{"numero_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_sha256": "33684fcdc80335da9061766798711917d5f331822cc68ab5cc843c11523c435e", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1906/07/15_01/bmtnabj_1906-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1906/07/15_01/bmtnabj_1906-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-07-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "339", "page_fin": "340", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.2.1", "titre_corps": "Peintres et musiciens", "titre_sommaire": "Peintres et musiciens", "signature_source": "J. 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Dujardin-Beaumet% a énuméré toutes les nouveautés, tous les\nprogrès réalisés depuis la loi « révolutionnaire >* de 1880 qui a affranchi les\nartistes de la tutelle de VEtat en leur donnant une entière liberté, et il na pas\ndit un seul mot de la musique exécutée, cette année, au Grand Palais :ce qui\nprouve bien, comme nous Vavons répété, que le « Salon musical » n'existe pas\nencore, grz/e, malgré l'excellente initiative de M. Pau*/ Viardot, tout est\nencore à faire.\nNous ne cesserons de souhaiter et de demander une organisation des musi-\nciens analogue à celle des peintres, sculpteurs et architectes. Sans doule il ne\nfaut pas, en matière musicale, compter sur ceux de nos maîtres qui sont déjà\ncélèbres. Un Massenet dira : « Je n'ai pas besoin du palais des Champs-Elysées,\nmon salon, àmoi,c est l Opéra et VOpéra-Comique. » Mais, parmi les jeunes,\ncompositeurs ou virtuoses, musiciens ou poètes que de talents à faire con-\nnaître !...\nIl ne sera pas facile d'arriver à l'organisation que nous réclamons depuis\ndeux ans ; car, pour cela, il faudra d'abord réformer nos mœurs musicales.\nJe les juge par voie de contraste :\nAu magnifique banquet du 3 juillet, assistaient, avec le meilleur esprit de\ncamaraderie, les deux Sociétés qui, un moment, furent rivales : la Société\nNationale et la Société des Artistes français. Voye\\ au contraire combien\nles musiciens sont divisés ! Entre tel Conservatoire libre et le vt ai Conserva-\ntoire, il y a à peu près la même distance qu'entre une Ecole Congréganiste et\nune Ecole de l État. De quelles attaques grossières a été l'objet M. Th.\nDubois! Ici, sont les debussistes, là les antidebussistes, les premiers décer-\nnant aux autres un certificat de nullité. Ici, ce sont les partisans, là les\nennemis irréconciliables a'Alfred Bruneau. Ici, harpe à pédale ; là, harpe\nchromatique ! Récemment, un compositeur connu, chargé de diriger l'orchestre\ndans un concert, me disait : « Si M. X .. figure au programme comme soliste,\n\nPeintres et musiciens"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "340", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.2", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "je ne dirigerai pas ! » Tout cela est profondément fâcheux, mais se produit\ntous les jours.\nLes peintres ne se font pas la guerre au couteau. Mutuellement, ils se rendent\njustice. Je sais bien qu'en peinture la partie technique est plus importante\nqu en musique ; le tableau qui est Tune exécution irréprochable et qui constitue\nun « bon morceau » est déjà tout près d être une belle œuvre, tandis qu'un opéra\ntrès correctement écrit peut être parfaitement insipide et ennuyeux. Il y a\npourtant, dans tous les arts, un degré de mérite auquel tous les connaisseurs\ndevraient rendre hommage sans distinction d'Ecole ! Il y a aussi un degré de\nbonne éducation et de bon goût auquel tout le monde devrait se tenir.\nJe remarque aussi que les peintres savent louer et admirer les étrangers,\nquand ils le méritent. Il yaen ce moment, à Paris, un Espagnol Sorolla y\nBastida qui expose ses œuvres (i) dans la galerie G. Petit. C'est un jeune\nmaître de premier ordre. Coloriste éblouissant, dessinateur doué d'une facilité\nd'exécution étonnante, il représente les conquêtes de V « impressionnisme » trai-\ntées par un artiste très sérieux et très fort, jouant avec la difficulté. Or, au\nbanquet du 3, M. T. Robert-Fleur y, réminent président de la Société, a eu un\nmot très aimable, dans son discours, pour Sorolla ; aussitôt il a provoqué\nd'unanimes applaudissements. En applaudissant moi-même, je songeais que\nquelques semaines auparavant, ZÏ/Z grand compositeur étranger comparable\nà certains égards à Sorolla y Bastida était à Pa/ is. M. et Mme Ed. C...\navaient donné che% eux une soirée en son honneur. Les plus grands musiciens\navaient certainement été conviés à cette soirée. Très peu d'entre eux s'y étaient\nrendus ; et ceux qui avaient consenti à venir entendre ce grand musicien étran-\nger jouant lui-même ses œuvres, après l'avoir applaudi modérément, disaient\nloin de lui : « Nous autres Français, nous ne pouvons pas aimer cela ! »\nQu'on mesure la distance qui sépare, sur ces divers points, les peintres et les\nmusiciens, et, après l'avoir mesurée, que les intéressés s'occupent de la combler.\nN étant ni compositeur ni virtuose, nous nous bornons à leur dire dans quel\nsens doivent chercher le progrès. D'ici au 3 juillet 1907, nous avons le\nferme espoir qu'une tentative sérieuse de courtoise et féconde organisation\nsera faite.\n\nJ.C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-07-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "340", "page_fin": "343", "image_debut": 2, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.2.2", "titre_corps": "Notes sur la musique orientale.", "titre_sommaire": "Notes sur la musique orientale.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "340", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.2", "debut_caractere": 2373, "fin_caractere_exclue": 2983, "texte": "Notes sur la musique orientale.\n\nLE GRIOT D'AFRIQUE. — LE CHANT, LA DANSE ET LA SORCELLERIE.\n\nRentré à Paris pour un congé, M. l'adjudant Grenier, dont nous avions déjà\npublié une note datée du Haut-Dahomey, a rendu visite à la Revue musicale.\nLe jeune et très intelligent sous-officier, décoré de la médaille militaire, a\nbien voulu nous apporter divers documents complétant ceux que nous possédions\ndéjà, entre autres une série de photographies dont l'une, publiée ici, suggère l'i-\ndée d'un bien intéressant sujet d'histoire musicale comparée : le chanteur popu-\n\n(i) Exposition ouverte jusqu'au io juillet."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "341", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "laire. Il est curieux de retrouver, dans les tribus encore barbares de ! Afrique\ncertaines croyances et certains usages des peuples les plus célèbres de la clas-\nsique Antiquité. Rien ne ressemble plus aux superstitions des Assyriens que\ncelles des nègres à l'égard des « esprits », dont ils voient portout ;\nrien ne ressemble plus aux chanteurs de la Grèce primitive et à ceux du mo yen\nâge que le « griot » dont nous donnons\nL'aède antique était un errant qui, de cité en cité, vulgarisait les beaux contes\ncharmait les loisirs des grands, occupait parfois un. poste de confiance. Ho-\nmere, Orphée, plusieurs autres que la tradition classique a transformés en\ngrands personnages, en met-\ntant une auréole de merveil-\nleux autour de leur nom, n'é-\ntaient sans doute que d'hum-\nbles chanteurs miséreux,\ncomme ces ménestrels et jon-\ngleurs du moyen âge, dont\nM. Pierre Aubry a tracé ici\nmême un saisissant portrait\n(Revue musicale d'avril\n1901).\nEn Afrique, au Sénégal, au\nSoudan, au Dahomey, dans\ntoute la partie occidentale\net centrale du continent, on\ntrouve le « griot », chanteur\nprofessionnel dont l'art se\ntransmet de père en fils,\nsorte d'aède noir à voix de\nfausset, improvisateur qui.\nlui aussi, ade l'imagina-\ntion, de Và-propos et de l'a-\ndresse. Ce pays où, dans les\nsacrifices religieux, on tuait\nles hommes ade façon que le\nsang jaillisse sur l idole », est\nsensible à la musique instru-\nmentale et vocale qu'il associe\nà la plupart des actes de la vie ; il a sa poésie ! Le Niger s'appelle Djéliba,\n/e « fleuve chanté par les griots ». Le musicien dont nous donnons le por-\ntrait authentique, pris sur une terre dont la sécheresse rappelle le désert,\nes/ sa/zs beauté. La tête a une expression énergique, et la race s'y\ninscrit, avec une force troublante, comme sur le visage d'un Rubinstein. O/z\nremarquera l élégance des mains, /a finesse des jambes et des pieds, /a naïve\nmais excellente composition des draperies. C'est un beau bronze.\nQuelques détails que j'emprunte au Congo illustré [Bruxelles, iBg4, t. 111,\np. 175) donneront une idée de ces chanteurs africains et montreront que la\nmatière de leurs chants est bien celle des antiques épopées.\n« Les A-Sa/zrfe ow Niams-Niams possèdent des bardes, des troubadours se"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "342", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.4", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3420, "texte": "servant, s\"accompagner, guitares qu'ils appellent Kundi. 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Il chanta ensuite le temps pré-\nsent, donnant son opinion sur les hommes et les choses, exprimant des pensées\nphilosophiques sur la fragilité de la gloire et les malheurs qui suivent souvent\nles faits heureux. »\nLivingstune cite aussi l'un de ces bardes qu'il rencontra au cours de son\ni oyage dans le haut Zambè^e. « C'était, dit le célèbre vojmgeur, un véritable\npoète, qui nous a suivis pendant plusieurs jours. Dans tous les endroits où nous\navons fait halte, il a chanté nos louanges en des strophes faciles et harmo-\nnieuses, formées de vers blancs composés de cinq syllabes. Tout d'abord, le\nchant n'avait que quelques lignes ; mais chaque jour, l'auteur, recueillant\nde nouveaux détails sur nous, allongeait sonpoème, et notre éloge a fini par\ndevenir une ode d'une asse\\ belle longueur.\n« Quand la distance où il était de che% lui l'obligea de nous quitter, il nous en\nexprima tous ses regrets ; et il retourna dans ses foyers, après avoir touché,\nbien entendu, le prix de ses louanges, non moins utiles qu'agréables.\n(( Un autre enfant d'Apollon fait partie de notre escorte. A la veillée, pen-\ndant que les autres jasent, font la cuisine ou dorment, il redit ses poèmes, où\nil raconte tout ce qu'il a vu che\\ les blancs, et ce qu'il a remarqué sur la route.\nIl en résulte que tous les soirs quelque chant nouveau s'ajoute à son odyssée.\nL'improvisation, d'ailleurs, lui est facile : jamais il ne reste à court ; si le\nmot lui échappe, il ne s'arrête pas pour cela, il remplit la mesure d'un son par-\nticulier qui n'a pas de sens, mais qui conserve le rythme. »\nL'instrument placé entre les mains du griot dons nous donnons la photogra-\nphie s'appelle exactement n'goni bambara, d'après les notes écrites, accompa-\ngnées de dessins eu couleur qu'a bien voulu nous apporter M. l'adjudant Gre-\nnier. C'est une petite mandoline formée d'une demi-calebasse recouverte de\npeau de chèvre, d'iguane ou de boa ; l'unique corde est formée d'un faisceau\nde crins de cheval. 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On grossirait indéfiniment cette liste de témoignages\nsur la magie che\\ les primitifs, si on étudiait le sorcier africain, ou\nfé tic heur.\nGénéralement, le féticheur est appelé à exercer sa science afin de chasser\nl'esprit mutin qui, suivant la croyance commune, s'est emparé du corps d'un\nnoir et l'a terrassé par la maladie.\nPour mettre le mauvais génie en fuite, le féticheur danse durant deux jours\ndevant la hutte du patient. Il n'est pas rare que celui-ci, déjà à moitié mort, ne\nsuccombe à la fatigue d'entendre pendant quarante-huit heures le bruit,les\nchants et le; danses qui accompagnent la séance d'exorcisme. Une pareille\ncérémonie est-elle annoncée, vite tous les habitants se réunissent à l'endroit\ndésigné, afin de contempler leur makanga [sorcier). Un orchestre composé de\ndeux grands gongs en bois, d'un tambour de guerre, et d'un instrument qui\na beaucoup d'analogie avec le xylophone, entame un air monotone ; le public\nrépond en chœur aux chants dont le féticheur dit les premières strophes. Sem-\nblable séance dure environ trois heures, c'est-à-dire le temps voulu pour exté-\nnuer le danseur. On voit ce dernier s'élancer, tourner sur ses gros orteils pen-\ndant une ou deux minutes... Parfois il représente la guerre, le départ des sol-\ndats, la bataille ; son œil s'allume, il semble enivré de l'ardeur de la lutte ; une\nlance à la main, il simule l'attaque et la défense de deux ennemis en présence,\nporte des coups àun adversaire imaginaire, pare ceux qui lui sont destinés,\net finalement, montre par sa mimique la défaite de son rival : aussitôt, il com-\nmence un chant de victoire. Pendant toute la durée de cette scène, la musique\nse fait lente ou précipitée, monotone ou variée, suivant les péripéties du\ndrame...\nJe signale ces faits à ceux de nos jeunes musiciens qui, armés d'une solide ins-\ntruction générale, ont du goût pour l'histoire de la musique. Il faut élargir\nl'horizon et sortir du domaine trop étroit dans lequel on s est renfermé jus-\nqu'ici. Ne nous imaginons pas que la musique grecque, le plain-chant et les\ncompositions de la « Renaissance » constituât tout le pays à explorer ; à un\nhistorien véritable, cela ne peut suffire. Si ces lignes sont lues par un jeune\nagrégé, en quête d'un beau sujet pour une thèse de doctorat, puissent-elles lui\ndonner à réfléchir ! Qu'il ne s'attache pas à refaire, pour la centième fois, l'ar-\nticle sur le genre enharmonique, sur la mesure des mélodies grégoriennes ou\nsur les sous-harmoniques ! Quil se préoccupe de sociologie et cherche le rap-\nport des œuvres avec la vie ! Nous en sommes encore à la période de prépara-\ntion, celle où l'on gratte des pierres avant de construire. N'oublions pas que\nderrière les chansons ily a les mœurs musicales, et, derrière ces mœurs, l'Hu-\nmanité. Or, toutes les fois que l'humanité polie, celle qui s'est faite à l'école\nd'Athènes et de Rome, regarde de près les « sauvages », les « barbares », les non\ncivilisés, elle ne retrouve pas sans doute l'lliade et l'Odyssée, et la langue\ndivine des poèmes d'Homère, mais elle observe des mœurs qui furent les siennes\net se revoit en enfance, tout étonnée de se reconnaître.\n\nJ.c."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-07-15_01#c003", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "340", "page_fin": "343", "image_debut": 2, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.2.2.1", "titre_corps": "LE GRIOT D'AFRIQUE. — LE CHANT, LA DANSE ET LA SORCELLERIE.", "titre_sommaire": "LE GRIOT D'AFRIQUE. — LE CHANT, LA DANSE ET LA SORCELLERIE.", "signature_source": "J. c", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "340", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.2", "debut_caractere": 2406, "fin_caractere_exclue": 2983, "texte": "LE GRIOT D'AFRIQUE. — LE CHANT, LA DANSE ET LA SORCELLERIE.\n\nRentré à Paris pour un congé, M. l'adjudant Grenier, dont nous avions déjà\npublié une note datée du Haut-Dahomey, a rendu visite à la Revue musicale.\nLe jeune et très intelligent sous-officier, décoré de la médaille militaire, a\nbien voulu nous apporter divers documents complétant ceux que nous possédions\ndéjà, entre autres une série de photographies dont l'une, publiée ici, suggère l'i-\ndée d'un bien intéressant sujet d'histoire musicale comparée : le chanteur popu-\n\n(i) Exposition ouverte jusqu'au io juillet."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "341", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "laire. 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A la veillée, pen-\ndant que les autres jasent, font la cuisine ou dorment, il redit ses poèmes, où\nil raconte tout ce qu'il a vu che\\ les blancs, et ce qu'il a remarqué sur la route.\nIl en résulte que tous les soirs quelque chant nouveau s'ajoute à son odyssée.\nL'improvisation, d'ailleurs, lui est facile : jamais il ne reste à court ; si le\nmot lui échappe, il ne s'arrête pas pour cela, il remplit la mesure d'un son par-\nticulier qui n'a pas de sens, mais qui conserve le rythme. »\nL'instrument placé entre les mains du griot dons nous donnons la photogra-\nphie s'appelle exactement n'goni bambara, d'après les notes écrites, accompa-\ngnées de dessins eu couleur qu'a bien voulu nous apporter M. l'adjudant Gre-\nnier. C'est une petite mandoline formée d'une demi-calebasse recouverte de\npeau de chèvre, d'iguane ou de boa ; l'unique corde est formée d'un faisceau\nde crins de cheval. Armé de ce luth grossier, le griot s'attache à un chef et,\nincessamment, vante sa beauté, sa noblesse, son courage, toutes ses vertus. Il\nest, à sa manière, un poète de cour. Tel le chanteur attaché à la personne de\nKaramoko, fils de Samory, en 18go: «Ne te désespère pas, lui disait-il : songe\nà ton père qui n'a jamais reculé ; songe à la grandeur de ta race !... »\n\\\nA un autre point de vue, on constate l'analogie des idées et des mœurs afri-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "343", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.5", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "caines avec celles de iOrient. Dans plusieurs numéros de la Revue musicale,\nj'ai cité quelques-uns des innombrables documents que nous avons sur le rôle\njoué par la danse et la musique dans les cérémonies magiques de l'antiquité\norientale et même latine. On grossirait indéfiniment cette liste de témoignages\nsur la magie che\\ les primitifs, si on étudiait le sorcier africain, ou\nfé tic heur.\nGénéralement, le féticheur est appelé à exercer sa science afin de chasser\nl'esprit mutin qui, suivant la croyance commune, s'est emparé du corps d'un\nnoir et l'a terrassé par la maladie.\nPour mettre le mauvais génie en fuite, le féticheur danse durant deux jours\ndevant la hutte du patient. Il n'est pas rare que celui-ci, déjà à moitié mort, ne\nsuccombe à la fatigue d'entendre pendant quarante-huit heures le bruit,les\nchants et le; danses qui accompagnent la séance d'exorcisme. Une pareille\ncérémonie est-elle annoncée, vite tous les habitants se réunissent à l'endroit\ndésigné, afin de contempler leur makanga [sorcier). Un orchestre composé de\ndeux grands gongs en bois, d'un tambour de guerre, et d'un instrument qui\na beaucoup d'analogie avec le xylophone, entame un air monotone ; le public\nrépond en chœur aux chants dont le féticheur dit les premières strophes. Sem-\nblable séance dure environ trois heures, c'est-à-dire le temps voulu pour exté-\nnuer le danseur. On voit ce dernier s'élancer, tourner sur ses gros orteils pen-\ndant une ou deux minutes... Parfois il représente la guerre, le départ des sol-\ndats, la bataille ; son œil s'allume, il semble enivré de l'ardeur de la lutte ; une\nlance à la main, il simule l'attaque et la défense de deux ennemis en présence,\nporte des coups àun adversaire imaginaire, pare ceux qui lui sont destinés,\net finalement, montre par sa mimique la défaite de son rival : aussitôt, il com-\nmence un chant de victoire. Pendant toute la durée de cette scène, la musique\nse fait lente ou précipitée, monotone ou variée, suivant les péripéties du\ndrame...\nJe signale ces faits à ceux de nos jeunes musiciens qui, armés d'une solide ins-\ntruction générale, ont du goût pour l'histoire de la musique. Il faut élargir\nl'horizon et sortir du domaine trop étroit dans lequel on s est renfermé jus-\nqu'ici. Ne nous imaginons pas que la musique grecque, le plain-chant et les\ncompositions de la « Renaissance » constituât tout le pays à explorer ; à un\nhistorien véritable, cela ne peut suffire. Si ces lignes sont lues par un jeune\nagrégé, en quête d'un beau sujet pour une thèse de doctorat, puissent-elles lui\ndonner à réfléchir ! Qu'il ne s'attache pas à refaire, pour la centième fois, l'ar-\nticle sur le genre enharmonique, sur la mesure des mélodies grégoriennes ou\nsur les sous-harmoniques ! Quil se préoccupe de sociologie et cherche le rap-\nport des œuvres avec la vie ! Nous en sommes encore à la période de prépara-\ntion, celle où l'on gratte des pierres avant de construire. N'oublions pas que\nderrière les chansons ily a les mœurs musicales, et, derrière ces mœurs, l'Hu-\nmanité. Or, toutes les fois que l'humanité polie, celle qui s'est faite à l'école\nd'Athènes et de Rome, regarde de près les « sauvages », les « barbares », les non\ncivilisés, elle ne retrouve pas sans doute l'lliade et l'Odyssée, et la langue\ndivine des poèmes d'Homère, mais elle observe des mœurs qui furent les siennes\net se revoit en enfance, tout étonnée de se reconnaître.\n\nJ.c."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-07-15_01#c005", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "344", "page_fin": "348", "image_debut": 6, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.2.3", "titre_corps": "Les lois de la modulation. — Le cycle des quartes et des quintes", "titre_sommaire": "Les lois de la modulation. — Le cycle des quartes et des quintes", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "344", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.6", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3264, "texte": "Les lois de la modulation. — Le cycle des quartes\net des quintes\n(')•\nI. Comme tous les arts de la durée et du rythme, la musique ne procède pas\npar juxtapositions, mais par enchaînements. Le langage verbal peut montrer la\ndifférence de ces deux formes : des mots pris au hasard et mis à côté l'un de\nl'autre sont juxtaposés ; des mots reliés par !e sens et formant une proposition\nsont enchaînés. Il en est de même pour les notes. L'enchaînement de plusieurs\naccords (résultant delà superposition de parties mélodiques) est obtenu lorsque\nun accord et celui dont il est suivi ont des notes communes ou lorsqu'on passe\nde l'un à l'autre, par intervalles de demi-ton. Le contraire n'a lieu que dans des\ncas exceptionnels, en vue d'effets précis. Au début du IIe acte de Guillaume Tell\nRossini fait se succéder les accords suivants en les répétant 4 fois chacun :\nparce qu'il veut produire un effet pittoresque « voici la mut » ; tout s'estompe,\ns'efface, se désagrège et se perd... De plus, entre les groupes de 4 accords, il y a\nune solution de continuité, un silence, en un mot 4 phrases distinctes. On pour-\nrait dire, en modifiant l'adage célèbre, pour l'appliquer à l'harmonie : musica\nnon facit saltus, la musique ne fait pas de bonds. 11 faut donc, en principe, quand\non passe d'un accord à un autre, que le changement mélodique ne s'effectue pas\nsur l'ensemble du premier accord, mais sur une ou quelques-unes de ses parties\nseulement : la transition doit être très douce, par degrés conjoints pour les notes\nqui changent. Par là, les notes intégrantes de l'accord sont très différentes de la\nbasse, et cela va de soi : la basse, étant simple, ne peut pas connaître les chan-\ngements partiels ; et, puisqu'elle supporte l'édifice polyphonique, elle n'admet,\ncomme les assises d'un monument, que des modifications radicales, franches,\ntout d'une pièce. Aussi progresse-t-elle par degrés disjoints, rarement par inter-\nvalles de seconde, plus souvent par intervalles de quarte, de quinte et d'octave,\npar intervalles de quarte surtout, car ce dernier a, sur tous les autres mou-\nvements harmoniques, une primauté qui va être expliquée ; grâce à lui, la basse\namène l'enchaînement des accords consonants et résout les autres. Enfin le\nmeilleur moyen d'amener un accord est de faire entendre avant lui l'accord con-\nstruit sur la dominante de sa tonique.\n11. La loi qui vient d'être posée (et qui se déduit des usages suivis par les\ngrands compositeurs) trouve son application dans le cycle des quintes et des\nquartes Voici ce qu'il faut entendre par là. On sait qu'un son quelconque, émis\navec une corde tendue, évoque une série d'autres sons partiels dont le pi emier est\nune quinte supérieure : un do fondamental est toujours accompagné d'un sol aigu,\nbeaucoup plus faible ;un ré implique un la, etc... C'est ce qu'on appelle, en acous-\ntique, le phénomène de la résonajice multiple. On peut donc considérer le son ut\ncomme « générateur » du sol placé une quinte plus haut. Aller de l'un à l'autre\nsera passer de la cause à l'effet, du père au fils ; de même si l'on passe du sol au\nré supérieur, du ré au la, et ainsi de suite... C'est le cycle des quintes. Inverse-\n\nCi) Résumé d'une leçon du Collège de France, par E. Dusselier."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "345", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3639, "texte": "ment, si l'on passe du sol à Yut inférieur, on remonte de l'effet à la cause, du fils\nau père. Et voici comme apparaît le cycle des quartes. Ldit inférieur au sol peut\nêtre remplacé (nous répondrons tout à 1 heure à l'objection) par Yut placé à l'oc-\ntave supérieure. Au lieu de dire\n, je puis dire\n. Je rem-\nplace une quinte descendante par une quarte ascendante qui me fait aboutir à\nla même note. Arrivé à Yut, au lieu de moduler sur la quinte inférieure (fa),\nje puis, par le même procédé, moduler à la quarte supérieure (fa) ; de là, et pouf\nla même raison, au si b , etc., etc... Théoriquement, cette série de quartes est\nindéfinie ; pratiquement, elle ne l'est pas, car, au delà d'une certaine limite (le\n9e degré de la série) elle aboutit à des sons que notre système de notation aurait\nquelque peine à représenter : doubles bémols, triples bémols, constituant des\ntonalités hors d'usage. A la 9e modulation, nous arrivons à un si bb , qui, dans\nla pratique, est assimilé à un la R. Ce la B nous amène àla quarte supérieure ré S,\npuis àun sol H , puis à un ut ti. Sur ce dernier degré, nous nous retrouvons à\nnotre point de départ, et la série recommence. De là le nom de cycle ; c'est un\ncercle, un recommencement perpétuel. Cette manière de présenter les choses\nest, sans doute, inadmissible pour un acousticien. Nos modulations par cycle\nde quartes supposent en effet qu'on peut transporter un son à son octave supé-\nrieure sans le modifier ; or, il nen est pas ainsi, disent avec raison les physiciens.\nIl est vrai ; mais les compositeurs font comme sil en était ainsi : et cela nous\nsuffit. La science déclare une chose incorrecte ; l'art l'admet cependant comme\ncorrecte. Cela prouve tout simplement que bart et la science sont deux choses\ndifférentes. Nous nous contentons ici du témoignage de notre Rameau, disant\nque passer d'un sol à l'ut supérieur équivaut à passer de ce même sol à l'ut\ninférieur, et que, dans le premier cas comme dans le second, le sol « retourne à\nsa source ». Le « cycle des quartes et des quintes » peut être considéré comme\nun moyen commode d'analyser le système de modulation des classiques (1).\nVoyons ce qu'il donne.\n111. On peut considérer les modulations du cycle des quartes comme s effectuant\nde la note fondamentale, servant de point de départ, sur un quelconque des\ndegrés de la série : d'ut àfa ; d'ut àsib ; d dit àmib;d9ut h la b ; d'ut àré b , etc.\nDe même pour le cycle des quintes, où toutes les modulations peuvent être\nramassées dans une même octave. Examinons successivement : les modu-\nlations de mineur à majeur; celles de majeur à mineur; celles de mineur à\nmineur. La première (non indiquée sur notre page d exemples) est très simple,\net très usuelle, bien que l'oreille puisse attendre, dans le\n-G- -G- -\ndernier accord un la b, déjà contenu dans la gamme sur laquelle est constiuit\nl'accord initial. Texte n° 1 (voir les exemples ci-après) : modulation d ut mineui\nau second degré du cycle des quartes, avec un exemple transposé tiré de Mendel-\nssohn 5 il y a entre la tonalité de mi 3 mineur (début de la 2e mesure) et celle de\nré S majeur, le même rapport qu'entre ut B et si b. Texte n° 2 : modulation d ut\nmineur au 3e degré du cycle des quartes, avec un exemple (transposé) tiré de Weber\n(fa 3 mineur modulant sur la b majeur, équivaut àut S mineur modulant sut un b\nmajeur). Texte n° 3 : modulation dut mineur au 4e degré du cycle des quai tes,\navec un exemple (transposé) tiré du Don Juan de Mozart (de/a* mineur àré *\n\n(i) Ainsi l'a employé Lndwig Bussler, dans son Partitur-Studium (Berlin, Cari Habel, 1882)»\n• ■ - ■-, ■■ j - - ■ ■ - »"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "346", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.8", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "F # ' \" ' : ' ' ' I\nmajeur). Texte n° 4,. modulation au 5e degré du cycle sur les basses à ajouter :\ndo\", la?. cf. Beethoven, Soiute en B dur. op 106, modulation de ré 0\nmineur à mi ? majeur. - Texte n° 5, modulation au 6e degré du cycle. Cette\ndernière est correcte, mais rare.\nIV. Examinons maintenant les modulations effectuées dans le cycle des\nquintes, de mineur à majeur : ut-sol-rë, etc. La première (non indiquée sur notre\n'• * f f v , •\nvwj j J sj ij. #\npage d'exemples) est très simple :\nTexte n° 6 (à gauche du\nchiffre), modulation au 2e degré du cycle. Le premier et le dernier accord appar-\ntiennent tous les deux à une même gamme (sol S mineur). Plus souvent, on trouve\nla modulation effectuée à l'aide de 1 accord de septième diminuée. (Texte n° 6,\nà droite du chiffre). Texte n° 7 : modulation au 30 degré du cycle des quintes.\nIci, chaque note du dernier accord est en contradiction avec les notes de la\ngamme dans laquelle le premier accord est construit. De plus, il n'y a aucune"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "347", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2673, "texte": "note commune entre l'accord initial et 1 accord de 7e de dominante '(mi, sol #, si B-\nré B, dominante de la B) qui sert d intermédiaire. Le changement par demi-tons\neffectué de toutes les notes du premier groupe à toutes celles du second, rend\nseul cette formule admissible. Texte n° 8 : modulation au 4e degré du cycle.\nOn trouve un exemple de cette formule dans le Lied de Schubert Aufenthàlt ;\nmais elle n'est employée que pour des effets exceptionnels. La raison de sa dureté\nest dans le changement enharmonique imposé au mi t>, qui devient un ré#. Le\nmi b est. habituellement traité comme un abaissement (du mi B) ; le ré#, ici note\nsensible, est une note qui au contraire tend vers le haut. Il y a donc une sorte de\ncontradiction à traiter ainsi une même note. —Texte n° 9 : La contradiction qui\nvient d'être signalée se retrouve ici entre la tierce mineure du premier accord\n(;m>) et la tierce majeure du dernier (ré#). De plus, le mi B semblerait devoir\naboutir au fa B ; le groupe dont il fait partie éveille plutôt 1 idée d un accord de\nsixte augmentée (solb, si mi B) qui donnerait lieu àla modulation suivante :\nTexte n° 10 : modulation au 6e degré du cycle des quintes. Nous touchons ici\nà la limite de la série. Cette formule n'est employée que comme synonyme en-\nharmonique de la suivante : do, mi t>, sol, do,— dob ,/a H, la?, réb siv,solby\nsi b,i éb.\nV. Examinons les mêmes modulations effectuées, suivant les mêmes cycles,\nde majeur à mineur.— Texte n° i i fcf. Don Juan, ier finale). Texte nos 12 et 13,\nmodulations aux 2e et 3e degrés du cycle des quartes. Texte n° 14. Le ton de\nla \\> mineur, comme celui de Icib majeur, a un rapport plus étroit avec le ton d dit\nmajeur, que ceux de ;nib mineur et de mi 3 majeur, ce qui justifie ici la modu-\nlation.— Texte n° 15 (cf. Wagner, Lohengrin, acte 11, passage de sol 3 majeur à\nla mineur). C'est une modulation identique à celle qui va de majeur à majeur,\navec cette seule différence que dans la résolution de l'accord de 7e, le fa change\nla tonalité en mineur. Texte n° 16. Modulation très agréable à l'oreille. Pas\nd'exemples à citer.\nVI. Modulations, dans le cycle des quintes, de majeur à mineur.\nLa ire et la 2e (non citées sur notre page d'exemples) sont très simples :\nTexte n° 17 : modulation très usuelle, à cause du « parallélisme » (relativité),\ncomme disent les Allemands, qu'il y a entre le ton de la B mineur et celui d ut\nmajeur. - Texte n° 18 : modulation encore très fréquente le mi de l'accord final\nétant la tierce de la tonique du ier; et assez souvent complétée par l'insertion\nd'un accord de la B mineur entre le premier et le second accord. —-Texte n° 19 :"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "348", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.10", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "modulation très usuelle, où Ton interprète la tonique du premier accord (ut)\ncomme la seconde diminuée de la tonique (si) du dernier (cf. Schumann, op. 39,\nn° 3, sur les mots .... durch den Wald). Texte n° 20 : lut de 1 accord initial\nest interprété de façon analogue au précédent. ;\nVII. Modulations de mineur à mineur. , v\nElles sont, en général, plus dures que de majeur à majeur.— Texte n° 21 ;\nexemples très communs. La modulation d'ut mineur au 2e degré du cycle des\nquintes,\n, est aussi usuelle ; la contradiction entre le la 5 d^\ni -f i *\\\nl'accord final et le /a t> de la gamme sur laquelle est construit 1 accord initial se\ntrouvant corrigée par l accord de septième intermédiaire. Texte n° 22 :la\ngamme d'ut mineur aunla b ', celle de la 3 mineur a ce qui crée un\nconflit. Peut-être la formule est-elle interprétée par l'oreille comme elle est\nécrite au texte n° 23. Texte n° 24 : l'identité de la quinte de tonique du ler ac-\ncord et de la tierce du dernier adoucit à peine la dureté de cette formule. Schu-\nbert en tire un bel effet (Aufenthalt, Schwanengesang, sur les mots: Wald,\nstarrender Fels, rauschender Strom). Texte n° 25 ; tout répugne à l'emploi d'une\ntelle formule, où toutes les notes de l'accord initial se trouvent abaissées, àla fin,\nd'un demi-ton, ce qui ne donne pas 1 impression d une différence de hauteur suf-\nfisante : le manque de rapport entre les 2 gammes sur lesquelles sont construites\nces deux accords, le changement par demi-ton des trois voix dont 1 une aboutit à\nune tierce diminuée, l'équivoque de cet accord de septième\nqui peut être pris pour un renversement d'accord de sixte augmenté (soF, mi H),\ncomme le texte n° 26. Texte n° 27 : à cette limite, nous retombons dans les\nchangements enharmoniques. Cette modulation équivaut en effet à celle du\n5e cycle des quartes :\nCf. Schubert, Schwanengesang, n° 3, sur les mots Luftiger Bahn Wohin et\nop. 24, n° 1."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-07-15_01#c017", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "348", "page_fin": "355", "image_debut": 10, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.2.4", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "348", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.10", "debut_caractere": 1933, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nLES MODES DIATONIQUES (suite) : LE MODE DORIEN AU POINT DE VUE DE LA MÉLODIE\nET DE L'HARMONIE.\n\nCette échelle de mi à mi « sans accidents » s'est appelée successivement : chez\nles Grecs, harmonie dorienne ; au moyen âge, le deuxième mode authentique,\n(deuterus authentus), et aussi le troisième mode (en comprenant les modes plagaux\ndans la nomenclature) ; enfin, par suite d une confusion que j'ai expliquée, elle\ns'est appelée mode phrygien, nom qui a seul persisté chez les compositeurs de la\nRenaissance. A l'étude de cette échelle se trouve liée l'étude de la S à la 3. Cette"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "349", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "dernière s'appelait, chez les anciens, mode hypodorien ; elle s'est appelée, chez\nles modernes, mode èolien. Pour éviter toute confusion ultérieure, il sera bon\nd'avoir présentes à l'esprit ces premières notions.\nLe premier fait à mentionner, quand on se place au point de vue de l'histoire\ngénérale, c'est que le mode dorien, caractérisé par la place du demi-ton entre\nle premier et le second degré, entre le cinquième et le sixième, est d'un usage\nquasi universel. Lorsque, pour rapprocher des mélodies populaires d'un mode\nantique, on prend des exemples chez les peuples méridionaux, on ne prouve pas\ngrand'choseen ce qui concerne l'universalité du mode considéré, attendu qu'entre\nles Grecs d'autrefois et certains peuples modernes, il a pu y avoir transmission\ndirecte ou par intermédiaires. Pour montrer que le dorien est un mode univer-\nsel, on pourrait prendre des exemples au Nord et au Midi, en Orient comme en\nOccident. On le rencontre partout. J'ouvre le recueil de mélodies populaires\nScandinaves, harmonisées par Ahlstrom (xvine siècle) ; j'y trouve, construites\nsur l'échelle dorienne, plusieurs mélodies dont je détache celle-ci (i) :\nbien que le fa % puisse être considéré ici comme tierce de ré ~ tonique, la mélo-\ndie a une clausule en pur dorien par suite de l'identité des deux échelles :\nVoici un air de danse australien, composé par des sauvages étrangers à toute\nthéorie musicale (cité par Hagen, dans sa « thèse de doctorat » Sur la musique de\n\n(1) Nordiska Folkvisor, arrangerade af Ahlstrom, n° 237, Den falske Riddaren. L'harmonisa-\ntion d'Ahlstrôm (rectifiée ici) est souvent défectueuse, conçue dans un esprit moderne."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.12", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1084, "texte": "quelques primitifs) ; air purement rythmique et fort curieux, ayant été sans doute\nen usage dans une de ces danses mimétiques où des chasseurs imitent en\ncroyant se donner par là un droit de prise sur lui les bonds de l'animal dont\nils veulent s'emparer :\nM. Sichel, chef de district à Madagascar, m'a communiqué, il y a quelques\njours, le chant de fête suivant (chant de fête Tetsimisaraka), très répandu dans\nl'île, paraît-il :\nC'est un mixolydien antique, qui, par le Ja #, devient un dorien :\nDe notre Moyen âge, je citerai la gracieuse mélodie contenue dans le chan-\nsonnier de Saint-Germain :\nJe ne parle ni des mélodies grégoriennes, ni du psautier protestant, français\nou flamand (Souter hedekens). Chez les mcdernes aussi, les exemples abondent.\nMozart fait usage du dorien lorsqu il introduit un la dans ce passage de la\nFlûte enchantée :\nau lieu de\n, qui eût été bien plus\nfade et inexpressif. Cette réalisation du dorien sur l'échelle sol \\>la bsi do ré bmi\nfa sol, se retrouve dans la Carmen de notre Bizet (avec l'altération passagère\nla B) :"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "351", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3300, "texte": "et dans la Snegoruschka de Rimsky-Korsakow (Prologue, p. 49 de la partition\npiano et chant) :\nJe cite ces textes, pris un peu partout, uniquement pour donner une idée de\nl'importance du fait étudié. Restreignons-nous maintenant dans le domaine de\nnotre musique, consultons ceux qui ont fait la théorie du dorien, et voyons com-\nment il a été traité, au double point de vue de la mélodie et de 1 harmonie.\nAu sujet du mode dorien, les Grecs antiques ont eu deux illusions. D'abord\nils le considéraient comme national et croyaient l'avoir inventé. Aux Hellènes\nétablis à l'opposé de la mer Egée, sur la côte occidentale de l'Asie mineure, ils\nabandonnaient volontiers les harmonies voluptueuses, convenables aux libres\n« beuveries » (c7i/p-7roTtxai, dit Platon) ; mais ils établissaient une connexion\nétroite entre le mode dorien et le génie de Sparte ; ils le regardaient comme le\nmode hellénique par excellence 11 est infiniment probable, d'après ce que j'ai\nindiqué tout à l'heure, que cette opinion était une honnête et naïve croyance de\nnationalistes ardents ou une assertion de théoricien, ou l'erreur d'un philosophe.\nPar une seconde illusion, les Grecs ont vu dans le mode dorien la seule forme\nd'expression musicale qui convint à un citoyen parfait, à la fois vaillant dans la\nguerre et dans la paix ; ils lui ont donné le même prestige qu'à ce génie de\nSparte, si fortement discipliné, dont tous les moralistes ont loué la grandeur\navec enthousiasme : « L'harmonie dorienne est étrangère à la joie, elle répudie\nla mollesse ; sombre et énergique, elle ne connaît ni la richesse du coloris ni\nla souplesse de la forme, elle possède un caractère viril et grandiose » . Ainsi paile\nHéraclide (cité par Athénée h Platon (Rép., 111, 399 a-c) développe complaisam-\nment cette opinion, et Aristote (PoL, VIII, 5) assuie qu'elle était unanime. L'é-\npithète dont se servent habituellement les anciens pour caractériser le dorien\nr t\nest <J£[J<VQÇ = sévere, austère, auguste, vénéré. Après la fin delà civilisation anti-\nque, les modernes, trop disposés à mettre l'autorité de la tradition au-dessus\nde l'observation et du témoignage des faits, ont souvent reproduit cette manière\nde voir. Guy d'Arezzo (xie siècle De mod. form., p. 107), à une époque où le\ndorien n'avait plus sa forme primitive, disait \" « per deuterum, dignitates vel\nqualitates animorum indicere possumus : le dorien permet d'exprimer la noblesse\net les vertus de l'âme. » Au xvme siècle, l'abbé Poisson le juge un peu par voie\nde contraste, et ainsi lui fait tort : « Le IIIe mode, dit-il, est propre aux textes\nqui marquent beaucoup d'action, d'impétuosité, des désirs véhéments, des\nmouvements de colère, d'ardeur... Il convient aux sujets qui annoncent l'orgueil,\nla hauteur, la cruauté, les paroles dures et celles qui traitent des combats spi-\nrituels ou corporels ». (Poisson, Traité du plain-chant, 1750, p. 247-248.) En\nsomme, le dorien est réputé âpre et dur, dénué de tendresse. Il s'en faut que\ntoutes les compositions musicales justifient cette caractéristique 1\nQue le mode dorien ait une noblesse, une grandeur particulières, c'est incon-\ntestable : il doit ces qualités à sa seconde et à sa tierce mineure, et à l'absence\nde note sensible. Mais remarquons que tous les sentiments peuvent"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "avoir grandeur et noblesse, et que par conséquent tous, sans exception, ont pu\nêtre exprimés, et ont été effectivement exprimés en dorien. C est un mode sur\nlequel on a prié, on a aimé, on a rêvé, on a gémi, on a dansé. Voici un introït :\nen pur dorien où s'exprime la plus vive allégresse (le 8 décembre, fête de l'lm-\nmaculée Conception, messe) : Gaudens gaudebo : Ayant de la joie, je me réjouirai\n[dans le Seigneur), tels sont les deux premiers mots. Exultabit anima mea : mon\nâme bondira de joie, est-il dit dans la suite :\nCf. les introïts Exultabo in Jei usalem et gaudebo in populo meo (juin, messe p. S. Boniface)\nVocem jucunditatis annuntiate (5e dim. après Pâques) ; Sancti tui, Domine (messe de plusieurs\nmartyrs, au temps pascal) ; Sacerdotes tui (messe d'un confesseur pontife) ; Caritas dei diffusa est\n(messe de mai, S. Philippe de Néri) ; Factum est cor meum tanquam cera liquescens (messe de\njuin, S. François Caracciolo) ; Nunc scio vere (29 juin); Redemisti nos (juillet, messe du Précieux\nSang); Dispersit, dédit pauperibus (août, dimanche dans l'octave de l'Assomption) ; Benedicite\nDo min u m omnes Angeli (messe du 29 sept.); Omnis glo)-ia ejus (3e dim. après la Pentecôte).\nLes offertoires : Deus tu convei sus (2e dim. de l'Avent) ; Lauda Jérusalem Dominum (Patronage\nde S. Joseph) ; Filice regum (p. une Vierge non martyre) ; cum esset desponsa (maternité\nde la Vierge). Les graduels : Adjutor in opportunitatibus (Dim. de la Septuagésime) ; Juravit\nDominus {l2 mars). Les antiennes : Dum esset rex in accubitu suo (commun des saintes\nfemmes, aux vêpies) ; Simeon Justus (février, aux vêpres) ; Elisabeth Zachariœ (24 juin, vêpres) ;\nInter natos mulierum id.); Credo videre bona Domini (office des morts) ; Post iriduum inve-\nnerunt Jesum (La Sainte Famille, aux vêpres) ; Suscepit nos Dominus (Fête du Sacré-Cœur,\nvêpres), etc...\nCes finales en dorien, avec l égalité des notes, ont une noblesse qui fait la\nbeauté du plain-chant :\n(hymne pour un et plusieurs martyrs, temps pascal) ; mais renfermer ce mode\ndans l'expression d'une catégorie de sentiments déterminée, est une idée de\ngrammairien ou de métaphysicien que contredit le répertoire de l'Eglise. Reve-\nnons à des analyses purement musicales.\nDu dorien antique, spécialement employé dans le chant accompagné de la\ncithare ou de la lyre, il nous reste deux spécimens : Y Hymne à la Muse, attribué\nà Mésomède, musicien originaire de l'île de Crète, sous le règne d'Hadrien\n(2e s. de 1 ère chrétienne) et Y Hymne au Soleil, œuvre dont le titre éveille des"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "idées de polyphonie et d'orchestration brillantes dans l'imagination d'un mo-\nderne, mais qu'il faut lire en oubliant les mélodies de M. Alexandre Georges,\nou la symphonie de M. Camille Saint-Saèns sur Le feu du ciel ! Dans cet\nHymne au Soleil (Helios), qui est d'une pauvreté musicale très remarquable, il y\na quelque chose qui eût choqué l'oreille des musiciens du moyen âge, et (à partir\ndu xe siècle environ) leur aurait paru antimusical: c'est le triton (/a-sol-la-sf H)\nqui reparaît plusieurs fois (vers 3, 5, 7, 10, 12, 16). Au moyen âge, à partir\nd'une certaine époque, on cherche à éviter cet intervalle, là même où une des\nnotes du triton n'est pas émise, mais pourrait être sous entendue. Nous en avons\nle témoignage dans ce texte de Guido d'Arezzo: « Istemodus non (adeo) aliorum\nauthenticorum servat régulant : cum enim quinto alii habent formulas, iste insuper\ntexto : ce mode (le IIIe) ne suit pas la même règle que les autres modes authen-\ntiques ; les autres terminent sur le 5e degré, celui-ci sur le 6e. »Il ressort de ce\ntexte que, avant l'époque de Gui, c'est-à-dire avant le xie siècle, la dominante\ndu IIIe mode (si B) s'était déplacée ;le 5e degré ascendant avait été remplacé, au\npoint de vue de sa fonction modale, par le 6e (ut), le si < devenant une simple\nnote de passage. Ce déplacement entraîna une modification essentielle du\nmode : le mi, jusqu'alors fondamental, fut considéré (par suite du son final\nut) comme médiante de l'accord do-mi sof ou comme quinte de la triade\nla-do-mi.\nUn autre moyen fut employé pour éviter le triton, au risque de bouleverser\norganiquement le mode antique et de provoquer des confusions ultérieures. On\néleva d'un demi-ton le second degré {fa 2 au lieu de fa , de façon à obtenir\nune échelle qui était identique à celle de l'éolien (la), échelle qui elle-même était\nidentique à celle de ré (avec si i?) :\ndorien antique dorien moderne éolien protus (ier mode du plain-chant).\nAinsi s'explique que certaines antiennes (comme Domine, quinque talenta) qui,\nà l'époque de Régimon (ix-xe s.A étaient chantées dans le mode de mi se chan-\ntent depuis Gui d'Arezzo en ier mode (ré)\nDepuis le xe siècle, où la structure organique du système se modifie par le\ndéplacement de la dominante, le mode dorien a perdu peu à peu dans le chant\nliturgique l'importance qu'il avait autrefois. Mais nous le retrouvons dans le\nchant populaire et dans les oeuvres polyphoniques dé la Renaissance, soit à l'état\npur, soit avec des altérations nouvelles.\nComment les mélodies composées dans le mode phrygien ont-elles été traitées\npar les musiciens de la Renaissance ? Quel est le mécanisme de ce mode }\nLe phrygien (il s'appelle désormais ainsi) a une situation un peu spéciale, et\nvoici pourquoi.\nIl a une tierce et une sixte mineure, et. ce qui le distingue de toutes les autres"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.16", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "échelles modales, une seconde mineure {/a). Sans ce fa B, on retomberait (avec\nun fa % dans la gamme éolienne (de la à la). Ce /a B détermine aussi et exige la\n7e mineure, ré B, note laquelle il fait une triade complémentaire; d'ailleurs\nle ré # est inconnu de l'ancienne théorie ; et, de plus, c'est un principe, pour tous\nles modes diatoniques comme pour tous les tons du plain-chant, qu il n'y ait\njamais deux intervalles de demi ton consécutifs (tels ques/B-rfoß, ré%~mi) La\nconséquence de cette organisation, c'est que le phrygien ne peut pas faire une\ncadence complète ou parfaite (au point de vue du système moderne) sur sa finale ;\nil lui faudrait, pour cela, l'accord si ré# fa%, qu'il ne peut pas former.\nOn a suppléé à cette lacune en employant diverses cadences dites phrygiennes,\nqui ont beaucoup de charme: i° changement de fonction du mi final, qui de\ntonique devient quinte, et modulation en ia éolien :\nCette modulation en la est si intéressante et susceptible d'un effet si expressif,\nque Schumann l'adopte dans ses exquises Scènes d'enfants, alors même que\nl'introduction d'un ré# lui permettrait de conclure sur l'accord de mi B mineur\nEt rien n'est plus délicat, rien n'est plus poétique et charmant que cette clausule\nqui laisse la phrase indécise et en suspens :\n2° On fait conclure le dorien, à la dominante du mode éolien, sur un accord\nmajeur, avec un sol% qui est étranger au système :\nCe n'est encore qu'une cadence « imparfaite » pour l'oreille moderne. Voici\nun choral protestant en dorien (aus tiefer Noth Schrei ich zu dir) :\ndont Bach a ainsi harmonisé la seconde période (i) :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.17", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "En somme, le phrygien (dorien) est prisonnier de sa sous-dominante, la (1) ;\nde ce /a, il peut passer en ré : exemple curieux d'un mode qui a un accord de\ntonique mineur, et qui, si on ne lui adjoint pas une note étrangère, doit moduler\nsur deux autres accords mineurs. Cette connexion est le contraire de celle qui\nrattache le majeur ionien (ut) aux majeurs mixolydien (sol) et lydien (fa). Mais\nvoici une autre ressource qui fait compensation et, en arrachant le phrygien à\nà son perpétuel mineur, permet de le considérer sous un autre aspect. Le mi\nfondamental est tierce d\\it\\ Or, toute la gamme ionienne peut faire cortège àla\ngamme phrygienne en se supposant à elle :\nLe phrygien peut donc moduler en ionien : et de là, il peut passer en sol (ionien,\navec fa%) De cette faculté mise à profit, il résulte que le phrygien, étant\nsous la dépendance de l'éolien, qui lui fournit des éléments démodulation, et de\nhionien, est en quelque sorte attiré vers le registre grave ; aussi apparaît-il\nsouvent transposé en ré avec 2 bémols, ou en ut avec 4 .De plus, les mélodies\nqui lui appartiennent ne commencent pas toujours par la tonique, mais par\nun des sons indiquant les modes dans lesquels il aime à passer. (Cf. J.-S. Bach,\nchoral 214, ibid.)\n(A suivre. )\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-07-15_01#c018", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "348", "page_fin": "355", "image_debut": 10, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.2.4.1", "titre_corps": "LES MODES DIATONIQUES (suite) : LE MODE DORIEN AU POINT DE VUE DE LA MÉLODIE ET DE L'HARMONIE.", "titre_sommaire": "LES MODES DIATONIQUES (suite) : LE MODE DORIEN AU POINT DE VUE DE LA MÉLODIE ET DE L'HARMONIE.", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "348", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.10", "debut_caractere": 1961, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "LES MODES DIATONIQUES (suite) : LE MODE DORIEN AU POINT DE VUE DE LA MÉLODIE\nET DE L'HARMONIE.\n\nCette échelle de mi à mi « sans accidents » s'est appelée successivement : chez\nles Grecs, harmonie dorienne ; au moyen âge, le deuxième mode authentique,\n(deuterus authentus), et aussi le troisième mode (en comprenant les modes plagaux\ndans la nomenclature) ; enfin, par suite d une confusion que j'ai expliquée, elle\ns'est appelée mode phrygien, nom qui a seul persisté chez les compositeurs de la\nRenaissance. 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Lorsque, pour rapprocher des mélodies populaires d'un mode\nantique, on prend des exemples chez les peuples méridionaux, on ne prouve pas\ngrand'choseen ce qui concerne l'universalité du mode considéré, attendu qu'entre\nles Grecs d'autrefois et certains peuples modernes, il a pu y avoir transmission\ndirecte ou par intermédiaires. Pour montrer que le dorien est un mode univer-\nsel, on pourrait prendre des exemples au Nord et au Midi, en Orient comme en\nOccident. On le rencontre partout. J'ouvre le recueil de mélodies populaires\nScandinaves, harmonisées par Ahlstrom (xvine siècle) ; j'y trouve, construites\nsur l'échelle dorienne, plusieurs mélodies dont je détache celle-ci (i) :\nbien que le fa % puisse être considéré ici comme tierce de ré ~ tonique, la mélo-\ndie a une clausule en pur dorien par suite de l'identité des deux échelles :\nVoici un air de danse australien, composé par des sauvages étrangers à toute\nthéorie musicale (cité par Hagen, dans sa « thèse de doctorat » Sur la musique de\n\n(1) Nordiska Folkvisor, arrangerade af Ahlstrom, n° 237, Den falske Riddaren. L'harmonisa-\ntion d'Ahlstrôm (rectifiée ici) est souvent défectueuse, conçue dans un esprit moderne."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.12", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1084, "texte": "quelques primitifs) ; air purement rythmique et fort curieux, ayant été sans doute\nen usage dans une de ces danses mimétiques où des chasseurs imitent en\ncroyant se donner par là un droit de prise sur lui les bonds de l'animal dont\nils veulent s'emparer :\nM. Sichel, chef de district à Madagascar, m'a communiqué, il y a quelques\njours, le chant de fête suivant (chant de fête Tetsimisaraka), très répandu dans\nl'île, paraît-il :\nC'est un mixolydien antique, qui, par le Ja #, devient un dorien :\nDe notre Moyen âge, je citerai la gracieuse mélodie contenue dans le chan-\nsonnier de Saint-Germain :\nJe ne parle ni des mélodies grégoriennes, ni du psautier protestant, français\nou flamand (Souter hedekens). Chez les mcdernes aussi, les exemples abondent.\nMozart fait usage du dorien lorsqu il introduit un la dans ce passage de la\nFlûte enchantée :\nau lieu de\n, qui eût été bien plus\nfade et inexpressif. 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Guy d'Arezzo (xie siècle De mod. form., p. 107), à une époque où le\ndorien n'avait plus sa forme primitive, disait \" « per deuterum, dignitates vel\nqualitates animorum indicere possumus : le dorien permet d'exprimer la noblesse\net les vertus de l'âme. » Au xvme siècle, l'abbé Poisson le juge un peu par voie\nde contraste, et ainsi lui fait tort : « Le IIIe mode, dit-il, est propre aux textes\nqui marquent beaucoup d'action, d'impétuosité, des désirs véhéments, des\nmouvements de colère, d'ardeur... Il convient aux sujets qui annoncent l'orgueil,\nla hauteur, la cruauté, les paroles dures et celles qui traitent des combats spi-\nrituels ou corporels ». (Poisson, Traité du plain-chant, 1750, p. 247-248.) En\nsomme, le dorien est réputé âpre et dur, dénué de tendresse. 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Dans cet\nHymne au Soleil (Helios), qui est d'une pauvreté musicale très remarquable, il y\na quelque chose qui eût choqué l'oreille des musiciens du moyen âge, et (à partir\ndu xe siècle environ) leur aurait paru antimusical: c'est le triton (/a-sol-la-sf H)\nqui reparaît plusieurs fois (vers 3, 5, 7, 10, 12, 16). Au moyen âge, à partir\nd'une certaine époque, on cherche à éviter cet intervalle, là même où une des\nnotes du triton n'est pas émise, mais pourrait être sous entendue. Nous en avons\nle témoignage dans ce texte de Guido d'Arezzo: « Istemodus non (adeo) aliorum\nauthenticorum servat régulant : cum enim quinto alii habent formulas, iste insuper\ntexto : ce mode (le IIIe) ne suit pas la même règle que les autres modes authen-\ntiques ; les autres terminent sur le 5e degré, celui-ci sur le 6e. »Il ressort de ce\ntexte que, avant l'époque de Gui, c'est-à-dire avant le xie siècle, la dominante\ndu IIIe mode (si B) s'était déplacée ;le 5e degré ascendant avait été remplacé, au\npoint de vue de sa fonction modale, par le 6e (ut), le si < devenant une simple\nnote de passage. Ce déplacement entraîna une modification essentielle du\nmode : le mi, jusqu'alors fondamental, fut considéré (par suite du son final\nut) comme médiante de l'accord do-mi sof ou comme quinte de la triade\nla-do-mi.\nUn autre moyen fut employé pour éviter le triton, au risque de bouleverser\norganiquement le mode antique et de provoquer des confusions ultérieures. On\néleva d'un demi-ton le second degré {fa 2 au lieu de fa , de façon à obtenir\nune échelle qui était identique à celle de l'éolien (la), échelle qui elle-même était\nidentique à celle de ré (avec si i?) :\ndorien antique dorien moderne éolien protus (ier mode du plain-chant).\nAinsi s'explique que certaines antiennes (comme Domine, quinque talenta) qui,\nà l'époque de Régimon (ix-xe s.A étaient chantées dans le mode de mi se chan-\ntent depuis Gui d'Arezzo en ier mode (ré)\nDepuis le xe siècle, où la structure organique du système se modifie par le\ndéplacement de la dominante, le mode dorien a perdu peu à peu dans le chant\nliturgique l'importance qu'il avait autrefois. Mais nous le retrouvons dans le\nchant populaire et dans les oeuvres polyphoniques dé la Renaissance, soit à l'état\npur, soit avec des altérations nouvelles.\nComment les mélodies composées dans le mode phrygien ont-elles été traitées\npar les musiciens de la Renaissance ? Quel est le mécanisme de ce mode }\nLe phrygien (il s'appelle désormais ainsi) a une situation un peu spéciale, et\nvoici pourquoi.\nIl a une tierce et une sixte mineure, et. ce qui le distingue de toutes les autres"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.16", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "échelles modales, une seconde mineure {/a). Sans ce fa B, on retomberait (avec\nun fa % dans la gamme éolienne (de la à la). Ce /a B détermine aussi et exige la\n7e mineure, ré B, note laquelle il fait une triade complémentaire; d'ailleurs\nle ré # est inconnu de l'ancienne théorie ; et, de plus, c'est un principe, pour tous\nles modes diatoniques comme pour tous les tons du plain-chant, qu il n'y ait\njamais deux intervalles de demi ton consécutifs (tels ques/B-rfoß, ré%~mi) La\nconséquence de cette organisation, c'est que le phrygien ne peut pas faire une\ncadence complète ou parfaite (au point de vue du système moderne) sur sa finale ;\nil lui faudrait, pour cela, l'accord si ré# fa%, qu'il ne peut pas former.\nOn a suppléé à cette lacune en employant diverses cadences dites phrygiennes,\nqui ont beaucoup de charme: i° changement de fonction du mi final, qui de\ntonique devient quinte, et modulation en ia éolien :\nCette modulation en la est si intéressante et susceptible d'un effet si expressif,\nque Schumann l'adopte dans ses exquises Scènes d'enfants, alors même que\nl'introduction d'un ré# lui permettrait de conclure sur l'accord de mi B mineur\nEt rien n'est plus délicat, rien n'est plus poétique et charmant que cette clausule\nqui laisse la phrase indécise et en suspens :\n2° On fait conclure le dorien, à la dominante du mode éolien, sur un accord\nmajeur, avec un sol% qui est étranger au système :\nCe n'est encore qu'une cadence « imparfaite » pour l'oreille moderne. Voici\nun choral protestant en dorien (aus tiefer Noth Schrei ich zu dir) :\ndont Bach a ainsi harmonisé la seconde période (i) :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.17", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "En somme, le phrygien (dorien) est prisonnier de sa sous-dominante, la (1) ;\nde ce /a, il peut passer en ré : exemple curieux d'un mode qui a un accord de\ntonique mineur, et qui, si on ne lui adjoint pas une note étrangère, doit moduler\nsur deux autres accords mineurs. Cette connexion est le contraire de celle qui\nrattache le majeur ionien (ut) aux majeurs mixolydien (sol) et lydien (fa). Mais\nvoici une autre ressource qui fait compensation et, en arrachant le phrygien à\nà son perpétuel mineur, permet de le considérer sous un autre aspect. Le mi\nfondamental est tierce d\\it\\ Or, toute la gamme ionienne peut faire cortège àla\ngamme phrygienne en se supposant à elle :\nLe phrygien peut donc moduler en ionien : et de là, il peut passer en sol (ionien,\navec fa%) De cette faculté mise à profit, il résulte que le phrygien, étant\nsous la dépendance de l'éolien, qui lui fournit des éléments démodulation, et de\nhionien, est en quelque sorte attiré vers le registre grave ; aussi apparaît-il\nsouvent transposé en ré avec 2 bémols, ou en ut avec 4 .De plus, les mélodies\nqui lui appartiennent ne commencent pas toujours par la tonique, mais par\nun des sons indiquant les modes dans lesquels il aime à passer. (Cf. J.-S. Bach,\nchoral 214, ibid.)\n(A suivre. )\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-07-15_01#c040", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "355", "page_fin": "360", "image_debut": 17, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.2.5", "titre_corps": "Horace en musique. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE", "titre_sommaire": "Horace en musique. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE", "signature_source": "PAUL MASSON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.17", "debut_caractere": 1306, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "Horace en musique.\nCONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE\nAU XVIe SIÈCLE\n\nLes humanistes du xvie siècle, désireux de reconstituer dans son intégrité la\npoésie des anciens, étaient naturellement amenés à y joindre la musique, et, faute\nd'avoir retrouvé les véritables mélodies des vers antiques, ils y adaptèrent des\nmélodies nouvelles. On mit surtout en musique les poètes latins, plus univer-\nsellement connus que les grecs et aussi familiers au public cultivé que les\nauteurs contemporains eux-mêmes. Et, parmi les œuvres de la poésie latine, ce\nfurent surtout les Odes d'Horace qui tentèrent les musiciens humanistes. Le\npoète qui célébra les gloires de ce siècle d'Auguste, si vivant pour les hommes\nde la Renaissance, l'épicurien délicat qui rehaussait de mélancolie et de morale\nses chansons et ses badinages était sans doute l'auteur préféré des lettrés du\nxvic siècle. Mais si Horace attira l'attention des musiciens, c'est avant tout parce\nqu il avait importé à Rome les mètres d'Alcée, de Sapho, d'Anacréon et des\npoètes Alexandrins, c'est parce que ses Odes constituaient un véritable réper-\ntoire des rythmes lyriques de l'antiquité. Aussi, dès le début du xvie siècle, les\nodes d'Horace avaient été mises en musique en Allemagne par Pierre Tritonius,\nà l'instigation du célèbre humaniste Conrad Celtes, et d'autres adaptations mu-\nsicales en furent faites, notamment par Senfl et par Hofheimer. Il se produisit\nainsi au delà du Rhin, pendant la plus grande partie du xvie siècle, un mou-\nvement extrêmement curieux pour l'étude des rapports de l'humanisme et de\n\n(i) Cf. le choral de Bach n° 16 (ibid.)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.18", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "la musique (i). En France, ce mouvement paraît avoir été beaucoup moins\nimportant. Ce qui est sûr, c'est qu'il a laissé fort peu de traces, et il semble\nque fort peu de musiciens français, au xvie siècle, se soient souciés de mettre en\nmusique des odes d'Horace.\nClaude Goudimel• Dans son « Manuel du libraire », à 1 article Ho? atius,\nBrunet (2) mentionne une oeuvre de Goudimel, parue en 155 s et portant le\ntitre suivant : « Q. Horatii Flacci poetae lyrici odae omnes quotquot carminum\ngeneribus différant ad rhythmos musicos redactae. Parisiis, ex typog?.\nNicolai Du Chemin et Claudii Goudimelli, » L'ouvrage serait signé\nClaudius Godimellus Bisuntinus et dédié à Gérard Gryphius, professeur à Nar-\nbonne. On peut voir, d'après le titre seul, que ces compositions ont dû être\nfaites dans le même esprit que celles des maîtres allemands de la même\népoque. En effet, le compositeur semble s'être proposé de mettre en musique\ntoutes les odes qui diffèrent par le genre de mètre (<quotquot carminum generibus\ndijfferunt) .Or, l'expression généra carminum, au sens de type métrique ou strophi-\nque, se rencontre couramment dans les œuvres des musiciens humanistes\nallemands: ils composaient des airs différents pour chacun des divers généra\ncarminum, et l'on chantait sur le même air chaque ode de même type. Cette ana-\nlogie peut être induite avec certitude du titre de l'ouvrage ; mais il serait plus\nintéressant de pouvoir la constater par la lecture des compositions musicales\nelles-mêmes, et l'on pourrait faire à ce propos des comparaisons instructives.\nMalheureusement l'ouvrage de Goudimel, que Brunet mentionne comme « rare»,\nn'a pu être retrouvé. Nous devons donc nous contenter du titre et des quelques\nindications qu'on en peut tirer.\nDe manuscrit fr. i<q.o<qB de la Bibliothèque Nationale. On trouve une\node d'Horace, mise en musique pour voix seule, dans le manuscrit fr. 19.098\nde la Bibliothèque Nationale (feuillet 13 r°). Ce manuscrit contient des fragments\nd'un traité de musique comprenant au moins trois livres. C'est un brouillon\ntrès mal écrit et par endroits très raturé : la lecture en est fort pénible. On lit\nen marge du premier feuillet (recto) : «Ce livre a esté mis au net et achevé le\n17e juin 1581. »\nLes fragments contenus dans le manuscrit comprennent 28 feuillets de pa-\npier (273 sur 193 millimètres). Après une courte préface et des considérations\ngénérales sur le « nom et définition de musique » et sur la « division de musi-\nque » en « organique » et en « musique vocale », 1 auteur anonyme traite avec\ndétail de la musique grecque ; à remarquer au feuillet 6 r° une transcription de\nl'ode d'Horace en question, écrite dans la notation musicale grecque et portant\nla mention : «Trois saphiques avec Tadorne mode iEolienne ». Puis viennent des\nchapitres sur la musique proportionnelle, avec un tableau des notes et des si-\nlences (feuillet 10; et la théorie des modes ecclésiastiques. Le début du livre II\n(feuillet 14) traite des intervalles (« espaces») ; la théorie des modes est reprise\npendant quelques feuillets (3) ; on trouve ensuite une série de curieux chapitres\n\n(1) Cf. R. von Liliencron, « Die Horazischen Metren in deutschen Kompositionen des 16.\nJahrhunderts ». (Vierteljahrsschr. F Musikwiss, IIIe année ( 1887), p. 26-91. La question s est\nétendue depuis le travail de M. Liliencron et mérite peut être d'être reprise.\n(2) Manuel du libraire, 5e éd. 1861, col. 326. Michel Brenet, Claude Goudimel (Besançon,\nPaul Jarquin, 1898, in-8°), p. 20 et 21.\n(3) Il ne faut pas perdre de vue que le manuscrit présente des lacunes considérables et que,\nmême dans les fragments qui restent, certains feuillets paraissent avoir été transposés."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.19", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "sur la métrique musicale, intitulés: « Des pieds des chansons » ( 1) (feuillet 19 r°),\navec un tableau des pieds métriques notés musicalement), « Notables sur les\npieds des Carmes » (feuillet 19 v° ; avec, au f. 22 v°, une strophe saphique fran-\nçaise en musique), « Des couplets des chansons » (feuillet 25) : la structure des\ncouplets, qui peuvent être « dicoles distrophes », « dicoles tristrophes », « tricoles\ntétrastrophes », etc., est désignée par une terminologie métrique qui présente\ndes ressemblances curieuses avec celles de Baïf. Le livre 111, qui est fort incom-\nplet, contient des chapitres sur la « symphonie», sur les consonances, sur le\ncontrepoint, sur le faux-bourdon. ~ etc. Je n'ai pu retrouver la copie annoncée\nau premier feuillet, ni déterminer avec certitude quel est l'auteur de ce traité.\nQuel que soit cet auteur, il paraît être très versé dans la théorie de la musi-\nque grecque, avoir la pratique de l'hébreu (v. feuillet 11 v°) et n'être pas étran-\nger aux préoccupations de métrique musicale qui, depuis 1570, avaient provo-\nqué en France la création d'une musique « mesurée à l'antique ».\nSi j'ai insisté un peu longuement sur la description de ce manuscrit, c'est qu'il\nn'est guère connu, quoiqu'il soit de nature à exercer d'une façon profitable la\npatience des chercheurs. L'ode d'Horace qui s'y trouve notée au feuillet 13 r°\nest la deuxième du livre premier. Je crois qu'il peut être intéressant d'en repro-\nduire ici la mélodie (2) :\nOn remarquera que, dans cette transcription musicale d'une ode saphique, le\nsouci de marquer nettement la mesure musicale conduit l'auteur à modifier par-\nfois les valeurs données à la longue et à la brève du vers (3). C'est ainsi que la\nlongue est tour à tour traduite par 0 et par J., la brève par J et par J.\nEtienne Du Chemin. Jusqu'à présent, je ne connais pas d'autre exemple\nfrançais d'odes d'Horace mises en musique au xvie siècle. Il nous faut aller jus-\nqu'au début du xvne siècle pour retrouver de nouvelles tentatives de ce genre.\nDans son Harmonie universelle (1636) Mersenne cite deux odes d'Horace mises en\nbeaucoup d'Odes musique par « Monsieur Du Chemin Advocat au Parlement,\nqui a déjà mis de Pindare et d'Horace en Musique suivant la mesure, et le\npropre mouvement que requiert la nature de chaque vers (4) ». Selon Fétis, ce\nDu Chemin aurait publié en 1661 un recueil d'Odes d'Horace mises en musique\n\n(1) Ce titre a été barré, mais reste parfaitement lisible.\n(2) Je n'y ai apporté d'autres modifications que la division par barres de mesure et la substi-\ntution corrélative du signe 2 au signe\n(3) Si l'on veut se renseigner sur l'état des études de métrique en France vers le milieu du\nxvie siècle, on pourra lire utilement les trois ouvrages suivants de René Guillon : i° De gene-\nribus carminum graecorum (2e éd ), Pans, Wechel, 1560, in-40 (50 p.) ; 2° Gnomon... perneces-\nsciritim ac perutile, volentibus serio studio rimari arcana Poetarum omnium Graecorum, Paris,\nWechel, 1556, in-40 (70 p.) ; 30 Gnomon... pernecessarium ac perutile, volentibus serio studio\nrimari arcana Poetarum omnium latinorum, Paris, Wechel, 1557, in-40 (^2 O*\n(4) Traitez de la voix et des chants, p 180. La deuxième de ces Odes n'est pas explicitement\nattribuée par Mersenne à Du Chemin. Mais lecontexte ne permet aucun doute sur cette attribution."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.20", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "à quatre parties (i), que je n'ai pas retrouvé. Quoi qu'il en soit, il ne faudrait\npas le confondre avec Nicolas Du Chemin, le graveur de musique du\nxvie siècle, qui édita précisément les mélodies de Goudimel sur les odes\nd'Horace. Les deux airs de Du Chemin que cite Mersenne sont adaptés, 1 un à la\npremière ode du 3e livre, l'autre à I ode 4 du premier livre. Le premier se trouve\nà la page 395 du Traité de la composition, le second à la page 418. Je les repro-\nduis ici, bien qu'ils soient du xvne siècle, parce qu'en réalité ils ne sont pas\nsans rapport avec l'esprit de la Renaissance.\nI\n\n(1) Ce qui est sûr, c'est qu il ne les avait pas publiées en 1636, puisqueMersenne peut écrire :\n* Si quelqu'un desire plusieurs autres Odes d Horace mises en Musique, suivant leurs propres\nmouvemens, je ne doute nullement que Monsieur du Chemin ne leur en monstre, et ne leur en\nface oûyr tres-librement, s'ils prennent la peine de l'en prier... » (Traité de la composition,p. 395.)\n(2) « Il n y a point d'autres différences dans les couplets qui suivent le premier, sinon qu'en\ntous les seconds vers la première syllabe est longue, et partant doit estre d'une demie mesure :\nmais parce que la syllabe/a de Favete du premier couplet est brefve, il y a un souspir devant\npour faire paroistre ladite briefve, en gardant néantmoins le mesme temps. » (Mersenne, ibid ,\nP- 395-)\n(3) Cette barre, la seule qui se trouve dans le texte, marque la séparation des deux strophes."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.21", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "II\nOn peut faire sur ces textes, au point de vue rythmique, les mêmes remarques\nque sur le texte du manuscrit dont il a été question. Les longues et les brèves\ndu vers sont susceptibles de prendre, dans la transcription musicale, les\nvaleurs les plus variées. Mersenne nous dit lui-même (3) que les musiciens « ne\nsont pas obligés de faire toutes les syllabes longues d'une mesme longueur, car\nils peuvent donner le temps d'une semibreve, ou d'une minime, ou d'une noire,\nou mesme d'une crochue aux syllabes longues, pourveu que dans une mesme\nmesure ou diction ils usent des notes d'un moindre temps sur les syllabes\nbriefves... ». Les musiciens humanistes allemands du début du xvie siècle res-\npectaient bien plus scrupuleusement les valeurs prosodiques des syllabes. On\npeut s'en rendre compte en comparant le dernier air de Du Chemin avec cette\ncharmante mélodie de ténor, extraite du recueil de Tritonius (4), où le rap-\nport (1/2) de la brève prosodique à la longue est strictement observé et toujours\nexprimé de la même façon :\n\n(1) Le texte, au lieu du si, donne un do.\n(2) Cette note est omise dans le texte. J'ai restitué un fa, malgré l'octave directe, par analogie\navec nec prata canis (mi-fa à la basse).\n(3) Ibid., p. 415.\n(4) Von Liliencon, ouvrage cité, p. 57. La mélodie originale est écrite en brèves et en semi-\nbrèves : j'en ai réduit les valeurs. , . , ,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.22", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "S'il fallait chercher en France, au xvie siècle, une musique respectant à peu\nprès exactement le rapport de la longue à la brève dans la transcription des\nmètres anciens, on la trouverait dans les airs « mesurés à l'antique », composés\nsur des vers français «mesurés». Ce dernier genre de musique, d'une plus\nhaute portée artistique que les essais des humanistes allemands, fut fort répandu\ndans notre pays pendant le dernier tiers du xvie siècle. Et c'est peut-être une des\nraisons pour lesquelles nous avons trouvé en France si peu d'adaptations musi-\ncales des odes d'Horace.\n\nPAUL MASSON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-07-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-07-15_01#c045", "volume": "bmtnabj_1906-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "360", "page_fin": "362", "image_debut": 22, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.2.6", "titre_corps": "Informations.", "titre_sommaire": "Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.22", "debut_caractere": 620, "fin_caractere_exclue": 3685, "texte": "Informations.\n\nCORRESPONDANCE.\nA. SABATHIÉ.\nNous recevons la lettre suivante :\nHoulgate, 27 juin.\nMON CHER DIRECTEUR,\nJe reçois seulement aujourd'hui, après un voyage en Allemagne, la lettre de M. Constant\nPierre que vous avez bien voulu me communiquer. J'avais dit que le Prométhée, « drame\nlyrique » inscrit par lui (p. 750 de son (lonsti vatoire de musique, 1900, Imprimerie nationale)\nparmi les « œuvres » de M. Maurice Emmanuel, n'existait pas Et en effet, chez quel éditeur\ntrouve-t-on cet opéra ? Quel est son prix r son format ? sa date ? S'il n'a pas été gravé, à quel\ndirecteur de théâtre a-t-il été présenté r Ce « drame lyrique » fut-il reçu ? refusé r reçu à correc-\ntions ? Y a-t-il une référence quelconque à laquelle on puisse rattacher cette indication qui lait\nvraiment très bien dans une liste d' « œuvres »- : Prométhée, drame lyrique ?\nL'honorable M. Constant Pierre me donne raison quand je dénonce un bluf aussi énorme,\ndont je n'ai jamais songé, ai-je besoin de le dire? à faire peser la très lourde responsabilité sur\nl'excellent et très savant secrétaire du Conservatoire historien consciencieux de la musique.\nBien que M. Constant Pierre ne vous demande pas l'insertion de sa lettre, permettez-moi de la\nreproduire : « Des coquilles, qui n'en fait pas ? des erreurs, qui en est à l'abri ? J'ai Jait la Biblio-\ngraphie de mon livre en CONSULTANT LES INTÉRESSÉS qui ont pu me signaler des œuvres existant\nseulement à l'état de projet. Agréez, etc CONSTANT PIERRE. » Voilà qui ne laisse place à aucune\néquivoque. Je n'ai nullement reproché à M. Pierre une « coquille » ou une « erreur ». 11 s'agit\nd'une chose beaucoup plus grave. Je reproche à M. Emmanuel, au moment où on lui a demandé\nla liste de ses « œuvres », de s'être attribué la paternité d'un « Prométhée, drame lyrique », qui\nest inexistant. Si l'œuvre a existé à l'état de « projet » suivi d'un commencement d'exécution,\nles usages voulaient que le titre de l'ouvrage projeté fût précédé des mots suivants : «En prépa-\nration. » Ce n'est pas à un docteur ès lettres que j'ai besoin de rappeler cette règle.\nEt ce que je viens de dire sur le « Prométhée, drame lyrique » et mythique surtout je\ncrois bien que je pourrais le dire aussi de la « Symphonie bretonne » mentionnée immédiate-\nment après, dans la même liste d' « œuvres » ! .. Mais je reviendrai, après enquête, sur ce\nsecond point. Il y a des gens qui se créent des titres avec une facilité vraiment excessive !\nCroyez, mon cher Directeur, à mes meilleurs et dévoués sentiments,\n\nCONCERTS LAMOUREUX. C est au théâtre Sarah-Bernhardt que nous aurons\nla joie d entendre les Concerts Lamoureux, 1 hiver prochain. Le traité définitif\na été conclu entre la grande artiste et le comité de la célèbre Association.\nLes deux premiers concerts de l'abonnement sont fixés pour les 7 et 14 octobre.\nDu 15 au 30 octobre, l'orchestre, sous la direction de M. 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Dans les œuvres interprétées nous voyons : la Passion\nselon saint Matthieu de J.-S. Bach, VEnfance du Christ de Berlioz, le Requiem\nde Cherubini, Joseph de Méhul, plus 18 symphonies, 4 poèmes sympho-\nniques, 9 suites, 43 ouvertures, 2 quintettes, 15 quatuors, 5 trios, 32 concer-\ntos, 62 sonates et 1002 morceaux divers. Les interprètes ont été de 92 pour le\nchant, 48 pour le piano, 45 pour le violon, 11 pour le violoncelle et 11 pour l'or-\ngue. Les auditions musicales avec comédies, exercices de gymnastique, projec-\ntions lumineuses, ou suivies de bal, ne figurent pas dans la présente statistique.\nCitons les protagonistes les plus en vue : Mmes Landi, Marty, Panthès, Ketten,\nStefi Geyer, Auguez de Montalant, Mysz-Gmeiner, et MM. Marteau, Thibaud,\nGorski, Sarasate, Casais, Mahaut, Delafosse, Th. Dubois, Sechiari, Consolo,\nTen Have, Lermyte, Frolich, Mauguière, Risler, Boucherit, Cortot, E. Ysaye,\nCazeneuve.\n\nVENTE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE ANCIENS.\n\nOn ne voit pas souvent passer\ndans les salles de l'hôtel des ventes une collection d'instruments de musique\naussi importante que celle que rassembla feu M. Eugène Lecomte. Au milieu\ndes tableaux et objets d'art d'une diversité si grande dont se composait sa col-\nlection, apparaissaient des violons, des violoncelles, des altos, des archets et des\ninstruments anciens qui y ajoutaient un intérêt particulier. Le plus grand mou-\nvement d'enchères s'est opéré autour d'un violon (¥Anto7mis Stradivarius, Cré-\nmone, 1725, avec étui acajou, qui a été poussé à 10.000 francs, et d'un violon-\ncelle du même (Crémone, 1693), avec étui, dont on a donné 7.000 francs. Viennent\nensuite dans l'ordre des enchères : un violon de Grancino (marque Amati) avec\nétui, payé 2.650 francs ; un autre de J.-B. 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Gailhard, le fils de l'excellent artiste qui dirige\nnotre Académie de musique. Les autres lauréats sont MM. Dumas ( premier\ngrand prix) et Le Boucher. A cette occasion, félicitons aussi M. Gailhard de\nfaire répéter en ce moment la Thamara de M. Bourgault-Ducoudray dont nous\navons longuement parlé ici.\n\nHÉBERT ROUGET.\n\nCONSERVATOIRE. Les dates des concours publics qui auront lieu, comme\nTannée dernière, dans la grande salle du théâtre national de TOpéra-Gomique,\nsont ainsi fixées :\nMardi 17 juillet, 2 heures 1/2, contrebasse, alto, violoncelle.\nMercredi 18 1 heure, chant (hommes;\nJeudi 19 1 heure, chant (femmes).\nVendredi 20 9 heures, tragédie, comédie.\nSamedi 21 9 heures, harpe, piano (hommes).\nLundi 23 1 heure, opéra-comique.\nMardi 24 midi, violon.\nJeudi 26 midi, piano (femmes).\nVendredi 27 midi, flûte, hautbois, clarinette, basson.\nSamedi 28 midi, cor, cornet à pistons, trompette, trombone.\nLe règlement organique du Conservatoire national de musique et de déclama-\ntion fixait de 15 à 20 ans la limite d'âge d'admission des femmes dans les classes\nde déclamation dramatique.\nOr, il arrivait souvent que des vocations artistiques étaient entravées par les\nparents. Afin de laisser aux intéressées la faculté de décider du choix de leur\ncarrière, à l'âge de leur majorité, M. le Ministre des Beaux-Arts vient de mo-\ndifier cet article du règlement en portant de 15 à 21 ans la limite d'âge d'ad-\nmission des femmes dans les classes de déclamation dramatique.\n\nDROITS D'AUTEURS et COMPOSITEURS. Le gouvernement impérial allemand\nse propose de réunir à Paris, en octobre prochain, une commission franco-\nallemande pour arrêter les termes d'une convention conciliant la juste protection\nà laquelle les compositeurs peuvent avoir droit et les facilités généralement\naccordées aux fanfares et musiques militaires qui, dans leurs exécutions pu-\nbliques, ne poursuivent pas un but de lucre.\n\nTROCADÉRO. 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Dujardin-Beaumet% a énuméré toutes les nouveautés, tous les\nprogrès réalisés depuis la loi « révolutionnaire >* de 1880 qui a affranchi les\nartistes de la tutelle de VEtat en leur donnant une entière liberté, et il na pas\ndit un seul mot de la musique exécutée, cette année, au Grand Palais :ce qui\nprouve bien, comme nous Vavons répété, que le « Salon musical » n'existe pas\nencore, grz/e, malgré l'excellente initiative de M. Pau*/ Viardot, tout est\nencore à faire.\nNous ne cesserons de souhaiter et de demander une organisation des musi-\nciens analogue à celle des peintres, sculpteurs et architectes. Sans doule il ne\nfaut pas, en matière musicale, compter sur ceux de nos maîtres qui sont déjà\ncélèbres. Un Massenet dira : « Je n'ai pas besoin du palais des Champs-Elysées,\nmon salon, àmoi,c est l Opéra et VOpéra-Comique. » Mais, parmi les jeunes,\ncompositeurs ou virtuoses, musiciens ou poètes que de talents à faire con-\nnaître !...\nIl ne sera pas facile d'arriver à l'organisation que nous réclamons depuis\ndeux ans ; car, pour cela, il faudra d'abord réformer nos mœurs musicales.\nJe les juge par voie de contraste :\nAu magnifique banquet du 3 juillet, assistaient, avec le meilleur esprit de\ncamaraderie, les deux Sociétés qui, un moment, furent rivales : la Société\nNationale et la Société des Artistes français. Voye\\ au contraire combien\nles musiciens sont divisés ! Entre tel Conservatoire libre et le vt ai Conserva-\ntoire, il y a à peu près la même distance qu'entre une Ecole Congréganiste et\nune Ecole de l État. De quelles attaques grossières a été l'objet M. Th.\nDubois! Ici, sont les debussistes, là les antidebussistes, les premiers décer-\nnant aux autres un certificat de nullité. Ici, ce sont les partisans, là les\nennemis irréconciliables a'Alfred Bruneau. Ici, harpe à pédale ; là, harpe\nchromatique ! Récemment, un compositeur connu, chargé de diriger l'orchestre\ndans un concert, me disait : « Si M. X .. figure au programme comme soliste,\n\nPeintres et musiciens"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "340", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.2", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nje ne dirigerai pas ! » Tout cela est profondément fâcheux, mais se produit\ntous les jours.\nLes peintres ne se font pas la guerre au couteau. Mutuellement, ils se rendent\njustice. Je sais bien qu'en peinture la partie technique est plus importante\nqu en musique ; le tableau qui est Tune exécution irréprochable et qui constitue\nun « bon morceau » est déjà tout près d être une belle œuvre, tandis qu'un opéra\ntrès correctement écrit peut être parfaitement insipide et ennuyeux. Il y a\npourtant, dans tous les arts, un degré de mérite auquel tous les connaisseurs\ndevraient rendre hommage sans distinction d'Ecole ! Il y a aussi un degré de\nbonne éducation et de bon goût auquel tout le monde devrait se tenir.\nJe remarque aussi que les peintres savent louer et admirer les étrangers,\nquand ils le méritent. Il yaen ce moment, à Paris, un Espagnol Sorolla y\nBastida qui expose ses œuvres (i) dans la galerie G. Petit. C'est un jeune\nmaître de premier ordre. Coloriste éblouissant, dessinateur doué d'une facilité\nd'exécution étonnante, il représente les conquêtes de V « impressionnisme » trai-\ntées par un artiste très sérieux et très fort, jouant avec la difficulté. Or, au\nbanquet du 3, M. T. Robert-Fleur y, réminent président de la Société, a eu un\nmot très aimable, dans son discours, pour Sorolla ; aussitôt il a provoqué\nd'unanimes applaudissements. En applaudissant moi-même, je songeais que\nquelques semaines auparavant, ZÏ/Z grand compositeur étranger comparable\nà certains égards à Sorolla y Bastida était à Pa/ is. M. et Mme Ed. C...\navaient donné che% eux une soirée en son honneur. Les plus grands musiciens\navaient certainement été conviés à cette soirée. Très peu d'entre eux s'y étaient\nrendus ; et ceux qui avaient consenti à venir entendre ce grand musicien étran-\nger jouant lui-même ses œuvres, après l'avoir applaudi modérément, disaient\nloin de lui : « Nous autres Français, nous ne pouvons pas aimer cela ! »\nQu'on mesure la distance qui sépare, sur ces divers points, les peintres et les\nmusiciens, et, après l'avoir mesurée, que les intéressés s'occupent de la combler.\nN étant ni compositeur ni virtuose, nous nous bornons à leur dire dans quel\nsens doivent chercher le progrès. D'ici au 3 juillet 1907, nous avons le\nferme espoir qu'une tentative sérieuse de courtoise et féconde organisation\nsera faite.\n\nJ.C.\n\nNotes sur la musique orientale.\n\nLE GRIOT D'AFRIQUE. — LE CHANT, LA DANSE ET LA SORCELLERIE.\n\nRentré à Paris pour un congé, M. l'adjudant Grenier, dont nous avions déjà\npublié une note datée du Haut-Dahomey, a rendu visite à la Revue musicale.\nLe jeune et très intelligent sous-officier, décoré de la médaille militaire, a\nbien voulu nous apporter divers documents complétant ceux que nous possédions\ndéjà, entre autres une série de photographies dont l'une, publiée ici, suggère l'i-\ndée d'un bien intéressant sujet d'histoire musicale comparée : le chanteur popu-\n\n(i) Exposition ouverte jusqu'au io juillet."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "341", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.3", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nlaire. Il est curieux de retrouver, dans les tribus encore barbares de ! Afrique\ncertaines croyances et certains usages des peuples les plus célèbres de la clas-\nsique Antiquité. Rien ne ressemble plus aux superstitions des Assyriens que\ncelles des nègres à l'égard des « esprits », dont ils voient portout ;\nrien ne ressemble plus aux chanteurs de la Grèce primitive et à ceux du mo yen\nâge que le « griot » dont nous donnons\nL'aède antique était un errant qui, de cité en cité, vulgarisait les beaux contes\ncharmait les loisirs des grands, occupait parfois un. poste de confiance. Ho-\nmere, Orphée, plusieurs autres que la tradition classique a transformés en\ngrands personnages, en met-\ntant une auréole de merveil-\nleux autour de leur nom, n'é-\ntaient sans doute que d'hum-\nbles chanteurs miséreux,\ncomme ces ménestrels et jon-\ngleurs du moyen âge, dont\nM. Pierre Aubry a tracé ici\nmême un saisissant portrait\n(Revue musicale d'avril\n1901).\nEn Afrique, au Sénégal, au\nSoudan, au Dahomey, dans\ntoute la partie occidentale\net centrale du continent, on\ntrouve le « griot », chanteur\nprofessionnel dont l'art se\ntransmet de père en fils,\nsorte d'aède noir à voix de\nfausset, improvisateur qui.\nlui aussi, ade l'imagina-\ntion, de Và-propos et de l'a-\ndresse. Ce pays où, dans les\nsacrifices religieux, on tuait\nles hommes ade façon que le\nsang jaillisse sur l idole », est\nsensible à la musique instru-\nmentale et vocale qu'il associe\nà la plupart des actes de la vie ; il a sa poésie ! Le Niger s'appelle Djéliba,\n/e « fleuve chanté par les griots ». Le musicien dont nous donnons le por-\ntrait authentique, pris sur une terre dont la sécheresse rappelle le désert,\nes/ sa/zs beauté. La tête a une expression énergique, et la race s'y\ninscrit, avec une force troublante, comme sur le visage d'un Rubinstein. O/z\nremarquera l élégance des mains, /a finesse des jambes et des pieds, /a naïve\nmais excellente composition des draperies. C'est un beau bronze.\nQuelques détails que j'emprunte au Congo illustré [Bruxelles, iBg4, t. 111,\np. 175) donneront une idée de ces chanteurs africains et montreront que la\nmatière de leurs chants est bien celle des antiques épopées.\n« Les A-Sa/zrfe ow Niams-Niams possèdent des bardes, des troubadours se"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "342", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.4", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\nservant, s\"accompagner, guitares qu'ils appellent Kundi. Ces trouba-\ndours s en vont de village en village, célébrer devant les habitations des chefs\net des notables les gloires de la race A-Sande, sa puissance et ses hauts faits,\nabsolument comme che\\ nous au moyen âge, awx portes des castels et des\nmonastères, s en allaient chanter les ménestrels.\nLes chefs eux-mêmes ne dédaignent pas de prendre la lyre. Junker, arrivant\nche\\ Bangojor,fut reçu par le chef\\ qui le fit assister à un concert d'instru-\nments divers accompagnés en sourdine de chants étoffes et fort harmonieux.\nFuis Bangoja saisit sa Kundi et, s accompagnant de son instrument, entonna\nun air étrange.\nTantôt il dansait, tantôt il chantait. Il contait les guerres de ses pères, leurs\nlointains voyages, puis leur mort. Lorsqu'il abordait ce dernier chapitre, sa\nv )ix baissait, elle devenait lente et grave, puis elle reprenait un ton de fanfare,\nde joie : il parlait de la gloire des descendants. Il chanta ensuite le temps pré-\nsent, donnant son opinion sur les hommes et les choses, exprimant des pensées\nphilosophiques sur la fragilité de la gloire et les malheurs qui suivent souvent\nles faits heureux. »\nLivingstune cite aussi l'un de ces bardes qu'il rencontra au cours de son\ni oyage dans le haut Zambè^e. « C'était, dit le célèbre vojmgeur, un véritable\npoète, qui nous a suivis pendant plusieurs jours. Dans tous les endroits où nous\navons fait halte, il a chanté nos louanges en des strophes faciles et harmo-\nnieuses, formées de vers blancs composés de cinq syllabes. Tout d'abord, le\nchant n'avait que quelques lignes ; mais chaque jour, l'auteur, recueillant\nde nouveaux détails sur nous, allongeait sonpoème, et notre éloge a fini par\ndevenir une ode d'une asse\\ belle longueur.\n« Quand la distance où il était de che% lui l'obligea de nous quitter, il nous en\nexprima tous ses regrets ; et il retourna dans ses foyers, après avoir touché,\nbien entendu, le prix de ses louanges, non moins utiles qu'agréables.\n(( Un autre enfant d'Apollon fait partie de notre escorte. A la veillée, pen-\ndant que les autres jasent, font la cuisine ou dorment, il redit ses poèmes, où\nil raconte tout ce qu'il a vu che\\ les blancs, et ce qu'il a remarqué sur la route.\nIl en résulte que tous les soirs quelque chant nouveau s'ajoute à son odyssée.\nL'improvisation, d'ailleurs, lui est facile : jamais il ne reste à court ; si le\nmot lui échappe, il ne s'arrête pas pour cela, il remplit la mesure d'un son par-\nticulier qui n'a pas de sens, mais qui conserve le rythme. »\nL'instrument placé entre les mains du griot dons nous donnons la photogra-\nphie s'appelle exactement n'goni bambara, d'après les notes écrites, accompa-\ngnées de dessins eu couleur qu'a bien voulu nous apporter M. l'adjudant Gre-\nnier. C'est une petite mandoline formée d'une demi-calebasse recouverte de\npeau de chèvre, d'iguane ou de boa ; l'unique corde est formée d'un faisceau\nde crins de cheval. Armé de ce luth grossier, le griot s'attache à un chef et,\nincessamment, vante sa beauté, sa noblesse, son courage, toutes ses vertus. Il\nest, à sa manière, un poète de cour. Tel le chanteur attaché à la personne de\nKaramoko, fils de Samory, en 18go: «Ne te désespère pas, lui disait-il : songe\nà ton père qui n'a jamais reculé ; songe à la grandeur de ta race !... »\n\\\nA un autre point de vue, on constate l'analogie des idées et des mœurs afri-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "343", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.5", "texte": "NOTES SUR LA MUSIQUE ORIENTALE\n\ncaines avec celles de iOrient. Dans plusieurs numéros de la Revue musicale,\nj'ai cité quelques-uns des innombrables documents que nous avons sur le rôle\njoué par la danse et la musique dans les cérémonies magiques de l'antiquité\norientale et même latine. On grossirait indéfiniment cette liste de témoignages\nsur la magie che\\ les primitifs, si on étudiait le sorcier africain, ou\nfé tic heur.\nGénéralement, le féticheur est appelé à exercer sa science afin de chasser\nl'esprit mutin qui, suivant la croyance commune, s'est emparé du corps d'un\nnoir et l'a terrassé par la maladie.\nPour mettre le mauvais génie en fuite, le féticheur danse durant deux jours\ndevant la hutte du patient. Il n'est pas rare que celui-ci, déjà à moitié mort, ne\nsuccombe à la fatigue d'entendre pendant quarante-huit heures le bruit,les\nchants et le; danses qui accompagnent la séance d'exorcisme. Une pareille\ncérémonie est-elle annoncée, vite tous les habitants se réunissent à l'endroit\ndésigné, afin de contempler leur makanga [sorcier). Un orchestre composé de\ndeux grands gongs en bois, d'un tambour de guerre, et d'un instrument qui\na beaucoup d'analogie avec le xylophone, entame un air monotone ; le public\nrépond en chœur aux chants dont le féticheur dit les premières strophes. Sem-\nblable séance dure environ trois heures, c'est-à-dire le temps voulu pour exté-\nnuer le danseur. On voit ce dernier s'élancer, tourner sur ses gros orteils pen-\ndant une ou deux minutes... Parfois il représente la guerre, le départ des sol-\ndats, la bataille ; son œil s'allume, il semble enivré de l'ardeur de la lutte ; une\nlance à la main, il simule l'attaque et la défense de deux ennemis en présence,\nporte des coups àun adversaire imaginaire, pare ceux qui lui sont destinés,\net finalement, montre par sa mimique la défaite de son rival : aussitôt, il com-\nmence un chant de victoire. Pendant toute la durée de cette scène, la musique\nse fait lente ou précipitée, monotone ou variée, suivant les péripéties du\ndrame...\nJe signale ces faits à ceux de nos jeunes musiciens qui, armés d'une solide ins-\ntruction générale, ont du goût pour l'histoire de la musique. Il faut élargir\nl'horizon et sortir du domaine trop étroit dans lequel on s est renfermé jus-\nqu'ici. Ne nous imaginons pas que la musique grecque, le plain-chant et les\ncompositions de la « Renaissance » constituât tout le pays à explorer ; à un\nhistorien véritable, cela ne peut suffire. Si ces lignes sont lues par un jeune\nagrégé, en quête d'un beau sujet pour une thèse de doctorat, puissent-elles lui\ndonner à réfléchir ! Qu'il ne s'attache pas à refaire, pour la centième fois, l'ar-\nticle sur le genre enharmonique, sur la mesure des mélodies grégoriennes ou\nsur les sous-harmoniques ! Quil se préoccupe de sociologie et cherche le rap-\nport des œuvres avec la vie ! Nous en sommes encore à la période de prépara-\ntion, celle où l'on gratte des pierres avant de construire. N'oublions pas que\nderrière les chansons ily a les mœurs musicales, et, derrière ces mœurs, l'Hu-\nmanité. Or, toutes les fois que l'humanité polie, celle qui s'est faite à l'école\nd'Athènes et de Rome, regarde de près les « sauvages », les « barbares », les non\ncivilisés, elle ne retrouve pas sans doute l'lliade et l'Odyssée, et la langue\ndivine des poèmes d'Homère, mais elle observe des mœurs qui furent les siennes\net se revoit en enfance, tout étonnée de se reconnaître.\n\nJ.c."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "344", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.6", "texte": "LES LOIS DE LA MODULATION\n\nLes lois de la modulation. — Le cycle des quartes\net des quintes\n(')•\nI. Comme tous les arts de la durée et du rythme, la musique ne procède pas\npar juxtapositions, mais par enchaînements. Le langage verbal peut montrer la\ndifférence de ces deux formes : des mots pris au hasard et mis à côté l'un de\nl'autre sont juxtaposés ; des mots reliés par !e sens et formant une proposition\nsont enchaînés. Il en est de même pour les notes. L'enchaînement de plusieurs\naccords (résultant delà superposition de parties mélodiques) est obtenu lorsque\nun accord et celui dont il est suivi ont des notes communes ou lorsqu'on passe\nde l'un à l'autre, par intervalles de demi-ton. Le contraire n'a lieu que dans des\ncas exceptionnels, en vue d'effets précis. Au début du IIe acte de Guillaume Tell\nRossini fait se succéder les accords suivants en les répétant 4 fois chacun :\nparce qu'il veut produire un effet pittoresque « voici la mut » ; tout s'estompe,\ns'efface, se désagrège et se perd... De plus, entre les groupes de 4 accords, il y a\nune solution de continuité, un silence, en un mot 4 phrases distinctes. On pour-\nrait dire, en modifiant l'adage célèbre, pour l'appliquer à l'harmonie : musica\nnon facit saltus, la musique ne fait pas de bonds. 11 faut donc, en principe, quand\non passe d'un accord à un autre, que le changement mélodique ne s'effectue pas\nsur l'ensemble du premier accord, mais sur une ou quelques-unes de ses parties\nseulement : la transition doit être très douce, par degrés conjoints pour les notes\nqui changent. Par là, les notes intégrantes de l'accord sont très différentes de la\nbasse, et cela va de soi : la basse, étant simple, ne peut pas connaître les chan-\ngements partiels ; et, puisqu'elle supporte l'édifice polyphonique, elle n'admet,\ncomme les assises d'un monument, que des modifications radicales, franches,\ntout d'une pièce. Aussi progresse-t-elle par degrés disjoints, rarement par inter-\nvalles de seconde, plus souvent par intervalles de quarte, de quinte et d'octave,\npar intervalles de quarte surtout, car ce dernier a, sur tous les autres mou-\nvements harmoniques, une primauté qui va être expliquée ; grâce à lui, la basse\namène l'enchaînement des accords consonants et résout les autres. Enfin le\nmeilleur moyen d'amener un accord est de faire entendre avant lui l'accord con-\nstruit sur la dominante de sa tonique.\n11. La loi qui vient d'être posée (et qui se déduit des usages suivis par les\ngrands compositeurs) trouve son application dans le cycle des quintes et des\nquartes Voici ce qu'il faut entendre par là. On sait qu'un son quelconque, émis\navec une corde tendue, évoque une série d'autres sons partiels dont le pi emier est\nune quinte supérieure : un do fondamental est toujours accompagné d'un sol aigu,\nbeaucoup plus faible ;un ré implique un la, etc... C'est ce qu'on appelle, en acous-\ntique, le phénomène de la résonajice multiple. On peut donc considérer le son ut\ncomme « générateur » du sol placé une quinte plus haut. Aller de l'un à l'autre\nsera passer de la cause à l'effet, du père au fils ; de même si l'on passe du sol au\nré supérieur, du ré au la, et ainsi de suite... C'est le cycle des quintes. Inverse-\n\nCi) Résumé d'une leçon du Collège de France, par E. Dusselier."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "345", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.7", "texte": "LES LOIS DE LA MODULATION\n\nment, si l'on passe du sol à Yut inférieur, on remonte de l'effet à la cause, du fils\nau père. Et voici comme apparaît le cycle des quartes. Ldit inférieur au sol peut\nêtre remplacé (nous répondrons tout à 1 heure à l'objection) par Yut placé à l'oc-\ntave supérieure. Au lieu de dire\n, je puis dire\n. Je rem-\nplace une quinte descendante par une quarte ascendante qui me fait aboutir à\nla même note. Arrivé à Yut, au lieu de moduler sur la quinte inférieure (fa),\nje puis, par le même procédé, moduler à la quarte supérieure (fa) ; de là, et pouf\nla même raison, au si b , etc., etc... Théoriquement, cette série de quartes est\nindéfinie ; pratiquement, elle ne l'est pas, car, au delà d'une certaine limite (le\n9e degré de la série) elle aboutit à des sons que notre système de notation aurait\nquelque peine à représenter : doubles bémols, triples bémols, constituant des\ntonalités hors d'usage. A la 9e modulation, nous arrivons à un si bb , qui, dans\nla pratique, est assimilé à un la R. Ce la B nous amène àla quarte supérieure ré S,\npuis àun sol H , puis à un ut ti. Sur ce dernier degré, nous nous retrouvons à\nnotre point de départ, et la série recommence. De là le nom de cycle ; c'est un\ncercle, un recommencement perpétuel. Cette manière de présenter les choses\nest, sans doute, inadmissible pour un acousticien. Nos modulations par cycle\nde quartes supposent en effet qu'on peut transporter un son à son octave supé-\nrieure sans le modifier ; or, il nen est pas ainsi, disent avec raison les physiciens.\nIl est vrai ; mais les compositeurs font comme sil en était ainsi : et cela nous\nsuffit. La science déclare une chose incorrecte ; l'art l'admet cependant comme\ncorrecte. Cela prouve tout simplement que bart et la science sont deux choses\ndifférentes. Nous nous contentons ici du témoignage de notre Rameau, disant\nque passer d'un sol à l'ut supérieur équivaut à passer de ce même sol à l'ut\ninférieur, et que, dans le premier cas comme dans le second, le sol « retourne à\nsa source ». Le « cycle des quartes et des quintes » peut être considéré comme\nun moyen commode d'analyser le système de modulation des classiques (1).\nVoyons ce qu'il donne.\n111. On peut considérer les modulations du cycle des quartes comme s effectuant\nde la note fondamentale, servant de point de départ, sur un quelconque des\ndegrés de la série : d'ut àfa ; d'ut àsib ; d dit àmib;d9ut h la b ; d'ut àré b , etc.\nDe même pour le cycle des quintes, où toutes les modulations peuvent être\nramassées dans une même octave. Examinons successivement : les modu-\nlations de mineur à majeur; celles de majeur à mineur; celles de mineur à\nmineur. La première (non indiquée sur notre page d exemples) est très simple,\net très usuelle, bien que l'oreille puisse attendre, dans le\n-G- -G- -\ndernier accord un la b, déjà contenu dans la gamme sur laquelle est constiuit\nl'accord initial. Texte n° 1 (voir les exemples ci-après) : modulation d ut mineui\nau second degré du cycle des quartes, avec un exemple transposé tiré de Mendel-\nssohn 5 il y a entre la tonalité de mi 3 mineur (début de la 2e mesure) et celle de\nré S majeur, le même rapport qu'entre ut B et si b. Texte n° 2 : modulation d ut\nmineur au 3e degré du cycle des quartes, avec un exemple (transposé) tiré de Weber\n(fa 3 mineur modulant sur la b majeur, équivaut àut S mineur modulant sut un b\nmajeur). Texte n° 3 : modulation dut mineur au 4e degré du cycle des quai tes,\navec un exemple (transposé) tiré du Don Juan de Mozart (de/a* mineur àré *\n\n(i) Ainsi l'a employé Lndwig Bussler, dans son Partitur-Studium (Berlin, Cari Habel, 1882)»\n• ■ - ■-, ■■ j - - ■ ■ - »"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "346", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.8", "texte": "LES LOIS DE t.A .MODULATION\n\nF # ' \" ' : ' ' ' I\nmajeur). Texte n° 4,. modulation au 5e degré du cycle sur les basses à ajouter :\ndo\", la?. cf. Beethoven, Soiute en B dur. op 106, modulation de ré 0\nmineur à mi ? majeur. - Texte n° 5, modulation au 6e degré du cycle. Cette\ndernière est correcte, mais rare.\nIV. Examinons maintenant les modulations effectuées dans le cycle des\nquintes, de mineur à majeur : ut-sol-rë, etc. La première (non indiquée sur notre\n'• * f f v , •\nvwj j J sj ij. #\npage d'exemples) est très simple :\nTexte n° 6 (à gauche du\nchiffre), modulation au 2e degré du cycle. Le premier et le dernier accord appar-\ntiennent tous les deux à une même gamme (sol S mineur). Plus souvent, on trouve\nla modulation effectuée à l'aide de 1 accord de septième diminuée. (Texte n° 6,\nà droite du chiffre). Texte n° 7 : modulation au 30 degré du cycle des quintes.\nIci, chaque note du dernier accord est en contradiction avec les notes de la\ngamme dans laquelle le premier accord est construit. De plus, il n'y a aucune"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "347", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.9", "texte": "LES LOIS DE LA MODULATION\n\nnote commune entre l'accord initial et 1 accord de 7e de dominante '(mi, sol #, si B-\nré B, dominante de la B) qui sert d intermédiaire. Le changement par demi-tons\neffectué de toutes les notes du premier groupe à toutes celles du second, rend\nseul cette formule admissible. Texte n° 8 : modulation au 4e degré du cycle.\nOn trouve un exemple de cette formule dans le Lied de Schubert Aufenthàlt ;\nmais elle n'est employée que pour des effets exceptionnels. La raison de sa dureté\nest dans le changement enharmonique imposé au mi t>, qui devient un ré#. Le\nmi b est. habituellement traité comme un abaissement (du mi B) ; le ré#, ici note\nsensible, est une note qui au contraire tend vers le haut. Il y a donc une sorte de\ncontradiction à traiter ainsi une même note. —Texte n° 9 : La contradiction qui\nvient d'être signalée se retrouve ici entre la tierce mineure du premier accord\n(;m>) et la tierce majeure du dernier (ré#). De plus, le mi B semblerait devoir\naboutir au fa B ; le groupe dont il fait partie éveille plutôt 1 idée d un accord de\nsixte augmentée (solb, si mi B) qui donnerait lieu àla modulation suivante :\nTexte n° 10 : modulation au 6e degré du cycle des quintes. Nous touchons ici\nà la limite de la série. Cette formule n'est employée que comme synonyme en-\nharmonique de la suivante : do, mi t>, sol, do,— dob ,/a H, la?, réb siv,solby\nsi b,i éb.\nV. Examinons les mêmes modulations effectuées, suivant les mêmes cycles,\nde majeur à mineur.— Texte n° i i fcf. Don Juan, ier finale). Texte nos 12 et 13,\nmodulations aux 2e et 3e degrés du cycle des quartes. Texte n° 14. Le ton de\nla \\> mineur, comme celui de Icib majeur, a un rapport plus étroit avec le ton d dit\nmajeur, que ceux de ;nib mineur et de mi 3 majeur, ce qui justifie ici la modu-\nlation.— Texte n° 15 (cf. Wagner, Lohengrin, acte 11, passage de sol 3 majeur à\nla mineur). C'est une modulation identique à celle qui va de majeur à majeur,\navec cette seule différence que dans la résolution de l'accord de 7e, le fa change\nla tonalité en mineur. Texte n° 16. Modulation très agréable à l'oreille. Pas\nd'exemples à citer.\nVI. Modulations, dans le cycle des quintes, de majeur à mineur.\nLa ire et la 2e (non citées sur notre page d'exemples) sont très simples :\nTexte n° 17 : modulation très usuelle, à cause du « parallélisme » (relativité),\ncomme disent les Allemands, qu'il y a entre le ton de la B mineur et celui d ut\nmajeur. - Texte n° 18 : modulation encore très fréquente le mi de l'accord final\nétant la tierce de la tonique du ier; et assez souvent complétée par l'insertion\nd'un accord de la B mineur entre le premier et le second accord. —-Texte n° 19 :"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "348", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.10", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nmodulation très usuelle, où Ton interprète la tonique du premier accord (ut)\ncomme la seconde diminuée de la tonique (si) du dernier (cf. Schumann, op. 39,\nn° 3, sur les mots .... durch den Wald). Texte n° 20 : lut de 1 accord initial\nest interprété de façon analogue au précédent. ;\nVII. Modulations de mineur à mineur. , v\nElles sont, en général, plus dures que de majeur à majeur.— Texte n° 21 ;\nexemples très communs. La modulation d'ut mineur au 2e degré du cycle des\nquintes,\n, est aussi usuelle ; la contradiction entre le la 5 d^\ni -f i *\\\nl'accord final et le /a t> de la gamme sur laquelle est construit 1 accord initial se\ntrouvant corrigée par l accord de septième intermédiaire. Texte n° 22 :la\ngamme d'ut mineur aunla b ', celle de la 3 mineur a ce qui crée un\nconflit. Peut-être la formule est-elle interprétée par l'oreille comme elle est\nécrite au texte n° 23. Texte n° 24 : l'identité de la quinte de tonique du ler ac-\ncord et de la tierce du dernier adoucit à peine la dureté de cette formule. Schu-\nbert en tire un bel effet (Aufenthalt, Schwanengesang, sur les mots: Wald,\nstarrender Fels, rauschender Strom). Texte n° 25 ; tout répugne à l'emploi d'une\ntelle formule, où toutes les notes de l'accord initial se trouvent abaissées, àla fin,\nd'un demi-ton, ce qui ne donne pas 1 impression d une différence de hauteur suf-\nfisante : le manque de rapport entre les 2 gammes sur lesquelles sont construites\nces deux accords, le changement par demi-ton des trois voix dont 1 une aboutit à\nune tierce diminuée, l'équivoque de cet accord de septième\nqui peut être pris pour un renversement d'accord de sixte augmenté (soF, mi H),\ncomme le texte n° 26. Texte n° 27 : à cette limite, nous retombons dans les\nchangements enharmoniques. Cette modulation équivaut en effet à celle du\n5e cycle des quartes :\nCf. Schubert, Schwanengesang, n° 3, sur les mots Luftiger Bahn Wohin et\nop. 24, n° 1.\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nLES MODES DIATONIQUES (suite) : LE MODE DORIEN AU POINT DE VUE DE LA MÉLODIE\nET DE L'HARMONIE.\n\nCette échelle de mi à mi « sans accidents » s'est appelée successivement : chez\nles Grecs, harmonie dorienne ; au moyen âge, le deuxième mode authentique,\n(deuterus authentus), et aussi le troisième mode (en comprenant les modes plagaux\ndans la nomenclature) ; enfin, par suite d une confusion que j'ai expliquée, elle\ns'est appelée mode phrygien, nom qui a seul persisté chez les compositeurs de la\nRenaissance. A l'étude de cette échelle se trouve liée l'étude de la S à la 3. Cette"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "349", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.11", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ndernière s'appelait, chez les anciens, mode hypodorien ; elle s'est appelée, chez\nles modernes, mode èolien. Pour éviter toute confusion ultérieure, il sera bon\nd'avoir présentes à l'esprit ces premières notions.\nLe premier fait à mentionner, quand on se place au point de vue de l'histoire\ngénérale, c'est que le mode dorien, caractérisé par la place du demi-ton entre\nle premier et le second degré, entre le cinquième et le sixième, est d'un usage\nquasi universel. Lorsque, pour rapprocher des mélodies populaires d'un mode\nantique, on prend des exemples chez les peuples méridionaux, on ne prouve pas\ngrand'choseen ce qui concerne l'universalité du mode considéré, attendu qu'entre\nles Grecs d'autrefois et certains peuples modernes, il a pu y avoir transmission\ndirecte ou par intermédiaires. Pour montrer que le dorien est un mode univer-\nsel, on pourrait prendre des exemples au Nord et au Midi, en Orient comme en\nOccident. On le rencontre partout. J'ouvre le recueil de mélodies populaires\nScandinaves, harmonisées par Ahlstrom (xvine siècle) ; j'y trouve, construites\nsur l'échelle dorienne, plusieurs mélodies dont je détache celle-ci (i) :\nbien que le fa % puisse être considéré ici comme tierce de ré ~ tonique, la mélo-\ndie a une clausule en pur dorien par suite de l'identité des deux échelles :\nVoici un air de danse australien, composé par des sauvages étrangers à toute\nthéorie musicale (cité par Hagen, dans sa « thèse de doctorat » Sur la musique de\n\n(1) Nordiska Folkvisor, arrangerade af Ahlstrom, n° 237, Den falske Riddaren. L'harmonisa-\ntion d'Ahlstrôm (rectifiée ici) est souvent défectueuse, conçue dans un esprit moderne."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.12", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nquelques primitifs) ; air purement rythmique et fort curieux, ayant été sans doute\nen usage dans une de ces danses mimétiques où des chasseurs imitent en\ncroyant se donner par là un droit de prise sur lui les bonds de l'animal dont\nils veulent s'emparer :\nM. Sichel, chef de district à Madagascar, m'a communiqué, il y a quelques\njours, le chant de fête suivant (chant de fête Tetsimisaraka), très répandu dans\nl'île, paraît-il :\nC'est un mixolydien antique, qui, par le Ja #, devient un dorien :\nDe notre Moyen âge, je citerai la gracieuse mélodie contenue dans le chan-\nsonnier de Saint-Germain :\nJe ne parle ni des mélodies grégoriennes, ni du psautier protestant, français\nou flamand (Souter hedekens). Chez les mcdernes aussi, les exemples abondent.\nMozart fait usage du dorien lorsqu il introduit un la dans ce passage de la\nFlûte enchantée :\nau lieu de\n, qui eût été bien plus\nfade et inexpressif. Cette réalisation du dorien sur l'échelle sol \\>la bsi do ré bmi\nfa sol, se retrouve dans la Carmen de notre Bizet (avec l'altération passagère\nla B) :"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "351", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.13", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\net dans la Snegoruschka de Rimsky-Korsakow (Prologue, p. 49 de la partition\npiano et chant) :\nJe cite ces textes, pris un peu partout, uniquement pour donner une idée de\nl'importance du fait étudié. Restreignons-nous maintenant dans le domaine de\nnotre musique, consultons ceux qui ont fait la théorie du dorien, et voyons com-\nment il a été traité, au double point de vue de la mélodie et de 1 harmonie.\nAu sujet du mode dorien, les Grecs antiques ont eu deux illusions. D'abord\nils le considéraient comme national et croyaient l'avoir inventé. Aux Hellènes\nétablis à l'opposé de la mer Egée, sur la côte occidentale de l'Asie mineure, ils\nabandonnaient volontiers les harmonies voluptueuses, convenables aux libres\n« beuveries » (c7i/p-7roTtxai, dit Platon) ; mais ils établissaient une connexion\nétroite entre le mode dorien et le génie de Sparte ; ils le regardaient comme le\nmode hellénique par excellence 11 est infiniment probable, d'après ce que j'ai\nindiqué tout à l'heure, que cette opinion était une honnête et naïve croyance de\nnationalistes ardents ou une assertion de théoricien, ou l'erreur d'un philosophe.\nPar une seconde illusion, les Grecs ont vu dans le mode dorien la seule forme\nd'expression musicale qui convint à un citoyen parfait, à la fois vaillant dans la\nguerre et dans la paix ; ils lui ont donné le même prestige qu'à ce génie de\nSparte, si fortement discipliné, dont tous les moralistes ont loué la grandeur\navec enthousiasme : « L'harmonie dorienne est étrangère à la joie, elle répudie\nla mollesse ; sombre et énergique, elle ne connaît ni la richesse du coloris ni\nla souplesse de la forme, elle possède un caractère viril et grandiose » . Ainsi paile\nHéraclide (cité par Athénée h Platon (Rép., 111, 399 a-c) développe complaisam-\nment cette opinion, et Aristote (PoL, VIII, 5) assuie qu'elle était unanime. L'é-\npithète dont se servent habituellement les anciens pour caractériser le dorien\nr t\nest <J£[J<VQÇ = sévere, austère, auguste, vénéré. Après la fin delà civilisation anti-\nque, les modernes, trop disposés à mettre l'autorité de la tradition au-dessus\nde l'observation et du témoignage des faits, ont souvent reproduit cette manière\nde voir. Guy d'Arezzo (xie siècle De mod. form., p. 107), à une époque où le\ndorien n'avait plus sa forme primitive, disait \" « per deuterum, dignitates vel\nqualitates animorum indicere possumus : le dorien permet d'exprimer la noblesse\net les vertus de l'âme. » Au xvme siècle, l'abbé Poisson le juge un peu par voie\nde contraste, et ainsi lui fait tort : « Le IIIe mode, dit-il, est propre aux textes\nqui marquent beaucoup d'action, d'impétuosité, des désirs véhéments, des\nmouvements de colère, d'ardeur... Il convient aux sujets qui annoncent l'orgueil,\nla hauteur, la cruauté, les paroles dures et celles qui traitent des combats spi-\nrituels ou corporels ». (Poisson, Traité du plain-chant, 1750, p. 247-248.) En\nsomme, le dorien est réputé âpre et dur, dénué de tendresse. Il s'en faut que\ntoutes les compositions musicales justifient cette caractéristique 1\nQue le mode dorien ait une noblesse, une grandeur particulières, c'est incon-\ntestable : il doit ces qualités à sa seconde et à sa tierce mineure, et à l'absence\nde note sensible. Mais remarquons que tous les sentiments peuvent"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.14", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\navoir grandeur et noblesse, et que par conséquent tous, sans exception, ont pu\nêtre exprimés, et ont été effectivement exprimés en dorien. C est un mode sur\nlequel on a prié, on a aimé, on a rêvé, on a gémi, on a dansé. Voici un introït :\nen pur dorien où s'exprime la plus vive allégresse (le 8 décembre, fête de l'lm-\nmaculée Conception, messe) : Gaudens gaudebo : Ayant de la joie, je me réjouirai\n[dans le Seigneur), tels sont les deux premiers mots. Exultabit anima mea : mon\nâme bondira de joie, est-il dit dans la suite :\nCf. les introïts Exultabo in Jei usalem et gaudebo in populo meo (juin, messe p. S. Boniface)\nVocem jucunditatis annuntiate (5e dim. après Pâques) ; Sancti tui, Domine (messe de plusieurs\nmartyrs, au temps pascal) ; Sacerdotes tui (messe d'un confesseur pontife) ; Caritas dei diffusa est\n(messe de mai, S. Philippe de Néri) ; Factum est cor meum tanquam cera liquescens (messe de\njuin, S. François Caracciolo) ; Nunc scio vere (29 juin); Redemisti nos (juillet, messe du Précieux\nSang); Dispersit, dédit pauperibus (août, dimanche dans l'octave de l'Assomption) ; Benedicite\nDo min u m omnes Angeli (messe du 29 sept.); Omnis glo)-ia ejus (3e dim. après la Pentecôte).\nLes offertoires : Deus tu convei sus (2e dim. de l'Avent) ; Lauda Jérusalem Dominum (Patronage\nde S. Joseph) ; Filice regum (p. une Vierge non martyre) ; cum esset desponsa (maternité\nde la Vierge). Les graduels : Adjutor in opportunitatibus (Dim. de la Septuagésime) ; Juravit\nDominus {l2 mars). Les antiennes : Dum esset rex in accubitu suo (commun des saintes\nfemmes, aux vêpies) ; Simeon Justus (février, aux vêpres) ; Elisabeth Zachariœ (24 juin, vêpres) ;\nInter natos mulierum id.); Credo videre bona Domini (office des morts) ; Post iriduum inve-\nnerunt Jesum (La Sainte Famille, aux vêpres) ; Suscepit nos Dominus (Fête du Sacré-Cœur,\nvêpres), etc...\nCes finales en dorien, avec l égalité des notes, ont une noblesse qui fait la\nbeauté du plain-chant :\n(hymne pour un et plusieurs martyrs, temps pascal) ; mais renfermer ce mode\ndans l'expression d'une catégorie de sentiments déterminée, est une idée de\ngrammairien ou de métaphysicien que contredit le répertoire de l'Eglise. Reve-\nnons à des analyses purement musicales.\nDu dorien antique, spécialement employé dans le chant accompagné de la\ncithare ou de la lyre, il nous reste deux spécimens : Y Hymne à la Muse, attribué\nà Mésomède, musicien originaire de l'île de Crète, sous le règne d'Hadrien\n(2e s. de 1 ère chrétienne) et Y Hymne au Soleil, œuvre dont le titre éveille des"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.15", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nidées de polyphonie et d'orchestration brillantes dans l'imagination d'un mo-\nderne, mais qu'il faut lire en oubliant les mélodies de M. Alexandre Georges,\nou la symphonie de M. Camille Saint-Saèns sur Le feu du ciel ! Dans cet\nHymne au Soleil (Helios), qui est d'une pauvreté musicale très remarquable, il y\na quelque chose qui eût choqué l'oreille des musiciens du moyen âge, et (à partir\ndu xe siècle environ) leur aurait paru antimusical: c'est le triton (/a-sol-la-sf H)\nqui reparaît plusieurs fois (vers 3, 5, 7, 10, 12, 16). Au moyen âge, à partir\nd'une certaine époque, on cherche à éviter cet intervalle, là même où une des\nnotes du triton n'est pas émise, mais pourrait être sous entendue. Nous en avons\nle témoignage dans ce texte de Guido d'Arezzo: « Istemodus non (adeo) aliorum\nauthenticorum servat régulant : cum enim quinto alii habent formulas, iste insuper\ntexto : ce mode (le IIIe) ne suit pas la même règle que les autres modes authen-\ntiques ; les autres terminent sur le 5e degré, celui-ci sur le 6e. »Il ressort de ce\ntexte que, avant l'époque de Gui, c'est-à-dire avant le xie siècle, la dominante\ndu IIIe mode (si B) s'était déplacée ;le 5e degré ascendant avait été remplacé, au\npoint de vue de sa fonction modale, par le 6e (ut), le si < devenant une simple\nnote de passage. Ce déplacement entraîna une modification essentielle du\nmode : le mi, jusqu'alors fondamental, fut considéré (par suite du son final\nut) comme médiante de l'accord do-mi sof ou comme quinte de la triade\nla-do-mi.\nUn autre moyen fut employé pour éviter le triton, au risque de bouleverser\norganiquement le mode antique et de provoquer des confusions ultérieures. On\néleva d'un demi-ton le second degré {fa 2 au lieu de fa , de façon à obtenir\nune échelle qui était identique à celle de l'éolien (la), échelle qui elle-même était\nidentique à celle de ré (avec si i?) :\ndorien antique dorien moderne éolien protus (ier mode du plain-chant).\nAinsi s'explique que certaines antiennes (comme Domine, quinque talenta) qui,\nà l'époque de Régimon (ix-xe s.A étaient chantées dans le mode de mi se chan-\ntent depuis Gui d'Arezzo en ier mode (ré)\nDepuis le xe siècle, où la structure organique du système se modifie par le\ndéplacement de la dominante, le mode dorien a perdu peu à peu dans le chant\nliturgique l'importance qu'il avait autrefois. Mais nous le retrouvons dans le\nchant populaire et dans les oeuvres polyphoniques dé la Renaissance, soit à l'état\npur, soit avec des altérations nouvelles.\nComment les mélodies composées dans le mode phrygien ont-elles été traitées\npar les musiciens de la Renaissance ? Quel est le mécanisme de ce mode }\nLe phrygien (il s'appelle désormais ainsi) a une situation un peu spéciale, et\nvoici pourquoi.\nIl a une tierce et une sixte mineure, et. ce qui le distingue de toutes les autres"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.16", "texte": "CUL'\\<Jr bu OuLLKGU Dfî FRANCE\n\néchelles modales, une seconde mineure {/a). Sans ce fa B, on retomberait (avec\nun fa % dans la gamme éolienne (de la à la). Ce /a B détermine aussi et exige la\n7e mineure, ré B, note laquelle il fait une triade complémentaire; d'ailleurs\nle ré # est inconnu de l'ancienne théorie ; et, de plus, c'est un principe, pour tous\nles modes diatoniques comme pour tous les tons du plain-chant, qu il n'y ait\njamais deux intervalles de demi ton consécutifs (tels ques/B-rfoß, ré%~mi) La\nconséquence de cette organisation, c'est que le phrygien ne peut pas faire une\ncadence complète ou parfaite (au point de vue du système moderne) sur sa finale ;\nil lui faudrait, pour cela, l'accord si ré# fa%, qu'il ne peut pas former.\nOn a suppléé à cette lacune en employant diverses cadences dites phrygiennes,\nqui ont beaucoup de charme: i° changement de fonction du mi final, qui de\ntonique devient quinte, et modulation en ia éolien :\nCette modulation en la est si intéressante et susceptible d'un effet si expressif,\nque Schumann l'adopte dans ses exquises Scènes d'enfants, alors même que\nl'introduction d'un ré# lui permettrait de conclure sur l'accord de mi B mineur\nEt rien n'est plus délicat, rien n'est plus poétique et charmant que cette clausule\nqui laisse la phrase indécise et en suspens :\n2° On fait conclure le dorien, à la dominante du mode éolien, sur un accord\nmajeur, avec un sol% qui est étranger au système :\nCe n'est encore qu'une cadence « imparfaite » pour l'oreille moderne. Voici\nun choral protestant en dorien (aus tiefer Noth Schrei ich zu dir) :\ndont Bach a ainsi harmonisé la seconde période (i) :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.17", "texte": "HORACE EN MUSIQUE\nR. M.\n26\n\nEn somme, le phrygien (dorien) est prisonnier de sa sous-dominante, la (1) ;\nde ce /a, il peut passer en ré : exemple curieux d'un mode qui a un accord de\ntonique mineur, et qui, si on ne lui adjoint pas une note étrangère, doit moduler\nsur deux autres accords mineurs. Cette connexion est le contraire de celle qui\nrattache le majeur ionien (ut) aux majeurs mixolydien (sol) et lydien (fa). Mais\nvoici une autre ressource qui fait compensation et, en arrachant le phrygien à\nà son perpétuel mineur, permet de le considérer sous un autre aspect. Le mi\nfondamental est tierce d\\it\\ Or, toute la gamme ionienne peut faire cortège àla\ngamme phrygienne en se supposant à elle :\nLe phrygien peut donc moduler en ionien : et de là, il peut passer en sol (ionien,\navec fa%) De cette faculté mise à profit, il résulte que le phrygien, étant\nsous la dépendance de l'éolien, qui lui fournit des éléments démodulation, et de\nhionien, est en quelque sorte attiré vers le registre grave ; aussi apparaît-il\nsouvent transposé en ré avec 2 bémols, ou en ut avec 4 .De plus, les mélodies\nqui lui appartiennent ne commencent pas toujours par la tonique, mais par\nun des sons indiquant les modes dans lesquels il aime à passer. (Cf. J.-S. Bach,\nchoral 214, ibid.)\n(A suivre. )\n\nJULES COMBARIEU.\n\nHorace en musique.\nCONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE L'HUMANISME MUSICAL EN FRANCE\nAU XVIe SIÈCLE\n\nLes humanistes du xvie siècle, désireux de reconstituer dans son intégrité la\npoésie des anciens, étaient naturellement amenés à y joindre la musique, et, faute\nd'avoir retrouvé les véritables mélodies des vers antiques, ils y adaptèrent des\nmélodies nouvelles. On mit surtout en musique les poètes latins, plus univer-\nsellement connus que les grecs et aussi familiers au public cultivé que les\nauteurs contemporains eux-mêmes. Et, parmi les œuvres de la poésie latine, ce\nfurent surtout les Odes d'Horace qui tentèrent les musiciens humanistes. Le\npoète qui célébra les gloires de ce siècle d'Auguste, si vivant pour les hommes\nde la Renaissance, l'épicurien délicat qui rehaussait de mélancolie et de morale\nses chansons et ses badinages était sans doute l'auteur préféré des lettrés du\nxvic siècle. Mais si Horace attira l'attention des musiciens, c'est avant tout parce\nqu il avait importé à Rome les mètres d'Alcée, de Sapho, d'Anacréon et des\npoètes Alexandrins, c'est parce que ses Odes constituaient un véritable réper-\ntoire des rythmes lyriques de l'antiquité. Aussi, dès le début du xvie siècle, les\nodes d'Horace avaient été mises en musique en Allemagne par Pierre Tritonius,\nà l'instigation du célèbre humaniste Conrad Celtes, et d'autres adaptations mu-\nsicales en furent faites, notamment par Senfl et par Hofheimer. Il se produisit\nainsi au delà du Rhin, pendant la plus grande partie du xvie siècle, un mou-\nvement extrêmement curieux pour l'étude des rapports de l'humanisme et de\n\n(i) Cf. le choral de Bach n° 16 (ibid.)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.18", "texte": "HORACE EN MUSIQUE\n\nla musique (i). En France, ce mouvement paraît avoir été beaucoup moins\nimportant. Ce qui est sûr, c'est qu'il a laissé fort peu de traces, et il semble\nque fort peu de musiciens français, au xvie siècle, se soient souciés de mettre en\nmusique des odes d'Horace.\nClaude Goudimel• Dans son « Manuel du libraire », à 1 article Ho? atius,\nBrunet (2) mentionne une oeuvre de Goudimel, parue en 155 s et portant le\ntitre suivant : « Q. Horatii Flacci poetae lyrici odae omnes quotquot carminum\ngeneribus différant ad rhythmos musicos redactae. Parisiis, ex typog?.\nNicolai Du Chemin et Claudii Goudimelli, » L'ouvrage serait signé\nClaudius Godimellus Bisuntinus et dédié à Gérard Gryphius, professeur à Nar-\nbonne. On peut voir, d'après le titre seul, que ces compositions ont dû être\nfaites dans le même esprit que celles des maîtres allemands de la même\népoque. En effet, le compositeur semble s'être proposé de mettre en musique\ntoutes les odes qui diffèrent par le genre de mètre (<quotquot carminum generibus\ndijfferunt) .Or, l'expression généra carminum, au sens de type métrique ou strophi-\nque, se rencontre couramment dans les œuvres des musiciens humanistes\nallemands: ils composaient des airs différents pour chacun des divers généra\ncarminum, et l'on chantait sur le même air chaque ode de même type. Cette ana-\nlogie peut être induite avec certitude du titre de l'ouvrage ; mais il serait plus\nintéressant de pouvoir la constater par la lecture des compositions musicales\nelles-mêmes, et l'on pourrait faire à ce propos des comparaisons instructives.\nMalheureusement l'ouvrage de Goudimel, que Brunet mentionne comme « rare»,\nn'a pu être retrouvé. Nous devons donc nous contenter du titre et des quelques\nindications qu'on en peut tirer.\nDe manuscrit fr. i<q.o<qB de la Bibliothèque Nationale. On trouve une\node d'Horace, mise en musique pour voix seule, dans le manuscrit fr. 19.098\nde la Bibliothèque Nationale (feuillet 13 r°). Ce manuscrit contient des fragments\nd'un traité de musique comprenant au moins trois livres. C'est un brouillon\ntrès mal écrit et par endroits très raturé : la lecture en est fort pénible. On lit\nen marge du premier feuillet (recto) : «Ce livre a esté mis au net et achevé le\n17e juin 1581. »\nLes fragments contenus dans le manuscrit comprennent 28 feuillets de pa-\npier (273 sur 193 millimètres). Après une courte préface et des considérations\ngénérales sur le « nom et définition de musique » et sur la « division de musi-\nque » en « organique » et en « musique vocale », 1 auteur anonyme traite avec\ndétail de la musique grecque ; à remarquer au feuillet 6 r° une transcription de\nl'ode d'Horace en question, écrite dans la notation musicale grecque et portant\nla mention : «Trois saphiques avec Tadorne mode iEolienne ». Puis viennent des\nchapitres sur la musique proportionnelle, avec un tableau des notes et des si-\nlences (feuillet 10; et la théorie des modes ecclésiastiques. Le début du livre II\n(feuillet 14) traite des intervalles (« espaces») ; la théorie des modes est reprise\npendant quelques feuillets (3) ; on trouve ensuite une série de curieux chapitres\n\n(1) Cf. R. von Liliencron, « Die Horazischen Metren in deutschen Kompositionen des 16.\nJahrhunderts ». (Vierteljahrsschr. F Musikwiss, IIIe année ( 1887), p. 26-91. La question s est\nétendue depuis le travail de M. Liliencron et mérite peut être d'être reprise.\n(2) Manuel du libraire, 5e éd. 1861, col. 326. Michel Brenet, Claude Goudimel (Besançon,\nPaul Jarquin, 1898, in-8°), p. 20 et 21.\n(3) Il ne faut pas perdre de vue que le manuscrit présente des lacunes considérables et que,\nmême dans les fragments qui restent, certains feuillets paraissent avoir été transposés."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.19", "texte": "HORACE EN MUSIQUE\n\nsur la métrique musicale, intitulés: « Des pieds des chansons » ( 1) (feuillet 19 r°),\navec un tableau des pieds métriques notés musicalement), « Notables sur les\npieds des Carmes » (feuillet 19 v° ; avec, au f. 22 v°, une strophe saphique fran-\nçaise en musique), « Des couplets des chansons » (feuillet 25) : la structure des\ncouplets, qui peuvent être « dicoles distrophes », « dicoles tristrophes », « tricoles\ntétrastrophes », etc., est désignée par une terminologie métrique qui présente\ndes ressemblances curieuses avec celles de Baïf. Le livre 111, qui est fort incom-\nplet, contient des chapitres sur la « symphonie», sur les consonances, sur le\ncontrepoint, sur le faux-bourdon. ~ etc. Je n'ai pu retrouver la copie annoncée\nau premier feuillet, ni déterminer avec certitude quel est l'auteur de ce traité.\nQuel que soit cet auteur, il paraît être très versé dans la théorie de la musi-\nque grecque, avoir la pratique de l'hébreu (v. feuillet 11 v°) et n'être pas étran-\nger aux préoccupations de métrique musicale qui, depuis 1570, avaient provo-\nqué en France la création d'une musique « mesurée à l'antique ».\nSi j'ai insisté un peu longuement sur la description de ce manuscrit, c'est qu'il\nn'est guère connu, quoiqu'il soit de nature à exercer d'une façon profitable la\npatience des chercheurs. L'ode d'Horace qui s'y trouve notée au feuillet 13 r°\nest la deuxième du livre premier. Je crois qu'il peut être intéressant d'en repro-\nduire ici la mélodie (2) :\nOn remarquera que, dans cette transcription musicale d'une ode saphique, le\nsouci de marquer nettement la mesure musicale conduit l'auteur à modifier par-\nfois les valeurs données à la longue et à la brève du vers (3). C'est ainsi que la\nlongue est tour à tour traduite par 0 et par J., la brève par J et par J.\nEtienne Du Chemin. Jusqu'à présent, je ne connais pas d'autre exemple\nfrançais d'odes d'Horace mises en musique au xvie siècle. Il nous faut aller jus-\nqu'au début du xvne siècle pour retrouver de nouvelles tentatives de ce genre.\nDans son Harmonie universelle (1636) Mersenne cite deux odes d'Horace mises en\nbeaucoup d'Odes musique par « Monsieur Du Chemin Advocat au Parlement,\nqui a déjà mis de Pindare et d'Horace en Musique suivant la mesure, et le\npropre mouvement que requiert la nature de chaque vers (4) ». Selon Fétis, ce\nDu Chemin aurait publié en 1661 un recueil d'Odes d'Horace mises en musique\n\n(1) Ce titre a été barré, mais reste parfaitement lisible.\n(2) Je n'y ai apporté d'autres modifications que la division par barres de mesure et la substi-\ntution corrélative du signe 2 au signe\n(3) Si l'on veut se renseigner sur l'état des études de métrique en France vers le milieu du\nxvie siècle, on pourra lire utilement les trois ouvrages suivants de René Guillon : i° De gene-\nribus carminum graecorum (2e éd ), Pans, Wechel, 1560, in-40 (50 p.) ; 2° Gnomon... perneces-\nsciritim ac perutile, volentibus serio studio rimari arcana Poetarum omnium Graecorum, Paris,\nWechel, 1556, in-40 (70 p.) ; 30 Gnomon... pernecessarium ac perutile, volentibus serio studio\nrimari arcana Poetarum omnium latinorum, Paris, Wechel, 1557, in-40 (^2 O*\n(4) Traitez de la voix et des chants, p 180. La deuxième de ces Odes n'est pas explicitement\nattribuée par Mersenne à Du Chemin. Mais lecontexte ne permet aucun doute sur cette attribution."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.20", "texte": "HORACE EN MUSIQUE\n\nà quatre parties (i), que je n'ai pas retrouvé. Quoi qu'il en soit, il ne faudrait\npas le confondre avec Nicolas Du Chemin, le graveur de musique du\nxvie siècle, qui édita précisément les mélodies de Goudimel sur les odes\nd'Horace. Les deux airs de Du Chemin que cite Mersenne sont adaptés, 1 un à la\npremière ode du 3e livre, l'autre à I ode 4 du premier livre. Le premier se trouve\nà la page 395 du Traité de la composition, le second à la page 418. Je les repro-\nduis ici, bien qu'ils soient du xvne siècle, parce qu'en réalité ils ne sont pas\nsans rapport avec l'esprit de la Renaissance.\nI\n\n(1) Ce qui est sûr, c'est qu il ne les avait pas publiées en 1636, puisqueMersenne peut écrire :\n* Si quelqu'un desire plusieurs autres Odes d Horace mises en Musique, suivant leurs propres\nmouvemens, je ne doute nullement que Monsieur du Chemin ne leur en monstre, et ne leur en\nface oûyr tres-librement, s'ils prennent la peine de l'en prier... » (Traité de la composition,p. 395.)\n(2) « Il n y a point d'autres différences dans les couplets qui suivent le premier, sinon qu'en\ntous les seconds vers la première syllabe est longue, et partant doit estre d'une demie mesure :\nmais parce que la syllabe/a de Favete du premier couplet est brefve, il y a un souspir devant\npour faire paroistre ladite briefve, en gardant néantmoins le mesme temps. » (Mersenne, ibid ,\nP- 395-)\n(3) Cette barre, la seule qui se trouve dans le texte, marque la séparation des deux strophes."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.21", "texte": "lIORACE EN MUSIQUE\n\nII\nOn peut faire sur ces textes, au point de vue rythmique, les mêmes remarques\nque sur le texte du manuscrit dont il a été question. Les longues et les brèves\ndu vers sont susceptibles de prendre, dans la transcription musicale, les\nvaleurs les plus variées. Mersenne nous dit lui-même (3) que les musiciens « ne\nsont pas obligés de faire toutes les syllabes longues d'une mesme longueur, car\nils peuvent donner le temps d'une semibreve, ou d'une minime, ou d'une noire,\nou mesme d'une crochue aux syllabes longues, pourveu que dans une mesme\nmesure ou diction ils usent des notes d'un moindre temps sur les syllabes\nbriefves... ». Les musiciens humanistes allemands du début du xvie siècle res-\npectaient bien plus scrupuleusement les valeurs prosodiques des syllabes. On\npeut s'en rendre compte en comparant le dernier air de Du Chemin avec cette\ncharmante mélodie de ténor, extraite du recueil de Tritonius (4), où le rap-\nport (1/2) de la brève prosodique à la longue est strictement observé et toujours\nexprimé de la même façon :\n\n(1) Le texte, au lieu du si, donne un do.\n(2) Cette note est omise dans le texte. J'ai restitué un fa, malgré l'octave directe, par analogie\navec nec prata canis (mi-fa à la basse).\n(3) Ibid., p. 415.\n(4) Von Liliencon, ouvrage cité, p. 57. La mélodie originale est écrite en brèves et en semi-\nbrèves : j'en ai réduit les valeurs. , . , ,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.22", "texte": "CONCERTS ET INFORMATIONS\n\nS'il fallait chercher en France, au xvie siècle, une musique respectant à peu\nprès exactement le rapport de la longue à la brève dans la transcription des\nmètres anciens, on la trouverait dans les airs « mesurés à l'antique », composés\nsur des vers français «mesurés». Ce dernier genre de musique, d'une plus\nhaute portée artistique que les essais des humanistes allemands, fut fort répandu\ndans notre pays pendant le dernier tiers du xvie siècle. Et c'est peut-être une des\nraisons pour lesquelles nous avons trouvé en France si peu d'adaptations musi-\ncales des odes d'Horace.\n\nPAUL MASSON.\n\nInformations.\n\nCORRESPONDANCE.\nA. SABATHIÉ.\nNous recevons la lettre suivante :\nHoulgate, 27 juin.\nMON CHER DIRECTEUR,\nJe reçois seulement aujourd'hui, après un voyage en Allemagne, la lettre de M. Constant\nPierre que vous avez bien voulu me communiquer. J'avais dit que le Prométhée, « drame\nlyrique » inscrit par lui (p. 750 de son (lonsti vatoire de musique, 1900, Imprimerie nationale)\nparmi les « œuvres » de M. Maurice Emmanuel, n'existait pas Et en effet, chez quel éditeur\ntrouve-t-on cet opéra ? Quel est son prix r son format ? sa date ? S'il n'a pas été gravé, à quel\ndirecteur de théâtre a-t-il été présenté r Ce « drame lyrique » fut-il reçu ? refusé r reçu à correc-\ntions ? Y a-t-il une référence quelconque à laquelle on puisse rattacher cette indication qui lait\nvraiment très bien dans une liste d' « œuvres »- : Prométhée, drame lyrique ?\nL'honorable M. Constant Pierre me donne raison quand je dénonce un bluf aussi énorme,\ndont je n'ai jamais songé, ai-je besoin de le dire? à faire peser la très lourde responsabilité sur\nl'excellent et très savant secrétaire du Conservatoire historien consciencieux de la musique.\nBien que M. Constant Pierre ne vous demande pas l'insertion de sa lettre, permettez-moi de la\nreproduire : « Des coquilles, qui n'en fait pas ? des erreurs, qui en est à l'abri ? J'ai Jait la Biblio-\ngraphie de mon livre en CONSULTANT LES INTÉRESSÉS qui ont pu me signaler des œuvres existant\nseulement à l'état de projet. Agréez, etc CONSTANT PIERRE. » Voilà qui ne laisse place à aucune\néquivoque. Je n'ai nullement reproché à M. Pierre une « coquille » ou une « erreur ». 11 s'agit\nd'une chose beaucoup plus grave. Je reproche à M. Emmanuel, au moment où on lui a demandé\nla liste de ses « œuvres », de s'être attribué la paternité d'un « Prométhée, drame lyrique », qui\nest inexistant. Si l'œuvre a existé à l'état de « projet » suivi d'un commencement d'exécution,\nles usages voulaient que le titre de l'ouvrage projeté fût précédé des mots suivants : «En prépa-\nration. » Ce n'est pas à un docteur ès lettres que j'ai besoin de rappeler cette règle.\nEt ce que je viens de dire sur le « Prométhée, drame lyrique » et mythique surtout je\ncrois bien que je pourrais le dire aussi de la « Symphonie bretonne » mentionnée immédiate-\nment après, dans la même liste d' « œuvres » ! .. Mais je reviendrai, après enquête, sur ce\nsecond point. Il y a des gens qui se créent des titres avec une facilité vraiment excessive !\nCroyez, mon cher Directeur, à mes meilleurs et dévoués sentiments,\n\nCONCERTS LAMOUREUX. C est au théâtre Sarah-Bernhardt que nous aurons\nla joie d entendre les Concerts Lamoureux, 1 hiver prochain. Le traité définitif\na été conclu entre la grande artiste et le comité de la célèbre Association.\nLes deux premiers concerts de l'abonnement sont fixés pour les 7 et 14 octobre.\nDu 15 au 30 octobre, l'orchestre, sous la direction de M. Camille Chevillard, ira\ndonner une série de quinze concerts à Berlin, Dresde, Leipzig, Frankfort,\nMannheim, Hanovre, Hambourg et dans plusieurs autres villes de l'Alle-\nmagne."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "361", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.23", "texte": "CONCERTS ET INFORMATIONS\n\nLes concerts d'abonnement seront repris à Paris le 4 novembre pour finir le\n31 mars 1907.\n\nBILAN MUSICAL. — GENÈVE.\nPIERRE FERRARIS.\n— La saison qui vient de se terminer a offert aux\namateurs de musique un total de 122 concerts, — 4 de moins que l'an dernier.\n41 de ces concerts ont été donnés par des artistes de notre ville, 16 par des vir-\ntuoses de passage, 53 par des sociétés génevoises et 12 par des sociétés étran-\ngères. 36 de ces concerts ont un but social ou philanthropique ; 27 avaient le\nconcours d'un orchestre; 14 étaient consacrés à la musique de chambre ; et 5\nétaient « dénommés populaires » ; 28 de ces concerts ont eu lieu au Conservatoire,\n26 à la Réformation, 17 au Victoria-Hall, 21 dans des édifices religieux et 30 dans\ndes salles diverses. Dans les œuvres interprétées nous voyons : la Passion\nselon saint Matthieu de J.-S. Bach, VEnfance du Christ de Berlioz, le Requiem\nde Cherubini, Joseph de Méhul, plus 18 symphonies, 4 poèmes sympho-\nniques, 9 suites, 43 ouvertures, 2 quintettes, 15 quatuors, 5 trios, 32 concer-\ntos, 62 sonates et 1002 morceaux divers. Les interprètes ont été de 92 pour le\nchant, 48 pour le piano, 45 pour le violon, 11 pour le violoncelle et 11 pour l'or-\ngue. Les auditions musicales avec comédies, exercices de gymnastique, projec-\ntions lumineuses, ou suivies de bal, ne figurent pas dans la présente statistique.\nCitons les protagonistes les plus en vue : Mmes Landi, Marty, Panthès, Ketten,\nStefi Geyer, Auguez de Montalant, Mysz-Gmeiner, et MM. Marteau, Thibaud,\nGorski, Sarasate, Casais, Mahaut, Delafosse, Th. Dubois, Sechiari, Consolo,\nTen Have, Lermyte, Frolich, Mauguière, Risler, Boucherit, Cortot, E. Ysaye,\nCazeneuve.\n\nVENTE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE ANCIENS.\n\nOn ne voit pas souvent passer\ndans les salles de l'hôtel des ventes une collection d'instruments de musique\naussi importante que celle que rassembla feu M. Eugène Lecomte. Au milieu\ndes tableaux et objets d'art d'une diversité si grande dont se composait sa col-\nlection, apparaissaient des violons, des violoncelles, des altos, des archets et des\ninstruments anciens qui y ajoutaient un intérêt particulier. Le plus grand mou-\nvement d'enchères s'est opéré autour d'un violon (¥Anto7mis Stradivarius, Cré-\nmone, 1725, avec étui acajou, qui a été poussé à 10.000 francs, et d'un violon-\ncelle du même (Crémone, 1693), avec étui, dont on a donné 7.000 francs. Viennent\nensuite dans l'ordre des enchères : un violon de Grancino (marque Amati) avec\nétui, payé 2.650 francs ; un autre de J.-B. Vuillaume, 1.450 francs; un alto ancien\n(marque Bergonze), avec étui, 1.300 francs.\nParmi les autres instruments adjugés à des prix plus modestes par Me Che-\nvallier, qui dirigeait la vente, il convient de citer : un alto ancien recoupé, par\nAldric, obtenu pour 90 fr. ; violoncelle anciens Italiens, 310 fr. ; contrebasse\nquatre cordes, archet et étui, 70 fr. Archets : Tourte jeune, violoncelle, baguette\noctogone, adjugés 460 fr. ; du même, baguette ronde, 320 fr. ; Tourte aîné : vio-\nlon, hausse de Peccatte écaille, garnie or, baguette ronde, 240 fr. ; Voinn : vio-\nlon, baguette octogone, 130 fr. ; Vieux Paris : violon, hausse avec lyre, baguette\noctogone, 90 fr. ; Gand freres : alto, baguette ronde, 40 fr. ; Henry : alto hausse\nécaille garnie argent, baguette ronde, 130 fr. ; Gand frères : violoncelle, non\nmarqué, baguette ronde, 51 fr. ; Voir in : violoncelle, baguette ronde, 98 fr."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "362", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19060715-01.1.24", "texte": "CONCERTS ET INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nQuelques autres instruments anciens méritent aussi une place dans ce compte\nrendu ; en voici la brève description, telle qu'elle figure du reste au catalogue :\nViole d'amour de Paulus Alletsee 21 cordes, vendue 450 fr. ; petite mandoline\nivoire et ébène, 95 fr. ; mandoline avec manche incrusté d'ornements, 75 fr. ;\nquinton de Guersan ( 1763), 310 fr. ; luth-guitare de Despont, 100 fr. ; luth\nancien, 17Ç fr. ; archiluth, 12$ fr.\nParmi les lauréats du dernier concours de l'lnstitut, nous avons été heu-\nreux de voir, au premier rang, M. Gailhard, le fils de l'excellent artiste qui dirige\nnotre Académie de musique. Les autres lauréats sont MM. Dumas ( premier\ngrand prix) et Le Boucher. A cette occasion, félicitons aussi M. Gailhard de\nfaire répéter en ce moment la Thamara de M. Bourgault-Ducoudray dont nous\navons longuement parlé ici.\n\nHÉBERT ROUGET.\n\nCONSERVATOIRE. Les dates des concours publics qui auront lieu, comme\nTannée dernière, dans la grande salle du théâtre national de TOpéra-Gomique,\nsont ainsi fixées :\nMardi 17 juillet, 2 heures 1/2, contrebasse, alto, violoncelle.\nMercredi 18 1 heure, chant (hommes;\nJeudi 19 1 heure, chant (femmes).\nVendredi 20 9 heures, tragédie, comédie.\nSamedi 21 9 heures, harpe, piano (hommes).\nLundi 23 1 heure, opéra-comique.\nMardi 24 midi, violon.\nJeudi 26 midi, piano (femmes).\nVendredi 27 midi, flûte, hautbois, clarinette, basson.\nSamedi 28 midi, cor, cornet à pistons, trompette, trombone.\nLe règlement organique du Conservatoire national de musique et de déclama-\ntion fixait de 15 à 20 ans la limite d'âge d'admission des femmes dans les classes\nde déclamation dramatique.\nOr, il arrivait souvent que des vocations artistiques étaient entravées par les\nparents. Afin de laisser aux intéressées la faculté de décider du choix de leur\ncarrière, à l'âge de leur majorité, M. le Ministre des Beaux-Arts vient de mo-\ndifier cet article du règlement en portant de 15 à 21 ans la limite d'âge d'ad-\nmission des femmes dans les classes de déclamation dramatique.\n\nDROITS D'AUTEURS et COMPOSITEURS. Le gouvernement impérial allemand\nse propose de réunir à Paris, en octobre prochain, une commission franco-\nallemande pour arrêter les termes d'une convention conciliant la juste protection\nà laquelle les compositeurs peuvent avoir droit et les facilités généralement\naccordées aux fanfares et musiques militaires qui, dans leurs exécutions pu-\nbliques, ne poursuivent pas un but de lucre.\n\nTROCADÉRO. La grande salle des fêtes du Palais du Trocadéro sera mise à\nla disposition de l'Orphéon municipal de la ville de Paris pour le concert qui sera\norganisé dans le courant de juillet prochain."}]}