{"numero_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_sha256": "2a998fa9dda3ac4fb192344e2ec741f27edc7234485975cb5a08ac4dc4156d6c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1908/02/15_01/bmtnabj_1908-02-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1908/02/15_01/bmtnabj_1908-02-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "97", "page_fin": "108", "image_debut": 1, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1", "titre_corps": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES", "titre_sommaire": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "97", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.1", "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\n(l).\n— Une dernière impression des très belles séances où\nMme Riss-Arbeau a exécuté par cœur (salle Pleyelj toutes les œuvres de\nChopin. Je me rappelle que, dans mon enfance (il y a une trentaine d'années !)\nle nom de Chopin était prononcé comme une sorte de nom cabalistique. Cho-\npin, c'était le compositeur rare, sélect, en dehors de ceux dont les œuvres sont\naccessibles aux intelligences et aux talents moyens ; le premier venu ne pouvait\npas comprendre toute la poésie de Chopin ; il fallait être initié. Chopin était\nréservé aux connaisseurs et aux grands virtuoses. Dire qu on jouait du Chopin,\nsurtout en suivant la « tradition », c'était se décerner une sorte de brevet de dis-\ntinction, et se classer à part, bien au-dessus du vulgaire.\nAujourd'hui, je trouve que cettemusique (sauf une dizaine d'œuvres peut-être\nsur quatre-vingts environ) a singulièrement vieilli, — beaucoup plus vieilli que\ncelle de Beethoven (qui elle-même, çà et là, ne laisse pas d'avoir des rides). Oui,\npour être sincère avec moi-même, je suis obligé de dire que plusieurs de ces\nprouesses pianistiques, jugées autrefois de qualité si brillamment originales et\nromantiques, me paraissent franchement communes, précisément dépourvues\nde distinction :\n\n(i) Un retard delà Poste dans la transmission d'une épreuve, nous oblige à renvoyer au pro-\nchain numéro la suite du Cours professé au Collège de France par le Directeur de la Revue\nmusicale, M. sur l'« Histoire du théâtre lyrique D.\n\nLES VALSES DE CHOPIN."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.2", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "En y réfléchissant, et même sans y réfléchir, que pensez-vous de ce début } A\nla première mesure, il me semble ouïr un piston de fanfare municipale atta-\nquant un pas redoublé très « entraînant ». La franchise d'attaque est, certes une\nbonne chose, mais pas avec cette répétition de notes. Ce taratata de buccin a\npistons a vraiment quelque chose de plat et de cynique ! A la deuxième mesure,\nl'accord arpégé de neuvième ne me dit rien ; ce n'est que paraphe d écriture,\ntrait d'emphase quelconque, remplissage de style qui bedonne. A la troisième\nmesure, entendez-vous d'abord un vigoureux coup de grosse caisse sur ce mi t> de\nla basse (qui répète assez fâcheusement celui de l'octave supérieure) ? et, aus-\nsitôt après, entendez-vous les coups de cimbales qui accompagnent chacun des\naccords de ce dessin chromatique ascendant :\nC'est concours agricole, distribution des prix de collège devant M. le maire\nen écharpe et M. Homais décoré des palmes académiques, surtout avec\nla progression :\nComme cette reprise de dessin est puérile ! Nous avons l'air d'avancer, et\nnous paradons sur place. Et puis, comme tout cela est équilibré, symétrique,\nsolidement établi dans des façons de faire qui paraissent indiscrètes à un goût\ndélicat ! Chez ce compositeur « nerveux et enfiévré », quelle carrure et quelle\nsanté ! quelles couleurs rubicondes et quel geste gaillard de villageois en go-\nguette ! Non, tout cela ne vient pas de l'âme ; je ne sens pas, comme dit Schu-\nmann, 1' « intériorité ». C'est du fracas, de la bouffissure, de la poudre aux yeux,\nde l'expansion facile, du n'importe quoi de premier jet, tout ce qu'on voudra\nd'extérieur et de gros qui tire l'oeil et l'oreille, sauf le langage secret du coeur\nou le rêve de musicien-poète qui se fait mélodie et rythme. Décidément, cet\nappel de début\nest agaçant, parce qu'effronté. Je ne l'aime\nplus. La musique et la danse ont des ailes ; ici, elles se contentent d'emboucher\nune trompette pour faire le rassemblement et se mettre en place marchande. La\nsuite de la composition ne vaut pas mieux. Nous avons, comme fin d'introduc-\ntion, une phrase creuse, dépourvue de sens, et qui n'est qu'une escalade suivie\nd une dégringolade, à grandes enjambées, avec un sonore arpège au milieu?\npour bien souligner la virtuosité de l'exercice et avertir la galerie:"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.3", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "et, tout de suite, nous arrivons à la valse ronronnante et authentique, à la valse\nqui s'étale en romance, à la valse qui se pâme dans le dolce sentimental d'un duo\ntrès convaincu. Cette succession régulière de sixtes me fait songer aux couples\nprovençaux où chaque danseur est collé d'aussi près que possible à sa danseuse,\net la conduit, amoroso, avec une gravité comique, en balançant sa « dame » :\nAh ! cette mélodie n'est pas distinguée ! C'est un spécimen de fausse poésie\nmusicale. Elle est franchement commune. Elle a le chapeau sur l'oreille. Le\ngrupetto et la petite note des deux dernières mesures sont déplorables. Où est\nné Chopin ? est-ce en Pologne ou à Marseille ? Etait il plu tôt de Toulouse même ?..\nPauvre Chopin, devant qui s'est pâmée toute une génération I Comme nous\nsommes loin de lui I L'expérience nous a rendus difficiles, et nos exigences ne\nme paraissent pas illégitimes. Vous me direz que les œuvres aujourd'hui admi-\nrées auront, dans une trentaine d'années, le même sort que celles de Chopin ;\nqu'on les tournera probablement en ridicule; que tout est éphémère et chan-\ngeant... Oui, j'entends bien, il y a une part de vérité dans cette opinion. Le\n<( Beau » n'est pas, comme dogmatisent les platoniciens, une chose immuable\ndont on pourrait dire, en parodiant un vers de Lamartine :\nSur des mondes détruits il rayonne immobile.\nJ ajouterai même que cette quasi certitude où nous sommes de n'aimer que des\nidoles destinées à déchoir bientôt n'est nullement une raison de montrer moins\nd enthousiasme pour le chef-d'œuvre qui passe devant nous. Plus je sais fragile\net provisoire l'objet de mon admiration ou de mon amour, plus je m'attache à\nlui avec passion. L'assurance d'une pérennité à l'abri des fluctuations de la\nvie me refroidirait plutôt. Je suis homme, et il ne me déplaît pas de changer de\ngoût. Mais tout n'est pas changeant ; en musique comme ailleurs, tout n'est pas\nsoumis à la loi du paraître et disparaître. Le philosophe antique disait : « Nous\nne nous baignons jamais dans les mêmes eaux du fleuve. » Il se trompait ; je"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.4", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "me baigne toujours avec délices dans le flot rafraîchissant de certaines œuvres\nde Bach, de Mozart, de Beethoven, de Bizet. Nous distinguons assez facilement\nce qui vieillit et ce qui n'a pas vieilli.\nChopin a vieilli, cela est incontestable. Si je poursuivais 1 analyse de cette\nvalse célèbre, je n'aurais pas de peine à montrer beaucoup de faiblesses -, et,\npour les autres, il en serait de même :\nN'insistez pas, je vous prie !... Quant à la valse lente, je sais des musiciens qui,\nen l'entendant, éprouvent l'irrésistible besoin de prendre dans leur droite le bout\nde leur redingote et défaire le geste spécial àla mouture des grains de café .\nCe qu'il y a de fâcheux dans la musique de Chopin (et particulièrement dans le\nrecueil des 43 mazurkas, dont plusieurs sont fort belles), c'est, avec un certain\ngoût du poncif, l'abus des papillotes et des mouches, des fausses gentillesses\npianistiques et des notes inutiles. Il fait un terrible abus des effets de man-\nchette :\nCe « passage », comme on disait autrefois, est encore un des moins périmés\nDans Schumann - bien qu on 1 ait accusé d être trop exclusivement pianiste\nvous ne trouverez rien de semblable. Mais je m arrête ; c est déjà trop d avoir\nosé exprimer de telles réserves, à propos des admirables séances de M Riss\nArbeau, sur ce cher et douloureux Chopin\n\nJ. C.\n\n— Jamais\nle Faust de Gounod ne fut mieux représenté à l'Opéra de Paris. C'est un spec-\ntacle très brillant, très soigné, et charmant. J'ai remarqué avec plaisir que les\nfâcheuses lampes de l'électricien n'étaient plus visibles des fauteuils d'orchestre et\navaient été reléguées derrière le premier châssis de la scène, assez profondé-\nment dissimulées dans les coulisses pour ne pas gêner l'illusion. Je n'ai plus\nqu'à souhaiter une modification de l'éclairage dans l'acte du jardin. Lorsque\nMéphistophélès dit à Faust d'écouter ce que Marguerite « va raconter aux\nétoiles », il est certain qu'il faudrait là une lumière appropriée, un clair de lune,\ndes ombres bleues, un beau ciel étoilé, en un mot un nocturne. Nous ne l'avons\npas. C'est dommage. Mais, dans son ensemble, l'exécution est très artistique\net l'œuvre reste infiniment séduisante. La note en voix de tête que doit donner\n\nLE ROLEDE MARGUERITE (« FAUST» DE GOUNOD)F,TM^KOUSNIETZOFK"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.5", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3701, "texte": "M. Muratore sur la phrase ou se devine la présence... est, au point de vue musi-\ncal, la seule banalité qui choque vraiment le goût. Cette note est cynique !...\nUn des attraits de la représentation, où l'on peut admirer la voix splendide\nde Gresse, la jeunesse élégante de Muratore, la grâce ailée de Zambelli, c'est\nl'interprétation du rôle de Marguerite par Mme Kousnietzoff. La voix est d'abord\nd une pureté rare, très puissante dans le registre élevé. Le meilleur éloge que\nj'en puisse faire est de dire qu'elle m'a rappelé Aïno Akté et la grande Litvinne.\n(Remarquez que la plupart de nos meilleures cantatrices sont étrangères.) Le jeu\nest extrêmement intéressant. Ce rôle de Marguerite était jusqu'ici conçu de\nfaçon conventionnelle : on le figeait un peu dans un idéal d'innocence angéli-\nque, tout d'ingénuité inconsciente et de blancheur assez froide. Mme Kousnietzoff\nle rend vivant, le rapproche le plus possible de la vie réelle. Elle nous montre\nune Marguerite qui, avant la faute, est très enjouée. Elle dit l'air des bijoux\navec un mouvement et des attitudes qui le rapprochent heureusement de la\ncomédie de genre. Elle a mille trouvailles qui sont des traits de caractère, des\ndétails bien observés. (Ainsi, dans la scène du jardin, le geste de montrer le\ntablier brodé qu'elle porte en suggérant qu'elle a fait elle-même la broderie.)\nAprès la mort de Valentin, ceci est de grand effet tragique, lorsqu'elle est\nmaudite, elle a, après une mimique très expressive, un rire qui, en indiquant la\nfolie, rattache la première partie du drame à la seconde. Quand elle court chez\nelle, on devine qu'elle va étrangler son entant. Tout cela est très étudié, très\nneuf au point de vue théâtre, et mérite les plus grands éloges.\nLe public vient en foule. Samedi dernier, il n'avait pas laissé libre un seul\nstrapontin. Et comme il est amusant d'entendre ses réflexions ! cette pauvre\nMarguerite ! Pourquoi tant l'accabler ? Eh quoi ! Elle est damnée parce que,\nseule et orpheline, elle a aimé un jeune homme très distingué ? C'est une\nmorale un peu spéciale ; aujourd'hui, on serait plus indulgent !...\n\nJ. C.\n\n— Nous sommes au\nthéâtre Sarah-Bernhard, un de ces samedis (5 h. du soir) où la Société d'histoire\ndu théâtre, dirigée par MM. J. d'Estournelles de Constant et P. Ginisty, reçoit\nhebdomadairement. La salle est comble. On vient de frapper les trois coups ; le\nrideau s'est levé lentement. Apparaît M. Bourgault-Ducoudray : il salue très\nm\ncorrectement, et va prendre place derrière une petite table de conférencier. Une\npause. Un geste est esquissé, et l'on s'apprête à boire les paroles du célèbre com-\npositeur : mais non ; vous vous trompez : le conférencier a pris la carafe et verse un\npeu d eau dans son verre, lentement, comme s'il préparait une expérience de\nphysique sur les vases communicants. Nouvelle pause. Un second geste succède\nau premier : c'est pour prendre délicatement un morceau de sucre et l'immerger\ndans le verre d'eau. Ici, une nouvelle pause et encore un silence. Un troisième\ngeste amorce l'attention : après avoir cherché son mouchoir, le conférencier le\ndéploie, et se mouche avec sérénité. Un murmure de sympathie court dans le\npublic ETTcucpr^uLTjcrav \"Axato0- Quelques personnes se demandent vaguementsielles\nne seraient pas en présence d'un parolier timide, embarrassé pour trouver son\ndébut... Vous vous trompez encore.\nVoici que Bourgault-Ducoudray se lève ; bravement, il vient se camper devant\nle trou du souffleur. Et là, debout tout le temps, sans notes écrites, sans auxiliaire\nd'aucune sorte (plus fort en cela qu'Eugène Lintilhac, lequel s'appuie sur le dos-\n\nLE CHEVALIER GLUCK ET M. BOURGAULT-DUCOUDRAY."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.6", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3874, "texte": "sier d une chaise), 1 éminent compositeur se livre tout entier au public, avec une\nadmirable netteté de parole. On se sent tout de suite en présence de quelqu'un.\nPascal disait, après avoir lu un écrivain dont le style était naturel : « J'ai été\nétonné et ravi : je m'attendais à trouver un auteur, et j'ai trouvé un homme. »\nCeux qui ne connaissaient pas Bourgault-Ducoudray (s il y en a à Paris !)\npeuvent en dire autant. Ce n'est pas seulement un compositeur qui dit avec une\nautorité exceptionnelle tout ce qui est technique: c'est un convaincu, un homme\nde foi qui se donne sincèrement, je dirai même ingénument. Bien qu'il ait une\nrare élégance de parole, vous chercheriez vainement dans tout ce qu'il dit une\nde ces pointes, un de ces traits de finesse affectée, une de ces formules à effet\nqui représentent le côté pitoyable du métier de conférencier. Chez lui, tout vient\ndu sentiment musical, je veux dire du cœur. Il a trop le sentiment de son sujet,\net il le respecte trop pour ne pas s'effacer derrière lui : il le met seul en lumière.\nSa conférence est une esquisse magistrale, négligeant volontairement les\nmenus faits historiques, mais indiquant l'essentiel. On peut la résumer ainsi :\nL'Autrichien Gluck (1714-1787) n'est arrivé qu'à l'âge de 60 ans à réaliser\npleinement son idéal, lequel consistait à concevoir la musique de théâtre non\ncomme un pur divertissement de virtuosité, mais comme une œuvre de vérité\nexpressive, appropriée à un livret déterminé. Cette esthétique, dominant aujour-\nd'hui l'art moderne, il en a eu l'idée au contact de l'art dramatique français qui,\ndepuis le xvne siècle, offrait des modèles de cette vérité nécessaire à un art\nd'expression. D'abord Gluck écrit des opéras à la mode italienne (en commen-\nçant par Artaserse, 1741 ): il cède même àla mode du temps en écrivant une\nœuvre comme Pirame et Thisbé (Londres, 1745), qui est un simple pastiche\nd'opéras antérieurs, sans lien avec le sujet traité. Mais, quand il aeu connais-\nsance des opéras de Rameau, dernier représentant de l'école de Lulli, il mûrit\nde nouveaux principes ; il veut que la musique d'une partition soit « comme le\njeu non arbitraire des lumières et des ombres sur le dessin tracé par le libret-\ntiste » ; il lutte courageusement contre la mode après l'avoir subie ; enfin il\ns'installe à Paris, et grâce à la protection de la reine Marie-Antoinette, sa com-\npatriote et son élève, il fait triompher (après Orphée, Vienne 1762], ses immor-\ntels chefs-d œuvre : Iphigénie en Aulide (1774), Armide (1777), îphigénie en\nTauride, Echo et Narcisse (1779). En commentant les illustrations données à\nsa conférence par des artistes tels que Mme Vallandri, Mmeßrohly, MM. Vieuille,\nMouliérat, M. Bourgault-Ducoudray nous a fait remarquer qu'au premier acte\n& Iphigénie en Aulide, Gluck termine un air par un récitatif, ce que l'école ita-\nlienne de la virtuosité n'aurait jamais osé se permettre ; que l'air du sommeil,\ndans Armide, ne conclut pas, etc.\nAujourd hui, on pousse très loin, par souci du document, les études d'histoire\nmusicale. Mais parfois les pièces d'archives font oublier la musique elle-même.\nM. Bourgault-Ducoudray n est pas dans ce cas ; par des applaudissements très\nnourris, le public a montré qu il admirait pleinement ce concours rare de la maî-\ntrise musicale, de 1 érudition et du talent de parole. A l'occasion de cette très belle\nconlérence, nous donnons un peu plus loin des détails inédits que nous devons\nàun des membres les plus distingués de la Société d'histoire du théâtre.\n\nJ. C.\n\n- Enfin\na,J>'&rjlSWH XI 9^H^lU^Sg^^^;Siyt*W^:^^>VJ^fi^g*r^K-^J',î--7& ' . .. • ~\" - •.'- ' , •■- -y • ■ ,--• •;> •- ? .,' ,^':T'\"t.-'. ' ;.-• ' tr». V.-gy5SgE\nvoici une véritable nouveautéque nous offrent les Concerts Lamoureux. J'entends\n\nVARIATIONS ET FUGUE SUR UN THÈME D'ADAM HILLER, DE M. MAX REGER."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.7", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "une œuvre d un homme franchement inconnu en France, comme l'école et la gé-\nnération de musiciens qu'il représente, et qui nous révèle véritablement quelque\nchose. C'est une initiative heureuse et qu'on voudrait plus fréquente.\nInitiative heureuse; et cependant le résultat fut une déception vraiment cruelle.\nNous attendions mieux de M. Max Reger, un des compositeurs les plus en vue,\nmalgré sa jeunesse, de l'Allemagne musicale contemporaine. M. Max Reger,\nprofesseur, je crois bien, au Conservatoire de Leipsig, compte quelque trente-\ncinq ans à peine. Et c'est un homme considérable. Considérable par le nombre\nde ses œuvres qui sont de poids, et qui atteignent à peu près la centaine ; consi-\ndérable par ses principes, qui en font l'adversaire de Richard Strauss et de la\nmusique représentative, et aussi l'antiwagnérien le plus déterminé de là-bas, où\nles musiciens de la jeune école pensent volontiers démontrer par leurs ouvrages\net leurs discours que le maître de Bayreuth était sans génie.\nDonc, ni poème symphonique, ni drame lyrique ou opéra. A la suite de Brahms,\nqui ne pensait pas autrement, faisons de la musique pure ! C'est le domaine par-\nticulier de M. Reger, qui le laboure avec une infatigable constance.\nCes Variations avec fugue, c'est de la musique pure. Mais, si jose dire, c'est\naussi de la musique solide, certes, et faite demain d'ouvrier consciencieux, mais\nde la musique inutile. Prodigieusement inutile, en vérité. Faite sans joie, sans\nfantaisie, sans passion (bien entendu), et qui s'écoute de même.\nQuelle étrange conception, au surplus, que d'écrire onze variations et qui ne\nsont point courtes (on nous en épargna deux), ainsi qu'une fugue copieuse, sur\nune pauvre petite phrase, gentille, mais qui ne méritait pas tant d'honneur,\nempruntée à un vieux compositeur d'opérette mort il y a plus d'un siècle ! Quelle\ndisproportion entre ce qu'on veut faire, car M. Reger voulait écrire une grande\nœuvre, et ce que l'on prend pour base de ce colossal édifice ! Malgré l'autorité\ndes grands classiques et celle de contemporains que j'admire, je n'ai pour le\ngenre de la variation en soi qu'une sympathie médiocre Cependant lorsqu'un\nmaître emploie tout l'effort de son art à présenter sous divers aspects significa-\ntifs un thème dont la valeur expressive considérable permettait ces multiples\nappropriations, je ne trouve rien à objecter à cette forme. Car, à proprement\nparler, ce n'est là que dégager simplement de la mélodie ainsi traitée ce qui s'y\ntrouvait en puissance. C est faire valoir tout ce qu'elle renfermait véritablement\nsans que personne l'y aperçût tout d'abord. Mais dans le cas présent, c'était\nvouloir faire quelque chose de rien. C'est possible, je le sais. Mais il y faut du\ngénie, ou d'éminentes qualités qui s'en approchent de bien près...\nM. Max Reger a totalement échoué. Un ennui morne et pesant s'exhale de\ncette musique. Des neuf variations que nous entendîmes, il n'en est pas une qui\nne ressemble à l'autre, et bien peu, uneou deux peut-être, qui ne soientpas fran-\nchement fastidieuses. Aucun rythme caractéristique ne se dégage ; aucune com-\nbinaison contrapontique qui fasse oublier qu'elle est savante par un peu de grâce\net d'imprévu. Une pâte orchestrale épaisse terriblement indigeste, sans nulle\ndes recherches instrumentales dont nous abusons peut-être, mais qui seraient\nici les bienvenues. Jamais un peu d'air entre les membres de cette polyphonie\ncompacte et sans surprise. Jamais un instant de repos. Jamais un rayon de\nlumière !\nAvec cela, une prétention continue au sublime, à la profondeur. Et c'est là le\nterrible. Les Allemands, depuis un siècle, nous reprochent dédaigneusement de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "ne voir dans la musique qu'un simple divertissement. Us louent volontiers\nquelques-uns du moins notre art, quand il se borne à vouloir plaire un\ninstant par la délicatesse et la distinction qu'ils nous concèdent « Vous savez\ncharmer, disent-ils, et mieux que nous peut-être. Mais vous êtes sans profon-\ndeur. La musique allemande seule est profonde... ».\nEt ce sont les mornes symphonies de Brahms ! Et puis encore, dans leur\npédantesque et inutile faconde, les variations de M. Reger ! Voilà bien de la\nmusique de kapellmeister, de la musique qui croit hausser sa pensée jusqu'au\nniveau de celle des maîtres en se vêtant de leur défroque, comme s'il y avait\ndans les formes classiques une noblesse spécifique et qu'il suffise d'écrire des\nsymphonies et des fugues pour s'affirmer de la lignée de Beethoven et de\nBach !\nJe n'aime pas beaucoup les variations, disais-je tout à l'heure. Mais cepen-\ndant ! Ecoutez celle que M. Dukas écrivit sur un thème de Rameau, et vous ne\nvous sentirez plus le courage de condamner ce genre. Ecoutez encore l'admi-\nrable Istar de M. d lndy, de simples variations renversées en somme, que nous\nentendions au même concert, il y a quelques semaines. Ecoutez et comparez avec\ncelles-ci. Et je choisis à dessein deux musiciens qui ne sont pas précisément\nennemis des traditions, ni adversaires d'une écriture ornée des plus savants\nartifices.\nM. Max Reger, qui assurément n ignore-rien de ce qui peut s'apprendre,\nn'a pas la prétention d être plus savant, comme disent certains dilettanti, que\nMM. Dukas ou d Indy. Il confesserait probablement, s'il avait pratiqué leurs\nœuvres (ce dont je doute fort), que ces deux Français l'emportent singulièrement\ndans l'art de tirer de l'orchestre des sonorités infiniment diverses et séduisantes.\nJe ne doute point, au reste, que ses disciples et admirateurs ne tinssent cet\navantage pour médiocre et bon tout au plus en des ouvrages de pur divertisse-\nments. Car Max Reger, disent-ils, est un maître de la musique pure et rien\nque cela ; c'est un musicien profond.\nLes maîtres de l'école française, à l'heure actuelle, sont-ils ou non profonds ?\nJe ne leur souhaiterais toujours pas de l'être de cette façon !\n\nH. Q.\n\n— La nouvelle classe d'ensemble, dont la direction a été\nconfiée à M. Lucien Capet, s'est fait entendre, le 31 janvier, devant un auditoire\n— nous ne dirons pas un jury, puisqu'il n'y a pas de récompenses décernées,\npas même de notes données aux élèves — composé de quelques professeurs\nchoisis hors de la maison officielle, auxquels le directeur avait joint quelques\néléments non professionnels, et les parents des élèves.\nLe programme de cette réunion était le suivant :\nSonate en ut majeur pour 2 violons et piano J.S.Bach.\nQuatuor en mi pour piano et cordes, op. 16. ... L.V.Beethoven.\n10e sonate, piano et violon, op. 96 L. V. Beethoven.\nQuatuor à cordes n° 13, op. 76 J. Haydn.\n7e sonate, piano et violon, op. 30 L. V. Beethoven.\nier tno en ré mineur Mendelssohn.\nLa classe d'ensemble dirigée par M. Charles Lefebvre et celle de M. Chevil-\nlard seront entendues prochainement.\n\nAU CONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.9", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "Cette répartition entre trois maîtres d'une tâche qui incombait jusqu'ici à un\nseul permet de donner aux élèves une instruction musicale plus complète et plus\nparfaite, en accordant à chacun d'eux plus de temps et de soins. Nous n'avons\ncessé de réclamer au Conservatoire moins de virtuoses, ou de pseudo-virtuoses,\net plus de musiciens d'orchestre. Nous ne pouvons donc qu'applaudir au déve-\nloppement des classes d'ensemble et à l'impulsion que leur donne M. Gabriel\nFauré.\nLa nouvelle classe de M. Capet. est-il besoin de le dire? se distingue déjà\npar des qualités sérieuses de respect de la musique et de sobriété de style qui\nfont bien augurer de l'avenir. Quelques mouvements (notamment dans la sonate\nen sol majeur de Beethoven) ont été trop pressés ; mais il ne suffit pas toujours\nde l'autorité du professeur pour retenir l'ardeur de ces jeunes gens !\n\nA. C.\n\nLA CHANSON DU PRINTEMPS (Ier ACTE DE LA « WALKYRIE » DE R. WAGNER) et\nM. VAN DYCK.\nE. D.\n-—Cette chanson, toute de grâce et de séduction, infiniment\nagréable à l'oreille de tous les publics, est un des faits que Ton peut opposer à\nceux qui prétendent que Wagner a tué la mélodie. Elle est d'une forme si pure\net si heureusement adaptée à la voix qui sait chanter, qu'on se demande même,\navec une certaine inquiétude, si dans quelques années on ne lui reprochera pas\nd'être un peu poncive et vieux jeu. L'évolution musicale est si rapide, si préci-\npitée, si hardie !..\nM. Van Dyck a eu un très gros succès, au concert Colonne (du 2 février), avec\ncette mélodie qu'il a dite— et nous l'en remercions — en français. L'interpré-\ntation qu'il en donne est assez spéciale. M. Burgstaller, artiste allemand, qui, au\nmême concert, l'an dernier, avait été lui aussi très applaudi avec le même mor-\nceau, chantait cet « air du printemps » avec douceur, presque en demi-teinte, en\nne faisant pour ainsi dire pas de nuances, et en donnant à tout l'ensemble le\ncharme d'une sorte de caresse enveloppante. Il paraissait surtout appliqué à\ndégager la poésie de la scène : Siegmund montrant à Sieglinde la campagne\nbaignée par le clair de lune et l'invitant à partir avec lui... M. Van Dyck est\ntout autre : il varie beaucoup l'intensité de sa voix, passe du piano au forte,\ndétaille, accentue certaines syllabes ou certains vers, comme ceux que je sou-\nligne :\nLe jeûne avril vers nous s'avance\nBercé par l'aile des Zéphirs...\nBref, il exprime surtout l'impétuosité de la passion. Cela tient peut-être à deux\ncauses. La voix de M. Van Dyck, avec des qualités de premier ordre, n'est pas\nabsolument homogène : elle est comme la superposition d'une voix de ténor et\nd'une voix de baryton, avec un passage un peu faible et parfois inquiétant. Sou-\nvent on devine chez le chanteur un effort (d'ailleurs très adroit) pour ajuster\nles organes de la voix et trouver une intonation bonne. Et ceci n'est nullement\npour diminuer le célèbre chanteur, qui est un grand artiste. De plus, M. Van\nDyck a beaucoup de mouvement, une animation singulière. Il est extrêmement\nvivant. De là sa manière chaleureuse et variée de dire l'air du printemps. EUe est\ncertainement plus dramatique que celle de M. Burgstaller. A noter encore chez\nM. Van Dyck une parfaite et admirable netteté de prononciation et d'articulation.\nOn lui a fait recommencer sa chanson, et on l'a rappelé quatre fois, ce qui est\nrarissime aux concerts Colonne. —"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3063, "texte": "— A signaler le succès de trois virtuoses aux\nderniers concerts classiques, dirigés par M. Léon Jehin.\nM1 e Clara Sansoni, une pianiste de 13 ans, a fait l'admiration des dilettanti\ndans 1 exécution du Concerto en ré majeur de Bach et du Concerto en ut mi-\nneur de Beethoven, avec une assurance de vétéran et une correction extraor-\ndinaire qui n exclut pas une élégante expression.\nM. llasselmans est un séduisant exécutant qui charme sur ie violoncelle par\nun son velouté, une souplesse d'archet rare et un goût d'un style impeccable. Il\nfut tiès applaudi et rappelé après 1 interprétation du 2e Concerto en ré mineur,\nde Saint-Saëns, de 1 Elégie de G. Fauré et du finale du Concerto de Lalo.\nLe célèbre violoncelliste M. J. Ollman a eu un succès triomphal dans le\nbeau Concerto de Haydn et deux pages délicieuses, Aria et Menuet, de Noël\nDesjoveaux, où il a fait éprouver aux auditeurs une sensation d'art qu'on ne\nsaurait surpasser.\n\nCONCERTS DE MONTE-CARLO.\n\nINAUGURATION DE L'ORGUE DES CONCERTS COLONNE.\nF. M.\n— A la suite d'une conver-\nsation avec M. Arthur Coquard, qui se plaignait avec raison que la France fût\nen retard sur différentes sociétés musicales de l'étranger, M. Mutin, directeur\nde l'ancienne maison Cavaillé-Coll, s'est mis à l'oeuvre : dans l'espace d'un\nmois il a créé, pour les concerts Colonne, un orgue portatif, démontable en\nquelques heures, d'une grande légèreté d'ensemble et d'une force extraordinaire\ndans l intensité du son. L'effet des 8 jeux qui le composent donne l'impression\nd'un instrument de 30 jeux répondant à un orchestre de 150 musiciens. La\nboîte expressive est bâtie en séquoïa creux, garnie de subérine. La fabrication\ndes tuyaux est spéciale. Voici la composition et les caractéristiques de l'instru-\nment :\nUn clavier manuel : 56 notes. —Un pédalier à tirasses : 30 notes. — Entière-\nment expressif.\nBourdon de 16 pieds. — Diapason, 8 p. — Flûte harmonique, 8 p.— Princi-\npal, q p..— Plein-jeu, 7 rangs. — Tuba magna, 16 pieds. — Trompette, 8 p. —\nSoprano, q p.\nTirasse. — Soubasse pédale. — Combinaisons j, 6, 7 à 8.\nGrâce à cette précieuse acquisition, qui fait honneur à M. Colonne (noblesse\noblige), nous avons pu entendre et applaudir l'admirable ye Symphonie de\nSaint-Saëns pour orgue, piano et orchestre, un des chefs-d œuvre de l'illustre\nmaître français et de l'art musical tout eniier. (Malgré l'attaque du premier\naccord en une « appoggiature non résolue », comme on l'a dit spirituellement, la\nsuite du poème n'eut pas trop à souffrir de cette légère distraction et le finale\nfut accueilli par de chaleureux applaudissements.)\nLa bantaisie pour piano avec orgue de A. Périlhou est écrite avec beaucoup\nd'art ; dans les passages à effet, l'organiste (auteur de la pièce) a fait sonner\ndans toute leur ampleur les jeux de fond, donnant ainsi 1 illusion de la mise en\nscène des 16 pieds d'anches.\nEn somme, félicitons-nous de voir nos quatre grandes sociétés musicales\naujourd'hui pourvues d'un orgue : concerts du Conservatoire, Colonne, Che-\nvillard et Séchiari. —"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3484, "texte": "ŒUVRES DE M. LEDERER EXÉCUTÉES PAR LUI-MÊME A LA SALLE ERARD. M. Dezso\nLederer est un violoniste troublant. D'une rigueur impeccable lorsqu'il interprète\nles classiques, et il 1 a bien prouvé à son dernier concert en jouant le concerto en\nla de Mozart avec une pureté de son et un style irréprochables, M. Lederer sait\nà 1 occasion déployer les ailes de la fantaisie, et c'est surtout dans l'exécution de\nses œuvres qu il tire de son violon des sonorités étranges et séduisantes. La\nMélodie qu il nous a donnée est dune expression pénétrante; l'archet fait\nchanter le violon. Ce n est pas d une musicalité très complexe, et un morceau\nde ce genre peut être exécuté par des violonistes non virtuoses. Moins aisée est\nYAllongharese. Les rythmes tsiganes qui tantôt bondissent avec furie et tantôt\ns apaisent en de languissants retards et les pizzicati malicieux donnent à cette\npage une allure qui justifie suffisamment son titre.\nL Air russe qui terminait la série est également d une couleur pittoresque et\nd une inspiration poétique et évocatrice. Le public aime les pages d'album lors-\nquelles sont illustrées d images, et il sait aussi témoigner sa satisfaction quand\nil entend des œuvres musicales où il y a de la musique, ce qui est le cas de\ncelles dont nous parlons.\nxMnieDurand-Texte prêtait son concours à cette séance. Sa voix n'est pas très\nchaude, mais elle est parfaitement juste, et c'est avec plaisir que nous avons\nentendu, chantés par elle, quelques lieder aimables de M. Léo Sachs. L'Aubade\nfut acclamée, et c'était justice.\n\nH. BRODY.\n\n— Sur un livret de Tobia Gorrio (pseudonyme et anagramme d'Arrigo\nBoito), Ponchielli — né près de Crémone le ier septembre 1834, mort à Milan le\n17 janvier 1886 — a écrit un opéra dont le sujet est assez compliqué. C'est une\nbelle tragédie d amour qui se joue à Venise. La chanteuse Gioconda aime le\nprince Enzo Grimaldo ; ce dernier aime Laura Adorno, femme d'Alviso Badoero,\nmembre du fameux conseil des Dix. Enfin Gioconda elle-même est aimée par\nBarnaba, espion de l'Inquisition...\nC est avec cette œuvre célèbre du répertoire italien que M. Raoul Gunsbourg\nvient d ouvrir sa nouvelle saison d'opéra. La Gioconda, qui est au répertoire de\ntous les théâtres de la Péninsule, est totalement ignorée en France, et c'est\ndommage : les étrangers, fervents de notre art, nous connaissent mieux que nous\nne les connaissons. Ponchielli n'est pas si loin de nous, puisqu'il est mort en\n1886, — l'année même où fut créée à Milan la Gioconda, — que nous ayons le\ndroit de l'ignorer plus longtemps. Et, ne fût-ce que parce qu'il a révélé un exquis\nchef-d'œuvre à un public français, M. Raoul Gunsbourg mérite les plus sincères\nlouanges.\nL'interprétation de la Gioconda fut, comme c'est la coutume à Monte-Carlo,\noriginale et brillante, réunissant les artistes les plus célèbres de divers pays et\noffrant, en outre, le vif intérêt d'un magnifique début ; cette débutante, c'est\nMlle Bailac, qui, depuis son concours triomphal au Conservatoire, n'avait pas\ntrouvé la vraie occasion de se manifester. Le rôle de la Cieca lui un valu un\nénorme succès : c'est une tragédienne lyrique absolument voix et jeu,\nd'un beau tempérament personnel, et qui bientôt, demain, tout de suite, sera,\net est déjà une des plus magnifiques cantatrices dramatiques.\nMme Litvinne, dans le rôle de la Gioconda, fut, selon sa coutume., admirable\n\n<< GLOCONDA >>, OPÉRA EN 4 ACTES D'AMILCARE PONCHIELLI (THEATRE DE MoNTECARLO)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.12", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "et acclamée. Le délicieux ténor M. Anselmi fit applaudir la voix la plus pure\nqu'on puisse entendre. Le héros de la soirée fut le baryton, M. Titta Ruffo,\ndont l'organe splendide et le jeu dramatique ont soulevé des applaudissements\nfrénétiques.\nM. Nivette, Mlle Male Talesi, xMM. Douaillier, Salomoni et Vronsky complé-\ntaient ce magnifique ensemble.\nOn a fortement admiré les beaux décors de M. Visconti.\nL orchestre était dirigé par le maestro Alexandre Pomé, pour qui le style et la\ntradition de la musique italienne n'ont pas de secrets.\n\nF.\n\nNOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL.\nH Q.\n— Voici encore, pour cette fois, un air tiré\nd'Isabelle et Gertrude, la comédie à ariettes de Favart, avec musique arrangée ou\ncomposée par Biaise, dont nous entretenions nos lecteurs en notre dernier\nnuméro. On jugera peut-être que c'est ajouter plus d'importance qu'il ne sied à\nces petites compositions, gracieuses je l'admets, mais secondaires en somme.\nAssurément ce petit air à deux reprises, que chante le juge Dupré, n'est pas\nd'une qualité bien rare. La philosophie qu'exposent les paroles est fort terre à\nterre, et l'on peut trouver que cet oncle adresse à son neveu des conseils qui\nn'ont rien d'édifiant. Certes, la musique sans prétention vaut mieux que tout ce\nîatras tant soit peu grossier. Sa rondeur bon enfant, conventionnelle si l'on\nveut, n'est pas cependant sans mérite, et le bonhomme Dupré expose avec assez\nde verve ses pensers dénués de noblesse\nMais cet air, par un point, reste tout de même assez digne de remarque. Biaise\nn'en est point l'auteur. Nous savons, en effet, que, pour cette comédie de Favart\ncomme pour bien d'autres, son travail consista plus souvent à adapter aux cou-\nplets du parolier des airs connus qu'à composer de son cru des mélodies\nnouvelles. Cette manière de procéder est très habituelle à la comédie à ariettes,\noù la musique reste, ensomme, tout à fait au second plan. Le vaudeville, jusqu'au\nmilieu du dernier siècle, avait conservé ces habitudes qui nous choquent un\npeu aujourd'hui. On ne s'en cachait pas alors.\nDonc l'air n'est pas de Biaise. Et de qui ? De Gluck tout simplement, si l'on\nen croit le témoignage des contemporains. A vrai dire, le style de l'auteur d'Or-\nphée ne s'y reconnaît guère.\nC'est là un Gluck que nous ne sommes pas du tout habitués à entendre. Mais,\naprès tout, la chose est bien possible. Certaines formules, la cadence à l'italienne\nde la fin par exemple, ne sont guère dans les habitudes des Français de ce\ntemps, et d autres menus détails portent aussi bien une marque qui n'est point\nla leur.\nDe quelle pièce de Gluck est tirée cette bluette ? On ne nous le dit point et\n1 identification n en est pas facile. Ce n'est pas là le style de l'opéra italien\nde la première manière du maître. Et ce morceau, s'il est vraiment de Gluck,\na dû plutôt être extrait de 1 un ou 1 autre de ces opéras comiques français qu il\nécrivit, nous le savons, sur des livrets de Lesage, d'Anseaume ou de Favart lui-\nmême, à Vienne, de 1758 à 1764. Rien de surprenant à ce que les musiciens fran-\nçais, par Favart par exemple, aient eu en mains la musique de ces pièces."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "97", "page_fin": "100", "image_debut": 1, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.1", "titre_corps": "LES VALSES DE CHOPIN.", "titre_sommaire": "LES VALSES DE CHOPIN.", "signature_source": "J. 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Dire qu on jouait du Chopin,\nsurtout en suivant la « tradition », c'était se décerner une sorte de brevet de dis-\ntinction, et se classer à part, bien au-dessus du vulgaire.\nAujourd'hui, je trouve que cettemusique (sauf une dizaine d'œuvres peut-être\nsur quatre-vingts environ) a singulièrement vieilli, — beaucoup plus vieilli que\ncelle de Beethoven (qui elle-même, çà et là, ne laisse pas d'avoir des rides). Oui,\npour être sincère avec moi-même, je suis obligé de dire que plusieurs de ces\nprouesses pianistiques, jugées autrefois de qualité si brillamment originales et\nromantiques, me paraissent franchement communes, précisément dépourvues\nde distinction :\n\n(i) Un retard delà Poste dans la transmission d'une épreuve, nous oblige à renvoyer au pro-\nchain numéro la suite du Cours professé au Collège de France par le Directeur de la Revue\nmusicale, M. sur l'« Histoire du théâtre lyrique D.\n\nLES VALSES DE CHOPIN."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.2", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "En y réfléchissant, et même sans y réfléchir, que pensez-vous de ce début } A\nla première mesure, il me semble ouïr un piston de fanfare municipale atta-\nquant un pas redoublé très « entraînant ». La franchise d'attaque est, certes une\nbonne chose, mais pas avec cette répétition de notes. Ce taratata de buccin a\npistons a vraiment quelque chose de plat et de cynique ! A la deuxième mesure,\nl'accord arpégé de neuvième ne me dit rien ; ce n'est que paraphe d écriture,\ntrait d'emphase quelconque, remplissage de style qui bedonne. A la troisième\nmesure, entendez-vous d'abord un vigoureux coup de grosse caisse sur ce mi t> de\nla basse (qui répète assez fâcheusement celui de l'octave supérieure) ? et, aus-\nsitôt après, entendez-vous les coups de cimbales qui accompagnent chacun des\naccords de ce dessin chromatique ascendant :\nC'est concours agricole, distribution des prix de collège devant M. le maire\nen écharpe et M. Homais décoré des palmes académiques, surtout avec\nla progression :\nComme cette reprise de dessin est puérile ! Nous avons l'air d'avancer, et\nnous paradons sur place. Et puis, comme tout cela est équilibré, symétrique,\nsolidement établi dans des façons de faire qui paraissent indiscrètes à un goût\ndélicat ! Chez ce compositeur « nerveux et enfiévré », quelle carrure et quelle\nsanté ! quelles couleurs rubicondes et quel geste gaillard de villageois en go-\nguette ! Non, tout cela ne vient pas de l'âme ; je ne sens pas, comme dit Schu-\nmann, 1' « intériorité ». C'est du fracas, de la bouffissure, de la poudre aux yeux,\nde l'expansion facile, du n'importe quoi de premier jet, tout ce qu'on voudra\nd'extérieur et de gros qui tire l'oeil et l'oreille, sauf le langage secret du coeur\nou le rêve de musicien-poète qui se fait mélodie et rythme. Décidément, cet\nappel de début\nest agaçant, parce qu'effronté. Je ne l'aime\nplus. La musique et la danse ont des ailes ; ici, elles se contentent d'emboucher\nune trompette pour faire le rassemblement et se mettre en place marchande. La\nsuite de la composition ne vaut pas mieux. Nous avons, comme fin d'introduc-\ntion, une phrase creuse, dépourvue de sens, et qui n'est qu'une escalade suivie\nd une dégringolade, à grandes enjambées, avec un sonore arpège au milieu?\npour bien souligner la virtuosité de l'exercice et avertir la galerie:"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.3", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "et, tout de suite, nous arrivons à la valse ronronnante et authentique, à la valse\nqui s'étale en romance, à la valse qui se pâme dans le dolce sentimental d'un duo\ntrès convaincu. Cette succession régulière de sixtes me fait songer aux couples\nprovençaux où chaque danseur est collé d'aussi près que possible à sa danseuse,\net la conduit, amoroso, avec une gravité comique, en balançant sa « dame » :\nAh ! cette mélodie n'est pas distinguée ! C'est un spécimen de fausse poésie\nmusicale. Elle est franchement commune. Elle a le chapeau sur l'oreille. Le\ngrupetto et la petite note des deux dernières mesures sont déplorables. Où est\nné Chopin ? est-ce en Pologne ou à Marseille ? Etait il plu tôt de Toulouse même ?..\nPauvre Chopin, devant qui s'est pâmée toute une génération I Comme nous\nsommes loin de lui I L'expérience nous a rendus difficiles, et nos exigences ne\nme paraissent pas illégitimes. Vous me direz que les œuvres aujourd'hui admi-\nrées auront, dans une trentaine d'années, le même sort que celles de Chopin ;\nqu'on les tournera probablement en ridicule; que tout est éphémère et chan-\ngeant... Oui, j'entends bien, il y a une part de vérité dans cette opinion. Le\n<( Beau » n'est pas, comme dogmatisent les platoniciens, une chose immuable\ndont on pourrait dire, en parodiant un vers de Lamartine :\nSur des mondes détruits il rayonne immobile.\nJ ajouterai même que cette quasi certitude où nous sommes de n'aimer que des\nidoles destinées à déchoir bientôt n'est nullement une raison de montrer moins\nd enthousiasme pour le chef-d'œuvre qui passe devant nous. Plus je sais fragile\net provisoire l'objet de mon admiration ou de mon amour, plus je m'attache à\nlui avec passion. L'assurance d'une pérennité à l'abri des fluctuations de la\nvie me refroidirait plutôt. Je suis homme, et il ne me déplaît pas de changer de\ngoût. Mais tout n'est pas changeant ; en musique comme ailleurs, tout n'est pas\nsoumis à la loi du paraître et disparaître. Le philosophe antique disait : « Nous\nne nous baignons jamais dans les mêmes eaux du fleuve. » Il se trompait ; je"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.4", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1366, "texte": "me baigne toujours avec délices dans le flot rafraîchissant de certaines œuvres\nde Bach, de Mozart, de Beethoven, de Bizet. Nous distinguons assez facilement\nce qui vieillit et ce qui n'a pas vieilli.\nChopin a vieilli, cela est incontestable. Si je poursuivais 1 analyse de cette\nvalse célèbre, je n'aurais pas de peine à montrer beaucoup de faiblesses -, et,\npour les autres, il en serait de même :\nN'insistez pas, je vous prie !... Quant à la valse lente, je sais des musiciens qui,\nen l'entendant, éprouvent l'irrésistible besoin de prendre dans leur droite le bout\nde leur redingote et défaire le geste spécial àla mouture des grains de café .\nCe qu'il y a de fâcheux dans la musique de Chopin (et particulièrement dans le\nrecueil des 43 mazurkas, dont plusieurs sont fort belles), c'est, avec un certain\ngoût du poncif, l'abus des papillotes et des mouches, des fausses gentillesses\npianistiques et des notes inutiles. Il fait un terrible abus des effets de man-\nchette :\nCe « passage », comme on disait autrefois, est encore un des moins périmés\nDans Schumann - bien qu on 1 ait accusé d être trop exclusivement pianiste\nvous ne trouverez rien de semblable. Mais je m arrête ; c est déjà trop d avoir\nosé exprimer de telles réserves, à propos des admirables séances de M Riss\nArbeau, sur ce cher et douloureux Chopin\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c012", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "100", "page_fin": "101", "image_debut": 4, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.2", "titre_corps": "LE ROLEDE MARGUERITE (« FAUST» DE GOUNOD)F,TM^KOUSNIETZOFK", "titre_sommaire": "LE ROLEDE MARGUERITE (« FAUST» DE GOUNOD)F,TM^KOUSNIETZOFK", "signature_source": "J. 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Lorsque\nMéphistophélès dit à Faust d'écouter ce que Marguerite « va raconter aux\nétoiles », il est certain qu'il faudrait là une lumière appropriée, un clair de lune,\ndes ombres bleues, un beau ciel étoilé, en un mot un nocturne. Nous ne l'avons\npas. C'est dommage. Mais, dans son ensemble, l'exécution est très artistique\net l'œuvre reste infiniment séduisante. La note en voix de tête que doit donner\n\nLE ROLEDE MARGUERITE (« FAUST» DE GOUNOD)F,TM^KOUSNIETZOFK"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.5", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "M. Muratore sur la phrase ou se devine la présence... est, au point de vue musi-\ncal, la seule banalité qui choque vraiment le goût. Cette note est cynique !...\nUn des attraits de la représentation, où l'on peut admirer la voix splendide\nde Gresse, la jeunesse élégante de Muratore, la grâce ailée de Zambelli, c'est\nl'interprétation du rôle de Marguerite par Mme Kousnietzoff. La voix est d'abord\nd une pureté rare, très puissante dans le registre élevé. Le meilleur éloge que\nj'en puisse faire est de dire qu'elle m'a rappelé Aïno Akté et la grande Litvinne.\n(Remarquez que la plupart de nos meilleures cantatrices sont étrangères.) Le jeu\nest extrêmement intéressant. Ce rôle de Marguerite était jusqu'ici conçu de\nfaçon conventionnelle : on le figeait un peu dans un idéal d'innocence angéli-\nque, tout d'ingénuité inconsciente et de blancheur assez froide. Mme Kousnietzoff\nle rend vivant, le rapproche le plus possible de la vie réelle. Elle nous montre\nune Marguerite qui, avant la faute, est très enjouée. Elle dit l'air des bijoux\navec un mouvement et des attitudes qui le rapprochent heureusement de la\ncomédie de genre. Elle a mille trouvailles qui sont des traits de caractère, des\ndétails bien observés. (Ainsi, dans la scène du jardin, le geste de montrer le\ntablier brodé qu'elle porte en suggérant qu'elle a fait elle-même la broderie.)\nAprès la mort de Valentin, ceci est de grand effet tragique, lorsqu'elle est\nmaudite, elle a, après une mimique très expressive, un rire qui, en indiquant la\nfolie, rattache la première partie du drame à la seconde. Quand elle court chez\nelle, on devine qu'elle va étrangler son entant. Tout cela est très étudié, très\nneuf au point de vue théâtre, et mérite les plus grands éloges.\nLe public vient en foule. Samedi dernier, il n'avait pas laissé libre un seul\nstrapontin. Et comme il est amusant d'entendre ses réflexions ! cette pauvre\nMarguerite ! Pourquoi tant l'accabler ? Eh quoi ! Elle est damnée parce que,\nseule et orpheline, elle a aimé un jeune homme très distingué ? C'est une\nmorale un peu spéciale ; aujourd'hui, on serait plus indulgent !...\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c013", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "101", "page_fin": "102", "image_debut": 5, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.3", "titre_corps": "LE CHEVALIER GLUCK ET M. BOURGAULT-DUCOUDRAY.", "titre_sommaire": "LE CHEVALIER GLUCK ET M. BOURGAULT-DUCOUDRAY.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.5", "debut_caractere": 2155, "fin_caractere_exclue": 3701, "texte": "— Nous sommes au\nthéâtre Sarah-Bernhard, un de ces samedis (5 h. du soir) où la Société d'histoire\ndu théâtre, dirigée par MM. J. d'Estournelles de Constant et P. Ginisty, reçoit\nhebdomadairement. La salle est comble. On vient de frapper les trois coups ; le\nrideau s'est levé lentement. Apparaît M. Bourgault-Ducoudray : il salue très\nm\ncorrectement, et va prendre place derrière une petite table de conférencier. Une\npause. Un geste est esquissé, et l'on s'apprête à boire les paroles du célèbre com-\npositeur : mais non ; vous vous trompez : le conférencier a pris la carafe et verse un\npeu d eau dans son verre, lentement, comme s'il préparait une expérience de\nphysique sur les vases communicants. Nouvelle pause. Un second geste succède\nau premier : c'est pour prendre délicatement un morceau de sucre et l'immerger\ndans le verre d'eau. Ici, une nouvelle pause et encore un silence. Un troisième\ngeste amorce l'attention : après avoir cherché son mouchoir, le conférencier le\ndéploie, et se mouche avec sérénité. Un murmure de sympathie court dans le\npublic ETTcucpr^uLTjcrav \"Axato0- Quelques personnes se demandent vaguementsielles\nne seraient pas en présence d'un parolier timide, embarrassé pour trouver son\ndébut... Vous vous trompez encore.\nVoici que Bourgault-Ducoudray se lève ; bravement, il vient se camper devant\nle trou du souffleur. Et là, debout tout le temps, sans notes écrites, sans auxiliaire\nd'aucune sorte (plus fort en cela qu'Eugène Lintilhac, lequel s'appuie sur le dos-\n\nLE CHEVALIER GLUCK ET M. BOURGAULT-DUCOUDRAY."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.6", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3568, "texte": "sier d une chaise), 1 éminent compositeur se livre tout entier au public, avec une\nadmirable netteté de parole. On se sent tout de suite en présence de quelqu'un.\nPascal disait, après avoir lu un écrivain dont le style était naturel : « J'ai été\nétonné et ravi : je m'attendais à trouver un auteur, et j'ai trouvé un homme. »\nCeux qui ne connaissaient pas Bourgault-Ducoudray (s il y en a à Paris !)\npeuvent en dire autant. Ce n'est pas seulement un compositeur qui dit avec une\nautorité exceptionnelle tout ce qui est technique: c'est un convaincu, un homme\nde foi qui se donne sincèrement, je dirai même ingénument. Bien qu'il ait une\nrare élégance de parole, vous chercheriez vainement dans tout ce qu'il dit une\nde ces pointes, un de ces traits de finesse affectée, une de ces formules à effet\nqui représentent le côté pitoyable du métier de conférencier. Chez lui, tout vient\ndu sentiment musical, je veux dire du cœur. Il a trop le sentiment de son sujet,\net il le respecte trop pour ne pas s'effacer derrière lui : il le met seul en lumière.\nSa conférence est une esquisse magistrale, négligeant volontairement les\nmenus faits historiques, mais indiquant l'essentiel. On peut la résumer ainsi :\nL'Autrichien Gluck (1714-1787) n'est arrivé qu'à l'âge de 60 ans à réaliser\npleinement son idéal, lequel consistait à concevoir la musique de théâtre non\ncomme un pur divertissement de virtuosité, mais comme une œuvre de vérité\nexpressive, appropriée à un livret déterminé. Cette esthétique, dominant aujour-\nd'hui l'art moderne, il en a eu l'idée au contact de l'art dramatique français qui,\ndepuis le xvne siècle, offrait des modèles de cette vérité nécessaire à un art\nd'expression. D'abord Gluck écrit des opéras à la mode italienne (en commen-\nçant par Artaserse, 1741 ): il cède même àla mode du temps en écrivant une\nœuvre comme Pirame et Thisbé (Londres, 1745), qui est un simple pastiche\nd'opéras antérieurs, sans lien avec le sujet traité. Mais, quand il aeu connais-\nsance des opéras de Rameau, dernier représentant de l'école de Lulli, il mûrit\nde nouveaux principes ; il veut que la musique d'une partition soit « comme le\njeu non arbitraire des lumières et des ombres sur le dessin tracé par le libret-\ntiste » ; il lutte courageusement contre la mode après l'avoir subie ; enfin il\ns'installe à Paris, et grâce à la protection de la reine Marie-Antoinette, sa com-\npatriote et son élève, il fait triompher (après Orphée, Vienne 1762], ses immor-\ntels chefs-d œuvre : Iphigénie en Aulide (1774), Armide (1777), îphigénie en\nTauride, Echo et Narcisse (1779). En commentant les illustrations données à\nsa conférence par des artistes tels que Mme Vallandri, Mmeßrohly, MM. Vieuille,\nMouliérat, M. Bourgault-Ducoudray nous a fait remarquer qu'au premier acte\n& Iphigénie en Aulide, Gluck termine un air par un récitatif, ce que l'école ita-\nlienne de la virtuosité n'aurait jamais osé se permettre ; que l'air du sommeil,\ndans Armide, ne conclut pas, etc.\nAujourd hui, on pousse très loin, par souci du document, les études d'histoire\nmusicale. Mais parfois les pièces d'archives font oublier la musique elle-même.\nM. Bourgault-Ducoudray n est pas dans ce cas ; par des applaudissements très\nnourris, le public a montré qu il admirait pleinement ce concours rare de la maî-\ntrise musicale, de 1 érudition et du talent de parole. A l'occasion de cette très belle\nconlérence, nous donnons un peu plus loin des détails inédits que nous devons\nàun des membres les plus distingués de la Société d'histoire du théâtre.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c014", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "102", "page_fin": "104", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.4", "titre_corps": "VARIATIONS ET FUGUE SUR UN THÈME D'ADAM HILLER, DE M. MAX REGER.", "titre_sommaire": "VARIATIONS ET FUGUE SUR UN THÈME D'ADAM HILLER, DE M. MAX REGER.", "signature_source": "H. Q", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.6", "debut_caractere": 3570, "fin_caractere_exclue": 3874, "texte": "- Enfin\na,J>'&rjlSWH XI 9^H^lU^Sg^^^;Siyt*W^:^^>VJ^fi^g*r^K-^J',î--7& ' . .. • ~\" - •.'- ' , •■- -y • ■ ,--• •;> •- ? .,' ,^':T'\"t.-'. ' ;.-• ' tr». V.-gy5SgE\nvoici une véritable nouveautéque nous offrent les Concerts Lamoureux. J'entends\n\nVARIATIONS ET FUGUE SUR UN THÈME D'ADAM HILLER, DE M. MAX REGER."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.7", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "une œuvre d un homme franchement inconnu en France, comme l'école et la gé-\nnération de musiciens qu'il représente, et qui nous révèle véritablement quelque\nchose. C'est une initiative heureuse et qu'on voudrait plus fréquente.\nInitiative heureuse; et cependant le résultat fut une déception vraiment cruelle.\nNous attendions mieux de M. Max Reger, un des compositeurs les plus en vue,\nmalgré sa jeunesse, de l'Allemagne musicale contemporaine. M. Max Reger,\nprofesseur, je crois bien, au Conservatoire de Leipsig, compte quelque trente-\ncinq ans à peine. Et c'est un homme considérable. Considérable par le nombre\nde ses œuvres qui sont de poids, et qui atteignent à peu près la centaine ; consi-\ndérable par ses principes, qui en font l'adversaire de Richard Strauss et de la\nmusique représentative, et aussi l'antiwagnérien le plus déterminé de là-bas, où\nles musiciens de la jeune école pensent volontiers démontrer par leurs ouvrages\net leurs discours que le maître de Bayreuth était sans génie.\nDonc, ni poème symphonique, ni drame lyrique ou opéra. A la suite de Brahms,\nqui ne pensait pas autrement, faisons de la musique pure ! C'est le domaine par-\nticulier de M. Reger, qui le laboure avec une infatigable constance.\nCes Variations avec fugue, c'est de la musique pure. Mais, si jose dire, c'est\naussi de la musique solide, certes, et faite demain d'ouvrier consciencieux, mais\nde la musique inutile. Prodigieusement inutile, en vérité. Faite sans joie, sans\nfantaisie, sans passion (bien entendu), et qui s'écoute de même.\nQuelle étrange conception, au surplus, que d'écrire onze variations et qui ne\nsont point courtes (on nous en épargna deux), ainsi qu'une fugue copieuse, sur\nune pauvre petite phrase, gentille, mais qui ne méritait pas tant d'honneur,\nempruntée à un vieux compositeur d'opérette mort il y a plus d'un siècle ! Quelle\ndisproportion entre ce qu'on veut faire, car M. Reger voulait écrire une grande\nœuvre, et ce que l'on prend pour base de ce colossal édifice ! Malgré l'autorité\ndes grands classiques et celle de contemporains que j'admire, je n'ai pour le\ngenre de la variation en soi qu'une sympathie médiocre Cependant lorsqu'un\nmaître emploie tout l'effort de son art à présenter sous divers aspects significa-\ntifs un thème dont la valeur expressive considérable permettait ces multiples\nappropriations, je ne trouve rien à objecter à cette forme. Car, à proprement\nparler, ce n'est là que dégager simplement de la mélodie ainsi traitée ce qui s'y\ntrouvait en puissance. C est faire valoir tout ce qu'elle renfermait véritablement\nsans que personne l'y aperçût tout d'abord. Mais dans le cas présent, c'était\nvouloir faire quelque chose de rien. C'est possible, je le sais. Mais il y faut du\ngénie, ou d'éminentes qualités qui s'en approchent de bien près...\nM. Max Reger a totalement échoué. Un ennui morne et pesant s'exhale de\ncette musique. Des neuf variations que nous entendîmes, il n'en est pas une qui\nne ressemble à l'autre, et bien peu, uneou deux peut-être, qui ne soientpas fran-\nchement fastidieuses. Aucun rythme caractéristique ne se dégage ; aucune com-\nbinaison contrapontique qui fasse oublier qu'elle est savante par un peu de grâce\net d'imprévu. Une pâte orchestrale épaisse terriblement indigeste, sans nulle\ndes recherches instrumentales dont nous abusons peut-être, mais qui seraient\nici les bienvenues. Jamais un peu d'air entre les membres de cette polyphonie\ncompacte et sans surprise. Jamais un instant de repos. Jamais un rayon de\nlumière !\nAvec cela, une prétention continue au sublime, à la profondeur. Et c'est là le\nterrible. Les Allemands, depuis un siècle, nous reprochent dédaigneusement de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "ne voir dans la musique qu'un simple divertissement. Us louent volontiers\nquelques-uns du moins notre art, quand il se borne à vouloir plaire un\ninstant par la délicatesse et la distinction qu'ils nous concèdent « Vous savez\ncharmer, disent-ils, et mieux que nous peut-être. Mais vous êtes sans profon-\ndeur. La musique allemande seule est profonde... ».\nEt ce sont les mornes symphonies de Brahms ! Et puis encore, dans leur\npédantesque et inutile faconde, les variations de M. Reger ! Voilà bien de la\nmusique de kapellmeister, de la musique qui croit hausser sa pensée jusqu'au\nniveau de celle des maîtres en se vêtant de leur défroque, comme s'il y avait\ndans les formes classiques une noblesse spécifique et qu'il suffise d'écrire des\nsymphonies et des fugues pour s'affirmer de la lignée de Beethoven et de\nBach !\nJe n'aime pas beaucoup les variations, disais-je tout à l'heure. Mais cepen-\ndant ! Ecoutez celle que M. Dukas écrivit sur un thème de Rameau, et vous ne\nvous sentirez plus le courage de condamner ce genre. Ecoutez encore l'admi-\nrable Istar de M. d lndy, de simples variations renversées en somme, que nous\nentendions au même concert, il y a quelques semaines. Ecoutez et comparez avec\ncelles-ci. Et je choisis à dessein deux musiciens qui ne sont pas précisément\nennemis des traditions, ni adversaires d'une écriture ornée des plus savants\nartifices.\nM. Max Reger, qui assurément n ignore-rien de ce qui peut s'apprendre,\nn'a pas la prétention d être plus savant, comme disent certains dilettanti, que\nMM. Dukas ou d Indy. Il confesserait probablement, s'il avait pratiqué leurs\nœuvres (ce dont je doute fort), que ces deux Français l'emportent singulièrement\ndans l'art de tirer de l'orchestre des sonorités infiniment diverses et séduisantes.\nJe ne doute point, au reste, que ses disciples et admirateurs ne tinssent cet\navantage pour médiocre et bon tout au plus en des ouvrages de pur divertisse-\nments. Car Max Reger, disent-ils, est un maître de la musique pure et rien\nque cela ; c'est un musicien profond.\nLes maîtres de l'école française, à l'heure actuelle, sont-ils ou non profonds ?\nJe ne leur souhaiterais toujours pas de l'être de cette façon !\n\nH. Q."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c015", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "104", "page_fin": "105", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.5", "titre_corps": "AU CONSERVATOIRE.", "titre_sommaire": "AU CONSERVATOIRE.", "signature_source": "A. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.8", "debut_caractere": 2226, "fin_caractere_exclue": 3127, "texte": "— La nouvelle classe d'ensemble, dont la direction a été\nconfiée à M. Lucien Capet, s'est fait entendre, le 31 janvier, devant un auditoire\n— nous ne dirons pas un jury, puisqu'il n'y a pas de récompenses décernées,\npas même de notes données aux élèves — composé de quelques professeurs\nchoisis hors de la maison officielle, auxquels le directeur avait joint quelques\néléments non professionnels, et les parents des élèves.\nLe programme de cette réunion était le suivant :\nSonate en ut majeur pour 2 violons et piano J.S.Bach.\nQuatuor en mi pour piano et cordes, op. 16. ... L.V.Beethoven.\n10e sonate, piano et violon, op. 96 L. V. Beethoven.\nQuatuor à cordes n° 13, op. 76 J. Haydn.\n7e sonate, piano et violon, op. 30 L. V. Beethoven.\nier tno en ré mineur Mendelssohn.\nLa classe d'ensemble dirigée par M. Charles Lefebvre et celle de M. Chevil-\nlard seront entendues prochainement.\n\nAU CONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.9", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 905, "texte": "Cette répartition entre trois maîtres d'une tâche qui incombait jusqu'ici à un\nseul permet de donner aux élèves une instruction musicale plus complète et plus\nparfaite, en accordant à chacun d'eux plus de temps et de soins. Nous n'avons\ncessé de réclamer au Conservatoire moins de virtuoses, ou de pseudo-virtuoses,\net plus de musiciens d'orchestre. Nous ne pouvons donc qu'applaudir au déve-\nloppement des classes d'ensemble et à l'impulsion que leur donne M. Gabriel\nFauré.\nLa nouvelle classe de M. Capet. est-il besoin de le dire? se distingue déjà\npar des qualités sérieuses de respect de la musique et de sobriété de style qui\nfont bien augurer de l'avenir. Quelques mouvements (notamment dans la sonate\nen sol majeur de Beethoven) ont été trop pressés ; mais il ne suffit pas toujours\nde l'autorité du professeur pour retenir l'ardeur de ces jeunes gens !\n\nA. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c016", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "105", "page_fin": "105", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.6", "titre_corps": "LA CHANSON DU PRINTEMPS (Ier ACTE DE LA « WALKYRIE » DE R. 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L'évolution musicale est si rapide, si préci-\npitée, si hardie !..\nM. Van Dyck a eu un très gros succès, au concert Colonne (du 2 février), avec\ncette mélodie qu'il a dite— et nous l'en remercions — en français. L'interpré-\ntation qu'il en donne est assez spéciale. M. Burgstaller, artiste allemand, qui, au\nmême concert, l'an dernier, avait été lui aussi très applaudi avec le même mor-\nceau, chantait cet « air du printemps » avec douceur, presque en demi-teinte, en\nne faisant pour ainsi dire pas de nuances, et en donnant à tout l'ensemble le\ncharme d'une sorte de caresse enveloppante. Il paraissait surtout appliqué à\ndégager la poésie de la scène : Siegmund montrant à Sieglinde la campagne\nbaignée par le clair de lune et l'invitant à partir avec lui... M. Van Dyck est\ntout autre : il varie beaucoup l'intensité de sa voix, passe du piano au forte,\ndétaille, accentue certaines syllabes ou certains vers, comme ceux que je sou-\nligne :\nLe jeûne avril vers nous s'avance\nBercé par l'aile des Zéphirs...\nBref, il exprime surtout l'impétuosité de la passion. Cela tient peut-être à deux\ncauses. La voix de M. Van Dyck, avec des qualités de premier ordre, n'est pas\nabsolument homogène : elle est comme la superposition d'une voix de ténor et\nd'une voix de baryton, avec un passage un peu faible et parfois inquiétant. Sou-\nvent on devine chez le chanteur un effort (d'ailleurs très adroit) pour ajuster\nles organes de la voix et trouver une intonation bonne. Et ceci n'est nullement\npour diminuer le célèbre chanteur, qui est un grand artiste. De plus, M. Van\nDyck a beaucoup de mouvement, une animation singulière. Il est extrêmement\nvivant. De là sa manière chaleureuse et variée de dire l'air du printemps. EUe est\ncertainement plus dramatique que celle de M. Burgstaller. A noter encore chez\nM. Van Dyck une parfaite et admirable netteté de prononciation et d'articulation.\nOn lui a fait recommencer sa chanson, et on l'a rappelé quatre fois, ce qui est\nrarissime aux concerts Colonne. —"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c017", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "106", "page_fin": "106", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.7", "titre_corps": "INAUGURATION DE L'ORGUE DES CONCERTS COLONNE.", "titre_sommaire": "INAUGURATION DE L'ORGUE DES CONCERTS COLONNE.", "signature_source": "F. 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La\nboîte expressive est bâtie en séquoïa creux, garnie de subérine. La fabrication\ndes tuyaux est spéciale. Voici la composition et les caractéristiques de l'instru-\nment :\nUn clavier manuel : 56 notes. —Un pédalier à tirasses : 30 notes. — Entière-\nment expressif.\nBourdon de 16 pieds. — Diapason, 8 p. — Flûte harmonique, 8 p.— Princi-\npal, q p..— Plein-jeu, 7 rangs. — Tuba magna, 16 pieds. — Trompette, 8 p. —\nSoprano, q p.\nTirasse. — Soubasse pédale. — Combinaisons j, 6, 7 à 8.\nGrâce à cette précieuse acquisition, qui fait honneur à M. Colonne (noblesse\noblige), nous avons pu entendre et applaudir l'admirable ye Symphonie de\nSaint-Saëns pour orgue, piano et orchestre, un des chefs-d œuvre de l'illustre\nmaître français et de l'art musical tout eniier. (Malgré l'attaque du premier\naccord en une « appoggiature non résolue », comme on l'a dit spirituellement, la\nsuite du poème n'eut pas trop à souffrir de cette légère distraction et le finale\nfut accueilli par de chaleureux applaudissements.)\nLa bantaisie pour piano avec orgue de A. Périlhou est écrite avec beaucoup\nd'art ; dans les passages à effet, l'organiste (auteur de la pièce) a fait sonner\ndans toute leur ampleur les jeux de fond, donnant ainsi 1 illusion de la mise en\nscène des 16 pieds d'anches.\nEn somme, félicitons-nous de voir nos quatre grandes sociétés musicales\naujourd'hui pourvues d'un orgue : concerts du Conservatoire, Colonne, Che-\nvillard et Séchiari. —"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c018", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "106", "page_fin": "107", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.8", "titre_corps": "CONCERTS DE MONTE-CARLO.", "titre_sommaire": "CONCERTS DE MONTE-CARLO.", "signature_source": "H. BRODY", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "— A signaler le succès de trois virtuoses aux\nderniers concerts classiques, dirigés par M. Léon Jehin.\nM1 e Clara Sansoni, une pianiste de 13 ans, a fait l'admiration des dilettanti\ndans 1 exécution du Concerto en ré majeur de Bach et du Concerto en ut mi-\nneur de Beethoven, avec une assurance de vétéran et une correction extraor-\ndinaire qui n exclut pas une élégante expression.\nM. llasselmans est un séduisant exécutant qui charme sur ie violoncelle par\nun son velouté, une souplesse d'archet rare et un goût d'un style impeccable. Il\nfut tiès applaudi et rappelé après 1 interprétation du 2e Concerto en ré mineur,\nde Saint-Saëns, de 1 Elégie de G. Fauré et du finale du Concerto de Lalo.\nLe célèbre violoncelliste M. J. Ollman a eu un succès triomphal dans le\nbeau Concerto de Haydn et deux pages délicieuses, Aria et Menuet, de Noël\nDesjoveaux, où il a fait éprouver aux auditeurs une sensation d'art qu'on ne\nsaurait surpasser.\n\nCONCERTS DE MONTE-CARLO."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "ŒUVRES DE M. LEDERER EXÉCUTÉES PAR LUI-MÊME A LA SALLE ERARD. M. Dezso\nLederer est un violoniste troublant. D'une rigueur impeccable lorsqu'il interprète\nles classiques, et il 1 a bien prouvé à son dernier concert en jouant le concerto en\nla de Mozart avec une pureté de son et un style irréprochables, M. Lederer sait\nà 1 occasion déployer les ailes de la fantaisie, et c'est surtout dans l'exécution de\nses œuvres qu il tire de son violon des sonorités étranges et séduisantes. La\nMélodie qu il nous a donnée est dune expression pénétrante; l'archet fait\nchanter le violon. Ce n est pas d une musicalité très complexe, et un morceau\nde ce genre peut être exécuté par des violonistes non virtuoses. Moins aisée est\nYAllongharese. Les rythmes tsiganes qui tantôt bondissent avec furie et tantôt\ns apaisent en de languissants retards et les pizzicati malicieux donnent à cette\npage une allure qui justifie suffisamment son titre.\nL Air russe qui terminait la série est également d une couleur pittoresque et\nd une inspiration poétique et évocatrice. Le public aime les pages d'album lors-\nquelles sont illustrées d images, et il sait aussi témoigner sa satisfaction quand\nil entend des œuvres musicales où il y a de la musique, ce qui est le cas de\ncelles dont nous parlons.\nxMnieDurand-Texte prêtait son concours à cette séance. Sa voix n'est pas très\nchaude, mais elle est parfaitement juste, et c'est avec plaisir que nous avons\nentendu, chantés par elle, quelques lieder aimables de M. Léo Sachs. L'Aubade\nfut acclamée, et c'était justice.\n\nH. BRODY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c019", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "107", "page_fin": "108", "image_debut": 11, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.9", "titre_corps": "<< GLOCONDA >>, OPÉRA EN 4 ACTES D'AMILCARE PONCHIELLI (THEATRE DE MoNTECARLO).", "titre_sommaire": "<< GLOCONDA >>, OPÉRA EN 4 ACTES D'AMILCARE PONCHIELLI (THEATRE DE MoNTECARLO).", "signature_source": "F", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.11", "debut_caractere": 1592, "fin_caractere_exclue": 3484, "texte": "— Sur un livret de Tobia Gorrio (pseudonyme et anagramme d'Arrigo\nBoito), Ponchielli — né près de Crémone le ier septembre 1834, mort à Milan le\n17 janvier 1886 — a écrit un opéra dont le sujet est assez compliqué. C'est une\nbelle tragédie d amour qui se joue à Venise. La chanteuse Gioconda aime le\nprince Enzo Grimaldo ; ce dernier aime Laura Adorno, femme d'Alviso Badoero,\nmembre du fameux conseil des Dix. Enfin Gioconda elle-même est aimée par\nBarnaba, espion de l'Inquisition...\nC est avec cette œuvre célèbre du répertoire italien que M. Raoul Gunsbourg\nvient d ouvrir sa nouvelle saison d'opéra. La Gioconda, qui est au répertoire de\ntous les théâtres de la Péninsule, est totalement ignorée en France, et c'est\ndommage : les étrangers, fervents de notre art, nous connaissent mieux que nous\nne les connaissons. Ponchielli n'est pas si loin de nous, puisqu'il est mort en\n1886, — l'année même où fut créée à Milan la Gioconda, — que nous ayons le\ndroit de l'ignorer plus longtemps. Et, ne fût-ce que parce qu'il a révélé un exquis\nchef-d'œuvre à un public français, M. Raoul Gunsbourg mérite les plus sincères\nlouanges.\nL'interprétation de la Gioconda fut, comme c'est la coutume à Monte-Carlo,\noriginale et brillante, réunissant les artistes les plus célèbres de divers pays et\noffrant, en outre, le vif intérêt d'un magnifique début ; cette débutante, c'est\nMlle Bailac, qui, depuis son concours triomphal au Conservatoire, n'avait pas\ntrouvé la vraie occasion de se manifester. Le rôle de la Cieca lui un valu un\nénorme succès : c'est une tragédienne lyrique absolument voix et jeu,\nd'un beau tempérament personnel, et qui bientôt, demain, tout de suite, sera,\net est déjà une des plus magnifiques cantatrices dramatiques.\nMme Litvinne, dans le rôle de la Gioconda, fut, selon sa coutume., admirable\n\n<< GLOCONDA >>, OPÉRA EN 4 ACTES D'AMILCARE PONCHIELLI (THEATRE DE MoNTECARLO)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.12", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 583, "texte": "et acclamée. Le délicieux ténor M. Anselmi fit applaudir la voix la plus pure\nqu'on puisse entendre. Le héros de la soirée fut le baryton, M. Titta Ruffo,\ndont l'organe splendide et le jeu dramatique ont soulevé des applaudissements\nfrénétiques.\nM. Nivette, Mlle Male Talesi, xMM. Douaillier, Salomoni et Vronsky complé-\ntaient ce magnifique ensemble.\nOn a fortement admiré les beaux décors de M. Visconti.\nL orchestre était dirigé par le maestro Alexandre Pomé, pour qui le style et la\ntradition de la musique italienne n'ont pas de secrets.\n\nF."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c020", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "108", "page_fin": "108", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.1.10", "titre_corps": "NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL.", "titre_sommaire": "NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL.", "signature_source": "H Q", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.12", "debut_caractere": 585, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL.\nH Q.\n— Voici encore, pour cette fois, un air tiré\nd'Isabelle et Gertrude, la comédie à ariettes de Favart, avec musique arrangée ou\ncomposée par Biaise, dont nous entretenions nos lecteurs en notre dernier\nnuméro. On jugera peut-être que c'est ajouter plus d'importance qu'il ne sied à\nces petites compositions, gracieuses je l'admets, mais secondaires en somme.\nAssurément ce petit air à deux reprises, que chante le juge Dupré, n'est pas\nd'une qualité bien rare. La philosophie qu'exposent les paroles est fort terre à\nterre, et l'on peut trouver que cet oncle adresse à son neveu des conseils qui\nn'ont rien d'édifiant. Certes, la musique sans prétention vaut mieux que tout ce\nîatras tant soit peu grossier. Sa rondeur bon enfant, conventionnelle si l'on\nveut, n'est pas cependant sans mérite, et le bonhomme Dupré expose avec assez\nde verve ses pensers dénués de noblesse\nMais cet air, par un point, reste tout de même assez digne de remarque. Biaise\nn'en est point l'auteur. Nous savons, en effet, que, pour cette comédie de Favart\ncomme pour bien d'autres, son travail consista plus souvent à adapter aux cou-\nplets du parolier des airs connus qu'à composer de son cru des mélodies\nnouvelles. Cette manière de procéder est très habituelle à la comédie à ariettes,\noù la musique reste, ensomme, tout à fait au second plan. Le vaudeville, jusqu'au\nmilieu du dernier siècle, avait conservé ces habitudes qui nous choquent un\npeu aujourd'hui. On ne s'en cachait pas alors.\nDonc l'air n'est pas de Biaise. Et de qui ? De Gluck tout simplement, si l'on\nen croit le témoignage des contemporains. A vrai dire, le style de l'auteur d'Or-\nphée ne s'y reconnaît guère.\nC'est là un Gluck que nous ne sommes pas du tout habitués à entendre. Mais,\naprès tout, la chose est bien possible. Certaines formules, la cadence à l'italienne\nde la fin par exemple, ne sont guère dans les habitudes des Français de ce\ntemps, et d autres menus détails portent aussi bien une marque qui n'est point\nla leur.\nDe quelle pièce de Gluck est tirée cette bluette ? On ne nous le dit point et\n1 identification n en est pas facile. Ce n'est pas là le style de l'opéra italien\nde la première manière du maître. Et ce morceau, s'il est vraiment de Gluck,\na dû plutôt être extrait de 1 un ou 1 autre de ces opéras comiques français qu il\nécrivit, nous le savons, sur des livrets de Lesage, d'Anseaume ou de Favart lui-\nmême, à Vienne, de 1758 à 1764. Rien de surprenant à ce que les musiciens fran-\nçais, par Favart par exemple, aient eu en mains la musique de ces pièces."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c021", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "109", "page_fin": "116", "image_debut": 13, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.2", "titre_corps": "Les chefs-d'œuvre du chevalier Gluck à l'Opéra de Paris. (D'après des documents inédits tirés des Archives de l'Opéra.)", "titre_sommaire": "Les chefs-d'œuvre du chevalier Gluck à l'Opéra de Paris. (D'après des documents inédits tirés des Archives de l'Opéra.)", "signature_source": "MARTIAL TENEO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.13", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3596, "texte": "Les chefs-d'œuvre du chevalier Gluck à l'Opéra de Paris.\n(D'après des documents inédits tirés des Archives de l'Opéra.)\n\nIl ne s'agitpoint ici d'étudier techniquement les œuvres ducélèbrecompositeur\nqui modifia si profondément le sens du drame lyrique en France, mais d'appor-\nter simplement quelques éléments historiques capables d'intéresser les cher-\ncheurs et d'expliquer le triomphe du maître aussi bien que son effacement devant\nPiccini, représentant de l'école italienne.\nA son arrivée à Paris, Gluck trouvait notre Académie royale de musique dans\nun complet état d'anarchie. Tout y était désordre, abus, caprice et routine. Les\nprincipaux artistes, tant chanteurs quedanseurs, se montraient à qui mieux mieux\ndespotiques et exigeants. Tout progrès paraissait à leurs yeux comme un grossier\nnon-sens ; aussi, lorsque, par ordre de la Dauphine, Iphigénie en Aulide fut dis-\ntribuée et mise à l'étude, y eut-il de la part des interprètes et des exécutants des\nrévoltes inquiétantes. Enfin, après mille difficultés, la première eut lieu le mardi\n19 avril 1774. Sophie Arnould (Iphigénie), qui avait eu maille à partir avec le com-\npositeur en plusieurs occasions, joua, au dire de Grimm, de façon à émerveiller\nla Cour et le public.\nLarrivée (Agamemnon) manqua un peu de dignité, mais s efforça de mettre\nde l'expression dans son chant ; Legros (Achille), qui ne s était point débarrassé\nde sa gaucherie, racheta ses défauts de comédien parla beauté de son organe, et\nMl,e Duplant (Clytemnestre) fit tout au monde pour atténuer la rudesse de sa\nvoix. Quant à l'orchestre, stylé par le maître, il exécuta remarquablement la\npartition. Le corps deballetne fut pas en reste, et malgré des menaces de cabale,\nen dépit de sourdes menées, l'œuvre obtint un succès d'argent, c'est-à-dire qu'elle\nattira de nombreuses assemblées. Pour s'en rendre compte, il faut savoir qu au\ncommencement delà saison de 1774, la moyenne des recettes n'excédait jamais\n2.500 ou 3.000 livres. Or la première faisait encaisser 6.212 livres ; la se-\nconde (vendredi 22 avril), 6.030 livres ; la troisième (dimanche 24), 5.620 livres;\nla quatrième (mardi 26), 6.053 livres, et la cinquième (vendredi 29), 5*739 livres.\nCes chiffres, tirésdesarchives del'Opéra, montrentbien quela curiosité générale\nétait aiguisée. D'ailleurs, le Mercure de France (mai 1774) déclarait nettement\nceci : « Jamais le public n'a montré tant d'empressement et d'enthousiasme que\npour cet opéra qui doit faire époque dans la musique française. Monseigneur le\nDauphin etMadame la Dauphine, Monseigneur le Comte et Madame la Comtesse\nde Provence ont honoré le spectacle de leur présence àla première représenta-\ntion, et ont consacré par leurs applaudissements, réunis à ceux d une brillante\nassemblée, le mérite de cet ouvrage et les grands talens des principaux acteurs. »\nIl y avait en effet, ce soir-là, fort brillante assemblée, car on voyait, du côté de\nla loge du roi : au « crachoir », partie en retrait et en arrière de l'orchestre :\nM. le comte de Benthein ; à la « timbale » (partie centrale du rez-de-chaussée). le\nduc de Coigny, le marquis de Goulfier ; sous le balcon i le prince de Conti, àla\n« chaise de poste» (genre de baignoire grillée) : M. de Presle ; au premier rang\ndes loges : le duc de Choiseul, le duc de Nivernais, le comte de Strogonoff, la\nmarquise de Crussol, le prince d Hénin, le marquis de Boulainvilliers, la com-\ntesse de Boufflers ; au deuxième rang, dans 1 entre-colonnes : le comte d Artois,\nla duchesse de Bourbon, le maréchal de Biron, la comtesse de Beauharnais, la"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.14", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "marquise de Ségur ; au troisième rang : MM. de Marcilly. d Harvelay, d'Alligre,\nde la Vaupalière, MM. du Bureau de la Ville, Mmes de Villemonble, le\ncomte de la Marche, etc. etc. Du côté de la reine, dans labaignoire, se trouvaient\nle marquis de Louvois et le duc de Luynes ; au crachoir : M. de Chamborant ; à\nla timbale : la princesse de Soubise et le comte de Stainville ; sous le balcon : le\nduc d'Aumont ; dans la chaise de poste :M.de la Live d'Epinay et Mme la comtesse\nd'Houdetot; au premier rang: Mmes de Vaux, de F'ontenille, de Selle, de Neuf-\nbourg, MM. de Marsan, d'Argental, de la Perrière, de Praslin, de Rosambo ; au\ndeuxième rang :la duchesse de Mazarin, Mlle d'Escoussans, MM. de Bréquigny,\nd'Aiguillon, de Luxembourg, les premiers gentilshommes delà Chambre du Roi ;\nau troisième rang: les marquis de Villette et de Brancas, la princesse de\nMonaco, Mlle Duthé, Mme de Chabanois, la marquise de Brunoy, le marquis de\nMontalembert, le maréchal de Richelieu, les intendants et trésoriers des Menus\netc. etc. (i).\nLe jour même de la cinquième représentation, Louis XV tombait malade de la\npetite vérole. Les théâtres fermèrent par ordre, et ne rouvrirent que le mercredi\n15 juin, c'est-à-dire cinq semaines après la mort du roi (10 mai).\nPeu de gens se sont expliqué pourquoi la reprise d Iphigênie en Anlide ne\ncoïncida pas avec la réouverture de l'Opéra C'est que, d'une part, Orphée et\nEurydice était en pleines répétitions et que, d'autre part, Gluck s'était engagé à\napporter quelques changements à son premier ouvrage.\nDu 15 juin au 31 juillet, la quatrième remise du Carnaval du Parnasse fit retom-\nber les recettes à 3.000 livres. Aussi la direction salua-t-elle avec joie la première\nd'Orphée qui alla aux nues. On réalisa 5.498 livres. Les neuf représentations sui-\nvantes donnèrent : vendredi 5, 5.387 livres ; dimanche 7, 2.648 ;mardi 9, 3.854;\nvendredi 12, 4.886 ; dimanche 14, 1.365 ; mardi 16, 3.064 ; vendredi 19, 3.586 ;\ndimanche 21, 957 ; enfin le mardi 23, 2.458 livres. L'ouvrage fut joué 47 fois en\nmoins de trois mois et il atteignit 61 représentations jusqu'au 20 juin 1775.\nAu mois de septembre 1774 le Mercure s'exprimait ainsi, à l'égard du nouvel\nouvrage qui marquait l'apogée de la gloire de Gluck, lui créait de nouvelles ini-\nmitiés et des estimes notoires: « Elle (la musique) confirme l'idée que l'opéra\ndlphigénie avait déjà donnée du génie et du grand talent de M. le chevalier\nGluck pour peindre et pour exprimer les affections de l'âme.\n« Le récitatif employé dans cet opéra se rapproche beaucoup de celui de\nLulli, mais de son récitatif débité, déclamé et parlé comme vraisemblablement\nce musicien le faisoit exécuter, et non chanté, comme il l'a été abusivement\naprès sa mort Les morceaux de symphonie et d'accompagnement sont très bien\nlaits, quoiqu ils paraissent quelquefois chargés de beaucoup de traits et d accords\nrecheichés et contrastés, qu embarrassent souvent l'expression, d'autant plus\nsûre qu'elle est moins compliquée.\n« Les airs de danse de cet opéra sont en général plus soignés et plus variés\nque ceux d Iphigênie , il en est plusieurs d'un tour original et piquant que\nRameau lui-même eût enviés. »\nComme pour Iphigênie en Auhde, les frais nécessités par Orphée et Eurydice\ndevaient être assez élevés, car Gluck exigeait des danseurs, des symphonistes,\n\n(i)Les loges al annee rapportèrent dans la saison 1775-7613 somme de 194.432 livres (Archives\nde 1 Opéra). 1"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.15", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "des enfants supplémentaires, et ces « extraordinaires » augmentaient d'autant la\ndépense. De plus, les accessoires étaient fort coûteux. En un mois on brûlait au-\ndelà de 250 livres (environ 700 francs) d'esprit-de-vin pour les flambeaux et plus\nde 225 livres de poudre de lycopode, ainsi qu'en témoigne un état de dépense\njournalière de l'époque.\nCe n'est donc que le 10 janvier 1775 qu'[phigénie en Aulide fut reprise, après\nles changements jugés nécessaires. Il est certain que l'affluence fut plus grande\nque jamais, car alors que le Carnaval du Parnasse encaissait péniblement de 4 à\n500 livres, l'ouvrage du protégé de Marie-Antoinette réalisait entre 4 et 6.000\nlivres.\nOn peut se rendre compte approximativement de ce qu'étaient les décorations,\nd'après 1 inventaire de 1780. On y voit figurer: « Le palais d'Agamemnon dans\nIphygénie, n 52, composé de deux châssis, quatre colonnes isolées, six plafonds,\nune ferme pleine par augmentation avec une porte au milieu d'ordre ionique,\nprisé la somme de 3.200 livres.\n(( Le temple de Dianne (sic), nté 26 A. composé de quatre châssis, côté de la\nreine, dont un à doubles brisures couronné de trophées, plus un châssis oblique\net un gradin de trois marches, prisé la somme de 300 livres.\n<( La tente d'Agamemnon dans Iphigénie,\nferme au 4et quatre plafonds. Cette décoration est richement peinte en draperie\nde blocards d'or avec franges, glands et cordons d'or et différents trophées\nd'armes et meubles, prisée la somme de 2.000 livres.\n« Un autel dans Iphigénie dont les bas-reliefs sont en or, avec son marche-\npied, mé 235 B. »\nAvant de repartir pour Vienne comblé d'honneurs et de présents, Gluck eut le\ntort de céder au désir qu'exprima la direction de monter sa Cythère assiégée. Cet\nopéra comique, qu'on avait eu l'intention de donner alternativement avec Iphi-\ngénie, ne pouvait qu'être préjudiciable à sa renommée. Joué 22 fois en deux mois,\nil n'eut qu'un succès médiocre, les dix premières recettes en font foi : le mardi,\nier août, jour de la première, on encaissa 5.357 livres ;le 4, 4.634 ; le 6, 937 ;le\n8, 2.295 ; le 11, 4985 ; le 15, 849 ; le 18, 2.281 ; le 20, 617 ; le 22, 1.151, et le 25,\n1.421 livres.\nEn septembre, le Mercure esquissait une critique : « M. le chevalier Gluck,\ndisait-il, a traité trop sérieusement cet opéra comique, où il a employé toute\nla force imposante de son génie, lorsqu'il fallait y répandre les grâces aimables\nde l'esprit et du goût. Au reste, ce spectacle n'est point sans agrément. » Mais\non vantait surtout la musique du dernier divertissement, écrite par Berton.\nIl ne reste aucun document administratif bien intéressant sur cette création, à\npart un état de dépenses journalières établi parle sieurßourbon, garde-magasin,\nqui donne la physionomie des détails courants. On voit figurer des milliers\nd'épingles, des chaussures pourMlles Laguerre et Châteauneuf, des baguettes et\ndes corbeilles d'osier, des bouteilles d'essence de citron, des voitures pour por-\nter les livrets à la famille royale, à Versailles, des gants chair, du cuivre\nrouge pour attacher les cuirasses, le blanchissage de 108 aunes de vieille gaze,\netc. etc.\nLa description de deux décors vaut aussi d'être rapportée : « Le péristile du\ntemple de l'Amour dans Cythère assiégée,\ncolonnes isolées au 7 et au 8 ; un plafond au-dessus de la première ferme por-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.16", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3446, "texte": "tant fronton ; ces colonnes sont d'ordre ionique en marbre blanc : les chapiteaux,\nbases, et tous les ornemens sont en or, prisé la somme de 1.200 livres. Les\nremparts et l'enceinte de Cyterre assiégée, nté 81 A. composés, côté du Roi, de\nsix châssis à colonnes isoléees par le haut et par le bas dans lequel bas est prati-\nqué un pont-levis ; six châssis de retour pour fermer les coulisses dans deux\ndesquelles sont pratiquées des portes ; au-dessus de la ferme ou plafond est un\nhorizon faisant fond à la dite décoration sur lequel sont répétées les arcades de la\ndite ferme. Cette décoration est peinte en architecture de treillage doré et orné\nde fleurs dans les masses, prisés la somme de 3.300 livres. »\nGluck avait une revanche à prendre. La Harpe l'y convia en réclamant\nAlceste. Mais cette œuvre devait subir de nombreuses modifications avant d'être\nprésentée au public parisien, et d'ailleurs le musicien avait promis d'écrire un\nRoland et une Armide Du fait que Piccini avait été invité par l'Académie à\nécrire aussi un Roland, Gluck anéantit le sien et se rabattit sur Alceste. La mise\nau point dura de longs mois, et l'œuvre sur laquelle comptait tant l'auteur\npour imposer silence à des ennemis acharnés, ne devait pas être comprise de\nsuite. La première, donnée le mardi 23 avril 1776, fut désastreuse, en dépit des\nefforts des artistes, et particulièrement de Mlle Levasseur, protégée par le comte\nde Merci-Argenteau. Le Mercure, pourtant très bien disposé en faveur du maître,\nlança cette pointe, au mois de mai, à la suite de quelques écrits trop louangeurs :\n« Ainsi cet opéra est annoncé comme le chef-d'œuvre de M. le chevalier Gluck et\ncomme celui de toute la musique théâtrale. Nous n'avons rien à dire après un\néloge si bien prononcé. Les amateurs et les connaisseurs sont à portée d'en\njuger. » Insidieusement, l'auteur de l'article rappelait Y Alceste de Quinault. « Il\nseroit à souhaiter, ajoutait-il, que ce beau spectacle fût reproduit sur le théâtre de\n1 Opéra, et que le même sujet, traité si savamment en musique par M. le cheva-\nlier Gluck, y fût de nouveau donné par un maître digne d'entrer avec lui dans\ncette noble carrière. » C'était une invite à Piccini.\nEn dépit de 1 hésitation première, le public ne pouvait échapper à la curiosité\nqu éveillait toujours une œuvre du maître allemand. Alceste fut jouée 45 fois\ndans le courant de 1 année, et ses dix premières représentations donnèrent une\nmoyenne supérieure à 4.000 livres, ainsi que le démontrent les recettes sui-\nvantes : mardi 23 avril, 5.990 livres ; vendredi 26, 5.925 ; mardi 30,4.474;\nvendredi 3 mai, 4.708 ; mardi 7, 3*586 ; vendredi 10, 4.998 ; mardi 14, 2.870 ;\nvendredi 17, 4.716 ; dimanche 19, 1.292 ; mardi 21, 2.252 livres.\nEn ce qui concerne les décorations, 1 inventaire de 1780 signale : « L'amphi-\nthéâtre d A Iceste, nle 19, composé de 16 châssis dont quatre sont doubles à bri-\nsui es, une fei me pleine, une figure d Alcide, deux fermes à colonnes isolées, deux\nplafonds arcadés pour 1 arc de triomphe et six sphinx, prisé la somme de 1.404\nlivres.\n(( La figuie d Apollon dans Alceste rehaussée d'or sur son piédestal, ntée 163 D,\nprisée la somme de 48 livres.\n(( Une feuille de nuages représentant l'enlèvement d'Alceste, nté 138 B.\n<( L avant-cour du palais d Admette dans Alceste, nté 13, composé de quatorze\nchâssis dont six à petites brisures, deux fermes à colonnes isolées et une ferme"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.17", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "pleine au 10, un plafond au 9, vingt-deux figures isolées qui se placent au-dessus\ndes châssis, prisé la somme de 3.600 livres.\n(( La Place publique d Alceste ntee 14 B, faite en 1776, composée de quinze\nchâssis dont deux sont à brisures, deux autres châssis obliques, six figures, un\nbalcon de relief porté par deux consoles, un rideau de fond, prisé la somme de\n1.700 livres.\n«La ville de Ciros dans Alceste, ntee 115, composée d'un châssis, une ferme\npleine, un morceau de ferme et cinq petits châssis de retour, prisé la somme de\n300 livres. »\nFrappé dans ses forces vives par la mort de sa nièce Marianne, une jeune fille\nqu il chérissait, Gluck abandonna Alceste à son sort et gagna Vienne. Ce sort\nfut enviable, car de 1777 à 1780, de 1786 à 1793, de 1797 à 1817, l'Opéra eut à\nhonneur de jouer l'œuvre redemandée d'année en année.\nRentré à Paris au mois de mai 1776, le chevalier songea à la mise en scène\nd Ai mide. Ses amis n étaient pas sans crainte, car cette lois la comparaison entre\nl'œuvre nouvelle et celle de Lulli pouvait être établie au détriment de leur dieu.\nLa première, donnée le mardi 23 septembre, n'était point faite pour calmer de\ntelles appréhensions. La salle fut houleuse, et l'immédiate impression ne parut\nguère favorable. Il faut dire que des innovations malheureuses tentées dans la\ndécoration et les costumes avaient prêté à la raillerie, et que les sottes critiques\nde La Harpe devaient envenimer la lutte entre deux camps où le parti pris domi-\nnait le bon sens. Ajoutons que le choix de Rosalie Levasseur était regrettable.\nCette femme au minois chiffonné, aux yeux vifs, luisants, toujours en quête\ndun regaid passionné, cette chanteuse à qui Sophie reprochait des manières\n« peuple », ne pouvait évoquer la figure d'une reine imposante. Malgré un violent\ncourant d'opposition, Armide allait triompher par sa valeur propre. Cet ouvrage,\ndans lequel Gluck, de son intime aveu, se montra « plus peintre et plus poète\nque musicien », fît quelques belles recettes, au début. Les dix premières repré-\nsentations donnèrent un total de 48.734 livres (environ 146.000 fr. de notre\nmonnaie actuelle) ainsi décomposé : 23 septembre, 5.622 livres; vendredi 26,\n5.391 ; mardi 30, 4.947 ; vendredi 3 octobre, 5.409 ; mardi 7, 4.598 ; vendredi 10,\n4.843; mardi 14, 4.336; dimanche 16 novembre, 5.665 ; mardi 18, 3.080;\nvendredi 21, 4.843 livres.\nLe Mercure fît remarquer tout d'abord que Lulli avait traité le plus heureuse-\nment ce sujet en chants voluptueux et en belle déclamation. Puis il ajoutait :\n« M. le chevalier Gluck a suivi tout un autre plan. Il nous a fait entendre une\nmusique dramatique, où il s'est montré tel que dans ses Opéra A Orphée, Alphi-\ngéuie et AAlceste ; c'est la même énergie de style, le même art dans la distribu-\ntion des instrumens, la même science d'harmonie. Mais les situations de l'Opéra\nd Armide n'étant ni aussi favorables à son génie, ni à la déclamation théâtrale\nque dans ses autres Opéra, il a paru produire des sensations moins vives et\nmoins fortes. Son génie trop vigoureux n'a pu se plier à ces nouvelles inflexions\nde la tendresse, à ces douces langueurs de la volupté, à ces soupirs des amans\nQue Lully réchauffa des sons de sa musique. »\nSur cet ouvrage les documents sont rares en ce qui regarde la mise en scène et"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.18", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "les décorations. L'inventaire de 1780 signale simplement ceci : «Le désert du\n3e acte d'Annide,nté 74, composé sçavoir de dix châssis dont huit à brisures, un\nterrein en deux parties, une ferme pleine, huit plafonds peints en ciel foncé,\nntés 46, et deux autres grands châssis à brisures peints en rochers et cyprès,\nplacés au 3 et au 5, côté de la reine, prisé la somme de 2.700 livres.\n«Le Palais bleu d'Armide, nté 24, composé de 14 châssis dont deux à brisures,\nune ferme pleine avec porte au milieu, une autre ferme arcadée, deux morceaux\nde ferme pleine faisant fond, et huit plafonds, prisé la somme de 1.250 livres. »\nLorsque Gluck revint à Paris, en septembre 1778, dans l'espoir de s'y établir\ndéfinitivement, il apportait la partition Iphigénie en Tauride complètement ter-\nminée. Les répétitions furent très suivies et chacun y apporta un zèle inaccou-\ntumé. Mais Rosalie Levasseur tomba malade ; il fallut retarder la première, qui\neut lieu le mardi 18 mai 1779. Cette fois le triomphe fut immédiat, malgré l'allure\nsévère de l'ouvrage.\n« Je ne sais si c'est là du chant, disait Grimm, mais peut-être est-ce beaucoup\nmieux. Quand j'entends Iphigénie, j'oublie que je suis à 1 Opéra ; je crois enten-\ndre une tragédie grecque dont Lekain et Mlle Clairon auraient fait la musique. »\nEt en juin, le Mercure constate qu'en dépit des chaleurs excessives on a con-\ntinué les représentations d'lphigénie « avec une affluence extraordinaire », avec\nun succès toujours croissant.\nLe relevé des recettes prouve, en effet, que le triomphe était sans précédent, si\nl'on tient compte surtout d'une température excessive.\nAla première (18 mai), on encaissa 5.757 livres ;le 21 (2e), 5.343 ;le 25 (3e),\n3.989 ;le 28 (4e), 4,672 ;le ier juin (5e;, 4.906 ;le 4 (6e), 5.142 ;le 8 (7e;, 4 917 ;\nle 11 (8e), 5.213 ;le 15 (9e), 4.298 ;le 18 (10e), 4.813 livres.\nOn ne dut pas faire de très grands frais, car l'inventaire de 1780 ne contient\nque ces deux courts articles : «Les deux statues de Dianne dans Iphigénie en\nTauride et leurs deux piédestaux, le tout en voliges peint en marbre, prisées la\nsomme de 72 livres.\n« Le lit d'Oreste servant dans Iphigénie en Tauride, représentant un tombeau\nruiné, et le gradin pour les Uménides en pierres ruinées, de trois dégradations,\nprisé la somme de 120 livres. »\nAprès de longues controverses et de véritables scandales de presse, Iphigénie\nen Tauride vivait toujours, mais Gluck songeait à donner un autre ouvrage à\nl'Opéra, pour en éloigner Piccini. Les pourparlers avec la direction furent assez\ndifficiles. Le compositeur exigeait 20.000 livres pour Echo et Narcisse, il\nvenait d'en toucher 12.000 pour Iphigénie en Tauride, —et Devismes ne lui en\naccordait que 10.000. Enfin l'entente fut faite à l'amiable et les répétitions com-\nmencèrent bientôt.\nMais cette fois Gluck s'était trompé du tout au tout en s'attaquant à un sujet\nqui n'était guère capable de l'inspirer. Le soir de la première (vendredi 24 sep-\ntembre), 1 accueil fut d une froideur désespérante. A la deuxième, l'auteur songea\nà apporter quelques changements à son ouvrage « A l'instant où nous écrivons\ncet article, disait le Mercure du 2 octobre, M. Gluck s'occupe des changements\nque la première représentation de cet ouvrage lui a fait juger nécessaires. Nous"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.19", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "attendrons donc, pour entrer dans quelques détails, que ces changements aient\neu lieu, et que le public en ait jugé. »\nLes changements faits, « il n en résulta rien d'avantageux pour l'ouvrage, en le\nregardant simplement comme composition musicale. S'il ne peut rien ôter à la\nréputation de M. Gluck, il ne doit rien y ajouter, » avouait le Mercure.\nLes recettes fournissent bien la physionomie de la chute. La première (24 sept.)\nproduisit 4 931 livres; la seconde (28), 2.496 ;la 3e (ier oct.), 3.046 ;la 4e (5),\n1.863 ; la 5e (8), 1.829 ; la 6e (12), 1.650 ; la 7e (17), 1.482 ;la 8e (24), 1.483 ;\nla 9e (2 nov.), 1.151 ; la ioe(2B déc.), 3.525 livres.\nLa mise en scène d'Echo et Narcisse avait été cependant exceptionnelle, ainsi\nque le démontre une description de la décoration principale, très compli-\nquée :\n«La campagne d Echo et Narcisse, composée de onze châssis côté de la\nReine, un grand arbre isolé au 3 du même côté ; côté du Roi, sept châssis,\nsça voir un au 2, un au 3 et un au 5 ; un châssis oblique du 3 au 5. Sous ce châssis\nune colonne rustique ; au 5, un châssis à triple brisure ; au 6, un châssis en demi-\nferme isolée ; au 7, le temple avec une colonne isolée, châssis fermant la porte,\net ferme du fond représentant l'intérieur du temple au 8 ; un grand terrein au 9\nà brisures, traversant le théâtre ; un autre terrein du 8 au 7 posé obliquement ;\nun autre bout de terrein au 6 côté de la reine, allant jusqu'au milieu du théâtre;\nen devant des ponts les plus hauts cinq parties de terrein dont deux portant des\narbres isolés allant du 2 au 9 ; les terreins du premier plan en devant joignant la\nfontaine en quatre morceaux ; un petit terrein au 5, côté du Roi, masquant une\nchute d eau ; un groupe de deux arbres isolés au 6; un arbre isolé au 9; un autre\ngroupe de deux arbres isolés au 10 ;un autre au 11 ; trois châssis formant l'in-\ntérieur et la devanture de la fontaine ; deux figures de l'Amour, côté du Roi, sur\nleurs piédestaux et un autel antique ; pour former la chute d'eau de la fontaine,\nun tambour à claire-voie de sept pieds de long, deux pieds trois pouces de\ndiamètres. Trois Roues de voliges de quatre pieds de diamettre, le bâtis du cylin-\ndre et des dites roues, une nappe d eau préparée pour la d. fontaine, quarante-\nquatre tréteaux plats de six pieds de haut réduits, dix-neuf contre-fiches qui en\ndépendent. Tous les ponts de la d. campagne produisent ensemble treize toises\net demie de long sur trois pieds de large ; un escalier en plats-bord de seize\nmarches placé au 7, côté de la reine; six montants de chevrons de dix pieds de\nlong sous les fermes du 5, du 6 et du 7. Un escalier oblique entre les 3 et le 4,\ncôté de la reine, de neuf marches, quatre petits marchepieds, sous de vieux\nescaliers de chacun trois pieds de long sur huit pouces de haut, onze plafonds et\nun rideau, prisé la d. décoration et ses dépendances la somme de 6.500 livres. »\nL'insuccès de cet ouvrage porta un rude coup à l'auteur. Il en fit une mala-\ndieet il ne fallut rien moins que sa nomination de maître de musique des enfants\nde France pour l'empêcher de rompre avec éclat. C'est en promettant de revenir\nqu'il quitta Paris ; mais en août 1780 il n'était pas de retour. On imagina de\nvouloir reprendre alors Echo et Narcisse pour l'amadouer. Aidé du bailli du\nRoullet, le baron de Tschudy modifia de nouveau son poème Le bailli alla\nmême jusqu'à vouloir changer les mouvements de 1 orchestre, à l'encontre des\nidées de Francœur qui s'en plaignit à Gluck, mais en vain.\nUn curieux document inédit révèle les intentions neuves qui devaient\nassurer un triomphe, car, y est-il dit, « la musique de cet ouvrage paraîtra,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.20", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "comme elle l'est, ce qu'a fait de mieux et de plus neuf M. Gluck, si elle est\nexécutée dans l'esprit et le genre qui lui convient. »\nVoici quelques-unes des recommandations les plus typiques extraites du\n« Programme pour la mise d'Echo » :\n((Acte ler,Ier, scène ire. —Cette scène telle quelle étoit. On observera seule-\nment qu'il faut supprimer dans le ballet la course de Mne Heynel et de M. Gardel\nqui faisait un très mauvais effet. M. Gluck le lecommande expressément et\ndemande que cet air soit dansé en contraste entre les Nymphes et les Sylvains,\nMlle Heynel et M. Gardel à leur tête.\n<( Scène 3e. Toute cette scène nouvelle doit être dite avec chaleur et jouée\navec intérêt. La lenteur lui serait pernicieuse ; il faut que les acteurs ayent\nattention à bien phraser et que le récitatif soit rapide et déclamé : c'est ce que\nrecommande M. Gluck.\n« On observera que l'air Hélas !je nay pour moy etc. doit être chanté avec\nnaïveté et simplicité, mais point trop haut, et surtout qu'il soit déclamé. La fin\nde la scène doit être très vive de la part d'Echo.\n« Acte 11, scène4e. Cette scène reste telle qu'elle étoit II faut recommander à\nM. Lainez de ne pas forcer sa voix dans cet air, non plus que dans la scène de\nla fontaine au ler acte. »\nLa chaconne du 5e acte A Armide devait faire partie du divertissement.\n(( On espère que MxM. de la Danse ne se refuseront pas de compléter cet\nouvrage en remplissant le divertissement tel que M. Gluk l'a fait et le désire.\nIl est même nécessaire qu'ils s'y prêtent ; cet ouvrage retouché ainsi deviendra\nun grand ouvrage par sa consistance ; il faut que le divertissement en soit noble\net soigné. »\nTant de précautions ne relevèrent pas Echo et Narcisse. La reprise atteignit\ndifficilement une vingtaine de représentations.\nLa vie musicale de Gluck était terminée à Paris. En moins de cinq ans, le\nmaître allemand avait gravi les plus hauts sommets de la gloire, et il allait faire\nplace à 1 école italienne des Piccini et des Salieri. Quelques années encore\npassées à Vienne, et le chef incontesté du drame lyrique, dans la deuxième moitié\ndu xvme siècle, allait mourir victime de sa passion pour l'alcool et les vins géné-\nreux.\n\nMARTIAL TENEO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c022", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "116", "page_fin": "123", "image_debut": 20, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.3", "titre_corps": "Correspondance.", "titre_sommaire": "Correspondance.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.20", "debut_caractere": 2212, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "Correspondance.\n\nI. — Le cahier des charges de nos théâtres lyriques et les\npièces « nouvelles. »\nAsnières, 6 février 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR de la Revue musicale,\nToute la presse a favorablement accueilli la proposition que j'ai d'abord for-\nmulée ici, et qui tend à faire supprimer l'article du cahier des charges de l'Opéra"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.21", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "et de l'Opéra-Lomique : qu'un ouvrage joué en province ne peut être compté comme\nœuvre nouvelle à Paris.\nComœdia, qui s'intéresse aux causes justes, a bien voulu hospitaliser celle-là,\net après que vous l'avez exposée dans la Revue musicale, M. Méaly l'a reprise\net développée dans Comœdia. Je profite de cette occasion pour lui exprimer\nici toute ma gratitude. Notre réclamation a donné lieu à une campagne qui a\ndes proportions inespérées. Le Temps, le Figaro, le journal, l Intransigeant, le\nGil Blas, la Liberté, le Radical et le Petit Parisien, vingt autres journaux, ont\nreproduit ou commenté avec éloge notre initiative. M. Henry Maret, dans le\nJournal, a consacré à cettequestion, en premièrepage, une spirituelle et mordante\nchronique. M. Edmond Le Page, le subtil critique musical du Soleil, a publié\ndans la Liberté un article qui donna lieu à un petit débat entre M. Th. Dubois et\nle signataire de ces lignes, débat très courtois d'ailleurs. La province elle-même\ns'est émue ; la Petite Gironde lui consacre en première page un article impor-\ntant et le Tout-Elégant approuve notre juste demande.\nVoici quelques-unes des lettres qui nous ont été adressées. M. Paladilhe,\nmembre de 1 Institut, hauteur de l'admirable Patrie et de tant de chefs-d'œuvre\nde mélodie, est très catégorique :\nParis, 8 février 1908.\nMONSIEUR,\nJe m'associe pleinement à i'idée d'une réforme, d'une adjonction à faire\nau cahier des charges de nos scènes lyriques subventionnées, et la formule\nindiquée par M. Jules Combarieu : « Toute œuvre d'un compositeur français,\njouée plus de six fois... etc., etc., » me paraît excellente.\nE. PALADILHE.\nM. G. Marty, qui, comme grand compositeur et comme directeur de la So-\nciété des concerts du Conservatoire, a une exceptionnelle autorité, se prononce\naussi nettement :\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nEntièrement de lavis de mes éminents collègues et amis Paladilhe, A. Bru-\nneau et Ropart\\ au sujet des œuvres nouvelles représentées en province et à\nVétranger et que nous voudrions voir qualifiées telles à leur apparition sur nos\nscènes parisiennes. Je souhaite aussi de voir exaucer le vœu que forme Ropart\\\nau sujet des œuvres de concert.\nVeuille\\ agréer, etc.\nG. MARTY.\nLettre de M. Edmond Missa (i) :\nMONSIEUR,\nJ'ai suivi avec beaucoup d'intérêt la campagne que M. Adalbert Mercier\npoursuit dans votre journal. Cette causeme parait très légitime et j'y applaudis\ntrès chaleureusement. Àw/ doute que Monsieur le Ministre des Beaux-Arts ne\n\n(1) Auteur de Muguette, représentée à l'Opera-Comique."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.22", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "soit favorable à ce vœu si sincèrement exprimé et qui touche de si près\ntous mes confrères.\nN'est-ce pas une cause juste entre toutes ?\nVeuillez agréer, etc.\nEdmond M ISS A.\nLettre de M. Henry Février avec une réserve (sur un détail qui peut être mo-\ndifié) :\nMONSIEUR,\nIl m'est assurément difficile de prendre parti à propos des ouvrages joués en\nprovince et non comptés comme œuvres nouvelles à Paris, puisque j ai débuté\nd'emblée en igoô à VOpéra-Comique, grâce au bienveillant accueil téservé\npar M. Albert Carré à mon ouvrage le Roi aveugle.\nCependant, je suis tout à fait de l'avis de mon camarade Adalbert Mercier\npour F abrogation de cet injuste article du cahier des charges des théâtres sub-\nventionnés.\nJe ne crois pas toutefois que le nombre de six représentations en province,\nimposé comme condition essentielle â la représentation d un ouvrage à Paris,\nsoit judicieux, car il est indéniable que la valeur artistique d une pièce de\nthéâtre n'est nullement proportionnelle au nombre de fois quelle a été repré-\nsentée.\nVeuille\\ agréer, etc.\nHenr*r FÉ VRIER.\nLettre de M. Gabriel Marie, le chef d'orchestre et compositeur de musique si\nestimé :\nMONSIEUR LE RÉDACTEUR,\nVous ave\\ mille fois raison de mener le combat pour que les œuvres créées en\nprovince ne trouvent plus portes closes aux théâtres subventionnés. Si cette\ncampagne échouait, ce serait à renoncer à toute tentative de décentralisation.\nMais vous deve\\ aboutir, car vous ave\\ pour vous le bon sens et l'équité.\nVous ave\\ mieux encore : le précédent ! — En effet, Samson, de Saint-Saëns,\nna-t-il pas vu le jour à Rouen avant de venir à Paris, et n'a-t-il pas été repré-\nsenté à l'Éden avant de passer au répertoire de VOpéra ?\nAlors... ? — Et puis, avec le temps, il y a tant de choses qui deviennent\npossibles !\nAinsi je me rappelle une époque pas très lointaine où nous avons reculé,\nAirne la comtesse Greffulhe et moi, devant cette chose formidable de de-\nmander la salle des concerts du Conservatoire pour l'exécution d'une grande\nœuvre classique. Et pourtant, maintenant, on y entend un quatuor ///\nJe vous souhaite bonne chance en vous priant d'agréer mes meilleurs senti-\nments.\nGabriel MARIE.\nPermettez-moi, Monsieur le Directeur, de vous citer encore les passages\nles plus saillants d'autres lettres qui, par l'autorité de leurs auteurs, apporteront,\nj'en suis certain, un appoint décisif au triomphe de notre cause."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.23", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3350, "texte": "M. Bruneau écrit : « Si la reforme en question doit faciliter les débuts de\nnos jeunes musiciens, qu on la fasse au plus vite ! »\nM. Ch. Widor, professeur au Conservatoire : « Si les œuvres créées enprovince\nsont remarquables, le cahier des charges a évidemment tort ; si elles sont mau-\nvaises, personne n'aura envie de les monter : donc l'article est inutile. Alors\npourquoi cet article ? »\nLa lettre de M. Emile Pessard, professeur au Conservatoire, est du plus haut\nintérêt : « Je suis d'avis que cet article ne doit pas être modifié ; il faut qu'il\nsoit supprimé, comme portant un grave préjudice à l'art musical, aux auteurs\net aux compositeurs français. Comment peut-on admettre qu'un ouvrage, con-\nsidéré comme inédit s'il a été joué en Allemagne ou en Belgique, ne le soit plus\nsi on l'a représenté en province, à Toulouse ou à Rouen, et que, sous le prétexte\nque Saint-Saëns a fait jouer jadis Etienne Marcel à Lyon, les directeurs de nos\ngrandes scènes subventionnées se soient trouvés dans l'impossibilité de faire\nconnaître cet opéra aux Parisiens ?\nAu moment ou l'administration des Beaux-Arts alloue des primes de décen-\ntralisation aux directeurs des théâtres de province qui montent des œuvres\nlyriques d'un compositeur fr ançais, l'abrogation de cet article inique s'impose.\nDu reste, le cahier des charges dans lequel il figure (et qui ne paraît pas\navoir été rédigé avec la collaborations de musiciens) n'est plus en rapport avec\nla production moderne. Il faudra le remanier complètement... »\nEnfin je vous citerai pour terminer la lettre de M. Henri Cain, le librettiste\nbien connu : « Mais c'est notre devoir absolu de demander l'abrogation d'un\narticle qui empêche nos scènes subventionnées de pouvoir monter comme nou-\nvelle une œuvre intéressante si elle a été représentée en province I Quand les\nauteurs pourront espérer revenir à Paris avec leurs partitions, ils seront tout\nheureux de confier leurs ouvrages à nos directeurs de province, qui comptent\ntant d'artistes de haute valeur. Pour la décentralisation musicale, ce sera un\nbienfait, et soye\\ certain que nos directeurs parisiens iront volontiers écouter\nune œuvre curieuse, quand ils ne seront plus ligotés par une clause surannée de\nleur cahier des charges. Oui, faisons tout ce qui sera possible pour être utile\nà la cause sacrée de tint d'artistes intéressants, et tentons un sérieux effort\npour leur retirer les grosses pierres d'une route qui reste encore si rude à\nparcourir ! »\nN'est-ce pas là un solide faisceau d'arguments et d'approbations en faveur\ndu but que nous poursuivons? Après de semblables témoignages, nous pouvons\nespérer que M. le ministre des beaux-arts s'intéressera à cette cause juste et\nlégitime, et qu'il apportera la solution que tous mes confrères et moi nous\nattendons si impatiemment.\nRecevez, Monsieur le Directeur, etc.\nAdalbert MERCIER.\nLes lettres que M. Adalbert Mercier nous a communiquées sont si nombreuses\nque nous avons dû nous borner à publier un choix, une simple anthologie.\nMais le succès est incontestable : les adhésions sont très nombreuses, très nettes,\nsignées de noms qui font autorité. Il nous semble que l'Administration des Beaux-\nArts, toujours si prudente (et avec grande raison !), peut examiner une question\nqui paraît mûre, et accueillir un vœu qui donnerait satisfaction à tous les jeunes"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.24", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "compositeurs. Deux principes (si bien dégagés par M. Henry Maret dans sa\nspirituelle chronique) soutiennent la proposition dont nous avons pris l'initia-\ntive dans la Revue musicale : i° il est bon qu'avant d'aborder une de nos scènes\nofficielles, les compositeurs aient fait leurs preuves sur un des grands théâtres\nde la province, laquelle n'est pas seulement l'antichambre de Paris, mais doit\nbénéficier de toutes les mesures pouvant favoriser la décentralisation ; 2° une\nœuvre a beau avoir été jouée à Rouen, à Nantes ou à Toulouse, si elle est\nreprise par un directeur de Paris, elle devient, en fait, une « nouveauté » par\nsuitedes ressources toutes spéciales qu'ont les directeurs parisiensetdes dépenses\nqu'ils s'imposent.\nEt maintenant un simple mot à l'adresse de ceux qui n ont pas compris. Il y en\na toujours quelques uns. Nous n'avons pas demandé qu'un opéra joué un certain\nnombre de fois surun théâtre sérieux de province dût nécessairement être monté\npar l'Opéra-Comique ou l'Opéra ; nous avons demandé qu'il pût l'être, et\ncompter administrativement parmi les « nouveautés » que chaque directeur\nsubventionné est tenu de produire tous les ans.\nJ. COMBARIEU.\nII. Le piano symétrique.\nAu sujet de la lettre de M. Courau, ancien élève de l Ecole polytechnique, que nous avons\npubliée dans notre dernier numéro, nous recevons la lettre suivante (signature illisible) :\nVersailles, le 4 février 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR DE LA Revue musicale,\nRésumé de la question. — Un de vos correspondants, avec le très louable désir\nde faciliter 1 étude du piano aux débutants, propose un clavier où les 12 demi-tons\nseraient actionnés par des touches égales et placées dans le même plan. Ces\ntouches pourraient être blanches, ou avoir la tonique, la sous-dominante et la\ndominante teintées de bleu ou noir, ou enfin être alternativement bleues et\nblanches. Enfin une bande de toile reproduisant les divisions des touches avec\nles teintes pourrait s'adapter au piano à touches blanches. Cette toile pourrait\ncourir le long des claviers, au moyen d'un système mécanique quelconque, de\nmanière que la touche qui correspond à Y ut pourrait à volonté se placer devant\nun des 12 demi-tons de la gamme.\nIl n y aurait donc qu à apprendre la technique de la gamme d'«/, ainsi que la\nlecture de la musique écrite sans accidents à la clef, la transposition se faisant\nmécaniquement par le clavier. Vous demandez à vos lecteurs si des objections\npeuvent s élever contre le piano symétrique ; je me permets de vous envoyer\ncelles que m a suggérées la proposition de votre honorable correspondant.\nOpportunité du perfectionnement. — Avant de discuter le projet en détail, il me\nsemble nécessaire d'en discuter l'esprit. M. Courau désire faciliter l'étude du\npiano aux débutants ; c est donc qu il pense, avec raison je crois, que le piano\n« symétrique» devra être délaissé à un moment quelconque pour le vulgaire\npiano des Liszt, des Pugno, des Blanche Selva, Roger Miclos, le piano de\ntout le monde enfin.\nDans ces conditions, la simplification deviendrait une complication, et les diffi-\ncultés du terrible clavier ordinaire se dresseraient les mêmes pour l'élève, sinon\naugmentées par 1 éducation déjà acquise sur le clavier symétrique. Il n'y aurait"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.25", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "donc qu'un instrument nouveau dont la technique serait très différente de celle\ndu piano —J'avoue ne pas très bien saisir ce que M. Courau entend par\nla technique du ton d'ut. Un morceau écrit en ut peut contenir des doubles\ndièses, des bémols et doubles bémols, des passages enharmoniques, et cepen-\ndant rester en ut. Faudra-t-il, toujours dans l'espoir de simplifier, à chaque mo-\ndulation passagère, tirer le bouton de commande de toile teintée ? Dans ce cas,\nl'aide d'un auxiliaire pourrait être nécessaire, sans compter qu'il sera très diffi-\ncile à un débutant de déterminer avec précision l'endroit précis des modulations\net retours au ton. Il sera donc de toute nécessité d'avoir une musique spéciale-\nment réduite pour le piano symétrique ; mais alors que deviendront les œuvres\nles plus belles à la lecture ? Je crains qu'elles ne soient un contresens harmo-\nnique perpétuel, et qu'elles ne faussent le jugement de l'élève.\nLa conception du piano symétrique correspond à une conception musicale dif-\nférente de la nôtre Elle envisage la gamme comme formée de demi-tons égaux,\ndont le type est réalisé dans la gamme chromatique tempérée. Ainsi il n'y aurait\nplus qu'une seule gamme, la gamme chromatique, dont les variantes seraient\nsimplement des transpositions. Nous admettons encore maintenant le mode\nmajeur et le mode mineur ; je ne crois pas qu'en disant que la musique moderne\nest devenue chromatique, on veuille dire qu'on a fait table rase de nos concep-\ntions harmoniques ; je crois plutôt qu'on a voulu dire que tous les demi-tons,\ndièses ou bémols, voire les doubles dièses et doubles bémols, peuvent avoir\nun lien logique de parenté avec la tonique d'ut par exemple L'intérêt de nos\ngammes vient de la place des demi-tons diatoniques. Il serait trop long de dis-\ncuter cette question ; mais notons en passant que, bien loin de répudier le\ndemi-ton diatonique, les compositeurs modernes ont encore élargi notre\ndomaine musical en faisant appel aux modes grecs.\nLe clavier actuel est logique. C'est pour en arriver à conclure que le clavier\ndu vulgaire piano est logique, et qu'il correspond à notre gamme type qui\nest la gamme d'ut.\nRien n'est plus facile que d'exécuter cette gamme avec l'ancien clavier (la\nposition du do étant facile à connaître) ; il suffit d'abaisser successivement les\ntouches qui correspondent à l'écartement d'une main de moyenne taille. Que se\npassera-t-il sur le clavier symétrique ? Un simple graphique permettra d'en juger.\nDifficulté cCexécution sur le piano symétrique. L'exécutant devra sauter une\ntouche du do au ré, etc., tandis que du mi au fa et du si au do, il devra abaisser\ndeux touches voisines. Outre l'écartement des doigts pour faire entendre six\nnotes de cette modeste gamme d ut, écartement qui produira une fatigue assez\ngrande, il y aura dans l'exécution en vélocité de cette modeste gamme bien\ndes chances de toucher les touches voisines et « d'accrocher »...\nDe plus, remarquons que l'octave se trouve la 13e note de la suite des sons,\net qu'en teintant une note sur deux on arrivera à cette incohérence d'avoir deux\nnotes de même nom, à distance d'octave, de couleurs différentes.\nPar ces raisons : obligation pour effectuer le mouvement le plus simple de\nseconde majeure, de faire un steeple-chase continuel, et pour les demi-tons dia-\ntoniques d'abaisser deux touches voisines ; fatigue résultant de l écartement des"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.26", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3724, "texte": "doigts; production probable comme exercices de tortillages chromatiques qui\ntueront le sens de la tonalité ; alternance non justifiée des couleurs; nous\nne croyons pas que le clavier symétrique facilite le travail pour les débutants.\nLe clavier symétrique ne convient pas aux virtuoses. Le clavier symétrique\nsera-t-il le clavier des virtuoses, le clavier de l'avenir ? Nous ne le pensons pas\ndavantage. L'allongement du clavier ne permettant plus même d octavier,\ncomment exécuter du C. Franck, du Liszt, du Weber ? La diminution des touches\nsera elle-même un obstacle à l'attaque du son. Comment les doigts pourront-ils\nvibrer et se prélasser sur des objets aussi petits sans frôler les touches voisines }\nEvidemment les touches noires actuelles sont quelquefois bien gênantes.\nMais elles servent à bien des choses, quand ce ne serait que de points de repère\nbien fixes. On a toujours besoin dans les passages difficiles de jeter un rapide\ncoup d'oeil sur le clavier. Ces repères sont impossibles avec le clavier zébré,\nprésentant tantôt un do bleu, tantôt un do blanc.\nDiscussion du principe de transposition. Examinons la conception d écrire\ntoute la musique en do et son relatif mineur. Nous avons effleuré ce sujet, et\nnous avons dit que les partitions deviendraient un non-sens harmonique. Déve-\nlopper ce sujet nous entraînerait trop loin. Disons tout de suite que cette propo-\nsition nous paraît antimusicale. Si le clavier devait posséder tous les avantages\nrêvés, cette seule condition le ferait rejeter. Il est vrai que cette condition peut être\nindépendante delà facture du clavier, et qu'on pourrait grâces soient rendues\nau ciel! —lire dans leur intégrité l'œuvre des maîtres, qu'on pourrait se repaître\ndes couleurs apportées par les modulations. Mais j'avoue que l ancien clavier\nsuffit. Je ne puis assez m élever contre cette idée qui serait la mort du sens musical.\nQuoi ! on a le rare bonheur d'avoir un instrument qui résonne comme c est écrit\ndans les partitions, et qui metd'accord l'œil et l'oreille, et l'on veut en faire un\ninstrument transpositeur ! On veut revenir à une chose aussi barbare que la sol-\nmisation et donner le même nom à des quantités de sons 1 Et il s'agit d'offrir ce\ncadeau à des débutants qui ont à se former l'oreille et le jugement !\nQu on n'objecte pas qu avec le tempérament il en est de même. Si au point de\nvue mathématique, la b donne autant de vibrations que sol # ( i ), pour le mucisien\nil n en est pas de même, et suivant leur fonction ces notes sonnent différemment.\nM. Courau, en voulant faciliterl'usage du piano, n'a en vue que les croque-notes\ndont 1 ambition est de jouer le plus vite possible un petit morceau. Que ceux-là\nachètent un piano mécanique! Pour les autres, que l'amour de la musique tyran-\nnise qu ils prennent patience, et qu'ils aient du courage. Il y a de par le monde\nencore pas mal de gens capables d interpréter très bien la musique écrite, et\njamais le piano vulgaire ne trahit les virtuoses (je n'en dirai pas autant pour les\ncompositeurs). On arrive donc par le travail. L'art est long et difficile, dit je\nne sais plus qui, mais cette lenteur des débuts est un bien. Qui veut bâtir une\nmaison solide fait de puissantes fondations. Que de choses à assimiler pour le\nmusicien, qui ne peuvent 1 être qu avec le temps ! Education de l'œil et de\n1 oreille, mécanisme de l'instrument, compréhension de l'harmonie et de la\n\n( i C est probablement le contraire que veut dire notre honorable correspondant. Nous ne\nsaurions trop recommander à ceux qui nous écrivent d'être très lisibles, surtout dans leur signa-\nture (à moins qu'ils ne veuillent garder l'anonyme, comme beaucoup des éminents collaborateurs\nde la Revue musicale)."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.27", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 636, "texte": "composition, et enfin les petites ficelles du métier, — et puis les recherches per-\nsonnelles.\nExcusez, Monsieur, cette lettre beaucoup trop longue, mais peut-être trop\ncourte pour épuiser les sujets que la révolution proposée suggère J'espère me\ntrouver en conformité d'idées avec des personnalités plus autorisées que la\nmienne et vous prie de croire à mes sentiments de considération très distinguée.\nT.\nlII* L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro une importante\ncommunication de M. Adophe Boschot, lauréat de l lnstitut, contenant des documents inédits sur\nBerlioz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c023", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "116", "page_fin": "123", "image_debut": 20, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.3.1", "titre_corps": "Asnières, 6 février 1908.", "titre_sommaire": "Asnières, 6 février 1908.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.20", "debut_caractere": 2229, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "I. — Le cahier des charges de nos théâtres lyriques et les\npièces « nouvelles. »\nAsnières, 6 février 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR de la Revue musicale,\nToute la presse a favorablement accueilli la proposition que j'ai d'abord for-\nmulée ici, et qui tend à faire supprimer l'article du cahier des charges de l'Opéra"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.21", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "et de l'Opéra-Lomique : qu'un ouvrage joué en province ne peut être compté comme\nœuvre nouvelle à Paris.\nComœdia, qui s'intéresse aux causes justes, a bien voulu hospitaliser celle-là,\net après que vous l'avez exposée dans la Revue musicale, M. Méaly l'a reprise\net développée dans Comœdia. Je profite de cette occasion pour lui exprimer\nici toute ma gratitude. Notre réclamation a donné lieu à une campagne qui a\ndes proportions inespérées. Le Temps, le Figaro, le journal, l Intransigeant, le\nGil Blas, la Liberté, le Radical et le Petit Parisien, vingt autres journaux, ont\nreproduit ou commenté avec éloge notre initiative. M. Henry Maret, dans le\nJournal, a consacré à cettequestion, en premièrepage, une spirituelle et mordante\nchronique. M. Edmond Le Page, le subtil critique musical du Soleil, a publié\ndans la Liberté un article qui donna lieu à un petit débat entre M. Th. Dubois et\nle signataire de ces lignes, débat très courtois d'ailleurs. La province elle-même\ns'est émue ; la Petite Gironde lui consacre en première page un article impor-\ntant et le Tout-Elégant approuve notre juste demande.\nVoici quelques-unes des lettres qui nous ont été adressées. M. Paladilhe,\nmembre de 1 Institut, hauteur de l'admirable Patrie et de tant de chefs-d'œuvre\nde mélodie, est très catégorique :\nParis, 8 février 1908.\nMONSIEUR,\nJe m'associe pleinement à i'idée d'une réforme, d'une adjonction à faire\nau cahier des charges de nos scènes lyriques subventionnées, et la formule\nindiquée par M. Jules Combarieu : « Toute œuvre d'un compositeur français,\njouée plus de six fois... etc., etc., » me paraît excellente.\nE. PALADILHE.\nM. G. Marty, qui, comme grand compositeur et comme directeur de la So-\nciété des concerts du Conservatoire, a une exceptionnelle autorité, se prononce\naussi nettement :\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nEntièrement de lavis de mes éminents collègues et amis Paladilhe, A. Bru-\nneau et Ropart\\ au sujet des œuvres nouvelles représentées en province et à\nVétranger et que nous voudrions voir qualifiées telles à leur apparition sur nos\nscènes parisiennes. Je souhaite aussi de voir exaucer le vœu que forme Ropart\\\nau sujet des œuvres de concert.\nVeuille\\ agréer, etc.\nG. MARTY.\nLettre de M. Edmond Missa (i) :\nMONSIEUR,\nJ'ai suivi avec beaucoup d'intérêt la campagne que M. Adalbert Mercier\npoursuit dans votre journal. Cette causeme parait très légitime et j'y applaudis\ntrès chaleureusement. Àw/ doute que Monsieur le Ministre des Beaux-Arts ne\n\n(1) Auteur de Muguette, représentée à l'Opera-Comique."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.22", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2415, "texte": "soit favorable à ce vœu si sincèrement exprimé et qui touche de si près\ntous mes confrères.\nN'est-ce pas une cause juste entre toutes ?\nVeuillez agréer, etc.\nEdmond M ISS A.\nLettre de M. Henry Février avec une réserve (sur un détail qui peut être mo-\ndifié) :\nMONSIEUR,\nIl m'est assurément difficile de prendre parti à propos des ouvrages joués en\nprovince et non comptés comme œuvres nouvelles à Paris, puisque j ai débuté\nd'emblée en igoô à VOpéra-Comique, grâce au bienveillant accueil téservé\npar M. Albert Carré à mon ouvrage le Roi aveugle.\nCependant, je suis tout à fait de l'avis de mon camarade Adalbert Mercier\npour F abrogation de cet injuste article du cahier des charges des théâtres sub-\nventionnés.\nJe ne crois pas toutefois que le nombre de six représentations en province,\nimposé comme condition essentielle â la représentation d un ouvrage à Paris,\nsoit judicieux, car il est indéniable que la valeur artistique d une pièce de\nthéâtre n'est nullement proportionnelle au nombre de fois quelle a été repré-\nsentée.\nVeuille\\ agréer, etc.\nHenr*r FÉ VRIER.\nLettre de M. Gabriel Marie, le chef d'orchestre et compositeur de musique si\nestimé :\nMONSIEUR LE RÉDACTEUR,\nVous ave\\ mille fois raison de mener le combat pour que les œuvres créées en\nprovince ne trouvent plus portes closes aux théâtres subventionnés. Si cette\ncampagne échouait, ce serait à renoncer à toute tentative de décentralisation.\nMais vous deve\\ aboutir, car vous ave\\ pour vous le bon sens et l'équité.\nVous ave\\ mieux encore : le précédent ! — En effet, Samson, de Saint-Saëns,\nna-t-il pas vu le jour à Rouen avant de venir à Paris, et n'a-t-il pas été repré-\nsenté à l'Éden avant de passer au répertoire de VOpéra ?\nAlors... ? — Et puis, avec le temps, il y a tant de choses qui deviennent\npossibles !\nAinsi je me rappelle une époque pas très lointaine où nous avons reculé,\nAirne la comtesse Greffulhe et moi, devant cette chose formidable de de-\nmander la salle des concerts du Conservatoire pour l'exécution d'une grande\nœuvre classique. Et pourtant, maintenant, on y entend un quatuor ///\nJe vous souhaite bonne chance en vous priant d'agréer mes meilleurs senti-\nments.\nGabriel MARIE.\nPermettez-moi, Monsieur le Directeur, de vous citer encore les passages\nles plus saillants d'autres lettres qui, par l'autorité de leurs auteurs, apporteront,\nj'en suis certain, un appoint décisif au triomphe de notre cause."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.23", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3350, "texte": "M. Bruneau écrit : « Si la reforme en question doit faciliter les débuts de\nnos jeunes musiciens, qu on la fasse au plus vite ! »\nM. Ch. Widor, professeur au Conservatoire : « Si les œuvres créées enprovince\nsont remarquables, le cahier des charges a évidemment tort ; si elles sont mau-\nvaises, personne n'aura envie de les monter : donc l'article est inutile. Alors\npourquoi cet article ? »\nLa lettre de M. Emile Pessard, professeur au Conservatoire, est du plus haut\nintérêt : « Je suis d'avis que cet article ne doit pas être modifié ; il faut qu'il\nsoit supprimé, comme portant un grave préjudice à l'art musical, aux auteurs\net aux compositeurs français. Comment peut-on admettre qu'un ouvrage, con-\nsidéré comme inédit s'il a été joué en Allemagne ou en Belgique, ne le soit plus\nsi on l'a représenté en province, à Toulouse ou à Rouen, et que, sous le prétexte\nque Saint-Saëns a fait jouer jadis Etienne Marcel à Lyon, les directeurs de nos\ngrandes scènes subventionnées se soient trouvés dans l'impossibilité de faire\nconnaître cet opéra aux Parisiens ?\nAu moment ou l'administration des Beaux-Arts alloue des primes de décen-\ntralisation aux directeurs des théâtres de province qui montent des œuvres\nlyriques d'un compositeur fr ançais, l'abrogation de cet article inique s'impose.\nDu reste, le cahier des charges dans lequel il figure (et qui ne paraît pas\navoir été rédigé avec la collaborations de musiciens) n'est plus en rapport avec\nla production moderne. Il faudra le remanier complètement... »\nEnfin je vous citerai pour terminer la lettre de M. Henri Cain, le librettiste\nbien connu : « Mais c'est notre devoir absolu de demander l'abrogation d'un\narticle qui empêche nos scènes subventionnées de pouvoir monter comme nou-\nvelle une œuvre intéressante si elle a été représentée en province I Quand les\nauteurs pourront espérer revenir à Paris avec leurs partitions, ils seront tout\nheureux de confier leurs ouvrages à nos directeurs de province, qui comptent\ntant d'artistes de haute valeur. Pour la décentralisation musicale, ce sera un\nbienfait, et soye\\ certain que nos directeurs parisiens iront volontiers écouter\nune œuvre curieuse, quand ils ne seront plus ligotés par une clause surannée de\nleur cahier des charges. Oui, faisons tout ce qui sera possible pour être utile\nà la cause sacrée de tint d'artistes intéressants, et tentons un sérieux effort\npour leur retirer les grosses pierres d'une route qui reste encore si rude à\nparcourir ! »\nN'est-ce pas là un solide faisceau d'arguments et d'approbations en faveur\ndu but que nous poursuivons? Après de semblables témoignages, nous pouvons\nespérer que M. le ministre des beaux-arts s'intéressera à cette cause juste et\nlégitime, et qu'il apportera la solution que tous mes confrères et moi nous\nattendons si impatiemment.\nRecevez, Monsieur le Directeur, etc.\nAdalbert MERCIER.\nLes lettres que M. Adalbert Mercier nous a communiquées sont si nombreuses\nque nous avons dû nous borner à publier un choix, une simple anthologie.\nMais le succès est incontestable : les adhésions sont très nombreuses, très nettes,\nsignées de noms qui font autorité. Il nous semble que l'Administration des Beaux-\nArts, toujours si prudente (et avec grande raison !), peut examiner une question\nqui paraît mûre, et accueillir un vœu qui donnerait satisfaction à tous les jeunes"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.24", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3259, "texte": "compositeurs. Deux principes (si bien dégagés par M. Henry Maret dans sa\nspirituelle chronique) soutiennent la proposition dont nous avons pris l'initia-\ntive dans la Revue musicale : i° il est bon qu'avant d'aborder une de nos scènes\nofficielles, les compositeurs aient fait leurs preuves sur un des grands théâtres\nde la province, laquelle n'est pas seulement l'antichambre de Paris, mais doit\nbénéficier de toutes les mesures pouvant favoriser la décentralisation ; 2° une\nœuvre a beau avoir été jouée à Rouen, à Nantes ou à Toulouse, si elle est\nreprise par un directeur de Paris, elle devient, en fait, une « nouveauté » par\nsuitedes ressources toutes spéciales qu'ont les directeurs parisiensetdes dépenses\nqu'ils s'imposent.\nEt maintenant un simple mot à l'adresse de ceux qui n ont pas compris. Il y en\na toujours quelques uns. Nous n'avons pas demandé qu'un opéra joué un certain\nnombre de fois surun théâtre sérieux de province dût nécessairement être monté\npar l'Opéra-Comique ou l'Opéra ; nous avons demandé qu'il pût l'être, et\ncompter administrativement parmi les « nouveautés » que chaque directeur\nsubventionné est tenu de produire tous les ans.\nJ. COMBARIEU.\nII. Le piano symétrique.\nAu sujet de la lettre de M. Courau, ancien élève de l Ecole polytechnique, que nous avons\npubliée dans notre dernier numéro, nous recevons la lettre suivante (signature illisible) :\nVersailles, le 4 février 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR DE LA Revue musicale,\nRésumé de la question. — Un de vos correspondants, avec le très louable désir\nde faciliter 1 étude du piano aux débutants, propose un clavier où les 12 demi-tons\nseraient actionnés par des touches égales et placées dans le même plan. Ces\ntouches pourraient être blanches, ou avoir la tonique, la sous-dominante et la\ndominante teintées de bleu ou noir, ou enfin être alternativement bleues et\nblanches. Enfin une bande de toile reproduisant les divisions des touches avec\nles teintes pourrait s'adapter au piano à touches blanches. Cette toile pourrait\ncourir le long des claviers, au moyen d'un système mécanique quelconque, de\nmanière que la touche qui correspond à Y ut pourrait à volonté se placer devant\nun des 12 demi-tons de la gamme.\nIl n y aurait donc qu à apprendre la technique de la gamme d'«/, ainsi que la\nlecture de la musique écrite sans accidents à la clef, la transposition se faisant\nmécaniquement par le clavier. Vous demandez à vos lecteurs si des objections\npeuvent s élever contre le piano symétrique ; je me permets de vous envoyer\ncelles que m a suggérées la proposition de votre honorable correspondant.\nOpportunité du perfectionnement. — Avant de discuter le projet en détail, il me\nsemble nécessaire d'en discuter l'esprit. M. Courau désire faciliter l'étude du\npiano aux débutants ; c est donc qu il pense, avec raison je crois, que le piano\n« symétrique» devra être délaissé à un moment quelconque pour le vulgaire\npiano des Liszt, des Pugno, des Blanche Selva, Roger Miclos, le piano de\ntout le monde enfin.\nDans ces conditions, la simplification deviendrait une complication, et les diffi-\ncultés du terrible clavier ordinaire se dresseraient les mêmes pour l'élève, sinon\naugmentées par 1 éducation déjà acquise sur le clavier symétrique. Il n'y aurait"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.25", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3406, "texte": "donc qu'un instrument nouveau dont la technique serait très différente de celle\ndu piano —J'avoue ne pas très bien saisir ce que M. Courau entend par\nla technique du ton d'ut. Un morceau écrit en ut peut contenir des doubles\ndièses, des bémols et doubles bémols, des passages enharmoniques, et cepen-\ndant rester en ut. Faudra-t-il, toujours dans l'espoir de simplifier, à chaque mo-\ndulation passagère, tirer le bouton de commande de toile teintée ? Dans ce cas,\nl'aide d'un auxiliaire pourrait être nécessaire, sans compter qu'il sera très diffi-\ncile à un débutant de déterminer avec précision l'endroit précis des modulations\net retours au ton. Il sera donc de toute nécessité d'avoir une musique spéciale-\nment réduite pour le piano symétrique ; mais alors que deviendront les œuvres\nles plus belles à la lecture ? Je crains qu'elles ne soient un contresens harmo-\nnique perpétuel, et qu'elles ne faussent le jugement de l'élève.\nLa conception du piano symétrique correspond à une conception musicale dif-\nférente de la nôtre Elle envisage la gamme comme formée de demi-tons égaux,\ndont le type est réalisé dans la gamme chromatique tempérée. Ainsi il n'y aurait\nplus qu'une seule gamme, la gamme chromatique, dont les variantes seraient\nsimplement des transpositions. Nous admettons encore maintenant le mode\nmajeur et le mode mineur ; je ne crois pas qu'en disant que la musique moderne\nest devenue chromatique, on veuille dire qu'on a fait table rase de nos concep-\ntions harmoniques ; je crois plutôt qu'on a voulu dire que tous les demi-tons,\ndièses ou bémols, voire les doubles dièses et doubles bémols, peuvent avoir\nun lien logique de parenté avec la tonique d'ut par exemple L'intérêt de nos\ngammes vient de la place des demi-tons diatoniques. Il serait trop long de dis-\ncuter cette question ; mais notons en passant que, bien loin de répudier le\ndemi-ton diatonique, les compositeurs modernes ont encore élargi notre\ndomaine musical en faisant appel aux modes grecs.\nLe clavier actuel est logique. C'est pour en arriver à conclure que le clavier\ndu vulgaire piano est logique, et qu'il correspond à notre gamme type qui\nest la gamme d'ut.\nRien n'est plus facile que d'exécuter cette gamme avec l'ancien clavier (la\nposition du do étant facile à connaître) ; il suffit d'abaisser successivement les\ntouches qui correspondent à l'écartement d'une main de moyenne taille. Que se\npassera-t-il sur le clavier symétrique ? Un simple graphique permettra d'en juger.\nDifficulté cCexécution sur le piano symétrique. L'exécutant devra sauter une\ntouche du do au ré, etc., tandis que du mi au fa et du si au do, il devra abaisser\ndeux touches voisines. Outre l'écartement des doigts pour faire entendre six\nnotes de cette modeste gamme d ut, écartement qui produira une fatigue assez\ngrande, il y aura dans l'exécution en vélocité de cette modeste gamme bien\ndes chances de toucher les touches voisines et « d'accrocher »...\nDe plus, remarquons que l'octave se trouve la 13e note de la suite des sons,\net qu'en teintant une note sur deux on arrivera à cette incohérence d'avoir deux\nnotes de même nom, à distance d'octave, de couleurs différentes.\nPar ces raisons : obligation pour effectuer le mouvement le plus simple de\nseconde majeure, de faire un steeple-chase continuel, et pour les demi-tons dia-\ntoniques d'abaisser deux touches voisines ; fatigue résultant de l écartement des"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.26", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3724, "texte": "doigts; production probable comme exercices de tortillages chromatiques qui\ntueront le sens de la tonalité ; alternance non justifiée des couleurs; nous\nne croyons pas que le clavier symétrique facilite le travail pour les débutants.\nLe clavier symétrique ne convient pas aux virtuoses. Le clavier symétrique\nsera-t-il le clavier des virtuoses, le clavier de l'avenir ? Nous ne le pensons pas\ndavantage. L'allongement du clavier ne permettant plus même d octavier,\ncomment exécuter du C. Franck, du Liszt, du Weber ? La diminution des touches\nsera elle-même un obstacle à l'attaque du son. Comment les doigts pourront-ils\nvibrer et se prélasser sur des objets aussi petits sans frôler les touches voisines }\nEvidemment les touches noires actuelles sont quelquefois bien gênantes.\nMais elles servent à bien des choses, quand ce ne serait que de points de repère\nbien fixes. On a toujours besoin dans les passages difficiles de jeter un rapide\ncoup d'oeil sur le clavier. Ces repères sont impossibles avec le clavier zébré,\nprésentant tantôt un do bleu, tantôt un do blanc.\nDiscussion du principe de transposition. Examinons la conception d écrire\ntoute la musique en do et son relatif mineur. Nous avons effleuré ce sujet, et\nnous avons dit que les partitions deviendraient un non-sens harmonique. Déve-\nlopper ce sujet nous entraînerait trop loin. Disons tout de suite que cette propo-\nsition nous paraît antimusicale. Si le clavier devait posséder tous les avantages\nrêvés, cette seule condition le ferait rejeter. Il est vrai que cette condition peut être\nindépendante delà facture du clavier, et qu'on pourrait grâces soient rendues\nau ciel! —lire dans leur intégrité l'œuvre des maîtres, qu'on pourrait se repaître\ndes couleurs apportées par les modulations. Mais j'avoue que l ancien clavier\nsuffit. Je ne puis assez m élever contre cette idée qui serait la mort du sens musical.\nQuoi ! on a le rare bonheur d'avoir un instrument qui résonne comme c est écrit\ndans les partitions, et qui metd'accord l'œil et l'oreille, et l'on veut en faire un\ninstrument transpositeur ! On veut revenir à une chose aussi barbare que la sol-\nmisation et donner le même nom à des quantités de sons 1 Et il s'agit d'offrir ce\ncadeau à des débutants qui ont à se former l'oreille et le jugement !\nQu on n'objecte pas qu avec le tempérament il en est de même. Si au point de\nvue mathématique, la b donne autant de vibrations que sol # ( i ), pour le mucisien\nil n en est pas de même, et suivant leur fonction ces notes sonnent différemment.\nM. Courau, en voulant faciliterl'usage du piano, n'a en vue que les croque-notes\ndont 1 ambition est de jouer le plus vite possible un petit morceau. Que ceux-là\nachètent un piano mécanique! Pour les autres, que l'amour de la musique tyran-\nnise qu ils prennent patience, et qu'ils aient du courage. Il y a de par le monde\nencore pas mal de gens capables d interpréter très bien la musique écrite, et\njamais le piano vulgaire ne trahit les virtuoses (je n'en dirai pas autant pour les\ncompositeurs). On arrive donc par le travail. L'art est long et difficile, dit je\nne sais plus qui, mais cette lenteur des débuts est un bien. Qui veut bâtir une\nmaison solide fait de puissantes fondations. Que de choses à assimiler pour le\nmusicien, qui ne peuvent 1 être qu avec le temps ! Education de l'œil et de\n1 oreille, mécanisme de l'instrument, compréhension de l'harmonie et de la\n\n( i C est probablement le contraire que veut dire notre honorable correspondant. Nous ne\nsaurions trop recommander à ceux qui nous écrivent d'être très lisibles, surtout dans leur signa-\nture (à moins qu'ils ne veuillent garder l'anonyme, comme beaucoup des éminents collaborateurs\nde la Revue musicale)."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.27", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 636, "texte": "composition, et enfin les petites ficelles du métier, — et puis les recherches per-\nsonnelles.\nExcusez, Monsieur, cette lettre beaucoup trop longue, mais peut-être trop\ncourte pour épuiser les sujets que la révolution proposée suggère J'espère me\ntrouver en conformité d'idées avec des personnalités plus autorisées que la\nmienne et vous prie de croire à mes sentiments de considération très distinguée.\nT.\nlII* L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro une importante\ncommunication de M. Adophe Boschot, lauréat de l lnstitut, contenant des documents inédits sur\nBerlioz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c025", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "123", "page_fin": "126", "image_debut": 27, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.4", "titre_corps": "Le chant et les méthodes : conclusion.", "titre_sommaire": "Le chant et les méthodes : conclusion.", "signature_source": "ALIX LENOËL-ZEVORT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.27", "debut_caractere": 638, "fin_caractere_exclue": 2976, "texte": "Le chant et les méthodes : conclusion.\n\n{Suite.) (i)\nPour établir une méthode type, nous prendrons à Garcia, Battaille et Delle\nSedieleurs patientes recherches scientifiques quiont orienté le chantdansune voie\nnouvelle. Et nous remarquons en passant que nous devons à ces maîtres plus\nque des méthodes : par la méthode expérimentale, Garcia a le premier vu la glotte\nen mouvement ; Delle Sedie paraît avoir pressenti la question du timbre. Il tente,\nde plus, d'établir un rapport tangible entre 1 expression et la note musicale.\nDupré met en valeur la voix sombrée, dont les méfaits ne se comptent plus ; mais\nnous lui prendrons sa persévérance, son amour de Fart. Avec Faure nous aurons\nunemise de voix sans tache chezunmusicienparfait. Nous déroberons à Lablache,\nà Martini, leurs conseils pratiques. Nous constaterons dans la méthode du Con-\nservatoire l'effort courageux des auteurs pour établir un monument durable,\net qui a duré même trop longtemps ; la faute de ceux qui ont suivi, c'est d'avoir\nimmobilisé ce monument sans paraître se douter que, dans la vie scientifique\net dans l'histoire naturelle du tout ou d'une partie de la physiologie humaine,\nquiconque n avance pas recule. Or, pendant longtemps, la vocales été considérée\ncomme un art, et on a oublié que cet art dépendait d une science, la phonation.\nLa plupart des méthodes citées diffèrent entre elles, nous l'avons dit. En\ngénéral, la respiration n'est pas enseignée normalement ; le rapport entre la\nforce du souffle et la contraction vocale est mal déterminé ; le rapport entre la\nnature de l'idée ou de la passion et l'effort mécanique exigé n'est pas déterminé\ndu tout ; le rapport entre l'articulation et le genre de l'expression est à peine\nindiqué. Les études musicales, harmoniques et littéraires, nécessaires à un\nartiste, sont rarement mises en relief. La gradation dans les études n'est pas\nobservée ; trop de vocalises dominent letableau ; les voyelles sont étudiées par-\ntiellement, et non d'ensemble La théorie du trille est généralement mauvaise. On\nen fait une entité spéciale au lieu de le suspendre au sein de sa mère qui est la\ngamme. Le coup de glotte, qui n'est qu un moyen expressif partici ilier, devient une\némission systématique La tenue de voix en forte et crescendo, qui exige du souffle\n\n(1) Voir la Revue du 15 novembre 1907, Conclusion."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.28", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3772, "texte": "et l'habitude pratique de l émission, est indiquée au début des études. L agilité\nest indiquée en force ; enfin les registres ont donné lieu à toutes les théories pos-\nsibles, tant et si bien qu'il vaudrait mieux n'en plus parler que d engager à faux\nles élèves dans une voie si mal connue. Mieux vaut la bonne nature que plu-\nsieurs mauvais systèmes. Mais pourquoi les hommes de science ne nous éclai-\nrent-ils pas tous ces problèmes qui sont pourtant dignes de les tenter ?\nCependant, puisque la méthode type existe virtuellement en partie, voyons ce\nque dès à présent pourrait connaître un maître en 1 art du chant. La musique\nd abord, l'harmonie ensuite, sans laquelle il comprendra difficilement les ensem-\nbles dont il fait partie ; la phonation, sans laquelle il serait aphone au bout de\ndix ans de théâtre ; le français et la bonne prononciation qu il ignore, sans\ncompter 1 histoire dramatique et musicale qu il ne connaît généralement pas;\nla mimique, dont il ne se doute guère ; la gymnastique pulmonaire qui devrait\nprécéder les études vocales ; l'étude des sentiments qu il devra exprimer ; les\nrègles de l'expression dans ses rapports avec le mécanisme musical et vocal ;\nles règles sur la mise de voix qui doivent varier comme mesure de souffle et\ncontraction vocale, suivant que l'on chante un cantabile ou un morceau de bra-\nvoure ; la gradation dans les exercices, gradation basée sur la difficulté réelle de\nl'organe à rendre certains effets dès le début des études : (par exemple ne donner\nles limites de voix que progressivement, ainsi que les forte et les crescendo,\nmais au contraire établir les diminuendo dès l abord, parce que la respiration\naide ce mouvement). Il faut enfin veiller aux passages de voix sur toutes les hauteurs\net sur tous les changements de voyelles, attendu que l'adaptation varie mécani-\nquement non seulement d'une voyelle à l'autre, mais encore d'une hauteur à\nl'autre sur la même voyelle, avec cette différence que d'une voyelle à l'autre il y\na changement de forme absolu, et que, pour les changements de hauteur de voix\nsur la même voyelle, il y a modification dans le mouvement des cordes vocales et\nparfois dans le mouvement en totalité du larynx quand la voyelle est sombrée.\nDonc chaque note est en quelque sorte un registre nouveau dont il faut surveiller\nlémission. Quant à ces notes, il est évident que quelques-unes d'entre elles ont\ndes parités plus complètes, des résonances analogues, ce qui a donné lieu à la\nquestion des registres et au nombre différent que préconise chaque auteur .. La\nvérité est peut-être que cette question est individuelle, et que les ressemblances\nd'une série de notes (ressemblances qui ne peuvent pas être absolues, comme je\nviens de 1 établir, puisque chaque note a sa vie propre) changent avec chaque\nchanteur. Le tort est de donner des règles absolues là où les conditions\nvarient.\nNous conseillons la suppression des vocalises, puisque l'exercice de la gamme\nsous toutes ses formes suffit à former rapidement un excellent chanteur; puisque\nles roulades, les trilles, les grupetti, les portamenti, les notes tenues, butées ou\npiquées ne sont, en somme, que des modifications de la gamme dans sa hauteur,\nson mouvement et dans la manière d'attaquer le son. Pourquoi alors rechercher\ndans de fastidieuses vocalises des difficultés éparpillées, au lieu de chanter direc-\ntement et immédiatement après les exercices les œuvres de grands maîtres ?\nLa gamme adoptée nous, ou bien la gamme adoptée d'autres nations,\nreprésente donc, pour chaque peuple, le matériel de la vocale, matériel qui com-\nmence à être mathématiquement connu et qui a pour théâtre unique la glotte.\nL attaque du son doit dépendre de la nature de ce son, c'est-à-dire de son"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.29", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "degré d élévation et de 1 expression qu il est appelé à traduire, expression qui doit\nmodifier le timbre et l'intensité du son.\nNous n aurons pas de peine à décrire le mécanisme des sons tenus, filés ou\npiqués, puisqu'ils dépendent de la force d'écoulement du souffle et de la tension\nglottique, facteurs que les muscles se chargent de mettre d'accord en réagissant\nles uns sur les autres.\nLa position respiratoire, les mouvements glottiques, la façon dont les pou-\nmons s emplissent d'air, et la mesure, la pondération dans l'écoulement de cet\nair combiné avec des tensions vocales différentes et volontaires, doivent donc\ndonner toutes les nuances du son sur toute l'échelle, du fort au faible: sons\ntenus, brisés, coulés, piqués, etc., et timbrés différemment suivant l'élévation\ndu larynx, les combinaisons des voyelles et leur résonance. Je crois avoir\ndémontré que la respiration diaphragmatique combinée avec la latérale (grandes\nrespirations) donnait un bon résultat dans les puissantes manifestations expres-\nsives. Il y a lieu d'examiner quels sont les mouvements propres à soutenir le son\ndans la seconde partie de la respiration, c'est-à-dire l'expiration; nous verrons\nensuite à quelle force. relative de souffle répondent les tensions glottiques et\ndans quelle mesure chaque passion développe ces effets. Remarquons d'abord\nque la glotte s'élargit dans l'inspiration et se rétrécit dans l'expiration. Ce\nmouvement de rétrécissement est accentué dans l'expiration sonore et varie de\ndegrés suivant l'émotion qui anime le chanteur. La glotte s'accommode donc aux\nhauteurs de sons que nous voulons émettre, mais il est nécessaire que la force\nexpulsive de l'air ne vienne pas contrarier la mesure des mouvements expressifs\nglottiques. C'est ici que doit intervenir une force antagoniste qui luttera contre\n1 élasticité pulmonaire et la rapidité du courant d'air expirateur ; les mouve-\nments musculaires d'ensemble qui se produisent dans l'effort donnent le schéma\nde cette force.\nComme on le sait, on a coutume de dire que la respiration peut être diaphrag-\nmatique, latérale ou claviculaire, bien que tous ces moyens se combinent de\nfait dans une certaine mesure. La respiration diaphragmatique emmagasine\nbeaucoup d'air presque sans effort (i) ; combinée avec la latérale (soulèvement\ndes côtes d'en bas), elle donne un minimum d'efforts et un maximum de souffle.\nElle convient à certains mouvements passionnels violents, ou à la reprise du\nsouffle réparateur après suspension trop longue. Isolée, la diaphragmatique\nrépond à une respiration normale simple, et se lie à tous les sentiments moyens.\nQuant à la claviculaire, elle produit de la constriction céphalique et doit être\nabandonnée. On a prétendu que les Italiens pratiquaient la respiration clavi-\nculaire ; cela est possible, appliqué à des sentiments superficiels et dans un\nléger appel d'air (dans leur mezzo-respiro). Mais ils emploient certainement la\ndiaphragmatique combinée avec la latérale dans le respiro.\nD'où je conclus que les modes respiratoires ne peuvent pas être prescrits ou\nproscrits absolument, mais que l'on doit, comme la nature, les combiner suivant\nles besoins expressifs, et chez les femmes suivant les nécessités pathologiques.\nJ'en dirai autant du timbre. Dans la nature, nous le donnons clair ou sombré, sui-\nvant le genre de nos émotions. Certaines écoles ont fait de cette règle expressive\nsi simple, une loi générale qui impose le sombré à toutes les émotions, quelles\n\n(i) Ce n'est pas toutefois l'avis de tous les médecins."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "qu'elles soient. Or, d'une part la vérité dramatique est perdue par une nuance\nde son qui ne lui convient pas ; d autre part, 1 organe est perdu quand on\nl'oblige à faire continuellement un effort assez grand pour maintenir le larynx\ntrès bas, ce qui est le propre de la voix sombrée. Donc la voix sombrée, par raison\nexpressive et par raison de santé vocale, devrait être donnée sur les notes\nbasses seulement, et par conséquent pour traduire les sentiments qui ont ten-\ndance à faire baisser sa voix, haine, colère concentrée, abattement, tristesse, etc.\nDans tous les traits d'étude sans paroles, les voyelles doivent être travaillées\nsur leur note fixe autant que cela est possible. En parlant, les voyelles se succèdent\ntrop rapidement pour que l'on puisse tenir compte de ces considérations de\nrésonance. Mais dans l'étude du chant, les élèves devraient connaître la note\nd'élection de chaque voyelle, et le professeur devrait s'appliquer à reconnaître\nchez l'élève les changements de timbre que chaque degré entraîne et les change-\nments de voyelle à voyelle, car nous savons que si les voyelles peuvent être\ndonnées à tous les degrés de l'échelle musicale, chacune affectionne un degré\nparticulier, sur lequel elle reçoit toute sa puissance de timbre. Le timbre est\ndonc plus ou moins bon, suivant le degré vocal où la voyelle est placée. Bien\nentendu, il diffère encore de voyelle à voyelle.\nIl est évident, d'autre part, que le professeur ne doit pas exiger une position\nuniforme des voyelles chez tous les élèves, attendu que dans des organismes\nsimilaires mais qui ont leur individualité, une règle fixe de position serait un non-\nsens. Du reste, les maîtres de chant n'ont pas de tendance à généraliser les\nmoyens d'étude, mais bien plutôt à tailler en pièces le mécanisme vocal ; à choi-\nsir chacun leur mode respiratoire, leurs résonances de tête, de poitrine ou de\nmasque, leurs voyelles claires, sombrées ou vocalisées en o, a, é, ou è, sans\ns'inquiéter des moyens de l'élève.\n(A suivre.)\n\nALIX LENOËL-ZEVORT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-02-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-02-15_01#c026", "volume": "bmtnabj_1908-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "126", "page_fin": "128", "image_debut": 30, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.2.5", "titre_corps": "Informations.", "titre_sommaire": "Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.30", "debut_caractere": 2042, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "Informations.\n\nLE THÉÂTRE ET LA MUSIQUE A MONTE-CARLO. — La nouvelle saison d'opéra,\nsous le haut patronage de S. A. le prince Albert 1er, s'est ouverte le mardi 4 février,\nsous la direction de M. Raoul Gunsbourg, avec un éclat exceptionnel.\nVoici les œuvres déjà représentées et celles qui paraîtront ensuite sur 1 af-\nfiche.\nLes mardi 4, jeudi 6 et samedi8 février '.la Gioconda, opéra en 4 actes, d'Arrigo\nBoito, musique de Ponchielli (MMmes Litvinne, Bailac, Maie Talaisi ; MM. An-\nselmi, Ruffo, Nivette, Vronsky, Douaillier, etc.). —Les mardi 11 et jeudi 13\n™Gr ' l'°r dU Rkin'' drame en 3 actes, de Richard Wagner\n1 . \"IrBailaCl Male falaisi> Nelly Borgo, Charlotte Lormont, Deschamps-\nJehtn, \\ elder ; MM. Van Dyck, Bonnet, Nivette, Philippon, Vallier, Fabert,\nDouaillier, Ananian, Vronsky). La répétition générale de /'Or du Rhin a eu lieu\nle dimanche 9 février.\nLe samedi 15 février : Thérèse,drame lyrique en 2 actes, de M. Jules Claretie,\nmusique de M. Massenet (M11* Luc} Arbell; MM. 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M.\nI\n\nEXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\n(l).\n— Une dernière impression des très belles séances où\nMme Riss-Arbeau a exécuté par cœur (salle Pleyelj toutes les œuvres de\nChopin. Je me rappelle que, dans mon enfance (il y a une trentaine d'années !)\nle nom de Chopin était prononcé comme une sorte de nom cabalistique. Cho-\npin, c'était le compositeur rare, sélect, en dehors de ceux dont les œuvres sont\naccessibles aux intelligences et aux talents moyens ; le premier venu ne pouvait\npas comprendre toute la poésie de Chopin ; il fallait être initié. Chopin était\nréservé aux connaisseurs et aux grands virtuoses. Dire qu on jouait du Chopin,\nsurtout en suivant la « tradition », c'était se décerner une sorte de brevet de dis-\ntinction, et se classer à part, bien au-dessus du vulgaire.\nAujourd'hui, je trouve que cettemusique (sauf une dizaine d'œuvres peut-être\nsur quatre-vingts environ) a singulièrement vieilli, — beaucoup plus vieilli que\ncelle de Beethoven (qui elle-même, çà et là, ne laisse pas d'avoir des rides). Oui,\npour être sincère avec moi-même, je suis obligé de dire que plusieurs de ces\nprouesses pianistiques, jugées autrefois de qualité si brillamment originales et\nromantiques, me paraissent franchement communes, précisément dépourvues\nde distinction :\n\n(i) Un retard delà Poste dans la transmission d'une épreuve, nous oblige à renvoyer au pro-\nchain numéro la suite du Cours professé au Collège de France par le Directeur de la Revue\nmusicale, M. sur l'« Histoire du théâtre lyrique D.\n\nLES VALSES DE CHOPIN."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "98", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.2", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nEn y réfléchissant, et même sans y réfléchir, que pensez-vous de ce début } A\nla première mesure, il me semble ouïr un piston de fanfare municipale atta-\nquant un pas redoublé très « entraînant ». La franchise d'attaque est, certes une\nbonne chose, mais pas avec cette répétition de notes. Ce taratata de buccin a\npistons a vraiment quelque chose de plat et de cynique ! A la deuxième mesure,\nl'accord arpégé de neuvième ne me dit rien ; ce n'est que paraphe d écriture,\ntrait d'emphase quelconque, remplissage de style qui bedonne. A la troisième\nmesure, entendez-vous d'abord un vigoureux coup de grosse caisse sur ce mi t> de\nla basse (qui répète assez fâcheusement celui de l'octave supérieure) ? et, aus-\nsitôt après, entendez-vous les coups de cimbales qui accompagnent chacun des\naccords de ce dessin chromatique ascendant :\nC'est concours agricole, distribution des prix de collège devant M. le maire\nen écharpe et M. Homais décoré des palmes académiques, surtout avec\nla progression :\nComme cette reprise de dessin est puérile ! Nous avons l'air d'avancer, et\nnous paradons sur place. Et puis, comme tout cela est équilibré, symétrique,\nsolidement établi dans des façons de faire qui paraissent indiscrètes à un goût\ndélicat ! Chez ce compositeur « nerveux et enfiévré », quelle carrure et quelle\nsanté ! quelles couleurs rubicondes et quel geste gaillard de villageois en go-\nguette ! Non, tout cela ne vient pas de l'âme ; je ne sens pas, comme dit Schu-\nmann, 1' « intériorité ». C'est du fracas, de la bouffissure, de la poudre aux yeux,\nde l'expansion facile, du n'importe quoi de premier jet, tout ce qu'on voudra\nd'extérieur et de gros qui tire l'oeil et l'oreille, sauf le langage secret du coeur\nou le rêve de musicien-poète qui se fait mélodie et rythme. Décidément, cet\nappel de début\nest agaçant, parce qu'effronté. Je ne l'aime\nplus. La musique et la danse ont des ailes ; ici, elles se contentent d'emboucher\nune trompette pour faire le rassemblement et se mettre en place marchande. La\nsuite de la composition ne vaut pas mieux. Nous avons, comme fin d'introduc-\ntion, une phrase creuse, dépourvue de sens, et qui n'est qu'une escalade suivie\nd une dégringolade, à grandes enjambées, avec un sonore arpège au milieu?\npour bien souligner la virtuosité de l'exercice et avertir la galerie:"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "99", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.3", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\net, tout de suite, nous arrivons à la valse ronronnante et authentique, à la valse\nqui s'étale en romance, à la valse qui se pâme dans le dolce sentimental d'un duo\ntrès convaincu. Cette succession régulière de sixtes me fait songer aux couples\nprovençaux où chaque danseur est collé d'aussi près que possible à sa danseuse,\net la conduit, amoroso, avec une gravité comique, en balançant sa « dame » :\nAh ! cette mélodie n'est pas distinguée ! C'est un spécimen de fausse poésie\nmusicale. Elle est franchement commune. Elle a le chapeau sur l'oreille. Le\ngrupetto et la petite note des deux dernières mesures sont déplorables. Où est\nné Chopin ? est-ce en Pologne ou à Marseille ? Etait il plu tôt de Toulouse même ?..\nPauvre Chopin, devant qui s'est pâmée toute une génération I Comme nous\nsommes loin de lui I L'expérience nous a rendus difficiles, et nos exigences ne\nme paraissent pas illégitimes. Vous me direz que les œuvres aujourd'hui admi-\nrées auront, dans une trentaine d'années, le même sort que celles de Chopin ;\nqu'on les tournera probablement en ridicule; que tout est éphémère et chan-\ngeant... Oui, j'entends bien, il y a une part de vérité dans cette opinion. Le\n<( Beau » n'est pas, comme dogmatisent les platoniciens, une chose immuable\ndont on pourrait dire, en parodiant un vers de Lamartine :\nSur des mondes détruits il rayonne immobile.\nJ ajouterai même que cette quasi certitude où nous sommes de n'aimer que des\nidoles destinées à déchoir bientôt n'est nullement une raison de montrer moins\nd enthousiasme pour le chef-d'œuvre qui passe devant nous. Plus je sais fragile\net provisoire l'objet de mon admiration ou de mon amour, plus je m'attache à\nlui avec passion. L'assurance d'une pérennité à l'abri des fluctuations de la\nvie me refroidirait plutôt. Je suis homme, et il ne me déplaît pas de changer de\ngoût. Mais tout n'est pas changeant ; en musique comme ailleurs, tout n'est pas\nsoumis à la loi du paraître et disparaître. Le philosophe antique disait : « Nous\nne nous baignons jamais dans les mêmes eaux du fleuve. » Il se trompait ; je"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "100", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.4", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nme baigne toujours avec délices dans le flot rafraîchissant de certaines œuvres\nde Bach, de Mozart, de Beethoven, de Bizet. Nous distinguons assez facilement\nce qui vieillit et ce qui n'a pas vieilli.\nChopin a vieilli, cela est incontestable. Si je poursuivais 1 analyse de cette\nvalse célèbre, je n'aurais pas de peine à montrer beaucoup de faiblesses -, et,\npour les autres, il en serait de même :\nN'insistez pas, je vous prie !... Quant à la valse lente, je sais des musiciens qui,\nen l'entendant, éprouvent l'irrésistible besoin de prendre dans leur droite le bout\nde leur redingote et défaire le geste spécial àla mouture des grains de café .\nCe qu'il y a de fâcheux dans la musique de Chopin (et particulièrement dans le\nrecueil des 43 mazurkas, dont plusieurs sont fort belles), c'est, avec un certain\ngoût du poncif, l'abus des papillotes et des mouches, des fausses gentillesses\npianistiques et des notes inutiles. Il fait un terrible abus des effets de man-\nchette :\nCe « passage », comme on disait autrefois, est encore un des moins périmés\nDans Schumann - bien qu on 1 ait accusé d être trop exclusivement pianiste\nvous ne trouverez rien de semblable. Mais je m arrête ; c est déjà trop d avoir\nosé exprimer de telles réserves, à propos des admirables séances de M Riss\nArbeau, sur ce cher et douloureux Chopin\n\nJ. C.\n\n— Jamais\nle Faust de Gounod ne fut mieux représenté à l'Opéra de Paris. C'est un spec-\ntacle très brillant, très soigné, et charmant. J'ai remarqué avec plaisir que les\nfâcheuses lampes de l'électricien n'étaient plus visibles des fauteuils d'orchestre et\navaient été reléguées derrière le premier châssis de la scène, assez profondé-\nment dissimulées dans les coulisses pour ne pas gêner l'illusion. Je n'ai plus\nqu'à souhaiter une modification de l'éclairage dans l'acte du jardin. Lorsque\nMéphistophélès dit à Faust d'écouter ce que Marguerite « va raconter aux\nétoiles », il est certain qu'il faudrait là une lumière appropriée, un clair de lune,\ndes ombres bleues, un beau ciel étoilé, en un mot un nocturne. Nous ne l'avons\npas. C'est dommage. Mais, dans son ensemble, l'exécution est très artistique\net l'œuvre reste infiniment séduisante. La note en voix de tête que doit donner\n\nLE ROLEDE MARGUERITE (« FAUST» DE GOUNOD)F,TM^KOUSNIETZOFK"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "101", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.5", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nM. Muratore sur la phrase ou se devine la présence... est, au point de vue musi-\ncal, la seule banalité qui choque vraiment le goût. Cette note est cynique !...\nUn des attraits de la représentation, où l'on peut admirer la voix splendide\nde Gresse, la jeunesse élégante de Muratore, la grâce ailée de Zambelli, c'est\nl'interprétation du rôle de Marguerite par Mme Kousnietzoff. La voix est d'abord\nd une pureté rare, très puissante dans le registre élevé. Le meilleur éloge que\nj'en puisse faire est de dire qu'elle m'a rappelé Aïno Akté et la grande Litvinne.\n(Remarquez que la plupart de nos meilleures cantatrices sont étrangères.) Le jeu\nest extrêmement intéressant. Ce rôle de Marguerite était jusqu'ici conçu de\nfaçon conventionnelle : on le figeait un peu dans un idéal d'innocence angéli-\nque, tout d'ingénuité inconsciente et de blancheur assez froide. Mme Kousnietzoff\nle rend vivant, le rapproche le plus possible de la vie réelle. Elle nous montre\nune Marguerite qui, avant la faute, est très enjouée. Elle dit l'air des bijoux\navec un mouvement et des attitudes qui le rapprochent heureusement de la\ncomédie de genre. Elle a mille trouvailles qui sont des traits de caractère, des\ndétails bien observés. (Ainsi, dans la scène du jardin, le geste de montrer le\ntablier brodé qu'elle porte en suggérant qu'elle a fait elle-même la broderie.)\nAprès la mort de Valentin, ceci est de grand effet tragique, lorsqu'elle est\nmaudite, elle a, après une mimique très expressive, un rire qui, en indiquant la\nfolie, rattache la première partie du drame à la seconde. Quand elle court chez\nelle, on devine qu'elle va étrangler son entant. Tout cela est très étudié, très\nneuf au point de vue théâtre, et mérite les plus grands éloges.\nLe public vient en foule. Samedi dernier, il n'avait pas laissé libre un seul\nstrapontin. Et comme il est amusant d'entendre ses réflexions ! cette pauvre\nMarguerite ! Pourquoi tant l'accabler ? Eh quoi ! Elle est damnée parce que,\nseule et orpheline, elle a aimé un jeune homme très distingué ? C'est une\nmorale un peu spéciale ; aujourd'hui, on serait plus indulgent !...\n\nJ. C.\n\n— Nous sommes au\nthéâtre Sarah-Bernhard, un de ces samedis (5 h. du soir) où la Société d'histoire\ndu théâtre, dirigée par MM. J. d'Estournelles de Constant et P. Ginisty, reçoit\nhebdomadairement. La salle est comble. On vient de frapper les trois coups ; le\nrideau s'est levé lentement. Apparaît M. Bourgault-Ducoudray : il salue très\nm\ncorrectement, et va prendre place derrière une petite table de conférencier. Une\npause. Un geste est esquissé, et l'on s'apprête à boire les paroles du célèbre com-\npositeur : mais non ; vous vous trompez : le conférencier a pris la carafe et verse un\npeu d eau dans son verre, lentement, comme s'il préparait une expérience de\nphysique sur les vases communicants. Nouvelle pause. Un second geste succède\nau premier : c'est pour prendre délicatement un morceau de sucre et l'immerger\ndans le verre d'eau. Ici, une nouvelle pause et encore un silence. Un troisième\ngeste amorce l'attention : après avoir cherché son mouchoir, le conférencier le\ndéploie, et se mouche avec sérénité. Un murmure de sympathie court dans le\npublic ETTcucpr^uLTjcrav \"Axato0- Quelques personnes se demandent vaguementsielles\nne seraient pas en présence d'un parolier timide, embarrassé pour trouver son\ndébut... Vous vous trompez encore.\nVoici que Bourgault-Ducoudray se lève ; bravement, il vient se camper devant\nle trou du souffleur. Et là, debout tout le temps, sans notes écrites, sans auxiliaire\nd'aucune sorte (plus fort en cela qu'Eugène Lintilhac, lequel s'appuie sur le dos-\n\nLE CHEVALIER GLUCK ET M. BOURGAULT-DUCOUDRAY."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "102", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.6", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nsier d une chaise), 1 éminent compositeur se livre tout entier au public, avec une\nadmirable netteté de parole. On se sent tout de suite en présence de quelqu'un.\nPascal disait, après avoir lu un écrivain dont le style était naturel : « J'ai été\nétonné et ravi : je m'attendais à trouver un auteur, et j'ai trouvé un homme. »\nCeux qui ne connaissaient pas Bourgault-Ducoudray (s il y en a à Paris !)\npeuvent en dire autant. Ce n'est pas seulement un compositeur qui dit avec une\nautorité exceptionnelle tout ce qui est technique: c'est un convaincu, un homme\nde foi qui se donne sincèrement, je dirai même ingénument. Bien qu'il ait une\nrare élégance de parole, vous chercheriez vainement dans tout ce qu'il dit une\nde ces pointes, un de ces traits de finesse affectée, une de ces formules à effet\nqui représentent le côté pitoyable du métier de conférencier. Chez lui, tout vient\ndu sentiment musical, je veux dire du cœur. Il a trop le sentiment de son sujet,\net il le respecte trop pour ne pas s'effacer derrière lui : il le met seul en lumière.\nSa conférence est une esquisse magistrale, négligeant volontairement les\nmenus faits historiques, mais indiquant l'essentiel. On peut la résumer ainsi :\nL'Autrichien Gluck (1714-1787) n'est arrivé qu'à l'âge de 60 ans à réaliser\npleinement son idéal, lequel consistait à concevoir la musique de théâtre non\ncomme un pur divertissement de virtuosité, mais comme une œuvre de vérité\nexpressive, appropriée à un livret déterminé. Cette esthétique, dominant aujour-\nd'hui l'art moderne, il en a eu l'idée au contact de l'art dramatique français qui,\ndepuis le xvne siècle, offrait des modèles de cette vérité nécessaire à un art\nd'expression. D'abord Gluck écrit des opéras à la mode italienne (en commen-\nçant par Artaserse, 1741 ): il cède même àla mode du temps en écrivant une\nœuvre comme Pirame et Thisbé (Londres, 1745), qui est un simple pastiche\nd'opéras antérieurs, sans lien avec le sujet traité. Mais, quand il aeu connais-\nsance des opéras de Rameau, dernier représentant de l'école de Lulli, il mûrit\nde nouveaux principes ; il veut que la musique d'une partition soit « comme le\njeu non arbitraire des lumières et des ombres sur le dessin tracé par le libret-\ntiste » ; il lutte courageusement contre la mode après l'avoir subie ; enfin il\ns'installe à Paris, et grâce à la protection de la reine Marie-Antoinette, sa com-\npatriote et son élève, il fait triompher (après Orphée, Vienne 1762], ses immor-\ntels chefs-d œuvre : Iphigénie en Aulide (1774), Armide (1777), îphigénie en\nTauride, Echo et Narcisse (1779). En commentant les illustrations données à\nsa conférence par des artistes tels que Mme Vallandri, Mmeßrohly, MM. Vieuille,\nMouliérat, M. Bourgault-Ducoudray nous a fait remarquer qu'au premier acte\n& Iphigénie en Aulide, Gluck termine un air par un récitatif, ce que l'école ita-\nlienne de la virtuosité n'aurait jamais osé se permettre ; que l'air du sommeil,\ndans Armide, ne conclut pas, etc.\nAujourd hui, on pousse très loin, par souci du document, les études d'histoire\nmusicale. Mais parfois les pièces d'archives font oublier la musique elle-même.\nM. Bourgault-Ducoudray n est pas dans ce cas ; par des applaudissements très\nnourris, le public a montré qu il admirait pleinement ce concours rare de la maî-\ntrise musicale, de 1 érudition et du talent de parole. A l'occasion de cette très belle\nconlérence, nous donnons un peu plus loin des détails inédits que nous devons\nàun des membres les plus distingués de la Société d'histoire du théâtre.\n\nJ. C.\n\n- Enfin\na,J>'&rjlSWH XI 9^H^lU^Sg^^^;Siyt*W^:^^>VJ^fi^g*r^K-^J',î--7& ' . .. • ~\" - •.'- ' , •■- -y • ■ ,--• •;> •- ? .,' ,^':T'\"t.-'. ' ;.-• ' tr». V.-gy5SgE\nvoici une véritable nouveautéque nous offrent les Concerts Lamoureux. J'entends\n\nVARIATIONS ET FUGUE SUR UN THÈME D'ADAM HILLER, DE M. MAX REGER."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "103", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.7", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nune œuvre d un homme franchement inconnu en France, comme l'école et la gé-\nnération de musiciens qu'il représente, et qui nous révèle véritablement quelque\nchose. C'est une initiative heureuse et qu'on voudrait plus fréquente.\nInitiative heureuse; et cependant le résultat fut une déception vraiment cruelle.\nNous attendions mieux de M. Max Reger, un des compositeurs les plus en vue,\nmalgré sa jeunesse, de l'Allemagne musicale contemporaine. M. Max Reger,\nprofesseur, je crois bien, au Conservatoire de Leipsig, compte quelque trente-\ncinq ans à peine. Et c'est un homme considérable. Considérable par le nombre\nde ses œuvres qui sont de poids, et qui atteignent à peu près la centaine ; consi-\ndérable par ses principes, qui en font l'adversaire de Richard Strauss et de la\nmusique représentative, et aussi l'antiwagnérien le plus déterminé de là-bas, où\nles musiciens de la jeune école pensent volontiers démontrer par leurs ouvrages\net leurs discours que le maître de Bayreuth était sans génie.\nDonc, ni poème symphonique, ni drame lyrique ou opéra. A la suite de Brahms,\nqui ne pensait pas autrement, faisons de la musique pure ! C'est le domaine par-\nticulier de M. Reger, qui le laboure avec une infatigable constance.\nCes Variations avec fugue, c'est de la musique pure. Mais, si jose dire, c'est\naussi de la musique solide, certes, et faite demain d'ouvrier consciencieux, mais\nde la musique inutile. Prodigieusement inutile, en vérité. Faite sans joie, sans\nfantaisie, sans passion (bien entendu), et qui s'écoute de même.\nQuelle étrange conception, au surplus, que d'écrire onze variations et qui ne\nsont point courtes (on nous en épargna deux), ainsi qu'une fugue copieuse, sur\nune pauvre petite phrase, gentille, mais qui ne méritait pas tant d'honneur,\nempruntée à un vieux compositeur d'opérette mort il y a plus d'un siècle ! Quelle\ndisproportion entre ce qu'on veut faire, car M. Reger voulait écrire une grande\nœuvre, et ce que l'on prend pour base de ce colossal édifice ! Malgré l'autorité\ndes grands classiques et celle de contemporains que j'admire, je n'ai pour le\ngenre de la variation en soi qu'une sympathie médiocre Cependant lorsqu'un\nmaître emploie tout l'effort de son art à présenter sous divers aspects significa-\ntifs un thème dont la valeur expressive considérable permettait ces multiples\nappropriations, je ne trouve rien à objecter à cette forme. Car, à proprement\nparler, ce n'est là que dégager simplement de la mélodie ainsi traitée ce qui s'y\ntrouvait en puissance. C est faire valoir tout ce qu'elle renfermait véritablement\nsans que personne l'y aperçût tout d'abord. Mais dans le cas présent, c'était\nvouloir faire quelque chose de rien. C'est possible, je le sais. Mais il y faut du\ngénie, ou d'éminentes qualités qui s'en approchent de bien près...\nM. Max Reger a totalement échoué. Un ennui morne et pesant s'exhale de\ncette musique. Des neuf variations que nous entendîmes, il n'en est pas une qui\nne ressemble à l'autre, et bien peu, uneou deux peut-être, qui ne soientpas fran-\nchement fastidieuses. Aucun rythme caractéristique ne se dégage ; aucune com-\nbinaison contrapontique qui fasse oublier qu'elle est savante par un peu de grâce\net d'imprévu. Une pâte orchestrale épaisse terriblement indigeste, sans nulle\ndes recherches instrumentales dont nous abusons peut-être, mais qui seraient\nici les bienvenues. Jamais un peu d'air entre les membres de cette polyphonie\ncompacte et sans surprise. Jamais un instant de repos. Jamais un rayon de\nlumière !\nAvec cela, une prétention continue au sublime, à la profondeur. Et c'est là le\nterrible. Les Allemands, depuis un siècle, nous reprochent dédaigneusement de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "104", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.8", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nne voir dans la musique qu'un simple divertissement. Us louent volontiers\nquelques-uns du moins notre art, quand il se borne à vouloir plaire un\ninstant par la délicatesse et la distinction qu'ils nous concèdent « Vous savez\ncharmer, disent-ils, et mieux que nous peut-être. Mais vous êtes sans profon-\ndeur. La musique allemande seule est profonde... ».\nEt ce sont les mornes symphonies de Brahms ! Et puis encore, dans leur\npédantesque et inutile faconde, les variations de M. Reger ! Voilà bien de la\nmusique de kapellmeister, de la musique qui croit hausser sa pensée jusqu'au\nniveau de celle des maîtres en se vêtant de leur défroque, comme s'il y avait\ndans les formes classiques une noblesse spécifique et qu'il suffise d'écrire des\nsymphonies et des fugues pour s'affirmer de la lignée de Beethoven et de\nBach !\nJe n'aime pas beaucoup les variations, disais-je tout à l'heure. Mais cepen-\ndant ! Ecoutez celle que M. Dukas écrivit sur un thème de Rameau, et vous ne\nvous sentirez plus le courage de condamner ce genre. Ecoutez encore l'admi-\nrable Istar de M. d lndy, de simples variations renversées en somme, que nous\nentendions au même concert, il y a quelques semaines. Ecoutez et comparez avec\ncelles-ci. Et je choisis à dessein deux musiciens qui ne sont pas précisément\nennemis des traditions, ni adversaires d'une écriture ornée des plus savants\nartifices.\nM. Max Reger, qui assurément n ignore-rien de ce qui peut s'apprendre,\nn'a pas la prétention d être plus savant, comme disent certains dilettanti, que\nMM. Dukas ou d Indy. Il confesserait probablement, s'il avait pratiqué leurs\nœuvres (ce dont je doute fort), que ces deux Français l'emportent singulièrement\ndans l'art de tirer de l'orchestre des sonorités infiniment diverses et séduisantes.\nJe ne doute point, au reste, que ses disciples et admirateurs ne tinssent cet\navantage pour médiocre et bon tout au plus en des ouvrages de pur divertisse-\nments. Car Max Reger, disent-ils, est un maître de la musique pure et rien\nque cela ; c'est un musicien profond.\nLes maîtres de l'école française, à l'heure actuelle, sont-ils ou non profonds ?\nJe ne leur souhaiterais toujours pas de l'être de cette façon !\n\nH. Q.\n\n— La nouvelle classe d'ensemble, dont la direction a été\nconfiée à M. Lucien Capet, s'est fait entendre, le 31 janvier, devant un auditoire\n— nous ne dirons pas un jury, puisqu'il n'y a pas de récompenses décernées,\npas même de notes données aux élèves — composé de quelques professeurs\nchoisis hors de la maison officielle, auxquels le directeur avait joint quelques\néléments non professionnels, et les parents des élèves.\nLe programme de cette réunion était le suivant :\nSonate en ut majeur pour 2 violons et piano J.S.Bach.\nQuatuor en mi pour piano et cordes, op. 16. ... L.V.Beethoven.\n10e sonate, piano et violon, op. 96 L. V. Beethoven.\nQuatuor à cordes n° 13, op. 76 J. Haydn.\n7e sonate, piano et violon, op. 30 L. V. Beethoven.\nier tno en ré mineur Mendelssohn.\nLa classe d'ensemble dirigée par M. Charles Lefebvre et celle de M. Chevil-\nlard seront entendues prochainement.\n\nAU CONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "105", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.9", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nCette répartition entre trois maîtres d'une tâche qui incombait jusqu'ici à un\nseul permet de donner aux élèves une instruction musicale plus complète et plus\nparfaite, en accordant à chacun d'eux plus de temps et de soins. Nous n'avons\ncessé de réclamer au Conservatoire moins de virtuoses, ou de pseudo-virtuoses,\net plus de musiciens d'orchestre. Nous ne pouvons donc qu'applaudir au déve-\nloppement des classes d'ensemble et à l'impulsion que leur donne M. Gabriel\nFauré.\nLa nouvelle classe de M. Capet. est-il besoin de le dire? se distingue déjà\npar des qualités sérieuses de respect de la musique et de sobriété de style qui\nfont bien augurer de l'avenir. Quelques mouvements (notamment dans la sonate\nen sol majeur de Beethoven) ont été trop pressés ; mais il ne suffit pas toujours\nde l'autorité du professeur pour retenir l'ardeur de ces jeunes gens !\n\nA. C.\n\nLA CHANSON DU PRINTEMPS (Ier ACTE DE LA « WALKYRIE » DE R. WAGNER) et\nM. VAN DYCK.\nE. D.\n-—Cette chanson, toute de grâce et de séduction, infiniment\nagréable à l'oreille de tous les publics, est un des faits que Ton peut opposer à\nceux qui prétendent que Wagner a tué la mélodie. Elle est d'une forme si pure\net si heureusement adaptée à la voix qui sait chanter, qu'on se demande même,\navec une certaine inquiétude, si dans quelques années on ne lui reprochera pas\nd'être un peu poncive et vieux jeu. L'évolution musicale est si rapide, si préci-\npitée, si hardie !..\nM. Van Dyck a eu un très gros succès, au concert Colonne (du 2 février), avec\ncette mélodie qu'il a dite— et nous l'en remercions — en français. L'interpré-\ntation qu'il en donne est assez spéciale. M. Burgstaller, artiste allemand, qui, au\nmême concert, l'an dernier, avait été lui aussi très applaudi avec le même mor-\nceau, chantait cet « air du printemps » avec douceur, presque en demi-teinte, en\nne faisant pour ainsi dire pas de nuances, et en donnant à tout l'ensemble le\ncharme d'une sorte de caresse enveloppante. Il paraissait surtout appliqué à\ndégager la poésie de la scène : Siegmund montrant à Sieglinde la campagne\nbaignée par le clair de lune et l'invitant à partir avec lui... M. Van Dyck est\ntout autre : il varie beaucoup l'intensité de sa voix, passe du piano au forte,\ndétaille, accentue certaines syllabes ou certains vers, comme ceux que je sou-\nligne :\nLe jeûne avril vers nous s'avance\nBercé par l'aile des Zéphirs...\nBref, il exprime surtout l'impétuosité de la passion. Cela tient peut-être à deux\ncauses. La voix de M. Van Dyck, avec des qualités de premier ordre, n'est pas\nabsolument homogène : elle est comme la superposition d'une voix de ténor et\nd'une voix de baryton, avec un passage un peu faible et parfois inquiétant. Sou-\nvent on devine chez le chanteur un effort (d'ailleurs très adroit) pour ajuster\nles organes de la voix et trouver une intonation bonne. Et ceci n'est nullement\npour diminuer le célèbre chanteur, qui est un grand artiste. De plus, M. Van\nDyck a beaucoup de mouvement, une animation singulière. Il est extrêmement\nvivant. De là sa manière chaleureuse et variée de dire l'air du printemps. EUe est\ncertainement plus dramatique que celle de M. Burgstaller. A noter encore chez\nM. Van Dyck une parfaite et admirable netteté de prononciation et d'articulation.\nOn lui a fait recommencer sa chanson, et on l'a rappelé quatre fois, ce qui est\nrarissime aux concerts Colonne. —"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "106", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.10", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\n— A signaler le succès de trois virtuoses aux\nderniers concerts classiques, dirigés par M. Léon Jehin.\nM1 e Clara Sansoni, une pianiste de 13 ans, a fait l'admiration des dilettanti\ndans 1 exécution du Concerto en ré majeur de Bach et du Concerto en ut mi-\nneur de Beethoven, avec une assurance de vétéran et une correction extraor-\ndinaire qui n exclut pas une élégante expression.\nM. llasselmans est un séduisant exécutant qui charme sur ie violoncelle par\nun son velouté, une souplesse d'archet rare et un goût d'un style impeccable. Il\nfut tiès applaudi et rappelé après 1 interprétation du 2e Concerto en ré mineur,\nde Saint-Saëns, de 1 Elégie de G. Fauré et du finale du Concerto de Lalo.\nLe célèbre violoncelliste M. J. Ollman a eu un succès triomphal dans le\nbeau Concerto de Haydn et deux pages délicieuses, Aria et Menuet, de Noël\nDesjoveaux, où il a fait éprouver aux auditeurs une sensation d'art qu'on ne\nsaurait surpasser.\n\nCONCERTS DE MONTE-CARLO.\n\nINAUGURATION DE L'ORGUE DES CONCERTS COLONNE.\nF. M.\n— A la suite d'une conver-\nsation avec M. Arthur Coquard, qui se plaignait avec raison que la France fût\nen retard sur différentes sociétés musicales de l'étranger, M. Mutin, directeur\nde l'ancienne maison Cavaillé-Coll, s'est mis à l'oeuvre : dans l'espace d'un\nmois il a créé, pour les concerts Colonne, un orgue portatif, démontable en\nquelques heures, d'une grande légèreté d'ensemble et d'une force extraordinaire\ndans l intensité du son. L'effet des 8 jeux qui le composent donne l'impression\nd'un instrument de 30 jeux répondant à un orchestre de 150 musiciens. La\nboîte expressive est bâtie en séquoïa creux, garnie de subérine. La fabrication\ndes tuyaux est spéciale. Voici la composition et les caractéristiques de l'instru-\nment :\nUn clavier manuel : 56 notes. —Un pédalier à tirasses : 30 notes. — Entière-\nment expressif.\nBourdon de 16 pieds. — Diapason, 8 p. — Flûte harmonique, 8 p.— Princi-\npal, q p..— Plein-jeu, 7 rangs. — Tuba magna, 16 pieds. — Trompette, 8 p. —\nSoprano, q p.\nTirasse. — Soubasse pédale. — Combinaisons j, 6, 7 à 8.\nGrâce à cette précieuse acquisition, qui fait honneur à M. Colonne (noblesse\noblige), nous avons pu entendre et applaudir l'admirable ye Symphonie de\nSaint-Saëns pour orgue, piano et orchestre, un des chefs-d œuvre de l'illustre\nmaître français et de l'art musical tout eniier. (Malgré l'attaque du premier\naccord en une « appoggiature non résolue », comme on l'a dit spirituellement, la\nsuite du poème n'eut pas trop à souffrir de cette légère distraction et le finale\nfut accueilli par de chaleureux applaudissements.)\nLa bantaisie pour piano avec orgue de A. Périlhou est écrite avec beaucoup\nd'art ; dans les passages à effet, l'organiste (auteur de la pièce) a fait sonner\ndans toute leur ampleur les jeux de fond, donnant ainsi 1 illusion de la mise en\nscène des 16 pieds d'anches.\nEn somme, félicitons-nous de voir nos quatre grandes sociétés musicales\naujourd'hui pourvues d'un orgue : concerts du Conservatoire, Colonne, Che-\nvillard et Séchiari. —"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "107", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.11", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nŒUVRES DE M. LEDERER EXÉCUTÉES PAR LUI-MÊME A LA SALLE ERARD. M. Dezso\nLederer est un violoniste troublant. D'une rigueur impeccable lorsqu'il interprète\nles classiques, et il 1 a bien prouvé à son dernier concert en jouant le concerto en\nla de Mozart avec une pureté de son et un style irréprochables, M. Lederer sait\nà 1 occasion déployer les ailes de la fantaisie, et c'est surtout dans l'exécution de\nses œuvres qu il tire de son violon des sonorités étranges et séduisantes. La\nMélodie qu il nous a donnée est dune expression pénétrante; l'archet fait\nchanter le violon. Ce n est pas d une musicalité très complexe, et un morceau\nde ce genre peut être exécuté par des violonistes non virtuoses. Moins aisée est\nYAllongharese. Les rythmes tsiganes qui tantôt bondissent avec furie et tantôt\ns apaisent en de languissants retards et les pizzicati malicieux donnent à cette\npage une allure qui justifie suffisamment son titre.\nL Air russe qui terminait la série est également d une couleur pittoresque et\nd une inspiration poétique et évocatrice. Le public aime les pages d'album lors-\nquelles sont illustrées d images, et il sait aussi témoigner sa satisfaction quand\nil entend des œuvres musicales où il y a de la musique, ce qui est le cas de\ncelles dont nous parlons.\nxMnieDurand-Texte prêtait son concours à cette séance. Sa voix n'est pas très\nchaude, mais elle est parfaitement juste, et c'est avec plaisir que nous avons\nentendu, chantés par elle, quelques lieder aimables de M. Léo Sachs. L'Aubade\nfut acclamée, et c'était justice.\n\nH. BRODY.\n\n— Sur un livret de Tobia Gorrio (pseudonyme et anagramme d'Arrigo\nBoito), Ponchielli — né près de Crémone le ier septembre 1834, mort à Milan le\n17 janvier 1886 — a écrit un opéra dont le sujet est assez compliqué. C'est une\nbelle tragédie d amour qui se joue à Venise. La chanteuse Gioconda aime le\nprince Enzo Grimaldo ; ce dernier aime Laura Adorno, femme d'Alviso Badoero,\nmembre du fameux conseil des Dix. Enfin Gioconda elle-même est aimée par\nBarnaba, espion de l'Inquisition...\nC est avec cette œuvre célèbre du répertoire italien que M. Raoul Gunsbourg\nvient d ouvrir sa nouvelle saison d'opéra. La Gioconda, qui est au répertoire de\ntous les théâtres de la Péninsule, est totalement ignorée en France, et c'est\ndommage : les étrangers, fervents de notre art, nous connaissent mieux que nous\nne les connaissons. Ponchielli n'est pas si loin de nous, puisqu'il est mort en\n1886, — l'année même où fut créée à Milan la Gioconda, — que nous ayons le\ndroit de l'ignorer plus longtemps. Et, ne fût-ce que parce qu'il a révélé un exquis\nchef-d'œuvre à un public français, M. Raoul Gunsbourg mérite les plus sincères\nlouanges.\nL'interprétation de la Gioconda fut, comme c'est la coutume à Monte-Carlo,\noriginale et brillante, réunissant les artistes les plus célèbres de divers pays et\noffrant, en outre, le vif intérêt d'un magnifique début ; cette débutante, c'est\nMlle Bailac, qui, depuis son concours triomphal au Conservatoire, n'avait pas\ntrouvé la vraie occasion de se manifester. Le rôle de la Cieca lui un valu un\nénorme succès : c'est une tragédienne lyrique absolument voix et jeu,\nd'un beau tempérament personnel, et qui bientôt, demain, tout de suite, sera,\net est déjà une des plus magnifiques cantatrices dramatiques.\nMme Litvinne, dans le rôle de la Gioconda, fut, selon sa coutume., admirable\n\n<< GLOCONDA >>, OPÉRA EN 4 ACTES D'AMILCARE PONCHIELLI (THEATRE DE MoNTECARLO)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "108", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.12", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\net acclamée. Le délicieux ténor M. Anselmi fit applaudir la voix la plus pure\nqu'on puisse entendre. Le héros de la soirée fut le baryton, M. Titta Ruffo,\ndont l'organe splendide et le jeu dramatique ont soulevé des applaudissements\nfrénétiques.\nM. Nivette, Mlle Male Talesi, xMM. Douaillier, Salomoni et Vronsky complé-\ntaient ce magnifique ensemble.\nOn a fortement admiré les beaux décors de M. Visconti.\nL orchestre était dirigé par le maestro Alexandre Pomé, pour qui le style et la\ntradition de la musique italienne n'ont pas de secrets.\n\nF.\n\nNOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL.\nH Q.\n— Voici encore, pour cette fois, un air tiré\nd'Isabelle et Gertrude, la comédie à ariettes de Favart, avec musique arrangée ou\ncomposée par Biaise, dont nous entretenions nos lecteurs en notre dernier\nnuméro. On jugera peut-être que c'est ajouter plus d'importance qu'il ne sied à\nces petites compositions, gracieuses je l'admets, mais secondaires en somme.\nAssurément ce petit air à deux reprises, que chante le juge Dupré, n'est pas\nd'une qualité bien rare. La philosophie qu'exposent les paroles est fort terre à\nterre, et l'on peut trouver que cet oncle adresse à son neveu des conseils qui\nn'ont rien d'édifiant. Certes, la musique sans prétention vaut mieux que tout ce\nîatras tant soit peu grossier. Sa rondeur bon enfant, conventionnelle si l'on\nveut, n'est pas cependant sans mérite, et le bonhomme Dupré expose avec assez\nde verve ses pensers dénués de noblesse\nMais cet air, par un point, reste tout de même assez digne de remarque. Biaise\nn'en est point l'auteur. Nous savons, en effet, que, pour cette comédie de Favart\ncomme pour bien d'autres, son travail consista plus souvent à adapter aux cou-\nplets du parolier des airs connus qu'à composer de son cru des mélodies\nnouvelles. Cette manière de procéder est très habituelle à la comédie à ariettes,\noù la musique reste, ensomme, tout à fait au second plan. Le vaudeville, jusqu'au\nmilieu du dernier siècle, avait conservé ces habitudes qui nous choquent un\npeu aujourd'hui. On ne s'en cachait pas alors.\nDonc l'air n'est pas de Biaise. Et de qui ? De Gluck tout simplement, si l'on\nen croit le témoignage des contemporains. A vrai dire, le style de l'auteur d'Or-\nphée ne s'y reconnaît guère.\nC'est là un Gluck que nous ne sommes pas du tout habitués à entendre. Mais,\naprès tout, la chose est bien possible. Certaines formules, la cadence à l'italienne\nde la fin par exemple, ne sont guère dans les habitudes des Français de ce\ntemps, et d autres menus détails portent aussi bien une marque qui n'est point\nla leur.\nDe quelle pièce de Gluck est tirée cette bluette ? On ne nous le dit point et\n1 identification n en est pas facile. Ce n'est pas là le style de l'opéra italien\nde la première manière du maître. Et ce morceau, s'il est vraiment de Gluck,\na dû plutôt être extrait de 1 un ou 1 autre de ces opéras comiques français qu il\nécrivit, nous le savons, sur des livrets de Lesage, d'Anseaume ou de Favart lui-\nmême, à Vienne, de 1758 à 1764. Rien de surprenant à ce que les musiciens fran-\nçais, par Favart par exemple, aient eu en mains la musique de ces pièces."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "109", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.13", "texte": "LE CHEVALIER GLUCK A L'OPÉRA DE PARIS\n\nLes chefs-d'œuvre du chevalier Gluck à l'Opéra de Paris.\n(D'après des documents inédits tirés des Archives de l'Opéra.)\n\nIl ne s'agitpoint ici d'étudier techniquement les œuvres ducélèbrecompositeur\nqui modifia si profondément le sens du drame lyrique en France, mais d'appor-\nter simplement quelques éléments historiques capables d'intéresser les cher-\ncheurs et d'expliquer le triomphe du maître aussi bien que son effacement devant\nPiccini, représentant de l'école italienne.\nA son arrivée à Paris, Gluck trouvait notre Académie royale de musique dans\nun complet état d'anarchie. Tout y était désordre, abus, caprice et routine. Les\nprincipaux artistes, tant chanteurs quedanseurs, se montraient à qui mieux mieux\ndespotiques et exigeants. Tout progrès paraissait à leurs yeux comme un grossier\nnon-sens ; aussi, lorsque, par ordre de la Dauphine, Iphigénie en Aulide fut dis-\ntribuée et mise à l'étude, y eut-il de la part des interprètes et des exécutants des\nrévoltes inquiétantes. Enfin, après mille difficultés, la première eut lieu le mardi\n19 avril 1774. Sophie Arnould (Iphigénie), qui avait eu maille à partir avec le com-\npositeur en plusieurs occasions, joua, au dire de Grimm, de façon à émerveiller\nla Cour et le public.\nLarrivée (Agamemnon) manqua un peu de dignité, mais s efforça de mettre\nde l'expression dans son chant ; Legros (Achille), qui ne s était point débarrassé\nde sa gaucherie, racheta ses défauts de comédien parla beauté de son organe, et\nMl,e Duplant (Clytemnestre) fit tout au monde pour atténuer la rudesse de sa\nvoix. Quant à l'orchestre, stylé par le maître, il exécuta remarquablement la\npartition. Le corps deballetne fut pas en reste, et malgré des menaces de cabale,\nen dépit de sourdes menées, l'œuvre obtint un succès d'argent, c'est-à-dire qu'elle\nattira de nombreuses assemblées. Pour s'en rendre compte, il faut savoir qu au\ncommencement delà saison de 1774, la moyenne des recettes n'excédait jamais\n2.500 ou 3.000 livres. Or la première faisait encaisser 6.212 livres ; la se-\nconde (vendredi 22 avril), 6.030 livres ; la troisième (dimanche 24), 5.620 livres;\nla quatrième (mardi 26), 6.053 livres, et la cinquième (vendredi 29), 5*739 livres.\nCes chiffres, tirésdesarchives del'Opéra, montrentbien quela curiosité générale\nétait aiguisée. D'ailleurs, le Mercure de France (mai 1774) déclarait nettement\nceci : « Jamais le public n'a montré tant d'empressement et d'enthousiasme que\npour cet opéra qui doit faire époque dans la musique française. Monseigneur le\nDauphin etMadame la Dauphine, Monseigneur le Comte et Madame la Comtesse\nde Provence ont honoré le spectacle de leur présence àla première représenta-\ntion, et ont consacré par leurs applaudissements, réunis à ceux d une brillante\nassemblée, le mérite de cet ouvrage et les grands talens des principaux acteurs. »\nIl y avait en effet, ce soir-là, fort brillante assemblée, car on voyait, du côté de\nla loge du roi : au « crachoir », partie en retrait et en arrière de l'orchestre :\nM. le comte de Benthein ; à la « timbale » (partie centrale du rez-de-chaussée). le\nduc de Coigny, le marquis de Goulfier ; sous le balcon i le prince de Conti, àla\n« chaise de poste» (genre de baignoire grillée) : M. de Presle ; au premier rang\ndes loges : le duc de Choiseul, le duc de Nivernais, le comte de Strogonoff, la\nmarquise de Crussol, le prince d Hénin, le marquis de Boulainvilliers, la com-\ntesse de Boufflers ; au deuxième rang, dans 1 entre-colonnes : le comte d Artois,\nla duchesse de Bourbon, le maréchal de Biron, la comtesse de Beauharnais, la"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "110", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.14", "texte": "LE CHEVALIER GLUCK A L'OPÉRA DE PARIS\n\nmarquise de Ségur ; au troisième rang : MM. de Marcilly. d Harvelay, d'Alligre,\nde la Vaupalière, MM. du Bureau de la Ville, Mmes de Villemonble, le\ncomte de la Marche, etc. etc. Du côté de la reine, dans labaignoire, se trouvaient\nle marquis de Louvois et le duc de Luynes ; au crachoir : M. de Chamborant ; à\nla timbale : la princesse de Soubise et le comte de Stainville ; sous le balcon : le\nduc d'Aumont ; dans la chaise de poste :M.de la Live d'Epinay et Mme la comtesse\nd'Houdetot; au premier rang: Mmes de Vaux, de F'ontenille, de Selle, de Neuf-\nbourg, MM. de Marsan, d'Argental, de la Perrière, de Praslin, de Rosambo ; au\ndeuxième rang :la duchesse de Mazarin, Mlle d'Escoussans, MM. de Bréquigny,\nd'Aiguillon, de Luxembourg, les premiers gentilshommes delà Chambre du Roi ;\nau troisième rang: les marquis de Villette et de Brancas, la princesse de\nMonaco, Mlle Duthé, Mme de Chabanois, la marquise de Brunoy, le marquis de\nMontalembert, le maréchal de Richelieu, les intendants et trésoriers des Menus\netc. etc. (i).\nLe jour même de la cinquième représentation, Louis XV tombait malade de la\npetite vérole. Les théâtres fermèrent par ordre, et ne rouvrirent que le mercredi\n15 juin, c'est-à-dire cinq semaines après la mort du roi (10 mai).\nPeu de gens se sont expliqué pourquoi la reprise d Iphigênie en Anlide ne\ncoïncida pas avec la réouverture de l'Opéra C'est que, d'une part, Orphée et\nEurydice était en pleines répétitions et que, d'autre part, Gluck s'était engagé à\napporter quelques changements à son premier ouvrage.\nDu 15 juin au 31 juillet, la quatrième remise du Carnaval du Parnasse fit retom-\nber les recettes à 3.000 livres. Aussi la direction salua-t-elle avec joie la première\nd'Orphée qui alla aux nues. On réalisa 5.498 livres. Les neuf représentations sui-\nvantes donnèrent : vendredi 5, 5.387 livres ; dimanche 7, 2.648 ;mardi 9, 3.854;\nvendredi 12, 4.886 ; dimanche 14, 1.365 ; mardi 16, 3.064 ; vendredi 19, 3.586 ;\ndimanche 21, 957 ; enfin le mardi 23, 2.458 livres. L'ouvrage fut joué 47 fois en\nmoins de trois mois et il atteignit 61 représentations jusqu'au 20 juin 1775.\nAu mois de septembre 1774 le Mercure s'exprimait ainsi, à l'égard du nouvel\nouvrage qui marquait l'apogée de la gloire de Gluck, lui créait de nouvelles ini-\nmitiés et des estimes notoires: « Elle (la musique) confirme l'idée que l'opéra\ndlphigénie avait déjà donnée du génie et du grand talent de M. le chevalier\nGluck pour peindre et pour exprimer les affections de l'âme.\n« Le récitatif employé dans cet opéra se rapproche beaucoup de celui de\nLulli, mais de son récitatif débité, déclamé et parlé comme vraisemblablement\nce musicien le faisoit exécuter, et non chanté, comme il l'a été abusivement\naprès sa mort Les morceaux de symphonie et d'accompagnement sont très bien\nlaits, quoiqu ils paraissent quelquefois chargés de beaucoup de traits et d accords\nrecheichés et contrastés, qu embarrassent souvent l'expression, d'autant plus\nsûre qu'elle est moins compliquée.\n« Les airs de danse de cet opéra sont en général plus soignés et plus variés\nque ceux d Iphigênie , il en est plusieurs d'un tour original et piquant que\nRameau lui-même eût enviés. »\nComme pour Iphigênie en Auhde, les frais nécessités par Orphée et Eurydice\ndevaient être assez élevés, car Gluck exigeait des danseurs, des symphonistes,\n\n(i)Les loges al annee rapportèrent dans la saison 1775-7613 somme de 194.432 livres (Archives\nde 1 Opéra). 1"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "111", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.15", "texte": "LE CHEVALIER GLUCK A L'OPÉRA DE PARIS\n\ndes enfants supplémentaires, et ces « extraordinaires » augmentaient d'autant la\ndépense. De plus, les accessoires étaient fort coûteux. En un mois on brûlait au-\ndelà de 250 livres (environ 700 francs) d'esprit-de-vin pour les flambeaux et plus\nde 225 livres de poudre de lycopode, ainsi qu'en témoigne un état de dépense\njournalière de l'époque.\nCe n'est donc que le 10 janvier 1775 qu'[phigénie en Aulide fut reprise, après\nles changements jugés nécessaires. Il est certain que l'affluence fut plus grande\nque jamais, car alors que le Carnaval du Parnasse encaissait péniblement de 4 à\n500 livres, l'ouvrage du protégé de Marie-Antoinette réalisait entre 4 et 6.000\nlivres.\nOn peut se rendre compte approximativement de ce qu'étaient les décorations,\nd'après 1 inventaire de 1780. On y voit figurer: « Le palais d'Agamemnon dans\nIphygénie, n 52, composé de deux châssis, quatre colonnes isolées, six plafonds,\nune ferme pleine par augmentation avec une porte au milieu d'ordre ionique,\nprisé la somme de 3.200 livres.\n(( Le temple de Dianne (sic), nté 26 A. composé de quatre châssis, côté de la\nreine, dont un à doubles brisures couronné de trophées, plus un châssis oblique\net un gradin de trois marches, prisé la somme de 300 livres.\n<( La tente d'Agamemnon dans Iphigénie,\nferme au 4et quatre plafonds. Cette décoration est richement peinte en draperie\nde blocards d'or avec franges, glands et cordons d'or et différents trophées\nd'armes et meubles, prisée la somme de 2.000 livres.\n« Un autel dans Iphigénie dont les bas-reliefs sont en or, avec son marche-\npied, mé 235 B. »\nAvant de repartir pour Vienne comblé d'honneurs et de présents, Gluck eut le\ntort de céder au désir qu'exprima la direction de monter sa Cythère assiégée. Cet\nopéra comique, qu'on avait eu l'intention de donner alternativement avec Iphi-\ngénie, ne pouvait qu'être préjudiciable à sa renommée. Joué 22 fois en deux mois,\nil n'eut qu'un succès médiocre, les dix premières recettes en font foi : le mardi,\nier août, jour de la première, on encaissa 5.357 livres ;le 4, 4.634 ; le 6, 937 ;le\n8, 2.295 ; le 11, 4985 ; le 15, 849 ; le 18, 2.281 ; le 20, 617 ; le 22, 1.151, et le 25,\n1.421 livres.\nEn septembre, le Mercure esquissait une critique : « M. le chevalier Gluck,\ndisait-il, a traité trop sérieusement cet opéra comique, où il a employé toute\nla force imposante de son génie, lorsqu'il fallait y répandre les grâces aimables\nde l'esprit et du goût. Au reste, ce spectacle n'est point sans agrément. » Mais\non vantait surtout la musique du dernier divertissement, écrite par Berton.\nIl ne reste aucun document administratif bien intéressant sur cette création, à\npart un état de dépenses journalières établi parle sieurßourbon, garde-magasin,\nqui donne la physionomie des détails courants. On voit figurer des milliers\nd'épingles, des chaussures pourMlles Laguerre et Châteauneuf, des baguettes et\ndes corbeilles d'osier, des bouteilles d'essence de citron, des voitures pour por-\nter les livrets à la famille royale, à Versailles, des gants chair, du cuivre\nrouge pour attacher les cuirasses, le blanchissage de 108 aunes de vieille gaze,\netc. etc.\nLa description de deux décors vaut aussi d'être rapportée : « Le péristile du\ntemple de l'Amour dans Cythère assiégée,\ncolonnes isolées au 7 et au 8 ; un plafond au-dessus de la première ferme por-"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "112", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.16", "texte": "LE CHEVALIER GLUCK A L'OPÉRA DE PARIS\n\ntant fronton ; ces colonnes sont d'ordre ionique en marbre blanc : les chapiteaux,\nbases, et tous les ornemens sont en or, prisé la somme de 1.200 livres. Les\nremparts et l'enceinte de Cyterre assiégée, nté 81 A. composés, côté du Roi, de\nsix châssis à colonnes isoléees par le haut et par le bas dans lequel bas est prati-\nqué un pont-levis ; six châssis de retour pour fermer les coulisses dans deux\ndesquelles sont pratiquées des portes ; au-dessus de la ferme ou plafond est un\nhorizon faisant fond à la dite décoration sur lequel sont répétées les arcades de la\ndite ferme. Cette décoration est peinte en architecture de treillage doré et orné\nde fleurs dans les masses, prisés la somme de 3.300 livres. »\nGluck avait une revanche à prendre. La Harpe l'y convia en réclamant\nAlceste. Mais cette œuvre devait subir de nombreuses modifications avant d'être\nprésentée au public parisien, et d'ailleurs le musicien avait promis d'écrire un\nRoland et une Armide Du fait que Piccini avait été invité par l'Académie à\nécrire aussi un Roland, Gluck anéantit le sien et se rabattit sur Alceste. La mise\nau point dura de longs mois, et l'œuvre sur laquelle comptait tant l'auteur\npour imposer silence à des ennemis acharnés, ne devait pas être comprise de\nsuite. La première, donnée le mardi 23 avril 1776, fut désastreuse, en dépit des\nefforts des artistes, et particulièrement de Mlle Levasseur, protégée par le comte\nde Merci-Argenteau. Le Mercure, pourtant très bien disposé en faveur du maître,\nlança cette pointe, au mois de mai, à la suite de quelques écrits trop louangeurs :\n« Ainsi cet opéra est annoncé comme le chef-d'œuvre de M. le chevalier Gluck et\ncomme celui de toute la musique théâtrale. Nous n'avons rien à dire après un\néloge si bien prononcé. Les amateurs et les connaisseurs sont à portée d'en\njuger. » Insidieusement, l'auteur de l'article rappelait Y Alceste de Quinault. « Il\nseroit à souhaiter, ajoutait-il, que ce beau spectacle fût reproduit sur le théâtre de\n1 Opéra, et que le même sujet, traité si savamment en musique par M. le cheva-\nlier Gluck, y fût de nouveau donné par un maître digne d'entrer avec lui dans\ncette noble carrière. » C'était une invite à Piccini.\nEn dépit de 1 hésitation première, le public ne pouvait échapper à la curiosité\nqu éveillait toujours une œuvre du maître allemand. Alceste fut jouée 45 fois\ndans le courant de 1 année, et ses dix premières représentations donnèrent une\nmoyenne supérieure à 4.000 livres, ainsi que le démontrent les recettes sui-\nvantes : mardi 23 avril, 5.990 livres ; vendredi 26, 5.925 ; mardi 30,4.474;\nvendredi 3 mai, 4.708 ; mardi 7, 3*586 ; vendredi 10, 4.998 ; mardi 14, 2.870 ;\nvendredi 17, 4.716 ; dimanche 19, 1.292 ; mardi 21, 2.252 livres.\nEn ce qui concerne les décorations, 1 inventaire de 1780 signale : « L'amphi-\nthéâtre d A Iceste, nle 19, composé de 16 châssis dont quatre sont doubles à bri-\nsui es, une fei me pleine, une figure d Alcide, deux fermes à colonnes isolées, deux\nplafonds arcadés pour 1 arc de triomphe et six sphinx, prisé la somme de 1.404\nlivres.\n(( La figuie d Apollon dans Alceste rehaussée d'or sur son piédestal, ntée 163 D,\nprisée la somme de 48 livres.\n(( Une feuille de nuages représentant l'enlèvement d'Alceste, nté 138 B.\n<( L avant-cour du palais d Admette dans Alceste, nté 13, composé de quatorze\nchâssis dont six à petites brisures, deux fermes à colonnes isolées et une ferme"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "113", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.17", "texte": "LE CHEVALIER GLUCK A L OPERA DE PARIS\nR. M.\n2\n\npleine au 10, un plafond au 9, vingt-deux figures isolées qui se placent au-dessus\ndes châssis, prisé la somme de 3.600 livres.\n(( La Place publique d Alceste ntee 14 B, faite en 1776, composée de quinze\nchâssis dont deux sont à brisures, deux autres châssis obliques, six figures, un\nbalcon de relief porté par deux consoles, un rideau de fond, prisé la somme de\n1.700 livres.\n«La ville de Ciros dans Alceste, ntee 115, composée d'un châssis, une ferme\npleine, un morceau de ferme et cinq petits châssis de retour, prisé la somme de\n300 livres. »\nFrappé dans ses forces vives par la mort de sa nièce Marianne, une jeune fille\nqu il chérissait, Gluck abandonna Alceste à son sort et gagna Vienne. Ce sort\nfut enviable, car de 1777 à 1780, de 1786 à 1793, de 1797 à 1817, l'Opéra eut à\nhonneur de jouer l'œuvre redemandée d'année en année.\nRentré à Paris au mois de mai 1776, le chevalier songea à la mise en scène\nd Ai mide. Ses amis n étaient pas sans crainte, car cette lois la comparaison entre\nl'œuvre nouvelle et celle de Lulli pouvait être établie au détriment de leur dieu.\nLa première, donnée le mardi 23 septembre, n'était point faite pour calmer de\ntelles appréhensions. La salle fut houleuse, et l'immédiate impression ne parut\nguère favorable. Il faut dire que des innovations malheureuses tentées dans la\ndécoration et les costumes avaient prêté à la raillerie, et que les sottes critiques\nde La Harpe devaient envenimer la lutte entre deux camps où le parti pris domi-\nnait le bon sens. Ajoutons que le choix de Rosalie Levasseur était regrettable.\nCette femme au minois chiffonné, aux yeux vifs, luisants, toujours en quête\ndun regaid passionné, cette chanteuse à qui Sophie reprochait des manières\n« peuple », ne pouvait évoquer la figure d'une reine imposante. Malgré un violent\ncourant d'opposition, Armide allait triompher par sa valeur propre. Cet ouvrage,\ndans lequel Gluck, de son intime aveu, se montra « plus peintre et plus poète\nque musicien », fît quelques belles recettes, au début. Les dix premières repré-\nsentations donnèrent un total de 48.734 livres (environ 146.000 fr. de notre\nmonnaie actuelle) ainsi décomposé : 23 septembre, 5.622 livres; vendredi 26,\n5.391 ; mardi 30, 4.947 ; vendredi 3 octobre, 5.409 ; mardi 7, 4.598 ; vendredi 10,\n4.843; mardi 14, 4.336; dimanche 16 novembre, 5.665 ; mardi 18, 3.080;\nvendredi 21, 4.843 livres.\nLe Mercure fît remarquer tout d'abord que Lulli avait traité le plus heureuse-\nment ce sujet en chants voluptueux et en belle déclamation. Puis il ajoutait :\n« M. le chevalier Gluck a suivi tout un autre plan. Il nous a fait entendre une\nmusique dramatique, où il s'est montré tel que dans ses Opéra A Orphée, Alphi-\ngéuie et AAlceste ; c'est la même énergie de style, le même art dans la distribu-\ntion des instrumens, la même science d'harmonie. Mais les situations de l'Opéra\nd Armide n'étant ni aussi favorables à son génie, ni à la déclamation théâtrale\nque dans ses autres Opéra, il a paru produire des sensations moins vives et\nmoins fortes. Son génie trop vigoureux n'a pu se plier à ces nouvelles inflexions\nde la tendresse, à ces douces langueurs de la volupté, à ces soupirs des amans\nQue Lully réchauffa des sons de sa musique. »\nSur cet ouvrage les documents sont rares en ce qui regarde la mise en scène et"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "114", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.18", "texte": "LE CHEVALIER GLUCK A L OPÉRA DE PARIS\n\nles décorations. L'inventaire de 1780 signale simplement ceci : «Le désert du\n3e acte d'Annide,nté 74, composé sçavoir de dix châssis dont huit à brisures, un\nterrein en deux parties, une ferme pleine, huit plafonds peints en ciel foncé,\nntés 46, et deux autres grands châssis à brisures peints en rochers et cyprès,\nplacés au 3 et au 5, côté de la reine, prisé la somme de 2.700 livres.\n«Le Palais bleu d'Armide, nté 24, composé de 14 châssis dont deux à brisures,\nune ferme pleine avec porte au milieu, une autre ferme arcadée, deux morceaux\nde ferme pleine faisant fond, et huit plafonds, prisé la somme de 1.250 livres. »\nLorsque Gluck revint à Paris, en septembre 1778, dans l'espoir de s'y établir\ndéfinitivement, il apportait la partition Iphigénie en Tauride complètement ter-\nminée. Les répétitions furent très suivies et chacun y apporta un zèle inaccou-\ntumé. Mais Rosalie Levasseur tomba malade ; il fallut retarder la première, qui\neut lieu le mardi 18 mai 1779. Cette fois le triomphe fut immédiat, malgré l'allure\nsévère de l'ouvrage.\n« Je ne sais si c'est là du chant, disait Grimm, mais peut-être est-ce beaucoup\nmieux. Quand j'entends Iphigénie, j'oublie que je suis à 1 Opéra ; je crois enten-\ndre une tragédie grecque dont Lekain et Mlle Clairon auraient fait la musique. »\nEt en juin, le Mercure constate qu'en dépit des chaleurs excessives on a con-\ntinué les représentations d'lphigénie « avec une affluence extraordinaire », avec\nun succès toujours croissant.\nLe relevé des recettes prouve, en effet, que le triomphe était sans précédent, si\nl'on tient compte surtout d'une température excessive.\nAla première (18 mai), on encaissa 5.757 livres ;le 21 (2e), 5.343 ;le 25 (3e),\n3.989 ;le 28 (4e), 4,672 ;le ier juin (5e;, 4.906 ;le 4 (6e), 5.142 ;le 8 (7e;, 4 917 ;\nle 11 (8e), 5.213 ;le 15 (9e), 4.298 ;le 18 (10e), 4.813 livres.\nOn ne dut pas faire de très grands frais, car l'inventaire de 1780 ne contient\nque ces deux courts articles : «Les deux statues de Dianne dans Iphigénie en\nTauride et leurs deux piédestaux, le tout en voliges peint en marbre, prisées la\nsomme de 72 livres.\n« Le lit d'Oreste servant dans Iphigénie en Tauride, représentant un tombeau\nruiné, et le gradin pour les Uménides en pierres ruinées, de trois dégradations,\nprisé la somme de 120 livres. »\nAprès de longues controverses et de véritables scandales de presse, Iphigénie\nen Tauride vivait toujours, mais Gluck songeait à donner un autre ouvrage à\nl'Opéra, pour en éloigner Piccini. Les pourparlers avec la direction furent assez\ndifficiles. Le compositeur exigeait 20.000 livres pour Echo et Narcisse, il\nvenait d'en toucher 12.000 pour Iphigénie en Tauride, —et Devismes ne lui en\naccordait que 10.000. Enfin l'entente fut faite à l'amiable et les répétitions com-\nmencèrent bientôt.\nMais cette fois Gluck s'était trompé du tout au tout en s'attaquant à un sujet\nqui n'était guère capable de l'inspirer. Le soir de la première (vendredi 24 sep-\ntembre), 1 accueil fut d une froideur désespérante. A la deuxième, l'auteur songea\nà apporter quelques changements à son ouvrage « A l'instant où nous écrivons\ncet article, disait le Mercure du 2 octobre, M. Gluck s'occupe des changements\nque la première représentation de cet ouvrage lui a fait juger nécessaires. Nous"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "115", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.19", "texte": "LE CHEVALIER GLUCK A LOPÉRA DE PARIS\n\nattendrons donc, pour entrer dans quelques détails, que ces changements aient\neu lieu, et que le public en ait jugé. »\nLes changements faits, « il n en résulta rien d'avantageux pour l'ouvrage, en le\nregardant simplement comme composition musicale. S'il ne peut rien ôter à la\nréputation de M. Gluck, il ne doit rien y ajouter, » avouait le Mercure.\nLes recettes fournissent bien la physionomie de la chute. La première (24 sept.)\nproduisit 4 931 livres; la seconde (28), 2.496 ;la 3e (ier oct.), 3.046 ;la 4e (5),\n1.863 ; la 5e (8), 1.829 ; la 6e (12), 1.650 ; la 7e (17), 1.482 ;la 8e (24), 1.483 ;\nla 9e (2 nov.), 1.151 ; la ioe(2B déc.), 3.525 livres.\nLa mise en scène d'Echo et Narcisse avait été cependant exceptionnelle, ainsi\nque le démontre une description de la décoration principale, très compli-\nquée :\n«La campagne d Echo et Narcisse, composée de onze châssis côté de la\nReine, un grand arbre isolé au 3 du même côté ; côté du Roi, sept châssis,\nsça voir un au 2, un au 3 et un au 5 ; un châssis oblique du 3 au 5. Sous ce châssis\nune colonne rustique ; au 5, un châssis à triple brisure ; au 6, un châssis en demi-\nferme isolée ; au 7, le temple avec une colonne isolée, châssis fermant la porte,\net ferme du fond représentant l'intérieur du temple au 8 ; un grand terrein au 9\nà brisures, traversant le théâtre ; un autre terrein du 8 au 7 posé obliquement ;\nun autre bout de terrein au 6 côté de la reine, allant jusqu'au milieu du théâtre;\nen devant des ponts les plus hauts cinq parties de terrein dont deux portant des\narbres isolés allant du 2 au 9 ; les terreins du premier plan en devant joignant la\nfontaine en quatre morceaux ; un petit terrein au 5, côté du Roi, masquant une\nchute d eau ; un groupe de deux arbres isolés au 6; un arbre isolé au 9; un autre\ngroupe de deux arbres isolés au 10 ;un autre au 11 ; trois châssis formant l'in-\ntérieur et la devanture de la fontaine ; deux figures de l'Amour, côté du Roi, sur\nleurs piédestaux et un autel antique ; pour former la chute d'eau de la fontaine,\nun tambour à claire-voie de sept pieds de long, deux pieds trois pouces de\ndiamètres. Trois Roues de voliges de quatre pieds de diamettre, le bâtis du cylin-\ndre et des dites roues, une nappe d eau préparée pour la d. fontaine, quarante-\nquatre tréteaux plats de six pieds de haut réduits, dix-neuf contre-fiches qui en\ndépendent. Tous les ponts de la d. campagne produisent ensemble treize toises\net demie de long sur trois pieds de large ; un escalier en plats-bord de seize\nmarches placé au 7, côté de la reine; six montants de chevrons de dix pieds de\nlong sous les fermes du 5, du 6 et du 7. Un escalier oblique entre les 3 et le 4,\ncôté de la reine, de neuf marches, quatre petits marchepieds, sous de vieux\nescaliers de chacun trois pieds de long sur huit pouces de haut, onze plafonds et\nun rideau, prisé la d. décoration et ses dépendances la somme de 6.500 livres. »\nL'insuccès de cet ouvrage porta un rude coup à l'auteur. Il en fit une mala-\ndieet il ne fallut rien moins que sa nomination de maître de musique des enfants\nde France pour l'empêcher de rompre avec éclat. C'est en promettant de revenir\nqu'il quitta Paris ; mais en août 1780 il n'était pas de retour. On imagina de\nvouloir reprendre alors Echo et Narcisse pour l'amadouer. Aidé du bailli du\nRoullet, le baron de Tschudy modifia de nouveau son poème Le bailli alla\nmême jusqu'à vouloir changer les mouvements de 1 orchestre, à l'encontre des\nidées de Francœur qui s'en plaignit à Gluck, mais en vain.\nUn curieux document inédit révèle les intentions neuves qui devaient\nassurer un triomphe, car, y est-il dit, « la musique de cet ouvrage paraîtra,"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "116", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.20", "texte": "CORRESPONDANCE\n\ncomme elle l'est, ce qu'a fait de mieux et de plus neuf M. Gluck, si elle est\nexécutée dans l'esprit et le genre qui lui convient. »\nVoici quelques-unes des recommandations les plus typiques extraites du\n« Programme pour la mise d'Echo » :\n((Acte ler,Ier, scène ire. —Cette scène telle quelle étoit. On observera seule-\nment qu'il faut supprimer dans le ballet la course de Mne Heynel et de M. Gardel\nqui faisait un très mauvais effet. M. Gluck le lecommande expressément et\ndemande que cet air soit dansé en contraste entre les Nymphes et les Sylvains,\nMlle Heynel et M. Gardel à leur tête.\n<( Scène 3e. Toute cette scène nouvelle doit être dite avec chaleur et jouée\navec intérêt. La lenteur lui serait pernicieuse ; il faut que les acteurs ayent\nattention à bien phraser et que le récitatif soit rapide et déclamé : c'est ce que\nrecommande M. Gluck.\n« On observera que l'air Hélas !je nay pour moy etc. doit être chanté avec\nnaïveté et simplicité, mais point trop haut, et surtout qu'il soit déclamé. La fin\nde la scène doit être très vive de la part d'Echo.\n« Acte 11, scène4e. Cette scène reste telle qu'elle étoit II faut recommander à\nM. Lainez de ne pas forcer sa voix dans cet air, non plus que dans la scène de\nla fontaine au ler acte. »\nLa chaconne du 5e acte A Armide devait faire partie du divertissement.\n(( On espère que MxM. de la Danse ne se refuseront pas de compléter cet\nouvrage en remplissant le divertissement tel que M. Gluk l'a fait et le désire.\nIl est même nécessaire qu'ils s'y prêtent ; cet ouvrage retouché ainsi deviendra\nun grand ouvrage par sa consistance ; il faut que le divertissement en soit noble\net soigné. »\nTant de précautions ne relevèrent pas Echo et Narcisse. La reprise atteignit\ndifficilement une vingtaine de représentations.\nLa vie musicale de Gluck était terminée à Paris. En moins de cinq ans, le\nmaître allemand avait gravi les plus hauts sommets de la gloire, et il allait faire\nplace à 1 école italienne des Piccini et des Salieri. Quelques années encore\npassées à Vienne, et le chef incontesté du drame lyrique, dans la deuxième moitié\ndu xvme siècle, allait mourir victime de sa passion pour l'alcool et les vins géné-\nreux.\n\nMARTIAL TENEO.\n\nCorrespondance.\n\nI. — Le cahier des charges de nos théâtres lyriques et les\npièces « nouvelles. »\nAsnières, 6 février 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR de la Revue musicale,\nToute la presse a favorablement accueilli la proposition que j'ai d'abord for-\nmulée ici, et qui tend à faire supprimer l'article du cahier des charges de l'Opéra"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "117", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.21", "texte": "CORRESPONDANCE\n\net de l'Opéra-Lomique : qu'un ouvrage joué en province ne peut être compté comme\nœuvre nouvelle à Paris.\nComœdia, qui s'intéresse aux causes justes, a bien voulu hospitaliser celle-là,\net après que vous l'avez exposée dans la Revue musicale, M. Méaly l'a reprise\net développée dans Comœdia. Je profite de cette occasion pour lui exprimer\nici toute ma gratitude. Notre réclamation a donné lieu à une campagne qui a\ndes proportions inespérées. Le Temps, le Figaro, le journal, l Intransigeant, le\nGil Blas, la Liberté, le Radical et le Petit Parisien, vingt autres journaux, ont\nreproduit ou commenté avec éloge notre initiative. M. Henry Maret, dans le\nJournal, a consacré à cettequestion, en premièrepage, une spirituelle et mordante\nchronique. M. Edmond Le Page, le subtil critique musical du Soleil, a publié\ndans la Liberté un article qui donna lieu à un petit débat entre M. Th. Dubois et\nle signataire de ces lignes, débat très courtois d'ailleurs. La province elle-même\ns'est émue ; la Petite Gironde lui consacre en première page un article impor-\ntant et le Tout-Elégant approuve notre juste demande.\nVoici quelques-unes des lettres qui nous ont été adressées. M. Paladilhe,\nmembre de 1 Institut, hauteur de l'admirable Patrie et de tant de chefs-d'œuvre\nde mélodie, est très catégorique :\nParis, 8 février 1908.\nMONSIEUR,\nJe m'associe pleinement à i'idée d'une réforme, d'une adjonction à faire\nau cahier des charges de nos scènes lyriques subventionnées, et la formule\nindiquée par M. Jules Combarieu : « Toute œuvre d'un compositeur français,\njouée plus de six fois... etc., etc., » me paraît excellente.\nE. PALADILHE.\nM. G. Marty, qui, comme grand compositeur et comme directeur de la So-\nciété des concerts du Conservatoire, a une exceptionnelle autorité, se prononce\naussi nettement :\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nEntièrement de lavis de mes éminents collègues et amis Paladilhe, A. Bru-\nneau et Ropart\\ au sujet des œuvres nouvelles représentées en province et à\nVétranger et que nous voudrions voir qualifiées telles à leur apparition sur nos\nscènes parisiennes. Je souhaite aussi de voir exaucer le vœu que forme Ropart\\\nau sujet des œuvres de concert.\nVeuille\\ agréer, etc.\nG. MARTY.\nLettre de M. Edmond Missa (i) :\nMONSIEUR,\nJ'ai suivi avec beaucoup d'intérêt la campagne que M. Adalbert Mercier\npoursuit dans votre journal. Cette causeme parait très légitime et j'y applaudis\ntrès chaleureusement. Àw/ doute que Monsieur le Ministre des Beaux-Arts ne\n\n(1) Auteur de Muguette, représentée à l'Opera-Comique."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "118", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.22", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nsoit favorable à ce vœu si sincèrement exprimé et qui touche de si près\ntous mes confrères.\nN'est-ce pas une cause juste entre toutes ?\nVeuillez agréer, etc.\nEdmond M ISS A.\nLettre de M. Henry Février avec une réserve (sur un détail qui peut être mo-\ndifié) :\nMONSIEUR,\nIl m'est assurément difficile de prendre parti à propos des ouvrages joués en\nprovince et non comptés comme œuvres nouvelles à Paris, puisque j ai débuté\nd'emblée en igoô à VOpéra-Comique, grâce au bienveillant accueil téservé\npar M. Albert Carré à mon ouvrage le Roi aveugle.\nCependant, je suis tout à fait de l'avis de mon camarade Adalbert Mercier\npour F abrogation de cet injuste article du cahier des charges des théâtres sub-\nventionnés.\nJe ne crois pas toutefois que le nombre de six représentations en province,\nimposé comme condition essentielle â la représentation d un ouvrage à Paris,\nsoit judicieux, car il est indéniable que la valeur artistique d une pièce de\nthéâtre n'est nullement proportionnelle au nombre de fois quelle a été repré-\nsentée.\nVeuille\\ agréer, etc.\nHenr*r FÉ VRIER.\nLettre de M. Gabriel Marie, le chef d'orchestre et compositeur de musique si\nestimé :\nMONSIEUR LE RÉDACTEUR,\nVous ave\\ mille fois raison de mener le combat pour que les œuvres créées en\nprovince ne trouvent plus portes closes aux théâtres subventionnés. Si cette\ncampagne échouait, ce serait à renoncer à toute tentative de décentralisation.\nMais vous deve\\ aboutir, car vous ave\\ pour vous le bon sens et l'équité.\nVous ave\\ mieux encore : le précédent ! — En effet, Samson, de Saint-Saëns,\nna-t-il pas vu le jour à Rouen avant de venir à Paris, et n'a-t-il pas été repré-\nsenté à l'Éden avant de passer au répertoire de VOpéra ?\nAlors... ? — Et puis, avec le temps, il y a tant de choses qui deviennent\npossibles !\nAinsi je me rappelle une époque pas très lointaine où nous avons reculé,\nAirne la comtesse Greffulhe et moi, devant cette chose formidable de de-\nmander la salle des concerts du Conservatoire pour l'exécution d'une grande\nœuvre classique. Et pourtant, maintenant, on y entend un quatuor ///\nJe vous souhaite bonne chance en vous priant d'agréer mes meilleurs senti-\nments.\nGabriel MARIE.\nPermettez-moi, Monsieur le Directeur, de vous citer encore les passages\nles plus saillants d'autres lettres qui, par l'autorité de leurs auteurs, apporteront,\nj'en suis certain, un appoint décisif au triomphe de notre cause."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "119", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.23", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nM. Bruneau écrit : « Si la reforme en question doit faciliter les débuts de\nnos jeunes musiciens, qu on la fasse au plus vite ! »\nM. Ch. Widor, professeur au Conservatoire : « Si les œuvres créées enprovince\nsont remarquables, le cahier des charges a évidemment tort ; si elles sont mau-\nvaises, personne n'aura envie de les monter : donc l'article est inutile. Alors\npourquoi cet article ? »\nLa lettre de M. Emile Pessard, professeur au Conservatoire, est du plus haut\nintérêt : « Je suis d'avis que cet article ne doit pas être modifié ; il faut qu'il\nsoit supprimé, comme portant un grave préjudice à l'art musical, aux auteurs\net aux compositeurs français. Comment peut-on admettre qu'un ouvrage, con-\nsidéré comme inédit s'il a été joué en Allemagne ou en Belgique, ne le soit plus\nsi on l'a représenté en province, à Toulouse ou à Rouen, et que, sous le prétexte\nque Saint-Saëns a fait jouer jadis Etienne Marcel à Lyon, les directeurs de nos\ngrandes scènes subventionnées se soient trouvés dans l'impossibilité de faire\nconnaître cet opéra aux Parisiens ?\nAu moment ou l'administration des Beaux-Arts alloue des primes de décen-\ntralisation aux directeurs des théâtres de province qui montent des œuvres\nlyriques d'un compositeur fr ançais, l'abrogation de cet article inique s'impose.\nDu reste, le cahier des charges dans lequel il figure (et qui ne paraît pas\navoir été rédigé avec la collaborations de musiciens) n'est plus en rapport avec\nla production moderne. Il faudra le remanier complètement... »\nEnfin je vous citerai pour terminer la lettre de M. Henri Cain, le librettiste\nbien connu : « Mais c'est notre devoir absolu de demander l'abrogation d'un\narticle qui empêche nos scènes subventionnées de pouvoir monter comme nou-\nvelle une œuvre intéressante si elle a été représentée en province I Quand les\nauteurs pourront espérer revenir à Paris avec leurs partitions, ils seront tout\nheureux de confier leurs ouvrages à nos directeurs de province, qui comptent\ntant d'artistes de haute valeur. Pour la décentralisation musicale, ce sera un\nbienfait, et soye\\ certain que nos directeurs parisiens iront volontiers écouter\nune œuvre curieuse, quand ils ne seront plus ligotés par une clause surannée de\nleur cahier des charges. Oui, faisons tout ce qui sera possible pour être utile\nà la cause sacrée de tint d'artistes intéressants, et tentons un sérieux effort\npour leur retirer les grosses pierres d'une route qui reste encore si rude à\nparcourir ! »\nN'est-ce pas là un solide faisceau d'arguments et d'approbations en faveur\ndu but que nous poursuivons? Après de semblables témoignages, nous pouvons\nespérer que M. le ministre des beaux-arts s'intéressera à cette cause juste et\nlégitime, et qu'il apportera la solution que tous mes confrères et moi nous\nattendons si impatiemment.\nRecevez, Monsieur le Directeur, etc.\nAdalbert MERCIER.\nLes lettres que M. Adalbert Mercier nous a communiquées sont si nombreuses\nque nous avons dû nous borner à publier un choix, une simple anthologie.\nMais le succès est incontestable : les adhésions sont très nombreuses, très nettes,\nsignées de noms qui font autorité. Il nous semble que l'Administration des Beaux-\nArts, toujours si prudente (et avec grande raison !), peut examiner une question\nqui paraît mûre, et accueillir un vœu qui donnerait satisfaction à tous les jeunes"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "120", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.24", "texte": "CORRESPONDANCE\n\ncompositeurs. Deux principes (si bien dégagés par M. Henry Maret dans sa\nspirituelle chronique) soutiennent la proposition dont nous avons pris l'initia-\ntive dans la Revue musicale : i° il est bon qu'avant d'aborder une de nos scènes\nofficielles, les compositeurs aient fait leurs preuves sur un des grands théâtres\nde la province, laquelle n'est pas seulement l'antichambre de Paris, mais doit\nbénéficier de toutes les mesures pouvant favoriser la décentralisation ; 2° une\nœuvre a beau avoir été jouée à Rouen, à Nantes ou à Toulouse, si elle est\nreprise par un directeur de Paris, elle devient, en fait, une « nouveauté » par\nsuitedes ressources toutes spéciales qu'ont les directeurs parisiensetdes dépenses\nqu'ils s'imposent.\nEt maintenant un simple mot à l'adresse de ceux qui n ont pas compris. Il y en\na toujours quelques uns. Nous n'avons pas demandé qu'un opéra joué un certain\nnombre de fois surun théâtre sérieux de province dût nécessairement être monté\npar l'Opéra-Comique ou l'Opéra ; nous avons demandé qu'il pût l'être, et\ncompter administrativement parmi les « nouveautés » que chaque directeur\nsubventionné est tenu de produire tous les ans.\nJ. COMBARIEU.\nII. Le piano symétrique.\nAu sujet de la lettre de M. Courau, ancien élève de l Ecole polytechnique, que nous avons\npubliée dans notre dernier numéro, nous recevons la lettre suivante (signature illisible) :\nVersailles, le 4 février 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR DE LA Revue musicale,\nRésumé de la question. — Un de vos correspondants, avec le très louable désir\nde faciliter 1 étude du piano aux débutants, propose un clavier où les 12 demi-tons\nseraient actionnés par des touches égales et placées dans le même plan. Ces\ntouches pourraient être blanches, ou avoir la tonique, la sous-dominante et la\ndominante teintées de bleu ou noir, ou enfin être alternativement bleues et\nblanches. Enfin une bande de toile reproduisant les divisions des touches avec\nles teintes pourrait s'adapter au piano à touches blanches. Cette toile pourrait\ncourir le long des claviers, au moyen d'un système mécanique quelconque, de\nmanière que la touche qui correspond à Y ut pourrait à volonté se placer devant\nun des 12 demi-tons de la gamme.\nIl n y aurait donc qu à apprendre la technique de la gamme d'«/, ainsi que la\nlecture de la musique écrite sans accidents à la clef, la transposition se faisant\nmécaniquement par le clavier. Vous demandez à vos lecteurs si des objections\npeuvent s élever contre le piano symétrique ; je me permets de vous envoyer\ncelles que m a suggérées la proposition de votre honorable correspondant.\nOpportunité du perfectionnement. — Avant de discuter le projet en détail, il me\nsemble nécessaire d'en discuter l'esprit. M. Courau désire faciliter l'étude du\npiano aux débutants ; c est donc qu il pense, avec raison je crois, que le piano\n« symétrique» devra être délaissé à un moment quelconque pour le vulgaire\npiano des Liszt, des Pugno, des Blanche Selva, Roger Miclos, le piano de\ntout le monde enfin.\nDans ces conditions, la simplification deviendrait une complication, et les diffi-\ncultés du terrible clavier ordinaire se dresseraient les mêmes pour l'élève, sinon\naugmentées par 1 éducation déjà acquise sur le clavier symétrique. Il n'y aurait"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "121", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.25", "texte": "CORRESPONDANCE\n\ndonc qu'un instrument nouveau dont la technique serait très différente de celle\ndu piano —J'avoue ne pas très bien saisir ce que M. Courau entend par\nla technique du ton d'ut. Un morceau écrit en ut peut contenir des doubles\ndièses, des bémols et doubles bémols, des passages enharmoniques, et cepen-\ndant rester en ut. Faudra-t-il, toujours dans l'espoir de simplifier, à chaque mo-\ndulation passagère, tirer le bouton de commande de toile teintée ? Dans ce cas,\nl'aide d'un auxiliaire pourrait être nécessaire, sans compter qu'il sera très diffi-\ncile à un débutant de déterminer avec précision l'endroit précis des modulations\net retours au ton. Il sera donc de toute nécessité d'avoir une musique spéciale-\nment réduite pour le piano symétrique ; mais alors que deviendront les œuvres\nles plus belles à la lecture ? Je crains qu'elles ne soient un contresens harmo-\nnique perpétuel, et qu'elles ne faussent le jugement de l'élève.\nLa conception du piano symétrique correspond à une conception musicale dif-\nférente de la nôtre Elle envisage la gamme comme formée de demi-tons égaux,\ndont le type est réalisé dans la gamme chromatique tempérée. Ainsi il n'y aurait\nplus qu'une seule gamme, la gamme chromatique, dont les variantes seraient\nsimplement des transpositions. Nous admettons encore maintenant le mode\nmajeur et le mode mineur ; je ne crois pas qu'en disant que la musique moderne\nest devenue chromatique, on veuille dire qu'on a fait table rase de nos concep-\ntions harmoniques ; je crois plutôt qu'on a voulu dire que tous les demi-tons,\ndièses ou bémols, voire les doubles dièses et doubles bémols, peuvent avoir\nun lien logique de parenté avec la tonique d'ut par exemple L'intérêt de nos\ngammes vient de la place des demi-tons diatoniques. Il serait trop long de dis-\ncuter cette question ; mais notons en passant que, bien loin de répudier le\ndemi-ton diatonique, les compositeurs modernes ont encore élargi notre\ndomaine musical en faisant appel aux modes grecs.\nLe clavier actuel est logique. C'est pour en arriver à conclure que le clavier\ndu vulgaire piano est logique, et qu'il correspond à notre gamme type qui\nest la gamme d'ut.\nRien n'est plus facile que d'exécuter cette gamme avec l'ancien clavier (la\nposition du do étant facile à connaître) ; il suffit d'abaisser successivement les\ntouches qui correspondent à l'écartement d'une main de moyenne taille. Que se\npassera-t-il sur le clavier symétrique ? Un simple graphique permettra d'en juger.\nDifficulté cCexécution sur le piano symétrique. L'exécutant devra sauter une\ntouche du do au ré, etc., tandis que du mi au fa et du si au do, il devra abaisser\ndeux touches voisines. Outre l'écartement des doigts pour faire entendre six\nnotes de cette modeste gamme d ut, écartement qui produira une fatigue assez\ngrande, il y aura dans l'exécution en vélocité de cette modeste gamme bien\ndes chances de toucher les touches voisines et « d'accrocher »...\nDe plus, remarquons que l'octave se trouve la 13e note de la suite des sons,\net qu'en teintant une note sur deux on arrivera à cette incohérence d'avoir deux\nnotes de même nom, à distance d'octave, de couleurs différentes.\nPar ces raisons : obligation pour effectuer le mouvement le plus simple de\nseconde majeure, de faire un steeple-chase continuel, et pour les demi-tons dia-\ntoniques d'abaisser deux touches voisines ; fatigue résultant de l écartement des"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "122", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.26", "texte": "CORRESPONDANCE\n\ndoigts; production probable comme exercices de tortillages chromatiques qui\ntueront le sens de la tonalité ; alternance non justifiée des couleurs; nous\nne croyons pas que le clavier symétrique facilite le travail pour les débutants.\nLe clavier symétrique ne convient pas aux virtuoses. Le clavier symétrique\nsera-t-il le clavier des virtuoses, le clavier de l'avenir ? Nous ne le pensons pas\ndavantage. L'allongement du clavier ne permettant plus même d octavier,\ncomment exécuter du C. Franck, du Liszt, du Weber ? La diminution des touches\nsera elle-même un obstacle à l'attaque du son. Comment les doigts pourront-ils\nvibrer et se prélasser sur des objets aussi petits sans frôler les touches voisines }\nEvidemment les touches noires actuelles sont quelquefois bien gênantes.\nMais elles servent à bien des choses, quand ce ne serait que de points de repère\nbien fixes. On a toujours besoin dans les passages difficiles de jeter un rapide\ncoup d'oeil sur le clavier. Ces repères sont impossibles avec le clavier zébré,\nprésentant tantôt un do bleu, tantôt un do blanc.\nDiscussion du principe de transposition. Examinons la conception d écrire\ntoute la musique en do et son relatif mineur. Nous avons effleuré ce sujet, et\nnous avons dit que les partitions deviendraient un non-sens harmonique. Déve-\nlopper ce sujet nous entraînerait trop loin. Disons tout de suite que cette propo-\nsition nous paraît antimusicale. Si le clavier devait posséder tous les avantages\nrêvés, cette seule condition le ferait rejeter. Il est vrai que cette condition peut être\nindépendante delà facture du clavier, et qu'on pourrait grâces soient rendues\nau ciel! —lire dans leur intégrité l'œuvre des maîtres, qu'on pourrait se repaître\ndes couleurs apportées par les modulations. Mais j'avoue que l ancien clavier\nsuffit. Je ne puis assez m élever contre cette idée qui serait la mort du sens musical.\nQuoi ! on a le rare bonheur d'avoir un instrument qui résonne comme c est écrit\ndans les partitions, et qui metd'accord l'œil et l'oreille, et l'on veut en faire un\ninstrument transpositeur ! On veut revenir à une chose aussi barbare que la sol-\nmisation et donner le même nom à des quantités de sons 1 Et il s'agit d'offrir ce\ncadeau à des débutants qui ont à se former l'oreille et le jugement !\nQu on n'objecte pas qu avec le tempérament il en est de même. Si au point de\nvue mathématique, la b donne autant de vibrations que sol # ( i ), pour le mucisien\nil n en est pas de même, et suivant leur fonction ces notes sonnent différemment.\nM. Courau, en voulant faciliterl'usage du piano, n'a en vue que les croque-notes\ndont 1 ambition est de jouer le plus vite possible un petit morceau. Que ceux-là\nachètent un piano mécanique! Pour les autres, que l'amour de la musique tyran-\nnise qu ils prennent patience, et qu'ils aient du courage. Il y a de par le monde\nencore pas mal de gens capables d interpréter très bien la musique écrite, et\njamais le piano vulgaire ne trahit les virtuoses (je n'en dirai pas autant pour les\ncompositeurs). On arrive donc par le travail. L'art est long et difficile, dit je\nne sais plus qui, mais cette lenteur des débuts est un bien. Qui veut bâtir une\nmaison solide fait de puissantes fondations. Que de choses à assimiler pour le\nmusicien, qui ne peuvent 1 être qu avec le temps ! Education de l'œil et de\n1 oreille, mécanisme de l'instrument, compréhension de l'harmonie et de la\n\n( i C est probablement le contraire que veut dire notre honorable correspondant. Nous ne\nsaurions trop recommander à ceux qui nous écrivent d'être très lisibles, surtout dans leur signa-\nture (à moins qu'ils ne veuillent garder l'anonyme, comme beaucoup des éminents collaborateurs\nde la Revue musicale)."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "123", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.27", "texte": "LE CHANT ET LES MÉTHODES : CONCLUSION\n\ncomposition, et enfin les petites ficelles du métier, — et puis les recherches per-\nsonnelles.\nExcusez, Monsieur, cette lettre beaucoup trop longue, mais peut-être trop\ncourte pour épuiser les sujets que la révolution proposée suggère J'espère me\ntrouver en conformité d'idées avec des personnalités plus autorisées que la\nmienne et vous prie de croire à mes sentiments de considération très distinguée.\nT.\nlII* L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro une importante\ncommunication de M. Adophe Boschot, lauréat de l lnstitut, contenant des documents inédits sur\nBerlioz.\n\nLe chant et les méthodes : conclusion.\n\n{Suite.) (i)\nPour établir une méthode type, nous prendrons à Garcia, Battaille et Delle\nSedieleurs patientes recherches scientifiques quiont orienté le chantdansune voie\nnouvelle. Et nous remarquons en passant que nous devons à ces maîtres plus\nque des méthodes : par la méthode expérimentale, Garcia a le premier vu la glotte\nen mouvement ; Delle Sedie paraît avoir pressenti la question du timbre. Il tente,\nde plus, d'établir un rapport tangible entre 1 expression et la note musicale.\nDupré met en valeur la voix sombrée, dont les méfaits ne se comptent plus ; mais\nnous lui prendrons sa persévérance, son amour de Fart. Avec Faure nous aurons\nunemise de voix sans tache chezunmusicienparfait. Nous déroberons à Lablache,\nà Martini, leurs conseils pratiques. Nous constaterons dans la méthode du Con-\nservatoire l'effort courageux des auteurs pour établir un monument durable,\net qui a duré même trop longtemps ; la faute de ceux qui ont suivi, c'est d'avoir\nimmobilisé ce monument sans paraître se douter que, dans la vie scientifique\net dans l'histoire naturelle du tout ou d'une partie de la physiologie humaine,\nquiconque n avance pas recule. Or, pendant longtemps, la vocales été considérée\ncomme un art, et on a oublié que cet art dépendait d une science, la phonation.\nLa plupart des méthodes citées diffèrent entre elles, nous l'avons dit. En\ngénéral, la respiration n'est pas enseignée normalement ; le rapport entre la\nforce du souffle et la contraction vocale est mal déterminé ; le rapport entre la\nnature de l'idée ou de la passion et l'effort mécanique exigé n'est pas déterminé\ndu tout ; le rapport entre l'articulation et le genre de l'expression est à peine\nindiqué. Les études musicales, harmoniques et littéraires, nécessaires à un\nartiste, sont rarement mises en relief. La gradation dans les études n'est pas\nobservée ; trop de vocalises dominent letableau ; les voyelles sont étudiées par-\ntiellement, et non d'ensemble La théorie du trille est généralement mauvaise. On\nen fait une entité spéciale au lieu de le suspendre au sein de sa mère qui est la\ngamme. Le coup de glotte, qui n'est qu un moyen expressif partici ilier, devient une\némission systématique La tenue de voix en forte et crescendo, qui exige du souffle\n\n(1) Voir la Revue du 15 novembre 1907, Conclusion."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "124", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.28", "texte": "LE CHANT ET LES MÉTHODES I CONCLUSION\n\net l'habitude pratique de l émission, est indiquée au début des études. L agilité\nest indiquée en force ; enfin les registres ont donné lieu à toutes les théories pos-\nsibles, tant et si bien qu'il vaudrait mieux n'en plus parler que d engager à faux\nles élèves dans une voie si mal connue. Mieux vaut la bonne nature que plu-\nsieurs mauvais systèmes. Mais pourquoi les hommes de science ne nous éclai-\nrent-ils pas tous ces problèmes qui sont pourtant dignes de les tenter ?\nCependant, puisque la méthode type existe virtuellement en partie, voyons ce\nque dès à présent pourrait connaître un maître en 1 art du chant. La musique\nd abord, l'harmonie ensuite, sans laquelle il comprendra difficilement les ensem-\nbles dont il fait partie ; la phonation, sans laquelle il serait aphone au bout de\ndix ans de théâtre ; le français et la bonne prononciation qu il ignore, sans\ncompter 1 histoire dramatique et musicale qu il ne connaît généralement pas;\nla mimique, dont il ne se doute guère ; la gymnastique pulmonaire qui devrait\nprécéder les études vocales ; l'étude des sentiments qu il devra exprimer ; les\nrègles de l'expression dans ses rapports avec le mécanisme musical et vocal ;\nles règles sur la mise de voix qui doivent varier comme mesure de souffle et\ncontraction vocale, suivant que l'on chante un cantabile ou un morceau de bra-\nvoure ; la gradation dans les exercices, gradation basée sur la difficulté réelle de\nl'organe à rendre certains effets dès le début des études : (par exemple ne donner\nles limites de voix que progressivement, ainsi que les forte et les crescendo,\nmais au contraire établir les diminuendo dès l abord, parce que la respiration\naide ce mouvement). Il faut enfin veiller aux passages de voix sur toutes les hauteurs\net sur tous les changements de voyelles, attendu que l'adaptation varie mécani-\nquement non seulement d'une voyelle à l'autre, mais encore d'une hauteur à\nl'autre sur la même voyelle, avec cette différence que d'une voyelle à l'autre il y\na changement de forme absolu, et que, pour les changements de hauteur de voix\nsur la même voyelle, il y a modification dans le mouvement des cordes vocales et\nparfois dans le mouvement en totalité du larynx quand la voyelle est sombrée.\nDonc chaque note est en quelque sorte un registre nouveau dont il faut surveiller\nlémission. Quant à ces notes, il est évident que quelques-unes d'entre elles ont\ndes parités plus complètes, des résonances analogues, ce qui a donné lieu à la\nquestion des registres et au nombre différent que préconise chaque auteur .. La\nvérité est peut-être que cette question est individuelle, et que les ressemblances\nd'une série de notes (ressemblances qui ne peuvent pas être absolues, comme je\nviens de 1 établir, puisque chaque note a sa vie propre) changent avec chaque\nchanteur. Le tort est de donner des règles absolues là où les conditions\nvarient.\nNous conseillons la suppression des vocalises, puisque l'exercice de la gamme\nsous toutes ses formes suffit à former rapidement un excellent chanteur; puisque\nles roulades, les trilles, les grupetti, les portamenti, les notes tenues, butées ou\npiquées ne sont, en somme, que des modifications de la gamme dans sa hauteur,\nson mouvement et dans la manière d'attaquer le son. Pourquoi alors rechercher\ndans de fastidieuses vocalises des difficultés éparpillées, au lieu de chanter direc-\ntement et immédiatement après les exercices les œuvres de grands maîtres ?\nLa gamme adoptée nous, ou bien la gamme adoptée d'autres nations,\nreprésente donc, pour chaque peuple, le matériel de la vocale, matériel qui com-\nmence à être mathématiquement connu et qui a pour théâtre unique la glotte.\nL attaque du son doit dépendre de la nature de ce son, c'est-à-dire de son"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "125", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.29", "texte": "LE CHANT ET LES MÉTHODES .* CONCLUSION '\n\ndegré d élévation et de 1 expression qu il est appelé à traduire, expression qui doit\nmodifier le timbre et l'intensité du son.\nNous n aurons pas de peine à décrire le mécanisme des sons tenus, filés ou\npiqués, puisqu'ils dépendent de la force d'écoulement du souffle et de la tension\nglottique, facteurs que les muscles se chargent de mettre d'accord en réagissant\nles uns sur les autres.\nLa position respiratoire, les mouvements glottiques, la façon dont les pou-\nmons s emplissent d'air, et la mesure, la pondération dans l'écoulement de cet\nair combiné avec des tensions vocales différentes et volontaires, doivent donc\ndonner toutes les nuances du son sur toute l'échelle, du fort au faible: sons\ntenus, brisés, coulés, piqués, etc., et timbrés différemment suivant l'élévation\ndu larynx, les combinaisons des voyelles et leur résonance. Je crois avoir\ndémontré que la respiration diaphragmatique combinée avec la latérale (grandes\nrespirations) donnait un bon résultat dans les puissantes manifestations expres-\nsives. Il y a lieu d'examiner quels sont les mouvements propres à soutenir le son\ndans la seconde partie de la respiration, c'est-à-dire l'expiration; nous verrons\nensuite à quelle force. relative de souffle répondent les tensions glottiques et\ndans quelle mesure chaque passion développe ces effets. Remarquons d'abord\nque la glotte s'élargit dans l'inspiration et se rétrécit dans l'expiration. Ce\nmouvement de rétrécissement est accentué dans l'expiration sonore et varie de\ndegrés suivant l'émotion qui anime le chanteur. La glotte s'accommode donc aux\nhauteurs de sons que nous voulons émettre, mais il est nécessaire que la force\nexpulsive de l'air ne vienne pas contrarier la mesure des mouvements expressifs\nglottiques. C'est ici que doit intervenir une force antagoniste qui luttera contre\n1 élasticité pulmonaire et la rapidité du courant d'air expirateur ; les mouve-\nments musculaires d'ensemble qui se produisent dans l'effort donnent le schéma\nde cette force.\nComme on le sait, on a coutume de dire que la respiration peut être diaphrag-\nmatique, latérale ou claviculaire, bien que tous ces moyens se combinent de\nfait dans une certaine mesure. La respiration diaphragmatique emmagasine\nbeaucoup d'air presque sans effort (i) ; combinée avec la latérale (soulèvement\ndes côtes d'en bas), elle donne un minimum d'efforts et un maximum de souffle.\nElle convient à certains mouvements passionnels violents, ou à la reprise du\nsouffle réparateur après suspension trop longue. Isolée, la diaphragmatique\nrépond à une respiration normale simple, et se lie à tous les sentiments moyens.\nQuant à la claviculaire, elle produit de la constriction céphalique et doit être\nabandonnée. On a prétendu que les Italiens pratiquaient la respiration clavi-\nculaire ; cela est possible, appliqué à des sentiments superficiels et dans un\nléger appel d'air (dans leur mezzo-respiro). Mais ils emploient certainement la\ndiaphragmatique combinée avec la latérale dans le respiro.\nD'où je conclus que les modes respiratoires ne peuvent pas être prescrits ou\nproscrits absolument, mais que l'on doit, comme la nature, les combiner suivant\nles besoins expressifs, et chez les femmes suivant les nécessités pathologiques.\nJ'en dirai autant du timbre. Dans la nature, nous le donnons clair ou sombré, sui-\nvant le genre de nos émotions. Certaines écoles ont fait de cette règle expressive\nsi simple, une loi générale qui impose le sombré à toutes les émotions, quelles\n\n(i) Ce n'est pas toutefois l'avis de tous les médecins."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "126", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.30", "texte": "INFORMATIONS\n\nqu'elles soient. Or, d'une part la vérité dramatique est perdue par une nuance\nde son qui ne lui convient pas ; d autre part, 1 organe est perdu quand on\nl'oblige à faire continuellement un effort assez grand pour maintenir le larynx\ntrès bas, ce qui est le propre de la voix sombrée. Donc la voix sombrée, par raison\nexpressive et par raison de santé vocale, devrait être donnée sur les notes\nbasses seulement, et par conséquent pour traduire les sentiments qui ont ten-\ndance à faire baisser sa voix, haine, colère concentrée, abattement, tristesse, etc.\nDans tous les traits d'étude sans paroles, les voyelles doivent être travaillées\nsur leur note fixe autant que cela est possible. En parlant, les voyelles se succèdent\ntrop rapidement pour que l'on puisse tenir compte de ces considérations de\nrésonance. Mais dans l'étude du chant, les élèves devraient connaître la note\nd'élection de chaque voyelle, et le professeur devrait s'appliquer à reconnaître\nchez l'élève les changements de timbre que chaque degré entraîne et les change-\nments de voyelle à voyelle, car nous savons que si les voyelles peuvent être\ndonnées à tous les degrés de l'échelle musicale, chacune affectionne un degré\nparticulier, sur lequel elle reçoit toute sa puissance de timbre. Le timbre est\ndonc plus ou moins bon, suivant le degré vocal où la voyelle est placée. Bien\nentendu, il diffère encore de voyelle à voyelle.\nIl est évident, d'autre part, que le professeur ne doit pas exiger une position\nuniforme des voyelles chez tous les élèves, attendu que dans des organismes\nsimilaires mais qui ont leur individualité, une règle fixe de position serait un non-\nsens. Du reste, les maîtres de chant n'ont pas de tendance à généraliser les\nmoyens d'étude, mais bien plutôt à tailler en pièces le mécanisme vocal ; à choi-\nsir chacun leur mode respiratoire, leurs résonances de tête, de poitrine ou de\nmasque, leurs voyelles claires, sombrées ou vocalisées en o, a, é, ou è, sans\ns'inquiéter des moyens de l'élève.\n(A suivre.)\n\nALIX LENOËL-ZEVORT.\n\nInformations.\n\nLE THÉÂTRE ET LA MUSIQUE A MONTE-CARLO. — La nouvelle saison d'opéra,\nsous le haut patronage de S. A. le prince Albert 1er, s'est ouverte le mardi 4 février,\nsous la direction de M. Raoul Gunsbourg, avec un éclat exceptionnel.\nVoici les œuvres déjà représentées et celles qui paraîtront ensuite sur 1 af-\nfiche.\nLes mardi 4, jeudi 6 et samedi8 février '.la Gioconda, opéra en 4 actes, d'Arrigo\nBoito, musique de Ponchielli (MMmes Litvinne, Bailac, Maie Talaisi ; MM. An-\nselmi, Ruffo, Nivette, Vronsky, Douaillier, etc.). —Les mardi 11 et jeudi 13\n™Gr ' l'°r dU Rkin'' drame en 3 actes, de Richard Wagner\n1 . \"IrBailaCl Male falaisi> Nelly Borgo, Charlotte Lormont, Deschamps-\nJehtn, \\ elder ; MM. Van Dyck, Bonnet, Nivette, Philippon, Vallier, Fabert,\nDouaillier, Ananian, Vronsky). La répétition générale de /'Or du Rhin a eu lieu\nle dimanche 9 février.\nLe samedi 15 février : Thérèse,drame lyrique en 2 actes, de M. Jules Claretie,\nmusique de M. Massenet (M11* Luc} Arbell; MM. Rousselière, Bonnet, Chalmin,"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "127", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.31", "texte": "INFORMATIONS\n\nDouaillier, Vronsky, Ananian). Le vendredi 14 février : répétition générale\nd'une première : Espada, ballet en i acte et 2 tableaux, de M. Massenet (Mlles\nTrouhanowa et le « Ballet de Monte-Carlo »).\nLe dimanche 16 février (matinée) : /'Or du Rhin. Les mardi 18 et jeudi 20\nfévrier :la Tosca, opéra en 3 actes, de Victorien Sardou, musique de Puccini\n(Mme Giachetti ; MM. Anselmo, Renaud, Pini-Cersi, Chalmin, etc.). —Le samedi\n22 : Thérèse et Espada. Le dimanche 23 (matinée) :la Tosca. Les mardi\n25, jeudi 27 et samedi 29 février : Rigoletto, de Verdi (MMmes Selma Kurz,\nLucey, Velder, Mérentié-Maël, Nozeran ; MM. Anselmi, Renaud, Nivette,\nDouaillier, Ananian, Vronsky). —Le dimanche IERIER mars (matinée) : Thérèse et\nEspada. —Le mardi 3 mars : Mejîstofele, opéra en quatre actes, d'Arrigo Boïto\n(Mlle Chenal, Mme Deschamps-Jehin, Mlle Durif, MM. Smirnoff, Chaliapine,\nVronsky).\nLe jeudi 5 mars :la Traviata, de Verdi (Mmes Selma Kurz, Mérentié-Maël,\nMary Girard, Nozeran ; MM. Smirnoff, Scandiani, Nivette, Chalmin, etc.). —Le\nsamedi 7 mars, Carmen, de Bizet (Mmes Bailac, Nelly Martyl, Velder, Mary\nGirard; MM. Rousselière Renaud, Nivette, Chalmin, etc.). Le dimanche 8\n(matinée) ! Mejîstofele. Le mardi 10 :la Traviata. Le jeudi 12 :la Vie de\nbohème, de Puccini (M'»es Selma Kurz, Maie Talaisi ; MM. Rousselière, Chalia-\npine, Scandiani, Chalmin, Pini-Corsi, etc.). —Le samedi 14 : Mefstojele. —Le\ndimanche 15 (matinée) : Carmen. Mardi 17 : Carmen. Jeudi 19 :la Vie de\nbohème.— Samedi 21 : Henri VIII, opéra en 4 actes, de Léonce Détroyat et\nArmand Silvestre, musique de M. Camille Saint-Saëns (Mmes Litvinne, Bailac,\nMérentié-Maël ; MM. Renaud, Koubitzky, Fabert, Nivette, Chalmin, Douail-\nlier, Vronsky, Ananian). Dimanche 22 (matinée) : la Vie de bohème.\nMardi 24 : Henri VIII. Jeudi 26 et samedi 28 :le Barbier de Séville, de\nRossini (Mlle Selma Kurz ; MM. Smirnoff, Titta Ruffo, Chaliapine, Pini Corsi,\nAnanian, Vronsky ; MlleNozeran). Dimanche 29 (matinée) : Henri VIII.\nChefs d'orchestre : pour les représentations françaises, M Léon Jehin ; pour\nles représentations italiennes, M. A. Porné. Second chef d'orchestre : M. André\nBlock.\n\nHARPE CHROMATIQUE. —Le 12 février, àla salle Pleyel, très beau concert de\nmusique ancienne et moderne pour harpe chromatique, accompagnée tantôt par\nle double quatuor, tantôt par la flûte et le piano. Au programme : sonate en sol\nmineur de Dom. Scarlatti(iÔ49-i725), Ausoir, de R. Schumann, un très brillant\nAllegro-Fantaisie de J. Risler, admirablement joué par Mlle Germaine Cornélis,\ndes pièces d'A. Georges, de Garat (1764-1823), de Pradher (1810), Delaborde,\nMoskowski, Schubert, Pierné, Lefebvre, A. Mailly.\n\nRÉCITALS JOSEPH DEBROUX.— Le second récital aura lieu (salle Pleyel, à 9 h.)\nle 26 février. Au programme : sonate en si mineur n° 12 de J.-M. Leclair (1697-\n1764) et la sonate en sol mineur de Branche (1722-?), la sonate en la de Louis\nAlbert (1720-1771) et diverses pièces de Bach, Max Bruch, etc..., pour violon\naccompagné et seul.\n\nAUTOGRAPHES MUSICAUX. On a vendu aux enchères publiques, au début de\nce mois, à l'Hôtel Drouot, une réunion de lettres et pièces autographes de com-\npositeurs de musique célèbres."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "128", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080215-01.1.32", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'Imprimerie et de Librairie.\n\nOn y a remarqué, entre autres, un morceau de musique intitulé Larghetto,\npour piano, violon, alto et violoncelle, autographié et signé par Charles Gounod\navec dédicace à Mlle Lucie Palicot, ler janvier 1891, payé 255 francs. Une lettre\nautographe en français du célèbre compositeur russe Michel Glinka, adjugée à\n51 francs. Une lettre de Le Sueur à Lucien Bonaparte (brumaire an X), où le\ngrand compositeur lui demande sa protection pour que ses ouvrages soient mis\nà la scène : 80 francs. Une lettre de la Malibran à M. Boisregard, datée de\nParis 27 décembre 1827, dans laquelle elle l'informe des succès qu'elle a obte-\nnus aux concerts de la duchesse de Berry et de la comtesse Merlin : 40 francs.\nIl faut citer encore une lettre de Meyerbeer, en français, au comte Sollohub, où\nil donne des conseils pour la constitution d'un conservatoire de musique. Il\npropose pour le diriger Fétis, Berlioz ou Halévy. Cette lettre a fait 22 francs.\nUne lettre de Rossini, dans laquelle il vante les charmes des bords du Rhin,\nest montée à 65 francs. Un morceau de musique autographe de Beethoven,\navec quelques mots également autographiés feuilles d'esquisses de l'ouver-\nture de son Kônig Stephan, composé en 1811 : adjugé à 200 francs.\nOn a donné 75 francs d'une lettre de Chopin à Pleyel où il le prie, sous une\nforme humoristique, d'envoyer un piano chez Mme Potocka : « Personne n'en\njouera que moi, » écrit le célèbre pianiste. Des lettres de Liszt, Lœwe, Weber,\nont fait, respectivement, 8, 10 et 45 francs.\nUne lettre en français de Tschaikovsky, le célèbre compositeur russe, a\natteint 85 francs.\n\nA. R."}]}