{"numero_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_sha256": "a8f13c509e1f596987704279be97aa762b088ec57bb025e8a902b04c10308519", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1906/12/15_01/bmtnabj_1906-12-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1906/12/15_01/bmtnabj_1906-12-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "569", "page_fin": "569", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.1", "titre_corps": "Notre supplément musical.", "titre_sommaire": "Notre supplément musical.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "569", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.1", "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "Notre supplément musical.\n\nLes pièces que nous publions sont tirées d'un Recueil qui se trouve à la Biblio-\nthèque de Berlin et qui porte le titre suivant:\nRECUEIL DE DANSERIES\nCONTENANT PRESQUE TOUTES SORTES DE DANSES\nComme Pavanes, Pass'emezos, Allemandes, Gaillardes, Branles et plusieurs\nautres accommodées aussi bien à la voix comme à tous instruments musicaux,\nnouvellement amassé d'aucuns sçavants maîtres musiciens et autres amateurs\nde toutes sortes d'harmonie.\nEN ANVERS\nChez Pierre Phalèse, au Lyon Rouge, et chez Jean Belleri, à l'Aigle d'Or,\n1583.\n[Le titre est d'abord en latin, puis en français.)\nAprès avoir copié intégralement les quatre cahiers de ce Recueil (un cahier\noblong pour chacune des 4 voix : Superius, altus, ténor, bassus) en notation\nlosangée du XVIe siècle, sans barres de mesures), nous avons demandé ici même\nquels étaient les musiciens qui, au courant des vieilles écritures musicales,\nvoudraient collaborer à la mise en partition, et en notation moderne, de cet\nouvrage. En dehors des collaborateurs habituels de la Revue musicale, deux\nseulement se sont proposés : M. Gasperini, le savant professeur du Conserva-\ntoire de Parme, bien connu pour une histoire de la notation dont M. Pierre\nAubry a rendu compte ici même, et qui est fort estimée ; et M. Dorsan de\nReyschoot, professeur d'harmonie au Conservatoire de Gand, auteur de compo-\nsitions d'un réel mérite. Nous donnons aujourd'hui, surtout à titre de docu-\nments historique sur les danses du seizième siècle, les premières pièces de ce\nRecueil de 1583, en adressant nos remerciements et nos compliments à nos deux\ncollaborateurs.\n\nLa Revue musicale reprendra dans son prochain numéro la publication du\ncours du Collège de France et des notes sur « la Musique et la Magie »."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "569", "page_fin": "569", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.1.1", "titre_corps": "Les pièces que nous publions sont tirées d'un Recueil qui se trouve à la", "titre_sommaire": "Les pièces que nous publions sont tirées d'un Recueil qui se trouve à la", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "569", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.1", "debut_caractere": 163, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "Les pièces que nous publions sont tirées d'un Recueil qui se trouve à la Biblio-\nthèque de Berlin et qui porte le titre suivant:\nRECUEIL DE DANSERIES\nCONTENANT PRESQUE TOUTES SORTES DE DANSES\nComme Pavanes, Pass'emezos, Allemandes, Gaillardes, Branles et plusieurs\nautres accommodées aussi bien à la voix comme à tous instruments musicaux,\nnouvellement amassé d'aucuns sçavants maîtres musiciens et autres amateurs\nde toutes sortes d'harmonie.\nEN ANVERS\nChez Pierre Phalèse, au Lyon Rouge, et chez Jean Belleri, à l'Aigle d'Or,\n1583.\n[Le titre est d'abord en latin, puis en français.)\nAprès avoir copié intégralement les quatre cahiers de ce Recueil (un cahier\noblong pour chacune des 4 voix : Superius, altus, ténor, bassus) en notation\nlosangée du XVIe siècle, sans barres de mesures), nous avons demandé ici même\nquels étaient les musiciens qui, au courant des vieilles écritures musicales,\nvoudraient collaborer à la mise en partition, et en notation moderne, de cet\nouvrage. 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Je ne pourrais pas choisir\nd'exemple plus probant pour justifier l'opinion que j'ai déjà émise sur le grand\ncompositeur, et pour réfuter un jugement que je considère comme un contre-\nsens. On est habituellement très saisi par ces mots : « Ainsi frappe le Destin/... »\nOn reconnaît non sans raison un caractère impérieux et brutal aux quatre\nnotes qui servent d'expression à cette idée; et voilà aussitôt l'imagination qui\nconçoit un Beethoven tragique, angoissé, en lutte avec la Mort, absorbé par\nl'énigme de la vie, romantique avant le romantisme. Rien n'est plus faux et plus\ninsupportable que cette manière de voir. Cet allegro est avant tout un modèle\nd'architecture sonore, et quiconque ne met pas avant tout le reste le sentiment\nde beauté inhérent à cette combinaison de formes, à la fois si richeset si simples,\nest à côté de la vraie musique. J'admets que l'épigraphe sur le « Destin » ne\nsoit pas due à une association d'idées un peu fortuite, faite après coup, et qu'il\nfaudrait entendre « cum grano salis », sans la prendre fort au sérieux ; j'admets\nqu'en écrivant la première mesure, Beethoven était assombri, douloureusement\ntraversé par le plus noir pessimisme : rien n'est plus favorable à ma thèse, qui\nconsiste à affirmer qu'au lieu de traduire et de prolonger les sentiments pénibles\ndu compositeur, la musique Yen délivre, pour l'élever dans un monde d'apaise-\nment et de beauté sereine où disparaissent tous les cauchemars de la souffrance\nmorale. Beethoven, en effet, ne s'intéresse qu'au caractère mélodique et\nrythmique de ce thème initial de trois croches suivies d'une blanche, et, avec une\nhabileté qu'on appellerait ingénieuse si elle n'était géniale, il en tire un mer-\nveilleux parti en usant de tous les procédés de son art. Il l'amplifie en période :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "571", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "Ce nouveau thème, il le renverse à son tour en lui faisant subir une modifi-\ncation rythmique (certaines notes fortes étant placées sur des temps faibles) :\nIl reprend l'idée du début en laissant de côté la mélodie et en ne retenant que\nle rythme :\nEt ce n'est là qu'une indication des procédés les plus\napparents! Si Beethoven est un grand compositeur, c'est parce qu'il sait con-\nstruire, combiner, varier, renverser, imiter, transposer, développer, si bien que,\nd'un motif de quatre notes, il tire vingt pages de partition. Cet allegro est fait\navec presque rien; il a cependant autant de richesse que d'unité, et c'est là le\ntriomphe du génie. Où est le « Destin », en tout cela? Je ne vois que de la\nmusique pure et de l'imagination musicale. Vraiment, si le Destin est venu\nfrapper à sa porte, Beethoven paraît n'avoir remarqué que le rythme sur lequel il\ns'annonçait ! ! Quant à la suite de cette symphonie, elle nous éloigne de plus\nen plus de toute idée d'un prétendu drame psychologique. Et ici au moins, si\non se refuse à le faire plus tôt, il faut reconnaître que Beethoven s'est elevé au-\ndessus des orages :\nReconnaissez - vous lin -\nfluence du « Destin » dans cette admirable fin de phrase, où la flûte, reprenant\nla cadence faite par les altos et les violoncelles l'évite avant de la re-\nproduire, et où le hautbois fait, par augmentation, une sorte de réponse de fugue :\nY a-t-il rien de plus posé, de plus souriant et de plus sain que le second\nthème :\n? Cet andante a une construction qui tient à\nla fois du Rondo (retours d'une même idée séparés par des épisodes) et du"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "572", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.4", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "thème varié. Les variations sont un chef-d'œuvre de grâce souple et cares-\nsante :\nLe troisième mouvement de la symphonie rappelle le premier par la beauté de\nsa construction, par son ampleur (la première cadence parfaite n'apparaît qu'à la\n132e mesure), et par autre chose encore, qu on n a pas remarqué ; 1 idée initiale,\nest tirée du premier thème (ainsi frappe le\nDestin !...) qu'elle transforme de façon encore reconnaissable dans la suite:\nEt nous sommes en plein « Scherzo », c'est-à dire en plein divertissement !\nBeethoven a l'air de recevoir joyeusement le sombre personnage qui est venu\nfrapper à sa porte et de l'inviter à une petite fête ! Dans Y Allegro final, il ne perd\npas de vue le thème de quatre notes par lequel il a commencé sa symphonie;\non en retrouve le rythme, par exemple, dans cet appel des cuivres (2e partie) :\net encore dans cette réponse :\nMais comment expliquer que ce thème auquel on attribue un caractère\ntragique, reparaisse dans un morceau qui est une explosion d'allégresse bien\nréglée, une affirmation de la volonté maîtresse d'elle-même, sans le moindre\neffort et le moindre nuage Ml y a dans ce finale des parties exquises de verve, où\nl'on croit voir l'allure joyeuse d'un homme qui vient de mettre le « Destin » dans\nsa poche :\nEn résumé, j admets volontiers que Beethoven a pris comme point de départ\nune idée emphatique et oratoire, d'un classicisme assez pompeux, le « Destin » ;\nmais dans la solide et lumineuse symphonie, si nette, si bien équilibrée, qu'il a\nconstruite sur un tel fondement, je ne vois absolument rien qui permette d'attri-\nbuer à cette idée le caractère d'une angoisse ou même d'une tristesse réelles. Je\nn y trouve que sérénité, santé morale, allégresse, puissance et technique supé-\nrieure, 1 unité surtout, 1 admirable unité qui est la qualité essentielle des\nœuvres du génie.\n\nJ. C."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "573", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.5", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "CONCERT ARMÉNIEN (SALLE DE LA RUE D'ATHÈNES).\nJ. C.\n— Il faut vraiment être à\nParis, pour assister à des auditions et à des spectacles aussi imprévus. La salle\nest remplie de personnes très élégantes, aux visages exotiques. Sur l'estrade,\nune trentaine de chanteurs que dirige un chef ayant sur la tête une sorte de sac\npointu qui retombe jusqu'à mi-corps. Il n'a rien de commun avec un officiant de\nl'Inquisition, bien qu'il en évoque l'idée : c'est le R. P. Komitas. maître de\nchapelle de la cathédrale d'Etchmiadzine. Il dirige l'exécution de chants popu-\nlaires qu'il a recueillis en Arménie, chants de travail agreste, chants d'amour\n(mon bien-aimé, grand comme un platane... ; — il marche, il brille, mon bien-aimè /),\nchants d'émigré, berceuses, etc... entre lesquels s'intercalent des mélodies litur-\ngiques : un Pater, un Miserere, un Stabat. Entre temps, une jeune fille vient\ns'asseoir au piano, et nous joue quelques danses populaires, exemptes de toute\nvirtuosité, exemptes quelquefois même de rythme, et d'une expression très\nétrange. Les voix que j'ai entendues là (celles de MM. Chah-Mouradian,\nMoughounian, Guissard, Marchisio) sont remarquables, mais il me serait bien\ndifficile d'émettre un jugement sur cette musique insolite pour nous : des fiori-\ntures inutiles dans la mélodie, l'abus des modulations, peu de rythme, — une\napplication exagérée aux « nuances » et souvent au pianissimo, mais une saveur\noriginale, voilà quelques-unes de mes impressions. Je regrette que le R. P.\nKomitas, qui paraît être un musicien très expert, ait harmonisé à quatre parties\nchantées les airs populaires recueillis par lui. Le chœur encadrant le soliste\nchange absolument la nature du morceau exécuté et transforme une chanson en\nlourde cantate. Souhaitons que ce concert intéressant ait pour suite la création\nd'une maîtrise qui nous familiarisera avec la musique arménienne!\n\nQUATRIÈME SYMPHONIE EN ré MINEUR, DE R. SCHUMANN (CONCERTS COLONNE.\n\nDes quatre symphonies composées par Schumann, la dernière est peut-être\nla plus remarquable, la plus complète, ou du moins la mieux équilibrée, celle\noù les motifs semblent le plus séduisants et les développements le plus naturels,\nsans redites inutiles ni remplissages oiseux. Tout s'y déroule avec une fantaisie\nqui n'exclut pas la logique ; la mélodie jaillit de source, et nul effort, nulle\ncontrainte ne paraît en gêner le libre cours ; le travail a servi l'inspiration.\nLà se retrouvent les quatre parties traditionnelles de la symphonie, mais\nrapprochées de manière qu elles se suivent sans interruption ; les deux parties\ndu milieu, plus brèves que les deux autres, facilitaient d'ailleurs cette continuité.\nLa première est précédée d'une introduction où se remarque un thème et qui\nreparaîtra en majeur dans la Romance et d'où l'œuvre entière semble\ndécouler. Si la science du contrepoint se laisse admirer au cours de Y Allegro\ninitial, la fraîcheur de l'idée fait surtout le charme de l'exquise Romance qui le\nsuit; le Scherzo, avec son début canonique et son gracieux trio, a de la verve et\nde l'entrain ; quant au Finale, précédé d'un andante de seize mesures qui\nrappelle le thème de l'Allégro, il éclate avec vigueur, il galope, il bondit, il\nentraîne l'auditeur dans un tourbillon joyeux, qui traduit à sa manière l'ivresse\ndu poète, la fougue de son esprit et les tendresses de son cœur. Composée en\n1841, c'est-à-dire aussitôt après la première symphonie, elle devait s'appeler\nd'abord Fantaisie symphonistique; puis Schumann renonça non seulement au\ntitre, mais à l'œuvre elle-même, semble-t-il, pendant un assez long temps ; il\nparut s'en désintéresser, sinon l'oublier, et c'est seulement dix ans plus tard, en"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "574", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.6", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "I8;I, qu'il y revint pour la modifier, la réinstrumenter, lui donner l'aspect\ndéfinitif sous lequel nous la voyons aujourd'hui, et la publier avec le numéro\nd'op. 120. Ainsi devint-elle la quatrième symphonie, quand elle était, en réalité,\nla deuxième. Ces détails sont connus ; ceux qui suivent le sont moins En son\nétat initial, l'œuvre avait été exécutée au Gewandhaus de Leipzig, sous la direc-\ntion de Mendelssohn, le 6 décembre 1841. On pouvait craindre que cette version\nprimitive eût disparu ; mais le manuscrit s'en est heureusement retrouvé ; par\nlui nous apprenons les dates précises de composition, savoir : en tête, « 7 juin\n1841 »; puis, au début delà dernière partie, « 6 septembre 1841 »; et, à la fin,\n« achevée à Leipzig, le 9 septembre 1841 Les vaiiantes sont nombreuses et\nfournissent, par voie de comparaison, un sujet d'étude aussi curieux qu'inté-\nressant. La symphonie, ainsi refondue et perfectionnée dans le détail, avait, dès\nl'origine, une valeur propre qui la rendait fort digne d être admirée déjà.\nL'épreuve de nouvelles auditions l'a démontré depuis. Franz Wullner, en effet,\nl'a fait entendre le 21 octobre 1889, à Cologne, aux concerts Gùrzenich; il est\nfacile de la produire maintenant à Paris. On commence à prendre goût aux\ncuriosités musicales. Le parallèle entre les deux versions d'un ouvrage aussi\ncélèbre aura son prix et son utilité.\n\nCHARLES MALHERBE.\n\nSlGURD ET M. CARBELLY, A L'OPÉRA.\n\nPour les débuts de M. Carbelly, je\nsuis allé réentendre le chef-d'œuvre de notre éminent collaborateur, E. Reyer,\nà qui le Président de la République donnait récemment, avec une accolade\nsoulignée d'applaudissements unanimes, la plus haute distinction dont il\ndispose dans la Légion d'honneur. Une fois de plus, j'ai pris le plus grand\nplaisir à cet opéra très mélodique, très coloré, dont les qualités maîtresses sont\nd'avoir une unité parfaite, de ne pas donner un seul instant une impression de\nremplissage ou de fatigue, et, tout en charmant l'oreille selon l'ancienne esthé-\ntique, de ne jamais tomber dans la banalité. Sigurd est une excellente formule\ndu grand drame lyrique, analogue à ce qu'est le Roi d Ys de Lalo pour l'opéra\ncomique : formule moyenne et très française, qui ne sacrifie jamais le charme,\nnécessaire en de tels genres, à l'esprit systématique, et qui satisfait tout à la fois\nle public instinctif et les musiciens réfléchis. C'est un modèle à ne jamais perdre\nde vue, en un temps où le dévergondage de l'imagination, le goût du bizarre et\nla recherche de l'originalité à tout prix, produisent souvent des monstres non\nviables. J'avais beaucoup aimé M. Carbelly, en juillet dernier, dans la prière de\nGuillaume Tell qui fut son morceau de concours au sortir du Conservatoire, et lui\nvalut un premier prix. La voix était superbe, bien timbrée, parfaitement homo-\ngène. J'ai retrouvé ces qualités à l'Opéra, mais moins saisissantes que dans la\nsalle de l'Opéra-Comique, ce qui est assez naturel. Dans le premier acte,\nM. Carbelly n'a pas montré toutes ses ressources ; dans les suivants, il a repris\ncomplète possession de soi et a souvent provoqué de sincères applaudissements.\nLa voix est d'un métal très pur ; les notes élevées, comme il arrive chez les bons\nbarytons, sont très belles. Ce qui lui manque, c'est l'action, la science des atti-\ntudes, des gestes et des jeux de physionomie. Il sait très bien chanter ; il ne sait\npas encore se taire : il paraît un peu embarrassé de sa personne. Il en est réduit\nà jouer Sigurd en dedans, comme un rôle sur qui pèserait une sorte de fatalité\nromantique, sans donner au personnage la fougue qui sied à un chef guerrier\ncontemporain d'Attila. Les qualités de composition viendront à M. Carbelly,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "575", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.7", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3499, "texte": "avec l'aisance indispensable ; le public lui a fait le plus sympathique accueil.\nM. Gresse, qui est doué de la plus belle voix que je connaisse, voix ronde,\npuissante, souple et très égale, avec un timbre sut generis, a eu un succès\nénorme et mérité. Au IIIE acte (scène n), il a eu un éclat et une puissance admi-\nrables dans le célèbre passage où, accompagné par un orchestre de fête et\nd'allégresse, il annonce le prochain mariage de Brunehild et de Gunther :\nBientôt apparaîtra la pompe nuptiale...\nDe Brunehild suivant la marche triomphale,\nPeuple, fais retentir les airs de joyeux cris.\nCe seul vers, répété à pleine voix, vaut qu'on retourne à l'Opéra pour l'en-\ntendre. Mlle Chenal, qui est à l'Académie de musique depuis un an seulement,\net dont nous suivons les succès avec le plus vif intérêt, est charmante et excel-\nlente, pour l'œil comme pour l'oreille. Une interprétation qui réunissait, avec de\ntels artistes, xM. Affre, MUes Demougeot, Flahaut, M. Gilly, ne pouvait manquer\nd'être tout à fait remarquable. Çà et là, quelques accrocs (pour la justesse!).\nEst -ce par souci de la couleur barbare que les envoyés d'Attila (I, m, Prince du\nRhin, nous partons des l'aurore, etc...) ont chanté faux?\n\nC.\n\nESQUISSES CAUCASIENNES, PAR IPPOLITOW IVANOW (CONCERTS SECHIARI).\nM.\n- La\nmusique russe, encore peu connue en France, est, en général, d'un très haut\nmérite ; musique extrêmement colorée, très riche de rythmes et d'instrumenta-\ntion, savante et populaire (par le fonds des idées). Mais ces « Esquisses » —\nthèmes non développés — ne sont peut-être pas ce qu elle a produit de meilleur.\nJ'ignore la date de la composition, mais la première rappelle étrangement les\nadieux de Wotan et de Brunehild, dans la Tétralogie de Wagner. C'est trop\ncompact, trop lourd, pour une « esquisse » où la pureté de la ligne mélodique\nest l'essentiel. Les autres pièces sont plus dégagées, mais avec un peu d'inco-\nhérence et ne laissent pas une impression assez nette.\n\nLES ROSES D'ISPAHAN, DE G. FAURÉ (CONCERTS SECHIARI).\n\n— M. Gabriel Fauré\nest un musicien dans l'esprit duquel il y a certainement l'étincelle des grands\nmaîtres. Mes impressions — jusqu'à ce jour — sur sa musique sont les sui-\nvantes : grande distinction, et invention mélodique originale ; dans l'écriture,\nun certain abus, çà et là, de formules pianistiques ; dans l'expression (et dans\nplusieurs de ses œuvres les plus connues, sinon dans toutes) une tendance à\ncultiver le côté purement voluptueux du langage des sons, les consonances enve-\nloppantes, où les harmonies sont une caresse plus encore qu'une pensée. J'avais\ndéjà éprouvé cela en entendant son Requiem ; j'ai été confirmé dans cette opi-\nnion par les Roses dlspahan, mélodie célèbre, et d'ailleurs charmante. On\npouvait chercher l'équivalent musical de ce sujet dans la qualité de la pensée\n(indépendamment de tout effet instrumental et, en quelque sorte, matériel),\ncomme fait d'habitude R. Schumann; M. Fauré a surtout vu là une occasion de\nséduire par des moyens un peu sensuels : ce n'est pas la pensée seule qui con-\nquiert l'auditeur ; on est pris comme dans un réseau de volupté où l'intelligence\ns'endort et où l'instinct est très doucement flatté... J'ai eu le plaisir de modifier\ncette impression en entendant il y a quelques jours, dans un salon ami, la sonate\nop. 13, pour piano et violon, du même compositeur. C'est une œuvre de jeunesse,\nmais que je n'hésite pas à mettre au même rang que les meilleures du genre (la"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "576", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.8", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3535, "texte": "Sonate à Kreutzer, de Beethoven, et quatre ou cinq autres étant, bien entendu,\nexceptées). Le premier mouvement est dune belle allure inquiète et romantique ;\nl'adagio est d'un sentiment profond, le finale est d'un rythme extrêmement joli.\nJe signale cette sonate aux amateurs qui ne la connaîtraient pas, tout en les\nprévenant qu'elle n'est pas facile ! Elle est bien écrite pour le violon, mais les\ndifficultés de mécanisme dont elle abonde sont intrinsèques ; je veux dire que leur\nsolution ne produit pas comme dans la musique de Max Bruch, par exemple\ndes « effets » qui récompensent l'artiste de sa peine en le faisant briller.\n\nA. B.\n\nSYMPHONIE EN mi MINEUR (n° 5). LE NOUVEAU MONDE, de M. ANTON DVORAK\n(CONCERTS LAMOUREUX).\nA. L.\n— Ce qui me plaît surtout dans cette œuvre, c'est la\nfranchise, l'allure naturelle, vive et libre, l'indépendance de toute école et de\ntout système. Elle repose de tant de compositions laborieuses de nos jours, où\nun art inexpérimenté, trop visible, l'emporte sur une maigre inspiration. Ce\nn'est pas précisément une symphonie, au développement régulier : c'est une\nsuite, un entre-croisement, un jeu de petits motifs populaires ou sauvages, qui\ns'ébattent sans effort, vont et viennent pour l'amusement de l'oreille. Il y a des\nredites, un inévitable manque d'unité ; mais tout cela sautille, pétille, tout est\nfrais, coloré, ingénieux et spirituel. Pas d'outrances, pas de prétentieux exo-\ntisme ; pas trace non plus de platitude ou de grotesque, ce qui n'est pas un\nmince mérite pour un musicien civilisé qui cultive la bamboula ou la.danse du\nventre. J'ai particulièrement remarqué le thème initial de l'Adagio (qui rappelle\npresque les 4 premières mesures de XInvitation à la Valse, après l'introduction),\nthème principal qui revient dans le reste de l'œuvre ; l'espèce de danse nègre du\nScherzo, — une petite drôlerie, comme dirait M. Jourdain, mais qui ne pou-\nvait être écrite que par un maître; et une grande partie du finale plein de va-\nriété et de souplesse.\n\nLA HALTE DIVINE (INTERLUDE SYMPHONIQUE, Ire AUDITION), DE M. E. TRÉMISOT\n(CONCERTS LAMOUREUX).\nA. L.\n— Si un musicien avait tâché de rendre accessible à une\nmédiocre fanfare de village la Rédemption ou la Symphonie de Franck ; s'il\navait voulu en donner à des profanes quelque idée vague et lointaine, il me sem-\nble qu'il aurait pu écrire cet Interlude, où s'exprime symphoniquement l'ascen-\nsion de l ame sur une montagne colossale de laquelle elle dominera le monde\npour s'éteindre ensuite en Dieu. J'oublie d'autres choses non moins philosophi-\nques. C'est du Franck simplifié, caricaturé, encanaillé : cette Halte divine res-\nsemble plutôt à une marche solennelle de pompiers. Je m'excuse de donner une\nimpression aussi brutale, mais je chercherais vainement à l'atténuer. Quand on\nprétend traiter certains sujets, il faut s'être assuré qu'on a les épaules assez\nsolides pour porterie fardeau choisi.\n\nLENTERREMENT D OPHÉLIE, PAR BOURGAULT-DUCOLJDRAY (CONCERTS SECHIARI),\n\nCette petite pièce mérite de nous arrêter, car on vient de lui faire un gros succès.\nElle fut improvisée un jour chez la comtesse Sadowska de Scharfenort, canta-\ntrice russe, à qui l'auteur l'a dédiée. C'était au printemps de l'année 1888. Bien\nque composé virtuellement pour l'orchestre, l'Enterrement d'Ophélie fut\npublié d'abord, réduit pour le piano, dans un recueil intitulé : Fumées (1).\n\n(1) D abord édité chez Maquet, ce recueil est actuellement la propriété de l'éditeur Joubert,\n25, rue d'Hauteville, 25."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "577", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.9", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "Pendant l'automne de cette même année 1888, Y Enterrement cT Ophélie é tait exécuté\npour la première fois par l'orchestre d Angers, à l'un des concerts organisés\npar le regretté Jules Bordier, concerts qui ont rendu de si grands services à\nl'art musical et ont inauguré le mouvement de décentralisation de la grande\nmusique symphonique.\nU Enterrement d'Ophélie fut très goûté du public. On l'entendit pour la pre-\nmière fois à Paris en 1892, à l'un des concerts de la Société nationale, dirigés par\nGustave Doret (le jour même où eut lieu la première exécution de l'Après-Midi\ndun Faune, de Claude Debussy) ; puis aux concerts Lamoureux,sous la direction\nde Chevillard (en 1897 et 1899) 5 aux concerts Marigny (en 1904), sous la\ndirection de Paul Viardot qui lui fit obtenir les honneurs du bis, et en 1905\nsous la direction de l'auteur. A l'étranger, elle a figuré très souvent sur les\nprogrammes de concert du Kursaal de Montreux (directeur : Oscar Juttner) ; on\nl'a jouée aussi à Londres et en Amérique, à Boston, New-York, etc.\nRien de plus simple quela construction orchestrale de cette petite composition.\nLa phrase mélodique en fa Jf majeur est exposée d'abord par les instruments à\ncordes en solo (4 violons, 3 altos, 3 violoncelles) soutenus pardes accords de harpe,\net jouant avec sourdine, excepté le ier violon solo et le ier violoncelle solo. Puis\nvient une phrase en fa Jf mineur confiée aux bois, sur la sonorité desquels\nse détachent en contretemps les pizzicati du quatuor. La plainte s'accentue, et la\nphrase, douce au début, aboutit, à un fortissimo, après un crescendo qu'accentue\nl'entrée des cors, des trompettes et des trombones, tandis que les contretemps,\nmarqués d'abord par des pizzicati, sont exécutés par la masse entière des cordes\narpégeant des accords //. Après une explosion de l'accord de dominante do £ mi £\nsol £ si, que viennent souligner en contretemps les instruments de percussion\n(cymbales frappées avec la mailloche et timbales), on entend dans la coulisse le\ntintement mystérieux d'une cloche en ut £ dont la sonorité lointaine prépare le\nretour du thème initial exécuté cette fois par tous les instruments à cordes, avec\nsourdine. Pour finir, un gémissement des violons et une phrase expressive\nconfiée aux violoncelles et contrebasses qui descendent vers le grave, tandis\nqu'une suite d'accords très doux confiés à la harpe solo s'élève jusqu'aux régions\nles plus élevées de l'orchestre pour aboutir à un accord pianissimo. Œuvre\nnette, très expressive, d'une poésie réelle, que le public a eu raison d'applaudir\nchaleureusement, et qui doit garder une place d'honneur parmi les belles œuvres\nde l'école française.\n\nJ. C.\n\nOEUVRES DE M. Louis DUMAS, GRAND PRIX DE ROME POUR LA COMPOSITION\nMUSICALE.\n\n— M. Raymond Marthe, l'excellent professeur de musique, vient de\ndonner une soirée, dans ses salons de la rue de Sèvres, en l'honneur de M. Louis\nDumas, le vainqueur du dernier concours pour le prix de Rome, qui aime à se\ndire élève de M. Lenepveu pour la composition, et de M. Raymond Marthe pour\nle violoncelle. Le programme (dont quelques numéros étaient consacrés à de\ncharmantes poésies de M. Charles Dumas, frère du compositeur) comprenait\nexclusivement des œuvres du jeune et brillant lauréat : un Quatuor à cordes, un\nLamento pour violoncelle, supérieurement exécuté par M. Marthe, et Ismaïl, la\nscène lyrique récemment exécutée à l'Institut, avec Mme Durand-Texte,\nMM. Nansen et Sigwalt pour interprètes. Cette cantate, écrite d'après les lois\ntraditionnelles du genre, a retrouvé le succès déjà obtenu devant l aréopage des"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "578", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "Immortels et aux concerts Colonne. Le quatuor m'a particulièrement intéressé.\nOn n'y trouve point & adagio (l'adagio, où on ne peut pas se borner à des\neffets de rythme et où la pensée doit se montrer à découvert, est pour moi la\npierre de touche du compositeur). Mais il a un caractère personnel et beaucoup\nde charme. Le premier mouvement est faitsur deuxthèmes principaux, dont l'un\nen mi majeur, présenté avec des entrées successives, sert de prélude lent à\nl'allégro moderato qui s'enchaîne immédiatement, et l'autre, en sol £ mineur,\nest exposé par l'alto :\nLe deuxième mouvement, allegro, en ut% mineur, débute par un motif éner-\ngique bientôt interrompu par un rappel, avec sourdine, du ler thème du ier mou-\nvement, suivi de nouvelles idées (de forme chromatique) et de développements\ntrès remarquables. Le 3e mouvement, andantino tranquillo, peut se ramener à la\nforme du thème avec variations ; l'idée est celle-ci :\nLe finales st construit sur quatre thèmes, auxquels viennent se renouer un ins-\ntant les idées du 3e, du ier et du 2e mouvement. Dans son ensemble, l'œuvre\nest solidement construite ; elle a un charme très personnel et nous donne la\njoie de saluer un talent sérieux, plein de promesses pour l'avenir.\nAu DÎNER DE rUt mineur. Après ce dîner, qui réunit comme d'habitude, sous\nla présidence de MM. Chéramy et Custot, l'élite des compositeurs, des virtuoses\net des chefs d'orchestre de Paris, bref et très agréable concert où furent entendus\nMme Georges Marty, dont la très belle voix de contralto nous dit de charmantes\nmélodies de Fauré et de Pierné (accompagnées par les auteurs); M. Ricardo\nVihès, qui'joua excellemment au piano la Novelette en ré de Schumann, et un\nScherzo (de moindre valeur) de Borodine ; M. Vuillaume, qui avec la classique\nRomance de Swendsen et un Poème hongrois (un peu banal) de J. Hubay, exécuta\nmagistralement la Sonate pour piano et violon de Haendel, digne pendant par\nl'ampleur des idées et la grâce de la construction des œuvres de J.-S. Bach\ndans le même genre.\n\nC.\n\nLA CITÉ MAUDITE, DRAME LYRIQUE EN 3 ACTES, AVEC CHOEURS ETBALLET, PAROLES\n\nDE J. JACQUIN, MUSIQUE DE G. SARREAU (SOCIÉTÉ SAINTE-CÉCILE, BORDEAUX).\nDans Gomorrhe. sont aux prises deux partis inégaux, le mal et le bien ; deux\nprincipes, la civilisation corruptrice et la nature régénératrice ; deux femmes,\nZéphora la courtisane, et Myriem la vierge. L'importance des rôles de femmes\nprécise le caractère voluptueux de 1 œuvre, caractère que le livret exagère parfois"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "579", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "jusqu'à la naïveté, mais que la musique souligne discrètement. L'inspiration de\nM. Sarreau est avant tout distinguée. Il a su donner une image musicale du con-\ntraste qui faisait le fonds du sujet, sans vaines complications d'aucune sorte, avec\nart et conscience. Comme exemple de sa manière, exempte de recherche dans\nles pages purement symphoniques, juste et pleine de charme dans les parties\nvocales, je citerai l'ouverture en berceuse du 2e acte ; sur l'accord divisé\nau quatuor, les bois et les harpes reprennent avec les soprani ce thème déjà pro-\nposé par l'orchestre :\nMme Allain, la gracieuse artiste si appréciée du public bordelais, mérite des\néloges pour sa belle interprétation du rôle de Zéphora (1).\n\nF. A.\n\nLILLE : LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DES CONCERTS POPULAIRES.\n\n— Quand, il y a\nun peu plus d'un an, M. Marquet cessa d'organiser et de diriger ses concerts, des\nmusiciens de profession et des amateurs formèrent Y Association symphoniqne et\nprirent pour chef M. Alfred Cortot, dont la science et l'autorité étaient appréciées\nà Paris. La saison 1905-1906 fut bonne. M. Cortot interpréta, selon leur style\npropre, quelques-unes des oeuvres les plus caractéristiquesdes maîtres classiques\net romantiques et nous révéla quelques-unes des plus belles pages delà musique\ncontemporaine, entre autres la Processions nocturne de M. Rabaud et Y Apprenti\nsorcier de M. Dukas. Le succès de ces après-midi dominicales fut grand, malgré\nla concurrence de l'orchestre Colonne, qui vint donner quatre concerts (un festi-\nval Wagner, Athalie avec les parties d'orchestre et les chœurs de Mendelssohn,\nun festival de musique allemande, un festival de musique française). Mais les\namateurs lillois devaient se partager entre Y Association symphoniqne et les\nConcerts pofulaires, où le bâton était tenu, depuis la retraite de M. Viardot,\npar M. Ratez, directeur de notre Conservatoire. On sentit donc la nécessité de\nfondre les deux orchestres. Après des négociations qui ne laissèrent point d'être\nlaborieuses, les deux éléments se constituèrent en une Société des Concerts\npopulaires, qui prit pour directeur artistique M. Ratez et pour chef M. Cortot.\nGrâce aux démarches de M. Théodore Barrois, ancien député, professeur à\nl'Université, de nombreux abonnements ont été souscrits et le succès des deux\nconcerts qui viennent d'être donnés justifie cet empressement. La com-\nparaison avec les orchestres Chevillard, Durant et Colonne, qui viennent de\nnous donner chacun une audition, a confirmé les amateurs de musique dans leurs\nbonnes dispositions à l'égard de M. Cortot. Si celui-ci ne commande point à des\ninstrumentistes aussi expérimentés, il ne le cède à aucun chef pour l'intelligence\ndes textes et la curiosité des formes nouvelles. Après l'avoir suivi pendant plus\nd'un an, nous sommes fondés à espérer qu il accomplira ici une œuvre sem-\nblable à celle de M. Ropartz à Nancy.\nAu concert d'octobre, M. Cortot nous fit entendre la Symphonie en ré mineur\nde Schumann, dont il respecta mieux le caractère romantique (surtout dans la\n\n( 1 ) Cette correspondance nous est arrivée trop tard pour que nous puissions faire graver toutes\nles analyses de textes musicaux qu'elle contenait."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "580", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "romance et le scherzo) que ne le fît, quelques jours après, M. Durant ; l'ouver-\nture de Tannhoiuser, dans laquelle il marqua fortement l'opposition entre la\nmarche des pèlerins, la bacchanale du Venusberg, le motif de la contrition, évo-\nquant le souvenir d'Elisabeth ; puis Sur la mer lointaine, de M. Moreau, où fut\ngoûtée l'antithèse de la mélodie bretonne, sur clarinette, et de la tempête déchaî-\nnée aux cordes et aux cuivres ; Vèsontio, où M. Ratez évoque, en des pages\npittoresques, brodées sur un canevas de thèmes populaires, ses années de jeu-\nnesse à Besançon ; Komarinskaia, de Glinka, dont le mouvement est si entraî-\nnant et le développement si coloré. Le virtuose était M.. Jacques Thibaud, qui\nexécuta, avec une admirable perfection de style, le beau Concerto de Lalo, puis\nla Chaconne et Y Aria de J.-S. Bach.\nAu concert de novembre, M. Cortot s'attaqua à la Faust-Symphonie de Liszt.\nNous sentions quelque inquiétude sur le succès de cette tentative. Mais audentes\nfortuna juvat ; tout a marché à souhait. Les mouvements et les nuances furent\nbien observés par le quatuor et l'harmonie ; seules les voix, qui s'élèvent à la\nfin de Méphistophèlès, parurent insuffisantes (Liszt les a traitées comme parties\nd'orchestre). L'impression fut très forte. L'auditoire n'était point préparé à\nrecevoir cette musique géniale, d'invention surabondante, de mouvements si\ndivers et de tonalités si variables, à la fois puissante et suave, par laquelle Liszt\négala Goethe, et qui arrachait des cris d'admiration à Wagner. Mais s'il éprouva\nquelque surprise, dès le magnifique commentaire musical du monologue de Faust\ncontemplant le signe magique, il s'abandonna à cet irrésistible courant de poésie\nàla fin de Méphistophèlès, après cette étonnante reprise ironique des thèmes de\nFaust et de Gretchen, quand la voix douce et claire de M. Plamondon eut évoqué\nla femme invincible à charmer et à consoler, toute la salle éclata en applaudis-\nsements. Le concert, qui avait commencé par une belle exécution de l'ou-\nverture du Roi d'Ys, s'acheva par l'audition de ïAntled d'Oskar Fried, Malgré\nla faiblesse des voix, ce chant, soutenu d'une partition fortement orchestrée,\nfit passer sur nos têtes le vent des tourmentes révolutionnaires. Quel contraste\navec le Repos de la sainte Famille de YEnfance du Christ, que M. Plamondon\ndut dire deux fois, tant il en sait exprimer l'apaisante poésie, et même avec l'air\nde Joseph de Méhul, où le même artiste montra qu'ayant le charme, il était\naussi capable de force!\n\nMÉDÉRIC DUFOUR."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c005", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "570", "page_fin": "572", "image_debut": 2, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.1", "titre_corps": "LA SYMPHONIE EN ut MINEUR, DE BEETHOVEN (CONCERTS SECHIARI).", "titre_sommaire": "LA SYMPHONIE EN ut MINEUR, DE BEETHOVEN (CONCERTS SECHIARI).", "signature_source": "J. 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Je ne pourrais pas choisir\nd'exemple plus probant pour justifier l'opinion que j'ai déjà émise sur le grand\ncompositeur, et pour réfuter un jugement que je considère comme un contre-\nsens. On est habituellement très saisi par ces mots : « Ainsi frappe le Destin/... »\nOn reconnaît non sans raison un caractère impérieux et brutal aux quatre\nnotes qui servent d'expression à cette idée; et voilà aussitôt l'imagination qui\nconçoit un Beethoven tragique, angoissé, en lutte avec la Mort, absorbé par\nl'énigme de la vie, romantique avant le romantisme. Rien n'est plus faux et plus\ninsupportable que cette manière de voir. Cet allegro est avant tout un modèle\nd'architecture sonore, et quiconque ne met pas avant tout le reste le sentiment\nde beauté inhérent à cette combinaison de formes, à la fois si richeset si simples,\nest à côté de la vraie musique. J'admets que l'épigraphe sur le « Destin » ne\nsoit pas due à une association d'idées un peu fortuite, faite après coup, et qu'il\nfaudrait entendre « cum grano salis », sans la prendre fort au sérieux ; j'admets\nqu'en écrivant la première mesure, Beethoven était assombri, douloureusement\ntraversé par le plus noir pessimisme : rien n'est plus favorable à ma thèse, qui\nconsiste à affirmer qu'au lieu de traduire et de prolonger les sentiments pénibles\ndu compositeur, la musique Yen délivre, pour l'élever dans un monde d'apaise-\nment et de beauté sereine où disparaissent tous les cauchemars de la souffrance\nmorale. Beethoven, en effet, ne s'intéresse qu'au caractère mélodique et\nrythmique de ce thème initial de trois croches suivies d'une blanche, et, avec une\nhabileté qu'on appellerait ingénieuse si elle n'était géniale, il en tire un mer-\nveilleux parti en usant de tous les procédés de son art. Il l'amplifie en période :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "571", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.3", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "Ce nouveau thème, il le renverse à son tour en lui faisant subir une modifi-\ncation rythmique (certaines notes fortes étant placées sur des temps faibles) :\nIl reprend l'idée du début en laissant de côté la mélodie et en ne retenant que\nle rythme :\nEt ce n'est là qu'une indication des procédés les plus\napparents! Si Beethoven est un grand compositeur, c'est parce qu'il sait con-\nstruire, combiner, varier, renverser, imiter, transposer, développer, si bien que,\nd'un motif de quatre notes, il tire vingt pages de partition. Cet allegro est fait\navec presque rien; il a cependant autant de richesse que d'unité, et c'est là le\ntriomphe du génie. Où est le « Destin », en tout cela? Je ne vois que de la\nmusique pure et de l'imagination musicale. Vraiment, si le Destin est venu\nfrapper à sa porte, Beethoven paraît n'avoir remarqué que le rythme sur lequel il\ns'annonçait ! ! Quant à la suite de cette symphonie, elle nous éloigne de plus\nen plus de toute idée d'un prétendu drame psychologique. Et ici au moins, si\non se refuse à le faire plus tôt, il faut reconnaître que Beethoven s'est elevé au-\ndessus des orages :\nReconnaissez - vous lin -\nfluence du « Destin » dans cette admirable fin de phrase, où la flûte, reprenant\nla cadence faite par les altos et les violoncelles l'évite avant de la re-\nproduire, et où le hautbois fait, par augmentation, une sorte de réponse de fugue :\nY a-t-il rien de plus posé, de plus souriant et de plus sain que le second\nthème :\n? Cet andante a une construction qui tient à\nla fois du Rondo (retours d'une même idée séparés par des épisodes) et du"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "572", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.4", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "thème varié. Les variations sont un chef-d'œuvre de grâce souple et cares-\nsante :\nLe troisième mouvement de la symphonie rappelle le premier par la beauté de\nsa construction, par son ampleur (la première cadence parfaite n'apparaît qu'à la\n132e mesure), et par autre chose encore, qu on n a pas remarqué ; 1 idée initiale,\nest tirée du premier thème (ainsi frappe le\nDestin !...) qu'elle transforme de façon encore reconnaissable dans la suite:\nEt nous sommes en plein « Scherzo », c'est-à dire en plein divertissement !\nBeethoven a l'air de recevoir joyeusement le sombre personnage qui est venu\nfrapper à sa porte et de l'inviter à une petite fête ! Dans Y Allegro final, il ne perd\npas de vue le thème de quatre notes par lequel il a commencé sa symphonie;\non en retrouve le rythme, par exemple, dans cet appel des cuivres (2e partie) :\net encore dans cette réponse :\nMais comment expliquer que ce thème auquel on attribue un caractère\ntragique, reparaisse dans un morceau qui est une explosion d'allégresse bien\nréglée, une affirmation de la volonté maîtresse d'elle-même, sans le moindre\neffort et le moindre nuage Ml y a dans ce finale des parties exquises de verve, où\nl'on croit voir l'allure joyeuse d'un homme qui vient de mettre le « Destin » dans\nsa poche :\nEn résumé, j admets volontiers que Beethoven a pris comme point de départ\nune idée emphatique et oratoire, d'un classicisme assez pompeux, le « Destin » ;\nmais dans la solide et lumineuse symphonie, si nette, si bien équilibrée, qu'il a\nconstruite sur un tel fondement, je ne vois absolument rien qui permette d'attri-\nbuer à cette idée le caractère d'une angoisse ou même d'une tristesse réelles. Je\nn y trouve que sérénité, santé morale, allégresse, puissance et technique supé-\nrieure, 1 unité surtout, 1 admirable unité qui est la qualité essentielle des\nœuvres du génie.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c020", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "573", "page_fin": "573", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.2", "titre_corps": "CONCERT ARMÉNIEN (SALLE DE LA RUE D'ATHÈNES).", "titre_sommaire": "CONCERT ARMÉNIEN (SALLE DE LA RUE D'ATHÈNES).", "signature_source": "J. 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Il dirige l'exécution de chants popu-\nlaires qu'il a recueillis en Arménie, chants de travail agreste, chants d'amour\n(mon bien-aimé, grand comme un platane... ; — il marche, il brille, mon bien-aimè /),\nchants d'émigré, berceuses, etc... entre lesquels s'intercalent des mélodies litur-\ngiques : un Pater, un Miserere, un Stabat. Entre temps, une jeune fille vient\ns'asseoir au piano, et nous joue quelques danses populaires, exemptes de toute\nvirtuosité, exemptes quelquefois même de rythme, et d'une expression très\nétrange. Les voix que j'ai entendues là (celles de MM. Chah-Mouradian,\nMoughounian, Guissard, Marchisio) sont remarquables, mais il me serait bien\ndifficile d'émettre un jugement sur cette musique insolite pour nous : des fiori-\ntures inutiles dans la mélodie, l'abus des modulations, peu de rythme, — une\napplication exagérée aux « nuances » et souvent au pianissimo, mais une saveur\noriginale, voilà quelques-unes de mes impressions. Je regrette que le R. P.\nKomitas, qui paraît être un musicien très expert, ait harmonisé à quatre parties\nchantées les airs populaires recueillis par lui. Le chœur encadrant le soliste\nchange absolument la nature du morceau exécuté et transforme une chanson en\nlourde cantate. Souhaitons que ce concert intéressant ait pour suite la création\nd'une maîtrise qui nous familiarisera avec la musique arménienne!"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c021", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "573", "page_fin": "574", "image_debut": 5, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.3", "titre_corps": "QUATRIÈME SYMPHONIE EN ré MINEUR, DE R. SCHUMANN (CONCERTS COLONNE.", "titre_sommaire": "QUATRIÈME SYMPHONIE EN ré MINEUR, DE R. SCHUMANN (CONCERTS COLONNE.", "signature_source": "CHARLES MALHERBE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "573", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.5", "debut_caractere": 1918, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "QUATRIÈME SYMPHONIE EN ré MINEUR, DE R. SCHUMANN (CONCERTS COLONNE.\n\nDes quatre symphonies composées par Schumann, la dernière est peut-être\nla plus remarquable, la plus complète, ou du moins la mieux équilibrée, celle\noù les motifs semblent le plus séduisants et les développements le plus naturels,\nsans redites inutiles ni remplissages oiseux. Tout s'y déroule avec une fantaisie\nqui n'exclut pas la logique ; la mélodie jaillit de source, et nul effort, nulle\ncontrainte ne paraît en gêner le libre cours ; le travail a servi l'inspiration.\nLà se retrouvent les quatre parties traditionnelles de la symphonie, mais\nrapprochées de manière qu elles se suivent sans interruption ; les deux parties\ndu milieu, plus brèves que les deux autres, facilitaient d'ailleurs cette continuité.\nLa première est précédée d'une introduction où se remarque un thème et qui\nreparaîtra en majeur dans la Romance et d'où l'œuvre entière semble\ndécouler. Si la science du contrepoint se laisse admirer au cours de Y Allegro\ninitial, la fraîcheur de l'idée fait surtout le charme de l'exquise Romance qui le\nsuit; le Scherzo, avec son début canonique et son gracieux trio, a de la verve et\nde l'entrain ; quant au Finale, précédé d'un andante de seize mesures qui\nrappelle le thème de l'Allégro, il éclate avec vigueur, il galope, il bondit, il\nentraîne l'auditeur dans un tourbillon joyeux, qui traduit à sa manière l'ivresse\ndu poète, la fougue de son esprit et les tendresses de son cœur. Composée en\n1841, c'est-à-dire aussitôt après la première symphonie, elle devait s'appeler\nd'abord Fantaisie symphonistique; puis Schumann renonça non seulement au\ntitre, mais à l'œuvre elle-même, semble-t-il, pendant un assez long temps ; il\nparut s'en désintéresser, sinon l'oublier, et c'est seulement dix ans plus tard, en"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "574", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.6", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1427, "texte": "I8;I, qu'il y revint pour la modifier, la réinstrumenter, lui donner l'aspect\ndéfinitif sous lequel nous la voyons aujourd'hui, et la publier avec le numéro\nd'op. 120. Ainsi devint-elle la quatrième symphonie, quand elle était, en réalité,\nla deuxième. Ces détails sont connus ; ceux qui suivent le sont moins En son\nétat initial, l'œuvre avait été exécutée au Gewandhaus de Leipzig, sous la direc-\ntion de Mendelssohn, le 6 décembre 1841. On pouvait craindre que cette version\nprimitive eût disparu ; mais le manuscrit s'en est heureusement retrouvé ; par\nlui nous apprenons les dates précises de composition, savoir : en tête, « 7 juin\n1841 »; puis, au début delà dernière partie, « 6 septembre 1841 »; et, à la fin,\n« achevée à Leipzig, le 9 septembre 1841 Les vaiiantes sont nombreuses et\nfournissent, par voie de comparaison, un sujet d'étude aussi curieux qu'inté-\nressant. La symphonie, ainsi refondue et perfectionnée dans le détail, avait, dès\nl'origine, une valeur propre qui la rendait fort digne d être admirée déjà.\nL'épreuve de nouvelles auditions l'a démontré depuis. Franz Wullner, en effet,\nl'a fait entendre le 21 octobre 1889, à Cologne, aux concerts Gùrzenich; il est\nfacile de la produire maintenant à Paris. On commence à prendre goût aux\ncuriosités musicales. Le parallèle entre les deux versions d'un ouvrage aussi\ncélèbre aura son prix et son utilité.\n\nCHARLES MALHERBE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c022", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "574", "page_fin": "575", "image_debut": 6, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.4", "titre_corps": "SlGURD ET M. CARBELLY, A L'OPÉRA.", "titre_sommaire": "SlGURD ET M. CARBELLY, A L'OPÉRA.", "signature_source": "C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "574", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.6", "debut_caractere": 1429, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "SlGURD ET M. CARBELLY, A L'OPÉRA.\n\nPour les débuts de M. Carbelly, je\nsuis allé réentendre le chef-d'œuvre de notre éminent collaborateur, E. Reyer,\nà qui le Président de la République donnait récemment, avec une accolade\nsoulignée d'applaudissements unanimes, la plus haute distinction dont il\ndispose dans la Légion d'honneur. Une fois de plus, j'ai pris le plus grand\nplaisir à cet opéra très mélodique, très coloré, dont les qualités maîtresses sont\nd'avoir une unité parfaite, de ne pas donner un seul instant une impression de\nremplissage ou de fatigue, et, tout en charmant l'oreille selon l'ancienne esthé-\ntique, de ne jamais tomber dans la banalité. Sigurd est une excellente formule\ndu grand drame lyrique, analogue à ce qu'est le Roi d Ys de Lalo pour l'opéra\ncomique : formule moyenne et très française, qui ne sacrifie jamais le charme,\nnécessaire en de tels genres, à l'esprit systématique, et qui satisfait tout à la fois\nle public instinctif et les musiciens réfléchis. C'est un modèle à ne jamais perdre\nde vue, en un temps où le dévergondage de l'imagination, le goût du bizarre et\nla recherche de l'originalité à tout prix, produisent souvent des monstres non\nviables. J'avais beaucoup aimé M. Carbelly, en juillet dernier, dans la prière de\nGuillaume Tell qui fut son morceau de concours au sortir du Conservatoire, et lui\nvalut un premier prix. La voix était superbe, bien timbrée, parfaitement homo-\ngène. J'ai retrouvé ces qualités à l'Opéra, mais moins saisissantes que dans la\nsalle de l'Opéra-Comique, ce qui est assez naturel. Dans le premier acte,\nM. Carbelly n'a pas montré toutes ses ressources ; dans les suivants, il a repris\ncomplète possession de soi et a souvent provoqué de sincères applaudissements.\nLa voix est d'un métal très pur ; les notes élevées, comme il arrive chez les bons\nbarytons, sont très belles. Ce qui lui manque, c'est l'action, la science des atti-\ntudes, des gestes et des jeux de physionomie. Il sait très bien chanter ; il ne sait\npas encore se taire : il paraît un peu embarrassé de sa personne. Il en est réduit\nà jouer Sigurd en dedans, comme un rôle sur qui pèserait une sorte de fatalité\nromantique, sans donner au personnage la fougue qui sied à un chef guerrier\ncontemporain d'Attila. Les qualités de composition viendront à M. Carbelly,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "575", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.7", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1248, "texte": "avec l'aisance indispensable ; le public lui a fait le plus sympathique accueil.\nM. Gresse, qui est doué de la plus belle voix que je connaisse, voix ronde,\npuissante, souple et très égale, avec un timbre sut generis, a eu un succès\nénorme et mérité. Au IIIE acte (scène n), il a eu un éclat et une puissance admi-\nrables dans le célèbre passage où, accompagné par un orchestre de fête et\nd'allégresse, il annonce le prochain mariage de Brunehild et de Gunther :\nBientôt apparaîtra la pompe nuptiale...\nDe Brunehild suivant la marche triomphale,\nPeuple, fais retentir les airs de joyeux cris.\nCe seul vers, répété à pleine voix, vaut qu'on retourne à l'Opéra pour l'en-\ntendre. Mlle Chenal, qui est à l'Académie de musique depuis un an seulement,\net dont nous suivons les succès avec le plus vif intérêt, est charmante et excel-\nlente, pour l'œil comme pour l'oreille. Une interprétation qui réunissait, avec de\ntels artistes, xM. Affre, MUes Demougeot, Flahaut, M. Gilly, ne pouvait manquer\nd'être tout à fait remarquable. Çà et là, quelques accrocs (pour la justesse!).\nEst -ce par souci de la couleur barbare que les envoyés d'Attila (I, m, Prince du\nRhin, nous partons des l'aurore, etc...) ont chanté faux?\n\nC."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c023", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "575", "page_fin": "575", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.5", "titre_corps": "ESQUISSES CAUCASIENNES, PAR IPPOLITOW IVANOW (CONCERTS SECHIARI).", "titre_sommaire": "ESQUISSES CAUCASIENNES, PAR IPPOLITOW IVANOW (CONCERTS SECHIARI).", "signature_source": "M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "575", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.7", "debut_caractere": 1250, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "ESQUISSES CAUCASIENNES, PAR IPPOLITOW IVANOW (CONCERTS SECHIARI).\nM.\n- La\nmusique russe, encore peu connue en France, est, en général, d'un très haut\nmérite ; musique extrêmement colorée, très riche de rythmes et d'instrumenta-\ntion, savante et populaire (par le fonds des idées). Mais ces « Esquisses » —\nthèmes non développés — ne sont peut-être pas ce qu elle a produit de meilleur.\nJ'ignore la date de la composition, mais la première rappelle étrangement les\nadieux de Wotan et de Brunehild, dans la Tétralogie de Wagner. C'est trop\ncompact, trop lourd, pour une « esquisse » où la pureté de la ligne mélodique\nest l'essentiel. Les autres pièces sont plus dégagées, mais avec un peu d'inco-\nhérence et ne laissent pas une impression assez nette."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c024", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "575", "page_fin": "576", "image_debut": 7, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.6", "titre_corps": "LES ROSES D'ISPAHAN, DE G. FAURÉ (CONCERTS SECHIARI).", "titre_sommaire": "LES ROSES D'ISPAHAN, DE G. FAURÉ (CONCERTS SECHIARI).", "signature_source": "A. B", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "575", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.7", "debut_caractere": 2002, "fin_caractere_exclue": 3499, "texte": "LES ROSES D'ISPAHAN, DE G. FAURÉ (CONCERTS SECHIARI).\n\n— M. Gabriel Fauré\nest un musicien dans l'esprit duquel il y a certainement l'étincelle des grands\nmaîtres. Mes impressions — jusqu'à ce jour — sur sa musique sont les sui-\nvantes : grande distinction, et invention mélodique originale ; dans l'écriture,\nun certain abus, çà et là, de formules pianistiques ; dans l'expression (et dans\nplusieurs de ses œuvres les plus connues, sinon dans toutes) une tendance à\ncultiver le côté purement voluptueux du langage des sons, les consonances enve-\nloppantes, où les harmonies sont une caresse plus encore qu'une pensée. J'avais\ndéjà éprouvé cela en entendant son Requiem ; j'ai été confirmé dans cette opi-\nnion par les Roses dlspahan, mélodie célèbre, et d'ailleurs charmante. On\npouvait chercher l'équivalent musical de ce sujet dans la qualité de la pensée\n(indépendamment de tout effet instrumental et, en quelque sorte, matériel),\ncomme fait d'habitude R. Schumann; M. Fauré a surtout vu là une occasion de\nséduire par des moyens un peu sensuels : ce n'est pas la pensée seule qui con-\nquiert l'auditeur ; on est pris comme dans un réseau de volupté où l'intelligence\ns'endort et où l'instinct est très doucement flatté... J'ai eu le plaisir de modifier\ncette impression en entendant il y a quelques jours, dans un salon ami, la sonate\nop. 13, pour piano et violon, du même compositeur. C'est une œuvre de jeunesse,\nmais que je n'hésite pas à mettre au même rang que les meilleures du genre (la"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "576", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.8", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "Sonate à Kreutzer, de Beethoven, et quatre ou cinq autres étant, bien entendu,\nexceptées). Le premier mouvement est dune belle allure inquiète et romantique ;\nl'adagio est d'un sentiment profond, le finale est d'un rythme extrêmement joli.\nJe signale cette sonate aux amateurs qui ne la connaîtraient pas, tout en les\nprévenant qu'elle n'est pas facile ! Elle est bien écrite pour le violon, mais les\ndifficultés de mécanisme dont elle abonde sont intrinsèques ; je veux dire que leur\nsolution ne produit pas comme dans la musique de Max Bruch, par exemple\ndes « effets » qui récompensent l'artiste de sa peine en le faisant briller.\n\nA. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c025", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "576", "page_fin": "576", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.7", "titre_corps": "SYMPHONIE EN mi MINEUR (n° 5). LE NOUVEAU MONDE, de M. ANTON DVORAK (CONCERTS LAMOUREUX).", "titre_sommaire": "SYMPHONIE EN mi MINEUR (n° 5). LE NOUVEAU MONDE, de M. ANTON DVORAK (CONCERTS LAMOUREUX).", "signature_source": "A. 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Il y a des\nredites, un inévitable manque d'unité ; mais tout cela sautille, pétille, tout est\nfrais, coloré, ingénieux et spirituel. Pas d'outrances, pas de prétentieux exo-\ntisme ; pas trace non plus de platitude ou de grotesque, ce qui n'est pas un\nmince mérite pour un musicien civilisé qui cultive la bamboula ou la.danse du\nventre. J'ai particulièrement remarqué le thème initial de l'Adagio (qui rappelle\npresque les 4 premières mesures de XInvitation à la Valse, après l'introduction),\nthème principal qui revient dans le reste de l'œuvre ; l'espèce de danse nègre du\nScherzo, — une petite drôlerie, comme dirait M. Jourdain, mais qui ne pou-\nvait être écrite que par un maître; et une grande partie du finale plein de va-\nriété et de souplesse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c026", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "576", "page_fin": "576", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.8", "titre_corps": "LA HALTE DIVINE (INTERLUDE SYMPHONIQUE, Ire AUDITION), DE M. E. TRÉMISOT (CONCERTS LAMOUREUX).", "titre_sommaire": "LA HALTE DIVINE (INTERLUDE SYMPHONIQUE, Ire AUDITION), DE M. E. TRÉMISOT (CONCERTS LAMOUREUX).", "signature_source": "A. 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C'est du Franck simplifié, caricaturé, encanaillé : cette Halte divine res-\nsemble plutôt à une marche solennelle de pompiers. Je m'excuse de donner une\nimpression aussi brutale, mais je chercherais vainement à l'atténuer. Quand on\nprétend traiter certains sujets, il faut s'être assuré qu'on a les épaules assez\nsolides pour porterie fardeau choisi."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c027", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "576", "page_fin": "577", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.9", "titre_corps": "LENTERREMENT D OPHÉLIE, PAR BOURGAULT-DUCOLJDRAY (CONCERTS SECHIARI),", "titre_sommaire": "LENTERREMENT D OPHÉLIE, PAR BOURGAULT-DUCOLJDRAY (CONCERTS SECHIARI),", "signature_source": "J. 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Bien\nque composé virtuellement pour l'orchestre, l'Enterrement d'Ophélie fut\npublié d'abord, réduit pour le piano, dans un recueil intitulé : Fumées (1).\n\n(1) D abord édité chez Maquet, ce recueil est actuellement la propriété de l'éditeur Joubert,\n25, rue d'Hauteville, 25."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "577", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.9", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "Pendant l'automne de cette même année 1888, Y Enterrement cT Ophélie é tait exécuté\npour la première fois par l'orchestre d Angers, à l'un des concerts organisés\npar le regretté Jules Bordier, concerts qui ont rendu de si grands services à\nl'art musical et ont inauguré le mouvement de décentralisation de la grande\nmusique symphonique.\nU Enterrement d'Ophélie fut très goûté du public. On l'entendit pour la pre-\nmière fois à Paris en 1892, à l'un des concerts de la Société nationale, dirigés par\nGustave Doret (le jour même où eut lieu la première exécution de l'Après-Midi\ndun Faune, de Claude Debussy) ; puis aux concerts Lamoureux,sous la direction\nde Chevillard (en 1897 et 1899) 5 aux concerts Marigny (en 1904), sous la\ndirection de Paul Viardot qui lui fit obtenir les honneurs du bis, et en 1905\nsous la direction de l'auteur. A l'étranger, elle a figuré très souvent sur les\nprogrammes de concert du Kursaal de Montreux (directeur : Oscar Juttner) ; on\nl'a jouée aussi à Londres et en Amérique, à Boston, New-York, etc.\nRien de plus simple quela construction orchestrale de cette petite composition.\nLa phrase mélodique en fa Jf majeur est exposée d'abord par les instruments à\ncordes en solo (4 violons, 3 altos, 3 violoncelles) soutenus pardes accords de harpe,\net jouant avec sourdine, excepté le ier violon solo et le ier violoncelle solo. Puis\nvient une phrase en fa Jf mineur confiée aux bois, sur la sonorité desquels\nse détachent en contretemps les pizzicati du quatuor. La plainte s'accentue, et la\nphrase, douce au début, aboutit, à un fortissimo, après un crescendo qu'accentue\nl'entrée des cors, des trompettes et des trombones, tandis que les contretemps,\nmarqués d'abord par des pizzicati, sont exécutés par la masse entière des cordes\narpégeant des accords //. Après une explosion de l'accord de dominante do £ mi £\nsol £ si, que viennent souligner en contretemps les instruments de percussion\n(cymbales frappées avec la mailloche et timbales), on entend dans la coulisse le\ntintement mystérieux d'une cloche en ut £ dont la sonorité lointaine prépare le\nretour du thème initial exécuté cette fois par tous les instruments à cordes, avec\nsourdine. Pour finir, un gémissement des violons et une phrase expressive\nconfiée aux violoncelles et contrebasses qui descendent vers le grave, tandis\nqu'une suite d'accords très doux confiés à la harpe solo s'élève jusqu'aux régions\nles plus élevées de l'orchestre pour aboutir à un accord pianissimo. Œuvre\nnette, très expressive, d'une poésie réelle, que le public a eu raison d'applaudir\nchaleureusement, et qui doit garder une place d'honneur parmi les belles œuvres\nde l'école française.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c028", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "577", "page_fin": "578", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.10", "titre_corps": "OEUVRES DE M. Louis DUMAS, GRAND PRIX DE ROME POUR LA COMPOSITION MUSICALE.", "titre_sommaire": "OEUVRES DE M. Louis DUMAS, GRAND PRIX DE ROME POUR LA COMPOSITION MUSICALE.", "signature_source": "C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "577", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.9", "debut_caractere": 2701, "fin_caractere_exclue": 3611, "texte": "OEUVRES DE M. Louis DUMAS, GRAND PRIX DE ROME POUR LA COMPOSITION\nMUSICALE.\n\n— M. Raymond Marthe, l'excellent professeur de musique, vient de\ndonner une soirée, dans ses salons de la rue de Sèvres, en l'honneur de M. Louis\nDumas, le vainqueur du dernier concours pour le prix de Rome, qui aime à se\ndire élève de M. Lenepveu pour la composition, et de M. Raymond Marthe pour\nle violoncelle. Le programme (dont quelques numéros étaient consacrés à de\ncharmantes poésies de M. Charles Dumas, frère du compositeur) comprenait\nexclusivement des œuvres du jeune et brillant lauréat : un Quatuor à cordes, un\nLamento pour violoncelle, supérieurement exécuté par M. Marthe, et Ismaïl, la\nscène lyrique récemment exécutée à l'Institut, avec Mme Durand-Texte,\nMM. Nansen et Sigwalt pour interprètes. Cette cantate, écrite d'après les lois\ntraditionnelles du genre, a retrouvé le succès déjà obtenu devant l aréopage des"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "578", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.10", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2058, "texte": "Immortels et aux concerts Colonne. Le quatuor m'a particulièrement intéressé.\nOn n'y trouve point & adagio (l'adagio, où on ne peut pas se borner à des\neffets de rythme et où la pensée doit se montrer à découvert, est pour moi la\npierre de touche du compositeur). Mais il a un caractère personnel et beaucoup\nde charme. Le premier mouvement est faitsur deuxthèmes principaux, dont l'un\nen mi majeur, présenté avec des entrées successives, sert de prélude lent à\nl'allégro moderato qui s'enchaîne immédiatement, et l'autre, en sol £ mineur,\nest exposé par l'alto :\nLe deuxième mouvement, allegro, en ut% mineur, débute par un motif éner-\ngique bientôt interrompu par un rappel, avec sourdine, du ler thème du ier mou-\nvement, suivi de nouvelles idées (de forme chromatique) et de développements\ntrès remarquables. Le 3e mouvement, andantino tranquillo, peut se ramener à la\nforme du thème avec variations ; l'idée est celle-ci :\nLe finales st construit sur quatre thèmes, auxquels viennent se renouer un ins-\ntant les idées du 3e, du ier et du 2e mouvement. Dans son ensemble, l'œuvre\nest solidement construite ; elle a un charme très personnel et nous donne la\njoie de saluer un talent sérieux, plein de promesses pour l'avenir.\nAu DÎNER DE rUt mineur. Après ce dîner, qui réunit comme d'habitude, sous\nla présidence de MM. Chéramy et Custot, l'élite des compositeurs, des virtuoses\net des chefs d'orchestre de Paris, bref et très agréable concert où furent entendus\nMme Georges Marty, dont la très belle voix de contralto nous dit de charmantes\nmélodies de Fauré et de Pierné (accompagnées par les auteurs); M. Ricardo\nVihès, qui'joua excellemment au piano la Novelette en ré de Schumann, et un\nScherzo (de moindre valeur) de Borodine ; M. Vuillaume, qui avec la classique\nRomance de Swendsen et un Poème hongrois (un peu banal) de J. Hubay, exécuta\nmagistralement la Sonate pour piano et violon de Haendel, digne pendant par\nl'ampleur des idées et la grâce de la construction des œuvres de J.-S. Bach\ndans le même genre.\n\nC."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c031", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "578", "page_fin": "579", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.11", "titre_corps": "LA CITÉ MAUDITE, DRAME LYRIQUE EN 3 ACTES, AVEC CHOEURS ETBALLET, PAROLES", "titre_sommaire": "LA CITÉ MAUDITE, DRAME LYRIQUE EN 3 ACTES, AVEC CHOEURS ETBALLET, PAROLES", "signature_source": "F. A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "578", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.10", "debut_caractere": 2060, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "LA CITÉ MAUDITE, DRAME LYRIQUE EN 3 ACTES, AVEC CHOEURS ETBALLET, PAROLES\n\nDE J. JACQUIN, MUSIQUE DE G. SARREAU (SOCIÉTÉ SAINTE-CÉCILE, BORDEAUX).\nDans Gomorrhe. sont aux prises deux partis inégaux, le mal et le bien ; deux\nprincipes, la civilisation corruptrice et la nature régénératrice ; deux femmes,\nZéphora la courtisane, et Myriem la vierge. L'importance des rôles de femmes\nprécise le caractère voluptueux de 1 œuvre, caractère que le livret exagère parfois"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "579", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "jusqu'à la naïveté, mais que la musique souligne discrètement. L'inspiration de\nM. Sarreau est avant tout distinguée. Il a su donner une image musicale du con-\ntraste qui faisait le fonds du sujet, sans vaines complications d'aucune sorte, avec\nart et conscience. Comme exemple de sa manière, exempte de recherche dans\nles pages purement symphoniques, juste et pleine de charme dans les parties\nvocales, je citerai l'ouverture en berceuse du 2e acte ; sur l'accord divisé\nau quatuor, les bois et les harpes reprennent avec les soprani ce thème déjà pro-\nposé par l'orchestre :\nMme Allain, la gracieuse artiste si appréciée du public bordelais, mérite des\néloges pour sa belle interprétation du rôle de Zéphora (1).\n\nF. A."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c033", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "579", "page_fin": "580", "image_debut": 11, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.2.12", "titre_corps": "LILLE : LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DES CONCERTS POPULAIRES.", "titre_sommaire": "LILLE : LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DES CONCERTS POPULAIRES.", "signature_source": "MÉDÉRIC DUFOUR", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "579", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.11", "debut_caractere": 756, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "LILLE : LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DES CONCERTS POPULAIRES.\n\n— Quand, il y a\nun peu plus d'un an, M. Marquet cessa d'organiser et de diriger ses concerts, des\nmusiciens de profession et des amateurs formèrent Y Association symphoniqne et\nprirent pour chef M. Alfred Cortot, dont la science et l'autorité étaient appréciées\nà Paris. La saison 1905-1906 fut bonne. M. Cortot interpréta, selon leur style\npropre, quelques-unes des oeuvres les plus caractéristiquesdes maîtres classiques\net romantiques et nous révéla quelques-unes des plus belles pages delà musique\ncontemporaine, entre autres la Processions nocturne de M. Rabaud et Y Apprenti\nsorcier de M. Dukas. Le succès de ces après-midi dominicales fut grand, malgré\nla concurrence de l'orchestre Colonne, qui vint donner quatre concerts (un festi-\nval Wagner, Athalie avec les parties d'orchestre et les chœurs de Mendelssohn,\nun festival de musique allemande, un festival de musique française). Mais les\namateurs lillois devaient se partager entre Y Association symphoniqne et les\nConcerts pofulaires, où le bâton était tenu, depuis la retraite de M. Viardot,\npar M. Ratez, directeur de notre Conservatoire. On sentit donc la nécessité de\nfondre les deux orchestres. Après des négociations qui ne laissèrent point d'être\nlaborieuses, les deux éléments se constituèrent en une Société des Concerts\npopulaires, qui prit pour directeur artistique M. Ratez et pour chef M. Cortot.\nGrâce aux démarches de M. Théodore Barrois, ancien député, professeur à\nl'Université, de nombreux abonnements ont été souscrits et le succès des deux\nconcerts qui viennent d'être donnés justifie cet empressement. La com-\nparaison avec les orchestres Chevillard, Durant et Colonne, qui viennent de\nnous donner chacun une audition, a confirmé les amateurs de musique dans leurs\nbonnes dispositions à l'égard de M. Cortot. Si celui-ci ne commande point à des\ninstrumentistes aussi expérimentés, il ne le cède à aucun chef pour l'intelligence\ndes textes et la curiosité des formes nouvelles. Après l'avoir suivi pendant plus\nd'un an, nous sommes fondés à espérer qu il accomplira ici une œuvre sem-\nblable à celle de M. Ropartz à Nancy.\nAu concert d'octobre, M. Cortot nous fit entendre la Symphonie en ré mineur\nde Schumann, dont il respecta mieux le caractère romantique (surtout dans la\n\n( 1 ) Cette correspondance nous est arrivée trop tard pour que nous puissions faire graver toutes\nles analyses de textes musicaux qu'elle contenait."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "580", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.12", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "romance et le scherzo) que ne le fît, quelques jours après, M. Durant ; l'ouver-\nture de Tannhoiuser, dans laquelle il marqua fortement l'opposition entre la\nmarche des pèlerins, la bacchanale du Venusberg, le motif de la contrition, évo-\nquant le souvenir d'Elisabeth ; puis Sur la mer lointaine, de M. Moreau, où fut\ngoûtée l'antithèse de la mélodie bretonne, sur clarinette, et de la tempête déchaî-\nnée aux cordes et aux cuivres ; Vèsontio, où M. Ratez évoque, en des pages\npittoresques, brodées sur un canevas de thèmes populaires, ses années de jeu-\nnesse à Besançon ; Komarinskaia, de Glinka, dont le mouvement est si entraî-\nnant et le développement si coloré. Le virtuose était M.. Jacques Thibaud, qui\nexécuta, avec une admirable perfection de style, le beau Concerto de Lalo, puis\nla Chaconne et Y Aria de J.-S. Bach.\nAu concert de novembre, M. Cortot s'attaqua à la Faust-Symphonie de Liszt.\nNous sentions quelque inquiétude sur le succès de cette tentative. Mais audentes\nfortuna juvat ; tout a marché à souhait. Les mouvements et les nuances furent\nbien observés par le quatuor et l'harmonie ; seules les voix, qui s'élèvent à la\nfin de Méphistophèlès, parurent insuffisantes (Liszt les a traitées comme parties\nd'orchestre). L'impression fut très forte. L'auditoire n'était point préparé à\nrecevoir cette musique géniale, d'invention surabondante, de mouvements si\ndivers et de tonalités si variables, à la fois puissante et suave, par laquelle Liszt\négala Goethe, et qui arrachait des cris d'admiration à Wagner. Mais s'il éprouva\nquelque surprise, dès le magnifique commentaire musical du monologue de Faust\ncontemplant le signe magique, il s'abandonna à cet irrésistible courant de poésie\nàla fin de Méphistophèlès, après cette étonnante reprise ironique des thèmes de\nFaust et de Gretchen, quand la voix douce et claire de M. Plamondon eut évoqué\nla femme invincible à charmer et à consoler, toute la salle éclata en applaudis-\nsements. Le concert, qui avait commencé par une belle exécution de l'ou-\nverture du Roi d'Ys, s'acheva par l'audition de ïAntled d'Oskar Fried, Malgré\nla faiblesse des voix, ce chant, soutenu d'une partition fortement orchestrée,\nfit passer sur nos têtes le vent des tourmentes révolutionnaires. Quel contraste\navec le Repos de la sainte Famille de YEnfance du Christ, que M. Plamondon\ndut dire deux fois, tant il en sait exprimer l'apaisante poésie, et même avec l'air\nde Joseph de Méhul, où le même artiste montra qu'ayant le charme, il était\naussi capable de force!\n\nMÉDÉRIC DUFOUR."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c034", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "580", "page_fin": "583", "image_debut": 12, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.3", "titre_corps": "Publications nouvelles.", "titre_sommaire": "Publications nouvelles.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "580", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.12", "debut_caractere": 2558, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "Publications nouvelles.\n\nOFFERTOIRES POUR TOUTE L'ANNÉE, A 4 voix ÉGALES, AVEC OU SANS ACCOIYÏPAGNEMENT\n(Ratisbonne, chez Pustet, éditeur).\n\n— M. le Dr Fr. X. Haberl, président\nde la Société Sainte-Cécile, a eu l'idée d'ouvrir une sorte de concours en deman-\ndant à tous les musiciens compétents d'écrire des offertoires pour voix égales. Il\nen publie aujourd'hui igo, choisis parmi ceux qui lui ont été envoyés. Dire que cet\nouvrage est contresigné par le Dr. Haberl, c'est laisser entendre qu'il offre les plus\nsérieuses garanties au point de vue liturgique et musical. Ces pièces, réunies en\n3 volumes qui se vendent séparément (3 fr. 75 et 5 fr. en partition, voix séparées\nà 1 fr.), ne sont pas toutes d égale valeur. Dans quelques-unes, on souhaiterait"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "581", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.13", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "plus d'indépendance des parties, et une harmonie moins verticale ; mais le\nrecueil est fort intéressant et rendra des services à ceux qui, tout en se confor-\nmant au récent Motu proprio, aiment la polyphonie vocale.\n\nR.\n\nJ.-S. BACH, « SUITES ANGLAISES, PARTITA, INVENTIONS A DEUXETTROIS VOIX», édition\npopulaire pour piano, chez Ricordi (Milan), 3 vol. à 4 fr. l'un.\nS.\n— Parmi ceux\nqui ont revu, « corrigé » (il le fallait en certains cas !) et doigté ces chefs-d'œuvre\ndont nous avons eu si souvent l'occasion de parler dans la Revue musicale, —\nBenjamin Cesi, Sigismond Cesi, Alexandre Longo, Ernest Marciano, Bruno\nMugellini, professeur au Conservatoire de Bologne, — nous sommes heureux\nde lire le nom de M. I. Philipp, professeur au Conservatoire de Paris. Cette\npublication, très ample et très soignée de forme, est surtout faite en vue de\nl'usage pratique. Ainsi, dans les six Suites anglaises (Bach procède volontiers par\ndemi-douzaine), l'éditeur a supprimé celles en la majeur et en ré mineur, la\npremière comme très inférieure aux autres, et la seconde comme ayant une gigue\ntrop hérissée de difficultés techniques. Le texte musical, très net et très élégant,\nest accompagné d'une brève analyse technique indiquant la structure de chaque\npièce. Nous n'avons à faire qu'une réserve sur la place et l'étendue du legato qui,\nassez souvent, ne correspond pas à la division réelle des membres rythmiques\nde la période. Les éditeurs ne se préoccupent pas assez de cela, dans les œuvres\nde piano; il en a été si souvent question ici même que nous n'y reviendrons pas.\nUn exemple entre cent. M. Mugellini écrit :\nNous pensons qu'il faut éditer ainsi, avec division et anacrouse !\nSans cela, le texte musical n'a pas de clarté rythmique. C'est une affaire de\nponctuation. Or, la ponctuation regarde l éditeur; il a pour devoir de la recons-\ntituer logiquement.\n\nMAURICE REUCHSEL : « L'ECOLE CLASSIQUE DU VIOLON. »\n\nSous ce titre, la\nlibrairie b ischbacher vient de faire paraître une élégante plaquette dans laquelle\n1 auteur, qui est un violoniste réputé de Lyon, a donné des notes biographiques\net bibliographiques très complètes sur tous les grands violonistes qui ont vécu\navant le xixe siècle. Voici d'ailleurs la liste des musiciens que M. Reuchsel a\nfait figurer dans son ouvrage : Corelli, Vivaldi, Geminiani, Veracini, Tartini,\nLocatelli, Leclair, Francœur, Guignon, Gaviniès, Pugnani, Jarnowick, Cam-\npagnoli, Fiorillo, Viotti et Léopold Mozart. Suivant l'ordre chronologique,\nM. Reuchsel a pu, chemin faisant, définir les différentes formes de composition\ndes œuvres, et a fait ressortir que les progrès réalisés par les virtuoses du\nviolon ont amené tout naturellement les compositeurs à produire des œuvres\nde plus en plus développées et de plus en plus complexes.\nUn avant-propos, consacré à l'histoire du violon et des ancêtres du violon,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "582", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "précède cet ouvrage que complètent fort heureusement des photographies d in-\nstruments et des portraits de violonistes. L Ecole classique du violon, qui contient\ndes renseignements fort utiles, a sa place marquée dans la bibliothèque de tous\nles violonistes. —\n\nH. B.\n\nJ.-GUY ROPARTZ : « TROISIÈME SYMPHONIE EN mi MAJEUR » (avec choeursb\nH. B.\nLa maison A. Joanin et Clc vient de faire paraître la réduction de la sympho-\nnie dont la Revue musicale a rendu compte dans son dernier numéro. Cette\ntranscription est signée de M. Louis Thirion. La partie vocale n a pas été réduite\npour le piano, ce qui permet au lecteur de se faire une idée exacte du rôle que\nM. Guy Ropartz a attribué aux chœurs et aux soli. La partie symphonique pure\ndes deux premiers mouvements est écrite tantôt à deux mains, tantôt à quatre\nmains, si bien que tous les dessins d'orchestre se trouvent rendus par le piano.\nNous avons dit ce que nous pensions de la symphonie elle-même ; la lecture\nde la réduction est aussi captivante que celle de l'œuvre originale.\n\nPAUL LE FLEM : « SONATE EN sol MINEUR, POUR VIOLON ET PIANO », Edition mutuelle,\nen dépôt au bureau d'édition de la Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques\n(prix, 7 fr.).\nM.\n*- -\n— J.CANTELOUBE DE MALARET : « DANS LA MONTAGNE », Suite pour violon\net piano (ibidprix, 8 fr.). — Ces deux ouvrages, qui nous viennent de la Schola\nCantorum, sont pour moi l'objet d'un profond étonnement. Je croyais que la\nSchola avait pour but l'étude des grands compositeurs qu'elle reprochait au\nConservatoire de négliger un peu trop ; or la caractéristique des deux composi-\ntions ci-dessus mentionnées, c'est le mépris ou l'ignorance— l'un des deux, à\ncoup sûr — des grands maîtres de la musique M. Le Flem écrit une sonate\npour violon et piano; il a certainement beaucoup d'adresse, mais on dirait qu'il\nn'a jamais lu Beethoven ni Bach, pour apprendre son métier. Rien, chez lui,\nn'indique une tendance à imiter ces modèles dans l'art de la construction sym-\nphonique;on dirait qu'il n'a jamais appris à développer une idée. En revanche,\nil s'amuse à moduler à l'excès, à faire trois quintes de suite, à déchirer l'oreille\npar des dissonances inutiles et autres enfantillages Chez M. Canteloube de\nMalaret, je trouve de l'imagination et du sentiment, mais les mêmes défauts :\nrecherche constante de l effet pittoresque, absence de construction sérieuse, à la\nfaçon des maîtres, et de vraie musique. Que ces jeunes gens (je les appelle ainsi,\nquel que soit leur âge, puisqu'ils paraissent débuter) étudient donc les grands\nmaîtres, et ne commencent pas par la fin ! Qu'ils nous fassent des œuvres\nnettes et d'une forme solide, comme cette charmante fugue insérée par M. Fran-\ncis Magnard dans ses Promenades. En entrant dans le Jardin de musique, qu ils\nne s'imaginent pas, comme M. Le Flem, qu'ils prennent possession du domaine\nparce qu'ils saccagent tout ! Ils ont beaucoup de mérite, et des germes de talent ;\nmais ils en font un emploi mauvais ou prématuré et prennent une mauvaise\ndirection.\n\nOuvrages reçus :\nTH. DUBOIS : Kybèle, piano et chant (au Ménestrel, 5 fr.) ;\nChants et chansons du Nivernais, recueillis par ACHILLE MILLIEU, avec airs\nnotés par J.-G. PÉNAVAIRE, tome I, 1 vol. de 328 p. in-8° (chez Leroux, 28, rue\nBonaparte) ;"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "583", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.15", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 642, "texte": "ALBERT FUCHS : La taxe des instruments à cordes, introduction à Vappréciation\ndes violons, altos, violoncelles, contrebasses, i vol. in-8°, 177 p., en allemand,\nchez Merseburger (Leipzig), 5 fr. ;\nPAUL WETZGER: La Flûte, ses origines et son développement jusqu à nos jours, etc.,\nbr. de 50 p. avec planches, en ail. (chez C. F. Schmidt, Heilbronn a. N.) ;\nEDMOND MONOD : Harmonie et mélodie, le rôle de l'élément mélodique dans la\nformation de l'harmonie dissonante, 1 vol., 90 p. (Lausanne, chez Bridel) ;\nLa princesse Jaune, de C. 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X. Haberl, président\nde la Société Sainte-Cécile, a eu l'idée d'ouvrir une sorte de concours en deman-\ndant à tous les musiciens compétents d'écrire des offertoires pour voix égales. Il\nen publie aujourd'hui igo, choisis parmi ceux qui lui ont été envoyés. Dire que cet\nouvrage est contresigné par le Dr. Haberl, c'est laisser entendre qu'il offre les plus\nsérieuses garanties au point de vue liturgique et musical. Ces pièces, réunies en\n3 volumes qui se vendent séparément (3 fr. 75 et 5 fr. en partition, voix séparées\nà 1 fr.), ne sont pas toutes d égale valeur. 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BACH, « SUITES ANGLAISES, PARTITA, INVENTIONS A DEUXETTROIS VOIX», édition populaire pour piano, chez Ricordi (Milan), 3 vol. à 4 fr. l'un.", "titre_sommaire": "J.-S. BACH, « SUITES ANGLAISES, PARTITA, INVENTIONS A DEUXETTROIS VOIX», édition populaire pour piano, chez Ricordi (Milan), 3 vol. à 4 fr. l'un.", "signature_source": "S", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "581", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.13", "debut_caractere": 245, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "J.-S. BACH, « SUITES ANGLAISES, PARTITA, INVENTIONS A DEUXETTROIS VOIX», édition\npopulaire pour piano, chez Ricordi (Milan), 3 vol. à 4 fr. l'un.\nS.\n— Parmi ceux\nqui ont revu, « corrigé » (il le fallait en certains cas !) et doigté ces chefs-d'œuvre\ndont nous avons eu si souvent l'occasion de parler dans la Revue musicale, —\nBenjamin Cesi, Sigismond Cesi, Alexandre Longo, Ernest Marciano, Bruno\nMugellini, professeur au Conservatoire de Bologne, — nous sommes heureux\nde lire le nom de M. I. Philipp, professeur au Conservatoire de Paris. Cette\npublication, très ample et très soignée de forme, est surtout faite en vue de\nl'usage pratique. Ainsi, dans les six Suites anglaises (Bach procède volontiers par\ndemi-douzaine), l'éditeur a supprimé celles en la majeur et en ré mineur, la\npremière comme très inférieure aux autres, et la seconde comme ayant une gigue\ntrop hérissée de difficultés techniques. Le texte musical, très net et très élégant,\nest accompagné d'une brève analyse technique indiquant la structure de chaque\npièce. Nous n'avons à faire qu'une réserve sur la place et l'étendue du legato qui,\nassez souvent, ne correspond pas à la division réelle des membres rythmiques\nde la période. Les éditeurs ne se préoccupent pas assez de cela, dans les œuvres\nde piano; il en a été si souvent question ici même que nous n'y reviendrons pas.\nUn exemple entre cent. M. Mugellini écrit :\nNous pensons qu'il faut éditer ainsi, avec division et anacrouse !\nSans cela, le texte musical n'a pas de clarté rythmique. C'est une affaire de\nponctuation. Or, la ponctuation regarde l éditeur; il a pour devoir de la recons-\ntituer logiquement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c039", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "581", "page_fin": "582", "image_debut": 13, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.3.3", "titre_corps": "MAURICE REUCHSEL : « L'ECOLE CLASSIQUE DU VIOLON. »", "titre_sommaire": "MAURICE REUCHSEL : « L'ECOLE CLASSIQUE DU VIOLON. »", "signature_source": "H. 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Reuchsel a pu, chemin faisant, définir les différentes formes de composition\ndes œuvres, et a fait ressortir que les progrès réalisés par les virtuoses du\nviolon ont amené tout naturellement les compositeurs à produire des œuvres\nde plus en plus développées et de plus en plus complexes.\nUn avant-propos, consacré à l'histoire du violon et des ancêtres du violon,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "582", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.14", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 291, "texte": "précède cet ouvrage que complètent fort heureusement des photographies d in-\nstruments et des portraits de violonistes. L Ecole classique du violon, qui contient\ndes renseignements fort utiles, a sa place marquée dans la bibliothèque de tous\nles violonistes. —\n\nH. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c040", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "582", "page_fin": "582", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.3.4", "titre_corps": "J.-GUY ROPARTZ : « TROISIÈME SYMPHONIE EN mi MAJEUR » (avec choeursb", "titre_sommaire": "J.-GUY ROPARTZ : « TROISIÈME SYMPHONIE EN mi MAJEUR » (avec choeursb", "signature_source": "H. 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La partie symphonique pure\ndes deux premiers mouvements est écrite tantôt à deux mains, tantôt à quatre\nmains, si bien que tous les dessins d'orchestre se trouvent rendus par le piano.\nNous avons dit ce que nous pensions de la symphonie elle-même ; la lecture\nde la réduction est aussi captivante que celle de l'œuvre originale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c041", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "582", "page_fin": "582", "image_debut": 14, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.3.5", "titre_corps": "PAUL LE FLEM : « SONATE EN sol MINEUR, POUR VIOLON ET PIANO », Edition mutuelle, en dépôt au bureau d'édition de la Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques (prix, 7 fr.).", "titre_sommaire": "PAUL LE FLEM : « SONATE EN sol MINEUR, POUR VIOLON ET PIANO », Edition mutuelle, en dépôt au bureau d'édition de la Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques (prix, 7 fr.).", "signature_source": "M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "582", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.14", "debut_caractere": 1062, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": "PAUL LE FLEM : « SONATE EN sol MINEUR, POUR VIOLON ET PIANO », Edition mutuelle,\nen dépôt au bureau d'édition de la Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques\n(prix, 7 fr.).\nM.\n*- -\n— J.CANTELOUBE DE MALARET : « DANS LA MONTAGNE », Suite pour violon\net piano (ibidprix, 8 fr.). — Ces deux ouvrages, qui nous viennent de la Schola\nCantorum, sont pour moi l'objet d'un profond étonnement. 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G.\nLa Trompette, fondée il y a 46 ans et brillamment développée pendant de\nlongues années par M. Emile Lemoine, a vécu la plus grande partie de sa vie\nà une époque où les manifestations de musique de chambre ne pouvaient, en\nraison de leur extrême rareté, lui créer aucune concurrence dangereuse.\nEn ce temps déjà lointain, les amateurs de quatuor (combien rares alors !)\nn avaient pour satisfaire leur goût que les séances du quatuor Maurin et Che-\nvillard et quelques réunions données par la Société Alard-Franchomme. Ces\ndeux institutions, intéressantes à des degrés et à des titres divers, ne donnaient\nqu un petit nombre de séances par saison et n'arrivaient qu'à grand'peine à\ncouvrir leurs frais. Pendant ce temps, la Trompette offrait aux invités de\nM. Lemoine, outre l'excellent quatuor fondamental, des intermèdes de chant\net de piano fournis quelquefois par des gens du monde d'un talent distingué,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "584", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.16", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3760, "texte": "mais plus souvent par des virtuoses éminents, tels que Rubinstein, Hans de\nBulow, Saint-Saëns, etc..., qui, attirés par le caractère fermé et original de ces\nréunions, séduits par l'absence de cérémonie et des rites habituels des concerts,\naimaient à se faire entendre devant ce public d'une haute valeur intellectuelle.\nLe nombre des invités, d'abord limité aux amis du fondateur, s'accrut rapi-\ndement par voie de présentation, jusqu'à comprendre les amis et relations des\namis, et forma dès lors un noyau compact et homogène. M. Lemoine recevait\nde certains de ses invités une cotisation modique et facultative qui ne produisait\nqu'un total peu élevé ; mais comme, d'autre part, les virtuoses et chanteurs\napportaient leur concours sans aucune rétribution, pour rien, pour le plaisir, la\nsomme des frais généraux était relativement faible et se trouvait compensée,\nbon an mal an, par les cotisations volontaires. C'était l'âge d'or.\nCette période parfaitement heureuse ne pouvait toujours durer. Aux années\nde tranquillité et de confiance dans l'avenir devaient succéder les années d'in-\nquiétude et de difficultés budgétaires.\nLa principale cause de ce changement réside dans une idée, d'ailleurs très\njuste, qui s'implanta peu à peu dans l'esprit des virtuoses et chanteurs en renom.\nCette idée est qu'ils avaient assez joué et chanté pour rien, à la Trompette et\nailleurs, et que dépenser leur talent à donner aux dilettantes des impressions\nd'art raffiné, pour ne recevoir en échange que des bravos sonores, mais creux,\nn'était pas un métier équitable. Le beefsteack, et quelquefois le pain, hélas!\nmanquaient au foyer de certains artistes que le public choyait de mille façons,\nsans se préoccuper de leurs moyens d'existence. Ces artistes en vinrent tout\nnaturellement à se révolter contre 1 abus qu'ils avaient laissé faire de leur talent,\net, après s'être concertés, prirent la ferme résolution de ne plus jouer désormais\nque contre rémunération. Cette idée nous fut exposée, et je fus des premiers à\nl'adopter comme juste et à la soutenir, tout en comprenant bien cependant qu'au\nlendemain de la transmission des pouvoirs directoriaux qui venait de m'être\nfaite par M. Lemoine, ce nouveau modus vivendi allait me créer de terribles\ndifficultés. En effet, il fallait plus d'argent pour faire face à ces nouvelles\ndépenses, les anciennes restant les mêmes. C'est alors que nous songeâmes à\nélever un peu le prix de la cotisation et à la rendre obligatoire. Le budget de\nla Trompette fut, de ce fait, sensiblement grossi ; mais, par malheur, les dépenses\naugmentèrent dans une proportion égale, sinon supérieure, et dès lors, l'équi-\nlibre ne put être obtenu qu'au prix d'économies et d'expédients souvent très\npénibles à pratiquer. Personne ne peut savoir, sauf moi, par quels efforts d'ingé-\nniosité et d'activité j'ai pu arriver à la fin de certaines saisons. Cependant, je\nne désespérais pas, je cherchais à faire toujours plus beau, plus varié, me disant\nqu'à la longue la puissance rayonnante de l'art amènerait à la Trompette un\nnombre d'adhérents plus grand, qui lui permettrait de dépenser largement pour\nsa gloire et celle de la musique... C'est le contraire qui est arrivé !\nCe résultat, triste en lui-même, et particulièrement fâcheux pour la Trompette,\ntient surtout à une cause dont je n'ai pas encore parlé.\nIl n'est personne, parmi ceux à qui je m'adresse, qui n'ait observé l'effrayante\nmultiplication des concerts depuis quelques années. Ce n'est pas une progression\nrationnelle et justifiée par le développement du goût public, c'est une sorte de\nfuria délirante et malsaine. Dès qu'un élève est sorti d'une école, avec ou sans\ndiplôme, avec ou sans talent, il éprouve le besoin de subjuguer le monde par"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "585", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.17", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "une série de récitals ou de concerts avec orchestre. Aucun sacrifice ne lui coûte ;\nil couvre les murs de Paris, qui commencent à devenir trop petits, de gigan-\ntesques affiches où son nom s'étale en lettres qu'on ne peut ignorer ; les impri-\nmeurs inventent des couleurs nouvelles, des tons sur tons férocement provo-\ncants, et l'artiste (?) acquiert ainsi un commencement de célébrité. On se\ndemande qui il est : personne ne le sait ; mais lorsque l'amateur voit arriver\ndeux invitations pour le concert de cet homme retentissant, avec prière de retour-\nner le billet s'il ne peut en profiter lui-même, il se laisse parfois tenter; et, le soir\ndu concert, deux ou trois cents personnes ont répondu aux deux ou trois mille\nbillets lancés.\nA côté de ce battage effréné qui devient une oppression, il s'est fondé,\ndepuis quatre ou cinq ans, des institutions musicales d'un réel intérêt, et qui\nprodiguent au public, en de copieuses séries de programmes, et à grand renfort\nde réclames, leurs attractions les plus piquantes. Ces institutions sont nom-\nbreuses (oh ! combien !) et, à chaque saison, il s'en crée de nouvelles. Qu'on\najoute à cela l'influence considérable, à juste titre, des grands concerts sympho-\nniques, de ceux qui sont symphoniques, mais pas grands, la fascination exercée\npar les artistes étrangers ayant le bonheur d'avoir un nom qui engendre l'éter-\nnuement, les innombrables matinées et réunions mondaines, les théâtres à\nmusique et les cénacles à chansons... on comprendra que le pauvre amateur,\ntiraillé par tant d'attractions diverses, ne sache plus où donner de l'oreille.\nCependant il se prodigue, lui aussi : nous voyons des spécialistes, véritables\nvictimes du devoir, aller à deux ou trois concerts par soirée; ils restent une\ndemi-heure dans chacun, rentrent chez eux exténués et mélangent toutes les\nécoles dans leurs rêves cacophoniques. Ils ressemblent aux chauffeurs, bien dans\nle mouvement, qui, avec leur « quarante-cinq chevaux », font deux ou trois\ndépartements par jour. C'est une nouvelle manière kaléidoscopique, d'envisager\nl'art et la vie ; elle se rattache sans doute à ce besoin de sensations nouvelles et\nviolentes qui tourmente de plus en plus notre nerveuse humanité. Nous ne\npouvons savoir encore ce que cela produira par la suite, mais, pour le moment,\nil en résulte, dans notre monde musical, une ambiance de surmenage et de\nbousilla g e (qu'on me permette ce mot), une atmosphère de détraquement\npassablement écœurante pour les vrais artistes et assurément défavorable aux\ninstitutions de longue durée.\nLa Trompette, qui n'a jamais usé de réclame ni d'aucun procédé commercial\npour défendre ses positions, devait forcément être atteinte par cette marée\nenvahissante de musique à tout prix et en tout lieu. Parallèlement à l'invasion\npas toujours harmonieuse que nous subissons, j ai vu peu à peu diminuer le\nnombre des adhésions aux soirées de la rue de Grenelle, à tel point qu'il y a\nquatre ans l'institution aurait péri de mort violente sans la généreuse intervention\nd'une personne amie et assidue de nos réunions depuis de longues années. Un\ndéficit assez gros fut comblé. Je ne peux révéler le nom de l ame généreuse,\npuisqu'elle ne le veut pas, mais je la prie de recevoir ici mes plus reconnaissants\nremerciements. Cet accroc fut suivi d'un petit retour de faveur financière, on\nput vivre encore, mais au prix de quelles difficultés !... Je n'en donnerai pas le\ndétail, oiseux pour vous, mais j'indiquerai une des choses qui m'ont été le plus\npénibles : j'ai dû souvent, pour pouvoir faire face âmes engagements, discuter\navec des artistes qui, parfois, étaient des camarades, des amis, le chiffre du"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "586", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "cachet qu'ils me demandaient, bien qu'il fût amplement justifié et même modeste\npar rapport à leur talent \\ ce marchandage m était odieux. J ai fait plus . instiuit\npar l'expérience et sentant la Trompette toujours plus gravement menacée, j'ai\nvoulu former près d elle un Comité de protection destiné à parer éventuellement\naux accrocs budgétaires dont j'aurais démontré l'importance par des pièces\nauthentiques. Quelques bonnes volontés se sont groupées autour de moi (je\nne les oublie certes pas, elles ont droit à ma vive gratitude), mais elles étaient\ntrop peu nombreuses et trop faibles pour atteindie le but pioposé. J ai imaginé\nd'autres combinaisons et tenté d autres démarches poui lesquelles il m a fallu\nfaire taire en moi bien des susceptibilités, triompher de bien des répugnances \\\nj agissais dans un intérêt supérieur et cela augmentait mon couiage, mais main-\ntenant ce n'est plus possible. Je suis en face de 1 insurmontable.\nQuel que pût être l'effort déployé dans une nouvelle tentative, je serais trop\nsûr de rencontrer au milieu de ma route deux figuies symboliques qui toui-\nmentaient beaucoup le vieux Faust et que Goethe avait baptisées le Souci et\nla DETTE. Je ne peux pas aller jusque-là et je m arrête. Mon devoir était, ne pou-\nvant sauver le vaisseau que je pilotais, de le conduire jusqu au teime de sa\ncourse en lui conservant tous ses agrès, toutes ses oriflammes, tout son pies-\ntige ; je me suis efforcé de le faire, à vous de juger jusqu à quel point j ai pu y\nréussir. Maintenant le fier petit vaisseau se trouve sur le bord de l'abîme, il ne\nlui reste qu'à y plonger galamment...\nJe crois, ') espère même, en égoïste, que ce naufrage causera de sincères\nregrets, du chagrin peut-être, à bon nombre d amis, désintéressés, de 1 art et\nde la Trompette ; à leurs regrets j'unis les miens, très vifs et très profonds : mais\nque faire contre l'inéluctable ?\nJe reviens à mes travaux de composition, auxquels je vais pouvoir consacrer\ntout mon temps et toutes mes forces, ce qui est une consolation ; mais avant de\nvous quitter (au point de vue tubicole seulement, car il n'y a aucune raison pour\nque les relations cordiales qui se sont établies entre nous ne subsistent pas), je\ndis merci à tous ceux qui m'ont suivi jusqu'au bout de mes efforts et qui, si\nsouvent, m'en ont récompensé par de chaudes paroles d encouragement et de\nsatisfaction, et pour finir de façon musicale j'emprunte l'épigraphe d un morceau\nde Schumann en vous disant : « Amici) comedia finita est. »\n\nG. ALARY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c046", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "586", "page_fin": "589", "image_debut": 18, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.6", "titre_corps": "La Musique d'après les Allemands.", "titre_sommaire": "La Musique d'après les Allemands.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "586", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.18", "debut_caractere": 2550, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "La Musique d'après les Allemands.\nSCHELLING. Nous retrouverons constamment cette idée : le compositeur est\nau-dessus des réalités sensibles; c'est un idéaliste pur, un créateur au sens\nabsolu du mot. Schelling est un métaphysicien très hardi, dont la pensée se\nmeut dans le monde de l'inobservable (au sens vulgaire de ce mot) avec la\nmême aisance que celle des philosophes anglais au milieu des faits sensibles.\nC'est dans la Philosophie de Vart, recueil des conférences faites à léna et à\nWurzbourg en 1802-1805, qu'il a construit une doctrine sur la musique. Si on la\ndégage de certaines définitions très osées (1) qui, aujourd'hui, paraissent diffici-\n\n(1) Schelling, dans un langage qui paraît du galimatias à un Français, définit ainsi le son mu-\nical: « die IndiJJerenz der Einbildung des Unendlichen in Endliche rein als Indifferenz"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "587", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.19", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4254, "texte": "lement intelligibles, on peut la ramener à quelques propositions belles et pro-\nfondes qu'il ne faut pas juger avec les habitudes de notre exigeant positivisme, et\nqui, lorsqu'on les aborde avec un esprit vraiment musical et artistique, méritent\nsérieuse considération. Leur principal mérite est de nous arracher au domaine de\nla logique et de la psychologie pures, domaine où l'on étouffe, tellement il est\nétroit, pour nous ramener à l'idée de la vie universelle et nous replacer dans\ncet état d'esprit très général, qui, en Allemagne, fut à la fois et par la vertu\nd'un identique génie, celui des grands philosophes, des grands compositeurs\net des grands poètes romantiques.\nLes formes de la musique, d'après Schelling, sont les formes des choses\néternelles, c'est-à-dire des Idées Comme les Idées constituent le monde visible\n(puisque c'est en les réalisant, et parla seulement, que les objets matériels\nexistent) (1), il s'ensuit quela musique exprime ce qu'il y a de plus général et de\nplus profond dans l'être et la vie des choses ; elle est « le rythme et l'harmonie\nde l'univers 2)» ; mais elle reproduit ce rythme en lui-même, « comme mouve-\nment pur, en dehors de tout objet » (3). Son essence est d'être immatérielle. La\nconception pythagoricienne de 1' « harmonie des Sphères » est invoquée par\nSchelling à l'appui de son système. Pythagore n'a pas dit que le mouvement\ndes corps célestes fait entendre une musique, mais que ce mouvement est lui-\nmême une musique, ce qui fait dire à Socrate que celui-là est « musicien» qui,\nde la musique sensible, est capable de s'élever à la musique supra-sensible et\nintelligible (4). « La succession pure et simple a le caractère d'un phénomène\nfortuit ; quand elle devient une succession nécessaire, elle produit le rythme, dont\non ne doit pas dire qu'il est soumis au temps, mais qu'il contient le temps en\nlui-même « (5). C'est lui qui crée la beauté ; il est une « musique dans la mu-\nsique (6) ». Telle est, en quelques mots, la pensée de Schelling. L'opéra, brillant\nsystème de contingences, lui paraissait être une caricature du drame grec, et il\nne partageait pas 1 engouement de ses contemporains pour la musique descrip-\ntive de Haydn (7).\n\nctufgenommen » : « Pindifférence (indétermination) de Pexpression de linfini dans le fini, perçue\ncomme indifférence pure •> , ce qui revient peut-être à dire : « le son musical exprime le reflet de\nPinfini dans ce qui est fini »; et comme par <« infini » il faut sans doute entendre ici P « Idée »> qui\ndomine chaque objet et dont chaque objet n'est que la réalisation, on pourrait donner l'interpré-\ntation suivante : « Les sons expriment les Idées, c'est-à-dire Pâme des choses, mais en se bornant\nà nous faire sentir l'unité du monde visible et du monde invisible. » Le système de critique\nqui consiste à traiter de « divagations » ce qui n'est pas directement contrôlable est indigne d'un\ncritique sérieux. Schelling s'entendait (probablement) lui-même en parlant ainsi, mais s'exprimait\ncette fois assez mal, car son « IndifFerenz cils rein Indijferenz ctufgenommen » ne peut être qu'une\nabstraction, et le son musical n'a rien d'abstrait. Même remarque à fairesur la définition suivante :\nc( DieMusik ist die Kunstforn in welcherdie reale Einheit rein als Solche zur Potenz, zum Symbol\nwird. » (Schelling, Scimmtliche Werke, Stuttgard, 1856-61, t. V, p. 480 488, et suiv.)\n(1) Cf. le mot admirable de Goethe : « Le monde est le manteau vivant de la divinité. »\n(2 Der vernommene Rythmus und die Harmonie des Sichtbaren Universums selbst (ibid.,\np. 501).\n(3) « Die reine Bewegung selbst als solche, von dem Gegenstandabgezogen. » C'est l'idée que\nreprendra Hanslick, en la restreignant.\n(4) Ibid., p. 503 et suiv. Exagération chimérique et inadmissible, car il en résulterait que la\nvraie musique est celle qu'on n'entend pas ! Tout au plus peut-on rappeler que, de leur côté,\ncertains poètes ont dit : « Mes plus beaux vers sont ceux que je n'ai pas écrits ; mes plus beaux\npoèmes sont restés au fond de mon cœur. »> Et s'il y a une poésie muette qui précède et pro-\nvoque la poésie verbale, pourquoi n'en serait-il pas de même pour la musique ?\n(5) Ibid,, p [493.\n(6 ■ Ibid., 494, 496 .\n(7) Ibid., p. 96, 736."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "588", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.20", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3846, "texte": "HEGEL. Avec Hegel, nous retrouvons cet idéalisme grandiose et splendide\noù la pensée ne s'enchante pas seulement de son propre rêve, mais veut pénétrer\nà de grandes grandes profondeurs dans la vraie réalité. Hegel est peut-être le\nphilosophe qui a le mieux parlé de la musique ; il se plaignait de ne pas suffi-\nsamment connaître la grammaire musicale, mais ses jugements sur les compo-\nsiteurs (Mozart, Haendel, Bach, Rossini) (H montrent qu'il se défiait trop de son\npropre génie, et son esthétique, moins aventureuse que celle de Schelling, est\ntrès nette. J'ajoute que la langue allemande se prête merveilleusement à l'exposé\nd'une doctrine comme la sienne, et que, sous sa plume, elle a parfois la même\nsaveur que la langue de Platon dans ses plus beaux dialogues.\nPour lui, la musique est un « art d'expression » (2) ; ce qu'elle exprime, ce\nn'est pas l'objet, extérieur à notre sensibilité, c'est la manière dont le sujet sen-\ntant est ému et résonne (widerklingt) sous 1 impression de l'objet. Elle se distin-\ngue des arts plastiques et de la poésie en ce qu'elle n'a de prise que sur l'âme,\nqu'elle est en dehors du monde matériel, et que son domaine est celui de « l'in-\ntériorité subjective » (subjectiven Innerlichkeit). Là, elle peut remplir deux fonc-\ntions (que Hegel distingue, mais qui peuvent être ramenées à une seule) : ou\nbien elle prend à son compte toute cette substance de la vie intérieure qui forme\nle sentiment, ou bien elle crée une sorte d'intériorité objective (3) en dégageant\nd'un objet la vie, la pensée qu'il renferme, son âme, sa signification, en un mot\nson contenu moral. Par exemple, en présence de Jésus crucifié, le musicien\npourra exprimer la pitié, ou la beauté sublime du sacrifice. Il ressemble à une\npersonne qui se retournerait pour modifier la direction de son regard, mais sans\nchanger de point de vue. Ce pouvoir étant bien délimité, voici comment la\nmusique l'exerce. Les cris naturels du sentiment (effroi, chagrin, souffrance,\nallégresse, etc...) sont très expressifs, mais n'ont rien de musical. La musique ne\npeut se contenter de ce naturalisme ; il lui est impossible de reproduire l'explo-\nsion des passions : elle doit en tirer des suites de sons ordonnés suivant des\nrapports précis, formant mélodie et harmonie, ce qui l'oblige à transformer bien\nplus profondément que la peinture ou la poésie les matériaux qui lui sont fournis\npar l'observateur, et qui, d'ailleurs, peuvent lui servir de point de départ (4).\nComme les autres arts, elle est obligée de se rendre maîtresse des sentiments et\nde leurs manifestations, « sous peine de se perdre dans un tumulte de Bac-\nchante », ou, en certains cas (déchirement du désespoir;, de rester frappée d'im-\npuissance : dans la plus grande douleur comme dans la plus grande joie,\nil faut qu'elle reste libre. En général, toute activité qui a le beau pour objet\nest un affranchissement, mais c'est surtout l'activité du musicien qui a ce\ncaractère. La musique, en effet, n'exprime pas les sentiments réels ; au con-\ntraire, elle nous délivre de leur incohérence ou de leur oppression : elle\nexprime des sentiments transposés et idéalisés (ideale Scheingefuhle) qui élèvent\n\n(1) Hegel, Vorlesungen über die JEsthetik, edit. Hotho, 1838, t. 111.\n(2) Je tiaduis ainsi, en dépit des mots et pour 1 expliquer dans ce qui suit, la formule (( Kunst\ndei hmpfindung », que P. Moos a cru pouvoir remplacer, dans son analyse, par « kunst des\nGefuhls ». Hegel dit ailleurs a kunst des Gemùts », et cette terminologie, nécessairement flot-\ntante, est bien regrettable.\n(3) I orlesungen übei die .Ethetik, édit. Hotho, 1838, t. 111. Je remplaça par ces deux mots une\nfoi mule intiaduisible . « das Leben und Weben eines Gehaltes in einem einzelnen subjectiven\nlnnern darzustellen » (Ibid., p. 133, 144.)\n(4) Ibid., p. 144, 145."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "589", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.21", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "l'âme au-dessus d'elle-même, et lui permettent «de soulever la pierre tombale\nde la vie passionnelle ordinaire » (i) pour s'épanouir dans une région sereine.\nD'ailleurs, il lui est impossible de traduire le sentiment avec la même précision\nque la poésie : « Elle ne va pas plus loin que créer une sympathie, toujours\nindéterminée, avec les mouvements de l'émotion. » L'originalité de la musique\nconsiste encore dans la conciliation intime qu elle réalise entre deux extrêmes :\nla détermination mathématique des éléments qu'elle emploie et la liberté\nde l'expression. Elle ressemble à l'architecture, qui trouve des formes\nen dehors de l'expérience, mais qui doit les réaliser conformément aux lois de la\npesanteur. Sa loi organique est aussi bien celle du sentiment, lequel échappe à\ntoute mesure, que celle des sons, représentés par des rapports quantitatifs;\nelle fond cette dualité en une harmonie qui crée sa toute-puissance :en elle\nrégnent à la fois, souverainement, l'émotion intérieure et la raison la plus\nprécise, et cette compénétration assure un affranchissement plus complet de l'une\net de l'autre.\n{A suivre.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c047", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "589", "page_fin": "591", "image_debut": 21, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.7", "titre_corps": "Les chanteurs d'autrefois : Battaille.", "titre_sommaire": "Les chanteurs d'autrefois : Battaille.", "signature_source": "ALIX LENOËL-ZÉVORT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "589", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.21", "debut_caractere": 1165, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "Les chanteurs d'autrefois : Battaille.\n\n(Battaille, Charles-Amable, de l'Opéra-Comique ; né à Nantes 30 septembre\n1822 ; mort à Paris 2 mai 1872. Professeur au Conservatoire en 1851 ; élève de\nGarcia; lauréat du Conservatoire en 1847 avec Mme Miollan Carvalho et\nM. Meillet.)\nBien que la méthode de chant annoncée par Battaille n'ait pas été publiée en\nentier, les travaux de ce savant professeur ont laissé un souvenir très\nhonorable dans l'histoire de l'art vocal. Chanteur, physiologiste et professeur, il\na eu le rare mérite d'appliquer à l'étude vocale les connaissances qu'il avait\nacquises comme docteur en médecine, et de réunir en lui, par les hasards de la\nvie et de la nature, des qualités qui sont rarement associées. Paul Mounet, de la\nComédie-Française, est dans les mêmes conditions; et je ne sache pas que ses\nconnaissances anatomiques aient nui à ses aptitudes de comédien, bien au\ncontraire. Récemment, à Bayreuth, le rôle de Tristan était tenu par un docteur\nmédecin. De même, chez Battaille, une voixd'une qualitéet d'une sonorité excep-\ntionnelles était dirigée par l'esprit le plus pénétrant orné des connaissances\nscientifiques les plus variées. Battaille a suivi les traces de Garcia ; armé du\nlaryngoscope, il a tenté de pénétrer le secret trop bien gardé de ce charmant\net décevant instrument que nous appelons le larynx.\nBattaille naquit à Nantes le 30 septembre 1822, d'un père médecin, cequi expli-\nque que lui-même se fit recevoir docteur. Doué d'un goût très vif pour le théâtre,\nil fut, dit-on, d'abord refusé à l'unanimité au Conservatoire ; mais le fait importe\npeu, puisqu'il remportait plus tard trois premiers prix comme élève de Manuel\nGarcia. Artiste de valeur, son succès fut complet dans le Toréador d'Adolphe Adam\net dans le Val d Andorre d'Halévy. La belle voix de basse chantante de Battaille,\nses qualités dramatiques, la fixité de son regard, le rendaient éminemment propre\nà interpréter ce rôle de bon sorcier dans le chevrier du Val d Andorre, en même\n\n(1) C'est ce que Hegel appelle « die Zurùckname aus ihrem Versenktstein ». (V. p. 180, 181,\n194, 195.)"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "590", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.22", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "temps que son heureuse entente de la nuance donnait une valeur exacte aux\ndifférentes parties du rôle. Sa voix vibrante d'enthousiasme s'exaltait sur le\npassage connu : Le ciel est son livre, pour se résoudre en douceur attendrie sur\nHeureux comme lui (22). Le passage en majeur (mesures 25 à 31) mettait\nen valeur la pureté et la fraîcheur de la voix de l'acteur, pureté et fraîcheur qui\ns'harmonisaient si bien avec l'impression que son rôle supposait. Avec la phrase\nen mineur (36 à 43), Battaille avait à développer toutes les ressources de\nl'expression. Le rapprochement des intervalles contribuait à en déterminer la\nmélancolique douceur, que l'acteur accusait encore en assourdissant le timbre.\nAinsi se formait un contraste puissant avec la phrase dernière, où éclatait en\nmajeur et dans toute sa puissance la belle voix de Battaille (44 à =55) :\nUne maladie du larynx interrompit la carrière de l'artiste et le détermina\nprobablement à se donner plus complètement à l'étude de la phonation. Nommé\nprofesseur auConservatoire en 1851, il présentait, 10 ans plus tard, à l'Académie\ndes sciences, un mémoire fort remarqué, suivi d'un second en 1863.\nBattaille, par un nouvel avatar, fut nommé sous-préfet en 1870. Homme\nde cœur, non seulement il remplit consciencieusement les devoirs de sa\ncharge; mais, se souvenant qu'il avait été médecin, il s'employa activement à\nenrayer les progrès d'une épidémie de petite vérole. Charmer par une belle voix,\nguérir par la science, instruire par l'exemple et par une méthode très sérieuse,\ntrès documentée, sinon très complète, tel fut le beau rôle que joua sur la scène\ndu monde cet artiste éminent. La maladie et les circonstances l'empêchèrent de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "591", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "s'épanouir complètement en tant que chanteur, mais il a peu d'égaux dans le\ndomaine des exécutants théoriciens. 11 est de la race trop peu nombreuse des artistes\nqui ne se contentent pas d'exécuter machinalement le trait ou la vocalise, mais\nqui veulent d'abord comprendre le mécanisme vocal et expressif, pour le faire\nensuite saisir plus complètement au public ou à l'élève. A proprement parler,\nBattaille n'a pas fait une méthode de chant, si l'on entend par méthode une série\nd'exercices vocaux plus ou moins bien gradués, plus ou moins bien déterminés\ncomme mécanisme, que l'élève répète comme on les lui impose, plus ou moins\nmachinalement , tantôt bien, tantôt mal, plus souvent mal que bien, suivant les\nhasards de son organisation. Mais si l'on entend par méthode des recherches\nsérieuses, sinon.certaines, sur l'appareil vocal et sur les moyens à employer\npour le diriger avec fruit dans la voix chantée, Battaille doit être compté\navec Garcia comme un de nos meilleurs maîtres.\nQuoi de mieux compris, de plus profitable, que les conseils donnés par\nBattaille à propos de l'abus que l'on fait de la voix de poitrine pour les femmes r\n« On a abusé du registre de poitrine chez la femme, dit Battaille, au point de\nl'étendre au si3 à Fut1 et même au ré \\On ne pouvait rien imaginer de plus désas-\ntreux ; et c'est commettre un véritable attentat que d'exercer les voix à de\npareilles folies. Les sons dont nous parlons ne peuvent s'obtenir qu'à l'aide\nde violentes contractions et d'un tiraillement énorme des ligaments vocaux qui\népuisent les muscles et leur impriment souvent un tremblement qu'on ne peut\nbientôt plus maîtriser, sans compter que la membrane vocale, distendue sans\nménagement, s'engorge, s'enflamme et cesse de produire des sons purs et\nagréables. »\n\nALIX LENOËL-ZÉVORT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c049", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "591", "page_fin": "592", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.8", "titre_corps": "Actes officiels et Informations.", "titre_sommaire": "Actes officiels et Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "591", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.23", "debut_caractere": 1812, "fin_caractere_exclue": 3091, "texte": "Actes officiels et Informations.\n\nCONSERVATOIRE. Par arrêté ministériel du 27 novembre dernier, les deux\nclasses d'opéra et d'opéra comique existant au Conservatoire national de mu-\nsique et de déclamation sont supprimées et remplacées par quatre classes de\ndéclamation lyrique (opéra et opéra comique), dans lesquelles les élèves seront\nadmis à étudier tous les genres d'ouvrages lyriques.\nLes concours d'opéra et d'opéra comique resteront néanmoins distincts; mais\nil appartiendra au Comité d examen des classes de déclamation lyrique d'ad-\nmettre les élèves à concourir soit en opéra, soit en opéra comique, soit dans les\ndeux genres.\nPar décret et arrêté en date du 26 novembre, la classe d'ensemble de diction\nlyrique créée au Conservatoire national par décret du 3 février 1906, est suppri-\nmée et remplacée par une classe d'esthétique d'art lyrique obligatoire pour tous\nles élèves des classes de déclamation lyrique.\nUn avis paraîtra prochainement au Journal officiel pour connaître le délai\npendant lequel des candidats à cette chaire pourront déposer leur demande au\nsecrétariat du Conservatoire.\nOPÉRA. On nous annonce comme fort possible la prochaine nomination,\ncomme Directeur de l'Opéra, de M. Albert Carré, qui aurait pour successeur, à\nl'Opéra-Comique, M. Porel."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "592", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.24", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "HÔTEL DROUOT.\nH. R.\n— On a vendu quelques documents historiques sur Paris, assez\ncurieux pour être signalés, entre autres :\nPlusieurs pièces collectives où Ton remarque des signatures de compositeurs\nde musique et chanteurs : Manuel Garcia, Catahni, Rossini, Halevy, Thomas,\nCherubini, Ca/e/, Paêr, Boïeldieu, Kreutzer, Le Sueur, Hérold. Ces pièces ont\nété obtenues pour 10 francs.\nUne lettre signée par Lainez, Cavailhès, Pey, Rousseau, Lays et 1 estris,\nartistes du Théâtre des arts (ci-devant Académie de musique), au Directoire\nexécutif (20 frimaire an IV);\nUs rappellent que le gouvernement a toujours reconnu 1 utilité de 1 Opéra et a\naccordé une subvention mensuelle de 30.000 livres.\nVu la progression des dépenses, ils demandent l'augmentation de cette\nsubvention.\nCet important document a été payé 33 francs.\n59 pièces concernant le théâtre de l'Opéra-Comique. Dossiers curieux prove-\nnant des papiers de Pixérécourt ; lettres de Dupaty aux artistes ; lettre de\nl'architecte de Gurchy sur la reconstruction de l'Opéra-Comique ; délibérations\ndes artistes de théâtre (4 vendémiaire an IV), pour l'acquisition des boutiques\nfaisant le pourtour du théâtre de l'Opéra-Comique, etc. Le lot a été vendu\n39 francs.\nLes plans, mémoires de travaux, correspondance, etc., la plupart relatifs aux\nsuites de 1 incendie de la salle Favart, ont été payés 1 1 francs.\nDans une vente d'objets d'art anciens, un clavecin en acajou orné de bronzes\ndorés et ciselés de style Louis XVI, a été adjugé à 1,089 francs.\nOn nous prie d'annoncer que les concerts Sechiari, dont toute la presse a\nété unanime à constater les brillants débuts, quittent le Kursaal de l'avenue\nde Clichy.\nIls reprendront très prochainement dans une salle mieux appropriée au carac-\ntère de ces concerts."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1906-12-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabj_1906-12-15_01#c050", "volume": "bmtnabj_1906-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "591", "page_fin": "591", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.2.8.1", "titre_corps": "CONSERVATOIRE. 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Son organisation technique lui permet de traiter toutes les questions se\nrapportant à l'Art musical."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "569", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 24 (sixième année)\n15 Décembre\n1906.\nK. M.\np\n\nNotre supplément musical.\n\nLes pièces que nous publions sont tirées d'un Recueil qui se trouve à la Biblio-\nthèque de Berlin et qui porte le titre suivant:\nRECUEIL DE DANSERIES\nCONTENANT PRESQUE TOUTES SORTES DE DANSES\nComme Pavanes, Pass'emezos, Allemandes, Gaillardes, Branles et plusieurs\nautres accommodées aussi bien à la voix comme à tous instruments musicaux,\nnouvellement amassé d'aucuns sçavants maîtres musiciens et autres amateurs\nde toutes sortes d'harmonie.\nEN ANVERS\nChez Pierre Phalèse, au Lyon Rouge, et chez Jean Belleri, à l'Aigle d'Or,\n1583.\n[Le titre est d'abord en latin, puis en français.)\nAprès avoir copié intégralement les quatre cahiers de ce Recueil (un cahier\noblong pour chacune des 4 voix : Superius, altus, ténor, bassus) en notation\nlosangée du XVIe siècle, sans barres de mesures), nous avons demandé ici même\nquels étaient les musiciens qui, au courant des vieilles écritures musicales,\nvoudraient collaborer à la mise en partition, et en notation moderne, de cet\nouvrage. En dehors des collaborateurs habituels de la Revue musicale, deux\nseulement se sont proposés : M. Gasperini, le savant professeur du Conserva-\ntoire de Parme, bien connu pour une histoire de la notation dont M. Pierre\nAubry a rendu compte ici même, et qui est fort estimée ; et M. Dorsan de\nReyschoot, professeur d'harmonie au Conservatoire de Gand, auteur de compo-\nsitions d'un réel mérite. Nous donnons aujourd'hui, surtout à titre de docu-\nments historique sur les danses du seizième siècle, les premières pièces de ce\nRecueil de 1583, en adressant nos remerciements et nos compliments à nos deux\ncollaborateurs.\n\nLa Revue musicale reprendra dans son prochain numéro la publication du\ncours du Collège de France et des notes sur « la Musique et la Magie »."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "570", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.2", "texte": "LES OEUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\nLes oeuvres récemment exécutées.\n\nLA SYMPHONIE EN ut MINEUR, DE BEETHOVEN (CONCERTS SECHIARI).\n\n- J'ai\ndéjà donné ici une analyse rythmique de l'allégro initial de cette œuvre qui\ndébute par la célèbre formule :\n, au-dessus de laquelle\nBeethoven avait écrit : « Ainsi frappe le Destin à notre porte ! » 11 est singulier\nque dans l'énorme quantité de livres, de brochures, d'articles de revues, qu'on a\nécrits sur Beethoven, on cherche vainement une étude précise et complète de\ncette symphonie ; j'entends une étude qui ne se borne pas à quelques observations\nsuperficielles entourées d'anecdotes, mais qui entre dans le détail technique et\nmontre le mécanisme, le plan de cette construction, pour en dégager ensuite\nune conclusion sur l'état psychologique de Beethoven. Je ne pourrais pas choisir\nd'exemple plus probant pour justifier l'opinion que j'ai déjà émise sur le grand\ncompositeur, et pour réfuter un jugement que je considère comme un contre-\nsens. On est habituellement très saisi par ces mots : « Ainsi frappe le Destin/... »\nOn reconnaît non sans raison un caractère impérieux et brutal aux quatre\nnotes qui servent d'expression à cette idée; et voilà aussitôt l'imagination qui\nconçoit un Beethoven tragique, angoissé, en lutte avec la Mort, absorbé par\nl'énigme de la vie, romantique avant le romantisme. Rien n'est plus faux et plus\ninsupportable que cette manière de voir. Cet allegro est avant tout un modèle\nd'architecture sonore, et quiconque ne met pas avant tout le reste le sentiment\nde beauté inhérent à cette combinaison de formes, à la fois si richeset si simples,\nest à côté de la vraie musique. J'admets que l'épigraphe sur le « Destin » ne\nsoit pas due à une association d'idées un peu fortuite, faite après coup, et qu'il\nfaudrait entendre « cum grano salis », sans la prendre fort au sérieux ; j'admets\nqu'en écrivant la première mesure, Beethoven était assombri, douloureusement\ntraversé par le plus noir pessimisme : rien n'est plus favorable à ma thèse, qui\nconsiste à affirmer qu'au lieu de traduire et de prolonger les sentiments pénibles\ndu compositeur, la musique Yen délivre, pour l'élever dans un monde d'apaise-\nment et de beauté sereine où disparaissent tous les cauchemars de la souffrance\nmorale. Beethoven, en effet, ne s'intéresse qu'au caractère mélodique et\nrythmique de ce thème initial de trois croches suivies d'une blanche, et, avec une\nhabileté qu'on appellerait ingénieuse si elle n'était géniale, il en tire un mer-\nveilleux parti en usant de tous les procédés de son art. Il l'amplifie en période :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "571", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.3", "texte": "LES ŒUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\nCe nouveau thème, il le renverse à son tour en lui faisant subir une modifi-\ncation rythmique (certaines notes fortes étant placées sur des temps faibles) :\nIl reprend l'idée du début en laissant de côté la mélodie et en ne retenant que\nle rythme :\nEt ce n'est là qu'une indication des procédés les plus\napparents! Si Beethoven est un grand compositeur, c'est parce qu'il sait con-\nstruire, combiner, varier, renverser, imiter, transposer, développer, si bien que,\nd'un motif de quatre notes, il tire vingt pages de partition. Cet allegro est fait\navec presque rien; il a cependant autant de richesse que d'unité, et c'est là le\ntriomphe du génie. Où est le « Destin », en tout cela? Je ne vois que de la\nmusique pure et de l'imagination musicale. Vraiment, si le Destin est venu\nfrapper à sa porte, Beethoven paraît n'avoir remarqué que le rythme sur lequel il\ns'annonçait ! ! Quant à la suite de cette symphonie, elle nous éloigne de plus\nen plus de toute idée d'un prétendu drame psychologique. Et ici au moins, si\non se refuse à le faire plus tôt, il faut reconnaître que Beethoven s'est elevé au-\ndessus des orages :\nReconnaissez - vous lin -\nfluence du « Destin » dans cette admirable fin de phrase, où la flûte, reprenant\nla cadence faite par les altos et les violoncelles l'évite avant de la re-\nproduire, et où le hautbois fait, par augmentation, une sorte de réponse de fugue :\nY a-t-il rien de plus posé, de plus souriant et de plus sain que le second\nthème :\n? Cet andante a une construction qui tient à\nla fois du Rondo (retours d'une même idée séparés par des épisodes) et du"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "572", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.4", "texte": "LES OEUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\nthème varié. Les variations sont un chef-d'œuvre de grâce souple et cares-\nsante :\nLe troisième mouvement de la symphonie rappelle le premier par la beauté de\nsa construction, par son ampleur (la première cadence parfaite n'apparaît qu'à la\n132e mesure), et par autre chose encore, qu on n a pas remarqué ; 1 idée initiale,\nest tirée du premier thème (ainsi frappe le\nDestin !...) qu'elle transforme de façon encore reconnaissable dans la suite:\nEt nous sommes en plein « Scherzo », c'est-à dire en plein divertissement !\nBeethoven a l'air de recevoir joyeusement le sombre personnage qui est venu\nfrapper à sa porte et de l'inviter à une petite fête ! Dans Y Allegro final, il ne perd\npas de vue le thème de quatre notes par lequel il a commencé sa symphonie;\non en retrouve le rythme, par exemple, dans cet appel des cuivres (2e partie) :\net encore dans cette réponse :\nMais comment expliquer que ce thème auquel on attribue un caractère\ntragique, reparaisse dans un morceau qui est une explosion d'allégresse bien\nréglée, une affirmation de la volonté maîtresse d'elle-même, sans le moindre\neffort et le moindre nuage Ml y a dans ce finale des parties exquises de verve, où\nl'on croit voir l'allure joyeuse d'un homme qui vient de mettre le « Destin » dans\nsa poche :\nEn résumé, j admets volontiers que Beethoven a pris comme point de départ\nune idée emphatique et oratoire, d'un classicisme assez pompeux, le « Destin » ;\nmais dans la solide et lumineuse symphonie, si nette, si bien équilibrée, qu'il a\nconstruite sur un tel fondement, je ne vois absolument rien qui permette d'attri-\nbuer à cette idée le caractère d'une angoisse ou même d'une tristesse réelles. Je\nn y trouve que sérénité, santé morale, allégresse, puissance et technique supé-\nrieure, 1 unité surtout, 1 admirable unité qui est la qualité essentielle des\nœuvres du génie.\n\nJ. C."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "573", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.5", "texte": "LES OEUVRES RÉGEMMENT EXÉCUTÉES\n\nCONCERT ARMÉNIEN (SALLE DE LA RUE D'ATHÈNES).\nJ. C.\n— Il faut vraiment être à\nParis, pour assister à des auditions et à des spectacles aussi imprévus. La salle\nest remplie de personnes très élégantes, aux visages exotiques. Sur l'estrade,\nune trentaine de chanteurs que dirige un chef ayant sur la tête une sorte de sac\npointu qui retombe jusqu'à mi-corps. Il n'a rien de commun avec un officiant de\nl'Inquisition, bien qu'il en évoque l'idée : c'est le R. P. Komitas. maître de\nchapelle de la cathédrale d'Etchmiadzine. Il dirige l'exécution de chants popu-\nlaires qu'il a recueillis en Arménie, chants de travail agreste, chants d'amour\n(mon bien-aimé, grand comme un platane... ; — il marche, il brille, mon bien-aimè /),\nchants d'émigré, berceuses, etc... entre lesquels s'intercalent des mélodies litur-\ngiques : un Pater, un Miserere, un Stabat. Entre temps, une jeune fille vient\ns'asseoir au piano, et nous joue quelques danses populaires, exemptes de toute\nvirtuosité, exemptes quelquefois même de rythme, et d'une expression très\nétrange. Les voix que j'ai entendues là (celles de MM. Chah-Mouradian,\nMoughounian, Guissard, Marchisio) sont remarquables, mais il me serait bien\ndifficile d'émettre un jugement sur cette musique insolite pour nous : des fiori-\ntures inutiles dans la mélodie, l'abus des modulations, peu de rythme, — une\napplication exagérée aux « nuances » et souvent au pianissimo, mais une saveur\noriginale, voilà quelques-unes de mes impressions. Je regrette que le R. P.\nKomitas, qui paraît être un musicien très expert, ait harmonisé à quatre parties\nchantées les airs populaires recueillis par lui. Le chœur encadrant le soliste\nchange absolument la nature du morceau exécuté et transforme une chanson en\nlourde cantate. Souhaitons que ce concert intéressant ait pour suite la création\nd'une maîtrise qui nous familiarisera avec la musique arménienne!\n\nQUATRIÈME SYMPHONIE EN ré MINEUR, DE R. SCHUMANN (CONCERTS COLONNE.\n\nDes quatre symphonies composées par Schumann, la dernière est peut-être\nla plus remarquable, la plus complète, ou du moins la mieux équilibrée, celle\noù les motifs semblent le plus séduisants et les développements le plus naturels,\nsans redites inutiles ni remplissages oiseux. Tout s'y déroule avec une fantaisie\nqui n'exclut pas la logique ; la mélodie jaillit de source, et nul effort, nulle\ncontrainte ne paraît en gêner le libre cours ; le travail a servi l'inspiration.\nLà se retrouvent les quatre parties traditionnelles de la symphonie, mais\nrapprochées de manière qu elles se suivent sans interruption ; les deux parties\ndu milieu, plus brèves que les deux autres, facilitaient d'ailleurs cette continuité.\nLa première est précédée d'une introduction où se remarque un thème et qui\nreparaîtra en majeur dans la Romance et d'où l'œuvre entière semble\ndécouler. Si la science du contrepoint se laisse admirer au cours de Y Allegro\ninitial, la fraîcheur de l'idée fait surtout le charme de l'exquise Romance qui le\nsuit; le Scherzo, avec son début canonique et son gracieux trio, a de la verve et\nde l'entrain ; quant au Finale, précédé d'un andante de seize mesures qui\nrappelle le thème de l'Allégro, il éclate avec vigueur, il galope, il bondit, il\nentraîne l'auditeur dans un tourbillon joyeux, qui traduit à sa manière l'ivresse\ndu poète, la fougue de son esprit et les tendresses de son cœur. Composée en\n1841, c'est-à-dire aussitôt après la première symphonie, elle devait s'appeler\nd'abord Fantaisie symphonistique; puis Schumann renonça non seulement au\ntitre, mais à l'œuvre elle-même, semble-t-il, pendant un assez long temps ; il\nparut s'en désintéresser, sinon l'oublier, et c'est seulement dix ans plus tard, en"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "574", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.6", "texte": "LES ŒUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\nI8;I, qu'il y revint pour la modifier, la réinstrumenter, lui donner l'aspect\ndéfinitif sous lequel nous la voyons aujourd'hui, et la publier avec le numéro\nd'op. 120. Ainsi devint-elle la quatrième symphonie, quand elle était, en réalité,\nla deuxième. Ces détails sont connus ; ceux qui suivent le sont moins En son\nétat initial, l'œuvre avait été exécutée au Gewandhaus de Leipzig, sous la direc-\ntion de Mendelssohn, le 6 décembre 1841. On pouvait craindre que cette version\nprimitive eût disparu ; mais le manuscrit s'en est heureusement retrouvé ; par\nlui nous apprenons les dates précises de composition, savoir : en tête, « 7 juin\n1841 »; puis, au début delà dernière partie, « 6 septembre 1841 »; et, à la fin,\n« achevée à Leipzig, le 9 septembre 1841 Les vaiiantes sont nombreuses et\nfournissent, par voie de comparaison, un sujet d'étude aussi curieux qu'inté-\nressant. La symphonie, ainsi refondue et perfectionnée dans le détail, avait, dès\nl'origine, une valeur propre qui la rendait fort digne d être admirée déjà.\nL'épreuve de nouvelles auditions l'a démontré depuis. Franz Wullner, en effet,\nl'a fait entendre le 21 octobre 1889, à Cologne, aux concerts Gùrzenich; il est\nfacile de la produire maintenant à Paris. On commence à prendre goût aux\ncuriosités musicales. Le parallèle entre les deux versions d'un ouvrage aussi\ncélèbre aura son prix et son utilité.\n\nCHARLES MALHERBE.\n\nSlGURD ET M. CARBELLY, A L'OPÉRA.\n\nPour les débuts de M. Carbelly, je\nsuis allé réentendre le chef-d'œuvre de notre éminent collaborateur, E. Reyer,\nà qui le Président de la République donnait récemment, avec une accolade\nsoulignée d'applaudissements unanimes, la plus haute distinction dont il\ndispose dans la Légion d'honneur. Une fois de plus, j'ai pris le plus grand\nplaisir à cet opéra très mélodique, très coloré, dont les qualités maîtresses sont\nd'avoir une unité parfaite, de ne pas donner un seul instant une impression de\nremplissage ou de fatigue, et, tout en charmant l'oreille selon l'ancienne esthé-\ntique, de ne jamais tomber dans la banalité. Sigurd est une excellente formule\ndu grand drame lyrique, analogue à ce qu'est le Roi d Ys de Lalo pour l'opéra\ncomique : formule moyenne et très française, qui ne sacrifie jamais le charme,\nnécessaire en de tels genres, à l'esprit systématique, et qui satisfait tout à la fois\nle public instinctif et les musiciens réfléchis. C'est un modèle à ne jamais perdre\nde vue, en un temps où le dévergondage de l'imagination, le goût du bizarre et\nla recherche de l'originalité à tout prix, produisent souvent des monstres non\nviables. J'avais beaucoup aimé M. Carbelly, en juillet dernier, dans la prière de\nGuillaume Tell qui fut son morceau de concours au sortir du Conservatoire, et lui\nvalut un premier prix. La voix était superbe, bien timbrée, parfaitement homo-\ngène. J'ai retrouvé ces qualités à l'Opéra, mais moins saisissantes que dans la\nsalle de l'Opéra-Comique, ce qui est assez naturel. Dans le premier acte,\nM. Carbelly n'a pas montré toutes ses ressources ; dans les suivants, il a repris\ncomplète possession de soi et a souvent provoqué de sincères applaudissements.\nLa voix est d'un métal très pur ; les notes élevées, comme il arrive chez les bons\nbarytons, sont très belles. Ce qui lui manque, c'est l'action, la science des atti-\ntudes, des gestes et des jeux de physionomie. Il sait très bien chanter ; il ne sait\npas encore se taire : il paraît un peu embarrassé de sa personne. Il en est réduit\nà jouer Sigurd en dedans, comme un rôle sur qui pèserait une sorte de fatalité\nromantique, sans donner au personnage la fougue qui sied à un chef guerrier\ncontemporain d'Attila. Les qualités de composition viendront à M. Carbelly,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "575", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.7", "texte": "LES OEUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\navec l'aisance indispensable ; le public lui a fait le plus sympathique accueil.\nM. Gresse, qui est doué de la plus belle voix que je connaisse, voix ronde,\npuissante, souple et très égale, avec un timbre sut generis, a eu un succès\nénorme et mérité. Au IIIE acte (scène n), il a eu un éclat et une puissance admi-\nrables dans le célèbre passage où, accompagné par un orchestre de fête et\nd'allégresse, il annonce le prochain mariage de Brunehild et de Gunther :\nBientôt apparaîtra la pompe nuptiale...\nDe Brunehild suivant la marche triomphale,\nPeuple, fais retentir les airs de joyeux cris.\nCe seul vers, répété à pleine voix, vaut qu'on retourne à l'Opéra pour l'en-\ntendre. Mlle Chenal, qui est à l'Académie de musique depuis un an seulement,\net dont nous suivons les succès avec le plus vif intérêt, est charmante et excel-\nlente, pour l'œil comme pour l'oreille. Une interprétation qui réunissait, avec de\ntels artistes, xM. Affre, MUes Demougeot, Flahaut, M. Gilly, ne pouvait manquer\nd'être tout à fait remarquable. Çà et là, quelques accrocs (pour la justesse!).\nEst -ce par souci de la couleur barbare que les envoyés d'Attila (I, m, Prince du\nRhin, nous partons des l'aurore, etc...) ont chanté faux?\n\nC.\n\nESQUISSES CAUCASIENNES, PAR IPPOLITOW IVANOW (CONCERTS SECHIARI).\nM.\n- La\nmusique russe, encore peu connue en France, est, en général, d'un très haut\nmérite ; musique extrêmement colorée, très riche de rythmes et d'instrumenta-\ntion, savante et populaire (par le fonds des idées). Mais ces « Esquisses » —\nthèmes non développés — ne sont peut-être pas ce qu elle a produit de meilleur.\nJ'ignore la date de la composition, mais la première rappelle étrangement les\nadieux de Wotan et de Brunehild, dans la Tétralogie de Wagner. C'est trop\ncompact, trop lourd, pour une « esquisse » où la pureté de la ligne mélodique\nest l'essentiel. Les autres pièces sont plus dégagées, mais avec un peu d'inco-\nhérence et ne laissent pas une impression assez nette.\n\nLES ROSES D'ISPAHAN, DE G. FAURÉ (CONCERTS SECHIARI).\n\n— M. Gabriel Fauré\nest un musicien dans l'esprit duquel il y a certainement l'étincelle des grands\nmaîtres. Mes impressions — jusqu'à ce jour — sur sa musique sont les sui-\nvantes : grande distinction, et invention mélodique originale ; dans l'écriture,\nun certain abus, çà et là, de formules pianistiques ; dans l'expression (et dans\nplusieurs de ses œuvres les plus connues, sinon dans toutes) une tendance à\ncultiver le côté purement voluptueux du langage des sons, les consonances enve-\nloppantes, où les harmonies sont une caresse plus encore qu'une pensée. J'avais\ndéjà éprouvé cela en entendant son Requiem ; j'ai été confirmé dans cette opi-\nnion par les Roses dlspahan, mélodie célèbre, et d'ailleurs charmante. On\npouvait chercher l'équivalent musical de ce sujet dans la qualité de la pensée\n(indépendamment de tout effet instrumental et, en quelque sorte, matériel),\ncomme fait d'habitude R. Schumann; M. Fauré a surtout vu là une occasion de\nséduire par des moyens un peu sensuels : ce n'est pas la pensée seule qui con-\nquiert l'auditeur ; on est pris comme dans un réseau de volupté où l'intelligence\ns'endort et où l'instinct est très doucement flatté... J'ai eu le plaisir de modifier\ncette impression en entendant il y a quelques jours, dans un salon ami, la sonate\nop. 13, pour piano et violon, du même compositeur. C'est une œuvre de jeunesse,\nmais que je n'hésite pas à mettre au même rang que les meilleures du genre (la"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "576", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.8", "texte": "LES OEUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\nSonate à Kreutzer, de Beethoven, et quatre ou cinq autres étant, bien entendu,\nexceptées). Le premier mouvement est dune belle allure inquiète et romantique ;\nl'adagio est d'un sentiment profond, le finale est d'un rythme extrêmement joli.\nJe signale cette sonate aux amateurs qui ne la connaîtraient pas, tout en les\nprévenant qu'elle n'est pas facile ! Elle est bien écrite pour le violon, mais les\ndifficultés de mécanisme dont elle abonde sont intrinsèques ; je veux dire que leur\nsolution ne produit pas comme dans la musique de Max Bruch, par exemple\ndes « effets » qui récompensent l'artiste de sa peine en le faisant briller.\n\nA. B.\n\nSYMPHONIE EN mi MINEUR (n° 5). LE NOUVEAU MONDE, de M. ANTON DVORAK\n(CONCERTS LAMOUREUX).\nA. L.\n— Ce qui me plaît surtout dans cette œuvre, c'est la\nfranchise, l'allure naturelle, vive et libre, l'indépendance de toute école et de\ntout système. Elle repose de tant de compositions laborieuses de nos jours, où\nun art inexpérimenté, trop visible, l'emporte sur une maigre inspiration. Ce\nn'est pas précisément une symphonie, au développement régulier : c'est une\nsuite, un entre-croisement, un jeu de petits motifs populaires ou sauvages, qui\ns'ébattent sans effort, vont et viennent pour l'amusement de l'oreille. Il y a des\nredites, un inévitable manque d'unité ; mais tout cela sautille, pétille, tout est\nfrais, coloré, ingénieux et spirituel. Pas d'outrances, pas de prétentieux exo-\ntisme ; pas trace non plus de platitude ou de grotesque, ce qui n'est pas un\nmince mérite pour un musicien civilisé qui cultive la bamboula ou la.danse du\nventre. J'ai particulièrement remarqué le thème initial de l'Adagio (qui rappelle\npresque les 4 premières mesures de XInvitation à la Valse, après l'introduction),\nthème principal qui revient dans le reste de l'œuvre ; l'espèce de danse nègre du\nScherzo, — une petite drôlerie, comme dirait M. Jourdain, mais qui ne pou-\nvait être écrite que par un maître; et une grande partie du finale plein de va-\nriété et de souplesse.\n\nLA HALTE DIVINE (INTERLUDE SYMPHONIQUE, Ire AUDITION), DE M. E. TRÉMISOT\n(CONCERTS LAMOUREUX).\nA. L.\n— Si un musicien avait tâché de rendre accessible à une\nmédiocre fanfare de village la Rédemption ou la Symphonie de Franck ; s'il\navait voulu en donner à des profanes quelque idée vague et lointaine, il me sem-\nble qu'il aurait pu écrire cet Interlude, où s'exprime symphoniquement l'ascen-\nsion de l ame sur une montagne colossale de laquelle elle dominera le monde\npour s'éteindre ensuite en Dieu. J'oublie d'autres choses non moins philosophi-\nques. C'est du Franck simplifié, caricaturé, encanaillé : cette Halte divine res-\nsemble plutôt à une marche solennelle de pompiers. Je m'excuse de donner une\nimpression aussi brutale, mais je chercherais vainement à l'atténuer. Quand on\nprétend traiter certains sujets, il faut s'être assuré qu'on a les épaules assez\nsolides pour porterie fardeau choisi.\n\nLENTERREMENT D OPHÉLIE, PAR BOURGAULT-DUCOLJDRAY (CONCERTS SECHIARI),\n\nCette petite pièce mérite de nous arrêter, car on vient de lui faire un gros succès.\nElle fut improvisée un jour chez la comtesse Sadowska de Scharfenort, canta-\ntrice russe, à qui l'auteur l'a dédiée. C'était au printemps de l'année 1888. Bien\nque composé virtuellement pour l'orchestre, l'Enterrement d'Ophélie fut\npublié d'abord, réduit pour le piano, dans un recueil intitulé : Fumées (1).\n\n(1) D abord édité chez Maquet, ce recueil est actuellement la propriété de l'éditeur Joubert,\n25, rue d'Hauteville, 25."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "577", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.9", "texte": "LES OEUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\nPendant l'automne de cette même année 1888, Y Enterrement cT Ophélie é tait exécuté\npour la première fois par l'orchestre d Angers, à l'un des concerts organisés\npar le regretté Jules Bordier, concerts qui ont rendu de si grands services à\nl'art musical et ont inauguré le mouvement de décentralisation de la grande\nmusique symphonique.\nU Enterrement d'Ophélie fut très goûté du public. On l'entendit pour la pre-\nmière fois à Paris en 1892, à l'un des concerts de la Société nationale, dirigés par\nGustave Doret (le jour même où eut lieu la première exécution de l'Après-Midi\ndun Faune, de Claude Debussy) ; puis aux concerts Lamoureux,sous la direction\nde Chevillard (en 1897 et 1899) 5 aux concerts Marigny (en 1904), sous la\ndirection de Paul Viardot qui lui fit obtenir les honneurs du bis, et en 1905\nsous la direction de l'auteur. A l'étranger, elle a figuré très souvent sur les\nprogrammes de concert du Kursaal de Montreux (directeur : Oscar Juttner) ; on\nl'a jouée aussi à Londres et en Amérique, à Boston, New-York, etc.\nRien de plus simple quela construction orchestrale de cette petite composition.\nLa phrase mélodique en fa Jf majeur est exposée d'abord par les instruments à\ncordes en solo (4 violons, 3 altos, 3 violoncelles) soutenus pardes accords de harpe,\net jouant avec sourdine, excepté le ier violon solo et le ier violoncelle solo. Puis\nvient une phrase en fa Jf mineur confiée aux bois, sur la sonorité desquels\nse détachent en contretemps les pizzicati du quatuor. La plainte s'accentue, et la\nphrase, douce au début, aboutit, à un fortissimo, après un crescendo qu'accentue\nl'entrée des cors, des trompettes et des trombones, tandis que les contretemps,\nmarqués d'abord par des pizzicati, sont exécutés par la masse entière des cordes\narpégeant des accords //. Après une explosion de l'accord de dominante do £ mi £\nsol £ si, que viennent souligner en contretemps les instruments de percussion\n(cymbales frappées avec la mailloche et timbales), on entend dans la coulisse le\ntintement mystérieux d'une cloche en ut £ dont la sonorité lointaine prépare le\nretour du thème initial exécuté cette fois par tous les instruments à cordes, avec\nsourdine. Pour finir, un gémissement des violons et une phrase expressive\nconfiée aux violoncelles et contrebasses qui descendent vers le grave, tandis\nqu'une suite d'accords très doux confiés à la harpe solo s'élève jusqu'aux régions\nles plus élevées de l'orchestre pour aboutir à un accord pianissimo. Œuvre\nnette, très expressive, d'une poésie réelle, que le public a eu raison d'applaudir\nchaleureusement, et qui doit garder une place d'honneur parmi les belles œuvres\nde l'école française.\n\nJ. C.\n\nOEUVRES DE M. Louis DUMAS, GRAND PRIX DE ROME POUR LA COMPOSITION\nMUSICALE.\n\n— M. Raymond Marthe, l'excellent professeur de musique, vient de\ndonner une soirée, dans ses salons de la rue de Sèvres, en l'honneur de M. Louis\nDumas, le vainqueur du dernier concours pour le prix de Rome, qui aime à se\ndire élève de M. Lenepveu pour la composition, et de M. Raymond Marthe pour\nle violoncelle. Le programme (dont quelques numéros étaient consacrés à de\ncharmantes poésies de M. Charles Dumas, frère du compositeur) comprenait\nexclusivement des œuvres du jeune et brillant lauréat : un Quatuor à cordes, un\nLamento pour violoncelle, supérieurement exécuté par M. Marthe, et Ismaïl, la\nscène lyrique récemment exécutée à l'Institut, avec Mme Durand-Texte,\nMM. Nansen et Sigwalt pour interprètes. Cette cantate, écrite d'après les lois\ntraditionnelles du genre, a retrouvé le succès déjà obtenu devant l aréopage des"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "578", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.10", "texte": "LES ŒUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\nImmortels et aux concerts Colonne. Le quatuor m'a particulièrement intéressé.\nOn n'y trouve point & adagio (l'adagio, où on ne peut pas se borner à des\neffets de rythme et où la pensée doit se montrer à découvert, est pour moi la\npierre de touche du compositeur). Mais il a un caractère personnel et beaucoup\nde charme. Le premier mouvement est faitsur deuxthèmes principaux, dont l'un\nen mi majeur, présenté avec des entrées successives, sert de prélude lent à\nl'allégro moderato qui s'enchaîne immédiatement, et l'autre, en sol £ mineur,\nest exposé par l'alto :\nLe deuxième mouvement, allegro, en ut% mineur, débute par un motif éner-\ngique bientôt interrompu par un rappel, avec sourdine, du ler thème du ier mou-\nvement, suivi de nouvelles idées (de forme chromatique) et de développements\ntrès remarquables. Le 3e mouvement, andantino tranquillo, peut se ramener à la\nforme du thème avec variations ; l'idée est celle-ci :\nLe finales st construit sur quatre thèmes, auxquels viennent se renouer un ins-\ntant les idées du 3e, du ier et du 2e mouvement. Dans son ensemble, l'œuvre\nest solidement construite ; elle a un charme très personnel et nous donne la\njoie de saluer un talent sérieux, plein de promesses pour l'avenir.\nAu DÎNER DE rUt mineur. Après ce dîner, qui réunit comme d'habitude, sous\nla présidence de MM. Chéramy et Custot, l'élite des compositeurs, des virtuoses\net des chefs d'orchestre de Paris, bref et très agréable concert où furent entendus\nMme Georges Marty, dont la très belle voix de contralto nous dit de charmantes\nmélodies de Fauré et de Pierné (accompagnées par les auteurs); M. Ricardo\nVihès, qui'joua excellemment au piano la Novelette en ré de Schumann, et un\nScherzo (de moindre valeur) de Borodine ; M. Vuillaume, qui avec la classique\nRomance de Swendsen et un Poème hongrois (un peu banal) de J. Hubay, exécuta\nmagistralement la Sonate pour piano et violon de Haendel, digne pendant par\nl'ampleur des idées et la grâce de la construction des œuvres de J.-S. Bach\ndans le même genre.\n\nC.\n\nLA CITÉ MAUDITE, DRAME LYRIQUE EN 3 ACTES, AVEC CHOEURS ETBALLET, PAROLES\n\nDE J. JACQUIN, MUSIQUE DE G. SARREAU (SOCIÉTÉ SAINTE-CÉCILE, BORDEAUX).\nDans Gomorrhe. sont aux prises deux partis inégaux, le mal et le bien ; deux\nprincipes, la civilisation corruptrice et la nature régénératrice ; deux femmes,\nZéphora la courtisane, et Myriem la vierge. L'importance des rôles de femmes\nprécise le caractère voluptueux de 1 œuvre, caractère que le livret exagère parfois"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "579", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.11", "texte": "LES OEUVRES RÉCEMMENT EXÉCUTÉES\n\njusqu'à la naïveté, mais que la musique souligne discrètement. L'inspiration de\nM. Sarreau est avant tout distinguée. Il a su donner une image musicale du con-\ntraste qui faisait le fonds du sujet, sans vaines complications d'aucune sorte, avec\nart et conscience. Comme exemple de sa manière, exempte de recherche dans\nles pages purement symphoniques, juste et pleine de charme dans les parties\nvocales, je citerai l'ouverture en berceuse du 2e acte ; sur l'accord divisé\nau quatuor, les bois et les harpes reprennent avec les soprani ce thème déjà pro-\nposé par l'orchestre :\nMme Allain, la gracieuse artiste si appréciée du public bordelais, mérite des\néloges pour sa belle interprétation du rôle de Zéphora (1).\n\nF. A.\n\nLILLE : LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DES CONCERTS POPULAIRES.\n\n— Quand, il y a\nun peu plus d'un an, M. Marquet cessa d'organiser et de diriger ses concerts, des\nmusiciens de profession et des amateurs formèrent Y Association symphoniqne et\nprirent pour chef M. Alfred Cortot, dont la science et l'autorité étaient appréciées\nà Paris. La saison 1905-1906 fut bonne. M. Cortot interpréta, selon leur style\npropre, quelques-unes des oeuvres les plus caractéristiquesdes maîtres classiques\net romantiques et nous révéla quelques-unes des plus belles pages delà musique\ncontemporaine, entre autres la Processions nocturne de M. Rabaud et Y Apprenti\nsorcier de M. Dukas. Le succès de ces après-midi dominicales fut grand, malgré\nla concurrence de l'orchestre Colonne, qui vint donner quatre concerts (un festi-\nval Wagner, Athalie avec les parties d'orchestre et les chœurs de Mendelssohn,\nun festival de musique allemande, un festival de musique française). Mais les\namateurs lillois devaient se partager entre Y Association symphoniqne et les\nConcerts pofulaires, où le bâton était tenu, depuis la retraite de M. Viardot,\npar M. Ratez, directeur de notre Conservatoire. On sentit donc la nécessité de\nfondre les deux orchestres. Après des négociations qui ne laissèrent point d'être\nlaborieuses, les deux éléments se constituèrent en une Société des Concerts\npopulaires, qui prit pour directeur artistique M. Ratez et pour chef M. Cortot.\nGrâce aux démarches de M. Théodore Barrois, ancien député, professeur à\nl'Université, de nombreux abonnements ont été souscrits et le succès des deux\nconcerts qui viennent d'être donnés justifie cet empressement. La com-\nparaison avec les orchestres Chevillard, Durant et Colonne, qui viennent de\nnous donner chacun une audition, a confirmé les amateurs de musique dans leurs\nbonnes dispositions à l'égard de M. Cortot. Si celui-ci ne commande point à des\ninstrumentistes aussi expérimentés, il ne le cède à aucun chef pour l'intelligence\ndes textes et la curiosité des formes nouvelles. Après l'avoir suivi pendant plus\nd'un an, nous sommes fondés à espérer qu il accomplira ici une œuvre sem-\nblable à celle de M. Ropartz à Nancy.\nAu concert d'octobre, M. Cortot nous fit entendre la Symphonie en ré mineur\nde Schumann, dont il respecta mieux le caractère romantique (surtout dans la\n\n( 1 ) Cette correspondance nous est arrivée trop tard pour que nous puissions faire graver toutes\nles analyses de textes musicaux qu'elle contenait."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "580", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.12", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nromance et le scherzo) que ne le fît, quelques jours après, M. Durant ; l'ouver-\nture de Tannhoiuser, dans laquelle il marqua fortement l'opposition entre la\nmarche des pèlerins, la bacchanale du Venusberg, le motif de la contrition, évo-\nquant le souvenir d'Elisabeth ; puis Sur la mer lointaine, de M. Moreau, où fut\ngoûtée l'antithèse de la mélodie bretonne, sur clarinette, et de la tempête déchaî-\nnée aux cordes et aux cuivres ; Vèsontio, où M. Ratez évoque, en des pages\npittoresques, brodées sur un canevas de thèmes populaires, ses années de jeu-\nnesse à Besançon ; Komarinskaia, de Glinka, dont le mouvement est si entraî-\nnant et le développement si coloré. Le virtuose était M.. Jacques Thibaud, qui\nexécuta, avec une admirable perfection de style, le beau Concerto de Lalo, puis\nla Chaconne et Y Aria de J.-S. Bach.\nAu concert de novembre, M. Cortot s'attaqua à la Faust-Symphonie de Liszt.\nNous sentions quelque inquiétude sur le succès de cette tentative. Mais audentes\nfortuna juvat ; tout a marché à souhait. Les mouvements et les nuances furent\nbien observés par le quatuor et l'harmonie ; seules les voix, qui s'élèvent à la\nfin de Méphistophèlès, parurent insuffisantes (Liszt les a traitées comme parties\nd'orchestre). L'impression fut très forte. L'auditoire n'était point préparé à\nrecevoir cette musique géniale, d'invention surabondante, de mouvements si\ndivers et de tonalités si variables, à la fois puissante et suave, par laquelle Liszt\négala Goethe, et qui arrachait des cris d'admiration à Wagner. Mais s'il éprouva\nquelque surprise, dès le magnifique commentaire musical du monologue de Faust\ncontemplant le signe magique, il s'abandonna à cet irrésistible courant de poésie\nàla fin de Méphistophèlès, après cette étonnante reprise ironique des thèmes de\nFaust et de Gretchen, quand la voix douce et claire de M. Plamondon eut évoqué\nla femme invincible à charmer et à consoler, toute la salle éclata en applaudis-\nsements. Le concert, qui avait commencé par une belle exécution de l'ou-\nverture du Roi d'Ys, s'acheva par l'audition de ïAntled d'Oskar Fried, Malgré\nla faiblesse des voix, ce chant, soutenu d'une partition fortement orchestrée,\nfit passer sur nos têtes le vent des tourmentes révolutionnaires. Quel contraste\navec le Repos de la sainte Famille de YEnfance du Christ, que M. Plamondon\ndut dire deux fois, tant il en sait exprimer l'apaisante poésie, et même avec l'air\nde Joseph de Méhul, où le même artiste montra qu'ayant le charme, il était\naussi capable de force!\n\nMÉDÉRIC DUFOUR.\n\nPublications nouvelles.\n\nOFFERTOIRES POUR TOUTE L'ANNÉE, A 4 voix ÉGALES, AVEC OU SANS ACCOIYÏPAGNEMENT\n(Ratisbonne, chez Pustet, éditeur).\n\n— M. le Dr Fr. X. Haberl, président\nde la Société Sainte-Cécile, a eu l'idée d'ouvrir une sorte de concours en deman-\ndant à tous les musiciens compétents d'écrire des offertoires pour voix égales. Il\nen publie aujourd'hui igo, choisis parmi ceux qui lui ont été envoyés. Dire que cet\nouvrage est contresigné par le Dr. Haberl, c'est laisser entendre qu'il offre les plus\nsérieuses garanties au point de vue liturgique et musical. Ces pièces, réunies en\n3 volumes qui se vendent séparément (3 fr. 75 et 5 fr. en partition, voix séparées\nà 1 fr.), ne sont pas toutes d égale valeur. Dans quelques-unes, on souhaiterait"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "581", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.13", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nplus d'indépendance des parties, et une harmonie moins verticale ; mais le\nrecueil est fort intéressant et rendra des services à ceux qui, tout en se confor-\nmant au récent Motu proprio, aiment la polyphonie vocale.\n\nR.\n\nJ.-S. BACH, « SUITES ANGLAISES, PARTITA, INVENTIONS A DEUXETTROIS VOIX», édition\npopulaire pour piano, chez Ricordi (Milan), 3 vol. à 4 fr. l'un.\nS.\n— Parmi ceux\nqui ont revu, « corrigé » (il le fallait en certains cas !) et doigté ces chefs-d'œuvre\ndont nous avons eu si souvent l'occasion de parler dans la Revue musicale, —\nBenjamin Cesi, Sigismond Cesi, Alexandre Longo, Ernest Marciano, Bruno\nMugellini, professeur au Conservatoire de Bologne, — nous sommes heureux\nde lire le nom de M. I. Philipp, professeur au Conservatoire de Paris. Cette\npublication, très ample et très soignée de forme, est surtout faite en vue de\nl'usage pratique. Ainsi, dans les six Suites anglaises (Bach procède volontiers par\ndemi-douzaine), l'éditeur a supprimé celles en la majeur et en ré mineur, la\npremière comme très inférieure aux autres, et la seconde comme ayant une gigue\ntrop hérissée de difficultés techniques. Le texte musical, très net et très élégant,\nest accompagné d'une brève analyse technique indiquant la structure de chaque\npièce. Nous n'avons à faire qu'une réserve sur la place et l'étendue du legato qui,\nassez souvent, ne correspond pas à la division réelle des membres rythmiques\nde la période. Les éditeurs ne se préoccupent pas assez de cela, dans les œuvres\nde piano; il en a été si souvent question ici même que nous n'y reviendrons pas.\nUn exemple entre cent. M. Mugellini écrit :\nNous pensons qu'il faut éditer ainsi, avec division et anacrouse !\nSans cela, le texte musical n'a pas de clarté rythmique. C'est une affaire de\nponctuation. Or, la ponctuation regarde l éditeur; il a pour devoir de la recons-\ntituer logiquement.\n\nMAURICE REUCHSEL : « L'ECOLE CLASSIQUE DU VIOLON. »\n\nSous ce titre, la\nlibrairie b ischbacher vient de faire paraître une élégante plaquette dans laquelle\n1 auteur, qui est un violoniste réputé de Lyon, a donné des notes biographiques\net bibliographiques très complètes sur tous les grands violonistes qui ont vécu\navant le xixe siècle. Voici d'ailleurs la liste des musiciens que M. Reuchsel a\nfait figurer dans son ouvrage : Corelli, Vivaldi, Geminiani, Veracini, Tartini,\nLocatelli, Leclair, Francœur, Guignon, Gaviniès, Pugnani, Jarnowick, Cam-\npagnoli, Fiorillo, Viotti et Léopold Mozart. Suivant l'ordre chronologique,\nM. Reuchsel a pu, chemin faisant, définir les différentes formes de composition\ndes œuvres, et a fait ressortir que les progrès réalisés par les virtuoses du\nviolon ont amené tout naturellement les compositeurs à produire des œuvres\nde plus en plus développées et de plus en plus complexes.\nUn avant-propos, consacré à l'histoire du violon et des ancêtres du violon,"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "582", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.14", "texte": "PUBLICATIONS NOUVELLES\n\nprécède cet ouvrage que complètent fort heureusement des photographies d in-\nstruments et des portraits de violonistes. L Ecole classique du violon, qui contient\ndes renseignements fort utiles, a sa place marquée dans la bibliothèque de tous\nles violonistes. —\n\nH. B.\n\nJ.-GUY ROPARTZ : « TROISIÈME SYMPHONIE EN mi MAJEUR » (avec choeursb\nH. B.\nLa maison A. Joanin et Clc vient de faire paraître la réduction de la sympho-\nnie dont la Revue musicale a rendu compte dans son dernier numéro. Cette\ntranscription est signée de M. Louis Thirion. La partie vocale n a pas été réduite\npour le piano, ce qui permet au lecteur de se faire une idée exacte du rôle que\nM. Guy Ropartz a attribué aux chœurs et aux soli. La partie symphonique pure\ndes deux premiers mouvements est écrite tantôt à deux mains, tantôt à quatre\nmains, si bien que tous les dessins d'orchestre se trouvent rendus par le piano.\nNous avons dit ce que nous pensions de la symphonie elle-même ; la lecture\nde la réduction est aussi captivante que celle de l'œuvre originale.\n\nPAUL LE FLEM : « SONATE EN sol MINEUR, POUR VIOLON ET PIANO », Edition mutuelle,\nen dépôt au bureau d'édition de la Schola Cantorum, 269, rue Saint-Jacques\n(prix, 7 fr.).\nM.\n*- -\n— J.CANTELOUBE DE MALARET : « DANS LA MONTAGNE », Suite pour violon\net piano (ibidprix, 8 fr.). — Ces deux ouvrages, qui nous viennent de la Schola\nCantorum, sont pour moi l'objet d'un profond étonnement. Je croyais que la\nSchola avait pour but l'étude des grands compositeurs qu'elle reprochait au\nConservatoire de négliger un peu trop ; or la caractéristique des deux composi-\ntions ci-dessus mentionnées, c'est le mépris ou l'ignorance— l'un des deux, à\ncoup sûr — des grands maîtres de la musique M. Le Flem écrit une sonate\npour violon et piano; il a certainement beaucoup d'adresse, mais on dirait qu'il\nn'a jamais lu Beethoven ni Bach, pour apprendre son métier. Rien, chez lui,\nn'indique une tendance à imiter ces modèles dans l'art de la construction sym-\nphonique;on dirait qu'il n'a jamais appris à développer une idée. En revanche,\nil s'amuse à moduler à l'excès, à faire trois quintes de suite, à déchirer l'oreille\npar des dissonances inutiles et autres enfantillages Chez M. Canteloube de\nMalaret, je trouve de l'imagination et du sentiment, mais les mêmes défauts :\nrecherche constante de l effet pittoresque, absence de construction sérieuse, à la\nfaçon des maîtres, et de vraie musique. Que ces jeunes gens (je les appelle ainsi,\nquel que soit leur âge, puisqu'ils paraissent débuter) étudient donc les grands\nmaîtres, et ne commencent pas par la fin ! Qu'ils nous fassent des œuvres\nnettes et d'une forme solide, comme cette charmante fugue insérée par M. Fran-\ncis Magnard dans ses Promenades. En entrant dans le Jardin de musique, qu ils\nne s'imaginent pas, comme M. Le Flem, qu'ils prennent possession du domaine\nparce qu'ils saccagent tout ! Ils ont beaucoup de mérite, et des germes de talent ;\nmais ils en font un emploi mauvais ou prématuré et prennent une mauvaise\ndirection.\n\nOuvrages reçus :\nTH. DUBOIS : Kybèle, piano et chant (au Ménestrel, 5 fr.) ;\nChants et chansons du Nivernais, recueillis par ACHILLE MILLIEU, avec airs\nnotés par J.-G. PÉNAVAIRE, tome I, 1 vol. de 328 p. in-8° (chez Leroux, 28, rue\nBonaparte) ;"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "583", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.15", "texte": "LA SOCIÉTÉ (( LA TROMPETTE »\n\nALBERT FUCHS : La taxe des instruments à cordes, introduction à Vappréciation\ndes violons, altos, violoncelles, contrebasses, i vol. in-8°, 177 p., en allemand,\nchez Merseburger (Leipzig), 5 fr. ;\nPAUL WETZGER: La Flûte, ses origines et son développement jusqu à nos jours, etc.,\nbr. de 50 p. avec planches, en ail. (chez C. F. Schmidt, Heilbronn a. N.) ;\nEDMOND MONOD : Harmonie et mélodie, le rôle de l'élément mélodique dans la\nformation de l'harmonie dissonante, 1 vol., 90 p. (Lausanne, chez Bridel) ;\nLa princesse Jaune, de C. SAINT-SAENS, partition piano et chant, édition nou-\nvelle (chez Durand, 5 fr.).\n\nLes suites de Quintes et la musique contemporaine.\nLe Musikalisches Wochemblatt (Leipzig) du 6 décembre nous donne la brève\nanalyse dun poème musical, Fruhling, de M. Paul Scheinpflug, qui est chef\nd'orchestre à Brème (âgé de 30 ans environ) et dont l'œuvre qui paraît\nimitée sur certains points de la Salomè de R. Strauss vient d'être exécutée à\nDresde. Dans cette analyse, nous relevons le passage suivant :\nAprès celle-là, il faut tirer l'échelle !\n\nLe surmenage musical, à Paris, et « la Trompette ».\n\nLa Société la Trompette, après avoir très brillamment servi, pendant un\ndemi-siècle, la cause musicale française, est obligée, comme tant d'autres\n{depuis celle du prince de la Moskowa, modèle originel du genre), de se dis-\nsoudre. Nous voulons, au moment de sa disparition, lui adresser un public\nhommage de gratitude pour Vœuvre excellente qu elle a faite et qu elle sus-\npend. Nous reproduisons les explicatious de M. Alary; il y en a quelques-\nunes qui sont aussi curieuses qu'exactes et sur lesquelles il serait indiscret\nd'insister. Le lecteur s'en apercevra sans peine. — J. G.\nLa Trompette, fondée il y a 46 ans et brillamment développée pendant de\nlongues années par M. Emile Lemoine, a vécu la plus grande partie de sa vie\nà une époque où les manifestations de musique de chambre ne pouvaient, en\nraison de leur extrême rareté, lui créer aucune concurrence dangereuse.\nEn ce temps déjà lointain, les amateurs de quatuor (combien rares alors !)\nn avaient pour satisfaire leur goût que les séances du quatuor Maurin et Che-\nvillard et quelques réunions données par la Société Alard-Franchomme. Ces\ndeux institutions, intéressantes à des degrés et à des titres divers, ne donnaient\nqu un petit nombre de séances par saison et n'arrivaient qu'à grand'peine à\ncouvrir leurs frais. Pendant ce temps, la Trompette offrait aux invités de\nM. Lemoine, outre l'excellent quatuor fondamental, des intermèdes de chant\net de piano fournis quelquefois par des gens du monde d'un talent distingué,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "584", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.16", "texte": "LA SOCIÉTÉ « LA TROMPETTE »\n\nmais plus souvent par des virtuoses éminents, tels que Rubinstein, Hans de\nBulow, Saint-Saëns, etc..., qui, attirés par le caractère fermé et original de ces\nréunions, séduits par l'absence de cérémonie et des rites habituels des concerts,\naimaient à se faire entendre devant ce public d'une haute valeur intellectuelle.\nLe nombre des invités, d'abord limité aux amis du fondateur, s'accrut rapi-\ndement par voie de présentation, jusqu'à comprendre les amis et relations des\namis, et forma dès lors un noyau compact et homogène. M. Lemoine recevait\nde certains de ses invités une cotisation modique et facultative qui ne produisait\nqu'un total peu élevé ; mais comme, d'autre part, les virtuoses et chanteurs\napportaient leur concours sans aucune rétribution, pour rien, pour le plaisir, la\nsomme des frais généraux était relativement faible et se trouvait compensée,\nbon an mal an, par les cotisations volontaires. C'était l'âge d'or.\nCette période parfaitement heureuse ne pouvait toujours durer. Aux années\nde tranquillité et de confiance dans l'avenir devaient succéder les années d'in-\nquiétude et de difficultés budgétaires.\nLa principale cause de ce changement réside dans une idée, d'ailleurs très\njuste, qui s'implanta peu à peu dans l'esprit des virtuoses et chanteurs en renom.\nCette idée est qu'ils avaient assez joué et chanté pour rien, à la Trompette et\nailleurs, et que dépenser leur talent à donner aux dilettantes des impressions\nd'art raffiné, pour ne recevoir en échange que des bravos sonores, mais creux,\nn'était pas un métier équitable. Le beefsteack, et quelquefois le pain, hélas!\nmanquaient au foyer de certains artistes que le public choyait de mille façons,\nsans se préoccuper de leurs moyens d'existence. Ces artistes en vinrent tout\nnaturellement à se révolter contre 1 abus qu'ils avaient laissé faire de leur talent,\net, après s'être concertés, prirent la ferme résolution de ne plus jouer désormais\nque contre rémunération. Cette idée nous fut exposée, et je fus des premiers à\nl'adopter comme juste et à la soutenir, tout en comprenant bien cependant qu'au\nlendemain de la transmission des pouvoirs directoriaux qui venait de m'être\nfaite par M. Lemoine, ce nouveau modus vivendi allait me créer de terribles\ndifficultés. En effet, il fallait plus d'argent pour faire face à ces nouvelles\ndépenses, les anciennes restant les mêmes. C'est alors que nous songeâmes à\nélever un peu le prix de la cotisation et à la rendre obligatoire. Le budget de\nla Trompette fut, de ce fait, sensiblement grossi ; mais, par malheur, les dépenses\naugmentèrent dans une proportion égale, sinon supérieure, et dès lors, l'équi-\nlibre ne put être obtenu qu'au prix d'économies et d'expédients souvent très\npénibles à pratiquer. Personne ne peut savoir, sauf moi, par quels efforts d'ingé-\nniosité et d'activité j'ai pu arriver à la fin de certaines saisons. Cependant, je\nne désespérais pas, je cherchais à faire toujours plus beau, plus varié, me disant\nqu'à la longue la puissance rayonnante de l'art amènerait à la Trompette un\nnombre d'adhérents plus grand, qui lui permettrait de dépenser largement pour\nsa gloire et celle de la musique... C'est le contraire qui est arrivé !\nCe résultat, triste en lui-même, et particulièrement fâcheux pour la Trompette,\ntient surtout à une cause dont je n'ai pas encore parlé.\nIl n'est personne, parmi ceux à qui je m'adresse, qui n'ait observé l'effrayante\nmultiplication des concerts depuis quelques années. Ce n'est pas une progression\nrationnelle et justifiée par le développement du goût public, c'est une sorte de\nfuria délirante et malsaine. Dès qu'un élève est sorti d'une école, avec ou sans\ndiplôme, avec ou sans talent, il éprouve le besoin de subjuguer le monde par"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "585", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.17", "texte": "LA SOCIÉTÉ (( LA TROMPETTE »\nR. M.\n43\n\nune série de récitals ou de concerts avec orchestre. Aucun sacrifice ne lui coûte ;\nil couvre les murs de Paris, qui commencent à devenir trop petits, de gigan-\ntesques affiches où son nom s'étale en lettres qu'on ne peut ignorer ; les impri-\nmeurs inventent des couleurs nouvelles, des tons sur tons férocement provo-\ncants, et l'artiste (?) acquiert ainsi un commencement de célébrité. On se\ndemande qui il est : personne ne le sait ; mais lorsque l'amateur voit arriver\ndeux invitations pour le concert de cet homme retentissant, avec prière de retour-\nner le billet s'il ne peut en profiter lui-même, il se laisse parfois tenter; et, le soir\ndu concert, deux ou trois cents personnes ont répondu aux deux ou trois mille\nbillets lancés.\nA côté de ce battage effréné qui devient une oppression, il s'est fondé,\ndepuis quatre ou cinq ans, des institutions musicales d'un réel intérêt, et qui\nprodiguent au public, en de copieuses séries de programmes, et à grand renfort\nde réclames, leurs attractions les plus piquantes. Ces institutions sont nom-\nbreuses (oh ! combien !) et, à chaque saison, il s'en crée de nouvelles. Qu'on\najoute à cela l'influence considérable, à juste titre, des grands concerts sympho-\nniques, de ceux qui sont symphoniques, mais pas grands, la fascination exercée\npar les artistes étrangers ayant le bonheur d'avoir un nom qui engendre l'éter-\nnuement, les innombrables matinées et réunions mondaines, les théâtres à\nmusique et les cénacles à chansons... on comprendra que le pauvre amateur,\ntiraillé par tant d'attractions diverses, ne sache plus où donner de l'oreille.\nCependant il se prodigue, lui aussi : nous voyons des spécialistes, véritables\nvictimes du devoir, aller à deux ou trois concerts par soirée; ils restent une\ndemi-heure dans chacun, rentrent chez eux exténués et mélangent toutes les\nécoles dans leurs rêves cacophoniques. Ils ressemblent aux chauffeurs, bien dans\nle mouvement, qui, avec leur « quarante-cinq chevaux », font deux ou trois\ndépartements par jour. C'est une nouvelle manière kaléidoscopique, d'envisager\nl'art et la vie ; elle se rattache sans doute à ce besoin de sensations nouvelles et\nviolentes qui tourmente de plus en plus notre nerveuse humanité. Nous ne\npouvons savoir encore ce que cela produira par la suite, mais, pour le moment,\nil en résulte, dans notre monde musical, une ambiance de surmenage et de\nbousilla g e (qu'on me permette ce mot), une atmosphère de détraquement\npassablement écœurante pour les vrais artistes et assurément défavorable aux\ninstitutions de longue durée.\nLa Trompette, qui n'a jamais usé de réclame ni d'aucun procédé commercial\npour défendre ses positions, devait forcément être atteinte par cette marée\nenvahissante de musique à tout prix et en tout lieu. Parallèlement à l'invasion\npas toujours harmonieuse que nous subissons, j ai vu peu à peu diminuer le\nnombre des adhésions aux soirées de la rue de Grenelle, à tel point qu'il y a\nquatre ans l'institution aurait péri de mort violente sans la généreuse intervention\nd'une personne amie et assidue de nos réunions depuis de longues années. Un\ndéficit assez gros fut comblé. Je ne peux révéler le nom de l ame généreuse,\npuisqu'elle ne le veut pas, mais je la prie de recevoir ici mes plus reconnaissants\nremerciements. Cet accroc fut suivi d'un petit retour de faveur financière, on\nput vivre encore, mais au prix de quelles difficultés !... Je n'en donnerai pas le\ndétail, oiseux pour vous, mais j'indiquerai une des choses qui m'ont été le plus\npénibles : j'ai dû souvent, pour pouvoir faire face âmes engagements, discuter\navec des artistes qui, parfois, étaient des camarades, des amis, le chiffre du"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "586", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.18", "texte": "LA MUSIQUE D APRÈS LES ALLEMANDS\n\ncachet qu'ils me demandaient, bien qu'il fût amplement justifié et même modeste\npar rapport à leur talent \\ ce marchandage m était odieux. J ai fait plus . instiuit\npar l'expérience et sentant la Trompette toujours plus gravement menacée, j'ai\nvoulu former près d elle un Comité de protection destiné à parer éventuellement\naux accrocs budgétaires dont j'aurais démontré l'importance par des pièces\nauthentiques. Quelques bonnes volontés se sont groupées autour de moi (je\nne les oublie certes pas, elles ont droit à ma vive gratitude), mais elles étaient\ntrop peu nombreuses et trop faibles pour atteindie le but pioposé. J ai imaginé\nd'autres combinaisons et tenté d autres démarches poui lesquelles il m a fallu\nfaire taire en moi bien des susceptibilités, triompher de bien des répugnances \\\nj agissais dans un intérêt supérieur et cela augmentait mon couiage, mais main-\ntenant ce n'est plus possible. Je suis en face de 1 insurmontable.\nQuel que pût être l'effort déployé dans une nouvelle tentative, je serais trop\nsûr de rencontrer au milieu de ma route deux figuies symboliques qui toui-\nmentaient beaucoup le vieux Faust et que Goethe avait baptisées le Souci et\nla DETTE. Je ne peux pas aller jusque-là et je m arrête. Mon devoir était, ne pou-\nvant sauver le vaisseau que je pilotais, de le conduire jusqu au teime de sa\ncourse en lui conservant tous ses agrès, toutes ses oriflammes, tout son pies-\ntige ; je me suis efforcé de le faire, à vous de juger jusqu à quel point j ai pu y\nréussir. Maintenant le fier petit vaisseau se trouve sur le bord de l'abîme, il ne\nlui reste qu'à y plonger galamment...\nJe crois, ') espère même, en égoïste, que ce naufrage causera de sincères\nregrets, du chagrin peut-être, à bon nombre d amis, désintéressés, de 1 art et\nde la Trompette ; à leurs regrets j'unis les miens, très vifs et très profonds : mais\nque faire contre l'inéluctable ?\nJe reviens à mes travaux de composition, auxquels je vais pouvoir consacrer\ntout mon temps et toutes mes forces, ce qui est une consolation ; mais avant de\nvous quitter (au point de vue tubicole seulement, car il n'y a aucune raison pour\nque les relations cordiales qui se sont établies entre nous ne subsistent pas), je\ndis merci à tous ceux qui m'ont suivi jusqu'au bout de mes efforts et qui, si\nsouvent, m'en ont récompensé par de chaudes paroles d encouragement et de\nsatisfaction, et pour finir de façon musicale j'emprunte l'épigraphe d un morceau\nde Schumann en vous disant : « Amici) comedia finita est. »\n\nG. ALARY.\n\nLa Musique d'après les Allemands.\nSCHELLING. Nous retrouverons constamment cette idée : le compositeur est\nau-dessus des réalités sensibles; c'est un idéaliste pur, un créateur au sens\nabsolu du mot. Schelling est un métaphysicien très hardi, dont la pensée se\nmeut dans le monde de l'inobservable (au sens vulgaire de ce mot) avec la\nmême aisance que celle des philosophes anglais au milieu des faits sensibles.\nC'est dans la Philosophie de Vart, recueil des conférences faites à léna et à\nWurzbourg en 1802-1805, qu'il a construit une doctrine sur la musique. Si on la\ndégage de certaines définitions très osées (1) qui, aujourd'hui, paraissent diffici-\n\n(1) Schelling, dans un langage qui paraît du galimatias à un Français, définit ainsi le son mu-\nical: « die IndiJJerenz der Einbildung des Unendlichen in Endliche rein als Indifferenz"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "587", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.19", "texte": "LA MUSIQUE D'APRÈS LES ALLEMANDS\n\nlement intelligibles, on peut la ramener à quelques propositions belles et pro-\nfondes qu'il ne faut pas juger avec les habitudes de notre exigeant positivisme, et\nqui, lorsqu'on les aborde avec un esprit vraiment musical et artistique, méritent\nsérieuse considération. Leur principal mérite est de nous arracher au domaine de\nla logique et de la psychologie pures, domaine où l'on étouffe, tellement il est\nétroit, pour nous ramener à l'idée de la vie universelle et nous replacer dans\ncet état d'esprit très général, qui, en Allemagne, fut à la fois et par la vertu\nd'un identique génie, celui des grands philosophes, des grands compositeurs\net des grands poètes romantiques.\nLes formes de la musique, d'après Schelling, sont les formes des choses\néternelles, c'est-à-dire des Idées Comme les Idées constituent le monde visible\n(puisque c'est en les réalisant, et parla seulement, que les objets matériels\nexistent) (1), il s'ensuit quela musique exprime ce qu'il y a de plus général et de\nplus profond dans l'être et la vie des choses ; elle est « le rythme et l'harmonie\nde l'univers 2)» ; mais elle reproduit ce rythme en lui-même, « comme mouve-\nment pur, en dehors de tout objet » (3). Son essence est d'être immatérielle. La\nconception pythagoricienne de 1' « harmonie des Sphères » est invoquée par\nSchelling à l'appui de son système. Pythagore n'a pas dit que le mouvement\ndes corps célestes fait entendre une musique, mais que ce mouvement est lui-\nmême une musique, ce qui fait dire à Socrate que celui-là est « musicien» qui,\nde la musique sensible, est capable de s'élever à la musique supra-sensible et\nintelligible (4). « La succession pure et simple a le caractère d'un phénomène\nfortuit ; quand elle devient une succession nécessaire, elle produit le rythme, dont\non ne doit pas dire qu'il est soumis au temps, mais qu'il contient le temps en\nlui-même « (5). C'est lui qui crée la beauté ; il est une « musique dans la mu-\nsique (6) ». Telle est, en quelques mots, la pensée de Schelling. L'opéra, brillant\nsystème de contingences, lui paraissait être une caricature du drame grec, et il\nne partageait pas 1 engouement de ses contemporains pour la musique descrip-\ntive de Haydn (7).\n\nctufgenommen » : « Pindifférence (indétermination) de Pexpression de linfini dans le fini, perçue\ncomme indifférence pure •> , ce qui revient peut-être à dire : « le son musical exprime le reflet de\nPinfini dans ce qui est fini »; et comme par <« infini » il faut sans doute entendre ici P « Idée »> qui\ndomine chaque objet et dont chaque objet n'est que la réalisation, on pourrait donner l'interpré-\ntation suivante : « Les sons expriment les Idées, c'est-à-dire Pâme des choses, mais en se bornant\nà nous faire sentir l'unité du monde visible et du monde invisible. » Le système de critique\nqui consiste à traiter de « divagations » ce qui n'est pas directement contrôlable est indigne d'un\ncritique sérieux. Schelling s'entendait (probablement) lui-même en parlant ainsi, mais s'exprimait\ncette fois assez mal, car son « IndifFerenz cils rein Indijferenz ctufgenommen » ne peut être qu'une\nabstraction, et le son musical n'a rien d'abstrait. Même remarque à fairesur la définition suivante :\nc( DieMusik ist die Kunstforn in welcherdie reale Einheit rein als Solche zur Potenz, zum Symbol\nwird. » (Schelling, Scimmtliche Werke, Stuttgard, 1856-61, t. V, p. 480 488, et suiv.)\n(1) Cf. le mot admirable de Goethe : « Le monde est le manteau vivant de la divinité. »\n(2 Der vernommene Rythmus und die Harmonie des Sichtbaren Universums selbst (ibid.,\np. 501).\n(3) « Die reine Bewegung selbst als solche, von dem Gegenstandabgezogen. » C'est l'idée que\nreprendra Hanslick, en la restreignant.\n(4) Ibid., p. 503 et suiv. Exagération chimérique et inadmissible, car il en résulterait que la\nvraie musique est celle qu'on n'entend pas ! Tout au plus peut-on rappeler que, de leur côté,\ncertains poètes ont dit : « Mes plus beaux vers sont ceux que je n'ai pas écrits ; mes plus beaux\npoèmes sont restés au fond de mon cœur. »> Et s'il y a une poésie muette qui précède et pro-\nvoque la poésie verbale, pourquoi n'en serait-il pas de même pour la musique ?\n(5) Ibid,, p [493.\n(6 ■ Ibid., 494, 496 .\n(7) Ibid., p. 96, 736."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "588", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.20", "texte": "LA MUSIQUE D'APRÈS LES ALLEMANDS\n\nHEGEL. Avec Hegel, nous retrouvons cet idéalisme grandiose et splendide\noù la pensée ne s'enchante pas seulement de son propre rêve, mais veut pénétrer\nà de grandes grandes profondeurs dans la vraie réalité. Hegel est peut-être le\nphilosophe qui a le mieux parlé de la musique ; il se plaignait de ne pas suffi-\nsamment connaître la grammaire musicale, mais ses jugements sur les compo-\nsiteurs (Mozart, Haendel, Bach, Rossini) (H montrent qu'il se défiait trop de son\npropre génie, et son esthétique, moins aventureuse que celle de Schelling, est\ntrès nette. J'ajoute que la langue allemande se prête merveilleusement à l'exposé\nd'une doctrine comme la sienne, et que, sous sa plume, elle a parfois la même\nsaveur que la langue de Platon dans ses plus beaux dialogues.\nPour lui, la musique est un « art d'expression » (2) ; ce qu'elle exprime, ce\nn'est pas l'objet, extérieur à notre sensibilité, c'est la manière dont le sujet sen-\ntant est ému et résonne (widerklingt) sous 1 impression de l'objet. Elle se distin-\ngue des arts plastiques et de la poésie en ce qu'elle n'a de prise que sur l'âme,\nqu'elle est en dehors du monde matériel, et que son domaine est celui de « l'in-\ntériorité subjective » (subjectiven Innerlichkeit). Là, elle peut remplir deux fonc-\ntions (que Hegel distingue, mais qui peuvent être ramenées à une seule) : ou\nbien elle prend à son compte toute cette substance de la vie intérieure qui forme\nle sentiment, ou bien elle crée une sorte d'intériorité objective (3) en dégageant\nd'un objet la vie, la pensée qu'il renferme, son âme, sa signification, en un mot\nson contenu moral. Par exemple, en présence de Jésus crucifié, le musicien\npourra exprimer la pitié, ou la beauté sublime du sacrifice. Il ressemble à une\npersonne qui se retournerait pour modifier la direction de son regard, mais sans\nchanger de point de vue. Ce pouvoir étant bien délimité, voici comment la\nmusique l'exerce. Les cris naturels du sentiment (effroi, chagrin, souffrance,\nallégresse, etc...) sont très expressifs, mais n'ont rien de musical. La musique ne\npeut se contenter de ce naturalisme ; il lui est impossible de reproduire l'explo-\nsion des passions : elle doit en tirer des suites de sons ordonnés suivant des\nrapports précis, formant mélodie et harmonie, ce qui l'oblige à transformer bien\nplus profondément que la peinture ou la poésie les matériaux qui lui sont fournis\npar l'observateur, et qui, d'ailleurs, peuvent lui servir de point de départ (4).\nComme les autres arts, elle est obligée de se rendre maîtresse des sentiments et\nde leurs manifestations, « sous peine de se perdre dans un tumulte de Bac-\nchante », ou, en certains cas (déchirement du désespoir;, de rester frappée d'im-\npuissance : dans la plus grande douleur comme dans la plus grande joie,\nil faut qu'elle reste libre. En général, toute activité qui a le beau pour objet\nest un affranchissement, mais c'est surtout l'activité du musicien qui a ce\ncaractère. La musique, en effet, n'exprime pas les sentiments réels ; au con-\ntraire, elle nous délivre de leur incohérence ou de leur oppression : elle\nexprime des sentiments transposés et idéalisés (ideale Scheingefuhle) qui élèvent\n\n(1) Hegel, Vorlesungen über die JEsthetik, edit. Hotho, 1838, t. 111.\n(2) Je tiaduis ainsi, en dépit des mots et pour 1 expliquer dans ce qui suit, la formule (( Kunst\ndei hmpfindung », que P. Moos a cru pouvoir remplacer, dans son analyse, par « kunst des\nGefuhls ». Hegel dit ailleurs a kunst des Gemùts », et cette terminologie, nécessairement flot-\ntante, est bien regrettable.\n(3) I orlesungen übei die .Ethetik, édit. Hotho, 1838, t. 111. Je remplaça par ces deux mots une\nfoi mule intiaduisible . « das Leben und Weben eines Gehaltes in einem einzelnen subjectiven\nlnnern darzustellen » (Ibid., p. 133, 144.)\n(4) Ibid., p. 144, 145."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "589", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.21", "texte": "LES CHANTEURS D'AUTREFOIS .' BATTAILLE\n\nl'âme au-dessus d'elle-même, et lui permettent «de soulever la pierre tombale\nde la vie passionnelle ordinaire » (i) pour s'épanouir dans une région sereine.\nD'ailleurs, il lui est impossible de traduire le sentiment avec la même précision\nque la poésie : « Elle ne va pas plus loin que créer une sympathie, toujours\nindéterminée, avec les mouvements de l'émotion. » L'originalité de la musique\nconsiste encore dans la conciliation intime qu elle réalise entre deux extrêmes :\nla détermination mathématique des éléments qu'elle emploie et la liberté\nde l'expression. Elle ressemble à l'architecture, qui trouve des formes\nen dehors de l'expérience, mais qui doit les réaliser conformément aux lois de la\npesanteur. Sa loi organique est aussi bien celle du sentiment, lequel échappe à\ntoute mesure, que celle des sons, représentés par des rapports quantitatifs;\nelle fond cette dualité en une harmonie qui crée sa toute-puissance :en elle\nrégnent à la fois, souverainement, l'émotion intérieure et la raison la plus\nprécise, et cette compénétration assure un affranchissement plus complet de l'une\net de l'autre.\n{A suivre.)\n\nLes chanteurs d'autrefois : Battaille.\n\n(Battaille, Charles-Amable, de l'Opéra-Comique ; né à Nantes 30 septembre\n1822 ; mort à Paris 2 mai 1872. Professeur au Conservatoire en 1851 ; élève de\nGarcia; lauréat du Conservatoire en 1847 avec Mme Miollan Carvalho et\nM. Meillet.)\nBien que la méthode de chant annoncée par Battaille n'ait pas été publiée en\nentier, les travaux de ce savant professeur ont laissé un souvenir très\nhonorable dans l'histoire de l'art vocal. Chanteur, physiologiste et professeur, il\na eu le rare mérite d'appliquer à l'étude vocale les connaissances qu'il avait\nacquises comme docteur en médecine, et de réunir en lui, par les hasards de la\nvie et de la nature, des qualités qui sont rarement associées. Paul Mounet, de la\nComédie-Française, est dans les mêmes conditions; et je ne sache pas que ses\nconnaissances anatomiques aient nui à ses aptitudes de comédien, bien au\ncontraire. Récemment, à Bayreuth, le rôle de Tristan était tenu par un docteur\nmédecin. De même, chez Battaille, une voixd'une qualitéet d'une sonorité excep-\ntionnelles était dirigée par l'esprit le plus pénétrant orné des connaissances\nscientifiques les plus variées. Battaille a suivi les traces de Garcia ; armé du\nlaryngoscope, il a tenté de pénétrer le secret trop bien gardé de ce charmant\net décevant instrument que nous appelons le larynx.\nBattaille naquit à Nantes le 30 septembre 1822, d'un père médecin, cequi expli-\nque que lui-même se fit recevoir docteur. Doué d'un goût très vif pour le théâtre,\nil fut, dit-on, d'abord refusé à l'unanimité au Conservatoire ; mais le fait importe\npeu, puisqu'il remportait plus tard trois premiers prix comme élève de Manuel\nGarcia. Artiste de valeur, son succès fut complet dans le Toréador d'Adolphe Adam\net dans le Val d Andorre d'Halévy. La belle voix de basse chantante de Battaille,\nses qualités dramatiques, la fixité de son regard, le rendaient éminemment propre\nà interpréter ce rôle de bon sorcier dans le chevrier du Val d Andorre, en même\n\n(1) C'est ce que Hegel appelle « die Zurùckname aus ihrem Versenktstein ». (V. p. 180, 181,\n194, 195.)"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "590", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.22", "texte": "LES CHANTEURS DAUTREFOIS ! BATTAILLE\n\ntemps que son heureuse entente de la nuance donnait une valeur exacte aux\ndifférentes parties du rôle. Sa voix vibrante d'enthousiasme s'exaltait sur le\npassage connu : Le ciel est son livre, pour se résoudre en douceur attendrie sur\nHeureux comme lui (22). Le passage en majeur (mesures 25 à 31) mettait\nen valeur la pureté et la fraîcheur de la voix de l'acteur, pureté et fraîcheur qui\ns'harmonisaient si bien avec l'impression que son rôle supposait. Avec la phrase\nen mineur (36 à 43), Battaille avait à développer toutes les ressources de\nl'expression. Le rapprochement des intervalles contribuait à en déterminer la\nmélancolique douceur, que l'acteur accusait encore en assourdissant le timbre.\nAinsi se formait un contraste puissant avec la phrase dernière, où éclatait en\nmajeur et dans toute sa puissance la belle voix de Battaille (44 à =55) :\nUne maladie du larynx interrompit la carrière de l'artiste et le détermina\nprobablement à se donner plus complètement à l'étude de la phonation. Nommé\nprofesseur auConservatoire en 1851, il présentait, 10 ans plus tard, à l'Académie\ndes sciences, un mémoire fort remarqué, suivi d'un second en 1863.\nBattaille, par un nouvel avatar, fut nommé sous-préfet en 1870. Homme\nde cœur, non seulement il remplit consciencieusement les devoirs de sa\ncharge; mais, se souvenant qu'il avait été médecin, il s'employa activement à\nenrayer les progrès d'une épidémie de petite vérole. Charmer par une belle voix,\nguérir par la science, instruire par l'exemple et par une méthode très sérieuse,\ntrès documentée, sinon très complète, tel fut le beau rôle que joua sur la scène\ndu monde cet artiste éminent. La maladie et les circonstances l'empêchèrent de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "591", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\ns'épanouir complètement en tant que chanteur, mais il a peu d'égaux dans le\ndomaine des exécutants théoriciens. 11 est de la race trop peu nombreuse des artistes\nqui ne se contentent pas d'exécuter machinalement le trait ou la vocalise, mais\nqui veulent d'abord comprendre le mécanisme vocal et expressif, pour le faire\nensuite saisir plus complètement au public ou à l'élève. A proprement parler,\nBattaille n'a pas fait une méthode de chant, si l'on entend par méthode une série\nd'exercices vocaux plus ou moins bien gradués, plus ou moins bien déterminés\ncomme mécanisme, que l'élève répète comme on les lui impose, plus ou moins\nmachinalement , tantôt bien, tantôt mal, plus souvent mal que bien, suivant les\nhasards de son organisation. Mais si l'on entend par méthode des recherches\nsérieuses, sinon.certaines, sur l'appareil vocal et sur les moyens à employer\npour le diriger avec fruit dans la voix chantée, Battaille doit être compté\navec Garcia comme un de nos meilleurs maîtres.\nQuoi de mieux compris, de plus profitable, que les conseils donnés par\nBattaille à propos de l'abus que l'on fait de la voix de poitrine pour les femmes r\n« On a abusé du registre de poitrine chez la femme, dit Battaille, au point de\nl'étendre au si3 à Fut1 et même au ré \\On ne pouvait rien imaginer de plus désas-\ntreux ; et c'est commettre un véritable attentat que d'exercer les voix à de\npareilles folies. Les sons dont nous parlons ne peuvent s'obtenir qu'à l'aide\nde violentes contractions et d'un tiraillement énorme des ligaments vocaux qui\népuisent les muscles et leur impriment souvent un tremblement qu'on ne peut\nbientôt plus maîtriser, sans compter que la membrane vocale, distendue sans\nménagement, s'engorge, s'enflamme et cesse de produire des sons purs et\nagréables. »\n\nALIX LENOËL-ZÉVORT.\n\nActes officiels et Informations.\n\nCONSERVATOIRE. Par arrêté ministériel du 27 novembre dernier, les deux\nclasses d'opéra et d'opéra comique existant au Conservatoire national de mu-\nsique et de déclamation sont supprimées et remplacées par quatre classes de\ndéclamation lyrique (opéra et opéra comique), dans lesquelles les élèves seront\nadmis à étudier tous les genres d'ouvrages lyriques.\nLes concours d'opéra et d'opéra comique resteront néanmoins distincts; mais\nil appartiendra au Comité d examen des classes de déclamation lyrique d'ad-\nmettre les élèves à concourir soit en opéra, soit en opéra comique, soit dans les\ndeux genres.\nPar décret et arrêté en date du 26 novembre, la classe d'ensemble de diction\nlyrique créée au Conservatoire national par décret du 3 février 1906, est suppri-\nmée et remplacée par une classe d'esthétique d'art lyrique obligatoire pour tous\nles élèves des classes de déclamation lyrique.\nUn avis paraîtra prochainement au Journal officiel pour connaître le délai\npendant lequel des candidats à cette chaire pourront déposer leur demande au\nsecrétariat du Conservatoire.\nOPÉRA. On nous annonce comme fort possible la prochaine nomination,\ncomme Directeur de l'Opéra, de M. Albert Carré, qui aurait pour successeur, à\nl'Opéra-Comique, M. Porel."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "592", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19061215-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'Imprimerie et de Librairie.\n\nHÔTEL DROUOT.\nH. R.\n— On a vendu quelques documents historiques sur Paris, assez\ncurieux pour être signalés, entre autres :\nPlusieurs pièces collectives où Ton remarque des signatures de compositeurs\nde musique et chanteurs : Manuel Garcia, Catahni, Rossini, Halevy, Thomas,\nCherubini, Ca/e/, Paêr, Boïeldieu, Kreutzer, Le Sueur, Hérold. Ces pièces ont\nété obtenues pour 10 francs.\nUne lettre signée par Lainez, Cavailhès, Pey, Rousseau, Lays et 1 estris,\nartistes du Théâtre des arts (ci-devant Académie de musique), au Directoire\nexécutif (20 frimaire an IV);\nUs rappellent que le gouvernement a toujours reconnu 1 utilité de 1 Opéra et a\naccordé une subvention mensuelle de 30.000 livres.\nVu la progression des dépenses, ils demandent l'augmentation de cette\nsubvention.\nCet important document a été payé 33 francs.\n59 pièces concernant le théâtre de l'Opéra-Comique. Dossiers curieux prove-\nnant des papiers de Pixérécourt ; lettres de Dupaty aux artistes ; lettre de\nl'architecte de Gurchy sur la reconstruction de l'Opéra-Comique ; délibérations\ndes artistes de théâtre (4 vendémiaire an IV), pour l'acquisition des boutiques\nfaisant le pourtour du théâtre de l'Opéra-Comique, etc. Le lot a été vendu\n39 francs.\nLes plans, mémoires de travaux, correspondance, etc., la plupart relatifs aux\nsuites de 1 incendie de la salle Favart, ont été payés 1 1 francs.\nDans une vente d'objets d'art anciens, un clavecin en acajou orné de bronzes\ndorés et ciselés de style Louis XVI, a été adjugé à 1,089 francs.\nOn nous prie d'annoncer que les concerts Sechiari, dont toute la presse a\nété unanime à constater les brillants débuts, quittent le Kursaal de l'avenue\nde Clichy.\nIls reprendront très prochainement dans une salle mieux appropriée au carac-\ntère de ces concerts.\n\nINSTITUT MUSICAL DE FRANCE\n12, PLACE DE LA NATION, PARIS ( 1 2e)\nTÉLÉPHONE 924-70\nHarmonisation, Orchestration, Arrangement de toutes œuvres\npour Piano, Harmonie, Orchestre symphonique\nEXAMEN ET CORRECTION DE TOUTES COMPOSITIONS\n• MUSICALES\nConseils aux débutants et consultations techniques\nGRAVURE ET ÉDITION\nL'INSTITUT MUSICAL DE FRANCE, qui compte parmi ses Collaborateurs les Pro-\nfesseurs et les Compositeurs les plus éminents, tous diplômés du Conservatoire, se\ncharge de tous les travaux qui lui sont transmis de Paris, de la Province et de\nl'Etranger. Son organisation technique lui permet de traiter toutes les questions se\nrapportant à l'Art musical."}]}