIX, 518 et suiv."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "543", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "cesse métamorphosée par sa douleur, et qui pleurait toujours la perte d'un fils\nchéri : Il us ! Itus ! onomatopée des premières notes du rossignol. Il ne manque\npas de traces des idées de Lucrèce dans les traditions populaires. Une chanson\npopulaire du Languedoc débute ainsi :\nRoussignoulet du bois,\nRoussignoulet salvage,\nApf rends-moi ton langage.\nA titre de simple curiosité, on peut mentionner ici le témoignage d'Athénée\ndisant que le poète Alcman n'a pas eu d'autre maître (?) que les perdrix, et que\nc'est pour ce motif qu'il a intitulé « Chanson des Caccabides », ou des perdrix, une\npièce de chant. Pleyel a écrit une composition du genre le plus élevé en prenant\npour motif le chant de la perdrix. L'auteur d'un petit livre sur XOrigine dit lan-\ngage, M. Zaborowski, a réuni le nom de certains oiseaux dans les langues et\nles dialectes les plus divers, chez les sauvages comme chez les civilisés, et on\nvoit que tous ces noms contiennent une harmonie imitative (1). On sait que\nles sauvages sont très imitateurs : on a remarqué que dans leurs danses ils\nimitaient parfois les mouvements et les bonds de certains animaux ; de là à\nsupposer qu'ils ont imité aussi les oiseaux chanteurs, il n'y a pas loin.\nVoici quelques faits plus spéciaux et plus intéressants pour le musicien. Dans\nla matière qui nous occupe, il faut avoir recours le plus possible aux observa-\ntions faites sur les sauvages, car c'est chez eux que l'on a quelque chance de cons-\ntater le passage de l'animalité à l'humanité. Les indigènes du Kamtchatka ont\nune mélodie (Aangitsch) qui tire à la fois son nom et son origine d'un oiseau\nsauvage (Anas glacialis), lequel à une saison déterminée, apparaît dans le pays\npar grandes bandes. 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Entré au\nConservatoire dans les classes de piano et de solfège, il n'y fit qu'un court séjour pour se\nconsacrer exclusivement a la composition sous la direction de Henry Maréchal. C esta\nMontmartre qu'il débuta, dans des « pièces d'ombres ». De la Butte il descendit aux\nBoulevards, où son Dante fut représenté au théâtre des Capucines avec Mme Caristie\nMartel. Il est fauteur d'un ballet, le Violon magique, en collaboration avec Louis\nSchneider ; de la musique de scène de la Montansier, donnée au Coronet Theatre\nà Londres ;et de nombreuses romances pour chant, notamment des mélodies sur les\nparoles de Maurice Maeterlinck, chantées par Mme Georgette Leblanc. 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Pour aujourd'hui, nous posons à nos lecteurs les questions sui\nvantes, au sujet desquelles nous serions heureux d'obtenir quelques réponses :\ni° Au 2e acte du Freischûtz 'scène delà Gorge du Loup), Weber écrit ceci. qui\nest d'un grand effet :\nConnaissez-vous, z/azzs les œuvres des compositeurs anciens ou modernes, <ies pas-\nsades analogues, où le changement enharmonique ait lieu, zzozz afazzs zzzze même\nC!> ' <*>\nvoix, mais dans des voix différentes (gcz sol b contre la î? )?\n2° Connaissez-vous des exemples de la modulation suivante (ut naturel majeur à\nsol bémol majeur), produit, au moins comme transition, un si bel efet, quand\nelle est confiée aux cuivres :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "531", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.3", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nQuelques lettres inédites de compositeurs\nHECTOR BERLIOZ.\n(suite).\nDe toutes les lettres inédites que aous avons publiées (lettres de Chopin, Meyerbeer, Chabrier,\nLalo, Delibes, etc...), celle ci est peut-être la plus curieuse.Nous n'hésitons pas à dire que c est le\ndocument le plus important, sur Berlioz, qu'on ait fait connaître depuis sa mort. A qui était-elle\nadressée? C'est ce qu'il est impossible de dire. La date même est incomplète. Elle paraît être\nune réponse à une demande d'interview.\nMonsieur,\n26 février.\nVous voulez bien me demander mon opinion sur le romantisme et m interroger\nsur mes principes, mon credo, etc... Je pourrais vous répondre quil ne m appar-\ntient pas de me tirer ci moi-même la bonne aventure, que les quelques ouvrages\nque je suis parvenu ci faire entendre au public disent assez ce que j'aime, et que je\nsuis peut-être un mauvais interprète, autrement quavec les violons, de ce que je\npense. Mais votre lettre est infiniment trop flatteuse pour que son seul résultat soit\nde me faire paraître incivil; je vais donc vous satisfaire.\nJe suis un classique. Romantique ? je ne sais pas ce que cela signifie.\nPar art classique f entends un art jeune, vigoureux et sincère, réfléchi, passionné,\naimant les belles formes, parfaitement libre. Et parce mot classique, je désigne tout\nce qui a été fait cl original, de grand, de hardi. Gluck et Beethoven sont des classi-\nques ; ils ne se sont jamais gênés pour dire ce qu'ils voulaient, comme ils voulaient,\nau mépris de certaines règles. Virgile et Shakspeare sont des classiques. La seule\nchose que je méprise, cest l imitation plate, sans flamme et sans volonté. Ma maison\nil est pas une chapelle ; mais j'en encadrerais volontiers la porte, comme Cacus,avec\nles têtes de certains « classiques » qu'on a gratifiés d'une étiquette menteuse, en tes\nconsidérant comme les continuateurs des plus grands. Etant classique, je vis souvent\navec les dieux, quelquefois avec les brigands et les démons, jamais avec les singes.\nJe souhaite, Monsieur, que ces quelques lignes vous renseignent suffisamment, et\nvous prie de me croire, avec une parfaite estime,\nVotre bien dévoué serviteur,\n\n(suite).\nPlusieurs de nos correspondants ont bien voulu nous envoyer des extraits d'ouvrages déjà\nanciens (ainsi Mllc F., de Saint-Etienne, nous communique quelques pages, d'ailleurs intéressantes,\nde Castellan, dans ses Mœurs des Othomans, éd. de 1812, sur la musique et les instruments turcs).\nTout en les remerciant vivement, nous leur rappelons que nous avons pour règle de n'insérer\nici que des documents de première main, des témoignages authentiques fournis par des personnes\nqui vivent actuellement au milieu des indigènes dont elles parlent. C'est le seul moyen de faire à\nla fois œuvre scientifique et œuvre pittoresque. Nous prions aussi nos correspondants d'écrire très\nlisiblement, l'envoi des épreuves étant le plus souvent impossible à cause de la distance.\nAlger, le 22 octobre 1905.\nMonsieur le Directeur de la Revue musicale,\nDans la lettre qu'il vous a écrite au sujet des réserves précédemment formulées dans\nla Revue musicale sur les théories de son livre, Harmonisation des mélodies\n\nNotes sur la musique orientale\nLES ARABES ET L'HARMONIE. — EN PALESTINE. — LES HINDOUS."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "532", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.4", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\norientales, M. Polak, de Rotterdam, a bien voulu emprunter quelques citations à\nmon article sur la chanson populaire arabe en Algérie et les faire servir à sa thèse\ndes « tonalités mal comprises ».\nJe nai pas le dessein de discuter ici la question de principe, bien qu'il parût\nlogique de la considérer comme préjudicielle. Car on pourrait se demander avant\ntout si les peuples orientaux, ceux du moins qui sont restés immuablement fidèles à\nleurs traditions musicales séculaires et n admettent encore aujourd'hui d'autres sons\nconcomitants que les unissons et les octaves, on pourrait, dis Je, se demander si\nces peuples sont susceptibles de fournir le moindre élément à la théorie des inten-\ntions musicales universelles. Et je devrais affirmer une fois de plus, avec tous les\nmusiciens qui ont parcouru le Maghreb [je ne parle que des pays que je connais),\nque les Arabes ignorent, méconnaissent, réprouvent l'harmonie. La tierce, si facile à\nsaisir et dont on trouve le sentiment très précis cheq beaucoup d'illettrés musicaux,\nla quinte, la sixte, les accords les plus simples et ceux que la théorie appelle accords\nnaturels? les Arabes ne les sentent pas et ne les admettent pas. Le contrepoint le plus\nfleuri leur paraît une hérésie ; Vharmonie la plus suave [pour nous) est dure à leur\noreille. Dès que l'unisson cesse, ils vous diront : Ya, Khaï chaklala, « O Vami ! quel\nvacarme ! », et nos musiciens jouant des parties différentes dans un même morceau\nsont pour eux « une troupe d'amis qui ont trop bu d'anisette et qui titubent\nchacun de son côté. »\nMais il y a là un problème d'esthétique arabe et de physiologie musicale que je ne\nveux pas aborder, et ou de plus compétents que moi ne manqueront pas, à la Revue\nmusicale, de reconnaître un des plus manifestes défauts de la théorie de M. Polak.\nJe veux rester sur les mélodies empruntées aux chansons populaires arabes et\npour lesquelles M. Polak déclare que les tonalités ont été « mal comprises ».\nMal comprises par qui ?\nPar les Arabes qui me les ont chantées ?ou par moi qui les ai transcrites en nota-\ntion moderne sous la dictée directe des exécutants indigènes ?\n<x>\nM. Polak a écrit [p. 463) que la Kadria dil écrite avec l'armure de la tonalité de\nsol est réellement en ut .*\n« Le chanteur, dit-il, doit avoir mal fait ressortir la différence d'intonation entre\nses fa îf montants et ses fa 5 descendants » ; et corrigeant aussi le texte, M. Polak\nentend cette chanson en ut.\nJ'ai appelé mes chanteurs et je leur ai joué d'abord au piano la Kadria comme\nl'entend M. Polak. A chaque fa B descendant, ils avaient un soubresaut et faisaient\nla grimace, me criant : Khuredj essenaâ : « Tu sors du mode ! »Je recommençai,\nexécutant conformément à l'écriture publiée dans mon étude : Brabo alik, « C'est\nparfait ! » me disaient ces musiciens, et leur face réjouie s'épanouissait (1).\nMais le piano fa cause du tempérament de sa gamme, pouvait ne pas donner à l'ex-\npérience toute sa valeur concluante. J'ai pris un violon, une kouitra, un rebeb ;\nseul le fa # bien accusé donnait satisfaction d ces indigènes.\nJ'ai continué l'épreuve sur un kanoun, dont les cordes sont accordées trois par\ntrois avec la gamme de sol majeur. La note fa H n'existe donc pas à vide, et pour la\nfaire fi' exécutant doit appuyer la tranche du pouce de la main gauche près de la clef\nde la corde mi pour la raccourcir et lui donner la longueur correspondante au fa H .\n\n(i) Voir cette pièce dans le Répertoire de musique arabe et maure publié, sous notre direction,\npar M. Yafil, éditeur, 16, rue Bruce, à Alger. Fascicule n° 8."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "533", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.5", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nDans Vexécution de la kadria, jamais le kanouniste n'a usé de ce doigt ; il a tou-\njours fait ses traits en descendant comme en montant avec le fa à vide.\nCette expérience, fai voulu la répéter avec les plus habiles de nos messemaât, nos\nchanteuses indigènes dont la spécialité est précisément Vexécution des kadriat et des\nzendani. L'effet a constamment été le même ; si je jouais fa H, elles me criaient, fort\nen colère sur ma maladresse : Hadi machi dil, « Ceci n'est plus du dil ! »\nVoilà le mot du problème. Les chansons incriminées par M. Polak ne sont pas\nplus en ut, comme il l'affirme après les avoir déformées, qu elles ne sont en sol,\ncomme paraît le laisser croire le fa î£ mis pour la seule commodité de Vexécution à\nl'armure. Elles sont en dil, et c'est tout. Il est inutile de se tourmenter l'esprit et de\nprendre la loupe pour leur demander plus que ce qu'elles contiennent. Chercher à\nassimiler leur tonalité à une tonalité moderne, c'est ne pas savoir s'affranchir de la\nsuggestion harmonique.\nDès quil entend une mélodie, M. Polak, instinctivement et conformément à son\néducation artistique, sous-entend Venveloppement harmonique. Il va même un peu\nloin dans ce procédé et il ressemble à la petite dame qui déclarait : « Quand\nje joue un morceau, s'il y a plus de trois bémols, je gratte les autres. » Si le\nfa Jf le gêne pour sentir la tonalité d'ut, il le supprime en déclarant que le chanteur\na dû se tromper. C'est simple comme bonjour.\nLa théorie est dangereuse / car voyez oit elle a conduit M. Polak. Pages 464 et\n464, il reproduit l'air traditionnel arabe Rana djinak que j'ai publié dans la Revue\nmusicale du ier mars 1904 et déclare que cette piece est en ut, et non en sol. Or la\npièce finit ainsi (1 ) :\nSi M. Polah trouve dans cette conclusion les points d\"*appui nécessaires pour\ndéterminer la tonalité d'ut, c est qu'il a une subtilité d'oreille extraordinaire.\nCette pièce n est pas plus en ut qu elle n est en sol; elle est en remel maïa\ndont voici la gamme :\nSans doute, quand on étudie la musique orientale, non pas dans les recueils dont\nles sources sont douteuses, mazs a!a/zs /es milieux indigènes, z7 faut en quelque sorte\noublier nos traditions tonales et habituer notre oreille à des tonalités qui tout da-\nbord Voffusquent et lui échappent. Mais il faut surtout respecter ces idiotismes musi-\ncaux et nous garder d'un daltonisme auditif qui nous fait entendre cette musique à\ntravers notre éducation musicale.\nQue dirions-nous d'un musicien qui prétendrait refaire une oeuvre de Lulli, de\n\n(1) Voir Répertoire de musique arabe et maure, icr Recueil de Zendani, fascicule n° 15."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "534", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.6", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nRameau ou de Gluck sous le prétexte qu'il en entend Vharmonie autrement que ces\nmaîtres anciens ? Que penserions-nous d'un restaurateur de tableaux qui nous retou-\ncherait les Primitifs, Jean van Eyck, par exemple, sous le prétexte que leur dessin est\ngauche et quils n'avaient pas le même sentiment de la couleur que nous ?\nC'est pour cela que nous devons repousser comme une hérésie toute harmonisation,\nsi savante soit-elle, des mélodies orientales ; leur musique est à une seule dimension,\npurement linéaire, et toute tentative dé enrichissement harmonique peut, en principe,\nêtre conzidérée comme un anachronisme inutile quand il n'est pas dangereux. Je\ndis « dangereux » parce qu'il expose le musicien moderne à déformer la mélodie\npour les besoins de sa cause.\nJ'en trouve une nouvelle preuve dans le prétendu « chant d'amour » d'Alger que\ncite M. Polak d'après l'ouvrage de M. Georges Capellen. Ce chant d'amour n'est\nautre qu un Zendani populaire que chantent les femmes d'Alger et qui a pour titre\nYa Zaouet bali {O joie de ma pensée), ou encore Chebbou Chebbane (Jeunesse des\njeunesses). M. Polak, M. Capellen et, avant eux, Salvador Daniel, dans son recueil\nfantaisiste de Chansons arabes et kabyles, l'ont harmonisé en fa mineur et, pour\nles besoins de cette tonalité, ont introduit le mi a . Or voici comment Yanina ben\nel Hadj Mohammed el Haadj Maadi, la première des chanteuses de l'Algérie, celle\ndont les versions font autorité dans tout le pays, chante cette chanson, ainsi qu'on\npeut s'en rendre compte avec le cylindre n° io-iqB de la collection d'airs arabes de\nla maison Pathé frères de Paris :\nIci encore nous ne sommes ni en fa mineur, ni en si bémol, ce que semblerait indi-\n\nCHEBBOU CHEBBANE\n\n(i) Sur cette ariette populaire on chante des petits quatrains qui n'ont entre eux aucun lien.\nEx. : Jeunesse des jeunesses ! Sa lèvre est petite et rouge comme du corail, par Dieu ! par\nDieu ! Par Dieu, par Dieu, ô mon joli brun Celui qui s'éprend de toi ne peut plus attendre.\nO joie de ma pensée. La nuit est bien longue, Mais mon ami se montre de plus en plus\ntendre, par ma foi !\nLes notes de la ligne supérieure sont frappées sur les petites cymbales de cuivre insérées\nsur la monture du tambour de basque. Les notes de la ligne inférieure sont frappées sur la\npeau de l'instrument."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "535", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.7", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nque?' Varmure mise pour la commodité de la lecture : nous sommes en remei maïa\n(voir plus haut) joué sur la tonique fa.\nSa?is doute de telles tonalités paraissent irrégulières à nos oreilles européennes\nqui ont Vaccoutumance de notre majeur et de ?iotre mineur et mesurent toutes les\ngammes à lune de ces deux échelles. Ces tonalités n'en sont pas moins la principale\noriginalité de la musique orientale. Pourquoi vouloir len dépouiller ? En avons-\nnous d'ailleurs le droit ? et ne devons-nous pas au contraire étudier cet art archaï-\nque, cet art de simples et de primitifs, dans ses formes propres qui répondent admi-\nrablement au sentiment esthétique des Arabes puisqu elles ont triomphé du temps et\nont résisté pendant des siècles au contact et à la pénétration de la musique moderne ?\nJULES ROUANET.\nM. Georges Outrey, consul général de la France à Jérusalem, a bien voulu nous adresser la\nlettre suivante :\nJérusalem, le 21 octobre 1905.\nMONSIEUR,\nJ'ai ïhonneur de vous envoyer une note sur les instruments employés à Jérusalem\net dans le pays environnant \\jy joins des photographies ou figure chacun d eux avec\nle n° correspondant à celui quindique la présente note.\nN°l. —Tamboura! Espèce de petit violon dont la boîte est en forme de demi-melon,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "536", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.8", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nen bois et recouverte d'une peau de gaqelle. Un assemblage de crins de cheval tient\nlieu de cordes. Un morceau de bois également muni de crins sert d'archet.\nN° 11. Djanah : Espèce de guitare à quatre cordes.\nN° 111. —Rababé : Sorte de violon, composé d'un cadre en bois tendu sur ses\ndeux faces d'une peau de gazelle. Au lieu de cordes, un faisceau de crins de cheval\ntendus à plat ; l'archet est en bois de chêne courbé.\nN° IV. Dourbaké : Sorte de vase en terre cuite ouvert des deux côtés. L'orifice\nsupérieur est de beaucoup le plus large.\nC'est une sorte de tambour très sonore.\nN° V. Nayé '.Flageolet constitué par deux roseaux juxtaposés, de longueur\négale on différente, percés de six trous chacun et munis eux-mêmes de deux autres\n<\nroseaux beaucoup plus minces servant d'embouchure.\nN° VI. -4- Daff : Tambourin. Cadre rond en bois de noyer couvert d'un seul côté\nd'une peau de gazelle et muni, comme celui des tambourins de basque, de petites cym-\nbales de cuivre.\nN° VII. Aoud : Sorte de grande guitare très renflée de forme, dont l'extrémité\nest recourbée en angle presque droit et plus longue que le reste du manche.\nN° VIII. Canoun : Instrument plat à corde r tendues 49 X 90 centimètres ;\népaisseur, 5 centimètres. On se sert, pour en jouer, de deux anneaux, munis chacun\nd'un petit morceau de baleine. On met ces anneaux sur l index de chaque main.\nL'instrument a 24 cordes triples qui s'enroulent d'un côté sur des chevilles en bois et\nsont fixées à Vextrémité opposée.\nCet instrument s'accorde avec une clé comme le piano.\nagréer, etc...\nG. OUTREY,\nconsul général."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "537", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.9", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nNous avons reçu la lettre suivante, qui, datée de Tlndet rançaise 19 octobre, nous est parvenue\nle 3 novembre au soir.\nChandernagor, 19 octobre 1905.\nMONSIEUR,\nMon ami M. Bourgoin ma communiqué les numéros de la Revue musicale.\nBien que j'aie laissé à Pondichéry tout le dossier que j'ai établi dans le sud de\nl'lnde, il me sera possible de vous envoyer, d'ici même, quelques notes importantes.\nVous voudrez bien me faire crédit de quelques semaines : nous sommes en pleine période\nde pujas et fêtes religieuses hindoues. D'un autre côté, le maharadjah S. M\nTagore, dont j'ai l'intention de photographier la collection d'instruments, ne sera\nguère abordable que lorsque les fêtes seront terminées.\nJe vous enverrai donc, pour commencer, des photographies accompagnées de des-\ncriptions aussi complètes que possible des instruments, ainsi que quelques râgas\n(mélodies) choisies. Vers la fin de l'année, je ferai un résumé de mes notes en pui-\nsant dans ma collection de râgas inédites ( j'en ai environ six cents). Puisque vous\nvoulez bien m'offrir l'hospitalité de la Revue musicale, j'espère intéresser vos lec-\nteurs.\nDe toute façon, je serai heureux de continuer avec vous des conversations musi-\ncales qui m'intéressent au plus haut point.\nVeuillez agréer, Monsieur, Vassurance de ma haute considération,\nDE BARRIGUE DE FONTAINIEN,\nchargé de mission,\nde passage à Chandernagor (Bengale)"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "538", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.10", "texte": "LE THÉÂTRE LYRIQUE\n\nA M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat\naux beaux-arts.\n\nM. Georges Pleiffer, Président de la Société des compositeurs, nous communique les deux\ndocuments suivants; à l'unanimité, la Commission du Théâtre populaire a pris en considération\nles vœux qu'ils expriment.\nL Nécessité de reconstituer le Théâtre-Lyrique, par Léon Gastinel.\n11. Moyens d'englober le Théâtre-Lyrique dans un grand théâtre populaire,\nsans subvention spéciale, par Georges Pfeijfer.\nMONSIEUR LE MINISTRE,\nIl y a vingt ans, Paris possédait 4 scènes lyriques : le Grand-Opéra, YOpéra-\nComique, le Théâtre-Italien et le Lyrique. Aujourd'hui, il compte plus de deux\nmillions d'habitants ; le nombre des compositeurs a beaucoup augmenté ; l'art\nmusical a pris des proportions considérables ; cependant, Paris n'a plus que\ndeux scènes lyriques : le Grand-Oùéra et Y Opéra-Comique. Au moment où,\ngrâce à votre initiative, la question des théâtres populaires vient d'être remise\nà l'ordre du jour, permettez-moi, Monsieur le Ministre, de m'adresser à vous\npour la défense d'une cause que je soutiens depuis tant d'années, en faveur\ndu Théâtre-Lyrique; qui a été le- théâtre musical populaire par excellence et\ndoit l'être encore.\nPar 1 éclat qu'il a jeté pendant plus de 50 ans, les services qu'il a rendus à\na musique dramatique, on peut dire qu'il était devenu une institution nationale.\nDernier venu dans la carrière, c'est lui qui, par son initiative et son activité,\na fait connaître les œuvres suivantes, œuvres qui font honneur à la France :\nFaust, Roméo et Juliette, Mireille, Philémon et Baucis, le Médecin malgré lui,\nde GOUNOD ; la Perle du Brésil, de FÉLICIEN DAVID; Jaguarita, d'HALÉvy ; Gasti-\nbelqa, les Dragons de Villars, les Pécheurs de Catane, de MAILLART ; le Bijou\nperdu, Si j'étais Roi, le Roi des Halles, d'ADAM ; Paul et Virginie, la Reine\nTopaze, la Fée Carabosse, de VICTOR MASSÉ ; la Fanchonnette, la Promise, de\nCLAPISSON ; les Amours du Diable, la Chatte merveilleuse, DEGRISAR; les Troyens,\nde BERLIOZ ; les Pêcheurs de perles, de BIZET ; Maître Wolfram, la Statue, de\nREYER.\nPendant la période qui s'est écoulée depuis sa fondation, le Théâtre-Lyrique\na donné l'hospitalité à plus de 90 compositeurs ; il a représenté 500 actes;\ninfatigable, il a fait connaître à la génération d'alors les chefs-d'œuvre de\nnos grands maîtres : Don Juan, les Noces de Figaro, la Flûte enchantée, la\nRévolte au Sérail, de MOZART ; Obèron, Préciosa, Euryanthe, de WEBER ; Orphée,\nde GLUCK, magnifiquement interprété par MMC Viardot.\nJe viens de nommer cette artiste remarquable : je dois citer ceux qui, avec elle,\ncontribuèrent puissamment à la prospérité et au succès du Lyrique ; ce sont\nMmcs Cabel, Carvalho, Nilson, Ugalde, Rossi-Caccia, Duez, Heilbronn,\nDevriès, Faivre, Borghèze, Engalli ; MM. Capoul, Monjauze, Michot, Engel\nBalanqué, Meillet, Bosquin, Hermann-Léon, Dulaurens, Puget, Achard,\nTroy, Bussine. La plupart de ces artistes, après avoir débuté au Lyrique, s'y\nêtre fait une réputation, accrurent, par la suite, la gloire de l'Opéra et de\nl'Opéra-Comique.\nRécemment, Monsieur le Ministre, vous avez nommé une commission"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "539", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.11", "texte": "LE THEATRE LYRIQUE\n\nspéciale chargée d'examiner les projets présentés. Elle se livre en ce mo-\nment à des études sérieuses et persistantes ; bientôt elle vous présentera les\nrésultats de ses travaux.\nQu'il nous soit permis, à mon ami et confrère Pfeiffer et à moi, d'espérer\nque vous voudrez bien prendre en considération les idées et les réflexions que\nl'expérience nous inspire et prendre une décision favorable à l'art musical, aux\ncompositeurs français et à nos classes populaires de Paris.\nVeuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma respectueuse\nconsidération.\nLÉ ON GASTINEL.\nII. - Des moyens d'englober le Théâtre-Lyrique dans un projet de Grand-Théâtre\npopulaire sans subvention spéciale.\nMon confrère Gastinel a étudié le glorieux passé du Théâtre-Lyrique et prouvé\nl'impérieuse nécessité pour les compositeurs français de le voir renaître dans\nl'avenir le plus proche. Je voudrais, à mon tour, essayer de démontrer la possi-\nbilité de réaliser ce vœu sans imposer à 1 Etat de nouveaux sacrifices.\nAu moment où tant de projets s'élaborent, non seulement pour favoriser les\nreprésentations populaires dans nos faubourgs parisiens, mais aussi pour doter\nla capitale d'un grand théâtre central construit dans la même intention, il me\nsemble urgent de montrer que, loin d'êcre un obstacle à la réalisation de cette\ngrande scène, le Théâtre-Lyrique lui viendrait puissamment en aide sans en aug-\nmenter les frais\nEn effet, pourquoi les derniers essais de ce genre ont-ils tous lamentablement\néchoué ? C'est que chacun d'eux, malgré de grands succès comme Paul et Virgi-\nnie àz Massé, des efforts très artistiques comme Iphi génie en Tauride, de char-\nmantes œuvres comme Mme Chrysanthème, ils se heurtaient tous aux difficultés\nde payer les frais des lendemains avec un répertoire d'ouvrages connus et consa-\ncrés. La dernière tentative ne prolongea son éphémère existence que grâce à Si\nfêtais Roi, d'Adolphe Adam.\nToutes ces entreprises ne purent obtenir ni de l'Opéra ni de l'Opéra-Comique,\nqui y voyaient une concurrence appelée à devenir redoutable, aucun des ou-\nvrages, même abandonnés par eux, appartenant à leur répertoire : La Muette, le\nComte Or y, Robert le Diable, Les Mousquetaires de la Reine, l'Etoile du Nord,\nCinq-Mars, et tant d'autres que l'on pourrait citer, eussent amplement suffi à ali-\nmenter le Théâtre-Lyrique et à attirer le public, surtout le public populaire dont\non s'occupe en ce moment.\nMais si le public aristocratique, avide de nouveautés, force les directeurs de\nl'Opéra et de l'Opéra-Comique à négliger ces richesses, ceux-ci auraient tout\nintérêt âne plus les refuser au nouveau théâtrepopulaire, théâtre qui serait, dans\nma pensée, placé sous leur patronage et leur haute direction, avec le secours de\nleurs jeunes artistes et la participation légitime aux bénéfices.\nDéjàen 1(898, lorsque \\zFigaro fitunepetiteenquêteauprèsdescompositeurs, leur\ndemandant leur avis sur ce que devaient être l'Opéra-Comique etle Théâtre-Lyri-\nque, j'y exprimais la même opinion en ces termes: Il faudrait autoriser le direc-\nteur de l'Opéra-Comique à utiliser la partie disponible de sa troupe à exploiter\nle Théâtre-Lyrique d'essai, sur une scène moindre et sans luxe exagéré."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "540", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.12", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nM. Carré a réalisé déjà en partie ce programme, on sait avec quel succès, en\nemployant ses artistes aux représentations populaires dans nos faubourgs.\nIl suffirait donc d'ajouter au cahier des charges du nouveau grand théâtre po-\npulaire, l'obligation de créer chaque année un certain nombre d'ouvrages nou-\nveaux.\nIl y aurait là encore, en plus de l'éducation populaire par le répertoire, l'at-\ntrait d'entendre des nouveautés, choisies parmi celles plus accessibles aux goûts\nde la foule que les œuvres d'avant-garde réservées aux raffinés de l'art.\nDonc, à la création d'un grand théâtre populaire s'adjoindrait un théâtre\nlyrique sans difficulté ni grands frais, tandis que, jusqu'ici, le Théâtre-Lyrique,\nseul, n'a pu vivre, faute d'obtenir le répertoire.\nJ'espère que M. le sous-secrétaire d'Etat verra dans les réflexions qui\nprécèdent la possibilité de réaliser notre vœu, vœu partagé par tous les compo-\nsiteurs français et que mon confrère L. Gastinelet moi présentons avec confiance\nà sa haute critique et à sa bienveillante approbation.\n\nGEORGES PFEIFFER.\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nLES ORIGINES DE LA MUSIQUE\nET LE LANGAGE DE L'AMOUR CHEZ LES OISEAUX\nD'APRÈS DARWIN. — XV (d'après la sténographie)\n« Un esprit vraiment philosophique est celui qui se préoccupe des origines. »\nAinsi parle E. Renan dans son Histoire d'lsraël. On pourrait aussi bien dire :\n(( Un esprit vraiment philosophique est celui qui ne se préoccupe pas des ori-\ngines. » H y a, en effet, des questions insolubles, ne pouvant donner lieu qu'à\ndes hypothèses et qu'on devrait, semble-t-il, laisser de côté. Pour l'art musical\ncomme pour le reste, chimérique est l'espérance de remonter à un fait initial\nbien établi, d'où pourrait être déduite, par voie d'enchaînement logique, toute\nla série des autres faits. L'Histoire est comme les eaux très profondes : la région\nsupérieure est éclairée ; tout en bas, il y a la nuit.\nJ'ai pourtant essayé, au risque de me contredire, de faire accepter une opinion\npersonnelle sur les origines de la musique. J'ai à examiner maintenant quelques\nsystèmes très différents de celui que j'ai défendu. Je suis très éloigné d'en\naborder l'étude avec la préoccupation de les rabaisser et de les réfuter. Il y a\nsans doute beaucoup d'objections qu'il est facile de leur faire ; la discussion d'un\nsystème est un exercice, presque un jeu d'école, où il ne faut pas ajouter une\ntrès grande importance aux petites preuves qu'on accumule, pour ou contre.\nLe critérium du vrai, en certaines matières, est plutôt dans le sentiment que\ndans la dialectique... Après les avoir discutées consciencieusement, je me préoc-\ncuperai surtout de dégager des diverses théories que je vais étudier une part de\nvérité, et de concilier cette part de vérité avec ce qui a été dit dans les précé-\ndentes leçons."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "541", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.13", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nI\nLe premier système dont j'ai à parler est celui de Darwin. Au lieu de ratta-\ncher la musique à des origines supérieures et même divines, comme on l'a fait si\nsouvent, Darwin croiten apercevoir le principe aux antipodes de la raison cultivée\net de la pensée consciente, dans la région confuse où apparaissent les premiers\ninstincts des espèces animales. C'est un système à la fois brutal et grandiose,\nun peu choquant pour certains esprits, mais non exempt de poésie. Le transfor-\nmisme (i) soutient que l'homme n'a pas été l'objet d'une création spéciale, mais\nqu'il descend comme les autres espèces d'une souche commune, d'où\ntous les êtres sont sortis en se différenciant de plus en plus, par suite de la sélec-\ntion naturelle, qui est elle-même une conséquence de la lutte pour la vie.\nLe seul chapitre de cette doctrine dont j'aie à m'occuper ici se trouve dans le\nlivre célèbre, The Descent of Man, 1871, t. 11, p. 333 et suiv. (traduction fran-\nçaise de Barbier, Paris, 1881, 3e édit., p. 623 et suiv.). Darwin y montre une\nparfaite impartialité d'esprit, une bonne foi, une prudence dans l'affirmation,\nqui font de son livre une école admirable. Je ne saurais trop en recommander\nla lecture à ceux qui veulent s'affranchir de la tyrannie des mots et s'habituer\nà voir les choses sans préjugés. Très sensible (au moins dans cette période de\nla vie) au charme de l'art, Darwin veut expliquer pourquoi la musique a un\npouvoir d'émotion si troublant, si mystérieux, un sens si profond, dont nous\nsubissons le charme sans pouvoir en rendre compte. Voilà pour lui le problème.\nPour le résoudre il fait trois observations préliminaires :\ni° Notre musique n'exprime jamais très bien certains sentiments violents, tels\nque la peur, la haine, l'épouvante, la rage ; mais elle excelle à exprimer l'amour\net la joie du triomphe ; 20 les animaux font entendre des sons, ils ébauchent un\nchant à l'époque des amours ; 30 entre les animaux et l'homme, il y a transmis-\nsion héréditaire. Ceci posé, il ajoute :\n... Tous les faits relatifs à la profonde expression de la musique deviennent jusqu'à\nun certain point compréhensibles, si nous pouvons admettre que les sons musicaux\net le rythme étaient employés par les ancêtres semi-humains de l'homme pendant\nla saison de l'accouplement, alors que tous les animaux sont entraînés par l'amour\net la jalousie, la rivalité ou le triomphe. Dans ce cas, d'après le principe des asso-\nciations héréditaires, les sons musicaux pourraient réveiller en nous, d'une manière\nvague et indéterminée, les fortes émotions d'un âge reculé.\n... Le fait que beaucoup d'insectes, d'araignées, d'amphibies et d'oiseaux font\nentendre des sons pendant la saison des amours, nous autorise à conclure qu'ils\névoquent un sentiment de plaisir chez les animaux ; en effet, il faudrait croire, ce\nqui est impossible, que les efforts persévérants du mâle et les organes complexes\nqu'il possède souvent pour produire ces sons sont absolument inutiles, si l'on n'ad-\nmettait que les femelles sont capables de les apprécier, et de se laisser exciter et\nséduire par eux. (The Descent of Man.)\nDarwin insiste sur les oiseaux. Les mâles, qui cherchent à séduire les femelles,\ndéploient toutes les ressources qui leur permettent de briller : ils étalent la\n\n(1) Exposé pour la première fois; avant Darwin, par le savant français Lamarck (1744-1829)\ndans la Philosophie zoologique (1809)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "542", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.14", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nrichesse de leur plumage ; surtout ils chantent. Les rossignols font de véritables\nconcours de vocalises pour séduire et conquérir une compagne. Celui qui triom-\nphe, c'est le plus artiste. Il devient le fondateur d'une descendance plus belle,\npuisque, par son triomphe, il a éliminé les individus moins bien doués que lui;\net comme la descendance elle-même est soumise à la même sélection, dans les\nmêmes circonstances et pour les mêmes causes, il arrive qu'elle se transforme\npeu à peu, et, avec le temps, produit des espèces nouvelles. Que de choses\nil y aurait, vous le voyez, dans la chanson d'un oiseau : c'est tout l'avenir en\ngerme qui chanterait dans sa voix !\nSi donc l'on admet que la musique de l'homme n'est que le développement\ndu chant ou du cri de l'animal lorsqu'il est poussé par l'instinct sexuel, on arrive\nà expliquer deux choses : l'aptitude particulière de notre musique à exprimer\nles sentiments tendres ; le caractère troublant et obscur de l'expression musicale,\nqui, tout en étant aujourd'hui désappropriée de sa fin immédiate, réveille en nous\nles instincts accumulés par une très longue hérédité.\nLes mélodies les plus charmantes de nos compositeurs ne seraient pas autre\nchose que le prolongement épanoui, 1 idéalisation consciente, mais aussi, aux\nyeux du savant, la survivance d'un fait initial, lié à un des instincts les plus\nforts de la nature (1).\nTelle est la thèse dans ses grandes lignes.\nSi nous la considérons avec un esprit critique, nous voyons qu'il ne manque\npas de raisons pour la recommander à notre attention. 11 n'en manque pas aussi\npour la contredire. Je dois examiner les unes et les autres, et puis conclure.\nII\nEn premier lieu, il semble (mais nous aurons à examiner la valeur exacte de\ncette impression) qu'on ne puisse refuser aux oiseaux le titre de chanteurs : tous\nles poètes anciens le leur ont accordé. Les naturalistes sont du même avis.\nDans un livre très documenté, les Jeux des Animaux, par K. Groos (2), on trou-\nvera l'analyse précise des chants du rossignol, du coq de bruyère, etc. :\n« Placé sur une solide branche basse, ce dernier dresse les longues plumes de\nson cou, fait la roue, laisse pendre ses ailes, gonfle son plumage, piétine, tourne\nles yeux de façon très drôle, comme un homme ivre, puis il émet des sons cli-\nquetants et claquetants, d'abord lents et séparés, puis plus rapides et plus sou-\ntenus ; il continue par un clac très fort, que suit toute une série de sons à la fois\nstridents et musicaux... ; ils finissent par un son soutenu, et en même temps le\ncoq ferme les yeux comme enivré de jouissance .. »\nEn second lieu, dans le langage des anciens et des primitifs, peut-être même\ndans certaines musiques, il y a des preuves que l'homme a non seulement\nobservé le chant des oiseaux, mais cherché à le reproduire, comme le pensait\nLucrèce. Les Grecs paraissent avoir été très frappés par le chant du rossignol ;\nmais, chose curieuse, ils le trouvaient surtout triste et mélancolique ! Ils l'expli-\nquaient par une légende (3). Ils voyaient en lui la plainte chune ancienne prin-\n\n(1) Cf. Konrad Lange (Réflexions pour une esthétique fondée sur le principe du développement\nhistorique, dans le 14e vol. de la Zeitschrift f. Psychologie und Physiologie des Sinnesorganes,\np. 242-273).\n(2) Trad. franç. par A. Dirr et Van Gennep (Alcan, 1902, ch. iv, par. IV).\n(3) Odyssée, XIX, 518 et suiv."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "543", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.15", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ncesse métamorphosée par sa douleur, et qui pleurait toujours la perte d'un fils\nchéri : Il us ! Itus ! onomatopée des premières notes du rossignol. Il ne manque\npas de traces des idées de Lucrèce dans les traditions populaires. Une chanson\npopulaire du Languedoc débute ainsi :\nRoussignoulet du bois,\nRoussignoulet salvage,\nApf rends-moi ton langage.\nA titre de simple curiosité, on peut mentionner ici le témoignage d'Athénée\ndisant que le poète Alcman n'a pas eu d'autre maître (?) que les perdrix, et que\nc'est pour ce motif qu'il a intitulé « Chanson des Caccabides », ou des perdrix, une\npièce de chant. Pleyel a écrit une composition du genre le plus élevé en prenant\npour motif le chant de la perdrix. L'auteur d'un petit livre sur XOrigine dit lan-\ngage, M. Zaborowski, a réuni le nom de certains oiseaux dans les langues et\nles dialectes les plus divers, chez les sauvages comme chez les civilisés, et on\nvoit que tous ces noms contiennent une harmonie imitative (1). On sait que\nles sauvages sont très imitateurs : on a remarqué que dans leurs danses ils\nimitaient parfois les mouvements et les bonds de certains animaux ; de là à\nsupposer qu'ils ont imité aussi les oiseaux chanteurs, il n'y a pas loin.\nVoici quelques faits plus spéciaux et plus intéressants pour le musicien. Dans\nla matière qui nous occupe, il faut avoir recours le plus possible aux observa-\ntions faites sur les sauvages, car c'est chez eux que l'on a quelque chance de cons-\ntater le passage de l'animalité à l'humanité. Les indigènes du Kamtchatka ont\nune mélodie (Aangitsch) qui tire à la fois son nom et son origine d'un oiseau\nsauvage (Anas glacialis), lequel à une saison déterminée, apparaît dans le pays\npar grandes bandes. Les notes qu'il fait entendre sont à peu près celles-ci :\nTous ces oiseaux, dit Engel (2), ne donnent pas exactement la même note ;\nchez les uns le son est plus élevé, chez les autres plus bas; et on imagine par-\nfaitement la musique variée que doit produire une troupe de pareils oiseaux. »\nLe même Engel (3), examinant une syrinx rapportée de l'île Tonga (île d'Ams-\nterdam de l'océan Pacifique) par le capitaine F'ourneaux, émet l'opinion que les\n\n(1) Les mots suivants désignent le coq : kukko, en finnois ; kukkuta, en sanscrit ; kuku, en zulu ;\nkoklo, en yoruba ; okako, en ibo ; peewit désigne le vanneau en anglais ; rol-rol, l'alouette en\nyakama ; pi-pi ! tiet-tiet ! le poulet, chez les Australiens ; kciuter-kaut, le dindon, en patois souabe ;\ngôr, le corbeau, en patois quercytain ; kcih-kcth, un oiseau analogue dans la Colombie anglaise;\nagasse, la pie, en patois provençal, etc... Tous ces mots, on le voit, sont des onomatopées fondées\nsur l'imitation.\n(2) The music oj the most ancient Mettions, p. 21.\n(3) Engel, ibid., p. 14. Des observations sur le chant musical de certains oiseauxsont con-\nsignées dans l'ouvrage de Guessfeldt, Falkenstein et Peschiiel-Lœsche [Die Locingo-Expedition,\nLeipzig, 1879, 111, p. 263-270) ; Cf. Spencer (Mind, oct. 1890), Byam(L« vie sauvage dans l'inté-\nrieur derAmérique centrale, p. 159, Londres, 1849) ; Westphal (Musikalische Rhythmik,Nachworthy\np. XLVII, à la note) ; G Lausing Raymond, dans Rhythm and Harmony in Poetry and Music,\nLondres, 1895, ch. VIII. etc. ; à titre de curiosité, cf. la Musurgia Universalis du P. Kircher (Rome,\n1650), I, liv. I, § 3-6. Peu de chose, en somme, à retenir de tout cela."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "544", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051115-01.1.16", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nsons obtenus par cet instrument ont pu être suggérés par le chant d'un oi-\nseau :\n(0\nDeux groupes de flûtes actuellement au Bristish Muséum produisent, quand\non y souffle avec force, les successions suivantes, qui ont donné lieu à la même\nconjecture :\nOn les rattache sans peine au chant d'un oiseau.\nJ'ajouterai, pour compléter ces renseignements sommaires, que dans les orgues\nd'autrefois il y avait un registre appelé chant des oiseaux ( Vogelgesang, Vogel-\ngeschrei) ; que jadis l'art d'imiter le chant des oiseaux faisait partie du pro-\ngramme des jongleurs (2) ; enfin, que souvent les compositeurs se sont amusés\nàce genre d'imitation. Clément Jannequin, le célèbre musicien français (ou\nbelge) du xvie siècle, a écrit une symphonie descriptive très connue, intitulée le\nCaquet des Oiseaux ; Haydn, dans le finale de son xxe quatuor, a imité le glousse-\nment de la poule :\nimité aussi par Mozart etßossini ; Beethoven, dans bandante de sa Symphonie\npastorale, n'a pas dédaigné de reproduire le chant du coucou. Bien d'autres,\ndont la liste serait longue, ont été plus hardis encore !\nVoilà quelques faits qui semblent s'accorder avec la thèse de Darwin. La\nplupart d'entre eux, il faut bien l'avouer, ont un intérêt assez mince, et sont un\nobjet cle curiosité. On n'en peut pas tirer grand'chose. Par contre, au point de\nvue artistique et musical, on peut faire les remarques suivantes, qui sont plus\nimportantes et tendent à des conclusions opposées.\nJe les diviserai en deux groupes.\nIII\ni° En ce qui concerne les animaux :\na) Le coloris et la richesse du plumage, nous dit-on, caractérisent l'oiseau\nmâle, aux yeux de la femelle, autant que le chant. Soit. Mais si on attribue les\n\n(1) La mélodie à l'aide de laquelle, dans Siegfried, Wagner a noté le chant de l'oiseau a une\nclausule analogue :\n(2) Livre des Métiers, Etienne Boileau, publié par Depping, p. 287 (Paris, Imp. Nat.).\n(3) Dans le recueil Miscellaneci Lipsiensia (Lips., 1718, 111, p. 683) se trouve une dissertation\nde Geamoenus où il est dit que les oiseaux nous ont donné les premières leçons de chant (naturel\nhominiper ctviiim concentum prœ cimente). Dom Caffiaux déclareau contraire que, pour le chant,\nles oiseaux sont les élèves de l'homme, ce qui est tout aussi excessif!\n(4) Cf. Walascheck, Primitive Musik, (p. 242 et suiv."}]}