{"numero_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_sha256": "8188616cf7c9ee24cbf7611249fbeedfb4e73bebe027bd619b89c4f64888eacf", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1906/11/01_01/bmtnabj_1906-11-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1906/11/01_01/bmtnabj_1906-11-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "489", "page_fin": "490", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.1", "titre_corps": "Une récente édition des sonates de Beethoven. 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Je n'ai pu résister au besoin de le\nreconstituer, dans le supplément de la Revue musicale, tel que je le comprends.\nLe discours musical, on le sait, a un rythme, comme l'éloquence verbale : il\nse divise en périodes, en phrases, en membres de phrase. Les limites de ces\nparties, non indiquées par le compositeur, ne sont pas toutes faciles à déter-\nminer. Pour la période ou la phrase, à la fin de laquelle l'exécutant doit, en\nquelque sorte, mettre un point, il n'y a pas de difficulté ; à moins d être aveugle,\non voit bien où le point doit être mis, et, quand il y a deux phrases soudées\n(comme ici à la 8e mesure) on s'en rend tout aussi bien compte. Pour le membre\nde phrase à la fin duquel il faut mettre une virgule ou un point virgule, c'est une\nautre affaire. Habituellement, on marque l'étendue d'un membre de phrase par\nle legato, dont les extrémités enveloppent un groupe de notes devant être émis\nsans césure, sans « respiration ». Or, M. Wouters scande ainsi le début de\nl'adagio :\nL'éditeur, on le voit, considère le si 5 comme appartenant au premier membre\nde phrase et faisant corps avec lui. C'est à peu près comme si on disait :\n- - \" • • • •*.<-\nOui, je viens dans son temple adorer l'Eternel je ;\n• Viens selon l'usage, etc...\nIl y a, dans le texte même de Beethoven, la preuve manifeste que cette ma-\nnière de rythmer est un contresens. Un peu plus loin, en effet, Beethoven,\nvariant sa formule, dit ceci :"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "490", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.2", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "Admettez-vous qu'on mette un « point et virgule », une petite césure, pause\nou respiration, après le la sde la 2e mesure ? Après le si 5 de la qc ? Est-ce que\nces deux notes et les groupes de doubles croches dont elles font partie ne sont\npas visiblement liés à ce qui suit, et non à ce qui précède ? Je scanderai donc, en\nindiquant la fin du membre de phrase par un petit trait vertical :\nPour cela, j'emploie une diérèse, c'est-à-dire un procédé d'écriture dont un\néditeur peut légitimement user, et qui consiste à ne pas mettre dans le même\ngroupe des notes entre lesquelles il y a une césure. Ainsi, j'écris :\nau lieu de\nM. Wouters applique quelquefois le principe\nde la diérèse, mais pas toujours. Ainsi, il écrit avec raison :\ns'il se rend compte du principe, pourquoi ne l'applique-t-il pas partout où il doit\nl'être ? Une autre incohérence de méthode consiste à mettre un legato dans cer-\ntaines parties de la composition, et, ailleurs, à ne rien mettre du tout, comme si\ncet adagio n'était pas partout rythmiquement construit.\nIl ne faut pas que le souci de l'effet pianistique pur fasse négliger l'essentiel,\nc'est-à-dire l'analyse correcte du texte. Si l'élève ou l'exécutant ne commence\npas par ponctuer correctement l'oeuvre qu'il veut interpréter, il ne fait plus de la\nmusique, mais un exercice quelconque, analogue à celui de la bicyclette. C'est\npar le rythme que la musique a un sens ; c'est grâce à lui que le compositeur\npeut penser avec des sons ; ne pas observer correctement le rythme, c'est faire une\nparodie. Je suis sûr que l'honorable professeur de Bruxelles est de mon avis ;\nmais l'édition qu'il a publiée, bien qu'elle ressemble à beaucoup d'autres tout\naussi fautives, est pour moi le sujet d'un profond étonnement.\nA la suite de l'adagio de Beethoven, nous donnons un air populaire suédois,\nharmonisé par Ahlstrom (compositeur né en 1762, organiste à Stockholm, auteur\nde sonates pour piano et pour violon, parues en 1783 et 1786, et d'un recueil de\nmélodies populaires). Cette chanson est en dorien antique [mi-mi] ; elle module\nà la dominante et à la quarte, puis retourne à la tonique. Ahlstrom, comme\nc était alors l'usage, l'a harmonisée à la moderne, sans paraître se rendre compte\ndu mode, lequel est très net (le sol Sde la 3e mesure n'étant qu'une broderie).\nComme concession à cette méthode ou absence de méthode nous n'avons\nconservé que la clausule en majeur, ou, comme on eût dit autrefois, en ionien.\n\nJ.C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "491", "page_fin": "493", "image_debut": 3, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.2", "titre_corps": "Quelques œuvres musicales récemment jouées à Paris.", "titre_sommaire": "Quelques œuvres musicales récemment jouées à Paris.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "491", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.3", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "Quelques œuvres musicales récemment jouées à Paris.\nI° Concert Lamonreux.— LA « SYMPHONIE PASTORALE» DE BEETHOVEN. - Nulle\npart ailleurs Beethoven n'a mieux montré combien il était l'homme du\nXVIII siècle, non seulement par la lorme classique de sa composition, mais par\nle sentiment et par l'idée qu'il se fait de certaines choses. Ici, il est (psycholo-\ngiquement) le disciple de Rousseau ou de Bernardin de Saint-Pierre. De ce\ndernier, la Revue musicale citait, dans son dernier numéro, une lettre où la\nmusique des nègres d'Afrique est qualifiée de très « douce », ce qui est mani-\nfestement inexact. Mais, à cette époque, c'est la tendresse, le goût de l'idylle et\ndelà pastorale, qui dominent, avec, pour tout ce qui touche à la « nature », une\nnotion préconçue (conventionnelle, pleine de sentimentalisme, entachée de\nlittérature et d'emphase) de la vraie réalité Pour le romantique moderne, la\nnature est un spectacle grandiose et terrible, une force mystérieuse, tour à tour\nbienveillante ou hostile, toujours inquiétante et énigmatique, dressée devant\nlui :\nNature immense, impénétrable et fière ..\nPour Beethoven, la nature est simplement « la campagne », celle d'Horace et\nde La fontaine : la campagne, où le citadin n'aperçoit, par voie de contraste,\nqu un grand calme, « un clair ruisseau avec un doux murmure », des oiseaux qui\nchantent, une paix et une sérénité parfaites, parfois troublées par un orage\ninofiensif, et même salutaire. Des paysans, il ne voit que la <( réunion joyeuse »,\nla danse, un jour de fête ; ses bergers, dignes de ceux de Théocrite et de Virgile,\nsont des chanteurs et des flûtistes. Pour l'observateur, ou pour le romantique,\ntout cela est légèrement faux, ou superficiel, ou incomplet et très fade, ou encore\nbeaucoup trop général et traditionnel, et fait plutôt tableau de genre que tableau\nd observation et de \\érité. Mais c est le cas d affirmer combien il serait mauvais\nde juger une œuvre musicale d'après les idées réelles qui lui sont associées.\nMalgré cette conception évidemment étroite de la nature, Beethoven a fait une\nœuvre admirable; là où tant d autres poètes s étaient bornés à rimer quelques\nvers d aimable rhétorique, il a écrit, par la puissance du génie musical, sur\nla même donnée qu avaient rendue banale les anciens classiques, une sym-\nphonie qui est une merveille d invention et d'ampleur mélodiques, de rythme,\nde construction, de contrastes bien équilibrés.\nLES « PRÉLUDES »DE LISZT. Cette œuvre est associée au texte suivant de\nLamartine : « Notre vie est-elle autre chose qu'une série de préludes à ce chant\ninconnu dont la mort entonne la première et solennelle note ? L'amour forme\n1 aurore enchantée de toute existence ; mais quelle est la destinée où les premières\nvoluptés du bonheur ne sont point interrompues par quelque orage dont le\nsouffle mortel dissipe ses belles illusions, dont la foudre fatale consume son\nautel ? Quelle est l'âme cruellement blessée qui, au sortir d'une de ces tempêtes,\nne cherche à reposer ses souvenirs dans le calme si doux de la vie des champs ?... »\n(Lamartine, Méditations poétiques.) De ce programme, je ne vois qu'une idée ou\nun sentiment qui soit passé dans la musique : c'est la gravité recueillie, la « mé-\nditation ». Il y a, dans les Préludes. des choses admirables, et, à côté, des\nformules banales ou déclamatoires. Mais c'est d'un noble artiste ; partout on sent"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "492", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.4", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 3775, "texte": "la maîtrise. Cette composition est un peu longue ; mais cette longueur est due à\nce que Liszt voit toujours « grand ». Il est convaincu ,il est inspiié. Sans atteindi e\nà de grandes profondeurs, il impose à 1 auditoire un état d esprit d ordre élevé. Sa\nmanière est décorative, chevaleresque, un peu entachée de virtuosité, mais non\nexempte de poésie. La phrase jouée par les cuivres, qui est le pivot de 1 œuvre,\nest une caresse pour l'oreille, une belle pensée pour 1 esprit musical.\n« CONCERTO EN RÉ MAJEUR », POUR PIANO, DE MOZART. J admii eMozart, comme\ntous les musiciens. Au dernier concours du Conservatoire, on a exécuté un\nquatuor de Cosi fan tutte, qui a été un pur enchantement. Je n hésite pourtant\npas à dire que ce concerto en ré est une œuvre faible, sans originalité bien\ndistincte. Le thème principal de l'allegretto se retrouve dans la sonate en\nsi p pour piano et violon ; çà et là, les idées et les rythmes rappellent plusieurs\nsonates pour piano seul. Ajoutez que ce concerto produit une certaine impatience,\nquand il est joué par un pianiste qui, sous prétexte de montrer son talent d' «in-\nterprétation », abuse de certains effets : jouer en demi-teinte ou en pianissimo\névanescent, retenir le mouvement, attaquer les notes avec préciosité comme si\non voulait faire un sort à chacune d'elles, chercher le fin du fin, ne rien dire\nsimplement : ce sont là des procédés dont un exécutant doit bien se garder 1 II\nfaut jouer avec franchise, sans céder à la manie de substituer partout sa propre\npersonne à celle du compositeur. L'œuvre est trop claire par elle-même c'est\nde l eau de source ! pour avoir besoin d une analyse et d'une exégèse perpé-\ntuelle. D'une qualité, il ne faut pas faire un défaut. Mozart est distingué : ne le\nrendez pas maniéré ! il est délicat : ne le rendez pas anémique 1\nLE « PRÉLUDE A L'APRÈS-MIDI D'UN FAUNE », DE CL DEBUSSY. On pourrait\ndire: de même que Stéphane Mallarmé, en écrivant un poème volontairement in-\nintelligible sur « l'après-midi d'un Faune », est sorti de la littérature pour entrer\ndans la musique, de même M. Debussy, en écrivant une brève symphonie sur ce\nmême sujet, est sorti de la musique telle qu'on la comprenait jusqu'ici pour\nfaire une œuvre qu'il est difficile de ramener aux classifications traditionnelles.\nOEuvre bizarre, emmêlée, agressive, mais exquise à force d'art et d'originalité.\nDans la suite, M. Debussy est resté un peu prisonnier de cette manière. Il ne\nfaudrait pas que toutes les musiques fussent écrites d'après l'esthétique de cette\nécole ; mais il est bon que cette école existe à côté des autres.\n2° Concerts Colonne.\nOEuvre admirable, qui, à la grande distinction des idées, ajoute parfois un éclat\net une puissance extraordinaires. Beaucoup de chromatisme, mais rien de\ndisloqué et de brisé, comme il arrive trop souvent chez les modernes. Cette\nmusique de Franck a une originalité qui m'intrigue : elle est presque constamment\n« sublime », mais d'un sublime qui ne vient nullement, comme chez les autres\nmaîtres, de la profondeur et de l'intensité du sentiment : c'est un art objectif,\nd'un formalisme facile, et qu'on dirait improvisé, là même où la construction\ndes thèmes superposés implique une grande science. C'est un sublime aisé,\ncontinu, que je crois peu représentatif de la personne morale. Peut-être est-ce\nl'exemple typique de l'inspiration véritable ! Il faut mentionner spécialement le\ncharmant allegretto, si net et si bien rythmé ;il n'est pas besoin d'entendre\nl'orchestre pour savoir que le thème principal, accompagné par des pizzicati\ndes violons et des harpes, est écrit pour le cor anglais : à la simple lecture on le\ndevine. Et tel est bien le propre de toute bonne idée symphonique : elle entraîne"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "493", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.5", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 3506, "texte": "avec soi, elle implique le timbre qui doit servir àla formuler. Dans l'ensemble,\nun peu de longueur...\n« LES AMOURS DU POÈTE », DE R. SCHUMANN. Mélodies d'une page, brèves\ncomme un impromptu d'Alfred de Musset, mais préférables à de grosses parti-\ntions ! Une goutte d'eau peut réfléchir le ciel : une page de Schumann peut\ncontenir toute la poésie dont la musique est capable. Ce qui gâte un peu ces\nchefs-d'œuvre délicats, c'est le talent de la chanteuse qui les dit devant une salle\nde 3000 personnes. L'exécutant veut faire « de l'expression » ; qu'est-ce à dire,\nsinon qu'il veut ajouter sa personnalité à celle de Schumann } C'est dangereux !...\nun chanteur peut faire cela pour Rossini ou Meyerbeer— qui sont d'ailleurs des\nmélodistes de premier ordre mais pour Schumann, c'est une autre affaire !\nLà, il faut s'effacer complètement. La salle de théâtre est même de trop ; c'est\ndans l'intimité qu'il faut goûter ces lieder délicats, d'un accent si intime.\n« Duo D'HÉLÈNE ET DE PARIS », DE C. SAINT SAENS. C'est excellent, c'est par-\nfait. Ce n'est pas divin ; et il faudrait que ce fût « divin » ! Songez donc : un duo\nd'amour entre les deux personnages qui symbolisent la jeunesse et la beauté : Hé-\nlène, Pâris ! Derrière eux, il y a la Grèce et l'Asie des temps héroïques, Homère,\nl Iliade, tout l'Olympe païen, plus encore : la Destinée. Berlioz versait des\nlarmes d'enthousiasme et d'attendrissement en pensant à toutes ces choses.\nM. Saint-Saëns en a t-il fait autant? Cela ne nous regarde pas ; nous n'avons\nqu'à juger son œuvre. Pour traiter cette scène redoutable, il a employé la\nméthode analytique, celle qui consiste à suivre, phrase par phrase, le texte d'un\nlivret, et à l'illustrer. Il s'en est tiré, comme on pense, en musicien consommé,\nOn eût aimé un peu de synthèse ; j'entends par ce mot la formule de rythme et de\nmélodie oû l'on concentre l'idée d'une situation et qui, si elle est heureusement\ntrouvée, prend l'auditeur, satisfait à ce qu'il attend, et l'enchante...\n« LES HEURES DOLENTES », DE GABRIEL DUPONT. Ces heures dolentes sont\ndes heures de fièvre, de cauchemar et d'hallucination. Il y a des malades qui,\npendant les heures d'insomnie, voient sur le papier qui tapisse leur chambre\ndes personnages fantastiques, des dessins étranges, des scènes merveilleuses,\népiques, diaboliques, grimaçantes... M. Gabriel Dupont, qui paraît avoir connu\nces heures-là, a été obsédé d images musicales, et non d'images visuelles. Il nous\nmontre d'ailleurs tout autre chose qu'une brillante incohérence de timbres et de\nrythmes. Schubert de Philosophe Schubert, autobiographie, t. I, p. 321) a écrit :\n« La fièvre peut développer en nous des énergies oû n'atteint guère la santé nor-\nmale. Je ne puis décrire par des mots ce qui se passait en moi... Je me sentais\nune force et une joie spirituelle comme je n'en ai jamais ressenti de ma vie. »\nM. Dupont a ressenti, lui aussi, cette force et cette joie « spirituelles ». Il y a\nénormément de couleur et d adresse dans sa composition ; pas assez de pensée et\nde vraie musique. Il y a du sentiment vrai sans doute, et des idées originales,\nmais trop d'imagination et de couleur pure obtenue par des dissonances exces-\nsives. On dirait du Chabrier orchestré par Balakirev. Œuvre un peu kaléidosco-\npique, rapide, trouble et troublante... Mais ce n'est là, je pense, qu'une fantaisie\nd'artiste. Il faut que le musicien nous montre désormais, comme l'homme, qu il\nest en pleine santé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "494", "page_fin": "494", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.3", "titre_corps": "Notes sur la musique orientale et exotique.", "titre_sommaire": "Notes sur la musique orientale et exotique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.6", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "Notes sur la musique orientale et exotique.\nM. Maspéro veut bien nous envoyer d'Egypte la photographie d'une peinture\ntrouvée dans le Mastaba (chambre mortuaire) de Dahchour et conservée au\nmusée de l'lnstitut archéologique du Caire. Cette peinture représente une har-\npiste accroupie et remonte à la XIIe dynastie (vingt-huit siècles environ avant\nlère chrétienne). La harpe, de même forme que les instruments conservés au\nmusée du Louvre, a huit cordes; les mains, placées Tune au-dessus de 1 autre,\ndans une bonne position d'exécutant, pincent des cordes différentes.\nEn examinant les documents analogues provenant de la Grèce antique, Vitet\ntirait argument de là pour affirmer que les Grecs avaient connu la musique à\nplusieurs parties, « car il est impossible, disait-il avec raison, que les doigts\nde l'instrumentiste fassent entendre la même note ». Il eût fait sans doute la\nmême observation à propos de ce document sur la musique égyptienne.\nVoici un document curieux et admirable, cité par Lubbock dans son livre\nclassique sur la civilisation (p. 525), et qui pourrait servir de « programme » à un\ncompositeur en quête de sujets originaux, favorables à l'inspiration musicale :\n« Dobritzhoffer nous dit que les Abipones (Amérique du Sud) adorent les\nPléiades à une certaine époque de Tannée. La cérémonie consiste en une fête\naccompagnée de danses et de musique, alternant avec les louanges des étoiles La\nprincipale prêtresse, qui préside les cérémonies, danse par intervalles, faisant\nrésonner en mesure une gourde remplie de noyaux, pirouettant tantôt sur un pied,\ntantôt sur l'autre, sans jamais changer de place et sans varier ses mouvements. »\nLa « gourde remplie de noyaux » nous avertit suffisamment qu'il s'agit d'une\npeuplade encore peu civilisée et ignorante des ressources de l'orchestre... mais\nquelle poésie profonde dans cette liturgie nocturne, en pleine nature ! Voilà des\nhommes à demi sauvages qui ont le sentiment du divin, puisqu'ils adorent\nquelque chose et quelqu'un ; leur divinité, ils ne la voient pas dans un animal,\ncomme les Egyptiens, ou dans un être humain, comme les Grecs, mais, comme\nles Chaldéens, dans un groupe d'étoiles... C'est un dogme qui en vaut bien\nd'autres. La danse caractérisée ici est sans doute pauvre et monotone ; j'imagine\nqu'un compositeur qui sentirait vivement cela, tirerait de cette monotonie même\nun effet exquis. Il lui serait sans doute permis de remplacer la gourde de noyaux\npar de petites clochettes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "494", "page_fin": "496", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.4", "titre_corps": "La musique d'après les Allemands.", "titre_sommaire": "La musique d'après les Allemands.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.6", "debut_caractere": 2511, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": "La musique d'après les Allemands.\nLe pays qui a produit Bach, Haendel, Beethoven, peut être considéré comme\nle pays musical par excellence (réserve faite de l'originalité incontestable des\nautres pays, en matière de composition). 11 nous a donc paru intéressant d'ouvrir\nici une nouvelle rubrique, sous laquelle nous donnerons de substantielles indi-\ncations, à l'aide de textes caractéristiques, sur le sujet suivant : Quelle a été"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.7", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3674, "texte": "l'opinion des grands écrivains, philosophes et compositeurs de VAllemagne sur la\nmusique ? Comment Vont-ils définie ?\nIl y a là des choses infiniment curieuses à lire ; nous nous proposons de les\ncondenser et de les résumer ici pour la commodité du lecteur. Nous commence-\nrons par Kant, et nous ne nous astreindrons pas à Tordre historique.\nI. KANT passe pour avoir fondé l'esthétique moderne. Il donne lieu à quel-\nques constatations curieuses. L'auteur de la Critique du jugement (1790) n'aime\npas la musique ! il est trop « critique » pour goûter un art de sentiment et de\nspontanéité ; de plus, la musique est la langue de l'amour, et Kant n'a jamais\n(( sacrifié aux Grâces », comme dit Voltaire en parlant de Boileau. Néanmoins,\nle grand philosophe a rendu à l'art musical un hommage involontaire, gâté par\ndes boutades de mauvais goût. Habitué à réfléchir sur des concepts, Kant écrit\nque la musique est « un jeu changeant et éphémère, qui ne laisse rien à penser\nap rèslui »;il va jusqu'à écrire cette phrase regrettable que (( musique et plaisan-\nterie (Stoff zum lachen) sont, sous deux aspects différents, la même forme du\njeu ;... le changement seul y produit le plaisir)). Ce terrible logicien, à qui l'on doit\ntant d'analyses profondes, se plaint, comme d'un dommage apporté à la liberté\nde chacun, de Timportunité du chant choral : « Celui qui tire de sa poche un\nmouchoir parfumé, oblige son entourage à jouir, bon gré mal gré, de ce parfum.\nMême inconvénient se produit lorsque, au temple protestant, on chante des airs\nspirituels ! » Kant se déclarait dérangé dans ses propres pensées par cette piété\nbruyante et généralement pharisienne ! ( Critique du jugement, édit. ail. de Kehr-\nbach, p. 197, 202, 204-5.) Et cependant, bien que la musique lui apparaisse\nsurtout comme un plaisir [mehr Genuss als Kultur), il la caractérise avec justesse\nquand il déclare que l'arithmétique n'a rien à voir dans le plaisir musical ;\nque les sons, comme les couleurs, « constituent la détermination formelle d'un\nensemble » (ibid., p. 70) et doivent, par conséquent, être appréciés non en eux-\nmêmes, mais d'après leurs rapports avec le tout dont ils font partie ; que la\nmusique nous émeut plus profondément que la poésie, et qu'une belle composi-\ntion est « l'idée esthétique d'un ensemble cohérent, plein de pensées intraduisibles »\n(die œsthetische Idee eines zusammenhdngenden Ganzen einer unnennbaren\nGedankenfùlle, ibid., p. 70,200).\nVoici des écrivains plus artistes. Ils insistent sur ce fait que la musique a\nune indépendance absolue vis-à-vis du monde extérieur.\n11. NOVALIS, SCHILLER, WAGNER. « L'artiste a vivifié dans ses organes\nles germes d'une vie autonome ; il a augmenté leur réceptivité pour le monde\nspirituel, et il est, par suite, en état de produire des idées sans sollicitation\nextérieure, d'effluer par elles en dehors de lui-même, de les employer comme\ndes instruments par lesquels il transforme arbitrairement le monde réel. »\n(NOVALIS, Œuvres, édit. Heilbron, Berlin, 1901, 11, p. 164 et suiv.)\n«La philosophie (ne peut-on pas dire aussi :la musique ?) est Vart d'inventer\nsans donnée aucune, un art d'invention absolue (id.). —En cela précisément con-\nsiste la vie, qu'elle ne peut être comprise. (Id.)\n« L'homme (musicien) est capable à chaque instant d'être une essence supra-\nsensuelle. Autrement, il ne seraitpas un citoyende l'univers, il serait un animal.\nSans doute, la réflexion calme est difficile dans cet état, mais plus nous réussis-\nsons à en prendre conscience, plus devient vivace, puissante, persuasive, la\ncroyance que cet état engendre la foi aux révélations authentiques de l Esprit. Ce"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "496", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.8", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "nest ni un « voir », ni un « entendre », ni un « sentir » ; c est un composé des trois\nàla fois. C est plus que les trois réunis, une impression de certitude immédiate,\nun aperçu de ma vie la plus vraie, la plus intime. » (NOVALIS, Œuvies, 11, i, p. 6.)\n« Les saisons, les heures du jour, la vie, les destinées, tout, chose étrange !\nest parfaitement rythmique et métrique, tout obéit à une cadence. Dans les\nmétiers et dans les arts, dans les machines, dans les corps organiques, dans nos\noccupations familières, partout le rythme, la mesure, la cadence, la mélodie,\nfout ce que nous faisons avec quelque virtuosité devient peu à peu lythmique.\n11 doit y avoir là quelque chose d'autre encore et d occulte. Ne serait-ce vraiment\nque l'effet de 1 inertie ? (/<L, 11, i, p. 154-5.)\n« La pensée (verbale, par opposition à la pensée musicale) n est qu un rêve du\nsentir, un sentir éteint, une vie affaiblie, grise et décolorée. (ld.)\n« L'insuffisance manifeste de la forme corporelle et terrestre pour exprimer et\norganiser l'esprit qui habite en elle, c'est la pensée obscure qui devient le fonde-\nment de toutes nos pensées véritables. Elle est le point de départ de notre évo-\nlution comme intelligences ; c'est elle qui nous oblige à admettre un monde des\nintelligibles et une série infinie d expressions et d'organisations pour chaque\nesprit, dont l'individualité actuelle est chaque fois 1 exposant ou la racine. » (ld.)\n« La musique d'une poésie est bien plus souvent présente à mon âme, quand\nje m'assieds à ma table pour l'écrire, que l'idée nette du contenu » (SCHILLER,\nlettre à Korner, 25 mai 1792.)\n« La poésie est une musique intérieure... Elle est l'art du dynamisme psychique\n(Gemùtserregungskunst) ...une acoustique de l'âme. » (NOVALIS,II, 11, p. 208 et 328.)\n« Rien n'attire mes yeux. Les lieux, les objets auxquels s accroche ou\npourrait s'accrocher mon regard, seraient ce les plus grands chefs-d œuvre du\nmonde, ne me divertissent pas et me sont indifférents. Je n'ai encore des\nyeux que pour distinguer le jour et la nuit, le clair et l'obscur. C'est réellement\nune mort du monde extérieure pour moi et de moi pour le monde extérieur. Je\nne vois que des images intérieures qui veulent se réaliser uniquement par les\nsons. » (R. WAGNER, lettre à Mathilde Wesendonck, datée de Paris, 19 quai\nVoltaire, 21 décembre 1561.)\n... « Rentré à l'hôtel, j'ai travaillé avec une hâte singulière au plan (de l'ouver-\nture des Maîtres chanteurs de Nùrenberg) ; j'ai eu plaisir à remarquer combien\nlibre et riche était ma faculté d'invention ! ce fut une délivrance, un salut ! (Eine\nRet/ung, id., ibid.) *\n« La mélodie est ici la chose capitale et nécessaire; j'ai fait les vers dans ma\ntête, d'après la mélodie. Voyez comme ça sonne bien » (suit une citation, air et\nparoles, lettre à la même, de Bieberich, 12 mars 1862.)\n(A suivre.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "497", "page_fin": "499", "image_debut": 9, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.5", "titre_corps": "La musique et la magie", "titre_sommaire": "La musique et la magie", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "497", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.9", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3182, "texte": "La musique et la magie\n(suite).\nNous avons montre que la première forme de la musique était Y incantation,\nemployée à l'origine, par les primitifs, dans les rites oraux de la magie.\nUne difficulté se présente néanmoins à ceux qui étudient un tel sujet. Les\nsavants qui ont écrit des livres spéciaux sur les nombreux documents que nous\npossédons et qui sont relatifs à la magie primitive, appellent constamment les\nformules qu'ils étudient formules d'incantation ; d'après nos habitudesclassiques,\nun tel mot implique l'idée d'un chant : mais comme les spécialistes de la phi-\nlologie ne sont pas en général musiciens, on peut se demander s'ils emploient\nle mot « incantation » dans le sens vraiment musical, ou bien dans le sens de\n<( formule orale » simplement lue ou récitée : telle est la question que nous nous\nétions posée en lisant le livre récent de M. Fossey, professeur au Collège de\nFrance, sur la Magie assyrienne. Pour en avoir le cœur net, nous avons écrit à\nM. Fossey, que notre lettre est allée trouver à Sarajevo, en Bosnie, après de\nlongs ricochets La réponse du savant professeur est trop spéciale pour être\npubliée ici, mais nous résumons l'essentiel de ce qu'elle nous apprend directe-\nment, ou à l'aide d'indications bibliographiques :\nChez les Assyriens, où magie et religion paraissent avoir été indiscerna-\nbles il y avait trois sortes de prêtres. L'une de ces catégories comprenait le\nprêtre (zammaruj chargé de chanter. Alors même que nous n'aurions pas d'autre\nindication, cela suffirait pour affirmer une connexité de la magie et de la musique;\nmais il est infiniment probable que ces trois fonctions sacerdotales (déjà suggé-\nrées par Diodore de Sicile, 11, 29) ne sont que le développement d'une fonction\nprimitive unique où le chant jouait le rôle principal, et d'où il se détacha plus\ntard pour former une spécialité. En somme, magie et musique ont été très ancien-\nnement unies chez les Assyriens. Les ouvrages récents qu'on pourrait consulter\nsur ce curieux sujet sont : les Contributions à la connaissance de la religion\nbabylonienne, de Zimmern (en ail.), la Magie et Sorcellerie assyriennes de\nKing (en angl., Londres, 1896), la Série (( Ma glu » des exorcismes assyriens de\nTallquist (en ail , Leipzig, 1895) et la Magie assyrienne de Fossey (chez Leroux).\nNous continuons à donner ici quelques documents empruntés au folk-lore\n(contes populaires) et montrant qu'un pouvoir surnaturel a toujours été attribué\nà la musique.\nLE DIABLE ET LA MUSIQUE.\nC'est un fait suggestif que, parmi les esprits des collines, des eaux et des lieux\ndéserts, ceux qui aiment la musique et la danse sont, en général, d'après la\ntradition populaire, des êtres bienveillants et sans méchanceté. Parfois, cepen-\ndant, c'est un esprit fort méchant qui a recours à ces arts dans quelque mauvais\ndessein. Quelques contes de divers pays mettent en lumière les idées supers-\ntitieuses relatives à ce sujet • nous allons les donner.\nLE JOUEUR DE FLÛTE INVISIBLE.\nDans le Holstein, les paysans racontent la curieuse histoire d un joueur de flûte\ninvisible qui passe pour avoir hanté, il y a de cela environ cinquante ans, une\nferme voisine de l'Elbe."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "498", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.10", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3447, "texte": "C'est derrière l'habitation, dans un potager planté de choux, que débuta cette\nmystérieuse affaire : les habitants commencèrent par entendre à plusieurs re-\nprises le son d'une flûte, sans que personne pût découvrir d'où venait ce son ;\npuis, peu à peu, l'invisible flûtiste s'introduisit dans la maison : il y vint de plus\nen plus fréquemment, jusqu'au jour où il en fit définitivement son quartier géné-\nral. Parfois il jouait de la flûte dans la pièce commune, parfois dans l'une ou\nl'autre des chambres ; d'autres jours il était à la cave ou au grenier ; d'autres fois\nenfin il faisait, à l'occasion, un tour dans une maison voisine. A la fin, les habi-\ntants de la ferme s'habituèrent tout à fait à sa présence, à tel point que les\nenfants ou les serviteurs et les servantes n'avaient, lorsqu'ils voulaient se don-\nner le plaisir d'un petit bal, qu'à prononcer le nom d'un certain air, ou bien à\nen chanter une ou deux mesures, et à lui demander de le jouer ; ils entendaient\naussitôt le morceau désiré. Lorsque la laitière était occupée à travailler dans sa\nlaiterie, il lui arrivait parfois, pour plaisanter, de prendre une pomme à la main\net de dire : « Eh bien ! mon garçon, joue-moi un joli petit morceau, et tu auras\nune pomme. » Aussitôt la pomme disparaissait de sa main, et la musique\ncommençait.\nCependant il arriva, avec le temps, que le joueur de flûte invisible devint fort\nencombrant et finit même par se montrer tout à fait malfaisant : une nuit, il se\ndivertissait à briser toutes les vitres de la maison ; une autre nuit, c'est dans la\ncuisine qu'il se livrait à ses ébats en mettant tout sens dessus dessous ; lorsqu'à\nmidi toute la famille était assise à table, il arrivait quelquefois que le grand plat\nde ragoût, où tout le monde prenait sa part, était vidé en une minute par\ndes mains invisibles, et les pauvres gens avaient beau se lever en sursaut et\ncourir à traders la salle en frappant l'air de leurs cuillers, toujours ils enten-\ndaient le farceur, juste au moment où ils pensaient l'avoir enfin acculé dans un\ncoin de la salle, jouer malicieusement sur sa flûte dans le coin opposé.\nBref, c'était une persécution qui devint intolérable, la maison était complè-\ntement privée de repos ; le fermier disait à qui voulait l'entendre qu'il souhaitait\ntrouver quelqu'un qui eût le pouvoir d'expulser l'invisible joueur de flûte, et qu'il\nne regarderait pas à la dépense.\nIl vint enfin de la ville voisine un habile homme qui se fit fort de tirer la\nchose au clair, et ne voulait auparavant savoir qu'une chose : s'il devait chasser\nle joueur de flûte en le faisant paraître sous sa forme véritable ou sous la forme\nd'un barbet.\nLe fermier lui répondit : « Je préférerais encore ne pas le voir du tout ! Voilà\ndix thalers. Tout ce que j'espère, c'est m'en délivrer et avoir la paix chez moi. »\nL'homme entendu, qui était venu de la ville, réussit à chasser l'hôte importun,\nen récitant des formules bizarres et en faisant de la fumée ; depuis, le son de\nla flûte mystérieuse ne se fit plus entendre dans la ferme (i).\nLE MUSICIEN BANNI.\nAu fond du lac nommé « Das Langholter Meer », près du fleuve Weser, au sud\nde Brème, vit, d'après la tradition populaire, un habile musicien 'qu'un curé a\ncondamné à s'exiler en cet endroit. Mais pourquoi l'a-t-il exilé en cet endroit,\n(i) Sagen, Màrchen uni Lieder der Herzogthiimer Schleswig-Holstein uni Lauenburg, von\nKarl Mullenhoff ; Kiel, 1845, p. 336."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "499", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.11", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "et même, pourquoi l'a-t-il exilé, c'est ce que I on ne sait pas bien exactement.\nUn jour d'hiver, à l'époque où la surface du lac est complètement gelée, deux\njeunes garçons gardaient leurs moutons dans le voisinage, quand, voyant briller\nla surface polie de la glace, le plus grand dit à l'autre : « Allons sur le lac, et\nnous ferons jouer le musicien. »\nAyant ainsi parlé, il passa sur le lac ; son camarade le suivit, et ils s'amuse\nrentun moment à glisser : s'étant alors rappelé qu'il y avait au fond du lac un\nmusicien, ils l'interpellèrent joyeusement : « Si tu es toujours là-dessous, vieux\nbonhomme, joue nous donc un petit air pour nous faire danser ! »\nMais quelle fut leur terreur lorsque, tout à coup, ils entendirent s'élever du\nfond du lac une musique comme ils n'en avaient jamais entendue...\nLE CHATEAU HANTÉ.\nOn a souvent entendu des concerts diaboliques vers minuit dans un certain\nchâteau du Schleswig-Holstein. 11 y avait en ce manoir, voilà bien des années,\nun seigneur dont la fille était jeune et enjouée. Dans une fête de famille, à un\ngrand bal, celle-ci se montra si insatiable de danse, qu'après avoir dansé toute la\nsoirée, elle s'écria avec volubilité : « Et si le diable en personne venait m'inviter\nà danser, je ne refuserais pas. »\nA peine avait-elle dit ces mots, que la porte de la salle où l'en dansait s'ouvrit ;\nun cavalier inconnu entra, s'avança vers elle et l'invita à danser. En rond,\net toujours en rond, ils tournèrent, et sans cesse, et toujours plus vite et plus\nvite, jusqu'au moment où elle tomba soudain, morte.\nBien du temps s'est écoulé depuis cet événement; mais aujourd'hui encore la\ndame revient dans ce château. Tous les ans, le jour où arriva l'effrayant événe-\nment, à minuit juste, le manoir retentit de la musique la plus diabolique. La\ndame sort de sa tombe et se rend à la salle de bal, où, anxieusement, elle attend un\ndanseur ; car si quelque bon chrétien vient danser avec elle, elle doit ensuite\njouir du repos éternel. Jusqu'ici personne n'a eu le courage de rester dans le\nchâteau pendant cette heure horrible. Une fois un jeune et audacieux aventurier\ny a presque réussi : c'est qu'en ce cas le château devenait sa propriété, d'après\nune vieille charte qu'on a trouvée là. Mais à peine la musique diabolique eut-elle\ncommencé, que son courage s'évanouit et qu'il se sauva aussi vite qu'il put. Il en\nfut si effrayé qu'aujourd'hui encore, en entendant un violon, il tremble de tous ses\nmembres, s'imaginant que le tapage infernal recommence.\n(A suivre.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "500", "page_fin": "505", "image_debut": 12, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.6", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "500", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.12", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3134, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nL'ORGANISATION DES ÉTUDES D'HISTOIRE MUSICALE, EN FRANCE, DANS LA\nSECONDE MOITIÉ DU XIXe SIÈCLE\n\n(suite).\nJ'ai montré, dans la dernière leçon, comment le ministère de 1 Instruction\npublique avait organisé les études d'histoire musicale, en créant une grande\nassociation sous le contrôle et avec l'appui de l'Etat ; j'ai maintenant à dire ce\nqui a été fait dans les trois ordres d'enseignement, et tout d'abord dans l'ensei-\ngnement supérieur, pour compléter ou pour soutenir une telle œuvre. Avant\nd'entrer dans cette nouvelle partie de mon sujet, je m'arrêterai encore un instant\naux (( Instructions» que j'ai résumées.\nLe plan de travail dressé par Bottée de Toulmon, par Vincent, Ampère, de\nCoussemaker, Ch. de Courcelles, pourrait encore, ai-je dit, être adopté\naujourd'hui. Il conviendrait cependant, au point de vue pratique, d'y ajouter\nquelques idées que je tiens à indiquer. La recherche des faits particuliers, des\ntextes, des menus détails de tout ordre indispensables à une histoire sérieuse de\nla musique, constitue certainement la première partie d'une bonne méthode ;\nmais l'esprit français est plus ambitieux: il veut faire des ouvrages de synthèse\net de haute critique en prenant ses sujets dans le domaine général de l'histoire.\nA ceux qui, obéissant au mouvement de cette sorte de Renaissance, veulent se\nlancer dans une telle entreprise, on pourrait donner, pour diriger leurs justes\nambitions, deux conseils :\ni° Il faut d'abord, quand une science se constitue, être modeste dans le choix\ndes premiers buts à atteindre, et ne pas commencer par la fin. Un travail relati-\nvement facile, profitable pour.tout le monde, consisterait, au lieu de s'engager\ndans des œuvres originales de longue haleine, à publier des traductions de\nlivres bien choisis. En cela, on fait l'essai de ses forces et on peut très bien\ndonner des preuves d'esprit critique en même temps que de talent personnel.\nSongez que nos plus grands philologues ont commencé par faire des traduc-\ntions. M. Michel Bréal a traduit la grammaire monumentale de Bopp ; M. Weil,\nM. Eug. Benoist, se sont appliqués à faire connaître, dans des domaines divers,\nles derniers résultats de la critique allemande, et cela ne les a pas empêchés\nde se placer au premier rang parmi les savants. En musique, on devrait suivre\ncet exemple. A ceux qui voudraient faire de l'histoire musicale (je parle des\ncommençants, mais déjà armés d'une solide instruction générale), je dirais\nvolontiers : « Prenez un opuscule, tel que celui de K.-Ph.-Em. Bach, Essai\nsu?' la vraie manière de jouer du clavecin (1752), et traduisez-le, en ajoutant\nune substantielle introduction et quelques notes critiques. Donnez-nous une\nréduction des Institutions de Zarlino. Faites pour les théoriciens modernes les\nplus importants ce que M. Ruelle a fait pour les grecs. Traduisez-nous (en la\nrendant, si possible, moins touffue et plus facile à lire) Y Histoire de la théorie\nmusicale de M. Hugo Riemann, et jetez dans la circulation française le précieux\nrépertoire de textes qu'elle contient! Traduisez-nous (sans juger indispensable"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "501", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "de la compléter) la Bibliographie générale de Forkel ! Si vous voulez encore,\nprenez un texte important, le Micrologies de Guido, et donnez-nous-en une bonne\nédition, commode comme nos petits livres classiques ! Ne nous faites pas\nd'étude d'ensemble sur Bach, car les documents, à moins de circonstances\nspéciales, ne sont pas à portée de votre main, mais faites-nous en rectifiant\npar quelques notes au bas des pages ce que vous n'approuverez pas une\nréduction des deux gros volumes de Spitta ! Aidez-nous à connaître les travaux\nde Pohl sur la biographie de Haydn, ceux de Wasilewski, d'Otto Jahn, de Guido\nAdler, de Haberl, de Sandberger, de Schwartz, de tant d'autres qui sont\nignorés chez nous, et dont nous avons intérêt à profiter, tout en réservant\nl'indépendance de notre jugement. » Et en même temps je ne manquerai pas\nde signaler un écueil. Ce serait une erreur absolue de croire qu'il suffit de\nconnaître 1 italien ou l'allemand pour traduire un ouvrage de musique écrit en\nallemand ou en italien. Il faut posséder à fond la théorie musicale, sans quoi on\ns expose aux pires méprises. Mais ceux qui n'ont d'autre bagage scientifique\nque la possession d'une langue vivante avec une culture moyenne, peuvent\nencore rendre de très grands services, en traduisant des biographies.\n2° Il y a un autre point sur lequel l'histoire ou la critique musicale devrait\ns'inspirer de l'exemple donné par les philologues : il conviendrait de traiter des\nsujets bien limités et nettement musicaux, bien dégagés de ce qui est psychologie\nou philosophie pure, histoire littéraire ou histoire politique. Les professeurs de\nnos Universités traitent volontiers des sujets comme ceux-ci : des personnages\nromains dans le théâtre de Corneille ; des caractères de femmes dans le théâtre\nde Racine ; le style de Molière ; la morale de La Fontaine, etc... En un mot, ils\nn embrassent pas, ordinairement, la totalité d'un sujet, mais s'attachent, poui\nmieux la pénétrer et l'éclairer, à une de ses parties. En musique, nous n'avons\nencore presque rien de semblable, et c'est dommage. Je voudrais, par exemple,\npour revenir à J.~S. Bach, qu'on nous donnât une monographie sur le Clavecin\nbien tempéré (circonstances historiques où l'ouvrage fut écrit, antécédents, but\nde l'auteur, et analyse approfondie du texte musical, etc..., en étudiant de près\nles thèmes mis en œuvre par le grand compositeur thèmes, populaires, airs\nempruntés au chant, à la danse, etc.) et en nous montrant surtout, par des\nanalyses précises, en quoi la plupart de ces fugues diffèrent du type de la\nfugue « classique ». On a publié récemment deux ouvrages sur Schumann,\nSchumann tout entier, sa vie, ses œuvres et son temps : j'aurais préféré une\nétude spéciale et approfondie soit sur l'œuvre pianistique de Schumann\n(comparée à celles de Chopin et de Liszt), soit sur ses compositions vocales à\nplusieurs parties, soit sur celles de ses œuvres qui ont une forme classique.\nAu lieu dun livre sur Berlioz en général, livre qu'il faut refaire tous les mois,\npuisqu'on trouve chaque jour des documents nouveaux, j'aimerais une étude\nsur Y instrumentation de Berlioz / j'aimerais une étude critique sur les mazurkas\nde Chopin, sur les sonates de Mozart ou de Beethoven pour piano ou pour piano\net violon, etc... Sur toutes ces œuvres, pourtant si connues, nous avons à peine\nquelques articles de revues, très généraux, et pas de travaux sérieux. Il faut\néviter qu'à force de reculer la limite des sujets, on ne perde de vue ce qui est\nl'objet principal de l'histoire et de la critique. Il ne faut pas que la recherche\ndes faits rares et la curiosité archéologique peut-être aussi un reste d habitudes\nlittéraires détourne de ce que l'admiration de tous a mis en première ligne"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "502", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "dans nos programmes ; en s'appliquant à de tels sujets, nos musicographes se\nmettraient tout de suite en communication avec le public et, sans abandonner\nleurs tendances « scientifiques », augmenteraient certainement le nombre de\n%\nleurs lecteurs. Je ferme ici cette parenthèse, et je reprends l'exposé de mon\nsujet.\nII. — L'hstoire musicale au Conservatoire.\nC'est, nous l'avons vu, sous l'influence d'une idée nationale, que les études\nd'histoire musicale se sont organisées en France au xixe siècle. Toutes les\ninitiatives fécondes dont j'ai parlé sont dues à un sentiment très vif et fier du\ngénie français, et de l'unité de son histoire politique.\nS il est un établissement où nous puissions retrouver ce sentiment, et qui,\npour être fidèle à ses origines, doive rester national, non pas seulement par la\nrédaction de son enseigne ou ses attaches avec le budget, mais par son appli-\ncation à se mettre en contact avec l'esprit du pays et à le servir par les moyens\nqui lui sont propres, c'est bien le Conservatoire. Il a été créé pour fournir un\nentraînement au courage militaire (i), pour enflammer les soldats sur le champ\nde bataille, pour rehausser l'éclat de ces fêtes civiques où la Révolution cherchait\nà réconcilier tous les citoyens. Dans le principe, il s'opposait à l'Opéra, institution\nmonarchique destinée au dilettantisme et à loisiveté. Sous la Restauration, il\neut l'honneur d'être supprimé comme une source de propagande républicaine.\nLe Conservatoire réunit, en matière musicale, les trois formes d'enseigne-\nment : primaire (solfège), secondaire (harmonie) et supérieur (composition). Je\nn'ai ici qu'à indiquer sa contribution aux études d histoire musicale. Il est arrivé\nassez tard à les organiser chez lui, le souci de l'art pour l'art et, aJ'ortiori, celui\nde l'érudition, étant étrangers à son programme initial. Ici d'ailleurs, comme dans\nles comités organisés par Guizot en 1834, c'est par la littérature qu'on a\ncommencé, ainsi que le montrent les dates suivantes.\nLe décret signé au quartier impérial de Moscou par Napoléon, le 15 octobre\n1812, avait décidé (titre VIII, § xciv) qu'il y aurait, au Conservatoire, un\nprofesseur de grammaire, d'histoire (politique) et de mythologie (sic) appliquée\nà l'art dramatique, pour les élèves qui se destinent au théâtre français (même\n\n(1) Je rappelle les principales dates de son histoire. Le ier avril 1784 est fondée, à l'Hôtel des\nmenus plaisirs, YEcole royale de chant et de déclamation. En 1789, après la prise delà Bastille,\ncette école est supprimée. Le capitaine d'état-major Sarrette, commandant la garde nationale de\nParis, la remplace en 1792 par YEcole gratuite de musique de la garde nationale parisienne.\nMilitaire, républicaine et patriotique, cette école est transformée, le 18 brumaire an II (8 nov.\n1793), en Institut national de musique, et deux ans après, en Conservatoire (loi du 16 thermidor\nan 111, 3 août 1795), sur le rapport de M -J. Chénier, qui exalte les services rendus à la\nRépublique par « les musiciens patriotes », soit dans les fêtes nationales, soit sur les monts\nd'Argonne, dans les plaines de Jemmape et de Fleurus, aux Alpes, aux Pyrénées, en Belgique\net en Hollande. Après lui, évoquant les mêmes souvenirs, Leclerc, député de Maine-et-Loire, parle\nmagnifiquement, de « l'entrée de la musique dans la Patrie » (séance du 3 frimaire an VII).\nDans son discours d'ouverture du ier brumaire an V (22 oct. 1797), Sarrette raille, comme un\n« excès d'ineptie », le titre « d'Académie » conféré par l'ancien régime à l'Opéra. Sous la\nRestauration, le 22 décembre 1815, l'intendance des menus plaisirs est rétablie. Le local où était\ninstallé le Conservatoire faisant partie des biens de la liste civile, le ministre de la Maison dit\nRoi le rend à sa destination primitive Le ministre de l'intérieur n'inscrit plus rien, à son\nbudget, qui le concerne. A partir du ier avril 1816, l'ancienne école royale est rétablie. Le\nConservatoire, alors dissous comme un foyer d'idées libérales, ne reprit son titre qu'en 183 T."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "503", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3722, "texte": "idée dans le Projet de réorganisation de 1817, titre 111, art. 10, et ch. 11, art. 26,\net dans Y Arrêté d'organisation, etc... du 29 déc. 1824). L'arrêté du 22 décembre\n1854, signé du ministre d'Etat Achille Fould, créa « une classe d'histoire et de\nlittérature au point de vue de l'art et du théâtre ». Le premier titulaire fut le\ncélèbre Samson. Pour la musique, on resta longtemps dans la période des\ncommissions et des vœux. En 1848, un aréopage composé d'Auber, Halévy,\nLecouppey, Panseron, Levasseur, Benoist, Girard, Meifred, Marmontel, Bazin,\nSansom, Provost, L. Perrot, Réty et d'Henneville, envoie au ministre un projet\noù il propose de dire : « Il y a, au Conservatoire, une classe d'histoire de la\nmusique. » 11 ajoute judicieusement : « La musique a son histoire, dont la\nconnaissance est un élément essentiel d'une bonne éducation musicale. Les\nécoles, les styles, ont leurs monuments, que l'on ne peut comprendre parfaitement\nsi on les isole des époques qui les ont enfantés (sic). Indépendamment de la\npartie biographique, qu'un véritable musicien doit connaître, car on aime à\nremonter de l'œuvre à l'auteur, l'histoire de la musique, c'est la musique elle-\nmême dans sa génération, dans ses développements, dans ses formes, dans ses\nprocédés, dans ses manifestations. » Ces excellentes paroles restent sans effet,\nprobablement parce qu'on n'avait pas le professeur qu'il fallait. En 1870, une\nnouvelle commission (011 figuraient E. About et E. Augier) propose un autre\nplan d'organisation, avec un enseignement divisé en neuf parties dont la septième\ndevait être la suivante r Esthétique et Histoire musicales. Notions scientifiques\nappliquées à la musique.\nCelui à qui l'on doit la réalisation de ce projet sans cesse ajourné, c'est\nl'auteur de Mignon, Ambroise Thomas. Le 31 août 1871, il écrivait au ministre\npour lui demander la création de trois nouveaux cours constituant « un\nenseignement supérieur ». Le premier de ces cours devait être consacré « à\n1 esthétique et à l'histoire de la musique ». A. Thomas disait : « Le cours\nd esthétique, plus particulièrement obligatoire pour les élèves des classes de\ncomposition, serait facultatif pour les élèves d'harmonie et les élèves les plus\ndistingués de toutes les autres branches de l'enseignement. Des personnes\nétrangères au Conservatoire pourraient y être admises. Sans présenter ici un\nprogramme définitif de cours, voici toutefois quels en seraient les principaux\néléments : Histoire sommaire delà musique, depuis F époque la plus reculée jusqu'à\nnos jours. Paléographie musicale. Notations. Exposé des divers systèmes musicaux.\nMusique sacrée et profane. Biographie des grands maîtres. Etude critique de leurs\nœuvres, etc.. » Programme énorme, écrasant, qu'on s étonne devoir tran-\nquillement exposé par un homme tel qu'Ambroise Thomas ! Sans doute, l'idée\nde cette innovation était parfaite. Dans la première moitié du xixe siècle, les\nmeilleurs musiciens français étaient d'une ignorance .singulière sur l'his-\ntoire de leur art. Quand Gounod alla à Rome, il ne savait presque rien des\nchefs-d'œuvre de Beethoven ; Fanny Mendelssohn nous a décrit les effets\nextraordinaires que la révélation de cette musique produisit sur le futur auteur\nde Eaust. Nous savons aussi, par le témoignage de M. Camille Saint-Saëns, que\nBerlioz ne connaissait pas mieux J.-S. Bach. Le simple bon sens voulait donc\nque cette lacune fût comblée ; mais, comme il arrive d'ordinaire, on allait trop\nloin ; dès le premier pas, on voulait dépasser le but. Le véritable cours\ncl' (( esthétique », pour un élève musicien, se fait dans la classe où on corrige ses\ndevoirs d'harmonie, de contrepoint et de composition, ou même dans les classes"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "504", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.16", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "où l'on forme les chanteurs, les violonistes, les pianistes ; il est constitué par les\nobservations de -détail que fait le professeur, et non par une série de leçons sur\ndes sujets abstraits ; la « science du beau », à la façon platonicienne, est, pour\nun artiste, chose vaine et même dangereuse. Quant à 1 histoire, comment s'y\nserait-on pris, en 18y i, devant les élèves du Conservatoire, poui « îemontei aux\ntemps les plus reculés » de la musique, pour instituer des études de « paléo-\ngraphie », pour faire un « exposé des divers systèmes de musique » ? Ambroise\nThomas, assez solidement installé dans sa position de compositeur populaire\npour voir tout cela d'un peu loin et se permettre des indications superficielles\noubliait que pour étudier la théorie musicale antérieure au xvie siècle seulement,\nil faut connaître le latin et le grec, sans parler des « divers systèmes\nmusicaux » (il s'agit sans doute de l'Orient ?) et de la « paléographie »,\naccessibles seulement à des humanistes ayant une instruction spéciale. La\nnécessité d'une culture très étendue et très précise a été et sera l'écueil des\ntentatives de ce genre dans des écoles purement musicales. La grande erreur fut\nde croire que. pour enseigner l'histoire générale de la musique, il suffisait d'être\nun compositeur ou un virtuose et de connaître les classiques depuis l'époque\nde Lulli.\nNous touchons ici àun point capital de mon sujet.Je dois, au passage, marquer\naussi nettement que possible la différence nécessaire qui sépare les études\nd'histoire musicale faites au Conservatoire et les mêmes études faites dans une\nce nos Universités ou au Collège de France. L'histoire musicale, si on veut la\npousser un peu plus loin que le xvie siècle et la faire d'une façon complète, exige\nla connaissance des langues anciennes, et, en général, cette culture très com-\nplexe que l'on désigne sous le nom de « philologie classique ». Un exemple entre\ncent. On m'accordera bien que dans un cours d'histoire musicale, il faut\nexpliquer comment notre mode majeur, réalisé sur la gamme d'ut, a pris une\nplace prépondérante; or, pour cela, il est indispensable de remonter au\ncélèbre ouvrage de Glaréan, paru en 1547 : cet ouvrage est écrit en latin, et il a\npour titre deux mots grecs Dodekachordon ! Il en est absolument de même, si\non veut remonter aux origines du contrepoint et à l'étude de ses premières formes.\nSi l'on ne possède pas la culture nécessaire, si l'on n'est pas capable de lire dans\nle texte original les théoriciens de la Renaissance, du moyen âge et de l'antiquité,\non est arrêté à chaque instant, ou obligé de recourir à des ouvrages de seconde\nmain et de voir les choses par les yeux d'autrui, ce qui est à la fois la néga-\ntion de toute critique et la négation de l'enseignement supérieur tel que\nnous le comprenons ici. De telles études appartiennent donc, en principe,\nà l'Université/ Je ne veux pas dire qu'en dehors de nous il n'y ait des\nhistoriens très sérieu-x de la musique ; mais, s'il y en a, c'est qu'ils ont passé\npar l'Université et ont été familiarisés par elle au maniement de l'outillage\nindispensable. Au Conservatoire, il en est autrement : peut-on, quand le\nsujet l'exige, parler latin ou grec ? étudier de près le texte d'un manuscrit?\nuser de toutes les ressources de la critique historique ? Peut-on traiter à fond\nles problèmes de 1 histoire, avec la méthode appropriée, devant des jeunes gens\nqui sont avant tout des artistes et qui suivront plus tard la carrière du virtuose\nou du compositeur ? Certes, plus d'un professeur de musique pourrait le faire ;\nmais alors même qu'il le pourrait, grâce à son éducation personnelle, il ne\nle devrait pas. Les élèves du Conservatoire doivent rester étrangers à l'érudi-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "505", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "tion pure. On leur apprend l'harmonie, mais ce serait une faute que les\nfaire entrer dans l'analyse des systèmes sur lesquels on a essayé de fonder\nl'harmonie. Ils doivent savoir comment leur art s'est développé, et connaître les\nprincipales « époques » de son évolution ; mais ce serait une faute que les\nattarder dans ces minutieuses enquêtes dont l'objet est de fixer les menus détails\nd'une théorie scientifique ou d'une biographie. Ce qu'il leur faut, c'est une\nhistoire musicale surtout faite au point de vue pratique, c'est-à-dire simplifiée,\ndessinée à grands traits, illustrée surtout par des exemples caractéristiques.\nLes rôles sont donc nettement distribués : là, des études dont l'objet pratique\nn'est jamais perdu de vue, et où l'histoire n'est qu'un complément discret de l'art\npur ; ici, des études où l'art n'est envisagé que dans ses rapports avec la science\net avec la vie sociale. On serait embarrassé pour dire lequel de ces deux rôles est\nle plus beau.\nL'arrêté du 12 septembre 1871 donna satisfaction à Ambroise Thomas. Le\nprofesseur nommé pour cette chaire d'esthétique et d'histoire fut Barbereau.\nBarbereau était né en 1799 *, il débutait donc à 72 ans! Après un an d'exercice, il\ndut démissionner. Il eut pour successeur Gautier (1872-1878), professeur d'har-\nmonie et d'accompagnement (depuis 1864), premier prix de violon en 1838, et\nsecond prix de Rome en 1842 ; son titre de « critique musical dans divers jour-\nnaux » avait beaucoup contribué à le faire nommer. Après ces divers essais,\nparut le titulaire actuel, M. Bourgault-Ducoudray, à la fois artiste et savant,\ncompositeur de premier ordre, possédant toutes les qualités nécessaires à une\nfonction de ce genre. A vrai dire, ce cours a été suivi assez longtemps par\ndes gens du monde plus que par les élèves de l'Ecole, soucieux avant tout\nd'apprendre leur métier de compositeurs ou de praticiens, et assez dédaigneux\ndelà philosophie ou de l'érudition ; de plus, les exécutions vocales et instru-\nmentales y tiennent une place prépondérante et lui donnent une tendance\nmarquée vers la « classe d'ensemble ». Le progrès, c'est que le principe de\nl'obligation, déjà formulé en 1892 dans un projet de réorganisation, ait été\nrécemment imposé aux élèves des classes de composition et d harmonie ; la\nlacune (à notre point de vue), c'est que, pour justifier cette mesure, le profes-\nseur est obligé, en vertu d'instructions officielles, de laisser de côté tout ce qui,\ndans l histoire de la musique, est sans rapport direct avec les études pratiques\ndu Conservatoire. En somme, le programme purement historique et scienti-\nfique tracé par Ambroise Thomas n'a pas été et ne devait pas être suivi.\nVoyons donc maintenant ce qui a été fait dans 1 Enseignement supérieur de\nl'Université, où l'Histoire de la musique, telle que nous la comprenons, est à sa\nvraie place. 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Avant\nd'entrer dans cette nouvelle partie de mon sujet, je m'arrêterai encore un instant\naux (( Instructions» que j'ai résumées.\nLe plan de travail dressé par Bottée de Toulmon, par Vincent, Ampère, de\nCoussemaker, Ch. de Courcelles, pourrait encore, ai-je dit, être adopté\naujourd'hui. Il conviendrait cependant, au point de vue pratique, d'y ajouter\nquelques idées que je tiens à indiquer. La recherche des faits particuliers, des\ntextes, des menus détails de tout ordre indispensables à une histoire sérieuse de\nla musique, constitue certainement la première partie d'une bonne méthode ;\nmais l'esprit français est plus ambitieux: il veut faire des ouvrages de synthèse\net de haute critique en prenant ses sujets dans le domaine général de l'histoire.\nA ceux qui, obéissant au mouvement de cette sorte de Renaissance, veulent se\nlancer dans une telle entreprise, on pourrait donner, pour diriger leurs justes\nambitions, deux conseils :\ni° Il faut d'abord, quand une science se constitue, être modeste dans le choix\ndes premiers buts à atteindre, et ne pas commencer par la fin. Un travail relati-\nvement facile, profitable pour.tout le monde, consisterait, au lieu de s'engager\ndans des œuvres originales de longue haleine, à publier des traductions de\nlivres bien choisis. En cela, on fait l'essai de ses forces et on peut très bien\ndonner des preuves d'esprit critique en même temps que de talent personnel.\nSongez que nos plus grands philologues ont commencé par faire des traduc-\ntions. M. Michel Bréal a traduit la grammaire monumentale de Bopp ; M. Weil,\nM. Eug. Benoist, se sont appliqués à faire connaître, dans des domaines divers,\nles derniers résultats de la critique allemande, et cela ne les a pas empêchés\nde se placer au premier rang parmi les savants. En musique, on devrait suivre\ncet exemple. A ceux qui voudraient faire de l'histoire musicale (je parle des\ncommençants, mais déjà armés d'une solide instruction générale), je dirais\nvolontiers : « Prenez un opuscule, tel que celui de K.-Ph.-Em. Bach, Essai\nsu?' la vraie manière de jouer du clavecin (1752), et traduisez-le, en ajoutant\nune substantielle introduction et quelques notes critiques. Donnez-nous une\nréduction des Institutions de Zarlino. Faites pour les théoriciens modernes les\nplus importants ce que M. Ruelle a fait pour les grecs. Traduisez-nous (en la\nrendant, si possible, moins touffue et plus facile à lire) Y Histoire de la théorie\nmusicale de M. Hugo Riemann, et jetez dans la circulation française le précieux\nrépertoire de textes qu'elle contient! Traduisez-nous (sans juger indispensable"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "501", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "de la compléter) la Bibliographie générale de Forkel ! Si vous voulez encore,\nprenez un texte important, le Micrologies de Guido, et donnez-nous-en une bonne\nédition, commode comme nos petits livres classiques ! Ne nous faites pas\nd'étude d'ensemble sur Bach, car les documents, à moins de circonstances\nspéciales, ne sont pas à portée de votre main, mais faites-nous en rectifiant\npar quelques notes au bas des pages ce que vous n'approuverez pas une\nréduction des deux gros volumes de Spitta ! Aidez-nous à connaître les travaux\nde Pohl sur la biographie de Haydn, ceux de Wasilewski, d'Otto Jahn, de Guido\nAdler, de Haberl, de Sandberger, de Schwartz, de tant d'autres qui sont\nignorés chez nous, et dont nous avons intérêt à profiter, tout en réservant\nl'indépendance de notre jugement. » Et en même temps je ne manquerai pas\nde signaler un écueil. Ce serait une erreur absolue de croire qu'il suffit de\nconnaître 1 italien ou l'allemand pour traduire un ouvrage de musique écrit en\nallemand ou en italien. Il faut posséder à fond la théorie musicale, sans quoi on\ns expose aux pires méprises. Mais ceux qui n'ont d'autre bagage scientifique\nque la possession d'une langue vivante avec une culture moyenne, peuvent\nencore rendre de très grands services, en traduisant des biographies.\n2° Il y a un autre point sur lequel l'histoire ou la critique musicale devrait\ns'inspirer de l'exemple donné par les philologues : il conviendrait de traiter des\nsujets bien limités et nettement musicaux, bien dégagés de ce qui est psychologie\nou philosophie pure, histoire littéraire ou histoire politique. Les professeurs de\nnos Universités traitent volontiers des sujets comme ceux-ci : des personnages\nromains dans le théâtre de Corneille ; des caractères de femmes dans le théâtre\nde Racine ; le style de Molière ; la morale de La Fontaine, etc... En un mot, ils\nn embrassent pas, ordinairement, la totalité d'un sujet, mais s'attachent, poui\nmieux la pénétrer et l'éclairer, à une de ses parties. En musique, nous n'avons\nencore presque rien de semblable, et c'est dommage. Je voudrais, par exemple,\npour revenir à J.~S. Bach, qu'on nous donnât une monographie sur le Clavecin\nbien tempéré (circonstances historiques où l'ouvrage fut écrit, antécédents, but\nde l'auteur, et analyse approfondie du texte musical, etc..., en étudiant de près\nles thèmes mis en œuvre par le grand compositeur thèmes, populaires, airs\nempruntés au chant, à la danse, etc.) et en nous montrant surtout, par des\nanalyses précises, en quoi la plupart de ces fugues diffèrent du type de la\nfugue « classique ». On a publié récemment deux ouvrages sur Schumann,\nSchumann tout entier, sa vie, ses œuvres et son temps : j'aurais préféré une\nétude spéciale et approfondie soit sur l'œuvre pianistique de Schumann\n(comparée à celles de Chopin et de Liszt), soit sur ses compositions vocales à\nplusieurs parties, soit sur celles de ses œuvres qui ont une forme classique.\nAu lieu dun livre sur Berlioz en général, livre qu'il faut refaire tous les mois,\npuisqu'on trouve chaque jour des documents nouveaux, j'aimerais une étude\nsur Y instrumentation de Berlioz / j'aimerais une étude critique sur les mazurkas\nde Chopin, sur les sonates de Mozart ou de Beethoven pour piano ou pour piano\net violon, etc... Sur toutes ces œuvres, pourtant si connues, nous avons à peine\nquelques articles de revues, très généraux, et pas de travaux sérieux. Il faut\néviter qu'à force de reculer la limite des sujets, on ne perde de vue ce qui est\nl'objet principal de l'histoire et de la critique. Il ne faut pas que la recherche\ndes faits rares et la curiosité archéologique peut-être aussi un reste d habitudes\nlittéraires détourne de ce que l'admiration de tous a mis en première ligne"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "502", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "dans nos programmes ; en s'appliquant à de tels sujets, nos musicographes se\nmettraient tout de suite en communication avec le public et, sans abandonner\nleurs tendances « scientifiques », augmenteraient certainement le nombre de\n%\nleurs lecteurs. Je ferme ici cette parenthèse, et je reprends l'exposé de mon\nsujet.\nII. — L'hstoire musicale au Conservatoire.\nC'est, nous l'avons vu, sous l'influence d'une idée nationale, que les études\nd'histoire musicale se sont organisées en France au xixe siècle. Toutes les\ninitiatives fécondes dont j'ai parlé sont dues à un sentiment très vif et fier du\ngénie français, et de l'unité de son histoire politique.\nS il est un établissement où nous puissions retrouver ce sentiment, et qui,\npour être fidèle à ses origines, doive rester national, non pas seulement par la\nrédaction de son enseigne ou ses attaches avec le budget, mais par son appli-\ncation à se mettre en contact avec l'esprit du pays et à le servir par les moyens\nqui lui sont propres, c'est bien le Conservatoire. Il a été créé pour fournir un\nentraînement au courage militaire (i), pour enflammer les soldats sur le champ\nde bataille, pour rehausser l'éclat de ces fêtes civiques où la Révolution cherchait\nà réconcilier tous les citoyens. Dans le principe, il s'opposait à l'Opéra, institution\nmonarchique destinée au dilettantisme et à loisiveté. Sous la Restauration, il\neut l'honneur d'être supprimé comme une source de propagande républicaine.\nLe Conservatoire réunit, en matière musicale, les trois formes d'enseigne-\nment : primaire (solfège), secondaire (harmonie) et supérieur (composition). Je\nn'ai ici qu'à indiquer sa contribution aux études d histoire musicale. Il est arrivé\nassez tard à les organiser chez lui, le souci de l'art pour l'art et, aJ'ortiori, celui\nde l'érudition, étant étrangers à son programme initial. Ici d'ailleurs, comme dans\nles comités organisés par Guizot en 1834, c'est par la littérature qu'on a\ncommencé, ainsi que le montrent les dates suivantes.\nLe décret signé au quartier impérial de Moscou par Napoléon, le 15 octobre\n1812, avait décidé (titre VIII, § xciv) qu'il y aurait, au Conservatoire, un\nprofesseur de grammaire, d'histoire (politique) et de mythologie (sic) appliquée\nà l'art dramatique, pour les élèves qui se destinent au théâtre français (même\n\n(1) Je rappelle les principales dates de son histoire. Le ier avril 1784 est fondée, à l'Hôtel des\nmenus plaisirs, YEcole royale de chant et de déclamation. En 1789, après la prise delà Bastille,\ncette école est supprimée. Le capitaine d'état-major Sarrette, commandant la garde nationale de\nParis, la remplace en 1792 par YEcole gratuite de musique de la garde nationale parisienne.\nMilitaire, républicaine et patriotique, cette école est transformée, le 18 brumaire an II (8 nov.\n1793), en Institut national de musique, et deux ans après, en Conservatoire (loi du 16 thermidor\nan 111, 3 août 1795), sur le rapport de M -J. Chénier, qui exalte les services rendus à la\nRépublique par « les musiciens patriotes », soit dans les fêtes nationales, soit sur les monts\nd'Argonne, dans les plaines de Jemmape et de Fleurus, aux Alpes, aux Pyrénées, en Belgique\net en Hollande. Après lui, évoquant les mêmes souvenirs, Leclerc, député de Maine-et-Loire, parle\nmagnifiquement, de « l'entrée de la musique dans la Patrie » (séance du 3 frimaire an VII).\nDans son discours d'ouverture du ier brumaire an V (22 oct. 1797), Sarrette raille, comme un\n« excès d'ineptie », le titre « d'Académie » conféré par l'ancien régime à l'Opéra. Sous la\nRestauration, le 22 décembre 1815, l'intendance des menus plaisirs est rétablie. Le local où était\ninstallé le Conservatoire faisant partie des biens de la liste civile, le ministre de la Maison dit\nRoi le rend à sa destination primitive Le ministre de l'intérieur n'inscrit plus rien, à son\nbudget, qui le concerne. A partir du ier avril 1816, l'ancienne école royale est rétablie. 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Perrot, Réty et d'Henneville, envoie au ministre un projet\noù il propose de dire : « Il y a, au Conservatoire, une classe d'histoire de la\nmusique. » 11 ajoute judicieusement : « La musique a son histoire, dont la\nconnaissance est un élément essentiel d'une bonne éducation musicale. Les\nécoles, les styles, ont leurs monuments, que l'on ne peut comprendre parfaitement\nsi on les isole des époques qui les ont enfantés (sic). Indépendamment de la\npartie biographique, qu'un véritable musicien doit connaître, car on aime à\nremonter de l'œuvre à l'auteur, l'histoire de la musique, c'est la musique elle-\nmême dans sa génération, dans ses développements, dans ses formes, dans ses\nprocédés, dans ses manifestations. » Ces excellentes paroles restent sans effet,\nprobablement parce qu'on n'avait pas le professeur qu'il fallait. En 1870, une\nnouvelle commission (011 figuraient E. About et E. Augier) propose un autre\nplan d'organisation, avec un enseignement divisé en neuf parties dont la septième\ndevait être la suivante r Esthétique et Histoire musicales. Notions scientifiques\nappliquées à la musique.\nCelui à qui l'on doit la réalisation de ce projet sans cesse ajourné, c'est\nl'auteur de Mignon, Ambroise Thomas. Le 31 août 1871, il écrivait au ministre\npour lui demander la création de trois nouveaux cours constituant « un\nenseignement supérieur ». Le premier de ces cours devait être consacré « à\n1 esthétique et à l'histoire de la musique ». A. Thomas disait : « Le cours\nd esthétique, plus particulièrement obligatoire pour les élèves des classes de\ncomposition, serait facultatif pour les élèves d'harmonie et les élèves les plus\ndistingués de toutes les autres branches de l'enseignement. Des personnes\nétrangères au Conservatoire pourraient y être admises. Sans présenter ici un\nprogramme définitif de cours, voici toutefois quels en seraient les principaux\néléments : Histoire sommaire delà musique, depuis F époque la plus reculée jusqu'à\nnos jours. Paléographie musicale. Notations. Exposé des divers systèmes musicaux.\nMusique sacrée et profane. Biographie des grands maîtres. Etude critique de leurs\nœuvres, etc.. » Programme énorme, écrasant, qu'on s étonne devoir tran-\nquillement exposé par un homme tel qu'Ambroise Thomas ! Sans doute, l'idée\nde cette innovation était parfaite. Dans la première moitié du xixe siècle, les\nmeilleurs musiciens français étaient d'une ignorance .singulière sur l'his-\ntoire de leur art. Quand Gounod alla à Rome, il ne savait presque rien des\nchefs-d'œuvre de Beethoven ; Fanny Mendelssohn nous a décrit les effets\nextraordinaires que la révélation de cette musique produisit sur le futur auteur\nde Eaust. Nous savons aussi, par le témoignage de M. Camille Saint-Saëns, que\nBerlioz ne connaissait pas mieux J.-S. Bach. Le simple bon sens voulait donc\nque cette lacune fût comblée ; mais, comme il arrive d'ordinaire, on allait trop\nloin ; dès le premier pas, on voulait dépasser le but. Le véritable cours\ncl' (( esthétique », pour un élève musicien, se fait dans la classe où on corrige ses\ndevoirs d'harmonie, de contrepoint et de composition, ou même dans les classes"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "504", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.16", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "où l'on forme les chanteurs, les violonistes, les pianistes ; il est constitué par les\nobservations de -détail que fait le professeur, et non par une série de leçons sur\ndes sujets abstraits ; la « science du beau », à la façon platonicienne, est, pour\nun artiste, chose vaine et même dangereuse. Quant à 1 histoire, comment s'y\nserait-on pris, en 18y i, devant les élèves du Conservatoire, poui « îemontei aux\ntemps les plus reculés » de la musique, pour instituer des études de « paléo-\ngraphie », pour faire un « exposé des divers systèmes de musique » ? Ambroise\nThomas, assez solidement installé dans sa position de compositeur populaire\npour voir tout cela d'un peu loin et se permettre des indications superficielles\noubliait que pour étudier la théorie musicale antérieure au xvie siècle seulement,\nil faut connaître le latin et le grec, sans parler des « divers systèmes\nmusicaux » (il s'agit sans doute de l'Orient ?) et de la « paléographie »,\naccessibles seulement à des humanistes ayant une instruction spéciale. La\nnécessité d'une culture très étendue et très précise a été et sera l'écueil des\ntentatives de ce genre dans des écoles purement musicales. La grande erreur fut\nde croire que. pour enseigner l'histoire générale de la musique, il suffisait d'être\nun compositeur ou un virtuose et de connaître les classiques depuis l'époque\nde Lulli.\nNous touchons ici àun point capital de mon sujet.Je dois, au passage, marquer\naussi nettement que possible la différence nécessaire qui sépare les études\nd'histoire musicale faites au Conservatoire et les mêmes études faites dans une\nce nos Universités ou au Collège de France. L'histoire musicale, si on veut la\npousser un peu plus loin que le xvie siècle et la faire d'une façon complète, exige\nla connaissance des langues anciennes, et, en général, cette culture très com-\nplexe que l'on désigne sous le nom de « philologie classique ». Un exemple entre\ncent. On m'accordera bien que dans un cours d'histoire musicale, il faut\nexpliquer comment notre mode majeur, réalisé sur la gamme d'ut, a pris une\nplace prépondérante; or, pour cela, il est indispensable de remonter au\ncélèbre ouvrage de Glaréan, paru en 1547 : cet ouvrage est écrit en latin, et il a\npour titre deux mots grecs Dodekachordon ! Il en est absolument de même, si\non veut remonter aux origines du contrepoint et à l'étude de ses premières formes.\nSi l'on ne possède pas la culture nécessaire, si l'on n'est pas capable de lire dans\nle texte original les théoriciens de la Renaissance, du moyen âge et de l'antiquité,\non est arrêté à chaque instant, ou obligé de recourir à des ouvrages de seconde\nmain et de voir les choses par les yeux d'autrui, ce qui est à la fois la néga-\ntion de toute critique et la négation de l'enseignement supérieur tel que\nnous le comprenons ici. De telles études appartiennent donc, en principe,\nà l'Université/ Je ne veux pas dire qu'en dehors de nous il n'y ait des\nhistoriens très sérieu-x de la musique ; mais, s'il y en a, c'est qu'ils ont passé\npar l'Université et ont été familiarisés par elle au maniement de l'outillage\nindispensable. Au Conservatoire, il en est autrement : peut-on, quand le\nsujet l'exige, parler latin ou grec ? étudier de près le texte d'un manuscrit?\nuser de toutes les ressources de la critique historique ? Peut-on traiter à fond\nles problèmes de 1 histoire, avec la méthode appropriée, devant des jeunes gens\nqui sont avant tout des artistes et qui suivront plus tard la carrière du virtuose\nou du compositeur ? Certes, plus d'un professeur de musique pourrait le faire ;\nmais alors même qu'il le pourrait, grâce à son éducation personnelle, il ne\nle devrait pas. Les élèves du Conservatoire doivent rester étrangers à l'érudi-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "505", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "tion pure. On leur apprend l'harmonie, mais ce serait une faute que les\nfaire entrer dans l'analyse des systèmes sur lesquels on a essayé de fonder\nl'harmonie. Ils doivent savoir comment leur art s'est développé, et connaître les\nprincipales « époques » de son évolution ; mais ce serait une faute que les\nattarder dans ces minutieuses enquêtes dont l'objet est de fixer les menus détails\nd'une théorie scientifique ou d'une biographie. Ce qu'il leur faut, c'est une\nhistoire musicale surtout faite au point de vue pratique, c'est-à-dire simplifiée,\ndessinée à grands traits, illustrée surtout par des exemples caractéristiques.\nLes rôles sont donc nettement distribués : là, des études dont l'objet pratique\nn'est jamais perdu de vue, et où l'histoire n'est qu'un complément discret de l'art\npur ; ici, des études où l'art n'est envisagé que dans ses rapports avec la science\net avec la vie sociale. On serait embarrassé pour dire lequel de ces deux rôles est\nle plus beau.\nL'arrêté du 12 septembre 1871 donna satisfaction à Ambroise Thomas. Le\nprofesseur nommé pour cette chaire d'esthétique et d'histoire fut Barbereau.\nBarbereau était né en 1799 *, il débutait donc à 72 ans! Après un an d'exercice, il\ndut démissionner. Il eut pour successeur Gautier (1872-1878), professeur d'har-\nmonie et d'accompagnement (depuis 1864), premier prix de violon en 1838, et\nsecond prix de Rome en 1842 ; son titre de « critique musical dans divers jour-\nnaux » avait beaucoup contribué à le faire nommer. Après ces divers essais,\nparut le titulaire actuel, M. Bourgault-Ducoudray, à la fois artiste et savant,\ncompositeur de premier ordre, possédant toutes les qualités nécessaires à une\nfonction de ce genre. A vrai dire, ce cours a été suivi assez longtemps par\ndes gens du monde plus que par les élèves de l'Ecole, soucieux avant tout\nd'apprendre leur métier de compositeurs ou de praticiens, et assez dédaigneux\ndelà philosophie ou de l'érudition ; de plus, les exécutions vocales et instru-\nmentales y tiennent une place prépondérante et lui donnent une tendance\nmarquée vers la « classe d'ensemble ». Le progrès, c'est que le principe de\nl'obligation, déjà formulé en 1892 dans un projet de réorganisation, ait été\nrécemment imposé aux élèves des classes de composition et d harmonie ; la\nlacune (à notre point de vue), c'est que, pour justifier cette mesure, le profes-\nseur est obligé, en vertu d'instructions officielles, de laisser de côté tout ce qui,\ndans l histoire de la musique, est sans rapport direct avec les études pratiques\ndu Conservatoire. En somme, le programme purement historique et scienti-\nfique tracé par Ambroise Thomas n'a pas été et ne devait pas être suivi.\nVoyons donc maintenant ce qui a été fait dans 1 Enseignement supérieur de\nl'Université, où l'Histoire de la musique, telle que nous la comprenons, est à sa\nvraie place. Nous aurons à reparler de la contribution du Conservatoire, quand\nnous nous occuperons des Concerts donnés par la Société qui porte son nom.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "506", "page_fin": "507", "image_debut": 18, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.7", "titre_corps": "Publications nouvelles.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "506", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.18", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3178, "texte": "Publications nouvelles.\n\nLES VIEILLES CHANSONS\n\npubliées par Schott frères, à Bruxelles (chansons\npopulaires, crâmignons, noëls et rondes, harmonisés pour chœur mixte avec\nou sans accompagnement de piano, par J. Théodore Radoux, directeur du\nConservatoire royal de musique de Liège, Albert Dupuis, compositeur, et\nCharles Radoux, compositeur, professeur au Conservatoire royal de musique\nde Liège. Avant-propos de M. Victor Chauvin, professeur à l'Université de\nLiège).\nToutes les provinces ont des chansons locales, et souvent telle chanson dite\n« populaire » se répand dans le monde sans qu'on sache exactement son origine •\nl'auteur est mort obscurément depuis longtemps, jamais il ne connaîtra\nl'essor qu'a pris son œuvre. Beaucoup de ces chansons ont été transcrites pour\nchant et piano par des folk-loristes adroits ; mais bien souvent ces petites\nœuvres gagneraient à être harmonisées pour les voix seules et à être chantées\nen chœur.\nCe travail d'arrangement est particulièrement délicat. Il importe avant tout\nde conserver sans la dénaturer la ligne mélodique de la chanson originale,\net de lui donner une parure conforme à la pensée musicale exprimée. C'est ce\nqu'ont parfaitement compris MM. Radoux père et fils, et M. Albert Dupuis,\net il y a lieu de féliciter hautement ces trois savants musiciens de la façon\npiquante et artistique dont ils ont serti les 43 chansons dont plusieurs sont\nde vraies perles • qui constituent ce recueil.\nPresque toutes ces chansons sont populaires dans le pays wallon, et M. Richard\nLedent, qui a assumé la tâche de les traduire en français, a dû renoncer à adapter\ncertains crâmignons qui perdraient trop à être traduits. Le mot crâmignon, que\nj'ai vainement cherché dans le Dictionnaire de musique de Hugo Riemann,\nseità désigner en Belgique une chanson populaire, à la fois humoristique et\nnaïve, et comptant un nombre assez étendu de couplets.\nJe ne saurais résister au plaisir de vous citer quelques-uns des jolis morceaux\nqui constituent ce recueil.\nC est par la fameuse ronde Mon pèr ma donné un mari que l'ouvrage\ndébute. M. Charles Radoux a donné à cette chanson une tournure toute schuman-\nnienne. Je ne plaisante pas :le tutti Mon Dieu! quel homme... fait penser\nau début de 1 allegro de la Symphonie en ut du maître de Zwickau. Le\nn° 2 est un noél wallon : Bon Dieu ! que F air est froid ! d'une inspiration savou-\nreuse et touchante.\nAh ! Valentin (n° 5)? chanson à boire pleine de verve et de bonne humeur;\nVole, mon cœur vole (n° 7), chœur très court et absolument exquis ; une autre\nchanson poui voix seules (n° 10), Soldat qui reviens de la guerre, qui se chantait\njadis beaucoup en france, est, paraît-il, d'origine néerlandaise. Je m'en vou-\ndrais de ne pas citer le crâmignon de Piron (n° 11 ), que je me souviens\na\\oii entendu à 1 Exposition de Liège, ainsi que la ronde populaire Trois\njeunes tambours (n° 21). Un autre crâmignon fort comique, c'est Harbouya\n(n° 27). Le noël (n° 29) A sohs orlus cardine, harmonisé par M. T. Radoux,\nmontre de quelle admirable manière M. 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Ed. Co-\nlonne a été l'objet d une chaleureuse ovation. L'Association qu'il dirige avec tant d'autorité entrait\nen effet dans sa 33e année, et le public a voulu marquer sa reconnaissance au chef éminent pour\nles services qu'il a rendus. Pour caractériser une si brillante carrière, nous cédons la plume à\nM. Charles Malherbe, qui en a parlé en excellents termes :\nL Association artistique vient d'atteindre sa trente-troisième année d'existence\net son fondateur peut en ressentir quelque légitime orgueil, car, si pareille\nlongévité semble déjà chose rare, ce qu'il faut considérer comme un fait unique\ndans les annales des concerts en France et à l'étranger, c'est que, trente-trois\nans après sa création, cette Société, toujours prospère, ait encore à sa tête, pour\nla diriger avec la même ardeur et la même énergie, celui qui fut, dans ses rangs,\nl'ouvrier de la première heure.\n... C'était en 1873. Un jeune éditeur nommé Georges Hartmann avait, peu\nd'années auparavant, ouvert sur le boulevard delà Madeleine un petit magasin\nde musique qui ne devait pas tarder à s'agrandir et à prospérer. Homme de\ngoût, intelligent, actif, il avait, si bon peut s'exprimer ainsi, l'instinct inné de\nl'oeuvre d'art ; il la pressentait et devinait avec un merveilleux coup d'oeil le sol\noù elle pouvait germer. Avide de formules nouvelles, ou plutôt las de toute\nformule, il aspirait à marcher de lavant; et comme il possédait cette force\nmystérieuse, faite de charme et d'autorité, qui attire et qui s'impose, il avait\npromptement réussi à grouper autour de lui presque tous, disons même tous les\ntalents de la jeune école. Il commandait alors à une troupe qui comptait dans\nses rangs Georges Bizet, César Franck, Léo Delibes, Ernest Guiraud, Edouard\nLalo, de Castillon, Benjamin Godard, V. Joncières, tous, hélas! disparus, et\nparmi les vivants : MM. Saint-Saëns, J. Massenet, Th. Dubois, Paladilhe, pour\nne parler que des maîtres.\nUn jour vint où il ne suffît plus à ce hardi novateur de vendre du papier noirci\nde notes. Il voulut produire au dehors les œuvres que ce papier représentait,\ndonner la vie à ces notes, répandre enfin dans la foule le nom de tant de jeunes\ncompositeurs qu'elle avait trop longtemps ignorés.\nAlors il loua pour le dimanche la salle de l'Odéon ; il recruta un orchestre\ndont il confia la direction à M. Edouard Colonne, alors tout à fait inconnu, et,\nbravement, plus riche d'espoir que d'argent, il ouvrit, le 2 mars 1873, le Concert\nnational, en donnant une première matinée d'orchestre. Telle est l'origine de\nl'Association artistique.\nSix concerts ordinaires et deux « spirituels » avec chœurs furent donnés au\ncours de cette saison.\nPour avoir une idée de l'empressement avec lequel le public s était rendu à"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "508", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "l'appel des organisateurs, un simple détail suffira : jamais les bureaux n'ouvri-\nrent le jour du concert, toutes les places ayant été prises d'avance en location !\n11 semble que de gros bénéfices auraient dû répondre aux sacrifices consentis,\nà la peine dépensée. Mais le prix modeste des places, dont les meilleures\nétaient cotées à 3 francs, permettait de réaliser une recette de 2.000 à\n2.500 francs au maximum ; et, si l'on put joindre alors les deux bouts, ce fut\ngrâce à la munificence de Mme Erard, qui fit don au Concert national d'une\nsomme de 6.000 francs.\nEn 1874, rOdéon fut abandonné pour le Châtelet, et le bilan de l'année put\nse résumer en deux mots : succès d'art, insuccès d'argent.\nG. Hartmann hésitait à poursuivre une campagne où venait de s'engloutir\ntoutes ses économies. C'est alors que M. Ed. Colonne eut l'idée de constituer\nson orchestre en société et de tenter à nouveau la fortune. L'Association artis-\ntique était fondée.\nLes premiers temps, certes, furent difficiles, et les sociétaires fondateurs,\ndont un tout petit nombre, fiers vétérans, restent encore à leur poste, pourraient\ndire quels sacrifices on s'imposait en ces temps lointains, à quel faible cachet\non était réduit, et quels profits dérisoires on se partageait. Mais le travail et\nla persévérance surmontent bien des obstacles. Chaque saison nouvelle voyait\ngrossir le chiffre des abonnés; la foule commençait a délaisser le Cirque d'hiver\npour le Châtelet, et la caisse sociale se remplissait peu à peu. L'Association\navait conquis enfin sa place au soleil de fart ; de plus en plus elle affirmait sa\nvitalité ; désormais, elle était devenue un des éléments indispensables de la vie\nmusicale de Paris.\nTrente-tiois ans de concerts ne se racontent pas en quelques lignes de\nnotice ; il faudrait, pour consigner tous les souvenirs qui s'y rapportent, les\npages d'un gros livre.\nLors de sa fondation, l'Association artistique s'était proposé de « populariser »\nla musique française et étrangère. Elle a, plus qu'aucune autre, atteint ce\nrésultat, car elle peut compter comme principaux éléments de sa fortune l'infinie\nvariété de ses programmes et le nombre considérable de premières auditions.\nMais ici la quantité ne compterait guère sans la qualité, et cette qualité, deux\ncauses l'ont produite : d'une part la valeur d'exécutants remarquables, recrutés\navec le plus grand soin, et souvent même véritables virtuoses ; d'autre part,\nle mérite personnel d'un chef d'orchestre éminent, dont le renom n'est pas\nmoindre à l'étranger qu'en sa patrie, car il a dirigé en Allemagne, en Russie,\nen Italie, en Autriche, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Portugal,\nen Danemark, en Espagne, en Pologne, en Bohême, en en Ecosse,\nen Amérique. Or, la place qu'il a conquise, il la doit à un grand savoir, à\nune intelligence rare, à une infatigable activité, à un esprit d'initiative tou-\njours en éveil. L'âge ne semble pas avoir de prise sur lui ; respectueux du passé,\nil sait être de son temps et même le devancer ; la nouveauté l'attire ; il n'est\npas seulement 1 homme de la Damnation de Faust (encore qu'il y ait eu jadis\nquelque mérite à se souvenir d'elle, quand tout le monde l'avait oubliée); il\nmarche en avant, et cette hardiesse n'a d'égale que sa probité artistique. En\nmainte circonstance, je l'ai vu sacrifier son intérêt personnel à la cause de la\nmusique pure. 11 a renoncé, j'en pourrais fournir le témoignage, à des œuvres\nsignées de noms connus, parce qu'il ne les tenait pas, malgré quelque chance de"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "509", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "succès, pour dignes de leur auteur; en revanche, il a reçu des œuvres de «jeunes»\nparce que, sans se préoccuper d une issue favorable ou non, il y trouvait la\ntrace d'un vrai mérite.\nS'il vivait encore, le maître César Franck confirmerait cette assertion, car il fut\nde ceux qu'on dédaignait, et que parfois même on écartait avec brutalité ; au\nChâtelet, il fut toujours accueilli avec les honneurs qu'il méritait. M. Ed. Colonne\npeut noter avec quelque satisfaction que le premier grand ouvrage avec chœurs\ndirigé par lui en 1873 fut Rédemption, et qu'en 1906, il est encore seul à donner\nintégralement les Béatitudes. A trente-trois ans de distance, son admiration et\nsa foi n'ont pas varié. Elles lui assurent toutes les sympathies, et, en particulier\ncelles de ses sociétaires. Ce bâton dont il est justement fier, il le tiendra d'une\nmain ferme tant que la nature lui conservera la sûreté de son bras, la finesse de\nson oreille et la vigueur de son esprit II a célébré déjà ses noces d'argent avec\nl'Association artistique ; peut-être célébrera t-il ses noces d'or. Il faut le souhaiter\npour lui, pour elle et pour l'Art.\n\nCHARLES MALHERBE.\n\nTHÉÂTRES POPULAIRES. Au cours de la discussion du budget des Beaux-Arts\npour 1906, la Chambre des députés a voté l'ordre du jour suivant:\n« La Chambre, approuvant les déclarations du Gouvernement, l'invite, en\n« s'inspirant des conclusions de la Commission des Théâtres populaires, à\n« déposer un projet de loi organisant les théâtres populaires à Paris et dans\n« les départements. »\nEn conséquence de ce vote, il a été institué 3 commissions techniques dont\nl'une est chargée d'examiner toutes les questions financières se rapportant à la\ncréation de ces théâtres. Le moyen préconisé pour obtenir le résultat désiré\nsans que l'Etat participe pécuniairement à l'édification de ces théâtres, serait\nsoit une loterie, soit une émission de bons à lots.\nA cet effet, l'Administration des Beaux-Arts a cru devoir s'assurer le concours\nd'un représentant du Crédit Foncier de France pour fournir à la Commission\ntechnique toutes les indications qui lui seront nécessaires.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 20 septembre au 19 octobre 1906."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "510", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1261, "texte": "II. — Opéra-Comique.\nReceltes détaillées du 20 septembre au 19 octobre 1906.\nComme on le voit, c'est toujours la Manon de M. Massenet qui vient la pre-\nmière : et Y Aphrodite de M. Erlanger fait aussi de très belles recettes. A\nl'Opéra, le Faust de Gounod continue à jouir d'une faveur exceptionnelle.\nM. Raymond Marthe, l'excellent professeur, a repris ses leçons de violon-\ncelle et d'accompagnement, 127, rue de Sèvres.\nM. Paul Séguy a repris ses cours et leçons de chant, diction lyrique et\ndramatique, ensemble vocal et mise en scène, 93, rue Jouffroy.\nCONSERVATOIRE. Un buste du Président de la République a été offert par\nl'Administration des Beaux-Arts pour être placé dans le salon de la loge d'honneur\nde la salle des conccits au Conservatoire national de musique et de déclamation.\nSOCIÉTÉ J.-S. BACH (salle de l'Union, 14, rue de Trévise). —Voici le pro-\ngiamme du piemiei conceit qui aura lieu, comme nous l'avons annoncé, le\nvendredi 16 novembre avec le concours de M. Georges Walter : cantate Mein\nliebster Jésus ist verloren (fragments), MM. G. Walter et Jan Reder ; Concerto\nBrandebourgeois, pour violon principal, 2 flûtes et orchestre, MM. Enesco,\nIlasselmans et Eiaussi cinq Geisthche Licder, M.. Georges Walter } ire partie de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "511", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3182, "texte": "la Passion selon saint Jean: l'évangéliste, M. G. Walter ; soprano, Mlle Eléonore\nBlanc ; Jésus, M. Jan Reder. Soli, orchestre et chœurs sous la direction de\nM. Gustave Bret.\nRappelons que les demandes d'abonnement et de renseignements doivent être\nadressées g bis, rue Méchain.\n\nLE MANS. M. Pioger Joseph est nommé professeur de trombone à l'Ecole\nnationale de musique.\nM. Moraux Maurice est nommé professeur de solfège à la même école, par\narrêté préfectoral en date du 17 octobre courant.\n\nL'ORCHESTRE DES CONCERTS LAMOUREUX EN ALLEMAGNE. —M. Chevillard fait\nen ce moment une tournée en Allemagne avec son orchestre. Le Signale fur die\nMusikalische Welt nous apprend que le dernier concert donné à Leipzig, le 21\noctobre, a eu un succès d'enthousiasme, « bien que le nombre des auditeurs lais-\nsât un peu à désirer ». Le journal allemand déclare qu'il n'a jamais entendu\nexécuter avec autant de perfection la symphonie en ut mineur de Beethoven. Le\nCarnaval romain de Berlioz a produit un effet de « fascination ».\n\nKURSAAL DE PARIS. La direction du Kursaal (concerts populaires Sechiari)\nnous communique le trèsbrillant programme du premier concert qu'elle doit\ndonner à Paris dans la seconde quinzaine de novembre ; nous sommes assuré\nqu'une telle entreprise obtiendra le plus vif succès.\n\nCHORALE DES LYCÉES DE JEUNES FILLES DE PARIS. Le comité de direction\nde cette chorale s'est réuni à la Sorbonne, le 18 octobre, sous la présidence de\nM. Liard, membrede l'lnstitut, recteur, assisté de M. JulesCombarieu, inspecteur\nde l'Académie de Paris. Etaient présentes toutes les directrices des lycées de Paris,\nles professeurs de chant, et quelques dames étrangères à l'Université.\nAprès avoir revu un à un les articles des statuts de la société, le comité a\nnommé une secrétaire générale (Mlle Provost, directrice du lycée Fénelon), une\ntrésorière générale (MnStoud, directricedu lycée Molière), et un chef d'orchestre,\nchargé, pendant trois ans, de diriger les ensembles musicaux publics (M. Gabriel\nPierné). Il a décidé qu'en vue du prochain concert annuel, les œuvres suivantes\nseraient immédiatement mises à l'étude: a) Un jour sur le pont de Tréguier,\nAdieux à la Jeunesse, le Sabotier (airs populaires, tirés du recueil des chansons\nde basse Bretagne publié par M. Bourgault-Ducoudray) ; b) les Danses de Lor-\nmont, de César Franck ; c) Soleil (id.) ; d) Hymne, de Bourgault-Ducoudray ;\ne) Printemps, de G. Marty.\nD abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro une note\nhistorique sur la clé rf'ut.\nM. Henri Allorge nous communique les bonnes feuilles d'un recueil de\npoésies très original qui est sous presse {Clavier des harmonies), et qui est entiè-\nrement consacré à la musique et aux musiciens. Il y a là un sonnet sur... la fugue,\nqui n'est pas banal !\n\nLA SUBVENTION DE L'OPÉRA. — Dans le Matin du 28 octobre, M. Couyba,\nrapporteur du budget des beaux-arts, trouve injuste qu'on paie à l'Opéra\nune subvention de 800.000 fr. fournie par des contribuables qui, pour la plupart,\nne vont pas dans les grands théâtres. — Faut-il encore réfuter cette erreur ?\nL'Opéra n'est pas seulement fait pour la musique ; il joue un rôle considérable"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "512", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 3693, "texte": "dans l'économie sociale. Il contribue à la richesse publique par les multiples\ndépenses de tout ordre qu'il impose aux riches, et qui font rentrer 1 argent dans\nla bourse des pauvres. Plus l'Opéra sera un foyer de vie luxueuse et « aristocra-\ntique », si l'on peut encore prononcer ce mot, plus les petits contribuables en\nprofiteront, sans qu'ils s'en doutent bien souvent !\n\nCONCERTS POPULAIRES SECHIARI. Voici le très beau programme d ouverture\ndes concerts populaires Sechiari, le jeudi 22 novembre, à 9 heutes, au Kursaal,\n7, avenuede Clichy : ouverture du Freischiitz, Weber ; Largo et Menuet, Haendel ;\nconcerto n° 4de Mozart, exécuté par L. Diémer ; symphonie n° 39, Mozart, pré-\nlude et mort d'Yseult, Wagner ; Romarins kaja( ire audition), Glinka. Nous rap-\npelons que le public sera admis à fumer et à consommer, ainsi qu aux concerts\nde la Société Philharmonique de Berlin, et que le prix des places ne sera que de\n2 fr. et 3 fr. La salle du Kursaal contient 1200 places, et un système perfectionné\nde ventilation supprimera les inconvénients de la iumée.\nParmi les solistes devant se faire entendre, nous relevons les noms de Jeanne\nRaunay, Jane Hatto, Louis Frolich, Harold Bauer, Cornélis Liégois, Alfred\nCortot, etc.\n\nVENTE D'AUTOGRAPHES.\nHÉBERT ROUGET.\nDans la collection d'autographes que M> Delestre vient\nde disperser à l'Hôtel des Ventes, avec la collaboration de M. Noël Charavay, savant\nexpert, on remarquait des documents, des lettres et des pièces, fort intéressants.\nParmi les autographes signés d'auteurs dramatiques, de compositeurs de musique\net d'artistes célèbres, on doit citer : un morceau de musique (mazurka), autogra-\nphié par Frédéric Chopin, qui a atteint i5o une pièce datée du 24 novem-\nbre i836, par laquelle l'illustre compositeur reconnaît avoir vendu à Maurice Schle-\nsinger la propriété, pour la France, de sa composition intitulée : 12 grandes études\npour piano, a été payée 5i francs. Une lettre de Dumas fils, où il décline l'offre d'une\ncollaboration, a été obtenue pour 12 francs. « Il m'est impossible, dit le célèbre auteur\ndramatique, de travailler pour une époque déterminée. J'ai besoin penser beau-\ncoup à ce que je fais, et souvent, quand j'y ai pensé, je renonce à le faire ».\nUne curieuse lettre d'amour écrite par Favart à « MUe Justine », sa femme, a été\nacquise pour 3o francs.\nUne très intéressante correspondance d'Octave Feuillet à Samson, au sujet du\nVillage, a fait 3o francs. On a donné 52 francs d'une fort belle lettre de Hérold à\nM. Dubois, par laquelle le célèbre auteur de Zampa et du Pré aux clercslui annonce\nson mariage ; cette lettre est datée du 27 novembre 1827.\nPour la minime somme de 5 francs, on a eu la Valse de la Mascarade, dédiée à\nJohnson, morceau de musique autographié par Hervé.\nUne spirituelle lettre de Mistral, où il proteste contre une insinuation qu'il est\nl'ennemi de la langue française, a atteint 3o francs. L'auteur de Mireille ne de-\nmande pas que le provençal soit seul enseigné dans les écoles, il demande seule-\nment qu'il y ait sa place à côté du français.\nUne intéressante lettre de Scribe à Samson, relative à une pièce dans laquelle il\navait écrit un rôle pour Madeleine Brohan, a été vendue i5 francs ; une lettre de\nRachel à une amie a été payée 35 francs. La célèbre tragédienne annonce sa rentrée\ndans Mithridate ; elle est satisfaite de l'accueil du public.\nUne autre lettre, où la grande tragédienne fait part à une amie des succès qu'elle\nobtenait à Lyon dans Polyeucte, succès qui lui valurent des applaudissements, des\nfleurs et une charmante couronne, a été adjugée à 32 francs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "507", "page_fin": "509", "image_debut": 19, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.1", "titre_corps": "CONCERTS DU CHATELET.", "titre_sommaire": "CONCERTS DU CHATELET.", "signature_source": "CHARLES MALHERBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "507", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.19", "debut_caractere": 445, "fin_caractere_exclue": 3255, "texte": "CONCERTS DU CHATELET.\n\n— Le dimanche 21 octobre, à son arrivée au pupitre, M. Ed. Co-\nlonne a été l'objet d une chaleureuse ovation. L'Association qu'il dirige avec tant d'autorité entrait\nen effet dans sa 33e année, et le public a voulu marquer sa reconnaissance au chef éminent pour\nles services qu'il a rendus. Pour caractériser une si brillante carrière, nous cédons la plume à\nM. Charles Malherbe, qui en a parlé en excellents termes :\nL Association artistique vient d'atteindre sa trente-troisième année d'existence\net son fondateur peut en ressentir quelque légitime orgueil, car, si pareille\nlongévité semble déjà chose rare, ce qu'il faut considérer comme un fait unique\ndans les annales des concerts en France et à l'étranger, c'est que, trente-trois\nans après sa création, cette Société, toujours prospère, ait encore à sa tête, pour\nla diriger avec la même ardeur et la même énergie, celui qui fut, dans ses rangs,\nl'ouvrier de la première heure.\n... C'était en 1873. Un jeune éditeur nommé Georges Hartmann avait, peu\nd'années auparavant, ouvert sur le boulevard delà Madeleine un petit magasin\nde musique qui ne devait pas tarder à s'agrandir et à prospérer. Homme de\ngoût, intelligent, actif, il avait, si bon peut s'exprimer ainsi, l'instinct inné de\nl'oeuvre d'art ; il la pressentait et devinait avec un merveilleux coup d'oeil le sol\noù elle pouvait germer. Avide de formules nouvelles, ou plutôt las de toute\nformule, il aspirait à marcher de lavant; et comme il possédait cette force\nmystérieuse, faite de charme et d'autorité, qui attire et qui s'impose, il avait\npromptement réussi à grouper autour de lui presque tous, disons même tous les\ntalents de la jeune école. Il commandait alors à une troupe qui comptait dans\nses rangs Georges Bizet, César Franck, Léo Delibes, Ernest Guiraud, Edouard\nLalo, de Castillon, Benjamin Godard, V. Joncières, tous, hélas! disparus, et\nparmi les vivants : MM. Saint-Saëns, J. Massenet, Th. Dubois, Paladilhe, pour\nne parler que des maîtres.\nUn jour vint où il ne suffît plus à ce hardi novateur de vendre du papier noirci\nde notes. Il voulut produire au dehors les œuvres que ce papier représentait,\ndonner la vie à ces notes, répandre enfin dans la foule le nom de tant de jeunes\ncompositeurs qu'elle avait trop longtemps ignorés.\nAlors il loua pour le dimanche la salle de l'Odéon ; il recruta un orchestre\ndont il confia la direction à M. Edouard Colonne, alors tout à fait inconnu, et,\nbravement, plus riche d'espoir que d'argent, il ouvrit, le 2 mars 1873, le Concert\nnational, en donnant une première matinée d'orchestre. Telle est l'origine de\nl'Association artistique.\nSix concerts ordinaires et deux « spirituels » avec chœurs furent donnés au\ncours de cette saison.\nPour avoir une idée de l'empressement avec lequel le public s était rendu à"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "508", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "l'appel des organisateurs, un simple détail suffira : jamais les bureaux n'ouvri-\nrent le jour du concert, toutes les places ayant été prises d'avance en location !\n11 semble que de gros bénéfices auraient dû répondre aux sacrifices consentis,\nà la peine dépensée. Mais le prix modeste des places, dont les meilleures\nétaient cotées à 3 francs, permettait de réaliser une recette de 2.000 à\n2.500 francs au maximum ; et, si l'on put joindre alors les deux bouts, ce fut\ngrâce à la munificence de Mme Erard, qui fit don au Concert national d'une\nsomme de 6.000 francs.\nEn 1874, rOdéon fut abandonné pour le Châtelet, et le bilan de l'année put\nse résumer en deux mots : succès d'art, insuccès d'argent.\nG. Hartmann hésitait à poursuivre une campagne où venait de s'engloutir\ntoutes ses économies. C'est alors que M. Ed. Colonne eut l'idée de constituer\nson orchestre en société et de tenter à nouveau la fortune. L'Association artis-\ntique était fondée.\nLes premiers temps, certes, furent difficiles, et les sociétaires fondateurs,\ndont un tout petit nombre, fiers vétérans, restent encore à leur poste, pourraient\ndire quels sacrifices on s'imposait en ces temps lointains, à quel faible cachet\non était réduit, et quels profits dérisoires on se partageait. Mais le travail et\nla persévérance surmontent bien des obstacles. Chaque saison nouvelle voyait\ngrossir le chiffre des abonnés; la foule commençait a délaisser le Cirque d'hiver\npour le Châtelet, et la caisse sociale se remplissait peu à peu. L'Association\navait conquis enfin sa place au soleil de fart ; de plus en plus elle affirmait sa\nvitalité ; désormais, elle était devenue un des éléments indispensables de la vie\nmusicale de Paris.\nTrente-tiois ans de concerts ne se racontent pas en quelques lignes de\nnotice ; il faudrait, pour consigner tous les souvenirs qui s'y rapportent, les\npages d'un gros livre.\nLors de sa fondation, l'Association artistique s'était proposé de « populariser »\nla musique française et étrangère. Elle a, plus qu'aucune autre, atteint ce\nrésultat, car elle peut compter comme principaux éléments de sa fortune l'infinie\nvariété de ses programmes et le nombre considérable de premières auditions.\nMais ici la quantité ne compterait guère sans la qualité, et cette qualité, deux\ncauses l'ont produite : d'une part la valeur d'exécutants remarquables, recrutés\navec le plus grand soin, et souvent même véritables virtuoses ; d'autre part,\nle mérite personnel d'un chef d'orchestre éminent, dont le renom n'est pas\nmoindre à l'étranger qu'en sa patrie, car il a dirigé en Allemagne, en Russie,\nen Italie, en Autriche, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Portugal,\nen Danemark, en Espagne, en Pologne, en Bohême, en en Ecosse,\nen Amérique. Or, la place qu'il a conquise, il la doit à un grand savoir, à\nune intelligence rare, à une infatigable activité, à un esprit d'initiative tou-\njours en éveil. L'âge ne semble pas avoir de prise sur lui ; respectueux du passé,\nil sait être de son temps et même le devancer ; la nouveauté l'attire ; il n'est\npas seulement 1 homme de la Damnation de Faust (encore qu'il y ait eu jadis\nquelque mérite à se souvenir d'elle, quand tout le monde l'avait oubliée); il\nmarche en avant, et cette hardiesse n'a d'égale que sa probité artistique. En\nmainte circonstance, je l'ai vu sacrifier son intérêt personnel à la cause de la\nmusique pure. 11 a renoncé, j'en pourrais fournir le témoignage, à des œuvres\nsignées de noms connus, parce qu'il ne les tenait pas, malgré quelque chance de"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "509", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1159, "texte": "succès, pour dignes de leur auteur; en revanche, il a reçu des œuvres de «jeunes»\nparce que, sans se préoccuper d une issue favorable ou non, il y trouvait la\ntrace d'un vrai mérite.\nS'il vivait encore, le maître César Franck confirmerait cette assertion, car il fut\nde ceux qu'on dédaignait, et que parfois même on écartait avec brutalité ; au\nChâtelet, il fut toujours accueilli avec les honneurs qu'il méritait. M. Ed. Colonne\npeut noter avec quelque satisfaction que le premier grand ouvrage avec chœurs\ndirigé par lui en 1873 fut Rédemption, et qu'en 1906, il est encore seul à donner\nintégralement les Béatitudes. A trente-trois ans de distance, son admiration et\nsa foi n'ont pas varié. Elles lui assurent toutes les sympathies, et, en particulier\ncelles de ses sociétaires. Ce bâton dont il est justement fier, il le tiendra d'une\nmain ferme tant que la nature lui conservera la sûreté de son bras, la finesse de\nson oreille et la vigueur de son esprit II a célébré déjà ses noces d'argent avec\nl'Association artistique ; peut-être célébrera t-il ses noces d'or. Il faut le souhaiter\npour lui, pour elle et pour l'Art.\n\nCHARLES MALHERBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "509", "page_fin": "509", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.2", "titre_corps": "THÉÂTRES POPULAIRES. Au cours de la discussion du budget des Beaux-Arts", "titre_sommaire": "THÉÂTRES POPULAIRES. 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L. Delibes.\nR. Wagner.\nGounod.\nVerdi.\nR. Wagner.\nWeber. L. Delibes.\nGounod.\nR. Wagner.\nMeyerbeer.\nR. Wagner.\nSaint-Saëns. Busser.\nRossini.\nReyer.\nGounod.\nWagner.\n17.2 14 4 1\n20.941 41\n21.477 76\n18.034 41\n19.041 41\n13.488 76\n19J05 91\nl6.253 ))\nI7.330 41\n18.64.O 76\n19.2 i 5 91\n11.933 ))\n14.971 41\n22.143 76\n18.829 41"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c021", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "510", "page_fin": "511", "image_debut": 22, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.4", "titre_corps": "II. — Opéra-Comique. 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Paul Séguy a repris ses cours et leçons de chant, diction lyrique et\ndramatique, ensemble vocal et mise en scène, 93, rue Jouffroy.\nCONSERVATOIRE. Un buste du Président de la République a été offert par\nl'Administration des Beaux-Arts pour être placé dans le salon de la loge d'honneur\nde la salle des conccits au Conservatoire national de musique et de déclamation.\nSOCIÉTÉ J.-S. BACH (salle de l'Union, 14, rue de Trévise). —Voici le pro-\ngiamme du piemiei conceit qui aura lieu, comme nous l'avons annoncé, le\nvendredi 16 novembre avec le concours de M. Georges Walter : cantate Mein\nliebster Jésus ist verloren (fragments), MM. G. Walter et Jan Reder ; Concerto\nBrandebourgeois, pour violon principal, 2 flûtes et orchestre, MM. Enesco,\nIlasselmans et Eiaussi cinq Geisthche Licder, M.. Georges Walter } ire partie de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "511", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 292, "texte": "la Passion selon saint Jean: l'évangéliste, M. G. Walter ; soprano, Mlle Eléonore\nBlanc ; Jésus, M. Jan Reder. Soli, orchestre et chœurs sous la direction de\nM. Gustave Bret.\nRappelons que les demandes d'abonnement et de renseignements doivent être\nadressées g bis, rue Méchain."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c022", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "510", "page_fin": "510", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.4.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "510", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.22", "debut_caractere": 1263, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "DATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n20 septembr.\nLa Traviata.\nVerdi.\n5.898 5o\n2 1 —\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n8.612 »\n22 —\nLouise.\nCharpentier.\n9.241 5o\n23 —\nLakmé.—La Fille du Régiment.\nL. Delibes. Donizetti.\n4.699 5o\n24 —\nMignon.\nA. Thomas.\n4.599 »\n25 —\nWerther.\nMassenet.\n9.247 5o\n26 —\nLe Barbier de Sévi lie. — Les\nNoces de Jeannette.\nRossini. V. Massé.\n7.637 5o\n27 —\nLouise.\nCharpentier.\n8.740 5o\n28 —\nCarmen.\nBizet.\n7.204 5o\n29 —\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n8.985 5o\n3o —matinée\nLe Chalet. — La Traviata.\nAdam. Verdi.\n3.202 5o\n3o — soirée\nLouise.\nCharpentier.\n6.633 5o\nIer octobre\nMireille.\nGounod.\n4.594 »\n2 —\nCarmen.\nBizet.\n7.342 5o\n0\n3 —\nWerther.\nMassenet.\n7-63O 5o\n4 —\nManon.\nMassenet.\n9.535 »\n5 -\nLouise.\nCharpentier.\n6.876 5o\n6 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n9.790 5o\n7 — matinée\nCarmen.\nBizet.\n4.807 »\n7 — soirée\nLakmé.— Cavalleria Rusticana.\nL. Delibes. Mascagni.\n7.877 5o\n8 —\nLa Traviata.\nVerdi.\n/ / /\n4.6O3 5O\n9 ~\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n8.766 »\nto —\nLa Vie de Bohême.\nPuccini.\n8.697 5o\n[ 1 —\nW erther.\nMassenet.\n7.594 5o\n12 —\nLouise.\nCharpentier.\n6.752 »\n13 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n8.507 »\n14 — matinée\nCavalleria Rusticana.— Lakmé.\nMascagni. L. Delibes.\n4.683 »\n14 — soirée\nCarmen.\nBizet.\n7.971 5o\ni5 —\nLe Domino noir.\nAuber.\n/ ./ /\n4.061 5o\n[6 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n6.856 »\n17 —\nManon.\nMassenet.\n9.198 5o\n18 —\nCarmen.\nBizet.\n8.665 5o\n19 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n7.065 5o"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c023", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "511", "page_fin": "511", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.5", "titre_corps": "LE MANS. M. Pioger Joseph est nommé professeur de trombone à l'Ecole", "titre_sommaire": "LE MANS. M. Pioger Joseph est nommé professeur de trombone à l'Ecole", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "511", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.23", "debut_caractere": 294, "fin_caractere_exclue": 505, "texte": "LE MANS. M. Pioger Joseph est nommé professeur de trombone à l'Ecole\nnationale de musique.\nM. Moraux Maurice est nommé professeur de solfège à la même école, par\narrêté préfectoral en date du 17 octobre courant."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c024", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "511", "page_fin": "511", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.6", "titre_corps": "L'ORCHESTRE DES CONCERTS LAMOUREUX EN ALLEMAGNE. —M. Chevillard fait", "titre_sommaire": "L'ORCHESTRE DES CONCERTS LAMOUREUX EN ALLEMAGNE. —M. 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Le\nCarnaval romain de Berlioz a produit un effet de « fascination »."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c025", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "511", "page_fin": "511", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.7", "titre_corps": "KURSAAL DE PARIS. La direction du Kursaal (concerts populaires Sechiari)", "titre_sommaire": "KURSAAL DE PARIS. 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La direction du Kursaal (concerts populaires Sechiari)\nnous communique le trèsbrillant programme du premier concert qu'elle doit\ndonner à Paris dans la seconde quinzaine de novembre ; nous sommes assuré\nqu'une telle entreprise obtiendra le plus vif succès."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c026", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "511", "page_fin": "511", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.8", "titre_corps": "CHORALE DES LYCÉES DE JEUNES FILLES DE PARIS. Le comité de direction", "titre_sommaire": "CHORALE DES LYCÉES DE JEUNES FILLES DE PARIS. 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Etaient présentes toutes les directrices des lycées de Paris,\nles professeurs de chant, et quelques dames étrangères à l'Université.\nAprès avoir revu un à un les articles des statuts de la société, le comité a\nnommé une secrétaire générale (Mlle Provost, directrice du lycée Fénelon), une\ntrésorière générale (MnStoud, directricedu lycée Molière), et un chef d'orchestre,\nchargé, pendant trois ans, de diriger les ensembles musicaux publics (M. Gabriel\nPierné). Il a décidé qu'en vue du prochain concert annuel, les œuvres suivantes\nseraient immédiatement mises à l'étude: a) Un jour sur le pont de Tréguier,\nAdieux à la Jeunesse, le Sabotier (airs populaires, tirés du recueil des chansons\nde basse Bretagne publié par M. Bourgault-Ducoudray) ; b) les Danses de Lor-\nmont, de César Franck ; c) Soleil (id.) ; d) Hymne, de Bourgault-Ducoudray ;\ne) Printemps, de G. Marty.\nD abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro une note\nhistorique sur la clé rf'ut.\nM. Henri Allorge nous communique les bonnes feuilles d'un recueil de\npoésies très original qui est sous presse {Clavier des harmonies), et qui est entiè-\nrement consacré à la musique et aux musiciens. Il y a là un sonnet sur... la fugue,\nqui n'est pas banal !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c027", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "511", "page_fin": "512", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.9", "titre_corps": "LA SUBVENTION DE L'OPÉRA. — Dans le Matin du 28 octobre, M. Couyba,", "titre_sommaire": "LA SUBVENTION DE L'OPÉRA. — Dans le Matin du 28 octobre, M. Couyba,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "511", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.23", "debut_caractere": 2802, "fin_caractere_exclue": 3182, "texte": "LA SUBVENTION DE L'OPÉRA. — Dans le Matin du 28 octobre, M. Couyba,\nrapporteur du budget des beaux-arts, trouve injuste qu'on paie à l'Opéra\nune subvention de 800.000 fr. fournie par des contribuables qui, pour la plupart,\nne vont pas dans les grands théâtres. — Faut-il encore réfuter cette erreur ?\nL'Opéra n'est pas seulement fait pour la musique ; il joue un rôle considérable"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "512", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 472, "texte": "dans l'économie sociale. Il contribue à la richesse publique par les multiples\ndépenses de tout ordre qu'il impose aux riches, et qui font rentrer 1 argent dans\nla bourse des pauvres. Plus l'Opéra sera un foyer de vie luxueuse et « aristocra-\ntique », si l'on peut encore prononcer ce mot, plus les petits contribuables en\nprofiteront, sans qu'ils s'en doutent bien souvent !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c028", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "512", "page_fin": "512", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.10", "titre_corps": "CONCERTS POPULAIRES SECHIARI. Voici le très beau programme d ouverture", "titre_sommaire": "CONCERTS POPULAIRES SECHIARI. Voici le très beau programme d ouverture", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "512", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.24", "debut_caractere": 474, "fin_caractere_exclue": 1329, "texte": "CONCERTS POPULAIRES SECHIARI. Voici le très beau programme d ouverture\ndes concerts populaires Sechiari, le jeudi 22 novembre, à 9 heutes, au Kursaal,\n7, avenuede Clichy : ouverture du Freischiitz, Weber ; Largo et Menuet, Haendel ;\nconcerto n° 4de Mozart, exécuté par L. Diémer ; symphonie n° 39, Mozart, pré-\nlude et mort d'Yseult, Wagner ; Romarins kaja( ire audition), Glinka. Nous rap-\npelons que le public sera admis à fumer et à consommer, ainsi qu aux concerts\nde la Société Philharmonique de Berlin, et que le prix des places ne sera que de\n2 fr. et 3 fr. La salle du Kursaal contient 1200 places, et un système perfectionné\nde ventilation supprimera les inconvénients de la iumée.\nParmi les solistes devant se faire entendre, nous relevons les noms de Jeanne\nRaunay, Jane Hatto, Louis Frolich, Harold Bauer, Cornélis Liégois, Alfred\nCortot, etc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c029", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "512", "page_fin": "512", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.8.11", "titre_corps": "VENTE D'AUTOGRAPHES.", "titre_sommaire": "VENTE D'AUTOGRAPHES.", "signature_source": "HÉBERT ROUGET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "512", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.24", "debut_caractere": 1331, "fin_caractere_exclue": 3693, "texte": "VENTE D'AUTOGRAPHES.\nHÉBERT ROUGET.\nDans la collection d'autographes que M> Delestre vient\nde disperser à l'Hôtel des Ventes, avec la collaboration de M. Noël Charavay, savant\nexpert, on remarquait des documents, des lettres et des pièces, fort intéressants.\nParmi les autographes signés d'auteurs dramatiques, de compositeurs de musique\net d'artistes célèbres, on doit citer : un morceau de musique (mazurka), autogra-\nphié par Frédéric Chopin, qui a atteint i5o une pièce datée du 24 novem-\nbre i836, par laquelle l'illustre compositeur reconnaît avoir vendu à Maurice Schle-\nsinger la propriété, pour la France, de sa composition intitulée : 12 grandes études\npour piano, a été payée 5i francs. Une lettre de Dumas fils, où il décline l'offre d'une\ncollaboration, a été obtenue pour 12 francs. « Il m'est impossible, dit le célèbre auteur\ndramatique, de travailler pour une époque déterminée. J'ai besoin penser beau-\ncoup à ce que je fais, et souvent, quand j'y ai pensé, je renonce à le faire ».\nUne curieuse lettre d'amour écrite par Favart à « MUe Justine », sa femme, a été\nacquise pour 3o francs.\nUne très intéressante correspondance d'Octave Feuillet à Samson, au sujet du\nVillage, a fait 3o francs. On a donné 52 francs d'une fort belle lettre de Hérold à\nM. Dubois, par laquelle le célèbre auteur de Zampa et du Pré aux clercslui annonce\nson mariage ; cette lettre est datée du 27 novembre 1827.\nPour la minime somme de 5 francs, on a eu la Valse de la Mascarade, dédiée à\nJohnson, morceau de musique autographié par Hervé.\nUne spirituelle lettre de Mistral, où il proteste contre une insinuation qu'il est\nl'ennemi de la langue française, a atteint 3o francs. L'auteur de Mireille ne de-\nmande pas que le provençal soit seul enseigné dans les écoles, il demande seule-\nment qu'il y ait sa place à côté du français.\nUne intéressante lettre de Scribe à Samson, relative à une pièce dans laquelle il\navait écrit un rôle pour Madeleine Brohan, a été vendue i5 francs ; une lettre de\nRachel à une amie a été payée 35 francs. La célèbre tragédienne annonce sa rentrée\ndans Mithridate ; elle est satisfaite de l'accueil du public.\nUne autre lettre, où la grande tragédienne fait part à une amie des succès qu'elle\nobtenait à Lyon dans Polyeucte, succès qui lui valurent des applaudissements, des\nfleurs et une charmante couronne, a été adjugée à 32 francs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-11-01-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-11-01_01#c030", "volume": "bmtnabj_1906-11-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "512", "page_fin": "512", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "512", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.24", "debut_caractere": 3695, "fin_caractere_exclue": 3970, "texte": "CHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE.\nFÊTE DE LA TOUSSAINT\nA l'occasion de la fête de la Toussaint, les coupons de retour des billets d'aller\net retour délivrés à partir du 27 octobre, seront valables jusqu'aux derniers\ntrains de la journée du 5 novembre 1906."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "489", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 21 (sixième année)\nler1er Novembre\n1906.\nR. M.\n36\n\nUne récente édition des sonates de Beethoven.\nNotre supplément.\n\nJ'ai sous les yeux la récente édition de quelques sonates de Beethoven pour\npiano, « revue, doigtée et annotée par Adolphe-F. Wouters, professeur au Con-\nservatoire royal de Bruxelles » (publiée par Breitkopf et Hàrtel). M. Wouters\nest, j'en suis sûr, un excellent professeur, et cependant le texte qu'il nous donne\nme fait mal aux yeux, tant il fourmille de fautes. Je n'ai pu résister au besoin de le\nreconstituer, dans le supplément de la Revue musicale, tel que je le comprends.\nLe discours musical, on le sait, a un rythme, comme l'éloquence verbale : il\nse divise en périodes, en phrases, en membres de phrase. Les limites de ces\nparties, non indiquées par le compositeur, ne sont pas toutes faciles à déter-\nminer. Pour la période ou la phrase, à la fin de laquelle l'exécutant doit, en\nquelque sorte, mettre un point, il n'y a pas de difficulté ; à moins d être aveugle,\non voit bien où le point doit être mis, et, quand il y a deux phrases soudées\n(comme ici à la 8e mesure) on s'en rend tout aussi bien compte. Pour le membre\nde phrase à la fin duquel il faut mettre une virgule ou un point virgule, c'est une\nautre affaire. Habituellement, on marque l'étendue d'un membre de phrase par\nle legato, dont les extrémités enveloppent un groupe de notes devant être émis\nsans césure, sans « respiration ». Or, M. Wouters scande ainsi le début de\nl'adagio :\nL'éditeur, on le voit, considère le si 5 comme appartenant au premier membre\nde phrase et faisant corps avec lui. C'est à peu près comme si on disait :\n- - \" • • • •*.<-\nOui, je viens dans son temple adorer l'Eternel je ;\n• Viens selon l'usage, etc...\nIl y a, dans le texte même de Beethoven, la preuve manifeste que cette ma-\nnière de rythmer est un contresens. Un peu plus loin, en effet, Beethoven,\nvariant sa formule, dit ceci :"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "490", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.2", "texte": "UNE RECENTE ÉDITION DES SONATES DE BEETHOVEN\n\nAdmettez-vous qu'on mette un « point et virgule », une petite césure, pause\nou respiration, après le la sde la 2e mesure ? Après le si 5 de la qc ? Est-ce que\nces deux notes et les groupes de doubles croches dont elles font partie ne sont\npas visiblement liés à ce qui suit, et non à ce qui précède ? Je scanderai donc, en\nindiquant la fin du membre de phrase par un petit trait vertical :\nPour cela, j'emploie une diérèse, c'est-à-dire un procédé d'écriture dont un\néditeur peut légitimement user, et qui consiste à ne pas mettre dans le même\ngroupe des notes entre lesquelles il y a une césure. Ainsi, j'écris :\nau lieu de\nM. Wouters applique quelquefois le principe\nde la diérèse, mais pas toujours. Ainsi, il écrit avec raison :\ns'il se rend compte du principe, pourquoi ne l'applique-t-il pas partout où il doit\nl'être ? Une autre incohérence de méthode consiste à mettre un legato dans cer-\ntaines parties de la composition, et, ailleurs, à ne rien mettre du tout, comme si\ncet adagio n'était pas partout rythmiquement construit.\nIl ne faut pas que le souci de l'effet pianistique pur fasse négliger l'essentiel,\nc'est-à-dire l'analyse correcte du texte. Si l'élève ou l'exécutant ne commence\npas par ponctuer correctement l'oeuvre qu'il veut interpréter, il ne fait plus de la\nmusique, mais un exercice quelconque, analogue à celui de la bicyclette. C'est\npar le rythme que la musique a un sens ; c'est grâce à lui que le compositeur\npeut penser avec des sons ; ne pas observer correctement le rythme, c'est faire une\nparodie. Je suis sûr que l'honorable professeur de Bruxelles est de mon avis ;\nmais l'édition qu'il a publiée, bien qu'elle ressemble à beaucoup d'autres tout\naussi fautives, est pour moi le sujet d'un profond étonnement.\nA la suite de l'adagio de Beethoven, nous donnons un air populaire suédois,\nharmonisé par Ahlstrom (compositeur né en 1762, organiste à Stockholm, auteur\nde sonates pour piano et pour violon, parues en 1783 et 1786, et d'un recueil de\nmélodies populaires). Cette chanson est en dorien antique [mi-mi] ; elle module\nà la dominante et à la quarte, puis retourne à la tonique. Ahlstrom, comme\nc était alors l'usage, l'a harmonisée à la moderne, sans paraître se rendre compte\ndu mode, lequel est très net (le sol Sde la 3e mesure n'étant qu'une broderie).\nComme concession à cette méthode ou absence de méthode nous n'avons\nconservé que la clausule en majeur, ou, comme on eût dit autrefois, en ionien.\n\nJ.C."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "491", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.3", "texte": "QUELQUES OEUVRES MUSICALES RÉCEMMENT JOUÉES A PARIS\n\nQuelques œuvres musicales récemment jouées à Paris.\nI° Concert Lamonreux.— LA « SYMPHONIE PASTORALE» DE BEETHOVEN. - Nulle\npart ailleurs Beethoven n'a mieux montré combien il était l'homme du\nXVIII siècle, non seulement par la lorme classique de sa composition, mais par\nle sentiment et par l'idée qu'il se fait de certaines choses. Ici, il est (psycholo-\ngiquement) le disciple de Rousseau ou de Bernardin de Saint-Pierre. De ce\ndernier, la Revue musicale citait, dans son dernier numéro, une lettre où la\nmusique des nègres d'Afrique est qualifiée de très « douce », ce qui est mani-\nfestement inexact. Mais, à cette époque, c'est la tendresse, le goût de l'idylle et\ndelà pastorale, qui dominent, avec, pour tout ce qui touche à la « nature », une\nnotion préconçue (conventionnelle, pleine de sentimentalisme, entachée de\nlittérature et d'emphase) de la vraie réalité Pour le romantique moderne, la\nnature est un spectacle grandiose et terrible, une force mystérieuse, tour à tour\nbienveillante ou hostile, toujours inquiétante et énigmatique, dressée devant\nlui :\nNature immense, impénétrable et fière ..\nPour Beethoven, la nature est simplement « la campagne », celle d'Horace et\nde La fontaine : la campagne, où le citadin n'aperçoit, par voie de contraste,\nqu un grand calme, « un clair ruisseau avec un doux murmure », des oiseaux qui\nchantent, une paix et une sérénité parfaites, parfois troublées par un orage\ninofiensif, et même salutaire. Des paysans, il ne voit que la <( réunion joyeuse »,\nla danse, un jour de fête ; ses bergers, dignes de ceux de Théocrite et de Virgile,\nsont des chanteurs et des flûtistes. Pour l'observateur, ou pour le romantique,\ntout cela est légèrement faux, ou superficiel, ou incomplet et très fade, ou encore\nbeaucoup trop général et traditionnel, et fait plutôt tableau de genre que tableau\nd observation et de \\érité. Mais c est le cas d affirmer combien il serait mauvais\nde juger une œuvre musicale d'après les idées réelles qui lui sont associées.\nMalgré cette conception évidemment étroite de la nature, Beethoven a fait une\nœuvre admirable; là où tant d autres poètes s étaient bornés à rimer quelques\nvers d aimable rhétorique, il a écrit, par la puissance du génie musical, sur\nla même donnée qu avaient rendue banale les anciens classiques, une sym-\nphonie qui est une merveille d invention et d'ampleur mélodiques, de rythme,\nde construction, de contrastes bien équilibrés.\nLES « PRÉLUDES »DE LISZT. Cette œuvre est associée au texte suivant de\nLamartine : « Notre vie est-elle autre chose qu'une série de préludes à ce chant\ninconnu dont la mort entonne la première et solennelle note ? L'amour forme\n1 aurore enchantée de toute existence ; mais quelle est la destinée où les premières\nvoluptés du bonheur ne sont point interrompues par quelque orage dont le\nsouffle mortel dissipe ses belles illusions, dont la foudre fatale consume son\nautel ? Quelle est l'âme cruellement blessée qui, au sortir d'une de ces tempêtes,\nne cherche à reposer ses souvenirs dans le calme si doux de la vie des champs ?... »\n(Lamartine, Méditations poétiques.) De ce programme, je ne vois qu'une idée ou\nun sentiment qui soit passé dans la musique : c'est la gravité recueillie, la « mé-\nditation ». Il y a, dans les Préludes. des choses admirables, et, à côté, des\nformules banales ou déclamatoires. Mais c'est d'un noble artiste ; partout on sent"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "492", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.4", "texte": "QUELQUES ŒUVRES MUSICALES RÉCEMMENT JOUÉES A PARIS\n\nla maîtrise. Cette composition est un peu longue ; mais cette longueur est due à\nce que Liszt voit toujours « grand ». Il est convaincu ,il est inspiié. Sans atteindi e\nà de grandes profondeurs, il impose à 1 auditoire un état d esprit d ordre élevé. Sa\nmanière est décorative, chevaleresque, un peu entachée de virtuosité, mais non\nexempte de poésie. La phrase jouée par les cuivres, qui est le pivot de 1 œuvre,\nest une caresse pour l'oreille, une belle pensée pour 1 esprit musical.\n« CONCERTO EN RÉ MAJEUR », POUR PIANO, DE MOZART. J admii eMozart, comme\ntous les musiciens. Au dernier concours du Conservatoire, on a exécuté un\nquatuor de Cosi fan tutte, qui a été un pur enchantement. Je n hésite pourtant\npas à dire que ce concerto en ré est une œuvre faible, sans originalité bien\ndistincte. Le thème principal de l'allegretto se retrouve dans la sonate en\nsi p pour piano et violon ; çà et là, les idées et les rythmes rappellent plusieurs\nsonates pour piano seul. Ajoutez que ce concerto produit une certaine impatience,\nquand il est joué par un pianiste qui, sous prétexte de montrer son talent d' «in-\nterprétation », abuse de certains effets : jouer en demi-teinte ou en pianissimo\névanescent, retenir le mouvement, attaquer les notes avec préciosité comme si\non voulait faire un sort à chacune d'elles, chercher le fin du fin, ne rien dire\nsimplement : ce sont là des procédés dont un exécutant doit bien se garder 1 II\nfaut jouer avec franchise, sans céder à la manie de substituer partout sa propre\npersonne à celle du compositeur. L'œuvre est trop claire par elle-même c'est\nde l eau de source ! pour avoir besoin d une analyse et d'une exégèse perpé-\ntuelle. D'une qualité, il ne faut pas faire un défaut. Mozart est distingué : ne le\nrendez pas maniéré ! il est délicat : ne le rendez pas anémique 1\nLE « PRÉLUDE A L'APRÈS-MIDI D'UN FAUNE », DE CL DEBUSSY. On pourrait\ndire: de même que Stéphane Mallarmé, en écrivant un poème volontairement in-\nintelligible sur « l'après-midi d'un Faune », est sorti de la littérature pour entrer\ndans la musique, de même M. Debussy, en écrivant une brève symphonie sur ce\nmême sujet, est sorti de la musique telle qu'on la comprenait jusqu'ici pour\nfaire une œuvre qu'il est difficile de ramener aux classifications traditionnelles.\nOEuvre bizarre, emmêlée, agressive, mais exquise à force d'art et d'originalité.\nDans la suite, M. Debussy est resté un peu prisonnier de cette manière. Il ne\nfaudrait pas que toutes les musiques fussent écrites d'après l'esthétique de cette\nécole ; mais il est bon que cette école existe à côté des autres.\n2° Concerts Colonne.\nOEuvre admirable, qui, à la grande distinction des idées, ajoute parfois un éclat\net une puissance extraordinaires. Beaucoup de chromatisme, mais rien de\ndisloqué et de brisé, comme il arrive trop souvent chez les modernes. Cette\nmusique de Franck a une originalité qui m'intrigue : elle est presque constamment\n« sublime », mais d'un sublime qui ne vient nullement, comme chez les autres\nmaîtres, de la profondeur et de l'intensité du sentiment : c'est un art objectif,\nd'un formalisme facile, et qu'on dirait improvisé, là même où la construction\ndes thèmes superposés implique une grande science. C'est un sublime aisé,\ncontinu, que je crois peu représentatif de la personne morale. Peut-être est-ce\nl'exemple typique de l'inspiration véritable ! Il faut mentionner spécialement le\ncharmant allegretto, si net et si bien rythmé ;il n'est pas besoin d'entendre\nl'orchestre pour savoir que le thème principal, accompagné par des pizzicati\ndes violons et des harpes, est écrit pour le cor anglais : à la simple lecture on le\ndevine. Et tel est bien le propre de toute bonne idée symphonique : elle entraîne"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "493", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.5", "texte": "QUELQUES OEUVRES MUSICALES RÉCEMMENT JOUÉES A PARIS\n\navec soi, elle implique le timbre qui doit servir àla formuler. Dans l'ensemble,\nun peu de longueur...\n« LES AMOURS DU POÈTE », DE R. SCHUMANN. Mélodies d'une page, brèves\ncomme un impromptu d'Alfred de Musset, mais préférables à de grosses parti-\ntions ! Une goutte d'eau peut réfléchir le ciel : une page de Schumann peut\ncontenir toute la poésie dont la musique est capable. Ce qui gâte un peu ces\nchefs-d'œuvre délicats, c'est le talent de la chanteuse qui les dit devant une salle\nde 3000 personnes. L'exécutant veut faire « de l'expression » ; qu'est-ce à dire,\nsinon qu'il veut ajouter sa personnalité à celle de Schumann } C'est dangereux !...\nun chanteur peut faire cela pour Rossini ou Meyerbeer— qui sont d'ailleurs des\nmélodistes de premier ordre mais pour Schumann, c'est une autre affaire !\nLà, il faut s'effacer complètement. La salle de théâtre est même de trop ; c'est\ndans l'intimité qu'il faut goûter ces lieder délicats, d'un accent si intime.\n« Duo D'HÉLÈNE ET DE PARIS », DE C. SAINT SAENS. C'est excellent, c'est par-\nfait. Ce n'est pas divin ; et il faudrait que ce fût « divin » ! Songez donc : un duo\nd'amour entre les deux personnages qui symbolisent la jeunesse et la beauté : Hé-\nlène, Pâris ! Derrière eux, il y a la Grèce et l'Asie des temps héroïques, Homère,\nl Iliade, tout l'Olympe païen, plus encore : la Destinée. Berlioz versait des\nlarmes d'enthousiasme et d'attendrissement en pensant à toutes ces choses.\nM. Saint-Saëns en a t-il fait autant? Cela ne nous regarde pas ; nous n'avons\nqu'à juger son œuvre. Pour traiter cette scène redoutable, il a employé la\nméthode analytique, celle qui consiste à suivre, phrase par phrase, le texte d'un\nlivret, et à l'illustrer. Il s'en est tiré, comme on pense, en musicien consommé,\nOn eût aimé un peu de synthèse ; j'entends par ce mot la formule de rythme et de\nmélodie oû l'on concentre l'idée d'une situation et qui, si elle est heureusement\ntrouvée, prend l'auditeur, satisfait à ce qu'il attend, et l'enchante...\n« LES HEURES DOLENTES », DE GABRIEL DUPONT. Ces heures dolentes sont\ndes heures de fièvre, de cauchemar et d'hallucination. Il y a des malades qui,\npendant les heures d'insomnie, voient sur le papier qui tapisse leur chambre\ndes personnages fantastiques, des dessins étranges, des scènes merveilleuses,\népiques, diaboliques, grimaçantes... M. Gabriel Dupont, qui paraît avoir connu\nces heures-là, a été obsédé d images musicales, et non d'images visuelles. Il nous\nmontre d'ailleurs tout autre chose qu'une brillante incohérence de timbres et de\nrythmes. Schubert de Philosophe Schubert, autobiographie, t. I, p. 321) a écrit :\n« La fièvre peut développer en nous des énergies oû n'atteint guère la santé nor-\nmale. Je ne puis décrire par des mots ce qui se passait en moi... Je me sentais\nune force et une joie spirituelle comme je n'en ai jamais ressenti de ma vie. »\nM. Dupont a ressenti, lui aussi, cette force et cette joie « spirituelles ». Il y a\nénormément de couleur et d adresse dans sa composition ; pas assez de pensée et\nde vraie musique. Il y a du sentiment vrai sans doute, et des idées originales,\nmais trop d'imagination et de couleur pure obtenue par des dissonances exces-\nsives. On dirait du Chabrier orchestré par Balakirev. Œuvre un peu kaléidosco-\npique, rapide, trouble et troublante... Mais ce n'est là, je pense, qu'une fantaisie\nd'artiste. Il faut que le musicien nous montre désormais, comme l'homme, qu il\nest en pleine santé."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "494", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.6", "texte": "I.A .MUSIQUE D'APRÈS LES ALLEMANDS\n\nNotes sur la musique orientale et exotique.\nM. Maspéro veut bien nous envoyer d'Egypte la photographie d'une peinture\ntrouvée dans le Mastaba (chambre mortuaire) de Dahchour et conservée au\nmusée de l'lnstitut archéologique du Caire. Cette peinture représente une har-\npiste accroupie et remonte à la XIIe dynastie (vingt-huit siècles environ avant\nlère chrétienne). La harpe, de même forme que les instruments conservés au\nmusée du Louvre, a huit cordes; les mains, placées Tune au-dessus de 1 autre,\ndans une bonne position d'exécutant, pincent des cordes différentes.\nEn examinant les documents analogues provenant de la Grèce antique, Vitet\ntirait argument de là pour affirmer que les Grecs avaient connu la musique à\nplusieurs parties, « car il est impossible, disait-il avec raison, que les doigts\nde l'instrumentiste fassent entendre la même note ». Il eût fait sans doute la\nmême observation à propos de ce document sur la musique égyptienne.\nVoici un document curieux et admirable, cité par Lubbock dans son livre\nclassique sur la civilisation (p. 525), et qui pourrait servir de « programme » à un\ncompositeur en quête de sujets originaux, favorables à l'inspiration musicale :\n« Dobritzhoffer nous dit que les Abipones (Amérique du Sud) adorent les\nPléiades à une certaine époque de Tannée. La cérémonie consiste en une fête\naccompagnée de danses et de musique, alternant avec les louanges des étoiles La\nprincipale prêtresse, qui préside les cérémonies, danse par intervalles, faisant\nrésonner en mesure une gourde remplie de noyaux, pirouettant tantôt sur un pied,\ntantôt sur l'autre, sans jamais changer de place et sans varier ses mouvements. »\nLa « gourde remplie de noyaux » nous avertit suffisamment qu'il s'agit d'une\npeuplade encore peu civilisée et ignorante des ressources de l'orchestre... mais\nquelle poésie profonde dans cette liturgie nocturne, en pleine nature ! Voilà des\nhommes à demi sauvages qui ont le sentiment du divin, puisqu'ils adorent\nquelque chose et quelqu'un ; leur divinité, ils ne la voient pas dans un animal,\ncomme les Egyptiens, ou dans un être humain, comme les Grecs, mais, comme\nles Chaldéens, dans un groupe d'étoiles... C'est un dogme qui en vaut bien\nd'autres. La danse caractérisée ici est sans doute pauvre et monotone ; j'imagine\nqu'un compositeur qui sentirait vivement cela, tirerait de cette monotonie même\nun effet exquis. Il lui serait sans doute permis de remplacer la gourde de noyaux\npar de petites clochettes.\n\nLa musique d'après les Allemands.\nLe pays qui a produit Bach, Haendel, Beethoven, peut être considéré comme\nle pays musical par excellence (réserve faite de l'originalité incontestable des\nautres pays, en matière de composition). 11 nous a donc paru intéressant d'ouvrir\nici une nouvelle rubrique, sous laquelle nous donnerons de substantielles indi-\ncations, à l'aide de textes caractéristiques, sur le sujet suivant : Quelle a été"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "495", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.7", "texte": "LA MUSIQUE D'APRÈS LES ALLEMANDS\n\nl'opinion des grands écrivains, philosophes et compositeurs de VAllemagne sur la\nmusique ? Comment Vont-ils définie ?\nIl y a là des choses infiniment curieuses à lire ; nous nous proposons de les\ncondenser et de les résumer ici pour la commodité du lecteur. Nous commence-\nrons par Kant, et nous ne nous astreindrons pas à Tordre historique.\nI. KANT passe pour avoir fondé l'esthétique moderne. Il donne lieu à quel-\nques constatations curieuses. L'auteur de la Critique du jugement (1790) n'aime\npas la musique ! il est trop « critique » pour goûter un art de sentiment et de\nspontanéité ; de plus, la musique est la langue de l'amour, et Kant n'a jamais\n(( sacrifié aux Grâces », comme dit Voltaire en parlant de Boileau. Néanmoins,\nle grand philosophe a rendu à l'art musical un hommage involontaire, gâté par\ndes boutades de mauvais goût. Habitué à réfléchir sur des concepts, Kant écrit\nque la musique est « un jeu changeant et éphémère, qui ne laisse rien à penser\nap rèslui »;il va jusqu'à écrire cette phrase regrettable que (( musique et plaisan-\nterie (Stoff zum lachen) sont, sous deux aspects différents, la même forme du\njeu ;... le changement seul y produit le plaisir)). Ce terrible logicien, à qui l'on doit\ntant d'analyses profondes, se plaint, comme d'un dommage apporté à la liberté\nde chacun, de Timportunité du chant choral : « Celui qui tire de sa poche un\nmouchoir parfumé, oblige son entourage à jouir, bon gré mal gré, de ce parfum.\nMême inconvénient se produit lorsque, au temple protestant, on chante des airs\nspirituels ! » Kant se déclarait dérangé dans ses propres pensées par cette piété\nbruyante et généralement pharisienne ! ( Critique du jugement, édit. ail. de Kehr-\nbach, p. 197, 202, 204-5.) Et cependant, bien que la musique lui apparaisse\nsurtout comme un plaisir [mehr Genuss als Kultur), il la caractérise avec justesse\nquand il déclare que l'arithmétique n'a rien à voir dans le plaisir musical ;\nque les sons, comme les couleurs, « constituent la détermination formelle d'un\nensemble » (ibid., p. 70) et doivent, par conséquent, être appréciés non en eux-\nmêmes, mais d'après leurs rapports avec le tout dont ils font partie ; que la\nmusique nous émeut plus profondément que la poésie, et qu'une belle composi-\ntion est « l'idée esthétique d'un ensemble cohérent, plein de pensées intraduisibles »\n(die œsthetische Idee eines zusammenhdngenden Ganzen einer unnennbaren\nGedankenfùlle, ibid., p. 70,200).\nVoici des écrivains plus artistes. Ils insistent sur ce fait que la musique a\nune indépendance absolue vis-à-vis du monde extérieur.\n11. NOVALIS, SCHILLER, WAGNER. « L'artiste a vivifié dans ses organes\nles germes d'une vie autonome ; il a augmenté leur réceptivité pour le monde\nspirituel, et il est, par suite, en état de produire des idées sans sollicitation\nextérieure, d'effluer par elles en dehors de lui-même, de les employer comme\ndes instruments par lesquels il transforme arbitrairement le monde réel. »\n(NOVALIS, Œuvres, édit. Heilbron, Berlin, 1901, 11, p. 164 et suiv.)\n«La philosophie (ne peut-on pas dire aussi :la musique ?) est Vart d'inventer\nsans donnée aucune, un art d'invention absolue (id.). —En cela précisément con-\nsiste la vie, qu'elle ne peut être comprise. (Id.)\n« L'homme (musicien) est capable à chaque instant d'être une essence supra-\nsensuelle. Autrement, il ne seraitpas un citoyende l'univers, il serait un animal.\nSans doute, la réflexion calme est difficile dans cet état, mais plus nous réussis-\nsons à en prendre conscience, plus devient vivace, puissante, persuasive, la\ncroyance que cet état engendre la foi aux révélations authentiques de l Esprit. Ce"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "496", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.8", "texte": "LA MUSIQUE D'APRÈS LES ALLEMANDS\n\nnest ni un « voir », ni un « entendre », ni un « sentir » ; c est un composé des trois\nàla fois. C est plus que les trois réunis, une impression de certitude immédiate,\nun aperçu de ma vie la plus vraie, la plus intime. » (NOVALIS, Œuvies, 11, i, p. 6.)\n« Les saisons, les heures du jour, la vie, les destinées, tout, chose étrange !\nest parfaitement rythmique et métrique, tout obéit à une cadence. Dans les\nmétiers et dans les arts, dans les machines, dans les corps organiques, dans nos\noccupations familières, partout le rythme, la mesure, la cadence, la mélodie,\nfout ce que nous faisons avec quelque virtuosité devient peu à peu lythmique.\n11 doit y avoir là quelque chose d'autre encore et d occulte. Ne serait-ce vraiment\nque l'effet de 1 inertie ? (/<L, 11, i, p. 154-5.)\n« La pensée (verbale, par opposition à la pensée musicale) n est qu un rêve du\nsentir, un sentir éteint, une vie affaiblie, grise et décolorée. (ld.)\n« L'insuffisance manifeste de la forme corporelle et terrestre pour exprimer et\norganiser l'esprit qui habite en elle, c'est la pensée obscure qui devient le fonde-\nment de toutes nos pensées véritables. Elle est le point de départ de notre évo-\nlution comme intelligences ; c'est elle qui nous oblige à admettre un monde des\nintelligibles et une série infinie d expressions et d'organisations pour chaque\nesprit, dont l'individualité actuelle est chaque fois 1 exposant ou la racine. » (ld.)\n« La musique d'une poésie est bien plus souvent présente à mon âme, quand\nje m'assieds à ma table pour l'écrire, que l'idée nette du contenu » (SCHILLER,\nlettre à Korner, 25 mai 1792.)\n« La poésie est une musique intérieure... Elle est l'art du dynamisme psychique\n(Gemùtserregungskunst) ...une acoustique de l'âme. » (NOVALIS,II, 11, p. 208 et 328.)\n« Rien n'attire mes yeux. Les lieux, les objets auxquels s accroche ou\npourrait s'accrocher mon regard, seraient ce les plus grands chefs-d œuvre du\nmonde, ne me divertissent pas et me sont indifférents. Je n'ai encore des\nyeux que pour distinguer le jour et la nuit, le clair et l'obscur. C'est réellement\nune mort du monde extérieure pour moi et de moi pour le monde extérieur. Je\nne vois que des images intérieures qui veulent se réaliser uniquement par les\nsons. » (R. WAGNER, lettre à Mathilde Wesendonck, datée de Paris, 19 quai\nVoltaire, 21 décembre 1561.)\n... « Rentré à l'hôtel, j'ai travaillé avec une hâte singulière au plan (de l'ouver-\nture des Maîtres chanteurs de Nùrenberg) ; j'ai eu plaisir à remarquer combien\nlibre et riche était ma faculté d'invention ! ce fut une délivrance, un salut ! (Eine\nRet/ung, id., ibid.) *\n« La mélodie est ici la chose capitale et nécessaire; j'ai fait les vers dans ma\ntête, d'après la mélodie. Voyez comme ça sonne bien » (suit une citation, air et\nparoles, lettre à la même, de Bieberich, 12 mars 1862.)\n(A suivre.)"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "497", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.9", "texte": "LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nLa musique et la magie\n(suite).\nNous avons montre que la première forme de la musique était Y incantation,\nemployée à l'origine, par les primitifs, dans les rites oraux de la magie.\nUne difficulté se présente néanmoins à ceux qui étudient un tel sujet. Les\nsavants qui ont écrit des livres spéciaux sur les nombreux documents que nous\npossédons et qui sont relatifs à la magie primitive, appellent constamment les\nformules qu'ils étudient formules d'incantation ; d'après nos habitudesclassiques,\nun tel mot implique l'idée d'un chant : mais comme les spécialistes de la phi-\nlologie ne sont pas en général musiciens, on peut se demander s'ils emploient\nle mot « incantation » dans le sens vraiment musical, ou bien dans le sens de\n<( formule orale » simplement lue ou récitée : telle est la question que nous nous\nétions posée en lisant le livre récent de M. Fossey, professeur au Collège de\nFrance, sur la Magie assyrienne. Pour en avoir le cœur net, nous avons écrit à\nM. Fossey, que notre lettre est allée trouver à Sarajevo, en Bosnie, après de\nlongs ricochets La réponse du savant professeur est trop spéciale pour être\npubliée ici, mais nous résumons l'essentiel de ce qu'elle nous apprend directe-\nment, ou à l'aide d'indications bibliographiques :\nChez les Assyriens, où magie et religion paraissent avoir été indiscerna-\nbles il y avait trois sortes de prêtres. L'une de ces catégories comprenait le\nprêtre (zammaruj chargé de chanter. Alors même que nous n'aurions pas d'autre\nindication, cela suffirait pour affirmer une connexité de la magie et de la musique;\nmais il est infiniment probable que ces trois fonctions sacerdotales (déjà suggé-\nrées par Diodore de Sicile, 11, 29) ne sont que le développement d'une fonction\nprimitive unique où le chant jouait le rôle principal, et d'où il se détacha plus\ntard pour former une spécialité. En somme, magie et musique ont été très ancien-\nnement unies chez les Assyriens. Les ouvrages récents qu'on pourrait consulter\nsur ce curieux sujet sont : les Contributions à la connaissance de la religion\nbabylonienne, de Zimmern (en ail.), la Magie et Sorcellerie assyriennes de\nKing (en angl., Londres, 1896), la Série (( Ma glu » des exorcismes assyriens de\nTallquist (en ail , Leipzig, 1895) et la Magie assyrienne de Fossey (chez Leroux).\nNous continuons à donner ici quelques documents empruntés au folk-lore\n(contes populaires) et montrant qu'un pouvoir surnaturel a toujours été attribué\nà la musique.\nLE DIABLE ET LA MUSIQUE.\nC'est un fait suggestif que, parmi les esprits des collines, des eaux et des lieux\ndéserts, ceux qui aiment la musique et la danse sont, en général, d'après la\ntradition populaire, des êtres bienveillants et sans méchanceté. Parfois, cepen-\ndant, c'est un esprit fort méchant qui a recours à ces arts dans quelque mauvais\ndessein. Quelques contes de divers pays mettent en lumière les idées supers-\ntitieuses relatives à ce sujet • nous allons les donner.\nLE JOUEUR DE FLÛTE INVISIBLE.\nDans le Holstein, les paysans racontent la curieuse histoire d un joueur de flûte\ninvisible qui passe pour avoir hanté, il y a de cela environ cinquante ans, une\nferme voisine de l'Elbe."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "498", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.10", "texte": "LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nC'est derrière l'habitation, dans un potager planté de choux, que débuta cette\nmystérieuse affaire : les habitants commencèrent par entendre à plusieurs re-\nprises le son d'une flûte, sans que personne pût découvrir d'où venait ce son ;\npuis, peu à peu, l'invisible flûtiste s'introduisit dans la maison : il y vint de plus\nen plus fréquemment, jusqu'au jour où il en fit définitivement son quartier géné-\nral. Parfois il jouait de la flûte dans la pièce commune, parfois dans l'une ou\nl'autre des chambres ; d'autres jours il était à la cave ou au grenier ; d'autres fois\nenfin il faisait, à l'occasion, un tour dans une maison voisine. A la fin, les habi-\ntants de la ferme s'habituèrent tout à fait à sa présence, à tel point que les\nenfants ou les serviteurs et les servantes n'avaient, lorsqu'ils voulaient se don-\nner le plaisir d'un petit bal, qu'à prononcer le nom d'un certain air, ou bien à\nen chanter une ou deux mesures, et à lui demander de le jouer ; ils entendaient\naussitôt le morceau désiré. Lorsque la laitière était occupée à travailler dans sa\nlaiterie, il lui arrivait parfois, pour plaisanter, de prendre une pomme à la main\net de dire : « Eh bien ! mon garçon, joue-moi un joli petit morceau, et tu auras\nune pomme. » Aussitôt la pomme disparaissait de sa main, et la musique\ncommençait.\nCependant il arriva, avec le temps, que le joueur de flûte invisible devint fort\nencombrant et finit même par se montrer tout à fait malfaisant : une nuit, il se\ndivertissait à briser toutes les vitres de la maison ; une autre nuit, c'est dans la\ncuisine qu'il se livrait à ses ébats en mettant tout sens dessus dessous ; lorsqu'à\nmidi toute la famille était assise à table, il arrivait quelquefois que le grand plat\nde ragoût, où tout le monde prenait sa part, était vidé en une minute par\ndes mains invisibles, et les pauvres gens avaient beau se lever en sursaut et\ncourir à traders la salle en frappant l'air de leurs cuillers, toujours ils enten-\ndaient le farceur, juste au moment où ils pensaient l'avoir enfin acculé dans un\ncoin de la salle, jouer malicieusement sur sa flûte dans le coin opposé.\nBref, c'était une persécution qui devint intolérable, la maison était complè-\ntement privée de repos ; le fermier disait à qui voulait l'entendre qu'il souhaitait\ntrouver quelqu'un qui eût le pouvoir d'expulser l'invisible joueur de flûte, et qu'il\nne regarderait pas à la dépense.\nIl vint enfin de la ville voisine un habile homme qui se fit fort de tirer la\nchose au clair, et ne voulait auparavant savoir qu'une chose : s'il devait chasser\nle joueur de flûte en le faisant paraître sous sa forme véritable ou sous la forme\nd'un barbet.\nLe fermier lui répondit : « Je préférerais encore ne pas le voir du tout ! Voilà\ndix thalers. Tout ce que j'espère, c'est m'en délivrer et avoir la paix chez moi. »\nL'homme entendu, qui était venu de la ville, réussit à chasser l'hôte importun,\nen récitant des formules bizarres et en faisant de la fumée ; depuis, le son de\nla flûte mystérieuse ne se fit plus entendre dans la ferme (i).\nLE MUSICIEN BANNI.\nAu fond du lac nommé « Das Langholter Meer », près du fleuve Weser, au sud\nde Brème, vit, d'après la tradition populaire, un habile musicien 'qu'un curé a\ncondamné à s'exiler en cet endroit. Mais pourquoi l'a-t-il exilé en cet endroit,\n(i) Sagen, Màrchen uni Lieder der Herzogthiimer Schleswig-Holstein uni Lauenburg, von\nKarl Mullenhoff ; Kiel, 1845, p. 336."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "499", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.11", "texte": "LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\net même, pourquoi l'a-t-il exilé, c'est ce que I on ne sait pas bien exactement.\nUn jour d'hiver, à l'époque où la surface du lac est complètement gelée, deux\njeunes garçons gardaient leurs moutons dans le voisinage, quand, voyant briller\nla surface polie de la glace, le plus grand dit à l'autre : « Allons sur le lac, et\nnous ferons jouer le musicien. »\nAyant ainsi parlé, il passa sur le lac ; son camarade le suivit, et ils s'amuse\nrentun moment à glisser : s'étant alors rappelé qu'il y avait au fond du lac un\nmusicien, ils l'interpellèrent joyeusement : « Si tu es toujours là-dessous, vieux\nbonhomme, joue nous donc un petit air pour nous faire danser ! »\nMais quelle fut leur terreur lorsque, tout à coup, ils entendirent s'élever du\nfond du lac une musique comme ils n'en avaient jamais entendue...\nLE CHATEAU HANTÉ.\nOn a souvent entendu des concerts diaboliques vers minuit dans un certain\nchâteau du Schleswig-Holstein. 11 y avait en ce manoir, voilà bien des années,\nun seigneur dont la fille était jeune et enjouée. Dans une fête de famille, à un\ngrand bal, celle-ci se montra si insatiable de danse, qu'après avoir dansé toute la\nsoirée, elle s'écria avec volubilité : « Et si le diable en personne venait m'inviter\nà danser, je ne refuserais pas. »\nA peine avait-elle dit ces mots, que la porte de la salle où l'en dansait s'ouvrit ;\nun cavalier inconnu entra, s'avança vers elle et l'invita à danser. En rond,\net toujours en rond, ils tournèrent, et sans cesse, et toujours plus vite et plus\nvite, jusqu'au moment où elle tomba soudain, morte.\nBien du temps s'est écoulé depuis cet événement; mais aujourd'hui encore la\ndame revient dans ce château. Tous les ans, le jour où arriva l'effrayant événe-\nment, à minuit juste, le manoir retentit de la musique la plus diabolique. La\ndame sort de sa tombe et se rend à la salle de bal, où, anxieusement, elle attend un\ndanseur ; car si quelque bon chrétien vient danser avec elle, elle doit ensuite\njouir du repos éternel. Jusqu'ici personne n'a eu le courage de rester dans le\nchâteau pendant cette heure horrible. Une fois un jeune et audacieux aventurier\ny a presque réussi : c'est qu'en ce cas le château devenait sa propriété, d'après\nune vieille charte qu'on a trouvée là. Mais à peine la musique diabolique eut-elle\ncommencé, que son courage s'évanouit et qu'il se sauva aussi vite qu'il put. Il en\nfut si effrayé qu'aujourd'hui encore, en entendant un violon, il tremble de tous ses\nmembres, s'imaginant que le tapage infernal recommence.\n(A suivre.)"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "500", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.12", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nL'ORGANISATION DES ÉTUDES D'HISTOIRE MUSICALE, EN FRANCE, DANS LA\nSECONDE MOITIÉ DU XIXe SIÈCLE\n\n(suite).\nJ'ai montré, dans la dernière leçon, comment le ministère de 1 Instruction\npublique avait organisé les études d'histoire musicale, en créant une grande\nassociation sous le contrôle et avec l'appui de l'Etat ; j'ai maintenant à dire ce\nqui a été fait dans les trois ordres d'enseignement, et tout d'abord dans l'ensei-\ngnement supérieur, pour compléter ou pour soutenir une telle œuvre. Avant\nd'entrer dans cette nouvelle partie de mon sujet, je m'arrêterai encore un instant\naux (( Instructions» que j'ai résumées.\nLe plan de travail dressé par Bottée de Toulmon, par Vincent, Ampère, de\nCoussemaker, Ch. de Courcelles, pourrait encore, ai-je dit, être adopté\naujourd'hui. Il conviendrait cependant, au point de vue pratique, d'y ajouter\nquelques idées que je tiens à indiquer. La recherche des faits particuliers, des\ntextes, des menus détails de tout ordre indispensables à une histoire sérieuse de\nla musique, constitue certainement la première partie d'une bonne méthode ;\nmais l'esprit français est plus ambitieux: il veut faire des ouvrages de synthèse\net de haute critique en prenant ses sujets dans le domaine général de l'histoire.\nA ceux qui, obéissant au mouvement de cette sorte de Renaissance, veulent se\nlancer dans une telle entreprise, on pourrait donner, pour diriger leurs justes\nambitions, deux conseils :\ni° Il faut d'abord, quand une science se constitue, être modeste dans le choix\ndes premiers buts à atteindre, et ne pas commencer par la fin. Un travail relati-\nvement facile, profitable pour.tout le monde, consisterait, au lieu de s'engager\ndans des œuvres originales de longue haleine, à publier des traductions de\nlivres bien choisis. En cela, on fait l'essai de ses forces et on peut très bien\ndonner des preuves d'esprit critique en même temps que de talent personnel.\nSongez que nos plus grands philologues ont commencé par faire des traduc-\ntions. M. Michel Bréal a traduit la grammaire monumentale de Bopp ; M. Weil,\nM. Eug. Benoist, se sont appliqués à faire connaître, dans des domaines divers,\nles derniers résultats de la critique allemande, et cela ne les a pas empêchés\nde se placer au premier rang parmi les savants. En musique, on devrait suivre\ncet exemple. A ceux qui voudraient faire de l'histoire musicale (je parle des\ncommençants, mais déjà armés d'une solide instruction générale), je dirais\nvolontiers : « Prenez un opuscule, tel que celui de K.-Ph.-Em. Bach, Essai\nsu?' la vraie manière de jouer du clavecin (1752), et traduisez-le, en ajoutant\nune substantielle introduction et quelques notes critiques. Donnez-nous une\nréduction des Institutions de Zarlino. Faites pour les théoriciens modernes les\nplus importants ce que M. Ruelle a fait pour les grecs. Traduisez-nous (en la\nrendant, si possible, moins touffue et plus facile à lire) Y Histoire de la théorie\nmusicale de M. Hugo Riemann, et jetez dans la circulation française le précieux\nrépertoire de textes qu'elle contient! Traduisez-nous (sans juger indispensable"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "501", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.13", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nde la compléter) la Bibliographie générale de Forkel ! Si vous voulez encore,\nprenez un texte important, le Micrologies de Guido, et donnez-nous-en une bonne\nédition, commode comme nos petits livres classiques ! Ne nous faites pas\nd'étude d'ensemble sur Bach, car les documents, à moins de circonstances\nspéciales, ne sont pas à portée de votre main, mais faites-nous en rectifiant\npar quelques notes au bas des pages ce que vous n'approuverez pas une\nréduction des deux gros volumes de Spitta ! Aidez-nous à connaître les travaux\nde Pohl sur la biographie de Haydn, ceux de Wasilewski, d'Otto Jahn, de Guido\nAdler, de Haberl, de Sandberger, de Schwartz, de tant d'autres qui sont\nignorés chez nous, et dont nous avons intérêt à profiter, tout en réservant\nl'indépendance de notre jugement. » Et en même temps je ne manquerai pas\nde signaler un écueil. Ce serait une erreur absolue de croire qu'il suffit de\nconnaître 1 italien ou l'allemand pour traduire un ouvrage de musique écrit en\nallemand ou en italien. Il faut posséder à fond la théorie musicale, sans quoi on\ns expose aux pires méprises. Mais ceux qui n'ont d'autre bagage scientifique\nque la possession d'une langue vivante avec une culture moyenne, peuvent\nencore rendre de très grands services, en traduisant des biographies.\n2° Il y a un autre point sur lequel l'histoire ou la critique musicale devrait\ns'inspirer de l'exemple donné par les philologues : il conviendrait de traiter des\nsujets bien limités et nettement musicaux, bien dégagés de ce qui est psychologie\nou philosophie pure, histoire littéraire ou histoire politique. Les professeurs de\nnos Universités traitent volontiers des sujets comme ceux-ci : des personnages\nromains dans le théâtre de Corneille ; des caractères de femmes dans le théâtre\nde Racine ; le style de Molière ; la morale de La Fontaine, etc... En un mot, ils\nn embrassent pas, ordinairement, la totalité d'un sujet, mais s'attachent, poui\nmieux la pénétrer et l'éclairer, à une de ses parties. En musique, nous n'avons\nencore presque rien de semblable, et c'est dommage. Je voudrais, par exemple,\npour revenir à J.~S. Bach, qu'on nous donnât une monographie sur le Clavecin\nbien tempéré (circonstances historiques où l'ouvrage fut écrit, antécédents, but\nde l'auteur, et analyse approfondie du texte musical, etc..., en étudiant de près\nles thèmes mis en œuvre par le grand compositeur thèmes, populaires, airs\nempruntés au chant, à la danse, etc.) et en nous montrant surtout, par des\nanalyses précises, en quoi la plupart de ces fugues diffèrent du type de la\nfugue « classique ». On a publié récemment deux ouvrages sur Schumann,\nSchumann tout entier, sa vie, ses œuvres et son temps : j'aurais préféré une\nétude spéciale et approfondie soit sur l'œuvre pianistique de Schumann\n(comparée à celles de Chopin et de Liszt), soit sur ses compositions vocales à\nplusieurs parties, soit sur celles de ses œuvres qui ont une forme classique.\nAu lieu dun livre sur Berlioz en général, livre qu'il faut refaire tous les mois,\npuisqu'on trouve chaque jour des documents nouveaux, j'aimerais une étude\nsur Y instrumentation de Berlioz / j'aimerais une étude critique sur les mazurkas\nde Chopin, sur les sonates de Mozart ou de Beethoven pour piano ou pour piano\net violon, etc... Sur toutes ces œuvres, pourtant si connues, nous avons à peine\nquelques articles de revues, très généraux, et pas de travaux sérieux. Il faut\néviter qu'à force de reculer la limite des sujets, on ne perde de vue ce qui est\nl'objet principal de l'histoire et de la critique. Il ne faut pas que la recherche\ndes faits rares et la curiosité archéologique peut-être aussi un reste d habitudes\nlittéraires détourne de ce que l'admiration de tous a mis en première ligne"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "502", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.14", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ndans nos programmes ; en s'appliquant à de tels sujets, nos musicographes se\nmettraient tout de suite en communication avec le public et, sans abandonner\nleurs tendances « scientifiques », augmenteraient certainement le nombre de\n%\nleurs lecteurs. Je ferme ici cette parenthèse, et je reprends l'exposé de mon\nsujet.\nII. — L'hstoire musicale au Conservatoire.\nC'est, nous l'avons vu, sous l'influence d'une idée nationale, que les études\nd'histoire musicale se sont organisées en France au xixe siècle. Toutes les\ninitiatives fécondes dont j'ai parlé sont dues à un sentiment très vif et fier du\ngénie français, et de l'unité de son histoire politique.\nS il est un établissement où nous puissions retrouver ce sentiment, et qui,\npour être fidèle à ses origines, doive rester national, non pas seulement par la\nrédaction de son enseigne ou ses attaches avec le budget, mais par son appli-\ncation à se mettre en contact avec l'esprit du pays et à le servir par les moyens\nqui lui sont propres, c'est bien le Conservatoire. Il a été créé pour fournir un\nentraînement au courage militaire (i), pour enflammer les soldats sur le champ\nde bataille, pour rehausser l'éclat de ces fêtes civiques où la Révolution cherchait\nà réconcilier tous les citoyens. Dans le principe, il s'opposait à l'Opéra, institution\nmonarchique destinée au dilettantisme et à loisiveté. Sous la Restauration, il\neut l'honneur d'être supprimé comme une source de propagande républicaine.\nLe Conservatoire réunit, en matière musicale, les trois formes d'enseigne-\nment : primaire (solfège), secondaire (harmonie) et supérieur (composition). Je\nn'ai ici qu'à indiquer sa contribution aux études d histoire musicale. Il est arrivé\nassez tard à les organiser chez lui, le souci de l'art pour l'art et, aJ'ortiori, celui\nde l'érudition, étant étrangers à son programme initial. Ici d'ailleurs, comme dans\nles comités organisés par Guizot en 1834, c'est par la littérature qu'on a\ncommencé, ainsi que le montrent les dates suivantes.\nLe décret signé au quartier impérial de Moscou par Napoléon, le 15 octobre\n1812, avait décidé (titre VIII, § xciv) qu'il y aurait, au Conservatoire, un\nprofesseur de grammaire, d'histoire (politique) et de mythologie (sic) appliquée\nà l'art dramatique, pour les élèves qui se destinent au théâtre français (même\n\n(1) Je rappelle les principales dates de son histoire. Le ier avril 1784 est fondée, à l'Hôtel des\nmenus plaisirs, YEcole royale de chant et de déclamation. En 1789, après la prise delà Bastille,\ncette école est supprimée. Le capitaine d'état-major Sarrette, commandant la garde nationale de\nParis, la remplace en 1792 par YEcole gratuite de musique de la garde nationale parisienne.\nMilitaire, républicaine et patriotique, cette école est transformée, le 18 brumaire an II (8 nov.\n1793), en Institut national de musique, et deux ans après, en Conservatoire (loi du 16 thermidor\nan 111, 3 août 1795), sur le rapport de M -J. Chénier, qui exalte les services rendus à la\nRépublique par « les musiciens patriotes », soit dans les fêtes nationales, soit sur les monts\nd'Argonne, dans les plaines de Jemmape et de Fleurus, aux Alpes, aux Pyrénées, en Belgique\net en Hollande. Après lui, évoquant les mêmes souvenirs, Leclerc, député de Maine-et-Loire, parle\nmagnifiquement, de « l'entrée de la musique dans la Patrie » (séance du 3 frimaire an VII).\nDans son discours d'ouverture du ier brumaire an V (22 oct. 1797), Sarrette raille, comme un\n« excès d'ineptie », le titre « d'Académie » conféré par l'ancien régime à l'Opéra. Sous la\nRestauration, le 22 décembre 1815, l'intendance des menus plaisirs est rétablie. Le local où était\ninstallé le Conservatoire faisant partie des biens de la liste civile, le ministre de la Maison dit\nRoi le rend à sa destination primitive Le ministre de l'intérieur n'inscrit plus rien, à son\nbudget, qui le concerne. A partir du ier avril 1816, l'ancienne école royale est rétablie. Le\nConservatoire, alors dissous comme un foyer d'idées libérales, ne reprit son titre qu'en 183 T."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "503", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.15", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nidée dans le Projet de réorganisation de 1817, titre 111, art. 10, et ch. 11, art. 26,\net dans Y Arrêté d'organisation, etc... du 29 déc. 1824). L'arrêté du 22 décembre\n1854, signé du ministre d'Etat Achille Fould, créa « une classe d'histoire et de\nlittérature au point de vue de l'art et du théâtre ». Le premier titulaire fut le\ncélèbre Samson. Pour la musique, on resta longtemps dans la période des\ncommissions et des vœux. En 1848, un aréopage composé d'Auber, Halévy,\nLecouppey, Panseron, Levasseur, Benoist, Girard, Meifred, Marmontel, Bazin,\nSansom, Provost, L. Perrot, Réty et d'Henneville, envoie au ministre un projet\noù il propose de dire : « Il y a, au Conservatoire, une classe d'histoire de la\nmusique. » 11 ajoute judicieusement : « La musique a son histoire, dont la\nconnaissance est un élément essentiel d'une bonne éducation musicale. Les\nécoles, les styles, ont leurs monuments, que l'on ne peut comprendre parfaitement\nsi on les isole des époques qui les ont enfantés (sic). Indépendamment de la\npartie biographique, qu'un véritable musicien doit connaître, car on aime à\nremonter de l'œuvre à l'auteur, l'histoire de la musique, c'est la musique elle-\nmême dans sa génération, dans ses développements, dans ses formes, dans ses\nprocédés, dans ses manifestations. » Ces excellentes paroles restent sans effet,\nprobablement parce qu'on n'avait pas le professeur qu'il fallait. En 1870, une\nnouvelle commission (011 figuraient E. About et E. Augier) propose un autre\nplan d'organisation, avec un enseignement divisé en neuf parties dont la septième\ndevait être la suivante r Esthétique et Histoire musicales. Notions scientifiques\nappliquées à la musique.\nCelui à qui l'on doit la réalisation de ce projet sans cesse ajourné, c'est\nl'auteur de Mignon, Ambroise Thomas. Le 31 août 1871, il écrivait au ministre\npour lui demander la création de trois nouveaux cours constituant « un\nenseignement supérieur ». Le premier de ces cours devait être consacré « à\n1 esthétique et à l'histoire de la musique ». A. Thomas disait : « Le cours\nd esthétique, plus particulièrement obligatoire pour les élèves des classes de\ncomposition, serait facultatif pour les élèves d'harmonie et les élèves les plus\ndistingués de toutes les autres branches de l'enseignement. Des personnes\nétrangères au Conservatoire pourraient y être admises. Sans présenter ici un\nprogramme définitif de cours, voici toutefois quels en seraient les principaux\néléments : Histoire sommaire delà musique, depuis F époque la plus reculée jusqu'à\nnos jours. Paléographie musicale. Notations. Exposé des divers systèmes musicaux.\nMusique sacrée et profane. Biographie des grands maîtres. Etude critique de leurs\nœuvres, etc.. » Programme énorme, écrasant, qu'on s étonne devoir tran-\nquillement exposé par un homme tel qu'Ambroise Thomas ! Sans doute, l'idée\nde cette innovation était parfaite. Dans la première moitié du xixe siècle, les\nmeilleurs musiciens français étaient d'une ignorance .singulière sur l'his-\ntoire de leur art. Quand Gounod alla à Rome, il ne savait presque rien des\nchefs-d'œuvre de Beethoven ; Fanny Mendelssohn nous a décrit les effets\nextraordinaires que la révélation de cette musique produisit sur le futur auteur\nde Eaust. Nous savons aussi, par le témoignage de M. Camille Saint-Saëns, que\nBerlioz ne connaissait pas mieux J.-S. Bach. Le simple bon sens voulait donc\nque cette lacune fût comblée ; mais, comme il arrive d'ordinaire, on allait trop\nloin ; dès le premier pas, on voulait dépasser le but. Le véritable cours\ncl' (( esthétique », pour un élève musicien, se fait dans la classe où on corrige ses\ndevoirs d'harmonie, de contrepoint et de composition, ou même dans les classes"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "504", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.16", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\noù l'on forme les chanteurs, les violonistes, les pianistes ; il est constitué par les\nobservations de -détail que fait le professeur, et non par une série de leçons sur\ndes sujets abstraits ; la « science du beau », à la façon platonicienne, est, pour\nun artiste, chose vaine et même dangereuse. Quant à 1 histoire, comment s'y\nserait-on pris, en 18y i, devant les élèves du Conservatoire, poui « îemontei aux\ntemps les plus reculés » de la musique, pour instituer des études de « paléo-\ngraphie », pour faire un « exposé des divers systèmes de musique » ? Ambroise\nThomas, assez solidement installé dans sa position de compositeur populaire\npour voir tout cela d'un peu loin et se permettre des indications superficielles\noubliait que pour étudier la théorie musicale antérieure au xvie siècle seulement,\nil faut connaître le latin et le grec, sans parler des « divers systèmes\nmusicaux » (il s'agit sans doute de l'Orient ?) et de la « paléographie »,\naccessibles seulement à des humanistes ayant une instruction spéciale. La\nnécessité d'une culture très étendue et très précise a été et sera l'écueil des\ntentatives de ce genre dans des écoles purement musicales. La grande erreur fut\nde croire que. pour enseigner l'histoire générale de la musique, il suffisait d'être\nun compositeur ou un virtuose et de connaître les classiques depuis l'époque\nde Lulli.\nNous touchons ici àun point capital de mon sujet.Je dois, au passage, marquer\naussi nettement que possible la différence nécessaire qui sépare les études\nd'histoire musicale faites au Conservatoire et les mêmes études faites dans une\nce nos Universités ou au Collège de France. L'histoire musicale, si on veut la\npousser un peu plus loin que le xvie siècle et la faire d'une façon complète, exige\nla connaissance des langues anciennes, et, en général, cette culture très com-\nplexe que l'on désigne sous le nom de « philologie classique ». Un exemple entre\ncent. On m'accordera bien que dans un cours d'histoire musicale, il faut\nexpliquer comment notre mode majeur, réalisé sur la gamme d'ut, a pris une\nplace prépondérante; or, pour cela, il est indispensable de remonter au\ncélèbre ouvrage de Glaréan, paru en 1547 : cet ouvrage est écrit en latin, et il a\npour titre deux mots grecs Dodekachordon ! Il en est absolument de même, si\non veut remonter aux origines du contrepoint et à l'étude de ses premières formes.\nSi l'on ne possède pas la culture nécessaire, si l'on n'est pas capable de lire dans\nle texte original les théoriciens de la Renaissance, du moyen âge et de l'antiquité,\non est arrêté à chaque instant, ou obligé de recourir à des ouvrages de seconde\nmain et de voir les choses par les yeux d'autrui, ce qui est à la fois la néga-\ntion de toute critique et la négation de l'enseignement supérieur tel que\nnous le comprenons ici. De telles études appartiennent donc, en principe,\nà l'Université/ Je ne veux pas dire qu'en dehors de nous il n'y ait des\nhistoriens très sérieu-x de la musique ; mais, s'il y en a, c'est qu'ils ont passé\npar l'Université et ont été familiarisés par elle au maniement de l'outillage\nindispensable. Au Conservatoire, il en est autrement : peut-on, quand le\nsujet l'exige, parler latin ou grec ? étudier de près le texte d'un manuscrit?\nuser de toutes les ressources de la critique historique ? Peut-on traiter à fond\nles problèmes de 1 histoire, avec la méthode appropriée, devant des jeunes gens\nqui sont avant tout des artistes et qui suivront plus tard la carrière du virtuose\nou du compositeur ? Certes, plus d'un professeur de musique pourrait le faire ;\nmais alors même qu'il le pourrait, grâce à son éducation personnelle, il ne\nle devrait pas. Les élèves du Conservatoire doivent rester étrangers à l'érudi-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "505", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.17", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\nR. M.\n>7\n\ntion pure. On leur apprend l'harmonie, mais ce serait une faute que les\nfaire entrer dans l'analyse des systèmes sur lesquels on a essayé de fonder\nl'harmonie. Ils doivent savoir comment leur art s'est développé, et connaître les\nprincipales « époques » de son évolution ; mais ce serait une faute que les\nattarder dans ces minutieuses enquêtes dont l'objet est de fixer les menus détails\nd'une théorie scientifique ou d'une biographie. Ce qu'il leur faut, c'est une\nhistoire musicale surtout faite au point de vue pratique, c'est-à-dire simplifiée,\ndessinée à grands traits, illustrée surtout par des exemples caractéristiques.\nLes rôles sont donc nettement distribués : là, des études dont l'objet pratique\nn'est jamais perdu de vue, et où l'histoire n'est qu'un complément discret de l'art\npur ; ici, des études où l'art n'est envisagé que dans ses rapports avec la science\net avec la vie sociale. On serait embarrassé pour dire lequel de ces deux rôles est\nle plus beau.\nL'arrêté du 12 septembre 1871 donna satisfaction à Ambroise Thomas. Le\nprofesseur nommé pour cette chaire d'esthétique et d'histoire fut Barbereau.\nBarbereau était né en 1799 *, il débutait donc à 72 ans! Après un an d'exercice, il\ndut démissionner. Il eut pour successeur Gautier (1872-1878), professeur d'har-\nmonie et d'accompagnement (depuis 1864), premier prix de violon en 1838, et\nsecond prix de Rome en 1842 ; son titre de « critique musical dans divers jour-\nnaux » avait beaucoup contribué à le faire nommer. Après ces divers essais,\nparut le titulaire actuel, M. Bourgault-Ducoudray, à la fois artiste et savant,\ncompositeur de premier ordre, possédant toutes les qualités nécessaires à une\nfonction de ce genre. A vrai dire, ce cours a été suivi assez longtemps par\ndes gens du monde plus que par les élèves de l'Ecole, soucieux avant tout\nd'apprendre leur métier de compositeurs ou de praticiens, et assez dédaigneux\ndelà philosophie ou de l'érudition ; de plus, les exécutions vocales et instru-\nmentales y tiennent une place prépondérante et lui donnent une tendance\nmarquée vers la « classe d'ensemble ». Le progrès, c'est que le principe de\nl'obligation, déjà formulé en 1892 dans un projet de réorganisation, ait été\nrécemment imposé aux élèves des classes de composition et d harmonie ; la\nlacune (à notre point de vue), c'est que, pour justifier cette mesure, le profes-\nseur est obligé, en vertu d'instructions officielles, de laisser de côté tout ce qui,\ndans l histoire de la musique, est sans rapport direct avec les études pratiques\ndu Conservatoire. En somme, le programme purement historique et scienti-\nfique tracé par Ambroise Thomas n'a pas été et ne devait pas être suivi.\nVoyons donc maintenant ce qui a été fait dans 1 Enseignement supérieur de\nl'Université, où l'Histoire de la musique, telle que nous la comprenons, est à sa\nvraie place. Nous aurons à reparler de la contribution du Conservatoire, quand\nnous nous occuperons des Concerts donnés par la Société qui porte son nom.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "506", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.18", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nPublications nouvelles.\n\nLES VIEILLES CHANSONS\n\npubliées par Schott frères, à Bruxelles (chansons\npopulaires, crâmignons, noëls et rondes, harmonisés pour chœur mixte avec\nou sans accompagnement de piano, par J. Théodore Radoux, directeur du\nConservatoire royal de musique de Liège, Albert Dupuis, compositeur, et\nCharles Radoux, compositeur, professeur au Conservatoire royal de musique\nde Liège. Avant-propos de M. Victor Chauvin, professeur à l'Université de\nLiège).\nToutes les provinces ont des chansons locales, et souvent telle chanson dite\n« populaire » se répand dans le monde sans qu'on sache exactement son origine •\nl'auteur est mort obscurément depuis longtemps, jamais il ne connaîtra\nl'essor qu'a pris son œuvre. Beaucoup de ces chansons ont été transcrites pour\nchant et piano par des folk-loristes adroits ; mais bien souvent ces petites\nœuvres gagneraient à être harmonisées pour les voix seules et à être chantées\nen chœur.\nCe travail d'arrangement est particulièrement délicat. Il importe avant tout\nde conserver sans la dénaturer la ligne mélodique de la chanson originale,\net de lui donner une parure conforme à la pensée musicale exprimée. C'est ce\nqu'ont parfaitement compris MM. Radoux père et fils, et M. Albert Dupuis,\net il y a lieu de féliciter hautement ces trois savants musiciens de la façon\npiquante et artistique dont ils ont serti les 43 chansons dont plusieurs sont\nde vraies perles • qui constituent ce recueil.\nPresque toutes ces chansons sont populaires dans le pays wallon, et M. Richard\nLedent, qui a assumé la tâche de les traduire en français, a dû renoncer à adapter\ncertains crâmignons qui perdraient trop à être traduits. Le mot crâmignon, que\nj'ai vainement cherché dans le Dictionnaire de musique de Hugo Riemann,\nseità désigner en Belgique une chanson populaire, à la fois humoristique et\nnaïve, et comptant un nombre assez étendu de couplets.\nJe ne saurais résister au plaisir de vous citer quelques-uns des jolis morceaux\nqui constituent ce recueil.\nC est par la fameuse ronde Mon pèr ma donné un mari que l'ouvrage\ndébute. M. Charles Radoux a donné à cette chanson une tournure toute schuman-\nnienne. Je ne plaisante pas :le tutti Mon Dieu! quel homme... fait penser\nau début de 1 allegro de la Symphonie en ut du maître de Zwickau. Le\nn° 2 est un noél wallon : Bon Dieu ! que F air est froid ! d'une inspiration savou-\nreuse et touchante.\nAh ! Valentin (n° 5)? chanson à boire pleine de verve et de bonne humeur;\nVole, mon cœur vole (n° 7), chœur très court et absolument exquis ; une autre\nchanson poui voix seules (n° 10), Soldat qui reviens de la guerre, qui se chantait\njadis beaucoup en france, est, paraît-il, d'origine néerlandaise. Je m'en vou-\ndrais de ne pas citer le crâmignon de Piron (n° 11 ), que je me souviens\na\\oii entendu à 1 Exposition de Liège, ainsi que la ronde populaire Trois\njeunes tambours (n° 21). Un autre crâmignon fort comique, c'est Harbouya\n(n° 27). Le noël (n° 29) A sohs orlus cardine, harmonisé par M. T. Radoux,\nmontre de quelle admirable manière M. Radoux sait traiter les voix a cappella.\nMais il me faut abréger. Citons encore Bonsoir voisine (n° 38), noël wallon"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "507", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.19", "texte": "INFORMATIONS\n\ndans lequel on passe du profane au sacré ; un petit bijou : A Paris y a quatre-vingts\nfillettes 'vn( 41), et pour finir (n° 43)? un thème pompeux : Valeureux Liégeois.\nI outes ces oeuvres peuvent ètie exécutées sans déploiement de grandes masses\nvocales, et les sociétés chorales mixtes auront tout profit à les adopter ; les\nVieilles Chansons feront les délices de leurs concerts.\n\nHENRI BRODY.\n\nActes officiels et informations.\n\nCONCERTS DU CHATELET.\n\n— Le dimanche 21 octobre, à son arrivée au pupitre, M. Ed. Co-\nlonne a été l'objet d une chaleureuse ovation. L'Association qu'il dirige avec tant d'autorité entrait\nen effet dans sa 33e année, et le public a voulu marquer sa reconnaissance au chef éminent pour\nles services qu'il a rendus. Pour caractériser une si brillante carrière, nous cédons la plume à\nM. Charles Malherbe, qui en a parlé en excellents termes :\nL Association artistique vient d'atteindre sa trente-troisième année d'existence\net son fondateur peut en ressentir quelque légitime orgueil, car, si pareille\nlongévité semble déjà chose rare, ce qu'il faut considérer comme un fait unique\ndans les annales des concerts en France et à l'étranger, c'est que, trente-trois\nans après sa création, cette Société, toujours prospère, ait encore à sa tête, pour\nla diriger avec la même ardeur et la même énergie, celui qui fut, dans ses rangs,\nl'ouvrier de la première heure.\n... C'était en 1873. Un jeune éditeur nommé Georges Hartmann avait, peu\nd'années auparavant, ouvert sur le boulevard delà Madeleine un petit magasin\nde musique qui ne devait pas tarder à s'agrandir et à prospérer. Homme de\ngoût, intelligent, actif, il avait, si bon peut s'exprimer ainsi, l'instinct inné de\nl'oeuvre d'art ; il la pressentait et devinait avec un merveilleux coup d'oeil le sol\noù elle pouvait germer. Avide de formules nouvelles, ou plutôt las de toute\nformule, il aspirait à marcher de lavant; et comme il possédait cette force\nmystérieuse, faite de charme et d'autorité, qui attire et qui s'impose, il avait\npromptement réussi à grouper autour de lui presque tous, disons même tous les\ntalents de la jeune école. Il commandait alors à une troupe qui comptait dans\nses rangs Georges Bizet, César Franck, Léo Delibes, Ernest Guiraud, Edouard\nLalo, de Castillon, Benjamin Godard, V. Joncières, tous, hélas! disparus, et\nparmi les vivants : MM. Saint-Saëns, J. Massenet, Th. Dubois, Paladilhe, pour\nne parler que des maîtres.\nUn jour vint où il ne suffît plus à ce hardi novateur de vendre du papier noirci\nde notes. Il voulut produire au dehors les œuvres que ce papier représentait,\ndonner la vie à ces notes, répandre enfin dans la foule le nom de tant de jeunes\ncompositeurs qu'elle avait trop longtemps ignorés.\nAlors il loua pour le dimanche la salle de l'Odéon ; il recruta un orchestre\ndont il confia la direction à M. Edouard Colonne, alors tout à fait inconnu, et,\nbravement, plus riche d'espoir que d'argent, il ouvrit, le 2 mars 1873, le Concert\nnational, en donnant une première matinée d'orchestre. Telle est l'origine de\nl'Association artistique.\nSix concerts ordinaires et deux « spirituels » avec chœurs furent donnés au\ncours de cette saison.\nPour avoir une idée de l'empressement avec lequel le public s était rendu à"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "508", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.20", "texte": "INFORMATIONS\n\nl'appel des organisateurs, un simple détail suffira : jamais les bureaux n'ouvri-\nrent le jour du concert, toutes les places ayant été prises d'avance en location !\n11 semble que de gros bénéfices auraient dû répondre aux sacrifices consentis,\nà la peine dépensée. Mais le prix modeste des places, dont les meilleures\nétaient cotées à 3 francs, permettait de réaliser une recette de 2.000 à\n2.500 francs au maximum ; et, si l'on put joindre alors les deux bouts, ce fut\ngrâce à la munificence de Mme Erard, qui fit don au Concert national d'une\nsomme de 6.000 francs.\nEn 1874, rOdéon fut abandonné pour le Châtelet, et le bilan de l'année put\nse résumer en deux mots : succès d'art, insuccès d'argent.\nG. Hartmann hésitait à poursuivre une campagne où venait de s'engloutir\ntoutes ses économies. C'est alors que M. Ed. Colonne eut l'idée de constituer\nson orchestre en société et de tenter à nouveau la fortune. L'Association artis-\ntique était fondée.\nLes premiers temps, certes, furent difficiles, et les sociétaires fondateurs,\ndont un tout petit nombre, fiers vétérans, restent encore à leur poste, pourraient\ndire quels sacrifices on s'imposait en ces temps lointains, à quel faible cachet\non était réduit, et quels profits dérisoires on se partageait. Mais le travail et\nla persévérance surmontent bien des obstacles. Chaque saison nouvelle voyait\ngrossir le chiffre des abonnés; la foule commençait a délaisser le Cirque d'hiver\npour le Châtelet, et la caisse sociale se remplissait peu à peu. L'Association\navait conquis enfin sa place au soleil de fart ; de plus en plus elle affirmait sa\nvitalité ; désormais, elle était devenue un des éléments indispensables de la vie\nmusicale de Paris.\nTrente-tiois ans de concerts ne se racontent pas en quelques lignes de\nnotice ; il faudrait, pour consigner tous les souvenirs qui s'y rapportent, les\npages d'un gros livre.\nLors de sa fondation, l'Association artistique s'était proposé de « populariser »\nla musique française et étrangère. Elle a, plus qu'aucune autre, atteint ce\nrésultat, car elle peut compter comme principaux éléments de sa fortune l'infinie\nvariété de ses programmes et le nombre considérable de premières auditions.\nMais ici la quantité ne compterait guère sans la qualité, et cette qualité, deux\ncauses l'ont produite : d'une part la valeur d'exécutants remarquables, recrutés\navec le plus grand soin, et souvent même véritables virtuoses ; d'autre part,\nle mérite personnel d'un chef d'orchestre éminent, dont le renom n'est pas\nmoindre à l'étranger qu'en sa patrie, car il a dirigé en Allemagne, en Russie,\nen Italie, en Autriche, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Portugal,\nen Danemark, en Espagne, en Pologne, en Bohême, en en Ecosse,\nen Amérique. Or, la place qu'il a conquise, il la doit à un grand savoir, à\nune intelligence rare, à une infatigable activité, à un esprit d'initiative tou-\njours en éveil. L'âge ne semble pas avoir de prise sur lui ; respectueux du passé,\nil sait être de son temps et même le devancer ; la nouveauté l'attire ; il n'est\npas seulement 1 homme de la Damnation de Faust (encore qu'il y ait eu jadis\nquelque mérite à se souvenir d'elle, quand tout le monde l'avait oubliée); il\nmarche en avant, et cette hardiesse n'a d'égale que sa probité artistique. En\nmainte circonstance, je l'ai vu sacrifier son intérêt personnel à la cause de la\nmusique pure. 11 a renoncé, j'en pourrais fournir le témoignage, à des œuvres\nsignées de noms connus, parce qu'il ne les tenait pas, malgré quelque chance de"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "509", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.21", "texte": "INFORMATIONS\n\nsuccès, pour dignes de leur auteur; en revanche, il a reçu des œuvres de «jeunes»\nparce que, sans se préoccuper d une issue favorable ou non, il y trouvait la\ntrace d'un vrai mérite.\nS'il vivait encore, le maître César Franck confirmerait cette assertion, car il fut\nde ceux qu'on dédaignait, et que parfois même on écartait avec brutalité ; au\nChâtelet, il fut toujours accueilli avec les honneurs qu'il méritait. M. Ed. Colonne\npeut noter avec quelque satisfaction que le premier grand ouvrage avec chœurs\ndirigé par lui en 1873 fut Rédemption, et qu'en 1906, il est encore seul à donner\nintégralement les Béatitudes. A trente-trois ans de distance, son admiration et\nsa foi n'ont pas varié. Elles lui assurent toutes les sympathies, et, en particulier\ncelles de ses sociétaires. Ce bâton dont il est justement fier, il le tiendra d'une\nmain ferme tant que la nature lui conservera la sûreté de son bras, la finesse de\nson oreille et la vigueur de son esprit II a célébré déjà ses noces d'argent avec\nl'Association artistique ; peut-être célébrera t-il ses noces d'or. Il faut le souhaiter\npour lui, pour elle et pour l'Art.\n\nCHARLES MALHERBE.\n\nTHÉÂTRES POPULAIRES. Au cours de la discussion du budget des Beaux-Arts\npour 1906, la Chambre des députés a voté l'ordre du jour suivant:\n« La Chambre, approuvant les déclarations du Gouvernement, l'invite, en\n« s'inspirant des conclusions de la Commission des Théâtres populaires, à\n« déposer un projet de loi organisant les théâtres populaires à Paris et dans\n« les départements. »\nEn conséquence de ce vote, il a été institué 3 commissions techniques dont\nl'une est chargée d'examiner toutes les questions financières se rapportant à la\ncréation de ces théâtres. Le moyen préconisé pour obtenir le résultat désiré\nsans que l'Etat participe pécuniairement à l'édification de ces théâtres, serait\nsoit une loterie, soit une émission de bons à lots.\nA cet effet, l'Administration des Beaux-Arts a cru devoir s'assurer le concours\nd'un représentant du Crédit Foncier de France pour fournir à la Commission\ntechnique toutes les indications qui lui seront nécessaires.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 20 septembre au 19 octobre 1906.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n21 septembr.\n24 —\n26 —\n28 —\nier octobre\n3 -\n5 —\n6\n8 —\n10 —\n12 —\n13 —\n15 —\nl7 —\n19 —\nLe Freischiïtf. — Coppélia.\nTannhàuser.\nFaust.\nAida.\nTannhàuser.\nLe — Coppélia.\nFaust.\nLa Valkyrie.\nLes Huguenots.\nLa Val kyrie.\nSamson et Dalila. — La Ronde\ndes Saisons.\nGuillaume Tell.\nSigurd.\nFaust.\nLa Valkyrie\nWeber. L. Delibes.\nR. Wagner.\nGounod.\nVerdi.\nR. Wagner.\nWeber. L. Delibes.\nGounod.\nR. Wagner.\nMeyerbeer.\nR. Wagner.\nSaint-Saëns. Busser.\nRossini.\nReyer.\nGounod.\nWagner.\n17.2 14 4 1\n20.941 41\n21.477 76\n18.034 41\n19.041 41\n13.488 76\n19J05 91\nl6.253 ))\nI7.330 41\n18.64.O 76\n19.2 i 5 91\n11.933 ))\n14.971 41\n22.143 76\n18.829 41"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "510", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.22", "texte": "INFORMATIONS\n\nII. — Opéra-Comique.\nReceltes détaillées du 20 septembre au 19 octobre 1906.\nComme on le voit, c'est toujours la Manon de M. Massenet qui vient la pre-\nmière : et Y Aphrodite de M. Erlanger fait aussi de très belles recettes. A\nl'Opéra, le Faust de Gounod continue à jouir d'une faveur exceptionnelle.\nM. Raymond Marthe, l'excellent professeur, a repris ses leçons de violon-\ncelle et d'accompagnement, 127, rue de Sèvres.\nM. Paul Séguy a repris ses cours et leçons de chant, diction lyrique et\ndramatique, ensemble vocal et mise en scène, 93, rue Jouffroy.\nCONSERVATOIRE. Un buste du Président de la République a été offert par\nl'Administration des Beaux-Arts pour être placé dans le salon de la loge d'honneur\nde la salle des conccits au Conservatoire national de musique et de déclamation.\nSOCIÉTÉ J.-S. BACH (salle de l'Union, 14, rue de Trévise). —Voici le pro-\ngiamme du piemiei conceit qui aura lieu, comme nous l'avons annoncé, le\nvendredi 16 novembre avec le concours de M. Georges Walter : cantate Mein\nliebster Jésus ist verloren (fragments), MM. G. Walter et Jan Reder ; Concerto\nBrandebourgeois, pour violon principal, 2 flûtes et orchestre, MM. Enesco,\nIlasselmans et Eiaussi cinq Geisthche Licder, M.. Georges Walter } ire partie de\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n20 septembr.\nLa Traviata.\nVerdi.\n5.898 5o\n2 1 —\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n8.612 »\n22 —\nLouise.\nCharpentier.\n9.241 5o\n23 —\nLakmé.—La Fille du Régiment.\nL. Delibes. Donizetti.\n4.699 5o\n24 —\nMignon.\nA. Thomas.\n4.599 »\n25 —\nWerther.\nMassenet.\n9.247 5o\n26 —\nLe Barbier de Sévi lie. — Les\nNoces de Jeannette.\nRossini. V. Massé.\n7.637 5o\n27 —\nLouise.\nCharpentier.\n8.740 5o\n28 —\nCarmen.\nBizet.\n7.204 5o\n29 —\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n8.985 5o\n3o —matinée\nLe Chalet. — La Traviata.\nAdam. Verdi.\n3.202 5o\n3o — soirée\nLouise.\nCharpentier.\n6.633 5o\nIer octobre\nMireille.\nGounod.\n4.594 »\n2 —\nCarmen.\nBizet.\n7.342 5o\n0\n3 —\nWerther.\nMassenet.\n7-63O 5o\n4 —\nManon.\nMassenet.\n9.535 »\n5 -\nLouise.\nCharpentier.\n6.876 5o\n6 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n9.790 5o\n7 — matinée\nCarmen.\nBizet.\n4.807 »\n7 — soirée\nLakmé.— Cavalleria Rusticana.\nL. Delibes. Mascagni.\n7.877 5o\n8 —\nLa Traviata.\nVerdi.\n/ / /\n4.6O3 5O\n9 ~\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n8.766 »\nto —\nLa Vie de Bohême.\nPuccini.\n8.697 5o\n[ 1 —\nW erther.\nMassenet.\n7.594 5o\n12 —\nLouise.\nCharpentier.\n6.752 »\n13 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n8.507 »\n14 — matinée\nCavalleria Rusticana.— Lakmé.\nMascagni. L. Delibes.\n4.683 »\n14 — soirée\nCarmen.\nBizet.\n7.971 5o\ni5 —\nLe Domino noir.\nAuber.\n/ ./ /\n4.061 5o\n[6 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n6.856 »\n17 —\nManon.\nMassenet.\n9.198 5o\n18 —\nCarmen.\nBizet.\n8.665 5o\n19 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n7.065 5o"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "511", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\nla Passion selon saint Jean: l'évangéliste, M. G. Walter ; soprano, Mlle Eléonore\nBlanc ; Jésus, M. Jan Reder. Soli, orchestre et chœurs sous la direction de\nM. Gustave Bret.\nRappelons que les demandes d'abonnement et de renseignements doivent être\nadressées g bis, rue Méchain.\n\nLE MANS. M. Pioger Joseph est nommé professeur de trombone à l'Ecole\nnationale de musique.\nM. Moraux Maurice est nommé professeur de solfège à la même école, par\narrêté préfectoral en date du 17 octobre courant.\n\nL'ORCHESTRE DES CONCERTS LAMOUREUX EN ALLEMAGNE. —M. Chevillard fait\nen ce moment une tournée en Allemagne avec son orchestre. Le Signale fur die\nMusikalische Welt nous apprend que le dernier concert donné à Leipzig, le 21\noctobre, a eu un succès d'enthousiasme, « bien que le nombre des auditeurs lais-\nsât un peu à désirer ». Le journal allemand déclare qu'il n'a jamais entendu\nexécuter avec autant de perfection la symphonie en ut mineur de Beethoven. Le\nCarnaval romain de Berlioz a produit un effet de « fascination ».\n\nKURSAAL DE PARIS. La direction du Kursaal (concerts populaires Sechiari)\nnous communique le trèsbrillant programme du premier concert qu'elle doit\ndonner à Paris dans la seconde quinzaine de novembre ; nous sommes assuré\nqu'une telle entreprise obtiendra le plus vif succès.\n\nCHORALE DES LYCÉES DE JEUNES FILLES DE PARIS. Le comité de direction\nde cette chorale s'est réuni à la Sorbonne, le 18 octobre, sous la présidence de\nM. Liard, membrede l'lnstitut, recteur, assisté de M. JulesCombarieu, inspecteur\nde l'Académie de Paris. Etaient présentes toutes les directrices des lycées de Paris,\nles professeurs de chant, et quelques dames étrangères à l'Université.\nAprès avoir revu un à un les articles des statuts de la société, le comité a\nnommé une secrétaire générale (Mlle Provost, directrice du lycée Fénelon), une\ntrésorière générale (MnStoud, directricedu lycée Molière), et un chef d'orchestre,\nchargé, pendant trois ans, de diriger les ensembles musicaux publics (M. Gabriel\nPierné). Il a décidé qu'en vue du prochain concert annuel, les œuvres suivantes\nseraient immédiatement mises à l'étude: a) Un jour sur le pont de Tréguier,\nAdieux à la Jeunesse, le Sabotier (airs populaires, tirés du recueil des chansons\nde basse Bretagne publié par M. Bourgault-Ducoudray) ; b) les Danses de Lor-\nmont, de César Franck ; c) Soleil (id.) ; d) Hymne, de Bourgault-Ducoudray ;\ne) Printemps, de G. Marty.\nD abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro une note\nhistorique sur la clé rf'ut.\nM. Henri Allorge nous communique les bonnes feuilles d'un recueil de\npoésies très original qui est sous presse {Clavier des harmonies), et qui est entiè-\nrement consacré à la musique et aux musiciens. Il y a là un sonnet sur... la fugue,\nqui n'est pas banal !\n\nLA SUBVENTION DE L'OPÉRA. — Dans le Matin du 28 octobre, M. Couyba,\nrapporteur du budget des beaux-arts, trouve injuste qu'on paie à l'Opéra\nune subvention de 800.000 fr. fournie par des contribuables qui, pour la plupart,\nne vont pas dans les grands théâtres. — Faut-il encore réfuter cette erreur ?\nL'Opéra n'est pas seulement fait pour la musique ; il joue un rôle considérable"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "512", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061101-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\ndans l'économie sociale. Il contribue à la richesse publique par les multiples\ndépenses de tout ordre qu'il impose aux riches, et qui font rentrer 1 argent dans\nla bourse des pauvres. Plus l'Opéra sera un foyer de vie luxueuse et « aristocra-\ntique », si l'on peut encore prononcer ce mot, plus les petits contribuables en\nprofiteront, sans qu'ils s'en doutent bien souvent !\n\nCONCERTS POPULAIRES SECHIARI. Voici le très beau programme d ouverture\ndes concerts populaires Sechiari, le jeudi 22 novembre, à 9 heutes, au Kursaal,\n7, avenuede Clichy : ouverture du Freischiitz, Weber ; Largo et Menuet, Haendel ;\nconcerto n° 4de Mozart, exécuté par L. Diémer ; symphonie n° 39, Mozart, pré-\nlude et mort d'Yseult, Wagner ; Romarins kaja( ire audition), Glinka. Nous rap-\npelons que le public sera admis à fumer et à consommer, ainsi qu aux concerts\nde la Société Philharmonique de Berlin, et que le prix des places ne sera que de\n2 fr. et 3 fr. La salle du Kursaal contient 1200 places, et un système perfectionné\nde ventilation supprimera les inconvénients de la iumée.\nParmi les solistes devant se faire entendre, nous relevons les noms de Jeanne\nRaunay, Jane Hatto, Louis Frolich, Harold Bauer, Cornélis Liégois, Alfred\nCortot, etc.\n\nVENTE D'AUTOGRAPHES.\nHÉBERT ROUGET.\nDans la collection d'autographes que M> Delestre vient\nde disperser à l'Hôtel des Ventes, avec la collaboration de M. Noël Charavay, savant\nexpert, on remarquait des documents, des lettres et des pièces, fort intéressants.\nParmi les autographes signés d'auteurs dramatiques, de compositeurs de musique\net d'artistes célèbres, on doit citer : un morceau de musique (mazurka), autogra-\nphié par Frédéric Chopin, qui a atteint i5o une pièce datée du 24 novem-\nbre i836, par laquelle l'illustre compositeur reconnaît avoir vendu à Maurice Schle-\nsinger la propriété, pour la France, de sa composition intitulée : 12 grandes études\npour piano, a été payée 5i francs. Une lettre de Dumas fils, où il décline l'offre d'une\ncollaboration, a été obtenue pour 12 francs. « Il m'est impossible, dit le célèbre auteur\ndramatique, de travailler pour une époque déterminée. J'ai besoin penser beau-\ncoup à ce que je fais, et souvent, quand j'y ai pensé, je renonce à le faire ».\nUne curieuse lettre d'amour écrite par Favart à « MUe Justine », sa femme, a été\nacquise pour 3o francs.\nUne très intéressante correspondance d'Octave Feuillet à Samson, au sujet du\nVillage, a fait 3o francs. On a donné 52 francs d'une fort belle lettre de Hérold à\nM. Dubois, par laquelle le célèbre auteur de Zampa et du Pré aux clercslui annonce\nson mariage ; cette lettre est datée du 27 novembre 1827.\nPour la minime somme de 5 francs, on a eu la Valse de la Mascarade, dédiée à\nJohnson, morceau de musique autographié par Hervé.\nUne spirituelle lettre de Mistral, où il proteste contre une insinuation qu'il est\nl'ennemi de la langue française, a atteint 3o francs. L'auteur de Mireille ne de-\nmande pas que le provençal soit seul enseigné dans les écoles, il demande seule-\nment qu'il y ait sa place à côté du français.\nUne intéressante lettre de Scribe à Samson, relative à une pièce dans laquelle il\navait écrit un rôle pour Madeleine Brohan, a été vendue i5 francs ; une lettre de\nRachel à une amie a été payée 35 francs. La célèbre tragédienne annonce sa rentrée\ndans Mithridate ; elle est satisfaite de l'accueil du public.\nUne autre lettre, où la grande tragédienne fait part à une amie des succès qu'elle\nobtenait à Lyon dans Polyeucte, succès qui lui valurent des applaudissements, des\nfleurs et une charmante couronne, a été adjugée à 32 francs.\n\nCHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE.\nFÊTE DE LA TOUSSAINT\nA l'occasion de la fête de la Toussaint, les coupons de retour des billets d'aller\net retour délivrés à partir du 27 octobre, seront valables jusqu'aux derniers\ntrains de la journée du 5 novembre 1906."}]}