{"numero_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_sha256": "6bdc32d8e5dc00e96696cf5356039b90aff0dfbec0797e2840946a6804ec261a", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1908/03/01_01/bmtnabj_1908-03-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1908/03/01_01/bmtnabj_1908-03-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "129", "page_fin": "137", "image_debut": 1, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.1", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.1", "debut_caractere": 133, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLa période moderne, les sources.\n\n(suite).\nLa période moderne du drame lyrique peut être étudiée, au moins en ce qui\nconcerne la France, dans des conditions exceptionnellement favorables, grâce à\nl'abondance des documents. Une première raison de cette situation est que, de\nbonne heure, le théâtre a été, chez nous comme chez les Grecs, chose d'Etat.\nEn Orient, le drame lyrique n'a jamais pu s'élever jusqu'à cette dignité. En\nOccident, grâce au grand développement de la vie sociale, il a été plus heureux,\nmais avec des progrès inégaux. Tandis qu'en Allemagne et en Italie on ne con-\nnaissait encore, dans la première moitié du xvine siècle, que les « troupes de\npassage »,dont l'imprésario éphémère disparaissait lorsque son bail était fini,en\nemportant avec lui tout son matériel, le théâtre est promu, à Paris, dès le\nxvii siècle, à la dignité d institution nationale. Sous Louis il s'appelle\nAcadémie royale des Opéras ; pendant la Révolution, il s'appelle Opéra national\n(1793), puis Théâtre de la République (1797) ; en 1804, Académie impériale de\nmusique, en 1848, Theâtie de la nation. Il s adapte, par son titre, à tous les\nchangements politiques ; jamais il ne perd son caractère d'institution d'Etat,\nsoutenue et surveillée par l'État. (C'est aussi, pour le dire en passant, le cas de\nnotre Conservatoire de musique, lequel est , distinct en cela des\nConservatoires allemands où 1 on entre en payant, tandis que chez nous, l'ensei-\ngnement étant gratuit, on n entre qu en ayant du talent.) Il en résulte que le\nrattachement d une institution de ce genre au gouvernement du pays se traduit\nà chaque instant par des pièces officielles; et si, dans les affaires personnelles\nde la vie quotidienne, on est quelquefois porté à dire un peu de mal des papiers\nadministratifs, on est au contraire fort heureux, pour les études d'histoire, d'en\navoir un grand nombre à sa disposition. Il en résulte aussi que la plupart des\ndocuments pouvant intéresser un historien sont réunis, quand tout est normal,\ndans un dépôt spécial.\nA viai dire, il ne faut pas se hâter de conclure que toute peine est épargnée à\ncelui qui étudie le théâtre lyrique d autrefois. Les administrations publiques ont\nlcuis lacunes comme les administrations particulières, et l'ordre parfait est par-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3889, "texte": "tout un idéal plus qu'une réalité. De plus, songeons que pour ceux qui ont la\ntrès lourde charge de diriger l'Opéra, ce qui compte, avant tout, c est ce qui\nbrille : ce qui brille aux feux de la rampe ; ce qui brille sous le grand lustre de\nla salle ; ce qui brille aux guichets d'entrée en pièces d'or sonnantes. Le reste\n(tout ce qui n'est pas le succès) est accessoire. Ne leur demandons pas d'aimer la\nbibliographie comme à l'Ecole des Chartes ! Et ne nous étonnons pas qu'ils aient\nmontré sur ce point un peu de négligence 1 Ceux qui ont aujourd'hui la garde de\nnos archives musicales ont encore fort à faire pour remplacer par un classement\nrégulier un désordre dont ils ne sont pas responsables, et pour rompre avec des\ntraditions qui pèsent sur leur bonne volonté. Chercher un renseignement, aux\narchives de l'Opéra, sur telle œuvre ou tel compositeur du xvme siècle, c est trop\nsouvent chercher une aiguille dans un grenier à foin. Mais on sait assez sou\\ent\nque l'aiguille y est ; il n'y a qu'à la chercher et à la trouver. D'autres fois, on sait\nque l'aiguille n'y est pas et que toute recherche est inutile , cai, pour ce qu on\npourrait appeler les « miettes de 1 histoire », pour les menues choses, il y a des\nlacunes énormes. Ainsi, pour la période de 64 nns qui s étend de 1 ouxeiture de\nl'Opéra (1671) aux débuts de Rameau (1735); direction de Penin à celle\nde Thuret, nous ne possédons plus les documents relatifs au service intérieur\nde l'Opéra. Jugeait-on inutile deles conserver? Les directeurs (F 1 ancine, Dumont,\nGuyenet, Destouches, Gruer) firent-ils volontairement disparaître leurs pièces\ncomptables au moment de liquidations pitoyables } On ne sauiait trop îegretter\ncette perte. Même lacune, après 1735? pour la période où le privilège de 1 Acadé-\nmie royale de musique est transmis à la ville de Paris, qui 1 exploite sous la haute\nsurveillance de d'Argenson. Ce n'est guère qu à partir de 1749 sont con-\nservés, en dehors des pièces officielles, les papiers concernant tous les services\nintérieurs de notre grand théâtre lyrique ; ils sont versés rue Saint-Nicaise, au\nmagasin de l'Opéra, mais ils y sont accumulés comme en une salle de débarras\nou d'inutilités, sans classement. La correspondance, les comptes de fournitures,\nles reçus, le détail des recettes, etc., tout est à 1 état chaotique. En 1815, on dé-\nplore ce mal ; en 1860, on veut le guérir en introduisant un « dépôt d archives »\ndans le programme de la construction du nouvel Opéra ; en 1866, on passe des\nidées aux actes, en nommant un archiviste, Charles Nuitter. Son successeur,\nM. Charles Malherbe, est présentement occupé à faire aboutir une réforme trop\nlongtemps restée à l'état de projet ; espérons qu'elle aboutira bientôt. « Je rêve,\nécrit M. Malherbe, d'une classification rationnelle et pratique. 11 conviendrait\nde créer autant de chapitres qu'il y eut de directions successives, et d'insérer\ndans chacun d eux tous les documents qui ont trait aux conditions administra-\ntives, financières et artistiques de l'exploitation, de rassembler en un mot tout ce\nqui représente l'histoire d une période, tout ce qui permet de lui restituer sa vé-\nritable physionomie. On irait ainsi de Maurepas et d'Argenson à nos modernes\nministres de l'instruction publique et des beaux-arts, en passant par les\nmenbres du Comité révolutionnaire, par Lucien Bonaparte, par les intendants,\nles inspecteurs, les chefs de cabinet délégués, etc. Les autographes sont nombreux\nqui racontent tour à tour le « bon plaisir » des anciens rois; la violence patriotique\ndes représentants du peuple aux temps troublés de la Révolution ; la volonté\npersonnelle d'un Napoléon Bonaparte signant de sa main de premier consul, puis\nd'empereur, les moindres pièces relatives aux dépenses de l'Académie de mu-\nsique ; la gravité solennelle et un peu ridicule de la Restauration, singeant dans"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "™:;Srrformuies depoii,esse appeii,,^,\n'MUes alL.es prime-\nn • • , . merveille î belon le point de vue (administratif\nrr°c>'on peut adop,er K,ie »**>*»\n, 6 t Un Problême qu un spécialiste peut seul résoudre. L'important\nc est d avoir une méthode de classement, et de lui rester fidèle. Je passerai rapi-\nlesma,énaus dopt »■\nI\n4; L—n dcs\nde'parmdam!\"\"\" p\" R°y ï°~r l'é'aU\"smm' d° '-Académie de danse en la ville\n,66, ConTdZJseîZl. \"\"\"' * ~ * *> -«\nenmusùt~rZrm7rM°USZrZ™^'riM,i'^'Su™AaM«>i><t°ti'*\nmus,que et vas francs,,, a Saml-Germain-en-Laye, le 28 juin ,66a ;\nlettres patentes fartant établissement d'une Académie Royale dé musique\nA ces documents essentiels s'ajoutent les ordonnances et dépêches ministé-\nne les, puis tout ce qui concerne l'administration intérieure de l'Opéra • budgets ■\nétats du personne ; engagements ; congés; correspondance; projets ; plans d'orgà-\nzz:z:z:rses;/i,es-bais- <• «**» •• &u\nvanZZbaZTu' T '' \"\"\"\" à P\"« abonnements ; rede-\ndroit des ïndL f tZemen,\"' f«*. Pensions ; honoraires d'auteurs;\nZZié Z cZZÛZ r P°'\"e 1 St'\"'é ; mmerS' fournisseurs (classemeni\nservice. • Nuntei). Cette seule énumération montre la complexité d'un tel\nII\nCe qui nous intéresse surtout, ce sont les opéras eux-mêmes, musique et livret\npar Laiarte\" eTu \"\" répertoire' Le «» *é dressi\nroJru caZZ, ;t °uvrase est ,MU à i°»r : musicale de\nde I-ZlZcLnlZ 77 u <\"\"***» f** cous les auspices du ministère\nae instruction publique et des beaux-arts, et rédigé par Théodore de J dart*\n1 wthecaire attaché aux archives de POpéra, 2 vol. parus àla librairie des Biblio '\np i es en livraisons dont la première est datée de 1878. On y trouve l'indica-\nlj,rc^|se'|se' POUI c aquepièce, des partitions, des parties détachées des reprises\nD III£Z Z '\"^rosCesrôles, e, quelques renseignements somma e l\nUe la liste des œuvres mentionnées par l'auteur, il faut défalquer les opérai\nonnés pai la tioupe italienne qui, venue à Paris en mo\ncontnirpmnuf h ea 1752> remporta son matériel,\nvraées cons, ,1 \"\"f Para\" Le chiffre tol»l da « 700 oui\nMLe Borné aTe i'ô H''m *' es'lin\",ct :la te\"ière «\"rte de\njour grâce ' une ta ,!' a,N;urs' b'hliothèquede l'Opéra s'enrichit chaque\nur, grâce aune 10, d après laquelle trois exemplaires de chaque partition"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3779, "texte": "nouvelle sont remis au ministère de l'lntérieur : l'un va à la Nationale, 1 autre\nau Conservatoire, le troisième à l'Opéra.\nAux partitions et « rôles » ou parties détachées, s'ajoutent les partiesde chœurs,\nles parties d'orchestre, les « conducteurs » (réductions pour le chef d'orchestre),\nles airs de danse qu'on introduisait jadis si librement au gré des artistes dans\nles opéras du répertoire, les « répétiteurs» de ballet (lesétudes chorégraphiques\nse faisant autrefois avec l'accompagnement de deux violons, et, depuis 1871 seu-\nlement, au piano). Les opéras reçus mais non joués sont au nombre dune cin-\nquantaine et signés decompositeurs célèbres tels que Sacchini, Philidor, Gossec,\nMontigny, Berton, Zingarelli, Halévy, etc.\nCes partitions serviraient assez souvent de documents pour l'histoire de ce que\nj'ai appelé le « Vandalisme musical ». Beaucoup d'entre elles ont souffert du\ncrayon rouge faisantdes coupures dans le vif, ou de l'aiguille cousant des feuillets\nsupplémentaires dans une œuvre originale. Quand c'est le compositeur lui-même,\nqui comme Rameau remanie son propre travail selon les circonstances\net y fait des ajoutés, on n'en est point trop choqué; mais que dire de ceux qui se\nsont arrogé le droit de bouleverser une œuvre déjà consacrée ? Les partitions du\nxviie siècle, aux diverses reprises, n'ont pas échappé à la manie des corrections,\ndes retouches et des embellissements. Celle du Thésée de Lulli est remar-\nquable par les amputations et les « entr'actes » que Francœur y introduisit au\nxvine siècle. Dans les Noces de Figaro, on trouve 15 pages de « récitatif».\nDans la Vestale de Spontini (pour la reprise de 1854), Auber introduit 143 pages\nde danse ! J'ai déjà parlé de Don Juan, chef-d'œuvre du genre; je n'y reviens pas.\nJe me borne à signaler un sujet où les observations à faire sont innombrables.\nLes textes musicaux manuscrits sont assez nombreux, mais ils sont loin de\nconstituer une base pouvant servir à une histoire critique. A ce point de vue, ils\nsont tout à fait insuffisants, il importe de s'en rendre compte.\nQuand nous étudions des œuvres antérieures au xvie siècle, notre premier\nsoin est de rechercher les manuscrits, de les classer en établissant leur filiation\net ce que les paléographes appellent stemma codicum. Pour l'étude des opéras\nmodernes depuis la dernière partie du xvne siècle, rien de semblable n'est pos-\nsible ; au moins une telle méthode ne peut-elle être appliquée qu'exceptionnelle-\nment (par exemple pour certains opéras de Gluck, où les manuscrits possédés\npar l'Opéra sont complétés par ceux que possède le Conservatoire). D'abord,\npour la mise à la scène de chaque ouvrage, ce n'est pas l'autographe que l'Opéra\nutilise, au xvine siècle, et conservera par la suite : il se sert d'une copie faite par\nun de ses copistes attitrés (et remplacée autrefois, pour l'usage réel, par un con-\nducteur, c'est-à-dire une réduction). Les manuscrits qu'on trouvera plus tard\ndans les bibliothèques ne seront que des reproductions de cette copie : tels, par\nexemple, les manuscrits de Rameau qui sont à la Nationale ; telle la partition\ndes Indes galantes (1735), celle de Castor et Pollux (1737); manuscrit exécuté en\n1753 (pour un riche amateur, M. de Fajole-Clairac, conseiller au parlement, et\nsigné par le copiste de l'Opéra). Ajoutons qu'aujourd'hui il est d'usage de faire\ngraver l'œuvre avant la première représentation (ce qui est souvent un travail\nperdu, rendu inutile par les remaniements de la dernière heure). Le manuscrit\noriginal va, au hasard des circonstances, chez un collectionneur ou quelque héri-\ntier de l'auteur ; rien ne le dirige nécessairement vers les archives où sont les\npapiers officiels. Si nous possédons la partition entière, manuscrite et autogra-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "phe, de la Juive, il a fallu aller l'acheter à Berlin, où elle avait émigré (par suite\nde la vente, après décès, du fonds Schlesinger).\nDe J.-B. Lulli, nous ne possédons aucun manuscrit. L'indication Man. mise\npar de Lajarte à côté de quelques titres de son catalogue doit être entendue\ncomme désignant une copie récemment exécutée (telle la partition des Peines et\ndes plaisirs de Vamour de Cambert, 1671, manuscrit d'ailleurs très remarquable\nfac-similé d'un imprimé, et exécuté il y a quelques années par les soins de\nM. Nuitter). De Rameau, on a seulement les additions manuscrites qu'il a faites\nlui-même, après coup, à plusieurs de ses œuvres. Pour Gluck, on est plus riche.\nDans les autres cas, deux groupes de documents sont à utiliser : i° la dernière\npartition qui a été gravée ou imprimée du vivant de l'auteur, et qui fait autorité ;\n20 surtout les parties séparées, qui seules peuvent nous renseigner exactement.\nAinsi, pour Zéphyre et Flore de Lulli (1688), nous avons 32 parties de chœur et\n19 parties d'orchestre (avec une partie de clavecin très importante) ; pour la\nDidon de Desmaret (1693), nous avons : i° un second dessus, une taille (ténor),\net une basse de chœur ; 20 un premier dessus et une haute-contre de violon ;\n30 une basse générale, une partie de basson, une taille (alto) et une basse de\nviolon. De même pour la plupart des autres opéras.\nEn somme, l'Opéra ne possède que des manuscrits fragmentaires. Le composi-\nteur le plus abondamment représenté dans les collections est Meyerbeer : nous\nn'avons pas moins de 1.010 pages autographes de l'auteur des Huguenots (dont\nle Livre d'esquisse s, contenant des motifs pour les opéras italiens de la jeunesse\nde Meyerbeer, pour Robert le Diable, etc., et formant un ensemble de 285 pages);\n(96 pages pour Cinq-Mars, etc.) Je citerai encore des autographes fragmentaires\ndes compositeurs et ouvrages suivants :\nLouis de Lulli, Zéphire et Flore (1688. Louis est fils de J.-B. Lulli).\nRameau : Daphnis et Eglé, 1633 (28 p) ; fragments de la Naissance d'Osiris,\n1731 (29 p.) ; le Retour d'Astrée, 1757(26 p.), plus les additions faites par\nl'auteur lui-même à ses opéras imprimés. —• Gluck: Armide, 1777 (actel,\n48 p.; 111, 14p. ; IV, 40 p.j ; fragments d'Orphée, 1762 (59 p.); ouverture\ninédite et deux airs de danse (19 p.). Philidor: Thémistocle, 1785. —Sac-\nchini : Dardanus, 1784. Gossec : Rosine, 1786. —Jos. Haydn :Il niondo délia\nLuna, 1777. Grétry : Ouverture pour la Fête de la Raison. —A. Salieri : Ta-\nrare, 1787. Cherubini : Ali-Baba, 1833. —Berton :le Laboureur chinois, 1813.\nMéhul * les Amazones, 1811. Boïeldieu :le Nouveau Seigneur du village,\n1813. Meyerbeer :/' Africaine, 1865. Rossini :le Siège de Corinthe, 1826\nHalévy : Guido et Ginevra, 1838. —Hérod : airs de ballet. —Auber \"le Serment,\n1832. Spontini : Murmahal (ballet). —Donizetti :la Favorite, 1840. —Berlioz:\nadditions au Freischutz ! Adam : Giselle, ballet, 1841. —F. David : Hercu-\nlanum, 1859. —Bellini,// Pirata, 1827. —A. Thomas : Betty, ballet.— Wagner :\nballet pour Tannhàuser. Verdi : Othello, 1886. —V. Massé :la Mule de Pedro,\n1863, etc.\nLa collection des livrets des opéras a été constituée en grande partie à\nl'aide des fonds baron Tailor et Silvestri. Elle comprend, en éditions diverses, les\nlivrets non seulement de tous les opéras et ballets, mais ceux de beaucoup\nd'oeuvres représentées dans les divers théâtres de Paris depuis le xviie siècle, et\nen Italie depuis le xvme.\nSur la mise en scène des œuvres anciennes, nous n'avons pas de documents"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "directs, cette partie essentielle du travail delà représention ayant toujours été\nconsidérée comme la propriété du « metteur en scène », qui la vendait à des\nthéâtres de la province ou de l'étranger. (Le recueil de Palianti : Collection des\nmises en scène des grands opéras et opéras comiques représentés à Paris, commen-\ncée en 1837 et comprenant plusieurs centaines de fascicules, exprime la manière\nde voir d'un amateur compétent, mais n'a aucun caractère officiel). En revanche,\nnous avons beaucoup de documents sur la partie décorative du drame lyrique,\nsur les arts du dessin et les accessoires.\nIII\nD'abord (au musée de l'Opéra), trois oeuvres curieuses quoique de seconde\nmain :\nLa coupe de la salle de théâtre da Palais-Royal, construite sons Richelieu, occu-\npée par Molière jusqu en 1673 et par VAcadémie royale de musique, de 1673 à 1763,\ndate où elle fut incendiée (6 avril), reconstruction par M. Duvignaud ;\nLa coupe de la Salle du théâtre des machines au palais des tuilleries, dans laquelle\nrAcadémie royale de musique donna des représentations de 1764 à 1770, recons-\ntitution par le même ;\nLes décors et machinerie théâtrale au XVIIIe siècle, scène de P Opéra au Palais-\nRoyal, 1770-1781, d'après un dessin, par Philippon.\nSur les décors, nous possédons trois sortes de documents : i° les pièces d'in-\nventaire, qui donnent sommairement le nombre des châssis, des colonnes, le style\ndes « fermes », la matière dont les objets sont faits, et leur prix ;20 des images,\ngravées ou lithographiées ; 30 des maquettes ; depuis l'inauguration du nouvel\nOpéra, un article spécial du cahier des charges oblige les directeurs à versera\nla Bibliothèque les maquettes de tous les décors nouveaux destinés aux œuvres\nmontées ou reprises.\nDans une vitrine du musée, sont conservés deux décors de Vigarani (xvne s.)\nreprésentant un palais et un camp. (Sous Louis XIV, les décors étaient dessinés\net peints d'après les lois absolues de la perspective, si bien que le fond du décor\nétait beaucoup plus petit que la partie antérieure, et qu'un acteur sortant d'un\npalais situé dans le lointain était obligé de se baisser pour arriver sur la scène.)\nDans la série des dessins, certaines pièces sont très précieuses. Du xvme sièclé,\nnous avons deux chefs-d'œuvre dessinés (1788) par Moreau le jeune pour le Dé-\nserteur de Monsigny (1769), une miniature de Cochin figurant une scène de la\nDuchesse de Navarre de Rameau ( 1745).\nLa collection des costumes est tout aussi riche. Elle comprend : i° les volumes\nin-folio où sont conservés des dessins originaux du xvne et du xvme siècle ;\nplusieurs d'entre eux proviennent du mobilier national ; les autres ont été achetés\nà des ventes particulières : aquarelles et dessins au crayon ou à la plume éma-\nnant de Boucher, Watteau, Eisen, Boquet, etc... Pour chaque ouvrage représenté\nily a des centaines d' « originaux » de Barthélémy, Ménageot, Dublin, Garneray,\nHippolyteLecomte, Louis Boulanger, Léopold Robert, Delacroix Eugène Lami,\nLépaulle, Paul Lormier, Albert Frémiet, Eugène Lacoste ; 20 des figures en bis-\ncuit de Sèvres, destinées à perpétuer le souvenir d'un succès retentissant ; elles\nparaissent avoir servi autrefois de cadeaux faits par le roi ou la reine ;30 des"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3327, "texte": "poupées habillées selon les différentes époque du costume, ingénieuses reconsti-\ntutions qui permettent de comparer les usages aux diverses époques.\nLes portraits (gravés, coloriés, photographiés) d'écrivains, de compositeurs et\nd'artistes (auxquels il faut joindre les bustes disséminés dans le monument)\nferment la collection la plus riche. On a souvent regretté que des chanteurs et\ndes cantatrices célèbres il ne restât qu'une image muette et glacée. La musique\nest un souffle qui passe ; et A. de Musset, dans les vers à la Malibran, a dit com-\nbien la destinée de l'artiste lyrique était différente de celle du peintre ou du\nsculpteur. Aujourd'hui, ces doléances ne seraient plus aussi légitimes. Dans un\nde ses feuilletons du Moniteur, il y a soixante ans, Th. Gautier écrivait ces lignes\ncurieuses, rappelées, il y a une semaine, par M. Adrien Bernheim : « Un jour\npeut-être, lorsque la critique, perfectionnée par le progrès universel, aura à sa\ndisposition des moyens de notation sténographiques pour fixer toutes les\nnuances du jeu d'un acteur, n'aura-t-on plus à regretter tout ce génie dépensé\nau théâtre en pure perte pour les absents etla postérité. De même qu'on aforcé\nla lumière à moirer d'images une plaque polie, l'on parviendra à faire recevoir et\ngarder, par une matière plus subtile et plus sensible encore que l'iode, les on-\ndulations de la sonorité, et à conserver ainsi l'exécution d'un air de Mario, d'une\ntirade de Mlle Rachel ou d'un couplet de Frédérick Lemaître. »Ce rêve de poète\na déjà reçu un commencement de réalisation. Dans les sous-sol de l'Opéra vien-\nnent d'être soigneusement installés des cylindres (procédé Edison) sur lesquels\nla voix de nos meilleurs artistes du chant est emmagasinée...\nIV\nParmi les documents accessoires ou secondaires, très importants, à l'occa-\nsion, pour fixer un point d'histoire, je citerai :\ni° Les affiches.\nLeur usage se lie à l'organisation même du théâtre lyrique. Elles ont une\nhistoire. A Athènes, où on ne jouait qu'une fois par an, et où les représentations\nétaient liées à une grande fête religieuse (les chorèges étant nommés près d'un\nan à l'avance), quelque chose d'analogue à nos affiches était peu nécessaire. Il\ny avait cependant une annonce (Schol. d Eschine, contre Ctésiphon, 67) sous\nforme de prélude (7rpoaywv), de cortège (xwjjloç), d'explication verbale\nchez les Romains, il y avait un prologue (tradition grecque), avec pronuntia-\ntio tituli et recommandations de toute sorte aux spectateurs pour leur bonne\ntenue ;au moyen âge, il y avait, en très grande pompe, le «cri », la procla-\nmation et la « monstre », comme nous le savons par les documents relatifs au\ndrame de Saint Martin (1496) et aux Actes des Apôtres (1547). Les affiches du\nxvne siècle (rendues nécessaires par la fréquence des spectacles, l'arrivéede comé-\ndiens étrangers, etc.), se ressentent de l'ancien « prologue » et de l'ancienne\n« proclamation ». Voici comment est rédigée la plus ancienne connue (1658) :\n« La seule troupe royale entretenue par Sa Majesté. Vous aurez demain mardi\nXVIJ jour de décembre, le feint Alcibiade, de Monsieur Quinault ; c est tout ce que\nnous disons sur ce sujet, puisque vous scave£ la vérité de cet ouvrage. A vendredi\nprochain la Toledane ou ce l'est, ce ne l'est pas, en attendant le grand Cyrus de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3760, "texte": "M. Quinault. Deffense aux soldats d'y entrer sous peine de la vie ; cest à l'Hôtel de\nBourgogne, à deux heures précises. »\nQuelques autres particularités sont à signaler. La première affiche de l'Opéra\nque l'on possède (celle que je viens de citer concerne la Comédie-Française) est\ndu 26 janvier 1779 et annonce Castor et Pollnx de Rameau, mais sans indiquer\nle nom de l'auteur ; en même temps, et comme seconde pièce, elle annonce II\nGeloso in cimento (le Jaloux à l'épreuve), opéra bouffon en 3 actes, en mention-\nnant, cette fois, le nom de hauteur : « el signor Anfossi ». Castor et Pollux est\ncensé connu de tout le monde ; seule, la pièce secondaire et nouvelle est accom-\npagnée du nom du compositeur. Des chanteurs et des danseurs, on ne dit rien.\nL'affiche est petite, oblongue ; sous l'ancien régime, la Révolution, le Consulat et\nl'Empire, elle a gardé, pour la rédaction, le caractère dune de ces annonces que\nnous voyons souvent sur les murs de Paris et qui avertissent que tel jour, à telle\nheure et en tel lieu, il y aura, par exemple, une adjudication pour un objet déter-\nminé. Ce format persiste jusque vers le milieu du xixe siècle, où le papier des\naffiches est imprimé en long et non plus en travers. On attribue à Napoléon\n(1810), toujours attentif aux choses du théâtre, l'initiative de l'innovation qui a\nconsisté à nommer les artistes. On les groupait sous deux rubriques : chant et\ndanse, en suivant une hiérarchie qui est encore observée de nos jours dans la\nrédaction des affiches de la Comédie-Française. Ce n'est pas le principal inter-\nprète de la pièce qui est nommé le premier, mais l'artiste le plus ancien dans la\nmaison. Ainsi, sur les affiches des premières représentations de la Muette (1828),\nGuillaume Tell (1829), de Robert le Diable ( 1831), des Huguenots (1836), on voit\ndes coryphées cités avant un ténor ou une forte chanteuse. Sous le premier Em-\npire et jusqu'aux premiers temps de Louis-Philippe, on ajoutait aux noms des\nartistes du chant et de la danse ceux des cinq ou six premiers solistes de l'or-\nchestre, ce qui, au point de vue artistique, était une excellente idée. C'est seulement\nen 1850 que nous voyons les noms des rôles à côté de celui de leurs interprètes.\nAinsi l'affiche du 2 septembre 1850 annonce, « pour la réouverture de\nl'Opéra », Mlle Alboni et la rentrée de MM. Barroilhet et Roger dans la Favorite\n( 119 e représentation), opéra en 4 actes de MM. Alphonse Royer et Gustave Waez,\nmusique de Donizetti, divertissement de M. Albert, décorations de MM. Philastre\net Cambon (actes I et III), de MM. L. Feuchères, Séchan, Diéterle et Desplechin\n(actes II et IV). Ml,e ALBONI remplira pour la première fois le rôle de Léonor ;\nM. Barroilhet, celui d'Alphonse ; M. Roger, celui de Fernand ; M. Levasseur,\ncelui de Balthazar. Mlle Flora Fabri rentrera par un nouveau pas de deux\n(au 2e acte) avec M. Mérante. » Suit l'énumération de tous les autres interprètes,\nsous deux rubriques, chant et danse. On voit combien la lecture d'une vieille\naffiche est instructive !\n20 Mentionnerai-je encore de menus objets ? On garde précieusement à l'Opéra\nune bretelle ensanglantée du duc de Berry, mortellement frappé par « une idée\nlibérale » le 13 février 1820 à sa sortie de l'Opéra (le soir où l'on jouait le Carna-\nval de Venise, ballet en 1 acte de Milon, musique de Kreutzer et Persuis, le Ros-\nsignol, opéra en 1 acte, paroles d'Etienne, musique de Lebrun, et les Noces de\nGamache, ballet en 2 actes, de Milon, musique de Lefebvre) ; le verre de Jélyotte,\nl'encrier de Spontini, l'épée de M. Gailhard dans les Huguenots, la chemise de la\ndanseuse Emma Livry, et d'autres bibelots, très recherchés aujourd'hui par les\nauteurs de certains ouvrages illustrés sur la musique."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.9", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1684, "texte": "En somme, si l'on ajoute aux documents conservés aux archives, au musée et\nà la bibliothèque de l'Opéra, ceux qui se trouvent àla Bibliothèque et aux Ar-\nchives nationales, on a, pour la période moderne du drame lyrique, des sources\ntrès riches et très précieuses de renseignements. Dans ces divers dépôts, il y a juste\nassez de lacunes, et parfois de confusion, pour laisser au critique l'initiative qui\ndouble l'intérêt de son travail.\nMe voici arrivé au terme de mon introduction. J'ai défini mon sujet, et indiqué\nses divisions ; j'ai dit d'après quelle méthode il pouvait être traité. Je n'ai plus\nqu'à entrer en matière et à commencer par le commencement, c'est-à-dire par\nles anciens. Cette histoire que j'entreprends, et qui est aussi intéressante au point\nde vue social qu'au point de vue artistique, m'apparaît comme une tâche qui\nsera très longue et demandera plusieurs années d'étude. Je voudrais l'arracher\nau terre à terre des menus détails, à la sécheresse des nomenclatures et des\ndates, pour la replacer dans un beau cadre vivant et la rattacher à ce qui est\nhumain, universel. Son ampleur même est un attrait, et je ne songe nullement\nà la simplifier ou à la réduire. Je m'interdirai les digressions ; mais je compte\nne jamais oublier que l'Opéra est à la fois la synthèse des arts et la résultante\nd'un état de la civilisation (état politique, religieux, moral) à un moment déter-\nminé. Le charme des recherches que l'on fait ici, au Collège de France, c'est\nqu'on peut les conduire en parfaite liberté d'esprit, en allant au fond des choses,\nsans aucune des préoccupations qui partout ailleurs limitent l'enseignement.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "129", "page_fin": "137", "image_debut": 1, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.1.1", "titre_corps": "Histoire du théâtre lyrique La période moderne, les sources.", "titre_sommaire": "Histoire du théâtre lyrique La période moderne, les sources.", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.1", "debut_caractere": 161, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "Histoire du théâtre lyrique\nLa période moderne, les sources.\n\n(suite).\nLa période moderne du drame lyrique peut être étudiée, au moins en ce qui\nconcerne la France, dans des conditions exceptionnellement favorables, grâce à\nl'abondance des documents. Une première raison de cette situation est que, de\nbonne heure, le théâtre a été, chez nous comme chez les Grecs, chose d'Etat.\nEn Orient, le drame lyrique n'a jamais pu s'élever jusqu'à cette dignité. En\nOccident, grâce au grand développement de la vie sociale, il a été plus heureux,\nmais avec des progrès inégaux. Tandis qu'en Allemagne et en Italie on ne con-\nnaissait encore, dans la première moitié du xvine siècle, que les « troupes de\npassage »,dont l'imprésario éphémère disparaissait lorsque son bail était fini,en\nemportant avec lui tout son matériel, le théâtre est promu, à Paris, dès le\nxvii siècle, à la dignité d institution nationale. Sous Louis il s'appelle\nAcadémie royale des Opéras ; pendant la Révolution, il s'appelle Opéra national\n(1793), puis Théâtre de la République (1797) ; en 1804, Académie impériale de\nmusique, en 1848, Theâtie de la nation. Il s adapte, par son titre, à tous les\nchangements politiques ; jamais il ne perd son caractère d'institution d'Etat,\nsoutenue et surveillée par l'État. (C'est aussi, pour le dire en passant, le cas de\nnotre Conservatoire de musique, lequel est , distinct en cela des\nConservatoires allemands où 1 on entre en payant, tandis que chez nous, l'ensei-\ngnement étant gratuit, on n entre qu en ayant du talent.) Il en résulte que le\nrattachement d une institution de ce genre au gouvernement du pays se traduit\nà chaque instant par des pièces officielles; et si, dans les affaires personnelles\nde la vie quotidienne, on est quelquefois porté à dire un peu de mal des papiers\nadministratifs, on est au contraire fort heureux, pour les études d'histoire, d'en\navoir un grand nombre à sa disposition. Il en résulte aussi que la plupart des\ndocuments pouvant intéresser un historien sont réunis, quand tout est normal,\ndans un dépôt spécial.\nA viai dire, il ne faut pas se hâter de conclure que toute peine est épargnée à\ncelui qui étudie le théâtre lyrique d autrefois. Les administrations publiques ont\nlcuis lacunes comme les administrations particulières, et l'ordre parfait est par-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3889, "texte": "tout un idéal plus qu'une réalité. De plus, songeons que pour ceux qui ont la\ntrès lourde charge de diriger l'Opéra, ce qui compte, avant tout, c est ce qui\nbrille : ce qui brille aux feux de la rampe ; ce qui brille sous le grand lustre de\nla salle ; ce qui brille aux guichets d'entrée en pièces d'or sonnantes. Le reste\n(tout ce qui n'est pas le succès) est accessoire. Ne leur demandons pas d'aimer la\nbibliographie comme à l'Ecole des Chartes ! Et ne nous étonnons pas qu'ils aient\nmontré sur ce point un peu de négligence 1 Ceux qui ont aujourd'hui la garde de\nnos archives musicales ont encore fort à faire pour remplacer par un classement\nrégulier un désordre dont ils ne sont pas responsables, et pour rompre avec des\ntraditions qui pèsent sur leur bonne volonté. Chercher un renseignement, aux\narchives de l'Opéra, sur telle œuvre ou tel compositeur du xvme siècle, c est trop\nsouvent chercher une aiguille dans un grenier à foin. Mais on sait assez sou\\ent\nque l'aiguille y est ; il n'y a qu'à la chercher et à la trouver. D'autres fois, on sait\nque l'aiguille n'y est pas et que toute recherche est inutile , cai, pour ce qu on\npourrait appeler les « miettes de 1 histoire », pour les menues choses, il y a des\nlacunes énormes. Ainsi, pour la période de 64 nns qui s étend de 1 ouxeiture de\nl'Opéra (1671) aux débuts de Rameau (1735); direction de Penin à celle\nde Thuret, nous ne possédons plus les documents relatifs au service intérieur\nde l'Opéra. Jugeait-on inutile deles conserver? Les directeurs (F 1 ancine, Dumont,\nGuyenet, Destouches, Gruer) firent-ils volontairement disparaître leurs pièces\ncomptables au moment de liquidations pitoyables } On ne sauiait trop îegretter\ncette perte. Même lacune, après 1735? pour la période où le privilège de 1 Acadé-\nmie royale de musique est transmis à la ville de Paris, qui 1 exploite sous la haute\nsurveillance de d'Argenson. Ce n'est guère qu à partir de 1749 sont con-\nservés, en dehors des pièces officielles, les papiers concernant tous les services\nintérieurs de notre grand théâtre lyrique ; ils sont versés rue Saint-Nicaise, au\nmagasin de l'Opéra, mais ils y sont accumulés comme en une salle de débarras\nou d'inutilités, sans classement. La correspondance, les comptes de fournitures,\nles reçus, le détail des recettes, etc., tout est à 1 état chaotique. En 1815, on dé-\nplore ce mal ; en 1860, on veut le guérir en introduisant un « dépôt d archives »\ndans le programme de la construction du nouvel Opéra ; en 1866, on passe des\nidées aux actes, en nommant un archiviste, Charles Nuitter. Son successeur,\nM. Charles Malherbe, est présentement occupé à faire aboutir une réforme trop\nlongtemps restée à l'état de projet ; espérons qu'elle aboutira bientôt. « Je rêve,\nécrit M. Malherbe, d'une classification rationnelle et pratique. 11 conviendrait\nde créer autant de chapitres qu'il y eut de directions successives, et d'insérer\ndans chacun d eux tous les documents qui ont trait aux conditions administra-\ntives, financières et artistiques de l'exploitation, de rassembler en un mot tout ce\nqui représente l'histoire d une période, tout ce qui permet de lui restituer sa vé-\nritable physionomie. On irait ainsi de Maurepas et d'Argenson à nos modernes\nministres de l'instruction publique et des beaux-arts, en passant par les\nmenbres du Comité révolutionnaire, par Lucien Bonaparte, par les intendants,\nles inspecteurs, les chefs de cabinet délégués, etc. Les autographes sont nombreux\nqui racontent tour à tour le « bon plaisir » des anciens rois; la violence patriotique\ndes représentants du peuple aux temps troublés de la Révolution ; la volonté\npersonnelle d'un Napoléon Bonaparte signant de sa main de premier consul, puis\nd'empereur, les moindres pièces relatives aux dépenses de l'Académie de mu-\nsique ; la gravité solennelle et un peu ridicule de la Restauration, singeant dans"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "™:;Srrformuies depoii,esse appeii,,^,\n'MUes alL.es prime-\nn • • , . merveille î belon le point de vue (administratif\nrr°c>'on peut adop,er K,ie »**>*»\n, 6 t Un Problême qu un spécialiste peut seul résoudre. L'important\nc est d avoir une méthode de classement, et de lui rester fidèle. Je passerai rapi-\nlesma,énaus dopt »■\nI\n4; L—n dcs\nde'parmdam!\"\"\" p\" R°y ï°~r l'é'aU\"smm' d° '-Académie de danse en la ville\n,66, ConTdZJseîZl. \"\"\"' * ~ * *> -«\nenmusùt~rZrm7rM°USZrZ™^'riM,i'^'Su™AaM«>i><t°ti'*\nmus,que et vas francs,,, a Saml-Germain-en-Laye, le 28 juin ,66a ;\nlettres patentes fartant établissement d'une Académie Royale dé musique\nA ces documents essentiels s'ajoutent les ordonnances et dépêches ministé-\nne les, puis tout ce qui concerne l'administration intérieure de l'Opéra • budgets ■\nétats du personne ; engagements ; congés; correspondance; projets ; plans d'orgà-\nzz:z:z:rses;/i,es-bais- <• «**» •• &u\nvanZZbaZTu' T '' \"\"\"\" à P\"« abonnements ; rede-\ndroit des ïndL f tZemen,\"' f«*. Pensions ; honoraires d'auteurs;\nZZié Z cZZÛZ r P°'\"e 1 St'\"'é ; mmerS' fournisseurs (classemeni\nservice. • Nuntei). Cette seule énumération montre la complexité d'un tel\nII\nCe qui nous intéresse surtout, ce sont les opéras eux-mêmes, musique et livret\npar Laiarte\" eTu \"\" répertoire' Le «» *é dressi\nroJru caZZ, ;t °uvrase est ,MU à i°»r : musicale de\nde I-ZlZcLnlZ 77 u <\"\"***» f** cous les auspices du ministère\nae instruction publique et des beaux-arts, et rédigé par Théodore de J dart*\n1 wthecaire attaché aux archives de POpéra, 2 vol. parus àla librairie des Biblio '\np i es en livraisons dont la première est datée de 1878. On y trouve l'indica-\nlj,rc^|se'|se' POUI c aquepièce, des partitions, des parties détachées des reprises\nD III£Z Z '\"^rosCesrôles, e, quelques renseignements somma e l\nUe la liste des œuvres mentionnées par l'auteur, il faut défalquer les opérai\nonnés pai la tioupe italienne qui, venue à Paris en mo\ncontnirpmnuf h ea 1752> remporta son matériel,\nvraées cons, ,1 \"\"f Para\" Le chiffre tol»l da « 700 oui\nMLe Borné aTe i'ô H''m *' es'lin\",ct :la te\"ière «\"rte de\njour grâce ' une ta ,!' a,N;urs' b'hliothèquede l'Opéra s'enrichit chaque\nur, grâce aune 10, d après laquelle trois exemplaires de chaque partition"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3779, "texte": "nouvelle sont remis au ministère de l'lntérieur : l'un va à la Nationale, 1 autre\nau Conservatoire, le troisième à l'Opéra.\nAux partitions et « rôles » ou parties détachées, s'ajoutent les partiesde chœurs,\nles parties d'orchestre, les « conducteurs » (réductions pour le chef d'orchestre),\nles airs de danse qu'on introduisait jadis si librement au gré des artistes dans\nles opéras du répertoire, les « répétiteurs» de ballet (lesétudes chorégraphiques\nse faisant autrefois avec l'accompagnement de deux violons, et, depuis 1871 seu-\nlement, au piano). Les opéras reçus mais non joués sont au nombre dune cin-\nquantaine et signés decompositeurs célèbres tels que Sacchini, Philidor, Gossec,\nMontigny, Berton, Zingarelli, Halévy, etc.\nCes partitions serviraient assez souvent de documents pour l'histoire de ce que\nj'ai appelé le « Vandalisme musical ». Beaucoup d'entre elles ont souffert du\ncrayon rouge faisantdes coupures dans le vif, ou de l'aiguille cousant des feuillets\nsupplémentaires dans une œuvre originale. Quand c'est le compositeur lui-même,\nqui comme Rameau remanie son propre travail selon les circonstances\net y fait des ajoutés, on n'en est point trop choqué; mais que dire de ceux qui se\nsont arrogé le droit de bouleverser une œuvre déjà consacrée ? Les partitions du\nxviie siècle, aux diverses reprises, n'ont pas échappé à la manie des corrections,\ndes retouches et des embellissements. Celle du Thésée de Lulli est remar-\nquable par les amputations et les « entr'actes » que Francœur y introduisit au\nxvine siècle. Dans les Noces de Figaro, on trouve 15 pages de « récitatif».\nDans la Vestale de Spontini (pour la reprise de 1854), Auber introduit 143 pages\nde danse ! J'ai déjà parlé de Don Juan, chef-d'œuvre du genre; je n'y reviens pas.\nJe me borne à signaler un sujet où les observations à faire sont innombrables.\nLes textes musicaux manuscrits sont assez nombreux, mais ils sont loin de\nconstituer une base pouvant servir à une histoire critique. A ce point de vue, ils\nsont tout à fait insuffisants, il importe de s'en rendre compte.\nQuand nous étudions des œuvres antérieures au xvie siècle, notre premier\nsoin est de rechercher les manuscrits, de les classer en établissant leur filiation\net ce que les paléographes appellent stemma codicum. Pour l'étude des opéras\nmodernes depuis la dernière partie du xvne siècle, rien de semblable n'est pos-\nsible ; au moins une telle méthode ne peut-elle être appliquée qu'exceptionnelle-\nment (par exemple pour certains opéras de Gluck, où les manuscrits possédés\npar l'Opéra sont complétés par ceux que possède le Conservatoire). D'abord,\npour la mise à la scène de chaque ouvrage, ce n'est pas l'autographe que l'Opéra\nutilise, au xvine siècle, et conservera par la suite : il se sert d'une copie faite par\nun de ses copistes attitrés (et remplacée autrefois, pour l'usage réel, par un con-\nducteur, c'est-à-dire une réduction). Les manuscrits qu'on trouvera plus tard\ndans les bibliothèques ne seront que des reproductions de cette copie : tels, par\nexemple, les manuscrits de Rameau qui sont à la Nationale ; telle la partition\ndes Indes galantes (1735), celle de Castor et Pollux (1737); manuscrit exécuté en\n1753 (pour un riche amateur, M. de Fajole-Clairac, conseiller au parlement, et\nsigné par le copiste de l'Opéra). Ajoutons qu'aujourd'hui il est d'usage de faire\ngraver l'œuvre avant la première représentation (ce qui est souvent un travail\nperdu, rendu inutile par les remaniements de la dernière heure). Le manuscrit\noriginal va, au hasard des circonstances, chez un collectionneur ou quelque héri-\ntier de l'auteur ; rien ne le dirige nécessairement vers les archives où sont les\npapiers officiels. Si nous possédons la partition entière, manuscrite et autogra-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "phe, de la Juive, il a fallu aller l'acheter à Berlin, où elle avait émigré (par suite\nde la vente, après décès, du fonds Schlesinger).\nDe J.-B. Lulli, nous ne possédons aucun manuscrit. L'indication Man. mise\npar de Lajarte à côté de quelques titres de son catalogue doit être entendue\ncomme désignant une copie récemment exécutée (telle la partition des Peines et\ndes plaisirs de Vamour de Cambert, 1671, manuscrit d'ailleurs très remarquable\nfac-similé d'un imprimé, et exécuté il y a quelques années par les soins de\nM. Nuitter). De Rameau, on a seulement les additions manuscrites qu'il a faites\nlui-même, après coup, à plusieurs de ses œuvres. Pour Gluck, on est plus riche.\nDans les autres cas, deux groupes de documents sont à utiliser : i° la dernière\npartition qui a été gravée ou imprimée du vivant de l'auteur, et qui fait autorité ;\n20 surtout les parties séparées, qui seules peuvent nous renseigner exactement.\nAinsi, pour Zéphyre et Flore de Lulli (1688), nous avons 32 parties de chœur et\n19 parties d'orchestre (avec une partie de clavecin très importante) ; pour la\nDidon de Desmaret (1693), nous avons : i° un second dessus, une taille (ténor),\net une basse de chœur ; 20 un premier dessus et une haute-contre de violon ;\n30 une basse générale, une partie de basson, une taille (alto) et une basse de\nviolon. De même pour la plupart des autres opéras.\nEn somme, l'Opéra ne possède que des manuscrits fragmentaires. Le composi-\nteur le plus abondamment représenté dans les collections est Meyerbeer : nous\nn'avons pas moins de 1.010 pages autographes de l'auteur des Huguenots (dont\nle Livre d'esquisse s, contenant des motifs pour les opéras italiens de la jeunesse\nde Meyerbeer, pour Robert le Diable, etc., et formant un ensemble de 285 pages);\n(96 pages pour Cinq-Mars, etc.) Je citerai encore des autographes fragmentaires\ndes compositeurs et ouvrages suivants :\nLouis de Lulli, Zéphire et Flore (1688. Louis est fils de J.-B. Lulli).\nRameau : Daphnis et Eglé, 1633 (28 p) ; fragments de la Naissance d'Osiris,\n1731 (29 p.) ; le Retour d'Astrée, 1757(26 p.), plus les additions faites par\nl'auteur lui-même à ses opéras imprimés. —• Gluck: Armide, 1777 (actel,\n48 p.; 111, 14p. ; IV, 40 p.j ; fragments d'Orphée, 1762 (59 p.); ouverture\ninédite et deux airs de danse (19 p.). Philidor: Thémistocle, 1785. —Sac-\nchini : Dardanus, 1784. Gossec : Rosine, 1786. —Jos. Haydn :Il niondo délia\nLuna, 1777. Grétry : Ouverture pour la Fête de la Raison. —A. Salieri : Ta-\nrare, 1787. Cherubini : Ali-Baba, 1833. —Berton :le Laboureur chinois, 1813.\nMéhul * les Amazones, 1811. Boïeldieu :le Nouveau Seigneur du village,\n1813. Meyerbeer :/' Africaine, 1865. Rossini :le Siège de Corinthe, 1826\nHalévy : Guido et Ginevra, 1838. —Hérod : airs de ballet. —Auber \"le Serment,\n1832. Spontini : Murmahal (ballet). —Donizetti :la Favorite, 1840. —Berlioz:\nadditions au Freischutz ! Adam : Giselle, ballet, 1841. —F. David : Hercu-\nlanum, 1859. —Bellini,// Pirata, 1827. —A. Thomas : Betty, ballet.— Wagner :\nballet pour Tannhàuser. Verdi : Othello, 1886. —V. Massé :la Mule de Pedro,\n1863, etc.\nLa collection des livrets des opéras a été constituée en grande partie à\nl'aide des fonds baron Tailor et Silvestri. Elle comprend, en éditions diverses, les\nlivrets non seulement de tous les opéras et ballets, mais ceux de beaucoup\nd'oeuvres représentées dans les divers théâtres de Paris depuis le xviie siècle, et\nen Italie depuis le xvme.\nSur la mise en scène des œuvres anciennes, nous n'avons pas de documents"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3251, "texte": "directs, cette partie essentielle du travail delà représention ayant toujours été\nconsidérée comme la propriété du « metteur en scène », qui la vendait à des\nthéâtres de la province ou de l'étranger. (Le recueil de Palianti : Collection des\nmises en scène des grands opéras et opéras comiques représentés à Paris, commen-\ncée en 1837 et comprenant plusieurs centaines de fascicules, exprime la manière\nde voir d'un amateur compétent, mais n'a aucun caractère officiel). En revanche,\nnous avons beaucoup de documents sur la partie décorative du drame lyrique,\nsur les arts du dessin et les accessoires.\nIII\nD'abord (au musée de l'Opéra), trois oeuvres curieuses quoique de seconde\nmain :\nLa coupe de la salle de théâtre da Palais-Royal, construite sons Richelieu, occu-\npée par Molière jusqu en 1673 et par VAcadémie royale de musique, de 1673 à 1763,\ndate où elle fut incendiée (6 avril), reconstruction par M. Duvignaud ;\nLa coupe de la Salle du théâtre des machines au palais des tuilleries, dans laquelle\nrAcadémie royale de musique donna des représentations de 1764 à 1770, recons-\ntitution par le même ;\nLes décors et machinerie théâtrale au XVIIIe siècle, scène de P Opéra au Palais-\nRoyal, 1770-1781, d'après un dessin, par Philippon.\nSur les décors, nous possédons trois sortes de documents : i° les pièces d'in-\nventaire, qui donnent sommairement le nombre des châssis, des colonnes, le style\ndes « fermes », la matière dont les objets sont faits, et leur prix ;20 des images,\ngravées ou lithographiées ; 30 des maquettes ; depuis l'inauguration du nouvel\nOpéra, un article spécial du cahier des charges oblige les directeurs à versera\nla Bibliothèque les maquettes de tous les décors nouveaux destinés aux œuvres\nmontées ou reprises.\nDans une vitrine du musée, sont conservés deux décors de Vigarani (xvne s.)\nreprésentant un palais et un camp. (Sous Louis XIV, les décors étaient dessinés\net peints d'après les lois absolues de la perspective, si bien que le fond du décor\nétait beaucoup plus petit que la partie antérieure, et qu'un acteur sortant d'un\npalais situé dans le lointain était obligé de se baisser pour arriver sur la scène.)\nDans la série des dessins, certaines pièces sont très précieuses. Du xvme sièclé,\nnous avons deux chefs-d'œuvre dessinés (1788) par Moreau le jeune pour le Dé-\nserteur de Monsigny (1769), une miniature de Cochin figurant une scène de la\nDuchesse de Navarre de Rameau ( 1745).\nLa collection des costumes est tout aussi riche. Elle comprend : i° les volumes\nin-folio où sont conservés des dessins originaux du xvne et du xvme siècle ;\nplusieurs d'entre eux proviennent du mobilier national ; les autres ont été achetés\nà des ventes particulières : aquarelles et dessins au crayon ou à la plume éma-\nnant de Boucher, Watteau, Eisen, Boquet, etc... Pour chaque ouvrage représenté\nily a des centaines d' « originaux » de Barthélémy, Ménageot, Dublin, Garneray,\nHippolyteLecomte, Louis Boulanger, Léopold Robert, Delacroix Eugène Lami,\nLépaulle, Paul Lormier, Albert Frémiet, Eugène Lacoste ; 20 des figures en bis-\ncuit de Sèvres, destinées à perpétuer le souvenir d'un succès retentissant ; elles\nparaissent avoir servi autrefois de cadeaux faits par le roi ou la reine ;30 des"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3327, "texte": "poupées habillées selon les différentes époque du costume, ingénieuses reconsti-\ntutions qui permettent de comparer les usages aux diverses époques.\nLes portraits (gravés, coloriés, photographiés) d'écrivains, de compositeurs et\nd'artistes (auxquels il faut joindre les bustes disséminés dans le monument)\nferment la collection la plus riche. On a souvent regretté que des chanteurs et\ndes cantatrices célèbres il ne restât qu'une image muette et glacée. La musique\nest un souffle qui passe ; et A. de Musset, dans les vers à la Malibran, a dit com-\nbien la destinée de l'artiste lyrique était différente de celle du peintre ou du\nsculpteur. Aujourd'hui, ces doléances ne seraient plus aussi légitimes. Dans un\nde ses feuilletons du Moniteur, il y a soixante ans, Th. Gautier écrivait ces lignes\ncurieuses, rappelées, il y a une semaine, par M. Adrien Bernheim : « Un jour\npeut-être, lorsque la critique, perfectionnée par le progrès universel, aura à sa\ndisposition des moyens de notation sténographiques pour fixer toutes les\nnuances du jeu d'un acteur, n'aura-t-on plus à regretter tout ce génie dépensé\nau théâtre en pure perte pour les absents etla postérité. De même qu'on aforcé\nla lumière à moirer d'images une plaque polie, l'on parviendra à faire recevoir et\ngarder, par une matière plus subtile et plus sensible encore que l'iode, les on-\ndulations de la sonorité, et à conserver ainsi l'exécution d'un air de Mario, d'une\ntirade de Mlle Rachel ou d'un couplet de Frédérick Lemaître. »Ce rêve de poète\na déjà reçu un commencement de réalisation. Dans les sous-sol de l'Opéra vien-\nnent d'être soigneusement installés des cylindres (procédé Edison) sur lesquels\nla voix de nos meilleurs artistes du chant est emmagasinée...\nIV\nParmi les documents accessoires ou secondaires, très importants, à l'occa-\nsion, pour fixer un point d'histoire, je citerai :\ni° Les affiches.\nLeur usage se lie à l'organisation même du théâtre lyrique. Elles ont une\nhistoire. A Athènes, où on ne jouait qu'une fois par an, et où les représentations\nétaient liées à une grande fête religieuse (les chorèges étant nommés près d'un\nan à l'avance), quelque chose d'analogue à nos affiches était peu nécessaire. Il\ny avait cependant une annonce (Schol. d Eschine, contre Ctésiphon, 67) sous\nforme de prélude (7rpoaywv), de cortège (xwjjloç), d'explication verbale\nchez les Romains, il y avait un prologue (tradition grecque), avec pronuntia-\ntio tituli et recommandations de toute sorte aux spectateurs pour leur bonne\ntenue ;au moyen âge, il y avait, en très grande pompe, le «cri », la procla-\nmation et la « monstre », comme nous le savons par les documents relatifs au\ndrame de Saint Martin (1496) et aux Actes des Apôtres (1547). Les affiches du\nxvne siècle (rendues nécessaires par la fréquence des spectacles, l'arrivéede comé-\ndiens étrangers, etc.), se ressentent de l'ancien « prologue » et de l'ancienne\n« proclamation ». Voici comment est rédigée la plus ancienne connue (1658) :\n« La seule troupe royale entretenue par Sa Majesté. Vous aurez demain mardi\nXVIJ jour de décembre, le feint Alcibiade, de Monsieur Quinault ; c est tout ce que\nnous disons sur ce sujet, puisque vous scave£ la vérité de cet ouvrage. A vendredi\nprochain la Toledane ou ce l'est, ce ne l'est pas, en attendant le grand Cyrus de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3760, "texte": "M. Quinault. Deffense aux soldats d'y entrer sous peine de la vie ; cest à l'Hôtel de\nBourgogne, à deux heures précises. »\nQuelques autres particularités sont à signaler. La première affiche de l'Opéra\nque l'on possède (celle que je viens de citer concerne la Comédie-Française) est\ndu 26 janvier 1779 et annonce Castor et Pollnx de Rameau, mais sans indiquer\nle nom de l'auteur ; en même temps, et comme seconde pièce, elle annonce II\nGeloso in cimento (le Jaloux à l'épreuve), opéra bouffon en 3 actes, en mention-\nnant, cette fois, le nom de hauteur : « el signor Anfossi ». Castor et Pollux est\ncensé connu de tout le monde ; seule, la pièce secondaire et nouvelle est accom-\npagnée du nom du compositeur. Des chanteurs et des danseurs, on ne dit rien.\nL'affiche est petite, oblongue ; sous l'ancien régime, la Révolution, le Consulat et\nl'Empire, elle a gardé, pour la rédaction, le caractère dune de ces annonces que\nnous voyons souvent sur les murs de Paris et qui avertissent que tel jour, à telle\nheure et en tel lieu, il y aura, par exemple, une adjudication pour un objet déter-\nminé. Ce format persiste jusque vers le milieu du xixe siècle, où le papier des\naffiches est imprimé en long et non plus en travers. On attribue à Napoléon\n(1810), toujours attentif aux choses du théâtre, l'initiative de l'innovation qui a\nconsisté à nommer les artistes. On les groupait sous deux rubriques : chant et\ndanse, en suivant une hiérarchie qui est encore observée de nos jours dans la\nrédaction des affiches de la Comédie-Française. Ce n'est pas le principal inter-\nprète de la pièce qui est nommé le premier, mais l'artiste le plus ancien dans la\nmaison. Ainsi, sur les affiches des premières représentations de la Muette (1828),\nGuillaume Tell (1829), de Robert le Diable ( 1831), des Huguenots (1836), on voit\ndes coryphées cités avant un ténor ou une forte chanteuse. Sous le premier Em-\npire et jusqu'aux premiers temps de Louis-Philippe, on ajoutait aux noms des\nartistes du chant et de la danse ceux des cinq ou six premiers solistes de l'or-\nchestre, ce qui, au point de vue artistique, était une excellente idée. C'est seulement\nen 1850 que nous voyons les noms des rôles à côté de celui de leurs interprètes.\nAinsi l'affiche du 2 septembre 1850 annonce, « pour la réouverture de\nl'Opéra », Mlle Alboni et la rentrée de MM. Barroilhet et Roger dans la Favorite\n( 119 e représentation), opéra en 4 actes de MM. Alphonse Royer et Gustave Waez,\nmusique de Donizetti, divertissement de M. Albert, décorations de MM. Philastre\net Cambon (actes I et III), de MM. L. Feuchères, Séchan, Diéterle et Desplechin\n(actes II et IV). Ml,e ALBONI remplira pour la première fois le rôle de Léonor ;\nM. Barroilhet, celui d'Alphonse ; M. Roger, celui de Fernand ; M. Levasseur,\ncelui de Balthazar. Mlle Flora Fabri rentrera par un nouveau pas de deux\n(au 2e acte) avec M. Mérante. » Suit l'énumération de tous les autres interprètes,\nsous deux rubriques, chant et danse. On voit combien la lecture d'une vieille\naffiche est instructive !\n20 Mentionnerai-je encore de menus objets ? On garde précieusement à l'Opéra\nune bretelle ensanglantée du duc de Berry, mortellement frappé par « une idée\nlibérale » le 13 février 1820 à sa sortie de l'Opéra (le soir où l'on jouait le Carna-\nval de Venise, ballet en 1 acte de Milon, musique de Kreutzer et Persuis, le Ros-\nsignol, opéra en 1 acte, paroles d'Etienne, musique de Lebrun, et les Noces de\nGamache, ballet en 2 actes, de Milon, musique de Lefebvre) ; le verre de Jélyotte,\nl'encrier de Spontini, l'épée de M. Gailhard dans les Huguenots, la chemise de la\ndanseuse Emma Livry, et d'autres bibelots, très recherchés aujourd'hui par les\nauteurs de certains ouvrages illustrés sur la musique."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.9", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1684, "texte": "En somme, si l'on ajoute aux documents conservés aux archives, au musée et\nà la bibliothèque de l'Opéra, ceux qui se trouvent àla Bibliothèque et aux Ar-\nchives nationales, on a, pour la période moderne du drame lyrique, des sources\ntrès riches et très précieuses de renseignements. Dans ces divers dépôts, il y a juste\nassez de lacunes, et parfois de confusion, pour laisser au critique l'initiative qui\ndouble l'intérêt de son travail.\nMe voici arrivé au terme de mon introduction. J'ai défini mon sujet, et indiqué\nses divisions ; j'ai dit d'après quelle méthode il pouvait être traité. Je n'ai plus\nqu'à entrer en matière et à commencer par le commencement, c'est-à-dire par\nles anciens. Cette histoire que j'entreprends, et qui est aussi intéressante au point\nde vue social qu'au point de vue artistique, m'apparaît comme une tâche qui\nsera très longue et demandera plusieurs années d'étude. Je voudrais l'arracher\nau terre à terre des menus détails, à la sécheresse des nomenclatures et des\ndates, pour la replacer dans un beau cadre vivant et la rattacher à ce qui est\nhumain, universel. Son ampleur même est un attrait, et je ne songe nullement\nà la simplifier ou à la réduire. Je m'interdirai les digressions ; mais je compte\nne jamais oublier que l'Opéra est à la fois la synthèse des arts et la résultante\nd'un état de la civilisation (état politique, religieux, moral) à un moment déter-\nminé. Le charme des recherches que l'on fait ici, au Collège de France, c'est\nqu'on peut les conduire en parfaite liberté d'esprit, en allant au fond des choses,\nsans aucune des préoccupations qui partout ailleurs limitent l'enseignement.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "137", "page_fin": "143", "image_debut": 9, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.2", "titre_corps": "«SNIÉGOUROTCHKA» OPÉRA DE M. RIMSKY-KORSAKOFF.", "titre_sommaire": "«SNIÉGOUROTCHKA» OPÉRA DE M. 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Albert Carré se prépare à jouer, sur la scène de TOpéra-\nComique, le très original ouvrage du grand compositeur russe.\nLorsque, en février 1880, Rimsky-Korsakoff fit les premières esquisses de son\nopéra Sniégourotchka, il avait composé déjà la Pskovite et la Nuit de mai ; des\nœuvres instrumentales telles que Sadko, la Fantaisie sur des thèmes serbes, la\nsuite orientale Atitar ; Y Ouverture sur des thèmes russes, Légende, avaient établi\nd'une manière indiscutable sa maîtrise dans la mélodique, l'audace de son har-\nmonisation, la puissante originalité de son instrumentation. Il avait reconnu en\nlui, avec cette absolue clarté artistique qui lui est propre, le don extraordinaire-\nment riche et brillant de la fantaisie, de la couleur, du mysticisme. Il se sentait\nattiré de plus en plus vers l'opéra, et, dans ce domaine spécial, c'est la poésie\ndes contes, le coloris particulier des légendes qu'il affectionnait par-dessus tout."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.10", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3477, "texte": "Là, il pouvait laisser libre cours à sa fantaisie ; il pouvait user sans crainte\ndes couleurs les plus fantastiques, tenter les expériences les plus osées de\ncoloris et de rythme ; il pouvait parler, en un mot, le langage mystique et\nnaïf de la fable. Mais il manquait à cet aristocrate de la forme, à cet amou-\nreux du beau absolu, une preuve aussi tangible qu'elle pût être en raison\nde l'extrême réserve qui lui est particulière de sa personnalité propre, de son\nmoi intime. Il composa Sniégourotchka, que l'on peut considérer comme étant\ncelle de ses œuvres dans laquelle la subjectivité si peu apparente de son talent,\net en particulier l'élément lyrique, atteignent le plus de relief. Avant toutefois\nd'examiner par quels procédés caractéristiques le compositeur a traduit ses im-\npressions intimes, quels sont les traits déterminatifs, essentiellement inhérents\nà cette nature de musicien absolu dans l'expression de son émotion, de ses\ncombats et de ses croyances, considérons le sujet lui-même qu'il a choisi pour\nêtre l'intermédiaire de sa pensée et de son sentiment.\nSous le ciel pâle de la Russie légendaire, dans la forêt de Jarilo (1), vivait\nune fois une jeune fille qui était belle et froide comme la neige. Et comme elle\nétait enfant du grand-père Hiver et de Printemps-Joli, on l'avait nommée Snié-\ngourotchka (2). Elle vivait dans la solitude, et ses parents l'entouraient de froid,\ncar 011 la cachait devant l'Eté jaloux qui avait fait serment delà tuer, en la fon-\ndant au premier rayon du soleil et de l'amour. Mais Sniégourotchka entendait\nde loin les chansons du pâtre Lel ; elle l'avait vu jouer avec les jeunes filles du\nvillage, et son cœur s'était remplidu désir de voir le monde et de vivre de la vie\ndes humains. « Maman (3), dit-elle, j'ai entendu le chant des alouettes qui trem-\nblent sur les champs ; j'ai entendu le cri mélancolique des cygnes sur les eaux\ntranquilles et les roulades bruyantes des rossignols, tes chanteurs préférés. Mais\nj'aime mieux encore les chansons de Lel. Et jour et nuit je voudrais les entendre,\nses chansons de pâtre... et j écoute, et je fonds. » Pendant l'absence de ses pa-\nrents, Sniégourotchka devait rester dans la forêt. Mais le Printemps réclame\npour elle la liberté, et comme l'Hiver rappelle le danger qui la menace, ils con-\nviennent tous deux de la confier à la surveillance et à la protection de Bobil et\nBobilicha (4), qui vivaient à la limite du hameau et qui n'avaient pas d'enfants.\n« Sniégourotchka, lui dit sa mère, si tu es triste, appelle-moi, et quelle que soit\nla détresse qui t'afflige, aucune aide ne te sera refusée. » Et lorsque l'Hiver l'eut\nmise en garde une dernière fois contre le pâtre charmeur et ses chansons, les\narbres, les buissons, le bois tout entier prit congé de Sniégourotchka; elle quitta\nla forêt pour suivre ses parents adoptifs.\nDès lors la vie nouvelle que vécut l'enfant de neige la conduisit vers une fin\n\n(i) Nom dun dieu slavon, et désignation des fêtes du printemps célébrées en plusieurs en-\ndroits de la Russie jusqu'au xixe siècle.\n(2 Textuellement le grand-père Gelée et le Printemps-Rouge. Dans la langue russe, la saison\nla plus changeante de 1 année est représentée par une femme. Sniégourotchka vient du mot sniég\n(neige) ; donc enfant de neige . Dans la légende russe, Sniégourotchka est enfant de l'Hiver et\ndu Printemps.\n(3) Les citations sont traduites librement du russe.\n(4) Désignation populaire des paysans qui n'ont pas de terre."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.11", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "étrange et tragique, car elle était tourmentée du désir d'amour et elle ne possé-\ndait point le pouvoir d'aimer.\nSniégourotchka avait aspiré à l'amour du pâtre-chanteur, mais elle fut aimée\npar un autre, le jeune et riche marchand Misguir. Pour elle, Misguir abandonne\nsa fiancéeKoupava, etlorsque celle-ci aexigé dutsardesßérendés (i), gardien des\nserments d'amour, que le peuple tout entier jugeât son fiancé, Misguir n'a que\nces mots : « Qu'aucune parole ne me justifie ! mais si toi, grand tsar, tu pouvais\nvoir Sniégourotchka... » Et elle paraît. Et devant tant de beauté le tsar ne peut\ncroire que le cœur de la jeune fille puisse rester insensible. « Etre si belle et ne\npas connaître l'amour ! dit-il. Que celui qui l'entraîne à l'amour avant l'aube, des\nmains du tsar la reçoive et l'emmène. »\nParmi les ombres du soir, il y a fête dans le bois enchanté, et tandis que la\njeunesse tourne en rond et que les vieux boivent du braga (2), Lel chante ses\nchansons Le bon tsar l'invite à choisir pour compagne une des jeunes filles.\nLe choix de Lel tombe sur Koupava. En vain Sniégourotchka supplie Lel de\nl'aimer. Lel a repoussé son cœur; Lel a renié son amour. Misguir redouble inuti-\nlement ses efforts pour allumer l'amour au cœur de Sniégourotchka. « Je n'aban-\ndonnerai pas tes mains avant de t'avoir dit avec des prières et des plaintes com-\nmentle cœur se ronge, combien fait mal à l'âme l'angoisse. » Fou d'amour devant\nle refus de Sniégourotchka, il la menace, lorsqu'un fauve la sauve de la force\nbrutale de son persécuteur. Aussitôt Lel et Koupava apparaissent, et Sniégou-\nrotchka tente de les séparer. Le couple la repousse. Désespérant de son pouvoir\nd'aimer, Sniégourotchka se souvient de la recommandation de sa mère, et à\nl'aube elle retourne dans la vallée de Jarilo, au bord du lac endormi. Des fleurs\nà peine écloses couvrent le rivage et la surface de l'eau.\n« Mère, ta fille abandonnée t'appelle, et elle pleure des larmes d'angoisse.\nApparais sur les eaux calmes pour entendre la plainte de ta Sniégourotchka.\nAutour de moi tous aiment, tous sont heureux, et moi seule je suis en peine. Je\nveux aimer et j'ignore les mots de l'amour, et je ne sens rien. Ma beauté se flé-\ntrit sans joie. O mère, donne-moi l'amour ! C'est à l'amour que j'aspire; donne\"\nmoi l amour de la jeune fille ! »\n« Enfant, lui répond la mère, je suis prête à te donner le don d'aimer, car mes\nforces d'amour recèlent une source intarissable. » Et elle passe à Sniégou-\nrotchka assise devant elle, une à une, toutes les fleurs qui vivent et qui chantent,\net qu'elle a charmées, et qui toutes donneront à la jeune fille une parcelle de leur\nbeauté et de leur puissance d'amour. « La fleur parfumée de l'aube printanière\néclairera la blancheur de ton visage ; le pur muguet l'illuminera de sa langueur.\nLa lychnide orgueilleuse bordera de velours vermeil tes lèvres, et le myosotis\ncharmant te donnera le sourire. La rose rougira tes seins, et le bleuet illuminera\ntes yeux. Le trèfle versera du miel sur tes lèvres. Le pavot étourdira ton cœur\net assoupira ta raison, et le houblon fardera tes joues et grisera tes sens. »\nEtlorsque Sniégourotchka a reçu du Printemps le don divin, mais peut-être\nmortel, de l'amour, et qu'elle revoit Misguir, elle peut, elle sait déjà l'aimer. « O\nnon, Misguir, mon âme n'est pas remplie de terreur ! Le cœur palpitant de\nSniégourotchka s'incline sur ton cœur. Sniégourotchka est tienne ; emmène dans\n\n(1) Population nomade d'origine turcomane.\n(2) Une boisson d'orge et de millet."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.12", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3499, "texte": "ta maison ta femme. Je t'aimerai et te choierai. Mais fuyons vite ! Cachons\nnotre amour et notre bonheur devant le soleil 1 Les rayons de sang me tei i ifient !\nVois, vois, plus clair et plus terrible brûle l'Orient ! Prends-moi dans tes bras !\nLoin des rayons éblouissants du soleil, cache-moi dans l'ombre des arbres inclinés\nsur le lac ! » Devant le peuple tout entier réuni, elle se nomme sa fiancée et elle\ndit le bonheur nouveau pour elle qui l'enivre. « O tsar, demande-moi cent fois,\net cent fois je te dirai que je l'aime ! Devant le jour naissant, devant tout ton\npeuple, devant tes yeux, grand tsar, je suis prête à redire mes paroles et mes\ncaresses d'amour ! » Mais soudain un rayon de soleil perce les nuages et tombe\nsur la jeune fille, et lentement fond son corps de glace et son cœur. « Félicité\nou mort? Quelle extase ! Quelle délicieuse fatigue ! O Lel, tes chansons mur-\nmurentdans mes oreilles I J'ai du feu dans mon cœur, du sang. J'aime et je\nfonds, je fonds àla douceur de l'amour. Adieu tous, mes amis î adieu, mon\nfiancé 1 O cher, le dernier regard de Sniégourotchka pour toi 1 » Misguir ne\npeut pas vivre sans elle, et se jette dans le lac. « Si les dieux sont trompeurs, la\nvie n'a pas de prix sur la terre ! »\nOn le voit, rien de moins compliqué que ce sujet. Si l'on en excepte le symbo-\nlisme, qui, d'ailleurs, y joue un rôle fort restreint, point de sujet plus modeste\net qui ait moins de prétention.\nSa qualité particulière de conte, dont les origines se perdent dans le monde\nextraordinairement riche et fantastique des légendes de l'épopée populaire,\ns'oppose à tout conflit intime, à toute analyse de sentiment. Là, point de pro-\nblèmes de psychologie, point de systèmes ni d'énigmes. La peinture elle-même\nest fine, brillante, pleine de charme et d'émotion, voluptueuse parfois, mais\nsans fermeté, sans précision, sans logique. Cela est simple, naïf, bon et touchant.\nEt surtout cela est profondément national, plus encore, cela est essentiellement\npopulaire. La légende de Sniégourotchka est presque un type, qui réunit en lui\ntoutes les qualités et tous les défauts de l'âme du peuple qui Ta créée. Toute\nl'ancienne Russie slave vit en elle, avec ses cérémonies et ses chansons païennes,\nson panthéisme aimable, son culte ardent du soleil, toute sa nature, tour à tour\ngrandiose, oppressante ou mélancolique, toujours enchanteresse. En particulier,\nl'étrange et douce figure de Sniégourotchka représente bien l'âme de cette\nRussie toute de simplicité, de naïve bonté et de résignation que l'on ignore, et\nqui chante avec une si poignante tristesse dans sa musique. Comme elle, elle\ncherche, elle souffre, elle supplie. Elle ignore, et elle est pleine d'élan. Elle est\nopprimée, et d'indicibles désirs la soulèvent, Elle pleure, elle chante, elle prie:\net son âme est courbée sous le doute universel.\nSniégourotchka est un personnage de conte, dont le corps est de neige, ainsi\nque ledit son nom, et le coeur de glace. Elle est tourmentée du désir d'amour\net son impuissance d'aimer est absolue. Mais elle n'en souffre pas au plus pro-\nfond de son âme ; elle n'en est pas atteinte dans cette sensibilité qui lui manque\nde l'amoureuse qui sait et qui attend. Le conflit intime si conflit il y a est\nen quelque sorte artificiel, puisque l'impuissance d'aimer de la jeune fille résulte\nd'une cause, si lon peut ainsi dire, matérielle, qui suppose l'absence en elle d'un\npouvoir de réflexion, de sentiment et d'expression qui lui soit propre au même"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.13", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "titre divin qu'aux autres hommes. C'est ce manque de profondeur dans sa\nmanière de sentir, cette absence d'humanité dans son âme de femme, qui fait\nqu'elle ne nous émeut pas, qu'elle ne descend point jusque dans nos fibres les\nplus intimes. Son aspiration d'amour est en ce sens factice qu'elle n'est pas née\nde la chaleur de son âme, de sa piété de femme. Son origine première réside\nplutôt dans la curiosité, la curiosité ingénue et innocente des chansons du pâtre\nLel. (( Entendre tes chansons est ma seule joie. » Et lorsque Lel, en récompense\nde ses chansons, exige qu'elle l'embrasse, elle reste sans émotion, et lui refuse\nle baiser, ignorante de sa douceur. « Ne chante pas pour les jeunes filles qui\nignorent le prix de tes chansons. Pour moi, elles ont plus de prix que les baisers,\net t'embrasser, Lel, je ne le ferai pas. » Plus tard, lorsque, sous l'influence de sa\nfroideur, le volage Lel l'abandonne pour Koupava, c'est le dépit, l'orgueil\nblessé, qui lui font désirer l'amour. « N'as-tu pas honte d'offenser ainsi une\norpheline ? » Et plus loin, dans sa plainte à sa mère : « Mon père Hiver, et toi,\nPrintemps, vous m'avez donné l'envie au lieu de l'amour. Des nuits sans\nsommeil sont ma dot, et j'attends le jour sans joie. J'ai lavé mon visage\ndans la source froide, et je l'ai vu froissé de larmes et d'angoisse. » Enfin, son\namour est impersonnel ; l'objet de sa passion lui est indifférent ; elle aime\npour la douceur d'aimer, parce que pour elle c'est un sentiment nouveau, qui\néveille en elle des sensations qu'elle ignorait. Lorsque sa mère lui adonné le\ndon de l'amour, sous forme de chacune des fleurs du printemps, symboles des\ncaresses et des charmes d'aimer, c'est à la forêt d'abord, au lac, aux fleurs, aux\nbuissons, qu'elle chante l'excès de sa passion. «Quelle splendeur a revêtu la forêt\nverte I II est impossible d'aimer davantage le lac et le rivage I L'eau me fait\nsigne; les buissons m'appellent ! Et le ciel, maman, le ciel ! » De même que son\ncœur était étranger à son désir d'aimer, son âme est ignorante de l'amour qui\nl'enivre. Elle aime sans souvenance et sans pitié; son amitié est oublieuse du\nberger aux gaies chansons, et c'est Misguir, qu'elle rencontre le premier, qui\nreçoit son amour,\nQuelle grandeur, quelle délicatesse par contre dans l'admirable figure du vieux\ntsar ! Il représente par excellence la bonté naïve du peuple, auquel il ressemble,\net dont il a la simplicité et la résignation. Supérieur à son peuple par sa puissance,\nil est des siens par sa manière de sentir et son langage. Eux le nomment leur\npère, car il est sans rudesse et sans fausse condescendance, et son indulgence est\npleine du charme doux de sa vieillesse. Sa méditation est du rêve, du rêve sacré,\ngrandissant jusqu'à l'extase. Sa mélancolie est grandiose ; sa religiosité, solen-\nnelle. Mais avant tout il est simple, d'une simplicité invincible, qui rend irrésis-\ntible sa bienveillance pour les petits et les malheureux.\nCette simplicité patriarcale, qui est comme le signe distinctif de sa royauté,\nremplit tout entières deux scènes qui comptent parmi les plus belles : c'est celle,\nd'abord, oùlafiancée Koupava, délaissée par son amant Misguir, vient demander\nau tsar justice du tort qui lui a été fait. C'est presque une causerie d'égal à égal,\noù les questions et les réponses se suivent librement. Et quatre fois, pareilles à\ndes mains qui se tendent, reparaissent la même demande timide et pleine de\nlarmes de Koupava, et la réponse invariablement bienveillante du bon tsar :\n« Faut-il le dire, grand tsar ?» « Dis-le, dis-le, mon enfant ! » C'est ensuite la\nscène absolument délicieuse de l'entrevue du tsar et de Sniégourotchka. Il fau-\ndrait la citer tout entière, et la citer dans sa langue originale, dont aucune autre"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.14", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3609, "texte": "langue au monde ne peut rendre les infinies nuances de naïveté, de sim-\nplicité et de bienveillance. Des traits tels que 1-offre ingénue de Sniégou-\nrotchka au tsar d'aller cueillir avec lui les muguets qu'il aime tant : « Quel dom-\nmage que les muguets se fanent si vite 1 Si tu m avais dit que tu les aimes, depuis\nlongtemps je t'en aurais apporté quelques bouquets. Tous ne connaissent pas\ncomme moi le bois, ainsi que leur maison. Si tu veux, viens avec moi : je t in-\ndiquerai l'endroit. )> Et le tsar de répondre : «Je ne pleure pas de voir les fleurs\nse faner. Une fleur si belle s épanouit devant mes yeux, que je legarde, et ne puis\ncroire : est-ce un rêve, ou est-ce bien toi, petite fleur devant moi ? » et 1 idéale\ndouceur paternelle avec laquelle le tsar la questionne sui 1 éveil de son coeur et\nl'ami de son choix, sont absolument significatifs pour la sensibilité délicate et\nsubtile de ce peuple si plein de rêve et de mélancolie.\nToute en lumière, en jeunesse et en insouciance est la gaie figure du pâtre\nLel. Il symbolise la poésie douce de son peuple; il incarne en lui la chanson po-\npulaire. Son rôle est un trésor de chansons et d'airs sortis du peuple, dans les-\nquels il se résume, dans lesquels, en quelque sorte, se résout sa nature, sa\nraison d'être. Son caractère tout entier est défini par la mélodie, mélodie musi-\ncale qui est la substance essentielle, déterminante, de son rôle, mélodie natu-\nrelle, facile et légère de son être de joie et d'amour.\nIl n'est pas méchant, le joli berger Lel 1 II n'a pour lui que ses chansons, mais\ntoutes ses chansons font fondre les cœurs. Lorsqu'il chante la première fois pour\nSniégourotchka, elle est près de pleurer. Ne chante-t-il pas la « fillette orphe-\nline, qui naît pour le chagrin, grandit sans caresses et meurt sans amour, comme\nla petite fraise des bois, née sous un buisson, mûrit sans chaleur et périt de\nfroid ? » Alors, pour la consoler, il choisit une chanson qui lui paraît plus gaie :\n« Mon puits gelé, sur les mousses, dans les marais, ne répands pas ton eau.\nN'empêche pas, sur les sentiers, sur les chemins, les filles de courir. » Et tout\naussitôt des jeunes filles paraissent, qui emmènent le pâtre chanteur, et le cœur\nde Sniégourotchka est plus triste que jamais. C'est encore la même insouciance\nde l'oiseau qui chante, qui lui dicte la chanson delà pluie, le soir de fête, dans le\nbois enchanté : « Toi, gronde, tonnerre, et moi je répandrai la pluie. Nous arro-\nserons la terre d'une pluie de printemps, et les petites fleurs se réjouiront. Et\nles jeunes filles iront cueillir des fraises, et les jeunes hommes les suivront. »\nQuant au Printemps, c'est moins la jeunesse et l'amour que la nature, la terre\nelle-même qu'il symbolise. Il apparaît sous les traits d'une jeune femme, portée\npar des cygnes et entourée d'une suite d'oiseaux. Elle parle aux arbres de la forêt\net à l'eau dormante du lac. Elle fond la glace des étangs et secoue la neige des\nbuissons. Elle charme les fleurs, toutes les fleurs de la saison dont elle porte le\nnom, « les fleurs qui vivent et qui chantent », et qui toutes contiennent un don de\nl'amour. Elle ne réapparaît plus alors que vers la fin de la pièce. Et la rareté de\nson apparition, son retour dans le même paysage, il est vrai, mais avec sa\nrésignation douce devant l'Eté lumineux et brûlant, qui lui prendra sa fille au\npremier rayon de soleil et d'amour, expriment bien la mélancolie de son règne\néphémère près de finir : « Le Printemps s'élève de l'eau du lac, entouré de\nfleurs. »\nCe sujet de Sniégourotchka est emprunté au conte printanier du même nom"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.15", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3000, "texte": "d'Alexandre Nicolaiévitch Ostrowsky (1823-1886), le créateur de la comédie\nbourgeoise russe. Sniégourotchka, écrite en 1873, est la seule pièce que cet auteur,\npeintre par excellence de la vie des marchands, et dont les types sont impi-\ntoyablement pris sur le vif, ait empruntée au cycle des légendes russes.\nLe choix que Rimsky-Korsakoff a fait d'un tel sujet me paraît caractéristique\npour son goût, son tempérament, sa complexion artistique tout entière.\nJ'ai signalé déjà la nature particulièrement objective de son talent. Dans ses\nœuvres sa personnalité intime se trouve toujours loin à l'arrière-plan ; elle n'entre\njamais dans le cadre de la méditation. Plus réservé sous ce rapport que n'importe\nlequel de ses collègues russes, Rimsky-Korsakoff est moins heureux, en général,\nqu'eux, daus ses œuvres purement instrumentales, notamment celles qui n'ont\npas pour base un programme, de préférence poétique. La cause en est, sans\ndoute, que les formes pures de la composition strictement instrumentale sup-\nposent une certaine subjectivité artistique, capable de parler d'aspirations, de\ndoutes, de combats intérieurs. En outre, le talent de Rimsky-Korsakoff est pro-\nfondément national ; il est national par essence. Bien plus, il est essentiellement\npopulaire. Il procède directement du peuplé par son caractère éminemment mé-\nlodique. Comme la grande majorité de ses collègues, Rimsky-Korsakoff trouve\nmoins de charme dans la combinaison harmonique plus ou moins mécanique des\nsons que dans leur succession mélodique. Par la mélodie il a pénétré au plus\nintime de l'âme populaire. Il l'a recréée en sons dans sa propre âme, au point\nqu'il est difficile parfois de discerner ce qui lui appartient en propre et ce qui est\nde l'âme de la Russie. Et c'est ainsi que, malgré ses dons prodigieux d'harmo-\nnisation et d'instrumentation, la facilité de l'invention mélodique restera le trait\nfondamental et le plus attrayant de son talent musical. Son talent est enfin\nnational parle coloris, qui est le coloris même de son pays, de sa nature, de ses\npaysages, de ses aspects, de toute sa physionomie. Il doit son charme le plus\npénétrant à son art de peintre profond et enthousiaste de la nature et des saisons\nde la terre natale. Mais sa musique ne réfléchit pas seulement le ciel et la terre\nrusses. Elle réfléchit l'âme russe dans toute sa bonté naïve, sa simplicité pa-\ntriarcale et sa résignation dans le destin. Peu accessible à l'action et au mou-\nvement dramatique, elle est plutôt contemplative et rêveuse. Elle donne aux joies,\naux peines, aux efforts, aux doutes, à l'amour, à la mort même qu'elle chante,\nl'empreinte douce de sa méditation.\nL'on a pu constater à quel point le sujet de Sniégourotchka est riche de cha-\ncune de ces qualités.\nExaminons maintenant en détail, autant que le permet le cadre de cette étude,\nquelle est la langue musicale qui a fait de ce simple sujet de légende un vrai\nchef-d'œuvre de poésie, d'originalité et de vie.\n(.A suivre.)\n\nGETTEMAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "144", "page_fin": "154", "image_debut": 16, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3", "titre_corps": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES", "titre_sommaire": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.16", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3171, "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nBERLIOZ, LAURÉAT ROMANTIQUE, JUGÉ PAR L'INSTITUT. — RAPPORTS INÉDITS\n(1832-1833).\n\nM. Boschot, lauréat de l'lnstitut, nous communique les bonnes feuillesdu très brillant ouvrage\nqu'il publie aujourd'hui même sous le titre ; Un Romantique sous Louis-Philippe, à la librairie\nPion. # .\nJusqu' à présent, les Rapports de l'lnstitut sur les envois </e Rome que lit Berlioz pour se confoi mer\naux règlements de l'Académie des Beaux-Arts sont restés inédits.\nLes voici, —et voici également les circonstances parmi lesquelles le jeune lauréat îomantique\nen fit connaissance.\nQuant à ses envois mêmes, à leur origine et à leurs réemplois futurs, nous ne pouvons que ren-\nvoyer aux deux ouvrages de M. Adolphe Boschot : La Jeunesse cLùn Romantique et Un Romantique\nsous Louis-Philippe.\nParis ! Au saut de la diligence, le matin du 7 novembre 1832, le lauréat,\nrevenant enfin d'ltalie, regagne son ancien quartier.\nPrès de Schlesinger son éditeur, près du chevalier Lesueur son bon maître,\nprès du boulevard de Gand et de 1 Opéra, près du café Cardinal et du café\nFeydeau où ses séides et lui avaientleurs habitudes, il revoit donc enfin, comme\nmarquant le centre de ses agitations de naguère, l'angle fatal delà rue Richelieu\net de la rue Saint-Marc. Voilà, dans cette maison (96, rue Richelieu), la man-\nsarde d'où il épiait les fenêtres de son Ophélia ; après le théâtre, il regardait\ns'éteindre, dans l'hôtel meublé de la rue Saint-Marc, la lampe de son étoile î\nAttiré par son point d'attache, il y revient ; il arrête une chambe, l'ancienne\nchambre d'Harriett Smithson. Tout de suite, en hâte, il écrit des billets laco-\nniques et les fait porter. Le soir même, il dînera vers cinq heures, chez son\nmaître si affectueux, avec Mme et Mlle Lesueur. Mais déjà, pour huit heures, il\ndonne rendez-vous à ses amis.\n« J'arrive à l'instant. Je loge rue Neuve-Saint-Marc, n° 1, dans l'ancien\nlogement d'H. Sm... C'est curieux! »\nA table, chez Lesueur, qui rêve toujours à ses idéologies, en présence de\nl'épouse du vieux maître et de ses filles, on parle des grandes idées que le\nspectacle de la ville aux sept collines peut faire naître chez un « jeune disciple\ndes Beaux-Arts » : ainsi s'exprimait le chevalier Lesueur. Ce novateur d'avant\n89, qui légitimait ses perfectionnements au système de Gluck par des citations\nd'Aristote ou de Denys d'Halicarnasse, ne manque pas d'interroger le pension-\nnaire de l'Académie sur les vestiges de la civilisation antique. La sensible\nMlle Eugénie, qui chantait avec tant de passion la lugubre Elégie en prose,\nn'oublie pas de lui dire tout le plaisir qu'elle a pris à recevoir le Ranz des vaches\nenvoyé par le jeune compositeur. Et Berlioz de parler de son Mélologue,\nimité de leur cher Thomas Moore, et conçu dans les montagnes où rôdent les\nbrigands.\nLe chevalier Lesueur, membre de l'lnstitut, communiqua sans doute à son\ndisciple préféré le Rapport où était jugé le Resurrexit. Ce rapport, concernant les\npremiers envois des lauréats de 1830, avait été lu, trois semaines plus tôt, à la\nséance publique du 18 octobre. Rédigé au nom de la section de musique et pré-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.17", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 3302, "texte": "senté à l'attention de la docte compagnie tout entière, il constatait d'abord que\n« les élèves musiciens avaient été avares de leur travail ». D ordinaire, un envoi\nmusical comporte « la partition, soit d'un opéra en un ou deux actes, soit d'une\nmesse solennelle ; cette année, les deux pensionnaires de Rome ne nous ont\nenvoyé que deux seuls morceaux ».\nSur Montfort, le Rapport disait des choses aimables et vagues. Et cela semble\nfort naturel : que pouvait dire l'lnstitut sur ce bon élève, si appliqué, si insi-\ngnifiant ?\nSur Berlioz, voici :\n« M. Berlioz a composé un Resurrexit et iterum venturus est. Ce pensionnaire,\ndans lequel on a reconnu une imagination vive, de l'exaltation, de l'originalité\nportée quelquefois jusqu'à une certaine bizarrerie, a droit aujourd hui à de plus\njustes éloges, en nous donnant la preuve qu'il a su mettre à profit les avis d'une\nsage critique. Son Resurrexit est écrit en entier avec chaleur, d'une manière\nsimple et large. Chant, orchestre, tout y est à sa place ; il a su produire des\neffets nouveaux mais naturels. Enfin, cette composition mérite véritablement\nune mention particulière : aussi on invite M. Berlioz à continuer, sans s'écarter\nde la bonne route où il est heureusement entré.\n« Ces deux jeunes compositeurs sauront apprécier les élogeset les avis qui leur\nont été donnés.\n« Qu'ils songent, à l'avenir, que la musique, pour le genre sacré surtout, exige\nun style et une facture fondés sur une étude approfondie des ressources\nqu'offrent la science du contrepoint et celle de la fugue. »\n« Verbiage, prose académique : une façon de néant »! Le Jeune-France, évi-\ndemment, juge ainsi le Rapport des «podagres » dès qu'il a quitté (en hâte) la\ntable de son maître.\nEt aussitôt, après huit heures, au café Feydeau, avec l'ami Gounet, propos\nplus libres, plus directs. Que fait-on à Paris ?Et que faut-il faire ? De quoi\nretourne-t-il ? Hector n'est que de passage : il compte partir pour l'Allemagne,\npresque tout de suite, et y jouir de sa pension. Mais, avant, il veut donner\nun concert ; il veut « lâcher sa bordée musicale » ! Qu'il se presse !\n■\nLe second rapport fut rédigé avant l'automne de l'année suivante (1833).\nDéjà Berlioz avait pris l'attitude d'un révolutionnaire musical ; il avait su, en moins dun an,\ndevenir le lion de la musique romantique. Bien que lauréat et touchant encore sa pension,\nbien qu'il restât à Paris quand il aurait dû être en Allemagne, il avait fort galamment fustigé\nl'lnstitut dans de fashionables chroniques.\nIl venait d'épouser enfin son Ophélia (3 octobre). A Vincennes près de la décorative tragédienne,\nil était tout à l'enchantement d'une idylle amenée par une année de tempêtes et de « volcanisme ».\n... Le 12 octobre, séance solennelle à l'lnstitut. Il serait question de lui et de\nses envois de Rome. Mais se montrerait-il sous la coupole ? Quel succès de\ncuriosité, quel scandale s'il y allait ! les « académiques » pouvaient-ils avoir\noublié ses boutades de l'Europe littéraire contre le prix de Rome ni aucune des\ngoguenardes impertinences de leur lauréat ? « L'illustre vieillard » (Cherubini),\nles podagres qui couronnent au petit bonheur, le bon chevalier Lesueur qui\nparle de Napoléon entre deux portes, et le concierge de l'lnstitut qui incarne"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.18", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "la majesté de l'auguste compagnie et révèle à Berlioz les petits seciets de la\n« sacrée boutique\nSi le Jeune-France venait à cette séance, il s'entendrait blâmer publique-\nment. Et puis, pouvait-il se montrer sans l'épousée dont il avait tant fait\nparler ?... D'autre part, ne pas venir, c'était lâcher pied, déserter devant 1 ennemi !\nOr, il lui fallait tenir tête à tous, fièrement, et crâner pour «'déconcerter bien\ndes prévisions sinistres ».\nA l'lnstitut, toujours la même cérémonie annuelle, 1 immuable distribution\ndes prix. Seule, la cantate n'est pas du même auteur. Voilà trois ans, Sardana-\npale, la sienne : l'incendie foudroyant ne s'était pas allumé... Cette année, le\nContrebandier espagnol de Thys.\nMême salle, même public. Sous cette froidecoupole, temple de 1 ennui et de la\nroutine ( pense-t-il), brouhaha, papotages d'inutiles empressés, d admirateurs et ;\nde féaux de l'lnstitut ! Çà et là, quelques Jeune-hrance grondeurs, reconnais-\nsables à leur chevelure audacieuse, à leur cravate fashionable, à leur sourire-\ncondescendant. Dès une heure, le petit amphithéâtre est bondé. En bas, on\nvoit les lauréats du dernier concours : Simard, sculpteur, et Baltard, architecte.\nOn attend, on s'impatiente. Enfin l'orchestre s'accorde... Puis on attend encore...'\nEt le maître de cérémonies, comme un fleuriste au milieu dun parterre,\nregarde avec satisfaction comment il a distribué les toilettes des dames sur les\ngradins.\nA trois heures sonnant, roulements de tambours et sonneries de clairons :\nl'Académie des Beaux-Arts fait son entrée. Le musicien Berton préside. Sur les\ngradins réservés prennent place, tous très correctement sanglés dans leur\nhabit à la et brodé de vert, le tricorne sous le bras et 1 épée trop\nguerrière les gênant pour s'asseoir, M. Ingres, Cherubini, le peintre Granet,>\nRaynouard, le baron Gros, Pradier, Paër, le jeune Paul Delaroche, Richomme,\nle chevalier Lesueur, Le Mercier, Ramey et autres immortels. On remarque\nl'énorme M. de Jouy, large., carré, dont le toupet colossal, magnifiquement crêpé\net arrondi en plein cintre, domine orgueilleusement la tête chauve de son petit\nvoisin, le baron Gros. S'\nL'orchestre exécute une ouverture du président, M. Berton.— On applaudit\navec plaisir, quand elle est finie.\nVient ensuite un interminable rapport sur les envois de Rome. Rapport\nvague et filandreux, parfaitement académique (pensent les Jeune-FYance). On y\nparle des bonnes traditions, des bons principes, des bons professeurs, des bons\nélèves qui deviendront à leur tour de véritables, de bons maîtres et peut-être -\nmême des membres de l'lnstitut. On donne les plus grands éloges au jeune'\npeintre Signol. . 0\nSur Berlioz, voici (i.) : ' >\n« Cette année, Messieurs, l'envoi musicaldes travaux de MM. les pensionnaires\nde l'Académie de France à Rome est peu considérable... Lt quartetto de\nMv Berlioz n'est pas proprement dit un morceau complet ; il semble tout au '\nplus n'en être qu'une préparation ; et, dans cette espèce d'avant-scène, nous IV\ndisons à regret, on trouve peu de mélodie, peu d idées arrêtées, une facture\n\n(i) On va lire d'étranges phrases : je les transcris textuellement. Je les ai copiées à Rome,\ndans la collection officielle des Rapports conservée àla Villa Médicis. - ' \" • - : - -"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.19", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3238, "texte": "ambitieuse, une absence totale de ce sentiment d'unité, si recommandée et si\nrecommandable dans les productions des beaux-arts, surtout dans celui de la\nmusique qui, plusqu'aucun autre art, étant purement sensitif,a plusbesoind'em-\nployer avec art les ressources qu'offrent à l'imagination les règles de l'unité.\n« Il est pourtant à regretter qu'un artistedoué d'uneimagination aussi féconde\nne veuille pas se dépouiller de ses formes bizarres.\n« Espérons pourtant que l'expérience, ce grand maître, le fera rentrer dans les\nbons principes et que nous aurons un bon compositeur de plus dans xM. Berlioz. »\nQuand au second envoi (l'ouverture de Rob-Roy), le rapport rappelait, avec\nune perfide discrétion, la récent échec de cette ouverture au Conservatoire :\n... « L'auteur a été jugé par le public, et il ne nous est plus permis de pro-\nnoncer. »\nA coup sûr. ses deux envois étaient peu dignes de lui ; toutefois, même médio-\ncres, ils pouvaient sembler supérieurs aux envois des autres pensionnaires.\nL'l nstitut, sévère pour l'extravagant Jeune-France, fut plein de douceur pour\n1 honnête musicien Montfort : « Clarté vive et spirituelle, orchestre brillant,\nmélodie élégante », ce Montfort a toutes les qualités, car « M. Montfort n'a\npas dédaigné d'étudier les grands maîtres ».\nL'l nstitut, indulgent à Berlioz l'année précédente, était bien sévère en 1833...\nAu vrai, des hommes, des artistes qui sont les concurrents de leurs élèves devant\nle public, peuvent-ils juger avec la même impartialité un lauréat qui s'est laissé\noublier à Rome, et un jeune conquérant qui s'installe à Paris, en moins d'un an,\ncomme un vainqueur ? on ne parle plus que de lui...\nCe rapport, lu à la solennelle distribution des prix, avaitété rédigé par Berton,\nrapporteur, et contresigné par Cherubini, Lesueur, Auber et Paér. Berlioz\nmarié, le chevalier Lesueur n'avait plus à favoriser ce disciple, naguère si em-\npressé près de ses filles.\nLes jours suivants, dans les journaux, on signalera « les sévères admonitions\ndonnées à M. Berlioz ».\nQue lui importe !\nRecevoir de telles remontrances, si paternes, n'est-ce pas conforme à sa des-\ntinée de novateur, de révolutionnaire? Et même ne lui est-ce pas utile ?...\nPrix de Rome, il deviendrait suspect aux romantiques si tous deux, lui et l'lns-\ntitut, n'entraient pas en hostilité. Le lauréat, par ses articles persifleurs, avait\nporté, à dessein, les premiers coups.\n(I).\n\nADOLPHE BOSCHOT\n\n— Ce volume,\ntrès original et curieux, contient des lettres intimes— d un réel intérêt docu-\nmentaire et historique, à cause de leur sincérité — sur Tausig, Kullak, Deppe,\net surtout Liszt, dont l'auteur fut l'élève enthousiaste. M. Vincent d Indy a orné\nle volume d'une préface que nous donnons ci-dessous et qui est charmante. Le\ncélèbre compositeur français évoque de délicats souvenirs de jeunesse ; avec\nmodestie, sans appuyer, et une bonne foi qui est la marque des grands ar-\ntistes, il crayonne quelques portraits délicats. Ces pages lui font honneur : elles\n\n(1) Extrait de Un Romantique sous Louis-Philippe, (chez Pion, éditeur).\n\nLETTRES INTIMES D'UNE MUSICIENNE AMÉRICAINE, TRADUITES DE L'ANGLAIS PAR\nMme B. SOURDILLOU (I vol. 209 p., 3 fr. 50, chez Dujarric)."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.20", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "sont fines et légères comme un pastel de Latour. Les letti es de Miss Fay ti adultes\npar Mme Sourdillou ne pouvaient paraître sous de meilleurs auspices. —C.\nC'était dans l'été de l'année 1873. Jeune etpleind jefaisais mon\npremier voyage à travers 1 Allemagne, et je m étais arrêté à Weimai, un peu\npoury vénérer les souvenirs encore vivants de Goethe, Schiller et Wieland,\nbeaucoup poury faire connaissance avec Liszt qui avait succédé à ces grands\nhommes dans les fonctions de roi spirituel de cette charmante petite capitale.\nMuni, comme viatique, delà partition de Rédemption, récemment parue, que\nmon maître, César Franck, m'avait chargé de remettre à l'ancien ami de sa jeu-\nnesse, je frappai, un matin, à la porte de la villa princière que le père du poème\nsymphonique occupait, et qui donnait sur le jardin grand-ducal.\nLiszt, contre mes prévisions, me reçut immédiatement. Il était de fort bonne\nhumeur, en train de prendre le matinal café au lait dans son vaste salon, et se\nmit aussitôt àme parler de Franck, de Saint-Saëns, de Berlioz, et surtout de\nl'oratorio Christus, son œuvre la plus récente, dont il venait justement de recevoir\nles épreuves ; moi, très troublé de me trouver ainsi en tête à tête avec un musi-\ncien déjà historique, je ne savais que balbutier, et c'était avec une navrante gau-\ncherie que je répondais à ses bienveillantes questions, mais peut-être cette gau-\ncherie même lui plut-elle comme un hommage à son génie, car ce fut la figure\nilluminée de cet ineffable sourireà l'attirance duquel nul ne pouvait se soustraire\nqu'il médit en terminant l'entrevue : « Revenez demain matin à la même heure,\nnous causerons, vous me direz vos espoirs. »\nC'est ainsi que, durant tout le temps de mon séjour à Weimar, Liszt me reçut\nchaque matin avec une simplicité et une affabilité qu'il n'est pas fréquent de ren-\ncontrer chez les artistes idoles, causant de tout: art, esthétique, philosophie,\navec une aisance et une facilité sans pareilles, et émaillant sa conversation de\nces tours de phrase mordants ou spirituels qui lui étaient particuliers.\n11 me confia une partie des épreuves de son Christus à revoir et à corriger, et\npoussa même la condescendance jusqu'à examiner l'esquisse de ma première\nœuvre d'orchestre, etm'en faire une critique raisonnée.\nA ce moment, j'étais entièrement sous le charme. Les silhouettes de Wieland,\nde Schiller, du grand Gœthe lui-même, pâlissaient à mes yeux auprès de la ca-\nractéristique figure encadrée de longs cheveux gris ; j'étais à ce point captivé\npar l'absorbante personnalité que je ne voyais rien autre à Weimar, et ne cher-\nchais en aucune façon à faire connaissance soit avec les innombrables jeunes\nhommes ou jeunes filles qui, sans trêve, faisaient retentir les échos de la petite\nville de leur agilité pianistique, dans l'espérance d'arriver à obtenir le titre, si\nambitionné, d'élève de Liszt.\nUn soir, je reçus un petit billet ainsi conçu : « Deux morceaux de vive et origi-\nnale allure seront lus demain matin, a 11 heures, au théâtre ;je vous convie à cette\nlecture. Fr. Liszt. )) Il s'agissait d'œuvres de la nouvelle école russe qui ve-\nnaient de paraître et dont l'une était, si j'ai bonne mémoire, la deuxième version\nde Sadko de Rimsky-Korsakoff. Je ne m'égarerai point à décrire cette étrange\nlecture d orchestre, faite dans un théâtre presque complètement obscur, et diri-\ngée d une façon aussi fantaisiste que fantastique par le magicien en soutane ;"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.21", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "si je la mentionne ici, c'est qu'elle me procura l'occasion de connaître enfin quel-\nques-uns des disciples, souvent coudoyés par moi aux séances que Liszt donnait\nchez lui chaque vendredi, mais auxquels je n'avais point encore osé adresser la\nparole pour plusieurs raisons, timidité d'abord (mes compliments à l'une des\nmeilleures élèves ayant été fort dédaigneusement reçus), mais surtout notion\nplus qu'imparfaite de la langue allemande qui m'interdisait toute conversation\nsuivie.\nPour en revenir à cette répétition d'orchestre,J'auditoire en était fort restreint :\nquelques gens de haute volée, altesses sérénissimes et autres, et seulement une\ndemi-douzaine des disciples du maître.\nAu sortir du théâtre, l'un de ceux-ci émit l'idée d'aller tous ensemble dîner à\nune restauration renommée des environs de Weimar ; moi, ne me croyant nul\ntitre pour me mêler à ces privilégiés, je m'acheminais tranquillement vers mon\nhôtel, quand je m'entends interpeller par une claire et fraîche voix : « Et vous,\nne voulez-vous pas venir avec nous ? » Un peu interdit, je me retourne et mon\nregard croise celui d'une charmante jeune fille blonde que j'avais déjà remarquée\ndans le salon de Liszt, et qu'on m'avait dit être Américaine. J'allais m'excuser\npoliment, mais ce regard était si gracieux et si franc que je ne pus m'empêcher\nde répondre affirmativement à la question... et puis, un Français de vingt ans a-\nt-il jamais su résister à l'appel d'une jolie femme ?\nQuoi qu'il en soit, les derniers temps de mon séjour à Weimar se passèrent on\nne peut plus agréablement en la cordiale compagnie des six jeunes artistes ren-\ncontrés à cette répétition, chez lesquels la bonne gaieté n'excluait pas les\nsérieuses conversations d'art. Parmi eux, j'étais particulièrement attiré vers x\\nton\nUrspruch, que je retrouvai dernièrement à la tête delà rénovation de l'art reli-\ngieux en Allemagne ; vers Berthold Kellermann, un excellent garçon qui con-\nnaissait aussi mal le français que moi l'allemand, mais nous nous entendions\nquand même (il fut depuis directeur du Conservatoire de Munich), et surtout\nvers les deux charmantes Américaines, notes harmoniques de notre septuor :\nMiss Amy Fay, la blonde qui m'avait si gentiment adressé la parole, et son amie,\nla brune Josie Bâtes.\nLe moment étant venu où je devais quitter Weimar, Miss Bâtes, que son frère\ndevait ramener en Amérique, partait également, et nous fîmes route ensemble\njusqu'à Nurnberg; mais, avant le départ définitif, il y eut une première escale à\nEisenach où Miss Fay et d'autres élèves nous accompagnèrent, afin de faire un\npèlerinage à la Wartburg et à 1 Annathal que plusieurs d'entre eux, bien qu'habi-\ntant Weimar depuis longtemps, ne connaissaient pas encore.\nAprès le souper d'adieu, Miss Amy F'ay se mit au piano, et je pus enfin juger\nde son très réel talent. Je ne l'avais pas encore entendue, et la façon si expressi-\nvement simple dont elle interpréta la fantaisie et fugue en ut mineur de Bach fut\npour moi une révélation.\nJ'eus le sentiment d'être en présence, non point d'une virtuose comme la plu-\npart des jeunes Allemandes que j'avais entendues jouer chez Liszt, mais d'une\nvéritable artiste, sachant sentir et exprimer, et je me pris alors à regretter sincè-\nrement que cette soirée fût la dernière passée en sa compagnie.\nCette impression, comme il arrive des impressions reçues au printemps de la\nvie, resta profondément gravéedans mon esprit, bien que pendant plus de\nvingt-cinq ans je n'entendisse plus parler de miss Fay."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.22", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "Il y a quelques années seulement, un livre me tomba par hasard entre les\nmains : c'était l'édition anglaise des Etudes musicales en Allemagne ; inutile de\ndire avec quelle avidité je me jetai sur ces pages, dans la seule intention d'y\nrevivre un instant de ma jeunesse ; mais quel ne fut point mon étonnement de\ntrouver dans ce livre non pas seulement les souvenirs que j y cherchais, mais\nencore un intérêt soutenu et captivant, rehausssé par un style d une franchise et\nd'une simplicité charmantes! C'était bien toujours le caractère enjoué de la jolie\nblonde de Weimar, mais avec, en plus, une juste et prime-sautière présentation\ndes hommes et des choses (voyez le portrait de Liszt épars en plusieurs lettres,\nun petit chef-d'œuvre de vérité et d'observation), jointe à des raisonnements d une\nlogique et d'une précision tout américaines et à une émanation de volonté supra-\nféminine .\nEnfin, de la lecture de ce petit volume, dans lequel chacun, même le lecteur le\nplus superficiel, trouvera amusement et plaisir, il se dégage pour le lecteur artiste\nun précieux enseignement que Longfellow, l'un des premiers appréciateurs de\nces pages, a su clairement définir dans une lettre écrite spécialement à ce sujet à\nl'éditeur des Etudes musicales, et je ne puis mieux terminer cette modeste préface\nqu'en citant ici les paroles mêmes du célèbre poète : Ce livre est un bon livre,\net j'espère qu il fera comprendre aux jeunes gens que, pour atteindre la maîtrise\ndans un art quelconque, il faut de longues années d'études, d'efforts et de disci-\npline.\nC'est aussi mon avis très sincère.\n\nVINCENT D'INDY.\n\n— S'il est une collaboration touchante et digne de toute sympathie,\nc'est celle qui réunit le père et le fils, quand l'un et l'autre sont d'anciens élèves\nde l'Ecole de Rome. Sur de brefs poèmes écrits avec un goût parfait par\nM. Charles Dubois et d'une jolie note archaïque, M. Th. Dubois a fait une\nœuvre musicale charmante, pleine de grâce, de sentiment et de poésie, que\nj'ai entendu chanter avec infiniment déplaisir, à une des dernières séances du\nGymnase, par Mlle Demougeot et M. Plamondon : Chanson de pâtre, Incanta-\ntion, le Jeune Oiseleur, le Pêcheur de Syracuse, la Jeune Fille à la cigale, Prière\nde VEphèbe. M. Th. Dubois a déjà montré, par de curieuses pièces inspirées\nde Virgile, le vif sentiment qu'il a de la beauté antique. C'est une source d'ins-\npiration qui en vaut d'autres !... Ici, l'éminent compositeur nous fait goûter\nencore un art très juste d'expression, sobre, délicat et pur, antique par la netteté\nde la ligne mélodique, moderne par la souplesse de la forme qui reste toujours\nlibre, ingénue, un peu flottante, sans tomber dans la « romance ». Instincti-\nvement, dès la première page de ce recueil qui mérite d'être étudié de près, il\nemploie les formes caractéristiques de la musique grecque : à l'accompagnement,\ndes tenues de quintes ; dans le récitatif modulé, la gamme de mi H à mi S sans\nnote sensible, avec/a £ et do %, transposition du mode phrygien hellénique\n(premier ton du plain-chant). Ce n'est certes pas pour des raisons de ce genre\nque de telles compositions nous plaisent et nous touchent ! Lecharme ne s'analyse\npas ; mais il peut être dû à des convenances secrètes. Ailleurs, je retrouve\n(passagèrement) la gamme dorienne transposée (ut à ut avec 4 bémols, ou sol-sol\navec 3 bémols), etc... En plusieurs pages (comme l'exquise chanson du Jeune\n\n«ODELETTES ANTIQUES», MUSIQUE DE M. THÉODORE DUBOIS, POÉSIES DE M. CHARLES DUBOIS."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.23", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": ": Oiseleur). M. Th. Dubois me confirme dans cette opinion qu'en musique on peut\n.o-btenir des effets rares et déli-cieux, avec presque rien, sans fracas ambitieux et\nsans préciosité. La Jeune Fille àla cigale, sans aucune recherche imitative, —et\n.pour des raisons qui m'échappent, est un modèle d'expression appropriée au\nEn tout cela, il y a un sens du quod decet, une délicatesse, une légèreté de\nmain, une sobriété e{ une élégance que nous avons trop rarement à louer chez\n- nos contemporains dans des œuvres du même genre. Le piano convient-il bien,\npour l'accompagnement, à ces Odelettes ? Une flûte et un hautbois seraient\npeut-être préférables...\n\nJ. C.\n\nQUATRE POÈMES DE M. GABRIEL FABRE, CHANTÉS PAR MME GEORGETTE LEBLANC-\nMAETERLINCK (CONCERTS COLONNE). — De ces quatre œuvres de M. Gabriel\nFabre, trois sont écrites sur des paroles de M. Maeterlinck : J'ai cherché\ntrente ans, les Sept Filles d'Orlamonde, Cantique de la Vierge. Il ne me\nsemble pas que le musicien ait bien rendu la simplicité raffinée et l'allure mysté-\nrieuse de ces poèmes. J'aurais souhaité un accompagnement un peu plus riche\n■ et plus trouble pour ces paroles qui ne valent guère que par les résonances senti-\nmentales qu'elles provoquent. La déclamation est bonne, avec quelques bizarre-\nries dont on ne voit pas très bien la raison (« ont cherché les portes », « et ne\ns'égarent pas » ). A signaler quelques emplois tout à fait heureux du silence (!),\nqui, intervenant à propos, peut produire des effets si expressifs.\nM. Gabriel Fabre m'a paru beaucoup mieux inspiré par le quatrième texte qu'il\na choisi. C'était un poème chinois, Li-Taï-Pé (Ivresse d'amour), traduit par\nMnie Judith Gautier. Il est exquis, ce poème, et je ne résiste pas au plaisir de\nle citer ; h ,\n« Le vent agite doucement, à l'entour du palais des eaux, les fleurs enbaumées\ndes nénuphars. Sur la plus haute terrasse de Kou-Sou, on peut apercevoir le roi\nLou, étendu nonchalamment.\n. « Devant lui, Syché, la beauté même, danse avec une grâce incomparable, des\ngestes délicats et sans force. — Ah !...\n« Puis, elle rit d'être aussi voluptueusement lasse, et, languissante, vient s'ap-\npuyer du côté de l'Orient, au rebord de jade blanc du lit royal. — Ah !... »\nN'est-ce pas que cela appelle la musique ? Et elle est venue ; une.musique\ntrès enveloppante, très prenante, d'une saveur étrange, sans exotisme exagéré.\nAucun des mouvements indiqués par le texte, aucune des inflexions sentimen-\ntales qu'il exprime n'a été traitée d'une façon quelconque. Je vous signale en par-\nticulier la musique des passages suivants : le roi Lou, — étendu nonchalamment,\n'—fies gestes délicats et sans force, — voluptueusement lasse, — et surtout la\nlongue et expressive vocalise qui se déroule sur le premier Ah !\n• : Et là, incomparablement plus que dans les poèmes de M. Maeterlinck,\nMm? Georgette Leblanc-Maeterlinck fut-admirable : elle chanta avec une intelli-\ngence, une grâce, un abandon nuancé, qui sont d'une artiste de race.\n\nLA SYMPHONIE EN fa DE M HENRI DALLIER (CONCERTS COLONNE).\n\nJe croîs bien que si j'étais en veine d'écrire des symphonies, j irais demander\nquelques bonnes recettes à M. Henri Dallier. Décidément, notre organiste de la\nMadeleine est un. habile homme, et non seulement comme organiste, ce que"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.24", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "chacun sait, mais aussi comme symphoniste, ce dont les auditeurs des Concerts\nColonne ont pu se rendre compte en écoutant la symphonie en fa. Il y a là quel-\nques thèmes en petit nombre (en faut-il tant quand on connaît son métier ?) qu\nsont développés, tournés, retournés, malaxés en consciene pour la joie des ama-\nteurs. Il y en a un qui m'a bien plu, énergique et disant quelque chose : c est le\nthème en fa de l'allegro deciso dans la première partie. Les autres m ont paru\nmoins caractéristiques, surtout le second thème (en la bémol) de ce même allegro:\nc'est d'une beauté que je trouve un peu glacée; enfin, admettons que j aie la\nfièvre. Il m'a bien semblé, pourtant, qu'il y avait de très jolies choses dans\nY allegro moderato de la première partie, et que le début delà seconde promettait\nbeaucoup. Tout cela (les jolies choses et les autres) se développe d'une façon\nparfaite, savante sans complications inutiles, correcte, régulière, bien équilibrée;\nçà et là, quelque bonne formule que l'on entend toujours avec plaisir; les sono-\nrités sont bien choisies, heureusement groupées ; il y a même de la violence dans\ncertain crescendo de la seconde partie, ou tout au moins de l'agitation. Rien ny\nmanque, et en somme cette symphonie mérite bien l'accueil cordial qu elle a\nreçu du public. Rien n'y manque, sinon ce qui manque à bien d'autres œuvres:\nla petite flamme...\n\nPAUL-MARIE MASSON.\n\n— L'Or du\n\nL'OR DU RHIN, DE RICHARD WAGNER, AU THÉÂTRE DE MONTE-CARLO.\n\n«OMÉA» (FRAGMENT D'UN OPÉRA INÉDIT EN QUATRE ACTES) DE M. ARTHUR\nCOQUARD, AU CONCERT COLONNE.\nG.\n— Alors même que la place ne me serait pas\nmesurée en cette heure tardive, je me sentirais absolument incapable de faire une\nanalyse de cette œuvre. Elle m'a paru très puissante et très brillante: je ne\npuis rien dire de plus. M. Arthur Coquard, en qui j'aimais un mélodiste tout\nde sentiment, me paraît avoir pris tout d'un coup la 'grande lyre. Est-ce du\nR. Strauss > est-ce du Wagner > est-ce du Coquard que je viens d'entendre ? Je\nsuis accablé par les voix formidables de l'orchestre, déchaîné avec un art\nmagistral qui a dépassé mon attente. C'est grandiose et très fort. Auprès\nde ce public du Châtelet, qui est si difficile, le succès a été franc et très vif.\n\nFESTIVAL TH. DUBOIS.\nA. C.\n— La soirée du 10 février à la salle Monceau a été\ntout entière consacrée à des œuvres de M. Théodore Dubois Le public a fait\nfête à réminent compositeur, quand il s'est présenté pour accompagner au\npiano les mélodies interprétées par Mlle Guionie. Nous avons souvent dit ici\nquels exemples parfaits de composition et d'écriture musicale M. Théodore\nDubois donne dans des œuvres variées, qui vont de la mélodie de salon à la\ngrande composition symphonique.\nC'est un des rares auteurs contemporains qui puisse entreprendre et mener\nà bonne fin la construction d'un quatuor ou d'un quintette.\nEt si ce!a tente peu certains de nos réformateurs et révolutionnaires, c'est que\nla tâche implique une étendue de science musicale, une sélection d'idées, une\nprobité d'écriture, qui ne se rencontrent plus aisément. Voilà pourquoi le public\nde la salle Monceau a acclamé l'ancien directeur du Conservatoire, dont la\nretraite n'a point diminué l'activité."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.25", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "Rhin est le prologue de cette œuvre gigantesque, l'Anneau du Niehelung, et\nforme, avec la Walkyrie, Sigfried et le Crépuscule des dieux, cette magnifique\nTétralogie que les privilégiés seuls peuvent aller voir à Bayreuth, et dont, à\nParis, on a commencé par jouer la seconde et la troisième partie. M. Raoul\nGunsbourg a préféré commencer la Tétralogie par le commencement. Et il vient\nde nous donner une magnifique et inoubliable représentation de ÏOr du Rhin.\nDans ce prologue, Wagner nous fait assister à la conquête de l'Or, dont le\ncharme maudit fera naître sur la terre tous les viceset tous les crimes. Le poème,\nd un symbolisme clair, nous montre la lutte des trois races qui, d'après la my-\nthologie germanique, peuplèrent d'abord la terre : les dieux, les géants et les\nnains. En apparence, les dieux sortiront vainqueurs de cette lutte ; mais ils ont\ntouché l'Or maudit ; l'Anneau magique par lequel Wotan devait triompher sera\nla cause de leur ruine : le crépuscule des dieux est proche.\nDans l'Or du Rhin, Wagner a appliqué totalement son système. Et nous assis-\ntons à l'union parfaite de la poésie et de la musique.\nQue dire sur cette partition qui n'ait été dit mille et une fois ? D'ailleurs à quoi\nbon ? Les concerts ont divulgué, popularisé cette musique. M. Raoul Gunsbourg\nl'a réalisée scéniquement, et c'est de cette belle tentative d'art qu'il importe\nsurtout de parler.\nRompant avec les traditions, ou plutôt les corrigeant et les complétant,\nM. Gunsbourg a tout d'abord exécuté l'œuvre dans les deux heures prescrites\npar Richard Wagner lui-même qui, pourtant, n'a jamais pu obtenir, même chez\nlui, à Bayreuth, que la musique durât moins de deux heures vingt. Ces vingt\nminutes, M. Guenbourg les a gagnées en accélérant le mouvement de certaines\npages, qui deviennent plus vivantes, et en déblayant les récitatifs : ainsi se trouve\ndéjà réalisée la volonté même, jamais encore accomplie, de Wagner. De même,\ninnovant pour les décorset pour les costumes, M Raoul Gunsbourg est arrivé\nà un spectacle simple, féerique, juste et parfait : c'est une de ses plus artistiques\nréalisations, non pas parla somptuosité et l'éclat qui ne sont pas de mise ici,\nmais par le style pur et la musicalité de la mise en scène.\nM. Van Dyck donne au rôle de Loge, le dieu du Feu, une légèreté malicieuse\nqui traduit bien la fourberie du personnage ; il le chante d'ailleurs en toute per-\nfection. M. Bouvet, dans le rôle d'Alberich, est admirable ; c'est une de ses plus\nbelles compositions : il a chanté avec une puissance et une rage superbes la\nmalédiction de l'Anneau. Wotan, c'était M. Nivette, dont la belle et solide voix\nde basse et l'allure de souveraine majesté ont été justement appréciées. Il faut\ncitera part M. Philippon, qui vient du café-concert pour jouer le rôle de Mime\navec un relief extraordinaire et une perfection musicale remarquable. Les deux\ngéants ont été rudement et robustement chantés et joués, comme il convenait, par\nMM. Vallier et Douaillier. xM. Fabert a chanté avec jeunesse et chaleur le rôle\ndu dieu Froh, et M. Ananian a fait sonner sa voix puissante dans le rôle du dieu\nDonner.\nMme xMally-Borga, belle comme une déesse, a fait admirer sa voix pure dans le\nrôle de Fricka. Mlle Maie Talési fut une touchante et poétique Freia, et Mme Des-\nchamps Jehin a chanté avec ampleur la magnifique page des prophéties\nd'Erda. /\nQuant aux trois filles du Rhin, ce fut un charme exquis d'entendre, har-\nmonieusement unies, leurs trois voix, prures et cristallines comme les ondes"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.26", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 664, "texte": "mêmes du fleuve : c'étaient M,,e Bailac, au contralto magnifiqueMme. Charlotte\nLormont, l'admirable cantatrice souvent acclamée dans les concerts, et Mme Vel-\nder, à la voix délicieusement timbrée.\nLes décors de M. Visconti, surtout celui du Nibelheim,' gouffre- du Eeu, sont\nadmirables. Et, grâce aux décors lumineux de M. Eugène F rey, 1 entrée des dieux\nau Walhalla, cette page grandiose qui conclut le chef-d œuvre, a. pu être réa-\nlisée de façon exacte, féerique avec simplicité.\nM reste à associer l'excellent orchestre de Monte-Carlo à ce beau succès d art\nmagnifique : l'honneur en revient à son chef éminent, M. Léon Jehin.\n\nE. D."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "144", "page_fin": "147", "image_debut": 16, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3.1", "titre_corps": "BERLIOZ, LAURÉAT ROMANTIQUE, JUGÉ PAR L'INSTITUT. — RAPPORTS INÉDITS (1832-1833).", "titre_sommaire": "BERLIOZ, LAURÉAT ROMANTIQUE, JUGÉ PAR L'INSTITUT. — RAPPORTS INÉDITS (1832-1833).", "signature_source": "ADOLPHE BOSCHOT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.16", "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 3171, "texte": "BERLIOZ, LAURÉAT ROMANTIQUE, JUGÉ PAR L'INSTITUT. — RAPPORTS INÉDITS\n(1832-1833).\n\nM. Boschot, lauréat de l'lnstitut, nous communique les bonnes feuillesdu très brillant ouvrage\nqu'il publie aujourd'hui même sous le titre ; Un Romantique sous Louis-Philippe, à la librairie\nPion. # .\nJusqu' à présent, les Rapports de l'lnstitut sur les envois </e Rome que lit Berlioz pour se confoi mer\naux règlements de l'Académie des Beaux-Arts sont restés inédits.\nLes voici, —et voici également les circonstances parmi lesquelles le jeune lauréat îomantique\nen fit connaissance.\nQuant à ses envois mêmes, à leur origine et à leurs réemplois futurs, nous ne pouvons que ren-\nvoyer aux deux ouvrages de M. Adolphe Boschot : La Jeunesse cLùn Romantique et Un Romantique\nsous Louis-Philippe.\nParis ! Au saut de la diligence, le matin du 7 novembre 1832, le lauréat,\nrevenant enfin d'ltalie, regagne son ancien quartier.\nPrès de Schlesinger son éditeur, près du chevalier Lesueur son bon maître,\nprès du boulevard de Gand et de 1 Opéra, près du café Cardinal et du café\nFeydeau où ses séides et lui avaientleurs habitudes, il revoit donc enfin, comme\nmarquant le centre de ses agitations de naguère, l'angle fatal delà rue Richelieu\net de la rue Saint-Marc. Voilà, dans cette maison (96, rue Richelieu), la man-\nsarde d'où il épiait les fenêtres de son Ophélia ; après le théâtre, il regardait\ns'éteindre, dans l'hôtel meublé de la rue Saint-Marc, la lampe de son étoile î\nAttiré par son point d'attache, il y revient ; il arrête une chambe, l'ancienne\nchambre d'Harriett Smithson. Tout de suite, en hâte, il écrit des billets laco-\nniques et les fait porter. Le soir même, il dînera vers cinq heures, chez son\nmaître si affectueux, avec Mme et Mlle Lesueur. Mais déjà, pour huit heures, il\ndonne rendez-vous à ses amis.\n« J'arrive à l'instant. Je loge rue Neuve-Saint-Marc, n° 1, dans l'ancien\nlogement d'H. Sm... C'est curieux! »\nA table, chez Lesueur, qui rêve toujours à ses idéologies, en présence de\nl'épouse du vieux maître et de ses filles, on parle des grandes idées que le\nspectacle de la ville aux sept collines peut faire naître chez un « jeune disciple\ndes Beaux-Arts » : ainsi s'exprimait le chevalier Lesueur. Ce novateur d'avant\n89, qui légitimait ses perfectionnements au système de Gluck par des citations\nd'Aristote ou de Denys d'Halicarnasse, ne manque pas d'interroger le pension-\nnaire de l'Académie sur les vestiges de la civilisation antique. La sensible\nMlle Eugénie, qui chantait avec tant de passion la lugubre Elégie en prose,\nn'oublie pas de lui dire tout le plaisir qu'elle a pris à recevoir le Ranz des vaches\nenvoyé par le jeune compositeur. Et Berlioz de parler de son Mélologue,\nimité de leur cher Thomas Moore, et conçu dans les montagnes où rôdent les\nbrigands.\nLe chevalier Lesueur, membre de l'lnstitut, communiqua sans doute à son\ndisciple préféré le Rapport où était jugé le Resurrexit. Ce rapport, concernant les\npremiers envois des lauréats de 1830, avait été lu, trois semaines plus tôt, à la\nséance publique du 18 octobre. Rédigé au nom de la section de musique et pré-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.17", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 3302, "texte": "senté à l'attention de la docte compagnie tout entière, il constatait d'abord que\n« les élèves musiciens avaient été avares de leur travail ». D ordinaire, un envoi\nmusical comporte « la partition, soit d'un opéra en un ou deux actes, soit d'une\nmesse solennelle ; cette année, les deux pensionnaires de Rome ne nous ont\nenvoyé que deux seuls morceaux ».\nSur Montfort, le Rapport disait des choses aimables et vagues. Et cela semble\nfort naturel : que pouvait dire l'lnstitut sur ce bon élève, si appliqué, si insi-\ngnifiant ?\nSur Berlioz, voici :\n« M. Berlioz a composé un Resurrexit et iterum venturus est. Ce pensionnaire,\ndans lequel on a reconnu une imagination vive, de l'exaltation, de l'originalité\nportée quelquefois jusqu'à une certaine bizarrerie, a droit aujourd hui à de plus\njustes éloges, en nous donnant la preuve qu'il a su mettre à profit les avis d'une\nsage critique. Son Resurrexit est écrit en entier avec chaleur, d'une manière\nsimple et large. Chant, orchestre, tout y est à sa place ; il a su produire des\neffets nouveaux mais naturels. Enfin, cette composition mérite véritablement\nune mention particulière : aussi on invite M. Berlioz à continuer, sans s'écarter\nde la bonne route où il est heureusement entré.\n« Ces deux jeunes compositeurs sauront apprécier les élogeset les avis qui leur\nont été donnés.\n« Qu'ils songent, à l'avenir, que la musique, pour le genre sacré surtout, exige\nun style et une facture fondés sur une étude approfondie des ressources\nqu'offrent la science du contrepoint et celle de la fugue. »\n« Verbiage, prose académique : une façon de néant »! Le Jeune-France, évi-\ndemment, juge ainsi le Rapport des «podagres » dès qu'il a quitté (en hâte) la\ntable de son maître.\nEt aussitôt, après huit heures, au café Feydeau, avec l'ami Gounet, propos\nplus libres, plus directs. Que fait-on à Paris ?Et que faut-il faire ? De quoi\nretourne-t-il ? Hector n'est que de passage : il compte partir pour l'Allemagne,\npresque tout de suite, et y jouir de sa pension. Mais, avant, il veut donner\nun concert ; il veut « lâcher sa bordée musicale » ! Qu'il se presse !\n■\nLe second rapport fut rédigé avant l'automne de l'année suivante (1833).\nDéjà Berlioz avait pris l'attitude d'un révolutionnaire musical ; il avait su, en moins dun an,\ndevenir le lion de la musique romantique. Bien que lauréat et touchant encore sa pension,\nbien qu'il restât à Paris quand il aurait dû être en Allemagne, il avait fort galamment fustigé\nl'lnstitut dans de fashionables chroniques.\nIl venait d'épouser enfin son Ophélia (3 octobre). A Vincennes près de la décorative tragédienne,\nil était tout à l'enchantement d'une idylle amenée par une année de tempêtes et de « volcanisme ».\n... Le 12 octobre, séance solennelle à l'lnstitut. Il serait question de lui et de\nses envois de Rome. Mais se montrerait-il sous la coupole ? Quel succès de\ncuriosité, quel scandale s'il y allait ! les « académiques » pouvaient-ils avoir\noublié ses boutades de l'Europe littéraire contre le prix de Rome ni aucune des\ngoguenardes impertinences de leur lauréat ? « L'illustre vieillard » (Cherubini),\nles podagres qui couronnent au petit bonheur, le bon chevalier Lesueur qui\nparle de Napoléon entre deux portes, et le concierge de l'lnstitut qui incarne"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.18", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "la majesté de l'auguste compagnie et révèle à Berlioz les petits seciets de la\n« sacrée boutique\nSi le Jeune-France venait à cette séance, il s'entendrait blâmer publique-\nment. Et puis, pouvait-il se montrer sans l'épousée dont il avait tant fait\nparler ?... D'autre part, ne pas venir, c'était lâcher pied, déserter devant 1 ennemi !\nOr, il lui fallait tenir tête à tous, fièrement, et crâner pour «'déconcerter bien\ndes prévisions sinistres ».\nA l'lnstitut, toujours la même cérémonie annuelle, 1 immuable distribution\ndes prix. Seule, la cantate n'est pas du même auteur. Voilà trois ans, Sardana-\npale, la sienne : l'incendie foudroyant ne s'était pas allumé... Cette année, le\nContrebandier espagnol de Thys.\nMême salle, même public. Sous cette froidecoupole, temple de 1 ennui et de la\nroutine ( pense-t-il), brouhaha, papotages d'inutiles empressés, d admirateurs et ;\nde féaux de l'lnstitut ! Çà et là, quelques Jeune-hrance grondeurs, reconnais-\nsables à leur chevelure audacieuse, à leur cravate fashionable, à leur sourire-\ncondescendant. Dès une heure, le petit amphithéâtre est bondé. En bas, on\nvoit les lauréats du dernier concours : Simard, sculpteur, et Baltard, architecte.\nOn attend, on s'impatiente. Enfin l'orchestre s'accorde... Puis on attend encore...'\nEt le maître de cérémonies, comme un fleuriste au milieu dun parterre,\nregarde avec satisfaction comment il a distribué les toilettes des dames sur les\ngradins.\nA trois heures sonnant, roulements de tambours et sonneries de clairons :\nl'Académie des Beaux-Arts fait son entrée. Le musicien Berton préside. Sur les\ngradins réservés prennent place, tous très correctement sanglés dans leur\nhabit à la et brodé de vert, le tricorne sous le bras et 1 épée trop\nguerrière les gênant pour s'asseoir, M. Ingres, Cherubini, le peintre Granet,>\nRaynouard, le baron Gros, Pradier, Paër, le jeune Paul Delaroche, Richomme,\nle chevalier Lesueur, Le Mercier, Ramey et autres immortels. On remarque\nl'énorme M. de Jouy, large., carré, dont le toupet colossal, magnifiquement crêpé\net arrondi en plein cintre, domine orgueilleusement la tête chauve de son petit\nvoisin, le baron Gros. S'\nL'orchestre exécute une ouverture du président, M. Berton.— On applaudit\navec plaisir, quand elle est finie.\nVient ensuite un interminable rapport sur les envois de Rome. Rapport\nvague et filandreux, parfaitement académique (pensent les Jeune-FYance). On y\nparle des bonnes traditions, des bons principes, des bons professeurs, des bons\nélèves qui deviendront à leur tour de véritables, de bons maîtres et peut-être -\nmême des membres de l'lnstitut. On donne les plus grands éloges au jeune'\npeintre Signol. . 0\nSur Berlioz, voici (i.) : ' >\n« Cette année, Messieurs, l'envoi musicaldes travaux de MM. les pensionnaires\nde l'Académie de France à Rome est peu considérable... Lt quartetto de\nMv Berlioz n'est pas proprement dit un morceau complet ; il semble tout au '\nplus n'en être qu'une préparation ; et, dans cette espèce d'avant-scène, nous IV\ndisons à regret, on trouve peu de mélodie, peu d idées arrêtées, une facture\n\n(i) On va lire d'étranges phrases : je les transcris textuellement. Je les ai copiées à Rome,\ndans la collection officielle des Rapports conservée àla Villa Médicis. - ' \" • - : - -"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.19", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "ambitieuse, une absence totale de ce sentiment d'unité, si recommandée et si\nrecommandable dans les productions des beaux-arts, surtout dans celui de la\nmusique qui, plusqu'aucun autre art, étant purement sensitif,a plusbesoind'em-\nployer avec art les ressources qu'offrent à l'imagination les règles de l'unité.\n« Il est pourtant à regretter qu'un artistedoué d'uneimagination aussi féconde\nne veuille pas se dépouiller de ses formes bizarres.\n« Espérons pourtant que l'expérience, ce grand maître, le fera rentrer dans les\nbons principes et que nous aurons un bon compositeur de plus dans xM. Berlioz. »\nQuand au second envoi (l'ouverture de Rob-Roy), le rapport rappelait, avec\nune perfide discrétion, la récent échec de cette ouverture au Conservatoire :\n... « L'auteur a été jugé par le public, et il ne nous est plus permis de pro-\nnoncer. »\nA coup sûr. ses deux envois étaient peu dignes de lui ; toutefois, même médio-\ncres, ils pouvaient sembler supérieurs aux envois des autres pensionnaires.\nL'l nstitut, sévère pour l'extravagant Jeune-France, fut plein de douceur pour\n1 honnête musicien Montfort : « Clarté vive et spirituelle, orchestre brillant,\nmélodie élégante », ce Montfort a toutes les qualités, car « M. Montfort n'a\npas dédaigné d'étudier les grands maîtres ».\nL'l nstitut, indulgent à Berlioz l'année précédente, était bien sévère en 1833...\nAu vrai, des hommes, des artistes qui sont les concurrents de leurs élèves devant\nle public, peuvent-ils juger avec la même impartialité un lauréat qui s'est laissé\noublier à Rome, et un jeune conquérant qui s'installe à Paris, en moins d'un an,\ncomme un vainqueur ? on ne parle plus que de lui...\nCe rapport, lu à la solennelle distribution des prix, avaitété rédigé par Berton,\nrapporteur, et contresigné par Cherubini, Lesueur, Auber et Paér. Berlioz\nmarié, le chevalier Lesueur n'avait plus à favoriser ce disciple, naguère si em-\npressé près de ses filles.\nLes jours suivants, dans les journaux, on signalera « les sévères admonitions\ndonnées à M. Berlioz ».\nQue lui importe !\nRecevoir de telles remontrances, si paternes, n'est-ce pas conforme à sa des-\ntinée de novateur, de révolutionnaire? Et même ne lui est-ce pas utile ?...\nPrix de Rome, il deviendrait suspect aux romantiques si tous deux, lui et l'lns-\ntitut, n'entraient pas en hostilité. Le lauréat, par ses articles persifleurs, avait\nporté, à dessein, les premiers coups.\n(I).\n\nADOLPHE BOSCHOT"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "147", "page_fin": "150", "image_debut": 19, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3.2", "titre_corps": "LETTRES INTIMES D'UNE MUSICIENNE AMÉRICAINE, TRADUITES DE L'ANGLAIS PAR Mme B. 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Jeune etpleind jefaisais mon\npremier voyage à travers 1 Allemagne, et je m étais arrêté à Weimai, un peu\npoury vénérer les souvenirs encore vivants de Goethe, Schiller et Wieland,\nbeaucoup poury faire connaissance avec Liszt qui avait succédé à ces grands\nhommes dans les fonctions de roi spirituel de cette charmante petite capitale.\nMuni, comme viatique, delà partition de Rédemption, récemment parue, que\nmon maître, César Franck, m'avait chargé de remettre à l'ancien ami de sa jeu-\nnesse, je frappai, un matin, à la porte de la villa princière que le père du poème\nsymphonique occupait, et qui donnait sur le jardin grand-ducal.\nLiszt, contre mes prévisions, me reçut immédiatement. Il était de fort bonne\nhumeur, en train de prendre le matinal café au lait dans son vaste salon, et se\nmit aussitôt àme parler de Franck, de Saint-Saëns, de Berlioz, et surtout de\nl'oratorio Christus, son œuvre la plus récente, dont il venait justement de recevoir\nles épreuves ; moi, très troublé de me trouver ainsi en tête à tête avec un musi-\ncien déjà historique, je ne savais que balbutier, et c'était avec une navrante gau-\ncherie que je répondais à ses bienveillantes questions, mais peut-être cette gau-\ncherie même lui plut-elle comme un hommage à son génie, car ce fut la figure\nilluminée de cet ineffable sourireà l'attirance duquel nul ne pouvait se soustraire\nqu'il médit en terminant l'entrevue : « Revenez demain matin à la même heure,\nnous causerons, vous me direz vos espoirs. »\nC'est ainsi que, durant tout le temps de mon séjour à Weimar, Liszt me reçut\nchaque matin avec une simplicité et une affabilité qu'il n'est pas fréquent de ren-\ncontrer chez les artistes idoles, causant de tout: art, esthétique, philosophie,\navec une aisance et une facilité sans pareilles, et émaillant sa conversation de\nces tours de phrase mordants ou spirituels qui lui étaient particuliers.\n11 me confia une partie des épreuves de son Christus à revoir et à corriger, et\npoussa même la condescendance jusqu'à examiner l'esquisse de ma première\nœuvre d'orchestre, etm'en faire une critique raisonnée.\nA ce moment, j'étais entièrement sous le charme. Les silhouettes de Wieland,\nde Schiller, du grand Gœthe lui-même, pâlissaient à mes yeux auprès de la ca-\nractéristique figure encadrée de longs cheveux gris ; j'étais à ce point captivé\npar l'absorbante personnalité que je ne voyais rien autre à Weimar, et ne cher-\nchais en aucune façon à faire connaissance soit avec les innombrables jeunes\nhommes ou jeunes filles qui, sans trêve, faisaient retentir les échos de la petite\nville de leur agilité pianistique, dans l'espérance d'arriver à obtenir le titre, si\nambitionné, d'élève de Liszt.\nUn soir, je reçus un petit billet ainsi conçu : « Deux morceaux de vive et origi-\nnale allure seront lus demain matin, a 11 heures, au théâtre ;je vous convie à cette\nlecture. Fr. Liszt. )) Il s'agissait d'œuvres de la nouvelle école russe qui ve-\nnaient de paraître et dont l'une était, si j'ai bonne mémoire, la deuxième version\nde Sadko de Rimsky-Korsakoff. Je ne m'égarerai point à décrire cette étrange\nlecture d orchestre, faite dans un théâtre presque complètement obscur, et diri-\ngée d une façon aussi fantaisiste que fantastique par le magicien en soutane ;"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.21", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "si je la mentionne ici, c'est qu'elle me procura l'occasion de connaître enfin quel-\nques-uns des disciples, souvent coudoyés par moi aux séances que Liszt donnait\nchez lui chaque vendredi, mais auxquels je n'avais point encore osé adresser la\nparole pour plusieurs raisons, timidité d'abord (mes compliments à l'une des\nmeilleures élèves ayant été fort dédaigneusement reçus), mais surtout notion\nplus qu'imparfaite de la langue allemande qui m'interdisait toute conversation\nsuivie.\nPour en revenir à cette répétition d'orchestre,J'auditoire en était fort restreint :\nquelques gens de haute volée, altesses sérénissimes et autres, et seulement une\ndemi-douzaine des disciples du maître.\nAu sortir du théâtre, l'un de ceux-ci émit l'idée d'aller tous ensemble dîner à\nune restauration renommée des environs de Weimar ; moi, ne me croyant nul\ntitre pour me mêler à ces privilégiés, je m'acheminais tranquillement vers mon\nhôtel, quand je m'entends interpeller par une claire et fraîche voix : « Et vous,\nne voulez-vous pas venir avec nous ? » Un peu interdit, je me retourne et mon\nregard croise celui d'une charmante jeune fille blonde que j'avais déjà remarquée\ndans le salon de Liszt, et qu'on m'avait dit être Américaine. J'allais m'excuser\npoliment, mais ce regard était si gracieux et si franc que je ne pus m'empêcher\nde répondre affirmativement à la question... et puis, un Français de vingt ans a-\nt-il jamais su résister à l'appel d'une jolie femme ?\nQuoi qu'il en soit, les derniers temps de mon séjour à Weimar se passèrent on\nne peut plus agréablement en la cordiale compagnie des six jeunes artistes ren-\ncontrés à cette répétition, chez lesquels la bonne gaieté n'excluait pas les\nsérieuses conversations d'art. Parmi eux, j'étais particulièrement attiré vers x\\nton\nUrspruch, que je retrouvai dernièrement à la tête delà rénovation de l'art reli-\ngieux en Allemagne ; vers Berthold Kellermann, un excellent garçon qui con-\nnaissait aussi mal le français que moi l'allemand, mais nous nous entendions\nquand même (il fut depuis directeur du Conservatoire de Munich), et surtout\nvers les deux charmantes Américaines, notes harmoniques de notre septuor :\nMiss Amy Fay, la blonde qui m'avait si gentiment adressé la parole, et son amie,\nla brune Josie Bâtes.\nLe moment étant venu où je devais quitter Weimar, Miss Bâtes, que son frère\ndevait ramener en Amérique, partait également, et nous fîmes route ensemble\njusqu'à Nurnberg; mais, avant le départ définitif, il y eut une première escale à\nEisenach où Miss Fay et d'autres élèves nous accompagnèrent, afin de faire un\npèlerinage à la Wartburg et à 1 Annathal que plusieurs d'entre eux, bien qu'habi-\ntant Weimar depuis longtemps, ne connaissaient pas encore.\nAprès le souper d'adieu, Miss Amy F'ay se mit au piano, et je pus enfin juger\nde son très réel talent. Je ne l'avais pas encore entendue, et la façon si expressi-\nvement simple dont elle interpréta la fantaisie et fugue en ut mineur de Bach fut\npour moi une révélation.\nJ'eus le sentiment d'être en présence, non point d'une virtuose comme la plu-\npart des jeunes Allemandes que j'avais entendues jouer chez Liszt, mais d'une\nvéritable artiste, sachant sentir et exprimer, et je me pris alors à regretter sincè-\nrement que cette soirée fût la dernière passée en sa compagnie.\nCette impression, comme il arrive des impressions reçues au printemps de la\nvie, resta profondément gravéedans mon esprit, bien que pendant plus de\nvingt-cinq ans je n'entendisse plus parler de miss Fay."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.22", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "Il y a quelques années seulement, un livre me tomba par hasard entre les\nmains : c'était l'édition anglaise des Etudes musicales en Allemagne ; inutile de\ndire avec quelle avidité je me jetai sur ces pages, dans la seule intention d'y\nrevivre un instant de ma jeunesse ; mais quel ne fut point mon étonnement de\ntrouver dans ce livre non pas seulement les souvenirs que j y cherchais, mais\nencore un intérêt soutenu et captivant, rehausssé par un style d une franchise et\nd'une simplicité charmantes! C'était bien toujours le caractère enjoué de la jolie\nblonde de Weimar, mais avec, en plus, une juste et prime-sautière présentation\ndes hommes et des choses (voyez le portrait de Liszt épars en plusieurs lettres,\nun petit chef-d'œuvre de vérité et d'observation), jointe à des raisonnements d une\nlogique et d'une précision tout américaines et à une émanation de volonté supra-\nféminine .\nEnfin, de la lecture de ce petit volume, dans lequel chacun, même le lecteur le\nplus superficiel, trouvera amusement et plaisir, il se dégage pour le lecteur artiste\nun précieux enseignement que Longfellow, l'un des premiers appréciateurs de\nces pages, a su clairement définir dans une lettre écrite spécialement à ce sujet à\nl'éditeur des Etudes musicales, et je ne puis mieux terminer cette modeste préface\nqu'en citant ici les paroles mêmes du célèbre poète : Ce livre est un bon livre,\net j'espère qu il fera comprendre aux jeunes gens que, pour atteindre la maîtrise\ndans un art quelconque, il faut de longues années d'études, d'efforts et de disci-\npline.\nC'est aussi mon avis très sincère.\n\nVINCENT D'INDY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "150", "page_fin": "151", "image_debut": 22, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3.3", "titre_corps": "«ODELETTES ANTIQUES», MUSIQUE DE M. THÉODORE DUBOIS, POÉSIES DE M. CHARLES DUBOIS.", "titre_sommaire": "«ODELETTES ANTIQUES», MUSIQUE DE M. THÉODORE DUBOIS, POÉSIES DE M. CHARLES DUBOIS.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.22", "debut_caractere": 1643, "fin_caractere_exclue": 3524, "texte": "— S'il est une collaboration touchante et digne de toute sympathie,\nc'est celle qui réunit le père et le fils, quand l'un et l'autre sont d'anciens élèves\nde l'Ecole de Rome. Sur de brefs poèmes écrits avec un goût parfait par\nM. Charles Dubois et d'une jolie note archaïque, M. Th. Dubois a fait une\nœuvre musicale charmante, pleine de grâce, de sentiment et de poésie, que\nj'ai entendu chanter avec infiniment déplaisir, à une des dernières séances du\nGymnase, par Mlle Demougeot et M. Plamondon : Chanson de pâtre, Incanta-\ntion, le Jeune Oiseleur, le Pêcheur de Syracuse, la Jeune Fille à la cigale, Prière\nde VEphèbe. M. Th. Dubois a déjà montré, par de curieuses pièces inspirées\nde Virgile, le vif sentiment qu'il a de la beauté antique. C'est une source d'ins-\npiration qui en vaut d'autres !... Ici, l'éminent compositeur nous fait goûter\nencore un art très juste d'expression, sobre, délicat et pur, antique par la netteté\nde la ligne mélodique, moderne par la souplesse de la forme qui reste toujours\nlibre, ingénue, un peu flottante, sans tomber dans la « romance ». Instincti-\nvement, dès la première page de ce recueil qui mérite d'être étudié de près, il\nemploie les formes caractéristiques de la musique grecque : à l'accompagnement,\ndes tenues de quintes ; dans le récitatif modulé, la gamme de mi H à mi S sans\nnote sensible, avec/a £ et do %, transposition du mode phrygien hellénique\n(premier ton du plain-chant). Ce n'est certes pas pour des raisons de ce genre\nque de telles compositions nous plaisent et nous touchent ! Lecharme ne s'analyse\npas ; mais il peut être dû à des convenances secrètes. Ailleurs, je retrouve\n(passagèrement) la gamme dorienne transposée (ut à ut avec 4 bémols, ou sol-sol\navec 3 bémols), etc... En plusieurs pages (comme l'exquise chanson du Jeune\n\n«ODELETTES ANTIQUES», MUSIQUE DE M. THÉODORE DUBOIS, POÉSIES DE M. CHARLES DUBOIS."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.23", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": ": Oiseleur). M. Th. Dubois me confirme dans cette opinion qu'en musique on peut\n.o-btenir des effets rares et déli-cieux, avec presque rien, sans fracas ambitieux et\nsans préciosité. La Jeune Fille àla cigale, sans aucune recherche imitative, —et\n.pour des raisons qui m'échappent, est un modèle d'expression appropriée au\nEn tout cela, il y a un sens du quod decet, une délicatesse, une légèreté de\nmain, une sobriété e{ une élégance que nous avons trop rarement à louer chez\n- nos contemporains dans des œuvres du même genre. Le piano convient-il bien,\npour l'accompagnement, à ces Odelettes ? Une flûte et un hautbois seraient\npeut-être préférables...\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "151", "page_fin": "151", "image_debut": 23, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3.4", "titre_corps": "QUATRE POÈMES DE M. GABRIEL FABRE, CHANTÉS PAR MME GEORGETTE", "titre_sommaire": "QUATRE POÈMES DE M. GABRIEL FABRE, CHANTÉS PAR MME GEORGETTE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.23", "debut_caractere": 700, "fin_caractere_exclue": 3017, "texte": "QUATRE POÈMES DE M. GABRIEL FABRE, CHANTÉS PAR MME GEORGETTE LEBLANC-\nMAETERLINCK (CONCERTS COLONNE). — De ces quatre œuvres de M. Gabriel\nFabre, trois sont écrites sur des paroles de M. Maeterlinck : J'ai cherché\ntrente ans, les Sept Filles d'Orlamonde, Cantique de la Vierge. Il ne me\nsemble pas que le musicien ait bien rendu la simplicité raffinée et l'allure mysté-\nrieuse de ces poèmes. J'aurais souhaité un accompagnement un peu plus riche\n■ et plus trouble pour ces paroles qui ne valent guère que par les résonances senti-\nmentales qu'elles provoquent. La déclamation est bonne, avec quelques bizarre-\nries dont on ne voit pas très bien la raison (« ont cherché les portes », « et ne\ns'égarent pas » ). A signaler quelques emplois tout à fait heureux du silence (!),\nqui, intervenant à propos, peut produire des effets si expressifs.\nM. Gabriel Fabre m'a paru beaucoup mieux inspiré par le quatrième texte qu'il\na choisi. C'était un poème chinois, Li-Taï-Pé (Ivresse d'amour), traduit par\nMnie Judith Gautier. Il est exquis, ce poème, et je ne résiste pas au plaisir de\nle citer ; h ,\n« Le vent agite doucement, à l'entour du palais des eaux, les fleurs enbaumées\ndes nénuphars. Sur la plus haute terrasse de Kou-Sou, on peut apercevoir le roi\nLou, étendu nonchalamment.\n. « Devant lui, Syché, la beauté même, danse avec une grâce incomparable, des\ngestes délicats et sans force. — Ah !...\n« Puis, elle rit d'être aussi voluptueusement lasse, et, languissante, vient s'ap-\npuyer du côté de l'Orient, au rebord de jade blanc du lit royal. — Ah !... »\nN'est-ce pas que cela appelle la musique ? Et elle est venue ; une.musique\ntrès enveloppante, très prenante, d'une saveur étrange, sans exotisme exagéré.\nAucun des mouvements indiqués par le texte, aucune des inflexions sentimen-\ntales qu'il exprime n'a été traitée d'une façon quelconque. Je vous signale en par-\nticulier la musique des passages suivants : le roi Lou, — étendu nonchalamment,\n'—fies gestes délicats et sans force, — voluptueusement lasse, — et surtout la\nlongue et expressive vocalise qui se déroule sur le premier Ah !\n• : Et là, incomparablement plus que dans les poèmes de M. Maeterlinck,\nMm? Georgette Leblanc-Maeterlinck fut-admirable : elle chanta avec une intelli-\ngence, une grâce, un abandon nuancé, qui sont d'une artiste de race."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "151", "page_fin": "152", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3.5", "titre_corps": "LA SYMPHONIE EN fa DE M HENRI DALLIER (CONCERTS COLONNE).", "titre_sommaire": "LA SYMPHONIE EN fa DE M HENRI DALLIER (CONCERTS COLONNE).", "signature_source": "PAUL-MARIE MASSON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.23", "debut_caractere": 3019, "fin_caractere_exclue": 3309, "texte": "LA SYMPHONIE EN fa DE M HENRI DALLIER (CONCERTS COLONNE).\n\nJe croîs bien que si j'étais en veine d'écrire des symphonies, j irais demander\nquelques bonnes recettes à M. Henri Dallier. Décidément, notre organiste de la\nMadeleine est un. habile homme, et non seulement comme organiste, ce que"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.24", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "chacun sait, mais aussi comme symphoniste, ce dont les auditeurs des Concerts\nColonne ont pu se rendre compte en écoutant la symphonie en fa. Il y a là quel-\nques thèmes en petit nombre (en faut-il tant quand on connaît son métier ?) qu\nsont développés, tournés, retournés, malaxés en consciene pour la joie des ama-\nteurs. Il y en a un qui m'a bien plu, énergique et disant quelque chose : c est le\nthème en fa de l'allegro deciso dans la première partie. Les autres m ont paru\nmoins caractéristiques, surtout le second thème (en la bémol) de ce même allegro:\nc'est d'une beauté que je trouve un peu glacée; enfin, admettons que j aie la\nfièvre. Il m'a bien semblé, pourtant, qu'il y avait de très jolies choses dans\nY allegro moderato de la première partie, et que le début delà seconde promettait\nbeaucoup. Tout cela (les jolies choses et les autres) se développe d'une façon\nparfaite, savante sans complications inutiles, correcte, régulière, bien équilibrée;\nçà et là, quelque bonne formule que l'on entend toujours avec plaisir; les sono-\nrités sont bien choisies, heureusement groupées ; il y a même de la violence dans\ncertain crescendo de la seconde partie, ou tout au moins de l'agitation. Rien ny\nmanque, et en somme cette symphonie mérite bien l'accueil cordial qu elle a\nreçu du public. Rien n'y manque, sinon ce qui manque à bien d'autres œuvres:\nla petite flamme...\n\nPAUL-MARIE MASSON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "152", "page_fin": "152", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3.6", "titre_corps": "FESTIVAL TH. DUBOIS.", "titre_sommaire": "FESTIVAL TH. DUBOIS.", "signature_source": "A. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.24", "debut_caractere": 2277, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "FESTIVAL TH. DUBOIS.\nA. C.\n— La soirée du 10 février à la salle Monceau a été\ntout entière consacrée à des œuvres de M. Théodore Dubois Le public a fait\nfête à réminent compositeur, quand il s'est présenté pour accompagner au\npiano les mélodies interprétées par Mlle Guionie. Nous avons souvent dit ici\nquels exemples parfaits de composition et d'écriture musicale M. Théodore\nDubois donne dans des œuvres variées, qui vont de la mélodie de salon à la\ngrande composition symphonique.\nC'est un des rares auteurs contemporains qui puisse entreprendre et mener\nà bonne fin la construction d'un quatuor ou d'un quintette.\nEt si ce!a tente peu certains de nos réformateurs et révolutionnaires, c'est que\nla tâche implique une étendue de science musicale, une sélection d'idées, une\nprobité d'écriture, qui ne se rencontrent plus aisément. Voilà pourquoi le public\nde la salle Monceau a acclamé l'ancien directeur du Conservatoire, dont la\nretraite n'a point diminué l'activité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "152", "page_fin": "152", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3.7", "titre_corps": "«OMÉA» (FRAGMENT D'UN OPÉRA INÉDIT EN QUATRE ACTES) DE M. ARTHUR COQUARD, AU CONCERT COLONNE.", "titre_sommaire": "«OMÉA» (FRAGMENT D'UN OPÉRA INÉDIT EN QUATRE ACTES) DE M. ARTHUR COQUARD, AU CONCERT COLONNE.", "signature_source": "G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.24", "debut_caractere": 1511, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "«OMÉA» (FRAGMENT D'UN OPÉRA INÉDIT EN QUATRE ACTES) DE M. ARTHUR\nCOQUARD, AU CONCERT COLONNE.\nG.\n— Alors même que la place ne me serait pas\nmesurée en cette heure tardive, je me sentirais absolument incapable de faire une\nanalyse de cette œuvre. Elle m'a paru très puissante et très brillante: je ne\npuis rien dire de plus. M. Arthur Coquard, en qui j'aimais un mélodiste tout\nde sentiment, me paraît avoir pris tout d'un coup la 'grande lyre. Est-ce du\nR. Strauss > est-ce du Wagner > est-ce du Coquard que je viens d'entendre ? Je\nsuis accablé par les voix formidables de l'orchestre, déchaîné avec un art\nmagistral qui a dépassé mon attente. C'est grandiose et très fort. Auprès\nde ce public du Châtelet, qui est si difficile, le succès a été franc et très vif."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "152", "page_fin": "154", "image_debut": 24, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.3.8", "titre_corps": "L'OR DU RHIN, DE RICHARD WAGNER, AU THÉÂTRE DE MONTE-CARLO.", "titre_sommaire": "L'OR DU RHIN, DE RICHARD WAGNER, AU THÉÂTRE DE MONTE-CARLO.", "signature_source": "E. D", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.24", "debut_caractere": 1439, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "— L'Or du\n\nL'OR DU RHIN, DE RICHARD WAGNER, AU THÉÂTRE DE MONTE-CARLO."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.25", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "Rhin est le prologue de cette œuvre gigantesque, l'Anneau du Niehelung, et\nforme, avec la Walkyrie, Sigfried et le Crépuscule des dieux, cette magnifique\nTétralogie que les privilégiés seuls peuvent aller voir à Bayreuth, et dont, à\nParis, on a commencé par jouer la seconde et la troisième partie. M. Raoul\nGunsbourg a préféré commencer la Tétralogie par le commencement. Et il vient\nde nous donner une magnifique et inoubliable représentation de ÏOr du Rhin.\nDans ce prologue, Wagner nous fait assister à la conquête de l'Or, dont le\ncharme maudit fera naître sur la terre tous les viceset tous les crimes. Le poème,\nd un symbolisme clair, nous montre la lutte des trois races qui, d'après la my-\nthologie germanique, peuplèrent d'abord la terre : les dieux, les géants et les\nnains. En apparence, les dieux sortiront vainqueurs de cette lutte ; mais ils ont\ntouché l'Or maudit ; l'Anneau magique par lequel Wotan devait triompher sera\nla cause de leur ruine : le crépuscule des dieux est proche.\nDans l'Or du Rhin, Wagner a appliqué totalement son système. Et nous assis-\ntons à l'union parfaite de la poésie et de la musique.\nQue dire sur cette partition qui n'ait été dit mille et une fois ? D'ailleurs à quoi\nbon ? Les concerts ont divulgué, popularisé cette musique. M. Raoul Gunsbourg\nl'a réalisée scéniquement, et c'est de cette belle tentative d'art qu'il importe\nsurtout de parler.\nRompant avec les traditions, ou plutôt les corrigeant et les complétant,\nM. Gunsbourg a tout d'abord exécuté l'œuvre dans les deux heures prescrites\npar Richard Wagner lui-même qui, pourtant, n'a jamais pu obtenir, même chez\nlui, à Bayreuth, que la musique durât moins de deux heures vingt. Ces vingt\nminutes, M. Guenbourg les a gagnées en accélérant le mouvement de certaines\npages, qui deviennent plus vivantes, et en déblayant les récitatifs : ainsi se trouve\ndéjà réalisée la volonté même, jamais encore accomplie, de Wagner. De même,\ninnovant pour les décorset pour les costumes, M Raoul Gunsbourg est arrivé\nà un spectacle simple, féerique, juste et parfait : c'est une de ses plus artistiques\nréalisations, non pas parla somptuosité et l'éclat qui ne sont pas de mise ici,\nmais par le style pur et la musicalité de la mise en scène.\nM. Van Dyck donne au rôle de Loge, le dieu du Feu, une légèreté malicieuse\nqui traduit bien la fourberie du personnage ; il le chante d'ailleurs en toute per-\nfection. M. Bouvet, dans le rôle d'Alberich, est admirable ; c'est une de ses plus\nbelles compositions : il a chanté avec une puissance et une rage superbes la\nmalédiction de l'Anneau. Wotan, c'était M. Nivette, dont la belle et solide voix\nde basse et l'allure de souveraine majesté ont été justement appréciées. Il faut\ncitera part M. Philippon, qui vient du café-concert pour jouer le rôle de Mime\navec un relief extraordinaire et une perfection musicale remarquable. Les deux\ngéants ont été rudement et robustement chantés et joués, comme il convenait, par\nMM. Vallier et Douaillier. xM. Fabert a chanté avec jeunesse et chaleur le rôle\ndu dieu Froh, et M. Ananian a fait sonner sa voix puissante dans le rôle du dieu\nDonner.\nMme xMally-Borga, belle comme une déesse, a fait admirer sa voix pure dans le\nrôle de Fricka. Mlle Maie Talési fut une touchante et poétique Freia, et Mme Des-\nchamps Jehin a chanté avec ampleur la magnifique page des prophéties\nd'Erda. /\nQuant aux trois filles du Rhin, ce fut un charme exquis d'entendre, har-\nmonieusement unies, leurs trois voix, prures et cristallines comme les ondes"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.26", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 664, "texte": "mêmes du fleuve : c'étaient M,,e Bailac, au contralto magnifiqueMme. Charlotte\nLormont, l'admirable cantatrice souvent acclamée dans les concerts, et Mme Vel-\nder, à la voix délicieusement timbrée.\nLes décors de M. Visconti, surtout celui du Nibelheim,' gouffre- du Eeu, sont\nadmirables. Et, grâce aux décors lumineux de M. Eugène F rey, 1 entrée des dieux\nau Walhalla, cette page grandiose qui conclut le chef-d œuvre, a. pu être réa-\nlisée de façon exacte, féerique avec simplicité.\nM reste à associer l'excellent orchestre de Monte-Carlo à ce beau succès d art\nmagnifique : l'honneur en revient à son chef éminent, M. Léon Jehin.\n\nE. D."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "154", "page_fin": "155", "image_debut": 26, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.4", "titre_corps": "La « Nina » de Dalayrac (1786).", "titre_sommaire": "La « Nina » de Dalayrac (1786).", "signature_source": "H. Q", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.26", "debut_caractere": 666, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "La « Nina » de Dalayrac (1786).\n\n« Le lundi 15, on a donné pour la première fois Nina, ou la Folle par' amour,\ncomédie en un acte et en prose mêlée d'ariettes.\n« Nina aimoit Germeuil', mais son père, qui lui destinoit un autre époux, a\nrefusé de l'unir à son amant.\n« Germeuil s'est battu contre son rival ; on a fait courir le bruit de sa mort et\nNina est devenue folle. Sa folie est d'attendre sans cesse le retour de son bien-\naimé à l'endroit où elle a reçu la fausse nouvelle de son trépas. Elle méconnaît\ntout ce qui l'approche. Son père même n'est plus à ses yeux qu'un étranger dont\nelle ne craint pas de déchirer l'âme en l'entretenant de sa douleur Enfin Germeuil\nreparaît sans être reconnu par sa maîtresse *, mais ses discours, ses caresses, et sur-\ntout un baiser, rendent à Nina sa raison, et la joie rentre dans tous les cœurs... »\nCe compte rendu, tiré du Mercure de France de mai 1786, nous offre une très\nfidèle analyse du petit drame sentimental queDalayrac anima de sa musique. Et\nla pièce en elle-même, paroles et musique, est un exemple caractéristique du goût\nfrançais sous le règne de Louis XVI.\nAujourd'hui, peut-être cette mince anecdote paraîtrait tant soit peu puérile. Je\ndoute que personne, à la mettre à la scène, malgré l'innovation (qui n'en est plus\nune aujourd'hui et qui, on le voit, ne date pas d'hier) du costume et des person'\nnages contemporains, y gagnât la gloire qu'elle valut à ses auteurs.\nMarsolier, qui écrivit la pièce, l'avait empruntée (le Mercure nous l'apprend) à\nune nouvelle d'Armand, laNouvelle Clémentine, tirée des Délassements d'un homme\nsensible. Que voilà bien un joli titre de ce temps !\nLe croirait-on cependant ? Le journaliste, tout en louant l'adresse et la manière\nattachante dont l'auteur a mis l'anecdote à la scène, émet quelques critiques...\n» - \\ ... ~\nmorales ! N'eût-il pas été nécessaire, insinue t-il, pour empêcher les jeunes têtes\nde s'exalter, de rappeler les droits paternels et de faire sentir que les convenances\ndes familles ne doivent pas toujours céder à l'effervescence des passions, de la\njeunesse ? » Voilà des scrupules qui ne sont plus des nôtres.\nAu surplus, nous nous intéressons surtout à la musique. Elle fut très goûtée\net Mlle Dugazon, dans le rôle de Nina, excita l'admiration générale, par son chant\nd'abord, ensuite et surtout peut-être par la perfection de son jeu. Elle mit si bien\nl'œuvre en valeur qu'on la traduisit l'année suivante en italien, et que Paisiello\nla mit en musique. Jouée à Nap.les en 1787 sous cette forme, elle revint en Françe"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.27", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": "en 1790 sans que son succès ait fait cependant oublier la musique de Dalayrac.\nElle n'a pas mérité, en effet, un oubli si rapide, la petite partition touchante\net gracieuse du compositeur français qui, sous forme de ballet, devait en ses\nthèmes principaux faire les beaux jours de l'Opéra jusque sous la Restauration.\nCertes, Dalayrac n'est pas un grand musicien. Il naquit dans un temps où, il\nne faut passe le dissimuler, l'art musical était chez nous, pour diverses causes,\nen sensible décadence. Né en Languedoc en 1753, à Muret, où son père était\nsubdélégué de la province, destiné au barreau, il n'apprit la musique qu'im-\nparfaitement .et dans un milieu où les maîtres habiles étaient, certes, fort rares .\nIl avait cependant un tel amour pour son art que ses parents, désespérant d'en\nfaire un avocat, l'envoient en 1774 à Paris, non pour qu'il fût musicien, mais pour\nle faire entrer parmi les gardes du comte d'Artois. Là, il complète tant soit peu\nson éducation musicale. Langlé lui enseigne l'harmonie. Il compose .. Et deux\nde ses petits opéras, en 1781, sont représentés à la cour. C'est le succès. Il dé-\nbute l'année suivante à l'Opéra-Comique avec l'Eclipsé totale et le Corsaire (1783).\nJusqu à sa mort, en 1809, il donnera plus de cinquante opéras, et sa dernière\nœuvre, le Poète et le Musicien, est donnée deux ans après qu'il a quitté ce monde-\nOn a dit justement de ces petits drames logiques qu'il n'en est pas un qui soit\nparfait ni pas un qui ne renferme quelques pages dignes d'être admirées Non\npas pour la facture assurément, ni pour la profondeur des idées Mais Dalayrac\na le sens dramatique. Il entend bien le théâtre, et surtout il a le don de trouver\nsans effort des mélodies touchantes, expressives et vraies. Il est rarement vulgaire,\net sans recherches ni raffinements il atteint quelquefois à l'émotion, autant que\nles minces sujets qu'il traitait le pouvaient permettre. L'air du comte (c'est le\npère de Nina exprimant son désespoir), que la Revue musicale publie aujourd hui,\nfournira l'occasion de constater que cet éloge n'est pas exagéré.\n\nH. Q."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "155", "page_fin": "157", "image_debut": 27, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.5", "titre_corps": "Correspondance.", "titre_sommaire": "Correspondance.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.27", "debut_caractere": 2104, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "Correspondance.\n\nParis, 18 février 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR DE LA Revue musicale,\nLa lettre publiée dans le dernier numéro de la Revue au sujet de ma récente\ncommunication sur le « piano symétrique » me montre que j'ai dû m'expliquer\ninsuffisamment, peut-être faute de figures. La définition n'en a même pas été\ncomprise, et les critiques exposées s'adressent à quelque autre instrument ima-\nginaire dont je ne puis bien comprendre la disposition, mais qui en tout cas\nn'aurait mê me pas été digne d un instant d'examen.\nLes touches, par exemple, y seraient « alternativement teintées », et l'auteur\nde la lettre, qui certainement n'ignore pas qu'il y a douze et non treize demi-tons\ndans l'octave, dit cependant textuellement que dans le clavier qu'il discute\n(( les notes de même nom, à distance d'octave, seraient de couleurs différentes ».\nEt il ne s'agit pas là, comme on pourrait le croire, d'un simple lapsus calami, car\nil développe les inconvénients « d'un clavier zébré présentant tantôt un do teinté,\ntantôt un do blanc ». On y voit encore, par exemple, « que les touches pour-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.28", "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 3597, "texte": "raient y avoir la tonique, la sous-dominante et la dominante teintées en bleu\nou noir et qu'une bande de toile reproduirait les divisions des touches avec les\nteintes », etc.\nL'idée de teinter ces touches étant l'annulation même du principe de transpo-\nsition, par bande ou autrement, qui est l'essence du clavier symétrique, je n'ai\npu me rendre compte de ce que serait un clavier ainsi conçu , mais en chei chant\nl'origine de toutes ces confusions, on pourrait peut-être la trouver en partie\ndans la première phrase de la lettre précitée ' « Un de vos coi 1 espondants pro-\npose un clavier où les douze demi-tons seraient actionnés pat des touches égales\net placées dans le même plan. » J avais, en effet, comme procédé d exposition,\ncommencé par indiquer ce type théorique, mais montré quil me paiaissait\nimpossible à réaliser, en particulier parce que l'octave n'y serait pas praticable,\nmême avec une réduction gênante de la largeur des touches. C'est donc en\nexposant les critiques qui occupent une partie de la lettre de votre honorable\ncorrespondant que je me suis arrêté au système suivant, que je vous demande\nla permission de résumer en quelques mots, car, présenté comme dans ladite\nlettre, il devient absolument méconnaissable pour vos lecteurs.\nAu lieu d'avoir une octave « allongée », des touches égales et rétrécies, des\n« steeple-chase » à exécuter dans le jeu des gammes diatoniques, le clavier\nsymétrique est tout l'inverse. Il est composé de touches inégales, ayant exacte-\nment les mêmes dimensions et les deux mêmes niveaux que les touches actuelles,\nmais disposées régulièrement, c'est-à-dire une noire après chaque blanche.\nIl en résulte que la largeur de l'octave est réduite, que celle d'un intervalle donné\nest toujours identique à elle-même, et que cette disposition rend extrêmement\nfacile et régulier le jeu des gammes diatoniques, sans aucun de ces ècarlements\nde doigts, comme demi* à fa dièse, par exemple, qui se rencontrent dans quinze\nsur seize des gammes diatoniques en usage sur le clavier actuel. Il n'y a plus\nque deux jeux différents, au lieu de douze, l'un commençant sur une touche\nblanche, l'autre sur une noire, et j'ai ajouté qu'avecun mécanisme de déplacement\ndu clavier d'un demi-ton, tel qu'on en construit couramment, on n'aurait même\nplus qu'un seul jeu, ce qui réduit au douzième les difficultés d'exécution des\ndouze tonalités.\nLa musique pourrait donc être écrite et lue dans un seul ton (apparent) et le\njeu correspondant serait toujours le même, quel que soit le ton (réel) d'exécu-\ntion. Il suffirait de déplacer les mains de la quantité nécessaire. Mais comme\nil serait difficile, sans point de repère, de reconnaître et maintenir ce déplace-\nment de l'origine une bande mobile, de toile légère, courant au-dessus du cla-\nvier, reproduirait la division des touches, et c est sur cette bande, et non sur les\ntouches qu'on teinterait en noir, soit les 2e, 4e, 7e, 9e et indivisions de chaque\noctave, de façon à reproduire la figure du clavier actuel, soit simplement les\nire, 6e et Be,8e, qui correspondent aux toniques, sous-dominantes et dominantes du\nton dans lequel on jouerait.\nSi, par exemple, le morceau toujours écrit en ut doit être joué en sol bémol\n(cequ'indique un l'armure actuelle), le jeu du bouton correspon-\ndant fait venir les r e la bande en face des sol bémol du piano, et l'on n'a\nplus qu à jouer en ut. Bien entendu, il n'a jamais été question de changer la posi-\ntion de la bande pour les modulations passagères, mais seulement quand il y a\nchangement de Varmure que la bande remplace purement et simplement. Le"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "contraire ne voudrait rien dire quand il s'agit de modulations non inscrites à la\nclef, et je ne m'explique pas comment un doute a pu venir à ce sujet.\nIl ne peut donc non plus être question, comme le craint aussi votre correspon-\ndant, ni de contresens harmoniques, ni de n'avoir plus qu'une gamme, ni de\nchanger les gammes actuelles, ni de toucher en quoi que ce soit aux œuvres ou\naux méthodes musicales. Aucune de ces questions, en tout cas, ne se pose au sujet\nd'un clavier symétrique, qui n'a rien à voir aux cordes, notes ou sons des instru-\nments à sons fixes, ni aux distinctions que peuvent faire seuls les autres instru-\nments entre un dièse ou un bémol 11 ne s'agit que de la forme matérielle de la\npartie antérieure des touches, et d'une différence de doigté qui n'intéresse en rien\nle corps de l'instrument.\nQuant à la méthode d'écriture dans un ton unique, elle n'a rien de nouveau,\net existe pour une foule d'instruments. Les flûtes, cors, hautbois, clarinettes,\nsaxophones, etc., tous les instruments transpositeurs qui ne jouent pas la note\nécrite, utilisent ce principe.La bande mobile du clavier, ou, si l'on veut, le dépla-\ncement des mains, représente exactement la modification de longueur des tuyaux,\nqu'ils soient mobiles, de rechange ou de construction, au moyen de laquelle on\nobtient le ton d'exécution voulu dans tous ces instruments.\nDu reste, une correspondance relative à ma communication m'apprend que la\nsymétrie du clavier est soutenue en Allemagne par toute une école de savants et\nde musiciens. L'idée est si naturelle, en effet, qu'il est impossible qu'on n'ait pas\ncherché à l'appliquer. La réduction au douzième des difficultés d'exécution et les\nautres avantages de la symétrie ne paraissent pas contestés, mais sa réalisation\ns'est heurtée, paraît-il, à l'embarras de se repérer dans la suite monotone des\ntouches régulières. Il me paraît donc certain qu'on n'a pas encore songé à ce qui\nconstitue le point essentiel de ma proposition : la bande mobile, légère et facile\nà déplacer, substituant pour ainsi dire au clavier régulier un clavier de repérage\nidentique à celui actuellement en usage. Si un système plus pratique a été ima-\nginé, il est à souhaiter que les publications de la Revue musicale servent à le\nrappeler.\nJe crois inutile d'insister davantage sur ces diverses questions, au sujet des-\nquelles un doute ne peut résister à une seconde, sinon à une première lecture de\nma communication antérieure.\nAu dernier moment nous recevons une lettre fort intéressante qui semble répondre au vœu émis\npar M. Courau à la fin de sa note ; nous la publierons dans notre prochain numéro.\n\nJ. COURAU.\nAncien élève de l'Ecole polytechnique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "155", "page_fin": "157", "image_debut": 27, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.5.1", "titre_corps": "Paris, 18 février 1908.", "titre_sommaire": "Paris, 18 février 1908.", "signature_source": "J. COURAU. 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Guy Ropartz, directeur de\nl'Ecole de musique, succursale du Conservatoire national, est nommé membre\ndu Conseil supérieur d'enseignement du Conservatoire national de musique et\nde déclamation (section des études musicales).\n— La Société J.-S. Bach donnera le mercredi n mars son cinquième concert"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 647, "texte": "d'abonnement avec un magnifique programme: i° cantate pour le dimanche\nEsto mihi, n° 159 (ire audition) ;20 suite en si mineur ;30 ode funèbre. Les soli\nseront chantés par quatre remarquables artistes étrangers spécialement engagés :\nMlle von Ghlen (de Londies), Mme de Haan-Manifarges (de Rotterdam),\nMM. Rohmann (de Francfort) et Zalsmann (d'Amsterdam) ; orchestre et chœurs\nde la Société J.-S. Bach, sous la direction de M. Gustave Bret. Répétition\npublique le mardi 10 mars, à 4 heures.\n\nLA MUSIQUE A LA SALLE PLEYEL (22, rue Rochechouart)\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 27 janvier au 15 février 1908."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.31", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "II. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 janvier au 15 février 1908."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "157", "page_fin": "158", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.6.1", "titre_corps": "CONSERVATOIRE NATIONAL. — Par arrêté en date du 10 février M. de Gramont", "titre_sommaire": "CONSERVATOIRE NATIONAL. — Par arrêté en date du 10 février M. de Gramont", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.29", "debut_caractere": 2713, "fin_caractere_exclue": 3254, "texte": "CONSERVATOIRE NATIONAL. — Par arrêté en date du 10 février M. de Gramont\na été nommé professeur du cours d'histoire et de littérature dramatique, en\nremplacement de M.Marcel Fouquier, démissionnaire.\nNANCY. —Par arrêté en date du 11 février, M. Guy Ropartz, directeur de\nl'Ecole de musique, succursale du Conservatoire national, est nommé membre\ndu Conseil supérieur d'enseignement du Conservatoire national de musique et\nde déclamation (section des études musicales).\n— La Société J.-S. Bach donnera le mercredi n mars son cinquième concert"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "d'abonnement avec un magnifique programme: i° cantate pour le dimanche\nEsto mihi, n° 159 (ire audition) ;20 suite en si mineur ;30 ode funèbre. Les soli\nseront chantés par quatre remarquables artistes étrangers spécialement engagés :\nMlle von Ghlen (de Londies), Mme de Haan-Manifarges (de Rotterdam),\nMM. Rohmann (de Francfort) et Zalsmann (d'Amsterdam) ; orchestre et chœurs\nde la Société J.-S. Bach, sous la direction de M. Gustave Bret. 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Pa-\n6 »\nMusique moderne pour harpe\nrent.\n1 h.\nchromatique.\n4 h •\n7\n»\nMme Louise Vaillant.\n9 h-\n6 »\nMlle Hel. Ziélinska et P. Cazals.\n9 h.\n8\n»\nAuditions Elèves Mme Laënnec.\n1 h.\n7 »\nAuditions Elèves Mme Chevillard.\n2 h.\n10\n»\nAuditions Elèves Mlle Hort. Pa-\n>) »\nLa Soc. nationale de musique.\n9 h.\nrent.\n»\n8 »\nAuditions Elèves Mlle Sauvrezis.\n1 h.\n»\n»\nM. et Mme Carembat.\n9 h\n9 »\nM. Max Roger (10 ans).\n9 h.\n1 i\nr>\nMine George-Sauvage.\n11 »\nMine K. Delorme.\n»\n1 2\n»\nAuditions Elèves M. Baudre.\n1 h.\nI 2 ))\nLa Soc. des Instruments à vent.\n4 h.\n1 4\n»>\nAuditions Elèves Mme KiefTer-\n13 »\nMlle de Monvel et M. P. Viardot.\n4 h.\nBoudon.\n9 h.\n» »\nM. Paul Seguy.\n9 h.\n15\n»\nAuditions Elèves Mlle Hort. Pa-\n14 »\nM. Cesare Geloso.\n»\nrent.\n1 h.\n15 »\nAuditions Elèves Mlle Toulouse.\n1 h\n16\n))\nM. Edgard Basset.\n9 h.\n17 »\nMlle H. de Wierzbicka.\n9 h\n18\n»\nMme George-Sauvage.\n»\n18 »\nMme Le Grin.\n»\nl9\n»\nAuditions Elèves Mlle Hort. Pa-\n19 »\nMme Fr. Le Comte.\n»\nrent.\n1 h.\n20 »\nM. Daniel Herrmann.\n»\n20\n»\nM. et Mme Carembat.\n9 h\n21 »\nLa Soc. nationale de musique.\n»\n2 1\n»\nAuditions Elèves Mlle Em. Gébeî.\n»\n22 »\nAuditions Elèves Mlle G. Aloir.\n1 h.\n22\n))\nAuditions Elèves M1,e Hort. Pa-\n23 »\nM. Ch. Sautelet.\n9 h\nrent.\n1 h.\n24 »\nMlle Hélène Collin.\n))\n25\n»)\nQuatuor Calliat.\n9 h.\n25 »\nM. Joseph Debroux.\n))\n2 s\n»\nM. Théoph. Debucquoy.\n»\n27 »\n28 »\nMlle de Monvel et M P. Viardot.\n))\n29\n»\nAuditions Elèves Mme F'errant.\n1 h.\nM. Morpain.\n))\n30\n))\nM. et Mnîd Carembat.\n9 h.\n29 »\nAuditions Elèves Mme Gruet.\n1 h.\n31 ))\nM. Charles Bouvet.\n9 h.\n» »\nMusique moderne pour harpe\n- ■\nchromatique.\n4 h."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c020", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "158", "page_fin": "158", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.6.3", "titre_corps": "LE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra. Recettes détaillées du 27 janvier au 15 février 1908.", "titre_sommaire": "LE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra. 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Delibes.\nR. Wagner.\nRossini.\nGounod.\nMeyerbeer.\nGounod.\nR. Wagner.\nMeyerbeer.\nGounod.\nSaint-Saëns. L. De-\nlibes.\n22.5 18 41\n19.202 76\n20.325 25\n17.105 85\n14.295 91\n22.279 76\n17.002 25\n18.224 >'\n16.436 41\n15.269 76\n22.037 75\n16:6-58 »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c022", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "159", "page_fin": "159", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.6.4", "titre_corps": "II. – Opéra-Comique. Recettes détaillées du 16 janvier au 15 février 1908.", "titre_sommaire": "II. – Opéra-Comique. 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Charpentier.\n4.104 fr.\n— soirée\nLakmé.\nL. Delibes.\n9-729 »\n[7 —\nIphigénie en Aulide.\nGluck.\n9.075 »\ni3 —\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n9.715 83\n19 — mat.\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n7.757 »\n— soirée\nManon.\nMasse net.\n6.327 5o\n20 —\nLa Traviata.\nVerdi.\n4.41 5 5o\nZI —\nLakmé.\nL. Delibes.\n8.5o5 5o\n22 —\nMme Butterfly.\nPuccini.\n6.201 5q\n2 3 — matin.\nLes Armaillis.— Galathée.\nG. Doret. V. Massé.\n2.667 »\n— soirée\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n8.574 »\n24 —\nIphigénie en Au h de.\nGluck.\n9.062 »\n2 5 —\nCarmen.\nBizet.\n9.760 5o\n26 — matin.\nIphigénie en Aulide.\nGluck.\n9.067 »\n— soirée\nLakmé. — Les Noces de Jean-\nnette.\nL. Delibes. V. Ma'ssé.\n5.469 5o\n27 —\nMireille.\nGounod.\n3.724 5o\n28 —\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n7«3oi »\n29 —\nIphigénie en Aulide. -\nGluck.\n9.783 5o\n3o — matin.\nLa Traviata. — Les Noces de\nJeannette.\nVerdi. V. Massé.\n3.413 »\n— soirée\nManon. „\nMassenet.\n9.637 5o\n31 —\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n7.1 32 5o\n1er février\nLakmé.\nL. Delibes.\n9.622 83\n2 — matin.\nIphigénie en Aulide.\nGluck.\nQ.224 »\n— soirée\nCarmen.\nBizet.\n5.987 5o\nJ>\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n4.6O3 »\n4 —\nCarmen.\nBizet.\n7.933 5o\n5 —\nLakmé. — La Légende du Point\nL. Delibes. F. Four-\nd'Argentan\ndrain.\n4.o5o 5o\n6 —\nWerther.\nMassenet.\n8J97 )}\n7 —\nMme Butterfly.\nPuccini.\n5.5oo 5o\n8 —\nFortunio.\nA. Messager.\n9.oi3 »\n9 — matin.\nCarmen.\nBizet.\n8.390 5o\n— soirée\nLa Vie de Bohème. — Cavalleria\nRusticana.\nPuccini. Mascagni.\n6.528 5o\n1 0 —\nGalathée. — La Fille du Régi-\nment.\nV. Massé. Donizetti.\n4.585 5o\n11 —\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n8.6 51 5o\n12 —\nW erther.\nMassenet.\n7.138 5o\n13 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n9.137 »\n14 —\nManon.\nMassenet.\n9«23Q 5O\n•3 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n9»6O5 33"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c024", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "159", "page_fin": "159", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.7", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.31", "debut_caractere": 1797, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "CHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE\nFêtes du Carnaval.\nA l'occasion des Fêtes du Carnaval, les coupons de retour des billets d'aller et\nretour délivrés à partir du 27 lévrier 1908 seront valables jusqu'aux derniers\nt rains de la journée du 4 mars, étant entendu que les billets qui auront normale-\nment une validité plus longue la conserveront."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-03-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-03-01_01#c025", "volume": "bmtnabj_1908-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "160", "page_fin": "160", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.2.8", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.32", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 977, "texte": "La même mesure s'étend aux billets d'aller et retour collectifs délivrés aux\nfamilles d'au moins quatre personnes.\nBillets d'aller et retour de ire et 2e classe, à prix réduits, délivrés du 18 fé-\nvrier au Ier mars 1908.\nParis à Cannes. — ireclasse : 177 fr. 40. —2e classe : 127 fr. 75.\n» à Nice. » 182 fr. 60. » » H1 fr- 5°-\n» à Menton. » 186 fr. 65. » » 134 fr-4°.\nValidité : 20 jours, avec faculté de prolongation une ou deux fois de 10 jours\nmoyennant supplément de 10 °/o par période.\nDroit à deux arrêts en cours de route à 1 aller et au letoui.\nAdmission des porteurs de billets de ire classe, sans supplément, dans le\n« Côte d'Azur Rapide » et dans le « Train de nuit extra-rapide ». Toutefois, les\nvoyageurs empruntant le « Côte d Azur Rapide » ne pourront profiter de la fa-\nculté des arrêts qu'à partir de Marseille à 1 aller ; au retour, aucun airêt ne seia\nautorisé."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 5 (huitième année)\nler Mars\n1908\nti. M.\nI\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLa période moderne, les sources.\n\n(suite).\nLa période moderne du drame lyrique peut être étudiée, au moins en ce qui\nconcerne la France, dans des conditions exceptionnellement favorables, grâce à\nl'abondance des documents. Une première raison de cette situation est que, de\nbonne heure, le théâtre a été, chez nous comme chez les Grecs, chose d'Etat.\nEn Orient, le drame lyrique n'a jamais pu s'élever jusqu'à cette dignité. En\nOccident, grâce au grand développement de la vie sociale, il a été plus heureux,\nmais avec des progrès inégaux. Tandis qu'en Allemagne et en Italie on ne con-\nnaissait encore, dans la première moitié du xvine siècle, que les « troupes de\npassage »,dont l'imprésario éphémère disparaissait lorsque son bail était fini,en\nemportant avec lui tout son matériel, le théâtre est promu, à Paris, dès le\nxvii siècle, à la dignité d institution nationale. Sous Louis il s'appelle\nAcadémie royale des Opéras ; pendant la Révolution, il s'appelle Opéra national\n(1793), puis Théâtre de la République (1797) ; en 1804, Académie impériale de\nmusique, en 1848, Theâtie de la nation. Il s adapte, par son titre, à tous les\nchangements politiques ; jamais il ne perd son caractère d'institution d'Etat,\nsoutenue et surveillée par l'État. (C'est aussi, pour le dire en passant, le cas de\nnotre Conservatoire de musique, lequel est , distinct en cela des\nConservatoires allemands où 1 on entre en payant, tandis que chez nous, l'ensei-\ngnement étant gratuit, on n entre qu en ayant du talent.) Il en résulte que le\nrattachement d une institution de ce genre au gouvernement du pays se traduit\nà chaque instant par des pièces officielles; et si, dans les affaires personnelles\nde la vie quotidienne, on est quelquefois porté à dire un peu de mal des papiers\nadministratifs, on est au contraire fort heureux, pour les études d'histoire, d'en\navoir un grand nombre à sa disposition. Il en résulte aussi que la plupart des\ndocuments pouvant intéresser un historien sont réunis, quand tout est normal,\ndans un dépôt spécial.\nA viai dire, il ne faut pas se hâter de conclure que toute peine est épargnée à\ncelui qui étudie le théâtre lyrique d autrefois. Les administrations publiques ont\nlcuis lacunes comme les administrations particulières, et l'ordre parfait est par-"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.2", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ntout un idéal plus qu'une réalité. De plus, songeons que pour ceux qui ont la\ntrès lourde charge de diriger l'Opéra, ce qui compte, avant tout, c est ce qui\nbrille : ce qui brille aux feux de la rampe ; ce qui brille sous le grand lustre de\nla salle ; ce qui brille aux guichets d'entrée en pièces d'or sonnantes. Le reste\n(tout ce qui n'est pas le succès) est accessoire. Ne leur demandons pas d'aimer la\nbibliographie comme à l'Ecole des Chartes ! Et ne nous étonnons pas qu'ils aient\nmontré sur ce point un peu de négligence 1 Ceux qui ont aujourd'hui la garde de\nnos archives musicales ont encore fort à faire pour remplacer par un classement\nrégulier un désordre dont ils ne sont pas responsables, et pour rompre avec des\ntraditions qui pèsent sur leur bonne volonté. Chercher un renseignement, aux\narchives de l'Opéra, sur telle œuvre ou tel compositeur du xvme siècle, c est trop\nsouvent chercher une aiguille dans un grenier à foin. Mais on sait assez sou\\ent\nque l'aiguille y est ; il n'y a qu'à la chercher et à la trouver. D'autres fois, on sait\nque l'aiguille n'y est pas et que toute recherche est inutile , cai, pour ce qu on\npourrait appeler les « miettes de 1 histoire », pour les menues choses, il y a des\nlacunes énormes. Ainsi, pour la période de 64 nns qui s étend de 1 ouxeiture de\nl'Opéra (1671) aux débuts de Rameau (1735); direction de Penin à celle\nde Thuret, nous ne possédons plus les documents relatifs au service intérieur\nde l'Opéra. Jugeait-on inutile deles conserver? Les directeurs (F 1 ancine, Dumont,\nGuyenet, Destouches, Gruer) firent-ils volontairement disparaître leurs pièces\ncomptables au moment de liquidations pitoyables } On ne sauiait trop îegretter\ncette perte. Même lacune, après 1735? pour la période où le privilège de 1 Acadé-\nmie royale de musique est transmis à la ville de Paris, qui 1 exploite sous la haute\nsurveillance de d'Argenson. Ce n'est guère qu à partir de 1749 sont con-\nservés, en dehors des pièces officielles, les papiers concernant tous les services\nintérieurs de notre grand théâtre lyrique ; ils sont versés rue Saint-Nicaise, au\nmagasin de l'Opéra, mais ils y sont accumulés comme en une salle de débarras\nou d'inutilités, sans classement. La correspondance, les comptes de fournitures,\nles reçus, le détail des recettes, etc., tout est à 1 état chaotique. En 1815, on dé-\nplore ce mal ; en 1860, on veut le guérir en introduisant un « dépôt d archives »\ndans le programme de la construction du nouvel Opéra ; en 1866, on passe des\nidées aux actes, en nommant un archiviste, Charles Nuitter. Son successeur,\nM. Charles Malherbe, est présentement occupé à faire aboutir une réforme trop\nlongtemps restée à l'état de projet ; espérons qu'elle aboutira bientôt. « Je rêve,\nécrit M. Malherbe, d'une classification rationnelle et pratique. 11 conviendrait\nde créer autant de chapitres qu'il y eut de directions successives, et d'insérer\ndans chacun d eux tous les documents qui ont trait aux conditions administra-\ntives, financières et artistiques de l'exploitation, de rassembler en un mot tout ce\nqui représente l'histoire d une période, tout ce qui permet de lui restituer sa vé-\nritable physionomie. On irait ainsi de Maurepas et d'Argenson à nos modernes\nministres de l'instruction publique et des beaux-arts, en passant par les\nmenbres du Comité révolutionnaire, par Lucien Bonaparte, par les intendants,\nles inspecteurs, les chefs de cabinet délégués, etc. Les autographes sont nombreux\nqui racontent tour à tour le « bon plaisir » des anciens rois; la violence patriotique\ndes représentants du peuple aux temps troublés de la Révolution ; la volonté\npersonnelle d'un Napoléon Bonaparte signant de sa main de premier consul, puis\nd'empereur, les moindres pièces relatives aux dépenses de l'Académie de mu-\nsique ; la gravité solennelle et un peu ridicule de la Restauration, singeant dans"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.3", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\n™:;Srrformuies depoii,esse appeii,,^,\n'MUes alL.es prime-\nn • • , . merveille î belon le point de vue (administratif\nrr°c>'on peut adop,er K,ie »**>*»\n, 6 t Un Problême qu un spécialiste peut seul résoudre. L'important\nc est d avoir une méthode de classement, et de lui rester fidèle. Je passerai rapi-\nlesma,énaus dopt »■\nI\n4; L—n dcs\nde'parmdam!\"\"\" p\" R°y ï°~r l'é'aU\"smm' d° '-Académie de danse en la ville\n,66, ConTdZJseîZl. \"\"\"' * ~ * *> -«\nenmusùt~rZrm7rM°USZrZ™^'riM,i'^'Su™AaM«>i><t°ti'*\nmus,que et vas francs,,, a Saml-Germain-en-Laye, le 28 juin ,66a ;\nlettres patentes fartant établissement d'une Académie Royale dé musique\nA ces documents essentiels s'ajoutent les ordonnances et dépêches ministé-\nne les, puis tout ce qui concerne l'administration intérieure de l'Opéra • budgets ■\nétats du personne ; engagements ; congés; correspondance; projets ; plans d'orgà-\nzz:z:z:rses;/i,es-bais- <• «**» •• &u\nvanZZbaZTu' T '' \"\"\"\" à P\"« abonnements ; rede-\ndroit des ïndL f tZemen,\"' f«*. Pensions ; honoraires d'auteurs;\nZZié Z cZZÛZ r P°'\"e 1 St'\"'é ; mmerS' fournisseurs (classemeni\nservice. • Nuntei). Cette seule énumération montre la complexité d'un tel\nII\nCe qui nous intéresse surtout, ce sont les opéras eux-mêmes, musique et livret\npar Laiarte\" eTu \"\" répertoire' Le «» *é dressi\nroJru caZZ, ;t °uvrase est ,MU à i°»r : musicale de\nde I-ZlZcLnlZ 77 u <\"\"***» f** cous les auspices du ministère\nae instruction publique et des beaux-arts, et rédigé par Théodore de J dart*\n1 wthecaire attaché aux archives de POpéra, 2 vol. parus àla librairie des Biblio '\np i es en livraisons dont la première est datée de 1878. On y trouve l'indica-\nlj,rc^|se'|se' POUI c aquepièce, des partitions, des parties détachées des reprises\nD III£Z Z '\"^rosCesrôles, e, quelques renseignements somma e l\nUe la liste des œuvres mentionnées par l'auteur, il faut défalquer les opérai\nonnés pai la tioupe italienne qui, venue à Paris en mo\ncontnirpmnuf h ea 1752> remporta son matériel,\nvraées cons, ,1 \"\"f Para\" Le chiffre tol»l da « 700 oui\nMLe Borné aTe i'ô H''m *' es'lin\",ct :la te\"ière «\"rte de\njour grâce ' une ta ,!' a,N;urs' b'hliothèquede l'Opéra s'enrichit chaque\nur, grâce aune 10, d après laquelle trois exemplaires de chaque partition"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.4", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nnouvelle sont remis au ministère de l'lntérieur : l'un va à la Nationale, 1 autre\nau Conservatoire, le troisième à l'Opéra.\nAux partitions et « rôles » ou parties détachées, s'ajoutent les partiesde chœurs,\nles parties d'orchestre, les « conducteurs » (réductions pour le chef d'orchestre),\nles airs de danse qu'on introduisait jadis si librement au gré des artistes dans\nles opéras du répertoire, les « répétiteurs» de ballet (lesétudes chorégraphiques\nse faisant autrefois avec l'accompagnement de deux violons, et, depuis 1871 seu-\nlement, au piano). Les opéras reçus mais non joués sont au nombre dune cin-\nquantaine et signés decompositeurs célèbres tels que Sacchini, Philidor, Gossec,\nMontigny, Berton, Zingarelli, Halévy, etc.\nCes partitions serviraient assez souvent de documents pour l'histoire de ce que\nj'ai appelé le « Vandalisme musical ». Beaucoup d'entre elles ont souffert du\ncrayon rouge faisantdes coupures dans le vif, ou de l'aiguille cousant des feuillets\nsupplémentaires dans une œuvre originale. Quand c'est le compositeur lui-même,\nqui comme Rameau remanie son propre travail selon les circonstances\net y fait des ajoutés, on n'en est point trop choqué; mais que dire de ceux qui se\nsont arrogé le droit de bouleverser une œuvre déjà consacrée ? Les partitions du\nxviie siècle, aux diverses reprises, n'ont pas échappé à la manie des corrections,\ndes retouches et des embellissements. Celle du Thésée de Lulli est remar-\nquable par les amputations et les « entr'actes » que Francœur y introduisit au\nxvine siècle. Dans les Noces de Figaro, on trouve 15 pages de « récitatif».\nDans la Vestale de Spontini (pour la reprise de 1854), Auber introduit 143 pages\nde danse ! J'ai déjà parlé de Don Juan, chef-d'œuvre du genre; je n'y reviens pas.\nJe me borne à signaler un sujet où les observations à faire sont innombrables.\nLes textes musicaux manuscrits sont assez nombreux, mais ils sont loin de\nconstituer une base pouvant servir à une histoire critique. A ce point de vue, ils\nsont tout à fait insuffisants, il importe de s'en rendre compte.\nQuand nous étudions des œuvres antérieures au xvie siècle, notre premier\nsoin est de rechercher les manuscrits, de les classer en établissant leur filiation\net ce que les paléographes appellent stemma codicum. Pour l'étude des opéras\nmodernes depuis la dernière partie du xvne siècle, rien de semblable n'est pos-\nsible ; au moins une telle méthode ne peut-elle être appliquée qu'exceptionnelle-\nment (par exemple pour certains opéras de Gluck, où les manuscrits possédés\npar l'Opéra sont complétés par ceux que possède le Conservatoire). D'abord,\npour la mise à la scène de chaque ouvrage, ce n'est pas l'autographe que l'Opéra\nutilise, au xvine siècle, et conservera par la suite : il se sert d'une copie faite par\nun de ses copistes attitrés (et remplacée autrefois, pour l'usage réel, par un con-\nducteur, c'est-à-dire une réduction). Les manuscrits qu'on trouvera plus tard\ndans les bibliothèques ne seront que des reproductions de cette copie : tels, par\nexemple, les manuscrits de Rameau qui sont à la Nationale ; telle la partition\ndes Indes galantes (1735), celle de Castor et Pollux (1737); manuscrit exécuté en\n1753 (pour un riche amateur, M. de Fajole-Clairac, conseiller au parlement, et\nsigné par le copiste de l'Opéra). Ajoutons qu'aujourd'hui il est d'usage de faire\ngraver l'œuvre avant la première représentation (ce qui est souvent un travail\nperdu, rendu inutile par les remaniements de la dernière heure). Le manuscrit\noriginal va, au hasard des circonstances, chez un collectionneur ou quelque héri-\ntier de l'auteur ; rien ne le dirige nécessairement vers les archives où sont les\npapiers officiels. Si nous possédons la partition entière, manuscrite et autogra-"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.5", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nphe, de la Juive, il a fallu aller l'acheter à Berlin, où elle avait émigré (par suite\nde la vente, après décès, du fonds Schlesinger).\nDe J.-B. Lulli, nous ne possédons aucun manuscrit. L'indication Man. mise\npar de Lajarte à côté de quelques titres de son catalogue doit être entendue\ncomme désignant une copie récemment exécutée (telle la partition des Peines et\ndes plaisirs de Vamour de Cambert, 1671, manuscrit d'ailleurs très remarquable\nfac-similé d'un imprimé, et exécuté il y a quelques années par les soins de\nM. Nuitter). De Rameau, on a seulement les additions manuscrites qu'il a faites\nlui-même, après coup, à plusieurs de ses œuvres. Pour Gluck, on est plus riche.\nDans les autres cas, deux groupes de documents sont à utiliser : i° la dernière\npartition qui a été gravée ou imprimée du vivant de l'auteur, et qui fait autorité ;\n20 surtout les parties séparées, qui seules peuvent nous renseigner exactement.\nAinsi, pour Zéphyre et Flore de Lulli (1688), nous avons 32 parties de chœur et\n19 parties d'orchestre (avec une partie de clavecin très importante) ; pour la\nDidon de Desmaret (1693), nous avons : i° un second dessus, une taille (ténor),\net une basse de chœur ; 20 un premier dessus et une haute-contre de violon ;\n30 une basse générale, une partie de basson, une taille (alto) et une basse de\nviolon. De même pour la plupart des autres opéras.\nEn somme, l'Opéra ne possède que des manuscrits fragmentaires. Le composi-\nteur le plus abondamment représenté dans les collections est Meyerbeer : nous\nn'avons pas moins de 1.010 pages autographes de l'auteur des Huguenots (dont\nle Livre d'esquisse s, contenant des motifs pour les opéras italiens de la jeunesse\nde Meyerbeer, pour Robert le Diable, etc., et formant un ensemble de 285 pages);\n(96 pages pour Cinq-Mars, etc.) Je citerai encore des autographes fragmentaires\ndes compositeurs et ouvrages suivants :\nLouis de Lulli, Zéphire et Flore (1688. Louis est fils de J.-B. Lulli).\nRameau : Daphnis et Eglé, 1633 (28 p) ; fragments de la Naissance d'Osiris,\n1731 (29 p.) ; le Retour d'Astrée, 1757(26 p.), plus les additions faites par\nl'auteur lui-même à ses opéras imprimés. —• Gluck: Armide, 1777 (actel,\n48 p.; 111, 14p. ; IV, 40 p.j ; fragments d'Orphée, 1762 (59 p.); ouverture\ninédite et deux airs de danse (19 p.). Philidor: Thémistocle, 1785. —Sac-\nchini : Dardanus, 1784. Gossec : Rosine, 1786. —Jos. Haydn :Il niondo délia\nLuna, 1777. Grétry : Ouverture pour la Fête de la Raison. —A. Salieri : Ta-\nrare, 1787. Cherubini : Ali-Baba, 1833. —Berton :le Laboureur chinois, 1813.\nMéhul * les Amazones, 1811. Boïeldieu :le Nouveau Seigneur du village,\n1813. Meyerbeer :/' Africaine, 1865. Rossini :le Siège de Corinthe, 1826\nHalévy : Guido et Ginevra, 1838. —Hérod : airs de ballet. —Auber \"le Serment,\n1832. Spontini : Murmahal (ballet). —Donizetti :la Favorite, 1840. —Berlioz:\nadditions au Freischutz ! Adam : Giselle, ballet, 1841. —F. David : Hercu-\nlanum, 1859. —Bellini,// Pirata, 1827. —A. Thomas : Betty, ballet.— Wagner :\nballet pour Tannhàuser. Verdi : Othello, 1886. —V. Massé :la Mule de Pedro,\n1863, etc.\nLa collection des livrets des opéras a été constituée en grande partie à\nl'aide des fonds baron Tailor et Silvestri. Elle comprend, en éditions diverses, les\nlivrets non seulement de tous les opéras et ballets, mais ceux de beaucoup\nd'oeuvres représentées dans les divers théâtres de Paris depuis le xviie siècle, et\nen Italie depuis le xvme.\nSur la mise en scène des œuvres anciennes, nous n'avons pas de documents"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.6", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ndirects, cette partie essentielle du travail delà représention ayant toujours été\nconsidérée comme la propriété du « metteur en scène », qui la vendait à des\nthéâtres de la province ou de l'étranger. (Le recueil de Palianti : Collection des\nmises en scène des grands opéras et opéras comiques représentés à Paris, commen-\ncée en 1837 et comprenant plusieurs centaines de fascicules, exprime la manière\nde voir d'un amateur compétent, mais n'a aucun caractère officiel). En revanche,\nnous avons beaucoup de documents sur la partie décorative du drame lyrique,\nsur les arts du dessin et les accessoires.\nIII\nD'abord (au musée de l'Opéra), trois oeuvres curieuses quoique de seconde\nmain :\nLa coupe de la salle de théâtre da Palais-Royal, construite sons Richelieu, occu-\npée par Molière jusqu en 1673 et par VAcadémie royale de musique, de 1673 à 1763,\ndate où elle fut incendiée (6 avril), reconstruction par M. Duvignaud ;\nLa coupe de la Salle du théâtre des machines au palais des tuilleries, dans laquelle\nrAcadémie royale de musique donna des représentations de 1764 à 1770, recons-\ntitution par le même ;\nLes décors et machinerie théâtrale au XVIIIe siècle, scène de P Opéra au Palais-\nRoyal, 1770-1781, d'après un dessin, par Philippon.\nSur les décors, nous possédons trois sortes de documents : i° les pièces d'in-\nventaire, qui donnent sommairement le nombre des châssis, des colonnes, le style\ndes « fermes », la matière dont les objets sont faits, et leur prix ;20 des images,\ngravées ou lithographiées ; 30 des maquettes ; depuis l'inauguration du nouvel\nOpéra, un article spécial du cahier des charges oblige les directeurs à versera\nla Bibliothèque les maquettes de tous les décors nouveaux destinés aux œuvres\nmontées ou reprises.\nDans une vitrine du musée, sont conservés deux décors de Vigarani (xvne s.)\nreprésentant un palais et un camp. (Sous Louis XIV, les décors étaient dessinés\net peints d'après les lois absolues de la perspective, si bien que le fond du décor\nétait beaucoup plus petit que la partie antérieure, et qu'un acteur sortant d'un\npalais situé dans le lointain était obligé de se baisser pour arriver sur la scène.)\nDans la série des dessins, certaines pièces sont très précieuses. Du xvme sièclé,\nnous avons deux chefs-d'œuvre dessinés (1788) par Moreau le jeune pour le Dé-\nserteur de Monsigny (1769), une miniature de Cochin figurant une scène de la\nDuchesse de Navarre de Rameau ( 1745).\nLa collection des costumes est tout aussi riche. Elle comprend : i° les volumes\nin-folio où sont conservés des dessins originaux du xvne et du xvme siècle ;\nplusieurs d'entre eux proviennent du mobilier national ; les autres ont été achetés\nà des ventes particulières : aquarelles et dessins au crayon ou à la plume éma-\nnant de Boucher, Watteau, Eisen, Boquet, etc... Pour chaque ouvrage représenté\nily a des centaines d' « originaux » de Barthélémy, Ménageot, Dublin, Garneray,\nHippolyteLecomte, Louis Boulanger, Léopold Robert, Delacroix Eugène Lami,\nLépaulle, Paul Lormier, Albert Frémiet, Eugène Lacoste ; 20 des figures en bis-\ncuit de Sèvres, destinées à perpétuer le souvenir d'un succès retentissant ; elles\nparaissent avoir servi autrefois de cadeaux faits par le roi ou la reine ;30 des"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.7", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\npoupées habillées selon les différentes époque du costume, ingénieuses reconsti-\ntutions qui permettent de comparer les usages aux diverses époques.\nLes portraits (gravés, coloriés, photographiés) d'écrivains, de compositeurs et\nd'artistes (auxquels il faut joindre les bustes disséminés dans le monument)\nferment la collection la plus riche. On a souvent regretté que des chanteurs et\ndes cantatrices célèbres il ne restât qu'une image muette et glacée. La musique\nest un souffle qui passe ; et A. de Musset, dans les vers à la Malibran, a dit com-\nbien la destinée de l'artiste lyrique était différente de celle du peintre ou du\nsculpteur. Aujourd'hui, ces doléances ne seraient plus aussi légitimes. Dans un\nde ses feuilletons du Moniteur, il y a soixante ans, Th. Gautier écrivait ces lignes\ncurieuses, rappelées, il y a une semaine, par M. Adrien Bernheim : « Un jour\npeut-être, lorsque la critique, perfectionnée par le progrès universel, aura à sa\ndisposition des moyens de notation sténographiques pour fixer toutes les\nnuances du jeu d'un acteur, n'aura-t-on plus à regretter tout ce génie dépensé\nau théâtre en pure perte pour les absents etla postérité. De même qu'on aforcé\nla lumière à moirer d'images une plaque polie, l'on parviendra à faire recevoir et\ngarder, par une matière plus subtile et plus sensible encore que l'iode, les on-\ndulations de la sonorité, et à conserver ainsi l'exécution d'un air de Mario, d'une\ntirade de Mlle Rachel ou d'un couplet de Frédérick Lemaître. »Ce rêve de poète\na déjà reçu un commencement de réalisation. Dans les sous-sol de l'Opéra vien-\nnent d'être soigneusement installés des cylindres (procédé Edison) sur lesquels\nla voix de nos meilleurs artistes du chant est emmagasinée...\nIV\nParmi les documents accessoires ou secondaires, très importants, à l'occa-\nsion, pour fixer un point d'histoire, je citerai :\ni° Les affiches.\nLeur usage se lie à l'organisation même du théâtre lyrique. Elles ont une\nhistoire. A Athènes, où on ne jouait qu'une fois par an, et où les représentations\nétaient liées à une grande fête religieuse (les chorèges étant nommés près d'un\nan à l'avance), quelque chose d'analogue à nos affiches était peu nécessaire. Il\ny avait cependant une annonce (Schol. d Eschine, contre Ctésiphon, 67) sous\nforme de prélude (7rpoaywv), de cortège (xwjjloç), d'explication verbale\nchez les Romains, il y avait un prologue (tradition grecque), avec pronuntia-\ntio tituli et recommandations de toute sorte aux spectateurs pour leur bonne\ntenue ;au moyen âge, il y avait, en très grande pompe, le «cri », la procla-\nmation et la « monstre », comme nous le savons par les documents relatifs au\ndrame de Saint Martin (1496) et aux Actes des Apôtres (1547). Les affiches du\nxvne siècle (rendues nécessaires par la fréquence des spectacles, l'arrivéede comé-\ndiens étrangers, etc.), se ressentent de l'ancien « prologue » et de l'ancienne\n« proclamation ». Voici comment est rédigée la plus ancienne connue (1658) :\n« La seule troupe royale entretenue par Sa Majesté. Vous aurez demain mardi\nXVIJ jour de décembre, le feint Alcibiade, de Monsieur Quinault ; c est tout ce que\nnous disons sur ce sujet, puisque vous scave£ la vérité de cet ouvrage. A vendredi\nprochain la Toledane ou ce l'est, ce ne l'est pas, en attendant le grand Cyrus de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.8", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nM. Quinault. Deffense aux soldats d'y entrer sous peine de la vie ; cest à l'Hôtel de\nBourgogne, à deux heures précises. »\nQuelques autres particularités sont à signaler. La première affiche de l'Opéra\nque l'on possède (celle que je viens de citer concerne la Comédie-Française) est\ndu 26 janvier 1779 et annonce Castor et Pollnx de Rameau, mais sans indiquer\nle nom de l'auteur ; en même temps, et comme seconde pièce, elle annonce II\nGeloso in cimento (le Jaloux à l'épreuve), opéra bouffon en 3 actes, en mention-\nnant, cette fois, le nom de hauteur : « el signor Anfossi ». Castor et Pollux est\ncensé connu de tout le monde ; seule, la pièce secondaire et nouvelle est accom-\npagnée du nom du compositeur. Des chanteurs et des danseurs, on ne dit rien.\nL'affiche est petite, oblongue ; sous l'ancien régime, la Révolution, le Consulat et\nl'Empire, elle a gardé, pour la rédaction, le caractère dune de ces annonces que\nnous voyons souvent sur les murs de Paris et qui avertissent que tel jour, à telle\nheure et en tel lieu, il y aura, par exemple, une adjudication pour un objet déter-\nminé. Ce format persiste jusque vers le milieu du xixe siècle, où le papier des\naffiches est imprimé en long et non plus en travers. On attribue à Napoléon\n(1810), toujours attentif aux choses du théâtre, l'initiative de l'innovation qui a\nconsisté à nommer les artistes. On les groupait sous deux rubriques : chant et\ndanse, en suivant une hiérarchie qui est encore observée de nos jours dans la\nrédaction des affiches de la Comédie-Française. Ce n'est pas le principal inter-\nprète de la pièce qui est nommé le premier, mais l'artiste le plus ancien dans la\nmaison. Ainsi, sur les affiches des premières représentations de la Muette (1828),\nGuillaume Tell (1829), de Robert le Diable ( 1831), des Huguenots (1836), on voit\ndes coryphées cités avant un ténor ou une forte chanteuse. Sous le premier Em-\npire et jusqu'aux premiers temps de Louis-Philippe, on ajoutait aux noms des\nartistes du chant et de la danse ceux des cinq ou six premiers solistes de l'or-\nchestre, ce qui, au point de vue artistique, était une excellente idée. C'est seulement\nen 1850 que nous voyons les noms des rôles à côté de celui de leurs interprètes.\nAinsi l'affiche du 2 septembre 1850 annonce, « pour la réouverture de\nl'Opéra », Mlle Alboni et la rentrée de MM. Barroilhet et Roger dans la Favorite\n( 119 e représentation), opéra en 4 actes de MM. Alphonse Royer et Gustave Waez,\nmusique de Donizetti, divertissement de M. Albert, décorations de MM. Philastre\net Cambon (actes I et III), de MM. L. Feuchères, Séchan, Diéterle et Desplechin\n(actes II et IV). Ml,e ALBONI remplira pour la première fois le rôle de Léonor ;\nM. Barroilhet, celui d'Alphonse ; M. Roger, celui de Fernand ; M. Levasseur,\ncelui de Balthazar. Mlle Flora Fabri rentrera par un nouveau pas de deux\n(au 2e acte) avec M. Mérante. » Suit l'énumération de tous les autres interprètes,\nsous deux rubriques, chant et danse. On voit combien la lecture d'une vieille\naffiche est instructive !\n20 Mentionnerai-je encore de menus objets ? On garde précieusement à l'Opéra\nune bretelle ensanglantée du duc de Berry, mortellement frappé par « une idée\nlibérale » le 13 février 1820 à sa sortie de l'Opéra (le soir où l'on jouait le Carna-\nval de Venise, ballet en 1 acte de Milon, musique de Kreutzer et Persuis, le Ros-\nsignol, opéra en 1 acte, paroles d'Etienne, musique de Lebrun, et les Noces de\nGamache, ballet en 2 actes, de Milon, musique de Lefebvre) ; le verre de Jélyotte,\nl'encrier de Spontini, l'épée de M. Gailhard dans les Huguenots, la chemise de la\ndanseuse Emma Livry, et d'autres bibelots, très recherchés aujourd'hui par les\nauteurs de certains ouvrages illustrés sur la musique."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.9", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\nEn somme, si l'on ajoute aux documents conservés aux archives, au musée et\nà la bibliothèque de l'Opéra, ceux qui se trouvent àla Bibliothèque et aux Ar-\nchives nationales, on a, pour la période moderne du drame lyrique, des sources\ntrès riches et très précieuses de renseignements. Dans ces divers dépôts, il y a juste\nassez de lacunes, et parfois de confusion, pour laisser au critique l'initiative qui\ndouble l'intérêt de son travail.\nMe voici arrivé au terme de mon introduction. J'ai défini mon sujet, et indiqué\nses divisions ; j'ai dit d'après quelle méthode il pouvait être traité. Je n'ai plus\nqu'à entrer en matière et à commencer par le commencement, c'est-à-dire par\nles anciens. Cette histoire que j'entreprends, et qui est aussi intéressante au point\nde vue social qu'au point de vue artistique, m'apparaît comme une tâche qui\nsera très longue et demandera plusieurs années d'étude. Je voudrais l'arracher\nau terre à terre des menus détails, à la sécheresse des nomenclatures et des\ndates, pour la replacer dans un beau cadre vivant et la rattacher à ce qui est\nhumain, universel. Son ampleur même est un attrait, et je ne songe nullement\nà la simplifier ou à la réduire. Je m'interdirai les digressions ; mais je compte\nne jamais oublier que l'Opéra est à la fois la synthèse des arts et la résultante\nd'un état de la civilisation (état politique, religieux, moral) à un moment déter-\nminé. Le charme des recherches que l'on fait ici, au Collège de France, c'est\nqu'on peut les conduire en parfaite liberté d'esprit, en allant au fond des choses,\nsans aucune des préoccupations qui partout ailleurs limitent l'enseignement.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU.\n\n«SNIÉGOUROTCHKA»\nOPÉRA DE M. RIMSKY-KORSAKOFF.\n\nLe livret. — La musique et les chants populaires russes. — Notes biographiques\nsur le compositeur.\nNous avons reçu de Russie (Odessa) les notes suivantes qui nous semblent particulièrement\nintéressantes au moment où M. Albert Carré se prépare à jouer, sur la scène de TOpéra-\nComique, le très original ouvrage du grand compositeur russe.\nLorsque, en février 1880, Rimsky-Korsakoff fit les premières esquisses de son\nopéra Sniégourotchka, il avait composé déjà la Pskovite et la Nuit de mai ; des\nœuvres instrumentales telles que Sadko, la Fantaisie sur des thèmes serbes, la\nsuite orientale Atitar ; Y Ouverture sur des thèmes russes, Légende, avaient établi\nd'une manière indiscutable sa maîtrise dans la mélodique, l'audace de son har-\nmonisation, la puissante originalité de son instrumentation. Il avait reconnu en\nlui, avec cette absolue clarté artistique qui lui est propre, le don extraordinaire-\nment riche et brillant de la fantaisie, de la couleur, du mysticisme. Il se sentait\nattiré de plus en plus vers l'opéra, et, dans ce domaine spécial, c'est la poésie\ndes contes, le coloris particulier des légendes qu'il affectionnait par-dessus tout."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.10", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\nLà, il pouvait laisser libre cours à sa fantaisie ; il pouvait user sans crainte\ndes couleurs les plus fantastiques, tenter les expériences les plus osées de\ncoloris et de rythme ; il pouvait parler, en un mot, le langage mystique et\nnaïf de la fable. Mais il manquait à cet aristocrate de la forme, à cet amou-\nreux du beau absolu, une preuve aussi tangible qu'elle pût être en raison\nde l'extrême réserve qui lui est particulière de sa personnalité propre, de son\nmoi intime. Il composa Sniégourotchka, que l'on peut considérer comme étant\ncelle de ses œuvres dans laquelle la subjectivité si peu apparente de son talent,\net en particulier l'élément lyrique, atteignent le plus de relief. Avant toutefois\nd'examiner par quels procédés caractéristiques le compositeur a traduit ses im-\npressions intimes, quels sont les traits déterminatifs, essentiellement inhérents\nà cette nature de musicien absolu dans l'expression de son émotion, de ses\ncombats et de ses croyances, considérons le sujet lui-même qu'il a choisi pour\nêtre l'intermédiaire de sa pensée et de son sentiment.\nSous le ciel pâle de la Russie légendaire, dans la forêt de Jarilo (1), vivait\nune fois une jeune fille qui était belle et froide comme la neige. Et comme elle\nétait enfant du grand-père Hiver et de Printemps-Joli, on l'avait nommée Snié-\ngourotchka (2). Elle vivait dans la solitude, et ses parents l'entouraient de froid,\ncar 011 la cachait devant l'Eté jaloux qui avait fait serment delà tuer, en la fon-\ndant au premier rayon du soleil et de l'amour. Mais Sniégourotchka entendait\nde loin les chansons du pâtre Lel ; elle l'avait vu jouer avec les jeunes filles du\nvillage, et son cœur s'était remplidu désir de voir le monde et de vivre de la vie\ndes humains. « Maman (3), dit-elle, j'ai entendu le chant des alouettes qui trem-\nblent sur les champs ; j'ai entendu le cri mélancolique des cygnes sur les eaux\ntranquilles et les roulades bruyantes des rossignols, tes chanteurs préférés. Mais\nj'aime mieux encore les chansons de Lel. Et jour et nuit je voudrais les entendre,\nses chansons de pâtre... et j écoute, et je fonds. » Pendant l'absence de ses pa-\nrents, Sniégourotchka devait rester dans la forêt. Mais le Printemps réclame\npour elle la liberté, et comme l'Hiver rappelle le danger qui la menace, ils con-\nviennent tous deux de la confier à la surveillance et à la protection de Bobil et\nBobilicha (4), qui vivaient à la limite du hameau et qui n'avaient pas d'enfants.\n« Sniégourotchka, lui dit sa mère, si tu es triste, appelle-moi, et quelle que soit\nla détresse qui t'afflige, aucune aide ne te sera refusée. » Et lorsque l'Hiver l'eut\nmise en garde une dernière fois contre le pâtre charmeur et ses chansons, les\narbres, les buissons, le bois tout entier prit congé de Sniégourotchka; elle quitta\nla forêt pour suivre ses parents adoptifs.\nDès lors la vie nouvelle que vécut l'enfant de neige la conduisit vers une fin\n\n(i) Nom dun dieu slavon, et désignation des fêtes du printemps célébrées en plusieurs en-\ndroits de la Russie jusqu'au xixe siècle.\n(2 Textuellement le grand-père Gelée et le Printemps-Rouge. Dans la langue russe, la saison\nla plus changeante de 1 année est représentée par une femme. Sniégourotchka vient du mot sniég\n(neige) ; donc enfant de neige . Dans la légende russe, Sniégourotchka est enfant de l'Hiver et\ndu Printemps.\n(3) Les citations sont traduites librement du russe.\n(4) Désignation populaire des paysans qui n'ont pas de terre."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.11", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\nétrange et tragique, car elle était tourmentée du désir d'amour et elle ne possé-\ndait point le pouvoir d'aimer.\nSniégourotchka avait aspiré à l'amour du pâtre-chanteur, mais elle fut aimée\npar un autre, le jeune et riche marchand Misguir. Pour elle, Misguir abandonne\nsa fiancéeKoupava, etlorsque celle-ci aexigé dutsardesßérendés (i), gardien des\nserments d'amour, que le peuple tout entier jugeât son fiancé, Misguir n'a que\nces mots : « Qu'aucune parole ne me justifie ! mais si toi, grand tsar, tu pouvais\nvoir Sniégourotchka... » Et elle paraît. Et devant tant de beauté le tsar ne peut\ncroire que le cœur de la jeune fille puisse rester insensible. « Etre si belle et ne\npas connaître l'amour ! dit-il. Que celui qui l'entraîne à l'amour avant l'aube, des\nmains du tsar la reçoive et l'emmène. »\nParmi les ombres du soir, il y a fête dans le bois enchanté, et tandis que la\njeunesse tourne en rond et que les vieux boivent du braga (2), Lel chante ses\nchansons Le bon tsar l'invite à choisir pour compagne une des jeunes filles.\nLe choix de Lel tombe sur Koupava. En vain Sniégourotchka supplie Lel de\nl'aimer. Lel a repoussé son cœur; Lel a renié son amour. Misguir redouble inuti-\nlement ses efforts pour allumer l'amour au cœur de Sniégourotchka. « Je n'aban-\ndonnerai pas tes mains avant de t'avoir dit avec des prières et des plaintes com-\nmentle cœur se ronge, combien fait mal à l'âme l'angoisse. » Fou d'amour devant\nle refus de Sniégourotchka, il la menace, lorsqu'un fauve la sauve de la force\nbrutale de son persécuteur. Aussitôt Lel et Koupava apparaissent, et Sniégou-\nrotchka tente de les séparer. Le couple la repousse. Désespérant de son pouvoir\nd'aimer, Sniégourotchka se souvient de la recommandation de sa mère, et à\nl'aube elle retourne dans la vallée de Jarilo, au bord du lac endormi. Des fleurs\nà peine écloses couvrent le rivage et la surface de l'eau.\n« Mère, ta fille abandonnée t'appelle, et elle pleure des larmes d'angoisse.\nApparais sur les eaux calmes pour entendre la plainte de ta Sniégourotchka.\nAutour de moi tous aiment, tous sont heureux, et moi seule je suis en peine. Je\nveux aimer et j'ignore les mots de l'amour, et je ne sens rien. Ma beauté se flé-\ntrit sans joie. O mère, donne-moi l'amour ! C'est à l'amour que j'aspire; donne\"\nmoi l amour de la jeune fille ! »\n« Enfant, lui répond la mère, je suis prête à te donner le don d'aimer, car mes\nforces d'amour recèlent une source intarissable. » Et elle passe à Sniégou-\nrotchka assise devant elle, une à une, toutes les fleurs qui vivent et qui chantent,\net qu'elle a charmées, et qui toutes donneront à la jeune fille une parcelle de leur\nbeauté et de leur puissance d'amour. « La fleur parfumée de l'aube printanière\néclairera la blancheur de ton visage ; le pur muguet l'illuminera de sa langueur.\nLa lychnide orgueilleuse bordera de velours vermeil tes lèvres, et le myosotis\ncharmant te donnera le sourire. La rose rougira tes seins, et le bleuet illuminera\ntes yeux. Le trèfle versera du miel sur tes lèvres. Le pavot étourdira ton cœur\net assoupira ta raison, et le houblon fardera tes joues et grisera tes sens. »\nEtlorsque Sniégourotchka a reçu du Printemps le don divin, mais peut-être\nmortel, de l'amour, et qu'elle revoit Misguir, elle peut, elle sait déjà l'aimer. « O\nnon, Misguir, mon âme n'est pas remplie de terreur ! Le cœur palpitant de\nSniégourotchka s'incline sur ton cœur. Sniégourotchka est tienne ; emmène dans\n\n(1) Population nomade d'origine turcomane.\n(2) Une boisson d'orge et de millet."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.12", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\nta maison ta femme. Je t'aimerai et te choierai. Mais fuyons vite ! Cachons\nnotre amour et notre bonheur devant le soleil 1 Les rayons de sang me tei i ifient !\nVois, vois, plus clair et plus terrible brûle l'Orient ! Prends-moi dans tes bras !\nLoin des rayons éblouissants du soleil, cache-moi dans l'ombre des arbres inclinés\nsur le lac ! » Devant le peuple tout entier réuni, elle se nomme sa fiancée et elle\ndit le bonheur nouveau pour elle qui l'enivre. « O tsar, demande-moi cent fois,\net cent fois je te dirai que je l'aime ! Devant le jour naissant, devant tout ton\npeuple, devant tes yeux, grand tsar, je suis prête à redire mes paroles et mes\ncaresses d'amour ! » Mais soudain un rayon de soleil perce les nuages et tombe\nsur la jeune fille, et lentement fond son corps de glace et son cœur. « Félicité\nou mort? Quelle extase ! Quelle délicieuse fatigue ! O Lel, tes chansons mur-\nmurentdans mes oreilles I J'ai du feu dans mon cœur, du sang. J'aime et je\nfonds, je fonds àla douceur de l'amour. Adieu tous, mes amis î adieu, mon\nfiancé 1 O cher, le dernier regard de Sniégourotchka pour toi 1 » Misguir ne\npeut pas vivre sans elle, et se jette dans le lac. « Si les dieux sont trompeurs, la\nvie n'a pas de prix sur la terre ! »\nOn le voit, rien de moins compliqué que ce sujet. Si l'on en excepte le symbo-\nlisme, qui, d'ailleurs, y joue un rôle fort restreint, point de sujet plus modeste\net qui ait moins de prétention.\nSa qualité particulière de conte, dont les origines se perdent dans le monde\nextraordinairement riche et fantastique des légendes de l'épopée populaire,\ns'oppose à tout conflit intime, à toute analyse de sentiment. Là, point de pro-\nblèmes de psychologie, point de systèmes ni d'énigmes. La peinture elle-même\nest fine, brillante, pleine de charme et d'émotion, voluptueuse parfois, mais\nsans fermeté, sans précision, sans logique. Cela est simple, naïf, bon et touchant.\nEt surtout cela est profondément national, plus encore, cela est essentiellement\npopulaire. La légende de Sniégourotchka est presque un type, qui réunit en lui\ntoutes les qualités et tous les défauts de l'âme du peuple qui Ta créée. Toute\nl'ancienne Russie slave vit en elle, avec ses cérémonies et ses chansons païennes,\nson panthéisme aimable, son culte ardent du soleil, toute sa nature, tour à tour\ngrandiose, oppressante ou mélancolique, toujours enchanteresse. En particulier,\nl'étrange et douce figure de Sniégourotchka représente bien l'âme de cette\nRussie toute de simplicité, de naïve bonté et de résignation que l'on ignore, et\nqui chante avec une si poignante tristesse dans sa musique. Comme elle, elle\ncherche, elle souffre, elle supplie. Elle ignore, et elle est pleine d'élan. Elle est\nopprimée, et d'indicibles désirs la soulèvent, Elle pleure, elle chante, elle prie:\net son âme est courbée sous le doute universel.\nSniégourotchka est un personnage de conte, dont le corps est de neige, ainsi\nque ledit son nom, et le coeur de glace. Elle est tourmentée du désir d'amour\net son impuissance d'aimer est absolue. Mais elle n'en souffre pas au plus pro-\nfond de son âme ; elle n'en est pas atteinte dans cette sensibilité qui lui manque\nde l'amoureuse qui sait et qui attend. Le conflit intime si conflit il y a est\nen quelque sorte artificiel, puisque l'impuissance d'aimer de la jeune fille résulte\nd'une cause, si lon peut ainsi dire, matérielle, qui suppose l'absence en elle d'un\npouvoir de réflexion, de sentiment et d'expression qui lui soit propre au même"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.13", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\ntitre divin qu'aux autres hommes. C'est ce manque de profondeur dans sa\nmanière de sentir, cette absence d'humanité dans son âme de femme, qui fait\nqu'elle ne nous émeut pas, qu'elle ne descend point jusque dans nos fibres les\nplus intimes. Son aspiration d'amour est en ce sens factice qu'elle n'est pas née\nde la chaleur de son âme, de sa piété de femme. Son origine première réside\nplutôt dans la curiosité, la curiosité ingénue et innocente des chansons du pâtre\nLel. (( Entendre tes chansons est ma seule joie. » Et lorsque Lel, en récompense\nde ses chansons, exige qu'elle l'embrasse, elle reste sans émotion, et lui refuse\nle baiser, ignorante de sa douceur. « Ne chante pas pour les jeunes filles qui\nignorent le prix de tes chansons. Pour moi, elles ont plus de prix que les baisers,\net t'embrasser, Lel, je ne le ferai pas. » Plus tard, lorsque, sous l'influence de sa\nfroideur, le volage Lel l'abandonne pour Koupava, c'est le dépit, l'orgueil\nblessé, qui lui font désirer l'amour. « N'as-tu pas honte d'offenser ainsi une\norpheline ? » Et plus loin, dans sa plainte à sa mère : « Mon père Hiver, et toi,\nPrintemps, vous m'avez donné l'envie au lieu de l'amour. Des nuits sans\nsommeil sont ma dot, et j'attends le jour sans joie. J'ai lavé mon visage\ndans la source froide, et je l'ai vu froissé de larmes et d'angoisse. » Enfin, son\namour est impersonnel ; l'objet de sa passion lui est indifférent ; elle aime\npour la douceur d'aimer, parce que pour elle c'est un sentiment nouveau, qui\néveille en elle des sensations qu'elle ignorait. Lorsque sa mère lui adonné le\ndon de l'amour, sous forme de chacune des fleurs du printemps, symboles des\ncaresses et des charmes d'aimer, c'est à la forêt d'abord, au lac, aux fleurs, aux\nbuissons, qu'elle chante l'excès de sa passion. «Quelle splendeur a revêtu la forêt\nverte I II est impossible d'aimer davantage le lac et le rivage I L'eau me fait\nsigne; les buissons m'appellent ! Et le ciel, maman, le ciel ! » De même que son\ncœur était étranger à son désir d'aimer, son âme est ignorante de l'amour qui\nl'enivre. Elle aime sans souvenance et sans pitié; son amitié est oublieuse du\nberger aux gaies chansons, et c'est Misguir, qu'elle rencontre le premier, qui\nreçoit son amour,\nQuelle grandeur, quelle délicatesse par contre dans l'admirable figure du vieux\ntsar ! Il représente par excellence la bonté naïve du peuple, auquel il ressemble,\net dont il a la simplicité et la résignation. Supérieur à son peuple par sa puissance,\nil est des siens par sa manière de sentir et son langage. Eux le nomment leur\npère, car il est sans rudesse et sans fausse condescendance, et son indulgence est\npleine du charme doux de sa vieillesse. Sa méditation est du rêve, du rêve sacré,\ngrandissant jusqu'à l'extase. Sa mélancolie est grandiose ; sa religiosité, solen-\nnelle. Mais avant tout il est simple, d'une simplicité invincible, qui rend irrésis-\ntible sa bienveillance pour les petits et les malheureux.\nCette simplicité patriarcale, qui est comme le signe distinctif de sa royauté,\nremplit tout entières deux scènes qui comptent parmi les plus belles : c'est celle,\nd'abord, oùlafiancée Koupava, délaissée par son amant Misguir, vient demander\nau tsar justice du tort qui lui a été fait. C'est presque une causerie d'égal à égal,\noù les questions et les réponses se suivent librement. Et quatre fois, pareilles à\ndes mains qui se tendent, reparaissent la même demande timide et pleine de\nlarmes de Koupava, et la réponse invariablement bienveillante du bon tsar :\n« Faut-il le dire, grand tsar ?» « Dis-le, dis-le, mon enfant ! » C'est ensuite la\nscène absolument délicieuse de l'entrevue du tsar et de Sniégourotchka. Il fau-\ndrait la citer tout entière, et la citer dans sa langue originale, dont aucune autre"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.14", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\nlangue au monde ne peut rendre les infinies nuances de naïveté, de sim-\nplicité et de bienveillance. Des traits tels que 1-offre ingénue de Sniégou-\nrotchka au tsar d'aller cueillir avec lui les muguets qu'il aime tant : « Quel dom-\nmage que les muguets se fanent si vite 1 Si tu m avais dit que tu les aimes, depuis\nlongtemps je t'en aurais apporté quelques bouquets. Tous ne connaissent pas\ncomme moi le bois, ainsi que leur maison. Si tu veux, viens avec moi : je t in-\ndiquerai l'endroit. )> Et le tsar de répondre : «Je ne pleure pas de voir les fleurs\nse faner. Une fleur si belle s épanouit devant mes yeux, que je legarde, et ne puis\ncroire : est-ce un rêve, ou est-ce bien toi, petite fleur devant moi ? » et 1 idéale\ndouceur paternelle avec laquelle le tsar la questionne sui 1 éveil de son coeur et\nl'ami de son choix, sont absolument significatifs pour la sensibilité délicate et\nsubtile de ce peuple si plein de rêve et de mélancolie.\nToute en lumière, en jeunesse et en insouciance est la gaie figure du pâtre\nLel. Il symbolise la poésie douce de son peuple; il incarne en lui la chanson po-\npulaire. Son rôle est un trésor de chansons et d'airs sortis du peuple, dans les-\nquels il se résume, dans lesquels, en quelque sorte, se résout sa nature, sa\nraison d'être. Son caractère tout entier est défini par la mélodie, mélodie musi-\ncale qui est la substance essentielle, déterminante, de son rôle, mélodie natu-\nrelle, facile et légère de son être de joie et d'amour.\nIl n'est pas méchant, le joli berger Lel 1 II n'a pour lui que ses chansons, mais\ntoutes ses chansons font fondre les cœurs. Lorsqu'il chante la première fois pour\nSniégourotchka, elle est près de pleurer. Ne chante-t-il pas la « fillette orphe-\nline, qui naît pour le chagrin, grandit sans caresses et meurt sans amour, comme\nla petite fraise des bois, née sous un buisson, mûrit sans chaleur et périt de\nfroid ? » Alors, pour la consoler, il choisit une chanson qui lui paraît plus gaie :\n« Mon puits gelé, sur les mousses, dans les marais, ne répands pas ton eau.\nN'empêche pas, sur les sentiers, sur les chemins, les filles de courir. » Et tout\naussitôt des jeunes filles paraissent, qui emmènent le pâtre chanteur, et le cœur\nde Sniégourotchka est plus triste que jamais. C'est encore la même insouciance\nde l'oiseau qui chante, qui lui dicte la chanson delà pluie, le soir de fête, dans le\nbois enchanté : « Toi, gronde, tonnerre, et moi je répandrai la pluie. Nous arro-\nserons la terre d'une pluie de printemps, et les petites fleurs se réjouiront. Et\nles jeunes filles iront cueillir des fraises, et les jeunes hommes les suivront. »\nQuant au Printemps, c'est moins la jeunesse et l'amour que la nature, la terre\nelle-même qu'il symbolise. Il apparaît sous les traits d'une jeune femme, portée\npar des cygnes et entourée d'une suite d'oiseaux. Elle parle aux arbres de la forêt\net à l'eau dormante du lac. Elle fond la glace des étangs et secoue la neige des\nbuissons. Elle charme les fleurs, toutes les fleurs de la saison dont elle porte le\nnom, « les fleurs qui vivent et qui chantent », et qui toutes contiennent un don de\nl'amour. Elle ne réapparaît plus alors que vers la fin de la pièce. Et la rareté de\nson apparition, son retour dans le même paysage, il est vrai, mais avec sa\nrésignation douce devant l'Eté lumineux et brûlant, qui lui prendra sa fille au\npremier rayon de soleil et d'amour, expriment bien la mélancolie de son règne\néphémère près de finir : « Le Printemps s'élève de l'eau du lac, entouré de\nfleurs. »\nCe sujet de Sniégourotchka est emprunté au conte printanier du même nom"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.15", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\nd'Alexandre Nicolaiévitch Ostrowsky (1823-1886), le créateur de la comédie\nbourgeoise russe. Sniégourotchka, écrite en 1873, est la seule pièce que cet auteur,\npeintre par excellence de la vie des marchands, et dont les types sont impi-\ntoyablement pris sur le vif, ait empruntée au cycle des légendes russes.\nLe choix que Rimsky-Korsakoff a fait d'un tel sujet me paraît caractéristique\npour son goût, son tempérament, sa complexion artistique tout entière.\nJ'ai signalé déjà la nature particulièrement objective de son talent. Dans ses\nœuvres sa personnalité intime se trouve toujours loin à l'arrière-plan ; elle n'entre\njamais dans le cadre de la méditation. Plus réservé sous ce rapport que n'importe\nlequel de ses collègues russes, Rimsky-Korsakoff est moins heureux, en général,\nqu'eux, daus ses œuvres purement instrumentales, notamment celles qui n'ont\npas pour base un programme, de préférence poétique. La cause en est, sans\ndoute, que les formes pures de la composition strictement instrumentale sup-\nposent une certaine subjectivité artistique, capable de parler d'aspirations, de\ndoutes, de combats intérieurs. En outre, le talent de Rimsky-Korsakoff est pro-\nfondément national ; il est national par essence. Bien plus, il est essentiellement\npopulaire. Il procède directement du peuplé par son caractère éminemment mé-\nlodique. Comme la grande majorité de ses collègues, Rimsky-Korsakoff trouve\nmoins de charme dans la combinaison harmonique plus ou moins mécanique des\nsons que dans leur succession mélodique. Par la mélodie il a pénétré au plus\nintime de l'âme populaire. Il l'a recréée en sons dans sa propre âme, au point\nqu'il est difficile parfois de discerner ce qui lui appartient en propre et ce qui est\nde l'âme de la Russie. Et c'est ainsi que, malgré ses dons prodigieux d'harmo-\nnisation et d'instrumentation, la facilité de l'invention mélodique restera le trait\nfondamental et le plus attrayant de son talent musical. Son talent est enfin\nnational parle coloris, qui est le coloris même de son pays, de sa nature, de ses\npaysages, de ses aspects, de toute sa physionomie. Il doit son charme le plus\npénétrant à son art de peintre profond et enthousiaste de la nature et des saisons\nde la terre natale. Mais sa musique ne réfléchit pas seulement le ciel et la terre\nrusses. Elle réfléchit l'âme russe dans toute sa bonté naïve, sa simplicité pa-\ntriarcale et sa résignation dans le destin. Peu accessible à l'action et au mou-\nvement dramatique, elle est plutôt contemplative et rêveuse. Elle donne aux joies,\naux peines, aux efforts, aux doutes, à l'amour, à la mort même qu'elle chante,\nl'empreinte douce de sa méditation.\nL'on a pu constater à quel point le sujet de Sniégourotchka est riche de cha-\ncune de ces qualités.\nExaminons maintenant en détail, autant que le permet le cadre de cette étude,\nquelle est la langue musicale qui a fait de ce simple sujet de légende un vrai\nchef-d'œuvre de poésie, d'originalité et de vie.\n(.A suivre.)\n\nGETTEMAN."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.16", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nEXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nBERLIOZ, LAURÉAT ROMANTIQUE, JUGÉ PAR L'INSTITUT. — RAPPORTS INÉDITS\n(1832-1833).\n\nM. Boschot, lauréat de l'lnstitut, nous communique les bonnes feuillesdu très brillant ouvrage\nqu'il publie aujourd'hui même sous le titre ; Un Romantique sous Louis-Philippe, à la librairie\nPion. # .\nJusqu' à présent, les Rapports de l'lnstitut sur les envois </e Rome que lit Berlioz pour se confoi mer\naux règlements de l'Académie des Beaux-Arts sont restés inédits.\nLes voici, —et voici également les circonstances parmi lesquelles le jeune lauréat îomantique\nen fit connaissance.\nQuant à ses envois mêmes, à leur origine et à leurs réemplois futurs, nous ne pouvons que ren-\nvoyer aux deux ouvrages de M. Adolphe Boschot : La Jeunesse cLùn Romantique et Un Romantique\nsous Louis-Philippe.\nParis ! Au saut de la diligence, le matin du 7 novembre 1832, le lauréat,\nrevenant enfin d'ltalie, regagne son ancien quartier.\nPrès de Schlesinger son éditeur, près du chevalier Lesueur son bon maître,\nprès du boulevard de Gand et de 1 Opéra, près du café Cardinal et du café\nFeydeau où ses séides et lui avaientleurs habitudes, il revoit donc enfin, comme\nmarquant le centre de ses agitations de naguère, l'angle fatal delà rue Richelieu\net de la rue Saint-Marc. Voilà, dans cette maison (96, rue Richelieu), la man-\nsarde d'où il épiait les fenêtres de son Ophélia ; après le théâtre, il regardait\ns'éteindre, dans l'hôtel meublé de la rue Saint-Marc, la lampe de son étoile î\nAttiré par son point d'attache, il y revient ; il arrête une chambe, l'ancienne\nchambre d'Harriett Smithson. Tout de suite, en hâte, il écrit des billets laco-\nniques et les fait porter. Le soir même, il dînera vers cinq heures, chez son\nmaître si affectueux, avec Mme et Mlle Lesueur. Mais déjà, pour huit heures, il\ndonne rendez-vous à ses amis.\n« J'arrive à l'instant. Je loge rue Neuve-Saint-Marc, n° 1, dans l'ancien\nlogement d'H. Sm... C'est curieux! »\nA table, chez Lesueur, qui rêve toujours à ses idéologies, en présence de\nl'épouse du vieux maître et de ses filles, on parle des grandes idées que le\nspectacle de la ville aux sept collines peut faire naître chez un « jeune disciple\ndes Beaux-Arts » : ainsi s'exprimait le chevalier Lesueur. Ce novateur d'avant\n89, qui légitimait ses perfectionnements au système de Gluck par des citations\nd'Aristote ou de Denys d'Halicarnasse, ne manque pas d'interroger le pension-\nnaire de l'Académie sur les vestiges de la civilisation antique. La sensible\nMlle Eugénie, qui chantait avec tant de passion la lugubre Elégie en prose,\nn'oublie pas de lui dire tout le plaisir qu'elle a pris à recevoir le Ranz des vaches\nenvoyé par le jeune compositeur. Et Berlioz de parler de son Mélologue,\nimité de leur cher Thomas Moore, et conçu dans les montagnes où rôdent les\nbrigands.\nLe chevalier Lesueur, membre de l'lnstitut, communiqua sans doute à son\ndisciple préféré le Rapport où était jugé le Resurrexit. Ce rapport, concernant les\npremiers envois des lauréats de 1830, avait été lu, trois semaines plus tôt, à la\nséance publique du 18 octobre. Rédigé au nom de la section de musique et pré-"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.17", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\nR. M.\n2\n\nsenté à l'attention de la docte compagnie tout entière, il constatait d'abord que\n« les élèves musiciens avaient été avares de leur travail ». D ordinaire, un envoi\nmusical comporte « la partition, soit d'un opéra en un ou deux actes, soit d'une\nmesse solennelle ; cette année, les deux pensionnaires de Rome ne nous ont\nenvoyé que deux seuls morceaux ».\nSur Montfort, le Rapport disait des choses aimables et vagues. Et cela semble\nfort naturel : que pouvait dire l'lnstitut sur ce bon élève, si appliqué, si insi-\ngnifiant ?\nSur Berlioz, voici :\n« M. Berlioz a composé un Resurrexit et iterum venturus est. Ce pensionnaire,\ndans lequel on a reconnu une imagination vive, de l'exaltation, de l'originalité\nportée quelquefois jusqu'à une certaine bizarrerie, a droit aujourd hui à de plus\njustes éloges, en nous donnant la preuve qu'il a su mettre à profit les avis d'une\nsage critique. Son Resurrexit est écrit en entier avec chaleur, d'une manière\nsimple et large. Chant, orchestre, tout y est à sa place ; il a su produire des\neffets nouveaux mais naturels. Enfin, cette composition mérite véritablement\nune mention particulière : aussi on invite M. Berlioz à continuer, sans s'écarter\nde la bonne route où il est heureusement entré.\n« Ces deux jeunes compositeurs sauront apprécier les élogeset les avis qui leur\nont été donnés.\n« Qu'ils songent, à l'avenir, que la musique, pour le genre sacré surtout, exige\nun style et une facture fondés sur une étude approfondie des ressources\nqu'offrent la science du contrepoint et celle de la fugue. »\n« Verbiage, prose académique : une façon de néant »! Le Jeune-France, évi-\ndemment, juge ainsi le Rapport des «podagres » dès qu'il a quitté (en hâte) la\ntable de son maître.\nEt aussitôt, après huit heures, au café Feydeau, avec l'ami Gounet, propos\nplus libres, plus directs. Que fait-on à Paris ?Et que faut-il faire ? De quoi\nretourne-t-il ? Hector n'est que de passage : il compte partir pour l'Allemagne,\npresque tout de suite, et y jouir de sa pension. Mais, avant, il veut donner\nun concert ; il veut « lâcher sa bordée musicale » ! Qu'il se presse !\n■\nLe second rapport fut rédigé avant l'automne de l'année suivante (1833).\nDéjà Berlioz avait pris l'attitude d'un révolutionnaire musical ; il avait su, en moins dun an,\ndevenir le lion de la musique romantique. Bien que lauréat et touchant encore sa pension,\nbien qu'il restât à Paris quand il aurait dû être en Allemagne, il avait fort galamment fustigé\nl'lnstitut dans de fashionables chroniques.\nIl venait d'épouser enfin son Ophélia (3 octobre). A Vincennes près de la décorative tragédienne,\nil était tout à l'enchantement d'une idylle amenée par une année de tempêtes et de « volcanisme ».\n... Le 12 octobre, séance solennelle à l'lnstitut. Il serait question de lui et de\nses envois de Rome. Mais se montrerait-il sous la coupole ? Quel succès de\ncuriosité, quel scandale s'il y allait ! les « académiques » pouvaient-ils avoir\noublié ses boutades de l'Europe littéraire contre le prix de Rome ni aucune des\ngoguenardes impertinences de leur lauréat ? « L'illustre vieillard » (Cherubini),\nles podagres qui couronnent au petit bonheur, le bon chevalier Lesueur qui\nparle de Napoléon entre deux portes, et le concierge de l'lnstitut qui incarne"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.18", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nla majesté de l'auguste compagnie et révèle à Berlioz les petits seciets de la\n« sacrée boutique\nSi le Jeune-France venait à cette séance, il s'entendrait blâmer publique-\nment. Et puis, pouvait-il se montrer sans l'épousée dont il avait tant fait\nparler ?... D'autre part, ne pas venir, c'était lâcher pied, déserter devant 1 ennemi !\nOr, il lui fallait tenir tête à tous, fièrement, et crâner pour «'déconcerter bien\ndes prévisions sinistres ».\nA l'lnstitut, toujours la même cérémonie annuelle, 1 immuable distribution\ndes prix. Seule, la cantate n'est pas du même auteur. Voilà trois ans, Sardana-\npale, la sienne : l'incendie foudroyant ne s'était pas allumé... Cette année, le\nContrebandier espagnol de Thys.\nMême salle, même public. Sous cette froidecoupole, temple de 1 ennui et de la\nroutine ( pense-t-il), brouhaha, papotages d'inutiles empressés, d admirateurs et ;\nde féaux de l'lnstitut ! Çà et là, quelques Jeune-hrance grondeurs, reconnais-\nsables à leur chevelure audacieuse, à leur cravate fashionable, à leur sourire-\ncondescendant. Dès une heure, le petit amphithéâtre est bondé. En bas, on\nvoit les lauréats du dernier concours : Simard, sculpteur, et Baltard, architecte.\nOn attend, on s'impatiente. Enfin l'orchestre s'accorde... Puis on attend encore...'\nEt le maître de cérémonies, comme un fleuriste au milieu dun parterre,\nregarde avec satisfaction comment il a distribué les toilettes des dames sur les\ngradins.\nA trois heures sonnant, roulements de tambours et sonneries de clairons :\nl'Académie des Beaux-Arts fait son entrée. Le musicien Berton préside. Sur les\ngradins réservés prennent place, tous très correctement sanglés dans leur\nhabit à la et brodé de vert, le tricorne sous le bras et 1 épée trop\nguerrière les gênant pour s'asseoir, M. Ingres, Cherubini, le peintre Granet,>\nRaynouard, le baron Gros, Pradier, Paër, le jeune Paul Delaroche, Richomme,\nle chevalier Lesueur, Le Mercier, Ramey et autres immortels. On remarque\nl'énorme M. de Jouy, large., carré, dont le toupet colossal, magnifiquement crêpé\net arrondi en plein cintre, domine orgueilleusement la tête chauve de son petit\nvoisin, le baron Gros. S'\nL'orchestre exécute une ouverture du président, M. Berton.— On applaudit\navec plaisir, quand elle est finie.\nVient ensuite un interminable rapport sur les envois de Rome. Rapport\nvague et filandreux, parfaitement académique (pensent les Jeune-FYance). On y\nparle des bonnes traditions, des bons principes, des bons professeurs, des bons\nélèves qui deviendront à leur tour de véritables, de bons maîtres et peut-être -\nmême des membres de l'lnstitut. On donne les plus grands éloges au jeune'\npeintre Signol. . 0\nSur Berlioz, voici (i.) : ' >\n« Cette année, Messieurs, l'envoi musicaldes travaux de MM. les pensionnaires\nde l'Académie de France à Rome est peu considérable... Lt quartetto de\nMv Berlioz n'est pas proprement dit un morceau complet ; il semble tout au '\nplus n'en être qu'une préparation ; et, dans cette espèce d'avant-scène, nous IV\ndisons à regret, on trouve peu de mélodie, peu d idées arrêtées, une facture\n\n(i) On va lire d'étranges phrases : je les transcris textuellement. Je les ai copiées à Rome,\ndans la collection officielle des Rapports conservée àla Villa Médicis. - ' \" • - : - -"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.19", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nambitieuse, une absence totale de ce sentiment d'unité, si recommandée et si\nrecommandable dans les productions des beaux-arts, surtout dans celui de la\nmusique qui, plusqu'aucun autre art, étant purement sensitif,a plusbesoind'em-\nployer avec art les ressources qu'offrent à l'imagination les règles de l'unité.\n« Il est pourtant à regretter qu'un artistedoué d'uneimagination aussi féconde\nne veuille pas se dépouiller de ses formes bizarres.\n« Espérons pourtant que l'expérience, ce grand maître, le fera rentrer dans les\nbons principes et que nous aurons un bon compositeur de plus dans xM. Berlioz. »\nQuand au second envoi (l'ouverture de Rob-Roy), le rapport rappelait, avec\nune perfide discrétion, la récent échec de cette ouverture au Conservatoire :\n... « L'auteur a été jugé par le public, et il ne nous est plus permis de pro-\nnoncer. »\nA coup sûr. ses deux envois étaient peu dignes de lui ; toutefois, même médio-\ncres, ils pouvaient sembler supérieurs aux envois des autres pensionnaires.\nL'l nstitut, sévère pour l'extravagant Jeune-France, fut plein de douceur pour\n1 honnête musicien Montfort : « Clarté vive et spirituelle, orchestre brillant,\nmélodie élégante », ce Montfort a toutes les qualités, car « M. Montfort n'a\npas dédaigné d'étudier les grands maîtres ».\nL'l nstitut, indulgent à Berlioz l'année précédente, était bien sévère en 1833...\nAu vrai, des hommes, des artistes qui sont les concurrents de leurs élèves devant\nle public, peuvent-ils juger avec la même impartialité un lauréat qui s'est laissé\noublier à Rome, et un jeune conquérant qui s'installe à Paris, en moins d'un an,\ncomme un vainqueur ? on ne parle plus que de lui...\nCe rapport, lu à la solennelle distribution des prix, avaitété rédigé par Berton,\nrapporteur, et contresigné par Cherubini, Lesueur, Auber et Paér. Berlioz\nmarié, le chevalier Lesueur n'avait plus à favoriser ce disciple, naguère si em-\npressé près de ses filles.\nLes jours suivants, dans les journaux, on signalera « les sévères admonitions\ndonnées à M. Berlioz ».\nQue lui importe !\nRecevoir de telles remontrances, si paternes, n'est-ce pas conforme à sa des-\ntinée de novateur, de révolutionnaire? Et même ne lui est-ce pas utile ?...\nPrix de Rome, il deviendrait suspect aux romantiques si tous deux, lui et l'lns-\ntitut, n'entraient pas en hostilité. Le lauréat, par ses articles persifleurs, avait\nporté, à dessein, les premiers coups.\n(I).\n\nADOLPHE BOSCHOT\n\n— Ce volume,\ntrès original et curieux, contient des lettres intimes— d un réel intérêt docu-\nmentaire et historique, à cause de leur sincérité — sur Tausig, Kullak, Deppe,\net surtout Liszt, dont l'auteur fut l'élève enthousiaste. M. Vincent d Indy a orné\nle volume d'une préface que nous donnons ci-dessous et qui est charmante. Le\ncélèbre compositeur français évoque de délicats souvenirs de jeunesse ; avec\nmodestie, sans appuyer, et une bonne foi qui est la marque des grands ar-\ntistes, il crayonne quelques portraits délicats. Ces pages lui font honneur : elles\n\n(1) Extrait de Un Romantique sous Louis-Philippe, (chez Pion, éditeur).\n\nLETTRES INTIMES D'UNE MUSICIENNE AMÉRICAINE, TRADUITES DE L'ANGLAIS PAR\nMme B. SOURDILLOU (I vol. 209 p., 3 fr. 50, chez Dujarric)."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.20", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nsont fines et légères comme un pastel de Latour. Les letti es de Miss Fay ti adultes\npar Mme Sourdillou ne pouvaient paraître sous de meilleurs auspices. —C.\nC'était dans l'été de l'année 1873. Jeune etpleind jefaisais mon\npremier voyage à travers 1 Allemagne, et je m étais arrêté à Weimai, un peu\npoury vénérer les souvenirs encore vivants de Goethe, Schiller et Wieland,\nbeaucoup poury faire connaissance avec Liszt qui avait succédé à ces grands\nhommes dans les fonctions de roi spirituel de cette charmante petite capitale.\nMuni, comme viatique, delà partition de Rédemption, récemment parue, que\nmon maître, César Franck, m'avait chargé de remettre à l'ancien ami de sa jeu-\nnesse, je frappai, un matin, à la porte de la villa princière que le père du poème\nsymphonique occupait, et qui donnait sur le jardin grand-ducal.\nLiszt, contre mes prévisions, me reçut immédiatement. Il était de fort bonne\nhumeur, en train de prendre le matinal café au lait dans son vaste salon, et se\nmit aussitôt àme parler de Franck, de Saint-Saëns, de Berlioz, et surtout de\nl'oratorio Christus, son œuvre la plus récente, dont il venait justement de recevoir\nles épreuves ; moi, très troublé de me trouver ainsi en tête à tête avec un musi-\ncien déjà historique, je ne savais que balbutier, et c'était avec une navrante gau-\ncherie que je répondais à ses bienveillantes questions, mais peut-être cette gau-\ncherie même lui plut-elle comme un hommage à son génie, car ce fut la figure\nilluminée de cet ineffable sourireà l'attirance duquel nul ne pouvait se soustraire\nqu'il médit en terminant l'entrevue : « Revenez demain matin à la même heure,\nnous causerons, vous me direz vos espoirs. »\nC'est ainsi que, durant tout le temps de mon séjour à Weimar, Liszt me reçut\nchaque matin avec une simplicité et une affabilité qu'il n'est pas fréquent de ren-\ncontrer chez les artistes idoles, causant de tout: art, esthétique, philosophie,\navec une aisance et une facilité sans pareilles, et émaillant sa conversation de\nces tours de phrase mordants ou spirituels qui lui étaient particuliers.\n11 me confia une partie des épreuves de son Christus à revoir et à corriger, et\npoussa même la condescendance jusqu'à examiner l'esquisse de ma première\nœuvre d'orchestre, etm'en faire une critique raisonnée.\nA ce moment, j'étais entièrement sous le charme. Les silhouettes de Wieland,\nde Schiller, du grand Gœthe lui-même, pâlissaient à mes yeux auprès de la ca-\nractéristique figure encadrée de longs cheveux gris ; j'étais à ce point captivé\npar l'absorbante personnalité que je ne voyais rien autre à Weimar, et ne cher-\nchais en aucune façon à faire connaissance soit avec les innombrables jeunes\nhommes ou jeunes filles qui, sans trêve, faisaient retentir les échos de la petite\nville de leur agilité pianistique, dans l'espérance d'arriver à obtenir le titre, si\nambitionné, d'élève de Liszt.\nUn soir, je reçus un petit billet ainsi conçu : « Deux morceaux de vive et origi-\nnale allure seront lus demain matin, a 11 heures, au théâtre ;je vous convie à cette\nlecture. Fr. Liszt. )) Il s'agissait d'œuvres de la nouvelle école russe qui ve-\nnaient de paraître et dont l'une était, si j'ai bonne mémoire, la deuxième version\nde Sadko de Rimsky-Korsakoff. Je ne m'égarerai point à décrire cette étrange\nlecture d orchestre, faite dans un théâtre presque complètement obscur, et diri-\ngée d une façon aussi fantaisiste que fantastique par le magicien en soutane ;"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.21", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nsi je la mentionne ici, c'est qu'elle me procura l'occasion de connaître enfin quel-\nques-uns des disciples, souvent coudoyés par moi aux séances que Liszt donnait\nchez lui chaque vendredi, mais auxquels je n'avais point encore osé adresser la\nparole pour plusieurs raisons, timidité d'abord (mes compliments à l'une des\nmeilleures élèves ayant été fort dédaigneusement reçus), mais surtout notion\nplus qu'imparfaite de la langue allemande qui m'interdisait toute conversation\nsuivie.\nPour en revenir à cette répétition d'orchestre,J'auditoire en était fort restreint :\nquelques gens de haute volée, altesses sérénissimes et autres, et seulement une\ndemi-douzaine des disciples du maître.\nAu sortir du théâtre, l'un de ceux-ci émit l'idée d'aller tous ensemble dîner à\nune restauration renommée des environs de Weimar ; moi, ne me croyant nul\ntitre pour me mêler à ces privilégiés, je m'acheminais tranquillement vers mon\nhôtel, quand je m'entends interpeller par une claire et fraîche voix : « Et vous,\nne voulez-vous pas venir avec nous ? » Un peu interdit, je me retourne et mon\nregard croise celui d'une charmante jeune fille blonde que j'avais déjà remarquée\ndans le salon de Liszt, et qu'on m'avait dit être Américaine. J'allais m'excuser\npoliment, mais ce regard était si gracieux et si franc que je ne pus m'empêcher\nde répondre affirmativement à la question... et puis, un Français de vingt ans a-\nt-il jamais su résister à l'appel d'une jolie femme ?\nQuoi qu'il en soit, les derniers temps de mon séjour à Weimar se passèrent on\nne peut plus agréablement en la cordiale compagnie des six jeunes artistes ren-\ncontrés à cette répétition, chez lesquels la bonne gaieté n'excluait pas les\nsérieuses conversations d'art. Parmi eux, j'étais particulièrement attiré vers x\\nton\nUrspruch, que je retrouvai dernièrement à la tête delà rénovation de l'art reli-\ngieux en Allemagne ; vers Berthold Kellermann, un excellent garçon qui con-\nnaissait aussi mal le français que moi l'allemand, mais nous nous entendions\nquand même (il fut depuis directeur du Conservatoire de Munich), et surtout\nvers les deux charmantes Américaines, notes harmoniques de notre septuor :\nMiss Amy Fay, la blonde qui m'avait si gentiment adressé la parole, et son amie,\nla brune Josie Bâtes.\nLe moment étant venu où je devais quitter Weimar, Miss Bâtes, que son frère\ndevait ramener en Amérique, partait également, et nous fîmes route ensemble\njusqu'à Nurnberg; mais, avant le départ définitif, il y eut une première escale à\nEisenach où Miss Fay et d'autres élèves nous accompagnèrent, afin de faire un\npèlerinage à la Wartburg et à 1 Annathal que plusieurs d'entre eux, bien qu'habi-\ntant Weimar depuis longtemps, ne connaissaient pas encore.\nAprès le souper d'adieu, Miss Amy F'ay se mit au piano, et je pus enfin juger\nde son très réel talent. Je ne l'avais pas encore entendue, et la façon si expressi-\nvement simple dont elle interpréta la fantaisie et fugue en ut mineur de Bach fut\npour moi une révélation.\nJ'eus le sentiment d'être en présence, non point d'une virtuose comme la plu-\npart des jeunes Allemandes que j'avais entendues jouer chez Liszt, mais d'une\nvéritable artiste, sachant sentir et exprimer, et je me pris alors à regretter sincè-\nrement que cette soirée fût la dernière passée en sa compagnie.\nCette impression, comme il arrive des impressions reçues au printemps de la\nvie, resta profondément gravéedans mon esprit, bien que pendant plus de\nvingt-cinq ans je n'entendisse plus parler de miss Fay."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.22", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nIl y a quelques années seulement, un livre me tomba par hasard entre les\nmains : c'était l'édition anglaise des Etudes musicales en Allemagne ; inutile de\ndire avec quelle avidité je me jetai sur ces pages, dans la seule intention d'y\nrevivre un instant de ma jeunesse ; mais quel ne fut point mon étonnement de\ntrouver dans ce livre non pas seulement les souvenirs que j y cherchais, mais\nencore un intérêt soutenu et captivant, rehausssé par un style d une franchise et\nd'une simplicité charmantes! C'était bien toujours le caractère enjoué de la jolie\nblonde de Weimar, mais avec, en plus, une juste et prime-sautière présentation\ndes hommes et des choses (voyez le portrait de Liszt épars en plusieurs lettres,\nun petit chef-d'œuvre de vérité et d'observation), jointe à des raisonnements d une\nlogique et d'une précision tout américaines et à une émanation de volonté supra-\nféminine .\nEnfin, de la lecture de ce petit volume, dans lequel chacun, même le lecteur le\nplus superficiel, trouvera amusement et plaisir, il se dégage pour le lecteur artiste\nun précieux enseignement que Longfellow, l'un des premiers appréciateurs de\nces pages, a su clairement définir dans une lettre écrite spécialement à ce sujet à\nl'éditeur des Etudes musicales, et je ne puis mieux terminer cette modeste préface\nqu'en citant ici les paroles mêmes du célèbre poète : Ce livre est un bon livre,\net j'espère qu il fera comprendre aux jeunes gens que, pour atteindre la maîtrise\ndans un art quelconque, il faut de longues années d'études, d'efforts et de disci-\npline.\nC'est aussi mon avis très sincère.\n\nVINCENT D'INDY.\n\n— S'il est une collaboration touchante et digne de toute sympathie,\nc'est celle qui réunit le père et le fils, quand l'un et l'autre sont d'anciens élèves\nde l'Ecole de Rome. Sur de brefs poèmes écrits avec un goût parfait par\nM. Charles Dubois et d'une jolie note archaïque, M. Th. Dubois a fait une\nœuvre musicale charmante, pleine de grâce, de sentiment et de poésie, que\nj'ai entendu chanter avec infiniment déplaisir, à une des dernières séances du\nGymnase, par Mlle Demougeot et M. Plamondon : Chanson de pâtre, Incanta-\ntion, le Jeune Oiseleur, le Pêcheur de Syracuse, la Jeune Fille à la cigale, Prière\nde VEphèbe. M. Th. Dubois a déjà montré, par de curieuses pièces inspirées\nde Virgile, le vif sentiment qu'il a de la beauté antique. C'est une source d'ins-\npiration qui en vaut d'autres !... Ici, l'éminent compositeur nous fait goûter\nencore un art très juste d'expression, sobre, délicat et pur, antique par la netteté\nde la ligne mélodique, moderne par la souplesse de la forme qui reste toujours\nlibre, ingénue, un peu flottante, sans tomber dans la « romance ». Instincti-\nvement, dès la première page de ce recueil qui mérite d'être étudié de près, il\nemploie les formes caractéristiques de la musique grecque : à l'accompagnement,\ndes tenues de quintes ; dans le récitatif modulé, la gamme de mi H à mi S sans\nnote sensible, avec/a £ et do %, transposition du mode phrygien hellénique\n(premier ton du plain-chant). Ce n'est certes pas pour des raisons de ce genre\nque de telles compositions nous plaisent et nous touchent ! Lecharme ne s'analyse\npas ; mais il peut être dû à des convenances secrètes. Ailleurs, je retrouve\n(passagèrement) la gamme dorienne transposée (ut à ut avec 4 bémols, ou sol-sol\navec 3 bémols), etc... En plusieurs pages (comme l'exquise chanson du Jeune\n\n«ODELETTES ANTIQUES», MUSIQUE DE M. THÉODORE DUBOIS, POÉSIES DE M. CHARLES DUBOIS."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.23", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\n: Oiseleur). M. Th. Dubois me confirme dans cette opinion qu'en musique on peut\n.o-btenir des effets rares et déli-cieux, avec presque rien, sans fracas ambitieux et\nsans préciosité. La Jeune Fille àla cigale, sans aucune recherche imitative, —et\n.pour des raisons qui m'échappent, est un modèle d'expression appropriée au\nEn tout cela, il y a un sens du quod decet, une délicatesse, une légèreté de\nmain, une sobriété e{ une élégance que nous avons trop rarement à louer chez\n- nos contemporains dans des œuvres du même genre. Le piano convient-il bien,\npour l'accompagnement, à ces Odelettes ? Une flûte et un hautbois seraient\npeut-être préférables...\n\nJ. C.\n\nQUATRE POÈMES DE M. GABRIEL FABRE, CHANTÉS PAR MME GEORGETTE LEBLANC-\nMAETERLINCK (CONCERTS COLONNE). — De ces quatre œuvres de M. Gabriel\nFabre, trois sont écrites sur des paroles de M. Maeterlinck : J'ai cherché\ntrente ans, les Sept Filles d'Orlamonde, Cantique de la Vierge. Il ne me\nsemble pas que le musicien ait bien rendu la simplicité raffinée et l'allure mysté-\nrieuse de ces poèmes. J'aurais souhaité un accompagnement un peu plus riche\n■ et plus trouble pour ces paroles qui ne valent guère que par les résonances senti-\nmentales qu'elles provoquent. La déclamation est bonne, avec quelques bizarre-\nries dont on ne voit pas très bien la raison (« ont cherché les portes », « et ne\ns'égarent pas » ). A signaler quelques emplois tout à fait heureux du silence (!),\nqui, intervenant à propos, peut produire des effets si expressifs.\nM. Gabriel Fabre m'a paru beaucoup mieux inspiré par le quatrième texte qu'il\na choisi. C'était un poème chinois, Li-Taï-Pé (Ivresse d'amour), traduit par\nMnie Judith Gautier. Il est exquis, ce poème, et je ne résiste pas au plaisir de\nle citer ; h ,\n« Le vent agite doucement, à l'entour du palais des eaux, les fleurs enbaumées\ndes nénuphars. Sur la plus haute terrasse de Kou-Sou, on peut apercevoir le roi\nLou, étendu nonchalamment.\n. « Devant lui, Syché, la beauté même, danse avec une grâce incomparable, des\ngestes délicats et sans force. — Ah !...\n« Puis, elle rit d'être aussi voluptueusement lasse, et, languissante, vient s'ap-\npuyer du côté de l'Orient, au rebord de jade blanc du lit royal. — Ah !... »\nN'est-ce pas que cela appelle la musique ? Et elle est venue ; une.musique\ntrès enveloppante, très prenante, d'une saveur étrange, sans exotisme exagéré.\nAucun des mouvements indiqués par le texte, aucune des inflexions sentimen-\ntales qu'il exprime n'a été traitée d'une façon quelconque. Je vous signale en par-\nticulier la musique des passages suivants : le roi Lou, — étendu nonchalamment,\n'—fies gestes délicats et sans force, — voluptueusement lasse, — et surtout la\nlongue et expressive vocalise qui se déroule sur le premier Ah !\n• : Et là, incomparablement plus que dans les poèmes de M. Maeterlinck,\nMm? Georgette Leblanc-Maeterlinck fut-admirable : elle chanta avec une intelli-\ngence, une grâce, un abandon nuancé, qui sont d'une artiste de race.\n\nLA SYMPHONIE EN fa DE M HENRI DALLIER (CONCERTS COLONNE).\n\nJe croîs bien que si j'étais en veine d'écrire des symphonies, j irais demander\nquelques bonnes recettes à M. Henri Dallier. Décidément, notre organiste de la\nMadeleine est un. habile homme, et non seulement comme organiste, ce que"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.24", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nchacun sait, mais aussi comme symphoniste, ce dont les auditeurs des Concerts\nColonne ont pu se rendre compte en écoutant la symphonie en fa. Il y a là quel-\nques thèmes en petit nombre (en faut-il tant quand on connaît son métier ?) qu\nsont développés, tournés, retournés, malaxés en consciene pour la joie des ama-\nteurs. Il y en a un qui m'a bien plu, énergique et disant quelque chose : c est le\nthème en fa de l'allegro deciso dans la première partie. Les autres m ont paru\nmoins caractéristiques, surtout le second thème (en la bémol) de ce même allegro:\nc'est d'une beauté que je trouve un peu glacée; enfin, admettons que j aie la\nfièvre. Il m'a bien semblé, pourtant, qu'il y avait de très jolies choses dans\nY allegro moderato de la première partie, et que le début delà seconde promettait\nbeaucoup. Tout cela (les jolies choses et les autres) se développe d'une façon\nparfaite, savante sans complications inutiles, correcte, régulière, bien équilibrée;\nçà et là, quelque bonne formule que l'on entend toujours avec plaisir; les sono-\nrités sont bien choisies, heureusement groupées ; il y a même de la violence dans\ncertain crescendo de la seconde partie, ou tout au moins de l'agitation. Rien ny\nmanque, et en somme cette symphonie mérite bien l'accueil cordial qu elle a\nreçu du public. Rien n'y manque, sinon ce qui manque à bien d'autres œuvres:\nla petite flamme...\n\nPAUL-MARIE MASSON.\n\n— L'Or du\n\nL'OR DU RHIN, DE RICHARD WAGNER, AU THÉÂTRE DE MONTE-CARLO.\n\n«OMÉA» (FRAGMENT D'UN OPÉRA INÉDIT EN QUATRE ACTES) DE M. ARTHUR\nCOQUARD, AU CONCERT COLONNE.\nG.\n— Alors même que la place ne me serait pas\nmesurée en cette heure tardive, je me sentirais absolument incapable de faire une\nanalyse de cette œuvre. Elle m'a paru très puissante et très brillante: je ne\npuis rien dire de plus. M. Arthur Coquard, en qui j'aimais un mélodiste tout\nde sentiment, me paraît avoir pris tout d'un coup la 'grande lyre. Est-ce du\nR. Strauss > est-ce du Wagner > est-ce du Coquard que je viens d'entendre ? Je\nsuis accablé par les voix formidables de l'orchestre, déchaîné avec un art\nmagistral qui a dépassé mon attente. C'est grandiose et très fort. Auprès\nde ce public du Châtelet, qui est si difficile, le succès a été franc et très vif.\n\nFESTIVAL TH. DUBOIS.\nA. C.\n— La soirée du 10 février à la salle Monceau a été\ntout entière consacrée à des œuvres de M. Théodore Dubois Le public a fait\nfête à réminent compositeur, quand il s'est présenté pour accompagner au\npiano les mélodies interprétées par Mlle Guionie. Nous avons souvent dit ici\nquels exemples parfaits de composition et d'écriture musicale M. Théodore\nDubois donne dans des œuvres variées, qui vont de la mélodie de salon à la\ngrande composition symphonique.\nC'est un des rares auteurs contemporains qui puisse entreprendre et mener\nà bonne fin la construction d'un quatuor ou d'un quintette.\nEt si ce!a tente peu certains de nos réformateurs et révolutionnaires, c'est que\nla tâche implique une étendue de science musicale, une sélection d'idées, une\nprobité d'écriture, qui ne se rencontrent plus aisément. Voilà pourquoi le public\nde la salle Monceau a acclamé l'ancien directeur du Conservatoire, dont la\nretraite n'a point diminué l'activité."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.25", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nRhin est le prologue de cette œuvre gigantesque, l'Anneau du Niehelung, et\nforme, avec la Walkyrie, Sigfried et le Crépuscule des dieux, cette magnifique\nTétralogie que les privilégiés seuls peuvent aller voir à Bayreuth, et dont, à\nParis, on a commencé par jouer la seconde et la troisième partie. M. Raoul\nGunsbourg a préféré commencer la Tétralogie par le commencement. Et il vient\nde nous donner une magnifique et inoubliable représentation de ÏOr du Rhin.\nDans ce prologue, Wagner nous fait assister à la conquête de l'Or, dont le\ncharme maudit fera naître sur la terre tous les viceset tous les crimes. Le poème,\nd un symbolisme clair, nous montre la lutte des trois races qui, d'après la my-\nthologie germanique, peuplèrent d'abord la terre : les dieux, les géants et les\nnains. En apparence, les dieux sortiront vainqueurs de cette lutte ; mais ils ont\ntouché l'Or maudit ; l'Anneau magique par lequel Wotan devait triompher sera\nla cause de leur ruine : le crépuscule des dieux est proche.\nDans l'Or du Rhin, Wagner a appliqué totalement son système. Et nous assis-\ntons à l'union parfaite de la poésie et de la musique.\nQue dire sur cette partition qui n'ait été dit mille et une fois ? D'ailleurs à quoi\nbon ? Les concerts ont divulgué, popularisé cette musique. M. Raoul Gunsbourg\nl'a réalisée scéniquement, et c'est de cette belle tentative d'art qu'il importe\nsurtout de parler.\nRompant avec les traditions, ou plutôt les corrigeant et les complétant,\nM. Gunsbourg a tout d'abord exécuté l'œuvre dans les deux heures prescrites\npar Richard Wagner lui-même qui, pourtant, n'a jamais pu obtenir, même chez\nlui, à Bayreuth, que la musique durât moins de deux heures vingt. Ces vingt\nminutes, M. Guenbourg les a gagnées en accélérant le mouvement de certaines\npages, qui deviennent plus vivantes, et en déblayant les récitatifs : ainsi se trouve\ndéjà réalisée la volonté même, jamais encore accomplie, de Wagner. De même,\ninnovant pour les décorset pour les costumes, M Raoul Gunsbourg est arrivé\nà un spectacle simple, féerique, juste et parfait : c'est une de ses plus artistiques\nréalisations, non pas parla somptuosité et l'éclat qui ne sont pas de mise ici,\nmais par le style pur et la musicalité de la mise en scène.\nM. Van Dyck donne au rôle de Loge, le dieu du Feu, une légèreté malicieuse\nqui traduit bien la fourberie du personnage ; il le chante d'ailleurs en toute per-\nfection. M. Bouvet, dans le rôle d'Alberich, est admirable ; c'est une de ses plus\nbelles compositions : il a chanté avec une puissance et une rage superbes la\nmalédiction de l'Anneau. Wotan, c'était M. Nivette, dont la belle et solide voix\nde basse et l'allure de souveraine majesté ont été justement appréciées. Il faut\ncitera part M. Philippon, qui vient du café-concert pour jouer le rôle de Mime\navec un relief extraordinaire et une perfection musicale remarquable. Les deux\ngéants ont été rudement et robustement chantés et joués, comme il convenait, par\nMM. Vallier et Douaillier. xM. Fabert a chanté avec jeunesse et chaleur le rôle\ndu dieu Froh, et M. Ananian a fait sonner sa voix puissante dans le rôle du dieu\nDonner.\nMme xMally-Borga, belle comme une déesse, a fait admirer sa voix pure dans le\nrôle de Fricka. Mlle Maie Talési fut une touchante et poétique Freia, et Mme Des-\nchamps Jehin a chanté avec ampleur la magnifique page des prophéties\nd'Erda. /\nQuant aux trois filles du Rhin, ce fut un charme exquis d'entendre, har-\nmonieusement unies, leurs trois voix, prures et cristallines comme les ondes"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.26", "texte": "LA « NINA » DE DALAYRAC\n\nmêmes du fleuve : c'étaient M,,e Bailac, au contralto magnifiqueMme. Charlotte\nLormont, l'admirable cantatrice souvent acclamée dans les concerts, et Mme Vel-\nder, à la voix délicieusement timbrée.\nLes décors de M. Visconti, surtout celui du Nibelheim,' gouffre- du Eeu, sont\nadmirables. Et, grâce aux décors lumineux de M. Eugène F rey, 1 entrée des dieux\nau Walhalla, cette page grandiose qui conclut le chef-d œuvre, a. pu être réa-\nlisée de façon exacte, féerique avec simplicité.\nM reste à associer l'excellent orchestre de Monte-Carlo à ce beau succès d art\nmagnifique : l'honneur en revient à son chef éminent, M. Léon Jehin.\n\nE. D.\n\nLa « Nina » de Dalayrac (1786).\n\n« Le lundi 15, on a donné pour la première fois Nina, ou la Folle par' amour,\ncomédie en un acte et en prose mêlée d'ariettes.\n« Nina aimoit Germeuil', mais son père, qui lui destinoit un autre époux, a\nrefusé de l'unir à son amant.\n« Germeuil s'est battu contre son rival ; on a fait courir le bruit de sa mort et\nNina est devenue folle. Sa folie est d'attendre sans cesse le retour de son bien-\naimé à l'endroit où elle a reçu la fausse nouvelle de son trépas. Elle méconnaît\ntout ce qui l'approche. Son père même n'est plus à ses yeux qu'un étranger dont\nelle ne craint pas de déchirer l'âme en l'entretenant de sa douleur Enfin Germeuil\nreparaît sans être reconnu par sa maîtresse *, mais ses discours, ses caresses, et sur-\ntout un baiser, rendent à Nina sa raison, et la joie rentre dans tous les cœurs... »\nCe compte rendu, tiré du Mercure de France de mai 1786, nous offre une très\nfidèle analyse du petit drame sentimental queDalayrac anima de sa musique. Et\nla pièce en elle-même, paroles et musique, est un exemple caractéristique du goût\nfrançais sous le règne de Louis XVI.\nAujourd'hui, peut-être cette mince anecdote paraîtrait tant soit peu puérile. Je\ndoute que personne, à la mettre à la scène, malgré l'innovation (qui n'en est plus\nune aujourd'hui et qui, on le voit, ne date pas d'hier) du costume et des person'\nnages contemporains, y gagnât la gloire qu'elle valut à ses auteurs.\nMarsolier, qui écrivit la pièce, l'avait empruntée (le Mercure nous l'apprend) à\nune nouvelle d'Armand, laNouvelle Clémentine, tirée des Délassements d'un homme\nsensible. Que voilà bien un joli titre de ce temps !\nLe croirait-on cependant ? Le journaliste, tout en louant l'adresse et la manière\nattachante dont l'auteur a mis l'anecdote à la scène, émet quelques critiques...\n» - \\ ... ~\nmorales ! N'eût-il pas été nécessaire, insinue t-il, pour empêcher les jeunes têtes\nde s'exalter, de rappeler les droits paternels et de faire sentir que les convenances\ndes familles ne doivent pas toujours céder à l'effervescence des passions, de la\njeunesse ? » Voilà des scrupules qui ne sont plus des nôtres.\nAu surplus, nous nous intéressons surtout à la musique. Elle fut très goûtée\net Mlle Dugazon, dans le rôle de Nina, excita l'admiration générale, par son chant\nd'abord, ensuite et surtout peut-être par la perfection de son jeu. Elle mit si bien\nl'œuvre en valeur qu'on la traduisit l'année suivante en italien, et que Paisiello\nla mit en musique. Jouée à Nap.les en 1787 sous cette forme, elle revint en Françe"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.27", "texte": "CORRESPONDANCE\n\nen 1790 sans que son succès ait fait cependant oublier la musique de Dalayrac.\nElle n'a pas mérité, en effet, un oubli si rapide, la petite partition touchante\net gracieuse du compositeur français qui, sous forme de ballet, devait en ses\nthèmes principaux faire les beaux jours de l'Opéra jusque sous la Restauration.\nCertes, Dalayrac n'est pas un grand musicien. Il naquit dans un temps où, il\nne faut passe le dissimuler, l'art musical était chez nous, pour diverses causes,\nen sensible décadence. Né en Languedoc en 1753, à Muret, où son père était\nsubdélégué de la province, destiné au barreau, il n'apprit la musique qu'im-\nparfaitement .et dans un milieu où les maîtres habiles étaient, certes, fort rares .\nIl avait cependant un tel amour pour son art que ses parents, désespérant d'en\nfaire un avocat, l'envoient en 1774 à Paris, non pour qu'il fût musicien, mais pour\nle faire entrer parmi les gardes du comte d'Artois. Là, il complète tant soit peu\nson éducation musicale. Langlé lui enseigne l'harmonie. Il compose .. Et deux\nde ses petits opéras, en 1781, sont représentés à la cour. C'est le succès. Il dé-\nbute l'année suivante à l'Opéra-Comique avec l'Eclipsé totale et le Corsaire (1783).\nJusqu à sa mort, en 1809, il donnera plus de cinquante opéras, et sa dernière\nœuvre, le Poète et le Musicien, est donnée deux ans après qu'il a quitté ce monde-\nOn a dit justement de ces petits drames logiques qu'il n'en est pas un qui soit\nparfait ni pas un qui ne renferme quelques pages dignes d'être admirées Non\npas pour la facture assurément, ni pour la profondeur des idées Mais Dalayrac\na le sens dramatique. Il entend bien le théâtre, et surtout il a le don de trouver\nsans effort des mélodies touchantes, expressives et vraies. Il est rarement vulgaire,\net sans recherches ni raffinements il atteint quelquefois à l'émotion, autant que\nles minces sujets qu'il traitait le pouvaient permettre. L'air du comte (c'est le\npère de Nina exprimant son désespoir), que la Revue musicale publie aujourd hui,\nfournira l'occasion de constater que cet éloge n'est pas exagéré.\n\nH. Q.\n\nCorrespondance.\n\nParis, 18 février 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR DE LA Revue musicale,\nLa lettre publiée dans le dernier numéro de la Revue au sujet de ma récente\ncommunication sur le « piano symétrique » me montre que j'ai dû m'expliquer\ninsuffisamment, peut-être faute de figures. La définition n'en a même pas été\ncomprise, et les critiques exposées s'adressent à quelque autre instrument ima-\nginaire dont je ne puis bien comprendre la disposition, mais qui en tout cas\nn'aurait mê me pas été digne d un instant d'examen.\nLes touches, par exemple, y seraient « alternativement teintées », et l'auteur\nde la lettre, qui certainement n'ignore pas qu'il y a douze et non treize demi-tons\ndans l'octave, dit cependant textuellement que dans le clavier qu'il discute\n(( les notes de même nom, à distance d'octave, seraient de couleurs différentes ».\nEt il ne s'agit pas là, comme on pourrait le croire, d'un simple lapsus calami, car\nil développe les inconvénients « d'un clavier zébré présentant tantôt un do teinté,\ntantôt un do blanc ». On y voit encore, par exemple, « que les touches pour-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.28", "texte": "DANCE\n\nraient y avoir la tonique, la sous-dominante et la dominante teintées en bleu\nou noir et qu'une bande de toile reproduirait les divisions des touches avec les\nteintes », etc.\nL'idée de teinter ces touches étant l'annulation même du principe de transpo-\nsition, par bande ou autrement, qui est l'essence du clavier symétrique, je n'ai\npu me rendre compte de ce que serait un clavier ainsi conçu , mais en chei chant\nl'origine de toutes ces confusions, on pourrait peut-être la trouver en partie\ndans la première phrase de la lettre précitée ' « Un de vos coi 1 espondants pro-\npose un clavier où les douze demi-tons seraient actionnés pat des touches égales\net placées dans le même plan. » J avais, en effet, comme procédé d exposition,\ncommencé par indiquer ce type théorique, mais montré quil me paiaissait\nimpossible à réaliser, en particulier parce que l'octave n'y serait pas praticable,\nmême avec une réduction gênante de la largeur des touches. C'est donc en\nexposant les critiques qui occupent une partie de la lettre de votre honorable\ncorrespondant que je me suis arrêté au système suivant, que je vous demande\nla permission de résumer en quelques mots, car, présenté comme dans ladite\nlettre, il devient absolument méconnaissable pour vos lecteurs.\nAu lieu d'avoir une octave « allongée », des touches égales et rétrécies, des\n« steeple-chase » à exécuter dans le jeu des gammes diatoniques, le clavier\nsymétrique est tout l'inverse. Il est composé de touches inégales, ayant exacte-\nment les mêmes dimensions et les deux mêmes niveaux que les touches actuelles,\nmais disposées régulièrement, c'est-à-dire une noire après chaque blanche.\nIl en résulte que la largeur de l'octave est réduite, que celle d'un intervalle donné\nest toujours identique à elle-même, et que cette disposition rend extrêmement\nfacile et régulier le jeu des gammes diatoniques, sans aucun de ces ècarlements\nde doigts, comme demi* à fa dièse, par exemple, qui se rencontrent dans quinze\nsur seize des gammes diatoniques en usage sur le clavier actuel. Il n'y a plus\nque deux jeux différents, au lieu de douze, l'un commençant sur une touche\nblanche, l'autre sur une noire, et j'ai ajouté qu'avecun mécanisme de déplacement\ndu clavier d'un demi-ton, tel qu'on en construit couramment, on n'aurait même\nplus qu'un seul jeu, ce qui réduit au douzième les difficultés d'exécution des\ndouze tonalités.\nLa musique pourrait donc être écrite et lue dans un seul ton (apparent) et le\njeu correspondant serait toujours le même, quel que soit le ton (réel) d'exécu-\ntion. Il suffirait de déplacer les mains de la quantité nécessaire. Mais comme\nil serait difficile, sans point de repère, de reconnaître et maintenir ce déplace-\nment de l'origine une bande mobile, de toile légère, courant au-dessus du cla-\nvier, reproduirait la division des touches, et c est sur cette bande, et non sur les\ntouches qu'on teinterait en noir, soit les 2e, 4e, 7e, 9e et indivisions de chaque\noctave, de façon à reproduire la figure du clavier actuel, soit simplement les\nire, 6e et Be,8e, qui correspondent aux toniques, sous-dominantes et dominantes du\nton dans lequel on jouerait.\nSi, par exemple, le morceau toujours écrit en ut doit être joué en sol bémol\n(cequ'indique un l'armure actuelle), le jeu du bouton correspon-\ndant fait venir les r e la bande en face des sol bémol du piano, et l'on n'a\nplus qu à jouer en ut. Bien entendu, il n'a jamais été question de changer la posi-\ntion de la bande pour les modulations passagères, mais seulement quand il y a\nchangement de Varmure que la bande remplace purement et simplement. Le"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "157", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.29", "texte": "INFORMATIONS\n\ncontraire ne voudrait rien dire quand il s'agit de modulations non inscrites à la\nclef, et je ne m'explique pas comment un doute a pu venir à ce sujet.\nIl ne peut donc non plus être question, comme le craint aussi votre correspon-\ndant, ni de contresens harmoniques, ni de n'avoir plus qu'une gamme, ni de\nchanger les gammes actuelles, ni de toucher en quoi que ce soit aux œuvres ou\naux méthodes musicales. Aucune de ces questions, en tout cas, ne se pose au sujet\nd'un clavier symétrique, qui n'a rien à voir aux cordes, notes ou sons des instru-\nments à sons fixes, ni aux distinctions que peuvent faire seuls les autres instru-\nments entre un dièse ou un bémol 11 ne s'agit que de la forme matérielle de la\npartie antérieure des touches, et d'une différence de doigté qui n'intéresse en rien\nle corps de l'instrument.\nQuant à la méthode d'écriture dans un ton unique, elle n'a rien de nouveau,\net existe pour une foule d'instruments. Les flûtes, cors, hautbois, clarinettes,\nsaxophones, etc., tous les instruments transpositeurs qui ne jouent pas la note\nécrite, utilisent ce principe.La bande mobile du clavier, ou, si l'on veut, le dépla-\ncement des mains, représente exactement la modification de longueur des tuyaux,\nqu'ils soient mobiles, de rechange ou de construction, au moyen de laquelle on\nobtient le ton d'exécution voulu dans tous ces instruments.\nDu reste, une correspondance relative à ma communication m'apprend que la\nsymétrie du clavier est soutenue en Allemagne par toute une école de savants et\nde musiciens. L'idée est si naturelle, en effet, qu'il est impossible qu'on n'ait pas\ncherché à l'appliquer. La réduction au douzième des difficultés d'exécution et les\nautres avantages de la symétrie ne paraissent pas contestés, mais sa réalisation\ns'est heurtée, paraît-il, à l'embarras de se repérer dans la suite monotone des\ntouches régulières. Il me paraît donc certain qu'on n'a pas encore songé à ce qui\nconstitue le point essentiel de ma proposition : la bande mobile, légère et facile\nà déplacer, substituant pour ainsi dire au clavier régulier un clavier de repérage\nidentique à celui actuellement en usage. Si un système plus pratique a été ima-\nginé, il est à souhaiter que les publications de la Revue musicale servent à le\nrappeler.\nJe crois inutile d'insister davantage sur ces diverses questions, au sujet des-\nquelles un doute ne peut résister à une seconde, sinon à une première lecture de\nma communication antérieure.\nAu dernier moment nous recevons une lettre fort intéressante qui semble répondre au vœu émis\npar M. Courau à la fin de sa note ; nous la publierons dans notre prochain numéro.\n\nJ. COURAU.\nAncien élève de l'Ecole polytechnique.\n\nInformations.\n\nCONSERVATOIRE NATIONAL. — Par arrêté en date du 10 février M. de Gramont\na été nommé professeur du cours d'histoire et de littérature dramatique, en\nremplacement de M.Marcel Fouquier, démissionnaire.\nNANCY. —Par arrêté en date du 11 février, M. Guy Ropartz, directeur de\nl'Ecole de musique, succursale du Conservatoire national, est nommé membre\ndu Conseil supérieur d'enseignement du Conservatoire national de musique et\nde déclamation (section des études musicales).\n— La Société J.-S. Bach donnera le mercredi n mars son cinquième concert"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "158", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.30", "texte": "INFORMATIONS\n\nd'abonnement avec un magnifique programme: i° cantate pour le dimanche\nEsto mihi, n° 159 (ire audition) ;20 suite en si mineur ;30 ode funèbre. Les soli\nseront chantés par quatre remarquables artistes étrangers spécialement engagés :\nMlle von Ghlen (de Londies), Mme de Haan-Manifarges (de Rotterdam),\nMM. Rohmann (de Francfort) et Zalsmann (d'Amsterdam) ; orchestre et chœurs\nde la Société J.-S. Bach, sous la direction de M. Gustave Bret. Répétition\npublique le mardi 10 mars, à 4 heures.\n\nLA MUSIQUE A LA SALLE PLEYEL (22, rue Rochechouart)\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 27 janvier au 15 février 1908.\n\nGrande Salle\nSalle des Quatuors\n2 Mars\nM. de Davidoff.\n9 h.\n4\nMars\nQuatuor Calliat.\n9 h.\n4 »\nLes auditions modernes.\n»\n5\n»\nAuditions Elèves Mlle Hort. Pa-\n6 »\nMusique moderne pour harpe\nrent.\n1 h.\nchromatique.\n4 h •\n7\n»\nMme Louise Vaillant.\n9 h-\n6 »\nMlle Hel. Ziélinska et P. Cazals.\n9 h.\n8\n»\nAuditions Elèves Mme Laënnec.\n1 h.\n7 »\nAuditions Elèves Mme Chevillard.\n2 h.\n10\n»\nAuditions Elèves Mlle Hort. Pa-\n>) »\nLa Soc. nationale de musique.\n9 h.\nrent.\n»\n8 »\nAuditions Elèves Mlle Sauvrezis.\n1 h.\n»\n»\nM. et Mme Carembat.\n9 h\n9 »\nM. Max Roger (10 ans).\n9 h.\n1 i\nr>\nMine George-Sauvage.\n11 »\nMine K. Delorme.\n»\n1 2\n»\nAuditions Elèves M. Baudre.\n1 h.\nI 2 ))\nLa Soc. des Instruments à vent.\n4 h.\n1 4\n»>\nAuditions Elèves Mme KiefTer-\n13 »\nMlle de Monvel et M. P. Viardot.\n4 h.\nBoudon.\n9 h.\n» »\nM. Paul Seguy.\n9 h.\n15\n»\nAuditions Elèves Mlle Hort. Pa-\n14 »\nM. Cesare Geloso.\n»\nrent.\n1 h.\n15 »\nAuditions Elèves Mlle Toulouse.\n1 h\n16\n))\nM. Edgard Basset.\n9 h.\n17 »\nMlle H. de Wierzbicka.\n9 h\n18\n»\nMme George-Sauvage.\n»\n18 »\nMme Le Grin.\n»\nl9\n»\nAuditions Elèves Mlle Hort. Pa-\n19 »\nMme Fr. Le Comte.\n»\nrent.\n1 h.\n20 »\nM. Daniel Herrmann.\n»\n20\n»\nM. et Mme Carembat.\n9 h\n21 »\nLa Soc. nationale de musique.\n»\n2 1\n»\nAuditions Elèves Mlle Em. Gébeî.\n»\n22 »\nAuditions Elèves Mlle G. Aloir.\n1 h.\n22\n))\nAuditions Elèves M1,e Hort. Pa-\n23 »\nM. Ch. Sautelet.\n9 h\nrent.\n1 h.\n24 »\nMlle Hélène Collin.\n))\n25\n»)\nQuatuor Calliat.\n9 h.\n25 »\nM. Joseph Debroux.\n))\n2 s\n»\nM. Théoph. Debucquoy.\n»\n27 »\n28 »\nMlle de Monvel et M P. Viardot.\n))\n29\n»\nAuditions Elèves Mme F'errant.\n1 h.\nM. Morpain.\n))\n30\n))\nM. et Mnîd Carembat.\n9 h.\n29 »\nAuditions Elèves Mme Gruet.\n1 h.\n31 ))\nM. Charles Bouvet.\n9 h.\n» »\nMusique moderne pour harpe\n- ■\nchromatique.\n4 h.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n27 janvier\n29 —\n31 —\n1er février\n1 3 —\n5 —\n7 —\n8 —\n10 —\n12 —\n14 —\n15\nFaust.\nGuillaume Tell.\nRigùletto. — Coppélia.\nLohengrin.\nGuillaume Tell.\nFaust.\nLes Huguenots.\nFaust.\nLohengrin.\nLes Huguenots.\nFaust.\nSamson et Dali la. — Coppélia.\nGounod.\nRossini.\nVerdi. — !.. Delibes.\nR. Wagner.\nRossini.\nGounod.\nMeyerbeer.\nGounod.\nR. Wagner.\nMeyerbeer.\nGounod.\nSaint-Saëns. L. De-\nlibes.\n22.5 18 41\n19.202 76\n20.325 25\n17.105 85\n14.295 91\n22.279 76\n17.002 25\n18.224 >'\n16.436 41\n15.269 76\n22.037 75\n16:6-58 »"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "159", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.31", "texte": "INFORMATIONS\n\nII. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 janvier au 15 février 1908.\n\n%\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\n•RECETTES\n16 janvier m\nLouise\nG. Charpentier.\n4.104 fr.\n— soirée\nLakmé.\nL. Delibes.\n9-729 »\n[7 —\nIphigénie en Aulide.\nGluck.\n9.075 »\ni3 —\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n9.715 83\n19 — mat.\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n7.757 »\n— soirée\nManon.\nMasse net.\n6.327 5o\n20 —\nLa Traviata.\nVerdi.\n4.41 5 5o\nZI —\nLakmé.\nL. Delibes.\n8.5o5 5o\n22 —\nMme Butterfly.\nPuccini.\n6.201 5q\n2 3 — matin.\nLes Armaillis.— Galathée.\nG. Doret. V. Massé.\n2.667 »\n— soirée\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n8.574 »\n24 —\nIphigénie en Au h de.\nGluck.\n9.062 »\n2 5 —\nCarmen.\nBizet.\n9.760 5o\n26 — matin.\nIphigénie en Aulide.\nGluck.\n9.067 »\n— soirée\nLakmé. — Les Noces de Jean-\nnette.\nL. Delibes. V. Ma'ssé.\n5.469 5o\n27 —\nMireille.\nGounod.\n3.724 5o\n28 —\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n7«3oi »\n29 —\nIphigénie en Aulide. -\nGluck.\n9.783 5o\n3o — matin.\nLa Traviata. — Les Noces de\nJeannette.\nVerdi. V. Massé.\n3.413 »\n— soirée\nManon. „\nMassenet.\n9.637 5o\n31 —\nLe Chemineau.\nX. Leroux.\n7.1 32 5o\n1er février\nLakmé.\nL. Delibes.\n9.622 83\n2 — matin.\nIphigénie en Aulide.\nGluck.\nQ.224 »\n— soirée\nCarmen.\nBizet.\n5.987 5o\nJ>\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n4.6O3 »\n4 —\nCarmen.\nBizet.\n7.933 5o\n5 —\nLakmé. — La Légende du Point\nL. Delibes. F. Four-\nd'Argentan\ndrain.\n4.o5o 5o\n6 —\nWerther.\nMassenet.\n8J97 )}\n7 —\nMme Butterfly.\nPuccini.\n5.5oo 5o\n8 —\nFortunio.\nA. Messager.\n9.oi3 »\n9 — matin.\nCarmen.\nBizet.\n8.390 5o\n— soirée\nLa Vie de Bohème. — Cavalleria\nRusticana.\nPuccini. Mascagni.\n6.528 5o\n1 0 —\nGalathée. — La Fille du Régi-\nment.\nV. Massé. Donizetti.\n4.585 5o\n11 —\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n8.6 51 5o\n12 —\nW erther.\nMassenet.\n7.138 5o\n13 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n9.137 »\n14 —\nManon.\nMassenet.\n9«23Q 5O\n•3 —\nAphrodite.\nC. Erlanger.\n9»6O5 33\n\nCHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE\nFêtes du Carnaval.\nA l'occasion des Fêtes du Carnaval, les coupons de retour des billets d'aller et\nretour délivrés à partir du 27 lévrier 1908 seront valables jusqu'aux derniers\nt rains de la journée du 4 mars, étant entendu que les billets qui auront normale-\nment une validité plus longue la conserveront."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "160", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080301-01.1.32", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'imprimerie et de Librairie.\n\nLa même mesure s'étend aux billets d'aller et retour collectifs délivrés aux\nfamilles d'au moins quatre personnes.\nBillets d'aller et retour de ire et 2e classe, à prix réduits, délivrés du 18 fé-\nvrier au Ier mars 1908.\nParis à Cannes. — ireclasse : 177 fr. 40. —2e classe : 127 fr. 75.\n» à Nice. » 182 fr. 60. » » H1 fr- 5°-\n» à Menton. » 186 fr. 65. » » 134 fr-4°.\nValidité : 20 jours, avec faculté de prolongation une ou deux fois de 10 jours\nmoyennant supplément de 10 °/o par période.\nDroit à deux arrêts en cours de route à 1 aller et au letoui.\nAdmission des porteurs de billets de ire classe, sans supplément, dans le\n« Côte d'Azur Rapide » et dans le « Train de nuit extra-rapide ». Toutefois, les\nvoyageurs empruntant le « Côte d Azur Rapide » ne pourront profiter de la fa-\nculté des arrêts qu'à partir de Marseille à 1 aller ; au retour, aucun airêt ne seia\nautorisé."}]}