{"numero_id": "bm-bmtnabj-1906-02-15-01", "volume": "bmtnabj_1906-02-15_01", "ocr_sha256": "1bcb48b99c9ec35d552b6a318285166d87acb5767a9f895e60e1aa53ce9225c7", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1906/02/15_01/bmtnabj_1906-02-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1906/02/15_01/bmtnabj_1906-02-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1906-02-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-02-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "83", "page_fin": "87", "image_debut": 1, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.2.1", "titre_corps": "Deux lettres inédites de Berlioz.", "titre_sommaire": "Deux lettres inédites de Berlioz.", "signature_source": "H. BERLIOZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.1", "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "Deux lettres inédites de Berlioz.\n\nNous avons la bonne fortune de pouvoir publier aujourd'hui deux magnifiques lettres inédites\nde Berlioz, dont nous devons la communication au jeune et grand artiste Guillonet, élève de\nCormont, dont on a pu admirer, lors du dernier Salon, le tableau éblouissant de lumière :\nPèlerinage au tombeau de Gambetta à Nice, et que nous sommes heureux de féliciter pour sa\nrécente nomination de chevalier de la Légion d'honneur.\nCes lettres splendidement expressives confirmeront l'opinion qui s'impose de plus en plus\net que nous avons toujours soutenue ici : à savoir que Berlioz n'eut pas de plus grand ennemi\nque lui-même et que son caractère inquiet et difficile fut l'origine première de toutes les dif-\nficultés dont il se plaignit avec tant de complaisance au cours de sa carrière musicale.\nRome, le 12 janvier iB3i.\nJe vous remercie mille fois, Madame, afe /# bonté que vous ave\\ eue de m'en-\nvoyer ma partition et plus encore de la lettre qui raccompagnait. Je suis bien\nsensible à tout V intérêt que vous me témoigne{ et je prends aujourd'hui, pour la\npremière fois, la liberté de vous en remercier directement. Je vous prie de\ncroire que rien ne m'eût été plus agréable que d'entretenir activement notre\ncorrespondance, mais j'ai souvent craint de vous fatiguer par des lettres dont\nle style se serait trop ressenti de mon humeur sombre.\nJ'ai été pendant trois mois de suite possédé du spleen jusqu'à en devenir\ncomme un dogue qui prend la rage ; ce n'était guère le cas de prendre la\nplume Je n'aurais pu la tremper que dans le fiel. Depuis le retour de M. Horace,\nqui m'a fidèlement remis votre lettre, j'ai fait un voyage à Naples. Je m'y suis\ndéterminé, brusquement, un jour que je dormitais dans notre bois de lauriers,\ncouché sur un tas de feuilles mortes, enviant le sort des lézards que je voyais\nse jouer à mes pieds au soleil d'août. Ma détermination a été bientôt prise ,* je\nme suis levé, j'ai secoué mon habit, je suis monté faire un petit porte-manteau\net avertir M. Horace, et le lendemain matin je suis parti. Oh ! Voilà une\nville, Naples ! c'est du bruit, de l'éclat, du mouvement, de la richesse, de l'acti-\nvité, des théâtres ; c'est tout ce qui nous manque ici et plus encore.\nIl n'y a pas, il est vrai, ce fantôme de grandeur qui assombrit la physionomie\nde Rome et semble couvrir d'un crêpe la désolée campagne qui Venceint de\ntoutes parts. Il n'y a pas d'arides monticules couverts de débris, sur lesquels\nle rêveur va s'asseoir pour écouter au loin le grave chant des cloches de Saint-\nPierre ; il n'y pas de plaine immense, inculte, sans arbres ni habitations,\nmais il y a un Vésuve, une grande et superbe mer, des îles ravissantes, un golfe"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.2", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3551, "texte": "de Baya rempli de souvenirs virgiliens qui me vont au moins aussi bien que la\npoudre tumulaire et la cendre des empereurs. On sait que les caractères les plus\ndissemblables sont ceux qui sympathisent le plus fortement et que deux êtres\norganisés absolument de la même manière ne peuvent que s ennuyer ensemble ;\nvoilà pourquoi Rome m'assomme. Il y ci tant en moi de champs ravagés, de\npalais déserts, de ruines déjà froides, que je cherche au moins au dehors le\nmouvement, la chaleur et la vie. Il yci tant de matières fulminantes accumulées\nau fond de mon caractère refroidi, que vous penser si mes entrailles\nfraternelles ont dû s émouvoir aux cris du Vésuve souffrant et furieux. J'y suis\narrivé à pied, à minuit : les étoiles scintillaient sur ma tête; au-dessous de moi,\nla mer resplendissante des feux des pêcheurs, semblait une vaste prairie avec\nun conciliabule de vers luisants, et tout près, le Vésuve soufflant, râlant, vo-\nmissait contre le ciel des tourbillons de flammes et de roches fondantes, comme\nde brûlants blasphèmes auxquels f applaudissais avec transport. Il serait trop\nlong de vous parler de toutes mes excursions à Pompe'i, à l'île de Nisida, de\nmes promenades en mer, de mes dîners avec mes rameurs dans les bois de\nPu\\olles où, sous une tente de paille de maïs, nous mangions le macaroni et\nsablions le vin du Pausilippe en discourant du brillant roi Murât, de Vile\nd'Elbe, de la Corse et de ce qui s'en suit.\nJe ne crois pas quil fût fort intéressant pour vous de savoir jusqu'à quel\npoint je fus ému en voyant un soir le soleil se coucher derrière le cap Misène,\npendant que du sublime paysage illustré par Virgile semblaient surgir rajeunis,\nEnée, Jube, Latinus, Pallas, le bon Evandre, la résignée Lavinie, Amanda, le\nmalheureux Turnus et tout le bataillon de héros aux panaches flottants dont le\ngénie du poète a peuplé ce rivage. Les mots ne peuvent rendre Veffet d'un tel\nmagnétisme de souvenirs, de poésie, de lumière, d'air pur, d'horizon rosé, de\ncréations fantastiques... J'étais enivré, je me serais cru loin de la terre si mes\nlarmes ne m'eussent rappelé que j'étais encore dans la triste vallée où l'on en\nrépand. Ainsi je vous dirai donc simplement, qu après avoir admiré de toutes\nmes forces, jusqu'à en perdre la raison, je suis reparti pour Rome, à pied, à\ntravers les montagnes, couchant la nuit dans des capitales de bandits et mar-\nchant le jour dans des lits de torrents ou de vastes prairies sans chemin frayé.\nLe septième jour je suis arrivé à Subiaco, où j'ai trouvé un camarade de l'Aca-\ndémie qui m'a prêté du linge, dont j'avais grand besoin, et après vingt-quatre\nheures de repos j'ai repris ma course vers Tivoli et Rome, où je suis arrivé\nsans encombre.\nJe ne vous parlerai pas de mes observations musicales, elles sont toutes con-\nsignées dans un grand article qui m'a été demandé de Paris pour la Revue\nEuropéenne ;je l'achève en ce moment et vous pourrez le lire avant mon retour.\nJe partirai d'ici au mois de mai prochain, me dirigeant sur Milan que je\nn'ai pas encore vu, de là plus tard sur Paris, où j'irai faire ma cargaison de\nmusique et lâcher deux ou trois bordées vocales et instrumentales avant de me\nlancer sur l'océan musical de la Germanie.\nQuel plaisir je me promets de revoir mon excellent maître et vous, Madame,\nqui ave\\ droit à tant d'affection de ma part l assurer M. Lesueur\nque mes efforts ne se ralentissent pas pour me rendre de plus en plus digne de\nla sienne.\nJe demande bien pardon à Mesdemoiselles Eugénie et Clémentine, mais le"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.3", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "jour de l'an n'est pas si éloigné que l'usage ne puisse m'autoriser à les embras-\nser toutes les deux.\nVotre tout dévoué,\n; H BERLIOZ.\ni•• > \\\nP. S. Que fait Turbri ? ri a-t-il point obtenu ri avancement à V Opéra ? Je pense\nbien souvent à lui et le voudrais voir plus heureux. C'est un excellent garçon\nqui aurait plus d'amis s'il ne pensait pas tout haut devant des gens que ses\npensées offusquent. Mes amitiés à Stephen et à tutti gli fratelli in musica.\nRome, le 2 juillet iß3i .\n\nMadame,\nJe me disposais à vous écrire de nouveau pour avoir de vos nouvelles, ne\nrecevant pas la réponse de ma lettre de Nice ; quand elle est arrivée, je com-\nmençais à craindre quelque infidélité de la poste, qui m'aurait fait passer aux\nyeux de M. Lesueur pour plus coupable que je ne Vêtais réellement. M. Horace\nva faire un voyage d'un mois à Paris, il sera donc mon courrier en allant et je\nVespère aussi en revenant ; pourvu toutefois qu une nouvelle Révolution de juil-\nlet ne le retienne en France. Nous nous attendons ici tous les jours à quelque\nnouveau bouleversement. Le ciel confonde tous ces petits ambitieux sans génie,\nqui troublent V ordre social en pure perte !... Ces héros de carrefours, ces assié-\ngeurs de corps de garde, ne servent à mon avis qu'à discréditer la cause de la\ngloire et de la liberté ; c'est dans des guerres de pots de chambre qu'ils cueillent\nleurs lauriers.\nPour moi, l'aversion que j'ai toujours eue pour la politique va encore crois-\nsant ; cette grande sèche aux yeux louches, au teint pâle et au cœur dur, me\nparait de plus en plus haïssable ; malheureusement on ne peut faire un pas sans\nla rencontrer. Je remercie M. Lesueur des espérances qriil veut bien fonder\nsur moi, je ferai les derniers efforts pour en réaliser une partie.\nDepuis mon retour à la caserne, je n'ai fait qu'écrire, mais non pas compo-\nser. L'air de Rome m'étouffe, je n'ai pas une idée. En revenant de Nice j'avais\ncomposé en entier un ouvrage d'un genre nouveau, que j'intitulerai Mélologue,\nmélange de musique et de discours, dans lequel j'ai pu exécuter plusieurs pro-\njets qui m'étaient chers. Les paroles sont mon coup d'essai, et quoique j'y aie\nmis tout mon savoir-faire, vous pouvez penser que je n'ai pas sacrifié mon\nancienne maîtresse, la Musique, à la nouvelle venue. C'est pour être exé-\ncuté dans un concert, à la suite de ma Symphonie fantastique dont le Mélologue\nest le complément et la fin. Il y a des chœurs, des airs seuls, des morceaux d'or-\nchestre seul, et même une ballade avec accompagnement de piano. Il faudra un\nacteur pour réciter les monologues et chanter un morceau. Je compte pour cela\nsur Nourrit, qui j'en suis sûr me comprendra à merveille. Tout est fini à peu\nprès, et comme je veux entreprendre immédiatement un autre grand ouvrage\nque je rumine, je vais dès maintenant m établir dans les montagnes de Soubiac\nà.. 18 lieues de Rome, où je recommencerai ma vie libre de Nice ; mais, Dieu !\nje n'y trouverai pas la mer ; cette belle et vaste mer qui s'étendait sous mes fe-\nnêtres, qui me charmait par leflouflou de sa robe verte, qui rugissait avec moi"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.4", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "dans mes jours de rage, et me laissait dormir sur ses cailloux blancs en se con-\ntentant de venir lécher mes pieds, dans mes journées calmes ou mélancoliques...\nN'importe, il faut que je redevienne seul ;je m'aperçois que ces messieurs de\nl'Académie, avec lesquels du reste je sympathise très peu, m observent avec ma-\nlignité et contrôlent toutes mes actions ; il faut pour ne pas leur paraître ma-\nniéré (c'est leur mot) se façonner à leurs manières de sentir, de voir, de parler ;\ns'amuser de ce qui les amuse, ne pas témoigner de l'enthousiasme pour ce qu'ils\nne connaissent pas ; en un mot, il faut être tout autre que je ne suis. Comme je\nne peux pas me refaire, j'aime mieux leur laisser le champ libre. J'emporte une\nmauvaise guitare, un fusil à deux coups, des albums pour prendre des notes,\net quelques livres ; un bagage aussi modeste ne peut tenter les brigands, avec\nlesquels, à c/z're le vrai, /e serais charmé de faire connaissance. 7e voz/s remer-\ncie de n'avoir pas communiqué à MUe Corinaldi mes observations sur ses com-\npatriotes, je serais bien fdché de lui faire de la peine, et d'ailleurs il peut se\ntrouver des hommes partout, même en Italie. Ce/te terre z/zze mère injuste\net partiale, qui a tout donné à ses fils aînés. Le Dante, Arioste, Tasso, pa-\nraîtraient avoir dévoré tout l'héritage du génie, si une petite portion échappée\nn'était échue en partage au gracieux et spirituel auteur des Fiancés (Man^oni).\nQuant aux peintres modernes italiens... personne !\nPour les musiciens, excepté Rossini, on compte MM. Bellini, Coccia,\nVaccai, Paccini ; oh l tous ces bons messieurs, je ne leur veux pas de mal, mais\npourtant si le diable en voulait je ne les lui disputerais pas. Y a-t-il au monde\nun musicien italien capable d'écrire ce ranz de vaches, ouvrage d'un paysan\nsuisse des environs de Genève :\n\nVoilà de la couleur ! Je vois les grosses bottes ferrées du chasseur de cha-\nmois, son long fusil, son pain noir, son morceau de fromage, sa grosse face\nréjouie, sa voix de stentor qui appelle l'écho;pour moi c'est admirable! -\nrable ! admirable !"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.5", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "Dans le cas où ce ranz plairait à Mesdemoiselles Lesueur, voici les autres\ncouplets (aussi de la composition du paysan) :\n2°\nDès que paraît la lumière,\nJe vais chasser le chamois ;\nDe ma femme la prière\nNe peut changer ma carrière;\nJe lui dis que dans tout lieu\nSur nous veille le grand Dieu (bis).\n3c\nLà où le plus intrépide\nCraint de diriger ses pas,\nMoi, prenant le ciel pour guide,\nNul danger ne in intimide :\nSans soucis, le cœur content,\nJe franchis roc et torrent (bis).\nMUe Clémentine priera M. Lesueur d'écrire un accompagnement de piano au\nchasseur de chamois pour faire un peu diversion à Ma\\aniello et à toutes les\nmusiques pointues.\nMais je m aperçois que la terre me manque : il faut donc faire la cadence par-\nfaite, qui me déplaît en ce moment plus que jamais, et vous prier de recevoir les\nsalutations affectueuses de votre tout dévoué,\n\nH. BERLIOZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-02-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-02-15_01#c003", "volume": "bmtnabj_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "87", "page_fin": "88", "image_debut": 5, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.2.2", "titre_corps": "Légion d'honneur.", "titre_sommaire": "Légion d'honneur.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.5", "debut_caractere": 902, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "Légion d'honneur.\nM. Louis Mors, ingénieur civil, ancien élève de l'Ecole\ncentrale, est nommé chevalier de la Légion d'honneur. Nous manquerions de\ncompétence pour apprécier ici les travaux originaux, dans le domaine de l'élec-\ntricité et de la mécanique, qui ont motivé une distinction si brillante et si méritée ;\net nous ne pouvons que mentionner la création d'un laboratoire destiné à des\nrecherches sur la guérison de la tuberculose et du cancer. Pour nous, M Louis\nMors est et restera le musicien qui, réalisant un progrès décisif et faisant aboutir\nde très longs efforts, a introduit l'Histoire de la musique dans l'Enseignement\nsupérieur, en créant une chaire, au Collège de France, « pour l'art musical ».\nCe service, scientifique et national, est inscrit en lettres d'or sur la plaque de\nmarbre où le Collège de France garde et perpétue, depuis le xvie siècle, le sou-\nvenir de ses donateurs ; il a pour nous une valeur spéciale, le directeur de cette\nRevue en ayant été le premier bénéficiaire. Nous faisons passer la musique avant\ntout le reste, mais nous mettons les idées et les principes au-dessus des questions\nde personnes ; nous ne sommes donc nullement gênés pour offrir nos plus cor-\ndiales félicitations à l'homme de bien, si savant, si honorable et si simple à la\nfois, qui, tout en cultivant utilement les sciences, a donné de si précieux gages\nà la cause de l'Art !\nMM. Guy Ropartz, compositeur de musique et directeur du Conservatoire\nde Nancy, et Constant, Pierre, sous-chef du secrétariat du Conservatoire,\nfigurent aussi dans la nouvelle promotion de chevaliers delà Légion d'honneur\ndont les noms ont paru à Y Officiel.\nLes grands concerts de Paris ont fait connaître M. Guy Ropartz au public pa-\nrisien. Musicien de talent, il a su créer et c'est là son principal mérite\nles Concerts symphoniques qui ont fait de Nancy un véritable centre artistique\noù les grands classiques, Bach tout particulièrement, ne sont pas moins honorés\nque les maîtres modernes."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.6", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 617, "texte": "M. Constant Pierre, en dehors des fonctions administratives qu il remplit a\\ec\nun zèle et un tact parfaits, est un historien modeste, mais de première valeur.\nSes recherches,d'une conscience et d'une exactitude scrupuleuses, lui ont permis\nd'écrire des travaux définitifs Et son monumental recueil des Documents histo-\nriques et administratifs sur le Conservatoire national de musique et de déclamation\nest un de ceux-là. M. C. Pierre est aussi l'éditeurdes musiciensde la Révolution,\ndont il a réuni et commenté les œuvres musicales de circonstance en de somp-\ntueux volumes publiés par la Ville de Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-02-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-02-15_01#c004", "volume": "bmtnabj_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "88", "page_fin": "89", "image_debut": 6, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.2.3", "titre_corps": "L'ANCÊTRE", "titre_sommaire": "L'ANCÊTRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.6", "debut_caractere": 619, "fin_caractere_exclue": 3425, "texte": "L'ANCÊTRE\nOPÉRA EN TROIS ACTES, MUSIQUE DE C. SAINT-SAENS, PAROLES DE L. AUGÉ\nDE LASSUS.\nSur la côte d'azur, d'or et de soleil, où l'art collabore avec la nature pour maintenir la tradi-\ntion du paradis terrestre, l'Opéra de Monte-Carlo achève en ce moment la répétition général-e\nd'un nouvel ouvrage de M. Saint-Saëns (première représentation le 24, avec Litvinne et l'élite\ndes chanteurs!). Nous en donnons, dans le supplément de ce numéro, la scène capitale, les\nimprécations de Nunciata, qui est le point culminant de l'action, et dont nos lecteurs appré-\ncieront la puissance dramatique. Nous publions ci-dessous un résumé du livret ; et quelques\nnotes, dues à l'un des deux auteurs, sur la genèse de Y Ancêtre.\nEn un site retiré et sauvage de la Corse, vit un ermite éleveur d'abeilles. Près\nde sa cabane et de son rucher s'élèvent les tombes rivales et ennemies desPiétra\nNeras et des Fabiani. Le dernier des Piétra Neras sert dans les armées de Napo-\nléon. Passagèrement il revient en son pays natal, et l'ermite son parrain tout\npaternel, prend occasion de ce retour pour convoquer tout ce qui représente,\namis et serviteurs même, les deux familles depuis longtemps en guerre et en\nvendetta. L'assemblée est convoquée devant ces tombes mêmes qui attestent\nleurs sanglantes haines. Il semble qu'à la voix de l'ermite, la paix va se con-\nclure, lorsque Nunciata, l'ancêtre, mère et grand'mère des Fabiani, répond par\nun non implacable à toutes les objurgations qui la sollicitent.\nCependant le jeune officier, Tebaldo, de la race desPiétra Neras, est aimé de\ndeux jeunes filles, Vanina et Margarita, de la famille adverse, celle-là sœur de\nlait et quelque peu servante de celle-ci. Tebaldo ignore Vanina et chérit Marga-\nrita. La vaine tentative d'apaisement laisse désolées Margarita et Vanina.\nAu second acte, la cour rustique de la maison où vit Nunciata est tout à coup\nenvahie par une foule anxieuse et dolente. Léandri, petit-fils de l'ancêtre, a été\ntrouvé tué. Nunciata, furieuse jusqu'au délire, s'improvise elle même vocera-\ntrice et fait jurer à sa petite-fille Vanina, car elle n'a plus de fils ni de petit-fils,\net elle-même est à demi aveugle, de venger le mort. Angoissée, hésitante,\nVanina cependant jure la vendetta.\nMais à peine l'assistance s'est-elle dispersée, que devant le mort, un serviteur,\nBursica, apprend à Vanina que le meutrier deson frère est ce Tebaldo qu'elleaime.\nAu troisième acte, en un site riant et ensoleillé qui avoisine la mer, Vanina\nest venue sous l'obsession de l'affreux serment qui lui a été arraché. Elle ne peut\nse résoudre à tuer. Mais l'ermite a complaisamment décidé et va bénir le ma-\nriage de Tebaldo et de Margarita, épris l'un de l'autre. Vanina les surprend\nportant de la chapelle où ils viennent d'être unis. Elle se décide, jalouse et désçs-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.7", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 782, "texte": "pérée, à frapper celui qui la dédaigne. Mais, au moment de tuer, le fusil lui\nest échappé des mains. Elle ne peut tuer celui qu'elle aime. L'ancêtre a vu\ncette défaillance. Elle se dresse implacable, prend le fusil, se lance à la poursuite\nde l'ennemi de sa race. Vanina court derrière elle, épouvantée. Un coup de feu\néclate. L'ancêtre, de ses yeux à demi éteints, a dû mal connaître ce qu'elle a fait.\nVanina vient de recevoir la balle destinée à Tebaldo. Elle reparaît expirante,\npendant que l'ancêtre farouche, abusée et croyant encore qu'elle a frappé l'en-\nnemi, s'éloigne. Sérénité de la nature qui oublie les souffrances humaines.\nL'ancêtre, qui ne voulait pas pardonner, a tué sa petite-fille, sa dernière enfant,\nElle s'est châtiée elle-même."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-02-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-02-15_01#c005", "volume": "bmtnabj_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "89", "page_fin": "94", "image_debut": 7, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.2.4", "titre_corps": "Les auteurs de l' « Ancêtre ». M. Lucien Augé de Lassus. Genèse de l'oeuvre.", "titre_sommaire": "Les auteurs de l' « Ancêtre ». M. Lucien Augé de Lassus. Genèse de l'oeuvre.", "signature_source": "J. C ; L. AUGÉ DE LASSUS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.7", "debut_caractere": 784, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "Les auteurs de l' « Ancêtre ». M. Lucien Augé de Lassus.\nGenèse de l'oeuvre.\n\nIl nous a semblé qu'il serait superflu de publier, avec une notice, un portrait\naussi populaire que celui de Camille Saint-Saëns, le maître auquel nous avons\ndéjà consacré une étude dans un de nos numéros antérieurs, et sur lequel tout\nrenseignement inédit serait difficile à trouver. Nous avons demandé à M. Augé\nde Lassus, auteur du livret de Y Ancêtre, de nous dire quelques mots sur les\norigines de l'œuvre. Notre collaborateur et ami a des titres artistiques et litté-\nraires très considérables ; le meilleur moyen de louer son talent est d'indiquer\navec précision les succès qu'il a déjà obtenus au théâtre, sans oublier les livres\net les conférences originales qu'on lui doit.\nLucien Augé de Lassus, fils et petit-fils de Parisiens, est né à Paris en 1846.\nPremière pièce représentée : Parti carrée, opéra comique en un acte, musique de Rod.\nLavello,à POpéra-Comique, direction Carvalho, 23 juin 1884. Cette mêmeannée, au Théâtre-Fran-\nçais, à-propos en vers, Racine à Port-Royal, 21 décembre 1884. Deux fois lauréat au concours\nCressent avec VAmour vengé, deux actes en vers (musique de De Maupeou, ire représentation"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.8", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3997, "texte": "à TOpéra-Comique 1031 décembre 1890), et Y Amour à la Bastille, musique de Hirschmann,\nire représentation à l'Opéra-Comique. Phryné, musique de Saint-Saëns (23 mai 1893, avec\nl'interprète délicieuse, Sanderson). Autres ouvrages avec la collaboration des musiciens :\nChasse gardée, musique de Montaient, un acte représenté au théâtre des Arts à Rouen; J'ai pris\nla Bastille! musique d'Auzende, un acte représenté au petit théâtre lyrique du passage Vivienne,\n29 mars 1897 ; la Pomme d'Adam, un acte en vers, musique de Banès, casino de Trouville ;\nles cantates de prix de Rome, Endymion, musique de Leroux, 1885 ;Didon, musique de Charpentier,\n1887. La grande scène lyrique : Ahasvérus (prix Rossini), musique de Hirschmann.— Comédies\nreprésentées : Racine à Port-Royal et le Vieux Corneille, 6 juin 1889, au Théâtre-Français ; la\nSaint-Jean, un acte en vers, à l'Odéon, 15 janvier 1893; la Conspiration du général Malet (colla-\nborateurs ; d'Horville et Richard], drame, six actes, au théâtre du Château-d'Eau, 25 octobre 1889,\nœuvre d'abord interdite par le ministère. Principales publications : Voyage aux sept merveilles\ndu mon Je, les Tombeaux, le Forum, les Spectacles antiques, Routes et étapes (premier livre publié) ;\nla Vie au Palais-Royal, les Champs-Elysées (1905). M. Augé de Lassus est secrétaire général de\nla Société des Amis des Monuments parisiens, vice-président du Syndicat de la Presse artistique.\nPour ces deux sociétés, il a fait un grand nombre de conférences, très brillantes et très goûtées.\nNous avons pleine confiance que Y Ancêtre marquera une date brillante de plus\ndans une carrière si pleine et si honorable.\nLe moi est haïssable, assure-t-on; cependant si le moi se dédouble, et si l'on\nen vient à dire nous, le mot, la pensée ne sont-ils pas mieux acceptables, ou du\nmoins plus excusables? Mais pourquoi chercher une excuse à ces confidences ?\nCeux-là volontiers les sollicitent et les espèrent, qui connaissent, du moins dans\nles manifestations si diverses de son activité, notre cher et glorieux Saint-Saëns\nN'est-ce pas dire à peu près toute la France intelligente et bien française? N'est-\nce pas surprendre, par delà nos frontières, des attentes en éveil et de hautes\nsympathies? Saint-Saëns est nôtre par ses origines, par son esprit, par le bel\néquilibre de sa pensée, par son goût de la mesure, de l'ordre, de la clarté, par sa\nscience bien apprise et qui lui demeure légère ; Saint-Saëns est aussi, plus loin\nque la terre maternelle, le citoyen d'une plus vaste humanité, une voix qui ne\ntrouve guère d'échos indociles en tous lieux où l'oreille et l'àme accueillent les\némotions profondes et de nobles enchantements.\nLa curiosité cependant serait banale et bientôt se lasserait à suivre cet homme\nseulement à la tiace de ses pas et dans sa vie quelque peu nomade. Les Français,\nsut tout les enfants de Paiis, ne se déplacent qu à regret, disait-on naguère j\ncelui-ci vagabonde comme jamais vagabond ne s en montra coutumier. Pour se\nhâter et courir plus que ses jambes vers des horizons multiples et changeants,\nil n'est que son inlassable pensée.\nIl est à Gênes la Supei be, dit-on ; mais non, il vient d aborder en Ggypte. On\n1 a v u en Angletet re , mais il dévore 1 espace ; il va plus vite que le son, presque\naussi vite que la lumièie. Le soleil adonné rendez-vous aux astronomes et se\ndoit éclipser au passage de la lune, notre humble satellite, comme une montagne\nque fait disparaître une main d'enfant. Saint-Saëns est àßurgos; il veut sur-\nprendre, étudier le phénomène, car de toutes choses, même les plus étran-\ngères à son ait, il connaît 1 attirance et veut être bien informé.\n11 ne fallut rien moins que ce phénomène céleste, que cet appel impérieux d'un\nastre souverain et d'un dieu, pour arracher quelques jours Saint-Saëns au labeur\nentrepris. Entre les poses qui de-ci de-là coupent la partition de Y Ancêtre, il en\nest une que l'on pourrait dire d'une éclipse de soleil; car cette soudaine envolée\n\nJ. C."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.9", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3739, "texte": "par delà les Pyrénées devait passagèrement interrompre le travail de revision\net d'orchestration. Toutefois, dès lors VAncêtre existait, et dans son ensemble,\npassion au cœur, en quelque sorte le verbe déjà retentissant sur la lèvre, dès lors\nY Ancêtre avait jailli de la pensée et du front créateur.\n11 convient cependant de remonter à la source première. Ceci nous reporte au\ndelà de quelques années révolues. Un voyageur, curieux d'impressions nou-\nvelles, a débarqué au petit port d'Ajaccio. Aussitôt, dès ses premiers pas, à lui se\nrévèle ce contraste violent d'une nature tout à la fois charmante et farouche, des\nfleurs libéralement épandues, délicieusement parfumées, et des rochers barbares,\ndes montagnes énormes, des cimes qui semblent défier l'escalade. Comme pas\nune terre au monde, relativement à sa grandeur, la Corse apparaît bosselée,\nhérissée, tourmentée. Elle n'est le plus souvent que de précipices soudainement\nouverts, d'escarpements furieux. Les maquis sont de bouquets joyeux, aussi\nd'épines meurtrières. En toutes choses il est quelques sourires ; il est surtout des\ntrahisons, des méchancetés, de menaçantes colères. C'est misérable et c'est grand.\nLe spectre formidable de Napoléon plane sur cette terre ; elle semble digne de\ncet enfantement, non pas dans le pauvre logis qui fut l'aire de cet homme de\nproie, mais dans cet amoncellement de falaises, de pics, de montagnes, de som-\nmets qui partent comme à la conquête de l'espace et de l'infini. On sait que les\nmœurs sont rudes et que la vendetta sévit aisément en ces campagnes où la ren-\ncontre d'un homme est cependant d'une extraordinaire surprise. Le voyageur\nchemine des heures sans découvrir un toit, sans reconnaître une trace de vie\nhumaine, en dehors de la route déserte, du sentier rocailleux, où longuement il\npeine dans la poussière et sous la morsure d'un soleil inhumain. L'hospitalité\nest une loi volontiers transmise et obéie; la contrée cependant apparaît inhospi-\ntalière. La rencontre la plus fréquente, et qui certes n'est pas pour égayer la pro-\nmenade, est de tombes, de chapelles funéraires qui tout à coup surgissent loin\nde toute habitation, comme si les morts pouvaient seuls se complaire en ces fa-\nrouches solitudes. Quiconque possède un vaste domaine, ce qui ne veut pas dire\nune bien grande richesse, car les châtaignes et les glands doux engraissent les\nporcs et les chèvres plutôt qu'ils n'arrondissent la bourse, quiconque se peut\nenorgueillir de tenir par ses aïeux à cette terre si misérable qu'elle soit, estime\nà honneur d'y reposer. La propriété, sinon même la souveraineté, se manifeste\nen des bâtisses sépulcrales. Les villes sont assez rares, très petites. Les villages\nperchent sur les rochers et se regardent méchamment de loin, comme si,\nsous leur armure de pierres grises, ils se voulaient défier.\nLe spectacle est pour surprendre, pour intéresser puissamment. Un jour, pas-\nsant en un chemin désert, comme les chemins, encore une fois, le sont presque\ntoujours, le voyageur, qui lui-même se raconte ici, voyait tout à coup sortir d'un\nfourré deux canons de fusil qui du reste aussitôt s'abaissaient et disparaissaient,\nle passant qu'était ce débonnaire voyageur, n'étant point le passant attendu.\nCertes il ne lui en fallait pas plus pour emporter de cette vision rapide un sou-\nvenir ineffaçable, et aussitôt pour imaginer un drame dans ce décor de si\ntragique beauté.\nLes haines corses, les vendettas, déjà ont défrayé le roman, même le théâtre,\nle théâtre parlé seulement. La musique peut se hausser à de plus terribles élo-\nquences. Il semble qu'un beau cri se lève de cette terre de Corse; la musique\nseule y peut faire un digne et fidèle écho. La musique seule peut remuer les"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.10", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3613, "texte": "suprêmes profondeurs qui sont le mystère et le foyer de l'âme, cette âme\nserait-elle d'un pays et d'une nation. Cependant la musique en elle-même n'est\nqu'une abstraction et une allégorie. Il faut qu'elle s'incarne dans un homme pour\nfaire une œuvre qui soit d'un verbe retentissant et de la vie.\nLa Fête du village voisin, VÉpreuve villageoise, les Noces de Jeannette, ces gen-\ntilles paysanneries, peuvent être de toutes régions où le paysan lourdement\nbadine, boit à plein verre, aime à gros baisers, à gourmandes et brutales\naccolades. La Corse voulait une autre interprétation ; et les amoureux eux-\nmêmes n'y cheminent que le fusil sur l'épaule. La Corse est essentiellement\ntragique ; à se vouloir exprimer en des chants fidèles, il lui fallait donc un auteur\ntragique. C'est ainsi que le voyageur en venait aussitôt à rêver la collaboration\nde ce créateur qui peut être gai comme Anacréon, grand à l'égal d'Homère,\nterrible et beau comme Jéhovah brandissant les colères de son déluge.\nEnfin, sans vouloir enfermer l'inspiration poétique en des frontières trop\nétroites, sans limiter jalousement une œuvre aux caractères particuliers d'une\npetite terre, n'est-il pas intéressant de surprendre quelqu'une des' voix dont le\nconcert fait la voix complète et suprême de notre chère patrie ? La France ne\npourrait-elle pas se raconter elle-même comme en des illustrations variées et\nsonores, en des tableaux multiples) Le très puissant Meyerbeer, même après son\nPardon de Ploërmel insuffisamment breton, laisse la Bretagne encore inexplorée,\nau moins de la muse de l'opéra ; Gounod a mieux compris la Provence aux\ntraces embaumées de Mireille. Pourquoi Y Ancêtre ne serait-il pas cette île fa-\nrouche, berceau de gloire que la mer fouette ou caresse) Sans doute l'humanité\ndéborde les frontières ; et pour intéresser les hommes il n'est rien que la vibra-\ntion contagieuse des cordes qui sont les passions primordiales de l'homme.\nMais le décor d'une contrée particulière, et nous entendons un décor, non pas\nseulement de toiles habilement peintes et ingénieusement harmonieuses, le décor\ndes mœurs locales, l'accent du terroir, la saveur même qui s'exhale des choses\ncoutumières, ajoutent au charme d'une œuvre d'art La musique peut être singu-\nlièrement habile à cette évocation des détails curieux, d'une ambiance caracté-\nristique et pittoresque. Ainsi les âmes de quelques hommes peuvent envelopper\nl'âme humaine; et l'œuvre ne montera pas moins haut pour révéler la sève\nqui la nourrit et la terre où plongent ses racines.\nSaint-Saëns est homme à tout comprendre, comme à tout dignement réaliser,\nde l'instant que sa pensée l'adopte et s'y repose. Toutefois tant de voix chantent\nen lui que ces voix peuvent attendre du moins quelques jours, avant qu'il con-\nsente à les noter.\nMais, pour être couvés plus longtemps, les oiseaux de haut vol et de beau\nramage n'en prennent, le jour venu, que mieux leur envolée et leur essor. Il\nfut des âmes, il en est une surtout et qui demeure voisine et chère à celui-là dont\nle nom achève ces lignes, pour toujours croire au retour et à la rencontre de\nSaint-Saëns.\nLe prince de Monaco, curieux des sciences naturelles, aussi des choses de l'art,\nambitionne pour le théâtre de Monte-Carlo, que hautement il patronne, des\nœuvres qui soient nouvelles, et comme de savoureuses primeurs. Le directeur\nde ce même théâtre, d'audacieuse initiative, n'est pas moins désireux d'offrir à\nson public, c est-à-dire au public le plus vatié qui soit au monde, puisqu'enfin\nle monde entier s'y trouve représenté, des fêtes d'une attirance suprême. Déjà"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.11", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3628, "texte": "Saint-Saëns est apparu sur la Côte d'azur, et son Hélène, conseillée de Vénus, a\nsurgi là, comme de l'onde amère. Il revient sur ces mêmes rivages; et Y Ancêtre\nyva surgir à son tour, nous pourrions dire y va rugir, car les passions s'exha-\nlent en toute; violence, qui seront là déchaînées.\nLa pensée première de l'œuvre fut donc, ainsi qu'une fleur très belle mais de\nvenin redoutable, rapportée de Corse. En Corse, où il entreprend une excursion,\nSaint-Saëns a voulu confirmer les impressions recueillies. Lui aussi a voulu\nrespirer les senteurs capiteuses de cette terre où le myrte fleurit, où verdoie le\nlaurier. Il en est revenu, imprégné et vibrant. 11 travaille ; c'est au bord du lac\nMajeur, dans un décor de nature joyeuse. Mais l'hirondelle errante, que cet\nhomme devient aisément, remporte son nid; et la voilà qui s'en va l'accrocher\nen une petite ville de Suisse. Elle se blottit au voisinage d'un lac non pas im-\nmense, mais tout plaisant, et qui se déverse en une rivière torrentueuse. L'Aar\ntraverse Thun, le réjouit, quelque peu l'étourdit, car ses eaux ne sont pas\nd'allure silencieuse et apaisée. Le pays est charmant tout alentour, et cepen-\ndant cette onde se hâte à le fuir, comme des humains empressés à rejoindre une\njoie, à l'épuiser, à la perdre.\nThun a ses hôtels Beau-Rivage, Belle-Vue, Beau-Séjour, tout ce décor d'insi-\npide et prétentieuse banalité qui, dans la vieille Helvétie et en tous lieux où\nmonte le flot des voyageurs cosmopolites, altère cruellement les aspects tradi-\ntionnels et vulgarise toutes choses. Par delà cette façade tapageuse, une cité se\ncache et plus tard se révèle encore pittoresque et curieuse. Les rues s'entre-\ncroisent et s'enchevêtrent. Les maisons chevauchent mal alignées; et les arcades\nqui les bordent, essaient, emmêlent, rompent de changeantes perspectives.\nThun, encore à demi féodal, garde son cimier où s'opposent et se heurtent un\nantique manoir, une église, un petit cimetière dont l'herbe doucement ensevelit\nles morts. Là-haut ce sont des tourelles coiffées de hautes toitures, comme de\nleur hennin, les belles dames dont l'âge des troubadours s'extasiait. Plus bas\nce sont les logis de ceux-là qui furent des vassaux; et les caves béantes, les bou-\ntiques ténébreuses qui sont plutôt des tanières, s'enfoncent sous les trottoirs et\nsous la menace des ruisseaux de rapide vagabondage.\nLà Saint-Saëns a vécu quelques jours de beau labeur, en tête à tête avec\nson œuvre. Il écoute les héros qu'il a fait siens, il s'écoute lui-même. Puis\nle soir venu, avant que descende l'ombre, il va dans cette Aar grondante se\nplonger, comme un triton. L'eau est froide à peu près comme les neiges qui des\ncimes lointaines l'ont pleurée ; mais c'est une eau de Jouvence où retrouve des\nforces et des agilités celui-là qui semblerait à l'automne de la vie, si la faculté\ncréatrice, si aisément révélée, ne semblait l'attarder en des saisons plus\njoyeuses.\n« Venez, conversation indispensable, récit excellent. » Cet appel laconique\nmais impérieux réunit les deux complices. L'œuvre dès lors est presque ache-\nvée ; et la conversation a seulement décidé de la conclusion dernière.\nEn.date du 11 août i9°s> une lettre arrive de Thun, ou Thoune, lun et l'autre\nse dit ou se disent : « Le quatuor m'a donné beaucoup de mal. C'est même le\nseul morceau de 1 ouvrage qui men ait donné. On ne le dirait pas. Il coule\nde source comme l'Aar en personne. Maintenant avec le trio et le quatuor, je\nvous réponds que la pièce ne desinit pas in piscem. Je sais bien qu il n'est\npas dans les idées du jour de faire des morceaux d'ensemble, mais je m'en"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.12", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 880, "texte": "Je ne finis pas, sachant que votre chère femme lira ma lettre... » Nous tradui-\nsons ces points en langage académique : « Je m'en soucie très peu. »\nUne dépêche du 11 est de quatre mots : « Terminé, retourne à Paris. »\nCependant une lettre dernière suivait, celle-ci venue de France : « Non, mon\ncher ami, disait-elle, ce n'est pas le 10, mais le 12, que mon esquisse a été\nterminée. Je vous raconterai plus tard par quel bizarre concours de circonstances\nj'ai écrit la dernière scène samedi, à Pontarlier, entre deux trains, dans un\npetit hôtel près de la gare; c'était très amusant. » Ainsi l'hôtel Freienhof à\nThoune n'a pas vu la genèse tout entière de cette oeuvre nouvelle. Là cependant\nle travail fut le plus assidu et le plus prolongé. Et maintenant la préface est\nécrite, l'œuvre ouvre ses pages. La parole est à 1 Ancêtre.\n\nL. AUGÉ DE LASSUS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-02-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-02-15_01#c007", "volume": "bmtnabj_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "94", "page_fin": "100", "image_debut": 12, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.2.5", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.12", "debut_caractere": 882, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nÉLÉMENTS DE GRAMMAIRE MUSICALE. - IV.\nLE MODE MAJEUR ET SON MÉCANISME.\n(D'après la sténographie de M. E. Dusselier).\n\nNous avons posé un principe : celui de la variabilité des fonctions de toutes\nles notes. Avant d'en étudier l'application régulière, nous devons constater trois\nfaits : i° les harmonies fondamentales ou primaires (accords construits sur les\ndegrés I, IV et V de la gamme) du mode majeur ; 2° les harmonies complé-\nmentaires ou mineures (accords construits sur les degrés 11, 111 et VI) ; 30 leur\njuxtaposition et leur fusion dans un accord spécial, celui de 7e de dominante.\nDans la suite, en tirant un de nos arguments de la différence qui sépare les\ndeux premiers groupes d'accords, nous verrons que toute musique peut se\nramener à deux lois fondamentales : opposition et adaptation. Pour le moment,\nbornons-nous à observer des faits qui, peu à peu, nous conduiront à cette idée.\ni° Une « harmonie » s'appelait autrefois une triade (trias harmonica). Cette\nlocution est employée au commencement du xvne siècle par le théoricien alle-\nmand Johann Lippius (Synopsis musicœ novce omnino verœ atqne methodicce\nuniversœ, etc.. Strasbourg, 1612). J.-B. Doni, patricien de Florence (mort\nen 1647), emploie un mot plus moderne dans le titre d'une de ses dissertations :\nIn quanti modi si possa praticare /'ACCORDO PERFETTO 7telle viole (Doni, Opere, I,\n387). Dans son Harmonie universelle (ier livre des consonances, etc... 1636,\np. 213... « que l'on appelle ordinairement harmonie parjaite ») Mersenne fait\nentendre que cette expression était usuelle au début du xvne siècle. On a\nemployé aussi les mots Syzygia, accord ordinaire, etc... (V. Riemann,Geschichte\nder musiktheorie, p. 417, à la note).\nL'harmonie fondamentale de tonique est le centre d'où partent et où reviennent"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "tous les mouvements du système tonal, qui trouvent en lui leur principe et\nleur aboutissement.\nLes triades fondamentales contiennent, à elles seules, toutles tons de la gamme.\nOn n'usait autrefois que des ressources qu'offrait leur enchaînement régulier.\nDe grands compositeurs modernes ont su en tirer, eux aussi, de beaux effets,\nsans qu'aucune dissonance vienne relever l'expression. M. Gevaërt cite comme\nexemple, à côté de l'harmonisation d'une psalmodie [Sicut erat in principio et\nnu ne et semper...), l'admirable phrase du Rheingold de R. Wagner, écrite\nsur ces accords :\nRappelons, en passant, que R. Wagner a été accusé, en son temps, de\nfaire de la musique dissonante, très désagréable à l'oreille !\nPar l'emploi de ces triades harmoniques seules, à l'exclusion de tout autre\nélément, on donne à la phrase musicale quelque chose de très grand et de\ntrès pur ; mais on n'a pas l'expression pathétique et dramatique.\n2° Chacun des trois accords constituant les harmonies complémentaires du\nmode majeur est appelé le relatif mineur (on dit aussi :le parallèle) de la triade\nmajeure correspondante, et leur disposition est à peu près la même que celle des\naccords essentiels :\nl'accord la-do-mi, relatif de la tonique du majeur, a, comme l'accord central du\nier groupe (ut-mi-sol), deux satellites :un à droite et l'autre à gauche, qui s'en-\nchaînent à lui. Les deux groupes sont reliés par le 2e degré de la gamme ma-\njeure (ré) qui est au milieu exact du système tonal, et qui touche ainsi, comme\nfrontière commune, aux deux parties du domaine (Gevaërt).\nLe rôle de ces accords complémentaires, rôle d'ailleurs assez effacé, est de\nvarier la continuité monochrome des accords parfaits majeurs, d'accroître le\nmatériel polyphonique en permettant d'élargir les phrases et d'éviter le retour\ntrop fréquent des cadences. Ils forment les passages épisodiques du discours\nmusical.\nCe qu'il nous importe de constater, c'est que, grâce à eux, notre mode majeur,\ndans la gamme diatonique d'ut, nous apparaît comme une synthèse de tous les\nmodes à dénomination hellénique, dont j'ai déjà donné la liste :\nRé-ya-la est la division de la quinte fixe des deux modes doriens (terminologie\nmoderne); la rfo-mi est la division de la quinte fixe dans les modes éolien et hy-\npoéolien ; mi-so/-si est la division de la quinte dans les deux modes phrygien et\nhypophrygien. Si lon ajoute que dans les harmonies essentielles ou primaires\ndu majeur diatonique nous retrouvons les divisions de la quinte par une tierce\nmajeure qui caractérisent le lydien et Yhypolydien (fa-/a-do), le mixolydien (sol-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3078, "texte": "si-ré) et 1 ionien (do-/m-sol), nous pouvons en conclure que notre majeur diato-\nnique peut être considéré comme le lieu de concentration des anciens modes.\nC'est un organisme complexe où l'analyse retrouve des éléments hétérogènes , et\ncela semble justifier le dire de certains musiciens déclarant qu'avec notre majeur\ndiatonique actuel, nous pouvons, si nous voulons, reproduire tout ce qui se\nfaisait dans la musique ancienne ou tout ce qui se fait encore dans la musique\npopulaire.\n3° Les deux harmonies (fondamentale et complémentaire) se trouvent réunies\ndans l'accord de 7e de dominante. Cet accord contient la note sensible du\nton dans lequel on veut entrer, le fait pressentir, et trouve en lui sa résolution.\nL'enchaînement d'un accord de tonique et d'une harmonie de dominante qui\nle précède, forme un e cadence par faite. L'accord de 7e doit-il être, en ce cas, à\nl'état direct ? Les renversements ne sont-ils admis qu'à l'intérieur d'un membre\nde phrase? C'est ce que nous ne pouvons décider encore. Nous nous contente-\nrons de poser ce second principe :\nPour introduire une tonalité nouvelle, il faut d'abord faire entendre /'accord de\n7e de la dominante de cette tonalité. La note dissonante de cet accord se « résout »\nen passant au degré diatonique voisin, et l'impression de repos final est ainsi\nobtenue. C'est la règle traditionnelle. (Cf. Michel de Menehou, Nouvelle\ninstruction familière, éd. Expert, p. 35.)\nCet accord de 7e, avec ses quatre notes, concentre dans un conflit passager tous\nles éléments du système musical : majeur et mineur, quinte juste et fausse quinte,;\nconsonance et dissonance ; il est la cheville ouvrière, l'élément actif du méca-\nnisme polyphone, parce qu'étant dissonance et ayant besoin de résolution, il est\ncréateur de mouvement. Etant majeur et mineur à la fois, il permet de moduler\ndans beaucoup de tons. :\nL'accord de septième de dominante produit l'émission simultanée de deux\ndegrés contigus de l'échelle (fa-sol). Voici ses diverses formes d'après la classi-\nfication de Reicha, élève de Rameau :\nIl y a quatre accords de septième :\ni° Tierce majeure de dominante (sol) avec la fausse quinte si-fa (septième de\npremière espèce) ;\n20 Accord parfait du 4e degré (fa) précédé d'une tierce mineure au grave (ré)\nré-fa-la-do, la-do-mi-sol, mi-sol-si-ré (accord de seconde espèce);\n30 Accord parfait mineur du second degré (ré) précédé d'une tierce mineure\n(si), si-ré-fa-la (accord de 3e espèce) ;\n40 Accord parfait mineur, précédé d'une tierce majeure au grave, ce qui pro-\nduit une dissonance très vive, les deux sons qui créent la dissonance n'étant dis-\ntants que d'un intervalle de demi-ton (fa-la-do-mi, do-mi-sol-si fl) = septième de\n4e espèce.\nDans chacun de ces accords, il y a, outre la position directe, 3 renverse-\nments ; soit, en tout, 16 accords de septième.\nNous connaissons les éléments du mode majeur. Considérons-les dans leur\nvivante mise en jeu, et non sous la forme inerte d'accords isolés. Le majeur\nne peut rester, sauf des cas exceptionnels, dans une tonalité unique. Deux"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "97", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "cas doivent être distingués. Il arrive fréquemment qu'après avoir choisi\nun ton pour réaliser le mode qu'il emploie, le compositeur introduit une note\nne faisant pas partie de la gamme construite sur cette base ; pourtant, il n'a-\nbandonne pas le ton choisi par lui : il ne fait que s'en écarter par exception et\npassagèrement. Ainsi Mozart dans le ler finale de Don Juan :\nLa note si expressive placée au début de la 3e mesure (1), où on aurait attendu\nun la #, n'a pas pour objet de substituer la gamme de la majeur à celle d'ut :\ndans cette phrase qui conclut en sol, elle n'est qu'un écart passager. Par mo-\ndulation, nous entendrons ici l'abandon définitif ou prolongé d'une tonalité à\nlaquelle une autre vient se substituer.\nQuelle est la loi de la modulation ?\nOn voit par la suite des notes qu'évoque une fondamentale quelconque (ici, ut)\nque le premier harmonique est une quinte. En d'autres termes : dès qu'un ut\nest émis, il engendre un sol. Si, appliquant ici le principe du changement de\nfonctions, nous considérons le sol comme fondamentale, nous dirons qu'il est\ninséparable de sa quinte ré ; le ré, considéré au même point de vue, est insé-\nparable de la *, la, de mi ; mi, de si ; etc. . De là, le cycle des quintes.\nC'est un cycle, car cette série, théoriquement indéfinie (et donnant toujours\nun son qui n'a pas été encore entendu), est, pratiquement, limitée. Au ile degré,\non arrive à un mi g, amorçant une tonalité qui est hors d'usage à cause des\ndifficultés d'écriture qu'elle entraînerait, et que les compositeurs traduisent par\nfa S. De fa son passe àdo g, et on se trouve ainsi ramené au point de dé-\npart.\nLes textes ci-dessous, empruntés aux classiques et précédés d'un schéma\ndont ils sont la transposition, donnent les modulatione d'ut aux sept premiers\ndegrés du cycle des quintes : d'ut à sol (ex. let2) ; d'ut àré (ex. 4, set 6) ;\nd'ut àla (ex. 7, Bet9) ; d'ut àmi (ex. 10 et 11) ; d'ut hfa % (ex. 14 et 15), d'ut à\nut (16).\nCette condensation de tous les degrés de la série dans les limites d'une\nmême gamme ne se fait que grâce à la transposition des notes à une et plu-\nsieurs octaves inférieures.C'est là le point faible de cet exposé théorique. Toutes\nles modulations ne présentent pas d'ailleurs le même caractère aisé.\n\n(!) Elle est familière à Mozart ; dans la Flûte enchantée (aria rt° 17) il y aun la analogue,\nmais qui donne à la gamme employée l'allure d'un mode antique transposé (soUfa-mi-rè-do-si (?-\nla{>-sol) ; nous l'étudierons quand nous parlerons du mode dorien."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.16", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "Une note quelconque peut être considérée comme génératrice de la quinte\nsupérieure, et comme engendrée elle-même par la quinte inférieure (1 bis).\nCette dernière, transportée à l'octave supérieure, devient la quarte de la fon-\ndamentale. De là, un second cycle, fondé sur le même principe que le précédent:\naller de do à fa (quarte supérieure) équivaut au passage à la quinte infé-\nrieure ; aller de fa à si (quarte supérieure) équivaut au passage de fa à\nsi t> (quinte inférieure); de même pour la modulation de si hmi puis"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.17", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1268, "texte": "à la t>, etc... Ce second cycle est théoriquement indéfini et pratiquement fermé,\npour les mêmes raisons que l'autre.\nCe nouvel exposé théorique prête aux mêmes objections que le premier. On\npourrait le défendre en sappuyant sur ces textes de Rameau :\n« ... De toutes les progressions de la basse, celle de la quinte en descendant\n(ido-fa) est la première et la plus parfaite, puisque nous ne sommes pleine\nment satisfaits que lorsque nous entendons une cadence finale formée de cette\nprogression, où il semble que la quinte retourne àsa source, en passant à l'un des\nsons de l'octave dont elle est engendrée ; car monter de quarte ou descendre de\nquinte, c est ici la même chose. ( Traité de Vharmonie, 1722.1 « Le plus parfait\nrepos, celui après lequel on ne désire plus rien, est celui où l'on descend de la\nquinte sur le générateur, comme de 27 h g... On l'appelle « repos absolu » ou\n« cadence parfaite » ; c'est pour lors la quinte engendrée par la résonance du\ncorps sonore, principe générateur du mode, qui retourne à ce générateur\nmême ». (Démonstration du principe de 1 harmonie, p. 36.)\nLes textes suivants donnent (d'après Bussler, Partitur-Studien, Berlin, 1882)\nles modulations jusqu'au 6e degré du cycle des quartes :"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.18", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 348, "texte": "De l'examen de ces textes on peut conclure :\ni° La modulation repose sur un changement de fonction dans une ou plu-\nsieurs notes d'un accord donné ;\n2° Elle n'est d'un bon effet que là où les accords ont des notes communes;\nen tout autre cas, il y a juxtaposition (ex. 7), non enchaînement.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-02-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-02-15_01#c008", "volume": "bmtnabj_1906-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "94", "page_fin": "100", "image_debut": 12, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.2.5.1", "titre_corps": "ÉLÉMENTS DE GRAMMAIRE MUSICALE. – IV. 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Avant d'en étudier l'application régulière, nous devons constater trois\nfaits : i° les harmonies fondamentales ou primaires (accords construits sur les\ndegrés I, IV et V de la gamme) du mode majeur ; 2° les harmonies complé-\nmentaires ou mineures (accords construits sur les degrés 11, 111 et VI) ; 30 leur\njuxtaposition et leur fusion dans un accord spécial, celui de 7e de dominante.\nDans la suite, en tirant un de nos arguments de la différence qui sépare les\ndeux premiers groupes d'accords, nous verrons que toute musique peut se\nramener à deux lois fondamentales : opposition et adaptation. Pour le moment,\nbornons-nous à observer des faits qui, peu à peu, nous conduiront à cette idée.\ni° Une « harmonie » s'appelait autrefois une triade (trias harmonica). Cette\nlocution est employée au commencement du xvne siècle par le théoricien alle-\nmand Johann Lippius (Synopsis musicœ novce omnino verœ atqne methodicce\nuniversœ, etc.. Strasbourg, 1612). J.-B. Doni, patricien de Florence (mort\nen 1647), emploie un mot plus moderne dans le titre d'une de ses dissertations :\nIn quanti modi si possa praticare /'ACCORDO PERFETTO 7telle viole (Doni, Opere, I,\n387). Dans son Harmonie universelle (ier livre des consonances, etc... 1636,\np. 213... « que l'on appelle ordinairement harmonie parjaite ») Mersenne fait\nentendre que cette expression était usuelle au début du xvne siècle. On a\nemployé aussi les mots Syzygia, accord ordinaire, etc... (V. Riemann,Geschichte\nder musiktheorie, p. 417, à la note).\nL'harmonie fondamentale de tonique est le centre d'où partent et où reviennent"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "tous les mouvements du système tonal, qui trouvent en lui leur principe et\nleur aboutissement.\nLes triades fondamentales contiennent, à elles seules, toutles tons de la gamme.\nOn n'usait autrefois que des ressources qu'offrait leur enchaînement régulier.\nDe grands compositeurs modernes ont su en tirer, eux aussi, de beaux effets,\nsans qu'aucune dissonance vienne relever l'expression. M. Gevaërt cite comme\nexemple, à côté de l'harmonisation d'une psalmodie [Sicut erat in principio et\nnu ne et semper...), l'admirable phrase du Rheingold de R. Wagner, écrite\nsur ces accords :\nRappelons, en passant, que R. Wagner a été accusé, en son temps, de\nfaire de la musique dissonante, très désagréable à l'oreille !\nPar l'emploi de ces triades harmoniques seules, à l'exclusion de tout autre\nélément, on donne à la phrase musicale quelque chose de très grand et de\ntrès pur ; mais on n'a pas l'expression pathétique et dramatique.\n2° Chacun des trois accords constituant les harmonies complémentaires du\nmode majeur est appelé le relatif mineur (on dit aussi :le parallèle) de la triade\nmajeure correspondante, et leur disposition est à peu près la même que celle des\naccords essentiels :\nl'accord la-do-mi, relatif de la tonique du majeur, a, comme l'accord central du\nier groupe (ut-mi-sol), deux satellites :un à droite et l'autre à gauche, qui s'en-\nchaînent à lui. Les deux groupes sont reliés par le 2e degré de la gamme ma-\njeure (ré) qui est au milieu exact du système tonal, et qui touche ainsi, comme\nfrontière commune, aux deux parties du domaine (Gevaërt).\nLe rôle de ces accords complémentaires, rôle d'ailleurs assez effacé, est de\nvarier la continuité monochrome des accords parfaits majeurs, d'accroître le\nmatériel polyphonique en permettant d'élargir les phrases et d'éviter le retour\ntrop fréquent des cadences. Ils forment les passages épisodiques du discours\nmusical.\nCe qu'il nous importe de constater, c'est que, grâce à eux, notre mode majeur,\ndans la gamme diatonique d'ut, nous apparaît comme une synthèse de tous les\nmodes à dénomination hellénique, dont j'ai déjà donné la liste :\nRé-ya-la est la division de la quinte fixe des deux modes doriens (terminologie\nmoderne); la rfo-mi est la division de la quinte fixe dans les modes éolien et hy-\npoéolien ; mi-so/-si est la division de la quinte dans les deux modes phrygien et\nhypophrygien. Si lon ajoute que dans les harmonies essentielles ou primaires\ndu majeur diatonique nous retrouvons les divisions de la quinte par une tierce\nmajeure qui caractérisent le lydien et Yhypolydien (fa-/a-do), le mixolydien (sol-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3078, "texte": "si-ré) et 1 ionien (do-/m-sol), nous pouvons en conclure que notre majeur diato-\nnique peut être considéré comme le lieu de concentration des anciens modes.\nC'est un organisme complexe où l'analyse retrouve des éléments hétérogènes , et\ncela semble justifier le dire de certains musiciens déclarant qu'avec notre majeur\ndiatonique actuel, nous pouvons, si nous voulons, reproduire tout ce qui se\nfaisait dans la musique ancienne ou tout ce qui se fait encore dans la musique\npopulaire.\n3° Les deux harmonies (fondamentale et complémentaire) se trouvent réunies\ndans l'accord de 7e de dominante. Cet accord contient la note sensible du\nton dans lequel on veut entrer, le fait pressentir, et trouve en lui sa résolution.\nL'enchaînement d'un accord de tonique et d'une harmonie de dominante qui\nle précède, forme un e cadence par faite. L'accord de 7e doit-il être, en ce cas, à\nl'état direct ? Les renversements ne sont-ils admis qu'à l'intérieur d'un membre\nde phrase? C'est ce que nous ne pouvons décider encore. Nous nous contente-\nrons de poser ce second principe :\nPour introduire une tonalité nouvelle, il faut d'abord faire entendre /'accord de\n7e de la dominante de cette tonalité. La note dissonante de cet accord se « résout »\nen passant au degré diatonique voisin, et l'impression de repos final est ainsi\nobtenue. C'est la règle traditionnelle. (Cf. Michel de Menehou, Nouvelle\ninstruction familière, éd. Expert, p. 35.)\nCet accord de 7e, avec ses quatre notes, concentre dans un conflit passager tous\nles éléments du système musical : majeur et mineur, quinte juste et fausse quinte,;\nconsonance et dissonance ; il est la cheville ouvrière, l'élément actif du méca-\nnisme polyphone, parce qu'étant dissonance et ayant besoin de résolution, il est\ncréateur de mouvement. Etant majeur et mineur à la fois, il permet de moduler\ndans beaucoup de tons. :\nL'accord de septième de dominante produit l'émission simultanée de deux\ndegrés contigus de l'échelle (fa-sol). Voici ses diverses formes d'après la classi-\nfication de Reicha, élève de Rameau :\nIl y a quatre accords de septième :\ni° Tierce majeure de dominante (sol) avec la fausse quinte si-fa (septième de\npremière espèce) ;\n20 Accord parfait du 4e degré (fa) précédé d'une tierce mineure au grave (ré)\nré-fa-la-do, la-do-mi-sol, mi-sol-si-ré (accord de seconde espèce);\n30 Accord parfait mineur du second degré (ré) précédé d'une tierce mineure\n(si), si-ré-fa-la (accord de 3e espèce) ;\n40 Accord parfait mineur, précédé d'une tierce majeure au grave, ce qui pro-\nduit une dissonance très vive, les deux sons qui créent la dissonance n'étant dis-\ntants que d'un intervalle de demi-ton (fa-la-do-mi, do-mi-sol-si fl) = septième de\n4e espèce.\nDans chacun de ces accords, il y a, outre la position directe, 3 renverse-\nments ; soit, en tout, 16 accords de septième.\nNous connaissons les éléments du mode majeur. 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Sa musique, toute de décla-\nmation, souvent expressive, avec de beaux moments, est construite sur un\ncertain nombre de thèmes, clairs et expressifs. Les airs faciles à détacher sont\nrares, ou même n'existent pas dans cette partition. Tout au plus pourrait-on\nextraire, du ier acte, le chant de la servante folle, pas très original ;au 2e acte\nles chansons du cabaretier et de deux prostituées, dont l'une, « Misère et\nmalheur », est très caractérisée par le registre du contralto, toutes du reste\nmorcelées et formant, en passant à l'orchestre, le fond du second tableau, très\npittoresque, représentant une taverne interlope dans un faubourg de Londres ;\net enfin au 3e tableau un beau motif, d'abord exposé par les cuivres, puis chanté\npar Rattcliff s'adressant à son pistolet qu'il qualifie de « loyal serviteur » et dont\nil aimerait à « presser la bouche sur sa bouche ». Si certains épisodes sont inu-\ntiles et les récits parfois un peu longs, ils ont du moins l'avantage de préciser\nla physionomie des milieux et le caractère des personnages, et je préfère ce pro-\ncédé à celui de certaines écoles qui font entrer, sortir, s'aimer et se tuer les\nacteurs sans que l'on ait le temps de les connaître et de s'intéresser à eux.\nVoici brièvement l'intrigue de ce drame sombre. La femme de Mac-Grégor,\nlaird écossais, a aimé le père de William Rattcliff, que le mari jaloux a assas-\nsiné. Une servante a vu ce meurtre et en est devenue folle. Elle rappellera\nplusieurs fois, au cours de l'action, les événements auxquels elle a assisté et qui\ninfluent fortement sur les décisions, parfois étranges, que prennent les héros\nprincipaux de cette tragédie. William, en passant au château de Mac-Grégor, où\nil a été bien reçu, s'est épris de Marie, la fille du gentilhomme assassin ignoré de\nson père ; mais elle lui a refusé sa main, bien qu'elle partage son amour. Navré de\nson échec, le prétendant évincé a tué en duel les deux fiancés qui lui ont succédé,\net mène une vie indépendante dans un milieu de bandits. Lord Douglas, qui a\nété en troisième lieu agréé par la jeune fille, doit se battre à son tour et il blesse\n\nNice."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "son adversaire, dont les hallucinations paralysent les gestes il a cru voir se\ndresser devant lui les spectres de ses premières victimes. Revenu à lui,\nWilliam Rattcliff court au château, essaye d'enlever Marie, d'abord apitoyée et\npresque consentante. Puis il la tue en la voyant hésiter et se tire ensuite un coup\nde pistolet mortel.\nLa création de ce drame lyrique, premier essai d'une décentralisation tentée à\nNice, cette année, a eu lieu avec le concours de M. Delmas, superbe dans le rôle\nde W. Rattcliff; de Mme Héglon, qui a rendu de façon unique le personnage\ndifficile de la servante folle; de Mlle Mastio, personnifiant la touchante Marie ;\nde M. Zocchi, insignifiant Douglas, etc. L'orchestre était conduit par M. Xavier\nLeroux.\nProfitant de la présence à Nice de Mme Héglon et de M. Delmas, 1 Opéra nous a\ndonné des représentations de Samson et Dahla et de la Walkyrie. Dans celle-ci\nM. Imbartde La Tour et Mme Pacary ont été également remarquables. Ml!e Char-\nlotte Wyns et le ténor Constantino ont ensuite obtenu beaucoup de succès dans\nla Tosca de Puccini, qui a certainement plu davantage que l'œuvre de M. X.\nLeroux et dont je donnerais cependant les trois actes en entier pour un seul\ntableau de William Rattcliff.\nA signaler encore une première séance intéressante de quatuors donnée à\nl'Olympia par une nouvelle société dite « Beethoven », et deux séances de sonates,\nà la salle Bellet, où figuraient aux programmes : Haendel, Haydn, Beethoven,\nMendelssohn, R. 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Raoul Gunsbourg a monté l'œuvrede Wagner d'une façon toute nouvelle\net qui, pourtant, bien que rompant avec la tradition, s'adapte si exactement aux\nsituations de l'opéra wagnérien, qu'elle en paraît la réalisation scénique la plus\nnaturelle et la plus complète.\nL'animation du Venusberg, avec ses transformations qu'ont rendues possibles\nles « décors lumineux » de M. Eugène Frey, le groupement et le mouvement de\nla Marche des Nobles, d'un effet décoratif saisissant et d une vie intense, ont\nparticulièrement frappé le public, et méritent d'être signalés comme des innova-\ntions très heureuses.\nL'interprétation était fort belle : M. Van Dyck, le parfait héros wagnérien, a\nchanté Tannhàuser avec sa science profonde des traditions musicales de Bayreuth\net sa magnifique autorité ; M. 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Les trois Grâces furent délicieusement person-\nnifiées par Mlles Cavini, Charbonnel et Legrand.\nSi les décors lumineux de M. Frey ont pris une place importante dans la mise\nen scène de T annhauser, il serait injuste de ne pas mentionner les beaux décors\nde M. Visconti, la grotte de Vénus, la forêt et la grande salle du palais, qui sont\nde toute beauté.\nL'exécution musicale de Tannhauser, avec les chœurs et l'orchestre de Monte-\nCarlo, sous la direction de M. Léon Jehin, fut d'une perfection absolue.\nLa première représentation de Mademoiselle de Belle-lsle, comédie lyrique en\n4 actes d'après Alexandre Dumas père, par M. Paul Milliet, musique de\nM. Spiro Samara, fut un vrai triomphe.\nLe poème de M. Paul Milliet est d'un puissant intérêt en même temps que\nd'une coupe très adroite.\nQuant à la musique de M. Samara, elle est délicieuse. La mélodie y coule à\nflots. L'inspiration en est franche. L'orchestration, très sobre, est d'une sonorité\nparfaite. Nombre de pages, d'une superbe envolée, ont été acclamées.\nL'interprétation fut remarquable : Mlle Lina Cavalieri fut une exquise Mlle de\nBelle-lsle ; Mlle Royer a délicieusement chanté le rôle de la marquise de Prie ;\nM. Bassi fit applaudir sa magnifique voix de ténor dans le rôle du chevalier\nd'Aubigny ; et M. Renaud, en duc de Richelieu, fut aussi admirable chanteur\nque parfait comédien-\nTrès belle exécution orchestrale sous la direction de l'excellent chef italien\nM. 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Payen et Neuville, Mlle Jeanne\nForeau a eu à lutter contre de sérieuses difficultés vocales et scéniques ; mais\nelle est si merveilleusement douée et ses qualités de voix et de style sont telles\nqu'il semble que le triomphe lui ait été facile.\n« L'ampleur et la noblesse du geste soulignent chez elle l'expression de la\nphysionomie, mobile à souhait, et font ressortir une plastique superbe, une\nimpeccable beauté de lignes. Tout cela est illuminé par la rare intelligence de\nla jeune artiste.\n«On parle beaucoup pour Mlle Jeanne P'oreau de très prochaines et intéres-\nsantes créations, qui assureront à la jeune et brillante artiste la grande noto-\nriété à laquelle elle a le droit d'espérer. »"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "83", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 4 (sixième année)\n15 Février\n1906.\nR. M.\n7\n\nDeux lettres inédites de Berlioz.\n\nNous avons la bonne fortune de pouvoir publier aujourd'hui deux magnifiques lettres inédites\nde Berlioz, dont nous devons la communication au jeune et grand artiste Guillonet, élève de\nCormont, dont on a pu admirer, lors du dernier Salon, le tableau éblouissant de lumière :\nPèlerinage au tombeau de Gambetta à Nice, et que nous sommes heureux de féliciter pour sa\nrécente nomination de chevalier de la Légion d'honneur.\nCes lettres splendidement expressives confirmeront l'opinion qui s'impose de plus en plus\net que nous avons toujours soutenue ici : à savoir que Berlioz n'eut pas de plus grand ennemi\nque lui-même et que son caractère inquiet et difficile fut l'origine première de toutes les dif-\nficultés dont il se plaignit avec tant de complaisance au cours de sa carrière musicale.\nRome, le 12 janvier iB3i.\nJe vous remercie mille fois, Madame, afe /# bonté que vous ave\\ eue de m'en-\nvoyer ma partition et plus encore de la lettre qui raccompagnait. Je suis bien\nsensible à tout V intérêt que vous me témoigne{ et je prends aujourd'hui, pour la\npremière fois, la liberté de vous en remercier directement. Je vous prie de\ncroire que rien ne m'eût été plus agréable que d'entretenir activement notre\ncorrespondance, mais j'ai souvent craint de vous fatiguer par des lettres dont\nle style se serait trop ressenti de mon humeur sombre.\nJ'ai été pendant trois mois de suite possédé du spleen jusqu'à en devenir\ncomme un dogue qui prend la rage ; ce n'était guère le cas de prendre la\nplume Je n'aurais pu la tremper que dans le fiel. Depuis le retour de M. Horace,\nqui m'a fidèlement remis votre lettre, j'ai fait un voyage à Naples. Je m'y suis\ndéterminé, brusquement, un jour que je dormitais dans notre bois de lauriers,\ncouché sur un tas de feuilles mortes, enviant le sort des lézards que je voyais\nse jouer à mes pieds au soleil d'août. Ma détermination a été bientôt prise ,* je\nme suis levé, j'ai secoué mon habit, je suis monté faire un petit porte-manteau\net avertir M. Horace, et le lendemain matin je suis parti. Oh ! Voilà une\nville, Naples ! c'est du bruit, de l'éclat, du mouvement, de la richesse, de l'acti-\nvité, des théâtres ; c'est tout ce qui nous manque ici et plus encore.\nIl n'y a pas, il est vrai, ce fantôme de grandeur qui assombrit la physionomie\nde Rome et semble couvrir d'un crêpe la désolée campagne qui Venceint de\ntoutes parts. Il n'y a pas d'arides monticules couverts de débris, sur lesquels\nle rêveur va s'asseoir pour écouter au loin le grave chant des cloches de Saint-\nPierre ; il n'y pas de plaine immense, inculte, sans arbres ni habitations,\nmais il y a un Vésuve, une grande et superbe mer, des îles ravissantes, un golfe"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "84", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.2", "texte": "DEUX LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\nde Baya rempli de souvenirs virgiliens qui me vont au moins aussi bien que la\npoudre tumulaire et la cendre des empereurs. On sait que les caractères les plus\ndissemblables sont ceux qui sympathisent le plus fortement et que deux êtres\norganisés absolument de la même manière ne peuvent que s ennuyer ensemble ;\nvoilà pourquoi Rome m'assomme. Il y ci tant en moi de champs ravagés, de\npalais déserts, de ruines déjà froides, que je cherche au moins au dehors le\nmouvement, la chaleur et la vie. Il yci tant de matières fulminantes accumulées\nau fond de mon caractère refroidi, que vous penser si mes entrailles\nfraternelles ont dû s émouvoir aux cris du Vésuve souffrant et furieux. J'y suis\narrivé à pied, à minuit : les étoiles scintillaient sur ma tête; au-dessous de moi,\nla mer resplendissante des feux des pêcheurs, semblait une vaste prairie avec\nun conciliabule de vers luisants, et tout près, le Vésuve soufflant, râlant, vo-\nmissait contre le ciel des tourbillons de flammes et de roches fondantes, comme\nde brûlants blasphèmes auxquels f applaudissais avec transport. Il serait trop\nlong de vous parler de toutes mes excursions à Pompe'i, à l'île de Nisida, de\nmes promenades en mer, de mes dîners avec mes rameurs dans les bois de\nPu\\olles où, sous une tente de paille de maïs, nous mangions le macaroni et\nsablions le vin du Pausilippe en discourant du brillant roi Murât, de Vile\nd'Elbe, de la Corse et de ce qui s'en suit.\nJe ne crois pas quil fût fort intéressant pour vous de savoir jusqu'à quel\npoint je fus ému en voyant un soir le soleil se coucher derrière le cap Misène,\npendant que du sublime paysage illustré par Virgile semblaient surgir rajeunis,\nEnée, Jube, Latinus, Pallas, le bon Evandre, la résignée Lavinie, Amanda, le\nmalheureux Turnus et tout le bataillon de héros aux panaches flottants dont le\ngénie du poète a peuplé ce rivage. Les mots ne peuvent rendre Veffet d'un tel\nmagnétisme de souvenirs, de poésie, de lumière, d'air pur, d'horizon rosé, de\ncréations fantastiques... J'étais enivré, je me serais cru loin de la terre si mes\nlarmes ne m'eussent rappelé que j'étais encore dans la triste vallée où l'on en\nrépand. Ainsi je vous dirai donc simplement, qu après avoir admiré de toutes\nmes forces, jusqu'à en perdre la raison, je suis reparti pour Rome, à pied, à\ntravers les montagnes, couchant la nuit dans des capitales de bandits et mar-\nchant le jour dans des lits de torrents ou de vastes prairies sans chemin frayé.\nLe septième jour je suis arrivé à Subiaco, où j'ai trouvé un camarade de l'Aca-\ndémie qui m'a prêté du linge, dont j'avais grand besoin, et après vingt-quatre\nheures de repos j'ai repris ma course vers Tivoli et Rome, où je suis arrivé\nsans encombre.\nJe ne vous parlerai pas de mes observations musicales, elles sont toutes con-\nsignées dans un grand article qui m'a été demandé de Paris pour la Revue\nEuropéenne ;je l'achève en ce moment et vous pourrez le lire avant mon retour.\nJe partirai d'ici au mois de mai prochain, me dirigeant sur Milan que je\nn'ai pas encore vu, de là plus tard sur Paris, où j'irai faire ma cargaison de\nmusique et lâcher deux ou trois bordées vocales et instrumentales avant de me\nlancer sur l'océan musical de la Germanie.\nQuel plaisir je me promets de revoir mon excellent maître et vous, Madame,\nqui ave\\ droit à tant d'affection de ma part l assurer M. Lesueur\nque mes efforts ne se ralentissent pas pour me rendre de plus en plus digne de\nla sienne.\nJe demande bien pardon à Mesdemoiselles Eugénie et Clémentine, mais le"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "85", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.3", "texte": "DEUX LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\njour de l'an n'est pas si éloigné que l'usage ne puisse m'autoriser à les embras-\nser toutes les deux.\nVotre tout dévoué,\n; H BERLIOZ.\ni•• > \\\nP. S. Que fait Turbri ? ri a-t-il point obtenu ri avancement à V Opéra ? Je pense\nbien souvent à lui et le voudrais voir plus heureux. C'est un excellent garçon\nqui aurait plus d'amis s'il ne pensait pas tout haut devant des gens que ses\npensées offusquent. Mes amitiés à Stephen et à tutti gli fratelli in musica.\nRome, le 2 juillet iß3i .\n\nMadame,\nJe me disposais à vous écrire de nouveau pour avoir de vos nouvelles, ne\nrecevant pas la réponse de ma lettre de Nice ; quand elle est arrivée, je com-\nmençais à craindre quelque infidélité de la poste, qui m'aurait fait passer aux\nyeux de M. Lesueur pour plus coupable que je ne Vêtais réellement. M. Horace\nva faire un voyage d'un mois à Paris, il sera donc mon courrier en allant et je\nVespère aussi en revenant ; pourvu toutefois qu une nouvelle Révolution de juil-\nlet ne le retienne en France. Nous nous attendons ici tous les jours à quelque\nnouveau bouleversement. Le ciel confonde tous ces petits ambitieux sans génie,\nqui troublent V ordre social en pure perte !... Ces héros de carrefours, ces assié-\ngeurs de corps de garde, ne servent à mon avis qu'à discréditer la cause de la\ngloire et de la liberté ; c'est dans des guerres de pots de chambre qu'ils cueillent\nleurs lauriers.\nPour moi, l'aversion que j'ai toujours eue pour la politique va encore crois-\nsant ; cette grande sèche aux yeux louches, au teint pâle et au cœur dur, me\nparait de plus en plus haïssable ; malheureusement on ne peut faire un pas sans\nla rencontrer. Je remercie M. Lesueur des espérances qriil veut bien fonder\nsur moi, je ferai les derniers efforts pour en réaliser une partie.\nDepuis mon retour à la caserne, je n'ai fait qu'écrire, mais non pas compo-\nser. L'air de Rome m'étouffe, je n'ai pas une idée. En revenant de Nice j'avais\ncomposé en entier un ouvrage d'un genre nouveau, que j'intitulerai Mélologue,\nmélange de musique et de discours, dans lequel j'ai pu exécuter plusieurs pro-\njets qui m'étaient chers. Les paroles sont mon coup d'essai, et quoique j'y aie\nmis tout mon savoir-faire, vous pouvez penser que je n'ai pas sacrifié mon\nancienne maîtresse, la Musique, à la nouvelle venue. C'est pour être exé-\ncuté dans un concert, à la suite de ma Symphonie fantastique dont le Mélologue\nest le complément et la fin. Il y a des chœurs, des airs seuls, des morceaux d'or-\nchestre seul, et même une ballade avec accompagnement de piano. Il faudra un\nacteur pour réciter les monologues et chanter un morceau. Je compte pour cela\nsur Nourrit, qui j'en suis sûr me comprendra à merveille. Tout est fini à peu\nprès, et comme je veux entreprendre immédiatement un autre grand ouvrage\nque je rumine, je vais dès maintenant m établir dans les montagnes de Soubiac\nà.. 18 lieues de Rome, où je recommencerai ma vie libre de Nice ; mais, Dieu !\nje n'y trouverai pas la mer ; cette belle et vaste mer qui s'étendait sous mes fe-\nnêtres, qui me charmait par leflouflou de sa robe verte, qui rugissait avec moi"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "86", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.4", "texte": "DEUX LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\ndans mes jours de rage, et me laissait dormir sur ses cailloux blancs en se con-\ntentant de venir lécher mes pieds, dans mes journées calmes ou mélancoliques...\nN'importe, il faut que je redevienne seul ;je m'aperçois que ces messieurs de\nl'Académie, avec lesquels du reste je sympathise très peu, m observent avec ma-\nlignité et contrôlent toutes mes actions ; il faut pour ne pas leur paraître ma-\nniéré (c'est leur mot) se façonner à leurs manières de sentir, de voir, de parler ;\ns'amuser de ce qui les amuse, ne pas témoigner de l'enthousiasme pour ce qu'ils\nne connaissent pas ; en un mot, il faut être tout autre que je ne suis. Comme je\nne peux pas me refaire, j'aime mieux leur laisser le champ libre. J'emporte une\nmauvaise guitare, un fusil à deux coups, des albums pour prendre des notes,\net quelques livres ; un bagage aussi modeste ne peut tenter les brigands, avec\nlesquels, à c/z're le vrai, /e serais charmé de faire connaissance. 7e voz/s remer-\ncie de n'avoir pas communiqué à MUe Corinaldi mes observations sur ses com-\npatriotes, je serais bien fdché de lui faire de la peine, et d'ailleurs il peut se\ntrouver des hommes partout, même en Italie. Ce/te terre z/zze mère injuste\net partiale, qui a tout donné à ses fils aînés. Le Dante, Arioste, Tasso, pa-\nraîtraient avoir dévoré tout l'héritage du génie, si une petite portion échappée\nn'était échue en partage au gracieux et spirituel auteur des Fiancés (Man^oni).\nQuant aux peintres modernes italiens... personne !\nPour les musiciens, excepté Rossini, on compte MM. Bellini, Coccia,\nVaccai, Paccini ; oh l tous ces bons messieurs, je ne leur veux pas de mal, mais\npourtant si le diable en voulait je ne les lui disputerais pas. Y a-t-il au monde\nun musicien italien capable d'écrire ce ranz de vaches, ouvrage d'un paysan\nsuisse des environs de Genève :\n\nVoilà de la couleur ! Je vois les grosses bottes ferrées du chasseur de cha-\nmois, son long fusil, son pain noir, son morceau de fromage, sa grosse face\nréjouie, sa voix de stentor qui appelle l'écho;pour moi c'est admirable! -\nrable ! admirable !"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "87", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.5", "texte": "DEUX LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ\n\nDans le cas où ce ranz plairait à Mesdemoiselles Lesueur, voici les autres\ncouplets (aussi de la composition du paysan) :\n2°\nDès que paraît la lumière,\nJe vais chasser le chamois ;\nDe ma femme la prière\nNe peut changer ma carrière;\nJe lui dis que dans tout lieu\nSur nous veille le grand Dieu (bis).\n3c\nLà où le plus intrépide\nCraint de diriger ses pas,\nMoi, prenant le ciel pour guide,\nNul danger ne in intimide :\nSans soucis, le cœur content,\nJe franchis roc et torrent (bis).\nMUe Clémentine priera M. Lesueur d'écrire un accompagnement de piano au\nchasseur de chamois pour faire un peu diversion à Ma\\aniello et à toutes les\nmusiques pointues.\nMais je m aperçois que la terre me manque : il faut donc faire la cadence par-\nfaite, qui me déplaît en ce moment plus que jamais, et vous prier de recevoir les\nsalutations affectueuses de votre tout dévoué,\n\nH. BERLIOZ.\n\nLégion d'honneur.\nM. Louis Mors, ingénieur civil, ancien élève de l'Ecole\ncentrale, est nommé chevalier de la Légion d'honneur. Nous manquerions de\ncompétence pour apprécier ici les travaux originaux, dans le domaine de l'élec-\ntricité et de la mécanique, qui ont motivé une distinction si brillante et si méritée ;\net nous ne pouvons que mentionner la création d'un laboratoire destiné à des\nrecherches sur la guérison de la tuberculose et du cancer. Pour nous, M Louis\nMors est et restera le musicien qui, réalisant un progrès décisif et faisant aboutir\nde très longs efforts, a introduit l'Histoire de la musique dans l'Enseignement\nsupérieur, en créant une chaire, au Collège de France, « pour l'art musical ».\nCe service, scientifique et national, est inscrit en lettres d'or sur la plaque de\nmarbre où le Collège de France garde et perpétue, depuis le xvie siècle, le sou-\nvenir de ses donateurs ; il a pour nous une valeur spéciale, le directeur de cette\nRevue en ayant été le premier bénéficiaire. Nous faisons passer la musique avant\ntout le reste, mais nous mettons les idées et les principes au-dessus des questions\nde personnes ; nous ne sommes donc nullement gênés pour offrir nos plus cor-\ndiales félicitations à l'homme de bien, si savant, si honorable et si simple à la\nfois, qui, tout en cultivant utilement les sciences, a donné de si précieux gages\nà la cause de l'Art !\nMM. Guy Ropartz, compositeur de musique et directeur du Conservatoire\nde Nancy, et Constant, Pierre, sous-chef du secrétariat du Conservatoire,\nfigurent aussi dans la nouvelle promotion de chevaliers delà Légion d'honneur\ndont les noms ont paru à Y Officiel.\nLes grands concerts de Paris ont fait connaître M. Guy Ropartz au public pa-\nrisien. Musicien de talent, il a su créer et c'est là son principal mérite\nles Concerts symphoniques qui ont fait de Nancy un véritable centre artistique\noù les grands classiques, Bach tout particulièrement, ne sont pas moins honorés\nque les maîtres modernes."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "88", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.6", "texte": "L'ANCÊTRE\n\nM. Constant Pierre, en dehors des fonctions administratives qu il remplit a\\ec\nun zèle et un tact parfaits, est un historien modeste, mais de première valeur.\nSes recherches,d'une conscience et d'une exactitude scrupuleuses, lui ont permis\nd'écrire des travaux définitifs Et son monumental recueil des Documents histo-\nriques et administratifs sur le Conservatoire national de musique et de déclamation\nest un de ceux-là. M. C. Pierre est aussi l'éditeurdes musiciensde la Révolution,\ndont il a réuni et commenté les œuvres musicales de circonstance en de somp-\ntueux volumes publiés par la Ville de Paris.\n\nL'ANCÊTRE\nOPÉRA EN TROIS ACTES, MUSIQUE DE C. SAINT-SAENS, PAROLES DE L. AUGÉ\nDE LASSUS.\nSur la côte d'azur, d'or et de soleil, où l'art collabore avec la nature pour maintenir la tradi-\ntion du paradis terrestre, l'Opéra de Monte-Carlo achève en ce moment la répétition général-e\nd'un nouvel ouvrage de M. Saint-Saëns (première représentation le 24, avec Litvinne et l'élite\ndes chanteurs!). Nous en donnons, dans le supplément de ce numéro, la scène capitale, les\nimprécations de Nunciata, qui est le point culminant de l'action, et dont nos lecteurs appré-\ncieront la puissance dramatique. Nous publions ci-dessous un résumé du livret ; et quelques\nnotes, dues à l'un des deux auteurs, sur la genèse de Y Ancêtre.\nEn un site retiré et sauvage de la Corse, vit un ermite éleveur d'abeilles. Près\nde sa cabane et de son rucher s'élèvent les tombes rivales et ennemies desPiétra\nNeras et des Fabiani. Le dernier des Piétra Neras sert dans les armées de Napo-\nléon. Passagèrement il revient en son pays natal, et l'ermite son parrain tout\npaternel, prend occasion de ce retour pour convoquer tout ce qui représente,\namis et serviteurs même, les deux familles depuis longtemps en guerre et en\nvendetta. L'assemblée est convoquée devant ces tombes mêmes qui attestent\nleurs sanglantes haines. Il semble qu'à la voix de l'ermite, la paix va se con-\nclure, lorsque Nunciata, l'ancêtre, mère et grand'mère des Fabiani, répond par\nun non implacable à toutes les objurgations qui la sollicitent.\nCependant le jeune officier, Tebaldo, de la race desPiétra Neras, est aimé de\ndeux jeunes filles, Vanina et Margarita, de la famille adverse, celle-là sœur de\nlait et quelque peu servante de celle-ci. Tebaldo ignore Vanina et chérit Marga-\nrita. La vaine tentative d'apaisement laisse désolées Margarita et Vanina.\nAu second acte, la cour rustique de la maison où vit Nunciata est tout à coup\nenvahie par une foule anxieuse et dolente. Léandri, petit-fils de l'ancêtre, a été\ntrouvé tué. Nunciata, furieuse jusqu'au délire, s'improvise elle même vocera-\ntrice et fait jurer à sa petite-fille Vanina, car elle n'a plus de fils ni de petit-fils,\net elle-même est à demi aveugle, de venger le mort. Angoissée, hésitante,\nVanina cependant jure la vendetta.\nMais à peine l'assistance s'est-elle dispersée, que devant le mort, un serviteur,\nBursica, apprend à Vanina que le meutrier deson frère est ce Tebaldo qu'elleaime.\nAu troisième acte, en un site riant et ensoleillé qui avoisine la mer, Vanina\nest venue sous l'obsession de l'affreux serment qui lui a été arraché. Elle ne peut\nse résoudre à tuer. Mais l'ermite a complaisamment décidé et va bénir le ma-\nriage de Tebaldo et de Margarita, épris l'un de l'autre. Vanina les surprend\nportant de la chapelle où ils viennent d'être unis. Elle se décide, jalouse et désçs-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "89", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.7", "texte": "LES AUTEURS DE « L'ANCÊTRE »\n\npérée, à frapper celui qui la dédaigne. Mais, au moment de tuer, le fusil lui\nest échappé des mains. Elle ne peut tuer celui qu'elle aime. L'ancêtre a vu\ncette défaillance. Elle se dresse implacable, prend le fusil, se lance à la poursuite\nde l'ennemi de sa race. Vanina court derrière elle, épouvantée. Un coup de feu\néclate. L'ancêtre, de ses yeux à demi éteints, a dû mal connaître ce qu'elle a fait.\nVanina vient de recevoir la balle destinée à Tebaldo. Elle reparaît expirante,\npendant que l'ancêtre farouche, abusée et croyant encore qu'elle a frappé l'en-\nnemi, s'éloigne. Sérénité de la nature qui oublie les souffrances humaines.\nL'ancêtre, qui ne voulait pas pardonner, a tué sa petite-fille, sa dernière enfant,\nElle s'est châtiée elle-même.\n\nLes auteurs de l' « Ancêtre ». M. Lucien Augé de Lassus.\nGenèse de l'oeuvre.\n\nIl nous a semblé qu'il serait superflu de publier, avec une notice, un portrait\naussi populaire que celui de Camille Saint-Saëns, le maître auquel nous avons\ndéjà consacré une étude dans un de nos numéros antérieurs, et sur lequel tout\nrenseignement inédit serait difficile à trouver. Nous avons demandé à M. Augé\nde Lassus, auteur du livret de Y Ancêtre, de nous dire quelques mots sur les\norigines de l'œuvre. Notre collaborateur et ami a des titres artistiques et litté-\nraires très considérables ; le meilleur moyen de louer son talent est d'indiquer\navec précision les succès qu'il a déjà obtenus au théâtre, sans oublier les livres\net les conférences originales qu'on lui doit.\nLucien Augé de Lassus, fils et petit-fils de Parisiens, est né à Paris en 1846.\nPremière pièce représentée : Parti carrée, opéra comique en un acte, musique de Rod.\nLavello,à POpéra-Comique, direction Carvalho, 23 juin 1884. Cette mêmeannée, au Théâtre-Fran-\nçais, à-propos en vers, Racine à Port-Royal, 21 décembre 1884. Deux fois lauréat au concours\nCressent avec VAmour vengé, deux actes en vers (musique de De Maupeou, ire représentation"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "90", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.8", "texte": "LES AUTEURS DE « L'ANCÊTRE »\n\nà TOpéra-Comique 1031 décembre 1890), et Y Amour à la Bastille, musique de Hirschmann,\nire représentation à l'Opéra-Comique. Phryné, musique de Saint-Saëns (23 mai 1893, avec\nl'interprète délicieuse, Sanderson). Autres ouvrages avec la collaboration des musiciens :\nChasse gardée, musique de Montaient, un acte représenté au théâtre des Arts à Rouen; J'ai pris\nla Bastille! musique d'Auzende, un acte représenté au petit théâtre lyrique du passage Vivienne,\n29 mars 1897 ; la Pomme d'Adam, un acte en vers, musique de Banès, casino de Trouville ;\nles cantates de prix de Rome, Endymion, musique de Leroux, 1885 ;Didon, musique de Charpentier,\n1887. La grande scène lyrique : Ahasvérus (prix Rossini), musique de Hirschmann.— Comédies\nreprésentées : Racine à Port-Royal et le Vieux Corneille, 6 juin 1889, au Théâtre-Français ; la\nSaint-Jean, un acte en vers, à l'Odéon, 15 janvier 1893; la Conspiration du général Malet (colla-\nborateurs ; d'Horville et Richard], drame, six actes, au théâtre du Château-d'Eau, 25 octobre 1889,\nœuvre d'abord interdite par le ministère. Principales publications : Voyage aux sept merveilles\ndu mon Je, les Tombeaux, le Forum, les Spectacles antiques, Routes et étapes (premier livre publié) ;\nla Vie au Palais-Royal, les Champs-Elysées (1905). M. Augé de Lassus est secrétaire général de\nla Société des Amis des Monuments parisiens, vice-président du Syndicat de la Presse artistique.\nPour ces deux sociétés, il a fait un grand nombre de conférences, très brillantes et très goûtées.\nNous avons pleine confiance que Y Ancêtre marquera une date brillante de plus\ndans une carrière si pleine et si honorable.\nLe moi est haïssable, assure-t-on; cependant si le moi se dédouble, et si l'on\nen vient à dire nous, le mot, la pensée ne sont-ils pas mieux acceptables, ou du\nmoins plus excusables? Mais pourquoi chercher une excuse à ces confidences ?\nCeux-là volontiers les sollicitent et les espèrent, qui connaissent, du moins dans\nles manifestations si diverses de son activité, notre cher et glorieux Saint-Saëns\nN'est-ce pas dire à peu près toute la France intelligente et bien française? N'est-\nce pas surprendre, par delà nos frontières, des attentes en éveil et de hautes\nsympathies? Saint-Saëns est nôtre par ses origines, par son esprit, par le bel\néquilibre de sa pensée, par son goût de la mesure, de l'ordre, de la clarté, par sa\nscience bien apprise et qui lui demeure légère ; Saint-Saëns est aussi, plus loin\nque la terre maternelle, le citoyen d'une plus vaste humanité, une voix qui ne\ntrouve guère d'échos indociles en tous lieux où l'oreille et l'àme accueillent les\némotions profondes et de nobles enchantements.\nLa curiosité cependant serait banale et bientôt se lasserait à suivre cet homme\nseulement à la tiace de ses pas et dans sa vie quelque peu nomade. Les Français,\nsut tout les enfants de Paiis, ne se déplacent qu à regret, disait-on naguère j\ncelui-ci vagabonde comme jamais vagabond ne s en montra coutumier. Pour se\nhâter et courir plus que ses jambes vers des horizons multiples et changeants,\nil n'est que son inlassable pensée.\nIl est à Gênes la Supei be, dit-on ; mais non, il vient d aborder en Ggypte. On\n1 a v u en Angletet re , mais il dévore 1 espace ; il va plus vite que le son, presque\naussi vite que la lumièie. Le soleil adonné rendez-vous aux astronomes et se\ndoit éclipser au passage de la lune, notre humble satellite, comme une montagne\nque fait disparaître une main d'enfant. Saint-Saëns est àßurgos; il veut sur-\nprendre, étudier le phénomène, car de toutes choses, même les plus étran-\ngères à son ait, il connaît 1 attirance et veut être bien informé.\n11 ne fallut rien moins que ce phénomène céleste, que cet appel impérieux d'un\nastre souverain et d'un dieu, pour arracher quelques jours Saint-Saëns au labeur\nentrepris. Entre les poses qui de-ci de-là coupent la partition de Y Ancêtre, il en\nest une que l'on pourrait dire d'une éclipse de soleil; car cette soudaine envolée\n\nJ. C."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "91", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.9", "texte": "LES AUTEURS DE « L'ANCÊTRE »\n\npar delà les Pyrénées devait passagèrement interrompre le travail de revision\net d'orchestration. Toutefois, dès lors VAncêtre existait, et dans son ensemble,\npassion au cœur, en quelque sorte le verbe déjà retentissant sur la lèvre, dès lors\nY Ancêtre avait jailli de la pensée et du front créateur.\n11 convient cependant de remonter à la source première. Ceci nous reporte au\ndelà de quelques années révolues. Un voyageur, curieux d'impressions nou-\nvelles, a débarqué au petit port d'Ajaccio. Aussitôt, dès ses premiers pas, à lui se\nrévèle ce contraste violent d'une nature tout à la fois charmante et farouche, des\nfleurs libéralement épandues, délicieusement parfumées, et des rochers barbares,\ndes montagnes énormes, des cimes qui semblent défier l'escalade. Comme pas\nune terre au monde, relativement à sa grandeur, la Corse apparaît bosselée,\nhérissée, tourmentée. Elle n'est le plus souvent que de précipices soudainement\nouverts, d'escarpements furieux. Les maquis sont de bouquets joyeux, aussi\nd'épines meurtrières. En toutes choses il est quelques sourires ; il est surtout des\ntrahisons, des méchancetés, de menaçantes colères. C'est misérable et c'est grand.\nLe spectre formidable de Napoléon plane sur cette terre ; elle semble digne de\ncet enfantement, non pas dans le pauvre logis qui fut l'aire de cet homme de\nproie, mais dans cet amoncellement de falaises, de pics, de montagnes, de som-\nmets qui partent comme à la conquête de l'espace et de l'infini. On sait que les\nmœurs sont rudes et que la vendetta sévit aisément en ces campagnes où la ren-\ncontre d'un homme est cependant d'une extraordinaire surprise. Le voyageur\nchemine des heures sans découvrir un toit, sans reconnaître une trace de vie\nhumaine, en dehors de la route déserte, du sentier rocailleux, où longuement il\npeine dans la poussière et sous la morsure d'un soleil inhumain. L'hospitalité\nest une loi volontiers transmise et obéie; la contrée cependant apparaît inhospi-\ntalière. La rencontre la plus fréquente, et qui certes n'est pas pour égayer la pro-\nmenade, est de tombes, de chapelles funéraires qui tout à coup surgissent loin\nde toute habitation, comme si les morts pouvaient seuls se complaire en ces fa-\nrouches solitudes. Quiconque possède un vaste domaine, ce qui ne veut pas dire\nune bien grande richesse, car les châtaignes et les glands doux engraissent les\nporcs et les chèvres plutôt qu'ils n'arrondissent la bourse, quiconque se peut\nenorgueillir de tenir par ses aïeux à cette terre si misérable qu'elle soit, estime\nà honneur d'y reposer. La propriété, sinon même la souveraineté, se manifeste\nen des bâtisses sépulcrales. Les villes sont assez rares, très petites. Les villages\nperchent sur les rochers et se regardent méchamment de loin, comme si,\nsous leur armure de pierres grises, ils se voulaient défier.\nLe spectacle est pour surprendre, pour intéresser puissamment. Un jour, pas-\nsant en un chemin désert, comme les chemins, encore une fois, le sont presque\ntoujours, le voyageur, qui lui-même se raconte ici, voyait tout à coup sortir d'un\nfourré deux canons de fusil qui du reste aussitôt s'abaissaient et disparaissaient,\nle passant qu'était ce débonnaire voyageur, n'étant point le passant attendu.\nCertes il ne lui en fallait pas plus pour emporter de cette vision rapide un sou-\nvenir ineffaçable, et aussitôt pour imaginer un drame dans ce décor de si\ntragique beauté.\nLes haines corses, les vendettas, déjà ont défrayé le roman, même le théâtre,\nle théâtre parlé seulement. La musique peut se hausser à de plus terribles élo-\nquences. Il semble qu'un beau cri se lève de cette terre de Corse; la musique\nseule y peut faire un digne et fidèle écho. La musique seule peut remuer les"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "92", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.10", "texte": "LES AUTEURS DE « L'ANCKTRE »\n\nsuprêmes profondeurs qui sont le mystère et le foyer de l'âme, cette âme\nserait-elle d'un pays et d'une nation. Cependant la musique en elle-même n'est\nqu'une abstraction et une allégorie. Il faut qu'elle s'incarne dans un homme pour\nfaire une œuvre qui soit d'un verbe retentissant et de la vie.\nLa Fête du village voisin, VÉpreuve villageoise, les Noces de Jeannette, ces gen-\ntilles paysanneries, peuvent être de toutes régions où le paysan lourdement\nbadine, boit à plein verre, aime à gros baisers, à gourmandes et brutales\naccolades. La Corse voulait une autre interprétation ; et les amoureux eux-\nmêmes n'y cheminent que le fusil sur l'épaule. La Corse est essentiellement\ntragique ; à se vouloir exprimer en des chants fidèles, il lui fallait donc un auteur\ntragique. C'est ainsi que le voyageur en venait aussitôt à rêver la collaboration\nde ce créateur qui peut être gai comme Anacréon, grand à l'égal d'Homère,\nterrible et beau comme Jéhovah brandissant les colères de son déluge.\nEnfin, sans vouloir enfermer l'inspiration poétique en des frontières trop\nétroites, sans limiter jalousement une œuvre aux caractères particuliers d'une\npetite terre, n'est-il pas intéressant de surprendre quelqu'une des' voix dont le\nconcert fait la voix complète et suprême de notre chère patrie ? La France ne\npourrait-elle pas se raconter elle-même comme en des illustrations variées et\nsonores, en des tableaux multiples) Le très puissant Meyerbeer, même après son\nPardon de Ploërmel insuffisamment breton, laisse la Bretagne encore inexplorée,\nau moins de la muse de l'opéra ; Gounod a mieux compris la Provence aux\ntraces embaumées de Mireille. Pourquoi Y Ancêtre ne serait-il pas cette île fa-\nrouche, berceau de gloire que la mer fouette ou caresse) Sans doute l'humanité\ndéborde les frontières ; et pour intéresser les hommes il n'est rien que la vibra-\ntion contagieuse des cordes qui sont les passions primordiales de l'homme.\nMais le décor d'une contrée particulière, et nous entendons un décor, non pas\nseulement de toiles habilement peintes et ingénieusement harmonieuses, le décor\ndes mœurs locales, l'accent du terroir, la saveur même qui s'exhale des choses\ncoutumières, ajoutent au charme d'une œuvre d'art La musique peut être singu-\nlièrement habile à cette évocation des détails curieux, d'une ambiance caracté-\nristique et pittoresque. Ainsi les âmes de quelques hommes peuvent envelopper\nl'âme humaine; et l'œuvre ne montera pas moins haut pour révéler la sève\nqui la nourrit et la terre où plongent ses racines.\nSaint-Saëns est homme à tout comprendre, comme à tout dignement réaliser,\nde l'instant que sa pensée l'adopte et s'y repose. Toutefois tant de voix chantent\nen lui que ces voix peuvent attendre du moins quelques jours, avant qu'il con-\nsente à les noter.\nMais, pour être couvés plus longtemps, les oiseaux de haut vol et de beau\nramage n'en prennent, le jour venu, que mieux leur envolée et leur essor. Il\nfut des âmes, il en est une surtout et qui demeure voisine et chère à celui-là dont\nle nom achève ces lignes, pour toujours croire au retour et à la rencontre de\nSaint-Saëns.\nLe prince de Monaco, curieux des sciences naturelles, aussi des choses de l'art,\nambitionne pour le théâtre de Monte-Carlo, que hautement il patronne, des\nœuvres qui soient nouvelles, et comme de savoureuses primeurs. Le directeur\nde ce même théâtre, d'audacieuse initiative, n'est pas moins désireux d'offrir à\nson public, c est-à-dire au public le plus vatié qui soit au monde, puisqu'enfin\nle monde entier s'y trouve représenté, des fêtes d'une attirance suprême. Déjà"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "93", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.11", "texte": "LES AUTEURS DE (( L'ANCÊTRE »\n\nSaint-Saëns est apparu sur la Côte d'azur, et son Hélène, conseillée de Vénus, a\nsurgi là, comme de l'onde amère. Il revient sur ces mêmes rivages; et Y Ancêtre\nyva surgir à son tour, nous pourrions dire y va rugir, car les passions s'exha-\nlent en toute; violence, qui seront là déchaînées.\nLa pensée première de l'œuvre fut donc, ainsi qu'une fleur très belle mais de\nvenin redoutable, rapportée de Corse. En Corse, où il entreprend une excursion,\nSaint-Saëns a voulu confirmer les impressions recueillies. Lui aussi a voulu\nrespirer les senteurs capiteuses de cette terre où le myrte fleurit, où verdoie le\nlaurier. Il en est revenu, imprégné et vibrant. 11 travaille ; c'est au bord du lac\nMajeur, dans un décor de nature joyeuse. Mais l'hirondelle errante, que cet\nhomme devient aisément, remporte son nid; et la voilà qui s'en va l'accrocher\nen une petite ville de Suisse. Elle se blottit au voisinage d'un lac non pas im-\nmense, mais tout plaisant, et qui se déverse en une rivière torrentueuse. L'Aar\ntraverse Thun, le réjouit, quelque peu l'étourdit, car ses eaux ne sont pas\nd'allure silencieuse et apaisée. Le pays est charmant tout alentour, et cepen-\ndant cette onde se hâte à le fuir, comme des humains empressés à rejoindre une\njoie, à l'épuiser, à la perdre.\nThun a ses hôtels Beau-Rivage, Belle-Vue, Beau-Séjour, tout ce décor d'insi-\npide et prétentieuse banalité qui, dans la vieille Helvétie et en tous lieux où\nmonte le flot des voyageurs cosmopolites, altère cruellement les aspects tradi-\ntionnels et vulgarise toutes choses. Par delà cette façade tapageuse, une cité se\ncache et plus tard se révèle encore pittoresque et curieuse. Les rues s'entre-\ncroisent et s'enchevêtrent. Les maisons chevauchent mal alignées; et les arcades\nqui les bordent, essaient, emmêlent, rompent de changeantes perspectives.\nThun, encore à demi féodal, garde son cimier où s'opposent et se heurtent un\nantique manoir, une église, un petit cimetière dont l'herbe doucement ensevelit\nles morts. Là-haut ce sont des tourelles coiffées de hautes toitures, comme de\nleur hennin, les belles dames dont l'âge des troubadours s'extasiait. Plus bas\nce sont les logis de ceux-là qui furent des vassaux; et les caves béantes, les bou-\ntiques ténébreuses qui sont plutôt des tanières, s'enfoncent sous les trottoirs et\nsous la menace des ruisseaux de rapide vagabondage.\nLà Saint-Saëns a vécu quelques jours de beau labeur, en tête à tête avec\nson œuvre. Il écoute les héros qu'il a fait siens, il s'écoute lui-même. Puis\nle soir venu, avant que descende l'ombre, il va dans cette Aar grondante se\nplonger, comme un triton. L'eau est froide à peu près comme les neiges qui des\ncimes lointaines l'ont pleurée ; mais c'est une eau de Jouvence où retrouve des\nforces et des agilités celui-là qui semblerait à l'automne de la vie, si la faculté\ncréatrice, si aisément révélée, ne semblait l'attarder en des saisons plus\njoyeuses.\n« Venez, conversation indispensable, récit excellent. » Cet appel laconique\nmais impérieux réunit les deux complices. L'œuvre dès lors est presque ache-\nvée ; et la conversation a seulement décidé de la conclusion dernière.\nEn.date du 11 août i9°s> une lettre arrive de Thun, ou Thoune, lun et l'autre\nse dit ou se disent : « Le quatuor m'a donné beaucoup de mal. C'est même le\nseul morceau de 1 ouvrage qui men ait donné. On ne le dirait pas. Il coule\nde source comme l'Aar en personne. Maintenant avec le trio et le quatuor, je\nvous réponds que la pièce ne desinit pas in piscem. Je sais bien qu il n'est\npas dans les idées du jour de faire des morceaux d'ensemble, mais je m'en"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "94", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.12", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nJe ne finis pas, sachant que votre chère femme lira ma lettre... » Nous tradui-\nsons ces points en langage académique : « Je m'en soucie très peu. »\nUne dépêche du 11 est de quatre mots : « Terminé, retourne à Paris. »\nCependant une lettre dernière suivait, celle-ci venue de France : « Non, mon\ncher ami, disait-elle, ce n'est pas le 10, mais le 12, que mon esquisse a été\nterminée. Je vous raconterai plus tard par quel bizarre concours de circonstances\nj'ai écrit la dernière scène samedi, à Pontarlier, entre deux trains, dans un\npetit hôtel près de la gare; c'était très amusant. » Ainsi l'hôtel Freienhof à\nThoune n'a pas vu la genèse tout entière de cette oeuvre nouvelle. Là cependant\nle travail fut le plus assidu et le plus prolongé. Et maintenant la préface est\nécrite, l'œuvre ouvre ses pages. La parole est à 1 Ancêtre.\n\nL. AUGÉ DE LASSUS.\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nÉLÉMENTS DE GRAMMAIRE MUSICALE. - IV.\nLE MODE MAJEUR ET SON MÉCANISME.\n(D'après la sténographie de M. E. Dusselier).\n\nNous avons posé un principe : celui de la variabilité des fonctions de toutes\nles notes. Avant d'en étudier l'application régulière, nous devons constater trois\nfaits : i° les harmonies fondamentales ou primaires (accords construits sur les\ndegrés I, IV et V de la gamme) du mode majeur ; 2° les harmonies complé-\nmentaires ou mineures (accords construits sur les degrés 11, 111 et VI) ; 30 leur\njuxtaposition et leur fusion dans un accord spécial, celui de 7e de dominante.\nDans la suite, en tirant un de nos arguments de la différence qui sépare les\ndeux premiers groupes d'accords, nous verrons que toute musique peut se\nramener à deux lois fondamentales : opposition et adaptation. Pour le moment,\nbornons-nous à observer des faits qui, peu à peu, nous conduiront à cette idée.\ni° Une « harmonie » s'appelait autrefois une triade (trias harmonica). Cette\nlocution est employée au commencement du xvne siècle par le théoricien alle-\nmand Johann Lippius (Synopsis musicœ novce omnino verœ atqne methodicce\nuniversœ, etc.. Strasbourg, 1612). J.-B. Doni, patricien de Florence (mort\nen 1647), emploie un mot plus moderne dans le titre d'une de ses dissertations :\nIn quanti modi si possa praticare /'ACCORDO PERFETTO 7telle viole (Doni, Opere, I,\n387). Dans son Harmonie universelle (ier livre des consonances, etc... 1636,\np. 213... « que l'on appelle ordinairement harmonie parjaite ») Mersenne fait\nentendre que cette expression était usuelle au début du xvne siècle. On a\nemployé aussi les mots Syzygia, accord ordinaire, etc... (V. Riemann,Geschichte\nder musiktheorie, p. 417, à la note).\nL'harmonie fondamentale de tonique est le centre d'où partent et où reviennent"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "95", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.13", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ntous les mouvements du système tonal, qui trouvent en lui leur principe et\nleur aboutissement.\nLes triades fondamentales contiennent, à elles seules, toutles tons de la gamme.\nOn n'usait autrefois que des ressources qu'offrait leur enchaînement régulier.\nDe grands compositeurs modernes ont su en tirer, eux aussi, de beaux effets,\nsans qu'aucune dissonance vienne relever l'expression. M. Gevaërt cite comme\nexemple, à côté de l'harmonisation d'une psalmodie [Sicut erat in principio et\nnu ne et semper...), l'admirable phrase du Rheingold de R. Wagner, écrite\nsur ces accords :\nRappelons, en passant, que R. Wagner a été accusé, en son temps, de\nfaire de la musique dissonante, très désagréable à l'oreille !\nPar l'emploi de ces triades harmoniques seules, à l'exclusion de tout autre\nélément, on donne à la phrase musicale quelque chose de très grand et de\ntrès pur ; mais on n'a pas l'expression pathétique et dramatique.\n2° Chacun des trois accords constituant les harmonies complémentaires du\nmode majeur est appelé le relatif mineur (on dit aussi :le parallèle) de la triade\nmajeure correspondante, et leur disposition est à peu près la même que celle des\naccords essentiels :\nl'accord la-do-mi, relatif de la tonique du majeur, a, comme l'accord central du\nier groupe (ut-mi-sol), deux satellites :un à droite et l'autre à gauche, qui s'en-\nchaînent à lui. Les deux groupes sont reliés par le 2e degré de la gamme ma-\njeure (ré) qui est au milieu exact du système tonal, et qui touche ainsi, comme\nfrontière commune, aux deux parties du domaine (Gevaërt).\nLe rôle de ces accords complémentaires, rôle d'ailleurs assez effacé, est de\nvarier la continuité monochrome des accords parfaits majeurs, d'accroître le\nmatériel polyphonique en permettant d'élargir les phrases et d'éviter le retour\ntrop fréquent des cadences. Ils forment les passages épisodiques du discours\nmusical.\nCe qu'il nous importe de constater, c'est que, grâce à eux, notre mode majeur,\ndans la gamme diatonique d'ut, nous apparaît comme une synthèse de tous les\nmodes à dénomination hellénique, dont j'ai déjà donné la liste :\nRé-ya-la est la division de la quinte fixe des deux modes doriens (terminologie\nmoderne); la rfo-mi est la division de la quinte fixe dans les modes éolien et hy-\npoéolien ; mi-so/-si est la division de la quinte dans les deux modes phrygien et\nhypophrygien. Si lon ajoute que dans les harmonies essentielles ou primaires\ndu majeur diatonique nous retrouvons les divisions de la quinte par une tierce\nmajeure qui caractérisent le lydien et Yhypolydien (fa-/a-do), le mixolydien (sol-"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "96", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.14", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nsi-ré) et 1 ionien (do-/m-sol), nous pouvons en conclure que notre majeur diato-\nnique peut être considéré comme le lieu de concentration des anciens modes.\nC'est un organisme complexe où l'analyse retrouve des éléments hétérogènes , et\ncela semble justifier le dire de certains musiciens déclarant qu'avec notre majeur\ndiatonique actuel, nous pouvons, si nous voulons, reproduire tout ce qui se\nfaisait dans la musique ancienne ou tout ce qui se fait encore dans la musique\npopulaire.\n3° Les deux harmonies (fondamentale et complémentaire) se trouvent réunies\ndans l'accord de 7e de dominante. Cet accord contient la note sensible du\nton dans lequel on veut entrer, le fait pressentir, et trouve en lui sa résolution.\nL'enchaînement d'un accord de tonique et d'une harmonie de dominante qui\nle précède, forme un e cadence par faite. L'accord de 7e doit-il être, en ce cas, à\nl'état direct ? Les renversements ne sont-ils admis qu'à l'intérieur d'un membre\nde phrase? C'est ce que nous ne pouvons décider encore. Nous nous contente-\nrons de poser ce second principe :\nPour introduire une tonalité nouvelle, il faut d'abord faire entendre /'accord de\n7e de la dominante de cette tonalité. La note dissonante de cet accord se « résout »\nen passant au degré diatonique voisin, et l'impression de repos final est ainsi\nobtenue. C'est la règle traditionnelle. (Cf. Michel de Menehou, Nouvelle\ninstruction familière, éd. Expert, p. 35.)\nCet accord de 7e, avec ses quatre notes, concentre dans un conflit passager tous\nles éléments du système musical : majeur et mineur, quinte juste et fausse quinte,;\nconsonance et dissonance ; il est la cheville ouvrière, l'élément actif du méca-\nnisme polyphone, parce qu'étant dissonance et ayant besoin de résolution, il est\ncréateur de mouvement. Etant majeur et mineur à la fois, il permet de moduler\ndans beaucoup de tons. :\nL'accord de septième de dominante produit l'émission simultanée de deux\ndegrés contigus de l'échelle (fa-sol). Voici ses diverses formes d'après la classi-\nfication de Reicha, élève de Rameau :\nIl y a quatre accords de septième :\ni° Tierce majeure de dominante (sol) avec la fausse quinte si-fa (septième de\npremière espèce) ;\n20 Accord parfait du 4e degré (fa) précédé d'une tierce mineure au grave (ré)\nré-fa-la-do, la-do-mi-sol, mi-sol-si-ré (accord de seconde espèce);\n30 Accord parfait mineur du second degré (ré) précédé d'une tierce mineure\n(si), si-ré-fa-la (accord de 3e espèce) ;\n40 Accord parfait mineur, précédé d'une tierce majeure au grave, ce qui pro-\nduit une dissonance très vive, les deux sons qui créent la dissonance n'étant dis-\ntants que d'un intervalle de demi-ton (fa-la-do-mi, do-mi-sol-si fl) = septième de\n4e espèce.\nDans chacun de ces accords, il y a, outre la position directe, 3 renverse-\nments ; soit, en tout, 16 accords de septième.\nNous connaissons les éléments du mode majeur. Considérons-les dans leur\nvivante mise en jeu, et non sous la forme inerte d'accords isolés. Le majeur\nne peut rester, sauf des cas exceptionnels, dans une tonalité unique. Deux"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "97", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.15", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ncas doivent être distingués. Il arrive fréquemment qu'après avoir choisi\nun ton pour réaliser le mode qu'il emploie, le compositeur introduit une note\nne faisant pas partie de la gamme construite sur cette base ; pourtant, il n'a-\nbandonne pas le ton choisi par lui : il ne fait que s'en écarter par exception et\npassagèrement. Ainsi Mozart dans le ler finale de Don Juan :\nLa note si expressive placée au début de la 3e mesure (1), où on aurait attendu\nun la #, n'a pas pour objet de substituer la gamme de la majeur à celle d'ut :\ndans cette phrase qui conclut en sol, elle n'est qu'un écart passager. Par mo-\ndulation, nous entendrons ici l'abandon définitif ou prolongé d'une tonalité à\nlaquelle une autre vient se substituer.\nQuelle est la loi de la modulation ?\nOn voit par la suite des notes qu'évoque une fondamentale quelconque (ici, ut)\nque le premier harmonique est une quinte. En d'autres termes : dès qu'un ut\nest émis, il engendre un sol. Si, appliquant ici le principe du changement de\nfonctions, nous considérons le sol comme fondamentale, nous dirons qu'il est\ninséparable de sa quinte ré ; le ré, considéré au même point de vue, est insé-\nparable de la *, la, de mi ; mi, de si ; etc. . De là, le cycle des quintes.\nC'est un cycle, car cette série, théoriquement indéfinie (et donnant toujours\nun son qui n'a pas été encore entendu), est, pratiquement, limitée. Au ile degré,\non arrive à un mi g, amorçant une tonalité qui est hors d'usage à cause des\ndifficultés d'écriture qu'elle entraînerait, et que les compositeurs traduisent par\nfa S. De fa son passe àdo g, et on se trouve ainsi ramené au point de dé-\npart.\nLes textes ci-dessous, empruntés aux classiques et précédés d'un schéma\ndont ils sont la transposition, donnent les modulatione d'ut aux sept premiers\ndegrés du cycle des quintes : d'ut à sol (ex. let2) ; d'ut àré (ex. 4, set 6) ;\nd'ut àla (ex. 7, Bet9) ; d'ut àmi (ex. 10 et 11) ; d'ut hfa % (ex. 14 et 15), d'ut à\nut (16).\nCette condensation de tous les degrés de la série dans les limites d'une\nmême gamme ne se fait que grâce à la transposition des notes à une et plu-\nsieurs octaves inférieures.C'est là le point faible de cet exposé théorique. Toutes\nles modulations ne présentent pas d'ailleurs le même caractère aisé.\n\n(!) Elle est familière à Mozart ; dans la Flûte enchantée (aria rt° 17) il y aun la analogue,\nmais qui donne à la gamme employée l'allure d'un mode antique transposé (soUfa-mi-rè-do-si (?-\nla{>-sol) ; nous l'étudierons quand nous parlerons du mode dorien."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.16", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nUne note quelconque peut être considérée comme génératrice de la quinte\nsupérieure, et comme engendrée elle-même par la quinte inférieure (1 bis).\nCette dernière, transportée à l'octave supérieure, devient la quarte de la fon-\ndamentale. De là, un second cycle, fondé sur le même principe que le précédent:\naller de do à fa (quarte supérieure) équivaut au passage à la quinte infé-\nrieure ; aller de fa à si (quarte supérieure) équivaut au passage de fa à\nsi t> (quinte inférieure); de même pour la modulation de si hmi puis"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.17", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\nR. M.\n8\n\nà la t>, etc... Ce second cycle est théoriquement indéfini et pratiquement fermé,\npour les mêmes raisons que l'autre.\nCe nouvel exposé théorique prête aux mêmes objections que le premier. On\npourrait le défendre en sappuyant sur ces textes de Rameau :\n« ... De toutes les progressions de la basse, celle de la quinte en descendant\n(ido-fa) est la première et la plus parfaite, puisque nous ne sommes pleine\nment satisfaits que lorsque nous entendons une cadence finale formée de cette\nprogression, où il semble que la quinte retourne àsa source, en passant à l'un des\nsons de l'octave dont elle est engendrée ; car monter de quarte ou descendre de\nquinte, c est ici la même chose. ( Traité de Vharmonie, 1722.1 « Le plus parfait\nrepos, celui après lequel on ne désire plus rien, est celui où l'on descend de la\nquinte sur le générateur, comme de 27 h g... On l'appelle « repos absolu » ou\n« cadence parfaite » ; c'est pour lors la quinte engendrée par la résonance du\ncorps sonore, principe générateur du mode, qui retourne à ce générateur\nmême ». (Démonstration du principe de 1 harmonie, p. 36.)\nLes textes suivants donnent (d'après Bussler, Partitur-Studien, Berlin, 1882)\nles modulations jusqu'au 6e degré du cycle des quartes :\n\nSymphonie VIII (Beethoven)\n\nBallade III (Chopin).\n\nPrélude de Lohengrin (R. Wagner)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.18", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nDe l'examen de ces textes on peut conclure :\ni° La modulation repose sur un changement de fonction dans une ou plu-\nsieurs notes d'un accord donné ;\n2° Elle n'est d'un bon effet que là où les accords ont des notes communes;\nen tout autre cas, il y a juxtaposition (ex. 7), non enchaînement.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.19", "texte": "LES CONCERTS\n\nThéâtres et Concerts.\n\nNice, le 6 février 1906.\nWilliam Rattcliff, de M. Xavier\nLeroux. Le livret de cet opéra, que\nxM. Louis de Gramont a tiré de Henri\nHeine, nous ramène en plein romantisme,\net la musique dont M. X. Leroux l'a orné,\nen plein wagnérisme ; ce retour vers des\npassés abolis ne manque pas d'un charme\nmélancolique. On n'est presque pas cho-\nqué par l'invraisemblable fatalité qui di-\nrige les actes des deux principaux person-\nnages, Marie et William Rattcliff, ni par\nles hallucinations, les visions, les exalta-\ntions et les folies de celui-ci. On accepte\navec indulgence son verbe emphatique et les longues tirades où figurent le Ciel,\nl'Enfer et son éternelle horreur, les spectres vêtus de leur linceul, les sorcières\naux carcasses décharnées, lèvent hurlant du nord qui ricane. On sait gré surtout\nau compositeur de la belle unité dans laquelle est conçue son œuvre, fran-\nchement wagnérienne du commencement à la fin. Sa musique, toute de décla-\nmation, souvent expressive, avec de beaux moments, est construite sur un\ncertain nombre de thèmes, clairs et expressifs. Les airs faciles à détacher sont\nrares, ou même n'existent pas dans cette partition. Tout au plus pourrait-on\nextraire, du ier acte, le chant de la servante folle, pas très original ;au 2e acte\nles chansons du cabaretier et de deux prostituées, dont l'une, « Misère et\nmalheur », est très caractérisée par le registre du contralto, toutes du reste\nmorcelées et formant, en passant à l'orchestre, le fond du second tableau, très\npittoresque, représentant une taverne interlope dans un faubourg de Londres ;\net enfin au 3e tableau un beau motif, d'abord exposé par les cuivres, puis chanté\npar Rattcliff s'adressant à son pistolet qu'il qualifie de « loyal serviteur » et dont\nil aimerait à « presser la bouche sur sa bouche ». Si certains épisodes sont inu-\ntiles et les récits parfois un peu longs, ils ont du moins l'avantage de préciser\nla physionomie des milieux et le caractère des personnages, et je préfère ce pro-\ncédé à celui de certaines écoles qui font entrer, sortir, s'aimer et se tuer les\nacteurs sans que l'on ait le temps de les connaître et de s'intéresser à eux.\nVoici brièvement l'intrigue de ce drame sombre. La femme de Mac-Grégor,\nlaird écossais, a aimé le père de William Rattcliff, que le mari jaloux a assas-\nsiné. Une servante a vu ce meurtre et en est devenue folle. Elle rappellera\nplusieurs fois, au cours de l'action, les événements auxquels elle a assisté et qui\ninfluent fortement sur les décisions, parfois étranges, que prennent les héros\nprincipaux de cette tragédie. William, en passant au château de Mac-Grégor, où\nil a été bien reçu, s'est épris de Marie, la fille du gentilhomme assassin ignoré de\nson père ; mais elle lui a refusé sa main, bien qu'elle partage son amour. Navré de\nson échec, le prétendant évincé a tué en duel les deux fiancés qui lui ont succédé,\net mène une vie indépendante dans un milieu de bandits. Lord Douglas, qui a\nété en troisième lieu agréé par la jeune fille, doit se battre à son tour et il blesse\n\nNice."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.20", "texte": "LES CONCERTS\n\nson adversaire, dont les hallucinations paralysent les gestes il a cru voir se\ndresser devant lui les spectres de ses premières victimes. Revenu à lui,\nWilliam Rattcliff court au château, essaye d'enlever Marie, d'abord apitoyée et\npresque consentante. Puis il la tue en la voyant hésiter et se tire ensuite un coup\nde pistolet mortel.\nLa création de ce drame lyrique, premier essai d'une décentralisation tentée à\nNice, cette année, a eu lieu avec le concours de M. Delmas, superbe dans le rôle\nde W. Rattcliff; de Mme Héglon, qui a rendu de façon unique le personnage\ndifficile de la servante folle; de Mlle Mastio, personnifiant la touchante Marie ;\nde M. Zocchi, insignifiant Douglas, etc. L'orchestre était conduit par M. Xavier\nLeroux.\nProfitant de la présence à Nice de Mme Héglon et de M. Delmas, 1 Opéra nous a\ndonné des représentations de Samson et Dahla et de la Walkyrie. Dans celle-ci\nM. Imbartde La Tour et Mme Pacary ont été également remarquables. Ml!e Char-\nlotte Wyns et le ténor Constantino ont ensuite obtenu beaucoup de succès dans\nla Tosca de Puccini, qui a certainement plu davantage que l'œuvre de M. X.\nLeroux et dont je donnerais cependant les trois actes en entier pour un seul\ntableau de William Rattcliff.\nA signaler encore une première séance intéressante de quatuors donnée à\nl'Olympia par une nouvelle société dite « Beethoven », et deux séances de sonates,\nà la salle Bellet, où figuraient aux programmes : Haendel, Haydn, Beethoven,\nMendelssohn, R. Wagner, B. Godard et César Franck; ces deux derniers\nconcerts étaient donnés par Mlle Ninck, excellente pianiste. M. Ricardou, très bon\nvioloniste-altiste, et Mlle Alice Williams, cantatrice de beaucoup de talent. Est\nannoncé également un concert de la Société « J.-S. Bach » sous la direction de\nM. G. Bret.\n\nEDOUARD PERRIN.\n\nDe Monte-Carlo.— La saison d opera, sous le haut patronage de S. A. S.\nle Prince de Monaco, s'est ouverte samedi, par une ravisante représentation de\nTannhàuser.\nLe prince Albert y assistait du haut de sa loge. La salle était suprêmement\nélégante et réunissait l'élite de la haute société mondaine du littoral.\nM. Raoul Gunsbourg a monté l'œuvrede Wagner d'une façon toute nouvelle\net qui, pourtant, bien que rompant avec la tradition, s'adapte si exactement aux\nsituations de l'opéra wagnérien, qu'elle en paraît la réalisation scénique la plus\nnaturelle et la plus complète.\nL'animation du Venusberg, avec ses transformations qu'ont rendues possibles\nles « décors lumineux » de M. Eugène Frey, le groupement et le mouvement de\nla Marche des Nobles, d'un effet décoratif saisissant et d une vie intense, ont\nparticulièrement frappé le public, et méritent d'être signalés comme des innova-\ntions très heureuses.\nL'interprétation était fort belle : M. Van Dyck, le parfait héros wagnérien, a\nchanté Tannhàuser avec sa science profonde des traditions musicales de Bayreuth\net sa magnifique autorité ; M. Renaud, dans le rôle de Wolfram, est le mer-\nveilleux chanteur si justement admiré, et il traduit sobrement et totalement les\nmoindres nuances sentimentales de son personnage."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.21", "texte": "INFORMATIONS\n\nMlle Farrat, la célèbre cantatrice allemande, que Paris a acclamée à l'Opéra,\nest une Elisabeth admirable : sa voix splendide, son beau tempérament tragique\nla servent à ravir dans ce rôle.\nIl faut citer encore Mlle Lindsay, dont la voix superbe a fait merveille dans\nle rôle de Vénus, Mlle Verna, une jeune débutante qui a remarquablement chanté\nle rôle épisodique du pâtre ; M. Lequien, un landgrave de voix solide et de\nbelle allure; M. Ananian, qui a fait sonner les belles notes de son organe bien\ntimbré dans le rôle de Bitterhof. Les trois Grâces furent délicieusement person-\nnifiées par Mlles Cavini, Charbonnel et Legrand.\nSi les décors lumineux de M. Frey ont pris une place importante dans la mise\nen scène de T annhauser, il serait injuste de ne pas mentionner les beaux décors\nde M. Visconti, la grotte de Vénus, la forêt et la grande salle du palais, qui sont\nde toute beauté.\nL'exécution musicale de Tannhauser, avec les chœurs et l'orchestre de Monte-\nCarlo, sous la direction de M. Léon Jehin, fut d'une perfection absolue.\nLa première représentation de Mademoiselle de Belle-lsle, comédie lyrique en\n4 actes d'après Alexandre Dumas père, par M. Paul Milliet, musique de\nM. Spiro Samara, fut un vrai triomphe.\nLe poème de M. Paul Milliet est d'un puissant intérêt en même temps que\nd'une coupe très adroite.\nQuant à la musique de M. Samara, elle est délicieuse. La mélodie y coule à\nflots. L'inspiration en est franche. L'orchestration, très sobre, est d'une sonorité\nparfaite. Nombre de pages, d'une superbe envolée, ont été acclamées.\nL'interprétation fut remarquable : Mlle Lina Cavalieri fut une exquise Mlle de\nBelle-lsle ; Mlle Royer a délicieusement chanté le rôle de la marquise de Prie ;\nM. Bassi fit applaudir sa magnifique voix de ténor dans le rôle du chevalier\nd'Aubigny ; et M. Renaud, en duc de Richelieu, fut aussi admirable chanteur\nque parfait comédien-\nTrès belle exécution orchestrale sous la direction de l'excellent chef italien\nM. Baroni.\n\nCorrespondances et Informations.\n\nM. Oscar Juttner, chef cTorchestre au Kursaal de Montreux, nous écrit la\nlettre suivante :\nMontreux, le 5 février 1906.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nAujourd'hui seulement, j ai eu connaissance du numéro si intéressant de la\nRevue musicale, d'après la reproduction d'un journal de Leipzig ( Wochenblatt),\noù se trouve traitée la question : Faut-il diriger par cœur ? — Je me permets de\nfaire remarquer qu'une direction absolument par cœur devrait être de règle... Je\nme range absolument à l'opinion de M. Vincent d Indy, affirmant que c'est dans\nla liberté de son regard et dans 1 expression qu'il lui donne que réside la puis-\nsance du chef d'orchestre. Nous en avons fait souvent l'expérience en Suisse."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.22", "texte": "INFORMATIONS\n\nLes exécutions que Hans Richter dirigeait par cœur ont produit un tout autre\neffet que celles de la Philharmonie de Berlin, dans le Victoria-hall de Genève.\nDans la même salle, le 28 février 1905, M. Chevillard a dû une partie de son\ngrand succès à une cause analogue. Il est regrettable qu'il n'ait pas aussi dirigé\npar cœur le Mazeppa de Liszt et Y Apprenti sorcier de Dukas.\nVeuillez agréer,... etc.\n\nOSCAR JÛTTNER.\n\nM. A. de Greef. — On nous écrit que M. Arthur de Greef se propose de faire,\nen une série d'auditions publiques à Bruxelles, toute l'histoire de la littérature\ndu piano, qu'il a esquissée, il y a quelques années, dans ses mémorables séances\nde la salle Pleyel, à Paris.\nIl commencera cet hiver par plusieurs séances consacrées aux primitifs du\nclavier, Frescobaldi, Merulo, Gibbons, Bird, Couperin, Scarlatti, jusques et y\ncompris Jean-Sébastien Bach.\nPuis viendront Haydn, Mozart et leurs contemporains.\nUne année entière sera consacrée à Beethoven, dont il exécutera les 32 sonates\net les 5 concerti.\nLes romantiques Schumann et Weber feront, avec Mendelssohn, Chopin et\nLiszt, l'objet d'une quatrième série.\nEnfin une cinquième série comprendra les modernes, notamment Grieg, Saint-\nSaéns, César Franck.\n\nMontpellier. — On nous signale de Montpellier le grand succès de la Troupe\nJolicœur, d'Arthur Coquard.\nLes journaux locaux sont unanimes à louer l'originalité de l'œuvre et les mé-\nrites de l'interprétation. Le direction mérite les plus grands éloges.\n\nLondres.\n\n— Par suite du deuil dont est frappée la maison royale d'Angleterre, le\nconcert du samedi après-midi 3 février, au Queen's Hall, a été ouvert parla\nMarche Junèbre de Chopin, exécutée avec toute la perfection dont est capable\nl'orchestre de M. H. J. Wood. Comme les précédents dus à M. Robert\nNewman, ce concert réunissait un auditoire nombreux et choisi. Le pro-\ngramme comportait une symphonie de Mozart, un concerto pour violon,\nvioloncelle et orchestre {op. 102) de Brahms ; Don Quichotte, de Richard\nStrauss.\n— La « National Sunday League » (Ligue nationale du Dimanche, fondée en\n1855) n'a reculé devant aucun effort dans le but d'offrir au public des distractions\net réjouissances dans l'observation du dimanche anglais. Elle organise réguliè-\nrement des réunions musicales dans les différents districts londoniens ; les audi-\ntions symphoniques du Queen's Hall sont particulièrement suivies ainsi que l'or-\nchestre militaire des H. M s Irish Guards, qui viennent prêter leur concours avec\nchanteurs tels que M. Robert Gunningham et Miss Joan Ashley, dans la salle\ndu théâtre de l'Alhambra dont M. George Scott est manager.\n— Le «Théâtre Français de Londres» continue à être le clou de la saison\nthéâtrale. S. M. Edouard VII a tenu à honorer de sa présence plusieurscles belles\nreprésentations dans l'organisation desquelles M. G. Mayer n'a rien négligé :\nartistes de tout premier ordre, très bon orchestre et décoration intérieure du\nthéâtre d'un goût exquis."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\nLes grands théâtres continuent les représentations de Cinderella ; on joue\nCendrillon au Théâtre Royal Drury Lane, à V «Empire Theatre», fort rajeuni\nmaintenant et dans un style approprié, au Goronet, et dans une version tout\nà fait moderne avec une musique très en vogue au Vaudeville Theatre sous le\ntitre : « The Catch of the Season ».\n— Shakspeare a été très joué cette saison et avec un égal succès auSt-James's\nTheatre : « As you like it », au Majesty's Theatre avecM. Trec dansla Twelfth\nnigth; au Garrick Theatre, M. Bourchier a été très applaudi dans le Marchand\nde Venise, et, à l'Adelphi Theatre, le Songe d'une Nuit d'été fait l'objet d'une\nsérie de matinées et de soirées qui promettent encore bon nombre de re-\nprésentations.\n\nA. R.\n\nConcerts annoncés :\nSalle Pleyel. — 17 février, M. Julius Isserlis (au programe, œuvres de Chopin,\nBach, Rubinstein, Isserlis, Scriabine). — Mardi, 20 février, Récital de piano\ndonné par M. David Blitz (œuvres de Bach, Beethoven, Chopin, Schumann,\nMendelssohn, Gernsheim, Liszt). — Vendredi 22 février : Mme Marie Betilie,\navec Mme Mellot-Joubert, de l'Opéra-Comique, Mme Ch. Vormèse et MM. Francis\nThomé, Brémont, Raymond Pech (œuvres de Beethoven, Schumann, Chopin,\nMendelssohn, R. Pech, Grieg, Debussy, Liszt, Fr Thomé). — Samedi, 24\nfévrier, MIle Hélène Laye, avec Mme Mellot-Joubert, MM. Paul Pilot et Henry\nStenger (œuvres de G. Fauré, Gluck, Saint-Saëns, Boëllmann, Lalo, Gigout,\nPopper, etc.). — Lundi 26, M. Théo Delacroix, avec Mme Marie Mayrand,\nMme Madeleine Roch et Mlle Bernerette Gondrey (œuvres de Schumann, C.\nFrank, C. Saint-Saëns, Boëllmann, L. Lalo, R. Wagner, etc.). — Salle Erard :\n26 février, Mme Colette Schultz-Gaugain avec M. William Gantrelle (œuvres\nde Grieg, Saint-Saëns, Henri Busser, Gabriel Fauré, Schumann, Massenet,\nPaganini, Schubert, etc.). — Schola Gantorum : 29 février, Mlles Claire Hugon et\nHenriette Vearenne (œuvres de Beethoven). — Salle des Agriculteurs : 24 février,\nFrancis Thibaud et MM. Louis Diémer, Jacques Thibaud (au programme\nœuvres de Beethoven, J.-S. Bach, Rameau, L. Diémer, Brahms, etc.).\n\nLA REVUE MUSICALE A LYON\nC est à Lyon que nous avons assisté au triomphe de l'œuvre de M. Valentin\nNeuville et au succès de Mlle Jeanne Foreau, qui s'est révélée dans un très\nheureux début comme cantatrice de premier ordre.\nJoué d abord à Anvers, puis à Stockholm, ce drame lyrique en deux parties,\nsur le poème de M. Louis Payen est d'un intérêt soutenu et met en scène les\néternels sentiments de l'amour et du remords.\nTiphaine forme une partition dans laquelle l'écriture de l'inspiration, enrichie\nd une trame orchestrale savante, atteste le talent très personnel du compo-\nsiteur.\nCette musique impressionniste, sensible, semble faite de teintes graduées ;\nson audition donne une sensation très pure, d'une gamme de couleurs condui-\nsant des tons les plus tendres aux plus accentués et dont la montée constante\ntransporte vers l'au-delà. La sonorité de l'orchestre a des richesses inouïes de"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060215-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\ntendresse et de tenue, l'effet en est saisissant surtout dans les grandes scènes\noù l'accent tragique est de toute beauté.\nMlle Jeanne Foreau débutait dans cette œuvre. Elle y a montré, dans son rôle\ntrès difficile, qui exige les moyens les plus divers, un talent très personnel de\ntendresse émotionnante et de puissance tragique.\nEn écoutant cette Falcon superbe, on est étonné de songer que cette admirable\ncantatrice de vingt ans possède une si complète expérience de la scène, et puisse\nêtre, dans ses débuts, aussi rompue à toutes les finesses dun art de plus en\nplus complexe.\nNotre grand confrère parisien s'exprimait ainsi au lendemain de la première\nreprésentation:\n« Pour son « coup d'essai », qui fut magistral, Mlle Foreau s'est trouvée en\nprésence d'un rôle puissant, fait d'oppositions tissu de violence passionnée et\nde touchante sentimentalité, et de ce rôle difficile, varié, complexe, Mlle P'oreau\na fait une création de tout premier ordre, par tous applaudie, et qui met cette\njenne fille, d'emblée, en première ligne Elle est vraiment tragédienne lyrique, et\nses qualités à l'heure présente promettent beaucoup pour l'avenir.\n« Grande, majestueuse, imposante, d'une superbe plastique, de visage pur de\nlignes, expressif, reflétant avec une rare intensité des états d'âme divers,\nMlle Foreau ale geste ample et facile, la voix étendue et riche, d'un timbre émou-\nvant ou caressant.\n« Elève de Mlle Richard, le célèbre contralto de notre Académie nationale de\nmusique, Mlle Foreau asu profiter des leçons de son excellent professeur : elle\nsait et elle comprend ; elle débute et déjà elle a l'autorité, parce qu'à ses dons\nnaturels physiques s ajoute la flamme qui les anime et les fait rayonner ! »\nCe bilan d'une première musicale est aussi heureux pour le savant compo-\nsiteur que pour l'admirable interprète.\nAu souvenir de cette audition remarquable, se joint la joie éprouvée an lever\nd'une étoile et à l'espoir delà voir briller bientôt à Paris.\nLe Gaulois résume ainsi cette œuvre musicale : « La première représentation\nde Tiphaine, à l'Opéra municipal de Lyon, a été une véritable solennité artis-\ntique.\n(( Le public et la critique ont fait lemeilleur accueil à ce nouveau drame lyrique\nen deux parties, livret de M. Louis Payen, musique de M. Valentin Neuville,\net des éloges unanimes ont été adressés à Mlle Jeanne Foreau, dont les heureux\ndébuts qui ont pris les proportions d'un véritable triomphe présagent\nde très grands et très rapides succès.\n« Mlle Foreau fille de notre confrère M. Eugène Foreau, très répandu dans\nla presse parisienne et départementale a travaillé le chant et le théâtre sous\nla direction d'une célèbre artiste, Mlle Richard, qui, de l'avis de tous ses admi-\nrateurs, a quitté trop tôt notre Académie nationale de musique. La fille de\nnotre confrère fut donc à bonne école.\n« Dans le rôle de l'héroïne de l'œuvre de MM. Payen et Neuville, Mlle Jeanne\nForeau a eu à lutter contre de sérieuses difficultés vocales et scéniques ; mais\nelle est si merveilleusement douée et ses qualités de voix et de style sont telles\nqu'il semble que le triomphe lui ait été facile.\n« L'ampleur et la noblesse du geste soulignent chez elle l'expression de la\nphysionomie, mobile à souhait, et font ressortir une plastique superbe, une\nimpeccable beauté de lignes. Tout cela est illuminé par la rare intelligence de\nla jeune artiste.\n«On parle beaucoup pour Mlle Jeanne P'oreau de très prochaines et intéres-\nsantes créations, qui assureront à la jeune et brillante artiste la grande noto-\nriété à laquelle elle a le droit d'espérer. »"}]}