{"numero_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_sha256": "11dafec7730e765e394746ee9fb4fa46d83104552d57a97f8218e8ec7dcfed00", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1905/12/01_01/bmtnabj_1905-12-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1905/12/01_01/bmtnabj_1905-12-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "561", "page_fin": "563", "image_debut": 1, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.1", "titre_corps": "SYLVIO LAZZARI ANTOINE BANÈS.", "titre_sommaire": "SYLVIO LAZZARI ANTOINE BANÈS.", "signature_source": "J. 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Sylvio Lazzari, qui a connu, comme tous les grands\nartistes, de dures épreuves, a une physionomie très originale : né à Bozen ( Tyrol)"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "562", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.2", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "en 1860, ancien étudiant à Munich et à Vienne ou il conquit avec la balafre obli-\ngatoire le titre de docteur en droit, ancien élève de Guiraud et de César Franck\npour la composition, naturalisé français, c est un musicien dont les allures très dis-\ntinguées, un peu hautaines en apparence, cachent une sensibilité profonde, et quia\nconnu les rudes années dé apprentissage avant V heure de revanche qui vient enfin de\nsonner. Il eut le chagrin de voir un de ses opéras (la Lépreuse) annoncé sur Vaf-\nfiche, au début de ! année, d'un de nos théâtres officiels, d'être même régulièrement\nconvoqué à ce théâtre pour la distribution des rôles, puis de voir son œuvre ajournée,\nau dernier moment, comme « trop hardie » !.. Armor est écrit depuis longtemps. Il\nfut joué en entier au théâtre de Prague en 1898, et à Hambourg (octobre 1900) ; des\nfragments importants en furent donnés chez Lamour eux, à Monte-Carlo (concert du\n6 avril 1899), aux concerts du Châtelet, à la Société Nationale (26 avril 1900 ), à\nMarseille, avec un autre poème très curieux, Effet de nuit, que le Conservatoire\nnous fera, dit-on, entendre cet hiver. Le grand succès qui vient dé être obtenu à\nLyon et que soulignent quelques critiques passionnées, est une indication pour les\nscènes de Paris ; nous espérons qu il commence, pour Laqzari, une ère nouvelle et\ndécisive.\nArmor, légende héroïque et mystique enveloppée par la poésie de la mer bre-\ntonne, est de la même famille que le Lohengrin de Wagner, /'Arthus du regretté\nChausson, le Ferval de Vincent d'lndy : héros épris de gloire, ayant fait serment de\nchasteté, mais éperdûment aimé par une tentatrice royale (un peu comme le Renaud\nde Gluck).\nLazzari, quelques critiques. Oui, c'est un wagnérien, en ce sens que sa musique est\nde premier ordre, son orchestre fort et plein, frémissant, très varié, attentif à suivre\nle poème et à traduire tout l'intérêt dramatique de l'action, sans chercher jamais\ndes effets faciles ; c est un wagnérien, car il se préoccupe de poser les personnages\nà l'aide de formules caractéristiques et de construire une œuvre à la fois très riche et\ntrès claire ; c est un wagnérien, car il sait admirablement son métier : la foi, la sin-\ncérité, la puissance, le sens de la couleur instrumentale, le dédain naturel de tout\nce qui est frivole et à côté, le font ressembler à tous les vrais maîtres. Mais il ne faut\npas aller plus loin. La partition d'Armor [dont le Prélude, en particulier, est un\nchef-d'œuvre désormais classé) abonde en trouvailles personnelles et hardies. Dans\nle Duo que reproduit notre supplément, on remarquera la très ingénieuse combi-\nnaison de deux chromatismes à directions contraires. Tout le 2e acte est hors de\npair.\nLe seul vœu que f exprimerais volontiers, c'est que, dans ses compositions ulté-\nrieures, au lieu de couper si souvent son style par des changements de direction\n(comme le veut d'ailleurs la loi du théâtre), M. Sylvio Lazzari prolonge un peu plus\nà l'exempte de Wagner le développement de ses idées mélodiques, et ne dé-\ndaigne toujours à l'exemple de l'auteur de la Tétralogie ni la marche triom-\nphale ou funèbre, ni le quatuor ou le trio vocal complet, en un mot ces épisodes qui,\nsans arrêter l'action et sans tomber dans la banalité, viennent en aide à l'auditeur\net le rafraîchissen t. Il y eut un peu d'excès dans sa première manière. Souhaitons\nque, sans rien perdre de sa personnalité, qui est celle d'un grand et noble artiste, il\nfasse quelques concessions au public dans le sens de la grâce et du pur agré-\nment.\nLa Direction du grand théâtre de Lyon a très brillamment monté Armor. La scène\nou la mer brise toutes barrières et fait irruption a même été mieux présentée"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "563", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.3", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "qu'une scène analogue, à Paris, dans / Etranger de Vincent d'lndy. Parmi les\nchanteurs, Mne Jansen et M. Verdier, qui avaient des rôles très difficiles à chanter,\nméritent de chaleureuses félicitations, à partager avec l'orchestre qui fut excel-\nlent.\nLa Revue musicale est éclectique, parce qu'elle est étrangère à toute coterie. Avec\nle fragment d'Armor, nous publions quelques extraits du ballet le Péage, que M. Ba-\nnés vient de faire jouer avec succès à Genève. Ceci, ce n'est plus delà musique dra-\nmatique : c est dit divertissement. Ce genre veut de F élégance, du badinage et de\nl'esprit. M. Antoine Banès, Parisien de Paris, y réussit à souhait ; voici quelques\nnoies sur les œuvres de ce compositeur estimé.\nUn petit théâtre, blotti en un sous-sol, presque une cave, de la rue Auber, un\nthéâtre ou fon descend pour trouver sa place au contraire de l'usage journalier,\na mérité quelque renom. Liopérette, avec Fleur de thé; la comédie, avec le.Cabinet\nPiperlin, successivement ont régné là, non sans quelque faveur. Là débute, comme\ncompositeur, Banès, avec un acte ; la Nuit de noces, en 1881.\nToto, 1892, trois actes représentés au théâtre des Menus Plaisirs, obtient un\nsuccès de vogue très brillante. Puis viennent sur la scène des Boufes Parisiens, le\nBonhomme de neige, Nuit d'amour ; au théâtre des Folies dramatiques, le Roi\nFrélon.\nF Opéra-Comique accueille et fait applaudir deux actes : Madame Rose, la Sœur\nde Jocrisse. Ces courtes partitions procèdent d'un genre, autrefois dit la comédie\nà ariettes, où Grisar, Adam, après Nicolo et Dalayrac, ont excellé. La rencontre\npeut être encore très agréable de ces alertes badinages. Banès a de l'esprit,\nde l'élégance. Sa musique est bien parisienne, sans tomber jamais à se faire boule-\nvardière. C est dire qu'elle se gare de la vulgarité.\nBanès a écrit et fait représenter des ballets : l'an passé, Mademoiselle Cyclamen,\nà Aix; hier, le Péage, au grand théâtre de Genève.\nEnfin, il guette l'occasion de produire quelque œuvre nouvelle : un Chevalier\nd'Eon, une Léda, l'un et l'autre avec la complicité de notre ami et collaborateur,\nAugé de Lassus.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "561", "page_fin": "561", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.1.1", "titre_corps": "SYLVIO LAZZARI.", "titre_sommaire": "SYLVIO LAZZARI.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "561", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.1", "debut_caractere": 580, "fin_caractere_exclue": 595, "texte": "SYLVIO LAZZARI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "563", "page_fin": "564", "image_debut": 3, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.2", "titre_corps": "MM. Isola et la Direction de l'Opéra.", "titre_sommaire": "MM. Isola et la Direction de l'Opéra.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "563", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.3", "debut_caractere": 2166, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "MM. Isola et la Direction de l'Opéra.\nLe privilège de M. Gailhard devant expirer prochainement, les frères Isola ont\nposé leur candidature et fait au Ministre de l'lnstruction publique les propo-\nsitions suivantes :\ni° Acceptation du cahier des charges ;\n2° Garantie artistique d'une personnalité musicale ;\n3° Garantie financière (3 millions 800.000 ;\n40 Création de quatre concours d'opéra avec 200.000 francs de prix à distri-\nbuer ;\n50 Réfection du matériel du répertoire ;\n6° Sept opéras nouveaux en plus des ouvrages imposés par le cahier des\ncharges ;"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "564", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.4", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 989, "texte": "7° Représentation quotidienne à l'Opéra pendant la saison théâtrale ;\n8° Création d'un Théâtre populaire contenant 4.000 places à 50 centimes,\n1 fr. 50 et 2 francs.\nLes frères Isola ont, avec l'esprit de grande entreprise et l'habitude du succès,\nune grande qualité : ils connaissent et marquent nettement les limites de leur\ncompétence. Leur candidature mérite sérieux examen. Il y a cependant un peu\nd'excès dans leur programme. Les quatre « concours» sont superflus: d'abord, ce\nsystème est condamné ; en second lieu, l'Opéra n'est pas un champ d'expériences.\nLes représentations « quotidiennes » paraissent difficilement réalisables sans un\nabaissement du répertoire. Tout le reste est bien séduisant ! L'essentiel est\nqu'on mette un terme à la misère et à la routine, à la parcimonie étrange (voir\nla mise en scène du Freischutz) ! et surtout à l'habitude de « tripatouiller » les\nchefs-d'œuvre, qui régnent actuellement dans notre Académie de musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "564", "page_fin": "566", "image_debut": 4, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.3", "titre_corps": "Notes sur la musique orientale. —Au Sénégal. — Aux Indes néerlandaises.", "titre_sommaire": "Notes sur la musique orientale. —Au Sénégal. — Aux Indes néerlandaises.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "564", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.4", "debut_caractere": 991, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "Notes sur la musique orientale. —Au Sénégal.\n— Aux Indes néerlandaises.\n\nDe Bamako (Haut-Sénégal et Niger), îq octobre igoq.\nMonsieur le Directeur de la Revue musicale,\nJ'ai l honneur de vous envoyer aujourd'hui ma très modeste contribution à l'im-\nportant travail que vous poursuivez. Dès mon retour en France, je. vous ferai par-\nvenir les clichés des épreuves au charbon que je vous adresse aujourd'hui ;je n'ai\npas cru devoir confier à la poste un colis aussi fragile.\nVeuillez agréer, etc... BELLILE.\nDes photographies envoyées par M. Bellile, nous détachons aujourd'hui la suivante :"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "565", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.5", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "Cet instrument, dont nous avons déjà reçu plusieurs exemplaires venus de diverses régions de\nl'Afrique, a une échelle de 15 sons (comme un des systèmes parfaits des anciens Grecs !). Aucun\nd'eux n'établit un rapport exactement analogue à ceux de notre gamme européenne. Approximati\nveinent, on a la série suivante :\nIl ne faut songer ici ni à notre gamme mineure de Ici, ni à notre gamme majeure clu même ton.\nC'est un système sui generis dont notre notation ne peut donner qu'une idée grossière. M. l'abbé\nTrille, missionnaire, l'a parfaitement caractérisé dans la lettre que nous avons déjà publiée.\nBatavia, 2 octobre 1905.\nMonsieur,\nAprès avoir vécu 28 mois dans ce pays, je constate quil ne s?y trouve aucun\nphotographe amateur capable de procurer les documents qui vous intéressent !\nPermettez-moi de vous adresser quelques clichés contenant des renseignements utiles.\nVoici quelques indications bibliographiques :\nMM. de Saye et fils (18, rue des Fossés-Saint-Jacques, Paris) ont publié une bro-\nchure importante, /'Art japonais, écrite en /595 far M. Jules Lejaivre. anjourd hui\nconsul général de France à Hambourg f elle contient des données complètes sur la\nmusique japonaise. A signaler aussi le livre de Chailley-Bert, Java et ses habi-\ntants ; celui de Jules Leclercq, un Séjour dans l'île de Java, et larelaticn de voyage\ndu capitaine Bernard : A travers Java et Sumatra."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "566", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.6", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 496, "texte": "Je me tiens à votre entière disposition pour tout seivice ou renseignement\ncomplémentaires que vous jugeriez utile de me demander à une date ultérieure.\nVeuillei agréer, etc...\nPAUL SERRE.\nDe la Guinée (le nom de l'expéditeur n'est pas sur la lettre d'avis), du Tonkin (id. par les Mes-\nsageries fluviales et le bateau Manche), et de Chine par les soins de M. Lefeuve, nous avons reçu\ndes caisses d'instruments de musique curieux, dont nous parlerons dans la suite."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "564", "page_fin": "564", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.3.1", "titre_corps": "MARIMBA, OU PIANO RUDIMENTAIRE, DU SÉNÉGAL.", "titre_sommaire": "MARIMBA, OU PIANO RUDIMENTAIRE, DU SÉNÉGAL.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "564", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.4", "debut_caractere": 1582, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "MARIMBA, OU PIANO RUDIMENTAIRE, DU SÉNÉGAL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "565", "page_fin": "565", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.3.2", "titre_corps": "BATAVIA: GENDANG (TAMBOUR).", "titre_sommaire": "BATAVIA: GENDANG (TAMBOUR).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "565", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.5", "debut_caractere": 1419, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "BATAVIA: GENDANG (TAMBOUR)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "566", "page_fin": "566", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.3.3", "titre_corps": "BATAVIA: DANSE DES MAINS: XYLOPHONE, JEU DE TIMBRES EN FORME DE CLOCHES, REBAB (VIOLONCELLE), SOULING (FLUTE) ET TAMBOUR.", "titre_sommaire": "BATAVIA: DANSE DES MAINS: XYLOPHONE, JEU DE TIMBRES EN FORME DE CLOCHES, REBAB (VIOLONCELLE), SOULING (FLUTE) ET TAMBOUR.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "566", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.6", "debut_caractere": 498, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "BATAVIA: DANSE DES MAINS: XYLOPHONE, JEU DE TIMBRES EN FORME DE CLOCHES, REBAB\n(VIOLONCELLE), SOULING (FLUTE) ET TAMBOUR."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "566", "page_fin": "567", "image_debut": 6, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.4", "titre_corps": "Lettres inédites de musiciens : Un pensionnaire de l'Académie de musique au XVIIIe siècle", "titre_sommaire": "Lettres inédites de musiciens : Un pensionnaire de l'Académie de musique au XVIIIe siècle", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "566", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.6", "debut_caractere": 621, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "Lettres inédites de musiciens : Un pensionnaire de l'Académie\nde musique au XVIIIe siècle\n[suite).\nPour varier, nous donnerons aujourd'hui trois documents concernant un chanteur du xvme\nsiècle (pensionnaire de l'Académie royale de musique), chanteur bohème, qu'on ne s'é-\ntonnerait pas de trouver dans le Roman comique de Scarron, ou dans le Capitaine Fracasse de\nTh. Gautier. Nous extrayons ces documents de la colossale et splendide collection de docu-\nments sur 1 histoire du théâtre (autographes et gravures) dont M. Louis Mors est propriétaire et\ndans laquelle l'obligeant ingénieur veut bien nous autoriser à puiser. Cette collection a été cons-\ntituée par la grande tragédienne Rachel, et récemment acquise à l'Hôtel des ventes.\nA Monsieur le greffier de VHôtel de Ville de Paris.\nParis, ce 16janvier iqji.\nJai reçu, Monsieur, ce que vous in avez fait ï honneur de ni envoyer hier, avec\nbeaucoup de joye. voyant bien qu on ne moubliait point... Je pense, Monsieur, que\nvous ne regretterez pas la raison que je vais vous dire ici, vous priant instamment\nde me pardonner toutes les importunités que je vous ai occasionnées, depuis que j'ai\nl honneur d être sous votre direction. Il est vrai, Monsieur, f avais bien besoin de\nce que vous m avez fait l honneur ae m envoyer hiermais ]e vous assure que fai"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "567", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.7", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "bien plus besoin d'un chapeau, car le mien n'est pas mettable, étant troué de tous\nles cotés : et surtout dans la saison où nous sommes, l'on est bien aise de se couvrir,\nprincipalement, Monsieur, par rapport à la voix qui s enrhume fort aisément. Je\nserais fort charmé aussi, Monsieur, d avoir une bourse, car je n aime point porter les\ncheveux en abbé, ce/a m'es/ à charge. Si vous pouviez,Monsieur, me/a/re avozV cela\npoui demain, me feriez beaucoup de joye, e£ cela ni occasionnerait àni habiller\ndemain pour aller àla messe. Pour ce qui est du linge, je n'ai ni chemise garnie,\nni manche, je n'ai que des chemises de nuit. Si j'avais seulement deux paires de\nmanches, cela me suffirait et je serais fort proprement habillé. Vous pouvez\nexaminer, Monsieur, si dans ce que je demande il y a du superflu. Mais je\nvous plie en grâce, Monsieur, de ne point oublier le chapeau.\nJe suis, Monsieur, de tout mon cœur,\nVotre très humble serviteur,\nCARDINET,\nde l'Académie royale de musique.\nVoici deux autres documents qui compléteront le portrait de Cardinet :\nA Versailles, ce iy décembre /750.\nJe joins ici, Monsieur, les ordres du Poy, nécessaires pour faire transférer des\nprisons de la ville d'Orléans en celles de l'Hôtel de Ville, le s. Cardinet, acteur\nchantant de l Académie royale de musique. Vous pourrez charger de leur exécution\ntel officiel des gcudes ai chei s de l Hôtel de Ville que vous jugerez d propos. Jai\nVhonneur d'être très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant\nserviteur.\nD'ARGENSON.\nToute bonne comédie ne doit elle pas se terminer par un acte de clémence ?\nVoici une troisième pièce, qui, comme autographe, est la plus importante :\nDE PAR LE ROY\nIl EST ORDONNÉ au geôlier des prisons de l'Hôtel de Ville, où est actuellement\ndétenu le s. Cardinet, acteur chantant de l'Académie royale de musique, de le\nmettre en liberté ; quoy faisant il en sera bien et valablement déchargé. Fait à\nVersailles, le 26 janvier ijji-\nLOUIS {contresigné : D'ARGENSON).\nSur le chanteur Cardinet, nous avons recueilli, aux archives de l'Opéra, les renseignements\nsuivants :\nCardinet, que sa vie dissipée contraignit à quitter l'Opéra au bout de quelques mois de ser-\nvice, ne figure sur les livres qu'à partir du mois d'août 1750 (il aurait débuté en juillet) parmi\nles hautes-contre. Au mois de décembre 1750,1 e comptable lui retenait le mois précédent, parce\nqu'il n'avait point rendu une avance faite antérieurement. En novembre et décembre 1750,\nCaidinet, absent seins congc, se met dans le cas ci être emprisonné (!). C'est ce qui lui arrive en\njanvier 1751. Ce mois-là, il ne toucha que 11 livres 3 sols 2 deniers, pour les dix derniers jours\ndu mois durant lesquels il avait joué. En mai 1751, il est mis à l'amende de 3 livres « pour avoir\nmanqué à l'Opéra le mardy 11 mars 1751 » ;le vendredi 11 juin, nouvelle amende pour man-\nquement au service (absence). Cardinet touchait 33 livres 6 sols 8 deniers par mois.\nLe 4 juin, il est supposable qu'il dépensa en nopees et festins les 30 livres qu il s'était fait\navancer quelques jours auparavant par le caissier de l'Opéra.\nA partir de cette époque, il ne figure plus sur les listes d'émargement. Comme chanteur, il\nn'occupa jamais qu'une place très secondaire. Comme on le voit, les mœurs d'autrefois étaient\nplus dures qu aujourd'hui pour les artistes !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "568", "page_fin": "569", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.5", "titre_corps": "Questions d'harmonie.", "titre_sommaire": "Questions d'harmonie.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "568", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.8", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1170, "texte": "Questions d'harmonie.\nStrasbourg, 29 novembre 1905.\nMonsieur le Directeur,\nLe passage du Freischutz gi/e cLe la Revue musicale, e/ où on trouve un chan-\ngement enharmonique simultané dans deux voix différentes, 11 est pas isolé. Berlioz,\ndans son Grand Traité d'instrumentation, signale un passage, d'ailleurs célèbre,\naïe /'Orphée aïe Gluck :\nBussler (Partitur-Studien, p. 721) c//e cet exemple de Fr. Kiel, op. <so, 2e\nRequiem :\nLe même Bussler (ibid.) renvoie a la Lehre vom Orchestersatz, p. 306, où se\ntrouve un exemple analogue de Mozart.\nVeuille1 agréer, etc.\n11. M UMME.\nLille, 79 novembre.\nMonsieur,\nLe /e;r/e aïe Weber que vous citez [sol b contre fa ï£) donnerait lieu à de longues\nréflexions concernant la théorie musicale. Un rao/ seulement !\nEntre le sol b et le fa % il y a [pour me servir d'un langage simplifié) un inter-\nvalle qui équivaut à )0 d'octave, soz7 zm intervalle équivalent à i/ 6 de ton. Ce//e\nécriture traduit donc une dissonance très sensible, à la condition que les exécutants\njouent et chantent exactement ce qui est écrit, et ne confondent pas des notes dis-\ntinctes !\nVotre lecteur bien dévoué,\nEMILE DUSSELIER."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "569", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.9", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 776, "texte": "Paris, 79 novembre.\nCher Monsieur,\nC'est, je crois* pour une raison d'exécution que, dans le passage suivant :\nWeber a substitué un fa %au sol b qui serait Iharmonie normale. Il a voulu éviter\nune gaucherie aux instruments qui auraient malaisément attaqué\nIl n en est pas de même pour Gluck : il a voulu produire un effet de férocité en\nemployant une dissonance qui est très caractéristique, à la condition qu'on l'exécute\navec justesse.\nQuant à la modulation\nelle est toute moderne, et n'existe certainement pas dans les classiques (1 ).\nVotre bien dévoué,\nX.\nAu sujet de la modulation enharmonique en général, nous reproduirons ici les\ntextes les plus intéressants que les lecteurs de la Revue musicale voudront bien nous\nsignaler.\nc>"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "569", "page_fin": "570", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.6", "titre_corps": "Théâtres populaires et théâtre lyrique : M. Henri Turot.", "titre_sommaire": "Théâtres populaires et théâtre lyrique : M. Henri Turot.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "569", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.9", "debut_caractere": 778, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "Théâtres populaires et théâtre lyrique : M. Henri Turot.\nNous avons sous les yeux le Rapport relatif à l icréition d'un théâtre populaire, présente par\nM. Henri Turot, conseiller municipal de Paris et co seiller général de la Seine. Ve Rapport,\nqui expose et défend un projet de M. Camille de Sainte Croix, a été lu le 25 de ce mois à la\ncommission consultative des théâtres. Très étudié et très complet, il comprend 23 pages d'im-\npression. M. Turot, qui a évalué dans leurs moindres détails les dépenses et les recettes proba-\nbles, conclut avec beaucoup d ampleur : il demande quatre théâtres nouveaux trois dans les\nquartiers excentriques, et un théâtre central pour lesquels il faudrait, d'après lui, 7,228,000 fr-\nde dépenses (première annéex, dont 3,928,000 fr. pour la création La recette prévue pour les douze\npremiers mois d'essai serait (en tout) de 2,800,000 fr. • Résolument, M. Turot repousse l'inter-\nvention d'un Mécène qui doterait généreusement Paris de ces nouveaux organes, et il propose\nle moyen suivant, fort ingénieux :\n« Une émission de bons, une loterie, sont des mouvements d'argent où tout le\n\n(r) Au sujet de cette modulation, une coquille typographique s'est glissée dans notre der-\nnier numéro (sol 9 majeur, au lieu de mineur) ; nos lecteurs ont certainement rectifié d'eux-\nmêmes. Parmi les très nombreuses lettres que nous avons reçues (et qui se répètent souvent),\nnous reproduisons seulement les plus caractéristiques, avec lesquelles nous sommes d'accord."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "570", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.10", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "monde participe égalitairement avec des avantages distincts de Vœuvre même pour\nlaquelle on les a autorisés. Une loterie surtout produit un capital certain, libre de\ntous engagements, et quitte de toutes responsabilités, puisque ce capital est issu\nd une masse anonyme d acheteurs de billets bornant leurs droits sur les sommes\nréalisées à une juste participation dans le tirage correct des lots publiquement of-\nferts. Il ny a donc que Vargent d'une émission de ce genre qui puisse commanditer\nune entreprise dont le caractère est de ne comporter aucune restitution de souscrip-\ntion, aucun payement de dividende, de ne devoir jamais se plier à des exigences\nde prêteurs intéressés, encore moins à des tyrannies capricieuses de donateurs\nfantaisistes. )>\nLe travail si soigné de 1 honorable rapporteur donnerait lieu à beaucoup d observations. Mais\nnous ne voulons pas embrouiller une question pour laquelle il y a déjà un nombre exagéré de\ncommissaires, de projets et d'idées de toute sorte. Nous souhaitons vivement qu on aboutisse,\ntout en nous montrant peu optimistes. Espérons que quand on aura des théâtres populaires,\non se préoccupera de créer un art populaire. Nous n'en avons pas ; nous en avons même de moins\nen moins. Avant de créera grands frais des théâtres nouveaux, pourquoi ne pas tirer parti de ce\nqui existe déjà ?M. Turot veut, pour la musique, qu'on fasse revivre « l'ancien répertoire ». Le\nthéâtre de l'Opéra-Comique n'avait il pas été reconstruit pour cela ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "570", "page_fin": "573", "image_debut": 10, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.7", "titre_corps": "Le Trocadéro et M. Gustave Lyon.", "titre_sommaire": "Le Trocadéro et M. Gustave Lyon.", "signature_source": "G. LYON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "570", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.10", "debut_caractere": 1518, "fin_caractere_exclue": 3775, "texte": "Le Trocadéro et M. Gustave Lyon.\n\nM. Gustave Lyon veut bien nous communiquer la note suivante que la Revue musicale reproduit\navec empressement. Directeur de la grande maison Pleyel, ancien elève de l'Ecole polytechnique\net de l'Ecole des mines, et hautement qualifié, par conséquent, pour étudier avec précision\nun problème de science musicale, M. Gustave Lyon a rendu un réel service public, en éclairant\ncette question obscure et si importante de l'acoustique des grandes salles. Nous sommes assurés\nque M. le Sous-Secrétaire d Etat aux Beaux-Arts et son administration, toujours préoccupés de\nréaliser des progrès comme aussi d'appliquer le principe suum cuique. tireront parti de travaux\noù tant d efforts et de compétence technique ont été dépensés, sans qu'il en coûtât rien à 1 Etat.\nIl y a plus d'un an, la Revue musicale voulait bien porter à la connaissance\ndu public que des essais avaient été entrepris au Trocadéro, à l'effet d'analyser\nquelles étaient les défectuosités que présentait, au point de vue acoustique, cette\nimmense salle, d'en rechercher les causes et d'en trouver les remèdes.\nLa direction des Beaux-Arts, qui s intéressait d'une façon toute spéciale aux\nperfectionnements de la salle du Trocadéro pour développer son utilisation artis-\ntique, m'avait très libéralement concédé le droit de faire, à mes frais, toutes les\nexpériences qui me sembleraient utiles.\nC'est ainsi que le premier obstacle que l'éminent architecte du Trocadéro,\nM. Bourdais, avait craint de voir s'élever sur la route de l'analyse, c'est-à-dire\nl'absence de crédits, s'est trouvé écarté de la façon la plus simple, par la suppres-\nsion même de toute demande de crédit.\nLes concours dévoués, et pour ungrand nombre gracieux, qui m'ont été prêtés\nà cette occasion, m'ont permis de réaliser toute la série d'expériences qui dès le\ndébut avaient paru nécessaires pour solutionner la question posée.\nTout le personnel du Trocadéro, y compris l'honorable M. Bourdais, un\ngroupe de collaborateurs de la maison Pleyel, des mélomanes, des membres de\nl'lnstitut, du bureau des Longitudes, des professeurs et des savants émérites en\nme prêtant, avec la meilleure bonne grâce, leur concours simultané, m'ont per-\nmis de mener rapidement à terme le travail d'analyse."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "571", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3494, "texte": "Des procédés d observation absolument rigoureux m'ont amené,en définitive,\nà savoir que de chaque point de l'estrade du Trocadéro, un son de durée aussi\ncourte que possible (en 1 espèce celui produit par une claquette de bois) était\nperçu, accompagné d'un écho, de différents points parfaitement déterminés de\nla salle.\nUne fois en possession du relevé des points correspondants d'émissions et\nd'échos, une nouvelle série d'études (études de cabinet alors) furent entreprises\nà l'effet de rechercher les causes de ces échos dûment constatés.\nLa géométrie dans l'espace et la descriptive avec lesquelles nos jeunes années\nde l'Ecole polytechnique avaient été bercées nous furent d'un puissant secours\npour solutionner le problème qui se posait à nos réflexions.\nLes concours les plus remarquables me furent assurés.\nJe dois ici, en passant, signaler la collaboration particulièrement précieuse\nd'un jeune ingénieur de l'Etat, M. René Dubrisay.\nA la suite de nombreuses épures, des conclusions précises furent tirées.\nJ'avais acquis la conviction, sur le papier, que le son émis d'un certain point\nde l'estrade et qui produisait un écho en un certain point de la salle, ne le pou-\nvait faire qu'à cause d'une région parfaitement définie de la surface intérieure du\nTrocadéro. Des appareils à l'aspect un peu monumental (mais il faut bien, dans\nune expérience de mouvements vibratoires dont les longueurs d'onde atteignent\njusqu'à 10 mètres, avoir des appareils un peu différents des microscopes connus)\nfurent construits et amenés dans la salle du Trocadéro, afin de vérifier non plus\nseulement sur le papier, mais de auditu et de la façon la plus nette (7 ou 8 cas\nétant choisis dans les conditions les plus différentes), que c'était bien les régions\nde la surface intérieure du Trocadéro que l'analyse nous signalait\ncomme coupables, qui étaient en effet les coupables.\nDès lors, en procédant de proche en proche, il nous a été facile de circonscrire\nsur lesdites surfaces intérieures du Trocadéro toutes les parties nocives; il nous\nétait même possible de mesurer la nocuité relative de telle ou telle partie, et\nc'est ainsi que des conclusions d'ordre pratique purent être émises sur l'action\nnéfaste des différentes régions de la surface interne de la salle.\nDans une troisième série d'expériences qui ne dura pas moins de six mois, le\nproblème de la correction des surfaces dangereuses fut posé, étudié sous toutes\nses faces et finalement résolu.\nAujourd'hui, lors de la construction d'une salle, on pourra, on devra prévoir\nquel sera le rôle de chacune des portions des surfaces intérieures de la salle, et\nl'architecte constructeur devra, avant tout, disposer ces surfaces, soit comme\norientation, soit comme courbure, de façon que l'écho fatal ne se produise\nen aucun point voisin d'un auditeur. Mais, lorsqu'on a affaire à une salle déjà\nconstruite ou lorsqu'une nécessité esthétique empêchera d'adopter la solution\nrationnelle indiquée par la géométrie, il sera désormais loisible de rendre à peu\nprès négligeable l'action dommageable de ces surfaces en réduisant à peu près à\nzéro leur rôle au point de vue répercussion sonore.\nPour cette dernière partie des expériences, le regretté M. Marey nous avait\naccueilli avec son libéralisme bien connu, dans sa magnifique installation du\nparc des Princes.\nAussitôt que ces travaux furent terminés et que les conclusions absolument\nprécises en furent tirées, nous pensâmes que la correction du Trocadéro, qui"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "572", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.12", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3621, "texte": "était une chose extrêmement pratique et de dépense très faible, allait être promp •\ntement réalisée.\nNous avions compté sans les justes préoccupations de réminent M. Bourdais,\nqui trouva plus sage qu'une Commission de hautes personnalités scientifiques\nfût appelée à reprendre pour ainsi dire les travaux d'analyse déjà accomplis.\nC'est avec une joie non dissimulée que j'acceptai la nomination de cette Com-\nmission qui devait certainement, et mieux que moi, résoudre le problème posé à\nses réflexions : améliorer les conditions acoustiques du Trocadéro.\nCette Commission s'est réunie plusieurs fois et, contrairement à beaucoup de\ncommissions, elle a abouti en faisant siennes les conclusions de mes travaux et\nle programme du traitement à appliquer à la salle du Trocadéro.\nCette Commission, instituée à l'effet de rechercher les moyens propres à\naméliorer l'acoustique de la salle des Fêtes, se composait de :\nPrésident. (Le Président était le regretté M. SCELLIER DE GISORS, Inspecteur\ngénéral des bâtiments civils, aujourd'hui décédé. M. l'lnspecteur général GUA-\nDET assure son service.)\nMembres : MM. BOURDAIS, architecte du Palais du Trocadéro ; BRUNEL (Dr\nBlondel), compositeur de musique; CHARPENTIER (Jules), membre du bureau\ndes Longitudes ; CHAPUIS, professeur de physique à l'Ecole centrale ; d'Es-\nTOURNELLES, chef du bureau des Théâtres, de la Conservation des palais et du\nmobilier national ; LANDRIN, administrateur du Palais du Trocadéro ; LYON,\ningénieur civil (directeur de la maison Pleyel, Wolff, Lyon et Cie) ; MARÉCHAL\n(Henri), compositeur de musique, prix de Rome ;MERCADIER, directeur des Etu-\ndes à l'Ecole polytechnique ; PICOT, chef du bureau des bâtiments civils et des\npalais nationaux ; PIERNÉ, compositeur de musique, prix de Rome ; PILLET,\nprofesseur au Conservatoire des Arts et Métiers ; PERDREAU, chef du bureau de\nla liquidation des dépenses et du contentieux; VIOLLE, membre de l'lnstitut,\nmaître de conférences à l'Ecole normale supérieure, professeur au Conservatoire\ndes Arts et Métiers ; PICOT, sous-chef du bureau des bâtiments civils et des\npalais nationaux (secrétaire) ; DUMONTHIER, sous-chef du bureau des Théâtres,\nde la Conservation des palais et du mobilier national (secrétaire) ; René DUBRI-\nSAY, élève ingénieur des manufactures de 1 Etat, et SARRAZ, professeur de géomé-\ntrie descriptive et de physique, convoqués lors des réunions de cette Commission.\nPuisque, sur l'avis de la Commission,la salle duTrocadéro allaitdevenir décente\nau point de vue sonore, il fallait la rendre également utilisable au point de vue\ntempérature en hiver, et un projet de chauffage de la salle, depuis longtemps\nd'ailleurs à l'étude, devint inséparable de la transformation de ladite salle au\npoint de vue acoustique. Les raisons budgétaires ne permirent pas de faire cette\ndépense globale de 90.000 francs.Certains membres du Parlement,d'ailleurs,trou-\nvèrent déplorable de faire la moindre dépense pour un monument aussi inesthé-\ntique que le Trocadéro. C'est une façon de voir contre laquelle, à mon humble\navis, on ne saurait trop s'élever, car, quoi qu'on en puisse penser, le Trocadéro,\nqui a coûté des millions, est le lieu de réunion annuelle de plusieurs centaines\nde mille auditeurs qu'on serait bien gêné de recevoir ailleurs.\nDès lors il ne me paraît pas logique que, parce qu'on n'aime pas l'œuvre de\nMM. Davioux et Bourdais, on condamne les auditeurs d'œuvres musicales ou\nlittéraires,de leaders politiques ou mutualistes, àne pas entendre un mot de ceux\nqu'ils viennent écouter ou à percevoir des harmonies qu'aucun auteur n'a voulues."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "573", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.13", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "11 est, en tout cas, regrettable que depuis la réunion de cette Commission dans\nlaquelle des conclusions furent prises, aucun procès-verbal n'ait été remis à\nl'Administration des Beaux-Arts par la haute personnalité qui, en l'absence de\nM. Scellier de Gisors, a pris, froprio motu, la présidence de la sous-commis-\nsion technique.\nIl me semble qu'il serait désirable que l'Administration des Beaux-Arts fût\nrenseignée officiellement sur le travail accompli par la Commission et sur les\nconclusions pratiques de la sous-commission nommée par elle pour la vérification\ntechnique des expériences faites. Plusieurs d'entre ses membres ont le procès-\nverbal ou des copies de ce procès-verbal, qu'ils eussent voulu voir transmettre\nofficiellement à M. le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\nIls trouvent, en effet, qu'il est inadmissible et choquant qu'on n'ait pas hésité\nà déranger des savants, des membres de l'lnstitut, des directeurs de nos Ecoles\nsupérieures, à l'effet d'entreprendre l'étude scientifique d'une question intéres-\nsant l'Etat, pour voir, après la solution du problème posé à leurs réflexions gra-\ntuites, tous leurs travaux, tout leur temps passé, tout bonnement perdus, sans\nmême qu'il y ait eu prétexte à les remercier de leur dévouement à la chose pu-\nblique ou simplement à leur donner acte de leurs réunions.\nSi je me permets de manifester ce regret, c'est parce qu'il m'est pénible de\npenser qu'à cause de travaux entrepris sans qu'il en coûtât un sou à l'Etat, sur la\ndemande des Beaux-Arts, dans le double but de résoudre le problème d'acous-\ntique des grandes salles et d être utile à tous les auditeurs parisiens, des esprits\néminents ont été réunis, ont travaillé en commun, ont conclu, sans que ni M. le\nministre, ni M. le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, ni peut-être M. le direc-\nteur des Théâtres qui avait lui-même provoqué ces travaux, aient été mis au\ncourant de l'exécution de ces travaux et de leur solution.\nJe suis bien sûr que, grâce à la Revue musicale, M. le sous-secrétaire d'Etat aux\nBeaux-Arts pourra amener le président de la Commission à lui faire le rapport\nque nous attendons et à la suite duquel je suis bien certain que le Gouverne-\nment remerciera, comme ils le méritent, les membres éminents qui ont bien\nvoulu prêter le concours de leurs lumières au simple expérimentateur que je\nreste-\n\nG. LYON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c019", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "573", "page_fin": "574", "image_debut": 13, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.8", "titre_corps": "Les Souverains à Paris et la musique.", "titre_sommaire": "Les Souverains à Paris et la musique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "573", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.13", "debut_caractere": 2398, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "Les Souverains à Paris et la musique.\nParis reçoit la visite de beaucoup de rois. Nous avons eu la curiosité de\nsavoir quelles étaient leurs impressions musicales, au cours de ces concerts\nd'une heure et de ces soirées de gala qu'on organise avec des soins si protoco-\nlaires pour les amuser un moment.\nLa plupart d'entre eux ont, hélas ! peu d'enthousiasme pour la musique. Le\nroi d Italie déclare qu'il est « en service » lorsqu'il en entend. Il y a deux\nexceptions. Le roi de Suède, Oscar, qui a chanté, dans sa jeunesse, connaît\ntoute notre musique : les oeuvres de Gounod, d'Auber, de Meyerbeer, lui plai-\nsent spécialement. Il raffole de Roméo et Juliette. Le roi de Portugal est un\nartiste complet ; esprit très cultivé, fin et délicat, il est chanteur, pianiste et\npeintre. Au cours de son dernier passage, il a beaucoup goûté l'Eau qui court,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "574", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.14", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "cTA, Saint-Georges, les Vieilles Chansons du jeune temps, de Widor, Comme la\nnuit, de Cari Bohm, et le duo de la Xavière de Th. Dubois, chantés au palais\nde l'Elysée le 22 novembre. Du roi d'Espagne, nous pouvons reproduire ce\ncurieux jugement sur le chef-d'œuvre de Bizet : « Carmen est un opéra char-\nmant ; mais ce n'est, à aucun titre, une pièce espagnole. Nulle part on n'en-\ntend rien qui ressemble aux airs populaires de mon pays ; un des personnages\nprincipaux, Escamillo, porte même un nom qui, chez nous, n'existe pas : c'est\nle nom de toréador ». — Si jamais Guillaume vient, lui aussi nous rendre\nvisite, nous pourrons lui consacrer une petite étude au point de vue musical.\nN'est-ce pas lui qui envoya à Jules Simon, comme cadeau, les œuvres com-\nplètes pour flûte de son aïeul Frédéric II, éditées par Ph. Spitta ? Dans les pro-\ngrammes des soirées de gala données par la République aux souverains, on\nobserve des convenances multiples pour la constitution des programmes ;\nmais on a beau réunir les pièces les plus belles et les plus variées, l'auditoire\nreste de glace. On n'applaudit pas. On sourit tout juste. Or la musique vit\nd'enthousiasme et d'élan. C'est même un spectacle un peu pénible de voir nos\nmeilleurs artistes déployer toutes leurs ressources sans arriver à dérider ceux\nqui les écoutent. Seul, Coquelin cadet y parvient, quelquefois.\nVoici, à titre de document inédit, le programme de la soirée intime dernière-\nment donnée en l'honneur du roi de Portugal, soirée pour laquelle aucune invi-\ntation n'avait été lancée :\nPRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE\nProgramme du 22 novembre 1905\n1. a Stances de Sapho. . GOUNOD\nb Comme la nuit CARL. BOHM\nJ. MARGYL, de VOpéra.\n2. L'Eau qui court (Chanson de Miarlca) A. GEORGE\nMME MARGUERITE CARRÉ, de l'Opéra Comique.\n3. Vieilles Chansoas du jeune temps WIDOR\nM. LUCIEN FUGÈRE, de l'Opéra Comique.\n4. Duo de Xavière TH. DUBOIS\nMME CARRÉ ET M. FUGÈRE.\n5. Une bonne Fortune MUSSET\nMME BARTET, Sociétaire de la Comédie-Française.\n6. Danses Louis-Philippe [Airs du temps).\nMLLE CHASLES. de VOpéra-Comique.\nMUE VINCHELIN, de l'Opéra."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c020", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "574", "page_fin": "574", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.9", "titre_corps": "UNE DATE FATALE Par QUATRELLES", "titre_sommaire": "UNE DATE FATALE Par QUATRELLES", "signature_source": "X", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "574", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.14", "debut_caractere": 2133, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "UNE DATE FATALE\nPar QUATRELLES\nX...\nLa Comtesse de Pommerelles MU« PIÉRAT\nLe Comte de Pommerelles • . . M. DE FÉRAUDY\nSociétaires de la Comédie-Française\nIl nous a paru intéressant de reproduire ce programme, comme un document\nsur le goût officiel en Tan de grâce 1905."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c021", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "575", "page_fin": "581", "image_debut": 15, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.10", "titre_corps": "Galli – Marié ET L'OPÉRA-COMIQUE DE 1862 A 1877.", "titre_sommaire": "Galli – Marié ET L'OPÉRA-COMIQUE DE 1862 A 1877.", "signature_source": "L. 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En\nl'existence artistique, au milieu des développements qui la modifient, des aspi-\nrations nouvelles qui la troublent, des floraisons inédites qu'elle enfante, trois\nlustres apparaissent aussi d'une importance singulière, et surtout dans un temps\noù les modes se succèdent, les destructions et les reconstructions se révèlent\net se précipitent avec une rapidité que des jours plus lointains ont rarement\nconnue.\nGalli-Marié, en sa personne, et en quelque mesure inconsciemment, nous\nmène de la Servante maîtresse (jouée pour la première fois en France en 1754) à.\nCarmen (3 mars 1875), de Pergolèse à Bizet, de l'opéra comique à peine encore\ngazouillant, du reste avec une grâce exquise, à l'opéra que l'on n'ose plus\ndire comique, sinon par antiphrase, qui voisine avec le drame, son rire s'étant\nlassé, son sourire même s'étant attristé et ses larmes ayant commencé de\ncouler. Au poème de fantaisie extravagante et de musique délicieuse que nous\nchante et égrène le divin Mozart, sur sa Flûte enchantée, il est un épisode\nbouffon qui fait tinter une clochette ; et tous ceux-là qui l'entendent, en dépit\nqu'ils en puissent avoir, l'écoutent charmés et s'empressent à le suivre. Ainsi\nlonguement de Galli-Marié ! Quinze ans elle a tinté, chanté, devant nous; et\nquiconque l'avait une fois entendue ne pouvait se déprendre de sa maîtrise\net s'obstinait complaisamment en son cortège. La clochette magique de Mozart\nlaisse toutefois quelques regrets et quelque ridicule à ses suivants ; il ne fut\njamais ridicule d'admirer Galli-Marié ; elle fut une conquérante impérieuse,\nmais charmante, et le regret ne fut jamais que de ne plus l'entendre, il n est\nmaintenant que de n'avoir plus à évoquer sous ce nom prestigieux qu une ombre\ndéjà fuyante.\nOn sait que Galli-Marié devait trouver en son berceau ses premiers ensei-\ngnements. Son père, Marié, est un éducateur. Longtemps ténor puis baryton,\nce qui est descendre, nous ne disons pas déchoir, il consacre tout particuliè-\nrement à ses filles son ardeur enfin lassée et sa voix désormais indocile. Il\ngarde encore assez de voix pour conseiller, sinon pour chanter. Cette voix, du\nreste, semble n'avoir abandonné le vieil artiste que pour émigrer au cœur et\nsur les lèvres de ses fillettes. Toutefois la capricieuse nature a très inéga-\nlement partagé ce trésor et cet héritage entre Irma, Paola et Galli. Les deux\npremières ne dépassent guère la réputation de petites chanteuses, du îtste\nagréables L'opérette a sollicité Irma et 1 a récompensée de quelques applau-\ndissements ; mais d'elle à sa triomphante sœur il y a la même distance que de\nFleur de thé (opérette de Lecoq, 1868 J à Carmen.\nGalli-Marié débute en 1861 au théâtre des Arts, à Rouen. Ce théâtie, naguère\nbrûlé et maintenant reconstruit, était encore celui-là même que la ville avait\nérigé au temps de Louis XVI, donc un des plus anciens de Fiance. C était la\nsalle où la main terrible de Napoléon avait fait cueillir et rapidement expédier\nvers les plus prochains régiments les plus tapageurs et sans doute les mieux\nbâtis entre les spectateurs, un soir que le parterre sifflait et se soulevait comme\nune mer en délire. Rouen a vu débuter Galli-Marié ; Rouen a révélé à la Fiance"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "576", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.16", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3532, "texte": "Samson et Dalila et Lohengrin ; c'est dire que son théâtre se doit, même en\nnégligeant ce souvenir d'une conscription inattendue et un peu brutale, enor-\ngueillir d'annales glorieuses.\nA Paris, à l'Opéra-Comique, Galli-Marié apparaît dès l'année suivante\n(1862b et bien vite elle s'affirme et s'impose. Une personnalité très spé-\nciale en elle s'est révélée. Ce talent a brûlé les étapes ; et de l'essai premier à\nla victoire désormais certaine, c'est à peine si l'espace mesure quelques jours.\nA vingt-deux ans Galli-Marié commence sa célébrité ; et voilà ce joli front\ntouché des premiers rayons de la gloire.\nAux environs de 1860, l'opéra comique se résume encore dans un homme,\nAuber. Il semble inépuisable. Après les triomphes promis à de nombreux et\nfidèles lendemains, de Fret Diavolo (1830), du Domino noir (1837). dans un genre\nsecondaire un véritable chef-d'œuvre, ainsi le proclame Saint-Saéns, des Dia-\nmants de la Couronne (1841), d'Ffaydée (1847), Ie succès n'est plus d'un reten-\ntissement aussi facile avec la Circassienne (1861), la Fiancée du roi de Garbe\n(1864) ! cependant la mode ne déserte pas encore cet art aimable, léger, ingé-\nnieux, nous pourrions dire reposant, et qui volontiers agrée à une société un\npeu bourgeoise, honnête, sans idéal vertigineux; société où le juste milieu,\ncher à la politique du très avisé roi Louis-Philippe, semble le dernier mot de la\nsagesse et du goût. Dès lors on cherche, on demande à l'opéra comique des\némotions discrètes, tout au plus quelques larmes traversées de sourires, comme\ncelles des enfants, et vite essuyées.\nAuber n'est pas là qu'en sa personne et dans ses œuvres ; il a, en quelque\nsorte, essaimé. Ce prélat, souverain d'un diocèse qui lui semble privilégié,\na ses coadjuteurs : Grisar, Massé, Clapisson, Maillart, Adam, celui-ci\nglissant parfois aux vulgarités de l'opérette, même Ambroise Thomas que\nsollicitera plus tard une plus haute ambition, ne sont guère que les sui-\nvants d'Auber. On peut dire que ce petit maître l'appellation lui convient\nà tous égards se continue, se multiplie, se glorifie en cette descendance.\nCes disciples n'accusent qu'en des nuances assez légères et fugitives leur\npersonnalité particulière. Quelle lumineuse destinée que celle de ce Normand,\nné, assure une historiette qui peut être une légende, non pas dans un berceau,\nmais dans une diligence ! Il travaille beaucoup, mais en toute aisance ; il est\nimmédiatement, étroitement de son temps, ce qui lui épargne des rébellions\nou les doutes d'un auditoire toujours un peu routinier et facilement inquiété.\nLe succès lui est obstinément fidèle, effaçant bien vite ses caprices d'un instant\npour revenir à ce maître jamais tourmenté, toujours souriant. Les mots eux-\nmêmes. alentour d'Auber, sont de prédestination charmante, de consécration\njoyeuse. Esprit est l'un de ses prénoms. Le Premier Jour de bonheur (1868) est son\navant-dernier opéra ; enfin, près d'accomplir le siècle de son existence, il se\ntait, il s'endort sur un Rêve d'amour (1869).\nCependant Galli-Marié, qui va conquérir une place considérable sur cette\nscène de l'Opéra-Comique, ne crée aucun ouvrage d'Auber, et ne reprend que par\nexception et sans éclat quelqu'un des rôles recommandés de ce nom fameux.\nEn Galli-Marié s'annonce comme la première mésintelligence qui amènera le\ndivorce, désormais à peu près consommé et à certains égards regrettable, de\nces époux si longtemps unis : Auber et l'opéra comique.\nPergolèse est le premier auteur qui accueille la nouvelle venue, et ce maître,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "577", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.17", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "comme par une désignation d'outre-tombe, lui confie sa Servante maîtresse. On\nne saurait exagérer l'importance de ce petit ouvrage. Cette saynète a conseillé,\ninspiré, multiplié des œuvres à ne plus les compter. Les archéologues peuvent\névoquer un Adam de la Halle et nous montrer la cour de Charles d'Anjou (2e moitié\ndu xne siècle) s'amusant au premier badinage, au babillage naïf du Jeu de\nRobin et de Mari on. Ce fut là sans doute une tentative intéressante, mais l'intérêt\nen est d'un document historique, rien de plus. De cette même cité de Naples de-\nvaient venir, quelques siècles plus tard, avec la Servante dePergolèse, un exemple\nmieux suivi et un enseignement d'une autre éloquence. Dès lors est créé ce que\nl'on peut appeler la comédie en musique. Elle trouvera ses maîtres exquis en un\nMonsigny, un Grétry ; elle fléchira aux badinages gracieux, mais un peu super-\nficiels, d'un Dalayrac dernier et de quelques autres : cependant elle vit, elle a\nreçu la consécration du génie ; un souffle l'a pénétrée qui tardera près d'un\nsiècle et demi à exhaler son denier soupir.\nGalli-Marié prend aussitôt le rôle de Zerbine avec une telle assurance, une si\nheureuse effronterie, qu'il semble avoir été conçu pour elle. L'opéra bufja revit\nen sa personne. La voilà, cette servante qui vengera les lointaines victimes du\nvieux célibataire autrefois beau séducteur, hélas ! maintenant disqualifié. Elle\nest légère, subtile, cynique, caressante, perfide, toujours délicieuse, telle une\nchatte qui joue avec la souris prise en ses griffes, et qu'elle se plaît à déchi-\nqueter avant de la dévorer. En ce personnage si vivant et qui se hausse à\nréaliser un type de l'humanité vraie, il faut que l'artiste se révèle tout à la fois\ncomédienne et chanteuse. Galli-Marié est aussitôt l'une et l'autre. Sa personne\nmême ajoute au charme et de l'œuvre et du personnage. Est-elle absolument\njolie? D'aucuns essaieront d'y contredire. Mais elle pourrait répondre comme\nDorval : «Je ne suis point belle, je suis pire ! » Plutôt assez petite, menue,\nvolontiers perverse jusqu'au bout des ongles, rayonnante de joie, vibrante de\njeunesse, Galli-Marié ouvre sur le théâtre, sur le monde, de grands yeux qui\nsont d'impérieuse conquête, de lumière presque gênante, de vertigineuse pro-\nfondeur. Nulle part elle ne peut être inaperçue ni oubliée.\nEn ces jours qui la révèlent, un peintre la voit et la saisit. Court, un\nRouennais, a composé une Mort de César qui, après l'hospitalité capricieuse\ndu Luxembourg, est allée encombrer quelque muraille d'un musée de province,\nil peint Galli-Marié, il reflète Zerbine ; et, pour une fois, son talent très sage\ns'est émancipé comme dans un frémissement de gaieté soudaine et de capiteuse\nfolie Ce fut toujours le don merveilleux de Galli-Marié d'animer tout ce qu'elle\neffleurait de son regard, tout ce qu'elle pénétrait de sa pensée. Quel prodige\nd'avoir enflammé le pinceau de Court !\nDans le rôle de Zerbine, toutefois, Galli-Marié trouvait des devancières, si\nelle les faisait oublier, de même dans les Amours du diable (1863), une des\nplus agréables partitions de Grisar, dans les Dragons de Villars (1856), le seul\nouvrage de Maillart qui lui ait survécu.\nLa direction de l'Opéra-Comique eut un jour la pensée singulière de confier à\nGalli-Marié le rôle de Marie, dans la Marie d'Hérold (œuvre de 1826). Capoul\nétait de la fête et conseillait, dans une romance fameuse, mais un peu défraîchie,\nà Marie de porter :\nUn chapeau dé bergère,\nDe nos champs une fleur;"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "578", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "aussi :\nUne robe légère\nD'une entière blancheur.\ncar :\n...Toujours la nature\nEmbellit la beauté.\nMais cette toilette un peu trop innocente ne convenait guère à la future\nCarmen. Cette reprise fut malheureuse. Marie doit se trouver mal et s'évanouir\nau cours de la pièce. Galli-Marié ne pouvait jamais être qu'une femme qui se\nporte bien, et pour la faire mourir, ou seulement se pâmer à demi expirante, il\ny fallait un coup de poignard\nGalli-Marié devient, à son caprice, un être multiple, ondoyant, de mystère\ncaptivant. Dans les Amours du diable, elle est démon, page, odalisque, ange\ndéchu.\nDans les Dragons de Villars, un rustre de campagne dit, parlant de l'héroïne :\n« ce n'est pas une fille, pas une femme. C'est le friquet. » En effet, Galli-Marié\nest le friquet, et cela, n'en déplaise à son moqueur, est délicieux.\nMaillart, dans son nouvel ouvrage de Lara (1864), confie à cette interprète gé-\nniale le personnage d'un page, car le travesti est, encore cette fois, heureusement\nimposé à Galli-Marié ;et en vérité la faute en est au seul Maillart, si la réussite\nne suit pas docilement les jolies jambes en maillot noir qui traversent la\npièce.\nTel est cependant le prestige qui dès lors émane de cette artiste lumineuse,\nque, dans ces banalités mêmes et les ombres de quelque ouvrage insuffisant,\nelle brille comme un feu follet. Ainsi, au souvenir lointain et nébuleux de Lara,\nnous la voyons, mandoline sous les doigts, mettre à l'essor une aubade qu'elle\nfaisait ailée et souriante. De même, dans un rôle de quelques lignes à peine, au\npersonnage d'une Bohémienne farouche, nous la voyons surgir dans cet opéra de\nFior d'Aliza (1866), où Massé, encore maladroitement, préludait à sa dernière\nmanière, celle qu'il devait réaliser dans Paul et Virginie ; de même enfin nous\npouvons évoquer Galli-Marié sans trop de peine dans le personnage de Vendredi,\nencore un travesti, lorsque fut représenté un Robinson Crnsoè où s'égara Of-\nfenbach sans espoir de retour. Le Don César de Bazan, de Massenet, révélation\npremière (1872) du beau talent qui si bien nous réjouit désormais, la Surprise\nde VAmour (31 oct. 1877) de Poise devaient être des créations plus heureuses,\naprès le Capitaine Henriot (1864) que vainement avaient recommandé les noms\ndéjà fameux de Sardou et de Gevaert. Paladilhe et Guiraud, l'un avec le Passant\n(27 avril 1872), l'autre avec Piccolino (11 avril 1876), avaient encore appelé à\nl'aide cette alliée entre toutes précieuse et qui tant facilitait la victoire, si du\nmoins elle pouvait être obtenue.\nMais voici venir Mignon et Carmen, deux étapes mémorables, deux avène-\nments, et la reine hissée sur le pavois d'une victoire retentissante, à dix ans\nd'intervalle (du moins il s'en manque de bien peu*, est Galli-Marié. Mignon est\ndu 17 nov. 1866, Carmen du 3 mars 1875.\nAmbroise Thomas n'eut jamais en lui les grondements d'un révolutionnaire,\nni même les caprices d'un insurgé. Ce fut un talent très sûr de soi, attentif, sans\ngriserie toutefois, aux tentatives nouvelles, capable de réflexion, même de repen-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "579", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.19", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "tir, sans inquiétude, non pas sans aspirations presque téméraires. Thomas\nrêvera de dépasser le Caïd, même le Songe d'une nuit d'été. Mais quelque temps\nle succès semble l'abandonner. Auber poursuit une carrière encore très heu-\nreuse, Meyerbeer fait dans l'opéra comique une irruption un peu lourde, que le\nsuccès pourtant justifie, car l'Etoile du Nord (16 février 1864) et le Pardon de\nPloermel (4 avril 1859) sont des succès de renommée et d'argent, bien qu'à notre\nsentiment ces œuvres manquent d'aisance et peinent, étouffent, semble-t-il, dans\nun cadre trop étroit, Meyerbeer ayant coutume de brosser de plus vastes ta-\nbleaux. Cependant au milieu des victoires que les maîtres du jour ne cessent de\nremporter, Ambroise Thomas s'efforce en des tentatives presque désastreuses,\ntel ce Carnaval de Venise d'un écho bien vite essoufflé. Dès lors, Ambroise Thomas\nse tait, il se recueille. Faust est apparu (19 mars 1859). Ambroise Thomas a\nécouté ; et cette leçon n'est pas perdue. Il écrit Mignon. Sans doute, ce n'est pas\nd'un idéal inexploré. Mignon demeure assez docilement en la tradition de l'opéra\ncomique coutumier. Cependant quelques accents de mélancolie s'y exhalent que\nla muse familière de la maison avait encore à peu près ignorés. Il aurait\nfallu se reporter au Pré aux Clercs (1852), ou bien au dernier tableau de la\nManon Lescaut d'Auber (1856), un ouvrage de destinée malheureuse, où ce-\npendant Auber a su verser quelques véritables larmes, pour retrouver ces\nlégers voiles de tristesse, ces menaces d'un drame prochain et qui passagère-\nment assombrit la scène obstinément joyeuse. Par delà cette Mignon qui\nregrette sa patrie, une poésie inattendue s'est levée à l'horizon ; et là-bas, là-bas,\nou Mignon voudrait vivre et mourir, un monde est pressenti, s'il n'est pas\nencore largement ouvert, où d'autres plus hardis vont se précipiter.\nL'œuvre dramatique vraiment originale et forte trouve presque toujours\nl'interprète qui lui convient, ou plutôt elle le suscite et l'appelle en une attirance\nirrésistible. A cette heure bénie et qui ne revient qu'à de longs intervalles, où\nl'homme se fait créateur, il semble que la force créatrice, dont passagèrement il\nest tout à coup pénétré, rayonne bien au delà de son humble personne ; et le\nmême éclair qui fait jaillir l'œuvre d'élection, fait naître l'âme qui la doit\naccueillir et va desceller victorieusement les lèvres qui lui prêteront leur verbe\nobéissant. Ainsi Mignon et Galli-Marié se sont appelées, elles se complètent ;\nelles ne sont plus qu'une personne où voltige un souvenir de Gœthe, où s'in-\ncarnent les Mignons que la tristesse un peu molle d Ary Scheffer enveloppe de\nnonchalance discrète, console d'une espérance un peu timide. Cette Mignon,\ntelle certainement l'a conçue son musicien, est un peu bourgeoise. Elle n'est\npas pour donner le vertige. Un sourire très doux cependant s'est exhalé d'elle.\nElle attendrit, elle se fait aimer, n'est-ce pas la victoire suprême ?\nMignon se pare de toutes les vertus ; elle finira riche et tranquille châtelaine.\nCarmen n'est que rouerie, caprice, audace, méchanceté même. Ses yeux brû-\nlent, ses baisers mordent. On en sera grisé, affolé. En toute inconscience, cette\nfille est une force, et c'est un abîme. Elle va y précipiter quiconque lui agrée, la\nproie que ses bras se réjouissent d'enlacer ; mais à ce jeu du plaisir et de la\nmort, elle est belle joueuse, l'indomptable Bohémienne. Elle n'aura pas un\nregret à l'œuvre féroce qu'elle accomplit ; mais en l'abîme béant elle se précipite\nelle-même, la flamme au regard, le baiser aux lèvres.\n11 faut bien reconnaître que l'émoi du public ordinaire, familier de l'opéra\ncomique, s'explique à l'arrivée d'une personne aussi violemment capiteuse."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "580", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3620, "texte": "L'amour, enfant de Bohème, n'était pas celui que, jusqu'à ce jour, avait connu\net recommandé la maison de Boïeldieu. Ces répugnances premières ont leur\nexcuse du moins dans la prudence des mères de famille. A voir mourir Carmen\nainsi qu'elle meurt, on peut être tenté de vivre comme elle a vécu. Cette œuvre\ndécidément est de pernicieux conseil. Sans doute, cette pruderie d antan fut\npour quelque chose dans l'incertitude du premier accueil. C'est là toutefois une\népreuve qui attend presque tous les ouvrages d'initiative téméraire, de rénova-\ntion hardie. En un sentier à peine frayé et brusquement ouvert, le public hésite\ntoujours à s'engager. Robert le Diable, avant d'appeler tout Paris à la trompette\ndes Chevaliers de ma patrie (21 nov. 1831), redouta d'être condamné et damné\ncomme Bertram lui-même. Faust devait surprendre un peu, avant d'enthou-\nsiasmer les salles enfin conquises. Ainsi de Carmen. Mais les lendemains sont\nd'une magnifique revanche.\nAvec Carmen on peut dire que l'opéra comique évolue. Toutefois Bizet est un\nFrançais de race, un Parisien. En sa pensée les idées se mirent ainsi que dans\nle cristal d'une source apaisée et limpide. Jusque dans ses audaces il a du\ngoût, de la mesure. Cette musique est ensoleillée comme un patio de Séville.\nElle réchauffe et elle éclaire. Combien français est aussi le beau talent de l'in-\nterprète aussitôt apparue ! Cette fois encore, l'œuvre et l'artiste semblaient\ns attendre ; un même souffle, venu de très haut, semble les avoir pénétrées.\nGalli-Marié est donc Carmen jusque dans les dernières fibres de sa chair de\npéché et de damnation. Observons toutefois qu'elle n'abaisse pas le personnage,\nelle le grandit plutôt Cette pécheresse bat le pavé de la rue de ses escarpins\nbien sonnants, elle se gare du ruisseau. Elle décoche des œillades, elle fas-\ncine, mais laisse encore quelque espace de sa personne aisément prodiguée,\nau vainqueur ou mieux au vaincu, qu'elle se promet de dévorer. Ce n'est qu'une\nnuance, mais d'importance, et qui par malheur est quelquefois oubliée. L'ef-\nfronterie de la véritable Carmen ne fut jamais du cynisme ; et cette impudeur,\npar cela même qu'elle doit laisser quelque chose à cueillir, n'en sera que plus\nséduisante et plus redoutable.\nTel fut cet exquis chef-d'œuvre de Galli-Marié devenue Carmen, que la han-\ntise du souvenir, l'obsession de cette perfection, doivent longtemps encore\nexcuser les réserves, peut-être les injustices, de ceux-là encore survivants qui\nfurent conviés aux belles fêtes de jadis. Longtemps la Carmen qui n'est plus\nfera tort à toutes celles qui entreprennent de lui succéder. Il faudra donc, pour\nque toutes choses redeviennent équitables, qu'un léger voile d'oubli enveloppe\nce revenant obstiné.\nUn soir qu'elle jouait Carmen, Galli-Marié en vient à la scène angoissante qui\nlui met rapidement entre les doigts les cartes, confidentes de ses caprices, oracle\nde ses amours etde ses haines,et voilà que les cartes ramènent celle où s'annonce\nla mort. Un instant Galli-Marié en est troublée. Au même jour, Bizet devait\nmourir. Cette anecdote est trop pittoresque pour être absolument vraie. Mais\n11 est-il pas équitable qu'un peu de mystère flotte alentour de ce maître si brus-\nquement disparu? Si les anciens assuraient qu'ils sont aimés des dieux ceux-là\nqui meurent dans la fleur de la jeunesse, ne laissant que des regrets et comme\nle deuil des fleurs déjà épanouies en leur chemin, Bizet fut donc, comme pas\nun autre, un favori de l'Olympe et des Muses. Nous ne saurions dire s'il avait\ndéjà rempli toute sa destinée ; qui donc peut jamais savoir ce que nous garde"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "581", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "le lendemain ? du moins il avait nous insistons sur cette considération\ndécidé une évolution irrévocable en la musique et sur la scène française. Si\nsa tâche n'était pas épuisée, elle était faite ; et Bizet expirant laissait le meilleur\nde son être à la fille de sa pensée. Cette fille le continue, ainsi qu'en une apo-\nthéose promise encore à de nombreux lendemains. C'est le privilège charmant,\npresque divin, de l'artiste créateur, de survivre aux rêves qu'il a résolument\njetés en pleine réalité. Après l'artiste disparu, l'œuvre poursuit son existence\naussi indépendante désormais que peut l'être celle de l'enfant échappé au sein\nde sa mère.\nCombien plus triste est la destinée de l'artiste qui est seulement un interprète !\nSa gloire n'est que viagère, et encore ! Elle est étroitement attachée à la per-\nsonne ; et qu'est-il donc de plus périssable ? Combien cet acteur chéri, cette\nchanteuse adorée, ont-ils raison de dévorer ces joies éphémères dans une ivresse\nqui semble ne jamais être satisfaite! Sans doute, la renommée les caresse,\ncomme jamais elle ne fait d'un poète, si grand qu'il soit. L'encens de l'en-\nthousiasme populaire les enveloppe comme il ferait de l'effigie triomphale d'un\ndieu. L'applaudissement s'adresse, furieux, à tout ce qui est de leur personne.\nMais le réveil après ce beau songe ! Mais le lendemain ! quel silence ! quel\nabandon ! quelle ingratitude désormais fatale ! Cette épouvante toute prochaine\nn'excuse-t-elle pas cet appétit de gloriole, même au zénith de la plus merveil-\nleuse gloire, cette rage presque maladive de réclame et de bruit, que si volon-\ntiers nous reprochons, non sans raillerie, à ceux-là qui sont l'honneur delà scène\net nos plus chers favoris ! « Carpe diem! Saisis-toi du jour présent, » conseille\nla sagesse antique. Ainsi doit-il en être des gloires surgies au plancher mal\nsolide d'un théâtre, entre les menaces des frises béantes et les abîmes où dis-\nparaissent, sur un signe du machiniste, les palais de rêve et de féerie, toutes\nles splendeurs dont tout à l'heure nous étions extasiés.\nActeurs, comédiens, chanteurs, entre tous merveilleux, ne laissent quedeséchos\nde jour en jour plus incertains et plus infidèles. Le silence bien vite se fait aux\noreilles qui sollicitaient leurs radieuses chansons. Un nom reste, et c'est tout.\nUne consécration suprême peut cependant élever ce nom. En devenant plus vul-\ngaire, d'une appellation particulière qu'il était, en devenant la désignation\nd'un emploi et de toute une lignée, il grandit, il entre dans une plus durable\nexistence. On disait naguère encore chanter les Martin, les Trial, en souvenir\nd'un ténor qui usurpait sur le registre du baryton, d'une basse comique dont\nnos grands-pères s'étaient réjouis. On dit jouer les Déjazet, chanter les Falcon,\net du est devenu un nom commun. Peut-être dira-t-on demain, si par\nhasard se rencontre une femme fine comédienne, chanteuse adroite, habile à\nconquérir une salle aussitôt docile, qu elle chante et joue les Galli-Marié. La\nnôtre a mérité cette survivance. Ceux-là du moins qui l'ont connue, applaudie,\ntrouveront longtemps plaisir à s'entretenir d'elle. L'apparition de Galli-Marié\nfut un lever de joie ; ceux-là qui l'ont salué n'ont qu'à fermer un instant leurs\nyeux pour revoir encore ces yeux qui leur furent éblouissants.\n\nL. AUGÉ DE LASSUS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c022", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "582", "page_fin": "586", "image_debut": 22, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.11", "titre_corps": "Un grand violoniste de l'ancien régime. Les deux Jean-Baptiste Anet.", "titre_sommaire": "Un grand violoniste de l'ancien régime. Les deux Jean-Baptiste Anet.", "signature_source": "LIONEL DE LA LAURENCIE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "582", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.22", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2861, "texte": "Un grand violoniste de l'ancien régime.\nLes deux Jean-Baptiste Anet.\n\n[fin)\nFaut-il croire avec M. Jacquot que Baptiste ait rempli auprès de la Cour de\nLorraine les fonctions de « maître de musique » (1) ? Nous ne le pensons pas ;\n« Anet, écrit M. Jacquot, remplaça Desmarets, surintendant de la musique de\nLéopold, à sa mort ; il conserva sa place sous Stanislas et jusqu'à son décès,\nsurvenu à Lunéville en 1755. » Sans doute, le jeu des dates permet d'admettre\nque Baptiste ait hérité de la charge de Desmarets, qui mourut à Lunéville le\n7 septembre 1741 ; mais l'acte de décès du musicien mentionne seulement sa\nqualité de « premier violon de la musique du Roi ». Si Baptiste avait occupé\nà la tête de cette musique la charge de surintendant, son acte mortuaire l'eût\ncertainement rappelé.\nIII\nJean-Baptiste II a laissé 2 Livres de Sonates de violon et 3 Livres de pièces\npour 2 Musettes. En voici la liste par ordre chronologique :\nŒuv. I. Premier Livre | De Sonates | A violon Seul | Et la Basse con-\ntinue | Dédiez àS. A. S. Monseigneur | Le Comte d'Eu | Composez |\nPar M. Baptiste Anet | Ordinaire de la xMusique du Roy. Paris, 1724. Gravé\npar L. Hûe, in-f°, (Bibl. nat. Vm7 754.)\nŒuv. 11.~ Deuxième œuvre | de | Al Baptiste | Contenant | Deux Suit-\ntes de Pièces | à deux Musettes | Qui conviennent à la Flûte Traversière |\nHaubois, Violons, comme aussi aux Vielles. Paris, 1726. Gravé par L. Hue,\nin-f°. (Bibl. du Conservatoire et Collection de M. Ecorcheville) (2b\nŒuv. 111. Sonates | à violon Seul | Et Basse continue | Par |\nM. Baptiste | Ordinaire de la Musique de la Chambre du Roy. | Œuvre 111\n| Déclié | àS. A. S. Mgr | Le Comte de Clermont. Paris, 1729, in f°.\n(Bibl. nat. Vm7 755.)\nŒuv. IV. Second Œuvre | de Musettes | par | M.Baptiste | Ordinaire\nde la Musique | Du Roy. Paris, 1730, in f°. Gravé par L. Hue. (Bibl. nat.,\nVm7 6710.)\nŒuv. V. IIIe Œuvre | de Musettes j Pour le Violon | Flûtes-tra-\nversières et Vielles | Par M. Baptiste | Ordinaire de la Musique du Roy. |\nGravé par L. Hue. Paris, 1734, in f°. (Bibl. nat., Vm7 6711) (3).\nLes œuvres 11, IV et V sont dédiées à Colin Charpentier, le célèbre joueur de\nmusette. Fétis cite de Baptiste un 3e Livre de Sonates à violon seul, et la Basse,\nqui reste introuvable dans nos bibliothèques et qui n'existe vraisemblablement\nque dans 1 imagination de l'historien belge, imagination fort féconde, comme\nchacun le sait. Le catalogue de Boisgelou ne mentionne d ailleurs que les deux\n\n(1) Jacquot, loc cit.. p. 680.\n(2) L exemplaii e appartenant à M. Ecorcheville renferme comme frontispice une fort jolie\nestampe peu connue gravée par Surugue d après Coypel, et représentant le berger Daphnis muni\nde sa musette enrubannée.\n(3) Le Privilège royal assuré à 1 œuvre de Baptiste est du 4 mai 1724 ; il avait une durée de\n10 ans et ne fut pas renouvelé."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "583", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.23", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "œuvres de violon énumérées ci-dessus. Quant à M. Eitner, il dédouble Baptiste,\ndans son répertoire bibliographique, et l'article consacré par lui à Anet contient\nla liste des deux Livres de Sonates de violon qu il signale de nouveau sous le\nnom de Baptiste (i).\nL'œuvre de Baptiste II ne mérite point les critiques que ses contemporains lui\npiodiguèrent, tout en vantant l extraordinaire virtuosité du violoniste, virtuosité\ndont ses compositions ne témoignent pas, à vrai dire, bien éloquemment. Recon-\nnaissons pourtant qu il démanche au moins jusqu'à la 3e position, et qu'il manie\nfort habilement la double corde ; au surplus, nous y reviendrons ultérieurement.\nLe ier livre de Sonates contient 12 pièces, et le 2e 10; ces pièces présentent\nle caractère de Suites à 4, 5, 6 et généralement 3 parties; elles sont écrites à la\nmode italienne en clef de sol 2e ligne, et ce n'est pas seulement à ce détail qu'on\npeut y reconnaître l'influence étrangère; nous y relevons l'usage systématique,\nau moins dans le Ie Livré,des dénominations d Allegro, d Adagio, (\\ Audcnite, de\nVivace, etc. Baptiste traduit même en italien les noms des danses, et écrit Sara-\nbanda, Gavotta, etc. ; lorsqu il y a lieu de préciser le mode d'exécution, au lieu\nde dire comme Du Val : « Ces notes piquées », par exemple, il indique : « Spi-\ncatto. » De même, le contenu des morceaux dénote bien une tendance à l'imita-\ntion, que l'élève de Corelli affirme dans quelques dispositifs mélodiques et\ndans 1 emploi des cadences caractéristiques du maître de Fusignano.\nVoici, en particulier, des inflexions mélodiques que l'on rapprochera facile-\nment de leurs analogues dans l'oeuvre du violoniste italien :\nCorelli emploie le même bond d octave :\nTelle cadence comme la suivante :\naurait pu être écrite par Corelli. qui aurait seulement supprimé l'avant-\ndernier ré en prolongeant la sur-tonique (5).\nAu point de vue de la répartition des valeurs dans les mouvements vifs,\nBaptiste se rapproche aussi beaucoup des modèles italiens. C'est ainsi que\nY Allegro à 4 temps de la 12e sonate en mi \\> du ier livre est entièrement, ou peu\ns'en faut, construit au moyen de doubles croches, dans la manière des Allégros\nen grand détaché de Corelli, et on sait que les maîtres français manifestent en\ngénéral dans les « Courantes » et dans les « Gays » une souplesse rythmique\nsupérieure à celle de leurs rivaux ultramontains, parce qu'ils utilisent un\nclavier de valeurs plus étendues.\n\n(') Rob. Eitner, Quellen Lexikon. Voyez t. I, p. 150 et p. 331.\n(2) iel> livre, Sonate 111, Adagio.\n(3) 2e livre, Sonate IX, Ariette.\n(4) Corelli, Sonate II : op 5, Vivace.\n(5) ier livre. Sonate 111,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "584", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.24", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1656, "texte": "Voici encore un Largo de Baptiste (1) qui se présente avec un indiscutable\nfaciès italien :\nMais si l'influence italienne se révèle dans les deux livres de Sonates de vio-\nlon de Baptiste (2), il importe de remarquer qu'elle s'atténue un peu dans le\n2e livre, où la terminologie employée est constamment française et où l'auteur\nrevient aux titres pittoresques si chers à notre esthétique : Gigue en cor de\nchasse{3), Boutade (4'), etc. L'inspiration du musicien conserve du reste le plus\nsouvent un air de franche gaieté, une tenue guillerette qui semble relever de la\nchanson populaire, ou bien une ampleur grave apparentée avec la majesté des\ncompositions du siècle précédent. Sous ce double aspect, la musique de notre\nvioloniste s'affirme bien française, et nousdonnerons les deux exemples suivants,\nqui nous paraissent caractéristiques à cet égard: d'abord, la note vive, pétu-\nlante, alerte, nettement marquée dans XAU aigre Détaché de la Courante qui\ndébute ainsi :\npuis la note mélancolique et douce si typique de « l'Air » français :\n\n(1) 2e livre, Sonate VI, Largo, r' *\n(2) Marpurg raconte qu'Anet ne jouait presque que des œuvres de Corelli (Nachricht von fran-\nzôsischen Violinisten, p. 468). Cependant l'abbé Pluche rapporte qu'il manifestait un véritable\néclectisme: « Ce fameux artiste n'examine point de quelle nation ni de quelle main vient une\npièce ; s'il la trouve noble et gracieuse, il la joue... » 'vPluche, Spectacle de la Nature, t. VII, 103.)\n(3) 2e livre, Sonate X.\n(4) 2e livre, Sonates 111 et VII.\n(5) 2e livre, Sonate IV, Courante.\n(6) ier livre, Sonate VI, premier mouvement, Adagio."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "585", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.25", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "Ce fragment est d une belle allure, et permet de juger avec quelle aisance Anet\nsait faire mouvoir les parties : l'harmonie ferme et pleine, le dessin de la ligne\nmélodique, tout décèle un musicien particulièrement bien doué, et c'est sans\ndoute à la jalousie qu'il convient d'attribuer le jugement singulier dont Daquin\nse faisait 1 écho, et d'après lequel « les difficultés épouvantaient » Baptiste, qui,\ndu reste, « n était pas musicien ». « On le comparait, ajoute notre auteur, à ces\nesprits vifs et brillants dans la conversation, qui s éclipsent sur le papier (1). »\nPareille appréciation nous semble fort exagérée, et s'il ne manque pas dans\n1 œuvre de violon de Jean-Baptiste II de pages médiocres, dépourvues de toute\noriginalité, on y rencontre aussi de la distinction, de l'élégance et une émotion\ncontenue d'un charme indéniable.\nL'exécutant paraît avoir montré un talent supérieur. Nous en avons donné\nquelques témoignages au début de cette étude. Non content de manier adroite-\nment la double corde, Baptiste emploie le double trille, comme dans l'exemple\nsuivant :\nQuelques-uns des mouvements vifs de son œuvre de violon exigent une\ngrande souplesse et une grande légèreté d'archet. De plus, Baptiste démanche :\nil franchit le Rubicon de lut sur la chanterelle, et il y a nombre de passages en\ndoubles cordes de ses Sonates qui ne peuvent être exécutés qu'à la 2e et àla\n3e position.\nDisons quelques mots de son œuvre de musette. A l'exemple des deux Ché-\ndeville et deßoismortier, Baptiste n'a pas craint de sacrifier à la mode qui régnait\nalors et dont bénéficiaient les instruments pastoraux et champêtres, et il a com-\nposé trois séries de pièces pour deux musettes. Chacun des trois recueils d'Anet\ncomprend deux suites, l'une en ut ou C. sol-ut, ainsi qu'on disait encore à cette\népoque, l'autre en 50/, G ré-sol, tonalités commandées par le choix de l'ins-\ntrument qui ne pouvait jouer qu'en ut et en sol. L'œuvre IV est écrite seulement\npour deux musettes, mais l'auteur annonce lui-même que les œuvres II et V\nconviennent également aux violons, flûtes traversières, vielles et hautbois.\nC'était l'usage alors de laisser aux exécutants toute latitude dans l'emploi et la\nrépartition des instruments ; on espérait faciliter de la sorte les exécutions de\nmusique de chambre, en permettant d utiliser les ressources dont on dispo-\nsait (2).\nLes Suites de Jean-Baptiste II se composent toutes d'un nombre variable de\npetits morceaux détachés et de caractère différent; elles constituent de véritables\ndépliants musicaux à 10, 12 et jusqu'à 17 panneaux, représentant des tableaux\n%\n\n(i) Daquin, Lettres sur les Hommes célèbres dans les Sciences, la Littérature et les Beaux-\nArts sous le règne de Louis XV, 1752, ire partie, pp. 130- 31. Ancelet prétend que Baptiste\n(( était médiocre lecteur et nullement compositeur ». Boisgelou reproduit ce jugement dans son\ncatalogue, et l'abbé de Fontenai le fait sien dans l'article de son Dictionnaire des Artistes qu'il\nconsacre à Batiste (t. I, p. 157).\n(2, M. Henri Quittard a bien voulu, sur notre demande, et conformément à l'usage que nous\ninvoquons ci-dessus, instrumenter la 2» Suite d'Anet (OEuv. II) pour quatuor, deux flûtes et\nmusette."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "586", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.26", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "de genre, gentilles bergeries où se célèbrent « les loisirs du bercail». Elles\nrespirent fréquemment une grâce élégante et raffinée, un maniérisme un peu\nténu qui n'exclut pas toujours de sérieuses qualités d'expression, ainsi que\nle prouve la Chaconne suivante, dont il se dégage je ne sais quel parfum\ngluckiste :\nLes titres de ces piécettes sont presque toujours pittoresques, et l'auteur n'y\nemploie que la terminologie française ; il vise souvent au comique, à la carica-\nture, et sa tournure d'esprit joviale et narquoise s'y donne libre carrière. Çà et\nlà, il cherchera à tracer des croquis du « Gros Marquillier de village » ou du\n«Gros Butor»; entre temps il soupirera une sarabande, un air tendre. Nul\ndoute que voici Daphnis qui s'essaye à dépeindre sa flamme à quelque pimpante\nbergère; cela s'appelle Y « Amour adolescent » :\nQue voilà bien là une galante mélodie î Dans sa trame, les petites notes se\ncoulent, se glissent pour l'alanguir ; elle en prend une attitude câline et timide\nà la fois. Au surplus, nous donnons ci-après la liste des morceaux dont se com-\npose la suite à laquelle elle appartient ; cette énumération permettra de se faire\nune idée du genre que cultive Baptiste :\ni° Les Contrefeseurs de Musette, en style fugué ;\n20 L'lnnocente Bergère, petit air tendre ;\n30 La Sœur cadette, en sol mineur ; c'est le seul morceau en mineur de la\nSuite ;\n40 L'Amour adolesçent, dont nous donnons le thème plus haut ;\n50 Musette, La Colinette, air gai et pastoral ;\n6° Sarabande? de même caractère que VAmour adolescent ;\n70 La Calotine, pimpante et vive ;\n8° La Petite Nanette, d'une allure naïve, avec d'amusants contre-points ;\n90 Menuet en musette, fort majestueux ;\nio° Chaconne, avec modulation en ut, sous-dominante ;\n110 La Bourrée de Jean des Vignes, très scandée et de type binaire ;\nBaptiste a écrit sur ce type les six compositions qu'il a dédiées à son ami Colin\nCharpentier. Elles sont tout à fait conformes au goût de l'époque et constituent\nune sorte d'imagerie musicale très caractéristique des tendances esthétiques de\nl'art français sous Louis XV.\nTelle est l'oeuvre de Jean-Baptiste 11. Il nous a semblé qu'elle méritait d'être\ntirée de l'oubli et d'être signalée à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de\nnotre musique nationale.\n\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\n\n(1) 2e Suite (G, ré-sol), OEuv. 11, Chaconne,\n(2) 2e Suite, l'Amour adolescent."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c032", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "587", "page_fin": "588", "image_debut": 27, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.12", "titre_corps": "Actes officiels et Informations.", "titre_sommaire": "Actes officiels et Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "587", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.27", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "Actes officiels et Informations.\n\nConservatoire. Les examens d admission dans les classes de chant du Conser\nvatoire national ayant révélé cette année parmi les concurrents un nombre excep-\ntionnel de voix intéressantes, et afin d augmenter, de ce fait, le nombre desélèves\nadmis, deux nouvelles classes de chant viennent d'être créées, sur la proposition\ndu Ministre de l'lnstruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, par décret\nen date du 3 novembre courant.\nLes nouveaux professeurs ne seront pas appointés ; mais ils seront appelés de\ndroit à remplacer les professeurs avec traitement au fur et à mesure des vacances.\nLe Journal officiel du 11 novembre a publié également une instruction de M. le\nSous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts concernant l'enseignement du chant au\nConservatoire national.\nAux termes de cette instruction, l'enseignement doit être donné de façon à cul-\ntiver tous les genres cle musique vocale, et non pas seulement le genre drama-\ntique.\nLa première année d études doit être consacrée entièrement à des exercices\nd assouplissement, de pose de la voix, d articulation et d émission qui sont la base\nde l'enseignement du chant.\nLes élèves de chant autres que ceux de la première année présenteront aux\nexamens semestriels un choix de 4 morceaux, qu'ils appartiennent au répertoire\nancien ou moderne, sous la condition qu'ils soient, autant que possible, de styles\ndifférents et qu'ils présentent quelque intérêt au point de vue musical.\nEnfin, cette instruction détermine les auteurs qu il convient de faire entrerdans\nle programme d'enseignement du chant.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 20 octobre au 19 novembre 1905."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "588", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "II. — Opéra-Comique.\nReceltes détaillées du 20 octobre au 19 novembre 1905.\n\nLyon. Par arrêté endate du 4 novembre de M. le Préfetdu Rhône, M. Odol,\ntrompette et piston solo à 1 orchestre du Grand-Théâtre deLyon, est nommé pro-\nfesseur de trompette à l'Ecole de musique, succursale du Conservatoire nationab\nen remplacement de M. Gérin, admis à faire valoir ses droits à la retraite et\nnommé professeur honoraire.\n\nNîmes. Par arrêté préfectoral du 14 novembre, sont nommés professeurs à\nl'Ecole de musique, succursale du Conversatoire national, à Nîmes, en rempla-\ncement de M. Grégoire, démissionnaire : Professeur d'harmonie et de solfège,\nM. Moulines ; Professeurs de solfège, MM. Breton, Pieyre et Causan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c033", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "587", "page_fin": "587", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.12.1", "titre_corps": "Conservatoire. Les examens d admission dans les classes de chant du Conser", "titre_sommaire": "Conservatoire. 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Les examens d admission dans les classes de chant du Conser\nvatoire national ayant révélé cette année parmi les concurrents un nombre excep-\ntionnel de voix intéressantes, et afin d augmenter, de ce fait, le nombre desélèves\nadmis, deux nouvelles classes de chant viennent d'être créées, sur la proposition\ndu Ministre de l'lnstruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, par décret\nen date du 3 novembre courant.\nLes nouveaux professeurs ne seront pas appointés ; mais ils seront appelés de\ndroit à remplacer les professeurs avec traitement au fur et à mesure des vacances.\nLe Journal officiel du 11 novembre a publié également une instruction de M. le\nSous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts concernant l'enseignement du chant au\nConservatoire national.\nAux termes de cette instruction, l'enseignement doit être donné de façon à cul-\ntiver tous les genres cle musique vocale, et non pas seulement le genre drama-\ntique.\nLa première année d études doit être consacrée entièrement à des exercices\nd assouplissement, de pose de la voix, d articulation et d émission qui sont la base\nde l'enseignement du chant.\nLes élèves de chant autres que ceux de la première année présenteront aux\nexamens semestriels un choix de 4 morceaux, qu'ils appartiennent au répertoire\nancien ou moderne, sous la condition qu'ils soient, autant que possible, de styles\ndifférents et qu'ils présentent quelque intérêt au point de vue musical.\nEnfin, cette instruction détermine les auteurs qu il convient de faire entrerdans\nle programme d'enseignement du chant."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c034", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "587", "page_fin": "587", "image_debut": 27, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.12.2", "titre_corps": "LE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra. 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Wagner.\n16.738 41\n25\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\nvo\nLO\n<0\ncd\nll —\nLe — Le Jugement\nde Paris.\nWeber. E. Malherbe\ni5.ooi 91\n28 —\nArmide.\nGluck.\n12 070 »\n3o —\nSalammbô.\nReyer.\n15.217 41\nicr nov.\nLe Freischiit^. — Le Jugement\nde Paris.\nWeber. E. Malherbe.\n16.970 76\n3 -\nLes Huguenots.\nMeyerbeer.\n15.675 91\n4 —\nTannhauser.\nR. Wagner.\n14.698 5o\n6\nLe Freischiit\nW eber.\n15.840 41\n8 —\nSalammbô.\nReyer.\n15.665 76\n[O —\nArmide.\nGluck.\n16.777 41\ni i —\nLe Freischiity. Le Jugement de\nParis.\nWeber. E. Malherbe\n10 778 »\n13 —\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\n16.443 41\nr 5 —\nFaust.\nGounod.\n20.8 10 76\n17 —\nLe Freischutz. — Coppelia.\nWeber. L. Delibes.\n21.021 41\n18 —\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n13.oo6 »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c036", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "588", "page_fin": "588", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.12.3", "titre_corps": "II. — Opéra-Comique. Receltes détaillées du 20 octobre au 19 novembre 1905.", "titre_sommaire": "II. — Opéra-Comique. 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Rossini.\n8.000 »\n2 2\n— soirée\nCavalleria Rusticana. — Lakmè.\nMascagni. L.Delibes.\n7.739 5o\n2 3\n—\nMireille.\nGounod.\n4.585 »\n24\n25\nLouise.\nLa Vie de Bohême.\nG. Charpentier.\nPuccini.\n5.469 5o\n6.934 5o\n26\n—\nCarmen.\nBizet.\n7.686 »\n27\n—\nWerther.\ntVlassenet.\n/\n6.520 5o\n28\n—\nLe Barbier de Séville. — Caval-\n— matinée\nItria Rusticana.\nRossini. Mascagni.\n8.523 5o\n29\nLa Traviata. — La Fille du\n— soirée\nRégiment.\nVerdi. Donizetti.\n5.539 5°\n29\nMignon.\nA. Thomas.\n6.158 5o\n3o\noct.\nGriselidis.\nMassenet.\n4.578 5o\n3 1\n—\nCarmen.\nBizet.\n6.842 »\n1 er nov. mat.\nLe Barbier de Séville. — La\n— soirée\nFille du Régiment.\nRossini. Donizetti.\n7.304 5o\nI cr\nLakmé. — Les Noces de Jean-\nnette.\nL. Delibes. Massé.\n6.584 5o\n2\n—\nLouise.\nG. Charpentier.\n4.311 5o\n3\n—\nLa Vie de Bohême.\nPuccini.\n5.3 9 5 »\n4\n— matinée\nWerther.\nMassenet.\n8.6QO 5O\n5\nCarmen.\nBizet.\n8.022 5o\n5\n— soirée\nMignon.\nA. Thomas.\n6.394 5°\n6\n—\nLakmé.\nL. Delibes.\n4.587 5o\n7\n—\nMiarka (Première).\nA. Georges.\n• /\n1.391 »\n8\n—\nCavalleria Rusticana. — Le\nJongleur de Notre-Dame.\nMascagni. Massenet.\n8.429 5o\n9\n—\nM iarka.\nA. Georges.\n9.207 84\n10\n—\nWerther.\nMassenet.\n6.880 5o\n11\n—\nMiarka.\nA. Georges.\n9.555 22\n12\n— matinée\nLe Barbier de Séville. — La\n— soirée\nFille du Régiment.\nRossini. Donizetti.\n7.604 5o\nI 2\nCarmen.\nBizet.\n7.374 5o\n13\n—\nMignon.\nA. Thomas.\n4.584 5o\n1 4\n—\nMiarka.\nA. Georges.\n6.078 »\n15\n—\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nCavalleria Rusticana.\nMassenet. Mascagni.\n7.293 5o\n16\n—\nMiarka.\nA. Georges.\n9.611 80\n37\n18\n—\nLouise.\nG. Charpentier.\n6.647 5°\n—\nM iarka.\nA. Georges.\n9.622 38\n'9\n— matinée\nLe Caïd. — Le Jongleur de\nNotre-Dame.\nA.Thomas. Massenet.\n8.600 5o\n19\n— soirée\nLa Vie de Bohême. — Caval-\nleria Rusticana.\nPuccini. 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Gérin, admis à faire valoir ses droits à la retraite et\nnommé professeur honoraire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c039", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "588", "page_fin": "588", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.12.5", "titre_corps": "Nîmes. Par arrêté préfectoral du 14 novembre, sont nommés professeurs à", "titre_sommaire": "Nîmes. Par arrêté préfectoral du 14 novembre, sont nommés professeurs à", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "588", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.28", "debut_caractere": 429, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "Nîmes. Par arrêté préfectoral du 14 novembre, sont nommés professeurs à\nl'Ecole de musique, succursale du Conversatoire national, à Nîmes, en rempla-\ncement de M. Grégoire, démissionnaire : Professeur d'harmonie et de solfège,\nM. Moulines ; Professeurs de solfège, MM. 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Colonne dirige les symphonies de Beethoven, dont il nous régale, sans\nchercher midi à quatorze heures : il veut, il obtient une correction impeccable,\net laisse parler l'œuvre sans s'y mettre lui-même. C'est la manière classique, et\nla bonne. Les Ruines d'Athènes (du 9 février 1892) ne sont pas le meilleur ouvrage\nde Beethoven. On a cependant bissé le Chœur des Derviches (lequel n'est nulle-\nment écrit sur un « air arabe », comme l'ont cru Fétis et O. Commettant. Voir\nla Revue musicale, t. II, p. 349). Les Mélodies à la bien-aimée absente sont admi-\nrables et ont été bien dites par M. Burgstaller, très en faveur (mais un peu plus\nmaniéré qu'aux précédents concerts). Mme Roger-Miclos, en exécutant Y Allegro\nappassionato (composé pour le concours du Conservatoire en 1884) de Saint-\nSaéns, a fait applaudir son talent et sa beauté. Le 26, on a diversement goûté :\nDans la Cathédrale, tiré d'un envoi de Rome de M. Max d'Olonne ; l'envelop-\npante et voluptueuse introduction du Ier acte de Ferval de Vincent dlndy : et les\nM. JL\n« Divinités du Styx » cVAlceste, chantées à miracle par Mme Litvinne.\n\nChez M. Chevillard.\nAMÉDÉE LEMOINE.\n— Je dois avouer que la célèbre symphonie en mi bémol\ncle Schumann m'a presque ennuyé : cela est compact, pesant, cela manque d'air\net de lumière ; toujours l'éternel quatuor, de temps en temps étouffé par trop de\ncuivres ; il me paraît à peu près impossible à une personne qui ne le connaît pas\ndéjà très bien de comprendre le scherzo : la maladresse de l'instrumentation fait\nde ce badinage plein de sentiment une chose lourde, confuse et indigeste. La\ncantate de Rameau, à une voix avec symphonie, Diane et Actéon (ire se\ncompose de 3 récitatifs accompagnés au piano, et de 3 airs soutenus par les ins-\ntruments : j'ai particulièrement goûté le 3e récitatif suivi de l'air tendre. Cette\nmusique, dans la déclamation et dans le chant proprement dit, est étonnante de\nfraîcheur, de naïveté, de souplesse. Vif succès pour Mme Mellot-Joubert, chan-\nteuse très expérimentée, à la diction impeccable. Une mélodie de Franck, noc-\nturne (orchestrée par M. Guy Ropartz, poésie de L. de PMurcaud), également\nchantée par Mme Mellot-Joubert, mélodie large, noble et sereine, mais un peu\nmonotone, et sans grand rapport avec les vers dont elle semble se désintéresser,\nn'ajoutera rien à la gloire du grand maître. L'Apprenti sorcier, scherzo de\nM. P. Dukas, a été vigoureusement applaudi, et admirablement exécuté : c'est\nune des œuvres les plus remarquables de la musique contemporaine ; ordonnance\ngénérale, développement, timbres, orchestration, imagination, esprit, tout y est\nexquis ; on ne se lasse pas d'entendre cette merveille. L'ouverture des Maîtres\nChanteurs et Saugefleurie> légende pour orchestre de M. d'Indy, ont satisfait, par\nla perfection de l'exécution, les oreilles les plus délicates. La Kermesse, de\nM. Jaques Dalcroze (ire audition), venant à la fin d'un long concert, avait aussi\ncontre elle le redoutable voisinage de Y Apprenti sorcier. Elle n'est pas médiocre-\nment gaie ; il y a du tintamarre et du brouillamini là dedans, des mesures à\n2 temps, des mesures à 3 temps, des réminiscences prolongées des Maîtres\nchanteurs : et voilà, en somme, ce que j'en ai retenu.\nAu splendide concert du 26 novembre, M. Colonne nous a fait entendre,\navec l'aimable Symphonie en sol de Mozart, la Russia de Balakiref, l'exquis\nAprès-midi d'un Faune de Debussy, trois mélodies avec accompagnement d'or-\nchestre (Fleurs de saison, Jardin et Chanson de guerre) de M. Jean Gay, chef de\nmusique d'un régiment de ligne. Cette nouveauté a été favorablement accueillie»"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "590", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "LONDRES.\nA. R.\n— Le programme de la saison d'automne se poursuit avec la\nBohême, Aida, le Trouvère, Madama Butterfly, Andréa Chénier, et nous sou-\nhaitons aux éminents managers : MM. Neil Forsyth et Frank Rendle, l'heu-\nreuse continuation d'une série si bien commencée.\nLes concerts du samedi ont débuté au « Queen's Hall » le 4 novembre avec\nl'orchestre, conduit par M. H. J. Wood, dans le « Brandenburg Concerto » n° 6\nde Bach, exécuté pour la première fois en Angleterre, des Variations sur un thème\nd'orchestre d'Elgar et l'adagio du ballet de Promèthèe de Beethoven, d'une façon\ntout à fait remarquable. Richard Strauss dirigeait lui-même l'exécution de sa\nSymphonia Domestica, présentée à Londres le 25 février 1905. Dans l'immense\nsalle de 1' « Albert Hall », très belle exécution, par l'orchestre du Queen's Hall,\nde 1 Ouverture AObéron et de la Marche Hongroise de Berlioz : ces concerts\ndu dimanche sont très goûtés et attirent de nombreux amateurs de musique.\nLa musique d'opérette est toujours en grande faveur à Londres, où le « Daly's\nTheatre » continue à faire salle comble avec les Petites Michus de M. A. Mes-\nsager. 11 en est de même pour Lady Madcap au Prince of Waleset The White\nChrysanthemum au Criterion. L'habitude anglaise d'occuper les entr'actes, dans\nla plupart des théâtres, par des intermèdes musicaux, peut être qualifiée des\nplus heureuses. Parmi les meilleurs orchestres nous citerons ceux du « Saint-\nJames Theatre », du « Majesty's Theatre » du « New Theatre ». du Wyndam's\nTheatre » et du « Waldorf », qui donna, la saison dernière, une très intéres-\nsante série d'opéras alternés avec les représentations de Mme Eleonora Duse.\n\nMARSEILLE. Aux concerts classiques de Marseille, dirigés par M. Gabriel\nMarie, M. Guilmant vient d'obtenir un très grand succès comme virtuose et\ncompositeur. Avec l'admirable Passacaille de J.-S. Bach, il a joué le 10eConcerto\nen ré de Haendel pour orgue et orchestre. L'allégro de cette composition est\nformé d'une suite de soli que Haendel a simplement esquissés et qui laissent le\nchamp libre à 1 improvisation. La Marche élégiaque, de Guilmant, a été.fort ap-\nplaudie.\n\nLYON. M. Witkowski vient de fonder à Lyon des concerts du dimanche\nanalogues à ceux de Paris. On nous affirme qu'il y a 900 abonnés inscrits, et\nqu il ne reste plus un sou de recette à faire à la porte. Bonne chance à cette\nexcellente entreprise !\n\nSCHoLA. CANTORUM. La Schola, sous la direction de Vincent d'lndy,a récem-\nment exécuté des fragments de Y Armide, de Lulli (1686, livret de Quinault). Bril-\nlante soirée, mais musique médiocre.\n\nSOCIÉTÉ BACH. La Société Bach (salle de l'Union, 14, rue de Trévise) a\ndonné avec un plein succès le premier concert (de la série A) dont nous avons\nannoncé le programme. Le mercredi 29, très brillante soirée (orgue et musique\nde chambre) avec M. Henri Dallier, M. Debrouxet Mlle Boutet de Monvel.\nBillets chez Durand.\n\nCOURS ET CONFÉRENCES. Au cours Sauvrezis (14, rue de la Pompe),\nM. Arthur Coquard commencera, le 3 février, ses conférences sur l'histoire et\n1 esthétique musicales. Mlle Perez de Brambilla (6, rue de Saint-Pétersbourg)\na repris son cours si apprécié de piano, harmonie et accompagnement. L'école\ndes Hautes Etudes sociales annonce pour cet hiver une série de conférences musi-\ncales par MM. Aubry, Quittard, Calvocoressi, Gastoué, Laloy, etc... Le cours\nde M. Combarieu sur la Grammaire musicale et ses éléments commencera au\nCollège de France le lundi 4 décembre, à 4 heures et demie (salle VIII)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c041", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "589", "page_fin": "589", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.13.1", "titre_corps": "M. Colonne dirige les symphonies de Beethoven, dont il nous régale, sans", "titre_sommaire": "M. 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Les Mélodies à la bien-aimée absente sont admi-\nrables et ont été bien dites par M. Burgstaller, très en faveur (mais un peu plus\nmaniéré qu'aux précédents concerts). Mme Roger-Miclos, en exécutant Y Allegro\nappassionato (composé pour le concours du Conservatoire en 1884) de Saint-\nSaéns, a fait applaudir son talent et sa beauté. Le 26, on a diversement goûté :\nDans la Cathédrale, tiré d'un envoi de Rome de M. Max d'Olonne ; l'envelop-\npante et voluptueuse introduction du Ier acte de Ferval de Vincent dlndy : et les\nM. 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La\ncantate de Rameau, à une voix avec symphonie, Diane et Actéon (ire se\ncompose de 3 récitatifs accompagnés au piano, et de 3 airs soutenus par les ins-\ntruments : j'ai particulièrement goûté le 3e récitatif suivi de l'air tendre. Cette\nmusique, dans la déclamation et dans le chant proprement dit, est étonnante de\nfraîcheur, de naïveté, de souplesse. Vif succès pour Mme Mellot-Joubert, chan-\nteuse très expérimentée, à la diction impeccable. Une mélodie de Franck, noc-\nturne (orchestrée par M. Guy Ropartz, poésie de L. de PMurcaud), également\nchantée par Mme Mellot-Joubert, mélodie large, noble et sereine, mais un peu\nmonotone, et sans grand rapport avec les vers dont elle semble se désintéresser,\nn'ajoutera rien à la gloire du grand maître. L'Apprenti sorcier, scherzo de\nM. P. Dukas, a été vigoureusement applaudi, et admirablement exécuté : c'est\nune des œuvres les plus remarquables de la musique contemporaine ; ordonnance\ngénérale, développement, timbres, orchestration, imagination, esprit, tout y est\nexquis ; on ne se lasse pas d'entendre cette merveille. L'ouverture des Maîtres\nChanteurs et Saugefleurie> légende pour orchestre de M. d'Indy, ont satisfait, par\nla perfection de l'exécution, les oreilles les plus délicates. La Kermesse, de\nM. Jaques Dalcroze (ire audition), venant à la fin d'un long concert, avait aussi\ncontre elle le redoutable voisinage de Y Apprenti sorcier. Elle n'est pas médiocre-\nment gaie ; il y a du tintamarre et du brouillamini là dedans, des mesures à\n2 temps, des mesures à 3 temps, des réminiscences prolongées des Maîtres\nchanteurs : et voilà, en somme, ce que j'en ai retenu.\nAu splendide concert du 26 novembre, M. Colonne nous a fait entendre,\navec l'aimable Symphonie en sol de Mozart, la Russia de Balakiref, l'exquis\nAprès-midi d'un Faune de Debussy, trois mélodies avec accompagnement d'or-\nchestre (Fleurs de saison, Jardin et Chanson de guerre) de M. Jean Gay, chef de\nmusique d'un régiment de ligne. Cette nouveauté a été favorablement accueillie»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c043", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "590", "page_fin": "590", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.13.3", "titre_corps": "LONDRES.", "titre_sommaire": "LONDRES.", "signature_source": "A. 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Richard Strauss dirigeait lui-même l'exécution de sa\nSymphonia Domestica, présentée à Londres le 25 février 1905. Dans l'immense\nsalle de 1' « Albert Hall », très belle exécution, par l'orchestre du Queen's Hall,\nde 1 Ouverture AObéron et de la Marche Hongroise de Berlioz : ces concerts\ndu dimanche sont très goûtés et attirent de nombreux amateurs de musique.\nLa musique d'opérette est toujours en grande faveur à Londres, où le « Daly's\nTheatre » continue à faire salle comble avec les Petites Michus de M. A. Mes-\nsager. 11 en est de même pour Lady Madcap au Prince of Waleset The White\nChrysanthemum au Criterion. L'habitude anglaise d'occuper les entr'actes, dans\nla plupart des théâtres, par des intermèdes musicaux, peut être qualifiée des\nplus heureuses. Parmi les meilleurs orchestres nous citerons ceux du « Saint-\nJames Theatre », du « Majesty's Theatre » du « New Theatre ». du Wyndam's\nTheatre » et du « Waldorf », qui donna, la saison dernière, une très intéres-\nsante série d'opéras alternés avec les représentations de Mme Eleonora Duse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c044", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "590", "page_fin": "590", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.13.4", "titre_corps": "MARSEILLE. Aux concerts classiques de Marseille, dirigés par M. Gabriel", "titre_sommaire": "MARSEILLE. 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XVI (d'après la sténographie)\n\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nJ'arrive à l'examen d'une théorie très curieuse et nouvelle sur les origines\nde la musique. Elle a été présentée avec un grand succès, au moins à l'étran-\nger (car la critique française Ta laissé passer un peu inaperçue), par le\nDl' Karl Bûcher, dans un livre qui, en 1902, atteignait sa troisième édition :\nArbeit und Rhytmus, « Travail et rythme ». Nous sommes ici en présence d'un cas\nfort intéressant. Le Dr Bûcher est-il musicien ? Nullement. C'est un professeur\nd'économie politique à l'Université de Leipzig. Mais on serait tenté de dire\nqu'il est parfois avantageux de ne pas être un spécialiste dans certains travaux\nrelatifs aux questions d'origine. Le musicien qui entreprend d'écrire l'histoire\nde son art aborde généralement cette étude avec une opinion préconçue et\ns attache à trouver, dans les faits ou dans les textes, des arguments pour la\nmise en lumière de cette opinion ; il se sert des documents que lui fournit la\nphilologie au lieu de les laisser parler eux mêmes, de s'effacer derrière eux, de\nse borner à être leur interprète. Tout autre est la situation du théoricien dont\nj'ai à vous faire connaître aujourd'hui les idées Ce qu'il voulait étudier, comme\nl'y invitait la nature de son enseignement universitaire, c'est le travail social,\nses premières formes, ses conditions et ses lois ; c'était un sujet d'économie po-\nlitique pure. Chemin faisant, et contrairement à ses prévisions, ses recherches\nont dévié ; elles ont été absorbées par la poursuite d'un autre objet et enrichies\nd'une modification essentielle dans le plan primitif. Les faits enregistrés au\ncours de l'enquête entreprise l'ont voulu ainsi. Avec des préoccupations toutes\nspéciales et étrangères à la musique, comme point de départ, l'auteur s'est vu,\nnon sans en être étonné un peu lui-même, aboutir à une doctrine sur la genèse\ndu rythme, sur celle de la musique et de la poésie ! Cette conclusion, précisé-\nment parce qu'elle n'était pas voulue et préméditée, a pour nous l'intérêt d'une\nthéorie de valeur vraiment objective, fondée sur l'expérience.\nSpencer, auquel j'ai consacré mes deux dernières leçons (1), s'était surtout\nattaché à expliquer, dans la musique, la mélodie, c'est-à-dire la hauteur et l'in-\ntensité des sons, la variété des intervalles et des timbres, en un mot, tout ce\nqui constitue léchant en lui-même. L'ouvrage de Bûcher est consacré aux ori-\ngines d'un élément d'importance capitale en musique : le rythme. Selon mon\nhabitude, je donnerai d'abord quelques définitions ; je rappellerai ensuite les\nprincipales doctrines auxquelles s'opposent celles dont nous allons nous occuper.\nI\nLe mot rythme est employé avec deux sens différents : l'un étendu et technique,\nl'autre restreint et usuel. Dans le premier cas, il désigne l'organisation des\n\n(1) Nous ne les avons pas reproduites ici, car ce sujet a déjà été traité dans la Revue musicale\n(année 1902, noS d'août et octobre)."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "592", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.32", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3600, "texte": "durées, qui constitue le plan général d'une œuvre musicale ; et l'étude du\nrythme ainsi compris ne fait qu'un avec celle de la composition. Elle comprend\nl'analyse d'une série de systèmes de plus en plus considérables et dont le mé-\ncanisme est si délicat : le pied, le membre de phrase, la phrase, la période, la\nstrophe, enfin les divers enchaînements ou ensembles de strophes...\nComme le rythme a souvent pour générateur le groupe placé au début de la\nsérie, c'est-à-dire ce qu'on appelle le pied en poésie, et la mesure en musique, on en\nest arrivé, et c'est là la seconde acception du mot, à entendre par le mot rythme\nce groupe lui-même ; en un mot, le langage courant et usuel a identifié une\npartie de l'ensemble avec l'ensemble lui-même. Mais ce n'est pas très exact, et\nil faut savoir distinguer la mesure du rythme. La mesure n'est qu'un cadre\nabstrait ; même en musique ce cadre est établi par des nombres. Le rythme,\nc'est ce qui remplit ce cadre ; il le fait de diverses manières, avec des valeurs\nréelles et non avec des nombres.\nLa mesure (quelquefois, mais pas toujours identique au rythme) est une série\nde jalons représentés par les lignes verticales qui séparent les pieds ; le rythme\nobserve souvent ces jalons, peut même les fortifier ; mais, dans l'intervalle qui\nles sépare, il s'organise librement. La mesure à trois temps peut être remplie\npar une noire suivie d'une croche ; ou bien encore par une noire pointée ; ou\nbien encore trois croches ; ou bien encore avec des syncopes et des silences. Il\npeut donc y avoir des rythmes élémentaires qui, par leur valeur totale, appartien-\nnent au même genre de mesure, mais qui, par la valeur des éléments dont ils se\ncomposent et par la distribution de ces éléments, constituent des rythmes diffé-\nrents.\nCette distinction une fois faite et tout malentendu étant écarté, voici les\ndifférents rythmes qui peuvent remplir les différentes mesures. Pour la mesure\nà trois temps, il y a le trochée, qu'on peut représenter par une noire et une\ncroche, l'iambe, qui peut être représenté par une croche et une noire. Pour la\nmesure à quatre temps, il y a le dactyle, qui peut être représenté par une\nnoire et deux croches, l'anapeste, qui est constitué par deux croches et une\nnoire, enfin le spondée, qu'on peut représenter par deux noires. La mesure à\nsix temps (mesure ionique) peut comprendre : le rythme ionique, représenté par\ndeux noires et deux croches ; le choriambe, représenté par deux croches et deux\nnoires, et un autre pied appelé en grec hexabrakys (représenté par six croches).\nEnfin il y a la mesure à cinq temps, comprenant le rythme appelé péonique,\nlequel est formé des deux groupes suivants : deux croches, suivies d'un groupe\nde trois croches, ou bien un groupe de trois croches suivi d'un groupe de deux\ncroches. Tout ceci est à retenir pour l'examen delà théorie de Bûcher.\nVoilà les types de mesures et de rythmes qui sont usités à la fois dans la\npoésie lyrique et dans la musique. (On n'a pas l'habitude, quand on s'occupe de\nmusique, de parler d * ionique, de choriambe ou d'hexabrakys ; c'est un tort cepen-\ndant ; nous avons déjà, dans la théorie musicale, un certain nombre de mots\nqui sont empruntés au grec : gamme, dièse, harmonie, etc. ; il suffirait que\n1 enseignement officiel fût logique avec lui-même pour que la terminologie\nmusicale tout entière, conformément à des analogies très nombreuses, fût\nempruntée aux Grecs, véritables inventeurs de la science musicale, comme de\ntoutes les autres).\nIl ne suffit pas d avoir une formule comme une de celles-là pour posséder un"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "593", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.33", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3631, "texte": "rythme ; il faut deux choses essentielles : d'abord une partie « forte », c'est-à-\n--dire accentuée, c'est la première de la mesure, et une partie faible ; il faut\nensuite, et ceci est absolument indispensable, que la formule se répète un cer-\ntain nombre de fois. Le rythme n'est pas constitué seulement pas une division\nsystématique de la durée, mais par le retour régulier de cette même division.\nCes définitions une fois établies, nous abordons maintenant la question des\norigines ; et, avant de présenter la solution qu'a donnée le docteur Bûcher, je\nrappellerai celles que l'on a proposées pour le même problème.\nWagner, dans l'opuscule Beethoven, déclare, d'une façon assez paradoxale,\nque le rythme n'est pas inhérent à la musique, qu'il lui est venu « du dehors» !\nIl va même jusqu'à déclarer que c'est Mozart qui pour la première fois l'y a\nintroduit. C'est là une déclaration bien contestable ; dans tous les cas, elle\nexplique que certains savants se soient préoccupés de chercher les origines du\nrythme et aient cru le trouver dans des séries de faits qui paraissent étrangers\nà l'art musical.\nOn a donné une foule d'explications ; j'en distingue six ou sept qui sont les\nprincipales et que j'énumère très rapidement.\ni° La plus ancienne (en négligeant quelques légendes orientales qui m'en-\ntraîneraient trop loin) est celle de Platon. D'après lui, le rythme musical vient\nde l'Absolu, par l'intermédiaire de l'âme. L'Absolu, c'est Dieu. Lorsque Dieu\ncrée l'univers, il le crée d'après les lois de sa propre pensée ; la pensée de\nDieu, c'est la pensée mathématique, dans laquelle résident les types éternels\ndes choses et qui est constituée par les nombres, les nombres musicaux :or\nce sont précisément les nombres qui produisent le rythme. Par conséquent,\nDieu, en faisant l'univers, lui imprime le rythme en même temps que le mou-\nvement. Quant à l'artiste, lorsqu'il prend un fragment de matière et qu'il\nessaie de le façonner à son tour, il obéit aux mêmes lois que de Dieu lui-même,\nattendu que son esprit n'est pas autre chose qu'un reflet lointain de la pensée\ndivine. Théorie grandiose, en dehors de toute vérification possible, inac-\ncessible à un contrôle quelconque. Il y a quelque témérité à vouloir expliquer\nla pensée de Dieu, alors que nous avons tant de peine à comprendre celle\nde l'homme !\n2° Spencer, que je puis placer immédiatement après Platon, n'est pas allé\naussi loin ; cependant il se rapproche de Platon. Pour lui, le rythme est un des\nprincipes « premiers » sur lesquels repose la constitution des choses et au delà\ndesquels on ne peut pas remonter ; c est un principe premier au même titre que\nla conservation, la permanence et l'indestructibilité de la force dans le monde.\nLe raisonnement du philosophe anglais est d ordre philosophique très élevé.\nPeut-être ne me tromperai-je pas en le résumant ainsi. Lorsqu'une force\ns exerce, cette force ne peut pas se détruire. Elle reparaît sous une. autre\nforme De là naît un conflit, lequel aboutit au rythme. Avec mon doigt, j'ébranle\nla branche du diapason ; en agissant ainsi je dépense une certaine force : cette\nforce ne peut pas se perdre, il faut qu'elle se retrouve d'une façon ou d une autre ;\nelle réapparaît sous forme de réaction, réaction représentée par les vibrations\nmêmes de la tige ébranlée. Il y a là, en présence, deux forces qui ne peuvent pas\nse détruire l'une l'autre. Il faut cependant qu'elles s'accommodent, qu'elles\nfassent bon ménage ensemble : de là une alternative de conflit et d'équilibre,\nlaquelle alternative n'est pas autre chose que le rythme .. Ce que je dis là d'un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "594", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.34", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3612, "texte": "cas particulier, Spencer l'applique à la création tout entière. Il croit trouver\nle rythme à la surface de la terre et de l'océan; dans tous les phénomènes qui\nsont produits, soit naturellement, soit artificiellement ; dans le milieu de\nl'éther, dans la lumière et dans les ondulations qui la produisent, dans le phéno-\nmène de la chaleur, où les ondulations ne diffèrent de celles de la lumière que par\nleur longueur relative; dans l'électricité, dans la périodicité de tous les phéno-\nmènes astronomiques ; il le trouve aussi dans les phénomènes de la vie, de la\ncirculation du sang, de la respiration, de la locomotion, de l'activité des organes;\nil le retrouve, ou croit le retrouver, dans les phénomènes de la conscience\neux-mêmes, qui ne sont pas continus, mais qui reposent sur des alternatives\nd'états un peu différents, enfin dans l'histoire des sociétés, delà vie économique.\nCette théorie, elle aussi, est grandiose et très belle; mais parmi les derniers\nfaits signalés par Spencer, il n'en est pas un seul, je crois, où l'on trouve à\nproprement parler le rythme musical, c'est-à-dire un rythme rigoureux, un\nrythme ayant une exactitude mathématique ; ce ne sont (pour le musicien !) que\ndes ébauches, des commencements et des à-peu-près. Schumann a dit, en parlant\ndu pianiste qui n'observe pas exactement la mesure, que son jeu ressemble à\nla démarche d'un homme ivre ; je crois que la plupart des rythmes signalés\npar Spencer, si on les suivait avec rigueur, produiraient une démarche un peu\nanalogue.\n3° On a fait venir aussi le rythme je retrouve cette idée dans un petit livre\nde M. Lavignac, professeur au Conservatoire des oscillations du pendule, qui\nsont isochrones. Cette vue est intéressante, mais elle ne nous sert à rien au point\nde vue historique, attendu que les primitifs n'ont eu et n'ont aucune connaissance\ndu pendule.\n4° Une autre opinion a été soutenue en Allemagne par M. Riemann, qui voit\nl'origine du rythme dans les battements du pouls. Cela n'aurait rien d'invrai-\nsemblable. Puisqu'il est démontré que quand il a voulu mesurer des distances,\nl'homme s'est servi d'une partie de son corps (pouce, coudée, brasse, pied), il\nn'y aurait rien d'étonnant à ce que, lorsqu'il a voulu mesurer des durées,\nl'homme ait emprunté l'unité de mesure à un phénomène physiologique. Ce n'est\nmalheureusement qu'une hypothèse.\n5° On a dit aussi (c'est l'opinion de Guyau) que le rythme venait de l'intensité\nde l'émotion et de son caractère sociologique. Je ferai remarquer que, d'après\ncette théorie, la naissance du rythme serait postérieure à la constitution des\nsociétés, à l'établissement de la vie des hommes en commun. Or, l'objection\nqu'on peut faire et que j'aurai l'occasion d'examiner, est celle-ci : l'établissement\nde la société elle-même ne suppose-t-il pas d'autres phénomènes antérieurs, les-\nquels suffiraient à expliquer la genèse du rythme ?\n6° M. Souriau, dans un très beau livre intitulé VEsthétique du mouvement,\ns'est, je crois, beaucoup approché de la vérité en faisant dériver le rythme d'une\nloi de compensation qui veut que toute contraction musculaire soit suivie d'un\nrepos réparateur. Nous allons retrouver cette idée tout à l'heure. Je mentionne-\nrai enfin, sans m'y arrêter, la théorie qui fait venir le rythme de la danse.\nChacune de ces solutions n'est en somme qu'une hypothèse ; et comme, ici,\nnous cherchons, dans la mesure de nos forces, ce qui est exact, démontré (ou\nnous paraît tel), nous ne pouvons pas nous en contenter. Remarquez que toutes\nces théories expliqueraient bien à la rigueur l'origine de la mesure (veuillez"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "595", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.35", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "vous rappeler la distinction que je faisais tout à 1 heure), mais non pas celle du\nrythme : elles nous disent bien pourquoi on est arrivé à instituer un mouvement\nmarqué par l'équidistance de certains accents ; mais elles ne nous expliquent pas\nceci : pourquoi y a-t-il des trochées ? pourquoi des iambes ? des dactyles ? des\nanapestes ? des ioniques, etc. ?\nOr, la théorie que je vais résumer prétend nous expliquer tout cela ; cette\nthéorie est extrêmement claire et repose sur un enchaînement de faits et d'idées\ntout à fait solide. Sans anticiper sur mes conclusions, je puis dire qu'en\nfaisant sortir le rythme du travail de l'homme, cette théorie confère à l'art\nmusical un nouveau titre de noblesse.\nII\nL'auteur a étudié les lois du travail dans tous les pays et un peu à toutes les\népoques ; mais il insiste sur le travail de l'homme primitif, du sauvage, car\nc'est lui seul qui nous permet de nous faire une idée de la façon dont les choses\nont pu se passer à l'origine de la civilisation. Pour exposer sa thèse avant de la\ndiscuter, je vais le suivre d'aussi près que possible dans les moments successifs\nde sa démonstration.\na) Aristote avait déjà formulé un principe, c'est que le rythme est naturel à\nl'homme ; à ce principe il faut en ajouter un autre, c'est que le sauvage a une\ntendance beaucoup plus grande que l'homme civilisé aux mouvements rythmi-\nques, pour deux raisons : la première, c'est qu'il est nu ou à peu près, affranchi\ndes vêtements qui, chez l'homme civilisé, gênent, paralysent quelquefois les\nmouvements. La seconde raison, c'est que le sauvage n'est pas cultivé ; or, on\na remarqué que les effets physiologiques du rythme sont en raison inverse de\nla culture intellectuelle, parce que les effets de la musique, sur un sujet qui\nn'est pas un intellectuel, ne rencontrent aucune résistance (c'est probablement\npour cela qu'aujourd'hui les physiologistes qui font dans leur laboratoire des\ntravaux sur l'art musical aiment à opérer sur des illettrés).\nb) Voilà un premier fait. D'une façon générale, le sauvage a une inclination\nparticulière au rythme. Il ne faut donc pas s'étonner que dans la fin du xvme siè-\ncle, en parlant des nègres de l'Afrique, un voyageur, Meiners, ait écrit ceci :\n« La marche, la danse, le jeu, le chant, le travail, tout se fait chez eux en me-\n« sure. Les nègres les plus stupides observent la mesure beaucoup mieux que\n« nos soldats et beaucoup mieux que nos musiciens eux-mêmes après un long\n« exercice réfléchi. »\nb) Mais les nécessités de la vie, d'abord de la vie individuelle, ensuite de la\nvie sociale —. vont favoriser et faire aboutir, plus encore que le climat, un pen-\nchant instinctif. Il faut d'abord écarter un préjugé. On a dit que le sauvage\naimait particulièrement l'oisiveté ; et depuis Tacite, on répète assez souvent que\n(( sauvagerie et paresse sont synonymes ». On s'est même appuyé sur ce fait pour\nexpliquer le brigandage, 1 esclavage, la vente des fiancées, l'habitude d'imposer\naux femmes des travaux pénibles et des charges excessives. C'est là une vue\nsuperficielle ; elle est même contradictoire; s'il y a parmi les primitifs des hom-\nmes qui vivent de pillage, cela suppose qu'il y en a d'autres qui aiment les\nrichesses et qui, par conséquent, se donnent un certain mal pour les réunir."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "596", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.36", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3659, "texte": "De même pour l'esclavage : on a dit qu'il avait joué un rôle utile dans l'édu-\ncation de l'humanité. Mais l'esclave qui apprend à faire un travail suppose\nun maître qui l'initie à ce travail , si le maître veut placer l'esclave dans\nun certain état d'esprit, il est obligé d'abord d'avoir été lui-même dans ce même\nétat d'esprit. Il y a là une sorte de cercle vicieux.\nDans les sociétés civilisées, il peut y avoir et il y a en effet des oisifs. Dans les\nsociétés non civilisées, tout le monde, hommes et femmes, est obligé de tra-\nvailler plus ou moins ; seulement le travail se fait dans des conditions spéciales.\nIl est particulier à deux points de vue; d abord, absence d'outils ; en second lieu,\nabsence de technique. Pour construire une hutte, fabriquer un canot, une arme\ndépêché ou de chasse, pour assurer et préparer la subsistance, façonner quel-\nque poterie grossière et quelques semblants de vêtements, sans parler des\nobjets de parure et d élégance qui constituent son esthétique propre, car le sau-\nvage est élégant àsa manière ! l'homme primitif est obligé de suppléer par\nles mouvements du corps, par ceux des mains, des bras et des jambes, à l'ab-\nsence d instruments appropriés. 11 ignore la technique : il la rachète par la pa-\ntience et l'endurance. Dans certaines tribus, les travaux exécutés par les femmes\nsont tellement longs et fatigants, qu ils ont expliqué peut-être l'usage de la po-\nlygamie . a Au Tanganiika, dit Stanley, on met plus de trois mois à creuser un\narbre pour en faire un canot. » En Guinée, certains naturels portent suspendus\nau cou des cylindres en pierre blanche dont la polissure et la façon (percement\nde petits trous) demandent, faute d'outils en métal, les soins de deux généra-\ntions. Les travaux du tissage sont extrêmement longs aussi ; on en a comparé\nles progrès à la croissance d une plante.\nUn travail quelconque, quand il est exécuté dans des conditions aussi défavo-\nrables, est fait de recommencements perpétuels, de reprises sans fin, de routine ;\nil exige enfin la répétition de mouvements identiques.\nc) Poussé par l'instinct, par l'habitude, par la préoccupation d'éviter des\npertes de temps, par le souci d'éviter des efforts inutiles et aussi d'alléger\nle plus possible une tâche si ingrate, le travailleur un peu exercé exécute des\nmouvements identiques, dans des durées égales. L'idée du but à atteindre,\nqui d'abord dirige le travail, et l'idée de l'appropriation de certains moyens à ce\nbut, s effacent dans son esprit : ces idées deviennent inutiles ; peu à peu,\nl'homme arrive à remplacer l'énergie de la volonté consciente par une énergie\nd'automate purement mécanique.\nd) Dès lors, on voit apparaître quelque chose de très important, qui nous\nmet sur la voie et nous fait entrevoir le but : la périodicité des mouvements s'in-\ntroduit dans le travail. Cette périodicité a été constatée mainte et mainte fois.\nDéjà Pline 1 Ancien, dans son Histoire Naturelle y 18-54), avait constaté que semer\nle blé est une opération qui se fait en mesure. Dans un ouvrage paru en 1889\n(je prends deux exemples aux extrêmes pour abréger) à propos de l'Exposition\nuniverselle et intitulé les Colonies françaises, je lis qu'à Madagascar les femmes\nqui préparent la terre pour semer le riz « ressemblent à des danseuses qui\nexécutent un ballet », tant le rythme de toute leur démarche est net et marqué.\nVoilà les premiers pas de la théorie.\ne) Quelle est maintenant l'unité qui va servir à mesurer ce travail continu,\npassé à l'état de fonction mécanique? Elle est déterminée par le geste même du\ntravailleur, par la nature de l'effort musculaire qu'il répète sans cesse ; et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "597", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.37", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3497, "texte": "comme cet effort musculaire est caractérisé par une tension suivie d'un repos,\nun groupe de valeurs se trouve créé qui a ses équivalents dans ce que les versi-\nficateurs appellent un pied composé d'une thesis et d une arsis, et ce que les\nmusiciens appellent une mesure, composée d'un temps fort et dun temps\nfaible.\nLe nombre et l'organisation de ces valeurs diffèrent selon Le genre du travail\nexécuté : l'iambe, composé d'une brève et d'une longue, le trochée, composé\nd'une longue et d'une brève, sont le rythme des pieds humains foulant le sol.\nLe spondée est le rythme des mains frappées régulièrement en mesure. Le\ndactyle et l'anapeste sont des mesures (moins anciennes) de travail au marteau,\nl'artisanfaisant toujours précéder ou suivre de deux petits coups le coup principal\nfrappé sur l'enclume. Les forgerons ont là-dessus une locution significative : ils\nappellent cela faire chanter le marteau. Les diverses formes du rythme ionique\npeuvent être observées dans les rues de nos villes, où 1 instrument qui sert a\nenfoncer et à égaliser les pierres est toujours manié en mesure.\nf) Voici d'autres constatations importantes qui vont faire faire un nouveau pas\nà la théorie. Ce phénomène capital de la création d une mesure et d'un rythme\nne se produit pas seulement dans le travail individuel et isolé où le travailleur\npeut faire, en somme, des poses de paresse, selon sa fantaisie, sans qu'il en\nrésulte des inconvénients graves ; il devient une nécessité lorsque le travail\nest fait en commun, et en particulier lorsqu'il s'agit de travaux où tous les mou-\nvements sont solidaires les uns des autres. Par le rythme, des activités diverses\nconcourent au même but ; sans lui, elles se contrarieraient, au lieu de s'en™\ntr'aider.\nVoici des hommes qui, étant assis, rament ensemble sur une pirogue. Ils\nsont obligés, remarquez bien ce mot qui est le pivot de toute la théorie, ils sont\nobligés, dis je, sous peine d'accidents graves et variés, de soumettre leurs mou-\nvements à un rythme régulier.\nDans le même cas sont les hommes que fait voir un monument égyptien\n(qui est, je crois, au British Muséum) et qui transportent sur le sol un énorme\nbloc de matière. Dans le même cas sont ceux qui scient un arbre couché, ceux\nqui frappent simultanément sur une enclume une pièce de métal rougie au feu,\netc...\nD'autres raisons obligent à introduire un rythme dans le travail lorsqu'il est\nfait en commun et socialisé. On a dit avec raison que chaque individu a une\ntendance, soit en travaillant, soit en déployant simplement son activité dans\nun jeu ou dans un exercice quelconque, à adopter un rythme particulier, qui\nlui est spécial. Ainsi, il y a des personnes qui se fatiguent en marchant len-\ntement, il y en a d autres qui se fatiguent en marchant vite. L'homme est,\nà ce point de vue, dans le même cas que l'animal lui-même. Un cavalier, par\nexemple, sait bien l'allure qui est la plus avantageuse à son cheval. Le rythme,\ndans les groupements de travailleurs, a eu pour but et aussi pour principe la\nnécessité d'unifier les allures individuelles. Les travailleurs, quand ils sont\nassociés, déploient une énergie inégale provoquée par le zèle, par la rivalité qui\ns'établit entre eux. Au sixième livre de YOdyssée, Homère parlant des Béo-\ntiennes qui, avec Nausicaa, lavent leur linge au lavoir, dit : « Elles battaient\nleur linge dans de petits bassins de pierre en rivalisant de zèle. » Raison de plus\npour régler et discipliner ces activités diverses."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "598", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.38", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3442, "texte": "Une troisième raison, c est que l'activité d'un groupe, quand elle est réglée et\ndisciplinée, aboutit à des résultats plus avantageux. Ceci se comprend de soi-\nmême Un observateur a fait en Allemagne une statistique assez curieuse. En\ncomparant le résultat du travail des ouvriers qui chantent et le résultat du travail\ndes ouvriers qui ne chantent pas, il a constaté que les premiers produisaient\nplus que les autres.\nIl y a aussi une raison d'agrément. On fait travailler un certain nombre de\npersonnes ; comme compensation, peut-être, on cherche à leur donner 1 agrément\ndu rythme et de la musique.\nIl y a enfin des travaux, un peu exceptionnels il est vrai, dans lesquels la mu-\nsique, ou plutôt le rythme, car nous n'en sommes pas encore à la musique... où\nle rythme, dis-je, a été employé très utilement, et comme une sorte de nécessité,\nfaute de moyens différents. Parmi les documents très nombreux qui me sont\npassés sous les yeux, voici celui qui m'a paru le plus extraordinaire, le plus\nbizarre, et cependant l'un des plus sérieux. Dans un livre intitulé V Art\nmusical au Sénégalet dans l Afrique centrale, 1 auteur, M. Verneuil, cite un chant\nde plongeurs (ne souriez pas) occupés à désensabler les navires... un chant qui\na lieu dans l'eau par conséquent :\n(( Qu'on se figure cinq cents nègres nageant autour du navire ensablé et chan-\n« tant cet air ; à la huitième mesure, ils plongent tous à la fois, continuent de\n« suivre mentalement la musique au fond de la mer ; à la douzième mesure, ils\n« poussent le navire ensemble, et à la seizième, ils remontent sur 1 eau. ils\n« agissent ainsi tous ensemble, de concert, et aucun de leurs efforts n'est\n« perdu »\nd) Ce rythme réel une fois créé pour les raisons que je viens d'énumérer,\nquels sont les moyens de le réaliser pour l'oreille? Ici commence une nouvelle\npartie de la théorie.\nQuand le mouvement même du travailleur produit un son régulier par suite\nde la matière qu'il emploie, par exemple le travail du forgeron martelant le fer\nsur l'enclume, celui du batteur de blé frappant le sol avec son fléau, c'est ce son\nlui-même qui sert à marquer le rythme. Dans les autres cas, on y supplée par\nle moyen le plus naturel : la voix humaine ou un instrument.\nIci, les documents et les témoignages sont presque innombrables. Les Malais\nrament au bruit du tam-tam. Au Soudan et en Chine, les corvées se font au bruit\ndu tambour. Voici un document plus classique : on possède au Louvreun groupe\narchaïque de Thèbes en Béotie où l'on voit quatre boulangères réunies côte à\ncôte devant un pétrin et roulant la pâte avec leurs mains ; à gauche se trouve\nune autre femme assise, jouant de la double flûte. On a supposé qu'elle était là\npour régler les mouvements des autres personnes, peut-être pour les distraire...\nC'est aussi suivant un rythme marqué par la flûte que les Etrusques, au témoi-\ngnage d'Athénée, suivant un texte qui a été signalé par M. Paul Girard, pétris-\nsaient le pain, se livraient au pugilat et même faisaient fouetter leurs esclaves.\nUn vase trouvé en Grèce et souvent reproduit représente un travail de moisson-\nneurs qui est rythmé par la musique.\nCe ne sont pas là des légendes. Je me rappelle avoir eu entre les mains un\ndocument officiel, un « Rapport » dans lequel on lisait que, quand le gouver-\nnement français a voulu faire construire un chemin de fer au Dahomey, il a dû\nfaire travailler les nègres « au son de la flûte »."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "599", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.39", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3665, "texte": "Tous ces faits, remarquons-le en passant, sont de nature à modifier le point de\nvue auquel se placent habituellement les critiques quand il s'agit d'apprécier les\nmonuments de la musique primitive. Dans la musique primitive, que trouve-\nt-on?Des mélodies très pauvres, mais des rythmes nettement accusés. On a attri-\nbué ce fait à une faiblesse du sens esthétique. Il s'explique tout naturellement :\nla mélodie est très pauvre parce que c'est la chose accessoire : le rythme, au con-\ntraire, est nettement accusé parce que c'est la chose essentielle ; c'est lui qui ré-\nglait et marquait les mouvements du travail.\nh) Et maintenant, voici comment la mélodie et la poésie elle-même vont\nsortir de tout cela.\nPour marquer le rythme des mouvements des travailleurs, la voix humaine,\nquand c'est elle qui fait fonction de régulatrice, emploie d'abord de simples ono-\nmatopées, des appels conventionnels et bizarres, comme nous en avons tous\nentendu, des sons inarticulés qui n'empruntent leur signification qu'à leur retour\npériodique. C'est là l'origine du refrain dans la chanson. Peu à peu, en effet, l'i-\nmagination arrive à placer entre des formules fixes et invariables qui serviront\nde refrain, de véritables airs de musique.\nSur ce premier point, les témoignages abondent encore, et jamais thèse ne\ns'appuya sur des documents aussi nombreux, aussi solides que celle du profes-\nseur Bûcher. Les anciens Grecs avaient, à côté de leurs mélodies artistiques,\nnombre d'airs populaires, de couplets associés à différents travaux déterminés\net dont les noms primitifs, par suite d'une lente évolution et d'une transforma-\ntion des usages, étaient devenus inintelligibles à leurs successeurs, les Alexan-\ndrins. Ils chantaient pour faire la moisson, pour broyer l'orge, pour écraser le\nblé avec le cylindre à bras, pour fouler les grappes de raisin, pour filer la laine,\npour tisser. Il y avait l'air du cordonnier, l'air du teinturier, l'air du bàigneur,\nl'air du porteur d'eau, l'air du berger. Il en est de même chez la plupart des pri-\nmitifs dans toutes les parties du monde. Ici Bûcher énumère un grand nombre\nde faits ; il serait trop long de les passer en revue.\ni) En même temps que la musique, la poésie naît peu à peu sous les mêmes\ninfluences et dans les mêmes conditions. Il serait absurde et contraire à toute\njuste conception de l'histoire de penser que d'emblée on a introduit dans certains\nmouvements et dans certaines formules mélodiques des paroles organisées et\npleines de sens. Dans le travail socialisé celui qu'on pourrait appeler le chef\nd'équipe, le surveillant ou le maître, veut stimuler, soutenir et alléger l'effort du\ngroupe. Pour cela, il se borne d'abord à un cri instinctif et presque animal. Mais\nentre deux ou plusieurs répétitions de ce même cri, qui jouent le rôle principal et\nserviront de support à tout le reste, s intercalent par une formule mélodique\nquelques phrases dont le texte est variable et où l'improvisation poétique se\ndonne peu à peu carrière. Le retour des mêmes circonstances d'exécution finit\npar rendre ces formules populaires et enfin traditionnelles.\nJe n'ai pas voulu énumérer tous les faits que présente l'auteur de la théorie,\nmais j'en ajouterai un comme une contribution modeste à tout ce qu'il a dit.\nVoici une petite brochure qui a paru il y a quelques semaines, puisqu'elle\nporte la date de 1905, et qui est intitulée les Travailleurs du bois à Dantzig.\nElle m'a été communiquée par le Musée social, qui, comme vous le savez,\nenvoie des jeunes gens observer la vie économique à l'étranger. Voyez où\npeuvent conduire les études de musique ! elles rayonnent dans une multitude"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "600", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.40", "debut_caractere": 111, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "de directions ; il n'y a nulle part cle fait qu'on puisse considérer comme abso-\nlument étranger à la musique. L'auteur, qui est correspondant du Musée\nsocial de Paris en Allemagne, a étudié les travailleurs du bois dans la ville de\nDantzig. Je remarque ceci, à la page 62 de son rapport (les deux citations que\nje vais faire résumeront les deux parties essentielles de la théorie de Bûcher :\n« Le travail des équipes est un travail d'ensemble pour manœuvrer les ra-\ndeaux, hisser les poutres de sapin, manipuler les tronçons de chêne ; les hommes\ndoivent s entendre et obéir à un commandement. Le contremaître commande\ndonc, et les hommes, pour agir de concert et se donner du courage, accompa-\ngnent chaque mouvement de « hoi-ho, hoi-ho-hoi » gutturaux .. Cependant le\ngenre de leur travail, qui est un travail d'ensemble comme celui des trieurs, fait\nque les arrimeurs chantent beaucoup. Ils ne se bornent pas aux exclamations\net aux cris de leurs collègues des dépôts, ils cultivent le véritable chant. L'équipe,\nen s'attelant à son travail, entonne vigoureusement son... (Suit le premier\nvers d'une chanson écrite en bas-allemand et signifiant : « Chéri ! ô mon chéri,\nne ten va pas si 10in»)... Ils répètent très souvent le même vers, le même\nrefrain, la même strophe, le travail se trouvant interrompu chaque fois qu'il\nfaut recommencer la manœuvre. Mais ils chantent; et parmi les travailleurs du\nbois qui sont plutôt graves et peu loquaces, les arrimeurs se distinguent par leur\nagilité. »\nc>\nVoilà donc des travailleurs qui ont pour habitude constante de chanter en tra-\nvaillant. La corporation en général est formée de gens « taciturnes et peu lo-\nquaces ». Il se trouve que ceux qui chantent le plus sont les plus agiles et font le\ntravail le plus utile !\nPour résumer cette exposition je citerai le ch mt russe suivant, où Bûcher re-\nconnaîtrait certainement l'application de ses propres idées, et qui est un rythme\nde travail tout à fait caractéristique (1) :\nQuelle est la valeur de la doctrine que je viens d'exposer? Je me vois obligé\nde remettre à la prochaine leçon cette seconde partie de mon étude.\n\nJULES COMBARIEU.\n\n(I) Recueil de chants populaires russes notés et harmonisés par M. Balakirew, tr. fr. de\nJ. Sergonnois (Leipzig, M. P. Belaïew. 1898), n° 40, p. 55. —M. Pierre Aubry, en me commu-\nniquant ce chant, me signale que Glazunow l'a pris pour thème d'une symphonie (op. 13)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c050", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "591", "page_fin": "600", "image_debut": 31, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.14.1", "titre_corps": "LES ORIGINES DU RYTHME ET LE TRAVAIL SOCIAL, D APRÈS RUCHER. XVI (d'après la sténographie)", "titre_sommaire": "LES ORIGINES DU RYTHME ET LE TRAVAIL SOCIAL, D APRÈS RUCHER. 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C'est un professeur\nd'économie politique à l'Université de Leipzig. Mais on serait tenté de dire\nqu'il est parfois avantageux de ne pas être un spécialiste dans certains travaux\nrelatifs aux questions d'origine. Le musicien qui entreprend d'écrire l'histoire\nde son art aborde généralement cette étude avec une opinion préconçue et\ns attache à trouver, dans les faits ou dans les textes, des arguments pour la\nmise en lumière de cette opinion ; il se sert des documents que lui fournit la\nphilologie au lieu de les laisser parler eux mêmes, de s'effacer derrière eux, de\nse borner à être leur interprète. Tout autre est la situation du théoricien dont\nj'ai à vous faire connaître aujourd'hui les idées Ce qu'il voulait étudier, comme\nl'y invitait la nature de son enseignement universitaire, c'est le travail social,\nses premières formes, ses conditions et ses lois ; c'était un sujet d'économie po-\nlitique pure. Chemin faisant, et contrairement à ses prévisions, ses recherches\nont dévié ; elles ont été absorbées par la poursuite d'un autre objet et enrichies\nd'une modification essentielle dans le plan primitif. Les faits enregistrés au\ncours de l'enquête entreprise l'ont voulu ainsi. Avec des préoccupations toutes\nspéciales et étrangères à la musique, comme point de départ, l'auteur s'est vu,\nnon sans en être étonné un peu lui-même, aboutir à une doctrine sur la genèse\ndu rythme, sur celle de la musique et de la poésie ! Cette conclusion, précisé-\nment parce qu'elle n'était pas voulue et préméditée, a pour nous l'intérêt d'une\nthéorie de valeur vraiment objective, fondée sur l'expérience.\nSpencer, auquel j'ai consacré mes deux dernières leçons (1), s'était surtout\nattaché à expliquer, dans la musique, la mélodie, c'est-à-dire la hauteur et l'in-\ntensité des sons, la variété des intervalles et des timbres, en un mot, tout ce\nqui constitue léchant en lui-même. L'ouvrage de Bûcher est consacré aux ori-\ngines d'un élément d'importance capitale en musique : le rythme. Selon mon\nhabitude, je donnerai d'abord quelques définitions ; je rappellerai ensuite les\nprincipales doctrines auxquelles s'opposent celles dont nous allons nous occuper.\nI\nLe mot rythme est employé avec deux sens différents : l'un étendu et technique,\nl'autre restreint et usuel. Dans le premier cas, il désigne l'organisation des\n\n(1) Nous ne les avons pas reproduites ici, car ce sujet a déjà été traité dans la Revue musicale\n(année 1902, noS d'août et octobre)."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "592", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.32", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3600, "texte": "durées, qui constitue le plan général d'une œuvre musicale ; et l'étude du\nrythme ainsi compris ne fait qu'un avec celle de la composition. Elle comprend\nl'analyse d'une série de systèmes de plus en plus considérables et dont le mé-\ncanisme est si délicat : le pied, le membre de phrase, la phrase, la période, la\nstrophe, enfin les divers enchaînements ou ensembles de strophes...\nComme le rythme a souvent pour générateur le groupe placé au début de la\nsérie, c'est-à-dire ce qu'on appelle le pied en poésie, et la mesure en musique, on en\nest arrivé, et c'est là la seconde acception du mot, à entendre par le mot rythme\nce groupe lui-même ; en un mot, le langage courant et usuel a identifié une\npartie de l'ensemble avec l'ensemble lui-même. Mais ce n'est pas très exact, et\nil faut savoir distinguer la mesure du rythme. La mesure n'est qu'un cadre\nabstrait ; même en musique ce cadre est établi par des nombres. Le rythme,\nc'est ce qui remplit ce cadre ; il le fait de diverses manières, avec des valeurs\nréelles et non avec des nombres.\nLa mesure (quelquefois, mais pas toujours identique au rythme) est une série\nde jalons représentés par les lignes verticales qui séparent les pieds ; le rythme\nobserve souvent ces jalons, peut même les fortifier ; mais, dans l'intervalle qui\nles sépare, il s'organise librement. La mesure à trois temps peut être remplie\npar une noire suivie d'une croche ; ou bien encore par une noire pointée ; ou\nbien encore trois croches ; ou bien encore avec des syncopes et des silences. Il\npeut donc y avoir des rythmes élémentaires qui, par leur valeur totale, appartien-\nnent au même genre de mesure, mais qui, par la valeur des éléments dont ils se\ncomposent et par la distribution de ces éléments, constituent des rythmes diffé-\nrents.\nCette distinction une fois faite et tout malentendu étant écarté, voici les\ndifférents rythmes qui peuvent remplir les différentes mesures. Pour la mesure\nà trois temps, il y a le trochée, qu'on peut représenter par une noire et une\ncroche, l'iambe, qui peut être représenté par une croche et une noire. Pour la\nmesure à quatre temps, il y a le dactyle, qui peut être représenté par une\nnoire et deux croches, l'anapeste, qui est constitué par deux croches et une\nnoire, enfin le spondée, qu'on peut représenter par deux noires. La mesure à\nsix temps (mesure ionique) peut comprendre : le rythme ionique, représenté par\ndeux noires et deux croches ; le choriambe, représenté par deux croches et deux\nnoires, et un autre pied appelé en grec hexabrakys (représenté par six croches).\nEnfin il y a la mesure à cinq temps, comprenant le rythme appelé péonique,\nlequel est formé des deux groupes suivants : deux croches, suivies d'un groupe\nde trois croches, ou bien un groupe de trois croches suivi d'un groupe de deux\ncroches. Tout ceci est à retenir pour l'examen delà théorie de Bûcher.\nVoilà les types de mesures et de rythmes qui sont usités à la fois dans la\npoésie lyrique et dans la musique. (On n'a pas l'habitude, quand on s'occupe de\nmusique, de parler d * ionique, de choriambe ou d'hexabrakys ; c'est un tort cepen-\ndant ; nous avons déjà, dans la théorie musicale, un certain nombre de mots\nqui sont empruntés au grec : gamme, dièse, harmonie, etc. ; il suffirait que\n1 enseignement officiel fût logique avec lui-même pour que la terminologie\nmusicale tout entière, conformément à des analogies très nombreuses, fût\nempruntée aux Grecs, véritables inventeurs de la science musicale, comme de\ntoutes les autres).\nIl ne suffit pas d avoir une formule comme une de celles-là pour posséder un"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "593", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.33", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3631, "texte": "rythme ; il faut deux choses essentielles : d'abord une partie « forte », c'est-à-\n--dire accentuée, c'est la première de la mesure, et une partie faible ; il faut\nensuite, et ceci est absolument indispensable, que la formule se répète un cer-\ntain nombre de fois. Le rythme n'est pas constitué seulement pas une division\nsystématique de la durée, mais par le retour régulier de cette même division.\nCes définitions une fois établies, nous abordons maintenant la question des\norigines ; et, avant de présenter la solution qu'a donnée le docteur Bûcher, je\nrappellerai celles que l'on a proposées pour le même problème.\nWagner, dans l'opuscule Beethoven, déclare, d'une façon assez paradoxale,\nque le rythme n'est pas inhérent à la musique, qu'il lui est venu « du dehors» !\nIl va même jusqu'à déclarer que c'est Mozart qui pour la première fois l'y a\nintroduit. C'est là une déclaration bien contestable ; dans tous les cas, elle\nexplique que certains savants se soient préoccupés de chercher les origines du\nrythme et aient cru le trouver dans des séries de faits qui paraissent étrangers\nà l'art musical.\nOn a donné une foule d'explications ; j'en distingue six ou sept qui sont les\nprincipales et que j'énumère très rapidement.\ni° La plus ancienne (en négligeant quelques légendes orientales qui m'en-\ntraîneraient trop loin) est celle de Platon. D'après lui, le rythme musical vient\nde l'Absolu, par l'intermédiaire de l'âme. L'Absolu, c'est Dieu. Lorsque Dieu\ncrée l'univers, il le crée d'après les lois de sa propre pensée ; la pensée de\nDieu, c'est la pensée mathématique, dans laquelle résident les types éternels\ndes choses et qui est constituée par les nombres, les nombres musicaux :or\nce sont précisément les nombres qui produisent le rythme. Par conséquent,\nDieu, en faisant l'univers, lui imprime le rythme en même temps que le mou-\nvement. Quant à l'artiste, lorsqu'il prend un fragment de matière et qu'il\nessaie de le façonner à son tour, il obéit aux mêmes lois que de Dieu lui-même,\nattendu que son esprit n'est pas autre chose qu'un reflet lointain de la pensée\ndivine. Théorie grandiose, en dehors de toute vérification possible, inac-\ncessible à un contrôle quelconque. Il y a quelque témérité à vouloir expliquer\nla pensée de Dieu, alors que nous avons tant de peine à comprendre celle\nde l'homme !\n2° Spencer, que je puis placer immédiatement après Platon, n'est pas allé\naussi loin ; cependant il se rapproche de Platon. Pour lui, le rythme est un des\nprincipes « premiers » sur lesquels repose la constitution des choses et au delà\ndesquels on ne peut pas remonter ; c est un principe premier au même titre que\nla conservation, la permanence et l'indestructibilité de la force dans le monde.\nLe raisonnement du philosophe anglais est d ordre philosophique très élevé.\nPeut-être ne me tromperai-je pas en le résumant ainsi. Lorsqu'une force\ns exerce, cette force ne peut pas se détruire. Elle reparaît sous une. autre\nforme De là naît un conflit, lequel aboutit au rythme. Avec mon doigt, j'ébranle\nla branche du diapason ; en agissant ainsi je dépense une certaine force : cette\nforce ne peut pas se perdre, il faut qu'elle se retrouve d'une façon ou d une autre ;\nelle réapparaît sous forme de réaction, réaction représentée par les vibrations\nmêmes de la tige ébranlée. Il y a là, en présence, deux forces qui ne peuvent pas\nse détruire l'une l'autre. Il faut cependant qu'elles s'accommodent, qu'elles\nfassent bon ménage ensemble : de là une alternative de conflit et d'équilibre,\nlaquelle alternative n'est pas autre chose que le rythme .. Ce que je dis là d'un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "594", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.34", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3612, "texte": "cas particulier, Spencer l'applique à la création tout entière. Il croit trouver\nle rythme à la surface de la terre et de l'océan; dans tous les phénomènes qui\nsont produits, soit naturellement, soit artificiellement ; dans le milieu de\nl'éther, dans la lumière et dans les ondulations qui la produisent, dans le phéno-\nmène de la chaleur, où les ondulations ne diffèrent de celles de la lumière que par\nleur longueur relative; dans l'électricité, dans la périodicité de tous les phéno-\nmènes astronomiques ; il le trouve aussi dans les phénomènes de la vie, de la\ncirculation du sang, de la respiration, de la locomotion, de l'activité des organes;\nil le retrouve, ou croit le retrouver, dans les phénomènes de la conscience\neux-mêmes, qui ne sont pas continus, mais qui reposent sur des alternatives\nd'états un peu différents, enfin dans l'histoire des sociétés, delà vie économique.\nCette théorie, elle aussi, est grandiose et très belle; mais parmi les derniers\nfaits signalés par Spencer, il n'en est pas un seul, je crois, où l'on trouve à\nproprement parler le rythme musical, c'est-à-dire un rythme rigoureux, un\nrythme ayant une exactitude mathématique ; ce ne sont (pour le musicien !) que\ndes ébauches, des commencements et des à-peu-près. Schumann a dit, en parlant\ndu pianiste qui n'observe pas exactement la mesure, que son jeu ressemble à\nla démarche d'un homme ivre ; je crois que la plupart des rythmes signalés\npar Spencer, si on les suivait avec rigueur, produiraient une démarche un peu\nanalogue.\n3° On a fait venir aussi le rythme je retrouve cette idée dans un petit livre\nde M. Lavignac, professeur au Conservatoire des oscillations du pendule, qui\nsont isochrones. Cette vue est intéressante, mais elle ne nous sert à rien au point\nde vue historique, attendu que les primitifs n'ont eu et n'ont aucune connaissance\ndu pendule.\n4° Une autre opinion a été soutenue en Allemagne par M. Riemann, qui voit\nl'origine du rythme dans les battements du pouls. Cela n'aurait rien d'invrai-\nsemblable. Puisqu'il est démontré que quand il a voulu mesurer des distances,\nl'homme s'est servi d'une partie de son corps (pouce, coudée, brasse, pied), il\nn'y aurait rien d'étonnant à ce que, lorsqu'il a voulu mesurer des durées,\nl'homme ait emprunté l'unité de mesure à un phénomène physiologique. Ce n'est\nmalheureusement qu'une hypothèse.\n5° On a dit aussi (c'est l'opinion de Guyau) que le rythme venait de l'intensité\nde l'émotion et de son caractère sociologique. Je ferai remarquer que, d'après\ncette théorie, la naissance du rythme serait postérieure à la constitution des\nsociétés, à l'établissement de la vie des hommes en commun. Or, l'objection\nqu'on peut faire et que j'aurai l'occasion d'examiner, est celle-ci : l'établissement\nde la société elle-même ne suppose-t-il pas d'autres phénomènes antérieurs, les-\nquels suffiraient à expliquer la genèse du rythme ?\n6° M. Souriau, dans un très beau livre intitulé VEsthétique du mouvement,\ns'est, je crois, beaucoup approché de la vérité en faisant dériver le rythme d'une\nloi de compensation qui veut que toute contraction musculaire soit suivie d'un\nrepos réparateur. Nous allons retrouver cette idée tout à l'heure. Je mentionne-\nrai enfin, sans m'y arrêter, la théorie qui fait venir le rythme de la danse.\nChacune de ces solutions n'est en somme qu'une hypothèse ; et comme, ici,\nnous cherchons, dans la mesure de nos forces, ce qui est exact, démontré (ou\nnous paraît tel), nous ne pouvons pas nous en contenter. Remarquez que toutes\nces théories expliqueraient bien à la rigueur l'origine de la mesure (veuillez"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "595", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.35", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "vous rappeler la distinction que je faisais tout à 1 heure), mais non pas celle du\nrythme : elles nous disent bien pourquoi on est arrivé à instituer un mouvement\nmarqué par l'équidistance de certains accents ; mais elles ne nous expliquent pas\nceci : pourquoi y a-t-il des trochées ? pourquoi des iambes ? des dactyles ? des\nanapestes ? des ioniques, etc. ?\nOr, la théorie que je vais résumer prétend nous expliquer tout cela ; cette\nthéorie est extrêmement claire et repose sur un enchaînement de faits et d'idées\ntout à fait solide. Sans anticiper sur mes conclusions, je puis dire qu'en\nfaisant sortir le rythme du travail de l'homme, cette théorie confère à l'art\nmusical un nouveau titre de noblesse.\nII\nL'auteur a étudié les lois du travail dans tous les pays et un peu à toutes les\népoques ; mais il insiste sur le travail de l'homme primitif, du sauvage, car\nc'est lui seul qui nous permet de nous faire une idée de la façon dont les choses\nont pu se passer à l'origine de la civilisation. Pour exposer sa thèse avant de la\ndiscuter, je vais le suivre d'aussi près que possible dans les moments successifs\nde sa démonstration.\na) Aristote avait déjà formulé un principe, c'est que le rythme est naturel à\nl'homme ; à ce principe il faut en ajouter un autre, c'est que le sauvage a une\ntendance beaucoup plus grande que l'homme civilisé aux mouvements rythmi-\nques, pour deux raisons : la première, c'est qu'il est nu ou à peu près, affranchi\ndes vêtements qui, chez l'homme civilisé, gênent, paralysent quelquefois les\nmouvements. La seconde raison, c'est que le sauvage n'est pas cultivé ; or, on\na remarqué que les effets physiologiques du rythme sont en raison inverse de\nla culture intellectuelle, parce que les effets de la musique, sur un sujet qui\nn'est pas un intellectuel, ne rencontrent aucune résistance (c'est probablement\npour cela qu'aujourd'hui les physiologistes qui font dans leur laboratoire des\ntravaux sur l'art musical aiment à opérer sur des illettrés).\nb) Voilà un premier fait. D'une façon générale, le sauvage a une inclination\nparticulière au rythme. Il ne faut donc pas s'étonner que dans la fin du xvme siè-\ncle, en parlant des nègres de l'Afrique, un voyageur, Meiners, ait écrit ceci :\n« La marche, la danse, le jeu, le chant, le travail, tout se fait chez eux en me-\n« sure. Les nègres les plus stupides observent la mesure beaucoup mieux que\n« nos soldats et beaucoup mieux que nos musiciens eux-mêmes après un long\n« exercice réfléchi. »\nb) Mais les nécessités de la vie, d'abord de la vie individuelle, ensuite de la\nvie sociale —. vont favoriser et faire aboutir, plus encore que le climat, un pen-\nchant instinctif. Il faut d'abord écarter un préjugé. On a dit que le sauvage\naimait particulièrement l'oisiveté ; et depuis Tacite, on répète assez souvent que\n(( sauvagerie et paresse sont synonymes ». On s'est même appuyé sur ce fait pour\nexpliquer le brigandage, 1 esclavage, la vente des fiancées, l'habitude d'imposer\naux femmes des travaux pénibles et des charges excessives. C'est là une vue\nsuperficielle ; elle est même contradictoire; s'il y a parmi les primitifs des hom-\nmes qui vivent de pillage, cela suppose qu'il y en a d'autres qui aiment les\nrichesses et qui, par conséquent, se donnent un certain mal pour les réunir."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "596", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.36", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3659, "texte": "De même pour l'esclavage : on a dit qu'il avait joué un rôle utile dans l'édu-\ncation de l'humanité. Mais l'esclave qui apprend à faire un travail suppose\nun maître qui l'initie à ce travail , si le maître veut placer l'esclave dans\nun certain état d'esprit, il est obligé d'abord d'avoir été lui-même dans ce même\nétat d'esprit. Il y a là une sorte de cercle vicieux.\nDans les sociétés civilisées, il peut y avoir et il y a en effet des oisifs. Dans les\nsociétés non civilisées, tout le monde, hommes et femmes, est obligé de tra-\nvailler plus ou moins ; seulement le travail se fait dans des conditions spéciales.\nIl est particulier à deux points de vue; d abord, absence d'outils ; en second lieu,\nabsence de technique. Pour construire une hutte, fabriquer un canot, une arme\ndépêché ou de chasse, pour assurer et préparer la subsistance, façonner quel-\nque poterie grossière et quelques semblants de vêtements, sans parler des\nobjets de parure et d élégance qui constituent son esthétique propre, car le sau-\nvage est élégant àsa manière ! l'homme primitif est obligé de suppléer par\nles mouvements du corps, par ceux des mains, des bras et des jambes, à l'ab-\nsence d instruments appropriés. 11 ignore la technique : il la rachète par la pa-\ntience et l'endurance. Dans certaines tribus, les travaux exécutés par les femmes\nsont tellement longs et fatigants, qu ils ont expliqué peut-être l'usage de la po-\nlygamie . a Au Tanganiika, dit Stanley, on met plus de trois mois à creuser un\narbre pour en faire un canot. » En Guinée, certains naturels portent suspendus\nau cou des cylindres en pierre blanche dont la polissure et la façon (percement\nde petits trous) demandent, faute d'outils en métal, les soins de deux généra-\ntions. Les travaux du tissage sont extrêmement longs aussi ; on en a comparé\nles progrès à la croissance d une plante.\nUn travail quelconque, quand il est exécuté dans des conditions aussi défavo-\nrables, est fait de recommencements perpétuels, de reprises sans fin, de routine ;\nil exige enfin la répétition de mouvements identiques.\nc) Poussé par l'instinct, par l'habitude, par la préoccupation d'éviter des\npertes de temps, par le souci d'éviter des efforts inutiles et aussi d'alléger\nle plus possible une tâche si ingrate, le travailleur un peu exercé exécute des\nmouvements identiques, dans des durées égales. L'idée du but à atteindre,\nqui d'abord dirige le travail, et l'idée de l'appropriation de certains moyens à ce\nbut, s effacent dans son esprit : ces idées deviennent inutiles ; peu à peu,\nl'homme arrive à remplacer l'énergie de la volonté consciente par une énergie\nd'automate purement mécanique.\nd) Dès lors, on voit apparaître quelque chose de très important, qui nous\nmet sur la voie et nous fait entrevoir le but : la périodicité des mouvements s'in-\ntroduit dans le travail. Cette périodicité a été constatée mainte et mainte fois.\nDéjà Pline 1 Ancien, dans son Histoire Naturelle y 18-54), avait constaté que semer\nle blé est une opération qui se fait en mesure. Dans un ouvrage paru en 1889\n(je prends deux exemples aux extrêmes pour abréger) à propos de l'Exposition\nuniverselle et intitulé les Colonies françaises, je lis qu'à Madagascar les femmes\nqui préparent la terre pour semer le riz « ressemblent à des danseuses qui\nexécutent un ballet », tant le rythme de toute leur démarche est net et marqué.\nVoilà les premiers pas de la théorie.\ne) Quelle est maintenant l'unité qui va servir à mesurer ce travail continu,\npassé à l'état de fonction mécanique? Elle est déterminée par le geste même du\ntravailleur, par la nature de l'effort musculaire qu'il répète sans cesse ; et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "597", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.37", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3497, "texte": "comme cet effort musculaire est caractérisé par une tension suivie d'un repos,\nun groupe de valeurs se trouve créé qui a ses équivalents dans ce que les versi-\nficateurs appellent un pied composé d'une thesis et d une arsis, et ce que les\nmusiciens appellent une mesure, composée d'un temps fort et dun temps\nfaible.\nLe nombre et l'organisation de ces valeurs diffèrent selon Le genre du travail\nexécuté : l'iambe, composé d'une brève et d'une longue, le trochée, composé\nd'une longue et d'une brève, sont le rythme des pieds humains foulant le sol.\nLe spondée est le rythme des mains frappées régulièrement en mesure. Le\ndactyle et l'anapeste sont des mesures (moins anciennes) de travail au marteau,\nl'artisanfaisant toujours précéder ou suivre de deux petits coups le coup principal\nfrappé sur l'enclume. Les forgerons ont là-dessus une locution significative : ils\nappellent cela faire chanter le marteau. Les diverses formes du rythme ionique\npeuvent être observées dans les rues de nos villes, où 1 instrument qui sert a\nenfoncer et à égaliser les pierres est toujours manié en mesure.\nf) Voici d'autres constatations importantes qui vont faire faire un nouveau pas\nà la théorie. Ce phénomène capital de la création d une mesure et d'un rythme\nne se produit pas seulement dans le travail individuel et isolé où le travailleur\npeut faire, en somme, des poses de paresse, selon sa fantaisie, sans qu'il en\nrésulte des inconvénients graves ; il devient une nécessité lorsque le travail\nest fait en commun, et en particulier lorsqu'il s'agit de travaux où tous les mou-\nvements sont solidaires les uns des autres. Par le rythme, des activités diverses\nconcourent au même but ; sans lui, elles se contrarieraient, au lieu de s'en™\ntr'aider.\nVoici des hommes qui, étant assis, rament ensemble sur une pirogue. Ils\nsont obligés, remarquez bien ce mot qui est le pivot de toute la théorie, ils sont\nobligés, dis je, sous peine d'accidents graves et variés, de soumettre leurs mou-\nvements à un rythme régulier.\nDans le même cas sont les hommes que fait voir un monument égyptien\n(qui est, je crois, au British Muséum) et qui transportent sur le sol un énorme\nbloc de matière. Dans le même cas sont ceux qui scient un arbre couché, ceux\nqui frappent simultanément sur une enclume une pièce de métal rougie au feu,\netc...\nD'autres raisons obligent à introduire un rythme dans le travail lorsqu'il est\nfait en commun et socialisé. On a dit avec raison que chaque individu a une\ntendance, soit en travaillant, soit en déployant simplement son activité dans\nun jeu ou dans un exercice quelconque, à adopter un rythme particulier, qui\nlui est spécial. Ainsi, il y a des personnes qui se fatiguent en marchant len-\ntement, il y en a d autres qui se fatiguent en marchant vite. L'homme est,\nà ce point de vue, dans le même cas que l'animal lui-même. Un cavalier, par\nexemple, sait bien l'allure qui est la plus avantageuse à son cheval. Le rythme,\ndans les groupements de travailleurs, a eu pour but et aussi pour principe la\nnécessité d'unifier les allures individuelles. Les travailleurs, quand ils sont\nassociés, déploient une énergie inégale provoquée par le zèle, par la rivalité qui\ns'établit entre eux. Au sixième livre de YOdyssée, Homère parlant des Béo-\ntiennes qui, avec Nausicaa, lavent leur linge au lavoir, dit : « Elles battaient\nleur linge dans de petits bassins de pierre en rivalisant de zèle. » Raison de plus\npour régler et discipliner ces activités diverses."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "598", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.38", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3442, "texte": "Une troisième raison, c est que l'activité d'un groupe, quand elle est réglée et\ndisciplinée, aboutit à des résultats plus avantageux. Ceci se comprend de soi-\nmême Un observateur a fait en Allemagne une statistique assez curieuse. En\ncomparant le résultat du travail des ouvriers qui chantent et le résultat du travail\ndes ouvriers qui ne chantent pas, il a constaté que les premiers produisaient\nplus que les autres.\nIl y a aussi une raison d'agrément. On fait travailler un certain nombre de\npersonnes ; comme compensation, peut-être, on cherche à leur donner 1 agrément\ndu rythme et de la musique.\nIl y a enfin des travaux, un peu exceptionnels il est vrai, dans lesquels la mu-\nsique, ou plutôt le rythme, car nous n'en sommes pas encore à la musique... où\nle rythme, dis-je, a été employé très utilement, et comme une sorte de nécessité,\nfaute de moyens différents. Parmi les documents très nombreux qui me sont\npassés sous les yeux, voici celui qui m'a paru le plus extraordinaire, le plus\nbizarre, et cependant l'un des plus sérieux. Dans un livre intitulé V Art\nmusical au Sénégalet dans l Afrique centrale, 1 auteur, M. Verneuil, cite un chant\nde plongeurs (ne souriez pas) occupés à désensabler les navires... un chant qui\na lieu dans l'eau par conséquent :\n(( Qu'on se figure cinq cents nègres nageant autour du navire ensablé et chan-\n« tant cet air ; à la huitième mesure, ils plongent tous à la fois, continuent de\n« suivre mentalement la musique au fond de la mer ; à la douzième mesure, ils\n« poussent le navire ensemble, et à la seizième, ils remontent sur 1 eau. ils\n« agissent ainsi tous ensemble, de concert, et aucun de leurs efforts n'est\n« perdu »\nd) Ce rythme réel une fois créé pour les raisons que je viens d'énumérer,\nquels sont les moyens de le réaliser pour l'oreille? Ici commence une nouvelle\npartie de la théorie.\nQuand le mouvement même du travailleur produit un son régulier par suite\nde la matière qu'il emploie, par exemple le travail du forgeron martelant le fer\nsur l'enclume, celui du batteur de blé frappant le sol avec son fléau, c'est ce son\nlui-même qui sert à marquer le rythme. Dans les autres cas, on y supplée par\nle moyen le plus naturel : la voix humaine ou un instrument.\nIci, les documents et les témoignages sont presque innombrables. Les Malais\nrament au bruit du tam-tam. Au Soudan et en Chine, les corvées se font au bruit\ndu tambour. Voici un document plus classique : on possède au Louvreun groupe\narchaïque de Thèbes en Béotie où l'on voit quatre boulangères réunies côte à\ncôte devant un pétrin et roulant la pâte avec leurs mains ; à gauche se trouve\nune autre femme assise, jouant de la double flûte. On a supposé qu'elle était là\npour régler les mouvements des autres personnes, peut-être pour les distraire...\nC'est aussi suivant un rythme marqué par la flûte que les Etrusques, au témoi-\ngnage d'Athénée, suivant un texte qui a été signalé par M. Paul Girard, pétris-\nsaient le pain, se livraient au pugilat et même faisaient fouetter leurs esclaves.\nUn vase trouvé en Grèce et souvent reproduit représente un travail de moisson-\nneurs qui est rythmé par la musique.\nCe ne sont pas là des légendes. Je me rappelle avoir eu entre les mains un\ndocument officiel, un « Rapport » dans lequel on lisait que, quand le gouver-\nnement français a voulu faire construire un chemin de fer au Dahomey, il a dû\nfaire travailler les nègres « au son de la flûte »."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "599", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.39", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3665, "texte": "Tous ces faits, remarquons-le en passant, sont de nature à modifier le point de\nvue auquel se placent habituellement les critiques quand il s'agit d'apprécier les\nmonuments de la musique primitive. Dans la musique primitive, que trouve-\nt-on?Des mélodies très pauvres, mais des rythmes nettement accusés. On a attri-\nbué ce fait à une faiblesse du sens esthétique. Il s'explique tout naturellement :\nla mélodie est très pauvre parce que c'est la chose accessoire : le rythme, au con-\ntraire, est nettement accusé parce que c'est la chose essentielle ; c'est lui qui ré-\nglait et marquait les mouvements du travail.\nh) Et maintenant, voici comment la mélodie et la poésie elle-même vont\nsortir de tout cela.\nPour marquer le rythme des mouvements des travailleurs, la voix humaine,\nquand c'est elle qui fait fonction de régulatrice, emploie d'abord de simples ono-\nmatopées, des appels conventionnels et bizarres, comme nous en avons tous\nentendu, des sons inarticulés qui n'empruntent leur signification qu'à leur retour\npériodique. C'est là l'origine du refrain dans la chanson. Peu à peu, en effet, l'i-\nmagination arrive à placer entre des formules fixes et invariables qui serviront\nde refrain, de véritables airs de musique.\nSur ce premier point, les témoignages abondent encore, et jamais thèse ne\ns'appuya sur des documents aussi nombreux, aussi solides que celle du profes-\nseur Bûcher. Les anciens Grecs avaient, à côté de leurs mélodies artistiques,\nnombre d'airs populaires, de couplets associés à différents travaux déterminés\net dont les noms primitifs, par suite d'une lente évolution et d'une transforma-\ntion des usages, étaient devenus inintelligibles à leurs successeurs, les Alexan-\ndrins. Ils chantaient pour faire la moisson, pour broyer l'orge, pour écraser le\nblé avec le cylindre à bras, pour fouler les grappes de raisin, pour filer la laine,\npour tisser. Il y avait l'air du cordonnier, l'air du teinturier, l'air du bàigneur,\nl'air du porteur d'eau, l'air du berger. Il en est de même chez la plupart des pri-\nmitifs dans toutes les parties du monde. Ici Bûcher énumère un grand nombre\nde faits ; il serait trop long de les passer en revue.\ni) En même temps que la musique, la poésie naît peu à peu sous les mêmes\ninfluences et dans les mêmes conditions. Il serait absurde et contraire à toute\njuste conception de l'histoire de penser que d'emblée on a introduit dans certains\nmouvements et dans certaines formules mélodiques des paroles organisées et\npleines de sens. Dans le travail socialisé celui qu'on pourrait appeler le chef\nd'équipe, le surveillant ou le maître, veut stimuler, soutenir et alléger l'effort du\ngroupe. Pour cela, il se borne d'abord à un cri instinctif et presque animal. Mais\nentre deux ou plusieurs répétitions de ce même cri, qui jouent le rôle principal et\nserviront de support à tout le reste, s intercalent par une formule mélodique\nquelques phrases dont le texte est variable et où l'improvisation poétique se\ndonne peu à peu carrière. Le retour des mêmes circonstances d'exécution finit\npar rendre ces formules populaires et enfin traditionnelles.\nJe n'ai pas voulu énumérer tous les faits que présente l'auteur de la théorie,\nmais j'en ajouterai un comme une contribution modeste à tout ce qu'il a dit.\nVoici une petite brochure qui a paru il y a quelques semaines, puisqu'elle\nporte la date de 1905, et qui est intitulée les Travailleurs du bois à Dantzig.\nElle m'a été communiquée par le Musée social, qui, comme vous le savez,\nenvoie des jeunes gens observer la vie économique à l'étranger. Voyez où\npeuvent conduire les études de musique ! elles rayonnent dans une multitude"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "600", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.40", "debut_caractere": 111, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "de directions ; il n'y a nulle part cle fait qu'on puisse considérer comme abso-\nlument étranger à la musique. L'auteur, qui est correspondant du Musée\nsocial de Paris en Allemagne, a étudié les travailleurs du bois dans la ville de\nDantzig. Je remarque ceci, à la page 62 de son rapport (les deux citations que\nje vais faire résumeront les deux parties essentielles de la théorie de Bûcher :\n« Le travail des équipes est un travail d'ensemble pour manœuvrer les ra-\ndeaux, hisser les poutres de sapin, manipuler les tronçons de chêne ; les hommes\ndoivent s entendre et obéir à un commandement. Le contremaître commande\ndonc, et les hommes, pour agir de concert et se donner du courage, accompa-\ngnent chaque mouvement de « hoi-ho, hoi-ho-hoi » gutturaux .. Cependant le\ngenre de leur travail, qui est un travail d'ensemble comme celui des trieurs, fait\nque les arrimeurs chantent beaucoup. Ils ne se bornent pas aux exclamations\net aux cris de leurs collègues des dépôts, ils cultivent le véritable chant. L'équipe,\nen s'attelant à son travail, entonne vigoureusement son... (Suit le premier\nvers d'une chanson écrite en bas-allemand et signifiant : « Chéri ! ô mon chéri,\nne ten va pas si 10in»)... Ils répètent très souvent le même vers, le même\nrefrain, la même strophe, le travail se trouvant interrompu chaque fois qu'il\nfaut recommencer la manœuvre. Mais ils chantent; et parmi les travailleurs du\nbois qui sont plutôt graves et peu loquaces, les arrimeurs se distinguent par leur\nagilité. »\nc>\nVoilà donc des travailleurs qui ont pour habitude constante de chanter en tra-\nvaillant. La corporation en général est formée de gens « taciturnes et peu lo-\nquaces ». Il se trouve que ceux qui chantent le plus sont les plus agiles et font le\ntravail le plus utile !\nPour résumer cette exposition je citerai le ch mt russe suivant, où Bûcher re-\nconnaîtrait certainement l'application de ses propres idées, et qui est un rythme\nde travail tout à fait caractéristique (1) :\nQuelle est la valeur de la doctrine que je viens d'exposer? Je me vois obligé\nde remettre à la prochaine leçon cette seconde partie de mon étude.\n\nJULES COMBARIEU.\n\n(I) Recueil de chants populaires russes notés et harmonisés par M. Balakirew, tr. fr. de\nJ. Sergonnois (Leipzig, M. P. Belaïew. 1898), n° 40, p. 55. —M. Pierre Aubry, en me commu-\nniquant ce chant, me signale que Glazunow l'a pris pour thème d'une symphonie (op. 13)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c052", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "601", "page_fin": "606", "image_debut": 41, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.15", "titre_corps": "Les concerts", "titre_sommaire": "Les concerts", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "601", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3155, "texte": "Les concerts\n\nNous réunissons ces deux noms en tête de\nces notes, parce que nous les réunissons\naussi dans notre affection fidèle. Les con-\ncerts dominicaux que nous devons à ces\ndeux maîtres et qui deviennent, de plus en\nplus, des foyers d'art et d'élégance pari-\nsienne, sont aussi indispensables aux\nmusiciens que la messe et les vêpres aux\ncatholiques. M. Colonne, avec son auto-\nrité magistrale et son souci de la perfec-\ntion dans les détails, fait revivre les\ngrands chefs d œuvre classiques ; M. Chevillard, avec un tempérament diffé-\nrent, un peu plus fougueux, et hardi dans la composition des programmes\ns est classé depuis longtemps, lui aussi, au premier rang. Certain arrêté de\nM. Marcel leur impose « trois heures » consacrées aux symphonistes français con-\ntemporains et non encore joués, • ce qui n'est pas commode, tant pour le choix\ndes œuvres que pour l'observation exacte, au point de vue de la durée, des pres-\ncriptions officielles. En outre, les œuvres nouvelles souffrent un peu du voisinage\nécrasant des chefs-d'œuvre consacrés. Mais les programmes y gagnent évidem-\nment en variété et en intérêt. Nous signalons dans cette partie contemporaine\net quasi imposée des récents concerts : le (second) Job de M. Henri Rabaud,\nœuvre franchement antimélodique et modulante à l'excès, dissonante à souhait,\ncomme il sied aujourd'hui à tout compositeur « dans lemouvement », mais d'une\ngrande force dramatique et d'une éloquence puissante. A la lecture de\ncet admirable texte, traduit par Renan, qui pose le terrible problème du mal\nphysique et du mal moral, on se demande quel commentaire musical il pourrait\nappeler. Cette prose, à la différence de tant de livrets en vers, existe par soi, elle\nse suffit, elle n'a pas besoin d être illustrée par la voix ni l'orchestre. Je ne sau-\nrais pourtant blâmer M. Rabaud de son audace. S'attaquant à un sublime\npoème philosophique, il n'est pas resté inférieur à sa tâche. Son poème lyrique\na aussi son éloquence, son âpreté, sa farouche grandeur. Il sent l'effort, mais\ncet effort est généreux : cette musique est tendue, violente, outrée, mais\npas banale, et elle est surtout sincère. Je ne lui reprocherai qu'une tendance\nfâcheuse à l'effet théâtral et une instrumentation trop bruyante qui étouffe tant\nde belles paroles. M. Dufranne a été amer et véhément à souhait. Nous avons\nentendu avec plaisir la 7e et la 8e Symphonie de Beethoven :M. Lucien Wurmser\ns'est fait applaudir dans le Concerto en ut mineur, et Mme Auguez de Montaa\nlant dans Adélaïde et dans la Procession de Franck. Le concert commençait\npar le Prélude de Parsifal, que le public, enthousiasmé par une splendide\nexécution, a vainement redemandé. Le Quasimodo de M. Casadessus est un\npoème très coloré, mais pittoresque aux dépens de la vraie musique, où est\nexprimé, symphoniquement, l'assaut des truands contre Notre-Dame de Paris.\nParmi les autres nouveautés, signalons (avec une Ouverture très honnête de\nM. Charles Lefebvre) deux Lieder de M. Sylvio Lazzari, remarquables par la\nscience de l'écriture, mais aussi par un tour original, une sincérité profonde, et\n\nCONCERTS COLONNE ET CHEVILLARD."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "602", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.42", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "une intensité d'expression parfois douloureuse (surtout dans la mélodie : Des\nchoses, des choses...). Ils ont été très chaleureusement applaudis, et ce fut justice\nrendue au grand compositeur.\n\nAMÉDÉE LEMOINE.\n\n— La Société des Concerts (qui en est à sa 79e année) a donné\nson premier concert de la saison le dimanche 3 décembre. Au programme :\nY Héroïque de Beethoven (Y allegro du commencement a été joué dans un mouve-\nment peu rapide, mais comme il convient, selon nous); Quatre chœurs a cappella\nde A. Lotti (1667-1740), qui m'ont paru médiocres; l'ouverture de Fritihiof où se\ntrouvent la correction classique, la belle écriture musicale de Th. Dubois, et qui a\nété très applaudie; la Symphonie pour orchestre et piano de Vincent d'Indy sur un\nchant montagnard français. M. Alfred Cortot a joué admirablement la partie\nde piano de ce beau poème, original, très mélodique et coloré, dont voici une\nanalyse (d'après la notice officielle distribuée aux spectateurs avant le concert) :\nIl y a ici, en dehors des thèmes propres à chaque pièce, un motif primordial,\nun court chant montagnard qui sera, dans la construction de la symphonie, le\nmotif ornemental essentiel et permanent. Les thèmes du premier Allegro, de\nYAndante, du Finale, en sont tirés ou s'y rattachent, et deviendront comme les\nvariations de ce motif.\nCe procédé de composition, à peine entrevu et très rarement appliqué par les\nanciens maîtres, cher à César Franck, très cher à M. Vincent d'Indy, assure à\nl'ouvrage une cohésion étroite. Une symphonie issue d'une pensée unique, à con-\ndition que celle-ci soit constamment renouvelée par la richesse des rythmes et des\ndéveloppements, est, à coup sûr, une des formes les plus hautes de l'art musical.\nI. Le cor anglais expose le chant dont les membres (I, II ) serviront cle trame\naux développements symphoniques. Divers instruments répètent les fragments du\nchant initial : sorte d'introduction au premier Allegro, dont le thème A, visible-\nment tiré de la voix montagnarde (sol-la-si-ré) et confié aux instruments graves :\nannonce l'entrée. Le thème B, soutenu par un léger frétillement des cordes,\nopposera sa ligne calme au rythme du premier. Plus loin [v. partie droite de\n\nCONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "603", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.43", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "l'exemple ci-dessus], le retour du chant montagnard se fait sur le thème A, pen-\ndant le développement qui marque le centre du premier Allegro. Et tandis que\nle piano lance en haut ses arpèges, la flûte et la clarinette, en fusées descendantes,\ncroisent leurs voix avec ses traits. A la fin du morceau le chant montagnard\nreparaît, soutenu par un trémolo des cordes graves en sourdine (altoset violon-\ncelles), dans une demi-teinte mystérieuse et charmante.\n11. L'Andante s'ouvre par une mélodie confiée à plusieurs groupes d'ins-\ntruments qui alternent. Le piano se voit couper la parole par la flûte et les\ncordes, mais ce n'est point impertinence de la part des interlocuteurs, car ils\ncontinuent sa pensée. Il la reprend; ils l'achèvent, et ce jeu des propos interrom-\npus se poursuit... Par instants le chant montagnard reparaît.\n111. Le Finale déborde de vie. En une formule rapide, serrée I\ndu chant montagnard], le piano soutient de sa percussion les voix de la flûte, du\nhautbois, de la clarinette associés et qui chantent le fragment 11. Gela constitue\nle thème Ade la troisième partie. Le thème B est remarquable par un mélange\nde mesures à deux et à trois temps, auquel les modernes se montrent assez\nréfractaires, alors que les musiciens de la Grèce antique en usaient couramment.\nILa partie droite de l'exemple montre sous quelle forme réapparaît le thème B :\ndans la seconde moitié du finale.] Les transformations rythmiques du chant\nmontagnard se succèdent ici et se pourchassent dans une course de plus en"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "604", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.44", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "plus rapide : aux cordes et aux cuivres en 6/8, en 2/4 au piano, en 3/8 à tout le\nmonde et aussi en 3/4, prestissimo. C'est de la joie exubérante.\nDans tout l'ouvrage le rôle du piano est éminent. Souvent associé àla harpe,\nil égrène ses percussions agiles, arpèges et gammes, et les oppose aux sons\nsoutenus de l'orchestre. Il est à la fois l'associé de celui-ci et son antagoniste.\nA lui seul il est un orchestre qui dialogue, dispute ou fraternise avec la masse\ninstrumentale, dans une fusion constante et parfaite, d'ailleurs.\nCONCERTS RISLER (SALLE PLEYEL). M. Risler poursuit avec un succès gran-\ndissant la tâche qu'il s'est imposée, de jouer par cœur les trente-deux sonates de\nBeethoven.\nLe public, attiré par un nom illustre, accourt, et la salle Pleyel contient avec\npeine tous ces assoiffés de virtuosité. J'ai entendu le concert debout, dans un\ncorridor.\nUn artiste sent avec une merveilleuse intuition ce qu'on lui demande, et le\ngrand musicien qu'est M. Risler s'efface un peu devant le virtuose. C'est\ndommage.\nOn lui reproche de ne pas se conformer a l'usage en faisant toutes fes reprises ;\ne ne saurais m'en plaindre quand il s'agit de réentendre une page de Beethoven.\nCe que je regrette, c'est ce programme pour ce public, ou ce public pour ce\nprogramme. Le concert est là qui se prête à toutes les fantaisies qui charment\nles amateurs de concerts, mais les sonates sont faites pour les amateurs de mu-\nsique. Elles doivent être jouées avec le respect du texte ; l'exécutant ne devant\nsonger qu'à Beethoven et jamais à son public.\n\nA. L.\n\nA signaler parmi les plus beaux concerts de la quinzaine : Salle Pleyel : le\nlERIER décembre, M. Emile Mendels (qui joue Paganini après Lalo et Fauré), avec\nM. R. Plamondon (ténor) ; M. Edouard Risler, qui a continué très brillamment\nl'exécution intégrale des 32 sonates de Beethoven pour piano, et dont les séances\nsont devenues inabordables, même pour les invités qui n'arrivent qu'une demi-\nheure trop tôt, tant Taffluence est considérable. —Le 8 décembre, Flora Joutard\n(avec Marie Lasne), qui a joué des, œuvres assez bonnes d'elle-même, précédées\nde l'admirable Sonate de Beethoven op. 110. —Le 12, Mme C. Max-Soulier\n(avec le concours de David Blitz) : Sonate de Beethoven op. 27, puis de très\nbelles pièces de Haendel, Bach, Mozart, Brahms. Scarlatti, Chopin, Leroux,\nHahn, Pierné. Le 13, MM. xMaurice Dumesnil, Emile Mendels et Jean Bedetti :\nTrio en la mineur op. 26 de Lalo, Trio en ré mineur de Schumann, —la Sonate\nde Franck pour piano et violon et la Sonate de Grieg pour piano et violon-\ncelle. —Le 14 décembre : Mlle Jeanne d'Herbécourt avec M. Armand Parent:"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "605", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.45", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "concert consacré à G. Leken, Vincent d'lncly (Poème des Montagnes, suite pour\npiano) et à C. Franck (Sonate pour violon).\nA la Salle de Géographie, le 6 décembre: M Jules Marneff, violoncelle solo\ndes Concerts Lamoureux, avec le concours de Mme Camille Fourrier, de M. Iwan\nFliege (violoniste) et de M.Auguste Delacroix (piano); en tête du programme,\nle Trio (op. i) de Beethoven, le Concerto en la mineur de Saint-Saëns pour\nvioloncelle, et trois pièces charmantes de Cl. Debussy: Fantoches, le Jet d'eau\net VEchelonnement des haies (sur des paroles de Verlaine et de Beaudelaire).\nLa Société YUt Mineur a donné son premier dîner de la saison le n décembre,\ndîner très élégant comme d'habitude, et suivi d'une séance musicale très goûtée.\nA la Salle des Agriculteurs, concert A. Lefort (10 déc.) avec une très belle\nsonate de Th. Dubois exécutée par Loëb (violoncelle) et Diémer.\nImpression générale: il y a, présentement, une tendance marquée à remettre\nles classiques en honneur, Beethoven tout d'abord. C'est, à Paris, le compositeur\nle plus à la mode.\nLes <( AUDITIONS MODERNES ». Cette Société, dont le but est de faciliter\naux auteurs de musique de chambre l'exécution sans frais de leurs œuvres\nnouvelles, a un Comité composé de MxM. Chevillard, Dukas, Lazzari, Vidal,\nOberdœffer, Canivet (Siège social : maison Pleyel, 22, rue Rochechouart). Dans\nsa ire séance (7 déc.), elle adonné des œuvres intéressantes, de Jules Mouquet,\nVladimir Dyck, Anselme Vinée, Henri Bogé,\nMONTE-CARLO. A Monte-Carlo, la saison bat son plein sous un soleil de\nprintemps, et les concerts de musique, avec de très beaux programmes, contri-\nbuent à attirer la foule des visiteurs. L'opérette de MM. Nuitter et de Beaumont,\nle Soleil de Minuit, musique de M. Albert Renaud, vient d'obtenir un vif\nsuccès. Les interprètes, Mlles Miriam Manuel, Thérèse Cernay, Peyot, MM. Al-\nberthal, Maurice Lamy, Poudrier, Michel Fernal, et le chef d'orchestre,\nM. Désiré Thibault, ont été très applaudis.\nLA S OCIÉTÉ DES MATINÉES MUSICALES ET POPULAIRES (anciennes Matinées-\nDanbé), sous la direction artistique de M. Luigini, a donné sa première matinée\nau théâtre de l'Ambigu, le mercredi 13 décembre, àà h. 1/2 très précises. Comme\nles années précédentes, le quatuor Soudant (MM Th. Soudant, H. de Bruyne,\nM. xMignard et Bedetti), a prêté son concours, ainsi que Mme Marguerite Carré,\nM. Lucien Fugère, de TOpéra-Comique ; MM. Alexandre Georges, Fernand\nLemaire, A. Petit, Delahègue.\nAu programme : Quatuor op. 77, n° y, de Haydn, par le quatuor Soudant.\nPileuse, de F. Lemaire, et Rapsodie n° 2, de Liszt, par M. F. Lemaire. Les\nVieilles, de Le Levadé, et Menuet Pompadour, de B. Godard, par M L. Fugère.\nNocturne du 2e Quatuor, de Borodine, par le quatuor Soudant. Miarka\n(Chanson : l'Eau qui court), de A. Georges, par Mme M. Carré, accompagnée par\nl'auteur. —La ire partie du Concerto de Popper, par M. Bedetti, avec accom-\npagnement de double quatuor sous la direction de M. A. Luigini. Duo de la\nFlûte enchantée, par M,ne M. Carré et M. Fugère. —Le Septuor op. 65, de Saint-\nSaëns, pour piano, trompette, quatuor et contrebasse, par MM. F. Lemaire,\nA. Petit, Soudant, de Bruyne, Migard, J. 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Mais les programmes y gagnent évidem-\nment en variété et en intérêt. Nous signalons dans cette partie contemporaine\net quasi imposée des récents concerts : le (second) Job de M. Henri Rabaud,\nœuvre franchement antimélodique et modulante à l'excès, dissonante à souhait,\ncomme il sied aujourd'hui à tout compositeur « dans lemouvement », mais d'une\ngrande force dramatique et d'une éloquence puissante. A la lecture de\ncet admirable texte, traduit par Renan, qui pose le terrible problème du mal\nphysique et du mal moral, on se demande quel commentaire musical il pourrait\nappeler. Cette prose, à la différence de tant de livrets en vers, existe par soi, elle\nse suffit, elle n'a pas besoin d être illustrée par la voix ni l'orchestre. Je ne sau-\nrais pourtant blâmer M. Rabaud de son audace. S'attaquant à un sublime\npoème philosophique, il n'est pas resté inférieur à sa tâche. Son poème lyrique\na aussi son éloquence, son âpreté, sa farouche grandeur. Il sent l'effort, mais\ncet effort est généreux : cette musique est tendue, violente, outrée, mais\npas banale, et elle est surtout sincère. Je ne lui reprocherai qu'une tendance\nfâcheuse à l'effet théâtral et une instrumentation trop bruyante qui étouffe tant\nde belles paroles. M. Dufranne a été amer et véhément à souhait. Nous avons\nentendu avec plaisir la 7e et la 8e Symphonie de Beethoven :M. Lucien Wurmser\ns'est fait applaudir dans le Concerto en ut mineur, et Mme Auguez de Montaa\nlant dans Adélaïde et dans la Procession de Franck. Le concert commençait\npar le Prélude de Parsifal, que le public, enthousiasmé par une splendide\nexécution, a vainement redemandé. Le Quasimodo de M. Casadessus est un\npoème très coloré, mais pittoresque aux dépens de la vraie musique, où est\nexprimé, symphoniquement, l'assaut des truands contre Notre-Dame de Paris.\nParmi les autres nouveautés, signalons (avec une Ouverture très honnête de\nM. Charles Lefebvre) deux Lieder de M. 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Alfred Cortot a joué admirablement la partie\nde piano de ce beau poème, original, très mélodique et coloré, dont voici une\nanalyse (d'après la notice officielle distribuée aux spectateurs avant le concert) :\nIl y a ici, en dehors des thèmes propres à chaque pièce, un motif primordial,\nun court chant montagnard qui sera, dans la construction de la symphonie, le\nmotif ornemental essentiel et permanent. Les thèmes du premier Allegro, de\nYAndante, du Finale, en sont tirés ou s'y rattachent, et deviendront comme les\nvariations de ce motif.\nCe procédé de composition, à peine entrevu et très rarement appliqué par les\nanciens maîtres, cher à César Franck, très cher à M. Vincent d'Indy, assure à\nl'ouvrage une cohésion étroite. Une symphonie issue d'une pensée unique, à con-\ndition que celle-ci soit constamment renouvelée par la richesse des rythmes et des\ndéveloppements, est, à coup sûr, une des formes les plus hautes de l'art musical.\nI. Le cor anglais expose le chant dont les membres (I, II ) serviront cle trame\naux développements symphoniques. Divers instruments répètent les fragments du\nchant initial : sorte d'introduction au premier Allegro, dont le thème A, visible-\nment tiré de la voix montagnarde (sol-la-si-ré) et confié aux instruments graves :\nannonce l'entrée. Le thème B, soutenu par un léger frétillement des cordes,\nopposera sa ligne calme au rythme du premier. Plus loin [v. partie droite de\n\nCONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "603", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.43", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "l'exemple ci-dessus], le retour du chant montagnard se fait sur le thème A, pen-\ndant le développement qui marque le centre du premier Allegro. Et tandis que\nle piano lance en haut ses arpèges, la flûte et la clarinette, en fusées descendantes,\ncroisent leurs voix avec ses traits. A la fin du morceau le chant montagnard\nreparaît, soutenu par un trémolo des cordes graves en sourdine (altoset violon-\ncelles), dans une demi-teinte mystérieuse et charmante.\n11. L'Andante s'ouvre par une mélodie confiée à plusieurs groupes d'ins-\ntruments qui alternent. Le piano se voit couper la parole par la flûte et les\ncordes, mais ce n'est point impertinence de la part des interlocuteurs, car ils\ncontinuent sa pensée. Il la reprend; ils l'achèvent, et ce jeu des propos interrom-\npus se poursuit... Par instants le chant montagnard reparaît.\n111. Le Finale déborde de vie. En une formule rapide, serrée I\ndu chant montagnard], le piano soutient de sa percussion les voix de la flûte, du\nhautbois, de la clarinette associés et qui chantent le fragment 11. Gela constitue\nle thème Ade la troisième partie. Le thème B est remarquable par un mélange\nde mesures à deux et à trois temps, auquel les modernes se montrent assez\nréfractaires, alors que les musiciens de la Grèce antique en usaient couramment.\nILa partie droite de l'exemple montre sous quelle forme réapparaît le thème B :\ndans la seconde moitié du finale.] Les transformations rythmiques du chant\nmontagnard se succèdent ici et se pourchassent dans une course de plus en"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "604", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.44", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "plus rapide : aux cordes et aux cuivres en 6/8, en 2/4 au piano, en 3/8 à tout le\nmonde et aussi en 3/4, prestissimo. C'est de la joie exubérante.\nDans tout l'ouvrage le rôle du piano est éminent. Souvent associé àla harpe,\nil égrène ses percussions agiles, arpèges et gammes, et les oppose aux sons\nsoutenus de l'orchestre. Il est à la fois l'associé de celui-ci et son antagoniste.\nA lui seul il est un orchestre qui dialogue, dispute ou fraternise avec la masse\ninstrumentale, dans une fusion constante et parfaite, d'ailleurs.\nCONCERTS RISLER (SALLE PLEYEL). M. Risler poursuit avec un succès gran-\ndissant la tâche qu'il s'est imposée, de jouer par cœur les trente-deux sonates de\nBeethoven.\nLe public, attiré par un nom illustre, accourt, et la salle Pleyel contient avec\npeine tous ces assoiffés de virtuosité. J'ai entendu le concert debout, dans un\ncorridor.\nUn artiste sent avec une merveilleuse intuition ce qu'on lui demande, et le\ngrand musicien qu'est M. Risler s'efface un peu devant le virtuose. C'est\ndommage.\nOn lui reproche de ne pas se conformer a l'usage en faisant toutes fes reprises ;\ne ne saurais m'en plaindre quand il s'agit de réentendre une page de Beethoven.\nCe que je regrette, c'est ce programme pour ce public, ou ce public pour ce\nprogramme. Le concert est là qui se prête à toutes les fantaisies qui charment\nles amateurs de concerts, mais les sonates sont faites pour les amateurs de mu-\nsique. Elles doivent être jouées avec le respect du texte ; l'exécutant ne devant\nsonger qu'à Beethoven et jamais à son public.\n\nA. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c063", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "604", "page_fin": "605", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.15.3", "titre_corps": "A signaler parmi les plus beaux concerts de la quinzaine : Salle Pleyel : le", "titre_sommaire": "A signaler parmi les plus beaux concerts de la quinzaine : Salle Pleyel : le", "signature_source": "E. 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Max-Soulier\n(avec le concours de David Blitz) : Sonate de Beethoven op. 27, puis de très\nbelles pièces de Haendel, Bach, Mozart, Brahms. Scarlatti, Chopin, Leroux,\nHahn, Pierné. Le 13, MM. xMaurice Dumesnil, Emile Mendels et Jean Bedetti :\nTrio en la mineur op. 26 de Lalo, Trio en ré mineur de Schumann, —la Sonate\nde Franck pour piano et violon et la Sonate de Grieg pour piano et violon-\ncelle. —Le 14 décembre : Mlle Jeanne d'Herbécourt avec M. Armand Parent:"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "605", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.45", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3210, "texte": "concert consacré à G. Leken, Vincent d'lncly (Poème des Montagnes, suite pour\npiano) et à C. Franck (Sonate pour violon).\nA la Salle de Géographie, le 6 décembre: M Jules Marneff, violoncelle solo\ndes Concerts Lamoureux, avec le concours de Mme Camille Fourrier, de M. Iwan\nFliege (violoniste) et de M.Auguste Delacroix (piano); en tête du programme,\nle Trio (op. i) de Beethoven, le Concerto en la mineur de Saint-Saëns pour\nvioloncelle, et trois pièces charmantes de Cl. Debussy: Fantoches, le Jet d'eau\net VEchelonnement des haies (sur des paroles de Verlaine et de Beaudelaire).\nLa Société YUt Mineur a donné son premier dîner de la saison le n décembre,\ndîner très élégant comme d'habitude, et suivi d'une séance musicale très goûtée.\nA la Salle des Agriculteurs, concert A. Lefort (10 déc.) avec une très belle\nsonate de Th. Dubois exécutée par Loëb (violoncelle) et Diémer.\nImpression générale: il y a, présentement, une tendance marquée à remettre\nles classiques en honneur, Beethoven tout d'abord. C'est, à Paris, le compositeur\nle plus à la mode.\nLes <( AUDITIONS MODERNES ». Cette Société, dont le but est de faciliter\naux auteurs de musique de chambre l'exécution sans frais de leurs œuvres\nnouvelles, a un Comité composé de MxM. 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Par arrêtés ministériels en date du 30 novembre\n1905, le nombre maximum des élèves dans les classes préparatoires de piano et\ndans les classes de harpe, d'alto, de violoncelle, de contrebasse et d'instruments\nà vent du Conservatoire national, est porté de dix à douze.\nPar arrêtés des 4 et 5 décembre, MM. Lorrain et Engel sont respectivement\nnommés professeurs supplémentaires (6e catégorie) des classes de chant nou-\nvellement créées.\nEnfin, par arrêté du 7 décembre, M. Mathé Edouard, lauréat du Conserva-\ntoire national, est nommé, pour une période de trois années scolaires, accom-\npagnateur stagiaire d'une classe .d'opéra comique, en remplacement de\nM. Wagner, démissionnaire.\nNancy. Par arrêté préfectoral en date du 25 novembre, M. Schmitt, con-\ntrebassiste à l'orchestre de l'Opéra, est nommé professeur de contrebasse à\nl'école de musique de Nancy, succursale du Conservatoire national.\nToulon. Par arrêté en date du 30 novembre de M. le Ministre de l'lnstruc-\ntion publique, des Beaux-Arts et des Cultes, l'école de musique de Toulon vient\nd'être érigée en Ecole nationale de musique.\nMontpellier. Par arrêté préfectoral en date du 2$ novembre, M. Bérard\nRaymond est nommé professeur du cours moyen de solfège à l'école de musique,\nsuccursale du Conservatoire national à Montpellier.\nMoulins. Par arrêté en date du 14 novembre de M. le Préfet de l'Allier,\nM. Coutan est nommé professeur de violoncelle à l'Ecole nationale de musique\nde Moulins, en remplacement deM. Marnas, démissionnaire.\nDirection de l'Opéra. On annonce une nouvelle candidature : celle de\nM. Broussan, directeur du grand théâtre municipal de Lyon. Nous n'oublions\npas que M. 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Liszt fut au premier chef un créateur, créateur puissam-\nment fécond, encore qu'une très légitime admiration ne doive empêcher de\nreconnaître les défauts qui me semblent être ceux de son génie : je veux dire un\ngoût excessif, parfois stérilisant, de la virtuosité, une trop grande complaisance\nà accueillir telles quelles les idées qui se présentaient à son esprit, confiant qu'il\nétait dans les prestigieuses ressources de sa main. Jusque dans ces dernières\nannées, à Paris, c'était une opinion presque généralement admise que Liszt\ncompositeur devait disparaître derrière Liszt virtuose. Les merveilleuses exécu-\ntions du Faust-Symphonie, de Mazeppa, du Tasse, des Préludes, qui eurent lieu\naux concerts Lamoureux, percèrent les brumes qui voilaient bétonnante per-\nsonnalité du Maître de Weimar. Un peu surpris et déconcerté devant cette ap-\nparition inattendue, le grand public hésite encore à prononcer le mot cle génie,\nmais il s'arrête curieux et conquis, avec un intérêt extrême et une vieille sym-\npathie, devant les fragments de l'oeuvre immense qui lui est révélée.] ;\nDe toutes les œuvres de Liszt entendues jusqu ici, la Nuit de Noël, exécutée au\nConservatoire le 11 et le 18 décembre dernier, est celle que j'ai le mieux goûtée ;\nelle m'a paru supérieure tant par l'originalité, la valeur et la sincérité de son ins-\npiration, que par la profondeur d'émotion qui s'en dégage. Elle comprend cinq\nmorceaux.\nA. Prologue, orchestre. ~\nB. Pastorale et Annonciation des Anges.\nC. Stabat Mater speciosa, hymne.\nD. Le chant des bergers àla crèche, orchestre.\nE. Les trois saints Rois, marche.\nLe Prologue a pour épigraphe un verset d'lsaïe : « Cieux, envoyez d'en haut\nvotre rosée, et que les nuées fassent descendre la justice comme une pluie ; que\nla terre s'ouvre et qu'elle germe le Sauveur. »\nL'orchestre exprime de très prenante façon l'attente mystique de la nature\ndans le calme recueilli de la nuit oû passent quelques frissons de séraphique\nallégresse. L'idée de Justice, l'affirmation de la divine mission, sont sobrement\nmais fortement indiquées en quelques mesures chantées par les cuivres sur un\nmode liturgique.\nLe Prologue enchaîne avec la Pastorale des bergers « qui passaient la nuit\ndans les champs, veillant tour à tour à la garde de leurs troupeaux s>.\nCette page est d'un charme pénétrant, et combien personnelle ! Quelle suave"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "608", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.48", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": "fantaisie dans le dialogue de ces pâtres, qui sûrement ont dans leurs veines\nquelques gouttes du sang tzigane ! Puis, silence !... Au-dessus des violons et des\nflûtes, laissant voir les cieux entr'ouverts, voici venir l'Ange (soprano solo) qui\nclame la bonne nouvelle, saluée par un joyeux épanouissement polyphonique\ndu chœur : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux\nhommes de bonne volonté. »\nUne vieille hymne en tercelets rimés, chantée a avec reprises sou-\ntenues par l'orgue,\nStabat Mater speciosa\nJuxta fœtum gaudiosa\nDumjacebat parvulus,\nCujus animam gaudentem,\nLaetabundam et ferventem,\nPertransivit jubilus,\nnous amène devant la Vierge et l'Enfant. Durant cette contemplation, bien que\nles paroles prises comme texte ne l'indiquent pas, le musicien fait pressentir\ntoutes les douleurs de la Passion, les gloires de l'Ascension, les promesses de\nla Rédemption. L'effet est saisissant.\nLe numéro VI, c'est le chant des Bergers à la crèche. Ici je voudrais pouvoir\nsuivre dans tous ses détails la partition, du pittoresque le plus savoureux, d'où\nmonte je ne sais quel parfum d'adoration naïve et pleine de grâce. A mon\navis, c'est dans ce morceau d'orchestre et dans la Pastorale que la personnalité\ndu compositeur s'est le plus originalement affirmée.\nL'Adoration des trois saints Rois, qui viennent offrir « l'or, l'encens et la\nmyrrhe », est sonore, autant qu'il convient à l'importance d'aussi riches sei-\ngneurs, mais pas très profonde. Elle m'aurait laissé plutôt froid.\nConstater une fois de plus l'excellence des exécutions de la « Société des\nConcerts » est, je pense, chose superflue. Souhaitons vivement qu'elle nous\ndonne bientôt les deux autres parties de Christus.\nLe public des abonnés (quel public, par Apollon !) fît toujours à Nuit de Noël\nun accueil réservé. Cela sied à des gens qui doivent apprendre de leurs ancê-\ntres ce qu'il convient d'applaudir.\n\nMAURICE FOURRIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1905-12-01-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabj_1905-12-01_01#c068", "volume": "bmtnabj_1905-12-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "608", "page_fin": "616", "image_debut": 48, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.2.18", "titre_corps": "Les origines de la musique et le travail social, d'après Bücher.", "titre_sommaire": "Les origines de la musique et le travail social, d'après Bücher.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "608", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.48", "debut_caractere": 1975, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "Les origines de la musique et le travail social, d'après Bücher.\n\n(Fin.)\nJ'ai aujourd'hui à faire l'examen critique de la théorie de Karl Bûcher sur les\norigines du rythme. Ainsi que nous l'avons vu, l'auteur du livre que j'ai analysé\ncroit apercevoir ces origines dans le travail ; il le considère comme une néces-\nsité de la vie primitive, caractérisée par la répétition régulière des mêmes\nmouvements. D'après lui, cette répétition, avantageuse dans le travail indivi-\nduel parce qu'elle évite les pertes de temps, devient indispensable lorsque le\ntravail est fait en commun par un groupe d hommes, et c'est elle qui produit le\nrythme."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "609", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.49", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3761, "texte": "Vers la fin de son livre, l'auteur a consacré un chapitre à la danse, et il y\nétait tout naturellement amené par son sujet. Puisqu'il étudiait les mouvements\ndu corps et leur discipline dans les exercices collectifs, il ne pouvait manquer de\ns'arrêter un instant à une forme de l'activité qui a pour loi l'ordre et la répétition\nde certains mouvements.\nMais comme ce chapitre de son livre se rattache à un côté du sujet qui est\nassez différent des autres et qui, du reste, a été très souvent envisagé à part,\nj'en rejetterai l'examen dans une autre leçon. Je vais d'abord présenter quel-\nques observations sur la partie de la doctrine que nous connaisons ; plus tard\nje dirai quelques mots de la danse.\nMa première observation, très générale, c'est que le rythme, à la genèse duquel\nBûcher rattache celle de la musique tout entière, n'a peut-être pas, malgré les\neffets extraordinaires qu'il peut produire à l'occasion, l'importance qu'on lui\nattribue. Je parle du rythme au sens restreint et usuel du mot, celui qui a pour\ncadre la mesure binaire ou ternaire, le seul d'ailleurs dont il soit question dans\nArbeit und Rythmus. J'ai déjà dit que R. Wagner le considérait comme étranger\nàla musique et affirmait qu'il avait été introduit en elle très tard, au xvme siècle.\nCe qu'il y a de certain, c'est que nous connaissons beaucoup d'oeuvres, telles que\ncertaines opérettes ou certaines valses de café-concert, qui sont très bien rythmées,\nqui empruntent même au rythme leur raison d'être, et qui ont une valeur artistique\ntrès faible,tandis qued'autres compositions, commecelles dePalestrinaet de son\nécole, comme certains récitatifs, et comme le plain-chant tout entier, ont une\nbeauté de premier ordre, sans être « rythmées ». Il en est de même de beaucoup\nd'œuvres modernes dont la tendance très nette est d'éviter l'équidistance rigou-\nreuse des temps forts et des temps faibles et de disposer les valeurs de telle\nmanière que la mesure soit à peine perceptible. Nous sommes avertis par de\ntels faits qu'il y a dans la musique autre chose qu'une succession régulière de\nnotes accentuées et de notes privées d'accent ; cette autre chose, c'est une oeuvre\nd'imagination, de fantaisie, de sentiment et de construction technique, et il se\npourrait bien que ce fût l'essentiel ; tout le reste, l'accessoire : ce ne sont pas les\nconsidérations et les analyses présentées par Bûcher qui me paraissent de nature\nà renverser l'ordre de ces préséances.\nVous vous rappelez que, d'après lui, 1 homme qui travaille se transforme peu\nà peu en une sorte d'automate inconscient. Ses mouvements, qui d'abord étaient\ndirigés par un acte de l'esprit la conception du but à atteindre et celle des\nmoyens appropriés deviennentbientôt mécaniques. L intelligencen a plus à s en\nmêler : ils se règlent tout seuls, soutenus par l'habitude et par la force acquise.\nA fortiori, l'émotion n'y joue plus aucun rôle. Le travailleur ressemble à un\nappareil bien monté : ce n'est plus un esprit qui réfléchit et calcule, c est une\npaire de bras, de mains et de pieds, qui triturent, polissent, foulent en cadence une\nmatière quelconque. Quand le travailleur est fonction d un groupe, cette trans-\nformation est plus grande et plus complète encore, si c est possible. La person-\nnalité de chaque individu s'efface et se trouve annihilée, pour assurer la marche\nrégulière de l'ensemble. Et c'est cette sorte de ronronnage uniforme, si je puis\nm exprimer ainsi, qui créerait le rythme, générateur de la musique.\nUne objection, que vous devinez sans doute, peut être faite à cette théorie.\nTout le monde est d'accord pour reconnaître que 1 art musical est le plus\némouvant de tous ; nous avons ajouté qu'il était le plus finement intellectuel,"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "610", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.50", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "N'y a-t-il pas quelque chose d'étrange à affirmer que cet art est sorti d'une\nforme d'activité qui a pour loi l'inaction de l'intelligence et du sentiment ?\nLe travail manuel, nous dit-on, dépouille peu à peu le travailleur de sa person-\nnalité actuelle comme d'une chose gênante ou inutile ; son action sur la vie\nintérieure est analogue à celle d'une machine pneumatique faisant le vide dans\nune cloche de verre : et c'est lorsque ce vide serait complet, c'est lorsque\ntoutes les forces morales seraient domptées ou assoupies et maintenues dans\nun sommeil passager, qu'apparaîtrait le germe d'un art destiné à exercer une\ninfluence si troublante sur notre sensibilité ? 11 est difficile d'admettre qu'une\ndes conquêtes les plus brillantes de la civilisation, une de celles qui plus\ntard donneront des ailes à l'esprit et étendront à l'infini le pouvoir expressif\ndu langage, ait précisément pour point de départ l'effacement moral de l'in-\ndividu, et, ce qui est plus grave, de tout le groupe dont il est fonction. Ce qu il\ny a de tout aussi inquiétant, en effet, dans la doctrine de Bûcher lorsqu'il\narrive à l'étude du travail socialisé, c'est que le rythme se trouve créé, d'après\nlui, par une discipline très sèche réglant les allures individuelles, par une\nsorte de caporalisme formel, qui donne bien un caractère périodique à l'exercice\nd'une activité collective dirigée vers le même but, mais ne réalise que l'accord\ndes gestes, et fonde une harmonie purement extérieure, en excluant toute\nintervention du sentiment. Une théorie semblable renverse nos idées les plus\nraisonnables, et je vous prie d'en bien voir toutes les conséquences logiques.\nAvec un tel système, l'art ne se trouve plus fondé sur l'invention, mais au\ncontraire sur la routine ; il ne vient plus de ce qui est intime et profond en\nnous, il résulte d une adaptation mécanique de la force musculaire à un objet ;\nil n'est plus désintéressé : il a, au contraire, pour point de départ une conception\ntrès utilitaire, le souci d'éviter les dépenses de force inutiles et les pertes de\ntemps. Il n'est plus libre ; il est imposé par la nécessité, et il a pour fondement\nl'autorité. Il n'est plus constitué par un progrès, mais par une évolution\nrégressive au point de vue intellectuel et passionnel, par une sorte de retour à\nl'animalité ; enfin il ne faudrait plus voir en lui la création d'un être mieux\ndoué que les autres, plus intelligent et plus vibrant, ébauche de l'Orphée futur,\nmais l'oeuvre involontaire d'un tâcheron ahuri par sa propre besogne, ou l'œuvre\nbanale d'un chef d'équipe surveillant des hommes courbés sur leurs outils et\npréoccupé d'en tirer le meilleur parti possible.\nJe sais bien que, quand on fait de l'histoire, il faut s'habituer à cette idée\nque les commencements de l'art sont très humbles, grossiers même et voisins\ndes formes de la vie animale : la musique ne sort pas de l'esprit humain\ncomme une Minerve armée du cerveau de Jupiter ; au moins ne faut-il pas\nque les origines attribuées à un art soient contradictoires avec les caractères\nessentiels et ultérieurs de cet art. Un incendie peut sortir d'une étincelle, mais\nil ne peut pas sortir d'une réunion de cendres glacées. Or, avec le système de\nBûcher, il paraît bien difficile d'expliquer les effets que la musique produit\naujourd'hui sur nous. Darwin, en proposant la solution dont j'ai parlé il y a\nquelquessemaines, en rendait compte parfaitement: la musique, disait-il, produit\nen nous une tendance aux émotions tendres; pourquoi ? parce qu'autrefois, dans\nles espèces inférieures d où nous sortons, le chant était employé par le mâle\npour séduire la femelle ; ces émotions tendres sont aujourcl hui vagues, accom-\npagnées même d'un certain étonnement, d'un certain mystère qui fait toute la"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "611", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.51", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "poésie cle la musique, parce que la musique n'a plus parmi nous la même\nfonction ; nous sommes sous l'influence d'une hérédité inconsciente que nous\nne comprenons plus. Bûcher, au contraire, paraît être dans l'impossibilité de\ndonner une explication satisfaisante. En effet, pourquoi la musique, lorsqu'elle\nest très rythmée, produit-elle aujourd'hui sur nous de si vifs sursauts d'émotion ?\nSi elle est née d'une sorte d'anéantissement passager de nos facultés mo-\nrales, pourquoi excite-t-elle parfois notre activité intellectuelle au plus haut\ndegré ? Pourquoi une marche vivement exécutée par une musique militaire nous\nfait-elle comprendre des entraînements qui peuvent aller jusqu'à l'héroïsme et\nau sublime ? Ne devrait-elle pas, d'après les origines supposées du rythme\net conformément à la loi des associations héréditaires, avoir au contraire\nsur l'auditeur, au point de vue moral tout au moins, un pouvoir déprimant ?\nLa seconde partie de la théorie, qui est comme suspendue à la précé-\ndente, donne lieu à des observations du même genre. Bûcher fait sortir la\npoésie et la mélodie d'interjections initiales qui sont presque de simples réflexes.\nLa voix humaine, employée d abord comme régulatrice, comme adjuvant du\ntravail socialisé, commence par de simples appels ou cris de convention qui\nreviennent à intervalles fixes, en marquant les temps forts, les moments d'atta-\nque ; puis, entre ces appels qui serviront plus tard de refrain, s'intercalent des\nphrases, des mélodies ; et ainsi s'organisent peu à peu les premières formes de\nla poésie et de la musique.\nCette explication est ingénieuse, séduisante comme construction logique, mais\nil nous est difficile d'admettre que la poésie et le chant aient des origines aussi\npauvres, aussi insignifiantes. Toute doctrine qui les explique par le pur mé-\ncanisme paraît en contradiction avec les faits. Je ne crois pas, du reste, que la\nlibre activité de la pensée et du sentiment (idées qui nous sont nécessaires\npour faire la théorie de l'art) soit incompatible avec le travail matériel le\nplus discipliné ; et ici je serais tenté de dire que la psychologie du travailleur\na été faite d'une façon inexacte ou très incomplète. Bûcher, préoccupé des\ntravaux de Wundt, n'a mis en lumière que le côté physiologique du problème.\nUn homme qui fait un travail manuel n'est un automate que par rapport à\nla tâche exécutée ; mais, en soi, ce n'est pas nécessairement un homme qui\ncesse de réfléchir ; il peut même arriver que ce soit tout le contraire.\nCertains écrivains sentent parfois leur imagination et leur faculté créatrice\ns'éveiller lorsqu'ils se livrent à un travail manuel ou à un exercice mécanique.\nTrès souvent, les anciens ont parié du chant rythmé comme d'une récréation\nqui délasse après l'effort, le travail une fois accompli. D'après le poète latin,\nc'est lorsqu'il s'est assis sur la pierre du chemin pour se reposer, que le berger\nprend sa flûte et en joue :\nFessus ut incubuit baculo saxoque resedit,\nPastor arundineo carminé mulcet oves (i).\nD'après Bûcher, c'est au moment où l'activité bat son plein quele chant prend\n(i) Je dois dire que la suite donne raison à Bûcher :\nCantantis pariter, pariter data pensa trahentis\nFallitur ancillse decipiturque labor ;\nmais ce texte tend à montrer que l'oisiveté peut produire les mêmes effets que le travail."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "612", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.52", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "naissance ; c'est l'effort lui-même qui en constitue la règle. La musique ne sort\nplus de loisirs heureux ; elle est fille du travail et de la nécessité !\nJ'ai souvent constaté (et chacun de nous a pu observer sur soi-même) que\nl'exercice physique prolongé et quasi automatique est un stimulant pour\n1 intelligence et que, en absorbant et en divertissant l'activité matérielle, il l'em-\npêche de troubler l'autre activité et met cette dernière à l'abri des sollicitations\nmultiples et des distractions qui viennent du dehors ; il lui rend, en un\nmot, son autonomie. Le travail à mouvements périodiques est-il une servitude ?\nOn pourrait aussi bien dire qu'il est un affranchissement, parce qu'il occupe\net amuse les sens, les empêche de nous déranger et rend à la pensée toute son\nindépendance. Le retour de rythmes indéfiniment répétés ressemble à ce cercle\nmagique, infranchissable, où les enchanteurs des contes de fées emprisonnaient\nleurs ennemis ; en imposant une limite à l'influence du physique et en la\nramenant toujours sur elle-même, il la réduit au minimum et libère l'intel-\nligence. Si certains villageois sont capables de rêverie, c'est beaucoup plus, je\ncrois, lorsqu'ils battent de leurs fléaux l'aire couverte d'épis, que dans leurs\nmoments d'oisiveté complète.\nAutre point de vue : affirmer que le travailleur primitif est capable de régler tou-\njours le rythme musical sur celui des mouvements exécutés, c'est lui prêter un\nsens artistique assez avancé, qui est l'exception, et non la règle. J'ai vu des jeunes\ngens très bien élevés danser imperturbablement à 3 temps sur des airs qu'on\nleur jouait à 4 temps. Cela ne les gênait en rien. Ils n'avaient ni oreille, ni sens\nmusical. Peut-on prêter uniformément aux primitifs une aptitude à l'observation\ndu rythme que n'ont pas beaucoup de nos contemporains ?\nMa seconde objection est d'ordre historique.\nOn a parfois reproché à ceux qui étudient les commencements de l'art de ne\npas distinguer avec assez de précision les sociétés primitives de celles qui ne le\nsont plus, tout en étant étrangères à notre civilisation, et de mettre sur la même\nligne des groupes très différents, en adoptant une classification superficielle qui\ndevrait être résolument rejetée quand on veut aboutir à une doctrine sociologi-\nque. Il me semble que le livre du professeur Bûcher n'échappe pas entièrement\nà un reproche de ce genre. Tous les chants qu'il reproduit sont bien des chants\nde travail associés à certains mouvements corporels ; mais pour que sa thèse\nfût démontrée, il faudrait d'abord que ces chants appartinssent exclusivement à\ndes hommes primitifs, encore au premier degré de la civilisation, et permettant\nde saisir comme au griffon de la source le jet initial de la production\nmusicale. Isoler, pour les étudier, des phénomènes de ce genre, est bien diffi-\ncile, sinon impossible ; mais l'auteur nel'a pas essayé. Dans Rythme et travail, les\ndocuments musicaux sont groupés d'après le sujet des chants ou le genre d'exer-\ncice dont ils paraissent inséparables, et non d'après le degré cle culture des peu-\nples, ce qui ne laisse pas de faire un assemblage un peu confus. Voici, pour citer\nun exemple, l'ordre des chansons notées qui forment l'appendice : i° chant des\nIndiens (Amérique ; 20 chant du Bengale -, 30 chant chinois ; 40 chant des Poly-\nnésiens; 50 chant de Samoa ; 6° chant des Egyptiens (13 pièces) ; 70 chant des\ngondoliers de Venise. Les chants (ou cris et appels) qu'on entend dans les rues des\ngrandes villes européennes sont mentionnés à côté de ceux des nègres d'Afri-\nque, des Grecs antiques, des Indiens de l'Amérique du Nord, ou des villageois de\nla Bohême et des bords du Rhin. Rien ne m'assure que toutes ces pièces aient"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "613", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.53", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "un caractère primitif authentique. Dans lincertitude où on me laisse, je crois\nêtre fondé à faire l'hypothèsesuivante : certains chants (nos24Ô, 247, 248, 250, 251,\n268) que nous voyons associés à tel travail manuel avaient peut-être, antérieure-\nment, un tout autre objet ; ils ont pu changer d'appropriation en vertu d'un acte\nde fantaisie utilisant un « timbre ».\nEn tout cas, nous pouvons raisonner de la manière suivante :\nLe travail social suppose la société elle-même; mais l'existence de la société\nsuppose certains faits qui nous invitent à reculer, en remontant plus haut, le\npoint de vue choisi pour l'explication du rythme.\nParmi ces faits, j'en citerai un seul : c'est le langage.\nNe pourrait-cn pas (en comblant ainsi une lacune que j'ai signalée dans le\nsystème de Spencer) rattacher au langage les origines du rythme ?\nLe rythme est fondé sur la répétition. Or on a constaté que le principe de la\nrépétition a servi à constituer un très grand nombre de mots dans le langage des\nprimitifs. Ce fait est assez suggestif, et il ne faut pas s étonner que dans son livre\nsur les Origines de la civilisation, Lubbock lui ait consacré une étude spéciale\naccompagnée de statistiques très précises.\nLubbock prend les mots commençant pas la lettre A, dans le dialecte d'une\ntribu africaine, et il montre que, comme les enfants, les sauvages aiment beau-\ncoup à répéter les mêmes syllabes. 11 constate ensuite combien nos langues\nmodernes de civilisés diffèrent des langues primitives.\nLes 1000 premiers mots du Dictionnaire anglais de Richardson ne contiennent\nque 3 exemples de répétition. Voici ce qu'on trouve par la seule lettre A dans un\ndialecte de sauvages :\nalu-ahi soir.\nake-ake éternel.\naki-aki ~ oiseau.\naniwa-niwa = arc-en-ciel.\nanga-anga agrément.\naru-aru épouser*\nati-ati chasser.\nawa-awa vallée*\nLes 1000 premiers mots d'un dictionnaire français ne contiennent que\n2 exemples analogues : ananas et assassin !\n1000 mots allemands (en prenant les lettres C et D) ne contiennent que\n2 exemples de répétition ; encore sont-ils empruntés aux langues étrangères\n[cacao, cocosnuss = noix de coco, etc.).\nLes 1000 premiers mots grecs ne contiennent que 2 répétitions (dont l'une est\nàêàpêapoç). Lubbock a dressé des statistiques comparées, qui sont très signi-\nficatives. Après avoir examiné de près le vocabulaire des nègres des îles Brumer,\net de la Louisiade, celui des habitants de la Nouvelle-Zélande, il arrive aux\nconclusions suivantes: dans les langues européennes, il y a deux mots sur mille\noù l'on trouve appliqué le principe de la répétition ; dans les langues « primi-\ntives », il y en a de 38 à 170, soit 104 en moyenne, sur mille (Origines de la civili-\nsation, appendice 11, p. 521 etsuiv., traduction Barbier, Germer-Baillière, 1873).\nPour un musicien, ces faits sont indifférents; pour un économiste appliqué à\nrechercher les origines du rythme musical, ils sont importants.\nVoici maintenant deux autres objections moins générales : l'une concerne"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "614", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.54", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 4095, "texte": "l'exactitude des faits sur lesquels s'appuie Bûcher, et l'autre la place réelle qu'il\nconvient de leur attribuer dans l'histoire de la civilisation.\n-Vous savez que, d après notre auteur, les diverses sortes de mesures et com-\nbinaisons qui les remplissent (dactyle, trochée, iambe, etc. .) ne seraient pas\nautre chose qu une espèce de graphique de l'effort musculaire, suivi d'une dé-\ntente plus ou moins longue que le travailleur fait avec ses mains et ses bras\nou avec ses pieds, soit lorsqu'il écrase des grains, lorsqu'il creuse un canot dans\nun arbre, lorsqu'il rame sur une pirogue avec d'autres hommes, soit lorsqu'il\naccomplit toute autre besogne imposée par les besoins de la vie pratique.\nPourvoir là une base sérieuse à une construction d'idées, pour pouvoir affir-\nmer que le rythme du chant suit le rythme des mouvements réels comme une\ndraperie s'adapte au modelé du corps qu'elle recouvre, et pour en conclure que\nla musique et la poésie ont été créées par le travail, il faudrait que les deux\nrythmes fussent partout et toujours identiques, nettement reconnaissables, et\nque l'un permît de retrouver l'autre. Est-ce possible? Je reproduirai, d'après\nl'auteur lui-même, une importante objection qui lui a été faite :\n« Dans un ouvrage récent sur le langage (1), M. B. Delbriick a fait une objection au chapitre\noù jai essayé de rattacher le rythme de la poésie à celui du travail : on n'a pas prouvé, dit-il,\nque le premier vient du second, parce qu'on ne prouve pas leur identité dans tous les cas. » Par\nexemple, nous devrions pouvoir constater que les chants de celui qui travaille avec le moulin à\nbras ont tous la même forme rythmique. —Cela est difficile, car il y a deux sortes de moulins à\nbras, essentiellement différentes : le moulin à pierre et le moulin tournant. Les mouvements qu'ils\nimposent au travailleur sont absolument différents. Le premier exige un allongement, puis une\nréduction des bras, qui poussent d'abord la pierre pour écraser le grain, puis la ramènent à son\npoint de départ ;le second exige un mouvement circulaire de la main. Il ne faut donc pas s'at-\ntendre à trouver dans « les airs de moulin » un rythme uniforme, mais au contraire des rythmes\ndifférents. Le moulin à pierre est manié suivant une mesure trochaïque, et c'est, le plus souvent,\ncelle des paroles dans les textes originaux. Le chant commence par un mouvement d attaque\nou d'élan (vorwàrts bewegung). Si on pense qu'il débute avec le recul de la pierre, on a des\niambes —) àla place des trochées ( Dans le mouvement tournant qu'exige l'autre\nmoulin, on peut faire entrer toute espèce de rythme (2) car la machine n'est plus maniée en\nmesure : elle nécessite seulement un effort musculaire continu. Le point de la circonférence\nqui marque le passage d'un tour à un autre tour peut être différemment choisi par chaque tra-\nvailleur, selon la position de son corps et la force de ses muscles. Il est donc parfaitement naturel\nque, dans un même peuple, les airs de moulin tournant soient très différents les uns des autres,\nbien que je ne connaisse pas d exemple de ces différences. Dans tous les cas, un instrument\ncomme le moulin à bras ne peut pas être assimilé à une machine comme le moulin à café, et si\nM. Delbriick se fait fort, en tournant un moulin à café, de chanter n'importe quoi, par exemple :\nIl était un roi de Thulè, cela peut faire honneur à son talent et à sa voix mais ne prouve rien. )>\nCe qu il faut retenir de cette déclaration, c'est qu'un même travail peut\nadmettre des rythmes différents, et je ne crois pas que la « position du corps »\ndétermine seule le choix du musicien. En fait, il y a des chansons de même\ncatégorie dont les rythmes sont contradictoires sans avoir l'excuse du mou-\nlin tournant et ne permettent de reconnaître aucun exercice précis. En\nvoici un exemple :\ni° Chanson indienne (chanson de rameurs) :\n\n(1) G) undfiagen des Sprachforschung mit JRùcksicht ciuf W. Wundts Sprachpsychologie erôr~\ntert (Strasbourg, 1901).\n(2) Jst so ziemlich jeder Rythmus denkbar (Arbeit und Rythmus, p. 441-2),"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "615", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.55", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "20 Chanson chinoise :\n30 Chanson égyptienne :\nLes deux premières de ces chansons ont une mesure binaire ; la troisième est\nà trois temps. Ce sont des chansons de rameurs.\nEn admettant qu'on ne rame pas de la même manière sur le Rio-Negro. sur le\nfleuve Jaune et sur le Nil, qui pourrait reconnaître, dans ces suites de notes, le\nrythme d'un mouvement réel ? L. Delaporte a entendu au Cambodge, chez les\nsauvages Kouvs, une mélodie instrumentale qui ressemblait à celle des bateliers\ndu Nil (Voyage au Cambodge, p. 90). Il y a là des formes essentielles au\nrythme, dont on ne se rend pas compte : les coupes de la phrase, le retour de\ncertaines idées mélodiques, le chant responsorial (alternance du soliste et du\nchœur). Dans d'autres chansons, on trouve le chant antiphonique (division du\ngroupe en deux demi-chœurs). Dom Caffiaux, qui a consacré quelques lignes\nau rôle de la musique dans la navigation (Dissert. I, p. 74 du manuscrit delà\nB. N.), cite des textes de Cicéron, de Censorinus, d'Athénée, de saint Isi-\ndore, etc., montrant, d'après lui, que la musique était employée pour le plaisir\ndes rameurs, et non pour maintenir leur bonne discipline, ce qui est tout\ndifférent.\nL'explication des origines de la musique devient impossible si, avec certains\nfaits d'un caractère moral, on n'admet pas le besoin de sympathie entre les êtres\nd'un même groupe.\nLe rythme, tel que le comprend Bûcher, ne crée que l'accord des gestes : pour-\nquoi ne pas supposer que, même chez les hommes les moins cultivés et au pre-\nmier degré de la civilisation, il yen a quelques-uns ne fût-ce qu'un seul !\nqui, obscurément, sont émus à la pensée de créer l'accord des sentiments ?\n« La solidarité et la sympathie des diverses parties du moi, dit Guyau, nous\na semblé constituer le premier degré de l'émotion esthétique ; la solidarité so-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "616", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.56", "debut_caractere": 132, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "ciale et la sympathie universelle sont le principe de l'émotion esthétique la plus\ncomplexe et la plus élevée. C'est dans la négation du moi, négation compatible\navec la vie même, que l'esthétique, comme la morale, doit chercher ce qui ne\npérira pas. ». (L Art au point de vue sociologique, Alcan, 1889.)\nLe privilège essentiel de la musique est d'élargir notre moi, de l'ouvrir aux\nêtres qui nous entourent et de le faire rayonner sur eux. Je ne fais aucune diffi-\nculté de croire que dans ses saltations les plus grossières, dans ses mélodies les\nplus incomplètes et les plus informes, le sauvage éprouve déjà, par l'identité des\nmouvements, l'obscur plaisir de n'être pas isolé et de se sentir en fonction d'une\nsociété. Spencer dit lui-même avec raison que la musique, étant le meilleur\nvéhicule de la sympathie, est l'art qui sert le mieux la civilisation, parce qu il\nréprime les tendances qui font de nous des antagonismes.\nPour ces raisons, je conclurai en disant que ce livre si net et si plein, si for-\ntement construit, du prof. Bûcher, est une contribution fort intéressante à la\nrecherche des origines du rythme, mais qu'il ne saurait suffire, par lui-même,\nà la solution d'un problème qui reste toujours posé.\nENSEIGNEMENT DU CHANT DANS LES LYCÉES. Nous sommes heureux d'appren-\ndre qu'une chorale vient d'être fondée au lycée Janson-de-Sailly (qui compte\nplus de 2 000 élèves), sous la haute direction de M. Bourgault-Ducoudray,\nassisté, pour les travaux préliminaires, de M. Pastor.\nL'abondance des matières n,ous oblige à ajourner toute la partie de notre corres\npondance relative à la musique orientale.\n\nJ. C."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "561", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 22 (cinquième année)\nler1er Décembre\n1905.\nR. M.\n41\n\nSYLVIO LAZZARI ANTOINE BANÈS.\n\nM. Sylvio Lazqari est le compositeur du jour. Au sujet Armor, cjue M. le\nMaire de Lyon nous fit entendre, le 22 novembre, au grand théâtre municipal, toutes\nles galettes musicales ont parlé de ce compositeur de haut caractère. Ici, nous vou-\ndrions essayer de conclure. Sylvio Lazzari, qui a connu, comme tous les grands\nartistes, de dures épreuves, a une physionomie très originale : né à Bozen ( Tyrol)\n\nSYLVIO LAZZARI."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "562", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.2", "texte": "SYLVIO LAZZARI. ANTOINE HA'NÈS\n\nen 1860, ancien étudiant à Munich et à Vienne ou il conquit avec la balafre obli-\ngatoire le titre de docteur en droit, ancien élève de Guiraud et de César Franck\npour la composition, naturalisé français, c est un musicien dont les allures très dis-\ntinguées, un peu hautaines en apparence, cachent une sensibilité profonde, et quia\nconnu les rudes années dé apprentissage avant V heure de revanche qui vient enfin de\nsonner. Il eut le chagrin de voir un de ses opéras (la Lépreuse) annoncé sur Vaf-\nfiche, au début de ! année, d'un de nos théâtres officiels, d'être même régulièrement\nconvoqué à ce théâtre pour la distribution des rôles, puis de voir son œuvre ajournée,\nau dernier moment, comme « trop hardie » !.. Armor est écrit depuis longtemps. Il\nfut joué en entier au théâtre de Prague en 1898, et à Hambourg (octobre 1900) ; des\nfragments importants en furent donnés chez Lamour eux, à Monte-Carlo (concert du\n6 avril 1899), aux concerts du Châtelet, à la Société Nationale (26 avril 1900 ), à\nMarseille, avec un autre poème très curieux, Effet de nuit, que le Conservatoire\nnous fera, dit-on, entendre cet hiver. Le grand succès qui vient dé être obtenu à\nLyon et que soulignent quelques critiques passionnées, est une indication pour les\nscènes de Paris ; nous espérons qu il commence, pour Laqzari, une ère nouvelle et\ndécisive.\nArmor, légende héroïque et mystique enveloppée par la poésie de la mer bre-\ntonne, est de la même famille que le Lohengrin de Wagner, /'Arthus du regretté\nChausson, le Ferval de Vincent d'lndy : héros épris de gloire, ayant fait serment de\nchasteté, mais éperdûment aimé par une tentatrice royale (un peu comme le Renaud\nde Gluck).\nLazzari, quelques critiques. Oui, c'est un wagnérien, en ce sens que sa musique est\nde premier ordre, son orchestre fort et plein, frémissant, très varié, attentif à suivre\nle poème et à traduire tout l'intérêt dramatique de l'action, sans chercher jamais\ndes effets faciles ; c est un wagnérien, car il se préoccupe de poser les personnages\nà l'aide de formules caractéristiques et de construire une œuvre à la fois très riche et\ntrès claire ; c est un wagnérien, car il sait admirablement son métier : la foi, la sin-\ncérité, la puissance, le sens de la couleur instrumentale, le dédain naturel de tout\nce qui est frivole et à côté, le font ressembler à tous les vrais maîtres. Mais il ne faut\npas aller plus loin. La partition d'Armor [dont le Prélude, en particulier, est un\nchef-d'œuvre désormais classé) abonde en trouvailles personnelles et hardies. Dans\nle Duo que reproduit notre supplément, on remarquera la très ingénieuse combi-\nnaison de deux chromatismes à directions contraires. Tout le 2e acte est hors de\npair.\nLe seul vœu que f exprimerais volontiers, c'est que, dans ses compositions ulté-\nrieures, au lieu de couper si souvent son style par des changements de direction\n(comme le veut d'ailleurs la loi du théâtre), M. Sylvio Lazzari prolonge un peu plus\nà l'exempte de Wagner le développement de ses idées mélodiques, et ne dé-\ndaigne toujours à l'exemple de l'auteur de la Tétralogie ni la marche triom-\nphale ou funèbre, ni le quatuor ou le trio vocal complet, en un mot ces épisodes qui,\nsans arrêter l'action et sans tomber dans la banalité, viennent en aide à l'auditeur\net le rafraîchissen t. Il y eut un peu d'excès dans sa première manière. Souhaitons\nque, sans rien perdre de sa personnalité, qui est celle d'un grand et noble artiste, il\nfasse quelques concessions au public dans le sens de la grâce et du pur agré-\nment.\nLa Direction du grand théâtre de Lyon a très brillamment monté Armor. La scène\nou la mer brise toutes barrières et fait irruption a même été mieux présentée"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "563", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.3", "texte": "MM. ISOLA ET LA DIRECTION DE L'OPÉRA\n\nqu'une scène analogue, à Paris, dans / Etranger de Vincent d'lndy. Parmi les\nchanteurs, Mne Jansen et M. Verdier, qui avaient des rôles très difficiles à chanter,\nméritent de chaleureuses félicitations, à partager avec l'orchestre qui fut excel-\nlent.\nLa Revue musicale est éclectique, parce qu'elle est étrangère à toute coterie. Avec\nle fragment d'Armor, nous publions quelques extraits du ballet le Péage, que M. Ba-\nnés vient de faire jouer avec succès à Genève. Ceci, ce n'est plus delà musique dra-\nmatique : c est dit divertissement. Ce genre veut de F élégance, du badinage et de\nl'esprit. M. Antoine Banès, Parisien de Paris, y réussit à souhait ; voici quelques\nnoies sur les œuvres de ce compositeur estimé.\nUn petit théâtre, blotti en un sous-sol, presque une cave, de la rue Auber, un\nthéâtre ou fon descend pour trouver sa place au contraire de l'usage journalier,\na mérité quelque renom. Liopérette, avec Fleur de thé; la comédie, avec le.Cabinet\nPiperlin, successivement ont régné là, non sans quelque faveur. Là débute, comme\ncompositeur, Banès, avec un acte ; la Nuit de noces, en 1881.\nToto, 1892, trois actes représentés au théâtre des Menus Plaisirs, obtient un\nsuccès de vogue très brillante. Puis viennent sur la scène des Boufes Parisiens, le\nBonhomme de neige, Nuit d'amour ; au théâtre des Folies dramatiques, le Roi\nFrélon.\nF Opéra-Comique accueille et fait applaudir deux actes : Madame Rose, la Sœur\nde Jocrisse. Ces courtes partitions procèdent d'un genre, autrefois dit la comédie\nà ariettes, où Grisar, Adam, après Nicolo et Dalayrac, ont excellé. La rencontre\npeut être encore très agréable de ces alertes badinages. Banès a de l'esprit,\nde l'élégance. Sa musique est bien parisienne, sans tomber jamais à se faire boule-\nvardière. C est dire qu'elle se gare de la vulgarité.\nBanès a écrit et fait représenter des ballets : l'an passé, Mademoiselle Cyclamen,\nà Aix; hier, le Péage, au grand théâtre de Genève.\nEnfin, il guette l'occasion de produire quelque œuvre nouvelle : un Chevalier\nd'Eon, une Léda, l'un et l'autre avec la complicité de notre ami et collaborateur,\nAugé de Lassus.\n\nJ. C.\n\nMM. Isola et la Direction de l'Opéra.\nLe privilège de M. Gailhard devant expirer prochainement, les frères Isola ont\nposé leur candidature et fait au Ministre de l'lnstruction publique les propo-\nsitions suivantes :\ni° Acceptation du cahier des charges ;\n2° Garantie artistique d'une personnalité musicale ;\n3° Garantie financière (3 millions 800.000 ;\n40 Création de quatre concours d'opéra avec 200.000 francs de prix à distri-\nbuer ;\n50 Réfection du matériel du répertoire ;\n6° Sept opéras nouveaux en plus des ouvrages imposés par le cahier des\ncharges ;"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "564", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.4", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\n7° Représentation quotidienne à l'Opéra pendant la saison théâtrale ;\n8° Création d'un Théâtre populaire contenant 4.000 places à 50 centimes,\n1 fr. 50 et 2 francs.\nLes frères Isola ont, avec l'esprit de grande entreprise et l'habitude du succès,\nune grande qualité : ils connaissent et marquent nettement les limites de leur\ncompétence. Leur candidature mérite sérieux examen. Il y a cependant un peu\nd'excès dans leur programme. Les quatre « concours» sont superflus: d'abord, ce\nsystème est condamné ; en second lieu, l'Opéra n'est pas un champ d'expériences.\nLes représentations « quotidiennes » paraissent difficilement réalisables sans un\nabaissement du répertoire. Tout le reste est bien séduisant ! L'essentiel est\nqu'on mette un terme à la misère et à la routine, à la parcimonie étrange (voir\nla mise en scène du Freischutz) ! et surtout à l'habitude de « tripatouiller » les\nchefs-d'œuvre, qui régnent actuellement dans notre Académie de musique.\n\nNotes sur la musique orientale. —Au Sénégal.\n— Aux Indes néerlandaises.\n\nDe Bamako (Haut-Sénégal et Niger), îq octobre igoq.\nMonsieur le Directeur de la Revue musicale,\nJ'ai l honneur de vous envoyer aujourd'hui ma très modeste contribution à l'im-\nportant travail que vous poursuivez. Dès mon retour en France, je. vous ferai par-\nvenir les clichés des épreuves au charbon que je vous adresse aujourd'hui ;je n'ai\npas cru devoir confier à la poste un colis aussi fragile.\nVeuillez agréer, etc... BELLILE.\nDes photographies envoyées par M. Bellile, nous détachons aujourd'hui la suivante :\n\nMARIMBA, OU PIANO RUDIMENTAIRE, DU SÉNÉGAL."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "565", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.5", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nCet instrument, dont nous avons déjà reçu plusieurs exemplaires venus de diverses régions de\nl'Afrique, a une échelle de 15 sons (comme un des systèmes parfaits des anciens Grecs !). Aucun\nd'eux n'établit un rapport exactement analogue à ceux de notre gamme européenne. Approximati\nveinent, on a la série suivante :\nIl ne faut songer ici ni à notre gamme mineure de Ici, ni à notre gamme majeure clu même ton.\nC'est un système sui generis dont notre notation ne peut donner qu'une idée grossière. M. l'abbé\nTrille, missionnaire, l'a parfaitement caractérisé dans la lettre que nous avons déjà publiée.\nBatavia, 2 octobre 1905.\nMonsieur,\nAprès avoir vécu 28 mois dans ce pays, je constate quil ne s?y trouve aucun\nphotographe amateur capable de procurer les documents qui vous intéressent !\nPermettez-moi de vous adresser quelques clichés contenant des renseignements utiles.\nVoici quelques indications bibliographiques :\nMM. de Saye et fils (18, rue des Fossés-Saint-Jacques, Paris) ont publié une bro-\nchure importante, /'Art japonais, écrite en /595 far M. Jules Lejaivre. anjourd hui\nconsul général de France à Hambourg f elle contient des données complètes sur la\nmusique japonaise. A signaler aussi le livre de Chailley-Bert, Java et ses habi-\ntants ; celui de Jules Leclercq, un Séjour dans l'île de Java, et larelaticn de voyage\ndu capitaine Bernard : A travers Java et Sumatra.\n\nBATAVIA: GENDANG (TAMBOUR)."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "566", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.6", "texte": "LETTRES INÉDITES DE MUSICIENS\n\nJe me tiens à votre entière disposition pour tout seivice ou renseignement\ncomplémentaires que vous jugeriez utile de me demander à une date ultérieure.\nVeuillei agréer, etc...\nPAUL SERRE.\nDe la Guinée (le nom de l'expéditeur n'est pas sur la lettre d'avis), du Tonkin (id. par les Mes-\nsageries fluviales et le bateau Manche), et de Chine par les soins de M. Lefeuve, nous avons reçu\ndes caisses d'instruments de musique curieux, dont nous parlerons dans la suite.\n\nBATAVIA: DANSE DES MAINS: XYLOPHONE, JEU DE TIMBRES EN FORME DE CLOCHES, REBAB\n(VIOLONCELLE), SOULING (FLUTE) ET TAMBOUR.\n\nLettres inédites de musiciens : Un pensionnaire de l'Académie\nde musique au XVIIIe siècle\n[suite).\nPour varier, nous donnerons aujourd'hui trois documents concernant un chanteur du xvme\nsiècle (pensionnaire de l'Académie royale de musique), chanteur bohème, qu'on ne s'é-\ntonnerait pas de trouver dans le Roman comique de Scarron, ou dans le Capitaine Fracasse de\nTh. Gautier. Nous extrayons ces documents de la colossale et splendide collection de docu-\nments sur 1 histoire du théâtre (autographes et gravures) dont M. Louis Mors est propriétaire et\ndans laquelle l'obligeant ingénieur veut bien nous autoriser à puiser. Cette collection a été cons-\ntituée par la grande tragédienne Rachel, et récemment acquise à l'Hôtel des ventes.\nA Monsieur le greffier de VHôtel de Ville de Paris.\nParis, ce 16janvier iqji.\nJai reçu, Monsieur, ce que vous in avez fait ï honneur de ni envoyer hier, avec\nbeaucoup de joye. voyant bien qu on ne moubliait point... Je pense, Monsieur, que\nvous ne regretterez pas la raison que je vais vous dire ici, vous priant instamment\nde me pardonner toutes les importunités que je vous ai occasionnées, depuis que j'ai\nl honneur d être sous votre direction. Il est vrai, Monsieur, f avais bien besoin de\nce que vous m avez fait l honneur ae m envoyer hiermais ]e vous assure que fai"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "567", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.7", "texte": "LETTRES INÉDITES DE MUSICIENS\n\nbien plus besoin d'un chapeau, car le mien n'est pas mettable, étant troué de tous\nles cotés : et surtout dans la saison où nous sommes, l'on est bien aise de se couvrir,\nprincipalement, Monsieur, par rapport à la voix qui s enrhume fort aisément. Je\nserais fort charmé aussi, Monsieur, d avoir une bourse, car je n aime point porter les\ncheveux en abbé, ce/a m'es/ à charge. Si vous pouviez,Monsieur, me/a/re avozV cela\npoui demain, me feriez beaucoup de joye, e£ cela ni occasionnerait àni habiller\ndemain pour aller àla messe. Pour ce qui est du linge, je n'ai ni chemise garnie,\nni manche, je n'ai que des chemises de nuit. Si j'avais seulement deux paires de\nmanches, cela me suffirait et je serais fort proprement habillé. Vous pouvez\nexaminer, Monsieur, si dans ce que je demande il y a du superflu. Mais je\nvous plie en grâce, Monsieur, de ne point oublier le chapeau.\nJe suis, Monsieur, de tout mon cœur,\nVotre très humble serviteur,\nCARDINET,\nde l'Académie royale de musique.\nVoici deux autres documents qui compléteront le portrait de Cardinet :\nA Versailles, ce iy décembre /750.\nJe joins ici, Monsieur, les ordres du Poy, nécessaires pour faire transférer des\nprisons de la ville d'Orléans en celles de l'Hôtel de Ville, le s. Cardinet, acteur\nchantant de l Académie royale de musique. Vous pourrez charger de leur exécution\ntel officiel des gcudes ai chei s de l Hôtel de Ville que vous jugerez d propos. Jai\nVhonneur d'être très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant\nserviteur.\nD'ARGENSON.\nToute bonne comédie ne doit elle pas se terminer par un acte de clémence ?\nVoici une troisième pièce, qui, comme autographe, est la plus importante :\nDE PAR LE ROY\nIl EST ORDONNÉ au geôlier des prisons de l'Hôtel de Ville, où est actuellement\ndétenu le s. Cardinet, acteur chantant de l'Académie royale de musique, de le\nmettre en liberté ; quoy faisant il en sera bien et valablement déchargé. Fait à\nVersailles, le 26 janvier ijji-\nLOUIS {contresigné : D'ARGENSON).\nSur le chanteur Cardinet, nous avons recueilli, aux archives de l'Opéra, les renseignements\nsuivants :\nCardinet, que sa vie dissipée contraignit à quitter l'Opéra au bout de quelques mois de ser-\nvice, ne figure sur les livres qu'à partir du mois d'août 1750 (il aurait débuté en juillet) parmi\nles hautes-contre. Au mois de décembre 1750,1 e comptable lui retenait le mois précédent, parce\nqu'il n'avait point rendu une avance faite antérieurement. En novembre et décembre 1750,\nCaidinet, absent seins congc, se met dans le cas ci être emprisonné (!). C'est ce qui lui arrive en\njanvier 1751. Ce mois-là, il ne toucha que 11 livres 3 sols 2 deniers, pour les dix derniers jours\ndu mois durant lesquels il avait joué. En mai 1751, il est mis à l'amende de 3 livres « pour avoir\nmanqué à l'Opéra le mardy 11 mars 1751 » ;le vendredi 11 juin, nouvelle amende pour man-\nquement au service (absence). Cardinet touchait 33 livres 6 sols 8 deniers par mois.\nLe 4 juin, il est supposable qu'il dépensa en nopees et festins les 30 livres qu il s'était fait\navancer quelques jours auparavant par le caissier de l'Opéra.\nA partir de cette époque, il ne figure plus sur les listes d'émargement. Comme chanteur, il\nn'occupa jamais qu'une place très secondaire. Comme on le voit, les mœurs d'autrefois étaient\nplus dures qu aujourd'hui pour les artistes !"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "568", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.8", "texte": "QUESTIONS D'IIARMONIE\n\nQuestions d'harmonie.\nStrasbourg, 29 novembre 1905.\nMonsieur le Directeur,\nLe passage du Freischutz gi/e cLe la Revue musicale, e/ où on trouve un chan-\ngement enharmonique simultané dans deux voix différentes, 11 est pas isolé. Berlioz,\ndans son Grand Traité d'instrumentation, signale un passage, d'ailleurs célèbre,\naïe /'Orphée aïe Gluck :\nBussler (Partitur-Studien, p. 721) c//e cet exemple de Fr. Kiel, op. <so, 2e\nRequiem :\nLe même Bussler (ibid.) renvoie a la Lehre vom Orchestersatz, p. 306, où se\ntrouve un exemple analogue de Mozart.\nVeuille1 agréer, etc.\n11. M UMME.\nLille, 79 novembre.\nMonsieur,\nLe /e;r/e aïe Weber que vous citez [sol b contre fa ï£) donnerait lieu à de longues\nréflexions concernant la théorie musicale. Un rao/ seulement !\nEntre le sol b et le fa % il y a [pour me servir d'un langage simplifié) un inter-\nvalle qui équivaut à )0 d'octave, soz7 zm intervalle équivalent à i/ 6 de ton. Ce//e\nécriture traduit donc une dissonance très sensible, à la condition que les exécutants\njouent et chantent exactement ce qui est écrit, et ne confondent pas des notes dis-\ntinctes !\nVotre lecteur bien dévoué,\nEMILE DUSSELIER."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "569", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.9", "texte": "THÉÂTRES POPULAIRES ET THÉÂTRE LYRIQUE\n\nParis, 79 novembre.\nCher Monsieur,\nC'est, je crois* pour une raison d'exécution que, dans le passage suivant :\nWeber a substitué un fa %au sol b qui serait Iharmonie normale. Il a voulu éviter\nune gaucherie aux instruments qui auraient malaisément attaqué\nIl n en est pas de même pour Gluck : il a voulu produire un effet de férocité en\nemployant une dissonance qui est très caractéristique, à la condition qu'on l'exécute\navec justesse.\nQuant à la modulation\nelle est toute moderne, et n'existe certainement pas dans les classiques (1 ).\nVotre bien dévoué,\nX.\nAu sujet de la modulation enharmonique en général, nous reproduirons ici les\ntextes les plus intéressants que les lecteurs de la Revue musicale voudront bien nous\nsignaler.\nc>\n\nThéâtres populaires et théâtre lyrique : M. Henri Turot.\nNous avons sous les yeux le Rapport relatif à l icréition d'un théâtre populaire, présente par\nM. Henri Turot, conseiller municipal de Paris et co seiller général de la Seine. Ve Rapport,\nqui expose et défend un projet de M. Camille de Sainte Croix, a été lu le 25 de ce mois à la\ncommission consultative des théâtres. Très étudié et très complet, il comprend 23 pages d'im-\npression. M. Turot, qui a évalué dans leurs moindres détails les dépenses et les recettes proba-\nbles, conclut avec beaucoup d ampleur : il demande quatre théâtres nouveaux trois dans les\nquartiers excentriques, et un théâtre central pour lesquels il faudrait, d'après lui, 7,228,000 fr-\nde dépenses (première annéex, dont 3,928,000 fr. pour la création La recette prévue pour les douze\npremiers mois d'essai serait (en tout) de 2,800,000 fr. • Résolument, M. Turot repousse l'inter-\nvention d'un Mécène qui doterait généreusement Paris de ces nouveaux organes, et il propose\nle moyen suivant, fort ingénieux :\n« Une émission de bons, une loterie, sont des mouvements d'argent où tout le\n\n(r) Au sujet de cette modulation, une coquille typographique s'est glissée dans notre der-\nnier numéro (sol 9 majeur, au lieu de mineur) ; nos lecteurs ont certainement rectifié d'eux-\nmêmes. Parmi les très nombreuses lettres que nous avons reçues (et qui se répètent souvent),\nnous reproduisons seulement les plus caractéristiques, avec lesquelles nous sommes d'accord."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "570", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.10", "texte": "LE TROCADÉRO ET M. GUSTAVE LYON\n\nmonde participe égalitairement avec des avantages distincts de Vœuvre même pour\nlaquelle on les a autorisés. Une loterie surtout produit un capital certain, libre de\ntous engagements, et quitte de toutes responsabilités, puisque ce capital est issu\nd une masse anonyme d acheteurs de billets bornant leurs droits sur les sommes\nréalisées à une juste participation dans le tirage correct des lots publiquement of-\nferts. Il ny a donc que Vargent d'une émission de ce genre qui puisse commanditer\nune entreprise dont le caractère est de ne comporter aucune restitution de souscrip-\ntion, aucun payement de dividende, de ne devoir jamais se plier à des exigences\nde prêteurs intéressés, encore moins à des tyrannies capricieuses de donateurs\nfantaisistes. )>\nLe travail si soigné de 1 honorable rapporteur donnerait lieu à beaucoup d observations. Mais\nnous ne voulons pas embrouiller une question pour laquelle il y a déjà un nombre exagéré de\ncommissaires, de projets et d'idées de toute sorte. Nous souhaitons vivement qu on aboutisse,\ntout en nous montrant peu optimistes. Espérons que quand on aura des théâtres populaires,\non se préoccupera de créer un art populaire. Nous n'en avons pas ; nous en avons même de moins\nen moins. Avant de créera grands frais des théâtres nouveaux, pourquoi ne pas tirer parti de ce\nqui existe déjà ?M. Turot veut, pour la musique, qu'on fasse revivre « l'ancien répertoire ». Le\nthéâtre de l'Opéra-Comique n'avait il pas été reconstruit pour cela ?\n\nLe Trocadéro et M. Gustave Lyon.\n\nM. Gustave Lyon veut bien nous communiquer la note suivante que la Revue musicale reproduit\navec empressement. Directeur de la grande maison Pleyel, ancien elève de l'Ecole polytechnique\net de l'Ecole des mines, et hautement qualifié, par conséquent, pour étudier avec précision\nun problème de science musicale, M. Gustave Lyon a rendu un réel service public, en éclairant\ncette question obscure et si importante de l'acoustique des grandes salles. Nous sommes assurés\nque M. le Sous-Secrétaire d Etat aux Beaux-Arts et son administration, toujours préoccupés de\nréaliser des progrès comme aussi d'appliquer le principe suum cuique. tireront parti de travaux\noù tant d efforts et de compétence technique ont été dépensés, sans qu'il en coûtât rien à 1 Etat.\nIl y a plus d'un an, la Revue musicale voulait bien porter à la connaissance\ndu public que des essais avaient été entrepris au Trocadéro, à l'effet d'analyser\nquelles étaient les défectuosités que présentait, au point de vue acoustique, cette\nimmense salle, d'en rechercher les causes et d'en trouver les remèdes.\nLa direction des Beaux-Arts, qui s intéressait d'une façon toute spéciale aux\nperfectionnements de la salle du Trocadéro pour développer son utilisation artis-\ntique, m'avait très libéralement concédé le droit de faire, à mes frais, toutes les\nexpériences qui me sembleraient utiles.\nC'est ainsi que le premier obstacle que l'éminent architecte du Trocadéro,\nM. Bourdais, avait craint de voir s'élever sur la route de l'analyse, c'est-à-dire\nl'absence de crédits, s'est trouvé écarté de la façon la plus simple, par la suppres-\nsion même de toute demande de crédit.\nLes concours dévoués, et pour ungrand nombre gracieux, qui m'ont été prêtés\nà cette occasion, m'ont permis de réaliser toute la série d'expériences qui dès le\ndébut avaient paru nécessaires pour solutionner la question posée.\nTout le personnel du Trocadéro, y compris l'honorable M. Bourdais, un\ngroupe de collaborateurs de la maison Pleyel, des mélomanes, des membres de\nl'lnstitut, du bureau des Longitudes, des professeurs et des savants émérites en\nme prêtant, avec la meilleure bonne grâce, leur concours simultané, m'ont per-\nmis de mener rapidement à terme le travail d'analyse."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "571", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.11", "texte": "LE TROCADÉRO ET M. GUSTAVE LYON\n\nDes procédés d observation absolument rigoureux m'ont amené,en définitive,\nà savoir que de chaque point de l'estrade du Trocadéro, un son de durée aussi\ncourte que possible (en 1 espèce celui produit par une claquette de bois) était\nperçu, accompagné d'un écho, de différents points parfaitement déterminés de\nla salle.\nUne fois en possession du relevé des points correspondants d'émissions et\nd'échos, une nouvelle série d'études (études de cabinet alors) furent entreprises\nà l'effet de rechercher les causes de ces échos dûment constatés.\nLa géométrie dans l'espace et la descriptive avec lesquelles nos jeunes années\nde l'Ecole polytechnique avaient été bercées nous furent d'un puissant secours\npour solutionner le problème qui se posait à nos réflexions.\nLes concours les plus remarquables me furent assurés.\nJe dois ici, en passant, signaler la collaboration particulièrement précieuse\nd'un jeune ingénieur de l'Etat, M. René Dubrisay.\nA la suite de nombreuses épures, des conclusions précises furent tirées.\nJ'avais acquis la conviction, sur le papier, que le son émis d'un certain point\nde l'estrade et qui produisait un écho en un certain point de la salle, ne le pou-\nvait faire qu'à cause d'une région parfaitement définie de la surface intérieure du\nTrocadéro. Des appareils à l'aspect un peu monumental (mais il faut bien, dans\nune expérience de mouvements vibratoires dont les longueurs d'onde atteignent\njusqu'à 10 mètres, avoir des appareils un peu différents des microscopes connus)\nfurent construits et amenés dans la salle du Trocadéro, afin de vérifier non plus\nseulement sur le papier, mais de auditu et de la façon la plus nette (7 ou 8 cas\nétant choisis dans les conditions les plus différentes), que c'était bien les régions\nde la surface intérieure du Trocadéro que l'analyse nous signalait\ncomme coupables, qui étaient en effet les coupables.\nDès lors, en procédant de proche en proche, il nous a été facile de circonscrire\nsur lesdites surfaces intérieures du Trocadéro toutes les parties nocives; il nous\nétait même possible de mesurer la nocuité relative de telle ou telle partie, et\nc'est ainsi que des conclusions d'ordre pratique purent être émises sur l'action\nnéfaste des différentes régions de la surface interne de la salle.\nDans une troisième série d'expériences qui ne dura pas moins de six mois, le\nproblème de la correction des surfaces dangereuses fut posé, étudié sous toutes\nses faces et finalement résolu.\nAujourd'hui, lors de la construction d'une salle, on pourra, on devra prévoir\nquel sera le rôle de chacune des portions des surfaces intérieures de la salle, et\nl'architecte constructeur devra, avant tout, disposer ces surfaces, soit comme\norientation, soit comme courbure, de façon que l'écho fatal ne se produise\nen aucun point voisin d'un auditeur. Mais, lorsqu'on a affaire à une salle déjà\nconstruite ou lorsqu'une nécessité esthétique empêchera d'adopter la solution\nrationnelle indiquée par la géométrie, il sera désormais loisible de rendre à peu\nprès négligeable l'action dommageable de ces surfaces en réduisant à peu près à\nzéro leur rôle au point de vue répercussion sonore.\nPour cette dernière partie des expériences, le regretté M. Marey nous avait\naccueilli avec son libéralisme bien connu, dans sa magnifique installation du\nparc des Princes.\nAussitôt que ces travaux furent terminés et que les conclusions absolument\nprécises en furent tirées, nous pensâmes que la correction du Trocadéro, qui"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "572", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.12", "texte": "LE TROCADÉRO ET M. GUSTAVE LYON\n\nétait une chose extrêmement pratique et de dépense très faible, allait être promp •\ntement réalisée.\nNous avions compté sans les justes préoccupations de réminent M. Bourdais,\nqui trouva plus sage qu'une Commission de hautes personnalités scientifiques\nfût appelée à reprendre pour ainsi dire les travaux d'analyse déjà accomplis.\nC'est avec une joie non dissimulée que j'acceptai la nomination de cette Com-\nmission qui devait certainement, et mieux que moi, résoudre le problème posé à\nses réflexions : améliorer les conditions acoustiques du Trocadéro.\nCette Commission s'est réunie plusieurs fois et, contrairement à beaucoup de\ncommissions, elle a abouti en faisant siennes les conclusions de mes travaux et\nle programme du traitement à appliquer à la salle du Trocadéro.\nCette Commission, instituée à l'effet de rechercher les moyens propres à\naméliorer l'acoustique de la salle des Fêtes, se composait de :\nPrésident. (Le Président était le regretté M. SCELLIER DE GISORS, Inspecteur\ngénéral des bâtiments civils, aujourd'hui décédé. M. l'lnspecteur général GUA-\nDET assure son service.)\nMembres : MM. BOURDAIS, architecte du Palais du Trocadéro ; BRUNEL (Dr\nBlondel), compositeur de musique; CHARPENTIER (Jules), membre du bureau\ndes Longitudes ; CHAPUIS, professeur de physique à l'Ecole centrale ; d'Es-\nTOURNELLES, chef du bureau des Théâtres, de la Conservation des palais et du\nmobilier national ; LANDRIN, administrateur du Palais du Trocadéro ; LYON,\ningénieur civil (directeur de la maison Pleyel, Wolff, Lyon et Cie) ; MARÉCHAL\n(Henri), compositeur de musique, prix de Rome ;MERCADIER, directeur des Etu-\ndes à l'Ecole polytechnique ; PICOT, chef du bureau des bâtiments civils et des\npalais nationaux ; PIERNÉ, compositeur de musique, prix de Rome ; PILLET,\nprofesseur au Conservatoire des Arts et Métiers ; PERDREAU, chef du bureau de\nla liquidation des dépenses et du contentieux; VIOLLE, membre de l'lnstitut,\nmaître de conférences à l'Ecole normale supérieure, professeur au Conservatoire\ndes Arts et Métiers ; PICOT, sous-chef du bureau des bâtiments civils et des\npalais nationaux (secrétaire) ; DUMONTHIER, sous-chef du bureau des Théâtres,\nde la Conservation des palais et du mobilier national (secrétaire) ; René DUBRI-\nSAY, élève ingénieur des manufactures de 1 Etat, et SARRAZ, professeur de géomé-\ntrie descriptive et de physique, convoqués lors des réunions de cette Commission.\nPuisque, sur l'avis de la Commission,la salle duTrocadéro allaitdevenir décente\nau point de vue sonore, il fallait la rendre également utilisable au point de vue\ntempérature en hiver, et un projet de chauffage de la salle, depuis longtemps\nd'ailleurs à l'étude, devint inséparable de la transformation de ladite salle au\npoint de vue acoustique. Les raisons budgétaires ne permirent pas de faire cette\ndépense globale de 90.000 francs.Certains membres du Parlement,d'ailleurs,trou-\nvèrent déplorable de faire la moindre dépense pour un monument aussi inesthé-\ntique que le Trocadéro. C'est une façon de voir contre laquelle, à mon humble\navis, on ne saurait trop s'élever, car, quoi qu'on en puisse penser, le Trocadéro,\nqui a coûté des millions, est le lieu de réunion annuelle de plusieurs centaines\nde mille auditeurs qu'on serait bien gêné de recevoir ailleurs.\nDès lors il ne me paraît pas logique que, parce qu'on n'aime pas l'œuvre de\nMM. Davioux et Bourdais, on condamne les auditeurs d'œuvres musicales ou\nlittéraires,de leaders politiques ou mutualistes, àne pas entendre un mot de ceux\nqu'ils viennent écouter ou à percevoir des harmonies qu'aucun auteur n'a voulues."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "573", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.13", "texte": "LES SOUVERAINS Â PARIS ET LA MUSIQUE\n\n11 est, en tout cas, regrettable que depuis la réunion de cette Commission dans\nlaquelle des conclusions furent prises, aucun procès-verbal n'ait été remis à\nl'Administration des Beaux-Arts par la haute personnalité qui, en l'absence de\nM. Scellier de Gisors, a pris, froprio motu, la présidence de la sous-commis-\nsion technique.\nIl me semble qu'il serait désirable que l'Administration des Beaux-Arts fût\nrenseignée officiellement sur le travail accompli par la Commission et sur les\nconclusions pratiques de la sous-commission nommée par elle pour la vérification\ntechnique des expériences faites. Plusieurs d'entre ses membres ont le procès-\nverbal ou des copies de ce procès-verbal, qu'ils eussent voulu voir transmettre\nofficiellement à M. le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\nIls trouvent, en effet, qu'il est inadmissible et choquant qu'on n'ait pas hésité\nà déranger des savants, des membres de l'lnstitut, des directeurs de nos Ecoles\nsupérieures, à l'effet d'entreprendre l'étude scientifique d'une question intéres-\nsant l'Etat, pour voir, après la solution du problème posé à leurs réflexions gra-\ntuites, tous leurs travaux, tout leur temps passé, tout bonnement perdus, sans\nmême qu'il y ait eu prétexte à les remercier de leur dévouement à la chose pu-\nblique ou simplement à leur donner acte de leurs réunions.\nSi je me permets de manifester ce regret, c'est parce qu'il m'est pénible de\npenser qu'à cause de travaux entrepris sans qu'il en coûtât un sou à l'Etat, sur la\ndemande des Beaux-Arts, dans le double but de résoudre le problème d'acous-\ntique des grandes salles et d être utile à tous les auditeurs parisiens, des esprits\néminents ont été réunis, ont travaillé en commun, ont conclu, sans que ni M. le\nministre, ni M. le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, ni peut-être M. le direc-\nteur des Théâtres qui avait lui-même provoqué ces travaux, aient été mis au\ncourant de l'exécution de ces travaux et de leur solution.\nJe suis bien sûr que, grâce à la Revue musicale, M. le sous-secrétaire d'Etat aux\nBeaux-Arts pourra amener le président de la Commission à lui faire le rapport\nque nous attendons et à la suite duquel je suis bien certain que le Gouverne-\nment remerciera, comme ils le méritent, les membres éminents qui ont bien\nvoulu prêter le concours de leurs lumières au simple expérimentateur que je\nreste-\n\nG. LYON.\n\nLes Souverains à Paris et la musique.\nParis reçoit la visite de beaucoup de rois. Nous avons eu la curiosité de\nsavoir quelles étaient leurs impressions musicales, au cours de ces concerts\nd'une heure et de ces soirées de gala qu'on organise avec des soins si protoco-\nlaires pour les amuser un moment.\nLa plupart d'entre eux ont, hélas ! peu d'enthousiasme pour la musique. Le\nroi d Italie déclare qu'il est « en service » lorsqu'il en entend. Il y a deux\nexceptions. Le roi de Suède, Oscar, qui a chanté, dans sa jeunesse, connaît\ntoute notre musique : les oeuvres de Gounod, d'Auber, de Meyerbeer, lui plai-\nsent spécialement. Il raffole de Roméo et Juliette. Le roi de Portugal est un\nartiste complet ; esprit très cultivé, fin et délicat, il est chanteur, pianiste et\npeintre. Au cours de son dernier passage, il a beaucoup goûté l'Eau qui court,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "574", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.14", "texte": "LËS SOUVERAINS A PARIS ET LA MUSIQUE\n\ncTA, Saint-Georges, les Vieilles Chansons du jeune temps, de Widor, Comme la\nnuit, de Cari Bohm, et le duo de la Xavière de Th. Dubois, chantés au palais\nde l'Elysée le 22 novembre. Du roi d'Espagne, nous pouvons reproduire ce\ncurieux jugement sur le chef-d'œuvre de Bizet : « Carmen est un opéra char-\nmant ; mais ce n'est, à aucun titre, une pièce espagnole. Nulle part on n'en-\ntend rien qui ressemble aux airs populaires de mon pays ; un des personnages\nprincipaux, Escamillo, porte même un nom qui, chez nous, n'existe pas : c'est\nle nom de toréador ». — Si jamais Guillaume vient, lui aussi nous rendre\nvisite, nous pourrons lui consacrer une petite étude au point de vue musical.\nN'est-ce pas lui qui envoya à Jules Simon, comme cadeau, les œuvres com-\nplètes pour flûte de son aïeul Frédéric II, éditées par Ph. Spitta ? Dans les pro-\ngrammes des soirées de gala données par la République aux souverains, on\nobserve des convenances multiples pour la constitution des programmes ;\nmais on a beau réunir les pièces les plus belles et les plus variées, l'auditoire\nreste de glace. On n'applaudit pas. On sourit tout juste. Or la musique vit\nd'enthousiasme et d'élan. C'est même un spectacle un peu pénible de voir nos\nmeilleurs artistes déployer toutes leurs ressources sans arriver à dérider ceux\nqui les écoutent. Seul, Coquelin cadet y parvient, quelquefois.\nVoici, à titre de document inédit, le programme de la soirée intime dernière-\nment donnée en l'honneur du roi de Portugal, soirée pour laquelle aucune invi-\ntation n'avait été lancée :\nPRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE\nProgramme du 22 novembre 1905\n1. a Stances de Sapho. . GOUNOD\nb Comme la nuit CARL. BOHM\nJ. MARGYL, de VOpéra.\n2. L'Eau qui court (Chanson de Miarlca) A. GEORGE\nMME MARGUERITE CARRÉ, de l'Opéra Comique.\n3. Vieilles Chansoas du jeune temps WIDOR\nM. LUCIEN FUGÈRE, de l'Opéra Comique.\n4. Duo de Xavière TH. DUBOIS\nMME CARRÉ ET M. FUGÈRE.\n5. Une bonne Fortune MUSSET\nMME BARTET, Sociétaire de la Comédie-Française.\n6. Danses Louis-Philippe [Airs du temps).\nMLLE CHASLES. de VOpéra-Comique.\nMUE VINCHELIN, de l'Opéra.\n\nUNE DATE FATALE\nPar QUATRELLES\nX...\nLa Comtesse de Pommerelles MU« PIÉRAT\nLe Comte de Pommerelles • . . M. DE FÉRAUDY\nSociétaires de la Comédie-Française\nIl nous a paru intéressant de reproduire ce programme, comme un document\nsur le goût officiel en Tan de grâce 1905."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "575", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.15", "texte": "GALLI-MARIÉ\n\nGalli - Marié\nET L'OPÉRA-COMIQUE DE 1862 A 1877.\n\nUn espace de quinze ans, cela est beaucoup dans une existence humaine. En\nl'existence artistique, au milieu des développements qui la modifient, des aspi-\nrations nouvelles qui la troublent, des floraisons inédites qu'elle enfante, trois\nlustres apparaissent aussi d'une importance singulière, et surtout dans un temps\noù les modes se succèdent, les destructions et les reconstructions se révèlent\net se précipitent avec une rapidité que des jours plus lointains ont rarement\nconnue.\nGalli-Marié, en sa personne, et en quelque mesure inconsciemment, nous\nmène de la Servante maîtresse (jouée pour la première fois en France en 1754) à.\nCarmen (3 mars 1875), de Pergolèse à Bizet, de l'opéra comique à peine encore\ngazouillant, du reste avec une grâce exquise, à l'opéra que l'on n'ose plus\ndire comique, sinon par antiphrase, qui voisine avec le drame, son rire s'étant\nlassé, son sourire même s'étant attristé et ses larmes ayant commencé de\ncouler. Au poème de fantaisie extravagante et de musique délicieuse que nous\nchante et égrène le divin Mozart, sur sa Flûte enchantée, il est un épisode\nbouffon qui fait tinter une clochette ; et tous ceux-là qui l'entendent, en dépit\nqu'ils en puissent avoir, l'écoutent charmés et s'empressent à le suivre. Ainsi\nlonguement de Galli-Marié ! Quinze ans elle a tinté, chanté, devant nous; et\nquiconque l'avait une fois entendue ne pouvait se déprendre de sa maîtrise\net s'obstinait complaisamment en son cortège. La clochette magique de Mozart\nlaisse toutefois quelques regrets et quelque ridicule à ses suivants ; il ne fut\njamais ridicule d'admirer Galli-Marié ; elle fut une conquérante impérieuse,\nmais charmante, et le regret ne fut jamais que de ne plus l'entendre, il n est\nmaintenant que de n'avoir plus à évoquer sous ce nom prestigieux qu une ombre\ndéjà fuyante.\nOn sait que Galli-Marié devait trouver en son berceau ses premiers ensei-\ngnements. Son père, Marié, est un éducateur. Longtemps ténor puis baryton,\nce qui est descendre, nous ne disons pas déchoir, il consacre tout particuliè-\nrement à ses filles son ardeur enfin lassée et sa voix désormais indocile. Il\ngarde encore assez de voix pour conseiller, sinon pour chanter. Cette voix, du\nreste, semble n'avoir abandonné le vieil artiste que pour émigrer au cœur et\nsur les lèvres de ses fillettes. Toutefois la capricieuse nature a très inéga-\nlement partagé ce trésor et cet héritage entre Irma, Paola et Galli. Les deux\npremières ne dépassent guère la réputation de petites chanteuses, du îtste\nagréables L'opérette a sollicité Irma et 1 a récompensée de quelques applau-\ndissements ; mais d'elle à sa triomphante sœur il y a la même distance que de\nFleur de thé (opérette de Lecoq, 1868 J à Carmen.\nGalli-Marié débute en 1861 au théâtre des Arts, à Rouen. Ce théâtie, naguère\nbrûlé et maintenant reconstruit, était encore celui-là même que la ville avait\nérigé au temps de Louis XVI, donc un des plus anciens de Fiance. C était la\nsalle où la main terrible de Napoléon avait fait cueillir et rapidement expédier\nvers les plus prochains régiments les plus tapageurs et sans doute les mieux\nbâtis entre les spectateurs, un soir que le parterre sifflait et se soulevait comme\nune mer en délire. Rouen a vu débuter Galli-Marié ; Rouen a révélé à la Fiance"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "576", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.16", "texte": "GALLI-MARIÉ\n\nSamson et Dalila et Lohengrin ; c'est dire que son théâtre se doit, même en\nnégligeant ce souvenir d'une conscription inattendue et un peu brutale, enor-\ngueillir d'annales glorieuses.\nA Paris, à l'Opéra-Comique, Galli-Marié apparaît dès l'année suivante\n(1862b et bien vite elle s'affirme et s'impose. Une personnalité très spé-\nciale en elle s'est révélée. Ce talent a brûlé les étapes ; et de l'essai premier à\nla victoire désormais certaine, c'est à peine si l'espace mesure quelques jours.\nA vingt-deux ans Galli-Marié commence sa célébrité ; et voilà ce joli front\ntouché des premiers rayons de la gloire.\nAux environs de 1860, l'opéra comique se résume encore dans un homme,\nAuber. Il semble inépuisable. Après les triomphes promis à de nombreux et\nfidèles lendemains, de Fret Diavolo (1830), du Domino noir (1837). dans un genre\nsecondaire un véritable chef-d'œuvre, ainsi le proclame Saint-Saéns, des Dia-\nmants de la Couronne (1841), d'Ffaydée (1847), Ie succès n'est plus d'un reten-\ntissement aussi facile avec la Circassienne (1861), la Fiancée du roi de Garbe\n(1864) ! cependant la mode ne déserte pas encore cet art aimable, léger, ingé-\nnieux, nous pourrions dire reposant, et qui volontiers agrée à une société un\npeu bourgeoise, honnête, sans idéal vertigineux; société où le juste milieu,\ncher à la politique du très avisé roi Louis-Philippe, semble le dernier mot de la\nsagesse et du goût. Dès lors on cherche, on demande à l'opéra comique des\némotions discrètes, tout au plus quelques larmes traversées de sourires, comme\ncelles des enfants, et vite essuyées.\nAuber n'est pas là qu'en sa personne et dans ses œuvres ; il a, en quelque\nsorte, essaimé. Ce prélat, souverain d'un diocèse qui lui semble privilégié,\na ses coadjuteurs : Grisar, Massé, Clapisson, Maillart, Adam, celui-ci\nglissant parfois aux vulgarités de l'opérette, même Ambroise Thomas que\nsollicitera plus tard une plus haute ambition, ne sont guère que les sui-\nvants d'Auber. On peut dire que ce petit maître l'appellation lui convient\nà tous égards se continue, se multiplie, se glorifie en cette descendance.\nCes disciples n'accusent qu'en des nuances assez légères et fugitives leur\npersonnalité particulière. Quelle lumineuse destinée que celle de ce Normand,\nné, assure une historiette qui peut être une légende, non pas dans un berceau,\nmais dans une diligence ! Il travaille beaucoup, mais en toute aisance ; il est\nimmédiatement, étroitement de son temps, ce qui lui épargne des rébellions\nou les doutes d'un auditoire toujours un peu routinier et facilement inquiété.\nLe succès lui est obstinément fidèle, effaçant bien vite ses caprices d'un instant\npour revenir à ce maître jamais tourmenté, toujours souriant. Les mots eux-\nmêmes. alentour d'Auber, sont de prédestination charmante, de consécration\njoyeuse. Esprit est l'un de ses prénoms. Le Premier Jour de bonheur (1868) est son\navant-dernier opéra ; enfin, près d'accomplir le siècle de son existence, il se\ntait, il s'endort sur un Rêve d'amour (1869).\nCependant Galli-Marié, qui va conquérir une place considérable sur cette\nscène de l'Opéra-Comique, ne crée aucun ouvrage d'Auber, et ne reprend que par\nexception et sans éclat quelqu'un des rôles recommandés de ce nom fameux.\nEn Galli-Marié s'annonce comme la première mésintelligence qui amènera le\ndivorce, désormais à peu près consommé et à certains égards regrettable, de\nces époux si longtemps unis : Auber et l'opéra comique.\nPergolèse est le premier auteur qui accueille la nouvelle venue, et ce maître,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "577", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.17", "texte": "GALLI-MARIE\nK. M.\n42\n\ncomme par une désignation d'outre-tombe, lui confie sa Servante maîtresse. On\nne saurait exagérer l'importance de ce petit ouvrage. Cette saynète a conseillé,\ninspiré, multiplié des œuvres à ne plus les compter. Les archéologues peuvent\névoquer un Adam de la Halle et nous montrer la cour de Charles d'Anjou (2e moitié\ndu xne siècle) s'amusant au premier badinage, au babillage naïf du Jeu de\nRobin et de Mari on. Ce fut là sans doute une tentative intéressante, mais l'intérêt\nen est d'un document historique, rien de plus. De cette même cité de Naples de-\nvaient venir, quelques siècles plus tard, avec la Servante dePergolèse, un exemple\nmieux suivi et un enseignement d'une autre éloquence. Dès lors est créé ce que\nl'on peut appeler la comédie en musique. Elle trouvera ses maîtres exquis en un\nMonsigny, un Grétry ; elle fléchira aux badinages gracieux, mais un peu super-\nficiels, d'un Dalayrac dernier et de quelques autres : cependant elle vit, elle a\nreçu la consécration du génie ; un souffle l'a pénétrée qui tardera près d'un\nsiècle et demi à exhaler son denier soupir.\nGalli-Marié prend aussitôt le rôle de Zerbine avec une telle assurance, une si\nheureuse effronterie, qu'il semble avoir été conçu pour elle. L'opéra bufja revit\nen sa personne. La voilà, cette servante qui vengera les lointaines victimes du\nvieux célibataire autrefois beau séducteur, hélas ! maintenant disqualifié. Elle\nest légère, subtile, cynique, caressante, perfide, toujours délicieuse, telle une\nchatte qui joue avec la souris prise en ses griffes, et qu'elle se plaît à déchi-\nqueter avant de la dévorer. En ce personnage si vivant et qui se hausse à\nréaliser un type de l'humanité vraie, il faut que l'artiste se révèle tout à la fois\ncomédienne et chanteuse. Galli-Marié est aussitôt l'une et l'autre. Sa personne\nmême ajoute au charme et de l'œuvre et du personnage. Est-elle absolument\njolie? D'aucuns essaieront d'y contredire. Mais elle pourrait répondre comme\nDorval : «Je ne suis point belle, je suis pire ! » Plutôt assez petite, menue,\nvolontiers perverse jusqu'au bout des ongles, rayonnante de joie, vibrante de\njeunesse, Galli-Marié ouvre sur le théâtre, sur le monde, de grands yeux qui\nsont d'impérieuse conquête, de lumière presque gênante, de vertigineuse pro-\nfondeur. Nulle part elle ne peut être inaperçue ni oubliée.\nEn ces jours qui la révèlent, un peintre la voit et la saisit. Court, un\nRouennais, a composé une Mort de César qui, après l'hospitalité capricieuse\ndu Luxembourg, est allée encombrer quelque muraille d'un musée de province,\nil peint Galli-Marié, il reflète Zerbine ; et, pour une fois, son talent très sage\ns'est émancipé comme dans un frémissement de gaieté soudaine et de capiteuse\nfolie Ce fut toujours le don merveilleux de Galli-Marié d'animer tout ce qu'elle\neffleurait de son regard, tout ce qu'elle pénétrait de sa pensée. Quel prodige\nd'avoir enflammé le pinceau de Court !\nDans le rôle de Zerbine, toutefois, Galli-Marié trouvait des devancières, si\nelle les faisait oublier, de même dans les Amours du diable (1863), une des\nplus agréables partitions de Grisar, dans les Dragons de Villars (1856), le seul\nouvrage de Maillart qui lui ait survécu.\nLa direction de l'Opéra-Comique eut un jour la pensée singulière de confier à\nGalli-Marié le rôle de Marie, dans la Marie d'Hérold (œuvre de 1826). Capoul\nétait de la fête et conseillait, dans une romance fameuse, mais un peu défraîchie,\nà Marie de porter :\nUn chapeau dé bergère,\nDe nos champs une fleur;"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "578", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.18", "texte": "GALLI-MARIÊ\n\naussi :\nUne robe légère\nD'une entière blancheur.\ncar :\n...Toujours la nature\nEmbellit la beauté.\nMais cette toilette un peu trop innocente ne convenait guère à la future\nCarmen. Cette reprise fut malheureuse. Marie doit se trouver mal et s'évanouir\nau cours de la pièce. Galli-Marié ne pouvait jamais être qu'une femme qui se\nporte bien, et pour la faire mourir, ou seulement se pâmer à demi expirante, il\ny fallait un coup de poignard\nGalli-Marié devient, à son caprice, un être multiple, ondoyant, de mystère\ncaptivant. Dans les Amours du diable, elle est démon, page, odalisque, ange\ndéchu.\nDans les Dragons de Villars, un rustre de campagne dit, parlant de l'héroïne :\n« ce n'est pas une fille, pas une femme. C'est le friquet. » En effet, Galli-Marié\nest le friquet, et cela, n'en déplaise à son moqueur, est délicieux.\nMaillart, dans son nouvel ouvrage de Lara (1864), confie à cette interprète gé-\nniale le personnage d'un page, car le travesti est, encore cette fois, heureusement\nimposé à Galli-Marié ;et en vérité la faute en est au seul Maillart, si la réussite\nne suit pas docilement les jolies jambes en maillot noir qui traversent la\npièce.\nTel est cependant le prestige qui dès lors émane de cette artiste lumineuse,\nque, dans ces banalités mêmes et les ombres de quelque ouvrage insuffisant,\nelle brille comme un feu follet. Ainsi, au souvenir lointain et nébuleux de Lara,\nnous la voyons, mandoline sous les doigts, mettre à l'essor une aubade qu'elle\nfaisait ailée et souriante. De même, dans un rôle de quelques lignes à peine, au\npersonnage d'une Bohémienne farouche, nous la voyons surgir dans cet opéra de\nFior d'Aliza (1866), où Massé, encore maladroitement, préludait à sa dernière\nmanière, celle qu'il devait réaliser dans Paul et Virginie ; de même enfin nous\npouvons évoquer Galli-Marié sans trop de peine dans le personnage de Vendredi,\nencore un travesti, lorsque fut représenté un Robinson Crnsoè où s'égara Of-\nfenbach sans espoir de retour. Le Don César de Bazan, de Massenet, révélation\npremière (1872) du beau talent qui si bien nous réjouit désormais, la Surprise\nde VAmour (31 oct. 1877) de Poise devaient être des créations plus heureuses,\naprès le Capitaine Henriot (1864) que vainement avaient recommandé les noms\ndéjà fameux de Sardou et de Gevaert. Paladilhe et Guiraud, l'un avec le Passant\n(27 avril 1872), l'autre avec Piccolino (11 avril 1876), avaient encore appelé à\nl'aide cette alliée entre toutes précieuse et qui tant facilitait la victoire, si du\nmoins elle pouvait être obtenue.\nMais voici venir Mignon et Carmen, deux étapes mémorables, deux avène-\nments, et la reine hissée sur le pavois d'une victoire retentissante, à dix ans\nd'intervalle (du moins il s'en manque de bien peu*, est Galli-Marié. Mignon est\ndu 17 nov. 1866, Carmen du 3 mars 1875.\nAmbroise Thomas n'eut jamais en lui les grondements d'un révolutionnaire,\nni même les caprices d'un insurgé. Ce fut un talent très sûr de soi, attentif, sans\ngriserie toutefois, aux tentatives nouvelles, capable de réflexion, même de repen-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "579", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.19", "texte": "GALLI-MARIÉ\n\ntir, sans inquiétude, non pas sans aspirations presque téméraires. Thomas\nrêvera de dépasser le Caïd, même le Songe d'une nuit d'été. Mais quelque temps\nle succès semble l'abandonner. Auber poursuit une carrière encore très heu-\nreuse, Meyerbeer fait dans l'opéra comique une irruption un peu lourde, que le\nsuccès pourtant justifie, car l'Etoile du Nord (16 février 1864) et le Pardon de\nPloermel (4 avril 1859) sont des succès de renommée et d'argent, bien qu'à notre\nsentiment ces œuvres manquent d'aisance et peinent, étouffent, semble-t-il, dans\nun cadre trop étroit, Meyerbeer ayant coutume de brosser de plus vastes ta-\nbleaux. Cependant au milieu des victoires que les maîtres du jour ne cessent de\nremporter, Ambroise Thomas s'efforce en des tentatives presque désastreuses,\ntel ce Carnaval de Venise d'un écho bien vite essoufflé. Dès lors, Ambroise Thomas\nse tait, il se recueille. Faust est apparu (19 mars 1859). Ambroise Thomas a\nécouté ; et cette leçon n'est pas perdue. Il écrit Mignon. Sans doute, ce n'est pas\nd'un idéal inexploré. Mignon demeure assez docilement en la tradition de l'opéra\ncomique coutumier. Cependant quelques accents de mélancolie s'y exhalent que\nla muse familière de la maison avait encore à peu près ignorés. Il aurait\nfallu se reporter au Pré aux Clercs (1852), ou bien au dernier tableau de la\nManon Lescaut d'Auber (1856), un ouvrage de destinée malheureuse, où ce-\npendant Auber a su verser quelques véritables larmes, pour retrouver ces\nlégers voiles de tristesse, ces menaces d'un drame prochain et qui passagère-\nment assombrit la scène obstinément joyeuse. Par delà cette Mignon qui\nregrette sa patrie, une poésie inattendue s'est levée à l'horizon ; et là-bas, là-bas,\nou Mignon voudrait vivre et mourir, un monde est pressenti, s'il n'est pas\nencore largement ouvert, où d'autres plus hardis vont se précipiter.\nL'œuvre dramatique vraiment originale et forte trouve presque toujours\nl'interprète qui lui convient, ou plutôt elle le suscite et l'appelle en une attirance\nirrésistible. A cette heure bénie et qui ne revient qu'à de longs intervalles, où\nl'homme se fait créateur, il semble que la force créatrice, dont passagèrement il\nest tout à coup pénétré, rayonne bien au delà de son humble personne ; et le\nmême éclair qui fait jaillir l'œuvre d'élection, fait naître l'âme qui la doit\naccueillir et va desceller victorieusement les lèvres qui lui prêteront leur verbe\nobéissant. Ainsi Mignon et Galli-Marié se sont appelées, elles se complètent ;\nelles ne sont plus qu'une personne où voltige un souvenir de Gœthe, où s'in-\ncarnent les Mignons que la tristesse un peu molle d Ary Scheffer enveloppe de\nnonchalance discrète, console d'une espérance un peu timide. Cette Mignon,\ntelle certainement l'a conçue son musicien, est un peu bourgeoise. Elle n'est\npas pour donner le vertige. Un sourire très doux cependant s'est exhalé d'elle.\nElle attendrit, elle se fait aimer, n'est-ce pas la victoire suprême ?\nMignon se pare de toutes les vertus ; elle finira riche et tranquille châtelaine.\nCarmen n'est que rouerie, caprice, audace, méchanceté même. Ses yeux brû-\nlent, ses baisers mordent. On en sera grisé, affolé. En toute inconscience, cette\nfille est une force, et c'est un abîme. Elle va y précipiter quiconque lui agrée, la\nproie que ses bras se réjouissent d'enlacer ; mais à ce jeu du plaisir et de la\nmort, elle est belle joueuse, l'indomptable Bohémienne. Elle n'aura pas un\nregret à l'œuvre féroce qu'elle accomplit ; mais en l'abîme béant elle se précipite\nelle-même, la flamme au regard, le baiser aux lèvres.\n11 faut bien reconnaître que l'émoi du public ordinaire, familier de l'opéra\ncomique, s'explique à l'arrivée d'une personne aussi violemment capiteuse."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "580", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.20", "texte": "GALLI-MARIÉ\n\nL'amour, enfant de Bohème, n'était pas celui que, jusqu'à ce jour, avait connu\net recommandé la maison de Boïeldieu. Ces répugnances premières ont leur\nexcuse du moins dans la prudence des mères de famille. A voir mourir Carmen\nainsi qu'elle meurt, on peut être tenté de vivre comme elle a vécu. Cette œuvre\ndécidément est de pernicieux conseil. Sans doute, cette pruderie d antan fut\npour quelque chose dans l'incertitude du premier accueil. C'est là toutefois une\népreuve qui attend presque tous les ouvrages d'initiative téméraire, de rénova-\ntion hardie. En un sentier à peine frayé et brusquement ouvert, le public hésite\ntoujours à s'engager. Robert le Diable, avant d'appeler tout Paris à la trompette\ndes Chevaliers de ma patrie (21 nov. 1831), redouta d'être condamné et damné\ncomme Bertram lui-même. Faust devait surprendre un peu, avant d'enthou-\nsiasmer les salles enfin conquises. Ainsi de Carmen. Mais les lendemains sont\nd'une magnifique revanche.\nAvec Carmen on peut dire que l'opéra comique évolue. Toutefois Bizet est un\nFrançais de race, un Parisien. En sa pensée les idées se mirent ainsi que dans\nle cristal d'une source apaisée et limpide. Jusque dans ses audaces il a du\ngoût, de la mesure. Cette musique est ensoleillée comme un patio de Séville.\nElle réchauffe et elle éclaire. Combien français est aussi le beau talent de l'in-\nterprète aussitôt apparue ! Cette fois encore, l'œuvre et l'artiste semblaient\ns attendre ; un même souffle, venu de très haut, semble les avoir pénétrées.\nGalli-Marié est donc Carmen jusque dans les dernières fibres de sa chair de\npéché et de damnation. Observons toutefois qu'elle n'abaisse pas le personnage,\nelle le grandit plutôt Cette pécheresse bat le pavé de la rue de ses escarpins\nbien sonnants, elle se gare du ruisseau. Elle décoche des œillades, elle fas-\ncine, mais laisse encore quelque espace de sa personne aisément prodiguée,\nau vainqueur ou mieux au vaincu, qu'elle se promet de dévorer. Ce n'est qu'une\nnuance, mais d'importance, et qui par malheur est quelquefois oubliée. L'ef-\nfronterie de la véritable Carmen ne fut jamais du cynisme ; et cette impudeur,\npar cela même qu'elle doit laisser quelque chose à cueillir, n'en sera que plus\nséduisante et plus redoutable.\nTel fut cet exquis chef-d'œuvre de Galli-Marié devenue Carmen, que la han-\ntise du souvenir, l'obsession de cette perfection, doivent longtemps encore\nexcuser les réserves, peut-être les injustices, de ceux-là encore survivants qui\nfurent conviés aux belles fêtes de jadis. Longtemps la Carmen qui n'est plus\nfera tort à toutes celles qui entreprennent de lui succéder. Il faudra donc, pour\nque toutes choses redeviennent équitables, qu'un léger voile d'oubli enveloppe\nce revenant obstiné.\nUn soir qu'elle jouait Carmen, Galli-Marié en vient à la scène angoissante qui\nlui met rapidement entre les doigts les cartes, confidentes de ses caprices, oracle\nde ses amours etde ses haines,et voilà que les cartes ramènent celle où s'annonce\nla mort. Un instant Galli-Marié en est troublée. Au même jour, Bizet devait\nmourir. Cette anecdote est trop pittoresque pour être absolument vraie. Mais\n11 est-il pas équitable qu'un peu de mystère flotte alentour de ce maître si brus-\nquement disparu? Si les anciens assuraient qu'ils sont aimés des dieux ceux-là\nqui meurent dans la fleur de la jeunesse, ne laissant que des regrets et comme\nle deuil des fleurs déjà épanouies en leur chemin, Bizet fut donc, comme pas\nun autre, un favori de l'Olympe et des Muses. Nous ne saurions dire s'il avait\ndéjà rempli toute sa destinée ; qui donc peut jamais savoir ce que nous garde"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "581", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.21", "texte": "GALLI-MARIÉ\n\nle lendemain ? du moins il avait nous insistons sur cette considération\ndécidé une évolution irrévocable en la musique et sur la scène française. Si\nsa tâche n'était pas épuisée, elle était faite ; et Bizet expirant laissait le meilleur\nde son être à la fille de sa pensée. Cette fille le continue, ainsi qu'en une apo-\nthéose promise encore à de nombreux lendemains. C'est le privilège charmant,\npresque divin, de l'artiste créateur, de survivre aux rêves qu'il a résolument\njetés en pleine réalité. Après l'artiste disparu, l'œuvre poursuit son existence\naussi indépendante désormais que peut l'être celle de l'enfant échappé au sein\nde sa mère.\nCombien plus triste est la destinée de l'artiste qui est seulement un interprète !\nSa gloire n'est que viagère, et encore ! Elle est étroitement attachée à la per-\nsonne ; et qu'est-il donc de plus périssable ? Combien cet acteur chéri, cette\nchanteuse adorée, ont-ils raison de dévorer ces joies éphémères dans une ivresse\nqui semble ne jamais être satisfaite! Sans doute, la renommée les caresse,\ncomme jamais elle ne fait d'un poète, si grand qu'il soit. L'encens de l'en-\nthousiasme populaire les enveloppe comme il ferait de l'effigie triomphale d'un\ndieu. L'applaudissement s'adresse, furieux, à tout ce qui est de leur personne.\nMais le réveil après ce beau songe ! Mais le lendemain ! quel silence ! quel\nabandon ! quelle ingratitude désormais fatale ! Cette épouvante toute prochaine\nn'excuse-t-elle pas cet appétit de gloriole, même au zénith de la plus merveil-\nleuse gloire, cette rage presque maladive de réclame et de bruit, que si volon-\ntiers nous reprochons, non sans raillerie, à ceux-là qui sont l'honneur delà scène\net nos plus chers favoris ! « Carpe diem! Saisis-toi du jour présent, » conseille\nla sagesse antique. Ainsi doit-il en être des gloires surgies au plancher mal\nsolide d'un théâtre, entre les menaces des frises béantes et les abîmes où dis-\nparaissent, sur un signe du machiniste, les palais de rêve et de féerie, toutes\nles splendeurs dont tout à l'heure nous étions extasiés.\nActeurs, comédiens, chanteurs, entre tous merveilleux, ne laissent quedeséchos\nde jour en jour plus incertains et plus infidèles. Le silence bien vite se fait aux\noreilles qui sollicitaient leurs radieuses chansons. Un nom reste, et c'est tout.\nUne consécration suprême peut cependant élever ce nom. En devenant plus vul-\ngaire, d'une appellation particulière qu'il était, en devenant la désignation\nd'un emploi et de toute une lignée, il grandit, il entre dans une plus durable\nexistence. On disait naguère encore chanter les Martin, les Trial, en souvenir\nd'un ténor qui usurpait sur le registre du baryton, d'une basse comique dont\nnos grands-pères s'étaient réjouis. On dit jouer les Déjazet, chanter les Falcon,\net du est devenu un nom commun. Peut-être dira-t-on demain, si par\nhasard se rencontre une femme fine comédienne, chanteuse adroite, habile à\nconquérir une salle aussitôt docile, qu elle chante et joue les Galli-Marié. La\nnôtre a mérité cette survivance. Ceux-là du moins qui l'ont connue, applaudie,\ntrouveront longtemps plaisir à s'entretenir d'elle. L'apparition de Galli-Marié\nfut un lever de joie ; ceux-là qui l'ont salué n'ont qu'à fermer un instant leurs\nyeux pour revoir encore ces yeux qui leur furent éblouissants.\n\nL. AUGÉ DE LASSUS."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "582", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.22", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nUn grand violoniste de l'ancien régime.\nLes deux Jean-Baptiste Anet.\n\n[fin)\nFaut-il croire avec M. Jacquot que Baptiste ait rempli auprès de la Cour de\nLorraine les fonctions de « maître de musique » (1) ? Nous ne le pensons pas ;\n« Anet, écrit M. Jacquot, remplaça Desmarets, surintendant de la musique de\nLéopold, à sa mort ; il conserva sa place sous Stanislas et jusqu'à son décès,\nsurvenu à Lunéville en 1755. » Sans doute, le jeu des dates permet d'admettre\nque Baptiste ait hérité de la charge de Desmarets, qui mourut à Lunéville le\n7 septembre 1741 ; mais l'acte de décès du musicien mentionne seulement sa\nqualité de « premier violon de la musique du Roi ». Si Baptiste avait occupé\nà la tête de cette musique la charge de surintendant, son acte mortuaire l'eût\ncertainement rappelé.\nIII\nJean-Baptiste II a laissé 2 Livres de Sonates de violon et 3 Livres de pièces\npour 2 Musettes. En voici la liste par ordre chronologique :\nŒuv. I. Premier Livre | De Sonates | A violon Seul | Et la Basse con-\ntinue | Dédiez àS. A. S. Monseigneur | Le Comte d'Eu | Composez |\nPar M. Baptiste Anet | Ordinaire de la xMusique du Roy. Paris, 1724. Gravé\npar L. Hûe, in-f°, (Bibl. nat. Vm7 754.)\nŒuv. 11.~ Deuxième œuvre | de | Al Baptiste | Contenant | Deux Suit-\ntes de Pièces | à deux Musettes | Qui conviennent à la Flûte Traversière |\nHaubois, Violons, comme aussi aux Vielles. Paris, 1726. Gravé par L. Hue,\nin-f°. (Bibl. du Conservatoire et Collection de M. Ecorcheville) (2b\nŒuv. 111. Sonates | à violon Seul | Et Basse continue | Par |\nM. Baptiste | Ordinaire de la Musique de la Chambre du Roy. | Œuvre 111\n| Déclié | àS. A. S. Mgr | Le Comte de Clermont. Paris, 1729, in f°.\n(Bibl. nat. Vm7 755.)\nŒuv. IV. Second Œuvre | de Musettes | par | M.Baptiste | Ordinaire\nde la Musique | Du Roy. Paris, 1730, in f°. Gravé par L. Hue. (Bibl. nat.,\nVm7 6710.)\nŒuv. V. IIIe Œuvre | de Musettes j Pour le Violon | Flûtes-tra-\nversières et Vielles | Par M. Baptiste | Ordinaire de la Musique du Roy. |\nGravé par L. Hue. Paris, 1734, in f°. (Bibl. nat., Vm7 6711) (3).\nLes œuvres 11, IV et V sont dédiées à Colin Charpentier, le célèbre joueur de\nmusette. Fétis cite de Baptiste un 3e Livre de Sonates à violon seul, et la Basse,\nqui reste introuvable dans nos bibliothèques et qui n'existe vraisemblablement\nque dans 1 imagination de l'historien belge, imagination fort féconde, comme\nchacun le sait. Le catalogue de Boisgelou ne mentionne d ailleurs que les deux\n\n(1) Jacquot, loc cit.. p. 680.\n(2) L exemplaii e appartenant à M. Ecorcheville renferme comme frontispice une fort jolie\nestampe peu connue gravée par Surugue d après Coypel, et représentant le berger Daphnis muni\nde sa musette enrubannée.\n(3) Le Privilège royal assuré à 1 œuvre de Baptiste est du 4 mai 1724 ; il avait une durée de\n10 ans et ne fut pas renouvelé."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "583", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.23", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nœuvres de violon énumérées ci-dessus. Quant à M. Eitner, il dédouble Baptiste,\ndans son répertoire bibliographique, et l'article consacré par lui à Anet contient\nla liste des deux Livres de Sonates de violon qu il signale de nouveau sous le\nnom de Baptiste (i).\nL'œuvre de Baptiste II ne mérite point les critiques que ses contemporains lui\npiodiguèrent, tout en vantant l extraordinaire virtuosité du violoniste, virtuosité\ndont ses compositions ne témoignent pas, à vrai dire, bien éloquemment. Recon-\nnaissons pourtant qu il démanche au moins jusqu'à la 3e position, et qu'il manie\nfort habilement la double corde ; au surplus, nous y reviendrons ultérieurement.\nLe ier livre de Sonates contient 12 pièces, et le 2e 10; ces pièces présentent\nle caractère de Suites à 4, 5, 6 et généralement 3 parties; elles sont écrites à la\nmode italienne en clef de sol 2e ligne, et ce n'est pas seulement à ce détail qu'on\npeut y reconnaître l'influence étrangère; nous y relevons l'usage systématique,\nau moins dans le Ie Livré,des dénominations d Allegro, d Adagio, (\\ Audcnite, de\nVivace, etc. Baptiste traduit même en italien les noms des danses, et écrit Sara-\nbanda, Gavotta, etc. ; lorsqu il y a lieu de préciser le mode d'exécution, au lieu\nde dire comme Du Val : « Ces notes piquées », par exemple, il indique : « Spi-\ncatto. » De même, le contenu des morceaux dénote bien une tendance à l'imita-\ntion, que l'élève de Corelli affirme dans quelques dispositifs mélodiques et\ndans 1 emploi des cadences caractéristiques du maître de Fusignano.\nVoici, en particulier, des inflexions mélodiques que l'on rapprochera facile-\nment de leurs analogues dans l'oeuvre du violoniste italien :\nCorelli emploie le même bond d octave :\nTelle cadence comme la suivante :\naurait pu être écrite par Corelli. qui aurait seulement supprimé l'avant-\ndernier ré en prolongeant la sur-tonique (5).\nAu point de vue de la répartition des valeurs dans les mouvements vifs,\nBaptiste se rapproche aussi beaucoup des modèles italiens. C'est ainsi que\nY Allegro à 4 temps de la 12e sonate en mi \\> du ier livre est entièrement, ou peu\ns'en faut, construit au moyen de doubles croches, dans la manière des Allégros\nen grand détaché de Corelli, et on sait que les maîtres français manifestent en\ngénéral dans les « Courantes » et dans les « Gays » une souplesse rythmique\nsupérieure à celle de leurs rivaux ultramontains, parce qu'ils utilisent un\nclavier de valeurs plus étendues.\n\n(') Rob. Eitner, Quellen Lexikon. Voyez t. I, p. 150 et p. 331.\n(2) iel> livre, Sonate 111, Adagio.\n(3) 2e livre, Sonate IX, Ariette.\n(4) Corelli, Sonate II : op 5, Vivace.\n(5) ier livre. Sonate 111,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "584", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.24", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nVoici encore un Largo de Baptiste (1) qui se présente avec un indiscutable\nfaciès italien :\nMais si l'influence italienne se révèle dans les deux livres de Sonates de vio-\nlon de Baptiste (2), il importe de remarquer qu'elle s'atténue un peu dans le\n2e livre, où la terminologie employée est constamment française et où l'auteur\nrevient aux titres pittoresques si chers à notre esthétique : Gigue en cor de\nchasse{3), Boutade (4'), etc. L'inspiration du musicien conserve du reste le plus\nsouvent un air de franche gaieté, une tenue guillerette qui semble relever de la\nchanson populaire, ou bien une ampleur grave apparentée avec la majesté des\ncompositions du siècle précédent. Sous ce double aspect, la musique de notre\nvioloniste s'affirme bien française, et nousdonnerons les deux exemples suivants,\nqui nous paraissent caractéristiques à cet égard: d'abord, la note vive, pétu-\nlante, alerte, nettement marquée dans XAU aigre Détaché de la Courante qui\ndébute ainsi :\npuis la note mélancolique et douce si typique de « l'Air » français :\n\n(1) 2e livre, Sonate VI, Largo, r' *\n(2) Marpurg raconte qu'Anet ne jouait presque que des œuvres de Corelli (Nachricht von fran-\nzôsischen Violinisten, p. 468). Cependant l'abbé Pluche rapporte qu'il manifestait un véritable\néclectisme: « Ce fameux artiste n'examine point de quelle nation ni de quelle main vient une\npièce ; s'il la trouve noble et gracieuse, il la joue... » 'vPluche, Spectacle de la Nature, t. VII, 103.)\n(3) 2e livre, Sonate X.\n(4) 2e livre, Sonates 111 et VII.\n(5) 2e livre, Sonate IV, Courante.\n(6) ier livre, Sonate VI, premier mouvement, Adagio."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "585", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.25", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L'ANCIEN RÉGIME\n\nCe fragment est d une belle allure, et permet de juger avec quelle aisance Anet\nsait faire mouvoir les parties : l'harmonie ferme et pleine, le dessin de la ligne\nmélodique, tout décèle un musicien particulièrement bien doué, et c'est sans\ndoute à la jalousie qu'il convient d'attribuer le jugement singulier dont Daquin\nse faisait 1 écho, et d'après lequel « les difficultés épouvantaient » Baptiste, qui,\ndu reste, « n était pas musicien ». « On le comparait, ajoute notre auteur, à ces\nesprits vifs et brillants dans la conversation, qui s éclipsent sur le papier (1). »\nPareille appréciation nous semble fort exagérée, et s'il ne manque pas dans\n1 œuvre de violon de Jean-Baptiste II de pages médiocres, dépourvues de toute\noriginalité, on y rencontre aussi de la distinction, de l'élégance et une émotion\ncontenue d'un charme indéniable.\nL'exécutant paraît avoir montré un talent supérieur. Nous en avons donné\nquelques témoignages au début de cette étude. Non content de manier adroite-\nment la double corde, Baptiste emploie le double trille, comme dans l'exemple\nsuivant :\nQuelques-uns des mouvements vifs de son œuvre de violon exigent une\ngrande souplesse et une grande légèreté d'archet. De plus, Baptiste démanche :\nil franchit le Rubicon de lut sur la chanterelle, et il y a nombre de passages en\ndoubles cordes de ses Sonates qui ne peuvent être exécutés qu'à la 2e et àla\n3e position.\nDisons quelques mots de son œuvre de musette. A l'exemple des deux Ché-\ndeville et deßoismortier, Baptiste n'a pas craint de sacrifier à la mode qui régnait\nalors et dont bénéficiaient les instruments pastoraux et champêtres, et il a com-\nposé trois séries de pièces pour deux musettes. Chacun des trois recueils d'Anet\ncomprend deux suites, l'une en ut ou C. sol-ut, ainsi qu'on disait encore à cette\népoque, l'autre en 50/, G ré-sol, tonalités commandées par le choix de l'ins-\ntrument qui ne pouvait jouer qu'en ut et en sol. L'œuvre IV est écrite seulement\npour deux musettes, mais l'auteur annonce lui-même que les œuvres II et V\nconviennent également aux violons, flûtes traversières, vielles et hautbois.\nC'était l'usage alors de laisser aux exécutants toute latitude dans l'emploi et la\nrépartition des instruments ; on espérait faciliter de la sorte les exécutions de\nmusique de chambre, en permettant d utiliser les ressources dont on dispo-\nsait (2).\nLes Suites de Jean-Baptiste II se composent toutes d'un nombre variable de\npetits morceaux détachés et de caractère différent; elles constituent de véritables\ndépliants musicaux à 10, 12 et jusqu'à 17 panneaux, représentant des tableaux\n%\n\n(i) Daquin, Lettres sur les Hommes célèbres dans les Sciences, la Littérature et les Beaux-\nArts sous le règne de Louis XV, 1752, ire partie, pp. 130- 31. Ancelet prétend que Baptiste\n(( était médiocre lecteur et nullement compositeur ». Boisgelou reproduit ce jugement dans son\ncatalogue, et l'abbé de Fontenai le fait sien dans l'article de son Dictionnaire des Artistes qu'il\nconsacre à Batiste (t. I, p. 157).\n(2, M. Henri Quittard a bien voulu, sur notre demande, et conformément à l'usage que nous\ninvoquons ci-dessus, instrumenter la 2» Suite d'Anet (OEuv. II) pour quatuor, deux flûtes et\nmusette."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "586", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.26", "texte": "UN GRAND VIOLONISTE DE L ANCIEN RÉGIME\n\nde genre, gentilles bergeries où se célèbrent « les loisirs du bercail». Elles\nrespirent fréquemment une grâce élégante et raffinée, un maniérisme un peu\nténu qui n'exclut pas toujours de sérieuses qualités d'expression, ainsi que\nle prouve la Chaconne suivante, dont il se dégage je ne sais quel parfum\ngluckiste :\nLes titres de ces piécettes sont presque toujours pittoresques, et l'auteur n'y\nemploie que la terminologie française ; il vise souvent au comique, à la carica-\nture, et sa tournure d'esprit joviale et narquoise s'y donne libre carrière. Çà et\nlà, il cherchera à tracer des croquis du « Gros Marquillier de village » ou du\n«Gros Butor»; entre temps il soupirera une sarabande, un air tendre. Nul\ndoute que voici Daphnis qui s'essaye à dépeindre sa flamme à quelque pimpante\nbergère; cela s'appelle Y « Amour adolescent » :\nQue voilà bien là une galante mélodie î Dans sa trame, les petites notes se\ncoulent, se glissent pour l'alanguir ; elle en prend une attitude câline et timide\nà la fois. Au surplus, nous donnons ci-après la liste des morceaux dont se com-\npose la suite à laquelle elle appartient ; cette énumération permettra de se faire\nune idée du genre que cultive Baptiste :\ni° Les Contrefeseurs de Musette, en style fugué ;\n20 L'lnnocente Bergère, petit air tendre ;\n30 La Sœur cadette, en sol mineur ; c'est le seul morceau en mineur de la\nSuite ;\n40 L'Amour adolesçent, dont nous donnons le thème plus haut ;\n50 Musette, La Colinette, air gai et pastoral ;\n6° Sarabande? de même caractère que VAmour adolescent ;\n70 La Calotine, pimpante et vive ;\n8° La Petite Nanette, d'une allure naïve, avec d'amusants contre-points ;\n90 Menuet en musette, fort majestueux ;\nio° Chaconne, avec modulation en ut, sous-dominante ;\n110 La Bourrée de Jean des Vignes, très scandée et de type binaire ;\nBaptiste a écrit sur ce type les six compositions qu'il a dédiées à son ami Colin\nCharpentier. Elles sont tout à fait conformes au goût de l'époque et constituent\nune sorte d'imagerie musicale très caractéristique des tendances esthétiques de\nl'art français sous Louis XV.\nTelle est l'oeuvre de Jean-Baptiste 11. Il nous a semblé qu'elle méritait d'être\ntirée de l'oubli et d'être signalée à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de\nnotre musique nationale.\n\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\n\n(1) 2e Suite (G, ré-sol), OEuv. 11, Chaconne,\n(2) 2e Suite, l'Amour adolescent."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "587", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.27", "texte": "INFORMATIONS\n\nActes officiels et Informations.\n\nConservatoire. Les examens d admission dans les classes de chant du Conser\nvatoire national ayant révélé cette année parmi les concurrents un nombre excep-\ntionnel de voix intéressantes, et afin d augmenter, de ce fait, le nombre desélèves\nadmis, deux nouvelles classes de chant viennent d'être créées, sur la proposition\ndu Ministre de l'lnstruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, par décret\nen date du 3 novembre courant.\nLes nouveaux professeurs ne seront pas appointés ; mais ils seront appelés de\ndroit à remplacer les professeurs avec traitement au fur et à mesure des vacances.\nLe Journal officiel du 11 novembre a publié également une instruction de M. le\nSous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts concernant l'enseignement du chant au\nConservatoire national.\nAux termes de cette instruction, l'enseignement doit être donné de façon à cul-\ntiver tous les genres cle musique vocale, et non pas seulement le genre drama-\ntique.\nLa première année d études doit être consacrée entièrement à des exercices\nd assouplissement, de pose de la voix, d articulation et d émission qui sont la base\nde l'enseignement du chant.\nLes élèves de chant autres que ceux de la première année présenteront aux\nexamens semestriels un choix de 4 morceaux, qu'ils appartiennent au répertoire\nancien ou moderne, sous la condition qu'ils soient, autant que possible, de styles\ndifférents et qu'ils présentent quelque intérêt au point de vue musical.\nEnfin, cette instruction détermine les auteurs qu il convient de faire entrerdans\nle programme d'enseignement du chant.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 20 octobre au 19 novembre 1905.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n20 OCt.\nArmide.\nGluck.\nÎ7.3O6 qi\n2 I —\nLes Huguenots.\nMeverbeer.\n/ «y\n12.962 »\n2 3 —\nTannhauser.\nR. Wagner.\n16.738 41\n25\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\nvo\nLO\n<0\ncd\nll —\nLe — Le Jugement\nde Paris.\nWeber. E. Malherbe\ni5.ooi 91\n28 —\nArmide.\nGluck.\n12 070 »\n3o —\nSalammbô.\nReyer.\n15.217 41\nicr nov.\nLe Freischiit^. — Le Jugement\nde Paris.\nWeber. E. Malherbe.\n16.970 76\n3 -\nLes Huguenots.\nMeyerbeer.\n15.675 91\n4 —\nTannhauser.\nR. Wagner.\n14.698 5o\n6\nLe Freischiit\nW eber.\n15.840 41\n8 —\nSalammbô.\nReyer.\n15.665 76\n[O —\nArmide.\nGluck.\n16.777 41\ni i —\nLe Freischiity. Le Jugement de\nParis.\nWeber. E. Malherbe\n10 778 »\n13 —\nSamson et Dalila. — La Mala-\ndetta.\nSaint-Saëns. Vidal.\n16.443 41\nr 5 —\nFaust.\nGounod.\n20.8 10 76\n17 —\nLe Freischutz. — Coppelia.\nWeber. L. Delibes.\n21.021 41\n18 —\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n13.oo6 »"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "588", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.28", "texte": "INFORMATIONS\n\nII. — Opéra-Comique.\nReceltes détaillées du 20 octobre au 19 novembre 1905.\n\nLyon. Par arrêté endate du 4 novembre de M. le Préfetdu Rhône, M. Odol,\ntrompette et piston solo à 1 orchestre du Grand-Théâtre deLyon, est nommé pro-\nfesseur de trompette à l'Ecole de musique, succursale du Conservatoire nationab\nen remplacement de M. Gérin, admis à faire valoir ses droits à la retraite et\nnommé professeur honoraire.\n\nNîmes. Par arrêté préfectoral du 14 novembre, sont nommés professeurs à\nl'Ecole de musique, succursale du Conversatoire national, à Nîmes, en rempla-\ncement de M. Grégoire, démissionnaire : Professeur d'harmonie et de solfège,\nM. Moulines ; Professeurs de solfège, MM. Breton, Pieyre et Causan.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n20\noct.\nWerther.\nMassenet.\n7.665 »\n2 I\n—\nCarmen.\nBizet.\n0\ntr,\nM\n00\n<0\n.00\n22\n— matinée\nLa Fille du Régiment.—Le Bar-\nbier de Séville.\nDonizetti. Rossini.\n8.000 »\n2 2\n— soirée\nCavalleria Rusticana. — Lakmè.\nMascagni. L.Delibes.\n7.739 5o\n2 3\n—\nMireille.\nGounod.\n4.585 »\n24\n25\nLouise.\nLa Vie de Bohême.\nG. Charpentier.\nPuccini.\n5.469 5o\n6.934 5o\n26\n—\nCarmen.\nBizet.\n7.686 »\n27\n—\nWerther.\ntVlassenet.\n/\n6.520 5o\n28\n—\nLe Barbier de Séville. — Caval-\n— matinée\nItria Rusticana.\nRossini. Mascagni.\n8.523 5o\n29\nLa Traviata. — La Fille du\n— soirée\nRégiment.\nVerdi. Donizetti.\n5.539 5°\n29\nMignon.\nA. Thomas.\n6.158 5o\n3o\noct.\nGriselidis.\nMassenet.\n4.578 5o\n3 1\n—\nCarmen.\nBizet.\n6.842 »\n1 er nov. mat.\nLe Barbier de Séville. — La\n— soirée\nFille du Régiment.\nRossini. Donizetti.\n7.304 5o\nI cr\nLakmé. — Les Noces de Jean-\nnette.\nL. Delibes. Massé.\n6.584 5o\n2\n—\nLouise.\nG. Charpentier.\n4.311 5o\n3\n—\nLa Vie de Bohême.\nPuccini.\n5.3 9 5 »\n4\n— matinée\nWerther.\nMassenet.\n8.6QO 5O\n5\nCarmen.\nBizet.\n8.022 5o\n5\n— soirée\nMignon.\nA. Thomas.\n6.394 5°\n6\n—\nLakmé.\nL. Delibes.\n4.587 5o\n7\n—\nMiarka (Première).\nA. Georges.\n• /\n1.391 »\n8\n—\nCavalleria Rusticana. — Le\nJongleur de Notre-Dame.\nMascagni. Massenet.\n8.429 5o\n9\n—\nM iarka.\nA. Georges.\n9.207 84\n10\n—\nWerther.\nMassenet.\n6.880 5o\n11\n—\nMiarka.\nA. Georges.\n9.555 22\n12\n— matinée\nLe Barbier de Séville. — La\n— soirée\nFille du Régiment.\nRossini. Donizetti.\n7.604 5o\nI 2\nCarmen.\nBizet.\n7.374 5o\n13\n—\nMignon.\nA. Thomas.\n4.584 5o\n1 4\n—\nMiarka.\nA. Georges.\n6.078 »\n15\n—\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nCavalleria Rusticana.\nMassenet. Mascagni.\n7.293 5o\n16\n—\nMiarka.\nA. Georges.\n9.611 80\n37\n18\n—\nLouise.\nG. Charpentier.\n6.647 5°\n—\nM iarka.\nA. Georges.\n9.622 38\n'9\n— matinée\nLe Caïd. — Le Jongleur de\nNotre-Dame.\nA.Thomas. Massenet.\n8.600 5o\n19\n— soirée\nLa Vie de Bohême. — Caval-\nleria Rusticana.\nPuccini. Mascagni.\n7.625 5o"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "589", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.29", "texte": "LES CONCERTS\n\nConcerts Colonne et Chevillard.\n\nS.\nM. Colonne dirige les symphonies de Beethoven, dont il nous régale, sans\nchercher midi à quatorze heures : il veut, il obtient une correction impeccable,\net laisse parler l'œuvre sans s'y mettre lui-même. C'est la manière classique, et\nla bonne. Les Ruines d'Athènes (du 9 février 1892) ne sont pas le meilleur ouvrage\nde Beethoven. On a cependant bissé le Chœur des Derviches (lequel n'est nulle-\nment écrit sur un « air arabe », comme l'ont cru Fétis et O. Commettant. Voir\nla Revue musicale, t. II, p. 349). Les Mélodies à la bien-aimée absente sont admi-\nrables et ont été bien dites par M. Burgstaller, très en faveur (mais un peu plus\nmaniéré qu'aux précédents concerts). Mme Roger-Miclos, en exécutant Y Allegro\nappassionato (composé pour le concours du Conservatoire en 1884) de Saint-\nSaéns, a fait applaudir son talent et sa beauté. Le 26, on a diversement goûté :\nDans la Cathédrale, tiré d'un envoi de Rome de M. Max d'Olonne ; l'envelop-\npante et voluptueuse introduction du Ier acte de Ferval de Vincent dlndy : et les\nM. JL\n« Divinités du Styx » cVAlceste, chantées à miracle par Mme Litvinne.\n\nChez M. Chevillard.\nAMÉDÉE LEMOINE.\n— Je dois avouer que la célèbre symphonie en mi bémol\ncle Schumann m'a presque ennuyé : cela est compact, pesant, cela manque d'air\net de lumière ; toujours l'éternel quatuor, de temps en temps étouffé par trop de\ncuivres ; il me paraît à peu près impossible à une personne qui ne le connaît pas\ndéjà très bien de comprendre le scherzo : la maladresse de l'instrumentation fait\nde ce badinage plein de sentiment une chose lourde, confuse et indigeste. La\ncantate de Rameau, à une voix avec symphonie, Diane et Actéon (ire se\ncompose de 3 récitatifs accompagnés au piano, et de 3 airs soutenus par les ins-\ntruments : j'ai particulièrement goûté le 3e récitatif suivi de l'air tendre. Cette\nmusique, dans la déclamation et dans le chant proprement dit, est étonnante de\nfraîcheur, de naïveté, de souplesse. Vif succès pour Mme Mellot-Joubert, chan-\nteuse très expérimentée, à la diction impeccable. Une mélodie de Franck, noc-\nturne (orchestrée par M. Guy Ropartz, poésie de L. de PMurcaud), également\nchantée par Mme Mellot-Joubert, mélodie large, noble et sereine, mais un peu\nmonotone, et sans grand rapport avec les vers dont elle semble se désintéresser,\nn'ajoutera rien à la gloire du grand maître. L'Apprenti sorcier, scherzo de\nM. P. Dukas, a été vigoureusement applaudi, et admirablement exécuté : c'est\nune des œuvres les plus remarquables de la musique contemporaine ; ordonnance\ngénérale, développement, timbres, orchestration, imagination, esprit, tout y est\nexquis ; on ne se lasse pas d'entendre cette merveille. L'ouverture des Maîtres\nChanteurs et Saugefleurie> légende pour orchestre de M. d'Indy, ont satisfait, par\nla perfection de l'exécution, les oreilles les plus délicates. La Kermesse, de\nM. Jaques Dalcroze (ire audition), venant à la fin d'un long concert, avait aussi\ncontre elle le redoutable voisinage de Y Apprenti sorcier. Elle n'est pas médiocre-\nment gaie ; il y a du tintamarre et du brouillamini là dedans, des mesures à\n2 temps, des mesures à 3 temps, des réminiscences prolongées des Maîtres\nchanteurs : et voilà, en somme, ce que j'en ai retenu.\nAu splendide concert du 26 novembre, M. Colonne nous a fait entendre,\navec l'aimable Symphonie en sol de Mozart, la Russia de Balakiref, l'exquis\nAprès-midi d'un Faune de Debussy, trois mélodies avec accompagnement d'or-\nchestre (Fleurs de saison, Jardin et Chanson de guerre) de M. Jean Gay, chef de\nmusique d'un régiment de ligne. Cette nouveauté a été favorablement accueillie»"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "590", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.30", "texte": "LES CONCERTS\n\nLONDRES.\nA. R.\n— Le programme de la saison d'automne se poursuit avec la\nBohême, Aida, le Trouvère, Madama Butterfly, Andréa Chénier, et nous sou-\nhaitons aux éminents managers : MM. Neil Forsyth et Frank Rendle, l'heu-\nreuse continuation d'une série si bien commencée.\nLes concerts du samedi ont débuté au « Queen's Hall » le 4 novembre avec\nl'orchestre, conduit par M. H. J. Wood, dans le « Brandenburg Concerto » n° 6\nde Bach, exécuté pour la première fois en Angleterre, des Variations sur un thème\nd'orchestre d'Elgar et l'adagio du ballet de Promèthèe de Beethoven, d'une façon\ntout à fait remarquable. Richard Strauss dirigeait lui-même l'exécution de sa\nSymphonia Domestica, présentée à Londres le 25 février 1905. Dans l'immense\nsalle de 1' « Albert Hall », très belle exécution, par l'orchestre du Queen's Hall,\nde 1 Ouverture AObéron et de la Marche Hongroise de Berlioz : ces concerts\ndu dimanche sont très goûtés et attirent de nombreux amateurs de musique.\nLa musique d'opérette est toujours en grande faveur à Londres, où le « Daly's\nTheatre » continue à faire salle comble avec les Petites Michus de M. A. Mes-\nsager. 11 en est de même pour Lady Madcap au Prince of Waleset The White\nChrysanthemum au Criterion. L'habitude anglaise d'occuper les entr'actes, dans\nla plupart des théâtres, par des intermèdes musicaux, peut être qualifiée des\nplus heureuses. Parmi les meilleurs orchestres nous citerons ceux du « Saint-\nJames Theatre », du « Majesty's Theatre » du « New Theatre ». du Wyndam's\nTheatre » et du « Waldorf », qui donna, la saison dernière, une très intéres-\nsante série d'opéras alternés avec les représentations de Mme Eleonora Duse.\n\nMARSEILLE. Aux concerts classiques de Marseille, dirigés par M. Gabriel\nMarie, M. Guilmant vient d'obtenir un très grand succès comme virtuose et\ncompositeur. Avec l'admirable Passacaille de J.-S. Bach, il a joué le 10eConcerto\nen ré de Haendel pour orgue et orchestre. L'allégro de cette composition est\nformé d'une suite de soli que Haendel a simplement esquissés et qui laissent le\nchamp libre à 1 improvisation. La Marche élégiaque, de Guilmant, a été.fort ap-\nplaudie.\n\nLYON. M. Witkowski vient de fonder à Lyon des concerts du dimanche\nanalogues à ceux de Paris. On nous affirme qu'il y a 900 abonnés inscrits, et\nqu il ne reste plus un sou de recette à faire à la porte. Bonne chance à cette\nexcellente entreprise !\n\nSCHoLA. CANTORUM. La Schola, sous la direction de Vincent d'lndy,a récem-\nment exécuté des fragments de Y Armide, de Lulli (1686, livret de Quinault). Bril-\nlante soirée, mais musique médiocre.\n\nSOCIÉTÉ BACH. La Société Bach (salle de l'Union, 14, rue de Trévise) a\ndonné avec un plein succès le premier concert (de la série A) dont nous avons\nannoncé le programme. Le mercredi 29, très brillante soirée (orgue et musique\nde chambre) avec M. Henri Dallier, M. Debrouxet Mlle Boutet de Monvel.\nBillets chez Durand.\n\nCOURS ET CONFÉRENCES. Au cours Sauvrezis (14, rue de la Pompe),\nM. Arthur Coquard commencera, le 3 février, ses conférences sur l'histoire et\n1 esthétique musicales. Mlle Perez de Brambilla (6, rue de Saint-Pétersbourg)\na repris son cours si apprécié de piano, harmonie et accompagnement. L'école\ndes Hautes Etudes sociales annonce pour cet hiver une série de conférences musi-\ncales par MM. Aubry, Quittard, Calvocoressi, Gastoué, Laloy, etc... Le cours\nde M. Combarieu sur la Grammaire musicale et ses éléments commencera au\nCollège de France le lundi 4 décembre, à 4 heures et demie (salle VIII)."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "591", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.31", "texte": "COURS DU COLLEGE DE FRANCE\n\nLES ORIGINES DU RYTHME ET LE TRAVAIL SOCIAL,\nD APRÈS RUCHER. XVI (d'après la sténographie)\n\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nJ'arrive à l'examen d'une théorie très curieuse et nouvelle sur les origines\nde la musique. Elle a été présentée avec un grand succès, au moins à l'étran-\nger (car la critique française Ta laissé passer un peu inaperçue), par le\nDl' Karl Bûcher, dans un livre qui, en 1902, atteignait sa troisième édition :\nArbeit und Rhytmus, « Travail et rythme ». Nous sommes ici en présence d'un cas\nfort intéressant. Le Dr Bûcher est-il musicien ? Nullement. C'est un professeur\nd'économie politique à l'Université de Leipzig. Mais on serait tenté de dire\nqu'il est parfois avantageux de ne pas être un spécialiste dans certains travaux\nrelatifs aux questions d'origine. Le musicien qui entreprend d'écrire l'histoire\nde son art aborde généralement cette étude avec une opinion préconçue et\ns attache à trouver, dans les faits ou dans les textes, des arguments pour la\nmise en lumière de cette opinion ; il se sert des documents que lui fournit la\nphilologie au lieu de les laisser parler eux mêmes, de s'effacer derrière eux, de\nse borner à être leur interprète. Tout autre est la situation du théoricien dont\nj'ai à vous faire connaître aujourd'hui les idées Ce qu'il voulait étudier, comme\nl'y invitait la nature de son enseignement universitaire, c'est le travail social,\nses premières formes, ses conditions et ses lois ; c'était un sujet d'économie po-\nlitique pure. Chemin faisant, et contrairement à ses prévisions, ses recherches\nont dévié ; elles ont été absorbées par la poursuite d'un autre objet et enrichies\nd'une modification essentielle dans le plan primitif. Les faits enregistrés au\ncours de l'enquête entreprise l'ont voulu ainsi. Avec des préoccupations toutes\nspéciales et étrangères à la musique, comme point de départ, l'auteur s'est vu,\nnon sans en être étonné un peu lui-même, aboutir à une doctrine sur la genèse\ndu rythme, sur celle de la musique et de la poésie ! Cette conclusion, précisé-\nment parce qu'elle n'était pas voulue et préméditée, a pour nous l'intérêt d'une\nthéorie de valeur vraiment objective, fondée sur l'expérience.\nSpencer, auquel j'ai consacré mes deux dernières leçons (1), s'était surtout\nattaché à expliquer, dans la musique, la mélodie, c'est-à-dire la hauteur et l'in-\ntensité des sons, la variété des intervalles et des timbres, en un mot, tout ce\nqui constitue léchant en lui-même. L'ouvrage de Bûcher est consacré aux ori-\ngines d'un élément d'importance capitale en musique : le rythme. Selon mon\nhabitude, je donnerai d'abord quelques définitions ; je rappellerai ensuite les\nprincipales doctrines auxquelles s'opposent celles dont nous allons nous occuper.\nI\nLe mot rythme est employé avec deux sens différents : l'un étendu et technique,\nl'autre restreint et usuel. Dans le premier cas, il désigne l'organisation des\n\n(1) Nous ne les avons pas reproduites ici, car ce sujet a déjà été traité dans la Revue musicale\n(année 1902, noS d'août et octobre)."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "592", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.32", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ndurées, qui constitue le plan général d'une œuvre musicale ; et l'étude du\nrythme ainsi compris ne fait qu'un avec celle de la composition. Elle comprend\nl'analyse d'une série de systèmes de plus en plus considérables et dont le mé-\ncanisme est si délicat : le pied, le membre de phrase, la phrase, la période, la\nstrophe, enfin les divers enchaînements ou ensembles de strophes...\nComme le rythme a souvent pour générateur le groupe placé au début de la\nsérie, c'est-à-dire ce qu'on appelle le pied en poésie, et la mesure en musique, on en\nest arrivé, et c'est là la seconde acception du mot, à entendre par le mot rythme\nce groupe lui-même ; en un mot, le langage courant et usuel a identifié une\npartie de l'ensemble avec l'ensemble lui-même. Mais ce n'est pas très exact, et\nil faut savoir distinguer la mesure du rythme. La mesure n'est qu'un cadre\nabstrait ; même en musique ce cadre est établi par des nombres. Le rythme,\nc'est ce qui remplit ce cadre ; il le fait de diverses manières, avec des valeurs\nréelles et non avec des nombres.\nLa mesure (quelquefois, mais pas toujours identique au rythme) est une série\nde jalons représentés par les lignes verticales qui séparent les pieds ; le rythme\nobserve souvent ces jalons, peut même les fortifier ; mais, dans l'intervalle qui\nles sépare, il s'organise librement. La mesure à trois temps peut être remplie\npar une noire suivie d'une croche ; ou bien encore par une noire pointée ; ou\nbien encore trois croches ; ou bien encore avec des syncopes et des silences. Il\npeut donc y avoir des rythmes élémentaires qui, par leur valeur totale, appartien-\nnent au même genre de mesure, mais qui, par la valeur des éléments dont ils se\ncomposent et par la distribution de ces éléments, constituent des rythmes diffé-\nrents.\nCette distinction une fois faite et tout malentendu étant écarté, voici les\ndifférents rythmes qui peuvent remplir les différentes mesures. Pour la mesure\nà trois temps, il y a le trochée, qu'on peut représenter par une noire et une\ncroche, l'iambe, qui peut être représenté par une croche et une noire. Pour la\nmesure à quatre temps, il y a le dactyle, qui peut être représenté par une\nnoire et deux croches, l'anapeste, qui est constitué par deux croches et une\nnoire, enfin le spondée, qu'on peut représenter par deux noires. La mesure à\nsix temps (mesure ionique) peut comprendre : le rythme ionique, représenté par\ndeux noires et deux croches ; le choriambe, représenté par deux croches et deux\nnoires, et un autre pied appelé en grec hexabrakys (représenté par six croches).\nEnfin il y a la mesure à cinq temps, comprenant le rythme appelé péonique,\nlequel est formé des deux groupes suivants : deux croches, suivies d'un groupe\nde trois croches, ou bien un groupe de trois croches suivi d'un groupe de deux\ncroches. Tout ceci est à retenir pour l'examen delà théorie de Bûcher.\nVoilà les types de mesures et de rythmes qui sont usités à la fois dans la\npoésie lyrique et dans la musique. (On n'a pas l'habitude, quand on s'occupe de\nmusique, de parler d * ionique, de choriambe ou d'hexabrakys ; c'est un tort cepen-\ndant ; nous avons déjà, dans la théorie musicale, un certain nombre de mots\nqui sont empruntés au grec : gamme, dièse, harmonie, etc. ; il suffirait que\n1 enseignement officiel fût logique avec lui-même pour que la terminologie\nmusicale tout entière, conformément à des analogies très nombreuses, fût\nempruntée aux Grecs, véritables inventeurs de la science musicale, comme de\ntoutes les autres).\nIl ne suffit pas d avoir une formule comme une de celles-là pour posséder un"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "593", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.33", "texte": "COU I<S DU COLLÈGE DE FRANCK\nR. M.\n4 *\n\nrythme ; il faut deux choses essentielles : d'abord une partie « forte », c'est-à-\n--dire accentuée, c'est la première de la mesure, et une partie faible ; il faut\nensuite, et ceci est absolument indispensable, que la formule se répète un cer-\ntain nombre de fois. Le rythme n'est pas constitué seulement pas une division\nsystématique de la durée, mais par le retour régulier de cette même division.\nCes définitions une fois établies, nous abordons maintenant la question des\norigines ; et, avant de présenter la solution qu'a donnée le docteur Bûcher, je\nrappellerai celles que l'on a proposées pour le même problème.\nWagner, dans l'opuscule Beethoven, déclare, d'une façon assez paradoxale,\nque le rythme n'est pas inhérent à la musique, qu'il lui est venu « du dehors» !\nIl va même jusqu'à déclarer que c'est Mozart qui pour la première fois l'y a\nintroduit. C'est là une déclaration bien contestable ; dans tous les cas, elle\nexplique que certains savants se soient préoccupés de chercher les origines du\nrythme et aient cru le trouver dans des séries de faits qui paraissent étrangers\nà l'art musical.\nOn a donné une foule d'explications ; j'en distingue six ou sept qui sont les\nprincipales et que j'énumère très rapidement.\ni° La plus ancienne (en négligeant quelques légendes orientales qui m'en-\ntraîneraient trop loin) est celle de Platon. D'après lui, le rythme musical vient\nde l'Absolu, par l'intermédiaire de l'âme. L'Absolu, c'est Dieu. Lorsque Dieu\ncrée l'univers, il le crée d'après les lois de sa propre pensée ; la pensée de\nDieu, c'est la pensée mathématique, dans laquelle résident les types éternels\ndes choses et qui est constituée par les nombres, les nombres musicaux :or\nce sont précisément les nombres qui produisent le rythme. Par conséquent,\nDieu, en faisant l'univers, lui imprime le rythme en même temps que le mou-\nvement. Quant à l'artiste, lorsqu'il prend un fragment de matière et qu'il\nessaie de le façonner à son tour, il obéit aux mêmes lois que de Dieu lui-même,\nattendu que son esprit n'est pas autre chose qu'un reflet lointain de la pensée\ndivine. Théorie grandiose, en dehors de toute vérification possible, inac-\ncessible à un contrôle quelconque. Il y a quelque témérité à vouloir expliquer\nla pensée de Dieu, alors que nous avons tant de peine à comprendre celle\nde l'homme !\n2° Spencer, que je puis placer immédiatement après Platon, n'est pas allé\naussi loin ; cependant il se rapproche de Platon. Pour lui, le rythme est un des\nprincipes « premiers » sur lesquels repose la constitution des choses et au delà\ndesquels on ne peut pas remonter ; c est un principe premier au même titre que\nla conservation, la permanence et l'indestructibilité de la force dans le monde.\nLe raisonnement du philosophe anglais est d ordre philosophique très élevé.\nPeut-être ne me tromperai-je pas en le résumant ainsi. Lorsqu'une force\ns exerce, cette force ne peut pas se détruire. Elle reparaît sous une. autre\nforme De là naît un conflit, lequel aboutit au rythme. Avec mon doigt, j'ébranle\nla branche du diapason ; en agissant ainsi je dépense une certaine force : cette\nforce ne peut pas se perdre, il faut qu'elle se retrouve d'une façon ou d une autre ;\nelle réapparaît sous forme de réaction, réaction représentée par les vibrations\nmêmes de la tige ébranlée. Il y a là, en présence, deux forces qui ne peuvent pas\nse détruire l'une l'autre. Il faut cependant qu'elles s'accommodent, qu'elles\nfassent bon ménage ensemble : de là une alternative de conflit et d'équilibre,\nlaquelle alternative n'est pas autre chose que le rythme .. Ce que je dis là d'un"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "594", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.34", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ncas particulier, Spencer l'applique à la création tout entière. Il croit trouver\nle rythme à la surface de la terre et de l'océan; dans tous les phénomènes qui\nsont produits, soit naturellement, soit artificiellement ; dans le milieu de\nl'éther, dans la lumière et dans les ondulations qui la produisent, dans le phéno-\nmène de la chaleur, où les ondulations ne diffèrent de celles de la lumière que par\nleur longueur relative; dans l'électricité, dans la périodicité de tous les phéno-\nmènes astronomiques ; il le trouve aussi dans les phénomènes de la vie, de la\ncirculation du sang, de la respiration, de la locomotion, de l'activité des organes;\nil le retrouve, ou croit le retrouver, dans les phénomènes de la conscience\neux-mêmes, qui ne sont pas continus, mais qui reposent sur des alternatives\nd'états un peu différents, enfin dans l'histoire des sociétés, delà vie économique.\nCette théorie, elle aussi, est grandiose et très belle; mais parmi les derniers\nfaits signalés par Spencer, il n'en est pas un seul, je crois, où l'on trouve à\nproprement parler le rythme musical, c'est-à-dire un rythme rigoureux, un\nrythme ayant une exactitude mathématique ; ce ne sont (pour le musicien !) que\ndes ébauches, des commencements et des à-peu-près. Schumann a dit, en parlant\ndu pianiste qui n'observe pas exactement la mesure, que son jeu ressemble à\nla démarche d'un homme ivre ; je crois que la plupart des rythmes signalés\npar Spencer, si on les suivait avec rigueur, produiraient une démarche un peu\nanalogue.\n3° On a fait venir aussi le rythme je retrouve cette idée dans un petit livre\nde M. Lavignac, professeur au Conservatoire des oscillations du pendule, qui\nsont isochrones. Cette vue est intéressante, mais elle ne nous sert à rien au point\nde vue historique, attendu que les primitifs n'ont eu et n'ont aucune connaissance\ndu pendule.\n4° Une autre opinion a été soutenue en Allemagne par M. Riemann, qui voit\nl'origine du rythme dans les battements du pouls. Cela n'aurait rien d'invrai-\nsemblable. Puisqu'il est démontré que quand il a voulu mesurer des distances,\nl'homme s'est servi d'une partie de son corps (pouce, coudée, brasse, pied), il\nn'y aurait rien d'étonnant à ce que, lorsqu'il a voulu mesurer des durées,\nl'homme ait emprunté l'unité de mesure à un phénomène physiologique. Ce n'est\nmalheureusement qu'une hypothèse.\n5° On a dit aussi (c'est l'opinion de Guyau) que le rythme venait de l'intensité\nde l'émotion et de son caractère sociologique. Je ferai remarquer que, d'après\ncette théorie, la naissance du rythme serait postérieure à la constitution des\nsociétés, à l'établissement de la vie des hommes en commun. Or, l'objection\nqu'on peut faire et que j'aurai l'occasion d'examiner, est celle-ci : l'établissement\nde la société elle-même ne suppose-t-il pas d'autres phénomènes antérieurs, les-\nquels suffiraient à expliquer la genèse du rythme ?\n6° M. Souriau, dans un très beau livre intitulé VEsthétique du mouvement,\ns'est, je crois, beaucoup approché de la vérité en faisant dériver le rythme d'une\nloi de compensation qui veut que toute contraction musculaire soit suivie d'un\nrepos réparateur. Nous allons retrouver cette idée tout à l'heure. Je mentionne-\nrai enfin, sans m'y arrêter, la théorie qui fait venir le rythme de la danse.\nChacune de ces solutions n'est en somme qu'une hypothèse ; et comme, ici,\nnous cherchons, dans la mesure de nos forces, ce qui est exact, démontré (ou\nnous paraît tel), nous ne pouvons pas nous en contenter. Remarquez que toutes\nces théories expliqueraient bien à la rigueur l'origine de la mesure (veuillez"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "595", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.35", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nvous rappeler la distinction que je faisais tout à 1 heure), mais non pas celle du\nrythme : elles nous disent bien pourquoi on est arrivé à instituer un mouvement\nmarqué par l'équidistance de certains accents ; mais elles ne nous expliquent pas\nceci : pourquoi y a-t-il des trochées ? pourquoi des iambes ? des dactyles ? des\nanapestes ? des ioniques, etc. ?\nOr, la théorie que je vais résumer prétend nous expliquer tout cela ; cette\nthéorie est extrêmement claire et repose sur un enchaînement de faits et d'idées\ntout à fait solide. Sans anticiper sur mes conclusions, je puis dire qu'en\nfaisant sortir le rythme du travail de l'homme, cette théorie confère à l'art\nmusical un nouveau titre de noblesse.\nII\nL'auteur a étudié les lois du travail dans tous les pays et un peu à toutes les\népoques ; mais il insiste sur le travail de l'homme primitif, du sauvage, car\nc'est lui seul qui nous permet de nous faire une idée de la façon dont les choses\nont pu se passer à l'origine de la civilisation. Pour exposer sa thèse avant de la\ndiscuter, je vais le suivre d'aussi près que possible dans les moments successifs\nde sa démonstration.\na) Aristote avait déjà formulé un principe, c'est que le rythme est naturel à\nl'homme ; à ce principe il faut en ajouter un autre, c'est que le sauvage a une\ntendance beaucoup plus grande que l'homme civilisé aux mouvements rythmi-\nques, pour deux raisons : la première, c'est qu'il est nu ou à peu près, affranchi\ndes vêtements qui, chez l'homme civilisé, gênent, paralysent quelquefois les\nmouvements. La seconde raison, c'est que le sauvage n'est pas cultivé ; or, on\na remarqué que les effets physiologiques du rythme sont en raison inverse de\nla culture intellectuelle, parce que les effets de la musique, sur un sujet qui\nn'est pas un intellectuel, ne rencontrent aucune résistance (c'est probablement\npour cela qu'aujourd'hui les physiologistes qui font dans leur laboratoire des\ntravaux sur l'art musical aiment à opérer sur des illettrés).\nb) Voilà un premier fait. D'une façon générale, le sauvage a une inclination\nparticulière au rythme. Il ne faut donc pas s'étonner que dans la fin du xvme siè-\ncle, en parlant des nègres de l'Afrique, un voyageur, Meiners, ait écrit ceci :\n« La marche, la danse, le jeu, le chant, le travail, tout se fait chez eux en me-\n« sure. Les nègres les plus stupides observent la mesure beaucoup mieux que\n« nos soldats et beaucoup mieux que nos musiciens eux-mêmes après un long\n« exercice réfléchi. »\nb) Mais les nécessités de la vie, d'abord de la vie individuelle, ensuite de la\nvie sociale —. vont favoriser et faire aboutir, plus encore que le climat, un pen-\nchant instinctif. Il faut d'abord écarter un préjugé. On a dit que le sauvage\naimait particulièrement l'oisiveté ; et depuis Tacite, on répète assez souvent que\n(( sauvagerie et paresse sont synonymes ». On s'est même appuyé sur ce fait pour\nexpliquer le brigandage, 1 esclavage, la vente des fiancées, l'habitude d'imposer\naux femmes des travaux pénibles et des charges excessives. C'est là une vue\nsuperficielle ; elle est même contradictoire; s'il y a parmi les primitifs des hom-\nmes qui vivent de pillage, cela suppose qu'il y en a d'autres qui aiment les\nrichesses et qui, par conséquent, se donnent un certain mal pour les réunir."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "596", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.36", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nDe même pour l'esclavage : on a dit qu'il avait joué un rôle utile dans l'édu-\ncation de l'humanité. Mais l'esclave qui apprend à faire un travail suppose\nun maître qui l'initie à ce travail , si le maître veut placer l'esclave dans\nun certain état d'esprit, il est obligé d'abord d'avoir été lui-même dans ce même\nétat d'esprit. Il y a là une sorte de cercle vicieux.\nDans les sociétés civilisées, il peut y avoir et il y a en effet des oisifs. Dans les\nsociétés non civilisées, tout le monde, hommes et femmes, est obligé de tra-\nvailler plus ou moins ; seulement le travail se fait dans des conditions spéciales.\nIl est particulier à deux points de vue; d abord, absence d'outils ; en second lieu,\nabsence de technique. Pour construire une hutte, fabriquer un canot, une arme\ndépêché ou de chasse, pour assurer et préparer la subsistance, façonner quel-\nque poterie grossière et quelques semblants de vêtements, sans parler des\nobjets de parure et d élégance qui constituent son esthétique propre, car le sau-\nvage est élégant àsa manière ! l'homme primitif est obligé de suppléer par\nles mouvements du corps, par ceux des mains, des bras et des jambes, à l'ab-\nsence d instruments appropriés. 11 ignore la technique : il la rachète par la pa-\ntience et l'endurance. Dans certaines tribus, les travaux exécutés par les femmes\nsont tellement longs et fatigants, qu ils ont expliqué peut-être l'usage de la po-\nlygamie . a Au Tanganiika, dit Stanley, on met plus de trois mois à creuser un\narbre pour en faire un canot. » En Guinée, certains naturels portent suspendus\nau cou des cylindres en pierre blanche dont la polissure et la façon (percement\nde petits trous) demandent, faute d'outils en métal, les soins de deux généra-\ntions. Les travaux du tissage sont extrêmement longs aussi ; on en a comparé\nles progrès à la croissance d une plante.\nUn travail quelconque, quand il est exécuté dans des conditions aussi défavo-\nrables, est fait de recommencements perpétuels, de reprises sans fin, de routine ;\nil exige enfin la répétition de mouvements identiques.\nc) Poussé par l'instinct, par l'habitude, par la préoccupation d'éviter des\npertes de temps, par le souci d'éviter des efforts inutiles et aussi d'alléger\nle plus possible une tâche si ingrate, le travailleur un peu exercé exécute des\nmouvements identiques, dans des durées égales. L'idée du but à atteindre,\nqui d'abord dirige le travail, et l'idée de l'appropriation de certains moyens à ce\nbut, s effacent dans son esprit : ces idées deviennent inutiles ; peu à peu,\nl'homme arrive à remplacer l'énergie de la volonté consciente par une énergie\nd'automate purement mécanique.\nd) Dès lors, on voit apparaître quelque chose de très important, qui nous\nmet sur la voie et nous fait entrevoir le but : la périodicité des mouvements s'in-\ntroduit dans le travail. Cette périodicité a été constatée mainte et mainte fois.\nDéjà Pline 1 Ancien, dans son Histoire Naturelle y 18-54), avait constaté que semer\nle blé est une opération qui se fait en mesure. Dans un ouvrage paru en 1889\n(je prends deux exemples aux extrêmes pour abréger) à propos de l'Exposition\nuniverselle et intitulé les Colonies françaises, je lis qu'à Madagascar les femmes\nqui préparent la terre pour semer le riz « ressemblent à des danseuses qui\nexécutent un ballet », tant le rythme de toute leur démarche est net et marqué.\nVoilà les premiers pas de la théorie.\ne) Quelle est maintenant l'unité qui va servir à mesurer ce travail continu,\npassé à l'état de fonction mécanique? Elle est déterminée par le geste même du\ntravailleur, par la nature de l'effort musculaire qu'il répète sans cesse ; et"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "597", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.37", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ncomme cet effort musculaire est caractérisé par une tension suivie d'un repos,\nun groupe de valeurs se trouve créé qui a ses équivalents dans ce que les versi-\nficateurs appellent un pied composé d'une thesis et d une arsis, et ce que les\nmusiciens appellent une mesure, composée d'un temps fort et dun temps\nfaible.\nLe nombre et l'organisation de ces valeurs diffèrent selon Le genre du travail\nexécuté : l'iambe, composé d'une brève et d'une longue, le trochée, composé\nd'une longue et d'une brève, sont le rythme des pieds humains foulant le sol.\nLe spondée est le rythme des mains frappées régulièrement en mesure. Le\ndactyle et l'anapeste sont des mesures (moins anciennes) de travail au marteau,\nl'artisanfaisant toujours précéder ou suivre de deux petits coups le coup principal\nfrappé sur l'enclume. Les forgerons ont là-dessus une locution significative : ils\nappellent cela faire chanter le marteau. Les diverses formes du rythme ionique\npeuvent être observées dans les rues de nos villes, où 1 instrument qui sert a\nenfoncer et à égaliser les pierres est toujours manié en mesure.\nf) Voici d'autres constatations importantes qui vont faire faire un nouveau pas\nà la théorie. Ce phénomène capital de la création d une mesure et d'un rythme\nne se produit pas seulement dans le travail individuel et isolé où le travailleur\npeut faire, en somme, des poses de paresse, selon sa fantaisie, sans qu'il en\nrésulte des inconvénients graves ; il devient une nécessité lorsque le travail\nest fait en commun, et en particulier lorsqu'il s'agit de travaux où tous les mou-\nvements sont solidaires les uns des autres. Par le rythme, des activités diverses\nconcourent au même but ; sans lui, elles se contrarieraient, au lieu de s'en™\ntr'aider.\nVoici des hommes qui, étant assis, rament ensemble sur une pirogue. Ils\nsont obligés, remarquez bien ce mot qui est le pivot de toute la théorie, ils sont\nobligés, dis je, sous peine d'accidents graves et variés, de soumettre leurs mou-\nvements à un rythme régulier.\nDans le même cas sont les hommes que fait voir un monument égyptien\n(qui est, je crois, au British Muséum) et qui transportent sur le sol un énorme\nbloc de matière. Dans le même cas sont ceux qui scient un arbre couché, ceux\nqui frappent simultanément sur une enclume une pièce de métal rougie au feu,\netc...\nD'autres raisons obligent à introduire un rythme dans le travail lorsqu'il est\nfait en commun et socialisé. On a dit avec raison que chaque individu a une\ntendance, soit en travaillant, soit en déployant simplement son activité dans\nun jeu ou dans un exercice quelconque, à adopter un rythme particulier, qui\nlui est spécial. Ainsi, il y a des personnes qui se fatiguent en marchant len-\ntement, il y en a d autres qui se fatiguent en marchant vite. L'homme est,\nà ce point de vue, dans le même cas que l'animal lui-même. Un cavalier, par\nexemple, sait bien l'allure qui est la plus avantageuse à son cheval. Le rythme,\ndans les groupements de travailleurs, a eu pour but et aussi pour principe la\nnécessité d'unifier les allures individuelles. Les travailleurs, quand ils sont\nassociés, déploient une énergie inégale provoquée par le zèle, par la rivalité qui\ns'établit entre eux. Au sixième livre de YOdyssée, Homère parlant des Béo-\ntiennes qui, avec Nausicaa, lavent leur linge au lavoir, dit : « Elles battaient\nleur linge dans de petits bassins de pierre en rivalisant de zèle. » Raison de plus\npour régler et discipliner ces activités diverses."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "598", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.38", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nUne troisième raison, c est que l'activité d'un groupe, quand elle est réglée et\ndisciplinée, aboutit à des résultats plus avantageux. Ceci se comprend de soi-\nmême Un observateur a fait en Allemagne une statistique assez curieuse. En\ncomparant le résultat du travail des ouvriers qui chantent et le résultat du travail\ndes ouvriers qui ne chantent pas, il a constaté que les premiers produisaient\nplus que les autres.\nIl y a aussi une raison d'agrément. On fait travailler un certain nombre de\npersonnes ; comme compensation, peut-être, on cherche à leur donner 1 agrément\ndu rythme et de la musique.\nIl y a enfin des travaux, un peu exceptionnels il est vrai, dans lesquels la mu-\nsique, ou plutôt le rythme, car nous n'en sommes pas encore à la musique... où\nle rythme, dis-je, a été employé très utilement, et comme une sorte de nécessité,\nfaute de moyens différents. Parmi les documents très nombreux qui me sont\npassés sous les yeux, voici celui qui m'a paru le plus extraordinaire, le plus\nbizarre, et cependant l'un des plus sérieux. Dans un livre intitulé V Art\nmusical au Sénégalet dans l Afrique centrale, 1 auteur, M. Verneuil, cite un chant\nde plongeurs (ne souriez pas) occupés à désensabler les navires... un chant qui\na lieu dans l'eau par conséquent :\n(( Qu'on se figure cinq cents nègres nageant autour du navire ensablé et chan-\n« tant cet air ; à la huitième mesure, ils plongent tous à la fois, continuent de\n« suivre mentalement la musique au fond de la mer ; à la douzième mesure, ils\n« poussent le navire ensemble, et à la seizième, ils remontent sur 1 eau. ils\n« agissent ainsi tous ensemble, de concert, et aucun de leurs efforts n'est\n« perdu »\nd) Ce rythme réel une fois créé pour les raisons que je viens d'énumérer,\nquels sont les moyens de le réaliser pour l'oreille? Ici commence une nouvelle\npartie de la théorie.\nQuand le mouvement même du travailleur produit un son régulier par suite\nde la matière qu'il emploie, par exemple le travail du forgeron martelant le fer\nsur l'enclume, celui du batteur de blé frappant le sol avec son fléau, c'est ce son\nlui-même qui sert à marquer le rythme. Dans les autres cas, on y supplée par\nle moyen le plus naturel : la voix humaine ou un instrument.\nIci, les documents et les témoignages sont presque innombrables. Les Malais\nrament au bruit du tam-tam. Au Soudan et en Chine, les corvées se font au bruit\ndu tambour. Voici un document plus classique : on possède au Louvreun groupe\narchaïque de Thèbes en Béotie où l'on voit quatre boulangères réunies côte à\ncôte devant un pétrin et roulant la pâte avec leurs mains ; à gauche se trouve\nune autre femme assise, jouant de la double flûte. On a supposé qu'elle était là\npour régler les mouvements des autres personnes, peut-être pour les distraire...\nC'est aussi suivant un rythme marqué par la flûte que les Etrusques, au témoi-\ngnage d'Athénée, suivant un texte qui a été signalé par M. Paul Girard, pétris-\nsaient le pain, se livraient au pugilat et même faisaient fouetter leurs esclaves.\nUn vase trouvé en Grèce et souvent reproduit représente un travail de moisson-\nneurs qui est rythmé par la musique.\nCe ne sont pas là des légendes. Je me rappelle avoir eu entre les mains un\ndocument officiel, un « Rapport » dans lequel on lisait que, quand le gouver-\nnement français a voulu faire construire un chemin de fer au Dahomey, il a dû\nfaire travailler les nègres « au son de la flûte »."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "599", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.39", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nTous ces faits, remarquons-le en passant, sont de nature à modifier le point de\nvue auquel se placent habituellement les critiques quand il s'agit d'apprécier les\nmonuments de la musique primitive. Dans la musique primitive, que trouve-\nt-on?Des mélodies très pauvres, mais des rythmes nettement accusés. On a attri-\nbué ce fait à une faiblesse du sens esthétique. Il s'explique tout naturellement :\nla mélodie est très pauvre parce que c'est la chose accessoire : le rythme, au con-\ntraire, est nettement accusé parce que c'est la chose essentielle ; c'est lui qui ré-\nglait et marquait les mouvements du travail.\nh) Et maintenant, voici comment la mélodie et la poésie elle-même vont\nsortir de tout cela.\nPour marquer le rythme des mouvements des travailleurs, la voix humaine,\nquand c'est elle qui fait fonction de régulatrice, emploie d'abord de simples ono-\nmatopées, des appels conventionnels et bizarres, comme nous en avons tous\nentendu, des sons inarticulés qui n'empruntent leur signification qu'à leur retour\npériodique. C'est là l'origine du refrain dans la chanson. Peu à peu, en effet, l'i-\nmagination arrive à placer entre des formules fixes et invariables qui serviront\nde refrain, de véritables airs de musique.\nSur ce premier point, les témoignages abondent encore, et jamais thèse ne\ns'appuya sur des documents aussi nombreux, aussi solides que celle du profes-\nseur Bûcher. Les anciens Grecs avaient, à côté de leurs mélodies artistiques,\nnombre d'airs populaires, de couplets associés à différents travaux déterminés\net dont les noms primitifs, par suite d'une lente évolution et d'une transforma-\ntion des usages, étaient devenus inintelligibles à leurs successeurs, les Alexan-\ndrins. Ils chantaient pour faire la moisson, pour broyer l'orge, pour écraser le\nblé avec le cylindre à bras, pour fouler les grappes de raisin, pour filer la laine,\npour tisser. Il y avait l'air du cordonnier, l'air du teinturier, l'air du bàigneur,\nl'air du porteur d'eau, l'air du berger. Il en est de même chez la plupart des pri-\nmitifs dans toutes les parties du monde. Ici Bûcher énumère un grand nombre\nde faits ; il serait trop long de les passer en revue.\ni) En même temps que la musique, la poésie naît peu à peu sous les mêmes\ninfluences et dans les mêmes conditions. Il serait absurde et contraire à toute\njuste conception de l'histoire de penser que d'emblée on a introduit dans certains\nmouvements et dans certaines formules mélodiques des paroles organisées et\npleines de sens. Dans le travail socialisé celui qu'on pourrait appeler le chef\nd'équipe, le surveillant ou le maître, veut stimuler, soutenir et alléger l'effort du\ngroupe. Pour cela, il se borne d'abord à un cri instinctif et presque animal. Mais\nentre deux ou plusieurs répétitions de ce même cri, qui jouent le rôle principal et\nserviront de support à tout le reste, s intercalent par une formule mélodique\nquelques phrases dont le texte est variable et où l'improvisation poétique se\ndonne peu à peu carrière. Le retour des mêmes circonstances d'exécution finit\npar rendre ces formules populaires et enfin traditionnelles.\nJe n'ai pas voulu énumérer tous les faits que présente l'auteur de la théorie,\nmais j'en ajouterai un comme une contribution modeste à tout ce qu'il a dit.\nVoici une petite brochure qui a paru il y a quelques semaines, puisqu'elle\nporte la date de 1905, et qui est intitulée les Travailleurs du bois à Dantzig.\nElle m'a été communiquée par le Musée social, qui, comme vous le savez,\nenvoie des jeunes gens observer la vie économique à l'étranger. Voyez où\npeuvent conduire les études de musique ! elles rayonnent dans une multitude"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "600", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.40", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nde directions ; il n'y a nulle part cle fait qu'on puisse considérer comme abso-\nlument étranger à la musique. L'auteur, qui est correspondant du Musée\nsocial de Paris en Allemagne, a étudié les travailleurs du bois dans la ville de\nDantzig. Je remarque ceci, à la page 62 de son rapport (les deux citations que\nje vais faire résumeront les deux parties essentielles de la théorie de Bûcher :\n« Le travail des équipes est un travail d'ensemble pour manœuvrer les ra-\ndeaux, hisser les poutres de sapin, manipuler les tronçons de chêne ; les hommes\ndoivent s entendre et obéir à un commandement. Le contremaître commande\ndonc, et les hommes, pour agir de concert et se donner du courage, accompa-\ngnent chaque mouvement de « hoi-ho, hoi-ho-hoi » gutturaux .. Cependant le\ngenre de leur travail, qui est un travail d'ensemble comme celui des trieurs, fait\nque les arrimeurs chantent beaucoup. Ils ne se bornent pas aux exclamations\net aux cris de leurs collègues des dépôts, ils cultivent le véritable chant. L'équipe,\nen s'attelant à son travail, entonne vigoureusement son... (Suit le premier\nvers d'une chanson écrite en bas-allemand et signifiant : « Chéri ! ô mon chéri,\nne ten va pas si 10in»)... Ils répètent très souvent le même vers, le même\nrefrain, la même strophe, le travail se trouvant interrompu chaque fois qu'il\nfaut recommencer la manœuvre. Mais ils chantent; et parmi les travailleurs du\nbois qui sont plutôt graves et peu loquaces, les arrimeurs se distinguent par leur\nagilité. »\nc>\nVoilà donc des travailleurs qui ont pour habitude constante de chanter en tra-\nvaillant. La corporation en général est formée de gens « taciturnes et peu lo-\nquaces ». Il se trouve que ceux qui chantent le plus sont les plus agiles et font le\ntravail le plus utile !\nPour résumer cette exposition je citerai le ch mt russe suivant, où Bûcher re-\nconnaîtrait certainement l'application de ses propres idées, et qui est un rythme\nde travail tout à fait caractéristique (1) :\nQuelle est la valeur de la doctrine que je viens d'exposer? Je me vois obligé\nde remettre à la prochaine leçon cette seconde partie de mon étude.\n\nJULES COMBARIEU.\n\n(I) Recueil de chants populaires russes notés et harmonisés par M. Balakirew, tr. fr. de\nJ. Sergonnois (Leipzig, M. P. Belaïew. 1898), n° 40, p. 55. —M. Pierre Aubry, en me commu-\nniquant ce chant, me signale que Glazunow l'a pris pour thème d'une symphonie (op. 13)."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "601", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.41", "texte": "LES CONCERTS\nR. M.\n45\n\nLes concerts\n\nNous réunissons ces deux noms en tête de\nces notes, parce que nous les réunissons\naussi dans notre affection fidèle. Les con-\ncerts dominicaux que nous devons à ces\ndeux maîtres et qui deviennent, de plus en\nplus, des foyers d'art et d'élégance pari-\nsienne, sont aussi indispensables aux\nmusiciens que la messe et les vêpres aux\ncatholiques. M. Colonne, avec son auto-\nrité magistrale et son souci de la perfec-\ntion dans les détails, fait revivre les\ngrands chefs d œuvre classiques ; M. Chevillard, avec un tempérament diffé-\nrent, un peu plus fougueux, et hardi dans la composition des programmes\ns est classé depuis longtemps, lui aussi, au premier rang. Certain arrêté de\nM. Marcel leur impose « trois heures » consacrées aux symphonistes français con-\ntemporains et non encore joués, • ce qui n'est pas commode, tant pour le choix\ndes œuvres que pour l'observation exacte, au point de vue de la durée, des pres-\ncriptions officielles. En outre, les œuvres nouvelles souffrent un peu du voisinage\nécrasant des chefs-d'œuvre consacrés. Mais les programmes y gagnent évidem-\nment en variété et en intérêt. Nous signalons dans cette partie contemporaine\net quasi imposée des récents concerts : le (second) Job de M. Henri Rabaud,\nœuvre franchement antimélodique et modulante à l'excès, dissonante à souhait,\ncomme il sied aujourd'hui à tout compositeur « dans lemouvement », mais d'une\ngrande force dramatique et d'une éloquence puissante. A la lecture de\ncet admirable texte, traduit par Renan, qui pose le terrible problème du mal\nphysique et du mal moral, on se demande quel commentaire musical il pourrait\nappeler. Cette prose, à la différence de tant de livrets en vers, existe par soi, elle\nse suffit, elle n'a pas besoin d être illustrée par la voix ni l'orchestre. Je ne sau-\nrais pourtant blâmer M. Rabaud de son audace. S'attaquant à un sublime\npoème philosophique, il n'est pas resté inférieur à sa tâche. Son poème lyrique\na aussi son éloquence, son âpreté, sa farouche grandeur. Il sent l'effort, mais\ncet effort est généreux : cette musique est tendue, violente, outrée, mais\npas banale, et elle est surtout sincère. Je ne lui reprocherai qu'une tendance\nfâcheuse à l'effet théâtral et une instrumentation trop bruyante qui étouffe tant\nde belles paroles. M. Dufranne a été amer et véhément à souhait. Nous avons\nentendu avec plaisir la 7e et la 8e Symphonie de Beethoven :M. Lucien Wurmser\ns'est fait applaudir dans le Concerto en ut mineur, et Mme Auguez de Montaa\nlant dans Adélaïde et dans la Procession de Franck. Le concert commençait\npar le Prélude de Parsifal, que le public, enthousiasmé par une splendide\nexécution, a vainement redemandé. Le Quasimodo de M. Casadessus est un\npoème très coloré, mais pittoresque aux dépens de la vraie musique, où est\nexprimé, symphoniquement, l'assaut des truands contre Notre-Dame de Paris.\nParmi les autres nouveautés, signalons (avec une Ouverture très honnête de\nM. Charles Lefebvre) deux Lieder de M. Sylvio Lazzari, remarquables par la\nscience de l'écriture, mais aussi par un tour original, une sincérité profonde, et\n\nCONCERTS COLONNE ET CHEVILLARD."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "602", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.42", "texte": "LES CONCERTS\n\nune intensité d'expression parfois douloureuse (surtout dans la mélodie : Des\nchoses, des choses...). Ils ont été très chaleureusement applaudis, et ce fut justice\nrendue au grand compositeur.\n\nAMÉDÉE LEMOINE.\n\n— La Société des Concerts (qui en est à sa 79e année) a donné\nson premier concert de la saison le dimanche 3 décembre. Au programme :\nY Héroïque de Beethoven (Y allegro du commencement a été joué dans un mouve-\nment peu rapide, mais comme il convient, selon nous); Quatre chœurs a cappella\nde A. Lotti (1667-1740), qui m'ont paru médiocres; l'ouverture de Fritihiof où se\ntrouvent la correction classique, la belle écriture musicale de Th. Dubois, et qui a\nété très applaudie; la Symphonie pour orchestre et piano de Vincent d'Indy sur un\nchant montagnard français. M. Alfred Cortot a joué admirablement la partie\nde piano de ce beau poème, original, très mélodique et coloré, dont voici une\nanalyse (d'après la notice officielle distribuée aux spectateurs avant le concert) :\nIl y a ici, en dehors des thèmes propres à chaque pièce, un motif primordial,\nun court chant montagnard qui sera, dans la construction de la symphonie, le\nmotif ornemental essentiel et permanent. Les thèmes du premier Allegro, de\nYAndante, du Finale, en sont tirés ou s'y rattachent, et deviendront comme les\nvariations de ce motif.\nCe procédé de composition, à peine entrevu et très rarement appliqué par les\nanciens maîtres, cher à César Franck, très cher à M. Vincent d'Indy, assure à\nl'ouvrage une cohésion étroite. Une symphonie issue d'une pensée unique, à con-\ndition que celle-ci soit constamment renouvelée par la richesse des rythmes et des\ndéveloppements, est, à coup sûr, une des formes les plus hautes de l'art musical.\nI. Le cor anglais expose le chant dont les membres (I, II ) serviront cle trame\naux développements symphoniques. Divers instruments répètent les fragments du\nchant initial : sorte d'introduction au premier Allegro, dont le thème A, visible-\nment tiré de la voix montagnarde (sol-la-si-ré) et confié aux instruments graves :\nannonce l'entrée. Le thème B, soutenu par un léger frétillement des cordes,\nopposera sa ligne calme au rythme du premier. Plus loin [v. partie droite de\n\nCONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "603", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.43", "texte": "LES CONCERTS\n\nl'exemple ci-dessus], le retour du chant montagnard se fait sur le thème A, pen-\ndant le développement qui marque le centre du premier Allegro. Et tandis que\nle piano lance en haut ses arpèges, la flûte et la clarinette, en fusées descendantes,\ncroisent leurs voix avec ses traits. A la fin du morceau le chant montagnard\nreparaît, soutenu par un trémolo des cordes graves en sourdine (altoset violon-\ncelles), dans une demi-teinte mystérieuse et charmante.\n11. L'Andante s'ouvre par une mélodie confiée à plusieurs groupes d'ins-\ntruments qui alternent. Le piano se voit couper la parole par la flûte et les\ncordes, mais ce n'est point impertinence de la part des interlocuteurs, car ils\ncontinuent sa pensée. Il la reprend; ils l'achèvent, et ce jeu des propos interrom-\npus se poursuit... Par instants le chant montagnard reparaît.\n111. Le Finale déborde de vie. En une formule rapide, serrée I\ndu chant montagnard], le piano soutient de sa percussion les voix de la flûte, du\nhautbois, de la clarinette associés et qui chantent le fragment 11. Gela constitue\nle thème Ade la troisième partie. Le thème B est remarquable par un mélange\nde mesures à deux et à trois temps, auquel les modernes se montrent assez\nréfractaires, alors que les musiciens de la Grèce antique en usaient couramment.\nILa partie droite de l'exemple montre sous quelle forme réapparaît le thème B :\ndans la seconde moitié du finale.] Les transformations rythmiques du chant\nmontagnard se succèdent ici et se pourchassent dans une course de plus en"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "604", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.44", "texte": "LES CONCERTS\n\nplus rapide : aux cordes et aux cuivres en 6/8, en 2/4 au piano, en 3/8 à tout le\nmonde et aussi en 3/4, prestissimo. C'est de la joie exubérante.\nDans tout l'ouvrage le rôle du piano est éminent. Souvent associé àla harpe,\nil égrène ses percussions agiles, arpèges et gammes, et les oppose aux sons\nsoutenus de l'orchestre. Il est à la fois l'associé de celui-ci et son antagoniste.\nA lui seul il est un orchestre qui dialogue, dispute ou fraternise avec la masse\ninstrumentale, dans une fusion constante et parfaite, d'ailleurs.\nCONCERTS RISLER (SALLE PLEYEL). M. Risler poursuit avec un succès gran-\ndissant la tâche qu'il s'est imposée, de jouer par cœur les trente-deux sonates de\nBeethoven.\nLe public, attiré par un nom illustre, accourt, et la salle Pleyel contient avec\npeine tous ces assoiffés de virtuosité. J'ai entendu le concert debout, dans un\ncorridor.\nUn artiste sent avec une merveilleuse intuition ce qu'on lui demande, et le\ngrand musicien qu'est M. Risler s'efface un peu devant le virtuose. C'est\ndommage.\nOn lui reproche de ne pas se conformer a l'usage en faisant toutes fes reprises ;\ne ne saurais m'en plaindre quand il s'agit de réentendre une page de Beethoven.\nCe que je regrette, c'est ce programme pour ce public, ou ce public pour ce\nprogramme. Le concert est là qui se prête à toutes les fantaisies qui charment\nles amateurs de concerts, mais les sonates sont faites pour les amateurs de mu-\nsique. Elles doivent être jouées avec le respect du texte ; l'exécutant ne devant\nsonger qu'à Beethoven et jamais à son public.\n\nA. L.\n\nA signaler parmi les plus beaux concerts de la quinzaine : Salle Pleyel : le\nlERIER décembre, M. Emile Mendels (qui joue Paganini après Lalo et Fauré), avec\nM. R. Plamondon (ténor) ; M. Edouard Risler, qui a continué très brillamment\nl'exécution intégrale des 32 sonates de Beethoven pour piano, et dont les séances\nsont devenues inabordables, même pour les invités qui n'arrivent qu'une demi-\nheure trop tôt, tant Taffluence est considérable. —Le 8 décembre, Flora Joutard\n(avec Marie Lasne), qui a joué des, œuvres assez bonnes d'elle-même, précédées\nde l'admirable Sonate de Beethoven op. 110. —Le 12, Mme C. Max-Soulier\n(avec le concours de David Blitz) : Sonate de Beethoven op. 27, puis de très\nbelles pièces de Haendel, Bach, Mozart, Brahms. Scarlatti, Chopin, Leroux,\nHahn, Pierné. Le 13, MM. xMaurice Dumesnil, Emile Mendels et Jean Bedetti :\nTrio en la mineur op. 26 de Lalo, Trio en ré mineur de Schumann, —la Sonate\nde Franck pour piano et violon et la Sonate de Grieg pour piano et violon-\ncelle. —Le 14 décembre : Mlle Jeanne d'Herbécourt avec M. Armand Parent:"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "605", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.45", "texte": "LES CONCERTS\n\nconcert consacré à G. Leken, Vincent d'lncly (Poème des Montagnes, suite pour\npiano) et à C. Franck (Sonate pour violon).\nA la Salle de Géographie, le 6 décembre: M Jules Marneff, violoncelle solo\ndes Concerts Lamoureux, avec le concours de Mme Camille Fourrier, de M. Iwan\nFliege (violoniste) et de M.Auguste Delacroix (piano); en tête du programme,\nle Trio (op. i) de Beethoven, le Concerto en la mineur de Saint-Saëns pour\nvioloncelle, et trois pièces charmantes de Cl. Debussy: Fantoches, le Jet d'eau\net VEchelonnement des haies (sur des paroles de Verlaine et de Beaudelaire).\nLa Société YUt Mineur a donné son premier dîner de la saison le n décembre,\ndîner très élégant comme d'habitude, et suivi d'une séance musicale très goûtée.\nA la Salle des Agriculteurs, concert A. Lefort (10 déc.) avec une très belle\nsonate de Th. Dubois exécutée par Loëb (violoncelle) et Diémer.\nImpression générale: il y a, présentement, une tendance marquée à remettre\nles classiques en honneur, Beethoven tout d'abord. C'est, à Paris, le compositeur\nle plus à la mode.\nLes <( AUDITIONS MODERNES ». Cette Société, dont le but est de faciliter\naux auteurs de musique de chambre l'exécution sans frais de leurs œuvres\nnouvelles, a un Comité composé de MxM. Chevillard, Dukas, Lazzari, Vidal,\nOberdœffer, Canivet (Siège social : maison Pleyel, 22, rue Rochechouart). Dans\nsa ire séance (7 déc.), elle adonné des œuvres intéressantes, de Jules Mouquet,\nVladimir Dyck, Anselme Vinée, Henri Bogé,\nMONTE-CARLO. A Monte-Carlo, la saison bat son plein sous un soleil de\nprintemps, et les concerts de musique, avec de très beaux programmes, contri-\nbuent à attirer la foule des visiteurs. L'opérette de MM. Nuitter et de Beaumont,\nle Soleil de Minuit, musique de M. Albert Renaud, vient d'obtenir un vif\nsuccès. Les interprètes, Mlles Miriam Manuel, Thérèse Cernay, Peyot, MM. Al-\nberthal, Maurice Lamy, Poudrier, Michel Fernal, et le chef d'orchestre,\nM. Désiré Thibault, ont été très applaudis.\nLA S OCIÉTÉ DES MATINÉES MUSICALES ET POPULAIRES (anciennes Matinées-\nDanbé), sous la direction artistique de M. Luigini, a donné sa première matinée\nau théâtre de l'Ambigu, le mercredi 13 décembre, àà h. 1/2 très précises. Comme\nles années précédentes, le quatuor Soudant (MM Th. Soudant, H. de Bruyne,\nM. xMignard et Bedetti), a prêté son concours, ainsi que Mme Marguerite Carré,\nM. Lucien Fugère, de TOpéra-Comique ; MM. Alexandre Georges, Fernand\nLemaire, A. Petit, Delahègue.\nAu programme : Quatuor op. 77, n° y, de Haydn, par le quatuor Soudant.\nPileuse, de F. Lemaire, et Rapsodie n° 2, de Liszt, par M. F. Lemaire. Les\nVieilles, de Le Levadé, et Menuet Pompadour, de B. Godard, par M L. Fugère.\nNocturne du 2e Quatuor, de Borodine, par le quatuor Soudant. Miarka\n(Chanson : l'Eau qui court), de A. Georges, par Mme M. Carré, accompagnée par\nl'auteur. —La ire partie du Concerto de Popper, par M. Bedetti, avec accom-\npagnement de double quatuor sous la direction de M. A. Luigini. Duo de la\nFlûte enchantée, par M,ne M. Carré et M. Fugère. —Le Septuor op. 65, de Saint-\nSaëns, pour piano, trompette, quatuor et contrebasse, par MM. F. Lemaire,\nA. Petit, Soudant, de Bruyne, Migard, J. Bedetti et Delahègue.\n\nE. L."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "606", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.46", "texte": "INFORMATIONS\n\nActes officiels et Informations.\n\nConservatoire national. Par arrêtés ministériels en date du 30 novembre\n1905, le nombre maximum des élèves dans les classes préparatoires de piano et\ndans les classes de harpe, d'alto, de violoncelle, de contrebasse et d'instruments\nà vent du Conservatoire national, est porté de dix à douze.\nPar arrêtés des 4 et 5 décembre, MM. Lorrain et Engel sont respectivement\nnommés professeurs supplémentaires (6e catégorie) des classes de chant nou-\nvellement créées.\nEnfin, par arrêté du 7 décembre, M. Mathé Edouard, lauréat du Conserva-\ntoire national, est nommé, pour une période de trois années scolaires, accom-\npagnateur stagiaire d'une classe .d'opéra comique, en remplacement de\nM. Wagner, démissionnaire.\nNancy. Par arrêté préfectoral en date du 25 novembre, M. Schmitt, con-\ntrebassiste à l'orchestre de l'Opéra, est nommé professeur de contrebasse à\nl'école de musique de Nancy, succursale du Conservatoire national.\nToulon. Par arrêté en date du 30 novembre de M. le Ministre de l'lnstruc-\ntion publique, des Beaux-Arts et des Cultes, l'école de musique de Toulon vient\nd'être érigée en Ecole nationale de musique.\nMontpellier. Par arrêté préfectoral en date du 2$ novembre, M. Bérard\nRaymond est nommé professeur du cours moyen de solfège à l'école de musique,\nsuccursale du Conservatoire national à Montpellier.\nMoulins. Par arrêté en date du 14 novembre de M. le Préfet de l'Allier,\nM. Coutan est nommé professeur de violoncelle à l'Ecole nationale de musique\nde Moulins, en remplacement deM. Marnas, démissionnaire.\nDirection de l'Opéra. On annonce une nouvelle candidature : celle de\nM. Broussan, directeur du grand théâtre municipal de Lyon. Nous n'oublions\npas que M. Broussan s'est acquis des titres sérieux en montant le premier, en\n\nGENÈVE.\nP. FERRARIS.\n— Les salles de concert ont à peine ouvert leurs portes, que déjà s'y\nprécipitent les protagonistes divers ; il n'en est pas toujours, hélas ! de même\npour les auditeurs, écrasés par ce flot envahissant.\nParmi les 41 auditions musicales données en octobre-novembre, signalons\ncomme véritables succès ceux de : Mlle Landi, cantatrice ; MM. Marteau, Thi-\nbaud, Séchiari et Mlle Stéfï Geyer, violonistes ; Mme Panthès, MM. Delafosse et\nThibaud, pianistes; M. Casais, violoncelliste ; M. Mahaut, organiste ; M. Van\nWaefelghen, altiste-viole d'amour ; M. Muhlfeld, clarinettiste ; M. Birnbaum,\nchef d'orchestre d'une célébrité future certaine.\nAu théâtre, mettons hors de pairie ténor M. Campagnola, doué d'une voix\nréellement exquise, et citons l'enthousiasme déchaîné par Mme Landousy dans\nses représentations de Lakmé, Manon et le Barbier de Séville. Au premier jour,\npremière à Genève de Sibéria, le bel opéra de Giordano."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "607", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.47", "texte": "L'ORATORIO <( CHRISTUS » DE LISZT\n\nFrance, la Tétralogie de Wagner et (6 mois avant Paris) Armide ; avec ces\ngrandes œuvres, il a monté dans l'espace de trois ans les Girondins de\nLeborne, 1 Etranger de V. d Indy, et, récemment, VArmor de Sylvio Lazzari.\nEn l'honneur de Corneille. Le Journal a récemment donné un grand dîner où\nles compositeurs ont été invités à désigner un des leurs pour écrire une cantate\ndestinée à célébrer le prochain anniversaire de Corneille. M. Camille Saint-\nSaëns a été désigné à l'unanimité.\n\nL'ORATORIO Christus DE LISZT (Ire PARTIE :La Nuit de Noël).\n\nNovateur hardi, Fr. Liszt fut au premier chef un créateur, créateur puissam-\nment fécond, encore qu'une très légitime admiration ne doive empêcher de\nreconnaître les défauts qui me semblent être ceux de son génie : je veux dire un\ngoût excessif, parfois stérilisant, de la virtuosité, une trop grande complaisance\nà accueillir telles quelles les idées qui se présentaient à son esprit, confiant qu'il\nétait dans les prestigieuses ressources de sa main. Jusque dans ces dernières\nannées, à Paris, c'était une opinion presque généralement admise que Liszt\ncompositeur devait disparaître derrière Liszt virtuose. Les merveilleuses exécu-\ntions du Faust-Symphonie, de Mazeppa, du Tasse, des Préludes, qui eurent lieu\naux concerts Lamoureux, percèrent les brumes qui voilaient bétonnante per-\nsonnalité du Maître de Weimar. Un peu surpris et déconcerté devant cette ap-\nparition inattendue, le grand public hésite encore à prononcer le mot cle génie,\nmais il s'arrête curieux et conquis, avec un intérêt extrême et une vieille sym-\npathie, devant les fragments de l'oeuvre immense qui lui est révélée.] ;\nDe toutes les œuvres de Liszt entendues jusqu ici, la Nuit de Noël, exécutée au\nConservatoire le 11 et le 18 décembre dernier, est celle que j'ai le mieux goûtée ;\nelle m'a paru supérieure tant par l'originalité, la valeur et la sincérité de son ins-\npiration, que par la profondeur d'émotion qui s'en dégage. Elle comprend cinq\nmorceaux.\nA. Prologue, orchestre. ~\nB. Pastorale et Annonciation des Anges.\nC. Stabat Mater speciosa, hymne.\nD. Le chant des bergers àla crèche, orchestre.\nE. Les trois saints Rois, marche.\nLe Prologue a pour épigraphe un verset d'lsaïe : « Cieux, envoyez d'en haut\nvotre rosée, et que les nuées fassent descendre la justice comme une pluie ; que\nla terre s'ouvre et qu'elle germe le Sauveur. »\nL'orchestre exprime de très prenante façon l'attente mystique de la nature\ndans le calme recueilli de la nuit oû passent quelques frissons de séraphique\nallégresse. L'idée de Justice, l'affirmation de la divine mission, sont sobrement\nmais fortement indiquées en quelques mesures chantées par les cuivres sur un\nmode liturgique.\nLe Prologue enchaîne avec la Pastorale des bergers « qui passaient la nuit\ndans les champs, veillant tour à tour à la garde de leurs troupeaux s>.\nCette page est d'un charme pénétrant, et combien personnelle ! Quelle suave"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "608", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.48", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\n\nfantaisie dans le dialogue de ces pâtres, qui sûrement ont dans leurs veines\nquelques gouttes du sang tzigane ! Puis, silence !... Au-dessus des violons et des\nflûtes, laissant voir les cieux entr'ouverts, voici venir l'Ange (soprano solo) qui\nclame la bonne nouvelle, saluée par un joyeux épanouissement polyphonique\ndu chœur : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux\nhommes de bonne volonté. »\nUne vieille hymne en tercelets rimés, chantée a avec reprises sou-\ntenues par l'orgue,\nStabat Mater speciosa\nJuxta fœtum gaudiosa\nDumjacebat parvulus,\nCujus animam gaudentem,\nLaetabundam et ferventem,\nPertransivit jubilus,\nnous amène devant la Vierge et l'Enfant. Durant cette contemplation, bien que\nles paroles prises comme texte ne l'indiquent pas, le musicien fait pressentir\ntoutes les douleurs de la Passion, les gloires de l'Ascension, les promesses de\nla Rédemption. L'effet est saisissant.\nLe numéro VI, c'est le chant des Bergers à la crèche. Ici je voudrais pouvoir\nsuivre dans tous ses détails la partition, du pittoresque le plus savoureux, d'où\nmonte je ne sais quel parfum d'adoration naïve et pleine de grâce. A mon\navis, c'est dans ce morceau d'orchestre et dans la Pastorale que la personnalité\ndu compositeur s'est le plus originalement affirmée.\nL'Adoration des trois saints Rois, qui viennent offrir « l'or, l'encens et la\nmyrrhe », est sonore, autant qu'il convient à l'importance d'aussi riches sei-\ngneurs, mais pas très profonde. Elle m'aurait laissé plutôt froid.\nConstater une fois de plus l'excellence des exécutions de la « Société des\nConcerts » est, je pense, chose superflue. Souhaitons vivement qu'elle nous\ndonne bientôt les deux autres parties de Christus.\nLe public des abonnés (quel public, par Apollon !) fît toujours à Nuit de Noël\nun accueil réservé. Cela sied à des gens qui doivent apprendre de leurs ancê-\ntres ce qu'il convient d'applaudir.\n\nMAURICE FOURRIER.\n\nLes origines de la musique et le travail social, d'après Bücher.\n\n(Fin.)\nJ'ai aujourd'hui à faire l'examen critique de la théorie de Karl Bûcher sur les\norigines du rythme. Ainsi que nous l'avons vu, l'auteur du livre que j'ai analysé\ncroit apercevoir ces origines dans le travail ; il le considère comme une néces-\nsité de la vie primitive, caractérisée par la répétition régulière des mêmes\nmouvements. D'après lui, cette répétition, avantageuse dans le travail indivi-\nduel parce qu'elle évite les pertes de temps, devient indispensable lorsque le\ntravail est fait en commun par un groupe d hommes, et c'est elle qui produit le\nrythme."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "609", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.49", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\n\nVers la fin de son livre, l'auteur a consacré un chapitre à la danse, et il y\nétait tout naturellement amené par son sujet. Puisqu'il étudiait les mouvements\ndu corps et leur discipline dans les exercices collectifs, il ne pouvait manquer de\ns'arrêter un instant à une forme de l'activité qui a pour loi l'ordre et la répétition\nde certains mouvements.\nMais comme ce chapitre de son livre se rattache à un côté du sujet qui est\nassez différent des autres et qui, du reste, a été très souvent envisagé à part,\nj'en rejetterai l'examen dans une autre leçon. Je vais d'abord présenter quel-\nques observations sur la partie de la doctrine que nous connaisons ; plus tard\nje dirai quelques mots de la danse.\nMa première observation, très générale, c'est que le rythme, à la genèse duquel\nBûcher rattache celle de la musique tout entière, n'a peut-être pas, malgré les\neffets extraordinaires qu'il peut produire à l'occasion, l'importance qu'on lui\nattribue. Je parle du rythme au sens restreint et usuel du mot, celui qui a pour\ncadre la mesure binaire ou ternaire, le seul d'ailleurs dont il soit question dans\nArbeit und Rythmus. J'ai déjà dit que R. Wagner le considérait comme étranger\nàla musique et affirmait qu'il avait été introduit en elle très tard, au xvme siècle.\nCe qu'il y a de certain, c'est que nous connaissons beaucoup d'oeuvres, telles que\ncertaines opérettes ou certaines valses de café-concert, qui sont très bien rythmées,\nqui empruntent même au rythme leur raison d'être, et qui ont une valeur artistique\ntrès faible,tandis qued'autres compositions, commecelles dePalestrinaet de son\nécole, comme certains récitatifs, et comme le plain-chant tout entier, ont une\nbeauté de premier ordre, sans être « rythmées ». Il en est de même de beaucoup\nd'œuvres modernes dont la tendance très nette est d'éviter l'équidistance rigou-\nreuse des temps forts et des temps faibles et de disposer les valeurs de telle\nmanière que la mesure soit à peine perceptible. Nous sommes avertis par de\ntels faits qu'il y a dans la musique autre chose qu'une succession régulière de\nnotes accentuées et de notes privées d'accent ; cette autre chose, c'est une oeuvre\nd'imagination, de fantaisie, de sentiment et de construction technique, et il se\npourrait bien que ce fût l'essentiel ; tout le reste, l'accessoire : ce ne sont pas les\nconsidérations et les analyses présentées par Bûcher qui me paraissent de nature\nà renverser l'ordre de ces préséances.\nVous vous rappelez que, d'après lui, 1 homme qui travaille se transforme peu\nà peu en une sorte d'automate inconscient. Ses mouvements, qui d'abord étaient\ndirigés par un acte de l'esprit la conception du but à atteindre et celle des\nmoyens appropriés deviennentbientôt mécaniques. L intelligencen a plus à s en\nmêler : ils se règlent tout seuls, soutenus par l'habitude et par la force acquise.\nA fortiori, l'émotion n'y joue plus aucun rôle. Le travailleur ressemble à un\nappareil bien monté : ce n'est plus un esprit qui réfléchit et calcule, c est une\npaire de bras, de mains et de pieds, qui triturent, polissent, foulent en cadence une\nmatière quelconque. Quand le travailleur est fonction d un groupe, cette trans-\nformation est plus grande et plus complète encore, si c est possible. La person-\nnalité de chaque individu s'efface et se trouve annihilée, pour assurer la marche\nrégulière de l'ensemble. Et c'est cette sorte de ronronnage uniforme, si je puis\nm exprimer ainsi, qui créerait le rythme, générateur de la musique.\nUne objection, que vous devinez sans doute, peut être faite à cette théorie.\nTout le monde est d'accord pour reconnaître que 1 art musical est le plus\némouvant de tous ; nous avons ajouté qu'il était le plus finement intellectuel,"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "610", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.50", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\n\nN'y a-t-il pas quelque chose d'étrange à affirmer que cet art est sorti d'une\nforme d'activité qui a pour loi l'inaction de l'intelligence et du sentiment ?\nLe travail manuel, nous dit-on, dépouille peu à peu le travailleur de sa person-\nnalité actuelle comme d'une chose gênante ou inutile ; son action sur la vie\nintérieure est analogue à celle d'une machine pneumatique faisant le vide dans\nune cloche de verre : et c'est lorsque ce vide serait complet, c'est lorsque\ntoutes les forces morales seraient domptées ou assoupies et maintenues dans\nun sommeil passager, qu'apparaîtrait le germe d'un art destiné à exercer une\ninfluence si troublante sur notre sensibilité ? 11 est difficile d'admettre qu'une\ndes conquêtes les plus brillantes de la civilisation, une de celles qui plus\ntard donneront des ailes à l'esprit et étendront à l'infini le pouvoir expressif\ndu langage, ait précisément pour point de départ l'effacement moral de l'in-\ndividu, et, ce qui est plus grave, de tout le groupe dont il est fonction. Ce qu il\ny a de tout aussi inquiétant, en effet, dans la doctrine de Bûcher lorsqu'il\narrive à l'étude du travail socialisé, c'est que le rythme se trouve créé, d'après\nlui, par une discipline très sèche réglant les allures individuelles, par une\nsorte de caporalisme formel, qui donne bien un caractère périodique à l'exercice\nd'une activité collective dirigée vers le même but, mais ne réalise que l'accord\ndes gestes, et fonde une harmonie purement extérieure, en excluant toute\nintervention du sentiment. Une théorie semblable renverse nos idées les plus\nraisonnables, et je vous prie d'en bien voir toutes les conséquences logiques.\nAvec un tel système, l'art ne se trouve plus fondé sur l'invention, mais au\ncontraire sur la routine ; il ne vient plus de ce qui est intime et profond en\nnous, il résulte d une adaptation mécanique de la force musculaire à un objet ;\nil n'est plus désintéressé : il a, au contraire, pour point de départ une conception\ntrès utilitaire, le souci d'éviter les dépenses de force inutiles et les pertes de\ntemps. Il n'est plus libre ; il est imposé par la nécessité, et il a pour fondement\nl'autorité. Il n'est plus constitué par un progrès, mais par une évolution\nrégressive au point de vue intellectuel et passionnel, par une sorte de retour à\nl'animalité ; enfin il ne faudrait plus voir en lui la création d'un être mieux\ndoué que les autres, plus intelligent et plus vibrant, ébauche de l'Orphée futur,\nmais l'oeuvre involontaire d'un tâcheron ahuri par sa propre besogne, ou l'œuvre\nbanale d'un chef d'équipe surveillant des hommes courbés sur leurs outils et\npréoccupé d'en tirer le meilleur parti possible.\nJe sais bien que, quand on fait de l'histoire, il faut s'habituer à cette idée\nque les commencements de l'art sont très humbles, grossiers même et voisins\ndes formes de la vie animale : la musique ne sort pas de l'esprit humain\ncomme une Minerve armée du cerveau de Jupiter ; au moins ne faut-il pas\nque les origines attribuées à un art soient contradictoires avec les caractères\nessentiels et ultérieurs de cet art. Un incendie peut sortir d'une étincelle, mais\nil ne peut pas sortir d'une réunion de cendres glacées. Or, avec le système de\nBûcher, il paraît bien difficile d'expliquer les effets que la musique produit\naujourd'hui sur nous. Darwin, en proposant la solution dont j'ai parlé il y a\nquelquessemaines, en rendait compte parfaitement: la musique, disait-il, produit\nen nous une tendance aux émotions tendres; pourquoi ? parce qu'autrefois, dans\nles espèces inférieures d où nous sortons, le chant était employé par le mâle\npour séduire la femelle ; ces émotions tendres sont aujourcl hui vagues, accom-\npagnées même d'un certain étonnement, d'un certain mystère qui fait toute la"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "611", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.51", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\n\npoésie cle la musique, parce que la musique n'a plus parmi nous la même\nfonction ; nous sommes sous l'influence d'une hérédité inconsciente que nous\nne comprenons plus. Bûcher, au contraire, paraît être dans l'impossibilité de\ndonner une explication satisfaisante. En effet, pourquoi la musique, lorsqu'elle\nest très rythmée, produit-elle aujourd'hui sur nous de si vifs sursauts d'émotion ?\nSi elle est née d'une sorte d'anéantissement passager de nos facultés mo-\nrales, pourquoi excite-t-elle parfois notre activité intellectuelle au plus haut\ndegré ? Pourquoi une marche vivement exécutée par une musique militaire nous\nfait-elle comprendre des entraînements qui peuvent aller jusqu'à l'héroïsme et\nau sublime ? Ne devrait-elle pas, d'après les origines supposées du rythme\net conformément à la loi des associations héréditaires, avoir au contraire\nsur l'auditeur, au point de vue moral tout au moins, un pouvoir déprimant ?\nLa seconde partie de la théorie, qui est comme suspendue à la précé-\ndente, donne lieu à des observations du même genre. Bûcher fait sortir la\npoésie et la mélodie d'interjections initiales qui sont presque de simples réflexes.\nLa voix humaine, employée d abord comme régulatrice, comme adjuvant du\ntravail socialisé, commence par de simples appels ou cris de convention qui\nreviennent à intervalles fixes, en marquant les temps forts, les moments d'atta-\nque ; puis, entre ces appels qui serviront plus tard de refrain, s'intercalent des\nphrases, des mélodies ; et ainsi s'organisent peu à peu les premières formes de\nla poésie et de la musique.\nCette explication est ingénieuse, séduisante comme construction logique, mais\nil nous est difficile d'admettre que la poésie et le chant aient des origines aussi\npauvres, aussi insignifiantes. Toute doctrine qui les explique par le pur mé-\ncanisme paraît en contradiction avec les faits. Je ne crois pas, du reste, que la\nlibre activité de la pensée et du sentiment (idées qui nous sont nécessaires\npour faire la théorie de l'art) soit incompatible avec le travail matériel le\nplus discipliné ; et ici je serais tenté de dire que la psychologie du travailleur\na été faite d'une façon inexacte ou très incomplète. Bûcher, préoccupé des\ntravaux de Wundt, n'a mis en lumière que le côté physiologique du problème.\nUn homme qui fait un travail manuel n'est un automate que par rapport à\nla tâche exécutée ; mais, en soi, ce n'est pas nécessairement un homme qui\ncesse de réfléchir ; il peut même arriver que ce soit tout le contraire.\nCertains écrivains sentent parfois leur imagination et leur faculté créatrice\ns'éveiller lorsqu'ils se livrent à un travail manuel ou à un exercice mécanique.\nTrès souvent, les anciens ont parié du chant rythmé comme d'une récréation\nqui délasse après l'effort, le travail une fois accompli. D'après le poète latin,\nc'est lorsqu'il s'est assis sur la pierre du chemin pour se reposer, que le berger\nprend sa flûte et en joue :\nFessus ut incubuit baculo saxoque resedit,\nPastor arundineo carminé mulcet oves (i).\nD'après Bûcher, c'est au moment où l'activité bat son plein quele chant prend\n(i) Je dois dire que la suite donne raison à Bûcher :\nCantantis pariter, pariter data pensa trahentis\nFallitur ancillse decipiturque labor ;\nmais ce texte tend à montrer que l'oisiveté peut produire les mêmes effets que le travail."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "612", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.52", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\n\nnaissance ; c'est l'effort lui-même qui en constitue la règle. La musique ne sort\nplus de loisirs heureux ; elle est fille du travail et de la nécessité !\nJ'ai souvent constaté (et chacun de nous a pu observer sur soi-même) que\nl'exercice physique prolongé et quasi automatique est un stimulant pour\n1 intelligence et que, en absorbant et en divertissant l'activité matérielle, il l'em-\npêche de troubler l'autre activité et met cette dernière à l'abri des sollicitations\nmultiples et des distractions qui viennent du dehors ; il lui rend, en un\nmot, son autonomie. Le travail à mouvements périodiques est-il une servitude ?\nOn pourrait aussi bien dire qu'il est un affranchissement, parce qu'il occupe\net amuse les sens, les empêche de nous déranger et rend à la pensée toute son\nindépendance. Le retour de rythmes indéfiniment répétés ressemble à ce cercle\nmagique, infranchissable, où les enchanteurs des contes de fées emprisonnaient\nleurs ennemis ; en imposant une limite à l'influence du physique et en la\nramenant toujours sur elle-même, il la réduit au minimum et libère l'intel-\nligence. Si certains villageois sont capables de rêverie, c'est beaucoup plus, je\ncrois, lorsqu'ils battent de leurs fléaux l'aire couverte d'épis, que dans leurs\nmoments d'oisiveté complète.\nAutre point de vue : affirmer que le travailleur primitif est capable de régler tou-\njours le rythme musical sur celui des mouvements exécutés, c'est lui prêter un\nsens artistique assez avancé, qui est l'exception, et non la règle. J'ai vu des jeunes\ngens très bien élevés danser imperturbablement à 3 temps sur des airs qu'on\nleur jouait à 4 temps. Cela ne les gênait en rien. Ils n'avaient ni oreille, ni sens\nmusical. Peut-on prêter uniformément aux primitifs une aptitude à l'observation\ndu rythme que n'ont pas beaucoup de nos contemporains ?\nMa seconde objection est d'ordre historique.\nOn a parfois reproché à ceux qui étudient les commencements de l'art de ne\npas distinguer avec assez de précision les sociétés primitives de celles qui ne le\nsont plus, tout en étant étrangères à notre civilisation, et de mettre sur la même\nligne des groupes très différents, en adoptant une classification superficielle qui\ndevrait être résolument rejetée quand on veut aboutir à une doctrine sociologi-\nque. Il me semble que le livre du professeur Bûcher n'échappe pas entièrement\nà un reproche de ce genre. Tous les chants qu'il reproduit sont bien des chants\nde travail associés à certains mouvements corporels ; mais pour que sa thèse\nfût démontrée, il faudrait d'abord que ces chants appartinssent exclusivement à\ndes hommes primitifs, encore au premier degré de la civilisation, et permettant\nde saisir comme au griffon de la source le jet initial de la production\nmusicale. Isoler, pour les étudier, des phénomènes de ce genre, est bien diffi-\ncile, sinon impossible ; mais l'auteur nel'a pas essayé. Dans Rythme et travail, les\ndocuments musicaux sont groupés d'après le sujet des chants ou le genre d'exer-\ncice dont ils paraissent inséparables, et non d'après le degré cle culture des peu-\nples, ce qui ne laisse pas de faire un assemblage un peu confus. Voici, pour citer\nun exemple, l'ordre des chansons notées qui forment l'appendice : i° chant des\nIndiens (Amérique ; 20 chant du Bengale -, 30 chant chinois ; 40 chant des Poly-\nnésiens; 50 chant de Samoa ; 6° chant des Egyptiens (13 pièces) ; 70 chant des\ngondoliers de Venise. Les chants (ou cris et appels) qu'on entend dans les rues des\ngrandes villes européennes sont mentionnés à côté de ceux des nègres d'Afri-\nque, des Grecs antiques, des Indiens de l'Amérique du Nord, ou des villageois de\nla Bohême et des bords du Rhin. Rien ne m'assure que toutes ces pièces aient"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "613", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.53", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\n\nun caractère primitif authentique. Dans lincertitude où on me laisse, je crois\nêtre fondé à faire l'hypothèsesuivante : certains chants (nos24Ô, 247, 248, 250, 251,\n268) que nous voyons associés à tel travail manuel avaient peut-être, antérieure-\nment, un tout autre objet ; ils ont pu changer d'appropriation en vertu d'un acte\nde fantaisie utilisant un « timbre ».\nEn tout cas, nous pouvons raisonner de la manière suivante :\nLe travail social suppose la société elle-même; mais l'existence de la société\nsuppose certains faits qui nous invitent à reculer, en remontant plus haut, le\npoint de vue choisi pour l'explication du rythme.\nParmi ces faits, j'en citerai un seul : c'est le langage.\nNe pourrait-cn pas (en comblant ainsi une lacune que j'ai signalée dans le\nsystème de Spencer) rattacher au langage les origines du rythme ?\nLe rythme est fondé sur la répétition. Or on a constaté que le principe de la\nrépétition a servi à constituer un très grand nombre de mots dans le langage des\nprimitifs. Ce fait est assez suggestif, et il ne faut pas s étonner que dans son livre\nsur les Origines de la civilisation, Lubbock lui ait consacré une étude spéciale\naccompagnée de statistiques très précises.\nLubbock prend les mots commençant pas la lettre A, dans le dialecte d'une\ntribu africaine, et il montre que, comme les enfants, les sauvages aiment beau-\ncoup à répéter les mêmes syllabes. 11 constate ensuite combien nos langues\nmodernes de civilisés diffèrent des langues primitives.\nLes 1000 premiers mots du Dictionnaire anglais de Richardson ne contiennent\nque 3 exemples de répétition. Voici ce qu'on trouve par la seule lettre A dans un\ndialecte de sauvages :\nalu-ahi soir.\nake-ake éternel.\naki-aki ~ oiseau.\naniwa-niwa = arc-en-ciel.\nanga-anga agrément.\naru-aru épouser*\nati-ati chasser.\nawa-awa vallée*\nLes 1000 premiers mots d'un dictionnaire français ne contiennent que\n2 exemples analogues : ananas et assassin !\n1000 mots allemands (en prenant les lettres C et D) ne contiennent que\n2 exemples de répétition ; encore sont-ils empruntés aux langues étrangères\n[cacao, cocosnuss = noix de coco, etc.).\nLes 1000 premiers mots grecs ne contiennent que 2 répétitions (dont l'une est\nàêàpêapoç). Lubbock a dressé des statistiques comparées, qui sont très signi-\nficatives. Après avoir examiné de près le vocabulaire des nègres des îles Brumer,\net de la Louisiade, celui des habitants de la Nouvelle-Zélande, il arrive aux\nconclusions suivantes: dans les langues européennes, il y a deux mots sur mille\noù l'on trouve appliqué le principe de la répétition ; dans les langues « primi-\ntives », il y en a de 38 à 170, soit 104 en moyenne, sur mille (Origines de la civili-\nsation, appendice 11, p. 521 etsuiv., traduction Barbier, Germer-Baillière, 1873).\nPour un musicien, ces faits sont indifférents; pour un économiste appliqué à\nrechercher les origines du rythme musical, ils sont importants.\nVoici maintenant deux autres objections moins générales : l'une concerne"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "614", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.54", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\n\nl'exactitude des faits sur lesquels s'appuie Bûcher, et l'autre la place réelle qu'il\nconvient de leur attribuer dans l'histoire de la civilisation.\n-Vous savez que, d après notre auteur, les diverses sortes de mesures et com-\nbinaisons qui les remplissent (dactyle, trochée, iambe, etc. .) ne seraient pas\nautre chose qu une espèce de graphique de l'effort musculaire, suivi d'une dé-\ntente plus ou moins longue que le travailleur fait avec ses mains et ses bras\nou avec ses pieds, soit lorsqu'il écrase des grains, lorsqu'il creuse un canot dans\nun arbre, lorsqu'il rame sur une pirogue avec d'autres hommes, soit lorsqu'il\naccomplit toute autre besogne imposée par les besoins de la vie pratique.\nPourvoir là une base sérieuse à une construction d'idées, pour pouvoir affir-\nmer que le rythme du chant suit le rythme des mouvements réels comme une\ndraperie s'adapte au modelé du corps qu'elle recouvre, et pour en conclure que\nla musique et la poésie ont été créées par le travail, il faudrait que les deux\nrythmes fussent partout et toujours identiques, nettement reconnaissables, et\nque l'un permît de retrouver l'autre. Est-ce possible? Je reproduirai, d'après\nl'auteur lui-même, une importante objection qui lui a été faite :\n« Dans un ouvrage récent sur le langage (1), M. B. Delbriick a fait une objection au chapitre\noù jai essayé de rattacher le rythme de la poésie à celui du travail : on n'a pas prouvé, dit-il,\nque le premier vient du second, parce qu'on ne prouve pas leur identité dans tous les cas. » Par\nexemple, nous devrions pouvoir constater que les chants de celui qui travaille avec le moulin à\nbras ont tous la même forme rythmique. —Cela est difficile, car il y a deux sortes de moulins à\nbras, essentiellement différentes : le moulin à pierre et le moulin tournant. Les mouvements qu'ils\nimposent au travailleur sont absolument différents. Le premier exige un allongement, puis une\nréduction des bras, qui poussent d'abord la pierre pour écraser le grain, puis la ramènent à son\npoint de départ ;le second exige un mouvement circulaire de la main. Il ne faut donc pas s'at-\ntendre à trouver dans « les airs de moulin » un rythme uniforme, mais au contraire des rythmes\ndifférents. Le moulin à pierre est manié suivant une mesure trochaïque, et c'est, le plus souvent,\ncelle des paroles dans les textes originaux. Le chant commence par un mouvement d attaque\nou d'élan (vorwàrts bewegung). Si on pense qu'il débute avec le recul de la pierre, on a des\niambes —) àla place des trochées ( Dans le mouvement tournant qu'exige l'autre\nmoulin, on peut faire entrer toute espèce de rythme (2) car la machine n'est plus maniée en\nmesure : elle nécessite seulement un effort musculaire continu. Le point de la circonférence\nqui marque le passage d'un tour à un autre tour peut être différemment choisi par chaque tra-\nvailleur, selon la position de son corps et la force de ses muscles. Il est donc parfaitement naturel\nque, dans un même peuple, les airs de moulin tournant soient très différents les uns des autres,\nbien que je ne connaisse pas d exemple de ces différences. Dans tous les cas, un instrument\ncomme le moulin à bras ne peut pas être assimilé à une machine comme le moulin à café, et si\nM. Delbriick se fait fort, en tournant un moulin à café, de chanter n'importe quoi, par exemple :\nIl était un roi de Thulè, cela peut faire honneur à son talent et à sa voix mais ne prouve rien. )>\nCe qu il faut retenir de cette déclaration, c'est qu'un même travail peut\nadmettre des rythmes différents, et je ne crois pas que la « position du corps »\ndétermine seule le choix du musicien. En fait, il y a des chansons de même\ncatégorie dont les rythmes sont contradictoires sans avoir l'excuse du mou-\nlin tournant et ne permettent de reconnaître aucun exercice précis. En\nvoici un exemple :\ni° Chanson indienne (chanson de rameurs) :\n\n(1) G) undfiagen des Sprachforschung mit JRùcksicht ciuf W. Wundts Sprachpsychologie erôr~\ntert (Strasbourg, 1901).\n(2) Jst so ziemlich jeder Rythmus denkbar (Arbeit und Rythmus, p. 441-2),"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "615", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.55", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\n\n20 Chanson chinoise :\n30 Chanson égyptienne :\nLes deux premières de ces chansons ont une mesure binaire ; la troisième est\nà trois temps. Ce sont des chansons de rameurs.\nEn admettant qu'on ne rame pas de la même manière sur le Rio-Negro. sur le\nfleuve Jaune et sur le Nil, qui pourrait reconnaître, dans ces suites de notes, le\nrythme d'un mouvement réel ? L. Delaporte a entendu au Cambodge, chez les\nsauvages Kouvs, une mélodie instrumentale qui ressemblait à celle des bateliers\ndu Nil (Voyage au Cambodge, p. 90). Il y a là des formes essentielles au\nrythme, dont on ne se rend pas compte : les coupes de la phrase, le retour de\ncertaines idées mélodiques, le chant responsorial (alternance du soliste et du\nchœur). Dans d'autres chansons, on trouve le chant antiphonique (division du\ngroupe en deux demi-chœurs). Dom Caffiaux, qui a consacré quelques lignes\nau rôle de la musique dans la navigation (Dissert. I, p. 74 du manuscrit delà\nB. N.), cite des textes de Cicéron, de Censorinus, d'Athénée, de saint Isi-\ndore, etc., montrant, d'après lui, que la musique était employée pour le plaisir\ndes rameurs, et non pour maintenir leur bonne discipline, ce qui est tout\ndifférent.\nL'explication des origines de la musique devient impossible si, avec certains\nfaits d'un caractère moral, on n'admet pas le besoin de sympathie entre les êtres\nd'un même groupe.\nLe rythme, tel que le comprend Bûcher, ne crée que l'accord des gestes : pour-\nquoi ne pas supposer que, même chez les hommes les moins cultivés et au pre-\nmier degré de la civilisation, il yen a quelques-uns ne fût-ce qu'un seul !\nqui, obscurément, sont émus à la pensée de créer l'accord des sentiments ?\n« La solidarité et la sympathie des diverses parties du moi, dit Guyau, nous\na semblé constituer le premier degré de l'émotion esthétique ; la solidarité so-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "616", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19051201-01.1.56", "texte": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE ET LE TRAVAIL SOCIAL\nLe Gérant : À. REBECQ.\nPoitiers, - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nciale et la sympathie universelle sont le principe de l'émotion esthétique la plus\ncomplexe et la plus élevée. C'est dans la négation du moi, négation compatible\navec la vie même, que l'esthétique, comme la morale, doit chercher ce qui ne\npérira pas. ». (L Art au point de vue sociologique, Alcan, 1889.)\nLe privilège essentiel de la musique est d'élargir notre moi, de l'ouvrir aux\nêtres qui nous entourent et de le faire rayonner sur eux. Je ne fais aucune diffi-\nculté de croire que dans ses saltations les plus grossières, dans ses mélodies les\nplus incomplètes et les plus informes, le sauvage éprouve déjà, par l'identité des\nmouvements, l'obscur plaisir de n'être pas isolé et de se sentir en fonction d'une\nsociété. Spencer dit lui-même avec raison que la musique, étant le meilleur\nvéhicule de la sympathie, est l'art qui sert le mieux la civilisation, parce qu il\nréprime les tendances qui font de nous des antagonismes.\nPour ces raisons, je conclurai en disant que ce livre si net et si plein, si for-\ntement construit, du prof. Bûcher, est une contribution fort intéressante à la\nrecherche des origines du rythme, mais qu'il ne saurait suffire, par lui-même,\nà la solution d'un problème qui reste toujours posé.\nENSEIGNEMENT DU CHANT DANS LES LYCÉES. Nous sommes heureux d'appren-\ndre qu'une chorale vient d'être fondée au lycée Janson-de-Sailly (qui compte\nplus de 2 000 élèves), sous la haute direction de M. Bourgault-Ducoudray,\nassisté, pour les travaux préliminaires, de M. Pastor.\nL'abondance des matières n,ous oblige à ajourner toute la partie de notre corres\npondance relative à la musique orientale.\n\nJ. C."}]}