{"numero_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_sha256": "1f38c8b4d9eb9a9a88ba492c2e7a5181254349d0a0514c9d83fec29119a1639f", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1907/05/15_01/bmtnabj_1907-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1907/05/15_01/bmtnabj_1907-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "241", "page_fin": "248", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.1", "titre_corps": "Les oeuvres récentes.", "titre_sommaire": "Les oeuvres récentes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.1", "debut_caractere": 131, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "Les oeuvres récentes.\n\nSALOMÉ, I ACTE, POÈME D'OSCAR WLLDE, MUSiQUE DE RLCHARD STRAUSS\n(THÉÂTRE DU CHATELET).\n\n— J'ai rarement vu à Paris une salle aussi éblouissante\nd'élégance que celle du Châtelet, le soir où a été donnée la répétition générale\nde Salomé. Comme équivalent, au point de vue de l'éclat des diamants, de la\ndistinction des personnes, et de tout ce qui constitue la réunion vraiment select,\nje ne trouve dans mes souvenirs que le gala organisé à l'Opéra, il y a quelques\nannées, en l'honneur du roi Edouard, et où les comtesses, marquises, du-\nchesses, etc..., toutes coiffées de leur couronne, faisaient au monarque anglais,\ndans la corbeille clu premier étage, comme un radieux cortège de reines. Ces\nhonneurs et ce déploiement extérieur pour Salomé, est-il besoin de le dire ?\nn'avaient pas des causes purement musicales, bien que M. Richard Strauss soit\nconsidéréen France comme un compositeur de grand talent, et que son dernier\nouvrage, par suite de circonstances diverses, tînt les esprits en éveil. La pre-\nmière audition de ce drame énorme, acclamé dans tel pays, repoussé dans tel\nautre, et la présence de l'auteur lui-même au pupitre, ont fourni au gouver-\nnement français, aux ambassadeurs, et, par eux, à la partie la plus brillante de\nla société parisienne, l'occasion de faire une manifestation de bon aloi : le secret\nétat d esprit de la plupart de ces auditeurs de marque m'a paru être, avec l'im-\npatience de voir une chose rare et réputée un peu scandaleuse, le désir de donner\nun pendant à l'accueil si cordial récemment fait par 1 Empereur d'Allemagne\nà MM. Saint-Saëns, Massenet, Xavier Leroux. Un devoir très précis de cour-\ntoisie internationale a coïncidé avec l'estime due à un grand musicien, avec le\ngoût artistique d'une élite, la perversité de quelques-uns, et le snobisme de\npresque tous.\nLa pièce a été suivie avec une attention sans défaillance et une sorte de\ncuriosité haletante. Elle a fait certainement une forte impression; je n'oserais\ncependant pas affirmer qu'elle a ému autant qu'étonné. D'abord, rappelons en\ndeux mots le sujet.\nLa scène représente la terrasse du palais d'Hérode. A la porte de la salle du\nfestin se tient le jeune officier Narraboth. La princesse Salomé, qui a fui l'orgie,\napparaît.\nTout à coup, du fond d'une citerne voisine où est enfermé le prophète jocha-\nnaan, s'élève la voix du prisonnier. Il prédit la venue de la religion nouvelle."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.2", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3490, "texte": "Salomé, impérieuse, exige qu'on lui montre le prisonnier. Narraboth n'y consent\nque parce qu'il est subjugué par son amour pour la princesse.\nDès qu'apparaît Jochanaan, Salomé lui crie son amour. Narraboth se tue à\nses pieds sans qu'elle s'en aperçoive.\nJochanaan, insensible, maudit Salomé et sa mère Hérodias, femme d'Hérode.\nMais voici Hérode et ses convives qui sortent du festin. Le tétrarque de Judée,\nexcité par les vins, demande successivement à Salomé de manger des fruits, de\nboire à sa coupe et de danser avec lui. Salomé refuse tout, mais, se ravisant\ntout à coup, elle acceptera de danser si Hérode lui jure de lui accorder tout ce\nqu'elle lui demandera. Hérode fait le serment fatal, et Salomé danse la « Danse\ndes Sept Voiles », au bout de laquelle elle tombe éperdue aux pieds du té-\ntrarque.\nSalomé réclame alors la rançon qui lui est due : elle veut, sur un plat d'argent,\nla tête du prophète Jochanaan. En vain, Hérode lui offre en échange toutes les\nrichesses du royaume : Salomé, implacable, réclame la tête de Jochanaan.\nTerrifié, Hérode accepte. Le bourreau descend dans la citerne ; on entend\ndans le silence un gémissement, et bientôt la tête du supplicié apparaît, sortie du\npuits par le bras du bourreau.\nTous les assistants sont atterrés. Salomé prend des mains du bourreau la tête\nde Jochanaan, et exhale devant le prophète mort l'amour qu'il lui a refusé de son\nvivant.\nHérode, effrayé et écœuré, s'écrie : « Qu'on tue cette femme ! »\nLes soldats se précipitent sur Salomé et l'écrasent sous leurs boucliers.\nEn un pareil livret, d'un caractère ultra-romantique, tout est violent et haut en\ncouleur, mais à peu près rien n'est de nature à toucher, parce que tout semble\nfaux, contourné, conventionnel, gonflé d'un mauvais esprit de raffinement et\nd'outrance. Les personnages ne sont pas assez étudiés pour paraître humains, et\nressemblent à de gigantesques pantins, habillés de costumes rutilants. Les\npassions ne sont que des gestes de folie ou de brutalité. Le public est cependant\nhaletant, parce que la musique de M. Strauss supplée àla vérité seule source\nde poésie et d'émotion en sollicitant toujours l'imagination et en maintenant\njusqu'au bout l'auditeur dans l'attente de quelque chose de très pathétique. Le\npoème n'est pas humain ; la musique veut l'être. Elle reste pourtant superficielle\n(ou d'une psychologie qui porte à faux) et décorative, comme une grande com-\nposition de M. Rochegrosse.\nIl y a, dans l'esthétique de M. Richard Strauss, quelque chose d'assez grossier:\nc'est cette idée, que plus une œuvre est longue et énorme, plus elle est belle. La\nquantité et la « fourniture » semblent avoir pour lui une importance capitale. Il\nréunit tous les actes d'un drame en seul bloc (une heure trois quarts de musique\ncontinue), il multiplie les instruments, il crée des difficultés d'exécution nou-\nvelles, il accumule les parties en contrepoint, comme si, en tout, il voulait\ngagner une gageure ou s'emparer d'un record. Il a peut-être du génie : il n'a\ncertainement pas de goût (je parle du goût tel que nous le comprenons). Nous,\nF rançais, nous sommes d'une autre école. Nous voulons qu'une œuvre quelconque\nait pour base une observation faite soit clans la vie réelle, soit dans l'Histoire,\net que la fantaisie elle-même ne soit qu un ingénieux moyen d'être vrai avec\ngrâce et légèreté. Nous admirons sans doute des drames terribles comme les\nClioéphores d'Eschyle, ou Y Œdipe Roi de Sophocle, comme Macbeth et Jules"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.3", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3592, "texte": "César ; mais nous voulons que ces drames, outre leur fonds de vérité historique\nou humaine, aient une mesure, des proportions raisonnables, médiocre aliquid,\ncomme disaient les Latins, ou « une juste grandeur », selon la traduction que\nnotre Racine donnait de ce mot. Nous apprécions un dîner, non d'après la gros-\nseur des portions servies (choux aigres, saucisses, hareng, lard, pommes de terre\net œufs durs superposés), mais d'après leur finesse ; et nous estimons que dans le\nfestin des barbares, décrit par Flaubert dans Salammbô, il y a place pour un\nglouton, non pour un délicat. Nous ne pensons pas que la Vénus de Milo ou\nl'Apollon du Belvédère seraient plus beaux s'ils avaient la même hauteur que la\ntour Eiffel. A une maison de dix-huit étages sur l'avenue n°..., nous préférons\nla villa d'Horace, riante sous le ciel latin, avec son bouquet d'arbres et sa source\nvive, et, sous la treille, le jeune échanson couronné d'un simple myrte. A l'art\nde M. Strauss j oppose celui d'un Bizet. Le premier m'étonne ; le second me\nchaime. Lun m éblouit ; 1 autre me pénètre et m'enchante. Entre les deux je\nn hésiterais pas à choisir. Affaire de routine, probablement, et d'étroitesse\nd'esprit !\nIl y a quelque chose de grossier, de lourdement germanique, dans l'esthétique\nde M. Richard Strauss. Ce compositeur est une manière d'ogre ; il juge de notre\nestomac d'après le sien ! Mais il y a aussi dans son art quelque chose d'admi-\nrable : c'est sa puissance même, sa force de résistance dans les records de masse\net de duiée où il s engage, sa faculté d écriture, son contrepoint babylonien, sa\nscience des architectures sonores et des timbres, et, avec les ressources incom-\nparables de sa technique, sa fécondité d'imagination. Le goût du « grand » dans\nla symphonie n'est pas à la portée du premier venu ; il est ici le signe évident\nd'une personnalité artistique fort remarquable. Être très personnel, très original\npar quelque endroit, et produire beaucoup, c'est peut-être, après tout, par\nlà que doivent se manifester les grands artistes ! Les idées mélodiques de\nM. Strauss sont d'une abondance merveilleuse, je voudrais que, considérées\nen elles-mêmes, elles fussent d'une qualité plus haute. Quelquefois elles ne\nsont qu'étranges ; mais elles sont traitées de main de maître. Esist ja Kolossal !\nIl faut répéter, sans ironie, cette exclamation familière à nos voisins. Je ne\npartage pas l'avis d'un compositeur parisien qui jugeait ainsi cette musique :\n« Ce sont des ragots de restaurant à vingt-cinq sous, mais accommodés par le\nchef cuisinier de 1 Empereur d'Allemagne. » Et voilà des impressions bien\ncontradictoires. Je n'en puis donner d'autres après une première audition. Peut-\nêtre aurai-je à les modifier dans la suite !\n\nJ. C.\n\n« ARIANE ET BARBE-BLEUE», 3 ACTES, PAROLES DE M. MAETERLINCK, MUSIQUE DE\nM. PAUL DIJKAS (THÉÂTRE DE L'OPÉRA-COMIQUE).\n\n— Voici une œuvre de très haute\nvaleur artistique, et dont le succès a été très vif. M. Dukas, né à Paris en 1865\net ancien élève de notre Conservatoire, premier prix de contrepoint et de fugue\nen 1886, lauréat du concours de Rome (2e prix) en 1888, était déjà très estimé\npar les connaisseurs pour un certain nombre d'ouvertures Roi , Gcetz\nvon Berlichingen, Polyeucte),une symphonie, et surtout l'Apprenti sorcier (1897),\nqui est une des plus heureuses compositions de notre temps. Son dernier\nouvrage, monté par M. Carré avec 1 art et le luxe qui lui sont habituels, est\nextrêmement brillant et d une beauté musicale réelle ; j'aurai à peine à faire\nune réserve, sur un point d'ailleurs capital."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.4", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3811, "texte": "M. Dukas a d'abord travaille sur un poème très plaisant et original, écrit en\n190 [ par M, Maeterlinck, esprit subtil et délicat qui aime la naïveté et par con-\nséquent la profondeur des choses enfantines. Entre ses mains, un conte de\nPerrault est devenu, sans rien perdre de sa fraîcheur et de sa couleur, une suite\nde symboles philosophiques. Pour la caractéristique de ce livret, je citerai\nl'excellente analyse de notre confrère M. Henry Bidou, du journal les Débats :\n« Au début, par lesfenêtres d'une salle vide dans le château de Barbe-Bleue, on\nentend les voix de la foule ; on apprend ainsi que Barbe-Bleue ramène dans son\ncarrosse une femme qui est la sixième, et qu'elle est très belle. Elle entre, suivie\nde la nourrice ; elle se nomme Ariane ; Barbe-Bleue lui a donné les six clés d'ar-\ngent qui ouvrent les portes permises, et la clef d'or qui ouvre la porte interdite.\nLa nourrice tourne, avide et effrayée, les clés d'argent, et voici ruisseler d'une\nporte les améthystes, d'une autre les saphirs, d'une autre les perles, d'une autre\nles émeraudes, d'une dernière les rubis, menace de mort, de la dernière enfin\nl'aveuglante lumière des diamants, « en qui s'agite la passion de la clarté qui a\ntout pénétré, ne se repose pas et n'a plus rien à vaincre qu'elle-même ». Et der-\nrière eux paraît la porte interdite, aux serrures d'or. C'est celle-là seule qui\nimporte. Ariane l'ouvre, non par curiosité, mais parce que sa conscience l'y\ncontraint. « Il faut d'abord désobéir : c'est le premier devoir quand l'ordre est\nmenaçant et ne s'explique pas. » La porte ouverte ne laisse voir qu'une ombre\nd'où s'élèvent les chants des femmes captives. Barbe-Bleue paraît et veut\nentraîner Ariane. Mais déjà les paysans, qui guettent aux alentours, s'élancent\npour la délivrer. Ariane les arrête d'un geste : Que me voulez-vous ? dit-elle. Il\nne m'a fait aucun mal.\n« Tel est lepremier acte. Nousentendons aisément que les femmes sont captives\ndans un cachot dont la porte s'ouvre sur les clartés de l'esprit, et que celle qui\nles délivrera sera celle qui se révoltera contre les lois de la force, et qu'elle\nvaincra par la puissance de la volonté, de la beauté et de la paix. Mais qu'une\nglose a peu de grâce auprès d'un mythe ! Au second acte, Ariane est descendue\ndans le cachot où les cinq premières femmes sont captives. Elle les embrasse et\nelles ont peur d'elle. Leur prison, profonde et noire, est à peine close. Une porte\nqu'elles peuvent ouvrir laisse apercevoir une grande clarté. Mais elles ont peur\nde cette clarté ; elles croient qu'elle vient de la mer, qui les submergera. Ariane\ntire les verrous, brise les vitres, et le ciel pur apparaît. Les captives s'enivrent du\npremier sourire de leur liberté. Ainsi finit le second acte.\n« Au troisième, elles errent dans le château. Le château est enchanté ; quand\nelles ont voulu franchir les fossés, les ponts se sont levés d'eux-mêmes. Elles\nrestent captives, mais dans un séjour enchanté. Elles ont des âmes puériles et\nvaines. Elles s'enveloppent d'étoffes charmarrées, et Ariane leur apprend à\ndélivrer leurs cheveux, leurs bras et leurs seins, et à s'orner de pierreries : ce\nqui veut dire, je pense, à vivre en vérité et en beauté. Cependant Barbe-Bleue\nrevient pour les ressaisir, accompagné d'une escorte de nègres ; comme il va\nfranchir les fossés, les paysans se jettent sur lui, le lient et l'apportent à Ariane.\nAriane le délivre et soigne ses plaies. Ainsi la femme nouvelle, protégée par le\npeuple, usera de sa liberté nouvelle pour défendre à son tour contre ce même\npeuple l'ancien tyran qui la tenait prisonnière. Mais la porte est ouverte et la\ncampagne est bleue. Ariane s'en va et engage ses sœurs à la suivre par l'univers.\nC'est ici la dernière péripétie. Elles refusent. Elles demeurent captives volon*"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.5", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "taires, dans le château enchanté où elles ont vécu. Les femmes ne veulent point\nêtre délivrées. Quand tous les verrous tomberaient, elles auraient peur de la\nlumière et de la liberté. Elles resteront d'elles-mêmes dans le château de Barbe-\nBleue.\n« Le mythe est beau, mais c'est le poème qu'il faut écouter. On l'écoutera mal\nsi on cherche à enfermer les belles paroles simples et jusqu'à l'étoffe musicale\ndans un caveau de raison plus cruel que Barbe-Bleue. Il faut se laisser le droit\nde rêver. « Une allégorie, a dit Maeterlinck lui-même, a un millier d'ailes. »\nNe vous étonnez pas que nous insistions sur l'analyse du livret. Aujourd'hui,\nil a une importance capitale ! De même que les interprètes se préoccupent moins\nde chanter que de, jouer, les compositeurs veulent, avant tout, suivre de près une\ndonnée, et approprier leur langage à des idées précises. Sur ce poème, M. Dukas\na écrit une partition très indépendante et très riche de formes, extrêmement\ncolorée, où le drame lyrique absorbe « le conte » et où l'on trouve la plupart\ndes procédés présentement à la mode, dissonances, rythmes contrariés, belle\net savante incohérence d'écriture, mais avec des idées personnelles, et, en\ndépit de la confusion apparente, une science très remarquable de la construction\nsymphonique. Tout d'abord, je regrettais qu'un conte de Perrault fût alourdi et\ncompliqué par l'emploi de toutes les ressources de la grande symphonie mélo-\ndramatique et-réaliste. Mais, comme on l'a vu, nous sommes très loin de Per-\nrault, lequel ne fournit plus qu'un symbole, un cadre à des pensées profondes.\nLa philosophie n'est peut-être pas à sa place à l'Opéra-Comique ; ce qui est tou-\njours bienvenu, c'est un talent personnel et indépendant, un compositeur qui\na vraiment le don de création. Cette originalité, je dois le dire, n'est pas tou-\njours exempte d'alliage. M. Dukas,ben nous peignant l'histoire de Barbe-Bleue\net de ses femmes, imite parfois le Siegfried de Wagner, et quelques-unes de ses\ncombinaisons mélodiques imposent le souvenir de Siegfried-Idyll ; c'est peu de\nchose, un reste inévitable des habitudes d'antan. Ce que je reprocherai à\nM. Dukas, et ceci est peut-être encore dû à une survivance de l'art wagnérien,\nc'est une certaine longueur dans quelques scènes (en particulier dans celle du\n2e acte qui se passe dans le cachot noir où sont enfermées les prisonnières ; l'effet\nesthétique est à peu près celui du prélude de la Gôtterdâmmerung /). J'ai surtout\n—et c'est là ma seule réserve importante à lui reprocher la façon dont il a\ntraité la partie purement vocale de son oeuvre.\nM. Dukas est un instrumentiste et un symphoniste de premier ordre. Léchant,\nil ne le connaît pas, ou bien il le méprise. Dans son opéra, on ne chante pas. Si\nd'aventure apparaît l'esquisse d'une mélodie, elle est écrasée par le fracas des\ncuivres, et pas un mot ne parvient à l'oreille de l'auditeur. Toujours des récita-\ntifs, des formules-tronçons ; jamais d'ensemble ! Il y avait, dans le poème, un\nélément de mélodie tout à fait exquis : ce sont les jeunes femmes de l'ogre,\nd'abord dans leur prison souterraine, puis remontant à la lumière et à la vie,\nreparaissant dans le beau château féerique avec des habits d'or, au milieu des\nperles et des joujoux très précieux, enfin penchées sur le tyran blessé et garrotté,\nqu'elles soignent généreusement en oubliant sa cruauté passée. Vous penserez\ncomme moi qu'il y avait là le sujet charmant d'un quintette vocal ; M. Dukas a\nété d'un autre avis. Pour rester fidèle à son « esthétique », laquelle veut qu'on\nne soit pas au théâtre pour se divertir, il ne nous a jamais donné ce quintette\nattendu, et dont l'occasion s'offrait si souvent. Il a eu grand tort ; son « drame"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.6", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "lyrique » n y aurait rien perdu. Une omission de ce genre est impardonnable,\net j irai jusqu au bout de ma pensée : si M. Dukas n'a pas écrit le quintette — à\nla manière de Bizet — qu'exigeait le poème, je soupçonne que la raison en est fort\nsimple : c'est que le quintette pour voix de femmes est chose trop difficile. — J. C.\nCONCERT DE HARPE CHROMATIQUE. — MIle Hélène Zielinska a donné le 6 mai\ndernier son concert annuel à la salle Pleyel. Cette charmante artiste pratique la\nharpe chromatique. Nous ne parlerons point de son talent d'exécution : le talent\nà Paris est la chose qui manque le moins, il y a autant de talents inconnus que\nde îéputations surfaites. Mais Mllc Zielinska a tout à la fois la réputation et le\nmérite. Ce qui nous plaît en elle, c'est le sentiment qu'elle a de la probité de son\nart. Le programme de chacun de ses concerts n'est point un programme de har-\npiste, car on ne nous a guère habitués à les concevoir tels, c'est le choix d'une\nmusicienne, qui ignore les fantaisies, les morceaux de virtuosité banale, les\nrestes falots d'un romantisme dont la harpe s'était faite le dernier écho et le der-\nnier refuge. Qu'on vienne arguer que la littérature de cet instrument est lamen-\ntablement pauvre : à cela le programme»du concert de M\"e Zielinska est une\nréponse heureuse. Nous y relevons une sonate pour violon et luth du grand\nmaître que fut Rust (1739-1796), des pièces de clavecin de J.-B. Lœillet, de Scar-\nlatti, de Bach même. La harpe chromatique a rendu luth et clavecin sans rien\naltérer du texte original. Il est évident que ces œuvres ne sont point des con-\ncessions faites au public; mais à en juger par les applaudissements prodigués à\nMlle Zielinska, il semblerait que ce même public n'est point désireux de tant de\nconcessions. A côté de M1Ie Zielinska on a surtout remarqué la ravissante voix\nde ténor de M. Moughounian. Il y a quelques dangers à être ténor, entre autres\ncelui de chanter le Renouveau de A. de Castillon comme une mélodie de Mas-\nsenet. M. Moughounian est trop artiste pour être longtemps sans s'en aper-\ncevoir.\n\nP. A.\n\nLES ORIGINES DU CHANT ROMAIN ; L'ANTIPHONAIRE GRÉGORIEN, PAR AMÉDÉE GASTOUÉ,\nPROFESSEUR DE CHANT GRÉGORIEN A L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS (I VOL.\n3O7 p., AVEC NOTATIONS, CHEZ ALPH. PLCARD, 12 FR.)\n\nC'est une question encore\ninsoluble que de savoir d'où l'Eglise romaine a tiré les chants de son répertoire.\nToutes les vraisemblances portent à croire qu'elle les a empruntés aux Grecs de\n1 antiquité. En effet, elle a reçu des Grecs tant d'idées et de traditions — y com-\npris la théorie de la musique, — qu'il serait étrange qu'il eût étéfait uneexception\npour les mélodies. Mais l'Église, — qui a été fièrement appelée, par un rabbin,\n« une hérésie juive », — a été la continuatrice de la Synagogue et lui doit beau-\ncoup aussi. On voit combien la question est complexe. A défaut de documents\nmusicaux (car il n'y a pas aujourd'hui un seul chant dont on puisse affirmer\nqu'il appartenait à la Synagogue primitive), on est obligé de se rabattre sur l'his-\ntoire de la liturgie et sur des textes littéraires. Quiconque voudra s'éclairer sur\nces questions difficiles, lira avec le plus grand profit le livre de M. Amédée\nGastoué, résultat d'une somme énorme de lectures et de recherches. La tendance\ndu livre est de sacrifier la tradition grecque, chère à M. Gevaert, au profit de\nla tiadition juive. J avoue ne pas être en état de prendre parti, dans un sens ou\ndans 1 autre, pour des motifs que l'esprit scientifique puisse admettre. Je constate\nseulement que la documentation de M. Gastoué est solide et puisée aux meilleures"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4416, "texte": "sources. Il y a néanmoins dans son travail, ce qui paraîtra excusable, un\nassez grand nombre de petites fautes matérielles, à en juger par le premier cha-\npitre. J'en signalerai ici quelques-unes.\nPage 8, ligne 17 :Il y a un office nocturne. L'auteur, qui donne le nom hébreu des offices,\nl'omet ici. L'office nocturne s'appelle Arbith ou Maarib.\nMême ligne : Le nom de l'office matutinal est mal ponctué et mal orthographié. La seconde\nlettre, qui est un ch et non un h, doit être ponctuée aet non e ; la troisième doit être ponctuée 1\net non a, et la quatrième ne doit pas être ponctuée du tout. Le mot, qui doit se lire cha'harith,\ntel qu'il est transcrit ici, se lirait chaheraïth.\nMême page, ligne 42 : Deux points-voyelles mal indiqués. La première lettre et l'avant-\ndernière portent la voyelle i au lieu de é. Tels qu'ils sont ponctués, les mots se liraient Simoné\nesri, au lieu de Semoné esré.\nPage 12, ligne 29 : Deux fautes d'orthographe dans le premier mot. La seconde lettre est à sup-\nprimer ; et la quatrième doit être k et non n ; de plus, IV, qui n'est pas ponctué, doit porter le\npoint-voyelle é. Il faut lire Pirkè et non Pirné•\nPage 16, ligne 12 :Le point-voyelle de la première lettre manque dans le mot aieleth ; la\nseconde lettre devrait être ponctuée comme la troisième.\nMême ligne : Ce n'est pas ioneth, comme ponctue hauteur pour les besoins de sa théorie, mais\nionath qu'il faut lire (v. Ps. LVI hébr.).\nPage 18, au bas : Le texte hébreu cité renferme plusieurs erreurs :\ni° L'accent souscrit du premier mot est <C et non\n20 Le point-voyelle du troisième mot doit être fait de 3 points obliques et non de deux pour\nreprésenter le son ou.\n30 La dernière syllabe du quatrième mot forme en réalité un mot à part, comme le montre la\ntranscription française qui suit.\n4° Sous la première lettre du sixième mot, l'auteur a confondu avec la forme de l'accent f-\nle point-voyelle accompagné de l'accent V Le mot doit se lire iaaberou et non iaberou.\n5° Au huitième mot, l'avant-dernière lettre est surmontée d'un point voyelle sans objet, l'auteur\nayant donné à un même signe d'accentuation sa valeur d'accent et celle du point-voyelle qui\nlui ressemble, et qui se trouve, dans le texte, placé sur la lettre suivante.\n6° La dernière lettre du dernier mot constitue une faute de lecture ; c'est tse et non ye qu'il faut\nlire ; et la transcription exacte est aréç et non aréi (v. page 19, ligne 4).\n70 La seconde lettre du premier mot est un set non un ch, comme le prouve le point qui sur-\nmonte le jambage de gauche de cette lettre. Il faut donc lire besoumo au lieu de beschoumo\n(page 19, ligne 4).\nPage 19, ligne 4 : Au lieu de laim, lire layarn, et au lieu de oumaim, lire oumayim.\nMême ligne : Omission du signe d'accentuation \\ sous la première lettre du mot iaberou.\nPage 18, ligne 2 : Au lieu de soph-phasouq, lire soph-pasouq. Même page, ligne 6, au lieu de\ntiphcha, lire tipcha.\nDans les noms hébreux des notations musicales, il faut relever quelques fautes :\nPage 21, ligne 20 : Le mot n° 27 doit se lire merka et non merkah, comme il est écrit ici. Même\nerreur au n° 27, page 23.\nPage 22, ligne 1, premier mot de gauche, lire mapa'h et non mapar. Sur le même mot autre\nerreur p. 23,0° 28, où le mot est écrit mapad ; page 22, ligne 1 : le quatrième et le sixième\nmot en partant de gauche demanderaient un p final au lieu d'un p initial ou médial. Même\nerreur page 23, n° 19.\nPage 22, ligne 2, n° 13, lire athnah et non athna ; même page, ligne 3, n° 4, lire et non\npour ; le même mot est bien orthographié p. 23, n° 4 ; même page, ligne 6, n° 25, lire yoraq ben\nyomo et non yoma ; le même mot est bien orthographié page 23, n° 25.\nPage 22, ligne 7, le second mot à droite doit se lire tebir et non ternir.\nPage 22, ligne 8, n° 15, lire legarmè et non legarmo. Autre faute sur le même mot, page 23,\nn° 15 ,legarmèh.\nMême page, même ligne, nc 8, lire yethib et non yethig. Le même mot est bien orthographié\npage 23, n° 8.\nPage 23, n° 5, lire Karné par ah, et non Karké.\nPage 23, n° 9, lire pachta et non pasta.\nPage 23, n° 6, lire guèrech et non guérés.\nje ne voudrais pas qu'on jugeât défavorablement cetrès savant ouvraged'après\nces notules critiques. Après avoir étudié les « sources et origines premières »,\nM. G. consacre une « 2e partie » à « l'Ecole romaine et son enseignement ».\n(Saint Grégoire et les musiciens romains, la méthode et les théoriciens, ve-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.8", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 198, "texte": "xie siècle). La «. 3e partie » comprend « le développement et la fixation du ré-\npertoire » : l'organisation de l'office romain et le répertoire grégorien.\n\nT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "241", "page_fin": "243", "image_debut": 1, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.1.1", "titre_corps": "SALOMÉ, I ACTE, POÈME D'OSCAR WLLDE, MUSiQUE DE RLCHARD STRAUSS (THÉÂTRE DU CHATELET).", "titre_sommaire": "SALOMÉ, I ACTE, POÈME D'OSCAR WLLDE, MUSiQUE DE RLCHARD STRAUSS (THÉÂTRE DU CHATELET).", "signature_source": "J. 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Comme équivalent, au point de vue de l'éclat des diamants, de la\ndistinction des personnes, et de tout ce qui constitue la réunion vraiment select,\nje ne trouve dans mes souvenirs que le gala organisé à l'Opéra, il y a quelques\nannées, en l'honneur du roi Edouard, et où les comtesses, marquises, du-\nchesses, etc..., toutes coiffées de leur couronne, faisaient au monarque anglais,\ndans la corbeille clu premier étage, comme un radieux cortège de reines. Ces\nhonneurs et ce déploiement extérieur pour Salomé, est-il besoin de le dire ?\nn'avaient pas des causes purement musicales, bien que M. Richard Strauss soit\nconsidéréen France comme un compositeur de grand talent, et que son dernier\nouvrage, par suite de circonstances diverses, tînt les esprits en éveil. La pre-\nmière audition de ce drame énorme, acclamé dans tel pays, repoussé dans tel\nautre, et la présence de l'auteur lui-même au pupitre, ont fourni au gouver-\nnement français, aux ambassadeurs, et, par eux, à la partie la plus brillante de\nla société parisienne, l'occasion de faire une manifestation de bon aloi : le secret\nétat d esprit de la plupart de ces auditeurs de marque m'a paru être, avec l'im-\npatience de voir une chose rare et réputée un peu scandaleuse, le désir de donner\nun pendant à l'accueil si cordial récemment fait par 1 Empereur d'Allemagne\nà MM. Saint-Saëns, Massenet, Xavier Leroux. Un devoir très précis de cour-\ntoisie internationale a coïncidé avec l'estime due à un grand musicien, avec le\ngoût artistique d'une élite, la perversité de quelques-uns, et le snobisme de\npresque tous.\nLa pièce a été suivie avec une attention sans défaillance et une sorte de\ncuriosité haletante. Elle a fait certainement une forte impression; je n'oserais\ncependant pas affirmer qu'elle a ému autant qu'étonné. D'abord, rappelons en\ndeux mots le sujet.\nLa scène représente la terrasse du palais d'Hérode. A la porte de la salle du\nfestin se tient le jeune officier Narraboth. La princesse Salomé, qui a fui l'orgie,\napparaît.\nTout à coup, du fond d'une citerne voisine où est enfermé le prophète jocha-\nnaan, s'élève la voix du prisonnier. Il prédit la venue de la religion nouvelle."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.2", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3490, "texte": "Salomé, impérieuse, exige qu'on lui montre le prisonnier. Narraboth n'y consent\nque parce qu'il est subjugué par son amour pour la princesse.\nDès qu'apparaît Jochanaan, Salomé lui crie son amour. Narraboth se tue à\nses pieds sans qu'elle s'en aperçoive.\nJochanaan, insensible, maudit Salomé et sa mère Hérodias, femme d'Hérode.\nMais voici Hérode et ses convives qui sortent du festin. Le tétrarque de Judée,\nexcité par les vins, demande successivement à Salomé de manger des fruits, de\nboire à sa coupe et de danser avec lui. Salomé refuse tout, mais, se ravisant\ntout à coup, elle acceptera de danser si Hérode lui jure de lui accorder tout ce\nqu'elle lui demandera. Hérode fait le serment fatal, et Salomé danse la « Danse\ndes Sept Voiles », au bout de laquelle elle tombe éperdue aux pieds du té-\ntrarque.\nSalomé réclame alors la rançon qui lui est due : elle veut, sur un plat d'argent,\nla tête du prophète Jochanaan. En vain, Hérode lui offre en échange toutes les\nrichesses du royaume : Salomé, implacable, réclame la tête de Jochanaan.\nTerrifié, Hérode accepte. Le bourreau descend dans la citerne ; on entend\ndans le silence un gémissement, et bientôt la tête du supplicié apparaît, sortie du\npuits par le bras du bourreau.\nTous les assistants sont atterrés. Salomé prend des mains du bourreau la tête\nde Jochanaan, et exhale devant le prophète mort l'amour qu'il lui a refusé de son\nvivant.\nHérode, effrayé et écœuré, s'écrie : « Qu'on tue cette femme ! »\nLes soldats se précipitent sur Salomé et l'écrasent sous leurs boucliers.\nEn un pareil livret, d'un caractère ultra-romantique, tout est violent et haut en\ncouleur, mais à peu près rien n'est de nature à toucher, parce que tout semble\nfaux, contourné, conventionnel, gonflé d'un mauvais esprit de raffinement et\nd'outrance. Les personnages ne sont pas assez étudiés pour paraître humains, et\nressemblent à de gigantesques pantins, habillés de costumes rutilants. Les\npassions ne sont que des gestes de folie ou de brutalité. Le public est cependant\nhaletant, parce que la musique de M. Strauss supplée àla vérité seule source\nde poésie et d'émotion en sollicitant toujours l'imagination et en maintenant\njusqu'au bout l'auditeur dans l'attente de quelque chose de très pathétique. Le\npoème n'est pas humain ; la musique veut l'être. Elle reste pourtant superficielle\n(ou d'une psychologie qui porte à faux) et décorative, comme une grande com-\nposition de M. Rochegrosse.\nIl y a, dans l'esthétique de M. Richard Strauss, quelque chose d'assez grossier:\nc'est cette idée, que plus une œuvre est longue et énorme, plus elle est belle. La\nquantité et la « fourniture » semblent avoir pour lui une importance capitale. Il\nréunit tous les actes d'un drame en seul bloc (une heure trois quarts de musique\ncontinue), il multiplie les instruments, il crée des difficultés d'exécution nou-\nvelles, il accumule les parties en contrepoint, comme si, en tout, il voulait\ngagner une gageure ou s'emparer d'un record. Il a peut-être du génie : il n'a\ncertainement pas de goût (je parle du goût tel que nous le comprenons). Nous,\nF rançais, nous sommes d'une autre école. Nous voulons qu'une œuvre quelconque\nait pour base une observation faite soit clans la vie réelle, soit dans l'Histoire,\net que la fantaisie elle-même ne soit qu un ingénieux moyen d'être vrai avec\ngrâce et légèreté. Nous admirons sans doute des drames terribles comme les\nClioéphores d'Eschyle, ou Y Œdipe Roi de Sophocle, comme Macbeth et Jules"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.3", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "César ; mais nous voulons que ces drames, outre leur fonds de vérité historique\nou humaine, aient une mesure, des proportions raisonnables, médiocre aliquid,\ncomme disaient les Latins, ou « une juste grandeur », selon la traduction que\nnotre Racine donnait de ce mot. Nous apprécions un dîner, non d'après la gros-\nseur des portions servies (choux aigres, saucisses, hareng, lard, pommes de terre\net œufs durs superposés), mais d'après leur finesse ; et nous estimons que dans le\nfestin des barbares, décrit par Flaubert dans Salammbô, il y a place pour un\nglouton, non pour un délicat. Nous ne pensons pas que la Vénus de Milo ou\nl'Apollon du Belvédère seraient plus beaux s'ils avaient la même hauteur que la\ntour Eiffel. A une maison de dix-huit étages sur l'avenue n°..., nous préférons\nla villa d'Horace, riante sous le ciel latin, avec son bouquet d'arbres et sa source\nvive, et, sous la treille, le jeune échanson couronné d'un simple myrte. A l'art\nde M. Strauss j oppose celui d'un Bizet. Le premier m'étonne ; le second me\nchaime. Lun m éblouit ; 1 autre me pénètre et m'enchante. Entre les deux je\nn hésiterais pas à choisir. Affaire de routine, probablement, et d'étroitesse\nd'esprit !\nIl y a quelque chose de grossier, de lourdement germanique, dans l'esthétique\nde M. Richard Strauss. Ce compositeur est une manière d'ogre ; il juge de notre\nestomac d'après le sien ! Mais il y a aussi dans son art quelque chose d'admi-\nrable : c'est sa puissance même, sa force de résistance dans les records de masse\net de duiée où il s engage, sa faculté d écriture, son contrepoint babylonien, sa\nscience des architectures sonores et des timbres, et, avec les ressources incom-\nparables de sa technique, sa fécondité d'imagination. Le goût du « grand » dans\nla symphonie n'est pas à la portée du premier venu ; il est ici le signe évident\nd'une personnalité artistique fort remarquable. Être très personnel, très original\npar quelque endroit, et produire beaucoup, c'est peut-être, après tout, par\nlà que doivent se manifester les grands artistes ! Les idées mélodiques de\nM. Strauss sont d'une abondance merveilleuse, je voudrais que, considérées\nen elles-mêmes, elles fussent d'une qualité plus haute. Quelquefois elles ne\nsont qu'étranges ; mais elles sont traitées de main de maître. Esist ja Kolossal !\nIl faut répéter, sans ironie, cette exclamation familière à nos voisins. Je ne\npartage pas l'avis d'un compositeur parisien qui jugeait ainsi cette musique :\n« Ce sont des ragots de restaurant à vingt-cinq sous, mais accommodés par le\nchef cuisinier de 1 Empereur d'Allemagne. » Et voilà des impressions bien\ncontradictoires. Je n'en puis donner d'autres après une première audition. Peut-\nêtre aurai-je à les modifier dans la suite !\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c003", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "243", "page_fin": "246", "image_debut": 3, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.1.2", "titre_corps": "« ARIANE ET BARBE-BLEUE», 3 ACTES, PAROLES DE M. MAETERLINCK, MUSIQUE DE M. PAUL DIJKAS (THÉÂTRE DE L'OPÉRA-COMIQUE).", "titre_sommaire": "« ARIANE ET BARBE-BLEUE», 3 ACTES, PAROLES DE M. MAETERLINCK, MUSIQUE DE M. PAUL DIJKAS (THÉÂTRE DE L'OPÉRA-COMIQUE).", "signature_source": "P. 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Carré avec 1 art et le luxe qui lui sont habituels, est\nextrêmement brillant et d une beauté musicale réelle ; j'aurai à peine à faire\nune réserve, sur un point d'ailleurs capital."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.4", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3811, "texte": "M. Dukas a d'abord travaille sur un poème très plaisant et original, écrit en\n190 [ par M, Maeterlinck, esprit subtil et délicat qui aime la naïveté et par con-\nséquent la profondeur des choses enfantines. Entre ses mains, un conte de\nPerrault est devenu, sans rien perdre de sa fraîcheur et de sa couleur, une suite\nde symboles philosophiques. Pour la caractéristique de ce livret, je citerai\nl'excellente analyse de notre confrère M. Henry Bidou, du journal les Débats :\n« Au début, par lesfenêtres d'une salle vide dans le château de Barbe-Bleue, on\nentend les voix de la foule ; on apprend ainsi que Barbe-Bleue ramène dans son\ncarrosse une femme qui est la sixième, et qu'elle est très belle. Elle entre, suivie\nde la nourrice ; elle se nomme Ariane ; Barbe-Bleue lui a donné les six clés d'ar-\ngent qui ouvrent les portes permises, et la clef d'or qui ouvre la porte interdite.\nLa nourrice tourne, avide et effrayée, les clés d'argent, et voici ruisseler d'une\nporte les améthystes, d'une autre les saphirs, d'une autre les perles, d'une autre\nles émeraudes, d'une dernière les rubis, menace de mort, de la dernière enfin\nl'aveuglante lumière des diamants, « en qui s'agite la passion de la clarté qui a\ntout pénétré, ne se repose pas et n'a plus rien à vaincre qu'elle-même ». Et der-\nrière eux paraît la porte interdite, aux serrures d'or. C'est celle-là seule qui\nimporte. Ariane l'ouvre, non par curiosité, mais parce que sa conscience l'y\ncontraint. « Il faut d'abord désobéir : c'est le premier devoir quand l'ordre est\nmenaçant et ne s'explique pas. » La porte ouverte ne laisse voir qu'une ombre\nd'où s'élèvent les chants des femmes captives. Barbe-Bleue paraît et veut\nentraîner Ariane. Mais déjà les paysans, qui guettent aux alentours, s'élancent\npour la délivrer. Ariane les arrête d'un geste : Que me voulez-vous ? dit-elle. Il\nne m'a fait aucun mal.\n« Tel est lepremier acte. Nousentendons aisément que les femmes sont captives\ndans un cachot dont la porte s'ouvre sur les clartés de l'esprit, et que celle qui\nles délivrera sera celle qui se révoltera contre les lois de la force, et qu'elle\nvaincra par la puissance de la volonté, de la beauté et de la paix. Mais qu'une\nglose a peu de grâce auprès d'un mythe ! Au second acte, Ariane est descendue\ndans le cachot où les cinq premières femmes sont captives. Elle les embrasse et\nelles ont peur d'elle. Leur prison, profonde et noire, est à peine close. Une porte\nqu'elles peuvent ouvrir laisse apercevoir une grande clarté. Mais elles ont peur\nde cette clarté ; elles croient qu'elle vient de la mer, qui les submergera. Ariane\ntire les verrous, brise les vitres, et le ciel pur apparaît. Les captives s'enivrent du\npremier sourire de leur liberté. Ainsi finit le second acte.\n« Au troisième, elles errent dans le château. Le château est enchanté ; quand\nelles ont voulu franchir les fossés, les ponts se sont levés d'eux-mêmes. Elles\nrestent captives, mais dans un séjour enchanté. Elles ont des âmes puériles et\nvaines. Elles s'enveloppent d'étoffes charmarrées, et Ariane leur apprend à\ndélivrer leurs cheveux, leurs bras et leurs seins, et à s'orner de pierreries : ce\nqui veut dire, je pense, à vivre en vérité et en beauté. Cependant Barbe-Bleue\nrevient pour les ressaisir, accompagné d'une escorte de nègres ; comme il va\nfranchir les fossés, les paysans se jettent sur lui, le lient et l'apportent à Ariane.\nAriane le délivre et soigne ses plaies. Ainsi la femme nouvelle, protégée par le\npeuple, usera de sa liberté nouvelle pour défendre à son tour contre ce même\npeuple l'ancien tyran qui la tenait prisonnière. Mais la porte est ouverte et la\ncampagne est bleue. Ariane s'en va et engage ses sœurs à la suivre par l'univers.\nC'est ici la dernière péripétie. Elles refusent. Elles demeurent captives volon*"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.5", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "taires, dans le château enchanté où elles ont vécu. Les femmes ne veulent point\nêtre délivrées. Quand tous les verrous tomberaient, elles auraient peur de la\nlumière et de la liberté. Elles resteront d'elles-mêmes dans le château de Barbe-\nBleue.\n« Le mythe est beau, mais c'est le poème qu'il faut écouter. On l'écoutera mal\nsi on cherche à enfermer les belles paroles simples et jusqu'à l'étoffe musicale\ndans un caveau de raison plus cruel que Barbe-Bleue. Il faut se laisser le droit\nde rêver. « Une allégorie, a dit Maeterlinck lui-même, a un millier d'ailes. »\nNe vous étonnez pas que nous insistions sur l'analyse du livret. Aujourd'hui,\nil a une importance capitale ! De même que les interprètes se préoccupent moins\nde chanter que de, jouer, les compositeurs veulent, avant tout, suivre de près une\ndonnée, et approprier leur langage à des idées précises. Sur ce poème, M. Dukas\na écrit une partition très indépendante et très riche de formes, extrêmement\ncolorée, où le drame lyrique absorbe « le conte » et où l'on trouve la plupart\ndes procédés présentement à la mode, dissonances, rythmes contrariés, belle\net savante incohérence d'écriture, mais avec des idées personnelles, et, en\ndépit de la confusion apparente, une science très remarquable de la construction\nsymphonique. Tout d'abord, je regrettais qu'un conte de Perrault fût alourdi et\ncompliqué par l'emploi de toutes les ressources de la grande symphonie mélo-\ndramatique et-réaliste. Mais, comme on l'a vu, nous sommes très loin de Per-\nrault, lequel ne fournit plus qu'un symbole, un cadre à des pensées profondes.\nLa philosophie n'est peut-être pas à sa place à l'Opéra-Comique ; ce qui est tou-\njours bienvenu, c'est un talent personnel et indépendant, un compositeur qui\na vraiment le don de création. Cette originalité, je dois le dire, n'est pas tou-\njours exempte d'alliage. M. Dukas,ben nous peignant l'histoire de Barbe-Bleue\net de ses femmes, imite parfois le Siegfried de Wagner, et quelques-unes de ses\ncombinaisons mélodiques imposent le souvenir de Siegfried-Idyll ; c'est peu de\nchose, un reste inévitable des habitudes d'antan. Ce que je reprocherai à\nM. Dukas, et ceci est peut-être encore dû à une survivance de l'art wagnérien,\nc'est une certaine longueur dans quelques scènes (en particulier dans celle du\n2e acte qui se passe dans le cachot noir où sont enfermées les prisonnières ; l'effet\nesthétique est à peu près celui du prélude de la Gôtterdâmmerung /). J'ai surtout\n—et c'est là ma seule réserve importante à lui reprocher la façon dont il a\ntraité la partie purement vocale de son oeuvre.\nM. Dukas est un instrumentiste et un symphoniste de premier ordre. Léchant,\nil ne le connaît pas, ou bien il le méprise. Dans son opéra, on ne chante pas. Si\nd'aventure apparaît l'esquisse d'une mélodie, elle est écrasée par le fracas des\ncuivres, et pas un mot ne parvient à l'oreille de l'auditeur. Toujours des récita-\ntifs, des formules-tronçons ; jamais d'ensemble ! Il y avait, dans le poème, un\nélément de mélodie tout à fait exquis : ce sont les jeunes femmes de l'ogre,\nd'abord dans leur prison souterraine, puis remontant à la lumière et à la vie,\nreparaissant dans le beau château féerique avec des habits d'or, au milieu des\nperles et des joujoux très précieux, enfin penchées sur le tyran blessé et garrotté,\nqu'elles soignent généreusement en oubliant sa cruauté passée. Vous penserez\ncomme moi qu'il y avait là le sujet charmant d'un quintette vocal ; M. Dukas a\nété d'un autre avis. Pour rester fidèle à son « esthétique », laquelle veut qu'on\nne soit pas au théâtre pour se divertir, il ne nous a jamais donné ce quintette\nattendu, et dont l'occasion s'offrait si souvent. Il a eu grand tort ; son « drame"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.6", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "lyrique » n y aurait rien perdu. Une omission de ce genre est impardonnable,\net j irai jusqu au bout de ma pensée : si M. Dukas n'a pas écrit le quintette — à\nla manière de Bizet — qu'exigeait le poème, je soupçonne que la raison en est fort\nsimple : c'est que le quintette pour voix de femmes est chose trop difficile. — J. C.\nCONCERT DE HARPE CHROMATIQUE. — MIle Hélène Zielinska a donné le 6 mai\ndernier son concert annuel à la salle Pleyel. Cette charmante artiste pratique la\nharpe chromatique. Nous ne parlerons point de son talent d'exécution : le talent\nà Paris est la chose qui manque le moins, il y a autant de talents inconnus que\nde îéputations surfaites. Mais Mllc Zielinska a tout à la fois la réputation et le\nmérite. Ce qui nous plaît en elle, c'est le sentiment qu'elle a de la probité de son\nart. Le programme de chacun de ses concerts n'est point un programme de har-\npiste, car on ne nous a guère habitués à les concevoir tels, c'est le choix d'une\nmusicienne, qui ignore les fantaisies, les morceaux de virtuosité banale, les\nrestes falots d'un romantisme dont la harpe s'était faite le dernier écho et le der-\nnier refuge. Qu'on vienne arguer que la littérature de cet instrument est lamen-\ntablement pauvre : à cela le programme»du concert de M\"e Zielinska est une\nréponse heureuse. Nous y relevons une sonate pour violon et luth du grand\nmaître que fut Rust (1739-1796), des pièces de clavecin de J.-B. Lœillet, de Scar-\nlatti, de Bach même. La harpe chromatique a rendu luth et clavecin sans rien\naltérer du texte original. Il est évident que ces œuvres ne sont point des con-\ncessions faites au public; mais à en juger par les applaudissements prodigués à\nMlle Zielinska, il semblerait que ce même public n'est point désireux de tant de\nconcessions. A côté de M1Ie Zielinska on a surtout remarqué la ravissante voix\nde ténor de M. Moughounian. Il y a quelques dangers à être ténor, entre autres\ncelui de chanter le Renouveau de A. de Castillon comme une mélodie de Mas-\nsenet. M. Moughounian est trop artiste pour être longtemps sans s'en aper-\ncevoir.\n\nP. A."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c004", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "246", "page_fin": "248", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.1.3", "titre_corps": "LES ORIGINES DU CHANT ROMAIN ; L'ANTIPHONAIRE GRÉGORIEN, PAR AMÉDÉE GASTOUÉ, PROFESSEUR DE CHANT GRÉGORIEN A L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS (I VOL. 3O7 p., AVEC NOTATIONS, CHEZ ALPH. PLCARD, 12 FR.)", "titre_sommaire": "LES ORIGINES DU CHANT ROMAIN ; L'ANTIPHONAIRE GRÉGORIEN, PAR AMÉDÉE GASTOUÉ, PROFESSEUR DE CHANT GRÉGORIEN A L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS (I VOL. 3O7 p., AVEC NOTATIONS, CHEZ ALPH. PLCARD, 12 FR.)", "signature_source": "T", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.6", "debut_caractere": 2109, "fin_caractere_exclue": 3637, "texte": "LES ORIGINES DU CHANT ROMAIN ; L'ANTIPHONAIRE GRÉGORIEN, PAR AMÉDÉE GASTOUÉ,\nPROFESSEUR DE CHANT GRÉGORIEN A L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS (I VOL.\n3O7 p., AVEC NOTATIONS, CHEZ ALPH. PLCARD, 12 FR.)\n\nC'est une question encore\ninsoluble que de savoir d'où l'Eglise romaine a tiré les chants de son répertoire.\nToutes les vraisemblances portent à croire qu'elle les a empruntés aux Grecs de\n1 antiquité. En effet, elle a reçu des Grecs tant d'idées et de traditions — y com-\npris la théorie de la musique, — qu'il serait étrange qu'il eût étéfait uneexception\npour les mélodies. Mais l'Église, — qui a été fièrement appelée, par un rabbin,\n« une hérésie juive », — a été la continuatrice de la Synagogue et lui doit beau-\ncoup aussi. On voit combien la question est complexe. A défaut de documents\nmusicaux (car il n'y a pas aujourd'hui un seul chant dont on puisse affirmer\nqu'il appartenait à la Synagogue primitive), on est obligé de se rabattre sur l'his-\ntoire de la liturgie et sur des textes littéraires. Quiconque voudra s'éclairer sur\nces questions difficiles, lira avec le plus grand profit le livre de M. Amédée\nGastoué, résultat d'une somme énorme de lectures et de recherches. La tendance\ndu livre est de sacrifier la tradition grecque, chère à M. Gevaert, au profit de\nla tiadition juive. J avoue ne pas être en état de prendre parti, dans un sens ou\ndans 1 autre, pour des motifs que l'esprit scientifique puisse admettre. Je constate\nseulement que la documentation de M. Gastoué est solide et puisée aux meilleures"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.7", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4416, "texte": "sources. Il y a néanmoins dans son travail, ce qui paraîtra excusable, un\nassez grand nombre de petites fautes matérielles, à en juger par le premier cha-\npitre. J'en signalerai ici quelques-unes.\nPage 8, ligne 17 :Il y a un office nocturne. L'auteur, qui donne le nom hébreu des offices,\nl'omet ici. L'office nocturne s'appelle Arbith ou Maarib.\nMême ligne : Le nom de l'office matutinal est mal ponctué et mal orthographié. La seconde\nlettre, qui est un ch et non un h, doit être ponctuée aet non e ; la troisième doit être ponctuée 1\net non a, et la quatrième ne doit pas être ponctuée du tout. Le mot, qui doit se lire cha'harith,\ntel qu'il est transcrit ici, se lirait chaheraïth.\nMême page, ligne 42 : Deux points-voyelles mal indiqués. La première lettre et l'avant-\ndernière portent la voyelle i au lieu de é. Tels qu'ils sont ponctués, les mots se liraient Simoné\nesri, au lieu de Semoné esré.\nPage 12, ligne 29 : Deux fautes d'orthographe dans le premier mot. La seconde lettre est à sup-\nprimer ; et la quatrième doit être k et non n ; de plus, IV, qui n'est pas ponctué, doit porter le\npoint-voyelle é. Il faut lire Pirkè et non Pirné•\nPage 16, ligne 12 :Le point-voyelle de la première lettre manque dans le mot aieleth ; la\nseconde lettre devrait être ponctuée comme la troisième.\nMême ligne : Ce n'est pas ioneth, comme ponctue hauteur pour les besoins de sa théorie, mais\nionath qu'il faut lire (v. Ps. LVI hébr.).\nPage 18, au bas : Le texte hébreu cité renferme plusieurs erreurs :\ni° L'accent souscrit du premier mot est <C et non\n20 Le point-voyelle du troisième mot doit être fait de 3 points obliques et non de deux pour\nreprésenter le son ou.\n30 La dernière syllabe du quatrième mot forme en réalité un mot à part, comme le montre la\ntranscription française qui suit.\n4° Sous la première lettre du sixième mot, l'auteur a confondu avec la forme de l'accent f-\nle point-voyelle accompagné de l'accent V Le mot doit se lire iaaberou et non iaberou.\n5° Au huitième mot, l'avant-dernière lettre est surmontée d'un point voyelle sans objet, l'auteur\nayant donné à un même signe d'accentuation sa valeur d'accent et celle du point-voyelle qui\nlui ressemble, et qui se trouve, dans le texte, placé sur la lettre suivante.\n6° La dernière lettre du dernier mot constitue une faute de lecture ; c'est tse et non ye qu'il faut\nlire ; et la transcription exacte est aréç et non aréi (v. page 19, ligne 4).\n70 La seconde lettre du premier mot est un set non un ch, comme le prouve le point qui sur-\nmonte le jambage de gauche de cette lettre. Il faut donc lire besoumo au lieu de beschoumo\n(page 19, ligne 4).\nPage 19, ligne 4 : Au lieu de laim, lire layarn, et au lieu de oumaim, lire oumayim.\nMême ligne : Omission du signe d'accentuation \\ sous la première lettre du mot iaberou.\nPage 18, ligne 2 : Au lieu de soph-phasouq, lire soph-pasouq. Même page, ligne 6, au lieu de\ntiphcha, lire tipcha.\nDans les noms hébreux des notations musicales, il faut relever quelques fautes :\nPage 21, ligne 20 : Le mot n° 27 doit se lire merka et non merkah, comme il est écrit ici. Même\nerreur au n° 27, page 23.\nPage 22, ligne 1, premier mot de gauche, lire mapa'h et non mapar. Sur le même mot autre\nerreur p. 23,0° 28, où le mot est écrit mapad ; page 22, ligne 1 : le quatrième et le sixième\nmot en partant de gauche demanderaient un p final au lieu d'un p initial ou médial. Même\nerreur page 23, n° 19.\nPage 22, ligne 2, n° 13, lire athnah et non athna ; même page, ligne 3, n° 4, lire et non\npour ; le même mot est bien orthographié p. 23, n° 4 ; même page, ligne 6, n° 25, lire yoraq ben\nyomo et non yoma ; le même mot est bien orthographié page 23, n° 25.\nPage 22, ligne 7, le second mot à droite doit se lire tebir et non ternir.\nPage 22, ligne 8, n° 15, lire legarmè et non legarmo. Autre faute sur le même mot, page 23,\nn° 15 ,legarmèh.\nMême page, même ligne, nc 8, lire yethib et non yethig. Le même mot est bien orthographié\npage 23, n° 8.\nPage 23, n° 5, lire Karné par ah, et non Karké.\nPage 23, n° 9, lire pachta et non pasta.\nPage 23, n° 6, lire guèrech et non guérés.\nje ne voudrais pas qu'on jugeât défavorablement cetrès savant ouvraged'après\nces notules critiques. Après avoir étudié les « sources et origines premières »,\nM. G. consacre une « 2e partie » à « l'Ecole romaine et son enseignement ».\n(Saint Grégoire et les musiciens romains, la méthode et les théoriciens, ve-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.8", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 198, "texte": "xie siècle). La «. 3e partie » comprend « le développement et la fixation du ré-\npertoire » : l'organisation de l'office romain et le répertoire grégorien.\n\nT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c005", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "248", "page_fin": "259", "image_debut": 8, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.2", "titre_corps": "Conférence de M. Jules Gombarieu sur la musique et la magie.", "titre_sommaire": "Conférence de M. Jules Gombarieu sur la musique et la magie.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.8", "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 3481, "texte": "Conférence de M. Jules Gombarieu sur la musique et la magie.\n\nM.\nLe 2 mai, aux Grafton Galleries, M. Jules Combarieu a fait à Londres une conférence sur (( la\nmusique et la magie )),pour la Société franco-britannique. La séance, présidée par M. Archibald\nGeikie, professeur à 1 Université d'Edimbourg et membre correspondant de l'Institut de France,\navait réuni un très nombreux et très brillant auditoire, que M. l'Ambassadeur Cambon honorait\nde sa présence, Nous donnons in extenso le texte de cette conférence.\n\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nAu moment de commencer cet entretien, je me demande s'il ne sera pas le\nrésultat d'une « erreur sur la personne ». Tout à l'heure, au moment où j'entrais\nclans ces salons, — et trop tard sans doute, — on me disait que vous attendez\nsurtout de ceux qui viennent prendre ici la parole, une causerie agréable, vive,\nspirituelle, ne donnant que la fleur des choses ; et c'est ce qui m'inquiète. Ceux\nqui enseignent au Collège de France ne peuvent prendre aucun engagement\nferme, quand on leur demande d'être amusants. C'est un règlement qui remonte\nà François Ie1. Aussi, je crains que la très aimable société franco-britannique, à\nl'appel de qui je me suis rendu, ne me reproche secrètement, quand elle m'aura\nentendu, d'avoir contristé cette brillante réunion, et ne dise en retournant un mot\ncélèbre : c est un danseur qu'il nous fallait ; et c'est un calculateur qui est venu 1\nCe qui me rassure, c'est la bienvenue que vient de me souhaiter un savant\néminent, Sir Archibald Geikie, considéré en France, par tous les hommes d'étude,\ncomme un ami et comme un exemple ; c'est surtout l'atmosphère de sympathie\nqu'un h rançais sent ici autour de lui. Je compte, en espérant bien qu'elle produira\nce soir tous ses effets, sur la formule des relations charmantes, à la fois solides\net délicates, qui se sont établies de l'un et l'autre côté du détroit. Entre amis,\non est indulgent ; on se passe bien des choses : on excuse un peu de pédantisme\nque certains professionnels traînent toujours avec eux, même en voyage. Or, de\n1 entente cordiale à l'amitié, il n'y a qu'un pas, celui que les géographes, avec\nune arrière-pensée évidente, ont appelé le Pas-de-Calais.\nLa question dont je me propose de vous dire quelques mots et qui se rattache\naune idée d'harmonie, est celle des origines de l'art musical. Des trois objets qu'on\npeut se proposer en étudiant la musique, — exécution, théorie, histoire, — le\ndernier seul m occupera ; je me hâte d'ajouter que, pour moi, l'histoire de la\nmusique ne commence pas à Purcell ou à Palestrina, pour se limiter aux races\nanglo-saxonnes ou gréco-latines : elle commence à l'origine même de la civili-\nsation et s étend à tous les pays connus. Ceci soit dit pour expliquer que je\nprendrai un peu partout les exemples dont j'aurai besoin.\nCette question que j'ai choisie paraît un peu spéciale; elle est cependant d'un\nhaut intérêt pour quiconque aime à réfléchir sur les grands sujets. Elle ne\ntouche pas seulement aux caractères profonds et permanents d'un art que nous\naimons : elle est liée à l'étude du mouvement général de la civilisation. De\nces fugitives constructions de fantaisie ou de chimère qui sont sorties de la voix\ndes primitifs, on peut tirer une notion d'ensemble sur une multitude de choses,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.9", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3518, "texte": "et une contribution à la connaissance de l'humanité, non seulement celle d'hier\net d'avant-hier, mais peut-être encore celle d'aujourd'hui. Gomme l'a dit Ernest\nRenan, « un esprit vraiment philosophique est celui qui se préoccupe des ori-\ngines ». Suivons un instant ce précepte.\nNous savons d abord que la musique instrumentale n'est qu'une transposition\net un développement de la poésie chantée, abstraction faite des paroles. Le\nproblème des origines de la musique se ramène donc à celui-ci : d'où vient le\nchant ? quelle est sa raison d être ? quel fut son premier emploi dans la société }\nLes anciens disaient * le chant est un don du ciel ; la musique vient des dieux.\nLes philosophes modernes, plus observateurs, ont eu des opinions toutes diffé-\nrentes. Ils ont dit : le chant est 1 effet d une loi physiologique ; il est produit par\nun sentiment intense, ajustant d'une façon particulière les organes de la respira-\ntion et de la voix (Herbert Spencer). Le chant a pour principe l'amour ; il est,\ndans les espèces vivantes, l'appel du mâle à sa compagne (Darwin). Le chant\nest un jeu, une dépense agréable d'énergie superflue (Grosse). Le chant est fils\ndu travail ; c'est un moyen employé pour discipliner des activités individuelles\ndans des tâches collectives (Wallaschek, Karl Bûcher). Et chacune de ces doc-\ntrines contient certainement une part de vérité.\nL'historien, appliqué à recueillir et à interpréter des témoignages précis, a\nune autre explication à proposer. Placé en présence des faits, et affranchi des\nthéories préconçues, il est obligé de limitersa doctrine à la constatation suivante :\nle chant a eu pour première forme l'incantation ; la musique vient de la magie.\nMettre en lumière ce fait singulier ; en second lieu, l'expliquer et chercher ses\nraisons ; enfin tirer de là quelques conclusions générales : tel est l'objet de cette\nconférence que je vais réduire au strict nécessaire.\nI\nDéfinissons d'abord les choses dont nous parlons.\nLa magie est un ensemble de pratiques à 1 aide desquelles l'homme croit pou-\nvoii imposer sa volonté à la nature. Cette idée de contrainte est capitale. La reli-\ngion et la magie supposent toutes les deux la croyance aux Esprits : mais dans\n1 une et 1 autre, les rapports de 1 homme avec les Esprits ne sont pas les mêmes.\nDans la leligion, 1 homme s adresse à un tout-puissant ou à un supérieur ; il\nimploie sa bienveillance ou sa miséricorde. Il traite de sujet à seigneur, quelque-\nfois aussi d'égal à égal en faisant une sorte de marché. Dans la magie, rien de\nsemblable. 1 homme ne prie pas \\ il commande. Alors que les actes religieux tirent\nleur pouvoir efficace des sentiments et des intentions dont ils sont le symbole,\ntout doit se passer, dans la magie, comme dans le laboratoire d'un savant où\nl'état d'esprit de l'opérateur importe peu. Les actes produisent leur effet par eux-\nmêmes, grâce à la vertu qui leur est propre ; il suffit d'appliquer correctement\ntelle recette : le résultat est attendu comme nécessaire.\nIl y a eu, dans la magie, deux sortes de rites : les rites manuels (consistant à\ntiacer des figures géométriques, à façonner des images, préparer des philtres,\nmélanger ou brûler des substances diverses, etc., etc...) et les rites oraux. Les rites\noiaux sont les plus anciens. Nous le savons par des témoignagesformels,'—celui\nde Platon, par exemple, disant que tous les actes de magie sont inutiles si on\nne les accompagne pas de certaines formules appropriées ;de plus, les rites"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.10", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3805, "texte": "manuels supposent un commencement de technique, de métier, d'industrie, alors\nque la voix est le seul instrument que la nature mette tout de suite à la disposi-\ntion de l'homme. Or, dans les rites oraux, c'est par le chant qu'on a commencé.\nAujourd'hui, la magie nous apparaît comme un fait exceptionnel : nous voyons\nen elle une caricature de la religion, un art secret, bizarre et parasite, dû à quel-\nques superstitions surannées ou au charlatanisme. A l'origine des sociétés, au\ncontraire, la magie a été lefait normal et universel. L'homme primitif, celui dont\nnous pouvons retrouver une image dans les peuplades qui habitent certaines ré-\ngions de l'Afrique, de l'Australie, de l'Amérique, fait constamment appelà la ma-\ngie- Il ne conçoit pas que rien d'important, dans le domaine de l'action, puisse être\nentrepris sans elle. Vivant au milieu des bêtes féroces et imaginant des Esprits\naussi méchants qu'elles, interprétant tous les phénomènes violents de la nature\ncomme la manifestation d'une volonté hostile, il se croit entouré de pièges ; dans\nson angoisse, il a recours à l'incantation. Par elle, il croit pouvoir triompher de\ntous les obstacles; il réunit en lui les divers personnages considérés aujourd'hui\ncomme seuls capables d'accomplir des merveilles : il est chimiste, physicien,\nmédecin, savant, industriel ; au moins croit-il être tout cela. Le seul titre dont\nil n'ait ni l'idée ni le souci est celui d'artiste.\nPour rattacher notre chant moderne, en remontant le cours des siècles, aux\nincantations primitives, nous pouvons nous autoriser d'un très grand nombre\nde documents. Il n'est guère de civilisation connue où l'on ne trouve l'existence\nd'une magie musicale attestée par des usages fort anciens et encore vivaces, des\nmythes, des témoignages littéraires, des monuments figurés. Sans doute, la plu-\npart de ces documents sont d'une date assez récente, puisqu'ils supposent la\nconnaissance de l'écriture ou la pratique des arts du dessin ; mais, après nous\navoir fait remonter très loin dans le passé, suivant une chaîne ininterrompue de\npreuves sûres, ils nous permettent de pénétrer plus haut encore, sans recourir à\nl'hypothèse, et d'apercevoir dans la préhistoire comme une sorte de foyer fumeux\nd'où on peut affirmer que tout le reste est sorti.\nPour entrer dans la voie de ces inductions légitimes, il suffit d'abord de songer\nà la filiation des mots : enchanteur, chanteur ; enchantement, chant. En latin, le\nmot carmen (d'où est venu charme), avant de désigner les vers lus ou déclamés, a\nété un commandement religieux, une prescription contenue dans un livre sibyllin,\net, bien avant tout cela, un chant magique. En grec, le mot doiiïy (d'où est venu\naède, ode) a eu des sens parallèles à ceux du mot carmen ; le nom A 1 aède est\nencore donné par Sophocle (Trach., IOOI) à un thaumaturge. Chez les Assyriens\nil nous suffît de savoir que plusieurs incantations étaient récitées par le prêtre\nappelé Zammeru, et que ce mot vient de la racine ZAMARU = chanter.\nTout cela nous impose l'idée d'un passé où le chant jouait un grand rôle. En\nmatière d histoire, il y a des vérités qui sans être contrôlables, et tout en échap-\npant à l'observation, sont pourtant un objet de certitude. Je les comparerais\nvolontiers au soleil de Londres dont on ne peut pas, en somme, nier l'existence,\nalors même qu'il ressemble à une veilleuse dans une chambre de malade ou qu'il\nse dissimule derrière un voile de légers brouillards.\nJe pose donc le principe suivant : le chant, prototype des arts du rythme, a eu\nd'abord une fonction magique; il a été employé, à l'origine, comme un moyen\nd'action : il a été une arme défensive et offensive, une sorte de talisman uni-\nversel. Je ne puis, pour démontrer ma thèse, parcourir toutes les parties d'un"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.11", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "sujet qui est presque inépuisable ; je me bornerai à citer quelques exemples\ncaractéristiques, empruntés à des groupes de faits différents.\nLe Scandinave Lumholtz, durant son séjour dans le Mexique inexploré, a\nrecueilli une mélodie à l'aide de laquelle des tribus sauvages se flattent de faire\ntomber une pluie bienfaisante sur un sol brûlé de soleil et devenu stérile. Un\ntel fait n est nullement isolé. La croyance à l'action de la musique sur les phé-\nnomènes naturels remonte à la plus haute antiquité ; nous la retrouvons dans\nla légende des grands chanteurs mythiques, qui passent pour avoir soumis à leur\nvolonté les animaux, les végétaux et jusqu'aux pierres : Orphée chez les Thraces,\nKrichna Govinda chez les Hindous, Waïnamoïnen chez les Finnois. Il y a\nmême des pays où l'on croit que la musique a été inventée uniquement pour\ncorriger un désordre de la nature. C'est ce que montre une vieille légende\njaponaise, souvent citée, qui a pour base une poétique conception du phénomène\nde l'éclipsé. Je la rappelle en deux mots.\nUn jour, la déesse du soleil, Amatérasu, capricieuse comme toutes les déesses,\nva se cacher dans une caverne. Voilà le monde plongé dans l'obscurité et\nl'angoisse. Les dieux qui composent l'Olympe d'Extrême-Orient viennent\nsupplier Amatérasu de reparaître dans son royaume. Elle reste inflexible. Un\ndieu plus avisé que les autres imagine alors le stratagème suivant. Il prend\nsix grands arcs, les attache fermement ensemble, les fixe sur le sol, et se\nmet à faire vibrer doucement les cordes de cette harpe improvisée. Puis il fait\navancer sur le bord de la caverne la blonde Améno-Uzumé, dont la robe est\nbrodée de fleurs, les cheveux noués avec des pampres de vigne ; tandis que les\ncordes des arcs se font entendre, Uzumé marque la mesure avec une branche de\nbambou qu'elle tient dans sa main, puis, suivant le rythme, elle danse, enfin\nelle chante. Attirée et charmée par la puissance de la mélodie, la déesse du soleil\nsort de sa caverne, et, avec la lumière, la joie est rendue au monde. Cette\népreuve donne à réfléchir aux dieux : ils se mettent à cultiver la musique, le\nchant et la danse, pour que, si le cas se renouvelle, ils puissent se tirer d'em-\nbarras. Voilà comment les Japonais ont cru que le chant pouvait agir sur le\nsoleil lui-même ! Aujourd'hui encore, chez les sauvages, on fait de la musique\ntoutes les fois qu'il y a une éclipse.\nSi on a eu des chants pour rendre la nature bienfaisante, on en a eu aussi pour\nla troubler ou pour la rendre hostile. En voici une preuve que j'emprunte encore\nà la littérature d'Extrême Orient. [Mémoires du Chinois Se-ma Ts'ien, traduits\nen français par M. Chavannes, professeur au Collège de France.) Le récit que je\nvais résumer nous montre que bien avant l'époque où vivait l'auteur, certains airs\nétaient considérés comme capables de produire la perturbation et la perdition.\nNous sommes au vie siècle avant l'ère chrétienne. Le duc Ling fait un voyage,\navec une escorte, pour se rendre dans le pays de Tsin. Pendant une halte sur\nle bord d'une rivière, au milieu de la nuit, il entend une mélodie jouée sur un\nluth invisible, on ne sait par qui. Il fait venir son maître de musique, Kiuen, et\naprès avoir prolongé sa halte pendant deux nuits pour observer à loisir le\nmême phénomène, il fait noter l'air entendu, puis il se rend dans le pays de\nTsin, dont le roi le reçoit magnifiquement en lui donnant un somptueux repas\nsur une terrasse. Quand on est un peu échauffé par le vin, le duc Ling dit à son\nhôte que, au cours du voyage, il a entendu un air merveilleux, et il lui propose\nde le lui faire chanter par le maître Kiuen. A peine celui-ci a-t-il émis les pre-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.12", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3734, "texte": "mières notes, qu'un des convives l'arrête en lui disant : « Ne chantez pas cela !\nc'est une musique de perdition ! partout où on l'exécutera doivent arriver des\ncatastrophes ! » Le roi, sceptique ou un peu égaré, demande, par une sorte de\nbravade, qu'on lui chante cet air extraordinaire et tous les autres airs de perdi-\ntion que l'on connaît. Kiuen obéit ; mais nous assistons alors à une série de\ncoups de théâtre en crescendo qui font songer à la scène finale du Freischutz.\nDès la première mélodie, une bande de grues noires, présage sinistre, vient\ns'abattre sur la terrasse du palais ; à la seconde, des nuages paraissent dans le\nciel ; à la troisième, un grand vent s'élève, une rafale se déchaîne et fait voler\nles tuiles de la véranda ; saisis de terreur, les assistants se prosternent, la face\ncontre terre; pendant trois ans, le pays fut désolé par une grande sécheresse qui\nrendit la terre rouge et stérile. Et l'auteur du récit conclut en disant : « une\nmusique ne doit pas être faite inconsidérément. »\nChez les Hindous, auxquels les Chinois ont beaucoup emprunté pour la\nmusique, nous trouverions des croyances du même genre, attestées par les\nmonuments du folklore. Un jour, l'empereur Akber veut se débarrasser d'un\nde ses sujets, Gopaul ; pour cela, il ne le condamne ni à être décapité ou pendu :\nil lui ordonne simplement de chanter certaine mélodie ou Rag, possédant une\nvertu de perdition. On croit, en effet, que quiconque chantera cet air périra au\nmilieu des flammes. Gopaul, d'abord convaincu que sa dernière heure est arrivée,\nfait ses adieux à sa famille ; puis il emploie le stratagème suivant : il entre dans\nla rivière Jumna, où il reste immergé jusqu'au menton, espérant que grâce à\ncette précaution il pourra concilier son propre salut avec l'obéissance aux\nvolontés de l'empereur. Mais à peine a-t-il commencé, l'eau se met à bouillir\nautour de lui. Vainement, des souffrances intolérables lui font demander grâce :\non le somme de continuer. Alors des flammes l'entourent, et bien qu'il soit\ndans une rivière, son corps est réduit en cendres.\nAujourd'hui, nous sourions de tout cela ; mais dans des civilisations plus\nvoisines de nous, on rencontrerait, sous une forme atténuée, des faits analogues.\nLes Grecs et les Latins ont eu des formules d'exécration et de malédiction dont\nl'emploi les pénétrait de terreur, et ces formules, comme l'atteste le langage\nqui les désigne, furent d'abord chantées. Sans m'arrêter à tous les documents\nqui pourraient être passés en revue, je citerai un fait qui me paraît bien\ncurieux. Nous voici en plein moyen âge chrétien, au xive siècle. Il y avait alors\nune mélodie de plain-chant, l'antienne Media vita, que certaines personnes\nchantaient devant un ennemi qu'elles voulaient faire souffrir et même tuer.\nLe concile de Cologne, en 1316, déclare, en effet, au canon 21 : « Dans toutes\nles églises qui nous sont soumises, il est défendu de faire des imprécations et\nde chanter l'antienne Media vita contre les personnes, sauf avec notre autorisa-\ntion spéciale. » Voilà donc un concile,\nrité le plus élevé que le moyen âge ait connu, déclarant solennellement, dans\nun texte formel qui est l'expression la plus haute de la loi, qu'il y a des chants\ncapables de produire un dommage, une souffrance, d'aboutir même à un crime ;\net trait bien remarquable le concile laisse entendre que l'effet de ces chants\npeut être paralysé par une formule contraire, c'est-à-dire une autorisation. En\ntout cas, si on a défendu la chose, c'est qu'elle était depuis longtemps dans\nl'usage. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la loi, religieuse ou profane,\nintervenait. La loi des XII fables, qui est le premier monument connu de la"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.13", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3613, "texte": "législation romaine, édicté une peine précise contre celui qui, à l'aide d'une mélo-\ndie malfaisante, aura rendu stérile le sol d'un agriculteur (qui incantassit segetes...)\nLe code Théodosien (1. XVI, titre x) et les Institutes de justinien (1. IV, ch. XVIII)\nconsidèrent comme des crimes tombant sous l'application d'une loi spéciale (la\nloi Julio) l'usage des chants capables de nuire,ou même de consommer l'homicide.\nOn ferait un livre de toutes les mesures qui ont été prises dans le même\nsens.\nVoici une autre idée, autour de laquelle on pourrait grouper des documents\ninnombrables : on s'est servi du chant pour guérir les maladies.\nDans un des vers les plus limpides de Y Odyssée (xix, 457), Homère nous mon-\ntre les fils d'Autolycos arrêtant par des mélodies magiques (àotôaTç) le sang qui\ns'échappe de la blessure d'Ulysse. Et ce trait se rapporte encore à d'anciens\nusages de l'Orient. Dans le Zend-Avesta, c'est-à-dire dans les textes sacrés de\nla religion de Zoroastre, dont les origines se confondent avec le passé le plus\nlointain de la Perse, on lit ceci [Zend-Avesta, Vendidad, Fargard 7) : « Si plu-\nsieurs médecins se présentent, ô Zarathustra, l'un qui guérit par le couteau,\nl'autre par les plantes, l'autre par la parole divine (c'est-à-dire les incantations),\nc'est ce dernier qui est le plus guérissant des guérisseurs. » En d'autres termes :\nSi tu as une fracture, une appendicite ou une fièvre, ne t'adresse ni au chirurgien\n(le couteau), ni au pharmacien (les plantes), mais au musicien; et ce n'est pas\nune si mauvaise idée que de s'adresser à un chanteur plutôt qu'à un médecin.\nAvec le chanteur, on court quelquefois moins de risques. A Rome, le vieux\nCaton donnait à son fils des formules (cantiones) pour guérir certains maux,\nen lui indiquant le nombre de fois qu'il fallait les chanter pour obtenir un\neffet. Ceux d'entre vous qui ont voyagé en Orient ont pu souvent constater\nqu'aujourd'hui encore on a recours à la musique pour soigner les malades.\nPar l'incantation, les anciens, héritiers de très vieux usages, ont cru pou-\nvoir guérir aussi la plus grande souffrance morale, la peine d'amour. Virgile le\ndit au 4e livre de l'Enéide (v. 487) en parlant de Didon abandonnée par Enée.\nCette tradition reparaît dans ses églogues, et dans un poème écrit deux siècles\nauparavant par Théocrite, poème où l'incantation est employée pour ramener\nl'amant infidèle auprès de l'amante, et où une recette est mentionnée comme\nvenant des Assyriens.\nIl est certain qu'en des temps très reculés, on a cru posséder des secrets pour\ninspirer l'amour et triompher de l'indifférence. Secrets précieux entre tous!\nAimer n'est rien ;se faire aimer est tout. Ces secrets je parle icien philologue\nsont aujourd'hui perdus. Certaines personnes s'appliquent présentement à les\nretrouver. Mais elles n'emploient pas toujours le chant... et ceci m'entraînerait\nhors de mon sujet.\nLes poètes du siècle d'Auguste associent à chaque instant le chant magique à\nleurs aventures romanesques. L'un d'eux, Tibulle, a écrit une élégie charmante\ndont voici en deux mots le sujet. Tibulle aime une jeune orpheline que garde\njalousement un oncle égoïste et ridicule, une sorte de Sganarelle ou de Bartolo.\nPour la soustraire à cette surveillance tyrannique, il lui raconte qu'il est allé\nconsulter une magicienne et qu'elle lui a donné une chanson dont l'effet est mer-\nveilleux : chante-la trois fois, dit-il àla jeune fille, ter cane... aussitôt ton tuteur\nperdra le sentiment de ce qui se passe autour de lui, iL sera plongé dans une\nléthargie favorable à notre rencontre."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.14", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3461, "texte": "Cette historiette n'est sans doute que du badinage littéraire ; mais elle se rat-\ntache à tout un passé de croyances positives.\nPourmontrercombiences superstitions, dominées par le même principe, vertu\nmiraculeuse du chant, ont été diverses et tenaces, je citerai ce dernier trait,\nemprunté à la civilisation moderne. Un historien du xvie siècle nous raconte que\ndans une province du sud de la France, une grande dame étant sur le point de\ndevenir mère, chanta une chanson magique destinée à lui donner un fils « qui\nne fût pas trop rechigné » ; je ne sais si c'est à la chanson qu'il faut attribuer le\nrésultat; mais cette grande dame s'appelait Jeanne d'Albret, et son fils fut le\nbrillant et chevaleresque roi Henri IV. Remarquez que ceci se passait en pleine\nRenaissance, c'est-à-dire en plein épanouissement de culture intellectuelle. Je\nserais tenté de dire que plus un document de ce genre est récent, plus il est si-\ngnificatif. En effet, pour qu'une pratique de magie persiste, alors que la science\net la philosophie sont dans tout leur éclat, il faut que dans ce conflit avec les\nprogrès de la raison, elle ait une force de résistance qui ne peut venir que d'une\ntradition très lointaine.\nSans m'arrêter plus longtemps à cet exposé, je considère comme prouvée\nsurabondamment l'existence d'une magie musicale primitive. Les incantations\nont été d'abord chantées, puis récitées, enfin écrites sur un objet matériel et por-\ntées comme amulettes. J ai hâte d'arriver à la seconde partie de mon sujet.\nPourquoi les primitifs ont-ils cru à ce pouvoir magique et universel du chant ?\nQuelle est la raison d'être de cet usage ? Quelles idées suppose-t-il ? et en quoi\nest-il important d'éclairer une telle question ?\nII\nj'explique la magie musicale c'est-à-dire l'emploi du chant comme moyen\nd'exercer une action réelle sur la nature à l'aide de deux raisonnements qui\nme paraissent très simples, et qui, tous les deux, sont fondés sur l'observation.\nIci encore nous nous trouvons en présence d'une multitude de faits qui tous\nfont converger nos idées vers le même point et nous suggèrent la même conclu-\nsion. Les primitifs, encore aux étages inférieurs de la vie, paraissent avoir eu\nd'abord ce sentiment, que la parole articulée, apparaissant dans la série des\nespèces vivantes pour caractériser des êtres nouveaux, et marquant la diffé-\nrence profonde de l'animal et de l'homme, constitue, au profit de ce dernier, un\nprivilège d'ordre mystérieux, La parole est, pour eux, une chose surnaturelle.\nDans l'lnde, à une époque relativement récente, elle est personnifiée sous le nom\nde Mâthra Spenta et on lui offre des sacrifices ( i ) ; en Egypte, elle est représentée\npar un dieu, le dieu Thôt. Et nous ne devons pas nous en étonner, puisqu'en\nplein xixe siècle, plusieurs philosophes ont considéré le langage comme dû à une\nrévélation. Les primitifs sont allés plus loin. Sous l'influence de ce sentiment\nque le langage est un bien et un pouvoir plus qu'humains, ils ont attribué\nà la parole la valeur d'un geste. Souvent ils ont supprimé l'abîme qu'il y a\nentre dire et faire, entre parler et agir. Ils ont attribué au verbe un pouvoir de\ncréation; ils ont cru que nommer certaines choses, c'était les réaliser. Chez les\nEgyptiens, le dieu Thôt passait pour avoir eu l'initiative de ces sortes de mira-\ncles : il avait créé le monde non par la pensée ou le travail des mains, mais en\n\n(I) ZEND-AVESTA, Yasma, Fia I."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.15", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "poussant un grand cri. (Ce cri avait immédiatement pris corps et produit quatre\nautres dieux, organisateurs de l'Univers ) La parole a été l'objet de la même\nsuperstition que le dessin. Aujourd'hui encore, chez certains peuples (les maho-\nmétans par exemple), il est interdit de faire et de publier le portrait du souve-\nrain : cette prohibition est la survivance d'une très ancienne opinion, d'après\nlaquelle dessiner un être vivant, c'est sedonner sur lui un droit de prise. (A l'aide\nde cette idée, M, Salomon Reinach a expliqué pourquoi sur les parois de\ncertaines cavernes du Périgord, on trouve des figures d'animaux comestibles\ndessinées par les chasseurs de l'âge du renne.) Or, chez les primitifs, le langage\nremplace le dessin ; il a le même pouvoir. Ne nous étonnons pas que le vieil\nHomère dise : « les hommes à la voix articulée » ! Gardons-nous de voir dans\ncette épithète une redondance ou une platitude. Pour un ancien, elle avait la\nmême valeur que, pour un moderne, les mots « raisonnables » ou « artistes».\nPour le primitif, le mot n'est pas « une simple manière de frapper l'air » ; il est\nun moyen d'exécution. Je ne crois pas qu'aujourd'hui même nous soyons entiè-\nrement affranchis de cette croyance. Dans certaines provinces de mon pays, —-\nj'ignore si en Angleterre il en est ainsi, lorsqu'en voyageant dans la cam-\npagne on rencontre un paysan, et lorsqu'on lui demande son nom, le paysan ne\nveut pas le dire : il s'imagine que celui qui connaîtra son nom aura vaguement\nsur sa personne un droit et une influence dont il se méfie. Ce sentiment-là\nest encore une survivance d'idées fort anciennes. On le trouve chez les personnes\nles plus cultivées. N'est-il pas arrivé à beaucoup d'entre vous, lorsqu'en certaines\ncirconstances on parlait d'un accident possible, d'une mort à redouter, de répondre\naussitôt: « Oh! ne dites pas celai... » A notre insu, nous pensons qu'énoncer cer-\ntains faits, c'est en provoquer la réalisation. Nefandum ! disaient les Latins.\nMon raisonnement est celui-ci. La parole a été considérée comme un privilège\npresque divin. Or nous savons, d'autre part, comme l'a dit Spencer, que le chant\nn'est qu'une parole renforcée, plus vive et mieux organisée que le langage ordi-\nnaire. Par conséquent, si, avec la parole, nous avons un commencement d'action\nsur les choses, avec le chant cette action deviendra plus décisive ; et il ne faut pas\ns'étonner qu'elle ait été considérée comme souveraine.\nVoici une autre manière très simple d'expliquer les choses.\nTout le monde admet qu'il y a un rapport étroit entre l'expression musicale et\nles états affectifs : la joie, la colère, l'amour, la souffrance, la plainte, etc... En\nd'autres termes, la musique exprime beaucoup plus directement que la parole\nles divers états de la sensibilité. En Angleterre, en France, en Allemagne, tous\nles esthéticiens se sont accordés à dire que son véritable domaine est non celui\ndes choses visuelles, mais celui des choses de l'âme. La musique est le langage\ndes émotions (Kant) ; elle est l'art du sentiment (Hegel) ; elle est la langue du\ncœur (R. Wagner). Un critique (Ferdinand Hand) est allé jusqu'à dire que\n« les lois du sentiment sont aussi celles de la musique ». Un autre a déclaré qu'à\nchaque sentiment correspond un son de la voix qui lui est propre et que la mu-\nsique fait sien. Un autre a affirmé que le meilleur moyen de faire de la psycho-\nlogie, c'était d'étudier les œuvres des grands compositeurs, car on y trouve, avec\nles nuances les plus délicates, une notation de tous les phénomènes de l'âme.\nOr, songeons à ceci : pour le primitif, comme pour le sauvage actuel, il n'y a,\ndans la nature, que des passions. Pour lui, la distinction du monde matériel et du\nmonde de l'âme n'existe pas. Un phénomène qui, aujourd'hui, serait expliqué à"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.16", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "l'aide de la mécanique ou de la chimie, est pour lui la manifestation d'une force\nmorale, une apparence derrière laquelle se cache une volonté. Dans le ton-\nnerre qui ébranle le ciel, dans les flots de la mer qui se soulèvent, dans l'arbre\nqui frissonne, dans la maladie, dans la disette ou l'abondance, dans le minéral\nlui-même, il y a une âme, une volonté, quelqu'un, un être invisible, tantôt\nhostile, tantôt bienfaisant, capable d'éprouver le plaisir ou la peine et acces-\nsible aux mêmes impressions de la sensibilité que l'homme lui-même.\nUn raisonnement inconscient établit alors une relation directe entre le pouvoir\nexpressif de la musique et les phénomènes naturels qui nous semblent, à nous\nmodernes, les plus rebelles à l'action des arts du rythme. Puisque la musique\nest le langage du sentiment, et que, d'autre part, tout est sentiment dans la\nnature, il en résulte d'abord qu'il y aura identité entre les états affectifs\nqu'exprime le chant et ceux que traduisent les phénomènes du monde extérieur ;\nde plus, le chant pourra exercer une action sur ces phénomènes, tout comme il\nle ferait sur un auditeur quelconque, en vertu de ce principe dont l'expérience\ncommune atteste l'exactitude, et qui est capital en matière de magie : le semblable\nagit sur le semblable.\nJe pourrais pousser beaucoup plus loin cette analyse. Je pourrais montrer\nqu'on a eu tort de considérer comme grossières et ridicules les pratiques des pri-\nmitifs, car, en somme, elles ne sont que l'application anticipée des doctrines\nqui ont été proposées, au xixe siècle, par les philosophes les plus éminents.\nSchopenhauer a écrit ceci : « le monde n'est qu'une musique réalisée. » C'est\nce qu'avaient dit avant lui de grands métaphysiciens comme Hegel et Schel-\nling. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela signifie que la musique a un sens très\nprofond : ce qu'elle exprime, ce ne sont pas seulement ces passions super-\nficielles et banales qu'on trouve dans les livrets d'opéra ; c'est ce qu'il y a de\npermanent et d'essentiel dans la nature, les forces génératrices, les ce Idées »\ncomme disent les Platoniciens, les Idées dont les objets matériels ne sont que\na réalisation passagère. « La musique vient du dedans », comme on lit encore\ndans les Mémoires de Se-ma-Ts'ien. De cela il résulte, aux yeux des modernes,\nque nous ne possédons aucun poète aussi grand que Haendel, Haydn, Mozart,\nBeethoven, parce que la musique se forme, dans le monde moral, au cœur et au\ncentre des choses, au foyer même de la vie universelle.\nLa magie musicale n'a pas été autre chose que la mise en pratique de cette\nthéorie ; instinctivement et inconsciemment, les primitifs en tiraient, à leur\ninsu, la conséquence logique. S'ils ont cru pouvoir modifier à leur gré les phé-\nnomènes de la nature, c'est qu'ils ont cru qu'entre la musique et les lois qui\nrégissent ces phénomènes, il y a presque identité. A l'aide du chant, ils ont cru\npouvoir dominer la nature, à peu près comme un mécanicien moderne qui\ninstallé dans une cabine où il aurait sous la main tout ce qu'il faut pour produire\nou interrompre les courants électriques, commanderait une gigantesque usine.\nCette croyance a été celle de tous les Orientaux, à en juger par les traités les\nplus anciens qui sont parvenus jusqu'à nous. Ainsi, dans le Li-Ki; ou Mémorial\ndes rites des Chinois, on lit ceci : « La musique est intimement liée avec les\nrapports essentiels des êtres. On étudie les sons pour savoir les airs, les airs pour\nsavoir la musique, et la musique pour gouverner. »\nC'est pour une raison analogue que, chez les Grecs, Pythagore avait lié à la\nthéorie des intervalles une théorie astronomique où les sept notes de la gamme"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.17", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "étaient rattachées aux sept planètes de notre système solaire, et qu'il considérait\nla loi des nombres comme régissant à la fois la musique et la nature; c'est encore\npour cette raison que tout le moyen âge a identifié les quatre modes authenti-\nques du plain chant aux quatre saisons de l'année, à tous les phénomènes qui\nvont par 4, et qu'il a déclaré la mesure à trois temps la plus parfaite de toutes\nparce qu'elle est une image de la sainte Trinité.\nAu lieu de citer des philosophes, j'aime mieux citer des compositeurs. Voici\ncomment s'exprime le plus grand musicien d'hier, R. Wagner, dans le t. IX, p. 86,\nde ses œuvres complètes, Gesammelte Schriften and Dichtungen :\n« La puissance du compositeur, dit R. Wagner, n'est pas autre chose que celle\ndu magicien. C'est bien dans une situation d'enchantement que nous place l'au-\ndition d'une symphonie de Beethoven ». Est-ce là un « mot » brillant d'écri-\nvain, comme on en trouve tant dans la critique musicale ? Non ; plutôt un mot\nd artiste, de philosophe, et d historien tout à la fois.\nWagner développe sa pensée à la manière allemande, avec une métaphysique\nun peu compliquée, mais très nette, et qui ne laisse pas de rappeler le mythe\nplatonicien de la caverne :\n« Nous regardions jusqu'ici à la lumière du jour, ajoute-t-il, une image peinte\net transparente : voici que Beethoven, dans le silence de la nuit, place cette\nimage entre le monde des apparences et l'être intérieur de la nature ,* et c est de\nl essence des choses qu il tire la lumière donnant à l'image sa transparence. Aussi,\npar une sorte de prodige, 1 image devient-elle vivante : devant nous apparaît un\nsecond monde dont le plus grand chef-d'œuvre d'un Raphaël ne pourrait donner\naucune idée » (ibid).\nCela veut dire, plus simplement :le peintre nous présente.des images toutes\nsuperficielles ; le musicien, même quand nous avons les yeux fermés, « dans le\nsilence de la nuit » nous met en rapport direct avec la vraie réalité, avec 1 âme\nintérieure, l'essence et le dedans des choses. Et nous voilà en pleine magie ! Les\nimages du peintre sont mortes et glacées ; celles du compositeur participent de\nla force universelle et cachée qui soutient le monde.\nIII\nIl me reste à montrer comment le fait général que je viens d'exposer permet\nd'expliquer beaucoup d'autres choses. Je le ferai très rapidement.\nLa magie primitive explique d'abord certaines parties de la théorie musicale.\nEn voici deux exemples.\nNous n'avons aujourd hui que deux modes, le mode majeur et le mode mineur.\nLes Grecs anciens en avaient un grand nombre, et ils attribuaient à chacun d'eux\nun pouvoir d'expression spécial ; tel mode était pour la vertu, tel autre pour la\nvolupté, celui-ci pour l'enthousiasme, celui-là pour la plainte, etc... Il y a là un\nproblème resté insoluble. Il nous est impossible de donner des raisons pure-\nment artistiques de cette théorie ; en effet, pour citer un exemple, le mode dorien\ntype mineur, de mi à mi sans accidents et sans note sensible était regardé par\nles anciens comme austère et triste ; et il a été employé par l'Eglise pour des\nchants d allégresse tels que le TeDeum, la prose de Pâques et de la Pentecôte,\net tous les introits commençant par gcindecimus ou gaudete ! Il semble qu'il y\nait là une énigme. Elle disparaît, si on admet que dans la magie tout se faisait"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.18", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3675, "texte": "par recettes conventionnelles et que les idées des anciens sur la valeur spéciale\ndes modes tiennent à l'emploi qu'on fit primitivement de ces modes dans cer-\ntaines opérations magiques déterminées. Ceci n'est d'ailleurs qu'une hypothèse !\nAutre particularité. Vous savez qu'en musique la répétition joue un très\ngrand rôle ; elle est presque une règle fondamentale, En littérature, quand\non répète deux ou trois fois de suite une même phrase, c'est une faute ou une\nétourderie ; en musique, c'est non seulement permis, mais regardé comme néces-\nsaire ; or cette loi a été celle de toutes les formules magiques que nous connais-\nsons. Il ne suffit pas d invoquer un Esprit en prononçant son nom ; il faut 1 in-\nvoque r trois fois /etil en est de même dans toutes les circonstances. Il est\ndonc fort possible que nous ayons là l'explication d'une règle essentielle de\nl'écriture musicale. Il y aurait à rechercher si les nombres usités en magie sont\nprécisément ceux qui régissent la musique. Je crois pouvoir dire, malgré\ncertaines réserves, que cette enquête intéressante conclurait affirmativement.\nBeaucoup d'autres faits très importants dans l'histoire de la musique pour-\nraient être éclairés de la même façon.\nPourquoi chante-t-on dans les cérémonies de toutes les religions ? Parce\nque la religion, née peut-être des échecs de la magie, a conservé de cette der-\nnière l'habitude d'agir sur les Esprits invisibles à l'aide du chant\nPourquoi a-t-on fait et pourquoi fait-on encore de la musique dans toutes les\nsolennités profanes ? C'est qu'autrefois les assemblées politiques avaient un\ncaractère religieux : et la même loi de continuité qui a fait passer le chant de la\nmagie dans la religion, l'a fait passer ensuite de la religion dans la vie civile.\nJ'ajouterai encore ceci : prenez au hasard 30 opéras du xvme et du xixe siècle,\nvous en trouverez 28 sur 30 où les idées de magie tiennent une place impor-\ntante ; et il serait facile démontrer que tous les genres d'airs usités dans le drame\nlyrique (sérénade, berceuse, invocation, bénédiction de poignards, etc..) se\nrapportent à des cérémonies magiques désappropriées, c'est-à-dire que les mé-\nlodies, après avoir eu un but d'utilité pratique, sont passées dans le domaine du\npur agrément. C'est un exemple de la loi d'évolution qui, d'après Spencer,\nfait sortir le beau de l'utile.\nEnfin, si aujourd'hui encore la musique nous paraît avoir un caractère trou-\nblant et mystérieux, c'est que dans l'émotion musicale entre le souvenir\ninconscient de l'emploi qui jadis a été fait du chant. La musique n'agit plus que\nsur les âmes; elle ne fait plus que des miracles intérieurs ; mais là encore, son\npouvoir semble avoir conservé quelque chose de magique...\nDe tout cela on pourrait tirer cette conclusion, que si l'homme est musicien,\nc'est parce qu'il a été de tout temps très superstitieux. Il l'est encore, beaucoup\nplus que nous ne pensons. On a prétendu que c'était un être raisonnable : ce\nsont les philosophes qui affirment cela. L'homme vit surtout par le sentiment et\nl'imagination. Quand on observe la vie pratique, on voit que ce n'est pas du tout\nla raison pure qui mène les gens. Combien y en a-t-il parmi nous qui ont la\nsuperstition du costume, celle des formules orales ou écrites ? qui ne veulent pas\nse mettre à table quand il y a treize convives r ou qui ne voudraient pas partir\nen voyage un vendredi ?...\nJ'ai terminé, Messieurs, ce voyage aux pays de l'illusion ; je n'ai pas voulu traiter\nà iond un grand et beau sujet, mais en indiquer les principaux aspects, et donner\nle résultat de quelques réflexions personnelles. Je donnerai à cet entretien une"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.19", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 642, "texte": "conclusion qui se rattachera à mon sujet. Bien que je ne croie pas à la toute-puis-\nsance de la parole, et même de la parole chantée, je veux, tout comme si j'étais un\nmagicien primitif, prononcer une formule qui certainement se réalisera. Un adage\nlatin dit : amitié qui finit ne commença jamais. Or, l'amitié des Français et des\nAnglais a commencé sur les bases de l'estime et de l'affection réciproques. Cette\namitié ne finira donc pas : elle est inaltérable et à toute épreuve. Je vous remercie\nde m'en avoir donné ce soir un témoignage en m'écoutant avec quelque patience.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c006", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "248", "page_fin": "248", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.2.1", "titre_corps": "Le 2 mai, aux Grafton Galleries, M. Jules Combarieu a fait à Londres une conférence sur (( la", "titre_sommaire": "Le 2 mai, aux Grafton Galleries, M. Jules Combarieu a fait à Londres une conférence sur (( la", "signature_source": "M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.8", "debut_caractere": 262, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "M.\nLe 2 mai, aux Grafton Galleries, M. Jules Combarieu a fait à Londres une conférence sur (( la\nmusique et la magie )),pour la Société franco-britannique. La séance, présidée par M. Archibald\nGeikie, professeur à 1 Université d'Edimbourg et membre correspondant de l'Institut de France,\navait réuni un très nombreux et très brillant auditoire, que M. l'Ambassadeur Cambon honorait\nde sa présence, Nous donnons in extenso le texte de cette conférence."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c007", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "248", "page_fin": "259", "image_debut": 8, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.2.2", "titre_corps": "MESDAMES ET MESSIEURS,", "titre_sommaire": "MESDAMES ET MESSIEURS,", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.8", "debut_caractere": 715, "fin_caractere_exclue": 3481, "texte": "MESDAMES ET MESSIEURS,\nAu moment de commencer cet entretien, je me demande s'il ne sera pas le\nrésultat d'une « erreur sur la personne ». Tout à l'heure, au moment où j'entrais\nclans ces salons, — et trop tard sans doute, — on me disait que vous attendez\nsurtout de ceux qui viennent prendre ici la parole, une causerie agréable, vive,\nspirituelle, ne donnant que la fleur des choses ; et c'est ce qui m'inquiète. Ceux\nqui enseignent au Collège de France ne peuvent prendre aucun engagement\nferme, quand on leur demande d'être amusants. C'est un règlement qui remonte\nà François Ie1. Aussi, je crains que la très aimable société franco-britannique, à\nl'appel de qui je me suis rendu, ne me reproche secrètement, quand elle m'aura\nentendu, d'avoir contristé cette brillante réunion, et ne dise en retournant un mot\ncélèbre : c est un danseur qu'il nous fallait ; et c'est un calculateur qui est venu 1\nCe qui me rassure, c'est la bienvenue que vient de me souhaiter un savant\néminent, Sir Archibald Geikie, considéré en France, par tous les hommes d'étude,\ncomme un ami et comme un exemple ; c'est surtout l'atmosphère de sympathie\nqu'un h rançais sent ici autour de lui. Je compte, en espérant bien qu'elle produira\nce soir tous ses effets, sur la formule des relations charmantes, à la fois solides\net délicates, qui se sont établies de l'un et l'autre côté du détroit. Entre amis,\non est indulgent ; on se passe bien des choses : on excuse un peu de pédantisme\nque certains professionnels traînent toujours avec eux, même en voyage. Or, de\n1 entente cordiale à l'amitié, il n'y a qu'un pas, celui que les géographes, avec\nune arrière-pensée évidente, ont appelé le Pas-de-Calais.\nLa question dont je me propose de vous dire quelques mots et qui se rattache\naune idée d'harmonie, est celle des origines de l'art musical. Des trois objets qu'on\npeut se proposer en étudiant la musique, — exécution, théorie, histoire, — le\ndernier seul m occupera ; je me hâte d'ajouter que, pour moi, l'histoire de la\nmusique ne commence pas à Purcell ou à Palestrina, pour se limiter aux races\nanglo-saxonnes ou gréco-latines : elle commence à l'origine même de la civili-\nsation et s étend à tous les pays connus. Ceci soit dit pour expliquer que je\nprendrai un peu partout les exemples dont j'aurai besoin.\nCette question que j'ai choisie paraît un peu spéciale; elle est cependant d'un\nhaut intérêt pour quiconque aime à réfléchir sur les grands sujets. Elle ne\ntouche pas seulement aux caractères profonds et permanents d'un art que nous\naimons : elle est liée à l'étude du mouvement général de la civilisation. De\nces fugitives constructions de fantaisie ou de chimère qui sont sorties de la voix\ndes primitifs, on peut tirer une notion d'ensemble sur une multitude de choses,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.9", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3518, "texte": "et une contribution à la connaissance de l'humanité, non seulement celle d'hier\net d'avant-hier, mais peut-être encore celle d'aujourd'hui. Gomme l'a dit Ernest\nRenan, « un esprit vraiment philosophique est celui qui se préoccupe des ori-\ngines ». Suivons un instant ce précepte.\nNous savons d abord que la musique instrumentale n'est qu'une transposition\net un développement de la poésie chantée, abstraction faite des paroles. Le\nproblème des origines de la musique se ramène donc à celui-ci : d'où vient le\nchant ? quelle est sa raison d être ? quel fut son premier emploi dans la société }\nLes anciens disaient * le chant est un don du ciel ; la musique vient des dieux.\nLes philosophes modernes, plus observateurs, ont eu des opinions toutes diffé-\nrentes. Ils ont dit : le chant est 1 effet d une loi physiologique ; il est produit par\nun sentiment intense, ajustant d'une façon particulière les organes de la respira-\ntion et de la voix (Herbert Spencer). Le chant a pour principe l'amour ; il est,\ndans les espèces vivantes, l'appel du mâle à sa compagne (Darwin). Le chant\nest un jeu, une dépense agréable d'énergie superflue (Grosse). Le chant est fils\ndu travail ; c'est un moyen employé pour discipliner des activités individuelles\ndans des tâches collectives (Wallaschek, Karl Bûcher). Et chacune de ces doc-\ntrines contient certainement une part de vérité.\nL'historien, appliqué à recueillir et à interpréter des témoignages précis, a\nune autre explication à proposer. Placé en présence des faits, et affranchi des\nthéories préconçues, il est obligé de limitersa doctrine à la constatation suivante :\nle chant a eu pour première forme l'incantation ; la musique vient de la magie.\nMettre en lumière ce fait singulier ; en second lieu, l'expliquer et chercher ses\nraisons ; enfin tirer de là quelques conclusions générales : tel est l'objet de cette\nconférence que je vais réduire au strict nécessaire.\nI\nDéfinissons d'abord les choses dont nous parlons.\nLa magie est un ensemble de pratiques à 1 aide desquelles l'homme croit pou-\nvoii imposer sa volonté à la nature. Cette idée de contrainte est capitale. La reli-\ngion et la magie supposent toutes les deux la croyance aux Esprits : mais dans\n1 une et 1 autre, les rapports de 1 homme avec les Esprits ne sont pas les mêmes.\nDans la leligion, 1 homme s adresse à un tout-puissant ou à un supérieur ; il\nimploie sa bienveillance ou sa miséricorde. Il traite de sujet à seigneur, quelque-\nfois aussi d'égal à égal en faisant une sorte de marché. Dans la magie, rien de\nsemblable. 1 homme ne prie pas \\ il commande. Alors que les actes religieux tirent\nleur pouvoir efficace des sentiments et des intentions dont ils sont le symbole,\ntout doit se passer, dans la magie, comme dans le laboratoire d'un savant où\nl'état d'esprit de l'opérateur importe peu. Les actes produisent leur effet par eux-\nmêmes, grâce à la vertu qui leur est propre ; il suffit d'appliquer correctement\ntelle recette : le résultat est attendu comme nécessaire.\nIl y a eu, dans la magie, deux sortes de rites : les rites manuels (consistant à\ntiacer des figures géométriques, à façonner des images, préparer des philtres,\nmélanger ou brûler des substances diverses, etc., etc...) et les rites oraux. Les rites\noiaux sont les plus anciens. Nous le savons par des témoignagesformels,'—celui\nde Platon, par exemple, disant que tous les actes de magie sont inutiles si on\nne les accompagne pas de certaines formules appropriées ;de plus, les rites"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.10", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3805, "texte": "manuels supposent un commencement de technique, de métier, d'industrie, alors\nque la voix est le seul instrument que la nature mette tout de suite à la disposi-\ntion de l'homme. Or, dans les rites oraux, c'est par le chant qu'on a commencé.\nAujourd'hui, la magie nous apparaît comme un fait exceptionnel : nous voyons\nen elle une caricature de la religion, un art secret, bizarre et parasite, dû à quel-\nques superstitions surannées ou au charlatanisme. A l'origine des sociétés, au\ncontraire, la magie a été lefait normal et universel. L'homme primitif, celui dont\nnous pouvons retrouver une image dans les peuplades qui habitent certaines ré-\ngions de l'Afrique, de l'Australie, de l'Amérique, fait constamment appelà la ma-\ngie- Il ne conçoit pas que rien d'important, dans le domaine de l'action, puisse être\nentrepris sans elle. Vivant au milieu des bêtes féroces et imaginant des Esprits\naussi méchants qu'elles, interprétant tous les phénomènes violents de la nature\ncomme la manifestation d'une volonté hostile, il se croit entouré de pièges ; dans\nson angoisse, il a recours à l'incantation. Par elle, il croit pouvoir triompher de\ntous les obstacles; il réunit en lui les divers personnages considérés aujourd'hui\ncomme seuls capables d'accomplir des merveilles : il est chimiste, physicien,\nmédecin, savant, industriel ; au moins croit-il être tout cela. Le seul titre dont\nil n'ait ni l'idée ni le souci est celui d'artiste.\nPour rattacher notre chant moderne, en remontant le cours des siècles, aux\nincantations primitives, nous pouvons nous autoriser d'un très grand nombre\nde documents. Il n'est guère de civilisation connue où l'on ne trouve l'existence\nd'une magie musicale attestée par des usages fort anciens et encore vivaces, des\nmythes, des témoignages littéraires, des monuments figurés. Sans doute, la plu-\npart de ces documents sont d'une date assez récente, puisqu'ils supposent la\nconnaissance de l'écriture ou la pratique des arts du dessin ; mais, après nous\navoir fait remonter très loin dans le passé, suivant une chaîne ininterrompue de\npreuves sûres, ils nous permettent de pénétrer plus haut encore, sans recourir à\nl'hypothèse, et d'apercevoir dans la préhistoire comme une sorte de foyer fumeux\nd'où on peut affirmer que tout le reste est sorti.\nPour entrer dans la voie de ces inductions légitimes, il suffit d'abord de songer\nà la filiation des mots : enchanteur, chanteur ; enchantement, chant. En latin, le\nmot carmen (d'où est venu charme), avant de désigner les vers lus ou déclamés, a\nété un commandement religieux, une prescription contenue dans un livre sibyllin,\net, bien avant tout cela, un chant magique. En grec, le mot doiiïy (d'où est venu\naède, ode) a eu des sens parallèles à ceux du mot carmen ; le nom A 1 aède est\nencore donné par Sophocle (Trach., IOOI) à un thaumaturge. Chez les Assyriens\nil nous suffît de savoir que plusieurs incantations étaient récitées par le prêtre\nappelé Zammeru, et que ce mot vient de la racine ZAMARU = chanter.\nTout cela nous impose l'idée d'un passé où le chant jouait un grand rôle. En\nmatière d histoire, il y a des vérités qui sans être contrôlables, et tout en échap-\npant à l'observation, sont pourtant un objet de certitude. Je les comparerais\nvolontiers au soleil de Londres dont on ne peut pas, en somme, nier l'existence,\nalors même qu'il ressemble à une veilleuse dans une chambre de malade ou qu'il\nse dissimule derrière un voile de légers brouillards.\nJe pose donc le principe suivant : le chant, prototype des arts du rythme, a eu\nd'abord une fonction magique; il a été employé, à l'origine, comme un moyen\nd'action : il a été une arme défensive et offensive, une sorte de talisman uni-\nversel. Je ne puis, pour démontrer ma thèse, parcourir toutes les parties d'un"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.11", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "sujet qui est presque inépuisable ; je me bornerai à citer quelques exemples\ncaractéristiques, empruntés à des groupes de faits différents.\nLe Scandinave Lumholtz, durant son séjour dans le Mexique inexploré, a\nrecueilli une mélodie à l'aide de laquelle des tribus sauvages se flattent de faire\ntomber une pluie bienfaisante sur un sol brûlé de soleil et devenu stérile. Un\ntel fait n est nullement isolé. La croyance à l'action de la musique sur les phé-\nnomènes naturels remonte à la plus haute antiquité ; nous la retrouvons dans\nla légende des grands chanteurs mythiques, qui passent pour avoir soumis à leur\nvolonté les animaux, les végétaux et jusqu'aux pierres : Orphée chez les Thraces,\nKrichna Govinda chez les Hindous, Waïnamoïnen chez les Finnois. Il y a\nmême des pays où l'on croit que la musique a été inventée uniquement pour\ncorriger un désordre de la nature. C'est ce que montre une vieille légende\njaponaise, souvent citée, qui a pour base une poétique conception du phénomène\nde l'éclipsé. Je la rappelle en deux mots.\nUn jour, la déesse du soleil, Amatérasu, capricieuse comme toutes les déesses,\nva se cacher dans une caverne. Voilà le monde plongé dans l'obscurité et\nl'angoisse. Les dieux qui composent l'Olympe d'Extrême-Orient viennent\nsupplier Amatérasu de reparaître dans son royaume. Elle reste inflexible. Un\ndieu plus avisé que les autres imagine alors le stratagème suivant. Il prend\nsix grands arcs, les attache fermement ensemble, les fixe sur le sol, et se\nmet à faire vibrer doucement les cordes de cette harpe improvisée. Puis il fait\navancer sur le bord de la caverne la blonde Améno-Uzumé, dont la robe est\nbrodée de fleurs, les cheveux noués avec des pampres de vigne ; tandis que les\ncordes des arcs se font entendre, Uzumé marque la mesure avec une branche de\nbambou qu'elle tient dans sa main, puis, suivant le rythme, elle danse, enfin\nelle chante. Attirée et charmée par la puissance de la mélodie, la déesse du soleil\nsort de sa caverne, et, avec la lumière, la joie est rendue au monde. Cette\népreuve donne à réfléchir aux dieux : ils se mettent à cultiver la musique, le\nchant et la danse, pour que, si le cas se renouvelle, ils puissent se tirer d'em-\nbarras. Voilà comment les Japonais ont cru que le chant pouvait agir sur le\nsoleil lui-même ! Aujourd'hui encore, chez les sauvages, on fait de la musique\ntoutes les fois qu'il y a une éclipse.\nSi on a eu des chants pour rendre la nature bienfaisante, on en a eu aussi pour\nla troubler ou pour la rendre hostile. En voici une preuve que j'emprunte encore\nà la littérature d'Extrême Orient. [Mémoires du Chinois Se-ma Ts'ien, traduits\nen français par M. Chavannes, professeur au Collège de France.) Le récit que je\nvais résumer nous montre que bien avant l'époque où vivait l'auteur, certains airs\nétaient considérés comme capables de produire la perturbation et la perdition.\nNous sommes au vie siècle avant l'ère chrétienne. Le duc Ling fait un voyage,\navec une escorte, pour se rendre dans le pays de Tsin. Pendant une halte sur\nle bord d'une rivière, au milieu de la nuit, il entend une mélodie jouée sur un\nluth invisible, on ne sait par qui. Il fait venir son maître de musique, Kiuen, et\naprès avoir prolongé sa halte pendant deux nuits pour observer à loisir le\nmême phénomène, il fait noter l'air entendu, puis il se rend dans le pays de\nTsin, dont le roi le reçoit magnifiquement en lui donnant un somptueux repas\nsur une terrasse. Quand on est un peu échauffé par le vin, le duc Ling dit à son\nhôte que, au cours du voyage, il a entendu un air merveilleux, et il lui propose\nde le lui faire chanter par le maître Kiuen. A peine celui-ci a-t-il émis les pre-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.12", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3734, "texte": "mières notes, qu'un des convives l'arrête en lui disant : « Ne chantez pas cela !\nc'est une musique de perdition ! partout où on l'exécutera doivent arriver des\ncatastrophes ! » Le roi, sceptique ou un peu égaré, demande, par une sorte de\nbravade, qu'on lui chante cet air extraordinaire et tous les autres airs de perdi-\ntion que l'on connaît. Kiuen obéit ; mais nous assistons alors à une série de\ncoups de théâtre en crescendo qui font songer à la scène finale du Freischutz.\nDès la première mélodie, une bande de grues noires, présage sinistre, vient\ns'abattre sur la terrasse du palais ; à la seconde, des nuages paraissent dans le\nciel ; à la troisième, un grand vent s'élève, une rafale se déchaîne et fait voler\nles tuiles de la véranda ; saisis de terreur, les assistants se prosternent, la face\ncontre terre; pendant trois ans, le pays fut désolé par une grande sécheresse qui\nrendit la terre rouge et stérile. Et l'auteur du récit conclut en disant : « une\nmusique ne doit pas être faite inconsidérément. »\nChez les Hindous, auxquels les Chinois ont beaucoup emprunté pour la\nmusique, nous trouverions des croyances du même genre, attestées par les\nmonuments du folklore. Un jour, l'empereur Akber veut se débarrasser d'un\nde ses sujets, Gopaul ; pour cela, il ne le condamne ni à être décapité ou pendu :\nil lui ordonne simplement de chanter certaine mélodie ou Rag, possédant une\nvertu de perdition. On croit, en effet, que quiconque chantera cet air périra au\nmilieu des flammes. Gopaul, d'abord convaincu que sa dernière heure est arrivée,\nfait ses adieux à sa famille ; puis il emploie le stratagème suivant : il entre dans\nla rivière Jumna, où il reste immergé jusqu'au menton, espérant que grâce à\ncette précaution il pourra concilier son propre salut avec l'obéissance aux\nvolontés de l'empereur. Mais à peine a-t-il commencé, l'eau se met à bouillir\nautour de lui. Vainement, des souffrances intolérables lui font demander grâce :\non le somme de continuer. Alors des flammes l'entourent, et bien qu'il soit\ndans une rivière, son corps est réduit en cendres.\nAujourd'hui, nous sourions de tout cela ; mais dans des civilisations plus\nvoisines de nous, on rencontrerait, sous une forme atténuée, des faits analogues.\nLes Grecs et les Latins ont eu des formules d'exécration et de malédiction dont\nl'emploi les pénétrait de terreur, et ces formules, comme l'atteste le langage\nqui les désigne, furent d'abord chantées. Sans m'arrêter à tous les documents\nqui pourraient être passés en revue, je citerai un fait qui me paraît bien\ncurieux. Nous voici en plein moyen âge chrétien, au xive siècle. Il y avait alors\nune mélodie de plain-chant, l'antienne Media vita, que certaines personnes\nchantaient devant un ennemi qu'elles voulaient faire souffrir et même tuer.\nLe concile de Cologne, en 1316, déclare, en effet, au canon 21 : « Dans toutes\nles églises qui nous sont soumises, il est défendu de faire des imprécations et\nde chanter l'antienne Media vita contre les personnes, sauf avec notre autorisa-\ntion spéciale. » Voilà donc un concile,\nrité le plus élevé que le moyen âge ait connu, déclarant solennellement, dans\nun texte formel qui est l'expression la plus haute de la loi, qu'il y a des chants\ncapables de produire un dommage, une souffrance, d'aboutir même à un crime ;\net trait bien remarquable le concile laisse entendre que l'effet de ces chants\npeut être paralysé par une formule contraire, c'est-à-dire une autorisation. En\ntout cas, si on a défendu la chose, c'est qu'elle était depuis longtemps dans\nl'usage. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la loi, religieuse ou profane,\nintervenait. La loi des XII fables, qui est le premier monument connu de la"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.13", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3613, "texte": "législation romaine, édicté une peine précise contre celui qui, à l'aide d'une mélo-\ndie malfaisante, aura rendu stérile le sol d'un agriculteur (qui incantassit segetes...)\nLe code Théodosien (1. XVI, titre x) et les Institutes de justinien (1. IV, ch. XVIII)\nconsidèrent comme des crimes tombant sous l'application d'une loi spéciale (la\nloi Julio) l'usage des chants capables de nuire,ou même de consommer l'homicide.\nOn ferait un livre de toutes les mesures qui ont été prises dans le même\nsens.\nVoici une autre idée, autour de laquelle on pourrait grouper des documents\ninnombrables : on s'est servi du chant pour guérir les maladies.\nDans un des vers les plus limpides de Y Odyssée (xix, 457), Homère nous mon-\ntre les fils d'Autolycos arrêtant par des mélodies magiques (àotôaTç) le sang qui\ns'échappe de la blessure d'Ulysse. Et ce trait se rapporte encore à d'anciens\nusages de l'Orient. Dans le Zend-Avesta, c'est-à-dire dans les textes sacrés de\nla religion de Zoroastre, dont les origines se confondent avec le passé le plus\nlointain de la Perse, on lit ceci [Zend-Avesta, Vendidad, Fargard 7) : « Si plu-\nsieurs médecins se présentent, ô Zarathustra, l'un qui guérit par le couteau,\nl'autre par les plantes, l'autre par la parole divine (c'est-à-dire les incantations),\nc'est ce dernier qui est le plus guérissant des guérisseurs. » En d'autres termes :\nSi tu as une fracture, une appendicite ou une fièvre, ne t'adresse ni au chirurgien\n(le couteau), ni au pharmacien (les plantes), mais au musicien; et ce n'est pas\nune si mauvaise idée que de s'adresser à un chanteur plutôt qu'à un médecin.\nAvec le chanteur, on court quelquefois moins de risques. A Rome, le vieux\nCaton donnait à son fils des formules (cantiones) pour guérir certains maux,\nen lui indiquant le nombre de fois qu'il fallait les chanter pour obtenir un\neffet. Ceux d'entre vous qui ont voyagé en Orient ont pu souvent constater\nqu'aujourd'hui encore on a recours à la musique pour soigner les malades.\nPar l'incantation, les anciens, héritiers de très vieux usages, ont cru pou-\nvoir guérir aussi la plus grande souffrance morale, la peine d'amour. Virgile le\ndit au 4e livre de l'Enéide (v. 487) en parlant de Didon abandonnée par Enée.\nCette tradition reparaît dans ses églogues, et dans un poème écrit deux siècles\nauparavant par Théocrite, poème où l'incantation est employée pour ramener\nl'amant infidèle auprès de l'amante, et où une recette est mentionnée comme\nvenant des Assyriens.\nIl est certain qu'en des temps très reculés, on a cru posséder des secrets pour\ninspirer l'amour et triompher de l'indifférence. Secrets précieux entre tous!\nAimer n'est rien ;se faire aimer est tout. Ces secrets je parle icien philologue\nsont aujourd'hui perdus. Certaines personnes s'appliquent présentement à les\nretrouver. Mais elles n'emploient pas toujours le chant... et ceci m'entraînerait\nhors de mon sujet.\nLes poètes du siècle d'Auguste associent à chaque instant le chant magique à\nleurs aventures romanesques. L'un d'eux, Tibulle, a écrit une élégie charmante\ndont voici en deux mots le sujet. Tibulle aime une jeune orpheline que garde\njalousement un oncle égoïste et ridicule, une sorte de Sganarelle ou de Bartolo.\nPour la soustraire à cette surveillance tyrannique, il lui raconte qu'il est allé\nconsulter une magicienne et qu'elle lui a donné une chanson dont l'effet est mer-\nveilleux : chante-la trois fois, dit-il àla jeune fille, ter cane... aussitôt ton tuteur\nperdra le sentiment de ce qui se passe autour de lui, iL sera plongé dans une\nléthargie favorable à notre rencontre."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.14", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3461, "texte": "Cette historiette n'est sans doute que du badinage littéraire ; mais elle se rat-\ntache à tout un passé de croyances positives.\nPourmontrercombiences superstitions, dominées par le même principe, vertu\nmiraculeuse du chant, ont été diverses et tenaces, je citerai ce dernier trait,\nemprunté à la civilisation moderne. Un historien du xvie siècle nous raconte que\ndans une province du sud de la France, une grande dame étant sur le point de\ndevenir mère, chanta une chanson magique destinée à lui donner un fils « qui\nne fût pas trop rechigné » ; je ne sais si c'est à la chanson qu'il faut attribuer le\nrésultat; mais cette grande dame s'appelait Jeanne d'Albret, et son fils fut le\nbrillant et chevaleresque roi Henri IV. Remarquez que ceci se passait en pleine\nRenaissance, c'est-à-dire en plein épanouissement de culture intellectuelle. Je\nserais tenté de dire que plus un document de ce genre est récent, plus il est si-\ngnificatif. En effet, pour qu'une pratique de magie persiste, alors que la science\net la philosophie sont dans tout leur éclat, il faut que dans ce conflit avec les\nprogrès de la raison, elle ait une force de résistance qui ne peut venir que d'une\ntradition très lointaine.\nSans m'arrêter plus longtemps à cet exposé, je considère comme prouvée\nsurabondamment l'existence d'une magie musicale primitive. Les incantations\nont été d'abord chantées, puis récitées, enfin écrites sur un objet matériel et por-\ntées comme amulettes. J ai hâte d'arriver à la seconde partie de mon sujet.\nPourquoi les primitifs ont-ils cru à ce pouvoir magique et universel du chant ?\nQuelle est la raison d'être de cet usage ? Quelles idées suppose-t-il ? et en quoi\nest-il important d'éclairer une telle question ?\nII\nj'explique la magie musicale c'est-à-dire l'emploi du chant comme moyen\nd'exercer une action réelle sur la nature à l'aide de deux raisonnements qui\nme paraissent très simples, et qui, tous les deux, sont fondés sur l'observation.\nIci encore nous nous trouvons en présence d'une multitude de faits qui tous\nfont converger nos idées vers le même point et nous suggèrent la même conclu-\nsion. Les primitifs, encore aux étages inférieurs de la vie, paraissent avoir eu\nd'abord ce sentiment, que la parole articulée, apparaissant dans la série des\nespèces vivantes pour caractériser des êtres nouveaux, et marquant la diffé-\nrence profonde de l'animal et de l'homme, constitue, au profit de ce dernier, un\nprivilège d'ordre mystérieux, La parole est, pour eux, une chose surnaturelle.\nDans l'lnde, à une époque relativement récente, elle est personnifiée sous le nom\nde Mâthra Spenta et on lui offre des sacrifices ( i ) ; en Egypte, elle est représentée\npar un dieu, le dieu Thôt. Et nous ne devons pas nous en étonner, puisqu'en\nplein xixe siècle, plusieurs philosophes ont considéré le langage comme dû à une\nrévélation. Les primitifs sont allés plus loin. Sous l'influence de ce sentiment\nque le langage est un bien et un pouvoir plus qu'humains, ils ont attribué\nà la parole la valeur d'un geste. Souvent ils ont supprimé l'abîme qu'il y a\nentre dire et faire, entre parler et agir. Ils ont attribué au verbe un pouvoir de\ncréation; ils ont cru que nommer certaines choses, c'était les réaliser. Chez les\nEgyptiens, le dieu Thôt passait pour avoir eu l'initiative de ces sortes de mira-\ncles : il avait créé le monde non par la pensée ou le travail des mains, mais en\n\n(I) ZEND-AVESTA, Yasma, Fia I."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.15", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "poussant un grand cri. (Ce cri avait immédiatement pris corps et produit quatre\nautres dieux, organisateurs de l'Univers ) La parole a été l'objet de la même\nsuperstition que le dessin. Aujourd'hui encore, chez certains peuples (les maho-\nmétans par exemple), il est interdit de faire et de publier le portrait du souve-\nrain : cette prohibition est la survivance d'une très ancienne opinion, d'après\nlaquelle dessiner un être vivant, c'est sedonner sur lui un droit de prise. (A l'aide\nde cette idée, M, Salomon Reinach a expliqué pourquoi sur les parois de\ncertaines cavernes du Périgord, on trouve des figures d'animaux comestibles\ndessinées par les chasseurs de l'âge du renne.) Or, chez les primitifs, le langage\nremplace le dessin ; il a le même pouvoir. Ne nous étonnons pas que le vieil\nHomère dise : « les hommes à la voix articulée » ! Gardons-nous de voir dans\ncette épithète une redondance ou une platitude. Pour un ancien, elle avait la\nmême valeur que, pour un moderne, les mots « raisonnables » ou « artistes».\nPour le primitif, le mot n'est pas « une simple manière de frapper l'air » ; il est\nun moyen d'exécution. Je ne crois pas qu'aujourd'hui même nous soyons entiè-\nrement affranchis de cette croyance. Dans certaines provinces de mon pays, —-\nj'ignore si en Angleterre il en est ainsi, lorsqu'en voyageant dans la cam-\npagne on rencontre un paysan, et lorsqu'on lui demande son nom, le paysan ne\nveut pas le dire : il s'imagine que celui qui connaîtra son nom aura vaguement\nsur sa personne un droit et une influence dont il se méfie. Ce sentiment-là\nest encore une survivance d'idées fort anciennes. On le trouve chez les personnes\nles plus cultivées. N'est-il pas arrivé à beaucoup d'entre vous, lorsqu'en certaines\ncirconstances on parlait d'un accident possible, d'une mort à redouter, de répondre\naussitôt: « Oh! ne dites pas celai... » A notre insu, nous pensons qu'énoncer cer-\ntains faits, c'est en provoquer la réalisation. Nefandum ! disaient les Latins.\nMon raisonnement est celui-ci. La parole a été considérée comme un privilège\npresque divin. Or nous savons, d'autre part, comme l'a dit Spencer, que le chant\nn'est qu'une parole renforcée, plus vive et mieux organisée que le langage ordi-\nnaire. Par conséquent, si, avec la parole, nous avons un commencement d'action\nsur les choses, avec le chant cette action deviendra plus décisive ; et il ne faut pas\ns'étonner qu'elle ait été considérée comme souveraine.\nVoici une autre manière très simple d'expliquer les choses.\nTout le monde admet qu'il y a un rapport étroit entre l'expression musicale et\nles états affectifs : la joie, la colère, l'amour, la souffrance, la plainte, etc... En\nd'autres termes, la musique exprime beaucoup plus directement que la parole\nles divers états de la sensibilité. En Angleterre, en France, en Allemagne, tous\nles esthéticiens se sont accordés à dire que son véritable domaine est non celui\ndes choses visuelles, mais celui des choses de l'âme. La musique est le langage\ndes émotions (Kant) ; elle est l'art du sentiment (Hegel) ; elle est la langue du\ncœur (R. Wagner). Un critique (Ferdinand Hand) est allé jusqu'à dire que\n« les lois du sentiment sont aussi celles de la musique ». Un autre a déclaré qu'à\nchaque sentiment correspond un son de la voix qui lui est propre et que la mu-\nsique fait sien. Un autre a affirmé que le meilleur moyen de faire de la psycho-\nlogie, c'était d'étudier les œuvres des grands compositeurs, car on y trouve, avec\nles nuances les plus délicates, une notation de tous les phénomènes de l'âme.\nOr, songeons à ceci : pour le primitif, comme pour le sauvage actuel, il n'y a,\ndans la nature, que des passions. Pour lui, la distinction du monde matériel et du\nmonde de l'âme n'existe pas. Un phénomène qui, aujourd'hui, serait expliqué à"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.16", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "l'aide de la mécanique ou de la chimie, est pour lui la manifestation d'une force\nmorale, une apparence derrière laquelle se cache une volonté. Dans le ton-\nnerre qui ébranle le ciel, dans les flots de la mer qui se soulèvent, dans l'arbre\nqui frissonne, dans la maladie, dans la disette ou l'abondance, dans le minéral\nlui-même, il y a une âme, une volonté, quelqu'un, un être invisible, tantôt\nhostile, tantôt bienfaisant, capable d'éprouver le plaisir ou la peine et acces-\nsible aux mêmes impressions de la sensibilité que l'homme lui-même.\nUn raisonnement inconscient établit alors une relation directe entre le pouvoir\nexpressif de la musique et les phénomènes naturels qui nous semblent, à nous\nmodernes, les plus rebelles à l'action des arts du rythme. Puisque la musique\nest le langage du sentiment, et que, d'autre part, tout est sentiment dans la\nnature, il en résulte d'abord qu'il y aura identité entre les états affectifs\nqu'exprime le chant et ceux que traduisent les phénomènes du monde extérieur ;\nde plus, le chant pourra exercer une action sur ces phénomènes, tout comme il\nle ferait sur un auditeur quelconque, en vertu de ce principe dont l'expérience\ncommune atteste l'exactitude, et qui est capital en matière de magie : le semblable\nagit sur le semblable.\nJe pourrais pousser beaucoup plus loin cette analyse. Je pourrais montrer\nqu'on a eu tort de considérer comme grossières et ridicules les pratiques des pri-\nmitifs, car, en somme, elles ne sont que l'application anticipée des doctrines\nqui ont été proposées, au xixe siècle, par les philosophes les plus éminents.\nSchopenhauer a écrit ceci : « le monde n'est qu'une musique réalisée. » C'est\nce qu'avaient dit avant lui de grands métaphysiciens comme Hegel et Schel-\nling. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela signifie que la musique a un sens très\nprofond : ce qu'elle exprime, ce ne sont pas seulement ces passions super-\nficielles et banales qu'on trouve dans les livrets d'opéra ; c'est ce qu'il y a de\npermanent et d'essentiel dans la nature, les forces génératrices, les ce Idées »\ncomme disent les Platoniciens, les Idées dont les objets matériels ne sont que\na réalisation passagère. « La musique vient du dedans », comme on lit encore\ndans les Mémoires de Se-ma-Ts'ien. De cela il résulte, aux yeux des modernes,\nque nous ne possédons aucun poète aussi grand que Haendel, Haydn, Mozart,\nBeethoven, parce que la musique se forme, dans le monde moral, au cœur et au\ncentre des choses, au foyer même de la vie universelle.\nLa magie musicale n'a pas été autre chose que la mise en pratique de cette\nthéorie ; instinctivement et inconsciemment, les primitifs en tiraient, à leur\ninsu, la conséquence logique. S'ils ont cru pouvoir modifier à leur gré les phé-\nnomènes de la nature, c'est qu'ils ont cru qu'entre la musique et les lois qui\nrégissent ces phénomènes, il y a presque identité. A l'aide du chant, ils ont cru\npouvoir dominer la nature, à peu près comme un mécanicien moderne qui\ninstallé dans une cabine où il aurait sous la main tout ce qu'il faut pour produire\nou interrompre les courants électriques, commanderait une gigantesque usine.\nCette croyance a été celle de tous les Orientaux, à en juger par les traités les\nplus anciens qui sont parvenus jusqu'à nous. Ainsi, dans le Li-Ki; ou Mémorial\ndes rites des Chinois, on lit ceci : « La musique est intimement liée avec les\nrapports essentiels des êtres. On étudie les sons pour savoir les airs, les airs pour\nsavoir la musique, et la musique pour gouverner. »\nC'est pour une raison analogue que, chez les Grecs, Pythagore avait lié à la\nthéorie des intervalles une théorie astronomique où les sept notes de la gamme"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.17", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "étaient rattachées aux sept planètes de notre système solaire, et qu'il considérait\nla loi des nombres comme régissant à la fois la musique et la nature; c'est encore\npour cette raison que tout le moyen âge a identifié les quatre modes authenti-\nques du plain chant aux quatre saisons de l'année, à tous les phénomènes qui\nvont par 4, et qu'il a déclaré la mesure à trois temps la plus parfaite de toutes\nparce qu'elle est une image de la sainte Trinité.\nAu lieu de citer des philosophes, j'aime mieux citer des compositeurs. Voici\ncomment s'exprime le plus grand musicien d'hier, R. Wagner, dans le t. IX, p. 86,\nde ses œuvres complètes, Gesammelte Schriften and Dichtungen :\n« La puissance du compositeur, dit R. Wagner, n'est pas autre chose que celle\ndu magicien. C'est bien dans une situation d'enchantement que nous place l'au-\ndition d'une symphonie de Beethoven ». Est-ce là un « mot » brillant d'écri-\nvain, comme on en trouve tant dans la critique musicale ? Non ; plutôt un mot\nd artiste, de philosophe, et d historien tout à la fois.\nWagner développe sa pensée à la manière allemande, avec une métaphysique\nun peu compliquée, mais très nette, et qui ne laisse pas de rappeler le mythe\nplatonicien de la caverne :\n« Nous regardions jusqu'ici à la lumière du jour, ajoute-t-il, une image peinte\net transparente : voici que Beethoven, dans le silence de la nuit, place cette\nimage entre le monde des apparences et l'être intérieur de la nature ,* et c est de\nl essence des choses qu il tire la lumière donnant à l'image sa transparence. Aussi,\npar une sorte de prodige, 1 image devient-elle vivante : devant nous apparaît un\nsecond monde dont le plus grand chef-d'œuvre d'un Raphaël ne pourrait donner\naucune idée » (ibid).\nCela veut dire, plus simplement :le peintre nous présente.des images toutes\nsuperficielles ; le musicien, même quand nous avons les yeux fermés, « dans le\nsilence de la nuit » nous met en rapport direct avec la vraie réalité, avec 1 âme\nintérieure, l'essence et le dedans des choses. Et nous voilà en pleine magie ! Les\nimages du peintre sont mortes et glacées ; celles du compositeur participent de\nla force universelle et cachée qui soutient le monde.\nIII\nIl me reste à montrer comment le fait général que je viens d'exposer permet\nd'expliquer beaucoup d'autres choses. Je le ferai très rapidement.\nLa magie primitive explique d'abord certaines parties de la théorie musicale.\nEn voici deux exemples.\nNous n'avons aujourd hui que deux modes, le mode majeur et le mode mineur.\nLes Grecs anciens en avaient un grand nombre, et ils attribuaient à chacun d'eux\nun pouvoir d'expression spécial ; tel mode était pour la vertu, tel autre pour la\nvolupté, celui-ci pour l'enthousiasme, celui-là pour la plainte, etc... Il y a là un\nproblème resté insoluble. Il nous est impossible de donner des raisons pure-\nment artistiques de cette théorie ; en effet, pour citer un exemple, le mode dorien\ntype mineur, de mi à mi sans accidents et sans note sensible était regardé par\nles anciens comme austère et triste ; et il a été employé par l'Eglise pour des\nchants d allégresse tels que le TeDeum, la prose de Pâques et de la Pentecôte,\net tous les introits commençant par gcindecimus ou gaudete ! Il semble qu'il y\nait là une énigme. Elle disparaît, si on admet que dans la magie tout se faisait"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.18", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3675, "texte": "par recettes conventionnelles et que les idées des anciens sur la valeur spéciale\ndes modes tiennent à l'emploi qu'on fit primitivement de ces modes dans cer-\ntaines opérations magiques déterminées. Ceci n'est d'ailleurs qu'une hypothèse !\nAutre particularité. Vous savez qu'en musique la répétition joue un très\ngrand rôle ; elle est presque une règle fondamentale, En littérature, quand\non répète deux ou trois fois de suite une même phrase, c'est une faute ou une\nétourderie ; en musique, c'est non seulement permis, mais regardé comme néces-\nsaire ; or cette loi a été celle de toutes les formules magiques que nous connais-\nsons. Il ne suffit pas d invoquer un Esprit en prononçant son nom ; il faut 1 in-\nvoque r trois fois /etil en est de même dans toutes les circonstances. Il est\ndonc fort possible que nous ayons là l'explication d'une règle essentielle de\nl'écriture musicale. Il y aurait à rechercher si les nombres usités en magie sont\nprécisément ceux qui régissent la musique. Je crois pouvoir dire, malgré\ncertaines réserves, que cette enquête intéressante conclurait affirmativement.\nBeaucoup d'autres faits très importants dans l'histoire de la musique pour-\nraient être éclairés de la même façon.\nPourquoi chante-t-on dans les cérémonies de toutes les religions ? Parce\nque la religion, née peut-être des échecs de la magie, a conservé de cette der-\nnière l'habitude d'agir sur les Esprits invisibles à l'aide du chant\nPourquoi a-t-on fait et pourquoi fait-on encore de la musique dans toutes les\nsolennités profanes ? C'est qu'autrefois les assemblées politiques avaient un\ncaractère religieux : et la même loi de continuité qui a fait passer le chant de la\nmagie dans la religion, l'a fait passer ensuite de la religion dans la vie civile.\nJ'ajouterai encore ceci : prenez au hasard 30 opéras du xvme et du xixe siècle,\nvous en trouverez 28 sur 30 où les idées de magie tiennent une place impor-\ntante ; et il serait facile démontrer que tous les genres d'airs usités dans le drame\nlyrique (sérénade, berceuse, invocation, bénédiction de poignards, etc..) se\nrapportent à des cérémonies magiques désappropriées, c'est-à-dire que les mé-\nlodies, après avoir eu un but d'utilité pratique, sont passées dans le domaine du\npur agrément. C'est un exemple de la loi d'évolution qui, d'après Spencer,\nfait sortir le beau de l'utile.\nEnfin, si aujourd'hui encore la musique nous paraît avoir un caractère trou-\nblant et mystérieux, c'est que dans l'émotion musicale entre le souvenir\ninconscient de l'emploi qui jadis a été fait du chant. La musique n'agit plus que\nsur les âmes; elle ne fait plus que des miracles intérieurs ; mais là encore, son\npouvoir semble avoir conservé quelque chose de magique...\nDe tout cela on pourrait tirer cette conclusion, que si l'homme est musicien,\nc'est parce qu'il a été de tout temps très superstitieux. Il l'est encore, beaucoup\nplus que nous ne pensons. On a prétendu que c'était un être raisonnable : ce\nsont les philosophes qui affirment cela. L'homme vit surtout par le sentiment et\nl'imagination. Quand on observe la vie pratique, on voit que ce n'est pas du tout\nla raison pure qui mène les gens. Combien y en a-t-il parmi nous qui ont la\nsuperstition du costume, celle des formules orales ou écrites ? qui ne veulent pas\nse mettre à table quand il y a treize convives r ou qui ne voudraient pas partir\nen voyage un vendredi ?...\nJ'ai terminé, Messieurs, ce voyage aux pays de l'illusion ; je n'ai pas voulu traiter\nà iond un grand et beau sujet, mais en indiquer les principaux aspects, et donner\nle résultat de quelques réflexions personnelles. Je donnerai à cet entretien une"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.19", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 642, "texte": "conclusion qui se rattachera à mon sujet. Bien que je ne croie pas à la toute-puis-\nsance de la parole, et même de la parole chantée, je veux, tout comme si j'étais un\nmagicien primitif, prononcer une formule qui certainement se réalisera. Un adage\nlatin dit : amitié qui finit ne commença jamais. Or, l'amitié des Français et des\nAnglais a commencé sur les bases de l'estime et de l'affection réciproques. Cette\namitié ne finira donc pas : elle est inaltérable et à toute épreuve. Je vous remercie\nde m'en avoir donné ce soir un témoignage en m'écoutant avec quelque patience.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c008", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "259", "page_fin": "275", "image_debut": 19, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.3", "titre_corps": "L'Hymne du Paléologue et la Musique byzantine", "titre_sommaire": "L'Hymne du Paléologue et la Musique byzantine", "signature_source": "FRANK CHOISY, Ephore du Conservatoire d'Athènes, Membre de la Commission pour la réforme du chant dans l'Eglise grecque", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.19", "debut_caractere": 644, "fin_caractere_exclue": 3358, "texte": "L'Hymne du Paléologue et la Musique byzantine\n\n(Suite) (1).\n[Nous reproduisons ici deux passages de la première partie de l'article de\nM. Franck Choisy, paru dans la Revue Musicale du ler avril et qu'une erreur de\nmise en pages a rendus obscurs.]\nCe qui nous intéressera davantage, par le fait que, jusqu'à présent, nul n'en\navait trouvé la clef, se rapporte à l'écriture en honneur dans le système byzan-\ntin. Arriver à déchiffrer certains signes archaïques, incompris jusqu'ici, c'est\nlaisser entrevoir la possibilité de traduire de nombreux documents encore inex-\nplorés. A l'origine, les neumes étaient simplement des accents destinés à marquer\nles inflexions de la voix dans un discours. Les premiers signes qu'on rencontre\ndans la liturgie grecque ne sont autre chose que ces accents. Appelés ekphoné-\ntiques, ces signes formaient un système ekphonétique, sorte de parler rythmé, de\nrécitatif (2), qui soulignait le sens du texte. Si aucun document ne donne de ren-\nseignements sur les inflexions produites par ces signes ekphonétiques, on en\nconnaît la signification par la tradition qui a maintenu ce système jusqu'à nos\njours, pour l'exécution des Evangiles, des Apôtres et des Prophètes (3). Du reste,\nle nom de ces signes est parvenu jusqu à nous et donne aux accents ekphoné-\ntiques leur véritable sens (4). « Oxia » égale notre forte, « Varia » = pesante,\n« Kadisti » posato, « Syrmatiki » traîné, « Paraclitiki y> suppliant, « Hypo-\ncrisis » imitatif(s), « Kremasti » = tenuto, etc., etc. Voici ces accents, plu-\nsieurs auteurs en ont donné la nomenclature, passant rapidement sur ce cha-\npitre, pour la bonne raison qu'ils ignoraient leur véritable traduction (6), qui\nest, selon toutes probabilités, celle que nous venons de donner, le nom du\nsigne en indiquait le sens.\n\n(1) Voir la Revue Musicale du ier avril.\n(2) Le « XovtéSsç [iiXoç », le chant farlé des anciens Grecs, le « jxsotjv . cpwvrçv » d'Aristide\nQuintilien.\n(3) A côté de l'ekphonétique, il y avait aussi les mélodies chantées, mais celles-là, comme dans\nla liturgie romaine des premiers siècles, n'ont pas laissé de trace.\n(4) Depuis, quelques-uns de ces noms ont passé dans le système chanté, les uns gardant une\npartie de leur signification première, d'autres sous forme altérée,\n(5) En imitant le sens du texte.\n(6) Cf. Keramens Athanase Papadopoulos, Bibliothèque Manrocordatê, à Constantinople, 1886, et\nGeorges Papadopoulos, 2o|j.6oÀat s'tç tt,v taxopiav Tfjç sxxX. jjioucrDajç ; 1890, pp. 177, T7B ;\nTzetzès, Über die Altgriechische Musik in dergriechischen Kirche, Munich, 1874, pp. 130, 131 ;\nGardthausen, Griechischen Palaeographie, p. 211 ; Thibaut, Bulletin de l'lnstitut archéologique\nrusse, 1898, t. 111, pp. 155, 156."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.20", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 256, "texte": "Un manuscrit très important, celuique cite Kerameus Athanase Papado poulos,\nmérite d'être reproduit (2) :\n\n(1) Notre accent apostrophe.\n(2) Trouvé à la fin d'un évangile grec; nous n'en donnons qu'un fragment."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.21", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "En examinant de près ce fragment de manuscrit, on retrouve le nom et la\nforme des signes phonétiques précédents, mais placés de telle façon qu'on peut\ny voir une intention manifeste de la part de l'auteur inconnu qui le composa. Il\nest probable que le chantre, après avoir lu l'Evangile, et pour bien se souvenir\ndes noms et de la signification des signes ekphonétiques, les'iranscrivit à la fin du\nvolume, comme aide-mémoire et dans l'ordre habituel de leur emploi. En effet, si\non compare ce document aux passages liturgiques du ixe au xne siècle, on saisit\naisément la similitude d'emploi des signes ekphonétiques de ces différents manus-\ncrits. Tous les cas prévus ne se retrouvent pas sur le fragment que nous venons\nde donner, mais il suffit qu'il s'en rencontre pour confirmer ce que nous disons.\nVoici un fragment de manuscrit, tiré de l'Evangile selon saint Matthieu,\nchap. XXVII, versets si, S 2 (1), orné de signes ekphonétiques.\nIl existe, en effet, une série de documents de la plus haute importance, dus aux\nsuccesseurs de Jean Damascène, qui, à mesure qu'ils transcrivaient tout au\nlong, au moyen de nouveaux signes, les mélodies en notation primitive\naphone mettaient en regard l'ancienne notation. Nous possédons ainsi\ncomme une échelle dont chaque échelon s'éloignant de l'écriture primitive, dite\ndamascénienne, se rapproche de nous, sans que nous perdions de vue le point\nde départ.\n\n(0 Bibliothèque nationale d'Athènes, section des manuscrits, n° 60. Cet évangile, du ixe et\nxc siècle, mesure 34 X 1 5 cm. et comprend 87 pages.\n(2) Traduction : « Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en\n« bas, et la terre trembla et les pierres se fendirent... »"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.22", "debut_caractere": 165, "fin_caractere_exclue": 501, "texte": "La figure que nous venons de donner offre un excellent exemple de ces transfor-\nmations successives (i). Le premier exemple provient d'un ancien manuscrit du\nxme siècle recopié par Pierre de Byzance ; son origine remonte à plusieurs siècles\n\n(i) On trouve jusqu'à cinq et six transformations de l'écriture primitive, dite damascénienne."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.23", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2998, "texte": "en arrière ( 1 ), probablement à Jean Damascène. Il est écriten neumes « emphones »\net en neumes « aphones » (2). L'exemple qui suit marque un sensible progrès\nsur le premier. La mélodie s'y trouve déjà moins sténographiée, les aphones\nsont en bonne partie remplacés par des emphones. C'est l'écriture en usage au\nxviue siècle. Le fragment que nous reproduisons est encore de Pierre de Byzance,\nmais recopié par Pierre Lampadarios. Le dernier exemple, développé par Gré-\ngoire le Protopsalte, en fixant le système d'aujourd'hui, achève la disparition\ndes aphones.\nRésumé théorique.\nIl reste, avant d'aborder l'hymne fameux du Paléologue, à esquisser rapide-\nment les principes de la théorie byzantine. Le système byzantin ne possède pas\nde signes donnant la hauteur absolue des sons, comme dans notre notation,\ndans celle des anciens Grecs ou comme dans celle du chant grégorien, notation\ndite phonétique. La notation byzantine, comme celle des Juifs, est semblable aux\nneumes, dicistématique, c'est-à-dire marquant des intervalles : une clef placée au\ndébut de la mélodie donne le son premier d'après lequel les neumes suivants\nacquièrent leur valeur. Ces clefs sont au nombre de neuf, une par mode (3)1\nsauf le troisième plagal qui en a deux .\nLes neumes byzantins marquent soit des intervalles, soit des quantités\nrythmiques, soit des nuances. Les neumes-intervalles sont au nombre de dix et\nindiquent l'unisson, l'intervalle de seconde, la tierce, quarte, quinte ou deux\nsecondes successives.\n\n(1) Voir p. 191, note 7.\n(2) Le sens des signes aphones rappelle ce que nous disions de « l'ekphonétique ». S'agissait-\nil, par exemple, d'une demande, on adoptait le signe « paraclitiki » (demande, supplication), et\nainsi de suite. Les chantres étaient tenus avant d'exécuter les mélodies écrites avec ce système,\nà les considérer sous trois aspects différents. La première opération se nommait Paralagie\n(TrapaXayta, comparaison). Le chantre solfiait les neumes noirs « emphones » seulement, sur les\nsyllabes anatiès, nèctnès, ncinci, agio,, en vérifiant chaque intervalle ; puis venait la Mètrophonie\n(fjtexpoçptovtâ) où les paroles jointes aux signes emphones entraient en jeu, enfin le Mélos (MsXoç),\navec les signes aphones, donnait à l'œuvre son caractère définitif.\nIl nous semble qu'il eût été plus simple d'écrire tout au long la mélodie et se passer du sys-\ntème aphone. Il eût fallu pour cela inventer le système perfectionné que nous révèle léxemple\nque nous donnerons dans la 2e partie de cet article, et qui représente une notable amélioration de\nl'écriture primitive. D'autre part, le parchemin coûtait cher; on voulait gagner du temps, puisqu'il\ns'agissait d'écrire à la main; il fallait donc réduire le travail au minimum.\n(3) L'Eglise grecque possède huit modes, quatre authentiques et quatre plagaux. Les premiers\net quatrièmes (authentiques et plagaux) sont diatoniques ; les troisièmes, enharmoniques ; les se-\nconds, chromatiques."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.24", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1513, "texte": "Ces neumes, diversement combinés, donnent non seulement tous les inter-\nvalles supérieurs à la seconde, mais acquièrent, suivant leur mode d'emploi, des\nfacultés expressives, perdant alors soit leur valeur d'intervalle, soit leur valeur\ncomme quantité ( 1 ). C'est extrêmement compliqué, et une longue pratique donne\nseule la liberté requise pour déchiffrer facilement une mélodie byzantine. A ceux\nqui voudraient se renseigner plus complètement sur la théorie de la musique\nbyzantine, nous recommandons l'ouvrage, en grec, de Chrysante;il n'est\nmalheureusement pas traduit.\nPour indiquer les valeurs, le système byzantin est obligé d'ajouter aux neumes-\nintervalles, des neumes-valeurs. Ceux-ci sont au nombre de quatre, deux pour\naugmenter les valeurs, deux pour les réduire. Ce sont :\nLes neumes-nuances sont cinq :\nIci encore une infinité de combinaisons se rencontrent, donnant à ces neumes\nde nouvelles significations trop nombreuses à énumérer ici. Quant aux silences,\n\n(1) Les neumes byzantins que nous venons de reproduire valent chacun une noire.\n(2) Ne s'emploie que double ou triple : dipli = J. tripli n\n(3) Le double gorgon h du triolet, le triple =\n(4) L'argon réduit également la valeur des neumes-intervalles, mais ne s'emploie que dans des\ncas spéciaux.\n(5) Ne s'emploie qu'avec des intervalles descendants.\n(6) Sorte de tremblement de la voix sur une note, correspondant à notre grupetto, sans note\nascendante.\n(7) S'emploie dans des cas spéciaux."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.25", "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "ils sont composés du neume-nuance i, le varia, et du neume-valeur 2, lapli.\nIls ont quatre aspects :\nEn solfiant, les chanteurs employaient jadis les syllabes ananès, béabès, nana,\nctgiaf, aèès, etc (2). Les trois chantres, Grégoire, Chrysante et Hourmousios\nabandonnèrent ces dénominations, pour adopter les premières lettres de l'alpha-\nbet giec, auxquelles ils adjoignirent, soit une consonne, soit une voyelle. Ce\nsont : pA, Bou (prononcer vou), Ga, Z)i, kE, Zo, n/, équivalant à ré, mi, fa,\nsol, la, si, do.\nPour simplifier 1 étude de leur musique et pour avoir comme base de leur\nenseignement une gamme diatonique plus facile à comprendre que celle du\nmode premier pa (lé), trois chantres grecs de Constantinople, Kamarados,\nPsachoset Klabbas, ont fait adopter la gamme de ni [do).\nLa division des intervalles dans le chant byzantin forme une des curiosités\nde ce système. Pour être brefs, disons que les Byzantins ont adopté les rap-\nports de sons découverts par Pythagore, revus sous le siècle de Néron par\nClaude Didyme, que Ptolémée nomme è u.ovmx6ç, enfin ce système-ci, modifié\npar Ptolémée lui-même, comprenant la division de l'octocorde en deux tétra-\ncordes semblables, réunis par un ton disjonctif (3). Prenons comme exemple\nla gamme de sol majeur. (La double octave sol 1 sol 3 représente l'étendue du\ngrand système et embrasse aussi celle de la plupart des chants byzantins.)\nCes divisions ne sont évidemment pas celles du piano, mais établies sur un\nmonocorde (4). On sait qu'une corde prise à la moitié de sa longueur donne\nl'octave, le tiers de la corde donne la quinte, le quart la quarte, etc. Le tableau\n\n(1) Combiné de diverses manières avec le neume-valeur gorgon, on obtient le 7, 7 7, 7.\n(2) Chrysante, dans son ouvrage théorique, donne la clef de ces noms qui nous paraissent\nbarbares. Ananès est un composé de an a anax : seigneur) et de ancs (aphès : pardonne) ;\nnana est formé de deux ana ; néanès de né-(oui) et deanès; agia vient de agie (saint) L'ensemble\nde ces mots, dont chacun avait une valeur phonétique déterminée, donnait la phrase suivante !\n« Seigneur, pardonne, oui, pardonne. Seigneur, Seigneur, Saint. »\n(3) Il n est question ici que du genre diatonique.\n(4) La \\ oix ne donne pas non plus les mêmes rapports de son que le piano. En cherchant par\n1 oieille 1 accord do Ini ou une autie tierce majeure, on trouve un 7ni légèrement plus bas que\ncelui du piano, et qui donne le rapport pythagoricien 5 : 4."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.26", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "suivant résume l'ensemble de la classification de Ptolémée qui est celle des\nByzantins :\nComme on peut le constater, les intervalles de la gamme byzantine diato-\nnique sont de trois grandeurs, deux sortes de ton et le demi-ton (6). En théorie,\npour faciliter la voie à suivre, nous adopterons la division du concile réuni à\nConstantinople en 1881, division qui n'est, en somme, que celle d'Euclide.\n(Voir la Division du monocorde, de ce célèbre mathématicien.) Sa gamme dia-\ntonique est divisée en 72 parties, ramenée pour plus de commodité à 36.\n\n(ij Cf. Gevaert, Mus. dans Vantiquité, t. 1, p. ior.\n(2) Les rapports numériques par lesquels on exprime la grandeur des intervalles musicaux,\ns'écrivent soit sous forme de rapport géométrique (2 : 1 ou 1 : 2), soit sous forme de fraction\n(1/2 ou 2/1). Pour les anciens, qui n'avaient comme moyen de comparaison que les diverses\nlongueurs de la corde, le nombre le plus grand représente le son grave, le chiffre le plus petit,\nle son aigu. A ce point de vue, les expressions numériques de la quinte 3 : 2 ou 2 : 3, 3/2, 2/3,\nsignifieront que le son le plus grave étant produit par une corde longue, par exemple, de trois\ndécimètres, le son le plus a'gu sera produit par une corde identique, longue de deux déci-\nmètres. Cf. Meerens, Instruction élémentaire du calcul musical. Bruxelles, 1864.\n(3) Consonants.\n(4) Mélodiques (de èppsXrj).\n(5) Non mélodiques (de expeX?]).\n(6) Les exemples en notation occidentale ne doivent servir qu à faciliter la lecture de nos expli-\ncations, les intervalles naturels étant tantôt plus grands, tantôt plus petits que ceux de notre\nsystème."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.27", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1709, "texte": "Ces intervalles comprennent deux sortes d'intervalles majeurs (p-stcwv), et un\nmineur (sÀaccfcov) ; celui nommé plus petit encore s'emploie autre\npart. Chrysanthe deMadyte avait composé une gamme diatonique de 68 parties,\ndont les intervalles se succédaient dans l'ordre suivant : 12-9-7-12-12-9-7. C'est\nla répartition du concile de 1881 qui est définitivement adoptée dans l'en-\nseignement\nL'échelle du grand système byzantin se présente sous cet aspect:\nou, en divisions arithmétiques :\nChaque mode byzantin emprunte le son initial qui le caractérise à l'échelle du\ngrand système : mais le reste du tétracorde est susceptible d'altérations, qui\nvarient suivant le genre, chromatique ou harmonique (2).\nPrenons par exemple les tétracordes diatoniques di-ni, sol-do et pa-di, ré-sol.\n\n(i) La distance visuelle que nous observons d'une note à la suivante établit approximativement\nles rapports naturels des intervalles. Voici l'échelle du système parfait des anciens Grecs en\nnotation moderne :\n(2) Le vou du premier mode, objet de controverse entre les musiciens grecs, n'a jamais pu être\nnettement fixé, sa hauteur canonique n'étant pas celle de la voix naturelle. Les chanteurs, sans\nexception, 1 exécutent plus bas que sa place sur le monocorde. Sur une corde d'un mètre\n(1.000 mm.), le vou (10:9) accapare 0,800 m. Celui de Chrysanthe marque 0,815 (l 8 : n),\ncelui du concile de 1881, 0,8 to (100: 81). L'expérience a prouvé que l'un et l'autre n'avaient\npas tort. En effet, les chantres qu ne dépassent pas la note vou, adoptent naturellement la\nhauteur du concile, ceux qui la dépassent, et surtout en descendant, adoptent la hauteur\nfixée par Chrysanthe."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.28", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "qui donnent à peu près les intervalles :\nLes tétracordes chromatiques seront :\nqui donnent à peu près les intervalles :\nOn le voit, un intervalle de seconde (demi-ton majeur 16 : 15) peut arriver à\ntripler presque sa grandeur naturelle.\nL'existence de ces nuances, qui a été tellement discutée et qui le sera encore,\nn est donc pas une fable. Ce système est du reste bien plus naturel que le\nnôtre, uniformément divisé en tons et demi-tons, ce qui a permis nos multi-\nples combinaisons d accords. L étrangeté du système oriental explique comment\nVilloteau, se rendant à la suite de Bonaparte, en Egypte, ne comprit la tonalité\ndes airs arabes qu'il notait, qu'en examinant les petites divisions marquées sur\nun Eoud(i). Pour les même raisons nous chanterons faux les mélodies des\nanciens Grecs qu on retrouvera peut-être un jour, et de même nous ne pourrons\nexécuter correctement les chants byzantins (2).\nVoilà pour la théorie. En pratique, les atténuations des intervalles s'indiquent\nsoit par des signes spéciaux dont nous parlerons plus loin, soit par des signes\nd'altération correspondant à nos dièses et bémols.\nCes signes d'altérations ne servent pas seulement à diviser, comme dans notre\nsystème, les tons en demi-tons, mais encore en une infinité de subdivisions\nqui rappellent les chroai antiques. La figure suivante donne, d'après la division\nde la gamme en 72 parties, les altérations possibles d'un intervalle de seconde\nmajeur, par exemple ni-pa (do-ré).\n\n(1) Sorte de luth.\n(2) M. Marchesi, professeur de chant au Conservatoire de Vienne a souvent « chanté en ma\nprésence, avec une sûreté remarquable, quatre intervalles dans l'espace d'un ton ». Gevaert\nouvrage cité, p. 285 J'ajoute que de bons chantres grecs y arrivent aussi. Pourtant l'exécution\nen est difficile. Déjà dans 1 antiquité le « diésis » réclamait une ouïe bien développée. Aristoxène\nsoutenait que « la voix, quelque effort qu'elle fasse, ne saurait parvenir à entonner trois diésis\nsuccessifs ». Cf. Gevaert, p. 285. Meibom cite cette phrase des Archai : « Ce n'est qu'en dernier\nlieu et avec grand effort que notre sentiment s'y accoutume ». Cf Gevaert, p. 285. Les chanteurs,\nles virtuoses de laicoet connaissent pourtant le demi- ton. attractif, c est une nuance naturellement\nsentie et logique. Ce sont ces nuances qui remplissent les chants de l'Eglise grecque."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.29", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "Kn pratique la réduction de 2/12 est indiquée par le signe P, chaque\nnouvelle réduction de 2/12 se marque par un petit trait horizontal barrant la\nqueue du signe type. '#> réduit de 4/12 ; deux petits traits de 6/12 ; trois de 8/12 ;\nquatre de 10/12\nLes augmentations se marquent par le même signe d'altération, mais placé\nen sens inverse :çf &, etc. (1). C'est encore le concile de 1881 qui a décidé\n1 introduction de ces signes plus complets et plus précis que ceux en usage\njusque-là (2).\nLa théorie des autres signes d'altérations ne ressemble en rien à ce que nous\npossédons Ces signes se nomment des « phtorés », leur influence rappelle celle\ndes clefs (les Mapxvpioa byzantins) ; mais tandis que ces clefs-ci indiquent l'espèce\nde mode et en même temps la hauteur du premier son du morceau, les « phtorés»\nmarquent la hauteur d'une note quelconque dans le courant du morceau. Non\nseulement ils servent de point de contrôle au chantre soucieux d'exactitude qui,\ns'il s'égare, est remis en bonne voie par les phtorés, mais ils servent encore\nde signes de transposition. Le mode premier possède deux phtorés, 6 indi-\nquant le son ké (3) (la), et ? = pa (ré). Autant de modes, autant de phtorés\nsur lesquels nous n insisterons que pour examiner le mécanisme du système.\nVeut-on, par exemple, substituer à un pentacorde un autre pentacorde, voici\ncomment on procède, en théorie et en pratique. La chose mérite de s'y arrêter\nun instant.\n\n(1) Les anciens Grecs avaient jusqu'à six lichanos (la corde touchée par l'index) : une enhar-\nmonique, trois chromatiques et deux diatoniques. Gevaert, ouvrage cité, p. 332. Cf. Stocheia,\np. 51, 52.\n(2) On avait aussi construit pour 1 étude pratique, à Constantinople, un petit orgue donnant les\nintervalles. Non seulement sa construction devait être extrêmement laborieuse, mais l'exactitude des\ndivisions du système byzantin bien aléatoire. L'instrument n'a, du reste, guère pu être utilisé\navec succès. Un clavicorde ferait mieux l'affaire et pourrait plus facilement être accordé.\n(3) L'ancien système byzantin avait le son ré pour base du premier mode. La voix montant\ntrop à 1 aigu avec ce point de départ, on a baissé le tétracorde d'une quinte, pouT prendre pa."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.30", "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 943, "texte": "Le signe ? étant le phtoré de pa (ré), si nous voulons, après être arrivés à\nké (la), continuer à monter, mais au lieu de nous servir du pentacorde diatonique\nhabituel de ké (10-8-12-10), adopter le pentacorde diatonique qui a pour base pa\n(10-8-12-12), le phtoré de pa ? suffira. Nous continuerons à chanter ké, zo, ni,\npa, vou (la, si, do, ré, m/), mais avec les intervalles de pa, von, ga, di, ké (ré,\nmi, fa, sol, /a).\nEn descendant, le phtoré 6, de ké (la), changera l'échelle dQ pa, 12-8-10-12,\nen 12-12-8-10, qui est l'échelle descendante de ké (la).\nVeut-on passer du diatonique au chromatique, le phtoré chromatique suffira ;\nde même pour l'enharmonique.\nEn pratique, voici comment s indique ce changement d'échelle. Nous donne-\nrons un exemple passant du diatonique au chromatique. Le phtoré de pa (ré),\ndu second mode plagal (chromatique) est"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.31", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "En traduction moderne nous aurons approximativement :\nQuant aux clefs, nous avons montré leur rôle (1). Il y en a une par mode, qui\nse place au début du morceau, à droite et au-dessus de la ligne neumatique.\nNous avons donné également le tableau des huit modes byzantins (2). Cha-\ncun de ces modes devient l'objet de considérations subtiles, suivant qu'il\nrentre dans les chants dits : stychirariques (3), lieirmologiques (4), ou papa-\ndiques(s). La composition du tétracorde, les cadences, le caractère de leurs\nmélodies changent ainsi à l'infini.\nEn ce qui concerne le rythme, disons simplement que la fusion entre le texte\net la mélodie est telle, qu'en étudiant attentivement les valeurs musicales on\npourrait rétablir la rythmique exacte des chants byzantins. La question est trop\ndélicate pour être résumée ici, elle demanderait une étude particulière (6).\nNous sommes certains que plus d'un lecteur se sera demandé comment l'Eglise\ngrecque n'a pas encore abandonné son système de notation pour adopter le\nnôtre (7). Celui-ci paraît, en effet, jeu d'enfants à côté de celui que nous avons\nessayé de résumer.\nIl est certes difficile, pour des oreilles habituées au « tempérament », de trouver\ndu charme à ces mélodies qui semblent de prime abord fausses. La question\nest pourtant plus complexe qu'on ne le croit, et si nous en saisissons certains\nraisonnements, d'autres nous échappent. Il est clair que nos notes, à hauteur\nfixe phonétiques ne répondent pas à ce que la nature exige. Nous avons\nvu que les divisions physiques des intervalles du monocorde sont loin d'être\nles nôtres.\nIl y a dans le système diastématique des Byzantins, des intentions que ne\npossède pas notre solfège.\nIl s'agit en quelque sorte d'un dessin qui suit le texte et que nous compare-\nrions volontiers à l'archet du violoniste épousant la mélodie exprimée par la main\n\n(i) Voir p. 196 et 202.\n(2) Voir p. 188 (Revue du ler avril).\n(3) Le mot « stychirarique » s'emploie pour désigner certains textes sacrés. C'est ainsi que les\ntropaires (( stychirariques » suivent toujours des vers de David, qu'on appelle, à cause de leur\nbrièveté, des « stychi ».\n(4) De elojjtoç, qui tourne autour. Strophe musicale qu'on retrouve ensuite, variée, dans les\ntropaires suivants (xpoTtapia), les strophes qui succèdent à l'heirmoï principal II y a les heirmoï\nlents, àpyôv, comme sont les chants de Damascène, et les heirmoï vite (œdvBogov), comme le\nsont les chants modernes depuis la fin du xvme siècle. (Voir la Revue musicale du 15 nov. 1906.)\nLes Heirmoï de Pâques.\n(5) Ainsi nommés sans doute parce que ces chants étaient exécutés au gré du prêtre. Ils sont\ntoujours lents.\n(6) M. C. Psachos, dans le supplément de la Vérité ecclésiastique de Constantinople,\njanvier 1900, en a excellemment parlé.\n(7) En Roumanie, ce changement est un fait accompli depuis plusieurs années."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.32", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "gauche. Le chantre suit le dessin mélismatique aussi aisément que nous lisons,\npar exemple, nos\nla mélodie, pour lui, fait corps au texte.\nC'est une des raisons qui optent en faveur du maintien de ce système, qui, par\nson caractère original, empêche également l'introduction des instruments dans\nl'office grec En ce qui concerne la façon nasillarde, qui entre trop souvent\ndans la pratique des chants byzantins et qui renverse nos notions d'esthétique,\nelle est surtout le produit de la paresse des chantres qui préfèrent laisser\ntraîner la voix que de se fatiguer en ouvrant trop la bouche. J'ai entendu à\nplus d'une reprise des chants byzantins exécutés tout autrement que par le\nnasillement traditionnel qui n'est qu'un vice. Des mesures énergiques pour-\nraient remédier à cet état lamentable; nous avons dit au début de cet essai,\nles difficultés qui s'opposent à la réalisation rapide des réformes nécessaires.\nIl y a encore d autres sujets de controverse. L' « isson », par exemple, cette\nbasse accompagnant les mélodies byzantines, qui ressemble au bourdon d'une\nvielle et que nous n'accepterons pas facilement. L'isson est la basse sur laquelle se\nrepose la mélodie. L' « isson » a ses lois comme tout autre élément musical. Jus-\nqu'ici il n'était pas noté. Le plus ou moins de culture des chantres suppléait à\ncette négligence. Aujourd hui M. Psachos a fixé la marche de l'isson, pour un\ncertain nombre de chants, et rendu son exécution moins fantaisiste.\nNous devons avouer que si ces principes nous choquent, les théoriciens\nbyzantins n'acceptent pas non plus nos données musicales. C'est ainsi que jouant\nun jour du piano devant un chantre de Constantinople, il me demanda pourquoi\nj exécutais plusieurs mélodies ensemble, et comment j'acceptais cette tierce fausse,\nmi-sol ! L'harmonisation lui semblait aussi une confusion inutile. C'est ce que les\npartisans du chant grégorien éprouvent lorsqu'ils opposent la grandeur sereine\nde leurs chants monodiques aux combinaisons déjà subtiles d'un Bach. Ne con-\ndamnons donc pas trop vite le système musical byzantin,il est peut-être plus près\nde la vérité sans paraître pour nous le dernier mot du progrès que le nôtre.\nL'Hymne du Paléologue.\nLe lecteur qui aura eu la patience de nous suivre jusqu'ici n'éprouvera guère\nde difficulté à comprendre ce que nous dirons de l'Hymne du Paléologue.\nD'abord, le mot hymne est un terme impropre à ce chant. Les Grecs les appe-\nlaient des chants de glorification, et non des hymnes. Le manuscrit qui\nnous intéresse dit du reste, en avertissement au chantre, qu'il va aborder le\ncffiop/rç, Voilà un point d'acquis. Ensuite, ce chant de glorification est-il unique\net seulement composé pour le dernier empereur de l'empire byzantin? Nous pou-\nvons affirmer que non. La place occupée par ce chant dans le manuscrit complet,\nsa ressemblance avec d'autres documents, la comparaison faite tout naturelle-\nment en étudiant l'office grec d'aujourd'hui, confirme notre dire. M. Psachos a\nvu au célèbre Mont-Athos d'autres manuscrits célébrant le glorieux Constantin\nPaléologue (i ) ; mais, attiré en ce moment par d'autres travaux, il ne songea\n\n(i) Constantin XIII Paléologue, surnommé Dragasès, le dernier des empereurs de Byzance,\nmourut en Ms3' en défendant sa capitale contre les Turcs. Ne pas le confondre avec Cons-\ntantin le Grand, du ive siècle, qui donna son nom à Constantinople (Constantin o polis : la\nville de Constantin)."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.33", "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 3627, "texte": "pas à profiter de son pèlerinage pour noter ses trouvailles. Pourtant il a\nretrouvé dans un ouvrage de Tzètzès, un donnant le même ordre hié-\nrarchique, le nom de l'empereur seul différait. Il s'agissait de Jean Paléologue.\nAutre part, c'est Andronic qui remplace le prénom Constantin ; sinon, le\ntexte et toute la mélodie sont les mêmes. Nous sommes bien en face d'un simple\nservice liturgique. Aujourd'hui encore, l'Eglise grecque a conservé ce genre de\nchant pour certains de ses offices.\nNous aurions tout intérêt à vanter le mérite de la trouvaille de M. Cambo-\nrouglou, le directeur de la Bibliothèque nationale d'Athènes, le chant, déclaré\nunique, deviendrait un monument historique pareil à l'hymne grec à Apollon,\ntrouvé en 1893 à Delphes. La valeur du document qui nous intéresse est loin\nd'être pour cela négligeable. L'empereur auquel il s'adresse, la rareté du fait,\ndemande qu'on s'y arrête.\nLe manuscrit date du début du xve siècle (1). Il contient un grand nombre de\nchants « papadiques » exécutés aux vêpres et à matines. Comme pour nombre\nde manuscrits anciens, il débute par des renseignements théoriques concernant\nla façon d'étudier le contenu du volume, sur la « paralagie, métrophonie, etc.,\netc... » Une note, à la fin du livre, dit qu'il fut terminé l'an 6965 de la création du\nmonde, ce qui donne l'an 1457 de notre ère (2). Il appartenait a Demeter\nExakouston et provenait delà métropole de Selymbria, aujourd'hui Silivri, près\nde Constantinople. Précédant le on trouve quelques avertissements sur\nce qui va suivre. La note est ainsi conçue : « Et maintenant, faisons des vœux\n« pour les rois et les archevêques, dans l'enceinte et à l'extérieur» (3). Le\nchant de glorification du Paléologue suit. Il est ainsi conçu : « Constantin le\ntrès pieux et empereur des Romains, le Paléologue, beaucoup d'années » (4).\nVenaient ensuite des souhaits de même nature pour le métropolite de Selymbria.\nOn peut conclure que le manuscrit contenant le chant adressé à Constantin\nPaléologue faisait partie du service religieux de Selimbria.\nQuant à la restauration musicale, elle fut extrêmement ardue. Tous ces signes\naphones dont il a fallu rechercher des centaines d'exemples dans de nombreux\nautres manuscrits, pour, après avoir comparé leur emploi, les identifier avec les\ndéveloppements successifs que nous en possédons, offraient de très grandes\ndifficultés d'interprétation? Après un travail d'une année, M. Psachos est arrivé\nà traduire avec exactitude, seulement la mélodie soulignant le mot « Constantin ».\nIl est regrettable que le temps et les autres occupations du savant chantre\nl'empêchent de compléter son intéressante étude. Elle mériterait d'occuper une\nplace d'honneur parmi les ouvrages de musique byzantine.\nLa figure suivante représente : i° le chant du Paléologue, tel qu'il se trouve dans\nle manuscrit ; 2° un premier développement du début de ce chant, provenant d'un\nautre manuscrit donnant la même mélodie, appartenant à M. Psachos, ce premier\ndéveloppement était écrit en regard de l'original; l'ajoute ne comprend ici qu'un\nsigne, l'aphone « omalon » ; 30 un développement noté par Pierre du Péloponèse ;\n\n(1) N° 2,267 delà section des manuscrits de la Bibliothèque nationale d'Athènes. Il mesure\n16 centimètres de large sur 22 de haut, son épaisseur est de 6 centimètres.\n(2) Voir ce que nous disions de l'Hymne, dans le Guide Musical, juin 1904.\n(3) Dans l'enceinte et à l'extérieur, c'est-à-dire la place réservée aux prêtres et celle réservée\nau public.\n(4) Ce souhait de longue vie est encore d'un usage courant entre Grecs."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.34", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1179, "texte": "de ce premier développement, écrit également en regard de l'autre, les ajoutes\nsont plus nombreuses et la mélodie apparaît moins sténographiée ; 40 un déve-\nloppement en écriture moderne de l'exemple précédent et qui n'offre plus aucune\ndifficulté à être interprété. On peut suivre également le développement du texte\ndes exemples 2, 3 et 4 ; à mesure que la mélodie s'allonge graphiquement, les\nsyllabes s'étendent à leur tour(i). C'est la meilleure preuve que les musiciens\nsuccessifs auxquels sont dues les différentes versions de ce chant, avaient en vue\nune même mélodie.\nCes exemples suffiront, avec les chapitres précédents, pour que le lecteur se\nrende compte de la valeur de ce chant de glorification. Nous donnerons encore,\nécrit en notation moderne, la « paralagie », la « métrophonie » (2) et le premier\nfragment du chant de glorification, tel que M. Psachos, dans une conférence\ndonnée à la société « Le Parnasse » à Athènes, l'a fait exécuter. Ce chant rentre\ndans les « papadiques » et est du quatrième mode byzantin, qui correspond au\nquatrième mode grégorien, soit approximativement notre ton de sol, sans\narmature."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.34", "debut_caractere": 1236, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "1. Paralagie\n\n(1) Comparer cet exemple avec celui de la p. 193 (Revue du ier avril).\n(2) En ce qui concerne la paralagie, la mètrophonie et le mélos, voir p. 194, la note 2 (Revue\ndu ier avril)."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.35", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 167, "texte": "FRANK CHOISY,\nEphore du Conservatoire d'Athènes,\nMembre de la Commission pour la réforme du chant dans l'Eglise grecque."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c012", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "262", "page_fin": "262", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.2.3.4", "titre_corps": "1 NOTATION DITE « DAMASCÉNIENNE »", "titre_sommaire": "1 NOTATION DITE « DAMASCÉNIENNE »", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.22", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 80, "texte": "1\nNOTATION DITE « DAMASCÉNIENNE »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1907-05-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1907-05-15_01#c013", "volume": "bmtnabj_1907-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "262", "page_fin": "262", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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V. n° 105 (O RLÉANS).\nLa Compagnie d'Orléans délivre toute l'année des Billets d'excursions\ncomportant les trois itinéraires ci-après, permettant de visiter le Centre de la\nFrance et les Stations balnéaires des Pyrénées et du Golfe de Gascogne.\n1er Itinéraire, prix des billets : ire cl. 164 fr. 50; 2e cl. 123 fr.\nParis, Bordeaux, Arcachon, Mont-de-Marsan, Tarbes, Bagnères-de-Bigorre,\nMontréjeau, Bagnères-de-Luchon, Pierrefitte-Nestalas, Pau, Laruns-Eaux-\nBonnes, Pau, Puyôo-Bayonne-Dax ou Puyôo-Dax, Bordeaux, Paris.\n2e Itinéraire, prix des billets : ire cl. 163 fr. 50 ; 2e cl. 122 fr. 50.\nParis, Bordeaux, Arcachon, Mont-de-Marsan, Tarbes, Pierrefitte-Nestalas,\nBagnères-de-Bigorre, Bagnères-de-Luchon, Toulouse (i), Paris [via Montau-\nban-Cahors-Limoges ou via Figeac-Limoges).\n3e Itinéraire, prix des billets : ire cl. 164 fr. 50 ; 2e cl. 123 fr.\nParis, Bordeaux, Arcachon, Dax, Bayonne-Puyôo-Pau ou Puyôo-Pau, Laruns-\nEaux-Bonnes, Pau, Pierrefitte-Nestalas, Bagnères-de-Bigorre, Bagnères-de-\nLuchon, Toulouse (i), Paris (via Montauban-Cahors-Limoges ou vid Figeac-\nLimoges).\nDURÉE DE VALIDITÉ *. 30 JOURS (NON COMPRIS LE JOUR DU DÉPART)\navec faculté de prolongation\n(i) Les voyageurs peuvent effectuer le parcours de Toulouse-Matabiau à Carcassonne et\nretour moyennant un supplément de 12 fr. 50 en ire classe et de 9 fr. en 2e classe.\nLes billets du parcours additionnel ci-dessus peuvent être demandés, soit au\ncommencement du voyage, en même temps que le billet circulaire, soit à Tou-\nlouse-Matabiau, au moment du passage dans cette gare.\nCes billets additionnels n'augmentent pas la durée de validité du billet circu-\nlaire auquel ils viennent se souder."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée dune souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 10 (septième année)\n15 Mai\n1907\nR. M.\n19\n\nLes oeuvres récentes.\n\nSALOMÉ, I ACTE, POÈME D'OSCAR WLLDE, MUSiQUE DE RLCHARD STRAUSS\n(THÉÂTRE DU CHATELET).\n\n— J'ai rarement vu à Paris une salle aussi éblouissante\nd'élégance que celle du Châtelet, le soir où a été donnée la répétition générale\nde Salomé. Comme équivalent, au point de vue de l'éclat des diamants, de la\ndistinction des personnes, et de tout ce qui constitue la réunion vraiment select,\nje ne trouve dans mes souvenirs que le gala organisé à l'Opéra, il y a quelques\nannées, en l'honneur du roi Edouard, et où les comtesses, marquises, du-\nchesses, etc..., toutes coiffées de leur couronne, faisaient au monarque anglais,\ndans la corbeille clu premier étage, comme un radieux cortège de reines. Ces\nhonneurs et ce déploiement extérieur pour Salomé, est-il besoin de le dire ?\nn'avaient pas des causes purement musicales, bien que M. Richard Strauss soit\nconsidéréen France comme un compositeur de grand talent, et que son dernier\nouvrage, par suite de circonstances diverses, tînt les esprits en éveil. La pre-\nmière audition de ce drame énorme, acclamé dans tel pays, repoussé dans tel\nautre, et la présence de l'auteur lui-même au pupitre, ont fourni au gouver-\nnement français, aux ambassadeurs, et, par eux, à la partie la plus brillante de\nla société parisienne, l'occasion de faire une manifestation de bon aloi : le secret\nétat d esprit de la plupart de ces auditeurs de marque m'a paru être, avec l'im-\npatience de voir une chose rare et réputée un peu scandaleuse, le désir de donner\nun pendant à l'accueil si cordial récemment fait par 1 Empereur d'Allemagne\nà MM. Saint-Saëns, Massenet, Xavier Leroux. Un devoir très précis de cour-\ntoisie internationale a coïncidé avec l'estime due à un grand musicien, avec le\ngoût artistique d'une élite, la perversité de quelques-uns, et le snobisme de\npresque tous.\nLa pièce a été suivie avec une attention sans défaillance et une sorte de\ncuriosité haletante. Elle a fait certainement une forte impression; je n'oserais\ncependant pas affirmer qu'elle a ému autant qu'étonné. D'abord, rappelons en\ndeux mots le sujet.\nLa scène représente la terrasse du palais d'Hérode. A la porte de la salle du\nfestin se tient le jeune officier Narraboth. La princesse Salomé, qui a fui l'orgie,\napparaît.\nTout à coup, du fond d'une citerne voisine où est enfermé le prophète jocha-\nnaan, s'élève la voix du prisonnier. Il prédit la venue de la religion nouvelle."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.2", "texte": "LES OEUVRES RÉCENTES\n\nSalomé, impérieuse, exige qu'on lui montre le prisonnier. Narraboth n'y consent\nque parce qu'il est subjugué par son amour pour la princesse.\nDès qu'apparaît Jochanaan, Salomé lui crie son amour. Narraboth se tue à\nses pieds sans qu'elle s'en aperçoive.\nJochanaan, insensible, maudit Salomé et sa mère Hérodias, femme d'Hérode.\nMais voici Hérode et ses convives qui sortent du festin. Le tétrarque de Judée,\nexcité par les vins, demande successivement à Salomé de manger des fruits, de\nboire à sa coupe et de danser avec lui. Salomé refuse tout, mais, se ravisant\ntout à coup, elle acceptera de danser si Hérode lui jure de lui accorder tout ce\nqu'elle lui demandera. Hérode fait le serment fatal, et Salomé danse la « Danse\ndes Sept Voiles », au bout de laquelle elle tombe éperdue aux pieds du té-\ntrarque.\nSalomé réclame alors la rançon qui lui est due : elle veut, sur un plat d'argent,\nla tête du prophète Jochanaan. En vain, Hérode lui offre en échange toutes les\nrichesses du royaume : Salomé, implacable, réclame la tête de Jochanaan.\nTerrifié, Hérode accepte. Le bourreau descend dans la citerne ; on entend\ndans le silence un gémissement, et bientôt la tête du supplicié apparaît, sortie du\npuits par le bras du bourreau.\nTous les assistants sont atterrés. Salomé prend des mains du bourreau la tête\nde Jochanaan, et exhale devant le prophète mort l'amour qu'il lui a refusé de son\nvivant.\nHérode, effrayé et écœuré, s'écrie : « Qu'on tue cette femme ! »\nLes soldats se précipitent sur Salomé et l'écrasent sous leurs boucliers.\nEn un pareil livret, d'un caractère ultra-romantique, tout est violent et haut en\ncouleur, mais à peu près rien n'est de nature à toucher, parce que tout semble\nfaux, contourné, conventionnel, gonflé d'un mauvais esprit de raffinement et\nd'outrance. Les personnages ne sont pas assez étudiés pour paraître humains, et\nressemblent à de gigantesques pantins, habillés de costumes rutilants. Les\npassions ne sont que des gestes de folie ou de brutalité. Le public est cependant\nhaletant, parce que la musique de M. Strauss supplée àla vérité seule source\nde poésie et d'émotion en sollicitant toujours l'imagination et en maintenant\njusqu'au bout l'auditeur dans l'attente de quelque chose de très pathétique. Le\npoème n'est pas humain ; la musique veut l'être. Elle reste pourtant superficielle\n(ou d'une psychologie qui porte à faux) et décorative, comme une grande com-\nposition de M. Rochegrosse.\nIl y a, dans l'esthétique de M. Richard Strauss, quelque chose d'assez grossier:\nc'est cette idée, que plus une œuvre est longue et énorme, plus elle est belle. La\nquantité et la « fourniture » semblent avoir pour lui une importance capitale. Il\nréunit tous les actes d'un drame en seul bloc (une heure trois quarts de musique\ncontinue), il multiplie les instruments, il crée des difficultés d'exécution nou-\nvelles, il accumule les parties en contrepoint, comme si, en tout, il voulait\ngagner une gageure ou s'emparer d'un record. Il a peut-être du génie : il n'a\ncertainement pas de goût (je parle du goût tel que nous le comprenons). Nous,\nF rançais, nous sommes d'une autre école. Nous voulons qu'une œuvre quelconque\nait pour base une observation faite soit clans la vie réelle, soit dans l'Histoire,\net que la fantaisie elle-même ne soit qu un ingénieux moyen d'être vrai avec\ngrâce et légèreté. Nous admirons sans doute des drames terribles comme les\nClioéphores d'Eschyle, ou Y Œdipe Roi de Sophocle, comme Macbeth et Jules"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.3", "texte": "LES OEUVRES RÉCENTES\n\nCésar ; mais nous voulons que ces drames, outre leur fonds de vérité historique\nou humaine, aient une mesure, des proportions raisonnables, médiocre aliquid,\ncomme disaient les Latins, ou « une juste grandeur », selon la traduction que\nnotre Racine donnait de ce mot. Nous apprécions un dîner, non d'après la gros-\nseur des portions servies (choux aigres, saucisses, hareng, lard, pommes de terre\net œufs durs superposés), mais d'après leur finesse ; et nous estimons que dans le\nfestin des barbares, décrit par Flaubert dans Salammbô, il y a place pour un\nglouton, non pour un délicat. Nous ne pensons pas que la Vénus de Milo ou\nl'Apollon du Belvédère seraient plus beaux s'ils avaient la même hauteur que la\ntour Eiffel. A une maison de dix-huit étages sur l'avenue n°..., nous préférons\nla villa d'Horace, riante sous le ciel latin, avec son bouquet d'arbres et sa source\nvive, et, sous la treille, le jeune échanson couronné d'un simple myrte. A l'art\nde M. Strauss j oppose celui d'un Bizet. Le premier m'étonne ; le second me\nchaime. Lun m éblouit ; 1 autre me pénètre et m'enchante. Entre les deux je\nn hésiterais pas à choisir. Affaire de routine, probablement, et d'étroitesse\nd'esprit !\nIl y a quelque chose de grossier, de lourdement germanique, dans l'esthétique\nde M. Richard Strauss. Ce compositeur est une manière d'ogre ; il juge de notre\nestomac d'après le sien ! Mais il y a aussi dans son art quelque chose d'admi-\nrable : c'est sa puissance même, sa force de résistance dans les records de masse\net de duiée où il s engage, sa faculté d écriture, son contrepoint babylonien, sa\nscience des architectures sonores et des timbres, et, avec les ressources incom-\nparables de sa technique, sa fécondité d'imagination. Le goût du « grand » dans\nla symphonie n'est pas à la portée du premier venu ; il est ici le signe évident\nd'une personnalité artistique fort remarquable. Être très personnel, très original\npar quelque endroit, et produire beaucoup, c'est peut-être, après tout, par\nlà que doivent se manifester les grands artistes ! Les idées mélodiques de\nM. Strauss sont d'une abondance merveilleuse, je voudrais que, considérées\nen elles-mêmes, elles fussent d'une qualité plus haute. Quelquefois elles ne\nsont qu'étranges ; mais elles sont traitées de main de maître. Esist ja Kolossal !\nIl faut répéter, sans ironie, cette exclamation familière à nos voisins. Je ne\npartage pas l'avis d'un compositeur parisien qui jugeait ainsi cette musique :\n« Ce sont des ragots de restaurant à vingt-cinq sous, mais accommodés par le\nchef cuisinier de 1 Empereur d'Allemagne. » Et voilà des impressions bien\ncontradictoires. Je n'en puis donner d'autres après une première audition. Peut-\nêtre aurai-je à les modifier dans la suite !\n\nJ. C.\n\n« ARIANE ET BARBE-BLEUE», 3 ACTES, PAROLES DE M. MAETERLINCK, MUSIQUE DE\nM. PAUL DIJKAS (THÉÂTRE DE L'OPÉRA-COMIQUE).\n\n— Voici une œuvre de très haute\nvaleur artistique, et dont le succès a été très vif. M. Dukas, né à Paris en 1865\net ancien élève de notre Conservatoire, premier prix de contrepoint et de fugue\nen 1886, lauréat du concours de Rome (2e prix) en 1888, était déjà très estimé\npar les connaisseurs pour un certain nombre d'ouvertures Roi , Gcetz\nvon Berlichingen, Polyeucte),une symphonie, et surtout l'Apprenti sorcier (1897),\nqui est une des plus heureuses compositions de notre temps. Son dernier\nouvrage, monté par M. Carré avec 1 art et le luxe qui lui sont habituels, est\nextrêmement brillant et d une beauté musicale réelle ; j'aurai à peine à faire\nune réserve, sur un point d'ailleurs capital."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.4", "texte": "LES OEUVRES RÉCENTES\n\nM. Dukas a d'abord travaille sur un poème très plaisant et original, écrit en\n190 [ par M, Maeterlinck, esprit subtil et délicat qui aime la naïveté et par con-\nséquent la profondeur des choses enfantines. Entre ses mains, un conte de\nPerrault est devenu, sans rien perdre de sa fraîcheur et de sa couleur, une suite\nde symboles philosophiques. Pour la caractéristique de ce livret, je citerai\nl'excellente analyse de notre confrère M. Henry Bidou, du journal les Débats :\n« Au début, par lesfenêtres d'une salle vide dans le château de Barbe-Bleue, on\nentend les voix de la foule ; on apprend ainsi que Barbe-Bleue ramène dans son\ncarrosse une femme qui est la sixième, et qu'elle est très belle. Elle entre, suivie\nde la nourrice ; elle se nomme Ariane ; Barbe-Bleue lui a donné les six clés d'ar-\ngent qui ouvrent les portes permises, et la clef d'or qui ouvre la porte interdite.\nLa nourrice tourne, avide et effrayée, les clés d'argent, et voici ruisseler d'une\nporte les améthystes, d'une autre les saphirs, d'une autre les perles, d'une autre\nles émeraudes, d'une dernière les rubis, menace de mort, de la dernière enfin\nl'aveuglante lumière des diamants, « en qui s'agite la passion de la clarté qui a\ntout pénétré, ne se repose pas et n'a plus rien à vaincre qu'elle-même ». Et der-\nrière eux paraît la porte interdite, aux serrures d'or. C'est celle-là seule qui\nimporte. Ariane l'ouvre, non par curiosité, mais parce que sa conscience l'y\ncontraint. « Il faut d'abord désobéir : c'est le premier devoir quand l'ordre est\nmenaçant et ne s'explique pas. » La porte ouverte ne laisse voir qu'une ombre\nd'où s'élèvent les chants des femmes captives. Barbe-Bleue paraît et veut\nentraîner Ariane. Mais déjà les paysans, qui guettent aux alentours, s'élancent\npour la délivrer. Ariane les arrête d'un geste : Que me voulez-vous ? dit-elle. Il\nne m'a fait aucun mal.\n« Tel est lepremier acte. Nousentendons aisément que les femmes sont captives\ndans un cachot dont la porte s'ouvre sur les clartés de l'esprit, et que celle qui\nles délivrera sera celle qui se révoltera contre les lois de la force, et qu'elle\nvaincra par la puissance de la volonté, de la beauté et de la paix. Mais qu'une\nglose a peu de grâce auprès d'un mythe ! Au second acte, Ariane est descendue\ndans le cachot où les cinq premières femmes sont captives. Elle les embrasse et\nelles ont peur d'elle. Leur prison, profonde et noire, est à peine close. Une porte\nqu'elles peuvent ouvrir laisse apercevoir une grande clarté. Mais elles ont peur\nde cette clarté ; elles croient qu'elle vient de la mer, qui les submergera. Ariane\ntire les verrous, brise les vitres, et le ciel pur apparaît. Les captives s'enivrent du\npremier sourire de leur liberté. Ainsi finit le second acte.\n« Au troisième, elles errent dans le château. Le château est enchanté ; quand\nelles ont voulu franchir les fossés, les ponts se sont levés d'eux-mêmes. Elles\nrestent captives, mais dans un séjour enchanté. Elles ont des âmes puériles et\nvaines. Elles s'enveloppent d'étoffes charmarrées, et Ariane leur apprend à\ndélivrer leurs cheveux, leurs bras et leurs seins, et à s'orner de pierreries : ce\nqui veut dire, je pense, à vivre en vérité et en beauté. Cependant Barbe-Bleue\nrevient pour les ressaisir, accompagné d'une escorte de nègres ; comme il va\nfranchir les fossés, les paysans se jettent sur lui, le lient et l'apportent à Ariane.\nAriane le délivre et soigne ses plaies. Ainsi la femme nouvelle, protégée par le\npeuple, usera de sa liberté nouvelle pour défendre à son tour contre ce même\npeuple l'ancien tyran qui la tenait prisonnière. Mais la porte est ouverte et la\ncampagne est bleue. Ariane s'en va et engage ses sœurs à la suivre par l'univers.\nC'est ici la dernière péripétie. Elles refusent. Elles demeurent captives volon*"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.5", "texte": "LES OEUVRES RÉCENTES\n\ntaires, dans le château enchanté où elles ont vécu. Les femmes ne veulent point\nêtre délivrées. Quand tous les verrous tomberaient, elles auraient peur de la\nlumière et de la liberté. Elles resteront d'elles-mêmes dans le château de Barbe-\nBleue.\n« Le mythe est beau, mais c'est le poème qu'il faut écouter. On l'écoutera mal\nsi on cherche à enfermer les belles paroles simples et jusqu'à l'étoffe musicale\ndans un caveau de raison plus cruel que Barbe-Bleue. Il faut se laisser le droit\nde rêver. « Une allégorie, a dit Maeterlinck lui-même, a un millier d'ailes. »\nNe vous étonnez pas que nous insistions sur l'analyse du livret. Aujourd'hui,\nil a une importance capitale ! De même que les interprètes se préoccupent moins\nde chanter que de, jouer, les compositeurs veulent, avant tout, suivre de près une\ndonnée, et approprier leur langage à des idées précises. Sur ce poème, M. Dukas\na écrit une partition très indépendante et très riche de formes, extrêmement\ncolorée, où le drame lyrique absorbe « le conte » et où l'on trouve la plupart\ndes procédés présentement à la mode, dissonances, rythmes contrariés, belle\net savante incohérence d'écriture, mais avec des idées personnelles, et, en\ndépit de la confusion apparente, une science très remarquable de la construction\nsymphonique. Tout d'abord, je regrettais qu'un conte de Perrault fût alourdi et\ncompliqué par l'emploi de toutes les ressources de la grande symphonie mélo-\ndramatique et-réaliste. Mais, comme on l'a vu, nous sommes très loin de Per-\nrault, lequel ne fournit plus qu'un symbole, un cadre à des pensées profondes.\nLa philosophie n'est peut-être pas à sa place à l'Opéra-Comique ; ce qui est tou-\njours bienvenu, c'est un talent personnel et indépendant, un compositeur qui\na vraiment le don de création. Cette originalité, je dois le dire, n'est pas tou-\njours exempte d'alliage. M. Dukas,ben nous peignant l'histoire de Barbe-Bleue\net de ses femmes, imite parfois le Siegfried de Wagner, et quelques-unes de ses\ncombinaisons mélodiques imposent le souvenir de Siegfried-Idyll ; c'est peu de\nchose, un reste inévitable des habitudes d'antan. Ce que je reprocherai à\nM. Dukas, et ceci est peut-être encore dû à une survivance de l'art wagnérien,\nc'est une certaine longueur dans quelques scènes (en particulier dans celle du\n2e acte qui se passe dans le cachot noir où sont enfermées les prisonnières ; l'effet\nesthétique est à peu près celui du prélude de la Gôtterdâmmerung /). J'ai surtout\n—et c'est là ma seule réserve importante à lui reprocher la façon dont il a\ntraité la partie purement vocale de son oeuvre.\nM. Dukas est un instrumentiste et un symphoniste de premier ordre. Léchant,\nil ne le connaît pas, ou bien il le méprise. Dans son opéra, on ne chante pas. Si\nd'aventure apparaît l'esquisse d'une mélodie, elle est écrasée par le fracas des\ncuivres, et pas un mot ne parvient à l'oreille de l'auditeur. Toujours des récita-\ntifs, des formules-tronçons ; jamais d'ensemble ! Il y avait, dans le poème, un\nélément de mélodie tout à fait exquis : ce sont les jeunes femmes de l'ogre,\nd'abord dans leur prison souterraine, puis remontant à la lumière et à la vie,\nreparaissant dans le beau château féerique avec des habits d'or, au milieu des\nperles et des joujoux très précieux, enfin penchées sur le tyran blessé et garrotté,\nqu'elles soignent généreusement en oubliant sa cruauté passée. Vous penserez\ncomme moi qu'il y avait là le sujet charmant d'un quintette vocal ; M. Dukas a\nété d'un autre avis. Pour rester fidèle à son « esthétique », laquelle veut qu'on\nne soit pas au théâtre pour se divertir, il ne nous a jamais donné ce quintette\nattendu, et dont l'occasion s'offrait si souvent. Il a eu grand tort ; son « drame"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.6", "texte": "LES OEUVRES RÉGENTES\n\nlyrique » n y aurait rien perdu. Une omission de ce genre est impardonnable,\net j irai jusqu au bout de ma pensée : si M. Dukas n'a pas écrit le quintette — à\nla manière de Bizet — qu'exigeait le poème, je soupçonne que la raison en est fort\nsimple : c'est que le quintette pour voix de femmes est chose trop difficile. — J. C.\nCONCERT DE HARPE CHROMATIQUE. — MIle Hélène Zielinska a donné le 6 mai\ndernier son concert annuel à la salle Pleyel. Cette charmante artiste pratique la\nharpe chromatique. Nous ne parlerons point de son talent d'exécution : le talent\nà Paris est la chose qui manque le moins, il y a autant de talents inconnus que\nde îéputations surfaites. Mais Mllc Zielinska a tout à la fois la réputation et le\nmérite. Ce qui nous plaît en elle, c'est le sentiment qu'elle a de la probité de son\nart. Le programme de chacun de ses concerts n'est point un programme de har-\npiste, car on ne nous a guère habitués à les concevoir tels, c'est le choix d'une\nmusicienne, qui ignore les fantaisies, les morceaux de virtuosité banale, les\nrestes falots d'un romantisme dont la harpe s'était faite le dernier écho et le der-\nnier refuge. Qu'on vienne arguer que la littérature de cet instrument est lamen-\ntablement pauvre : à cela le programme»du concert de M\"e Zielinska est une\nréponse heureuse. Nous y relevons une sonate pour violon et luth du grand\nmaître que fut Rust (1739-1796), des pièces de clavecin de J.-B. Lœillet, de Scar-\nlatti, de Bach même. La harpe chromatique a rendu luth et clavecin sans rien\naltérer du texte original. Il est évident que ces œuvres ne sont point des con-\ncessions faites au public; mais à en juger par les applaudissements prodigués à\nMlle Zielinska, il semblerait que ce même public n'est point désireux de tant de\nconcessions. A côté de M1Ie Zielinska on a surtout remarqué la ravissante voix\nde ténor de M. Moughounian. Il y a quelques dangers à être ténor, entre autres\ncelui de chanter le Renouveau de A. de Castillon comme une mélodie de Mas-\nsenet. M. Moughounian est trop artiste pour être longtemps sans s'en aper-\ncevoir.\n\nP. A.\n\nLES ORIGINES DU CHANT ROMAIN ; L'ANTIPHONAIRE GRÉGORIEN, PAR AMÉDÉE GASTOUÉ,\nPROFESSEUR DE CHANT GRÉGORIEN A L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS (I VOL.\n3O7 p., AVEC NOTATIONS, CHEZ ALPH. PLCARD, 12 FR.)\n\nC'est une question encore\ninsoluble que de savoir d'où l'Eglise romaine a tiré les chants de son répertoire.\nToutes les vraisemblances portent à croire qu'elle les a empruntés aux Grecs de\n1 antiquité. En effet, elle a reçu des Grecs tant d'idées et de traditions — y com-\npris la théorie de la musique, — qu'il serait étrange qu'il eût étéfait uneexception\npour les mélodies. Mais l'Église, — qui a été fièrement appelée, par un rabbin,\n« une hérésie juive », — a été la continuatrice de la Synagogue et lui doit beau-\ncoup aussi. On voit combien la question est complexe. A défaut de documents\nmusicaux (car il n'y a pas aujourd'hui un seul chant dont on puisse affirmer\nqu'il appartenait à la Synagogue primitive), on est obligé de se rabattre sur l'his-\ntoire de la liturgie et sur des textes littéraires. Quiconque voudra s'éclairer sur\nces questions difficiles, lira avec le plus grand profit le livre de M. Amédée\nGastoué, résultat d'une somme énorme de lectures et de recherches. La tendance\ndu livre est de sacrifier la tradition grecque, chère à M. Gevaert, au profit de\nla tiadition juive. J avoue ne pas être en état de prendre parti, dans un sens ou\ndans 1 autre, pour des motifs que l'esprit scientifique puisse admettre. Je constate\nseulement que la documentation de M. Gastoué est solide et puisée aux meilleures"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.7", "texte": "LES OEUVRES RÉCENTES '\n\nsources. Il y a néanmoins dans son travail, ce qui paraîtra excusable, un\nassez grand nombre de petites fautes matérielles, à en juger par le premier cha-\npitre. J'en signalerai ici quelques-unes.\nPage 8, ligne 17 :Il y a un office nocturne. L'auteur, qui donne le nom hébreu des offices,\nl'omet ici. L'office nocturne s'appelle Arbith ou Maarib.\nMême ligne : Le nom de l'office matutinal est mal ponctué et mal orthographié. La seconde\nlettre, qui est un ch et non un h, doit être ponctuée aet non e ; la troisième doit être ponctuée 1\net non a, et la quatrième ne doit pas être ponctuée du tout. Le mot, qui doit se lire cha'harith,\ntel qu'il est transcrit ici, se lirait chaheraïth.\nMême page, ligne 42 : Deux points-voyelles mal indiqués. La première lettre et l'avant-\ndernière portent la voyelle i au lieu de é. Tels qu'ils sont ponctués, les mots se liraient Simoné\nesri, au lieu de Semoné esré.\nPage 12, ligne 29 : Deux fautes d'orthographe dans le premier mot. La seconde lettre est à sup-\nprimer ; et la quatrième doit être k et non n ; de plus, IV, qui n'est pas ponctué, doit porter le\npoint-voyelle é. Il faut lire Pirkè et non Pirné•\nPage 16, ligne 12 :Le point-voyelle de la première lettre manque dans le mot aieleth ; la\nseconde lettre devrait être ponctuée comme la troisième.\nMême ligne : Ce n'est pas ioneth, comme ponctue hauteur pour les besoins de sa théorie, mais\nionath qu'il faut lire (v. Ps. LVI hébr.).\nPage 18, au bas : Le texte hébreu cité renferme plusieurs erreurs :\ni° L'accent souscrit du premier mot est <C et non\n20 Le point-voyelle du troisième mot doit être fait de 3 points obliques et non de deux pour\nreprésenter le son ou.\n30 La dernière syllabe du quatrième mot forme en réalité un mot à part, comme le montre la\ntranscription française qui suit.\n4° Sous la première lettre du sixième mot, l'auteur a confondu avec la forme de l'accent f-\nle point-voyelle accompagné de l'accent V Le mot doit se lire iaaberou et non iaberou.\n5° Au huitième mot, l'avant-dernière lettre est surmontée d'un point voyelle sans objet, l'auteur\nayant donné à un même signe d'accentuation sa valeur d'accent et celle du point-voyelle qui\nlui ressemble, et qui se trouve, dans le texte, placé sur la lettre suivante.\n6° La dernière lettre du dernier mot constitue une faute de lecture ; c'est tse et non ye qu'il faut\nlire ; et la transcription exacte est aréç et non aréi (v. page 19, ligne 4).\n70 La seconde lettre du premier mot est un set non un ch, comme le prouve le point qui sur-\nmonte le jambage de gauche de cette lettre. Il faut donc lire besoumo au lieu de beschoumo\n(page 19, ligne 4).\nPage 19, ligne 4 : Au lieu de laim, lire layarn, et au lieu de oumaim, lire oumayim.\nMême ligne : Omission du signe d'accentuation \\ sous la première lettre du mot iaberou.\nPage 18, ligne 2 : Au lieu de soph-phasouq, lire soph-pasouq. Même page, ligne 6, au lieu de\ntiphcha, lire tipcha.\nDans les noms hébreux des notations musicales, il faut relever quelques fautes :\nPage 21, ligne 20 : Le mot n° 27 doit se lire merka et non merkah, comme il est écrit ici. Même\nerreur au n° 27, page 23.\nPage 22, ligne 1, premier mot de gauche, lire mapa'h et non mapar. Sur le même mot autre\nerreur p. 23,0° 28, où le mot est écrit mapad ; page 22, ligne 1 : le quatrième et le sixième\nmot en partant de gauche demanderaient un p final au lieu d'un p initial ou médial. Même\nerreur page 23, n° 19.\nPage 22, ligne 2, n° 13, lire athnah et non athna ; même page, ligne 3, n° 4, lire et non\npour ; le même mot est bien orthographié p. 23, n° 4 ; même page, ligne 6, n° 25, lire yoraq ben\nyomo et non yoma ; le même mot est bien orthographié page 23, n° 25.\nPage 22, ligne 7, le second mot à droite doit se lire tebir et non ternir.\nPage 22, ligne 8, n° 15, lire legarmè et non legarmo. Autre faute sur le même mot, page 23,\nn° 15 ,legarmèh.\nMême page, même ligne, nc 8, lire yethib et non yethig. Le même mot est bien orthographié\npage 23, n° 8.\nPage 23, n° 5, lire Karné par ah, et non Karké.\nPage 23, n° 9, lire pachta et non pasta.\nPage 23, n° 6, lire guèrech et non guérés.\nje ne voudrais pas qu'on jugeât défavorablement cetrès savant ouvraged'après\nces notules critiques. Après avoir étudié les « sources et origines premières »,\nM. G. consacre une « 2e partie » à « l'Ecole romaine et son enseignement ».\n(Saint Grégoire et les musiciens romains, la méthode et les théoriciens, ve-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.8", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nxie siècle). La «. 3e partie » comprend « le développement et la fixation du ré-\npertoire » : l'organisation de l'office romain et le répertoire grégorien.\n\nT.\n\nConférence de M. Jules Gombarieu sur la musique et la magie.\n\nM.\nLe 2 mai, aux Grafton Galleries, M. Jules Combarieu a fait à Londres une conférence sur (( la\nmusique et la magie )),pour la Société franco-britannique. La séance, présidée par M. Archibald\nGeikie, professeur à 1 Université d'Edimbourg et membre correspondant de l'Institut de France,\navait réuni un très nombreux et très brillant auditoire, que M. l'Ambassadeur Cambon honorait\nde sa présence, Nous donnons in extenso le texte de cette conférence.\n\nMESDAMES ET MESSIEURS,\nAu moment de commencer cet entretien, je me demande s'il ne sera pas le\nrésultat d'une « erreur sur la personne ». Tout à l'heure, au moment où j'entrais\nclans ces salons, — et trop tard sans doute, — on me disait que vous attendez\nsurtout de ceux qui viennent prendre ici la parole, une causerie agréable, vive,\nspirituelle, ne donnant que la fleur des choses ; et c'est ce qui m'inquiète. Ceux\nqui enseignent au Collège de France ne peuvent prendre aucun engagement\nferme, quand on leur demande d'être amusants. C'est un règlement qui remonte\nà François Ie1. Aussi, je crains que la très aimable société franco-britannique, à\nl'appel de qui je me suis rendu, ne me reproche secrètement, quand elle m'aura\nentendu, d'avoir contristé cette brillante réunion, et ne dise en retournant un mot\ncélèbre : c est un danseur qu'il nous fallait ; et c'est un calculateur qui est venu 1\nCe qui me rassure, c'est la bienvenue que vient de me souhaiter un savant\néminent, Sir Archibald Geikie, considéré en France, par tous les hommes d'étude,\ncomme un ami et comme un exemple ; c'est surtout l'atmosphère de sympathie\nqu'un h rançais sent ici autour de lui. Je compte, en espérant bien qu'elle produira\nce soir tous ses effets, sur la formule des relations charmantes, à la fois solides\net délicates, qui se sont établies de l'un et l'autre côté du détroit. Entre amis,\non est indulgent ; on se passe bien des choses : on excuse un peu de pédantisme\nque certains professionnels traînent toujours avec eux, même en voyage. Or, de\n1 entente cordiale à l'amitié, il n'y a qu'un pas, celui que les géographes, avec\nune arrière-pensée évidente, ont appelé le Pas-de-Calais.\nLa question dont je me propose de vous dire quelques mots et qui se rattache\naune idée d'harmonie, est celle des origines de l'art musical. Des trois objets qu'on\npeut se proposer en étudiant la musique, — exécution, théorie, histoire, — le\ndernier seul m occupera ; je me hâte d'ajouter que, pour moi, l'histoire de la\nmusique ne commence pas à Purcell ou à Palestrina, pour se limiter aux races\nanglo-saxonnes ou gréco-latines : elle commence à l'origine même de la civili-\nsation et s étend à tous les pays connus. Ceci soit dit pour expliquer que je\nprendrai un peu partout les exemples dont j'aurai besoin.\nCette question que j'ai choisie paraît un peu spéciale; elle est cependant d'un\nhaut intérêt pour quiconque aime à réfléchir sur les grands sujets. Elle ne\ntouche pas seulement aux caractères profonds et permanents d'un art que nous\naimons : elle est liée à l'étude du mouvement général de la civilisation. De\nces fugitives constructions de fantaisie ou de chimère qui sont sorties de la voix\ndes primitifs, on peut tirer une notion d'ensemble sur une multitude de choses,"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.9", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\net une contribution à la connaissance de l'humanité, non seulement celle d'hier\net d'avant-hier, mais peut-être encore celle d'aujourd'hui. Gomme l'a dit Ernest\nRenan, « un esprit vraiment philosophique est celui qui se préoccupe des ori-\ngines ». Suivons un instant ce précepte.\nNous savons d abord que la musique instrumentale n'est qu'une transposition\net un développement de la poésie chantée, abstraction faite des paroles. Le\nproblème des origines de la musique se ramène donc à celui-ci : d'où vient le\nchant ? quelle est sa raison d être ? quel fut son premier emploi dans la société }\nLes anciens disaient * le chant est un don du ciel ; la musique vient des dieux.\nLes philosophes modernes, plus observateurs, ont eu des opinions toutes diffé-\nrentes. Ils ont dit : le chant est 1 effet d une loi physiologique ; il est produit par\nun sentiment intense, ajustant d'une façon particulière les organes de la respira-\ntion et de la voix (Herbert Spencer). Le chant a pour principe l'amour ; il est,\ndans les espèces vivantes, l'appel du mâle à sa compagne (Darwin). Le chant\nest un jeu, une dépense agréable d'énergie superflue (Grosse). Le chant est fils\ndu travail ; c'est un moyen employé pour discipliner des activités individuelles\ndans des tâches collectives (Wallaschek, Karl Bûcher). Et chacune de ces doc-\ntrines contient certainement une part de vérité.\nL'historien, appliqué à recueillir et à interpréter des témoignages précis, a\nune autre explication à proposer. Placé en présence des faits, et affranchi des\nthéories préconçues, il est obligé de limitersa doctrine à la constatation suivante :\nle chant a eu pour première forme l'incantation ; la musique vient de la magie.\nMettre en lumière ce fait singulier ; en second lieu, l'expliquer et chercher ses\nraisons ; enfin tirer de là quelques conclusions générales : tel est l'objet de cette\nconférence que je vais réduire au strict nécessaire.\nI\nDéfinissons d'abord les choses dont nous parlons.\nLa magie est un ensemble de pratiques à 1 aide desquelles l'homme croit pou-\nvoii imposer sa volonté à la nature. Cette idée de contrainte est capitale. La reli-\ngion et la magie supposent toutes les deux la croyance aux Esprits : mais dans\n1 une et 1 autre, les rapports de 1 homme avec les Esprits ne sont pas les mêmes.\nDans la leligion, 1 homme s adresse à un tout-puissant ou à un supérieur ; il\nimploie sa bienveillance ou sa miséricorde. Il traite de sujet à seigneur, quelque-\nfois aussi d'égal à égal en faisant une sorte de marché. Dans la magie, rien de\nsemblable. 1 homme ne prie pas \\ il commande. Alors que les actes religieux tirent\nleur pouvoir efficace des sentiments et des intentions dont ils sont le symbole,\ntout doit se passer, dans la magie, comme dans le laboratoire d'un savant où\nl'état d'esprit de l'opérateur importe peu. Les actes produisent leur effet par eux-\nmêmes, grâce à la vertu qui leur est propre ; il suffit d'appliquer correctement\ntelle recette : le résultat est attendu comme nécessaire.\nIl y a eu, dans la magie, deux sortes de rites : les rites manuels (consistant à\ntiacer des figures géométriques, à façonner des images, préparer des philtres,\nmélanger ou brûler des substances diverses, etc., etc...) et les rites oraux. Les rites\noiaux sont les plus anciens. Nous le savons par des témoignagesformels,'—celui\nde Platon, par exemple, disant que tous les actes de magie sont inutiles si on\nne les accompagne pas de certaines formules appropriées ;de plus, les rites"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.10", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nmanuels supposent un commencement de technique, de métier, d'industrie, alors\nque la voix est le seul instrument que la nature mette tout de suite à la disposi-\ntion de l'homme. Or, dans les rites oraux, c'est par le chant qu'on a commencé.\nAujourd'hui, la magie nous apparaît comme un fait exceptionnel : nous voyons\nen elle une caricature de la religion, un art secret, bizarre et parasite, dû à quel-\nques superstitions surannées ou au charlatanisme. A l'origine des sociétés, au\ncontraire, la magie a été lefait normal et universel. L'homme primitif, celui dont\nnous pouvons retrouver une image dans les peuplades qui habitent certaines ré-\ngions de l'Afrique, de l'Australie, de l'Amérique, fait constamment appelà la ma-\ngie- Il ne conçoit pas que rien d'important, dans le domaine de l'action, puisse être\nentrepris sans elle. Vivant au milieu des bêtes féroces et imaginant des Esprits\naussi méchants qu'elles, interprétant tous les phénomènes violents de la nature\ncomme la manifestation d'une volonté hostile, il se croit entouré de pièges ; dans\nson angoisse, il a recours à l'incantation. Par elle, il croit pouvoir triompher de\ntous les obstacles; il réunit en lui les divers personnages considérés aujourd'hui\ncomme seuls capables d'accomplir des merveilles : il est chimiste, physicien,\nmédecin, savant, industriel ; au moins croit-il être tout cela. Le seul titre dont\nil n'ait ni l'idée ni le souci est celui d'artiste.\nPour rattacher notre chant moderne, en remontant le cours des siècles, aux\nincantations primitives, nous pouvons nous autoriser d'un très grand nombre\nde documents. Il n'est guère de civilisation connue où l'on ne trouve l'existence\nd'une magie musicale attestée par des usages fort anciens et encore vivaces, des\nmythes, des témoignages littéraires, des monuments figurés. Sans doute, la plu-\npart de ces documents sont d'une date assez récente, puisqu'ils supposent la\nconnaissance de l'écriture ou la pratique des arts du dessin ; mais, après nous\navoir fait remonter très loin dans le passé, suivant une chaîne ininterrompue de\npreuves sûres, ils nous permettent de pénétrer plus haut encore, sans recourir à\nl'hypothèse, et d'apercevoir dans la préhistoire comme une sorte de foyer fumeux\nd'où on peut affirmer que tout le reste est sorti.\nPour entrer dans la voie de ces inductions légitimes, il suffit d'abord de songer\nà la filiation des mots : enchanteur, chanteur ; enchantement, chant. En latin, le\nmot carmen (d'où est venu charme), avant de désigner les vers lus ou déclamés, a\nété un commandement religieux, une prescription contenue dans un livre sibyllin,\net, bien avant tout cela, un chant magique. En grec, le mot doiiïy (d'où est venu\naède, ode) a eu des sens parallèles à ceux du mot carmen ; le nom A 1 aède est\nencore donné par Sophocle (Trach., IOOI) à un thaumaturge. Chez les Assyriens\nil nous suffît de savoir que plusieurs incantations étaient récitées par le prêtre\nappelé Zammeru, et que ce mot vient de la racine ZAMARU = chanter.\nTout cela nous impose l'idée d'un passé où le chant jouait un grand rôle. En\nmatière d histoire, il y a des vérités qui sans être contrôlables, et tout en échap-\npant à l'observation, sont pourtant un objet de certitude. Je les comparerais\nvolontiers au soleil de Londres dont on ne peut pas, en somme, nier l'existence,\nalors même qu'il ressemble à une veilleuse dans une chambre de malade ou qu'il\nse dissimule derrière un voile de légers brouillards.\nJe pose donc le principe suivant : le chant, prototype des arts du rythme, a eu\nd'abord une fonction magique; il a été employé, à l'origine, comme un moyen\nd'action : il a été une arme défensive et offensive, une sorte de talisman uni-\nversel. Je ne puis, pour démontrer ma thèse, parcourir toutes les parties d'un"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.11", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nsujet qui est presque inépuisable ; je me bornerai à citer quelques exemples\ncaractéristiques, empruntés à des groupes de faits différents.\nLe Scandinave Lumholtz, durant son séjour dans le Mexique inexploré, a\nrecueilli une mélodie à l'aide de laquelle des tribus sauvages se flattent de faire\ntomber une pluie bienfaisante sur un sol brûlé de soleil et devenu stérile. Un\ntel fait n est nullement isolé. La croyance à l'action de la musique sur les phé-\nnomènes naturels remonte à la plus haute antiquité ; nous la retrouvons dans\nla légende des grands chanteurs mythiques, qui passent pour avoir soumis à leur\nvolonté les animaux, les végétaux et jusqu'aux pierres : Orphée chez les Thraces,\nKrichna Govinda chez les Hindous, Waïnamoïnen chez les Finnois. Il y a\nmême des pays où l'on croit que la musique a été inventée uniquement pour\ncorriger un désordre de la nature. C'est ce que montre une vieille légende\njaponaise, souvent citée, qui a pour base une poétique conception du phénomène\nde l'éclipsé. Je la rappelle en deux mots.\nUn jour, la déesse du soleil, Amatérasu, capricieuse comme toutes les déesses,\nva se cacher dans une caverne. Voilà le monde plongé dans l'obscurité et\nl'angoisse. Les dieux qui composent l'Olympe d'Extrême-Orient viennent\nsupplier Amatérasu de reparaître dans son royaume. Elle reste inflexible. Un\ndieu plus avisé que les autres imagine alors le stratagème suivant. Il prend\nsix grands arcs, les attache fermement ensemble, les fixe sur le sol, et se\nmet à faire vibrer doucement les cordes de cette harpe improvisée. Puis il fait\navancer sur le bord de la caverne la blonde Améno-Uzumé, dont la robe est\nbrodée de fleurs, les cheveux noués avec des pampres de vigne ; tandis que les\ncordes des arcs se font entendre, Uzumé marque la mesure avec une branche de\nbambou qu'elle tient dans sa main, puis, suivant le rythme, elle danse, enfin\nelle chante. Attirée et charmée par la puissance de la mélodie, la déesse du soleil\nsort de sa caverne, et, avec la lumière, la joie est rendue au monde. Cette\népreuve donne à réfléchir aux dieux : ils se mettent à cultiver la musique, le\nchant et la danse, pour que, si le cas se renouvelle, ils puissent se tirer d'em-\nbarras. Voilà comment les Japonais ont cru que le chant pouvait agir sur le\nsoleil lui-même ! Aujourd'hui encore, chez les sauvages, on fait de la musique\ntoutes les fois qu'il y a une éclipse.\nSi on a eu des chants pour rendre la nature bienfaisante, on en a eu aussi pour\nla troubler ou pour la rendre hostile. En voici une preuve que j'emprunte encore\nà la littérature d'Extrême Orient. [Mémoires du Chinois Se-ma Ts'ien, traduits\nen français par M. Chavannes, professeur au Collège de France.) Le récit que je\nvais résumer nous montre que bien avant l'époque où vivait l'auteur, certains airs\nétaient considérés comme capables de produire la perturbation et la perdition.\nNous sommes au vie siècle avant l'ère chrétienne. Le duc Ling fait un voyage,\navec une escorte, pour se rendre dans le pays de Tsin. Pendant une halte sur\nle bord d'une rivière, au milieu de la nuit, il entend une mélodie jouée sur un\nluth invisible, on ne sait par qui. Il fait venir son maître de musique, Kiuen, et\naprès avoir prolongé sa halte pendant deux nuits pour observer à loisir le\nmême phénomène, il fait noter l'air entendu, puis il se rend dans le pays de\nTsin, dont le roi le reçoit magnifiquement en lui donnant un somptueux repas\nsur une terrasse. Quand on est un peu échauffé par le vin, le duc Ling dit à son\nhôte que, au cours du voyage, il a entendu un air merveilleux, et il lui propose\nde le lui faire chanter par le maître Kiuen. A peine celui-ci a-t-il émis les pre-"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.12", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nmières notes, qu'un des convives l'arrête en lui disant : « Ne chantez pas cela !\nc'est une musique de perdition ! partout où on l'exécutera doivent arriver des\ncatastrophes ! » Le roi, sceptique ou un peu égaré, demande, par une sorte de\nbravade, qu'on lui chante cet air extraordinaire et tous les autres airs de perdi-\ntion que l'on connaît. Kiuen obéit ; mais nous assistons alors à une série de\ncoups de théâtre en crescendo qui font songer à la scène finale du Freischutz.\nDès la première mélodie, une bande de grues noires, présage sinistre, vient\ns'abattre sur la terrasse du palais ; à la seconde, des nuages paraissent dans le\nciel ; à la troisième, un grand vent s'élève, une rafale se déchaîne et fait voler\nles tuiles de la véranda ; saisis de terreur, les assistants se prosternent, la face\ncontre terre; pendant trois ans, le pays fut désolé par une grande sécheresse qui\nrendit la terre rouge et stérile. Et l'auteur du récit conclut en disant : « une\nmusique ne doit pas être faite inconsidérément. »\nChez les Hindous, auxquels les Chinois ont beaucoup emprunté pour la\nmusique, nous trouverions des croyances du même genre, attestées par les\nmonuments du folklore. Un jour, l'empereur Akber veut se débarrasser d'un\nde ses sujets, Gopaul ; pour cela, il ne le condamne ni à être décapité ou pendu :\nil lui ordonne simplement de chanter certaine mélodie ou Rag, possédant une\nvertu de perdition. On croit, en effet, que quiconque chantera cet air périra au\nmilieu des flammes. Gopaul, d'abord convaincu que sa dernière heure est arrivée,\nfait ses adieux à sa famille ; puis il emploie le stratagème suivant : il entre dans\nla rivière Jumna, où il reste immergé jusqu'au menton, espérant que grâce à\ncette précaution il pourra concilier son propre salut avec l'obéissance aux\nvolontés de l'empereur. Mais à peine a-t-il commencé, l'eau se met à bouillir\nautour de lui. Vainement, des souffrances intolérables lui font demander grâce :\non le somme de continuer. Alors des flammes l'entourent, et bien qu'il soit\ndans une rivière, son corps est réduit en cendres.\nAujourd'hui, nous sourions de tout cela ; mais dans des civilisations plus\nvoisines de nous, on rencontrerait, sous une forme atténuée, des faits analogues.\nLes Grecs et les Latins ont eu des formules d'exécration et de malédiction dont\nl'emploi les pénétrait de terreur, et ces formules, comme l'atteste le langage\nqui les désigne, furent d'abord chantées. Sans m'arrêter à tous les documents\nqui pourraient être passés en revue, je citerai un fait qui me paraît bien\ncurieux. Nous voici en plein moyen âge chrétien, au xive siècle. Il y avait alors\nune mélodie de plain-chant, l'antienne Media vita, que certaines personnes\nchantaient devant un ennemi qu'elles voulaient faire souffrir et même tuer.\nLe concile de Cologne, en 1316, déclare, en effet, au canon 21 : « Dans toutes\nles églises qui nous sont soumises, il est défendu de faire des imprécations et\nde chanter l'antienne Media vita contre les personnes, sauf avec notre autorisa-\ntion spéciale. » Voilà donc un concile,\nrité le plus élevé que le moyen âge ait connu, déclarant solennellement, dans\nun texte formel qui est l'expression la plus haute de la loi, qu'il y a des chants\ncapables de produire un dommage, une souffrance, d'aboutir même à un crime ;\net trait bien remarquable le concile laisse entendre que l'effet de ces chants\npeut être paralysé par une formule contraire, c'est-à-dire une autorisation. En\ntout cas, si on a défendu la chose, c'est qu'elle était depuis longtemps dans\nl'usage. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la loi, religieuse ou profane,\nintervenait. La loi des XII fables, qui est le premier monument connu de la"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.13", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nlégislation romaine, édicté une peine précise contre celui qui, à l'aide d'une mélo-\ndie malfaisante, aura rendu stérile le sol d'un agriculteur (qui incantassit segetes...)\nLe code Théodosien (1. XVI, titre x) et les Institutes de justinien (1. IV, ch. XVIII)\nconsidèrent comme des crimes tombant sous l'application d'une loi spéciale (la\nloi Julio) l'usage des chants capables de nuire,ou même de consommer l'homicide.\nOn ferait un livre de toutes les mesures qui ont été prises dans le même\nsens.\nVoici une autre idée, autour de laquelle on pourrait grouper des documents\ninnombrables : on s'est servi du chant pour guérir les maladies.\nDans un des vers les plus limpides de Y Odyssée (xix, 457), Homère nous mon-\ntre les fils d'Autolycos arrêtant par des mélodies magiques (àotôaTç) le sang qui\ns'échappe de la blessure d'Ulysse. Et ce trait se rapporte encore à d'anciens\nusages de l'Orient. Dans le Zend-Avesta, c'est-à-dire dans les textes sacrés de\nla religion de Zoroastre, dont les origines se confondent avec le passé le plus\nlointain de la Perse, on lit ceci [Zend-Avesta, Vendidad, Fargard 7) : « Si plu-\nsieurs médecins se présentent, ô Zarathustra, l'un qui guérit par le couteau,\nl'autre par les plantes, l'autre par la parole divine (c'est-à-dire les incantations),\nc'est ce dernier qui est le plus guérissant des guérisseurs. » En d'autres termes :\nSi tu as une fracture, une appendicite ou une fièvre, ne t'adresse ni au chirurgien\n(le couteau), ni au pharmacien (les plantes), mais au musicien; et ce n'est pas\nune si mauvaise idée que de s'adresser à un chanteur plutôt qu'à un médecin.\nAvec le chanteur, on court quelquefois moins de risques. A Rome, le vieux\nCaton donnait à son fils des formules (cantiones) pour guérir certains maux,\nen lui indiquant le nombre de fois qu'il fallait les chanter pour obtenir un\neffet. Ceux d'entre vous qui ont voyagé en Orient ont pu souvent constater\nqu'aujourd'hui encore on a recours à la musique pour soigner les malades.\nPar l'incantation, les anciens, héritiers de très vieux usages, ont cru pou-\nvoir guérir aussi la plus grande souffrance morale, la peine d'amour. Virgile le\ndit au 4e livre de l'Enéide (v. 487) en parlant de Didon abandonnée par Enée.\nCette tradition reparaît dans ses églogues, et dans un poème écrit deux siècles\nauparavant par Théocrite, poème où l'incantation est employée pour ramener\nl'amant infidèle auprès de l'amante, et où une recette est mentionnée comme\nvenant des Assyriens.\nIl est certain qu'en des temps très reculés, on a cru posséder des secrets pour\ninspirer l'amour et triompher de l'indifférence. Secrets précieux entre tous!\nAimer n'est rien ;se faire aimer est tout. Ces secrets je parle icien philologue\nsont aujourd'hui perdus. Certaines personnes s'appliquent présentement à les\nretrouver. Mais elles n'emploient pas toujours le chant... et ceci m'entraînerait\nhors de mon sujet.\nLes poètes du siècle d'Auguste associent à chaque instant le chant magique à\nleurs aventures romanesques. L'un d'eux, Tibulle, a écrit une élégie charmante\ndont voici en deux mots le sujet. Tibulle aime une jeune orpheline que garde\njalousement un oncle égoïste et ridicule, une sorte de Sganarelle ou de Bartolo.\nPour la soustraire à cette surveillance tyrannique, il lui raconte qu'il est allé\nconsulter une magicienne et qu'elle lui a donné une chanson dont l'effet est mer-\nveilleux : chante-la trois fois, dit-il àla jeune fille, ter cane... aussitôt ton tuteur\nperdra le sentiment de ce qui se passe autour de lui, iL sera plongé dans une\nléthargie favorable à notre rencontre."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.14", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nCette historiette n'est sans doute que du badinage littéraire ; mais elle se rat-\ntache à tout un passé de croyances positives.\nPourmontrercombiences superstitions, dominées par le même principe, vertu\nmiraculeuse du chant, ont été diverses et tenaces, je citerai ce dernier trait,\nemprunté à la civilisation moderne. Un historien du xvie siècle nous raconte que\ndans une province du sud de la France, une grande dame étant sur le point de\ndevenir mère, chanta une chanson magique destinée à lui donner un fils « qui\nne fût pas trop rechigné » ; je ne sais si c'est à la chanson qu'il faut attribuer le\nrésultat; mais cette grande dame s'appelait Jeanne d'Albret, et son fils fut le\nbrillant et chevaleresque roi Henri IV. Remarquez que ceci se passait en pleine\nRenaissance, c'est-à-dire en plein épanouissement de culture intellectuelle. Je\nserais tenté de dire que plus un document de ce genre est récent, plus il est si-\ngnificatif. En effet, pour qu'une pratique de magie persiste, alors que la science\net la philosophie sont dans tout leur éclat, il faut que dans ce conflit avec les\nprogrès de la raison, elle ait une force de résistance qui ne peut venir que d'une\ntradition très lointaine.\nSans m'arrêter plus longtemps à cet exposé, je considère comme prouvée\nsurabondamment l'existence d'une magie musicale primitive. Les incantations\nont été d'abord chantées, puis récitées, enfin écrites sur un objet matériel et por-\ntées comme amulettes. J ai hâte d'arriver à la seconde partie de mon sujet.\nPourquoi les primitifs ont-ils cru à ce pouvoir magique et universel du chant ?\nQuelle est la raison d'être de cet usage ? Quelles idées suppose-t-il ? et en quoi\nest-il important d'éclairer une telle question ?\nII\nj'explique la magie musicale c'est-à-dire l'emploi du chant comme moyen\nd'exercer une action réelle sur la nature à l'aide de deux raisonnements qui\nme paraissent très simples, et qui, tous les deux, sont fondés sur l'observation.\nIci encore nous nous trouvons en présence d'une multitude de faits qui tous\nfont converger nos idées vers le même point et nous suggèrent la même conclu-\nsion. Les primitifs, encore aux étages inférieurs de la vie, paraissent avoir eu\nd'abord ce sentiment, que la parole articulée, apparaissant dans la série des\nespèces vivantes pour caractériser des êtres nouveaux, et marquant la diffé-\nrence profonde de l'animal et de l'homme, constitue, au profit de ce dernier, un\nprivilège d'ordre mystérieux, La parole est, pour eux, une chose surnaturelle.\nDans l'lnde, à une époque relativement récente, elle est personnifiée sous le nom\nde Mâthra Spenta et on lui offre des sacrifices ( i ) ; en Egypte, elle est représentée\npar un dieu, le dieu Thôt. Et nous ne devons pas nous en étonner, puisqu'en\nplein xixe siècle, plusieurs philosophes ont considéré le langage comme dû à une\nrévélation. Les primitifs sont allés plus loin. Sous l'influence de ce sentiment\nque le langage est un bien et un pouvoir plus qu'humains, ils ont attribué\nà la parole la valeur d'un geste. Souvent ils ont supprimé l'abîme qu'il y a\nentre dire et faire, entre parler et agir. Ils ont attribué au verbe un pouvoir de\ncréation; ils ont cru que nommer certaines choses, c'était les réaliser. Chez les\nEgyptiens, le dieu Thôt passait pour avoir eu l'initiative de ces sortes de mira-\ncles : il avait créé le monde non par la pensée ou le travail des mains, mais en\n\n(I) ZEND-AVESTA, Yasma, Fia I."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.15", "texte": "CONFERENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\npoussant un grand cri. (Ce cri avait immédiatement pris corps et produit quatre\nautres dieux, organisateurs de l'Univers ) La parole a été l'objet de la même\nsuperstition que le dessin. Aujourd'hui encore, chez certains peuples (les maho-\nmétans par exemple), il est interdit de faire et de publier le portrait du souve-\nrain : cette prohibition est la survivance d'une très ancienne opinion, d'après\nlaquelle dessiner un être vivant, c'est sedonner sur lui un droit de prise. (A l'aide\nde cette idée, M, Salomon Reinach a expliqué pourquoi sur les parois de\ncertaines cavernes du Périgord, on trouve des figures d'animaux comestibles\ndessinées par les chasseurs de l'âge du renne.) Or, chez les primitifs, le langage\nremplace le dessin ; il a le même pouvoir. Ne nous étonnons pas que le vieil\nHomère dise : « les hommes à la voix articulée » ! Gardons-nous de voir dans\ncette épithète une redondance ou une platitude. Pour un ancien, elle avait la\nmême valeur que, pour un moderne, les mots « raisonnables » ou « artistes».\nPour le primitif, le mot n'est pas « une simple manière de frapper l'air » ; il est\nun moyen d'exécution. Je ne crois pas qu'aujourd'hui même nous soyons entiè-\nrement affranchis de cette croyance. Dans certaines provinces de mon pays, —-\nj'ignore si en Angleterre il en est ainsi, lorsqu'en voyageant dans la cam-\npagne on rencontre un paysan, et lorsqu'on lui demande son nom, le paysan ne\nveut pas le dire : il s'imagine que celui qui connaîtra son nom aura vaguement\nsur sa personne un droit et une influence dont il se méfie. Ce sentiment-là\nest encore une survivance d'idées fort anciennes. On le trouve chez les personnes\nles plus cultivées. N'est-il pas arrivé à beaucoup d'entre vous, lorsqu'en certaines\ncirconstances on parlait d'un accident possible, d'une mort à redouter, de répondre\naussitôt: « Oh! ne dites pas celai... » A notre insu, nous pensons qu'énoncer cer-\ntains faits, c'est en provoquer la réalisation. Nefandum ! disaient les Latins.\nMon raisonnement est celui-ci. La parole a été considérée comme un privilège\npresque divin. Or nous savons, d'autre part, comme l'a dit Spencer, que le chant\nn'est qu'une parole renforcée, plus vive et mieux organisée que le langage ordi-\nnaire. Par conséquent, si, avec la parole, nous avons un commencement d'action\nsur les choses, avec le chant cette action deviendra plus décisive ; et il ne faut pas\ns'étonner qu'elle ait été considérée comme souveraine.\nVoici une autre manière très simple d'expliquer les choses.\nTout le monde admet qu'il y a un rapport étroit entre l'expression musicale et\nles états affectifs : la joie, la colère, l'amour, la souffrance, la plainte, etc... En\nd'autres termes, la musique exprime beaucoup plus directement que la parole\nles divers états de la sensibilité. En Angleterre, en France, en Allemagne, tous\nles esthéticiens se sont accordés à dire que son véritable domaine est non celui\ndes choses visuelles, mais celui des choses de l'âme. La musique est le langage\ndes émotions (Kant) ; elle est l'art du sentiment (Hegel) ; elle est la langue du\ncœur (R. Wagner). Un critique (Ferdinand Hand) est allé jusqu'à dire que\n« les lois du sentiment sont aussi celles de la musique ». Un autre a déclaré qu'à\nchaque sentiment correspond un son de la voix qui lui est propre et que la mu-\nsique fait sien. Un autre a affirmé que le meilleur moyen de faire de la psycho-\nlogie, c'était d'étudier les œuvres des grands compositeurs, car on y trouve, avec\nles nuances les plus délicates, une notation de tous les phénomènes de l'âme.\nOr, songeons à ceci : pour le primitif, comme pour le sauvage actuel, il n'y a,\ndans la nature, que des passions. Pour lui, la distinction du monde matériel et du\nmonde de l'âme n'existe pas. Un phénomène qui, aujourd'hui, serait expliqué à"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.16", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\nl'aide de la mécanique ou de la chimie, est pour lui la manifestation d'une force\nmorale, une apparence derrière laquelle se cache une volonté. Dans le ton-\nnerre qui ébranle le ciel, dans les flots de la mer qui se soulèvent, dans l'arbre\nqui frissonne, dans la maladie, dans la disette ou l'abondance, dans le minéral\nlui-même, il y a une âme, une volonté, quelqu'un, un être invisible, tantôt\nhostile, tantôt bienfaisant, capable d'éprouver le plaisir ou la peine et acces-\nsible aux mêmes impressions de la sensibilité que l'homme lui-même.\nUn raisonnement inconscient établit alors une relation directe entre le pouvoir\nexpressif de la musique et les phénomènes naturels qui nous semblent, à nous\nmodernes, les plus rebelles à l'action des arts du rythme. Puisque la musique\nest le langage du sentiment, et que, d'autre part, tout est sentiment dans la\nnature, il en résulte d'abord qu'il y aura identité entre les états affectifs\nqu'exprime le chant et ceux que traduisent les phénomènes du monde extérieur ;\nde plus, le chant pourra exercer une action sur ces phénomènes, tout comme il\nle ferait sur un auditeur quelconque, en vertu de ce principe dont l'expérience\ncommune atteste l'exactitude, et qui est capital en matière de magie : le semblable\nagit sur le semblable.\nJe pourrais pousser beaucoup plus loin cette analyse. Je pourrais montrer\nqu'on a eu tort de considérer comme grossières et ridicules les pratiques des pri-\nmitifs, car, en somme, elles ne sont que l'application anticipée des doctrines\nqui ont été proposées, au xixe siècle, par les philosophes les plus éminents.\nSchopenhauer a écrit ceci : « le monde n'est qu'une musique réalisée. » C'est\nce qu'avaient dit avant lui de grands métaphysiciens comme Hegel et Schel-\nling. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela signifie que la musique a un sens très\nprofond : ce qu'elle exprime, ce ne sont pas seulement ces passions super-\nficielles et banales qu'on trouve dans les livrets d'opéra ; c'est ce qu'il y a de\npermanent et d'essentiel dans la nature, les forces génératrices, les ce Idées »\ncomme disent les Platoniciens, les Idées dont les objets matériels ne sont que\na réalisation passagère. « La musique vient du dedans », comme on lit encore\ndans les Mémoires de Se-ma-Ts'ien. De cela il résulte, aux yeux des modernes,\nque nous ne possédons aucun poète aussi grand que Haendel, Haydn, Mozart,\nBeethoven, parce que la musique se forme, dans le monde moral, au cœur et au\ncentre des choses, au foyer même de la vie universelle.\nLa magie musicale n'a pas été autre chose que la mise en pratique de cette\nthéorie ; instinctivement et inconsciemment, les primitifs en tiraient, à leur\ninsu, la conséquence logique. S'ils ont cru pouvoir modifier à leur gré les phé-\nnomènes de la nature, c'est qu'ils ont cru qu'entre la musique et les lois qui\nrégissent ces phénomènes, il y a presque identité. A l'aide du chant, ils ont cru\npouvoir dominer la nature, à peu près comme un mécanicien moderne qui\ninstallé dans une cabine où il aurait sous la main tout ce qu'il faut pour produire\nou interrompre les courants électriques, commanderait une gigantesque usine.\nCette croyance a été celle de tous les Orientaux, à en juger par les traités les\nplus anciens qui sont parvenus jusqu'à nous. Ainsi, dans le Li-Ki; ou Mémorial\ndes rites des Chinois, on lit ceci : « La musique est intimement liée avec les\nrapports essentiels des êtres. On étudie les sons pour savoir les airs, les airs pour\nsavoir la musique, et la musique pour gouverner. »\nC'est pour une raison analogue que, chez les Grecs, Pythagore avait lié à la\nthéorie des intervalles une théorie astronomique où les sept notes de la gamme"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.17", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\nR. M\n20\n\nétaient rattachées aux sept planètes de notre système solaire, et qu'il considérait\nla loi des nombres comme régissant à la fois la musique et la nature; c'est encore\npour cette raison que tout le moyen âge a identifié les quatre modes authenti-\nques du plain chant aux quatre saisons de l'année, à tous les phénomènes qui\nvont par 4, et qu'il a déclaré la mesure à trois temps la plus parfaite de toutes\nparce qu'elle est une image de la sainte Trinité.\nAu lieu de citer des philosophes, j'aime mieux citer des compositeurs. Voici\ncomment s'exprime le plus grand musicien d'hier, R. Wagner, dans le t. IX, p. 86,\nde ses œuvres complètes, Gesammelte Schriften and Dichtungen :\n« La puissance du compositeur, dit R. Wagner, n'est pas autre chose que celle\ndu magicien. C'est bien dans une situation d'enchantement que nous place l'au-\ndition d'une symphonie de Beethoven ». Est-ce là un « mot » brillant d'écri-\nvain, comme on en trouve tant dans la critique musicale ? Non ; plutôt un mot\nd artiste, de philosophe, et d historien tout à la fois.\nWagner développe sa pensée à la manière allemande, avec une métaphysique\nun peu compliquée, mais très nette, et qui ne laisse pas de rappeler le mythe\nplatonicien de la caverne :\n« Nous regardions jusqu'ici à la lumière du jour, ajoute-t-il, une image peinte\net transparente : voici que Beethoven, dans le silence de la nuit, place cette\nimage entre le monde des apparences et l'être intérieur de la nature ,* et c est de\nl essence des choses qu il tire la lumière donnant à l'image sa transparence. Aussi,\npar une sorte de prodige, 1 image devient-elle vivante : devant nous apparaît un\nsecond monde dont le plus grand chef-d'œuvre d'un Raphaël ne pourrait donner\naucune idée » (ibid).\nCela veut dire, plus simplement :le peintre nous présente.des images toutes\nsuperficielles ; le musicien, même quand nous avons les yeux fermés, « dans le\nsilence de la nuit » nous met en rapport direct avec la vraie réalité, avec 1 âme\nintérieure, l'essence et le dedans des choses. Et nous voilà en pleine magie ! Les\nimages du peintre sont mortes et glacées ; celles du compositeur participent de\nla force universelle et cachée qui soutient le monde.\nIII\nIl me reste à montrer comment le fait général que je viens d'exposer permet\nd'expliquer beaucoup d'autres choses. Je le ferai très rapidement.\nLa magie primitive explique d'abord certaines parties de la théorie musicale.\nEn voici deux exemples.\nNous n'avons aujourd hui que deux modes, le mode majeur et le mode mineur.\nLes Grecs anciens en avaient un grand nombre, et ils attribuaient à chacun d'eux\nun pouvoir d'expression spécial ; tel mode était pour la vertu, tel autre pour la\nvolupté, celui-ci pour l'enthousiasme, celui-là pour la plainte, etc... Il y a là un\nproblème resté insoluble. Il nous est impossible de donner des raisons pure-\nment artistiques de cette théorie ; en effet, pour citer un exemple, le mode dorien\ntype mineur, de mi à mi sans accidents et sans note sensible était regardé par\nles anciens comme austère et triste ; et il a été employé par l'Eglise pour des\nchants d allégresse tels que le TeDeum, la prose de Pâques et de la Pentecôte,\net tous les introits commençant par gcindecimus ou gaudete ! Il semble qu'il y\nait là une énigme. Elle disparaît, si on admet que dans la magie tout se faisait"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.18", "texte": "CONFÉRENCE SUR LA MUSIQUE ET LA MAGIE\n\npar recettes conventionnelles et que les idées des anciens sur la valeur spéciale\ndes modes tiennent à l'emploi qu'on fit primitivement de ces modes dans cer-\ntaines opérations magiques déterminées. Ceci n'est d'ailleurs qu'une hypothèse !\nAutre particularité. Vous savez qu'en musique la répétition joue un très\ngrand rôle ; elle est presque une règle fondamentale, En littérature, quand\non répète deux ou trois fois de suite une même phrase, c'est une faute ou une\nétourderie ; en musique, c'est non seulement permis, mais regardé comme néces-\nsaire ; or cette loi a été celle de toutes les formules magiques que nous connais-\nsons. Il ne suffit pas d invoquer un Esprit en prononçant son nom ; il faut 1 in-\nvoque r trois fois /etil en est de même dans toutes les circonstances. Il est\ndonc fort possible que nous ayons là l'explication d'une règle essentielle de\nl'écriture musicale. Il y aurait à rechercher si les nombres usités en magie sont\nprécisément ceux qui régissent la musique. Je crois pouvoir dire, malgré\ncertaines réserves, que cette enquête intéressante conclurait affirmativement.\nBeaucoup d'autres faits très importants dans l'histoire de la musique pour-\nraient être éclairés de la même façon.\nPourquoi chante-t-on dans les cérémonies de toutes les religions ? Parce\nque la religion, née peut-être des échecs de la magie, a conservé de cette der-\nnière l'habitude d'agir sur les Esprits invisibles à l'aide du chant\nPourquoi a-t-on fait et pourquoi fait-on encore de la musique dans toutes les\nsolennités profanes ? C'est qu'autrefois les assemblées politiques avaient un\ncaractère religieux : et la même loi de continuité qui a fait passer le chant de la\nmagie dans la religion, l'a fait passer ensuite de la religion dans la vie civile.\nJ'ajouterai encore ceci : prenez au hasard 30 opéras du xvme et du xixe siècle,\nvous en trouverez 28 sur 30 où les idées de magie tiennent une place impor-\ntante ; et il serait facile démontrer que tous les genres d'airs usités dans le drame\nlyrique (sérénade, berceuse, invocation, bénédiction de poignards, etc..) se\nrapportent à des cérémonies magiques désappropriées, c'est-à-dire que les mé-\nlodies, après avoir eu un but d'utilité pratique, sont passées dans le domaine du\npur agrément. C'est un exemple de la loi d'évolution qui, d'après Spencer,\nfait sortir le beau de l'utile.\nEnfin, si aujourd'hui encore la musique nous paraît avoir un caractère trou-\nblant et mystérieux, c'est que dans l'émotion musicale entre le souvenir\ninconscient de l'emploi qui jadis a été fait du chant. La musique n'agit plus que\nsur les âmes; elle ne fait plus que des miracles intérieurs ; mais là encore, son\npouvoir semble avoir conservé quelque chose de magique...\nDe tout cela on pourrait tirer cette conclusion, que si l'homme est musicien,\nc'est parce qu'il a été de tout temps très superstitieux. Il l'est encore, beaucoup\nplus que nous ne pensons. On a prétendu que c'était un être raisonnable : ce\nsont les philosophes qui affirment cela. L'homme vit surtout par le sentiment et\nl'imagination. Quand on observe la vie pratique, on voit que ce n'est pas du tout\nla raison pure qui mène les gens. Combien y en a-t-il parmi nous qui ont la\nsuperstition du costume, celle des formules orales ou écrites ? qui ne veulent pas\nse mettre à table quand il y a treize convives r ou qui ne voudraient pas partir\nen voyage un vendredi ?...\nJ'ai terminé, Messieurs, ce voyage aux pays de l'illusion ; je n'ai pas voulu traiter\nà iond un grand et beau sujet, mais en indiquer les principaux aspects, et donner\nle résultat de quelques réflexions personnelles. Je donnerai à cet entretien une"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.19", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nconclusion qui se rattachera à mon sujet. Bien que je ne croie pas à la toute-puis-\nsance de la parole, et même de la parole chantée, je veux, tout comme si j'étais un\nmagicien primitif, prononcer une formule qui certainement se réalisera. Un adage\nlatin dit : amitié qui finit ne commença jamais. Or, l'amitié des Français et des\nAnglais a commencé sur les bases de l'estime et de l'affection réciproques. Cette\namitié ne finira donc pas : elle est inaltérable et à toute épreuve. Je vous remercie\nde m'en avoir donné ce soir un témoignage en m'écoutant avec quelque patience.\n\nJULES COMBARIEU.\n\nL'Hymne du Paléologue et la Musique byzantine\n\n(Suite) (1).\n[Nous reproduisons ici deux passages de la première partie de l'article de\nM. Franck Choisy, paru dans la Revue Musicale du ler avril et qu'une erreur de\nmise en pages a rendus obscurs.]\nCe qui nous intéressera davantage, par le fait que, jusqu'à présent, nul n'en\navait trouvé la clef, se rapporte à l'écriture en honneur dans le système byzan-\ntin. Arriver à déchiffrer certains signes archaïques, incompris jusqu'ici, c'est\nlaisser entrevoir la possibilité de traduire de nombreux documents encore inex-\nplorés. A l'origine, les neumes étaient simplement des accents destinés à marquer\nles inflexions de la voix dans un discours. Les premiers signes qu'on rencontre\ndans la liturgie grecque ne sont autre chose que ces accents. Appelés ekphoné-\ntiques, ces signes formaient un système ekphonétique, sorte de parler rythmé, de\nrécitatif (2), qui soulignait le sens du texte. Si aucun document ne donne de ren-\nseignements sur les inflexions produites par ces signes ekphonétiques, on en\nconnaît la signification par la tradition qui a maintenu ce système jusqu'à nos\njours, pour l'exécution des Evangiles, des Apôtres et des Prophètes (3). Du reste,\nle nom de ces signes est parvenu jusqu à nous et donne aux accents ekphoné-\ntiques leur véritable sens (4). « Oxia » égale notre forte, « Varia » = pesante,\n« Kadisti » posato, « Syrmatiki » traîné, « Paraclitiki y> suppliant, « Hypo-\ncrisis » imitatif(s), « Kremasti » = tenuto, etc., etc. Voici ces accents, plu-\nsieurs auteurs en ont donné la nomenclature, passant rapidement sur ce cha-\npitre, pour la bonne raison qu'ils ignoraient leur véritable traduction (6), qui\nest, selon toutes probabilités, celle que nous venons de donner, le nom du\nsigne en indiquait le sens.\n\n(1) Voir la Revue Musicale du ier avril.\n(2) Le « XovtéSsç [iiXoç », le chant farlé des anciens Grecs, le « jxsotjv . cpwvrçv » d'Aristide\nQuintilien.\n(3) A côté de l'ekphonétique, il y avait aussi les mélodies chantées, mais celles-là, comme dans\nla liturgie romaine des premiers siècles, n'ont pas laissé de trace.\n(4) Depuis, quelques-uns de ces noms ont passé dans le système chanté, les uns gardant une\npartie de leur signification première, d'autres sous forme altérée,\n(5) En imitant le sens du texte.\n(6) Cf. Keramens Athanase Papadopoulos, Bibliothèque Manrocordatê, à Constantinople, 1886, et\nGeorges Papadopoulos, 2o|j.6oÀat s'tç tt,v taxopiav Tfjç sxxX. jjioucrDajç ; 1890, pp. 177, T7B ;\nTzetzès, Über die Altgriechische Musik in dergriechischen Kirche, Munich, 1874, pp. 130, 131 ;\nGardthausen, Griechischen Palaeographie, p. 211 ; Thibaut, Bulletin de l'lnstitut archéologique\nrusse, 1898, t. 111, pp. 155, 156."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.20", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nUn manuscrit très important, celuique cite Kerameus Athanase Papado poulos,\nmérite d'être reproduit (2) :\n\n(1) Notre accent apostrophe.\n(2) Trouvé à la fin d'un évangile grec; nous n'en donnons qu'un fragment."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "261", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.21", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nEn examinant de près ce fragment de manuscrit, on retrouve le nom et la\nforme des signes phonétiques précédents, mais placés de telle façon qu'on peut\ny voir une intention manifeste de la part de l'auteur inconnu qui le composa. Il\nest probable que le chantre, après avoir lu l'Evangile, et pour bien se souvenir\ndes noms et de la signification des signes ekphonétiques, les'iranscrivit à la fin du\nvolume, comme aide-mémoire et dans l'ordre habituel de leur emploi. En effet, si\non compare ce document aux passages liturgiques du ixe au xne siècle, on saisit\naisément la similitude d'emploi des signes ekphonétiques de ces différents manus-\ncrits. Tous les cas prévus ne se retrouvent pas sur le fragment que nous venons\nde donner, mais il suffit qu'il s'en rencontre pour confirmer ce que nous disons.\nVoici un fragment de manuscrit, tiré de l'Evangile selon saint Matthieu,\nchap. XXVII, versets si, S 2 (1), orné de signes ekphonétiques.\nIl existe, en effet, une série de documents de la plus haute importance, dus aux\nsuccesseurs de Jean Damascène, qui, à mesure qu'ils transcrivaient tout au\nlong, au moyen de nouveaux signes, les mélodies en notation primitive\naphone mettaient en regard l'ancienne notation. Nous possédons ainsi\ncomme une échelle dont chaque échelon s'éloignant de l'écriture primitive, dite\ndamascénienne, se rapproche de nous, sans que nous perdions de vue le point\nde départ.\n\n(0 Bibliothèque nationale d'Athènes, section des manuscrits, n° 60. Cet évangile, du ixe et\nxc siècle, mesure 34 X 1 5 cm. et comprend 87 pages.\n(2) Traduction : « Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en\n« bas, et la terre trembla et les pierres se fendirent... »"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.22", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\n1\nNOTATION DITE « DAMASCÉNIENNE »\n\n2\nTRADUCTION DE PIERRE DE BYZANCE (xvme SIÈCLE)\n\n3\nTRADUCTION EN NOTATION MODERNE\n\nLa figure que nous venons de donner offre un excellent exemple de ces transfor-\nmations successives (i). Le premier exemple provient d'un ancien manuscrit du\nxme siècle recopié par Pierre de Byzance ; son origine remonte à plusieurs siècles\n\n(i) On trouve jusqu'à cinq et six transformations de l'écriture primitive, dite damascénienne."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.23", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nen arrière ( 1 ), probablement à Jean Damascène. Il est écriten neumes « emphones »\net en neumes « aphones » (2). L'exemple qui suit marque un sensible progrès\nsur le premier. La mélodie s'y trouve déjà moins sténographiée, les aphones\nsont en bonne partie remplacés par des emphones. C'est l'écriture en usage au\nxviue siècle. Le fragment que nous reproduisons est encore de Pierre de Byzance,\nmais recopié par Pierre Lampadarios. Le dernier exemple, développé par Gré-\ngoire le Protopsalte, en fixant le système d'aujourd'hui, achève la disparition\ndes aphones.\nRésumé théorique.\nIl reste, avant d'aborder l'hymne fameux du Paléologue, à esquisser rapide-\nment les principes de la théorie byzantine. Le système byzantin ne possède pas\nde signes donnant la hauteur absolue des sons, comme dans notre notation,\ndans celle des anciens Grecs ou comme dans celle du chant grégorien, notation\ndite phonétique. La notation byzantine, comme celle des Juifs, est semblable aux\nneumes, dicistématique, c'est-à-dire marquant des intervalles : une clef placée au\ndébut de la mélodie donne le son premier d'après lequel les neumes suivants\nacquièrent leur valeur. Ces clefs sont au nombre de neuf, une par mode (3)1\nsauf le troisième plagal qui en a deux .\nLes neumes byzantins marquent soit des intervalles, soit des quantités\nrythmiques, soit des nuances. Les neumes-intervalles sont au nombre de dix et\nindiquent l'unisson, l'intervalle de seconde, la tierce, quarte, quinte ou deux\nsecondes successives.\n\n(1) Voir p. 191, note 7.\n(2) Le sens des signes aphones rappelle ce que nous disions de « l'ekphonétique ». S'agissait-\nil, par exemple, d'une demande, on adoptait le signe « paraclitiki » (demande, supplication), et\nainsi de suite. Les chantres étaient tenus avant d'exécuter les mélodies écrites avec ce système,\nà les considérer sous trois aspects différents. La première opération se nommait Paralagie\n(TrapaXayta, comparaison). Le chantre solfiait les neumes noirs « emphones » seulement, sur les\nsyllabes anatiès, nèctnès, ncinci, agio,, en vérifiant chaque intervalle ; puis venait la Mètrophonie\n(fjtexpoçptovtâ) où les paroles jointes aux signes emphones entraient en jeu, enfin le Mélos (MsXoç),\navec les signes aphones, donnait à l'œuvre son caractère définitif.\nIl nous semble qu'il eût été plus simple d'écrire tout au long la mélodie et se passer du sys-\ntème aphone. Il eût fallu pour cela inventer le système perfectionné que nous révèle léxemple\nque nous donnerons dans la 2e partie de cet article, et qui représente une notable amélioration de\nl'écriture primitive. D'autre part, le parchemin coûtait cher; on voulait gagner du temps, puisqu'il\ns'agissait d'écrire à la main; il fallait donc réduire le travail au minimum.\n(3) L'Eglise grecque possède huit modes, quatre authentiques et quatre plagaux. Les premiers\net quatrièmes (authentiques et plagaux) sont diatoniques ; les troisièmes, enharmoniques ; les se-\nconds, chromatiques."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.24", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nCes neumes, diversement combinés, donnent non seulement tous les inter-\nvalles supérieurs à la seconde, mais acquièrent, suivant leur mode d'emploi, des\nfacultés expressives, perdant alors soit leur valeur d'intervalle, soit leur valeur\ncomme quantité ( 1 ). C'est extrêmement compliqué, et une longue pratique donne\nseule la liberté requise pour déchiffrer facilement une mélodie byzantine. A ceux\nqui voudraient se renseigner plus complètement sur la théorie de la musique\nbyzantine, nous recommandons l'ouvrage, en grec, de Chrysante;il n'est\nmalheureusement pas traduit.\nPour indiquer les valeurs, le système byzantin est obligé d'ajouter aux neumes-\nintervalles, des neumes-valeurs. Ceux-ci sont au nombre de quatre, deux pour\naugmenter les valeurs, deux pour les réduire. Ce sont :\nLes neumes-nuances sont cinq :\nIci encore une infinité de combinaisons se rencontrent, donnant à ces neumes\nde nouvelles significations trop nombreuses à énumérer ici. Quant aux silences,\n\n(1) Les neumes byzantins que nous venons de reproduire valent chacun une noire.\n(2) Ne s'emploie que double ou triple : dipli = J. tripli n\n(3) Le double gorgon h du triolet, le triple =\n(4) L'argon réduit également la valeur des neumes-intervalles, mais ne s'emploie que dans des\ncas spéciaux.\n(5) Ne s'emploie qu'avec des intervalles descendants.\n(6) Sorte de tremblement de la voix sur une note, correspondant à notre grupetto, sans note\nascendante.\n(7) S'emploie dans des cas spéciaux."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.25", "texte": "L HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\nR. M.\n2 I\n\nils sont composés du neume-nuance i, le varia, et du neume-valeur 2, lapli.\nIls ont quatre aspects :\nEn solfiant, les chanteurs employaient jadis les syllabes ananès, béabès, nana,\nctgiaf, aèès, etc (2). Les trois chantres, Grégoire, Chrysante et Hourmousios\nabandonnèrent ces dénominations, pour adopter les premières lettres de l'alpha-\nbet giec, auxquelles ils adjoignirent, soit une consonne, soit une voyelle. Ce\nsont : pA, Bou (prononcer vou), Ga, Z)i, kE, Zo, n/, équivalant à ré, mi, fa,\nsol, la, si, do.\nPour simplifier 1 étude de leur musique et pour avoir comme base de leur\nenseignement une gamme diatonique plus facile à comprendre que celle du\nmode premier pa (lé), trois chantres grecs de Constantinople, Kamarados,\nPsachoset Klabbas, ont fait adopter la gamme de ni [do).\nLa division des intervalles dans le chant byzantin forme une des curiosités\nde ce système. Pour être brefs, disons que les Byzantins ont adopté les rap-\nports de sons découverts par Pythagore, revus sous le siècle de Néron par\nClaude Didyme, que Ptolémée nomme è u.ovmx6ç, enfin ce système-ci, modifié\npar Ptolémée lui-même, comprenant la division de l'octocorde en deux tétra-\ncordes semblables, réunis par un ton disjonctif (3). Prenons comme exemple\nla gamme de sol majeur. (La double octave sol 1 sol 3 représente l'étendue du\ngrand système et embrasse aussi celle de la plupart des chants byzantins.)\nCes divisions ne sont évidemment pas celles du piano, mais établies sur un\nmonocorde (4). On sait qu'une corde prise à la moitié de sa longueur donne\nl'octave, le tiers de la corde donne la quinte, le quart la quarte, etc. Le tableau\n\n(1) Combiné de diverses manières avec le neume-valeur gorgon, on obtient le 7, 7 7, 7.\n(2) Chrysante, dans son ouvrage théorique, donne la clef de ces noms qui nous paraissent\nbarbares. Ananès est un composé de an a anax : seigneur) et de ancs (aphès : pardonne) ;\nnana est formé de deux ana ; néanès de né-(oui) et deanès; agia vient de agie (saint) L'ensemble\nde ces mots, dont chacun avait une valeur phonétique déterminée, donnait la phrase suivante !\n« Seigneur, pardonne, oui, pardonne. Seigneur, Seigneur, Saint. »\n(3) Il n est question ici que du genre diatonique.\n(4) La \\ oix ne donne pas non plus les mêmes rapports de son que le piano. En cherchant par\n1 oieille 1 accord do Ini ou une autie tierce majeure, on trouve un 7ni légèrement plus bas que\ncelui du piano, et qui donne le rapport pythagoricien 5 : 4."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.26", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nsuivant résume l'ensemble de la classification de Ptolémée qui est celle des\nByzantins :\nComme on peut le constater, les intervalles de la gamme byzantine diato-\nnique sont de trois grandeurs, deux sortes de ton et le demi-ton (6). En théorie,\npour faciliter la voie à suivre, nous adopterons la division du concile réuni à\nConstantinople en 1881, division qui n'est, en somme, que celle d'Euclide.\n(Voir la Division du monocorde, de ce célèbre mathématicien.) Sa gamme dia-\ntonique est divisée en 72 parties, ramenée pour plus de commodité à 36.\n\n(ij Cf. Gevaert, Mus. dans Vantiquité, t. 1, p. ior.\n(2) Les rapports numériques par lesquels on exprime la grandeur des intervalles musicaux,\ns'écrivent soit sous forme de rapport géométrique (2 : 1 ou 1 : 2), soit sous forme de fraction\n(1/2 ou 2/1). Pour les anciens, qui n'avaient comme moyen de comparaison que les diverses\nlongueurs de la corde, le nombre le plus grand représente le son grave, le chiffre le plus petit,\nle son aigu. A ce point de vue, les expressions numériques de la quinte 3 : 2 ou 2 : 3, 3/2, 2/3,\nsignifieront que le son le plus grave étant produit par une corde longue, par exemple, de trois\ndécimètres, le son le plus a'gu sera produit par une corde identique, longue de deux déci-\nmètres. Cf. Meerens, Instruction élémentaire du calcul musical. Bruxelles, 1864.\n(3) Consonants.\n(4) Mélodiques (de èppsXrj).\n(5) Non mélodiques (de expeX?]).\n(6) Les exemples en notation occidentale ne doivent servir qu à faciliter la lecture de nos expli-\ncations, les intervalles naturels étant tantôt plus grands, tantôt plus petits que ceux de notre\nsystème."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.27", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nCes intervalles comprennent deux sortes d'intervalles majeurs (p-stcwv), et un\nmineur (sÀaccfcov) ; celui nommé plus petit encore s'emploie autre\npart. Chrysanthe deMadyte avait composé une gamme diatonique de 68 parties,\ndont les intervalles se succédaient dans l'ordre suivant : 12-9-7-12-12-9-7. C'est\nla répartition du concile de 1881 qui est définitivement adoptée dans l'en-\nseignement\nL'échelle du grand système byzantin se présente sous cet aspect:\nou, en divisions arithmétiques :\nChaque mode byzantin emprunte le son initial qui le caractérise à l'échelle du\ngrand système : mais le reste du tétracorde est susceptible d'altérations, qui\nvarient suivant le genre, chromatique ou harmonique (2).\nPrenons par exemple les tétracordes diatoniques di-ni, sol-do et pa-di, ré-sol.\n\n(i) La distance visuelle que nous observons d'une note à la suivante établit approximativement\nles rapports naturels des intervalles. Voici l'échelle du système parfait des anciens Grecs en\nnotation moderne :\n(2) Le vou du premier mode, objet de controverse entre les musiciens grecs, n'a jamais pu être\nnettement fixé, sa hauteur canonique n'étant pas celle de la voix naturelle. Les chanteurs, sans\nexception, 1 exécutent plus bas que sa place sur le monocorde. Sur une corde d'un mètre\n(1.000 mm.), le vou (10:9) accapare 0,800 m. Celui de Chrysanthe marque 0,815 (l 8 : n),\ncelui du concile de 1881, 0,8 to (100: 81). L'expérience a prouvé que l'un et l'autre n'avaient\npas tort. En effet, les chantres qu ne dépassent pas la note vou, adoptent naturellement la\nhauteur du concile, ceux qui la dépassent, et surtout en descendant, adoptent la hauteur\nfixée par Chrysanthe."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.28", "texte": "l'hymne du paléologue et la musique byzantine\n\nqui donnent à peu près les intervalles :\nLes tétracordes chromatiques seront :\nqui donnent à peu près les intervalles :\nOn le voit, un intervalle de seconde (demi-ton majeur 16 : 15) peut arriver à\ntripler presque sa grandeur naturelle.\nL'existence de ces nuances, qui a été tellement discutée et qui le sera encore,\nn est donc pas une fable. Ce système est du reste bien plus naturel que le\nnôtre, uniformément divisé en tons et demi-tons, ce qui a permis nos multi-\nples combinaisons d accords. L étrangeté du système oriental explique comment\nVilloteau, se rendant à la suite de Bonaparte, en Egypte, ne comprit la tonalité\ndes airs arabes qu'il notait, qu'en examinant les petites divisions marquées sur\nun Eoud(i). Pour les même raisons nous chanterons faux les mélodies des\nanciens Grecs qu on retrouvera peut-être un jour, et de même nous ne pourrons\nexécuter correctement les chants byzantins (2).\nVoilà pour la théorie. En pratique, les atténuations des intervalles s'indiquent\nsoit par des signes spéciaux dont nous parlerons plus loin, soit par des signes\nd'altération correspondant à nos dièses et bémols.\nCes signes d'altérations ne servent pas seulement à diviser, comme dans notre\nsystème, les tons en demi-tons, mais encore en une infinité de subdivisions\nqui rappellent les chroai antiques. La figure suivante donne, d'après la division\nde la gamme en 72 parties, les altérations possibles d'un intervalle de seconde\nmajeur, par exemple ni-pa (do-ré).\n\n(1) Sorte de luth.\n(2) M. Marchesi, professeur de chant au Conservatoire de Vienne a souvent « chanté en ma\nprésence, avec une sûreté remarquable, quatre intervalles dans l'espace d'un ton ». Gevaert\nouvrage cité, p. 285 J'ajoute que de bons chantres grecs y arrivent aussi. Pourtant l'exécution\nen est difficile. Déjà dans 1 antiquité le « diésis » réclamait une ouïe bien développée. Aristoxène\nsoutenait que « la voix, quelque effort qu'elle fasse, ne saurait parvenir à entonner trois diésis\nsuccessifs ». Cf. Gevaert, p. 285. Meibom cite cette phrase des Archai : « Ce n'est qu'en dernier\nlieu et avec grand effort que notre sentiment s'y accoutume ». Cf Gevaert, p. 285. Les chanteurs,\nles virtuoses de laicoet connaissent pourtant le demi- ton. attractif, c est une nuance naturellement\nsentie et logique. Ce sont ces nuances qui remplissent les chants de l'Eglise grecque."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.29", "texte": "L HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nKn pratique la réduction de 2/12 est indiquée par le signe P, chaque\nnouvelle réduction de 2/12 se marque par un petit trait horizontal barrant la\nqueue du signe type. '#> réduit de 4/12 ; deux petits traits de 6/12 ; trois de 8/12 ;\nquatre de 10/12\nLes augmentations se marquent par le même signe d'altération, mais placé\nen sens inverse :çf &, etc. (1). C'est encore le concile de 1881 qui a décidé\n1 introduction de ces signes plus complets et plus précis que ceux en usage\njusque-là (2).\nLa théorie des autres signes d'altérations ne ressemble en rien à ce que nous\npossédons Ces signes se nomment des « phtorés », leur influence rappelle celle\ndes clefs (les Mapxvpioa byzantins) ; mais tandis que ces clefs-ci indiquent l'espèce\nde mode et en même temps la hauteur du premier son du morceau, les « phtorés»\nmarquent la hauteur d'une note quelconque dans le courant du morceau. Non\nseulement ils servent de point de contrôle au chantre soucieux d'exactitude qui,\ns'il s'égare, est remis en bonne voie par les phtorés, mais ils servent encore\nde signes de transposition. Le mode premier possède deux phtorés, 6 indi-\nquant le son ké (3) (la), et ? = pa (ré). Autant de modes, autant de phtorés\nsur lesquels nous n insisterons que pour examiner le mécanisme du système.\nVeut-on, par exemple, substituer à un pentacorde un autre pentacorde, voici\ncomment on procède, en théorie et en pratique. La chose mérite de s'y arrêter\nun instant.\n\n(1) Les anciens Grecs avaient jusqu'à six lichanos (la corde touchée par l'index) : une enhar-\nmonique, trois chromatiques et deux diatoniques. Gevaert, ouvrage cité, p. 332. Cf. Stocheia,\np. 51, 52.\n(2) On avait aussi construit pour 1 étude pratique, à Constantinople, un petit orgue donnant les\nintervalles. Non seulement sa construction devait être extrêmement laborieuse, mais l'exactitude des\ndivisions du système byzantin bien aléatoire. L'instrument n'a, du reste, guère pu être utilisé\navec succès. Un clavicorde ferait mieux l'affaire et pourrait plus facilement être accordé.\n(3) L'ancien système byzantin avait le son ré pour base du premier mode. La voix montant\ntrop à 1 aigu avec ce point de départ, on a baissé le tétracorde d'une quinte, pouT prendre pa."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.30", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nTransposition clans l'échelle diatonique.\n\nLe signe ? étant le phtoré de pa (ré), si nous voulons, après être arrivés à\nké (la), continuer à monter, mais au lieu de nous servir du pentacorde diatonique\nhabituel de ké (10-8-12-10), adopter le pentacorde diatonique qui a pour base pa\n(10-8-12-12), le phtoré de pa ? suffira. Nous continuerons à chanter ké, zo, ni,\npa, vou (la, si, do, ré, m/), mais avec les intervalles de pa, von, ga, di, ké (ré,\nmi, fa, sol, /a).\nEn descendant, le phtoré 6, de ké (la), changera l'échelle dQ pa, 12-8-10-12,\nen 12-12-8-10, qui est l'échelle descendante de ké (la).\nVeut-on passer du diatonique au chromatique, le phtoré chromatique suffira ;\nde même pour l'enharmonique.\nEn pratique, voici comment s indique ce changement d'échelle. Nous donne-\nrons un exemple passant du diatonique au chromatique. Le phtoré de pa (ré),\ndu second mode plagal (chromatique) est"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.31", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nEn traduction moderne nous aurons approximativement :\nQuant aux clefs, nous avons montré leur rôle (1). Il y en a une par mode, qui\nse place au début du morceau, à droite et au-dessus de la ligne neumatique.\nNous avons donné également le tableau des huit modes byzantins (2). Cha-\ncun de ces modes devient l'objet de considérations subtiles, suivant qu'il\nrentre dans les chants dits : stychirariques (3), lieirmologiques (4), ou papa-\ndiques(s). La composition du tétracorde, les cadences, le caractère de leurs\nmélodies changent ainsi à l'infini.\nEn ce qui concerne le rythme, disons simplement que la fusion entre le texte\net la mélodie est telle, qu'en étudiant attentivement les valeurs musicales on\npourrait rétablir la rythmique exacte des chants byzantins. La question est trop\ndélicate pour être résumée ici, elle demanderait une étude particulière (6).\nNous sommes certains que plus d'un lecteur se sera demandé comment l'Eglise\ngrecque n'a pas encore abandonné son système de notation pour adopter le\nnôtre (7). Celui-ci paraît, en effet, jeu d'enfants à côté de celui que nous avons\nessayé de résumer.\nIl est certes difficile, pour des oreilles habituées au « tempérament », de trouver\ndu charme à ces mélodies qui semblent de prime abord fausses. La question\nest pourtant plus complexe qu'on ne le croit, et si nous en saisissons certains\nraisonnements, d'autres nous échappent. Il est clair que nos notes, à hauteur\nfixe phonétiques ne répondent pas à ce que la nature exige. Nous avons\nvu que les divisions physiques des intervalles du monocorde sont loin d'être\nles nôtres.\nIl y a dans le système diastématique des Byzantins, des intentions que ne\npossède pas notre solfège.\nIl s'agit en quelque sorte d'un dessin qui suit le texte et que nous compare-\nrions volontiers à l'archet du violoniste épousant la mélodie exprimée par la main\n\n(i) Voir p. 196 et 202.\n(2) Voir p. 188 (Revue du ler avril).\n(3) Le mot « stychirarique » s'emploie pour désigner certains textes sacrés. C'est ainsi que les\ntropaires (( stychirariques » suivent toujours des vers de David, qu'on appelle, à cause de leur\nbrièveté, des « stychi ».\n(4) De elojjtoç, qui tourne autour. Strophe musicale qu'on retrouve ensuite, variée, dans les\ntropaires suivants (xpoTtapia), les strophes qui succèdent à l'heirmoï principal II y a les heirmoï\nlents, àpyôv, comme sont les chants de Damascène, et les heirmoï vite (œdvBogov), comme le\nsont les chants modernes depuis la fin du xvme siècle. (Voir la Revue musicale du 15 nov. 1906.)\nLes Heirmoï de Pâques.\n(5) Ainsi nommés sans doute parce que ces chants étaient exécutés au gré du prêtre. Ils sont\ntoujours lents.\n(6) M. C. Psachos, dans le supplément de la Vérité ecclésiastique de Constantinople,\njanvier 1900, en a excellemment parlé.\n(7) En Roumanie, ce changement est un fait accompli depuis plusieurs années."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.32", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\ngauche. Le chantre suit le dessin mélismatique aussi aisément que nous lisons,\npar exemple, nos\nla mélodie, pour lui, fait corps au texte.\nC'est une des raisons qui optent en faveur du maintien de ce système, qui, par\nson caractère original, empêche également l'introduction des instruments dans\nl'office grec En ce qui concerne la façon nasillarde, qui entre trop souvent\ndans la pratique des chants byzantins et qui renverse nos notions d'esthétique,\nelle est surtout le produit de la paresse des chantres qui préfèrent laisser\ntraîner la voix que de se fatiguer en ouvrant trop la bouche. J'ai entendu à\nplus d'une reprise des chants byzantins exécutés tout autrement que par le\nnasillement traditionnel qui n'est qu'un vice. Des mesures énergiques pour-\nraient remédier à cet état lamentable; nous avons dit au début de cet essai,\nles difficultés qui s'opposent à la réalisation rapide des réformes nécessaires.\nIl y a encore d autres sujets de controverse. L' « isson », par exemple, cette\nbasse accompagnant les mélodies byzantines, qui ressemble au bourdon d'une\nvielle et que nous n'accepterons pas facilement. L'isson est la basse sur laquelle se\nrepose la mélodie. L' « isson » a ses lois comme tout autre élément musical. Jus-\nqu'ici il n'était pas noté. Le plus ou moins de culture des chantres suppléait à\ncette négligence. Aujourd hui M. Psachos a fixé la marche de l'isson, pour un\ncertain nombre de chants, et rendu son exécution moins fantaisiste.\nNous devons avouer que si ces principes nous choquent, les théoriciens\nbyzantins n'acceptent pas non plus nos données musicales. C'est ainsi que jouant\nun jour du piano devant un chantre de Constantinople, il me demanda pourquoi\nj exécutais plusieurs mélodies ensemble, et comment j'acceptais cette tierce fausse,\nmi-sol ! L'harmonisation lui semblait aussi une confusion inutile. C'est ce que les\npartisans du chant grégorien éprouvent lorsqu'ils opposent la grandeur sereine\nde leurs chants monodiques aux combinaisons déjà subtiles d'un Bach. Ne con-\ndamnons donc pas trop vite le système musical byzantin,il est peut-être plus près\nde la vérité sans paraître pour nous le dernier mot du progrès que le nôtre.\nL'Hymne du Paléologue.\nLe lecteur qui aura eu la patience de nous suivre jusqu'ici n'éprouvera guère\nde difficulté à comprendre ce que nous dirons de l'Hymne du Paléologue.\nD'abord, le mot hymne est un terme impropre à ce chant. Les Grecs les appe-\nlaient des chants de glorification, et non des hymnes. Le manuscrit qui\nnous intéresse dit du reste, en avertissement au chantre, qu'il va aborder le\ncffiop/rç, Voilà un point d'acquis. Ensuite, ce chant de glorification est-il unique\net seulement composé pour le dernier empereur de l'empire byzantin? Nous pou-\nvons affirmer que non. La place occupée par ce chant dans le manuscrit complet,\nsa ressemblance avec d'autres documents, la comparaison faite tout naturelle-\nment en étudiant l'office grec d'aujourd'hui, confirme notre dire. M. Psachos a\nvu au célèbre Mont-Athos d'autres manuscrits célébrant le glorieux Constantin\nPaléologue (i ) ; mais, attiré en ce moment par d'autres travaux, il ne songea\n\n(i) Constantin XIII Paléologue, surnommé Dragasès, le dernier des empereurs de Byzance,\nmourut en Ms3' en défendant sa capitale contre les Turcs. Ne pas le confondre avec Cons-\ntantin le Grand, du ive siècle, qui donna son nom à Constantinople (Constantin o polis : la\nville de Constantin)."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.33", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\nR. M.\n2 2\n\npas à profiter de son pèlerinage pour noter ses trouvailles. Pourtant il a\nretrouvé dans un ouvrage de Tzètzès, un donnant le même ordre hié-\nrarchique, le nom de l'empereur seul différait. Il s'agissait de Jean Paléologue.\nAutre part, c'est Andronic qui remplace le prénom Constantin ; sinon, le\ntexte et toute la mélodie sont les mêmes. Nous sommes bien en face d'un simple\nservice liturgique. Aujourd'hui encore, l'Eglise grecque a conservé ce genre de\nchant pour certains de ses offices.\nNous aurions tout intérêt à vanter le mérite de la trouvaille de M. Cambo-\nrouglou, le directeur de la Bibliothèque nationale d'Athènes, le chant, déclaré\nunique, deviendrait un monument historique pareil à l'hymne grec à Apollon,\ntrouvé en 1893 à Delphes. La valeur du document qui nous intéresse est loin\nd'être pour cela négligeable. L'empereur auquel il s'adresse, la rareté du fait,\ndemande qu'on s'y arrête.\nLe manuscrit date du début du xve siècle (1). Il contient un grand nombre de\nchants « papadiques » exécutés aux vêpres et à matines. Comme pour nombre\nde manuscrits anciens, il débute par des renseignements théoriques concernant\nla façon d'étudier le contenu du volume, sur la « paralagie, métrophonie, etc.,\netc... » Une note, à la fin du livre, dit qu'il fut terminé l'an 6965 de la création du\nmonde, ce qui donne l'an 1457 de notre ère (2). Il appartenait a Demeter\nExakouston et provenait delà métropole de Selymbria, aujourd'hui Silivri, près\nde Constantinople. Précédant le on trouve quelques avertissements sur\nce qui va suivre. La note est ainsi conçue : « Et maintenant, faisons des vœux\n« pour les rois et les archevêques, dans l'enceinte et à l'extérieur» (3). Le\nchant de glorification du Paléologue suit. Il est ainsi conçu : « Constantin le\ntrès pieux et empereur des Romains, le Paléologue, beaucoup d'années » (4).\nVenaient ensuite des souhaits de même nature pour le métropolite de Selymbria.\nOn peut conclure que le manuscrit contenant le chant adressé à Constantin\nPaléologue faisait partie du service religieux de Selimbria.\nQuant à la restauration musicale, elle fut extrêmement ardue. Tous ces signes\naphones dont il a fallu rechercher des centaines d'exemples dans de nombreux\nautres manuscrits, pour, après avoir comparé leur emploi, les identifier avec les\ndéveloppements successifs que nous en possédons, offraient de très grandes\ndifficultés d'interprétation? Après un travail d'une année, M. Psachos est arrivé\nà traduire avec exactitude, seulement la mélodie soulignant le mot « Constantin ».\nIl est regrettable que le temps et les autres occupations du savant chantre\nl'empêchent de compléter son intéressante étude. Elle mériterait d'occuper une\nplace d'honneur parmi les ouvrages de musique byzantine.\nLa figure suivante représente : i° le chant du Paléologue, tel qu'il se trouve dans\nle manuscrit ; 2° un premier développement du début de ce chant, provenant d'un\nautre manuscrit donnant la même mélodie, appartenant à M. Psachos, ce premier\ndéveloppement était écrit en regard de l'original; l'ajoute ne comprend ici qu'un\nsigne, l'aphone « omalon » ; 30 un développement noté par Pierre du Péloponèse ;\n\n(1) N° 2,267 delà section des manuscrits de la Bibliothèque nationale d'Athènes. Il mesure\n16 centimètres de large sur 22 de haut, son épaisseur est de 6 centimètres.\n(2) Voir ce que nous disions de l'Hymne, dans le Guide Musical, juin 1904.\n(3) Dans l'enceinte et à l'extérieur, c'est-à-dire la place réservée aux prêtres et celle réservée\nau public.\n(4) Ce souhait de longue vie est encore d'un usage courant entre Grecs."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.34", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nde ce premier développement, écrit également en regard de l'autre, les ajoutes\nsont plus nombreuses et la mélodie apparaît moins sténographiée ; 40 un déve-\nloppement en écriture moderne de l'exemple précédent et qui n'offre plus aucune\ndifficulté à être interprété. On peut suivre également le développement du texte\ndes exemples 2, 3 et 4 ; à mesure que la mélodie s'allonge graphiquement, les\nsyllabes s'étendent à leur tour(i). C'est la meilleure preuve que les musiciens\nsuccessifs auxquels sont dues les différentes versions de ce chant, avaient en vue\nune même mélodie.\nCes exemples suffiront, avec les chapitres précédents, pour que le lecteur se\nrende compte de la valeur de ce chant de glorification. Nous donnerons encore,\nécrit en notation moderne, la « paralagie », la « métrophonie » (2) et le premier\nfragment du chant de glorification, tel que M. Psachos, dans une conférence\ndonnée à la société « Le Parnasse » à Athènes, l'a fait exécuter. Ce chant rentre\ndans les « papadiques » et est du quatrième mode byzantin, qui correspond au\nquatrième mode grégorien, soit approximativement notre ton de sol, sans\narmature.\n\nCHANT DE GLORIFICATION DE CONSTANTIN XIII PALÉOLOGUE.\n\n1. Paralagie\n\n(1) Comparer cet exemple avec celui de la p. 193 (Revue du ier avril).\n(2) En ce qui concerne la paralagie, la mètrophonie et le mélos, voir p. 194, la note 2 (Revue\ndu ier avril)."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.35", "texte": "L'HYMNE DU PALÉOLOGUE ET LA MUSIQUE BYZANTINE\n\nFRANK CHOISY,\nEphore du Conservatoire d'Athènes,\nMembre de la Commission pour la réforme du chant dans l'Eglise grecque.\n\nActes officiels et informations.\n\nM. PIERRE SECHIARI. Appelé par de brillants engagements à l'étranger et\ndésirant d'autre part se consacrer, la saison prochaine, à ses concerts sympho-\nniques, Pierre Sechiari vient de donner sa démission de premier violon solo des\nconcerts Lamoureux, poste qu'il occupait si brillamment depuis plusieurs années.\nCONSERVATOIRE NATIONAL. Par arrêté ministériel en date du 6 mai courant\nxM. Maillieux Lucien-Louis, lauréat du Conservatoire national, est nommé,\npour une période de trois années scolaires, accompagnateur stagiaire (5e caté-\ngorie) d'une classe d'opéra-comique, en remplacement de M. Mathé, démis-\nsionnaire.\nNANTES. Par arrêté en date du ier mai 1907, de M. le Préfet de la Loire-\nInférieure, Mlle Baudry Marie-Charlotte a été nommée professeur de piano"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19070515-01.1.36", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'Imprimerie et de Librairie.\n\nélémentaire à l'Ecole de musique, succursale du Conservatoire national, en\nremplacement de Mme Rolland, décédée.\nSUBVENTIONS. Par arrêté en date du 27 avril dernier, une somme de 2.500 fr.\na été allouée à la Société des concerts populaires de Lille (Nord), et une somme\nde 300 francs à l'Œuvre de la Chanson Française, à Paris.\nPar arrêté du 10 mai, 500 francs ont été accordés, à titre d'encouragement, à\nbOEuvre des grandes auditions gratuites, à Paris.\n\nCHEMIN DE FER D'ORLÉANS\nVOYAGES DANS LES PYRÉNÉES\nTARIF G. V. n° 105 (O RLÉANS).\nLa Compagnie d'Orléans délivre toute l'année des Billets d'excursions\ncomportant les trois itinéraires ci-après, permettant de visiter le Centre de la\nFrance et les Stations balnéaires des Pyrénées et du Golfe de Gascogne.\n1er Itinéraire, prix des billets : ire cl. 164 fr. 50; 2e cl. 123 fr.\nParis, Bordeaux, Arcachon, Mont-de-Marsan, Tarbes, Bagnères-de-Bigorre,\nMontréjeau, Bagnères-de-Luchon, Pierrefitte-Nestalas, Pau, Laruns-Eaux-\nBonnes, Pau, Puyôo-Bayonne-Dax ou Puyôo-Dax, Bordeaux, Paris.\n2e Itinéraire, prix des billets : ire cl. 163 fr. 50 ; 2e cl. 122 fr. 50.\nParis, Bordeaux, Arcachon, Mont-de-Marsan, Tarbes, Pierrefitte-Nestalas,\nBagnères-de-Bigorre, Bagnères-de-Luchon, Toulouse (i), Paris [via Montau-\nban-Cahors-Limoges ou via Figeac-Limoges).\n3e Itinéraire, prix des billets : ire cl. 164 fr. 50 ; 2e cl. 123 fr.\nParis, Bordeaux, Arcachon, Dax, Bayonne-Puyôo-Pau ou Puyôo-Pau, Laruns-\nEaux-Bonnes, Pau, Pierrefitte-Nestalas, Bagnères-de-Bigorre, Bagnères-de-\nLuchon, Toulouse (i), Paris (via Montauban-Cahors-Limoges ou vid Figeac-\nLimoges).\nDURÉE DE VALIDITÉ *. 30 JOURS (NON COMPRIS LE JOUR DU DÉPART)\navec faculté de prolongation\n(i) Les voyageurs peuvent effectuer le parcours de Toulouse-Matabiau à Carcassonne et\nretour moyennant un supplément de 12 fr. 50 en ire classe et de 9 fr. en 2e classe.\nLes billets du parcours additionnel ci-dessus peuvent être demandés, soit au\ncommencement du voyage, en même temps que le billet circulaire, soit à Tou-\nlouse-Matabiau, au moment du passage dans cette gare.\nCes billets additionnels n'augmentent pas la durée de validité du billet circu-\nlaire auquel ils viennent se souder."}]}