{"numero_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_sha256": "ec8b4708c27481b5e57e816c790e5ac3f0936a13056a8345529e1baea77519ba", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1908/01/01_01/bmtnabj_1908-01-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1908/01/01_01/bmtnabj_1908-01-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "15", "image_debut": 1, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.1", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.1", "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\n(&»•(.,\nLe tioisième art qui, après la musique et la poésie, constitue le drame lyrique\nest la danse. Jai à indiquer ses caractères intrinsèques, ses rapports avec les\nautres arts et sa fonction historique, en rattachant ces divers points de vue à\n1 idée générale qui a été exprimée dans ma première leçon et qui domine tout\nmon sujet.\nLa danse est aujourd'hui peu en faveur.\nOn tend à 1 éliminer, et il me semble qu'il y a un certain parallélisme, peut-\nêtre une relation de cause à effet, entre ce qui a lieu dans la société mondaine et\nau théâtre. Si la danse est peu en faveur sur la scène lyrique, ce n'est pas pour\ndes raisons de morale, loin de là. On ne redirait plus le mot cruel de Joubert :\n« Le danseur ennoblit tout ce qui est grossier et dégrade tout ce qui est\nhéroïque. » Les compositeurs de la nouvelle école voudraient proscrire la\ndanse comme un exercice purement formel qui est vide de sens et qui constitue\nune digression inutile dans une œuvre sérieuse. On lui reproche d'inter-\nrompre 1 intérêt supérieur de l'action, et de remplacer la haute éloquence des\nautres arts du rythme par un sensualisme d'ordre subalterne. On l'exclurait\nvolontiers de 1 opéra pour 1 abandonner à des théâtres où on va chercher tout\nautre chose que les joies du sens esthétique. Ces doléances un peu austères ne\nsont pas nouvelles :\nmérite en poésie.. Malheureusement il n'est point d'art qui aujourd'hui ait\nplus donné dans le mauvais goût que n'a fait la danse. En se prostituant à une\npoésie toute vulgaire, elle est descendue de ces hauteurs célestes où elle planait\npour régner sur les théâtres déshonorés par le vertige et la folie. Elle y exerce\nune absolue domination sur la musique dont elle a fait entièrement son\nesclave; mais, aux yeux des mortels sensés, elle a véritablement perdu toute\nestime. »\nQui parle ainsi ? Un observateur qui écrivait il y a plus de dix-huit cents ans :\n\nHistoire du théâtre lyrique. — (DEUXIÈME LEÇON,\ndu 23 décembre 1907)\nLes éléments du drame lyrique : 2º la Danse."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "le bon Plutarque. Mais une telle opinion ne peut être justifiée que par des abus\npassagers et non des pratiques normales. Reprise aujourd hui, cette condam-\nnation serait injuste et fondée sur des considérants très discutables. En tout cas,\nce n'est pas là que je dois prendre le point de vue de cette étude. En temps\nopportun j'examinerai les doctrines de quelques écoles. %\nHistoriquement, la danse est une partie essentielle du drame lyrique ; étant\nun art populaire, elle a été toujours liée à la mélodie chantée ou jouée sur des\ninstruments. A l'origine, l'histoire des formes musicales se confond presque\navec celle des danses. Dans les temps modernes, la sonate et la symphonie\nelle-même resteraient inexplicables, et on ne comprendrait pas leur genèse\nsi on ne tenait pas compte de ce qu'a été une allemande, un menuet une\ngigue et tous ces genres aimables qui, après s'être réunis dans la « Suite »,\nont évolué de deux côtés à la fois : vers le concert et vers le théâtre qui, l'un et\nl'autre, les ont recueillis en les transformant plus ou moins. A fortiori le drame\nlyrique est inséparable de la danse. Nos goûts changent avec une rapidité sin-\ngulière, une rapidité croissante qui fait songer àla loi de la chute des corps,\net il nous arrive tous les vingt ans, tous les dix ans, de proclamer absurde,\ncontraire à notre conception du « vrai », l'esthétique antérieurement suivie.\nNous ne pouvons cependant pas oublier que, pendant plus de trois siècles, la\ndanse a été en très grand honneur au théâtre ; que, sans elle, à une époque où\nle public se réglait sur la ville, la ville sur la cour, et la cour sur le roy, les\nderniers Valois et les Bourbons ne se seraient pas intéressés à l'établissement\nde l'opéra dans notre pays. Louis XIV a fondé chez nous l'opéra, et il a créé\nune « Académie de danse » ! C'était d'ailleurs excessif : que la danse émeuve,\nplaise, instruise même, soit ! qu'elle devienne un sujet de travail académique,\nc'est un peu ambitieux.\nDes considérations d'un autre ordre m'invitent à ne pas négliger cette partie\nde mon sujet. Le drame, ai-je dit en reprenant la définition d'Aristote, est une\nimitation. Or la danse est un art imitatif. Lamennais disait avec raison en 1840 :\n« La danse doit parler. . Elle est un mode spécial de manifestation. » Elle a deux\nformes : l'une équivalant au récitatif, l'autre analogue à une mélodie construite\nsur le principe de la périodicité et que j'ai appelée lyrique (danses populaires\net danses dites de caractère). Je vais l'examiner sous ces deux formes. Toutes deux\ndoivent entrer au même titre dans la définition du drame chanté que j'ai donnée\nen commençant.\nSi on « imite » avec la voix, on imite aussi avec la physionomie, avec les atti-\ntudes, avec les gestes, avec l'allure et les mouvements du corps. Ce n'est pas là\nune invention de l'art, mais un fait de nature. Instinctivement, quand nous\nparlons, et surtout quand nous faisons un récit pathétique, nous adaptons notre\nhabitas extérieur en même temps que notre langage, le timbre et les inflexions\nde notre voix à la nature des choses dont nous parlons. Au geste vocal s'ajoute\nle geste visible de toute la personne du narrateur, et le même rythme (plus ou\nmoins libre) les réunit. On « imite » même, par de tels moyens, d'une façon\ntrès rapide. La parole a les lenteurs de l'analyse ; un regard, un souiire, un\ngeste, peuvent traduire instantanément un état affectif. Cette traduction a une\nautre supériorité: étant instinctive et spontanée, elle est universellement intel-\nligible. Tout le monde ne comprend pas l'italien ou l'allemand, mais tout le\nmonde comprend l'éloquence d'un geste d'amour ou de haine, celle d'une atti-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": "tude de supplication ou de désespoir, celle d'une allure d'allégresse ou de\nsouffrance.\nIl y a un premier art de la danse qui se borne à coordonner et à traiter à\npart dans des systèmes indépendants ces éléments fournis par la nature : c'est\nla mimique. De même que, dans la chanson populaire, la mélodie a été abstraite\ndes paroles et transportée sur le luth, le clavecin ou l'orgue, pour créer la mu-\nsique instrumentale pure, de même, dans le langage de l'homme ému, on a\npris tous les signes physiologiques de l'émotion en les séparant de la parole\narticulée ; on les a abstraits pour constituer la mimique.\nCette danse mimétique (j'associe à dessein les deux mots, bien qu'on ait\ncontesté leur identité) est très en usage, chez les primitifs comme chez les\ncivilisés.\nDans son livre célèbre sur les origines de la civilisation, Lubbock dit que\nchez les sauvages et les incultes la danse n'est pas un amusement sans portée,\nmais une occupation sérieuse et utile mêlée à tous les actes de la vie\npublique. Et il donne, d'après Robertson, lesdétails suivants : « Si des relations\ndeviennent nécessaires entre deux tribus, les ambassadeurs de l'une s'appro-\nchent en exécutant une danse solennelle et présentent le calumet ou symbole de\nla paix ; les sachems de l'autre tribu les reçoivent avec la même cérémonie.\nS'ils déclarent la guerre à un ennemi, c'est au moyen d'une danse exprimant le\nressentiment qu'ils éprouvent et la vengeance qu'ils méditent... S'il s'agit d'a-\npaiser la colère des dieux ou de se réjouir de leurs bienfaits, de célébrer la\nnaissance d'un enfant ou de pleurer la mort d'un ami, ils ont des danses appro-\npriées à chacune de ces situations et exprimant les différents sentiments qui les\naniment.» Ainsi, dans la vie sociale des primitifs, il y a, si l'on peut parler ainsi,\nun ballet de paix, un ballet de guerre, etc... et chacun d'eux est une imitation\nsoit de faits réels, soit de sentiments liés à ces faits.\nDe ce témoignage de Lubbock, nous disant que chez les peuplades incultes la\ndanse est mêlée à tous les actes importants de la vie sociale, on peut rapprocher\nl'anecdote contée par Lucien dans son traité sur la danse. Un jour, un prince\nbarbare vient à Rome, à la cour de Néron, et, en son honneur, on donne une\nféte dans laquelle on produit un danseur célèbre. Au moment de prendre congé,\nl'empereur serre la main de son hôte et lui offre de lui donner comme souvenir\nde son voyage ce qu'il lui plaira. Donne-moi ce danseur! répond le barbare.\nNéron, qui n'est pas un primitif, ne comprend pas, et il demande : A quoi te ser-\nvira-t-il donc ? —• J'ai pour voisins, répond le prince étranger, des barbares qui\nparlent une autre langue que la mienne, et je ne saurais trouver d'interprètes pour\ntraiter avec eux ; lorsque f aurai besoin de leur faire dire quelque chose, celui-ci,\npar ses gestes, me servira de truchement. » La danse est donc un langage ; elle\n« parle », comme dit Lamennais, et n'est pas une simple gymnastique.\nLa seconde forme, que j'ai appelée lyrique et à laquelle certains auteurs ont\nréservé le nom de danse, est dans le même cas. Elle donne aux mouvements\ndu corps des formes périodiques et elle a une tendance à concentrer tous les\néléments imitatifs dans des types presque immuables.\nEn cela elle paraît être en dehors de l'imitation : il n'en est rien cependant ;\ncar la concentration des modes expressifs suppose celle des sentiments à expri-\nmer. En un mot, la danse lyrique s'explique par un état d'âme lyrique. Si\nune danseuse exécute des pas formant des phrases uniformément répétées, ou"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3636, "texte": "des strophes suivies d'antistrophes, c'est parce que le sentiment qu'elle traduit\nentraîne, par son intensité, la construction périodique. En chorégraphie, on\npasse de la forme indéterminée à la forme régulière et construite, pour les\nmêmes raisons qui, dans le chant, font passer du récitatif à 1 arioso ou à 1 air.\nTelle est la règle générale. Habituellement, il est vrai, elle souffre beaucoup\nd'exceptions. On peut distinguer deux cas. La danse lyrique est quelquefois\nune danse nationale et populaire qu'on insère dans l'opéra, à titre de simple\ndocument, ayant un intérêt analogue à celui qui s'attache au décor de 1 action\nou à un tableau de genre dont l'intérêt est limité à des mœurs locales.\nD'autres fois la danseuse exécute des mouvements qui ont en eux-mêmes\nleur fin, c'est-à-dire qu'ils demandent à être appréciés en tant que mouve-\nments pour leur agilité ou leur grâce, comme une virtuosité spéciale, sans\nqu'on ait à faire intervenir l'idée d'un état affectif quelconque. C'est précisément\ncette forme de danse que beaucoup de compositeurs contemporains voudraient\néliminer, comme vaine et indigne du théâtre. Tout en me réservant de discuter\ncette opinion, je dirai d'abord que l'argument allégué suppose un cas extrême-\nment rare. Il est très difficile d'indiquer une situation, dans les œuvres connues,\noù la danse ne se rattache pas à un sentiment tel que la joie, le bonheur de\nvivre, la fantaisie, la coquetterie, la préoccupation de plaire et de séduire, etc...\n—En second lieu, alors même qu'il y aurait des danses telles, dénuées de tout\ncontenu moral et absolument formelles, provoquées par cet entraînement de\nla virtuosité pure qui est l'écueil de tous les arts, ce ne serait pas une raison\npour les condamner et les proscrire. Songeons que l'opéra, par suite de la\ndiversité des arts qu'il associe et du grand nombre d'attraits qu'il nous présente,\nréclame de l'auditeur un effort d'attention exceptionnel. Quand il a cinq actes\n(chiffre traditionnel de la tragédie), il est rare qu'on l'écoute sans un peu de\nfatigue. Il faut donc qu'il nous ménage des repos où les yeux seuls sont occupés\net où la pensée reste libre. S'il est agréable d'appliquer son esprit à un objet\nd'ordre élevé, il ne l'est pas moins, à de brefs intervalles de répit, de ne penser\nà rien. En ce cas, la danse est une sorte d'entr'acte rempli ; elle se justifie de la\nmême façon que les stances dans l'ancienne tragédié, ou les intermèdes et les\n« divertissements ».\nIl est d'ailleurs très contestable que quand une forme d'art n'exprime plus\nla pensée ou le sentiment (à supposer que ce soit possible), elle cesse d'être\nintéressante. L'art de la décoration pure, celui des arabesques, où apparaissent\ndes lignes et des formes sans modèles dans la nature, ne sont nullement négli-\ngeables. Il y a des tapis d'Orient dont les dessins ne peuvent être rattachés à\naucune idée expérimentale et qui pourtant sont admirables. Que signifient-ils ?\nOn serait embarrassé pour le dire. L'esthétique formaliste ne considère pas cet\nembarras comme une infériorité ; dans une œuvre quelconque elle n'estime\nque la composition : « La beauté d'un temple, dit Herbart dans un paradoxe\nhardi, n'a rien à attendre des meubles qu'on mettra dedans. » Ajoutez que dans\nla danse le plaisir inhérent au spectacle du mouvement bien réglé est rehaussé\npar ce fait : le type de beauté le plus parfait que nous connaissions, c'est le corps\nhumain.\nBien qu'on puisse rattacher l'une et l'autre au même principe, la danse\nmimétique et la danse lyrique sont séparées par des différences assez nom-\nbreuses. J'en vois quatre à noter."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3716, "texte": "io La danse qui est purement imitative n'est pas rythmée. Pour être vraie,\nelle suit les idées, les sentiments et les faits dans l'irrégularité même de la vie\nréelle. Elle est diverse, inégale, pleine de surprises. Elle équivaut, comme je\nl'ai dit, au récitatif chanté. Au contraire, la danse lyrique, tendant à l'abstrac-\ntion et à la concentration, a pour caractéristique avant tout d'être rythmée. Elle\nest formée d'un système de mouvements soumis à des retours périodiques et qui\nse répètent uniformément, d'un bout à l'autre de l'exécution, comme la mesure\nen musique. Entre la première et la seconde, il y a la même différence qu'entre\nune belle prose oratoire et la versification ou la composition antistrophique.\n2° La mimique n'est pas la même dans les deux types de danse. Celle de la\ndanse non rythmée est complexe, car elle développe et accentue celle qui accom-\npagne le langage naturel ; celle de la danse rythmée est beaucoup plus simple ;\nelle est apparentée à la mimique du chant, et, lorsqu'il s'agit d'une danse de\nbravoure, elle devient presque insignifiante ou banale à cause de sa généralité.\nTout ce qui était expressif dans les manières d'être du danseur— physionomie,\nattitudes, gestes se fond et se réduit dans une forme d'expression qui est sans\ndoute vivante, mais toujours la même ; elle dit quelque chose, mais sans aucune\nvariété. Ainsi la physionomie si mobile du mime est remplacée par un\nregard et un sourire d'un maniérisme immuable. Cette tendance à l'uniformité\nn'est pas spéciale, d'ailleurs, à la chorégraphie. On la trouve aussi dans les arts\nde la parole : les orateurs, les chanteurs, les comédiens du drame déclamé, ont\npresque tous, dans le genre sérieux, une disposition instinctive à ramener la\nvariété indéfinie des formes expressives à un petit nombre de formules dont ils\nusent constamment.\n3° La danse mimétique admet des exécutants de tout âge, et n'exige pas d'eux\nla même élégance. Elle admet des enfants, des vieillards, comme dans le drame\nlyrique des Grecs (ex. : YAntigone de Sophocle) ; elle admet même des personnes\ndifformes ou disgracieuses. Elle est diverse comme la vie. Le mime qui repré-\nsentait Vulcain surprenant Mars et Vénus n'oubliait pas sans doute que Vulcain\nétait boiteux. La danse rythmée et formelle, au contraire, ne peut être exécutée\nque par des artistes jeunes, adroits, très bien faits. Elle ne peut se passer de\ndistinction et de beauté. Il faut que le danseur (ou la danseuse), comme dit\nNoverre, « ait été coulé dans le moule des Grâces ».\n4° Le costume subit les conséquences de ce déplacement et de cette généra-\nlisation de l'intérêt. Dans la danse mimétique, il est déterminé, même dans le\nmythe et la fantaisie, par des raisons de vérité ou de vraisemblance ; dans la\ndanse rythmée, il n'a d'autre but que de favoriser les mouvements du danseur,\net de faire valoir... ses jambes, sur lesquelles se concentre tout l'intérêt.\nTels sont les caractères propres de la danse considérée sous ses deux aspects.\nAinsi, sauf une réserve peu importante, puisqu'elle porte sur des faits exception-\nnels et souvent mal observés, je considère la danse comme un art d'imitation.\nJ'ajoute que son pouvoir expressif est double et a deux aspects : il peut avoir un\nmodèle subjectif ou objectif. En d'autres termes, le danseur peut imiter : ou\nbien l'état affectif où il est réellement lui-même, ou bien celui d'un autre être,\nhomme ou animal, réel ou fictif, auquel il se substitue, ou bien encore il peut\nimiter des mouvements qui ont lieu en dehors de lui et qu'il reproduit avec\nune facilité que l'instinct d'imitation favorise singulièrement.\nDes deux types de danse (l'une rythmée, constituée par des systèmes de"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "mouvements dissociés des états affectifs ou des faits avec lesquels ils étaient\nd'abord connexes, et qui est à la mimique ce que la symphonie pure est à la\nsymphonie à programme ; l'autre, très souple et diverse, affranchie de la cons-\ntruction périodique, mais imitant la vie), la première triomphe habituellement\ndans le solo ; la seconde, comme le drame lui-même, est plus souvent un dia-\nlogue mimé entre deux, trois ou plusieurs personnages.\nAprès avoir indiqué les caractères intrinsèques de la danse, je dois marquer\nses rapports avec les autres arts associés dans le drame lyrique.\nII\nOn a dit : « La poésie est une danse parlée ; la danse est une poésie muette (i ). »\nEn réalité, la danse est apparentée à deux groupes d'arts imitateurs entre\nlesquels elle forme un lien, et qui ont en elle leur point de rencontre : les arts\nde l'éloquence (langage, chant, musique instrumentale) et les arts plastiques\n(sculpture, peinture, décoration).\nI. Dans le premier groupe, elle est apparentée au langage naturel, je l'ai\ndéjà indiqué, en ce qu'elle recueille et isole, pour la développer à part et\nl'idéaliser, la mimique dont nous accompagnons l'expression imitative de nos\nsentiments et de nos pensées. En ce qui concerne le chant et la musique instru-\nmentale, elle est apparentée à toutes les deux à la fois, par le mouvement, le\nrythme et quelquefois la mesure (danse lyrique), y compris la place des temps\nforts et des temps faibles. Pour celui qui chante et celui qui joue d'un instru-\nment comme pour celui qui danse, le rythme est fondé, ou peut être fondé sur\nun même système de durées. La syllabe frappée de l'accent tonique, le temps\nfort de la mesure et le frappé du pied se posant sur le sol peuvent coïncider. 11\nen est de même des valeurs faibles. Plus particulièrement le lien qui est établi\npar le rythme entre la danse et la musique instrumentale se trouve fortifié par\nle fait que partout et toujours danse et musique ont été liées : de telle sorte\nque si l'on conçoit un drame où le langage est uni à la musique, la danse peut\nêtre ajoutée comme déjà connexe à l'un et à l'autre des deux arts qui s'unissent.\nLa danse est souvent liée au chant, mais elle peut se passer de paroles. Au\ncontraire, elle ne peut pas se passer de musique. Pourquoi ? La musique qui\naccompagne toujours la danse a un triple objet : i° elle achève, par des\n« images » et des symboles, l'expression de tous les sentiments et des actes réels\nque le danseur représente par ses attitudes et ses gestes ; 2° elle marque le\nrythme, ce qui est indispensable en certains cas ; 30 sa fonction principale, pour\nle sens esthétique comme au point de vue de l'expression, est de remplacer les\nparoles. Elle est le langage des parties du drame qui sont mimées. C'est pour ce\nmotif que l'exécution d'un ballet peut durer presque aussi longtemps que la\nreprésentation d'un drame littéraire. La musique soutient l'intérêt ; la contre-\népreuve, c'est que, sans la musique, un ballet nous deviendrait intolérable au\nbout de quelques minutes.\n11. Dans le second groupe, la danse est apparentée aux arts du dessin. Elle est\nd abord une sculpture, mais une sculpture mobile, faite avec l'être vivant au\nlieu d'une matière inerte et lourde comme la pierre ou le marbre. Dans la sculp-\n\n(ï) Simonide, cité par Plutarque, Symposiaques, xv."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "ture, l'intérêt se porte sur une forme choisie dans la série d'attitudes que com-\nporte une action, et fixée au repos ; dans la danse, l'intérêt est déterminé par la\ntotalité des attitudes que prend le corps en mouvement, et entre lesquelles le\nspectateur fait une comparaison. La danse est-elle aussi une peinture ? Oui,\npeut-on répondre, sans allusion ironique à l'usage du fard. Et la seule observa-\ntion à faire en dehors du coloris me paraît être la suivante : l'expression du\nvisage, dans la peinture, est la chose principale, et c'est surtout là que se\ntraduit le caractère individuel de la personne, beaucoup plus que dans le torse\net les membres ; dans la danse, elle passe à un rang secondaire, et devient moins\nimportante que la signification ou la beauté des autres parties du corps. Il y a\nmême eu des danses qui ont centralisé tout l'intérêt dans le mouvement des\nmains, celui des hanches, celui des pieds, le tronc restant immobile et le visage\nimpassible, etc.\nCes considérations suffiraient à justifier l'emploi de la danse au théâtre. Des\nraisons plus décisives encore vont être fournies par l'histoire du genre, par ses\norigines, et par le rôle qu'il a joué dans la civilisation.\nPour que le mimétisme naturel créé par l'instinct arrive à un premier degré de\ncoordination et se transforme en système indépendant, tel que nous le voyons\ndans le drame lyrique, il a fallu une cause. Cette cause, nous la connaissons, et\nje n'ai qu'à montrer son action dans un domaine particulier.\nIci, comme pour les autres parties de mon sujet, je distingue trois périodes :\ni° la période primitive, où la danse est associée aux opérations magiques ; 2° la\npériode religieuse, qui fait suite à la précédente et en recueille les traditions ;\n3° la période profane, à laquelle nous appartenons.\nQuelques faits caractéristiques me suffiront pour montrer que dans ces trois\npériodes, rattachées l'une à l'autre par des liens visibles, la danse a toujours eu\nun caractère imitatif.\nIII\nChez les primitifs, on peut observer quatre sortes de danses: des danses de\nguerre ; des danses de chasse ; des danses d'actions de grâces ou commémora-\ntives ; des danses de séduction. Toutes sont réglées d'après la même loi.\nLa danse de guerre est très ancienne. Elle consiste à imiter le courage dans\nune action fictive pour le produire éventuellement dans une action réelle, et à\nimiter les mouvements de la bataille pour s'en rendre maître et s'assurer la\nvictoire. M. Maspéro en a donné une représentation figurée chez les Egyptiens\ndans les Mémoires de la Mission scientifique du Caire. Chez les Grecs elle\ns'appelait la pyrrhique. Elle était exécutée par des jeunes gens armés de l'épée,\ndu javelot et du bouclier ; ils simulaient toutes les péripéties d'un combat:\nattaque, défense, fuite, triomphe. Cette danse était surtout en honneur chez les\nSpartiates. Tacite, dans son opuscule sur la Germanie, nous dit que les anciens\nGermains n'avaient qu'un seul et unique spectacle : la danse des épées. Des\népées étaient fichées en terre, la pointe vers le ciel, et des jeunes gens nus devaient\ndanser au milieu d'elles. La danse guerrière était exécutée chez les Latins par\ndes danseurs officiels.\nEncore aujourd'hui on la trouve chez les sauvages ou demi-civilisés qui ont"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "conservé leurs plus vieilles traditions. En voici un échantillon musical pris chez\nles Indiens des États-Unis, et harmonisé par un compositeur américain,\nM. Arthur Farewell ( Wawan Press, vol. IV, Navajo war dance).\nLes danses de chasse sont tout aussi répandues. Chez les Australiens, il y a\nde grandes fêtes de nuit, appelées corrobboris, qui prennent parfois l'allure de\nreprésentations dramatiques, et qui consistent en une série de danses exécutées\nautour d'un grand feu par des jeunes gens que les « vieux » de la tribu ont pré-\nparés et entraînés longtemps d'avance à ce genre d'exercice. Une de ces danses,\naccompagnée d'un air dont nous avons la notation (reproduite par Vahlen dans\nson opuscule Über die Musik einiger Naturvôlker), a un rythme qui imite les\nbonds du kangourou dont la prise est convoitée par les chasseurs du pays.\nDans certaines danses usitées chez les Esquimaux, nous dit le marquis de Na-\ndaillac (Anthropologie, XIII, 1902, p. 101), les danseurs, dans un but identique\nd'imitation, sont affublés de têtes d'ours, de loups, d'hermines, de loutres. Voici\ncomment un voyageur du xvme siècle, le Dr Pallas, décrit les danses des\nOstiaks : « Les hommes et les jeunes garçons sont les seuls qui dansent. Ces\ndanses... représentent par les diverses positions, par les pas et les gestes du\ndanseur, les allures des différents oiseaux et animaux lorsqu'on les chasse, et les\nmouvements de certains poissons lors de la pêche. J'ai vu représenter la chasse\nde la zibeline, les allures de la grue et du renne, le vol de la boudrée et la\nmanière dont elle saisit sa proie, etc... Quand on veut représenter l'allure du\nrenne, il faut que la musique varie selon les différents mouvements de l'animal,\npour exprimer son pas, son trot, son galop et marquer lorsqu'il s'arrête (1). » La\nmission Mac Donald chez les indigènes des contrées baignées par le Niger et le\nBenuè a donné, en 1892, des renseignements analogues sur la danse de chasse (2).\nEn tout cela il faut bien se garder de voir un divertissement puéril ou une mas-\ncarade de carnaval ! C'est l'application de la règle fondamentale de la magie:\nagir sur le semblable par le semblable ; se donner un droit sur le gibier en possé-\ndant le secret de tous ses mouvements et en les reproduisant.\nComme danse d'actions degrâces ou commémorative, on peut citer, dans l'anti-\nquité classique, celle qui passait pour avoir été inventée en Crète par Dédale»\net à l'aide de laquelle on célébrait la délivrance des jeunes garçons et des jeunes\nfilles par Thésée, vainqueur du Minotaure. Homère l'a brièvement décrite au\nxvme chant de Ylliade : « Des jeunes gens de l'un et l'autre sexe dansent en se\ntenant par la main. Les jeunes filles sont vêtues d'un lin souple et léger ; les\nhommes ont des tuniques d'un tissu plus fort qui, teintes d'une huile précieuse,\njettent un faible éclat ; celles-là sont parées de couronnes ; ceux-ci ont des épées\n(d'or) suspendues à des baudriers (d'argent). Pliant leurs pieds dociles, tantôt ils\nvoltigent en rond... tantôt ils se mêlent et courent en formant divers labyrinthes. »\nIl y a aussi ce que j'ai appelé des danses de séduction, et ce que les ethnogra-\nphes appellent d'un mot plus brutal : danses lubriques. Elles consistent à inspirer\nl'amour par le simulacre de l'amour. Elles sont exécutées tantôt par des femmes\n\n(1) Voyage du D1* M. P. S. Pallas, docteur en médecine, en différentes provinces fe Vempire\nde Russie et dans l'Asie septentrionale, traduit de l'allemand par M. Gauthier de la Peyronie,\ncommis des Affaires étrangères (4 vol., Paris, 1789-93, chez Maradan, t. IV, p. 85 et suiv.).\n(2) Up the Niger, narrative of major Claude Macdonald's Mission to the Niger and Benue\nRivers, West Africa, by capitain A. F, Mockler Feryman, etc... London, 1892, chez G. Philip,\np. 273."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "seules (.Hula-Hula des Hawaïennes dans les îles Sandwich), tantôt par les\nhommes seuls (Kaoro des Australiens, à l'époque des mariages) ou par les deux\nsexes (comme chez les Esquimaux). <x Les danses alternantes des hommes et des\nfemmes ont été probablement, à l'origine des sociétés, un puissant auxiliaire de\nla sélection sexuelle. » (Deniker.)\nIII\nJ'arrive à la seconde période. Les cultes religieux se sont fondés sur des\ntraditions de magie; or la danse faisait partie de la magie, comme art d'imi-\ntation. Aussi constatons-nous, dans la plupart des religions, des danses rituelles ;\ndanses des chamans sibériens et des féticheurs nègres ; danses (?)des derviches\ntourneurs ; danses, avec masques, des prêtres bouddhistes ; danses des lévites\nchez les anciens Juifs. Ici encore, nous avons à constater un fait qui est à peu\nprès universel. On a dit quelquefois que les Scandinaves avaient ignoré la\ndanse (Rosenberg, Hansen) ; on sait aujourd'hui que la danse a été cultivée\npar les peuples du Nord comme par ceux du Midi (Pineau). Le monde musul-\nman est peut-être le seul (comme m'en informe un maître dans ce domaine\nphilologique, M. H. Derenbourg), où la danse rituelle n'existe pas. Pour ne pas\nmultiplier les exemples, je me bornerai à citer la danse du serpent chez les\nIndiens de l'Amérique du Nord. Là, comme en plusieurs autres pays, le serpent\nà sonnettes a été l'objet d'un culte très répandu. Les danseurs, formant une\nchaîne, imitent ses mouvements sinueux, et, avec des crécelles, ils reproduisent\nle bruit qu'il fait. La danse est accompagnée d'un chant rythmé, avec des for-\nmules qui se répètent. C'est de la magie, mais organisée socialement et fixée\nen culte religieux.\nJe n'ai pas voulu parler tout de suite des Grecs, parce qu'ils ne sont qu'un\ncas particulier qu'il fallait replacer, pour mieux le comprendre, parmi les\nautres faits qui héclairent. Chez eux, la danse ne doit pas être confondue avec\nnos « sauteries » modernes et mondaines ; elle est mimétique et rituelle ; elle\nse mêle aux divers cultes. Nous avons là-dessus beaucoup de témoignages : en\nparticulier les peintures des vases connues sous le nom de Danses des Anthes-\ntèries (ainsi appelées du mois Anthestèrion où avait lieu la fête de Dionysos), les\nbas-reliefs, les textes littéraires. Le traité de Lucien (11e siècle de l'ère chrétienne)\nest bien instructif à cet égard. Lucien, voulant réhabiliter la danse aux yeux\nd'un sceptique, emploie des arguments qui ne seraient certainement pas venus à\nl'esprit d'un moderne soumis à l'influence du christianisme. Il donne d'abord\ncette définition qui est à retenir : « La danse nous découvre les rapports qui\nexistent entre la beauté de l'âme et celle du corps ». On lit plus loin : « Le but\nprincipal de la danse, est l'art de démontrer, d'énoncer les pensées, d'exposer avec\nclarté les choses les plus obscures. Le plus bel éloge à faire d'un danseur\nserait de pouvoir louer en lui ce que Thucydide loue dans Périclès, » c'est-à-dire\nla netteté, la force démonstrative et persuasive, en un mot l'éloquence (i).\n\n(i) Noverre donne la définition suivante: « L'action, en matière de danse, est l'art de faire\npasser, par l'expression vraie de nos mouvements, de nos gestes et de la physionomie, nos senti-\nments et nos passions dans l'âme des spectateurs. » (Lettres sur les arts imitateurs, 1807, t. I,\np. 389.) Notons en passant que c'est à peu près la définition que Cicéron donnait de l'éloquence\ndans ses traités de Rhétorique."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.10", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3819, "texte": "Quelles sont donc les choses que le danseur doit imiter? C'est toute l'histoire\nfabuleuse du monde. Son programme est identique à celui du poète. Le danseur\na un programme très vaste, très brillant, qui exige un grand savoir ; il doit\nreprésenter tous les mythes: le combat des Titans, la naissance de Jupiter,\nle partage du monde entre les trois frères, la formation de l'homme, le feu ravi\nau ciel par Prométhée et le châtiment de ce dernier, Deucalion et les pierres\nchangées en hommes pour repeupler le monde après le Déluge, etc... Après\navoir esquissé une classification des mythes d'après l'ordre chronologique des\nfaits auxquels ils se rapportent, Lucien les groupe d'après les pays ou les\nvilles où ils ont pris naissance : à Corinthe, c'est la dispute de Neptune et du\nSoleil voulant tous deux régner souverainement sur la ville et prenant pour juge\nde leur différend le Cyclope Briarée, comme Neptune et Pallas s'étaient disputé\nla possession de l'Attique ; à Argos, c'est la légende de Danaé séduite par Zeus\ntransformé en pluie d'or, et celle de son fils Persée, vainqueur de la Gorgone ; à\nLacédémone, le jugement de Pâris au sujet de la pomme et l'enlèvement\nd'Hélène; en Crète, c'est Europe, Pasiphaë, les deux Taureaux, le labyrinthe,\nAriane, Phèdre, Androgée, Dédale, Icare, Glaucus ; en /Etolie, Atalante, la\nvierge guerrière et chasseresse ; en Thessalie, Orphée et les Ménades, Jason et\nles Argonautes... Je cite quelques traits sans vouloir faire d'énumération com-\nplète. Le danseur doit connaître, parce qu'il est tenu de les mettre en action,\ntous les mythes relatifs aux dieux de l'air, aux dieux de la terre, aux dieux des\nenfers. « Puisque son talent est d'imiter et qu'il s'engage à exprimer réellement\nce que disent les chanteurs, il faut qu'à l'exemple des orateurs il s'exerce à se\nrendre clair et intelligible, afin que l'on puisse comprendre tout ce qu'il veut\nexprimer et qu'on n'ait pas besoin d'un interprète. Il est nécessaire que celui\nqui voit danser puisse, comme le dit un oracle d'Apollon, entendre an muet. »\nVoici un exemple qui montre la puissance d'expression à laquelle cet art était\nparvenu. Sous le règne de Néron un philosophe de la secte cynique, Démétrius,\ndépréciait la danse par des critiques semblables à celles qu'on entend aujour-\nd'hui encore : il voyait en elle une addition inutile au son des flûtes, des fifres et\ndes cymbales ; il disait que le danseur n'ajoutait rien à la perfection du drame\net que ses mouvements étaient inutiles ; qu'il attirait l'attention par des acces-\nsoires tels que la richesse du costume, la beauté du masque et d'autres agré-*\nments à côté. Alors un célèbre danseur lui demanda de le voir avant de le\ncondamner. Il s'engagea à représenter devant lui, sans aucun secours étranger,\nun épisode légendaire. En effet, il fit taire ceci est un cas exceptionnel les\njoueurs de flûte, le chœur, et tout seul il représenta l'adultère de Mars et de\nVénus. On voyait le Soleil avertissant Vulcain ; celui-ci dressant un piège aux\ndeux amants et les enveloppant sous un filet de fer; tous les dieux arrivant l'un\naprès l'autre; Vénus pleine de confusion et suppliant Mars de la dérober aux\nyeux de tant de témoins, enfin les moindres détails de l'action.\nChez les peuples qui ont une mythologie très riche, la danse trouve donc des\nconditions de développement très favorables. Il aurait pu en être ainsi du chris-\ntianisme où les légendes des saints sont un trésor magnifique ; mais dès les\npremiers siècles, et pour des raisons que je n'ai pas encore à analyser, le chris-\ntianisme ne vit dans la danse que le côté voluptueux, et la répudia. Tout d'abord,\ncependant, il l'avait acceptée ; on trouve un reste de cette tradition dans ce qui\nse passe encore à la cathédrale de Séville pendant les fêtes de Pâques."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "Transportons-nous maintenant en pleine Renaissance Nous pouvons suivre\nnotre idée, mais nous la voyons affaiblie par la généralisation. Avant de devenir\npurement rythmique et alors même qu'elle était toute mondaine, la danse\nconservait quelque chose du caractère mimétique des danses primitives. Voici\ncomment Tabourot en décrit un spécimen dans son Orchésographie en 1589.\n« De mon jeune âge, dit Tabourot, ils dressaient sur la courante une forme de\njeu et ballet, car trois jeunes hommes choisissaient trois jeunes filles, et, s'étant\nmis en rang, le premier danseur avec sa demoiselle la menait sister à l'autre\nbout de la salle et retournait seul avec ses compagnons ; le deuxième en faisait\nde même ; puis le troisième, tellement que les trois jeunes filles demeuraient\nséparées à l'un des bouts de la salle et les jeunes hommes de l'autre: et quand\nle troisième était de retour, le premier allait en se gambadant et faisant plusieurs\nmines et contenances d'amoureux, comme époussetant et guindant ses chausses,\ntirant sa chemise bien à propos, allait (dis-je) requérir sa demoiselle, laquelle\nlui faisait refus de la main ou lui tournait le dos, quoi voyant, le jeune homme\ns'en retournait à sa place, faisant contenance d'être désespéré. Les autres en\nfaisaient autant ; enfin ils allaient tous trois ensemble requérir leurs dites demoi-\nselles chacun la sienne, en mettant le genoil en terre, et demandant merci les\nmains joinctes. Lors lesdites demoiselles se rendaient entre leurs bras et dan-\nsaient ladite courante pêle-mêle. »\nComme on le voit, c'est du mimétisme, mais très généralisé ; ce vague scéna-\nrio courtois et chevaleresque a perdu toute signification nominale. Il ne\ns'applique pas à telles personnes déterminées, mais à n'importe qui. Il est\nspécialisé et restera le même dans toutes les circonstances. C'est le même prin-\ncipe, mais à un nouveau stade d'évolution. Il en est de même dans les danses\nespagnoles où le danseur poursuit la danseuse, cherche à triompher de sa\ncoquetterie, et soutient avec elle une sorte de duel plein de ruses et de feintes.\nNous pouvons d ailleurs remarquer que la danse ayant pour objet la conquête\nde la femme par 1 homme grâce au mimétisme des sentiments sympathiques,\nest encore la plus usitée sur nos théâtres, elle est comme à la base du genre. On\npeut y voir une survivance lointaine, adoucie et moralisée par la civilisation du\nrapt primitif, usité encore, avant le mariage, comme rapt réel (chez les Arabes,\nles Turco-Mongols, les Caraïbes, les Patagons, les Birmans, les Australiens, les\npeuplades de l'Océanie, etc.).\nEn poursuivant cette revue rapide et en arrivant au xvne et au xvme siècles,\nnous voyons les choses se compliquer un peu. Les usages se transforment dans\ndes directions différentes et l'orientation pour divers genres n'est plus la même-\nNous observons cependant presque partout la même loi : le passage, par voie\nd'abstraction, du particulier au général.\ni° Autrefois, c'était la danse rythmée et formelle qui était l'essentiel. Les\nmenuets les passepieds, les musettes, les tambourins, les loures, les chaconnes\net les passacailles avec les « jetés battus », les « pointes », la (( royale » ou\n1' « entrechat coupé sans frottement », semblaient être le dernier terme de l'art\net de l'agrément. Ce sont les sujets du xvme siècle, jusque vers 1762, qui les\navaient mis en vogue : les danseuses Prévost, Sallé, la Camargo, Allard, Pélin,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.12", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "Guimard, Coulon ; les danseurs Dupré, Javilliers, Dumoulin, Vestris, célèbre\ndans le « pas de deux », Lamy, qui avait la spécialité de danser les pâtres\ndans les « bergeries héroïques », Dauberval, Lepicq, surnommé 1' « Apollon de\nla danse ».\nCes danses lyriques usitées sous l'ancien régime ont suivi une double évolu-\ntion.\nD'abord les danses traditionnelles se sont peu à peu altérées pour faire place\nà des nouveautés. Ainsi on ne trouva plus dans les opéras du xixe siècle les\ndanses qu'on aimait au temps deLulli ou au temps de Rameau. Les types alors\nconsacrés ont perdu la fixité de leurs formes pour faire place à des figures de plus\nen plus libres. En second lieu, les danses lyriques se sont peu à peu affranchies\nde toute appropriation ; elles se sont dépouillées de leur contenu pour prendre,\ntout en conservant leurs cadres rythmiques, une signification générale : à ce titre,\nelles sont passées dans la musique de chambre, dans l'oratorio, dans la sympho-\nnie, ou même dans le chant. Ainsi le menuet, avec Beethoven, devient scherzo\n(cf. sonates, op. 2, nosllet 111, et sonate en/amajeur,op. 10. Ason tour le scherzo\nsubira une autre transformation formelle et expressive avec Weber, Mendelssohn,\nSchubert, Schumann). On peut en dire autant des danses de Bach, des valses et\ndes polonaises de Schubert et de Chopin. Presque tous les mouvements à 6/8 de\nla musique de chambre ou de la symphonie sont une survivance de la gigue. La\nmusique vocale elle-même recueillecesformes détournées de leur premier objet.\nVoici, par exemple, une danse lyrique : la sicilienne. On finit par ne plus en rete-\nnir que le rythme :\non la retrouve tel dans des oratorios de Haendel, Suzanne, Thèodora (Londres,\n1748, 1749), dans les Noces de Figaro de Mozart (1786, air de Suzanne),\ncomme déjà dans Ph.-E. Bach (ire des six sonates, 3e recueil, en la mineur).\nLe rythme et la mesure sont seuls conservés. C'est comme une draperie de\ndessous laquelle ou aurait retiré le corps qu'elle recouvrait, mais qui aurait\nconservé tous ses plis, dessinant encore l'être vivant. Nous arrivons ainsi, sur ce\npoint spécial, au dernier terme d'une évolution qui a consisté à éliminer succes-\nsivement tous les caractères constitutifs de la danse réelle, et à n'en conserver\nque la modalité rythmique, pour la rendre peu à peu capabled'exprimer des sen-\ntiments très généraux, et enfin de porter la pensée musicale pure. C'est une loi\ndu progrès que l'on retrouverait ailleurs qu'en musique : on conserve de vieux\ncadres, mais on y met autre chose.\n20 Quant àla danse mimétique, certainement plus importante aux yeux du\nthéoricien, parce qu'elle est plus conforme à l'esprit du drame qui est avant tout\nune « imitation », et qu elle peut d'ailleurs réunir la beauté plastique, et même, à\nl'occasion, le rythme, aux attitudes expressives, l'ancien opéra moderne n'avait\npas compris tout le parti qu'on en pouvait tirer; il l'avait laissée tomber dans\nl'allégorie, où « l'imitation » était grossièrement faite par des moyens acces-\nsoires et parfois grotesques, abandonnés aujourd'hui à des théâtres et à des\ngenres inférieurs. Pour représenter les Vents, le danseur avait des soufflets\nà la main, des moulins à vent sur la tête et des habits de plume indiquant\nsa légèreté. Pour représenter le Monde, il prenait un habit ressemblant à une"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "carte de géographie et se couvrait d'inscriptions : sur le sein gauche, à la place\ndu cœur, Gallia ; sur le ventre, Germania ; sur une jambe, Italia ; sur une partie\nmoins noble, Terra australis incognito,.... On représentait la Musique avec un\nhabit rayé à plusieurs portées et une coiffure où on voyait une clé de so/, d'w/,\nou de fa. On faisait danser le Mensonge avec une jambe de bois, un habit garni\nde masques et une lanterne sourde à la main, etc... Ce sont là des enfantillages\net des fautes de goût. La véritable imitation est celle des mouvements invisibles\nde la sensibilité et de la volonté par les attitudes. J'ai déjà cité quelques\nexemples pour montrer jusqu'à quel degré de puissance cet art avait été élevé par\nles anciens. Chez les modernes, c'est à partir de la deuxième moitié du xvine siècle,\n1760 environ, et grâce aux réformes très intelligentes du célèbre maître de\nballet Noverre, que la belle danse mimétique a été remise en honneur. À ce\nsujet, je citerai une anecdote tirée des Lettres de Noverre sur lesAr/s imitateurs\nen général et sur la danse en particulier (Paris, chez Collin, 1807, t. I, p. 359 et\nsuiv.).\nGluck avait introduit quelques chœurs dans l'opéra d'Alceste, qu'il donna\nà Vienne, avec un poème écrit en italien, le 26 décembre 1767. Il ne put réunir\ndans la ville qu'un nombre insuffisant d'interprètes, et fut obligé d'avoir\nrecours aux chanteurs de la cathédrale, qui, au moment de la représentation,\nfurent distribués derrière les coulisses, parce qu'il leur était défendu de paraître\nsur un théâtre, et aussi pour le motif suivant. Ces chœurs demandaient de\nl'action, du mouvement, des gestes expressifs. Or, au cours des répétitions,\nGluck était impuissant à obtenir tout cela. Il était hors de lui, jetait sa per-\nruque à terre, se démenait inutilement. ((Je trouvai cet homme de génie et plein\nde feu, raconte Noverre, dans le désordre qu'impriment le dépit et la colère ; il\nme regarda sans me parler, puis, rompant le silence, il me dit, avec quelques\nexpressions énergiques que je ne rends pas : « Délivrez-moi donc, mon ami, de la\npeine où je suis. Donnez, par charité, du mouvement à ces automates ! » Je dis\nalors à Gluck, continue Noverre, qu'il était impossible d'employer ces machines,\nqu'elles gâteraient tout, et je lui conseillai de renoncer totalement à ces chœurs.\nidée : je lui proposai de distribuer les chanteurs derrière les coulisses, de telle\nsorte que le public ne pût les apercevoir, et je promis de les remplacer par l'é-\nlite de mon corps de ballet, de lui faire faire tous les gestes propres à l'exprès-\nsion du chant, et de combiner la chose de manière à persuader au public que\nles sujets quil voyait étaient ceux qui chantaient. Gluck pensa m'étouffer dans\nl'excès de sa joie. Il trouva mon projet excellent, et l'illusion fut complète. »\nCette anecdote est intéressante. Aujourd'hui, c'est l'orchestre seul qui, d'habitude,\nse fait entendre quand on danse, mais il faut que les danseurs ne fassent qu'un\navec l'orchestre, et nous persuadent que la musique entendue est comme le chant\nde ceux qui dansent.\nDe l'union des danses lyriques et des danses mimétiques en un tout ordonné\nest sorti le ballet qui occupe une si grande place dans l'histoire du théâtre. Il\nfut introduit en France par l'ltalienne Catherine de Médicis, femme de Henri II\net mère de Charles IX ; le premier ballet exécuté chez nous fut celui de Circè\net ses nymphes, en 1581. Sous les règnes de Henri 11, Henri 111, Charles IX,\nLouis XIII, Louis XIV, la danse fut très en honneur, car, étant aimée du souverain,\nelle ne pouvait manquer de l'être aussi de la cour. Louis XIII, qui était un peu"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3767, "texte": "compositeur, acheva de mettre le ballet à la mode : il dansa en personne le Ballet\ndes dix verds dont la musique avait été composée par Boesset et Bataille en 1616.\nLes compositeurs chorégraphiques de cette époque, qui est l'âge d'or du ballet,\nsontGuédron, Mauduit, Boesset. Jeciterai aussi : en 1615, le Triomphe de Minerve,\noù la musique de la chambre du Roi représentait les Tritonides, celle de la\nchapelle du Roi les « Esprits aériens », et où Ballard conduisait les luths vêtus en\namazones ; en 1617, la Délivrance de Renaud, musique de Belleville et Guédron,\noù Mauduit conduisit 60 chanteurs avecun orchestre de 45 musiciens ; en 1618, le\nPetit Ballet du Roi, où Louis XIII, qui avait appris la musique avec Ballard, fit\nle septième air, accompagné par le sieur Beauchamp, violon de la cour, qui\nfaisait la basse...\nEn France, le ballet a été d'abord mythologique, puis allégorique ; peu à peu\nil a donné naissance à des genres divers : nous avons eu le ballet dramatique,\nhistorique, romantique ou de fantaisie pure. Ou bien le ballet s'insère comme\ndivertissement dans un drame chanté (opéras de Meyerbeer), ou bien il forme\nune pièce indépendante et à part. En ce moment les deux genres sont repré-\nsentés à l'Opéra de Paris (ballet de Patrie de Paladilhe ; Le lac des Aulnes de\nM. Maréchal). La seule règle que l'on puisse formuler en la tirant de l'expérience\nc'est que la danse lyrique et la danse mimétique ne doivent pas s'exclure l'une\nl'autre ; c'est aussi que le ballet, quand il fait partie d'undrame, doit se rattacher\nà l'action par un lien suffisant, et que quand il forme une pièce à part il doit se\nconformeraux règles générales qui dominent ledrame lyrique.\nJe terminerai par quelques indications plus techniques. La danse est loin de\nprogresser comme l'art musical. Une des causes qui l'ont empêchée d'arriver à\nun développement très artistique, c'est l'absence d'un moyen spécifique capable\nde fixer la mimique et les mouvements du danseur, analogue à ce qu'est l'écri-\nture alphabétique pour le langage articulé ou la notation pour la musique. On\npeut bien décrire l'action qu'il s'agit de mimer, et les ballets ont leurs livrets\ncomme les opéras; mais la mimique peut être comprise et reconstituée tout\ndifféremment, faute d'une notation précise, par les artistes postérieurs, alors\nque la musique, au contraire, est fixée une fois pour toutes. On ne peut indiquer\nles mouvements du corps par un tracé graphique que d'une façon très impar-\nfaite, en dessinant les changements de place. Autrefois, on traçait sur le\npapier ce qu'on appelait les « chemins » ou la figure des danses ; les pas\nétaient indiqués sur ces chemins par des traits et des lignes de convention : la\nmesure était marquée par de petites barres posées transversalement qui divi-\nsaient les pas et fixaient les temps ; l'air sur lequel ces pas étaient composés se\nnotait au-dessus de la page, de sorte que huit mesures de « chorégraphie »\néquivalaient à huit mesures de musique. Mais cet arrangement était bien som-\nmaire. L'essentiel restait insaisissable. On ne peut pas noter les mouvements\nrythmiques du corps qui accompagnent les changements de place, et la réunion\nharmonieuse de ces deux choses dans un geste expressif. Là où ces moyens de\nfixation par l'écriture font défaut, on est obligé de se contenter de la mémoire ou\ndes indications transmises par une personne à une autre personne. Par suite, la\ndanse mimée se trouve encore au stade d'évolution où étaient la poésie avant l'in-\nvention de l'écriture et la musique avant celle de la notation. Il en résulte qu'elle\nest fondée sur un enseignement d'école. La « tradition » y devient très puis-\nsante, puisque c'est la seule base sur laquelle on peut s'appuyer; cette tradition"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3001, "texte": "se forme surtout en dehors de l'esprit critique, d'après le goût du public, et\nune fois qu elle s est mise d'accord avec lui, il est extrêmement difficile, même\nà un artiste original, de. sortir de la sujétion qui lui est imposée. Aussi la danse\nest-elle un genre où les transformations sont lentes et les innovations hardies\nbeaucoup plus rares que dans la musique et dans la poésie ; la tradition risque\nd'y dégénérer en routine.\nIl y a un autre inconvénient, peut-être plus grave, par l indication duquel je\nmettrai fin à cette leçon.\nLa danse est étroitement unie, comme je l'ai dit, à la musique. Il en résulte\nqu entre le danseur et le musicien écrivant la partition sur laquelle on danse, il\ndoit y avoir entente parfaite. Chez les anciens, lorsqu'une légende mythologique\nétait représentée, le joueur de flûte mettait tous ses soins à suivre de près les\ndémarches du mime, et à ajouter les moyens d'expression de son instrument à\nla manière dont les faits, les idées et les états affectifs étaient imités ; il savait les\nmouvements, avec leurs variations et leurs nuances, que prendrait le mime, les\npas qu il devait exécuter, et il se conformait à tout cela. Chez les modernes,\ncette coordination exacte s'est produite quelquefois (nous savons, par exemple,\nque 1 air caractéristique du ballet des Sauvages dans Iphigénie en Tauride, 1779,\na été écrit dans ces conditions), mais elle est très rare. Déjà Noverre, après\navoir fait 1 éloge de la musique de danse insérée par Rameau dans ses opéras,\nregrettait que l'auteur d Hippolyte et Aricie fût resté étranger à ce travail d'ap-\npropriation : « Que n eût-il pas fait si l'usage de se consulter mutuellement eût\nrégné à 1 Opéra !... si le maître de ballet lui avait communiqué ses idées (1) I » Et\nquelques pages plus loin : « Un compositeur de musique devrait savoir la danse\nou du moins connaître le tempo et la possibilité des mouvements qui sont\npropres à chaque genre, à chaque caractère et à chaque passion, pour pouvoir\najouter des traits convenables à toutes les situations que le danseur peut\npeindre » Contrairement à cette règle, voici ce qui arrive d'ordinaire. Lorsque\nle livret d un ballet est établi, le musicien écrit sa musique sans savoir le moins\ndu monde comment le danseur réglera sa mimique. Il imagine, d'après son sens\nmusical et sa fantaisie seule, des rythmes et des effets d'expression pour des\nmouvements et des attitudes qu'il ignore et qui n'existent pas encore ; d'autre\npaît, quand le danseur reçoit la partition et cherche à régler son rôle d'après ce\nqu a écrit le compositeur, il se trouve presque toujours que ce danseur n'est\npas musicien. D'où il suit qu'au lieu d'unir deux arts qui doivent se pénétrer\nntimement, on les juxtapose tant bien que mal ; cette juxtaposition produit\nsouvent une musique qui n est pas faite pour la danse, une danse qui n'est pas\nfaite pour la musique, et la réputation du genre en pâtit.\nA suivre.)\n\n(1 ) Libr. cit., I, p. 281.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "15", "image_debut": 1, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.1.1", "titre_corps": "Histoire du théâtre lyrique. — (DEUXIÈME LEÇON, du 23 décembre 1907) Les éléments du drame lyrique : 2º la Danse.", "titre_sommaire": "Histoire du théâtre lyrique. — (DEUXIÈME LEÇON, du 23 décembre 1907) Les éléments du drame lyrique : 2º la Danse.", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.1", "debut_caractere": 166, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "(&»•(.,\nLe tioisième art qui, après la musique et la poésie, constitue le drame lyrique\nest la danse. Jai à indiquer ses caractères intrinsèques, ses rapports avec les\nautres arts et sa fonction historique, en rattachant ces divers points de vue à\n1 idée générale qui a été exprimée dans ma première leçon et qui domine tout\nmon sujet.\nLa danse est aujourd'hui peu en faveur.\nOn tend à 1 éliminer, et il me semble qu'il y a un certain parallélisme, peut-\nêtre une relation de cause à effet, entre ce qui a lieu dans la société mondaine et\nau théâtre. Si la danse est peu en faveur sur la scène lyrique, ce n'est pas pour\ndes raisons de morale, loin de là. On ne redirait plus le mot cruel de Joubert :\n« Le danseur ennoblit tout ce qui est grossier et dégrade tout ce qui est\nhéroïque. » Les compositeurs de la nouvelle école voudraient proscrire la\ndanse comme un exercice purement formel qui est vide de sens et qui constitue\nune digression inutile dans une œuvre sérieuse. On lui reproche d'inter-\nrompre 1 intérêt supérieur de l'action, et de remplacer la haute éloquence des\nautres arts du rythme par un sensualisme d'ordre subalterne. On l'exclurait\nvolontiers de 1 opéra pour 1 abandonner à des théâtres où on va chercher tout\nautre chose que les joies du sens esthétique. Ces doléances un peu austères ne\nsont pas nouvelles :\nmérite en poésie.. Malheureusement il n'est point d'art qui aujourd'hui ait\nplus donné dans le mauvais goût que n'a fait la danse. En se prostituant à une\npoésie toute vulgaire, elle est descendue de ces hauteurs célestes où elle planait\npour régner sur les théâtres déshonorés par le vertige et la folie. Elle y exerce\nune absolue domination sur la musique dont elle a fait entièrement son\nesclave; mais, aux yeux des mortels sensés, elle a véritablement perdu toute\nestime. »\nQui parle ainsi ? Un observateur qui écrivait il y a plus de dix-huit cents ans :\n\nHistoire du théâtre lyrique. — (DEUXIÈME LEÇON,\ndu 23 décembre 1907)\nLes éléments du drame lyrique : 2º la Danse."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "le bon Plutarque. Mais une telle opinion ne peut être justifiée que par des abus\npassagers et non des pratiques normales. Reprise aujourd hui, cette condam-\nnation serait injuste et fondée sur des considérants très discutables. En tout cas,\nce n'est pas là que je dois prendre le point de vue de cette étude. En temps\nopportun j'examinerai les doctrines de quelques écoles. %\nHistoriquement, la danse est une partie essentielle du drame lyrique ; étant\nun art populaire, elle a été toujours liée à la mélodie chantée ou jouée sur des\ninstruments. A l'origine, l'histoire des formes musicales se confond presque\navec celle des danses. Dans les temps modernes, la sonate et la symphonie\nelle-même resteraient inexplicables, et on ne comprendrait pas leur genèse\nsi on ne tenait pas compte de ce qu'a été une allemande, un menuet une\ngigue et tous ces genres aimables qui, après s'être réunis dans la « Suite »,\nont évolué de deux côtés à la fois : vers le concert et vers le théâtre qui, l'un et\nl'autre, les ont recueillis en les transformant plus ou moins. A fortiori le drame\nlyrique est inséparable de la danse. Nos goûts changent avec une rapidité sin-\ngulière, une rapidité croissante qui fait songer àla loi de la chute des corps,\net il nous arrive tous les vingt ans, tous les dix ans, de proclamer absurde,\ncontraire à notre conception du « vrai », l'esthétique antérieurement suivie.\nNous ne pouvons cependant pas oublier que, pendant plus de trois siècles, la\ndanse a été en très grand honneur au théâtre ; que, sans elle, à une époque où\nle public se réglait sur la ville, la ville sur la cour, et la cour sur le roy, les\nderniers Valois et les Bourbons ne se seraient pas intéressés à l'établissement\nde l'opéra dans notre pays. Louis XIV a fondé chez nous l'opéra, et il a créé\nune « Académie de danse » ! C'était d'ailleurs excessif : que la danse émeuve,\nplaise, instruise même, soit ! qu'elle devienne un sujet de travail académique,\nc'est un peu ambitieux.\nDes considérations d'un autre ordre m'invitent à ne pas négliger cette partie\nde mon sujet. Le drame, ai-je dit en reprenant la définition d'Aristote, est une\nimitation. Or la danse est un art imitatif. Lamennais disait avec raison en 1840 :\n« La danse doit parler. . Elle est un mode spécial de manifestation. » Elle a deux\nformes : l'une équivalant au récitatif, l'autre analogue à une mélodie construite\nsur le principe de la périodicité et que j'ai appelée lyrique (danses populaires\net danses dites de caractère). Je vais l'examiner sous ces deux formes. Toutes deux\ndoivent entrer au même titre dans la définition du drame chanté que j'ai donnée\nen commençant.\nSi on « imite » avec la voix, on imite aussi avec la physionomie, avec les atti-\ntudes, avec les gestes, avec l'allure et les mouvements du corps. Ce n'est pas là\nune invention de l'art, mais un fait de nature. Instinctivement, quand nous\nparlons, et surtout quand nous faisons un récit pathétique, nous adaptons notre\nhabitas extérieur en même temps que notre langage, le timbre et les inflexions\nde notre voix à la nature des choses dont nous parlons. Au geste vocal s'ajoute\nle geste visible de toute la personne du narrateur, et le même rythme (plus ou\nmoins libre) les réunit. On « imite » même, par de tels moyens, d'une façon\ntrès rapide. La parole a les lenteurs de l'analyse ; un regard, un souiire, un\ngeste, peuvent traduire instantanément un état affectif. Cette traduction a une\nautre supériorité: étant instinctive et spontanée, elle est universellement intel-\nligible. Tout le monde ne comprend pas l'italien ou l'allemand, mais tout le\nmonde comprend l'éloquence d'un geste d'amour ou de haine, celle d'une atti-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": "tude de supplication ou de désespoir, celle d'une allure d'allégresse ou de\nsouffrance.\nIl y a un premier art de la danse qui se borne à coordonner et à traiter à\npart dans des systèmes indépendants ces éléments fournis par la nature : c'est\nla mimique. De même que, dans la chanson populaire, la mélodie a été abstraite\ndes paroles et transportée sur le luth, le clavecin ou l'orgue, pour créer la mu-\nsique instrumentale pure, de même, dans le langage de l'homme ému, on a\npris tous les signes physiologiques de l'émotion en les séparant de la parole\narticulée ; on les a abstraits pour constituer la mimique.\nCette danse mimétique (j'associe à dessein les deux mots, bien qu'on ait\ncontesté leur identité) est très en usage, chez les primitifs comme chez les\ncivilisés.\nDans son livre célèbre sur les origines de la civilisation, Lubbock dit que\nchez les sauvages et les incultes la danse n'est pas un amusement sans portée,\nmais une occupation sérieuse et utile mêlée à tous les actes de la vie\npublique. Et il donne, d'après Robertson, lesdétails suivants : « Si des relations\ndeviennent nécessaires entre deux tribus, les ambassadeurs de l'une s'appro-\nchent en exécutant une danse solennelle et présentent le calumet ou symbole de\nla paix ; les sachems de l'autre tribu les reçoivent avec la même cérémonie.\nS'ils déclarent la guerre à un ennemi, c'est au moyen d'une danse exprimant le\nressentiment qu'ils éprouvent et la vengeance qu'ils méditent... S'il s'agit d'a-\npaiser la colère des dieux ou de se réjouir de leurs bienfaits, de célébrer la\nnaissance d'un enfant ou de pleurer la mort d'un ami, ils ont des danses appro-\npriées à chacune de ces situations et exprimant les différents sentiments qui les\naniment.» Ainsi, dans la vie sociale des primitifs, il y a, si l'on peut parler ainsi,\nun ballet de paix, un ballet de guerre, etc... et chacun d'eux est une imitation\nsoit de faits réels, soit de sentiments liés à ces faits.\nDe ce témoignage de Lubbock, nous disant que chez les peuplades incultes la\ndanse est mêlée à tous les actes importants de la vie sociale, on peut rapprocher\nl'anecdote contée par Lucien dans son traité sur la danse. Un jour, un prince\nbarbare vient à Rome, à la cour de Néron, et, en son honneur, on donne une\nféte dans laquelle on produit un danseur célèbre. Au moment de prendre congé,\nl'empereur serre la main de son hôte et lui offre de lui donner comme souvenir\nde son voyage ce qu'il lui plaira. Donne-moi ce danseur! répond le barbare.\nNéron, qui n'est pas un primitif, ne comprend pas, et il demande : A quoi te ser-\nvira-t-il donc ? —• J'ai pour voisins, répond le prince étranger, des barbares qui\nparlent une autre langue que la mienne, et je ne saurais trouver d'interprètes pour\ntraiter avec eux ; lorsque f aurai besoin de leur faire dire quelque chose, celui-ci,\npar ses gestes, me servira de truchement. » La danse est donc un langage ; elle\n« parle », comme dit Lamennais, et n'est pas une simple gymnastique.\nLa seconde forme, que j'ai appelée lyrique et à laquelle certains auteurs ont\nréservé le nom de danse, est dans le même cas. Elle donne aux mouvements\ndu corps des formes périodiques et elle a une tendance à concentrer tous les\néléments imitatifs dans des types presque immuables.\nEn cela elle paraît être en dehors de l'imitation : il n'en est rien cependant ;\ncar la concentration des modes expressifs suppose celle des sentiments à expri-\nmer. En un mot, la danse lyrique s'explique par un état d'âme lyrique. Si\nune danseuse exécute des pas formant des phrases uniformément répétées, ou"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3636, "texte": "des strophes suivies d'antistrophes, c'est parce que le sentiment qu'elle traduit\nentraîne, par son intensité, la construction périodique. En chorégraphie, on\npasse de la forme indéterminée à la forme régulière et construite, pour les\nmêmes raisons qui, dans le chant, font passer du récitatif à 1 arioso ou à 1 air.\nTelle est la règle générale. Habituellement, il est vrai, elle souffre beaucoup\nd'exceptions. On peut distinguer deux cas. La danse lyrique est quelquefois\nune danse nationale et populaire qu'on insère dans l'opéra, à titre de simple\ndocument, ayant un intérêt analogue à celui qui s'attache au décor de 1 action\nou à un tableau de genre dont l'intérêt est limité à des mœurs locales.\nD'autres fois la danseuse exécute des mouvements qui ont en eux-mêmes\nleur fin, c'est-à-dire qu'ils demandent à être appréciés en tant que mouve-\nments pour leur agilité ou leur grâce, comme une virtuosité spéciale, sans\nqu'on ait à faire intervenir l'idée d'un état affectif quelconque. C'est précisément\ncette forme de danse que beaucoup de compositeurs contemporains voudraient\néliminer, comme vaine et indigne du théâtre. Tout en me réservant de discuter\ncette opinion, je dirai d'abord que l'argument allégué suppose un cas extrême-\nment rare. Il est très difficile d'indiquer une situation, dans les œuvres connues,\noù la danse ne se rattache pas à un sentiment tel que la joie, le bonheur de\nvivre, la fantaisie, la coquetterie, la préoccupation de plaire et de séduire, etc...\n—En second lieu, alors même qu'il y aurait des danses telles, dénuées de tout\ncontenu moral et absolument formelles, provoquées par cet entraînement de\nla virtuosité pure qui est l'écueil de tous les arts, ce ne serait pas une raison\npour les condamner et les proscrire. Songeons que l'opéra, par suite de la\ndiversité des arts qu'il associe et du grand nombre d'attraits qu'il nous présente,\nréclame de l'auditeur un effort d'attention exceptionnel. Quand il a cinq actes\n(chiffre traditionnel de la tragédie), il est rare qu'on l'écoute sans un peu de\nfatigue. Il faut donc qu'il nous ménage des repos où les yeux seuls sont occupés\net où la pensée reste libre. S'il est agréable d'appliquer son esprit à un objet\nd'ordre élevé, il ne l'est pas moins, à de brefs intervalles de répit, de ne penser\nà rien. En ce cas, la danse est une sorte d'entr'acte rempli ; elle se justifie de la\nmême façon que les stances dans l'ancienne tragédié, ou les intermèdes et les\n« divertissements ».\nIl est d'ailleurs très contestable que quand une forme d'art n'exprime plus\nla pensée ou le sentiment (à supposer que ce soit possible), elle cesse d'être\nintéressante. L'art de la décoration pure, celui des arabesques, où apparaissent\ndes lignes et des formes sans modèles dans la nature, ne sont nullement négli-\ngeables. Il y a des tapis d'Orient dont les dessins ne peuvent être rattachés à\naucune idée expérimentale et qui pourtant sont admirables. Que signifient-ils ?\nOn serait embarrassé pour le dire. L'esthétique formaliste ne considère pas cet\nembarras comme une infériorité ; dans une œuvre quelconque elle n'estime\nque la composition : « La beauté d'un temple, dit Herbart dans un paradoxe\nhardi, n'a rien à attendre des meubles qu'on mettra dedans. » Ajoutez que dans\nla danse le plaisir inhérent au spectacle du mouvement bien réglé est rehaussé\npar ce fait : le type de beauté le plus parfait que nous connaissions, c'est le corps\nhumain.\nBien qu'on puisse rattacher l'une et l'autre au même principe, la danse\nmimétique et la danse lyrique sont séparées par des différences assez nom-\nbreuses. J'en vois quatre à noter."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3716, "texte": "io La danse qui est purement imitative n'est pas rythmée. Pour être vraie,\nelle suit les idées, les sentiments et les faits dans l'irrégularité même de la vie\nréelle. Elle est diverse, inégale, pleine de surprises. Elle équivaut, comme je\nl'ai dit, au récitatif chanté. Au contraire, la danse lyrique, tendant à l'abstrac-\ntion et à la concentration, a pour caractéristique avant tout d'être rythmée. Elle\nest formée d'un système de mouvements soumis à des retours périodiques et qui\nse répètent uniformément, d'un bout à l'autre de l'exécution, comme la mesure\nen musique. Entre la première et la seconde, il y a la même différence qu'entre\nune belle prose oratoire et la versification ou la composition antistrophique.\n2° La mimique n'est pas la même dans les deux types de danse. Celle de la\ndanse non rythmée est complexe, car elle développe et accentue celle qui accom-\npagne le langage naturel ; celle de la danse rythmée est beaucoup plus simple ;\nelle est apparentée à la mimique du chant, et, lorsqu'il s'agit d'une danse de\nbravoure, elle devient presque insignifiante ou banale à cause de sa généralité.\nTout ce qui était expressif dans les manières d'être du danseur— physionomie,\nattitudes, gestes se fond et se réduit dans une forme d'expression qui est sans\ndoute vivante, mais toujours la même ; elle dit quelque chose, mais sans aucune\nvariété. Ainsi la physionomie si mobile du mime est remplacée par un\nregard et un sourire d'un maniérisme immuable. Cette tendance à l'uniformité\nn'est pas spéciale, d'ailleurs, à la chorégraphie. On la trouve aussi dans les arts\nde la parole : les orateurs, les chanteurs, les comédiens du drame déclamé, ont\npresque tous, dans le genre sérieux, une disposition instinctive à ramener la\nvariété indéfinie des formes expressives à un petit nombre de formules dont ils\nusent constamment.\n3° La danse mimétique admet des exécutants de tout âge, et n'exige pas d'eux\nla même élégance. Elle admet des enfants, des vieillards, comme dans le drame\nlyrique des Grecs (ex. : YAntigone de Sophocle) ; elle admet même des personnes\ndifformes ou disgracieuses. Elle est diverse comme la vie. Le mime qui repré-\nsentait Vulcain surprenant Mars et Vénus n'oubliait pas sans doute que Vulcain\nétait boiteux. La danse rythmée et formelle, au contraire, ne peut être exécutée\nque par des artistes jeunes, adroits, très bien faits. Elle ne peut se passer de\ndistinction et de beauté. Il faut que le danseur (ou la danseuse), comme dit\nNoverre, « ait été coulé dans le moule des Grâces ».\n4° Le costume subit les conséquences de ce déplacement et de cette généra-\nlisation de l'intérêt. Dans la danse mimétique, il est déterminé, même dans le\nmythe et la fantaisie, par des raisons de vérité ou de vraisemblance ; dans la\ndanse rythmée, il n'a d'autre but que de favoriser les mouvements du danseur,\net de faire valoir... ses jambes, sur lesquelles se concentre tout l'intérêt.\nTels sont les caractères propres de la danse considérée sous ses deux aspects.\nAinsi, sauf une réserve peu importante, puisqu'elle porte sur des faits exception-\nnels et souvent mal observés, je considère la danse comme un art d'imitation.\nJ'ajoute que son pouvoir expressif est double et a deux aspects : il peut avoir un\nmodèle subjectif ou objectif. En d'autres termes, le danseur peut imiter : ou\nbien l'état affectif où il est réellement lui-même, ou bien celui d'un autre être,\nhomme ou animal, réel ou fictif, auquel il se substitue, ou bien encore il peut\nimiter des mouvements qui ont lieu en dehors de lui et qu'il reproduit avec\nune facilité que l'instinct d'imitation favorise singulièrement.\nDes deux types de danse (l'une rythmée, constituée par des systèmes de"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "mouvements dissociés des états affectifs ou des faits avec lesquels ils étaient\nd'abord connexes, et qui est à la mimique ce que la symphonie pure est à la\nsymphonie à programme ; l'autre, très souple et diverse, affranchie de la cons-\ntruction périodique, mais imitant la vie), la première triomphe habituellement\ndans le solo ; la seconde, comme le drame lui-même, est plus souvent un dia-\nlogue mimé entre deux, trois ou plusieurs personnages.\nAprès avoir indiqué les caractères intrinsèques de la danse, je dois marquer\nses rapports avec les autres arts associés dans le drame lyrique.\nII\nOn a dit : « La poésie est une danse parlée ; la danse est une poésie muette (i ). »\nEn réalité, la danse est apparentée à deux groupes d'arts imitateurs entre\nlesquels elle forme un lien, et qui ont en elle leur point de rencontre : les arts\nde l'éloquence (langage, chant, musique instrumentale) et les arts plastiques\n(sculpture, peinture, décoration).\nI. Dans le premier groupe, elle est apparentée au langage naturel, je l'ai\ndéjà indiqué, en ce qu'elle recueille et isole, pour la développer à part et\nl'idéaliser, la mimique dont nous accompagnons l'expression imitative de nos\nsentiments et de nos pensées. En ce qui concerne le chant et la musique instru-\nmentale, elle est apparentée à toutes les deux à la fois, par le mouvement, le\nrythme et quelquefois la mesure (danse lyrique), y compris la place des temps\nforts et des temps faibles. Pour celui qui chante et celui qui joue d'un instru-\nment comme pour celui qui danse, le rythme est fondé, ou peut être fondé sur\nun même système de durées. La syllabe frappée de l'accent tonique, le temps\nfort de la mesure et le frappé du pied se posant sur le sol peuvent coïncider. 11\nen est de même des valeurs faibles. Plus particulièrement le lien qui est établi\npar le rythme entre la danse et la musique instrumentale se trouve fortifié par\nle fait que partout et toujours danse et musique ont été liées : de telle sorte\nque si l'on conçoit un drame où le langage est uni à la musique, la danse peut\nêtre ajoutée comme déjà connexe à l'un et à l'autre des deux arts qui s'unissent.\nLa danse est souvent liée au chant, mais elle peut se passer de paroles. Au\ncontraire, elle ne peut pas se passer de musique. Pourquoi ? La musique qui\naccompagne toujours la danse a un triple objet : i° elle achève, par des\n« images » et des symboles, l'expression de tous les sentiments et des actes réels\nque le danseur représente par ses attitudes et ses gestes ; 2° elle marque le\nrythme, ce qui est indispensable en certains cas ; 30 sa fonction principale, pour\nle sens esthétique comme au point de vue de l'expression, est de remplacer les\nparoles. Elle est le langage des parties du drame qui sont mimées. C'est pour ce\nmotif que l'exécution d'un ballet peut durer presque aussi longtemps que la\nreprésentation d'un drame littéraire. La musique soutient l'intérêt ; la contre-\népreuve, c'est que, sans la musique, un ballet nous deviendrait intolérable au\nbout de quelques minutes.\n11. Dans le second groupe, la danse est apparentée aux arts du dessin. Elle est\nd abord une sculpture, mais une sculpture mobile, faite avec l'être vivant au\nlieu d'une matière inerte et lourde comme la pierre ou le marbre. Dans la sculp-\n\n(ï) Simonide, cité par Plutarque, Symposiaques, xv."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3289, "texte": "ture, l'intérêt se porte sur une forme choisie dans la série d'attitudes que com-\nporte une action, et fixée au repos ; dans la danse, l'intérêt est déterminé par la\ntotalité des attitudes que prend le corps en mouvement, et entre lesquelles le\nspectateur fait une comparaison. La danse est-elle aussi une peinture ? Oui,\npeut-on répondre, sans allusion ironique à l'usage du fard. Et la seule observa-\ntion à faire en dehors du coloris me paraît être la suivante : l'expression du\nvisage, dans la peinture, est la chose principale, et c'est surtout là que se\ntraduit le caractère individuel de la personne, beaucoup plus que dans le torse\net les membres ; dans la danse, elle passe à un rang secondaire, et devient moins\nimportante que la signification ou la beauté des autres parties du corps. Il y a\nmême eu des danses qui ont centralisé tout l'intérêt dans le mouvement des\nmains, celui des hanches, celui des pieds, le tronc restant immobile et le visage\nimpassible, etc.\nCes considérations suffiraient à justifier l'emploi de la danse au théâtre. Des\nraisons plus décisives encore vont être fournies par l'histoire du genre, par ses\norigines, et par le rôle qu'il a joué dans la civilisation.\nPour que le mimétisme naturel créé par l'instinct arrive à un premier degré de\ncoordination et se transforme en système indépendant, tel que nous le voyons\ndans le drame lyrique, il a fallu une cause. Cette cause, nous la connaissons, et\nje n'ai qu'à montrer son action dans un domaine particulier.\nIci, comme pour les autres parties de mon sujet, je distingue trois périodes :\ni° la période primitive, où la danse est associée aux opérations magiques ; 2° la\npériode religieuse, qui fait suite à la précédente et en recueille les traditions ;\n3° la période profane, à laquelle nous appartenons.\nQuelques faits caractéristiques me suffiront pour montrer que dans ces trois\npériodes, rattachées l'une à l'autre par des liens visibles, la danse a toujours eu\nun caractère imitatif.\nIII\nChez les primitifs, on peut observer quatre sortes de danses: des danses de\nguerre ; des danses de chasse ; des danses d'actions de grâces ou commémora-\ntives ; des danses de séduction. Toutes sont réglées d'après la même loi.\nLa danse de guerre est très ancienne. Elle consiste à imiter le courage dans\nune action fictive pour le produire éventuellement dans une action réelle, et à\nimiter les mouvements de la bataille pour s'en rendre maître et s'assurer la\nvictoire. M. Maspéro en a donné une représentation figurée chez les Egyptiens\ndans les Mémoires de la Mission scientifique du Caire. Chez les Grecs elle\ns'appelait la pyrrhique. Elle était exécutée par des jeunes gens armés de l'épée,\ndu javelot et du bouclier ; ils simulaient toutes les péripéties d'un combat:\nattaque, défense, fuite, triomphe. Cette danse était surtout en honneur chez les\nSpartiates. Tacite, dans son opuscule sur la Germanie, nous dit que les anciens\nGermains n'avaient qu'un seul et unique spectacle : la danse des épées. Des\népées étaient fichées en terre, la pointe vers le ciel, et des jeunes gens nus devaient\ndanser au milieu d'elles. La danse guerrière était exécutée chez les Latins par\ndes danseurs officiels.\nEncore aujourd'hui on la trouve chez les sauvages ou demi-civilisés qui ont"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "conservé leurs plus vieilles traditions. En voici un échantillon musical pris chez\nles Indiens des États-Unis, et harmonisé par un compositeur américain,\nM. Arthur Farewell ( Wawan Press, vol. IV, Navajo war dance).\nLes danses de chasse sont tout aussi répandues. Chez les Australiens, il y a\nde grandes fêtes de nuit, appelées corrobboris, qui prennent parfois l'allure de\nreprésentations dramatiques, et qui consistent en une série de danses exécutées\nautour d'un grand feu par des jeunes gens que les « vieux » de la tribu ont pré-\nparés et entraînés longtemps d'avance à ce genre d'exercice. Une de ces danses,\naccompagnée d'un air dont nous avons la notation (reproduite par Vahlen dans\nson opuscule Über die Musik einiger Naturvôlker), a un rythme qui imite les\nbonds du kangourou dont la prise est convoitée par les chasseurs du pays.\nDans certaines danses usitées chez les Esquimaux, nous dit le marquis de Na-\ndaillac (Anthropologie, XIII, 1902, p. 101), les danseurs, dans un but identique\nd'imitation, sont affublés de têtes d'ours, de loups, d'hermines, de loutres. Voici\ncomment un voyageur du xvme siècle, le Dr Pallas, décrit les danses des\nOstiaks : « Les hommes et les jeunes garçons sont les seuls qui dansent. Ces\ndanses... représentent par les diverses positions, par les pas et les gestes du\ndanseur, les allures des différents oiseaux et animaux lorsqu'on les chasse, et les\nmouvements de certains poissons lors de la pêche. J'ai vu représenter la chasse\nde la zibeline, les allures de la grue et du renne, le vol de la boudrée et la\nmanière dont elle saisit sa proie, etc... Quand on veut représenter l'allure du\nrenne, il faut que la musique varie selon les différents mouvements de l'animal,\npour exprimer son pas, son trot, son galop et marquer lorsqu'il s'arrête (1). » La\nmission Mac Donald chez les indigènes des contrées baignées par le Niger et le\nBenuè a donné, en 1892, des renseignements analogues sur la danse de chasse (2).\nEn tout cela il faut bien se garder de voir un divertissement puéril ou une mas-\ncarade de carnaval ! C'est l'application de la règle fondamentale de la magie:\nagir sur le semblable par le semblable ; se donner un droit sur le gibier en possé-\ndant le secret de tous ses mouvements et en les reproduisant.\nComme danse d'actions degrâces ou commémorative, on peut citer, dans l'anti-\nquité classique, celle qui passait pour avoir été inventée en Crète par Dédale»\net à l'aide de laquelle on célébrait la délivrance des jeunes garçons et des jeunes\nfilles par Thésée, vainqueur du Minotaure. Homère l'a brièvement décrite au\nxvme chant de Ylliade : « Des jeunes gens de l'un et l'autre sexe dansent en se\ntenant par la main. Les jeunes filles sont vêtues d'un lin souple et léger ; les\nhommes ont des tuniques d'un tissu plus fort qui, teintes d'une huile précieuse,\njettent un faible éclat ; celles-là sont parées de couronnes ; ceux-ci ont des épées\n(d'or) suspendues à des baudriers (d'argent). Pliant leurs pieds dociles, tantôt ils\nvoltigent en rond... tantôt ils se mêlent et courent en formant divers labyrinthes. »\nIl y a aussi ce que j'ai appelé des danses de séduction, et ce que les ethnogra-\nphes appellent d'un mot plus brutal : danses lubriques. Elles consistent à inspirer\nl'amour par le simulacre de l'amour. Elles sont exécutées tantôt par des femmes\n\n(1) Voyage du D1* M. P. S. Pallas, docteur en médecine, en différentes provinces fe Vempire\nde Russie et dans l'Asie septentrionale, traduit de l'allemand par M. Gauthier de la Peyronie,\ncommis des Affaires étrangères (4 vol., Paris, 1789-93, chez Maradan, t. IV, p. 85 et suiv.).\n(2) Up the Niger, narrative of major Claude Macdonald's Mission to the Niger and Benue\nRivers, West Africa, by capitain A. F, Mockler Feryman, etc... London, 1892, chez G. Philip,\np. 273."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "seules (.Hula-Hula des Hawaïennes dans les îles Sandwich), tantôt par les\nhommes seuls (Kaoro des Australiens, à l'époque des mariages) ou par les deux\nsexes (comme chez les Esquimaux). <x Les danses alternantes des hommes et des\nfemmes ont été probablement, à l'origine des sociétés, un puissant auxiliaire de\nla sélection sexuelle. » (Deniker.)\nIII\nJ'arrive à la seconde période. Les cultes religieux se sont fondés sur des\ntraditions de magie; or la danse faisait partie de la magie, comme art d'imi-\ntation. Aussi constatons-nous, dans la plupart des religions, des danses rituelles ;\ndanses des chamans sibériens et des féticheurs nègres ; danses (?)des derviches\ntourneurs ; danses, avec masques, des prêtres bouddhistes ; danses des lévites\nchez les anciens Juifs. Ici encore, nous avons à constater un fait qui est à peu\nprès universel. On a dit quelquefois que les Scandinaves avaient ignoré la\ndanse (Rosenberg, Hansen) ; on sait aujourd'hui que la danse a été cultivée\npar les peuples du Nord comme par ceux du Midi (Pineau). Le monde musul-\nman est peut-être le seul (comme m'en informe un maître dans ce domaine\nphilologique, M. H. Derenbourg), où la danse rituelle n'existe pas. Pour ne pas\nmultiplier les exemples, je me bornerai à citer la danse du serpent chez les\nIndiens de l'Amérique du Nord. Là, comme en plusieurs autres pays, le serpent\nà sonnettes a été l'objet d'un culte très répandu. Les danseurs, formant une\nchaîne, imitent ses mouvements sinueux, et, avec des crécelles, ils reproduisent\nle bruit qu'il fait. La danse est accompagnée d'un chant rythmé, avec des for-\nmules qui se répètent. C'est de la magie, mais organisée socialement et fixée\nen culte religieux.\nJe n'ai pas voulu parler tout de suite des Grecs, parce qu'ils ne sont qu'un\ncas particulier qu'il fallait replacer, pour mieux le comprendre, parmi les\nautres faits qui héclairent. Chez eux, la danse ne doit pas être confondue avec\nnos « sauteries » modernes et mondaines ; elle est mimétique et rituelle ; elle\nse mêle aux divers cultes. Nous avons là-dessus beaucoup de témoignages : en\nparticulier les peintures des vases connues sous le nom de Danses des Anthes-\ntèries (ainsi appelées du mois Anthestèrion où avait lieu la fête de Dionysos), les\nbas-reliefs, les textes littéraires. Le traité de Lucien (11e siècle de l'ère chrétienne)\nest bien instructif à cet égard. Lucien, voulant réhabiliter la danse aux yeux\nd'un sceptique, emploie des arguments qui ne seraient certainement pas venus à\nl'esprit d'un moderne soumis à l'influence du christianisme. Il donne d'abord\ncette définition qui est à retenir : « La danse nous découvre les rapports qui\nexistent entre la beauté de l'âme et celle du corps ». On lit plus loin : « Le but\nprincipal de la danse, est l'art de démontrer, d'énoncer les pensées, d'exposer avec\nclarté les choses les plus obscures. Le plus bel éloge à faire d'un danseur\nserait de pouvoir louer en lui ce que Thucydide loue dans Périclès, » c'est-à-dire\nla netteté, la force démonstrative et persuasive, en un mot l'éloquence (i).\n\n(i) Noverre donne la définition suivante: « L'action, en matière de danse, est l'art de faire\npasser, par l'expression vraie de nos mouvements, de nos gestes et de la physionomie, nos senti-\nments et nos passions dans l'âme des spectateurs. » (Lettres sur les arts imitateurs, 1807, t. I,\np. 389.) Notons en passant que c'est à peu près la définition que Cicéron donnait de l'éloquence\ndans ses traités de Rhétorique."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.10", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3819, "texte": "Quelles sont donc les choses que le danseur doit imiter? C'est toute l'histoire\nfabuleuse du monde. Son programme est identique à celui du poète. Le danseur\na un programme très vaste, très brillant, qui exige un grand savoir ; il doit\nreprésenter tous les mythes: le combat des Titans, la naissance de Jupiter,\nle partage du monde entre les trois frères, la formation de l'homme, le feu ravi\nau ciel par Prométhée et le châtiment de ce dernier, Deucalion et les pierres\nchangées en hommes pour repeupler le monde après le Déluge, etc... Après\navoir esquissé une classification des mythes d'après l'ordre chronologique des\nfaits auxquels ils se rapportent, Lucien les groupe d'après les pays ou les\nvilles où ils ont pris naissance : à Corinthe, c'est la dispute de Neptune et du\nSoleil voulant tous deux régner souverainement sur la ville et prenant pour juge\nde leur différend le Cyclope Briarée, comme Neptune et Pallas s'étaient disputé\nla possession de l'Attique ; à Argos, c'est la légende de Danaé séduite par Zeus\ntransformé en pluie d'or, et celle de son fils Persée, vainqueur de la Gorgone ; à\nLacédémone, le jugement de Pâris au sujet de la pomme et l'enlèvement\nd'Hélène; en Crète, c'est Europe, Pasiphaë, les deux Taureaux, le labyrinthe,\nAriane, Phèdre, Androgée, Dédale, Icare, Glaucus ; en /Etolie, Atalante, la\nvierge guerrière et chasseresse ; en Thessalie, Orphée et les Ménades, Jason et\nles Argonautes... Je cite quelques traits sans vouloir faire d'énumération com-\nplète. Le danseur doit connaître, parce qu'il est tenu de les mettre en action,\ntous les mythes relatifs aux dieux de l'air, aux dieux de la terre, aux dieux des\nenfers. « Puisque son talent est d'imiter et qu'il s'engage à exprimer réellement\nce que disent les chanteurs, il faut qu'à l'exemple des orateurs il s'exerce à se\nrendre clair et intelligible, afin que l'on puisse comprendre tout ce qu'il veut\nexprimer et qu'on n'ait pas besoin d'un interprète. Il est nécessaire que celui\nqui voit danser puisse, comme le dit un oracle d'Apollon, entendre an muet. »\nVoici un exemple qui montre la puissance d'expression à laquelle cet art était\nparvenu. Sous le règne de Néron un philosophe de la secte cynique, Démétrius,\ndépréciait la danse par des critiques semblables à celles qu'on entend aujour-\nd'hui encore : il voyait en elle une addition inutile au son des flûtes, des fifres et\ndes cymbales ; il disait que le danseur n'ajoutait rien à la perfection du drame\net que ses mouvements étaient inutiles ; qu'il attirait l'attention par des acces-\nsoires tels que la richesse du costume, la beauté du masque et d'autres agré-*\nments à côté. Alors un célèbre danseur lui demanda de le voir avant de le\ncondamner. Il s'engagea à représenter devant lui, sans aucun secours étranger,\nun épisode légendaire. En effet, il fit taire ceci est un cas exceptionnel les\njoueurs de flûte, le chœur, et tout seul il représenta l'adultère de Mars et de\nVénus. On voyait le Soleil avertissant Vulcain ; celui-ci dressant un piège aux\ndeux amants et les enveloppant sous un filet de fer; tous les dieux arrivant l'un\naprès l'autre; Vénus pleine de confusion et suppliant Mars de la dérober aux\nyeux de tant de témoins, enfin les moindres détails de l'action.\nChez les peuples qui ont une mythologie très riche, la danse trouve donc des\nconditions de développement très favorables. Il aurait pu en être ainsi du chris-\ntianisme où les légendes des saints sont un trésor magnifique ; mais dès les\npremiers siècles, et pour des raisons que je n'ai pas encore à analyser, le chris-\ntianisme ne vit dans la danse que le côté voluptueux, et la répudia. Tout d'abord,\ncependant, il l'avait acceptée ; on trouve un reste de cette tradition dans ce qui\nse passe encore à la cathédrale de Séville pendant les fêtes de Pâques."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "Transportons-nous maintenant en pleine Renaissance Nous pouvons suivre\nnotre idée, mais nous la voyons affaiblie par la généralisation. Avant de devenir\npurement rythmique et alors même qu'elle était toute mondaine, la danse\nconservait quelque chose du caractère mimétique des danses primitives. Voici\ncomment Tabourot en décrit un spécimen dans son Orchésographie en 1589.\n« De mon jeune âge, dit Tabourot, ils dressaient sur la courante une forme de\njeu et ballet, car trois jeunes hommes choisissaient trois jeunes filles, et, s'étant\nmis en rang, le premier danseur avec sa demoiselle la menait sister à l'autre\nbout de la salle et retournait seul avec ses compagnons ; le deuxième en faisait\nde même ; puis le troisième, tellement que les trois jeunes filles demeuraient\nséparées à l'un des bouts de la salle et les jeunes hommes de l'autre: et quand\nle troisième était de retour, le premier allait en se gambadant et faisant plusieurs\nmines et contenances d'amoureux, comme époussetant et guindant ses chausses,\ntirant sa chemise bien à propos, allait (dis-je) requérir sa demoiselle, laquelle\nlui faisait refus de la main ou lui tournait le dos, quoi voyant, le jeune homme\ns'en retournait à sa place, faisant contenance d'être désespéré. Les autres en\nfaisaient autant ; enfin ils allaient tous trois ensemble requérir leurs dites demoi-\nselles chacun la sienne, en mettant le genoil en terre, et demandant merci les\nmains joinctes. Lors lesdites demoiselles se rendaient entre leurs bras et dan-\nsaient ladite courante pêle-mêle. »\nComme on le voit, c'est du mimétisme, mais très généralisé ; ce vague scéna-\nrio courtois et chevaleresque a perdu toute signification nominale. Il ne\ns'applique pas à telles personnes déterminées, mais à n'importe qui. Il est\nspécialisé et restera le même dans toutes les circonstances. C'est le même prin-\ncipe, mais à un nouveau stade d'évolution. Il en est de même dans les danses\nespagnoles où le danseur poursuit la danseuse, cherche à triompher de sa\ncoquetterie, et soutient avec elle une sorte de duel plein de ruses et de feintes.\nNous pouvons d ailleurs remarquer que la danse ayant pour objet la conquête\nde la femme par 1 homme grâce au mimétisme des sentiments sympathiques,\nest encore la plus usitée sur nos théâtres, elle est comme à la base du genre. On\npeut y voir une survivance lointaine, adoucie et moralisée par la civilisation du\nrapt primitif, usité encore, avant le mariage, comme rapt réel (chez les Arabes,\nles Turco-Mongols, les Caraïbes, les Patagons, les Birmans, les Australiens, les\npeuplades de l'Océanie, etc.).\nEn poursuivant cette revue rapide et en arrivant au xvne et au xvme siècles,\nnous voyons les choses se compliquer un peu. Les usages se transforment dans\ndes directions différentes et l'orientation pour divers genres n'est plus la même-\nNous observons cependant presque partout la même loi : le passage, par voie\nd'abstraction, du particulier au général.\ni° Autrefois, c'était la danse rythmée et formelle qui était l'essentiel. Les\nmenuets les passepieds, les musettes, les tambourins, les loures, les chaconnes\net les passacailles avec les « jetés battus », les « pointes », la (( royale » ou\n1' « entrechat coupé sans frottement », semblaient être le dernier terme de l'art\net de l'agrément. Ce sont les sujets du xvme siècle, jusque vers 1762, qui les\navaient mis en vogue : les danseuses Prévost, Sallé, la Camargo, Allard, Pélin,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.12", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "Guimard, Coulon ; les danseurs Dupré, Javilliers, Dumoulin, Vestris, célèbre\ndans le « pas de deux », Lamy, qui avait la spécialité de danser les pâtres\ndans les « bergeries héroïques », Dauberval, Lepicq, surnommé 1' « Apollon de\nla danse ».\nCes danses lyriques usitées sous l'ancien régime ont suivi une double évolu-\ntion.\nD'abord les danses traditionnelles se sont peu à peu altérées pour faire place\nà des nouveautés. Ainsi on ne trouva plus dans les opéras du xixe siècle les\ndanses qu'on aimait au temps deLulli ou au temps de Rameau. Les types alors\nconsacrés ont perdu la fixité de leurs formes pour faire place à des figures de plus\nen plus libres. En second lieu, les danses lyriques se sont peu à peu affranchies\nde toute appropriation ; elles se sont dépouillées de leur contenu pour prendre,\ntout en conservant leurs cadres rythmiques, une signification générale : à ce titre,\nelles sont passées dans la musique de chambre, dans l'oratorio, dans la sympho-\nnie, ou même dans le chant. Ainsi le menuet, avec Beethoven, devient scherzo\n(cf. sonates, op. 2, nosllet 111, et sonate en/amajeur,op. 10. Ason tour le scherzo\nsubira une autre transformation formelle et expressive avec Weber, Mendelssohn,\nSchubert, Schumann). On peut en dire autant des danses de Bach, des valses et\ndes polonaises de Schubert et de Chopin. Presque tous les mouvements à 6/8 de\nla musique de chambre ou de la symphonie sont une survivance de la gigue. La\nmusique vocale elle-même recueillecesformes détournées de leur premier objet.\nVoici, par exemple, une danse lyrique : la sicilienne. On finit par ne plus en rete-\nnir que le rythme :\non la retrouve tel dans des oratorios de Haendel, Suzanne, Thèodora (Londres,\n1748, 1749), dans les Noces de Figaro de Mozart (1786, air de Suzanne),\ncomme déjà dans Ph.-E. Bach (ire des six sonates, 3e recueil, en la mineur).\nLe rythme et la mesure sont seuls conservés. C'est comme une draperie de\ndessous laquelle ou aurait retiré le corps qu'elle recouvrait, mais qui aurait\nconservé tous ses plis, dessinant encore l'être vivant. Nous arrivons ainsi, sur ce\npoint spécial, au dernier terme d'une évolution qui a consisté à éliminer succes-\nsivement tous les caractères constitutifs de la danse réelle, et à n'en conserver\nque la modalité rythmique, pour la rendre peu à peu capabled'exprimer des sen-\ntiments très généraux, et enfin de porter la pensée musicale pure. C'est une loi\ndu progrès que l'on retrouverait ailleurs qu'en musique : on conserve de vieux\ncadres, mais on y met autre chose.\n20 Quant àla danse mimétique, certainement plus importante aux yeux du\nthéoricien, parce qu'elle est plus conforme à l'esprit du drame qui est avant tout\nune « imitation », et qu elle peut d'ailleurs réunir la beauté plastique, et même, à\nl'occasion, le rythme, aux attitudes expressives, l'ancien opéra moderne n'avait\npas compris tout le parti qu'on en pouvait tirer; il l'avait laissée tomber dans\nl'allégorie, où « l'imitation » était grossièrement faite par des moyens acces-\nsoires et parfois grotesques, abandonnés aujourd'hui à des théâtres et à des\ngenres inférieurs. Pour représenter les Vents, le danseur avait des soufflets\nà la main, des moulins à vent sur la tête et des habits de plume indiquant\nsa légèreté. Pour représenter le Monde, il prenait un habit ressemblant à une"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "carte de géographie et se couvrait d'inscriptions : sur le sein gauche, à la place\ndu cœur, Gallia ; sur le ventre, Germania ; sur une jambe, Italia ; sur une partie\nmoins noble, Terra australis incognito,.... On représentait la Musique avec un\nhabit rayé à plusieurs portées et une coiffure où on voyait une clé de so/, d'w/,\nou de fa. On faisait danser le Mensonge avec une jambe de bois, un habit garni\nde masques et une lanterne sourde à la main, etc... Ce sont là des enfantillages\net des fautes de goût. La véritable imitation est celle des mouvements invisibles\nde la sensibilité et de la volonté par les attitudes. J'ai déjà cité quelques\nexemples pour montrer jusqu'à quel degré de puissance cet art avait été élevé par\nles anciens. Chez les modernes, c'est à partir de la deuxième moitié du xvine siècle,\n1760 environ, et grâce aux réformes très intelligentes du célèbre maître de\nballet Noverre, que la belle danse mimétique a été remise en honneur. À ce\nsujet, je citerai une anecdote tirée des Lettres de Noverre sur lesAr/s imitateurs\nen général et sur la danse en particulier (Paris, chez Collin, 1807, t. I, p. 359 et\nsuiv.).\nGluck avait introduit quelques chœurs dans l'opéra d'Alceste, qu'il donna\nà Vienne, avec un poème écrit en italien, le 26 décembre 1767. Il ne put réunir\ndans la ville qu'un nombre insuffisant d'interprètes, et fut obligé d'avoir\nrecours aux chanteurs de la cathédrale, qui, au moment de la représentation,\nfurent distribués derrière les coulisses, parce qu'il leur était défendu de paraître\nsur un théâtre, et aussi pour le motif suivant. Ces chœurs demandaient de\nl'action, du mouvement, des gestes expressifs. Or, au cours des répétitions,\nGluck était impuissant à obtenir tout cela. Il était hors de lui, jetait sa per-\nruque à terre, se démenait inutilement. ((Je trouvai cet homme de génie et plein\nde feu, raconte Noverre, dans le désordre qu'impriment le dépit et la colère ; il\nme regarda sans me parler, puis, rompant le silence, il me dit, avec quelques\nexpressions énergiques que je ne rends pas : « Délivrez-moi donc, mon ami, de la\npeine où je suis. Donnez, par charité, du mouvement à ces automates ! » Je dis\nalors à Gluck, continue Noverre, qu'il était impossible d'employer ces machines,\nqu'elles gâteraient tout, et je lui conseillai de renoncer totalement à ces chœurs.\nidée : je lui proposai de distribuer les chanteurs derrière les coulisses, de telle\nsorte que le public ne pût les apercevoir, et je promis de les remplacer par l'é-\nlite de mon corps de ballet, de lui faire faire tous les gestes propres à l'exprès-\nsion du chant, et de combiner la chose de manière à persuader au public que\nles sujets quil voyait étaient ceux qui chantaient. Gluck pensa m'étouffer dans\nl'excès de sa joie. Il trouva mon projet excellent, et l'illusion fut complète. »\nCette anecdote est intéressante. Aujourd'hui, c'est l'orchestre seul qui, d'habitude,\nse fait entendre quand on danse, mais il faut que les danseurs ne fassent qu'un\navec l'orchestre, et nous persuadent que la musique entendue est comme le chant\nde ceux qui dansent.\nDe l'union des danses lyriques et des danses mimétiques en un tout ordonné\nest sorti le ballet qui occupe une si grande place dans l'histoire du théâtre. Il\nfut introduit en France par l'ltalienne Catherine de Médicis, femme de Henri II\net mère de Charles IX ; le premier ballet exécuté chez nous fut celui de Circè\net ses nymphes, en 1581. Sous les règnes de Henri 11, Henri 111, Charles IX,\nLouis XIII, Louis XIV, la danse fut très en honneur, car, étant aimée du souverain,\nelle ne pouvait manquer de l'être aussi de la cour. Louis XIII, qui était un peu"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3767, "texte": "compositeur, acheva de mettre le ballet à la mode : il dansa en personne le Ballet\ndes dix verds dont la musique avait été composée par Boesset et Bataille en 1616.\nLes compositeurs chorégraphiques de cette époque, qui est l'âge d'or du ballet,\nsontGuédron, Mauduit, Boesset. Jeciterai aussi : en 1615, le Triomphe de Minerve,\noù la musique de la chambre du Roi représentait les Tritonides, celle de la\nchapelle du Roi les « Esprits aériens », et où Ballard conduisait les luths vêtus en\namazones ; en 1617, la Délivrance de Renaud, musique de Belleville et Guédron,\noù Mauduit conduisit 60 chanteurs avecun orchestre de 45 musiciens ; en 1618, le\nPetit Ballet du Roi, où Louis XIII, qui avait appris la musique avec Ballard, fit\nle septième air, accompagné par le sieur Beauchamp, violon de la cour, qui\nfaisait la basse...\nEn France, le ballet a été d'abord mythologique, puis allégorique ; peu à peu\nil a donné naissance à des genres divers : nous avons eu le ballet dramatique,\nhistorique, romantique ou de fantaisie pure. Ou bien le ballet s'insère comme\ndivertissement dans un drame chanté (opéras de Meyerbeer), ou bien il forme\nune pièce indépendante et à part. En ce moment les deux genres sont repré-\nsentés à l'Opéra de Paris (ballet de Patrie de Paladilhe ; Le lac des Aulnes de\nM. Maréchal). La seule règle que l'on puisse formuler en la tirant de l'expérience\nc'est que la danse lyrique et la danse mimétique ne doivent pas s'exclure l'une\nl'autre ; c'est aussi que le ballet, quand il fait partie d'undrame, doit se rattacher\nà l'action par un lien suffisant, et que quand il forme une pièce à part il doit se\nconformeraux règles générales qui dominent ledrame lyrique.\nJe terminerai par quelques indications plus techniques. La danse est loin de\nprogresser comme l'art musical. Une des causes qui l'ont empêchée d'arriver à\nun développement très artistique, c'est l'absence d'un moyen spécifique capable\nde fixer la mimique et les mouvements du danseur, analogue à ce qu'est l'écri-\nture alphabétique pour le langage articulé ou la notation pour la musique. On\npeut bien décrire l'action qu'il s'agit de mimer, et les ballets ont leurs livrets\ncomme les opéras; mais la mimique peut être comprise et reconstituée tout\ndifféremment, faute d'une notation précise, par les artistes postérieurs, alors\nque la musique, au contraire, est fixée une fois pour toutes. On ne peut indiquer\nles mouvements du corps par un tracé graphique que d'une façon très impar-\nfaite, en dessinant les changements de place. Autrefois, on traçait sur le\npapier ce qu'on appelait les « chemins » ou la figure des danses ; les pas\nétaient indiqués sur ces chemins par des traits et des lignes de convention : la\nmesure était marquée par de petites barres posées transversalement qui divi-\nsaient les pas et fixaient les temps ; l'air sur lequel ces pas étaient composés se\nnotait au-dessus de la page, de sorte que huit mesures de « chorégraphie »\néquivalaient à huit mesures de musique. Mais cet arrangement était bien som-\nmaire. L'essentiel restait insaisissable. On ne peut pas noter les mouvements\nrythmiques du corps qui accompagnent les changements de place, et la réunion\nharmonieuse de ces deux choses dans un geste expressif. Là où ces moyens de\nfixation par l'écriture font défaut, on est obligé de se contenter de la mémoire ou\ndes indications transmises par une personne à une autre personne. Par suite, la\ndanse mimée se trouve encore au stade d'évolution où étaient la poésie avant l'in-\nvention de l'écriture et la musique avant celle de la notation. Il en résulte qu'elle\nest fondée sur un enseignement d'école. La « tradition » y devient très puis-\nsante, puisque c'est la seule base sur laquelle on peut s'appuyer; cette tradition"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3001, "texte": "se forme surtout en dehors de l'esprit critique, d'après le goût du public, et\nune fois qu elle s est mise d'accord avec lui, il est extrêmement difficile, même\nà un artiste original, de. sortir de la sujétion qui lui est imposée. Aussi la danse\nest-elle un genre où les transformations sont lentes et les innovations hardies\nbeaucoup plus rares que dans la musique et dans la poésie ; la tradition risque\nd'y dégénérer en routine.\nIl y a un autre inconvénient, peut-être plus grave, par l indication duquel je\nmettrai fin à cette leçon.\nLa danse est étroitement unie, comme je l'ai dit, à la musique. Il en résulte\nqu entre le danseur et le musicien écrivant la partition sur laquelle on danse, il\ndoit y avoir entente parfaite. Chez les anciens, lorsqu'une légende mythologique\nétait représentée, le joueur de flûte mettait tous ses soins à suivre de près les\ndémarches du mime, et à ajouter les moyens d'expression de son instrument à\nla manière dont les faits, les idées et les états affectifs étaient imités ; il savait les\nmouvements, avec leurs variations et leurs nuances, que prendrait le mime, les\npas qu il devait exécuter, et il se conformait à tout cela. Chez les modernes,\ncette coordination exacte s'est produite quelquefois (nous savons, par exemple,\nque 1 air caractéristique du ballet des Sauvages dans Iphigénie en Tauride, 1779,\na été écrit dans ces conditions), mais elle est très rare. Déjà Noverre, après\navoir fait 1 éloge de la musique de danse insérée par Rameau dans ses opéras,\nregrettait que l'auteur d Hippolyte et Aricie fût resté étranger à ce travail d'ap-\npropriation : « Que n eût-il pas fait si l'usage de se consulter mutuellement eût\nrégné à 1 Opéra !... si le maître de ballet lui avait communiqué ses idées (1) I » Et\nquelques pages plus loin : « Un compositeur de musique devrait savoir la danse\nou du moins connaître le tempo et la possibilité des mouvements qui sont\npropres à chaque genre, à chaque caractère et à chaque passion, pour pouvoir\najouter des traits convenables à toutes les situations que le danseur peut\npeindre » Contrairement à cette règle, voici ce qui arrive d'ordinaire. Lorsque\nle livret d un ballet est établi, le musicien écrit sa musique sans savoir le moins\ndu monde comment le danseur réglera sa mimique. Il imagine, d'après son sens\nmusical et sa fantaisie seule, des rythmes et des effets d'expression pour des\nmouvements et des attitudes qu'il ignore et qui n'existent pas encore ; d'autre\npaît, quand le danseur reçoit la partition et cherche à régler son rôle d'après ce\nqu a écrit le compositeur, il se trouve presque toujours que ce danseur n'est\npas musicien. D'où il suit qu'au lieu d'unir deux arts qui doivent se pénétrer\nntimement, on les juxtapose tant bien que mal ; cette juxtaposition produit\nsouvent une musique qui n est pas faite pour la danse, une danse qui n'est pas\nfaite pour la musique, et la réputation du genre en pâtit.\nA suivre.)\n\n(1 ) Libr. cit., I, p. 281.\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "29", "image_debut": 16, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2", "titre_corps": "Publications et œuvres récentes.", "titre_sommaire": "Publications et œuvres récentes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.16", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3382, "texte": "Publications et œuvres récentes.\n\n— Avec Iphigénie en Aulide, que l'Opéra-\nComique vient de nous rendre, voici le cinquième et dernier des grands opéras de\nGluck qui reparaît à la scène. Pourquoi cette belle partition, qui par aucun côté ne\nse révèle inférieure aux quatre autres, eut-elle cette mauvaise fortune, en ce temps\nde renaissance gluckiste, d'être de toutes la plus négligée ? On se 1 expliquait\nmal. Car s'il est légitime peut-être, pour certaines qualités singulières, de tenir à\nplus haut prix Armide, Orphée ou Alceste, cette préférence ne saurait aller jus-\nqu'à l'injustice. Iphigénie en Aulide, le public en a pu juger, n est pas moins\nabondante en beautés pathétiques et profondes. Le sujet du drame, moins sédui-\nsant si l'on veut, moins romantique que tel autre, demeure aussi tragique qu'au-\ncun, aussi douloureusement humain, aussi grand dans sa simplicité tragique.\nCependant, tandis qu'au cours du siècle dernier Alceste, Orphée, Yausl&relphigéme\nen Tauride même, connurent, en des temps moins musicalement cultivés que le\nnôtre, l'honneur de reprises diverses (je ne parle point de l'époque contemporaine),\nIphigénie en Aulide était demeurée, depuis la dernière représentation de 1824,\nindifférente aux directeurs de théâtre. Aucune exécution au concert, du moins\nde fragments considérables. Il a fallu que la Schola février de cette\nannée, l'inscrivît presque entière sur son programme. Cette fois encore, ainsi que\npour Rameau qui nous est promis déjà à l'Opéra pour la saison prochaine, la\nSchola aura bien rempli sa mission généreuse.\nCe long oubli si peu compréhensible, est-ce la rançon du succès sans précé-\ndent qui, à son apparition, le 19 avril 1774, avait salué l'œuvre nouvelle que\nGluck apportait à la scène française ? Car, après une première un peu indécise,\nmalgré la présence du dauphin et de la dauphine, Marie-Antoinette, la protec-\ntrice attitrée du compositeur, le succès, dès la seconde, alla toujours croissant.\nL'affluence finit même par devenir telle aux portes de l'Opéra qu'un service\nd'ordre fut nécessaire, cependant que le prix des billets de parterre, revendus\npar d'habiles industriels, atteignait un taux inusité. Grimm et J.-J. Rousseau,\ndans leur Correspondance, attestent la forte impression causée par la musique\net la place que Gluck, dès lors, tenait dans l'opinion.\nAu surplus, cet enthousiasme s'explique. Le livret à'Iphigénie en Aulide, si nous\nlui pouvons trouver quelques défauts, ne fût-ce que la noblesse soutenue, un peu\nconvenue et souvent emphatique du dialogue, avait d'autre part des qualités\nvraiment fortes. Il avait pour lui l'avantage de procéder très étroitement d'une\ndes plus belles tragédies françaises, elle-même dérivée d'un illustre modèle. Et\nquelque mutilation que la pièce eût dû, pour sa nouvelle destination, subir, il\nrestait en elle assez d'Euripide et assez de Racine pour justifier l'admiration.\nAu surplus, l'auteur de ce livret, le bailli de l'ordre de Malte Le Blanc du Roullet,\navait su habilement adapter le drame aux exigences musicales telles que Gluck\nles concevait. Des scènes bien coupées, habilement mises en opposition, un spec-\ntacle magnifique et pompeux, des situations tragiques, un pathétique soutenu :\ntout concourait à en faire un canevas parfaitement favorable à l'inspiration musi-\ncale du maître.\n\nIPHIGÉNIE EN AULIDE, DE GLUCK."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.17", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3507, "texte": "Il ne devait pas rester au-dessous de ce qu'on attendait de lui ni de sa réputa-\ntion déjà européenne. Quand il s attaque à Iphigénie en Aulide, Gluck n'est\nplus seulement l'auteur d'opéras italiens, célèbres alors, trop oubliés et\nconventionnellement dédaignés de nos jours, et dont il ne convient pas d'ignorer\nqu'il en est peu qui ne renferment quelque scène admirable II est déjà l'auteur,\nréformateur du théâtre lyrique, d'Alceste et d'Orfeo. Et si ces deux opéras n'ont\npas encore été par lui adaptés à la scène française, ils n'en contiennent pas\nmoins déjà, sous le texte italien, leurs pages les plus sublimes. Ces chefs-\nd'œuvre sont appréciés partout des musiciens au moins, sinon du grand public.\nOr/eo, en particulier, édité à Paris en 1764, est familier à nos compositeurs,\nplus familier même à certains (à Philidor par exemple qui n'est point le seul)\nque ne le tolérerait aujourd'hui l'opinion.\nD'autre part, Gluck lui-même, compositeur cosmopolite s'il en fut jamais et\nqui se faisait gloire de l'être, n'est pas demeuré étranger à l'art musical français.\nNon seulement il a pratiqué nos grands compositeurs, Rameau surtout,\nà qui il a toujours rendu justice, mais encore il s'est familiarisé avec\nla langue et la piosodie fiançaises, en écrivant, de à 1764, plusieurs\nopéras comiques sur des livrets de Lesage, d'Anseaume .ou de Favart. Ces\npièces légères, représentées à Vienne, sur le théâtre de la cour, ne lui ont\ncet tes rien appris de 1 art de traiter les grandes situations dramatiques.\nElles lui ont du moins rendu aisé le maniement du récitatif en une langue\nqui n est point la sienne et que, musicalement, il saura traiter mieux que\npersonne.\nC'est que, depuis longtemps, Gluck se sentait attiré versjaotre pays où, mieux\nque partout, pensait-il, il pourrait imposer sa conception de ce que doit être la\nmusique dramatique. Ailleurs, l'opéra italien, que ce fût en Italie, en Allemagne,\nen Espagne ou en Angleterre, régnait sans conteste sur la scène. Nulle part, sauf\nen France, il n'existait un théâtre lyrique autre que celui-là dont les défauts\nétaient devenus insupportables au compositeur. Et la musique française, elle,\navait justement avec ce que rêvait Gluck les rapports les plus étroits. De tous\ntemps les h rançais avaient estimé la déclamation juste et forte. De tous temps ils\navaient placé au premier rang la vérité scénique. Ils n'avaient jamais souffert\nque la musique pure, sous la forme mesquine de la virtuosité vocale, usurpât sur\nla scene la place du naturel et de l'expression. L'art de Lulli, de Campra, de\nRameau, c est déjà 1 art de Gluck. Avec la différence des temps et des tempéra-\nments, sans doute, mais mieux que personne le maître avait senti la similitude.\nlphigeme en Aulide est le premier hommage du génie de Gluck au génie\ndes maîtres français, en qui il reconnaissait ses véritables précurseurs et\nqu il allait faire oublier en réalisant plus complètement ce qu'ils avaient\nconçu.\nRameau lui-même, encore que par certains côtés il dépasse son heureux rival,\nva battre en retraite devant cette invasion redoutable. Il faudra qu'il attende\njusqu a l'époque contemporaine pour que notre admiration retrouve en lui\ncette musicalité supérieure dont ni Gluck ni personne en France de son temps\nn avaient pleinement conscience. Mais revenons à Iphigénie et à l'Opéra-\nComique.\nJe ne pense point qu'il soit très nécessaire de narrer par le détail une pièce\ndont tous les Français connaissent les péripéties."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "Les Grecs campent à Aulis, attendant les vents favorable pour cingler vers\nIlion. La colère des dieux les leur refuse, et il faut qu'lphigénie, la fille du roi des\nrois, soit immolée sur les autels de Diane pour qu'ils rendent aux confédérés leur\nfaveur. Déchiré d'angoisses, Agamemnon se refuse, puis consent à l'affreux\nsacrifice. Défendue par Clytemnestre, sa mère, par Achille à qui elle est promise,\nIphigénie, avec une abnégation sublime, se résoud à la mort. Elle périrait immo-\nlée si Diane n'apparaissait, comme le prêtre va l'égorger, pour se déclarer satis-\nfaite et l'arracher à la mort.\nLe dénouement, on le voit, diffère de celui de Racine. Il n'est point question\nd'Eriphile, personnage supprimé, et nul meurtre liturgique ne vient ensan-\nglanter une conclusion que l'esthétique de l'Opéra voulait le plus souvent\nheureuse.\nIl serait vain d'énumérer les plus beaux airs et les scènes les plus pathé-\ntiques.\nCe serait ici d'autant plus inutile qu'il n'est pas de drames de Gluck où le\nmusicien soit partout plus égal à soi-même. Orphée, Alceste, Armide, à côté de\npages admirables en contiennent d'autres, des actes entiers souvent, dont la\nfaiblesse réelle s'exagère encore du contraste. Iphigénie en Aulide ne connaît\npoint ces défaillances. Il n'est point d'acte qui ne renferme des beautés supé-\nrieures, depuis l'exposition avec l'invocation d'Agamemnon au soleil, le chœur\nd'entréedes Grecs : C'est trop jaire de résistance, si scénique, si mouvementé, et qui\nfait songer à certains chœurs de Juifs dans la Passion de J.-S. Bach, l'air de\nCalchas :Au faîte des grandeurs, la scène si fraîche et si tragiquement souriante\nde l'arrivée des princesses, jusqu'au dénouement avec les deux airs si touchants\nd'lphigénie, la scène de Clytemnestre et la cérémonie religieuse du sacrifice. A\ncôté de ces grandioses effusions musicales, partout dans le dialogue un récitatif\nd'une force expressive et d'une plasticité singulières, mettant chaque personnage\nen plein relief, des chœurs d'une harmonie pleine et sonore, un orchestre sobre\nmais toujours en situation et sachant quand il le faut se mêler au drame. Re-\nmarquons en passant que, pour la première fois, Gluck a renoncé ici à l'usage\nde la basse continue réalisée au clavecin dans les récits, usage qui eut sa raison\nd'être mais qui, avec les progrès de la technique instrumentale, introduisait dans\nla trame symphonique une fâcheuse disparate.\nDe 1774 à 1824, Iphigénie en Aulide eut42B représentations. Retrouvera-t-elle,\nà cette nouvelle reprise, ce succès qui ne fut point ordinaire? Je ne le saurais\ndire, ni quel accueil le public proprement dit lui réserve. Je noterai seulement\nque quelques-uns de nos critiques musicaux, et non des moindres, l'ont accueillie\nsans enthousiasme. Je comprends leurs raisons sans m'expliquer leur intran-\nsigeance. Il èst certain que nous avons aujourd'hui, depuis Wagner, une con-\nception du drame lyrique qui n'est plus du tout celle de Gluck. Je ne l'attaque\npoint assurément. Mais quelque logique et cohérente que soit l'esthétique\nwagnérienne, quels que soient les chefs-d'œuvre qui s'en réclament, je ne\nsaurais, maintenant que sont passés les temps héroïques, lui accorder la valeur\nd'un dogme intangible. La vraisemblance dramatique est une belle chose. Mal-\nheureusement elle est trop variable et trop forcément subjective.\nCertes, comme il a été dit très justement, « la coupe d'un opéra de Gluck, avec\nses innombrables airs reliés uniquement par la forme rituelle du récitatif,\nn'offre pas à un auditeur contemporain une vraisemblance dramatique plus"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.19", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3572, "texte": "acceptable que la conception lyrique qui fit la fortune des ouvrages de Doni-\nzetti et de Verdi. »\nOn ne saurait mieux en juger. Iphigénie est donc un opéra, avec toutes les\nconventions du genre. Et je dirai même que Ton y sent précisément avec évi-\ndence combien il faudrait peu de chose pour que ces conventions légitimes de-\nvinssent, comme elles le sont devenues ailleurs, d'insupportables formules. Oui.\nMais ce « quelque chose » est précisément ce qui sépare un chef-d'œuvre d une\nœuvre inintelligemment traditionnelle. La différence est petite, aussi, dans les\nprocédés, entre une tragédie de Racine, une de Voltaire, une de Luce de Lan-\ncival ou tout autre. xMais nul ne saurait s'y méprendre. Et les genres, au sur-\nplus, ne sont jamais si proches de la décadence irrémédiable que lorsqu'ils\nont atteint leur point de perfection. Iphigénie est un opéra, c'est entendu.\nMais c'est cependant un chef-d'œuvre, le chef-d'œuvre de l'ancien opéra\nfrançais.\nL'Opéra-Comique n'a rien négligé pour produire cette belle partition dans\ntout son lustre. L'interprétation est véritablement supérieure. Tout d'abord met-\ntons MUe Bréval hors de pair. Je me souviens, lors de la création d'Armide par\ncette séduisante artiste, avoir formulé quelques réserves sur sa manière, trop\nromantique à mon gré, de traduire cette musique Ici, ces critiques seraient inop-\nportunes. Elle a magnifiquement fait revivre cette figure touchante d'lphigénie, le\nrôle le plus difficile peut-être de Gluck. Difficile parce que, tout en passion con-\ntenue, en nuances pénétrantes mais infiniment délicates, il prête peu à l'effet. Ce\nn'est qu'une artiste de premier ordre qui s'y peut essayer sans ridicule. Et\nMlle Bréval a su le réaliser tel que Gluck l'avait conçu.\nOn n'attendait pas moins d'elle, il est vrai. Mais l'interprétation du rôle tra-\ngique de Clytemnestre par Mlle Brohly fut une révélation. Encore peu connue,\ncette jeune artiste s'est mise au premier rang. Elle montre encore quelque inex-\npérience peut-être, mais son chant, son jeu, la manière dont elle comprit le rôle,\nsont déjà d'une grande tragédienne lyrique.\nLe rôle d'Achille, important, n'est pas le plus attachant. M. Beyle l'a interprété\navec la fougue juvénile, non dénuée de noblesse, qui s'impose, et sa voix, géné-\nreuse et solide, y sonne partout superbement. M. Ghasne est un Agamemnon\nplein de grandeur et de mélancolie; M. Vieuille, un Calchas majestueux et ter-\nrible. Les rôles secondaires ne déparent pas ce bel ensemble. Les chœurs, qui\nsavent jouer et se mouvoir en scène, sont excellents ainsi que l'orchestre, sous la\ndirection de M. Ruhlmann.\nQuant aux décors et à la mise en scène, nous sommes à TOpéra-Comique, et\nc'est tout dire. Le ballet du deuxième acte, d'une archéologie ingénieuse et sur-\ntout pittoresque, fait honneur à Mlle Mariquita qui le régla, à Mlle Régina Badel\net ses gracieuses acolytes qui le dansèrent. Un intermède de lutteurs contraste\ncurieusement par son réalisme brutal avec les charmes de ce spectacle, plus hel-\nlénistique peut-être qu'homérique.\nIl faut, malgré tout, formuler une critique en ce concert de louanges. La sup-\npression d'un certain nombre d'airs de danse a paru s'imposer. L'ancienne Iphi-\ngénie a un ballet à chaque acte et, pour nous, c'eût été trop sans doute. Peut-être\nle choix qui fut fait n'est-il pas à approuver entièrement. Certaines pièces con-\nservées ne sont pas des meilleures. Et il en est d'autres qu'on désirerait entendre.\nA regretter aussi la suppression du chœur final à l'unisson : Partons, volons àla"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.20", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "victoire, et du récit de Calchas qui le prépare. Cet épisode est la vraie conclusion\nde la tragédie. Logiquement du moins. Mais la logique, au théâtre, est-elle à sa\nplace ?\n\nHENRI QUITTARD.\n\n— LA DANSE DE\n« SALO.MÉ», DE R. STRAUSS. — LA NEUVIÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN.\nJ'avouerai très simplement être embarrassé pour donner une caractéristique des\nSouvenirs, poème que M. Vincent d'Indy écrivit en 1906. sous l'influence d'un\ndeuil cruel, et dont il a dirigé lui-même l'exécution au concert Colonne du\n22 décembre. Certes, la maîtrise de l'auteur de l Étranger se reconnaît sans peine ;\nmais une seule audition ne me suffit pas pourvoir clair dans cette composition\noriginale et si artistique. Le public lui a fait un accueil chaleureux ; peut-être y\navait-il surtout dans ses applaudissements une marque de haute déférence pour\nun maître dont le caractère est si estimé et un témoignage public de sympathie\npour les sentiments nobles et touchants qui l'ont inspiré. Bien que les Souvenirs\nsoient construits sur un seul thème, on a quelque peine à s'y reconnaître. En\npassant par des transformations diverses de rythme et d'harmonie, l'idée princi-\npale se fragmente, se disloque, s'obnubile, est souvent méconnaissable. Comme\nimpression générale, je suis frappé de trouver dans cette composition très peu\nde chose qui rappelle la manière de César Franck, — lequel, à côté, me paraît\nlimpide comme du cristal. La marche générale de la symphonie, Y action sym-\nphonique, si je puis dire, me paraît un peu lente, coupée par un excès de détails\ndans l'écriture. Çà et là des heurts dissonants témoignent d'une grande indépen-\ndance d'esprit et de main ; mais on ne voit pas bien (et ceci paraîtra sans doute\nétrange à l'auteur) leur raison d'être. La couleur subtile de l'instrumentation ne\nparaît pas en rapport bien étroit avec le sentiment à exprimer. Encore une fois,\ntout ceci me paraît en dehors des habitudes de César Franck, plutôt marqué par\nl'obsession des derniers quatuors de Beethoven. Un beau tutti, seul m'a vraiment\nému. Le reste a trop de façon. Mais ceci n'est qu'une impression très superfi-\ncielle ; je demande à réentendre plusieurs fois.\nLa danse de Salomê a été appréciée ici même à plusieurs reprises. Je me\nbornerai à signaler une fois de plus l'énorme disproportion du sujet à traiter avec\nles moyens employés. Trop A affaires pour une simple danse du ventre ! L'auteur\nveut peindre une scène colossale (quelque chose comme le tableau de Roche-\ngrosse : Banquet des ambassadeurs barbares à la cour de Justinien), et il pèche\ncontre une loi élémentaire de l'art : choisir des moyens appropriés au sujet à trai-\nter. Il se trompe aussi en croyant que, pour faire de la couleur, en musique,\nil faut employer une multitude d'instruments. Deux ou trois timbres employés à\npropos suffisent à produire le coloris le plus exquis !\nToute musique semble pâle et débile — eût-elle l'embonpoint le plus énorme\n— à côté de la neuvième de Beethoven. Cette œuvre écrase tout. Elle est saine,\njeune, admirablement équilibrée, pleine de joie, cfune ampleur magnifique, et\nd'un sublime qui n'a pas été dépassé; ; elle a l'admirable solidité de structure des\ncompositions de Bach et, en plus, toute la poésie du sentiment et de la tendresse.\nC'est humain et divin tout à la fois. Dans Y adagio, des horizons illimités se suc-\ncèdent sans fin, et le musicien, avec le vol plané de l'inspiration, semble par-\ncourir une suite de mondes où tout serait beauté, âme, héroïsme, amour, har-\n\n«SOUVENIRS», POÈME POUR ORCHESTRE DE VINCENT D'INDY."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.21", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "monie .. Je signalerai particulièrement le finale .'Berlioz s'en est visiblement\ninspiré à plusieurs reprises dans la Damnation. Pour l'exécution, je n'ai qu'à\nlouer la précision et la justesse parfaites de l'orchestre, admirablement dirigé\npar M. Ed. Colonne. Les chœurs ont été aussi très bons. Les solistes furent mé-\ndiocres. M. Sigewalt a débuté en chantant faux avec persistance, et c'est dom-\nmage !\n\nD.\n\n— Voici des œuvres d'art qui ont une\nhaute valeur, qui se rattachent à une pensée excellente, et qui méritent la vive\nsympathie de tous les musiciens d'Europe. Nous sommes encore, j'en ai bien\npeur, à peu près les seuls à les connaître en France, mais nous les signalons\navec empressement à l'attention de tous nos lecteurs. Je dirai tout de suite à\nMM. Farewell et Loomis une chose qui ne peut pas leur être désagréable : dans\nle cours qu'il a commencé le 9 décembre au Collège de France sur les Origines\n\nMUSIQUE AMÉRICAINE : OEUVRES DE MM. ARTHUR FAREWELL, H. W. LOOMIS,\nCARLOS TROYER, CAMPBELL-TIPTON.\n\nCONCERTO POUR VIOLON ET ORCHESTRE PAR M. MIECZYSLA KARLOWICZ (à\nBerlin, chez Schlesinger).\nA. C.\n— Le concerto que nous envoie notre ancien collabo-\nrateur M. Karlowicz (v. la Revue musicale de 1903) est une belleœuvre : somp-\ntueuse et très chantante, inspirée des modèles classiques, mais avec la liberté de\nla pensée moderne, originale sans être agressive, très mélodique, —- très difficile\naussi, — véritable œuvre de concert. Je viens de la lire au piano, et elle m'a plu\nbeaucoup, en me rappelant quelques chefs-d'œuvre du genre : le concerto de\nMendelssohn, la sonate de Richard Strauss, les compositions de Th. Dubois...\nTout au plus signalerai je un certain abus (mais combien agréable à l'oreille!)\nde la quinte augmentée. Il faut, évidemment, n'être plus un écolier pour jouer\ncela ; mais quelle joie, pour un artiste déjà formé, de faire chanter sous ses\ndoigts un poème de si noble et si brillante envergure ! Ceux de mes lecteurs qui\nferont venir d'Allemagne ce concerto me seront certainement reconnaissants de\nle leur avoir signalé.\n\nCONCERTO DE J.-S. BACH EN RÉ MINEUR, POUR TROIS PIANOS.\nS.\n— M. Pierre\nSechiari nous a donné, à une de ses récentes soirées, le régal d'entendre M. Louis\nDiémer exécuter avec MM. de Lausnay et Batalla le concerto en ré mineur qui,\ncomme le concerto en ut majeur, est accompagné par l'orchestre (toute oppo-\nsition de tutti et de solo étant écartée ainsi que dans les concertos à deux pianos).\nC'est une œuvre infiniment aimable, séduisante, en jolies arabesques, de valeur\ntoute formelle, sans passion, et presque dépourvue de sentiment, mais d'unegrâce\nexquise et d'une imagination inépuisable. Dans les deux premiers mouvements\net dans la charmante sicilienne, le premier piano est au premier plan, les deux\nautres accompagnent ; le quatuor à cordes lui-même remplit le rôle du\ncembalo et de la basse continue dans la musique de chambre, et se borne le plus\nsouvent à suivre les basses déjà inscrites dans la partie de piano. OEuvre infé-\nrieure, sans doute, au concerto en ut ; chef-d'œuvre cependant, bien curieux à\nétudier pour qui veut connaître le génie facile et élégant de Bach et la solidité,\nle parfait équilibre de ses constructions symphoniques. M. Diémer l'a joué avec\nsa maîtrise habituelle, toujours fêtée par le public ; les deux autres artistes se\nsont montrés dignes de lui."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.22", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2897, "texte": "de la musique et la magie, M. Jules Combarieu cite assez souvent leurs œuvres,\nen les prenant comme exemples à l'appui de sa doctrine, et il ne manque jamais\nd'en faire publiquement l'éloge.\nUn groupe de compositeurs américains, voulant fonder une musique natio-\nnale, a eu l'excellente idée de prendre les mélodies indigènes que la célèbre\nMiss Fletcher a recueillies elle-même en séjournant plusieurs années chez les\nIndiens des Etats-Unis, sous le patronage du Peabody Muséum de Washington\n(Peabody, pour le dire en passant, me paraît être la transcription française du\nnom de notre compatriote La Pibaudière). Ces mélodies originales, ils les ont\nprises pour base de compositions diverses, faisant tableau de genre. Elles ont\nparfois une rare saveur. Ceux qui les ont mises en œuvre sont de vrais artistes,\nen possession de toute la technique musicale ; ils ont fait preuve de goût en\nchoisissant et en respectant les thèmes sur lesquels ils ont exercé leur talent.\nCes représentants de l'idée nationale en matière d'art ont fondé une association,\nla Wa- Wan Press (ainsi appelée du nom d une cérémonie des Indiens), Newton\nCentery Massachusetts, qui, tous les mois, publie des cahiers. Mais les mélodies\nindiennes recueillies par le folklore local ne sont pas, il s'en faut, leur seul\nobjectif.\nComme pièces caractéristiques, je citerai la Danse de guerre navajo, énergique\net expressive ; Pawnee horses, d'après un chant communiqué par M. La F'ièche\n(un Indien assimilé par les Etats-Unis), et qui débute par des harmonies étran-\ngement subtiles ; la Prairie miniature ; le Wa-Wan choral. qui ne serait pas\nindigne d'un Schumann ou d'un Grieg ; la Plantation-melody, d'un sentiment\nintense ; la Danse de fête du soleil, d'une grâce ingénue et d'une exacte authen-\nticité ; la Grande Danse de la pluie chez les Zugnis, qui est une petite symphonie\ndescriptive, terminée par un choral grandiose ; tous les jolis médaillons (notam-\nment le Chant d'amour) qui composent le cahier de 1901 ;la Prière d W abonda\n(dieu du tonnerre) et la Danse du scalp ; toute la série des pièces (en particulier\nle n° II) relatives à la Wa-Wan ceremony ; la série des Chants zugnis; la\nMusique du calumet, avec la danse très curieuse qui la termine .. Pour donner\nune idée de cet art si intéressant à tous égards, je citerai l'exquise Colombe\nplaintive, qui est un air « negro » harmonisé par M. Farewell. D'un bout à\nl'autre, on ne trouve quedes accords de septième, c'est-à-dire des dissonances ; et\ncela est d'une douceur délicieuse. Il y a des théoriciens qui ne comprennent pas\ncette écriture ; ils posent comme principe que « la dissonance est désagréable à\nl'oreille» ! L'idée ne leur vient pas de tenir compte du timbre, de l'intensité, du\nregistre, en un mot de tout ce qui distingue la musique des musiciens de la\nmusique des physiciens. Lisez bien ceci, je vous prie :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.23", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "Je trouve cela exquis !\nM. Raynaldo Hahn a publié des mélodies qui sont un peu dans ce goût-là.\nTelle autre pièce, the Black Face, rappelle une habanera de M. Paul Vidal. Il est\nvrai que l'Espagne, source commune d'où dérivent ces deux compositions, a\npénétré profondément certains pays de l'Amérique.\nParmi les compositions où les thèmes sont librement inventés, je citerai les\nFour sea lyrics / les Quatre poèmes lyriques de la mer, paroles d'Arthur Symons,\nmusique de Campbell-Tipton ; A/ter Sunset (Après le coucher du soleil),\nDarkness (Ténèbres) ; the Crying of Water (le Cri des eaux), quia une réelle gran-\ndeur, et Requies. Dans ces dernières pièces (qui, je l'avoue, m'intéressent un peu\nmoins que les autres pour des raisons d'ordre historique ou ethnographique),\nje constate une grande expérience musicale, une extrême habileté harmonique,\nun style original qu'on chercherait vainement à rattacher à un modèle, bien qu'il\nsoit très moderne. Je constate aussi, avec l'habitude de traiter les petits sujets\ndescriptifs, un certain abus des indications de nuances La musique vraiment\nsolide et belle n'a pas besoin de toutes ces précautions et de ces avertissements :\nelle porte en soi tout ce qu'il faut. Faire un sort à chaque note, c'est briser,\npar les minuties de l'analyse, l'intérêt d'une œuvre. Je signale une tendance bien\nplus qu'un excès réel.\n\nS.\n\n— M. l'abbé Villetard étudie\nle manuscrit improprement désigné sous le nom de Missel des fous ou Missel de\nl'âne, qui contient, pour la partie essentielle, « l'office de la Circoncision » :\nPremières Vêpres, Complies, Matines, Laudes, Prime, Tierce, Messe, Sexte,\nNone, Vêpres, tel est l'ordre dans lequel se succèdent les pièces du manuscrit,\nque M. Villetard reproduit intégralement, texte littéraire et chant, en se défendant\nd'avoir voulu faire une édition critique. Les textes musicaux donnés par\n\nMUSIQUE DU MOYEN ÂGE ET PLAIN-CHANT. OFFICE DE PIERRE DE CORBEIL (OFFICE\nDE LA CIRCONCISION), IMPROPREMENT APPELÉ «OFFICE DES FOUS», TEXTE ET CHANT,\nPUBLIÉ D'APRÈS LE MANUSCRIT DE SENS, XIIIe SIÈCLE, AVEC INTRODUCTION ET NOTES,\nPAR L'ABBÉ HENRI VILLETARD (chez Alphonse Picard)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3725, "texte": "M. l'abbé Villetard sont d'une grande beauté, comme la plupart des pièces de\nplain-chant liturgique. Mais l'ensemble de ces pièces tel qu'il est donné dans\nle manuscrit se rapporte-t-il à un office réel ? Nous aurions aimé que le savant\néditeur, si qualifié pour cela, nous donnât plus d'éclaircissements sur ce point.\nCe doute n'enlève d ailleurs rien à la haute valeur de son travail très con-\nsciencieux et très sérieux, qui fait honneur à la « Bibliothèque musicologique »\nfondée ou continuée par les soins de M. Pierre Aubry.\n\nT.\n\n— Ouvrage\nde luxe, très élégant et documenté, où M. Louis Schneider a réuni avec goût un\ngrand nombre de faits précis : pour le moment, c'est un curieux recueil de faits et\nd'images, un beau livre d'étrennes, un hommage mérité à la gloire de l'illustre\ncompositeur ; plus tard, ce sera un répertoire précieux où les historiens ne\nmanqueront pas de puiser. Après avoir consacré quelques pages à l'enfant, au\npensionnaire de la villa Médicis, au professeur du Conservatoire, M. Schneider\npasse en revue les œuvres de théâtre, en consacrant à chacune d'elles une étude\nqui tient le milieu entre la chronique de journal et la monographie complète :\nla Grand' Tante, Don César de Bazan, le Roi de Lahore, Hérodiade, Manon, le\nCid, Esclarmonde, le Mage, Werther, le Carillon, Thaïs, le Portrait de Manon,\nla Navarraise, Sapho, Cendrillon, Grisélidis, le Jongleur de Notre-Dame, Cigale,\nChérubin, Arzane, Thérèse ; puis les « drames sacrés et profanes » : /es Erinnyes,\nMarie-Magdeleine, LVe, Narcisse, la Vierge, enfin « quelques œuvres diverses ».\nLe maître Massenet a beaucoup produit et c'est une personnalité « à facettes »\nqu on ne caractérise pas d'une façon complète en disant qu'il est, en musique,\nle peintre de la tendresse, de la volupté et du charme féminin (ainsi il excelle\ndans la comédie lyrique) ; il a un style à lui, reconnaissable entre tous ; il a\nexercé une grande influence sur son temps, et la plupart des « maîtres » actuels\nsont des élèves, ses « enfants », comme il dit avec sa grande bonté coutumière.\nCe sont là des titres qui contribuent à faire accueillir avec une grande sympathie\nle livre très brillant de M. Louis Schneider.\n« MENDELSSOHN », PAR PAUL DE STOECKLIN ; « GRÉTRY », PAR HENRI DE CURZON ;\n« PAGANINI », PAR J.-G. PROD'HOMME (Collection des «Musiciens célèbres », Henri\nLaureus éditeur). —Ces trois volumes, signés de noms autorisés et estimés,nous\ndonnent une substantielle monographie (avec catalogue des œuvres, bibliographie,\nillustrations documentaires) sur trois musiciens de valeur inégale ou très diverse,\nmais qui méritaient les honneurs de ce Panthéon musical. Chacun des volumes\nn a pas plus de 120 ou 130 pages, et il dit l'essentiel. M. de Stœcklin caractérise\nbien Mendelssohn en disant qu'il fut « le chantre de l'âme moyenne, de l'âme\nbourgeoise, des émotions douces, faciles et bonnes ». Il y a sur lui un jugement\ntrop cruel de Nietzsche, mais curieux: « Mendelssohn a plutôt un tempérament\nde lettré qui s assimile les idées des autres : il ne crée pas, il remploie. » — En\nparlant de Paganini (né en 1784 à Gênes, mort à Nice en 1840), M. J.-G. Prod'-\nhomme avait une tâche ingrate : il étudiait un virtuose dont le talent, mettons le\ngénie, est comparable à celui du comédien : le meilleur est perdu à tout jamais, et\nce qui reste est loin de représenter ce qu'il y eut de plus beau. M Prod homme\njuge avec indulgence, mais comme il convient, les compositions dePaganini : les\nfameux Caprices, transcrits en partie par Liszt et Schumann pour le piano ; les\n\n«MASSENET», I fort volume illustré, chez L. Cartelet. L'HOMME : LE MUSICIEN,\nAVEC ILLUSTRATIONS ET DOCUMENTS INÉDITS, PAR LOUIS SCHNEIDER."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.25", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "concertos avec orchestre en mi et en si mineur; les célèbres Variations dont\nSivori, dans notre enfance, nous rendait 1 illusion... En ce livre, on retrouve les\nqualités solides qu'a montrées M. Prod homme dans ses études sur les Sympho-\nnies de Beethoven. Sur Grétry (né à Liège en 1741 ), M. de Curzon nous donne\naussi une excellente petite étude. Il divise ainsi son sujet : les années d'appren-\ntissage (174 1-1767) ; duHuron à la Fausse Magie (1767-1775) ; la période de matu-\nrité (du Jugement de Miias à Richard Cœur-de-lion ; 1776-1785), les années de\nretraite (1785-1813). Dans le « catalogue de l'œuvre dramatique de Grétry », qui\ntermine le volume, quelques lacunes à signaler ; il manque : les Maures en\nEspagne (1800), Alcindor et Zaide (tiré, pour les paroles, d'un livret de Rochon\nde Chabannes), Ziméo (3 actes). Zelmar( 1 acte), Electre, Diogène et Alexandre.\nM. de Curzon conclut en souhaitant que l'Opéra-Comique nous rende quatre\nchefs-d'œuvre qu'il considère comme représentatifs du génie de l'école française :\nle Tableau parlant, Zémir et /'Epreuve villageoise et Richard Cœur-de-lion.\n\nT.\n\n— Parmi les\nautographes collectionnés par feu M. Léon Gauchez, ancien directeur de 1 Art,\nque Me Lair-Dubreuil et Me Bernier vendaient récemment aux enchères publi-\nques, plusieurs émanaient de compositeurs de musique célèbres et offraient un\ncertain intérêt de curiosité.\nIl n'y avait pas moins de sept'lettres de Berlioz. Dans l'une, payée 80 francs,\nl'illustre compositeur exprime son admiration pour Beethoven et pour Gluck,\nces deux dieux supérieurs de son art. Dans une autre, dont on a donné le même\nprix, Berlioz fait part à M. Bennet de la joie qu'il a ressentie en lisant son\nouvrage, les Troyens.\nDans une troisième, qui a fait 85 francs, et qui est encore adressée à M. Bennet,\nil parle du succès de la Reine Topaze (op. com. en 3 actes de V. Massé,\ndéc. 1856). Il parle également d'un dîner d'artistes et de savants donné parle\nprince Napoléon. Voici un passage de cette spirituelle épître : « Nous étions\n« par paires de membres de l'Institut. Deux musiciens: Halévy et moi ; deux\n« peintres, Ingres et Flandrin ; deux de l'Académie française : A. de Vigny et\n« Ponsard, plus Dumas le chimiste et A. Dumas fils, qui pourrait être de l'Institut\n« s'il n'avait pas tant d'esprit. »\nLe dîner avait eu lieu le jour de l'élection de Delacroix à l'Académie des beaux-\narts. « M. Ingres a dû encore avaler cette couleuvre ; il n'en a pas moins été le\n« soir aussi gracieux qu'il peut l'être. »\nEnfin, dans une autre lettre, adressée toujours à M. Bennet et payée 50 francs,\nBerlioz s'excuse de son retard à écrire un feuilleton par l'obligation de terminer\nun quatrième acte (les Troyens), une scène volée à Shakespeare et virgilianisée\nqui le met dans des états ridicules. « Je n'ai à m'occuper que de la rédaction de\ncet immortel radotage d'amour, écrit Berlioz, qui fait du dernier acte du\nMarchand de Venise le digne pendant des hymnes sublimes de Roméo et Juliette.\nC'est Shakespeare qui est le véritable auteur des paroles et de la musique II\nest singulier qu'il soit intervenu, lui le poète du Nord, dans le chef-d'œuvre\ndu poète romain. Virgile avait oublié cette scène Quels chanteurs que ces\ndeux ! ! ! »\nUne curieuse lettre de Boïeldieu, vendue 165 francs. Le célèbre compositeur\n\nA L'HOTEL DES VENTES. — LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.26", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "vient de recevoir un exemplaire de la Dame Blanche superbement relié. Il remer-\ncie ses compatriotes de la médaille qu'ils lui ont votée.\nUn document signé par Adam, Halévy, Auber, etc., au président de la com-\nmission municipale de Paris, demandant que le nom de 1 auteur de la Dame\nBlanche soit donné à la place située devant l'Opéra-Comique, a été obtenue pour\n3 francs.\nUne très intéressante lettre de Fétis, compositeur de musique et musicographe\nbelge, toute relative au Micrologue de Gui d Arezzo, où il explique que 1 emploi\ndu quart de ton n'a jamais eu lieu dans le chant grégorien et que Gui est le\npremier écrivain du moyen âge qui ait rompu absolument avec le théorie de la\nmusique des Grecs : 5 francs.\nOn a eu pour 16 francs une lettre de Gounod ; pour 25 francs une lettre de\nHérold annonçant son mariage avec une demoiselle charmante ayant les espé-\nrances solides qui assurent son avenir.\nUne lettre de Roger, le célèbre chanteur, dans laquelle il raconte sa tournée\ndans les grandes villes d'Allemagne (il a eu une réception triomphale à Breslau ;\ntrois musiques militaires l'ont accompagné à son hôtel q a été adjugée 32 francs.\nOn a vendu également quelques instruments de musique anciens.\nUn violon tyrolien ancien est allé à 300 francs ; un violon ancien français,\nque l'on attribuait à Lupot et sur lequel on a eu apparemment des doutes, est\nresté à 100 francs ; un autre de Grandgerard n'a pu dépasser 40 francs ; un alto\nancien, 26 francs: un violoncelle Charotte, 130 francs; un archet Toure, 110\nfrancs ; un archet Vieux-Paris, 111 francs.\nC'est xMe Guidon, commissaire priseur, qui a prononcé ces adjudications.\n\nH. R.\n\n— Les chrétiens s'assemblaient autrefois\ndans les catacombes pour célébrer leurs mystères. xMardi, 24 décembre, des musi-\nciens se sont réunis dans les caves de l'Opéra (cinq étages au-dessous de la\nscène) pour installer dans un caveau qui ne sera ouvert que dans cent ans des\ndisques gracieusement offerts par M. Clark, directeur du Gramophone, et où\nsont enregistrées les voix des plus célèbres chanteurs contemporains.\nDans un discours plein d'élégance et d'autorité, M. Adrien Bernheim a montré\nque l'acte généreux de M. Clark réalisait un rêve très précis déjà fait par le\npoète Th Gautier. Voici comment le Temps du 27 décembre rend compte de\ncette curieuse cérémonie, qui marquera une date dans l'histoire de la musique :\n« C'est à M. Clark, directeur de la Compagnie française du Gramophone à\nParis, qu'est due 1 idée,\n\nM. CLARK ET LA MUSIQUE A L'OPÉRA.\n\n«CHANSONS ET CONTES POUR LES ENFANTS», PAROLES DE A. BAUDEUF, DESSINS DE\nHENRIETTE MASSY, MUSIQUE DE AD. RÉMY (I vol., 6 fr., chez Pfister, 30, boulev.\nHaussmann).\nA.\n— Il faut louer et remercier ceux qui font de la musique jolie et\nfacile pour les enfants. Avec ses illustrations amusantes, ses paroles bienappro-\npriées au jeune âge et ses mélodies gaies, — les Petits Chais, le Petit Ane, Madame\nla Pie, Finoreille et Lovgmuseau, la Meunière du beau moulin, le Crapaud et la\nGrenouille, etc., 15 pièces en tout— ce livre plaira certainement aux petits mu-\nsiciens de 8 à 13 ans. Il constitue un charmant et utile livre d'étrennes."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.27", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3330, "texte": "« Artiste distingué autant que lettré délicat, M. Clark avait plus d'une fois re-\ngretté qu'aux époques précédentes on n'eût pas noté et retenu d'une façon précise\nde quelle manière Molière récitait ses comédies, comment Mozart exécutait une\nde ses sonates.\n« Restait à trouver les moyens.\n« On avait bien, il y a quelques années, réussi à capter mécaniquement la voix\nhumaine, à l'enregistrer ; plus tard, on était arrivé à la reproduire et à la trans-\nmettre. Mais un déplorable nasillement altérait le timbre, les inflexions, les\nnuances de la voix reproduite. C'est que l'on n'avait, pour reproduire l'enregis-\ntrement, qu'un saphir, qui par sa forme et sa Composition altérait toute repro-\nduction.\n« L'inventeur du gramophone pensa à remplacer ce saphir par une aiguille\nd'acier. En lui donnant une trempe et une forme spéciales, il permit à cette\naiguille de vibrer de la façon la plus délicate et obtint ainsi le timbre qui définit\nchaque voix. Le gramophone créé, on pouvait s'adresser aux plus célèbres chan-\nteurs, compositeurs ou maîtres de musique, sans crainte de défigurer, en les\nreproduisant, leurs interprétations ou leurs œuvres.\n« M. Clark put alors mettre en pratique son idée. Ces jours derniers, il faisait\npart de son projet à MM. Briand et Dujardin-Beaumetz, qui en accueillaient la\nréalisation avec empressement : l'intérêt artistique était, en effet, de tout premier\nordre, et Ton savait que M. Clark n'avait voulu faire qu'oeuvre d'artiste exclu-\nsivement.\n« On a lu les détails de la cérémonie. M. Clark en prit, en Mécène délicat,\ntous les frais à sa charge.\n« Nous avions, dans notre compte rendu, parlé « d'une société de gramo-\nphones ». Il avait là une erreur. Le mot « gramophone » n'est point une dé-\nnomination générique, mais la marque dûment déposée, et la propriété exclusive\ndes appareils et disques fabriqués et vendus par la Compagnie française du Gra-\nmophone, 15, rue Bleue, à Paris ».\nCHEZ M. Louis MORS : « L'UNION INSTRUMENTALE ». Qui fera ledénombre-\nment complet de toutes les ressources musicales de Paris ? Les professionnels\nne sont pas les seuls qui travaillent. Ainsi M. Victor Charpentier dirige un\norchestre d'amateurs où il n'y a pas moins de 70 premiers ou seconds violons\n(avec un prince comme premier violoncelliste). Et je n'entreprendrai pas de\ndresser une liste complète cles compagnies de ce genre !\nLe 21, dans le délicieux théâtre privé de M. Louis Mors, ïUnion instrumen-\ntale, composée de 50 instrumentistes et dirigée par M. Tauron, nous adonné un\nconcert de sérieuse valeur. Dans la partie ancienne du programme : l'ouverture\nde Yldoménèe de Mozart (1781) ; des fragments du 3e acte d'Hippolyte et Ancie de\nRameau(i733), une sonate pour viole d'amour et clavecin d'Ariosti (compositeur\nde Bologne qui a publié en 1728 de curieuses études pour viola d'amore), une\nBerceuse de Mozart, le quatuor de Vlrato (1801) de Méhul, et la marche triom-\nphale de Tarpeïa (Beethoven). La partie moderne était représentée par les noms\nde Léo Delibes, R. Wagner, Van Vœfelghem, Nibandre, Massenet, Brahms.\nDes solistes de choix faisaient les intermèdes. Les excellents musiciens de\nVUnion instrumentale (dont le secrétaire général est M. Blanchet, 2, place du\nThéâtre-Français) seraient les premiers à protester si je disais que leur jeu est"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.28", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3321, "texte": "parfait. Il est remarquable et très honorable. Ce qui leur manque encore soit\npour l'expression mélodique, soit pour le rythme c'est un peu de ce diable au\ncorps qui, en matière d'art, est indispensable. Mais je suis pleinement rassuré :\npourquoi une société privée est-elle fondée, sinon pour les joies du travail ?\n\nC.\n\nCONCERT DE MUSIQUE A LA SCHOLA CANTORUM.\nP.-M. M.\n— M. Louis Revel, violoncelliste\ndes Concerts Colonne, professeur à la Schola Cantorum, nous a donné, le 18 dé-\ncembre, un très intéressant concert de musique ancienne. Nous avons entendu\ndeux curieuses sonates de Vivaldi (Ve audition), où l'expression assez profonde des\nlargos contraste avec la joie purement physique des allégros, une sonate d'un\nauteur inconnu du xvme siècle audition) et une suite délicate de John\nLœillet (1730J. L'harmonisation en est due à M. L. Ecorcheville, qui a joint au\nprogramme une très substantielle notice sur l'histoire du violoncelle. Le jeu de\nM. Louis Revel a une expression sobre et nette qui dénote une rare finesse de\ncompréhension.\nLe concert était complété par des pièces pour piano de Byrd et Scarlatti, jouées\nparMme Gaston Revel, et par divers morceaux de Bach où j'ai surtout admiré la\nvoix généreuse de Mllc Eléonore Blanc.\n\nMATINÉES DANBÉ (5e matinée, 18 décembre).\nP.-M. M.\n— Du Schumann, du Tschaï-\nkowsky, du Mendelssohn, le tout bien exécuté par le Quatuor Soudant, qui\njoue les airs lents et expressifs d une façon vraiment très distinguée. Du Haydn,\ndu Fauré, — mais aussi du G. de Saint-Quentin, délicieusement chanté par\nMlle Marthe Doerken. Et, entre temps, le jeu intelligent de Mnie Juliette\nToutain-Grun dans des pièces de Grieg et de Liszt. Mais pourquoi jouer des\nfragments de quatuor ou de sonate et non pas les œuvres entières ? Serait-ce que\nles Matinées Danbé s'adresseraient à un public spécial et vite fatigué ?\n\nLE TRIO DURANTON-MESNIER-SCHIDENHELM.\nP.-M. M.\n— Il a donné son second concert\nle 16 décembre, avec trois belles œuvres : le Trio à /'Archiduc de Beethoven, le\nTrio en mi majeur de Mozart et le Trio en la, op. 26 de Lalo. Remarquons en\npassant combien il est regrettable que la musique de chambre de Lalo ne soit pas\nplus connue du public et qu'on n'ait pas encore donné sa juste place à un maître\nqui est une des gloires de notre école française. Il faut être reconnaissant au\ntrio Duranton-Mesnier-Schidenhelm d'avoir associé ce nom à ceux de Mozart\net de Beethoven.\nS'il faut en croire le programme, « il serait superflu » de faire un long éloge\nde M1Ie Berthe Duranton, la pianiste du trio. Je m'empresse donc de m'en\ndispenser. M. Fernand Mesnier a une qualité rare chez les violonistes : il\nest chef de bataillon du génie, ou plutôt il l'était hier encore. Mais c'est de plus\nun véritable artiste, qui semble même avoir encore plus de délicatesse que de\nvigueur et de virtuosité, ce qui est extrêmement méritoire chez un militaire.\nJe n'ai jamais vu un commandant jouer aussi bien du violon. S'il continue\nà se perfectionner encore un peu dans la technique, on ne pourra que le\nféliciter d'avoir choisi cettte nouvelle façon de servir le génie. M. René\nSchidenhelm complète avec une grande conscience artistique ce trio, qui se pro-\nduit cette année pour la première fois en public et qui, dans l'ensemble, a fait\nbonne figure."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "S.\nParmi les concerts les plus intéressants de la quinzaine, nous citerons à la\nsalle Pleyel celui de M. Georges Caries, jeune violoniste d'avenir, qui a inter-\nprété le concerto en sol mineur de Max Bruch, le 2econcerto de Wieniawski,\nla romance en fa de Beethoven et Varia de Bach.\nMême salle, M. F. Matignon (ier prix de violon de 1906, classe de M. Ed.\nNadaud) a composé un programme intéressant avec le 21e quatuor à cordes\nde Mozart, la sonate en ut mineur de Grieg, la sérénade de Beethoven (avec\nMM. Lefranc et Doucet), le quatuor piano et cordes de Brahms (M. Batalla au\npiano).\nM. F. Matignon, que nous avions déjà entendu l'an dernier, a acquis encore\nplus d'autorité et de style ; il s'est affirmé excellent violoniste et, ce qui vaut\nmieux, excellent musicien"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "16", "page_fin": "20", "image_debut": 16, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.1", "titre_corps": "IPHIGÉNIE EN AULIDE, DE GLUCK.", "titre_sommaire": "IPHIGÉNIE EN AULIDE, DE GLUCK.", "signature_source": "HENRI QUITTARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.16", "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 3382, "texte": "— Avec Iphigénie en Aulide, que l'Opéra-\nComique vient de nous rendre, voici le cinquième et dernier des grands opéras de\nGluck qui reparaît à la scène. Pourquoi cette belle partition, qui par aucun côté ne\nse révèle inférieure aux quatre autres, eut-elle cette mauvaise fortune, en ce temps\nde renaissance gluckiste, d'être de toutes la plus négligée ? On se 1 expliquait\nmal. Car s'il est légitime peut-être, pour certaines qualités singulières, de tenir à\nplus haut prix Armide, Orphée ou Alceste, cette préférence ne saurait aller jus-\nqu'à l'injustice. Iphigénie en Aulide, le public en a pu juger, n est pas moins\nabondante en beautés pathétiques et profondes. Le sujet du drame, moins sédui-\nsant si l'on veut, moins romantique que tel autre, demeure aussi tragique qu'au-\ncun, aussi douloureusement humain, aussi grand dans sa simplicité tragique.\nCependant, tandis qu'au cours du siècle dernier Alceste, Orphée, Yausl&relphigéme\nen Tauride même, connurent, en des temps moins musicalement cultivés que le\nnôtre, l'honneur de reprises diverses (je ne parle point de l'époque contemporaine),\nIphigénie en Aulide était demeurée, depuis la dernière représentation de 1824,\nindifférente aux directeurs de théâtre. Aucune exécution au concert, du moins\nde fragments considérables. Il a fallu que la Schola février de cette\nannée, l'inscrivît presque entière sur son programme. Cette fois encore, ainsi que\npour Rameau qui nous est promis déjà à l'Opéra pour la saison prochaine, la\nSchola aura bien rempli sa mission généreuse.\nCe long oubli si peu compréhensible, est-ce la rançon du succès sans précé-\ndent qui, à son apparition, le 19 avril 1774, avait salué l'œuvre nouvelle que\nGluck apportait à la scène française ? Car, après une première un peu indécise,\nmalgré la présence du dauphin et de la dauphine, Marie-Antoinette, la protec-\ntrice attitrée du compositeur, le succès, dès la seconde, alla toujours croissant.\nL'affluence finit même par devenir telle aux portes de l'Opéra qu'un service\nd'ordre fut nécessaire, cependant que le prix des billets de parterre, revendus\npar d'habiles industriels, atteignait un taux inusité. Grimm et J.-J. Rousseau,\ndans leur Correspondance, attestent la forte impression causée par la musique\net la place que Gluck, dès lors, tenait dans l'opinion.\nAu surplus, cet enthousiasme s'explique. Le livret à'Iphigénie en Aulide, si nous\nlui pouvons trouver quelques défauts, ne fût-ce que la noblesse soutenue, un peu\nconvenue et souvent emphatique du dialogue, avait d'autre part des qualités\nvraiment fortes. Il avait pour lui l'avantage de procéder très étroitement d'une\ndes plus belles tragédies françaises, elle-même dérivée d'un illustre modèle. Et\nquelque mutilation que la pièce eût dû, pour sa nouvelle destination, subir, il\nrestait en elle assez d'Euripide et assez de Racine pour justifier l'admiration.\nAu surplus, l'auteur de ce livret, le bailli de l'ordre de Malte Le Blanc du Roullet,\navait su habilement adapter le drame aux exigences musicales telles que Gluck\nles concevait. Des scènes bien coupées, habilement mises en opposition, un spec-\ntacle magnifique et pompeux, des situations tragiques, un pathétique soutenu :\ntout concourait à en faire un canevas parfaitement favorable à l'inspiration musi-\ncale du maître.\n\nIPHIGÉNIE EN AULIDE, DE GLUCK."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.17", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3507, "texte": "Il ne devait pas rester au-dessous de ce qu'on attendait de lui ni de sa réputa-\ntion déjà européenne. Quand il s attaque à Iphigénie en Aulide, Gluck n'est\nplus seulement l'auteur d'opéras italiens, célèbres alors, trop oubliés et\nconventionnellement dédaignés de nos jours, et dont il ne convient pas d'ignorer\nqu'il en est peu qui ne renferment quelque scène admirable II est déjà l'auteur,\nréformateur du théâtre lyrique, d'Alceste et d'Orfeo. Et si ces deux opéras n'ont\npas encore été par lui adaptés à la scène française, ils n'en contiennent pas\nmoins déjà, sous le texte italien, leurs pages les plus sublimes. Ces chefs-\nd'œuvre sont appréciés partout des musiciens au moins, sinon du grand public.\nOr/eo, en particulier, édité à Paris en 1764, est familier à nos compositeurs,\nplus familier même à certains (à Philidor par exemple qui n'est point le seul)\nque ne le tolérerait aujourd'hui l'opinion.\nD'autre part, Gluck lui-même, compositeur cosmopolite s'il en fut jamais et\nqui se faisait gloire de l'être, n'est pas demeuré étranger à l'art musical français.\nNon seulement il a pratiqué nos grands compositeurs, Rameau surtout,\nà qui il a toujours rendu justice, mais encore il s'est familiarisé avec\nla langue et la piosodie fiançaises, en écrivant, de à 1764, plusieurs\nopéras comiques sur des livrets de Lesage, d'Anseaume .ou de Favart. Ces\npièces légères, représentées à Vienne, sur le théâtre de la cour, ne lui ont\ncet tes rien appris de 1 art de traiter les grandes situations dramatiques.\nElles lui ont du moins rendu aisé le maniement du récitatif en une langue\nqui n est point la sienne et que, musicalement, il saura traiter mieux que\npersonne.\nC'est que, depuis longtemps, Gluck se sentait attiré versjaotre pays où, mieux\nque partout, pensait-il, il pourrait imposer sa conception de ce que doit être la\nmusique dramatique. Ailleurs, l'opéra italien, que ce fût en Italie, en Allemagne,\nen Espagne ou en Angleterre, régnait sans conteste sur la scène. Nulle part, sauf\nen France, il n'existait un théâtre lyrique autre que celui-là dont les défauts\nétaient devenus insupportables au compositeur. Et la musique française, elle,\navait justement avec ce que rêvait Gluck les rapports les plus étroits. De tous\ntemps les h rançais avaient estimé la déclamation juste et forte. De tous temps ils\navaient placé au premier rang la vérité scénique. Ils n'avaient jamais souffert\nque la musique pure, sous la forme mesquine de la virtuosité vocale, usurpât sur\nla scene la place du naturel et de l'expression. L'art de Lulli, de Campra, de\nRameau, c est déjà 1 art de Gluck. Avec la différence des temps et des tempéra-\nments, sans doute, mais mieux que personne le maître avait senti la similitude.\nlphigeme en Aulide est le premier hommage du génie de Gluck au génie\ndes maîtres français, en qui il reconnaissait ses véritables précurseurs et\nqu il allait faire oublier en réalisant plus complètement ce qu'ils avaient\nconçu.\nRameau lui-même, encore que par certains côtés il dépasse son heureux rival,\nva battre en retraite devant cette invasion redoutable. Il faudra qu'il attende\njusqu a l'époque contemporaine pour que notre admiration retrouve en lui\ncette musicalité supérieure dont ni Gluck ni personne en France de son temps\nn avaient pleinement conscience. Mais revenons à Iphigénie et à l'Opéra-\nComique.\nJe ne pense point qu'il soit très nécessaire de narrer par le détail une pièce\ndont tous les Français connaissent les péripéties."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.18", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "Les Grecs campent à Aulis, attendant les vents favorable pour cingler vers\nIlion. La colère des dieux les leur refuse, et il faut qu'lphigénie, la fille du roi des\nrois, soit immolée sur les autels de Diane pour qu'ils rendent aux confédérés leur\nfaveur. Déchiré d'angoisses, Agamemnon se refuse, puis consent à l'affreux\nsacrifice. Défendue par Clytemnestre, sa mère, par Achille à qui elle est promise,\nIphigénie, avec une abnégation sublime, se résoud à la mort. Elle périrait immo-\nlée si Diane n'apparaissait, comme le prêtre va l'égorger, pour se déclarer satis-\nfaite et l'arracher à la mort.\nLe dénouement, on le voit, diffère de celui de Racine. Il n'est point question\nd'Eriphile, personnage supprimé, et nul meurtre liturgique ne vient ensan-\nglanter une conclusion que l'esthétique de l'Opéra voulait le plus souvent\nheureuse.\nIl serait vain d'énumérer les plus beaux airs et les scènes les plus pathé-\ntiques.\nCe serait ici d'autant plus inutile qu'il n'est pas de drames de Gluck où le\nmusicien soit partout plus égal à soi-même. Orphée, Alceste, Armide, à côté de\npages admirables en contiennent d'autres, des actes entiers souvent, dont la\nfaiblesse réelle s'exagère encore du contraste. Iphigénie en Aulide ne connaît\npoint ces défaillances. Il n'est point d'acte qui ne renferme des beautés supé-\nrieures, depuis l'exposition avec l'invocation d'Agamemnon au soleil, le chœur\nd'entréedes Grecs : C'est trop jaire de résistance, si scénique, si mouvementé, et qui\nfait songer à certains chœurs de Juifs dans la Passion de J.-S. Bach, l'air de\nCalchas :Au faîte des grandeurs, la scène si fraîche et si tragiquement souriante\nde l'arrivée des princesses, jusqu'au dénouement avec les deux airs si touchants\nd'lphigénie, la scène de Clytemnestre et la cérémonie religieuse du sacrifice. A\ncôté de ces grandioses effusions musicales, partout dans le dialogue un récitatif\nd'une force expressive et d'une plasticité singulières, mettant chaque personnage\nen plein relief, des chœurs d'une harmonie pleine et sonore, un orchestre sobre\nmais toujours en situation et sachant quand il le faut se mêler au drame. Re-\nmarquons en passant que, pour la première fois, Gluck a renoncé ici à l'usage\nde la basse continue réalisée au clavecin dans les récits, usage qui eut sa raison\nd'être mais qui, avec les progrès de la technique instrumentale, introduisait dans\nla trame symphonique une fâcheuse disparate.\nDe 1774 à 1824, Iphigénie en Aulide eut42B représentations. Retrouvera-t-elle,\nà cette nouvelle reprise, ce succès qui ne fut point ordinaire? Je ne le saurais\ndire, ni quel accueil le public proprement dit lui réserve. Je noterai seulement\nque quelques-uns de nos critiques musicaux, et non des moindres, l'ont accueillie\nsans enthousiasme. Je comprends leurs raisons sans m'expliquer leur intran-\nsigeance. Il èst certain que nous avons aujourd'hui, depuis Wagner, une con-\nception du drame lyrique qui n'est plus du tout celle de Gluck. Je ne l'attaque\npoint assurément. Mais quelque logique et cohérente que soit l'esthétique\nwagnérienne, quels que soient les chefs-d'œuvre qui s'en réclament, je ne\nsaurais, maintenant que sont passés les temps héroïques, lui accorder la valeur\nd'un dogme intangible. La vraisemblance dramatique est une belle chose. Mal-\nheureusement elle est trop variable et trop forcément subjective.\nCertes, comme il a été dit très justement, « la coupe d'un opéra de Gluck, avec\nses innombrables airs reliés uniquement par la forme rituelle du récitatif,\nn'offre pas à un auditeur contemporain une vraisemblance dramatique plus"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.19", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3572, "texte": "acceptable que la conception lyrique qui fit la fortune des ouvrages de Doni-\nzetti et de Verdi. »\nOn ne saurait mieux en juger. Iphigénie est donc un opéra, avec toutes les\nconventions du genre. Et je dirai même que Ton y sent précisément avec évi-\ndence combien il faudrait peu de chose pour que ces conventions légitimes de-\nvinssent, comme elles le sont devenues ailleurs, d'insupportables formules. Oui.\nMais ce « quelque chose » est précisément ce qui sépare un chef-d'œuvre d une\nœuvre inintelligemment traditionnelle. La différence est petite, aussi, dans les\nprocédés, entre une tragédie de Racine, une de Voltaire, une de Luce de Lan-\ncival ou tout autre. xMais nul ne saurait s'y méprendre. Et les genres, au sur-\nplus, ne sont jamais si proches de la décadence irrémédiable que lorsqu'ils\nont atteint leur point de perfection. Iphigénie est un opéra, c'est entendu.\nMais c'est cependant un chef-d'œuvre, le chef-d'œuvre de l'ancien opéra\nfrançais.\nL'Opéra-Comique n'a rien négligé pour produire cette belle partition dans\ntout son lustre. L'interprétation est véritablement supérieure. Tout d'abord met-\ntons MUe Bréval hors de pair. Je me souviens, lors de la création d'Armide par\ncette séduisante artiste, avoir formulé quelques réserves sur sa manière, trop\nromantique à mon gré, de traduire cette musique Ici, ces critiques seraient inop-\nportunes. Elle a magnifiquement fait revivre cette figure touchante d'lphigénie, le\nrôle le plus difficile peut-être de Gluck. Difficile parce que, tout en passion con-\ntenue, en nuances pénétrantes mais infiniment délicates, il prête peu à l'effet. Ce\nn'est qu'une artiste de premier ordre qui s'y peut essayer sans ridicule. Et\nMlle Bréval a su le réaliser tel que Gluck l'avait conçu.\nOn n'attendait pas moins d'elle, il est vrai. Mais l'interprétation du rôle tra-\ngique de Clytemnestre par Mlle Brohly fut une révélation. Encore peu connue,\ncette jeune artiste s'est mise au premier rang. Elle montre encore quelque inex-\npérience peut-être, mais son chant, son jeu, la manière dont elle comprit le rôle,\nsont déjà d'une grande tragédienne lyrique.\nLe rôle d'Achille, important, n'est pas le plus attachant. M. Beyle l'a interprété\navec la fougue juvénile, non dénuée de noblesse, qui s'impose, et sa voix, géné-\nreuse et solide, y sonne partout superbement. M. Ghasne est un Agamemnon\nplein de grandeur et de mélancolie; M. Vieuille, un Calchas majestueux et ter-\nrible. Les rôles secondaires ne déparent pas ce bel ensemble. Les chœurs, qui\nsavent jouer et se mouvoir en scène, sont excellents ainsi que l'orchestre, sous la\ndirection de M. Ruhlmann.\nQuant aux décors et à la mise en scène, nous sommes à TOpéra-Comique, et\nc'est tout dire. Le ballet du deuxième acte, d'une archéologie ingénieuse et sur-\ntout pittoresque, fait honneur à Mlle Mariquita qui le régla, à Mlle Régina Badel\net ses gracieuses acolytes qui le dansèrent. Un intermède de lutteurs contraste\ncurieusement par son réalisme brutal avec les charmes de ce spectacle, plus hel-\nlénistique peut-être qu'homérique.\nIl faut, malgré tout, formuler une critique en ce concert de louanges. La sup-\npression d'un certain nombre d'airs de danse a paru s'imposer. L'ancienne Iphi-\ngénie a un ballet à chaque acte et, pour nous, c'eût été trop sans doute. Peut-être\nle choix qui fut fait n'est-il pas à approuver entièrement. Certaines pièces con-\nservées ne sont pas des meilleures. Et il en est d'autres qu'on désirerait entendre.\nA regretter aussi la suppression du chœur final à l'unisson : Partons, volons àla"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.20", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "victoire, et du récit de Calchas qui le prépare. Cet épisode est la vraie conclusion\nde la tragédie. Logiquement du moins. Mais la logique, au théâtre, est-elle à sa\nplace ?\n\nHENRI QUITTARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "20", "page_fin": "21", "image_debut": 20, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.2", "titre_corps": "«SOUVENIRS», POÈME POUR ORCHESTRE DE VINCENT D'INDY.", "titre_sommaire": "«SOUVENIRS», POÈME POUR ORCHESTRE DE VINCENT D'INDY.", "signature_source": "D", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.20", "debut_caractere": 226, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "— LA DANSE DE\n« SALO.MÉ», DE R. STRAUSS. — LA NEUVIÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN.\nJ'avouerai très simplement être embarrassé pour donner une caractéristique des\nSouvenirs, poème que M. Vincent d'Indy écrivit en 1906. sous l'influence d'un\ndeuil cruel, et dont il a dirigé lui-même l'exécution au concert Colonne du\n22 décembre. Certes, la maîtrise de l'auteur de l Étranger se reconnaît sans peine ;\nmais une seule audition ne me suffit pas pourvoir clair dans cette composition\noriginale et si artistique. Le public lui a fait un accueil chaleureux ; peut-être y\navait-il surtout dans ses applaudissements une marque de haute déférence pour\nun maître dont le caractère est si estimé et un témoignage public de sympathie\npour les sentiments nobles et touchants qui l'ont inspiré. Bien que les Souvenirs\nsoient construits sur un seul thème, on a quelque peine à s'y reconnaître. En\npassant par des transformations diverses de rythme et d'harmonie, l'idée princi-\npale se fragmente, se disloque, s'obnubile, est souvent méconnaissable. Comme\nimpression générale, je suis frappé de trouver dans cette composition très peu\nde chose qui rappelle la manière de César Franck, — lequel, à côté, me paraît\nlimpide comme du cristal. La marche générale de la symphonie, Y action sym-\nphonique, si je puis dire, me paraît un peu lente, coupée par un excès de détails\ndans l'écriture. Çà et là des heurts dissonants témoignent d'une grande indépen-\ndance d'esprit et de main ; mais on ne voit pas bien (et ceci paraîtra sans doute\nétrange à l'auteur) leur raison d'être. La couleur subtile de l'instrumentation ne\nparaît pas en rapport bien étroit avec le sentiment à exprimer. Encore une fois,\ntout ceci me paraît en dehors des habitudes de César Franck, plutôt marqué par\nl'obsession des derniers quatuors de Beethoven. Un beau tutti, seul m'a vraiment\nému. Le reste a trop de façon. Mais ceci n'est qu'une impression très superfi-\ncielle ; je demande à réentendre plusieurs fois.\nLa danse de Salomê a été appréciée ici même à plusieurs reprises. Je me\nbornerai à signaler une fois de plus l'énorme disproportion du sujet à traiter avec\nles moyens employés. Trop A affaires pour une simple danse du ventre ! L'auteur\nveut peindre une scène colossale (quelque chose comme le tableau de Roche-\ngrosse : Banquet des ambassadeurs barbares à la cour de Justinien), et il pèche\ncontre une loi élémentaire de l'art : choisir des moyens appropriés au sujet à trai-\nter. Il se trompe aussi en croyant que, pour faire de la couleur, en musique,\nil faut employer une multitude d'instruments. Deux ou trois timbres employés à\npropos suffisent à produire le coloris le plus exquis !\nToute musique semble pâle et débile — eût-elle l'embonpoint le plus énorme\n— à côté de la neuvième de Beethoven. Cette œuvre écrase tout. Elle est saine,\njeune, admirablement équilibrée, pleine de joie, cfune ampleur magnifique, et\nd'un sublime qui n'a pas été dépassé; ; elle a l'admirable solidité de structure des\ncompositions de Bach et, en plus, toute la poésie du sentiment et de la tendresse.\nC'est humain et divin tout à la fois. Dans Y adagio, des horizons illimités se suc-\ncèdent sans fin, et le musicien, avec le vol plané de l'inspiration, semble par-\ncourir une suite de mondes où tout serait beauté, âme, héroïsme, amour, har-\n\n«SOUVENIRS», POÈME POUR ORCHESTRE DE VINCENT D'INDY."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.21", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 444, "texte": "monie .. Je signalerai particulièrement le finale .'Berlioz s'en est visiblement\ninspiré à plusieurs reprises dans la Damnation. 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Dans les deux premiers mouvements\net dans la charmante sicilienne, le premier piano est au premier plan, les deux\nautres accompagnent ; le quatuor à cordes lui-même remplit le rôle du\ncembalo et de la basse continue dans la musique de chambre, et se borne le plus\nsouvent à suivre les basses déjà inscrites dans la partie de piano. OEuvre infé-\nrieure, sans doute, au concerto en ut ; chef-d'œuvre cependant, bien curieux à\nétudier pour qui veut connaître le génie facile et élégant de Bach et la solidité,\nle parfait équilibre de ses constructions symphoniques. M. 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C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.21", "debut_caractere": 1053, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "CONCERTO POUR VIOLON ET ORCHESTRE PAR M. MIECZYSLA KARLOWICZ (à\nBerlin, chez Schlesinger).\nA. C.\n— Le concerto que nous envoie notre ancien collabo-\nrateur M. Karlowicz (v. la Revue musicale de 1903) est une belleœuvre : somp-\ntueuse et très chantante, inspirée des modèles classiques, mais avec la liberté de\nla pensée moderne, originale sans être agressive, très mélodique, —- très difficile\naussi, — véritable œuvre de concert. Je viens de la lire au piano, et elle m'a plu\nbeaucoup, en me rappelant quelques chefs-d'œuvre du genre : le concerto de\nMendelssohn, la sonate de Richard Strauss, les compositions de Th. Dubois...\nTout au plus signalerai je un certain abus (mais combien agréable à l'oreille!)\nde la quinte augmentée. Il faut, évidemment, n'être plus un écolier pour jouer\ncela ; mais quelle joie, pour un artiste déjà formé, de faire chanter sous ses\ndoigts un poème de si noble et si brillante envergure ! Ceux de mes lecteurs qui\nferont venir d'Allemagne ce concerto me seront certainement reconnaissants de\nle leur avoir signalé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "21", "page_fin": "23", "image_debut": 21, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.5", "titre_corps": "MUSIQUE AMÉRICAINE : OEUVRES DE MM. ARTHUR FAREWELL, H. W. LOOMIS, CARLOS TROYER, CAMPBELL-TIPTON.", "titre_sommaire": "MUSIQUE AMÉRICAINE : OEUVRES DE MM. ARTHUR FAREWELL, H. W. LOOMIS, CARLOS TROYER, CAMPBELL-TIPTON.", "signature_source": "S", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.21", "debut_caractere": 446, "fin_caractere_exclue": 1051, "texte": "— Voici des œuvres d'art qui ont une\nhaute valeur, qui se rattachent à une pensée excellente, et qui méritent la vive\nsympathie de tous les musiciens d'Europe. Nous sommes encore, j'en ai bien\npeur, à peu près les seuls à les connaître en France, mais nous les signalons\navec empressement à l'attention de tous nos lecteurs. Je dirai tout de suite à\nMM. Farewell et Loomis une chose qui ne peut pas leur être désagréable : dans\nle cours qu'il a commencé le 9 décembre au Collège de France sur les Origines\n\nMUSIQUE AMÉRICAINE : OEUVRES DE MM. ARTHUR FAREWELL, H. W. LOOMIS,\nCARLOS TROYER, CAMPBELL-TIPTON."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.22", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2897, "texte": "de la musique et la magie, M. Jules Combarieu cite assez souvent leurs œuvres,\nen les prenant comme exemples à l'appui de sa doctrine, et il ne manque jamais\nd'en faire publiquement l'éloge.\nUn groupe de compositeurs américains, voulant fonder une musique natio-\nnale, a eu l'excellente idée de prendre les mélodies indigènes que la célèbre\nMiss Fletcher a recueillies elle-même en séjournant plusieurs années chez les\nIndiens des Etats-Unis, sous le patronage du Peabody Muséum de Washington\n(Peabody, pour le dire en passant, me paraît être la transcription française du\nnom de notre compatriote La Pibaudière). Ces mélodies originales, ils les ont\nprises pour base de compositions diverses, faisant tableau de genre. Elles ont\nparfois une rare saveur. Ceux qui les ont mises en œuvre sont de vrais artistes,\nen possession de toute la technique musicale ; ils ont fait preuve de goût en\nchoisissant et en respectant les thèmes sur lesquels ils ont exercé leur talent.\nCes représentants de l'idée nationale en matière d'art ont fondé une association,\nla Wa- Wan Press (ainsi appelée du nom d une cérémonie des Indiens), Newton\nCentery Massachusetts, qui, tous les mois, publie des cahiers. Mais les mélodies\nindiennes recueillies par le folklore local ne sont pas, il s'en faut, leur seul\nobjectif.\nComme pièces caractéristiques, je citerai la Danse de guerre navajo, énergique\net expressive ; Pawnee horses, d'après un chant communiqué par M. La F'ièche\n(un Indien assimilé par les Etats-Unis), et qui débute par des harmonies étran-\ngement subtiles ; la Prairie miniature ; le Wa-Wan choral. qui ne serait pas\nindigne d'un Schumann ou d'un Grieg ; la Plantation-melody, d'un sentiment\nintense ; la Danse de fête du soleil, d'une grâce ingénue et d'une exacte authen-\nticité ; la Grande Danse de la pluie chez les Zugnis, qui est une petite symphonie\ndescriptive, terminée par un choral grandiose ; tous les jolis médaillons (notam-\nment le Chant d'amour) qui composent le cahier de 1901 ;la Prière d W abonda\n(dieu du tonnerre) et la Danse du scalp ; toute la série des pièces (en particulier\nle n° II) relatives à la Wa-Wan ceremony ; la série des Chants zugnis; la\nMusique du calumet, avec la danse très curieuse qui la termine .. Pour donner\nune idée de cet art si intéressant à tous égards, je citerai l'exquise Colombe\nplaintive, qui est un air « negro » harmonisé par M. Farewell. D'un bout à\nl'autre, on ne trouve quedes accords de septième, c'est-à-dire des dissonances ; et\ncela est d'une douceur délicieuse. Il y a des théoriciens qui ne comprennent pas\ncette écriture ; ils posent comme principe que « la dissonance est désagréable à\nl'oreille» ! L'idée ne leur vient pas de tenir compte du timbre, de l'intensité, du\nregistre, en un mot de tout ce qui distingue la musique des musiciens de la\nmusique des physiciens. Lisez bien ceci, je vous prie :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.23", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1401, "texte": "Je trouve cela exquis !\nM. Raynaldo Hahn a publié des mélodies qui sont un peu dans ce goût-là.\nTelle autre pièce, the Black Face, rappelle une habanera de M. Paul Vidal. Il est\nvrai que l'Espagne, source commune d'où dérivent ces deux compositions, a\npénétré profondément certains pays de l'Amérique.\nParmi les compositions où les thèmes sont librement inventés, je citerai les\nFour sea lyrics / les Quatre poèmes lyriques de la mer, paroles d'Arthur Symons,\nmusique de Campbell-Tipton ; A/ter Sunset (Après le coucher du soleil),\nDarkness (Ténèbres) ; the Crying of Water (le Cri des eaux), quia une réelle gran-\ndeur, et Requies. Dans ces dernières pièces (qui, je l'avoue, m'intéressent un peu\nmoins que les autres pour des raisons d'ordre historique ou ethnographique),\nje constate une grande expérience musicale, une extrême habileté harmonique,\nun style original qu'on chercherait vainement à rattacher à un modèle, bien qu'il\nsoit très moderne. Je constate aussi, avec l'habitude de traiter les petits sujets\ndescriptifs, un certain abus des indications de nuances La musique vraiment\nsolide et belle n'a pas besoin de toutes ces précautions et de ces avertissements :\nelle porte en soi tout ce qu'il faut. Faire un sort à chaque note, c'est briser,\npar les minuties de l'analyse, l'intérêt d'une œuvre. Je signale une tendance bien\nplus qu'un excès réel.\n\nS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "23", "page_fin": "24", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.6", "titre_corps": "MUSIQUE DU MOYEN ÂGE ET PLAIN-CHANT. OFFICE DE PIERRE DE CORBEIL (OFFICE DE LA CIRCONCISION), IMPROPREMENT APPELÉ «OFFICE DES FOUS», TEXTE ET CHANT, PUBLIÉ D'APRÈS LE MANUSCRIT DE SENS, XIIIe SIÈCLE, AVEC INTRODUCTION ET NOTES, PAR L'ABBÉ HENRI VILLETARD (chez Alphonse Picard).", "titre_sommaire": "MUSIQUE DU MOYEN ÂGE ET PLAIN-CHANT. OFFICE DE PIERRE DE CORBEIL (OFFICE DE LA CIRCONCISION), IMPROPREMENT APPELÉ «OFFICE DES FOUS», TEXTE ET CHANT, PUBLIÉ D'APRÈS LE MANUSCRIT DE SENS, XIIIe SIÈCLE, AVEC INTRODUCTION ET NOTES, PAR L'ABBÉ HENRI VILLETARD (chez Alphonse Picard).", "signature_source": "T", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.23", "debut_caractere": 1403, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "— M. l'abbé Villetard étudie\nle manuscrit improprement désigné sous le nom de Missel des fous ou Missel de\nl'âne, qui contient, pour la partie essentielle, « l'office de la Circoncision » :\nPremières Vêpres, Complies, Matines, Laudes, Prime, Tierce, Messe, Sexte,\nNone, Vêpres, tel est l'ordre dans lequel se succèdent les pièces du manuscrit,\nque M. Villetard reproduit intégralement, texte littéraire et chant, en se défendant\nd'avoir voulu faire une édition critique. Les textes musicaux donnés par\n\nMUSIQUE DU MOYEN ÂGE ET PLAIN-CHANT. OFFICE DE PIERRE DE CORBEIL (OFFICE\nDE LA CIRCONCISION), IMPROPREMENT APPELÉ «OFFICE DES FOUS», TEXTE ET CHANT,\nPUBLIÉ D'APRÈS LE MANUSCRIT DE SENS, XIIIe SIÈCLE, AVEC INTRODUCTION ET NOTES,\nPAR L'ABBÉ HENRI VILLETARD (chez Alphonse Picard)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.24", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 568, "texte": "M. l'abbé Villetard sont d'une grande beauté, comme la plupart des pièces de\nplain-chant liturgique. Mais l'ensemble de ces pièces tel qu'il est donné dans\nle manuscrit se rapporte-t-il à un office réel ? Nous aurions aimé que le savant\néditeur, si qualifié pour cela, nous donnât plus d'éclaircissements sur ce point.\nCe doute n'enlève d ailleurs rien à la haute valeur de son travail très con-\nsciencieux et très sérieux, qui fait honneur à la « Bibliothèque musicologique »\nfondée ou continuée par les soins de M. Pierre Aubry.\n\nT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "24", "page_fin": "25", "image_debut": 24, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.7", "titre_corps": "«MASSENET», I fort volume illustré, chez L. Cartelet. L'HOMME : LE MUSICIEN, AVEC ILLUSTRATIONS ET DOCUMENTS INÉDITS, PAR LOUIS SCHNEIDER.", "titre_sommaire": "«MASSENET», I fort volume illustré, chez L. Cartelet. L'HOMME : LE MUSICIEN, AVEC ILLUSTRATIONS ET DOCUMENTS INÉDITS, PAR LOUIS SCHNEIDER.", "signature_source": "T", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.24", "debut_caractere": 570, "fin_caractere_exclue": 3725, "texte": "— Ouvrage\nde luxe, très élégant et documenté, où M. Louis Schneider a réuni avec goût un\ngrand nombre de faits précis : pour le moment, c'est un curieux recueil de faits et\nd'images, un beau livre d'étrennes, un hommage mérité à la gloire de l'illustre\ncompositeur ; plus tard, ce sera un répertoire précieux où les historiens ne\nmanqueront pas de puiser. Après avoir consacré quelques pages à l'enfant, au\npensionnaire de la villa Médicis, au professeur du Conservatoire, M. Schneider\npasse en revue les œuvres de théâtre, en consacrant à chacune d'elles une étude\nqui tient le milieu entre la chronique de journal et la monographie complète :\nla Grand' Tante, Don César de Bazan, le Roi de Lahore, Hérodiade, Manon, le\nCid, Esclarmonde, le Mage, Werther, le Carillon, Thaïs, le Portrait de Manon,\nla Navarraise, Sapho, Cendrillon, Grisélidis, le Jongleur de Notre-Dame, Cigale,\nChérubin, Arzane, Thérèse ; puis les « drames sacrés et profanes » : /es Erinnyes,\nMarie-Magdeleine, LVe, Narcisse, la Vierge, enfin « quelques œuvres diverses ».\nLe maître Massenet a beaucoup produit et c'est une personnalité « à facettes »\nqu on ne caractérise pas d'une façon complète en disant qu'il est, en musique,\nle peintre de la tendresse, de la volupté et du charme féminin (ainsi il excelle\ndans la comédie lyrique) ; il a un style à lui, reconnaissable entre tous ; il a\nexercé une grande influence sur son temps, et la plupart des « maîtres » actuels\nsont des élèves, ses « enfants », comme il dit avec sa grande bonté coutumière.\nCe sont là des titres qui contribuent à faire accueillir avec une grande sympathie\nle livre très brillant de M. Louis Schneider.\n« MENDELSSOHN », PAR PAUL DE STOECKLIN ; « GRÉTRY », PAR HENRI DE CURZON ;\n« PAGANINI », PAR J.-G. PROD'HOMME (Collection des «Musiciens célèbres », Henri\nLaureus éditeur). —Ces trois volumes, signés de noms autorisés et estimés,nous\ndonnent une substantielle monographie (avec catalogue des œuvres, bibliographie,\nillustrations documentaires) sur trois musiciens de valeur inégale ou très diverse,\nmais qui méritaient les honneurs de ce Panthéon musical. Chacun des volumes\nn a pas plus de 120 ou 130 pages, et il dit l'essentiel. M. de Stœcklin caractérise\nbien Mendelssohn en disant qu'il fut « le chantre de l'âme moyenne, de l'âme\nbourgeoise, des émotions douces, faciles et bonnes ». Il y a sur lui un jugement\ntrop cruel de Nietzsche, mais curieux: « Mendelssohn a plutôt un tempérament\nde lettré qui s assimile les idées des autres : il ne crée pas, il remploie. » — En\nparlant de Paganini (né en 1784 à Gênes, mort à Nice en 1840), M. J.-G. Prod'-\nhomme avait une tâche ingrate : il étudiait un virtuose dont le talent, mettons le\ngénie, est comparable à celui du comédien : le meilleur est perdu à tout jamais, et\nce qui reste est loin de représenter ce qu'il y eut de plus beau. M Prod homme\njuge avec indulgence, mais comme il convient, les compositions dePaganini : les\nfameux Caprices, transcrits en partie par Liszt et Schumann pour le piano ; les\n\n«MASSENET», I fort volume illustré, chez L. Cartelet. L'HOMME : LE MUSICIEN,\nAVEC ILLUSTRATIONS ET DOCUMENTS INÉDITS, PAR LOUIS SCHNEIDER."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.25", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1146, "texte": "concertos avec orchestre en mi et en si mineur; les célèbres Variations dont\nSivori, dans notre enfance, nous rendait 1 illusion... En ce livre, on retrouve les\nqualités solides qu'a montrées M. Prod homme dans ses études sur les Sympho-\nnies de Beethoven. Sur Grétry (né à Liège en 1741 ), M. de Curzon nous donne\naussi une excellente petite étude. Il divise ainsi son sujet : les années d'appren-\ntissage (174 1-1767) ; duHuron à la Fausse Magie (1767-1775) ; la période de matu-\nrité (du Jugement de Miias à Richard Cœur-de-lion ; 1776-1785), les années de\nretraite (1785-1813). Dans le « catalogue de l'œuvre dramatique de Grétry », qui\ntermine le volume, quelques lacunes à signaler ; il manque : les Maures en\nEspagne (1800), Alcindor et Zaide (tiré, pour les paroles, d'un livret de Rochon\nde Chabannes), Ziméo (3 actes). Zelmar( 1 acte), Electre, Diogène et Alexandre.\nM. de Curzon conclut en souhaitant que l'Opéra-Comique nous rende quatre\nchefs-d'œuvre qu'il considère comme représentatifs du génie de l'école française :\nle Tableau parlant, Zémir et /'Epreuve villageoise et Richard Cœur-de-lion.\n\nT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "25", "page_fin": "26", "image_debut": 25, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.8", "titre_corps": "A L'HOTEL DES VENTES. — LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ.", "titre_sommaire": "A L'HOTEL DES VENTES. — LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ.", "signature_source": "H. R", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.25", "debut_caractere": 1148, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "— Parmi les\nautographes collectionnés par feu M. Léon Gauchez, ancien directeur de 1 Art,\nque Me Lair-Dubreuil et Me Bernier vendaient récemment aux enchères publi-\nques, plusieurs émanaient de compositeurs de musique célèbres et offraient un\ncertain intérêt de curiosité.\nIl n'y avait pas moins de sept'lettres de Berlioz. Dans l'une, payée 80 francs,\nl'illustre compositeur exprime son admiration pour Beethoven et pour Gluck,\nces deux dieux supérieurs de son art. Dans une autre, dont on a donné le même\nprix, Berlioz fait part à M. Bennet de la joie qu'il a ressentie en lisant son\nouvrage, les Troyens.\nDans une troisième, qui a fait 85 francs, et qui est encore adressée à M. Bennet,\nil parle du succès de la Reine Topaze (op. com. en 3 actes de V. Massé,\ndéc. 1856). Il parle également d'un dîner d'artistes et de savants donné parle\nprince Napoléon. Voici un passage de cette spirituelle épître : « Nous étions\n« par paires de membres de l'Institut. Deux musiciens: Halévy et moi ; deux\n« peintres, Ingres et Flandrin ; deux de l'Académie française : A. de Vigny et\n« Ponsard, plus Dumas le chimiste et A. Dumas fils, qui pourrait être de l'Institut\n« s'il n'avait pas tant d'esprit. »\nLe dîner avait eu lieu le jour de l'élection de Delacroix à l'Académie des beaux-\narts. « M. Ingres a dû encore avaler cette couleuvre ; il n'en a pas moins été le\n« soir aussi gracieux qu'il peut l'être. »\nEnfin, dans une autre lettre, adressée toujours à M. Bennet et payée 50 francs,\nBerlioz s'excuse de son retard à écrire un feuilleton par l'obligation de terminer\nun quatrième acte (les Troyens), une scène volée à Shakespeare et virgilianisée\nqui le met dans des états ridicules. « Je n'ai à m'occuper que de la rédaction de\ncet immortel radotage d'amour, écrit Berlioz, qui fait du dernier acte du\nMarchand de Venise le digne pendant des hymnes sublimes de Roméo et Juliette.\nC'est Shakespeare qui est le véritable auteur des paroles et de la musique II\nest singulier qu'il soit intervenu, lui le poète du Nord, dans le chef-d'œuvre\ndu poète romain. Virgile avait oublié cette scène Quels chanteurs que ces\ndeux ! ! ! »\nUne curieuse lettre de Boïeldieu, vendue 165 francs. Le célèbre compositeur\n\nA L'HOTEL DES VENTES. — LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.26", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "vient de recevoir un exemplaire de la Dame Blanche superbement relié. Il remer-\ncie ses compatriotes de la médaille qu'ils lui ont votée.\nUn document signé par Adam, Halévy, Auber, etc., au président de la com-\nmission municipale de Paris, demandant que le nom de 1 auteur de la Dame\nBlanche soit donné à la place située devant l'Opéra-Comique, a été obtenue pour\n3 francs.\nUne très intéressante lettre de Fétis, compositeur de musique et musicographe\nbelge, toute relative au Micrologue de Gui d Arezzo, où il explique que 1 emploi\ndu quart de ton n'a jamais eu lieu dans le chant grégorien et que Gui est le\npremier écrivain du moyen âge qui ait rompu absolument avec le théorie de la\nmusique des Grecs : 5 francs.\nOn a eu pour 16 francs une lettre de Gounod ; pour 25 francs une lettre de\nHérold annonçant son mariage avec une demoiselle charmante ayant les espé-\nrances solides qui assurent son avenir.\nUne lettre de Roger, le célèbre chanteur, dans laquelle il raconte sa tournée\ndans les grandes villes d'Allemagne (il a eu une réception triomphale à Breslau ;\ntrois musiques militaires l'ont accompagné à son hôtel q a été adjugée 32 francs.\nOn a vendu également quelques instruments de musique anciens.\nUn violon tyrolien ancien est allé à 300 francs ; un violon ancien français,\nque l'on attribuait à Lupot et sur lequel on a eu apparemment des doutes, est\nresté à 100 francs ; un autre de Grandgerard n'a pu dépasser 40 francs ; un alto\nancien, 26 francs: un violoncelle Charotte, 130 francs; un archet Toure, 110\nfrancs ; un archet Vieux-Paris, 111 francs.\nC'est xMe Guidon, commissaire priseur, qui a prononcé ces adjudications.\n\nH. R."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "26", "page_fin": "26", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.9", "titre_corps": "«CHANSONS ET CONTES POUR LES ENFANTS», PAROLES DE A. BAUDEUF, DESSINS DE HENRIETTE MASSY, MUSIQUE DE AD. RÉMY (I vol., 6 fr., chez Pfister, 30, boulev. Haussmann).", "titre_sommaire": "«CHANSONS ET CONTES POUR LES ENFANTS», PAROLES DE A. BAUDEUF, DESSINS DE HENRIETTE MASSY, MUSIQUE DE AD. RÉMY (I vol., 6 fr., chez Pfister, 30, boulev. Haussmann).", "signature_source": "A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.26", "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "«CHANSONS ET CONTES POUR LES ENFANTS», PAROLES DE A. BAUDEUF, DESSINS DE\nHENRIETTE MASSY, MUSIQUE DE AD. RÉMY (I vol., 6 fr., chez Pfister, 30, boulev.\nHaussmann).\nA.\n— Il faut louer et remercier ceux qui font de la musique jolie et\nfacile pour les enfants. Avec ses illustrations amusantes, ses paroles bienappro-\npriées au jeune âge et ses mélodies gaies, — les Petits Chais, le Petit Ane, Madame\nla Pie, Finoreille et Lovgmuseau, la Meunière du beau moulin, le Crapaud et la\nGrenouille, etc., 15 pièces en tout— ce livre plaira certainement aux petits mu-\nsiciens de 8 à 13 ans. Il constitue un charmant et utile livre d'étrennes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c016", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "26", "page_fin": "28", "image_debut": 26, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.10", "titre_corps": "M. CLARK ET LA MUSIQUE A L'OPÉRA.", "titre_sommaire": "M. CLARK ET LA MUSIQUE A L'OPÉRA.", "signature_source": "C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.26", "debut_caractere": 1683, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "— Les chrétiens s'assemblaient autrefois\ndans les catacombes pour célébrer leurs mystères. xMardi, 24 décembre, des musi-\nciens se sont réunis dans les caves de l'Opéra (cinq étages au-dessous de la\nscène) pour installer dans un caveau qui ne sera ouvert que dans cent ans des\ndisques gracieusement offerts par M. Clark, directeur du Gramophone, et où\nsont enregistrées les voix des plus célèbres chanteurs contemporains.\nDans un discours plein d'élégance et d'autorité, M. Adrien Bernheim a montré\nque l'acte généreux de M. Clark réalisait un rêve très précis déjà fait par le\npoète Th Gautier. Voici comment le Temps du 27 décembre rend compte de\ncette curieuse cérémonie, qui marquera une date dans l'histoire de la musique :\n« C'est à M. Clark, directeur de la Compagnie française du Gramophone à\nParis, qu'est due 1 idée,\n\nM. CLARK ET LA MUSIQUE A L'OPÉRA."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.27", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 3330, "texte": "« Artiste distingué autant que lettré délicat, M. Clark avait plus d'une fois re-\ngretté qu'aux époques précédentes on n'eût pas noté et retenu d'une façon précise\nde quelle manière Molière récitait ses comédies, comment Mozart exécutait une\nde ses sonates.\n« Restait à trouver les moyens.\n« On avait bien, il y a quelques années, réussi à capter mécaniquement la voix\nhumaine, à l'enregistrer ; plus tard, on était arrivé à la reproduire et à la trans-\nmettre. Mais un déplorable nasillement altérait le timbre, les inflexions, les\nnuances de la voix reproduite. C'est que l'on n'avait, pour reproduire l'enregis-\ntrement, qu'un saphir, qui par sa forme et sa Composition altérait toute repro-\nduction.\n« L'inventeur du gramophone pensa à remplacer ce saphir par une aiguille\nd'acier. En lui donnant une trempe et une forme spéciales, il permit à cette\naiguille de vibrer de la façon la plus délicate et obtint ainsi le timbre qui définit\nchaque voix. Le gramophone créé, on pouvait s'adresser aux plus célèbres chan-\nteurs, compositeurs ou maîtres de musique, sans crainte de défigurer, en les\nreproduisant, leurs interprétations ou leurs œuvres.\n« M. Clark put alors mettre en pratique son idée. Ces jours derniers, il faisait\npart de son projet à MM. Briand et Dujardin-Beaumetz, qui en accueillaient la\nréalisation avec empressement : l'intérêt artistique était, en effet, de tout premier\nordre, et Ton savait que M. Clark n'avait voulu faire qu'oeuvre d'artiste exclu-\nsivement.\n« On a lu les détails de la cérémonie. M. Clark en prit, en Mécène délicat,\ntous les frais à sa charge.\n« Nous avions, dans notre compte rendu, parlé « d'une société de gramo-\nphones ». Il avait là une erreur. Le mot « gramophone » n'est point une dé-\nnomination générique, mais la marque dûment déposée, et la propriété exclusive\ndes appareils et disques fabriqués et vendus par la Compagnie française du Gra-\nmophone, 15, rue Bleue, à Paris ».\nCHEZ M. Louis MORS : « L'UNION INSTRUMENTALE ». Qui fera ledénombre-\nment complet de toutes les ressources musicales de Paris ? Les professionnels\nne sont pas les seuls qui travaillent. Ainsi M. Victor Charpentier dirige un\norchestre d'amateurs où il n'y a pas moins de 70 premiers ou seconds violons\n(avec un prince comme premier violoncelliste). Et je n'entreprendrai pas de\ndresser une liste complète cles compagnies de ce genre !\nLe 21, dans le délicieux théâtre privé de M. Louis Mors, ïUnion instrumen-\ntale, composée de 50 instrumentistes et dirigée par M. Tauron, nous adonné un\nconcert de sérieuse valeur. Dans la partie ancienne du programme : l'ouverture\nde Yldoménèe de Mozart (1781) ; des fragments du 3e acte d'Hippolyte et Ancie de\nRameau(i733), une sonate pour viole d'amour et clavecin d'Ariosti (compositeur\nde Bologne qui a publié en 1728 de curieuses études pour viola d'amore), une\nBerceuse de Mozart, le quatuor de Vlrato (1801) de Méhul, et la marche triom-\nphale de Tarpeïa (Beethoven). La partie moderne était représentée par les noms\nde Léo Delibes, R. Wagner, Van Vœfelghem, Nibandre, Massenet, Brahms.\nDes solistes de choix faisaient les intermèdes. Les excellents musiciens de\nVUnion instrumentale (dont le secrétaire général est M. Blanchet, 2, place du\nThéâtre-Français) seraient les premiers à protester si je disais que leur jeu est"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.28", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 354, "texte": "parfait. Il est remarquable et très honorable. Ce qui leur manque encore soit\npour l'expression mélodique, soit pour le rythme c'est un peu de ce diable au\ncorps qui, en matière d'art, est indispensable. Mais je suis pleinement rassuré :\npourquoi une société privée est-elle fondée, sinon pour les joies du travail ?\n\nC."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "28", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.11", "titre_corps": "LE TRIO DURANTON-MESNIER-SCHIDENHELM.", "titre_sommaire": "LE TRIO DURANTON-MESNIER-SCHIDENHELM.", "signature_source": "P.-M. 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Il faut être reconnaissant au\ntrio Duranton-Mesnier-Schidenhelm d'avoir associé ce nom à ceux de Mozart\net de Beethoven.\nS'il faut en croire le programme, « il serait superflu » de faire un long éloge\nde M1Ie Berthe Duranton, la pianiste du trio. Je m'empresse donc de m'en\ndispenser. M. Fernand Mesnier a une qualité rare chez les violonistes : il\nest chef de bataillon du génie, ou plutôt il l'était hier encore. Mais c'est de plus\nun véritable artiste, qui semble même avoir encore plus de délicatesse que de\nvigueur et de virtuosité, ce qui est extrêmement méritoire chez un militaire.\nJe n'ai jamais vu un commandant jouer aussi bien du violon. S'il continue\nà se perfectionner encore un peu dans la technique, on ne pourra que le\nféliciter d'avoir choisi cettte nouvelle façon de servir le génie. M. René\nSchidenhelm complète avec une grande conscience artistique ce trio, qui se pro-\nduit cette année pour la première fois en public et qui, dans l'ensemble, a fait\nbonne figure."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "28", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.12", "titre_corps": "MATINÉES DANBÉ (5e matinée, 18 décembre).", "titre_sommaire": "MATINÉES DANBÉ (5e matinée, 18 décembre).", "signature_source": "P.-M. 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Serait-ce que\nles Matinées Danbé s'adresseraient à un public spécial et vite fatigué ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c019", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "28", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.13", "titre_corps": "CONCERT DE MUSIQUE A LA SCHOLA CANTORUM.", "titre_sommaire": "CONCERT DE MUSIQUE A LA SCHOLA CANTORUM.", "signature_source": "P.-M. 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Louis Revel a une expression sobre et nette qui dénote une rare finesse de\ncompréhension.\nLe concert était complété par des pièces pour piano de Byrd et Scarlatti, jouées\nparMme Gaston Revel, et par divers morceaux de Bach où j'ai surtout admiré la\nvoix généreuse de Mllc Eléonore Blanc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c020", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "29", "page_fin": "29", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.2.14", "titre_corps": "Parmi les concerts les plus intéressants de la quinzaine, nous citerons à la", "titre_sommaire": "Parmi les concerts les plus intéressants de la quinzaine, nous citerons à la", "signature_source": "S", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.29", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "S.\nParmi les concerts les plus intéressants de la quinzaine, nous citerons à la\nsalle Pleyel celui de M. Georges Caries, jeune violoniste d'avenir, qui a inter-\nprété le concerto en sol mineur de Max Bruch, le 2econcerto de Wieniawski,\nla romance en fa de Beethoven et Varia de Bach.\nMême salle, M. F. Matignon (ier prix de violon de 1906, classe de M. Ed.\nNadaud) a composé un programme intéressant avec le 21e quatuor à cordes\nde Mozart, la sonate en ut mineur de Grieg, la sérénade de Beethoven (avec\nMM. Lefranc et Doucet), le quatuor piano et cordes de Brahms (M. Batalla au\npiano).\nM. F. Matignon, que nous avions déjà entendu l'an dernier, a acquis encore\nplus d'autorité et de style ; il s'est affirmé excellent violoniste et, ce qui vaut\nmieux, excellent musicien"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c021", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "29", "page_fin": "30", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.3", "titre_corps": "Correspondance.", "titre_sommaire": "Correspondance.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.29", "debut_caractere": 790, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "Correspondance.\n\nJe reçois la lettre suivante :\nAsnières, 16 décembre 1907.\nMonsieur le Directeur de la Revue musicale,\nVous qui témoignez tant d intérêt aux musiciens et qui avez déjà pris leur\ndéfense dans différentes circonstances, serez-vous indifférent à l'injuste situation\nque je viens vous signaler ? Il s'agirait de faire abroger un article du cahier des\ncharges de l'Opéra et de l'Opéra-Comique qui nous porte à nous, jeunes compo-\nsiteurs, le plus grave préjudice. L'article auquel je fais allusion dit qu'un\nouvrage joué en province n est pas compté comme œuvre nouvelle à Paris. Le\nrésultat d'un pareil article est d'empêcher qu'une pièce jouée avec succès sur\nune scène de province puisse forcer les portes de l'Opéra ou de l'Opéra-Comique.\nTel est mon cas pour mon drame musical l'Anniversaire, qui fut représenté\nl'an passé, comme vous le savez, au Grand-Théâtre de Bordeaux et dont le succès\nfut unanimement constaté par la presse locale et parisienne. Actuellement mon\ndrame va y être repris et sera donné cet hiver au théâtre des Arts, à Rouen,\nau Capitole de Toulouse et au théâtre municipal de Grenoble.\nJ'espérais, après cet heureux succès, le faire jouer à Paris. Or voici la lettre\nque j'ai reçue de l'un des directeurs de nos théâtres subventionnés en réponse à\nune demande d'audition pour mon drame :\nMonsieur,\nMon cahier des charges me fait un devoir de ne représenter que des œuvres\ninédites. L'Anniversaire, dont jy ai su le succès à Bordeaux, ne saurait entrer\nen ligne de compte dans le total, asse\\ élevé déjà, des actes que je suis tenu\nde représenter.\nDans ces conditions, je ne voudrais pas perdre inutilement votre temps.\nAgrée\\, etc.\nNe pourrait-on pas supprimer ou tout au moins réformer cette clausedu cahier"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.30", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "des charges ? 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C.\nJe n'ai pas sous les yeux lecahier des charges de l'Opéra etde l'Opéra-Comique.\nMon correspondant se trompe s'il croit qu'un théâtre de Paris ne peut pas monter\nune pièce déjà jouée en province. Mais là ne paraît pas être 1 objet de ses\ndoléances. Il est difficile de croire que l'Opéra Comique ne puisse monter,\ncomme pièce « nouvelle », un ouvrage ayant eu du succès à Lyon ou à Bor-\ndeaux. Est « nouveau » tout ce que fait M. Albert Carré. La réclamation de\nM. Adalbert Mercier me paraît fondée et mérite un sérieux examen. Elle sera,\nj'en suis sûr, examinée avec bienveillance par M. d'Estournelles de Constant,\nchef du bureau des Théâtres au sous-secrétariat des Beaux-Arts. 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De plus, une telle\ndisposition serait un encouragement précieux aux jeunes compositeurs qui man-\nquent vraiment trop de débouchés ; elle pourrait même mettre à l'aise certains\ndirecteurs qui sont certainement limités par la clause actuelle.\nDans l'espoir que voudrez bien me seconder dans cette tâche si juste et qui\nintéresse tous mes confrères, agréez, etc.\n\nADALBERT MERCIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c023", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "30", "page_fin": "30", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.3.2", "titre_corps": "Je n'ai pas sous les yeux lecahier des charges de l'Opéra etde l'Opéra-Comique.", "titre_sommaire": "Je n'ai pas sous les yeux lecahier des charges de l'Opéra etde l'Opéra-Comique.", "signature_source": "J. 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Elle sera,\nj'en suis sûr, examinée avec bienveillance par M. d'Estournelles de Constant,\nchef du bureau des Théâtres au sous-secrétariat des Beaux-Arts. Est-il possible\nqu'un succès en province devienne un motif d'échec, ou un obstacle, à Paris ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c024", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "30", "page_fin": "32", "image_debut": 30, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.4", "titre_corps": "Actes Officiels et Informations.", "titre_sommaire": "Actes Officiels et Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.30", "debut_caractere": 1694, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "Actes Officiels et Informations.\n\n— On lit dans Comœdia :\n(Par dépêche de notre correspondant.) — Il est vraiment surprenant que les\nmaîtres semblent abandonner le ballet, action mimée indépendante, dont on ne\npeut mettre en doute la beauté artistique et qui se rattache aux plus anciennes\ntraditions delà danse. C'est justement ce que disait M. Julien Torchet dans un\nde ses derniers comptes rendus très appréciés par les lecteurs de Comœdia.\nMais M. Giacomo Orefice — dont on vientde représenter, hier soir, le nouveau\nballet la Soubrette — n'est pas de ceux qui dédaignent le petit genre joli, bien\nqu'il soit auteur de plusieurs drames lyriques applaudis en Italie et à l'étranger :\nChopin, Cecilia, Mosé, Il Gladiatore, Consuelo.\nLe ballet de la Soubrette a obtenu, l'année passée, le prix de quatre mille francs\noffert par M. Deutsch de la Meurthe. Et c'est celui que la direction de la Scala\nvient de choisir pour son importante saison 1907-08.\nM. Achille Tedeschi, auteur du livret, est le critique théâtral de Ylllustrazione\nitaliana et le directeur de la revue II Secolo XX. Il a placé l'action à Paris, à\nl'époque des danseuses célèbres : Noblet, Taglioni, Essler, Cerito, etc. (1840), et\ns'est inspiré des chefs-d'œuvre de la sculpture et de la peinture.\nNichette est la soubrette de Flora, première danseuse de l'Opéra. Elle voudrait\nque sa maîtresse lui apprît la danse, mais Flora s'y refuse et la gronde, puis\n\n«LA SOUBRETTE» A LA SCALA DE MILAN."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "s'en va au théâtre. La soubrette, qui est presque au désespoir, voit tour à tour\nles statues et les figures des tableaux qui sont dans la maison descendre de leurs\nsocles et de leurs cadres pour lui apprendre les danses de tous les siècles Nous\nassistons ainsi à de jolies leçons rétrospectives. On commence par la Danseuse\ngrecque, statue célèbre de l'antiquité, qui s'anime tout à coup, vient danser de-\nvant Nichette, et puis rentre dans son immobilité de marbre. Après, ce sont les\nfigures du tableau : la Danse des petits amours, de l'ltalien Albani, qui sortent de\nleur cadre, et surtout le petit génie de la danse. Même jeu avec les Plaisirs de\nla danse de Watteau, et avec quatre danseuses peintes sur un paravent qui s'a-\nniment pour apprendre à Nichette les pas italien, tyrolien, espagnol et des\nbayadères.\nLorsque la maîtresse rentre à la maison, suivie de ses admirateurs, et refuse\nde répéter devant eux le pas qu'on a tant applaudi au théâtre, la soubrette,qui est\nà peine sortie de son rêve, s'empare du costume de Flora, le revêt àla hâte et va\ndanser devant l'assistance émerveillée. Sa maîtresse voudrait la gronder, mais\nles invités s'y opposent et le ballet prend fin avec un beau tableau d'ensemble,\nqui est du Gavarni pur dans les costumes de Caramba.\nLa musique de M. Giacomo Orefice est légère, avec un coloris instrumental\ntrès délicat et des rythmes simples, de bon goût, surtout dans les derniers ta-\nbleaux, style Watteau et Gavarni.\nLes deux premières danseuses, Mlle Giuseppina Miazzi et Mlle Aida Boni, ont\nété chaleureusement applaudies.\n\nRENZO SACCHETTI.\n\nNANCY. Au dernier Concert de Nancy, le dernier oratorio de M. Gabrie\nPierné, les Enfants à Bethléem, a été supérieurement exécuté par 200 enfants, et\na obtenu un vif succès. La première partie de l'ouvrage est sensiblement supé-\nrieure à la seconde. L'ensemble n'est pas exempt d une certaine monotonie.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 16 novembre 1907 au 15 décembre 1907."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.32", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "II. - Opéra-Comique.\nReceltes détaillées du 16 novembre 1907 au 15 décembre 1907.\n\nMONTE-CARLO.\nE. D.\n— A côté des chefs-d'œuvre du répertoire symphonique, dont\nl'exécution parfaite continue à faire l'admiration des auditeurs, M. Léon Jehin\nvient de faire entendre, avec le plus vif succès, deux œuvres fort remarquables :\nles Variations symphoniquesde M. Edward Edgar, d'une rare ingéniosité de\ndéveloppements et d une facture savante, — et Salomé, poème symphonique\nde M. H. Hadley, page magistrale, d'un grand souffle et d'un extraordinaire\nchatoiement orchestral.\nL abondance des matièi es nous oblige a renvoyer an prochain numéro un\ncertain nombre d'articles ainsi que le Supplément musical."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c025", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "30", "page_fin": "31", "image_debut": 30, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.4.1", "titre_corps": "«LA SOUBRETTE» A LA SCALA DE MILAN.", "titre_sommaire": "«LA SOUBRETTE» A LA SCALA DE MILAN.", "signature_source": "RENZO SACCHETTI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.30", "debut_caractere": 1728, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "— On lit dans Comœdia :\n(Par dépêche de notre correspondant.) — Il est vraiment surprenant que les\nmaîtres semblent abandonner le ballet, action mimée indépendante, dont on ne\npeut mettre en doute la beauté artistique et qui se rattache aux plus anciennes\ntraditions delà danse. C'est justement ce que disait M. Julien Torchet dans un\nde ses derniers comptes rendus très appréciés par les lecteurs de Comœdia.\nMais M. Giacomo Orefice — dont on vientde représenter, hier soir, le nouveau\nballet la Soubrette — n'est pas de ceux qui dédaignent le petit genre joli, bien\nqu'il soit auteur de plusieurs drames lyriques applaudis en Italie et à l'étranger :\nChopin, Cecilia, Mosé, Il Gladiatore, Consuelo.\nLe ballet de la Soubrette a obtenu, l'année passée, le prix de quatre mille francs\noffert par M. Deutsch de la Meurthe. Et c'est celui que la direction de la Scala\nvient de choisir pour son importante saison 1907-08.\nM. Achille Tedeschi, auteur du livret, est le critique théâtral de Ylllustrazione\nitaliana et le directeur de la revue II Secolo XX. Il a placé l'action à Paris, à\nl'époque des danseuses célèbres : Noblet, Taglioni, Essler, Cerito, etc. (1840), et\ns'est inspiré des chefs-d'œuvre de la sculpture et de la peinture.\nNichette est la soubrette de Flora, première danseuse de l'Opéra. Elle voudrait\nque sa maîtresse lui apprît la danse, mais Flora s'y refuse et la gronde, puis\n\n«LA SOUBRETTE» A LA SCALA DE MILAN."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "s'en va au théâtre. La soubrette, qui est presque au désespoir, voit tour à tour\nles statues et les figures des tableaux qui sont dans la maison descendre de leurs\nsocles et de leurs cadres pour lui apprendre les danses de tous les siècles Nous\nassistons ainsi à de jolies leçons rétrospectives. On commence par la Danseuse\ngrecque, statue célèbre de l'antiquité, qui s'anime tout à coup, vient danser de-\nvant Nichette, et puis rentre dans son immobilité de marbre. Après, ce sont les\nfigures du tableau : la Danse des petits amours, de l'ltalien Albani, qui sortent de\nleur cadre, et surtout le petit génie de la danse. Même jeu avec les Plaisirs de\nla danse de Watteau, et avec quatre danseuses peintes sur un paravent qui s'a-\nniment pour apprendre à Nichette les pas italien, tyrolien, espagnol et des\nbayadères.\nLorsque la maîtresse rentre à la maison, suivie de ses admirateurs, et refuse\nde répéter devant eux le pas qu'on a tant applaudi au théâtre, la soubrette,qui est\nà peine sortie de son rêve, s'empare du costume de Flora, le revêt àla hâte et va\ndanser devant l'assistance émerveillée. 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Wagner.\n15.371 )>\n18 —\nAriane.\nMassenet.\n15.408 41\n20 —\nTannhàuser.\nR. Wagner.\n17.972 76\n11 —\nSalammbô.\nE. Reyer.\n17.347 34\n23 —\nFaust.\nGounod.\n16.246 y>\n25 —\nSamson et Dalila. — Le Lac\nSaint-Saëns H. Ma-\ndes Aulnes.\nréchal.\n15.597 41\n27 —\nAriane.\nMassenet.\n14.556 76\nL9 —\nFaust.\nGounod.\ni8.556 41\n3o —\nSigurd.\nE. Reyer.\n13.985 »\n2 décembre\nSamson et Dalila. — Le Lac\nSaint-Saëns. H. Ma-\ndes Aulnes.\nréchal.\n17.794 41\n4 —\nTristan et Isolde.\nR. Wagner.\n18.281 76\n6 -\nFaust.\nGounod.\n16.888 34\n7 —\nLa Val kyrie.\nR. Wagner.\n14.516 5o\n9 —\nAriane.\nMassenet.\n13.418 41\n11 —\nTristan et Isolde.\nR. Wagner.\n1 5.507 76\n13 —\nSamson et Dalila. — Le Lac\nSaint-Saëns. H. Ma-\ndes Aulnes.\nréchal.\n17.160 41\n[4 —\nFaust.\nGounod.\n14.458 5o\n15 —\nProméthée.\nG. Fauré.\n16.047 5o"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c029", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "32", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.4.4", "titre_corps": "II. – Opéra-Comique. Receltes détaillées du 16 novembre 1907 au 15 décembre 1907.", "titre_sommaire": "II. – Opéra-Comique. 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Leroux.\n9.682\n5o\n'7\n— mat.\nManon.\nMassenet.\n8.846 5o\n[7\n— soirée\nMireille.\nGounod.\n6.011\n5o\niS\n—\nMignon.\nA. Thomas.\n4.601\n5o\nl9\n—\nLe Chemine au.\nX. Leroux.\n9.190\n5o\n20\n—\nA/nie Butterfly.\nLakmé. — Les Noces de Je\nnette.\nPuccini.\n7-721\n5o\n2 I\n— matin.\nan-\nL. Delibes. V. Massé.\n5.936\n»\n2 I\n— soirée\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\nq.583\n5o\n22\n—\nWerther.\nMassenet.\n9.298 5o\n23\n—\nFortunio.\nMessager.\n9.206\n33\n24\n— matin.\nLes Noces de Jeannette. —\nLa\nV. Massé. Puccini.\n6.732\n5o\nVie de Bohème.\n24\n— soirée\nCarmen.\nBizet.\n7.395\n5o\n2 5\n—\nLe Chalet. — Le Barbier\nSéville.\nde\nAdam. Rossini.\n4.623\n»\n26\n—\nM me Butterfly.\nPuccini.\n7.408\n»\n27\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n8.717\n5o\n28\n— matin.\nManon.\nMassenet.\n6.356\n»\n28\n— soirée\nFortunio.\nMessager.\n8.18 5\n5o\n29\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n8.6o5\n»\n3o\n—\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n9-747\n»\nier\ndéc. mat.\nLe Chemineau.\nX. Leroux\n8.865\n5o\nie1'\n— soirée\nWerther. — La Princesse Jaune.\nMassenet. St-Saëns.\n7.266\n5o\n2\n—\nLakmé.\nL. Delibes.\n4.618\n»\n3\n—\nCarmen.\nBizet.\n9-233\n5o\n4\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n7.026\n»\n5\n— matin.\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n3.837\n8.261\n»\n5\n— soirée\nFortunio.\nMessager.\nn\n6\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n6.872\n9.760\n5û\n7\n—\nWerther.\nMassenet.\n83\n8\n— matin.\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n8.288\n5o\n8\n— soirée\nManon.\nMassenet.\n7.337\n4.605\n5°\n9\n—\nMireille.\nGounod.\n5o\n10\n—\nFortunio.\nMessager.\n6.244\n»\n11\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n6.371\n5.238\n5o\n12\n— matin.\nCarmen.\nBizet.\n»\n12\n— soirée\nMme. Butterfly.\nPuccini.\n9.012\n»\n! 3\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n6.670\n9.610\n5o\n'4\n—\nWerther.\nMassenet.\n5o\ni5\n— matin.\nManon.\nMassenet.\n•y\n7.804.\n5o\n15\n— soirée\nLakmé. — Cavalleria Rusticana.\nL. Delibes. Mascagni.\n7.198 5o"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-01-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-01-01_01#c031", "volume": "bmtnabj_1908-01-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "32", "page_fin": "32", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.2.4.5", "titre_corps": "MONTE-CARLO.", "titre_sommaire": "MONTE-CARLO.", "signature_source": "E. D", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.32", "debut_caractere": 201, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "MONTE-CARLO.\nE. D.\n— A côté des chefs-d'œuvre du répertoire symphonique, dont\nl'exécution parfaite continue à faire l'admiration des auditeurs, M. Léon Jehin\nvient de faire entendre, avec le plus vif succès, deux œuvres fort remarquables :\nles Variations symphoniquesde M. Edward Edgar, d'une rare ingéniosité de\ndéveloppements et d une facture savante, — et Salomé, poème symphonique\nde M. H. Hadley, page magistrale, d'un grand souffle et d'un extraordinaire\nchatoiement orchestral.\nL abondance des matièi es nous oblige a renvoyer an prochain numéro un\ncertain nombre d'articles ainsi que le Supplément musical."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 1 (huitième année)\nler1er Janvier\n1908\nK. M.\nI\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\n(&»•(.,\nLe tioisième art qui, après la musique et la poésie, constitue le drame lyrique\nest la danse. Jai à indiquer ses caractères intrinsèques, ses rapports avec les\nautres arts et sa fonction historique, en rattachant ces divers points de vue à\n1 idée générale qui a été exprimée dans ma première leçon et qui domine tout\nmon sujet.\nLa danse est aujourd'hui peu en faveur.\nOn tend à 1 éliminer, et il me semble qu'il y a un certain parallélisme, peut-\nêtre une relation de cause à effet, entre ce qui a lieu dans la société mondaine et\nau théâtre. Si la danse est peu en faveur sur la scène lyrique, ce n'est pas pour\ndes raisons de morale, loin de là. On ne redirait plus le mot cruel de Joubert :\n« Le danseur ennoblit tout ce qui est grossier et dégrade tout ce qui est\nhéroïque. » Les compositeurs de la nouvelle école voudraient proscrire la\ndanse comme un exercice purement formel qui est vide de sens et qui constitue\nune digression inutile dans une œuvre sérieuse. On lui reproche d'inter-\nrompre 1 intérêt supérieur de l'action, et de remplacer la haute éloquence des\nautres arts du rythme par un sensualisme d'ordre subalterne. On l'exclurait\nvolontiers de 1 opéra pour 1 abandonner à des théâtres où on va chercher tout\nautre chose que les joies du sens esthétique. Ces doléances un peu austères ne\nsont pas nouvelles :\nmérite en poésie.. Malheureusement il n'est point d'art qui aujourd'hui ait\nplus donné dans le mauvais goût que n'a fait la danse. En se prostituant à une\npoésie toute vulgaire, elle est descendue de ces hauteurs célestes où elle planait\npour régner sur les théâtres déshonorés par le vertige et la folie. Elle y exerce\nune absolue domination sur la musique dont elle a fait entièrement son\nesclave; mais, aux yeux des mortels sensés, elle a véritablement perdu toute\nestime. »\nQui parle ainsi ? Un observateur qui écrivait il y a plus de dix-huit cents ans :\n\nHistoire du théâtre lyrique. — (DEUXIÈME LEÇON,\ndu 23 décembre 1907)\nLes éléments du drame lyrique : 2º la Danse."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.2", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nle bon Plutarque. Mais une telle opinion ne peut être justifiée que par des abus\npassagers et non des pratiques normales. Reprise aujourd hui, cette condam-\nnation serait injuste et fondée sur des considérants très discutables. En tout cas,\nce n'est pas là que je dois prendre le point de vue de cette étude. En temps\nopportun j'examinerai les doctrines de quelques écoles. %\nHistoriquement, la danse est une partie essentielle du drame lyrique ; étant\nun art populaire, elle a été toujours liée à la mélodie chantée ou jouée sur des\ninstruments. A l'origine, l'histoire des formes musicales se confond presque\navec celle des danses. Dans les temps modernes, la sonate et la symphonie\nelle-même resteraient inexplicables, et on ne comprendrait pas leur genèse\nsi on ne tenait pas compte de ce qu'a été une allemande, un menuet une\ngigue et tous ces genres aimables qui, après s'être réunis dans la « Suite »,\nont évolué de deux côtés à la fois : vers le concert et vers le théâtre qui, l'un et\nl'autre, les ont recueillis en les transformant plus ou moins. A fortiori le drame\nlyrique est inséparable de la danse. Nos goûts changent avec une rapidité sin-\ngulière, une rapidité croissante qui fait songer àla loi de la chute des corps,\net il nous arrive tous les vingt ans, tous les dix ans, de proclamer absurde,\ncontraire à notre conception du « vrai », l'esthétique antérieurement suivie.\nNous ne pouvons cependant pas oublier que, pendant plus de trois siècles, la\ndanse a été en très grand honneur au théâtre ; que, sans elle, à une époque où\nle public se réglait sur la ville, la ville sur la cour, et la cour sur le roy, les\nderniers Valois et les Bourbons ne se seraient pas intéressés à l'établissement\nde l'opéra dans notre pays. Louis XIV a fondé chez nous l'opéra, et il a créé\nune « Académie de danse » ! C'était d'ailleurs excessif : que la danse émeuve,\nplaise, instruise même, soit ! qu'elle devienne un sujet de travail académique,\nc'est un peu ambitieux.\nDes considérations d'un autre ordre m'invitent à ne pas négliger cette partie\nde mon sujet. Le drame, ai-je dit en reprenant la définition d'Aristote, est une\nimitation. Or la danse est un art imitatif. Lamennais disait avec raison en 1840 :\n« La danse doit parler. . Elle est un mode spécial de manifestation. » Elle a deux\nformes : l'une équivalant au récitatif, l'autre analogue à une mélodie construite\nsur le principe de la périodicité et que j'ai appelée lyrique (danses populaires\net danses dites de caractère). Je vais l'examiner sous ces deux formes. Toutes deux\ndoivent entrer au même titre dans la définition du drame chanté que j'ai donnée\nen commençant.\nSi on « imite » avec la voix, on imite aussi avec la physionomie, avec les atti-\ntudes, avec les gestes, avec l'allure et les mouvements du corps. Ce n'est pas là\nune invention de l'art, mais un fait de nature. Instinctivement, quand nous\nparlons, et surtout quand nous faisons un récit pathétique, nous adaptons notre\nhabitas extérieur en même temps que notre langage, le timbre et les inflexions\nde notre voix à la nature des choses dont nous parlons. Au geste vocal s'ajoute\nle geste visible de toute la personne du narrateur, et le même rythme (plus ou\nmoins libre) les réunit. On « imite » même, par de tels moyens, d'une façon\ntrès rapide. La parole a les lenteurs de l'analyse ; un regard, un souiire, un\ngeste, peuvent traduire instantanément un état affectif. Cette traduction a une\nautre supériorité: étant instinctive et spontanée, elle est universellement intel-\nligible. Tout le monde ne comprend pas l'italien ou l'allemand, mais tout le\nmonde comprend l'éloquence d'un geste d'amour ou de haine, celle d'une atti-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.3", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ntude de supplication ou de désespoir, celle d'une allure d'allégresse ou de\nsouffrance.\nIl y a un premier art de la danse qui se borne à coordonner et à traiter à\npart dans des systèmes indépendants ces éléments fournis par la nature : c'est\nla mimique. De même que, dans la chanson populaire, la mélodie a été abstraite\ndes paroles et transportée sur le luth, le clavecin ou l'orgue, pour créer la mu-\nsique instrumentale pure, de même, dans le langage de l'homme ému, on a\npris tous les signes physiologiques de l'émotion en les séparant de la parole\narticulée ; on les a abstraits pour constituer la mimique.\nCette danse mimétique (j'associe à dessein les deux mots, bien qu'on ait\ncontesté leur identité) est très en usage, chez les primitifs comme chez les\ncivilisés.\nDans son livre célèbre sur les origines de la civilisation, Lubbock dit que\nchez les sauvages et les incultes la danse n'est pas un amusement sans portée,\nmais une occupation sérieuse et utile mêlée à tous les actes de la vie\npublique. Et il donne, d'après Robertson, lesdétails suivants : « Si des relations\ndeviennent nécessaires entre deux tribus, les ambassadeurs de l'une s'appro-\nchent en exécutant une danse solennelle et présentent le calumet ou symbole de\nla paix ; les sachems de l'autre tribu les reçoivent avec la même cérémonie.\nS'ils déclarent la guerre à un ennemi, c'est au moyen d'une danse exprimant le\nressentiment qu'ils éprouvent et la vengeance qu'ils méditent... S'il s'agit d'a-\npaiser la colère des dieux ou de se réjouir de leurs bienfaits, de célébrer la\nnaissance d'un enfant ou de pleurer la mort d'un ami, ils ont des danses appro-\npriées à chacune de ces situations et exprimant les différents sentiments qui les\naniment.» Ainsi, dans la vie sociale des primitifs, il y a, si l'on peut parler ainsi,\nun ballet de paix, un ballet de guerre, etc... et chacun d'eux est une imitation\nsoit de faits réels, soit de sentiments liés à ces faits.\nDe ce témoignage de Lubbock, nous disant que chez les peuplades incultes la\ndanse est mêlée à tous les actes importants de la vie sociale, on peut rapprocher\nl'anecdote contée par Lucien dans son traité sur la danse. Un jour, un prince\nbarbare vient à Rome, à la cour de Néron, et, en son honneur, on donne une\nféte dans laquelle on produit un danseur célèbre. Au moment de prendre congé,\nl'empereur serre la main de son hôte et lui offre de lui donner comme souvenir\nde son voyage ce qu'il lui plaira. Donne-moi ce danseur! répond le barbare.\nNéron, qui n'est pas un primitif, ne comprend pas, et il demande : A quoi te ser-\nvira-t-il donc ? —• J'ai pour voisins, répond le prince étranger, des barbares qui\nparlent une autre langue que la mienne, et je ne saurais trouver d'interprètes pour\ntraiter avec eux ; lorsque f aurai besoin de leur faire dire quelque chose, celui-ci,\npar ses gestes, me servira de truchement. » La danse est donc un langage ; elle\n« parle », comme dit Lamennais, et n'est pas une simple gymnastique.\nLa seconde forme, que j'ai appelée lyrique et à laquelle certains auteurs ont\nréservé le nom de danse, est dans le même cas. Elle donne aux mouvements\ndu corps des formes périodiques et elle a une tendance à concentrer tous les\néléments imitatifs dans des types presque immuables.\nEn cela elle paraît être en dehors de l'imitation : il n'en est rien cependant ;\ncar la concentration des modes expressifs suppose celle des sentiments à expri-\nmer. En un mot, la danse lyrique s'explique par un état d'âme lyrique. Si\nune danseuse exécute des pas formant des phrases uniformément répétées, ou"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.4", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ndes strophes suivies d'antistrophes, c'est parce que le sentiment qu'elle traduit\nentraîne, par son intensité, la construction périodique. En chorégraphie, on\npasse de la forme indéterminée à la forme régulière et construite, pour les\nmêmes raisons qui, dans le chant, font passer du récitatif à 1 arioso ou à 1 air.\nTelle est la règle générale. Habituellement, il est vrai, elle souffre beaucoup\nd'exceptions. On peut distinguer deux cas. La danse lyrique est quelquefois\nune danse nationale et populaire qu'on insère dans l'opéra, à titre de simple\ndocument, ayant un intérêt analogue à celui qui s'attache au décor de 1 action\nou à un tableau de genre dont l'intérêt est limité à des mœurs locales.\nD'autres fois la danseuse exécute des mouvements qui ont en eux-mêmes\nleur fin, c'est-à-dire qu'ils demandent à être appréciés en tant que mouve-\nments pour leur agilité ou leur grâce, comme une virtuosité spéciale, sans\nqu'on ait à faire intervenir l'idée d'un état affectif quelconque. C'est précisément\ncette forme de danse que beaucoup de compositeurs contemporains voudraient\néliminer, comme vaine et indigne du théâtre. Tout en me réservant de discuter\ncette opinion, je dirai d'abord que l'argument allégué suppose un cas extrême-\nment rare. Il est très difficile d'indiquer une situation, dans les œuvres connues,\noù la danse ne se rattache pas à un sentiment tel que la joie, le bonheur de\nvivre, la fantaisie, la coquetterie, la préoccupation de plaire et de séduire, etc...\n—En second lieu, alors même qu'il y aurait des danses telles, dénuées de tout\ncontenu moral et absolument formelles, provoquées par cet entraînement de\nla virtuosité pure qui est l'écueil de tous les arts, ce ne serait pas une raison\npour les condamner et les proscrire. Songeons que l'opéra, par suite de la\ndiversité des arts qu'il associe et du grand nombre d'attraits qu'il nous présente,\nréclame de l'auditeur un effort d'attention exceptionnel. Quand il a cinq actes\n(chiffre traditionnel de la tragédie), il est rare qu'on l'écoute sans un peu de\nfatigue. Il faut donc qu'il nous ménage des repos où les yeux seuls sont occupés\net où la pensée reste libre. S'il est agréable d'appliquer son esprit à un objet\nd'ordre élevé, il ne l'est pas moins, à de brefs intervalles de répit, de ne penser\nà rien. En ce cas, la danse est une sorte d'entr'acte rempli ; elle se justifie de la\nmême façon que les stances dans l'ancienne tragédié, ou les intermèdes et les\n« divertissements ».\nIl est d'ailleurs très contestable que quand une forme d'art n'exprime plus\nla pensée ou le sentiment (à supposer que ce soit possible), elle cesse d'être\nintéressante. L'art de la décoration pure, celui des arabesques, où apparaissent\ndes lignes et des formes sans modèles dans la nature, ne sont nullement négli-\ngeables. Il y a des tapis d'Orient dont les dessins ne peuvent être rattachés à\naucune idée expérimentale et qui pourtant sont admirables. Que signifient-ils ?\nOn serait embarrassé pour le dire. L'esthétique formaliste ne considère pas cet\nembarras comme une infériorité ; dans une œuvre quelconque elle n'estime\nque la composition : « La beauté d'un temple, dit Herbart dans un paradoxe\nhardi, n'a rien à attendre des meubles qu'on mettra dedans. » Ajoutez que dans\nla danse le plaisir inhérent au spectacle du mouvement bien réglé est rehaussé\npar ce fait : le type de beauté le plus parfait que nous connaissions, c'est le corps\nhumain.\nBien qu'on puisse rattacher l'une et l'autre au même principe, la danse\nmimétique et la danse lyrique sont séparées par des différences assez nom-\nbreuses. J'en vois quatre à noter."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.5", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nio La danse qui est purement imitative n'est pas rythmée. Pour être vraie,\nelle suit les idées, les sentiments et les faits dans l'irrégularité même de la vie\nréelle. Elle est diverse, inégale, pleine de surprises. Elle équivaut, comme je\nl'ai dit, au récitatif chanté. Au contraire, la danse lyrique, tendant à l'abstrac-\ntion et à la concentration, a pour caractéristique avant tout d'être rythmée. Elle\nest formée d'un système de mouvements soumis à des retours périodiques et qui\nse répètent uniformément, d'un bout à l'autre de l'exécution, comme la mesure\nen musique. Entre la première et la seconde, il y a la même différence qu'entre\nune belle prose oratoire et la versification ou la composition antistrophique.\n2° La mimique n'est pas la même dans les deux types de danse. Celle de la\ndanse non rythmée est complexe, car elle développe et accentue celle qui accom-\npagne le langage naturel ; celle de la danse rythmée est beaucoup plus simple ;\nelle est apparentée à la mimique du chant, et, lorsqu'il s'agit d'une danse de\nbravoure, elle devient presque insignifiante ou banale à cause de sa généralité.\nTout ce qui était expressif dans les manières d'être du danseur— physionomie,\nattitudes, gestes se fond et se réduit dans une forme d'expression qui est sans\ndoute vivante, mais toujours la même ; elle dit quelque chose, mais sans aucune\nvariété. Ainsi la physionomie si mobile du mime est remplacée par un\nregard et un sourire d'un maniérisme immuable. Cette tendance à l'uniformité\nn'est pas spéciale, d'ailleurs, à la chorégraphie. On la trouve aussi dans les arts\nde la parole : les orateurs, les chanteurs, les comédiens du drame déclamé, ont\npresque tous, dans le genre sérieux, une disposition instinctive à ramener la\nvariété indéfinie des formes expressives à un petit nombre de formules dont ils\nusent constamment.\n3° La danse mimétique admet des exécutants de tout âge, et n'exige pas d'eux\nla même élégance. Elle admet des enfants, des vieillards, comme dans le drame\nlyrique des Grecs (ex. : YAntigone de Sophocle) ; elle admet même des personnes\ndifformes ou disgracieuses. Elle est diverse comme la vie. Le mime qui repré-\nsentait Vulcain surprenant Mars et Vénus n'oubliait pas sans doute que Vulcain\nétait boiteux. La danse rythmée et formelle, au contraire, ne peut être exécutée\nque par des artistes jeunes, adroits, très bien faits. Elle ne peut se passer de\ndistinction et de beauté. Il faut que le danseur (ou la danseuse), comme dit\nNoverre, « ait été coulé dans le moule des Grâces ».\n4° Le costume subit les conséquences de ce déplacement et de cette généra-\nlisation de l'intérêt. Dans la danse mimétique, il est déterminé, même dans le\nmythe et la fantaisie, par des raisons de vérité ou de vraisemblance ; dans la\ndanse rythmée, il n'a d'autre but que de favoriser les mouvements du danseur,\net de faire valoir... ses jambes, sur lesquelles se concentre tout l'intérêt.\nTels sont les caractères propres de la danse considérée sous ses deux aspects.\nAinsi, sauf une réserve peu importante, puisqu'elle porte sur des faits exception-\nnels et souvent mal observés, je considère la danse comme un art d'imitation.\nJ'ajoute que son pouvoir expressif est double et a deux aspects : il peut avoir un\nmodèle subjectif ou objectif. En d'autres termes, le danseur peut imiter : ou\nbien l'état affectif où il est réellement lui-même, ou bien celui d'un autre être,\nhomme ou animal, réel ou fictif, auquel il se substitue, ou bien encore il peut\nimiter des mouvements qui ont lieu en dehors de lui et qu'il reproduit avec\nune facilité que l'instinct d'imitation favorise singulièrement.\nDes deux types de danse (l'une rythmée, constituée par des systèmes de"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.6", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nmouvements dissociés des états affectifs ou des faits avec lesquels ils étaient\nd'abord connexes, et qui est à la mimique ce que la symphonie pure est à la\nsymphonie à programme ; l'autre, très souple et diverse, affranchie de la cons-\ntruction périodique, mais imitant la vie), la première triomphe habituellement\ndans le solo ; la seconde, comme le drame lui-même, est plus souvent un dia-\nlogue mimé entre deux, trois ou plusieurs personnages.\nAprès avoir indiqué les caractères intrinsèques de la danse, je dois marquer\nses rapports avec les autres arts associés dans le drame lyrique.\nII\nOn a dit : « La poésie est une danse parlée ; la danse est une poésie muette (i ). »\nEn réalité, la danse est apparentée à deux groupes d'arts imitateurs entre\nlesquels elle forme un lien, et qui ont en elle leur point de rencontre : les arts\nde l'éloquence (langage, chant, musique instrumentale) et les arts plastiques\n(sculpture, peinture, décoration).\nI. Dans le premier groupe, elle est apparentée au langage naturel, je l'ai\ndéjà indiqué, en ce qu'elle recueille et isole, pour la développer à part et\nl'idéaliser, la mimique dont nous accompagnons l'expression imitative de nos\nsentiments et de nos pensées. En ce qui concerne le chant et la musique instru-\nmentale, elle est apparentée à toutes les deux à la fois, par le mouvement, le\nrythme et quelquefois la mesure (danse lyrique), y compris la place des temps\nforts et des temps faibles. Pour celui qui chante et celui qui joue d'un instru-\nment comme pour celui qui danse, le rythme est fondé, ou peut être fondé sur\nun même système de durées. La syllabe frappée de l'accent tonique, le temps\nfort de la mesure et le frappé du pied se posant sur le sol peuvent coïncider. 11\nen est de même des valeurs faibles. Plus particulièrement le lien qui est établi\npar le rythme entre la danse et la musique instrumentale se trouve fortifié par\nle fait que partout et toujours danse et musique ont été liées : de telle sorte\nque si l'on conçoit un drame où le langage est uni à la musique, la danse peut\nêtre ajoutée comme déjà connexe à l'un et à l'autre des deux arts qui s'unissent.\nLa danse est souvent liée au chant, mais elle peut se passer de paroles. Au\ncontraire, elle ne peut pas se passer de musique. Pourquoi ? La musique qui\naccompagne toujours la danse a un triple objet : i° elle achève, par des\n« images » et des symboles, l'expression de tous les sentiments et des actes réels\nque le danseur représente par ses attitudes et ses gestes ; 2° elle marque le\nrythme, ce qui est indispensable en certains cas ; 30 sa fonction principale, pour\nle sens esthétique comme au point de vue de l'expression, est de remplacer les\nparoles. Elle est le langage des parties du drame qui sont mimées. C'est pour ce\nmotif que l'exécution d'un ballet peut durer presque aussi longtemps que la\nreprésentation d'un drame littéraire. La musique soutient l'intérêt ; la contre-\népreuve, c'est que, sans la musique, un ballet nous deviendrait intolérable au\nbout de quelques minutes.\n11. Dans le second groupe, la danse est apparentée aux arts du dessin. Elle est\nd abord une sculpture, mais une sculpture mobile, faite avec l'être vivant au\nlieu d'une matière inerte et lourde comme la pierre ou le marbre. Dans la sculp-\n\n(ï) Simonide, cité par Plutarque, Symposiaques, xv."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.7", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nture, l'intérêt se porte sur une forme choisie dans la série d'attitudes que com-\nporte une action, et fixée au repos ; dans la danse, l'intérêt est déterminé par la\ntotalité des attitudes que prend le corps en mouvement, et entre lesquelles le\nspectateur fait une comparaison. La danse est-elle aussi une peinture ? Oui,\npeut-on répondre, sans allusion ironique à l'usage du fard. Et la seule observa-\ntion à faire en dehors du coloris me paraît être la suivante : l'expression du\nvisage, dans la peinture, est la chose principale, et c'est surtout là que se\ntraduit le caractère individuel de la personne, beaucoup plus que dans le torse\net les membres ; dans la danse, elle passe à un rang secondaire, et devient moins\nimportante que la signification ou la beauté des autres parties du corps. Il y a\nmême eu des danses qui ont centralisé tout l'intérêt dans le mouvement des\nmains, celui des hanches, celui des pieds, le tronc restant immobile et le visage\nimpassible, etc.\nCes considérations suffiraient à justifier l'emploi de la danse au théâtre. Des\nraisons plus décisives encore vont être fournies par l'histoire du genre, par ses\norigines, et par le rôle qu'il a joué dans la civilisation.\nPour que le mimétisme naturel créé par l'instinct arrive à un premier degré de\ncoordination et se transforme en système indépendant, tel que nous le voyons\ndans le drame lyrique, il a fallu une cause. Cette cause, nous la connaissons, et\nje n'ai qu'à montrer son action dans un domaine particulier.\nIci, comme pour les autres parties de mon sujet, je distingue trois périodes :\ni° la période primitive, où la danse est associée aux opérations magiques ; 2° la\npériode religieuse, qui fait suite à la précédente et en recueille les traditions ;\n3° la période profane, à laquelle nous appartenons.\nQuelques faits caractéristiques me suffiront pour montrer que dans ces trois\npériodes, rattachées l'une à l'autre par des liens visibles, la danse a toujours eu\nun caractère imitatif.\nIII\nChez les primitifs, on peut observer quatre sortes de danses: des danses de\nguerre ; des danses de chasse ; des danses d'actions de grâces ou commémora-\ntives ; des danses de séduction. Toutes sont réglées d'après la même loi.\nLa danse de guerre est très ancienne. Elle consiste à imiter le courage dans\nune action fictive pour le produire éventuellement dans une action réelle, et à\nimiter les mouvements de la bataille pour s'en rendre maître et s'assurer la\nvictoire. M. Maspéro en a donné une représentation figurée chez les Egyptiens\ndans les Mémoires de la Mission scientifique du Caire. Chez les Grecs elle\ns'appelait la pyrrhique. Elle était exécutée par des jeunes gens armés de l'épée,\ndu javelot et du bouclier ; ils simulaient toutes les péripéties d'un combat:\nattaque, défense, fuite, triomphe. Cette danse était surtout en honneur chez les\nSpartiates. Tacite, dans son opuscule sur la Germanie, nous dit que les anciens\nGermains n'avaient qu'un seul et unique spectacle : la danse des épées. Des\népées étaient fichées en terre, la pointe vers le ciel, et des jeunes gens nus devaient\ndanser au milieu d'elles. La danse guerrière était exécutée chez les Latins par\ndes danseurs officiels.\nEncore aujourd'hui on la trouve chez les sauvages ou demi-civilisés qui ont"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.8", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nconservé leurs plus vieilles traditions. En voici un échantillon musical pris chez\nles Indiens des États-Unis, et harmonisé par un compositeur américain,\nM. Arthur Farewell ( Wawan Press, vol. IV, Navajo war dance).\nLes danses de chasse sont tout aussi répandues. Chez les Australiens, il y a\nde grandes fêtes de nuit, appelées corrobboris, qui prennent parfois l'allure de\nreprésentations dramatiques, et qui consistent en une série de danses exécutées\nautour d'un grand feu par des jeunes gens que les « vieux » de la tribu ont pré-\nparés et entraînés longtemps d'avance à ce genre d'exercice. Une de ces danses,\naccompagnée d'un air dont nous avons la notation (reproduite par Vahlen dans\nson opuscule Über die Musik einiger Naturvôlker), a un rythme qui imite les\nbonds du kangourou dont la prise est convoitée par les chasseurs du pays.\nDans certaines danses usitées chez les Esquimaux, nous dit le marquis de Na-\ndaillac (Anthropologie, XIII, 1902, p. 101), les danseurs, dans un but identique\nd'imitation, sont affublés de têtes d'ours, de loups, d'hermines, de loutres. Voici\ncomment un voyageur du xvme siècle, le Dr Pallas, décrit les danses des\nOstiaks : « Les hommes et les jeunes garçons sont les seuls qui dansent. Ces\ndanses... représentent par les diverses positions, par les pas et les gestes du\ndanseur, les allures des différents oiseaux et animaux lorsqu'on les chasse, et les\nmouvements de certains poissons lors de la pêche. J'ai vu représenter la chasse\nde la zibeline, les allures de la grue et du renne, le vol de la boudrée et la\nmanière dont elle saisit sa proie, etc... Quand on veut représenter l'allure du\nrenne, il faut que la musique varie selon les différents mouvements de l'animal,\npour exprimer son pas, son trot, son galop et marquer lorsqu'il s'arrête (1). » La\nmission Mac Donald chez les indigènes des contrées baignées par le Niger et le\nBenuè a donné, en 1892, des renseignements analogues sur la danse de chasse (2).\nEn tout cela il faut bien se garder de voir un divertissement puéril ou une mas-\ncarade de carnaval ! C'est l'application de la règle fondamentale de la magie:\nagir sur le semblable par le semblable ; se donner un droit sur le gibier en possé-\ndant le secret de tous ses mouvements et en les reproduisant.\nComme danse d'actions degrâces ou commémorative, on peut citer, dans l'anti-\nquité classique, celle qui passait pour avoir été inventée en Crète par Dédale»\net à l'aide de laquelle on célébrait la délivrance des jeunes garçons et des jeunes\nfilles par Thésée, vainqueur du Minotaure. Homère l'a brièvement décrite au\nxvme chant de Ylliade : « Des jeunes gens de l'un et l'autre sexe dansent en se\ntenant par la main. Les jeunes filles sont vêtues d'un lin souple et léger ; les\nhommes ont des tuniques d'un tissu plus fort qui, teintes d'une huile précieuse,\njettent un faible éclat ; celles-là sont parées de couronnes ; ceux-ci ont des épées\n(d'or) suspendues à des baudriers (d'argent). Pliant leurs pieds dociles, tantôt ils\nvoltigent en rond... tantôt ils se mêlent et courent en formant divers labyrinthes. »\nIl y a aussi ce que j'ai appelé des danses de séduction, et ce que les ethnogra-\nphes appellent d'un mot plus brutal : danses lubriques. Elles consistent à inspirer\nl'amour par le simulacre de l'amour. Elles sont exécutées tantôt par des femmes\n\n(1) Voyage du D1* M. P. S. Pallas, docteur en médecine, en différentes provinces fe Vempire\nde Russie et dans l'Asie septentrionale, traduit de l'allemand par M. Gauthier de la Peyronie,\ncommis des Affaires étrangères (4 vol., Paris, 1789-93, chez Maradan, t. IV, p. 85 et suiv.).\n(2) Up the Niger, narrative of major Claude Macdonald's Mission to the Niger and Benue\nRivers, West Africa, by capitain A. F, Mockler Feryman, etc... London, 1892, chez G. Philip,\np. 273."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.9", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nseules (.Hula-Hula des Hawaïennes dans les îles Sandwich), tantôt par les\nhommes seuls (Kaoro des Australiens, à l'époque des mariages) ou par les deux\nsexes (comme chez les Esquimaux). <x Les danses alternantes des hommes et des\nfemmes ont été probablement, à l'origine des sociétés, un puissant auxiliaire de\nla sélection sexuelle. » (Deniker.)\nIII\nJ'arrive à la seconde période. Les cultes religieux se sont fondés sur des\ntraditions de magie; or la danse faisait partie de la magie, comme art d'imi-\ntation. Aussi constatons-nous, dans la plupart des religions, des danses rituelles ;\ndanses des chamans sibériens et des féticheurs nègres ; danses (?)des derviches\ntourneurs ; danses, avec masques, des prêtres bouddhistes ; danses des lévites\nchez les anciens Juifs. Ici encore, nous avons à constater un fait qui est à peu\nprès universel. On a dit quelquefois que les Scandinaves avaient ignoré la\ndanse (Rosenberg, Hansen) ; on sait aujourd'hui que la danse a été cultivée\npar les peuples du Nord comme par ceux du Midi (Pineau). Le monde musul-\nman est peut-être le seul (comme m'en informe un maître dans ce domaine\nphilologique, M. H. Derenbourg), où la danse rituelle n'existe pas. Pour ne pas\nmultiplier les exemples, je me bornerai à citer la danse du serpent chez les\nIndiens de l'Amérique du Nord. Là, comme en plusieurs autres pays, le serpent\nà sonnettes a été l'objet d'un culte très répandu. Les danseurs, formant une\nchaîne, imitent ses mouvements sinueux, et, avec des crécelles, ils reproduisent\nle bruit qu'il fait. La danse est accompagnée d'un chant rythmé, avec des for-\nmules qui se répètent. C'est de la magie, mais organisée socialement et fixée\nen culte religieux.\nJe n'ai pas voulu parler tout de suite des Grecs, parce qu'ils ne sont qu'un\ncas particulier qu'il fallait replacer, pour mieux le comprendre, parmi les\nautres faits qui héclairent. Chez eux, la danse ne doit pas être confondue avec\nnos « sauteries » modernes et mondaines ; elle est mimétique et rituelle ; elle\nse mêle aux divers cultes. Nous avons là-dessus beaucoup de témoignages : en\nparticulier les peintures des vases connues sous le nom de Danses des Anthes-\ntèries (ainsi appelées du mois Anthestèrion où avait lieu la fête de Dionysos), les\nbas-reliefs, les textes littéraires. Le traité de Lucien (11e siècle de l'ère chrétienne)\nest bien instructif à cet égard. Lucien, voulant réhabiliter la danse aux yeux\nd'un sceptique, emploie des arguments qui ne seraient certainement pas venus à\nl'esprit d'un moderne soumis à l'influence du christianisme. Il donne d'abord\ncette définition qui est à retenir : « La danse nous découvre les rapports qui\nexistent entre la beauté de l'âme et celle du corps ». On lit plus loin : « Le but\nprincipal de la danse, est l'art de démontrer, d'énoncer les pensées, d'exposer avec\nclarté les choses les plus obscures. Le plus bel éloge à faire d'un danseur\nserait de pouvoir louer en lui ce que Thucydide loue dans Périclès, » c'est-à-dire\nla netteté, la force démonstrative et persuasive, en un mot l'éloquence (i).\n\n(i) Noverre donne la définition suivante: « L'action, en matière de danse, est l'art de faire\npasser, par l'expression vraie de nos mouvements, de nos gestes et de la physionomie, nos senti-\nments et nos passions dans l'âme des spectateurs. » (Lettres sur les arts imitateurs, 1807, t. I,\np. 389.) Notons en passant que c'est à peu près la définition que Cicéron donnait de l'éloquence\ndans ses traités de Rhétorique."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.10", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nQuelles sont donc les choses que le danseur doit imiter? C'est toute l'histoire\nfabuleuse du monde. Son programme est identique à celui du poète. Le danseur\na un programme très vaste, très brillant, qui exige un grand savoir ; il doit\nreprésenter tous les mythes: le combat des Titans, la naissance de Jupiter,\nle partage du monde entre les trois frères, la formation de l'homme, le feu ravi\nau ciel par Prométhée et le châtiment de ce dernier, Deucalion et les pierres\nchangées en hommes pour repeupler le monde après le Déluge, etc... Après\navoir esquissé une classification des mythes d'après l'ordre chronologique des\nfaits auxquels ils se rapportent, Lucien les groupe d'après les pays ou les\nvilles où ils ont pris naissance : à Corinthe, c'est la dispute de Neptune et du\nSoleil voulant tous deux régner souverainement sur la ville et prenant pour juge\nde leur différend le Cyclope Briarée, comme Neptune et Pallas s'étaient disputé\nla possession de l'Attique ; à Argos, c'est la légende de Danaé séduite par Zeus\ntransformé en pluie d'or, et celle de son fils Persée, vainqueur de la Gorgone ; à\nLacédémone, le jugement de Pâris au sujet de la pomme et l'enlèvement\nd'Hélène; en Crète, c'est Europe, Pasiphaë, les deux Taureaux, le labyrinthe,\nAriane, Phèdre, Androgée, Dédale, Icare, Glaucus ; en /Etolie, Atalante, la\nvierge guerrière et chasseresse ; en Thessalie, Orphée et les Ménades, Jason et\nles Argonautes... Je cite quelques traits sans vouloir faire d'énumération com-\nplète. Le danseur doit connaître, parce qu'il est tenu de les mettre en action,\ntous les mythes relatifs aux dieux de l'air, aux dieux de la terre, aux dieux des\nenfers. « Puisque son talent est d'imiter et qu'il s'engage à exprimer réellement\nce que disent les chanteurs, il faut qu'à l'exemple des orateurs il s'exerce à se\nrendre clair et intelligible, afin que l'on puisse comprendre tout ce qu'il veut\nexprimer et qu'on n'ait pas besoin d'un interprète. Il est nécessaire que celui\nqui voit danser puisse, comme le dit un oracle d'Apollon, entendre an muet. »\nVoici un exemple qui montre la puissance d'expression à laquelle cet art était\nparvenu. Sous le règne de Néron un philosophe de la secte cynique, Démétrius,\ndépréciait la danse par des critiques semblables à celles qu'on entend aujour-\nd'hui encore : il voyait en elle une addition inutile au son des flûtes, des fifres et\ndes cymbales ; il disait que le danseur n'ajoutait rien à la perfection du drame\net que ses mouvements étaient inutiles ; qu'il attirait l'attention par des acces-\nsoires tels que la richesse du costume, la beauté du masque et d'autres agré-*\nments à côté. Alors un célèbre danseur lui demanda de le voir avant de le\ncondamner. Il s'engagea à représenter devant lui, sans aucun secours étranger,\nun épisode légendaire. En effet, il fit taire ceci est un cas exceptionnel les\njoueurs de flûte, le chœur, et tout seul il représenta l'adultère de Mars et de\nVénus. On voyait le Soleil avertissant Vulcain ; celui-ci dressant un piège aux\ndeux amants et les enveloppant sous un filet de fer; tous les dieux arrivant l'un\naprès l'autre; Vénus pleine de confusion et suppliant Mars de la dérober aux\nyeux de tant de témoins, enfin les moindres détails de l'action.\nChez les peuples qui ont une mythologie très riche, la danse trouve donc des\nconditions de développement très favorables. Il aurait pu en être ainsi du chris-\ntianisme où les légendes des saints sont un trésor magnifique ; mais dès les\npremiers siècles, et pour des raisons que je n'ai pas encore à analyser, le chris-\ntianisme ne vit dans la danse que le côté voluptueux, et la répudia. Tout d'abord,\ncependant, il l'avait acceptée ; on trouve un reste de cette tradition dans ce qui\nse passe encore à la cathédrale de Séville pendant les fêtes de Pâques."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.11", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nTransportons-nous maintenant en pleine Renaissance Nous pouvons suivre\nnotre idée, mais nous la voyons affaiblie par la généralisation. Avant de devenir\npurement rythmique et alors même qu'elle était toute mondaine, la danse\nconservait quelque chose du caractère mimétique des danses primitives. Voici\ncomment Tabourot en décrit un spécimen dans son Orchésographie en 1589.\n« De mon jeune âge, dit Tabourot, ils dressaient sur la courante une forme de\njeu et ballet, car trois jeunes hommes choisissaient trois jeunes filles, et, s'étant\nmis en rang, le premier danseur avec sa demoiselle la menait sister à l'autre\nbout de la salle et retournait seul avec ses compagnons ; le deuxième en faisait\nde même ; puis le troisième, tellement que les trois jeunes filles demeuraient\nséparées à l'un des bouts de la salle et les jeunes hommes de l'autre: et quand\nle troisième était de retour, le premier allait en se gambadant et faisant plusieurs\nmines et contenances d'amoureux, comme époussetant et guindant ses chausses,\ntirant sa chemise bien à propos, allait (dis-je) requérir sa demoiselle, laquelle\nlui faisait refus de la main ou lui tournait le dos, quoi voyant, le jeune homme\ns'en retournait à sa place, faisant contenance d'être désespéré. Les autres en\nfaisaient autant ; enfin ils allaient tous trois ensemble requérir leurs dites demoi-\nselles chacun la sienne, en mettant le genoil en terre, et demandant merci les\nmains joinctes. Lors lesdites demoiselles se rendaient entre leurs bras et dan-\nsaient ladite courante pêle-mêle. »\nComme on le voit, c'est du mimétisme, mais très généralisé ; ce vague scéna-\nrio courtois et chevaleresque a perdu toute signification nominale. Il ne\ns'applique pas à telles personnes déterminées, mais à n'importe qui. Il est\nspécialisé et restera le même dans toutes les circonstances. C'est le même prin-\ncipe, mais à un nouveau stade d'évolution. Il en est de même dans les danses\nespagnoles où le danseur poursuit la danseuse, cherche à triompher de sa\ncoquetterie, et soutient avec elle une sorte de duel plein de ruses et de feintes.\nNous pouvons d ailleurs remarquer que la danse ayant pour objet la conquête\nde la femme par 1 homme grâce au mimétisme des sentiments sympathiques,\nest encore la plus usitée sur nos théâtres, elle est comme à la base du genre. On\npeut y voir une survivance lointaine, adoucie et moralisée par la civilisation du\nrapt primitif, usité encore, avant le mariage, comme rapt réel (chez les Arabes,\nles Turco-Mongols, les Caraïbes, les Patagons, les Birmans, les Australiens, les\npeuplades de l'Océanie, etc.).\nEn poursuivant cette revue rapide et en arrivant au xvne et au xvme siècles,\nnous voyons les choses se compliquer un peu. Les usages se transforment dans\ndes directions différentes et l'orientation pour divers genres n'est plus la même-\nNous observons cependant presque partout la même loi : le passage, par voie\nd'abstraction, du particulier au général.\ni° Autrefois, c'était la danse rythmée et formelle qui était l'essentiel. Les\nmenuets les passepieds, les musettes, les tambourins, les loures, les chaconnes\net les passacailles avec les « jetés battus », les « pointes », la (( royale » ou\n1' « entrechat coupé sans frottement », semblaient être le dernier terme de l'art\net de l'agrément. Ce sont les sujets du xvme siècle, jusque vers 1762, qui les\navaient mis en vogue : les danseuses Prévost, Sallé, la Camargo, Allard, Pélin,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.12", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nGuimard, Coulon ; les danseurs Dupré, Javilliers, Dumoulin, Vestris, célèbre\ndans le « pas de deux », Lamy, qui avait la spécialité de danser les pâtres\ndans les « bergeries héroïques », Dauberval, Lepicq, surnommé 1' « Apollon de\nla danse ».\nCes danses lyriques usitées sous l'ancien régime ont suivi une double évolu-\ntion.\nD'abord les danses traditionnelles se sont peu à peu altérées pour faire place\nà des nouveautés. Ainsi on ne trouva plus dans les opéras du xixe siècle les\ndanses qu'on aimait au temps deLulli ou au temps de Rameau. Les types alors\nconsacrés ont perdu la fixité de leurs formes pour faire place à des figures de plus\nen plus libres. En second lieu, les danses lyriques se sont peu à peu affranchies\nde toute appropriation ; elles se sont dépouillées de leur contenu pour prendre,\ntout en conservant leurs cadres rythmiques, une signification générale : à ce titre,\nelles sont passées dans la musique de chambre, dans l'oratorio, dans la sympho-\nnie, ou même dans le chant. Ainsi le menuet, avec Beethoven, devient scherzo\n(cf. sonates, op. 2, nosllet 111, et sonate en/amajeur,op. 10. Ason tour le scherzo\nsubira une autre transformation formelle et expressive avec Weber, Mendelssohn,\nSchubert, Schumann). On peut en dire autant des danses de Bach, des valses et\ndes polonaises de Schubert et de Chopin. Presque tous les mouvements à 6/8 de\nla musique de chambre ou de la symphonie sont une survivance de la gigue. La\nmusique vocale elle-même recueillecesformes détournées de leur premier objet.\nVoici, par exemple, une danse lyrique : la sicilienne. On finit par ne plus en rete-\nnir que le rythme :\non la retrouve tel dans des oratorios de Haendel, Suzanne, Thèodora (Londres,\n1748, 1749), dans les Noces de Figaro de Mozart (1786, air de Suzanne),\ncomme déjà dans Ph.-E. Bach (ire des six sonates, 3e recueil, en la mineur).\nLe rythme et la mesure sont seuls conservés. C'est comme une draperie de\ndessous laquelle ou aurait retiré le corps qu'elle recouvrait, mais qui aurait\nconservé tous ses plis, dessinant encore l'être vivant. Nous arrivons ainsi, sur ce\npoint spécial, au dernier terme d'une évolution qui a consisté à éliminer succes-\nsivement tous les caractères constitutifs de la danse réelle, et à n'en conserver\nque la modalité rythmique, pour la rendre peu à peu capabled'exprimer des sen-\ntiments très généraux, et enfin de porter la pensée musicale pure. C'est une loi\ndu progrès que l'on retrouverait ailleurs qu'en musique : on conserve de vieux\ncadres, mais on y met autre chose.\n20 Quant àla danse mimétique, certainement plus importante aux yeux du\nthéoricien, parce qu'elle est plus conforme à l'esprit du drame qui est avant tout\nune « imitation », et qu elle peut d'ailleurs réunir la beauté plastique, et même, à\nl'occasion, le rythme, aux attitudes expressives, l'ancien opéra moderne n'avait\npas compris tout le parti qu'on en pouvait tirer; il l'avait laissée tomber dans\nl'allégorie, où « l'imitation » était grossièrement faite par des moyens acces-\nsoires et parfois grotesques, abandonnés aujourd'hui à des théâtres et à des\ngenres inférieurs. Pour représenter les Vents, le danseur avait des soufflets\nà la main, des moulins à vent sur la tête et des habits de plume indiquant\nsa légèreté. Pour représenter le Monde, il prenait un habit ressemblant à une"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.13", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ncarte de géographie et se couvrait d'inscriptions : sur le sein gauche, à la place\ndu cœur, Gallia ; sur le ventre, Germania ; sur une jambe, Italia ; sur une partie\nmoins noble, Terra australis incognito,.... On représentait la Musique avec un\nhabit rayé à plusieurs portées et une coiffure où on voyait une clé de so/, d'w/,\nou de fa. On faisait danser le Mensonge avec une jambe de bois, un habit garni\nde masques et une lanterne sourde à la main, etc... Ce sont là des enfantillages\net des fautes de goût. La véritable imitation est celle des mouvements invisibles\nde la sensibilité et de la volonté par les attitudes. J'ai déjà cité quelques\nexemples pour montrer jusqu'à quel degré de puissance cet art avait été élevé par\nles anciens. Chez les modernes, c'est à partir de la deuxième moitié du xvine siècle,\n1760 environ, et grâce aux réformes très intelligentes du célèbre maître de\nballet Noverre, que la belle danse mimétique a été remise en honneur. À ce\nsujet, je citerai une anecdote tirée des Lettres de Noverre sur lesAr/s imitateurs\nen général et sur la danse en particulier (Paris, chez Collin, 1807, t. I, p. 359 et\nsuiv.).\nGluck avait introduit quelques chœurs dans l'opéra d'Alceste, qu'il donna\nà Vienne, avec un poème écrit en italien, le 26 décembre 1767. Il ne put réunir\ndans la ville qu'un nombre insuffisant d'interprètes, et fut obligé d'avoir\nrecours aux chanteurs de la cathédrale, qui, au moment de la représentation,\nfurent distribués derrière les coulisses, parce qu'il leur était défendu de paraître\nsur un théâtre, et aussi pour le motif suivant. Ces chœurs demandaient de\nl'action, du mouvement, des gestes expressifs. Or, au cours des répétitions,\nGluck était impuissant à obtenir tout cela. Il était hors de lui, jetait sa per-\nruque à terre, se démenait inutilement. ((Je trouvai cet homme de génie et plein\nde feu, raconte Noverre, dans le désordre qu'impriment le dépit et la colère ; il\nme regarda sans me parler, puis, rompant le silence, il me dit, avec quelques\nexpressions énergiques que je ne rends pas : « Délivrez-moi donc, mon ami, de la\npeine où je suis. Donnez, par charité, du mouvement à ces automates ! » Je dis\nalors à Gluck, continue Noverre, qu'il était impossible d'employer ces machines,\nqu'elles gâteraient tout, et je lui conseillai de renoncer totalement à ces chœurs.\nidée : je lui proposai de distribuer les chanteurs derrière les coulisses, de telle\nsorte que le public ne pût les apercevoir, et je promis de les remplacer par l'é-\nlite de mon corps de ballet, de lui faire faire tous les gestes propres à l'exprès-\nsion du chant, et de combiner la chose de manière à persuader au public que\nles sujets quil voyait étaient ceux qui chantaient. Gluck pensa m'étouffer dans\nl'excès de sa joie. Il trouva mon projet excellent, et l'illusion fut complète. »\nCette anecdote est intéressante. Aujourd'hui, c'est l'orchestre seul qui, d'habitude,\nse fait entendre quand on danse, mais il faut que les danseurs ne fassent qu'un\navec l'orchestre, et nous persuadent que la musique entendue est comme le chant\nde ceux qui dansent.\nDe l'union des danses lyriques et des danses mimétiques en un tout ordonné\nest sorti le ballet qui occupe une si grande place dans l'histoire du théâtre. Il\nfut introduit en France par l'ltalienne Catherine de Médicis, femme de Henri II\net mère de Charles IX ; le premier ballet exécuté chez nous fut celui de Circè\net ses nymphes, en 1581. Sous les règnes de Henri 11, Henri 111, Charles IX,\nLouis XIII, Louis XIV, la danse fut très en honneur, car, étant aimée du souverain,\nelle ne pouvait manquer de l'être aussi de la cour. Louis XIII, qui était un peu"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.14", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ncompositeur, acheva de mettre le ballet à la mode : il dansa en personne le Ballet\ndes dix verds dont la musique avait été composée par Boesset et Bataille en 1616.\nLes compositeurs chorégraphiques de cette époque, qui est l'âge d'or du ballet,\nsontGuédron, Mauduit, Boesset. Jeciterai aussi : en 1615, le Triomphe de Minerve,\noù la musique de la chambre du Roi représentait les Tritonides, celle de la\nchapelle du Roi les « Esprits aériens », et où Ballard conduisait les luths vêtus en\namazones ; en 1617, la Délivrance de Renaud, musique de Belleville et Guédron,\noù Mauduit conduisit 60 chanteurs avecun orchestre de 45 musiciens ; en 1618, le\nPetit Ballet du Roi, où Louis XIII, qui avait appris la musique avec Ballard, fit\nle septième air, accompagné par le sieur Beauchamp, violon de la cour, qui\nfaisait la basse...\nEn France, le ballet a été d'abord mythologique, puis allégorique ; peu à peu\nil a donné naissance à des genres divers : nous avons eu le ballet dramatique,\nhistorique, romantique ou de fantaisie pure. Ou bien le ballet s'insère comme\ndivertissement dans un drame chanté (opéras de Meyerbeer), ou bien il forme\nune pièce indépendante et à part. En ce moment les deux genres sont repré-\nsentés à l'Opéra de Paris (ballet de Patrie de Paladilhe ; Le lac des Aulnes de\nM. Maréchal). La seule règle que l'on puisse formuler en la tirant de l'expérience\nc'est que la danse lyrique et la danse mimétique ne doivent pas s'exclure l'une\nl'autre ; c'est aussi que le ballet, quand il fait partie d'undrame, doit se rattacher\nà l'action par un lien suffisant, et que quand il forme une pièce à part il doit se\nconformeraux règles générales qui dominent ledrame lyrique.\nJe terminerai par quelques indications plus techniques. La danse est loin de\nprogresser comme l'art musical. Une des causes qui l'ont empêchée d'arriver à\nun développement très artistique, c'est l'absence d'un moyen spécifique capable\nde fixer la mimique et les mouvements du danseur, analogue à ce qu'est l'écri-\nture alphabétique pour le langage articulé ou la notation pour la musique. On\npeut bien décrire l'action qu'il s'agit de mimer, et les ballets ont leurs livrets\ncomme les opéras; mais la mimique peut être comprise et reconstituée tout\ndifféremment, faute d'une notation précise, par les artistes postérieurs, alors\nque la musique, au contraire, est fixée une fois pour toutes. On ne peut indiquer\nles mouvements du corps par un tracé graphique que d'une façon très impar-\nfaite, en dessinant les changements de place. Autrefois, on traçait sur le\npapier ce qu'on appelait les « chemins » ou la figure des danses ; les pas\nétaient indiqués sur ces chemins par des traits et des lignes de convention : la\nmesure était marquée par de petites barres posées transversalement qui divi-\nsaient les pas et fixaient les temps ; l'air sur lequel ces pas étaient composés se\nnotait au-dessus de la page, de sorte que huit mesures de « chorégraphie »\néquivalaient à huit mesures de musique. Mais cet arrangement était bien som-\nmaire. L'essentiel restait insaisissable. On ne peut pas noter les mouvements\nrythmiques du corps qui accompagnent les changements de place, et la réunion\nharmonieuse de ces deux choses dans un geste expressif. Là où ces moyens de\nfixation par l'écriture font défaut, on est obligé de se contenter de la mémoire ou\ndes indications transmises par une personne à une autre personne. Par suite, la\ndanse mimée se trouve encore au stade d'évolution où étaient la poésie avant l'in-\nvention de l'écriture et la musique avant celle de la notation. Il en résulte qu'elle\nest fondée sur un enseignement d'école. La « tradition » y devient très puis-\nsante, puisque c'est la seule base sur laquelle on peut s'appuyer; cette tradition"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.15", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nse forme surtout en dehors de l'esprit critique, d'après le goût du public, et\nune fois qu elle s est mise d'accord avec lui, il est extrêmement difficile, même\nà un artiste original, de. sortir de la sujétion qui lui est imposée. Aussi la danse\nest-elle un genre où les transformations sont lentes et les innovations hardies\nbeaucoup plus rares que dans la musique et dans la poésie ; la tradition risque\nd'y dégénérer en routine.\nIl y a un autre inconvénient, peut-être plus grave, par l indication duquel je\nmettrai fin à cette leçon.\nLa danse est étroitement unie, comme je l'ai dit, à la musique. Il en résulte\nqu entre le danseur et le musicien écrivant la partition sur laquelle on danse, il\ndoit y avoir entente parfaite. Chez les anciens, lorsqu'une légende mythologique\nétait représentée, le joueur de flûte mettait tous ses soins à suivre de près les\ndémarches du mime, et à ajouter les moyens d'expression de son instrument à\nla manière dont les faits, les idées et les états affectifs étaient imités ; il savait les\nmouvements, avec leurs variations et leurs nuances, que prendrait le mime, les\npas qu il devait exécuter, et il se conformait à tout cela. Chez les modernes,\ncette coordination exacte s'est produite quelquefois (nous savons, par exemple,\nque 1 air caractéristique du ballet des Sauvages dans Iphigénie en Tauride, 1779,\na été écrit dans ces conditions), mais elle est très rare. Déjà Noverre, après\navoir fait 1 éloge de la musique de danse insérée par Rameau dans ses opéras,\nregrettait que l'auteur d Hippolyte et Aricie fût resté étranger à ce travail d'ap-\npropriation : « Que n eût-il pas fait si l'usage de se consulter mutuellement eût\nrégné à 1 Opéra !... si le maître de ballet lui avait communiqué ses idées (1) I » Et\nquelques pages plus loin : « Un compositeur de musique devrait savoir la danse\nou du moins connaître le tempo et la possibilité des mouvements qui sont\npropres à chaque genre, à chaque caractère et à chaque passion, pour pouvoir\najouter des traits convenables à toutes les situations que le danseur peut\npeindre » Contrairement à cette règle, voici ce qui arrive d'ordinaire. Lorsque\nle livret d un ballet est établi, le musicien écrit sa musique sans savoir le moins\ndu monde comment le danseur réglera sa mimique. Il imagine, d'après son sens\nmusical et sa fantaisie seule, des rythmes et des effets d'expression pour des\nmouvements et des attitudes qu'il ignore et qui n'existent pas encore ; d'autre\npaît, quand le danseur reçoit la partition et cherche à régler son rôle d'après ce\nqu a écrit le compositeur, il se trouve presque toujours que ce danseur n'est\npas musicien. D'où il suit qu'au lieu d'unir deux arts qui doivent se pénétrer\nntimement, on les juxtapose tant bien que mal ; cette juxtaposition produit\nsouvent une musique qui n est pas faite pour la danse, une danse qui n'est pas\nfaite pour la musique, et la réputation du genre en pâtit.\nA suivre.)\n\n(1 ) Libr. cit., I, p. 281.\n\nJULES COMBARIEU."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.16", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nPublications et œuvres récentes.\n\n— Avec Iphigénie en Aulide, que l'Opéra-\nComique vient de nous rendre, voici le cinquième et dernier des grands opéras de\nGluck qui reparaît à la scène. Pourquoi cette belle partition, qui par aucun côté ne\nse révèle inférieure aux quatre autres, eut-elle cette mauvaise fortune, en ce temps\nde renaissance gluckiste, d'être de toutes la plus négligée ? On se 1 expliquait\nmal. Car s'il est légitime peut-être, pour certaines qualités singulières, de tenir à\nplus haut prix Armide, Orphée ou Alceste, cette préférence ne saurait aller jus-\nqu'à l'injustice. Iphigénie en Aulide, le public en a pu juger, n est pas moins\nabondante en beautés pathétiques et profondes. Le sujet du drame, moins sédui-\nsant si l'on veut, moins romantique que tel autre, demeure aussi tragique qu'au-\ncun, aussi douloureusement humain, aussi grand dans sa simplicité tragique.\nCependant, tandis qu'au cours du siècle dernier Alceste, Orphée, Yausl&relphigéme\nen Tauride même, connurent, en des temps moins musicalement cultivés que le\nnôtre, l'honneur de reprises diverses (je ne parle point de l'époque contemporaine),\nIphigénie en Aulide était demeurée, depuis la dernière représentation de 1824,\nindifférente aux directeurs de théâtre. Aucune exécution au concert, du moins\nde fragments considérables. Il a fallu que la Schola février de cette\nannée, l'inscrivît presque entière sur son programme. Cette fois encore, ainsi que\npour Rameau qui nous est promis déjà à l'Opéra pour la saison prochaine, la\nSchola aura bien rempli sa mission généreuse.\nCe long oubli si peu compréhensible, est-ce la rançon du succès sans précé-\ndent qui, à son apparition, le 19 avril 1774, avait salué l'œuvre nouvelle que\nGluck apportait à la scène française ? Car, après une première un peu indécise,\nmalgré la présence du dauphin et de la dauphine, Marie-Antoinette, la protec-\ntrice attitrée du compositeur, le succès, dès la seconde, alla toujours croissant.\nL'affluence finit même par devenir telle aux portes de l'Opéra qu'un service\nd'ordre fut nécessaire, cependant que le prix des billets de parterre, revendus\npar d'habiles industriels, atteignait un taux inusité. Grimm et J.-J. Rousseau,\ndans leur Correspondance, attestent la forte impression causée par la musique\net la place que Gluck, dès lors, tenait dans l'opinion.\nAu surplus, cet enthousiasme s'explique. Le livret à'Iphigénie en Aulide, si nous\nlui pouvons trouver quelques défauts, ne fût-ce que la noblesse soutenue, un peu\nconvenue et souvent emphatique du dialogue, avait d'autre part des qualités\nvraiment fortes. Il avait pour lui l'avantage de procéder très étroitement d'une\ndes plus belles tragédies françaises, elle-même dérivée d'un illustre modèle. Et\nquelque mutilation que la pièce eût dû, pour sa nouvelle destination, subir, il\nrestait en elle assez d'Euripide et assez de Racine pour justifier l'admiration.\nAu surplus, l'auteur de ce livret, le bailli de l'ordre de Malte Le Blanc du Roullet,\navait su habilement adapter le drame aux exigences musicales telles que Gluck\nles concevait. Des scènes bien coupées, habilement mises en opposition, un spec-\ntacle magnifique et pompeux, des situations tragiques, un pathétique soutenu :\ntout concourait à en faire un canevas parfaitement favorable à l'inspiration musi-\ncale du maître.\n\nIPHIGÉNIE EN AULIDE, DE GLUCK."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.17", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\nR. M.\nJ\n\nIl ne devait pas rester au-dessous de ce qu'on attendait de lui ni de sa réputa-\ntion déjà européenne. Quand il s attaque à Iphigénie en Aulide, Gluck n'est\nplus seulement l'auteur d'opéras italiens, célèbres alors, trop oubliés et\nconventionnellement dédaignés de nos jours, et dont il ne convient pas d'ignorer\nqu'il en est peu qui ne renferment quelque scène admirable II est déjà l'auteur,\nréformateur du théâtre lyrique, d'Alceste et d'Orfeo. Et si ces deux opéras n'ont\npas encore été par lui adaptés à la scène française, ils n'en contiennent pas\nmoins déjà, sous le texte italien, leurs pages les plus sublimes. Ces chefs-\nd'œuvre sont appréciés partout des musiciens au moins, sinon du grand public.\nOr/eo, en particulier, édité à Paris en 1764, est familier à nos compositeurs,\nplus familier même à certains (à Philidor par exemple qui n'est point le seul)\nque ne le tolérerait aujourd'hui l'opinion.\nD'autre part, Gluck lui-même, compositeur cosmopolite s'il en fut jamais et\nqui se faisait gloire de l'être, n'est pas demeuré étranger à l'art musical français.\nNon seulement il a pratiqué nos grands compositeurs, Rameau surtout,\nà qui il a toujours rendu justice, mais encore il s'est familiarisé avec\nla langue et la piosodie fiançaises, en écrivant, de à 1764, plusieurs\nopéras comiques sur des livrets de Lesage, d'Anseaume .ou de Favart. Ces\npièces légères, représentées à Vienne, sur le théâtre de la cour, ne lui ont\ncet tes rien appris de 1 art de traiter les grandes situations dramatiques.\nElles lui ont du moins rendu aisé le maniement du récitatif en une langue\nqui n est point la sienne et que, musicalement, il saura traiter mieux que\npersonne.\nC'est que, depuis longtemps, Gluck se sentait attiré versjaotre pays où, mieux\nque partout, pensait-il, il pourrait imposer sa conception de ce que doit être la\nmusique dramatique. Ailleurs, l'opéra italien, que ce fût en Italie, en Allemagne,\nen Espagne ou en Angleterre, régnait sans conteste sur la scène. Nulle part, sauf\nen France, il n'existait un théâtre lyrique autre que celui-là dont les défauts\nétaient devenus insupportables au compositeur. Et la musique française, elle,\navait justement avec ce que rêvait Gluck les rapports les plus étroits. De tous\ntemps les h rançais avaient estimé la déclamation juste et forte. De tous temps ils\navaient placé au premier rang la vérité scénique. Ils n'avaient jamais souffert\nque la musique pure, sous la forme mesquine de la virtuosité vocale, usurpât sur\nla scene la place du naturel et de l'expression. L'art de Lulli, de Campra, de\nRameau, c est déjà 1 art de Gluck. Avec la différence des temps et des tempéra-\nments, sans doute, mais mieux que personne le maître avait senti la similitude.\nlphigeme en Aulide est le premier hommage du génie de Gluck au génie\ndes maîtres français, en qui il reconnaissait ses véritables précurseurs et\nqu il allait faire oublier en réalisant plus complètement ce qu'ils avaient\nconçu.\nRameau lui-même, encore que par certains côtés il dépasse son heureux rival,\nva battre en retraite devant cette invasion redoutable. Il faudra qu'il attende\njusqu a l'époque contemporaine pour que notre admiration retrouve en lui\ncette musicalité supérieure dont ni Gluck ni personne en France de son temps\nn avaient pleinement conscience. Mais revenons à Iphigénie et à l'Opéra-\nComique.\nJe ne pense point qu'il soit très nécessaire de narrer par le détail une pièce\ndont tous les Français connaissent les péripéties."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.18", "texte": "PUBLICATIONS ET OËUVRES RÉCENTES\n\nLes Grecs campent à Aulis, attendant les vents favorable pour cingler vers\nIlion. La colère des dieux les leur refuse, et il faut qu'lphigénie, la fille du roi des\nrois, soit immolée sur les autels de Diane pour qu'ils rendent aux confédérés leur\nfaveur. Déchiré d'angoisses, Agamemnon se refuse, puis consent à l'affreux\nsacrifice. Défendue par Clytemnestre, sa mère, par Achille à qui elle est promise,\nIphigénie, avec une abnégation sublime, se résoud à la mort. Elle périrait immo-\nlée si Diane n'apparaissait, comme le prêtre va l'égorger, pour se déclarer satis-\nfaite et l'arracher à la mort.\nLe dénouement, on le voit, diffère de celui de Racine. Il n'est point question\nd'Eriphile, personnage supprimé, et nul meurtre liturgique ne vient ensan-\nglanter une conclusion que l'esthétique de l'Opéra voulait le plus souvent\nheureuse.\nIl serait vain d'énumérer les plus beaux airs et les scènes les plus pathé-\ntiques.\nCe serait ici d'autant plus inutile qu'il n'est pas de drames de Gluck où le\nmusicien soit partout plus égal à soi-même. Orphée, Alceste, Armide, à côté de\npages admirables en contiennent d'autres, des actes entiers souvent, dont la\nfaiblesse réelle s'exagère encore du contraste. Iphigénie en Aulide ne connaît\npoint ces défaillances. Il n'est point d'acte qui ne renferme des beautés supé-\nrieures, depuis l'exposition avec l'invocation d'Agamemnon au soleil, le chœur\nd'entréedes Grecs : C'est trop jaire de résistance, si scénique, si mouvementé, et qui\nfait songer à certains chœurs de Juifs dans la Passion de J.-S. Bach, l'air de\nCalchas :Au faîte des grandeurs, la scène si fraîche et si tragiquement souriante\nde l'arrivée des princesses, jusqu'au dénouement avec les deux airs si touchants\nd'lphigénie, la scène de Clytemnestre et la cérémonie religieuse du sacrifice. A\ncôté de ces grandioses effusions musicales, partout dans le dialogue un récitatif\nd'une force expressive et d'une plasticité singulières, mettant chaque personnage\nen plein relief, des chœurs d'une harmonie pleine et sonore, un orchestre sobre\nmais toujours en situation et sachant quand il le faut se mêler au drame. Re-\nmarquons en passant que, pour la première fois, Gluck a renoncé ici à l'usage\nde la basse continue réalisée au clavecin dans les récits, usage qui eut sa raison\nd'être mais qui, avec les progrès de la technique instrumentale, introduisait dans\nla trame symphonique une fâcheuse disparate.\nDe 1774 à 1824, Iphigénie en Aulide eut42B représentations. Retrouvera-t-elle,\nà cette nouvelle reprise, ce succès qui ne fut point ordinaire? Je ne le saurais\ndire, ni quel accueil le public proprement dit lui réserve. Je noterai seulement\nque quelques-uns de nos critiques musicaux, et non des moindres, l'ont accueillie\nsans enthousiasme. Je comprends leurs raisons sans m'expliquer leur intran-\nsigeance. Il èst certain que nous avons aujourd'hui, depuis Wagner, une con-\nception du drame lyrique qui n'est plus du tout celle de Gluck. Je ne l'attaque\npoint assurément. Mais quelque logique et cohérente que soit l'esthétique\nwagnérienne, quels que soient les chefs-d'œuvre qui s'en réclament, je ne\nsaurais, maintenant que sont passés les temps héroïques, lui accorder la valeur\nd'un dogme intangible. La vraisemblance dramatique est une belle chose. Mal-\nheureusement elle est trop variable et trop forcément subjective.\nCertes, comme il a été dit très justement, « la coupe d'un opéra de Gluck, avec\nses innombrables airs reliés uniquement par la forme rituelle du récitatif,\nn'offre pas à un auditeur contemporain une vraisemblance dramatique plus"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.19", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nacceptable que la conception lyrique qui fit la fortune des ouvrages de Doni-\nzetti et de Verdi. »\nOn ne saurait mieux en juger. Iphigénie est donc un opéra, avec toutes les\nconventions du genre. Et je dirai même que Ton y sent précisément avec évi-\ndence combien il faudrait peu de chose pour que ces conventions légitimes de-\nvinssent, comme elles le sont devenues ailleurs, d'insupportables formules. Oui.\nMais ce « quelque chose » est précisément ce qui sépare un chef-d'œuvre d une\nœuvre inintelligemment traditionnelle. La différence est petite, aussi, dans les\nprocédés, entre une tragédie de Racine, une de Voltaire, une de Luce de Lan-\ncival ou tout autre. xMais nul ne saurait s'y méprendre. Et les genres, au sur-\nplus, ne sont jamais si proches de la décadence irrémédiable que lorsqu'ils\nont atteint leur point de perfection. Iphigénie est un opéra, c'est entendu.\nMais c'est cependant un chef-d'œuvre, le chef-d'œuvre de l'ancien opéra\nfrançais.\nL'Opéra-Comique n'a rien négligé pour produire cette belle partition dans\ntout son lustre. L'interprétation est véritablement supérieure. Tout d'abord met-\ntons MUe Bréval hors de pair. Je me souviens, lors de la création d'Armide par\ncette séduisante artiste, avoir formulé quelques réserves sur sa manière, trop\nromantique à mon gré, de traduire cette musique Ici, ces critiques seraient inop-\nportunes. Elle a magnifiquement fait revivre cette figure touchante d'lphigénie, le\nrôle le plus difficile peut-être de Gluck. Difficile parce que, tout en passion con-\ntenue, en nuances pénétrantes mais infiniment délicates, il prête peu à l'effet. Ce\nn'est qu'une artiste de premier ordre qui s'y peut essayer sans ridicule. Et\nMlle Bréval a su le réaliser tel que Gluck l'avait conçu.\nOn n'attendait pas moins d'elle, il est vrai. Mais l'interprétation du rôle tra-\ngique de Clytemnestre par Mlle Brohly fut une révélation. Encore peu connue,\ncette jeune artiste s'est mise au premier rang. Elle montre encore quelque inex-\npérience peut-être, mais son chant, son jeu, la manière dont elle comprit le rôle,\nsont déjà d'une grande tragédienne lyrique.\nLe rôle d'Achille, important, n'est pas le plus attachant. M. Beyle l'a interprété\navec la fougue juvénile, non dénuée de noblesse, qui s'impose, et sa voix, géné-\nreuse et solide, y sonne partout superbement. M. Ghasne est un Agamemnon\nplein de grandeur et de mélancolie; M. Vieuille, un Calchas majestueux et ter-\nrible. Les rôles secondaires ne déparent pas ce bel ensemble. Les chœurs, qui\nsavent jouer et se mouvoir en scène, sont excellents ainsi que l'orchestre, sous la\ndirection de M. Ruhlmann.\nQuant aux décors et à la mise en scène, nous sommes à TOpéra-Comique, et\nc'est tout dire. Le ballet du deuxième acte, d'une archéologie ingénieuse et sur-\ntout pittoresque, fait honneur à Mlle Mariquita qui le régla, à Mlle Régina Badel\net ses gracieuses acolytes qui le dansèrent. Un intermède de lutteurs contraste\ncurieusement par son réalisme brutal avec les charmes de ce spectacle, plus hel-\nlénistique peut-être qu'homérique.\nIl faut, malgré tout, formuler une critique en ce concert de louanges. La sup-\npression d'un certain nombre d'airs de danse a paru s'imposer. L'ancienne Iphi-\ngénie a un ballet à chaque acte et, pour nous, c'eût été trop sans doute. Peut-être\nle choix qui fut fait n'est-il pas à approuver entièrement. Certaines pièces con-\nservées ne sont pas des meilleures. Et il en est d'autres qu'on désirerait entendre.\nA regretter aussi la suppression du chœur final à l'unisson : Partons, volons àla"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.20", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nvictoire, et du récit de Calchas qui le prépare. Cet épisode est la vraie conclusion\nde la tragédie. Logiquement du moins. Mais la logique, au théâtre, est-elle à sa\nplace ?\n\nHENRI QUITTARD.\n\n— LA DANSE DE\n« SALO.MÉ», DE R. STRAUSS. — LA NEUVIÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN.\nJ'avouerai très simplement être embarrassé pour donner une caractéristique des\nSouvenirs, poème que M. Vincent d'Indy écrivit en 1906. sous l'influence d'un\ndeuil cruel, et dont il a dirigé lui-même l'exécution au concert Colonne du\n22 décembre. Certes, la maîtrise de l'auteur de l Étranger se reconnaît sans peine ;\nmais une seule audition ne me suffit pas pourvoir clair dans cette composition\noriginale et si artistique. Le public lui a fait un accueil chaleureux ; peut-être y\navait-il surtout dans ses applaudissements une marque de haute déférence pour\nun maître dont le caractère est si estimé et un témoignage public de sympathie\npour les sentiments nobles et touchants qui l'ont inspiré. Bien que les Souvenirs\nsoient construits sur un seul thème, on a quelque peine à s'y reconnaître. En\npassant par des transformations diverses de rythme et d'harmonie, l'idée princi-\npale se fragmente, se disloque, s'obnubile, est souvent méconnaissable. Comme\nimpression générale, je suis frappé de trouver dans cette composition très peu\nde chose qui rappelle la manière de César Franck, — lequel, à côté, me paraît\nlimpide comme du cristal. La marche générale de la symphonie, Y action sym-\nphonique, si je puis dire, me paraît un peu lente, coupée par un excès de détails\ndans l'écriture. Çà et là des heurts dissonants témoignent d'une grande indépen-\ndance d'esprit et de main ; mais on ne voit pas bien (et ceci paraîtra sans doute\nétrange à l'auteur) leur raison d'être. La couleur subtile de l'instrumentation ne\nparaît pas en rapport bien étroit avec le sentiment à exprimer. Encore une fois,\ntout ceci me paraît en dehors des habitudes de César Franck, plutôt marqué par\nl'obsession des derniers quatuors de Beethoven. Un beau tutti, seul m'a vraiment\nému. Le reste a trop de façon. Mais ceci n'est qu'une impression très superfi-\ncielle ; je demande à réentendre plusieurs fois.\nLa danse de Salomê a été appréciée ici même à plusieurs reprises. Je me\nbornerai à signaler une fois de plus l'énorme disproportion du sujet à traiter avec\nles moyens employés. Trop A affaires pour une simple danse du ventre ! L'auteur\nveut peindre une scène colossale (quelque chose comme le tableau de Roche-\ngrosse : Banquet des ambassadeurs barbares à la cour de Justinien), et il pèche\ncontre une loi élémentaire de l'art : choisir des moyens appropriés au sujet à trai-\nter. Il se trompe aussi en croyant que, pour faire de la couleur, en musique,\nil faut employer une multitude d'instruments. Deux ou trois timbres employés à\npropos suffisent à produire le coloris le plus exquis !\nToute musique semble pâle et débile — eût-elle l'embonpoint le plus énorme\n— à côté de la neuvième de Beethoven. Cette œuvre écrase tout. Elle est saine,\njeune, admirablement équilibrée, pleine de joie, cfune ampleur magnifique, et\nd'un sublime qui n'a pas été dépassé; ; elle a l'admirable solidité de structure des\ncompositions de Bach et, en plus, toute la poésie du sentiment et de la tendresse.\nC'est humain et divin tout à la fois. Dans Y adagio, des horizons illimités se suc-\ncèdent sans fin, et le musicien, avec le vol plané de l'inspiration, semble par-\ncourir une suite de mondes où tout serait beauté, âme, héroïsme, amour, har-\n\n«SOUVENIRS», POÈME POUR ORCHESTRE DE VINCENT D'INDY."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.21", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nmonie .. Je signalerai particulièrement le finale .'Berlioz s'en est visiblement\ninspiré à plusieurs reprises dans la Damnation. Pour l'exécution, je n'ai qu'à\nlouer la précision et la justesse parfaites de l'orchestre, admirablement dirigé\npar M. Ed. Colonne. Les chœurs ont été aussi très bons. Les solistes furent mé-\ndiocres. M. Sigewalt a débuté en chantant faux avec persistance, et c'est dom-\nmage !\n\nD.\n\n— Voici des œuvres d'art qui ont une\nhaute valeur, qui se rattachent à une pensée excellente, et qui méritent la vive\nsympathie de tous les musiciens d'Europe. Nous sommes encore, j'en ai bien\npeur, à peu près les seuls à les connaître en France, mais nous les signalons\navec empressement à l'attention de tous nos lecteurs. Je dirai tout de suite à\nMM. Farewell et Loomis une chose qui ne peut pas leur être désagréable : dans\nle cours qu'il a commencé le 9 décembre au Collège de France sur les Origines\n\nMUSIQUE AMÉRICAINE : OEUVRES DE MM. ARTHUR FAREWELL, H. W. LOOMIS,\nCARLOS TROYER, CAMPBELL-TIPTON.\n\nCONCERTO POUR VIOLON ET ORCHESTRE PAR M. MIECZYSLA KARLOWICZ (à\nBerlin, chez Schlesinger).\nA. C.\n— Le concerto que nous envoie notre ancien collabo-\nrateur M. Karlowicz (v. la Revue musicale de 1903) est une belleœuvre : somp-\ntueuse et très chantante, inspirée des modèles classiques, mais avec la liberté de\nla pensée moderne, originale sans être agressive, très mélodique, —- très difficile\naussi, — véritable œuvre de concert. Je viens de la lire au piano, et elle m'a plu\nbeaucoup, en me rappelant quelques chefs-d'œuvre du genre : le concerto de\nMendelssohn, la sonate de Richard Strauss, les compositions de Th. Dubois...\nTout au plus signalerai je un certain abus (mais combien agréable à l'oreille!)\nde la quinte augmentée. Il faut, évidemment, n'être plus un écolier pour jouer\ncela ; mais quelle joie, pour un artiste déjà formé, de faire chanter sous ses\ndoigts un poème de si noble et si brillante envergure ! Ceux de mes lecteurs qui\nferont venir d'Allemagne ce concerto me seront certainement reconnaissants de\nle leur avoir signalé.\n\nCONCERTO DE J.-S. BACH EN RÉ MINEUR, POUR TROIS PIANOS.\nS.\n— M. Pierre\nSechiari nous a donné, à une de ses récentes soirées, le régal d'entendre M. Louis\nDiémer exécuter avec MM. de Lausnay et Batalla le concerto en ré mineur qui,\ncomme le concerto en ut majeur, est accompagné par l'orchestre (toute oppo-\nsition de tutti et de solo étant écartée ainsi que dans les concertos à deux pianos).\nC'est une œuvre infiniment aimable, séduisante, en jolies arabesques, de valeur\ntoute formelle, sans passion, et presque dépourvue de sentiment, mais d'unegrâce\nexquise et d'une imagination inépuisable. Dans les deux premiers mouvements\net dans la charmante sicilienne, le premier piano est au premier plan, les deux\nautres accompagnent ; le quatuor à cordes lui-même remplit le rôle du\ncembalo et de la basse continue dans la musique de chambre, et se borne le plus\nsouvent à suivre les basses déjà inscrites dans la partie de piano. OEuvre infé-\nrieure, sans doute, au concerto en ut ; chef-d'œuvre cependant, bien curieux à\nétudier pour qui veut connaître le génie facile et élégant de Bach et la solidité,\nle parfait équilibre de ses constructions symphoniques. M. Diémer l'a joué avec\nsa maîtrise habituelle, toujours fêtée par le public ; les deux autres artistes se\nsont montrés dignes de lui."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.22", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nde la musique et la magie, M. Jules Combarieu cite assez souvent leurs œuvres,\nen les prenant comme exemples à l'appui de sa doctrine, et il ne manque jamais\nd'en faire publiquement l'éloge.\nUn groupe de compositeurs américains, voulant fonder une musique natio-\nnale, a eu l'excellente idée de prendre les mélodies indigènes que la célèbre\nMiss Fletcher a recueillies elle-même en séjournant plusieurs années chez les\nIndiens des Etats-Unis, sous le patronage du Peabody Muséum de Washington\n(Peabody, pour le dire en passant, me paraît être la transcription française du\nnom de notre compatriote La Pibaudière). Ces mélodies originales, ils les ont\nprises pour base de compositions diverses, faisant tableau de genre. Elles ont\nparfois une rare saveur. Ceux qui les ont mises en œuvre sont de vrais artistes,\nen possession de toute la technique musicale ; ils ont fait preuve de goût en\nchoisissant et en respectant les thèmes sur lesquels ils ont exercé leur talent.\nCes représentants de l'idée nationale en matière d'art ont fondé une association,\nla Wa- Wan Press (ainsi appelée du nom d une cérémonie des Indiens), Newton\nCentery Massachusetts, qui, tous les mois, publie des cahiers. Mais les mélodies\nindiennes recueillies par le folklore local ne sont pas, il s'en faut, leur seul\nobjectif.\nComme pièces caractéristiques, je citerai la Danse de guerre navajo, énergique\net expressive ; Pawnee horses, d'après un chant communiqué par M. La F'ièche\n(un Indien assimilé par les Etats-Unis), et qui débute par des harmonies étran-\ngement subtiles ; la Prairie miniature ; le Wa-Wan choral. qui ne serait pas\nindigne d'un Schumann ou d'un Grieg ; la Plantation-melody, d'un sentiment\nintense ; la Danse de fête du soleil, d'une grâce ingénue et d'une exacte authen-\nticité ; la Grande Danse de la pluie chez les Zugnis, qui est une petite symphonie\ndescriptive, terminée par un choral grandiose ; tous les jolis médaillons (notam-\nment le Chant d'amour) qui composent le cahier de 1901 ;la Prière d W abonda\n(dieu du tonnerre) et la Danse du scalp ; toute la série des pièces (en particulier\nle n° II) relatives à la Wa-Wan ceremony ; la série des Chants zugnis; la\nMusique du calumet, avec la danse très curieuse qui la termine .. Pour donner\nune idée de cet art si intéressant à tous égards, je citerai l'exquise Colombe\nplaintive, qui est un air « negro » harmonisé par M. Farewell. D'un bout à\nl'autre, on ne trouve quedes accords de septième, c'est-à-dire des dissonances ; et\ncela est d'une douceur délicieuse. Il y a des théoriciens qui ne comprennent pas\ncette écriture ; ils posent comme principe que « la dissonance est désagréable à\nl'oreille» ! L'idée ne leur vient pas de tenir compte du timbre, de l'intensité, du\nregistre, en un mot de tout ce qui distingue la musique des musiciens de la\nmusique des physiciens. Lisez bien ceci, je vous prie :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.23", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nJe trouve cela exquis !\nM. Raynaldo Hahn a publié des mélodies qui sont un peu dans ce goût-là.\nTelle autre pièce, the Black Face, rappelle une habanera de M. Paul Vidal. Il est\nvrai que l'Espagne, source commune d'où dérivent ces deux compositions, a\npénétré profondément certains pays de l'Amérique.\nParmi les compositions où les thèmes sont librement inventés, je citerai les\nFour sea lyrics / les Quatre poèmes lyriques de la mer, paroles d'Arthur Symons,\nmusique de Campbell-Tipton ; A/ter Sunset (Après le coucher du soleil),\nDarkness (Ténèbres) ; the Crying of Water (le Cri des eaux), quia une réelle gran-\ndeur, et Requies. Dans ces dernières pièces (qui, je l'avoue, m'intéressent un peu\nmoins que les autres pour des raisons d'ordre historique ou ethnographique),\nje constate une grande expérience musicale, une extrême habileté harmonique,\nun style original qu'on chercherait vainement à rattacher à un modèle, bien qu'il\nsoit très moderne. Je constate aussi, avec l'habitude de traiter les petits sujets\ndescriptifs, un certain abus des indications de nuances La musique vraiment\nsolide et belle n'a pas besoin de toutes ces précautions et de ces avertissements :\nelle porte en soi tout ce qu'il faut. Faire un sort à chaque note, c'est briser,\npar les minuties de l'analyse, l'intérêt d'une œuvre. Je signale une tendance bien\nplus qu'un excès réel.\n\nS.\n\n— M. l'abbé Villetard étudie\nle manuscrit improprement désigné sous le nom de Missel des fous ou Missel de\nl'âne, qui contient, pour la partie essentielle, « l'office de la Circoncision » :\nPremières Vêpres, Complies, Matines, Laudes, Prime, Tierce, Messe, Sexte,\nNone, Vêpres, tel est l'ordre dans lequel se succèdent les pièces du manuscrit,\nque M. Villetard reproduit intégralement, texte littéraire et chant, en se défendant\nd'avoir voulu faire une édition critique. Les textes musicaux donnés par\n\nMUSIQUE DU MOYEN ÂGE ET PLAIN-CHANT. OFFICE DE PIERRE DE CORBEIL (OFFICE\nDE LA CIRCONCISION), IMPROPREMENT APPELÉ «OFFICE DES FOUS», TEXTE ET CHANT,\nPUBLIÉ D'APRÈS LE MANUSCRIT DE SENS, XIIIe SIÈCLE, AVEC INTRODUCTION ET NOTES,\nPAR L'ABBÉ HENRI VILLETARD (chez Alphonse Picard)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.24", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nM. l'abbé Villetard sont d'une grande beauté, comme la plupart des pièces de\nplain-chant liturgique. Mais l'ensemble de ces pièces tel qu'il est donné dans\nle manuscrit se rapporte-t-il à un office réel ? Nous aurions aimé que le savant\néditeur, si qualifié pour cela, nous donnât plus d'éclaircissements sur ce point.\nCe doute n'enlève d ailleurs rien à la haute valeur de son travail très con-\nsciencieux et très sérieux, qui fait honneur à la « Bibliothèque musicologique »\nfondée ou continuée par les soins de M. Pierre Aubry.\n\nT.\n\n— Ouvrage\nde luxe, très élégant et documenté, où M. Louis Schneider a réuni avec goût un\ngrand nombre de faits précis : pour le moment, c'est un curieux recueil de faits et\nd'images, un beau livre d'étrennes, un hommage mérité à la gloire de l'illustre\ncompositeur ; plus tard, ce sera un répertoire précieux où les historiens ne\nmanqueront pas de puiser. Après avoir consacré quelques pages à l'enfant, au\npensionnaire de la villa Médicis, au professeur du Conservatoire, M. Schneider\npasse en revue les œuvres de théâtre, en consacrant à chacune d'elles une étude\nqui tient le milieu entre la chronique de journal et la monographie complète :\nla Grand' Tante, Don César de Bazan, le Roi de Lahore, Hérodiade, Manon, le\nCid, Esclarmonde, le Mage, Werther, le Carillon, Thaïs, le Portrait de Manon,\nla Navarraise, Sapho, Cendrillon, Grisélidis, le Jongleur de Notre-Dame, Cigale,\nChérubin, Arzane, Thérèse ; puis les « drames sacrés et profanes » : /es Erinnyes,\nMarie-Magdeleine, LVe, Narcisse, la Vierge, enfin « quelques œuvres diverses ».\nLe maître Massenet a beaucoup produit et c'est une personnalité « à facettes »\nqu on ne caractérise pas d'une façon complète en disant qu'il est, en musique,\nle peintre de la tendresse, de la volupté et du charme féminin (ainsi il excelle\ndans la comédie lyrique) ; il a un style à lui, reconnaissable entre tous ; il a\nexercé une grande influence sur son temps, et la plupart des « maîtres » actuels\nsont des élèves, ses « enfants », comme il dit avec sa grande bonté coutumière.\nCe sont là des titres qui contribuent à faire accueillir avec une grande sympathie\nle livre très brillant de M. Louis Schneider.\n« MENDELSSOHN », PAR PAUL DE STOECKLIN ; « GRÉTRY », PAR HENRI DE CURZON ;\n« PAGANINI », PAR J.-G. PROD'HOMME (Collection des «Musiciens célèbres », Henri\nLaureus éditeur). —Ces trois volumes, signés de noms autorisés et estimés,nous\ndonnent une substantielle monographie (avec catalogue des œuvres, bibliographie,\nillustrations documentaires) sur trois musiciens de valeur inégale ou très diverse,\nmais qui méritaient les honneurs de ce Panthéon musical. Chacun des volumes\nn a pas plus de 120 ou 130 pages, et il dit l'essentiel. M. de Stœcklin caractérise\nbien Mendelssohn en disant qu'il fut « le chantre de l'âme moyenne, de l'âme\nbourgeoise, des émotions douces, faciles et bonnes ». Il y a sur lui un jugement\ntrop cruel de Nietzsche, mais curieux: « Mendelssohn a plutôt un tempérament\nde lettré qui s assimile les idées des autres : il ne crée pas, il remploie. » — En\nparlant de Paganini (né en 1784 à Gênes, mort à Nice en 1840), M. J.-G. Prod'-\nhomme avait une tâche ingrate : il étudiait un virtuose dont le talent, mettons le\ngénie, est comparable à celui du comédien : le meilleur est perdu à tout jamais, et\nce qui reste est loin de représenter ce qu'il y eut de plus beau. M Prod homme\njuge avec indulgence, mais comme il convient, les compositions dePaganini : les\nfameux Caprices, transcrits en partie par Liszt et Schumann pour le piano ; les\n\n«MASSENET», I fort volume illustré, chez L. Cartelet. L'HOMME : LE MUSICIEN,\nAVEC ILLUSTRATIONS ET DOCUMENTS INÉDITS, PAR LOUIS SCHNEIDER."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.25", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nconcertos avec orchestre en mi et en si mineur; les célèbres Variations dont\nSivori, dans notre enfance, nous rendait 1 illusion... En ce livre, on retrouve les\nqualités solides qu'a montrées M. Prod homme dans ses études sur les Sympho-\nnies de Beethoven. Sur Grétry (né à Liège en 1741 ), M. de Curzon nous donne\naussi une excellente petite étude. Il divise ainsi son sujet : les années d'appren-\ntissage (174 1-1767) ; duHuron à la Fausse Magie (1767-1775) ; la période de matu-\nrité (du Jugement de Miias à Richard Cœur-de-lion ; 1776-1785), les années de\nretraite (1785-1813). Dans le « catalogue de l'œuvre dramatique de Grétry », qui\ntermine le volume, quelques lacunes à signaler ; il manque : les Maures en\nEspagne (1800), Alcindor et Zaide (tiré, pour les paroles, d'un livret de Rochon\nde Chabannes), Ziméo (3 actes). Zelmar( 1 acte), Electre, Diogène et Alexandre.\nM. de Curzon conclut en souhaitant que l'Opéra-Comique nous rende quatre\nchefs-d'œuvre qu'il considère comme représentatifs du génie de l'école française :\nle Tableau parlant, Zémir et /'Epreuve villageoise et Richard Cœur-de-lion.\n\nT.\n\n— Parmi les\nautographes collectionnés par feu M. Léon Gauchez, ancien directeur de 1 Art,\nque Me Lair-Dubreuil et Me Bernier vendaient récemment aux enchères publi-\nques, plusieurs émanaient de compositeurs de musique célèbres et offraient un\ncertain intérêt de curiosité.\nIl n'y avait pas moins de sept'lettres de Berlioz. Dans l'une, payée 80 francs,\nl'illustre compositeur exprime son admiration pour Beethoven et pour Gluck,\nces deux dieux supérieurs de son art. Dans une autre, dont on a donné le même\nprix, Berlioz fait part à M. Bennet de la joie qu'il a ressentie en lisant son\nouvrage, les Troyens.\nDans une troisième, qui a fait 85 francs, et qui est encore adressée à M. Bennet,\nil parle du succès de la Reine Topaze (op. com. en 3 actes de V. Massé,\ndéc. 1856). Il parle également d'un dîner d'artistes et de savants donné parle\nprince Napoléon. Voici un passage de cette spirituelle épître : « Nous étions\n« par paires de membres de l'Institut. Deux musiciens: Halévy et moi ; deux\n« peintres, Ingres et Flandrin ; deux de l'Académie française : A. de Vigny et\n« Ponsard, plus Dumas le chimiste et A. Dumas fils, qui pourrait être de l'Institut\n« s'il n'avait pas tant d'esprit. »\nLe dîner avait eu lieu le jour de l'élection de Delacroix à l'Académie des beaux-\narts. « M. Ingres a dû encore avaler cette couleuvre ; il n'en a pas moins été le\n« soir aussi gracieux qu'il peut l'être. »\nEnfin, dans une autre lettre, adressée toujours à M. Bennet et payée 50 francs,\nBerlioz s'excuse de son retard à écrire un feuilleton par l'obligation de terminer\nun quatrième acte (les Troyens), une scène volée à Shakespeare et virgilianisée\nqui le met dans des états ridicules. « Je n'ai à m'occuper que de la rédaction de\ncet immortel radotage d'amour, écrit Berlioz, qui fait du dernier acte du\nMarchand de Venise le digne pendant des hymnes sublimes de Roméo et Juliette.\nC'est Shakespeare qui est le véritable auteur des paroles et de la musique II\nest singulier qu'il soit intervenu, lui le poète du Nord, dans le chef-d'œuvre\ndu poète romain. Virgile avait oublié cette scène Quels chanteurs que ces\ndeux ! ! ! »\nUne curieuse lettre de Boïeldieu, vendue 165 francs. Le célèbre compositeur\n\nA L'HOTEL DES VENTES. — LETTRES INÉDITES DE BERLIOZ."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.26", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nvient de recevoir un exemplaire de la Dame Blanche superbement relié. Il remer-\ncie ses compatriotes de la médaille qu'ils lui ont votée.\nUn document signé par Adam, Halévy, Auber, etc., au président de la com-\nmission municipale de Paris, demandant que le nom de 1 auteur de la Dame\nBlanche soit donné à la place située devant l'Opéra-Comique, a été obtenue pour\n3 francs.\nUne très intéressante lettre de Fétis, compositeur de musique et musicographe\nbelge, toute relative au Micrologue de Gui d Arezzo, où il explique que 1 emploi\ndu quart de ton n'a jamais eu lieu dans le chant grégorien et que Gui est le\npremier écrivain du moyen âge qui ait rompu absolument avec le théorie de la\nmusique des Grecs : 5 francs.\nOn a eu pour 16 francs une lettre de Gounod ; pour 25 francs une lettre de\nHérold annonçant son mariage avec une demoiselle charmante ayant les espé-\nrances solides qui assurent son avenir.\nUne lettre de Roger, le célèbre chanteur, dans laquelle il raconte sa tournée\ndans les grandes villes d'Allemagne (il a eu une réception triomphale à Breslau ;\ntrois musiques militaires l'ont accompagné à son hôtel q a été adjugée 32 francs.\nOn a vendu également quelques instruments de musique anciens.\nUn violon tyrolien ancien est allé à 300 francs ; un violon ancien français,\nque l'on attribuait à Lupot et sur lequel on a eu apparemment des doutes, est\nresté à 100 francs ; un autre de Grandgerard n'a pu dépasser 40 francs ; un alto\nancien, 26 francs: un violoncelle Charotte, 130 francs; un archet Toure, 110\nfrancs ; un archet Vieux-Paris, 111 francs.\nC'est xMe Guidon, commissaire priseur, qui a prononcé ces adjudications.\n\nH. R.\n\n— Les chrétiens s'assemblaient autrefois\ndans les catacombes pour célébrer leurs mystères. xMardi, 24 décembre, des musi-\nciens se sont réunis dans les caves de l'Opéra (cinq étages au-dessous de la\nscène) pour installer dans un caveau qui ne sera ouvert que dans cent ans des\ndisques gracieusement offerts par M. Clark, directeur du Gramophone, et où\nsont enregistrées les voix des plus célèbres chanteurs contemporains.\nDans un discours plein d'élégance et d'autorité, M. Adrien Bernheim a montré\nque l'acte généreux de M. Clark réalisait un rêve très précis déjà fait par le\npoète Th Gautier. Voici comment le Temps du 27 décembre rend compte de\ncette curieuse cérémonie, qui marquera une date dans l'histoire de la musique :\n« C'est à M. Clark, directeur de la Compagnie française du Gramophone à\nParis, qu'est due 1 idée,\n\nM. CLARK ET LA MUSIQUE A L'OPÉRA.\n\n«CHANSONS ET CONTES POUR LES ENFANTS», PAROLES DE A. BAUDEUF, DESSINS DE\nHENRIETTE MASSY, MUSIQUE DE AD. RÉMY (I vol., 6 fr., chez Pfister, 30, boulev.\nHaussmann).\nA.\n— Il faut louer et remercier ceux qui font de la musique jolie et\nfacile pour les enfants. Avec ses illustrations amusantes, ses paroles bienappro-\npriées au jeune âge et ses mélodies gaies, — les Petits Chais, le Petit Ane, Madame\nla Pie, Finoreille et Lovgmuseau, la Meunière du beau moulin, le Crapaud et la\nGrenouille, etc., 15 pièces en tout— ce livre plaira certainement aux petits mu-\nsiciens de 8 à 13 ans. Il constitue un charmant et utile livre d'étrennes."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.27", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\n« Artiste distingué autant que lettré délicat, M. Clark avait plus d'une fois re-\ngretté qu'aux époques précédentes on n'eût pas noté et retenu d'une façon précise\nde quelle manière Molière récitait ses comédies, comment Mozart exécutait une\nde ses sonates.\n« Restait à trouver les moyens.\n« On avait bien, il y a quelques années, réussi à capter mécaniquement la voix\nhumaine, à l'enregistrer ; plus tard, on était arrivé à la reproduire et à la trans-\nmettre. Mais un déplorable nasillement altérait le timbre, les inflexions, les\nnuances de la voix reproduite. C'est que l'on n'avait, pour reproduire l'enregis-\ntrement, qu'un saphir, qui par sa forme et sa Composition altérait toute repro-\nduction.\n« L'inventeur du gramophone pensa à remplacer ce saphir par une aiguille\nd'acier. En lui donnant une trempe et une forme spéciales, il permit à cette\naiguille de vibrer de la façon la plus délicate et obtint ainsi le timbre qui définit\nchaque voix. Le gramophone créé, on pouvait s'adresser aux plus célèbres chan-\nteurs, compositeurs ou maîtres de musique, sans crainte de défigurer, en les\nreproduisant, leurs interprétations ou leurs œuvres.\n« M. Clark put alors mettre en pratique son idée. Ces jours derniers, il faisait\npart de son projet à MM. Briand et Dujardin-Beaumetz, qui en accueillaient la\nréalisation avec empressement : l'intérêt artistique était, en effet, de tout premier\nordre, et Ton savait que M. Clark n'avait voulu faire qu'oeuvre d'artiste exclu-\nsivement.\n« On a lu les détails de la cérémonie. M. Clark en prit, en Mécène délicat,\ntous les frais à sa charge.\n« Nous avions, dans notre compte rendu, parlé « d'une société de gramo-\nphones ». Il avait là une erreur. Le mot « gramophone » n'est point une dé-\nnomination générique, mais la marque dûment déposée, et la propriété exclusive\ndes appareils et disques fabriqués et vendus par la Compagnie française du Gra-\nmophone, 15, rue Bleue, à Paris ».\nCHEZ M. Louis MORS : « L'UNION INSTRUMENTALE ». Qui fera ledénombre-\nment complet de toutes les ressources musicales de Paris ? Les professionnels\nne sont pas les seuls qui travaillent. Ainsi M. Victor Charpentier dirige un\norchestre d'amateurs où il n'y a pas moins de 70 premiers ou seconds violons\n(avec un prince comme premier violoncelliste). Et je n'entreprendrai pas de\ndresser une liste complète cles compagnies de ce genre !\nLe 21, dans le délicieux théâtre privé de M. Louis Mors, ïUnion instrumen-\ntale, composée de 50 instrumentistes et dirigée par M. Tauron, nous adonné un\nconcert de sérieuse valeur. Dans la partie ancienne du programme : l'ouverture\nde Yldoménèe de Mozart (1781) ; des fragments du 3e acte d'Hippolyte et Ancie de\nRameau(i733), une sonate pour viole d'amour et clavecin d'Ariosti (compositeur\nde Bologne qui a publié en 1728 de curieuses études pour viola d'amore), une\nBerceuse de Mozart, le quatuor de Vlrato (1801) de Méhul, et la marche triom-\nphale de Tarpeïa (Beethoven). La partie moderne était représentée par les noms\nde Léo Delibes, R. Wagner, Van Vœfelghem, Nibandre, Massenet, Brahms.\nDes solistes de choix faisaient les intermèdes. Les excellents musiciens de\nVUnion instrumentale (dont le secrétaire général est M. Blanchet, 2, place du\nThéâtre-Français) seraient les premiers à protester si je disais que leur jeu est"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.28", "texte": "PUBLICATIONS ET OEUVRES RÉCENTES\n\nparfait. Il est remarquable et très honorable. Ce qui leur manque encore soit\npour l'expression mélodique, soit pour le rythme c'est un peu de ce diable au\ncorps qui, en matière d'art, est indispensable. Mais je suis pleinement rassuré :\npourquoi une société privée est-elle fondée, sinon pour les joies du travail ?\n\nC.\n\nCONCERT DE MUSIQUE A LA SCHOLA CANTORUM.\nP.-M. M.\n— M. Louis Revel, violoncelliste\ndes Concerts Colonne, professeur à la Schola Cantorum, nous a donné, le 18 dé-\ncembre, un très intéressant concert de musique ancienne. Nous avons entendu\ndeux curieuses sonates de Vivaldi (Ve audition), où l'expression assez profonde des\nlargos contraste avec la joie purement physique des allégros, une sonate d'un\nauteur inconnu du xvme siècle audition) et une suite délicate de John\nLœillet (1730J. L'harmonisation en est due à M. L. Ecorcheville, qui a joint au\nprogramme une très substantielle notice sur l'histoire du violoncelle. Le jeu de\nM. Louis Revel a une expression sobre et nette qui dénote une rare finesse de\ncompréhension.\nLe concert était complété par des pièces pour piano de Byrd et Scarlatti, jouées\nparMme Gaston Revel, et par divers morceaux de Bach où j'ai surtout admiré la\nvoix généreuse de Mllc Eléonore Blanc.\n\nMATINÉES DANBÉ (5e matinée, 18 décembre).\nP.-M. M.\n— Du Schumann, du Tschaï-\nkowsky, du Mendelssohn, le tout bien exécuté par le Quatuor Soudant, qui\njoue les airs lents et expressifs d une façon vraiment très distinguée. Du Haydn,\ndu Fauré, — mais aussi du G. de Saint-Quentin, délicieusement chanté par\nMlle Marthe Doerken. Et, entre temps, le jeu intelligent de Mnie Juliette\nToutain-Grun dans des pièces de Grieg et de Liszt. Mais pourquoi jouer des\nfragments de quatuor ou de sonate et non pas les œuvres entières ? Serait-ce que\nles Matinées Danbé s'adresseraient à un public spécial et vite fatigué ?\n\nLE TRIO DURANTON-MESNIER-SCHIDENHELM.\nP.-M. M.\n— Il a donné son second concert\nle 16 décembre, avec trois belles œuvres : le Trio à /'Archiduc de Beethoven, le\nTrio en mi majeur de Mozart et le Trio en la, op. 26 de Lalo. Remarquons en\npassant combien il est regrettable que la musique de chambre de Lalo ne soit pas\nplus connue du public et qu'on n'ait pas encore donné sa juste place à un maître\nqui est une des gloires de notre école française. Il faut être reconnaissant au\ntrio Duranton-Mesnier-Schidenhelm d'avoir associé ce nom à ceux de Mozart\net de Beethoven.\nS'il faut en croire le programme, « il serait superflu » de faire un long éloge\nde M1Ie Berthe Duranton, la pianiste du trio. Je m'empresse donc de m'en\ndispenser. M. Fernand Mesnier a une qualité rare chez les violonistes : il\nest chef de bataillon du génie, ou plutôt il l'était hier encore. Mais c'est de plus\nun véritable artiste, qui semble même avoir encore plus de délicatesse que de\nvigueur et de virtuosité, ce qui est extrêmement méritoire chez un militaire.\nJe n'ai jamais vu un commandant jouer aussi bien du violon. S'il continue\nà se perfectionner encore un peu dans la technique, on ne pourra que le\nféliciter d'avoir choisi cettte nouvelle façon de servir le génie. M. René\nSchidenhelm complète avec une grande conscience artistique ce trio, qui se pro-\nduit cette année pour la première fois en public et qui, dans l'ensemble, a fait\nbonne figure."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.29", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nS.\nParmi les concerts les plus intéressants de la quinzaine, nous citerons à la\nsalle Pleyel celui de M. Georges Caries, jeune violoniste d'avenir, qui a inter-\nprété le concerto en sol mineur de Max Bruch, le 2econcerto de Wieniawski,\nla romance en fa de Beethoven et Varia de Bach.\nMême salle, M. F. Matignon (ier prix de violon de 1906, classe de M. Ed.\nNadaud) a composé un programme intéressant avec le 21e quatuor à cordes\nde Mozart, la sonate en ut mineur de Grieg, la sérénade de Beethoven (avec\nMM. Lefranc et Doucet), le quatuor piano et cordes de Brahms (M. Batalla au\npiano).\nM. F. Matignon, que nous avions déjà entendu l'an dernier, a acquis encore\nplus d'autorité et de style ; il s'est affirmé excellent violoniste et, ce qui vaut\nmieux, excellent musicien\n\nCorrespondance.\n\nJe reçois la lettre suivante :\nAsnières, 16 décembre 1907.\nMonsieur le Directeur de la Revue musicale,\nVous qui témoignez tant d intérêt aux musiciens et qui avez déjà pris leur\ndéfense dans différentes circonstances, serez-vous indifférent à l'injuste situation\nque je viens vous signaler ? Il s'agirait de faire abroger un article du cahier des\ncharges de l'Opéra et de l'Opéra-Comique qui nous porte à nous, jeunes compo-\nsiteurs, le plus grave préjudice. L'article auquel je fais allusion dit qu'un\nouvrage joué en province n est pas compté comme œuvre nouvelle à Paris. Le\nrésultat d'un pareil article est d'empêcher qu'une pièce jouée avec succès sur\nune scène de province puisse forcer les portes de l'Opéra ou de l'Opéra-Comique.\nTel est mon cas pour mon drame musical l'Anniversaire, qui fut représenté\nl'an passé, comme vous le savez, au Grand-Théâtre de Bordeaux et dont le succès\nfut unanimement constaté par la presse locale et parisienne. Actuellement mon\ndrame va y être repris et sera donné cet hiver au théâtre des Arts, à Rouen,\nau Capitole de Toulouse et au théâtre municipal de Grenoble.\nJ'espérais, après cet heureux succès, le faire jouer à Paris. Or voici la lettre\nque j'ai reçue de l'un des directeurs de nos théâtres subventionnés en réponse à\nune demande d'audition pour mon drame :\nMonsieur,\nMon cahier des charges me fait un devoir de ne représenter que des œuvres\ninédites. L'Anniversaire, dont jy ai su le succès à Bordeaux, ne saurait entrer\nen ligne de compte dans le total, asse\\ élevé déjà, des actes que je suis tenu\nde représenter.\nDans ces conditions, je ne voudrais pas perdre inutilement votre temps.\nAgrée\\, etc.\nNe pourrait-on pas supprimer ou tout au moins réformer cette clausedu cahier"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.30", "texte": "ACTES OFFICIELS ET INFORMATIONS\n\ndes charges ? Par exemple, ne pourrait-on pas remplacer cet article par un autre\nqui donnerait à nos directeurs subventionnés la faculté de pouvoir jouer tout\nouvrage français représenté en province dont le succès aurait été légitimement\nconstaté dans une ville importante ?\nCette disposition nouvelle serait d'abord équitable : elle soumettrait les essais\nmusicaux à une sorte de sélection, en signalant à l'attention du public parisien\nceux d'entre eux qui ont déjà fait leurs preuves en province. De plus, une telle\ndisposition serait un encouragement précieux aux jeunes compositeurs qui man-\nquent vraiment trop de débouchés ; elle pourrait même mettre à l'aise certains\ndirecteurs qui sont certainement limités par la clause actuelle.\nDans l'espoir que voudrez bien me seconder dans cette tâche si juste et qui\nintéresse tous mes confrères, agréez, etc.\n\nADALBERT MERCIER.\n\nJ. C.\nJe n'ai pas sous les yeux lecahier des charges de l'Opéra etde l'Opéra-Comique.\nMon correspondant se trompe s'il croit qu'un théâtre de Paris ne peut pas monter\nune pièce déjà jouée en province. Mais là ne paraît pas être 1 objet de ses\ndoléances. Il est difficile de croire que l'Opéra Comique ne puisse monter,\ncomme pièce « nouvelle », un ouvrage ayant eu du succès à Lyon ou à Bor-\ndeaux. Est « nouveau » tout ce que fait M. Albert Carré. La réclamation de\nM. Adalbert Mercier me paraît fondée et mérite un sérieux examen. Elle sera,\nj'en suis sûr, examinée avec bienveillance par M. d'Estournelles de Constant,\nchef du bureau des Théâtres au sous-secrétariat des Beaux-Arts. Est-il possible\nqu'un succès en province devienne un motif d'échec, ou un obstacle, à Paris ?\n\nActes Officiels et Informations.\n\n— On lit dans Comœdia :\n(Par dépêche de notre correspondant.) — Il est vraiment surprenant que les\nmaîtres semblent abandonner le ballet, action mimée indépendante, dont on ne\npeut mettre en doute la beauté artistique et qui se rattache aux plus anciennes\ntraditions delà danse. C'est justement ce que disait M. Julien Torchet dans un\nde ses derniers comptes rendus très appréciés par les lecteurs de Comœdia.\nMais M. Giacomo Orefice — dont on vientde représenter, hier soir, le nouveau\nballet la Soubrette — n'est pas de ceux qui dédaignent le petit genre joli, bien\nqu'il soit auteur de plusieurs drames lyriques applaudis en Italie et à l'étranger :\nChopin, Cecilia, Mosé, Il Gladiatore, Consuelo.\nLe ballet de la Soubrette a obtenu, l'année passée, le prix de quatre mille francs\noffert par M. Deutsch de la Meurthe. Et c'est celui que la direction de la Scala\nvient de choisir pour son importante saison 1907-08.\nM. Achille Tedeschi, auteur du livret, est le critique théâtral de Ylllustrazione\nitaliana et le directeur de la revue II Secolo XX. Il a placé l'action à Paris, à\nl'époque des danseuses célèbres : Noblet, Taglioni, Essler, Cerito, etc. (1840), et\ns'est inspiré des chefs-d'œuvre de la sculpture et de la peinture.\nNichette est la soubrette de Flora, première danseuse de l'Opéra. Elle voudrait\nque sa maîtresse lui apprît la danse, mais Flora s'y refuse et la gronde, puis\n\n«LA SOUBRETTE» A LA SCALA DE MILAN."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.31", "texte": "ACTES OFFICIELS ET INFORMATIONS\n\ns'en va au théâtre. La soubrette, qui est presque au désespoir, voit tour à tour\nles statues et les figures des tableaux qui sont dans la maison descendre de leurs\nsocles et de leurs cadres pour lui apprendre les danses de tous les siècles Nous\nassistons ainsi à de jolies leçons rétrospectives. On commence par la Danseuse\ngrecque, statue célèbre de l'antiquité, qui s'anime tout à coup, vient danser de-\nvant Nichette, et puis rentre dans son immobilité de marbre. Après, ce sont les\nfigures du tableau : la Danse des petits amours, de l'ltalien Albani, qui sortent de\nleur cadre, et surtout le petit génie de la danse. Même jeu avec les Plaisirs de\nla danse de Watteau, et avec quatre danseuses peintes sur un paravent qui s'a-\nniment pour apprendre à Nichette les pas italien, tyrolien, espagnol et des\nbayadères.\nLorsque la maîtresse rentre à la maison, suivie de ses admirateurs, et refuse\nde répéter devant eux le pas qu'on a tant applaudi au théâtre, la soubrette,qui est\nà peine sortie de son rêve, s'empare du costume de Flora, le revêt àla hâte et va\ndanser devant l'assistance émerveillée. Sa maîtresse voudrait la gronder, mais\nles invités s'y opposent et le ballet prend fin avec un beau tableau d'ensemble,\nqui est du Gavarni pur dans les costumes de Caramba.\nLa musique de M. Giacomo Orefice est légère, avec un coloris instrumental\ntrès délicat et des rythmes simples, de bon goût, surtout dans les derniers ta-\nbleaux, style Watteau et Gavarni.\nLes deux premières danseuses, Mlle Giuseppina Miazzi et Mlle Aida Boni, ont\nété chaleureusement applaudies.\n\nRENZO SACCHETTI.\n\nNANCY. Au dernier Concert de Nancy, le dernier oratorio de M. Gabrie\nPierné, les Enfants à Bethléem, a été supérieurement exécuté par 200 enfants, et\na obtenu un vif succès. La première partie de l'ouvrage est sensiblement supé-\nrieure à la seconde. L'ensemble n'est pas exempt d une certaine monotonie.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 16 novembre 1907 au 15 décembre 1907.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n16 novembre\nLohengrin.\nR. Wagner.\n15.371 )>\n18 —\nAriane.\nMassenet.\n15.408 41\n20 —\nTannhàuser.\nR. Wagner.\n17.972 76\n11 —\nSalammbô.\nE. Reyer.\n17.347 34\n23 —\nFaust.\nGounod.\n16.246 y>\n25 —\nSamson et Dalila. — Le Lac\nSaint-Saëns H. Ma-\ndes Aulnes.\nréchal.\n15.597 41\n27 —\nAriane.\nMassenet.\n14.556 76\nL9 —\nFaust.\nGounod.\ni8.556 41\n3o —\nSigurd.\nE. Reyer.\n13.985 »\n2 décembre\nSamson et Dalila. — Le Lac\nSaint-Saëns. H. Ma-\ndes Aulnes.\nréchal.\n17.794 41\n4 —\nTristan et Isolde.\nR. Wagner.\n18.281 76\n6 -\nFaust.\nGounod.\n16.888 34\n7 —\nLa Val kyrie.\nR. Wagner.\n14.516 5o\n9 —\nAriane.\nMassenet.\n13.418 41\n11 —\nTristan et Isolde.\nR. Wagner.\n1 5.507 76\n13 —\nSamson et Dalila. — Le Lac\nSaint-Saëns. H. Ma-\ndes Aulnes.\nréchal.\n17.160 41\n[4 —\nFaust.\nGounod.\n14.458 5o\n15 —\nProméthée.\nG. Fauré.\n16.047 5o"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080101-01.1.32", "texte": "s\nACTES OFFICIELS ET INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nII. - Opéra-Comique.\nReceltes détaillées du 16 novembre 1907 au 15 décembre 1907.\n\nMONTE-CARLO.\nE. D.\n— A côté des chefs-d'œuvre du répertoire symphonique, dont\nl'exécution parfaite continue à faire l'admiration des auditeurs, M. Léon Jehin\nvient de faire entendre, avec le plus vif succès, deux œuvres fort remarquables :\nles Variations symphoniquesde M. Edward Edgar, d'une rare ingéniosité de\ndéveloppements et d une facture savante, — et Salomé, poème symphonique\nde M. H. Hadley, page magistrale, d'un grand souffle et d'un extraordinaire\nchatoiement orchestral.\nL abondance des matièi es nous oblige a renvoyer an prochain numéro un\ncertain nombre d'articles ainsi que le Supplément musical.\n\n\\\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n16 novembre\nLe Chemine au.\nX. Leroux.\n9.682\n5o\n'7\n— mat.\nManon.\nMassenet.\n8.846 5o\n[7\n— soirée\nMireille.\nGounod.\n6.011\n5o\niS\n—\nMignon.\nA. Thomas.\n4.601\n5o\nl9\n—\nLe Chemine au.\nX. Leroux.\n9.190\n5o\n20\n—\nA/nie Butterfly.\nLakmé. — Les Noces de Je\nnette.\nPuccini.\n7-721\n5o\n2 I\n— matin.\nan-\nL. Delibes. V. Massé.\n5.936\n»\n2 I\n— soirée\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\nq.583\n5o\n22\n—\nWerther.\nMassenet.\n9.298 5o\n23\n—\nFortunio.\nMessager.\n9.206\n33\n24\n— matin.\nLes Noces de Jeannette. —\nLa\nV. Massé. Puccini.\n6.732\n5o\nVie de Bohème.\n24\n— soirée\nCarmen.\nBizet.\n7.395\n5o\n2 5\n—\nLe Chalet. — Le Barbier\nSéville.\nde\nAdam. Rossini.\n4.623\n»\n26\n—\nM me Butterfly.\nPuccini.\n7.408\n»\n27\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n8.717\n5o\n28\n— matin.\nManon.\nMassenet.\n6.356\n»\n28\n— soirée\nFortunio.\nMessager.\n8.18 5\n5o\n29\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n8.6o5\n»\n3o\n—\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n9-747\n»\nier\ndéc. mat.\nLe Chemineau.\nX. Leroux\n8.865\n5o\nie1'\n— soirée\nWerther. — La Princesse Jaune.\nMassenet. St-Saëns.\n7.266\n5o\n2\n—\nLakmé.\nL. Delibes.\n4.618\n»\n3\n—\nCarmen.\nBizet.\n9-233\n5o\n4\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n7.026\n»\n5\n— matin.\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n3.837\n8.261\n»\n5\n— soirée\nFortunio.\nMessager.\nn\n6\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n6.872\n9.760\n5û\n7\n—\nWerther.\nMassenet.\n83\n8\n— matin.\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n8.288\n5o\n8\n— soirée\nManon.\nMassenet.\n7.337\n4.605\n5°\n9\n—\nMireille.\nGounod.\n5o\n10\n—\nFortunio.\nMessager.\n6.244\n»\n11\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n6.371\n5.238\n5o\n12\n— matin.\nCarmen.\nBizet.\n»\n12\n— soirée\nMme. Butterfly.\nPuccini.\n9.012\n»\n! 3\n—\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n6.670\n9.610\n5o\n'4\n—\nWerther.\nMassenet.\n5o\ni5\n— matin.\nManon.\nMassenet.\n•y\n7.804.\n5o\n15\n— soirée\nLakmé. — Cavalleria Rusticana.\nL. Delibes. Mascagni.\n7.198 5o"}]}